,au lecteur ,cette version lectronique reproduit dans son intgralit la version originale4 ,la partie crite en vieux franais est suivie par la traduction en franais moderne4 ,l'orthographe a t conserve4 ,seuls quelques mots ont t modifis4 ,la liste des modifications se trouve la fin du texte4 ,les corrections indiques par les ,,errata ont t prises en compte4 ,la ponctuation n'a pas t modifie hormis quelques corrections mineures4 ,les mots en gras dans l'original sont entours par des 4 ,,essais ,,de ,,montaigne 7,self-dition 997 ,,texte ,,original1 ,,accompagn ,,de ,,la ,,traduction ,,en ,,langage ,,de ,,nos ,,jours1 ,,par le ,gnral ,,michaud ,,deuxi,,me ,,volume ,illustration ,,paris ,,librairie ,,firmin-,,didot ,,et ,cie1 ,,diteurs #ef1 ,,rue ,,jacob1 #ef #aijg 99 dition se suffisant elle-mme4 ,,essais ,,de ,,montaigne ,cet ouvrage se compose de quatre volumes1 comprenant3 #a;er ,,volume4--,avertissement1 table gnrale des chapitres1 texte et traduction du commencement au chapitre #f inclus du livre ,,ii4 #b;e ,,volume4--,texte et traduction du chapitre #g inclus du livre ,,ii au chapitre #ce inclus de ce mme livre4 #c;e ,,volume4--,texte et traduction du chapitre #cf du livre ,,ii jusqu' la fin4 #d;e ,,volume 994--,notice sur ,montaigne1 etc42 sommaire des ,essais1 variantes1 notes1 lexique1 etc4 ,,illustrations3 #a;er vol4--,portrait de l'auteur1 armoiries et signature4 #b;e vol4--,plan du domaine et perspective du manoir de ,montaigne4 #c;e vol4--,vue de la tour de ,montaigne et plan des tages4 #d;e vol4--,fac-simil d'une page du manuscrit de ,bordeaux4 ,voir sur ces illustrations1 la notice insre cet effet au quatrime volume1 en tte des ,notes4 99 ,ce volume1 indpendant des autres1 est susceptible par sa contexture d'tre aisment utilis avec n'importe quelle dition des ,essais ancienne ou moderne1 moyennant un simple tableau de concordance de pagination facile tablir soi-mme4 ,illustrations3 ,,planche ,,ii ,perspective du manoir de ,montaigne4 ,croquis topographique des environs de ,montaigne4 ,manoir de ,montaigne1 d'aprs un plan figuratif de la juridiction de ,montravel4 ,l,,gende #a ,premire entre4 #h ,boulangerie4 #ae ,abreuvoir4 #b ,petite cour d'entre4 #i curies4 #af ,parterre4 #c ,deuxime entre4 #aj ,volire4 #ag ,terrasse4 #d ,cour4 #aa ,cuvier et chais4 #ah ,jardin potager4 #e ,tour de ,montaigne4 #ab ,chais bois4 #ai ,maison du jardinier4 #f ,tour de trachre4 #ac ,chenil4 #bj ,mange4 #g ,maison d'habitation4 #ad ,puits4 ,illustration3 ,,fay ,,ton ,,faict ,,et ,,te ,,cognoy4 ,,essais ,,de ,,michel ,,seignevr ,,de ,,montaigne ,,ci ,i ,,xcv ,,texte ,,et ,,traduction 7,,suite7 ,,livre ,,second4 7,suite74 ,,chapitre ,,vii4 ,des rcompenses d'honneur4 ,,cevx qui escriuent la vie d',auguste ,csar1 remerquent cecy en sa discipline militaire1 que des dons il estoit merueilleusement liberal enuers ceux qui le meritoient3 mais que des pures recompenses d'honneur il en estoit bien autant espargnant4 ,si est-ce qu'il auoit est luy mesme gratifi par son oncle1 de toutes les recompenses militaires1 auant qu'il eust iamais est la guerre4 'a est vne belle inuention1 et receu en la plus part des polices du monde1 d'establir certaines merques vaines et sans prix1 pour en honnorer et recompenser la vertu3 comme sont les couronnes de laurier1 de chesne1 de meurte1 la forme de certain vestement1 le priuilege d'aller en coche par ville1 ou de nuit auecques flambeau1 quelque assiette particuliere aux assembles publiques1 la prerogatiue d'aucuns surnoms et titres1 certaines merques aux armoiries1 et choses semblables dequoy l'vsage a est diuersement receu selon l'opinion des nations1 et dure encores4 ,nous auons pour nostre part1 et plusieurs de nos voisins1 les ordres de cheualerie1 qui ne sont establis qu' cette fin4 ,c'est la verit vne bien bonne et profitable coustume1 de trouuer moyen de recognoistre la valeur des hommes rares et excellens1 et de les contenter et satisfaire par des payemens1 qui ne chargent aucunement le publiq1 et qui ne coustent rien au ,prince4 ,et ce qui a est tousiours conneu par experience ancienne1 et que nous auons autrefois aussi peu voir entre nous1 que les gens de qualit auoyent plus de ialousie de telles recompenses1 que de celles o il y auoit du guain et du profit1 cela n'est pas sans raison et grande apparence4 ,si au prix qui doit estre simplement d'honneur1 on y mesle d'autres commoditez1 et de la richesse3 ce meslange au lieu d'augmenter l'estimation1 il la rauale et en retranche4 ,l'ordre ,sainct ,michel1 qui a est si long temps en credit parmy nous1 n'auoit point de plus grande commodit que celle-la1 de n'auoir communication d'aucune autre commodit4 ,cela faisoit1 qu'autre-fois il n'y auoit ne charge ny estat1 quel qu'il fust1 auquel la ,noblesse pretendist auec tant de desir et d'affection1 qu'elle faisoit l'ordre1 ny qualit qui apportast plus de respect et de grandeur3 la vertu embrassant et aspirant plus volontiers vne recompense purement sienne1 plustost glorieuse1 qu'vtile4 ,car la verit les autres dons n'ont pas leur vsage si digne1 d'autant qu'on les employe toute sorte d'occasions4 ,par des richesses on satisfaict le seruice d'vn valet1 la diligence d'vn courrier1 le dancer1 le voltiger1 le parler1 et les plus viles offices qu'on reoiue3 voire et le vice s'en paye1 la flaterie1 le maquerelage1 la trahison3 ce n'est pas merueille si la vertu reoit et desire moins volontiers cette sorte de monnoye commune1 que celle qui luy est propre et particuliere1 toute noble et genereuse4 ,auguste auoit raison d'estre beaucoup plus mesnager et espargnant de cette-cy1 que de l'autre3 d'autant que l'honneur1 c'est vn priuilege qui tire sa principale essence de la raret3 et la vertu mesme4 ,cui malus est nemo1 quis bonus esse potest8 ,on ne remerque pas pour la recommandation d'vn homme1 qu'il ait soin de la nourriture de ses enfans1 d'autant que c'est vne action commune1 quelque iuste qu'elle soit3 non plus qu'vn grand arbre1 o la forest est toute de mesmes4 ,ie ne pense pas qu'aucun citoyen de ,sparte se glorifiast de sa vaillance3 car c'estoit vne vertu populaire en leur nation3 et aussi peu de la fidelit et mespris des richesses4 ,il n'eschoit pas de recompense vne vertu1 pour grande qu'elle soit1 qui est passe en coustume3 et ne say auec1 si nous l'appellerions iamais grande1 estant commune4 ,puis donc que ces loyers d'honneur1 n'ont autre prix et estimation que cette l1 que peu de gens en iouyssent1 il n'est1 pour les aneantir1 que d'en faire largesse4 ,quand il se trouueroit plus d'hommes qu'au temps pass1 qui meritassent nostre ordre1 il n'en faloit pas pourtant corrompre l'estimation4 ,et peut aysment aduenir que plus le meritent3 car il n'est aucune des vertuz qui s'espande si aysement que la vaillance militaire4 ,il y en a vne autre vraye1 perfaicte et philosophique1 dequoy ie ne parle point 7et me sers de ce mot1 selon nostre vsage7 bien plus grande que cette cy1 et plus pleine3 qui est vne force et asseurance de l'ame1 mesprisant galement toute sorte de contraires accidens2 equable1 vniforme et constante1 de laquelle la nostre n'est qu'vn bien petit rayon4 ,l'vsage1 l'institution1 l'exemple et la coustume1 peuuent tout ce qu'elles veulent en l'establissement de celle1 dequoy ie parle1 et la rendent aysement vulgaire1 comme il est tres-ays voir par l'experience que nous en donnent nos guerres ciuiles4 ,et qui nous pourroit ioindre cette heure1 et acharner vne entreprise commune tout nostre peuple1 nous ferions refleurir nostre ancien nom militaire4 ,il est bien certain1 que la recompense de l'ordre ne touchoit pas au temps pass seulement la vaillance1 elle regardoit plus loing4 ,ce n'a iamais est le payement d'vn valeureux soldat1 mais d'vn ,capitaine fameux4 ,la science d'ober ne meritoit pas vn loyer si honorable3 on y requeroit anciennement vne expertise bellique plus vniuerselle1 et qui embrassast la plus part et plus grandes parties d'vn homme militaire1 neque enim edem militares et imperatori artes sunt1 qui fust encore1 outre cela de condition accommodable vne telle dignit4 ,mais ie dy1 quand plus de gens en seroyent dignes qu'il ne s'en trouuoit autresfois1 qu'il ne falloit pas pourtant s'en rendre plus liberal3 et eust mieux vallu faillir n'en estrener pas tous ceux1 qui il estoit deu1 que de perdre pour iamais1 comme nous venons de faire1 l'vsage d'vne inuention si vtile4 ,aucun homme de cur ne daigne s'auantager de ce qu'il a de commun auec plusieurs4 ,et ceux d'auiourd'huy qui ont moins merit cette recompense1 font plus de contenance de la desdaigner1 pour se loger par l1 au reng de ceux qui on fait tort d'espandre indignement et auilir cette marque qui leur estoit particulierement deu4 ,or de s'attendre en effaant et abolissant cette-cy1 de pouuoir soudain remettre en credit1 et renouueller vne semblable coustume1 ce n'est pas entreprinse propre vne saison si licentieuse et malade1 qu'est celle1 o nous nous trouuons present3 et en aduiendra que la derniere encourra ds sa naissance1 les incommoditez qui viennent de ruiner l'autre4 ,les regles de la dispensation de ce nouuel ordre1 auroyent besoing d'estre extremement tendues et contraintes1 pour luy donner authorit3 et cette saison tumultuaire n'est pas capable d'vne bride courte et regle4 ,outre ce qu'auant qu'on luy puisse donner credit1 il est besoing qu'on ayt perdu la memoire du premier1 et du mespris auquel il est cheut4 ,ce lieu pourroit receuoir quelque discours sur la consideration de la vaillance1 et difference de cette vertu aux autres3 mais ,plutarque estant souuent retomb sur ce propos1 ie me meslerois pour neant de rapporter icy ce qu'il en dit4 ,cecy est digne d'estre consider1 que nostre nation donne la vaillance le premier degr des vertus1 comme son nom montre1 qui vient de valeur3 et qu' nostre vsage1 quand nous disons vn homme qui vaut beaucoup1 ou vn homme de bien1 au stile de nostre ,cour1 et de nostre ,noblesse1 ce n'est dire autre chose qu'vn vaillant homme3 d'vne faon pareille la ,romaine4 ,car la generale appellation de vertu prend chez eux etymologie de la force4 ,la forme propre1 et seule1 et essencielle1 de noblesse en ,france1 c'est la vacation militaire4 ,il est vray-semblable que la premiere vertu qui se soit faict paroistre entre les hommes1 et qui a donn aduantage aux vns sur les autres1 'a est cette-cy3 par laquelle les plus forts et courageux se sont rendus maistres des plus foibles1 et ont acquis reng et reputation particuliere3 d'o luy est demeur cet honneur et dignit de langage3 ou bien que ces nations estans tres-belliqueuses1 ont donn le prix celle des vertus1 qui leur estoit plus familiere1 et le plus digne tiltre4 ,tout ainsi que nostre passion1 et cette fieureuse solicitude que nous auons de la chastet des femmes1 fait aussi qu'vne bonne femme1 vne femme de bien1 et femme d'honneur et de vertu1 ce ne soit en effect dire autre chose pour nous1 qu'vne femme chaste3 comme si pour les obliger ce deuoir1 nous mettions nonchaloir tous les autres1 et leur laschions la bride toute autre faute1 pour entrer en composition de leur faire quitter cette-cy4 ,,chapitre ,,viii4 ,de l'affection des pres aux enfants4 ,a ,madame d',estissac4 ,,madame1 si l'estranget ne me sauue1 et la nouuellet1 qui ont accoustum de donner prix aux choses1 ie ne sors iamais mon honneur de cette sotte entreprinse3 mais elle est si fantastique1 et a vn visage si esloign de l'vsage commun1 que cela luy pourra donner passage4 ,c'est vne humeur melancolique1 et vne humeur par consequent tres-ennemie de ma complexion naturelle1 produite par le chagrin de la solitude1 en laquelle il y a quelques annes que ie m'estoy iett1 qui m'a mis premierement en teste cette resuerie de me mesler d'escrire4 ,et puis me trouuant entierement despourueu et vuide de toute autre matiere1 ie me suis present moy-mesmes moy pour argument et pour subiect4 ,c'est le seul liure au monde de son espece1 et d'vn dessein farousche et extrauaguant4 ,il n'y a rien aussi en cette besoigne digne d'estre remerqu que cette bizarrerie3 car vn subiect si vain et si vil1 le meilleur ouurier du monde n'eust seu donner faon qui merite qu'on en face conte4 ,or ,madame1 ayant m'y pourtraire au vif1 i'en eusse oubli vn traict d'importance1 si ie n'y eusse represent l'honneur1 que i'ay tousiours rendu vos merites4 ,et ,i'ay voulu dire signamment la teste de ce chapitre1 d'autant que parmy vos autres bonnes qualitez1 celle de l'amiti que vous auez montre vos enfans1 tient l'vn des premiers rengs4 ,qui saura l'aage auquel ,monsieur d',estissac vostre mari vous laissa veufue1 les grands et honorables partis1 qui vous ont est offerts1 autant qu' ,dame de ,france de vostre condition1 la constance et fermet dequoy vous auez soustenu tant d'annes et au trauers de tant d'espineuses difficultez1 la charge et conduite de leurs affaires1 qui vous ont agite par tous les coins de ,france1 et vous tiennent encores assiege1 l'heureux acheminement que vous y auez donn1 par vostre seule prudence ou bonne ,fortune3 il dira aisment auec moy1 que nous n'auons point d'exemple d'affection maternelle en nostre temps plus exprez que le vostre4 ,ie lou ,dieu1 ,madame1 qu'elle aye est si bien employe3 car les bonnes esperances que donne de soy ,monsieur d',estissac vostre fils1 asseurent assez que quand il sera en aage1 vous en tirerez l'obessance et reconnoissance d'vn tres-bon enfant4 ,mais d'autant qu' cause de sa puerilit1 il n'a peu remerquer les extremes offices qu'il a receu de vous en si grand nombre1 ie veux1 si ces escrits viennent vn iour luy tomber1 en main1 lors que ie n'auray plus ny bouche ny parole qui le puisse dire1 qu'il reoiue de moy ce tesmoignage en toute verit3 qui luy sera encore plus vifuement tesmoign par les bons effects1 dequoy si ,dieu plaist il se ressentira1 qu'il n'est ,gentilhomme en ,france1 qui doiue plus sa mere qu'il fait1 et qu'il ne peut donner l'aduenir plus certaine preuue de sa bont1 et de sa vertu1 qu'en vous reconnoissant pour telle4 ,s'il y a quelque loy vrayement naturelle1 c'est dire quelque instinct1 qui se voye vniuersellement et perpetuellement empreinct aux bestes et en nous1 ce qui n'est pas sans controuerse1 ie puis dire mon aduis1 qu'apres le soin que chasque animal a de sa conseruation1 et de fuir ce qui nuit1 l'affection que l'engendrant porte son engeance1 tient le second lieu en ce rang4 ,et parce que ,nature semble nous l'auoir recommande1 regardant estendre et faire aller auant1 les pieces successiues de cette sienne machine3 ce n'est pas merueille1 si reculons des enfans aux peres1 elle n'est pas si grande4 ,ioint cette autre consideration ,aristotelique3 que celuy qui bien faict quelcun1 l'aime mieux1 qu'il n'en est aim4 ,et celuy qui il est deu1 aime mieux1 que celuy qui doibt3 et tout ouurier aime mieux son ouurage1 qu'il n'en seroit aim1 si l'ouurage auoit du sentiment3 d'autant que nous auons cher1 estre1 et estre consiste en mouuement et action4 ,parquoy chascun est aucunement en son ouurage4 ,qui bien fait1 exerce vne action belle et honneste3 qui reoit1 l'exerce vtile seulement4 ,or l'vtile est de beaucoup moins aimable que l'honneste4 ,l'honneste est stable et permanent1 fournissant celuy qui l'a faict1 vne gratification constante4 ,l'vtile se perd et eschappe facilement1 et n'en est la memoire ny si fresche ny si douce4 ,les choses nous sont plus cheres1 qui nous ont plus coust4 ,et donner1 est de plus de coust que le prendre4 ,puis qu'il a pleu ,dieu nous doer de quelque capacit de discours1 affin que comme les bestes nous ne fussions pas seruilement assubiectis aux loix communes1 ains que nous nous y appliquassions par iugement et libert volontaire3 nous deuons bien prester vn peu la simple authorit de ,nature3 mais non pas nous laisser tyranniquement emporter elle3 la seule raison doit auoir la conduite de nos inclinations4 ,i'ay de ma part le goust estrangement mousse ces propensions1 qui sont produites en nous sans l'ordonnance et entremise de nostre iugement4 ,comme sur ce subiect1 duquel ie parle1 ie ne puis receuoir cette passion1 dequoy on embrasse les enfans peine encore naiz1 n'ayants ny mouuement en l'ame1 ny forme recognoissable au corps1 par o ils se puissent rendre aimables3 et ne les ay pas souffert volontiers nourrir pres de moy4 ,vne vraye affection et bien regle1 deuroit naistre1 et s'augmenter auec la cognoissance qu'ils nous donnent d'eux2 et lors1 s'ils le valent1 la propension naturelle marchant quant et quant la raison1 les cherir d'vne amiti vrayement paternelle2 et en iuger de mesme s'ils sont autres1 nous rendans tousiours la raison1 nonobstant la force naturelle4 ,il en va fort souuent au rebours1 et le plus communement nous nous sentons plus esmeuz des trepignemens1 ieux et niaiseries pueriles de noz enfans1 que nous ne faisons apres1 de leurs actions toutes formes3 comme si nous les auions aymez pour nostre passe-temps1 comme des guenons1 non comme des hommes4 ,et tel fournit bien liberalement de iouts leur enfance1 qui se trouue resserr la moindre despence qu'il leur faut estans en aage4 ,voire il semble que la ialousie que nous auons de les voir paroistre et iouyr du monde1 quand nous sommes mesme de le quitter1 nous rende plus espargnans et restrains enuers eux4 ,il nous fasche qu'ils nous marchent sur les talons1 comme pour nous solliciter de sortir4 ,et si nous auions craindre cela1 puis que l'ordre des choses porte qu'ils ne peuuent1 dire verit1 estre1 ny viure1 qu'aux despens de nostre estre et de nostre vie1 nous ne deuions pas nous mesler d'estre peres4 ,quant moy1 ie treuue que c'est cruaut et iniustice de ne les receuoir au partage et societ de noz biens1 et compagnons en l'intelligence de noz affaires domestiques1 quand ils en sont capables1 et de ne retrancher et resserrer noz commoditez pour pouruoir aux leurs1 puis que nous les auons engendrez cet effect4 ,c'est iniustice de voir qu'vn pere vieil1 cass1 et demy-mort1 iouysse seul vn coing du foyer1 des biens qui suffiroient l'auancement et entretien de plusieurs enfans1 et qu'il les laisse cependant par faute de moyen1 perdre leurs meilleures annes1 sans se pousser au seruice public1 et cognoissance des hommes4 ,on les iecte au desespoir de chercher par quelque voye1 pour iniuste qu'elle soit1 prouuoir leur besoing4 ,comme i'ay veu de mon temps1 plusieurs ieunes hommes de bonne maison1 si addonnez au larcin1 que nulle correction les en pouuoit destourner4 ,i'en cognois vn bien apparent1 qui par la priere d'vn sien frere1 tres-honneste et braue ,gentil-homme1 ie parlay vne fois pour cet effect4 ,il me respondit et confessa tout rondement1 qu'il auoit est achemin cett'ordure1 par la rigueur et auarice de son pere2 mais qu' present il y estoit si accoustum1 qu'il ne s'en pouuoit garder4 ,et lors il venoit d'estre surpris en larrecin des bagues d'vne dame1 au leuer de laquelle il s'estoit trouu auec beaucoup d'autres4 ,il me fit souuenir du compte que i'auois ouy faire d'vn autre ,gentil-homme1 si faict et faonn ce beau mestier1 du temps de sa ieunesse1 que venant apres estre maistre de ses biens1 deliber d'abandonner cette trafique1 il ne se pouuoit garder pourtant s'il passoit pres d'vne boutique1 o il y eust chose1 dequoy il eust besoin1 de la desrobber1 en peine de l'enuoyer payer apres4 ,et en ay veu plusieurs si dressez et duitz cela1 que parmy leurs compagnons mesmes1 ils desrobboient ordinairement des choses qu'ils vouloient rendre4 ,ie suis ,gascon1 et si n'est vice auquel ie m'entende moins4 ,ie le hay vn peu plus par complexion1 que ie ne l'accuse par discours3 seulement par desir1 ie ne soustrais rien personne4 ,ce quartier en est la verit vn peu plus descri que les autres de la ,franoise nation4 ,si est-ce que nous auons veu de nostre temps diuerses fois1 entre les mains de la ,iustice1 des hommes de maison1 d'autres contres1 conuaincus de plusieurs horribles voleries4 ,ie crains que de cette desbauche il s'en faille aucunement prendre ce vice des peres4 ,et si on me respond ce que fit vn iour vn ,seigneur de bon entendement1 qu'il faisoit espargne des richesses1 non pour en tirer autre fruict et vsage1 que pour se faire honorer et rechercher aux siens2 et que l'aage luy ayant ost toutes autres forces1 c'estoit le seul remede qui luy restoit pour se maintenir en authorit en sa famille1 et pour euiter qu'il ne vinst mespris et desdain tout le monde 7de vray non la vieillesse seulement1 mais toute imbecillit1 selon ,aristote1 est promotrice d'auarice7 cela est quelque chose3 mais c'est la medecine vn mal1 duquel on deuoit euiter la naissance4 ,vn pere est bien miserable1 qui ne tient l'affection de ses enfans1 que par le besoin qu'ils ont de son secours1 si cela se doit nommer affection3 il faut se rendre respectable par sa vertu1 et par sa suffisance1 et aymable par sa bont et douceur de ses murs4 ,les cendres mesmes d'vne riche matiere1 elles ont leur prix3 et les os et reliques des personnes d'honneur1 nous auons accoustum de les tenir en respect et reuerence4 ,nulle vieillesse peut estre si caducque et si rance1 vn personnage qui a pass en honneur son aage1 qu'elle ne soit venerable2 et notamment ses enfans1 desquels il faut auoir regl l'ame leur deuoir par raison1 non par necessit et par le besoin1 ny par rudesse et par force4 ,et errat long1 mea quidem sententia1 ,qui imperium credat esse grauius aut stabilius1 ,vi quod fit1 qum illud quod amicitia adiungitur4 ,i'accuse toute violence en l'education d'vne ame tendre1 qu'on dresse pour l'honneur1 et la libert4 ,il y a ie ne say quoi de seruile en la rigueur1 et en la contraincte3 et tiens que ce qui ne se peut faire par la raison1 et par prudence1 et addresse1 ne se fait iamais par la force4 ,on m'a ainsin esleu3 ils disent qu'en tout mon premier aage1 ie n'ay tast des verges qu' deux coups1 et bien mollement4 ,i'ay deu la pareille aux enfans que i'ay eu4 ,ils me meurent tous en nourrisse3 mais ,leonor1 vne seule fille qui est eschappe cette infortune1 a attaint six ans et plus1 sans qu'on ayt employ sa conduicte1 et pour le chastiement de ses fautes pueriles1 l'indulgence de sa mere s'y appliquant aysment1 autre chose que parolles1 et bien douces4 ,et quand mon desir y seroit frustr1 il est assez d'autres causes ausquelles nous prendre1 sans entrer en reproche auec ma discipline1 que ie say estre iuste et naturelle4 ,i'eusse est beaucoup plus religieux encores en cela vers des masles1 moins nais seruir1 et de condition plus libre3 i'eusse aym leur grossir le cur d'ingenuit et de franchise4 ,ie n'ay veu autre effect aux verges1 sinon de rendre les ames plus lasches1 ou plus malitieusement opiniastres4 ,voulons nous estre aymez de noz enfans8 leur voulons nous oster l'occasion de souhaiter nostre mort8 7combien que nulle occasion d'vn si horrible souhait1 ne peut estre ny iuste ny excusable1 nullum scelus rationem habet7 accommodons leur vie raisonnablement1 de ce qui est en nostre puissance4 ,pour cela1 il ne nous faudroit pas marier si ieunes que nostre aage vienne quasi se confondre auec le leur4 ,car cet inconuenient nous iette plusieurs grandes difficultez4 ,ie dy specialement la ,noblesse1 qui est d'vne condition oysifue1 et qui ne vit1 comme on dit1 que de ses rentes3 car ailleurs1 o la vie est questuaire1 la pluralit et compagnie des enfans1 c'est vn agencement de mesnage1 ce sont autant de nouueaux vtils et instrumens s'enrichir4 ,ie me mariay trente trois ans1 et lou l'opinion de trente cinq1 qu'on dit estre d',aristote4 ,platon ne veut pas qu'on se marie auant les trente3 mais il a raison de se mocquer de ceux qui font les uures de mariage apres cinquante cinq3 et condamne leur engeance indigne d'aliment et de vie4 ,thales y donna les plus vrayes bornes3 qui ieune1 respondit sa mere le pressant de se marier1 qu'il n'estoit pas temps3 et1 deuenu sur l'aage1 qu'il n'estoit plus temps4 ,il faut refuser l'opportunit toute action importune4 ,les anciens ,gaulois estimoient extreme reproche d'auoir eu accointance de femme1 auant l'aage de vingt ans3 et recommandoient singulierement aux hommes1 qui se vouloient dresser pour la guerre1 de conseruer bien auant en l'aage leur pucellage2 d'autant que les courages s'amollissent et diuertissent par l'accouplage des femmes4 ,ma hor congiunto giouinetta sposa1 ,lieto homai de' figli1 era inuilito ,ne gli affetti di padre et di marito4 ,muleasses ,roy de ,thunes1 celuy que l',empereur ,charles cinquiesme remit en ses ,estats1 reprochoit la memoire de ,mahomet son pere1 de sa hantise auec les femmes1 l'appellant brode1 effemin1 engendreur d'enfants4 ,l'histoire ,grecque remarque de ,iecus ,tarentin1 de ,chryso1 d',astylus1 de ,diopompus1 et d'autres1 que pour maintenir leurs corps fermes au seruice de la course des ieux ,olympiques1 de la ,palstrine1 et tels exercices1 ils se priuerent autant que leur dura ce soing1 de toute sorte d'acte ,venerien4 ,en certaine contre des ,indes ,espagnolles1 on ne permettoit aux hommes de se marier1 qu'apres quarante ans1 et si le permettoit-on aux filles dix ans4 ,vn ,gentilhomme qui a trente cinq ans1 il n'est pas temps qu'il face place son fils qui en a vingt3 il est luy-mesme au train de paroistre et aux voyages des guerres1 et en la cour de son ,prince3 il a besoin de ses pieces2 et en doit certainement faire part1 mais telle part1 qu'il ne s'oublie pas pour autruy4 ,et celuy-l peut seruir iustement cette response que les peres ont ordinairement en la bouche3 ,ie ne me veux pas despouiller deuant que de m'aller coucher4 ,mais vn pere atterr d'annes et de maux1 priu par sa foiblesse et faute de sant1 de la commune societ des hommes1 il se faict tort1 et aux siens1 de couuer inutilement vn grand tas de richesses4 ,il est assez en estat1 s'il est sage1 pour auoir desir de se despouiller pour se coucher1 non pas iusques la chemise1 mais iusques vne robbe de nuict bien chaude3 le reste des pompes1 dequoy il n'a plus que faire1 il doit en estrener volontiers ceux1 qui par ordonnance naturelle cela doit appartenir4 ,c'est raison qu'il leur en laisse l'vsage1 puis que ,nature l'en priue3 autrement sans doute il y a de la malice et de l'enuie4 ,la plus belle des actions de l',empereur ,charles cinquiesme fut celle-l1 l'imitation d'aucuns anciens de son qualibre1 d'auoir seu recognoistre que la raison nous commande assez de nous despouiller1 quand noz robbes nous chargent et empeschent1 et de nous coucher quand les iambes nous faillent4 ,il resigna ses moyens1 grandeur et puissance son fils1 lors qu'il sentit defaillir en soy la fermet et la force pour conduire les affaires1 auec la gloire qu'il y auoit acquise4 ,solue senescentem matur sanus equum1 ne ,peccet ad extremm ridendus1 et ilia ducat4 ,cette faute1 de ne se sauoir recognoistre de bonne heure1 et ne sentir l'impuissance et extreme alteration que l'aage apporte naturellement et au corps et l'ame1 qui mon opinion est esgale1 si l'ame n'en a plus de la moiti1 a perdu la reputation de la plus part des grands hommes du monde4 ,i'ay veu de mon temps et cognu familierement1 des personnages de grande authorit1 qu'il estoit bien ais voir1 estre merueilleusement descheuz de cette ancienne suffisance1 que ie cognoissois par la reputation qu'ils en auoient acquise en leurs meilleurs ans4 ,ie les eusse pour leur honneur volontiers souhaitez retirez en leur maison leur aise1 et deschargez des occupations publiques et guerrieres1 qui n'estoient plus pour leurs espaules4 ,i'ay autrefois est priu en la maison d'vn ,gentilhomme veuf et fort vieil1 d'vne vieillesse toutefois assez verte4 ,cettuy-cy auoit plusieurs filles marier1 et vn fils desia en aage de paroistre2 cela chargeoit sa maison de plusieurs despences et visites estrangeres1 quoy il prenoit peu de plaisir1 non seulement pour le soin de l'espargne1 mais encore plus1 pour auoir1 cause de l'aage1 pris vne forme de vie fort esloigne de la nostre4 ,ie luy dy vn iour vn peu hardiment1 comme i'ay accoustum1 qu'il luy sieroit mieux de nous faire place1 et de laisser son fils sa maison principale1 car il n'auoit que celle-l de bien loge et accommode1 et se retirer en vne sienne terre voisine1 o personne n'apporteroit incommodit son repos1 puis qu'il ne pouuoit autrement euiter nostre importunit1 veu la condition de ses enfans4 ,il m'en creut depuis1 et s'en trouua bien4 ,ce n'est pas dire qu'on leur donne1 par telle voye d'obligation1 de laquelle on ne se puisse plus desdire3 ie leur lairrois1 moy qui suis mesme de iouer ce rolle1 la iouyssance de ma maison et de mes biens1 mais auec libert de m'en repentir1 s'ils m'en donnoyent occasion3 ie leur en lairrois l'vsage1 par ce qu'il ne me seroit plus commode4 ,et de l'authorit des affaires en gros1 ie m'en reseruerois autant qu'il me plairoit4 ,ayant tousiours iug que ce doit estre vn grand contentement vn pere vieil1 de mettre luy-mesme ses enfans en train du gouuernement de ses affaires1 et de pouuoir pendant sa vie contreroller leurs deportemens3 leur fournissant d'instruction et d'aduis suyuant l'experience qu'il en a1 et d'acheminer luy mesme l'ancien honneur et ordre de sa maison en la main de ses successeurs1 et se respondre par l1 des esperances qu'il peut prendre de leur conduicte venir4 ,et pour cet effect1 ie ne voudrois pas fuir leur compagnie1 ie voudrois les esclairer de pres1 et iouyr selon la condition de mon aage1 de leur allegresse1 et de leurs festes4 ,si ie ne viuoy parmy eux 7comme ie ne pourroy sans offencer leur assemble par le chagrin de mon aage1 et l'obligation de mes maladies1 et sans contraindre aussi et forcer les regles et faons de viure que i'auroy lors7 ie voudroy au moins viure pres d'eux en vn quartier de ma maison1 non pas le plus en parade1 mais le plus en commodit4 ,non comme ie vy il y a quelques annes1 vn ,doyen de ,s4 ,hilaire de ,poictiers1 rendu telle solitude par l'incommodit de sa melancholie1 que lors que i'entray en sa chambre1 il y auoit vingt deux ans1 qu'il n'en estoit sorty vn seul pas2 et si auoit toutes ses actions libres et ayses1 sauf vn reume qui luy tomboit sur l'estomac4 ,a peine vne fois la sepmaine1 vouloit-il permettre qu'aucun entrast pour le voir4 ,il se tenoit tousiours enferm par le dedans de sa chambre seul1 sauf qu'vn valet luy portoit vne fois le iour manger1 qui ne faisoit qu'entrer et sortir4 ,son occupation estoit se promener1 et lire quelque liure1 car il cognoissoit aucunement les lettres1 obstin au demeurant de mourir en cette desmarche1 comme il fit bien tost apres4 ,i'essayeroy par vne douce conuersation1 de nourrir en mes enfans vne viue amiti et bien-vueillance non feinte en mon endroict4 ,ce qu'on gaigne aisment enuers des natures bien nes3 car si ce sont bestes furieuses1 comme nostre siecle en produit miliers1 il les faut hayr et fuyr pour telles4 ,ie veux mal cette coustume1 d'interdire aux enfants l'appellation paternelle1 et leur en enioindre vn' estrangere1 comme plus reuerentiale3 ,nature n'aiant volontiers pas suffisamment pourueu nostre authorit4 ,nous appellons ,dieu tout-puissant1 pere1 et desdaignons que noz enfants nous en appellent4 ,i'ay reform cett' erreur en ma famille4 ,c'est aussi folie et iniustice de priuer les enfans qui sont en aage1 de la familiarit des peres1 et vouloir maintenir en leur endroit vne morgue austere et desdaigneuse1 esperant par l1 les tenir en crainte et obeissance4 ,car c'est vne farce tres-inutile1 qui rend les peres ennuieux aux enfans1 et qui pis est1 ridicules4 ,ils ont la ieunesse et les forces en la main1 et par consequent le vent et la faueur du monde2 et reoiuent auecques mocquerie1 ces mines fieres et tyranniques1 d'vn homme qui n'a plus de sang1 ny au cur1 ny aux veines3 vrais espouuantails de cheneuiere4 ,quand ie pourroy me faire craindre1 i'aimeroy encore mieux me faire aymer4 ,il y a tant de sortes de deffauts en la vieillesse1 tant d'impuissance1 elle est si propre au mespris1 que le meilleur acquest qu'elle puisse faire1 c'est l'affection et amour des siens3 le commandement et la crainte1 ce ne sont plus ses armes4 ,i'en ay veu quelqu'vn1 duquel la ieunesse auoit est tres-imperieuse1 quand c'est venu sur l'aage1 quoy qu'il le passe sainement ce qu'il se peut1 il frappe1 il mord1 il iure1 le plus tempestatif maistre de ,france1 il se ronge de soing et de vigilance1 tout cela n'est qu'vn bastelage1 auquel la famille mesme complotte3 du grenier1 du celier1 voire et de sa bource1 d'autres ont la meilleure part de l'vsage1 cependant qu'il en a les clefs en sa gibbessiere1 plus cherement que ses yeux4 ,cependant qu'il se contente de l'espargne et chichet de sa table1 tout est en desbauche en diuers reduits de sa maison1 en ieu1 et en despence1 et en l'entretien des comptes de sa vaine cholere et prouuoyance4 ,chacun est en sentinelle contre luy4 ,si par fortune quelque chetif seruiteur s'y addonne1 soudain il luy est mis en soupon3 qualit laquelle la vieillesse mord si volontiers de soy-mesme4 ,quantes fois s'est-il vant moy1 de la bride qu'il donnoit aux siens1 et exacte obessance et reuerence qu'il en receuoit2 combien il voyoit clair en ses affaires6 ,ille solus nescit omnia4 ,ie ne sache homme qui peust apporter plus de parties et naturelles et acquises1 propres conseruer la maistrise1 qu'il faict1 et si en est descheu comme vn enfant4 ,partant l'ay-ie choisi parmy plusieurs telles conditions que ie cognois1 comme plus exemplaire4 ,ce seroit matiere vne question scholastique1 s'il est ainsi mieux1 ou autrement4 ,en presence1 toutes choses luy cedent4 ,et laisse-on ce vain cours son authorit1 qu'on ne luy resiste iamais4 ,on le croit1 on le craint1 on le respecte tout son saoul4 ,donne-il cong vn valet8 il plie son pacquet1 le voila party3 mais hors de deuant luy seulement4 ,les pas de la vieillesse sont si lents1 les sens si troubles1 qu'il viura et fera son office en mesme maison1 vn an1 sans estre apperceu4 ,et quand la saison en est1 on faict venir des lettres lointaines1 piteuses1 suppliantes1 pleines de promesse de mieux faire1 par o on le remet en grace4 ,monsieur fait-il quelque march ou quelque depesche1 qui desplaise8 on la supprime3 forgeant tantost apres1 assez de causes1 pour excuser la faute d'execution ou de response4 ,nulles lettres estrangeres ne luy estants premierement apportes1 il ne void que celles qui semblent commodes sa science4 ,si par cas d'aduanture il les saisit1 ayant en coustume de se reposer sur certaine personne1 de les luy lire1 on y trouue sur le champ ce qu'on veut3 et faict-on tous coups que tel luy demande pardon1 qui l'iniurie par sa lettre4 ,il ne void en fin affaires1 que par vne image dispose et desseigne et satisfactoire le plus qu'on peut1 pour n'esueiller son chagrin et son courroux4 ,i'ay veu souz des figures differentes1 assez d'conomies longues1 constantes1 de tout pareil effect4 ,il est tousiours procliue aux femmes de disconuenir leurs maris4 ,elles saisissent deux mains toutes couuertures de leur contraster3 la premiere excuse leur sert de pleniere iustification4 ,i'en ay veu1 qui desrobboit gros son mary1 pour1 disoit-elle son confesseur1 faire ses aulmosnes plus grasses4 ,fiez vous cette religieuse dispensation4 ,nul maniement leur semble auoir assez de dignit1 s'il vient de la concession du mary4 ,il faut qu'elles l'vsurpent ou finement ou fierement1 et tousiours iniurieusement1 pour luy donner de la grace et de l'authorit4 ,comme en mon propos1 quand c'est contre vn pauure vieillard1 et pour des enfants1 lors empoignent elles ce tiltre1 et en seruent leur passion1 auec gloire3 et comme en vn commun seruage1 monopolent facilement contre sa domination et gouuernement4 ,si ce sont masles1 grands et fleurissans1 ils subornent aussi incontinent ou par force1 ou par faueur1 et maistre d'hostel et receueur1 et tout le reste4 ,ceux qui n'ont ny femme ny fils1 tombent en ce malheur plus difficilement1 mais plus cruellement aussi et indignement4 ,le vieil ,caton disoit en son temps1 qu'autant de valets1 autant d'ennemis4 ,voyez si selon la distance de la puret de son siecle au nostre1 il ne nous a pas voulu aduertir1 que femme1 fils1 et valet1 autant d'ennemis nous4 ,bien sert la decrepitude de nous fournir le doux benefice d'inapperceuance et d'ignorance1 et facilit nous laisser tromper4 ,si nous y mordions1 que seroit-ce de nous2 mesme en ce temps1 o les ,iuges qui ont decider noz controuerses1 sont communment partisans de l'enfance et interessez8 ,au cas que cette pipperie m'eschappe voir1 aumoins ne m'eschappe-il pas1 voir que ie suis tres-pippable4 ,et aura-on iamais assez dit1 de quel prix est vn amy1 comparaison de ces liaisons ciuiles8 ,l'image mesme1 que i'en voy aux bestes1 si pure1 auec quelle religion ie la respecte6 ,si les autres me pippent1 au moins ne me pippe-ie pas moy-mesme m'estimer capable de m'en garder3 ny me ronger la ceruelle pour m'en rendre4 ,ie me sauue de telles trahisons en mon propre giron1 non par vne inquiete et tumultuaire curiosit1 mais par diuersion plustost1 et resolution4 ,quand i'oy reciter l'estat de quelqu'vn1 ie ne m'amuse pas luy3 ie tourne incontinent les yeux moy1 voir comment i'en suis4 ,tout ce qui le touche me regarde4 ,son accident m'aduertit et m'esueille de ce cost-l4 ,tous les iours et toutes heures1 nous disons d'vn autre ce que nous dirions plus proprement de nous1 si nous sauions replier aussi bien qu'estendre nostre consideration4 ,et plusieurs autheurs blessent en cette maniere la protection de leur cause1 courant en auant temerairement l'encontre de celle qu'ils attaquent1 et lanceant leurs ennemis des traits1 propres leur estre relancez plus auantageusement4 ,feu ,m4 le ,mareschal de ,monluc1 ayant perdu son filz1 qui mourut en l',isle de ,maderes1 braue ,gentil-homme la verit et de grande esperance1 me faisoit fort valoir entre ses autres regrets1 le desplaisir et creue-cur qu'il sentoit de ne s'estre iamais communiqu luy3 et sur cette humeur d'vne grauit et grimace paternelle1 auoir perdu la commodit de gouster et bien cognoistre son filz2 et aussi de luy declarer l'extreme amiti qu'il luy portoit1 et le digne iugement qu'il faisoit de sa vertu4 ,et ce pauure garon1 disoit-il1 n'a rien veu de moy qu'vne contenance refroigne et pleine de mespris1 et a emport cette creance1 que ie n'ay seu ny l'aimer ny l'estimer selon son merite4 ,a qui gardoy-ie descouurir cette singuliere affection que ie luy portoy dans mon ame8 estoit-ce pas luy qui en deuoit auoir tout le plaisir et toute l'obligation8 ,ie me suis contraint et gehenn pour maintenir ce vain masque3 et y ay perdu le plaisir de sa conuersation1 et sa volont quant et quant1 qu'il ne me peut auoir porte autre que bien froide1 n'ayant iamais receu de moy que rudesse1 ny senti qu'vne faon tyrannique4 ,ie trouue que cette plainte estoit bien prise et raisonnable4 ,car comme ie say par vne trop certaine experience1 il n'est aucune si douce consolation en la perte de noz amis1 que celle que nous apporte la science de n'auoir rien oubli leur dire1 et d'auoir eu auec eux vne parfaite et entiere communication4 ,o mon amy6 ,en vaux-ie mieux d'en auoir le goust1 ou si i'en vaux moins8 i'en vaux certes bien mieux4 ,son regret me console et m'honnore4 ,est-ce pas vn pieux et plaisant office de ma vie1 d'en faire tout iamais les obseques8 ,est-il iouyssance qui vaille cette priuation8 ,ie m'ouure aux miens tant que ie puis1 et leur signifie tres-volontiers l'estat de ma volont1 et de mon iugement enuers eux1 comme enuers vn chacun3 ie me haste de me produire1 et de me presenter3 car ie ne veux pas qu'on s'y mesconte1 quelque part que ce soit4 ,entre autres coustumes particulieres qu'auoient noz anciens ,gaulois1 ce que dit ,csar1 cette-cy en estoit l'vne1 que les enfans ne se presentoyent aux peres1 ny s'osoyent trouuer en public en leur compagnie1 que lors qu'ils commenoyent porter les armes2 comme s'ils vouloyent dire que lors il estoit aussi saison1 que les peres les receussent en leur familiarit et accointance4 ,i'ay veu encore vne autre sorte d'indiscretion en aucuns peres de mon temps1 qui ne se contentent pas d'auoir priu pendant leur longue vie1 leurs enfans de la part qu'ils deuoient auoir naturellement en leurs fortunes1 mais laissent encore apres eux1 leurs femmes cette mesme authorit sur tous leurs biens1 et loy d'en disposer leur fantasie4 ,et ay cognu tel ,seigneur des premiers officiers de nostre ,couronne1 ayant par esperance de droit venir1 plus de cinquante mille escus de rente1 qui est mort necessiteux et accabl de debtes1 aag de plus de cinquante ans1 sa mere en son extreme decrepitude1 iouyssant encore de tous ses biens par l'ordonnance du pere1 qui auoit de sa part vescu pres de quatre vingts ans4 ,cela ne me semble aucunement raisonnable4 ,pourtant trouue-ie peu d'aduancement vn homme de qui les affaires se portent bien1 d'aller chercher vne femme qui le charge d'vn grand dot2 il n'est point de debte estrangere qui apporte plus de ruyne aux maisons3 mes predecesseurs ont communement suyui ce conseil bien propos1 et moy aussi4 ,mais ceux qui nous desconseillent les femmes riches1 de peur qu'elles soyent moins traictables et recognoissantes1 se trompent1 de faire perdre quelque reelle commodit1 pour vne si friuole coniecture4 ,a vne femme desraisonnable1 il ne couste non plus de passer par dessus vne raison1 que par dessus vne autre4 ,elles s'ayment le mieux o elles ont plus de tort4 ,l'iniustice les alleche3 comme les bonnes1 l'honneur de leurs actions vertueuses3 et en sont debonnaires d'autant plus1 qu'elles sont plus riches3 comme plus volontiers et glorieusement chastes1 de ce qu'elles sont belles4 ,c'est raison de laisser l'administration des affaires aux meres pendant que les enfans ne sont pas en l'aage selon les loix pour en manier la charge3 mais le pere les a bien mal nourris1 s'il ne peut esperer qu'en leur maturit1 ils auront plus de sagesse et de suffisance que sa femme1 veu l'ordinaire foiblesse du sexe4 ,bien seroit-il toutesfois la verit plus contre ,nature1 de faire despendre les meres de la discretion de leurs enfans4 ,on leur doit donner largement1 dequoy maintenir leur estat selon la condition de leur maison et de leur aage1 d'autant que la necessit et l'indigence est beaucoup plus mal seante et mal-aise supporter elles qu'aux masles3 il faut plustost en charger les enfans que la mere4 ,en general1 la plus saine distribution de noz biens en mourant1 me semble estre1 les laisser distribuer l'vsage du pas4 ,les loix y ont mieux pens que nous3 et vaut mieux les laisser faillir en leur eslection1 que de nous hazarder de faillir temerairement en la nostre4 ,ils ne sont pas proprement nostres1 puis que d'vne prescription ciuile et sans nous1 ils sont destinez certains successeurs4 ,et encore que nous ayons quelque libert audel1 ie tien qu'il faut vne grande cause et bien apparente pour nous faire oster vn1 ce que sa ,fortune luy auoit acquis1 et quoy la iustice commune l'appelloit3 et que c'est abuser contre raison de cette libert1 d'en seruir noz fantasies friuoles et priues4 ,mon sort m'a faict grace1 de ne m'auoir present des occasions qui me peussent tenter1 et diuertir mon affection de la commune et legitime ordonnance4 ,i'en voy1 enuers qui c'est temps perdu d'employer vn long soin de bons offices4 ,vn mot receu de mauuais biais efface le merite de dix ans4 ,heureux1 qui se trouue point1 pour leur oindre la volont sur ce dernier passage4 ,la voisine action l'emporte1 non pas les meilleurs et plus frequents offices1 mais les plus recents et presents font l'operation4 ,ce sont gents qui se iouent de leurs testaments1 comme de pommes ou de verges1 gratifier ou chastier chaque action de ceux qui y pretendent interest4 ,c'est chose de trop longue suitte1 et de trop de poids1 pour estre ainsi promene chasque instant3 et en laquelle les sages se plantent vne fois pour toutes1 regardans sur tout la raison et obseruance publique4 ,nous prenons vn peu trop cur ces substitutions masculines3 et proposons vne eternit ridicule noz noms4 ,nous poisons aussi trop les vaines coniectures de l'aduenir1 que nous donnent les esprits puerils4 ,a l'aduenture eust on faict iniustice1 de me deplacer de mon rang1 pour auoir est le plus lourd et plomb1 le plus long et desgoust en ma leon1 non seulement que tous mes freres1 mais que tous les enfans de ma prouince3 soit leon d'exercice d'esprit1 soit leon d'exercice de corps4 ,c'est follie de faire des triages extraordinaires1 sur la foy de ces diuinations1 ausquelles nous sommes si souuent trompez4 ,si on peut blesser cette regle1 et corriger les destines aux chois qu'elles ont faict de noz heritiers1 on le peut auec plus d'apparence1 en consideration de quelque remarquable et enorme difformit corporelle3 vice constant inamandable3 et selon nous1 grands estimateurs de la beaut1 d'important preiudice4 ,le plaisant dialogue du legislateur de ,platon1 auec ses citoyens1 fera honneur ce passage4 ,comment donc1 disent ils sentans leur fin prochaine1 ne pourrons nous point disposer de ce qui est nous1 qui il nous plaira8 ,o ,dieux1 quelle cruaut6 ,qu'il ne nous soit loisible1 selon que les nostres nous auront seruy en noz maladies1 en nostre vieillesse1 en noz affaires1 de leur donner plus et moins selon noz fantasies6 ,a quoy le legislateur respond en cette maniere3 ,mes amis1 qui auez sans doubte bien tost mourir1 il est mal-ais1 et que vous vous cognoissiez1 et que vous cognoissiez ce qui est vous1 suiuant l'inscription ,delphique4 ,moy1 qui fay les loix1 tien1 que ny vous n'estes vous1 ny n'est vous ce que vous iouyssez4 ,et voz biens et vous1 estes vostre famille tant passe que future3 mais encore plus sont au public1 et vostre famille et voz biens4 ,parquoy de peur que quelque flatteur en vostre vieillesse ou en vostre maladie1 ou quelque passion vous sollicite mal propos1 de faire testament iniuste1 ie vous en garderay4 ,mais ayant respect et l'interest vniuersel de la cit1 et celuy de vostre maison1 i'establiray des loix1 et feray sentir1 comme de raison1 que la commodit particuliere doit ceder la commune4 ,allez vous en ioyeusement o la necessit humaine vous appelle4 ,c'est moy1 qui ne regarde pas l'vne chose plus que l'autre1 qui autant que ie puis1 me soingne du general1 d'auoir soucy de ce que vous laissez4 ,reuenant mon propos1 il me semble en toutes faons1 qu'il naist rarement des femmes qui la maistrise soit deu sur des hommes1 sauf la maternelle et naturelle3 si ce n'est pour le chastiment de ceux1 qui par quelque humeur fiebureuse1 se sont volontairement soubsmis elles3 mais cela ne touche aucunement les vieilles1 dequoy nous parlons icy4 ,c'est l'apparence de cette consideration1 qui nous a faict forger et donner pied si volontiers1 cette loy1 que nul ne veit onques1 qui priue les femmes de la succession de cette couronne3 et n'est guere ,seigneurie au monde1 o elle ne s'allegue1 comme icy1 par vne vray-semblance de raison qui l'authorise3 mais la ,fortune luy a donn plus de credit en certains lieux qu'aux autres4 ,il est dangereux de laisser leur iugement la dispensation de nostre succession1 selon le choix qu'elles feront des enfans1 qui est tous les coups inique et fantastique4 ,car cet appetit desregl et goust malade1 qu'elles ont au temps de leurs groisses1 elles l'ont en l'ame1 en tout temps4 ,communement on les void s'addonner aux plus foibles et malotrus1 ou ceux1 si elles en ont1 qui leur pendent encores au col4 ,car n'ayans point assez de force de discours1 pour choisir et embrasser ce qui le vault1 elles se laissent plus volontiers aller1 o les impressions de ,nature sont plus seules3 comme les animaux qui n'ont cognoissance de leurs petits1 que pendant qu'ils tiennent leurs mammelles4 ,au demeurant il est ais voir par experience1 que cette affection naturelle1 qui nous donnons tant d'authorit1 a les racines bien foibles4 ,pour vn fort leger profit1 nous arrachons tous les iours leurs propres enfans d'entre les bras des meres1 et leur faisons prendre les nostres en charge3 nous leur faisons abandonner les leurs quelque chetiue nourrisse1 qui nous ne voulons pas commettre les nostres1 ou quelque cheure2 leur deffendant non seulement de les allaiter1 quelque danger qu'ils en puissent encourir3 mais encore d'en auoir aucun soin1 pour s'employer du tout au seruice des nostres4 ,et voit-on en la plus part d'entre elles1 s'engendrer bien tost par accoustumance vn'affection bastarde1 plus vehemente que la naturelle1 et plus grande sollicitude de la conseruation des enfans empruntez1 que des leurs propres4 ,et ce que i'ay parl des cheures1 c'est d'autant qu'il est ordinaire autour de chez moy1 de voir les femmes de village1 lors qu'elles ne peuuent nourrir les enfans de leurs mammelles1 appeller des cheures leurs secours4 ,et i'ay cette heure deux lacquais1 qui ne tetterent iamais que huict iours laict de femmes4 ,ces cheures sont incontinent duites venir allaicter ces petits enfans1 recognoissent leur voix quand ils crient1 et y accourent3 si on leur en presente vn autre que leur nourrisson1 elles le refusent1 et l'enfant en fait de mesme d'vne autre cheure4 ,i'en vis vn l'autre iour1 qui on osta la sienne1 par ce que son pere ne l'auoit qu'emprunte d'vn sien voisin1 il ne peut iamais s'adonner l'autre qu'on luy presenta1 et mourut sans doute1 de faim4 ,les bestes alterent et abbastardissent aussi aisment que nous1 l'affection naturelle4 ,ie croy qu'en ce que recite ,herodote de certain destroit de la ,lybie1 il y a souuent du mesconte3 il dit qu'on s'y mesle aux femmes indifferemment3 mais que l'enfant ayant force de marcher1 trouue son pere celuy1 vers lequel1 en la presse1 la naturelle inclination porte ses premiers pas4 ,or considerer cette simple occasion d'aymer noz enfans1 pour les auoir engendrez1 pour laquelle nous les appellons autres nous mesmes3 il semble qu'il y ait bien vne autre production venant de nous1 qui ne soit pas de moindre recommendation4 ,car ce que nous engendrons par l'ame1 les enfantements de nostre esprit1 de nostre courage et suffisance1 sont produits par vne plus noble partie que la corporelle1 et sont plus nostres4 ,nous sommes pere et mere ensemble en cette generation3 ceux-cy nous coustent bien plus cher1 et nous apportent plus d'honneur1 s'ils ont quelque chose de bon4 ,car la valeur de nos autres enfans1 est beaucoup plus leur1 que nostre3 la part que nous y auons est bien legere3 mais de ceux-cy1 toute la beaut1 toute la grace et prix est nostre4 ,par ainsin ils nous representent et nous rapportent bien plus viuement que les autres4 ,platon adiouste1 que ce sont icy des enfants immortels1 qui immortalisent leurs peres1 voire et les defient1 comme ,lycurgus1 ,solon1 ,minos4 ,or les ,histoires estants pleines d'exemples de cette amiti commune des peres enuers les enfans1 il ne m'a pas sembl hors de propos d'en trier aussi quelqu'vn de cette-cy4 ,heliodorus ce bon ,euesque de ,tricea1 ayma mieux perdre la dignit1 le profit1 la deuotion d'vne prelature si venerable1 que de perdre sa fille3 fille qui dure encore bien gentille3 mais l'aduenture pourtant vn peu trop curieusement et mollement goderonne pour fille ecclesiastique et sacerdotale1 et de trop amoureuse faon4 ,il y eut vn ,labienus ,rome1 personnage de grande valeur et authorit1 et entre autres qualitez1 excellent en toute sorte de literature1 qui estoit1 ce croy-ie1 fils de ce grand ,labienus1 le premier des capitaines qui furent soubs ,csar en la guerre des ,gaules1 et qui depuis s'estant iett au party du grand ,pompeius1 s'y maintint si valeureusement iusques ce que ,csar le deffit en ,espaigne4 ,ce ,labienus dequoy ie parle1 eut plusieurs enuieux de sa vertu1 et comme il est vray-semblable1 les courtisans et fauoris des ,empereurs de son temps1 pour ennemis de sa franchise1 et des humeurs paternelles1 qu'il retenoit encore contre la tyrannie1 desquelles il est croiable qu'il auoit teint ses escrits et ses liures4 ,ses aduersaires poursuiuirent deuant le magistrat ,rome1 et obtindrent de faire condamner plusieurs siens ouurages qu'il auoit mis en lumiere1 estre brusls4 ,ce fut par luy que commena ce nouuel exemple de peine1 qui depuis fut continu ,rome plusieurs autres1 de punir de mort les escrits mesmes1 et les estudes4 ,il n'y auoit point assez de moyen et matiere de cruaut1 si nous n'y meslions des choses que ,nature a exemptes de tout sentiment et de toute souffrance1 comme la reputation et les inuentions de nostre esprit3 et si nous n'allions communiquer les maux corporels aux disciplines et monumens des ,muses4 ,or ,labienus ne peut souffrir cette perte1 ny de suruiure cette sienne si chere geniture2 il se fit porter et enfermer tout vif dans le monument de ses ancestres1 l o il pourueut tout d'vn train se tuer et s'enterrer ensemble4 ,il est malais de montrer aucune autre plus vehemente affection paternelle que celle-l4 ,cassius ,seuerus1 homme tres-eloquent et son familier1 voyant brusler ses liures1 crioit que par mesme sentence on le deuoit quant et quant condamner estre brusl tout vif1 car il portoit et conseruoit en sa memoire ce qu'ils contenoient4 ,pareil accident aduint ,greuntius ,cordus accus d'auoir en ses liures lou ,brutus et ,cassius4 ,ce ,senat vilain1 seruile1 et corrompu1 et digne d'vn pire maistre que ,tibere1 condamna ses escrits au feu4 ,il fut content de faire compagnie leur mort1 et se tua par abstinence de manger4 ,le bon ,lucanus estant iug par ce coquin ,neron2 sur les derniers traits de sa vie1 comme la pluspart du sang fut desia escoul par les veines des bras1 qu'il s'estoit faictes tailler son medecin pour mourir1 et que la froideur eut saisi les extremitez de ses membres1 et commenast s'approcher des parties vitales2 la derniere chose qu'il eut en sa memoire1 ce furent aucuns des vers de son liure de la guerre de ,pharsale1 qu'il recitoit1 et mourut ayant cette derniere voix en la bouche4 ,cela qu'estoit-ce1 qu'vn tendre et paternel cong qu'il prenoit de ses enfans2 representant les a-dieux et les estroits embrassemens que nous donnons aux nostres en mourant2 et vn effet de cette naturelle inclination1 qui r'appelle en nostre souuenance en cette extremit1 les choses1 que nous auons eu les plus cheres pendant nostre vie8 ,pensons nous qu',epicurus qui en mourant tourment1 comme il dit1 des extremes douleurs de la cholique1 auoit toute sa consolation en la beaut de la doctrine qu'il laissoit au monde1 eust receu autant de contentement d'vn nombre d'enfans bien nais et bien esleuez1 s'il en eust eu1 comme il faisoit de la production de ses riches escrits8 et que s'il eust est au chois de laisser apres luy vn enfant contrefaict et mal nay1 ou vn liure sot et inepte1 il ne choisist plustost1 et non luy seulement1 mais tout homme de pareille suffisance1 d'encourir le premier mal'heur que l'autre8 ,ce seroit l'aduenture impiet en ,sainct ,augustin1 pour exemple1 si d'vn cost on luy proposoit d'enterrer ses escrits1 dequoy nostre religion reoit vn si grand fruict1 ou d'enterrer ses enfans au cas qu'il en eust1 s'il n'aymoit mieux enterrer ses enfans4 ,et ie ne say si ie n'aymerois pas mieux beaucoup en auoir produict vn parfaictement bien form1 de l'accointance des ,muses1 que de l'accointance de ma femme4 ,a cettuy-cy tel qu'il est1 ce que ie donne1 ie le donne purement et irreuocablement1 comme on donne aux enfans corporels4 ,ce peu de bien1 que ie luy ay faict1 il n'est plus en ma disposition4 ,il peut sauoir assez de choses que ie ne say plus1 et tenir de moy ce que ie n'ay point retenu3 et qu'il faudroit que tout ainsi qu'vn estranger1 i'empruntasse de luy1 si besoin m'en venoit4 ,si ie suis plus sage que luy1 il est plus riche que moy4 ,il est peu d'hommes addonnez la posie1 qui ne se gratifiassent plus d'estre peres de l',eneide que du plus beau garon de ,rome3 et qui ne souffrissent plus aisment l'vne perte que l'autre4 ,car selon ,aristote1 de tous ouuriers le pote est nommment le plus amoureux de son ouurage4 ,il est malais croire1 qu',epaminondas qui se vantoit de laisser pour toute posterit des filles qui feroyent vn iour honneur leur pere 7c'estoyent les deux nobles victoires qu'il auoit gaign sur les ,lacedemoniens7 eust volontiers consenty d'eschanger celles-l1 aux plus gorgiases de toute la ,grece3 ou qu',alexandre et ,csar ayent iamais souhait d'estre priuez de la grandeur de leurs glorieux faicts de guerre1 pour la commodit d'auoir des enfans et heritiers1 quelques parfaicts et accompliz qu'ils peussent estre4 ,voire ie fay grand doubte que ,phidias ou autre excellent statuaire1 aymast autant la conseruation et la dure de ses enfans naturels1 comme il feroit d'vne image excellente1 qu'auec long trauail et estude il auroit parfaite selon l'art4 ,et quant ces passions vitieuses et furieuses1 qui ont eschauff quelque fois les peres l'amour de leurs filles1 ou les meres enuers leurs fils1 encore s'en trouue-il de pareilles en cette autre sorte de parent4 ,tesmoing ce que lon recite de ,pygmalion1 qu'ayant basty vne statue de femme de beaut singuliere1 il deuint si esperduement espris de l'amour forcen de ce sien ouurage1 qu'il falut1 qu'en faueur de sa rage les ,dieux la luy viuifiassent3 ,tentatum mollescit ebur1 positque rigore ,subsidit digitis4 ,,chapitre ,,ix4 ,des armes des ,parthes4 ,c',,est vne faon vitieuse de la noblesse de nostre temps1 et pleine de mollesse1 de ne prendre les armes que sur le point d'vne extreme necessit3 et s'en descharger aussi tost qu'il y a tant soit peu d'apparence1 que le danger soit esloign4 ,d'o il suruient plusieurs desordres3 car chacun criant et courant ses armes1 sur le point de la charge1 les vns sont lacer encore leur cuirasse1 que leurs compaignons sont desia rompus4 ,nos peres donnoient leur salade1 leur lance1 et leurs gantelets porter1 et n'abandonnoient le reste de leur equippage1 tant que la courue duroit4 ,nos trouppes sont cette heure toutes troubles et difformes1 par la confusion du bagage et des valets qui ne peuuent esloigner leurs maistres1 cause de leurs armes4 ,tite ,liue parlant des nostres1 ,intolerantissima laboris corpora vix arma humeris gerebant4 ,plusieurs nations vont encore et alloient anciennement la guerre sans se couurir3 ou se couuroient d'inutiles defences4 ,tegmina queis capitum raptus de subere cortex4 ,alexandre le plus hazardeux ,capitaine qui fut iamais1 s'armoit fort rarement4 ,et ceux d'entre nous qui les mesprisent n'empirent pour cela de guere leur march4 ,s'il se voit quelqu'vn tu par le defaut d'vn harnois1 il n'en est guere moindre nombre1 que l'empeschement des armes a faict perdre1 engags sous leur pesanteur1 ou froissez et rompus1 ou par vn contre-coup1 ou autrement4 ,car il semble1 la verit1 voir le poix des nostres et leur espesseur1 que nous ne cherchons qu' nous deffendre1 et en sommes plus chargez que couuers4 ,nous auons assez faire en soustenir le faix1 entrauez et contraints1 comme si nous n'auions combattre que du choq de nos armes3 et comme si nous n'auions pareille obligation les deffendre1 qu'elles ont nous4 ,tacitus peint plaisamment des gens de guerre de nos anciens ,gaulois1 ainsin armez pour se maintenir seulement1 n'ayans moyen ny d'offencer ny d'estre offencez1 ny de se releuer abbatus4 ,lucullus voyant certains hommes d'armes ,medois1 qui faisoient front en l'arme de ,tigranes1 poisamment et malaisment armez1 comme dans vne prison de fer1 print de l opinion de les deffaire aisment1 et par eux commena sa charge et sa victoire4 ,et present que nos mousquetaires sont en credit1 ie croy qu'on trouuera quelque inuention de nous emmurer pour nous en garentir1 et nous faire trainer la guerre enfermez dans des bastions1 comme ceux que les anciens faisoient porter leurs elephans4 ,cette humeur est bien esloigne de celle du ieune ,scipion1 lequel accusa aigrement ses soldats1 de ce qu'ils auoyent sem des chausse-trapes soubs l'eau l'endroit du foss1 par o ceux d'vne ville qu'il assiegeoit1 pouuoient faire des sorties sur luy3 disant que ceux qui assailloient1 deuoient penser entreprendre1 non pas craindre4 ,et craignoit auec raison que cette prouision endormist leur vigilance se garder4 ,il dict aussi vn ieune homme1 qui luy faisoit montre de son beau bouclier3 ,il est vrayement beau1 mon fils1 mais vn soldat ,romain doit auoir plus de fiance en sa main dextre1 qu'en la gauche4 ,or il n'est que la coustume1 qui nous rende insupportable la charge de nos armes4 ,l'husbergo in dosso haueano1 et l'elmo in testa1 ,duo di quelli guerrier d'i quali io canto4 ,ne notte o di doppo ch'entraro in questa ,stanza1 gl' hauean mai mesi da canto1 ,che facile portar comme la vesta ,era lor1 perch in vso l'hauean tanto4 ,l',empereur ,caracalla alloit par pas pied arm de toutes pieces1 conduisant son arme4 ,les pietons ,romains portoient non seulement le morion1 l'espe1 et l'escu3 car quant aux armes1 dit ,cicero1 ils estoient si accoustumez les auoir sur le dos1 qu'elles ne les empeschoient non plus que leurs membres3 arma enim1 membra militis esse dicunt3 mais quant et quant encore1 ce qu'il leur falloit de viures1 pour quinze iours1 et certaine quantit de paux pour faire leurs rempars1 iusques soixante liures de poix4 ,et les soldats de ,marius ainsi chargez1 marchant en bataille1 estoient duits faire cinq lieus en cinq heures1 et six s'il y auoit haste4 ,leur discipline militaire estoit beaucoup plus rude que la nostre3 aussi produisoit elle de bien autres effects4 ,le ieune ,scipion reformant son arme en ,espaigne1 ordonna ses soldats de ne manger que debout1 et rien de cuit4 ,ce traict est merueilleux ce propos1 qu'il fut reproch vn soldat ,lacedemonien1 qu'estant l'expedition d'vne guerre1 on l'auoit veu soubs le couuert d'vne maison3 ils estoient si durcis la peine1 que c'estoit honte d'estre veu soubs vn autre toict que celuy du ciel1 quelque temps qu'il fist4 ,nous ne menerions guere loing nos gens ce prix l4 ,au demeurant ,marcellinus1 homme nourry aux guerres ,romaines1 remerque curieusement la faon que les ,parthes auoyent de s'armer1 et la remerque d'autant qu'elle estoit esloigne de la ,romaine4 ,ils auoyent1 dit-il1 des armes tissus en maniere de petites plumes1 qui n'empeschoient pas le mouuement de leur corps3 et si estoient si fortes que nos dards reiallissoient venans les hurter3 ce sont les escailles1 dequoy nos ancestres auoient fort accoustum de se seruir4 ,et en vn autre lieu3 ,ils auoient1 dit-il1 leurs cheuaux fors et roides1 couuerts de gros cuir1 et eux estoient armez de cap pied1 de grosses lames de fer1 renges de tel artifice1 qu' l'endroit des iointures des membres elles prestoient au mouuement4 ,on eust dict que c'estoient des hommes de fer3 car ils auoient des accoustremens de teste si proprement assis1 et representans au naturel la forme et parties du visage1 qu'il n'y auoit moyen de les assener que par des petits trous ronds1 qui respondoient leurs yeux1 leur donnant vn peu de lumiere1 et par des fentes1 qui estoient l'endroict des naseaux1 par o ils prenoyent assez malaisment haleine1 ,flexilis inductis animatur lamina membris1 ,horribilis visu2 credas simulacra moueri ,ferrea1 cognatque viros spirare metallo4 ,par vestitus equis3 ferrata fronte minantur1 ,ferratsque mouent1 securi vulneris1 armos4 ,voila vne description1 qui retire bien fort l'equippage d'vn homme d'armes ,franois1 tout ses bardes4 ,plutarque dit que ,demetrius fit faire pour luy1 et pour ,alcinus1 le premier homme de guerre qui fust pres de luy1 chacun vn harnois complet du poids de six vingts liures1 l o les communs harnois n'en pesoient que soixante4 ,,chapitre ,x4 ,des ,liures4 ,,ie ne fay point de doute1 qu'il ne m'aduienne souuent de parler de choses1 qui sont mieux traictes chez les maistres du mestier1 et plus veritablement4 ,c'est icy purement l'essay de mes facultez naturelles1 et nullement des acquises4 ,et qui me surprendra d'ignorance1 il ne fera rien contre moy3 car peine respondroy-ie autruy de mes discours1 qui ne m'en responds point moy1 ny n'en suis satisfaict4 ,qui sera en cherche de science1 si la pesche o elle se loge3 il n'est rien dequoy ie face moins de profession4 ,ce sont icy mes fantasies1 par lesquelles ie ne tasche point donner connoistre les choses1 mais moy3 elles me seront l'aduenture connues vn iour1 ou l'ont autresfois est1 selon que la ,fortune m'a peu porter sur les lieux1 o elles estoient esclaircies4 ,mais il ne m'en souuient plus4 ,et si ie suis homme de quelque leon1 ie suis homme de nulle retention4 ,ainsi ie ne pleuuy aucune certitude1 si ce n'est de faire connoistre iusques quel poinct monte pour cette heure1 la connoissance que i'en ay4 ,qu'on ne s'attende pas aux matieres1 mais la faon que i'y donne4 ,qu'on voye en ce que i'emprunte1 si i'ay seu choisir dequoy rehausser ou secourir proprement l'inuention1 qui vient tousiours de moy4 ,car ie fay dire aux autres1 non ma teste1 mais ma suite1 ce que ie ne puis si bien dire1 par foiblesse de mon langage1 ou par foiblesse de mon sens4 ,ie ne compte pas mes emprunts1 ie les poise4 ,et si ie les eusse voulu faire valoir par nombre1 ie m'en fusse charg deux fois autant4 ,ils sont touts1 ou fort peu s'en faut1 de noms si fameux et anciens1 qu'ils me semblent se nommer assez sans moy4 ,ez raisons1 comparaisons1 argumens1 si i'en transplante quelcun en mon solage1 et confons aux miens1 escient i'en cache l'autheur1 pour tenir en bride la temerit de ces sentences hastiues1 qui se iettent sur toute sorte d'escrits3 notamment ieunes escrits1 d'hommes encore viuants3 et en vulgaire1 qui reoit tout le monde en parler1 et qui semble conuaincre la conception et le dessein vulgaire de mesmes4 ,ie veux qu'ils donnent vne nazarde ,plutarque sur mon nez1 et qu'ils s'eschaudent iniurier ,seneque en moy4 ,il faut musser ma foiblesse souz ces grands credits4 ,i'aimeray quelqu'vn qui me sache deplumer3 ie dy par clairt de iugement1 et par la seule distinction de la force et beaut des propos4 ,car moy1 qui1 faute de memoire1 demeure court tous les coups1 les trier1 par recognoissance de nation1 say tresbien connoistre1 mesurer ma porte1 que mon terroir n'est aucunement capable d'aucunes fleurs trop riches1 que i'y trouue semes1 et que tous les fruicts de mon creu ne les sauroient payer4 ,de cecy suis-ie tenu de respondre1 si ie m'empesche moy-mesme1 s'il y a de la vanit et vice en mes discours1 que ie ne sente point1 ou que ie ne soye capable de sentir en me le representant4 ,car il eschappe souuent des fautes nos yeux3 mais la maladie du iugement consiste ne les pouuoir apperceuoir1 lors qu'vn autre nous les descouure4 ,la science et la verit peuuent loger chez nous sans iugement1 et le iugement y peut aussi estre sans elles3 voire la reconnoissance de l'ignorance est l'vn des plus beaux et plus seurs tesmoignages de iugement que ie trouue4 ,ie n'ay point d'autre sergent de bande1 renger mes pieces1 que la ,fortune4 ,a mesme que mes resueries se presentent1 ie les entasse3 tantost elles se pressent en foule1 tantost elles se trainent la file4 ,ie veux qu'on voye mon pas naturel et ordinaire ainsi detraqu qu'il est4 ,ie me laisse aller comme ie me trouue4 ,aussi ne sont ce point icy matieres1 qu'il ne soit pas permis d'ignorer1 et d'en parler casuellement et temerairement4 ,ie souhaiterois auoir plus parfaicte intelligence des choses1 mais ie ne la veux pas achepter si cher qu'elle couste4 ,mon dessein est de passer doucement1 et non laborieusement ce qui me reste de vie4 ,il n'est rien pourquoy ie me vueille rompre la teste3 non pas pour la science1 de quelque grand prix qu'elle soit4 ,ie ne cherche aux liures qu' m'y donner du plaisir par vn honneste amusement3 ou si i'estudie1 ie n'y cherche que la science1 qui traicte de la connoissance de moy-mesmes1 et qui m'instruise bien mourir et bien viure4 ,has meus ad metas sudet oportet equus4 ,les difficultez1 si i'en rencontre en lisant1 ie n'en ronge pas mes ongles3 ie les laisse l1 apres leur auoir faict vne charge ou deux4 ,si ie m'y plantois1 ie m'y perdrois1 et le temps3 car i'ay vn esprit primsautier4 ,ce que ie ne voy de la premiere charge1 ie le voy moins en m'y obstinant4 ,ie ne fay rien sans gayet3 et la continuation et contention trop ferme esblout mon iugement1 l'attriste1 et le lasse4 ,ma veu s'y confond1 et s'y dissipe4 ,il faut que ie la retire1 et que ie l'y remette secousses4 ,tout ainsi que pour iuger du lustre de l'escarlatte1 on nous ordonne de passer les yeux pardessus1 en la parcourant diuerses veus1 soudaines reprinses et reiteres4 ,si ce liure me fasche1 i'en prens vn autre1 et ne m'y addonne qu'aux heures1 o l'ennuy de rien faire commence me saisir4 ,ie ne me prens gueres aux nouueaux1 pour ce que les anciens me semblent plus pleins et plus roides3 ny aux ,grecs1 par ce que mon iugement ne sait pas faire ses besoignes d'vne puerile et apprantisse intelligence4 ,entre les liures simplement plaisans1 ie trouue des modernes1 le ,decameron de ,boccace1 ,rabelays1 et les baisers de ,iean second1 s'il les faut loger sous ce tiltre1 dignes qu'on s'y amuse4 ,quant aux ,amadis1 et telles sortes d'escrits1 ils n'ont pas eu le credit d'arrester seulement mon enfance4 ,ie diray encore cecy1 ou hardiment1 ou temerairement1 que cette vieille ame poisante1 ne se laisse plus chatouiller1 non seulement l',arioste1 mais encores au bon ,ouide3 sa facilit1 et ses inuentions1 qui m'ont rauy autresfois1 peine m'entretiennent elles cette heure4 ,ie dy librement mon aduis de toutes choses1 voire et de celles qui surpassent l'aduenture ma suffisance1 et que ie ne tiens aucunement estre de ma iurisdiction4 ,ce que i'en opine1 c'est aussi pour declarer la mesure de ma veu1 non la mesure des choses4 ,quand ie me trouue dgoust de l',axioche de ,platon1 comme d'vn ouurage sans force1 eu esgard vn tel autheur1 mon iugement ne s'en croit pas4 ,il n'est pas si outrecuid de s'opposer l'authorit de tant d'autres fameux iugemens anciens3 qu'il tient ses regens et ses maistres3 et auecq lesquels il est plustost content de faillir4 ,il s'en prend soy1 et se condamne1 ou de s'arrester l'escorce1 ne pouuant penetrer iusques au fonds3 ou de regarder la chose par quelque faux lustre4 ,il se contente de se garentir seulement du trouble et du desreglement3 quant sa foiblesse1 il la reconnoist1 et aduoe volontiers4 ,il pense donner iuste interpretation aux apparences1 que sa conception luy presente3 mais elles sont imbecilles et imparfaictes4 ,la plus part des fables d',esope ont plusieurs sens et intelligences3 ceux qui les mythologisent1 en choisissent quelque visage1 qui quadre bien la fable3 mais pour la pluspart1 ce n'est que le premier visage et superficiel3 il y en a d'autres plus vifs1 plus essentiels et internes1 ausquels ils n'ont seu penetrer3 voyla comme i'en fay4 ,mais pour suyure ma route3 il m'a tousiours sembl1 qu'en la posie1 ,virgile1 ,lucrece1 ,catulle1 et ,horace1 tiennent de bien loing le premier rang3 et signamment ,virgile en ses ,georgiques1 que i'estime le plus accomply ouurage de la posie3 comparaison duquel on peut reconnoistre aysment qu'il y a des endroicts de l'neide1 ausquels l'autheur eust donn encore quelque tour de pigne s'il en eust eu loisir4 ,et le cinquiesme liure en l'neide me semble le plus parfaict4 ,i'ayme aussi ,lucain1 et le practique volontiers1 non tant pour son stile1 que pour sa valeur propre1 et verit de ses opinions et iugemens4 ,quant au bon ,terence1 la mignardise1 et les graces du langage ,latin1 ie le trouue admirable representer au vif les mouuemens de l'ame1 et la condition de nos murs3 toute heure nos actions me reiettent luy4 ,ie ne le puis lire si souuent que ie n'y trouue quelque beaut et grace nouuelle4 ,ceux des temps voisins ,virgile se plaignoient1 dequoy aucuns luy comparoient ,lucrece4 ,ie suis d'opinion1 que c'est la verit vne comparaison inegale3 mais i'ay bien faire me r'asseurer en cette creance1 quand ie me treuue attach quelque beau lieu de ceux de ,lucrece4 ,s'ils se piquoient de cette comparaison1 que diroient ils de la bestise et stupidit barbaresque1 de ceux qui luy comparent cette heure ,arioste3 et qu'en diroit ,arioste luy-mesme8 ,o seclum insipiens et infacetum6 ,i'estime que les anciens auoient encore plus se plaindre de ceux qui apparioient ,plaute ,terence 7cestuy-cy sent bien mieux son ,gentil-homme7 que ,lucrece ,virgile4 ,pour l'estimation et preference de ,terence1 fait beaucoup1 que le pere de l'eloquence ,romaine l'a si souuent en la bouche1 seul de son reng3 et la sentence1 que le premier iuge des potes ,romains donne de son compagnon4 ,il m'est souuent tomb en fantasie1 comme en nostre temps1 ceux qui se meslent de faire des comedies1 ainsi que les ,italiens1 qui y sont assez heureux1 employent trois ou quatre argumens de celles de ,terence1 ou de ,plaute1 pour en faire vne des leurs4 ,ils entassent en vne seule comedie1 cinq ou six contes de ,boccace4 ,ce qui les fait ainsi se charger de matiere1 c'est la deffiance qu'ils ont de se pouuoir soustenir de leurs propres graces4 ,il faut qu'ils trouuent vn corps o s'appuyer3 et n'ayans pas du leur assez dequoy nous arrester1 ils veulent que le conte nous amuse4 ,il en va de mon autheur tout au contraire3 les perfections et beautez de sa faon de dire1 nous font perdre l'appetit de son subiect4 ,sa gentillesse et sa mignardise nous retiennent par tout4 ,il est par tout si plaisant1 ,liquidus1 purque simillimus amni1 et nous remplit tant l'ame de ses graces1 que nous en oublions celles de sa fable4 ,cette mesme consideration me tire plus auant4 ,ie voy que les bons et anciens potes ont euit l'affectation et la recherche1 non seulement des fantastiques eleuations ,espagnoles et ,petrarchistes1 mais des pointes mesmes plus douces et plus retenues1 qui sont l'ornement de tous les ouurages potiques des siecles suyuans4 ,si n'y a il bon iuge qui les trouue dire en ces anciens1 et qui n'admire plus sans comparaison1 l'egale polissure et cette perpetuelle douceur et beaut fleurissante des epigrammes de ,catulle1 que tous les esguillons1 dequoy ,martial esguise la queu des siens4 ,c'est cette mesme raison que ie disoy tantost1 comme ,martial de soy1 minus illi ingenio laborandum fuit1 in cuius locum materia successerat4 ,ces premiers l1 sans s'esmouuoir et sans se picquer se font assez sentir3 ils ont dequoy rire par tout1 il ne faut pas qu'ils se chatouillent3 ceux-cy ont besoing de secours estranger3 mesure qu'ils ont moins d'esprit1 il leur faut plus de corps3 ils montent cheual par ce qu'ils ne sont assez forts sur leurs iambes4 ,tout ainsi qu'en nos bals1 ces hommes de vile condition1 qui en tiennent escole1 pour ne pouuoir representer le port et la decence de nostre noblesse1 cherchent se recommander par des sauts perilleux1 et autres mouuemens estranges et basteleresques4 ,et les dames ont meilleur march de leur contenance1 aux danses o il y a diuerses descoupeures et agitation de corps1 qu'en certaines autres danses de parade1 o elles n'ont simplement qu' marcher vn pas naturel1 et representer vn port naf et leur grace ordinaire4 ,et comme i'ay veu aussi les badins excellens1 vestus en leur tous les iours1 et en vne contenance commune1 nous donner tout le plaisir qui se peut tirer de leur art3 les apprentifs1 qui ne sont de si haute leon1 auoir besoin de s'enfariner le visage1 se trauestir1 se contrefaire en mouuemens de grimaces sauuages1 pour nous apprester rire4 ,cette mienne conception se reconnoist mieux qu'en tout autre lieu1 en la comparaison de l'neide et du ,furieux4 ,celuy-l on le voit aller tire d'aisle1 d'vn vol haut et ferme1 suyuant tousiours sa poincte3 cestuy-cy voleter et sauteler de conte en conte1 comme de branche en branche1 ne se fiant ses aisles1 que pour vne bien courte trauerse3 et prendre pied chasque bout de champ1 de peur que l'haleine et la force luy faille1 ,excurssque breues tentat4 ,voyla donc quant cette sorte de subiects1 les autheurs qui me plaisent le plus4 ,quant mon autre leon1 qui mesle vn peu plus de fruit au plaisir1 par o i'apprens renger mes opinions et conditions1 les liures qui m'y seruent1 c'est ,plutarque1 dpuis qu'il est ,franois1 et ,seneque4 ,ils ont tous deux cette notable commodit pour mon humeur1 que la science que i'y cherche1 y est traicte pieces dcousues1 qui ne demandent pas l'obligation d'vn long trauail1 dequoy ie suis incapable4 ,ainsi sont les ,opuscules de ,plutarque et les ,epistres de ,seneque1 qui sont la plus belle partie de leurs escrits1 et la plus profitable4 ,il ne faut pas grande entreprinse pour m'y mettre1 et les quitte o il me plaist4 ,car elles n'ont point de suite et dependance des vnes aux autres4 ,ces autheurs se rencontrent en la plus part des opinions vtiles et vrayes3 comme aussi leur fortune les fit naistre enuiron mesme siecle3 tous deux precepteurs de deux ,empereurs ,romains3 tous deux venus de pays estranger3 tous deux riches et puissans4 ,leur instruction est de la cresme de la philosophie1 et presente d'vne simple faon et pertinente4 ,plutarque est plus vniforme et constant3 ,seneque plus ondoyant et diuers4 ,cettuy-cy se peine1 se roidit et se tend pour armer la vertu contre la foiblesse1 la crainte1 et les vitieux appetis3 l'autre semble n'estimer pas tant leur effort1 et desdaigner d'en haster son pas et se mettre sur sa garde4 ,plutarque a les opinions ,platoniques1 douces et accommodables la societ ciuile3 l'autre les a ,stoques et ,epicuriennes1 plus esloignes de l'vsage commun1 mais selon moy plus commodes en particulier1 et plus fermes4 ,il paroist en ,seneque qu'il preste vn peu la tyrannie des ,empereurs de son temps3 car ie tiens pour certain1 que c'est d'vn iugement forc1 qu'il condamne la cause de ces genereux meurtriers de ,csar3 ,plutarque est libre par tout4 ,seneque est plein de pointes et saillies1 ,plutarque de choses4 ,celuy l vous eschauffe plus1 et vous esmeut1 cestuy-cy vous contente d'auantage1 et vous paye mieux3 il nous guide1 l'autre nous pousse4 ,quant ,cicero1 les ouurages1 qui me peuuent seruir chez luy mon desseing1 ce sont ceux qui traittent de la philosophie1 specialement morale4 ,mais confesser hardiment la verit 7car puis qu'on a franchi les barrieres de l'impudence1 il n'y a plus de bride7 sa faon d'escrire me semble ennuyeuse3 et toute autre pareille faon4 ,car ses prefaces1 definitions1 partitions1 etymologies1 consument la plus part de son ouurage4 ,ce qu'il y a de vif et de moelle1 est estouff par ces longueries d'apprets4 ,si i'ay employ vne heure le lire1 qui est beaucoup pour moy1 et que ie r'amentoiue ce que i'en ay tir de suc et de substance1 la plus part du temps ie n'y treuue que du vent3 car il n'est pas encor venu aux argumens1 qui seruent son propos1 et aux raisons qui touchent proprement le neud que ie cherche4 ,pour moy1 qui ne demande qu' deuenir plus sage1 non plus sauant ou eloquent1 ces ordonnances logiciennes et ,aristoteliques ne sont pas propos4 ,ie veux qu'on commence par le dernier poinct3 i'entens assez que c'est que mort1 et volupt1 qu'on ne s'amuse pas les anatomizer4 ,ie cherche des raisons bonnes et fermes1 d'arriue1 qui m'instruisent en soustenir l'effort4 ,ny les subtilitez grammairiennes1 ny l'ingenieuse contexture de parolles et d'argumentations1 n'y seruent4 ,ie veux des discours qui donnent la premiere charge dans le plus fort du doubte3 les siens languissent autour du pot4 ,ils sont bons pour l'escole1 pour le barreau1 et pour le sermon1 o nous auons loisir de sommeiller3 et sommes encores vn quart d'heure apres1 assez temps1 pour en retrouuer le fil4 ,il est besoin de parler ainsin aux iuges1 qu'on veut gaigner tort ou droit1 aux enfans1 et au vulgaire1 qui il faut tout dire1 et voir ce qui portera4 ,ie ne veux pas qu'on s'employe me rendre attentif1 et qu'on me crie cinquante fois1 ,or oyez1 la mode de nos heraux4 ,les ,romains disoyent en leur religion1 ,hoc age3 que nous disons en la nostre1 ,sursum corda1 ce sont autant de parolles perdues pour moy4 ,i'y viens tout prepar du logis3 il ne me faut point d'alechement1 ny de saulse3 ie mange bien la viande toute crue3 et au lieu de m'esguiser l'appetit par ces preparatoires et auant-ieux1 on me le lasse et affadit4 ,la licence du temps m'excusera elle de cette sacrilege audace1 d'estimer aussi trainans les dialogismes de ,platon mesme1 estouffans par trop sa matiere8 ,et de pleindre le temps que met ces longues interlocutions vaines et preparatoires1 vn homme1 qui auoit tant de meilleures choses dire8 ,mon ignorance m'excusera mieux1 sur ce que ie ne voy rien en la beaut de son langage4 ,ie demande en general les liures qui vsent des sciences1 non ceux qui les dressent4 ,les deux premiers1 et ,pline1 et leurs semblables1 ils n'ont point de ,hoc age1 ils veulent auoir faire gens qui s'en soyent aduertis eux mesmes3 ou s'ils en ont1 c'est vn1 ,hoc age1 substantiel et qui a son corps part4 ,ie voy aussi volontiers les ,epistres ad ,atticum1 non seulement par ce qu'elles contiennent vne tresample instruction de l',histoire et affaires de son temps3 mais beaucoup plus pour y descouurir ses humeurs priues4 ,car i'ay vne singuliere curiosit1 comme i'ay dict ailleurs1 de connoistre l'ame et les nafs iugemens de mes autheurs4 ,il faut bien iuger leur suffisance1 mais non pas leurs murs1 ny eux par cette montre de leurs escris1 qu'ils talent au theatre du monde4 ,i'ay mille fois regrett1 que nous ayons perdu le liure que ,brutus auoit escrit de la vertu3 car il fait bel apprendre la theorique de ceux qui sauent bien la practique4 ,mais d'autant que c'est autre chose le presche1 que le prescheur3 i'ayme bien autant voir ,brutus chez ,plutarque1 que chez luy-mesme4 ,ie choisiroy plustost de sauoir au vray les deuis qu'il tenoit en sa tente1 quelqu'vn de ses priuez amis1 la veille d'vne bataille1 que les propos qu'il tint le lendemain son arme3 et qu'il faisoit en son cabinet et en sa chambre1 que ce qu'il faisoit emmy la place et au ,senat4 ,quant ,cicero1 ie suis du iugement commun1 que hors la science1 il n'y auoit pas beaucoup d'excellence en son ame3 il estoit bon citoyen1 d'vne nature debonnaire1 comme sont volontiers les hommes gras1 et gosseurs1 tel qu'il estoit1 mais de mollesse et de vanit ambitieuse1 il en auoit sans mentir beaucoup4 ,et si ne say comment l'excuser d'auoir estim sa posie digne d'estre mise en lumiere4 ,ce n'est pas grande imperfection1 que de mal faire des vers1 mais c'est imperfection de n'auoir pas senty combien ils estoyent indignes de la gloire de son nom4 ,quant son eloquence1 elle est du tout hors de comparaison1 ie croy que iamais homme ne l'egalera4 ,le ieune ,cicero1 qui n'a ressembl son pere que de nom1 commandant en ,asie1 il se trouua vn iour en sa table plusieurs estrangers1 et entre autres ,cstius assis au bas bout1 comme on se fourre souuent aux tables ouuertes des grands3 ,cicero s'informa qui il estoit l'vn de ses gents1 qui luy dit son nom3 mais comme celuy qui songeoit ailleurs1 et qui oublioit ce qu'on luy respondoit1 il le luy redemanda encore dpuis deux ou trois fois3 le seruiteur pour n'estre plus en peine de luy redire si souuent mesme chose1 et pour le luy faire cognoistre par quelque circonstance1 ,c'est1 dit-il1 ce ,cstius de qui on vous a dict1 qu'il ne fait pas grand estat de l'eloquence de vostre pere au prix de la sienne3 ,cicero s'estant soudain picqu de cela1 commanda qu'on empoignast ce pauure ,cstius1 et le fit tres-bien fouter en sa presence3 voyla vn mal courtois hoste4 ,entre ceux mesmes1 qui ont estim toutes choses contes cette sienne eloquence incomparable1 il y en a eu1 qui n'ont pas laiss d'y remerquer des fautes4 ,comme ce grand ,brutus son amy1 disoit que c'estoit vne eloquence casse et esrene1 fractam et elumbem4 ,les orateurs voisins de son siecle1 reprenoyent aussi en luy1 ce curieux soing de certaine longue cadance1 au bout de ses clauses1 et notoient ces mots1 esse videatur1 qu'il y employe si souuent4 ,pour moy1 i'ayme mieux vne cadance qui tombe plus court1 coupe en yambes4 ,si mesle il par fois bien rudement ses nombres1 mais rarement4 ,i'en ay remerqu ce lieu mes aureilles4 ,ego ver me minus diu senem esse mallem1 qum esse senem1 antequam essem4 ,les historiens sont ma droitte bale3 car ils sont plaisans et aysez3 et quant et quant l'homme en general1 de qui ie cherche la cognoissance1 y paroist plus vif et plus entier qu'en nul autre lieu3 la variet et verit de ses conditions internes1 en gros et en detail1 la diuersit des moyens de son assemblage1 et des accidents qui le menacent4 ,or ceux qui escriuent les vies1 d'autant qu'ils s'amusent plus aux conseils qu'aux euenemens3 plus ce qui part du dedans1 qu' ce qui arriue au dehors3 ceux l me sont plus propres4 ,voyla pourquoy en toutes sortes1 c'est mon homme que ,plutarque4 ,ie suis bien marry que nous n'ayons vne douzaine de ,lartius1 ou qu'il ne soit plus estendu1 ou plus entendu4 ,car ie suis pareillement curieux de cognoistre les fortunes et la vie de ces grands precepteurs du monde1 comme de cognoistre la diuersit de leurs dogmes et fantasies4 ,en ce genre d'estude des ,histoires1 il faut feuilleter sans distinction toutes sortes d'autheurs et vieils et nouueaux1 et barragouins et ,franois1 pour y apprendre les choses1 dequoy diuersement ils traictent4 ,mais ,csar singulierement me semble meriter qu'on l'estudie1 non pour la science de l',histoire seulement1 mais pour luy mesme3 tant il a de perfection et d'excellence par dessus tous les autres3 quoy que ,salluste soit du nombre4 ,certes ie lis cet autheur auec vn peu plus de reuerence et de respect1 qu'on ne lit les humains ouurages3 tantost le considerant luy-mesme par ses actions1 et le miracle de sa grandeur3 tantost la puret et inimitable polissure de son langage1 qui a surpass non seulement tous les historiens1 comme dit ,cicero1 mais l'aduenture ,cicero mesme4 ,auec tant de syncerit en ses iugemens1 parlant de ses ennemis1 que sauf les fausses couleurs1 dequoy il veut couurir sa mauuaise cause1 et l'ordure de sa pestilente ambition1 ie pense qu'en cela seul on y puisse trouuer redire1 qu'il a est trop espargnant parler de soy3 car tant de grandes choses ne peuuent auoir est executes par luy1 qu'il n'y soit all beaucoup plus du sien1 qu'il n'y en met4 ,i'ayme les historiens1 ou fort simples1 ou excellens4 ,les simples1 qui n'ont point dequoy y mesler quelque chose du leur1 et qui n'y apportent que le soin1 et la diligence de r'amasser tout ce qui vient leur notice1 et d'enregistrer la bonne foy toutes choses1 sans chois et sans triage1 nous laissent le iugement entier1 pour la cognoissance de la verit4 ,tel est entre autres pour exemple1 le bon ,froissard1 qui a march en son entreprise d'vne si franche nafuet1 qu'ayant faict vne faute1 il ne craint aucunement de la recognoistre et corriger1 en l'endroit1 o il en a est aduerty3 et qui nous represente la diuersit mesme des bruits qui couroyent1 et les differens rapports qu'on luy faisoit4 ,c'est la matiere de l',histoire nu et informe3 chacun en peut faire son profit autant qu'il a d'entendement4 ,les bien excellens ont la suffisance de choisir ce qui est digne d'estre seu1 peuuent trier de deux rapports celuy qui est plus vray-semblable3 de la condition des ,princes et de leurs humeurs1 ils en concluent les conseils1 et leur attribuent les paroles conuenables3 ils ont raison de prendre l'authorit de regler nostre creance la leur3 mais certes cela n'appartient gueres de gens4 ,ceux d'entre-deux1 qui est la plus commune faon1 ceux l nous gastent tout3 ils veulent nous mascher les morceaux2 ils se donnent loy de iuger et par consequent d'incliner l',histoire leur fantasie3 car depuis que le iugement pend d'vn cost1 on ne se peut garder de contourner et tordre la narration ce biais4 ,ils entreprennent de choisir les choses dignes d'estre seus1 et nous cachent souuent telle parole1 telle action priue1 qui nous instruiroit mieux3 obmettent pour choses incroyables celles qu'ils n'entendent pas3 et peut estre encore telle chose pour ne la sauoir dire en bon ,latin ou ,franois4 ,qu'ils estalent hardiment leur eloquence et leur discours3 qu'ils iugent leur poste1 mais qu'ils nous laissent aussi dequoy iuger apres eux3 et qu'ils n'alterent ny dispensent par leurs racourcimens et par leur choix1 rien sur le corps de la matiere3 ains qu'ils nous la r'enuoyent pure et entiere en toutes ses dimensions4 ,le plus souuent on trie pour cette charge1 et notamment en ces siecles icy1 des personnes d'entre le vulgaire1 pour cette seule consideration de sauoir bien parler3 comme si nous cherchions d'y apprendre la grammaire3 et eux ont raison n'ayans est gagez que pour cela1 et n'ayans mis en vente que le babil1 de ne se soucier aussi principalement que de cette partie4 ,ainsin force de beaux mots ils nous vont patissant vne belle contexture des bruits1 qu'ils ramassent s carrefours des villes4 ,les seules bonnes ,histoires sont celles1 qui ont est escrites par ceux mesmes qui commandoient aux affaires1 ou qui estoient participans les conduire1 ou au moins qui ont eu la fortune d'en conduire d'autres de mesme sorte4 ,telles sont quasi toutes les ,grecques et ,romaines4 ,car plusieurs tesmoings oculaires ayans escrit de mesme subiect 7comme il aduenoit en ce temps l1 que la grandeur et le sauoir se rencontroient communement7 s'il y a de la faute1 elle doit estre merueilleusement legere1 et sur vn accident fort doubteux4 ,que peut on esperer d'vn medecin traictant de la guerre1 ou d'vn escholier traictant les desseins des ,princes8 ,si nous voulons remerquer la religion1 que les ,romains auoient en cela1 il n'en faut que cet exemple3 ,asinius ,pollio trouuoit s histoires mesme de ,csar quelque mesconte1 en quoy il estoit tomb1 pour n'auoir peu ietter les yeux en tous les endroits de son arme1 et en auoir creu les particuliers1 qui luy rapportoient souuent des choses non assez verifies1 ou bien pour n'auoir est assez curieusement aduerty par ses lieutenans des choses1 qu'ils auoient conduites en son absence4 ,on peut voir par l1 si cette recherche de la verit est delicate1 qu'on ne se puisse pas fier d'vn combat la science de celuy1 qui y a command2 ny aux soldats1 de ce qui s'est pass pres d'eux1 si la mode d'vne information iudiciaire1 on ne confronte les tesmoins1 et reoit les obiects sur la preuue des ponctilles1 de chaque accident4 ,vrayement la connoissance que nous auons de nos affaires est bien plus lasche4 ,mais cecy a est suffisamment traict par ,bodin1 et selon ma conception4 ,pour subuenir vn peu la trahison de ma memoire1 et son defaut1 si extreme1 qu'il m'est aduenu plus d'vne fois1 de reprendre en main des liures1 comme recents1 et moy inconnus1 que i'auoy leu soigneusement quelques annes au parauant1 et barbouill de mes notes3 i'ay pris en coustume dpuis quelque temps1 d'adiouster au bout de chasque liure1 ie dis de ceux desquels ie ne me veux seruir qu'vne fois1 le temps auquel i'ay acheu de le lire1 et le iugement que i'en ay retir en gros3 fin que cela me represente au moins l'air et ide generale que i'auois conceu de l'autheur en le lisant4 ,ie veux icy transcrire aucunes de ces annotations4 ,voicy ce que ie mis il y a enuiron dix ans en mon ,guicciardin3 car quelque langue que parlent mes liures1 ie leur parle en la mienne4 ,il est historiographe diligent1 et duquel mon aduis1 autant exactement que de nul autre1 on peut apprendre la verit des affaires de son temps3 aussi en la pluspart en a-t-il est acteur luy mesme1 et en rang honnorable4 ,il n'y a aucune apparence que par haine1 faueur1 ou vanit il ayt dguis les choses3 dequoy font foy les libres iugemens qu'il donne des grands3 et notamment de ceux1 par lesquels il auoit est auanc1 et employ aux charges1 comme du ,pape ,clement septiesme4 ,quant la partie dequoy il semble se vouloir preualoir le plus1 qui sont ses digressions et discours1 il y en a de bons et enrichis de beaux traits1 mais il s'y est trop pleu4 ,car pour ne vouloir rien laisser dire1 ayant vn suiect si plain et ample et peu pres infiny1 il en deuient lasche1 et sentant vn peu le caquet scholastique4 ,i'ay aussi remerqu cecy1 que de tant d'ames et effects qu'il iuge1 de tant de mouuemens et conseils1 il n'en rapporte iamais vn seul la vertu1 religion1 et conscience3 comme si ces parties l estoyent du tout esteintes au monde3 et de toutes les actions1 pour belles par apparence qu'elles soient d'elles mesmes1 il en reiecte la cause quelque occasion vitieuse1 ou quelque proufit4 ,il est impossible d'imaginer1 que parmy cet infiny nombre d'actions1 dequoy il iuge1 il n'y en ait eu quelqu'vne produite par la voye de la raison4 ,nulle corruption peut auoir saisi les hommes si vniuersellement1 que quelqu'vn n'eschappe de la contagion4 ,cela me fait craindre qu'il y aye vn peu de vice de son goust1 et peut estre aduenu1 qu'il ait estim d'autruy selon soy4 ,en mon ,philippe de ,comines1 il y a cecy3 ,vous y trouuerez le langage doux et aggreable1 d'vne nafue simplicit1 la narration pure1 et en laquelle la bonne foy de l'autheur reluit euidemment1 exempte de vanit parlant de soy1 et d'affection et d'enuie parlant d'autruy3 ses discours et enhortemens1 accompaignez1 plus de bon zele et de verit1 que d'aucune exquise suffisance1 et tout par tout de l'authorit et grauit1 representant son homme de bon lieu1 et leu aux grans affaires4 ,sur les ,memoires de monsieur du ,bellay3 ,c'est toujours plaisir de voir les choses escrites par ceux1 qui ont essay comme il les faut conduire3 mais il ne se peut nier qu'il ne se dcouure evidemment en ces deux ,seigneurs icy vn grand dechet de la franchise et libert d'escrire1 qui reluit s anciens de leur sorte3 comme au ,sire de ,iouinuille domestique de ,s4 ,loys1 ,eginard chancelier de ,charlemaigne1 et de plus fresche memoire en ,philippe de ,comines4 ,c'est icy plustost vn plaidoyer pour le ,roy ,franois1 contre l',empereur ,charles cinquiesme1 qu'vne ,histoire4 ,ie ne veux pas croire1 qu'ils ayent rien chang1 quant au gros du faict1 mais de contourner le iugement des euenemens souuent contre raison1 nostre auantage1 et d'obmettre tout ce qu'il y a de chatouilleux en la vie de leur maistre1 ils en font mestier3 tesmoing les reculemens de ,messieurs de ,montmorency et de ,brion1 qui y sont oubliez1 voire le seul nom de ,madame d',estampes1 ne s'y trouue point4 ,on peut couurir les actions secrettes1 mais de taire ce que tout le monde sait1 et les choses qui ont tir des effects publiques1 et de telle consequence1 c'est vn defaut inexcusable4 ,somme pour auoir l'entiere connoissance du ,roy ,franois1 et des choses aduenus de son temps1 qu'on s'addresse ailleurs1 si on m'en croit4 ,ce qu'on peut faire icy de profit1 c'est par la deduction particuliere des batailles et exploits de guerre1 o ces ,gentils-hommes se sont trouuez3 quelques paroles et actions priues d'aucuns ,princes de leur temps1 et les pratiques et negociations conduites par le ,seigneur de ,langeay1 o il y a tout plein de choses dignes d'estre sceues1 et des discours non vulgaires4 ,,chapitre ,,xi4 ,de la cruaut4 ,,il me semble que la vertu est chose autre1 et plus noble1 que les inclinations la bont1 qui naissent en nous4 ,les ames regles d'elles mesmes et bien nes1 elles suyuent mesme train1 et representent en leurs actions1 mesme visage que les vertueuses4 ,mais la vertu sonne ie ne say quoy de plus grand et de plus actif1 que de se laisser par vne heureuse complexion1 doucement et paisiblement conduire la suite de la raison4 ,celuy qui d'vne douceur et facilit naturelle1 mespriseroit les offences receus1 feroit chose tresbelle et digne de loange3 mais celuy qui picqu et outr iusques au vif d'vne offence1 s'armeroit des armes de la raison contre ce furieux appetit de vengeance1 et apres vn grand conflict1 s'en rendroit en fin maistre1 feroit sans doubte beaucoup plus4 ,celuy-l feroit bien1 et cestuy-cy vertueusement3 l'vne action se pourroit dire bont1 l'autre vertu4 ,car il semble que le nom de la vertu presuppose de la difficult et du contraste1 et qu'elle ne peut s'exercer sans partie4 ,c'est l'auenture pourquoy nous nommons ,dieu bon1 fort1 et liberal1 et iuste1 mais nous ne le nommons pas vertueux4 ,ses operations sont toutes nafues et sans effort4 ,des philosophes non seulement ,stoiciens1 mais encore ,epicuriens 7et cette enchere ie l'emprunte de l'opinion commune1 qui est fauce1 quoy que die ce subtil rencontre d',arcesilas1 celuy qui luy reprochoit1 que beaucoup de gents passoient de son eschole en l',epicurienne1 et iamais au rebours3 ,ie croy bien4 ,des coqs il se fait des chappons assez1 mais des chappons il ne s'en fait iamais des coqs4 ,car la verit en fermet et rigueur d'opinions et de preceptes1 la secte ,epicurienne ne cede aucunement la ,stoique4 ,et vn ,stoicien reconnoissant meilleure foy1 que ces disputateurs1 qui pour combattre ,epicurus1 et se donner beau ieu1 luy font dire ce quoy il ne pensa iamais1 contournans ses paroles gauche1 argumentans par la loy grammairienne1 autre sens de sa faon de parler1 et autre creance1 que celle qu'ils sauent qu'il auoit en l'ame1 et en ses murs1 dit qu'il a laiss d'estre ,epicurien1 pour cette consideration entre autres1 qu'il trouue leur route trop hautaine et inaccessible3 et ij qui vocantur1 sunt et 1 omnsque virtutes et colunt1 et retinent74 ,des philosophes ,stoiciens et ,epicuriens1 dis-ie1 il y en a plusieurs qui ont iug1 que ce n'estoit pas assez d'auoir l'ame en bonne assiette1 bien regle et bien dispose la vertu3 ce n'estoit pas assez d'auoir nos resolutions et nos discours1 au dessus de tous les efforts de ,fortune3 mais qu'il falloit encore rechercher les occasions d'en venir la preuue3 ils veulent quester de la douleur1 de la necessit1 et du mespris1 pour les combattre1 et pour tenir leur ame en haleine3 multum sibi adijcit virtus lacessita4 ,c'est l'vne des raisons1 pourquoy ,epaminondas1 qui estoit encore d'vne tierce secte1 refuse des richesses que la ,fortune luy met en main1 par vne voye tres-legitime3 pour auoir1 dit-il1 s'escrimer contre la pauuret1 en laquelle extreme il se maintint tousiours4 ,socrates s'essayoit1 ce me semble1 encor plus rudement1 conseruant pour son exercice1 la malignit de sa femme1 qui est vn essay fer esmoulu4 ,metellus ayant seul de tous les ,senateurs ,romains entrepris par l'effort de sa vertu1 de soustenir la violence de ,saturninus tribun du peuple ,rome1 qui vouloit toute force faire passer vne loy iniuste1 en faueur de la commune3 et ayant encouru par l1 les peines capitales que ,saturninus auoit establies contre les refusans1 entretenoit ceux1 qui en cette extremit1 le conduisoient en la place de tels propos3 ,que c'estoit chose trop facile et trop lasche que de mal faire2 et que de faire bien1 o il n'y eust point de danger1 c'estoit chose vulgaire3 mais de faire bien1 o il y eust danger1 c'estoit le propre office d'vn homme de vertu4 ,ces paroles de ,metellus nous representent bien clairement ce que ie vouloy verifier1 que la vertu refuse la facilit pour compagne2 et que cette aise1 douce1 et panchante voie1 par o se conduisent les pas reglez d'vne bonne inclination de nature1 n'est pas celle de la vraye vertu4 ,elle demande vn chemin aspre et espineux1 elle veut auoir ou des difficultez estrangeres luicter1 comme celle de ,metellus1 par le moyen desquelles ,fortune se plaist luy rompre la roideur de sa course3 ou des difficultez internes1 que luy apportent les appetits desordonnez et imperfections de nostre condition4 ,ie suis venu iusques icy bien mon aise3 mais au bout de ce discours1 il me tombe en fantasie que l'ame de ,socrates1 qui est la plus parfaicte qui soit venu ma cognoissance1 seroit mon compte vne ame de peu de recommendation4 ,car ie ne puis conceuoir en ce personnage aucun effort de vitieuse concupiscence4 ,au train de sa vertu1 ie n'y puis imaginer aucune difficult ny aucune contrainte3 ie cognoy sa raison si puissante et si maistresse chez luy1 qu'elle n'eust iamais donn moyen vn appetit vitieux1 seulement de naistre4 ,a vne vertu si esleue que la sienne1 ie ne puis rien mettre en teste4 ,il me semble la voir marcher d'vn victorieux pas et triomphant1 en pompe et son aise1 sans empeschement1 ne destourbier4 ,si la vertu ne peut luire que par le combat des appetits contraires1 dirons nous donq qu'elle ne se puisse passer de l'assistance du vice1 et qu'elle luy doiue cela1 d'en estre mise en credit et en honneur8 ,que deuiendroit aussi cette braue et genereuse volupt ,epicurienne1 qui fait estat de nourrir mollement en son giron1 et y faire follatrer la vertu2 luy donnant pour ses iouets1 la honte1 les fieures1 la pauuret1 la mort1 et les gehennes8 ,si ie presuppose que la vertu parfaite se cognoist combattre et porter patiemment la douleur1 soustenir les efforts de la goutte1 sans s'esbranler de son assiette3 si ie luy donne pour son obiect necessaire l'aspret et la difficult1 que deuiendra la vertu qui sera monte tel poinct1 que de non seulement mespriser la douleur1 mais de s'en esiouyr2 et de se faire chatouiller aux pointes d'vne forte colique1 comme est celle que les ,epicuriens ont establie1 et de laquelle plusieurs d'entre eux nous ont laiss par leurs actions1 des preuues tres-certaines8 ,comme ont bien d'autres1 que ie trouue auoir surpass par effect les regles mesmes de leur discipline4 ,tesmoing le ieune ,caton4 ,quand ie le voy mourir et se deschirer les entrailles1 ie ne me puis contenter1 de croire simplement1 qu'il eust lors son ame exempte totalement de trouble et d'effroy3 ie ne puis croire1 qu'il se maintint seulement en cette desmarche1 que les regles de la secte ,stoique luy ordonnoient1 rassise1 sans esmotion et impassible3 il y auoit1 ce me semble1 en la vertu de cet homme1 trop de gaillardise et de verdeur1 pour s'en arrester l4 ,ie croy sans doubte qu'il sentit du plaisir et de la volupt1 en vne si noble action1 et qu'il s'y aggrea plus qu'en autre de celles de sa vie4 ,sic abijt vita1 vt causam moriendi nactum se esse gauderet4 ,ie le croy si auant1 que i'entre en doubte s'il eust voulu que l'occasion d'vn si bel exploict luy fust oste4 ,et si la bont qui luy faisoit embrasser les commoditez publiques plus que les siennes1 ne me tenoit en bride1 ie tomberois aisment en cette opinion1 qu'il sauoit bon gr la ,fortune d'auoir mis sa vertu vne si belle espreuue1 et d'auoir fauoris ce brigand fouler aux pieds l'ancienne libert de sa patrie4 ,il me semble lire en cette action1 ie ne say quelle esiouyssance de son ame1 et vne esmotion de plaisir extraordinaire1 et d'vne volupt virile1 lors qu'elle consideroit la noblesse et haulteur de son entreprise3 ,deliberata morte ferocior4 ,non pas aiguise par quelque esperance de gloire1 comme les iugements populaires et effeminez d'aucuns hommes ont iug3 car cette consideration est trop basse1 pour toucher vn cur si genereux1 si haultain et si roide1 mais pour la beaut de la chose mesme en soy3 laquelle il voyoit bien plus clair1 et en sa perfection1 luy qui en manioyt les ressorts1 que nous ne pouuons faire4 ,la ,philosophie m'a faict plaisir de iuger1 qu'vne si belle action eust est indecemment loge en toute autre vie qu'en celle de ,caton3 et qu' la sienne seule il appartenoit de finir ainsi4 ,pourtant ordonna-il selon raison et son fils et aux ,senateurs qui l'accompagnoyent1 de prouuoir autrement leur faict4 ,catoni1 quum incredibilem natura tribuisset grauitatem1 emque ipse perpetua constantia roborauisset1 semprque in proposito consilio permansisset1 moriendum potius1 qum tyranni vultus aspiciendus erat4 ,toute mort doit estre de mesmes sa vie4 ,nous ne deuenons pas autres pour mourir4 ,i'interprete tousiours la mort par la vie4 ,et si on m'en recite quelqu'vne forte par apparence1 attache vne vie foible3 ie tiens qu'ell' est produitte de cause foible et sortable sa vie4 ,l'aisance donc de cette mort1 et cette facilit qu'il auoit acquise par la force de son ame1 dirons nous qu'elle doiue rabattre quelque chose du lustre de sa vertu8 ,et qui de ceux qui ont la ceruelle tant soit peu teinte de la vraye ,philosophie1 peut se contenter d'imaginer ,socrates1 seulement franc de crainte et de passion1 en l'accident de sa prison1 de ses fers1 et de sa condemnation8 ,et qui ne recognoist en luy1 non seulement de la fermet et de la constance1 c'estoit son assiette ordinaire que celle-l1 mais encore ie ne say quel contentement nouueau1 et vne allegresse enioe en ses propos et faons dernieres8 ,a ce tressaillir1 du plaisir qu'il sent gratter sa iambe1 apres que les fers en furent hors3 accuse-il pas vne pareille douceur et ioye en son ame1 pour estre desenforge des incommodits passes1 et mesme d'entrer en cognoissance des choses aduenir8 ,caton me pardonnera1 s'il luy plaist2 sa mort est plus tragique1 et plus tendue1 mais cette-cy est encore1 ie ne say comment1 plus belle4 ,aristippus ceux qui la plaignoyent1 ,les ,dieux m'en enuoyent vne telle1 fit-il4 ,on voit aux ames de ces deux personnages1 et de leurs imitateurs 7car de semblables1 ie fay grand doubte qu'il y en ait eu7 vne si parfaicte habitude la vertu1 qu'elle leur est passe en complexion4 ,ce n'est plus vertu penible1 ny des ordonnances de la raison1 pour lesquelles maintenir il faille que leur ame se roidisse3 c'est l'essence mesme de leur ame1 c'est son train naturel et ordinaire4 ,ils l'ont rendu telle1 par vn long exercice des preceptes de la ,philosophie1 ayans rencontr vne belle et riche nature4 ,les passions vitieuses1 qui naissent en nous1 ne trouuent plus par o faire entre en eux4 ,la force et roideur de leur ame1 estouffe et esteint les concupiscences1 aussi tost qu'elles commencent s'esbranler4 ,or qu'il ne soit plus beau1 par vne haulte et diuine resolution1 d'empescher la naissance des tentations2 et de s'estre form la vertu1 de maniere que les semences mesmes des vices en soient desracines3 que d'empescher viue force leur progrez2 et s'estant laiss surprendre aux esmotions premieres des passions1 s'armer et se bander pour arrester leur course1 et les vaincre3 et que ce second effect ne soit encore plus beau1 que d'estre simplement garny d'vne nature facile et debonnaire1 et desgouste par soy mesme de la desbauche et du vice1 ie ne pense point qu'il y ait doubte4 ,car cette tierce et derniere faon1 il semble bien qu'elle rende vn homme innocent1 mais non pas vertueux3 exempt de mal faire1 mais non assez apte bien faire4 ,ioint que cette condition est si voisine l'imperfection et la foiblesse1 que ie ne say pas bien comment en demesler les confins et les distinguer4 ,les noms mesmes de bont et d'innocence1 sont cette cause aucunement noms de mespris4 ,ie voy que plusieurs vertus1 comme la chastet1 sobriet1 et temperance1 peuuent arriuer nous1 par deffaillance corporelle4 ,la fermet aux dangers1 si fermet il la faut appeller1 le mespris de la mort1 la patience aux infortunes1 peut venir et se treuue souuent aux hommes1 par faute de bien iuger de tels accidens1 et ne les conceuoir tels qu'ils sont4 ,la faute d'apprehension et la bestise1 contrefont ainsi par fois les effects vertueux4 ,comme i'ay veu souuent aduenir1 qu'on a lou des hommes1 de ce1 dequoy ils meritoyent du blasme4 ,vn ,seigneur ,italien tenoit vne fois ce propos en ma presence1 au des-auantage de sa nation3 ,que la subtilit des ,italiens et la viuacit de leurs conceptions estoit si grande1 qu'ils preuoyoient les dangers et accidens qui leur pouuoyent aduenir1 de si loing1 qu'il ne falloit pas trouuer estrange1 si on les voyoit souuent la guerre prouuoir leur seurt1 voire auant que d'auoir recognu le peril3 que nous et les ,espagnols1 qui n'estions pas si fins1 allions plus outre2 et qu'il nous falloit faire voir l'il et toucher la main1 le danger auant que de nous en effrayer2 et que lors aussi nous n'auions plus de tenue3 mais que les ,allemans et les ,souysses1 plus grossiers et plus lourds1 n'auoyent le sens de se rauiser1 peine lors mesmes qu'ils estoyent accablez soubs les coups4 ,ce n'estoit l'aduenture que pour rire4 ,si est-il bien vray qu'au mestier de la guerre1 les apprentis se iettent bien souuent aux hazards1 d'autre inconsideration qu'ils ne font apres y auoir est eschauldez4 ,haud ignarus1 quantm noua gloria in armis1 ,et prdulce decus1 primo certamine1 possit4 ,voyla pourquoy quand on iuge d'vne action particuliere1 il faut considerer plusieurs circonstances1 et l'homme tout entier qui l'a produicte1 auant la baptizer4 ,pour dire vn mot de moy-mesme3 ,i'ay veu quelque fois mes amis appeller prudence en moy1 ce qui estoit fortune2 et estimer aduantage de courage et de patience1 ce qui estoit aduantage de iugement et opinion2 et m'attribuer vn tiltre pour autre2 tantost mon gain1 tantost ma perte4 ,au demeurant1 il s'en faut tant que ie sois arriu ce premier et plus parfaict degr d'excellence1 o de la vertu il se faict vne habitude2 que du second mesme1 ie n'en ay faict guere de preuue4 ,ie ne me suis mis en grand effort1 pour brider les desirs dequoy ie me suis trouu press4 ,ma vertu1 c'est vne vertu1 ou innocence1 pour mieux dire1 accidentale et fortuite4 ,si ie fusse nay d'vne complexion plus desregle1 ie crains qu'il fust all piteusement de mon faict3 car ie n'ay essay guere de fermet en mon ame1 pour soustenir des passions1 si elles eussent est tant soit peu vehementes4 ,ie ne say point nourrir des querelles1 et du debat chez moy4 ,ainsi1 ie ne me puis dire nul grand-mercy1 dequoy ie me trouue exempt de plusieurs vices3 ,si vitiis mediocribus1 et mea paucis ,mendosa est natura1 alioqui recta1 velut si ,egregio inspersos reprehendas corpore nuos4 ,ie le doy plus ma fortune qu' ma raison4 ,elle m'a faict naistre d'vne race fameuse en preud'hommie1 et d'vn tres-bon pere3 ie ne say s'il a escoul en moy partie de ses humeurs1 ou bien si les exemples domestiques1 et la bonne institution de mon enfance1 y ont insensiblement ayd2 ou si ie suis autrement ainsi nay1 ,seu ,libra1 seu me ,scorpius adspicit ,formidolosus1 pars violentior ,natalis hor1 seu tyrannus ,hesperi ,capricornus vnd4 ,mais tant y a que la pluspart des vices ie les ay de moy mesmes en horreur4 ,la responce d',antisthenes celuy1 qui luy demandoit le meilleur apprentissage3 ,desapprendre le mal3 semble s'arrester cette image4 ,ie les ay1 dis-ie1 en horreur1 d'vne opinion si naturelle et si mienne1 que ce mesme instinct et impression1 que i'en ay apport de la nourrice1 ie l'ay conseru1 sans qu'aucunes occasions me l'ayent seu faire alterer4 ,voire non pas mes discours propres1 qui pour s'estre desbandez en aucunes choses de la route commune1 me licentieroyent aisment des actions1 que cette naturelle inclination me fait har4 ,ie diray vn monstre3 mais ie le diray pourtant4 ,ie trouue par l en plusieurs choses plus d'arrest et de regle en mes murs qu'en mon opinion3 et ma concupiscence moins desbauche que ma raison4 ,aristippus establit des opinions si hardies en faueur de la volupt et des richesses1 qu'il mit en rumeur toute la philosophie l'encontre de luy4 ,mais quant ses murs1 ,dionysius le tyran luy ayant present trois belles garses1 afin qu'il en fist le chois3 il respondit1 qu'il les choisissoit toutes trois1 et qu'il auoit mal prins ,paris d'en preferer vne ses compaignes4 ,mais les ayant conduittes son logis1 il les renuoya1 sans en taster4 ,son vallet se trouuant surcharg en chemin de l'argent qu'il portoit apres luy3 il luy ordonna qu'il en versast et iettast l1 ce qui luy faschoit4 ,et ,epicurus1 duquel les dogmes sont irreligieux et delicats1 se porta en sa vie tres-deuotieusement et laborieusement4 ,il escrit vn sien amy1 qu'il ne vit que de pain bis et d'eaue2 le prie de luy enuoyer vu peu de formage1 pour quand il voudra faire quelque somptueux repas4 ,seroit-il vray1 que pour estre bon tout faict1 il nous le faille estre par occulte1 naturelle et vniuerselle propriet1 sans loy1 sans raison1 sans exemple8 ,les desbordemens1 ausquels ie me suis trouu engag1 ne sont pas ,dieu mercy des pires4 ,ie les ay bien condamnez chez moy1 selon qu'ils le valent3 car mon iugement ne s'est pas trouu infect par eux4 ,au rebours1 ie les accuse plus rigoureusement en moy1 qu'en vn autre4 ,mais c'est tout3 car au demeurant i'y apporte trop peu de resistance1 et me laisse trop aisment pancher l'autre part de la balance1 sauf pour les regler1 et empescher du meslange d'autres vices1 lesquels s'entretiennent et s'entre-enchainent pour la plus part les vns aux autres1 qui ne s'en prend garde4 ,les miens1 ie les ay retranchez et contrains les plus seuls1 et les plus simples que i'ay peu3 nec vltra ,errorem foueo4 ,car quant l'opinion des ,stoiciens1 qui disent1 le sage uurer quand il uure par toutes les vertus ensemble1 quoy qu'il y en ait vne plus apparente selon la nature de l'action3 7et cela leur pourroit seruir aucunement la similitude du corps humain2 car l'action de la colere ne se peut exercer1 que toutes les humeurs ne nous y aydent1 quoy que la colere predomine7 si de l ils veulent tirer pareille consequence2 que quand le fautier faut1 il faut par tous les vices ensemble1 ie ne les en croy pas ainsi simplement2 ou ie ne les entend pas3 car ie sens par effect le contraire4 ,ce sont subtilitez aigus1 insubstantielles1 ausquelles la ,philosophie s'arreste par fois4 ,ie suy quelques vices3 mais i'en fuy d'autres1 autant que sauroit faire vn sainct4 ,aussi desaduoent les ,peripateticiens1 cette connexit et cousture indissoluble3 et tient ,aristote1 qu'vn homme prudent et iuste1 peut estre et intemperant et incontinant4 ,socrates aduooit ceux qui recognoissoient en sa physionomie quelque inclination au vice1 que c'estoit la verit sa propension naturelle1 mais qu'il l'auoit corrige par discipline4 ,et les familiers du philosophe ,stilpo disoient1 qu'estant nay subject au vin et aux femmes1 il s'estoit rendu par estude tresabstinent de l'vn et de l'autre4 ,ce que i'ay de bien1 ie l'ay au rebours1 par le sort de ma naissance3 ie ne le tiens ny de loy ny de precepte ou autre apprentissage4 ,l'innocence qui est en moy1 est vne innocence niaise2 peu de vigueur1 et point d'art4 ,ie hay entre autres vices1 cruellement la cruaut1 et par nature et par iugement1 comme l'extreme de tous les vices4 ,mais c'est iusques telle mollesse1 que ie ne voy pas esgorger vn poulet sans desplaisir1 et ois impatiemment gemir vn lieure sous les dents de mes chiens3 quoy que ce soit vn plaisir violent que la chasse4 ,ceux qui ont combattre la volupt1 vsent volontiers de cet argument1 pour montrer qu'elle est toute vitieuse et des-raisonnable1 que lors qu'elle est en son plus grand effort1 elle nous maistrise de faon1 que la raison n'y peut auoir accez3 et alleguent l'experience que nous en sentons en l'accointance des femmes1 ,cm iam prsagit gaudia corpus1 ,atque in eo est ,venus1 vt muliebria conserat arua4 o il leur semble que le plaisir nous transporte si fort hors de nous1 que nostre discours ne sauroit lors faire son office tout perclus et raui en la volupt4 ,ie say qu'il en peut aller autrement2 et qu'on arriuera par fois1 si on veut1 reietter l'ame sur ce mesme instant1 autres pensemens3 mais il la faut tendre et roidir d'aguet4 ,ie say qu'on peut gourmander l'effort de ce plaisir1 et m'y cognoy bien1 et n'ay point trouu ,venus si imperieuse ,deesse1 que plusieurs et plus reformez que moy1 la tesmoignent4 ,ie ne prens pour miracle1 comme faict la ,royne de ,nauarre1 en l'vn des comptes de son ,heptameron1 qui est vn gentil liure pour son estoffe1 ny pour chose d'extreme difficult1 de passer des nuicts entieres1 en toute commodit et libert1 auec vne maistresse de long temps desire1 maintenant la foy qu'on luy aura engage de se contenter des baisers et simples attouchemens4 ,ie croy que l'exemple du plaisir de la chasse y seroit plus propre3 comme il y a moins de plaisir1 il y a plus de rauissement1 et de surprinse1 par o nostre raison estonne perd ce loisir de se preparer l'encontre3 lors qu'apres vne longue queste1 la beste vient en sursaut se presenter1 en lieu o l'aduenture1 nous l'esperions le moins4 ,cette secousse1 et l'ardeur de ces hues1 nous frappe1 si qu'il seroit malais ceux qui ayment cette sorte de petite chasse1 de retirer sur ce point la pense ailleurs4 ,et les potes font ,diane victorieuse du brandon et des flesches de ,cupidon4 ,quis non malarum1 quas amor curas habet1 ,hc inter obliuiscitur8 ,pour reuenir mon propos1 ie me compassionne fort tendrement des afflictions d'autruy1 et pleurerois aisment par compagnie1 si pour occasion que ce soit1 ie sauois pleurer4 ,il n'est rien qui tente mes larmes que les larmes3 non vrayes seulement1 mais comment que ce soit1 ou feintes1 ou peintes4 ,les morts ie ne les plains guere1 et les enuierois plustost2 mais ie plains bien fort les mourans4 ,les ,sauuages ne m'offensent pas tant1 de rostir et manger les corps des trespassez1 que ceux qui les tourmentent et persecutent viuans4 ,les executions mesme de la iustice1 pour raisonnables qu'elles soient1 ie ne les puis voir d'vne veu ferme4 ,quelqu'vn ayant tesmoigner la clemence de ,iulius ,csar3 ,il estoit1 dit-il1 doux en ses vengeances3 ayant forc les pyrates de se rendre luy1 qui l'auoient auparauant pris prisonnier et mis ranon2 d'autant qu'il les auoit menassez de les faire mettre en croix1 il les y condamna2 mais ce fut apres les auoir faict estrangler4 ,philomon son secretaire1 qui l'auoit voulu empoisonner1 il ne le punit pas plus aigrement que d'vne mort simple4 ,sans dire qui est cet autheur ,latin1 qui ose alleguer pour tesmoignage de clemence1 de seulement tuer ceux1 desquels on a est offenc1 il est ais deuiner qu'il est frapp des vilains et horribles exemples de cruaut1 que les tyrans ,romains mirent en vsage4 ,quant moy1 en la iustice mesme1 tout ce qui est au del de la mort simple1 me semble pure cruaut4 ,et notamment nous1 qui deurions auoir respect d'en enuoyer les ames en bon estat2 ce qui ne se peut1 les ayant agites et desesperes par tourmens insupportables4 ,ces iours passs1 vn soldat prisonnier1 ayant apperceu d'vne tour o il estoit1 que le peuple s'assembloit en la place1 et que des charpantiers y dressoient leurs ouurages1 creut que c'estoit pour luy3 et entr en la resolution de se tuer1 ne trouua qui l'y peust secourir1 qu'vn vieux clou de charrette1 rouill1 que la ,fortune luy offrit4 ,dequoy il se donna premierement deux grands coups autour de la gorge3 mais voyant que ce auoit est sans effect3 bien tost apres1 il s'en donna vn tiers1 dans le ventre1 o il laissa le clou fich4 ,le premier de ses gardes1 qui entra o il estoit1 le trouua en cet estat1 viuant encores3 mais couch et tout affoibly de ses coups4 ,pour emploier le temps auant qu'il deffaillist1 on se hasta de luy prononcer sa sentence4 ,laquelle oue1 et qu'il n'estoit condamn qu' auoir la teste tranche1 il sembla reprendre vn nouueau courage3 accepta du vin1 qu'il auoit refus3 remercia ses iuges de la douceur inespere de leur condemnation4 ,qu'il auoit prins party1 d'appeller la mort1 pour la crainte d'vne mort plus aspre et insupportable3 ayant conceu opinion par les apprests qu'il auoit veu faire en la place1 qu'on le vousist tourmenter de quelque horrible supplice3 et sembla estre deliur de la mort1 pour l'auoir change4 ,ie conseillerois que ces exemples de rigueur1 par le moyen desquels on veut tenir le peuple en office1 s'exerassent contre les corps des criminels4 ,car de les voir priuer de sepulture1 de les voir bouillir1 et mettre quartiers1 cela toucheroit quasi autant le vulgaire1 que les peines1 qu'on fait souffrir aux viuans2 quoy que par effect1 ce soit peu ou rien1 comme ,dieu dit1 ,qui corpus occidunt1 et postea non habent quod faciant4 ,et les potes font singulierement valoir l'horreur de cette peinture1 et au dessus de la mort1 ,heu6 reliquias semiassi regis1 denudatis ossibus1 ,per terram sanie delibutas fd diuexarier4 ,ie me rencontray vn iour ,rome1 sur le point qu'on deffaisoit ,catena1 vn voleur insigne3 on l'estrangla sans aucune emotion de l'assistance1 mais quand on vint le mettre quartiers1 le bourreau ne donnoit coup1 que le peuple ne suiuist d'vne voix pleintiue1 et d'vne exclamation1 comme si chacun eust prest son sentiment cette charongne4 ,il faut exercer ces inhumains excez contre l'escorce1 non contre le vif4 ,ainsin amollit1 en cas aucunement pareil1 ,artaxerxes1 l'aspret des loix anciennes de ,perse2 ordonnant que les ,seigneurs qui auoyent failly en leur estat1 au lieu qu'on les souloit foetter1 fussent despouills1 et leurs vestemens foettez pour eux2 et au lieu qu'on leur souloit arracher les cheueux1 qu'on leur ostast leur hault chappeau seulement4 ,les gyptiens si deuotieux1 estimoyent bien satisfaire la iustice diuine1 luy sacrifians des pourceaux en figure1 et representez4 ,inuention hardie1 de vouloir payer en peinture et en ombrage ,dieu1 substance si essentielle4 ,ie vy en vne saison en laquelle nous abondons en exemples incroyables de ce vice1 par la licence de noz guerres ciuiles3 et ne voit on rien aux histoires anciennes1 de plus extreme1que ce que nous en essayons tous les iours4 ,mais cela ne m'y a nullement appriuois4 ,a peine me pouuoy-ie persuader1 auant que ie l'eusse veu1 qu'il se fust trouu des ames si farouches1 qui pour le seul plaisir du meurtre1 le voulussent commettre2 hacher et destrancher les membres d'autruy2 aiguiser leur esprit inuenter des tourmens inusitez1 et des morts nouuelles1 sans inimiti1 sans proufit1 et pour cette seule fin1 de iouir du plaisant spectacle1 des gestes1 et mouuemens pitoyables1 des gemissemens1 et voix lamentables1 d'vn homme mourant en angoisse4 ,car voyla l'extreme poinct1 o la cruaut puisse atteindre4 ,vt homo hominem1 non iratus1 non timens1 tantum spectaturus occidat4 ,de moy1 ie n'ay pas seu voir seulement sans desplaisir1 poursuiure et tuer vne beste innocente1 qui est sans deffence1 et de qui nous ne receuons aucune offence4 ,et comme il aduient communement que le cerf se sentant hors d'haleine et de force1 n'ayant plus autre remede1 se reiette et rend nous mesmes qui le poursuiuons1 nous demandant mercy par ses larmes1 qustuque cruentus1 ,atque imploranti similis1 ce m'a tousiours sembl vn spectacle tres-deplaisant4 ,ie ne prens guere beste en vie1 qui ie ne redonne les champs4 ,pythagoras les achetoit des pescheurs et des oyseleurs1 pour en faire autant4 ,primque cde ferarum ,incaluisse puto maculatum sanguine ferrum4 ,les naturels sanguinaires l'endroit des bestes1 tesmoignent vne propension naturelle la cruaut4 ,apres qu'on se fut appriuois ,rome aux spectacles des meurtres des animaux1 on vint aux hommes et aux gladiateurs4 ,nature a1 ce crains-ie1 elle mesme attach l'homme quelque instinct l'inhumanit4 ,nul ne prent son esbat voir des bestes s'entreiouer et caresser2 et nul ne faut de le prendre les voir s'entredeschirer et desmembrer4 ,et afin qu'on ne se moque de cette sympathie que i'ay auec elles1 la theologie mesme nous ordonne quelque faueur en leur endroit4 ,et considerant1 qu'vn mesme maistre nous a logez en ce palais pour son seruice1 et qu'elles sont1 comme nous1 de sa famille2 elle a raison de nous enjoindre quelque respect et affection enuers elles4 ,pythagoras emprunta la metempsychose1 des gyptiens1 mais depuis elle a est receu par plusieurs nations1 et notamment par nos ,druides3 ,morte carent anim2 semprque priore relicta ,sede1 nouis domibus viuunt1 habitntque recept4 ,la religion de noz anciens ,gaulois1 portoit que les ames estans eternelles1 ne cessoyent de se remuer et changer de place d'vn corps vn autre3 meslant en outre cette fantasie1 quelque consideration de la iustice diuine4 ,car selon les desportemens de l'ame1 pendant qu'elle auoit est chez ,alexandre1 ils disoient que ,dieu luy ordonnoit vn autre corps habiter1 plus ou moins penible1 et rapportant sa condition3 ,muta ferarum ,cogit vincla pati3 truculentos ingerit vrsis1 ,prdonsque lupis1 fallaces vulpibus addit4 ,atque vbi per varios annos1 per mille figuras ,egit1 ,letho purgatos flumine1 tandem ,rursus ad human reuocat primordia form4 ,si elle auoit est vaillante1 la logeoient au corps d'vn lyon2 si voluptueuse1 en celuy d'vn pourceau2 si lasche1 en celuy d'vn cerf ou d'vn lieure2 si malitieuse1 en celuy d'vn renard2 ainsi du reste2 iusques ce que purifie par ce chastiement1 elle reprenoit le corps de quelque autre homme2 ,ipse ego1 nam memini1 ,troiani tempore belli1 ,panthodes ,euphorbus eram4 ,quant ce cousinage l d'entre nous et les bestes1 ie n'en fay pas grande recepte3 ny de ce aussi que plusieurs nations1 et notamment des plus anciennes et plus nobles1 ont non seulement receu des bestes leur socit et compagnie1 mais leur ont donn vn rang bien loing au dessus d'eux2 les estimans tantost familieres1 et fauories de leurs ,dieux1 et les ayans en respect et reuerence plus qu'humaine2 et d'autres ne recognoissans autre ,dieu1 ny autre diuinit qu'elles4 ,bellu barbaris propter beneficium consecrat3 ,crocodilon adorat ,pars hc1 illa pauet saturam serpentibus ibin1 ,effigies sacri hic nitet aurea cercopitheci2 hic piscem fluminis1 illic ,oppida tota canem venerantur4 ,et l'interpretation mesme que ,plutarque donne cet erreur1 qui est tresbien prise1 leur est encores honorable4 ,car il dit1 que ce n'estoit le chat1 ou le buf1 pour exemple1 que les gyptiens adoroyent2 mais qu'ils adoroyent en ces bestes l1 quelque image des facultez diuines4 ,en cette-cy la patience et l'vtilit3 en cette-l1 la viuacit1 ou comme noz voisins les ,bourguignons auec toute l',allemaigne1 l'impatience de se voir enfermez3 par o ils representoyent la libert1 qu'ils aymoient et adoroient au del de toute autre facult diuine1 et ainsi des autres4 ,mais quand ie rencontre parmy les opinions plus moderes1 les discours qui essayent montrer la prochaine ressemblance de nous aux animaux3 et combien ils ont de part nos plus grands priuileges2 et auec combien de vray-semblance on nous les apparie2 certes i'en rabats beaucoup de nostre presomption1 et me demets volontiers de cette royaut imaginaire1 qu'on nous donne sur les autres creatures4 ,quand tout cela en seroit dire1 si y a-il vn certain respect1 qui nous attache1 et vn general deuoir d'humanit1 non aux bestes seulement1 qui ont vie et sentiment1 mais aux arbres mesmes et aux plantes4 ,nous deuons la iustice aux hommes1 et la grace et la benignit aux autres creatures1 qui en peuuent estre capables4 ,il y a quelque commerce entre elles et nous1 et quelque obligation mutuelle4 ,ie ne crains point dire la tendresse de ma nature si puerile1 que ie ne puis pas bien refuser mon chien la feste1 qu'il m'offre hors de saison1 ou qu'il me demande4 ,les ,turcs ont des aumosnes et des hospitaux pour les bestes3 les ,romains auoient vn soing public de la nourriture des oyes1 par la vigilance desquelles leur ,capitole auoit est sauu3 les ,atheniens ordonnerent que les mules et mulets1 qui auoyent seruy au bastiment du temple appell ,hecatompedon1 fussent libres1 et qu'on les laissast paistre par tout sans empeschement4 ,les ,agrigentins auoyent en vsage commun1 d'enterrer serieusement les bestes1 qu'ils auoient eu cheres3 comme les cheuaux de quelque rare merite1 les chiens et les oyseaux vtiles3 ou mesme qui auoyent seruy de passe-temps leurs enfans4 ,et la magnificence1 qui leur estoit ordinaire en toutes autres choses1 paroissoit aussi singulierement1 la sumptuosit et nombre des monuments esleuez cette fin3 qui ont dur en parade1 plusieurs siecles depuis4 ,les gyptiens enterroyent les loups1 les ours1 les crocodiles1 les chiens1 et les chats1 en lieux sacrs3 embausmoyent leurs corps1 et portoyent le deuil leurs trespas4 ,cimon fit vne sepulture honorable aux iuments1 auec lesquelles il auoit gaign par trois fois le prix de la course aux ieux ,olympiques4 ,l'ancien ,xanthippus fit enterrer son chien sur vn chef1 en la coste de la mer1 qui en a depuis retenu le nom4 ,et ,plutarque faisoit1 dit-il1 conscience1 de vendre et enuoyer la boucherie1 pour vn leger profit1 vn buf qui l'auoit long temps seruy4 ,,chapitre ,,xii4 ,apologie de ,raimond de ,sebonde4 ,c',,est la verit vne tres-vtile et grande partie que la science3 ceux qui la mesprisent tesmoignent assez leur bestise3 mais ie n'estime pas pourtant sa valeur iusques cette mesure extreme qu'aucuns luy attribuent4 ,comme ,herillus le philosophe1 qui logeoit en elle le souuerain bien1 et tenoit qu'il fust en elle de nous rendre sages et contens3 ce que ie ne croy pas3 ny ce que d'autres ont dict1 que la science est mere de toute vertu1 et que tout vice est produit par l'ignorance4 ,si cela est vray1 il est subiect vne longue interpretation4 ,ma maison a est ds long temps ouuerte aux gens de sauoir1 et en est fort cogneu2 car mon pere qui l'a commande cinquante ans1 et plus1 eschauff de cette ardeur nouuelle1 dequoy le ,roy ,franois premier embrassa les lettres et les mit en credit1 rechercha auec grand soin et despence l'accointance des hommes doctes1 les receuant chez luy1 comme personnes sainctes1 et ayans quelque particuliere inspiration de sagesse diuine1 recueillant leurs sentences1 et leurs discours comme des oracles1 et auec d'autant plus de reuerence1 et de religion1 qu'il auoit moins de loy d'en iuger3 car il n'auoit aucune cognoissance des lettres1 non plus que ses predecesseurs4 ,moy ie les ayme bien1 mais ie ne les adore pas4 ,entre autres1 ,pierre ,bunel1 homme de grande reputation de sauoir en son temps1 ayant arrest quelques iours ,montaigne en la compagnie de mon pere1 auec d'autres hommes de sa sorte1 luy fit present au desloger d'vn liure qui s'intitule ,theologia naturalis2 siue ,liber creaturarum1 magistri ,raimondi de ,sebonde4 ,et par ce que la langue ,italienne et ,espagnolle estoient familieres mon pere1 et que ce liure est basty d'vn ,espagnol barragouin en terminaisons ,latines1 il esperoit qu'auec bien peu d'ayde1 il en pourroit faire son profit1 et le luy recommanda1 comme liure tres-vtile et propre la saison1 en laquelle il le luy donna3 ce fut lors que les nouuelletez de ,luther commenoient d'entrer en credit1 et esbranler en beaucoup de lieux nostre ancienne creance4 ,en quoy il auoit vn tresbon aduis2 preuoyant bien par discours de raison1 que ce commencement de maladie declineroit aisment en vn execrable atheisme4 ,car le vulgaire n'ayant pas la facult de iuger des choses par elles mesmes1 se laissant emporter la ,fortune et aux apparences1 apres qu'on luy a mis en main la hardiesse de mespriser et contreroller les opinions qu'il auoit eus en extreme reuerence1 comme sont celles o il va de son salut1 et qu'on a mis aucuns articles de sa religion en doubte et la balance1 il iette tantost apres aisment en pareille incertitude toutes les autres pieces de sa creance1 qui n'auoient pas chez luy plus d'authorit ny de fondement1 que celles qu'on luy a esbranles3 et secoue comme vn ioug tyrannique toutes les impressions1 qu'il auoit receues par l'authorit des loix1 ou reuerence de l'ancien vsage1 ,nam cupid conculcatur nimis ant metutum2 entreprenant deslors en auant1 de ne receuoir rien1 quoy il n'ait interpos son decret1 et prest particulier consentement4 ,or quelques iours auant sa mort1 mon pere ayant de fortune rencontr ce liure soubs vn tas d'autres papiers abandonnez1 me commanda de le luy mettre en ,franois4 ,il faict bon traduire les autheurs1 comme celuy-l1 o il n'y a guere que la matiere representer3 mais ceux qui ont donn beaucoup la grace1 et l'elegance du langage1 ils sont dangereux entreprendre1 nommment pour les rapporter vn idiome plus foible4 ,c'estoit vne occupation bien estrange et nouuelle pour moy3 mais estant de fortune pour lors de loisir1 et ne pouuant rien refuser au commandement du meilleur pere qui fut onques1 i'en vins bout1 comme ie peuz3 quoy il print vn singulier plaisir1 et donna charge qu'on le fist imprimer3 ce qui fut execut apres sa mort4 ,ie trouuay belles les imaginations de cet autheur1 la contexture de son ouurage bien suyuie2 et son dessein plein de piet4 ,par ce que beaucoup de gens s'amusent le lire1 et notamment les dames1 qui nous deuons plus de seruice1 ie me suis trouu souuent mesme de les secourir1 pour descharger leur liure de deux principales obiections qu'on luy faict4 ,sa fin est hardie et courageuse1 car il entreprend par raisons humaines et naturelles1 establir et verifier contre les atheistes tous les articles de la religion ,chrestienne4 ,en quoy1 dire la verit1 ie le trouue si ferme et si heureux1 que ie ne pense point qu'il soit possible de mieux faire en cet argument l2 et croy que nul ne l'a esgal4 ,cet ouurage me semblant trop riche et trop beau1 pour vn autheur1 duquel le nom soit si peu cogneu1 et duquel tout ce que nous sauons1 c'est qu'il estoit ,espagnol1 faisant profession de medecine ,thoulouse1 il y a enuiron deux cens ans2 ie m'enquis autrefois ,adrianus ,turnebus1 qui sauoit toutes choses1 que ce pouuoit estre de ce liure3 il me respondit1 qu'il pensoit que ce fust quelque quinte essence tire de ,s4 ,thomas d',aquin3 car de vray cet esprit l1 plein d'vne erudition infinie et d'vne subtilit admirable1 estoit seul capable de telles imaginations4 ,tant y a que quiconque en soit l'autheur et inuenteur1 et ce n'est pas raison d'oster sans plus grande occasion ,sebonde ce tiltre1 c'estoit vn tres-suffisant homme1 et ayant plusieurs belles parties4 ,la premiere reprehension qu'on fait de son ouurage2 c'est que les ,chrestiens se font tort de vouloir appuyer leur creance1 par des raisons humaines1 qui ne se conoit que par foy1 et par vne inspiration particuliere de la grace diuine4 ,en cette obiection1 il semble qu'il y ait quelque zele de piet3 et cette cause nous faut-il auec autant plus de douceur et de respect essayer de satisfaire ceux qui la mettent en auant4 ,ce seroit mieux la charge d'vn homme vers en la theologie1 que de moy1 qui n'y say rien4 ,toutefois ie iuge ainsi1 qu' vne chose si diuine et si haultaine1 et surpassant de si loing l'humaine intelligence1 comme est cette verit1 de laquelle il a pleu la bont de ,dieu nous esclairer1 il est bien besoin qu'il nous preste encore son secours1 d'vne faueur extraordinaire et priuilegie1 pour la pouuoir conceuoir et loger en nous3 et ne croy pas que les moyens purement humains en soyent aucunement capables4 ,et s'ils l'estoient1 tant d'ames rares et excellentes1 et si abondamment garnies de forces naturelles s siecles anciens1 n'eussent pas failly par leur discours1 d'arriuer cette cognoissance4 ,c'est la foy seule qui embrasse viuement et certainement les hauts mysteres de nostre religion4 ,mais ce n'est pas dire1 que ce soit vne tresbelle et treslouable entreprinse1 d'accommoder encore au seruice de nostre foy1 les vtils naturels et humains1 que ,dieu nous a donnez4 ,il ne faust pas doubter que ce ne soit l'vsage le plus honorable1 que nous leur saurions donner3 et qu'il n'est occupation ny dessein plus digne d'vn homme ,chrestien1 que de viser par tous ses estudes et pensemens embellir1 estendre et amplifier la verit de sa creance4 ,nous ne nous contentons point de seruir ,dieu d'esprit et d'ame3 nous luy deuons encore1 et rendons vne reuerence corporelle3 nous appliquons noz membres mesmes1 et noz mouuements et les choses externes l'honorer4 ,il en faut faire de mesme1 et accompaigner nostre foy de toute la raison qui est en nous3 mais tousiours auec cette reseruation1 de n'estimer pas que ce soit de nous qu'elle despende1 ny que nos efforts et arguments puissent atteindre vne si supernaturelle et diuine science4 ,si elle n'entre chez nous par vne infusion extraordinaire3 si elle y entre non seulement par discours1 mais encore par moyens humains1 elle n'y est pas en sa dignit ny en sa splendeur4 ,et certes ie crain pourtant que nous ne la iouyssions que par cette voye4 ,si nous tenions ,dieu par l'entremise d'vne foy viue3 si nous tenions ,dieu par luy1 non par nous3 si nous auions vn pied et vn fondement diuin1 les occasions humaines n'auroient pas le pouuoir de nous esbranler1 comme elles ont3 nostre fort ne seroit pas pour se rendre vne si foible batterie3 l'amour de la nouuellet1 la contraincte des ,princes1 la bonne fortune d'vn party1 le changement temeraire et fortuite de nos opinions1 n'auroient pas la force de secour et alterer nostre croyance3 nous ne la lairrions pas troubler la mercy d'un nouuel argument1 et la persuasion1 non pas de toute la rhetorique qui fut onques3 nous soustiendrions ces flots d'vne fermet inflexible et immobile3 ,illisos fluctus rupes vt vasta refundit1 ,et varias circm latrantes dissipat vndas ,mole sua4 ,si ce rayon de la diuinit nous touchoit aucunement1 il y paroistroit par tout3 non seulement nos parolles1 mais encore nos operations en porteroient la lueur et le lustre4 ,tout ce qui partiroit de nous1 on le verroit illumin de cette noble clart4 ,nous deurions auoir honte1 qu's sectes humaines il ne fut iamais partisan1 quelque difficult et estranget que maintinst sa doctrine1 qui n'y conformast aucunement ses deportemens et sa vie3 et vne si diuine et celeste institution ne marque les ,chrestiens que par la langue4 ,voulez vous voir cela8 comparez nos murs vn ,mahometan1 vn ,payen1 vous demeurez tousiours au dessoubs4 ,l o au regard de l'auantage de nostre religion1 nous deurions luire en excellence1 d'vne extreme et incomparable distance3 et deuroit on dire1 sont ils si iustes1 si charitables1 si bons8 ils sont donq ,chrestiens4 ,toutes autres apparences sont communes toutes religions3 esperance1 confiance1 euenemens1 ceremonies1 penitence1 martyres4 ,la merque peculiere de nostre verit deuroit estre nostre vertu1 comme elle est aussi la plus celeste merque1 et la plus difficile3 et que c'est la plus digne production de la verit4 ,pourtant eut raison nostre bon ,s4 ,loys1 quand ce ,roy ,tartare1 qui s'estoit faict ,chrestien1 desseignoit de venir ,lyon1 baiser les pieds au ,pape1 et y recognoistre la sanctimonie qu'il esperoit trouuer en nos murs1 de l'en destourner instamment1 de peur qu'au contraire1 nostre desborde faon de viure ne le dgoustast d'vne si saincte creance4 ,combien que depuis il aduint tout diuersement1 cet autre1 lequel estant all ,rome pour mesme effect1 y voyant la dissolution des prelats1 et peuple de ce temps l1 s'establit d'autant plus fort en nostre religion1 considerant combien elle deuoit auoir de force et de diuinit1 maintenir sa dignit et sa splendeur1 parmy tant de corruption1 et en mains si vicieuses4 ,si nous auions vne seule goutte de foy1 nous remuerions les montaignes de leur place1 dict la saincte parole3 nos actions qui seroient guides et accompaignes de la diuinit1 ne seroient pas simplement humaines1 elles auroient quelque chose de miraculeux1 comme nostre croyance4 ,breuis est institutio vit honest beatque1 si credas4 ,les vns font accroire au monde1 qu'ils croyent ce qu'ils ne croyent pas4 ,les autres en plus grand nombre1 se le font accroire eux mesmes1 ne sachants pas penetrer que c'est que croire4 ,nous trouuons estrange si aux guerres1 qui pressent cette heure nostre ,estat1 nous voyons flotter les euenements et diuersifier d'vne maniere commune et ordinaire3 c'est que nous n'y apportons rien que le nostre4 ,la iustice1 qui est en l'vn des partis1 elle n'y est que pour ornement et couuerture3 elle y est bien allegue1 mais elle n'y est ny receu1 ny loge1 ny espouse3 elle y est comme en la bouche de l'aduocat1 non comme dans le cur et affection de la partie4 ,dieu doit son secours extraordinaire la foy et la religion1 non pas nos passions4 ,les hommes y sont conducteurs1 et s'y seruent de la religion3 ce deuroit estre tout le contraire4 ,sentez1 si ce n'est par noz mains que nous la menons3 tirer comme de cire tant de figures contraires1 d'vne regle si droitte et si ferme4 ,quand s'est il veu mieux qu'en ,france en noz iours8 ,ceux qui l'ont prinse gauche1 ceux qui l'ont prinse droitte1 ceux qui en disent le noir1 ceux qui en disent le blanc1 l'employent si pareillement leurs violentes et ambitieuses entreprinses1 s'y conduisent d'vn progrez si conforme en desbordement et iniustice1 qu'ils rendent doubteuse et malaise croire la diuersit qu'ils pretendent de leurs opinions en chose de laquelle depend la conduitte et loy de nostre vie4 ,peut on veoir partir de mesme eschole et discipline des murs plus vnies1 plus vnes8 ,voyez l'horrible impudence dequoy nous pelotons les raisons diuines3 et combien irreligieusement nous les auons et reiettes et reprinses selon que la ,fortune nous a chang de place en ces orages publiques4 ,cette proposition si solenne3 ,s'il est permis au subiect de se rebeller et armer contre son ,prince pour la defense de la religion3 souuienne vous en quelles bouches cette anne passe l'affirmatiue d'icelle estoit l'arc-boutant d'vn parti3 la negatiue1 de quel autre parti c'estoit l'arc-boutant4 ,et oyez present de quel quartier vient la voix et instruction de l'vne et de l'autre3 et si les armes bruyent moins pour cette cause que pour celle l4 ,et nous bruslons les gents1 qui disent1 qu'il faut faire souffrir la verit le ioug de nostre besoing3 et de combien faict la ,france pis que de le dire8 ,confessons la verit1 qui trieroit de l'arme mesme legitime1 ceux qui y marchent par le seul zele d'vne affection religieuse1 et encore ceux qui regardent seulement la protection des loix de leur pays1 ou seruice du ,prince1 il n'en sauroit bastir vne compagnie de gens-darmes complete4 ,d'o vient cela1 qu'il s'en trouue si peu1 qui ayent maintenu mesme volont et mesme progrez en nos mouuemens publiques1 et que nous les voyons tantost n'aller que le pas1 tantost y courir bride auale8 et mesmes hommes1 tantost gaster nos affaires par leur violence et aspret1 tantost par leur froideur1 mollesse et pesanteur2 si ce n'est qu'ils y sont poussez par des considerations particulieres et casuelles1 selon la diuersit desquelles ils se remuent8 ,ie voy cela euidemment1 que nous ne prestons volontiers la deuotion que les offices1 qui flattent noz passions4 ,il n'est point d'hostilit excellente comme la ,chrestienne4 ,nostre zele fait merueilles1 quand il va secondant nostre pente vers la haine1 la cruaut1 l'ambition1 l'auarice1 la detraction1 la rebellion4 ,a contre-poil1 vers la bont1 la benignit1 la temperance1 si1 comme par miracle1 quelque rare complexion ne l'y porte1 il ne va ny de pied1 ny d'aile4 ,nostre religion est faicte pour extirper les vices3 elle les couure1 les nourrit1 les incite4 ,il ne faut point faire barbe de foarre ,dieu1 comme on dict4 ,si nous le croyions1 ie ne dy pas par foy1 mais d'vne simple croyance3 voire1 et ie le dis nostre grande confusion1 si nous le croyions et cognoissions comme vne autre histoire1 comme l'vn de nos compaignons1 nous l'aimerions au dessus de toutes autres choses1 pour l'infinie bont et beaut qui reluit en luy3 au moins marcheroit il en mesme reng de nostre affection1 que les richesses1 les plaisirs1 la gloire et nos amis4 ,le meilleur de nous ne craind point de l'outrager1 comme il craind d'outrager son voisin1 son parent1 son maistre4 ,est-il si simple entendement1 lequel ayant d'vn cost l'obiect d'vn de nos vicieux plaisirs1 et de l'autre en pareille cognoissance et persuasion1 l'estat d'vne gloire immortelle1 entrast1 en bigue de l'vn pour l'autre8 ,et si nous y renonons souuent de pur mespris3 car quelle enuie nous attire au blasphemer1 sinon l'aduenture l'enuie mesme de l'offense8 ,le philosophe ,antisthenes1 comme on l'initioit aux mysteres d',orpheus1 le prestre luy disant1 que ceux qui se vooyent cette religion1 auoyent receuoir apres leur mort des biens eternels et parfaicts3 ,pourquoy si tu le crois ne meurs tu donc toy mesmes8 luy fit-il4 ,diogenes plus brusquement selon sa mode1 et plus loing de nostre propos1 au prestre qui le preschoit de mesme1 de se faire de son ordre1 pour paruenir aux biens de l'autre monde3 ,veux tu pas que ie croye qu',agesilas et ,epaminondas1 si grands hommes1 seront miserables1 et que toy qui n'es qu'vn veau1 et qui ne fais rien qui vaille2 seras bien heureux1 par ce que tu s prestre8 ,ces grandes promesses de la beatitude eternelle si nous les receuions de pareille authorit qu'vn discours philosophique1 nous n'aurions pas la mort en telle horreur que nous auons3 ,non iam se moriens dissolui conquereretur1 ,sed magis ire foras1 vestmque relinquere1 vt anguis1 ,gauderet1 prlonga senex aut cornua ceruus4 ,ie veux estre dissoult1 dirions nous1 et estre aueques ,iesus-,christ4 ,la force du discours de ,platon de l'immortalit de l'ame1 poussa bien aucuns de ses disciples la mort1 pour iour plus promptement des esperances qu'il leur donnoit4 ,tout cela c'est vn signe tres-euident que nous ne receuons nostre religion qu' nostre faon et par nos mains1 et non autrement que comme les autres religions se reoiuent4 ,nous nous sommes rencontrez au pays1 o elle estoit en vsage1 ou nous regardons son anciennet1 ou l'authorit des hommes qui l'ont maintenu1 ou craignons les menaces qu'elle attache aux mescreans1 ou suyuons ses promesses4 ,ces considerations l doiuent estre employes nostre creance1 mais comme subsidiaires3 ce sont liaisons humaines4 ,vne autre region1 d'autres tesmoings1 pareilles promesses et menasses1 nous pourroyent imprimer par mesme voye vne creance contraire4 ,nous sommes ,chrestiens mesme tiltre que nous sommes ou ,perigordins ou ,alemans4 ,et ce que dit ,plato1 qu'il est peu d'hommes si fermes en l'athesme1 qu'vn danger pressant ne ramene la recognoissance de la diuine puissance3 ce rolle ne touche point vn vray ,chrestien4 ,c'est faire aux religions mortelles et humaines1 d'estre receus par vne humaine conduite4 ,quelle foy doit ce estre1 que la laschet et la foiblesse de cur plantent en nous et establissent8 ,plaisante foy1 qui ne croid ce qu'elle croid1 que pour n'auoir le courage de le descroire4 ,vne vitieuse passion1 comme celle de l'inconstance et de l'estonnement1 peut elle faire en nostre ame aucune production regle8 ,ils establissent1 dit-il1 par la raison de leur iugement1 que ce qui se recite des enfers1 et des peines futures est feint1 mais l'occasion de l'experimenter s'offrant lors que la vieillesse ou les maladies les approchent de leur mort3 la terreur d'icelle les remplit d'vne nouuelle creance1 par l'horreur de leur condition venir4 ,et par ce que telles impressions rendent les courages craintifs1 il defend en ses ,loix toute instruction de telles menaces1 et la persuasion que des ,dieux il puisse venir l'homme aucun mal1 sinon pour son plus grand bien quand il y eschoit1 et pour vn medecinal effect4 ,ils recitent de ,bion1 qu'infect des athesmes de ,theodorus1 il auoit est long temps se moquant des hommes religieux3 mais la mort le surprenant1 qu'il se rendit aux plus extremes superstitions3 comme si les ,dieux s'ostoyent et se remettoyent selon l'affaire de ,bion4 ,platon1 et ces exemples1 veulent conclurre1 que nous sommes ramenez la creance de ,dieu1 ou par raison1 ou par force4 ,l'athesme estant vne proposition1 comme desnature et monstrueuse1 difficile aussi1 et malaise d'establir en l'esprit humain1 pour insolent et desregl qu'il puisse estre3 il s'en est veu assez1 par vanit et par fiert de conceuoir des opinions non vulgaires1 et reformatrices du monde1 en affecter la profession par contenance3 qui1 s'ils sont assez fols1 ne sont pas assez forts1 pour l'auoir plante en leur conscience4 ,pourtant ils ne lairront de ioindre leurs mains vers le ciel1 si vous leur attachez vn bon coup d'espe en la poitrine3 et quand la crainte ou la maladie aura abatu et appesanti cette licentieuse ferueur d'humeur volage1 ils ne lairront pas de se reuenir1 et se laisser tout discretement manier aux creances et exemples publiques4 ,autre chose est1 vn dogme serieusement diger1 autre chose ces impressions superficielles3 lesquelles nes de la desbauche d'vn esprit desmanch1 vont nageant temerairement et incertainement en la fantasie4 ,hommes bien miserables et esceruellez1 qui taschent d'estre pires qu'ils ne peuuent6 ,l'erreur du paganisme1 et l'ignorance de nostre saincte verit1 laissa tomber cette grande ame3 mais grande d'humaine grandeur seulement1 encores en cet autre voisin abus1 que les enfans et les vieillars se trouuent plus susceptibles de religion1 comme si elle naissoit et tiroit son credit de nostre imbecillit4 ,le neud qui deuroit attacher nostre iugement et nostre volont1 qui deuroit estreindre nostre ame et ioindre nostre ,createur1 ce deuroit estre vn neud prenant ses repliz et ses forces1 non pas de noz considerations1 de noz raisons et passions1 mais d'vne estreinte diuine et supernaturelle1 n'ayant qu'vne forme1 vn visage1 et vn lustre1 qui est l'authorit de ,dieu et sa grace4 ,or nostre cur et nostre ame estant regie et commande par la foy1 c'est raison qu'elle tire au seruice de son dessein toutes nos autres pieces selon leur porte4 ,aussi n'est-il pas croyable1 que toute cette machine n'ait quelques merques empreintes de la main de ce grand architecte1 et qu'il n'y ait quelque image s choses du monde raportant aucunement l'ouurier1 qui les a basties et formes4 ,il a laiss en ces hauts ouurages le charactere de sa diuinit1 et ne tient qu' nostre imbecillit1 que nous ne le puissions descouurir4 ,c'est ce qu'il nous dit luy-mesme1 que ses operations inuisibles1 il nous les manifeste par les visibles4 ,sebonde s'est trauaill ce digne estude1 et nous montre comment il n'est piece du monde1 qui desmente son facteur4 ,ce seroit faire tort la bont diuine1 si l'vniuers ne consentoit nostre creance4 ,le ciel1 la terre1 les elemens1 nostre corps et nostre ame1 toutes choses y conspirent3 il n'est que de trouuer le moyen de s'en seruir3 elles nous instruisent1 si nous sommes capables d'entendre4 ,car ce monde est vn temple tressainct1 dedans lequel l'homme est introduict1 pour y contempler des statues1 non ouures de mortelle main1 mais celles que la diuine pense a faict sensibles1 le soleil1 les estoilles1 les eaux et la terre1 pour nous representer les intelligibles4 ,les choses inuisibles de ,dieu1 dit ,sainct ,paul1 apparoissent par la creation du monde1 considerant sa sapience eternelle1 et sa diuinit par ses uures4 ,atque adeo faciem cli non inuidet orbi ,ipse ,deus1 vultsque suos corpsque recludit ,semper voluendo2 sque ipsum inculcat et offert1 ,vt bene cognosci possit1 docetque videndo ,qualis eat1 docetque suas attendere leges4 ,or nos raisons et nos discours humains c'est comme la matiere lourde et sterile3 la grace de ,dieu en est la forme3 c'est elle qui y donne la faon et le prix4 ,tout ainsi que les actions vertueuses de ,socrates et de ,caton demeurent vaines et inutiles pour n'auoir eu leur fin1 et n'auoir regard l'amour et obeyssance du vray createur de toutes choses1 et pour auoir ignor ,dieu3 ainsin est-il de nos imaginations et discours3 ils ont quelque corps1 mais vne masse informe1 sans faon et sans iour1 si la foy et grace de ,dieu n'y sont ioinctes4 ,la foy venant teindre et illustrer les argumens de ,sebonde1 elle les rend fermes et solides3 ils sont capables de seruir d'acheminement1 et de premiere guyde vn apprentif1 pour le mettre la voye de cette cognoissance3 ils le faonnent aucunement et rendent capable de la grace de ,dieu1 par le moyen de laquelle se parfournit et se parfaict apres nostre creance4 ,ie say vn homme d'authorit nourry aux lettres1 qui m'a confess auoir est ramen des erreurs de la mescreance par l'entremise des argumens de ,sebonde4 ,et quand on les despoullera de cet ornement1 et du secours et approbation de la foy1 et qu'on les prendra pour fantasies pures humaines1 pour en combatre ceux qui sont precipitez aux espouuantables et horribles tenebres de l'irreligion1 ils se trouueront encores lors1 aussi solides et autant fermes1 que nuls autres de mesme condition qu'on leur puisse opposer4 ,de faon que nous serons sur les termes de dire nos parties1 ,si melius quid habes1 accerse2 vel imperium fer4 ,qu'ils souffrent la force de nos preuues1 ou qu'ils nous en facent voir ailleurs1 et sur quelque autre subiect1 de mieux tissus1 et mieux estoffes4 ,ie me suis sans y penser demy desia engag dans la seconde obiection1 laquelle i'auois propos de respondre pour ,sebonde4 ,aucuns disent que ses argumens sont foibles et ineptes verifier ce qu'il veut1 et entreprennent de les choquer aysment4 ,il faut secour ceux cy vn peu plus rudement3 car ils sont plus dangereux et plus malitieux que les premiers4 ,on couche volontiers les dicts d'autruy la faueur des opinions qu'on a preiuges en soy4 ,a vn atheste tous escrits tirent l'athesme4 ,il infecte de son propre venin la matiere innocente4 ,ceux cy ont quelque preoccupation de iugement qui leur rend le goust fade aux raisons de ,sebonde4 ,au demeurant il leur semble qu'on leur donne beau ieu1 de les mettre en libert de combattre nostre religion par les armes pures humaines1 laquelle ils n'oseroyent attaquer en sa majest pleine d'authorit et de commandement4 ,le moyen que ie prens pour rabatre cette frenesie1 et qui me semble le plus propre1 c'est de froisser et fouler aux pieds l'orgueil1 et l'humaine fiert3 leur faire sentir l'inanit1 la vanit1 et deneantise de l'homme3 leur arracher des poingts1 les chetiues armes de leur raison3 leur faire baisser la teste et mordre la terre1 soubs l'authorit et reuerence de la majest diuine4 ,c'est elle seule qu'appartient la science et la sapience3 elle seule qui peut estimer de soy quelque chose1 et qui nous desrobons ce que nous nous contons1 et ce que nous nous prisons4 4 ,abbattons ce cuider1 premier fondement de la tyrannie du maling esprit4 ,deus superbis resistit3 humilibus autem dat gratiam4 ,l'intelligence est en touts les ,dieux1 dit ,platon1 et point ou peu aux hommes4 ,or c'est cependant beaucoup de consolation l'homme ,chrestien1 de voir nos vtils mortels et caduques1 si proprement assortis nostre foy saincte et diuine3 que lors qu'on les employe aux suiects de leur nature mortels et caduques1 ils n'y soient pas appropriez plus vniement1 ny auec plus de force4 ,voyons donq si l'homme a en sa puissance d'autres raisons plus fortes que celles de ,sebonde3 voire s'il est en luy d'arriuer aucune certitude par argument et par discours4 ,car sainct ,augustin plaidant contre ces gents icy1 a occasion de reprocher leur iniustice1 en ce qu'ils tiennent les parties de nostre creance fauces1 que nostre raison faut establir4 ,et pour montrer qu'assez de choses peuuent estre et auoir est1 desquelles nostre discours ne sauroit fonder la nature et les causes3 il leur met en auant certaines experiences cognus et indubitables1 ausquelles l'homme confesse rien ne veoir4 ,et cela faict il1 comme toutes autres choses1 d'vne curieuse et ingenieuse recherche4 ,il faut plus faire1 et leur apprendre1 que pour conuaincre la foiblesse de leur raison1 il n'est besoing d'aller triant des rares exemples3 et qu'elle est si manque et si aueugle1 qu'il n'y a nulle si claire facilit1 qui luy soit assez claire3 que l'aiz et le malais luy sont vn3 que tous subiects egalement1 et la nature en general desaduou sa iurisdiction et entremise4 ,que nous presche la verit1 quand elle nous presche de fuir la mondaine philosophie3 quand elle nous inculque si souuent1 que nostre sagesse n'est que folie deuant ,dieu3 que de toutes les vanitez la plus vaine c'est l'homme3 que l'homme qui presume de son sauoir1 ne sait pas encore que c'est que sauoir3 et que l'homme1 qui n'est rien1 s'il pense estre quelque chose1 se seduit soy-mesmes1 et se trompe8 ,ces sentences du sainct ,esprit expriment si clairement et si viuement ce que ie veux maintenir1 qu'il ne me faudroit aucune autre preuue contre des gens qui se rendroient auec toute submission et obeyssance son authorit4 ,mais ceux cy veulent estre foutez leurs propres despens1 et ne veulent souffrir qu'on combatte leur raison que par elle mesme4 ,considerons donq pour cette heure1 l'homme seul1 sans secours estranger1 arm seulement de ses armes1 et despourueu de la grace et cognoissance diuine1 qui est tout son honneur1 sa force1 et le fondement de son estre4 ,voyons combien il a de tenu en ce bel equipage4 ,qu'il me face entendre par l'effort de son discours1 sur quels fondemens il a basty ces grands auantages1 qu'il pense auoir sur les autres creatures4 ,qui luy a persuad que ce branle admirable de la voute celeste1 la lumiere eternelle de ces flambeaux roulans si fierement sur sa teste1 les mouuemens espouuentables de cette mer infinie1 soyent establis et se continuent tant de siecles1 pour sa commodit et pour son seruice8 ,est-il possible de rien imaginer si ridicule1 que cette miserable et chetiue creature1 qui n'est pas seulement maistresse de soy1 expose aux offences de toutes choses1 se die maistresse et emperiere de l'vniuers8 duquel il n'est pas en sa puissance de cognoistre la moindre partie1 tant s'en faut de la commander4 ,et ce priuilege qu'il s'attribu d'estre seul en ce grand bastiment1 qui ayt la suffisance d'en recognoistre la beaut et les pieces1 seul qui en puisse rendre graces l'architecte1 et tenir conte de la recepte et mise du monde3 qui luy a seel ce priuilege8 qu'il nous montre lettres de cette belle et grande charge4 ,ont elles est ottroyes en faueur des sages seulement8 ,elles ne touchent guere de gents4 ,les fols et les meschants sont-ils dignes de faueur si extraordinaire8 et estants la pire piece du monde1 d'estre preferez tout le reste8 en croirons nous cestuy-l2 ,quorum igitur causa quis dixerit effectum esse mundum8 ,eorum scilicet animantium1 qu ratione vtuntur2 hi sunt dij et homines1 quibus profect nihil est melius4 ,nous n'aurons iamais assez bafo l'impudence de cet accouplage4 ,mais pauuret qu'a il en soy digne d'vn tel auantage8 ,a considerer cette vie incorruptible des corps celestes1 leur beaut1 leur grandeur1 leur agitation continue d'vne si iuste regle3 ,cm suscipimus magni clestia mundi ,templa super1 stellisque micantibus thra fixum1 ,et venit in mentem ,lun ,solisque viarum3 considerer la domination et puissance que ces corps l ont1 non seulement sur nos vies et conditions de nostre fortune1 ,facta etenim et vitas hominum suspendit ab astris3 mais sur nos inclinations mesmes1 nos discours1 nos volontez3 qu'ils regissent1 poussent et agitent la mercy de leurs influances1 selon que nostre raison nous l'apprend et le trouue3 ,speculatque long ,deprendit tacitis dominantia legibus astra1 ,et totum alterna mundum ratione moueri1 ,fatormque vices certis discernere signis3 voir que non vn homme seul1 non vn ,roy1 mais les monarchies1 les empires1 et tout ce bas monde se meut au branle des moindres mouuements celestes3 ,quantque qum parui faciant discrimina motus3 ,tantum est hoc regnum1 quod regibus imperat ipsis6 si nostre vertu1 nos vices1 nostre suffisance et science1 et ce mesme discours que nous faisons de la force des astres1 et cette comparaison d'eux nous1 elle vient1 comme iuge nostre raison1 par leur moyen et de leur faueur3 ,furit alter amore1 ,et pontum tranare potest et vertere ,troiam1 ,alterius sors est scribendis legibus apta2 ,ecce patrem nati perimunt1 natsque parentes1 ,mutuque armati coeunt in vulnera fratres2 ,non nostrum hoc bellum est1 coguntur tanta mouere1 ,inque suas ferri pnas1 lacerandque membra1 ,hoc quoque fatale est sic ipsum expendere fatum4 nous tenons de la distribution du ciel cette part de raison que nous auons1 comment nous pourra elle esgaler luy8 comment soubs-mettre nostre science son essence et ses conditions8 ,tout ce que nous voyons en ces corps l1 nous estonne2 qu molitio1 qu ferramenta1 qui vectes1 qu machin1 qui ministri tanti operis fuerunt8 pourquoy les priuons nous et d'ame1 et de vie1 et de discours8 y auons nous reconnu quelque stupidit immobile et insensible1 nous qui n'auons aucun commerce auec eux que d'obessance8 ,dirons nous1 que nous n'auons veu en nulle autre creature1 qu'en l'homme1 l'vsage d'vne ame raisonnable8 ,et quoy8 ,auons nous veu quelque chose semblable au soleil8 ,laisse-il d'estre1 par ce que nous n'auons rien veu de semblable8 et ses mouuements d'estre1 par ce qu'il n'en est point de pareils8 ,si ce que nous n'auons pas veu1 n'est pas1 nostre science est merueilleusement raccourcie4 ,qu sunt tant animi angusti8 ,sont ce pas des songes de l'humaine vanit1 de faire de la lune vne terre celeste8 y deuiner des montaignes1 des valles1 comme ,anaxagoras8 y planter des habitations et demeures humaines1 et y dresser des colonies pour nostre commodit1 comme faict ,platon et ,plutarque8 et de nostre terre en faire vn astre esclairant et lumineux8 ,inter ctera mortalitatis incommoda1 et hoc est1 caligo mentium3 nec tantm necessitas errandi1 sed errorum amor4 ,corruptibile corpus aggrauat animam1 et deprimit terrena inhabitatio sensum multa cogitantem4 ,la presomption est nostre maladie naturelle et originelle4 ,la plus calamiteuse et fragile de toutes les creatures c'est l'homme1 et quant et quant1 la plus orgueilleuse4 ,elle se sent et se void loge icy parmy la bourbe et le fient du monde1 attache et cloe la pire1 plus morte et croupie partie de l'vniuers1 au dernier estage du logis1 et le plus esloign de la voute celeste1 auec les animaux de la pire condition des trois3 et se va plantant par imagination au dessus du cercle de la lune1 et ramenant le ciel soubs ses pieds4 ,c'est par la vanit de cette mesme imagination qu'il s'egale ,dieu1 qu'il s'attribue les conditions diuines1 qu'il se trie soy-mesme et separe de la presse des autres creatures1 taille les parts aux animaux ses confreres et compagnons1 et leur distribue telle portion de facultez et de forces1 que bon luy semble4 ,comment cognoist il par l'effort de son intelligence1 les branles internes et secrets des animaux8 par quelle comparaison d'eux nous conclud il la bestise qu'il leur attribue8 ,quand ie me iou ma chatte1 qui sait1 si elle passe son temps de moy plus que ie ne fay d'elle8 ,nous nous entretenons de singerie reciproques4 ,si i'ay mon heure de commencer ou de refuser1 aussi elle la sienne4 ,platon en sa peinture de l'aage dor sous ,saturne1 compte entre les principaux aduantages de l'homme de lors1 la communication qu'il auoit auec les bestes1 desquelles s'enquerant et s'instruisant1 il sauoit les vrayes qualitez1 et differences de chacune d'icelles3 par o il acqueroit vne tres parfaicte intelligence et prudence2 et en conduisoit de bien loing plus heureusement sa vie1 que nous ne saurions faire4 ,nous faut il meilleure preuue iuger l'impudence humaine sur le faict des bestes8 ,ce grand autheur a opin qu'en la plus part de la forme corporelle1 que ,nature leur a donn1 elle a regard seulement l'vsage des prognostications1 qu'on en tiroit en son temps4 ,ce defaut qui empesche la communication d'entre elles et nous1 pourquoy n'est il aussi bien nous qu' elles8 ,c'est deuiner qui est la faute de ne nous entendre point3 car nous ne les entendons non plus qu'elles nous4 ,par cette mesme raison elles nous peuuent estimer bestes1 comme nous les estimons4 ,ce n'est pas grand merueille1 si nous ne les entendons pas1 aussi ne faisons nous les ,basques et les ,troglodytes4 ,toutesfois aucuns se sont vantez de les entendre1 comme ,appollonius ,thyaneus1 ,melampus1 ,tiresias1 ,thales et autres4 ,et puis qu'il est ainsi1 comme disent les cosmographes1 qu'il y a des nations qui reoyuent vn chien pour leur ,roy1 il faut bien qu'ils donnent certaine interpretation sa voix et mouuements4 ,il nous faut remerquer la parit qui est entre nous4 ,nous auons quelque moyenne intelligence de leurs sens1 aussi ont les bestes des nostres1 enuiron mesme mesure4 ,elles nous flattent1 nous menassent1 et nous requierent3 et nous elles4 ,au demeurant nous decouurons bien euidemment1 qu'entre elles il y a vne pleine et entiere communication1 et qu'elles s'entr'entendent1 non seulement celles de mesme espece1 mais aussi d'especes diuerses3 ,et mut pecudes1 et denique secla ferarum ,dissimiles suerunt voces varisque ciuere ,cm metus aut dolor est1 aut cm iam gaudia gliscunt4 ,en certain abboyer du chien le cheual cognoist qu'il y a de la colere3 de certaine autre sienne voix1 il ne s'effraye point4 ,aux bestes mesmes qui n'ont pas de voix1 par la societ d'offices1 que nous voyons entre elles1 nous argumentons aisment quelque autre moyen de communication3 leurs mouuemens discourent et traictent4 ,non alia long ratione atque ipsa videtur ,protrahere ad gestum pueros infantia lingu4 ,pourquoy non1 tout aussi bien que nos muets disputent1 argumentent1 et content des histoires par signes8 ,i'en ay veu de si souples et formez cela1 qu' la verit1 il ne leur manquoit rien la perfection de se sauoir faire entendre4 ,les amoureux se courroussent1 se reconcilient1 se prient1 se remercient1 s'assignent1 et disent en fin toutes choses des yeux4 ,e'l silentio ancor suole ,hauer prieghi e parole4 ,quoy des mains8 nous requerons1 nous promettons1 appellons1 congedions1 menaons1 prions1 supplions1 nions1 refusons1 interrogeons1 admirons1 nombrons1 confessons1 repentons1 craignons1 vergoignons1 doubtons1 instruisons1 commandons1 incitons1 encourageons1 iurons1 tesmoignons1 accusons1 condamnons1 absoluons1 iniurions1 mesprisons1 deffions1 despittons1 flattons1 applaudissons1 benissons1 humilions1 moquons1 reconcilions1 recommandons1 exaltons1 festoyons1 resioussons1 complaignons1 attristons1 desconfortons1 desesperons1 estonnons1 escrions1 taisons3 et quoy non8 d'vne variation et multiplication l'enuy de la langue4 ,de la teste nous conuions1 renuoyons1 aduoons1 desaduoons1 desmentons1 bienueignons1 honorons1 venerons1 dedaignons1 demandons1 esconduisons1 egayons1 lamentons1 caressons1 tansons1 soubsmettons1 brauons1 enhortons1 menaons1 asseurons1 enquerons4 ,quoy des sourcils8 ,quoy des espaules8 ,il n'est mouuement1 qui ne parle1 et vn langage intelligible sans discipline1 et vn langage publique4 ,qui fait1 voyant la variet et vsage distingu des autres1 que cestuy-cy doibt plustost est iug le propre de l'humaine nature4 ,ie laisse part ce que particulierement la necessit en apprend soudain ceux qui en ont besoing3 et les alphabets des doigts1 et grammaires en gestes3 et les sciences qui ne s'exercent et ne s'expriment que par iceux3 et les nations que ,pline dit n'auoir point d'autre langue4 ,vn ambassadeur de la ville d',abdere1 apres auoir longuement parl au ,roy ,agis de ,sparte1 luy demanda3 ,et bien1 ,sire1 quelle responce veux-tu que ie rapporte nos citoyens8 que ie t'ay laiss dire tout ce que tu as voulu1 et tant que tu as voulu1 sans iamais dire mot3 voila pas vn taire parlier et bien intelligible8 ,au reste1 quelle sorte de nostre suffisance ne recognoissons nous aux operations des animaux8 est-il police regle auec plus d'ordre1 diuersifie plus de charges et d'offices1 et plus constamment entretenu1 que celle des mouches miel8 ,cette disposition d'actions et de vacations si ordonne1 la pouuons nous imaginer se conduire sans discours et sans prudence8 ,his quidam signis atque hc exempla sequuti1 ,esse apibus partem diuin mentis1 et haustus thereos dixere4 ,les arondelles que nous voyons au retour du printemps fureter tous les coins de nos maisons1 cherchent elles sans iugement1 et choisissent elles sans discretion de mille places1 celle qui leur est la plus commode se loger8 ,et en cette belle et admirable contexture de leurs bastimens1 les oiseaux peuuent ils se seruir plustost d'vne figure quarre1 que de la ronde1 d'vn angle obtus1 que d'vn angle droit1 sans en sauoir les conditions et les effects8 ,prennent-ils tantost de l'eau1 tantost de l'argile1 sans iuger que la duret s'amollit en l'humectant8 ,planchent-ils de mousse leur palais1 ou de duuet1 sans preuoir que les membres tendres de leurs petits y seront plus mollement et plus l'aise8 ,se couurent-ils du vent pluuieux1 et plantent leur loge l'orient1 sans cognoistre les conditions differentes de ces vents1 et considerer que l'vn leur est plus salutaire que l'autre8 ,pourquoy espessit l'araigne sa toile en vn endroit1 et relasche en vn autre8 se sert cette heure de cette sorte de neud1 tantost de celle-l1 si elle n'a et deliberation1 et pensement1 et conclusion8 ,nous recognoissons assez en la pluspart de leurs ouurages1 combien les animaux ont d'excellence au dessus de nous1 et combien nostre art est foible les imiter4 ,nous voyons toutesfois aux nostres plus grossiers1 les facultez que nous y employons1 et que nostre ame s'y sert de toutes ses forces3 pourquoy n'en estimons nous autant d'eux8 ,pourquoy attribuons nous ie ne say quelle inclination naturelle et seruile1 les ouurages qui surpassent tout ce que nous pouuons par nature et par art8 ,en quoy sans y penser nous leur donnons vn tres-grand auantage sur nous1 de faire que ,nature par vne douceur maternelle les accompaigne et guide1 comme par la main toutes les actions et commoditez de leur vie1 et qu' nous elle nous abandonne au hazard et la fortune1 et quester par art1 les choses necessaires nostre conseruation2 et nous refuse quant et quant les moyens de pouuoir arriuer par aucune institution et contention d'esprit1 la suffisance naturelle des bestes3 de maniere que leur stupidit brutale surpasse en toutes commoditez1 tout ce que peult nostre diuine intelligence4 ,vrayement ce compte nous aurions bien raison de l'appeller vne tres-iniuste marastre4 ,mais il n'en est rien1 nostre police n'est pas si difforme et desregle4 ,nature a embrass vniuersellement toutes ses creatures3 et n'en est aucune1 qu'elle n'ait bien plainement fourny de tous moyens necessaires la conseruation de son estre4 ,car ces plaintes vulgaires que i'oy faire aux hommes 7comme la licence de leurs opinions les esleue tantost au dessus des nus1 et puis les rauale aux ,antipodes7 que nous sommes le seul animal abandonn1 nud sur la terre nu1 li1 garrott1 n'ayant dequoy s'armer et couurir que de la despoulle d'autruy3 l o toutes les autres creatures1 ,nature les a reuestus de coquilles1 de gousses1 d'escorse1 de poil1 de laine1 de pointes1 de cuir1 de bourre1 de plume1 d'escaille1 de toison1 et de soye selon le besoin de leur estre3 les a armes de griffes1 de dents1 de cornes1 pour assaillir et pour defendre1 et les a elle mesmes instruites ce qui leur est propre1 nager1 courir1 voler1 chanter3 l o l'homme ne sait ny cheminer1 ny parler1 ny manger1 ny rien que pleurer sans apprentissage4 ,tum porro puer1 vt suis proiectus ab vndis ,nauita1 nudus humi iacet infans1 indigus omni ,vitali auxilio1 cm primm in luminis oras ,nexibus ex aluo matris natura profudit1 ,vagitque locum lugubri complet1 vt quum est ,cui tantm in vita restet transire malorum4 ,at vari crescunt pecudes1 armenta1 ferque1 ,nec crepitacula eis opus est1 nec cuiquam adhibenda est ,alm nutricis blanda atque infracta loquela2 ,nec varias qurunt vestes pro tempore cli2 ,denique non armis opus est1 non mnibus altis ,queis sua tutentur1 quando omnibus omnia larg ,tellus ipsa parit1 naturque ddala rerum4 ,ces plaintes l sont fauces3 il y a en la police du monde1 vne egalit plus grande1 et vne relation plus vniforme4 ,nostre peau est pourueue aussi suffisamment que la leur1 de fermet contre les iniures du temps1 tesmoing plusieurs nations1 qui n'ont encores essay nul vsage de vestemens4 ,nos anciens ,gaulois n'estoient gueres vestus1 ne sont pas les ,irlandois noz voisins1 soubs vn ciel si froid4 ,mais nous le iugeons mieux par nous mesmes3 car tous les endroits de la personne1 qu'il nous plaist descouurir au vent et l'air1 se trouuent propres le souffrir4 ,s'il y a partie en nous foible1 et qui semble deuoir craindre la froidure1 ce deuroit estre l'estomach1 o se fait la digestion3 noz peres le portoyent descouuert1 et noz ,dames1 ainsi molles et delicates qu'elles sont1 elles s'en vont tantost entr'ouuertes iusques au nombril4 ,les liaisons et emmaillottemens des enfants ne sont non plus necessaires3 et les meres ,lacedemoniennes esleuoient les leurs en toute libert de mouuements de membres1 sans les attacher ne plier4 ,nostre pleurer est commun la plus part des autres animaux1 et n'en est guere qu'on ne voye se plaindre et gemir long temps apres leur naissance3 d'autant que c'est vne contenance bien sortable la foiblesse1 en quoy ils se sentent4 ,quant l'vsage du manger1 il est en nous1 comme en eux1 naturel et sans instruction4 ,sentit enim vim quisque suam quam possit abuti4 ,qui fait doute qu'vn enfant arriu la force de se nourrir1 ne seut quester sa nourriture8 et la terre en produit1 et luy en offre assez pour sa necessit1 sans autre culture et artifice4 ,et sinon en tout temps1 aussi ne fait elle pas aux bestes1 tesmoing les prouisions1 que nous voyons faire aux fourmis et autres1 pour les saisons steriles de l'anne4 ,ces nations1 que nous venons de descouurir1 si abondamment fournies de viande et de breuuage naturel1 sans soing et sans faon1 nous viennent d'apprendre que le pain n'est pas nostre seule nourriture3 et que sans labourage1 nostre mere ,nature nous auoit munis plant de tout ce qu'il nous falloit3 voire1 comme il est vray-semblable1 plus plainement et plus richement qu'elle ne fait present1 que nous y auons mesl nostre artifice3 ,et tellus nitidas fruges1 vinetque lta ,sponte sua primm mortalibus ipsa creauit2 ,ipsa dedit dulces ftus1 et pabula lta2 ,qu nunc vix nostro grandescunt aucta labore1 ,conterimsque boues et vires agricolarum2 le dbordement et desreglement de nostre appetit deuanant toutes les inuentions1 que nous cherchons de l'assouuir4 ,quant aux armes1 nous en auons plus de naturelles que la plus part des autres animaux1 plus de diuers mouuemens de membres1 et en tirons plus de seruice naturellement et sans leon3 ceux qui sont duicts combatre nuds1 on les void se ietter aux hazards pareils aux nostres4 ,si quelques bestes nous surpassent en cet auantage1 nous en surpassons plusieurs autres4 ,et l'industrie de fortifier le corps et le couurir par moyens acquis1 nous l'auons par vn instinct et precepte naturel4 ,qu'il soit ainsi1 l'elephant aiguise et esmoult ses dents1 desquelles il se sert la guerre 7car il en a de particulieres pour cet vsage1 lesquelles il espargne1 et ne les employe aucunement ses autres seruices74 ,quand les taureaux vont au combat1 ils respandent et iettent la poussiere l'entour d'eux3 les sangliers affinent leurs deffences3 et l'ichneumon1 quand il doit venir aux prises auec le crocodile1 munit son corps1 l'enduit et le crouste tout l'entour1 de limon bien serr et bien paistry1 comme d'vne cuirasse4 ,pourquoy ne dirons nous qu'il est aussi naturel de nous armer de bois et de fer8 ,quant au parler1 il est certain1 que s'il n'est pas naturel1 il n'est pas necessaire4 ,toutesfois ie croy qu'vn enfant1 qu'on auroit nourry en pleine solitude1 esloign de tout commerce 7qui seroit vn essay malais faire7 auroit quelque espece de parolle pour exprimer ses conceptions3 et n'est pas croyable1 que ,nature nous ait refus ce moyen qu'elle a donn plusieurs autres animaux4 ,car qu'est-ce autre chose que parler1 cette facult1 que nous leur voyons de se plaindre1 de se resiouyr1 de s'entr'appeller au secours1 se conuier l'amour1 comme ils font par l'vsage de leur voix8 ,comment ne parleroient elles entr'elles8 elles parlent bien nous1 et nous elles4 ,en combien de sortes parlons nous nos chiens1 et ils nous respondent8 ,d'autre langage1 d'autres appellations1 deuisons nous auec eux1 qu'auec les oyseaux1 auec les pourceaux1 les beufs1 les cheuaux3 et changeons d'idiome selon l'espece4 ,cosi per entro loro schiera bruna ,s'ammusa l'vna con l'altra formica1 ,forse spiar lor via1 et lor fortuna4 ,il me semble que ,lactance attribu aux bestes1 non le parler seulement1 mais le rire encore4 ,et la difference de langage1 qui se voit entre nous1 selon la difference des contres1 elle se treuue aussi aux animaux de mesme espece4 ,aristote allegue ce propos le chant diuers des perdrix1 selon la situation des lieux3 ,varique volucres ,long alias alio iaciunt in tempore voces1 ,et partim mutant cum tempestatibus vna ,raucisonos cantus4 ,mais cela est sauoir1 quel langage parleroit cet enfant3 et ce qui s'en dit par diuination1 n'a pas beaucoup d'apparence4 ,si on m'allegue contre cette opinion1 que les sourds naturels ne parlent point3 ie respons que ce n'est pas seulement pour n'auoir peu receuoir l'instruction de la parolle par les oreilles1 mais plustost pource que le sens de l'ouye1 duquel ils sont priuez1 se rapporte celuy du parler1 et se tiennent ensemble d'vne cousture naturelle4 ,en faon1 que ce que nous parlons1 il faut que nous le parlions premierement nous1 et que nous le facions sonner au dedans nos oreilles1 auant que de l'enuoyer aux estrangeres4 ,i'ay dict tout cecy1 pour maintenir cette ressemblance1 qu'il y a aux choses humaines3 et pour nous ramener et ioindre la presse4 ,nous ne sommes ny au dessus1 ny au dessous du reste3 tout ce qui est sous le ciel1 dit le sage1 court vne loy et fortune pareille4 ,indupedita suis fatalibus omnia vinclis4 ,il y a quelque difference1 il y a des ordres et des degrez3 mais c'est soubs le visage d'vne mesme nature3 ,res quque suo ritu procedit1 et omnes ,fdere natur certo discrimina seruant4 ,il faut contraindre l'homme1 et le renger dans les barrieres de cette police4 ,le miserable n'a garde d'eniamber par effect au del3 il est entrau et engag1 il est assubiecty de pareille obligation que les autres creatures de son ordre1 et d'vne condition fort moyenne1 sans aucune prerogatiue1 prexcellence vraye et essentielle4 ,celle qu'il se donne par opinion1 et par fantasie1 n'a ny corps ny goust4 ,et s'il est ainsi1 que luy seul de tous les animaux1 ayt cette libert de l'imagination1 et ce desreglement de penses1 luy representant ce qui est1 ce qui n'est pas2 et ce qu'il veut2 le faulx et le veritable c'est vn aduantage qui luy est bien cher vendu1 et duquel il a bien peu se glorifier3 car de l naist la source principale des maux qui le pressent1 pech1 maladie1 irresolution1 trouble1 desespoir4 ,ie dy donc1 pour reuenir mon propos1 qu'il n'y a point d'apparence d'estimer1 que les bestes facent par inclination naturelle et force1 les mesmes choses que nous faisons par nostre choix et industrie4 ,nous deuons conclurre de pareils effects1 pareilles facultez1 et de plus riches effects des facultez plus riches3 et confesser par consequent1 que ce mesme discours1 cette mesme voye1 que nous tenons uurer1 aussi la tiennent les animaux1 ou quelque autre meilleure4 ,pourquoy imaginons nous en eux cette contrainte naturelle1 nous qui n'en esprouuons aucun pareil effect8 ,ioint qu'il est plus honorable d'estre achemin et oblig reglment agir par naturelle et ineuitable condition1 et plus approchant de la diuinit1 que d'agir reglment par libert temeraire et fortuite2 et plus seur de laisser ,nature1 qu' nous les resnes de nostre conduitte4 ,la vanit de nostre presomption faict1 que nous aymons mieux deuoir noz forces1 qu' sa liberalit1 nostre suffisance3 et enrichissons les autres animaux des biens naturels1 et les leur renonons1 pour nous honorer et annoblir des biens acquis3 par vne humeur bien simple1 ce me semble3 car ie priseroy bien autant des graces toutes miennes et nafues1 que celles que i'aurois est mendier et quester de l'apprentissage4 ,il n'est pas en nostre puissance d'acquerir vne plus belle recommendation que d'estre fauoris de ,dieu et de ,nature4 ,par ainsi le renard1 dequoy se seruent les habitans de la ,thrace1 quand ils veulent entreprendre de passer par dessus la glace de quelque riuiere gele1 et le laschent deuant eux pour cet effect1 quand nous le verrions au bord de l'eau approcher son oreille bien pres de la glace1 pour sentir s'il orra d'vne longue ou d'vne voisine distance1 bruire l'eau courant au dessoubs1 et selon qu'il trouue par l1 qu'il y a plus ou moins d'espesseur en la glace1 se reculer1 ou s'auancer1 n'aurions nous pas raison de iuger qu'il luy passe par la teste ce mesme discours1 qu'il feroit en la nostre3 que c'est vne ratiocination et consequence tire du sens naturel3 ,ce qui fait bruit1 se remue2 ce qui se remue1 n'est pas gel2 ce qui n'est pas gel est liquide1 et ce qui est liquide plie soubs le faix8 ,car d'attribuer cela seulement vne viuacit du sens de l'ouye1 sans discours et sans consequence1 c'est vne chimere1 et ne peut entrer en nostre imagination4 ,de mesme faut-il estimer de tant de sortes de ruses et d'inuentions1 dequoy les bestes se couurent des entreprises que nous faisons sur elles4 ,et si nous voulons prendre quelque aduantage de cela mesme1 qu'il est en nous de les saisir1 de nous en seruir1 et d'en vser nostre volont1 ce n'est que ce mesme aduantage1 que nous auons les vns sur les autres4 ,nous auons cette condition noz esclaues1 et les ,climacides estoient ce pas des femmes en ,syrie qui seruoyent couches quatre pattes1 de marchepied et d'eschelle aux dames monter en coche8 ,et la plus part des personnes libres1 abandonnent pour bien legeres commoditez1 leur vie1 et leur estre la puissance d'autruy4 ,les femmes et concubines des ,thraces plaident qui sera choisie pour estre tue au tumbeau de son mary4 ,les tyrans ont-ils iamais failly de trouuer assez d'hommes vouez leur deuotion3 aucuns d'eux adioustans d'auantage cette necessit de les accompagner la mort1 comme en la vie8 ,des armes entieres se sont ainsin obliges leurs ,capitaines4 ,la formule du serment en cette rude escole des escrimeurs outrance1 portoit ces promesses3 ,nous iurons de nous laisser enchainer1 brusler1 battre1 et tuer de glaiue1 et souffrir tout ce que les gladiateurs legitimes souffrent de leur maistre2 engageant tresreligieusement et le corps et l'ame son seruice3 ,vre meum1 si vis1 flamma caput1 et pete ferro ,corpus1 et intorto verbere terga seca4 ,c'estoit vne obligation veritable1 et si il s'en trouuoit dix mille telle anne1 qui y entroyent et s'y perdoyent4 ,quand les ,scythes enterroyent leur ,roy1 ils estrangloyent sur son corps1 la plus fauorie de ses concubines1 son eschanson1 escuyer d'escuirie1 chambellan1 huissier de chambre et cuisinier4 ,et en son anniuersaire ils tuoyent cinquante cheuaux montez de cinquante pages1 qu'ils auoyent empal par l'espine du dos iusques au gozier1 et les laissoyent ainsi plantez en parade autour de la tombe4 ,les hommes qui nous seruent1 le font meilleur march1 et pour vn traictement moins curieux et moins fauorable1 que celuy que nous faisons aux oyseaux1 aux cheuaux1 et aux chiens4 ,a quel soucy ne nous demettons nous pour leur commodit8 ,il ne me semble point1 que les plus abiects seruiteurs facent volontiers pour leurs maistres1 ce que les ,princes s'honorent de faire pour ces bestes4 ,diogenes voyant ses parents en peine de le rachetter de seruitude3 ,ils sont fols1 disoit-il1 c'est celuy qui me traitte et nourrit1 qui me sert2 et ceux qui entretiennent les bestes1 se doiuent dire plustost les seruir1 qu'en estre seruis4 ,et si elles ont cela de plus genereux1 que iamais lyon ne s'asseruit vn autre lyon1 ny vn cheual vn autre cheual par faute de cur4 ,comme nous allons la chasse des bestes1 ainsi vont les tigres et les lyons la chasse des hommes3 et ont vn pareil exercice les vnes sur les autres3 les chiens sur les lieures1 les brochets sur les tanches1 les arondeles sur les cigales1 les esperuiers sur les merles et sur les allouettes3 ,serpente ciconia pullos ,nutrit1 et inuenta per deuia rura lacerta1 ,et leporem aut capream famul ,iouis et generos ,in saltu venantur aues4 ,nous partons le fruict de nostre chasse auec noz chiens et oyseaux1 comme la peine et l'industrie4 ,et au dessus d',amphipolis en ,thrace1 les chasseurs et les faucons sauuages1 partent iustement le butin par moiti3 comme le long des palus ,motides1 si le pescheur ne laisse aux loups de bonne foy1 vne part esgale de sa prise1 ils vont incontinent deschirer ses rets4 ,et comme nous auons vne chasse1 qui se conduit plus par subtilit1 que par force1 comme celle des colliers de noz lignes et de l'hameon1 il s'en void aussi de pareilles entre les bestes4 ,aristote dit1 que la ,seche iette de son col vn boyau long comme vne ligne1 qu'elle estand au loing en le laschant1 et le retire soy quand elle veut3 mesure qu'elle apperoit quelque petit poisson s'approcher1 elle luy laisse mordre le bout de ce boyau1 estant cache dans le sable1 ou dans la vase1 et petit petit le retire iusques ce que ce petit poisson soit si prs d'elle1 que d'vn sault elle puisse l'attraper4 ,quant la force1 il n'est animal au monde en butte de tant d'offences1 que l'homme3 il ne nous faut point vne balaine1 vn elephant1 et vn crocodile1 ny tels autres animaux1 desquels vn seul est capable de deffaire vn grand nombre d'hommes3 les poulx sont suffisans pour faire vacquer la dictature de ,sylla3 c'est le desieuner d'vn petit ver1 que le cur et la vie d'vn grand et triomphant ,empereur4 ,pourquoy disons nous1 que c'est l'homme science et cognoissance bastie par art et par discours1 de discerner les choses vtiles son viure1 et au secours de ses maladies1 de celles qui ne le sont pas1 de cognoistre la force de la rubarbe et du polypode2 et quand nous voyons les cheures de ,candie1 si elles ont receu vn coup de traict1 aller entre vn million d'herbes choisir le dictame pour leur guerison1 et la tortue quand elle a mang de la vipere1 chercher incontinent de l'origanum pour se purger1 le dragon fourbir et esclairer ses yeux auecques du fenoil1 les cigongnes se donner elles mesmes des clysteres tout de l'eau de marine1 les elephans arracher non seulement de leur corps et de leurs compagnons1 mais des corps aussi de leurs maistres1 tesmoin celuy du ,roy ,porus qu',alexandre deffit1 les iauelots et les dardz qu'on leur a iettez au combat1 et les arracher si dextrement1 que nous ne le saurions faire auec si peu de douleur3 pourquoy ne disons nous de mesmes1 que c'est science et prudence8 ,car d'alleguer1 pour les deprimer1 que c'est par la seule instruction et maistrise de ,nature1 qu'elles le sauent1 ce n'est pas leur oster le tiltre de science et de prudence3 c'est la leur attribuer plus forte raison qu' nous1 pour l'honneur d'vne si certaine maistresse d'escole4 ,chrysippus1 bien qu'en toutes autres choses autant desdaigneux iuge de la condition des animaux1 que nul autre ,philosophe1 considerant les mouuements du chien1 qui se rencontrant en vn carrefour trois chemins1 ou la queste de son maistre qu'il a esgar1 ou la poursuitte de quelque proye qui fuit deuant luy1 va essayant vn chemin apres l'autre1 et apres s'estre asseur des deux1 et n'y auoir trouu la trace de ce qu'il cherche1 s'eslance dans le troisiesme sans marchander3 il est contraint de confesser1 qu'en ce chien l1 vn tel discours se passe3 ,i'ay suiuy iusques ce carre-four mon maistre la trace1 il faut necessairement qu'il passe par l'vn de ces trois chemins3 ce n'est ny par cettuy-cy1 ny par celuy-l1 il faut donc infailliblement qu'il passe par cet autre3 et que s'asseurant par cette conclusion et discours1 il ne se sert plus de son sentiment au troisiesme chemin1 ny ne le sonde plus1 ains s'y laisse emporter par la force de la raison4 ,ce traict purement dialecticien1 et cet vsage de propositions diuises et conioinctes1 et de la suffisante enumeration des parties1 vaut-il pas autant que le chien le sache de soy que de ,trapezonce8 ,si ne sont pas les bestes incapables d'estre encore instruites nostre mode4 ,les merles1 les corbeaux1 les pies1 les perroquets1 nous leur apprenons parler3 et cette facilit1 que nous recognoissons nous fournir leur voix et haleine si souple et si maniable1 pour la former et l'astreindre certain nombre de lettres et de syllabes1 tesmoigne qu'ils ont vn discours au dedans1 qui les rend ainsi disciplinables et volontaires apprendre4 ,chacun est saoul1 ce croy-ie1 de voir tant de sortes de cingeries que les batteleurs apprennent leurs chiens3 les dances1 o ils ne faillent vne seule cadence du son qu'ils oyent2 plusieurs diuers mouuemens et saults qu'ils leur font faire par le commandement de leur parolle3 mais ie remerque auec plus d'admiration cet effect1 qui est toutes-fois assez vulgaire1 des chiens dequoy se seruent les aueugles1 et aux champs et aux villes3 ie me suis pris garde comme ils s'arrestent certaines portes1 d'o ils ont accoustum de tirer l'aumosne1 comme ils euitent le choc des coches et des charrettes1 lors mesme que pour leur regard1 ils ont assez de place pour leur passage3 i'en ay veu le long d'vn foss de ville1 laisser vn sentier plain et vni1 et en prendre vn pire1 pour esloigner son maistre du foss4 ,comment pouuoit-on auoir faict conceuoir ce chien1 que c'estoit sa charge de regarder seulement la seuret de son maistre1 et mespriser ses propres commoditez pour le seruir8 et comment auoit-il la cognoissance que tel chemin luy estoit bien assez large1 qui ne le seroit pas pour vn aueugle8 ,tout cela se peut-il comprendre sans ratiocination8 ,il ne faut pas oublier ce que ,plutarque dit auoir veu ,rome d'vn chien1 auec l',empereur ,vespasian le pere au ,theatre de ,marcellus4 ,ce chien seruoit vn batteleur qui iooit vne fiction plusieurs mines et plusieurs personnages1 et y auoit son rolle4 ,il falloit entre autres choses qu'il contrefist pour vn temps le mort1 pour auoir mang de certaine drogue3 apres auoir auall le pain qu'on feignoit estre cette drogue1 il commena tantost trembler et branler1 comme s'il eust est estourdy3 finalement s'estendant et se roidissant1 comme mort1 il se laissa tirer et trainer d'vn lieu autre1 ainsi que portoit le subject du ieu1 et puis quand il cogneut qu'il estoit temps1 il commena premierement se remuer tout bellement1 ainsi que s'il se fust reuenu d'vn profond sommeil1 et leuant la teste regarda et l d'vne faon qui estonnoit tous les assistans4 ,les bufs qui seruoyent aux iardins ,royaux de ,suse1 pour les arrouser et tourner certaines grandes rous puiser de l'eau1 ausquelles il y a des baquets attachez1 comme il s'en voit plusieurs en ,languedoc1 on leur auoit ordonn d'en tirer par iour iusques cent tours chacun1 ils estoient si accoustumez ce nombre1 qu'il estoit impossible par aucune force de leur en faire tirer vn tour dauantage1 et ayans faict leur tasche ils s'arrestoient tout court4 ,nous sommes en l'adolescence auant que nous sachions compter iusques cent1 et venons de descouurir des nations qui n'ont aucune cognoissance des nombres4 ,il y a encore plus de discours instruire autruy qu' estre instruit4 ,or laissant part ce que ,democritus iugeoit et prouuoit1 que la plus part des arts1 les bestes nous les ont apprises3 comme l'araigne tistre et coudre1 l'arondelle bastir1 le cigne et le rossignol la musique1 et plusieurs animaux par leur imitation faire la medecine3 ,aristote tient que les rossignols instruisent leurs petits chanter1 et y employent du temps et du soing3 d'o il aduient que ceux que nous nourrissons en cage1 qui n'ont point eu loisir d'aller l'escole soubs leurs parens1 perdent beaucoup de la grace de leur chant4 ,nous pouuons iuger par l1 qu'il reoit de l'amendement par discipline et par estude4 ,et entre les libres mesme1 il n'est pas vng et pareil2 chacun en a pris selon sa capacit4 ,et sur la ialousie de leur apprentissage1 ils se debattent l'enuy1 d'vne contention si courageuse1 que par fois le vaincu y demeure mort1 l'aleine luy faillant plustost que la voix4 ,les plus ieunes ruminent pensifs1 et prennent imiter certains couplets de chanson3 le disciple escoute la leon de son precepteur1 et en rend compte auec grand soing3 ils se taisent l'vn tantost1 tantost l'autre3 on oyt corriger les fautes1 et sent-on aucunes reprehensions du precepteur4 ,i'ay veu1 dit ,arrius1 autresfois vn elephant ayant chacune cuisse vn cymbale pendu1 et vn autre attach sa trompe1 au son desquels tous les autres danoyent en rond1 s'esleuans et s'inclinans certaines cadences1 selon que l'instrument les guidoit1 et y auoit plaisir ouyr cette harmonie4 ,aux spectacles de ,rome1 il se voyoit ordinairement des elephans dressez se mouuoir et dancer au son de la voix1 des dances plusieurs entrelasseures1 coupeures et diuerses cadances tres-difficiles apprendre4 ,il s'en est veu1 qui en leur priu rememoroient leur leon1 et s'exeroyent par soing et par estude pour n'estre tancez et battuz de leurs maistres4 ,mais cett'autre histoire de la pie1 de laquelle nous auons ,plutarque mesme pour respondant1 est estrange4 ,elle estoit en la boutique d'vn barbier ,rome1 et faisoit merueilles de contrefaire auec la voix tout ce qu'elle oyoit4 ,vn iour il aduint que certaines trompettes s'arresterent sonner long temps deuant cette boutique3 depuis cela et tout le lendemain1 voyla cette pie pensiue1 muette et melancholique2 dequoy tout le monde estoit esmerueill1 et pensoit-on que le son des trompettes l'eust ainsin estourdie et estonne2 et qu'auec l'ouye1 la voix se fust quant et quant esteinte4 ,mais on trouua en fin1 que c'estoit vne estude profonde1 et vne retraicte en soy-mesmes1 son esprit s'exercitant et preparant sa voix1 representer le son de ces trompettes3 de maniere que sa premiere voix ce fut celle l1 d'exprimer parfaictement leurs reprises1 leurs poses1 et leurs nuances2 ayant quict par ce nouuel apprentissage1 et pris desdain tout ce qu'elle sauoit dire auparauant4 ,ie ne veux pas obmettre d'alleguer aussi cet autre exemple d'vn chien1 que ce mesme ,plutarque dit auoir veu 7car quant l'ordre1 ie sens bien que ie le trouble1 mais ie n'en obserue non plus renger ces exemples1 qu'au reste de toute ma besongne7 luy estant dans vn nauire1 ce chien estant en peine d'auoir l'huyle qui estoit dans le fond d'vne cruche1 o il ne pouuoit arriuer de la langue1 pour l'estroite emboucheure du vaisseau1 alla querir des cailloux1 et en mit dans cette cruche iusques ce qu'il eust faict hausser l'huyle plus pres du bord1 o il la peust atteindre4 ,cela qu'est-ce1 si ce n'est l'effect d'vn esprit bien subtil8 ,on dit que les corbeaux de ,barbarie en font de mesme1 quand l'eau qu'ils veulent boire est trop basse4 ,cette action est aucunement voisine de ce que recitoit des elephans1 vn ,roy de leur nation1 ,iuba2 que quand par la finesse de ceux qui les chassent1 l'vn d'entre eux se trouue pris dans certaines fosses profondes qu'on leur prepare1 et les recouure lon de menues brossailles pour les tromper1 ses compagnons y apportent en diligence force pierres1 et pieces de bois1 afin que cela l'ayde s'en mettre hors4 ,mais cet animal rapporte en tant d'autres effects l'humaine suffisance1 que si ie vouloy suiure par le menu ce que l'experience en a appris1 ie gaignerois aisment ce que ie maintiens ordinairement1 qu'il se trouue plus de difference de tel homme tel homme1 que de tel animal tel homme4 ,le gouuerneur d'vn elephant en vne maison priue de ,syrie1 desroboit tous les repas1 la moiti de la pension qu'on luy auoit ordonne3 vn iour le maistre voulut luy-mesme le penser1 versa dans sa mangeoire la iuste mesure d'orge1 qu'il luy auoit prescrite1 pour sa nourriture3 l'elephant regardant de mauuais il ce gouuerneur1 separa auec la trompe1 et en mit part la moiti1 declarant par l le tort qu'on luy faisoit4 ,et vn autre1 ayant vn gouuerneur qui mesloit dans sa mangeaille des pierres pour en croistre la mesure1 s'approcha du pot o il faisoit cuyre sa chair pour son disner1 et le luy remplit de cendre4 ,cela ce sont des effects particuliers3 mais ce que tout le monde a veu1 et que tout le monde sait1 qu'en toutes les armes qui se conduisoyent du pays de ,leuant1 l'vne des plus grandes forces consistoit aux elephans1 desquels on tiroit des effects sans comparaison plus grands que nous ne faisons present de nostre artillerie1 qui tient peu pres leur place en vne battaille ordonne 7cela est ais iuger ceux qui cognoissent les histoires anciennes7 ,si quidem ,tyrio seruire solebant ,annibali1 et nostris ducibus1 regique ,molosso1 ,horum maiores1 et dorso ferre cohortes1 ,partem aliquam belli1 et euntem in prlia turrim4 ,il falloit bien qu'on se respondist bon escient de la creance de ces bestes et de leur discours1 leur abandonnant la teste d'vne battaille2 l o le moindre arrest qu'elles eussent seu faire1 pour la grandeur et pesanteur de leur corps1 le moindre effroy qui leur eust faict tourner la teste sur leurs gens1 estoit suffisant pour tout perdre4 ,et s'est veu peu d'exemples1 o cela soit aduenu1 qu'ils se reiectassent sur leurs trouppes1 au lieu que nous mesmes nous reiectons les vns sur les autres1 et nous rompons4 ,on leur donnoit charge non d'vn mouuement simple1 mais de plusieurs diuerses parties au combat3 comme faisoient aux chiens les ,espagnols la nouuelle conqueste des ,indes2 ausquels ils payoient solde1 et faisoient partage au butin4 ,et montroient ces animaux1 autant d'addresse et de iugement poursuiure et arrester leur victoire1 charger ou reculer1 selon les occasions1 distinguer les amis des ennemis1 comme ils faisoient d'ardeur et d'aspret4 ,nous admirons et poisons mieux les choses estrangeres que les ordinaires3 et sans cela ie ne me fusse pas amus ce long registre4 ,car selon mon opinion1 qui contrerollera de pres ce que nous voyons ordinairement es animaux1 qui viuent parmy nous1 il y a dequoy y trouuer des effects autant admirables1 que ceux qu'on va recueillant s pays et siecles estrangers4 ,c'est vne mesme nature qui roule son cours4 ,qui en auroit suffisamment iug le present estat1 en pourroit seurement conclurre et tout l'aduenir et tout le pass4 ,i'ay veu autresfois parmy nous1 des hommes amenez par mer de loingtain pays1 desquels par ce que nous n'entendions aucunement le langage1 et que leur faon au demeurant et leur contenance1 et leurs vestemens1 estoient du tout esloignez des nostres1 qui de nous ne les estimoit et sauuages et brutes8 qui n'attribuoit stupidit et bestise1 de les voir muets1 ignorans la langue ,franoise1 ignorans nos baise-mains1 et nos inclinations serpentes2 nostre port et nostre maintien1 sur lequel sans faillir1 doit prendre son patron la nature humaine8 ,tout ce qui nous semble estrange1 nous le condamnons1 et ce que nous n'entendons pas4 ,il nous aduient ainsin au iugement que nous faisons des bestes4 ,elles ont plusieurs conditions1 qui se rapportent aux nostres3 de celles-l par comparaison nous pouuons tirer quelque coniecture3 mais de ce qu'elles ont particulier1 que sauons nous que c'est8 ,les cheuaux1 les chiens1 les bufs1 les brebis1 les oyseaux1 et la pluspart des animaux1 qui viuent auec nous1 recognoissent nostre voix1 et se laissent conduire par elle3 si faisoit bien encore la murene de ,crassus1 et venoit luy quand il l'appelloit3 et le font aussi les anguilles1 qui se trouuent en la fontaine d',arethuse3 et i'ay veu des gardoirs assez1 o les poissons accourent1 pour manger1 certain cry de ceux qui les traictent4 ,nomen habent1 et ad magistri ,vocem quisque sui venit citatus4 ,nous pouuons iuger de cela4 ,nous pouuons aussi dire1 que les elephans ont quelque participation de religion1 d'autant qu'apres plusieurs ablutions et purifications1 on les voit haussans leur trompe1 comme des bras2 et tenans les yeux fichez vers le soleil leuant1 se planter long temps en meditation et contemplation1 certaines heures du iour2 de leur propre inclination1 sans instruction et sans precepte4 ,mais pour ne voir aucune telle apparence s autres animaux1 nous ne pouuons pourtant establir qu'ils soient sans religion1 et ne pouuons prendre en aucune part ce qui nous est cach4 ,comme nous voyons quelque chose en cette action que le philosophe ,cleanthes remerqua1 par ce qu'elle retire aux nostres3 ,il vid1 dit-il1 des fourmis partir de leur fourmiliere1 portans le corps d'vn fourmis mort1 vers vne autre fourmiliere1 de laquelle plusieurs autres fourmis leur vindrent au deuant1 comme pour parler eux1 et apres auoir est ensemble quelque piece1 ceux-cy s'en retournerent1 pour consulter1 pensez1 auec leurs concitoyens1 et firent ainsi deux ou trois voyages pour la difficult de la capitulation4 ,en fin ces derniers venus1 apporterent aux premiers vn ver de leur taniere comme pour la ranon du mort1 lequel ver les premiers chargerent sur leur dos1 et emporterent chez eux1 laissans aux autres le corps du trespass4 ,voila l'interpretation que ,cleanthes y donna3 tesmoignant par l que celles qui n'ont point de voix1 ne laissent pas d'auoir pratique et communication mutuelle2 de laquelle c'est nostre deffaut que nous ne soyons participans2 et nous meslons cette cause sottement d'en opiner4 ,or elles produisent encores d'autres effects1 qui surpassent de bien loing nostre capacit1 ausquels il s'en faut tant que nous puissions arriuer par imitation1 que par imagination mesme nous ne les pouuons conceuoir4 ,plusieurs tiennent qu'en cette grande et derniere battaille nauale qu',antonius perdit contre ,auguste1 sa galere capitainesse fut arreste au milieu de sa course1 par ce petit poisson1 que les ,latins nomment remora1 cause de cette sienne propriet d'arrester toute sorte de vaisseaux1 ausquels il s'attache4 ,et l',empereur ,caligula vogant auec vne grande flotte en la coste de la ,romanie1 sa seule galere fut arreste tout court1 par ce mesme poisson2 lequel il fit prendre attach comme il estoit au bas de son vaisseau1 tout despit dequoy vn si petit animal pouuoit forcer et la mer et les vents1 et la violence de tous ses auirons1 pour estre seulement attach par le bec sa galere1 car c'est vn poisson coquille1 et s'estonna encore non sans grande raison1 de ce que luy estant apport dans le batteau1 il n'auoit plus cette force1 qu'il auoit au dehors4 ,vn citoyen de ,cyzique acquit iadis reputation de bon mathematicien1 pour auoir appris la condition de l'herisson4 ,il a sa taniere ouuerte diuers endroits et diuers vents2 et preuoyant le vent aduenir1 il va boucher le trou du cost de ce vent-l2 ce que remerquant ce citoyen1 apportoit en sa ville certaines predictions du vent1 qui auoit tirer4 ,le cameleon prend la couleur du lieu1 o il est assis3 mais le poulpe se donne luy-mesme la couleur qu'il luy plaist1 selon les occasions1 pour se cacher de ce qu'il craint1 et attrapper ce qu'il cherche4 ,au cameleon c'est changement de passion1 mais au poulpe c'est changement d'action4 ,nous auons quelques mutations de couleur1 la frayeur1 la cholere1 la honte1 et autres passions1 qui alterent le teint de nostre visage3 mais c'est par l'effect de la souffrance1 comme au cameleon4 ,il est bien en la iaunisse de nous faire iaunir1 mais il n'est pas en la disposition de nostre volont4 ,or ces effects que nous recognoissons aux autres animaux1 plus grands que les nostres1 tesmoignent en eux quelque facult plus excellente1 qui nous est occulte2 comme il est vraysemblable que sont plusieurs autres de leurs conditions et puissances1 desquelles nulles apparances ne viennent iusques nous4 ,de toutes les predictions du temps pass1 les plus anciennes et plus certaines estoyent celles qui se tiroient du vol des oyseaux4 ,nous n'auons rien de pareil ny de si admirable4 ,cette regle1 cet ordre du bransler de leur aisle1 par lequel on tire des consequences des choses venir1 il faut bien qu'il soit conduit par quelque excellent moyen vne si noble operation2 car c'est prester la lettre1 d'aller attribuant ce grand effect1 quelque ordonnance naturelle1 sans l'intelligence1 consentement1 et discours1 de qui le produit3 et est vne opinion euidemment faulse4 ,qu'il soit ainsi3 la torpille a cette condition1 non seulement d'endormir les membres qui la touchent1 mais au trauers des filets1 et de la scene1 elle transmet vne pesanteur endormie aux mains de ceux qui la remuent et manient3 voire dit-on d'auantage1 que si on verse de l'eau dessus1 on sent cette passion qui gaigne contremont iusques la main1 et endort l'attouchement au trauers de l'eau4 ,cette force est merueilleuse3 mais elle n'est pas inutile la torpille3 elle la sent et s'en sert2 de maniere que pour attraper la proye qu'elle queste1 on la void se tapir soubs le limon1 afin que les autres poissons se coulans par dessus1 frappez et endormis de cette sienne froideur1 tombent en sa puissance4 ,les grus1 les arondeles1 et autres oyseaux passagers1 changeans de demeure selon les saisons de l'an1 montrent assez la cognoissance qu'elles ont de leur facult diuinatrice1 et la mettent en vsage4 ,les chasseurs nous asseurent1 que pour choisir d'vn nombre de petits chiens1 celuy qu'on doit conseruer pour le meilleur1 il ne faut que mettre la mere au propre de le choisir elle mesme2 comme si on les emporte hors de leur giste1 le premier qu'elle y rapportera1 sera tousiours le meilleur3 ou bien si on fait semblant d'entourner de feu le giste1 de toutes parts1 celuy des petits1 au secours duquel elle courra premierement4 ,par o il appert qu'elles ont vn vsage de prognostique que nous n'auons pas3 ou qu'elles ont quelque vertu iuger de leurs petits1 autre et plus viue que la nostre4 ,la maniere de naistre1 d'engendrer1 nourrir1 agir1 mouuoir1 viure et mourir des bestes1 estant si voisine de la nostre1 tout ce que nous retranchons de leurs causes motrices1 et que nous adioustons nostre condition au dessus de la leur1 cela ne peut aucunement partir du discours de nostre raison4 ,pour reglement de nostre sant1 les medecins nous proposent l'exemple du viure des bestes1 et leur faon3 car ce mot est de tout temps en la bouche du peuple3 ,tenez chaults les pieds et la teste1 ,au demeurant viuez en beste4 ,la generation est la principale des actions naturelles3 nous auons quelque disposition de membres1 qui nous est plus propre cela3 toutesfois ils nous ordonnent de nous ranger l'assiette et disposition brutale1 comme plus effectuelle3 ,more ferarum1 ,quadrupedmque magis ritu1 plerumque putantur ,concipere vxores3 quia sic loca sumere possunt1 ,pectoribus positis1 sublatis semina lumbis4 ,et reiettent comme nuisibles ces mouuements indiscrets1 et insolents1 que les femmes y ont mesl de leur creu2 les ramenant l'exemple et vsage des bestes de leur sexe1 plus modeste et rassis4 ,nam mulier prohibet se concipere atque repugnat1 ,clunibus ipse viri ,venerem si lta retractet1 ,atque exossato ciet omni pectore fluctus4 ,eijcit enim sulci recta regione vique ,vomerem1 atque locis auertit seminis ictum4 ,si c'est iustice de rendre chacun ce qui luy est deu1 les bestes qui seruent1 ayment et deffendent leurs bien-faicteurs1 et qui poursuyuent et outragent les estrangers et ceux qui les offencent1 elles representent en cela quelque air de nostre iustice3 comme aussi en conseruant vne equalit tres-equitable en la dispensation de leurs biens leurs petits4 ,quant l'amiti1 elles l'ont sans comparaison plus viue et plus constante1 que n'ont pas les hommes4 ,hyrcanus le chien du ,roy ,lysimachus1 son maistre mort1 demeura obstin sus son lict1 sans vouloir boire ne manger3 et le iour qu'on en brusla le corps1 il print sa course1 et se ietta dans le feu1 o il fut brusl4 ,comme fit aussi le chien d'vn nomm ,pyrrhus2 car il ne bougea de dessus le lict de son maistre1 depuis qu'il fut mort3 et quand on l'emporta1 il se laissa enleuer quant et luy1 et finalement se lana dans le buscher o on brusloit le corps de son maistre4 ,il y a certaines inclinations d'affection1 qui naissent quelquefois en nous1 sans le conseil de la raison1 qui viennent d'vne temerit1 fortuite1 que d'autres nomment sympathie3 les bestes en sont capables comme nous4 ,nous voyons les cheuaux prendre certaine accointance des vns aux autres1 iusques nous mettre en peine pour les faire viure ou voyager separment4 ,on les void appliquer leur affection certain poil de leurs compagnons1 comme certain visage3 et o ils le rencontrent1 s'y ioindre incontinent auec feste et demonstration de bienueillance2 et prendre quelque autre forme contre-cur et en haine4 ,les animaux ont choix comme nous1 en leurs amours1 et font quelque triage de leur femelles4 ,ils ne sont pas exempts de nos ialousies et d'enuies extremes et irreconciliables4 ,les cupiditez sont ou naturelles et necessaires1 comme le boire et le manger2 ou naturelles et non necessaires1 comme l'accointance des femelles2 ou elles ne sont ny naturelles ny necessaires3 de cette derniere sorte sont quasi toutes celles des hommes3 elles sont toutes superflus et artificielles4 ,car c'est merueille combien peu il faut ,nature pour se contenter1 combien peu elle nous a laiss desirer4 ,les apprests nos cuisines ne touchent pas son ordonnance4 ,les ,stoiciens disent qu'vn homme auroit dequoy se substanter d'vne oliue par iour4 ,la delicatesse de nos vins1 n'est pas de sa leon1 ny la recharge que nous adioustons aux appetits amoureux3 ,neque illa ,magno prognatum deposcit consule cunnum4 ,ces cupiditez estrangeres1 que l'ignorance du bien1 et vne fauce opinion ont coules en nous1 sont en si grand nombre1 qu'elles chassent presque toutes les naturelles4 ,ny plus ny moins que si en vne cit1 il y auoit si grand nombre d'estrangers1 qu'ils en missent hors les naturels habitans1 ou esteignissent leur authorit et puissance ancienne1 l'vsurpant entierement1 et s'en saisissant4 ,les animaux sont beaucoup plus reglez que nous ne sommes1 et se contiennent auec plus de moderation soubs les limites que ,nature nous a prescripts4 ,mais non pas si exactement1 qu'ils n'ayent encore quelque conuenance nostre desbauche4 ,et tout ainsi comme il s'est trouu des desirs furieux1 qui ont pouss les hommes l'amour des bestes1 elles se trouuent aussi par fois esprises de nostre amour1 et reoiuent des affections monstrueuses d'vne espece autre4 ,tesmoin l'elephant corriual d',aristophanes le grammairien1 en l'amour d'vne ieune bouquetiere en la ville d',alexandrie1 qui ne luy cedoit en rien aux offices d'vn poursuyuant bien passionn3 car se promenant par le march1 o lon vendoit des fruicts1 il en prenoit auec sa trompe1 et les luy portoit3 il ne la perdoit de veu1 que le moins qu'il luy estoit possible2 et luy mettoit quelquefois la trompe dans le sein par dessoubs son collet1 et luy tastoit les tettins4 ,ils recitent aussi d'vn dragon amoureux d'vne fille2 et d'vne oye esprise de l'amour d'vn enfant1 en la ville d',asope2 et d'vn belier seruiteur de la menestriere ,glaucia3 et il se void tous les iours des magots furieusement espris de l'amour des femmes4 ,on void aussi certains animaux s'addonner l'amour des masles de leur sexe4 ,oppianus et autres recitent quelques exemples1 pour montrer la reuerence que les bestes en leurs mariages portent la parent2 mais l'experience nous fait bien souuent voir le contraire2 ,nec habetur turpe iuuenc ,ferre patrem tergo2 fit equo sua filia coniux2 ,qusque creauit1 init pecudes caper2 ipsque cuius ,semine concepta est1 ex illo concipit ales4 ,de subtilit malitieuse1 en est-il vne plus expresse que celle du mulet du philosophe ,thales8 lequel passant au trauers d'vne riuiere charg de sel1 et de fortune y estant bronch1 si que les sacs qu'il portoit en furent tous mouillez1 s'estant appereu que le sel fondu par ce moyen1 luy auoit rendu sa charge plus legere1 ne failloit iamais aussi tost qu'il rencontroit quelque ruisseau1 de se plonger dedans auec sa charge1 iusques ce que son maistre descouurant sa malice1 ordonna qu'on le chargeast de laine1 quoy se trouuant mescont1 il cessa de plus vser de cette finesse4 ,il y en a plusieurs qui representent nafuement le visage de nostre auarice2 car on leur void vn soin extreme de surprendre tout ce qu'elles peuuent1 et de le curieusement cacher1 quoy qu'elles n'en tirent point vsage4 ,quant la mesnagerie1 elles nous surpassent non seulement en cette preuoyance d'amasser et espargner pour le temps venir1 mais elles ont encore beaucoup de parties de la science1 qui y est necessaire4 ,les fourmis estandent au dehors de l'aire leurs grains et semences pour les esuenter1 refreschir et secher1 quand ils voyent qu'ils commencent se moisir et sentir le rance1 de peur qu'ils ne se corrompent et pourrissent4 ,mais la caution et preuention dont ils vsent ronger le grain de froment1 surpasse toute imagination de prudence humaine4 ,par ce que le froment ne demeure pas tousiours sec ny sain1 ains s'amolit1 se resoult et destrempe comme en laict1 s'acheminant germer et produire3 de peur qu'il ne deuienne semence1 et perde sa nature et propriet de magasin pour leur nourriture1 ils rongent le bout1 par o le germe a coustume de sortir4 ,quant la guerre1 qui est la plus grande et pompeuse des actions humaines1 ie saurois volontiers1 si nous nous en voulons seruir pour argument de quelque prerogatiue1 ou au rebours pour tesmoignage de nostre imbecillit et imperfection3 comme de vray1 la science de nous entre-deffaire et entretuer1 de ruiner et perdre nostre propre espece1 il semble qu'elle n'a pas beaucoup dequoy se faire desirer aux bestes qui ne l'ont pas4 ,quando leoni ,fortior eripuit vitam leo8 quo nemore vnquam ,expirauit aper maioris dentibus apri8 ,mais elles n'en sont pas vniuersellement exemptes pourtant3 tesmoin les furieuses rencontres des mouches miel1 et les entreprinses des ,princes des deux armes contraires3 ,spe duobus ,regibus incessit magno discordia motu2 ,continuque animos vulgi et trepidantia bello ,corda licet long prsciscere4 ,ie ne voy iamais cette diuine description1 qu'il ne m'y semble lire peinte l'ineptie et vanit humaine4 ,car ces mouuemens guerriers1 qui nous rauissent de leur horreur et espouuantement1 cette tempeste de sons et de cris3 ,fulgur ibi ad clum se tollit1 totque circum re renidescit tellus1 subtrque virm vi ,excitur pedibus sonitus1 clamorque montes ,icti reiectant voces ad sidera mundi4 cette effroyable ordonnance de tant de milliers d'hommes armez1 tant de fureur1 d'ardeur1 et de courage1 il est plaisant considerer par combien vaines occasions elle est agite1 et par combien legeres occasions esteinte4 ,paridis propter narratur amorem ,grcia ,barbari diro collisa duello4 ,toute l',asie se perdit et se consomma en guerres pour le macquerellage de ,paris4 ,l'enuie d'vn seul homme1 vn despit1 vn plaisir1 vne ialousie domestique1 causes qui ne deuroient pas esmouuoir deux harangeres s'esgratigner1 c'est l'ame et le mouuement de tout ce grand trouble4 ,voulons nous en croire ceux mesmes qui en sont les principaux autheurs et motifs8 ,oyons le plus grand1 le plus victorieux ,empereur1 et le plus puissant qui fust onques1 se iouant et mettant en rise tres-plaisamment et tres-ingenieusement1 plusieurs batailles hazardes et par mer et par terre1 le sang et la vie de cinq cens mille hommes qui suiuirent sa fortune1 et les forces et richesses des deux parties du monde espuises pour le seruice de ses entreprinses3 ,qud futuit ,glaphyran ,antonius1 hanc mihi pnam ,fuluia constituit1 se quoque vti futuam4 ,fuluiam ego vt futuam6 quid si me ,manius oret ,pdicem1 faciam8 non puto1 si sapiam4 ,aut futue1 aut pugnemus1 ait3 quid si mihi vita ,charior est ipsa mentula8 signa canant4 ,i'vse en libert de conscience de mon ,latin1 auecq le cong1 que vous m'en auez donn4 ,or ce grand corps tant de visages et de mouuemens1 qui semblent menasser le ciel et la terre3 ,qum multi ,lybico voluuntur marmore fluctus1 ,suus vbi ,orion hybernis conditur vndis1 ,vel cm sole nouo dens torrentur arist1 ,aut ,hermi campo1 aut ,lyci flauentibus aruis1 ,scuta sonant1 pulsque pedum tremit excita tellus3 ce furieux monstre1 tant de bras et tant de testes1 c'est tousiours l'homme foyble1 calamiteux1 et miserable4 ,ce n'est qu'vne formilliere esmeu et eschaufe1 ,it nigrum campis agmen3 vn souffle de vent contraire1 le croassement d'vn vol de corbeaux1 le faux pas d'vn cheual1 le passage fortuite d'vn aigle1 vn songe1 vne voix1 vn signe1 vne broue matiniere1 suffisent le renuerser et porter par terre4 ,donnez luy seulement d'vn rayon de soleil par le visage1 le voyla fondu et esuanouy3 qu'on luy esuente seulement vn peu de poussiere aux yeux1 comme aux mouches miel de nostre ,pote1 voyla toutes nos enseignes1 nos legions1 et le grand ,pompeius mesmes leur teste1 rompu et fracass3 car ce fut luy1 ce me semble1 que ,sertorius battit en ,espaigne tout ces belles armes1 qui ont aussi seruy ,eumenes contre ,antigonus1 ,surena contre ,crassus3 ,hi motus animorum1 atque hc certamina tanta ,pulueris exigui iactu compressa quiescent4 ,qu'on descouple mesmes de noz mouches apres1 elles auront et la force et le courage de le dissiper4 ,de fresche memoire1 les ,portugais assiegeans la ville de ,tamly1 au territoire de ,xiatine1 les habitans d'icelle porterent sur la muraille quantit de ruches1 dequoy ils sont riches4 ,et auec du feu chasserent les abeilles si viuement sur leurs ennemis1 qu'ils abandonnerent leur entreprinse1 ne pouuans soustenir leurs assauts et piqueures4 ,ainsi demeura la victoire et libert de leur ville1 ce nouueau secours3 auec telle fortune1 qu'au retour du combat1 il ne s'en trouua vne seule dire4 ,les ames des ,empereurs et des sauatiers sont iettes mesme moule4 ,considerant l'importance des actions des ,princes et leur poix1 nous nous persuadons qu'elles soyent produictes par quelques causes aussi poisantes et importantes4 ,nous nous trompons3 ils sont menez et ramenez en leurs mouuemens1 par les mesmes ressors1 que nous sommes aux nostres4 ,la mesme raison qui nous fait tanser auec vn voisin1 dresse entre les ,princes vne guerre3 la mesme raison qui nous fait foutter vn laquais1 tombant en vn ,roy1 luy fait ruiner vne prouince4 ,ils veulent aussi legerement que nous1 mais ils peuuent plus4 ,pareils appetits agitent vn ciron et vn elephant4 ,quant la fidelit1 il n'est animal au monde traistre au prix de l'homme4 ,nos histoires racontent la vifue poursuitte que certains chiens ont faict de la mort de leurs maistres4 ,le ,roy ,pyrrhus ayant rencontr vn chien qui gardoit vn homme mort1 et ayant entendu qu'il y auoit trois iours qu'il faisoit cet office1 commanda qu'on enterrast ce corps1 et mena ce chien quant et luy4 ,vn iour qu'il assistoit aux montres generales de son armee1 ce chien apperceuant les meurtriers de son maistre1 leur courut sus1 auec grans aboys et aspret de courroux1 et par ce premier indice achemina la vengeance de ce meurtre1 qui en fut faicte bien tost apres par la voye de la iustice4 ,autant en fit le chien du sage ,hesiode1 ayant conuaincu les enfans de ,ganistor ,naupactien1 du meurtre commis en la personne de son maistre4 ,vn autre chien estant la garde d'vn temple ,athenes1 ayant apereu vn larron sacrilege qui emportoit les plus beaux ioyaux1 se mit abbayer contre luy tant qu'il peut3 mais les marguilliers ne s'estans point esueillez pour cela1 il se mit suyure1 et le iour estant venu1 se tint vn peu plus esloign de luy1 sans le perdre iamais de veu3 s'il luy offroit manger1 il n'en vouloit pas1 et aux autres passans qu'il rencontroit en son chemin1 il leur faisoit feste de la queu1 et prenoit de leurs mains ce qu'ils luy donnoient manger3 si son larron s'arrestoit pour dormir1 il s'arrestoit quant et quant au lieu mesmes4 ,la nouuelle de ce chien estant venu aux marguilliers de cette eglise1 ils se mirent le suiure la trace1 s'enquerans des nouuelles du poil de ce chien1 et en fin le rencontrerent en la ville de ,cromyon1 et le larron aussi1 qu'ils ramenerent en la ville d',athenes1 o il fut puny4 ,et les iuges en recognoissance de ce bon office1 ordonnerent du public certaine mesure de bled pour nourrir le chien1 et aux prestres d'en auoir soin4 ,plutarque tesmoigne cette histoire1 comme chose tres-aueree et aduenue en son siecle4 ,quant la gratitude1 car il me semble que nous auons besoin de mettre ce mot en credit1 ce seul exemple y suffira1 qu',appion recite comme en ayant est luy mesme spectateur4 ,vn iour1 dit-il1 qu'on donnoit ,rome au peuple le plaisir du combat de plusieurs bestes estranges1 et principalement de lyons de grandeur inusitee1 il y en auoit vn entre autres1 qui par son port furieux1 par la force et grosseur de ses membres1 et vn rugissement hautain et espouuantable1 attiroit soy la veu de toute l'assistance4 ,entre les autres esclaues1 qui furent presentez au peuple en ce combat des bestes1 fut vn ,androdus de ,dace1 qui estoit vn ,seigneur ,romain1 de qualit consulaire4 ,ce lyon l'ayant apperceu de loing1 s'arresta premierement tout court1 comme estant entr en admiration1 et puis s'approcha tout doucement d'vne faon molle et paisible1 comme pour entrer en recognoissance auec luy4 ,cela faict1 et s'estant asseur de ce qu'il cherchoit1 il commena battre de la queu la mode des chiens qui flattent leur maistre1 et baiser1 et lescher les mains et les cuisses de ce pauure miserable1 tout transi d'effroy et hors de soy4 ,androdus ayant repris ses esprits par la benignit de ce lyon1 et r'asseur sa veu pour le considerer et recognoistre3 c'estoit vn singulier plaisir de voir les caresses1 et les festes qu'ils s'entrefaisoient l'vn l'autre4 ,dequoy le peuple avant esleu des cris de ioye1 l',empereur fit appeller cet esclaue1 pour entendre de luy le moyen d'vn si estrange euenement4 ,il luy recita vne histoire nouuelle et admirable4 ,mon maistre1 dict-il1 estant proconsul en ,aphrique1 ie fus contrainct par la cruaut et rigueur qu'il me tenoit1 me faisant iournellement battre1 me desrober de luy1 et m'en fuir4 ,et pour me cacher seurement d'vn personnage ayant si grande authorit en la prouince1 ie trouuay mon plus court1 de gaigner les solitudes et les contrees sablonneuses et inhabitables de ce pays l1 resolu1 si le moyen de me nourrir venoit me faillir1 de trouuer quelque faon de me tuer moy-mesme4 ,le soleil estant extremement aspre sur le midy1 et les chaleurs insupportables1 ie m'embatis sur vne cauerne cachee et inaccessible1 et me iettay dedans4 ,bien tost apres y suruint ce lyon1 ayant vne patte sanglante et blessee1 tout plaintif et gemissant des douleurs qu'il y souffroit3 son arriuee i'eu beaucoup de frayeur1 mais luy me voyant muss dans vn coing de sa loge1 s'approcha tout doucement de moy1 me presentant sa patte offencee1 et me la montrant comme pour demander secours3 ie luy ostay lors vn grand escot qu'il y auoit1 et m'estant vn peu appriuois luy1 pressant sa playe en fis sortir l'ordure qui s'y amassoit1 l'essuyay1 et nettoyay le plus proprement que ie peux4 ,luy se sentant alleg de son mal1 et soulag de cette douleur1 se prit reposer1 et dormir1 ayant tousiours sa patte entre mes mains4 ,de l en hors luy et moy vesquismes ensemble en cette cauerne trois ans entiers de mesmes viandes3 car des bestes qu'il tuoit sa chasse1 il m'en apportoit les meilleurs endroits1 que ie faisois cuire au soleil faute de feu1 et m'en nourrissois4 ,a la longue1 m'estant ennuy de cette vie brutale et sauuage1 comme ce lyon estoit all vn iour sa queste accoustumee1 ie partis de l1 et ma troisiesme iournee fus surpris par les soldats1 qui me menerent d',affrique en cette ville mon maistre1 lequel soudain me condamna mort1 et estre abandonn aux bestes4 ,or ce que ie voy ce lyon fut aussi pris bien tost apres1 qui m'a cette heure voulu recompenser du bien-fait et guerison qu'il auoit reeu de moy4 ,voyla l'histoire qu',androdus recita l',empereur1 laquelle il fit aussi entendre de main main au peuple4 ,parquoy la requeste de tous il fut mis en libert1 et absous de cette condamnation1 et par ordonnance du peuple luy fut faict present de ce lyon4 ,nous voyions depuis1 dit ,appion1 ,androdus conduisant ce lyon tout vne petite laisse1 se promenant par les tauernes ,rome1 receuoir l'argent qu'on luy donnoit3 le lyon se laisser couurir des fleurs qu'on luy iettoit1 et chacun dire en les rencontrant3 ,voyla le lyon hoste de l'homme1 voyla l'homme medecin du lyon4 ,nous pleurons souuent la perte des bestes que nous aymons1 aussi font elles la nostre4 ,pst1 bellator equus1 positis insignibus1 thon ,it lacrymans1 guttisque humectat grandibus ora4 ,comme aucunes de nos nations ont les femmes en commun1 aucunes chacun la sienne3 cela ne se voit-il pas aussi entre les bestes1 et des mariages mieux gardez que les nostres8 ,quant la societ et confederation qu'elles dressent entre elles pour se liguer ensemble1 et s'entresecourir1 il se voit des bufs1 des porceaux1 et autres animaux1 qu'au cry de celuy que vous offencez1 toute la trouppe accourt son aide1 et se ralie pour sa deffence4 ,l'escare1 quand il a aual l'ameon du pescheur1 ses compagnons s'assemblent en foule autour de luy1 et rongent la ligne3 et si d'auenture il y en a vn1 qui ait donn dedans la nasse1 les autres luy baillent la queu par dehors1 et luy la serre tant qu'il peut belles dents3 ils le tirent ainsin au dehors et l'entrainent4 ,les barbiers1 quand l'vn de leurs compagnons est engag1 mettent la ligne contre leur dos1 dressant vne espine qu'ils ont dentelee comme vne scie1 tout laquelle ils la scient et coupent4 ,quant aux particuliers offices1 que nous tirons l'vn de l'autre1 pour le seruice de la vie1 il s'en void plusieurs pareils exemples parmy elles4 ,ils tiennent que la balaine ne marche iamais qu'elle n'ait au deuant d'elle vn petit poisson semblable au goujon de mer1 qui s'appelle pour cela la guide3 la baleine le suit1 se laissant mener et tourner aussi facilement1 que le timon fait retourner la nauire3 et en recompense aussi1 au lieu que toute autre chose1 soit beste ou vaisseau1 qui entre dans l'horrible chaos de la bouche de ce monstre1 est incontinent perdu et englouty1 ce petit poisson s'y retire en toute seuret1 et y dort1 et pendant son sommeil la baleine ne bouge3 mais aussi tost qu'il sort1 elle se met le suyure sans cesse3 et si de fortune elle l'escarte1 elle va errant et l1 et souuent se froissant contre les rochers1 comme vn vaisseau qui n'a point de gouuernail4 ,ce que ,plutarque tesmoigne auoir veu en l'isle d',anticyre4 ,il y a vne pareille societ entre le petit oyseau qu'on nomme le roytelet1 et le crocodile3 le roytelet sert de sentinelle ce grand animal3 et si l'ichneumon son ennemy s'approche pour le combattre1 ce petit oyseau1 de peur qu'il ne le surprenne endormy1 va de son chant et coup de bec l'esueillant1 et l'aduertissant de son danger4 ,il vit des demeurans de ce monstre1 qui le reoit familierement en sa bouche1 et luy permet de becqueter dans ses machoueres1 et entre ses dents1 et y recueillir les morceaux de chair qui y sont demeurez3 et s'il veut fermer la bouche1 il l'aduertit premierement d'en sortir en la serrant peu peu sans l'estreindre et l'offencer4 ,cette coquille qu'on nomme la nacre1 vit aussi ainsin auec le pinnothere1 qui est vn petit animal de la sorte d'vn cancre1 luy seruant d'huissier et de portier assis l'ouuerture de cette coquille1 qu'il tient continuellement entrebaaillee et ouuerte1 iusques ce qu'il y voye entrer quelque petit poisson propre leur prise3 car lors il entre dans la nacre1 et luy va pinsant la chair viue1 et la contraint de fermer sa coquille3 lors eux deux ensemble mangent la proye enfermee dans leur fort4 ,en la maniere de viure des tuns1 on y remarque vne singuliere science des trois parties de la mathematique4 ,quant l'astrologie1 ils l'enseignent l'homme3 car ils s'arrestent au lieu o le solstice d'hyuer les surprend1 et n'en bougent iusques l'equinoxe ensuyuant3 voyla pourquoy ,aristote mesme leur concede volontiers cette science4 ,quant la geometrie et arithmetique1 ils font tousiours leur bande de figure cubique1 carree en tout sens1 et en dressent vn corps de bataillon1 solide1 clos1 et enuironn tout l'entour1 six faces toutes esgalles3 puis nagent en cette ordonnance carree1 autant large derriere que deuant1 de faon que qui en void et compte vn rang1 il peut aisment nombrer toute la trouppe1 d'autant que le nombre de la profondeur est esgal la largeur1 et la largeur1 la longueur4 ,quant la magnanimit1 il est malais de luy donner vn visage plus apparent1 qu'en ce faict du grand chien1 qui fut enuoy des ,indes au ,roy ,alexandre3 on luy presenta premierement vn cerf pour le combattre1 et puis vn sanglier1 et puis vn ours1 il n'en fit compte1 et ne daigna se remuer de sa place3 mais quand il veid vn lyon1 il se dressa incontinent sur ses pieds1 montrant manifestement qu'il declaroit celuy-l seul digne d'entrer en combat auecques luy4 ,touchant la repentance et recognoissance des fautes1 on recite d'vn elephant1 lequel ayant tu son gouuerneur par impetuosit de cholere1 en print vn dueil si extreme1 qu'il ne voulut onques puis manger1 et se laissa mourir4 ,quant la clemence1 on recite d'vn tygre1 la plus inhumaine beste de toutes1 que luy ayant est baill vn cheureau1 il souffrit deux iours la faim auant que de le vouloir offencer1 et le troisiesme il brisa la cage o il estoit enferm1 pour aller chercher autre pasture1 ne se voulant prendre au cheureau1 son familier et son hoste4 ,et quant aux droicts de la familiarit et conuenance1 qui se dresse par la conuersation1 il nous aduient ordinairement d'appriuoiser des chats1 des chiens1 et des lieures ensemble4 ,mais ce que l'experience apprend ceux qui voyagent par mer1 et notamment en la mer de ,sicile1 de la condition des halcyons1 surpasse toute humaine cogitation4 ,de quelle espece d'animaux a iamais ,nature tant honor les couches1 la naissance1 et l'enfantement8 car les potes disent bien qu'vne seule isle de ,delos1 estant au parauant vagante1 fut affermie pour le seruice de l'enfantement de ,latone3 mais ,dieu a voulu que toute la mer fust arreste1 affermie et applanie1 sans vagues1 sans vents et sans pluye1 cependant que l'halcyon fait ses petits1 qui est iustement enuiron le solstice1 le plus court iour de l'an3 et par son priuilege nous auons sept iours et sept nuicts1 au fin cur de l'hyuer1 que nous pouuons nauiguer sans danger4 ,leurs femelles ne recognoissent autre masle que le leur propre3 l'assistent toute leur vie sans iamais l'abandonner3 s'il vient estre debile et cass1 elles le chargent sur leurs espaules1 le portent par tout1 et le seruent iusques la mort4 ,mais aucune suffisance n'a encores peu atteindre la cognoissance de cette merueilleuse fabrique1 dequoy l'halcyon compose le nid pour ses petits1 ny en deuiner la matiere4 ,plutarque1 qui en a veu et mani plusieurs1 pense que ce soit des arestes de quelque poisson qu'elle conioinct et lie ensemble1 les entrelassant les vnes de long1 les autres de trauers1 et adioustant des courbes et des arrondissemens1 tellement qu'en fin elle en forme vn vaisseau rond prest voguer3 puis quand elle a paracheu de le construire1 elle le porte au batement du flot marin1 l o la mer le battant tout doucement1 luy enseigne radouber ce qui n'est pas bien li1 et mieux fortifier aux endroits o elle void que sa structure se desmeut1 et se lasche pour les coups de mer3 et au contraire ce qui est bien ioinct1 le batement de la mer le vous estreinct1 et vous le serre de sorte1 qu'il ne se peut ny rompre ny dissoudre1 ou endommager coups de pierre1 ny de fer1 si ce n'est toute peine4 ,et ce qui plus est admirer1 c'est la proportion et figure de la concauit du dedans3 car elle est compose et proportionne1 de maniere qu'elle ne peut receuoir ny admettre autre chose1 que l'oiseau qui l'a bastie3 car toute autre chose1 elle est impenetrable1 close1 et ferme1 tellement qu'il ny peut rien entrer1 non pas l'eau de la mer seulement4 ,voyla vne description bien claire de ce bastiment et emprunte de bon lieu3 toutesfois il me semble qu'elle ne nous esclaircit pas encore suffisamment la difficult de cette architecture4 ,or de quelle vanit nous peut-il partir1 de loger au dessoubs de nous1 et d'interpreter desdaigneusement les effects que nous ne pouuons imiter ny comprendre8 ,pour suyure encore vn peu plus loing cette equalit et correspondance de nous aux bestes1 le priuilege dequoy nostre ame se glorifie1 de ramener sa condition1 tout ce qu'elle conoit1 de despouiller de qualitez mortelles1 et corporelles1 tout ce qui vient elle1 de renger les choses qu'elle estime dignes de son accointance1 desuestir et despouiller leurs conditions corruptibles1 et leur faire laisser part1 comme vestemens superflus et viles1 l'espesseur1 la longueur1 la profondeur1 le poids1 la couleur1 l'odeur1 l'aspret1 la polisseure1 la duret1 la mollesse1 et tous accidents sensibles1 pour les accommoder sa condition immortelle et spirituelle3 de maniere que ,rome et ,paris1 que i'ay en l'ame1 ,paris que i'imagine1 ie l'imagine et le comprens1 sans grandeur et sans lieu1 sans pierre1 sans plastre1 et sans bois3 ce mesme priuilege1 dis-ie1 semble estre bien euidemment aux bestes4 ,car vn cheual accoustum aux trompettes1 aux harquebusades1 et aux combats1 que nous voyons tremousser et fremir en dormant1 estendu sur sa litiere1 comme s'il estoit en la mesle1 il est certain qu'il conoit en son ame vn son de tabourin sans bruict1 vne arme sans armes et sans corps4 ,quippe videbis equos fortes1 cm membra iacebunt ,in somnis1 sudare tamen1 spirarque spe1 ,et quasi de palma summas contendere vires4 ,ce lieure qu'vn leurier imagine en songe1 apres lequel nous le voyons haleter en dormant1 alonger la queu1 secoer les iarrets1 et representer parfaictement les mouuemens de sa course3 c'est vn lieure sans poil et sans os4 ,venantmque canes in molli spe quiete1 ,iactant crura tamen subit1 vocsque repente ,mittunt1 et crebras reducunt naribus auras1 ,vt vestigia si teneant inuenta ferarum3 ,experge factique1 sequuntur inania spe ,ceruorum simulacra1 fug quasi dedita cernant2 ,donec discussis redeant erroribus ad se4 ,les chiens de garde1 que nous voyons souuent gronder en songeant1 et puis iapper tout faict1 et s'esueiller en sursaut1 comme s'ils apperceuoient quelque estranger arriuer2 cet estranger que leur ame void1 c'est vn homme spirituel1 et imperceptible1 sans dimension1 sans couleur1 et sans estre3 ,consueta domi catulorum blanda propago ,degere1 spe leuem ex oculis volucrmque soporem ,discutere1 et corpus de terra corripere instant1 ,proinde quasi ignotas facies atque ora tuantur4 ,quant la beaut du corps1 auant passer outre1 il me faudroit sauoir si nous sommes d'accord de sa description4 ,il est vray-semblable que nous ne sauons guere1 que c'est que beaut en nature et en general1 puisque l'humaine et nostre beaut nous donnons tant de formes diuerses1 de laquelle1 s'il y auoit quelque prescription naturelle1 nous la recognoistrions en commun1 comme la chaleur du feu4 ,nous en fantasions les formes nostre appetit4 ,turpis ,romano ,belgicus ore color4 ,les ,indes la peignent noire et basanne1 aux leures grosses et enfles1 au nez plat et large3 et chargent de gros anneaux d'or le cartilage d'entre les nazeaux1 pour le faire pendre iusques la bouche1 comme aussi la balieure1 de gros cercles enrichis de pierreries1 si qu'elle leur tombe sur le menton1 et est leur grace de montrer leurs dents iusques au dessous des racines4 ,au ,peru les plus grandes oreilles sont les plus belles1 et les estendent autant qu'ils peuuent par artifice4 ,et vn homme d'auiourdhuy1 dit auoir veu en vne nation ,orientale1 ce soing de les agrandir1 en tel credit1 et de les charger de poisants ioyaux1 qu' touts coups il passoit son bras vestu au trauers d'vn trou d'oreille4 ,il est ailleurs des nations1 qui noircissent les dents auec grand soing1 et ont mespris de les voir blanches3 ailleurs ils les teignent de couleur rouge4 ,non seulement en ,basque les femmes se trouuent plus belles la teste rase3 mais assez ailleurs3 et qui plus est1 en certaines contres glaciales1 comme dit ,pline4 ,les ,mexicanes content entre les beautez1 la petitesse du front1 et o elles se font le poil par tout le reste du corps1 elles le nourrissent au front1 et peuplent par art3 et ont en si grande recommandation la grandeur des tetins1 qu'elles affectent de pouuoir donner la mammelle leurs enfans par dessus l'espaule4 ,nous formerions ainsi la laideur4 ,les ,italiens la faonnent grosse et massiue3 les ,espagnols vuide et estrille3 et entre nous1 l'vn la fait blanche1 l'autre brune3 l'vn molle et delicate1 l'autre forte et vigoureuse3 qui y demande de la mignardise1 et de la douceur1 qui de la fiert et majest4 ,tout ainsi que la preferance en beaut1 que ,platon attribue la figure spherique1 les ,epicuriens la donnent la pyramidale plustost1 ou carre3 et ne peuuent aualer vn ,dieu en forme de boule4 ,mais quoy qu'il en soit1 ,nature ne nous a non plus priuilegiez en cela qu'au demeurant1 sur ses loix communes4 ,et si nous nous iugeons bien1 nous trouuerons que s'il est quelques animaux moins fauorisez en cela que nous1 il y en a d'autres1 et en grand nombre1 qui le sont plus4 ,a multis animalibus decore vincimur3 voyre des terrestres nos compatriotes4 ,car quant aux marins1 laissant la figure1 qui ne peut tomber en proportion1 tant elle est autre3 en couleur1 nettet1 polissure1 disposition1 nous leur cedons assez3 et non moins1 en toutes qualitez1 aux ares4 ,et cette prerogatiue que les potes font valoir de nostre stature droicte1 regardant vers le ciel son origine1 ,pronque cm spectent animalia ctera terram1 ,os homini sublime dedit1 clmque videre ,iussit1 et erectos ad sydera tollere vultus4 elle est vrayement potique3 car il y a plusieurs bestioles1 qui ont la veu renuerse tout faict vers le ciel3 et l'encoleure des chameaux1 et des austruches1 ie la trouue encore plus releue et droite que la nostre4 ,quels animaux n'ont la face au haut1 et ne l'ont deuant1 et ne regardent vis vis1 comme nous3 et ne descouurent en leur iuste posture autant du ciel et de la terre que l'homme8 ,et quelles qualitez de nostre corporelle constitution en ,platon et en ,cicero ne peuuent seruir mille sortes de bestes8 ,celles qui nous retirent le plus1 ce sont les plus laides1 et les plus abiectes de toute la bande3 car pour l'apparence exterieure et forme du visage1 ce sont les magots3 ,simia qum similis1 turpissima bestia1 nobis6 pour le dedans et parties vitales1 c'est le pourceau4 ,certes quand i'imagine l'homme tout nud 7ouy en ce sexe qui semble auoir plus de part la beaut7 ses tares1 sa subiection naturelle1 et ses imperfections1 ie trouue que nous auons eu plus de raison que nul autre animal1 de nous couurir4 ,nous auons est excusables d'emprunter ceux que ,nature auoit fauoris en cela plus que nous1 pour nous parer de leur beaut1 et nous cacher soubs leur despouille1 de laine1 plume1 poil1 soye4 ,remerquons au demeurant1 que nous sommes le seul animal1 duquel le defaut offence nos propres compagnons1 et seuls qui auons nous desrober en nos actions naturelles1 de nostre espece4 ,vrayement c'est aussi vn effect digne de consideration1 que les maistres du mestier ordonnent pour remede aux passions amoureuses1 l'entiere veu et libre du corps qu'on recherche3 que pour refroidir l'amiti1 il ne faille que voir librement ce qu'on ayme4 ,ille qud obscnas in aperto corpore partes ,viderat1 in cursu qui fuit1 hsit amor4 ,et encore que cette recepte puisse l'auenture partir d'vne humeur vn peu delicate et refroidie3 si est-ce vn merueilleux signe de nostre defaillance1 que l'vsage et la cognoissance nous dgoute les vns des autres4 ,ce n'est pas tant pudeur1 qu'art et prudence1 qui rend nos dames si circonspectes1 nous refuser l'entre de leurs cabinets1 auant qu'elles soyent peintes et pares pour la montre publique4 ,nec veneres nostras hoc fallit1 qu magis ips ,omnia summopere hos vit postscenia celant1 ,quos retinere volunt adstrictque esse in amore4 ,l o en plusieurs animaux1 il n'est rien d'eux que nous n'aimions1 et qui ne plaise nos sens3 de faon que de leurs excremens mesmes et de leur descharge1 nous tirons non seulement de la friandise au manger1 mais nos plus riches ornemens et parfums4 ,ce discours ne touche que nostre commun ordre1 et n'est pas si sacrilege d'y vouloir comprendre ces diuines1 supernaturelles et extraordinaires beautez1 qu'on voit par fois reluire entre nous1 comme des astres soubs vn voile corporel et terrestre4 ,au demeurant la part mesme que nous faisons aux animaux1 des faueurs de ,nature1 par nostre confession1 elle leur est bien auantageuse4 ,nous nous attribuons des biens imaginaires et fantastiques1 des biens futurs et absens1 desquels l'humaine capacit ne se peut d'elle mesme respondre3 ou des biens que nous nous attribuons faucement1 par la licence de nostre opinion1 comme la raison1 la science et l'honneur3 et eux1 nous laissons en partage des biens essentiels1 maniables et palpables1 la paix1 le repos1 la securit1 l'innocence et la sant3 la sant1 dis-ie1 le plus beau et le plus riche present1 que ,nature nous sache faire4 ,de faon que la ,philosophie1 voire la ,stoque1 ose bien dire qu',heraclitus et ,pherecydes1 s'ils eussent peu eschanger leur sagesse auecques la sant1 et se deliurer par ce march1 l'vn de l'hydropisie1 l'autre de la maladie pediculaire qui le pressoit1 ils eussent bien faict4 ,par o ils donnent encore plus grand prix la sagesse1 la comparant et contrepoisant la sant1 qu'ils ne font en cette autre proposition1 qui est aussi des leurs4 ,ils disent que si ,circ eust present ,vlysses deux breuuages1 l'vn pour faire deuenir vn homme de fol sage1 l'autre de sage fol1 qu',vlysses eust deu plustost accepter celuy de la folie1 que de consentir que ,circ eust chang sa figure humaine en celle d'vne beste4 ,et disent que la sagesse mesme eust parl luy en cette maniere3 ,quitte moy1 laisse moy l1 plustost que de me loger sous la figure et corps d'un asne4 ,comment8 cette grande et diuine sapience1 les philosophes la quittent donc1 pour ce voile corporel et terrestre8 ,ce n'est donc plus par la raison1 par le discours1 et par l'ame1 que nous excellons sur les bestes3 c'est par nostre beaut1 nostre beau teint1 et nostre belle disposition de membres1 pour laquelle il nous faut mettre nostre intelligence1 nostre prudence1 et tout le reste l'abandon4 ,or i'accepte cette nafue et franche confession4 ,certes ils ont cogneu que ces parties l1 dequoy nous faisons tant de feste1 que ce n'est vaine fantasie4 ,quand les bestes auroient donc toute la vertu1 la science1 la sagesse et suffisance ,stoique1 ce seroyent tousiours des bestes3 ny ne seroyent comparables vn homme miserable1 meschant et insens4 ,car en fin tout ce qui n'est comme nous sommes1 n'est rien qui vaille4 ,et ,dieu pour se faire valoir1 il faut qu'il y retire1 comme nous dirons tantost4 ,par o il appert que ce n'est par vray discours1 mais par vne fiert folle et opiniastret1 que nous nous preferons aux autres animaux1 et nous sequestrons de leur condition et societ4 ,mais pour reuenir mon propos1 nous auons pour nostre part1 l'inconstance1 l'irresolution1 l'incertitude1 le deuil1 la superstition1 la solicitude des choses venir1 voire apres nostre vie1 l'ambition1 l'auarice1 la ialousie1 l'enuie1 les appetits desreglez1 forcenez et indomptables1 la guerre1 la mensonge1 la desloyaut1 la detraction1 et la curiosit4 ,certes nous auons estrangement surpay ce beau discours1 dequoy nous nous glorifions1 et cette capacit de iuger et cognoistre1 si nous l'auons achete au prix de ce nombre infiny des passions1 ausquelles nous sommes incessamment en prinse4 ,s'il ne nous plaist de faire encore valoir1 comme fait bien ,socrates1 cette notable prerogatiue sur les bestes1 que o ,nature leur a prescript certaines saisons et limites la volupt ,venerienne1 elle nous en a lasch la bride toutes heures et occasions4 ,vt vinum grotis1 quia prodest rar1 nocet spissime1 melius est non adhibere omnino1 qum1 spe dubi salutis1 in apertam perniciem incurrere3 ,sic1 haud scio1 an melius fuerit humano generi motum istum celerem cogitationis1 acumen1 solertiam1 quam rationem vocamus1 quoniam pestifera sint multis1 admodum paucis salutaria1 non dari omnino1 qum tam munific et tam larg dari4 ,de quel fruit pouuons nous estimer auoir est ,varro et ,aristote1 cette intelligence de tant de choses8 ,les a elle exemptez des incommoditez humaines8 ont-ils est deschargez des accidents qui pressent vn crocheteur8 ont ils tir de la logique quelque consolation la goute8 pour auoir seu comme cette humeur se loge aux iointures1 l'en ont ils moins sentie8 sont ils entrez en composition de la mort1 pour sauoir qu'aucunes nations s'en resiouissent3 et du cocuage1 pour sauoir les femmes estre communes en quelque region8 ,au rebours1 ayans tenu le premier rang en sauoir1 l'vn entre les ,romains1 l'autre1 entre les ,grecs1 et en la saison o la science fleurissoit le plus1 nous n'auons pas pourtant appris qu'ils ayent eu aucune particuliere excellence en leur vie3 voire le ,grec a assez affaire se descharger d'aucunes tasches notables en la sienne4 ,a on trouu que la volupt et la sant soyent plus sauoureuses celuy qui sait l'astrologie1 et la grammaire3 ,illiterati num minus nerui rigent8 et la honte et pauuret moins importunes8 ,scilicet et morbis et debilitate carebis1 ,et luctum et curam effugies1 et tempora vit ,longa tibi post hc facto meliore dabuntur4 ,i'ay veu en mon temps1 cent artisans1 cent laboureurs1 plus sages et plus heureux que des recteurs de l'vniuersit3 et lesquels i'aimerois mieux ressembler4 ,la doctrine1 ce m'est aduis1 tient rang entre les choses necessaires la vie1 comme la gloire1 la noblesse1 la dignit1 ou pour le plus comme la richesse1 et telles autres qualitez qui y seruent voyrement1 mais de loing1 et plus par fantasie que par nature4 ,il ne nous faut guere non plus d'offices1 de regles1 et de loix de viure1 en nostre communaut1 qu'il en faut aux grues et formis en la leur4 ,et neantmoins nous voyons qu'elles s'y conduisent tres ordonnment1 sans erudition4 ,si l'homme estoit sage1 il prendroit le vray prix de chasque chose1 selon qu'elle seroit la plus vtile et propre sa vie4 ,qui nous contera par nos actions et deportemens1 il s'en trouuera plus grand nombre d'excellens entre les ignorans1 qu'entre les sauans2 ie dy en toute sorte de vertu4 ,la vieille ,rome me semble en auoir bien port de plus grande valeur1 et pour la paix1 et pour la guerre1 que cette ,rome sauante1 qui se ruina soy-mesme4 ,quand le demeurant seroit tout pareil1 aumoins la preud'hommie et l'innocence demeureroient du cost de l'ancienne3 car elle loge singulierement bien auec la simplicit4 ,mais ie laisse ce discours1 qui me tireroit plus loing1 que ie ne voudrois suyure4 ,i'en diray seulement encore cela1 que c'est la seule humilit et submission1 qui peut effectuer vn homme de bien4 ,il ne faut pas laisser au iugement de chacun la cognoissance de son deuoir3 il le luy faut prescrire1 non pas le laisser choisir son discours3 autrement selon l'imbecillit et variet infinie de nos raisons et opinions1 nous nous forgerions en fin des deuoirs1 qui nous mettroient nous manger les vns les autres1 comme dit ,epicurus4 ,la premiere loy1 que ,dieu donna iamais l'homme1 ce fut vne loy de pure obeyssance3 ce fut vn commandement1 nud et simple o l'homme n'eust rien cognoistre et causer1 d'autant que l'obeyr est le propre office d'vne ame raisonnable1 recognoissant vn celeste1 superieur et bien-facteur4 ,de l'obeyr et ceder naist toute autre vertu1 comme du cuider1 tout pech4 ,et au rebours3 la premiere tentation qui vint l'humaine nature de la part du diable1 sa premiere poison1 s'insinua en nous1 par les promesses qu'il nous fit de science et de cognoissance1 ,eritis sicut dij1 scientes bonum et malum4 ,et les ,sereines1 pour piper ,vlysse en ,homere1 et l'attirer en leurs dangereux et ruineux laqs1 luy offrent en don la science4 ,la peste de l'homme c'est l'opinion de sauoir4 ,voyla pourquoy l'ignorance nous est tant recommande par nostre religion1 comme piece propre la creance et l'obeyssance4 ,cauete1 ne quis vos decipiat per philosophiam et inanes seductiones1 secundum elementa mundi4 ,en cecy y a il vne generalle conuenance entre tous les philosophes de toutes sectes1 que le souuerain bien consiste en la tranquillit de l'ame et du corps4 ,mais o la trouuons nous8 ,ad summum sapiens vno minor est ,ioue3 diues1 ,liber1 honoratus1 pulcher1 rex denique regum3 ,prcipu sanus1 nisi cm pituita molesta est4 ,il semble la verit1 que ,nature1 pour la consolation de nostre estat miserable et chetif1 ne nous ait donn en partage que la presumption4 ,c'est ce que dit ,epictete1 que l'homme n'a rien proprement sien1 que l'vsage de ses opinions4 ,nous n'auons que du vent et de la fume en partage4 ,les ,dieux ont la sant en essence1 dit la philosophie1 et la maladie en intelligence3 l'homme au rebours1 possede ses biens par fantasie1 les maux en essence4 ,nous auons eu raison de faire valoir les forces de nostre imagination3 car tous nos biens ne sont qu'en songe4 ,oyez brauer ce pauure et calamiteux animal4 ,il n'est rien1 dit ,cicero1 si doux que l'occupation des lettres3 de ces lettres1 dis-ie1 par le moyen desquelles l'infinit des choses1 l'immense grandeur de ,nature1 les cieux en ce monde mesme1 et les terres1 et les mers nous sont descouuertes3 ce sont elles qui nous ont appris la religion1 la moderation1 la grandeur de courage3 et qui ont arrach nostre ame des tenebres1 pour luy faire voir toutes choses hautes1 basses1 premieres1 dernieres1 et moyennes3 ce sont elles qui nous fournissent dequoy bien et heureusement viure1 et nous guident passer nostre aage sans desplaisir et sans offence4 ,cestuy-cy ne semble il pas parler de la condition de ,dieu tout-viuant et tout-puissant8 ,et quant l'effect1 mille femmelettes ont vescu au village vne vie plus equable1 plus douce1 et plus constante1 que ne fut la sienne4 ,deus ille fuit ,deus1 inclute ,memmi1 ,qui princeps vit rationem inuenit eam1 qu ,nunc appellatur ,sapientia1 quique per artem ,fluctibus tantis vitam tantisque tenebris1 ,in tam tranquillo et tam clara luce locauit4 ,voyla des paroles tresmagnifiques et belles3 mais vn bien leger accident1 mit l'entendement de cestuy-cy en pire estat1 que celuy du moindre berger3 nonobstant ce ,dieu precepteur et cette diuine sapience4 ,de mesme impudence est cette promesse du liure de ,democritus3 ,ie m'en vay parler de toutes choses4 ,et ce sot tiltre qu',aristote nous preste1 de ,dieux mortels3 et ce iugement de ,chrysippus1 que ,dion estoit aussi vertueux que ,dieu4 ,et mon ,seneca recognoist1 dit-il1 que ,dieu luy a donn le viure3 mais qu'il a de soy le bien viure4 ,conformment cet autre1 ,in virtute ver gloriamur3 quod non contingeret1 si id donum ,deo non nobis haberemus4 ,cecy est aussi de ,seneca3 ,que le sage a la fortitude pareille ,dieu3 mais en l'humaine foiblesse1 par o il le surmonte4 ,il n'est rien si ordinaire que de rencontrer des traicts de pareille temerit4 ,il n'y a aucun de nous qui s'offence tant de se voir apparier ,dieu1 comme il fait de se voir deprimer au rang des autres animaux3 tant nous sommes plus ialoux de nostre interest1 que de celuy de nostre createur4 ,mais il faut mettre aux pieds cette sotte vanit1 et secour viuement et hardiment les fondemens ridicules1 sur quoy ces fausses opinions se bastissent4 ,tant qu'il pensera auoir quelque moyen et quelque force de soy1 iamais l'homme ne recognoistra ce qu'il doit son maistre3 il fera tousiours de ses ufs poulles1 comme on dit3 il le faut mettre en chemise4 ,voyons quelque notable exemple de l'effect de sa philosophie4 ,possidonius estant press d'vne si douloureuse maladie1 qu'elle luy faisoit tordre les bras1 et grincer les dents1 pensoit bien faire la figue la douleur pour s'escrier contre elle3 ,tu as beau faire1 si ne diray-ie pas que tu sois mal4 ,il sent mesmes passions que mon laquays1 mais il se braue sur ce qu'il contient aumoins sa langue sous les loix de sa secte4 ,re succumbere non oportebat verbis gloriantem4 ,archesilas estant malade de la goutte1 ,carneades qui le vint visiter1 s'en retournoit tout fasch3 il le rappella1 et luy montrant ses pieds et sa poittrine3 ,il n'est rien venu de l icy1 luy dit-il4 ,cestuy cy a vn peu meilleure grace3 car il sent auoir du mal1 et en voudroit estre depestr4 ,mais de ce mal pourtant son cur n'en est pas abbatu et affoibly4 ,l'autre se tient en sa roideur1 plus1 ce crains-ie1 verbale qu'essentielle4 ,et ,dionysius ,heracleotes afflig d'vne cuison vehemente des yeux1 fut rang quitter ces resolutions ,stoques4 ,mais quand la science feroit par effect ce qu'ils disent1 d'mousser et rabattre l'aigreur des infortunes qui nous suyuent1 que fait elle1 que ce que fait beaucoup plus purement l'ignorance et plus euidemment8 ,le philosophe ,pyrrho courant en mer le hazard d'vne grande tourmente1 ne presentoit ceux qui estoyent auec luy imiter que la securit d'vn porceau1 qui voyageoit auecques eux1 regardant cette tempeste sans effroy4 ,la philosophie au bout de ses preceptes nous renuoye aux exemples d'vn athlete et d'vn muletier3 ausquels on void ordinairement beaucoup moins de ressentiment de mort1 de douleurs1 et d'autres inconueniens1 et plus de fermet1 que la science n'en fournit onques aucun1 qui n'y fust nay et prepar de soy-mesmes par habitude naturelle4 ,qui fait qu'on incise et taille les tendres membres d'vn enfant et ceux d'vn cheual plus aisment que les nostres1 si ce n'est l'ignorance8 ,combien en a rendu de malades la seule force de l'imagination8 ,nous en voyons ordinairement se faire saigner1 purger1 et medeciner pour guerir des maux qu'ils ne sentent qu'en leur discours4 ,lors que les vrais maux nous faillent1 la science nous preste les siens3 cette couleur et ce teint vous presagent quelque defluxion caterreuse3 cette saison chaude vous menasse d'vne motion fieureuse3 cette coupeure de la ligne vitale de vostre main gauche1 vous aduertit de quelque notable et voisine indisposition4 ,et en fin elle s'en addresse tout detroussment la sant mesme4 ,cette allegresse et vigueur de ieunesse1 ne peut arrester en vne assiette1 il luy faut desrober du sang et de la force1 de peur qu'elle ne se tourne contre vous mesmes4 ,compars la vie d'vn homme asseruy telles imaginations1 celle d'vn laboureur1 se laissant aller apres son appetit naturel1 mesurant les choses au seul sentiment present1 sans science et sans prognostique1 qui n'a du mal que lors qu'il l'a3 o l'autre a souuent la pierre en l'ame auant qu'il l'ait aux reins3 comme s'il n'estoit point assez temps pour souffrir le mal lors qu'il y sera1 il l'anticipe par fantasie1 et luy court au deuant4 ,ce que ie dy de la medecine1 se peut tirer par exemple generalement toute science4 ,de l est venu cette ancienne opinion des philosophes1 qui logeoient le souuerain bien la recognoissance de la foiblesse de nostre iugement4 ,mon ignorance me preste autant d'occasion d'esperance que de crainte3 et n'ayant autre regle de ma sant1 que celle des exemples d'autruy1 et des euenemens que ie vois ailleurs en pareille occasion1 i'en trouue de toutes sortes3 et m'arreste aux comparaisons1 qui me sont plus fauorables4 ,ie reois la sant les bras ouuerts1 libre1 plaine1 et entiere3 et aiguise mon appetit la iour1 d'autant plus qu'elle m'est present moins ordinaire et plus rare3 tant s'en faut que ie trouble son repos et sa douceur1 par l'amertume d'vne nouuelle et contrainte forme de viure4 ,les bestes nous montrent assez combien l'agitation de nostre esprit nous apporte de maladies4 ,ce qu'on nous dit de ceux du ,bresil1 qu'ils ne mouroyent que de vieillesse1 on l'attribue la serenit et tranquillit de leur air1 ie l'attribue plustost la tranquillit et serenit de leur ame1 descharge de toute passion1 pense et occupation tendue ou desplaisante3 comme gents qui passoyent leur vie en vne admirable simplicit et ignorance1 sans lettres1 sans loy1 sans ,roy1 sans relligion quelconque4 ,et d'o vient ce qu'on trouue par experience1 que les plus grossiers et plus lourds sont plus fermes et plus desirables aux executions amoureuses8 et que l'amour d'vn muletier se rend souuent plus acceptable1 que celle d'vn gallant homme8 sinon qu'en cettuy-cy l'agitation de l'ame trouble sa force corporelle1 la rompt1 et lasse3 comme elle lasse aussi et trouble ordinairement soy-mesmes8 ,qui la desment1 qui la iette plus coustumierement la manie1 que sa promptitude1 sa pointe1 son agilit1 et en fin sa force propre8 ,dequoy se fait la plus subtile folie que de la plus subtile sagesse8 ,comme des grandes amitiez naissent des grandes inimitiez1 des santez vigoreuses les mortelles maladies3 ainsi des rares et vifues agitations de noz ames1 les plus excellentes manies1 et plus detraques3 il n'y a qu'vn demy tour de cheuille passer de l'vn l'autre4 ,aux actions des hommes insensez1 nous voyons combien proprement s'aduient la folie1 auec les plus vigoureuses operations de nostre ame4 ,qui ne sait combien est imperceptible le voisinage d'entre la folie auec les gaillardes eleuations d'vn esprit libre2 et les effects d'vne vertu supreme et extraordinaire8 ,platon dit les melancholiques plus disciplinables et excellens3 aussi n'en est-il point qui ayent tant de propension la folie4 ,infinis esprits se treuuent ruinez par leur propre force et soupplesse4 ,quel sault vient de prendre de sa propre agitation et allegresse1 l'vn des plus iudicieux1 ingenieux et plus forms l'air de cette antique et pure posie1 qu'autre pote ,italien aye de long temps est8 ,n'a-t-il pas dequoy sauoir gr cette sienne viuacit meurtriere8 cette clart qui l'a aueugl8 cette exacte1 et tendue apprehension de la raison1 qui l'a mis sans raison8 la curieuse et laborieuse queste des sciences1 qui l'a conduit la bestise8 cette rare aptitude aux exercices de l'ame1 qui l'a rendu sans exercice et sans ame8 ,i'eus plus de despit encore que de compassion1 de le voir ,ferrare en si piteux estat suruiuant soy-mesmes1 mescognoissant et soy et ses ouurages2 lesquels sans son seu1 et toutesfois sa veu1 on a mis en lumiere incorrigez et informes4 ,voulez vous vn homme sain1 le voulez vous regl1 et en ferme et seure posture8 affublez le de tenebres d'oisiuet et de pesanteur4 ,il nous faut abestir pour nous assagir3 et nous esblouir1 pour nous guider4 ,et si on me dit que la commodit d'auoir l'appetit froid et mousse aux douleurs et aux maux1 tire apres soy cette incommodit1 de nous rendre aussi par consequent moins aiguz et frians1 la iouyssance des biens et des plaisirs3 cela est vray3 mais la misere de nostre condition porte1 que nous n'auons tant iouyr qu' fuir1 et que l'extreme volupt ne nous touche pas comme vne legere douleur3 ,segnius homines bona qum mala sentiunt3 nous ne sentons point l'entiere sant1 comme la moindre des maladies3 ,pungit ,in cute vix summa violatum plagula corpus1 ,quando valere nihil quemquam mouet4 ,hoc iuuat vnum1 ,qud me non torquet latus1 aut pes3 ctera quisquam ,vix queat aut sanum sese1 aut sentire valentem4 ,nostre bien estre1 ce n'est que la priuation d'estre mal4 ,voyla pourquoy la secte de philosophie1 qui a le plus faict valoir la volupt1 encore l'a elle renge la seule indolence4 ,le n'auoir point de mal1 c'est le plus auoir de bien1 que l'homme puisse esperer3 comme disoit ,ennius4 ,nimium boni est1 cui nihil est mali4 ,car ce mesme chatouillement et aiguisement1 qui se rencontre en certains plaisirs1 et semble nous enleuer au dessus de la sant simple1 et de l'indolence2 cette volupt actiue1 mouuante1 et ie ne say comment cuisante et mordante1 celle l mesme1 ne vise qu' l'indolence1 comme son but4 ,l'appetit qui nous rauit l'accointance des femmes1 il ne cherche qu' chasser la peine que nous apporte le desir ardent et furieux1 et ne demande qu' l'assouuir1 et se loger en repos1 et en l'exemption de cette fieure4 ,ainsi des autres4 ,ie dy donc1 que si la simplesse nous achemine point n'auoir de mal1 elle nous achemine vn tres-heureux estat selon nostre condition4 ,si ne la faut-il point imaginer si plombe1 qu'elle soit du tout sans sentiment4 ,car ,crantor auoit bien raison de combattre l'indolence d',epicurus1 si on la bastissoit si profonde que l'abort mesme et la naissance des maux en fust dire4 ,ie ne lou point cette indolence qui n'est ny possible1 ny desirable4 ,ie suis content de n'estre pas malade3 mais si ie le suis1 ie veux sauoir que ie le suis1 et si on me cauterise ou incise1 ie le veux sentir4 ,de vray1 qui desracineroit la cognoissance du mal1 il extirperoit quand et quand la cognoissance de la volupt1 et en fin aneantiroit l'homme4 ,istud nihil dolere1 non sine magna mercede contingit immanitatis in animo1 stuporis in corpore4 ,le mal est l'homme bien son tour4 ,ny la douleur ne luy est tousiours fur1 ny la volupt tousiours suiure4 ,c'est vn tres-grand auantage pour l'honneur de l'ignorance1 que la science mesme nous reiecte entre ses bras1 quand elle se trouue empesche nous roidir contre la pesanteur des maux3 elle est contrainte de venir cette composition1 de nous lascher la bride1 et donner cong de nous sauuer en son giron1 et nous mettre soubs sa faueur l'abri des coups et iniures de la ,fortune4 ,car que veut elle dire autre chose1 quand elle nous presche de retirer notre pense des maux qui nous tiennent1 et l'entretenir des voluptez perdues2 et de nous seruir pour consolation des maux presens1 de la souuenance des biens passez1 et d'appeller nostre secours vn contentement esuanouy1 pour l'opposer ce qui nous presse8 ,leuationes gritudinum in auocatione cogitanda molestia1 et reuocatione ad contemplandas voluptates ponit1 si ce n'est qu'o la force luy manque1 elle veut vser de ruse1 et donner vn tour de soupplesse et de iambe1 o la vigueur du corps et des bras vient luy faillir4 ,car non seulement vn philosophe1 mais simplement vn homme rassis1 quand il sent par effect l'alteration cuisante d'vne fieure chaude1 quelle monnoye est-ce1 de le payer de la souuenance de la douceur du vin ,grec8 ,ce seroit plustost luy empirer son march1 ,che ricordarsi il ben doppia la noia4 ,de mesme condition est cet autre conseil1 que la ,philosophie donne2 de maintenir en la memoire seulement le bonheur pass1 et d'en effacer les desplaisirs que nous auons soufferts2 comme si nous auions en nostre pouuoir la science de l'oubly3 et conseil duquel nous valons moins encore vn coup4 ,suauis est laborum prteritorum memoria4 ,comment8 la ,philosophie qui me doit mettre les armes la main1 pour combattre la ,fortune2 qui me doit roidir le courage pour fouller aux pieds toutes les aduersitez humaines1 vient elle cette mollesse1 de me faire conniller par ces destours coards et ridicules8 ,car la memoire nous represente1 non pas ce que nous choisissons1 mais ce qui luy plaist4 ,voire il n'est rien qui imprime si viuement quelque chose en nostre souuenance1 que le desir de l'oublier4 ,c'est vne bonne maniere de donner en garde1 et d'empreindre en nostre ame quelque chose1 que de la solliciter de la perdre4 ,et cela est faulx1 ,est situm in nobis1 vt et aduersa quasi perpetua obliuione obruamus1 et secunda iucund et suauiter meminerimus4 ,et cecy est vray1 ,memini etiam qu nolo3 obliuisci non possum qu volo4 ,et de qui est ce conseil8 de celuy1 qui se vnus sapientem profiteri sit ausus3 ,qui genus humanum ingenio superauit1 et omnes ,prstrinxit stellas1 exortus vti therius sol4 ,de vuider et desmunir la memoire1 est-ce pas le vray et propre chemin l'ignorance8 ,iners malorum remedium ignorantia est4 ,nous voyons plusieurs pareils preceptes1 par lesquels on nous permet d'emprunter du vulgaire des apparences friuoles1 o la raison viue et forte ne peut assez3 pourueu qu'elles nous seruent de contentement et de consolation4 ,o ils ne peuuent gurir la playe1 ils sont contents de l'endormir et pallier4 ,ie croy qu'ils ne me nieront pas cecy1 que s'ils pouuoyent adiouster de l'ordre1 et de la constance1 en vn estat de vie1 qui se maintinst en plaisir et en tranquillit par quelque foiblesse et maladie de iugement1 qu'ils ne l'acceptassent3 ,potare1 et spargere flores ,incipiam1 patirque vel inconsultus haberi4 ,il se trouueroit plusieurs philosophes de l'aduis de ,lycas4 ,cettuy-cy ayant au demeurant ses murs bien regles1 viuant doucement et paisiblement en sa famille1 ne manquant nul office de son deuoir envers les siens et estrangers1 se conseruant tresbien des choses nuisibles1 s'estoit par quelque alteration de sens imprim en la ceruelle vne resuerie4 ,c'est qu'il pensoit estre perpetuellement aux theatres y voir des passetemps1 des spectacles1 et des plus belles comedies du monde4 ,guery qu'il fut par les medecins1 de cette humeur peccante1 peine qu'il ne les mist en procs pour le restablir en la douceur de ces imaginations4 ,pol6 me occidistis1 amici1 ,non seruastis1 ait2 cui sic extorta voluptas1 ,et demptus per vim mentis gratissimus error4 ,d'vne pareille resuerie celle de ,thrasylaus1 fils de ,pythodorus1 qui se faisoit croire que tous les nauires qui relaschoient du port de ,pyre1 et y abordoient1 ne trauailloyent que pour son seruice3 se resiouyssant de la bonne fortune de leur nauigation1 les recueillant auec ioye4 ,son frere ,crito l'ayant faict remettre en son meilleur sens1 il regrettoit cette sorte de condition1 en laquelle il auoit vescu en liesse1 et descharg de tout desplaisir4 ,c'est ce que dit ce vers ancien ,grec1 qu'il y a beaucoup de commodit n'estre pas si aduis3 1 4 ,et l',ecclesiaste2 ,en beaucoup de sagesse1 beaucoup de desplaisir3 et1 ,qui acquiert science1 s'acquiert du trauail et tourment4 ,cela mesme1 quoy la ,philosophie consent en general1 cette derniere recepte qu'elle ordonne toute sorte de necessitez1 qui est de mettre fin la vie1 que nous ne pouuons supporter3 ,placet8 pare4 ,non placet8 quacumque vis exi4 ,pungit dolor8 vel fodiat san8 si nudus es1 da iugulum3 sin tectus armis ,vulcanijs1 id est fortitudine1 resiste3 et ce mot des ,grecs conuiues qu'ils y appliquent1 ,aut bibat1 aut abeat3 qui sonne plus sortablement en la langue d'vn ,gascon1 qu'en celle de ,ciceron1 qui change volontiers en ,v4 le ,b3 ,viuere si rect nescis1 decede peritis4 ,lusisti satis1 edisti satis1 atque bibisti3 ,tempus abire tibi est1 ne potum largius quo ,rideat1 et pulset lasciua decentius tas4 qu'est-ce autre chose qu'vne confession de son impuissance2 et vn renuoy1 non seulement l'ignorance1 pour y estre couuert1 mais la stupidit mesme1 au non sentir1 et au non estre8 ,democritum postqum matura vetustas ,admonuit memorem1 motus languescere mentis3 ,sponte sua letho caput obuius obtulit ipse4 ,c'est ce que disoit ,antisthenes1 qu'il falloit faire prouision ou de sens pour entendre1 ou de licol pour se pendre3 et ce que ,chrysippus alleguoit sur ce propos du pote ,tyrtus1 ,de la vertu1 ou de mort approcher4 ,et ,crates disoit1 que l'amour se guerissoit par la faim1 sinon par le temps3 et qui ces deux moyens ne plairoyent1 par la hart4 ,celuy ,sextius1 duquel ,seneque et ,plutarque parlent auec si grande recommandation1 s'estant iett1 toutes choses laisses1 l'estude de la philosophie1 delibera de se precipiter en la mer1 voyant le progrez de ses estudes trop tardif et trop long4 ,il couroit la mort1 au deffault de la science4 ,voicy les mots de la loy1 sur ce subject3 ,si d'auenture il suruient quelque grand inconuenient qui ne se puisse remedier1 le port est prochain3 et se peut-on sauuer nage1 hors du corps1 comme hors d'vn esquif qui faict eau3 car c'est la crainte de mourir1 non pas le desir de viure1 qui tient le fol attach au corps4 ,comme la vie se rend par la simplicit plus plaisante1 elle s'en rend aussi plus innocente et meilleure1 comme ie commenois tantost dire4 ,les simples1 dit ,s4 ,paul1 et les ignorans1 s'esleuent et se saisissent du ciel2 et nous1 tout nostre sauoir1 nous plongeons aux abismes infernaux4 ,ie ne m'arreste ny ,valentian1 ennemy declar de la science et des lettres1 ny ,licinius1 tous deux ,empereurs ,romains1 qui les nommoient le venin et la peste de tout estat politique3 ny ,mahumet1 qui1 comme i'ay entendu1 interdict la science ses hommes3 mais l'exemple de ce grand ,lycurgus et son authorit doit certes auoir grand poix1 et la reuerence de cette diuine police ,lacedemonienne1 si grande1 si admirable1 et si long temps fleurissante en vertu et en bon heur1 sans aucune institution ny exercice de lettres4 ,ceux qui reuiennent de ce monde nouueau qui a est descouuert du temps de nos peres1 par les ,espagnols1 nous peuuent tesmoigner combien ces nations1 sans magistrat1 et sans loy1 viuent plus legitimement et plus reglment que les nostres1 o il y a plus d'officiers et de loix1 qu'il n'y a d'autres hommes1 et qu'il n'y a d'actions4 ,di cittatorie piene e di libelli1 ,d'esamine e di carte1 di procure ,hanno le mani e il seno1 e gran fastelli ,di chiose1 di consigli e di letture1 ,per cui le facult de pouerelli ,non sono mai ne le citta sicure1 ,hanno dietro e dinanzi e d'ambi i lati1 ,notai1 procuratori ed aduocati4 ,c'estoit ce que disoit vn ,senateur ,romain des derniers siecles1 que leurs predecesseurs auoyent l'aleine puante l'ail1 et l'estomach musqu de bonne conscience3 et qu'au rebours1 ceux de son temps ne sentoient au dehors que le parfum1 puans au dedans toute sorte de vices3 c'est dire1 comme ie pense1 qu'ils auoyent beaucoup de sauoir et de suffisance1 et grand faute de preud'hommie4 ,l'inciuilit1 l'ignorance1 la simplesse1 la rudesse s'accompagnent volontiers de l'innocence3 la curiosit1 la subtilit1 le sauoir trainent la malice leur suite3 l'humilit1 la crainte1 l'obissance1 la debonnairet1 qui sont les pieces principales pour la conseruation de la societ humaine1 demandent vne ame vuide1 docile et presumant peu de soy4 ,les ,chrestiens ont vne particuliere cognoissance1 combien la curiosit est vn mal naturel et originel en l'homme4 ,le soing de s'augmenter en sagesse et en science1 ce fut la premiere ruine du genre humain2 c'est la voye1 par o il s'est precipit la damnation eternelle4 ,l'orgueil est sa perte et sa corruption3 c'est l'orgueil qui iette l'homme quartier des voyes communes1 qui luy fait embrasser les nouuelletez1 et aymer mieux estre chef d'vne trouppe errante1 et desuoye1 au sentier de perdition1 aymer mieux estre regent et precepteur d'erreur et de mensonge1 que d'estre disciple en l'eschole de verit1 se laissant mener et conduire par la main d'autruy1 la voye battu et droicturiere4 ,c'est l'aduanture ce que dit ce mot ,grec ancien1 que la superstition suit l'orgueil1 et luy obeit comme son pere3 4 ,o cuider1 combien tu nous empesches6 ,apres que ,socrates fut aduerty1 que le ,dieu de sagesse luy auoit attribu le nom de ,sage1 il en fut estonn3 et se recherchant et secouant par tout1 n'y trouuoit aucun fondement cette diuine sentence4 ,il en sauoit de iustes1 temperants1 vaillants1 sauants comme luy3 et plus eloquents1 et plus beaux1 et plus vtiles au pas4 ,en fin il se resolut1 qu'il n'estoit distingu des autres1 et n'estoit sage que par ce qu'il ne se tenoit pas tel3 et que son ,dieu estimoit bestise singuliere l'homme1 l'opinion de science et de sagesse3 et que sa meilleure doctrine estoit la doctrine de l'ignorance1 et la simplicit sa meilleure sagesse4 ,la saincte ,parole declare miserables ceux d'entre nous1 qui s'estiment3 ,bourbe et cendre1 leur dit-elle1 qu'as-tu te glorifier8 et ailleurs1 ,dieu a faict l'homme semblable l'ombre1 de laquelle qui iugera1 quand par l'esloignement de la lumiere elle sera esuanouye8 ,ce n'est rien que de nous4 ,il s'en faut tant que nos forces conoiuent la haulteur diuine1 que des ouurages de nostre createur1 ceux-l portent mieux sa marque1 et sont mieux siens1 que nous entendons le moins4 ,c'est aux ,chrestiens vne occasion de croire1 que de rencontrer vne chose incroyable4 ,elle est d'autant plus selon raison1 qu'elle est contre l'humaine raison4 ,si elle estoit selon raison1 ce ne seroit plus miracle2 et si elle estoit selon quelque exemple1 ce ne seroit plus chose singuliere4 ,melius scitur ,deus nesciendo1 dit ,s4 ,augustin4 ,et ,tacitus1 ,sanctius est ac reuerentius de actis ,deorum credere qum scire4 ,et ,platon estime qu'il y ayt quelque vice d'impiet trop curieusement s'enquerir et de ,dieu1 et du monde1 et des causes premieres des choses4 ,atque illum quidem parentem huius vniuersitatis inuenire difficile3 et1 quum iam inueneris1 indicare in vulgus1 nefas1 dit ,ciceron4 ,nous disons bien puissance1 verit1 iustice3 ce sont parolles qui signifient quelque chose de grand3 mais cette chose l1 nous ne la voyons aucunement1 ny ne la conceuons4 ,nous disons que ,dieu craint1 que ,dieu se courrouce1 que ,dieu ayme4 ,immortalia mortali sermone notantes4 ,ce sont toutes agitations et esmotions1 qui ne peuuent loger en ,dieu selon nostre forme1 ny nous l'imaginer selon la sienne3 c'est ,dieu seul de se cognoistre et interpreter ses ouurages3 et le fait en nostre langue1 improprement1 pour s'aualler et descendre nous1 qui sommes terre couchez4 ,la prudence comment luy peut elle conuenir1 qui est l'eslite entre le bien et le mal3 veu que nul mal ne le touche8 ,quoy la raison et l'intelligence1 desquelles nous nous seruons pour par les choses obscures arriuer aux apparentes3 veu qu'il n'y a rien d'obscur ,dieu8 ,la iustice1 qui distribue chacun ce qui luy appartient1 engendre pour la socit et communaut des hommes1 comment est-elle en ,dieu8 ,la temperance1 comment8 qui est la moderation des voluptez corporelles1 qui n'ont nulle place en la diuinit4 ,la fortitude porter la douleur1 le labeur1 les dangers1 luy appartiennent aussi peu3 ces trois choses n'ayans nul accs pres de luy4 ,parquoy ,aristote le tient egallement exempt de vertu et de vice4 ,neque gratia neque ira teneri potest1 qud qu talia essent1 imbecilla essent omnia4 ,la participation que nous auons la cognoissance de la verit1 quelle qu'elle soit1 ce n'est point par nos propres forces que nous l'auons acquise4 ,dieu nous a assez appris cela par les tesmoings1 qu'il a choisi du vulgaire1 simples et ignorans1 pour nous instruire de ses admirables secrets4 ,nostre foy ce n'est pas nostre acquest1 c'est vn pur present de la liberalit d'autruy4 ,ce n'est pas par discours ou par nostre entendement que nous auons receu nostre religion1 c'est par authorit et par commandement estranger4 ,la foiblesse de nostre iugement nous y aide plus que la force1 et nostre aueuglement plus que nostre clair-voyance4 ,c'est par l'entremise de nostre ignorance1 plus que de nostre science1 que nous sommes sauans de diuin sauoir4 ,ce n'est pas merueille1 si nos moyens naturels et terrestres ne peuuent conceuoir cette cognoissance supernaturelle et celeste3 apportons y seulement du nostre1 l'obeissance et la subiection3 car comme il est escrit2 ,ie destruiray la sapience des sages1 et abbattray la prudence des prudens4 ,o est le sage8 o est l'escriuain8 o est le disputateur de ce siecle8 ,dieu n'a-il pas abesty la sapience de ce monde8 ,car puis que le monde n'a point cogneu ,dieu par sapience1 il luy a pleu par la vanit de la predication1 sauuer les croyans4 ,si me faut-il voir en fin1 s'il est en la puissance de l'homme de trouuer ce qu'il cherche3 et si cette queste1 qu'il a employ depuis tant de siecles1 l'a enrichy de quelque nouuelle force1 et de quelque verit solide4 ,ie croy qu'il me confessera1 s'il parle en conscience1 que tout l'acquest qu'il a retir d'vne si longue poursuite1 c'est d'auoir appris recognoistre sa foiblesse4 ,l'ignorance qui estoit naturellement en nous1 nous l'auons par longue estude confirme et auere4 ,il est aduenu aux gens veritablement sauans1 ce qui aduient aux espics de bled3 ils vont s'esleuant et se haussant la teste droite et fiere1 tant qu'ils sont vuides2 mais quand ils sont pleins et grossis de grain en leur maturit1 ils commencent s'humilier et baisser les cornes4 ,pareillement les hommes1 ayans tout essay1 tout sond1 et n'ayans trouu en cet amas de science et prouision de tant de choses diuerses1 rien de massif et de ferme1 et rien que vanit1 ils ont renonc leur presumption1 et recogneu leur condition naturelle4 ,c'est ce que ,velleius reproche ,cotta1 et ,cicero1 qu'ils ont appris de ,philo1 n'auoir rien appris4 ,pherecydes1 l'vn des sept sages1 escriuant ,thales1 comme il expiroit1 ,i'ay1 dit-il1 ordonn aux miens1 apres qu'ils m'auront enterr1 de te porter mes escrits4 ,s'ils contentent et toy et les autres sages1 publie les3 sinon1 supprime les4 ,ils ne contiennent nulle certitude qui me satisface moy-mesme4 ,aussi ne fay-ie pas profession de sauoir la verit1 ny d'y atteindre4 ,i'ouure les choses plus que ie ne les descouure4 ,le plus sage homme qui fut onques1 quand on luy demanda ce qu'il sauoit1 respondit1 qu'il sauoit cela1 qu'il ne sauoit rien4 ,il verifioit ce qu'on dit1 que la plus grand part de ce que nous sauons1 est la moindre de celles que nous ignorons3 c'est dire1 que ce mesme que nous pensons sauoir1 c'est vne piece1 et bien petite1 de nostre ignorance4 ,nous sauons les choses en songe1 dit ,platon1 et les ignorons en verit4 ,omnes pen veteres1 nihil cognosci1 nihil percipi1 nihil sciri posse dixerunt2 angustos sensus1 imbecilles animos1 breuia curricula vit4 ,cicero mesme1 qui deuoit au sauoir tout son vaillant1 ,valerius dit que1 sur sa vieillesse1 il commena desestimer les lettres4 ,et pendant qu'il les traictoit1 c'estoit sans obligation d'aucun party3 suiuant ce qui luy sembloit probable1 tantost en l'vne secte1 tantost en l'autre3 se tenant tousiours soubs la dubitation de l',academie4 ,dicendum est1 sed ita vt nihil affirmem3 quram omnia1 dubitans plerumque et mihi diffidens4 ,i'auroy trop beau ieu1 si ie vouloy considerer l'homme en sa commune faon et en gros3 et le pourroy faire pourtant par sa regle propre2 qui iuge la verit non par le poids des voix1 mais par le nombre4 ,laissons l le peuple1 ,qui vigilans stertit1 ,mortua cui vita est prop iam viuo atque videnti1 qui ne se sent point1 qui ne se iuge point1 qui laisse la plus part de ses facultez naturelles oisiues4 ,ie veux prendre l'homme en sa plus haulte assiette4 ,considerons-le en ce petit nombre d'hommes excellens et triez1 qui ayants est douez d'vne belle et particuliere force naturelle1 l'ont encore roidie et aiguise par soin1 par estude et par art1 et l'ont monte au plus hault poinct de sagesse1 o elle puisse atteindre4 ,ils ont mani leur ame tout sens1 et tout biais1 l'ont appuye et estanonne de tout le secours estranger1 qui luy a est propre1 et enrichie et orne de tout ce qu'ils ont peu emprunter pour sa commodit1 du dedans et dehors du monde3 c'est en eux que loge la haulteur extreme de l'humaine nature4 ,ils ont regl le monde de polices et de loix4 ,ils l'ont instruit par arts et sciences1 et instruit encore par l'exemple de leurs murs admirables4 ,ie ne mettray en compte1 que ces gens-l1 leur tesmoignage1 et leur experience4 ,voyons iusques o ils sont allez1 et quoy ils se sont tenus4 ,les maladies et les desfauts que nous trouuerons en ce college-l1 le monde les pourra hardiment bien aduour pour siens4 ,quiconque cherche quelque chose1 il en vient ce poinct1 ou qu'il dit1 qu'il l'a trouue2 ou qu'elle ne se peut trouuer2 ou qu'il en est encore en queste4 ,toute la ,philosophie est despartie en ces trois genres4 ,son dessein est de chercher la verit1 la science1 et la certitude4 ,les ,peripateticiens1 ,epicuriens1 ,stoiciens1 et autres1 ont pens l'auoir trouue4 ,ceux-cy ont estably les sciences1 que nous auons1 et les ont traictes1 comme notices certaines4 ,clitomachus1 ,carneades1 et les ,academiciens1 ont desesper de leur queste2 et iug que la verit ne se pouuoit conceuoir par nos moyens4 ,la fin de ceux-cy1 c'est la foiblesse et humaine ignorance4 ,ce party a eu la plus grande suitte1 et les sectateurs les plus nobles4 ,pyrrho et autres ,sceptiques ou ,epechistes1 de qui les dogmes plusieurs anciens ont tenu tirez d',homere1 des sept sages1 et d',archilochus1 et d',eurypides1 et y attachent ,zeno1 ,democritus1 ,xenophanes1 disent1 qu'ils sont encore en cherche de la verit4 ,ceux-cy iugent1 que ceux-l qui pensent l'auoir trouue1 se trompent infiniement2 et qu'il y a encore de la vanit trop hardie1 en ce second degr1 qui asseure que les forces humaines ne sont pas capables d'y atteindre4 ,car cela1 d'establir la mesure de nostre puissance1 de cognoistre et iuger la difficult des choses1 c'est vne grande et extreme science1 de laquelle ils doubtent que l'homme soit capable4 ,nil sciri quisquis putat1 id quoque nescit1 ,an sciri possit1 quo se nil scire fatetur4 ,l'ignorance qui se sait1 qui se iuge1 et qui se condamne1 ce n'est pas vne entiere ignorance4 ,pour l'estre1 il faut qu'elle s'ignore soy-mesme4 ,de faon que la profession des ,pyrrhoniens est1 de bransler1 doubter1 et enquerir1 ne s'asseurer de rien1 de rien ne se respondre4 ,des trois actions de l'ame1 l'imaginatiue1 l'appetitiue1 et la consentante1 ils en reoiuent les deux premieres3 la derniere1 ils la soustiennent1 et la maintiennent ambigue1 sans inclination1 ny approbation d'vne part ou d'autre1 tant soit-elle legere4 ,zenon peignoit de geste son imagination sur cette partition des facultez de l'ame3 ,la main espandu et ouuerte1 c'estoit apparence3 la main demy serre1 et les doigts vn peu croches1 consentement3 le poing ferm1 comprehension3 quand de la main gauche il venoit encore clorre ce poing plus estroit1 science4 ,or cette assiette de leur iugement droicte1 et inflexible1 receuant tous obiects sans application et consentement1 les achemine leur ,ataraxie2 qui est vne condition de vie paisible1 rassise1 exempte des agitations que nous receuons par l'impression de l'opinion et science1 que nous pensons auoir des choses4 ,d'o naissent la crainte1 l'auarice1 l'enuie1 les desirs immoderez1 l'ambition1 l'orgueil1 la superstition1 l'amour de nouuellet1 la rebellion1 la desobeyssance1 l'opiniastret1 et la pluspart des maux corporels4 ,voire ils s'exemptent par l1 de la ialousie de leur discipline4 ,car ils debattent d'vne bien molle faon4 ,ils ne craignent point la reuenche leur dispute4 ,quand ils disent que le poisant va contre-bas1 ils seroient bien marris qu'on les en creust2 et cherchent qu'on les contredie1 pour engendrer la dubitation et surseance de iugement1 qui est leur fin4 ,ils ne mettent en auant leurs propositions1 que pour combattre celles qu'ils pensent1 que nous ayons en nostre creance4 ,si vous prenez la leur1 ils prendront aussi volontiers la contraire soustenir3 tout leur est vn3 ils n'y ont aucun choix4 ,si vous establissez que la neige soit noire1 ils argumentent au rebours1 qu'elle est blanche4 ,si vous dites qu'elle n'est ny l'vn1 ny l'autre1 c'est eux maintenir qu'elle est tous les deux4 ,si par certain iugement vous tenez1 que vous n'en sauez rien1 ils vous maintiendront que vous le sauez4 ,ou1 et si par vn axiome affirmatif vous asseurez que vous en doutez1 ils vous iront debattant que vous n'en doutez pas2 ou que vous ne pouuez iuger et establir que vous en doutez4 ,et par cette extremit de doubte1 qui se secoue soy-mesme1 ils se separent et se diuisent de plusieurs opinions1 de celles mesmes1 qui ont maintenu en plusieurs faons1 le doubte et l'ignorance4 ,pourquoy ne leur sera-il permis1 disent-ils1 comme il est entre les dogmatistes1 l'vn dire vert1 l'autre iaulne1 eux aussi de doubter8 ,est-il chose qu'on vous puisse proposer par l'aduouer ou refuser1 laquelle il ne soit pas loisible de considerer comme ambigue8 ,et o les autres sont portez1 ou par la coustume de leur pas1 ou par l'institution des parens1 ou par rencontre1 comme par vne tempeste1 sans iugement et sans choix1 voire le plus souuent auant l'aage de discretion1 telle ou telle opinion1 la secte ou ,stoque ou ,epicurienne1 laquelle ils se treuuent hypothequez1 asseruiz et collez1 comme vne prise qu'ils ne peuuent desmordre3 ad quamcumque disciplinam1 velut tempestate1 delati1 ad eam1 tanquam ad saxum1 adhrescunt3 pourquoy1 ceux-cy1 ne sera-il pareillement conced1 de maintenir leur libert1 et considerer les choses sans obligation et seruitude8 ,hoc liberiores et solutiores1 qud integra illis est iudicandi potestas4 ,n'est-ce pas quelque aduantage1 de se trouuer desengag de la necessit1 qui bride les autres8 ,vaut-il pas mieux demeurer en suspens que de s'infrasquer en tant d'erreurs que l'humaine fantasie a produictes8 ,vaut-il pas mieux suspendre sa persuasion1 que de se mesler ces diuisions seditieuses et querelleuses8 ,qu'iray-ie choisir8 ,ce qu'il vous plaira1 pourueu que vous choisissiez4 ,voila vne sotte responce3 laquelle il semble pourtant que tout le dogmatisme arriue3 par qui il ne nous est pas permis d'ignorer ce que nous ignorons4 ,prenez le plus fameux party1 iamais il ne sera si seur1 qu'il ne vous faille pour le deffendre1 attaquer et combattre cent et cent contraires partis4 ,vaut-il pas mieux se tenir hors de cette mesle8 ,il vous est permis d'espouser comme vostre honneur et vostre vie1 la creance d',aristote sur l'eternit de l'ame1 et desdire et desmentir ,platon l dessus1 et eux il sera interdit d'en doubter8 ,s'il est loisible ,pantius de soustenir son iugement autour des aruspices1 songes1 oracles1 vaticinations1 desquelles choses les ,stoiciens ne doubtent aucunement3 pourquoy vn sage n'osera-il en toutes choses1 ce que cettuy-cy ose en celles qu'il a apprinses de ses maistres3 establies du commun consentement de l'eschole1 de laquelle il est sectateur et professeur8 ,si c'est vn enfant qui iuge1 il ne sait que c'est3 si c'est vn sauant1 il est proccupp4 ,ils se sont reseruez vn merueilleux aduantage au combat1 s'estans deschargez du soin de se couurir4 ,il ne leur importe qu'on les frappe1 pourueu qu'ils frappent2 et font leurs besongnes de tout4 ,s'ils vainquent1 vostre proposition cloche2 si vous1 la leur3 s'ils faillent1 ils verifient l'ignorance2 si vous faillez1 vous la verifiez3 s'ils prouuent que rien ne se sache1 il va bien2 s'ils ne le sauent pas prouuer1 il est bon de mesmes3 ,vt quum in eadem re paria contrariis in partibus momenta inueniuntur1 facilius ab vtraque parte assertio sustineatur4 ,et font estat de trouuer bien plus facilement1 pourquoy vne chose soit fausse1 que non pas qu'elle soit vraye2 et ce qui n'est pas1 que ce qui est3 et ce qu'ils ne croyent pas1 que ce qu'ils croyent4 ,leurs faons de parler sont1 ,ie n'establis rien3 ,il n'est non plus ainsi qu'ainsin1 ou que ny l'vn ny l'autre3 ,ie ne le comprens point4 ,les apparences sont egales par tout3 la loy de parler1 et pour et contre1 est pareille4 ,rien ne semble vray qui ne puisse sembler faux4 ,leur mot sacramental1 c'est 2 c'est dire1 ie soustiens1 ie ne bouge4 ,voyla leurs refreins1 et autres de pareille substance4 ,leur effect1 c'est vne pure1 entiere1 et tres-parfaicte surceance et suspension de iugement4 ,ils se seruent de leur raison1 pour enquerir et pour debattre3 mais non pas pour arrester et choisir4 ,quiconque imaginera vne perpetuelle confession d'ignorance1 vn iugement sans pente1 et sans inclination1 quelque occasion que ce puisse estre1 il conoit le ,pyrrhonisme4 ,i'exprime cette fantasie autant que ie puis1 par ce que plusieurs la trouuent difficile conceuoir2 et les autheurs mesmes la representent vn peu obscurement et diuersement4 ,quant aux actions de la vie1 ils sont en cela de la commune faon4 ,ils se prestent et accommodent aux inclinations naturelles1 l'impulsion et contrainte des passions1 aux constitutions des loix et des coustumes1 et la tradition des arts3 non enim nos ,deus ista scire1 sed tantummodo vti voluit4 ,ils laissent guider ces choses l1 leurs actions communes1 sans aucune opination ou iugement4 ,qui fait que ie ne puis pas bien assortir ce discours1 ce qu'on dit de ,pyrrho4 ,ils le peignent stupide et immobile1 prenant vn train de vie farouche et inassociable1 attendant le hurt des charrettes1 se presentant aux precipices1 refusant de s'accommoder aux loix4 ,cela est encherir sur sa discipline4 ,il n'a pas voulu se faire pierre ou souche3 il a voulu se faire homme viuant1 discourant1 et raisonnant1 iouyssant de tous plaisirs et commoditez naturelles1 embesoignant et se seruant de toutes ses pieces corporelles et spirituelles1 en regle et droicture4 ,les priuileges fantastiques1 imaginaires1 et faulx1 que l'homme s'est vsurp1 de regenter1 d'ordonner1 d'establir1 il les a de bonne foy renoncez et quittez4 ,si n'est-il point de secte1 qui ne soit contrainte de permettre son sage de suiure assez de choses non comprinses1 ny perceus ny consenties1 s'il veut viure4 ,et quand il monte en mer1 il suit ce dessein1 ignorant s'il luy sera vtile3 et se plie1 ce que le vaisseau est bon1 le pilote experiment1 la saison commode3 circonstances probables seulement4 ,apres lesquelles il est tenu d'aller1 et se laisser remuer aux apparances1 pourueu qu'elles n'ayent point d'expresse contrariet4 ,il a vn corps1 il a vne ame3 les sens le poussent1 l'esprit l'agite4 ,encore qu'il ne treuue point en soy cette propre et singuliere marque de iuger1 et qu'il s'apperoiue1 qu'il ne doit engager son consentement1 attendu qu'il peut estre quelque faulx pareil ce vray3 il ne laisse de conduire les offices de sa vie pleinement et commodement4 ,combien y a il d'arts1 qui font profession de consister en la coniecture1 plus qu'en la science8 qui ne decident pas du vray et du faulx1 et suiuent seulement ce qu'il semble8 ,il y a1 disent-ils1 et vray et faulx1 et y a en nous dequoy le chercher1 mais non pas dequoy l'arrester la touche4 ,nous en valons bien mieux1 de nous laisser manier sans inquisition1 l'ordre du monde4 ,vne ame garantie de preiug1 a vn merueilleux auancement vers la tranquillit4 ,gents qui iugent et contrerollent leurs iuges1 ne s'y soubsmettent iamais deument4 ,combien et aux loix de la religion1 et aux loix politiques se trouuent plus dociles et aisez mener1 les esprits simples et incurieux1 que ces esprits surueillants et pedagogues des causes diuines et humaines8 ,il n'est rien en l'humaine inuention1 o il y ait tant de verisimilitude et d'vtilit4 ,cette-cy presente l'homme nud et vuide1 recognoissant sa foiblesse naturelle1 propre receuoir d'en hault quelque force estrangere1 desgarni d'humaine science1 et d'autant plus apte loger en soy la diuine1 aneantissant son iugement1 pour faire plus de place la foy3 ny mescreant ny establissant aucun dogme contre les loix et obseruances communes1 humble1 obessant1 disciplinable1 studieux2 ennemy iur d'heresie1 et s'exemptant par consequent des vaines et irreligieuses opinions introduites par les fauces sectes4 ,c'est vne carte blanche prepare prendre du doigt de ,dieu telles formes qu'il luy plaira d'y grauer4 ,plus nous nous renuoyons et commettons ,dieu1 et renonons nous1 mieux nous en valons4 ,accepte1 dit l',ecclesiaste1 en bonne part les choses au visage et au goust qu'elles se presentent toy1 du iour la iourne3 le demeurant est hors de ta cognoissance4 ,dominus nouit cogitationes hominum1 quoniam van sunt4 ,voila comment1 des trois generales sectes de ,philosophie1 les deux font expresse profession de dubitation et d'ignorance3 et en celle des dogmatistes1 qui est troisiesme1 il est ays descouurir1 que la plus part n'ont pris le visage de l'asseurance que pour auoir meilleure mine4 ,ils n'ont pas tant pens nous establir quelque certitude1 que nous montrer iusques o ils estoient allez en cette chasse de la verit1 quam docti fingunt magis qum norunt4 ,timus ayant instruire ,socrates de ce qu'il sait des ,dieux1 du monde1 et des hommes1 propose d'en parler comme vn homme vn homme2 et qu'il suffit1 si ses raisons sont probables1 comme les raisons d'vn autre3 car les exactes raisons n'estre en sa main1 ny en mortelle main4 ,ce que l'vn de ses sectateurs a ainsin imit3 ,vt potero1 explicabo3 nec tamen1 vt ,pythius ,apollo1 certa vt sint et fixa1 qu dixero3 sed1 vt homunculus1 probabilia coniectura sequens4 ,et cela sur le discours du mespris de la mort3 discours naturel et populaire4 ,ailleurs il l'a traduit1 sur le propos mesme de ,platon4 ,si fort1 de ,deorum natura ortque mundi disserentes1 minus id quod habemus in animo consequimur1 haud erit mirum4 quum est enim meminisse1 et me1 qui disseram1 hominem esse1 et vos qui iudicetis3 vt1 si probabilia dicentur1 nihil vltr requiratis4 ,aristote nous entasse ordinairement vn grand nombre d'autres opinions1 et d'autres creances1 pour y comparer la sienne1 et nous faire voir de combien il est all plus outre1 et combien il approche de plus pres la verisimilitude4 ,car la verit ne se iuge point par authorit et tesmoignage d'autruy4 ,et pourtant euita religieusement ,epicurus d'en alleguer en ses escrits4 ,cettuy-l est le prince des dogmatistes1 et si nous apprenons de luy1 que le beaucoup sauoir apporte l'occasion de plus doubter4 ,on le void escient se couurir souuent d'obscurit si espesse et inextricable1 qu'on n'y peut rien choisir de son aduis4 ,c'est par effect vn ,pyrrhonisme soubs vne forme resolutiue4 ,oyez la protestation de ,cicero1 qui nous explique la fantasie d'autruy par la sienne4 ,qui requirunt1 quid de quaque re ipsi sentiamus3 curiosius id faciunt1 qum necesse est4 ,hc in philosophia ratio1 contra omnia disserendi1 nullamque rem apert iudicandi1 profecta ,socrate1 repetita ab ,arcesila1 confirmata ,carneade1 vsque ad nostram viget tatem4 ,hi sumus1 qui omnibus veris falsa qudam adiuncta esse dicamus1 tanta similitudine1 vt in ijs nulla insit cert iudicandi et assentiendi nota4 ,pourquoy1 non ,aristote seulement1 mais la plus part des philosophes1 ont ils affect la difficult1 si ce n'est pour faire valoir la vanit du subject1 et amuser la curiosit de nostre esprit1 luy donnant o se paistre1 ronger cet os creuz et descharn8 ,clytomachus affermoit n'auoir iamais seu1 par les escrits de ,carneades1 entendre de quelle opinion il estoit4 ,pourquoy a euit aux siens ,epicurus1 la facilit1 et ,heraclytus en a est surnomm 8 ,la difficult est vne monoye que les sauans employent1 comme les joueurs de passe-passe pour ne descouurir la vanit de leur art3 et de laquelle l'humaine bestise se paye aysment4 ,clarus ob obscuram linguam1 magis inter inanes3 ,omnia enim stolidi magis admirantur amntque1 ,inuersis qu sub verbis latitantia cernunt4 ,cicero reprend aucuns de ses amis d'auoir accoustum de mettre l'astrologie1 au droit1 la dialectique1 et la geometrie1 plus de temps1 que ne meritoyent ces arts3 et que cela les diuertissoit des deuoirs de la vie1 plus vtiles et honnestes4 ,les philosophes ,cyrenaques mesprisoyent esgalement la physique et la dialectique4 ,zenon tout au commencement des liures de la republique1 declaroit inutiles toutes les liberales disciplines4 ,chrysippus disoit1 que ce que ,platon et ,aristote auoyent escrit de la logique1 ils l'auoyent escrit par ieu et par exercice3 et ne pouuoit croire qu'ils eussent parl certes d'vne si vaine matiere4 ,plutarque le dit de la metaphysique1 ,epicurus l'eust encores dict de la rhetorique1 de la grammaire1 posie1 mathematique1 et hors la physique1 de toutes les autres sciences3 et ,socrates de toutes1 sauf celle des murs et de la vie4 ,de quelque chose qu'on s'enquist luy1 il ramenoit en premier lieu tousiours l'enquerant rendre compte des conditions de sa vie1 presente et passe1 lesquelles il examinoit et iugeoit3 estimant tout autre apprentissage subsecutif celuy-la et supernumeraire4 ,parum mihi placeant e litter qu ad virtutem doctoribus nihil profuerunt4 ,la plus part des arts ont est ainsi mespriss par le mesme sauoir4 ,mais ils n'ont pas pens qu'il fust hors de propos1 d'exercer leur esprit s choses mesmes1 o il n'y auoit nulle solidit profitable4 ,au demeurant1 les vns ont estim ,plato dogmatiste1 les autres dubitateur1 les autres en certaines choses l'vn1 et en certaines choses l'autre4 ,le conducteur de ses dialogismes1 ,socrates1 va tousiours demandant et esmouuant la dispute1 iamais l'arrestant1 iamais satisfaisant3 et dit n'auoir autre science1 que la science de s'opposer4 ,homere leur autheur a plant egalement les fondements toutes les sectes de philosophie1 pour montrer1 combien il estoit indifferent par o nous allassions4 ,de ,platon nasquirent dix sectes diuerses1 dit-on4 ,aussi1 mon gr1 iamais instruction ne fut titubante1 et rien asseuerante1 si la sienne ne l'est4 ,socrates disoit1 que les sages femmes en prenant ce mestier de faire engendrer les autres1 quittent le mestier d'engendrer elles4 ,que luy par le tiltre de sage homme1 que les ,dieux luy auoyent defer1 s'estoit aussi desfaict en son amour virile et mentale1 de la facult d'enfanter3 se contentant d'ayder et fauorir de son secours les engendrants3 ouurir leur nature2 graisser leurs conduits3 faciliter l'yssue de leur enfantement3 iuger d'iceluy3 le baptizer3 le nourrir3 le fortifier3 l'emmaillotter1 et circoncir3 exerant et maniant son engin1 aux perils et fortunes d'autruy4 ,il est ainsi de la plus part des autheurs de ce tiers genre1 comme les anciens ont remerqu des escripts d',anaxagoras1 ,democritus1 ,parmenides1 ,xenophanes1 et autres4 ,ils ont vne forme d'escrire douteuse en substance et en dessein1 enquerant plustost qu'instruisant3 encore qu'ils entresement leur stile de cadances dogmatistes4 ,cela se voit il pas aussi bien en ,seneque et en ,plutarque8 combien disent ils tantost d'vn visage1 tantost d'vn autre1 pour ceux qui y regardent de prez8 ,et les reconciliateurs des iurisconsultes deuoyent premierement les concilier chacun soy4 ,platon me semble auoir aym cette forme de philosopher par dialogues1 escient1 pour loger plus decemment en diuerses bouches la diuersit et variation de ses propres fantasies4 ,diuersement traitter les matieres1 est aussi bien les traitter1 que conformement1 et mieux3 sauoir plus copieusement et vtilement4 ,prenons exemple de nous4 ,les arrests font le point extreme du parler dogmatiste et resolutif3 si est ce que ceux que noz parlements presentent au peuple1 les plus exemplaires1 propres nourrir en luy la reuerence qu'il doit cette dignit1 principalement par la suffisance des personnes qui l'exercent1 prennent leur beaut1 non de la conclusion1 qui est eux quotidienne1 et qui est commune tout iuge1 tant comme de la disceptation et agitation des diuerses et contraires ratiocinations1 que la matiere du droit souffre4 ,et le plus large champ aux reprehensions des vns philosophes l'encontre des autres1 se tire des contradictions et diuersitez1 en quoy chacun d'eux se trouue empestr3 ou par dessein1 pour montrer la vacillation de l'esprit humain autour de toute matiere1 ou forc ignoramment1 par la volubilit et incomprehensibilit de toute matiere4 ,que signifie ce refrein8 en vn lieu glissant et coulant suspendons nostre creance3 car1 comme dit ,eurypides1 ,les uures de ,dieu en diuerses ,faons1 nous donnent des trauerses4 ,semblable celuy qu',empedocles semoit souuent en ses liures1 comme agit d'vne diuine fureur1 et forc de la verit4 ,non non1 nous ne sentons rien1 nous ne voyons rien1 toutes choses nous sont occultes1 il n'en est aucune de laquelle nous puissions establir quelle elle est3 reuenant ce mot diuin1 ,cogitationes mortalium timid1 et incert adinuentiones nostr1 et providenti4 ,il ne faut pas trouuer estrange1 si gens desesperez de la prise n'ont pas laiss d'auoir plaisir la chasse1 l'estude estant de soy vne occupation plaisante3 et si plaisante1 que parmy les voluptez1 les ,stociens defendent aussi celle qui vient de l'exercitation de l'esprit1 y veulent de la bride1 et trouuent de l'intemperance trop sauoir4 ,democritus ayant mang sa table des figues1 qui sentoient le miel1 commena soudain chercher en son esprit1 d'o leur venoit cette douceur inusitee1 et pour s'en esclaircir1 s'alloit leuer de table1 pour voir l'assiette du lieu o ces figues auoyent est cueillies3 sa chambriere1 ayant entendu la cause de ce remument1 luy dit en riant1 qu'il ne se penast plus pour cela1 car c'estoit qu'elle les auoit mises en vn vaisseau1 o il y auoit eu du miel4 ,il se despita1 dequoy elle luy auoit ost l'occasion de cette recherche1 et desrob matiere sa curiosit4 ,va1 luy dit-il1 tu m'as faict desplaisir1 ie ne lairray pourtant d'en chercher la cause1 comme si elle estoit naturelle4 ,et volontiers n'eust failly de trouuer quelque raison vraye1 vn effect faux et suppos4 ,cette histoire d'vn fameux et grand philosophe1 nous represente bien clairement cette passion studieuse1 qui nous amuse la poursuyte des choses1 de l'acquest desquelles nous sommes desesperez4 ,plutarque recite vn pareil exemple de quelqu'vn1 qui ne vouloit pas estre esclaircy de ce1 dequoy il estoit en doute1 pour ne perdre le plaisir de le chercher3 comme l'autre1 qui ne vouloit pas que son medecin luy ostast l'alteration de la fieure1 pour ne perdre le plaisir de l'assouuir en beuuant4 ,satius est superuacua discere1 qum nihil4 ,tout ainsi qu'en toute pasture il y a le plaisir souuent seul1 et tout ce que nous prenons1 qui est plaisant1 n'est pas tousiours nutritif1 ou sain3 pareillement ce que nostre esprit tire de la science1 ne laisse pas d'estre voluptueux1 encore qu'il ne soit ny alimentant ny salutaire4 ,voicy comme ils disent3 ,la consideration de la nature est vne pasture propre nos esprits1 elle nous esleue et enfle1 nous fait desdaigner les choses basses et terriennes1 par la comparaison des superieures et celestes3 la recherche mesme des choses occultes et grandes est tresplaisante1 voire celuy qui n'en acquiert que la reuerence1 et crainte d'en iuger4 ,ce sont des mots de leur profession4 ,la vaine image de cette maladiue curiosit1 se voit plus expressement encores en cet autre exemple1 qu'ils ont par honneur si souuent en la bouche4 ,eudoxus souhaittoit et prioit les ,dieux1 qu'il peust vne fois voir le soleil de pres1 comprendre sa forme1 sa grandeur1 et sa beaut1 peine d'en estre brusl soudainement4 ,il veut au prix de sa vie1 acquerir vne science1 de laquelle l'vsage et possession luy soit quand et quand oste4 ,et pour cette soudaine et volage cognoissance1 perdre toutes autres cognoissances qu'il a1 et qu'il peut acquerir par apres4 ,ie ne me persuade pas aysement1 qu',epicurus1 ,platon1 et ,pythagoras nous ayent donn pour argent contant leurs ,atomes1 leurs ,ides1 et leurs ,nombres4 ,ils estoyent trop sages pour establir leurs articles de foy1 de chose si incertaine1 et si debattable4 ,mais en cette obscurit et ignorance du monde1 chacun de ces grands personnages1 s'est trauaill d'apporter vne telle quelle image de lumiere3 et ont promen leur ame des inuentions1 qui eussent au moins vne plaisante et subtile apparence1 pourueu que toute fausse1 elle se peust maintenir contre les oppositions contraires3 ,vnicuique ista pro ingenio finguntur1 non ex scienti vi4 ,vn ancien1 qui on reprochoit1 qu'il faisoit profession de la ,philosophie1 de laquelle pourtant en son iugement1 il ne tenoit pas grand compte1 respondit que cela1 c'estoit vrayement philosopher4 ,ils ont voulu considerer tout1 balancer tout1 et ont trouu cette occupation propre la naturelle curiosit qui est en nous4 ,aucunes choses1 ils les ont escrites pour le besoin de la societ publique1 comme leurs religions3 et a est raisonnable pour cette consideration1 que les communes opinions1 ils n'ayent voulu les esplucher au vif1 aux fins de n'engendrer du trouble en l'obeyssance des loix et coustumes de leur pays4 ,platon traitte ce mystere d'vn ieu assez descouuert4 ,car o il escrit selon soy1 il ne prescrit rien certes4 ,quand il fait le legislateur1 il emprunte vn style regentant et asseuerant3 et si y mesle hardiment les plus fantastiques de ses inuentions3 autant vtiles persuader la commune1 que ridicules persuader soy-mesme3 sachant combien nous sommes propres receuoir toutes impressions1 et sur toutes1 les plus farouches et enormes4 ,et pourtant en ses loix1 il a grand soing1 qu'on ne chante en publiq que des posies1 desquelles les fabuleuses feintes tendent quelque vtile fin3 estant si facile d'imprimer touts fantosmes en l'esprit humain1 que c'est iniustice de ne le paistre plustost de mensonges profitables1 que de mensonges ou inutiles ou dommageables4 ,il dit tout destrousseement en sa ,republique1 que pour le profit des hommes1 il est souuent besoin de les piper4 ,il est ais distinguer1 les vnes sectes auoir plus suiuy la verit1 les autres l'vtilit1 par o celles cy ont gaign credit4 ,c'est la misere de nostre condition1 que souuent ce qui se presente nostre imagination pour le plus vray1 ne s'y presente pas pour le plus vtile nostre vie4 ,les plus hardies sectes1 ,epicurienne1 ,pyrrhonienne1 nouuelle ,academique1 encore sont elles contrainctes de se plier la loy ciuile1 au bout du compte4 ,il y a d'autres subiects qu'ils ont belutez1 qui gauche1 qui dextre1 chacun se trauaillant d'y donner quelque visage1 tort ou droit4 ,car n'ayans rien trouu de si cach1 dequoy ils n'ayent voulu parler1 il leur est souuent force de forger des coniectures foibles et foles3 non qu'ils les prinssent eux mesmes pour fondement1 ne pour establir quelque verit1 mais pour l'exercice de leur estude4 ,non tam id sensisse quod dicerent1 qum exercere ingenia materi difficultate videntur voluisse4 ,et si on ne le prenoit ainsi1 comme couuririons nous vne si grande inconstance1 variet1 et vanit d'opinions1 que nous voyons auoir est produites par ces ames excellentes et admirables8 ,car pour exemple1 qu'est-il plus vain1 que de vouloir deuiner ,dieu par nos analogies et coniectures3 le regler1 et le monde1 nostre capacit et nos loix8 et nous seruir aux despens de la diuinit1 de ce petit eschantillon de suffisance qu'il luy a pleu despartir nostre naturelle condition8 et par ce que nous ne pouuons estendre nostre veu iusques en son glorieux siege1 l'auoir ramen a bas nostre corruption et nos miseres8 ,de toutes les opinions humaines et anciennes touchant la religion1 celle l me semble auoir eu plus de vray-semblance et plus d'excuse1 qui recognoissoit ,dieu comme vne puissance incomprehensible1 origine et conseruatrice de toutes choses1 toute bont1 toute perfection1 receuant et prenant en bonne part l'honneur et la reuerence1 que les humains luy rendoient soubs quelque visage1 soubs quelque nom et en quelque maniere que ce fust4 ,iupiter omnipotens1 rerum1 regmque1 ,demque1 ,progenitor1 genitrixque4 ,ce zele vniuersellement a est veu du ciel de bon il4 ,toutes polices ont tir fruit de leur deuotion4 ,les hommes1 les actions impies1 ont eu par tout les euenements sortables4 ,les histoires payennes recognoissent de la dignit1 ordre1 iustice1 et des prodiges et oracles employez leur profit et instruction1 en leurs religions fabuleuses3 ,dieu par sa misericorde daignant l'aduenture fomenter par ces benefices temporels1 les tendres principes d'vne telle quelle brute cognoissance1 que la raison naturelle leur donnoit de luy1 au trauers des fausses images de leurs songes4 ,non seulement fausses1 mais impies aussi et iniurieuses1 sont celles que l'homme a forg de son inuention4 ,et de toutes les religions1 que ,sainct ,paul trouua en credit ,athenes1 celle qu'ils auoyent dedie vne diuinit cache et incognue1 luy sembla la plus excusable4 ,pythagoras adombra la verit de plus pres3 iugeant que la cognoissance de cette cause premiere1 et estre des estres1 deuoit estre indefinie1 sans prescription1 sans declaration3 que ce n'estoit autre chose1 que l'extreme effort de nostre imagination1 vers la perfection3 chacun en amplifiant l'ide selon sa capacit4 ,mais si ,numa entreprint de conformer ce proiect la deuotion de son peuple3 l'attacher vne religion purement mentale1 sans obiect prefix1 et sans meslange materiel3 il entreprint chose de nul vsage4 ,l'esprit humain ne se sauroit maintenir vaguant en cet infini de penses informes3 il les luy faut compiler certaine image son modelle4 ,la majest diuine s'est ainsi pour nous aucunement laiss circonscrire aux limites corporels4 ,ses sacrements supernaturels et celestes1 ont des signes de nostre terrestre condition4 ,son adoration s'exprime par offices et paroles sensibles3 car c'est l'homme1 qui croid et qui prie4 ,ie laisse part les autres arguments qui s'employent ce subiect4 ,mais peine me feroit on accroire1 que la veu de noz crucifix1 et peinture de ce piteux supplice1 que les ornements et mouuements ceremonieux de noz eglises1 que les voix accommodes la deuotion de nostre pense1 et cette esmotion des sens n'eschauffent l'ame des peuples1 d'vne passion religieuse1 de tres-vtile effect4 ,de celles ausquelles on a donn corps comme la necessit l'a requis1 parmy cette cecit vniuerselle1 ie me fusse1 ce me semble1 plus volontiers attach ceux qui adoroient le soleil1 ,la lumiere commune1 ,l'il du monde3 et si ,dieu au chef porte des yeux1 ,les rayons du soleil sont ses yeux radieux1 ,qui donnent vie tous1 nous maintiennent et gardent1 ,et les faicts des humains en ce monde regardent3 ,ce beau1 ce grand soleil1 qui nous faict les saisons1 ,selon qu'il entre ou sort de ses douze maisons3 ,qui remplit l'vniuers de ses vertus cognues3 ,qui d'vn traict de ses yeux nous dissipe les nus3 ,l'esprit1 l'ame du monde1 ardant et flamboyant1 ,en la course d'vn iour tout le ciel tournoyant1 ,plein d'immense grandeur1 rond1 vagabond et ferme3 ,lequel tient dessoubs luy tout le monde pour terme3 ,en repos sans repos1 oysif1 et sans seiour1 ,fils aisn de nature1 et le pere du iour4 ,d'autant qu'outre cette sienne grandeur et beaut1 c'est la piece de cette machine1 que nous descouurons la plus esloigne de nous3 et par ce moyen si peu cognu1 qu'ils estoyent pardonnables1 d'en entrer en admiration et reuerence4 ,thales1 qui le premier s'enquesta de telle matiere1 estima ,dieu vn esprit1 qui fit d'eau toutes choses4 ,anaximander1 que les ,dieux estoyent mourants et naissants diuerses saisons3 et que c'estoyent des mondes infinis en nombre4 ,anaximenes1 que l'air estoit ,dieu1 qu'il estoit produit et immense1 tousiours mouuant4 ,anaxagoras le premier a tenu1 la description et maniere de toutes choses1 estre conduitte par la force et raison d'vn esprit infini4 ,alcmon a donn la diuinit au soleil1 la lune1 aux astres1 et l'ame4 ,pythagoras a faict ,dieu1 vn esprit espandu par la nature de toutes choses1 d'o noz ames sont dprinses4 ,parmenide1 vn cercle entournant le ciel1 et maintenant le monde par l'ardeur de la lumiere4 ,empedocles disoit estre des ,dieux1 les quatre natures1 desquelles toutes choses sont faittes4 ,protagoras1 n'auoir rien que dire1 s'ils sont ou non1 ou quels ils sont4 ,democritus1 tantost que les images et leurs circuitions sont ,dieux3 tantost cette nature1 qui eslance ces images3 et puis1 nostre science et intelligence4 ,platon dissipe sa creance diuers visages4 ,il dit au ,time1 le pere du monde ne se pouuoir nommer4 ,aux ,loix1 qu'il ne se faut enquerir de son estre4 ,et ailleurs en ces mesmes liures il fait le monde1 le ciel1 les astres1 la terre1 et nos ames ,dieux1 et reoit en outre ceux qui ont est receuz par l'ancienne institution en chasque republique4 ,xenophon rapporte vn pareil trouble de la discipline de ,socrates4 ,tantost qu'il ne se faut enquerir de la forme de ,dieu3 et puis il luy fait establir que le soleil est ,dieu1 et l'ame ,dieu3 qu'il n'y en a qu'vn1 et puis qu'il y en a plusieurs4 ,speusippus neueu de ,platon1 fait ,dieu certaine force gouuernant les choses1 et qu'elle est animale4 ,aristote1 cette heure1 que c'est l'esprit1 cette heure le monde3 cette heure il donne vn autre maistre ce monde1 et cette heure fait ,dieu l'ardeur du ciel4 ,xenocrates en fait huict4 ,les cinq nommez entre les planetes1 le sixiesme compos de toutes les estoiles fixes1 comme de ses membres3 le septiesme et huictiesme1 le soleil et la lune4 ,heraclides ,ponticus ne fait que vaguer entre ses aduis1 et en fin priue ,dieu de sentiment3 et le fait remuant de forme autre1 et puis dit que c'est le ciel et la terre4 ,theophraste se promeine de pareille irresolution entre toutes ses fantasies3 attribuant l'intendance du monde tantost l'entendement1 tantost au ciel1 tantost aux estoilles4 ,strato1 que c'est ,nature ayant la force d'engendrer1 augmenter et diminuer1 sans forme et sentiment4 ,zeno1 la loy naturelle1 commandant le bien et prohibant le mal3 laquelle loy est vn animant3 et oste les ,dieux accoustumez1 ,iupiter1 ,iuno1 ,vesta1 ,diogenes ,apolloniates1 que c'est l'aage4 ,xenophanes faict ,dieu rond1 voyant1 oyant1 non respirant1 n'ayant rien de commun auec l'humaine nature4 ,aristo estime la forme de ,dieu incomprenable1 le priue de sens1 et ignore s'il est animant ou autre chose4 ,cleanthes1 tantost la raison1 tantost le monde1 tantost l'ame de ,nature1 tantost la chaleur supreme entourant et enuelopant tout4 ,perseus auditeur de ,zenon1 a tenu1 qu'on a surnomm ,dieux1 ceux qui auoyent apport quelque notable vtilit l'humaine vie1 et les choses mesmes profitables4 ,chrysippus faisoit vn amas confus de toutes les precedentes sentences1 et compte entre mille formes de ,dieux qu'il fait1 les hommes aussi1 qui sont immortalisez4 ,diagoras et ,theodorus nioyent tout sec1 qu'il y eust des ,dieux4 ,epicurus faict les ,dieux luisants1 transparents1 et perflables1 logez1 comme entre deux forts1 entre deux mondes1 couuert des coups3 reuestus d'vne humaine figure et de nos membres1 lesquels membres leur sont de nul vsage4 ,ego ,dem genus esse semper dixi1 et dicam clitum1 ,sed eos non curare opinor1 quid agat humanum genus4 ,fiez vous vostre philosophie3 vantez vous d'auoir trouu la feue au gasteau1 voir ce tintamarre de tant de ceruelles philosophiques4 ,le trouble des formes mondaines1 a gaign sur moy1 que les diuerses murs et fantaisies aux miennes1 ne me desplaisent pas tant1 comme elles m'instruisent2 ne m'enorgueillissent pas tant comme elles m'humilient en les conferant4 ,et tout autre choix que celuy qui vient de la main expresse de ,dieu1 me semble choix de peu de prerogatiue4 ,les polices du monde ne sont pas moins contraires en ce subiect1 que les escholes3 par o nous pouuons apprendre1 que la ,fortune mesme n'est pas plus diuerse et variable1 que nostre raison1 ny plus aueugle et inconsidere4 ,les choses les plus ignores sont plus propres estre deifies4 ,parquoy de faire de nous des ,dieux1 comme l'anciennet1 cela surpasse l'extreme foiblesse de discours4 ,i'eusse encore plustost suyuy ceux qui adoroient le serpent1 le chien et le buf3 d'autant que leur nature et leur estre nous est moins cognu2 et auons plus de loy d'imaginer ce qu'il nous plaist de ces bestes-l1 et leur attribuer des facultez extraordinaires4 ,mais d'auoir faict des ,dieux de nostre condition1 de laquelle nous deuons cognoistre l'imperfection1 leur auoir attribu le desir1 la cholere1 les vengeances1 les mariages1 les generations1 et les parenteles1 l'amour1 et la ialousie1 nos membres et nos os1 nos fieures et nos plaisirs1 nos morts et sepultures1 il faut que cela soit party d'vne merueilleuse yuresse de l'entendement humain4 ,qu procul vsque adeo diuino ab numine distant1 ,inque ,dem numero qu sint indigna videri4 ,form1 tates1 vestitus1 ornatus noti sunt3 genera1 coniugia1 cognationes1 omnique traducta ad similitudinem imbecillitatis human3 nam et perturbatis animis inducuntur3 accipimus enim ,deorum cupiditates1 gritudines1 iracundias4 ,comme d'auoir attribu la diuinit non seulement la foy1 la vertu1 l'honneur1 concorde1 libert1 victoire1 piet3 mais aussi la volupt1 fraude1 mort1 enuie1 vieillesse1 misere3 la peur1 la fieure1 et la male fortune1 et autres iniures de nostre vie1 fresle et caduque4 ,quid iuuat hoc1 templis nostros inducere mores8 ,o curu in terris anim et clestium inanes6 ,les gyptiens d'vne impudente prudence1 defendoyent sur peine de la hart1 que nul eust dire que ,serapis et ,isis leurs ,dieux1 eussent autres fois est hommes3 et nul n'ignoroit1 qu'ils ne l'eussent est4 ,et leur effigie represente le doigt sur la bouche1 signifioit1 dit ,varro1 cette ordonnance mysterieuse leurs prestres1 de taire leur origine mortelle1 comme par raison necessaire anullant toute leur veneration4 ,puis que l'homme desiroit tant de s'apparier ,dieu1 il eust mieux faict1 dit ,cicero1 de ramener soy les conditions diuines1 et les attirer bas1 que d'envoyer l haut sa corruption et sa misere3 mais le bien prendre1 il a fait en plusieurs faons1 et l'vn1 et l'autre1 de pareille vanit d'opinion4 ,quand les philosophes espeluchent la hierarchie de leurs ,dieux1 et font les empressez distinguer leurs alliances1 leurs charges1 et leur puissance1 ie ne puis pas croire qu'ils parlent certes4 ,quand ,platon nous dechiffre le verger de ,pluton1 et les commoditez ou peines corporelles1 qui nous attendent encore apres la ruine et aneantissement de nos corps1 et les accommode au ressentiment1 que nous auons en cette vie3 ,secreti celant calles1 et myrtea circm ,sylua tegit2 cur non ipsa in morte relinquunt4 ,quand ,mahumet promet aux siens vn paradis tapiss1 par d'or et de pierreries1 peupl de garses d'excellente beaut1 de vins1 et de viures singuliers1 ie voy bien que ce sont des moqueurs qui se plient nostre bestise1 pour nous emmieller et attirer par ces opinions et esperances1 conuenables nostre mortel appetit4 ,si sont aucuns des nostres tombez en pareil erreur1 se promettants apres la resurrection vne vie terrestre et temporelle1 accompagne de toutes sortes de plaisirs et commoditez mondaines4 ,croyons nous que ,platon1 luy qui a eu ses conceptions si celestes1 et si grande accointance la diuinit1 que le surnom luy en est demeur1 ait estim que l'homme1 cette pauure creature1 eust rien en luy d'applicable cette incomprehensible puissance8 et qu'il ait creu que nos prises languissantes fussent capables1 ny la force de nostre sens assez robuste1 pour participer la beatitude1 ou peine eternelle8 ,il faudroit luy dire de la part de la raison humaine3 ,si les plaisirs que tu nous promets en l'autre vie1 sont de ceux que i'ay senti bas1 cela n'a rien de commun auec l'infinit4 ,quand tous mes cinq sens de nature1 seroient combles de liesse1 et cette ame saisie de tout le contentement qu'elle peut desirer et esperer1 nous sauons ce qu'elle peut3 cela1 ce ne seroit encore rien4 ,s'il y a quelque chose du mien1 il n'y a rien de diuin3 si cela n'est autre1 que ce qui peut appartenir cette nostre condition presente1 il ne peut estre mis en compte4 ,tout contentement des mortels est mortel4 ,la recognoissance de nos parens1 de nos enfans1 et de nos amis1 si elle nous peut toucher et chatouller en l'autre monde1 si nous tenons encores vn tel plaisir1 nous sommes dans les commoditez terrestres et finies4 ,nous ne pouuons dignement conceuoir la grandeur de ces hautes et diuines promesses1 si nous les pouuons aucunement conceuoir4 ,pour dignement les imaginer1 il les faut imaginer inimaginables1 indicibles et incomprehensibles1 et parfaictement autres1 que celles de nostre miserable experience4 ,oeuil ne sauroit voir1 dit ,sainct ,paul3 et ne peut monter en cur d'homme1 l'heur que ,dieu prepare aux siens4 ,et si pour nous en rendre capables1 on reforme et rechange nostre estre1 comme tu dis ,platon par tes purifications1 ce doit estre d'vn si extreme changement et si vniuersel1 que par la doctrine physique1 ce ne sera plus nous3 ,hector erat tunc cm bello certabat1 at ille ,tractus ab monio non erat ,hector equo2 ce sera quelque autre chose qui receura ces recompenses4 ,quod mutatur1 dissoluitur1 interit ergo3 ,traiiciuntur enim partes atque ordine migrant4 ,car en la ,metempsycose de ,pythagoras1 et changement d'habitation qu'il imaginoit aux ames1 pensons nous que le lyon1 dans lequel est l'ame de ,csar1 espouse les passions1 qui touchoient ,csar1 ny que ce soit luy8 ,si c'estoit encore luy1 ceux l auroyent raison1 qui combattants cette opinion contre ,platon1 luy reprochent que le fils se pourroit trouuer cheuaucher sa mere1 reuestu d'vn corps de mule1 et semblables absurditez4 ,et pensons nous qu's mutations qui se font des corps des animaux en autres de mesme espece1 les nouueaux venus ne soyent autres que leurs predecesseurs8 ,des cendres d'vn phnix s'engendre1 dit-on1 vn ver1 et puis vn autre phnix3 ce second phnix1 qui peut imaginer1 qu'il ne soit autre que le premier8 ,les vers qui font nostre soye1 on les void comme mourir et assecher1 et de ce mesme corps se produire vn papillon1 et de l vn autre ver1 qu'il seroit ridicule estimer estre encores le premier4 ,ce qui a cess vne fois d'estre1 n'est plus3 ,nec si materiam nostram collegerit tas ,post obitum1 rursmque redegerit1 vt sita nunc est1 ,atque iterum nobis fuerint data lumina vit1 ,pertineat quidquam tamen ad nos id quoque factum1 ,interrupta semel cm sit repetentia nostra4 ,et quand tu dis ailleurs ,platon1 que ce sera la partie spirituelle de l'homme1 qui il touchera de iouyr des recompenses de l'autre vie1 tu nous dis chose d'aussi peu d'apparence4 ,scilicet auolsus radicibus vt nequit vllam ,dispicere ipse oculus rem seorsum corpore toto4 ,car ce compte ce ne sera plus l'homme1 ny nous par consequent1 qui touchera cette iouyssance4 ,car nous sommes bastis de deux pieces principales essentielles1 desquelles la separation1 c'est la mort et ruyne de nostre estre4 ,inter enim iacta est vita pausa1 vagque ,deerrarunt passim motus ab sensibus omnes4 ,nous ne disons pas que l'homme souffre1 quand les vers luy rongent ses membres1 dequoy il viuoit1 et que la terre les consomme3 ,et nihil hoc ad nos1 qui coitu coniugique ,corporis atque anim consistimus vniter apti4 ,d'auantage1 sur quel fondement de leur iustice peuuent les ,dieux recognoistre et recompenser l'homme apres sa mort ses actions bonnes et vertueuses3 puis que ce sont eux mesmes1 qui les ont achemines et produites en luy8 ,et pourquoy s'offencent ils et vengent sur luy les vitieuses1 puis qu'ils l'ont eux-mesmes produict en cette condition fautiue1 et que d'vn seul clin de leur volont1 ils le peuuent empescher de faillir8 ,epicurus opposeroit-il pas cela ,platon1 auec grand'apparence de l'humaine raison1 s'il ne se couuroit souuent par cette sentence4 ,qu'il est impossible d'establir quelque chose de certain1 de l'immortelle nature1 par la mortelle8 ,elle ne fait que fouruoyer par tout1 mais specialement quand elle se mesle des choses diuines4 ,qui le sent plus euidemment que nous8 ,car encores que nous luy ayons donn des principes certains et infallibles1 encore que nous esclairions ses pas par la saincte lampe de la verit1 qu'il a pleu ,dieu nous communiquer3 nous voyons pourtant iournellement1 pour peu qu'elle se dmente du sentier ordinaire1 et qu'elle se destourne ou escarte de la voye trace et battu par l',eglise1 comme tout aussi tost elle se perd1 s'embarrasse et s'entraue1 tournoyant et flotant dans cette mer vaste1 trouble1 et ondoyante des opinions humaines1 sans bride et sans but4 ,aussi tost qu'elle pert ce grand et commun chemin1 elle se va diuisant et dissipant en mille routes diuerses4 ,l'homme ne peut estre que ce qu'il est1 ny imaginer que selon sa porte4 ,c'est plus grande presomption1 dit ,plutarque1 ceux qui ne sont qu'hommes1 d'entreprendre de parler et discourir des ,dieux1 et des demy-,dieux1 que ce n'est vn homme ignorant de musique1 vouloir iuger de ceux qui chantent3 ou vn homme qui ne fut iamais au camp1 vouloir disputer des armes et de la guerre1 en presumant comprendre par quelque legere coniecture1 les effects d'vn art qui est hors de sa cognoissance4 ,l'anciennet pensa1 ce croy-ie1 faire quelque chose pour la grandeur diuine1 de l'apparier l'homme1 la vestir de ses facultez1 et estrener de ses belles humeurs et plus honteuses necessitez3 luy offrant de nos viandes manger1 de nos danses1 mommeries et farces la resiour3 de nos vestemens se couurir1 et maisons loger1 la caressant par l'odeur des encens et sons de la musique1 festons et bouquets1 et pour l'accommoder noz vicieuses passions1 flatant sa iustice d'vne inhumaine vengeance3 l'esioussant de la ruine et dissipation des choses par elle crees et conserues4 ,comme ,tiberius ,sempronius1 qui fit brusler pour sacrifice ,vulcan1 les riches despouilles et armes qu'il auoit gaign sur les ennemis en la ,sardeigne3 et ,paul myle1 celles de ,macedoine1 ,mars et ,minerue4 ,et ,alexandre1 arriu l',ocean ,indique1 ietta en mer en faueur de ,thetis1 plusieurs grands vases d'or3 remplissant en outre ses autels d'vne boucherie non de bestes innocentes seulement1 mais d'hommes aussi3 ainsi que plusieurs nations1 et entre autres la nostre1 auoyent en vsage ordinaire4 ,et croy qu'il n'en est aucune exempte d'en auoir faict essay4 ,sulmone creatos ,quattuor hic iuuenes totidem1 quos educat ,vfens1 ,viuentes rapit1 inferias quos immolet vmbris4 ,les ,getes se tiennent immortels1 et leur mourir n'est que s'acheminer vers leur ,dieu ,zamolxis4 ,de cinq en cinq ans ils depeschent vers luy quelqu'vn d'entre eux1 pour le requerir des choses necessaires4 ,ce deput est choisi au sort4 ,et la forme de le depescher apres l'auoir de bouche inform de sa charge1 est1 que de ceux qui l'assistent1 trois tiennent debout autant de iauelines1 sur lesquelles les autres le lancent force de bras4 ,s'il vient s'enferrer en lieu mortel1 et qu'il trespasse soudain1 ce leur est certain argument de faueur diuine3 s'il en eschappe1 ils l'estiment meschant et execrable1 et en deputent encore vn autre de mesmes4 ,amestris mere de ,xerxes1 deuenu vieille1 fit pour vne fois enseuelir touts vifs quatorze iouuenceaux des meilleures maisons de ,perse1 suyuant la religion du pays1 pour gratifier quelque ,dieu sousterrain4 ,encore auiourd'huy les idoles de ,themixtitan se cimentent du sang des petits enfants3 et n'aiment sacrifice que de ces pueriles et pures ames3 iustice affame du sang de l'innocence4 ,tantum religio potuit suadere malorum6 ,les ,carthaginois immoloient leurs propres enfans ,saturne3 et qui n'en auoit point1 en achetoit1 estant cependant le pere et la mere tenus d'assister cet office1 auec contenance gaye et contente4 ,c'estoit vne estrange fantasie1 de vouloir payer la bont diuine1 de nostre affliction4 ,comme les ,lacedemoniens qui mignardoient leur ,diane1 par bourrellement des ieunes garons1 qu'ils faisoyent fouter en sa faueur1 souuent iusques la mort4 ,c'estoit vne humeur farouche1 de vouloir gratifier l'architecte de la subuersion de son bastiment3 et de vouloir garentir la peine deu aux coulpables1 par la punition des non coulpables3 et que la pauure ,iphigenia au port d',aulide1 par sa mort et par son immolation deschargeast enuers ,dieu l'arme des ,grecs des offences qu'ils auoyent commises3 ,et casta incest nubendi tempore in ipso ,hostia concideret mactatu msta parentis3 et ces deux belles et genereuses ames des deux ,decius1 pere et fils1 pour propitier la faueur des ,dieux enuers les affaires ,romaines1 s'allassent ietter corps perdu trauers le plus espez des ennemis4 ,qu fuit tanta ,deorum iniquitas1 vt placari populo ,romano non possent1 nisi tales viri occidissent8 ,ioint que ce n'est pas au criminel de se faire fouter sa mesure1 et son heure3 c'est au iuge1 qui ne met en compte de chastiment1 que la peine qu'il ordonne3 et ne peut attribuer punition ce qui vient gr celuy qui le souffre4 ,la vengeance diuine presuppose nostre dissentiment entier1 pour sa iustice1 et pour nostre peine4 ,et fut ridicule l'humeur de ,polycrates tyran de ,samos1 lequel pour interrompre le cours de son continuel bon heur1 et le compenser1 alla ietter en mer le plus cher et precieux ioyau qu'il eust1 estimant que par ce malheur apost1 il satisfaisoit la reuolution et vissicitude de la ,fortune4 ,et elle pour se moquer de son ineptie1 fit que ce mesme ioyau reuinst encore en ses mains1 trouu au ventre d'vn poisson4 ,et puis quel vsage1 les deschirements et desmembrements des ,corybantes1 des ,menades1 et en noz temps des ,mahometans1 qui s'esbalaffrent le visage1 l'estomach1 les membres1 pour gratifier leur prophete3 veu que l'offence consiste en la volont1 non en la poictrine1 aux yeux1 aux genitoires1 en l'embonpoinct1 aux espaules1 et au gosier8 ,tantus est perturbat mentis et sedibus suis puls furor1 vt sic ,dij placentur1 quemadmodum ne homines quidem suiunt4 ,cette contexture naturelle regarde par son vsage1 non seulement nous1 mais aussi le seruice de ,dieu et des autres hommes3 c'est iniustice de l'affoler notre escient1 comme de nous tuer pour quelque pretexte que ce soit4 ,ce semble estre grand laschet et trahison1 de mastiner et corrompre les functions du corps1 stupides et serues1 pour espargner l'ame1 la solicitude de les conduire selon raison4 ,vbi iratos ,deos timent1 qui sic propitios habere merentur8 ,in regi libidinis voluptatem castrati sunt quidam2 sed nemo sibi1 ne vir esset1 iubente ,domino1 manus intulit4 ,ainsi remplissoyent ils leur religion de plusieurs mauuais effects4 ,spius olim ,religio peperit scelerosa atque impia facta4 ,or rien du nostre ne se peut apparier ou raporter en quelque faon que ce soit1 la nature diuine1 qui ne la tache et marque d'autant d'imperfection4 ,cette infinie beaut1 puissance1 et bont1 comment peut elle souffrir quelque correspondance et similitude chose si abiecte que nous sommes1 sans vn extreme interest et dechet de sa diuine grandeur8 ,infirmum ,dei fortius est hominibus3 et stultum ,dei sapientius est hominibus4 ,stilpon le philosophe interrog si les ,dieux s'esioussent de nos honneurs et sacrifices3 ,vous estes indiscret1 respondit il3 retirons nous part1 si vous voulez parler de cela4 ,toutesfois nous luy prescriuons des bornes1 nous tenons sa puissance assiege par nos raisons 7i'appelle raison nos resueries et nos songes1 auec la dispense de la philosophie1 qui dit1 le fol mesme et le meschant1 forcener par raison3 mais que c'est vne raison de particuliere forme7 nous le voulons asseruir aux apparences vaines et foibles de nostre entendement1 luy qui a faict et nous et nostre cognoissance4 ,par ce que rien ne se fait de rien1 ,dieu n'aura seu bastir le monde sans matiere4 ,quoy1 ,dieu nous a-il mis en main les clefs et les derniers ressorts de sa puissance8 ,s'est-il oblig n'outrepasser les bornes de nostre science8 ,mets le cas1 homme1 que tu ayes peu remarquer icy quelques traces de ses effects3 penses-tu qu'il y ayt employ tout ce qu'il a peu1 et qu'il ayt mis toutes ses formes et toutes ses ides1 en cet ouurage8 ,tu ne vois que l'ordre et la police de ce petit caueau o tu s log1 au moins si tu la vois3 sa diuinit a vne iurisdiction infinie au del3 cette piece n'est rien au prix du tout3 ,omnia cm clo terrque marique1 ,nil sunt ad summam summa totius omnem4 ,c'est vne loy municipale que tu allegues1 tu ne says pas quelle est l'vniuerselle4 ,attache toy ce quoy tu s subiect1 mais non pas luy3 il n'est pas ton confraire1 ou concitoyen1 ou compaignon4 ,s'il s'est aucunement communiqu toy1 ce n'est pas pour se raualer ta petitesse1 ny pour te donner le contrerolle de son pouuoir4 ,le corps humain ne peut voler aux nus1 c'est pour toy3 le soleil bransle sans seiour sa course ordinaire3 les bornes des mers et de la terre ne se peuuent confondre3 l'eau est instable et sans fermet3 vn mur est sans froissure impenetrable un corps solide2 l'homme ne peut conseruer sa vie dans les flammes3 il ne peut estre et au ciel et en la terre1 et en mille lieux ensemble corporellement4 ,c'est pour toy qu'il a faict ces regles3 c'est toy qu'elles attaquent4 ,il a tesmoign aux ,chrestiens qu'il les a toutes franchies quand il luy a pleu4 ,de vray pourquoy tout puissant1 comme il est1 auroit il restreint ses forces certaine mesure8 en faueur de qui auroit il renonc son priuilege8 ,ta raison n'a en aucune autre chose plus de verisimilitude et de fondement1 qu'en ce qu'elle te persuade la pluralit des mondes1 ,terrmque1 et solem1 lunam1 mare1 ctera qu sunt1 ,non esse vnica1 sed numero magis innumerali4 ,les plus fameux esprits du temps pass1 l'ont creu2 et aucuns des nostres mesmes1 forcez par l'apparence de la raison humaine4 ,d'autant qu'en ce bastiment1 que nous voyons1 il n'y a rien seul et vn1 ,cm in summa res nulla sit vna1 ,vnica qu gignatur1 et vnica solque crescat3 et que toutes les especes sont multiplies en quelque nombre4 ,par o il semble n'estre pas vray-semblable1 que ,dieu ait faict ce seul ouurage sans compaignon8 et que la matiere de cette forme ayt est toute espuise en ce seul indiuidu4 ,quare etiam atque etiam tales fateare necesse est1 ,esse alios alibi congressus materia1 ,qualis hic est auido complexu quem tenet ther4 ,notamment si c'est vn animant1 comme ses mouuemens le rendent si croyable1 que ,platon l'asseure1 et plusieurs des nostres ou le confirment1 ou ne l'osent infirmer3 non plus que cette ancienne opinion1 que le ciel1 les estoilles1 et autres membres du monde1 sont creatures composes de corps et ame3 mortelles1 en consideration de leur composition3 mais immortelles par la determination du createur4 ,or s'il y a plusieurs mondes1 comme ,democritus1 ,epicurus et presque toute la philosophie a pens1 que sauons nous si les principes et les regles de cestuy-cy touchent pareillement les autres8 ,ils ont l'auanture autre visage et autre police4 ,epicurus les imagine ou semblables1 ou dissemblables4 ,nous voyons en ce monde vne infinie difference et variet1 pour la seule distance des lieux4 ,ny le bled ny le vin se voit1 ny aucun de nos animaux1 en ce nouueau coin du monde1 que nos peres ont descouuert3 tout y est diuers4 ,et au temps pass1 voyez en combien de parties du monde on n'auoit cognoissance ny de ,bacchus1 ny de ,ceres4 ,qui en voudra croire ,pline et ,herodote1 il y a des especes d'hommes en certains endroits1 qui ont fort peu de ressemblance la nostre4 ,et y a des formes mestisses et ambigues1 entre l'humaine nature et la brutale4 ,il y a des contres o les hommes naissent sans teste1 portant les yeux et la bouche en la poitrine3 o ils sont tous androgynes3 o ils marchent de quatre pates3 o ils n'ont qu'vn il au front1 et la teste plus semblable celle d'vn chien qu' la nostre3 o ils sont moiti poisson par embas1 et viuent en l'eau3 o les femmes accouchent cinq ans1 et n'en viuent que huict3 o ils ont la teste si dure et la peau du front1 que le fer n'y peut mordre1 et rebouche contre3 o les hommes sont sans barbe3 des nations1 sans vsage de feu3 d'autres qui rendent le sperme de couleur noire4 ,quoy ceux qui naturellement se changent en loups1 en iumens1 et puis encore en hommes8 ,et s'il est ainsi1 comme dit ,plutarque1 qu'en quelque endroit des ,indes1 il y aye des hommes sans bouche1 se nourrissans de la senteur de certaines odeurs1 combien y a il de nos descriptions faulces8 ,il n'est plus risible1 ny l'aduanture capable de raison et de societ4 ,l'ordonnance et la cause de nostre bastiment interne1 seroyent pour la plus part hors de propos4 ,dauantage1 combien y a il de choses en nostre cognoissance1 qui combattent ces belles regles que nous auons tailles et prescriptes ,nature8 ,et nous entreprendrons d'y attacher ,dieu mesme6 ,combien de choses appellons nous miraculeuses1 et contre ,nature8 ,cela se fait par chaque homme1 et par chasque nation1 selon la mesure de son ignorance4 ,combien trouuons nous de proprietez occultes et de quint'essences8 car aller selon ,nature pour nous1 ce n'est qu'aller selon nostre intelligence1 autant qu'elle peut suiure1 et autant que nous y voyons3 ce qui est audel1 est monstrueux et desordonn4 ,or ce compte1 aux plus aduisez et aux plus habiles tout sera donc monstrueux3 car ceux l1 l'humaine raison a persuad1 qu'elle n'auoit ny pied1 ny fondement quelconque3 non pas seulement pour asseurer si la neige est blanche3 et ,anaxagoras la disoit noire3 s'il y a quelque chose1 ou s'il n'y a nulle chose3 s'il y a science1 ou ignorance3 ce que ,metrodorus ,chius nioit l'homme pouuoir dire4 ,ou si nous viuons2 comme ,eurypides est en doubte1 si la vie que nous viuons est vie1 ou si c'est ce que nous appellons mort1 qui soit vie3 ' ' 1 8 ,et non sans apparence4 ,car pourquoy prenons nous tiltre d'estre1 de cet instant1 qui n'est qu'vne eloise dans le cours infini d'vne nuict eternelle1 et vne interruption si briefue de nostre perpetuelle et naturelle condition8 la mort occupant tout le deuant et tout le derriere de ce moment1 et encore vne bonne partie de ce moment4 ,d'autres iurent qu'il n'y a point de mouuement1 que rien ne bouge3 comme les suiuants de ,melissus4 ,car s'il n'y a qu'vn1 ny ce mouuement sphrique ne luy peut seruir1 ny le mouuement de lieu autre1 comme ,platon preuue4 ,qu'il n'y a ny generation ny corruption en ,nature4 ,protagoras dit qu'il n'y a rien en ,nature1 que le doubte4 ,que de toutes choses on peut esgalement disputer3 et de cela mesme1 si on peut egalement disputer de toutes choses4 ,mansiphanes1 que des choses1 qui semblent1 rien est non plus que non est4 ,qu'il n'y a autre certain que l'incertitude4 ,parmenides1 que de ce qu'il semble1 il n'est aucune chose en general4 ,qu'il n'est qu'vn4 ,zenon1 qu'vn mesme n'est pas4 ,et qu'il n'y a rien4 ,si vn estoit1 il seroit ou en vn autre1 ou en soy-mesme4 ,s'il est en vn autre1 ce sont deux4 ,s'il est en soy-mesme1 ce sont encore deux1 le comprenant1 et le comprins4 ,selon ces dogmes1 la nature des choses n'est qu'vne ombre ou fausse ou vaine4 ,il m'a tousiours sembl qu' vn homme ,chrestien cette sorte de parler est pleine d'indiscretion et d'irreuerence3 ,dieu ne peut mourir1 ,dieu ne se peut desdire1 ,dieu ne peut faire cecy1 ou cela4 ,ie ne trouue pas bon d'enfermer ainsi la puissance diuine soubs les loix de nostre parolle4 ,et l'apparence qui s'offre nous1 en ces propositions1 il la faudroit representer plus reueremment et plus religieusement4 ,nostre parler a ses foiblesses et ses deffaults1 comme tout le reste4 ,la plus part des occasions des troubles du monde sont ,grammariens4 ,noz procez ne naissent que du debat de l'interpretation des loix2 et la plus part des guerres1 de cette impuissance de n'auoir seu clairement exprimer les conuentions et traictez d'accord des ,princes4 ,combien de querelles et combien importantes a produit au monde le doubte du sens de cette syllabe1 ,hoc8 ,prenons la clause que la logique mesmes nous presentera pour la plus claire4 ,si vous dictes1 ,il faict beau temps1 et que vous dissiez verit1 il faict donc beau temps4 ,voyla pas vne forme de parler certaine8 ,encore nous trompera elle4 ,qu'il soit ainsi1 suyuons l'exemple3 si vous dites1 ,ie ments1 et que vous dissiez vray1 vous mentez donc4 ,l'art1 la raison1 la force de la conclusion de cette-cy1 sont pareilles l'autre1 toutesfois nous voyla embourbez4 ,ie voy les philosophes ,pyrrhoniens qui ne peuuent exprimer leur generale conception en aucune maniere de parler3 car il leur faudroit vn nouueau langage4 ,le nostre est tout form de propositions affirmatiues1 qui leur sont du tout ennemies4 ,de faon que quand ils disent1 ,ie doubte1 on les tient incontinent la gorge1 pour leur faire auour1 qu'aumoins assurent et sauent ils cela1 qu'ils doubtent4 ,ainsin on les a contraints de se sauuer dans cette comparaison de la medecine1 sans laquelle leur humeur seroit inexplicable4 ,quand ils prononcent1 ,i'ignore1 ou1 ,ie doubte1 ils disent que cette proposition s'emporte elle mesme quant et quant le reste3 ny plus ny moins que la rubarbe1 qui pousse hors les mauuaises humeurs1 et s'emporte hors quant et quant elle mesmes4 ,cette fantasie est plus seurement conceu par interrogation3 ,que say-ie8 comme ie la porte la deuise d'vne balance4 ,voyez comment on se preuault de cette sorte de parler pleine d'irreuerence4 ,aux disputes qui sont present en nostre religion1 si vous pressez trop les aduersaires1 ils vous diront tout destroussment1 qu'il n'est pas en la puissance de ,dieu de faire que son corps soit en paradis et en la terre1 et en plusieurs lieux ensemble4 ,et ce mocqueur ancien comment il en faict son profit4 ,au moins1 dit-il1 est-ce vne non legere consolation l'homme1 de ce qu'il voit ,dieu ne pouuoir pas toutes choses3 car il ne se peut tuer quand il le voudroit1 qui est la plus grande faueur que nous ayons en nostre condition3 il ne peut faire les mortels immortels1 ny reuiure les trespassez1 ny que celuy qui a vescu n'ait point vescu1 celuy qui a eu des honneurs1 ne les ait point eus1 n'ayant autre droit sur le pass que de l'oubliance4 ,et afin que cette societ de l'homme ,dieu1 s'accouple encore par des exemples plaisans1 il ne peut faire que deux fois dix ne soyent vingt4 ,voyla ce qu'il dit1 et qu'vn ,chrestien deuroit euiter de passer par sa bouche4 ,l o au rebours1 il semble que les hommes recherchent cette folle fiert de langage pour ramener ,dieu leur mesure4 ,cras vel atra ,nube polum ,pater occupato1 ,vel sole puro1 non tamen irritum ,quodcumque retro est efficiet1 neque ,diffinget infectmque reddet1 ,quod fugiens semel hora vexit4 ,quand nous disons que l'infinit des siecles tant passez qu'auenir n'est ,dieu qu'vn instant3 que sa bont1 sapience1 puissance sont mesme chose auecques son essence2 nostre parole le dit1 mais nostre intelligence ne l'apprehende point4 ,et toutesfois nostre outrecuidance veut faire passer la diuinit par nostre estamine4 ,et de l s'engendrent toutes les resueries et erreurs1 desquelles le monde se trouue saisi1 ramenant et poisant sa balance1 chose si esloigne de son poix4 ,mirum qu procedat improbitas cordis humani1 paruulo aliquo inuitata successu4 ,combien insolemment rabroent ,epicurus les ,stoiciens1 sur ce qu'il tient l'estre veritablement bon et heureux1 n'appartenir qu' ,dieu1 et l'homme sage n'en auoir qu'vn ombrage et similitude8 ,combien temerairement ont ils attach ,dieu la destine6 7 la mienne volont qu'aucuns du surnom de ,chrestiens ne le facent pas encore7 et ,thales1 ,platon1 et ,pythagoras1 l'ont asseruy la necessit4 ,cette fiert de vouloir descouurir ,dieu par nos yeux1 a faict qu'vn grand personnage des nostres a attribu la diuinit vne forme corporelle4 ,et est cause de ce qui nous aduient tous les iours1 d'attribuer ,dieu1 les euenements d'importance1 d'vne particuliere assignation4 ,par ce qu'ils nous poisent1 il semble qu'ils luy poisent aussi1 et qu'il y regarde plus entier et plus attentif1 qu'aux euenemens qui nous sont legers1 ou d'vne suitte ordinaire4 ,magna ,dij curant1 parua negligunt4 ,escoutez son exemple3 il vous esclaircira de sa raison3 ,nec in regnis quidem reges omnia minima curant4 ,comme si ce ,roy l1 c'estoit plus et moins de remuer vn empire1 ou la feuille d'vn arbre3 et si sa prouidence s'exeroit autrement1 inclinant l'euenement d'vne battaille1 que le sault d'vne puce4 ,la main de son gouuernement1 se preste toutes choses de pareille teneur1 mesme force1 et mesme ordre3 nostre interest n'y apporte rien3 noz mouuements et noz mesures ne le touchent pas4 ,deus ita artifex magnus in magnis1 vt minor non sit in paruis4 ,nostre arrogance nous remet tousiours en auant cette blasphemeuse appariation4 ,par ce que noz occupations nous chargent1 ,straton a estrein les ,dieux de toute immunit d'offices1 comme sont leurs prestres4 ,il fait produire et maintenir toutes choses ,nature3 et de ses poids et mouuements construit les parties du monde3 deschargeant l'humaine nature de la crainte des iugements diuins4 ,quod beatum ternmque sit1 id nec habere negotij quicquam1 nec exhibere alteri4 ,nature veut qu'en choses pareilles il y ait relation pareille4 ,le nombre donc infini des mortels conclud vn pareil nombre d'immortels3 les choses infinies1 qui tuent et ruinent1 en presupposent autant qui conseruent et profitent4 ,comme les ames des ,dieux1 sans langue1 sans yeux1 sans oreilles1 sentent entre elles chacune1 ce que l'autre sent1 et iugent noz penses3 ainsi les ames des hommes1 quand elles sont libres et dprinses du corps1 par le sommeil1 ou par quelque rauissement1 deuinent1 prognostiquent1 et voyent choses1 qu'elles ne sauroyent veoir mesles aux corps4 ,les hommes1 dit ,sainct ,paul1 sont deuenus fols cuidans estre sages1 et ont mu la gloire de ,dieu incorruptible1 en l'image de l'homme corruptible4 ,voyez vn peu ce bastelage des deifications anciennes4 ,apres la grande et superbe pompe de l'enterrement1 comme le feu venoit prendre au hault de la pyramide1 et saisir le lict du trespass1 ils laissoient en mesme temps eschapper vn aigle1 lequel s'en volant mont1 signifioit que l'ame s'en alloit en paradis4 ,nous auons mille medailles1 et notamment de cette honneste femme de ,faustine1 o cet aigle est represent1 emportant la cheuremorte vers le ciel ces ames deifies4 ,c'est piti que nous nous pippons de nos propres singeries et inuentions1 ,quod finxere timent2 comme les enfans qui s'effrayent de ce mesme visage qu'ils ont barbouill et noircy leur compagnon4 ,quasi quicquam infelicius sit homine1 cui sua figmenta dominantur4 ,c'est bien loin d'honorer celuy qui nous a faicts1 que d'honorer celuy que nous auons faict4 ,auguste eut plus de temples que ,iupiter1 seruis auec autant de religion et creance de miracles4 ,les ,thasiens en recompense des biensfaicts qu'ils auoyent receuz d',agesilaus1 luy vindrent dire qu'ils l'auoyent canonis3 ,vostre nation1 leur dit-il1 a elle ce pouuoir de faire ,dieu qui bon luy semble8 ,faictes en pour voir l'vn d'entre vous1 et puis quand i'auray veu comme il s'en sera trouu1 ie vous diray grand-mercy de vostre offre4 ,l'homme est bien insens3 il ne sauroit forger vn ciron1 et forge des ,dieux douzaines4 ,oyez ,trismegiste louant nostre suffisance3 ,de toutes les choses admirables a surmont l'admiration1 que l'homme ayt peu trouuer la diuine nature1 et la faire4 ,voicy des arguments de l'escole mesme de la philosophie4 ,nosse cui ,diuos et cli numina soli1 ,aut soli nescire1 datum4 ,si ,dieu est1 il est animal1 s'il est animal1 il a sens1 et s'il a sens1 il est subject corruption4 ,s'il est sans corps1 il est sans ame1 et par consequent sans action3 et s'il a corps1 il est perissable4 ,voyla pas triomph8 ,nous sommes incapables d'auoir faict le monde3 il y a donc quelque nature plus excellente1 qui y a mis la main4 ,ce seroit vne sotte arrogance de nous estimer la plus parfaicte chose de cet vniuers4 ,il y a donc quelque chose de meilleur4 ,cela c'est ,dieu4 ,quand vous voyez vne riche et pompeuse demeure1 encore que vous ne sachiez qui en est le maistre2 si ne direz vous pas qu'elle soit faicte pour des rats4 ,et cette diuine structure1 que nous voyons du palais celeste1 n'auons nous pas croire1 que ce soit le logis de quelque maistre plus grand que nous ne sommes8 ,le plus hault est-il pas tousiours le plus digne8 ,et nous sommes placez au plus bas4 ,rien sans ame et sans raison ne peut produire vn animant capable de raison4 ,le monde nous produit3 il a donc ame et raison4 ,chasque part de nous est moins que nous4 ,nous sommes part du monde4 ,le monde est donc fourny de sagesse et de raison1 et plus abondamment que nous ne sommes4 ,c'est belle chose que d'auoir vn grand gouuernement4 ,le gouuernement du monde appartient donc quelque heureuse nature4 ,les astres ne nous font pas de nuisance3 ils sont donc pleins de bont4 ,nous auons besoing de nourriture1 aussi ont donc les ,dieux1 et se paissent des vapeurs de a bas4 ,les biens mondains ne sont pas biens ,dieu3 ce ne sont donc pas biens nous4 ,l'offenser1 et l'estre offenc sont egalement tesmoignages d'imbecillit3 c'est donc follie de craindre ,dieu4 ,dieu est bon par sa nature3 l'homme par son industrie1 qui est plus4 ,la sagesse diuine1 et l'humaine sagesse n'ont autre distinction1 sinon que celle-la est eternelle4 ,or la dure n'est aucune accession la sagesse4 ,parquoy nous voyla compagnons4 ,nous auons vie1 raison et libert1 estimons la bont1 la charit1 et la iustice3 ces qualitez sont donc en luy4 ,somme le bastiment et le desbastiment1 les conditions de la diuinit1 se forgent par l'homme selon la relation soy4 ,quel patron et quel modele6 ,estirons1 esleuons1 et grossissons les qualitez humaines tant qu'il nous plaira4 ,enfle toy pauure homme1 et encore1 et encore1 et encore1 ,non1 si te ruperis1 inquit4 ,profect non ,deum1 quem cogitare non possunt1 sed semetipsos pro illo cogitantes1 non illum1 sed seipsos1 non illi1 sed sibi comparant4 ,es choses naturelles les effects ne rapportent qu' demy leurs causes4 ,quoy cette-cy8 elle est au dessus de l'ordre de ,nature1 sa condition est trop hautaine1 trop esloigne1 et trop maistresse1 pour souffrir que noz conclusions l'attachent et la garottent4 ,ce n'est par nous qu'on y arriue1 cette routte est trop basse4 ,nous ne sommes non plus pres du ciel sur le mont ,senis1 qu'au fond de la mer3 consultez en pour voir auec vostre astrolabe4 ,ils ramenent ,dieu iusques l'accointance charnelle des femmes1 combien de fois1 combien de generations4 ,paulina femme de ,saturninus1 matrone de grande reputation ,rome1 pensant coucher auec le ,dieu ,serapis1 se trouue entre les bras d'vn sien amoureux1 par le macquerellage des prestres de ce temple4 ,varro le plus subtil et le plus sauant autheur ,latin1 en ses liures de la ,theologie1 escrit1 que le secrestin de ,hercules1 iectant au sort d'vne main pour soy1 de l'autre1 pour ,hercules1 ioa contre luy vn soupper et vne garse3 s'il gaignoit1 aux despens des offrandes3 s'il perdoit1 aux siens4 ,il perdit1 paya son soupper et sa garse4 ,son nom fut ,laurentine1 qui veid de nuict ce ,dieu entre ses bras1 luy disant au surplus1 que le lendemain1 le premier qu'elle rencontreroit1 la payeroit celestement de son salaire4 ,ce fut ,taruncius1 ieune homme riche1 qui la mena chez luy1 et auec le temps la laissa heritiere4 ,elle son tour1 esperant faire chose aggreable ce ,dieu1 laissa heritier le peuple ,romain4 ,pourquoy on luy attribua des honneurs diuins4 ,comme s'il ne suffisoit pas1 que par double estoc ,platon fust originellement descendu des ,dieux1 et auoir pour autheur commun de sa race1 ,neptune3 il estoit tenu pour certain ,athenes1 qu',ariston ayant voulu iour de la belle ,perictyone1 n'auoit seu4 ,et fut aduerti en songe par le ,dieu ,apollo1 de la laisser impollue et intacte1 iusques ce qu'elle fust accouche4 ,c'estoient les pere et mere de ,platon4 ,combien y a il s histoires1 de pareils cocuages1 procurez par les ,dieux1 contre les pauures humains8 et des maris iniurieusement descriez en faueur des enfants8 ,en la religion de ,mahomet1 il se trouue par la croyance de ce peuple1 asss de ,merlins3 assauoir enfants sans pere1 spirituels1 nays diuinement au ventre des pucelles3 et portent vn nom1 qui le signifie en leur langue4 ,il nous faut noter1 qu' chasque chose1 il n'est rien plus cher1 et plus estimable que son estre 7le lyon1 l'aigle1 le daulphin1 ne prisent rien au dessus de leur espece7 et que chacune rapporte les qualitez de toutes autres choses ses propres qualitez4 ,lesquelles nous pouuons bien estendre et racourcir1 mais c'est tout2 car hors de ce rapport1 et de ce principe1 nostre imagination ne peut aller1 ne peut rien diuiner autre1 et est impossible qu'elle sorte de l1 et qu'elle passe au del4 ,d'o naissent ces anciennes conclusions4 ,de toutes les formes1 la plus belle est celle de l'homme3 ,dieu donc est de cette forme4 ,nul ne peut estre heureux sans vertu3 ny la vertu estre sans raison3 et nulle raison loger ailleurs qu'en l'humaine figure3 ,dieu est donc reuestu de l'humaine figure4 ,ita est informatum anticipatumque mentibus nostris1 vt homini1 quum de ,deo cogitet1 forma occurrat humana4 ,pourtant disoit plaisamment ,xenophanes1 que si les animaux se forgent des ,dieux1 comme il est vray-semblable qu'ils facent1 ils les forgent certainement de mesme eux1 et se glorifient1 comme nous4 ,car pourquoy ne dira un oyson ainsi3 ,toutes les pieces de l'vniuers me regardent1 la terre me sert marcher1 le soleil m'esclairer1 les estoilles m'inspirer leurs influances3 i'ay telle commodit des vents1 telle des eaux3 il n'est rien que cette voute regarde si fauorablement que moy3 ie suis le mignon de ,nature8 ,est-ce pas l'homme qui me traicte1 qui me loge1 qui me sert3 ,c'est pour moy qu'il fait et semer et moudre3 s'il me mange1 aussi fait-il bien l'homme son compagnon2 et si fay-ie moy les vers qui le tuent1 et qui le mangent4 ,autant en diroit une gru2 et plus magnifiquement encore pour la libert de son vol1 et la possession de cette belle et haulte region4 ,tam blanda conciliatrix1 et tam sui est ,iena ipsa natura4 ,or donc par ce mesme train1 pour nous sont les destines1 pour nous le monde1 il luict1 il tonne pour nous2 et le createur1 et les creatures1 tout est pour nous4 ,c'est le but et le poinct o vise l'vniuersit des choses4 ,regards le registre que la philosophie a tenu deux mille ans1 et plus1 des affaires celestes3 les ,dieux n'ont agi1 n'ont parl1 que pour l'homme3 elle ne leur attribue autre consultation1 et autre vacation4 ,les voyla contre nous en guerre4 ,domitsque ,herculea manu ,telluris iuuenes1 vnde periculum ,fulgens contremuit domus ,saturni veteris4 ,les voicy partisans de noz troubles1 pour nous rendre la pareille de ce que tant de fois nous sommes partisans des leurs3 ,neptunus muros magnque emula tridenti ,fundamenta quatit1 totmque sedibus vrbem ,eruit3 hc ,iuno ,scas suissima portas ,prima tenet4 ,les ,cauniens1 pour la ialousie de la domination de leurs ,dieux propres1 prennent armes en dos1 le iour de leur deuotion1 et vont courant toute leur banlieue1 frappant l'air par-cy par-l1 tout leurs glaiues1 pourchassant ainsin outrance1 et bannissant les ,dieux estrangers de leur territoire4 ,leurs puissances sont retranches selon nostre necessit4 ,qui guerit les cheuaux1 qui les hommes1 qui la peste1 qui la teigne1 qui la toux1 qui vne sorte de gale1 qui vne autre3 adeo minimis etiam rebus praua religio inserit ,deos3 qui fait naistre les raisins1 qui les aux3 qui a la charge de la paillardise1 qui de la marchandise3 chasque race d'artisans1 vn ,dieu3 qui a sa prouince en ,orient1 et son credit1 qui en ,ponant1 ,hc illius arma1 ,hc currus fuit4 ,o ,sancte ,apollo1 qui vmbilicum certum terrarum obtines6 ,pallada ,cecropid1 ,minoa ,creta ,dianam1 ,vulcanum tellus ,hipsipyla colit1 ,iunonem ,sparte1 ,pelopeadsque ,micen2 ,pinigerum ,fauni ,mnalis ora caput1 ,mars ,latio venerandus4 ,qui n'a qu'vn bourg ou vne famille en sa possession3 qui loge seul1 qui en compagnie1 ou volontaire ou necessaire4 ,iunctque sunt magno templa nepotis auo4 ,il en est de si chetifs et populaires1 car le nombre s'en monte iusques trente six mille1 qu'il en faut entasser bien cinq ou six produire vn espic de bled1 et en prennent leurs noms diuers4 ,trois vne porte3 celuy de l'ais1 celuy du gond1 celuy du seuil4 ,quatre vn enfant1 protecteurs de son maillot1 de son boire1 de son manger1 de son tetter4 ,aucuns certains1 aucuns incertains et doubteux4 ,aucuns1 qui n'entrent pas encore en paradis4 ,quos1 quoniam cli nondum dignamur honore1 ,quas dedimus1 cert terras habitare sinamus4 ,il en est de physiciens1 de potiques1 de ciuils4 ,aucuns1 moyens entre la diuine et humaine nature1 mediateurs1 entremetteurs de nous ,dieu4 ,adorez par certain second ordre d'adoration1 et diminutif4 ,infinis en tiltres et offices3 les vns bons1 les autres mauuais4 ,il en est de vieux et cassez1 et en est de mortels4 ,car ,chrysippus estimoit qu'en la derniere conflagration du monde tous les ,dieux auroyent finir1 sauf ,iuppiter4 ,l'homme forge mille plaisantes societez entre ,dieu et luy4 ,est-il pas son compatriote8 ,iouis incunabula ,creten4 ,voicy l'excuse1 que nous donnent1 sur la consideration de ce subject1 ,sceuola grand pontife1 et ,varron grand theologien1 en leur temps3 ,qu'il est besoin que le peuple ignore beaucoup de choses vrayes1 et en croye beaucoup de fausses4 ,quum veritatem1 qua liberetur1 inquirat3 credatur ei expedire1 quod fallitur4 ,les yeux humains ne peuuent apperceuoir les choses que par les formes de leur cognoissance4 ,et ne nous souuient pas quel sault print le miserable ,phathon pour auoir voulu manier les renes des cheuaux de son pere1 d'vne main mortelle4 ,nostre esprit retombe en pareille profondeur1 se dissipe et se froisse de mesme1 par sa temerit4 ,si vous demandez la philosophie de quelle matiere est le soleil1 que vous respondra elle1 sinon1 de fer1 et de pierre1 ou autre estoffe de son vsage8 ,s'enquiert-on ,zenon que c'est que ,nature8 ,vn feu1 dit-il1 artiste1 propre engendrer1 procedant reglment4 ,archimedes maistre de cette science qui s'attribue la presseance sur toutes les autres en verit et certitude3 ,le soleil1 dit-il1 est vn ,dieu de fer enflamm4 ,voyla pas vne belle imagination produicte de l'ineuitable necessit des demonstrations geometriques8 ,non pourtant si ineuitable et vtile1 que ,socrates n'ayt estim1 qu'il suffisoit d'en sauoir1 iusques pouuoir arpenter la terre qu'on donnoit et receuoit3 et que ,polynus1 qui en auoit est fameux et illustre docteur1 ne les ayt prises mespris1 comme pleines de faucet1 et de vanit apparente1 aprs qu'il eut goust les doux fruicts des iardins poltronesques d',epicurus4 ,socrates en ,xenophon sur ce propos d',anaxagoras1 estim par l'antiquit entendu au dessus de touts autres1 s choses celestes et diuines1 dit1 qu'il se troubla du cerueau1 comme font tous hommes1 qui perscrutent immoderment les cognoissances1 qui ne sont de leur appartenance4 ,sur ce qu'il faisoit le soleil vne pierre ardente1 il ne s'aduisoit pas1 qu'vne pierre ne luit point au feu1 et1 qui pis est1 qu'elle s'y consomme4 ,en ce qu'il faisoit vn1 du soleil et du feu1 que le feu ne noircit pas ceux qu'il regarde3 que nous regardons fixement le feu3 que le feu tue les plantes et les herbes4 ,c'est l'aduis de ,socrates1 et au mien aussi1 le plus sagement iug du ciel1 que n'en iuger point4 ,platon ayant parler des daimons au ,time3 ,c'est entreprinse1 dit-il1 qui surpasse nostre porte3 il en faut croire ces anciens1 qui se sont dicts engendrez d'eux4 ,c'est contre raison de refuser foy aux enfants des ,dieux1 encore que leur dire ne soit estably par raisons necessaires1 ny vray-semblables3 puis qu'ils nous respondent1 de parler de choses domestiques et familieres4 ,voyons si nous auons quelque peu plus de clart en la cognoissance des choses humaines et naturelles4 ,n'est-ce pas vne ridicule entreprinse1 celles ausquelles par nostre propre confession nostre science ne peut atteindre1 leur aller forgeant vn autre corps1 et prestant vne forme faulce de nostre inuention3 comme il se void au mouuement des planetes1 auquel d'autant que nostre esprit ne peut arriuer1 ny imaginer sa naturelle conduite1 nous leur prestons du nostre1 des ressors materiels1 lourds1 et corporels3 ,temo aureus1 aurea summ ,curuatura rot1 radiorum argenteus ordo4 ,vous diriez que nous auons eu des cochers1 des charpentiers1 et des peintres1 qui sont allez dresser l hault des engins diuers mouuemens1 et ranger les roages et entrelassemens des corps celestes bigarrez en couleur1 autour du fuseau de la necessit1 selon ,platon4 ,mundus domus est maxima rerum1 ,quam quinque altiton fragmine zon ,cingunt1 per quam limbus pictus bis sex signis ,stellimicantibus1 altus in obliquo there1 lun ,bigas acceptat4 ,ce sont tous songes et fanatiques folies4 ,que ne plaist-il vn iour ,nature nous ouurir son sein1 et nous faire voir au propre1 les moyens et la conduicte de ses mouuements1 et y preparer nos yeux8 ,o ,dieu quels abus1 quels mescomtes nous trouuerions en nostre pauure science6 ,ie suis tromp1 si elle tient vne seule chose1 droictement en son poinct3 et m'en partiray d'icy plus ignorant toute autre chose1 que mon ignorance4 ,ay-ie pas veu en ,platon ce diuin mot1 que ,nature n'est rien qu'vne posie ainigmatique8 ,comme1 peut estre1 qui diroit1 vne peinture voile et tenebreuse1 entreluisant d'vne infinie variet de faux iours exercer noz coniectures4 ,latent ista omnia crassis occultata et circumfusa tenebris3 vt nulla acies humani ingenij tanta sit1 qu penetrare in clum1 terram intrare possit4 ,et certes la philosophie n'est qu'vne posie sophistique4 ,d'o tirent ces autheurs anciens toutes leurs authoritez1 que des potes8 ,et les premiers furent poetes eux mesmes1 et la traicterent en leur art4 ,platon n'est qu'vn poete descousu4 ,toutes les sciences sur-humaines s'accoustrent du stile poetique4 ,tout ainsi que les femmes employent des dents d'yuoire1 o les leurs naturelles leur manquent1 et au lieu de leur vray teint1 en forgent vn de quelque matiere estrangere3 comme elles font des cuisses de drap et de feutre1 et de l'embonpoinct de coton3 et au veu et seu d'vn chacun s'embellissent d'vne beaut fauce et emprunte3 ainsi fait la science 7et nostre droict mesme a1 dit-on1 des fictions legitimes sur lesquelles il fonde la verit de sa iustice7 elle nous donne en payement et en presupposition1 les choses qu'elle mesmes nous apprend estre inuentes3 car ces epicycles1 excentriques1 concentriques1 dequoy l'astrologie s'aide conduire le bransle de ses estoilles1 elle nous les donne1 pour le mieux qu'elle ait seu inuenter en ce subject3 comme aussi au reste1 la philosophie nous presente1 non pas ce qui est1 ou ce qu'elle croit1 mais ce qu'elle forge ayant plus d'apparence et de gentillesse4 ,platon sur le discours de l'estat de nostre corps et de celuy des bestes3 ,que ce1 que nous auons dict1 soit vray1 nous en asseurerions1 si nous auions sur cela confirmation d'vn oracle4 ,seulement nous asseurons1 que c'est le plus vray-semblablement1 que nous ayons seu dire4 ,ce n'est pas au ciel seulement qu'elle enuoye ses cordages1 ses engins et ses rous3 considerons vn peu ce qu'elle dit de nous mesmes et de nostre contexture4 ,il n'y a pas plus de retrogradation1 trepidation1 accession1 reculement1 rauissement1 aux astres et corps celestes1 qu'ils en ont forg en ce pauure petit corps humain4 ,vrayement ils ont eu par l1 raison de l'appeller le petit monde1 tant ils ont employ de pieces1 et de visages le maonner et bastir4 ,pour accommoder les mouuemens qu'ils voyent en l'homme1 les diuerses functions et facultez que nous sentons en nous1 en combien de parties ont ils diuis nostre ame8 en combien de sieges loge8 combien d'ordres et d'estages ont-ils departy ce pauure homme1 outre les naturels et perceptibles8 et combien d'offices et de vacations8 ,ils en font vne chose publique imaginaire4 ,c'est vn subject qu'ils tiennent et qu'ils manient3 on leur laisse toute puissance de le descoudre1 renger1 rassembler1 et estoffer1 chacun sa fantasie2 et si ne le possedent pas encore4 ,non seulement en verit1 mais en songe mesmes1 ils ne le peuuent regler1 qu'il ne s'y trouue quelque cadence1 ou quelque son1 qui eschappe leur architecture1 toute enorme qu'elle est1 et rapiece de mille lopins faux et fantastiques4 ,et ce n'est pas raison de les excuser4 ,car aux peintres1 quand ils peignent le ciel1 la terre1 les mers1 les monts1 les isles escartes1 nous leur condonons1 qu'ils nous en rapportent seulement quelque marque legere3 et comme de choses ignores1 nous contentons d'vn tel quel ombrage et feint4 ,mais quand ils nous tirent apres le naturel1 ou autre subject1 qui nous est familier et cognu1 nous exigeons d'eux vne parfaicte et exacte representation des lineaments1 et des couleurs3 et les mesprisons1 s'ils y faillent4 ,ie say bon gr la garce ,milesienne1 qui voyant le philosophe ,thales s'amuser continuellement la contemplation de la voute celeste1 et tenir tousiours les yeux esleuez contre-mont1 luy mit en son passage quelque chose le faire broncher1 pour l'aduertir1 qu'il seroit temps d'amuser son pensement aux choses qui estoient dans les nues1 quand il auroit pourueu celles qui estoient ses pieds4 ,elle luy conseilloit certes bien1 de regarder plustost soy qu'au ciel4 ,car1 comme dit ,democritus par la bouche de ,cicero1 ,quod est ante pedes1 nemo spectat3 cli scrutantur plagas4 ,mais nostre condition porte1 que la cognoissance de ce que nous auons entre mains1 est aussi esloigne de nous1 et aussi bien au dessus des nus1 que celle des astres4 ,comme dit ,socrates en ,platon1 qu' quiconque se mesle de la philosophie1 on peut faire le reproche que fait cette femme ,thales1 qu'il ne void rien de ce qui est deuant luy4 ,car tout philosophe ignore ce que fait son voisin3 ou et ce qu'il fait luy-mesme1 et ignore ce qu'ils sont tous deux1 ou bestes1 ou hommes4 ,ces gens icy1 qui trouuent les raisons de ,sebonde trop foibles1 qui n'ignorent rien1 qui gouuernent le monde1 qui sauent tout3 ,qu mare compescant caus1 quid temperet annum1 ,stell sponte sua1 iussue vagentur et errent3 ,quid premat obscurum ,lun1 quid proferat orbem1 ,quid velit et possit rerum concordia discors3 n'ont ils pas quelquesfois sond parmy leurs liures1 les difficultez qui se presentent1 cognoistre leur estre propre8 ,nous voyons bien que le doigt se meut1 et que le pied se meut1 qu'aucunes parties se branslent d'elles mesmes sans nostre cong1 et que d'autres nous les agitons par nostre ordonnance1 que certaine apprehension engendre la rougeur1 certaine autre la palleur1 telle imagination agit en la rate seulement1 telle autre au cerueau1 l'vne nous cause le rire1 l'autre le pleurer1 telle autre transit et estonne tous noz sens1 et arreste le mouuement de noz membres1 tel object l'estomach se sousleue1 tel autre quelque partie plus basse4 ,mais comme vne impression spirituelle1 face vne telle fauce dans vn subject massif1 et solide1 et la nature de la liaison et cousture de ces admirables ressorts1 iamais homme ne l'a seu3 ,omnia incerta ratione1 et in natur maiestate abdita1 dit ,pline2 et ,s4 ,augustin1 ,modus1 quo corporibus adhrent spiritus1 omnino mirus est1 nec comprehendi ab homine potest3 et hoc ipse homo est4 ,et si ne le met on pas pourtant en doubte3 car les opinions des hommes1 sont receus la suitte des creances anciennes1 par authorit et credit1 comme si c'estoit religion et loy4 ,on reoit comme vn iargon ce qui en est communement tenu3 on reoit cette verit1 auec tout son bastiment et attelage d'argumens et de preuues1 comme vn corps ferme et solide1 qu'on n'esbranle plus1 qu'on ne iuge plus4 ,au contraire1 chacun qui mieux mieux1 va plastrant et confortant cette creance receue1 de tout ce que peut sa raison1 qui est vn vtil soupple contournable1 et accommodable toute figure4 ,ainsi se remplit le monde et se confit en fadeze et en mensonge4 ,ce qui fait qu'on ne doubte de guere de choses1 c'est que les communes impressions on ne les essaye iamais2 on n'en sonde point le pied1 o git la faute et la foiblesse3 on ne debat que sur les branches3 on ne demande pas si cela est vray1 mais s'il a est ainsin ou ainsin entendu4 ,on ne demande pas si ,galen a rien dict qui vaille3 mais s'il a dict ainsin1 ou autrement4 ,vrayement c'estoit bien raison que cette bride et contrainte de la libert de noz iugements1 et cette tyrannie de noz creances1 s'estendist iusques aux escholes et aux arts4 ,le ,dieu de la science scholastique1 c'est ,aristote3 c'est religion de debattre de ses ordonnances1 comme de celles de ,lycurgus ,sparte4 ,sa doctrine nous sert de loy magistrale3 qui est l'aduanture autant faulce que vne autre4 ,ie ne say pas pourquoy ie n'acceptasse autant volontiers ou les ides de ,platon1 ou les atomes d',epicurus1 ou le plein et le vuide de ,leucippus et ,democritus1 ou l'eau de ,thales1 ou l'infinit de ,nature d',anaximander1 ou l'air de ,diogenes1 ou les nombres et symmetrie de ,pythagoras1 ou l'infiny de ,parmenides1 ou l'vn de ,musus1 ou l'eau et le feu d',apollodorus1 ou les parties similaires d',anaxagoras1 ou la discorde et amiti d',empedocles1 ou le feu de ,heraclitus1 ou toute autre opinion1 7de cette confusion infinie d'aduis et de sentences1 que produit cette belle raison humaine par sa certitude et clair-voyance1 en tout ce dequoy elle se mesle7 que ie feroy l'opinion d',aristote1 sur ce subject des principes des choses naturelles3 lesquels principes il bastit de trois pieces1 matiere1 forme1 et priuation4 ,et qu'est-il plus vain que de faire l'inanit mesme1 cause de la production des choses8 ,la priuation c'est vne negatiue3 de quelle humeur en a-il peu faire la cause et origine des choses qui sont8 ,cela toutesfois ne s'oseroit esbranler que pour l'exercice de la logique4 ,on n'y debat rien pour le mettre en doute1 mais pour deffendre l'autheur de l'escole des obiections estrangeres3 son authorit c'est le but1 au del duquel il n'est pas permis de s'enquerir4 ,il est bien ais sur des fondemens auouez1 de bastir ce qu'on veut2 car selon la loy et ordonnance de ce commencement1 le reste des pieces du bastiment se conduit aisment1 sans se dementir4 ,par cette voye nous trouuons nostre raison bien fonde1 et discourons boule-veu4 ,car nos maistres proccupent et gaignent auant main1 autant de lieu en nostre creance1 qu'il leur en faut pour conclurre apres ce qu'ils veulent2 la mode des geometriens par leurs demandes auoues3 le consentement et approbation que nous leurs prestons1 leur donnant dequoy nous trainer gauche et dextre1 et nous pyrouetter leur volont4 ,quiconque est creu de ses presuppositions1 il est nostre maistre et nostre ,dieu3 il prendra le plant de ses fondemens si ample et si ais1 que par iceux il nous pourra monter1 s'il veut1 iusques aux nus4 ,en cette pratique et negotiation de science1 nous auons pris pour argent content le mot de ,pythagoras1 que chaque expert doit estre creu en son art4 ,le dialecticien se rapporte au grammairien de la signification des mots3 le rhetoricien emprunte du dialecticien les lieux des argumens3 le pote1 du musicien les mesures3 le geometrien1 de l'arithmeticien les proportions3 les metaphysiciens prennent pour fondement les coniectures de la physique4 ,car chasque science a ses principes presupposez1 par o le iugement humain est brid de toutes parts4 ,si vous venez chocquer cette barriere1 en laquelle gist la principale erreur1 ils ont incontinent cette sentence en la bouche2 qu'il ne faut pas debattre contre ceux qui nient les principes4 ,or n'y peut-il auoir des principes aux hommes1 si la diuinit ne les leur a reuelez3 de tout le demeurant1 et le commencement1 et le milieu et la fin1 ce n'est que songe et fume4 ,a ceux qui combattent par presupposition1 il leur faut presupposer au contraire1 le mesme axiome1 dequoy on debat4 ,car toute presupposition humaine1 et toute enunciation1 a autant d'authorit que l'autre1 si la raison n'en faict la difference4 ,ainsin il les faut toutes mettre la balance3 et premierement les generalles1 et celles qui nous tyrannisent4 ,la persuasion de la certitude1 est vn certain tesmoignage de folie1 et d'incertitude extreme4 ,et n'est point de plus folles gents1 ny moins philosophes1 que les ,philodoxes de ,platon4 ,il faut sauoir si le feu est chault1 si la neige est blanche1 s'il y a rien de dur ou de mol en nostre cognoissance4 ,et quant ces responses1 dequoy il se fait des comtes anciens3 comme celuy qui mettoit en doubte la chaleur1 qui on dit qu'il se iettast dans le feu3 celuy qui nioit la froideur de la glace1 qu'il s'en mist dans le sein3 elles sont tres-indignes de la profession philosophique4 ,s'ils nous eussent laiss en nostre estat naturel1 receuans les apparences estrangeres selon qu'elles se presentent nous par nos sens2 et nous eussent laiss aller apres nos appetits simples1 et reglez par la condition de nostre naissance1 ils auroient raison de parler ainsi4 ,mais c'est d'eux que nous auons appris de nous rendre iuges du monde3 c'est d'eux que nous tenons cette fantasie1 que la raison humaine est contrerolleuse generalle de tout ce qui est au dehors et au dedans de la voute celeste1 qui embrasse tout1 qui peut tout3 par le moyen de laquelle tout se sait1 et cognoist4 ,cette response seroit bonne parmy les ,canibales1 qui iouyssent l'heur d'vne longue vie1 tranquille1 et paisible1 sans les preceptes d',aristote1 et sans la cognoissance du nom de la physique4 ,cette response vaudroit mieux l'aduenture1 et auroit plus de fermet1 que toutes celles qu'ils emprunteront de leur raison et de leur inuention4 ,de cette-cy seroient capables auec nous1 tous les animaux1 et tout ce1 o le commandement est encor pur et simple de la loy naturelle3 mais eux ils y ont renonc4 ,il ne faut pas qu'ils me dient1 il est vray1 car vous le voyez et sentez ainsin3 il faut qu'ils me dient1 si ce que ie pense sentir1 ie le sens pourtant en effect3 et si ie le sens1 qu'ils me dient apres pourquoy ie le sens1 et comment1 et quoy3 qu'ils me dient le nom1 l'origine1 les tenans et aboutissans de la chaleur1 du froid2 les qualitez de celuy qui agit1 et de celuy qui souffre3 ou qu'ils me quittent leur profession1 qui est de ne receuoir ny approuuer rien1 que par la voye de la raison3 c'est leur touche toutes sortes d'essais4 ,mais certes c'est vne touche pleine de faucet1 d'erreur1 de foiblesse1 et defaillance4 ,par o la voulons nous mieux esprouuer1 que par elle mesme8 ,s'il ne la faut croire parlant de soy1 peine sera elle propre iuger des choses estrangeres3 si elle cognoist quelque chose1 aumoins sera-ce son estre et son domicile4 ,elle est en l'ame1 et partie1 ou effect d'icelle3 car la vraye raison et essentielle1 de qui nous desrobons le nom fauces enseignes1 elle loge dans le sein de ,dieu1 c'est l son giste et sa retraite1 c'est de l o elle part1 quand il plaist ,dieu nous en faire voir quelque rayon3 comme ,pallas saillit de la teste de son pere1 pour se communiquer au monde4 ,or voyons ce que l'humaine raison nous a appris de soy et de l'ame3 non de l'ame en general1 de laquelle quasi toute la philosophie rend les corps celestes et les premiers corps participants3 ny de celle que ,thales attribuoit aux choses mesmes1 qu'on tient inanimes1 conui par la consideration de l'aimant3 mais de celle qui nous appartient1 que nous deuons mieux cognoistre4 ,ignoratur enim qu sit natura anima3 ,nata sit1 an contr nascentibus insinuetur1 ,et simul intereat nobiscum morte dirempta2 ,an tenebras ,orci visat1 vastsque lacunas1 ,an pecudes alias diuinitus insinuet se4 ,a ,crates et ,dicarchus1 qu'il n'y en auoit du tout point1 mais que le corps s'esbranloit ainsi d'vn mouuement naturel3 ,platon1 que c'estoit vne substance se mouuant de soy-mesme3 ,thales1 vne nature sans repos3 ,asclepiades1 vne exercitation des sens3 ,hesiodus et ,anaximander1 chose compose de terre et d'eau3 ,parmenides1 de terre et de feu3 ,empedocles1 de sang3 ,sanguineam vomit ille animam3 ,possidonius1 ,cleanthes et ,galen1 vne chaleur ou complexion chaleureuse1 ,igneus est ollis vigor1 et clestis origo3 ,hippocrates1 vn esprit espandu par le corps3 ,varro1 vn air receu par la bouche1 eschauff au poulmon1 attremp au cur1 et espandu par tout le corps3 ,zeno1 la quint'-essence des quatre elemens3 ,heraclides ,ponticus1 la lumiere3 ,xenocrates1 et aux gyptiens1 vn nombre mobile3 aux ,chaldes1 vne vertu sans forme determine4 ,habitum quemdam vitalem corporis esse1 ,harmoniam ,grci quam dicunt4 ,n'oublions pas ,aristote1 ce qui naturellement fait mouuoir le corps1 qu'il nomme entelechie3 d'vne autant froide inuention que nulle autre3 car il ne parle ny de l'essence1 ny de l'origine1 ny de la nature de l'ame1 mais en remerque seulement l'effect4 ,lactance1 ,seneque1 et la meilleure part entre les dogmatistes1 ont confess que c'estoit chose qu'ils n'entendoient pas4 ,et apres tout ce denombrement d'opinions3 ,harum sententiarum qu vera sit1 ,deus aliquis viderit1 dit ,cicero4 ,ie connoy par moy1 dit ,s4 ,bernard1 combien ,dieu est incomprehensible1 puis que les pieces de mon estre propre1 ie ne les puis comprendre4 ,heraclitus1 qui tenoit1 tout estre plein d'ames et de daimons1 maintenoit pourtant1 qu'on ne pouuoit aller tant auant vers la cognoissance de l'ame1 qu'on y peust arriuer1 si profonde estre son essence4 ,il n'y a pas moins de dissension1 ny de debat la loger4 ,hippocrates et ,hierophilus la mettent au ventricule du cerueau3 ,democritus et ,aristote1 par tout le corps3 ,vt bona spe valet udo cm dicitur esse ,corporis1 et non est tamen hc pars vlla valentis4 ,epicurus1 en l'estomach3 ,hc exultat enim pauor ac metus1 hc loca circm ,ltiti mulcent4 ,les ,stociens1 autour et dedans le cur3 ,erasistratus1 ioignant la membrane de l'epicrane3 ,empedocles1 au sang3 comme aussi ,moyse1 qui fut la cause pourquoy il defendit de manger le sang des bestes1 auquel leur ame est iointe3 ,galen a pens que chaque partie du corps ait son ame3 ,strato l'a loge entre les deux sourcils3 ,qua facie quidem sit animus1 aut vbi habitet1 ne qurendum quidem est3 dit ,cicero4 ,ie laisse volontiers cet homme ses mots propres4 ,iroy-ie l'loquence alterer son parler8 ,ioint qu'il y a peu d'acquest desrober la matiere de ses inuentions4 ,elles sont et peu frequentes1 et peu roides1 et peu ignores4 ,mais la raison pourquoy ,chrysippus l'argumente autour du cur1 comme les autres de sa secte1 n'est pas pour estre oublie3 ,c'est par ce1 dit-il1 que quand nous voulons asseurer quelque chose1 nous mettons la main sur l'estomach3 et quand nous voulons prononcer1 1 qui signifie moy1 nous baissons vers l'estomach la machoure d'embas4 ,ce lieu ne se doit passer1 sans remerquer la vanit d'vn si grand personnage3 car outre ce que ces considerations sont d'elles mesmes infiniment legeres1 la derniere ne preuue qu'aux ,grecs1 qu'ils ayent l'ame en cet endroit l4 ,il n'est iugement humain1 si tendu1 qui ne sommeille par fois4 ,que craignons nous dire8 ,voyla les ,stoiciens peres de l'humaine prudence1 qui trouuent1 que l'ame d'vn homme accabl sous vne ruine1 traine et ahanne long temps sortir1 ne se pouuant desmesler de la charge1 comme vne sourix prinse la trapelle4 ,aucuns tiennent1 que le monde fut faict pour donner corps par punition1 aux esprits decheus par leur faute1 de la puret en quoy ils auoyent est cres3 la premiere creation n'ayant est qu'incorporelle3 et que selon qu'ils se sont plus ou moins esloignez de leur spiritualit1 on les incorpore plus et moins alaigrement ou lourdement4 ,de l vient la variet de tant de matiere cree4 ,mais l'esprit1 qui fut pour sa peine inuesti du corps du soleil1 deuoit auoir vne mesure d'alteration bien rare et particuliere4 ,les extremitez de nostre perquisition tombent toutes en esblouyssement4 ,comme dit ,plutarque de la teste des histoires1 qu' la mode des chartes1 l'ore des terres cognus est saisie de marests1 forests profondes1 deserts et lieux inhabitables4 ,voyla pourquoy les plus grossieres et pueriles rauasseries1 se trouuent plus en ceux qui traittent les choses plus hautes1 et plus auant3 s'abysmants en leur curiosit et presomption4 ,la fin et le commencement de science1 se tiennent en pareille bestise4 ,voyez prendre mont l'essor ,platon en ses nuages potiques4 ,voyez chez luy le iargon des ,dieux4 ,mais quoy songeoit-il1 quand il definit l'homme1 vn animal deux pieds1 sans plume3 fournissant ceux qui auoyent enuie de se moquer de luy1 vne plaisante occasion8 car ayans plum vn chapon vif1 ils alloyent le nommant1 l'homme de ,platon4 ,et quoy les ,epicuriens1 de quelle simplicit estoyent ils allez premierement imaginer1 que leurs atomes1 qu'ils disoyent estre des corps ayants quelque pesanteur1 et vn mouuement naturel contre bas1 eussent basti le monde3 iusques ce qu'ils fussent auisez par leurs aduersaires1 que par cette description1 il n'estoit pas possible qu'ils se ioignissent et se prinsent l'vn l'autre1 leur cheute estant ainsi droite et perpendiculaire1 et engendrant par tout des lignes paralleles8 ,parquoy il fut force1 qu'ils y adioustassent depuis vn mouuement de cost1 fortuite3 et qu'ils fournissent encore leurs atomes1 des queus courbes et crochus1 pour les rendre aptes s'attacher et se coudre4 ,et lors mesme1 ceux qui les poursuyuent de cette autre consideration1 les mettent ils pas en peine8 ,si les atomes ont par sort form tant de sortes de figures1 pourquoy ne se sont ils iamais rencontrez faire vne maison et vn soulier8 ,pourquoy de mesme ne croid on1 qu'vn nombre infini de lettres ,grecques verses emmy la place1 seroyent pour arriuer la contexture de l',iliade8 ,ce qui est capable de raison1 dit ,zenon1 est meilleur1 que ce qui n'en est point capable3 il n'est rien meilleur que le monde3 il est donc capable de raison4 ,cotta par cette mesme argumentation fait le monde mathematicien3 et le fait musicien et organiste1 par cette autre argumentation aussi de ,zenon3 ,le tout est plus que la partie3 nous sommes capables de sagesse1 et sommes parties du monde3 il est donc sage4 ,il se void infinis pareils exemples1 non d'argumens faux seulement1 mais ineptes1 ne se tenans point1 et accusans leurs autheurs non tant d'ignorance que d'imprudence1 s reproches que les philosophes se font les vns aux autres sur les dissentions de leurs opinions1 et de leurs sectes4 ,qui fagoteroit suffisamment vn amas des asneries de l'humaine sapience1 il diroit merueilles4 ,i'en assemble volontiers1 comme vne montre1 par quelque biais non moins vtile que les instructions plus moderees4 ,iugeons par l ce que nous auons estimer de l'homme1 de son sens et de sa raison1 puis qu'en ces grands personnages1 et qui ont port si haut l'humaine suffisance1 il s'y trouue des deffauts si apparens et si grossiers4 ,moy i'aime mieux croire qu'ils ont traitt la science casuelement ainsi1 qu'vn iout toutes mains1 et se sont esbatus de la raison1 comme d'vn instrument vain et friuole1 mettans en auant toutes sortes d'inuentions et de fantasies tantost plus tendus1 tantost plus lasches4 ,ce mesme ,platon1 qui definit l'homme comme vne poulle1 dit ailleurs apres ,socrates1 qu'il ne sait la verit que c'est que l'homme1 et que c'est l'vne des pieces du monde d'autant difficile cognoissance4 ,par cette variet et instabilit d'opinions1 ils nous menent comme par la main tacitement cette resolution de leur irresolution4 ,ils font profession de ne presenter pas tousiours leur auis visage descouuert et apparent3 ils l'ont cach tantost soubs des vmbrages fabuleux de la posie1 tantost soubs quelque autre masque3 car nostre imperfection porte encores cela1 que la viande crue n'est pas tousiours propre nostre estomach3 il la faut assecher1 alterer et corrompre4 ,ils font de mesmes3 ils obscurcissent par fois leurs nafues opinions et iugemens1 et les falsifient pour s'accommoder l'vsage publique4 ,ils ne veulent pas faire profession expresse d'ignorance1 et de l'imbecillit de la raison humaine1 pour ne faire peur aux enfans3 mais ils nous la descouurent assez soubs l'apparence d'vne science trouble et inconstante4 ,ie conseillois en ,italie quelqu'vn qui estoit en peine de parler ,italien1 que pourueu qu'il ne cherchast qu' se faire entendre1 sans y vouloir autrement exceller1 qu'il employast seulement les premiers mots qui luy viendroyent la bouche1 ,latins1 ,franois1 ,espagnols1 ou ,gascons1 et qu'en y adioustant la terminaison ,italienne1 il ne faudroit iamais rencontrer quelque idiome du pays1 ou ,thoscan1 ou ,romain1 ou ,venetien1 ou ,piemontois1 ou ,napolitain1 et de se ioindre quelqu'vne de tant de formes4 ,ie dis de mesme de la philosophie3 elle a tant de visages et de variet1 et a tant dict1 que tous nos songes et resueries s'y trouuent4 ,l'humaine phantasie ne peut rien conceuoir en bien et en mal qui n'y soit3 ,nihil tam absurd dici potest1 quod non dicatur ab aliquo philosophorum4 ,et i'en laisse plus librement aller mes caprices en public3 d'autant que bien qu'ils soyent nez chez moy1 et sans patron1 ie say qu'ils trouueront leur relation quelque humeur ancienne1 et ne faudra quelqu'vn de dire3 ,voyla d'o il le print4 ,mes murs sont naturelles3 ie n'ay point appell les bastir1 le secours d'aucune discipline4 ,mais toutes imbecilles qu'elles sont1 quand l'enuie m'a prins de les reciter1 et que pour les faire sortir en publiq1 vn peu plus decemment1 ie me suis mis en deuoir de les assister1 et de discours1 et d'exemples3 'a est merueille moy mesme1 de les rencontrer par cas d'aduenture1 conformes tant d'exemples et discours philosophiques4 ,de quel regiment estoit ma vie1 ie ne l'ay appris qu'apres qu'elle est exploitte et employe4 ,nouuelle figure3 ,vn philosophe impremedit et fortuit4 ,pour reuenir nostre ame1 ce que ,platon a mis la raison au cerueau1 l'ire au cur1 et la cupidit au foye1 il est vray-semblable que 'a est plustost vne interpretation des mouuemens de l'ame1 qu'vne diuision1 et separation qu'il en ayt voulu faire1 comme d'vn corps en plusieurs membres4 ,et la plus vray-semblable de leurs opinions est1 que c'est tousiours vne ame1 qui par sa facult ratiocine1 se souuient1 comprend1 iuge1 desire et exerce toutes ses autres operations par diuers instrumens du corps1 comme le nocher gouuerne son nauire selon l'experience qu'il en a1 ores tendant ou laschant vne corde1 ores haussant l'antenne1 ou remuant l'auiron1 par vne seule puissance conduisant diuers effets3 et qu'elle loge au cerueau3 ce qui appert de ce que les blessures et accidens qui touchent cette partie1 offensent incontinent les facultez de l'ame3 de l il n'est pas inconuenient qu'elle s'escoule par le reste du corps3 ,medium non deserit vnquam ,cli ,phbus iter3 radiis tamen omnia lustrat4 comme le soleil espand du ciel en hors sa lumiere et ses puissances1 et en remplit le monde4 ,ctera pars anim1 per totum dissita corpus ,paret1 et ad numen mentis momnque mouetur4 ,aucuns ont dict1 qu'il y auoit vne ame generale1 comme vn grand corps1 duquel toutes les ames particulieres estoyent extraictes1 et s'y en retournoyent1 se remeslant tousiours cette matiere vniuerselle3 ,deum namque ire per omnes ,terrsque1 tractsque maris1 clmque profundum3 ,hinc pecudes1 armenta1 viros1 genus omne ferarum1 ,quemque sibi tenues nascentem arcessere vitas3 ,scilicet huc reddi deinde1 ac resoluta referri ,omnia3 nec morti esse locum3 d'autres1 qu'elles ne faisoyent que s'y resioindre et r'attacher3 d'autres1 qu'elle estoyent produites de la substance diuine3 d'autres1 par les anges1 de feu et d'air4 ,aucuns1 de toute anciennet3 aucuns1 sur l'heure mesme du besoin4 ,aucuns les font descendre du rond de la lune1 et y retourner4 ,le commun des anciens1 qu'elles sont engendres de pere en fils1 d'vne pareille maniere et production que toutes autres choses naturelles3 argumentants cela par la ressemblance des enfans aux peres1 ,instillata patris virtus tibi3 ,fortes creantur fortibus et bonis3 et qu'on void escouler des peres aux enfans1 non seulement les marques du corps1 mais encores vne ressemblance d'humeurs1 de complexions1 et inclinations de l'ame3 ,denique cur acris violentia triste leonum ,seminium sequitur8 dolus vulpibus1 et fuga ceruis ,a patribus datur1 et patrius pauor incitat artus8 ,si non certa suo quia semine seminique1 ,vis animi pariter crescit cum corpore toto8 que l dessus se fonde la iustice diuine1 punissant aux enfans la faute des peres3 d'autant que la contagion des vices paternels est aucunement empreinte en l'ame des enfans1 et que le desreglement de leur volont les touche4 ,dauantage1 que si les ames venoyent d'ailleurs1 que d'vne suitte naturelle1 et qu'elles eussent est quelque autre chose hors du corps1 elles auroyent recordation de leur estre premier2 attendu les naturelles facultez1 qui luy sont propres1 de discourir1 raisonner et se souuenir4 ,si in corpus nascentibus insinuatur1 ,cur super anteactam tatem meminesse nequimus1 ,nec vestigia gestarum rerum vlla tenemus8 ,car pour faire valoir la condition de nos ames1 comme nous voulons1 il les faut presupposer toutes sauantes1 lors qu'elles sont en leur simplicit et puret naturelle4 ,par ainsin elles eussent est telles1 estans exemptes de la prison corporelle1 aussi bien auant que d'y entrer1 comme nous esperons qu'elles seront apres qu'elles en seront sorties4 ,et de ce sauoir1 il faudroit qu'elles se ressouuinssent encore estans au corps1 comme disoit ,platon1 que ce que nous apprenions1 n'estoit qu'vn ressouuenir de ce que nous auions seu3 chose que chacun par experience peut maintenir estre fauce4 ,en premier lieu d'autant qu'il ne nous ressouuient iustement que de ce qu'on nous apprend3 et que si la memoire faisoit purement son office1 aumoins nous suggereroit elle quelque traict outre l'apprentissage4 ,secondement ce qu'elle sauoit estant en sa puret1 c'estoit vne vraye science1 cognoissant les choses comme elles sont1 par sa diuine intelligence3 l o icy on luy fait receuoir la mensonge et le vice1 si on l'en instruit2 en quoy elle ne peut employer sa reminiscence1 cette image et conception n'ayant iamais log en elle4 ,de dire que la prison corporelle estouffe de maniere ses facultez naifues1 qu'elles y sont toutes esteintes3 cela est premierement contraire cette autre creance1 de recognoistre ses forces si grandes1 et les operations que les hommes en sentent en cette vie1 si admirables1 que d'en auoir conclu cette diuinit et eternit passe1 et l'immortalit venir2 ,nam si tantopere est animi mutata potestas1 ,omnis vt actarum exciderit retinentia rerum1 ,non1 vt opinor1 ea ab letho iam longior errat4 ,en outre1 c'est icy chez nous1 et non ailleurs1 que doiuent estre consideres les forces et les effects de l'ame3 tout le reste de ses perfections1 luy est vain et inutile3 c'est de l'estat present1 que doit estre paye et recognue toute son immortalit1 et de la vie de l'homme1 qu'elle est comtable seulement4 ,ce seroit iniustice de luy auoir retranch ses moyens et ses puissances1 de l'auoir desarme1 pour du temps de sa captiuit et de sa prison1 de sa foiblesse et maladie1 du temps o elle auroit est force et contrainte1 tirer le iugement et vne condemnation de dure infinie et perpetuelle3 et de s'arrester la consideration d'vn temps si court1 qui est l'aduenture d'vne ou de deux heures1 ou au pis aller1 d'vn siecle 7qui n'ont non plus de proportion l'infinit qu'vn instant7 pour de ce moment d'interualle1 ordonner et establir definitiuement de tout son estre4 ,ce seroit vne disproportion inique1 de tirer vne recompense eternelle en consequence d'vne si courte vie4 ,platon1 pour se sauuer de cet inconuenient1 veut que les payements futurs se limitent la dure de cent ans1 relatiuement l'humaine dure3 et des nostres assez leur ont donn bornes temporelles4 ,par ainsin ils iugeoyent1 que sa generation suyuoit la commune condition des choses humaines3 comme aussi sa vie1 par l'opinion d',epicurus et de ,democritus1 qui a est la plus receu1 suyuant ces belles apparences3 ,qu'on la voyoit naistre2 mesme que le corps en estoit capable2 on voyoit esleuer ses forces comme les corporelles2 on y recognoissoit la foiblesse de son enfance1 et auec le temps sa vigueur et sa maturit3 et puis sa declination et sa vieillesse1 et en fin sa decrepitude3 ,gigni pariter cum corpore1 et vn ,crescere sentimus1 paritrque senescere mentem4 ,ils l'apperceuoient capable de diuerses passions et agite de plusieurs mouuemens penibles1 d'o elle tomboit en lassitude et en douleur1 capable d'alteration et de changement1 d'allegresse1 d'assopissement1 et de langueur1 subjecte ses maladies et aux offences1 comme l'estomach ou le pied3 ,mentem sanari1 corpus vt grum ,cernimus1 et flecti medicina posse videmus3 esblouye et trouble par la force du vin3 desmue de son assiette1 par les vapeurs d'vne fieure chaude3 endormie par l'application d'aucuns medicamens1 et reueille par d'autres4 ,corpoream naturam animi esse necesse est1 ,corporeis quoniam telis ictque laborat4 ,on luy voyoit estonner et renuerser toutes ses facultez par la seule morsure d'vn chien malade1 et n'y auoir nulle si grande fermet de discours1 nulle suffisance1 nulle vertu1 nulle resolution philosophique1 nulle contention de ses forces1 qui la peust exempter de la subjection de ces accidens3 la saliue d'vn chetif mastin verse sur la main de ,socrates1 secour toute sa sagesse et toutes ses grandes et si regles imaginations1 les aneantir de maniere qu'il ne restast aucune trace de sa cognoissance premiere3 ,vis4 4 4 4 4 4 4 anima ,conturbatur1 et 4 4 4 4 4 diuisa seorsum ,disiectatur1 eodem illo distracta veneno3 et ce venin ne trouuer non plus de resistance en cette ame1 qu'en celle d'vn enfant de quatre ans3 venin capable de faire deuenir toute la philosophie1 si elle estoit incarne1 furieuse et insense3 si que ,caton1 qui tordoit le col la mort mesme et la fortune1 ne peust souffrir la veu d'vn miroir1 ou de l'eau1 accabl d'espouuantement et d'effroy1 quand il seroit tomb par la contagion d'vn chien enrag1 en la maladie que les medecins nomment ,hydroforbie4 ,vis morbi distracta per artus ,turbat agens animam1 spumantes quore salso ,ventorum vt validis feruescunt viribus vnd4 ,or quant ce poinct1 la philosophie a bien arm l'homme pour la souffrance de tous autres accidens1 ou de patience1 ou si elle couste trop trouuer1 d'vne deffaitte inffallible1 en se desrobant tout faict du sentiment3 mais ce sont moyens1 qui seruent vne ame estant soy1 et en ses forces1 capable de discours et de deliberation3 non pas cet inconuenient1 o chez vn philosophe1 vne ame deuient l'ame d'vn fol1 trouble1 renuerse1 et perdue4 ,ce que plusieurs occasions produisent1 comme vne agitation trop vehemente1 que1 par quelque forte passion1 l'ame peut engendrer en soy-mesme3 ou vne blessure en certain endroit de la personne3 ou vne exhalation de l'estomach1 nous iectant vn esblouyssement et tournoyement de teste3 ,morbis in corporis auius errat ,spe animus2 dementit enim1 delirque fatur1 ,interdmque graui lethargo fertur in altum ternmqe soporem1 oculis nutque cadenti4 ,les philosophes n'ont1 ce me semble1 guere touch cette corde1 non plus qu'vne autre de pareille importance4 ,ils ont ce dilemme tousiours en la bouche1 pour consoler nostre mortelle condition3 ,ou l'ame est mortelle1 ou immortelle3 ,si mortelle1 elle sera sans peine3 ,si immortelle1 elle ira en amendant4 ,ils ne touchent iamais l'autre branche3 ,quoy1 si elle va en empirant8 ,et laissent aux potes les menaces des peines futures4 ,mais par l ils se donnent vn beau ieu4 ,ce sont deux omissions qui s'offrent moy souvent en leurs discours4 ,ie reuiens la premiere4 ,cette ame pert l'vsage du souuerain bien ,stoque1 si constant et si ferme4 ,il faut que nostre belle sagesse se rende en cet endroit1 et quitte les armes4 ,au demeurant1 ils consideroient aussi par la vanit de l'humaine raison1 que le meslange et socit de deux pieces si diuerses1 comme est le mortel et l'immortel1 est inimaginable3 ,quippe etenim mortale terno iungere1 et vn ,consentire putare1 et fungi mutua posse1 ,desipere est4 ,quid enim diuersius esse putandum est1 ,aut magis inter se disiunctum discrepitnsque1 ,qum1 mortale quod est1 immortali atque perenni ,iunctum in concilio suas tolerare procellas8 ,dauantage ils sentoyent l'ame s'engager en la mort1 comme le corps4 ,simul uo fessa fatiscit4 ,ce que1 selon ,zeno1 l'image du sommeil nous montre assez4 ,car il estime que c'est vne defaillance et cheute de l'ame aussi bien que du corps4 ,contrahi animum1 et quasi labi putat atque decidere4 ,et ce qu'on aperceuoit en aucuns1 sa force1 et sa vigueur se maintenir en la fin de la vie1 ils le rapportoyent la diuersit des maladies1 comme on void les hommes en cette extremit1 maintenir1 qui vn sens1 qui vn autre1 qui l'our1 qui le fleurer1 sans alteration3 et ne se voit point d'affoiblissement si vniuersel1 qu'il n'y reste quelques parties entieres et vigoureuses3 ,non alio pacto1 qum si pes cm dolet gri1 ,in nullo caput interea sit fort dolore4 ,la veu de nostre iugement se rapporte la verit1 comme fait l'il du chat-huant1 la splendeur du soleil1 ainsi que dit ,aristote4 ,par o le saurions nous mieux conuaincre que par si grossiers aueuglemens en vne si apparente lumiere8 ,car l'opinion contraire1 de l'immortalit de l'ame1 laquelle ,cicero dit auoir est premierement introduitte1 au moins du tesmoignage des liures1 par ,pherecydes ,syrius du temps du ,roy ,tullus 7d'autres en attribuent l'inuention ,thales3 et autres d'autres7 c'est la partie de l'humaine science traicte auec plus de reseruation et de doute4 ,les dogmatistes les plus fermes1 sont contraints en cet endroit principalement1 de se reietter l'abry des ombrages de l',academie4 ,nul ne sait ce qu',aristote a estably de ce subiect1 non plus que touts les anciens en general1 qui le manient d'vne vacillante creance3 rem gratissimam promittentium magis qum probantium4 ,il s'est cach soubs le nuage des paroles et sens difficiles1 et non intelligibles1 et a laiss ses sectateurs1 autant debattre sur son iugement que sur la matiere4 ,deux choses leur rendoient cette opinion plausible3 l'vne1 que sans l'immortalit des ames1 il n'y auroit plus dequoy asseoir les vaines esperances de la gloire1 qui est vne consideration de merueilleux credit au monde3 l'autre1 que c'est vne tres-vtile impression1 comme dit ,platon1 que les vices1 quand ils se desroberont de la veu et cognoissance de l'humaine iustice1 demeurent tousiours en butte la diuine1 qui les poursuyura1 voire apres la mort des coulpables4 ,vn soing extreme tient l'homme d'alonger son estre2 il y a pourueu par toutes ses pieces4 ,et pour la conseruation du corps1 sont les sepultures3 pour la conseruation du nom1 la gloire4 ,il a employ toute son opinion se rebastir1 impatient de sa fortune1 et s'estanonner par ses inuentions4 ,l'ame par son trouble et sa foiblesse1 ne pouuant tenir sur son pied1 va questant de toutes parts des consolations1 esperances et fondements1 et des circonstances estrangeres1 o elle s'attache et se plante4 ,et pour legers et fantastiques que son inuention les luy forge1 s'y repose plus seurement qu'en soy1 et plus volontiers4 ,mais les plus aheurtez cette si iuste et claire persuasion de l'immortalit de nos esprits2 c'est merueille comme ils se sont trouuez courts et impuissans l'establir par leurs humaines forces4 ,somnia sunt non docentis1 sed optantis3 disoit vn ancien4 ,l'homme peut recognoistre par ce tesmoignage1 qu'il doit la fortune et au rencontre1 la verit qu'il descouure luy seul2 puis que lors mesme1 qu'elle luy est tombe en main1 il n'a pas dequoy la saisir et la maintenir1 et que sa raison n'a pas la force de s'en preualoir4 ,toutes choses produites par nostre propre discours et suffisance1 autant vrayes que fauces1 sont subiectes incertitude et debat4 ,c'est pour le chastiment de nostre fiert1 et instruction de nostre misere et incapacit1 que ,dieu produisit le trouble1 et la confusion de l'ancienne tour de ,babel4 ,tout ce que nous entreprenons sans son assistance1 tout ce que nous voyons sans la lampe de sa grace1 ce n'est que vanit et folie4 ,l'essence mesme de la verit1 qui est vniforme et constante1 quand la fortune nous en donne la possession1 nous la corrompons et abastardissons par nostre foiblesse4 ,quelque train que l'homme prenne de soy1 ,dieu permet qu'il arriue tousiours cette mesme confusion1 de laquelle il nous represente si viuement l'image par le iuste chastiement1 dequoy il batit l'outrecuidance de ,nemroth1 et aneantit les vaines entreprinses du bastiment de sa pyramide4 ,perdam sapientiam sapientium1 et prudentiam prudentium reprobabo4 ,la diuersit d'idiomes et de langues1 dequoy il troubla cet ouurage1 qu'est-ce autre chose1 que cette infinie et perpetuelle altercation et discordance d'opinions et de raisons1 qui accompaigne et embrouille le vain bastiment de l'humaine science8 ,et l'embrouille vtilement4 ,qui nous tiendroit1 si nous auions un grain de connoissance8 ,ce sainct m'a faict grand plaisir3 ,ipsa vtilitatis occultatio1 aut humilitatis exercitatio est1 aut elationis attritio4 ,iusques quel poinct de presomption et d'insolence1 ne portons nous nostre aueuglement et nostre bestise8 ,mais pour reprendre mon propos3 c'estoit vrayement bien raison1 que nous fussions tenus ,dieu seul1 et au benefice de sa grace1 de la verit d'vne si noble creance1 puis que de sa seule liberalit1 nous receuons le fruict de l'immortalit1 lequel consiste en la iouyssance de la beatitude eternelle4 ,confessons ingenuement1 que ,dieu seul nous l'a dict1 et la foy3 car leon n'est-ce pas de ,nature et de nostre raison4 ,et qui retentera son estre et ses forces1 et dedans et dehors1 sans ce priuilege diuin3 qui verra l'homme1 sans le flatter1 il n'y verra ny efficace1 ny facult1 qui sente autre chose que la mort et la terre4 ,plus nous donnons1 et deuons1 et rendons ,dieu1 nous en faisons d'autant plus chrestiennement4 ,ce que ce philosophe ,stocien dit tenir du fortuit consentement de la voix populaire1 valoit-il pas mieux qu'il le tinst de ,dieu8 ,cm de animorum ternitate disserimus1 non leue momentum apud nos habet consensus hominum1 aut timentium inferos1 aut colentium4 ,vtor hac publica persuasione4 ,or la foiblesse des argumens humains sur ce subiect1 se connoist singulierement par les fabuleuses circonstances1 qu'ils ont adioustees la suite de cette opinion1 pour trouuer de quelle condition estoit cette nostre immortalit4 ,laissons les ,stociens1 ,vsuram nobis largiuntur tanquam cornicibus2 diu mansuros aiunt animos1 semper negant3 qui donnent aux ames vne vie au del de ceste cy1 mais finie4 ,la plus vniuerselle et plus receu fantaisie1 et qui dure iusques nous1 'a est celle1 de laquelle on fait autheur ,pythagoras2 non qu'il en fust le premier inuenteur1 mais d'autant qu'elle receut beaucoup de poix1 et de credit1 par l'authorit de son approbation3 ,c'est que les ames au partir de nous1 ne faisoient que rouler de l'vn corps vn autre1 d'vn lyon un cheual1 d'vn cheual vn ,roy1 se promenants ainsi sans cesse1 de maison en maison4 ,et luy1 disoit se souuenir auoir est thalides1 depuis ,euphorbus1 en apres ,hermotimus1 en fin de ,pyrrhus estre pass en ,pythagoras3 ayant memoire de soy de deux cents six ans4 ,adioustoyent aucuns1 que ces mesmes ames remontent au ciel par fois1 et en deuallent encores3 ,o pater1 nne aliquas ad clum hinc ire putandum est ,sublimes animas1 itermque ad tarda reuerti ,corpora8 qu lucis miseris tam dira cupido8 ,origene les fait aller et venir eternellement du bon au mauuais estat4 ,l'opinion que ,varro recite1 est1 qu'en quatre cens quarante ans de reuolution elles se reioignent leur premier corps4 ,chrysippus1 que cela doibt aduenir apres certain espace de temps incognu et non limit4 ,platon 7qui dit tenir de ,pindare et de l'ancienne posie cette croyance7 des infinies vicissitudes de mutation1 ausquelles l'ame est prepare1 n'ayant ny les peines1 ny les recompenses en l'autre monde1 que temporelles1 comme sa vie en cestuy-cy n'est que temporelle1 conclud en elle vne singuliere sience des affaires du ciel1 de l'enfer1 et d'icy1 o elle a pass1 repass1 et seiourn plusieurs voyages3 matiere sa reminiscence4 ,voicy son progrs ailleurs3 ,qui a bien vescu1 il se reioint l'astre1 auquel il est assign3 qui mal1 il passe en femme3 et si lors mesme il ne se corrige point1 il se rechange en beste de condition conuenable ses murs vicieuses3 et ne verra fin ses punitions1 qu'il ne soit reuenu sa naue constitution1 s'estant par la force de la raison dfaict des qualitez grossieres1 stupides1 et elementaires1 qui estoyent en luy4 ,mais ie ne veux oublier l'obiection que font les ,epicuriens cette transmigration de corps en autre4 ,elle est plaisante4 ,ils demandent quel ordre il y auroit1 si la presse des mourans venoit estre plus grande que des naissans4 ,car les ames desloges de leur giste seroyent se fouler qui prendroit place la premiere dans ce nouuel estuy4 ,et demandent aussi1 quoy elles passeroient leur temps1 ce pendant qu'elles attendroient qu'vn logis leur fust apprest3 ou au rebours s'il naissoit plus d'animaux1 qu'il n'en mourroit1 ils disent que les corps seroient en mauuais party1 attendant l'infusion de leur ame1 et en aduiendroit qu'aucuns d'iceux se mourroient auant que d'auoir est viuans4 ,denique connubia ad veneris1 partsque ferarum1 ,esse animas prsto deridiculum esse videtur1 ,et spectare immortales mortalia membra ,innumero numero1 certarque prproperanter ,inter se1 qu prima potissimque insinuetur4 ,d'autres ont arrest l'ame au corps des trespassez1 pour en animer les serpents1 les vers1 et autres bestes1 qu'on dit s'engendrer de la corruption de nos membres1 voire et de nos cendres4 ,d'autres la diuisent en vne partie mortelle1 et l'autre immortelle4 ,autres la font corporelle1 et ce neantmoins immortelle4 ,aucuns la font immortelle1 sans science et sans cognoissance4 ,il y en a aussi des nostres mesmes qui ont estim1 que des ames des condamnez1 il s'en faisoit des diables3 comme ,plutarque pense1 qu'il se face des dieux de celles qui sont sauues4 ,car il est peu de choses que cet autheur l establisse d'vne faon de parler si resolue1 qu'il fait ceste-cy3 maintenant par tout ailleurs vne maniere dubitatrice et ambigue4 ,il faut estimer1 dit-il1 et croire fermement1 que les ames des hommes vertueux selon nature et selon iustice diuine1 deuiennent d'hommes saincts1 et de saincts demy-dieux1 et de demy-dieux1 apres qu'ils sont parfaictement1 comme s sacrifices de purgation1 nettoyez et purifiez1 estans deliurez de toute passibilit et de toute mortalit1 ils deuiennent1 non par aucune ordonnance ciuile1 mais la verit1 et selon raison vray-semblable1 dieux entiers et parfaicts1 en receuant vne fin tres heureuse et tres-glorieuse4 ,mais qui le voudra voir1 luy1 qui est des plus retenus pourtant et moderez de la bande1 s'escarmoucher auec plus de hardiesse1 et nous conter ses miracles sur ce propos1 ie le renuoye son discours de la lune1 et du ,dmon de ,socrates1 l o aussi euidemment qu'en nul autre lieu1 il se peut aduerer1 les mysteres de la philosophie auoir beaucoup d'estrangetez communes auec celles de la posie3 l'entendement humain se perdant vouloir sonder et contreroller toutes choses iusques au bout3 tout ainsi comme1 lassez et trauaillez de la longue course de nostre vie1 nous retombons en enfantillage4 ,voyla les belles et certaines instructions1 que nous tirons de la science humaine1 sur le subiect de nostre ame4 ,il n'y a point moins de temerit en ce qu'elle nous apprend des parties corporelles4 ,choisissons en vn1 ou deux exemples3 car autrement nous nous perdrions dans cette mer trouble et vaste des erreurs medecinales4 ,sachons1 si on s'accorde au moins en cecy1 de quelle matiere les hommes se produisent les vns des autres4 ,car quant leur premiere production1 ce n'est pas merueille1 si en chose si haute et ancienne1 l'entendement humain se trouble et dissipe4 ,archelas le physicien1 duquel ,socrates fut le disciple et le mignon1 selon ,aristoxenus1 disoit1 et les hommes et les animaux auoir est faicts d'vn limon laicteux1 exprim par la chaleur de la terre4 ,pythagoras dit nostre semence estre l'escume de nostre meilleur sang3 ,platon1 l'escoulement de la molle de l'espine du dos3 ce qu'il argumente de ce1 que cet endroit se sent le premier1 de la lasset de la besongne3 ,alcmeon1 partie de la substance du cerueau3 et qu'il soit ainsi1 dit-il1 les yeux troublent ceux qui se trauaillent outre mesure cet exercice3 ,democritus1 vne substance extraite de toute la masse corporelle3 ,epicurus1 extraicte de l'ame et du corps3 ,aristote1 vn excrement tir de l'aliment du sang le dernier qui s'espand en nos membres3 autres1 du sang1 cuit et diger par la chaleur des genitoires3 ce qu'ils iugent de ce qu'aux extremes efforts1 on rend des gouttes de pur sang3 enquoy il semble qu'il y ayt plus d'apparence1 si on peut tirer quelque apparence d'vne confusion si infinie4 ,or pour mener effect cette semence1 combien en font-ils d'opinions contraires8 ,aristote et ,democritus tiennent que les femmes n'ont point de sperme3 et que ce n'est qu'vne sueur qu'elles eslancent par la chaleur du plaisir et du mouuement1 qui ne sert de rien la generation4 ,galen au contraire1 et ses suyuans1 que sans la rencontre des semences1 la generation ne se peut faire4 ,voyla les medecins1 les philosophes1 les iurisconsultes1 et les theologiens1 aux prises pesle mesle auec nos femmes1 sur la dispute1 quels termes les femmes portent leur fruict4 ,et moy ie secours par l'exemple de moy-mesme1 ceux d'entre eux1 qui maintiennent la grossesse d'onze moys4 ,le monde est basty de cette experience1 il n'est si simple femmelette qui ne puisse dire son aduis sur toutes ces contestations1 et si nous n'en saurions estre d'accord4 ,en voyla assez pour verifier que l'homme n'est non plus instruit de la cognoissance de soy1 en la partie corporelle1 qu'en la spirituelle4 ,nous l'auons propos luy mesmes soy1 et sa raison1 sa raison1 pour voir ce qu'elle nous en diroit4 ,il me semble assez auoir montr combien peu elle s'entend en elle mesme4 ,et1 qui ne s'entend en soy1 en quoy se peut il entendre8 ,quasi ver mensuram vllius rei possit agere1 qui sui nesciat4 ,vrayement ,protagoras nous en comtoit de belles1 faisant l'homme la mesure de toutes choses1 qui ne seut iamais seulement la sienne4 ,si ce n'est luy1 sa dignit ne permettra pas qu'autre creature ayt cet aduantage4 ,or luy estant en soy si contraire1 et l'vn iugement subuertissant l'autre sans cesse1 cette fauorable proposition n'estoit qu'vne rise1 qui nous menoit conclurre par necessit la neantise du compas et du compasseur4 ,quand ,thales estime la cognoissance de l'homme tres-difficile l'homme1 il luy apprend1 la cognoissance de toute autre chose luy estre impossible4 ,vous1 pour qui i'ay pris la peine d'estendre vn si long corps1 contre ma coustume1 ne refuyrez point de maintenir vostre ,sebonde1 par la forme ordinaire d'argumenter1 dequoy vous estes tous les iours instruite1 et exercerez en cela vostre esprit et vostre estude3 car ce dernier tour d'escrime icy1 il ne le faut employer que comme vn extreme remede4 ,c'est vn coup desesper1 auquel il faut abandonner vos armes1 pour faire perdre vostre aduersaire les siennes3 et vn tour secret1 duquel il se faut seruir rarement et reserument4 ,c'est grande temerit de vous perdre pour perdre vn autre4 ,il ne faut pas vouloir mourir pour se venger1 comme fit ,gobrias4 ,car estant aux prises bien estroictes auec vn ,seigneur de ,perse1 ,darius y suruenant l'espe au poing1 qui craignoit de frapper1 de peur d'assener ,gobrias3 il luy cria1 qu'il donnast hardiment1 quand il deuroit donner au trauers tous les deux4 ,i'ay veu reprouuer pour iniustes1 des armes et conditions de combat singulier desesperes1 et ausquelles celuy qui les offroit1 mettoit luy et son compaignon en termes d'vne fin tous deux ineuitable4 ,les ,portugais prindrent en la mer des ,indes certains ,turcs prisonniers3 lesquels impatiens de leur captiuit1 se resolurent1 et leur succeda1 frottant des clous de nauire l'vn l'autre1 et faisans tomber vne estincelle de feu dans les caques de poudre 7qu'il y auoit en l'endroit o ils estoyent gardez7 d'embraser et mettre en cendre eux1 leurs maistres et le vaisseau4 ,nous secouons icy les limites et dernieres clostures des sciences3 ausquelles l'extremit est vitieuse1 comme en la vertu4 ,tenez vous dans la route commune1 il ne fait mie bon estre si subtil et si fin4 ,souuienne vous de ce que dit le prouerbe ,thoscan1 ,chi troppo s'assottiglia1 si scauezza4 ,ie vous conseille en vos opinions et en vos discours1 autant qu'en vos murs1 et en toute autre chose1 la moderation et l'attrempance1 et la fuite de la nouuellet et de l'estranget4 ,toutes les voyes extrauagantes me faschent4 ,vous qui par l'authorit que vostre grandeur vous apporte1 et encores plus par les auantages que vous donnent les qualitez plus vostres1 pouuez d'vn clin d'il commander qui il vous plaist1 deuiez donner cette charge quelqu'un1 qui fist profession des lettres1 qui vous eust bien autrement appuy et enrichy cette fantasie4 ,toutesfois en voicy assez1 pour ce que vous en auez faire4 ,epicurus disoit des loix1 que les pires nous estoyent si necessaires1 que sans elles1 les hommes s'entremangeroient les vns les autres4 ,et ,platon verifie que sans loix1 nous viurions comme bestes4 ,nostre esprit est vn vtil vagabond1 dangereux et temeraire3 il est malais d'y ioindre l'ordre et la mesure3 de mon temps ceux qui ont quelque rare excellence au dessus des autres1 et quelque viuacit extraordinaire1 nous les voyons quasi tous1 desbordez en licence d'opinions1 et de murs3 c'est miracle s'il s'en rencontre vn rassis et sociable4 ,on a raison de donner l'esprit humain les barrieres les plus contraintes qu'on peut4 ,en l'estude1 comme au reste1 il luy faut compter et regler ses marches3 il luy faut tailler par art les limites de sa chasse4 ,on le bride et garotte de religions1 de loix1 de coustumes1 de science1 de preceptes1 de peines1 et recompenses mortelles et immortelles3 encores voit-on que par sa volubilit et dissolution1 il eschappe toutes ces liaisons4 ,c'est vn corps vain1 qui n'a par o estre saisi et assen3 vn corps diuers et difforme1 auquel on ne peut asseoir nud ny prise4 ,certes il est peu d'ames si regles1 si fortes et bien nes1 qui on se puisse fier de leur propre conduicte3 et qui puissent auec moderation et sans temerit1 voguer en la libert de leurs iugemens1 au del des opinions communes4 ,il est plus expedient de les mettre en tutelle4 ,c'est vn outrageux glaiue son possesseur mesme1 que l'esprit1 qui ne sait s'en armer ordonnment et discrettement4 ,et n'y a point de beste1 qui il faille plus iustement donner des orbieres1 pour tenir sa veu subjecte1 et contrainte deuant ses pas2 et la garder d'extrauaguer ny ny l1 hors les ornieres que l'vsage et les loix luy tracent4 ,parquoy il vous siera mieux de vous resserrer dans le train accoustum1 quel qu'il soit1 que de ietter vostre vol cette licence effrene4 ,mais si quelqu'vn de ces nouueaux docteurs1 entreprend de faire l'ingenieux en vostre presence1 aux despens de son salut et du vostre3 pour vous deffaire de cette dangereuse peste1 qui se respand tous les iours en vos cours1 ce preseruatif l'extreme necessit1 empeschera que la contagion de ce venin n'offencera1 ny vous1 ny vostre assistance4 ,la libert donc et gaillardise de ces esprits anciens1 produisoit en la philosophie et sciences humaines1 plusieurs sectes d'opinions differentes1 chacun entreprenant de iuger et de choisir pour prendre party4 ,mais present1 que les hommes vont tous vn train3 qui certis quibusdam destinatisque sententiis addicti et consecrati sunt1 vt tiam1 qu non probant1 cogantur defendere3 et que nous receuons les arts par ciuile authorit et ordonnance3 si que les escholes n'ont qu'vn patron et pareille institution et discipline circonscripte1 on ne regarde plus ce que les monnoyes poisent et valent1 mais chacun son tour1 les reoit selon le prix1 que l'approbation commune et le cours leur donne3 on ne plaide pas de l'alloy1 mais de l'vsage3 ainsi se mettent egallement toutes choses4 ,on reoit la medecine1 comme la geometrie2 et les battelages1 les enchantemens1 les liaisons1 le commerce des esprits des trespassez1 les prognostications1 les domifications1 et iusques cette ridicule poursuitte de la pierre philosophale1 tout se met sans contredict4 ,il ne faut que sauoir1 que le lieu de ,mars loge au milieu du triangle de la main1 celuy de ,venus au pouce1 et de ,mercure au petit doigt3 et que quand la mensale couppe le tubercle de l'enseigneur1 c'est signe de cruaut3 quand elle faut soubs le mitoyen1 et que la moyenne naturelle fait vn angle auec la vitale1 soubs mesme endroit1 que c'est signe d'vne mort miserable3 que si vne femme1 la naturelle est ouuerte1 et ne ferme point l'angle auec la vitale1 cela denote qu'elle sera mal chaste4 ,ie vous appelle vous mesme tesmoin1 si auec cette science1 vn homme ne peut passer auec reputation et faueur parmy toutes compagnies4 ,theophrastus disoit1 que l'humaine cognoissance1 achemine par les sens1 pouuoit iuger des causes des choses iusques certaine mesure1 mais qu'estant arriue aux causes extremes et premieres1 il falloit qu'elle s'arrestast1 et qu'elle rebouchast3 cause ou de sa foiblesse1 ou de la difficult des choses4 ,c'est vne opinion moyenne et douce2 que nostre suffisance nous peut conduire iusques la cognoissance d'aucunes choses1 et qu'elle a certaines mesures de puissance1 outre lesquelles c'est temerit de l'employer4 ,cette opinion est plausible1 et introduicte par gens de composition3 mais il est malais de donner bornes nostre esprit3 il est curieux et auide1 et n'a point occasion de s'arrester plus tost mille pas qu' cinquante4 ,ayant essay par experience1 que ce quoy l'vn s'estoit failly1 l'autre y est arriu3 et que ce qui estoit incogneu vn siecle1 le siecle suyuant l'a esclaircy3 et que les sciences et les arts ne se iettent pas en moule1 ains se forment et figurent peu peu1 en les maniant et pollissant plusieurs fois1 comme les ours faonnent leurs petits en les leschant loisir3 ce que ma force ne peut descouurir1 ie ne laisse pas de le sonder et essayer3 et en retastant et pestrissant cette nouuelle matiere1 la remuant et l'eschauffant1 i'ouure celuy qui me suit1 quelque facilit pour en iouyr plus son ayse1 et la luy rends plus soupple1 et plus maniable3 ,vt ,hymettia sole ,cera remollescit1 tractatque pollice multas ,vertitur in facies1 ipsque fit vtilis vsu4 ,autant en fera le second au tiers3 qui est cause que la difficult ne me doit pas desesperer2 ny aussi peu mon impuissance1 car ce n'est que la mienne4 ,l'homme est capable de toutes choses1 comme d'aucunes4 ,et s'il aduou1 comme dit ,theophrastus1 l'ignorance des causes premieres et des principes1 qu'il me quitte hardiment tout le reste de sa science4 ,si le fondement luy faut1 son discours est par terre4 ,le disputer et l'enquerir1 n'a autre but et arrest que les principes3 si cette fin n'arreste son cours1 il se iecte vne irresolution infinie4 ,non potest aliud alio magis minsue comprehendi1 quoniam omnium rerum vna est definitio comprehendendi4 ,or il est vray-semblable que si l'ame sauoit quelque chose1 elle se sauroit premierement elle mesme2 et si elle sauoit quelque chose hors d'elle1 ce seroit son corps et son estuy1 auant toute autre chose4 ,si on void iusques auiourd'huy les dieux de la medecine se debattre de nostre anatomie1 ,mulciber in ,troiam1 pro ,troia stabat ,apollo3 quand attendons nous qu'ils en soyent d'accord8 ,nous nous sommes plus voisins1 que ne nous est la blancheur de la nege1 ou la pesanteur de la pierre4 ,si l'homme ne se cognoist1 comment cognoist-il ses functions et ses forces8 ,il n'est pas l'aduanture1 que quelque notice veritable ne loge chez nous2 mais c'est par hazard4 ,et d'autant que par mesme voye1 mesme faon et conduitte1 les erreurs se reoiuent en nostre ame1 elle n'a pas dequoy les distinguer1 ny dequoy choisir la verit du mensonge4 ,les ,academiciens receuoyent quelque inclination de iugement2 et trouuoyent trop crud1 de dire qu'il n'estoit pas plus vray-semblable que la nege fust blanche1 que noire2 et que nous ne fussions non plus asseurez du mouuement d'vne pierre1 qui part de nostre main1 que de celuy de la huictiesme sphere4 ,et pour euiter cette difficult et estranget1 qui ne peut la verit loger en nostre imagination1 que malaisment2 quoy qu'ils establissent que nous n'estions aucunement capables de sauoir1 et que la verit est engoufre dans des profonds abysmes1 o la veu humaine ne peut penetrer3 si aduouoyent ils1 les vnes choses plus vray-semblables que les autres2 et receuoyent en leur iugement cette facult1 de se pouuoir incliner plustost vne apparence1 qu' vne autre4 ,ils luy permettoyent cette propension1 luy deffendant toute resolution4 ,l'aduis des ,pyrrhoniens est plus hardy1 et quant et quant plus vray-semblable4 ,car cette inclination ,academique1 et cette propension vne proposition plustost qu' vne autre1 qu'est-ce autre chose que la recognoissance de quelque plus apparente verit1 en cette-cy qu'en celle-l8 ,si nostre entendement est capable de la forme1 des lineamens1 du port1 et du visage1 de la verit1 il la verroit entiere1 aussi bien que demie1 naissante1 et imperfaicte4 ,cette apparence de verisimilitude1 qui les fait prendre plustost gauche qu' droite1 augmentez la2 cette once de verisimilitude1 qui incline la balance1 multipliez la de cent1 de mille onces2 il en aduiendra en fin1 que la balance prendra party tout faict1 et arrestera vn chois et vne verit entiere4 ,mais comment se laissent ils plier la vray-semblance1 s'ils ne cognoissent le vray8 ,comment cognoissent ils la semblance de ce1 dequoy ils ne cognoissent pas l'essence8 ,ou nous pouuons iuger tout faict1 ou tout faict nous ne le pouuons pas4 ,si noz facultez intellectuelles et sensibles1 sont sans fondement et sans pied1 si elles ne font que flotter et vanter1 pour neant laissons nous emporter nostre iugement aucune partie de leur operation1 quelque apparence qu'elle semble nous presenter4 ,et la plus seure assiette de nostre entendement1 et la plus heureuse1 ce seroit celle-l1 o il se maintiendroit rassis1 droit1 inflexible1 sans bransle et sans agitation4 ,inter visa vera1 aut falsa1 ad animi assensum1 nihil interest4 ,que les choses ne logent pas chez nous en leur forme et en leur essence1 et n'y facent leur entre de leur force propre et authorit1 nous le voyons assez4 ,par ce que s'il estoit ainsi1 nous les receurions de mesme faon3 le vin seroit tel en la bouche du malade1 qu'en la bouche du sain4 ,celuy qui a des creuasses aux doigts1 ou qui les a gourdz1 trouueroit vne pareille durt au bois ou au fer1 qu'il manie1 que fait vn autre4 ,les subjets estrangers se rendent donc nostre mercy1 ils logent chez nous1 comme il nous plaist4 ,or si de nostre part nous receuions quelque chose sans alteration1 si les prises humaines estoient assez capables et fermes1 pour saisir la verit par noz propres moyens1 ces moyens estans communs tous les hommes1 cette verit se reiecteroit de main en main de l'vn l'autre4 ,et au moins se trouueroit-il vne chose au monde1 de tant qu'il y en a1 qui se croiroit par les hommes d'vn consentement vniuersel4 ,mais ce1 qu'il ne se void aucune proposition1 qui ne soit debattue et controuerse entre nous1 ou qui ne le puisse estre1 montre bien que nostre iugement naturel ne saisit pas bien clairement ce qu'il saisit3 car mon iugement ne le peut faire receuoir au iugement de mon compagnon3 qui est signe qui ie l'ay saisi par quelque autre moyen1 que par vne naturelle puissance1 qui soit en moy et en tous les hommes4 ,laissons part cette infinie confusion d'opinions1 qui se void entre les philosophes mesmes1 et ce debat perpetuel et vniuersel en la cognoissance des choses4 ,car cela est presuppos tres-veritablement1 que d'aucune chose les hommes1 ie dy les sauans1 les mieux nais1 les plus suffisans1 ne sont d'accord3 non pas que le ciel soit sur nostre teste3 car ceux qui doubtent de tout1 doubtent aussi de cela3 et ceux qui nient que nous puissions comprendre aucune chose1 disent que nous n'auons pas compris que le ciel soit sur nostre teste3 et ces deux opinions sont1 en nombre1 sans comparaison les plus fortes4 ,outre cette diuersit et diuision infinie1 par le trouble que nostre iugement nous donne nous mesmes1 et l'incertitude que chacun sent en soy1 il est ays voir qu'il a son assiette bien mal asseure4 ,combien diuersement iugeons nous des choses8 combien de fois changeons nous noz fantasies8 ,ce que ie tiens auiourd'huy1 et ce que ie croy1 ie le tiens1 et le croy de toute ma croyance3 tous mes vtils et tous mes ressorts empoignent cette opinion1 et m'en respondent1 sur tout ce qu'ils peuuent3 ie ne saurois embrasser aucune verit ny conseruer auec plus d'asseurance1 que ie fay cette-cy4 ,i'y suis tout entier2 i'y suis voyrement3 mais ne m'est-il pas aduenu non vne fois1 mais cent1 mais mille1 et tous les iours1 d'auoir embrass quelque autre chose tout ces mesmes instrumens1 en cette mesme condition1 que depuis i'ay iuge fauce8 ,au moins faut-il deuenir sage ses propres despens4 ,si ie me suis trouu souuent trahy soubs cette couleur1 si ma touche se trouue ordinairement faulce1 et ma balance inegale et iniuste1 quelle asseurance en puis-ie prendre cette fois1 plus qu'aux autres8 ,n'est-ce pas sottise1 de me laisser tant de fois pipper vn guide8 ,toutesfois1 que la ,fortune nous remue cinq cens fois de place1 qu'elle ne face que vuyder et remplir sans cesse1 comme dans vn vaisseau1 dans nostre croyance1 autres et autres opinions1 tousiours la presente et la derniere c'est la certaine1 et l'infaillible4 ,pour cette-cy1 il faut abandonner les biens1 l'honneur1 la vie1 et le salut1 et tout1 ,posterior res illa reperta1 ,perdit1 et immutat sensus ad pristina quque4 ,quoy qu'on nous presche1 quoy que nous apprenions1 il faudroit tousiours se souuenir que c'est l'homme qui donne1 et l'homme qui reoit2 c'est vne mortelle main qui nous le presente2 c'est vne mortelle main qui l'accepte4 ,les choses qui nous viennent du ciel1 ont seules droict et authorit de persuasion1 seules merque de verit3 laquelle aussi ne voyons nous pas de nos yeux1 ny ne la receuons par nos moyens3 cette saincte et grande image ne pourroit pas en vn si chetif domicile1 si ,dieu pour cet vsage ne le prepare1 si ,dieu ne le reforme et fortifie par sa grace et faueur particuliere et supernaturelle4 ,aumoins deuroit nostre condition fautiue1 nous faire porter plus moderment et retenuement en nos changemens4 ,il nous deuroit souuenir1 quoy que nous receussions en l'entendement1 que nous receuons souuent des choses fauces1 et que c'est par ces mesmes vtils qui se dementent et qui se trompent souuent4 ,or n'est-il pas merueille1 s'ils se dementent1 estans si aysez incliner et tordre par bien legeres occurrences4 ,il est certain que nostre apprehension1 nostre iugement et les facultez de nostre ame en general1 souffrent selon les mouuemens et alterations du corps1 lesquelles alterations sont continuelles4 ,n'auons nous pas l'esprit plus esueill1 la memoire plus prompte1 le discours plus vif1 en sant qu'en maladie8 ,la ioye et la gayet ne nous font elles pas receuoir les subjects qui se presentent nostre ame1 d'vn tout autre visage1 que le chagrin et la melancholie8 ,pensez vous que les vers de ,catulle ou de ,sappho1 rient vn vieillard auaricieux et rechign1 comme vn ieune homme vigoureux et ardent8 ,cleomenes fils d',anaxandridas estant malade1 ses amis luy reprochoyent qu'il auoit des humeurs et fantasies nouuelles1 et non accoustumes3 le croy bien1 fit-il1 aussi ne suis-ie pas celuy que ie suis estant sain3 estant autre1 aussi sont autres mes opinions et fantasies4 ,en la chicane de nos palais1 ce mot est en vsage1 qui se dit des criminels qui rencontrent les iuges en quelque bonne trampe1 douce et debonnaire1 gaudeat de bona fortuna4 ,car il est certain que les iugemens se rencontrent par fois plus tendus la condemnation1 plus espineux et aspres1 tantost plus faciles1 aysez1 et enclins l'excuse4 ,tel qui rapporte de sa maison la douleur de la goutte1 la ialousie1 ou le larrecin de son valet1 ayant toute l'ame teinte et abbreuue de colere1 il ne faut pas doubter que son iugement ne s'en altere vers cette part l4 ,ce venerable ,senat d',areopage1 iugeoit de nuict1 de peur que la veue des poursuiuans corrompist sa iustice4 ,l'air mesme et la serenit du ciel1 nous apporte quelque mutation1 comme dit ce vers ,grec en ,cicero1 ,tales sunt hominum mentes1 quali pater ipse ,iuppiter1 auctifera lustrauit lampade terras4 ,ce ne sont pas seulement les fieures1 les breuuages1 et les grands accidens1 qui renuersent nostre iugement3 les moindres choses du monde le tourneuirent4 ,et ne faut pas doubter1 encores que nous ne le sentions pas1 que si la fieure continue peut atterrer nostre ame1 que la tierce n'y apporte quelque alteration selon la mesure et proportion4 ,si l'apoplexie assoupit et esteint tout faict la veu de nostre intelligence1 il ne faut pas doubter que le morfondement ne l'esblouisse4 ,et par consequent1 peine se peut-il rencontrer vne seule heure en la vie1 o nostre iugement se trouue en sa deu assiette1 nostre corps estant subiect tant de continuelles mutations1 et estoff de tant de sortes de ressorts1 que i'en croy les medecins1 combien il est malais1 qu'il n'y en ayt tousiours quelq'vn qui tire de trauers4 ,au demeurant1 cette maladie ne se descouure pas si aisment1 si elle n'est du tout extreme et irremediable3 d'autant que la raison va tousiours torte1 boiteuse1 et deshanche3 et auec le mensonge comme auec la verit4 ,par ainsin1 il est malais de descouurir son mescompte1 et desreglement4 ,i'appelle tousiours raison1 cette apparence de discours que chacun forge en soy3 cette raison1 de la condition de laquelle1 il y en peut avoir cent contraires autour d'vn mesme subject3 c'est vn instrument de plomb1 et de cire1 alongeable1 ployable1 et accommodable tout biais et toutes mesures3 il ne reste que la suffisance de le sauoir contourner4 ,quelque bon dessein qu'ait vn iuge1 s'il ne s'escoute de pres1 quoy peu de gens s'amusent2 l'inclination l'amiti1 la parent1 la beaut1 et la vengeance1 et non pas seulement choses si poisantes1 mais cet instinct fortuite1 qui nous fait fauoriser vne chose plus qu'vne autre1 et qui nous donne sans le cong de la raison1 le choix1 en deux pareils subjects1 ou quelque vmbrage de pareille vanit1 peuuent insinuer insensiblement en son iugement1 la recommendation ou deffaueur d'vne cause1 et donner pente la balance4 ,moy qui m'espie de plus prez1 qui ay les yeux incessamment tendus sur moy1 comme celuy qui n'a pas fort affaire ailleurs1 ,quis sub ,arcto ,rex gelid metuatur or1 ,quid ,tyridatem terreat1 vnic ,securus1 peine oseroy-ie dire la vanit et la foiblesse que ie trouue chez moy4 ,i'ay le pied si instable et si mal assis1 ie le trouue si ays crouler1 et si prest au branle1 et ma veue si desregle1 qu' iun ie me sens autre1 qu'apres le repas3 si ma sant me rid1 et la clart d'vn beau iour1 me voyla honneste homme3 si i'ay vn cor qui me presse l'orteil1 me voyl renfroign1 mal plaisant et inaccessible4 ,vn mesme pas de cheual me semble tantost rude1 tantost ays2 et mesme chemin cette heure plus court1 vne autre fois plus long3 et vne mesme forme ores plus ores moins aggreable4 ,maintenant ie suis tout faire1 maintenant rien faire3 ce qui m'est plaisir cette heure1 me sera quelquefois peine4 ,il se fait mille agitations indiscrettes et casueles chez moy4 ,ou l'humeur melancholique me tient1 ou la cholerique2 et de son authorit priue1 cett'heure le chagrin predomine en moy1 cette heure l'allegresse4 ,quand ie prens des liures1 i'auray apperceu en tel passage des graces excellentes1 et qui auront feru mon ame2 qu'vn'autre fois i'y retombe1 i'ay beau le tourner et virer1 i'ay beau le plier et le manier1 c'est vne masse incognue et informe pour moy4 ,en mes escris mesmes1 ie ne retrouue pas tousiours l'air de ma premiere imagination3 ie ne say ce que i'ay voulu dire3 et m'eschaude souuent corriger1 et y mettre vn nouueau sens1 pour auoir perdu le premier qui valloit mieux4 ,ie ne fay qu'aller et venir3 mon iugement ne tire pas tousiours auant1 il flotte1 il vague1 ,velut minuta magno ,deprensa nauis in mari1 vesaniente vento4 ,maintes-fois1 comme il m'aduient de faire volontiers1 ayant pris pour exercice et pour esbat1 maintenir vne contraire opinion la mienne1 mon esprit s'appliquant et tournant de ce cost-l1 m'y attache si bien1 que ie ne trouue plus la raison de mon premier aduis1 et m'en despars4 ,ie m'entraine quasi o ie panche1 comment que ce soit1 et m'emporte de mon poix4 ,chacun peu pres en diroit autant de soy1 s'il se regardoit comme moy4 ,les prescheurs sauent1 que l'emotion qui leur vient en parlant1 les anime vers la creance3 et qu'en cholere nous nous addonnons plus la deffence de nostre proposition1 l'imprimons en nous1 et l'embrassons auec plus de vehemence et d'approbation1 que nous ne faisons estans en nostre sens froid et repos4 ,vous recitez simplement vne cause l'aduocat1 il vous y respond chancellant et doubteux3 vous sentez qu'il luy est indifferent de prendre soustenir l'vn ou l'autre party3 l'auez vous bien pay pour y mordre1 et pour s'en formaliser1 commence-il d'en estre interess1 y a-il eschauff sa volont8 sa raison et sa science s'y eschauffent quant et quant3 voyl vne apparente et indubitable verit1 qui se presente son entendement3 il y descouure vne toute nouuelle lumiere1 et le croit bon escient1 et se le persuade ainsi4 ,voire ie ne say si l'ardeur qui naist du despit1 et de l'obstination1 l'encontre de l'impression et violence du magistrat1 et du danger3 ou l'interest de la reputation1 n'ont enuoy tel homme soustenir iusques au feu1 l'opinion pour laquelle entre ses amys1 et en libert1 il n'eust pas voulu s'eschauder le bout du doigt4 ,les secousses et esbranlemens que nostre ame reoit par les passions corporelles1 peuuent beaucoup en elle3 mais encore plus les siennes propres3 ausquelles elle est si fort prinse1 qu'il est l'aduanture soustenable1 qu'elle n'a aucune autre alleure et mouuement1 que du souffle de ses vents1 et que sans leur agitation elle resteroit sans action1 comme vn nauire en pleine mer1 que les vents abandonnent de leur secours4 ,et qui maintiendroit cela1 suiuant le party des ,peripateticiens1 ne nous feroit pas beaucoup de tort1 puis qu'il est cognu1 que la pluspart des plus belles actions de l'ame1 procedent et ont besoin de cette impulsion des passions4 ,la vaillance1 disent-ils1 ne se peut parfaire sans l'assistance de la cholere4 ,semper ,aiax fortis1 fortissimus tamen in furore4 ,ny ne court on sus aux meschants1 et aux ennemis1 assez vigoureusement1 si on n'est courrouc4 ,et veulent que l'aduocat inspire le courroux aux iuges1 pour en tirer iustice4 ,les cupiditez emeurent ,themistocles1 emeurent ,demosthenes3 et ont pouss les philosophes aux trauaux1 veilles1 et peregrinations3 nous meinent l'honneur1 la doctrine1 la sant1 fins vtiles4 ,et cette laschet d'ame souffrir l'ennuy et la fascherie1 sert nourrir en la conscience1 la penitence et la repentance3 et sentir les fleaux de ,dieu1 pour nostre chastiment1 et les fleaux de la correction politique4 ,la compassion sert d'aiguillon la clemence2 et la prudence de nous conseruer et gouuerner1 est esueille par nostre crainte3 et combien de belles actions par l'ambition8 combien par la presomption8 ,aucune eminente et gaillarde vertu en fin1 n'est sans quelque agitation desregle4 ,seroit-ce pas l'vne des raisons qui auroit meu les ,epicuriens1 descharger ,dieu de tout soin et sollicitude de nos affaires3 d'autant que les effects mesmes de sa bont ne se pouuoient exercer enuers nous1 sans esbranler son repos1 par le moyen des passions1 qui sont comme des piqueures et sollicitations acheminans l'ame aux actions vertueuses8 ou bien ont ils creu autrement1 et les ont prinses1 comme tempestes1 qui desbauchent honteusement l'ame de sa tranquillit8 ,vt maris tranquillitas intelligitur1 nulla1 ne minima quidem1 aura fluctus commouente3 sic animi quietus et placatus status cernitur1 quum perturbatio nulla est1 qua moueri queat4 ,quelles differences de sens et de raison1 quelle contrariet d'imaginations nous presente la diuersit de nos passions8 ,quelle asseurance pouuons nous doncq prendre de chose si instable et si mobile1 subjecte par sa condition la maistrise du trouble1 n'allant iamais qu'vn pas forc et emprunt8 ,si nostre iugement est en main la maladie mesmes1 et la perturbation1 si c'est de la folie et de la temerit1 qu'il est tenu de receuoir l'impression des choses1 quelle seurt pouuons nous attendre de luy8 ,n'y a il point de hardiesse la philosophie1 d'estimer des hommes qu'ils produisent leurs plus grands effects1 et plus approchans de la diuinit1 quand ils sont hors d'eux1 et furieux et insensez8 ,nous nous amendons par la priuation de nostre raison1 et son assoupissement4 ,les deux voies naturelles1 pour entrer au cabinet des ,dieux1 et y preueoir le cours des destines1 sont la fureur et le sommeil4 ,cecy est plaisant considerer4 ,par la dislocation1 que les passions apportent nostre raison1 nous deuenons vertueux3 par son extirpation1 que la fureur ou l'image de la mort apporte1 nous deuenons prophetes et deuins4 ,iamais plus volontiers ie ne l'en creu4 ,c'est vn pur enthousiasme1 que la saincte verit a inspir en l'esprit philosophique1 qui luy arrache contre sa proposition1 que l'estat tranquille de nostre ame1 l'estat rassis1 l'estat plus sain1 que la philosophie luy puisse acquerir1 n'est pas son meilleur estat4 ,nostre veille est plus endormie que le dormir3 nostre sagesse moins sage que la folie3 noz songes vallent mieux1 que noz discours3 la pire place1 que nous puissions prendre1 c'est en nous4 ,mais pense elle pas1 que nous ayons l'aduisement de remarquer1 que la voix1 qui fait l'esprit1 quand il est deprins de l'homme1 si clair-voyant1 si grand1 si parfaict1 et pendant qu'il est en l'homme1 si terrestre1 ignorant et tenebreux1 c'est vne voix partant de l'esprit qui est en l'homme terrestre1 ignorant et tenebreux3 et cette cause voix infiable et incroyable8 ,ie n'ay point grande experience de ces agitations vehementes1 estant d'vne complexion molle et poisante2 desquelles la pluspart surprennent subitement nostre ame1 sans luy donner loisir de se recognoistre4 ,mais cette passion1 qu'on dit estre produite par l'oisiuet1 au cur des ieunes hommes1 quoy qu'elle s'achemine auec loisir et d'vn progrs mesur1 elle represente bien euidemment1 ceux qui ont essay de s'opposer son effort1 la force de cette conuersion et alteration1 que nostre iugement souffre4 ,i'ay autrefois entrepris de me tenir band pour la soutenir et rabattre3 car il s'en faut tant que ie sois de ceux1 qui conuient les vices1 que ie ne les suis pas seulement1 s'ils ne m'entrainent3 ie la sentois naistre1 croistre1 et s'augmenter en despit de ma resistance3 et en fin tout voyant et viuant1 me saisir et posseder1 de faon que1 comme d'vne yuresse1 l'image des choses me commenoit paroistre autre que de coustume3 ie voyois euidemment grossir et croistre les aduantages du subject que i'allois desirant1 et aggrandir et enfler par le vent de mon imagination3 les difficultez de mon entreprise1 s'aiser et se planir2 mon discours et ma conscience1 se tirer arriere3 mais ce feu estant euapor1 tout vn instant1 comme de la clart d'un esclair1 mon ame reprendre vne autre sorte de veu1 autre estat1 et autre iugement3 les difficultez de la retraite1 me sembler grandes et inuincibles1 et les mesmes choses de bien autre goust et visage1 que la chaleur du desir ne me les auoit presentes4 ,lequel plus veritablement1 ,pyrrho n'en sait rien4 ,nous ne sommes iamais sans maladie4 ,les fieures ont leur chaud et leur froid3 des effects d'une passion ardente1 nous retombons aux effects d'vne passion frilleuse4 ,autant que ie m'estois iett en auant1 ie me relance d'autant en arriere4 ,qualis vbi alterno procurrens gurgite pontus1 ,nunc ruit ad terras1 scopulosque superiacit vndam1 ,spumeus1 extremmque sinu perfndit arenam2 ,nunc rapidus retro atque stu reuoluta resorbens ,saxa1 fugit1 littsque vado labente relinquit4 ,or de la cognoissance de cette mienne volubilit1 i'ay par accident engendr en moy quelque constance d'opinions3 et n'ay guere alter les miennes premieres et naturelles4 ,car quelque apparence qu'il y ayt en la nouuellet1 ie ne change pas aisment1 de peur que i'ay de perdre au change4 ,et puis que ie ne suis pas capable de choisir1 ie prens le choix d'autruy1 et me tiens en l'assiette o ,dieu m'a mis4 ,autrement ie ne me sauroy garder de rouler sans cesse4 ,ainsi me suis-ie1 par la grace de ,dieu1 conseru entier1 sans agitation et trouble de conscience1 aux anciennes creances de nostre religion1 au trauers de tant de sectes et de diuisions1 que nostre siecle a produites4 ,les escrits des anciens1 ie dis les bons escrits1 pleins et solides1 me tentent1 et remuent quasi o ils veulent3 celuy que i'oy1 me semble tousiours le plus roide3 ie les trouue auoir raison chacun son tour1 quoy qu'ils se contrarient4 ,cette aisance que les bons esprits ont1 de rendre ce qu'ils veulent vray-semblable2 et qu'il n'est rien si estrange1 quoy ils n'entreprennent de donner assez de couleur1 pour tromper vne simplicit pareille la mienne1 cela montre euidemment la foiblesse de leur preuue4 ,le ciel et les estoilles ont bransl trois mille ans1 tout le monde l'auoit ainsi creu1 iusques ce que ,cleanthes le ,samien1 ou1 selon ,theophraste1 ,nicetas ,syracusien s'aduisa de maintenir que c'estoit la terre qui se mouuoit1 par le cercle oblique du ,zodiaque tournant l'entour de son aixieu4 ,et de nostre temps ,copernicus a si bien fond cette doctrine1 qu'il s'en sert tres-reglment toutes les consequences astrologiennes4 ,que prendrons nous de l1 sinon qu'il ne nous doit chaloir lequel ce soit des deux8 ,et qui sait qu'vne tierce opinion d'icy mille ans1 ne renuerse les deux precedentes8 ,sic voluenda tas commutat tempora rerum3 ,quod fuit in pretio1 fit nullo denique honore2 ,porro aliud succedit1 et contemptibus exit1 ,inque dies magis appetitur1 flortque repertum ,laudibus1 et miro est mortales inter honore4 ,ainsi quand il se presente nous quelque doctrine nouuelle1 nous auons grande occasion de nous en deffier1 et de considerer qu'auant qu'elle fust produite1 sa contraire estoit en vogue3 et comme elle a est renuerse par cette-cy1 il pourra naistre l'aduenir vne tierce inuention1 qui choquera de mesme la seconde4 ,auant que les principes qu',aristote a introduicts1 fussent en credit1 d'autres principes contentoient la raison humaine1 comme ceux-cy nous contentent cette heure4 ,quelles lettres ont ceux-cy1 quel priuilege particulier1 que le cours de nostre inuention s'arreste eux1 et qu' eux appartient pour tout le temps aduenir1 la possession de nostre creance8 ils ne sont non plus exempts du boute-hors1 qu'estoient leurs deuanciers4 ,quand on me presse d'vn nouuel argument1 c'est moy estimer que ce1 quoy ie ne puis satisfaire1 vn autre y satisfera4 ,car de croire toutes les apparences1 desquelles nous ne pouuons nous deffaire1 c'est vne grande simplesse4 ,il en aduiendroit par l1 que tout le vulgaire1 et nous sommes tous du vulgaire1 auroit sa creance contournable1 comme vne girouette3 car son ame estant molle et sans resistance1 seroit force de receuoir sans cesse1 autres et autres impressions1 la derniere effaant tousiours la trace de la precedente4 ,celuy qui se trouue foible1 il doit respondre suiuant la pratique1 qu'il en parlera son conseil1 ou s'en rapporter aux plus sages1 desquels il a receu son apprentissage4 ,combien y a-t-il que la medecine est au monde8 ,on dit qu'vn nouueau venu1 qu'on nomme ,paracelse1 change et renuerse tout l'ordre des regles anciennes1 et maintient que iusques cette heure1 elle n'a seruy qu' faire mourir les hommes4 ,ie croy qu'il verifiera aisment cela4 ,mais de mettre ma vie la preuue de sa nouuelle experience1 ie trouue que ce ne seroit pas grand'sagesse4 ,il ne faut pas croire chacun1 dit le precepte1 par ce que chacun peut dire toutes choses4 ,vn homme de cette profession de nouuelletez1 et de reformations physiques1 me disoit1 il n'y a pas long temps1 que tous les anciens s'estoient notoirement mescontez en la nature et mouuemens des vents1 ce qu'il me feroit tres-euidemment toucher la main1 si ie voulois l'entendre4 ,apres que i'euz eu vn peu de patience ouyr ses arguments1 qui auoient tout plein de verisimilitude3 ,comment donc1 luy fis-ie1 ceux qui nauigeoient soubs les loix de ,theophraste1 alloient-ils en ,occident1 quand ils tiroient en ,leuant8 alloient-ils cost1 ou reculons8 ,c'est la fortune1 me respondit-il3 tant y a qu'ils se mescontoient4 ,ie luy repliquay lors1 que i'aymois mieux suiure les effects1 que la raison4 ,or ce sont choses1 qui se choquent souuent3 et m'a lon dict qu'en la geometrie1 qui pense auoir gaign le hault poinct de certitude parmy les sciences1 il se trouue des demonstrations ineuitables1 subuertissans la verit de l'experience4 ,comme ,iacques ,peletier me disoit chez moy1 qu'il auoit trouu deux lignes s'acheminans l'vne vers l'autre pour se ioindre1 qu'il verifioit toutefois ne pouuoir iamais iusques l'infinit1 arriuer se toucher4 ,et les ,pyrrhoniens ne se seruent de leurs argumens et de leur raison1 que pour ruiner l'apparence de l'experience3 et est merueille1 iusques o la soupplesse de nostre raison1 les a suiuis ce dessein de combattre l'euidence des effects4 ,car ils verifient que nous ne nous mouuons pas1 que nous ne parlons pas1 qu'il n'y a point de poisant ou de chault1 auecques vne pareille force d'argumentations1 que nous verifions les choses plus vray-semblables4 ,ptolomeus1 qui a est vn grand personnage1 auoit estably les bornes de nostre monde3 tous les philosophes anciens ont pens en tenir la mesure1 sauf quelques isles escartes1 qui pouuoient eschapper leur cognoissance3 c'eust est pyrrhoniser1 il y a mille ans1 que de mettre en doubte la science de la cosmographie1 et les opinions qui en estoient receus d'vn chacun3 c'estoit heresie d'aduouer des ,antipodes3 voila de nostre siecle vne grandeur infinie de terre ferme1 non pas vne isle1 ou vne contre particuliere1 mais vne partie esgale peu pres en grandeur1 celle que nous cognoissions1 qui vient d'estre descouuerte4 ,les geographes de ce temps1 ne faillent pas d'asseurer1 que mes-huy tout est trouu et que tout est veu2 ,nam quod adest prsto1 placet1 et pollere videtur4 ,sauoir mon si ,ptolome s'y est tromp autrefois1 sur les fondemens de sa raison1 si ce ne seroit pas sottise de me fier maintenant ce que ceux-cy en disent3 et s'il n'est pas plus vraysemblable1 que ce grand corps1 que nous appellons le monde1 est chose bien autre que nous ne iugeons4 ,platon dit1 qu'il change de visage tout sens3 que le ciel1 les estoilles et le soleil1 renuersent par fois le mouuement1 que nous y voyons3 changeant l',orient l',occident4 ,les prestres gyptiens dirent ,herodote1 que depuis leur premier ,roy1 dequoy il y auoit onze mille tant d'ans 7et de tous leurs ,roys ils luy feirent veoir les effigies en statues tires apres le vif7 le soleil auoit chang quatre fois de routte3 que la mer et la terre se changent alternatiuement1 l'vne en l'autre3 que la naissance du monde est indetermine4 ,aristote1 ,cicero de mesmes4 ,et quelqu'vn d'entre nous1 qu'il est de toute eternit1 mortel et renaissant1 plusieurs vicissitudes3 appellant tesmoins ,salomon et ,isae3 pour euiter ces oppositions1 que ,dieu a est quelque fois createur sans creature3 qu'il a est oisif3 qu'il s'est desdict de son oisiuet1 mettant la main cet ouurage3 et qu'il est par consequent subiect au changement4 ,en la plus fameuse des ,grecques escholes1 le monde est tenu vn ,dieu1 faict par vn autre ,dieu plus grand3 et est compos d'vn corps et d'vne ame1 qui loge en son centre1 s'espandant par nombres de musique1 sa circonference3 diuin1 tres-heureux1 tres-grand1 tres-sage1 eternel4 ,en luy sont d'autres ,dieux1 la mer1 la terre1 les astres1 qui s'entretiennent d'vne harmonieuse et perpetuelle agitation et danse diuine3 tantost se rencontrans1 tantost s'esloignans3 se cachans1 montrans1 changeans de rang1 ores auant1 et ores derriere4 ,heraclitus establissoit le monde estre compos par feu1 et par l'ordre des destines1 se deuoir enflammer et resoudre en feu quelque iour1 et quelque iour encore renaistre4 ,et des hommes dit ,apule3 sigillatim mortales1 cunctim perpetui4 ,alexandre escriuit sa mere1 la narration d'vn prestre gyptien1 tire de leurs monuments1 tesmoignant l'anciennet de cette nation infinie1 et comprenant la naissance et progrez des autres pas au vray4 ,cicero et ,diodorus disent de leur temps1 que les ,chaldeens tenoient registre de quatre cens mille tant d'ans4 ,aristote1 ,pline1 et autres1 que ,zoroastre viuoit six mille ans auant l'aage de ,platon4 ,platon dit1 que ceux de la ville de ,sas1 ont des memoires par escrit1 de huict mille ans3 et que la ville d',athenes fut bastie mille ans auant ladicte ville de ,sas4 ,epicurus1 qu'en mesme temps que les choses sont icy comme nous les voyons1 elles sont toutes pareilles1 et en mesme faon1 en plusieurs autres mondes4 ,ce qu'il eust dict plus asseurment1 s'il eust veu les similitudes1 et conuenances de ce nouueau monde des ,indes ,occidentales1 auec le nostre1 present et pass1 en si estranges exemples4 ,en verit considerant ce qui est venu nostre science du cours de cette police terrestre1 ie me suis souuent esmerueill de voir en vne tres-grande distance de lieux et de temps1 les rencontres d'un si grand nombre d'opinions populaires1 sauuages1 et des murs et creances sauuages1 et qui par aucun biais ne semblent tenir nostre naturel discours4 ,c'est vn grand ouurier de miracles que l'esprit humain4 ,mais cette relation a ie ne say quoy encore de plus heteroclite3 elle se trouue aussi en noms1 et en mille autres choses4 ,car on y trouua des nations1 n'ayans1 que nous sachions1 iamais ouy nouuelles de nous1 o la circoncision estoit en credit3 o il y auoit des estats et grandes polices maintenus par des femmes1 sans hommes3 o nos ieusnes et nostre caresme estoit represent1 y adioustant l'abstinence des femmes3 o nos croix estoient en diuerses faons en credit1 icy on en honoroit les sepultures1 on les appliquoit l1 et nommment celle de ,s4 ,andr1 se deffendre des visions nocturnes1 et les mettre sur les couches des enfans contre les enchantements3 ailleurs ils en rencontrerent vne de bois de grande hauteur1 adore pour ,dieu de la pluye1 et celle l bien fort auant dans la terre ferme3 on y trouua vne bien expresse image de nos penitentiers3 l'vsage des mitres1 le clibat des prestres1 l'art de deuiner par les entrailles des animaux sacrifiez3 l'abstinence de toute sorte de chair et poisson1 leur viure1 la faon aux prestres d'vser en officiant de langue particuliere1 et non vulgaire3 et cette fantasie1 que le premier ,dieu fut chass par vn second son frere puisn2 qu'ils furent cres auec toutes commoditez1 lesquelles on leur a depuis retranches pour leur pech2 chang leur territoire1 et empir leur condition naturelle3 qu'autresfois ils ont est submergez par l'inondation des eaux celestes1 qu'il ne s'en sauua que peu de familles1 qui se ietterent dans les haults creux des montagnes1 lesquels creux ils boucherent1 si que l'eau n'y entra point1 ayans enferm l dedans1 plusieurs sortes d'animaux2 que quand ils sentirent la pluye cesser1 ils mirent hors des chiens1 lesquels estans reuenus nets et mouillez1 ils iugerent l'eau n'estre encore guere abaisse2 depuis en ayans faict sortir d'autres1 et les voyans reuenir bourbeux1 ils sortirent repeupler le monde1 qu'ils trouuerent plein seulement de serpens4 ,on rencontra en quelque endroit1 la persuasion du iour du iugement1 si qu'ils s'offenoient merueilleusement contre les ,espagnols qui espandoient les os des trespassez1 en fouillant les richesses des sepultures1 disans que ces os escartez ne se pourroient facilement reioindre3 la trafique par eschange1 et non autre1 foires et marchez pour cet effect3 des nains et personnes difformes1 pour l'ornement des tables des ,princes3 l'vsage de la fauconnerie selon la nature de leurs oyseaux2 subsides tyranniques3 delicatesses de iardinages2 dances1 saults bateleresques2 musique d'instrumens2 armoiries2 ieux de paulme2 ieu de dez et de sort1 auquel ils s'eschauffent souuent1 iusques s'y iouer eux mesmes1 et leur libert3 medecine non autre que de charmes3 la forme d'escrire par figures3 creance d'vn seul premier homme pere de tous les peuples2 adoration d'vn ,dieu qui vesquit autrefois homme en parfaicte virginit1 ieusne1 et pnitence1 preschant la loy de nature1 et des ceremonies de la religion1 et qui disparut du monde1 sans mort naturelle3 l'opinion des geants3 l'vsage de s'enyurer de leurs breuuages1 et de boire d'autant3 ornemens religieux peints d'ossemens et testes de morts1 surplys1 eau-beniste1 aspergez2 femmes et seruiteurs1 qui se presentent l'enuy se brusler et enterrer1 auec le mary ou maistre trespass3 loy que les aisnez succedent tout le bien1 et n'est reseru aucune part au puisn1 que d'obeissance3 coustume la promotion de certain office de grande authorit1 que celuy qui est promeu prend vn nouueau nom1 et quitte le sien3 de verser de la chaulx sur le genou de l'enfant freschement nay1 en luy disant1 ,tu s venu de pouldre1 et retourneras en pouldre3 l'art des augures4 ,ces vains ombrages de nostre religion1 qui se voient en aucuns de ces exemples1 en tesmoignent la dignit et la diuinit4 ,non seulement elle s'est aucunement insinue en toutes les nations infideles de dea1 par quelque imitation1 mais ces barbares aussi comme par vne commune et supernaturelle inspiration3 car on y trouua aussi la creance du purgatoire1 mais d'vne forme nouuelle2 ce que nous donnons au feu1 ils le donnent au froid1 et imaginent les ames1 et purges1 et punies1 par la rigueur d'vne extreme froidure4 ,et m'aduertit cet exemple1 d'vne autre plaisante diuersit3 car comme il s'y trouua des peuples qui aymoyent deffubler le bout de leur membre1 et en retranchoyent la peau la ,mahumetane et la ,iuifue1 il s'en trouua d'autres1 qui faisoient si grande conscience de le deffubler1 qu' tout des petits cordons1 ils portoient leur peau bien soigneusement estiree et attachee au dessus1 de peur que ce bout ne vist l'air4 ,et de cette diuersit aussi1 que comme nous honorons les ,roys et les festes1 en nous parant des plus honnestes vestements que nous ayons3 en aucunes regions1 pour montrer toute disparit et submission leur ,roy1 les subiects se presentoyent luy1 en leurs plus viles habillements1 et entrants au palais prennent quelque vieille robe deschiree sur la leur bonne1 ce que tout le lustre1 et l'ornement soit au maistre4 ,mais suyuons4 ,si ,nature enserre dans les termes de son progrez ordinaire1 comme toutes autres choses1 aussi les creances1 les iugemens1 et opinions des hommes3 si elles ont leur reuolution1 leur saison1 leur naissance1 leur mort1 comme les choux3 si le ciel les agite1 et les roule sa poste1 quelle magistrale authorit et permanante1 leur allons nous attribuant8 ,si par experience nous touchons la main que la forme de nostre estre despend de l'air1 du climat1 et du terroir o nous naissons3 non seulement le tainct1 la taille1 la complexion et les contenances1 mais encore les facultez de l'ame3 ,et plaga cli non solm ad robur corporum1 sed etiam animorum facit1 dit ,vegece3 et que la ,deesse fundatrice de la ville d',athenes1 choisit la situer1 vne temperature de pays1 qui fist les hommes prudents1 comme les prestres d'gypte apprindrent ,solon3 ,athenis tenue clum3 ex quo etiam acutiores putantur ,attici3 crassum ,thebis3 itaque pingues ,thebani1 et valentes3 en maniere qu'ainsi que les fruicts naissent diuers1 et les animaux1 les hommes naissent aussi plus et moins belliqueux1 iustes1 temperans et dociles3 icy subiects au vin1 ailleurs au larecin ou la paillardise3 icy enclins superstition1 ailleurs la mescreance3 icy la libert1 icy la seruitude3 capables d'vne science ou d'vn art3 grossiers ou ingenieux3 obeyssans ou rebelles3 bons ou mauuais1 selon que porte l'inclination du lieu o ils sont assis1 et prennent nouuelle complexion1 si on les change de place1 comme les arbres3 qui fut la raison1 pour laquelle ,cyrus ne voulut accorder aux ,perses d'abandonner leur pays aspre et bossu1 pour se transporter en vn autre doux et plain3 disant que les terres grasses et molles font les hommes mols1 et les fertiles les esprits infertiles4 ,si nous voyons tantost fleurir vn art1 vne creance1 tantost vne autre1 par quelque influance celeste3 tel siecle produire telles natures1 et incliner l'humain genre tel ou tel ply3 les esprits des hommes tantost gaillars1 tantost maigres1 comme nos champs3 que deuiennent toutes ces belles prerogatiues dequoy nous allons flattants8 ,puis qu'vn homme sage se peut mesconter1 et cent hommes1 et plusieurs nations3 voire et l'humaine nature selon nous1 se mesconte plusieurs siecles1 en cecy ou en cela3 quelle seuret auons nous que par fois elle cesse de se mesconter1 et qu'en ce siecle elle ne soit en mescompte8 ,il me semble entre autres tesmoignages de nostre imbecillit1 que celuy-cy ne merite pas d'estre oubli1 que par desir mesme1 l'homme ne sache trouuer ce qu'il luy faut3 que non par iouyssance1 mais par imagination et par souhait1 nous ne puissions estre d'accord de ce dequoy nous auons besoing pour nous contenter4 ,laissons nostre pense tailler et coudre son plaisir3 elle ne pourra pas seulement desirer ce qui luy est propre1 et le satisfaire4 ,quid enim ratione timemus ,aut cupimus8 quid tam dextro pede concipis1 vt te ,conatus non pniteat1 votique peracti8 ,c'est pourquoy ,socrates ne requeroit les ,dieux1 sinon de luy donner ce qu'ils sauoient luy estre salutaire4 ,et la priere des ,lacedemoniens publique et priue portoit1 simplement les choses bonnes et belles leur estre octroyes3 remettant la discretion de la puissance supreme le tirage et choix d'icelles4 ,coniugium petimus1 partmque vxoris2 at illi ,notum qui pueri1 qualisque futura sit vxor4 ,et le ,chrestien supplie ,dieu que sa volont soit faicte3 pour ne tomber en l'inconuenient que les potes feignent du ,roy ,midas4 ,il requit les ,dieux que tout ce qu'il toucheroit se conuertist en or3 sa priere fut exauce1 son vin fut or1 son pain or1 et la plume de sa couche1 et d'or sa chemise et son vestement3 de faon qu'il se trouua accabl soubs la iouyssance de son desir1 et estren d'vne insupportable commodit3 il luy falut desprier ses prieres3 ,attonitus nouitate mali1 diusque misrque1 ,effugere optat opes1 et1 qu mod vouerat1 odit4 ,disons de moy-mesme4 ,ie demandois la ,fortune autant qu'autre chose1 l'ordre ,sainct ,michel estant ieune3 car c'estoit lors l'extreme marque d'honneur de la noblesse ,franoise1 et tres-rare4 ,elle me l'a plaisamment accord4 ,au lieu de me monter et hausser de ma place1 pour y aueindre1 elle m'a bien plus gratieusement traitt1 elle l'a rauall et rabaiss iusques mes espaules et au dessoubs4 ,cleobis et ,biton1 ,trophonius et ,agamedes1 ayans requis ceux l leur ,deesse1 ceux-cy leur ,dieu1 d'vne recompense digne de leur piet1 eurent la mort pour present3 tant les opinions celestes sur ce qu'il nous faut1 sont diuerses aux nostres4 ,dieu pourroit nous ottroyer les richesses1 les honneurs1 la vie et la sant mesme1 quelquefois nostre dommage3 car tout ce qui nous est plaisant1 ne nous est pas tousiours salutaire3 si au lieu de la guerison1 il nous envoye la mort1 ou l'empirement de nos maux3 ,virga tua et baculus tuus ipsa me consolata sunt3 il le fait par les raisons de sa providence1 qui regarde bien plus certainement ce qui nous est deu1 que nous ne pouuons faire3 et la deuons prendre en bonne part1 comme d'vne main tres-sage et tres-amie4 ,si consilium vis ,permittes ipsis expendere numinibus1 quid ,conueniat nobis1 rebsque sit vtile nostris3 ,charior est illis homo qum sibi4 ,car de les requerir des honneurs1 des charges1 c'est les requerir1 qu'ils vous iettent vne bataille1 ou au ieu des dez1 ou telle autre chose1 de laquelle l'issue vous est incognue1 et le fruict doubteux4 ,il n'est point de combat si violent entre les philosophes1 et si aspre1 que celuy qui se dresse sur la question du souuerain bien de l'homme3 duquel par le calcul de ,varro1 nasquirent deux cens quatre vingtz sectes4 ,qui autem de summo bono dissentit1 de tota philosophi ratione disputat4 ,tres mihi conuiu prop dissentire videntur1 ,poscentes vario multum diuersa palato3 ,quid dem8 quid non dem8 ,renuis tu quod iubet alter2 ,quod petis1 id san est inuisum acidmque duobus4 ,nature deuroit ainsi respondre leurs contestations1 et leurs debats4 ,les uns disent nostre bien estre1 loger en la vertu3 d'autres1 en la volupt3 d'autres1 au consentir ,nature3 qui en la science3 qui n'auoir point de douleur3 qui ne se laisser emporter aux apparences3 et cette fantasie semble retirer cet' autre1 de l'ancien ,pythagoras3 ,nil admirari1 prop res est vna1 ,numaci1 ,solque1 qu possit facere et seruare beatum1 qui est la fin de la secte ,pyrrhonienne4 ,aristote attribue magnanimit1 rien n'admirer4 ,et disoit ,archsilas1 les soustenemens et l'estat droit et inflexible du iugement1 estre les biens3 mais les consentemens et applications estre les vices et les maux4 ,il est vray qu'en ce qu'il l'establissoit par axiome certain1 il se dpartoit du ,pyrrhonisme4 ,les ,pyrrhoniens1 quand ils disent que le souuerain bien c'est l',ataraxie1 qui est l'immobilit du iugement1 ils ne l'entendent pas dire d'vne faon affirmatiue1 mais le mesme bransle de leur ame1 qui leur fait fuir les precipices1 et se mettre couuert du serein1 celuy l mesme leur presente cette fantasie1 et leur en fait refuser vne autre4 ,combien ie desire1 que pendant que ie vis1 ou quelque autre1 ou ,iustus ,lipsius1 le plus sauant homme qui nous reste1 d'vn esprit tres-poly et iudicieux1 vrayement germain mon ,turnebus1 eust et la volont1 et la sant1 et assez de repos1 pour ramasser en vn registre1 selon leurs diuisions et leurs classes1 sincerement et curieusement1 autant que nous y pouuons voir1 les opinions de l'ancienne philosophie sur le subiect de nostre estre et de nos murs1 leurs controuerses1 le credit et suitte des pars1 l'application de la vie des autheurs et sectateurs1 leurs preceptes1 s accidens memorables et exemplaires6 ,le bel ouurage et vtile que ce seroit6 ,au demeurant1 si c'est de nous que nous tirons le reglement de nos murs1 quelle confusion nous reiettons nous8 ,car ce que nostre raison nous y conseille de plus vray-semblable1 c'est generalement chacun d'obeyr aux loix de son pays1 comme est l'aduis de ,socrates inspir1 dit-il1 d'vn conseil diuin4 ,et par l que veut elle dire1 sinon que nostre deuoir n'a autre regle que fortuite8 ,la verit doit auoir vn visage pareil et vniuersel4 ,la droiture et la iustice1 si l'homme en cognoissoit1 qui eust corps et veritable essence1 il ne l'attacheroit pas la condition des coustumes de cette contre1 ou de celle l3 ce ne seroit pas de la fantasie des ,perses ou des ,indes1 que la vertu prendroit sa forme4 ,il n'est rien subiect plus continuelle agitation que les loix4 ,depuis que ie suis nay1 i'ay veu trois et quatre fois1 rechanger celles des ,anglois noz voisins1 non seulement en subiect politique1 qui est celuy qu'on veut dispenser de constance1 mais au plus important subiect qui puisse estre1 sauoir de la religion4 ,dequoy i'ay honte et despit1 d'autant plus que c'est vne nation1 laquelle ceux de mon quartier ont eu autrefois vne si priue accointance1 qu'il reste encore en ma maison aucunes traces de nostre ancien cousinage4 ,et chez nous icy1 i'ay veu telle chose qui nous estoit capitale1 deuenir legitime3 et nous qui en tenons d'autres1 sommes mesmes1 selon l'incertitude de la fortune guerriere1 d'estre vn iour criminels de lse majest humaine et diuine1 nostre iustice tombant la mercy de l'iniustice3 et en l'espace de peu d'annes de possession1 prenant vne essence contraire4 ,comment pouuoit ce ,dieu ancien plus clairement accuser en l'humaine cognoissance l'ignorance de l'estre diuin3 et apprendre aux hommes1 que leur religion n'estoit qu'vne piece de leur inuention1 propre lier leur societ1 qu'en declarant1 comme il fit1 ceux qui en recherchoient l'instruction de son trepied1 que le vray culte chacun1 estoit celuy qu'il trouuoit obseru par l'vsage du lieu1 o il estoit8 ,o ,dieu1 quelle obligation n'auons nous la benignit de nostre souuerain createur1 pour auoir desniais nostre creance de ces vagabondes et arbitraires deuotions1 et l'auoir loge sur l'eternelle base de sa saincte parolle8 ,que nous dira donc en cette necessit la philosophie8 que nous suyuions les loix de nostre pays8 c'est dire cette mer flottante des opinions d'vn peuple1 ou d'vn ,prince1 qui me peindront la iustice d'autant de couleurs1 et la reformeront en autant de visages1 qu'il y aura en eux de changemens de passion4 ,ie ne puis pas auoir le iugement si flexible4 ,quelle bont est-ce1 que ie voyois hyer en credit1 et demain ne l'estre plus3 et que le traiect d'vne riuiere fait crime8 ,quelle verit est-ce que ces montaignes bornent mensonge au monde qui se tient au del8 ,mais ils sont plaisans1 quand pour donner quelque certitude aux loix1 ils disent qu'il y en a aucunes fermes1 perpetuelles et immuables1 qu'ils nomment naturelles1 qui sont empreintes en l'humain genre par la condition de leur propre essence3 et de celles l1 qui en fait le nombre de trois1 qui de quatre1 qui plus1 qui moins3 signe1 que c'est vne marque aussi douteuse que le reste4 ,or ils sont si defortunez 7car comment puis-ie nommer cela1 sinon defortune1 que d'vn nombre de loix si infiny1 il ne s'en rencontre aumoins vne que la fortune et temerit du sort ait permis estre vniuersellement receu par le consentement de toutes les nations87 ils sont1 dis-ie1 si miserables1 que de ces trois ou quatre loix choisies1 il n'en y a vne seule1 qui ne soit contredite et desaduoee1 non par vne nation1 mais par plusieurs4 ,or c'est la seule enseigne vray-semblable1 par laquelle ils puissent argumenter aucunes loix naturelles1 que l'vniuersit de l'approbation3 car ce que ,nature nous auroit veritablement ordonn1 nous l'ensuyurions sans doubte d'vn commun consentement3 et non seulement toute nation1 mais tout homme particulier1 ressentiroit la force et la violence1 que luy feroit celuy1 qui le voudroit pousser au contraire de cette loy4 ,qu'ils m'en montrent pour voir1 vne de cette condition4 ,protagoras et ,ariston ne donnoyent autre essence la iustice des loix1 que l'authorit et opinion du legislateur3 et que cela mis part1 le bon et l'honneste perdoyent leurs qualitez1 et demeuroyent des noms vains1 de choses indifferentes4 ,thrasymachus en ,platon estime qu'il n'y a point d'autre droit que la commodit du superieur4 ,il n'est chose1 en quoy le monde soit si diuers qu'en coustumes et loix4 ,telle chose est icy abominable1 qui apporte recommandation ailleurs3 comme en ,lacedemone la subtilit de desrober4 ,les mariages entre les proches sont capitalement defendus entre nous1 ils sont ailleurs en honneur1 ,gentes esse feruntur1 ,in quibus et nato genitrix1 et nata parenti ,iungitur1 et pietas geminato crescit amore4 ,le meurtre des enfans1 meurtre des peres1 communication de femmes1 trafique de voleries1 licence toutes sortes de voluptez3 il n'est rien en somme si extreme1 qui ne se trouue receu par l'vsage de quelque nation4 ,il est croyable qu'il y a des loix naturelles3 comme il se voit s autres creatures3 mais en nous elles sont perdus1 cette belle raison humaine s'ingerant par tout de maistriser et commander1 brouillant et confondant le visage des choses1 selon sa vanit et inconstance4 ,nihil itaque amplius nostrum est3 quod nostrum dico1 artis est4 ,les subiets ont diuers lustres et diuerses considerations3 c'est de l que s'engendre principalement la diversit d'opinions4 ,vne nation regarde vn subiect par vn visage1 et s'arreste celuy l3 l'autre par vn autre4 ,il n'est rien si horrible imaginer1 que de manger son pere4 ,les peuples qui auoyent anciennement cette coustume1 la prenoyent toutesfois pour tesmoignage de piet et de bonne affection1 cherchant par l donner leurs progeniteurs la plus digne et honorable sepulture3 logeants en eux mesmes et comme en leurs moelles1 les corps de leurs peres et leurs reliques3 les viuifiants aucunement et regenerants par la transmutation en leur chair viue1 au moyen de la digestion et du nourrissement4 ,il est ays considerer quelle cruaut et abomination c'eust est des hommes abreuuez et imbus de cette superstition1 de ietter la despouille des parens la corruption de la terre1 et nourriture des bestes et des vers4 ,lycurgus considera au larrecin1 la viuacit1 diligence1 hardiesse1 et adresse1 qu'il y a surprendre quelque chose de son voisin1 et l'vtilit qui reuient au public1 que chacun en regarde plus curieusement la conseruation de ce qui est sien3 et estima que de cette double institution1 assaillir et defendre1 il s'en tiroit du fruit la discipline militaire 7qui estoit la principale science et vertu1 quoy il vouloit duire cette nation7 de plus grande consideration1 que n'estoit le desordre et l'iniustice de se preualoir de la chose d'autruy4 ,dionysius le tyran offrit ,platon vne robbe la mode de ,perse1 longue1 damasquine1 et parfume3 ,platon la refusa1 disant1 qu'estant nay homme1 il ne vestiroit pas volontiers de robbe de femme3 mais ,aristippus l'accepta1 auec cette responce1 que nul accoustrement ne pouuoit corrompre vn chaste courage4 ,ses amis tanoient sa laschet de prendre si peu cur1 que ,dionysius luy eust crach au visage3 ,les pescheurs1 dit-il1 souffrent bien d'estre baigns des ondes de la mer1 depuis la teste iusqu'aux pieds1 pour attraper vn goujon4 ,diogenes lauoit ses choulx1 et le voyant passer1 ,si tu savois viure de choulx1 tu ne ferois pas la cour vn tyran4 ,a quoy ,aristippus1 ,si tu sauois viure entre les hommes1 tu ne lauerois pas des choulx4 ,voyl comment la raison fournit d'apparence diuers effects4 ,c'est vn pot deux ances1 qu'on peut saisir gauche et dextre4 ,bellum1 terra hospita1 portas3 ,bello armantur equi1 bellum hc armenta minantur3 ,sed tamen ijdem olim curru succedere sueti ,quadrupedes1 et frena iugo concordia ferre1 ,spes est pacis4 ,on preschoit ,solon de n'espandre pour la mort de son fils des armes impuissantes et inutiles3 ,et c'est pour cela1 dit-il1 que plus iustement ie les espans1 qu'elles sont inutiles et impuissantes4 ,la femme de ,socrates rengregeoit son deuil par telle circonstance1 ,o qu'iniustement le font mourir ces meschants iuges6 ,aimerois tu donc mieux que ce fust iustement8 luy repliqua il4 ,nous portons les oreilles perces1 les ,grecs tenoient cela pour vne marque de seruitude4 ,nous nous cachons pour iour de nos femmes1 les ,indiens le font en public4 ,les ,scythes immoloyent les estrangers en leurs temples1 ailleurs les temples seruent de franchise4 ,inde furor vulgi1 qud numina vicinorum ,odit quisque locus1 cm solos credat habendos ,esse ,deos quos ipse colit4 ,i'ay ouy parler d'vn iuge1 lequel o il rencontroit vn aspre conflit entre ,bartolus et ,baldus1 et quelque matiere agite de plusieurs contrarietez1 mettoit en marge de son liure4 ,question pour l'amy1 c'est dire que la verit estoit si embrouille et debatue1 qu'en pareille cause1 il pourroit fauoriser celle des parties que bon luy sembleroit4 ,il ne tenoit qu' faute d'esprit et de suffisance1 qu'il ne peust mettre par tout1 ,question pour l'amy4 ,les aduocats et les iuges de nostre temps1 trouuent toutes causes1 assez de biais pour les accommoder o bon leur semble4 ,a vne science si infinie1 dpendant de l'authorit de tant d'opinions1 et d'vn subiect si arbitraire1 il ne peut estre1 qu'il n'en naisse vne confusion extreme de iugemens4 ,aussi n'est-il guere si clair procs1 auquel les aduis ne se trouuent diuers3 ce qu'vne compaignie a iug1 l'autre le iuge au contraire1 et elle mesmes au contraire vne autre fois4 ,dequoy nous voyons des exemples ordinaires1 par cette licence1 qui tache merueilleusement la cerimonieuse authorit et lustre de nostre iustice1 de ne s'arrester aux arrests1 et courir des vns aux autres iuges1 pour decider d'vne mesme cause4 ,quant la libert des opinions philosophiques1 touchant le vice et la vertu1 c'est chose o il n'est besoing de s'estendre3 et o il se trouue plusieurs aduis1 qui valent mieux teus que publiez aux foibles esprits4 ,arcesilaus disoit n'estre considerable en la paillardise1 de quel cost et par o on le fust4 ,et obscnas voluptates1 si natura requirit non genere1 aut loco1 aut ordine1 sed forma1 tate1 figura metiendas ,epicurus putat4 ,ne amores quidem sanctos sapiente alienos esse arbitrantur4 ,quramus ad quam vsque tatem iuuenes amandi sint4 ,ces deux derniers lieux ,stoques1 et sur ce propos1 le reproche de ,diogarchus ,platon mesme1 montrent combien la plus saine philosophie souffre de licences esloignes de l'vsage commun1 et excessiues4 ,les loix prennent leur authorit de la possession et de l'vsage3 il est dangereux de les ramener leur naissance3 elles grossissent et s'annoblissent en roulant1 comme nos riuieres3 suyuez les contremont iusques leur source1 ce n'est qu'vn petit surjon d'eau peine recognoissable1 qui s'enorgueillit ainsin1 et se fortifie1 en vieillissant4 ,voyez les anciennes considerations1 qui ont donn le premier branle ce fameux torrent1 plein de dignit1 d'horreur et de reuerence3 vous les trouuerez si legeres et si delicates1 que ces gens icy qui poisent tout1 et le ramenent la raison1 et qui ne reoiuent rien par authorit et credit1 il n'est pas merueille s'ils ont leurs iugements souuent tres-esloignez des iugemens publiques4 ,gens qui prennent pour patron l'image premiere de ,nature1 il n'est pas merueille1 si en la pluspart de leurs opinions1 ils gauchissent la voye commune4 ,comme pour exemple3 peu d'entre eux eussent approuu les conditions contrainctes de nos mariages3 et la plus part ont voulu les femmes communes1 et sans obligation4 ,ils refusoient nos ceremonies4 ,chrysippus disoit1 qu'vn philosophe fera vne douzaine de culebutes en public1 voire sans haut de chausses1 pour vne douzaine d'oliues4 ,a peine eust il donn aduis ,clisthenes de refuser la belle ,agariste sa fille1 ,hippoclides1 pour luy auoir veu faire l'arbre fourch sur vne table4 ,metrocles lascha vn peu indiscretement vn pet en disputant1 en presence de son eschole3 et se tenoit en sa maison cach de honte1 iusques ce que ,crates le fut visiter3 et adioustant ses consolations et raisons1 l'exemple de sa libert1 se mettant peter l'enuy auec luy1 il luy osta ce scrupule3 et de plus1 le retira sa secte ,stoque1 plus franche1 de la secte ,peripatetique plus ciuile1 laquelle iusque lors il auoit suiuy4 ,ce que nous appellons honnestet1 de n'oser faire descouuert1 ce qui nous est honneste de faire couuert1 ils l'appelloient sottise3 et de faire le fin taire et desaduoer ce que nature1 coustume1 et nostre desir publient et proclament de nos actions1 ils l'estimoyent vice4 ,et leur sembloit1 que c'estoit affoller les mysteres de ,venus1 que de les oster du retir sacraire de son temple1 pour les exposer la veu du peuple3 et que tirer ses jeux hors du rideau1 c'estoit les perdre4 ,c'est chose de poix1 que la honte3 la recelation1 reseruation1 circonscription1 parties de l'estimation4 ,que la volupt tres ingenieusement faisoit instance1 sous le masque de la vertu1 de n'estre prostitue au milieu des quarrefours1 foule des pieds et des yeux de la commune1 trouuant dire la dignit et commodit de ses cabinets accoustumez4 ,de l disent aucuns1 que d'oster les bordels publiques1 c'est non seulement espandre par tout la paillardise1 qui estoit assigne ce lieu l1 mais encore esguillonner les hommes vagabonds et oisifs ce vice1 par la malaisance4 ,mchus es ,aufidi1 qui vir1 ,coruine1 fuisti2 ,riualis fuerat qui tuus1 ille vir est4 ,cur aliena placet tibi1 qu tua non placet vxor8 ,nunquid securus non potes arrigere8 ,cette experience se diuersifie en mille exemples4 ,nullus in vrbe fuit tota1 qui tangere vellet ,vxorem gratis ,cciliane tuam1 ,dum licuit3 sed nunc1 positis custodibus1 ingens ,turba fututorum est4 ,ingeniosus homo es4 ,on demanda vn philosophe qu'on surprit mesme1 ce qu'il faisoit3 il respondit tout froidement1 ,ie plante vn homme3 ne rougissant non plus d'estre rencontr en cela1 que si on l'eust trouu plantant des aulx4 ,c'est1 comme i'estime1 d'vne opinion tendre1 respectueuse1 qu'vn grand et religieux autheur tient cette action1 si necessairement oblige l'occultation et la vergongne1 qu'en la licence des embrassements ,cyniques1 il ne se peut persuader1 que la besoigne en vinst sa fin3 ains qu'elle s'arrestoit representer des mouuements lascifs seulement1 pour maintenir l'impudence de la profession de leur eschole3 et que pour eslancer ce que la honte auoit contrainct et retir1 il leur estoit encore apres besoin de chercher l'ombre4 ,il n'auoit pas veu assez auant en leur desbauche4 ,car ,diogenes exerant en publiq sa masturbation1 faisoit souhait en presence du peuple assistant1 de pouuoir ainsi saouler son ventre en le frottant4 ,a ceux qui luy demandoyent1 pourquoy il ne cherchoit lieu plus commode manger1 qu'en pleine ru3 ,c'est1 respondoit il1 que i'ay faim en pleine ru4 ,les femmes philosophes1 qui se mesloyent leur secte1 se mesloyent aussi leur personne1 en tout lieu1 sans discretion3 et ,hipparchia ne fut receu en la societ de ,crates1 qu'en condition de suyure en toutes choses les vz et coustumes de sa regle4 ,ces philosophes icy donnoient extreme prix la vertu3 et refusoyent toutes autres disciplines que la morale3 si est-ce qu'en toutes actions ils attribuoyent la souueraine authorit l'election de leur sage1 et au dessus des loix3 et n'ordonnoyent aux voluptez autre bride1 que la moderation1 et la conseruation de la libert d'autruy4 ,heraclitus et ,protagoras1 de ce que le vin semble amer au malade1 et gracieux au sain3 l'auiron tortu dans l'eau1 et droit ceux qui le voyent hors de l3 et de pareilles apparences contraires qui se trouuent aux subiects1 argumenterent que tous subiects auoyent en eux les causes de ces apparences3 et qu'il y auoit au vin quelque amertume1 qui se rapportoit au goust du malade2 l'auiron1 certaine qualit courbe1 se rapportant celuy qui le regarde dans l'eau4 ,et ainsi de tout le reste4 ,qui est dire1 que tout est en toutes choses1 et par consequent rien en aucune3 car rien n'est1 o tout est4 ,cette opinion me ramentoit l'experience que nous auons1 qu'il n'est aucun sens ny visage1 ou droict1 ou amer1 ou doux1 ou courbe1 que l'esprit humain ne trouue aux escrits1 qu'il entreprend de fouller4 ,en la parole la plus nette1 pure1 et parfaicte1 qui puisse estre1 combien de faucet et de mensonge a lon faict naistre8 quelle heresie n'y a trouu des fondements assez1 et tesmoignages1 pour entreprendre et pour se maintenir8 ,c'est pour cela1 que les autheurs de telles erreurs1 ne se veulent iamais departir de cette preuue du tesmoignage de l'interpretation des mots4 ,vn personnage de dignit1 me voulant approuuer par authorit1 cette queste de la pierre philosophale1 o il est tout plong3 m'allegua dernierement cinq ou six passages de la ,bible1 sur lesquels1 il disoit1 s'estre premierement fond pour la descharge de sa conscience3 7car il est de profession ecclesiastique7 et la verit l'inuention n'en estoit pas seulement plaisante1 mais encore bien proprement accommode la deffence de cette belle science4 ,par cette voye1 se gaigne le credit des fables diuinatrices4 ,il n'est prognostiqueur1 s'il a cette authorit1 qu'on le daigne feuilleter1 et rechercher curieusement tous les plis et lustres de ses paroles1 qui on ne face dire tout ce qu'on voudra1 comme aux ,sybilles4 ,il y a tant de moyens d'interpretation1 qu'il est malais que de biais1 ou de droit fil1 vn esprit ingenieux ne rencontre en tout subiect1 quelque air1 qui luy serue son poinct4 ,pourtant se trouue vn stile nubileux et doubteux1 en si frequent et ancien vsage4 ,que l'autheur puisse gaigner cela1 d'attirer et embesoigner soy la posterit4 ,ce que non seulement la suffisance1 mais autant1 ou plus1 la faueur fortuite de la matiere peut gaigner4 ,qu'au demeurant il se presente par bestise ou par finesse1 vn peu obscurement et diuersement3 ne luy chaille4 ,nombre d'esprits le belutants et secoants1 en exprimeront quantit de formes1 ou selon1 ou cost1 ou au contraire de la sienne1 qui luy feront toutes honneur4 ,il se verra enrichi des moyens de ses disciples1 comme les regents du ,landit4 ,c'est ce qui a faict valoir plusieurs choses de neant1 qui a mis en credit plusieurs escrits1 et charg de toute sorte de matiere qu'on a voulu3 vne mesme chose receuant mille et mille1 et autant qu'il nous plaist d'images et considerations diuerses4 ,est-il possible qu',homere aye voulu dire tout ce qu'on luy fait dire3 et qu'il se soit prest tant et si diuerses figures1 que les theologiens1 legislateurs1 capitaines1 philosophes1 toute sorte de gents1 qui traittent sciences1 pour diuersement et contrairement qu'ils les traittent1 s'appuyent de luy1 s'en rapportent luy3 ,maistre general touts offices1 ouurages1 et artisans3 ,general ,conseiller toutes entreprises8 ,quiconque a eu besoing d'oracles et de predictions1 en y a trouu pour son faict4 ,vn personnage sauant et de mes amis1 c'est merueille quels rencontres et combien admirables il y faict naistre1 en faueur de nostre religion3 et ne se peut aysment departir de cette opinion1 que ce ne soit le dessein d',homere1 7si luy est cet autheur aussi familier qu' homme de nostre siecle74 ,et ce qu'il trouue en faueur de la nostre1 plusieurs anciennement l'auoient trouu en faueur des leurs4 ,voyez demener et agiter ,platon1 chacun s'honorant de l'appliquer soy1 le couche du cost qu'il le veut4 ,on le promeine et l'insere toutes les nouuelles opinions1 que le monde reoit3 et le differente lon soy-mesmes selon le different cours des choses4 ,on fait desaduoer son sens1 les murs licites en son siecle1 d'autant qu'elles sont illicites au nostre4 ,tout cela1 viuement et puissamment1 autant qu'est puissant et vif l'esprit de l'interprete4 ,sur ce mesme fondement qu'auoit ,heraclitus1 et cette sienne sentence1 ,que toutes choses auoyent en elles les visages qu'on y trouuoit1 ,democritus en tiroit vne toute contraire conclusion3 c'est que les subiects n'auoient du tout rien de ce que nous y trouuions3 et de ce que le miel estoit doux l'vn1 et amer l'autre1 il argumentoit1 qu'il n'estoit ny doux1 ny amer4 ,les ,pyrrhoniens diroient qu'ils ne sauent s'il est doux ou amer1 ou ny l'vn ny l'autre1 ou tous les deux3 car ceux-cy gaignent tousiours le haut poinct de la dubitation4 ,les ,cyrenayens tenoyent1 que rien n'estoit perceptible par le dehors1 et que cela estoit seulement perceptible1 qui nous touchoit par l'interne attouchement1 comme la douleur et la volupt3 ne recognoissants ny ton1 ny couleur1 mais certaines affections seulement1 qui nous en venoyent3 et que l'homme n'auoit autre siege de son iugement4 ,protagoras estimoit estre vray chacun1 ce qui semble chacun4 ,les ,epicuriens logent aux sens tout iugement1 et en la notice des choses1 et en la volupt4 ,platon a voulu1 le iugement de la verit1 et la verit mesme retire des opinions et des sens1 appartenir l'esprit et la cogitation4 ,ce propos m'a port sur la consideration des sens1 ausquels git le plus grand fondement et preuue de nostre ignorance4 ,tout ce qui se cognoist1 il se cognoist sans doubte par la facult du cognoissant3 car puis que le iugement vient de l'operation de celuy qui iuge1 c'est raison que cette operation il la parface par ses moyens et volont1 non par la contraincte d'autruy3 comme il aduiendroit1 si nous cognoissions les choses par la force et selon la loy de leur essence4 ,or toute cognoissance s'achemine en nous par les sens1 ce sont nos maistres3 ,via qua munita fidei ,proxima fert humanum in pectus1 templque mentis4 ,la science commence par eux1 et se resout en eux4 ,apres tout1 nous ne saurions non plus qu'vne pierre1 si nous ne sauions1 qu'il y a son1 odeur1 lumiere1 faueur1 mesure1 poix1 mollesse1 durt1 aspret1 couleur1 polisseure1 largeur1 profondeur4 ,voyla le plant et les principes de tout le bastiment de nostre science4 ,et selon aucuns1 science n'est rien autre chose1 que sentiment4 ,quiconque me peut pousser contredire les sens1 il me tient la gorge1 il ne me sauroit faire reculer plus arriere4 ,les sens sont le commencement et la fin de l'humaine cognoissance4 ,inuenies primis ab sensibus esse creatam ,notitiam veri1 neque sensus posse refelli4 ,quid maiore fide porro qum sensus haberi ,debet8 ,qu'on leur attribue le moins qu'on pourra1 tousiours faudra il leur donner cela1 que par leur voye et entremise s'achemine toute nostre instruction4 ,cicero dit que ,chrysippus ayant essay de rabattre de la force des sens et de leur vertu1 se representa soy-mesmes des argumens au contraire1 et des oppositions si vehementes1 qu'il n'y peut satisfaire4 ,surquoy ,carneades1 qui maintenoit le contraire party1 se vantoit de se seruir des armes mesmes et paroles de ,chrysippus1 pour le combattre3 et s'escrioit cette cause contre luy3 ,o miserable1 ta force t'a perdu4 ,il n'est aucun absurde1 selon nous1 plus extreme1 que de maintenir que le feu n'eschauffe point1 que la lumiere n'esclaire point1 qu'il n'y a point de pesanteur au fer1 ny de fermet1 qui sont notices que nous apportent les sens2 ny creance1 ou science en l'homme1 qui se puisse comparer celle-l en certitude4 ,la premiere consideration que i'ay sur le subiect des sens1 est que ie mets en doubte que l'homme soit prouueu de tous sens naturels4 ,ie voy plusieurs animaux1 qui viuent vne vie entiere et parfaicte1 les vns sans la veu1 autres sans l'ouye3 qui sait si nous aussi il ne manque pas encore vn1 deux1 trois1 et plusieurs autres sens8 ,car s'il en manque quelqu'vn1 nostre discours n'en peut dcouurir le dfaut4 ,c'est le priuilege des sens1 d'tre l'extreme borne de nostre aperceuance4 ,il n'y a rien au del d'eux1 qui nous puisse seruir les descouurir3 voire ny l'vn sens n'en peut descouurir l'autre4 ,an poterunt oculos aures reprehendere1 an aures ,tactus1 an hunc porro tactum sapor arguet oris1 ,an confutabunt nares1 oculiue reuincent8 ,ils font trestous1 la ligne extreme de nostre facult4 ,seorsum cuique potestas ,diuisa est1 sua vis cuique est4 ,il est impossible de faire conceuoir vn homme naturellement aueugle1 qu'il n'y void pas1 impossible de luy faire desirer la veu et regretter son defaut4 ,parquoy1 nous ne deuons prendre aucune asseurance de ce que nostre ame est contente et satisfaicte de ceux que nous auons3 veu qu'elle n'a pas dequoy sentir en cela sa maladie et son imperfection1 si elle y est4 ,il est impossible de dire chose cet aueugle1 par discours1 argument1 ny similitude1 qui loge en son imagination aucune apprehension1 de lumiere1 de couleur1 et de veu4 ,il n'y a rien plus arriere1 qui puisse pousser le sens en euidence4 ,les aueugles nais1 qu'on void desirer voir1 ce n'est pas pour entendre ce qu'ils demandent3 ils ont appris de nous1 qu'ils ont dire quelque chose1 qu'ils ont quelque chose desirer1 qui est en nous1 laquelle ils nomment bien1 et ses effects et consequences3 mais ils ne sauent pourtant pas que c'est1 ny ne l'apprehendent ny pres ny loing4 ,i'ay veu vn ,gentil-homme de bonne maison1 aueugle nay1 aumoins aueugle de tel aage1 qu'il ne sait que c'est que de veu3 il entend si peu ce qui luy manque1 qu'il vse et se sert comme nous1 des paroles propres au voir1 et les applique d'vne mode toute sienne et particuliere4 ,on luy presentoit vn enfant duquel il estoit parrain1 l'ayant pris entre ses bras3 ,mon ,dieu1 dit-il1 le bel enfant1 qu'il le fait beau voir1 qu'il a le visage gay4 ,il dira comme l'vn d'entre nous1 ,cette sale a vne belle veu1 il fait clair1 il fait beau soleil4 ,il y a plus3 car par ce que ce sont nos exercices que la chasse1 la paume1 la bute1 et qu'il l'a ouy dire1 il s'y affectionne et s'y embesoigne3 et croid y auoir la mesme part1 que nous y auons3 il s'y picque et s'y plaist1 et ne les reoit pourtant que par les oreilles4 ,on luy crie1 que voyla vn liure1 quand on est en quelque belle splanade1 o il puisse picquer3 et puis on luy dit encore1 que voyla vn lieure pris3 le voyla aussi fier de sa prise1 comme il oit dire aux autres1 qu'ils le sont4 ,l'esteuf1 il le prend la main gauche1 et le pousse tout sa raquette3 de la harquebouse1 il en tire l'aduenture1 et se paye de ce que ses gens luy disent1 qu'il est ou haut1 ou costier4 ,que sait-on si le genre humain fait vne sottise pareille1 faute de quelque sens1 et que par ce defaut1 la plus part du visage des choses nous soit cach8 ,que sait-on1 si les difficultez que nous trouuons en plusieurs ouurages de ,nature1 viennent de l8 et si plusieurs effets des animaux qui excedent nostre capacit1 sont produicts par la facult de quelque sens1 que nous ayons dire8 et si aucuns d'entre eux ont vne vie plus pleine par ce moyen1 et entiere que la nostre8 ,nous saisissons la pomme quasi par tous nos sens3 nous y trouuons de la rougeur1 de la polisseure1 de l'odeur et de la douceur3 outre cela1 elle peut auoir d'autres vertus1 comme d'asseicher ou restreindre1 ausquelles nous n'auons point de sens qui se puisse rapporter4 ,les proprietez que nous appellons occultes en plusieurs choses1 comme l'aymant d'attirer le fer1 n'est-il pas vraysemblable qu'il y a des facultez sensitiues en ,nature propres les iuger et les apperceuoir1 et que le defaut de telles facultez1 nous apporte l'ignorance de la vraye essence de telles choses8 ,c'est l'auanture quelque sens particulier1 qui descouure aux coqs l'heure du matin et de minuict1 et les esmeut chanter3 qui apprend aux poulles1 avaut tout vsage et experience1 de craindre vn esparuier1 et non vne oye1 ny vn paon1 plus grandes bestes3 qui aduertit les poulets de la qualit hostile1 qui est au chat contr'eux1 et ne se deffier du chien3 s'armer contre le miaulement1 voix aucunement flatteuse1 non contre l'abayer1 voix aspre et quereleuse4 ,aux freslons1 aux formis1 et aux rats1 de choisir tousiours le meilleur formage et la meilleure poire1 auant que d'y auoir tast1 et qui achemine le cerf1 l'elephant et le serpent la cognoissance de certaine herbe propre leur guerison4 ,il n'y a sens1 qui n'ait vne grande domination1 et qui n'apporte par son moyen vn nombre infiny de cognoissances4 ,si nous auions dire l'intelligence des sons1 de l'harmonie1 et de la voix1 cela apporteroit vne confusion inimaginable tout le reste de nostre science4 ,car outre ce qui est attach au propre effect de chaque sens1 combien d'argumens1 de consequences1 et de conclusions tirons nous aux autres choses par la comparaison de l'vn sens l'autre8 ,qu'vn homme entendu1 imagine l'humaine nature produicte originellement sans la veu1 et discoure combien d'ignorance et de trouble luy apporteroit vn tel defaut1 combien de tenebres et d'aueuglement en nostre ame3 on verra par l1 combien nous importe1 la cognoissance de la verit1 la priuation d'vn autre tel sens1 ou de deux1 ou de trois1 si elle est en nous4 ,nous auons form vne verit par la consultation et concurrence de nos cinq sens3 mais l'aduenture falloit-il l'accord de huict1 ou de dix sens1 et leur contribution1 pour l'apperceuoir certainement et en son essence4 ,les sectes qui combatent la science de l'homme1 elles la combatent principalement par l'incertitude et foiblesse de nos sens4 ,car puis que toute cognoissance vient en nous par leur entremise et moyen1 s'ils faillent au rapport qu'ils nous font1 s'ils corrompent ou alterent ce1 qu'ils nous charrient du dehors1 si la lumiere qui par eux s'coule en nostre ame est obscurcie au passage1 nous n'auons plus que tenir4 ,de cette extreme difficult sont nes toutes ces fantasies3 que chaque subiect a en soy tout ce que nous y trouuons3 qu'il n'a rien de ce que nous y pensons trouuer3 et celle des ,epicuriens1 que le soleil n'est non plus grand que ce que nostre veu le iuge3 ,quicquid id est1 nihilo fertur maiore figura1 ,qum1 nostris oculis quam cernimus1 esse videtur3 que les apparences1 qui representent vn corps grand1 celuy qui en est voisin1 et plus petit1 celuy qui en est esloign1 sont toutes deux vrayes3 ,nec tamen hic oculos falli concedimus hilum2 ,proinde animi vitium hoc oculis adfingere noli3 et resolument qu'il n'y a aucune tromperie aux sens3 qu'il faut passer leur mercy1 et chercher ailleurs des raisons pour excuser la difference et contradiction que nous y trouuons4 ,voyre inuenter toute autre mensonge et resuerie 7ils en viennent iusques l7 plustost que d'accuser les sens4 ,timagoras iuroit1 que pour presser ou biaiser son uil1 il n'auoit iamais apperceu doubler la lumiere de la chandelle3 et que cette semblance venoit du vice de l'opinion1 non de l'instrument4 ,de toutes les absurditez la plus absurde aux ,epicuriens1 est1 desauoer la force et l'effect des sens4 ,proinde quod in quoque est his visum tempore1 verum est4 ,et1 si non potuit ratio dissoluere causam1 ,cur ea qu fuerint iuxtim quadrata1 procul sint ,visa rotunda3 tamen prstat rationis egentem ,reddere mendos causas vtriusque figur1 ,qum manibus manifesta suis emittere ququam1 ,et violare fidem primam1 et conuellere tota ,fundamenta1 quibus nixatur vita salsque4 ,non mod enim ratio ruat omnis1 vita quoque ipsa ,concidat extemplo1 nisi credere sensibus ausis1 ,prcipitsque locos vitare1 et ctera qu sint ,in genere hoc fugienda4 ,ce conseil desesper et si peu philosophique1 ne represente autre chose1 sinon que l'humaine science ne se peut maintenir que par raison des-raisonnable1 folle et forcene3 mais qu'encore vaut-il mieux1 que l'homme1 pour se faire valoir1 s'en serue1 et de tout autre remede1 tant fantastique soit-il1 que d'aduoer sa necessaire bestise3 verit si desaduantageuse4 ,il ne peut fur1 que les sens ne soyent les souuerains maistres de sa cognoissance3 mais ils sont incertains et falsifiables toutes circonstances4 ,c'est-l1 o il faut battre outrance3 et1 si les forces iustes nous faillent1 comme elles font1 y employer l'opiniastret1 la temerit1 l'impudence4 ,au cas1 que ce que disent les ,epicuriens soit vray1 sauoir1 que nous n'auons pas de science1 si les apparences des sens sont fauces3 et ce que disent les ,stociens1 s'il est aussi vray1 que les apparences des sens sont si fauces qu'elles ne nous peuuent produire aucune science3 nous concluerons aux despens de ces deux grandes sectes dogmatistes1 qu'il n'y a point de science4 ,quant l'erreur et incertitude de l'operation des sens1 chacun s'en peut fournir autant d'exemples qu'il luy plaira3 tant les faultes et tromperies qu'ils nous font1 sont ordinaires4 ,au retentir d'vn valon1 le son d'vne trompette semble venir deuant nous1 qui vient d'vne lieu derriere4 ,extantsque procul medio de gurgite montes1 ,idem apparent1 long diuersi licet4 ,et fugere ad puppim colles campique videntur ,quos agimus propter nauim4 ,vbi in medio nobis equus acer obhsit ,flumine1 equi corpus transuersum ferre videtur ,vis1 et in aduersum flumen contrudere raptim4 ,a manier vne balle d'arquebuse1 soubs le second doigt1 celuy du milieu estant entrelass par dessus1 il faut extremement se contraindre1 pour aduoer1 qu'il n'y en ait qu'vne1 tant le sens nous en represente deux4 ,car que les sens soyent maintesfois maistres du discours1 et le contraignent de receuoir des impressions qu'il sait et iuge estre faulces1 il se void tous coups4 ,ie laisse part celuy de l'attouchement1 qui a ses functions plus voisines1 plus viues et substantielles1 qui renuerse tant de fois par l'effect de la douleur qu'il apporte au corps1 toutes ces belles resolutions ,stoques1 et contraint de crier au ventre1 celuy qui a estably en son ame ce dogme auec toute resolution1 que la colique1 comme toute autre maladie et douleur1 est chose indifferente1 n'ayant la force de rien rabbattre du souuerain bon-heur et felicit1 en laquelle le sage est log par sa vertu4 ,il n'est cur si mol1 que le son de nos tabourins et de nos trompettes n'eschauffe1 ny si dur que la douceur de la musique n'esueille et ne chatouille3 ny ame si reuesche1 qui ne se sente touche de quelque reuerence1 considerer cette vastit sombre de noz eglises1 la diuersit d'ornemens1 et ordre de noz ceremonies1 et ouyr le son deuotieux de noz orgues1 et l'harmonie si pose1 et religieuse de noz voix4 ,ceux mesme qui y entrent auec mespris1 sentent quelque frisson dans le cur1 et quelque horreur1 qui les met en deffiance de leur opinion4 ,quant moy1 ie ne m'estime point assez fort1 pour ouyr en sens rassis1 des vers d',horace1 et de ,catulle1 chantez d'vne voix suffisante1 par vne belle et ieune bouche4 ,et ,zenon auoit raison de dire1 que la voix estoit la fleur de la beaut4 ,on m'a voulu faire accroire1 qu'vn homme que tous nous autres ,franois cognoissons1 m'auoit impos1 en me recitant des vers1 qu'il auoit faicts3 qu'ils n'estoyent pas tels sur le papier1 qu'en l'air3 et que mes yeux en feroyent contraire iugement mes oreilles3 tant la prononciation a de credit donner prix et faon aux ouurages1 qui passent sa mercy4 ,surquoy ,philoxenus ne fut pas fascheux1 en ce1 qu'oyant vn1 donner mauuais ton quelque sienne composition1 il se print fouler aux pieds1 et casser de la brique1 qui estoit luy3 disant1 ,ie romps ce qui est toy1 comme tu corromps ce qui est moy4 ,a quoy faire1 ceux mesmes qui se sont donnez la mort d'vne certaine resolution1 destournoyent-ils la face1 pour ne voir le coup qu'ils se faisoyent donner8 et ceux qui pour leur sant desirent et commandent qu'on les incise et cauterise1 ne peuuent soustenir la veu des apprests1 vtils et operation du chirurgien1 attendu que la veu ne doit auoir aucune participation cette douleur8 ,cela ne sont ce pas propres exemples verifier l'authorit que les sens ont sur le discours8 ,nous auons beau sauoir que ces tresses sont empruntes d'vn page ou d'vn lacquais3 que cette rougeur est venue d',espaigne1 et cette blancheur et polisseure1 de la mer ,oceane3 encore faut-il que la veu nous force d'en trouuer le subject plus aimable et plus agreable1 contre toute raison4 ,car en cela il n'y a rien du sien4 ,auferimur cultu1 gemmis3 aurque teguntur ,crimina1 pars minima est ipsa puella sui4 ,spe vbi sit quod ames inter tam multa requiras3 ,decipit hac oculos gide1 diues amor4 ,combien donnent la force des sens les potes1 qui font ,narcisse esperdu de l'amour de son ombre3 ,cunctque miratur1 quibus est mirabilis ipse2 ,se cupit imprudens2 et qui probat1 ipse probatur2 ,dmque petit1 petitur3 paritrque accendit et ardent3 et l'entendement de ,pygmalion si troubl par l'impression de la veu de sa statue d'iuoire1 qu'il l'aime et la serue pour viue3 ,oscula dat reddique putat1 sequitrque tentque1 ,et credit tactis digitos infidere membris1 ,et metuit pressos veniat ne liuor in artus4 ,qu'on loge vn philosophe dans vne cage de menus filets de fer clair-semez1 qui soit suspendue au hault des tours nostre ,dame de ,paris2 il verra par raison euidente1 qu'il est impossible qu'il en tombe2 et si ne se sauroit garder1 s'il n'a accoustum le mestier des couureurs1 que la veu de cette haulteur extreme1 ne l'espouuante et ne le transisse4 ,car nous auons assez affaire de nous asseurer aux galeries1 qui sont en nos clochers1 si elles sont faonnes iour1 encores qu'elles soyent de pierre4 ,il y en a qui n'en peuuent pas seulement porter la pense4 ,qu'on iette vne poultre entre ces deux tours d'vne grosseur telle qu'il nous la faut nous promener dessus1 il n'y a sagesse philosophique de si grande fermet1 qui puisse nous donner courage d'y marcher1 comme nous ferions si elle estoit terre4 ,i'ay souuent essay cela1 en noz montaignes de dea1 et si suis de ceux qui ne s'effrayent que mediocrement de telles choses1 que ie ne pouuoy souffrir la veu de cette profondeur infinie1 sans horreur et tremblement de iarrets et de cuisses1 encores qu'il s'en fallust bien ma longueur1 que ie ne fusse du tout au bord1 et n'eusse seu choir1 si ie ne me fusse port escient au danger4 ,i'y remarquay aussi1 quelque haulteur qu'il y eust1 pourueu qu'en cette pente il s'y presentast vn arbre1 ou bosse de rocher1 pour soustenir vn peu la veu1 et la diuiser1 que cela nous allege et donne asseurance2 comme si c'estoit chose dequoy la cheute nous peussions receuoir secours3 mais que les precipices coupez et vniz1 nous ne les pouuons pas seulement regarder sans tournoyement de teste3 vt despici sine vertigine simul oculornm animique non possit3 qui est vne euidente imposture de la veu4 ,ce fut pourquoy ce beau philosophe se creua les yeux1 pour descharger l'ame de la desbauche qu'elle en receuoit1 et pouuoir philosopher plus en libert4 ,mais ce comte1 il se deuoit aussi faire estoupper les oreilles1 que ,theophrastus dit estre le plus dangereux instrument que nous ayons pour receuoir des impressions violentes nous troubler et changer2 et se deuoit priuer en fin de tous les autres sens2 c'est dire de son estre et de sa vie4 ,car ils ont tous cette puissance1 de commander nostre discours et nostre ame4 ,fit etiam spe specie quadam1 spe vocum grauitate et cantibus1 vt pellantur animi vehementius3 spe etiam cura et timore4 ,les medecins tiennent1 qu'il y a certaines complexions1 qui s'agitent par aucuns sons et instrumens iusques la fureur4 ,i'en ay veu1 qui ne pouuoient ouyr ronger vn os soubs leur table sans perdre patience3 et n'est guere homme1 qui ne se trouble ce bruit aigre et poignant1 que font les limes en raclant le fer3 comme ouyr mascher pres de nous1 ou ouyr parler quelqu'vn1 qui ayt le passage du gosier ou du nez empesch1 plusieurs s'en esmeuuent1 iusques la colere et la haine4 ,ce flusteur protocole de ,gracchus1 qui amollissoit1 roidissoit1 et contournoit la voix de son maistre1 lors qu'il haranguoit ,rome1 quoy seruoit il1 si le mouuement et qualit du son1 n'auoit force esmouuoir et alterer le iugement des auditeurs8 ,vrayement il y a bien dequoy faire si grande feste de la fermet de cette belle piece1 qui se laisse manier et changer au bransle et accidens d'vn si leger vent4 ,cette mesme pipperie1 que les sens apportent nostre entendement1 ils la reoiuent leur tour4 ,nostre ame par fois s'en reuenche de mesme1 ils mentent1 et se trompent l'enuy4 ,ce que nous voyons et oyons agitez de colere1 nous ne l'oyons pas tel qu'il est4 ,et solem geminum1 et duplices se ostendere ,thebas4 ,l'obiect que nous aymons1 nous semble plus beau qu'il n'est3 ,multimodis igitur prauas turpsque videmus ,esse in deliciis1 summque in honore vigere3 et plus laid celuy que nous auons contre-cur4 ,a vn homme ennuy et afflig1 la clart du iour semble obscurcie et tenebreuse4 ,noz sens sont non seulement alterez1 mais souuent hebetez du tout1 par les passions de l'ame4 ,combien de choses voyons nous1 que nous n'apperceuons pas1 si nous auons nostre esprit empesch ailleurs8 ,in rebus quoque apertis noscere possis1 ,si non aduertas animum1 proinde esse1 quasi omni ,tempore semot fuerint1 longque remot4 ,il semble que l'ame retire au dedans1 et amuse les puissances des sens4 ,par ainsin et le dedans et le dehors de l'homme est plein de foiblesse et de mensonge4 ,ceux qui ont appari nostre vie vn songe1 ont eu de la raison1 l'aduanture plus qu'ils ne pensoyent4 ,quand nous songeons1 nostre ame vit1 agit1 exerce toutes ses facultez1 ne plus ne moins que quand elle veille2 mais si plus mollement et obscurement2 non de tant certes1 que la difference y soit1 comme de la nuict vne clart vifue3 ouy1 comme de la nuict l'ombre3 l elle dort1 icy elle sommeille3 plus et moins2 ce sont tousiours tenebres1 et tenebres ,cymmeriennes4 ,nous veillons dormants1 et veillants dormons4 ,ie ne voy pas si clair dans le sommeil3 mais quant au veiller1 ie ne le trouue iamais assez pur et sans nuage4 ,encore le sommeil en sa profondeur1 endort par fois les songes3 mais nostre veiller n'est iamais si esueill1 qu'il purge et dissipe bien poinct les resueries1 qui sont les songes des veillants1 et pires que songes4 ,nostre raison et nostre ame receuant les fantasies et opinions1 qui luy nayssent en dormant1 et authorizant les actions de noz songes de pareille approbation1 qu'elle fait celles du iour3 pourquoy ne mettons nous en doubte1 si nostre penser1 nostre agir1 est pas vn autre songer1 et nostre veiller1 quelque espece de dormir8 ,si les sens sont noz premiers iuges1 ce ne sont pas les nostres qu'il faut seuls appeller au conseil3 car en cette facult1 les animaux ont autant ou plus de droit que nous4 ,il est certain qu'aucuns ont l'ouye plus aigue que l'homme1 d'autres la veue1 d'autres le sentiment1 d'autres l'attouchement ou le goust4 ,democritus disoit que les ,dieux et les bestes auoyent les facultez sensitiues beaucoup plus parfaictes que l'homme4 ,or entre les effects de leurs sens1 et les nostres1 la difference est extreme4 ,nostre saliue nettoye et asseche noz playes1 elle tue le serpent4 ,tantque in his rebus distantia differitsque est1 ,vt quod aliis cibus est1 aliis fuat acre venenum4 ,spe etenim serpens1 hominis contacta saliua1 ,disperit1 ac sese mandendo conficit ipsa4 ,quelle qualit donnerons nous la saliue1 ou selon nous1 ou selon le serpent8 ,par quel des deux sens verifierons nous sa veritable essence que nous cherchons8 ,pline dit qu'il y a aux ,indes certains lieures marins1 qui nous sont poison1 et nous eux3 de maniere que du seul attouchement nous les tuons4 ,qui sera veritablement poison1 ou l'homme1 ou le poisson8 qui en croirons nous1 ou au poisson de l'homme1 ou l'homme du poisson8 ,quelque qualit d'air infecte l'homme qui ne nuit point au buf2 quelque autre le buf1 qui ne nuit point l'homme2 laquelle des deux sera en verit et en nature pestilente qualit8 ,ceux qui ont la iaunisse1 ils voyent toutes choses iaunastres et plus pasles que nous3 ,lurida prterea fiunt qucunque tuentur ,arquati4 ,ceux qui ont cette maladie que les medecins nomment ,hyposphragma1 qui est vne suffusion de sang soubs la peau1 voient toutes choses rouges et sanglantes4 ,ces humeurs1 qui changent ainsi les operations de nostre veu1 que sauons nous si elles predominent aux bestes1 et leur sont ordinaires8 ,car nous en voyons les vnes1 qui ont les yeux iaunes1 comme noz malades de iaunisse1 d'autres qui les ont sanglans de rougeur3 celles l1 il est vray-semblable1 que la couleur des obiects paroist autre qu' nous3 quel iugement des deux sera le vray8 ,car il n'est pas dict1 que l'essence des choses1 se rapporte l'homme seul4 ,la duret1 la blancheur1 la profondeur1 et l'aigreur1 touchent le seruice et science des animaux1 comme la nostre3 ,nature leur en a donn l'vsage comme nous4 ,quand nous pressons l'il1 les corps que nous regardons1 nous les apperceuons plus longs et estendus3 plusieurs bestes ont l'il ainsi press3 cette longueur est donc l'aduanture la veritable forme de ce corps1 non pas celle que noz yeux luy donnent en leur assiette ordinaire4 ,si nous serrons l'il par dessoubs1 les choses nous semblent doubles3 ,bina lucernarum florentia lumina flammis1 ,et duplices hominum facies1 et corpora bina4 ,si nous auons les oreilles empesches de quelque chose1 ou le passage de l'ouye resserr1 nous receuons le son autre1 que nous ne faisons ordinairement3 les animaux qui ont les oreilles velues1 ou qui n'ont qu'vn bien petit trou au lieu de l'oreille1 ils n'oyent par consequent pas ce que nous oyons1 et reoiuent le son autre4 ,nous voyons aux festes et aux theatres1 qu'opposant la lumiere des flambeaux1 vne vitre teinte de quelque couleur1 tout ce qui est en ce lieu1 nous appert ou vert1 ou iaune1 ou violet3 ,et vulg faciunt id lutea russque vela1 ,et ferrugina1 cm1 magnis intenta theatris1 ,per malos volgata trabsque trementia pendent3 ,namque ibi consessum caueai subter1 et omnem ,scenai speciem1 patrum1 matrmque1 deromque ,inficiunt1 cogntque suo volitare colore4 ,il est vray-semblable que les yeux des animaux1 que nous voyons estre de diuerse couleur1 leur produisent les apparences des corps de mesmes leurs yeux4 ,pour le iugement de l'operation des sens1 il faudroit donc que nous en fussions premierement d'accord auec les bestes1 secondement entre nous mesmes4 ,ce que nous ne sommes aucunement3 et entrons en debat tous les coups de ce que l'vn oyt1 void1 ou gouste1 quelque chose autrement qu'vn autre3 et debattons autant que d'autre chose1 de la diuersit des images que les sens nous rapportent4 ,autrement oit1 et voit par la regle ordinaire de nature1 et autrement gouste1 vn enfant qu'vn homme de trente ans3 et cettuy-cy autrement qu'vn sexagenaire4 ,les sens sont aux vns plus obscurs et plus sombres1 aux autres plus ouuerts et plus aigus4 ,nous receuons les choses autres et autres selon que nous sommes1 et qu'il nous semble4 ,or nostre sembler estant si incertain et controuers1 ce n'est plus miracle1 si on nous dit1 que nous pouuons auour que la neige nous apparoist blanche1 mais que d'establir si de son essence elle est telle1 et la verit1 nous ne nous en saurions respondre3 et ce commencement esbranl1 toute la science du monde s'en va necessairement vau-l'eau4 ,quoy1 que noz sens mesmes s'entr'empeschent l'vn l'autre8 vne peinture semble esleue la veue1 au maniement elle semble plate3 dirons nous que le musque soit aggreable ou non1 qui resiouit nostre sentiment1 et offence nostre goust8 ,il y a des herbes et des vnguens propres vne partie du corps1 qui en blessent vne autre3 le miel est plaisant au goust1 mal plaisant la veue4 ,ces bagues qui sont entailles en forme de plumes1 qu'on appelle en deuise1 pennes sans fin1 il n'y a il qui en puisse discerner la largeur1 et qui se seust deffendre de cette pipperie1 que d'vn cost elle n'aille en eslargissant1 et s'appointant et estressissant par l'autre1 mesmes quand on la roulle autour du doigt3 toutesfois au maniement elle vous semble equable en largeur et par tout pareille4 ,ces personnes qui pour aider leur volupt1 se seruoyent anciennement de miroirs1 propres grossir et aggrandir l'obiect qu'ils representent1 affin que les membres qu'ils auoient embesongner1 leur pleussent d'auantage par cette accroissance oculaire3 auquel des deux sens donnoient-ils gaign1 ou la veue qui leur representoit ces membres gros et grands souhait1 ou l'attouchement qui les leur presentoit petits et desdaignables8 ,sont-ce nos sens qui prestent au subject ces diuerses conditions1 et que les subjects n'en ayent pourtant qu'vne8 ,comme nous voyons du pain que nous mangeons2 ce n'est que pain1 mais nostre vsage en fait des os1 du sang1 de la chair1 des poils1 et des ongles3 ,vt cibus1 in membra atque artus cm diditur omnes1 ,disperit1 atque aliam naturam sufficit ex se4 ,l'humeur que succe la racine d'vn arbre1 elle se fait tronc1 feuille et fruict3 l'air n'estant qu'vn1 il se fait par l'application vne trompette1 diuers en mille sortes de sons4 ,sont-ce1 dis-ie1 noz sens qui faonnent de mesme1 de diuerses qualitez ces subjects2 ou s'ils les ont telles8 ,et sur ce doubte1 que pouuons nous resoudre de leur veritable essence8 ,d'auantage puis que les accidens des maladies1 de la resuerie1 ou du sommeil1 nous font paroistre les choses autres1 qu'elles ne paroissent aux sains1 aux sages1 et ceux qui veillent3 n'est-il pas vray-semblable que nostre assiette droicte1 et noz humeurs naturelles1 ont aussi dequoy donner vn estre aux choses1 se rapportant leur condition1 et les accommoder soy1 comme font les humeurs desregles3 et nostre sant aussi capable de leur fournir son visage1 comme la maladie8 ,pourquoy n'a le temper quelque forme des obiects relatiue soy1 comme l'intemper3 et ne leur imprimera-il pareillement son charactere8 ,le desgoust charge la fadeur au vin2 le sain la saueur2 l'alter la friandise4 ,or nostre estat accommodant les choses soy1 et les transformant selon soy1 nous ne sauons plus quelles sont les choses en verit1 car rien ne vient nous que falsifi et alter par noz sens4 ,o le compas1 l'esquarre1 et la regle sont gauches1 toutes les proportions qui s'en tirent1 tous les bastimens qui se dressent leur mesure1 sont aussi necessairement manques et deffaillans4 ,l'incertitude de noz sens rend incertain tout ce qu'ils produisent4 ,denique vt in fabrica1 si praua est regula prima1 ,normque si fallax rectis regionibus exit1 ,et libella aliqua si ex parte claudicat hilum1 ,omnia mendos fieri1 atque obstipa necessum est1 ,praua1 cubantia1 prona1 supina1 atque absona tecta1 ,iam ruere vt qudam videantur velle1 runtque ,prodita iudiciis fallacibus omnia primis4 ,hic igitur ratio tibi rerum praua necesse est1 ,falsque sit falsis qucumque sensibus orta est4 ,au demeurant1 qui sera propre iuger de ces differences8 ,comme nous disons aux debats de la religion1 qu'il nous faut vn iuge non attach l'vn ny l'autre party1 exempt de choix et d'affection1 ce qui ne se peut parmy les ,chrestiens3 il aduient de mesme en cecy3 car s'il est vieil1 il ne peut iuger du sentiment de la vieillesse1 estant luy mesme partie en ce debat3 s'il est ieune1 de mesme3 sain1 de mesme1 de mesme malade1 dormant1 et veillant3 il nous faudroit quelqu'vn exempt de toutes ces qualitez1 afin que sans proccupation de iugement1 il iugeast de ces propositions1 comme luy indifferentes3 et ce compte il nous faudroit vn iuge qui ne fust pas4 ,pour iuger des apparences que nous receuons des subjects1 il nous faudroit vn instrument iudicatoire3 pour verifier cet instrument1 il nous y faut de la demonstration3 pour verifier la demonstration1 vn instrument1 nous voila au rouet4 ,puis que les sens ne peuuent arrester nostre dispute1 estans pleins eux-mesmes d'incertitude1 il faut que ce soit la raison3 aucune raison ne s'establira sans vne autre raison1 nous voyla reculons iusques l'infiny4 ,nostre fantasie ne s'applique pas aux choses estrangeres1 ains elle est conceue par l'entremise des sens1 et les sens ne comprennent pas le subject estranger1 ains seulement leurs propres passions3 et par ainsi la fantasie et apparence n'est pas du subject1 ains seulement de la passion et souffrance du sens2 laquelle passion1 et subject1 sont choses diuerses3 parquoy qui iuge par les apparences1 iuge par chose autre que le subject4 ,et de dire que les passions des sens1 rapportent l'ame1 la qualit des subjects estrangers par ressemblance2 comment se peut l'ame et l'entendement asseurer de cette ressemblance1 n'ayant de soy nul commerce1 auec les subjects estrangers8 ,tout ainsi comme1 qui ne cognoist pas ,socrates1 voyant son pourtraict1 ne peut dire qu'il luy ressemble4 ,or qui voudroit toutesfois iuger par les apparences3 si c'est par toutes1 il est impossible1 car elles s'entr'empeschent par leurs contrarietez et discrepances1 comme nous voyons par experience4 ,sera ce qu'aucunes apparences choisies reglent les autres8 ,il faudra verifier cette choisie par vne autre choisie1 la seconde par la tierce3 et par ainsi ce ne sera iamais faict4 ,finalement1 il n'y a aucune constante existence1 ny de nostre estre1 ny de celuy des obiects4 ,et nous1 et nostre iugement1 et toutes choses mortelles1 vont coulant et roulant sans cesse4 ,ainsin il ne se peut establir rien de certain de l'vn l'autre1 et le iugeant1 et le iug1 estans en continuelle mutation et branle4 ,nous n'auons aucune communication l'estre1 par ce que toute humaine nature est tousiours au milieu1 entre le naistre et le mourir1 ne baillant de soy qu'vne obscure apparence et ombre1 et vne incertaine et debile opinion4 ,et si de fortune vous fichez vostre pense vouloir prendre son estre1 ce sera ne plus ne moins que qui voudroit empoigner l'eau3 car tant plus il serrera et pressera ce qui de sa nature coule par tout1 tant plus il perdra ce qu'il vouloit tenir et empoigner4 ,ainsi veu que toutes choses sont subjectes passer d'vn changement en autre1 la raison qui y cherche vne reelle subsistance1 se trouue deceu1 ne pouuant rien apprehender de subsistant et permanant3 par ce que tout ou vient en estre1 et n'est pas encore du tout1 ou commence mourir auant qu'il soit nay4 ,platon disoit que les corps n'auoient iamais existence1 ouy bien naissance1 estimant qu',homere eust faict l',ocean pere des ,dieux1 et ,thetis la mere3 pour nous montrer1 que toutes choses sont en fluxion1 muance et variation perpetuelle4 ,opinion commune tous les philosophes auant son temps1 comme il dit3 sauf le seul ,parmenides1 qui refusoit mouuement aux choses3 de la force duquel il fait grand cas4 ,pythagoras1 que toute matiere est coulante et labile4 ,les ,stoiciens1 qu'il n'y a point de temps present1 et que ce que nous appellons present1 n'est que la iointure et assemblage du futur et du pass3 ,heraclitus1 que iamais homme n'estoit deux fois entr en mesme riuiere3 ,epicharmus1 que celuy qui a piea emprunt de l'argent1 ne le doit pas maintenant2 et que celuy qui cette nuict a est conui venir ce matin disner1 vient auiourd'huy non conui2 attendu que ce ne sont plus eux1 ils sont deuenus autres3 et qu'il ne se pouuoit trouuer vne substance mortelle deux fois en mesme estat3 car par soudainet et legeret de changement1 tantost elle dissipe tantost elle rassemble1 elle vient1 et puis s'en va1 de faon1 que ce qui commence naistre1 ne paruient iamais iusques perfection d'estre4 ,pourautant que ce naistre n'acheue iamais1 et iamais n'arreste1 comme estant bout1 ains depuis la semence1 va tousiours se changeant et muant d'vn autre4 ,comme de semence humaine se fait premierement dans le ventre de la mere vn fruict sans forme3 puis vn enfant form1 puis estant hors du ventre1 vn enfant de mammelle2 apres il deuient garon2 puis consequemment vn iouuenceau2 apres vn homme faict2 puis vn homme d'aage2 la fin decrepite vieillard4 ,de maniere que l'aage et generation subsequente va tousiours deffaisant et gastant la precedente4 ,mutat enim mundi naturam totius tas1 ,ex alique alius status excipere omnia debet1 ,nec manet vlla sui similis res3 omnia migrant1 ,omnia commutat natura et vertere cogit4 ,et puis nous autres sottement craignons vne espece de mort1 l o nous en auons desia pass et en passons tant d'autres4 ,car non seulement1 comme disoit ,heraclitus1 la mort du feu est generation de l'air1 et la mort de l'air1 generation de l'eau4 ,mais encor plus manifestement le pouuons nous voir en nous mesmes4 ,la fleur d'aage se meurt et passe quand la vieillesse suruient3 et la ieunesse se termine en fleur d'aage d'homme faict3 l'enfance en la ieunesse3 et le premier aage meurt en l'enfance3 et le iour d'hier meurt en celuy du iourd'huy1 et le iourd'huy mourra en celuy de demain3 et n'y a rien qui demeure1 ne qui soit tousiours vn4 ,car qu'il soit ainsi1 si nous demeurons tousiours mesmes et vns1 comment est-ce que nous nous esiouyssons maintenant d'vne chose1 et maintenant d'vne autre8 comment est-ce que nous aymons choses contraires1 ou les hayssons1 nous les louons1 ou nous les blasmons8 comment auons nous differentes affections1 ne retenants plus le mesme sentiment en la mesme pense8 ,car il n'est pas vray-semblable que sans mutation nous prenions autres passions3 et ce qui souffre mutation ne demeure pas vn mesme3 et s'il n'est pas vn mesme1 il n'est donc pas aussi3 ains quant et l'estre tout vn1 change aussi l'estre simplement1 deuenant tousiours autre d'vn autre4 ,et par consequent se trompent et mentent les sens de nature1 prenans ce qui apparoist1 pour ce qui est1 faute de bien sauoir que c'est qui est4 ,mais qu'est-ce donc qui est veritablement8 ce qui est eternel3 c'est dire1 qui n'a iamais eu de naissance1 ny n'aura iamais fin1 qui le temps n'apporte iamais aucune mutation4 ,car c'est chose mobile que le temps1 et qui apparoist comme en ombre1 auec la matiere coulante et fluante tousiours1 sans iamais demeurer stable ny permanente3 qui appartiennent ces mots1 deuant et apres1 et1 a est1 ou sera4 ,lesquels tout de prime face montrent euidemment1 que ce n'est pas chose qui soit3 car ce seroit grande sottise et faucet toute apparente1 de dire que cela soit1 qui n'est pas encore en estre1 ou qui desia a cess d'estre4 ,et quant ces mots1 present1 instant1 maintenant1 par lesquels il semble que principalement nous soustenons et fondons l'intelligence du temps1 la raison le descouurant1 le destruit tout sur le champ3 car elle le fend incontinent1 et le partit en futur et en pass3 comme le voulant voir necessairement desparty en deux4 ,autant en aduient-il la nature1 qui est mesure1 comme au temps1 qui la mesure3 car il n'y a non plus en elle rien qui demeure1 ne qui soit subsistant1 ains y sont toutes choses ou nes1 ou naissantes1 ou mourantes4 ,au moyen dequoy ce seroit pech de dire de ,dieu1 qui est le seul qui est1 que il fut1 ou il sera3 car ces termes l sont declinaisons1 passages1 ou vicissitudes de ce qui ne peut durer1 ny demeurer en estre4 ,parquoy il faut conclure ,dieu seul est1 non point selon aucune mesure du temps1 mais selon vne eternit immuable et immobile1 non mesure par temps1 ny subjecte aucune declinaison3 deuant lequel rien n'est1 ny ne sera apres1 ny plus nouueau ou plus recent2 ains vn realement estant1 qui par vn seul maintenant emplit le tousiours1 et n'y a rien1 qui veritablement soit1 que luy seul3 sans qu'on puisse dire1 il a est1 ou1 il sera1 sans commencement et sans fin4 ,a cette conclusion si religieuse1 d'vn homme payen1 ie veux ioindre seulement ce mot1 d'vn tesmoing de mesme condition1 pour la fin de ce long et ennuyeux discours1 qui me fourniroit de matiere sans fin4 ,o la vile chose1 dit-il1 et abiecte1 que l'homme1 s'il ne s'esleue au dessus de l'humanit6 ,voyla vn bon mot1 et vn vtile desir3 mais pareillement absurde4 ,car de faire la poigne plus grande que le poing1 la brasse plus grande que le bras1 et d'esperer eniamber plus que de l'estendu de noz iambes1 cela est impossible et monstrueux3 ny que l'homme se monte au dessus de soy et de l'humanit3 car il ne peut voir que de ses yeux1 ny saisir que de ses prises4 ,il s'esleuera si ,dieu luy preste extraordinairement la main4 ,il s'esleuera abandonnant et renonant ses propres moyens1 et se laissant hausser et sousleuer par les moyens purement celestes4 ,c'est nostre foy ,chrestienne1 non sa vertu ,stoque1 de pretendre cette diuine et miraculeuse metamorphose4 ,,chapitre ,,xiii4 ,de iuger de la mort d'autruy4 ,,qvand nous iugeons de l'asseurance d'autruy en la mort1 qui est sans doubte la plus remerquable action de la vie humaine1 il se faut prendre garde d'vne chose1 que mal-aisment on croit estre arriu ce poinct4 ,peu de gens meurent resolus1 que ce soit leur heure derniere3 et n'est endroit o la pipperie de l'esperance nous amuse plus4 ,elle ne cesse de corner aux oreilles3 ,d'autres ont bien est plus malades sans mourir1 l'affaire n'est pas si desesper qu'on pense3 et au pis aller1 ,dieu a bien faict d'autres miracles4 ,et aduient cela de ce que nous faisons trop de cas de nous4 ,il semble que l'vniuersit des choses souffre aucunement de nostre aneantissement1 et qu'elle soit compassionne nostre estat4 ,d'autant que nostre veu altere se represente les choses de mesmes1 et nous est aduis qu'elles luy faillent mesure qu'elle leur faut4 ,comme ceux qui voyagent en mer1 qui les montagnes1 les campagnes1 les villes1 le ciel1 et la terre vont mesme bransle1 et quant et quant eux3 ,prouehimur portu1 terrque vrbsque recedunt4 ,qui vit iamais vieillesse qui ne louast le temps pass1 et ne blasmast le present1 chargeant le monde et les murs des hommes1 de sa misere et de son chagrin8 ,imque caput quassans1 grandis suspirat arator1 ,et cm tempora temporibus prsentia confert ,prteritis1 laudat fortunas spe parentis1 ,et crepat antiquum genus vt pietate repletum4 ,nous entrainons tout auec nous3 d'o il s'ensuit que nous estimons grande chose nostre mort1 et qui ne passe pas si aisment1 ny sans solemne consultation des astres3 tot circa vnum caput tumultuantes deos4 ,et le pensons d'autant plus1 que plus nous nous prisons4 ,comment1 tant de science se perdroit elle auec tant de dommage1 sans particulier soucy des destines8 vne ame si rare et exemplaire ne couste elle non plus tuer1 qu'vne ame populaire et inutile8 cette vie1 qui en couure tant d'autres1 de qui tant d'autres vies dependent1 qui occupe tant de monde par son vsage1 remplit tant de place1 se desplace elle comme celle qui tient son simple nud8 ,nul de nous ne pense assez n'estre qu'vn4 ,de l viennent ces mots de ,csar son pilote1 plus enflez que la mer qui le menassoit3 ,italiam si clo authore recusas1 ,me pete3 sola tibi causa hc est iusta timoris1 ,vectorem non nosse tuum1 perrumpe procellas ,tutela secure mei3 et ceux-cy1 ,credit iam digna pericula ,csar ,fatis esse suis3 tantsque euertere1 dixit1 ,me superis labor est1 parua quem puppe sedentem1 ,tam magno petiere mari8 ,et cette resuerie publique1 que le soleil porta en son front tout le long d'vn an le deuil de sa mort3 ,ille etiam extincto miseratus ,csare ,romam1 ,cm caput obscura nitidum ferrugini texit4 ,et mille semblables2 dequoy le monde se laisse si aysment pipper1 estimant que noz interests alterent le ciel1 et que son infinit se formalise de noz menues actions4 ,non tanta clo societas nobiscum est1 vt nostro fato mortalis sit ille quoque siderum fulgor4 ,or de iuger la resolution et la constance1 en celuy qui ne croit pas encore certainement estre au danger1 quoy qu'il y soit1 ce n'est pas raison3 et ne suffit pas qu'il soit mort en cette desmarche1 s'il ne s'y estoit mis iustement pour cet effect4 ,il aduient la plus part1 de roidir leur contenance et leurs parolles1 pour en acquerir reputation1 qu'ils esperent encore iouir viuans4 ,d'autant que i'en ay veu mourir1 la fortune a dispos les contenances1 non leur dessein4 ,et de ceux mesmes qui se sont anciennement donnez la mort1 il y a bien choisir1 si c'est vne mort soudaine1 ou mort qui ait du temps4 ,ce cruel ,empereur ,romain1 disoit de ses prisonniers1 qu'il leur vouloit faire sentir la mort1 et si quelqu'vn se deffaisoit en prison1 ,celuy l m'est eschapp1 disoit-il4 ,il vouloit estendre la mort1 et la faire sentir par les tourmens4 ,vidimus et toto quamuis in corpore cso1 ,nil anim lethale datum1 mormque nefand ,durum suiti1 pereuntis parcere morti4 ,de vray1 ce n'est pas si grande chose1 d'establir tout sain et tout rassis1 de se tuer2 il est bien ais de faire le mauuais1 auant que de venir aux prises4 ,de maniere que le plus effemin homme du monde ,heliogabalus1 parmy ses plus lasches voluptez1 desseignoit bien de se faire mourir delicatement1 o l'occasion l'en forceroit3 et afin que sa mort ne dementist point le reste de sa vie1 auoit faict bastir expres vne tour somptueuse1 le bas et le deuant de laquelle estoit planch d'ais enrichis d'or et de pierrerie pour se precipiter3 et aussi fait faire des cordes d'or et de soye cramoisie pour s'estrangler3 et battre vne espe d'or pour s'enferrer3 et gardoit du venin dans des vaisseaux d'emeraude et de topaze1 pour s'empoisonner1 selon que l'enuie luy prendroit de choisir de toutes ces faons de mourir4 ,impiger et fortis virtute coacta4 ,toutefois quant cettuy-cy1 la mollesse de ses apprests rend plus vray-semblable que le nez luy eust saign1 qui l'en eust mis au propre4 ,mais de ceux mesmes1 qui plus vigoureux1 se sont resolus l'execution1 il faut voir1 dis-ie1 si 'a est d'vn coup1 qui ostait le loisir d'en sentir l'effect4 ,car c'est deuiner1 voir escouler la vie peu peu1 le sentiment du corps se meslant celuy de l'ame1 s'offrant le moyen de se repentir1 si la constance s'y fust trouue1 et l'obstination en vne si dangereuse volont4 ,aux guerres ciuiles de ,csar1 ,lucius ,domitius pris en la ,prusse1 s'estant empoisonn1 s'en repentit apres4 ,il est aduenu de nostre temps que tel resolu de mourir1 et de son premier essay n'ayant donn assez auant1 la demangson de la chair luy repoussant le bras1 se reblessa bien fort deux ou trois fois apres1 mais ne peut iamais gaigner sur luy d'enfoncer le coup4 ,pendant qu'on faisoit le procs ,plantius ,syluanus1 ,vrgulania sa mere-grand luy enuoya vn poignard1 duquel n'ayant peu venir bout de se tuer1 il se feit coupper les veines ses gents4 ,albucilla du temps de ,tibere1 s'estant pour se tuer frappe trop mollement1 donna encores ses parties moyen de l'emprisonner et faire mourir leur mode4 ,autant en fit le ,capitaine ,demosthenes apres sa route en la ,sicile4 ,et ,c4 ,fimbria s'estant frapp trop foiblement1 impetra de son vallet de l'acheuer4 ,au rebours1 ,ostorius1 lequel pour ne se pouuoir seruir de son bras1 desdaigna d'employer celuy de son seruiteur autre chose qu' tenir le poignard droit et ferme3 et se donnant le branle1 porta luy mesme sa gorge l'encontre1 et la transpera4 ,c'est vne viande la verit qu'il faut engloutir sans macher1 qui n'a le gosier ferr glace4 ,et pourtant l',empereur ,adrianus feit que son medecin merquast et circonscriuist en son tetin iustement l'endroit mortel1 o celuy eust viser1 qui il donna la charge de le tuer4 ,voyla pourquoy ,csar1 quand on luy demandoit quelle mort il trouuoit la plus souhaitable1 ,la moins premedite1 respondit-il1 et la plus courte4 ,si ,csar l'a os dire1 ce ne m'est plus laschet de le croire4 ,vne mort courte1 dit ,pline1 est le souuerain heur de la vie humaine4 ,il leur fasche de la recognoistre4 ,nul ne se peut dire estre resolu la mort1 qui craint la marchander1 qui ne peut la soustenir les yeux ouuerts4 ,ceux qu'on voit aux supplices courir leur fin1 et haster l'execution1 et la presser1 ils ne le font pas de resolution1 ils se veulent oster le temps de la considerer3 l'estre morts ne les fasche pas1 mais ouy bien le mourir4 ,emori nolo1 sed me esse mortuum1 nihili stimo4 ,c'est vn degr de fermet1 auquel i'ay expriment que ie pourrois arriuer1 comme ceux qui se iettent dans les dangers1 ainsi que dans la mer1 yeux clos4 ,il n'y a rien1 selon moy1 plus illustre en la vie de ,socrates1 que d'auoir eu trente iours entiers ruminer le decret de sa mort3 de l'auoir digere tout ce temps l1 d'vne tres-certaine esperance1 sans esmoy1 sans alteration3 et d'vn train d'actions et de parolles1 rauall plustost et anonchally1 que tendu et releu par le poids d'vne telle cogitation4 ,ce ,pomponius ,atticus1 qui ,cicero escrit1 estant malade1 fit appeller ,agrippa son gendre1 et deux ou trois autres de ses amys2 et leur dit1 qu'ayant essay qu'il ne gaignoit rien se vouloir guerir1 et que tout ce qu'il faisoit pour allonger sa vie1 allongeoit aussi et augmentoit sa douleur2 il estoit deliber de mettre fin l'vn et l'autre1 les priant de trouuer bonne sa deliberation1 et au pis aller1 de ne perdre point leur peine l'en destourner4 ,or ayant choisi de se tuer par abstinence1 voyla sa maladie guerie par accident3 ce remede qu'il auoit employ pour se deffaire1 le remet en sant4 ,les medecins et ses amis faisans feste d'vn si heureux euenement1 et s'en resiouyssans auec luy1 se trouuerent bien trompez3 car il ne leur fut possible pour cela de luy faire changer d'opinion1 disant qu'ainsi comme ainsi luy falloit il vn iour franchir ce pas1 et qu'en estant si auant1 il se vouloit oster la peine de recommencer vn' autre fois4 ,cestuy-cy ayant recognu la mort tout loisir1 non seulement ne se descourage pas au ioindre1 mais il s'y acharne3 car estant satisfaict en ce pourquoy il estoit entr en combat1 il se picque par brauerie d'en voir la fin4 ,c'est bien loing au del de ne craindre point la mort1 que de la vouloir taster et sauourer4 ,l'histoire du philosophe ,cleanthes est fort pareille4 ,les gengiues luy estoyent enfles et pourries3 les medecins luy conseillerent d'vser d'vne grande abstinence4 ,ayant ieun deux iours1 il est si bien amend1 qu'ils luy declarent sa guarison1 et permettent de retourner son train de viure accoustum4 ,luy au rebours1 goustant desia quelque douceur en cette defaillance1 entreprend de ne se retirer plus arriere1 et franchir le pas1 qu'il auoit fort auanc4 ,tullius ,marcellinus ieune homme ,romain1 voulant anticiper l'heure de sa destine1 pour se deffaire d'vne maladie1 qui le gourmandoit1 plus qu'il ne vouloit souffrir3 quoy que les medecins luy en promissent guerison certaine1 sinon si soudaine1 appella ses amis pour en deliberer3 les vns1 dit ,seneca1 luy donnoyent le conseil que par laschet ils eussent prins pour eux mesmes1 les autres par flaterie1 celuy qu'ils pensoyent luy deuoir estre plus aggreable3 mais vn ,stocien luy dit ainsi3 ,ne te trauaille pas ,marcellinus1 comme si tu deliberois de chose d'importance3 ce n'est pas grand'chose que viure1 tes valets et les bestes viuent3 mais c'est grand'chose de mourir honestement1 sagement1 et constamment4 ,songe combien il y a que tu fais mesme chose1 manger1 boire1 dormir3 boire1 dormir1 et manger4 ,nous roons sans cesse en ce cercle4 ,non seulement les mauuais accidens et insupportables1 mais la satiet mesme de viure donne enuie de la mort4 ,marcellinus n'auoit besoing d'homme qui le conseillast1 mais d'homme qui le secourust3 les seruiteurs craignoyent de s'en mesler3 mais ce philosophe leur fit entendre que les domestiques sont souponnez1 lors seulement qu'il est en doubte1 si la mort du maistre a est volontaire3 autrement qu'il seroit d'aussi mauuais exemple de l'empescher1 que de le tuer1 d'autant que ,inuitum qui seruat1 idem facit occidenti4 ,apres il aduertit ,marcellinus1 qu'il ne seroit pas messeant1 comme le dessert des tables se donne aux assistans1 nos repas faicts1 aussi la vie finie1 de distribuer quelque chose ceux qui en ont est les ministres4 ,or estoit ,marcellinus de courage franc et liberal3 il fit departir quelque somme ses seruiteurs1 et les consola4 ,au reste1 il n'y eut besoing de fer1 ny de sang3 il entreprit de s'en aller de cette vie1 non de s'en fuyr3 non d'eschapper la mort1 mais de l'essayer4 ,et pour se donner loisir de la marchander1 ayant quitt toute nourriture1 le troisiesme iour suyuant1 apres s'estre faict arroser d'eau tiede1 il defaillit peu peu1 et non sans quelque volupt1 ce qu'il disoit4 ,de vray1 ceux qui ont eu ces deffaillances de cur1 qui prennent par foiblesse1 disent n'y sentir aucune douleur1 ains plustost quelque plaisir comme d'vn passage au sommeil et au repos4 ,voyla des morts estudies et digeres4 ,mais fin que le seul ,caton peust fournir tout exemple de vertu1 il semble que son bon destin luy fit auoir mal en la main1 dequoy il se donna le coup3 ce qu'il eust loisir d'affronter la mort et de la colleter1 renforceant le courage au danger1 au lieu de l'amollir4 ,et si 'eust est moy1 de le representer en sa plus superbe assiete1 'eust est deschirant tout ensanglant ses entrailles1 plustost que l'espe au poing1 comme firent les statuaires de son temps4 ,car ce second meurtre1 fut bien plus furieux1 que le premier4 ,,chapitre ,,xiiii4 ,comme nostre esprit s'empesche soy-mesmes4 ,c',,est vne plaisante imagination1 de conceuoir vn esprit balanc iustement entre-deux pareilles enuyes4 ,car il est indubitable1 qu'il ne prendra iamais party3 d'autant que l'application et le choix porte inequalit de prix3 et qui nous logeroit entre la bouteille et le iambon1 auec egal appetit de boire et de manger1 il n'y auroit sans doute remede1 que de mourir de soif et de faim4 ,pour pouruoir cet inconuenient1 les ,stociens1 quand on leur demande d'o vient en nostre ame l'election de deux choses indifferentes 7et qui fait que d'vn grand nombre d'escus nous en prenions plustost l'vn que l'autre1 n'y ayant aucune raison qui nous incline la preference7 respondent1 que ce mouuement de l'ame est extraordinaire et desregl1 venant en nous d'vne impulsion estrangere1 accidentale1 et fortuite4 ,il se pourroit dire1 ce me semble1 plustost1 que aucune chose ne se presente nous1 o il n'y ait quelque difference1 pour legere qu'elle soit3 et que ou la veu1 ou l'attouchement1 il y a tousiours quelque choix1 qui nous tente et attire1 quoy que ce soit imperceptiblement4 ,pareillement qui presupposera vne fisselle egallement forte par tout1 il est impossible de toute impossibilit qu'elle rompe1 car par o voulez vous que la fauce commence8 et de rompre par tout ensemble1 il n'est pas en nature4 ,qui ioindroit encore cecy les propositions geometriques1 qui concluent par la certitude de leurs demonstrations1 le contenu plus grand que le contenant1 le centre aussi grand que sa circonference3 et qui trouuent deux lignes s'approchans sans cesse l'vne de l'autre1 et ne se pouuans iamais ioindre3 et la pierre philosophale1 et quadrature du cercle1 o la raison et l'effect sont si opposites3 en tireroit l'aduenture quelque argument pour secourir ce mot hardy de ,pline1 solum certum nihil esse certi1 et homine nihil miserius aut superbius4 ,,chapitre ,,xv4 ,que nostre desir s'accroist par la malaisance4 ,,il n'y a raison qui n'en aye vne contraire1 dit le plus sage party des philosophes4 ,ie remaschois tantost ce beau mot1 qu'vn ancien allegue pour le mespris de la vie3 ,nul bien nous peut apporter plaisir1 si ce n'est celuy1 la perte duquel nous sommes preparez3 ,in quo est dolor amiss rei1 et timor amittend4 ,voulant gaigner par l1 que la fruition de la vie ne nous peut estre vrayement plaisante1 si nous sommes en crainte de la perdre4 ,il se pourroit toutesfois dire au rebours1 que nous serrons et embrassons ce bien1 d'autant plus estroit1 et auecques plus d'affection1 que nous le voyons nous estre moins seur1 et craignons qu'il nous soit ost4 ,car il se sent euidemment1 comme le feu se picque l'assistance du froid1 que nostre volont s'aiguise aussi par le contraste3 ,si numquam ,danaen habuisset ahenea turris1 ,non esset ,danae de ,ioue facta parens3 et qu'il n'est rien naturellement si contraire nostre goust que la satiet1 qui vient de l'aisance3 ny rien qui l'aiguise tant que la raret et difficult4 ,omnium rerum voluptas ipso quo debet fugare periculo crescit4 ,galla1 nega2 satiatur amor1 nisi gaudia torquent4 ,pour tenir l'amour en haleine1 ,lycurgue ordonna que les mariez de ,lacedemone ne se pourroient prattiquer qu' la desrobe1 et que ce seroit pareille honte de les rencontrer couchs ensemble qu'auecques d'autres4 ,la difficult des assignations1 le danger des surprises1 la honte du lendemain1 ,et languor1 et silentium1 ,et latere petitus imo spiritus1 c'est ce qui donne pointe la sauce4 ,combien de ieux tres-lasciuement plaisants1 naissent de l'honneste et vergongneuse maniere de parler des ouurages de l',amour8 ,la volupt mesme cherche s'irriter par la douleur4 ,elle est bien plus sucre1 quand elle cuit1 et quand elle escorche4 ,la courtisane ,flora disoit n'auoir iamais couch auec ,pompeius1 qu'elle ne luy eust faict porter les merques de ses morsures4 ,quod petiere1 premunt arct1 facintque dolorem ,corporis1 et dentes inlidunt spe labellis3 ,et stimuli subsunt1 qui instigant ldere id ipsum ,quodcunque est1 rabies vnde ill germina surgunt4 ,il en va ainsi par tout3 la difficult donne prix aux choses4 ,ceux de la ,marque d',ancone font plus volontiers leurs vuz ,sainct ,iaques1 et ceux de ,galice nostre ,dame de ,lorete3 on fait au ,liege grande feste des bains de ,luques1 et en la ,toscane de ceux d',aspa3 il ne se voit guere de ,romains en l'escole de l'escrime ,rome1 qui est pleine de ,franois4 ,ce grand ,caton se trouua aussi bien que nous1 desgoust de sa femme tant qu'elle fut sienne1 et la desira quand elle fut vn autre4 ,i'ay chass au haras vn vieil cheual1 duquel la senteur des iuments1 on ne pouuoit venir bout4 ,la facilit l'a incontinent saoul enuers les siennes3 mais enuers les estrangeres et la premiere qui passe le long de son pastis1 il reuient ses importuns hannissements1 et ses chaleurs furieuses comme deuant4 ,nostre appetit mesprise et outrepasse ce qui luy est en main1 pour courir apres ce qu'il n'a pas4 ,transuolat in medio posita1 et fugientia captat4 ,nous defendre quelque chose1 c'est nous en donner enuie4 ,nisi tu seruare puellam ,incipis1 incipiet desinere esse mea4 ,nous l'abandonner tout faict1 c'est nous en engendrer mespris4 ,la faute et l'abondance retombent en mesme inconuenient3 ,tibi quod superest1 mihi quod defit1 dolet4 ,le desir et la iouyssance nous mettent pareillement en peine4 ,la rigueur des maistresses est ennuyeuse1 mais l'aisance et la facilit l'est1 vray dire1 encores plus1 d'autant que le mescontentement et la cholere naissent de l'estimation1 en quoy nous auons la chose desire1 aiguisent l'amour1 et le reschauffent3 mais la satiet engendre le dgoust3 c'est vne passion mousse1 hebete1 lasse1 et endormie4 ,si qua volet regnare diu1 contemnat amantem1 ,contemnite amantes1 ,sic hodie veniet1 si qua negauit heri4 ,pourquoy inuenta ,popa de masquer les beautez de son visage1 que pour les rencherir ses amants8 ,pourquoy a lon voil iusques au dessoubs des talons ces beautez1 que chacun desire montrer1 que chacun desire voir8 ,pourquoy couurent elles de tant d'empeschemens1 les vns sur les autres1 les parties1 o loge principallement nostre desir et le leur8 ,et quoy seruent ces gros bastions1 dequoy les nostres viennent d'armer leurs flancs1 qu' leurrer nostre appetit1 et nous attirer elles en nous esloignant8 ,et fugit ad salices1 et se cupit ant videri4 ,interdum tunica duxit operta moram4 ,a quoy sert l'art de cette honte virginalle8 cette froideur rassise1 cette contenance seuere1 cette profession d'ignorance des choses1 qu'elles sauent mieux1 que nous qui les en instruisons1 qu' nous accroistre le desir de vaincre1 gourmander1 et fouler nostre appetit1 toute cette ceremonie1 et ces obstacles8 ,car il y a non seulement du plaisir1 mais de la gloire encore1 d'affolir et desbaucher cette molle douceur1 et cette pudeur infantine1 et de ranger la mercy de nostre ardeur vne grauit froide et magistrale4 ,c'est gloire1 disent-ils1 de triompher de la modestie1 de la chastet1 et de la temperance3 et qui desconseille aux ,dames1 ces parties l1 il les trahit1 et soy-mesmes4 ,il faut croire que le cur leur fremit d'effroy1 que le son de nos mots blesse la puret de leurs oreilles1 qu'elles nous en haissent et s'accordent nostre importunit d'vne force force4 ,la beaut1 toute puissante qu'elle est1 n'a pas dequoy se faire sauourer sans cette entremise4 ,voyez en ,italie1 o il y a plus de beaut vendre1 et de la plus fine1 comment il faut qu'elle cherche d'autres moyens estrangers1 et d'autres arts pour se rendre aggreable3 et si la verit1 quoy qu'elle face estant venale et publique1 elle demeure foible et languissante4 ,tout ainsi que mesme en la vertu1 de deux effects pareils1 nous tenons neantmoins celuy-l1 le plus beau et plus digne1 auquel il y a plus d'empeschement et de hazard propos4 ,c'est vn effect de la prouidence diuine1 de permettre sa saincte ,eglise estre agite1 comme nous la voyons de tant de troubles et d'orages1 pour esueiller par ce contraste les ames pies1 et les r'auoir de l'oisiuet et du sommeil1 o les auoit plongees vne si longue tranquillit4 ,si nous contrepoisons la perte que nous auons faicte1 par le nombre de ceux qui se sont desuoyez1 au gain qui nous vient pour nous estre remis en haleine1 resuscit nostre zele et nos forces1 l'occasion de ce combat1 ,ie ne say si l'vtilit ne surmonte point le dommage4 ,nous auons pens attacher plus ferme le nud de nos mariages1 pour auoir ost tout moyen de les dissoudre1 mais d'autant s'est dpris et relasch le nud de la volont et de l'affection1 que celuy de la contraincte s'est estrecy4 ,et au rebours1 ce qui tint les mariages ,rome1 si long temps en honneur et en seurt1 fut la libert de les rompre1 qui voudroit4 ,ils gardoient mieux leurs femmes1 d'autant qu'ils les pouuoient perdre3 et en pleine licence de diuorces1 il se passa cinq cens ans et plus1 auant que nul s'en seruist4 ,quod licet1 ingratum est3 quod non licet1 acrius vrit4 ,a ce propos se pourroit ioindre l'opinion d'vn ancien1 que les supplices aiguisent les vices plustost qu'ils ne les amortissent3 qu'ils n'engendrent point le soing de bien faire1 c'est l'ouurage de la raison1 et de la discipline3 mais seulement vn soing de n'estre surpris en faisant mal4 ,latius excis pestis contagia serpunt ,ie ne say pas qu'elle soit vraye1 mais cecy say-ie par experience1 que iamais police ne se trouua reforme par l4 ,l'ordre et reglement des murs1 dpend de quelque autre moyen4 ,les histoires ,grecques font mention des ,argippees voisins de la ,scythie1 qui viuent sans verge et sans baston offenser3 que non seulement nul n'entreprend d'aller attaquer3 mais quiconque s'y peut sauuer1 il est en franchise1 cause de leur vertu et sainctet de vie3 et n'est aucun si os d'y toucher4 ,on recourt eux pour appoincter les differents1 qui naissent entre les hommes d'ailleurs4 ,il y a nation1 o la closture des iardins et des champs1 qu'on veut conseruer1 se faict d'vn filet de coton1 et se trouue bien plus seure et plus ferme que nos fossez et nos hayes4 ,furem signata sollicitant4 ,aperta effractarius prterit4 ,a l'aduenture sert entre autres moyens1 l'aisance1 couurir ma maison de la violence de noz guerres ciuiles4 ,la defense attire l'entreprise1 et la deffiance l'offense4 ,i'ay affoibly le dessein des soldats1 ostant leur exploit1 le hazard1 et toute matiere de gloire militaire1 qui a accoustum de leur seruir de titre et d'excuse4 ,ce qui est faict courageusement1 est tousiours faict honorablement1 en temps o la iustice est morte4 ,ie leur rens la conqueste de ma maison lasche et traistresse4 ,elle n'est close personne1 qui y heurte4 ,il n'y a pour toute prouision1 qu'vn portier1 d'ancien vsage et ceremonie3 qui ne sert pas tant defendre ma porte1 qu' l'offrir plus decemment et gratieusement4 ,ie n'ay ny garde ny sentinelle1 que celle que les astres font pour moy4 ,vn ,gentil-homme a tort de faire montre d'estre en deffense1 s'il ne l'est bien poinct4 ,qui est ouuert d'vn cost1 l'est par tout4 ,noz peres ne penserent pas bastir des places frontieres4 ,les moyens d'assaillir1 ie dy sans batterie et sans arme1 et de surprendre noz maisons1 croissent touts les iours1 au dessus des moyens de se garder4 ,les esprits s'aiguisent generalement de ce cost l4 ,l'inuasion touche touts1 la defense non1 que les riches4 ,la mienne estoit forte selon le temps qu'elle fut faitte3 ie n'y ay rien adioust de ce cost l1 et craindroy que sa force se tournast contre moy-mesme4 ,ioint qu'vn temps paisible requerra1 qu'on les defortifie4 ,il est dangereux de ne les pouuoir regaigner3 et est difficile de s'en asseurer4 ,car en matiere de guerres intestines1 vostre vallet peut estre du party que vous craignez4 ,et o la religion sert de pretexte1 les parentez mesmes deuiennent infiables auec couuerture de iustice4 ,les finances publiques n'entretiendront pas noz garnisons domestiques4 ,elles s'y espuiseroient4 ,nous n'auons pas dequoy le faire sans nostre ruine3 ou plus incommodeement et iniurieusement encore1 sans celle du peuple4 ,l'estat de ma perte ne seroit guere pire4 ,au demeurant1 vous y perdez vous1 voz amis mesmes s'amusent accuser vostre inuigilance et improuidence1 plus qu' vous pleindre1 et l'ignorance ou nonchalance aux offices de vostre profession4 ,ce que tant de maisons gardes se sont perdus1 o ceste cy dure3 me fait souponner1 qu'elles se sont perdus de ce1 qu'elles estoyent gardes4 ,cela donne et l'enuie et la raison l'assaillant4 ,toute garde porte visage de guerre4 ,qui se iettera1 si ,dieu veut1 chez moy3 mais tant y a1 que ie ne l'y appelleray pas4 ,c'est la retraitte me reposer des guerres4 ,i'essaye de soustraire ce coing1 la tempeste publique1 comme ie fay vn autre coing en mon ame4 ,nostre guerre a beau changer de formes1 se multiplier et diuersifier en nouueaux partis3 pour moy ie ne bouge4 ,entre tant de maisons armes1 moy seul1 que ie sache1 de ma condition1 ay fi purement au ciel la protection de la mienne4 ,et n'en ay iamais ost ny vaisselle d'argent1 ny titre1 ny tapisserie4 ,ie ne veux ny me craindre1 ny me sauuer demy4 ,si vne pleine recognoissance acquiert la faueur diuine1 elle me durera iusqu'au bout3 sinon1 i'ay tousiours assez dur1 pour rendre ma dure remerquable et enregistrable4 ,comment8 ,il y a bien trente ans4 ,,chapitre ,,xvi4 ,de la gloire4 ,,il y a le nom et la chose3 le nom1 c'est vne voix qui remerque et signifie la chose3 le nom1 ce n'est pas vne partie de la chose1 ny de la substance3 c'est vne piece estrangere ioincte la chose1 et hors d'elle4 ,dieu qui est en soy toute plenitude1 et le comble de toute perfection1 il ne peut s'augmenter et accroistre au dedans3 mais son nom se peut augmenter et accroistre1 par la benediction et loange1 que nous donnons ses ouurages exterieurs4 ,laquelle loange1 puis que nous ne la pouuons incorporer en luy1 d'autant qu'il n'y peut auoir accession de bien1 nous l'attribuons son nom1 qui est la piece hors de luy1 la plus voisine4 ,voyl comment c'est ,dieu seul1 qui gloire et honneur appartient4 ,et n'est rien si esloign de raison1 que de nous en mettre en queste pour nous3 car estans indigens et necessiteux au dedans1 nostre essence estant imparfaicte1 et ayant continuellement besoing d'amelioration1 c'est l1 quoy nous nous deuons trauailler4 ,nous sommes tous creux et vuides3 ce n'est pas de vent et de voix que nous auons nous remplir3 il nous faut de la substance plus solide nous reparer4 ,vn homme affam seroit bien simple de chercher se pouruoir plustost d'vn beau vestement1 que d'vn bon repas3 il faut courir au plus press4 ,comme disent nos ordinaires prieres1 ,gloria in excelcis ,deo1 et in terra pax hominibus4 ,nous sommes en disette de beaut1 sant1 sagesse1 vertu1 et telles parties essentieles3 les ornemens externes se chercheront apres que nous aurons proueu aux choses necessaires4 ,la theologie traicte amplement et plus pertinemment ce subiect1 mais ie n'y suis guere vers4 ,chrysippus et ,diogenes ont est les premiers autheurs et les plus fermes du mespris de la gloire4 ,et entre toutes les voluptez1 ils disoient qu'il n'y en auoit point de plus dangereuse1 ny plus fuir1 que celle qui nous vient de l'approbation d'autruy4 ,de vray l'experience nous en fait sentir plusieurs trahisons bien dommageables4 ,il n'est chose qui empoisonne tant les ,princes que la flatterie1 ny rien par o les meschans gaignent plus aisement credit autour d'eux3 ny maquerelage si propre et si ordinaire corrompre la chastet des femmes1 que de les paistre et entretenir de leurs loanges4 ,le premier enchantement que les ,sirenes employent piper ,vlysses1 est de cette nature3 ,dea vers nous1 dea1 tresloable ,vlysse1 ,et le plus grand honneur dont la ,grece fleurisse4 ,ces philosophes l disoient1 que toute la gloire du monde ne meritoit pas qu'vn homme d'entendement estendist seulement le doigt pour l'acquerir3 ,gloria quantalibet quid erit1 si gloria tantm est8 ,ie dis pour elle seule3 car elle tire souuent sa suite plusieurs commoditez1 pour lesquelles elle se peut rendre desirable3 elle nous acquiert de la bienvueillance3 elle nous rend moins exposez aux iniures et offences d'autruy1 et choses semblables4 ,c'estoit aussi des principaux dogmes d',epicurus3 car ce precepte de sa secte1 ,,cache ,,ta ,,vie1 qui deffend aux hommes de s'empescher des charges et negotiations publiques1 presuppose aussi necessairement qu'on mesprise la gloire3 qui est vne approbation que le monde fait des actions que nous mettons en euidence4 ,celuy qui nous ordonne de nous cacher1 et de n'auoir soing que de nous1 et qui ne veut pas que nous soyons connus d'autruy1 il veut encores moins que nous en soyons honorez et glorifiez4 ,aussi conseille il ,idomeneus1 de ne regler aucunement ses actions1 par l'opinion ou reputation commune3 si ce n'est pour euiter les autres incommoditez accidentales1 que le mespris des hommes luy pourroit apporter4 ,ces discours l sont infiniment vrais1 mon aduis1 et raisonnables4 ,mais nous sommes1 ie ne say comment1 doubles en nous mesmes1 qui fait que ce que nous croyons1 nous ne le croyons pas3 et ne nous pouuons deffaire de ce que nous condamnons4 ,voyons les dernieres paroles d',epicurus1 et qu'il dit en mourant3 elles sont grandes et dignes d'vn tel philosophe3 mais si ont elles quelque merque de la recommendation de son nom1 et de cette humeur qu'il auoit descrie par ses preceptes4 ,voicy vne lettre qu'il dicta vn peu auant son dernier souspir4 ,,epicvrvs ,a ,,hermachvs ,,salvt4 ,ce pendant que ie passois l'heureux1 et celuy-l mesmes le dernier iour de ma vie1 i'escriuois cecy1 accompaign toutesfois de telle douleur en la vessie et aux intestins1 qu'il ne peut rien estre adioust sa grandeur4 ,mais elle estoit compense par le plaisir qu'apportoit mon ame la souuenance de mes inuentions et de mes discours4 ,or toy comme requiert l'affection que tu as eu ds ton enfance enuers moy1 et la philosophie1 embrasse la protection des enfans de ,metrodorus4 ,voila sa lettre4 ,et ce qui me fait interpreter que ce plaisir qu'il dit sentir en son ame1 de ses inuentions1 regarde aucunement la reputation qu'il en esperoit acquerir apres sa mort1 c'est l'ordonnance de son testament1 par lequel il veut que ,aminomachus et ,timocrates ses heritiers1 fournissent pour la celebration de son iour natal tous les mois de ,ianuier1 les frais que ,hermachus ordonneroit3 et aussi pour la despence qui se feroit le vingtiesme iour de chasque lune1 au traittement des philosophes ses familiers1 qui s'assembleroient l'honneur de la memoire de luy et de ,metrodorus4 ,carneades a est chef de l'opinion contraire3 et a maintenu que la gloire estoit pour elle mesme desirable1 tout ainsi que nous embrassons nos posthumes pour eux-mesmes1 n'en ayans aucune cognoissance ny iouyssance4 ,cette opinion n'a pas failly d'estre plus communement suyuie1 comme sont volontiers celles qui s'accommodent le plus nos inclinations4 ,aristote luy donne le premier rang entre les biens externes3 ,euite1 comme deux extremes vicieux1 l'immoderation1 et la rechercher1 et la fuyr4 ,ie croy que si nous auions les liures que ,cicero auoit escrit sur ce subiect1 il nous en conteroit de belles3 car cet homme l fut si forcen de cette passion1 que s'il eust os1 il fust1 ce crois-ie1 volontiers tomb en l'excez o tomberent d'autres1 que la vertu mesme n'estoit desirable1 que pour l'honneur qui se tenoit tousiours sa suitte3 ,paulum sepult distat inerti ,celata virtus4 ,qui est vn' opinion si fauce1 que ie suis dpit qu'elle ait iamais peu entrer en l'entendement d'homme1 qui eust cet honneur de porter le nom de philosophe4 ,si cela estoit vray1 il ne faudroit estre vertueux qu'en public3 et les operations de l'ame1 o est le vray siege de la vertu1 nous n'aurions que faire de les tenir en regle et en ordre1 sinon autant qu'elles deburoient venir la cognoissance d'autruy4 ,n'y va il donc que de faillir finement et subtilement8 ,si tu sais1 dit ,carneades1 vn serpent cach en ce lieu1 auquel sans y penser1 se va seoir celuy1 de la mort duquel tu esperes profit3 tu fais meschamment1 si tu ne l'en aduertis3 et d'autant plus que ton action ne doibt estre cognu que de toy4 ,si nous ne prenons de nous mesmes la loy de bien faire3 si l'impunit nous est iustice1 combien de sortes de meschancetez auons nous tous les iours nous abandonner8 ,ce que ,s4 ,peduceus fit1 de rendre fidelement cela que ,c4 ,plotius auoit commis sa seule science1 de ses richesses1 et ce que i'en ay faict souuent de mesme1 ie ne le trouue pas tant loable1 comme ie trouueroy execrable1 que nous y eussions failly4 ,et trouue bon et vtile ramenteuoir en noz iours1 l'exemple de ,p4 ,sextilius ,ruffus1 que ,cicero accuse pour auoir recueilly vne heredit contre sa conscience3 non seulement1 non contre les loix1 mais par les loix mesmes4 ,et ,m4 ,crassus1 et ,q4 ,hortensius1 lesquels cause de leur authorit et puissance1 ayants est pour certaines quotitez appellez par vn estranger la succession d'vn testament faux1 fin que par ce moyen il y establist sa part3 se contenterent de n'estre participants de la faucet1 et ne refuserent d'en tirer du fruit3 assez couuerts1 s'ils se tenoient l'abry des accusations1 et des tesmoins1 et des loix4 ,meminerint ,deum se habere testem1 id est1 vt ego arbitror1 mentem suam4 ,la vertu est chose bien vaine et friuole1 si elle tire sa recommendation de la gloire4 ,pour neant entreprendrions nous de luy faire tenir son rang part1 et la dioindrions de la ,fortune3 car qu'est-il plus fortuite que la reputation8 ,profect fortuna in omni re dominatur3 ea res cunctas ex libidine magis qum ex vero celebrat obscurtque4 ,de faire que les actions soyent cognues et veus1 c'est le pur ouurage de la ,fortune4 ,c'est le sort qui nous applique la gloire1 selon sa temerit4 ,ie l'ay veu fort souuent marcher auant le merite3 et souuent outrepasser le merite d'vne longue mesure4 ,celuy qui premier s'aduisa de la ressemblance de l'ombre la gloire1 fit mieux qu'il ne vouloit4 ,ce sont choses excellemment vaines4 ,elle va aussi quelque fois deuant son corps3 et quelque fois l'excede de beaucoup en longueur4 ,ceux qui apprennent la noblesse de ne chercher en la vaillance que l'honneur3 quasi non sit honestum quod nobilitatum non sit3 que gaignent-ils par l1 que de les instruire de ne se hazarder iamais1 si on ne les voit1 et de prendre bien garde1 s'il y a des tesmoins1 qui puissent rapporter nouuelles de leur valeur1 l o il se presente mille occasions de bien faire1 sans qu'on en puisse estre remerqu8 ,combien de belles actions particulieres s'enseuelisent dans la foule d'vne bataille8 ,quiconque s'amuse contreroller autruy pendant vne telle mesle1 il n'y est guere embesoign3 et produit contre soy mesmes le tesmoignage qu'il rend des deportemens de ses compaignons4 ,vera et sapiens animi magnitudo1 honestum illud quod maxim naturam sequitur1 in factis positum1 non in gloria1 iudicat4 ,toute la gloire1 que ie pretens de ma vie1 c'est de l'auoir vescue tranquille4 ,tranquille non selon ,metrodorus1 ou ,arcesilas1 ou ,aristippus1 mais selon moy4 ,puisque la philosophie n'a seu trouuer aucune voye pour la tranquillit1 qui fust bonne en commun1 que chacun la cherche en son particulier4 ,a qui doiuent ,csar et ,alexandre cette grandeur infinie de leur renomme1 qu' la ,fortune8 ,combien d'hommes a elle esteint1 sur le commencement de leur progrs1 desquels nous n'auons aucune cognoissance1 qui y apportoient mesme courage que le leur1 si le malheur de leur sort ne les eust arrestez tout court1 sur la naissance mesme de leurs entreprinses8 ,au trauers de tant et si extremes dangers il ne me souuient point auoir leu que ,csar ait est iamais bless4 ,mille sont morts de moindres perils1 que le moindre de ceux qu'il franchit4 ,infinies belles actions se doiuent perdre sans tesmoignage1 auant qu'il en vienne vne profit4 ,on n'est pas tousiours sur le haut d'vne bresche1 ou la teste d'vne arme1 la veu de son general1 comme sur vn eschaffaut4 ,on est surpris entre la haye et le foss3 il faut tenter fortune contre vn poullailler3 il faut dnicher quatre chetifs harquebusiers d'vne grange3 il faut seul s'escarter de la trouppe et entreprendre seul1 selon la necessit qui s'offre4 ,et si on prend garde1 on trouuera1 mon aduis1 qu'il aduient par experience1 que les moins esclattantes occasions sont les plus dangereuses3 et qu'aux guerres1 qui se sont passes de notre temps1 il s'est perdu plus de gens de bien1 aux occasions legeres et peu importantes1 et la contestation de quelque bicoque1 qu's lieux dignes et honnorables4 ,qui tient sa mort pour mal employe1 si ce n'est en occasion signale3 au lieu d'illustrer sa mort1 il obscurcit volontiers sa vie3 laissant eschapper ce pendant plusieurs iustes occasions de se hazarder4 ,et toutes les iustes sont illustres assez3 sa conscience les trompettant suffisamment chacun4 ,gloria nostra est testimonium conscienti nostr4 ,qui n'est homme de bien que par ce qu'on le saura1 et par ce qu'on l'en estimera mieux1 apres l'auoir seu1 qui ne veut bien faire qu'en condition que sa vertu vienne la cognoissance des hommes1 celuy-l n'est pas personne de qui on puisse tirer beaucoup de seruice4 ,credo che'l resto di quel verno cose ,facesse degne di tener ne conto2 ,ma fur sin' quel tempo si nascose1 ,che non colpa mia s'hor' non le conto3 ,perche ,orlando a far l'opre virtuose1 ,piu ch' narrarle poi1 sempre era pronto1 ,n mai fu alcun'de li suoi fatti espresso1 ,senon quando hebbe i testimonij appresso4 ,il faut aller la guerre pour son deuoir1 et en attendre cette recompense1 qui ne peut faillir toutes belles actions1 pour occultes qu'elles soyent1 non pas mesmes aux vertueuses penses3 c'est le contentement qu'vne conscience bien regle reoit en soy1 de bien faire4 ,il faut estre vaillant pour soy-mesmes1 et pour l'auantage que c'est d'auoir son courage log en vne assiette ferme et asseure1 contre les assauts de la ,fortune4 ,virtus1 repuls nescia sordid1 ,intaminatis fulget honoribus3 ,nec sumit aut ponit secures ,arbitrio popularis aur4 ,ce n'est pas pour la montre1 que nostre ame doit iour son rolle1 c'est chez nous au dedans1 o nuls yeux ne donnent que les nostres3 l elle nous couure de la crainte de la mort1 des douleurs et de la honte mesme3 elle nous asseure l1 de la perte de nos enfans1 de nos amis1 et de nos fortunes3 et quand l'opportunit s'y presente1 elle nous conduit aussi aux hazards de la guerre4 ,non emolumento aliquo1 sed ipsius honestatis decore4 ,ce profit est bien plus grand1 et bien plus digne d'estre souhait et esper1 que l'honneur et la gloire1 qui n'est autre chose qu'vn fauorable iugement qu'on fait de nous4 ,il faut trier de toute vne nation1 vne douzaine d'hommes1 pour iuger d'vn arpent de terre1 et le iugement de nos inclinations1 et de nos actions1 la plus difficile matiere1 et la plus importante qui soit1 nous la remettons la voix de la commune et de la tourbe1 mere d'ignorance1 d'iniustice1 et d'inconstance4 ,est-ce raison de faire dependre la vie d'vn sage1 du iugement des fols8 ,an quidquam stultius1 qum quos singulos contemnas1 eos aliquid putare esse vniuersos8 ,quiconque vise leur plaire1 il n'a iamais faict1 c'est vne bute qui n'a ny forme ny prise4 ,nil tam instimabile est1 qum animi multitudinis4 ,demetrius disoit plaisamment de la voix du peuple1 qu'il ne faisoit non plus de recette1 de celle qui luy sortoit par en haut1 que de celle qui luy sortoit par en bas4 ,celuy la dit encore plus3 ,ego hoc iudico1 si quando turpe non sit1 tamen non esse non turpe1 quum id multitudine laudetur4 ,null'art1 nulle soupplesse d'esprit pourroit conduire nos pas la suitte d'vn guide si desuoy et si desregl4 ,en cette confusion venteuse de bruits de rapports et opinions vulgaires1 qui nous poussent1 il ne se peut establir aucune route qui vaille4 ,ne nous proposons point vne fin si flotante et volage3 allons constamment apres la raison3 que l'approbation publique nous suyue par l1 si elle veut3 et comme elle despend toute de la ,fortune1 nous n'auons point loy de l'esperer plustost par autre voye que par celle l4 ,quand pour sa droiture ie ne suyurois le droit chemin1 ie le suyurois pour auoir trouu par experience1 qu'au bout du compte1 c'est communement le plus heureux1 et le plus vtile4 ,dedit hoc prouidentia hominibus munus1 vt honesta magis iuuarent4 ,le marinier ancien disoit ainsin ,neptune1 en vne grande tempeste3 ,o ,dieu tu me sauueras si tu veux1 si tu veux tu me perdras3 mais si tiendray-ie tousiours droit mon timon4 ,i'ay veu de mon temps mill' hommes soupples1 mestis1 ambigus1 et que nul ne doubtoit plus prudens mondains que moy1 se perdre o ie me suis sauu3 ,risi successu posse carere dolos4 ,paul myle allant en sa glorieuse expedition de ,macedoine1 aduertit sur tout le peuple ,rome1 de contenir leur langue de ses actions1 pendant son absence4 ,que la licence des iugements1 est vn grand destourbier aux grands affaires6 ,d'autant que chacun n'a pas la fermet de ,fabius l'encontre des voix communes1 contraires et iniurieuses qui ayma mieux laisser desmembrer son authorit aux vaines fantasies des hommes1 que faire moins bien sa charge1 auec fauorable reputation1 et populaire consentement4 ,il y a ie ne say quelle douceur naturelle se sentir lour1 mais nous luy prestons trop de beaucoup4 ,laudari haud metuam1 neque enim mihi cornea fibra es2 ,sed recti finmqve extremmque esse recuso ,euge tuum et bell4 ,ie ne me soucie pas tant1 quel ie sois chez autruy1 comme ie me soucie quel ie sois en moy-mesme4 ,ie veux estre riche par moy1 non par emprunt4 ,les estrangers ne voyent que les euenemens et apparences externes3 chacun peut faire bonne mine par le dehors1 plein au dedans de fiebure et d'effroy4 ,ils ne voyent pas mon cur1 ils ne voyent que mes contenances4 ,on a raison de descrier l'hypocrisie1 qui se trouue en la guerre3 car qu'est il plus ais vn homme pratic1 que de gauchir aux dangers1 et de contrefaire le mauuais1 ayant le cur plein de mollesse8 ,il y a tant de moyens d'euiter les occasions de se hazarder en particulier1 que nous aurons tromp mille fois le monde1 auant que de nous engager vn dangereux pas3 et lors mesme1 nous y trouuant emptrez1 nous saurons bien pour ce coup1 couurir nostre ieu d'vn bon visage1 et d'vne parolle asseure1 quoy que l'ame nous tremble au dedans4 ,et qui auroit l'vsage de l'anneau ,platonique1 rendant inuisible celuy qui le portoit au doigt1 si on luy donnoit le tour vers le plat de la main3 assez de gents souuent se cacheroyent1 o il se faut presenter le plus3 et se repentiroyent d'estre placez en lieu si honorable1 auquel la necessit les rend asseurez4 ,falsus honor iuuat1 et mendax infamia terret ,quem1 nisi mendosum et mendacem8 ,voyla comment tous ces iugemens qui se font des apparences externes1 sont merueilleusement incertains et douteux3 et n'est aucun si asseur tesmoing1 comme chacun soy-mesme4 ,en celles l combien auons nous de goujats1 compaignons de nostre gloire8 ,celuy qui se tient ferme dans vne tranche descouuerte1 que fait il en cela1 que ne facent deuant luy cinquante pauures pionniers1 qui luy ouurent le pas1 et le couurent de leurs corps1 pour cinq sols de paye par iour8 ,non quicquid turbida ,roma ,eleuet1 accedas1 examnque improbum in illa ,castiges trutina3 nec te qusiueris extr4 ,nous appellons aggrandir nostre nom1 l'estendre et semer en plusieurs bouches3 nous voulons qu'il y soit receu en bonne part1 et que cette sienne accroissance luy vienne profit3 voyla ce qu'il y peut auoir de plus excusable en ce dessein4 ,mais l'exces de cette maladie en va iusques l1 que plusieurs cherchent de faire parler d'eux en quelque faon que ce soit4 ,trogus ,pompeius dit de ,herostratus1 et ,titus ,liuius de ,manlius ,capitolinus1 qu'ils estoyent plus desireux de grande1 que de bonne reputation4 ,ce vice est ordinaire4 ,nous nous soignons plus qu'on parle de nous1 que comment on en parle3 et nous est assez que nostre nom coure par la bouche des hommes1 en quelque condition qu'il y coure4 ,il semble que l'estre conneu1 ce soit aucunement auoir sa vie et sa dure en la garde d'autruy4 ,moy1 ie tiens que ie ne suis que chez moy1 et de cette autre mienne vie qui loge en la cognoissance de mes amis1 la considerer nu1 et simplement en soy1 ie say bien que ie n'en sens fruict ny iouyssance1 que par la vanit d'vne opinion fantastique4 ,et quand ie seray mort1 ie m'en resentiray encores beaucoup moins4 ,et si perdray tout net1 l'vsage des vrayes vtilitez1 qui accidentalement la suyuent par fois3 ie n'auray plus de prise par o saisir la reputation3 ny par o elle puisse me toucher ny arriuer moy4 ,car de m'attendre que mon nom la reoiue3 premierement ie n'ay point de nom qui soit assez mien3 de deux que i'ay1 l'vn est commun toute ma race1 voire encore d'autres4 ,il y a vne famille ,paris et ,montpelier1 qui se surnomme ,montaigne3 vne autre en ,bretaigne1 et en ,xaintonge1 de la ,montaigne4 ,le remuement d'vne seule syllabe1 meslera noz fuses1 de faon que i'auray part leur gloire1 et eux l'aduenture ma honte4 ,et si1 les miens se sont autresfois surnommez ,eyquem1 surnom qui touche encore vne maison cogneu en ,angleterre4 ,quant mon autre nom1 il est1 quiconque aura enuie de le prendre4 ,ainsi i'honoreray peut estre1 vn crocheteur en ma place4 ,et puis quand i'aurois vne merque particuliere pour moy1 que peut elle merquer quand ie n'y suis plus8 peut elle designer et fauorir l'inanit8 ,nunc leuior cippus non imprimit ossa ,laudat posteritas1 nunc non manibus illis1 ,nunc non tumulo fortunatque fauilla ,nascuntur viol8 ,mais de cecy i'en ay parl ailleurs4 ,au demeurant en toute vne bataille o dix mill' hommes sont stropiez ou tuez1 il n'en est pas quinze dequoy lon parle4 ,il faut que ce soit quelque grandeur bien eminente1 ou quelque consequence d'importance1 que la ,fortune y ait iointe1 qui face valoir vn' action priue1 non d'vn harquebuzier seulement1 mais d'vn ,capitaine3 car de tuer vn homme1 ou deux1 ou dix1 de se presenter courageusement la mort1 c'est la verit quelque chose chacun de nous1 car il y va de tout3 mais pour le monde1 ce sont choses si ordinaires1 il s'en voit tant tous les iours1 et en faut tant de pareilles pour produire vn effect notable1 que nous n'en pouuons attendre aucune particuliere recommendation4 ,casus multis hic cognitus1 ac iam ,tritus1 et medio fortun ductus aceruo4 ,de tant de miliasses de vaillans hommes qui sont morts depuis quinze cens ans en ,france1 les armes en la main1 il n'y en a pas cent1 qui soyent venus nostre cognoissance4 ,la memoire non des chefs seulement1 mais des battailles et victoires est enseuelie4 ,les fortunes de plus de la moiti du monde1 faute de registre1 ne bougent de leur place1 et s'esuanoissent sans dure4 ,si i'auois en ma possession les euenemens incognus1 i'en penserois tresfacilement supplanter les cognus1 en toute espece d'exemples4 ,quoy1 que des ,romains mesmes1 et des ,grecs1 parmy tant d'escriuains et de tesmoings1 et tant de rares et nobles exploicts1 il en est venu si peu iusques nous8 ,ad nos vix tenuis fam perlabitur aura4 ,ce sera beaucoup si d'icy cent ans on se souuient en gros1 que de nostre temps il y a eu des guerres ciuiles en ,france4 ,les ,lacedemoniens sacrifioient aux ,muses entrans en battaille1 afin que leurs gestes fussent bien et dignement escris1 estimants que ce fust vne faueur diuine1 et non commune1 que les belles actions trouuassent des tesmoings qui leur seussent donner vie et memoire4 ,pensons nous qu' chasque harquebusade qui nous touche1 et chasque hazard que nous courons1 il y ait soudain vn greffier qui l'enrolle8 et cent greffiers outre cela le pourront escrire1 desquels les commentaires ne dureront que trois iours1 et ne viendront la veu de personne4 ,nous n'auons pas la milliesme partie des escrits anciens2 c'est la ,fortune qui leur donne vie1 ou plus courte1 ou plus longue1 selon sa faueur3 et ce que nous en auons1 il nous est loisible de doubter1 si c'est le pire1 n'ayans pas veu le demeurant4 ,on ne fait pas des histoires de choses de si peu3 il faut auoir est chef conquerir vn ,empire1 ou vn ,royaume1 il faut auoir gaign cinquante deux battailles assignes1 tousiours plus foible en nombre1 comme ,csar4 ,dix mille bons compagnons et plusieurs grands ,capitaines1 moururent sa suitte1 vaillamment et courageusement1 desquels les noms n'ont dur qu'autant que leurs femmes et leurs enfans vesquirent3 ,quos fama obscura recondit4 ,de ceux mesme1 que nous voyons bien faire1 trois mois1 ou trois ans apres qu'ils y sont demeurez1 il ne s'en parle non plus que s'ils n'eussent iamais est4 ,quiconque considerera auec iuste mesure et proportion1 de quelles gens et de quels faits1 la gloire se maintient en la memoire des liures1 il trouuera qu'il y a de nostre siecle1 fort peu d'actions1 et fort peu de personnes1 qui y puissent pretendre nul droict4 ,combien auons nous veu d'hommes vertueux1 suruiure leur propre reputation1 qui ont veu et souffert esteindre en leur presence1 l'honneur et la gloire tres-iustement acquise en leurs ieunes ans8 ,et pour trois ans de cette vie fantastique et imaginaire1 allons nous perdant nostre vraye vie et essentielle1 et nous engager vne mort perpetuelle8 ,les sages se proposent vne plus belle et plus iuste fin1 vne si importante entreprise4 ,rect facti1 fecisse merces est3 ,officij fructus1 ipsum officium est4 ,il seroit l'aduanture excusable vn peintre ou autre artisan1 ou encores vn rhetoricien ou grammairien1 de se trauailler pour acquerir nom1 par ses ouurages3 mais les actions de la vertu1 elles sont trop nobles d'elles mesmes1 pour rechercher autre loyer1 que de leur propre valeur3 et notamment pour la chercher en la vanit des iugemens humains4 ,si toute-fois cette fauce opinion sert au public contenir les hommes en leur deuoir3 si le peuple en est esueill la vertu3 si les ,princes sont touchez1 de voir le monde benir la memoire de ,traian1 et abominer celle de ,neron3 si cela les esmeut1 de voir le nom de ce grand pendart1 autresfois si effroyable et si redoubt1 maudit et outrag si librement par le premier escolier qui l'entreprend3 qu'elle accroisse hardiment1 et qu'on la nourrisse entre nous le plus qu'on pourra4 ,et ,platon employant toutes choses rendre ses citoyens vertueux1 leur conseille aussi1 de ne mespriser la bonne estimation des peuples4 ,et dit1 que par quelque diuine inspiration il aduient1 que les meschans mesmes sauent souuent tant de parole1 que d'opinion1 iustement distinguer les bons des mauuais4 ,ce personnage et son pedagogue sont merueilleux1 et hardis ouuriers faire ioindre les operations et reuelations diuines tout par tout o faut l'humaine force4 ,et pour cette cause peut estre1 l'appelloit ,timon en l'iniuriant1 le grand forgeur de miracles4 ,vt traijei poet confugiunt ad ,deum1 cm explicare argumenti exitum non possunt4 ,puis que les hommes par leur insuffisance ne se peuuent assez payer d'vne bonne monnoye1 qu'on y employe encore la fauce4 ,ce moyen a est practiqu par tous les legislateurs3 et n'est police1 o il n'y ait quelque meslange1 ou de vanit ceremonieuse1 ou d'opinion mensongere1 qui serue de bride tenir le peuple en office4 ,c'est pour cela que la pluspart ont leurs origines et commencemens fabuleux1 et enrichis de mysteres supernaturels4 ,c'est cela1 qui a donn credit aux religions bastardes1 et les a faictes fauorir aux gens d'entendement4 ,et pour cela1 que ,numa et ,sertorius1 pour rendre leurs hommes de meilleure creance1 les paissoyent de cette sottise1 l'vn que la nymphe ,egeria1 l'autre que sa biche blanche1 luy apportoit de la part des ,dieux1 tous les conseils qu'il prenoit4 ,et l'authorit que ,numa donna ses loix soubs tiltre du patronage de cette ,deesse1 ,zoroastre legislateur des ,bactrians et des ,perses1 la donna aux siennes1 soubs le nom du ,dieu ,oromazis3 ,trismegiste des gyptiens1 de ,mercure3 ,zamolxis des ,scythes1 de ,vesta3 ,charondas des ,chalcides1 de ,saturne3 ,minos des ,candiots1 de ,iuppiter3 ,lycurgus des ,lacedemoniens1 d',apollo3 ,dracon et ,solon des ,atheniens1 de ,minerue4 ,et toute police a vn ,dieu sa teste3 faucement les autres3 veritablement celle1 que ,mose dressa au peuple de ,iude sorty d'gypte4 ,la religion des ,bedoins1 comme dit le sire de ,iouinuille1 portoit entre autres choses1 que l'ame de celuy d'entre eux qui mouroit pour son ,prince1 s'en alloit en vn autre corps plus heureux1 plus beau et plus fort que le premier3 au moyen dequoy ils en hazardoyent beaucoup plus volontiers leur vie2 ,in ferrum mens prona viris1 animque capaces ,mortis1 et ignauum est reditur parcere vit4 ,voyla vne creance tressalutaire1 toute vaine qu'elle soit4 ,chasque nation a plusieurs tels exemples chez soy3 mais ce subject meriteroit vn discours part4 ,pour dire encore vn mot sur mon premier propos3 ie ne conseille non plus aux ,dames1 d'appeller honneur1 leur deuoir1 vt enim consuetudo loquitur1 id solum dicitur honestum1 quod est populari fama gloriosum3 leur deuoir est le marc3 leur honneur n'est que l'escorce4 ,ny ne leur conseille de nous donner cette excuse en payement de leur refus3 car ie presuppose1 que leurs intentions1 leur desir1 et leur volont1 qui sont pieces o l'honneur n'a que voir1 d'autant qu'il n'en paroist rien au dehors1 soyent encore plus regles que les effects4 ,qu1 quia non liceat1 non facit1 illa facit4 ,l'offence et enuers ,dieu1 et en la conscience1 seroit aussi grande de le desirer que de l'effectuer4 ,et puis ce sont actions d'elles mesmes caches et occultes1 il seroit bien-ays qu'elles en desrobassent quelqu'vne la cognoissance d'autruy1 d'o l'honneur depend1 si elles n'auoyent autre respect leur deuoir1 et l'affection qu'elles portent la chastet1 pour elle mesme4 ,toute personne d'honneur choisit de perdre plus tost son honneur1 que de perdre sa conscience4 ,,chapitre ,,xvii4 ,de la presumption4 ,,il y a vne autre sorte de gloire1 qui est vne trop bonne opinion1 que nous conceuons de nostre valeur4 ,c'est vn'affection inconsidere1 dequoy nous nous cherissons1 qui nous represente nous mesmes1 autres que nous ne sommes4 ,comme la passion amoureuse preste des beautez1 et des graces1 au subject qu'elle embrasse1 et fait que ceux qui en sont espris1 trouuent d'vn iugement trouble et alter1 ce qu'ils ayment1 autre et plus parfaict qu'il n'est4 ,ie ne veux pas1 que de peur de faillir de ce cost l1 vn homme se mescognoisse pourtant1 ny qu'il pense estre moins que ce qu'il est3 le iugement doit tout par tout maintenir son droit4 ,c'est raison qu'il voye en ce subject comme ailleurs1 ce que la verit luy presente4 ,si c'est ,csar1 qu'il se treuue hardiment le plus grand ,capitaine du monde4 ,nous ne sommes que ceremonie1 la ceremonie nous emporte1 et laissons la substance des choses3 nous nous tenons aux branches et abandonnons le tronc et le corps4 ,nous auons appris aux ,dames de rougir1 oyants seulement nommer1 ce qu'elles ne craignent aucunement faire3 nous n'osons appeller droict noz membres1 et ne craignons pas de les employer toute sorte de desbauche4 ,la ceremonie nous deffend d'exprimer par parolles les choses licites et naturelles1 et nous l'en croyons3 la raison nous deffend de n'en faire point d'illicites et mauuaises1 et personne ne l'en croit4 ,ie me trouue icy empestr s loix de la ceremonie3 car elle ne permet1 ny qu'on parle bien de soy1 ny qu'on en parle mal4 ,nous la lairrons l pour ce coup4 ,ceux de qui la ,fortune1 bonne ou mauuaise qu'on la doiue appeller1 a faict passer la vie en quelque eminent degr1 ils peuuent par leurs actions publiques tesmoigner quels ils sont4 ,mais ceux qu'elle n'a employez qu'en foule1 et de qui personne ne parlera1 si eux mesmes n'en parlent1 ils sont excusables1 s'ils prennent la hardiesse de parler d'eux1 mesmes enuers ceux qui ont interest de les cognoistre2 l'exemple de ,lucilius3 ,ille velut fidis arcana sodalibus olim ,credebat libris1 neque si mal cesserat1 vsquam ,decurrens alio1 neque si ben3 quo fit1 vt omnis ,votiua pateat veluti descripta tabella ,vita senis4 ,celuy la commettoit son papier ses actions et ses penses1 et s'y peignoit tel qu'il se sentoit estre4 ,nec id ,rutilio et ,scauro citra fidem1 aut obtrectationi fuit4 ,il me souuient donc1 que ds ma plus tendre enfance1 on remerquoit en moy ie ne say quel port de corps1 et des gestes tesmoignants quelque vaine et sotte fiert4 ,i'en veux dire premierement cecy1 qu'il n'est pas inconuenient d'auoir des conditions et des propensions1 si propres et si incorpores en nous1 que nous n'ayons pas moyen de les sentir et recognoistre4 ,et de telles inclinations naturelles1 le corps en retient volontiers quelque ply1 sans nostre seu et consentement4 ,c'estoit vne affetterie consente de sa beaut1 qui faisoit vn peu pancher la teste d',alexandre sur vn cost1 et qui rendoit le parler d',alcibiades mol et gras3 ,iulius ,csar se grattoit la teste d'vn doigt1 qui est la contenance d'vn homme remply de pensemens penibles3 et ,cicero1 ce me semble1 auoit accoustum de rincer le nez1 qui signifie vn naturel mocqueur4 ,tels mouuemens peuuent arriuer imperceptiblement en nous4 ,il y en a d'autres artificiels1 dequoy ie ne parle point4 ,comme les salutations1 et reuerences1 par o on acquiert le plus souuent tort1 l'honneur d'estre bien humble et courtois3 on peut estre humble de gloire4 ,ie suis assez prodigue de bonnettades1 notamment en est1 et n'en reois iamais sans reuenche1 de quelque qualit d'hommes que ce soit1 s'il n'est mes gages4 ,ie desirasse d'aucuns ,princes que ie cognois1 qu'ils en fussent plus espargnans et iustes dispensateurs2 car ainsin indiscretement espandus1 elles ne portent plus de coup3 si elles sont sans esgard1 elles sont sans effect4 ,entre les contenances desregles1 n'oublions pas la morgue de l',empereur ,constantius1 qui en publicq tenoit tousiours la teste droicte1 sans la contourner ou flechir ny ny l1 non pas seulement pour regarder ceux qui le saluoient cost1 ayant le corps plant immobile1 sans se laisser aller au bransle de son coche1 sans oser ny cracher1 ny se moucher1 n'y essuyer le visage deuant les gens4 ,ie ne say si ces gestes qu'on remerquoit en moy1 estoient de cette premiere condition1 et si la verit i'auoy quelque occulte propension ce vice2 comme il peut bien estre3 et ne puis pas respondre des bransles du corps4 ,mais quant aux bransles de l'ame1 ie veux icy confesser ce que i'en sens4 ,il y a deux parties en cette gloire3 sauoir est1 de s'estimer trop1 et n'estimer pas assez autruy4 ,quant l'vne1 il me semble premierement1 ces considerations deuoir estre mises en compte4 ,ie me sens press d'vne erreur d'ame1 qui me desplaist1 et comme inique1 et encore plus comme importune4 ,i'essaye la corriger3 mais l'arracher ie ne puis4 ,c'est1 que ie diminue du iuste prix des choses1 que ie possede3 et hausse le prix aux choses1 d'autant qu'elles sont estrangeres1 absentes1 et non miennes4 ,cette humeur s'espand bien loing4 ,comme la prerogatiue de l'authorit fait1 que les maris regardent les femmes propres d'vn vicieux desdein1 et plusieurs peres leurs enfants3 ainsi fay-ie3 et entre deux pareils ouurages1 poiseroy tousiours contre le mien4 ,non tant que la ialousie de mon auancement et amendement trouble mon iugement1 et m'empesche de me satisfaire1 comme que1 d'elle mesme la maistrise engendre mespris de ce qu'on tient et regente4 ,les polices1 les murs loingtaines me flattent1 et les langues4 ,et m'apperoy que le ,latin me pippe par la faueur de sa dignit1 au del de ce qui luy appartient1 comme aux enfants et au vulgaire4 ,l'conomie1 la maison1 le cheual de mon voisin1 en egale valeur1 vault mieux que le mien1 de ce qu'il n'est pas mien4 ,dauantage1 que ie suis tres-ignorant en mon faict3 i'admire l'asseurance et promesse1 que chacun a de soy3 l o il n'est quasi rien que ie sache sauoir1 ny que i'ose me respondre pouuoir faire4 ,ie n'ay point mes moyens en proposition et par estat3 et n'en suis instruit qu'apres l'effect3 autant doubteux de ma force que d'vne autre force4 ,d'o il aduient1 si ie rencontre louablement en vne besongne1 que ie le donne plus ma fortune1 qu' mon industrie3 d'autant que ie les desseigne toutes au hazard et en crainte4 ,pareillement i'ay en general cecy1 que de toutes les opinions que l'anciennet a eus de l'homme en gros1 celles que i'embrasse plus volontiers1 et ausquelles ie m'attache le plus1 ce sont celles qui nous mesprisent1 auilissent1 et aneantissent le plus4 ,la philosophie ne me semble iamais auoir si beau ieu1 que quand elle combat nostre presomption et vanit2 quand elle recognoist de bonne foy son irresolution1 sa foiblesse1 et son ignorance4 ,il me semble que la mere nourrice des plus fausses opinions1 et publiques et particulieres1 c'est la trop bonne opinion que l'homme a de soy4 ,ces gens qui se perchent cheuauchons sur l'epicycle de ,mercure1 qui voient si auant dans le ciel1 ils m'arrachent les dents3 car en l'estude que ie fay1 duquel le subject1 c'est l'homme1 trouuant vne si extreme variet de iugemens1 vn si profond labyrinthe de difficultez les vnes sur les autres1 tant de diuersit et incertitude1 en l'eschole mesme de la sapience3 vous pouuez penser1 puis que ces gens l n'ont peu se resoudre de la cognoissance d'eux mesmes1 et de leur propre condition1 qui est continuellement presente leurs yeux1 qui est dans eux2 puis qu'ils ne sauent comment bransle ce qu'eux mesmes font bransler1 ny comment nous peindre et deschiffrer les ressorts qu'ils tiennent et manient eux mesmes1 comment ie les croirois de la cause du flux et reflux de la riuiere du ,nil4 ,la curiosit de cognoistre les choses1 a est donne aux hommes pour fleau1 dit la saincte ,escriture4 ,mais pour venir mon particulier1 il est bien difficile1 ce me semble1 qu'aucun autre s'estime moins1 voire qu'aucun autre m'estime moins1 que ce que ie m'estime4 ,ie me tien de la commune sorte1 sauf en ce que ie m'en tiens3 coulpable des deffectuositez plus basses et populaires3 mais non desaduoes1 non excuses4 ,et ne me prise seulement que de ce que ie say mon prix4 ,s'il y a de la gloire1 elle est infuse en moy superficiellement1 par la trahison de ma complexion3 et n'a point de corps1 qui comparoisse la veu de mon iugement4 ,i'en suis arros1 mais non pas teint4 ,car la verit1 quant aux effects de l'esprit1 en quelque faon que ce soit1 il n'est iamais party de moy chose qui me contentast4 ,et l'approbation d'autruy ne me paye pas4 ,i'ay le iugement tendre et difficile1 et notamment en mon endroit4 ,ie me sens flotter et fleschir de foiblesse4 ,ie n'ay rien du mien1 dequoy satisfaire mon iugement3 i'ay la veue assez claire et regle1 mais l'ouurer elle se trouble3 comme i'essaye plus euidemment en la posie4 ,ie l'ayme infiniment2 ie me cognois assez aux ouurages d'autruy3 mais ie fay la verit l'enfant quand i'y veux mettre la main2 ie ne me puis souffrir4 ,on peut faire le sot par tout ailleurs1 mais non en la posie4 ,mediocribus esse poetis ,non dij1 non homines1 non concessere column4 ,pleust ,dieu que cette sentence se trouuast au front des boutiques de tous noz imprimeurs1 pour en deffendre l'entre tant de versificateurs4 ,verm ,nil securius est malo poeta4 ,que n'auons nous de tels peuples8 ,dionysius le pere n'estimoit rien tant de soy1 que sa posie4 ,a la saison des jeux ,olympiques1 auec des chariots surpassant tous autres en magnificence1 il enuoya aussi des potes et des musiciens1 pour presenter ses vers1 auec des tentes et pauillons dorez et tapissez royalement4 ,quand on vint mettre ses vers en auant1 la faueur et excellence de la prononciation attira sur le commencement l'attention du peuple4 ,mais quand par apres il vint poiser l'ineptie de l'ouurage1 il entra premierement en mespris3 et continuant d'aigrir son iugement1 il se ietta tantost en furie1 et courut abbattre et deschirer par despit tous ces pauillons4 ,et ce que ces chariots ne feirent non plus1 rien qui vaille en la course1 et que la nauire1 qui rapportoit ses gents1 faillit la ,sicile1 et fut par la tempeste pousse et fracasse contre la coste de ,tarante3 il tint pour certain que c'estoit l'ire des ,dieux irritez comme luy1 contre ce mauuais pome3 et les mariniers mesmes1 eschappez du naufrage1 alloient secondant l'opinion de ce peuple3 laquelle1 l'oracle qui predit sa mort1 sembla aussi aucunement soubscrire4 ,il portoit1 que ,dionysius seroit pres de sa fin1 quand il auroit vaincu ceux qui vaudroyent mieux que luy4 ,ce qu'il interpreta des ,carthaginois1 qui le surpassoyent en puissance4 ,et ayant affaire eux1 gauchissoit souuent la victoire1 et la temperoit1 pour n'encourir le sens de cette prediction4 ,mais il l'entendoit mal3 car le ,dieu marquoit le temps de l'aduantage1 que par faueur et iniustice il gaigna ,athenes sur les potes tragiques1 meilleurs que luy3 ayant faict iouer l'enuy la sienne1 intitule les ,leneens4 ,soudain apres laquelle victoire1 il trepassa3 et en partie pour l'excessiue ioye1 qu'il en conceut4 ,ce que ie treuue excusable du mien1 ce n'est pas de soy1 et la verit3 mais c'est la comparaison d'autres choses pires1 ausquelles ie voy qu'on donne credit4 ,ie suis enuieux du bon-heur de ceux1 qui se sauent resiouyr et gratifier en leur besongne2 car c'est vn moyen ays de se donner du plaisir1 puis qu'on le tire de soy-mesmes4 ,specialement s'il y a vn peu de fermet en leur opiniastrise4 ,ie say vn pote1 qui fort et foible1 en foulle et en chambre1 et le ciel et la terre1 crient qu'il n'y entend guere4 ,il n'en rabat pour tout cela rien de la mesure quoy il s'est taill4 ,tousiours recommence1 tousiours reconsulte3 et tousiours persiste1 d'autant plus ahurt en son aduis1 qu'il touche luy seul1 de le maintenir4 ,mes ouurages1 il s'en faut tant qu'ils me rient1 qu'autant de fois que ie les retaste1 autant de fois ie m'en despite4 ,cm relego1 scripsisse pudet1 quia plurima cerno1 ,me quoque qui feci1 iudice1 digna lini4 ,i'ay tousiours vne ide en l'ame1 qui me presente vne meilleure forme1 que celle que i'ay mis en besongne1 mais ie ne la puis saisir ny exploicter4 ,et cette ide mesme n'est que du moyen estage4 ,i'argumente par l1 que les productions de ces riches et grandes ames du temps pass1 sont bien loing au del de l'extreme estendu de mon imagination et souhaict4 ,leurs escris ne me satisfont pas seulement et me remplissent1 mais ils m'estonnent et transissent d'admiration4 ,ie iuge leur beaut1 ie la voy1 sinon iusques au bout1 au moins si auant qu'il m'est impossible d'y aspirer4 ,quoy que i'entreprenne1 ie doibs vn sacrifice aux ,graces1 comme dit ,plutarque de quelqu'vn1 pour practiquer leur faueur4 ,si quid enim placet1 ,si quid dulce hominum sensibus influit1 ,debentur lepidis omnia ,gratiis4 ,elles m'abandonnent par tout4 ,tout est grossier chez moy1 il y a faute de polissure et de beaut4 ,ie ne say faire valoir les choses pour le plus que ce qu'elles valent4 ,ma faon n'ayde rien la matiere4 ,voyla pourquoy il me la faut forte1 qui aye beaucoup de prise1 et qui luyse d'elle mesme4 ,quand i'en saisi des populaires et plus gayes1 c'est pour me suiure1 moy1 qui n'aime point vne sagesse ceremonieuse et triste1 comme fait le monde3 et pour m'egayer1 non pour egayer mon stile1 qui les veut plustost graues et seueres4 ,aumoins si ie doy nommer stile1 vn parler informe et sans regle3 vn iargon populaire1 et vn proceder sans definition1 sans partition1 sans conclusion1 trouble1 la faon de celuy d',amafanius et de ,rabirius4 ,ie ne say ny plaire1 ny resiouyr1 ny chatouiller4 ,le meilleur compte du monde se seche entre mes mains1 et se ternit4 ,ie ne say parler qu'en bon escient4 ,et suis du tout desnu de cette facilit1 que ie voy en plusieurs de mes compagnons1 d'entretenir les premiers venus1 et tenir en haleine toute vne trouppe1 ou amuser sans se lasser1 l'oreille d'vn ,prince1 de toute sorte de propos2 la matiere ne leur faillant iamais1 pour cette grace qu'ils ont de sauoir employer la premiere venue1 et l'accommoder l'humeur et porte de ceux qui ils ont affaire4 ,les ,princes n'ayment guere les discours fermes1 ny moy faire des comptes4 ,les raisons premieres et plus aises1 qui sont communment les mieux prinses1 ie ne say pas les employer4 ,mauuais prescheur de commune4 ,de toute matiere ie dy volontiers les plus extremes choses1 que i'en say4 ,cicero estime1 qu's traictez de la philosophie1 le plus difficile membre soit l'exorde4 ,s'il est ainsi1 ie me prens la conclusion sagement4 ,si faut-il sauoir relascher la corde toute sorte de tons3 et le plus aigu est celuy qui vient le moins souuent en ieu4 ,il y a pour le moins autant de perfection releuer vne chose vuide1 qu' en soutenir vne poisante4 ,tantost il faut superficiellement manier les choses1 tantost les profonder4 ,ie say bien que la plus part des hommes se tiennent en ce bas estage1 pour ne conceuoir les choses que par cette premiere escorse4 ,mais ie say aussi que les plus grands maistres1 et ,xenophon et ,platon1 on les void souuent se relascher cette basse faon1 et populaire1 de dire et traitter les choses1 la soustenans des graces qui ne leur manquent iamais4 ,au demeurant mon langage n'a rien de facile et fluide3 il est aspre1 ayant ses dispositions libres et desregles4 ,et me plaist ainsi2 sinon par mon iugement1 par mon inclination4 ,mais ie sens bien que par fois ie m'y laisse trop aller1 et qu' force de vouloir euiter l'art et l'affection1 i'y retombe d'vne autre part2 ,breuis esse laboro1 ,obscurus fio4 ,platon dit que le long ou le court1 ne sont proprietez qui ostent ny qui donnent prix au langage4 ,quand i'entreprendrois de suiure cet autre stile quable1 vny et ordonn1 ie n'y saurois aduenir4 ,et encore que les coupures et cadences de ,saluste reuiennent plus mon humeur1 si est-ce que ie treuue ,csar et plus grand1 et moins ais representer4 ,et si mon inclination me porte plus l'imitation du parler de ,seneque1 ie ne laisse pas d'estimer dauantage celuy de ,plutarque4 ,comme taire1 dire aussi1 ie suy tout simplement ma forme naturelle4 ,d'o c'est l'aduanture que ie puis plus1 parler qu' escrire4 ,le mouuement et action animent les parolles1 notamment ceux qui se remuent brusquement1 comme ie fay1 et qui s'eschauffent4 ,le port1 le visage1 la voix1 la robbe1 l'assiette1 peuuent donner quelque prix aux choses1 qui d'elles mesmes n'en ont guere1 comme le babil4 ,messala se pleint en ,tacitus de quelques accoustremens estroits de son temps1 et de la faon des bancs o les orateurs auoient parler1 qui affoiblissoient leur eloquence4 ,mon langage ,franois est alter1 et en la prononciation et ailleurs1 par la barbarie de mon creu4 ,ie ne vis iamais homme des contres de de1 qui ne sentist bien euidemment son ramage1 et qui ne blessast les oreilles qui sont pures ,franoises4 ,si n'est-ce pas pour estre fort entendu en mon ,perigourdin3 car ie n'en ay non plus d'vsage que de l',allemand2 et ne m'en chault gueres4 ,c'est vn langage1 comme sont autour de moy d'vne bande et d'autre1 le ,poitteuin1 ,xaintongeois1 ,angoulemoisin1 ,lymosin1 ,auuergnat1 brode1 trainant1 esfoir4 ,il y a bien au dessus de nous1 vers les montagnes1 vn ,gascon1 que ie treuue singulierement beau1 sec1 bref1 signifiant1 et la verit vn langage masle et militaire1 plus qu'aucun autre1 que i'entende3 autant nerueux1 et puissant1 et pertinent1 comme le ,franois est gracieux1 delicat1 et abondant4 ,quant au ,latin1 qui m'a est donn pour maternel1 i'ay perdu par des-accoustumance1 la promptitude de m'en pouuoir seruir parler3 ou1 et escrire1 en quoy autrefois ie me faisoy appeller maistre ,iean4 ,voylla combien peu ie vaux de ce cost l4 ,la beaut est vne piece de grande recommendation au commerce des hommes4 ,c'est le premier moyen de conciliation des vns aux autres2 et n'est homme si barbare et si rechign1 qui ne se sente aucunement frapp de sa douceur4 ,le corps a vne grand'part nostre estre1 il y tient vn grand rang3 ainsi sa structure et composition sont de bien iuste consideration4 ,ceux qui veulent desprendre noz deux pieces principales1 et les sequestrer l'vne de l'autre1 ils ont tort4 ,au rebours1 il les faut r'accoupler et reioindre4 ,il faut ordonner l'ame1 non de se tirer quartier1 de s'entretenir part1 de mespriser et abandonner le corps 7aussi ne le sauroit elle faire que par quelque singerie contrefaicte7 mais de se r'allier luy1 de l'embrasser1 le cherir1 luy assister1 le contreroller1 le conseiller1 le redresser1 et ramener quand il fouruoye2 l'espouser en somme1 et luy seruir de mary3 ce que leurs effects ne paroissent pas diuers et contraires1 ains accordans et vniformes4 ,les ,chrestiens ont vne particuliere instruction de cette liaison1 car ils sauent1 que la iustice diuine embrasse cette societ et ioincture du corps et de l'ame1 iusques rendre le corps capable des recompenses eternelles3 et que ,dieu regarde agir tout l'homme1 et veut qu'entier il reoiue le chastiement1 ou le loyer1 selon ses demerites4 ,la secte ,peripatetique1 de toutes sectes la plus sociable1 attribue la sagesse ce seul soing1 de pouruoir et procurer en commun1 le bien de ces deux parties associes3 et montre les autres sectes1 pour ne s'estre assez attaches la consideration de ce meslange1 s'estre partializes1 cette-cy pour le corps1 cette autre pour l'ame1 d'vne pareille erreur3 et auoir escart leur subject1 qui est l'homme2 et leur guide1 qu'ils aduouent en general estre ,nature4 ,la premiere distinction1 qui aye est entre les hommes1 et la premiere consideration1 qui donna les preminences aux vns sur les autres1 il est vray-semblable que ce fut l'aduantage de la beaut4 ,agros diuisere atque dedere ,pro facie cuiusque et viribus ingenique3 ,nam facies multum valuit1 virsque vigebant4 ,or ie suis d'vne taille vn peu au dessoubs de la moyenne4 ,ce deffaut n'a pas seulement de la laideur1 mais encore de l'incommodit3 ceux mesmement1 qui ont des commandements et des charges3 car l'authorit que donne vne belle presence et majest corporelle1 en est dire4 ,c4 ,marius ne receuoit pas volontiers des soldats1 qui n'eussent six pieds de haulteur4 ,le ,courtisan a bien raison de vouloir pour ce ,gentilhomme qu'il dresse1 vne taille commune1 plustost que toute autre3 et de refuser pour luy1 toute estranget1 qui le face montrer au doigt4 ,mais de choisir1 s'il faut cette mediocrit1 qu'il soit plustost au de1 qu'au del d'icelle1 ie ne le ferois pas1 vn homme militaire4 ,les petits hommes1 dit ,aristote1 sont bien iolis1 mais non pas beaux3 et se cognoist en la grandeur1 la grande ame1 comme la beaut1 en vn grand corps et hault4 ,les thiopes et les ,indiens1 dit-il1 elisants leurs ,roys et ,magistrats1 auoyent esgard la beaut et procerit des personnes4 ,ils auoient raison3 car il y a du respect pour ceux qui le suiuent1 et pour l'ennemy de l'effroy1 de voir la teste d'vne trouppe1 marcher vn chef de belle et riche taille3 ,ipse inter primos prstanti corpore ,turnus ,vertitur1 arma tenens1 et toto vertice supr est4 ,nostre grand ,roy diuin et celeste1 duquel toutes les circonstances doiuent estre remerques auec soing1 religion et reuerence1 n'a pas refus la recommandation corporelle1 speciosus forma pr filiis hominum4 ,et ,platon auec la temperance et la fortitude1 desire la beaut aux conseruateurs de sa republique4 ,c'est vn grand despit qu'on s'addresse vous parmy voz gens1 pour vous demander o est ,monsieur3 et que vous n'ayez que le reste de la bonnetade1 qu'on fait vostre barbier ou vostre secretaire4 ,comme il aduint au pauure ,philopmen3 estant arriu le premier de sa trouppe en vn logis1 o on l'attendoit1 son hostesse1 qui ne le cognoissoit pas1 et le voyoit d'assez mauuaise mine1 l'employa d'aller vn peu aider ses femmes puiser de l'eau1 ou attiser du feu1 pour le seruice de ,philopmen4 ,les ,gentils-hommes de sa suitte estans arriuez1 et l'ayants surpris embesongn cette belle vacation1 car il n'auoit pas failly d'ober au commandement qu'on luy auoit faict1 luy demanderent ce qu'il faisoit-l3 ,ie paie1 leur respondit-il1 la peine de ma laideur4 ,les autres beautez1 sont pour les femmes3 la beaut de la taille1 est la seule beaut des hommes4 ,o est la petitesse1 ny la largeur et rondeur du front1 ny la blancheur et douceur des yeux1 ny la mediocre forme du nez1 ny la petitesse de l'oreille1 et de la bouche1 ny l'ordre et blancheur des dents1 ny l'espesseur bien vnie d'vne barbe brune escorce de chataigne1 ny le poil releu1 ny la iuste proportion de teste1 ny la fraischeur du teint1 ny l'air du visage aggreable1 ny vn corps sans senteur1 ny la iuste proportion de membres1 peuuent faire vn bel homme4 ,i'ay au demeurant1 la taille forte et ramasse1 le visage1 non pas gras1 mais plein1 la complexion entre le iovial et le melancholique1 moyennement sanguine et chaude1 ,vnde rigent setis mihi crura1 et pectora villis3 la sant1 forte et allegre1 iusques bien auant en mon aage1 rarement trouble par les maladies4 ,i'estois tel1 car ie ne me considere pas cette heure1 que ie suis engag dans les auenues de la vieillesse1 ayant piea franchy les quarante ans4 ,minutatim vires et robur adultum ,frangit1 et in partem peiorem liquitur tas4 ,ce que ie seray doresnauant1 ce ne sera plus qu'vn demy estre3 ce ne sera plus moy4 ,ie m'eschappe tous les iours1 et me desrobbe moy3 ,singula de nobis anni prdantur euntes4 ,d'addresse et de disposition1 ie n'en ay point eu2 et si suis fils d'vn pere dispost1 et d'vne allegresse qui luy dura iusques son extreme vieillesse4 ,il ne trouua guere homme de sa condition1 qui s'egalast luy en tout exercice de corps3 comme ie n'en ay trouu guere aucun1 qui ne me surmontast2 sauf au courir1 en quoy i'estoy des mediocres4 ,de la musique1 ny pour la voix1 que i'y ay tres-inepte1 ny pour les instrumens1 on ne m'y a iamais seu rien apprendre4 ,a la danse1 la paulme1 la lucte1 ie n'y ay peu acquerir qu'vne bien fort legere et vulgaire suffisance3 nager1 escrimer1 voltiger1 et saulter1 nulle du tout4 ,les mains1 ie les ay si gourdes1 que ie ne say pas escrire seulement pour moy2 de faon1 que ce que i'ay barbouill1 i'ayme mieux le refaire que de me donner la peine de le demesler1 et ne ly guere mieux4 ,ie me sens poiser aux escoutans3 autrement bon clerc4 ,ie ne say pas clorre droit vne lettre1 ny ne seuz iamais tailler plume1 ny trancher table1 qui vaille1 ny equipper vn cheval de son harnois1 ny porter poinct vn oyseau1 et le lascher3 ny parler aux chiens1 aux oyseaux1 aux cheuaux4 ,mes conditions corporelles sont en somme tresbien accordantes celles de l'ame1 il n'y a rien d'allegre3 il y a seulement vne vigueur pleine et ferme4 ,ie dure bien la peine1 mais i'y dure1 si ie m'y porte moy-mesme1 et autant que mon desir m'y conduit3 ,molliter austerum studio fallente laborem4 ,autrement1 si ie n'y suis allech par quelque plaisir1 et si i'ay autre guide que ma pure et libre volont1 ie n'y vauls rien4 ,car i'en suis l1 que sauf la sant et la vie1 il n'est chose pourquoy ie vueille ronger mes ongles1 et que ie vueill' acheter au prix du tourment d'esprit et de la contrainte3 ,tanti mihi non sit opaci ,omnis arena ,tagi1 qudque in mare voluitur aurum4 ,extremement oisif1 extremement libre1 et par nature et par art4 ,ie presteroy aussi volontiers mon sang1 que mon soing4 ,i'ay vne ame libre et toute sienne1 accoustume se conduire sa mode4 ,n'ayant eu iusques cett' heure ny commandant ny maistre forc1 i'ay march aussi auant1 et le pas qu'il m'a pleu4 ,cela m'a amolli et rendu inutile au seruice d'autruy1 et ne m'a faict bon qu' moy4 ,et pour moy1 il n'a est besoin de forcer ce naturel poisant1 paresseux et fay-neant4 ,car m'estant trouu en tel degr de fortune ds ma naissance1 que i'ay eu occasion de m'y arrester3 7vne occasion pourtant1 que mille autres de ma cognoissance eussent prinse1 pour planche plustost1 se passer la queste1 l'agitation et inquietude7 ie n'ay rien cherch1 et n'ay aussi rien pris3 ,non agimur tumidis velis ,aquilone secundo1 ,non tamen aduersis tatem ducimus ,austris3 ,viribus1 ingenio1 specie1 virtute1 loco1 re1 ,extremi primorum1 extremis vsque priores4 ,ie n'ay eu besoin que de la suffisance de me contenter4 ,qui est toutesfois vn reglement d'ame1 le bien prendre1 esgalement difficile en toute sorte de condition1 et que par vsage1 nous voyons se trouuer plus facilement encores en la disette qu'en l'abondance4 ,d'autant1 l'aduanture1 que selon le cours de noz autres passions1 la faim des richesses est plus aiguise par leur vsage1 que par leur besoin3 et la vertu de la moderation1 plus rare1 que celle de la patience4 ,et n'ay eu besoin que de iouyr doucement des biens que ,dieu par sa liberalit m'auoit mis entre mains4 ,ie n'ay goust aucune sorte de trauail ennuieux4 ,ie n'ay eu guere en maniement que mes affaires3 ou1 si i'en ay eu1 'a est en condition de les manier mon heure et ma faon3 commis par gents1 qui s'en fioyent moy1 et qui ne me pressoyent pas1 et me cognoissoyent4 ,car encore tirent les experts1 quelque seruice d'vn cheual restif et poussif4 ,mon enfance mesme a est conduicte d'vne faon molle et libre1 et lors mesme exempte de subjection rigoureuse4 ,tout cela m'a donn vne complexion delicate et incapable de sollicitude2 iusques l1 que i'ayme qu'on me cache mes pertes1 et les desordres qui me touchent4 ,au chapitre de mes mises1 ie loge ce que ma nonchalance me couste nourrir et entretenir3 ,hc nempe supersunt1 ,qu dominum fallunt1 qu prosint furibus4 ,i'ayme ne sauoir pas le compte de ce que i'ay1 pour sentir moins exactement ma perte4 ,ie prie ceux qui viuent auec moy1 o l'affection leur manque1 et les bons effects1 de me pipper et payer de bonnes apparences4 ,a faute d'auoir assez de fermet1 pour souffrir l'importunit des accidens contraires1 ausquels nous sommes subjects1 et pour ne me pouuoir tenir tendu regler et ordonner les affaires1 ie nourris autant que ie puis en moy cett' opinion3 m'abandonnant du tout la ,fortune1 de prendre toutes choses au pis2 et ce pis l1 me resoudre le porter doucement et patiemment4 ,c'est cela seul1 que ie trauaille1 et le but auquel i'achemine tous mes discours4 ,a vn danger1 ie ne songe pas tant comment i'en eschapperay1 que combien peu il importe que i'en eschappe4 ,quand i'y demeurerois1 que seroit ce8 ,ne pouuant regler les euenements1 ie me regle moy-mesme3 et m'applique eux1 s'ils ne s'appliquent moy4 ,ie n'ay guere d'art pour sauoir gauchir la ,fortune1 et luy eschapper1 ou la forcer2 et pour dresser et conduire par prudence les choses mon poinct4 ,i'ay encore moins de tolerance1 pour supporter le soing aspre et penible qu'il faut cela4 ,et la plus penible assiette pour moy1 c'est estre suspens s choses qui pressent1 et agit entre la crainte et l'esperance4 ,le deliberer1 voire s choses plus legeres1 m'importune4 ,et sens mon esprit plus empesch souffrir le bransle1 et les secousses diuerses du doute1 et de la consultation1 qu' se rassoir et resoudre quelque party que ce soit1 apres que la chance est liure4 ,peu de passions m'ont troubl le sommeil1 mais des deliberations1 la moindre me le trouble4 ,tout ainsi que des chemins1 i'en euite volontiers les costez pendants et glissans1 et me iette dans le battu1 le plus boeux1 et enfondrant1 d'o ie ne puisse aller plus bas1 et y cherche seurt4 ,aussi i'ayme les malheurs tous purs1 qui ne m'exercent et tracassent plus1 apres l'incertitude de leur rabillage3 et qui du premier saut me poussent droictement en la souffrance4 ,dubia plus torquent mala4 ,aux euenemens1 ie me porte virilement1 en la conduicte puerilement4 ,l'horreur de la cheute me donne plus de fiebure que le coup4 ,le ieu ne vaut pas la chandelle4 ,l'auaritieux a plus mauvais conte de sa passion1 que n'a le pauure3 et le ialoux1 que le cocu4 ,et y a moins de mal souuent1 perdre sa vigne1 qu' la plaider4 ,la plus basse marche1 est la plus ferme3 c'est le siege de la constance4 ,vous n'y auez besoing que de vous4 ,elle se fonde l1 et appuye toute en soy4 ,cet exemple1 d'vn ,gentil-homme que plusieurs ont cogneu1 a il pas quelque air philosophique8 ,il se marya bien auant en l'aage1 ayant pass en bon compaignon sa ieunesse1 grand diseur1 grand gaudisseur4 ,se souuenant combien la matiere de cornardise luy auoit donn dequoy parler et se moquer des autres3 pour se mettre couuert1 il espousa vne femme1 qu'il print au lieu1 o chacun en trouue pour son argent1 et dressa auec elle ses alliances3 ,bon iour putain1 bon iour cocu3 et n'est chose dequoy plus souuent et ouuertement1 il entretinst chez luy les suruenans1 que de ce sien dessein3 par o il bridoit les occultes caquets des moqueurs1 et esmoussoit la poincte de ce reproche4 ,quant l'ambition1 qui est voisine de la presumption1 ou fille plustost1 il eust fallu pour m'aduancer1 que la ,fortune me fust venu querir par le poing3 car de me mettre en peine pour vn' esperance incertaine1 et me soubmettre toutes les difficultez1 qui accompaignent ceux qui cherchent se pousser en credit1 sur le commencement de leur progrez1 ie ne l'eusse seu faire1 ,spem pretio non emo4 ,ie m'attache ce que ie voy1 et que ie tiens1 et ne m'eslongne guere du port3 ,alter remus aquas1 alter tibi radat arenas4 ,et puis on arriue peu ces auancements1 qu'en hazardant premierement le sien4 ,et ie suis d'aduis1 que si ce qu'on a1 suffit maintenir la condition en laquelle on est nay1 et dress1 c'est folie d'en lascher la prise1 sur l'incertitude de l'augmenter4 ,celuy qui la ,fortune refuse dequoy planter son pied1 et establir vn estre tranquille et repos1 il est pardonnable s'il iette au hazard ce qu'il a1 puis qu'ainsi comme ainsi la necessit l'enuoye la queste4 ,capienda rebus in malis prceps via est4 ,et i'excuse plustost vn cabdet1 de mettre sa legitime au vent1 que celuy qui l'honneur de la maison est en charge1 qu'on ne peut point voir necessiteux qu' sa faute4 ,i'ay bien trouu le chemin plus court et plus ais1 auec le conseil de mes bons amis du temps pass1 de me dfaire de ce desir1 et de me tenir coy3 ,cui sit conditio dulcis1 sine puluere palm4 ,iugeant aussi bien sainement1 de mes forces1 qu'elles n'estoient pas capables de grandes choses4 ,et me souuenant de ce mot du feu ,chancelier ,oliuier1 que les ,franois semblent des guenons1 qui vont grimpant contremont vn arbre1 de branche en branche1 et ne cessent d'aller1 iusques ce qu'elles soyent arriues la plus haute branche3 et y montrent le cul1 quand elles y sont4 ,turpe est1 qud nequeas1 capiti committere pondus1 ,et pressum inflexo mox dare terga genu4 ,les qualitez mesmes qui sont en moy non reprochables1 ie les trouuois inutiles en ce siecle4 ,la facilit de mes murs1 on l'eust nomme laschet et foiblesse3 la foy et la conscience s'y feussent trouues scrupuleuses et superstitieuses3 la franchise et la libert1 importune1 inconsidere et temeraire4 ,a quelque chose sert le mal'heur4 ,il fait bon naistre en vn siecle fort deprau3 car par comparaison d'autruy1 vous estes estim vertueux bon march4 ,qui n'est que parricide en nos iours et sacrilege1 il est homme de bien et d'honneur3 ,nunc1 si depositum non inficiatur amicus1 ,si reddat veterem cum tota rugine follem1 ,prodigiosa fides1 et ,tuscis digna libellis1 ,quque coronata lustrari debeat agna4 ,et ne fut iamais temps et lieu1 o il y eust pour les ,princes loyer plus certain et plus grand1 propos la bont1 et la iustice4 ,le premier qui s'auisera de se pousser en faueur1 et en credit par cette voye l1 ie suis bien deeu si bon compte il ne deuance ses compaignons4 ,la force1 la violence1 peuuent quelque chose3 mais non pas tousiours tout4 ,les marchans1 les iuges de village1 les artisans1 nous les voyons aller pair de vaillance et science militaire1 auec la noblesse4 ,ils rendent des combats honorables et publiques et priuez3 ils battent1 ils defendent villes en noz guerres presentes4 ,vn ,prince estouffe sa recommendation emmy cette presse4 ,qu'il reluise d'humanit1 de verit1 de loyaut1 de temperance1 et sur tout de iustice3 marques rares1 incognus et exiles4 ,c'est la seule volont des peuples dequoy il peut faire ses affaires3 et nulles autres qualitez ne peuuent attirer leur volont comme celles l3 leur estant les plus vtiles4 ,nihil est tam populare qum bonitas4 ,par cette proportion ie me fusse trouu grand et rare3 comme ie me trouue pygme et populaire1 la proportion d'aucuns siecles passez3 ausquels il estoit vulgaire1 si d'autres plus fortes qualitez n'y concurroient1 de veoir vn homme moder en ses vengeances1 mol au ressentiment des offences1 religieux en l'obseruance de sa parolle3 ny double ny soupple1 ny accommodant sa foy la volont d'autruy et aux occasions4 ,plustost lairrois-ie rompre le col aux affaires1 que de plier ma foy pour leur seruice4 ,car quant cette nouuelle vertu de faintise et dissimulation1 qui est cett'heure si fort en credit1 ie la hay capitalement3 et de tous les vices1 ie n'en trouue aucun qui tesmoigne tant de laschet et bassesse de cur4 ,c'est vn' humeur coarde et seruile de s'aller desguiser et cacher sous vn masque1 et de n'oser se faire veoir tel qu'on est4 ,par l nos hommes se dressent la perfidie4 ,estans duicts produire des parolles fauces1 ils ne font pas conscience d'y manquer4 ,vn cur genereux ne doit point desmentir ses penses3 il se veut faire voir iusques au dedans3 tout y est bon1 ou aumoins1 tout y est humain4 ,aristote estime office de magnanimit1 hayr et aymer descouuert3 iuger1 parler auec toute franchise3 et au prix de la verit1 ne faire cas de l'approbation ou reprobation d'autruy4 ,apollonius disoit que c'estoit aux serfs de mentir1 et aux libres de dire verit4 ,c'est la premiere et fondamentale partie de la vertu4 ,il la faut aymer pour elle mesme4 ,celuy qui dit vray1 par ce qu'il y est d'ailleurs oblig1 et par ce qu'il sert3 et qui ne craind point dire mensonge1 quand il n'importe personne1 il n'est pas veritable suffisamment4 ,mon ame de sa complexion refuit la menterie1 et hat mesme la penser4 ,i'ay vn' interne vergongne et vn remors piquant1 si par fois elle m'eschappe1 comme par fois elle m'eschappe1 les occasions me surprenans et agitans impremeditement4 ,il ne faut pas tousiours dire tout1 car ce seroit sottise4 ,mais ce qu'on dit1 il faut qu'il soit tel qu'on le pense3 autrement1 c'est meschancet4 ,ie ne say quelle commodit ils attendent de se faindre et contrefaire sans cesse3 si ce n'est1 de n'en estre pas creus1 lors mesmes qu'ils disent verit4 ,cela peut tromper vne fois ou deux les hommes3 mais de faire profession de se tenir couuert3 et se vanter1 comme ont faict aucuns de nos ,princes1 qu'ils ietteroient leur chemise au feu1 si elle estoit participante de leurs vrayes intentions1 qui est vn mot de l'ancien ,metellus ,macedonicus3 et qui ne sait se faindre1 ne sait pas regner3 c'est tenir aduertis ceux qui ont les praticquer1 que ce n'est que piperie et mensonge qu'ils disent4 ,quo quis versutior et callidior est1 hoc inuisior et suspectior1 detracta opinione probitatis4 ,ce seroit vne grande simplesse qui se lairroit amuser ny au visage ny aux parolles de celuy1 qui fait estat d'estre tousiours autre au dehors1 qu'il n'est au dedans3 comme faisoit ,tibere4 ,et ne say quelle part telles gens peuuent auoir au commerce des hommes1 ne produisans rien qui soit receu pour comptant4 ,qui est desloyal enuers la verit1 l'est aussi enuers le mensonge4 ,ceux qui de nostre temps ont consider en l'establissement du deuoir d'vn ,prince1 le bien de ses affaires seulement3 et l'ont prefer au soing de sa foy et conscience1 diroyent quelque chose vn ,prince1 de qui la ,fortune auroit reng tel poinct les affaires1 que pour tout iamais il les peust establir par vn seul manquement et faute sa parole4 ,mais il n'en va pas ainsin4 ,on rechet souuent en pareil march3 on fait plus d'vne paix1 plus d'vn traitt en sa vie4 ,le gain1 qui les conuie la premiere desloyaut1 et quasi tousiours il s'en presente1 comme toutes autres meschancetez3 les sacrileges1 les meurtres1 les rebellions1 les trahisons1 s'entreprennent pour quelque espece de fruit3 mais ce premier gain apporte infinis dommages suyuants3 iettant ce ,prince hors de tout commerce1 et de tout moyen de negotiation par l'exemple de cette infidelit4 ,solyman de la race des ,ottomans1 race peu soigneuse de l'obseruance des promesses et paches1 lors que de mon enfance1 il fit descendre son arme ,otrante1 ayant seu que ,mercurin de ,gratinare1 et les habitants de ,castro1 estoyent detenus prisonniers1 apres auoir rendu la place1 contre ce qui auoit est capitul par ses gents auec eux1 manda qu'on les relaschast3 et qu'ayant en main d'autres grandes entreprises en cette contre l1 cette desloyaut1 quoy qu'elle eust apparence d'vtilit presente1 luy apporteroit pour l'aduenir1 vn descri et vne deffiance d'infini preiudice4 ,or de moy i'ayme mieux estre importun et indiscret1 que flateur et dissimul4 ,i'aduoe qu'il se peut mesler quelque poincte de fiert1 et d'opiniastret1 se tenir ainsin entier et ouuert comme ie suis sans consideration d'autruy4 ,et me semble que ie deuiens vn peu plus libre1 o il le faudroit moins estre3 et que ie m'eschauffe par l'opposition du respect4 ,il peut estre aussi1 que ie me laisse aller apres ma nature faute d'art4 ,presentant aux grands cette mesme licence de langue et de contenance que i'apporte de ma maison3 ie sens combien elle decline vers l'indiscretion et inciuilit4 ,mais outre ce que ie suis ainsi faict1 ie n'ay pas l'esprit assez souple pour gauchir vne prompte demande1 et pour en eschapper par quelque destour3 ny pour feindre vne verit1 ny assez de memoire pour la retenir ainsi feinte3 ny certes assez d'asseurance pour la maintenir3 et fais le braue par foiblesse4 ,parquoy ie m'abandonne la nayfuet1 et tousiours dire ce que ie pense1 et par complexion1 et par dessein3 laissant la ,fortune d'en conduire l'euenement4 ,aristippus disoit le principal fruit1 qu'il eust tir de la philosophie1 estre1 qu'il parloit librement et ouuertement chacun4 ,c'est vn outil de merueilleux seruice1 que la memoire1 et sans lequel le iugement fait bien peine son office3 elle me manque du tout4 ,ce qu'on me veut proposer1 il faut que ce soit parcelles3 car de respondre vn propos1 o il y eust plusieurs diuers chefs1 il n'est pas en ma puissance4 ,ie ne saurois receuoir vne charge sans tablettes4 ,et quand i'ay vn propos de consequence tenir1 s'il est de longue haleine1 ie suis reduit cette vile et miserable necessit1 d'apprendre par cur mot mot ce que i'ay dire3 autrement ie n'auroy ny faon1 ny asseurance1 estant en crainte que ma memoire vinst me faire vn mauuais tour4 ,mais ce moyen m'est non moins difficile4 ,pour apprendre trois vers1 il m'y faut trois heures4 ,et puis en vn propre ouurage la libert et authorit de remuer l'ordre1 de changer vn mot1 variant sans cesse la matiere1 la rend plus malaise arrester en la memoire de son autheur4 ,or plus ie m'en defie1 plus elle se trouble3 elle me sert mieux par rencontre1 il faut que ie la solicite nonchalamment3 car si ie la presse1 elle s'estonne3 et depuis qu'ell' a commenc chanceler1 plus ie la sonde1 plus elle s'empestre et embarrasse3 elle me sert son heure1 non pas la mienne4 ,cecy que ie sens en la memoire1 ie le sens en plusieurs autres parties4 ,ie fuis le commandement1 l'obligation1 et la contrainte4 ,ce que ie fais aysment et naturellement1 si ie m'ordonne de le faire1 par vne expresse et prescrite ordonnance1 ie ne say plus le faire4 ,au corps mesme1 les membres qui ont quelque libert et iurisdiction plus particuliere sur eux1 me refusent par fois leur obeyssance1 quand ie les destine et attache certain poinct et heure de seruice necessaire4 ,cette preordonnance contraincte et tyrannique les rebute3 ils se croupissent d'effroy ou de despit1 et se transissent4 ,autresfois estant en lieu1 o c'est discourtoisie barbaresque1 de ne respondre ceux qui vous conuient boire3 quoy qu'on m'y traitast auec toute libert1 i'essaiay de faire le bon compagnon1 en faueur des ,dames qui estoyent de la partie1 selon l'vsage du pays4 ,mais il y eut du plaisir3 car cette menasse et preparation1 d'auoir m'efforcer outre ma coustume1 et mon naturel1 m'estoupa de maniere le gosier1 que ie ne seuz aualler vne seule goute3 et fus priu de boire1 pour le besoing mesme de mon repas4 ,ie me trouuay saoul et desalter1 par tant de breuuage que mon imagination auoit preoccup4 ,cet effaict est plus apparent en ceux qui ont l'imagination plus vehemente et puissante3 mais il est pourtant naturel3 et n'est aucun qui ne s'en ressente aucunement4 ,on offroit vn excellent archer condamn la mort1 de luy sauuer la vie1 s'il vouloit faire voir quelque notable preuue de son art3 il refusa de s'en essayer1 craignant que la trop grande contention de sa volont1 luy fist fouruoyer la main1 et qu'au lieu de sauuer sa vie1 il perdist encore la reputation qu'il auoit acquise au tirer de l'arc4 ,vn homme qui pense ailleurs1 ne faudra point1 vn pousse pres1 de refaire tousiours vn mesme nombre et mesure de pas1 au lieu o il se promene3 mais s'il y est auec attention de les mesurer et compter1 il trouuera que ce qu'il faisoit par nature et par hazard1 il ne le fera pas si exactement par dessein4 ,ma librairie1 qui est des belles entre les librairies de village1 est assise vn coin de ma maison3 s'il me tombe en fantasie chose que i'y vueille aller chercher ou escrire1 de peur qu'elle ne m'eschappe en trauersant seulement ma cour1 il faut que ie la donne en garde quelqu'autre4 ,si ie m'enhardis en parlant1 me destourner tant soit peu1 de mon fil1 ie ne faux iamais de le perdre3 qui fait que ie me tiens en mes discours1 contrainct1 sec1 et resserr4 ,les gens1 qui me seruent1 il faut que ie les appelle par le nom de leurs charges1 ou de leur pays3 car il m'est tres-malais de retenir des noms4 ,ie diray bien qu'il y a trois syllabes1 que le son en est rude1 qu'il commence ou termine par telle lettre4 ,et si ie durois viure long temps1 ie ne croy pas que ie n'oubliasse mon nom propre1 comme ont faict d'autres4 ,messala ,coruinus fut deux ans n'ayant trace aucune de memoire4 ,ce qu'on dit aussi de ,george ,trapezonce4 ,et pour mon interest1 ie rumine souuent1 quelle vie c'estoit que la leur3 et si sans cette piece1 il me restera assez pour me soustenir auec quelque aisance4 ,et y regardant de pres1 ie crains que ce defaut1 s'il est parfaict1 perde toutes les functions de l'ame4 ,plenus rimarum sum1 hac atque illac perfluo4 ,il m'est aduenu plus d'vne fois1 d'oublier le mot que i'auois trois heures au parauant donn ou receu d'vn autre3 et d'oublier o i'auoy cach ma bourse1 quoy qu'en die ,cicero4 ,ie m'ayde perdre1 ce que ie serre particulierement4 ,memoria cert non mod philosophiam1 sed omnis vito vsum1 omnsque artes1 vn maxim continet4 ,c'est le receptacle et l'estuy de la science1 que la memoire3 l'ayant si deffaillante ie n'ay pas fort me plaindre1 si ie ne say guere4 ,ie say en general le nom des arts1 et ce dequoy ils traictent1 mais rien au del4 ,ie feuillete les liures1 ie ne les estudie pas4 ,ce qui m'en demeure1 c'est chose que ie ne reconnoy plus estre d'autruy4 ,c'est cela seulement1 dequoy mon iugement a faict son profit3 les discours et les imaginations1 dequoy il s'est imbu4 ,l'autheur1 le lieu1 les mots1 et autres circonstances1 ie les oublie incontinent4 ,et suis si excellent en l'oubliance1 que mes escripts mesmes et compositions1 ie ne les oublie pas moins que le reste4 ,on m'allegue tous les coups moy-mesme1 sans que ie le sente4 ,qui voudroit sauoir d'o sont les vers et exemples1 que i'ay icy entassez1 me mettroit en peine de le luy dire3 et si ne les ay mendiez qu's portes cognus et fameuses3 ne me contentant pas qu'ils fussent riches1 s'ils ne venoient encore de main riche et honorable3 l'authorit y concurre quant et la raison4 ,ce n'est pas grande merueille si mon liure suit la fortune des autres liures3 et si ma memoire desempare ce que i'escry1 comme ce que ie ly3 et ce que ie donne1 comme ce que ie reoy4 ,outre le deffaut de la memoire1 i'en ay d'autres1 qui aydent beaucoup mon ignorance4 ,i'ay l'esprit tardif1 et mousse1 le moindre nuage luy arreste sa poincte3 en faon que1 pour exemple1 ie ne luy proposay iamais enigme si ais1 qu'il seust desuelopper4 ,il n'est si vaine subtilit qui ne m'empesche4 ,aux ieux1 o l'esprit a sa part2 des chets1 des cartes1 des dames1 et autres1 ie n'y comprens que les plus grossiers traicts4 ,l'apprehension1 ie l'ay lente et embrouille3 mais ce qu'elle tient vne fois1 elle le tient bien1 et l'embrasse bien vniuersellement1 estroitement et profondement1 pour le temps qu'elle le tient4 ,i'ay la veu longue1 saine et entiere1 mais qui se lasse aisement au trauail1 et se charge4 ,a cette occasion ie ne puis auoir long commerce auec les liures1 que par le moyen du seruice d'autruy4 ,le ieune ,pline instruira ceux qui ne l'ont essay1 combien ce retardement est important ceux qui s'adonnent cette occupation4 ,il n'est point ame si chetifue et brutale1 en laquelle on ne voye reluire quelque facult particuliere3 il n'y en a point de si enseuelie1 qui ne face vne saillie par quelque bout4 ,et comment il aduienne qu'vne ame aueugle et endormie toutes autres choses1 se trouue vifue1 claire1 et excellente1 certain particulier effect1 il s'en faut enquerir aux maistres4 ,mais les belles ames1 ce sont les ames vniuerselles1 ouuertes1 et prestes tout3 si non instruites1 au moins instruisables4 ,ce que ie dy pour accuser la mienne4 ,car soit par foiblesse ou nonchalance 7et de mettre nonchaloir ce qui est nos pieds1 ce que nous auons entremains1 ce qui regarde de plus pres l'vsage de la vie1 c'est chose bien eslongne de mon dogme71 il n'en est point vne si inepte et si ignorante que la mienne1 de plusieurs telles choses vulgaires1 et qui ne se peuuent sans honte ignorer4 ,il faut que i'en conte quelques exemples4 ,ie suis n et nourry aux champs1 et parmy le labourage3 i'ay des affaires1 et du mesnage en main1 depuis que ceux qui me deuanoient en la possession des biens que ie iouys1 m'ont quitt leur place4 ,or ie ne say conter ny get1 ny plume3 la pluspart de nos monnoyes ie ne les connoy pas3 ny ne say la difference de l'vn grain l'autre1 ny en la terre1 ny au grenier1 si elle n'est par trop apparente3 ny peine celle d'entre les choux et les laictues de mon iardin4 ,ie n'entens pas seulement les noms des premiers outils du mesnage1 ny les plus grossiers principes de l'agriculture1 et que les enfans sauent3 moins aux arts mechaniques1 en la trafique1 et en la cognoissance des marchandises1 diuersit et nature des fruicts1 de vins1 de viandes3 ny dresser vn oiseau1 ny medeciner vn cheual1 ou vn chien4 ,et puis qu'il me faut faire la honte toute entiere1 il n'y a pas vn mois qu'on me surprint ignorant dequoy le leuain seruoit faire du pain2 et que c'estoit que faire cuuer du vin4 ,on coniectura anciennement ,athenes1 vne aptitude la mathematique1 en celuy qui on voyoit ingenieusement agencer et fagotter vne charge de brossailles4 ,vrayement on tireroit de moy vne bien contraire conclusion3 car qu'on me donne tout l'apprest d'vne cuisine1 me voila la faim4 ,par ces traits de ma confession1 on en peut imaginer d'autres mes despens4 ,mais quel que ie me face cognoistre1 pourueu que ie me face cognoistre tel que ie suis1 ie fay mon effect4 ,et si ne m'excuse pas1 d'oser mettre par escrit des propos si bas et friuoles que ceux-cy4 ,la bassesse du suiet m'y contrainct4 ,qu'on accuse si on veut mon proiect1 mais mon progrez1 non4 ,tant y a que sans l'aduertissement d'autruy1 ie voy assez le peu que tout cecy vaut et poise1 et la folie de mon dessein4 ,c'est prou que mon iugement ne se deffere point1 duquel ce sont icy les essais4 ,nasutus sis vsque licet1 sis denique nasus1 ,quantum noluerit ferre rogatus ,atlas3 ,et possis ipsum tu deridere ,latinum1 ,non potes in nugas dicere plura meas1 ,ipse ego qum dixi3 quid dentem dente iuuabit ,rodere8 carne opus est1 si satur esse velis4 ,ne perdas operam3 qui se mirantur1 in illos ,virus habe2 nos hc nouimus esse nihil4 ,ie ne suis pas oblig ne dire point de sottises1 pourueu que ie ne me trompe pas les cognoistre4 ,et de faillir mon escient1 cela m'est si ordinaire1 que ie ne faux guere d'autre faon1 ie ne faux guere fortuitement4 ,c'est peu de chose de prester la temerit de mes humeurs les actions ineptes1 puis que ie ne me puis pas deffendre d'y prester ordinairement les vitieuses4 ,ie vis vn iour ,barleduc1 qu'on presentoit au ,roy ,franois second1 pour la recommandation de la memoire de ,ren ,roy de ,sicile1 vn pourtraict qu'il auoit luy-mesmes fait de soy4 ,pourquoy n'est-il loisible de mesme vn chacun1 de se peindre de la plume1 comme il se peignoit d'vn creon8 ,ie ne veux donc pas oublier encor cette cicatrice1 bien mal propre produire en public4 ,c'est l'irresolution3 defaut tres-incommode la negociation des affaires du monde4 ,ie ne say pas prendre party s entreprinses doubteuses3 ,ne si1 ne no1 net cor mi suona intero4 ,ie say bien soustenir vne opinion1 mais non pas la choisir4 ,par ce qu's choses humaines1 quelque bande qu'on panche1 il se presente force apparences1 qui nous y confirment3 et le philosophe ,chrysippus disoit1 qu'il ne vouloit apprendre de ,zenon et ,cleanthez ses maistres1 que les dogmes simplement3 car quant aux preuues et raisons1 il en fourniroit assez de luy mesme4 ,de quelque cost que ie me tourne1 ie me fournis tousiours assez de cause et de vray-semblance pour m'y maintenir4 ,ainsi i'arreste chez moy le doubte1 et la libert de choisir1 iusques ce que l'occasion me presse4 ,et lors1 confesser la verit1 ie iette le plus souuent la plume au vent1 comme on dit1 et m'abandonne la mercy de la ,fortune4 ,vne bien legere inclination et circonstance m'emporte4 ,dum in dubio est animus1 paulo momento huc atque ,illuc impellitur4 ,l'incertitude de mon iugement1 est si galement balance en la pluspart des occurrences1 que ie compromettrois volontiers la decision du sort et des dets4 ,et remarque auec grande consideration de nostre foiblesse humaine1 les exemples que l'histoire diuine mesme nous a laiss de cet vsage1 de remettre la ,fortune et au hazard1 la determination des eslections s choses doubteuses3 ,sors cecidit super ,matthiam4 ,la raison humaine est vn glaiue double et dangereux4 ,et en la main mesme de ,socrates son plus intime et plus familier amy3 voyez quants de bouts c'est vn baston4 ,ainsi1 ie ne suis propre qu' suyure1 et me laisse aysment emporter la foule4 ,ie ne me fie pas assez en mes forces1 pour entreprendre de commander1 ny guider4 ,ie suis bien ayse de trouuer mes pas trassez par les autres4 ,s'il faut courre le hazard d'vn choix incertain1 i'ayme mieux que ce soit soubs tel1 qui s'asseure plus de ses opinions1 et les espouse plus1 que ie ne fay les miennes1 ausquelles ie trouue le fondement et le plant glissant4 ,et si ne suis pas trop facile pourtant au change1 d'autant que i'apperois aux opinions contraires vne pareille foiblesse4 ,ipsa consuetudo assentiendi periculosa esse videtur1 et lubrica4 ,notamment aux affaires politiques1 il y a vn beau champ ouuert au bransle et la contestation4 ,iusta pari premitur veluti cum pondere libra ,prona1 nec hac plus parte sedet1 nec surgit ab illa4 ,les discours de ,machiauel1 pour exemple1 estoient assez solides pour le subiect1 si y a-il eu grand'aisance les combattre2 et ceux qui l'ont faict1 n'ont pas laiss moins de facilit combattre les leurs4 ,il s'y trouueroit tousiours vn tel argument1 dequoy y fournir responces1 dupliques1 repliques1 tripliques1 quadrupliques1 et cette infinie contexture de debats1 que nostre chicane a along tant qu'elle a peu en faueur des procez3 ,cdimur1 et totidem plagis consumimus hostem3 les raisons n'y ayant guere autre fondement que l'experience1 et la diuersit des euenemens humains1 nous presentant infinis exemples toutes sortes de formes4 ,vn sauant personnage de nostre temps1 dit qu'en nos almanacs1 o ils disent chaud1 qui voudra dire froid1 et au lieu de sec1 humide3 et mettre tousiours le rebours de ce qu'ils pronostiquent1 s'il deuoit entrer en gageure de l'euenement de l'vn ou l'autre1 qu'il ne se soucieroit pas quel party il prinst1 sauf s choses o il n'y peut escheoir incertitude3 comme de promettre ,nol des chaleurs extremes1 et la sainct ,iean1 des rigueurs de l'hyuer4 ,i'en pense de mesmes de ces discours politiques3 quelque rolle qu'on vous mette1 vous auez aussi beau ieu que vostre compagnon1 pourueu que vous ne veniez choquer les principes trop grossiers et apparens4 ,et pourtant1 selon mon humeur1 s affaires publiques1 il n'est aucun si mauuais train1 pourueu qu'il aye de l'aage et de la constance1 qui ne vaille mieux que le changement et le remuement4 ,nos murs sont extremement corrompus1 et panchent d'vne merueilleuse inclination vers l'empirement3 de nos loix et vsances1 il y en a plusieurs barbares et monstrueuses3 toutesfois pour la difficult de nous mettre en meilleur estat1 et le danger de ce croullement1 si ie pouuoy planter vne cheville nostre rou1 et l'arrester en ce poinct1 ie le ferois de bon cur4 ,nunquam adeo fdis adeque pudendis ,vtimur exemplis1 vt non peiora supersint4 ,le pis que ie trouue en nostre estat1 c'est l'instabilit3 et que nos loix1 non plus que nos vestemens1 ne peuuent prendre aucune forme arreste4 ,il est bien ays d'accuser d'imperfection vne police3 car toutes choses mortelles en sont pleines3 il est bien ays d'engendrer vn peuple le mespris de ses anciennes obseruances3 iamais homme n'entreprint cela1 qui n'en vinst bout3 mais d'y restablir vn meilleur estat en la place de celuy qu'on a ruin1 cecy plusieurs se sont morfondus1 de ceux qui l'auoient entreprins4 ,ie fay peu de part ma prudence1 de ma conduite3 ie me laisse volontiers mener l'ordre public du monde4 ,heureux peuple1 qui fait ce qu'on commande1 mieux que ceux qui commandent1 sans se tourmenter des causes3 qui se laisse mollement rouller apres le roullement celeste4 ,l'obeyssance n'est iamais pure ny tranquille en celuy qui raisonne et qui plaide4 ,somme pour reuenir moy1 ce seul1 par o ie m'estime quelque chose1 c'est ce1 en quoy iamais homme ne s'estima deffaillant3 ma recommendation est vulgaire1 commune1 et populaire3 car qui a iamais cuid auoir faute de sens8 ,ce seroit vne proposition qui impliqueroit en soy de la contradiction4 ,c'est vne maladie1 qui n'est iamais o elle se voit3 elle est bien tenace et forte1 mais laquelle pourtant1 le premier rayon de la veu du patient1 perce et dissipe3 comme le regard du soleil vn broullas opaque4 ,s'accuser1 ce seroit s'excuser en ce subiect l3 et se condamner1 ce seroit s'absoudre4 ,il ne fut iamais crocheteur ny femmelette1 qui ne pensast auoir assez de sens pour sa prouision4 ,nous recognoissons aysment s autres1 l'aduantage du courage1 de la force corporelle1 de l'experience1 de la disposition1 de la beaut3 mais l'aduantage du iugement1 nous ne le cedons personne4 ,et les raisons qui partent du simple discours naturel en autruy1 il nous semble qu'il n'a tenu qu' regarder de ce cost l1 que nous ne les ayons trouuees4 ,la science1 le stile1 et telles parties1 que nous voyons s ouurages estrangers1 nous touchons bien aysment si elles surpassent les nostres3 mais les simples productions de l'entendement1 chacun pense qu'il estoit en luy de les rencontrer toutes pareilles1 et en apperoit malaisement le poids et la difficult1 si ce n'est1 et peine1 en vne extreme et incomparable distance4 ,et qui verroit bien clair la hauteur d'vn iugement estranger1 il y arriueroit et y porteroit le sien4 ,ainsi1 c'est vne sorte d'exercitation1 de laquelle on doit esperer fort peu de recommandation et de loange1 et vne maniere de composition1 de peu de nom4 ,et puis1 pour qui escriuez vous8 ,les sauants1 qui appartient la iurisdiction liuresque1 ne cognoissent autre prix que de la doctrine2 et n'aduoent autre proceder en noz esprits1 que celuy de l'erudition1 et de l'art4 ,si vous auez prins l'vn des ,scipions pour l'autre1 que vous reste il dire1 qui vaille8 ,qui ignore ,aristote1 selon eux1 s'ignore quand et quand soy-mesme4 ,les ames grossieres et populaires ne voyent pas la grace d'vn discours deli4 ,or ces deux especes occupent le monde4 ,la tierce1 qui vous tombez en partage1 des ames regles et fortes d'elles mesmes1 est si rare1 que iustement elle n'a ny nom1 ny rang entre nous3 c'est demy temps perdu1 d'aspirer1 et de s'efforcer luy plaire4 ,on dit communment que le plus iuste partage que ,nature nous aye fait de graces1 c'est celuy du sens3 car il n'est aucun qui ne se contente de ce qu'elle luy en a distribu1 n'est-ce pas raison8 qui verroit au del1 il verroit au del de sa veu4 ,ie pense auoir les opinions bonnes et saines1 mais qui n'en croit autant des siennes8 ,l'vne des meilleures preuues que i'en aye1 c'est le peu d'estime que ie fay de moy1 car si elles n'eussent est bien asseures1 elles se fussent aisment laiss piper l'affection que ie me porte1 singuliere1 comme celuy qui la ramene quasi toute moy1 et qui ne l'espands gueres hors de l4 ,tout ce que les autres en distribuent vne infinie multitude d'amis1 et de cognoissans1 leur gloire1 leur grandeur1 ie le rapporte tout au repos de mon esprit1 et moy4 ,ce qui m'en eschappe ailleurs1 ce n'est pas proprement de l'ordonnance de mon discours3 ,mihi nempe valere et viuere doctus4 ,or mes opinions1 ie les trouue infiniement hardies et constantes condamner mon insuffisance4 ,de vray c'est aussi vn subiect1 auquel i'exerce mon iugement autant qu' nul autre4 ,le monde regarde tousiours vis vis3 moy1 ie replie ma veu au dedans1 ie la plante1 ie l'amuse l4 ,chacun regarde deuant soy1 moy ie regarde dedans moy4 ,ie n'ay affaire qu' moy1 ie me considere sans cesse1 ie me contrerolle1 ie me gouste4 ,les autres vont tousiours ailleurs1 s'ils y pensent bien3 ils vont tousiours auant1 ,nemo in sese tentat descendere3 moy1 ie me roulle en moy-mesme4 ,cette capacit de trier le vray1 quelle qu'elle soit en moy1 et cett'humeur libre de n'assubiectir aysment ma creance1 ie la dois principalement moy3 car les plus fermes imaginations que i'aye1 et generalles1 sont celles qui par maniere de dire1 nasquirent auec moy3 elles sont naturelles1 et toutes miennes4 ,ie les produisis crues et simples1 d'vne production hardie et forte1 mais vn peu trouble et imparfaicte3 depuis ie les ay establies et fortifies par l'authorit d'autruy1 et par les sains exemples des anciens1 ausquels ie me suis rencontr conforme en iugement4 ,ceux-l m'en ont asseur de la prinse1 et m'en ont donn la iouyssance et possession plus claire4 ,la recommandation que chacun cherche1 de viuacit et promptitude d'esprit1 ie la pretends du reglement1 d'vne action esclatante et signale1 ou de quelque particuliere suffisance3 ie la pretends de l'ordre1 correspondance1 et tranquillit d'opinions et de murs4 ,omnino si quidquam est decorum1 nihil est profect magis qum quabilitas vniuers vit1 tum singularum actionum3 quam conseruare non possis1 si1 aliorum naturam imitans1 omittas tuam4 ,voyla donq iusques o ie me sens coulpable de cette premiere partie1 que ie disois estre au vice de la presomption4 ,pour la seconde1 qui consiste n'estimer point assez autruy1 ie ne say si ie m'en puis si bien excuser3 car quoy qu'il me couste1 ie delibere de dire ce qui en est4 ,a l'aduenture que le commerce continuel que i'ay auec les humeurs anciennes1 et l'ide de ces riches ames du temps pass1 me dgouste1 et d'autruy1 et de moy-mesme3 ou bien qu' la verit nous viuons en vn siecle qui ne produict les choses que bien mediocres4 ,tant y a que ie ne connoy rien digne de grande admiration4 ,aussi ne connoy-ie guere d'hommes1 auec telle priuaut1 qu'il faut pour en pouuoir iuger3 et ceux ausquels ma condition me mesle plus ordinairement1 sont pour la pluspart1 gens qui ont peu de soing de la culture de l'ame1 et ausquels on ne propose pour toute beatitude que l'honneur1 et pour toute perfection1 que la vaillance4 ,ce que ie voy de beau en autruy1 ie le lou et l'estime tres-volontiers4 ,voire i'enrichis souuent sur ce que i'en pense1 et me permets de mentir iusques l4 ,car ie ne say point inuenter vn subiect faux4 ,ie tesmoigne volontiers de mes amis1 par ce que i'y trouue de loable4 ,et d'vn pied de valeur1 i'en fay volontiers vn pied et demy4 ,mais de leur prester les qualitez qui n'y sont pas1 ie ne puis3 ny les defendre ouuertement des imperfections qu'ils ont4 ,voyre mes ennemis1 ie rends nettement ce que ie dois de tesmoignage d'honneur4 ,mon affection se change1 mon iugement non4 ,et ne confons point ma querelle auec autres circonstances qui n'en sont pas4 ,et suis tant ialoux de la libert de mon iugement1 que mal-aysement la puis-ie quitter pour passion que ce soit4 ,ie me fay plus d'iniure en mentant1 que ie n'en fay celuy1 de qui ie mens4 ,on remarque cette loable et genereuse coustume de la nation ,persienne1 qu'ils parloient de leurs mortels ennemis1 et qui ils faisoyent la guerre outrance1 honorablement et equitablement autant que portoit le merite de leur vertu4 ,ie connoy des hommes assez1 qui ont diuerses parties belles3 qui l'esprit1 qui le cur1 qui l'adresse1 qui la conscience1 qui le langage1 qui vne science1 qui vn'autre3 mais de grand homme en general1 et ayant tant de belles pieces ensemble1 ou vne1 en tel degr d'excellence1 qu'on le doiue admirer1 ou le comparer ceux que nous honorons du temps pass1 ma fortune ne m'en a faict voir nul4 ,et le plus grand que i'aye conneu au vif1 ie di des parties naturelles de l'ame1 et le mieux n1 c'estoit ,estienne de la ,boitie3 c'estoit vrayement vn' ame pleine1 et qui montroit vn beau visage tout sens3 vn' ame la vieille marque3 et qui eust produit de grands effects1 si sa fortune l'eust voulu3 ayant beaucoup adioust ce riche naturel1 par science et estude4 ,mais ie ne say comment il aduient1 et si aduient sans doubte1 qu'il se trouue autant de vanit et de foiblesse d'entendement1 en ceux qui font profession d'auoir plus de suffisance1 qui se meslent de vacations lettres1 et de charges qui despendent des liures1 qu'en nulle autre sorte de gens4 ,ou bien par ce que lon requiert et attend plus d'eux1 et qu'on ne peut excuser en eux les fautes communes3 ou bien que l'opinion du sauoir leur donne plus de hardiesse de se produire1 et de se descouurir trop auant1 par o ils se perdent1 et se trahissent4 ,comme vn artisan tesmoigne bien mieux sa bestise1 en vne riche matiere1 qu'il ait entre mains1 s'il l'accommode et mesle sottement1 et contre les regles de son ouurage1 qu'en vne matiere vile3 et s'offence lon plus du defaut1 en vne statue d'or1 qu'en celle qui est de plastre4 ,ceux cy en font autant1 lors qu'ils mettent en auant des choses qui d'elles mesmes1 et en leur lieu1 seroyent bonnes3 car ils s'en seruent sans discretion1 faisans honneur leur memoire1 aux despens de leur entendement3 et faisans honneur ,cicero1 ,galien1 ,vlpian1 et sainct ,hierosme1 pour se rendre eux ridicules4 ,ie retombe volontiers sur ce discours de l'ineptie de nostre institution4 ,elle a eu pour sa fin1 de nous faire1 non bons et sages1 mais sauans3 elle y est arriue4 ,elle ne nous a pas appris de suyure et embrasser la vertu et la prudence3 mais elle nous en a imprim la deriuation et l'etymologie4 ,nous sauons decliner vertu1 si nous ne sauons l'aymer4 ,si nous ne sauons que c'est que prudence par effect1 et par experience1 nous le sauons par iargon et par cur4 ,de nos voisins1 nous ne nous contentons pas d'en sauoir la race1 les parentelles1 et les alliances1 nous les voulons auoir pour amis1 et dresser auec eux quelque conuersation et intelligence3 elle nous a appris les definitions1 les diuisions1 et partitions de la vertu1 comme des surnoms et branches d'vne genealogie1 sans auoir autre soing de dresser entre nous et elle1 quelque pratique de familiarit et priue accointance4 ,elle nous a choisi pour nostre apprentissage1 non les liures qui ont les opinions plus saines et plus vrayes1 mais ceux qui parlent le meilleur ,grec et ,latin3 et parmy ses beaux mots1 nous a fait couler en la fantasie les plus vaines humeurs de l'antiquit4 ,vne bonne institution1 elle change le iugement et les murs3 comme il aduint ,polemon3 ce ieune homme ,grec desbauch1 qui estant all our par rencontre1 vne leon de ,xenocrates1 ne remerqua pas seulement l'loquence et la suffisance du lecteur1 et n'en rapporta pas seulement en la maison1 la science de quelque belle matiere3 mais vn fruit plus apparent et plus solide3 qui fut1 le soudain changement et amendement de sa premiere vie4 ,qui a iamais senti vn tel effect de nostre discipline8 ,facisne quod olim ,mutatus ,polemon8 ponas insignia morbi1 ,fasciolas1 cubital1 focalia1 potus vt ille ,dicitur ex collo furtim carpsisse coronas1 ,postquam est impransi correptus voce magistri8 ,la moins dedeignable condition de gents1 me semble estre1 celle qui par simplesse tient le dernier rang3 et nous offrir vn commerce plus regl4 ,les murs et les propos des paysans1 ie les trouue communement plus ordonnez selon la prescription de la vraye philosophie1 que ne sont ceux de noz philosophes4 ,plus sapit vulgus1 quia tantum1 quantum opus est1 sapit4 ,les plus notables hommes que i'aye iug1 par les apparences externes1 car pour les iuger ma mode1 il les faudroit esclairer de plus pres1 c'ont est1 pour le faict de la guerre1 et suffisance militaire1 le ,duc de ,guyse1 qui mourut ,orleans1 et le feu ,mareschal ,strozzi4 ,pour gens suffisans1 et de vertu non commune1 ,oliuier1 et l',hospital ,chanceliers de ,france4 ,il me semble aussi de la posie qu'elle a eu sa vogue en nostre siecle4 ,nous auons abondance de bons artisans de ce mestier-l1 ,aurat1 ,beze1 ,buchanan1 l',hospital1 ,mont-dor1 ,turnebus4 ,quant aux ,franois1 ie pense qu'ils l'ont monte au plus haut degr o elle sera iamais3 et aux parties1 en quoy ,ronsart et du ,bellay excellent1 ie ne les treuue gueres esloignez de la perfection ancienne4 ,adrianus ,turnebus sauoit plus1 et sauoit mieux ce qu'il sauoit1 qu'homme qui fust de son siecle1 ny loing au del4 ,les vies du ,duc d',albe dernier mort1 et de nostre ,connestable de ,mommorancy1 ont est des vies nobles1 et qui ont eu plusieurs rares ressemblances de fortune4 ,mais la beaut1 et la gloire de la mort de cettuy-cy1 la veu de ,paris1 et de son ,roy2 pour leur seruice contre ses plus proches2 la teste d'vne arme victorieuse par sa conduitte2 et d'vn coup de main1 en si extreme vieillesse1 me semble meriter qu'on la loge entre les remerquables euenemens de mon temps4 ,comme aussi1 la constante bont1 douceur de murs1 et facilit consciencieuse de ,monsieur de la ,nou1 en vne telle iniustice de parts armes1 vraye eschole de trahison1 d'inhumanit1 et de brigandage1 o tousiours il s'est nourry1 grand homme de guerre1 et tres-experiment4 ,i'ay pris plaisir publier en plusieurs lieux1 l'esperance que i'ay de ,marie de ,gournay le ,iars ma fille d'alliance3 et certes ayme de moy beaucoup plus que paternellement1 et enueloppe en ma retraitte et solitude1 comme l'vne des meilleures parties de mon propre estre4 ,ie ne regarde plus qu'elle au monde4 ,si l'adolescence peut donner presage1 cette ame sera quelque iour capable des plus belles choses1 et entre autres de la perfection de cette tressaincte amiti1 o nous ne lisons point que son sexe ait peu monter encores3 la sincerit et la solidit de ses murs1 y sont desia bastantes1 son affection vers moy plus que sur-abondante3 et telle en somme qu'il n'y a rien souhaiter1 sinon que l'apprehension qu'elle a de ma fin1 par les cinquante et cinq ans ausquels elle m'a rencontr1 la trauaillast moins cruellement4 ,le iugement qu'elle fit des premiers ,essays1 et femme1 et en ce siecle1 et si ieune1 et seule en son quartier1 et la vehemence fameuse dont elle m'ayma et me desira long temps sur la seule estime qu'elle en print de moy1 auant m'auoir veu1 c'est vn accident de tres-digne consideration4 ,les autres vertus ont eu peu1 ou point de mise en cet aage3 mais la vaillance1 elle est deuenue populaire par noz guerres ciuiles3 et en cette partie1 il se trouue parmy nous1 des ames fermes1 iusques la perfection1 et en grand nombre1 si que le triage en est impossible faire4 ,voila tout ce que i'ay cognu1 iusques cette heure1 d'extraordinaire grandeur et non commune4 ,,chapitre ,,xviii4 ,du desmentir4 ,,voire mais1 on me dira1 que ce dessein de se seruir de soy1 pour subject escrire1 seroit excusable des hommes rares et fameux1 qui par leur reputation auroyent donn quelque desir de leur cognoissance4 ,il est certain1 ie l'adoe1 et say bien que pour voir vn homme de la commune faon1 peine qu'vn artisan leue les yeux de sa besongne3 l o pour voir vn personnage grand et signal1 arriuer en vne ville1 les ouuroirs et les boutiques s'abandonnent4 ,il messiet tout autre de se faire cognoistre1 qu' celuy qui a dequoy se faire imiter2 et duquel la vie et les opinions peuuent seruir de patron4 ,csar et ,xenophon ont eu dequoy fonder et fermir leur narration1 en la grandeur de leurs faicts1 comme en vne baze iuste et solide4 ,ainsi sont souhaiter les papiers iournaux du grand ,alexandre1 les ,commentaires qu',auguste1 ,caton1 ,sylla1 ,brutus1 et autres auoyent laiss de leurs gestes4 ,de telles gens1 on ayme et estudie les figures1 en cuyure mesmes et en pierre4 ,cette remontrance est tres-vraye2 mais elle ne me touche que bien peu4 ,non recito cuiquam1 nisi amicis1 idque rogatus4 ,non vbiuis1 cormve quibuslibet4 ,in medio qui ,scripta foro recitent sunt multi1 quique lauantes4 ,ie ne dresse pas icy vne statue planter au carrefour d'vne ville1 ou dans vne eglise1 ou place publique3 ,non equidem hoc studeo bullatis vt mihi nugis ,pagina turgescat3 ,secreti loquimur4 ,c'est pour le coin d'vne librairie1 et pour en amuser vn voisin1 vn parent1 vn amy qui aura plaisir me racointer et repratiquer en cett' image4 ,les autres ont pris cur de parler d'eux1 pour y auoir trouu le subject digne et riche2 moy au rebours1 pour l'auoir trouu si sterile et si maigre1 qu'il n'y peut eschoir soupon d'ostentation4 ,ie iuge volontiers des actions d'autruy3 des miennes1 ie donne peu iuger1 cause de leur nihilit4 ,ie ne trouue pas tant de bien en moy1 que ie ne le puisse dire sans rougir4 ,quel contentement me seroit-ce d'ouyr ainsi quelqu'vn1 qui me recitast les murs1 le visage1 la contenance1 les plus communes parolles1 et les fortunes de mes ancestres1 combien i'y serois attentif4 ,vrayement cela partiroit d'vne mauuaise nature1 d'auoir mespris les portraits mesmes de noz amis et predecesseurs1 la forme de leurs vestements1 et de leurs armes4 ,i'en conserue l'escriture1 le seing et vne espe peculiere3 et n'ay point chass de mon cabinet1 des longues gaules1 que mon pere portoit ordinairement en la main4 ,paterna vestis et annulus1 tanto charior est posteris1 quanto ergo parentes maior affectus4 ,si toutefois ma posterit est d'autre appetit1 i'auray bien dequoy me reuencher3 car ils ne sauroyent faire moins de comte de moy1 que i'en feray d'eux en ce temps l4 ,tout le commerce que i'ay en cecy auec le publicq1 c'est que i'emprunte les vtils de son escriture1 plus soudaine et plus aise4 ,en recompense1 i'empescheray peut estre1 que quelque coin de beurre ne se fonde au march4 ,ne toga cordyllis1 ne penula desit oliuis1 ,et laxas scombris spe dabo tunicas4 ,et quand personne ne me lira1 ay-ie perdu mon temps1 de m'estre entretenu tant d'heures oisiues1 pensements si vtiles et aggreables8 ,moulant sur moy cette figure1 il m'a fallu si souuent me testonner et composer1 pour m'extraire1 que le patron s'en est fermy1 et aucunement form soy-mesme4 ,me peignant pour autruy1 ie me suis peint en moy1 de couleurs plus nettes1 que n'estoyent les miennes premieres4 ,ie n'ay pas plus faict mon liure1 que mon liure m'a faict4 ,liure consubstantiel son autheur3 d'vne occupation propre3 membre de ma vie3 non d'vne occupation et fin1 tierce et estrangere1 comme tous autres liures4 ,ay-ie perdu mon temps1 de m'estre rendu compte de moy1 si continuellement1 si curieusement8 ,car ceux qui se repassent par fantasie seulement1 et par langue1 quelque heure1 ne s'examinent pas si primement1 ny ne se penetrent1 comme celuy1 qui en fait son estude1 son ouurage1 et son mestier3 qui s'engage vn registre de dure1 de toute sa foy1 de toute sa force4 ,les plus delicieux plaisirs1 si se digerent ils au dedans3 fuyent laisser trace de soy3 et fuyent la veu1 non seulement du peuple1 mais d'vn autre4 ,combien de fois m'a cette besongne diuerty de cogitations ennuieuses8 ,et doiuent estre comptes pour ennuyeuses toutes les friuoles4 ,nature nous a estrenez d'vne large facult nous entretenir part3 et nous y appelle souuent1 pour nous apprendre1 que nous nous deuons en partie la societ1 mais en la meilleure partie1 nous4 ,aux fins de renger ma fantasie1 resuer mesme1 par quelque ordre et proiect1 et la garder de se perdre et extrauaguer au vent1 il n'est que de donner corps1 et mettre en registre1 tant de menues penses1 qui se presentent elle4 ,i'escoutte mes resueries1 par ce que i'ay les enroller4 ,quantes-fois1 estant marry de quelque action1 que la ciuilit et la raison me prohiboient de reprendre descouuert1 m'en suis-ie icy desgorg1 non sans dessein de publique instruction6 ,et si ces verges potiques3 ,zon sus l'il1 zon sur le groin1 ,zon sur le dos du ,sagoin1 s'impriment encore mieux en papier1 qu'en la chair viue4 ,quoy si ie preste vn peu plus attentiuement l'oreille aux liures1 depuis que ie guette1 si i'en pourray friponner quelque chose dequoy esmailler ou estayer le mien8 ,ie n'ay aucunement estudi pour faire vn liure3 mais i'ay aucunement estudi1 pour ce que ie l'auoy faict3 si c'est aucunement estudier1 qu'effleurer et pincer1 par la teste1 ou par les pieds1 tantost vn autheur1 tantost vn autre3 nullement pour former mes opinions3 ou1 pour les assister1 piea formes1 seconder et seruir4 ,mais qui croirons nous parlant de soy1 en vne saison si gaste8 veu qu'il en est peu1 ou point1 qui nous puissions croire parlants d'autruy1 o il y a moins d'interest mentir4 ,le premier traict de la corruption des murs1 c'est le bannissement de la verit2 car comme disoit ,pindare1 l'estre veritable1 est le commencement d'vne grande vertu1 et le premier article que ,platon demande au gouuerneur de sa republique4 ,nostre verit de maintenant1 ce n'est pas ce qui est1 mais ce qui se persuade autruy3 comme nous appellons monnoye1 non celle qui est loyalle seulement1 mais la fauce aussi1 qui a mise4 ,nostre nation est de long temps reproche de ce vice4 ,car ,saluianus ,massiliensis1 qui estoit du temps de l',empereur ,valentinian1 dit qu'aux ,franois le mentir et se pariurer n'est pas vice1 mais vne faon de parler4 ,qui voudroit encherir sur ce tesmoignage1 il pourroit dire que ce leur est present vertu4 ,on s'y forme1 on s'y faonne1 comme vn exercice d'honneur3 car la dissimulation est des plus notables qualitez de ce siecle4 ,ainsi i'ay souuent consider d'o pouuoit naistre cette coustume1 que nous obseruons si religieusement1 de nous sentir plus aigrement offencez du reproche de ce vice1 qui nous est si ordinaire1 que de nul autre3 et que ce soit l'extreme iniure qu'on nous puisse faire de parolle1 que de nous reprocher la mensonge4 ,sur cela1 ie treuue qu'il est naturel1 de se deffendre le plus1 des deffaux1 dequoy nous sommes le plus entachez4 ,il semble qu'en nous ressentans de l'accusation1 et nous en esmouuans1 nous nous deschargeons aucunement de la coulpe3 si nous l'auons par effect1 aumoins nous la condamnons par apparence4 ,seroit-ce pas aussi1 que ce reproche semble enuelopper la couardise et laschet de cur8 ,en est-il de plus expresse1 que se desdire de sa parolle8 quoy se desdire de sa propre science8 ,c'est vn vilain vice1 que le mentir2 et qu'vn ancien peint bien honteusement1 quand il dit1 que c'est donner tesmoignage de mespriser ,dieu1 et quand et quand de craindre les hommes4 ,il n'est pas possible d'en representer plus richement l'horreur1 la vilit1 et le desreglement4 ,car que peut on imaginer plus vilain1 que d'estre couart l'endroit des hommes1 et braue l'endroit de ,dieu8 ,nostre intelligence se conduisant par la seule voye de la parolle1 celuy qui la fauce1 trahit la societ publique4 ,c'est le seul vtil1 par le moyen duquel se communiquent noz volontez et noz penses3 c'est le truchement de nostre ame3 s'il nous faut1 nous ne nous tenons plus1 nous ne nous entrecognoissons plus4 ,s'il nous trompe1 il rompt tout nostre commerce1 et dissoult toutes les liaisons de nostre police4 ,certaines nations des nouuelles ,indes 7on n'a que faire d'en remerquer les noms1 ils ne sont plus2 car iusques l'entier abolissement des noms1 et ancienne cognoissance des lieux1 s'est estendue la desolation de cette conqueste1 d'vn merueilleux exemple1 et inouy7 offroyent leurs ,dieux1 du sang humain1 mais non autre1 que tir de leur langue1 et oreilles1 pour expiation du pech de la mensonge1 tant ouye que prononce4 ,ce bon compagnon de ,grece disoit1 que les enfans s'amusent par les osselets1 les hommes par les parolles4 ,quant aux diuers vsages de noz desmentirs1 et les loix de nostre honneur en cela1 et les changemens qu'elles ont reeu1 ie remets vne autre-fois d'en dire ce que i'en say2 et apprendray cependant1 si ie puis1 en quel temps print commencement cette coustume1 de si exactement poiser et mesurer les parolles1 et d'y attacher nostre honneur3 car il est ais iuger qu'elle n'estoit pas anciennement entre les ,romains et les ,grecs4 ,et m'a sembl souuent nouueau et estrange1 de les voir se dementir et s'iniurier1 sans entrer pourtant en querelle4 ,les loix de leur deuoir1 prenoient quelque autre voye que les nostres4 ,on appelle ,csar1 tantost voleur1 tantost yurongne sa barbe4 ,nous voyons la libert des inuectiues1 qu'ils font les vns contre les autres2 ie dy les plus grands chefs de guerre1 de l'vne et l'autre nation1 o les parolles se reuenchent seulement par les parolles1 et ne se tirent autre consequence4 ,,chapitre ,,xix4 ,de la libert de conscience4 ,,il est ordinaire1 de voir les bonnes intentions1 si elles sont conduites sans moderation1 pousser les hommes des effects tres-vitieux4 ,en ce desbat1 par lequel la ,france est present agite de guerres ciuiles1 le meilleur et le plus sain party1 est sans doubte celuy1 qui maintient et la religion et la police ancienne du pays4 ,entre les gens de bien toutesfois1 qui le suyuent 7car ie ne parle point de ceux1 qui s'en seruent de pretexte1 pour1 ou exercer leurs vengeances particulieres1 ou fournir leur auarice1 ou suiure la faueur des ,princes3 mais de ceux qui le font par vray zele enuers leur religion1 et saincte affection1 maintenir la paix et l'estat de leur patrie7 de ceux-cy1 dis-ie1 il s'en voit plusieurs1 que la passion pousse hors les bornes de la raison1 et leur faict par fois prendre des conseils iniustes1 violents1 et encore temeraires4 ,il est certain1 qu'en ces premiers temps1 que nostre religion commena de gaigner authorit auec les loix1 le zele en arma plusieurs contre toute sorte de liures payens2 dequoy les gens de lettre souffrent vne merueilleuse perte4 ,i'estime que ce desordre ait plus port de nuysance aux lettres1 que tous les feux des barbares4 ,cornelius ,tacitus en est vn bon tesmoing3 car quoy que l',empereur ,tacitus son parent1 en eust peupl par ordonnances expresses toutes les librairies du monde3 toutes-fois vn seul exemplaire entier n'a peu eschapper la curieuse recherche de ceux qui desiroyent l'abolir1 pour cinq ou six vaines clauses1 contraires nostre creance4 ,ils ont aussi eu cecy1 de prester aisment des louanges fauces1 tous les ,empereurs1 qui faisoyent pour nous1 et condamner vniuersellement toutes les actions de ceux1 qui nous estoyent aduersaires1 comme il est ais voir en l',empereur ,iulian1 surnomm l',apostat4 ,c'estoit la verit vn tres-grand homme et rare2 comme celuy1 qui auoit son ame viuement tainte des discours de la philosophie1 ausquels il faisoit profession de regler toutes ses actions3 et de vray il n'est aucune sorte de vertu1 dequoy il n'ait laiss de tres-notables exemples4 ,en chastet1 de laquelle le cours de sa vie donne bien clair tesmoignage1 on lit de luy vn pareil traict1 celuy d',alexandre et de ,scipion1 que de plusieurs tresbelles captiues1 il n'en voulut pas seulement voir vne1 estant en la fleur de son aage3 car il fut tu par les ,parthes aag de trente vn an seulement4 ,quant la iustice1 il prenoit luy-mesme la peine d'ouyr les parties3 et encore que par curiosit il s'informast ceux qui se presentoient luy1 de quelle religion ils estoient3 toutes-fois l'inimiti qu'il portoit la nostre1 ne donnoit aucun contrepoix la balance4 ,il fit luy mesme plusieurs bonnes loix1 et retrancha vne grande partie des subsides et impositions1 que leuoyent ses predecesseurs4 ,nous auons deux bons historiens tesmoings oculaires de ses actions3 l'vn desquels1 ,marcellinus1 reprend aigrement en diuers lieux de son histoire1 cette sienne ordonnance1 par laquelle il deffendit l'escole1 et interdit l'enseigner tous les rhetoriciens et grammairiens ,chrestiens1 et dit1 qu'il souhaiteroit cette sienne action estre enseuelie soubs le silence4 ,il est vray-semblable1 s'il eust faict quelque chose de plus aigre contre nous1 qu'il ne l'eust pas oubli1 estant bien affectionn nostre party4 ,il nous estoit aspre la verit1 mais non pourtant cruel ennemy4 ,car noz gens mesmes recitent de luy cette histoire1 que se promenant vn iour autour de la ville de ,chalcedoine1 ,maris ,euesque du lieu1 osa bien l'appeller meschant1 traistre ,christ1 et qu'il n'en fit autre chose1 sauf luy respondre3 ,va miserable1 pleure la perte de tes yeux3 quoy l',euesque encore repliqua3 ,ie rends graces ,iesus ,christ1 de m'auoir ost la veu1 pour ne voir ton visage impudent3 affectant en cela1 disent-ils1 vne patience philosophique4 ,tant y a que ce faict l1 ne se peut pas bien rapporter aux cruautez qu'on le dit auoir exerces contre nous4 ,il estoit1 dit ,eutropius mon autre tesmoing1 ennemy de la ,chrestient1 mais sans toucher au sang4 ,et pour reuenir sa iustice1 il n'est rien qu'on y puisse accuser1 que les rigueurs1 dequoy il vsa au commencement de son empire1 contre ceux qui auoyent suiuy le party de ,constantius son predecesseur4 ,quant sa sobriet1 il viuoit tousiours vn viure soldatesque3 et se nourrissoit en pleine paix1 comme celuy qui se preparoit et accoustumoit l'austerit de la guerre4 ,la vigilance estoit telle en luy1 qu'il departoit la nuict trois ou quatre parties1 dont la moindre estoit celle qu'il donnoit au sommeil3 le reste1 il l'employoit visiter luy mesme en personne1 l'estat de son arme et ses gardes1 ou estudier3 car entre autres siennes rares qualitez1 il estoit tres-excellent en toute sorte de literature4 ,on dit d',alexandre le grand1 qu'estant couch1 de peur que le sommeil ne le desbauchast de ses pensemens1 et de ses estudes1 il faisoit mettre vn bassin ioignant son lict1 et tenoit l'vne de ses mains au dehors1 auec vne boulette de cuiure3 affin que le dormir le surprenant1 et relaschant les prises de ses doigts1 cette boullette par le bruit de sa cheutte dans le bassin1 le reueillast4 ,cettuy-cy auoit l'ame si tendue ce qu'il vouloit1 et si peu empesche de fumes1 par sa singuliere abstinence1 qu'il se passoit bien de cet artifice4 ,quant la suffisance militaire1 il fut admirable en toutes les parties d'vn grand ,capitaine3 aussi fut-il quasi toute sa vie en continuel exercice de guerre3 et la pluspart1 auec nous1 en ,france contre les ,allemans et ,francons4 ,nous n'auons guere memoire d'homme1 qui ait veu plus de hazards1 ny qui ait plus souuent faict preuue de sa personne4 ,sa mort a quelque chose de pareil celle d',epaminondas3 car il fut frapp d'vn traict1 et essaya de l'arracher1 et l'eust fait1 sans ce que le traict estant tranchant1 il se couppa et affoiblit la main4 ,il demandoit incessamment qu'on le repportast en ce mesme estat1 en la mesle1 pour y encourager ses soldats2 lesquels contesterent cette battaille sans luy1 trescourageusement1 iusques ce que la nuict separa les armes4 ,il deuoit la philosophie1 vn singulier mespris1 en quoy il auoit sa vie1 et les choses humaines4 ,il auoit ferme creance de l'eternit des ames4 ,en matiere de religion1 il estoit vicieux par tout2 on l'a surnomm l',apostat1 pour auoir abandonn la nostre3 toutesfois cette opinion me semble plus vray-semblable1 qu'il ne l'auoit iamais eu cur1 mais que pour l'obessance des loix il s'estoit feint iusques ce qu'il tinst l'empire en sa main4 ,il fut si superstitieux en la sienne1 que ceux mesmes qui en estoyent de son temps1 s'en mocquoient3 et disoit-on1 s'il eust gaign la victoire contre les ,parthes1 qu'il eust fait tarir la race des bufs au monde1 pour satisfaire ses sacrifices4 ,il estoit aussi embabouyn de la science diuinatrice1 et donnoit authorit toute faon de prognostics4 ,il dit entre autres choses1 en mourant1 qu'il sauoit bon gr aux ,dieux et les remercioit1 dequoy ils ne l'auoyent pas voulu tuer par surprise1 l'ayant de long temps aduerty du lieu et heure de sa fin1 ny d'vne mort molle ou lasche1 mieux conuenable aux personnes oysiues et delicates1 ny languissante1 longue et douloureuse3 et qu'ils l'auoyent trouu digne de mourir de cette noble faon1 sur le cours de ses victoires1 et en la fleur de sa gloire4 ,il auoit eu vne pareille vision celle de ,marcus ,brutus1 qui premierement le menassa en ,gaule1 et depuis se representa luy en ,perse1 sur le point de sa mort4 ,ce langage qu'on luy fait tenir1 quand il se sentit frapp3 ,tu as veincu1 ,nazareen3 ou1 comme d'autres1 ,contente toy1 ,nazareen2 peine eust il est oubli1 s'il eust est creu par mes tesmoings3 qui estants presens en l'arme ont remarqu iusques aux moindres mouuements et parolles de sa fin3 non plus que certains autres miracles1 qu'on y attache4 ,et pour venir au propos de mon theme3 il couuoit1 dit ,marcellinus1 de long temps en son cur1 le paganisme2 mais par ce que toute son arme estoit de ,chrestiens1 il ne l'osoit descouurir4 ,en fin1 quand il se vit assez fort pour oser publier sa volont1 il fit ouurir les temples des ,dieux1 et s'essaya par tous moyens de mettre sus l'idolatrie4 ,pour paruenir son effect1 ayant rencontr en ,constantinople1 le peuple descousu1 auec les prelats de l',eglise ,chrestienne diuisez1 les ayant faict venir luy au palais1 les admonesta instamment d'assoupir ces dissentions ciuiles1 et que chacun sans empeschement et sans crainte seruist la religion4 ,ce qu'il sollicitoit auec grand soing1 pour l'esperance que cette licence augmenteroit les parts et les brigues de la diuision1 et empescheroit le peuple de se renir1 et de se fortifier par consequent1 contre luy1 par leur concorde1 et vnanime intelligence3 ayant essay par la cruaut d'aucuns ,chrestiens1 qu'il n'y a point de beste au monde tant craindre l'homme1 que l'homme4 ,voyla ses mots peu pres3 en quoy cela est digne de consideration1 que l',empereur ,iulian se sert pour attiser le trouble de la dissention ciuile1 de cette mesme recepte de libert de conscience1 que noz ,roys viennent d'employer pour l'estaindre4 ,on peut dire d'vn cost1 que de lascher la bride aux pars d'entretenir leur opinion1 c'est espandre et semer la diuision1 c'est prester quasi la main l'augmenter1 n'y ayant aucune barriere ny corction des loix1 qui bride et empesche sa course4 ,mais d'autre cost1 on diroit aussi1 que de lascher la bride aux pars d'entretenir leur opinion1 c'est les amollir et relascher par la facilit1 et par l'aisance1 et que c'est esmousser l'eguillon qui s'affine par la raret1 la nouuellet1 et la difficult4 ,et si croy mieux1 pour l'honneur de la deuotion de noz ,roys2 c'est1 que n'ayans peu ce qu'ils vouloient1 ils ont fait semblant de vouloir ce qu'ils pouuoient4 ,,chapitre ,,xx4 ,nous ne goustons rien de pur4 ,,la foiblesse de nostre condition1 fait que les choses en leur simplicit et puret naturelle ne puissent pas tomber en nostre vsage4 ,les elemens que nous iouyssons1 sont alterez3 et les metaux de mesme1 et l'or1 il le faut empirer par quelque autre matiere1 pour l'accommoder nostre seruice4 ,ny la vertu ainsi simple1 qu',ariston et ,pyrrho1 et encore les ,stoiciens faisoient fin de la vie1 ny a peu seruir sans composition3 ny la volupt ,cyrenaique et ,aristippique4 ,des plaisirs1 et biens que nous auons1 il n'en est aucun exempt de quelque meslange de mal et d'incommodit3 ,medio de fonte leporum ,surgit amari aliquid1 quod in ipsis floribus angat4 ,nostre extreme volupt a quelque air de gemissement1 et de plainte4 ,diriez vous pas qu'elle se meurt d'angoisse8 ,voire quand nous en forgeons l'image en son excellence1 nous la fardons d'epithetes et qualitez maladifues1 et douloureuses3 langueur1 mollesse1 foiblesse1 deffaillance1 morbidezza1 grand tesmoignage de leur consanguinit1 et consubstantialit4 ,la profonde ioye a plus de seuerit1 que de gayet4 ,l'extreme et plein contentement1 plus de rassis que d'eniou4 ,ipsa felicitas1 se nisi temperat1 premit4 ,l'aise nous masche4 ,c'est ce que dit vn verset ,grec ancien1 de tel sens3 ,les ,dieux nous vendent tous les biens qu'ils nous donnent3 c'est dire1 ils ne nous en donnent aucun pur et parfaict1 et que nous n'achetions au prix de quelque mal4 ,le trauail et le plaisir1 tres-dissemblables de nature1 s'associent pourtant de ie ne say quelle ioincture naturelle4 ,socrates dit1 que quelque ,dieu essaya de mettre en masse1 et confondre la douleur et la volupt3 mais1 que n'en pouuant sortir1 il s'aduisa de les accouppler au moins par la queu4 ,metrodorus disoit qu'en la tristesse1 il y a quelque alliage de plaisir4 ,ie ne say s'il vouloit dire autre chose2 mais moy1 i'imagine bien1 qu'il y a du dessein1 du consentement1 et de la complaisance1 se nourrir en la melancholie4 ,ie dis outre l'ambition1 qui s'y peut encore mesler3 il y a quelque ombre de friandise et delicatesse1 qui nous rit et qui nous flatte1 au giron mesme de la melancholie4 ,y a-il pas des complexions qui en font leur aliment8 ,est qudam flere voluptas4 ,et dit vn ,attalus en ,seneque1 que la memoire de noz amis perdus nous aggre comme l'amer au vin trop vieil3 ,minister veteris1 puer1 falerni ,ingere mi calices amariores3 et comme des pommes doucement aigres4 ,nature nous descouure cette confusion4 ,les peintres tiennent1 que les mouuemens et plis du visage1 qui seruent au pleurer1 seruent aussi au rire4 ,de vray1 auant que l'vn ou l'autre soyent acheuez d'exprimer1 regardez la conduitte de la peinture1 vous estes en doubte1 vers lequel c'est qu'on va4 ,et l'extremit du rire se mesle aux larmes4 ,nullum sine auctoramento malum est4 ,quand i'imagine l'homme assieg de commoditez desirables3 mettons le cas1 que touts ses membres fussent saisis pour tousiours1 d'vn plaisir pareil celuy de la generation en son poinct plus excessif3 ie le sens fondre soubs la charge de son aise3 et le voy du tout incapable de porter vne si pure1 si constante volupt1 et si vniuerselle4 ,de vray il fuit1 quand il y est1 et se haste naturellement d'en eschapper1 comme d'vn pas1 o il ne se peut fermir1 o il craind d'enfondrer4 ,quand ie me confesse moy religieusement1 ie trouue que la meilleure bont que i'aye1 a quelque teinture vicieuse4 ,et crains que ,platon en sa plus nette vertu 7moy qui en suis autant sincere et loyal estimateur1 et des vertus de semblable marque1 qu'autre puisse estre7 s'il y eust escout de pres 7et il y escoutoit de pres7 il y eust senty quelque ton gauche1 de mixtion humaine3 mais ton obscur1 et sensible seulement soy4 ,l'homme en tout et par tout1 n'est que rappiessement et bigarrure4 ,les loix mesmes de la iustice1 ne peuuent subsister sans quelque meslange d'iniustice4 ,et dit ,platon1 que ceux-l entreprennent de couper la teste de ,hydra1 qui pretendent oster des loix toutes incommoditez et inconueniens4 ,omne magnum exemplum habet aliquid ex iniquo1 quod contra singulos vtilitate publica rependitur1 dit ,tacitus4 ,il est pareillement vray1 que pour l'vsage de la vie1 et seruice du commerce public1 il y peut auoir de l'excez en la puret et perspicacit de noz esprits4 ,cette clart penetrante1 a trop de subtilit et de curiosit4 ,il les faut appesantir et esmousser1 pour les rendre plus obeissans l'exemple et la pratique2 et les espessir et obscurcir1 pour les proportionner cette vie tenebreuse et terrestre4 ,pourtant se trouuent les esprits communs et moins tendus1 plus propres et plus heureux conduire affaires4 ,et les opinions de la philosophie esleues et exquises1 se trouuent ineptes l'exercice4 ,cette pointue viuacit d'ame1 et cette volubilit soupple et inquiete1 trouble nos negotiations4 ,il faut manier les entreprises humaines1 plus grossierement et superficiellement2 et en laisser bonne et grande part1 pour les droits de la ,fortune4 ,il n'est pas besoin d'esclairer les affaires si profondement et si subtilement4 ,on s'y perd la consideration de tant de lustres contraires et formes diuerses1 volutantibus res inter se pugnantes1 obtorpuerant animi4 ,c'est ce que les anciens disent de ,simonides3 par ce que son imagination luy presentoit sur la demande que luy auoit faict le ,roy ,hieron1 pour laquelle satisfaire il auoit eu plusieurs iours de pensement1 diuerses considerations1 aigus et subtiles3 doubtant laquelle estoit la plus vray-semblable1 il desespera du tout de la verit4 ,qui en recherche et embrasse toutes les circonstances1 et consequences1 il empesche son eslection4 ,vn engin moyen1 conduit esgallement1 et suffit aux executions1 de grand1 et de petit poix4 ,regardez que les meilleurs mesnagers1 sont ceux qui nous sauent moins dire comme ils le sont2 et que ces suffisans conteurs1 n'y font le plus souuent rien qui vaille4 ,ie say vn grand diseur1 et tres excellent peintre de toute sorte de mesnage1 qui a laiss bien piteusement1 couler par ses mains1 cent mille liures de rente4 ,i'en say vn autre1 qui dit1 qu'il consulte mieux qu'homme de son conseil1 et n'est point au monde vne plus belle montre d'ame1 et de suffisance1 toutesfois aux effects1 ses seruiteurs trouuent1 qu'il est tout autre2 ie dy sans mettre le malheur en conte4 ,,chapitre ,,xxi4 ,contre la faineantise4 ,l',,emperevr ,vespasien estant malade de la maladie1 dont il mourut1 ne laissoit pas de vouloir entendre l'estat de l',empire3 et dans son lict mesme1 despeschoit sans cesse plusieurs affaires de consequence3 et son medecin l'en tanant1 comme de chose nuisible sa sant3 ,il faut1 disoit-il1 qu'vn ,empereur meure debout4 ,voil vn beau mot1 mon gr1 et digne d'vn grand ,prince4 ,adrian l',empereur s'en seruit depuis ce mesme propos3 et le deuroit on souuent ramenteuoir aux ,roys1 pour leur faire sentir1 que cette grande charge1 qu'on leur donne du commandement de tant d'hommes1 n'est pas vne charge oisiue2 et qu'il n'est rien qui puisse si iustement desgouster vn subject1 de se mettre en peine et en hasard pour le seruice de son ,prince1 que de le voir appoltronny cependant luy-mesme1 des occupations lasches et vaines3 et d'auoir soing de sa conseruation1 le voyant si nonchalant de la nostre4 ,quand quelqu'vn voudra maintenir1 qu'il vaut mieux que le ,prince conduise ses guerres par autre que par soy3 la ,fortune luy fournira assez d'exemples de ceux1 qui leurs lieutenans ont mis chef des grandes entreprises3 et de ceux encore desquels la presence y eust est plus nuisible1 qu'vtile4 ,mais nul ,prince vertueux et courageux pourra souffrir1 qu'on l'entretienne de si honteuses instructions4 ,soubs couleur de conseruer sa teste1 comme la statue d'vn sainct1 la bonne fortune de son estat1 ils le degradent de son office1 qui est tout en action militaire1 et l'en declarent incapable4 ,i'en say vn1 qui aymeroit bien mieux estre battu1 que de dormir1 pendant qu'on se battroit pour luy3 et qui ne vid iamais sans ialousie1 ses gents mesmes1 faire quelque chose de grand en son absence4 ,et ,selym premier disoit auec raison1 ce me semble1 que les victoires1 qui se gaignent sans le maistre1 ne sont pas completes4 ,de tant plus volontiers eust-il dit1 que ce maistre deuroit rougir de honte1 d'y pretendre part pour son nom1 n'y ayant embesongn que sa voix et sa pense4 ,ny cela mesme1 veu qu'en telle besongne1 les aduis et commandemens1 qui apportent l'honneur1 sont ceux-l seulement1 qui se donnent sur le champ1 et au propre de l'affaire4 ,nul pilote n'exerce son office de pied ferme4 ,les ,princes de la race ,hottomane1 la premiere race du monde en fortune guerriere1 ont chauldement embrass cette opinion4 ,et ,baiazet second auec son filz1 qui s'en despartirent1 s'amusants aux sciences et autres occupations casanieres1 donnerent aussi de bien grands soufflets leur ,empire3 et celuy qui regne present1 ,ammurath troisiesme1 leur exemple1 commence assez bien de s'en trouuer de mesme4 ,fust-ce pas le ,roy d',angleterre1 ,edouard troisiesme1 qui dit de nostre ,roy ,charles cinquiesme1 ce mot8 ,il n'y eut onques ,roy1 qui moins s'armast1 et si n'y eut onques ,roy1 qui tant me donnast faire4 ,il auoit raison de le trouuer estrange1 comme vn effect du sort1 plus que de la raison4 ,et cherchent autre adherent1 que moy1 ceux qui veulent nombrer entre les belliqueux et magnanimes conquerants1 les ,roys de ,castille et de ,portugal1 de ce qu' douze cents lieus de leur oisiue demeure1 par l'escorte de leurs facteurs1 ils se sont rendus maistres des ,indes d'vne et d'autre part3 desquelles c'est sauoir1 s'ils auroyent seulement le courage d'aller iouyr en presence4 ,l',empereur ,iulian disoit encore plus1 qu'vn philosophe et vn galant homme1 ne deuoient pas seulement respirer3 c'est dire1 ne donner aux necessitez corporelles1 que ce qu'on ne leur peut refuser2 tenant tousiours l'ame et le corps embesongnez choses belles1 grandes et vertueuses4 ,il auoit honte si en public on le voyoit cracher ou suer 7ce qu'on dit aussi de la ieunesse ,lacedemonienne1 et ,xenophon de la ,persienne7 par ce qu'il estimoit que l'exercice1 le trauail continuel1 et la sobriet1 deuoient auoir cuit et assech toutes ces superfluitez4 ,ce que dit ,seneque ne ioindra pas mal en cet endroict1 que les anciens ,romains maintenoient leur ieunesse droite3 ils n'apprenoient1 dit-il1 rien leurs enfans1 qu'ils deussent apprendre assis4 ,c'est vne genereuse enuie1 de vouloir mourir mesme vtilement et virilement3 mais l'effect n'en gist pas tant en nostre bonne resolution1 qu'en nostre bonne fortune4 ,mille ont propos de vaincre1 ou de mourir en combattant1 qui ont failli l'vn et l'autre3 les blesseures1 les prisons1 leur trauersant ce dessein1 et leur prestant vne vie force4 ,il y a des maladies1 qui atterrent iusques noz desirs1 et nostre cognoissance4 ,fortune ne deuoit pas seconder la vanit des legions ,romaines1 qui s'obligerent par serment1 de mourir ou de vaincre4 ,victor1 ,marce ,fabi1 reuertar ex acie3 si fallo1 ,iouem patrem ,gradiumque ,martem alisque iratos inuoco ,deos4 ,les ,portugais disent1 qu'en certain endroit de leur conqueste des ,indes ils rencontrerent des soldats1 qui s'estoyent condamnez auec horribles execrations1 de n'entrer en aucune composition1 que de se faire tuer1 ou demeurer victorieux3 et pour marque de ce vu1 portoyent la teste et la barbe rase4 ,nous auons beau nous hazarder et obstiner4 ,il semble que les coups fuyent ceux1 qui s'y presentent trop alaigrement3 et n'arriuent volontiers qui s'y presente trop volontiers1 et corrompt leur fin4 ,tel ne pouuant obtenir de perdre sa vie1 par les forces aduersaires1 apres auoir tout essay1 a est contraint1 pour fournir sa resolution1 d'en r'apporter l'honneur1 ou de n'en rapporter pas la vie3 se donner soy mesme la mort1 en la chaleur propre du combat4 ,il en est d'autres exemples4 ,mais en voicy vn4 ,philistus1 chef de l'arme de mer du ieune ,dionysius contre les ,syracusains1 leur presenta la battaille1 qui fut asprement conteste1 les forces estants pareilles4 ,en icelle il eut du meilleur au commencement1 par sa prousse4 ,mais les ,syracusains se rengeans autour de sa galere1 pour l'inuestir1 ayant faict grands faicts d'armes de sa personne1 pour se desuelopper1 n'y esperant plus de ressource1 s'osta de sa main la vie1 qu'il auoit si liberalement abandonne1 et frustratoirement1 aux mains ennemies4 ,moley ,moluch1 ,roy de ,fais1 qui vient de gaigner contre ,sebastian ,roy de ,portugal1 cette iourne1 fameuse par la mort de trois ,roys1 et par la transmission de cette grande couronne1 celle de ,castille3 se trouua grieuement malade ds lors que les ,portugalois entrerent main arme en son estat2 et alla tousiours depuis en empirant vers la mort1 et la preuoyant4 ,iamais homme ne se seruit de soy plus vigoureusement1 et brauement4 ,il se trouua foible1 pour soustenir la pompe ceremonieuse de l'entre de son camp1 qui est selon leur mode1 pleine de magnificence1 et charge de tout plein d'action3 et resigna cet honneur son frere4 ,mais ce fut aussi le seul office de ,capitaine qu'il resigna3 touts les autres necessaires et vtiles1 il les feit tres-glorieusement et exactement4 ,tenant son corps couch3 mais son entendement1 et son courage1 debout et ferme1 iusques au dernier souspir3 et aucunement au-del4 ,il pouuoit miner ses ennemis1 indiscretement aduancez en ses terres3 et luy poisa merueilleusement1 qu' faute d'vn peu de vie1 et pour n'auoir qui substituer la conduitte de cette guerre1 et affaires d'vn estat troubl1 il eust chercher la victoire sanglante et hazardeuse1 en ayant vne autre pure et nette entre ses mains4 ,toutesfois il mesnagea miraculeusement la dure de sa maladie1 faire consumer son ennemy1 et l'attirer loing de son arme de mer1 et des places maritimes qu'il auoit en la coste d',affrique3 iusques au dernier iour de sa vie1 lequel par dessein1 il employa et reserua cette grande iourne4 ,il dressa sa bataille en rond1 assiegeant de toutes pars l'ost des ,portugais2 lequel rond venant se courber et serrer1 les empescha non seulement au conflict1 qui fut tres aspre par la valeur de ce ieune ,roy assaillant1 veu qu'ils auoient montrer visage tous sens3 mais aussi les empescha la fuitte apres leur routte4 ,et trouuants toutes les issues saisies1 et closes2 furent contraints de se reietter eux mesmes3 coaceruantrque non solm cde1 sed etiam fuga1 et s'amonceller les vns sur les autres1 fournissants aux vaincueurs vne tres-meurtriere victoire1 et tres-entiere4 ,mourant1 il se feit porter et tracasser o le besoing l'appelloit3 et coulant le long des files1 enhortoit ses ,capitaines et soldats1 les vns apres les autres4 ,mais vn coing de sa battaille se laissant enfoncer1 on ne le peut tenir1 qu'il ne montast cheual l'espe au poing4 ,il s'efforoit pour s'aller mesler1 ses gents l'arrestants1 qui par la bride1 qui par sa robbe1 et par ses estriers4 ,cet effort acheua d'accabler ce peu de vie1 qui luy restoit4 ,on le recoucha4 ,luy se resuscitant comme en sursaut de cette pasmoison1 toute autre facult luy deffaillant2 pour aduertir qu'on teust sa mort 7qui estoit le plus necessaire commandement1 qu'il eust lors faire1 affin de n'engendrer quelque desespoir aux siens1 par cette nouuelle7 expira1 tenant le doigt contre sa bouche close3 signe ordinaire de faire silence4 ,qui vescut oncques si long temps1 et si auant en la mort8 qui mourut oncques si debout8 ,l'extreme degr de traitter courageusement la mort1 et le plus naturel1 c'est la veoir1 non seulement sans estonnement1 mais sans soucy3 continuant libre le train de la vie1 iusques dedans elle4 ,comme ,caton1 qui s'amusoit estudier et dormir1 en ayant vne violente et sanglante1 presente en son cur1 et la tenant en sa main4 ,,chapitre ,,xxii4 ,des ,postes4 ,,ie n'ay pas est des plus foibles en cet exercice1 qui est propre gens de ma taille1 ferme et courte3 mais i'en quitte le mestier3 il nous essaye trop1 pour y durer long temps4 ,ie lisois cette heure1 que le ,roy ,cyrus1 pour receuoir plus facilement nouuelles de tous les costez de son ,empire1 qui estoit d'vne fort grande estendu1 fit regarder combien vn cheual pouuoit faire de chemin en vn iour1 tout d'vne traicte1 et cette distance il establit des hommes1 qui auoient charge de tenir des cheuaux prests1 pour en fournir ceux qui viendroient vers luy4 ,et disent aucuns1 que cette vistesse d'aller1 reuient la mesure du vol des grus4 ,csar dit que ,lucius ,vibulus ,rufus1 ayant haste de porter vn aduertissement ,pompeius1 s'achemina vers luy iour et nuict1 changeant de cheuaux1 pour faire diligence4 ,et luy mesme1 ce que dit ,suetone1 faisoit cent mille par iour1 sur vn coche de louage4 ,mais c'estoit vn furieux courrier3 car o les riuieres luy tranchoient son chemin1 il les franchissoit nage3 et ne se destourna iamais pour querir vn pont1 ou vn gu4 ,tiberius ,nero allant voir son frere ,drusus1 malade en ,allemaigne1 fit deux cens mille1 en vingt quatre heures1 ayant trois coches4 ,en la guerre des ,romains contre le ,roy ,antiochus1 ,t4 ,sempronius ,gracchus1 dit ,tite-,liue1 per dispositos equos prop incredibili celeritate ab ,amphissa tertio die ,pellam peruenit3 et appert veoir le lieu1 que c'estoient postes assises1 non freschement ordonnes pour cette course4 ,l'inuention de ,cecinna renuoyer des nouuelles ceux de sa maison1 auoit bien plus de promptitude3 il emporta quand et soy des arondelles1 et les relaschoit vers leurs nids1 quand il vouloit r'enuoyer de ses nouuelles1 en les teignant de marque de couleur propre signifier ce qu'il vouloit1 selon qu'il auoit concert auec les siens4 ,au theatre ,rome1 les maistres de famille1 auoient des pigeons dans leur sein1 ausquels ils attachoyent des lettres1 qu'ils vouloient mander quelque chose leurs gens au logis3 et estoient dressez en rapporter response4 ,d4 ,brutus en vsa assieg ,mutine1 et autres ailleurs4 ,au ,peru1 ils couroyent sur les hommes1 qui les chargeoient sur les espaules tout des portoires1 par telle agilit1 que tout en courant1 les premiers porteurs reiettoyent aux seconds leur charge1 sans arrester vn pas4 ,i'entends que les ,valachi1 courriers du grand ,seigneur1 font des extremes diligences3 d'autant qu'ils ont loy de desmonter le premier passant qu'ils trouuent en leur chemin1 en luy donnant leur cheual recreu4 ,pour se garder de lasser1 ils se serrent trauers le corps bien estroittement1 d'vne bande large comme font assez d'autres4 ,ie n'ay trouu nul seiour cet vsage4 ,,chapitre ,,xxiii4 ,des mauuais moyens employez bonne fin4 ,,il se trouue vne merueilleuse relation et correspondance1 en cette vniuerselle police des ouurages de ,nature3 qui montre bien qu'elle n'est ny fortuite ny conduite par diuers maistres4 ,les maladies et conditions de nos corps1 se voyent aussi aux estats et polices3 les royaumes1 les republiques naissent1 fleurissent et fanissent de vieillesse1 comme nous4 ,nous sommes subiects vne repletion d'humeurs inutile et nuysible1 soit de bonnes humeurs1 7car cela mesme les medecins le craignent3 et par ce qu'il n'y a rien de stable chez nous1 ils disent que la perfection de sant trop allegre et vigoureuse1 il nous la faut essimer et rabatre par art1 de peur que nostre nature ne se pouuant rassoir en nulle certaine place1 et n'ayant plus o monter pour s'ameliorer1 ne se recule en arriere en desordre et trop coup3 ils ordonnent pour cela aux atletes les purgations et les saignes1 pour leur soustraire cette superabondance de sant7 soit repletion de mauuaises humeurs1 qui est l'ordinaire cause des maladies4 ,de semblable repletion se voyent les estats souuent malades3 et a lon accoustum d'vser de diuerses sortes de purgation4 ,tantost on donne cong vne grande multitude de familles1 pour en descharger le pas1 lesquelles vont chercher ailleurs o s'accommoder aux despens d'autruy4 ,de cette faon nos anciens ,francons partis du fons d',alemaigne1 vindrent se saisir de la ,gaule1 et en deschasser les premiers habitans3 ainsi se forgea cette infinie mare d'hommes1 qui s'escoula en ,italie soubs ,brennus et autres3 ainsi les ,gots et ,vuandales3 comme aussi les peuples qui possedent present la ,grece1 abandonnerent leur naturel pas pour s'aller loger ailleurs plus au large3 et peine est il deux ou trois coins au monde1 qui n'ayent senty l'effect d'vn tel remuement4 ,les ,romains bastissoient par ce moyen leurs colonies3 car sentans leur ville se grossir outre mesure1 ils la deschargeoient du peuple moins necessaire1 et l'enuoyoient habiter et cultiuer les terres par eux conquises4 ,par fois aussi ils ont escient nourry des guerres auec aucuns leurs ennemis1 non seulement pour tenir leurs hommes en haleine1 de peur que l'oysiuet mere de corruption1 ne leur apportast quelque pire inconuenient3 ,et patimur long pacis mala2 suior armis1 ,luxuria incumbit4 ,mais aussi pour seruir de saigne leur ,republique1 et esuanter vn peu la chaleur trop vehemente de leur ieunesse3 escourter et esclaircir le branchage de ce tige abondant en trop de gaillardise3 cet effect se sont ils autrefois seruis de la guerre contre les ,carthaginois4 ,au trait de ,bretigny1 ,edoard troisiesme ,roy d',angleterre1 ne voulut comprendre en cette paix generalle1 qu'il fit auec nostre ,roy1 le different du ,duch de ,bretaigne1 affin qu'il eust o se descharger1 de ses hommes de guerre1 et que cette foulle d',anglois1 dequoy il s'estoit seruy aux affaires de dea1 ne se reiettast en ,angleterre4 ,ce fut l'vne des raisons1 pourquoy nostre ,roy ,philippe consentit d'enuoyer ,iean son fils la guerre d'outre-mer3 fin d'emmener quand et luy vn grand nombre de ieunesse boullante1 qui estoit en sa gendarmerie4 ,il y en a plusieurs en ce temps1 qui discourent de pareille faon1 souhaitans que cette esmotion chaleureuse1 qui est parmy nous1 se peust deriuer quelque guerre voisine1 de peur que ces humeurs peccantes1 qui dominent pour cette heure nostre corps1 si on ne les escoulle ailleurs1 maintiennent nostre fiebure tousiours en force1 et apportent en fin nostre entiere ruine4 ,et de vray1 vne guerre estrangere est vn mal bien plus doux que la ciuile3 mais ie ne croy pas que ,dieu fauorisast vne si iniuste entreprise1 d'offencer et quereler autruy pour nostre commodit4 ,nil mihi tam vald placeat1 ,rhamnusia virgo1 ,qud temer inuitis suscipiatur heris4 ,toutesfois la foiblesse de nostre condition1 nous pousse souuent cette necessit1 de nous seruir de mauuais moyens pour vne bonne fin4 ,lycurgus1 le plus vertueux et parfaict legislateur qui fut onques1 inuenta cette tres-iniuste faon1 pour instruire son peuple la temperance1 de faire enyurer par force les ,elotes1 qui estoyent leurs serfs3 fin qu'en les voyant ainsi perdus et enseuelis dans le vin1 les ,spartiates prinsent en horreur le desbordement de ce vice4 ,ceux l auoyent encore plus de tort1 qui permettoyent anciennement que les criminels1 quelque sorte de mort qu'ils fussent condamnez1 fussent deschirez tous vifs par les medecins1 pour y voir au naturel nos parties interieures1 et en establir plus de certitude en leur art3 car s'il se faut desbaucher1 on est plus excusable1 le faisant pour la sant de l'ame1 que pour celle du corps3 comme les ,romains dressoient le peuple la vaillance et au mespris des dangers1 et de la mort1 par ces furieux spectacles de gladiateurs et escrimeurs outrance1 qui se combattoient1 dtailloient1 et entretuoyent en leur presence3 ,quid vesani aliud sibi vult ars impia ludi1 ,quid mortes iuuenum1 quid sanguine pasta voluptas8 ,et dura cet vsage iusques ,theodosius l',empereur4 ,arripe dilatam tua1 dux1 in tempora famam1 ,qudque patris superest1 successor laudis habeto4 ,nullus in vrbe cadat1 cuius sit pna voluptas4 ,iam solis contenta feris1 infamis arena ,nulla cruentatis homicidia ludat in armis4 ,c'estoit la verit vn merueilleux exemple1 et de tres-grand fruict1 pour l'institution du peuple1 de voir tous les iours en sa presence1 cent1 deux cents1 voire mille coupples d'hommes armez les vns contre les autres1 se hacher en pieces1 auec vne si extreme fermet de courage1 qu'on ne leur vist lascher vne parolle de foiblesse ou commiseration1 iamais tourner le dos1 ny faire seulement vn mouuemont lasche1 pour gauchir au coup de leur aduersaire3 ains tendre le col son espee1 et se presenter au coup4 ,il est aduenu plusieurs d'entre eux1 estans blessez mort de force playes1 d'enuoyer demander au peuple1 s'il estoit content de leur deuoir1 auant que se coucher pour rendre l'esprit sur la place4 ,il ne falloit pas seulement qu'ils combattissent et mourussent constamment1 mais encore allegrement3 en maniere qu'on les hurloit et maudissoit1 si on les voyoit estriuer receuoir la mort4 ,les filles mesmes les incitoient3 ,consurgit ad ictus2 ,et1 quoties victor ferrum iugulo inserit1 illa ,delicias ait esse suas1 pectsque iacentis ,virgo modesta iubet conuerso pollice rumpi4 ,les premiers ,romains employoient cet exemple les criminels4 ,mais depuis on y employa des serfs innocens1 et des libres mesmes1 qui se vendoyent pour cet effect3 iusques des ,senateurs et ,cheualiers ,romains3 et encores des femmes3 ,nunc caput in mortem vendunt1 et funus aren1 ,atque hostem sibi quisque parat1 cm bella quiescunt4 ,hos inter fremitus nousque lusus1 ,stat sexus rudis inscisque ferri1 ,et pugnas capit improbus viriles4 ,ce que ie trouuerois fort estrange et incroyable1 si nous n'estions accoustumez de voir tous les iours en nos guerres1 plusieurs miliasses d'hommes estrangers1 engageants pour de l'argent leur sang et leur vie1 des querelles1 o ils n'ont aucun interest4 ,,chapitre ,,xxiiii4 ,de la grandeur ,romaine4 ,,ie ne veux dire qu'vn mot de cet argument infiny1 pour montrer la simplesse de ceux1 qui apparient celle l1 les chetiues grandeurs de ce temps4 ,au septiesme liure des epistres familieres de ,cicero 7et que les grammairiens en ostent ce surnom1 de familieres1 s'ils veulent1 car la verit il n'y est pas fort propos3 et ceux qui au lieu de familieres y ont substitu ad familiares1 peuuent tirer quelque argument pour eux1 de ce que dit ,suetone en la vie de ,csar1 qu'il y auoit vn volume de lettres de luy ad familiares7 il y en a vne1 qui s'adresse ,csar estant lors en la ,gaule1 en laquelle ,cicero redit ces mots1 qui estoyent sur la fin d'vn' autre lettre1 que ,csar luy auoit escrit3 ,quant ,marcus ,furius1 que tu m'as recommand1 ie le feray ,roy de ,gaule1 et si tu veux1 que i'aduance quelque autre de tes amis1 enuoye le moy4 ,il n'estoit pas nouueau vn simple citoyen ,romain1 comme estoit lors ,csar1 de disposer des ,royaumes1 car il osta bien au ,roy ,deiotarus le sien1 pour le donner vn ,gentil-homme de la ville de ,pergame nomm ,mithridates4 ,et ceux qui escriuent sa vie enregistrent plusieurs ,royaumes par luy vendus3 et ,suetone dit qu'il tira pour vn coup1 du ,roy ,ptolomus1 trois millions six cens mill' escus1 qui fut bien pres de luy vendre le sien4 ,tot ,galat1 tot ,pontus eat1 tot ,lydia nummis4 ,marcus ,antonius disoit que la grandeur du peuple ,romain ne se montrait pas tant1 par ce qu'il prenoit1 que par ce qu'il donnoit4 ,si en auoit il quelque siecle auant ,antonius1 ost vn entre autres1 d'authorit si merueilleuse1 qu'en toute son histoire1 ie ne sache marque1 qui porte plus haut le nom de son credit4 ,antiochus possedoit toute l'gypte1 et estoit apres conquerir ,cypre1 et autres demeurants de cet empire4 ,sur le progrez de ses victoires1 ,c4 ,popilius arriua luy de la part du ,senat3 et d'aborde1 refusa de luy toucher la main1 qu'il n'eust premierement leu les lettres qu'il luy apportoit4 ,le ,roy les ayant leus1 et dict1 qu'il en delibereroit3 ,popilius circonscrit la place o il estoit auec sa baguette1 en luy disant3 ,ren moy responce1 que ie puisse rapporter au ,senat1 auant que tu partes de ce cercle4 ,antiochus estonn de la rudesse d'vn si pressant commandement1 apres y auoir vn peu song3 ,ie feray1 dit-il1 ce que le ,senat me commande4 ,lors le sala ,popilius1 comme amy du peuple ,romain4 ,auoir renonc vne si grande ,monarchie1 et cours d'vne si fortune prosperit1 par l'impression de trois traits d'escriture6 ,il eut vrayement raison1 comme il fit1 d'enuoyer depuis dire au ,senat par ses ambassadeurs1 qu'il auoit receu leur ordonnance1 de mesme respect1 que si elle fust venu des ,dieux immortels4 ,tous les ,royaumes qu',auguste gaigna par droict de guerre1 il les rendit ceux qui les auoyent perdus1 ou en fit present des estrangers4 ,et sur ce propos ,tacitus parlant du ,roy d',angleterre ,cogidunus1 nous fait sentir par vn merueilleux traict cette infinie puissance4 ,les ,romains1 dit-il1 auoyent accoustum de toute anciennet1 de laisser les ,roys1 qu'ils auoyent surmontez1 en la possession de leurs ,royaumes1 soubs leur authorit3 ce qu'ils eussent des ,roys mesmes1 vtils de la seruitude3 ,vt haberent instrumenta seruitutis et reges4 ,il est vray-semblable1 que ,solyman1 qui nous auons veu faire liberalit du ,royaume d',hongrie1 et autres estats1 regardoit plus cette consideration1 qu' celle qu'il auoit accoustum d'alleguer2 ,qu'il estoit saoul et charg1 de tant de ,monarchies et de domination1 que sa vertu1 ou celle de ses ancestres1 luy auoyent acquis4 ,,chapitre ,,xxv4 ,de ne contrefaire le malade4 ,,il y a vn epigramme en ,martial qui est des bons1 car il y en a chez luy de toutes sortes3 o il recite plaisamment l'histoire de ,clius1 qui pour fuir faire la cour quelques grans ,rome1 se trouuer leur leuer1 les assister et les suyure1 fit la mine d'auoir la goute3 et pour rendre son excuse plus vray-semblable1 se faisoit oindre les iambes1 les auoit enueloppees1 et contre-faisoit entierement le port et la contenance d'vn homme gouteux4 ,en fin la ,fortune luy fit ce plaisir de l'en rendre tout faict4 ,tantum cura potest et ars doloris6 ,desiit fingere ,clius podagram4 ,i'ay veu en quelque lieu d',appian1 ce me semble1 vne pareille histoire1 d'vn qui voulant eschapper aux proscriptions des triumvirs de ,rome1 pour se desrober de la cognoissance de ceux qui le poursuyuoient1 se tenant cach et trauesti1 y adiousta encore cette inuention1 de contre-faire le borgne3 quand il vint recouurer vn peu plus de libert1 et qu'il voulut deffaire l'emplatre qu'il auoit long temps port sur son il1 il trouua que sa veu estoit effectuellement perdue soubs ce masque4 ,il est possible que l'action de la veu s'estoit hebete1 pour auoir est si long temps sans exercice1 et que la force visiue s'estoit toute reiete en l'autre il4 ,car nous sentons euidemment que l'il que nous tenons couuert1 r'enuoye son compaignon quelque partie de son effect3 en maniere que celuy qui reste1 s'en grossit et s'en enfle4 ,comme aussi l'oisiuet1 auec la chaleur des liaisons et des medicamens1 auoit bien peu attirer quelque humeur podagrique au gouteux de ,martial4 ,lisant chez ,froissard1 le vu d'vne troupe de ieunes ,gentils-hommes ,anglois1 de porter l'il gauche band1 iusques ce qu'ils eussent pass en ,france1 et exploit quelque faict d'armes sur nous3 ie me suis souuent chatoull de ce pensement1 qu'il leur eust pris1 comme ces autres1 et qu'ils se fussent trouuez tous borgnez au reuoir des maistresses1 pour lesquelles ils auoyent faict l'entreprise4 ,les meres ont raison de tancer leurs enfans1 quand ils contrefont les borgnes1 les boiteux et les bicles1 et tels autres defauts de la personne3 car outre ce que le corps ainsi tendre en peut receuoir vn mauuais ply1 ie ne say comment il semble que la ,fortune se ioe nous prendre au mot3 et i'ay ouy reciter plusieurs exemples de gens deuenus malades ayant dessign de feindre l'estre4 ,de tout temps i'ay apprins de charger ma main et cheual et pied1 d'vne baguette ou d'vn baston3 iusques y chercher de l'elegance1 et m'en seiourner1 d'vne contenance affette4 ,plusieurs m'ont menac1 que ,fortune tourneroit vn iour cette mignardise en necessit4 ,ie me fonde sur ce que ie seroy le premier goutteux de ma race4 ,mais alongeons ce chapitre et le bigarrons d'vne autre piece1 propos de la cecit4 ,pline dit d'vn1 qui songeant estre aueugle en dormant1 se le trouua l'endemain1 sans aucune maladie precedente4 ,la force de l'imagination peut bien ayder cela1 comme i'ay dit ailleurs1 et semble que ,pline soit de cet aduis3 mais il est plus vray-semblable1 que les mouuemens que le corps sentoit au dedans1 desquels les medecins trouueront1 s'ils veulent1 la cause1 qui luy ostoient la veu1 furent occasion du songe4 ,adioustons encore vn' histoire voisine de ce propos1 que ,seneque recite en l'vne de ses lettres3 ,tu sais1 dit-il1 escriuant ,lucilius1 que ,harpast la folle de ma femme1 est demeure chez moy pour charge hereditaire3 car de mon goust ie suis ennemy de ces montres1 et si i'ay enuie de rire d'vn fol1 il ne me le faut chercher guere loing1 ie ris de moy-mesme4 ,cette folle1 a subitement perdu la veu4 ,ie te recite chose estrange1 mais veritable3 elle ne sent point qu'elle soit aueugle1 et presse incessamment son gouuerneur de l'emmener1 par ce qu'elle dit que ma maison est obscure4 ,ce que nous rions en elle1 ie te prie croire1 qu'il aduient chacun de nous3 nul ne cognoist estre auare1 nul conuoiteux4 ,encore les aueugles demandent vn guide1 nous nous fouruoions de nous mesmes4 ,ie ne suis pas ambitieux1 disons nous1 mais ,rome on ne peut viure autrement3 ie ne suis pas sumptueux1 mais la ville requiert vne grande despence3 ce n'est pas ma faute1 si ie suis cholere1 si ie n'ay encore establi aucun train asseur de vie1 c'est la faute de la ieunesse4 ,ne cherchons pas hors de nous nostre mal1 il est chez nous3 il est plant en nos entrailles4 ,et cela mesme1 que nous ne sentons pas estre malades1 nous rend la guerison plus malaise4 ,si nous ne commenons de bonne heure nous penser1 quand aurons nous pourueu tant de playes et tant de maux8 ,si auons nous vne tres-douce medecine1 que la philosophie3 car des autres1 on n'en sent le plaisir1 qu'apres la guerison1 cette cy plaist et guerit ensemble4 ,voyla ce que dit ,seneque1 qui m'a emport hors de mon propos3 mais il y a du profit au change4 ,,chapitre ,,xxvi4 ,des pouces4 ,,tacitvs recite que parmy certains ,roys barbares1 pour faire vne obligation asseure1 leur maniere estoit1 de joindre estroictement leurs mains droites l'vne l'autre1 et s'entrelasser les pouces3 et quand force de les presser le sang en estoit mont au bout1 ils les blessoient de quelque legere pointe1 et puis se les entresuoient4 ,les medecins disent1 que les pouces sont les maistres doigts de la main1 et que leur etymologie ,latine vient de pollere4 ,les ,grecs l'appellent 1 comme qui diroit vne autre main4 ,et il semble que par fois les ,latins les prennent aussi en ce sens1 de main entiere3 ,sed nec vocibus excitata blandis1 ,molli pollice nec rogata1 surgit4 ,c'estoit ,rome vne signification de faueur1 de comprimer et baisser les pouces3 ,fautor vtroque tuum laudabit pollice ludum3 et de desfaueur de les hausser et contourner au dehors3 ,conuerso pollice vulgi1 ,quemlibet occidunt populariter4 ,les ,romains dispensoient de la guerre1 ceux qui estoient blessez au pouce1 comme s'ils n'auoient plus la prise des armes assez ferme4 ,auguste confisqua les biens vn ,cheualier ,romain1 qui auoit par malice coupp les pouces deux siens ieunes enfans1 pour les excuser d'aller aux armes3 et auant luy1 le ,senat du temps de la guerre ,italique1 auoit condamn ,caius ,vatienus prison perpetuelle1 et luy auoit confisqu tous ses biens1 pour s'estre escient coupp le pouce de la main gauche1 pour s'exempter de ce voyage4 ,quelqu'vn1 dont il ne me souuient point1 ayant gaign vne bataille nauale1 fit coupper les pouces ses ennemis vaincus pour leur oster le moyen de combattre et de tirer la rame4 ,les ,atheniens les firent coupper aux ginetes1 pour leur oster la preference en l'art de marine4 ,en ,lacedemone le maistre chastioit les enfans en leur mordant le pouce4 ,,chapitre ,,xxvii4 ,coardise mere de la cruaut4 ,i',,ay souuent ouy dire1 que la coardise est mere de la cruaut3 et si ay par experience appereu1 que cette aigreur1 et aspret de courage malitieux et inhumain1 s'accompaigne coustumierement de mollesse feminine4 ,i'en ay veu des plus cruels1 subiets pleurer aisement1 et pour des causes friuoles4 ,alexandre tyran de ,pheres1 ne pouuoit souffrir d'ouyr au theatre le ieu des tragedies1 de peur que ses cytoyens ne le vissent gemir aux malheurs d',hecuba1 et d',andromache1 luy qui sans piti1 faisoit cruellement meurtrir tant de gens tous les iours4 ,seroit-ce foiblesse d'ame qui les rendist ainsi ployables toutes extremitez8 ,la vaillance1 de qui c'est l'effect de s'exercer seulement contre la resistence1 ,nec nisi bellantis gaudet ceruice iuuenci1 s'arreste voir l'ennemy sa mercy4 ,mais la pusillanimit1 pour dire qu'elle est aussi de la feste1 n'ayant peu se mesler ce premier rolle1 prend pour sa part le second1 du massacre et du sang4 ,les meurtres des victoires1 s'exercent ordinairement par le peuple1 et par les officiers du bagage4 ,et ce qui fait voir tant de cruautez inouies aux guerres populaires1 c'est que cette canaille de vulgaire s'aguerrit1 et se gendarme1 s'ensanglanter iusques aux coudes1 et deschiqueter vn corps ses pieds1 n'ayant resentiment d'autre vaillance4 ,et lupus et turpes instant morientibus vrsi1 ,et qucunque minor nobilitale fera est4 ,comme les chiens coards1 qui deschirent en la maison1 et mordent les peaux des bestes sauuages1 qu'ils n'ont os attaquer aux champs4 ,qu'est-ce qui faict en ce temps1 nos querelles toutes mortelles8 et que l o nos peres auoyent quelque degr de vengeance1 nous commenons cette heure par le dernier3 et ne se parle d'arriue que de tuer8 ,qu'est-ce1 si ce n'est coardise8 ,chacun sent bien1 qu'il y a plus de brauerie et desdain1 battre son ennemy1 qu' l'acheuer1 et de le faire bouquer1 que de le faire mourir4 ,d'auantage que l'appetit de vengeance s'en assouuit et contente mieux3 car elle ne vise qu' donner ressentiment de soy4 ,voyla pourquoy1 nous n'attaquons pas vne beste1 ou vne pierre1 quand elle nous blesse1 d'autant qu'elles sont incapables de sentir nostre reuenche4 ,et de tuer vn homme1 c'est le mettre l'abry de nostre offence4 ,et tout ainsi comme ,bias crioit vn meschant homme1 le say que tost ou tard tu en seras puny1 mais ie crains que ie ne le voye pas3 et plaignoit les ,orchomeniens1 de ce que la penitence que ,lyciscus eut de la trahison contre eux commise1 venoit en saison1 qu'il n'y auoit personne de reste1 de ceux qui en auoient est interessez1 et ausquels deuoit toucher le plaisir de cette penitence4 ,tout ainsin est plaindre la vengeance1 quand celuy enuers lequel elle s'employe1 pert le moyen de la souffrir4 ,car comme le vengeur y veut voir1 pour en tirer du plaisir1 il faut que celuy sur lequel il se venge1 y voye aussi1 pour en receuoir du desplaisir1 et de la repentance4 ,il s'en repentira1 disons nous4 ,et pour luy auoir donn d'une pistolade en la teste1 estimons nous qu'il s'en repente8 ,au rebours1 si nous nous en prenons garde1 nous trouuerons qu'il nous fait la mou en tombant4 ,il ne nous en sait pas seulement mauuais gr1 c'est bien loing de s'en repentir4 ,et luy prestons le plus fauorable de touts les offices de la vie1 qui est de le faire mourir promptement et insensiblement4 ,nous sommes conniller1 trotter1 et fuir les officiers de la iustice1 qui nous suyuent3 et luy est en repos4 ,le tuer1 est bon pour euiter l'offence venir1 non pour venger celle qui est faicte4 ,c'est vne action plus de crainte1 que de brauerie3 de precaution1 que de courage3 de defense1 que d'entreprinse4 ,il est apparent que nous quittons par l1 et la vraye fin de la vengeance1 et le soing de nostre reputation4 ,nous craignons1 s'il demeure en vie1 qu'il nous recharge d'vne pareille4 ,ce n'est pas contre luy1 c'est pour toy1 que tu t'en deffais4 ,au ,royaume de ,narsingue cet expedient nous demeureroit inutile4 ,l1 non seulement les gents de guerre1 mais aussi les artisans1 demeslent leurs querelles coups d'espe4 ,le ,roy ne refuse point le camp qui se veut battre3 et assiste1 quand ce sont personnes de qualit3 estrenant le victorieux d'vne chaisne d'or3 mais pour laquelle conquerir1 le premier1 qui il en prend enuie1 peut venir aux armes auec celuy qui la porte4 ,et pour s'estre desfaict d'vn combat1 il en a plusieurs sur les bras4 ,si nous pensions par vertu estre tousiours maistres de nostre ennemy1 et le gourmander nostre poste1 nous serions bien marris qu'il nous eschappast1 comme il faict en mourant4 ,nous voulons vaincre plus seurement qu'honorablement4 ,et cherchons plus la fin1 que la gloire1 en nostre querelle4 ,asinius ,pollio1 pour vn honneste homme moins excusable1 representa vne erreur pareille3 qui ayant escript des inuectiues contre ,plancus1 attendoit qu'il fust mort1 pour les publier4 ,c'estoit faire la figue vn aueugle et dire des poulles vn sourd1 et offenser vn homme sans sentiment plustost que d'encourir le hazard de son ressentiment4 ,aussi disoit on pour luy1 que ce n'estoit qu'aux lutins de luitter les morts4 ,celuy qui attend veoir trespasser l'autheur1 duquel il veut combattre les escrits1 que dit-il1 sinon qu'il est foible et noisif8 ,on disoit ,aristote1 que quelqu'vn auoit mesdit de luy3 ,qu'il face plus1 dit-il1 qu'il me foutte1 pourueu que ie n'y soy pas4 ,nos peres se contentoyent de reuencher vne iniure par vn dmenti1 vn dmenti par vn coup1 et ainsi par ordre4 ,ils estoient assez valeureux pour ne craindre pas leur aduersaire1 viuant1 et outrag4 ,nous tremblons de frayeur1 tant que nous le voyons en pieds4 ,et qu'il soit ainsi1 nostre belle pratique d'auiourdhuy1 porte elle pas de poursuyure mort1 aussi bien celuy que nous auons offenc1 que celuy qui nous a offencez8 ,c'est aussi vne espece de laschet1 qui a introduit en nos combats singuliers1 cet vsage1 de nous accompagner de seconds1 et tiers1 et quarts4 ,c'estoit anciennement des duels1 ce sont cette heure rencontres1 et batailles4 ,la solitude faisoit peur aux premiers qui l'inuenterent3 ,quum in se cuique minimum fiduci esset4 ,car naturellement quelque compagnie que ce soit1 apporte confort1 et soulagement au danger4 ,on se seruoit anciennement de personnes tierces1 pour garder qu'il ne s'y fist desordre et desloyaut1 et pour tesmoigner de la fortune du combat4 ,mais depuis qu'on a pris ce train1 qu'ils s'engagent eux mesmes1 quiconque y est conui1 ne peut honnestement s'y tenir comme spectateur1 de peur qu'on ne luy attribue1 que ce soit faute ou d'affection1 ou de cur4 ,outre l'iniustice d'vne telle action1 et vilenie1 d'engager la protection de vostre honneur1 autre valeur et force que la vostre1 ie trouue du desaduantage vn homme de bien1 et qui pleinement se fie de soy1 d'aller mesler sa fortune1 celle d'vn second3 chacun court assez de hazard pour soy1 sans le courir encore pour vn autre3 et a assez faire s'asseurer en sa propre vertu1 pour la deffence de sa vie1 sans commettre chose si chere en mains tierces4 ,car s'il n'a est expressement marchand au contraire1 des quatre1 c'est vne partie lie4 ,si vostre second est terre1 vous en auez deux sus les bras1 auec raison4 ,et de dire que c'est supercherie1 elle l'est voirement3 comme de charger bien arm1 vn homme qui n'a qu'vn tronon d'espe2 ou tout sain1 vn homme qui est desia fort bless4 ,mais si ce sont auantages1 que vous ayez gaign en combatant1 vous vous en pouuez seruir sans reproche4 ,la disparit et inegalit ne se poise et considere1 que de l'estat en quoy se commence la mesle3 du reste prenez vous en la ,fortune4 ,et quand vous en aurez tout seul1 trois sur vous1 vos deux compaignons s'estant laissez tuer1 on ne vous fait non plus de tort1 que ie ferois la guerre1 de donner vn coup d'espee l'ennemy1 que ie verrois attach l'vn des nostres1 de pareil auantage4 ,la nature de la societ porte1 o il y a trouppe contre trouppe 7comme o nostre ,duc d',orleans1 deffia le ,roy d',angleterre ,henry1 cent contre cent1 trois cents contre autant1 comme les ,argiens contre les ,lacedemoniens3 trois trois1 comme les ,horatiens contre les ,curiatiens7 que la multitude de chasque part1 n'est considere que pour vn homme seul4 ,par tout o il y a compagnie1 le hazard y est confus et mesl4 ,i'ay interest domestique ce discours4 ,car mon frere sieur de ,matecoulom1 fut conui ,rome1 seconder vn ,gentil-homme qu'il ne cognoissoit guere1 lequel estoit deffendeur1 et appell par vn autre4 ,en ce combat1 il se trouua de fortune auoir en teste1 vn qui luy estoit plus voisin et plus cogneu 7ie voudrois qu'on me fist raison de ces loix d'honneur1 qui vont si souuent choquant et troublant celles de la raison74 ,apres s'estre desfaict de son homme1 voyant les deux maistres de la querelle1 en pieds encores1 et entiers1 il alla descharger son compaignon4 ,que pouuoit il moins8 deuoit-il se tenir coy1 et regarder deffaire1 si le sort l'eust ainsi voulu1 celuy pour la deffence duquel1 il estoit l venu8 ,ce qu'il auoit faict iusques alors1 ne seruoit rien la besongne3 la querelle estoit indecise4 ,la courtoisie que vous pouuez1 et certes deuez faire vostre ennemy1 quand vous l'auez reduict en mauuais termes1 et quelque grand desaduantage1 ie ne vois pas comment vous la puissiez faire1 quand il va de l'interest d'autruy1 o vous n'estes que suiuant1 o la dispute n'est pas vostre4 ,il ne pouuoit estre ny iuste1 ny courtois1 au hazard de celuy auquel il s'estoit prest4 ,aussi fut-il deliur des prisons d',italie1 par vne bien soudaine et solemne recommandation de nostre ,roy4 ,indiscrette nation4 ,nous ne nous contentons pas de faire sauoir nos vices1 et folies1 au monde1 par reputation3 nous allons aux nations estrangeres1 pour les leur faire voir en presence4 ,mettez trois ,franois aux deserts de ,lybie1 ils ne seront pas vn mois ensemble1 sans se harceler et esgratigner4 ,vous diriez que cette peregrination1 est vne partie dresse1 pour donner aux estrangers le plaisir de nos tragedies3 et le plus souuent tels1 qui s'esiouyssent de nos maux1 et qui s'en moquent4 ,nous allons apprendre en ,italie escrimer3 et l'exerons aux despends de nos vies1 auant que de le sauoir4 ,si faudroit-il suyuant l'ordre de la discipline1 mettre la theorique auant la pratique4 ,nous trahissons nostre apprentissage3 ,primiti iuuenum miser1 bellique futuri ,dura rudimenta6 ,ie say bien que c'est vn art vtile sa fin 7au duel des deux ,princes1 cousins germains1 en ,hespaigne1 le plus vieil1 dit ,tite ,liue1 par l'addresse des armes et par ruse1 surmonta facilement les forces estourdies du plus ieune7 et comme i'ay cognu par experience1 duquel la cognoissance a grossi le cur aucuns1 outre leur mesure naturelle4 ,mais ce n'est pas proprement vertu1 puis qu'elle tire son appuy de l'addresse1 et qu'elle prend autre fondement que de soy-mesme4 ,l'honneur des combats consiste en la ialousie du courage1 non de la science4 ,et pourtant ay-ie veu quelqu'vn de mes amis1 renomm pour grand maistre en cet exercice1 choisir en ses querelles1 des armes1 qui luy ostassent le moyen de cet aduantage3 et lesquelles dpendoient entierement de la ,fortune1 et de l'asseurance3 fin qu'on n'attribuast sa victoire1 plustost son escrime1 qu' sa valeur4 ,et en mon enfance1 la noblesse fuyoit la reputation de bon escrimeur comme iniurieuse3 et se desroboit pour l'apprendre1 comme mestier de subtilit1 desrogeant la vraye et nafue vertu4 ,non schiuar1 non parar1 non ritirarsi1 ,voglion costor1 n qui destrezza ha parte2 ,non danno i colpi finti hor pieni1 hor scarsi1 ,toglie l'ira e il furor l'vso de l'arte1 ,odi le spade horribilmente vrtarsi ,a mezzo il ferro1 il pi d'orma non parte1 ,sempre il pi fermo1 la man sempre in moto2 ,n scende taglio in van1 ne punta a voto4 ,les butes1 les tournois1 les barrieres1 l'image des combats guerriers1 estoyent l'exercice de nos peres4 ,cet autre exercice1 est d'autant moins noble1 qu'il ne regarde qu'vne fin priue3 qui nous apprend nous entreruyner1 contre les loix et la iustice3 et qui en toute faon1 produict tousiours des effects dommageables4 ,il est bien plus digne et mieux seant1 de s'exercer en choses qui asseurent1 non qui offencent nostre police3 qui regardent la publique seurt et la gloire commune4 ,publius ,rutilius ,consus fut le premier1 qui instruisit le soldat1 manier ses armes par adresse et science1 qui conioignit l'art la vertu3 non pour l'vsage de querelle priue1 ce fut pour la guerre et querelles du peuple ,romain4 ,escrime populaire et ciuile4 ,et outre l'exemple de ,csar1 qui ordonna aux siens de tirer principalement au visage des gensdarmes de ,pompeius en la bataille de ,pharsale3 mille autres chefs de guerre se sont ainsin aduisez1 d'inuenter nouuelle forme d'armes1 nouuelle forme de frapper et de se couurir1 selon le besoing de l'affaire present4 ,mais tout ainsi que ,philopmen condamna la lucte1 en quoy il excelloit1 d'autant que les preparatifs qu'on employoit cet exercice1 estoient diuers ceux1 qui appartiennent la discipline militaire1 laquelle seule il estimoit les gens d'honneur1 se deuoir amuser3 il me semble aussi1 que cette adresse quoy on faonne ses membres1 ces destours et mouuements1 quoy on dresse la ieunesse1 en cette nouuelle eschole1 sont non seulement inutiles1 mais contraires plustost1 et dommageables l'vsage du combat militaire4 ,aussi y employent communement noz gents1 des armes particulieres1 et peculierement destines cet vsage4 ,et i'ay veu1 qu'on ne trouuoit guere bon1 qu'vn ,gentil-homme1 conui l'espe et au poignard1 s'offrist en equipage de gendarme4 ,ny qu'vn autre offrist d'y aller auec sa cape1 au lieu du poignard4 ,il est digne de consideration1 que ,lachez1 en ,platon1 parlant d'vn apprentissage de manier les armes1 conforme au nostre1 dit n'auoir iamais de cette eschole veu sortir nul grand homme de guerre1 et nommement des maistres d'icelle4 ,quant ceux l1 nostre experience en dit bien autant4 ,du reste1 aumoins pouuons nous tenir que ce sont suffisances de nulle relation et correspondance4 ,et en l'institution des enfants de sa police1 ,platon interdit les arts de mener les poings1 introduittes par ,amycus et ,epeius3 et de lucter1 par ,antus et ,cecyo3 par ce qu'elles ont autre but1 que de rendre la ieunesse apte au seruice bellique1 et n'y conferent point4 ,mais ie m'en vois vn peu bien gauche de mon theme4 ,l',empereur ,maurice1 estant aduerty par songes1 et plusieurs prognostiques1 qu'vn ,phocas1 soldat pour lors incognu1 le deuoit tuer3 demandoit son gendre ,philippus1 qui estoit ce ,phocas1 sa nature1 ses conditions et ses murs3 et comme entre autres choses ,philippus luy dict1 qu'il estoit lasche et craintif1 l',empereur conclud incontinent par l1 qu'il estoit doncq meurtrier et cruel4 ,qui rend les tyrans si sanguinaires8 c'est le soing de leur seurt1 et que leur lasche cur1 ne leur fournit d'autres moyens de s'asseurer1 qu'en exterminant ceux qui les peuuent offencer1 iusques aux femmes1 de peur d'vne esgratigneure4 ,cuncta ferit1 dum cuncta timet4 ,les premieres cruautez s'exercent pour elles mesmes1 de l s'engendre la crainte d'vne iuste reuanche1 qui produict apres vne enfileure de nouuelles cruautez1 pour les estouffer les vnes par les autres4 ,philippus ,roy de ,macedoine1 celuy qui eust tant de fuses demesler auec le peuple ,romain1 agit de l'horreur de meurtres commis par son ordonnance3 ne se pouuant resoudre contre tant de familles1 en diuers temps offenses3 print party de se saisir de touts les enfants de ceux qu'il auoit faict tuer1 pour de iour en iour les perdre l'vn apres l'autre1 et ainsin establir son repos4 ,les belles matieres siesent bien en quelque place qu'on les seme4 ,moy1 qui ay plus de soin du poids et vtilit des discours1 que de leur ordre et suite1 ne doy pas craindre de loger icy vn peu l'escart1 vne tres-belle histoire4 ,quand elles sont si riches de leur propre beaut1 et se peuuent seules trop soustenir1 ie me contente du bout d'vn poil1 pour les ioindre mon propos4 ,entre les autres condamnez par ,philippus1 auoit est vn ,herodicus1 ,prince des ,thessaliens4 ,apres luy1 il auoit encore depuis faict mourir ses deux gendres1 laissants chacun vn fils bien petit4 ,theoxena et ,archo estoyent les deux vefues4 ,theoxena ne peut estre induicte se remarier1 en estant fort poursuyuie4 ,archo espousa ,poris1 le premier homme d'entre les niens1 et en eut nombre d'enfants1 qu'elle laissa tous en bas aage4 ,theoxena1 espoinonne d'vne charit maternelle enuers ses nepueux1 pour les auoir en sa conduitte et protection1 espousa ,poris4 ,voicy venir la proclamation de l'edict du ,roy4 ,cette courageuse mere1 se deffiant et de la cruaut de ,philippus1 et de la licence de ses satellites enuers cette belle et tendre ieunesse1 osa dire1 qu'elle les tueroit plustost de ses mains1 que de les rendre4 ,poris effray de cette protestation1 luy promet de les desrober1 et emporter ,athenes1 en la garde d'aucuns siens hostes fidelles4 ,ils prennent occasion d'vne feste annuelle1 qui se celebroit nie en l'honneur d'neas1 et s'y en vont4 ,ayans assist le iour aux ceremonies et banquet publique1 la nuict ils s'escoulent en vn vaisseau prepar1 pour gaigner pas par mer4 ,le vent leur fut contraire3 et se trouuans l'endemain la veu de la terre1 d'o ils auoyent desmar1 furent suyuis par les gardes des ports4 ,au ioindre1 ,poris s'embesoignant haster les mariniers pour la fuitte1 ,theoxena forcene d'amour et de vengeance1 se reiettant sa premiere proposition1 fait apprest d'armes et de poison1 et les presentant leur veu3 ,or sus mes enfants1 la mort est meshuy le seul moyen de vostre defense et libert1 et sera matiere aux ,dieux de leur saincte iustice3 ces espes traictes1 ces couppes pleines vous en ouurent l'entre4 ,courage4 ,et toy mon fils1 qui es plus grand1 empoigne ce fer1 pour mourir de la mort plus forte4 ,ayants d'vn cost cette vigoureuse conseillere1 les ennemis de l'autre1 leur gorge1 ils coururent de furie chacun ce qui luy fut le plus main4 ,et demy morts furent iettez en la mer4 ,theoxena fiere d'auoir si glorieusement pourueu la seuret de tous ses enfants1 accollant chaudement son mary3 ,suyuons ces garons1 mon amy1 et iouyssons de mesme sepulture auec eux4 ,et se tenants ainsin embrassez1 se precipiterent3 de maniere que le vaisseau fut ramen bord1 vuide de ses maistres4 ,les tyrans pour faire tous les deux ensemble1 et tuer1 et faire sentir leur colere1 ils ont employ toute leur suffisance1 trouuer moyen d'allonger la mort4 ,ils veulent que leurs ennemis s'en aillent1 mais non pas si viste1 qu'ils n'ayent loisir de sauourer leur vengeance4 ,l dessus ils sont en grand peine3 car si les tourmens sont violents1 ils sont cours3 s'ils sont longs1 ils ne sont pas assez douloureux leur gr3 les voyla dispenser leurs engins4 ,nous en voyons mille exemples en l'antiquit2 et ie ne say si sans y penser1 nous ne retenons pas quelque trace de cette barbarie4 ,tout ce qui est au del de la mort simple1 me semble pure cruaut4 ,nostre iustice ne peut esperer1 que celuy que la crainte de mourir et d'estre decapit1 ou pendu1 ne gardera de faillir2 en soit empesch1 par l'imagination d'vn feu languissant1 ou des tenailles1 ou de la roue4 ,et ie ne say cependant1 si nous les iettons au desespoir4 ,car en quel estat peut estre l'ame d'vn homme1 attendant vingt-quatre heures la mort1 bris sur vne rou1 ou la vieille faon clou vne croix8 ,iosephe recite1 que pendant les guerres des ,romains en ,iude1 passant o lon auoit crucifi quelques ,iuifs1 trois iours y auoit1 il recogneut trois de ses amis1 et obtint de les oster de l2 les deux moururent1 dit-il1 l'autre vescut encore depuis4 ,chalcondyle homme de foy1 aux memoires qu'il a laiss des choses aduenues de son temps1 et pres de luy1 recite pour extreme supplice1 celuy que l',empereur ,mechmed pratiquoit souuent1 de faire trancher les hommes en deux parts1 par le faux du corps1 l'endroit du diaphragme1 et d'vn seul coup de simeterre3 d'o il arriuoit1 qu'ils mourussent comme de deux morts la fois3 et voyoit-on1 dit-il1 l'vne et l'autre part pleine de vie1 se demener long temps apres presse de tourment4 ,ie n'estime pas1 qu'il y eust grand'souffrance en ce mouuement4 ,les supplices plus hideux voir1 ne sont pas tousiours les plus forts souffrir4 ,et trouue plus atroce ce que d'autres historiens en recitent contre des ,seigneurs ,epirotes1 qu'il les feit escorcher par le menu1 d'vne dispensation si malicieusement ordonne1 que leur vie dura quinze iours cette angoisse4 ,et ces deux autres4 ,crsus avant faict prendre vn ,gentilhomme fauori de ,pantaleon son frere1 le mena en la boutique d'vn foullon1 o il le feit gratter et carder1 coups de cardes et peignes de ce mestier1 iusques ce qu'il en mourut4 ,george ,sechel chef de ces paysans de ,polongne1 qui soubs tiltre de la ,croysade1 firent tant de maux1 deffaict en battaille par le ,vayuode de ,transsiluanie1 et prins1 fut trois iours attach nud sur vn cheualet2 expos toutes les manieres de tourmens que chacun pouuoit apporter contre luy3 pendant lequel temps on fit ieusner plusieurs autres prisonniers4 ,en fin1 luy viuant et voyant1 on abbreuua de son sang ,lucat son cher frere1 et pour le salut duquel seul il prioit1 tirant sur soy toute l'enuie de leurs meffaits3 et fit on paistre vingt de ses plus fauoris ,capitaines1 deschirans belles dents sa chair1 et en engloutissants les morceaux4 ,le reste du corps1 et parties du dedans1 luy expir1 furent mises bouillir1 qu'on fit manger d'autres de sa suitte4 ,,chapitre ,,xxviii4 ,toutes choses ont leur saison4 ,,cevx qui apparient ,caton le ,censeur1 au ieune ,caton meurtrier de soy-mesme1 apparient deux belles natures et de formes voisines4 ,le premier exploitta la sienne plus de visages1 et precelle en exploits militaires1 et en vtilit de ses vacations publiques4 ,mais la vertu du ieune1 outre ce que c'est blaspheme de luy en apparier nulle en vigueur1 fut bien plus nette4 ,car qui deschargeroit d'enuie et d'ambition1 celle du ,censeur1 ayant os chocquer l'honneur de ,scipion1 en bont et en toutes parties d'excellence1 de bien loing plus grand que luy1 et que tout autre homme de son siecle8 ,ce qu'on dit entre autres choses de luy1 qu'en son extreme vieillesse1 il se mit apprendre la langue ,grecque1 d'vn ardant appetit1 comme pour assouuir vne longue soif1 ne me semble pas luy estre fort honnorable4 ,c'est proprement ce que nous disons1 retomber en enfantillage4 ,toutes choses ont leur saison1 les bonnes et tout4 ,et ie puis dire mon patenostre hors de propos4 ,comme on defera ,t4 ,quintius ,flaminius1 de ce qu'estant general d'arme1 on l'auoit veu quartier sur l'heure du conflict1 s'amusant prier ,dieu1 en vne battaille1 qu'il gaigna4 ,imponit finem sapiens et rebus honestis4 ,eudemonidas voyant ,xenocrates fort vieil s'empresser aux leons de son escole3 ,quand saura cettuy-cy1 dit-il1 s'il apprend encore8 ,et ,philopmen1 ceux qui hault-louoyent le ,roy ,ptolomus1 de ce qu'il durcissoit sa personne tous les iours l'exercice des armes3 ,ce n'est1 dit-il1 pas chose louable vn ,roy de son aage1 de s'y exercer1 il les deuoit hormais reellement employer4 ,le ieune doit faire ses apprests1 le vieil en iour1 disent les sages4 ,et le plus grand vice qu'ils remerquent en nous1 c'est que noz desirs raieunissent sans cesse4 ,nous recommenons tousiours viure4 ,nostre estude et nostre enuie deuroyent quelque fois sentir la vieillesse4 ,nous auons le pied la fosse1 et noz appetis et poursuites ne font que naistre4 ,tu secanda marmora ,locas sub ipsum funus1 et1 sepulcri ,immemor1 struis domos4 ,le plus long de mes desseins n'a pas vn an d'estendu3 ie ne pense desormais qu' finir3 me deffay de toutes nouuelles esperances et entreprinses3 prens mon dernier cong de tous les lieux1 que ie laisse3 et me depossede tous les iours de ce que i'ay4 ,olim iam nec perit quicquam mihi1 nec acquiritur1 plus superest viatici qum vi4 ,vixi1 et quem dederat cursum fortuna peregi4 ,c'est en fin tout le soulagement que ie trouue en ma vieillesse1 qu'elle amortist en moy plusieurs desirs et soings1 dequoy la vie est inquiete4 ,le soing du cours du monde1 le soing des richesses1 de la grandeur1 de la science1 de la sant1 de moy4 ,cettuy-cy apprend parler1 lors qu'il luy faut apprendre se taire pour iamais4 ,on peut continuer tout temps l'estude1 non pas l'escholage4 ,la sotte chose1 qu'vn vieillard abecedaire6 ,diuersos diuersa iuuant1 non omnibus annis ,omnia conueniunt4 ,s'il faut estudier1 estudions vn estude sortable nostre condition3 afin que nous puissions respondre1 comme celuy1 qui quand on demanda quoy faire ces estudes en sa decrepitude3 ,a m'en partir meilleur1 et plus mon aise1 respondit-il4 ,tel estude fut celuy du ieune ,caton1 sentant sa fin prochaine1 qui se rencontra au discours de ,platon1 de l'eternit de l'ame4 ,non1 comme il faut croire1 qu'il ne fust de long temps garny de toute sorte de munition pour vn tel deslogement4 ,d'asseurance1 de volont ferme1 et d'instruction1 il en auoit plus que ,platon n'en a en ses escrits4 ,sa science et son courage estoient pour ce regard1 au dessus de la philosophie4 ,il print cette occupation1 non pour le seruice de sa mort1 mais comme celuy qui n'interrompit pas seulement son sommeil1 en l'importance d'vne telle deliberation1 il continua aussi sans choix et sans changement1 ses estudes1 auec les autres actions accoustumes de sa vie4 ,la nuict1 qu'il vint d'estre refus de la ,preture1 il la passa iouer4 ,celle en laquelle il deuoit mourir1 il la passa lire4 ,la perte ou de la vie1 ou de l'office1 tout luy fut vn4 ,,chapitre ,,xxix4 ,de la vertu4 ,,ie trouue par experience1 qu'il y a bien dire entre les boutes et saillies de l'ame1 ou vne resolue et constante habitude3 et voy bien qu'il n'est rien que nous ne puissions1 voire iusques surpasser la diuinit mesme1 dit quelqu'vn1 d'autant que c'est plus1 de se rendre impassible de soy1 que d'estre tel1 de sa condition originelle3 et iusques pouuoir ioindre l'imbecillit de l'homme1 vne resolution et asseurance de ,dieu4 ,mais c'est par secousse4 ,et s vies de ces heros du temps pass1 il y a quelque fois des traits miraculeux1 et qui semblent de bien loing surpasser noz forces naturelles3 mais ce sont traits la verit3 et est dur croire1 que de ces conditions ainsin esleues1 on en puisse teindre et abbreuuer l'ame1 en maniere1 qu'elles luy deuiennent ordinaires1 et comme naturelles4 ,il nous eschoit nous mesmes1 qui ne sommes qu'auortons d'hommes1 d'eslancer par fois nostre ame1 esueille par les discours1 ou exemples d'autruy1 bien loing au del de son ordinaire4 ,mais c'est vne espece de passion1 qui la pousse et agite1 et qui la rauit aucunement hors de soy3 car ce tourbillon franchi1 nous voyons1 que sans y penser elle se desbande et relasche d'elle mesme1 sinon iusques la derniere touche2 au moins iusques n'estre plus celles-l3 de faon que lors1 toute occasion1 pour vn oyseau perdu1 ou vn verre cass1 nous nous laissons esmouuoir peu pres comme l'vn du vulgaire4 ,sauf l'ordre1 la moderation1 et la constance1 i'estime que toutes choses soient faisables par vn homme bien manque et deffaillant en gros4 ,a cette cause disent les sages1 il faut pour iuger bien poinct d'vn homme1 principalement contreroller ses actions communes1 et le surprendre en son tous les iours4 ,pyrrho1 celuy qui bastit de l'ignorance vne si plaisante science1 essaya1 comme tous les autres vrayement philosophes1 de faire respondre sa vie sa doctrine4 ,et par ce qu'il maintenoit la foiblesse du iugement humain1 estre si extreme1 que de ne pouuoir prendre party ou inclination3 et le vouloit suspendre perpetuellement balanc1 regardant et accueillant toutes choses1 comme indifferentes1 on conte qu'il se maintenoit tousiours de mesme faon1 et visage3 s'il auoit commenc vn propos1 il ne laissoit pas de l'acheuer1 quand celuy qui il parloit s'en fust all3 s'il alloit1 il ne rompoit son chemin pour empeschement qui se presentast1 conseru des precipices1 du heurt des charrettes1 et autres accidens par ses amis4 ,car de craindre ou euiter quelque chose1 c'eust est choquer ses propositions1 qui ostoient au sens mesmes1 toute eslection et certitude4 ,quelquefois il souffrit d'estre incis et cauteris1 d'vne telle constance1 qu'on ne luy en veit pas seulement siller les yeux4 ,c'est quelque chose de ramener l'ame ces imaginations1 c'est plus d'y ioindre les effects1 toutesfois il n'est pas impossible3 mais de les ioindre auec telle perseuerance et constance1 que d'en establir son train ordinaire1 certes en ces entreprinses si esloignes de l'vsage commun1 il est quasi incroyable qu'on le puisse4 ,voyla pourquoy comme il fust quelquefois rencontr en sa maison1 tanant bien asprement auecques sa sur1 et luy estant reproch de faillir en cela son indifferance3 ,quoy8 dit-il1 faut-il qu'encore cette femmelette serue de tesmoignage mes regles8 ,vn'autre fois1 qu'on le veit se deffendre d'vn chien3 ,il est1 dit-il1 tres-difficile de despouiller entierement l'homme3 et se faut mettre en deuoir1 et efforcer de combattre les choses1 premierement par les effects2 mais au pis aller par la raison et par les discours4 ,il y a enuiron sept ou huict ans1 qu' deux lieus d'icy1 vn homme de village1 qui est encore viuant1 ayant la teste de long temps rompue par la ialousie de sa femme1 reuenant vn iour de la besongne1 et elle le bien-veignant de ses crialleries accoustumes1 entra en telle furie1 que sur le champ tout la serpe qu'il tenoit encore en ses mains1 s'estant moissonn tout net les pieces qui la mettoyent en fieure1 les luy ietta au nez4 ,et il se dit1 qu'vn ieune ,gentil-homme des nostres1 amoureux et gaillard1 ayant par sa perseuerance amolli en fin le cur d'vne belle maistresse1 desesper1 de ce que sur le point de la charge1 il s'estoit trouu mol luy mesmes et deffailly1 et que1 ,non viriliter ,iners senile penis extulerat caput1 il s'en priua soudain reuenu au logis1 et l'enuoya1 cruelle et sanglante victime pour la purgation de son offence4 ,si c'eust est par discours et religion1 comme les prestres de ,cibele1 que ne dirions nous d'vne si hautaine entreprise8 ,depuis peu de iours ,bragerac cinq lieus de ma maison1 contremont la riuiere de ,dordoigne1 vne femme1 ayant est tourmente et battue le soir auant1 de son mary chagrin et fascheux de sa complexion1 delibera d'eschapper sa rudesse au prix de sa vie1 et s'estant son leuer accointe de ses voisines comme de coustume1 leur laissa couler quelque mot de recommendation de ses affaires1 prit vne sienne sur par la main1 la mena auec elle sur le pont1 et apres auoir pris cong d'elle1 comme par maniere de ieu1 sans montrer autre changement ou alteration1 se precipita du hault en bas1 en la riuiere1 o elle se perdit4 ,ce qu'il y a de plus en cecy1 c'est que ce conseil meurit vne nuict entiere dans sa teste4 ,c'est bien autre chose1 des femmes ,indiennes2 car estant leur coustume aux maris d'auoir plusieurs femmes1 et la plus chere d'elles1 de se tuer apres son mary1 chacune par le dessein de toute sa vie1 vise gaigner ce poinct1 et cet aduantage sur ses compagnes3 et les bons offices qu'elles rendent leur mary1 ne regardent autre recompence que d'estre preferes la compagnie de sa mort4 ,vbi mortifero iacta est fax vltima lecto1 ,vxorum fusis stat pia turba comis3 ,et certamen habent lethi1 qu viua sequatur ,coniugium3 pudor est non licuisse mori4 ,ardent victrices1 et flamm pectora prbent1 ,imponntque suis ora perusta viris4 ,vn homme escrit encore en noz iours1 auoir veu en ces nations ,orientales1 cette coustume en credit1 que non seulement les femmes s'enterrent apres leurs maris1 mais aussi les esclaues1 desquelles il a eu ioussance4 ,ce qui se faict en cette maniere4 ,le mary estant trespass1 la vefue peut1 si elle veut1 mais peu le veulent1 demander deux ou trois mois d'espace disposer de ses affaires4 ,le iour venu elle monte cheual1 pare comme nopces3 et d'vne contenance gaye1 va1 dit elle1 dormir auec son espoux1 tenant en sa main gauche vn miroer1 vne flesche en l'autre4 ,s'estant ainsi promene en pompe1 accompagne de ses amis et parents1 et de grand peuple1 en feste1 elle est tantost rendue au lieu public1 destin tels spectacles4 ,c'est vne grande place1 au milieu de laquelle il y a vne fosse pleine de bois3 et ioignant icelle1 vn lieu releu de quatre ou cinq marches3 sur lequel elle est conduitte1 et seruie d'vn magnifique repas4 ,apres lequel1 elle se met baller et chanter3 et ordonne1 quand bon luy semble1 qu'on allume le feu4 ,cela faict1 elle descent1 et prenant par la main le plus proche des parents de son mary1 ils vont ensemble la riuiere voisine1 o elle se despouille toute nue1 et distribue ses ioyaux et vestements ses amis1 et se va plongeant en l'eau1 comme pour y lauer ses pechez4 ,sortant de l1 elle s'enveloppe d'vn linge iaune de quatorze brasses de long1 et donnant de rechef la main ce parent de son mary1 s'en reuont sur la motte1 o elle parle au peuple1 et recommande ses enfans1 si elle en a4 ,entre la fosse et la motte1 on tire volontiers vn rideau1 pour leur oster la veu de cette fournaise ardente3 ce qu'aucunes deffendent1 pour tesmoigner plus de courage4 ,finy qu'elle a de dire1 vne femme luy presente vn vase plein d'huile s'oindre la teste et tout le corps1 lequel elle iette dedans le feu1 quand elle en a faict3 et en l'instant s'y lance elle mesme4 ,sur l'heure1 le peuple renuerse sur elle quantit de busches1 pour l'empescher de languir3 et se change toute leur ioye en deuil et tristesse4 ,si ce sont personnes de moindre estoffe1 le corps du mort est port au lieu o on le veut enterrer1 et l mis en son seant1 la vefue genoux deuant luy1 l'embrassant estroittement3 et se tient en ce poinct1 pendant qu'on bastit au tour d'eux1 vn mur1 qui venant se hausser iusques l'endroit des espaules de la femme1 quelqu'vn des siens par le derriere prenant sa teste1 luy tort le col3 et rendu qu'elle a l'esprit1 le mur est soudain mont et clos1 o ils demeurent enseuelis4 ,en ce mesme pas1 il y auoit quelque chose de pareil en leurs ,gymnosophistes3 car non par la contrainte d'autruy1 non par l'impetuosit d'vn' humeur soudaine3 mais par expresse profession de leur regle1 leur faon estoit1 mesure qu'ils auoyent attaint certain aage1 ou qu'ils se voyoient menassez par quelque maladie1 de se faire dresser vn bucher1 et au dessus1 vn lict bien par1 et apres auoir festoy joyeusement leurs amis et cognoissans1 s'aller planter dans ce lict1 en telle resolution1 que le feu y estant mis1 on ne les vist mouuoir1 ny pieds ny mains3 et ainsi mourut l'vn d'eux1 ,calanus1 en presence de toute l'arme d',alexandre le ,grand4 ,et n'estoit estim entre eux1 ny sainct ny bien heureux1 qui ne s'estoit ainsi tu3 enuoyant son ame purge et purifie par le feu1 apres auoir consomm tout ce qu'il y auoit de mortel et terrestre4 ,cette constante premeditation de toute la vie1 c'est ce qui fait le miracle4 ,parmy noz autres disputes1 celle du ,fatum1 s'y est mesle3 et pour attacher les choses aduenir et nostre volont mesme1 certaine et ineuitable necessit1 on est encore sur cet argument1 du temps pass3 ,puis que ,dieu preuoit toutes choses deuoir ainsin aduenir1 comme il fait1 sans doubte3 il faut donc qu'elles aduiennent ainsin4 ,a quoy noz maistres respondent1 que le voir que quelque chose aduienne1 comme nous faisons1 et ,dieu de mesmes 7car tout luy estant present1 il voit plustost qu'il ne preuoit7 ce n'est pas la forcer d'aduenir3 voire nous voyons1 cause que les choses aduiennent1 et les choses n'aduiennent pas1 cause que nous voyons4 ,l'aduenement fait la science1 non la science l'aduenement4 ,ce que nous voyons aduenir1 aduient3 mais il pouuoit autrement aduenir3 et ,dieu1 au registre des causes des aduenements qu'il a en sa prescience1 y a aussi celles qu'on appelle fortuites1 et les volontaires1 qui despendent de la libert qu'il a donn nostre arbitrage1 et sait que nous faudrons1 par ce que nous auons voulu faillir4 ,or i'ay veu assez de gens encourager leurs troupes de cette necessit fatale3 car si nostre heure est attache certain point1 ny les harquebusades ennemies1 ny nostre hardiesse1 ny nostre fuite et couardise1 ne la peuuent auancer ou reculer4 ,cela est beau dire1 mais cherchez qui l'effectuera3 et s'il est ainsi1 qu'vne forte et viue creance1 tire apres soy les actions de mesme1 certes cette foy1 dequoy nous remplissons tant la bouche1 est merueilleusement legere en noz siecles3 sinon que le mespris qu'elle a des uures1 luy face desdaigner leur compagnie4 ,tant y a1 qu' ce mesme propos1 le sire de ,ioinuille tesmoing croyable autant que tout autre1 nous racomte des ,bedoins1 nation mesle aux ,sarrasins1 ausquels le ,roy sainct ,louys eut affaire en la terre saincte1 qu'ils croyoient si fermement en leur religion les iours d'vn chacun estre de toute eternit prefix et contez1 d'vne preordonnance ineuitable1 qu'ils alloyent la guerre nudz1 sauf vn glaiue la turquesque1 et le corps seulement couuert d'vn linge blanc3 et pour leur plus extreme maudisson1 quand ils se courroussoient aux leurs1 ils auoyent tousiours en la bouche3 ,maudit sois tu1 comme celuy1 qui s'arme de peur de la mort4 ,voyla bien autre preuue de creance1 et de foy1 que la nostre4 ,et de ce rang est aussi celle que donnerent ces deux religieux de ,florence1 du temps de nos peres4 ,estans en quelque controuerse de science1 ils s'accorderent1 d'entrer tous deux dans le feu1 en presence de tout le peuple1 et en la place publique1 pour la verification chacun de son party3 et en estoyent des-ia les apprests tous faicts1 et la chose iustement sur le poinct de l'execution1 quand elle fut interrompue par vn accident improuueu4 ,vn ieune ,seigneur ,turc1 ayant faict vn signal fait d'armes de sa personne1 la veu des deux battailles1 d',amurath et de l',huniade1 prestes se donner3 enquis par ,amurath1 qui l'auoit en si grande ieunesse et inexperience 7car c'estoit la premiere guerre qu'il eust veu7 remply d'vne si genereuse vigueur de courage3 respondit1 qu'il auoit eu pour souuerain percepteur de vaillance1 vn lieure4 ,quelque iour estant la chasse1 dit-il1 ie descouury vn lieure en forme3 et encore que i'eusse deux excellents leuriers mon cost3 si me sembla-il1 pour ne le faillir point1 qu'il valloit mieux y employer encore mon arc3 car il me faisoit fort beau ieu4 ,ie commenay descocher mes flesches3 et iusques quarante1 qu'il y en auoit en ma trousse3 non sans l'assener seulement1 mais sans l'esueiller4 ,apres tout1 ie descoupplay mes leuriers apres1 qui n'y peurent non plus4 ,i'apprins par l1 qu'il auoit est couuert par sa destine3 et que1 ny les traits1 ny les glaiues ne portent1 que par le cong de nostre fatalit1 laquelle il n'est en nous de reculer ny d'auancer4 ,ce compte doit seruir1 nous faire veoir en passant1 combien nostre raison est flexible toute sorte d'images4 ,vn personnage grand d'ans1 de nom1 de dignit1 et de doctrine1 se vantoit moy d'auoir est port certaine mutation tres-importante de sa foy1 par vne incitation estrangere1 aussi bizarre3 et au reste si mal concluante1 que ie la trouuoy plus forte au reuers4 ,luy l'appelloit miracle3 et moy aussi1 diuers sens4 ,leurs historiens disent1 que la persuasion1 estant populairement seme entre les ,turcs de la fatale et imployable prescription de leurs iours1 ayde apparemment les asseurer aux dangers4 ,et ie cognois vn grand ,prince1 qui en fait heureusement son proffit3 soit qu'il la croye1 soit qu'il la prenne pour excuse1 se hazarder extraordinairement3 pourueu que ,fortune ne se lasse trop tost1 de luy faire espaule4 ,il n'est point aduenu de nostre memoire1 vn plus admirable effect de resolution1 que de ces deux qui conspirerent la mort du ,prince d',orenge4 ,c'est merueille1 comment on peut eschauffer le second1 qui l'executa1 vne entreprinse1 en laquelle il estoit si mal aduenu son compagnon1 y ayant apport tout ce qu'il pouuoit4 ,et sur cette trace1 et de mesmes armes1 aller entreprendre vn ,seigneur1 arm d'vne si fraiche instruction de deffiance1 puissant de suitte d'amis1 et de force corporelle1 en sa sale1 parmy ses gardes1 en vne ville toute sa deuotion4 ,certes il y employa vne main bien determine1 et vn courage esmeu d'vne vigoreuse passion4 ,vn poignard est plus seur1 pour assener1 mais d'autant qu'il a besoing de plus de mouuement1 et de vigueur de bras1 que n'a vn pistolet1 son coup est plus subject estre gauchy1 ou troubl4 ,que celuy l1 ne courust vne mort certaine1 ie n'y fay pas grand doubte3 car les esperances1 dequoy on eust seu l'amuser1 ne pouuoient loger en entendement rassis3 et la conduite de son exploit1 montre qu'il n'en auoit pas faute1 non plus que de courage4 ,les motifs d'vne si puissante persuasion1 peuuent estre diuers1 car nostre fantasie fait de soy et de nous1 ce qu'il luy plaist4 ,l'execution qui fut faicte pres d',orleans1 n'eut rien de pareil1 il y eut plus de hazard que de vigueur3 le coup n'estoit pas la mort1 si la ,fortune ne l'eust rendu tel3 et l'entreprise de tirer estant cheual1 et de loing1 et vn qui se mouuoit au bransle de son cheual1 fut l'entreprise d'vn homme1 qui aymoit mieux faillir son effect1 que faillir se sauuer4 ,ce qui suyuit apres le montra4 ,car il se transit et s'enyura de la pense de si haute execution1 si qu'il perdit entierement son sens1 et conduire sa fuite1 et conduire sa langue1 en ses responces4 ,que luy falloit-il1 que recourir ses amis au trauers d'vne riuiere8 ,c'est vn moyen1 o ie me suis iett moindres dangers1 et que i'estime de peu de hazard1 quelque largeur qu'ait le passage1 pourueu que vostre cheual trouue l'entre facile1 et que vous preuoyez au del1 vn bord ays selon le cours de l'eau4 ,l'autre1 quand on luy pronona son horrible sentence3 ,i'y estois prepar1 dit-il1 ie vous estonneray de ma patience4 ,les ,assassins1 nation dependant de la ,phnicie1 sont estimes entre les ,mahumetans1 d'vne souueraine deuotion et puret de murs4 ,ils tiennent1 que le plus court chemin gaigner ,paradis1 c'est de tuer quelqu'vn de religion contraire4 ,parquoy1 on l'a veu souuent entreprendre1 vn ou deux1 en pourpoinct1 contre des ennemis puissans1 au prix d'vne mort certaine1 et sans aucun soing de leur propre danger4 ,ainsi fut assassin 7ce mot est emprunt de leur nom7 nostre ,comte ,raimond de ,tripoli1 au milieu de sa ville3 pendant noz entreprinses de la guerre saincte4 ,et pareillement ,conrad ,marquis de ,mont-ferrat1 les meurtriers conduits au supplice1 tous enflez et fiers d'vn si beau chef d'uure4 ,,chapitre ,,xxx4 ,d'vn enfant monstrueux4 ,,ce comte s'en ira tout simple3 car ie laisse aux medecins d'en discourir4 ,ie vis auant hier vn enfant que deux hommes et vne nourrisse1 qui se disoient estre le pere1 l'oncle1 et la tante1 conduisoient1 pour tirer quelque soul de le montrer1 cause de son estranget4 ,il estoit en tout le reste d'vne forme commune1 et se soustenoit sur ses pieds1 marchoit et gasouilloit1 enuiron comme les autres de mesme aage3 il n'auoit encore voulu prendre autre nourriture1 que du tetin de sa nourrisse3 et ce qu'on essaya en ma presence de luy mettre en la bouche1 il le maschoit vn peu1 et le rendoit sans aualler3 ses cris sembloient bien auoir quelque chose de particulier3 il estoit aag de quatorze mois iustement4 ,au dessoubs de ses tetins1 il estoit pris et coll vn autre enfant1 sans teste1 et qui auoit le conduit du dos estoupp1 le reste entier3 car il auoit bien l'vn bras plus court1 mais il luy auoit est rompu par accident1 leur naissance2 ils estoyent ioints face face1 et comme si vn plus petit enfant en vouloit accoler vn plus grandelet4 ,la ioincture et l'espace par o ils se tenoient n'estoit que de quatre doigts1 ou enuiron1 en maniere1 que si vous retroussiez cet enfant imparfaict1 vous voyiez au dessoubs le nombril de l'autre3 ainsi la cousture se faisoit entre les tetins et son nombril4 ,le nombril de l'imparfaict ne se pouuoit voir1 mais ouy bien tout le reste de son ventre4 ,voyla comme ce qui n'estoit pas attach1 comme bras1 fessier1 cuisses et iambes1 de cet imparfaict1 demouroient pendants et branslans sur l'autre1 et luy pouuoit aller sa longueur iusques my iambe4 ,la nourrice nous adioustoit1 qu'il vrinoit par tous les deux endroicts3 aussi estoient les membres de cet autre nourris1 et viuans1 et en mesme poinct que les siens1 sauf qu'ils estoient plus petits et menus4 ,ce double corps1 et ces membres diuers1 se rapportans vne seule teste1 pourroient bien fournir de fauorable prognostique au ,roy1 de maintenir soubs l'vnion de ses loix1 ces parts et pieces diuerses de nostre ,estat4 ,mais de peur que l'euenement ne le desmente1 il vaut mieux le laisser passer deuant3 car il n'est que de deuiner en choses faictes1 ,vt quum facta sunt1 tum ad coniecturam aliqua interpretatione reuocentur3 comme on dit d',epimenides qu'il deuinoit reculons4 ,ie vien de voir vn pastre en ,medoc1 de trente ans ou enuiron1 qui n'a aucune montre des parties genitales3 il a trois trous par o il rend son eau incessamment1 il est barbu1 a desir1 et recherche l'attouchement des femmes4 ,ce que nous appellons monstres1 ne le sont pas ,dieu1 qui voit en l'immensit de son ouurage1 l'infinit des formes1 qu'il y a comprinses4 ,et est croire1 que cette figure qui nous estonne1 se rapporte et tient1 quelque autre figure de mesme genre1 incognu l'homme4 ,de sa toute sagesse1 il ne part rien que bon1 et commun1 et regl3 mais nous n'en voyons pas l'assortiment et la relation4 ,quod crebr videt1 non miratur1 etiam si1 cur fiat nescit4 ,quod ant non vidit1 id1 si euenerit1 ostentum esse censet4 ,nous appellons contre ,nature1 ce qui aduient contre la coustume4 ,rien n'est que selon elle1 quel qu'il soit4 ,que cette raison vniuerselle et naturelle1 chasse de nous l'erreur et l'estonnement que la nouuellet nous apporte4 ,,chapitre ,,xxxi4 ,de la cholere4 ,,plvtarqve est admirable par tout3 mais principalement1 o il iuge des actions humaines4 ,on peut voir les belles choses1 qu'il dit en la comparaison de ,lycurgus1 et de ,numa1 sur le propos de la grande simplesse que ce nous est1 d'abandonner les enfans au gouuernement et la charge de leurs peres4 ,la plus part de noz polices1 comme dit ,aristote1 laissent chascun1 en maniere des ,cyclopes1 la conduitte de leurs femmes et de leurs enfants1 selon leur folle et indiscrete fantasie4 ,et quasi les seules1 ,lacedemonienne et ,cretense1 ont commis aux loix la discipline de l'enfance4 ,qui ne voit qu'en vn ,estat tout despend de son education et nourriture8 et cependant sans aucune discretion1 on la laisse la mercy des parens1 tant fols et meschants qu'ils soient4 ,entre autres choses combien de fois m'a-il prins enuie1 passant par nos rus1 de dresser vne farce1 pour venger des garonnetz1 que ie voyoy escorcher1 assommer1 et meurtrir quelque pere ou mere furieux1 et forcenez de colere8 ,vous leur voyez sortir le feu et la rage des yeux1 ,rabie iecur incendente feruntur ,prcipites1 vt saxa iugis abrupta1 quibus mons ,subtrahitur1 cliuque latus pendente recedit3 7et selon ,hippocrates les plus dangereuses maladies sont celles qui desfigurent le visage7 tout vne voix tranchante et esclatante1 souuent contre qui ne fait que sortir de nourrisse4 ,et puis les voyla estroppiez1 estourdis de coups3 et nostre iustice qui n'en fait compte1 comme si ces esboittements et eslochements n'estoient pas des membres de nostre chose publique4 ,gratum est qud patri ciuem populque dedisti1 ,si facis vt patri sit idoneus1 vtilis agris1 ,vtilis et bellorum et pacis rebus agendis4 ,il n'est passion qui esbranle tant la sincerit des iugements1 que la cholere4 ,aucun ne feroit doubte de punir de mort1 le iuge1 qui par cholere auroit condamn son criminel3 pourquoy est-il non plus permis aux peres1 et aux pedantes1 de fouetter les enfans1 et les chastier estans en cholere8 ,ce n'est plus correction1 c'est vengeance4 ,le chastiement tient lieu de medecine aux enfans2 et souffririons nous vn medecin1 qui fust anim et courrouc contre son patient8 ,nous mesmes1 pour bien faire1 ne deurions iamais mettre la main sur noz seruiteurs1 tandis que la cholere nous dure4 ,pendant que le pouls nous bat1 et que nous sentons de l'esmotion1 remettons la partie3 les choses nous sembleront la verit autres1 quand nous serons r'accoisez et refroidis4 ,c'est la passion qui commande lors1 c'est la passion qui parle1 ce n'est pas nous4 ,au trauers d'elle1 les fautes nous apparoissent plus grandes1 comme les corps au trauers d'vn brouillas4 ,celuy qui a faim1 vse de viande1 mais celuy qui veut vser de chastiement1 n'en doit auoir faim ny soif4 ,et puis1 les chastiemens1 qui se font auec poix et discretion1 se reoiuent bien mieux1 et auec plus de fruit1 de celuy qui les souffre4 ,autrement1 il ne pense pas auoir est iustement condamn1 par vn homme agit d'ire et de furie3 et allegue pour sa iustification1 les mouuements extraordinaires de son maistre1 l'inflammation de son visage1 les sermens inusitez1 et cette sienne inquietude1 et precipitation temeraire4 ,ora tument ira1 nigrescunt sanguine ven1 ,lumina ,gorgoneo suius igne micant4 ,suetone recite1 que ,caus ,rabirius ayant est condamn par ,csar1 ce qui luy seruit le plus enuers le peuple 7auquel il appella7 pour luy faire gaigner sa cause1 ce fut l'animosit et l'aspret que ,csar auoit apport en ce iugement4 ,le dire est autre chose que le faire1 il faut considerer le presche part1 et le prescheur part4 ,ceux-l se sont donnez beau ieu en nostre temps1 qui ont essay de choquer la verit de nostre ,eglise1 par les vices des ministres d'icelle3 elle tire ses tesmoignages d'ailleurs4 ,c'est vne sotte faon d'argumenter1 et qui reietteroit toutes choses en confusion4 ,vn homme de bonnes murs1 peut auoir des opinions faulces1 et vn meschant peut prescher verit1 voire celuy qui ne la croit pas4 ,c'est sans doubte vne belle harmonie1 quand le faire1 et le dire vont ensemble3 et ie ne veux pas nier1 que le dire1 lors que les actions suyuent1 ne soit de plus d'authorit et efficace3 comme disoit ,eudamidas1 oyant vn ,philosophe discourir de la guerre2 ,ces propos sont beaux1 mais celuy qui les dit1 n'en est pas croyable1 car il n'a pas les oreilles accoustumes au son de la trompette4 ,et ,cleomenes oyant vn rhetoricien harenguer de la vaillance1 s'en print fort rire3 et l'autre s'en scandalizant1 il luy dit2 ,i'en ferois de mesmes1 si c'estoit vne arondelle qui en parlast3 mais si c'estoit vne aigle1 ie l'orrois volontiers4 ,i'apperois1 ce me semble1 s escrits des anciens1 que celuy qui dit ce qu'il pense1 l'assene bien plus viuement1 que celuy qui se contrefaict4 ,oyez ,cicero parler de l'amour de la libert3 oyez en parler ,brutus1 les escrits mesmes vous sonnent que cettuy-cy estoit homme pour l'achepter au prix de la vie4 ,que ,cicero pere d'eloquence1 traitte du mespris de la mort1 que ,seneque en traite aussi1 celuy l traine languissant1 et vous sentez qu'il vous veut resoudre de chose1 dequoy il n'est pas resolu4 ,il ne vous donne point de cur1 car luy-mesmes n'en a point3 l'autre vous anime et enflamme4 ,ie ne voy iamais autheur1 mesmement de ceux qui traictent de la vertu et des actions1 que ie ne recherche curieusement quel il a est4 ,car les ,ephores ,sparte voyans vn homme dissolu proposer au peuple vn aduis vtile1 luy commanderent de se taire1 et prierent vn homme de bien1 de s'en attribuer l'inuention1 et le proposer4 ,les escrits de ,plutarque1 les bien sauourer1 nous le descouurent assez2 et ie pense le cognoistre iusques dans l'ame3 si voudrois-ie que nous eussions quelques memoires de sa vie4 ,et me suis iett en ce discours quartier1 propos du bon gr que ie sens ,aul4 ,gellius de nous auoir laiss par escrit ce compte de ses murs1 qui reuient mon subject de la cholere4 ,vn sien esclaue mauuais homme et vicieux1 mais qui auoit les oreilles aucunement abbreuues des leons de philosophie1 ayant est pour quelque sienne faute despouill par le commandement de ,plutarque2 pendant qu'on le fouettoit1 grondoit au commencement1 que c'estoit sans raison1 et qu'il n'auoit rien faict3 mais en fin1 se mettant crier et iniurier bien bon escient son maistre1 luy reprochoit qu'il n'estoit pas philosophe1 comme il s'en vantoit3 qu'il luy auoit souuent ouy dire1 qu'il estoit laid de se courroucer1 voire qu'il en auoit faict vn liure3 et ce que lors tout plong en la colere1 il le faisoit si cruellement battre1 desmentoit entierement ses escrits4 ,a cela ,plutarque1 tout froidement et tout rassis2 ,comment1 dit-il1 rustre1 quoy iuges tu que ie sois cette heure courrouc8 mon visage1 ma voix1 ma couleur1 ma parolle1 te donne elle quelque tesmoignage que ie sois esmeu8 ,ie ne pense auoir ny les yeux effarouchez1 ny le visage troubl1 ny vn cry effroyable3 rougis-ie8 escume-ie8 m'eschappe-il de dire chose1 dequoy i'aye me repentir8 tressaulx-ie8 fremis-ie de courroux8 car pour te dire1 ce sont l les vrais signes de la cholere4 ,et puis se destournant celuy qui fouettoit3 ,continuez1 luy dit-il1 tousiours vostre besongne1 pendant que cettuy-cy et moy disputons4 ,voyla son comte4 ,archytas ,tarentinus reuenant d'vne guerre1 o il auoit est ,capitaine general1 trouua tout plein de mauuais mesnage en sa maison1 et ses terres en friche1 par le mauuais gouuernement de son receueur3 et l'ayant fait appeller3 ,va1 luy dit-il1 que si ie n'estois en cholere1 ie t'estrillerois bien4 ,platon de mesme1 s'estant eschauff contre l'vn de ses esclaues1 donna ,speusippus charge de le chastier1 s'excusant d'y mettre la main luy-mesme1 sur ce qu'il estoit courrouc4 ,charillus ,lacedemonien1 vn ,elote qui se portoit trop insolemment et audacieusement enuers luy3 ,par les ,dieux1 dit-il1 si ie n'estois courrouc1 ie te ferois tout cette heure mourir4 ,c'est vne passion qui se plaist en soy1 et qui se flatte4 ,combien de fois nous estans esbranlez soubs vne fauce cause1 si on vient nous presenter quelque bonne deffence ou excuse1 nous despitons nous contre la verit mesme et l'innocence8 ,i'ay retenu ce propos vn merueilleux exemple de l'antiquit4 ,piso personnage par tout ailleurs de notable vertu1 s'estant esmeu contre vn sien soldat1 dequoy reuenant seul du fourrage1 il ne luy sauoit rendre compte1 o il auoit laiss vn sien compagnon1 tinst pour auer qu'il l'auoit tu1 et le condamna soudain la mort4 ,ainsi qu'il estoit au gibet1 voicy arriuer ce compagnon esgar3 toute l'arme en fit grand'feste1 et apres force caresses et accollades des deux compagnons1 le bourreau meine l'vn et l'autre1 en la presence de ,piso1 s'attendant bien toute l'assistance que ce luy seroit luy-mesmes vn grand plaisir3 mais ce fut au rebours1 car par honte et despit1 son ardeur qui estoit encore en son effort1 se redoubla3 et d'vne subtilit que sa passion luy fournit soudain1 il en fit trois coulpables1 par ce qu'il en auoit trouu vn innocent3 et les fit depescher tous trois3 ,le premier soldat1 par ce qu'il y auoit arrest contre luy3 le second qui s'estoit esgar1 par ce qu'il estoit cause de la mort de son compagnon2 et le bourreau pour n'auoir obey au commandement qu'on luy auoit faict4 ,ceux qui ont negocier auec des femmes testues1 peuuent auoir essay quelle rage on les iette1 quand on oppose leur agitation1 le silence et la froideur1 et qu'on desdaigne de nourrir leur courroux4 ,l'orateur ,celius estoit merueilleusement cholere de sa nature4 ,a vn1 qui souppoit en sa compagnie1 homme de molle et douce conuersation1 et qui pour ne l'esmouuoir1 prenoit party d'approuuer tout ce qu'il disoit1 et d'y consentir3 luy ne pouuant souffrir son chagrin1 se passer ainsi sans aliment3 ,nie moy quelque chose1 de par les ,dieux1 dit-il1 affin que nous soyons deux4 ,elles de mesmes1 ne se courroucent1 qu'affin qu'on se contre-courrouce1 l'imitation des loix de l'amour4 ,phocion vn homme qui luy troubloit son propos1 en l'iniuriant asprement1 n'y fit autre chose que se taire1 et luy donner tout loisir d'espuiser sa cholere3 cela faict1 sans aucune mention de ce trouble1 il recommena son propos1 en l'endroict o il l'auoit laiss4 ,il n'est replique si piquante comme est vn tel mespris4 ,du plus cholere homme de ,france 7et c'est tousiours imperfection1 mais plus excusable vn homme militaire3 car en cet exercice il y a certes des parties1 qui ne s'en peuuent passer7 ie dy souuent1 que c'est le plus patient homme que ie cognoisse brider sa cholere3 elle l'agite de telle violence et fureur1 ,magno veluti cm flamma sonore ,virgea suggeritur costis vndantis aheni1 ,exultntque stu latices1 furit intus aquai ,fumidus atque alt spumis exuberat amnis1 ,nec iam se capit vnda1 volat vapor ater ad auras1 qu'il faut qu'il se contraingne cruellement1 pour la moderer4 ,et pour moy1 ie ne sache passion1 pour laquelle couurir et soustenir1 ie peusse faire vn tel effort4 ,ie ne voudrois mettre la sagesse si haut prix4 ,ie ne regarde pas tant ce qu'il fait1 que combien il luy couste ne faire pis4 ,vn autre se vantoit moy1 du reglement et douceur de ses murs1 qui est1 la verit singuliere3 ie luy disois1 que c'estoit bien quelque chose1 notamment ceux1 comme luy1 d'eminente qualit1 sur lesquels chacun a les yeux1 de se presenter au monde tousiours bien temperez3 mais que le principal estoit de prouuoir au dedans1 et soy-mesme3 et que ce n'estoit pas mon gr1 bien mesnager ses affaires1 que de se ronger interieurement3 ce que ie craignois qu'il fist1 pour maintenir ce masque1 et cette regle apparence par le dehors4 ,on incorpore la cholere en la cachant3 comme ,diogenes dit ,demosthenes1 lequel de peur d'estre apperceu en vne tauerne1 se reculoit au dedans3 ,tant plus tu te recules arriere1 tant plus tu y entres4 ,ie conseille qu'on donne plustost vne buffe la iou de son valet1 vn peu hors de saison1 que de gehenner sa fantasie1 pour representer cette sage contenance4 ,et aymerois mieux produire mes passions1 que de les couuer mes despens4 ,elles s'alanguissent en s'esuantant1 et en s'exprimant4 ,il vaut mieux que leur poincte agisse au dehors1 que de la plier contre nous4 ,omnia vitia in aperto leuiora sunt3 et tunc perniciosissima1 quum simulata sanitate subsidunt4 ,i'aduertis ceux1 qui ont loy de se pouuoir courroucer en ma famille1 premierement qu'ils mesnagent leur cholere1 et ne l'espandent pas tout prix3 car cela en empesche l'effect et le poids4 ,la criaillerie temeraire et ordinaire1 passe en vsage1 et fait que chacun la mesprise3 celle que vous employez contre vn seruiteur pour son larcin1 ne se sent point1 d'autant que c'est celle mesme qu'il vous a veu employer cent fois contre luy1 pour auoir mal rins vn verre1 ou mal assis vne escabelle4 ,secondement1 qu'ils ne se courroussent point en l'air1 et regardent que leur reprehension arriue celuy de qui ils se plaignent3 car ordinairement ils crient1 auant qu'il soit en leur presence1 et durent crier vn siecle apres qu'il est party4 ,et secum petulans amentia certat4 ,ils s'en prennent leur ombre1 et poussent cette tempeste1 en lieu1 o personne n'en est ny chasti ny interess1 que du tintamarre de leur voix1 tel qui n'en peut mais4 ,i'accuse pareillement aux querelles1 ceux qui brauent et se mutinent sans partie3 il faut garder ces ,rodomontades1 o elles portent4 ,mugitus veluti cm prima in prlia taurus ,terrificos ciet1 atque irasci in cornua tentat1 ,arboris obnixus trunco1 ventsque lacessit ,ictibus1 et sparsa ad pugnam proludit arena4 ,quand ie me courrouce1 c'est le plus vifuement1 mais aussi le plus briefuement et secretement que ie puis3 ie me pers bien en vistesse1 et en violence1 mais non pas en trouble3 si que i'aille iettant l'abandon1 et sans choix1 toute sorte de parolles iniurieuses1 et que ie ne regarde d'assoir pertinemment mes pointes1 o i'estime qu'elles blessent le plus3 car ie n'y employe communement1 que la langue4 ,mes valets en ont meilleur march aux grandes occasions qu'aux petites4 ,les petites me surprennent3 et le mal'heur veut1 que depuis que vous estes dans le precipice1 il n'importe1 qui vous ayt donn le bransle3 vous allez tousiours iusques au fons4 ,la cheute se presse1 s'esmeut1 et se haste d'elle mesme4 ,aux grandes occasions cela me paye1 qu'elles sont si iustes1 que chacun s'attend d'en voir naistre vne raisonnable cholere3 ie me glorifie tromper leur attente3 ie me bande et prepare contre celles cy1 elles me mettent en ceruelle1 et menassent de m'emporter bien loing si ie les suiuoy4 ,aysement ie me garde d'y entrer1 et suis assez fort1 si ie l'attens1 pour repousser l'impulsion de cette passion1 quelque violente cause qu'elle aye3 mais si elle me preoccupe1 et saisit vne fois1 elle m'emporte1 quelque vaine cause qu'elle aye4 ,ie marchande ainsin auec ceux qui peuuent contester auec moy3 ,quand vous me sentirez esmeu le premier1 laissez moy aller tort ou droict1 i'en feray de mesme mon tour4 ,la tempeste ne s'engendre que de la concurrence des choleres1 qui se produisent volontiers l'vne de l'autre1 et ne naissent en vn poinct4 ,donnons chacune sa course1 nous voyla tousiours en paix4 ,vtile ordonnance1 mais de difficile execution4 ,par fois m'aduient il aussi1 de representer le courrouss1 pour le reiglement de ma maison1 sans aucune vraye emotion4 ,a mesure que l'aage me rend les humeurs plus aigres1 i'estudie m'y opposer1 et feray si ie puis que ie seray d'oresenauant d'autant moins chagrin et difficile1 que i'auray plus d'excuse et d'inclination l'estre3 quoy que parcydeuant ie l'aye est1 entre ceux qui le sont le moins4 ,encore vn mot pour clorre ce pas4 ,aristote dit1 que la colere sert par fois d'armes la vertu et la vaillance4 ,cela est vray-semblable3 toutesfois ceux qui y contredisent1 respondent plaisamment1 que c'est vn' arme de nouuel vsage3 car nous remuons les autres armes1 ceste cy nous remue3 nostre main ne la guide pas1 c'est elle qui guide nostre main3 elle nous tient1 nous ne la tenons pas4 ,,chapitre ,,xxxii4 ,defence de ,seneque et de ,plutarque4 ,,la familiarit que i'ay auec ces personnages icy1 et l'assistance qu'ils font ma vieillesse1 et mon liure massonn purement de leurs despoulles1 m'oblige espouser leur honneur4 ,quant ,seneque1 parmy vne miliasse de petits liurets1 que ceux de la ,religion pretendue reforme font courir pour la deffence de leur cause1 qui partent par fois de bonne main1 et qu'il est grand dommage n'estre embesoigne meilleur subiect1 i'en ay veu autres-fois vn1 qui pour alonger et remplir la similitude qu'il veut trouuer1 du gouuernement de nostre pauure feu ,roy ,charles neufiesme1 auec celuy de ,neron1 apparie feu ,monsieur le ,cardinal de ,lorraine auec ,seneque1 leurs fortunes1 d'auoir est tous deux les premiers au gouuernement de leurs ,princes1 et quant et quant leurs murs1 leurs conditions1 et leurs deportemens4 ,enquoy mon opinion il fait bien de l'honneur audict ,seigneur ,cardinal3 car encore que ie soys de ceux qui estiment autant son esprit1 son eloquence1 son zele enuers sa religion et seruice de son ,roy1 et sa bonne fortune1 d'estre nay en vn siecle1 o il fust si nouueau1 et si rare1 et quant et quant si necessaire pour le bien public1 d'auoir vn personnage ecclesiastique de telle noblesse et dignit1 suffisant et capable de sa charge3 si est-ce qu' confesser la verit1 ie n'estime sa capacit de beaucoup pres telle1 ny sa vertu si nette et entiere1 ny si ferme1 que celle de ,seneque4 ,or1 ce liure dequoy ie parle1 pour venir son but1 fait vne description de ,seneque tres-iniurieuse1 ayant emprunt ces reproches de ,dion l'historien1 duquel ie ne crois aucunement le tesmoignage4 ,car outre qu'il est inconstant1 qui apres auoir appell ,seneque tres-sage tantost1 et tantost ennemy mortel des vices de ,neron1 le fait ailleurs1 auaritieux1 vsurier1 ambitieux1 lasche1 voluptueux1 et contrefaisant le philosophe fauces enseignes3 sa vertu paroist si viue et vigoureuse en ses escrits1 et la defence y est si claire aucunes de ces imputations1 comme de sa richesse et despence excessiue1 que ie n'en croiroy aucun tesmoignage au contraire4 ,et d'auantage1 il est bien plus raisonnable1 de croire en telles choses les historiens ,romains1 que les ,grecs et estrangers4 ,or ,tacitus et les autres1 parlent tres-honorablement1 et de sa vie et de sa mort3 et nous le peignent en toutes choses personnage tres-excellent et tres-vertueux4 ,et ie ne veux alleguer autre reproche contre le iugement de ,dion1 que cestuy-cy1 qui est ineuitable3 c'est qu'il a le sentiment si malade aux affaires ,romaines1 qu'il ose soustenir la cause de ,iulius ,csar contre ,pompeius1 et d',antonius contre ,cicero4 ,venons ,plutarque4 ,iean ,bodin est vn bon autheur de nostre temps1 et accompagn de beaucoup plus de iugement que la tourbe des escriuailleurs de son siecle1 et merite qu'on le iuge et considere4 ,ie le trouue vn peu hardy en ce passage de sa ,methode de l'histoire1 o il accuse ,plutarque non seulement d'ignorance 7surquoy ie l'eusse laiss dire3 car cela n'est pas de mon gibier71 mais aussi en ce que cet autheur escrit souuent des choses incroyables et entierement fabuleuses 7ce sont ses mots74 ,s'il eust dit simplement1 les choses autrement qu'elles ne sont1 ce n'estoit pas grande reprehension3 car ce que nous n'auons pas veu1 nous le prenons des mains d'autruy et credit3 et ie voy qu' escient il recite par fois diuersement mesme histoire3 comme le iugement des trois meilleurs capitaines qui eussent onques est1 faict par ,hannibal1 il est autrement en la vie de ,flaminius1 autrement en celle de ,pyrrhus4 ,mais de le charger d'auoir pris pour argent content1 des choses incroyables et impossibles1 c'est accuser de faute de iugement1 le plus iudicieux autheur du monde4 ,et voicy son exemple3 ,comme1 ce dit-il1 quand il recite qu'vn enfant de ,lacedemone se laissa deschirer tout le ventre vn renardeau1 qu'il auoit desrob1 et le tenoit cach soubs sa robe1 iusques mourir plustost que de descouurir son larecin4 ,ie trouue en premier lieu cet exemple mal choisi3 d'autant qu'il est bien malais de borner les efforts des facultez de l'ame1 l o des forces corporelles1 nous auons plus de loy de les limiter et cognoistre4 ,et cette cause1 si c'eust est moy faire1 i'eusse plustost choisi vn exemple de cette seconde sorte3 et il y en a de moins croyables4 ,comme entre autres1 ce qu'il recite de ,pyrrhus1 que tout bless qu'il estoit1 il donna si grand coup d'espe vn sien ennemy arm de toutes pieces1 qu'il le fendit du haut de la teste iusques au bas1 si que le corps se partit en deux parts4 ,en son exemple1 ie n'y trouue pas grand miracle1 ny ne reois l'excuse de quoy il couure ,plutarque1 d'auoir adioust ce mot1 comme on dit1 pour nous aduertir1 et tenir en bride nostre creance4 ,car si ce n'est aux choses receus par authorit et reuerence d'anciennet ou de religion1 il n'eust voulu ny recevoir luy mesme1 ny nous proposer croire1 choses de foy incroyables4 ,et que ce mot1 comme on dit1 il ne l'employe pas en ce lieu pour cet effect1 il est ays voir par ce que luy mesme nous raconte ailleurs sur ce subiect de la patience des enfans ,lacedemoniens1 des exemples aduenuz de son temps plus malaisez persuader4 ,comme celuy que ,cicero a tesmoign aussi autant luy1 pour auoir1 ce qu'il dit1 est sur les lieux3 ,que iusques leur temps1 il se trouuoit des enfans en cette preuue de patience1 quoy on les essayoit deuant l'autel de ,diane1 qui souffroyent d'y estre foutez iusques ce que le sang leur couloit par tout non seulement sans s'escrier1 mais encores sans gemir1 et aucuns iusques y laisser volontairement la vie4 ,et ce que ,plutarque aussi recite1 auec cent autres tesmoins1 qu'au sacrifice1 vn charbon ardent s'estant coul dans la manche d'vn enfant ,lacedemonien1 ainsi qu'il encensoit1 il se laissa brusler tout le bras1 iusques ce que la senteur de la chair cuyte en vint aux assistans4 ,il n'estoit rien selon leur coustume1 o il leur allast plus de la reputation1 ny dequoy ils eussent souffrir plus de blasme et de honte1 que d'estre surpris en larecin4 ,ie suis si imbu de la grandeur de ces hommes l1 que non seulement il ne me semble1 comme ,bodin1 que son conte soit incroyable1 que ie ne le trouue pas seulement rare et estrange4 ,l'histoire ,spartaine est pleine de mille plus aspres exemples et plus rares3 elle est ce prix toute miracle4 ,marcellinus recite sur ce propos du larecin1 que de son temps il ne s'estoit encores peu trouuer aucune sorte de tourment1 qui peust forcer les ,egyptiens surpris en ce mesfaict3 qui estoit fort en vsage entre eux1 dire seulement leur nom4 ,vn paisan ,espagnol estant mis la gehenne sur les complices de l'homicide du prteur ,lucius ,piso1 crioit au milieu des tourmens1 que ses amis ne bougeassent1 et l'assistassent en toute seuret1 et qu'il n'estoit pas en la douleur1 de luy arracher vn mot de confession1 et n'en eut on autre chose1 pour le premier iour4 ,le lendemain1 ainsi qu'on le ramenoit pour recommencer son tourment1 s'esbranlant vigoureusement entre les mains de ses gardes1 il alla froisser sa teste contre vne paroy1 et s'y tua4 ,epicharis ayant saoul et lass la cruaut des satellites de ,neron1 et soustenu leur feu1 leurs batures1 leurs engins1 sans aucune voix de reuelation de sa coniuration1 tout vn iour3 rapporte la gehenne l'endemain1 les membres touts brisez1 passa vn lasset de sa robbe dans l'vn bras de sa chaize1 tout vn nud coulant1 et y fourrant sa teste1 s'estrangla du pois de son corps4 ,ayant le courage d'ainsi mourir1 et se desrober aux premiers tourments1 semble elle pas escient auoir prest sa vie cette espreuue de sa patience du iour precedent1 pour se moquer de ce tyran1 et encourager d'autres semblable entreprinse contre luy8 ,et qui s'enquerra nos argoulets1 des experiences qu'ils ont eus en ces guerres ciuiles1 il se trouuera des effets de patience1 d'obstination et d'opiniastret1 parmy nos miserables siecles1 et en cette tourbe molle et effemine1 encore plus que l',egyptienne1 dignes d'estre comparez ceux que nous venons de reciter de la vertu ,spartaine4 ,ie say qu'il s'est trouu des simples paysans1 s'estre laissez griller la plante des pieds1 ecrazer le bout des doigts tout le chien d'vne pistole1 pousser les yeux sanglants hors de la teste1 force d'auoir le front serr d'vne corde1 auant que de s'estre seulement voulu mettre ranon4 ,i'en ay veu vn1 laiss pour mort tout nud dans vn foss1 ayant le col tout meurtry et enfl1 d'vn licol qui y pendoit encore1 auec lequel on l'auoit tirass toute la nuict1 la queu d'vn cheual1 le corps perc en cent lieux1 coups de dague1 qu'on luy auoit donn1 non pas pour le tuer1 mais pour luy faire de la douleur et de la crainte3 qui auoit souffert tout cela1 et iusques y auoir perdu parolle et sentiment1 resolu1 ce qu'il me dit1 de mourir plustost de mille morts 7comme de vray1 quant sa souffrance1 il en auoit pass vne toute entiere7 auant que rien promettre3 et si estoit vn des plus riches laboureurs de toute la contre4 ,combien en a lon veu se laisser patiemment brusler et rotir1 pour des opinions empruntes d'autruy1 ignores et incognues8 ,i'ay cogneu cent et cent femmes 7car ils disent que les testes de ,gascongne ont quelque prerogatiue en cela7 que vous eussiez plustost faict mordre dans le fer chaut1 que de leur faire desmordre vne opinion qu'elles eussent coneu en cholere4 ,elles s'exasperent l'encontre des coups et de la contrainte4 ,et celuy qui forgea le conte de la femme1 qui pour aucune correction de menaces1 et bastonnades1 ne cessoit d'appeller son mary poulleux1 et qui precipite dans l'eau haussoit encores en s'estouffant1 les mains1 et faisoit au dessus de sa teste1 signe de tuer des poux3 forgea vn conte1 duquel en verit tous les iours1 on voit l'image expresse en l'opiniastret des femmes4 ,et est l'opiniastret sur de la constance1 au moins en vigueur et fermet4 ,il ne faut pas iuger ce qui est possible1 et ce qui ne l'est pas1 selon ce qui est croyable et incroyable nostre sens1 comme i'ay dit ailleurs4 ,et est vne grande faute1 et en laquelle toutesfois la plus part des hommes tombent3 ce que ie ne dis pas pour ,bodin3 de faire difficult de croire d'autruy1 ce qu'eux ne sauroient faire1 ou ne voudroient4 ,il semble chacun que la maistresse forme de l'humaine nature est en luy3 selon elle1 il faut regler tous les autres4 ,les allures qui ne se rapportent aux siennes1 sont faintes et fauces4 ,luy propose lon quelque chose des actions ou facultez d'vn autre8 la premiere chose qu'il appelle la consultation de son iugement1 c'est son exemple3 selon qu'il en va chez luy1 selon cela va l'ordre du monde4 ,o l'asnerie dangereuse et insupportable6 ,moy ie considere aucuns hommes fort loing au dessus de moy1 notamment entre les anciens3 et encores que ie recognoisse clairement mon impuissance les suyure de mille pas1 ie ne laisse pas de les suyure veu1 et iuger les ressorts qui les haussent ainsi1 desquels i'apperoy aucunement en moy les semences3 comme ie fay aussi de l'extreme bassesse des esprits1 qui ne m'estonne1 et que ie ne mescroy non plus4 ,ie voy bien le tour que celles l se donnent pour se monter1 et i'admire leur grandeur3 et ces eslancemens que ie trouue tres-beaux1 ie les embrasse3 et si mes forces n'y vont1 au moins mon iugement s'y applique tres-volontiers4 ,l'autre exemple qu'il allegue des choses incroyables1 et entierement fabuleuses1 dictes par ,plutarque3 c'est qu',agesilaus fut mulct par les ,ephores pour auoir attir soy seul1 le cur et la volont de ses citoyens4 ,ie ne say quelle marque de faucet il y treuue3 mais tant y a1 que ,plutarque parle l des choses qui luy deuoyent estre beaucoup mieux cognus qu' nous3 et n'estoit pas nouueau en ,grece1 de voir les hommes punis et exilez1 pour cela seul1 d'agreer trop leurs citoyens3 tesmoin l',ostracisme et le ,petalisme4 ,il y a encore en ce mesme lieu1 vn' autre accusation qui me pique pour ,plutarque1 o il dit qu'il a bien assorty de bonne foy1 les ,romains aux ,romains1 et les ,grecs entre eux1 mais non les ,romains aux ,grecz1 tesmoin1 dit-il1 ,demosthenes et ,cicero1 ,caton et ,aristides1 ,sylla et ,lisander1 ,marcellus et ,pelopidas1 ,pompeius et ,agesilaus1 estimant qu'il a fauoris les ,grecz1 de leur auoir donn des compagnons si dispareils4 ,c'est iustement attaquer ce que ,plutarque a de plus excellent et loable4 ,car en ses comparaisons 7qui est la piece plus admirable de ses uvres1 et en laquelle mon aduis il s'est autant pleu7 la fidelit et syncerit de ses iugemens1 esgale leur profondeur et leur poix4 ,c'est vn philosophe1 qui nous apprend la vertu4 ,voyons si nous le pourrons garentir de ce reproche de preuarication et faucet4 ,ce que ie puis penser auoir donn occasion ce iugement1 c'est ce grand et esclatant lustre des noms ,romains1 que nous auons en la teste3 il ne nous semble point1 que ,demosthenes puisse esgaler la gloire d'vn consul1 proconsul1 et questeur de cette grande republique4 ,mais qui considerera la verit de la chose1 et les hommes en eux mesmes1 quoy ,plutarque a plus vis1 et balancer leurs murs1 leurs naturels1 leur suffisance1 que leur fortune3 ie pense au rebours de ,bodin1 que ,ciceron et le vieux ,caton1 en doiuent de reste leurs compaignons4 ,pour son dessein1 i'eusse plustost choisi l'exemple du ieune ,caton compar ,phocion3 car en ce pair1 il se trouueroit vne plus vray-semblable disparit l'aduantage du ,romain4 ,quant ,marcellus1 ,sylla1 et ,pompeius1 ie voy bien que leurs exploits de guerre sont plus enflez1 glorieux1 et pompeux1 que ceux des ,grecs1 que ,plutarque leur apparie3 mais les actions les plus belles et vertueuses1 non plus en la guerre qu'ailleurs1 ne sont pas tousiours les plus fameuses4 ,ie voy souuent des noms de capitaines1 estouffez soubs la splendeur d'autres noms1 de moins de merite3 tesmoin ,labienus1 ,ventidius1 ,telesinus et plusieurs autres4 ,et le prendre par l1 si i'auois me plaindre pour les ,grecs1 pourrois-ie pas dire1 que beaucoup moins est ,camillus comparable ,themistocles1 les ,gracches ,agis et ,cleomenes1 ,numa ,lycurgus8 ,mais c'est folie de vouloir iuger d'vn traict1 les choses tant de visages4 ,quand ,plutarque les compare1 il ne les esgale pas pourtant4 ,qui plus disertement et conscientieusement1 pourroit remarquer leurs differences8 ,vient-il parangonner les victoires1 les exploits d'armes1 la puissance des armes conduites par ,pompeius1 et ses triumphes1 auec ceux d',agesilaus8 ,ie ne croy pas1 dit-il1 que ,xenophon mesme1 s'il estoit viuant1 encore qu'on luy ait conced d'escrire tout ce qu'il a voulu l'aduantage d',agesilaus1 osast le mettre en comparaison4 ,parle-il de conferer ,lysander ,sylla3 ,il n'y a1 dit-il1 point de comparaison1 ny en nombre de victoires1 ny en hazard de batailles3 car ,lysander ne gaigna seulement que deux batailles nauales1 etc4 ,cela1 ce n'est rien desrober aux ,romains4 ,pour les auoir simplement presentez aux ,grecz1 il ne leur peut auoir fait iniure1 quelque disparit qui y puisse estre4 ,et ,plutarque ne les contrepoise pas entiers3 il n'y a en gros aucune preference3 il apparie les pieces et les circonstances1 l'vne apres l'autre1 et les iuge separment4 ,parquoy1 si on le vouloit conuaincre de faueur1 il falloit en esplucher quelque iugement particulier3 ou dire en general1 qu'il auroit failly d'assortir tel ,grec tel ,romain3 d'autant qu'il y en auroit d'autres plus correspondans pour les apparier1 et se rapportans mieux4 ,,chapitre ,,xxxiii4 ,l'histoire de ,spurina4 ,,la philosophie ne pense pas auoir mal employ ses moyens1 quand elle a rendu la raison1 la souueraine maistrise de nostre ame1 et l'authorit de tenir en bride nos appetits4 ,entre lesquels ceux qui iugent qu'il n'en y a point de plus violens1 que ceux que l'amour engendre1 ont cela pour leur opinion1 qu'ils tiennent au corps et l'ame1 et que tout l'homme en est possed3 en maniere que la sant mesmes en depend1 et est la medecine par fois contrainte de leur seruir de maquerellage4 ,mais au contraire1 on pourroit aussi dire1 que le meslange du corps y apporte du rabais1 et de l'affoiblissement3 car tels desirs sont subiects satiet1 et capables de remedes materiels4 ,plusieurs ayans voulu deliurer leurs ames des alarmes continuelles que leur donnoit cet appetit1 se sont seruis d'incision et destranchement des parties esmeus et alteres4 ,d'autres en ont du tout abatu la force1 et l'ardeur1 par frequente application de choses froides1 comme de neige1 et de vinaigre4 ,les haires de nos aieulx estoient de cet vsage3 c'est vne matiere tissue de poil de cheual1 dequoy les vns d'entr'eux faisoient des chemises1 et d'autres des ceintures gehenner leurs reins4 ,vn ,prince me disoit1 il n'y a pas long temps1 que pendant sa ieunesse1 vn iour de feste solemne1 en la cour du ,roy ,franois premier1 o tout le monde estoit par1 il luy print enuie de se vestir de la haire1 qui est encore chez luy1 de monsieur son pere3 mais quelque deuotion qu'il eust1 qu'il ne sceut auoir la patience d'attendre la nuict pour se despouller1 et en fut long temps malade3 adioustant qu'il ne pensoit pas qu'il y eust chaleur de ieunesse si aspre1 que l'vsage de cette recepte ne peust amortir3 toutesfois l'aduanture ne les a-il pas essayes les plus cuisantes4 ,car l'experience nous faict voir1 qu'vne telle esmotion1 se maintient bien souuent soubs des habits rudes et marmiteux3 et que les haires ne rendent pas tousiours heres ceux qui les portent4 ,xenocrates y proceda plus rigoureusement3 car ses disciples pour essayer sa continence1 luy ayants fourr dans son lict1 ,las1 cette belle et fameuse courtisane toute nu1 sauf les armes de sa beaut et folasres apasts1 ses phyltres3 sentant qu'en despit de ses discours1 et de ses regles1 le corps reuesche commenoit se mutiner1 il se fit brusler les membres1 qui auoient prest l'oreille cette rebellion4 ,l o les passions qui sont toutes en l'ame1 comme l'ambition1 l'avarice1 et autres1 donnent bien plus faire la raison3 car elle n'y peut estre secourue1 que de ses propres moyens3 ny ne sont ces appetits l1 capables de satiet3 voire ils s'esguisent et augmentent par la iouyssance4 ,le seul exemple de ,iulius ,csar1 peut suffire nous montrer la disparit de ces appetits3 car iamais homme ne fut plus addonn aux plaisirs amoureux4 ,le soin curieux qu'il auoit de sa personne1 en est vn tesmoignage1 iusques se seruir cela1 des moyens les plus lascifs qui fussent lors en vsage3 comme de se faire pinceter tout le corps1 et farder de parfums d'vne extreme curiosit3 et de soy il estoit beau personnage1 blanc1 de belle et allegre taille1 le visage plein1 les yeux bruns et vifs1 s'il en faut croire ,suetone3 car les statues1 qui se voyent de luy ,rome ne rapportent pas bien par tout1 cette peinture4 ,outre ses femmes1 qu'il changea quatre fois1 sans conter les amours de son enfance1 auec le ,roy de ,bithynie ,nicomedes1 il eut le pucelage de cette tant renomme ,royne d'gypte1 ,cleopatra3 tesmoin le petit ,csarion1 qui en nasquit4 ,il fit aussi l'amour ,euno ,royne de ,mauritanie3 et ,rome1 ,posthumia1 femme de ,seruius ,sulpitius3 ,lollia1 de ,gabinius3 ,tertulla1 de ,crassus1 et ,mutia mesme1 femme du grand ,pompeius4 ,qui fut la cause1 disent les historiens ,romains1 pourquoy son mary la repudia1 ce que ,plutarque confesse auoir ignor4 ,et les ,curions pere et fils reprocherent depuis ,pompeius1 quand il espousa la fille de ,csar1 qu'il se faisoit gendre d'vn homme qui l'auoit fait coqu1 et que luy-mesme auoit accoustum d'appeller gysthus4 ,il entretint outre tout ce nombre1 ,seruilia sur de ,caton1 et mere de ,marcus ,brutus1 dont chacun tient que proceda cette grande affection qu'il portoit ,brutus3 par ce qu'il estoit nay en temps1 auquel il y auoit apparence qu'il fust issu de luy4 ,ainsi i'ai raison1 ce me semble1 de le prendre pour homme extremement addonn cette desbauche1 et de complexion tres-amoureuse4 ,mais l'autre passion de l'ambition1 dequoy il estoit aussi infiniment bless1 venant combattre celle l1 elle luy fit incontinent perdre place4 ,me ressouuenant sur ce propos de ,mehemed1 celuy qui subiugua ,constantinople1 et apporta la finale extermination du nom ,grec3 ie ne sache point o ces deux passions se trouuent plus egalement balances3 pareillement indefatigable ruffien1 et soldat4 ,mais quand en sa vie1 elles se presentent en concurrence l'vne de l'autre1 l'ardeur querelleuse gourmande tousiours l'amoureuse ardeur4 ,et ceste-cy1 encore que ce fust hors sa naturelle saison1 ne regaigna pleinement l'authorit souueraine1 que quand il se trouua en grande vieillesse1 incapable de plus soutenir le faix des guerres4 ,ce qu'on recite pour vn exemple contraire de ,ladislaus ,roy de ,naples1 est remarquable3 ,que bon capitaine1 courageux1 et ambitieux1 il se proposoit pour fin principale de son ambition1 l'execution de sa volupt1 et ioussance de quelque rare beaut4 ,sa mort fut de mesme4 ,ayant reng par vn siege bien poursuiuy1 la ville de ,florence si destroit1 que les habitants estoient apres composer de sa victoire3 il la leur quitta pourueu qu'ils luy liurassent vne fille de leur ville dequoy il auoit ouy parler1 de beaut excellente4 ,force fut de la luy accorder1 et garantir la publique ruine par vne iniure priue4 ,elle estoit fille d'vn medecin fameux de son temps2 lequel se trouuant engag en si villaine necessit1 se resolut vne haute entreprinse4 ,comme chacun paroit sa fille et l'attournoit d'ornements et ioyaux1 qui la peussent rendre aggreable ce nouuel amant1 luy aussi luv donna vn mouchoir exquis en senteur et en ouurage1 duquel elle eust se seruir en leurs premieres approches3 meuble1 qu'elles n'y oublient guere en ces quartiers l4 ,ce mouchoir empoisonn selon la capacit de son art1 venant se frotter ces chairs esmeus et pores ouuerts1 inspira son venin si promptement1 qu'ayant soudain chang leur sueur chaude en froide1 ils expirerent entre les bras l'vn de l'autre4 ,ie m'en reuay ,cesar4 ,ses plaisirs ne luy firent iamais desrober vne seule minute d'heure1 ny destourner vn pas des occasions qui se presentoient pour son agrandissement4 ,cette passion regenta en luy si souuerainement toutes les autres1 et posseda son ame d'vne authorit si pleine1 qu'elle l'emporta o elle voulut4 ,certes i'en suis despit3 quand ie considere au demeurant1 la grandeur de ce personnage1 et les merueilleuses parties qui estoient en luy3 tant de suffisance en toute sorte de sauoir1 qu'il n'y a quasi science en quoy il n'ait escrit3 il estoit tel orateur1 que plusieurs ont prefer son eloquence celle de ,cicero3 et luy-mesmes1 mon aduis1 n'estimoit luy deuoir guere en cette partie4 ,et ses deux ,anticatons1 furent principalement escrits pour contre-balancer le bien dire1 que ,cicero auoit employ en son ,caton4 ,au demeurant1 fut-il iamais ame si vigilante1 si actiue1 et si patiente de labeur que la sienne8 ,et sans doubte1 encore estoit elle embellie de plusieurs rares semences de vertu1 ie dy viues1 naturelles1 et non contrefaictes4 ,il estoit singulierement sobre1 et si peu delicat en son manger1 qu',oppius recite1 qu'vn iour luy ayant est present table1 en quelque sauce de l'huyle medecine1 au lieu d'huyle simple1 il en mangea largement1 pour ne faire honte son hoste4 ,vne autrefois1 il fit foutter son boulenger1 pour luy auoir seruy d'autre pain que celuy du commun4 ,caton mesme auoit accoustum de dire de luy1 que c'estoit le premier homme sobre1 qui se fust achemin la ruyne de son pays4 ,et quant ce que ce mesme ,caton l'appella vn iour yurongne1 cela aduint en cette faon4 ,estans tous deux au ,senat1 o il se parloit du fait de la coniuration de ,catilina1 de laquelle ,csar estoit souponn1 on luy vint apporter de dehors1 vn breuet cachetes3 ,caton estimant que ce fust quelque chose1 dequoy les coniurez l'aduertissent1 le somma de le luy donner3 ce que ,csar fut contrainct de faire1 pour euiter vn plus grand soupon4 ,c'estoit de fortune vne lettre amoureuse1 que ,seruilia sur de ,caton luy escriuoit3 ,caton l'ayant leu1 la luy reietta1 en luy disant3 ,tien yurongne4 ,cela1 dis-ie1 fut plustost vn mot de desdain et de colere1 qu'vn expres reproche de ce vice3 comme souuent nous iniurions ceux qui nous faschent1 des premieres iniures qui nous viennent la bouche1 quoy qu'elles ne soyent nullement deus ceux qui nous les attachons4 ,ioinct que ce vice que ,caton luy reproche1 est merueilleusement voisin de celuy1 auquel il auoit surpris ,csar3 car ,venus et ,bacchus se conuiennent volontiers1 ce que dit le prouerbe3 mais chez moy ,venus est bien plus allegre1 accompaigne de la sobriet4 ,les exemples de sa douceur1 et de sa clemence1 enuers ceux qui l'auoient offenc sont infinis3 ie dis outre ceux qu'il donna1 pendant le temps que la guerre ciuile estoit encore en son progrs1 desquels il fait luy-mesmes assez sentir par ses escrits1 qu'il se seruoit pour amadour ses ennemis1 et leur faire moins craindre sa future domination et sa victoire4 ,mais si faut il dire que ces exemples l s'ils ne sont suffisans nous tesmoigner sa naue douceur1 ils nous montrent au moins vne merueilleuse confiance et grandeur de courage1 en ce personnage4 ,il luy est aduenu souuent1 de renuoyer des armes toutes entieres son ennemy1 apres les auoir vaincus1 sans daigner seulement les obliger par serment1 sinon de le fauoriser1 aumoins de se contenir sans luy faire la guerre3 il a prins trois et quatre fois tels capitaines de ,pompeius1 et autant de fois remis en libert4 ,pompeius declaroit ses ennemis1 tous ceux qui ne l'accompaignoient la guerre3 et luy fit proclamer qu'il tenoit pour amis tous ceux qui ne bougeoient1 et qui ne s'armoyent effectuellement contre luy4 ,a ceux de ses capitaines1 qui se desroboient de luy pour aller prendre autre condition1 il r'enuoioit encore les armes1 cheuaux1 et equipages4 ,les villes qu'il auoit prinses par force1 il les laissoit en libert de suyure tel party qu'il leur plairoit1 ne leur donnant autre garnison1 que la memoire de sa douceur et clemence4 ,il deffendit le iour de sa grande bataille de ,pharsale1 qu'on ne mist qu' toute extremit1 la main sur les citoyens ,romains4 ,voyla des traits bien hazardeux selon mon iugement3 et n'est pas merueilles si aux guerres ciuiles1 que nous sentons1 ceux qui combattent1 comme luy1 l'estat ancien de leur pays1 n'en imitent l'exemple4 ,ce sont moyens extraordinaires1 et qu'il n'appartient qu' la fortune de ,csar1 et son admirable pouruoyance1 d'heureusement conduire4 ,quand ie considere la grandeur incomparable de cette ame1 i'excuse la victoire1 de ne s'estre peu depestrer de luy1 voire en cette tres-iniuste et tres-inique cause4 ,pour reuenir sa clemence1 nous en auons plusieurs naifs exemples1 au temps de sa domination1 lors que toutes choses estants reduites en sa main1 il n'auoit plus se feindre4 ,caius ,memmius auoit escrit contre luy des oraisons tres-poignantes1 ausquelles il auoit bien aigrement respondu3 si ne laissa-il bien tost apres d'ayder le faire ,consul4 ,caius ,caluus qui auoit faict plusieurs epigrammes iniurieux contre luy1 ayant employ de ses amis pour le reconcilier1 ,csar se conuia luy-mesme luy escrire le premier4 ,et nostre bon ,catulle1 qui l'auoit testonn si rudement sous le nom de ,mamurra1 s'en estant venu excuser luy1 il le fit ce iour mesme soupper sa table4 ,ayant est aduerty d'aucuns qui parloient mal de luy1 il n'en fit autre chose1 que declarer en vne sienne harangue publique1 qu'il en estoit aduerty4 ,il craignoit encore moins ses ennemis1 qu'il ne les haissoit4 ,aucunes coniurations et assemblees1 qu'on faisoit contre sa vie1 luy ayants est descouuertes1 il se contenta de publier par edit qu'elles luy estoient cognus1 sans autrement en poursuyure les autheurs4 ,quant au respect qu'il auoit ses amis3 ,caius ,oppius voyageant auec luy1 et se trouuant mal1 il luy quitta vn seul logis qu'il y auoit1 et coucha toute la nuict sur la dure et au descouuert4 ,quant sa iustice1 il fit mourir vn sien seruiteur1 qu'il aimoit singulierement1 pour auoir couch auecques la femme d'vn cheualier ,romain1 quoy que personne ne s'en plaignist4 ,iamais homme n'apporta1 ny plus de moderation en sa victoire1 ny plus de resolution en sa fortune contraire4 ,mais toutes ces belles inclinations furent alteres et estouffes1 par cette furieuse passion ambitieuse3 laquelle il se laissa si fort emporter1 qu'on peut aisment maintenir1 qu'elle tenoit le timon et le gouuernail de toutes ses actions4 ,d'vn homme liberal1 elle en rendit vn voleur publique1 pour fournir cette profusion et largesse1 et luy fit dire ce vilain et tres-iniuste mot1 que si les plus meschans et perdus hommes du monde1 luy auoyent est fidelles1 au seruice de son agrandissement1 il les cheriroit et auanceroit de son pouuoir1 aussi bien que les plus gens de bien3 l'enyura d'vne vanit si extreme1 qu'il osoit se vanter en presence de ses concitoyens1 d'auoir rendu cette grande ,republique ,romaine1 vn nom sans forme et sans corps3 et dire que ses responces deuoyent meshuy seruir de loix3 et receuoir assis1 le corps du ,senat venant vers luy3 et souffrir qu'on l'adorast1 et qu'on luy fist en sa presence des honneurs diuins4 ,somme1 ce seul vice1 mon aduis1 perdit en luy le plus beau1 et le plus riche naturel qui fut onques3 et a rendu sa memoire abominable tous les gens de bien1 pour auoir voulu chercher sa gloire de la ruyne de son pas1 et subuersion de la plus puissante1 et fleurissante chose publique que le monde verra iamais4 ,il se pourroit bien au contraire1 trouuer plusieurs exemples de grands personnages1 ausquels la volupt a faict oublier la conduicte de leurs affaires1 comme ,marcus ,antonius1 et autres3 mais o l'amour et l'ambition seroient en esgale balance1 et viendroient se choquer de forces pareilles1 ie ne fay aucun doubte1 que ceste-cy ne gaignast le prix de la maistrise4 ,or pour me remettre sur mes brises1 c'est beaucoup de pouuoir brider nos appetits1 par le discours de la raison1 ou de forcer nos membres1 par violence1 se tenir en leur deuoir4 ,mais de nous foutter pour l'interest de nos voisins1 de non seulement nous deffaire de cette douce passion1 qui nous chatoulle1 du plaisir que nous sentons de nous voir aggreables autruy1 et aymez et recherchez d'vn chascun3 mais encore de prendre en haine1 et contre-cur nos graces1 qui en sont cause1 et condamner nostre beaut1 par ce que quelque autre s'en eschauffe1 ie n'en ay veu guere d'exemples3 cestuy-cy en est4 ,spurina ieune homme de la ,toscane1 ,qualis gemma micat1 fuluum qu diuidit aurum1 ,aut collo decus aut capiti1 vel quale per artem ,inclusum buxo aut ,oricia terebintho ,lucet ebur1 estant do d'vne singuliere beaut1 et si excessiue1 que les yeux plus continents1 ne pouuoient en souffrir l'esclat continemment1 ne se contentant point de laisser sans secours tant de fiure et de feu1 qu'il alloit attisant par tout1 entra en furieux despit contre soy-mesmes1 et contre ces riches presens1 que ,nature luy auoit faits3 comme si on se deuoit prendre eux1 de la faute d'autruy3 et dtailla1 et troubla force de playes1 qu'il se fit escient1 et de cicatrices1 la parfaicte proportion et ordonnance que ,nature auoit si curieusement obserue en son visage4 ,pour en dire mon aduis3 i'admire telles actions1 plus que ie ne les honnore4 ,ces excez sont ennemis de mes regles4 ,le dessein en fut beau1 et conscientieux3 mais1 mon aduis1 vn peu manque de prudence4 ,quoy8 si sa laideur seruit depuis en ietter d'autres au pech de mespris et de haine1 ou d'enuie1 pour la gloire d'vne si rare recommandation3 ou de calomnie1 interpretant cette humeur1 vne forcene ambition4 ,y a-il quelque forme1 de laquelle le vice ne tire1 s'il veult1 occasion s'exercer en quelque maniere8 ,il estoit plus iuste1 et aussi plus glorieux1 qu'il fist de ces dons de ,dieu1 vn subiect de vertu exemplaire1 et de reglement4 ,ceux1 qui se desrobent aux offices communs1 et ce nombre infini de regles espineuses1 tant de visages1 qui lient vn homme d'exacte preud'hommie1 en la vie ciuile3 font1 mon gr1 vne belle espargne3 quelque pointe d'aspret peculiere qu'ils s'enioignent4 ,c'est aucunement mourir1 pour fuir la peine de bien viure4 ,ils peuuent auoir autre prix1 mais le prix de la difficult1 il ne m'a iamais sembl qu'ils l'eussent4 ,ny qu'en malaisance1 il y ait rien audel1 de se tenir droit emmy les flots de la presse du monde1 respondant et satisfaisant loyalement touts les membres de sa charge4 ,il est l'aduenture plus facile1 de se passer nettement de tout le sexe1 que de se maintenir deument de tout poinct1 en la compagnie de sa femme4 ,et a l'on dequoy couler plus incurieusement1 en la pauuret1 qu'en l'abondance1 iustement dispense4 ,l'vsage1 conduit selon raison1 a plus d'aspret1 que n'a l'abstinence4 ,la moderation est vertu bien plus affaireuse1 que n'est la souffrance4 ,le bien viure du ieune ,scipion1 a mille faons4 ,le bien viure de ,diogenes1 n'en a qu'vne4 ,ceste-cy surpasse d'autant en innocence les vies ordinaires1 comme les exquises et accomplies la surpassent en vtilit et en force4 ,,chapitre ,,xxxiiii4 ,obseruation sur les moyens de faire la guerre1 de ,iulius ,csar4 ,,on recite de plusieurs chefs de guerre1 qu'ils ont eu certains liures en particuliere recommandation1 comme le grand ,alexandre1 ,homere3 ,scipion ,aphricain1 ,xenophon3 ,marcus ,brutus1 ,polybius3 ,charles cinquiesme1 ,philippe de ,comines4 ,et dit-on de ce temps1 que ,machiauel est encores ailleurs en credit4 ,mais le feu ,mareschal ,strossy1 qui auoit pris ,csar pour sa part1 auoit sans doubte bien mieux choisi3 car la verit ce deuroit estre le breuiaire de tout homme de guerre1 comme estant le vray et souuerain patron de l'art militaire4 ,et ,dieu sait encore de quelle grace1 et de quelle beaut il a fard cette riche matiere1 d'vne faon de dire si pure1 si delicate1 et si parfaicte1 qu' mon goust1 il n'y a aucuns escrits au monde1 qui puissent estre comparables aux siens1 en cette partie4 ,ie veux icy enregistrer certains traicts particuliers et rares1 sur le faict de ses guerres1 qui me sont demeurez en memoire4 ,son arme estant en quelque effroy1 pour le bruit qui couroit des grandes forces1 que menoit contre luy le ,roy ,iuba1 au lieu de rabattre l'opinion que ses soldats en auoyent prise1 et appetisser les moyens de son ennemy1 les ayant faict assembler pour les r'asseurer et leur donner courage1 il print vne voye toute contraire celle que nous auons accoustum3 car il leur dit qu'ils ne se missent plus en peine de s'enquerir des forces que menoit l'ennemy1 et qu'il en auoit eu bien certain aduertissement3 et lors il leur en fit le nombre surpassant de beaucoup1 et la verit1 et la renomme1 qui en couroit en son arme4 ,suiuant ce que conseille ,cyrus en ,xenophon4 ,d'autant que la tromperie n'est pas de tel interest1 de trouuer les ennemis par effect plus foibles qu'on n'auoit esper3 que de les trouuer la verit bien forts1 apres les auoir iugez foibles par reputation4 ,il accoustumoit sur tout ses soldats obeyr simplement1 sans se mesler de contreroller1 ou parler des desseins de leur ,capitaine2 lesquels il ne leur communiquoit que sur le poinct de l'execution3 et prenoit plaisir s'ils en auoyent descouuert quelque chose1 de changer sur le champ d'aduis1 pour les tromper3 et souuent pour cet effect ayant assign vn logis en quelque lieu1 il passoit outre1 et allongeoit la iourne1 notamment s'il faisoit mauuais temps et pluuieux4 ,les ,souisses1 au commencement de ses guerres de ,gaule1 ayans enuoy vers luy pour leur donner passage au trauers des terres des ,romains2 estant deliber de les empescher par force1 il leur contrefit toutesfois vn bon visage1 et print quelques iours de delay leur faire responce1 pour se seruir de ce loisir1 assembler son arme4 ,ces pauures gens ne sauoyent pas combien il estoit excellent mesnager du temps3 car il redit maintes-fois1 que c'est la plus souueraine partie d'vn capitaine1 que la science de prendre au poinct les occasions1 et la diligence1 qui est en ses exploicts1 la verit1 inouye et incroyable4 ,s'il n'estoit pas fort conscientieux en cela1 de prendre aduantage sur son ennemy1 sous couleur d'vn traict d'accord3 il l'estoit aussi peu1 en ce qu'il ne requeroit en ses soldats autre vertu que la vaillance1 ny ne punissoit guere autres vices1 que la mutination1 et la desobeyssance4 ,souuent apres ses victoires1 il leur laschoit la bride toute licence1 les dispensant pour quelque temps des regles de la discipline militaire1 adioustant cela1 qu'il auoit des soldats si bien creez1 que tous perfumez et musquez1 ils ne laissoyent pas d'aller furieusement au combat4 ,de vray1 il aymoit qu'ils fussent richement armez1 et leur faisoit porter des harnois grauez1 dorez et argentez3 afin que le soing de la conseruation de leurs armes1 les rendist plus aspres se deffendre4 ,parlant eux1 il les appelloit du nom de compagnons1 que nous vsons encore3 ce qu',auguste son successeur reforma1 estimant qu'il l'auoit faict pour la necessit de ses affaires1 et pour flatter le cur de ceux qui ne le suyuoient que volontairement3 ,rheni mihi ,csar in vndis ,dux erat3 hic socius2 facinus quos inquinat1 quat2 mais que cette faon estoit trop rabbaisse1 pour la dignit d'vn ,empereur et general d'arme1 et remit en train de les appeller seulement soldats4 ,a cette courtoisie1 ,csar mesloit toutesfois vne grande seuerit1 les reprimer4 ,la neufiesme legion s'estant mutine au pres de ,plaisance1 il la cassa auec ignominie1 quoy que ,pompeius fust lors encore en pieds1 et ne la reeut en grace qu'auec plusieurs supplications4 ,il les rappaisoit plus par authorit et par audace1 que par douceur4 ,l o il parle de son passage de la riuiere du ,rhin1 vers l',allemaigne1 il dit qu'estimant indigne de l'honneur du peuple ,romain1 qu'il passast son arme nauires1 il fit dresser vn pont1 afin qu'il passast pied ferme4 ,ce fut l1 qu'il bastit ce pont admirable1 dequoy il dechiffre particulierement la fabrique3 car il ne s'arreste si volontiers en nul endroit de ses faits1 qu' nous representer la subtilit de ses inuentions1 en telle sorte d'ouurages de main4 ,i'y ay aussi remarqu cela1 qu'il fait grand cas de ses exhortations aux soldats auant le combat3 car o il veut montrer auoir est surpris1 ou press1 il allegue tousiours cela1 qu'il n'eut pas seulement loisir de haranguer son arme4 ,auant cette grande battaille contre ceux de ,tournay2 ,csar1 dict-il1 ayant ordonn du reste1 courut soudainement1 o la fortune le porta1 pour exhorter ses gens2 et rencontrant la dixiesme legion1 il n'eut loisir de leur dire1 sinon1 qu'ils eussent souuenance de leur vertu accoustume1 qu'ils ne s'estonnassent point1 et soustinsent hardiment l'effort des aduersaires3 et par ce que l'ennemy estoit des-ia approch vn iect de traict1 il donna le signe de la battaille3 et de l estant pass soudainement ailleurs pour en encourager d'autres1 il trouua qu'ils estoyent des-ia aux prises3 voyla ce qu'il en dit en ce lieu l4 ,de vray1 sa langue luy a faict en plusieurs lieux de bien notables seruices1 et estoit de son temps mesme1 son eloquence militaire en telle recommendation1 que plusieurs en son arme recueilloyent ses harangues3 et par ce moyen1 il en fut assembl des volumes1 qui ont dur long temps apres luy4 ,son parler auoit des graces particulieres2 si que ses familiers1 et entre autres ,auguste1 oyant reciter ce qui en auoit est recueilly1 recognoissoit iusques aux phrases1 et aux mots1 ce qui n'estoit pas du sien4 ,la premiere fois qu'il sortit de ,rome1 auec charge publique1 il arriua en huict iours la riuiere du ,rhone1 ayant dans son coche deuant luy vn secretaire ou deux qui escriuoyent sans cesse1 et derriere luy1 celuy qui portoit son espe4 ,et certes quand on ne feroit qu'aller1 peine pourroit-on atteindre cette promptitude1 dequoy tousiours victorieux ayant laiss la ,gaule1 et suiuant ,pompeius ,brindes1 il subiuga l',italie en dix huict iours2 reuint de ,brindes ,rome2 de ,rome il s'en alla au fin fond de l',espaigne2 o il passa des difficultez extremes1 en la guerre contre ,affranius et ,petreius1 et au long siege de ,marseille3 de l il s'en retourna en la ,macedoine1 battit l'arme ,romaine ,pharsale2 passa de l1 suiuant ,pompeius1 en gypte1 laquelle il subiuga2 d'gypte il vint en ,syrie1 et au pays de ,pont1 o il combattit ,pharnaces2 de l en ,afrique1 o il deffit ,scipion et ,iuba2 et rebroussa encore par l',italie en ,espaigne1 o il deffit les enfans de ,pompeius4 ,ocior et cli flammis et tigride fta4 ,ac veluti montis saxum de vertice prceps ,cm ruit auulsum vento1 seu turbidus imber ,proluit1 aut annis soluit sublapsa vetustas1 ,fertur in abruptum magno mons improbus actu1 ,exulttque solo1 siluas1 armenta1 virsque1 ,inuoluens secum4 ,parlant du siege d',auaricum1 il dit1 que c'estoit sa coustume1 de se tenir nuict et iour pres des ouuriers1 qu'il auoit en besoigne4 ,en toutes entreprises de consequence1 il faisoit tousiours la descouuerte luy mesme1 et ne passa iamais son arme en lieu1 qu'il n'eust premierement recognu4 ,et si nous croyons ,suetone2 quand il fit l'entreprise de traietter en ,angleterre1 il fut le premier sonder le gu4 ,il auoit accoustum de dire1 qu'il aimoit mieux la victoire qui se conduisoit par conseil que par force4 ,et en la guerre contre ,petreius et ,afranius1 la ,fortune luy presentant vne bien apparante occasion d'aduantage2 il la refusa1 dit-il1 esperant auec vn peu plus de longueur1 mais moins de hazard1 venir bout de ses ennemis4 ,il fit aussi l vn merueilleux traict1 de commander tout son ost1 de passer nage la riuiere sans aucune necessit1 ,rapuitque ruens in prlia miles1 ,quod fugiens timuisset iter3 mox vda receptis ,membra fouent armis1 gelidsque a gurgite1 cursu ,restituunt artus4 ,ie le trouue vn peu plus retenu et consider en ses entreprinses1 qu',alexandre3 car cettuy-cy semble rechercher et courir force les dangers1 comme vn impetueux torrent1 qui choque et attaque sans discretion et sans chois1 tout ce qu'il rencontre4 ,sic tauriformis voluitur ,aufidus1 ,qui regna ,dauni perfluit ,appuli ,dum suit1 horrendmque cultis ,diluuiem meditatur agris4 ,aussi estoit-il embesongn en la fleur et premiere chaleur de son aage2 l o ,csar s'y print estant desia meur et bien auanc4 ,outre ce1 qu',alexandre estoit d'vne temperature plus sanguine1 cholere1 et ardente3 et si esmouuoit encore cette humeur par le vin1 duquel ,csar estoit tres-abstinent4 ,mais o les occasions de la necessit se presentoyent1 et o la chose le requeroit1 il ne fut iamais homme faisant meilleur march de sa personne4 ,quant moy1 il me semble lire en plusieurs de ses exploicts1 vne certaine resolution de se perdre1 pour fuyr la honte d'estre vaincu4 ,en cette grande battaille qu'il eut contre ceux de ,tournay1 il courut se presenter la teste des ennemis1 sans bouclier1 comme il se trouua1 voyant la pointe de son arme s'esbranler3 ce qui luy est aduenu plusieurs autres fois4 ,oyant dire que ses gens estoyent assiegez1 il passa desguis au trauers l'arme ennemie1 pour les aller fortifier de sa presence4 ,ayant trauers ,dirrachium1 auec bien petites forces1 et voyant que le reste de son arme qu'il auoit laisse conduire ,antonius1 tardoit le suiure1 il entreprit luy seul de repasser la mer par vne tres-grande tormente3 et se desroba1 pour aller reprendre le reste de ses forces2 les ports de del1 et toute la mer estant saisie par ,pompeius4 ,et quant aux entreprises qu'il a faictes main arme1 il y en a plusieurs1 qui surpassent en hazard tout discours de raison militaire3 car auec combien foibles moyens1 entreprint-il de subiuger le ,royaume d'gypte3 et depuis d'aller attaquer les forces de ,scipion et de ,iuba1 de dix parts plus grandes que les siennes8 ,ces gens l ont eu ie ne say quelle plus qu'humaine confiance de leur fortune3 et disoit-il1 qu'il falloit executer1 non pas consulter les hautes entreprises4 ,apres la battaille de ,pharsale1 comme il eust enuoy son arme deuant en ,asie1 et passast auec vn seul vaisseau1 le destroit de l',hellespont1 il rencontra en mer ,lucius ,cassius1 auec dix gros nauires de guerre3 il eut le courage non seulement de l'attendre1 mais de tirer droit vers luy1 et le sommer de se rendre3 et en vint bout4 ,ayant entrepris ce furieux siege d',alexia1 o il y auoit quatre vingts mille hommes de deffence1 toute la ,gaule s'estant esleue pour luy courre sus1 et leuer le siege1 et dress vn' arme de cent neuf mille cheuaux1 et de deux cens quarante mille hommes de pied1 quelle hardiesse et maniacle confiance fut-ce1 de n'en vouloir abandonner son entreprise1 et se resoudre deux si grandes difficultez ensemble8 ,lesquelles toutesfois il soustint3 et apres auoir gaign cette grande battaille contre ceux de dehors1 rengea bien tost sa mercy ceux qu'il tenoit enfermez4 ,il en aduint autant ,lucullus1 au siege de ,tigranocerta contre le ,roy ,tigranes1 mais d'vne condition dispareille1 veu la mollesse des ennemis1 qui ,lucullus auoit affaire4 ,ie veux icy remarquer deux rares euenemens et extraordinaires1 sur le faict de ce siege d',alexia1 l'vn1 que les ,gaulois s'assemblans pour venir trouuer l ,csar1 ayans faict denombrement de toutes leurs forces1 resolurent en leur conseil1 de retrancher vne bonne partie de cette grande multitude1 de peur qu'ils n'en tombassent en confusion4 ,cet exemple est nouueau1 de craindre estre trop3 mais le bien prendre1 il est vray-semblable1 que le corps d'vne arme doit auoir vne grandeur modere1 et regle certaines bornes1 soit pour la difficult de la nourrir1 soit pour la difficult de la conduire et tenir en ordre4 ,aumoins seroit il bien ais verifier par exemple1 que ces armes monstrueuses en nombre1 n'ont guere rien fait qui vaille4 ,suiuant le dire de ,cyrus en ,xenophon1 ce n'est pas le nombre des hommes1 ains le nombre des bons hommes1 qui faict l'aduantage3 le demeurant servant plus de destourbier que de secours4 ,et ,baiazet print le principal fondement sa resolution1 de liurer iourne ,tamburlan1 contre l'aduis de tous ses ,capitaines1 sur ce1 que le nombre innombrable des hommes de son ennemy luy donnoit certaine esperance de confusion4 ,scanderbech bon iuge et tres expert1 auoit accoustum de dire1 que dix ou douze mille combattans fideles1 deuoient baster vn suffisant chef de guerre1 pour garantir sa reputation en toute sorte de besoing militaire4 ,l'autre poinct1 qui semble estre contraire1 et l'vsage1 et la raison de la guerre1 c'est que ,vercingentorix1 qui estoit nomm chef et general de toutes les parties des ,gaules1 reuoltes1 print party de s'aller enfermer dans ,alexia4 ,car celuy qui commande tout vn pays ne se doit iamais engager qu'au cas de cette extremit1 qu'il y allast de sa derniere place1 et qu'il n'y eust rien plus esperer qu'en la deffence d'icelle4 ,autrement il se doit tenir libre1 pour auoir moyen de prouuoir en general toutes les parties de son gouuernement4 ,pour reuenir ,csar1 il deuint auec le temps vn peu plus tardif et plus consider1 comme tesmoigne son familier ,oppius3 estimant1 qu'il ne deuoit aisment hazarder l'honneur de tant de victoires1 lequel1 vne seule defortune luy pourroit faire perdre4 ,c'est ce que disent les ,italiens1 quand ils veulent reprocher cette hardiesse temeraire1 qui se void aux ieunes gens1 les nommants necessiteux d'honneur1 bisognosi d'honore3 et qu'estans encore en cette grande faim et disette de reputation1 ils ont raison de la chercher quelque prix que ce soit3 ce que ne doiuent pas faire ceux qui en ont desia acquis suffisance4 ,il y peut auoir quelque iuste moderation en ce desir de gloire1 et quelque saciet en cet appetit comme aux autres3 assez de gens le pratiquent ainsin4 ,il estoit bien esloign de cette religion des anciens ,romains1 qui ne se vouloyent preualoir en leurs guerres1 que de la vertu simple et nayfue4 ,mais encore y apportoit il plus de conscience que nous ne ferions cette heure1 et n'approuuoit pas toutes sortes de moyens1 pour acquerir la victoire4 ,en la guerre contre ,ariouistus1 estant parlementer auec luy1 il y suruint quelque remuement entre les deux armes1 qui commena par la faute des gens de cheual d',ariouistus4 ,sur ce tumulte1 ,csar se trouua auoir fort grand aduantage sur ses ennemis1 toutes-fois il ne s'en voulut point preualoir1 de peur qu'on luy peust reprocher d'y auoir proced de mauuaise foy4 ,il auoit accoustum de porter vn accoustrement riche au combat1 et de couleur esclatante1 pour se faire remarquer4 ,il tenoit la bride plus estroite ses soldats1 et les tenoit plus de court estants pres des ennemis4 ,quand les anciens ,grecs vouloient accuser quelqu'vn d'extreme insuffisance1 ils disoyent en commun prouerbe1 qu'il ne sauoit ny lire ny nager3 il auoit cette mesme opinion1 que la science de nager estoit tres-vtile la guerre1 et en tira plusieurs commoditez3 s'il auoit faire diligence1 il franchissoit ordinairement nage les riuieres qu'il rencontroit3 car il aymoit voyager pied1 comme le grand ,alexandre4 ,en gypte1 ayant est forc pour se sauuer1 de se mettre dans vn petit batteau1 et tant de gens s'y estants lancez quant et luy1 qu'il estoit en danger d'aller fons1 il ayma mieux se ietter en la mer1 et gaigna sa flotte nage1 qui estoit plus de deux cents pas au del1 tenant en sa main gauche ses tablettes hors de l'eau1 et trainant belles dents sa cotte d'armes1 afin que l'ennemy n'en iouyst1 estant desia bien auanc sur l'aage4 ,iamais chef de guerre n'eut tant de creance sur ses soldats4 ,au commencement de ses guerres ciuiles1 les centeniers luy offrirent de soudoyer chacun sur sa bourse1 vn homme d'armes1 et les gens de pied1 de le seruir leurs despens3 ceux qui estoyent plus aysez1 entreprenants encore deffrayer les plus necessiteux4 ,feu ,monsieur l',admiral de ,chastillon nous fit veoir dernierement vn pareil cas en noz guerres ciuiles3 car les ,franois de son arme1 fournissoient de leurs bourses au payement des estrangers1 qui l'accompagnoient4 ,il ne se trouueroit guere d'exemples d'affection si ardente et si preste1 parmy ceux qui marchent dans le vieux train1 soubs l'ancienne police des loix4 ,la passion nous commande bien plus viuement que la raison4 ,il est pourtant aduenu en la guerre contre ,annibal1 qu' l'exemple de la liberalit du peuple ,romain en la ville1 les gendarmes et ,capitaines refuserent leur paye2 et appelloit on au camp de ,marcellus1 mercenaires1 ceux qui en prenoient4 ,ayant eu du pire aupres de ,dyrrachium1 ses soldats se vindrent d'eux mesmes offrir estre chastiez et punis1 de faon qu'il eut plus les consoler qu' les tancer4 ,vne sienne seule cohorte1 soustint quatre legions de ,pompeius plus de quatre heures1 iusques ce qu'elle fut quasi toute deffaicte coups de trait1 et se trouua dans la tranche1 cent trente mille flesches4 ,vn soldat nomm ,scua1 qui commandoit l'vne des entres1 s'y maintint inuincible ayant vn il creu1 vne espaule et vne cuisse perces1 et son escu fauc en deux cens trente lieux4 ,il est aduenu plusieurs de ses soldats pris prisonniers1 d'accepter plustost la mort1 que de vouloir promettre de prendre autre party4 ,granius ,petronius1 pris par ,scipion en ,affrique1 ,scipion apres auoir faict mourir ses compagnons1 luy manda qu'il luy donnoit la vie1 car il estoit homme de reng et questeur3 ,petronius respondit que les soldats de ,csar auoyent accoustum de donner la vie aux autres1 non la receuoir2 et se tua tout soudain de sa main propre4 ,il y a infinis exemples de leur fidelit3 il ne faut pas oublier le traict de ceux qui furent assiegez ,salone1 ville partizane pour ,csar contre ,pompeius1 pour vn rare accident qui y aduint4 ,marcus ,octauius les tenoit assiegez2 ceux de dedans estans reduits en extreme necessit de toutes choses1 en maniere que pour suppleer au deffaut qu'ils auoyent d'hommes1 la plus part d'entre eux y estans morts et blessez1 ils auoyent mis en libert tous leurs esclaues1 et pour le seruice de leurs engins auoient est contraints de coupper les cheueux de toutes les femmes1 affin d'en faire des cordes2 outre vne merueilleuse disette de viures2 et ce neantmoins resolus de iamais ne se rendre4 ,apres auoir train ce siege en grande longueur1 d'o ,octauius estoit deuenu plus nonchalant1 et moins attentif son entreprinse1 ils choisirent vn iour sur le midy1 et comme ils eurent rang les femmes et les enfans sur leurs murailles1 pour faire bonne mine1 sortirent en telle furie1 sur les assiegeans1 qu'ayants enfonc le premier1 le second1 et tiers corps de garde1 et le quatriesme1 et puis le reste1 et ayants faict du tout abandonner les tranches1 les chasserent iusques dans les nauires3 et ,octauius mesmes se sauua ,dyrrachium1 o estoit ,pompeius4 ,ie n'ay point memoire pour cett' heure1 d'auoir veu aucun autre exemple1 o les assiegez battent en gros les assiegeans1 et gaignent la maistrise de la campaigne2 ny qu'vne sortie ait tir en consequence1 vne pure et entiere victoire de battaille4 ,,chapitre ,,xxxv4 ,de trois bonnes femmes4 ,,il n'en est pas douzaines1 comme chacun sait2 et notamment aux deuoirs de mariage3 car c'est vn march plein de tant d'espineuses circonstances1 qu'il est malais que la volont d'vne femme1 s'y maintienne entiere long temps4 ,les hommes1 quoy qu'ils y soyent auec vn peu meilleure condition1 y ont trop affaire4 ,la touche d'vn bon mariage1 et sa vraye preuue1 regarde le temps que la societ dure2 si elle a est constamment douce1 loyalle1 et commode4 ,en nostre siecle1 elles reseruent plus communment1 estaller leurs bons offices1 et la vehemence de leur affection1 enuers leurs maris perdus3 cherchent au moins lors1 donner tesmoignage de leur bonne volont4 ,tardif tesmoignage1 et hors de saison4 ,elles preuuent plustost par l1 qu'elles ne les ayment que morts4 ,la vie est pleine de combustion1 le trespas d'amour1 et de courtoisie4 ,comme les peres cachent l'affection enuers leurs enfans1 elles volontiers de mesmes1 cachent la leur enuers le mary1 pour maintenir vn honneste respect4 ,ce mystere n'est pas de mon goust4 ,elles ont beau s'escheueler et s'esgratigner2 ie m'en vois l'oreille d'vne femme de chambre1 et d'vn secretaire3 comment estoient-ils1 ,comment ont-ils vescu ensemble8 il me souuient tousiours de ce bon mot1 iactantius mrent1 qu minus dolent4 ,leur rechigner est odieux aux viuans1 et vain aux morts4 ,nous dispenserons volontiers qu'on rie apres1 pourueu qu'on nous rie pendant la vie4 ,est-ce pas de quoy resusciter de despit3 qui m'aura crach au nez pendant que i'estoy1 me vienne frotter les pieds1 quand ie ne suis plus8 ,s'il y a quelque honneur pleurer les maris1 il n'appartient qu' celles qui leur ont ry3 celles qui ont pleur en la vie1 qu'elles rient en la mort1 au dehors comme au dedans4 ,aussi1 ne regardez pas ces yeux moites1 et cette piteuse voix3 regardez ce port1 ce teinct1 et l'embonpoinct de ces ious1 soubs ces grands voiles3 c'est par l qu'elle parle ,franois4 ,il en est peu1 de qui la sant n'aille en amendant1 qualit qui ne sait pas mentir4 ,cette ceremonieuse contenance ne regarde pas tant derriere soy1 que deuant2 c'est acquest1 plus que payement4 ,en mon enfance1 vne honneste et tresbelle dame1 qui vit encores1 vefue d'vn ,prince1 auoit ie ne say quoy plus en sa parure1 qu'il n'est permis par les loix de nostre vefuage3 ceux qui le luy reprochoient3 ,c'est1 disoit elle1 que ie ne practique plus de nouuelles amitiez1 et suis hors de volont de me remarier4 ,pour ne disconuenir du tout nostre vsage1 i'ay icy choisi trois femmes1 qui ont aussi employ l'effort de leur bont1 et affection1 autour la mort de leurs maris4 ,ce sont pourtant exemples vn peu autres1 et si pressans1 qu'ils tirent hardiment la vie en consequence4 ,pline le ieune auoit pres d'vne sienne maison en ,italie1 vn voisin merueilleusement tourment de quelques vlceres1 qui luy estoient suruenues s parties honteuses4 ,sa femme le voyant si longuement languir1 le pria de permettre1 qu'elle veist loisir et de pres l'estat de son mal1 et qu'elle luy diroit plus franchement qu'aucun autre ce qu'il auoit en esperer4 ,apres auoir obtenu cela de luy1 et l'auoir curieusement consider1 elle trouua qu'il estoit impossible1 qu'il en peust guerir1 et que tout ce qu'il auoit attendre1 c'estoit de trainer fort long temps vne vie douloureuse et languissante3 si luy conseilla pour le plus seur et souuerain remede1 de se tuer4 ,et le trouuant vn peu mol1 vne si rude entreprise3 ,ne pense point1 luy dit-elle1 mon amy1 que les douleurs que ie te voy souffrir ne me touchent autant qu' toy1 et que pour m'en deliurer1 ie ne me vueille seruir moy-mesme1 de cette medecine que ie t'ordonne4 ,ie te veux accompagner la guerison1 comme i'ay faict la maladie3 oste cette crainte1 et pense que nous n'aurons que plaisir en ce passage1 qui nous doit deliurer de tels tourmens3 nous nous en irons heureusement ensemble4 ,cela dit1 et ayant rechauff le courage de son mary1 elle resolut qu'ils se precipiteroient en la mer1 par vne fenestre de leur logis1 qui y respondoit4 ,et pour maintenir iusques sa fin1 cette loyale et vehemente affection1 dequoy elle l'auoit embrass pendant sa vie1 elle voulut encore qu'il mourust entre ses bras2 mais de peur qu'ils ne luy faillissent1 et que les estraintes de ses enlassemens1 ne vinssent se relascher par la cheute et la crainte1 elle se fit lier et attacher bien estroitement auec luy1 par le faux du corps2 et abandonna ainsi sa vie1 pour le repos de celle de son mary4 ,celle-l estoit de bas lieu2 et parmy telle condition de gens1 il n'est pas si nouueau d'y voir quelque traict de rare bont1 ,extrema per illos ,iustitia excedens terris vestigia fecit4 ,les autres deux sont nobles et riches1 o les exemples de vertu se logent rarement4 ,arria femme de ,cecinna ,ptus1 personnage consulaire1 fut mere d'vne autre ,arria femme de ,thrasea ,ptus1 celuy duquel la vertu fut tant renomme du temps de ,neron2 et par le moyen de ce gendre1 mere-grand de ,fannia2 car la ressemblance des noms de ces hommes et femmes1 et de leurs fortunes1 en a fait mesconter plusieurs4 ,cette premiere ,arria1 ,cecinna ,ptus1 son mary1 ayant est prins prisonnier par les gens de l',empereur ,claudius1 apres la deffaicte de ,scribonianus1 duquel il auoit suiuy le party3 supplia ceux qui l'emmenoient prisonnier ,rome1 de la receuoir dans leur nauire1 o elle leur seroit de beaucoup moins de despence et d'incommodit1 qu'vn nombre de personnes1 qu'il leur faudroit1 pour le seruice de son mary3 et qu'elle seule fourniroit sa chambre1 sa cuisine1 et tous autres offices4 ,ils l'en refuserent3 et elle s'estant iette dans vn batteau de pescheur1 qu'elle loua sur le champ1 le suyuit en cette sorte depuis la ,sclauonie4 ,comme ils furent ,rome1 vn iour1 en presence de l',empereur1 ,iunia vefue de ,scribonianus1 s'estant accoste d'elle familierement1 pour la societ de leurs fortunes1 elle la repoussa rudement auec ces parolles3 ,moy1 dit-elle1 que ie parle toy1 ny que ie t'escoute1 toy1 au giron de laquelle ,scribonianus fut tu1 et tu vis encores8 ,ces paroles1 auec plusieurs autres signes1 firent sentir ses parents1 qu'elle estoit pour se deffaire elle mesme1 impatiente de supporter la fortune de son mary4 ,et ,thrasea son gendre1 la suppliant sur ce propos de ne se vouloir perdre1 et luy disant ainsi3 ,quoy8 si ie courois pareille fortune celle de ,cecinna1 voudriez vous que ma femme vostre fille en fist de mesme8 ,comment donc8 si ie le voudrois1 respondit-elle3 ouy1 ouy1 ie le voudrois1 si elle auoit vescu aussi long temps1 et d'aussi bon accord auec toy1 que i'ay faict auec mon mary4 ,ces responces augmentoient le soing1 qu'on auoit d'elle1 et faisoient qu'on regardoit de plus pres ses deportemens4 ,vn iour apres auoir dict ceux qui la gardoient1 ,vous auez beau faire1 vous me pouuez bien faire plus mal mourir1 mais de me garder de mourir1 vous ne sauriez3 s'eslanant furieusement d'vne chaire1 o elle estoit assise1 elle s'alla de toute sa force chocquer la teste contre la paroy voisine3 duquel coup1 estant cheute de son long esuanouye1 et fort blesse apres qu'on l'eut toute peine faite reuenir3 ,ie vous disois bien1 dit-elle1 que si vous me refusiez quelque faon aise de me tuer1 i'en choisirois quelque autre pour mal-aise qu'elle fust4 ,la fin d'vne si admirable vertu fut telle3 ,son mary ,ptus1 n'ayant pas le cur assez ferme de soy-mesme1 pour se donner la mort1 laquelle la cruaut de l',empereur le rengeoit2 vn iour entre autres1 apres auoir premierement employ les discours et enhortements1 propres au conseil1 qu'elle luy donnoit ce faire1 elle print le poignart1 que son mary portoit3 et le tenant traict en sa main1 pour la conclusion de son exhortation2 ,fais ainsi ,ptus1 luy dit-elle4 ,et en mesme instant1 s'en estant donn vn coup mortel dans l'estomach1 et puis l'arrachant de sa playe1 elle le luy presenta1 finissant quant et quant sa vie3 auec cette noble1 genereuse1 et immortelle parole1 ,pte non dolet4 ,elle n'eust loisir que de dire ces trois parolles d'vne si belle substance2 ,tien ,ptus1 il ne m'a point faict mal4 ,casta suo gladium cm traderet ,arria ,pto1 ,quem de visceribus traxerat ipsa suis3 ,si qua fides1 vulnus quod feci1 non dolet1 inquit1 ,sed quod tu facies1 id mihi ,pte dolet4 ,il est bien plus vif en son naturel1 et d'vn sens plus riche3 car et la playe1 et la mort de son mary1 et les siennes1 tant s'en faut qu'elles luy poisassent1 qu'elle en auoit est la conseillere et promotrice3 mais ayant fait cette haulte et courageuse entreprinse pour la seule commodit de son mary1 elle ne regarde qu' luy1 encore au dernier traict de sa vie1 et luy oster la crainte de la suiure en mourant4 ,ptus se frappa tout soudain1 de ce mesme glaiue2 honteux mon aduis1 d'auoir eu besoin d'vn si cher et pretieux enseignement4 ,pompeia ,paulina1 ieune et tres-noble ,dame ,romaine1 auoit espous ,seneque1 en son extreme vieillesse4 ,neron1 son beau disciple1 enuoya ses satellites vers luy1 pour luy denoncer l'ordonnance de sa mort1 ce qui se faisoit en cette maniere4 ,quand les ,empereurs ,romains de ce temps1 auoyent condamn quelque homme de qualit1 ils luy mandoyent par leurs officiers de choisir quelque mort sa poste1 et de la prendre dans tel1 ou tel delay1 qu'ils luy faisoyent prescrire selon la trempe de leur cholere1 tantost plus press1 tantost plus long1 luy donnant terme pour disposer pendant ce temps l1 de ses affaires1 et quelque fois luy ostant le moyen de ce faire1 par la briefuet du temps3 et si le condamn estriuoit leur ordonnance1 ils menoyent des gens propres l'executer1 ou luy couppant les veines des bras1 et des iambes1 ou luy faisant aualler du poison par force4 ,mais les personnes d'honneur1 n'attendoyent pas cette necessit1 et se seruoyent de leurs propres medecins et chirurgiens cet effect4 ,seneque ouyt leur charge1 d'vn visage paisible et asseur1 et apres1 demanda du papier pour faire son testament3 ce que luy ayant est refus par le ,capitaine1 il se tourne vers ses amis3 ,puis que ie ne puis1 leur dit-il1 vous laisser autre chose en recognoissance de ce que ie vous doy1 ie vous laisse au moins ce que i'ay de plus beau1 sauoir l'image de mes murs et de ma vie1 laquelle ie vous prie conseruer en vostre memoire3 affin qu'en ce faisant1 vous acqueriez la gloire de sinceres et veritables amis4 ,et quant et quant1 appaisant tantost l'aigreur de la douleur1 qu'il leur voyoit souffrir1 par douces paroles1 tantost roidissant sa voix1 pour les tancer3 ,o sont1 disoit-il1 ces beaux preceptes de la philosophie8 que sont deuenus les prouisions1 que par tant d'annes nous auons faictes1 contre les accidens de la fortune8 la cruaut de ,neron nous estoit elle incognue8 que pouuions nous attendre de celuy1 qui auoit tu sa mere et son frere1 sinon qu'il fist encor mourir son gouuerneur1 qui l'a nourry et esleu8 ,apres auoir dit ces paroles en commun1 il se destourne sa femme1 et l'embrassant estroittement1 comme par la pesanteur de la douleur elle deffailloit de cur et de forces2 la pria de porter vn peu plus patiemment cet accident1 pour l'amour de luy2 et que l'heure estoit venue1 o il auoit montrer1 non plus par discours et par disputes1 mais par effect1 le fruict qu'il auoit tir de ses estudes3 et que sans doubte il embrassoit la mort1 non seulement sans douleur1 mais auecques allegresse4 ,parquoy m'amie1 disoit-il1 ne la deshonnore par tes larmes1 affin qu'il ne semble que tu t'aimes plus que ma reputation3 appaise ta douleur1 et te console en la connoissance1 que tu as eu de moy1 et de mes actions1 conduisant le reste de ta vie1 par les honnestes occupations1 ausquelles tu s addonne4 ,a quoy ,paulina ayant vn peu repris ses esprits1 et reschauff la magnanimit de son courage1 par vne tres-noble affection3 ,non ,seneca1 respondit-elle1 ie ne suis pas pour vous laisser sans ma compagnie en telle necessit3 ie ne veux pas que vous pensiez1 que les vertueux exemples de vostre vie1 ne m'ayent encore appris sauoir bien mourir3 et quand le pourroy-ie ny mieux1 ny plus honnestement1 ny plus mon gr qu'auecques vous8 ainsi faictes estat que ie m'en voy quant et vous4 ,lors ,seneque prenant en bonne part vne si belle et glorieuse deliberation de sa femme2 et pour se deliurer aussi de la crainte de la laisser apres sa mort1 la mercy et cruaut de ses ennemis3 ,ie t'auoy1 ,paulina1 dit-il1 conseill ce qui seruoit conduire plus heureusement ta vie3 tu aymes donc mieux l'honneur de la mort3 vrayement ie ne te l'enuieray point3 la constance et la resolution1 soyent pareilles nostre commune fin1 mais la beaut et la gloire soit plus grande de ta part4 ,cela fait1 on leur couppa en mesme temps les veines des bras3 mais par ce que celles de ,seneque reserres tant par la vieillesse1 que par son abstinence1 donnoyent au sang le cours trop long et trop lasche1 il commanda qu'on luy couppast encore les veines des cuisses3 et de peur que le tourment qu'il en souffroit1 n'attendrist le cur de sa femme1 et pour se deliurer aussi soy-mesme de l'affliction1 qu'il portoit de la veoir en si piteux estat3 apres auoir tres-amoureusement pris cong d'elle1 il la pria de permettre qu'on l'emportast en la chambre voisine1 comme on feit4 ,mais toutes ces incisions estans encore insuffisantes pour le faire mourir1 il commanda ,statius ,anneus son medecin1 de luy donner vn breuuage de poison2 qui n'eut guere non plus d'effect3 car par la foiblesse et froideur des membres1 elle ne peut arriuer iusques au cur4 ,par ainsin on luy fit en outre apprester vn baing fort chauld3 et lors sentant sa fin prochaine1 autant qu'il eut d'halene1 il continua des discours tres-excellens sur le subiect de l'estat o il se trouuoit1 que ses secretaires recueillirent tant qu'ils peurent ouyr sa voix2 et demeurerent ses parolles dernieres long temps depuis en credit et honneur1 s mains des hommes3 ce nous est vne bien fascheuse perte1 qu'elles ne soyent venues iusques nous4 ,comme il sentit les derniers traicts de la mort1 prenant de l'eau du baing toute sanglante1 il en arrousa sa teste1 en disant2 ,ie vou cette eau ,iuppiter le liberateur4 ,neron aduerty de tout cecy1 craignant que la mort de ,paulina1 qui estoit des mieux apparentes dames ,romaines1 et enuers laquelle il n'auoit nulles particulieres inimitiez1 luy vinst reproche2 renuoya en toute diligence luy faire r'atacher ses playes3 ce que ses gens d'elle1 firent sans son seu1 estant desia demy morte1 et sans aucun sentiment4 ,et ce que contre son dessein1 elle vesquit depuis1 ce fut tres-honnorablement1 et comme il appartenoit sa vertu1 montrant par la couleur blesme de son visage1 combien elle auoit escoul de vie par ses blessures4 ,voyla mes trois comtes tres-veritables1 que ie trouue aussi plaisans et tragiques que ceux que nous forgeons nostre poste1 pour donner plaisir au commun3 et m'estonne que ceux qui s'addonnent cela1 ne s'auisent de choisir plustost dix mille tres-belles histoires1 qui se rencontrent dans les liures1 o ils auroyent moins de peine1 et apporteroient plus de plaisir et profit4 ,et qui en voudroit bastir vn corps entier et s'entretenant1 il ne faudroit qu'il fournist du sien que la liaison1 comme la soudure d'vn autre metal3 et pourroit entasser par ce moyen force veritables euenemens de toutes sortes1 les disposant et diuersifiant1 selon que la beaut de l'ouurage le requerroit1 peu pres comme ,ouide a cousu et r'apiec sa ,metamorphose1 de ce grand nombre de fables diuerses4 ,en ce dernier couple1 cela est encore digne d'estre consider1 que ,paulina offre volontiers quitter la vie pour l'amour de son mary1 et que son mary auoit autre-fois quitt aussi la mort pour l'amour d'elle4 ,il n'y a pas pour nous grand contre-poix en cet eschange3 mais selon son humeur ,stoque1 ie croy qu'il pensoit auoir autant faict pour elle1 d'alonger sa vie en sa faueur1 comme s'il fust mort pour elle4 ,en l'vne des lettres1 qu'il escrit ,lucilius2 apres qu'il luy a fait entendre1 comme la fiebure l'ayant pris ,rome1 il monta soudain en coche1 pour s'en aller vne sienne maison aux champs1 contre l'opinion de sa femme1 qui le vouloit arrester2 et qu'il luy auoit respondu1 que la fiebure qu'il auoit1 ce n'estoit pas fiebure du corps1 mais du lieu3 il suit ainsin3 ,elle me laissa aller me recommandant fort ma sant4 ,or moy1 qui say que ie loge sa vie en la mienne1 ie commence de pouruoir moy1 pour pouruoir elle3 le priuilege que ma vieillesse m'auoit donn1 me rendant plus ferme et plus resolu plusieurs choses1 ie le pers1 quand il me souuient qu'en ce vieillard1 il y en a vne ieune qui ie profite4 ,puis que ie ne la puis ranger m'aymer plus courageusement1 elle me renge m'aymer moy mesme plus curieusement3 car il faut prester quelque chose aux honnestes affections3 et par fois1 encore que les occasions nous pressent au contraire1 il faut r'appeler la vie1 voire auec que tourment3 il faut arrester l'ame entre les dents1 puis que la loy de viure aux gens de bien1 ce n'est pas autant qu'il leur plaist1 mais autant qu'ils doiuent4 ,celuy qui n'estime pas tant sa femme ou vn sien amy1 que d'en allonger sa vie1 et qui s'opiniastre mourir1 il est trop delicat et trop mol3 il faut que l'ame se commande cela1 quand l'vtilit des nostres le requiert3 il faut par fois nous prester noz amis3 et quand nous voudrions mourir pour nous1 interrompre nostre dessein pour eux4 ,c'est tesmoignage de grandeur de courage1 de retourner en la vie pour la consideration d'autruy1 comme plusieurs excellens personnages ont faict3 et est vn traict de bont singuliere1 de conseruer la vieillesse1 7de laquelle la commodit la plus grande1 c'est la nonchalance de sa dure1 et vn plus courageux et desdaigneux vsage de la vie17 si on sent que cet office soit doux1 aggreable1 et profitable quelqu'vn bien affectionn4 ,et en reoit on vne tres-plaisante recompense3 car qu'est-il plus doux1 que d'estre si cher sa femme1 qu'en sa consideration1 on en deuienne plus cher soy-mesme8 ,ainsi ma ,paulina m'a charg1 non seulement sa crainte1 mais encore la mienne4 ,ce ne m'a pas est assez de considerer1 combien resolument ie pourrois mourir1 mais i'ay aussi consider1 combien irresoluement elle le pourroit souffrir4 ,ie me suis contrainct a viure1 et c'est quelquefois magnanimit que viure4 ,voyla ses mots excellens1 comme est son vsage4 ,,livre ,,second4 7,suite74 ,,chapitre ,,vii4 ,des rcompenses honorifiques4 ,les distinctions honorifiques sont minemment propres rcompenser la valeur4--,les historiens de l'empereur ,auguste remarquent que lorsqu'il s'agissait de services militaires1 il avait pour rgle d'tre excessivement prodigue de cadeaux envers ceux qui le mritaient1 tandis qu'il tait bien autrement parcimonieux de rcompenses purement honorifiques2 peut-tre tait-ce parcque son oncle lui avait lui-mme dcern toutes les rcompenses militaires avant qu'il et jamais t la guerre4 ,c'est une belle invention1 qui subsiste dans la plupart des tats du monde1 que d'avoir cr1 pour en honorer et en rcompenser la vertu1 certaines distinctions s'adressant la vanit et sans valeur par elles-mmes1 telles que couronnes de laurier1 de chne1 de myrte1 certains vtements de forme particulire1 le privilge de circuler en ville sur un char1 ou de nuit avec des flambeaux1 une place rserve dans les crmonies publiques1 la prrogative de certains surnoms1 de certains titres1 certaines marques dans les armoiries et autres choses analogues1 variables selon les nations suivant leur temprament1 et dont l'usage dure encore4 ,a cet gard1 l'institution des ordres de chevalerie est une conception heureuse4--,chez nous et chez certains peuples voisins1 nous avons les ordres de chevalerie qui n'ont pas d'autre objet4 ,c'est assurment une bien bonne et profitable ide que d'avoir trouv le moyen de rcompenser le mrite du petit nombre d'hommes de valeur exceptionnelle1 de les contenter et de les satisfaire par des distinctions qui ne soient pas une charge pour le trsor public et ne cotent rien au prince4 ,c'est un fait d'exprience qui remonte aux temps anciens et que nous avons aussi pu voir jadis chez nous1 que les gens de qualit se sont toujours montrs plus jaloux d'obtenir ces rcompenses que celles procurant gain et profit2 ce qui s'explique parfaitement et rehausse considrablement le cas qu'on en fait4 ,si un prix qui doit tre uniquement honorifique1 on attache des avantages particuliers1 voire mme une rmunration importante1 ce mlange1 au lieu de grandir l'estime en laquelle on le tient1 la lui enlve et l'avilit4--,l'ordre de ,saint-,michel1 qui a t si longtemps en crdit parmi nous1 avait pour plus grand avantage de n'en confrer d'aucune sorte1 ce qui faisait qu'autrefois il n'y avait pas de charge ni de situation1 quelles qu'elles fussent1 auxquelles la noblesse aspirt plus ardemment qu' l'obtention de cet ordre et qui lui causassent plus de satisfaction2 aucune autre qualit ne procurait plus de respect et de considration1 la vertu souhaitant et recevant plus volontiers qu'aucune autre1 une rcompense qui est son apanage exclusif alors mme qu'elle est plus glorieuse qu'utile4 ,les rcompenses pcuniaires s'appliquent des services rendus de tout autre caractre4--,toutes les autres rcompenses sont en effet moins honorables1 d'autant qu'on en use propos de tout3 par des dons en argent se rmunrent les services d'un valet1 la diligence d'un courrier1 quiconque nous charme par ses danses1 ses talents en quitation1 par sa parole4 ,tous les services en somme1 mme les plus vils1 qu'on nous rend2 tout1 mme le vice1 est pay de cette faon3 la flatterie1 la trahison1 celui qui favorise la dbauche2 par suite1 il n'est pas tonnant que la vertu dsire et accepte moins volontiers cette sorte de monnaie courante1 que celle dont rien n'entache le caractre noble et gnreux qui lui est propre et tout spcial4--,auguste avait raison d'tre beaucoup plus conome de celle-ci que des autres1 d'autant que l'honneur est un privilge dont la caractristique essentielle est la raret2 c'est aussi celle de la vertu3 ,pour qui ne voit pas de mchants1 les bons ne sauraient exister 7,martial74 ,on ne remarque pas un homme qui s'occupe de l'ducation de ses enfants3 ce n'est pas l un titre de recommandation1 si louable que ce soit1 parce que c'est chose qui se rencontre communment2 remarque-t-on un arbre de grande lvation1 dans une fort o tous sont de mme8 ,je ne crois pas que jamais citoyen de ,sparte se soit glorifi de sa vaillance1 vertu pratique de tous chez ce peuple2 non plus que de sa fidlit aux lois et de son mpris pour la richesse4 ,il n'est pas de rcompense pour la vertu1 si grande qu'elle soit1 quand elle est dans les habitudes2 je ne sais si mme on donnerait cette qualification de grande1 une vertu qui se pratiquerait communment4 ,la vaillance est une vertu assez commune qui prime chez nous la vertu proprement dite4--,puisque ces tmoignages d'honneur n'ont de prix et ne sont tenus en si haute estime que parce qu'ils sont dcerns un petit nombre1 pour les anantir il n'y a rien de tel que de les prodiguer4 ,quand mme il y aurait aujourd'hui plus de gens que par le pass1 qui mriteraient cet ordre1 et je reconnais qu'il peut trs bien se faire qu'il en soit ainsi1 car aucune vertu plus que le courage militaire n'est de nature se rpandre davantage1 ce n'est pas une raison suffisante pour1 en le multipliant1 l'avoir laiss tomber en discrdit4--,en dehors de la vaillance que je qualifie ici de vertu1 employant ce mot dans son acception courante1 il en existe une autre1 la vertu proprement dite1 qui constitue la perfection et est la seule que les philosophes reconnaissent4 ,de nature plus leve que la vaillance1 l'encontre de celle-ci elle s'tend tout2 elle consiste dans cette force et cette fermet de l'me1 qui la rendent indiffrente tout vnement quel qu'il soit1 heureux ou malheureux1 qui peut survenir2 elle est toujours gale1 pondre1 constante1 et notre vertu par excellence n'en est qu'une trs faible manation4 ,conditions dans lesquelles se dcernait l'ordre de ,saint-,michel2 abus qui en a t fait4--,nos murs1 notre ducation1 les traditions1 l'exemple1 nous rendent celle-ci 7la vaillance7 aise pratiquer et font qu'elle est assez gnralement rpandue1 ainsi qu'on peut parfaitement s'en rendre compte par ce qui se passe en ces temps de guerre civile2 et si quelqu'un pouvait cette heure ramener la concorde parmi nous et faire que les efforts de tous soient dirigs vers un mme but1 par elle nous verrions refleurir notre ancien renom militaire4 ,il est bien certain qu'aux temps passs1 l'attribution de cet ordre ne visait pas cette seule vertu1 il fallait plus encore3 jamais il n'a t dcern un soldat n'ayant que sa valeur1 il ne l'tait qu' des chefs qui s'taient particulirement distingus4 ,savoir obir ne suffisait pas alors pour une si honorable distinction2 il fallait de plus des connaissances militaires tendues1 embrassant l'ensemble et la majeure partie des branches qui constituent l'homme de guerre1 car les talents du soldat et ceux du gnral ne sont pas les mmes 7,tite-,live71 et1 en outre1 tre de naissance permettant l'accs une si haute dignit4 ,quoi qu'il en soit1 quand mme plus de gens qu'autrefois en seraient dignes1 on n'et pas d le concder avec tant de libralit2 mieux et valu ne pas le donner tous ceux qui pouvaient le mriter1 que de dprcier l'institution tout jamais1 comme cela est arriv par l'abus qui en a t fait1 et se priver ainsi des services qu'elle pouvait rendre4 ,aucun homme de cur ne daigne tirer avantage d'une chose qui lui est commune lui et beaucoup d'autres2 et aujourd'hui1 ceux mmes qui ont le moins mrit de se voir attribuer cette rcompense1 sont ceux qui affectent le plus de la ddaigner pour se mettre sur le mme rang que ceux qui l'ont bien gagne1 et auxquels on porte tort en l'avilissant par la prodigalit avec laquelle on l'octroie des gens qui en sont indignes4 ,le discrdit en lequel il est tomb1 rend difficile de mettre en honneur un nouvel ordre de chevalerie4--,aprs avoir supprim et aboli cet ordre1 en avoir cr un autre avec l'esprance que1 ds son apparition1 cet autre sera tenu en considration1 c'est une entreprise bien risque en des temps aussi pervertis et agits que ceux o nous vivons1 et il faut s'attendre ce que celui-ci se heurte1 ds le dbut1 aux difficults qui ont entran la ruine du premier4 ,les conditions dans lesquelles ce dernier ordre est attribu1 devraient1 pour qu'il s'impose1 tre trs svres et rigoureusement observes2 or1 en cette poque trouble1 il n'est pas possible de tenir la bride courte et bien ajuste2 sans compter qu'avant qu'il trouve crdit1 il faut qu'on ait perdu la mmoire du prcdent et du mpris en lequel il est tomb4 ,en ,france1 la vaillance tient le premier rang chez l'homme comme la chastet chez la femme4--,je pourrais mettre ici quelques rflexions sur la vaillance et la diffrence entre cette vertu et les autres2 mais c'est un sujet que ,plutarque a trait diverses reprises et je ne pourrais que rapporter ce qu'il a dit4 ,il y a lieu toutefois de remarquer que chez nous1 nous assignons cette vertu le premier rang1 ainsi que le tmoigne son nom1 qui vient de valeur2 et que1 lorsque nous disons d'un homme qu'il a beaucoup de valeur ou que c'est un homme de bien1 cela ne signifie autre chose1 dans le langage de la cour et de la noblesse1 sinon que c'est un homme vaillant4 ,les ,romains l'entendaient galement ainsi2 chez eux1 le mot vertu pris dans son acception la plus gnrale tait synonyme de force4 ,en ,france1 le service militaire seul concde la noblesse2 il en est la condition essentielle1 exclusive4 ,il est vraisemblable que cette vertu qui1 chez les hommes1 donna la premire la supriorit aux uns sur les autres1 est celle qui tout d'abord les a frapps3 par elle1 les plus forts et les plus courageux ont domin les plus faibles et ont acquis une rputation et un rang particuliers1 ce qui lui a valu elle-mme d'avoir1 dans notre langue1 la place si leve et si honorable qu'elle occupe4 ,il a pu encore arriver que nos anctres1 tant d'humeur fort belliqueuse1 ont donn la prminence cette vertu qu'ils pratiquaient journellement et l'ont dsigne d'un nom en rapport avec l'estime qu'ils en faisaient4 ,c'est un sentiment analogue celui qui fait que1 dans notre passion1 dans notre fivreuse sollicitude pour la chastet de la femme1 quand nous disons3 une bonne femme1 une femme de bien1 une femme honorable et vertueuse1 nous ne voulons pas dire autre chose qu'une femme chaste2 il semble que pour les contraindre l'observation de ce devoir1 nous ne fassions aucun cas des autres et que nous n'attachions aucune importance aux fautes d'autre nature1 pour en arriver les dtourner de celle-ci4 ,,chapitre ,,viii4 ,de l'affection des pres pour leurs enfants4 ,a ,madame d',estissac4 ,comment ,montaigne a t amen crire et faire de lui-mme le sujet de ses essais1 et pourquoi il consacre ce chapitre ,madame d',estissac4--,madame1 si la singularit et la nouveaut qui1 d'habitude1 donnent du prix aux choses1 ne me sauvent1 jamais je ne sortirai mon honneur de ma sotte entreprise2 elle est si fantastique1 se prsente sous une forme si loigne de ce qui se fait d'ordinaire1 que peut-tre cela pourra-t-il la faire admettre4 ,c'est une humeur mlancolique1 humeur par consquent bien oppose mon temprament naturel1 amene par la solitude en laquelle je vis depuis quelques annes1 qui tout d'abord m'a mis en tte cette folie d'crire4--,cette dtermination prise1 me trouvant entirement dpourvu de documents autres que je pusse mettre en uvre1 je me suis pris moi-mme comme sujet d'analyse et de discussion4 ,conu dans cet ordre d'ides1 extravagant et en dehors de toutes les rgles conventionnelles1 mon livre se trouve1 par l1 tre unique au monde en son genre4 ,en dehors de sa bizarrerie1 un tel travail n'est gure de nature veiller l'attention2 car1 lorsque le sujet est aussi peu srieux et si peu relev1 le meilleur ouvrier de la terre ne saurait arriver lui donner une tournure qui lui procure du relief4--,or1 ,madame1 ayant dessein de m'y peindre avec toute l'exactitude possible1 j'aurais omis un fait d'importance1 si j'avais pass sous silence l'hommage que j'ai toujours rendu vos mrites4 ,c'est cet hommage que j'ai voulu affirmer d'une manire particulire en tte de ce chapitre1 d'autant que1 parmi vos excellentes qualits1 l'affection que vous avez tmoigne vos enfants tient l'un des premiers rangs4 ,ceux qui1 sachant quel ge ,m4 d',estissac votre mari vous a laisse veuve1 connatront les grands et honorables partis1 tels qu'il convient une dame de ,france de votre condition1 qui vous ont t offerts1 la constance et la fermet avec lesquelles1 pendant tant d'annes et malgr de si graves difficults1 vous avez administr et conduit les intrts de ces enfants pour lesquels vous avez d sans cesse aller et venir dans tous les coins de la ,france et qui vous absorbent encore maintenant1 les heureux rsultats auxquels vous tes arrive1 uniquement par votre prudence et que d'autres attribueront votre bonne fortune1 diront certainement avec moi qu'il n'y a pas chez nous1 eu ces temps-ci1 d'exemple d'affection maternelle au-dessus de la vtre4 ,je loue ,dieu1 ,madame1 qu'elle ait abouti dans d'aussi heureuses conditions2 les brillantes esprances que donne de lui ,m4 d',estissac votre fils sont une garantie que1 lorsqu'il sera en ge1 vous en aurez l'obissance et la reconnaissance qu'on peut attendre d'un excellent fils4 ,a cause de son jeune ge1 il ne peut encore se rendre compte des soins clairs et incessants que vous lui prodiguez2 je veux que si ces lignes viennent un jour tomber sous ses yeux1 quand ma bouche sera close et ma parole teinte1 qu'il reoive de moi le tmoignage de cette vrit1 qui lui sera encore plus vivement atteste par les prcieux effets que1 s'il plat ,dieu1 il en ressentira3 qu'il n'est pas en ,france de gentilhomme qui doive plus sa mre1 et qu'il ne saurait1 plus tard1 donner une meilleure preuve de son bon cur et de sa vertu qu'en reconnaissant ce que vous avez t4 ,l'affection des pres pour leurs enfants est plus grande que celle des enfants pour leurs pres4--,s'il est vraiment une loi naturelle1 c'est--dire quelque instinct qui se manifeste toujours et chez tous1 btes et gens 7quoiqu'il y en ait qui prtendent le contraire71 c'est1 mon avis1 l'affection que celui qui engendre porte l'tre qu'il a engendr3 sentiment qui vient immdiatement aprs le soin que chacun prend de sa conservation et d'viter ce qui peut lui tre nuisible4 ,la nature elle-mme semble l'avoir voulu ainsi1 pour que les diverses pices dont se compose la machine qu'elle a cre1 se dveloppent et progressent2 aussi n'est-ce pas tonnant que l'affection soit moins grande1 quand1 au rebours1 elle s'exerce des enfants l'gard des pres4 ,a cela s'ajoute cette autre considration mise par ,aristote1 que celui qui fait du bien un autre1 aime mieux cet autre qu'il n'en est aim2 que celui envers lequel vous avez des obligations1 vous aime mieux que vous ne l'aimez4 ,tout ouvrier aime plus l'uvre dont il est l'auteur1 qu'il n'en serait aim1 si cette uvre tait capable de sentiment2 du reste1 ce que nous avons de plus cher1 c'est l'existence2 et l'existence consiste nous mouvoir et agir3 il en rsulte que chacun se retrouve quelque peu dans ses uvres4 ,qui donne1 accomplit un acte beau et honnte2 qui reoit1 fait seulement uvre utile lui-mme2 or1 ce qui est utile plat moins que ce qui est honnte4 ,ce qui est honnte est stable et permanent1 et procure son auteur une rcompense qui se perptue1 tandis que l'utile se perd1 chappe facilement1 et le souvenir qui en demeure est moins agrable et moins doux4 ,les choses nous sont d'autant plus chres qu'elles nous ont cot davantage1 et donner a plus de prix que recevoir4 ,il ne faut pas se laisser trop influencer par les penchants que l'on nomme naturels1 on ne doit d'amiti aux enfants que s'ils s'en rendent dignes4--,puisqu'il a plu ,dieu de nous donner la facult de raisonner quelque peu1 afin que nous ne soyons pas1 comme les btes1 servilement assujettis aux lois qui nous sont communes elles et nous1 et de permettre qu'en usant de notre libre arbitre nous en fassions une judicieuse application1 nous devons bien nous prter1 dans une certaine limite1 ce qu'dicte la nature1 sans toutefois nous en laisser despotiquement imposer par elle1 car seule la raison doit servir de rgle nos inclinations4--,j'ai1 quant moi1 extraordinairement peu de got pour ces dispositions qui naissent en nous1 auxquelles notre jugement n'a aucune part et qu'il ne ratifie pas4 ,par exemple1 pour demeurer dans le sujet qui nous occupe1 je ne puis concevoir cette passion qui fait que l'on embrasse les enfants1 alors qu'ils viennent peine de natre1 qu'ils n'ont aucun mouvement d'me1 ni rien dans l'expression de leur physionomie qui leur permette de se montrer aimables2 aussi n'ai-je pas souffert volontiers que les miens fussent levs prs de moi4--,une affection sincre et justifie leur gard devrait natre de la connaissance qu'ils nous donnent d'eux et crotre avec elle pour alors1 s'ils le mritent1 et la disposition naturelle qui nous porte les aimer marchant de pair avec le bon sens1 en arriver les chrir d'une affection vraiment paternelle2 s'ils n'en taient pas dignes1 nous arriverions galement ainsi nous en rendre compte1 coutant toujours notre raison malgr les suggestions contraires de la nature4 ,fort souvent1 c'est l'inverse qui a lieu3 le plus gnralement1 nous nous sentons plus mus des trpignements1 des jeux1 des niaiseries puriles de nos enfants que nous ne le sommes plus tard d'actes accomplis par eux en toute connaissance2 nous paraissons en cela les aimer en manire de passe-temps1 comme nous ferions de guenons et comme cela ne devrait pas tre pour des hommes4 ,il est des gens qui leur prodiguent les jouets quand ils sont enfants et qui1 lorsqu'ils sont devenus grands1 se montrent peu disposs subvenir la moindre dpense qu'ils peuvent avoir faire4 ,il semble mme que la jalousie de les voir faire bonne figure dans le monde et d'en jouir1 quand nous-mmes sommes sur le point de le quitter1 nous rende plus parcimonieux et avares leur endroit1 et qu'il nous soit dsagrable de les avoir sur nos talons comme s'ils nous pressaient de disparatre2 cela ne devrait cependant pas nous motionner ce point ou alors il ne faut pas nous mler d'avoir des enfants1 parce qu'il est dans l'ordre des choses qu'ils ne peuvent ni exister1 ni vivre1 qu'aux dpens de notre existence et de notre vie nous-mmes4 ,il faudrait partager de bonne heure ses biens avec ses enfants1 cela leur permettrait de s'tablir plus tt et les prserverait de mauvaises tentations4--,je trouve qu'il y a cruaut et injustice ne pas admettre nos enfants au partage et la jouissance commune de nos biens1 de ne pas les associer nos affaires domestiques ds qu'ils en sont capables1 et de ne rien retrancher ni rduire de nos commodits pour pourvoir aux leurs1 alors que c'est pour cela que nous avons fait qu'ils sont au monde4 ,il n'est pas juste de voir un pre vieux1 cass1 demi-mort1 jouir seul dans un coin de son foyer de biens qui suffiraient placer et faire vivre plusieurs enfants auxquels1 faute de leur en donner les moyens1 il laisse perdre leurs meilleures annes sans qu'ils aient possibilit d'entrer dans les services publics et d'apprendre connatre les hommes4 ,par dsespoir1 on les fait se jeter dans n'importe quelle voie1 si mauvaise soit-elle1 qui les met mme de pourvoir leurs besoins2 et c'est ce qui fait que j'ai vu1 de mon temps1 plusieurs jeunes gens de bonne famille avoir pris l'habitude du vol1 au point que nulle correction ne pouvait les en dtourner4--,j'en connais un trs bien apparent auquel1 sur la prire de son frre1 trs honnte et trs brave gentilhomme1 je parlais une fois ce sujet4 ,il me rpondit et me confessa bien franchement qu'il avait t amen ce vilain penchant par la rigueur et l'avarice de son pre1 et qu' prsent1 il y tait tellement fait qu'il ne pouvait s'en dfendre4 ,il venait d'tre surpris volant les bagues d'une dame au lever de laquelle1 avec beaucoup d'autres personnes1 il avait assist4--,cela me rappelle ce qu'on m'a cont d'un autre gentilhomme1 si fait et faonn ce beau mtier qu'il avait exerc dans sa jeunesse que1 devenu matre de ses biens et rsolu renoncer cette passion du vol1 il ne pouvait cependant s'empcher1 s'il venait passer prs d'une boutique o se trouvait quelque chose dont il et besoin1 de la drober1 prenant soin plus tard de l'envoyer payer4 ,j'en ai mme vu plusieurs qui1 sous l'effet de cette impulsion et par habitude1 volaient aux personnes de leur socit des objets avec l'intention de les leur rendre4--,je suis ,gascon1 et cependant c'est un des vices que je comprends le moins2 je le hais plus encore par temprament que je ne le poursuis par raison2 mme en pense1 je ne suis port rien soustraire personne4 ,mon pays est1 cet gard1 un peu plus dcri que les autres parties de la ,france1 je le reconnais2 et pourtant nous avons vu en ces temps-ci1 diffrentes reprises1 en d'autres provinces1 sous la main de la justice1 des gens de bonne maison convaincus de vols commis dans des circonstances particulirement horribles4 ,je crains que cette dpravation ne soit imputable1 dans une certaine mesure1 ce vice que je signale chez les pres4 ,mauvaise excuse des pres qui thsaurisent pour conserver le respect de leurs enfants4--,on peut me rpondre comme le fit un jour un seigneur1 de jugement droit1 qui me disait que s'il conomisait1 ce n'tait pas pour un usage et un profit autres que de demeurer honor et recherch des siens2 que l'ge lui ayant t tout autre moyen d'action1 c'tait le seul qui lui restt pour conserver son autorit dans sa famille et viter d'arriver tre mpris et ddaign de tout le monde4 ,cela peut tre juste2 mais ce n'est pas la vieillesse seule1 c'est toute faiblesse intellectuelle qui1 au dire d',aristote1 dispose l'avarice4 ,quoi qu'il en soit1 c'est l une raison2 seulement1 ce n'est qu'un remde un mal1 et c'est le mal qu'il faudrait viter de voir se produire4 ,un pre est bien malheureux si l'affection1 en admettant que cela puisse s'appeler de ce nom1 que lui portent ses enfants1 dpend du besoin qu'ils ont de lui2 c'est par la vertu et la capacit qu'on s'attire le respect1 par la bont et la douceur de ses murs qu'on se fait aimer2 les cendres mmes d'une matire prcieuse ont de la valeur1 et il est dans nos coutumes de respecter et d'honorer les ossements et les restes des personnes qui se sont illustres4 ,si caduc1 si dcrpit que soit1 en sa vieillesse1 un personnage dont la vie a t honorable1 il n'en est pas moins vnrable1 surtout pour ses enfants dont l'me aura t forme au devoir par la raison et non par la ncessit ou le besoin1 non plus que contrainte et force3 ,il se trompe fort1 mon avis1 celui qui croit son autorit mieux tablie par la force que par l'affection 7,trence74 ,trop de rigueur dans l'ducation forme des mes serviles4--,je suis oppos toute violence dans l'ducation d'une me jeune1 que l'on veut dresser au culte de l'honneur et de la libert4 ,la rigueur et la contrainte ont quelque chose de servile2 et j'estime que ce que l'on ne peut obtenir par la raison1 la prudence ou l'adresse1 on ne l'obtiendra jamais par la force4 ,j'ai t lev ainsi1 m'a-t-on dit1 dans ma plus jeune enfance2 je n'ai t fouett que deux fois et encore avec beaucoup de mnagements4 ,j'eusse agi de mme avec mes enfants1 mais tous sont morts en nourrice4 ,lonore1 la seule fille que je n'ai pas eu le malheur de perdre dans ces conditions1 a atteint l'ge de six ans et plus1 sans qu'on ait employ pour la diriger et la punir de ses petites fautes d'enfant 7ce en quoi1 par son indulgence1 sa mre se prtait aisment71 autre chose que des paroles et encore bien anodines4 ,si les esprances que je conois d'elle venaient tre dues1 il est assez d'autres causes auxquelles nous pourrions nous en prendre1 sans incriminer mon systme d'ducation que je suis convaincu tre juste et naturel4 ,envers des garons1 j'en aurais t encore plus fidle observateur1 parce qu'eux sont moins destins faire la volont des autres et sont de condition plus libre2 j'eusse aim dvelopper en leur cur l'ingnuit et la franchise4 ,le seul effet que j'aie constat dans l'emploi des verges1 c'est de rendre les mes plus lches ou de les faire s'opinitrer dans le mal4 ,il ne faut pas se marier trop jeune2 ge qui semble le mieux convenir4--,voulons-nous tre aims de nos enfants8 leur ter la tentation de souhaiter notre mort8 quoique1 en aucune circonstance1 un si horrible souhait ne soit ni justifi1 ni excusable1 ,nul crime n'a sa raison d'tre 7,tite-,live73 faisons-leur une vie aussi raisonnable que cela nous est possible4 ,pour ce faire1 il ne faudrait pas nous marier tellement jeunes1 que notre ge puisse tre confondu avec le leur2 il peut en rsulter de trs grands inconvnients4 ,je dis cela spcialement pour la noblesse qui passe son temps dans l'oisivet et ne vit1 comme on dit1 que de ses rentes2 car dans les autres classes de la socit o l'on est oblig de travailler pour vivre1 le nombre et la prsence des enfants constituent une source de revenus1 ce sont autant d'outils et d'instruments de travail qui concourent enrichir4 ,je me suis mari trente-trois ans2 j'admets trs bien trente-cinq1 ge qu'on dit avoir t indiqu par ,aristote4 ,platon ne veut pas qu'on se marie avant trente ans et se moque avec raison de ceux qui font uvre de mariage aprs cinquante-cinq1 dclarant leur progniture indigne d'tre leve et de vivre4 ,thals en fixe judicieusement les limites3 dans sa jeunesse il rpondait sa mre qui le pressait de se marier qu'il n'tait pas encore temps2 plus tard1 gagn par l'ge1 qu'il n'tait plus temps4 ,chaque chose a son heure2 ce qui ne vient pas son moment est carter4--,les anciens ,gaulois considraient comme trs rprhensible pour l'homme d'entrer en liaison avec la femme avant l'ge de vingt ans1 et recommandaient expressment ceux qui voulaient se consacrer au mtier des armes1 de conserver pendant longues annes leur virginit1 l'nergie s'amoindrissant et s'altrant par le contact de la femme3 ,maintenant il est le mari d'une jeune femme et il est pre3 ce double bonheur a amolli son courage 7,le ,tasse74--,muley ,hassein1 roi de ,tunis1 celui que l'empereur ,charles-,quint replaa sur le trne1 reprochait la mmoire de ,mahomet1 son pre1 ses frquentations continues des femmes1 le traitant de lourdaud1 d'effmin1 bon uniquement faire des enfants4--,l'histoire grecque relate que ,jecus de ,tarente1 ,crisson1 ,astyllus1 ,diopompe et autres1 afin de se maintenir en bonnes conditions pour prendre part aux courses des jeux olympiques1 aux exercices de la palestre et autres semblables1 se privaient pendant la dure de leur entranement de tout rapprochement avec la femme4--,dans certaines contres des ,indes espagnoles1 on ne permettait aux hommes de se marier qu'aprs quarante ans1 bien qu'on le permt aux filles dix4--,un gentilhomme1 trente-cinq ans1 n'est pas encore en ge de cder la place un fils qui en a vingt3 il n'a cess d'tre mme de supporter gaillardement les fatigues de la guerre et de faire bonne figure la cour de son prince2 et1 quoique pour cela il ait besoin de toutes ses ressources1 il lui est cependant d'obligation d'en faire une part pour son fils1 sans toutefois s'oublier lui-mme2 dans ces conditions1 il est naturel que lui vienne l'ide cette rponse que les pres ont ordinairement la bouche3 ,je ne veux pas me dpouiller avant d'aller me coucher4 ,celui qu'accablent les ans et les infirmits ne devrait conserver pour lui que le ncessaire4--,mais un pre accabl d'ans et d'infirmits1 oblig de vivre l'cart par son manque de force et de sant1 est dans son tort et porte prjudice aux siens s'il conserve1 sans en faire usage1 une fortune excdant ses besoins4 ,en ayant le moyen1 il sera port1 s'il est sage1 se dpouiller1 en attendant le moment de se coucher1 non jusqu' sa chemise1 mais en ne conservant qu'une bonne robe de chambre bien chaude2 le reste1 qui ne sert qu' une reprsentation dont il n'a plus que faire1 il l'abandonnera de bonne grce ceux auxquels1 par droit naturel1 cela doit revenir aprs lui4 ,il est raisonnable qu'il leur en laisse l'usage1 puisque la nature l'empche d'en jouir2 agir autrement c'est1 sans aucun doute1 faire mal et obir un sentiment d'envie4 ,le plus beau des actes de l'empereur ,charles-,quint fut d'avoir su1 l'instar de certains de son caractre dans l'antiquit1 reconnatre que la raison elle-mme nous commande de nous dpouiller quand1 devenues d'un poids trop lourd pour nos paules1 nos robes nous gnent1 et de nous coucher lorsque nos jambes flchissent4 ,il rsigna ses moyens d'action1 son haut rang1 sa puissance entre les mains de son fils1 lorsqu'il sentit faiblir en lui la fermet et la force qui lui taient ncessaires pour conduire les affaires publiques avec la gloire qu'il y avait acquise3 ,il n'est que temps de lcher la bride ton cheval devenu vieux1 si tu ne veux pas qu'il devienne poussif1 butte au bout de la carrire et soit un objet de rise 7,horace74 ,mais peu de gens savent se retirer de la vie active quand l'ge les gagne4--,cette faute de ne pas savoir reconnatre en temps opportun l'affaiblissement et l'altration profonde que l'ge apporte naturellement nos facults physiques et morales1 o1 mon sens1 le corps et l'me sont aussi prouvs l'un que l'autre1 si mme l'me ne l'est davantage1 et de n'en pas convenir1 a nui la rputation de la plupart des grands hommes de tous les sicles et de tous les pays4 ,j'ai vu1 en ces temps-ci1 et connu particulirement des personnages de haut rang1 chez lesquels on constatait aisment un amoindrissement considrable de leurs capacits d'autrefois que je connaissais par la rputation qu'ils s'taient faite1 quand ils taient un ge plus fortun2 j'eusse bien vivement souhait1 pour leur honneur1 les voir retirs chez eux1 jouissant en paix du pass1 dgags de toute fonction publique ou militaire qu'ils n'taient plus de taille remplir4--,j'ai vcu jadis sur un pied de familiarit assez grande avec un gentilhomme veuf et fort g1 supportant cependant assez allgrement sa vieillesse4 ,il avait plusieurs filles en tat d'tre maries1 et un fils mme de tenir sa place dans le monde2 cela tait pour lui une source de dpenses assez lourdes et faisait qu'il recevait beaucoup4 ,il y prenait peu de plaisir non seulement parce que ses gots pour l'pargne s'en trouvaient contraris1 mais surtout parce qu'en raison de son ge1 il menait un genre de vie fort diffrent du ntre4 ,je lui dis un jour 7c'tait un peu hardi de ma part1 mais cette libert de langage tait dans mes habitudes7 que1 puisque cause de ses enfants il ne pouvait viter la gne que nous lui causions1 il ferait bien mieux de nous cder la place1 de laisser son fils sa maison principale1 la seule qui ft bien amnage et o l'on pt loger commodment1 et de se retirer dans une de ses terres1 o personne ne troublerait son repos4 ,depuis1 il m'a cru et s'en est bien trouv4 ,en faisant abandon de l'usufruit de son superflu ses enfants1 un pre doit se rserver la possibilit1 si besoin tait1 de revenir sur sa dcision4--,cela ne veut pas dire qu'on doive s'engager irrvocablement vis--vis de ses enfants1 sans pouvoir se ddire par la suite4 ,moi1 qui puis me trouver dans ce cas1 je leur laisserais la jouissance de ma maison et de mes biens1 mais sous rserve de revenir sur cette disposition1 s'ils m'en donnaient sujet4 ,je leur en abandonnerais l'usufruit1 parce que cela me serait plus commode2 et1 en ce qui touche la direction gnrale de mes intrts1 je n'en conserverais que ce qui me plairait4 ,j'ai toujours estim que ce doit tre une grande satisfaction pour un pre1 dans sa vieillesse1 d'avoir initi ses enfants la gestion de ses affaires et de pouvoir1 de la sorte1 pendant sa vie1 juger de leur manire de faire tout en les aidant des conseils et des avis que son exprience lui suggre2 remettant lui-mme entre les mains de ses successeurs1 avec les traditions du pass1 l'honneur et la conduite de sa maison1 il est mme de se confirmer par l dans les esprances qu'il a pu concevoir pour l'avenir4 ,aussi1 je ne fuirais pas leur compagnie1 afin de pouvoir les suivre de prs et jouir1 dans la mesure de mon ge1 de leurs joies et de leurs ftes4 ,si je ne vivais avec eux1 ce que je ne pourrais sans les troubler par mon caractre morose consquence de mon ge1 par la gne rsultant de mes infirmits1 et aussi afin de ne rien changer au genre de vie et au rgime qu' ce moment je devrais mener1 je voudrais au moins vivre prs d'eux1 dans une partie de ma maison1 non la plus en vue1 mais la plus commode4--,je ne ferais pas comme ce doyen de ,saint-,hilaire de ,poitiers que j'ai vu1 il y a quelques annes1 confin dans une telle solitude par la mlancolie dont il tait atteint que1 lorsque j'entrai dans sa chambre1 il y avait vingt-deux ans qu'il n'en tait sorti et n'avait mis un pied dehors2 et cependant1 il avait tous ses mouvements libres et faciles1 et n'tait afflig que d'un rhume qui lui tait tomb sur l'estomac4 ,il se tenait toujours seul1 enferm dans sa chambre2 peine une fois la semaine1 permettait-il qu'on y entrt pour le voir2 un domestique lui apportait manger une fois par jour et ne devait faire qu'entrer et sortir4 ,il passait son temps se promener et lire1 car il tait quelque peu vers dans l'tude des lettres2 du reste1 absolument rsolu vivre de la sorte jusqu' sa mort1 qui arriva peu aprs4--,par mes bons procds1 j'essaierais d'entretenir chez mes enfants1 mon gard1 une affection sincre1 empreinte de bienveillance1 ce quoi on arrive aisment avec des natures ayant de bons sentiments2 si1 au contraire1 on avait affaire des btes furieuses1 comme notre sicle en produit par milliers1 il faudrait les har et les fuir4 ,appeler les parents des noms de pre et de mre ne devrait pas tre interdit aux enfants4--,je suis ennemi de cette coutume d'interdire aux enfants d'appeler leurs parents pre et mre1 et de leur imposer1 comme plus respectueuse1 une dnomination ne rappelant en rien cette parent1 comme si la nature n'avait pas assez bien pourvu notre autorit4 ,nous donnons ce nom de ,pre ,dieu tout-puissant1 et ddaignons que nos enfants l'emploient vis--vis de nous2 c'est l une erreur que j'ai rforme dans ma famille4--,c'est aussi folie et injustice que de ne pas traiter nos enfants1 quand ils sont en ge1 avec une certaine familiarit et vouloir conserver leur gard une morgue austre et ddaigneuse dans l'ide de les tenir de la sorte dans la crainte et l'obissance2 c'est l une mascarade bien inutile1 qui rend les pres ennuyeux pour leurs enfants1 et en mme temps ridicules1 ce qui est pire4 ,les enfants ont pour eux la jeunesse et toutes les forces1 par suite le vent et la faveur du monde2 les mines fires et tyranniques d'un homme qui n'a plus de sang ni au cur ni dans les veines les font sourire2 ce ne sont l que des pouvantails pour loigner les oiseaux des jardins4 ,alors mme que je pourrais me faire craindre1 je prfrerais encore me faire aimer2 il y a tant de dfauts dans la vieillesse1 tant d'impuissance1 elle prte si fort au mpris1 que ce qu'elle peut avoir de mieux son actif1 c'est l'affection et l'amour des siens2 le commandement et la crainte ont cess d'tre des armes en ses mains4 ,exemple d'un vieillard qui1 voulant se faire craindre1 tait le jouet de tout son entourage4--,j'ai connu quelqu'un qui avait t trs autoritaire dans sa jeunesse2 l'ge l'a atteint1 mais il se maintient dans un aussi bon tat que possible3 il frappe1 il mord1 il jure1 se montre le matre le plus difficile servir qui soit en ,france2 il s'puise en soins et vigilance4 ,tout cela est comdie3 autour de lui1 c'est un complot dans lequel entre sa famille elle-mme2 la meilleure part de tout ce qui est dans le grenier1 dans la cave1 voire mme dans sa bourse1 est pour les autres1 bien qu'il en ait les clefs dans son aumnire et y veille plus que sur ses yeux4 ,pendant qu'il se contente de vivre sur ses conomies et d'une table chichement servie1 dans tous les rduits de sa maison c'est une dbauche continue2 on s'amuse1 on dpense1 on raille les chimres que se forgent sa vaine colre et sa prvoyance4 ,chacun est en sentinelle contre lui2 si par hasard quelque serviteur de petite importance s'attache lui1 on excite aussitt contre ce fcheux les soupons du matre3 chose facile1 la vieillesse mfiante y tant naturellement porte4 ,bien souvent il s'est vant moi de la fermet avec laquelle il tient les siens en bride1 de l'obissance absolue et du respect qu'il en obtient2 il voit vraiment bien peu clair dans ses affaires6 ,lui seul ignore ce qui se passe chez lui 7,trence76 ,je ne connais pas d'homme qui1 pour conserver la direction de sa maison1 ait recours plus de moyens naturels ou indiqus par l'exprience1 et cela pour tre jou comme un enfant2 c'est ce qui me l'a fait choisir comme un exemple des plus typiques1 parmi plusieurs situations de ce genre au courant desquelles je suis4 ,en est-il mieux ainsi ou vaudrait-il mieux qu'il en ft autrement8 c'est une question sur laquelle on peut ergoter4 ,en apparence on lui cde toujours1 mais c'est l une concession sans porte faite son autorit2 on ne lui rsiste jamais1 on l'coute1 on le craint1 on le respecte autant qu'il peut le souhaiter4 ,donne-t-il cong un domestique8 celui-ci fait son paquet et le voil parti1 mais seulement hors de sa prsence2 la vieillesse a de si lentes allures1 ses sens sont si troubls1 que le dit valet vivra et continuera son service dans la maison pendant un an1 sans qu'il l'aperoive2 puis1 au bout d'un laps de temps convenable1 on fait arriver des lettres qui viennent de loin1 excitant la compassion1 pleines de supplications et de promesses de bien faire1 et il obtient de rentrer en grce4 ,monsieur passe-t-il quelque march1 crit-il quelque lettre qui dplaisent1 on les supprime1 et1 quelque temps aprs1 on invente des raisons pour justifier le dfaut d'excution ou une rponse non arrive4 ,nulle lettre du dehors ne lui est remise de prime abord1 il ne voit que celles dont il n'est pas craindre qu'il ait connaissance2 si par hasard il met la main sur une qu'on avait intrt lui cacher1 comme il a l'habitude de s'en remettre certaine personne pour les lui lire1 on leur fait toujours dire ce qu'on veut2 c'est ainsi que frquemment tel est prsent comme lui demandant pardon1 alors qu'il l'injurie4 ,finalement1 il ne voit ses affaires que sous un jour autre que ce qui est arrang dessein et lui donnant satisfaction au mieux de ce qui se peut1 pour n'veiller ni sa mauvaise humeur1 ni son courroux4 ,sous des formes diffrentes1 j'ai vu dans bien des maisons les affaires domestiques se rgler longtemps et d'une faon continue de mme sorte1 c'est--dire tout autrement en ralit qu'en apparence4 ,quand les vieillards sont chagrins1 grondeurs1 avares1 femme1 enfants1 domestiques se liguent contre eux pour les tromper4--,les femmes ont toujours un penchant naturel contrarier la volont de leurs maris2 elles saisissent avec empressement toutes les occasions de faire le contraire de ce qu'ils voudraient1 et la premire excuse venue suffit pour les justifier pleinement leurs propres yeux4 ,j'en ai connu une qui volait de grosses sommes son mari pour1 disait-elle son confesseur1 faire des aumnes plus abondantes2 fiez-vous donc cet emploi en uvres pies6 ,nulle jouissance ne leur parat digne1 si c'est du consentement du mari2 il faut1 pour qu'elle leur soit agrable et qu'elles en fassent cas1 qu'elles s'en soient empares1 soit par adresse1 soit par autorit et toujours autrement que ce ne devrait tre4 ,quand il arrive1 comme dans le cas que je viens de citer1 que la femme a affaire un pauvre vieillard et qu'elle agit pour ses enfants1 forte de ce prtexte1 cela devient chez elle une passion dont elle se fait gloire2 et pour s'affranchir1 eux et elle1 de cet esclavage commun1 elle en arrive facilement conspirer contre sa domination et son administration4 ,si les enfants sont dj grands et en plein dveloppement1 ils ont vite fait aussi de suborner1 soit en les intimidant1 soit en les corrompant1 le matre d'htel1 l'homme d'affaires et tout le reste4 ,celui qui n'a ni femme ni fils est davantage l'abri de semblable disgrce2 mais quand elle lui survient1 elle est plus cruelle encore et moins honorable4 ,caton disait de son temps3 ,autant de domestiques1 autant d'ennemis2 ne pensez-vous pas qu'tant donne la puret relative de son sicle par rapport au ntre1 il dirait aujourd'hui3 ,femme1 enfants1 domestiques sont autant d'ennemis1 que nous avons4 ,il est heureux que la dcrpitude apporte avec elle un dfaut de clairvoyance1 une ignorance de ce qui se passe autour de nous1 une facilit nous laisser tromper1 qui sont autant de bienfaits4 ,s'il en tait autrement et que nous voulions regimber1 que deviendrions-nous en ce temps o les juges qui ont intervenir dans nos dbats1 sont eux-mmes d'ordinaire ports donner raison aux enfants et intresss dans la question8 ,pour nous diriger ce moment de la vie1 profitons des exemples que nous avons autour de nous4--,si je ne m'aperois pas que je suis jou1 au moins ne m'chappe-t-il pas de voir que je puis trs bien l'tre2 aussi1 combien apprciable un ami vritable et comme en diffrent ces liaisons qui ne sont que des relations de socit2 les btes elles-mmes nous donnent ce spectacle de rapports aussi touchants et1 quand j'en suis tmoin1 je me fais scrupule de les troubler6 ,si les autres me trompent1 du moins je ne me trompe pas moi-mme au point de me croire capable de m'en garantir et de me mettre la cervelle l'envers pour y chapper2 je me garde de semblables trahisons dans mon intrieur1 non par une curiosit inquite et toujours en moi1 mais par les diversions que je fais natre et les rsolutions que je prends4 ,quand j'entends raconter ce qui arrive quelqu'un1 je ne m'amuse pas m'apitoyer sur lui2 je fais aussitt un retour sur moi-mme et considre dans quelle mesure cela peut s'appliquer moi2 tout ce qui touche mon prochain1 me touche2 tout accident qui lui survient est pour moi un avertissement et appelle de ce ct mon attention4 ,tous les jours1 toutes heures1 nous disons d'un autre ce que nous pourrions dire plus propos de nous si nous savions reporter aussi sur nous-mmes cet esprit d'observation dont nous faisons si bien application ce qui ne nous touche pas4 ,nombre d'auteurs portent atteinte la cause qu'ils dfendent1 en se livrant d'une faon irrflchie des attaques contre la partie adverse1 lui dcochant des traits qui se prtent leur tre retourns et susceptibles de leur faire plus de mal qu'ils n'en ont fait eux-mmes4 ,un pre regrette parfois de s'tre montr trop grave1 trop peu bienveillant envers ses enfants1 au lieu de les traiter en amis et de les prendre pour confidents4--,feu ,m4 le ,marchal de ,montluc qui1 l'le de ,madre1 avait perdu son fils1 brave gentilhomme en vrit et sur lequel reposaient de grandes esprances1 me contait ses regrets1 insistant surtout sur le chagrin et le crve-cur qu'il prouvait de ne s'tre jamais compltement livr lui2 de ce que1 pour avoir eu la fantaisie de conserver vis--vis de lui cette gravit1 cette morgue affecte que revt volontiers l'autorit paternelle1 il s'tait bnvolement priv de l'agrment d'apprcier et de bien connatre ce fils et aussi de lui rvler la profonde affection qu'il lui portait et en quelle estime il le tenait pour ses qualits3 ,ce pauvre garon1 disait-il1 ne m'a jamais vu qu'avec une mine refrogne et semblant faire peu de cas de lui2 il a emport la croyance que je n'ai su ni l'aimer1 ni apprcier ses mrites4 ,a qui donc devais-je dcouvrir la tendresse particulire qu'au fond du cur je lui portais8 n'est-ce pas lui1 auquel j'eusse d m'en ouvrir pour lui en donner la joie et qu'il m'en ft reconnaissant4 ,je me suis contraint1 mis la torture1 pour conserver son endroit ce vain masque d'indiffrence2 cela m'a fait perdre le plaisir de sa frquentation1 et aussi de son affection qui ne pouvait tre bien chaude mon endroit1 n'ayant jamais t que rudoy par moi et d'une faon parfois tyrannique4 ,je trouve ces regrets fonds et bien rationnels4 ,je ne le sais que trop par exprience1 il n'est rien qui adoucisse le chagrin que nous ressentons de la perte de nos amis comme d'avoir la certitude de n'avoir rien omis de ce qu'on avait leur dire et d'avoir t avec eux en communication parfaite et complte d'ides et de sentiments4 ,o mon ami1 cet change de penses entre nous a-t-il t pour moi un bien1 a-t-il t un mal8 ,il a t un bien1 j'en vaux beaucoup mieux1 il n'y a pas en douter2 le regret que je conserve de toi m'honore et me console1 et c'est un pieux et agrable devoir de ma vie de me remmorer constamment ces souvenirs qui ne sont plus1 privation qu'aucune jouissance ne peut compenser4 ,je m'ouvre aux miens autant que je le puis et leur marque trs volontiers les dispositions de cur et d'esprit en lesquelles je suis leur gard2 j'en agis du reste ainsi avec chacun4 ,je me hte de me rvler1 pour qu'on me voie tel que je suis1 ne voulant pas qu'on y trouve du mcompte sous quelque rapport que ce soit4--,on lit dans ,csar que1 parmi les coutumes spciales nos anctres les ,gaulois1 les enfants se prsentaient leurs pres et n'osaient paratre avec eux en public que lorsqu'ils commenaient porter les armes1 comme si par l ils eussent voulu tmoigner que c'tait le moment1 pour les pres1 d'admettre leurs enfants frayer familirement avec eux4 ,c'est un tort de laisser sa veuve les biens dont les enfants devraient jouir2 comme aussi pouser une femme ayant une belle dot1 n'est pas toujours une bonne affaire4--,j'ai encore relev en mon temps un autre genre d'abus chez certains pres de famille3 non contents d'avoir1 pendant une longue vie1 priv leurs enfants de la part de revenus que1 naturellement1 ils eussent d leur abandonner1 ils laissent encore1 aprs eux1 leurs femmes la possession de tous leurs biens avec latitude d'en disposer leur fantaisie4 ,j'ai connu un seigneur occupant une des premires charges de la couronne de ,france1 qui1 de par ses droits1 avait en esprance plus de cinquante mille cus de rente1 et qui est mort1 cinquante ans1 dans le besoin1 accabl de dettes1 ayant encore sa mre arrive la plus extrme dcrpitude qui jouissait de tous ses biens de par la volont de son pre qui1 pour son compte1 avait vcu prs de quatre-vingts ans4 ,cela ne me semble pas du tout raisonnable4--,et pourtant1 je trouve peu d'avantage1 pour quelqu'un qui se trouve en bonne situation de fortune1 rechercher1 pour s'allier1 une femme qui lui apporte une grosse dot2 de toutes les dettes qu'on peut avoir1 il n'en est pas qui soit plus une cause de ruine pour les maisons2 mes pres s'en sont tous fort judicieusement gards et j'ai fait de mme4--,toutefois ceux qui nous dtournent d'pouser des femmes riches1 de peur qu'elles soient moins traitables et moins reconnaissantes1 se trompent lorsque1 pour une conjecture aussi douteuse1 ils nous font perdre de rels avantages4 ,une femme draisonnable ne se laisse pas plus arrter par une raison que par une autre2 ce qu'elle prfre1 c'est ce qui est le moins faire2 le mal l'attire1 tout comme fait la vertu chez celles qui sont bonnes2 les plus riches sont frquemment les plus maniables1 comme souvent aussi plus belles elles sont1 plus elles mettent leur gloire demeurer chastes4 ,un mari ne doit laisser sa veuve que ce qui lui est ncessaire pour se maintenir dans le rang qu'elle occupe dans la socit4--,on a raison de laisser l'administration de leurs biens entre les mains de la mre1 tant que les enfants ne sont pas l'ge fix par la loi pour l'exercer eux-mmes2 mais le pre les a bien mal levs1 s'il ne peut compter qu' leur majorit1 ils n'auront pas plus de sagesse et de capacit que sa femme1 tant donne la faiblesse ordinaire de ce sexe4 ,je conviens toutefois qu'il est encore plus contre nature de mettre une mre la discrtion de ses enfants2 il faut lui laisser largement de quoi lui permettre de tenir son rang d'aprs la situation de sa maison et suivant son ge1 d'autant que le besoin et l'indigence tant beaucoup plus malsants et pnibles pour la femme que pour l'homme1 il faut les pargner la mre plutt qu'aux enfants4 ,pour la rpartition de ses biens1 sa mort1 le mieux est de s'en rapporter aux lois de son pays4--,en gnral1 la plus sage rpartition que nous puissions faire de nos biens1 en mourant1 me parat tre de nous conformer en cela aux usages du pays3 les lois y ont pourvu mieux que nous ne pouvons le faire1 et il est prfrable qu'elles fassent erreur dans les choix qu'elles ont faits que de nous hasarder nous-mmes nous tromper dans ceux que nous pourrions faire inconsidrment4 ,nos biens1 proprement parler1 ne nous appartiennent pas puisque des dispositions lgales dterminent1 en dehors de nous1 ceux qui doivent les possder aprs nous4 ,bien que nous ayons quelque libert de faire autrement1 je tiens qu'il faut un motif bien srieux1 bien indiscutable1 pour que nous enlevions quelqu'un ce que sa bonne fortune lui a rserv et que les lois lui reconnaissent1 et que c'est abuser1 contre tout droit1 de cette libert1 que de la faire servir nos fantaisies frivoles et personnelles4 ,le sort m'a fait grce d'occasions o j'eusse pu tre tent d'garer mon affection en dehors de ce qui est dans les rgles communes et lgitimes4--,je vois des gens auprs desquels c'est perdre son temps que de leur prodiguer ses bons offices2 un mot pris de travers efface le mrite de dix annes d'excellents services2 heureux1 en pareil cas1 qui se trouve point pour1 leur heure dernire1 faire tourner leur avantage les dispositions en lesquelles ils sont6 ,avec eux1 ce qui a t fait en dernier lieu dcide de tout2 ce ne sont pas les services les meilleurs et les plus frquents qu'ils considrent1 mais les plus rcents1 ceux du moment4 ,ils jouent de leur testament comme de pommes et de verges1 pour rcompenser ou punir chaque action de ceux qui peuvent y tre intresss4 ,c'est cependant chose de trop d'importance et qui mrite qu'on y rflchisse longtemps1 pour tre ainsi modifie tout instant2 les sages ne s'y rsolvent qu'une fois pour toutes1 s'y proccupant surtout de ce que commandent la raison et l'observation des lois4 ,les substitutions sont ridicules1 et on fait souvent erreur en jugeant de l'avenir des enfants sur leur extrieur4--,nous prenons aussi un peu trop cur ces substitutions favorisant les branches masculines dans l'ide ridicule d'terniser notre nom4 ,nous tenons galement trop de compte des conjectures incertaines de l'avenir que nous formons sur le caractre que nous croyons reconnatre chez les enfants4 ,n'et-il pas t injuste de me faire dchoir du rang que j'occupais1 parce que j'tais le plus lourdaud et le moins dgourdi1 le plus long apprendre et le plus ennuy lorsqu'il tait question de leon1 non seulement de tous mes frres1 mais de tous les enfants de ma province1 qu'il s'agt d'exercices de corps ou de ceux de l'esprit8 ,c'est folie de faire des distinctions de quelque importance1 bases sur ce qu'on croit deviner et qui1 si souvent1 ne se ralise pas4 ,s'il est licite d'aller l'encontre des rgles qui dterminent quels sont nos hritiers et de corriger ces dsignations1 il semble que ce doit tre surtout titre de compensation1 dans le cas de quelque particulire difformit corporelle1 constituant un vice irrmdiable et qui ne peut s'attnuer1 ce qui1 selon nous qui sommes grands apprciateurs de la beaut1 est une cause de prjudice considrable4 ,raisons donnes par ,platon pour que les hritages soient rgls par les lois4--,je rapporterai ici1 pour donner plus de relief ma prose1 le plaisant dialogue du lgislateur de ,platon avec ses concitoyens3 ,comment1 lui dit-on1 sentant notre fin prochaine1 nous ne pourrons disposer de ce qui nous appartient en faveur de qui nous plaira8 ,dieux1 quelle cruaut6 nous ter la possibilit de donner plus ou moins1 notre gr1 ceux des ntres qui nous auront prodigu leurs soins pendant que nous tions malades1 durant notre vieillesse1 ou qui se seront occups de nos affaires6--,a quoi le lgislateur rpond3 ,mes amis1 sans aucun doute vous ne tarderez pas mourir2 et comme1 ainsi que le porte l'inscription du temple de ,delphes1 il vous est difficile de vous connatre et de connatre ce qui est vous1 moi qui fais les lois1 j'estime que vous ne vous appartenez pas et que ce dont vous avez la jouissance ne vous appartient pas davantage4 ,vous et vos biens appartenez votre famille tant passe que future2 mais plus encore1 vous1 votre famille et vos biens appartenez la chose publique4 ,c'est pourquoi1 de peur que quelque flatteur1 durant votre vieillesse ou votre maladie1 ou quelque passion ne vous sollicitent mal propos de faire un testament inique1 je vous en prserverai2 et comme je respecte l'intrt commun de la cit et celui de votre maison1 je ferai des lois o1 comme de raison1 l'intrt particulier sera prim par l'intrt gnral4 ,allez-vous-en donc gament o les ncessits auxquelles l'humanit est astreinte1 vous appellent2 c'est moi1 qui ne me passionne pas plus pour une chose que pour une autre1 et qui1 dans la mesure du possible ne me proccupe que de l'intrt de tous1 avoir souci de ce que vous laissez4 ,il ne faut pas laisser aux femmes le droit de partager nos biens entre leurs enfants2 la mobilit et la faiblesse de leur jugement ne leur permettent pas de faire de bons choix4--,revenons notre sujet4 ,il me semble que1 quel que soit le point de vue auquel nous nous placions1 il est peu de femmes nes avec des aptitudes telles1 que leur autorit sur l'homme s'impose1 en dehors de l'autorit maternelle et de l'influence qu'elles ont de par la nature elle-mme4 ,il n'est pas question ici de ceux qui1 punis par o ils ont pch1 se sont1 par suite de quelque passion malsaine1 volontairement soumis elles1 d'autant que nous parlons de vieilles femmes1 ce qui n'est pas le cas des leurs4 ,c'est apparemment cette considration qui nous a fait dicter cette loi1 admise si facilement et dont nul n'a jamais vu le texte1 qui1 chez nous1 prive les femmes de la couronne4 ,il n'est gure de seigneurie au monde o la question ne se soit pose en raison du bien-fond du motif qui justifie le principe2 mais les choses ont fait qu'il a trouv plus de partisans dans certains pays que dans d'autres4--,il est dangereux de laisser la femme disposer comme elle l'entend de notre succession1 les choix qu'elle fait parmi ses enfants tant toujours iniques et fantastiques parce que les apptits bizarres1 les gots dpravs qu'elle manifeste lors de ses grossesses1 elle les a dans l'me en tous temps4 ,communment1 on la voit donner la prfrence ceux d'entre eux les plus faibles et les plus mal tourns1 ou ceux1 s'il en existe1 qu'elle porte encore pendus son cou4 ,n'ayant pas la raison assez forte pour comprendre et saisir les choses suivant la valeur qui leur est propre1 elles se laissent plus volontiers aller aux impressions rsultant du seul fait de la nature1 comme font les animaux qui ne reconnaissent leurs petits que lorsqu'ils les ont la mamelle4 ,on compte en vain sur ce qu'on appelle la tendresse maternelle4--,il est du reste facile de juger par exprience combien sont peu profondes les racines de cette affection naturelle1 laquelle nous attribuons tant d'autorit4 ,pour un maigre salaire1 nous arrachons tous les jours des enfants des bras de leur mre pour leur substituer les ntres2 nous amenons ces femmes abandonner les leurs quelque chtive nourrice laquelle nous ne voulons pas confier les ntres ou quelque chvre1 et nous leur interdisons non seulement de les allaiter1 quelque danger qui puisse en rsulter pour eux1 mais encore d'en prendre aucun soin1 pour s'employer tout entires au service des ntres2 et l'on voit la plupart d'entre elles concevoir1 par le fait de l'habitude1 pour ces enfants d'emprunt qu'elles nourrissent1 une affection btarde souvent plus vive que l'affection naturelle qu'elles ont pour les leurs et apporter dans les soins qu'elles leur donnent1 une sollicitude plus grande qu' l'gard de ceux qui leur appartiennent4--,si j'ai parl de chvre1 c'est qu'autour de moi il est ordinaire que les femmes des villages1 quand elles ne peuvent nourrir leurs enfants1 aient recours des chvres2 j'ai chez moi1 cette heure1 deux laquais qui n'ont tt que pendant huit jours du lait de femme4 ,ces chvres s'habituent de suite allaiter leurs nourrissons2 elles reconnaissent leur voix quand ils crient et accourent au plus vite2 si on leur en prsente un autre que celui qu'elles nourrissent1 elles le refusent2 l'enfant repousse galement une chvre autre que celle qui le nourrit4 ,j'en ai vu un1 dernirement1 auquel on enleva sa chvre que son pre n'avait fait qu'emprunter un de ses voisins2 il ne voulut jamais prendre le pis de celle qu'on lui prsentait la place et mourut1 probablement de faim4 ,chez les animaux1 l'affection naturelle s'altre et s'abtardit aussi facilement que chez nous4 ,je crois que ce qui1 d'aprs ,hrodote1 se pratiquerait en certaines parties de la ,libye1 o hommes et femmes s'uniraient indiffremment et o l'enfant1 quand il commence marcher1 reconnat de lui-mme son pre vers lequel1 au milieu de tous1 le portent naturellement ses premiers pas1 doit donner lieu bien des erreurs4 ,les hommes chrissent les productions de leur esprit bien plus que leurs propres enfants et1 en effet1 c'est bien plus exclusivement leur ouvrage4--,a ne considrer que cette seule raison d'aimer nos enfants parce que nous les avons engendrs1 ce qui nous les fait qualifier d'autres nous-mmes1 il est des productions d'un autre genre1 manant galement de nous1 qui ne sont pas1 ce me semble1 de moindre importance4 ,ce que notre me engendre1 ce qui nat de notre esprit1 de notre courage1 de notre capacit1 provient d'une plus noble partie de nous-mmes que notre corps1 et est encore plus nous que nos enfants2 nous en sommes la fois le pre et la mre4 ,ces crations nous cotent bien plus1 mais aussi1 lorsqu'elles ont du bon1 nous font bien plus honneur4 ,nos enfants valent beaucoup plus de leur propre fait que du ntre1 la part que nous y avons est bien lgre2 dans ces autres manations de nous-mmes au contraire1 leur beaut1 leur grce1 tout ce qui leur donne du prix est notre uvre exclusive2 aussi nous reprsentent-elles et veillent-elles sur nous l'attention beaucoup plus vivement que nos enfants4 ,platon ajoute que ce sont elles qui arrivent l'immortalit et immortalisent leurs pres1 allant jusqu' en faire des dieux3 ,lycurgue1 ,solon1 ,minos en sont des exemples4--,les histoires tant pleines de faits qui tmoignent de l'affection que les pres portent communment leurs enfants1 il m'a paru ne pas tre hors de propos d'en citer quelques-uns ayant trait l'affection que l'on porte parfois ces autres d'origine immatrielle3--,hliodore1 ce bon vque de ,tricca1 prfra renoncer au rang1 aux bnfices et la vnration que lui valait la dignit piscopale dont il tait investi1 plutt que de dsavouer son roman amoureux intitul ,thagne et ,charicle1 fillette pleine de gentillesse1 qui est encore de ce monde1 mais1 j'en conviens1 un peu trop pimpante1 smillante1 d'allures trop provocantes pour la fille d'un tel pre1 revtu de fonctions ecclsiastiques et sacerdotales4--,il y eut ,rome un personnage de haute valeur et de grande autorit1 du nom de ,labinus1 qui1 parmi ses autres qualits1 avait celle d'exceller dans tous les genres de littrature4 ,il tait1 je crois1 fils de ce grand ,labinus1 le premier des lieutenants de ,csar dans ses guerres des ,gaules1 lequel plus tard embrassa le parti de ,pompe o il se comporta si vaillamment et finit par tre dfait par ,csar en ,espagne4 ,le ,labinus dont je parle se fit des envieux par sa vertu1 et vraisemblablement aussi1 en raison de sa franchise1 de nombreux ennemis parmi les courtisans et les favoris des empereurs sous lesquels il vcut1 non moins que par son esprit d'opposition la tyrannie qu'il pouvait tenir de son pre et qui probablement devait se retrouver dans ses crits et dans ses livres4 ,ses adversaires le poursuivirent devant les magistrats et obtinrent par jugement que plusieurs de ses ouvrages1 de ceux qui l'avaient mis en lumire1 fussent brls4 ,c'est lui que fut appliqu1 pour la premire fois1 ,rome1 ce genre de peine qui le fut depuis certains autres1 emportant condamnation mort des crits eux-mmes et de travaux littraires4 ,nous n'avions pas assez de moyens ni de sujets d'exercer notre cruaut1 il a fallu que nous y ajoutions des choses que la nature a exemptes de sentiment et sur lesquelles la souffrance n'a pas prise1 comme les productions de l'esprit et la rputation que nous pouvons en acqurir2 que nous soumettions aux rigueurs de la discipline les inspirations qui nous viennent des ,muses1 et que nous leur tendions les peines corporelles qui peuvent nous atteindre nous-mmes4 ,labinus ne put supporter cette perte1 ni survivre l'uvre qui lui devait le jour et qui lui tait si chre2 il se fit porter et enfermer vivant dans le monument funraire de ses anctres1 o il se tua et s'ensevelit tout la fois3 il est difficile de trouver un tmoignage d'affection paternelle qui surpasse celui-ci4 ,cassius ,severus1 homme d'une grande loquence1 qui tait de l'intimit de ,labinus1 s'cria1 en voyant consumer ses livres1 que la sentence et d le condamner lui-mme tre en mme temps brl vif1 parce qu'il portait et conservait dans sa mmoire tout ce qui s'y trouvait crit4--,pareil accident advint ,cremutius ,cordus1 accus d'avoir dans ses ouvrages fait l'loge de ,brutus et de ,cassius2 ce misrable snat1 servile autant que corrompu1 digne d'un pire matre tel que ,tibre1 les condamna au feu4 ,pour leur tenir compagnie dans la mort1 ,cremutius se laissa mourir de faim4--,lucain1 cet homme de bien condamn par ce monstre qu'tait ,nron1 s'tait fait1 pour se donner la mort1 ouvrir les veines par son mdecin4 ,il touchait ses derniers moments et dj avait perdu la presque totalit de son sang1 le froid avait envahi les extrmits des membres et gagnait les organes essentiels de la vie1 quand il se mit rciter certains vers de son pome sur la bataille de ,pharsale1 qui lui revinrent en dernier lieu la mmoire2 il s'teignit les ayant la bouche4 ,n'est-ce pas l comme un tendre et paternel cong qu'il prenait de ses enfants3 tels les adieux et les troits embrassements que nous donnons aux ntres1 quand notre mort est proche2 n'est-ce pas un effet de ce sentiment de la nature qui1 nos derniers moments1 nous remet en mmoire ce qui1 dans notre vie1 a t l'objet de nos plus chres penses8 picure1 l'heure de sa mort1 en proie1 ainsi qu'il tait oblig d'en convenir1 de trs violentes douleurs d'entrailles1 prouvait une vive consolation l'ide de la beaut de la doctrine dont il avait dot le monde4 ,croit-on que si1 au lieu de ses crits remarquables1 il et eu une nombreuse ligne d'enfants qu'il et laisss aprs lui bien portants et bien levs1 il en et ressenti autant de satisfaction8 ou encore1 qu'ayant choisir1 pour perptuer sa mmoire1 entre un enfant contrefait et mal portant ou un livre sot et inepte1 il ne se ft pas rsign1 lui et tout autre de son mrite1 au premier de ces malheurs plutt qu'au second8--,si1 par exemple1 on et propos saint ,augustin d'anantir ses crits dont notre religion a retir un si grand fruit1 ou de perdre ses enfants en admettant qu'il en ait eu1 n'et-ce pas t une impit de sa part de ne pas sacrifier ces derniers8--,je ne sais vraiment pas si je n'aimerais pas beaucoup mieux en avoir mis au monde un1 runissant toutes les perfections1 issu de mon commerce avec les ,muses1 plutt que de mes relations avec ma femme4 ,a celui-ci que je suis oblig d'accepter tel qu'il est1 ce que je donne1 je le lui donne simplement et d'une faon irrvocable1 comme tout ce que nous donnons nos enfants selon la chair2 le peu de bien que je lui fais1 cesse ds lors d'tre ma disposition4 ,il peut savoir des choses que je ne sais plus1 en tenir de moi dont moi-mme n'ai plus souvenir2 et si besoin tait que je lui fasse un emprunt1 il me faudrait le contracter comme le ferait un tranger2 si je suis plus sage que lui1 il est plus riche que moi4--,il est peu d'hommes cultivant la posie1 qui ne se trouveraient mieux lotis d'tre le pre de l'nide que du plus beau garon de ,rome1 et ne souffriraient davantage de la perte de celle-l que de celui-ci2 d'autant que selon ,aristote1 de tous ceux qui produisent1 le pote est1 en particulier1 le plus port s'prendre de ses uvres4--,on croirait difficilement qu'paminondas1 qui se vantait de laisser pour toute postrit des filles qui feraient un jour honneur leur pre 7c'taient les deux brillantes victoires qu'il avait remportes sur les ,lacdmoniens71 et volontiers consenti les changer pour les deux plus belles filles de la ,grce2 ni qu',alexandre et ,csar aient jamais souhait sacrifier la clbrit qu'ils doivent leurs glorieuses conqutes1 l'avantage d'avoir des enfants qui eussent t leurs hritiers1 si parfaits et si accomplis qu'ils eussent pu tre4 ,je doute aussi beaucoup que ,phidias1 ou tout autre sculpteur pass matre en son art1 et prfr la conservation et la dure des enfants que la nature lui avait donns1 celles de telles de ses uvres qu' force de travail et d'tude il a amenes la perfection4--,ces mmes passions contre nature que rien ne peut contenir1 qui ont parfois port des pres concevoir de l'amour pour leurs filles et des mres pour leurs fils1 se rencontrent parfois au mme degr dans cette parent d'un autre genre2 tmoin ce que l'on dit de ,pygmalion qui1 ayant sculpt une statue de femme de singulire beaut1 en devint si perdument pris1 d'un amour si violent qu'il fallut que1 cdant ses transports1 les dieux lui donnassent la vie3 ,il touche l'ivoire1 et l'ivoire oubliant sa duret naturelle cde et s'amollit sous ses doigts 7,ovide74 ,,chapitre ,,ix4 ,des armes des ,parthes4 ,mauvaise habitude de la noblesse de nos jours de ne s'armer1 aux armes1 qu'au dernier moment4--,c'est un tort de la noblesse de notre poque qui dnote de la mollesse1 qu'au contact de l'ennemi1 elle ne prenne les armes qu'au dernier moment1 alors qu'il y a urgence1 et de s'en dfaire aussitt1 la moindre apparence que le danger s'est loign2 il en rsulte bien de la confusion3 chacun va criant1 courant aprs ses armes1 alors qu'il faudrait charger l'ennemi1 et il en est qui en sont encore lacer leurs cuirasses que dj leurs compagnons sont en droute4 ,nos pres donnaient porter leur casque1 leur lance et leurs gantelets1 et conservaient le reste de leur quipement tant que l'expdition durait4 ,actuellement nos troupes sont en grand trouble et en grand dsordre par le ple-mle des bagages et des valets1 qui ne peuvent marcher part de leurs matres dont ils portent les armes4 ,parlant de nos anctres1 ,tite-,live disait dj3 ,incapables de souffrir la fatigue1 ils avaient peine porter leurs armes4 ,nos armes actuelles sont plus incommodes par leur poids qu'elles ne sont propres la dfense4--,il est au contraire des nations qui1 dans l'antiquit et encore de nos jours1 vont la guerre sans se couvrir ou n'usent que d'armes dfensives dont ils ne tirent aucune protection efficace3 ,n'ayant pour se couvrir la tte que des casques de lige 7,virgile74 ,alexandre1 celui de tous les hommes de guerre qui se confiait le plus au hasard1 ne revtait que rarement son armure4 ,ceux d'entre nous qui n'en font pas cas1 n'augmentent pas beaucoup pour cela les risques qu'ils courent2 s'il arrive qu'il y en ait qui soient tus faute de ne pas l'avoir1 le nombre n'est pas moindre de ceux qui ont t perdus parce que leurs armes gnaient leurs mouvements1 que dans une chute leur poids les immobilisait1 ou qu'ils avaient quelques membres froisss ou fracturs1 soit par le contre-coup1 soit autrement4--,a voir le poids et l'paisseur de celles dont nous faisons usage1 on dirait en vrit que nous ne cherchons qu' nous dfendre2 elles nous chargent1 plus qu'elles ne nous garantissent4 ,nous avons un tel effort faire pour les porter1 elles nous entravent et nous gnent tel point1 qu'il semble que combattre consiste uniquement dans le choc des unes contre les autres et que nous n'avons pas l'obligation de les dfendre tout autant qu'elles celle de nous protger4 ,tacite peint assez plaisamment les gens de guerre de l'ancienne ,gaule1 arms de telle sorte qu'ils avaient dj grand'peine se tenir debout et taient dans l'impossibilit aussi bien d'attaquer que d'tre attaqus1 et qui1 une fois terre1 ne pouvaient se relever4--,lucullus1 voyant sur un point de la ligne de bataille de l'arme de ,tigrane des guerriers mdes pesamment et fort incommodment arms1 semblant comme dans une prison de fer1 pensa qu'il en aurait facilement raison et commena par eux son attaque1 ce qui fut le prlude de sa victoire4 ,a prsent que les mousquetaires ont pris place dans nos armes1 on va peut-tre inventer quelque muraille derrire laquelle nous serons l'abri de leurs coups1 et nous irons la guerre1 enferms dans des bastions mobiles dans lesquels on nous tranera comme ceux que les anciens faisaient porter leurs lphants4 ,on est plus vigilant quand on se sent moins protg4--,cette manire de voir est bien loigne de celle de ,scipion ,emilien1 qui reprochait amrement ses soldats d'avoir sem de chausse-trapes le fond du foss garni d'eau d'une ville dont il faisait le sige1 en un endroit o les assigs pouvaient excuter des sorties1 disant que lorsqu'on assaillait une place1 il fallait songer attaquer et non se dfendre2 il craignait avec raison que cette mesure de prcaution ne les portt se garder avec moins de vigilance4 ,c'est aussi lui qui disait un jeune homme qui lui montrait un beau bouclier3 ,il est1 en effet1 bien beau2 mais1 mon fils1 un soldat romain doit plus se confier sa main droite qu' sa main gauche4 ,c'est le dfaut d'habitude qui nous fait paratre nos armes si pesantes4--,seul le dfaut d'habitude nous rend pnible le port de nos armes3 ,deux des guerriers que je chante ici1 avaient la cuirasse sur le dos et le casque en tte2 ni jour1 ni nuit1 depuis qu'ils taient entrs dans ce chteau1 ils n'avaient quitt cette armure qu'ils portaient aussi aisment que leurs habits1 tant ils y taient accoutums 7,arioste74--,l'empereur ,caracalla marchait pied1 arm de toutes pices1 la tte de ses troupes4--,les fantassins romains portaient non seulement le morion1 l'pe et le bouclier1 et leur habitude d'avoir constamment leurs armes sur le dos tait telle1 qu'ils ne s'en trouvaient pas plus gns que de leurs propres membres1 crit ,cicron3 ,ils disent que les armes du soldat sont comme ses membres2 ils avaient en outre les vivres ncessaires pour quinze jours1 plus un certain nombre de pieux pour palissader leur camp1 le tout reprsentant un poids qui atteignait jusqu' soixante livres4 ,avec ce chargement1 les soldats de ,marius1 allant au combat1 faisaient d'habitude cinq lieues en cinq heures1 et mme six quand il y avait urgence4--,leur discipline tait beaucoup plus stricte que la ntre1 aussi en obtenait-on bien d'autres rsultats2 ,scipion ,emilien1 ayant la rtablir dans son arme1 en ,espagne1 dfendit ses soldats de manger autrement que debout et de faire cuire leurs aliments4--,a ce propos1 voici un trait vraiment tonnant1 c'est le reproche adress un soldat lacdmonien1 se trouvant en expdition1 de s'tre abrit dans une maison2 ils taient si endurcis aux privations1 que c'tait une honte d'tre vu sous un autre abri que la vote cleste1 quelque temps qu'il ft3 ce compte1 nous n'irions gure loin aujourd'hui avec nos gens4 ,ressemblance des armes des ,parthes avec celles dont nous faisons nous-mmes usage aujourd'hui4--,sur ce mme chapitre1 ,ammien ,marcellin1 si au fait des guerres des ,romains1 donne des dtails intressants sur la manire dont les ,parthes taient arms2 il y insiste d'autant plus qu'elle diffre notablement de celle des ,romains3 ,ils avaient1 dit-il1 des armures qu'on et dit formes d'un tissu de petites plumes 7probablement d'cailles mtalliques s'imbriquant les unes dans les autres1 qui taient si fort en usage chez nos anctres71 qui ne gnaient pas les mouvements du corps et taient si rsistantes que nos traits ne les pntraient pas et rebondissaient quand ils venaient les frapper4 ,dans un autre passage1 on lit3 ,ils avaient des chevaux vigoureux et calmes1 caparaonns de cuir pais2 eux-mmes taient arms des pieds la tte de grosses lamelles de fer agences de telle faon1 qu'aux jointures des membres1 elles prtaient aux mouvements4 ,ils semblaient des hommes de fer4 ,la partie affrente la tte1 affectait la forme des divers contours du visage et tait si bien ajuste1 qu'il n'y avait pas possibilit d'atteindre la figure autrement que par de petits trous ronds qui correspondaient aux yeux et laissaient passer un peu de lumire1 ou par des fentes correspondant aux narines et permettant grand'peine de respirer4 ,le mtal flexible semble anim par les membres qu'il recouvre4 ,c'est horrible voir2 on dirait des statues de fer qui marchent1 le mtal incorpor au guerrier qui le porte4 ,de mme des coursiers1 leur front est bard de fer2 sous le fer1 leurs flancs sont l'abri des blessures 7,claudien74 ,cette description ne rappelle-t-elle pas l'quipement d'un de nos hommes d'armes1 avec son armure complte8--,plutarque rapporte que ,dmtrius fit fabriquer pour lui et pour ,alcinus1 celui de ses guerriers appel marcher constamment ses cts1 deux armures pesant chacune cent vingt livres1 alors que celles dont on faisait d'ordinaire usage n'en pesaient que soixante4 ,,chapitre ,x4 ,des livres4 ,en crivant ses ,essais1 ,montaigne n'a pas de plan arrt et laisse libre cours sa fantaisie4--,je ne doute pas qu'il ne m'arrive souvent de parler de choses qui sont mieux et plus exactement traites par les hommes du mtier passs matres1 que par moi qui ne fais ici application que de mes dispositions naturelles et non de connaissances que je puis avoir acquises4 ,qui relvera chez moi des erreurs provenant de mon ignorance1 ne me contrariera nullement2 je ne puis gure rpondre auprs des autres de ce que j'cris1 n'en rpondant dj pas auprs de moi-mme qui n'en suis pas satisfait4 ,qui est en qute de science1 doit aller la pcher o elle se trouve et non chez moi qui n'en fais pas profession4 ,je n'ai d'autre ide ici que de suivre ma fantaisie2 je n'ai nullement l'intention de faire connatre les choses dont je parle2 ce que j'en fais1 est uniquement pour me dpeindre moi-mme4 ,ces choses1 peut-tre les connatrai-je un jour fond2 peut-tre les ai-je connues ainsi jadis1 quand le hasard m'a conduit sur les lieux o il m'tait possible de les claircir2 mais je ne m'en souviens plus4 ,je suis mme de tirer profit de ce que j'apprends1 mais incapable de le retenir2 aussi je ne garantis pas l'exactitude de ce que je dis1 et on ne doit y voir que le degr de connaissance que j'en ai pour le moment4 ,double motif qu'il a pour ne point nommer les auteurs auxquels il fait des emprunts et dont il donne des citations4--,il n'y a pas prter attention au choix des matires qui y sont traites1 mais seulement la manire dont elles le sont2 qu'on juge par les emprunts que j'ai faits1 si j'ai su trouver ce qui est le plus propre rehausser et appuyer convenablement l'ide que je veux dvelopper et qui1 elle1 vient toujours de moi4 ,je ne m'inspire pas des citations que je fais1 je m'en sers pour corroborer ce que je dis et que je ne puis exprimer aussi bien1 soit parce que mon langage est moins expressif1 soit parce que je sens moins bien4 ,je ne compte pas mes emprunts1 j'en use selon ce qu'ils valent2 si je m'tais appliqu les multiplier1 j'aurais pu en faire deux fois autant4--,ils proviennent tous1 ou peu s'en faut1 d'auteurs anciens si connus qu'il semble bien qu'on les reconnatra sans que j'aie besoin de les nommer4 ,les causes1 les comparaisons1 les preuves que j'en tire et insre dans mon ouvrage1 je les confonds avec celles qui sont de mon cr2 c'est intentionnellement que je ne cite pas ceux qui me les fournissent1 pour tenir en respect les audaces de ces critiques qui assaillent htivement tous les crits1 surtout ceux qui viennent de paratre1 manant d'hommes encore vivants et crits dans le langage de tout le monde1 ce qui permet chacun d'en parler et fait croire que leur plan et les ides qui y sont mises sont aussi vulgaires que le langage employ2 je veux que ces ,zoles commettent la maladresse de donner une chiquenaude sur le nez de ,plutarque1 en croyant me la donner moi1 et d'injurier ,snque en ma personne4--,il me faut cacher ma faiblesse sous ces grandes rputations1 mais volontiers je verrais quelqu'un m'ter1 grce la clairvoyance de son jugement1 ces plumes dont je me suis par1 en distinguant1 par la seule diffrence de force et de beaut qu'elles prsentent d'avec les miennes1 celles qui ne sont pas de moi4 ,si1 faute de mmoire1 je suis arrt tout instant quand moi-mme je cherche reconnatre l'origine de ces fragments qui me sont trangers1 je n'en sais pas moins trs bien reconnatre1 me connaissant assez pour cela1 que ma terre est absolument hors d'tat de produire les fleurs par trop riches que j'y trouve closes1 et que tout ce dont je suis capable ne saurait les galer4--,l o je suis rellement responsable1 c'est quand de moi-mme1 par vanit ou manque de jugement1 je mets obstacle reconnatre mes erreurs parce que je ne les sens pas ou que je suis incapable de les sentir alors mme qu'on me les signale2 bien souvent1 en effet1 des fautes nous chappent que nous ne voyons pas1 mais c'est une infirmit de notre jugement que de ne pouvoir les apercevoir quand un autre nous les accuse4 ,nous pouvons possder la science et la vrit1 et manquer de jugement1 comme aussi avoir du jugement sans ces deux autres qualits2 savoir reconnatre notre ignorance est mme l'une des garanties les plus belles et les plus sres que le jugement ne nous fait pas dfaut4--,le hasard est mon unique sergent de bataille2 seul1 il prside au rangement de ce que j'cris2 mesure que mes rveries me passent par la tte1 je les entasse3 tantt elles se pressent en foule1 tantt se prsentent une une4 ,je veux qu'on me voie dans mon allure naturelle1 dans celle laquelle je vais d'ordinaire1 quelque dcousue qu'elle soit4 ,je me laisse aller au gr de ce qui me vient l'ide2 c'est ce qui fait qu'ici1 je ne traite que des sujets qu'il n'est pas permis d'ignorer et dont on peut parler sans prparation et hardiment4 ,la science cote trop acqurir1 aussi ne lit-il que les livres qui l'amusent et ceux qui lui apprennent bien vivre et bien mourir4--,je souhaiterais certainement avoir une plus complte intelligence des choses dont je parle1 mais pour l'acqurir je ne veux pas y mettre un prix aussi lev que ce qu'elle cote4 ,j'ai dessein de passer tranquillement1 sans me donner de peine1 le temps qu'il me reste vivre et ne veux me mettre martel en tte pour quoi que ce soit1 pas mme pour la science1 malgr le grand cas que j'en fais4 ,je ne cherche dans les livres que le plaisir que procure un honnte dlassement2 ou1 si je les tudie1 je ne m'attache qu' ce qui peut dvelopper en moi la connaissance de moi-mme et me disposer bien vivre et bien mourir3 ,c'est vers ce but que doivent tendre mes coursiers 7,properce74 ,les difficults1 quand j'en rencontre en lisant1 ne me proccupent pas outre mesure1 je les laisse de ct aprs m'tre essay une fois ou deux les rsoudre4 ,si je m'y arrtais1 je m'y perdrais et perdrais mon temps2 car j'ai l'esprit qui1 ds le dbut1 donne tout ce qu'il peut1 et ce que je ne saisis pas du premier coup1 je le dmle de moins en moins en m'y obstinant4 ,je ne fais rien si je n'y ai de l'agrment1 et m'attarder par trop sur un sujet1 y apporter trop de contention d'esprit troublent mon entendement1 l'attristent et le lassent4 ,ma vue s'y confond et s'y perd2 il faut que je m'interrompe et m'y reprenne plusieurs fois1 ainsi que l'on fait pour juger du lustre d'une toffe carlate que l'on promne devant nos yeux1 la faisant passer et repasser pour que nous la voyions sous ses diffrents reflets4--,si un livre m'ennuie1 j'en prends un autre et ne m'y adonne que dans les moments o1 ne rien faire1 l'ennui commence s'emparer de moi4 ,je ne lis gure les livres nouveaux1 je prfre les anciens qui me semblent plus srieux et mieux faits2 je ne recherche pas non plus les auteurs grecs1 parce que1 comme chez un enfant ou un apprenti1 mon jugement s'accommode peu de ce que je ne comprends qu' moiti4 ,auteurs modernes du genre amusant qu'il lit volontiers4--,parmi les ouvrages qui ne sont que plaisants1 je ne trouve gure de rellement amusant1 parmi les modernes1 que le ,dcamron de ,boccace1 ,rabelais et les ,baisers de ,jean ,second1 si toutefois on peut placer ce dernier1 crit en latin1 parmi les modernes4 ,quant aux ,amadis et autres romans de mme sorte1 ils ne m'ont mme pas intress quand je les lisais tant enfant4 ,je dirai mme1 ce qui paratra bien hardi ou tmraire1 que mon esprit vieilli ne prend plus plaisir la lecture1 non seulement de l',arioste1 mais encore de ce bon ,ovide2 sa facilit1 sa richesse d'imagination qui1 autrefois1 m'ont ravi1 ne me distraient plus aujourd'hui4--,j'exprime librement mon avis sur toutes choses1 mme sur celles qui1 de rencontre1 dpassent mes connaissances intellectuelles et que je considre comme n'tant nullement de ma comptence2 ce que j'en dis1 c'est galement pour donner la mesure de ma vue et non pour juger les choses elles-mmes4 ,quand je me dgote de l',axioche de ,platon comme me faisant l'effet d'un ouvrage de peu de valeur eu gard la puissance d'un pareil auteur1 mon jugement ne croit pas pour cela son infaillibilit2 il n'a pas l'outrecuidance de contester l'autorit de tant d'autres juges de renom de l'antiquit qu'il tient pour ses matres1 devant lesquels il s'incline et en compagnie desquels il serait plutt satisfait de se tromper2 c'est lui-mme qu'il s'en prend de cette divergence d'opinion1 et il se condamne soit parce qu'il s'arrte l'corce1 faute de pouvoir pntrer jusqu'au cur de l'uvre qu'il a sous les yeux1 soit parce qu'il l'a regarde sous un faux jour4 ,il se contente uniquement de ne se laisser ni troubler1 ni entraner divaguer2 quant sa faiblesse1 il la reconnat et l'avoue sans peine4 ,il pense donner une juste interprtation aux apparences telles qu'il les saisit2 mais combien ces apparences elles-mmes sont trompeuses et imparfaites4 ,la plupart des fables d'sope ont plusieurs sens et significations2 ceux qui en tirent un sens mythologique ou figur1 en choisissent un qui cadre bien avec le texte de la fable2 gnralement ce sens est celui qui apparat premire vue1 mais il n'est que superficiel1 et il y en a d'autres plus vifs1 plus essentiels que l'on dcouvre en allant plus avant1 ce qu'ils n'ont pas su faire2 c'est l prcisment la faon dont je me comporte moi-mme4 ,potes latins qu'il met au premier rang4--,mais poursuivons3 ,il m'a toujours sembl que parmi les potes1 ,virgile1 ,lucrce1 ,catulle et ,horace tiennent1 et de beaucoup1 le premier rang4 ,particulirement ,virgile1 dont les ,gorgiques sont1 mon avis1 l'ouvrage de posie le plus accompli2 en leur comparant l'nide1 on reconnat aisment chez ce dernier1 des passages que l'auteur et retouchs si le temps ne lui et manqu2 le cinquime livre de ce pome est celui que j'estime le plus parfait4 ,j'aime aussi ,lucain et le pratique volontiers1 moins pour son style1 que pour la valeur propre et la vrit des opinions et des jugements qu'il met4--,quant au bon ,trence1 en lequel on retrouve toute la mignardise et les grces de la langue latine1 je le tiens pour admirable quand il peint les mouvements de l'me et nos murs qu'il a su prendre sur le vif2 toute heure1 mes actions me reportent en pense vers lui et1 si souvent que je le lise1 j'y trouve toujours quelque beaut1 quelque grce nouvelles4--,les contemporains de ,virgile se plaignaient de ce que certains lui galaient ,lucrce1 j'estime que c'est tort2 ,virgile lui est suprieur1 mais j'ai bien de la peine penser ainsi quand j'ai sous les yeux de beaux passages de son mule4 ,si les admirateurs de ,virgile s'offensaient de cette opinion1 que diraient-ils donc de la btise et de la stupidit dignes des ,barbares1 de ceux qui aujourd'hui lui comparent l',arioste8 ,qu'en dirait l',arioste lui-mme8 ,o sicle grossier et sans got 7,catulle76 ,je suis d'avis que les anciens avaient encore plus sujet de se plaindre quand ils voyaient ,plaute plac sur la mme ligne que ,trence 7qui1 beaucoup plus que lui1 a des faons de gentilhomme71 que de voir mettre en balance ,lucrce avec ,virgile4 ,ce qui marque l'estime que mrite ,trence et la prfrence que nous devons lui donner1 c'est que ,cicron1 le pre de l'loquence romaine1 le cite constamment1 ce qui n'est le cas pour personne autre de ce genre1 et aussi le jugement svre qu',horace1 le premier critique des potes latins1 porte sur ,plaute4 ,combien les potes comiques de l'poque de ,montaigne sont infrieurs en ce genre aux potes latins4--,j'ai souvent eu la fantaisie de constater combien1 notre poque1 ceux qui se mlent de faire des comdies 7comme les ,italiens qui s'y livrent avec assez de succs71 usent de ,trence et de ,plaute auxquels ils empruntent les sujets de trois et quatre de leurs pices pour en composer une2 il en est de mme des contes de ,boccace1 dont ils runissent cinq ou six dans une mme comdie4 ,la dfiance en laquelle ils sont de pouvoir captiver l'intrt avec leurs propres grces1 est la raison pour laquelle ils coulent tant de matires dans une seule composition2 il leur faut s'appuyer sur quelque chose de rsistant et1 n'ayant pas en eux-mmes de quoi nous retenir par les dveloppements qu'ils donnent leur sujet1 ils cherchent nous amuser par le sujet lui-mme4 ,il en est tout autrement de ,trence3 la perfection et la beaut de son style nous font perdre de vue le thme qu'il traite2 sa gentillesse1 sa dlicatesse1 nous captivent de toutes parts2 partout il plat tellement1 il coule avec tant de puret et de naturel 7,horace71 il nous sduit par ses grces tel point que nous en oublions celles du sujet de sa comdie4 ,les bons potes vitent l'affectation et la recherche2 ils n'ont pas besoin non plus d'ornements superflus pour soutenir l'intrt4--,cette observation m'amne encore remarquer que les bons potes de l'antiquit ont vit l'affectation et la recherche1 non seulement telles qu'elles se manifestent dans ces exagrations fantastiques comme il s'en rencontre dans les auteurs espagnols et qu'on trouve galement chez ,ptrarque et ses imitateurs1 mais mme dans ces saillies plus douces et plus retenues qui ornementent tous les ouvrages de posie des sicles suivants4 ,aussi quiconque s'y connat1 le regrette s'il vient les trouver chez un pote ancien1 et admire beaucoup plus la perfection du fini1 la douceur continue1 la beaut fleurie des pigrammes de ,catulle1 que tous les aiguillons dont ,martial affine ses satires2 et cela1 pour cette mme raison que je viens de donner et que ,martial indique en parlant de lui-mme3 ,il n'avait pas de grands efforts faire1 le sujet lui tenait lieu d'esprit 7,martial74--,les premiers1 ceux qui brillent par leur imagination1 se font suffisamment comprendre1 sans s'agiter outre mesure1 ni se piquer pour s'exciter2 ils ont constamment de quoi rire1 sans que pour cela il leur soit ncessaire de se chatouiller2 les autres ont besoin de secours trangers2 moins ils ont d'esprit1 plus il leur faut de corps2 ils montent cheval1 parce qu'ils ne sont pas assez forts pour se tenir sur leurs jambes4 ,c'est ainsi que dans nos bals publics1 ces hommes de classe infrieure qui y enseignent danser1 dans l'impossibilit o ils sont d'avoir le maintien dcent de notre noblesse1 cherchent se faire valoir1 en excutant des sauts prilleux et autres mouvements extraordinaires1 comme ceux que pratiquent les bateleurs4 ,c'est pour cela galement que les dames ont plus facile contenance1 dans les danses comportant des figures et des mouvements de corps1 que dans certaines autres de crmonie o elles n'ont simplement qu' marcher en conservant leur port naturel et leur grce ordinaire4 ,de mme aussi ne voit-on pas les baladins qui excellent dans leur art1 vtus de leurs habits de tous les jours1 nous donner quand mme1 sans se grimer1 tout le plaisir que leurs farces peuvent nous causer2 tandis que leurs apprentis1 non encore rompus au mtier1 sont obligs de s'enfariner la figure1 de se travestir1 de faire force tours et grimaces burlesques1 pour nous dterminer rire4--,cette opinion de ma part clate mieux que partout ailleurs1 quand je compare l'nide et ,roland le furieux4 ,le premier de ces pomes se droule tire d'aile2 son vol demeure constamment haut et ferme1 on le voit toujours allant droit1 sans dvier de sa direction2 tandis que le second va voletant et sautillant d'pisode en pisode comme si1 ne se fiant ses ailes que pour franchir de courts espaces1 il allait de branche en branche afin de prendre pied chaque effort nouveau1 de peur de perdre haleine et que la force ne lui manque3 ,il ne tente que de petites courses 7,virgile74--,voil1 sur les sujets de ce genre1 les auteurs qui me plaisent le plus4 ,parmi les auteurs srieux1 ,plutarque et ,snque sont ceux que ,montaigne prfre2 comparaison entre ces deux crivains4--,quant mes autres lectures1 celles o je m'instruis quelque peu en mme temps que je me dlecte1 celles qui m'apprennent penser et me conduire1 je les puise dans ,plutarque depuis qu'il a t traduit en franais1 et dans ,snque4 ,tous deux ont ce grand avantage1 eu gard ma disposition d'esprit1 que les enseignements que j'y cherche s'y trouvent pars1 ce qui ne m'impose pas un travail long et continu dont je suis incapable2 ce caractre est celui des opuscules de ,plutarque et des ptres de ,snque1 qui sont ce qu'ils ont crit de mieux et de plus profitable4 ,il ne faut pas disposer de grand temps pour s'y mettre et je les quitte o et quand cela me plat1 parce que les sujets ne s'y font pas suite et ne dpendent pas les uns des autres4 ,ces deux auteurs1 d'accord sur la plupart des ides fondamentales1 ont encore d'autres points communs3 ils ont vcu dans le mme sicle1 ont t tous deux prcepteurs d'empereurs romains1 tous deux venaient de pays trangers et ont t riches et puissants4--,leur enseignement est de la philosophie la meilleure1 prsente de la faon la plus simple et avec comptence4 ,plutarque est plus gal et plus constant1 ,snque plus ondoyant et vari4 ,celui-ci peine1 se raidit1 fait effort pour dfendre la vertu contre la faiblesse1 la crainte et les apptits du vice2 l'autre ne semble pas faire cas de ces ennemis1 il ddaigne de hter le pas1 pour se mettre hors de leurs atteintes4 ,plutarque est de l'cole de ,platon1 ses ides se gardent de toute exagration et s'accommodent de la socit telle qu'elle est2 chez l'autre qui est de l'cole des ,stociens et de celle d'picure1 elles s'cartent davantage de ce qui est de mise dans la vie en commun mais sont1 mon avis1 plus commodes pour l'individu et empreintes de plus de fermet4 ,snque semble avoir fait quelque concession la tyrannie des empereurs de son temps1 car je considre comme certain que c'est parce qu'il y a t forc1 qu'il condamne la cause de ces hommes gnreux qui ont frapp ,csar2 ,plutarque conserve toujours son indpendance4 ,snque abonde en saillies et en critiques1 chez ,plutarque les faits prdominent2 le premier vous chauffe et vous meut davantage1 le second vous procure plus de contentement et vous ddommage mieux du temps que vous lui consacrez2 celui-ci nous guide1 l'autre nous pousse4 ,jugement port par ,montaigne sur les ouvrages philosophiques de ,cicron4--,pour ce qui est de ,cicron1 celles de ses uvres qui conviennent au but que je me suis propos1 sont ses ouvrages philosophiques traitant de la morale4 ,mais1 vrai dire et si hardi que cela paraisse 7et une fois que l'on a commenc tre impudent1 on est dans une voie o l'on ne s'arrte pas71 sa faon d'crire1 toute autre que celle des prcdents1 me semble ennuyeuse2 ses prfaces1 ses dfinitions1 ses classifications1 ses tymologies y tiennent en effet1 et bien inutilement1 presque toute la place2 ce qu'il y a de vif et de nerveux est touff par 99 ces longueurs prliminaires4 ,si j'ai pass une heure le lire1 ce qui est beaucoup pour moi1 et que je rcapitule tout ce que j'en ai tir de substantiel et de nutritif1 la plupart du temps je ne trouve que du vent1 parce que je ne suis encore arriv ni aux arguments1 ni aux raisons qui touchent directement au nud de la question que je cherche dmler4 ,pour moi1 qui ne demande autre chose que de devenir plus sage1 et ne veux devenir ni plus savant ou loquent1 cette exposition logique et conforme aux rgles poses par ,aristote est hors de propos2 je voudrais que l'on comment par ce qu'il met la fin2 je sais assez ce que c'est que la ,mort et la ,volupt1 sans qu'on s'amuse me les analyser en grand dtail4 ,je cherche d'emble les raisons bonnes et srieuses de nature me rconforter contre l'effort que j'ai supporter de leur part1 et les subtilits chres aux grammairiens1 pas plus qu'un ingnieux agencement de phrases et d'argumentations1 n'y ajoutent rien4 ,je veux des raisonnements qui1 ds le dbut1 battent en brche le point principal du litige2 les siens tranent trop autour de la question2 ils sont bons pour l'cole1 le barreau ou le sermon o nous avons tout le loisir de sommeiller et sommes encore temps1 quand un quart d'heure aprs nous revenons nous1 d'en ressaisir le fil4 ,c'est ainsi qu'il faut parler des juges que l'on veut gagner sa cause1 que l'on ait tort ou raison2 ou encore des enfants ou la foule auxquels il faut tout dire pour arriver ce qu'ils en retiennent quelque chose2 mais moi1 je ne veux pas qu'on soit sans cesse veiller mon attention et qu'on me crie cinquante fois3 ,entendez bien ceci1 comme font nos crieurs publics4 ,les ,romains disaient dans leurs prires liturgiques3 ,attention6 nous disons dans les ntres3 ,haut les curs6 ce sont l autant de paroles perdues pour moi qui arrive de chez moi tout dispos couter4 ,les assaisonnements et la sauce me sont inutiles1 je mange trs bien la viande toute crue2 et1 au lieu de me mettre en apptit1 ces prambules1 cette parade prcdant la pice1 me fatiguent et lui font perdre de son charme4--,la licence des temps sera-t-elle pour moi une excuse de l'audace sacrilge qui me porte trouver galement trop tranants les dialogues mmes de ,platon8 sous cette forme1 le sujet est par trop touff et je regrette le temps que passe ces longues interlocutions sans utilit1 qui lui servent d'entre en matire1 un homme qui avait tant de meilleures choses dire2 mon ignorance me sera une excuse plus admissible de ce que je n'apprcie pas la beaut de son style4--,en gnral1 je recherche les livres qui mettent en uvre la science et non ceux qui l'exposent2 ,plutarque et ,snque1 comme ,pline l'ancien et leurs semblables1 ne nous disent pas3 ,attention6 ils ne veulent avoir affaire qu' des gens qui se donnent d'eux-mmes cet avertissement1 ou1 s'ils l'emploient1 c'est alors propos d'un point essentiel1 ce n'est plus ds lors un simple prambule et il a une importance spciale4 loge des lettres ,atticus4--,je lis volontiers les ptres ,atticus de ,cicron1 parce qu'elles donnent de trs nombreux dtails sur l'histoire et les affaires de son temps2 et plus encore parce qu'elles nous difient sur son caractre personnel et que1 comme je l'ai dit ailleurs1 j'prouve une curiosit singulire connatre l'me et la tournure naturelle d'esprit des auteurs que je lis4 ,ce n'est gure que leur capacit1 et non leurs murs ni eux-mmes1 que nous pouvons juger d'ordinaire par ce qu'ils mettent dans les crits qu'ils talent la face du monde4 ,j'ai mille fois regrett que l'ouvrage que ,brutus a crit sur la vertu1 ne soit pas parvenu jusqu' nous2 il et t beau d'apprendre la thorie de qui s'y connaissait si bien en pratique4 ,toutefois comme celui qui prche et ce qu'il prche sont deux choses diffrentes1 j'aime encore mieux voir ,brutus peint par ,plutarque que par lui-mme2 mais je prfrerais savoir au juste ce dont il devisait1 sous sa tente1 avec un quelconque de ses amis intimes1 la veille d'une bataille1 plutt que les propos qu'il tenait le lendemain son arme1 et ce qu'il faisait dans son cabinet et dans sa chambre1 plus encore que sur la place publique et au snat4 ,caractre de ,cicron1 sa posie1 son loquence4--,sur ,cicron1 je suis de l'avis gnral1 c'est qu'en dehors de son savoir1 son me1 sous bien des rapports1 n'atteint pas la perfection4 ,il tait bon citoyen1 de nature dbonnaire ainsi que sont le plus souvent les hommes qui1 comme il l'tait1 sont replets et disposs se moquer2 mais1 dire vrai1 il y avait en lui beaucoup de mollesse1 d'ambition et de vanit4 ,je ne sais comment expliquer autrement le cas qu'il faisait de sa posie2 certes1 ce n'est pas une grande imperfection que de faire de mauvais vers2 mais c'en est une que de ne pas sentir combien les siens taient indignes de la gloire attache son nom4--,son loquence est absolument hors de pair2 je crois qu'aucun homme ne l'galera jamais4 ,cicron le jeune1 son fils1 qui n'avait d'autre point de ressemblance avec son pre que le nom qu'il portait1 commandait en ,asie4 ,il avait un jour sa table plusieurs personnes trangres1 parmi lesquelles ,cestius qui tait plac au bas bout et se trouvait l1 comme il arrive qu'on se fourre chez les grands quand ils tiennent table ouverte4 ,cicron s'informa qui il tait1 auprs d'un de ses gens qui lui dit son nom2 mais sa pense tait ailleurs1 et1 oubliant la rponse qui venait de lui tre faite1 il renouvela sa demande par deux ou trois fois diffrentes4 ,son serviteur1 pour n'avoir pas la peine de lui rpter encore la mme chose1 finit par lui rpondre1 pour fixer son attention par quelque circonstance particulire3 ,c'est ce ,cestius qui1 vous a-t-on dit1 ne fait pas grand cas de l'loquence de votre pre1 quand il la compare la sienne4 ,cicron1 prenant la mouche sur ce propos1 fit sur-le-champ saisir ce pauvre ,cestius et1 sans plus de faon1 fouetter en sa prsence4 ,voil certes un amphitryon peu courtois6--,parmi ceux mmes qui1 tous comptes faits1 avaient le plus d'estime pour son incomparable loquence1 il s'en est trouv que cela n'a pas empchs d'y relever des fautes2 dans le nombre1 le grand ,brutus1 son ami1 qui disait que c'tait une loquence casse et sans vigueur4 ,les orateurs de l'poque qui suivit1 lui reprochaient aussi ce soin singulier qu'il avait de terminer ses priodes par des phrases harmoniques d'une certaine longueur et les mots effet1 qu'il emploie si souvent2 pour moi1 je prfre des phrases finales plus brves1 nettement scandes4 ,malgr ce souci de l'harmonie1 il arrive1 quoique assez rarement1 qu'on rencontre chez lui des sons qui se heurtent1 comme je l'ai remarqu dans cette phrase3 ,en vrit1 quant moi1 j'aimerais mieux vieillir moins longtemps1 que de vieillir avant le temps4 ,montaigne se plat surtout avec les historiens1 particulirement avec ceux qui ont crit les vies de grands personnages4--,les historiens constituent mon passe-temps favori2 leur lecture m'est agrable et facile2 avec cela1 l'homme vu d'une faon gnrale1 celui-l mme que je cherche pntrer1 est prsent par eux plus nettement et plus compltement que partout ailleurs2 sa manire d'tre y apparat sous son vrai jour1 tant dans son ensemble que dans ses dtails et avec toutes ses variations2 de mme son caractre form de l'assemblage de ses qualits et de ses dfauts1 ainsi que les accidents auxquels il est expos4 ,parmi ceux qui crivent l'histoire1 ceux qui s'attachent moins aux vnements qu' leurs causes1 qui considrent les mobiles auxquels l'homme obit plutt que ce qui lui arrive1 sont ceux qui me plaisent le plus2 c'est pourquoi1 tous gards1 ,plutarque est mon homme4--,je suis trs contrari que nous n'ayons pas une douzaine de ,diogne ,laerce1 ou que son ouvrage ne soit pas plus tendu ou plus intelligemment fait1 parce que je suis tout aussi curieux de connatre la vie et les dtails de l'existence de ces grands ducateurs du monde1 que d'tre renseign sur leurs dogmes et leurs ides4--,quand on se livre des tudes historiques de ce genre1 il faut feuilleter indistinctement toutes sortes d'auteurs1 vieux et nouveaux1 qu'ils soient crits en bon ou en mauvais franais1 afin d'arriver connatre les diffrents points de vue sous lesquels chaque chose s'y trouve prsente4 loge des ,commentaires de ,csar4--,entre tous1 ,csar me parat mriter qu'on l'tudie1 non seulement sous le rapport de l'histoire1 mais pour lui-mme1 tant il y a en lui de perfection et de supriorit qui le placent au-dessus de tous les autres1 mme de ,salluste4 ,je le lis assurment avec beaucoup plus de recueillement et de respect qu'on ne lit d'ordinaire les ouvrages autres que les critures saintes1 sduit tantt par ses faits et gestes et sa merveilleuse grandeur1 tantt par la puret et l'inimitable correction de son style bien suprieur1 comme le dit ,cicron1 celui de tous les autres historiens1 et parfois celui de ,cicron lui-mme4 ,a la sincrit dans les jugements qu'il porte sur ses adversaires se joint1 qu'en dehors des couleurs fausses sous lesquelles il dissimule ce que sa cause a de mauvais et l'horreur de sa funeste ambition1 on ne peut1 mon sens1 lui reprocher que de ne pas avoir parl assez de lui-mme1 car d'aussi grandes choses que celles qu'il a accomplies1 ne peuvent l'avoir t sans que la part qu'il y a prise ne soit beaucoup plus considrable qu'il ne le dit4 ,les meilleurs historiens sont ceux qui ont le gnie de l'histoire et s'imposent par leur valeur1 ainsi que ceux qui crivent avec simplicit et bonne foi4--,parmi les historiens1 j'aime ceux qui sont ou trs simples ou excellents4 ,ceux qui sont simples1 n'tant pas mme d'y rien ajouter du leur1 recueillent avec soin et exactitude tout ce qui arrive leur connaissance1 enregistrent tout de bonne foi1 sans choix1 ni triage1 sans rien faire qui influence notre jugement dans la dcouverte de la vrit4 ,tel entre autres le bon ,froissart qui1 dans son uvre1 est d'une si franche navet1 que lorsqu'il a commis une erreur1 il ne craint pas de la reconnatre et de rectifier le passage o elle lui a t signale2 tous les bruits qui courent1 il les relve avec les variantes qu'ils peuvent prsenter2 toutes les versions qu'il recueille1 il les consigne2 ce sont des matriaux bruts et informes pour servir crire l'histoire1 qu'il collige2 et chacun1 aprs lui1 peut les utiliser suivant ses aptitudes4--,les historiens parfaits ont l'intelligence ncessaire pour discerner ce qui mrite de passer la postrit2 ils sont mme de distinguer entre deux relations celle qui est la plus vraisemblable2 de la situation en laquelle se trouvent les princes et de la connaissance de leur caractre1 ils en dduisent les mobiles qui leur dictent leurs dterminations et ils placent en leur bouche les paroles qui conviennent la circonstance2 ils sont fonds nous imposer leur manire de voir1 mais cela n'est le propre que d'un petit nombre4--,ceux qui occupent un rang intermdiaire1 et c'est la gnralit1 gtent tout4 ,ils veulent nous mcher les morceaux2 ils prtendent juger et faussent l'histoire suivant l'ide qu'ils s'en forment2 car une fois que l'on a jug dans un certain sens1 on ne peut se dfendre de forcer les faits et de les prsenter de manire les faire abonder d'aprs l'ide qu'on s'en est prmaturment fait4 ,ils font choix de ce qu'ils estiment devoir tre conserv1 et nous cachent souvent telle parole1 telle action particulire qui claireraient mieux la situation2 ils liminent comme incroyables les choses qu'ils ne comprennent pas1 et d'autres encore1 peut-tre parce qu'ils ne savent pas bien les rendre en latin ou en franais4 ,qu'ils nous dveloppent hardiment et aussi loquemment qu'ils le voudront leurs dductions1 qu'ils jugent comme ils croient devoir le faire1 mais qu'ils nous laissent1 nous aussi1 la possibilit de juger aprs eux2 que pour tre plus prcis et plus concis1 ils n'altrent et ne suppriment rien des matriaux qu'ils exposent1 et qu'ils nous les prsentent sans falsification et dans leur intgralit sous tous rapports4 ,les bonnes histoires sont d'ordinaire celles faites par des hommes ayant pris part aux vnements qu'ils racontent2 difficult de fixer les dtails de certains faits4--,le plus souvent1 surtout en ces sicles derniers1 on attribue ces fonctions d'historiographe des gens du commun1 par cette seule raison qu'ils savent trs bien parler1 comme si c'tait pour apprendre la grammaire que nous devions recourir leurs travaux2 quant eux1 n'ayant t choisis que par cette considration et n'ayant vendu que leur babil1 c'est de cela surtout qu'ils se proccupent et1 qu' grand renfort de belles phrases et de bruits ramasss dans les carrefours des villes1 ils vont composant leurs chroniques4 ,les seules histoires ayant de la valeur1 sont celles crites par ceux-l mmes qui commandaient aux affaires qu'ils racontent1 qui participaient leur direction ou au moins qui se sont trouvs en conduire d'autres de mme sorte2 c'est le cas de presque tous les historiens grecs et romains2 car alors1 si plusieurs tmoins oculaires ont crit sur le mme sujet 7et il arrivait frquemment1 en ces temps-l1 que les hautes situations et le savoir se trouvaient runis71 et qu'il y ait erreur1 elle ne peut tre qu'excessivement lgre et ne porter que sur un incident fort douteux4 ,que peut-on esprer d'un mdecin qui parle guerre1 ou d'un colier qui traite des projets que les princes ont en tte8--,un seul exemple suffira pour montrer combien les ,romains taient scrupuleux cet gard3 ,asinius ,pollio signale dans les ,commentaires mmes de ,csar1 quelques erreurs qui seraient dues ce qu'il ne pouvait voir par lui-mme tout ce qui se passait dans son arme et ce qu'il aurait cru des personnes lui rapportant parfois des faits qui n'avaient pas t suffisamment vrifis1 ou encore parce que ses lieutenants ne l'ont pas exactement renseign sur les oprations qu'ils ont conduites en son absence4 ,on peut juger par l combien cette recherche de la vrit est dlicate puisqu'on ne peut se fier1 pour connatre ce qui s'est pass dans un combat1 ce qu'en sait ce qui lui y commandait1 ni aux soldats sur ce qui s'est pass prs d'eux1 qu'autant que1 comme dans le cas d'une instruction judiciaire1 on confronte les tmoignages et on reoit les objections avant d'admettre comme prouvs les moindres dtails de chaque fait4 ,la connaissance de ce qui se passe aujourd'hui offre bien moins de garantie encore1 mais c'est l un point qui a t trait tout au long par ,bodin dans le sens o je le conois moi-mme4 ,jugements de ,montaigne sur ,guichardin1 ,philippe de ,comines et les sieurs de ,bellay4--,pour remdier un peu aux trahisons de ma mmoire qui me fait dfaut un degr tel qu'il m'est arriv plus d'une fois de reprendre1 comme rcents et m'tant inconnus1 des livres que quelques annes auparavant j'avais lus avec attention et couverts de notes1 j'ai pris1 depuis quelque temps1 l'habitude d'inscrire la fin de chacun de ceux dont je ne compte pas user nouveau1 l'poque laquelle j'en ai termin la lecture et1 en gros1 l'impression que j'en ai prouve1 de manire me reprsenter au moins la physionomie et l'ide gnrale qu'en lisant1 je me suis faites de l'auteur4 ,voici quelques-unes de ces annotations3 ,il y a environ dix ans1 sur mon ,guichardin 7en quelque langue que mes livres soient crits1 c'est dans la mienne que je les annote71 j'inscrivais3 ,historiographe soigneux1 duquel on peut1 je crois1 aussi exactement que de n'importe quel autre1 apprendre la vrit sur les affaires de son temps1 dans la plupart desquelles1 du reste1 il a jou un rle dans un rang honorable4 ,il ne semble pas que par haine1 condescendance ou vanit1 il ait rien dguis2 on peut s'en rendre compte par l'impartialit des jugements qu'il porte sur les grands1 particulirement sur ceux qui1 comme le pape ,clment ,,vii1 l'ont employ et lui ont donn de l'avancement dans les charges qu'il occupait4 ,il parat se prvaloir surtout des digressions qu'il fait et des apprciations qu'il porte2 il y en a de bonnes et il relate de beaux traits1 mais il s'y complat trop2 et pour ne rien laisser de ct1 bien que dj le sujet par lui-mme soit trs plein et trs ample1 pour ainsi dire infini1 il le dlaie encore et son style dgnre en caquet scolastique4 ,j'ai aussi remarqu chez lui que1 bien qu'il apprcie nombre d'hommes et de choses1 nombre d'vnements et de rsolutions1 il n'en rapporte jamais aucun la vertu1 la religion1 la conscience1 dont il ne tient pas plus compte que si elles n'existaient plus en ce monde2 toutes les actions1 si belles en apparence qu'elles puissent tre1 il les attribue toujours quelque cause vicieuse ou au profit que l'auteur doit en retirer4 ,il est cependant impossible d'admettre que dans cette infinit de faits qu'il relate1 il n'en soit pas un qui ait une cause raisonnable2 la corruption n'a pas pu tre si gnrale que tout le monde en ait t atteint et que nul n'y ait chapp4 ,cela me porte croire que le sens critique a pu lui faire un peu dfaut et que peut-tre il a jug les autres d'aprs ce qu'il tait lui-mme4 ,sur mon ,philippe de ,comines1 j'ai crit3 ,c'est l un langage doux et agrable1 d'une entire simplicit2 la narration y est exempte de circonlocutions1 la bonne foi de l'auteur y est manifeste2 il parle de lui-mme sans vanit1 des autres sans partialit ni envie2 ses rcits et ses commentaires marquent plus de zle empress et d'amour de la vrit que de relle supriorit2 en tout et partout1 se rvlent une autorit et un srieux qui tmoignent un homme de bonne famille1 familiaris avec les affaires d'importance4 ,sur les mmoires des sieurs de ,bellay3 ,il y a toujours plaisir lire les choses crites par ceux qui ont t mls leur conduite2 mais on ne peut nier que chez ces deux seigneurs on ne constate une infriorit vidente et trs accentue dans la sincrit et la libert de langage qui1 au contraire1 caractrisent les crivains similaires des temps passs1 tels que le sire de ,joinville familier de ,saint ,louis1 ginard chancelier de ,charlemagne1 et plus rcemment ,philippe de ,comines4 ,leur ouvrage est plutt un plaidoyer en faveur du roi ,franois ,ier contre l'empereur ,charles-,quint1 qu'une histoire4 ,je ne veux pas croire que les auteurs aient1 quant au fond1 rien chang aux faits qu'ils rapportent1 mais ils se sont appliqus les prsenter1 souvent tort1 sous un jour qui nous est favorable1 omettant tout ce qui1 dans la vie de leur matre1 est de nature particulirement dlicate3 c'est videmment l un travail de commande2 ainsi les disgrces de ,messieurs de ,montmorency et de ,brion n'y sont pas mentionnes1 et mme on n'y trouve seulement pas le nom de ,madame d'tampes2 on peut admettre que l'on passe sous silence les choses secrtes1 mais taire ce que tout le monde connat1 en passer de semblable importance qui ont eu une telle influence sur les affaires publiques1 est inexcusable4 ,en somme1 si l'on m'en croit1 on s'adressera ailleurs pour avoir une complte connaissance du roi ,franois ,ier et de ce qui s'est pass en son temps4 ,ce qu'on y peut lire avec profit1 c'est le rcit particulier des batailles et actions de guerre auxquelles ces deux gentilshommes ont assist1 quelques paroles et actes de la vie prive de certains princes de leur temps1 les dmarches faites et les ngociations conduites par le seigneur de ,langeais o sont consignes beaucoup de choses qui mritent d'tre sues1 accompagnes de rflexions assez remarquables4 ,,chapitre ,,xi4 ,de la cruaut4 ,la bont a l'apparence de la vertu2 caractres qui les diffrencient4--,il me semble que la vertu est chose autre et plus noble que le penchant la bont qui est naturellement en nous4 ,les mes bien quilibres dont l'ducation a t bonne1 se comportent comme les mes vertueuses1 les actions des unes et des autres se ressemblent2 mais la vertu se distingue par je ne sais trop quoi de plus grand1 de plus actif que de se laisser1 sous l'influence d'un heureux naturel1 doucement et paisiblement mener par la raison4 ,celui qui1 par douceur et indiffrence inhrentes son temprament1 mprise les offenses1 fait une chose trs belle et digne d'loges2 mais celui qui1 piqu au vif et profondment irrit par une offense1 chez lequel la raison combat un furieux dsir de vengeance1 qu'aprs une longue lutte il parvient surmonter1 fait1 sans aucun doute1 beaucoup mieux encore4 ,celui-l agit bien1 celui-ci vertueusement2 l'acte du premier est de la bont1 celui du second de la vertu4 ,il semble que la vertu prsuppose de la difficult et de l'opposition1 et qu'elle ne peut exister que s'il y a lutte4 ,c'est peut-tre pour cela que nous qualifions ,dieu de bon1 de fort1 de libral1 de juste1 mais non de vertueux1 parce que tout ce qu'il fait lui est naturel et qu'il n'a besoin d'aucun effort pour le faire4 ,des philosophes1 non seulement des ,stociens mais mme des picuriens1 ont jug qu'il ne suffit pas que l'me soit anime de bons sentiments1 voie juste et soit pleinement dispose la pratique de la vertu1 que par nos rsolutions et nos discours nous nous levions au-dessus des vicissitudes de la fortune1 ils veulent encore que nous recherchions les occasions d'en faire la preuve1 et ils vont au-devant de la douleur1 de la misre1 du mpris1 afin de les combattre et de tenir leur me en haleine3 ,la vertu s'affermit par la lutte 7,snque74--,j'ai dit des ,stociens1 et mme aussi des picuriens1 suivant cet gard l'opinion commune qui place les premiers au-dessus des seconds1 et cela bien tort1 quoi qu'en dise ,arcsilas dans cette boutade spirituelle par laquelle il rpondait quelqu'un qui lui faisait la remarque que beaucoup de gens passaient de son cole celle d'picure1 99 mais que l'inverse ne se produisait jamais3 ,je crois bien2 avec des coqs on fait assez de chapons1 avec des chapons on n'a jamais fait de coqs4 ,la vrit est que la secte d'picure ne le cde en rien1 comme fermet et rigidit de principes et de prceptes1 celle de ,znon4 ,quelqu'un de cette dernire cole1 de meilleure foi que ceux qui dnigrent picure et qui1 pour le combattre et se donner beau jeu1 lui font dire ce qu'il n'a jamais pens1 interprtent ses paroles de travers1 s'armant des rgles de la grammaire pour y trouver un sens tout autre que celui suivant lequel il professait et des ides qu'ils savent contraires ce qu'il pensait et mettait en pratique1 disait que1 entre autres considrations qui avaient fait qu'il n'avait pas voulu tre picurien1 la voie qu'ils suivent1 place trop grande hauteur1 lui paraissait inaccessible1 car ceux qu'on appelle les amoureux de la volupt1 le sont en effet de l'honntet et de la justice1 et respectent et pratiquent toutes les vertus 7,cicron74 ,c'est par les combats qu'elle livre que la vertu se perfectionne4--,c'est parce que la vertu s'affermit par la lutte1 qu'paminondas1 qui tait cependant d'une autre secte que les deux que je viens de citer1 refuse les richesses que1 trs lgitimement1 la fortune lui met en mains1 pour avoir sujet1 dit-il1 de lutter contre la pauvret qui1 chez lui1 tait grande et dont il ne sortit jamais4--,socrate tait1 ce me semble1 soumis plus rude preuve encore1 ayant affaire une femme mchante qui1 toujours applique le tourmenter1 tait en quelque sorte pour lui comme un pige constamment tendu4--,a ,rome1 ,mtellus1 n'coutant que la voix de la vertu1 seul de tous les snateurs rsistait aux violences du tribun du peuple ,saturninus qui voulait toute force faire passer en faveur des plbiens une loi injuste4 ,ayant1 de ce fait1 encouru la peine capitale porte par ce tribun contre quiconque y ferait opposition1 il tenait ceux qui le conduisaient au lieu du supplice1 des propos de cette nature3 ,il est bien facile de mal faire et cela demande peu de courage2 faire le bien sans courir de risques1 est chose vulgaire2 faire bien1 alors qu'il y a danger le faire1 est le propre de l'homme vertueux4 ,ces paroles nous peignent trs clairement ce que je voulais tablir3 que la vertu n'admet pas la facilit pour compagne2 et que cette voie aise1 commode1 pente douce sur laquelle nous sommes naturellement entrans1 n'est pas celle que suit la vritable vertu1 son chemin elle est ardu et pineux4 ,il lui faut la lutte1 soit contre les difficults qui naissent en dehors de nous comme dans le cas de ,mtellus vis--vis duquel la fortune s'est plu interrompre les peines de la vie1 soit contre les difficults intimes produites en nous par nos apptits dsordonns et les imperfections de notre nature4 ,dans les mes touchant la perfection1 la vertu est facile pratiquer parce qu'elle y est l'tat d'habitude4--,jusqu'ici ma thse marche bien2 mais voil que je m'aperois qu' ce compte1 l'me de ,socrate1 qui est pourtant la plus parfaite qui soit ma connaissance1 ne serait pas trs recommandable2 car je ne puis concevoir qu'il ait jamais t en proie des dsirs condamnables2 tant donne sa vertu1 je n'imagine pas qu'il ait prouv de difficult la pratiquer et que1 pour cela1 il ait d entrer en lutte avec lui-mme4 ,sa raison tait si grande et il avait un tel empire sur lui1 qu'elle n'a jamais d seulement laisser natre en lui le moindre apptit rprhensible2 sa vertu tait si haute1 que je ne puis supposer que rien de blmable ait exist chez lui et je me la reprsente marchant constamment d'un pas victorieux et triomphant1 solennel1 sans embarras1 sans que quoi que ce soit l'arrte ou la trouble4--,si1 pour exister1 la vertu a besoin de luttes contre les passions contraires1 en conclurons-nous qu'elle ne peut se passer du concours du vice et qu'il lui est indispensable pour qu'elle obtienne le crdit et l'honneur en lesquels on la tient8 ,que vaudrait alors cette brave et gnreuse volupt que prne picure1 qui a pour la vertu des sentiments maternels1 qu'elle lve pour ainsi dire sur ses genoux1 foltrant avec elle1 lui donnant pour jouets la honte1 les fivres1 la pauvret1 la mort1 les cachots8--,si j'admets que la vertu parfaite se reconnat dans la manire dont elle combat la douleur1 dans la patience avec laquelle1 sans en tre mue1 elle supporte les violences de la goutte2 si l'pret et la difficult sont les conditions essentielles de son existence1 qu'est-ce donc alors que cette vertu monte un diapason tel1 que non seulement elle mprise la souffrance1 mais s'en rjouit et se dlecte sous l'treinte d'une violente colique2 cette vertu qui est celle dont les picuriens ont pos le principe auquel nombre d'entre eux ont d'une faon incontestable conform leurs actes1 et que bien d'autres qu'eux ont mme outrepass1 comme par exemple ,caton le jeune8 ,combien est belle la mort de ,caton d',utique6--,quand je vois ,caton se dchirer les entrailles lorsqu'il se donne la mort1 je ne puis croire que c'est simplement parce que son me tait absolument exempte de trouble et d'effroi1 ni penser qu'il agissait ainsi uniquement pour obir aux rgles poses par les ,stociens1 qui voulaient que l'acte qu'il accomplissait le ft de propos dlibr1 sans motion1 sans que son impassibilit se dmentit4 ,il devait1 j'estime1 y avoir dans sa vertu trop d'nergie1 elle tait de trop bonne trempe pour s'en tenir l2 et je crois plutt qu'il trouvait plaisir et volupt dans l'accomplissement de cette si noble action1 et qu'il s'y complut plus que dans toute autre de son existence3 ,il sortit de la vie1 heureux d'avoir trouv un prtexte de se donner la mort 7,cicron74 ,je le crois si bien1 que je doute qu'il et voulu que cette occasion d'un si bel exploit ne se prsentt pas2 j'en demeurerais convaincu1 n'tait sa hauteur de sentiments qui lui disait placer le bien public au-dessus du sien propre2 et je suis persuad qu'il sut gr la fortune1 puisqu'elle favorisait un brigand foulant aux pieds les antiques liberts de sa patrie1 de lui avoir rserv lui-mme une si belle preuve4 ,il me semble voir1 dans sa conduite en cette circonstance1 je ne sais quelle satisfaction intime de son me qui devait prouver un plaisir extraordinaire1 une mle volupt1 lorsqu'elle considrait la noblesse et l'lvation de ce qu'il allait faire1 d'autant plus fire1 qu'il avait rsolu de mourir 7,horace71 soutenu non par le dsir d'acqurir de la gloire1 comme l'ont prtendu quelques-uns1 le jugeant comme peuvent le faire les masses toujours portes voir les choses par leur petit ct3 c'et t l un motif indigne de ce cur si gnreux1 si haut plac1 si scrupuleux1 mais par la beaut de l'acte lui-mme dont il apprciait la sublimit mieux que nous ne pouvons le faire1 parce que plus que personne il en connaissait les mobiles4 ,les philosophes1 ma grande satisfaction1 ont estim que cette action si belle1 n'et t chez personne mieux en place que dans la vie de ,caton1 qu' lui seul il appartenait de finir ainsi2 et nanmoins1 il eut galement raison d'ordonner son fils et aux snateurs qui l'accompagnaient de prendre une rsolution autre3 ,caton1 qui avait reu de la nature une svrit incroyable1 qui1 par une perptuelle constance et l'immuabilit de ses principes1 avait encore affermi son caractre1 devait mourir plutt que de soutenir la vue d'un tyran 7,cicron74--,toute mort doit tre conforme la vie laquelle elle met un terme2 au moment de mourir1 nous ne devenons pas autres que nous n'tions4 ,je juge toujours de la mort par la vie et1 si on vient m'en citer quelqu'une tmoignant de l'nergie1 conscutive une vie faible1 je tiens que ce n'est l qu'un effet d'apparence et qu'elle n'en a pas moins une cause entache de faiblesse1 assortie cette vie4 ,la gat qui accompagne la mort de ,socrate met celle-ci au-dessus de celle de ,caton4--,de ce que la mort de ,caton s'est accomplie dans d'heureuses conditions1 de ce qu'elle lui a t rendue facile par la force d'me qu'il avait acquise1 cela diminue-t-il le mrite transcendant de sa vertu8 ,qui1 parmi ceux tant soit peu imbus des vrais principes de la philosophie1 se borne se reprsenter ,socrate uniquement exempt de crainte et de passions1 lorsqu'il fut jet en prison1 charg de fers1 puis condamn8 ,qui ne reconnat en lui1 outre la fermet et la constance qui taient le propre de sa vie ordinaire1 une sorte de satisfaction nouvelle1 de joie manifeste dans ses entretiens et sa manire d'tre1 lorsqu'il approche de sa fin8 ,le tressaillement de plaisir qu'il prouve se frotter la jambe quand ses fers viennent de lui tre ts1 n'est-ce pas un reflet du contentement1 du bonheur que son me ressent d'tre dgage des incommodits du pass et de l'approche du moment o l'avenir va se rvler elle6 ,caton me pardonnera1 je l'espre3 sa mort est plus tragique et frappe davantage que celle de ,socrate1 mais celle-ci est1 je ne sais pourquoi1 encore plus belle4 ,aristippe1 rpondant ceux qui le plaignaient1 disait3 ,puissent les dieux m'en accorder une pareille6 ,chez ces deux personnages1 ,caton et ,socrate1 et chez ceux qui marchent sur leurs traces 7car pour de semblables je doute qu'il en ait jamais exist71 la pratique constante de la vertu l'a rendue partie intgrante d'eux-mmes1 l'me n'a plus besoin de faire effort pour obir la raison2 il est dans son essence mme qu'il en soit ainsi1 c'est un tat naturel qui lui est ordinaire1 et elle en est arrive l par une longue pratique des prceptes de la philosophie appliqus par une belle et riche nature4 ,les mauvaises passions qui s'emparent de nous1 n'ont point accs en eux1 o la force et la rigidit des principes touffent et teignent les dsirs malsains ds qu'ils commencent germer4 ,diffrents degrs de vertu4--,or1 il faut reconnatre qu'il est plus beau1 grce une haute et divine rsolution1 d'empcher les tentations de natre et de se former la vertu en touffant le vice dans son germe que de s'opposer aux progrs du mal1 de s'armer et de faire effort pour l'arrter dans sa course et en triompher quand une fois on s'est laiss aller aux premires motions des passions4 ,cette seconde faon de se conduire est elle-mme1 sans doute possible1 plus mritoire que d'tre simplement d'un temprament facile et dbonnaire1 loign par nature de la dbauche et du vice4 ,dans cette troisime et dernire hypothse1 l'homme1 ce me semble1 peut demeurer innocent mais il n'est pas vertueux1 il est exempt de faire le mal mais sans nergie suffisante pour faire le bien1 et cela lui constitue un tat voisin de l'imperfection et de la faiblesse dont les limites sont si difficiles distinguer1 que ces mots mmes de ,bont et ,innocence n'veillent plus en nous en quelque sorte qu'une ide de mpris4 ,certaines vertus nous sont attribues qui ne proviennent que de la faiblesse de nos facults4--,je constate que plusieurs vertus1 telles que la chastet1 la sobrit1 la temprance1 peuvent tre produites en nous par un affaiblissement de nos facults corporelles2 la fermet dans les dangers 7si cela peut s'appeler de la fermet71 le mpris de la mort1 la rsignation dans le malheur1 peuvent provenir et proviennent souvent de ce que l'homme ne juge pas bien de ces accidents et ne les conoit pas tels qu'ils sont2 c'est ainsi que faute de comprendre et par btise1 on semble parfois tre vertueux1 et que j'ai vu louer des gens de choses pour lesquelles ils taient blmer4--,un seigneur italien a tenu un jour devant moi le propos suivant1 peu l'avantage de sa nation3 ,la subtilit d'esprit des ,italiens1 disait-il1 et la vivacit de leurs conceptions sont si grandes1 ils prvoient de si loin les dangers et accidents qui peuvent leur advenir1 qu'il n'est pas trange qu'on les voie si souvent1 la guerre1 pourvoir leur sret avant mme d'avoir reconnu le pril4 ,les ,espagnols et nous qui ne sommes pas si fins1 allons plus avant2 il nous faut voir de nos propres yeux1 toucher le danger avec la main1 pour que nous nous en effrayions2 mais1 partir de ce moment1 nous n'avons pas meilleure tenue4 ,pour ce qui est des ,allemands et des ,suisses1 plus grossiers et plus lourds1 ils ont peine l'esprit de se raviser1 quand les coups commencent pleuvoir sur eux4 ,c'tait peut-tre l une plaisanterie2 il n'en est pas moins vrai qu' la guerre1 les dbutants se risquent souvent avec une imprudence bien autrement grande qu'ils ne le font aprs avoir t chauds3 ,on sait ce que peuvent sur un guerrier la soif de la gloire et l'espoir caress d'un premier triomphe 7,virgile74 ,et c'est pourquoi1 lorsqu'on juge une action particulire1 il faut considrer les circonstances au milieu desquelles elle s'est produite1 et dans son entier l'homme qui en est l'auteur1 avant de se prononcer sur la qualification lui donner4 ,montaigne dclare qu'il a d son temprament1 plus qu'aux efforts faits pour rsister1 de n'avoir pas cd ses passions1 et qu'il tait plus rgl dans ses murs que dans ses penses4--,un mot sur moi-mme ce propos4 ,j'ai vu quelquefois mes amis appeler prudence ce qui1 chez moi1 n'tait qu'une chance heureuse1 et considrer comme un rsultat de mon courage et de ma patience ce qui tait un effet de mon jugement et de l'opinion que je m'tais faite de la situation1 m'attribuant ainsi un titre pour un autre1 tantt mon avantage1 tantt mon dtriment4 ,du reste1 il s'en faut de tant que j'en sois arriv cet tat qui tient le premier rang et ralise la perfection1 o la vertu est passe en habitude1 que je n'ai mme donn que peu de preuves d'avoir atteint le degr prcdent1 n'ayant jamais fait grand effort pour contenir les dsirs qui ont pu m'assaillir4 ,ma vertu n'est que de l'innocence ou1 pour mieux dire1 une vertu tout accidentelle et fortuite4 ,si j'tais venu au monde avec un temprament plus ardent1 j'aurais t en fort mauvaise posture1 je le crains1 car je n'ai gure trouv en moi une fermet d'me capable de refrner mes passions1 pour peu qu'elles aient t tant soit peu violentes2 les querelles et dbats soutenir en moi-mme ne sont pas mon fait4 ,je n'ai donc pas grand mrite ne pas avoir certains vices4 ,si ma nature est bonne et si je n'ai que quelques lgers dfauts1 comme un beau visage peut avoir des taches lgres 7,horace71 je le dois moins la raison qu' la fortune4 ,celle-ci m'a fait natre d'une race rpute pour son honorabilit et d'un excellent pre2 je ne sais s'il m'a pass en partie son caractre1 si les exemples de ma famille1 la bonne ducation que j'ai reue dans mon enfance1 y ont insensiblement aid1 ou bien si je suis n dans ces dispositions2 ,que je sois venu au monde sous le signe de la ,balance1 sous celui du ,scorpion dont le regard est si funeste au moment de la naissance1 ou sous celui du ,capricorne qui rgne en tyran sur les mers d',occident 7,horace71 ce qu'il y a de certain1 c'est que de moi-mme j'ai la plupart des vices en horreur4 ,le mot d',antisthnes quelqu'un qui lui demandait quel est le meilleur apprentissage de la vie3 ,dsapprendre le mal1 ne semble pas applicable mon cas4 ,la rpulsion que j'en ressens part d'un sentiment qui m'est si naturel et si personnel que cet instinct1 cette impression qui remontent mes premiers ans1 sont demeurs sans qu'aucune circonstance ait pu les modifier1 bien que1 mes principes se dpartant sur quelques points de leur rigorisme1 je me laisse aller1 comme tout le monde1 des actes que ma nature intime rprouve4 ,cela peut paratre une normit1 il n'en est pas moins vrai que j'ai sur certaines choses plus de retenue et de rgle dans mes murs que dans ma manire de voir1 et que mes dsirs ont moins que ma raison de propension la dbauche4--,aristippe1 qui met en faveur de la volupt et des richesses1 des ides tellement hardies qu'elles ont mis en moi et soulev contre lui tous les philosophes1 tait tout autre dans sa vie prive3 ,denys le tyran lui ayant prsent trois belles filles pour qu'il ft son choix1 il lui rpond qu'il les choisit toutes les trois1 ,pris s'tant trop mal trouv d'en avoir prfr une aux deux autres2 mais1 arriv chez lui1 il les renvoie sans y toucher4 ,son valet1 l'accompagnant dans un voyage1 trouvait avoir trop grosse charge de l'argent qu'il portait2 il lui dit d'en retirer ce qui pouvait l'embarrasser et de le laisser sur le bord du chemin4--picure1 dont les dogmes sont irrligieux et nous incitent plutt bien jouir de la vie1 vcut trs attach aux pratiques religieuses et adonn au travail4 ,nous le voyons crire un de ses amis qu'il ne vit que de pain bis et d'eau et qu'il le prie de lui envoyer un morceau de fromage1 pour lui procurer la possibilit de faire un moment donn un repas somptueux4--,serait-il donc vrai que1 pour tre tout fait bon1 il faille que nous y soyons port par une disposition naturelle qui s'empare compltement de nous1 dont nous n'avons pas conscience et laquelle ni les lois1 ni le raisonnement1 ni l'exemple ne peuvent rien6 ,mes propres dbordements n'ont pas t1 ,dieu merci1 des plus rprhensibles2 je les ai condamns1 comme ils le mritaient1 car mon jugement ne s'en est pas trouv fauss2 99 il les a mme blms chez moi plus que chez tout autre1 mais c'est tout4 ,je conviens que j'y oppose bien peu de rsistance et que je me laisse aisment entraner par eux1 sauf en prvenir les abus et empcher qu'ils ne dgnrent en excs de toute nature parce que1 volontiers1 si on n'y prend garde1 les diffrents vices naissent les uns des autres et finissent par agir simultanment4 ,je me suis efforc de restreindre les miens1 de les isoler1 de les simplifier de mon mieux1 sauf cela1 je ne suis pas vicieux 7,juvnal74 ,il estime que pour tre adonn un vice on n'est pas ncessairement sujet tous autres4--,les ,stociens disent que lorsque le sage agit1 toutes les vertus qui sont en lui1 participent l'action1 bien qu'il y en ait une qui1 suivant la nature de l'acte1 semble avoir un effet prdominant4 ,nous retrouvons quelque chose de semblable dans le corps humain1 qui ne peut1 par exemple1 s'abandonner la colre1 sans que toutes ses humeurs ne soient en mouvement1 cette passion elle-mme ne cessant de prdominer4 ,de l1 ils concluent que du moment o nous cdons un vice1 tous les autres se donnent simultanment carrire en nous4 ,je ne crois pas que les choses se passent aussi simplement ou je ne saisis pas bien ce qu'ils veulent dire1 car1 chez moi1 je ressens l'effet contraire2 ce sont l subtilits des plus dlicates qui chappent au raisonnement et sur lesquelles s'exerce parfois la philosophie2 j'ai des vices1 mais il en est d'autres que je fuis avec autant d'attention qu'un saint peut en apporter4 ,les ,pripatticiens non plus n'admettent pas cette connexit1 cette relation invitable1 et ,aristote est d'avis qu'un homme peut tre prudent et juste tout en tant intemprant et incontinent4 ,socrate avouait ceux qui trouvaient que sa physionomie marquait un penchant au vice1 qu'il y tait1 en effet1 naturellement port1 mais qu'il s'en tait corrig parce qu'il s'en tait fait un devoir4 ,les familiers du philosophe ,stilpon disaient de lui que1 n avec un got prononc pour le vin et les femmes1 il tait arriv1 en s'y appliquant1 s'abstenir compltement de l'un et de l'autre4 ,au contraire1 ce que j'ai de bien1 je l'ai1 parce que le sort me l'a attribu ma naissance2 ce n'est un effet ni des obligations1 ni des principes qui m'ont t inculqus1 non plus que de l'apprentissage que j'ai pu en faire2 l'innocence qui est en moi1 est essentiellement primitive1 elle a peu de ressort et est sans malice4--,parmi les vices1 il en est un1 la cruaut1 que j'excre particulirement2 par nature aussi bien que par raison1 je le considre comme le pire de tous2 j'en suis arriv cette faiblesse que je ne vois pas gorger un poulet sans que cela me soit dsagrable et il m'est pnible d'entendre gmir un livre sous les dents de mes chiens1 quoique je sois trs passionn pour la chasse4--,ceux qui s'lvent contre la volupt1 arguent volontiers1 pour montrer qu'elle est vicieuse et draisonnable1 de ce que lorsqu'elle est porte son paroxysme1 elle nous matrise au point que la raison n'y peut avoir accs1 et1 l'appui1 ils invoquent ce que nous ressentons lorsque nous nous unissons la femme1 quand1 l'approche du plaisir1 ,vnus va fconder son domaine 7,lucrce71 alors qu'il leur semble que la satisfaction de nos sens nous met tellement hors de nous que notre raison1 anantie et accapare par la volupt1 est hors d'tat de jouer son rle4 ,il est possible l'homme de demeurer matre de ses penses et de sa volont1 dans les transports amoureux plus encore qu' la chasse4--,je tiens qu'il peut en tre autrement et qu'il est possible parfois1 quand on le veut1 de faire qu'en ce mme instant1 l'me se reporte vers d'autres penses2 mais pour cela1 il faut faire effort et que ce soit de propos dlibr4 ,je sais qu'on peut contenir l'effet de ce plaisir et j'en parle avec connaissance de cause2 je n'ai pas trouv que ,vnus soit une si imprieuse desse que le prtendent d'autres plus svres que moi4 ,je ne considre pas comme un miracle1 ainsi que le fait la reine de ,navarre dans l'un des contes de son ,heptamron 7livre trs agrable en son genre71 ni comme une difficult excessive de passer des nuits entires1 alors qu'on a toute libert et facilit1 avec une matresse que l'on a longuement dsire1 et d'observer l'engagement que l'on aurait pris de se contenter de ses baisers et de simples attouchements4 ,je crois que la chasse nous donne un exemple plus probant de cette impuissance momentane de la raison3 le plaisir y est moins grand1 le ravissement et la surprise le sont davantage1 et cependant notre raison tonne y perd la facult de se ressaisir inopinment1 quand1 aprs une longue qute1 la bte dbouche tout coup l o nous l'attendions le moins2 la secousse1 les cris pousss de toutes parts1 nous entranent au point qu'il serait difficile ceux qui aiment cet exercice1 de reporter ce moment leur pense ailleurs2 aussi les potes reprsentent-ils ,diane victorieuse des embrasements et des flches de ,cupidon3 ,comment ne pas oublier1 au milieu de telles distractions1 les soucis de l'amour 7,horace78 ,sensibilit de ,montaigne2 son horreur pour tout ce qui est cruaut4--,revenons notre sujet4 ,je m'attendris trs facilement sur les misres d'autrui2 et1 lorsqu'une circonstance quelconque me fait trouver avec d'autres personnes en larmes1 je pleurerais facilement de compagnie1 si une raison quelconque pouvait me tirer les larmes des yeux4 ,il n'est rien qui m'meuve comme de voir pleurer1 que ce soit en ralit1 que l'on fasse semblant1 ou mme que ce soit simplement en peinture4 ,je ne plains gure les morts1 je les envierais plutt1 mais je plains trs fort les mourants4 ,les sauvages qui font rtir et mangent les corps des trpasss1 me produisent une impression moins pnible que ceux qui les tourmentent et les torturent quand ils sont encore vivants2 je ne puis mme voir avec calme les excutions capitales ordonnes par la justice1 si rationnelles qu'elles soient4--,quelqu'un voulant donner une preuve de la clmence de ,jules ,csar1 disait3 ,il tait doux dans ses vengeances3 ,ayant contraint de se rendre lui des pirates qui1 quelque temps avant1 l'avaient fait prisonnier1 mis ranon et qu'il avait menacs de faire mettre en croix1 il leur tint parole1 mais ne les y fit attacher qu'aprs les avoir fait trangler auparavant4 ,philomon1 son secrtaire1 ayant tent de l'empoisonner1 il le fit simplement mettre mort1 sans le torturer autrement4 ,sans nommer l'auteur latin qui ose produire comme un tmoignage de clmence1 de se borner mettre mort qui vous a offens1 il est facile de deviner que cet auteur crivait sous l'impression des si vilains et horribles faits de cruaut1 dont usrent les tyrans qui rgnrent ,rome4 ,mme l'gard des criminels1 la peine de mort devrait tre applique sans aggravation de tourments inutiles4--,pour moi1 je tiens pour de la cruaut tout ce qui1 mme du fait de la justice1 va au del de la mort simplement applique1 surtout de notre part nous1 qui devrions avoir la proccupation d'envoyer les mes en bon tat dans l'autre monde1 ce qui ne se peut1 quand elles quittent celui-ci agites et dsespres par les tourments intolrables qu'elles ont eus subir4--,ces jours derniers1 un soldat qui tait prisonnier1 apercevant de la tour o il tait dtenu que la foule se runissait sur la place et que des charpentiers y montaient un chafaud1 crut que c'tait pour lui4 ,il en conut la rsolution de se tuer1 et1 pour ce faire1 ne trouva qu'un vieux clou de charrette1 tout rouill1 que le hasard lui mit entre les mains4 ,il s'en porta d'abord deux coups dans la gorge2 puis1 voyant qu'il n'obtenait pas le rsultat qu'il cherchait1 il s'en donna peu aprs un troisime coup dans le ventre1 laissant le clou dans la plaie4 ,le premier gardien qui entra dans sa prison1 le trouva en cet tat1 encore vivant mais gisant terre et presque sans force du fait de ses blessures4 ,de peur qu'il ne vint trpasser1 sans perdre de temps1 on lui lut en hte sa sentence2 quand il l'eut entendue et qu'il vit qu'il n'tait condamn qu' avoir la tte tranche1 il parut reprendre courage1 accepta du vin qu'il avait d'abord refus et remercia ses juges de la douceur inespre de sa condamnation1 dclarant qu'il avait pris le parti de se donner la mort1 par crainte d'avoir en subir une plus dure et plus douloureuse1 croyant1 d'aprs les prparatifs qu'il avait vu faire sur la place1 qu'on voulait lui faire subir quelque horrible supplice4 ,de ce que son genre de mort tait chang1 il semblait que ce ft pour lui comme s'il tait graci4 ,ces barbaries devraient uniquement s'exercer sur les corps inanims des supplicis2 ils produiraient tout autant d'effet sur le public4--,je serais d'avis que ces exemples de rigueur1 que l'on fait pour retenir le peuple dans le devoir1 s'exerassent seulement sur les cadavres des criminels2 les voir privs de spulture1 brls1 cartels1 cela impressionnerait le vulgaire autant que peuvent le faire les peines que l'on fait souffrir aux vivants1 bien que de fait ce soit peu ou mme rien1 comme il est dit dans les saintes critures3 ,ils tuent le corps2 mais aprs1 que peuvent-ils faire de plus 7,s4 ,luc78 ,les potes font trs bien ressortir ce que l'horreur de ces svices exercs aprs la mort1 vient y ajouter3 ,ho6 ne leur laissez pas1 sur ces champs dsols1 traner d'un roi sanglant les restes demi brls 7,ennius1 cit par ,cicron74--,je me trouvais un jour1 par hasard1 sur les lieux1 quand1 ,rome1 fut supplici ,catena1 un voleur fameux4 ,on l'trangla sans que l'assistance manifestt la moindre motion2 mais1 quand on en vint le mettre en quartiers1 chaque coup que donnait le bourreau provoquait dans la foule des gmissements plaintifs et des exclamations1 comme si chacun prtait ce cadavre les sensations qu'il prouvait lui-mme4 ,il faut exercer ces barbaries excessives1 non sur qui vit encore1 mais sur sa dpouille4--,c'est en s'inspirant d'une pense peu prs semblable1 qu',artaxerxs temprait la rigueur des anciennes lois des ,perses1 en dictant que les seigneurs qui avaient manqu aux devoirs de leur charge1 au lieu d'tre fouetts1 comme cela se faisait1 seraient dpouills de leurs vtements que l'on fouetterait leur place1 et qu'au lieu de leur arracher les cheveux1 on leur terait simplement leurs tiares4--,les gyptiens1 si remplis de dvotion1 estimaient bien satisfaire la justice divine1 en lui sacrifiant des pourceaux1 soit vivants1 soit en effigie2 ide hardie que de croire pouvoir s'acquitter ainsi par des moyens fictifs1 tels que la peinture et l'ombre1 vis--vis de ,dieu qui est lui-mme d'essence si essentiellement positive4 ,je vis une poque o1 par suite des excs de nos guerres civiles1 abondent des exemples incroyables de cruaut2 je ne vois rien dans l'histoire ancienne1 de pire que les faits de cette nature qui se produisent chaque jour et auxquels je ne m'habitue pas4 ,a peine pouvais-je concevoir1 avant de l'avoir vu1 qu'il existt des gens assez farouches pour commettre un meurtre pour le seul plaisir de tuer2 qui hachent1 dpcent leur prochain1 s'ingnient inventer des tourments inusits et de nouveaux genres de mort1 sans tre ms ni par la haine1 ni par la cupidit1 dans le seul but de se repatre du plaisant spectacle des gestes1 des contorsions faire piti1 des gmissements et des cris lamentables d'un homme agonisant dans les tortures2 c'est l le dernier degr auquel la cruaut puisse atteindre3 ,qu'un homme tue un homme1 sans y tre pouss par la colre ou la crainte1 et seulement pour le voir mourir 7,snque74 ,humanit de ,montaigne vis--vis des btes4--,quant moi1 je n'ai seulement jamais pu voir sans peine poursuivre et tuer une innocente bte1 qui est sans dfense et de laquelle nous n'avons rien redouter1 ainsi que c'est d'ordinaire le cas du cerf qui1 lorsqu'il se sent hors d'haleine1 bout de forces1 qu'il n'a plus d'autre moyen d'chapper1 se rend nous qui le poursuivons et1 les larmes aux yeux1 implore merci1 plaintif1 ensanglant1 il demande grce 7,virgile72 ce spectacle m'a toujours t trs pnible4 ,je ne prends gure de btes en vie1 auxquelles je ne rende la libert2 pour en faire autant1 ,pythagore en achetait aux pcheurs et aux oiseleurs4--,c'est1 je crois1 du sang des animaux que le fer a t teint pour la premire fois 7,ovide72 un naturel sanguinaire l'gard des btes1 tmoigne une propension naturelle la cruaut4 ,quand on se fut1 ,rome1 habitu au spectacle du meurtre des animaux1 on en vint celui des hommes et aux combats de gladiateurs4 ,la nature1 je le crains1 nous a inculqu des tendances l'inhumanit3 nul ne prend plaisir voir des btes jouant entre elles et se caressant2 tout le monde en a1 les voir aux prises1 se dchirant et se mettant en pices rciproquement4 ,pour qu'on ne raille pas cette empathie que j'prouve pour elles1 je ferai observer que la thologie elle-mme les recommande notre bienveillance2 par cela mme qu'un mme matre nous a placs1 elles et nous1 dans son palais pour son service1 que1 comme nous1 elles sont de sa famille1 c'est bon droit qu'elle nous enjoint d'avoir pour elles quelque respect et de l'affection4 ,le dogme de l'immortalit de l'me a conduit au systme de la mtempsycose4--,pythagore a emprunt le dogme de la mtempsycose aux gyptiens2 depuis1 ce dogme a t admis par plusieurs nations1 notamment par nos ,druides3 ,les mes ne meurent pas2 aprs avoir quitt leurs premires demeures1 elles passent dans d'autres qu'elles habitent1 et il en est ternellement ainsi 7,ovide74 ,la religion des anciens ,gaulois1 admettant que l'me est immortelle1 en concluait qu'elle ne cesse d'tre en mouvement et passe d'un corps dans un autre1 associant en outre cette ide1 accepte par leur imagination1 l'action de la justice divine4 ,suivant la conduite qu'une me a tenue1 pendant qu'elle tait chez tel d'entre nous1 ,dieu1 disaient-ils1 lui assigne un autre corps habiter1 la plaant dans une condition plus ou moins pnible1 d'aprs ce qu'elle a t3 ,il emprisonne les mes dans des corps d'animaux3 celle de qui a t cruel va animer un ours1 celle d'un voleur un loup1 celle du fourbe un renard2444 et1 aprs avoir ainsi subi mille mtamorphoses1 purifies enfin dans le fleuve de l',oubli1 elles sont rendues leur forme humaine primitive 7,claudien74 ,si elle avait t vaillante1 ils l'incarnaient dans le corps d'un lion2 voluptueuse1 dans celui d'un pourceau2 lche1 dans un cerf ou un livre2 malicieuse1 dans un renard2 et ainsi de suite1 jusqu' ce que1 purifie par cette pnitence1 elle rentrt nouveau dans le corps d'un autre homme3 ,moi-mme1 il m'en souvient1 au temps de la guerre de ,troie1 j'tais ,euphorbe fils de ,panthe1 fait dire ,ovide ,pythagore4 ,chez certains peuples1 certains animaux taient diviniss4--,je n'admets gure cette parent entre nous et les btes2 je ne partage pas davantage la manire de voir de certains peuples1 des plus anciens et des plus avancs en civilisation notamment1 o les btes taient non seulement admises dans la socit et la compagnie des hommes1 mais y occupaient mme un rang bien au-dessus du leur4 ,les uns les tenaient comme les familiers privilgis des dieux et avaient pour elles un respect et une considration plus que pour n'importe quel tre humain2 d'autres1 allant plus loin1 les reconnaissaient pour dieux et n'avaient d'autres divinits qu'elles3 ,les barbares ont divinis les btes1 cause du profit qu'ils en retirent 7,cicron72--,les uns adorent le crocodile1 d'autres regardent avec une sainte terreur l'ibis engraiss de serpents2 ici1 brille sur l'autel la statue d'or d'un singe longue queue2444 l1 on adore un poisson du ,nil2 ailleurs1 des villes entires se prosternent devant un chien 7,juvnal74--,l'explication trs acceptable1 que ,plutarque donne de cette erreur1 est encore en l'honneur des btes3 ,ce n'est pas le chat ou le buf par exemple1 que les gyptiens adoraient1 mais les attributs divins dont ils taient l'image loigne3 dans le buf1 c'tait sa patience et son utilit2 dans le chat1 sa vivacit1 ou1 comme chez les ,bourguignons nos voisins1 et par toute l',allemagne1 son impatience de se voir enferm2 il symbolisait pour eux la libert que ces peuples aimaient et adoraient au del de tous les dons qu'ils tenaient de ,dieu1 et ainsi des autres4--,quand je rencontre chez des auteurs aux ides les plus senses1 des dissertations tendant dmontrer une certaine ressemblance entre nous et les btes1 faisant ressortir combien elles participent aux plus grands privilges dont nous jouissons nous-mmes1 et combien il est vrai qu'il y a des points communs entre nous et eux1 je rabats certainement beaucoup de mes prsomptions et abdique sans difficult cette royaut imaginaire que l'homme se donne sur tous les animaux4 ,nous devons nous montrer justes envers nos semblables et avoir des gards vis--vis de toutes les autres cratures4--,tmoignages de gratitude envers les animaux4--,quoi qu'on en puisse dire1 nous sommes tenus1 et c'est l un devoir d'humanit qui s'impose tous1 avoir quelque respect1 non seulement pour les btes1 mais pour tout ce qui a vie et sentiment2 et cela s'tend mme aux arbres et aux plantes4 ,nous devons aux hommes la justice2 toutes les autres cratures1 capables d'en sentir les effets1 de la sollicitude et de la bienveillance2 entre elles et nous1 il y a des relations1 d'o certaines obligations rciproques des uns vis--vis des autres4--,je n'ai pas honte d'avouer que je suis tellement port la tendresse1 et si enfant sous ce rapport1 que j'ai peine ne pas me prter aux caresses de mon chien1 ou celles qu'il me demande1 mme lorsque c'est dans un moment inopportun4--,les ,turcs ont des tablissements o ils recueillent les btes1 et des hpitaux o ils les soignent4--,les ,romains nourrissaient aux frais du trsor public les oies dont la vigilance avait sauv le ,capitole4--,les ,athniens avaient dcid que les mules et les mulets qui avaient t employs la construction du temple1 connu sous le nom d',hecatempedon1 seraient laisss en libert et pourraient patre partout1 sans que personne puisse y mettre empchement4--,les ,agrigentins avaient la coutume1 pratique couramment1 d'enterrer d'une faon effective les btes qui leur avaient t chres1 telles que les chevaux qui avaient prsent quelque particularit remarquable1 les chiens et les oiseaux qui leur avaient t utiles ou qui1 simplement1 avaient servi amuser leurs enfants2 la richesse et le nombre de ces spultures1 qu'on admirait encore plusieurs sicles aprs1 se ressentaient de la magnificence qu'ils apportaient toutes choses4--,les gyptiens enterraient les loups1 les ours1 les crocodiles1 les chiens et les chats dans des lieux consacrs2 ils les embaumaient et portaient leur deuil quand ces animaux trpassaient4--,cimon fit donner une spulture honorable aux juments avec lesquelles1 par trois fois1 il avait remport le prix de la course aux jeux ,olympiques4--,xantippe1 dans l'antiquit1 fit enterrer son chien au bord de la mer1 sur un promontoire qui depuis en a port le nom4--,plutarque lui-mme se faisait scrupule1 nous dit-il1 de vendre et d'envoyer la boucherie1 pour en tirer un lger profit1 un buf qui l'avait longtemps servi4 ,,chapitre ,,xii4 ,apologie de ,raimond 99 ,sebond4 ,est-il vrai que la science soit la mre de toutes les vertus8--,la science est1 je le reconnais1 chose trs grande et trs utile2 ceux qui la mprisent font preuve de btise4 ,je n'estime pourtant pas que sa valeur soit aussi leve que certains l'admettent1 comme le philosophe ,herillus par exemple1 qui la considre comme le souverain bien et lui attribue le pouvoir1 qu'elle n'a pas suivant moi1 de nous rendre sages et satisfaits2 ou comme d'autres1 qui la considrent comme la mre de toutes les vertus1 et qui1 par contre1 tiennent l'ignorance comme la cause de tous les vices2 si cela est1 bien des rserves sont faire4 ,le pre de ,montaigne qui avait les savants en haute estime1 ayant reu de l'un d'eux la ,thologie naturelle de ,sebond1 la fit traduire d'espagnol en franais par son fils4--,ma maison est depuis longtemps ouverte aux gens de science1 et ils la connaissent bien4 ,mon pre1 qui s'est trouv sa tte pendant cinquante ans et plus1 enflamm de cette ardeur nouvelle que le roi ,franois ,ier porta aux lettres et qui les mit en faveur1 tait trs port pour les gens instruits1 recherchant leur socit et se mettant en grands frais pour eux4 ,il les recevait chez lui comme des personnes en odeur de saintet1 quelque peu inspires de la sagesse divine2 il recueillait leurs prceptes et leurs entretiens comme des oracles1 et avec d'autant plus de dfrence et de foi qu'il n'tait pas mme d'en juger1 n'ayant pas plus que n'avaient eu ses aeux1 de connaissances littraires4 ,moi1 je les aime beaucoup1 mais cela ne va pas jusqu' l'adoration4 ,parmi ceux qu'a reus mon pre1 tait ,pierre ,bunel qui1 en son temps1 avait une grande rputation de savoir1 et qui1 s'tant arrt quelques jours ,montaigne1 avec quelques autres savants comme lui1 lui fit prsent1 au moment de partir1 d'un ouvrage intitul3 ,thologie naturelle ou ,livre des cratures1 par matre ,raimond ,sebond4 ,mon pre connaissait parfaitement les langues italienne et espagnole1 et cet ouvrage tant crit en espagnol auquel venaient s'ajouter des terminaisons latines1 ,bunel pensait qu'avec bien peu d'aide1 mon pre pourrait le lire avec fruit4 ,il le lui recommanda comme un livre trs utile et trs appropri aux circonstances3 c'tait l'poque o la rforme de ,luther commenait se rpandre et branler1 dans bien des pays1 nos anciennes croyances4 ,a cet gard ,bunel avait vu juste en prvoyant1 simplement par le raisonnement1 que ce commencement de maladie dgnrerait aisment en un excrable athisme2 et cela1 parce que le vulgaire1 ne pouvant juger des choses par elles-mmes1 se laisse entraner par les apparences et selon les caprices de la fortune4 ,lorsque une fois on a eu la tmrit de l'inciter mpriser et contrler les opinions pour lesquelles il avait eu jusque-l le plus profond respect comme celles o il y va de son salut1 et qu'on a jet le doute sur certains points de la religion1 qu'on les soumet son jugement1 il arrive bien rapidement prouver la mme incertitude sur toutes ses autres croyances1 ce qui en reste n'ayant pas plus d'autorit et de fondement que ce qu'on a mis en question4 ,il secoue alors1 comme pesant sur lui d'un joug tyrannique1 toutes les impressions qui ont leur source soit dans ce qu'dictent les lois1 soit dans le respect qu'il a pour d'anciens usages1 car on foule aux pieds de bon cur ce qu'on a trop rvr 7,lucrce72 et1 ds lors1 il entreprend de ne plus rien recevoir sans qu'au pralable1 il n'ait eu se prononcer et ne l'ait agr4 ,quelques jours avant sa mort1 mon pre ayant1 par hasard1 retrouv ce livre sous un tas d'autres papiers abandonns1 me demanda de le lui traduire en franais4 ,c'est un travail facile que de traduire des auteurs comme celui-ci1 chez lesquels le fond est tout2 il n'en est pas de mme de ceux qui sacrifient beaucoup la grce et l'lgance du style1 surtout quand il faut les rendre dans une langue moins expressive que celle dans laquelle ils sont crits4 ,c'tait pour moi un travail tout nouveau et auquel j'tais compltement tranger2 mais me trouvant1 par un heureux hasard1 avoir en ce moment des loisirs1 et ne pouvant me refuser au dsir du meilleur des pres qui ait jamais exist1 je fis mon possible et en vins bout4 ,mon pre en prouva une grande satisfaction et voulut que cette traduction ft imprime2 elle l'a t aprs sa mort4 loge de ce livre4--,j'y trouvai de trs belles ides2 l'auteur est inspir par la pit2 toutes les parties de son ouvrage s'enchanent parfaitement4 ,beaucoup de personnes1 et1 dans le nombre1 des dames1 auxquelles nous avons le plus d'obligations1 s'amusant le lire1 j'ai souvent t mme de leur venir en aide en dtruisant les deux objections principales dont ce livre est l'objet4 ,il y a de la hardiesse et du courage dans le but qu'il se propose2 il entreprend d'tablir et de prouver contre les athes1 tous les articles de foi de la religion chrtienne en se basant uniquement sur des raisons humaines et naturelles2 et1 dire vrai1 je le trouve si ferme1 russissant si bien dans cette voie1 que je ne crois pas qu'il soit possible de mieux faire dans ce sens1 ni que quelqu'un ait jamais fait aussi bien4 ,l'ouvrage me paraissant trop riche et trop beau pour un auteur dont le nom est si peu connu1 et dont nous ne savons rien autre1 si ce n'est qu'il tait espagnol et professait la mdecine ,toulouse il y a environ deux cents ans1 je m'enquis1 quand je commenais m'en occuper1 de ce que ce pouvait bien tre1 auprs d',adrien ,tournebus qui savait tout4 ,celui-ci me rpondit qu'il pensait que ce devait tre une sorte de quintessence extraite des ouvrages de saint ,thomas d',aquin1 dont l'rudition infinie et l'admirable subtilit d'esprit taient seules mme d'avoir produit de telles ides4 ,toujours est-il que1 quel qu'en soit l'auteur ou l'inventeur 7et cette supposition de ,tournebus ne suffit pas pour dpouiller ,sebond de ce titre71 c'est assurment un homme trs capable qui a produit de trs belles pages4 ,premire objection contre cet ouvrage3 ,il ne faut point appuyer de raisons humaines ce qui est article de foi4--,la premire objection qu'on adresse son ouvrage1 c'est que les chrtiens se font tort1 en voulant appuyer de raisons purement humaines leurs croyances1 qui ne peuvent se concevoir qu'autant qu'on a la foi et par une intervention particulire de la grce divine4--,il semble que cette objection ait sa source dans une pit exagre1 aussi faut-il apporter sa rfutation d'autant plus de dlicatesse et de respect pour ceux qui la mettent en avant1 et c'est dans cet esprit que je voudrais essayer de leur rpondre4 ,ce serait mieux le fait d'un homme vers en thologie que le mien1 car je n'y connais rien2 toutefois1 j'estime que lorsqu'il s'agit d'une question aussi haute1 qui touche de si prs la divinit et excde autant l'intelligence humaine1 comme est cette vrit dont il a plu la bont de ,dieu de nous clairer1 il est bien besoin qu'il continue nous venir en aide1 et que ce ne peut tre que par l'effet d'une faveur extraordinaire et privilgie de sa part1 que nous pouvons la concevoir et nous en pntrer4 ,abandonns notre seule intelligence1 nous n'en sommes pas capables2 sans cela1 il n'y aurait pas tant d'esprits d'une supriorit qui se rencontre rarement1 runissant toutes les qualits que l'homme tient de la nature et qui1 dans les temps anciens1 taient seules sa disposition1 que leur raison a gars quand1 avec son seul secours1 ils ont cherch la connatre4 ,la foi est indispensable2 mais quand elle existe1 la raison corrobore utilement ses enseignements4--,c'est la foi qui1 seule1 nous dcouvre les ineffables mystres de notre religion et nous confirme leur vrit2 ce qui ne veut pas dire que ce ne soit pas une trs belle et trs louable entreprise1 que de mettre au service de cette foi les moyens d'investigation que l'homme tient naturellement de ,dieu4 ,il n'y a pas de doute que ce ne soit l l'usage le plus honorable que nous puissions faire de ces moyens1 et qu'il n'y a pas d'occupation1 de dessein plus dignes d'un chrtien1 que d'appliquer toutes ses tudes et toutes ses penses embellir1 tendre et accrotre les vrits en lesquelles il croit4 ,ne nous contentons pas de mettre au service de ,dieu notre esprit et notre me2 tout notre tre matriel lui doit et lui rend hommage2 tous nos organes1 tous nos faits et gestes1 tout ce qui sort de nos mains1 concourent sa glorification2 notre raison doit faire de mme et s'employer tayer notre foi1 mais toujours sous cette rserve1 de ne pas s'imaginer que par elle-mme1 par la puissance laquelle elle peut atteindre et la valeur des arguments qu'elle peut mettre1 il lui soit possible d'acqurir cette science surnaturelle qui nous vient de ,dieu4 ,si1 par grce extraordinaire1 cette science ne nous est infuse1 si elle n'entre en nous que par la force du raisonnement et tous autres procds humains1 elle n'y occupe pas la place et n'a pas la splendeur qu'elle devrait avoir2 je crains bien pourtant que ce ne soit que dans ces conditions qu'elle nous ait pntrs4 ,si nous tions attachs ,dieu par une foi ardente2 si nous tenions lui parce qu'il nous y a appels1 et non parce que nous y avons t conduits de nous-mmes2 si notre foi reposait sur une base manant de lui1 les tentations auxquelles est expose l'humanit et qui l'branlent si fort1 ne pourraient rien contre elle4 ,nous serions en tat de rsister d'aussi faibles attaques2 l'amour de la nouveaut1 la contrainte que les princes peuvent exercer sur nous1 la bonne fortune d'un parti1 les changements si peu fonds et si inopins qui surviennent dans nos opinions1 n'auraient pas la force de secouer et d'altrer nos croyances2 nous ne nous laisserions pas troubler par des arguments nouveaux1 et toute la rhtorique du monde ne pourrait nous en dissuader2 fermes et inbranlables1 nous soutiendrions tous ces assauts1 sans nous dpartir de notre calme3 ,tel un vaste rocher oppose sa masse la faveur des flots qui grondent et se brisent autour de lui 7vers imits de ,virgile74 ,chez le chrtien1 la foi fait gnralement dfaut4--,si ce rayon divin nous touchait tant soit peu1 il y paratrait en tout et partout2 sa lueur se reflterait non seulement dans nos paroles1 mais dans nos faits et gestes qui en acquerraient du lustre2 tout ce qui manerait de nous1 serait illumin de cette noble clart4 ,nous devrions avoir honte2 l'adepte de n'importe quelle secte de celles en lesquelles se rpartit l'humanit1 si difficile1 si trange que soit la doctrine de sa secte1 y conforme rigoureusement sa conduite et sa vie2 tandis que chez les ,chrtiens leur doctrine1 si divine1 si cleste qu'elle soit1 ne se manifeste que dans les mots4 ,en voulez-vous la preuve8 ,comparez nos murs celles des ,mahomtans et des ,paens1 voyez combien les ntres leur sont toujours infrieures2 tandis qu'en raison de l'excellence de notre religion nous devrions briller et1 par notre perfection1 laisser tous autres bien loin derrire3 ,ils sont si justes1 si charitables1 si bons1 que ce doivent tre des ,chrtiens6 devrait-on dire4 ,le reste est commun toutes les religions3 l'esprance1 la confiance1 les vnements sur lesquels elles s'tayent1 les crmonies1 la pnitence1 les martyrs2 ce qui devrait distinguer la ntre entre toutes1 c'est notre vertu qui1 en mme temps qu'elle est le signe le plus caractristique de son origine divine1 est aussi le rsultat le plus beau et le plus difficile auquel elle tend1 parce qu'elle est la vrit4--,c'est parce que nous ne sommes pas ce que nous devrions tre que notre bon saint ,louis avait raison quand il dtournait1 avec instance1 de son dessein1 ce roi tartare qui s'tait fait chrtien1 de venir ,lyon baiser les pieds du ,pape et contempler la puret des murs qu'il croyait trouver en nous1 de peur qu'au contraire les dbordements de notre vie ne tarissent en lui son admiration pour nos croyances4--,ce fut l'impression inverse que ressentit cet autre venu ,rome dans ces mmes sentiments et qui1 voyant la vie dissolue qu'y menaient en ce temps les prlats et le peuple1 s'affermit d'autant plus dans la bonne opinion qu'il avait conue de notre religion1 en considrant combien elle devait avoir de force et tenir de ,dieu mme1 pour se maintenir si digne et en un tel degr de splendeur en des mains si vicieuses et dans un milieu si corrompu4 ,si nous avions un seul atome de foi1 nous dplacerions des montagnes1 disent les saintes critures2 nos actions1 inspires par la divinit qui prsiderait aussi leur excution1 ne seraient pas simplement d'entre celles que l'homme peut accomplir1 elles tiendraient du miracle comme nos croyances elles-mmes3 ,crois1 et la voie qui te conduira la vertu et au bonheur sera courte 7,quintilien74 ,les uns s'appliquent faire croire au monde qu'ils croient1 et ils ne croient pas2 les autres1 c'est le plus grand nombre1 se le persuadent eux-mmes et ne savent pas ce que c'est que croire4 ,dans les guerres de religion1 ce sont les intrts des partis qui seuls les guident4--,nous trouvons trange que1 dans la guerre qui1 dans les temps prsents1 dsole notre pays1 les vnements flottent indcis et se produisent tantt dans un sens1 tantt dans un autre comme gnralement cela arrive d'ordinaire2 ils ne sont ainsi que parce que nous sommes livrs nous-mmes4 ,l'un des partis a pour lui la justice1 mais il en a fait simplement un drapeau et un masque2 on la met en avant1 mais on n'en tient pas compte2 ce n'est pas elle qui fait agir1 ce n'est pas sa cause que l'on a pouse2 elle est l1 comme dans la bouche d'un avocat2 le parti qui s'en targue ne l'a ni dans le cur1 ni en affection4 ,dieu nous doit son aide dans les circonstances extraordinaires1 mais quand sont en jeu la foi et la religion1 et non nos passions2 et ici1 ce sont les hommes qui conduisent tout2 pour eux1 la religion n'est qu'un moyen1 c'est le contraire qui devrait tre4 ,rflchissez et voyez si ce n'est pas nous qui la menons et qui1 d'une rgle si droite et si ferme1 extrayons tant de conclusions opposes1 tout comme avec de la cire se modlent les figures les plus contraires8 ,la situation de la ,france a-t-elle jamais1 plus que de nos jours1 prsent plus exactement ce caractre8 ,les uns tirent la religion droite1 les autres gauche2 ceux-l en disent blanc1 ceux-ci1 noir2 tous la font galement servir leurs violences et leurs vues ambitieuses4 ,ils en agissent d'une faon tellement identique en leurs dbordements et leurs injustices1 qu'on se prend douter et qu'on a peine croire qu'ils soient d'opinions diffrentes1 tant donn que notre opinion est ce qui doit rgler notre conduite et faire loi dans notre vie2 une mme cole1 ayant mmes principes1 ne produirait pas des murs se ressemblant davantage1 observes d'une manire aussi invariable4 ,voyez l'horrible impudence avec laquelle nous jouons la balle avec la parole divine1 et avec quelle irrligion nous l'accueillons ou la rejetons1 suivant que la fortune modifie notre place dans le cours de nos orages publics4 ,rappelez-vous quel parti1 l'anne dernire1 tenait pour l'affirmative dans cette proposition d'importance capitale3 ,est-il permis au sujet de se rvolter et de s'armer contre son roi1 pour la dfense de la religion8 dont il avait fait sa pierre d'assise1 quel autre tenait pour la ngative dont il s'tait constitu l'aptre1 et voyez aujourd'hui de quel ct sont l'un et l'autre et si les armes rsonnent moins depuis que la cause de l'un est devenue celle de l'autre4 ,nous brlons les gens qui disent qu'il faut faire subir la vrit les modifications qu'exige l'intrt de notre cause2 en ,france1 on fait bien pis que de le dire6 ,soyons francs3 si l'on triait dans l'arme1 voire mme dans l'arme royale1 ceux qui y sont uniquement par zle pour leur foi et mme aussi ceux qui n'ont en vue que la dfense des lois du pays ou le service du prince1 on n'en retirerait pas de quoi former une compagnie complte de gens d'armes4 ,d'o vient que si peu de gens demeurent fidles leur foi premire sans varier1 quelle que soit la tournure que prennent les vnements1 tandis que nous en voyons tant y voluer les uns pas lents1 les autres bride abattue1 et les mmes hommes gter tout tantt par leur violence et leur pret1 tantt par leur froideur1 leur mollesse et leur inertie8 ,n'est-ce pas parce que la masse obit des considrations d'intrt personnel1 soumises des chances variables comme les circonstances dans lesquelles elle se meut8 ,chacun fait servir la religion ses passions2 le zle du chrtien clate surtout pour produire le mal4--,il est vident pour moi que nous ne nous astreignons volontiers qu'aux devoirs qui flattent nos passions4 ,il n'est point d'hostilit plus agissante que celle des ,chrtiens quand ils invoquent l'intrt de la religion2 notre zle fait merveille lorsqu'il s'exerce secondant notre penchant naturel la haine1 la cruaut1 l'ambition1 l'avarice1 la mdisance1 la rbellion2 par contre1 moins que1 par miracle1 une raison quelconque ne nous y porte1 rien ne nous dcide1 d'une faon ou d'une autre1 la bont1 la bienveillance et la modration4 ,notre religion vise draciner le vice2 on la fait servir le dissimuler1 le nourrir1 lui donner carrire4 ,il ne faut pas se moquer de ,dieu1 ou1 comme on dit1 payer la dme en donnant une gerbe de paille pour une gerbe de bl4 ,si nous croyions en lui1 je ne dis pas parce que nous aurions la foi1 mais simplement parce que nous aurions la conviction qu'il existe2 je dirai mme1 notre extrme confusion1 si nous y croyions et si nous le connaissions comme nous faisons d'autre chose1 d'un de nos compagnons1 par exemple1 nous l'aimerions par-dessus tout1 en raison de son infinie bont et de la beaut qui resplendit en lui2 tout au moins occuperait-il le mme rang que tiennent les richesses1 les plaisirs1 la gloire1 les amis4 ,le meilleur de nous craint de blesser son voisin1 ses parents1 son matre1 et ne redoute pas de l'outrager1 ,lui4 ,est-il quelqu'un1 si simple d'esprit qu'il soit1 qui1 mettant en comparaison1 d'un ct1 ce qui nous cause un seul de ces plaisirs que nous procurent nos vices1 et de l'autre1 l'esprance d'une gloire immortelle dont il a connaissance et dont il est persuad1 ne troquerait pas l'un pour l'autre8 ,et cependant que de fois nous renonons cette gloire par le mpris que nous en faisons2 car qu'est-ce qui nous pousse au blasphme sinon l'envie qui1 sans rime ni raison1 nous prend d'offenser ,dieu6--,le philosophe ,antisthne se faisait initier aux mystres d',orphe2 le prtre lui disant que ceux qui embrassaient cette religion1 jouiraient ternellement leur mort des biens les plus parfaits3 ,pourquoi donc1 lui fit-il1 si tu le crois1 ne meurs-tu pas toi-mme8--,diogne1 poussant encore plus avant dans ce sens1 rpondait avec sa brutalit ordinaire un autre qui lui prchait de se faire initier la secte dont lui-mme tait prtre1 afin d'obtenir la possession des biens de l'autre monde3 ,tu veux que je croie que d'aussi grands hommes qu',agsilas et paminondas seront misrables1 tandis que toi1 qui n'es qu'un veau et ne fais rien qui vaille1 tu serais des bienheureux1 parce que tu es prtre8--,si nous accueillions ces grandes promesses de batitude ternelle en y prtant la mme attention que nous apportons tout argument philosophique1 nous n'aurions pas la mort en si grande horreur que nous l'avons3 ,loin de nous plaindre de la dsagrgation de notre tre1 nous nous rjouirions plutt de partir et de laisser notre dpouille mortelle1 comme le serpent change de peau1 comme le cerf se dfait de son vieux bois 7,lucrce74 ,je veux tre dissous1 dirions-nous1 pour tre avec ,jsus-,christ4 ,la puissance de raisonnement de ,platon sur l'immortalit de l'me ne porta-t-elle pas quelques-uns de ses disciples se donner la mort1 pour jouir plus tt des esprances qu'il leur faisait concevoir6 ,c'est ne pas croire que de croire par faiblesse ou par crainte4--,tout cela est un signe trs vident que nous ne comprenons notre religion qu' notre faon et en usons notre guise et pas autrement1 comme il arrive de toutes les autres religions4 ,si elle est ntre1 c'est que le sort nous a fait natre dans un pays o elle existe1 qu'elle y remonte une haute antiquit1 ou que les hommes qui l'y ont tablie y ont une grande autorit1 que nous craignons les peines dont elle menace ceux qui sont en dehors d'elle1 ou que nous avons t sduits par les promesses qu'elle nous fait2 de telles considrations sont de nature donner du poids nos croyances mais ne sont que secondaires1 ce sont des attaches purement humaines4 ,dans une autre contre1 d'autres influences1 des promesses et des menaces semblables pourraient tout aussi bien1 par un mme travail1 dterminer en nous d'autres croyances2 nous sommes ,chrtiens1 tout comme nous sommes ,prigourdins ou ,allemands4 ,les athes ne le sont gure que par vanit2 en prsence de la mort1 ils reviennent aux ides religieuses4--,platon dit qu'il est peu d'athes qui le soient au point qu'un danger pressant ne les ramne pas reconnatre la puissance divine2 cet aphorisme ne s'applique pas au vrai chrtien2 ce n'est que vers les religions enfantes par l'imagination de l'homme et qui n'ont qu'un temps1 que nous sommes ainsi ports uniquement par des considrations humaines4 ,quelle foi peut tre celle que font natre et dveloppent en nous la lchet et la faiblesse de notre cur6 qu'elle est plaisante en vrit1 ne croyant ce qu'elle croit1 que parce qu'elle n'a pas le courage de cesser d'y croire6 ,un sentiment aussi vicieux que l'inconstance ou la frayeur1 peut-il produire en notre me une impression judicieuse6--,il en est qui prtendent prouver1 dit encore ,platon1 que la raison doit nous faire considrer comme de pures inventions1 tout ce qui se dit des enfers et des peines futures2 que l'occasion se prsente d'tre consquents avec leurs dires1 que la vieillesse ou les maladies les mettent aux portes du tombeau1 la terreur1 l'horreur de ce que leur rserve l'avenir modifient du tout au tout leurs croyances4 ,c'est parce que ces apprhensions enlvent l'homme son courage1 que lui-mme1 dans ses lois1 dfend d'enseigner de telles menaces et de donner croire que du mal puisse arriver aux hommes1 du fait des dieux1 autrement que lorsque c'est ncessaire pour leur plus grand bien1 comme traitement pour les gurir d'affections morales4 ,on dit de ,bion1 qu'adepte fervent de l'athisme de ,thodore1 longtemps il s'tait moqu des hommes adonns la religion2 mais que1 surpris par la mort1 il se livra aux pratiques les plus superstitieuses1 comme si les dieux existaient ou cessaient d'tre1 selon que cela faisait ou non l'affaire de ,bion4--,platon conclut1 et ces exemples confirment cette conclusion1 que1 soit par raison1 soit par force1 nous sommes toujours ramens croire l'existence de ,dieu4 ,l'athisme est une conception monstrueuse et contre nature qu'il est difficile et malais de faire admettre par l'esprit humain1 quelque insolent et drgl qu'il puisse tre1 quoiqu'il se soit vu assez de gens affectant d'en faire profession1 soit par vanit1 soit pour se donner la gloriole d'mettre des ides tendant rformer le monde et qui ne soient pas celles de tous4 ,mais si ces gens sont fous au point de faire parade de ce qu'ils ne croient pas en ,dieu1 ils ne sont pas assez forts pour implanter cette conviction dans leur conscience2 donnez-leur un bon coup d'pe dans la poitrine1 ils ne laisseront pas de joindre les mains et d'implorer le ciel2 et1 quand la crainte ou la maladie aura tempr ou abattu cette licencieuse ardeur d'humeur volage1 ils reviendront eux et1 bien discrtement1 feront comme les autres et croiront ce que chacun croit4 ,autre chose est un dogme srieusement tudi et que tout le monde admet1 et autre chose ces impressions passagres qui1 nes d'esprits dsquilibrs1 vont entretenant les ides les plus tmraires et les moins dfinies que leur fantaisie leur inspire1 et combien misrables et cervels leurs auteurs qui s'efforcent d'tre pires que cela ne leur est possible6 ,ce sont les uvres de ,dieu qui nous amnent lui et non notre faiblesse d'esprit2 c'est ce que ,sebond s'applique dmontrer4--,les erreurs du paganisme et l'ignorance o il tait de notre sainte vrit1 ont fait encore tomber la grande me 99 de ,platon1 grande mais seulement autant que peut l'tre l'me de l'homme1 dans cet autre abus voisin du prcdent3 ,que les enfants et les vieillards sont plus accessibles que les autres la religion1 comme si elle naissait et tenait sa puissance de notre faiblesse d'esprit4 ,le nud qui devrait contenir notre jugement et notre volont1 treindre notre me et l'unir notre ,crateur1 ne devrait ni tre fait ni tirer sa force de nos considrations1 de nos raisonnements1 de nos passions2 mais1 d'essence divine1 surnaturelle1 se prsenter nous sous une forme1 dans des conditions1 avec un clat uniques1 n'tre autre en un mot que l'autorit de ,dieu et sa grce4 ,notre cur et notre me sont rgis et commands par la foi2 celle-ci doit donc pouvoir user1 pour l'accomplissement de ses desseins1 de toutes les autres parties de notre tre suivant ce que chacune peut donner4 ,aussi n'est-il pas croyable que cet ensemble qui constitue le monde1 que cette admirable machine ne porte pas trace dnonant la main du grand architecte qui l'a construite2 et que1 dans quelques-unes de ses pices1 il ne demeure rien rappelant l'ouvrier qui les a faites et les a assembles4 ,et1 de fait1 ses plus importants ouvrages dnotent le caractre de sa divinit et1 seule1 la faiblesse de notre esprit nous empche de nous en apercevoir2 car1 ainsi que ,dieu le dit lui-mme1 ses uvres invisibles se manifestent par celles qui sont visibles4--,sebond s'est appliqu cette tude digne de notre attention2 et il nous montre que rien de ce qui est en ce monde1 ne dment son crateur4 ,ce serait vraiment faire tort la bont divine1 que l'univers ne se prtt pas affirmer la vrit de nos croyances2 le ciel1 la terre1 les lments1 notre corps1 notre me1 toutes choses y concourent3 nous de trouver le moyen de nous en servir2 elles nous livrent leur secret1 sous condition que nous serons en tat de le comprendre1 car le monde est le temple sacr par excellence dans lequel l'homme a accs pour y contempler des statues sorties1 non des mains des mortels1 mais de celles de la divine pense qui les a faites accessibles nos sens1 comme sont le soleil1 les toiles1 les eaux1 la terre1 pour nous en donner la comprhension et faire1 comme dit saint ,paul1 que nous concevions l'existence de celles qui chappent notre vue1 par ce que nous voyons de ce monde qu'il a cr1 et que par ses uvres nous nous rendions compte de sa sagesse ternelle et de sa divinit4 ,en ne drobant pas jalousement la terre la vue du ciel1 en le faisant se drouler sans cesse sur nos ttes1 ,dieu se dvoile sous tous ses aspects2 de lui-mme il s'offre1 il s'inculque nous2 voulant tre clairement connu1 par son uvre il nous montre qui il est et nous convie mditer ses lois 7,manilius74 ,ses arguments1 par leur conformit avec notre foi1 ont une valeur indniable4--,or1 tous les raisonnements1 tous les discours humains sont choses inertes et striles1 qui ne prennent forme qu'autant que ,dieu1 par le moyen de la grce1 leur en mnage la possibilit et leur donne de la valeur4 ,les actes de vertu de ,socrate et de ,caton sont demeurs vains et inutiles1 parce qu'ils n'avaient pas pour fin l'amour et l'obissance qu'en tout nous devons ,dieu1 vritable crateur de toutes choses1 et qu'ils ne le connaissaient pas4 ,il en est de mme de nos raisonnements et de nos discours3 ils semblent avoir du corps1 mais ne sont en ralit que des masses confuses1 sans forme dfinie1 condamns l'impuissance si la foi et la grce n'y sont pas jointes4 ,la foi venant donner du coloris et du lustre aux arguments que fait valoir ,sebond1 leur communique de la fermet et de la solidit et les rend capables d'initier un apprenti1 de guider ses premiers pas sur la voie qui mne la connaissance de la vrit en le faonnant dans une certaine mesure et le disposant recevoir la grce de ,dieu qui affermit ses croyances et les rend parfaites4 ,je connais un homme faisant autorit1 vers dans l'tude des lettres1 qui m'a avou avoir t ramen des erreurs de l'incrdulit par les arguments de ,sebond4 ,alors mme qu'on les dpouillerait de l'ornement et de l'appui que leur donne la foi en les approuvant1 ne les considrer que comme des fantaisies purement humaines1 imagines pour combattre ceux qui se sont prcipits dans les pouvantables et horribles tnbres de l'irrligion1 leur valeur est telle qu'ils auraient autant de puissance et de solidit que tous autres que1 dans les mmes conditions1 on pourrait leur opposer2 si bien que nous serions fonds dire aux parties en prsence3 ,si vous avez de meilleurs arguments1 produisez-les1 sinon soumettez-vous 7,horace72 reconnaissez la validit de nos preuves ou montrez-en d'autres1 serait-ce mme sur quelque autre sujet1 qui se prsentent mieux et soient plus probantes4--,mais voil que1 sans y penser1 je suis dj demi engag dans la discussion de la seconde des objections que l'on fait ,sebond et que1 en son lieu et place1 je me suis propos de rfuter4 ,seconde objection faite ,sebond3 ,ses arguments sont faibles4--,il y en a qui trouvent que ses arguments sont faibles1 qu'ils n'arrivent pas dmontrer ce qu'il veut prouver1 et ils prtendent pouvoir les rfuter aisment4 ,ces gens-l mritent d'tre tancs un peu plus rudement que je n'ai fait des premiers1 parce qu'ils sont plus dangereux et ont plus de malice4 ,on dtourne volontiers le sens des paroles d'autrui pour appuyer ses propres opinions2 pour un athe1 tout crit a quelque rapport avec l'athisme1 et il infecte de son propre venin mme ce qui n'en porte pas trace4 ,ceux-ci ont des scrupules qui leur font paratre fades les raisons de ,sebond1 et ils trouvent que c'est leur donner beau jeu que de les mettre mme de combattre1 avec des armes purement humaines1 notre religion qu'ils n'oseraient attaquer1 si elle leur apparaissait majestueusement dans la plnitude de l'autorit et du commandement4 ,pour matriser leur folie1 ce qu'il y a de mieux me parat tre de froisser et de fouler aux pieds l'orgueil et l'arrogance de l'homme2 de leur faire sentir son inanit1 sa vanit1 son nant2 de leur ter des mains ces chtives armes que leur fournit leur raison2 de les obliger s'incliner et baiser la terre devant l'autorit et le respect de la majest divine4 ,a elle seule appartiennent la science et la sagesse2 seule1 elle vaut qu'on fasse cas d'elle2 c'est elle que nous drobons ce dont nous nous parons et ce que nous apprcions tant en nous4 ,dieu ne permet pas qu'un autre que lui s'enorgueillisse 7,hrodote71 rabattons donc cette orgueilleuse prtention1 point de dpart de la tyrannie qu'exerce sur nous le malin esprit3 ,dieu rsiste aux superbes et fait grce aux humbles 7,saint ,pierre74 ,l'intelligence est l'apanage des dieux1 dit ,platon1 les hommes n'en ont que peu ou point4 ,aussi est-ce une grande consolation pour le chrtien de voir nos moyens1 mortels et impuissants1 s'adapter si bien ce qu'exige notre foi sainte et divine que1 lorsque nous les appliquons des sujets1 mortels impuissants comme ils le sont eux-mmes1 ils ne s'y appareillent ni mieux1 ni avec plus de force4 ,il faut reconnatre que bien des choses ne peuvent s'expliquer par la raison seule4--,en consquence1 examinons si l'homme dispose de raisons plus puissantes que celles de ,sebond1 et s'il lui est possible d'arriver quelque certitude par les preuves et les raisonnements qu'il est en tat de produire4 ,saint ,augustin1 rfutant ces mmes gens1 leur reproche l'injustice qu'il y a considrer comme faux tout ce que1 dans nos croyances1 notre raison ne parvient pas prouver2 et pour montrer que bien des choses sont et ont t1 dont notre intelligence ne peut dcouvrir ni la nature1 ni les causes1 il leur cite des faits connus et indubitables que l'homme confesse ne pouvoir expliquer2 en cela1 du reste1 comme en tout ce qu'il fait1 saint ,augustin dploie un soin remarquable et beaucoup d'esprit4 ,nous1 il nous faut faire davantage et leur montrer que pour rendre manifeste la faiblesse de leur raison1 il n'est pas besoin d'avoir recours de rares exemples longuement recherchs3 elle prsente tant de points faibles1 est si aveugle1 qu'il n'y a rien de si clair et de si facile qui lui paraisse d'une parfaite vidence2 que pour elle1 ce qui est ais et malais ne sont qu'un2 qu'enfin tout ce sur quoi elle entreprend de porter un jugement et la nature en gnral1 se drobent sa juridiction et sa comptence4 ,que nous prche la vrit1 quand elle nous invite fuir la philosophie de ce monde2 quand1 si souvent1 elle nous inculque que notre sagesse n'est que folie devant ,dieu2 que1 de toutes les vanits1 l'homme est ce qu'il y a de plus vain2 que celui qui se targue de son savoir1 ne sait pas ce que c'est que savoir2 que l'homme n'est rien1 lorsqu'il s'imagine tre quelque chose2 qu'il s'exalte et se leurre lui-mme8 ,ces sentences qui manent de l',esprit saint1 expriment si clairement et si nettement ce que je veux tablir que toute autre preuve serait superflue avec des gens qui1 soumis et obissants1 s'inclineraient devant son autorit2 mais ceux-ci tiennent faire les frais des verges qui serviront les fouetter1 et n'admettent pas que l'on combatte leur raison autrement qu'en l'opposant elle-mme4 ,l'homme croit avoir une grande supriorit sur toutes les autres cratures1 examinons ce qui en est3 ,est-il fond prtendre que toutes les merveilles de la nature n'ont t cres que pour lui8--,envisageons donc1 pour le moment1 l'homme abandonn lui-mme sans secours tranger1 arm uniquement des armes qui lui sont propres et n'ayant pas l'aide de la grce et de la connaissance de ,dieu qui sont tout son honneur1 toute sa force et auxquelles il doit d'tre ce qu'il est1 et voyons ce dont il est capable en ce bel quipage4 ,qu'il m'explique1 par la puissance de son raisonnement1 sur quoi repose la grande supriorit qu'il prtend avoir sur les autres cratures8 ,qui l'autorise penser que le mouvement admirable de la vote cleste1 la lumire ternelle de ces flambeaux roulant si majestueusement au-dessus de sa tte1 les fluctuations mouvantes de la mer aux horizons infinis1 ont t crs et se continuent depuis tant de sicles pour sa seule commodit et son service8 ,est-il possible d'imaginer rien de si ridicule que cette misrable et chtive crature qui n'est seulement pas matresse d'elle-mme1 est expose aux offenses de tant de choses et qui vient se dire la matresse et l'impratrice de l'univers8 il n'est pas en son pouvoir d'en connatre la moindre parcelle1 plus forte raison de le commander4 ,qui lui a octroy ce privilge qu'il s'arroge1 d'tre seul sur ce vaste btiment capable d'en apprcier la beaut et celle des pices dont il se compose2 de pouvoir seul en rendre grce l'architecte1 et d'tre seul en tat d'en apprcier les ressources et de les mettre en valeur8 ,qu'il produise les lettres patentes qui lui confrent ce bel et grand office6 n'ont-elles t concdes qu'au bnfice des sages8 elles s'appliqueraient bien peu2 ou les fous et les mchants sont-ils dignes galement d'une faveur aussi exceptionnelle8 ils sont ce qu'il y a de pire au monde1 pourquoi seraient-ils avantags de la sorte sur tous les autres tres de la cration8 ,faut-il croire celui qui a dit3 ,qui donc nous enseignera pour qui le monde a t fait8 ,c'est sans doute pour les tres anims qui ont l'usage de la raison1 c'est--dire pour les dieux et les hommes qui sont les plus parfaits de tous les tres 7,cicron76 ou plutt pourrons-nous jamais assez bafouer son impudence1 d'accoupler ainsi les dieux et les hommes8 ,qu'a donc alors en lui le pauvret1 qui puisse lui valoir un tel avantage8 ,s'il est vrai que les astres ont de l'influence sur sa destine1 peut-il dire qu'il commande quand il ne fait qu'obir4--,considrons la vie incorruptible des corps clestes1 leur beaut1 leur grandeur1 leur mouvement continu rgl avec tant de prcision3 ,quand on contemple au-dessus de sa tte les votes immenses du monde et les astres brillants dont elles sont constelles1 et qu'on vient rflchir sur les rvolutions de la terre et du soleil 7,lucrce72 considrons la domination et la puissance que ces corps exercent non seulement sur nos existences et les fluctuations de notre destine1 car toutes les actions et la vie des hommes dpendent de l'influence des astres 7,manilius71 mais mme sur nos penchants1 nos raisonnements1 nos volonts qu'ils gouvernent1 poussent et agitent suivant que cette influence se fait sentir dans un sens ou dans un autre1 ainsi que notre raison l'tablit et nous le montre3 ,elle reconnat que ces astres si loigns1 ont sur les hommes un secret empire1 que des lois fixes rglent les mouvements priodiques de l'univers et que le cours des destines est dtermin par des signes certains 7,manilius72--si non seulement l'homme isol1 non seulement les rois1 mais mme les royaumes1 les empires1 tout en ce bas monde subit l'action des moindres mouvements clestes3 ,les plus grandes rvolutions sont produites par ces mouvements insensibles1 tant sont hautes ces lois qui commandent aux rois eux-mmes 7,manilius72--si notre vertu1 nos vices1 notre capacit1 notre science1 cette intuition mme que nous avons de l'influence qu'exercent les astres1 et cette comprhension des relations qui existent entre eux et nous1 nous viennent d'eux et sont des effets de leur action1 ainsi que nous sommes ports le croire3 ,l'un1 furieux d'amour1 traverse la mer1 et va renverser ,troie2 l'autre est destin par le sort donner des lois2 ici des enfants tuent leurs pres1 l des pres tuent leurs enfants1 ou ce sont des frres qui s'arment contre leurs frres et s'gorgent entre eux4 ,il ne faut pas en accuser les hommes2 la destine1 plus forte qu'eux1 les entrane1 les force se dchirer et se punir ainsi de leurs propres mains2 tout cela devait arriver1 ainsi l'a voulu le destin 7,manilius72--si enfin c'est au ciel que nous devons cette parcelle de raison que nous avons1 comment peut-elle nous faire son gal8 comment pouvons-nous soumettre notre science son principe et les conditions dans lesquelles il existe8 ,que savons-nous de ces astres1 sur quoi s'appuient les suppositions que nous mettons leur sujet8--,tout ce que nous voyons de ces corps1 est pour nous un sujet d'tonnement3 ,quels instruments1 quels leviers1 quelles machines1 quels ouvriers ont lev un si vaste difice 7,cicron78 ,pourquoi admettons-nous qu'ils soient privs d'me1 de vie1 de raison2 nous ont-ils donn des preuves d'une stupidit persistante que rien n'est susceptible de modifier1 nous qui n'avons d'autres relations avec eux1 que d'tre sous leur dpendance8 ,dirons-nous que nous n'avons rien constat qui tmoigne d'une me raisonnable1 chez aucune crature autre que l'homme8 ,qu'est-ce que cela prouverait8 ,nous n'avons vu quoi que ce soit qui ressemble au soleil1 et1 de ce que nous n'avons rien vu de semblable lui1 en rsulte-t-il qu'il n'existe pas1 non plus que son mouvement de rotation parce qu'il n'a pas son pareil8 ,si tout ce que nous n'avons pas vu n'existait pas1 notre science s'en trouverait considrablement rduite3 ,tant sont troites les bornes de notre esprit 7,cicron76 ,n'est-ce pas un songe de la vanit humaine que de faire de la lune une terre cleste2 d'y 99 rver1 comme ,anaxagore1 des montagnes1 des valles2 d'imaginer1 ainsi que l'admettent ,platon et ,plutarque1 que1 pour notre commodit1 il s'y trouve des habitations o demeurent des tres humains formant des colonies2 et aussi que notre terre est un astre lumineux1 jouissant d'un pouvoir clairant3 ,entre autres infirmits de la nature est cet aveuglement de l'me qui force l'homme errer et qui1 de plus1 lui fait chrir son erreur 7,snque74--,le corps1 sujet a se corrompre1 alourdit l'me1 et cette enveloppe grossire la dprime dans l'exercice mme de la pense et l'attache la terre 7,saint ,augustin74 ,la prsomption est chez nous une maladie naturelle et inne4 ,de toutes les cratures1 la plus misrable et la plus fragile c'est l'homme1 qui en est en mme temps1 99 dit ,pline1 la plus orgueilleuse2 il en a la sensation1 il se voit relgu dans la fange et la fiente du monde1 attach1 clou la partie de l'univers qui est la pire1 celle qui est la plus morte1 la plus croupissante1 log au dernier tage de l'difice1 celui qui est le plus loign de la vote cleste1 ple-mle avec les animaux qui rampent sur la terre1 de pire condition que ceux qui vivent dans les airs ou dans l'eau2 et le voil qui1 en imagination1 se place au-dessus de l'orbite de la lune et ramne le ciel sous ses pieds6 ,en quoi notre supriorit vis--vis des animaux consiste-t-elle2 est-il sr que les btes n'ont pas comme nous des ides et un langage8--,c'est par un effet de cette mme vanit de son imagination que l'homme se fait l'gal de ,dieu2 qu'il s'attribue ce qui est le propre de la divinit2 se classe de lui-mme comme un tre d'essence particulire1 se mettant en dehors de la foule des autres cratures2 fait la part aux animaux ses confrres et ses compagnons1 assignant chacun d'eux les parcelles de facults physiques et intellectuelles qu'il juge propos4 ,pour faire cette rpartition1 son intelligence lui a-t-elle rvl les mobiles intimes et cachs auxquels les animaux obissent1 et est-ce en les comparant nous qu'il en est arriv conclure la btise qu'il leur prte8 ,quand je joue avec ma chatte1 qui sait si ce n'est pas elle qui1 plus que moi-mme1 se distrait de la sorte8 nous nous amusons l'un et l'autre et1 suivant comme je me trouve dispos1 je la caresse ou la repousse1 elle en agit de mme au gr de son caprice4--,dans la description que nous donne ,platon de l'ge d'or qui1 sous ,saturne1 rgna sur la terre1 il considre comme un des principaux avantages de l'homme de cette poque1 qu'il tait en communication avec les btes4 ,il pouvait de la sorte1 en les questionnant et les tudiant1 connatre exactement les qualits de chacune d'elles et en quoi elles diffraient les unes des autres1 ce qui affinait son intelligence et sa prudence1 et lui donnait le moyen de se conduire dans la vie incomparablement mieux que nous ne pouvons le faire4 ,n'est-ce pas l la meilleure preuve que l'on puisse donner de l'impudence de l'homme l'gard des animaux8 ,quant la forme extrieure qu'ils tiennent de la nature1 ce grand philosophe pense que1 pour la plupart1 celle-ci1 en la leur donnant1 s'est uniquement proccupe de faire que cette forme pt servir aux pronostics qu'on en tirait au temps o il vivait4 ,les btes se comprennent entre elles2 si nous ne les comprenons pas1 est-ce elles ou nous que cela est imputable8--,si les hommes et les animaux ne se comprennent plus1 qui la faute2 pourquoi serait-ce la leur1 plutt que la ntre8 c'est l un point qui est encore deviner4 ,puisque nous ne les comprenons pas plus qu'ils ne nous comprennent1 ils peuvent en conclure que c'est nous qui sommes des btes1 par la mme raison qui fait que nous estimons que ce sont eux qui le sont4 ,il n'y a rien d'tonnant ce que nous ne les comprenions pas2 n'en est-il pas ainsi des ,basques et des ,troglodytes8 ,cependant certains3 ,apollonius de ,tyane1 ,melampus1 ,tirsias1 ,thals et autres1 ont prtendu les comprendre1 et1 puisque ceux qui s'occupent de la description du monde1 nous disent qu'il existe des peuples qui ont un chien pour roi1 il faut bien que ses sujets aient quelque comprhension de ses sons de voix et de ses mouvements4--,remarquons quelles ressemblances il y a entre eux3 nous avons1 d'une faon gnrale1 quelque intelligence de leurs sens2 les btes l'ont vis--vis de nous1 peu prs dans la mme mesure1 elles nous flattent1 nous menacent1 nous demandent ce qu'elles veulent comme nous faisons d'elles4 ,du reste1 nous reconnaissons que1 bien videmment1 elles s'entendent entre elles1 compltement et en tout2 et cela1 non seulement celles de mme espce1 mais encore celles d'espces diffrentes4 ,les animaux domestiques1 comme les btes froces1 font entendre des cris diffrents selon que la crainte1 la douleur ou la joie les agite 7,lucrce74--,par certains aboiements du chien1 le cheval sait qu'il est en colre2 il n'a pas de crainte1 quand sa voix a d'autres inflexions4 ,celles qui n'ont pas de voix se font comprendre par les mouvements du corps1 que de choses n'exprimons-nous pas nous-mmes par gestes4--,chez les btes mmes qui n'ont pas de voix1 certains services qu'elles se rendent mutuellement nous prouvent clairement qu'elles ont d'autres moyens de communiquer2 leurs mouvements ont des significations qu'elles saisissent fort bien3 ,c'est par la mme raison que nous voyons les enfants suppler par des gestes la parole qui leur manque 7,lucrce74--,peut-on prtendre le contraire8 n'est-ce pas ainsi1 par signes1 que nos muets discutent1 s'entretiennent1 content des histoires8 ,j'en ai vu de si souples1 de si bien dresss cet exercice que1 vraiment1 ils se faisaient comprendre dans la perfection4--,les amoureux se disputent1 se rconcilient1 se prient1 se remercient1 se donnent des rendez-vous1 se disent tout enfin avec les yeux3 ,le silence mme a son langage1 il sait prier et se faire entendre 7,le ,tasse74 ,et avec les mains1 que ne faisons-nous pas8 ,nous demandons1 nous promettons1 appelons1 congdions1 menaons1 prions1 supplions1 nions1 refusons1 interrogeons1 admirons1 comptons1 confessons nos fautes1 manifestons notre repentir1 nos craintes1 notre honte1 nos doutes2 nous nous informons1 commandons1 incitons1 encourageons1 jurons1 portons tmoignage1 accusons1 condamnons1 absolvons1 injurions1 exprimons notre mpris1 notre dpit2 dfions1 flattons1 applaudissons1 bnissons1 humilions2 nous nous moquons1 nous nous rconcilions1 nous recommandons1 exaltons1 festoyons2 nous nous rjouissons1 nous nous plaignons1 nous nous attristons2 nous marquons notre dcouragement1 notre dsespoir1 notre tonnement2 nous nous crions1 nous nous taisons2 que ne faisons-nous pas encore par ce moyen1 variant et multipliant ce que nous exprimons1 aussi bien qu'avec la parole8--,et de la tte3 nous invitons1 congdions1 avouons1 dsavouons1 dmentons1 souhaitons la bienvenue1 honorons1 vnrons1 exprimons notre ddain1 demandons1 conduisons1 marquons notre gat1 nous lamentons1 caressons1 adressons des reproches1 faisons acte de soumission1 bravons1 exhortons1 menaons1 donnons une assurance1 demandons un renseignement6--,que ne disons-nous pas en fronant les sourcils1 en haussant les paules8--,il n'est aucun de nos mouvements qui ne parle1 et ne parle un langage intelligible1 que tout le monde comprend1 bien qu'il ne nous ait pas t enseign2 tout cela fait que lorsqu'on la compare la varit des langues et au travail qu'elles demandent pour les possder1 cette communication par signes semble tre plutt le langage propre de la nature humaine4--,je laisse de ct ce que1 dans cet ordre d'ides1 la ncessit apprend1 un moment donn1 qui en a besoin2 et aussi les lettres de l'alphabet exprimes avec les doigts1 la grammaire inculque par gestes1 les sciences apprises et traduites par le mme procd2 il est des nations chez lesquelles1 au dire de ,pline1 on ne parle pas autrement4--,un ambassadeur de la ville d',abdre1 aprs avoir longuement entretenu ,agis roi de ,sparte1 lui demanda quelle rponse il voulait qu'il rapportt ses concitoyens3 ,que je t'ai laiss dire tout ce que tu as voulu1 rpondit le roi1 tant que tu as voulu1 sans jamais dire un mot4 ,n'est-ce pas l parler tout en se taisant1 et d'une manire fort comprhensible8 ,leur habilet surpasse celle de l'homme1 si bien qu'il semblerait que la nature les a plus favorablement traites que nous4--,du reste1 quelle facult avons-nous1 dont nous ne retrouvions pas l'application dans ce que font les animaux8 ,est-il une organisation mieux ordonne que celle des mouches miel1 o les diverses charges et offices soient plus diversifis et mieux remplis8 ,la rpartition du travail et des emplois y est tellement bien rgle1 que nous ne pouvons supposer qu'elle puisse tre faite sans raison1 ni rflexion6 ,a ces signes et cette police admirable1 des sages ont jug que les abeilles renfermaient une parcelle de la divine intelligence et avaient une me 7,virgile74--,les hirondelles que nous voyons1 au retour du printemps1 fureter tous les coins de nos maisons1 excutent-elles leurs recherches sans y apporter de jugement2 et est-ce sans discernement que1 sur mille places qu'elles pourraient occuper1 elles choisissent celle qui leur est le plus commode8--,quand ils construisent leurs nids1 de si belle et admirable contexture1 les oiseaux font-ils choix d'un endroit forme carre1 ronde1 d'un angle droit ou d'un angle obtus1 sans s'tre rendu compte des conditions o ils se trouvent et de ce qui en rsultera8 ,lorsqu'ils prennent tantt de l'eau1 tantt de l'argile1 ignorent-ils que celle-ci s'amollit en l'humectant8 ,en tapissant leurs palais de mousse ou de duvet1 ne prvoient-ils pas que les membres dlicats de leurs petits s'y trouveront plus mollement et plus l'aise8 ,s'abritent-ils contre le vent qui apporte la pluie1 et s'installent-ils regardant l'orient1 sans connatre les conditions dans lesquelles soufflent les diffrents vents1 ni considrer que l'un vaut mieux que l'autre8--,pourquoi l'araigne paissit-elle sa toile en certains points et la fait-elle plus lche en d'autres2 pourquoi1 un moment donn1 la tisse-t-elle d'une faon1 et un autre moment d'une autre1 si elle n'y a1 au pralable1 pens1 rflchi et pris parti8 ,nous constatons assez combien1 dans la plupart de leurs ouvrages1 les animaux nous sont suprieurs1 et combien notre art demeure au-dessous dans les imitations que nous en faisons1 et cependant pour nos uvres1 qui sont bien plus grossires que les leurs1 nous mettons en jeu de nombreuses facults et notre me s'y applique de toutes ses forces2 pourquoi n'estimons-nous pas qu'il en est de mme chez eux8 ,quelle raison nous fait attribuer je ne sais quel instinct naturel et servile1 des ouvrages qui surpassent tout ce que nous pouvons faire1 tant naturellement qu'avec le secours de l'art8 ,en cela1 sans y penser1 nous leur donnons un trs grand avantage sur nous puisque la nature1 par une tendresse toute maternelle1 les accompagne et les guide1 comme avec la main1 dans les actions et les situations de leur vie1 tandis qu'elle nous abandonne au hasard et la fortune1 qu'il nous faut recourir aux ressources de l'art pour nous procurer les choses ncessaires notre conservation et qu'elle nous refuse en mme temps1 malgr une instruction pralable et tout en y apportant une grande contention d'esprit1 la possibilit d'arriver ce quoi les btes parviennent spontanment2 de telle sorte que la stupidit de ces brutes1 chaque fois qu'il s'agit de nos commodits rciproques1 surpasserait notre divine intelligence6 ,vraiment1 s'il en tait ainsi1 nous serions bien fonds dire qu'elle est pour nous une bien injuste martre2 mais il n'en est rien1 notre organisation n'est si difforme ni si drgle4 ,il n'en est rien2 elle a donn l'homme tout ce qui est ncessaire sa conservation4--,la nature a pour toutes ses cratures mme sollicitude2 il n'en est aucune qu'elle n'ait abondamment pourvue de tous les moyens ncessaires la conservation de son tre2 et ces plaintes que j'entends mettre 7car la licence de nos opinions tantt nous lve au-dessus des nues1 tantt nous ravale aux antipodes7 ne sont pas fondes4--,elles portent sur ce que l'homme est le seul animal ainsi abandonn tout nu sur la terre dnude2 qu'il y arrive li1 garrott et que1 pour s'armer et se garantir1 il est dans l'obligation de recourir aux dpouilles d'autrui2 que la nature a revtu toutes les autres cratures de coquilles1 de gousses1 d'corce1 de poils1 de laine1 de piquants1 de cuir1 de bourre1 de plumes1 d'cailles1 de toison1 de soie1 suivant les besoins de chacune2 qu'elle les a armes de griffes1 de dents1 de cornes pour attaquer et se dfendre1 leur enseignant mme ce qui leur est particulier comme nager1 courir1 voler1 chanter1 alors que l'homme ne peut1 sans apprentissage1 ni marcher1 ni parler1 ni manger et qu'il ne sait que pleurer3 ,semblable au nautonier que la tempte a jet sur le rivage1 l'enfant gt terre1 nu1 sans parole1 dnu de tous les secours de la vie1 au moment o la nature vient de l'arracher avec effort du sein maternel pour le produire la lumire4 ,il remplit l'air de ses vagissements1 et il a raison1 tant de maux l'attendent son passage ici-bas6 ,au contraire1 les animaux domestiques et les btes froces croissent sans peine2 ils n'ont besoin ni de hochets1 ni des caresses et du langage enfantin d'une nourrice2 la diffrence des saisons ne les oblige pas changer de vtements2 enfin1 il ne leur faut ni armes1 ni hautes murailles pour se mettre en sret1 parce que la nature1 de son sein fcond1 a largement pourvu tous leurs besoins 7,lucrce74 ,il ne tiendrait qu' nous de nous passer de vtements et1 sans culture1 nous pourrions trouver partout notre nourriture4--,ces plaintes ne sont pas justifies2 il y a dans l'organisation du monde une plus grande galit et plus d'uniformit4 ,notre peau1 tout comme celle des animaux1 est mme d'opposer une rsistance suffisante aux injures du temps2 preuve3 plusieurs peuplades qui n'ont pas encore fait usage de vtements2 nos anctres les ,gaulois qui n'taient gure vtus1 pas plus que ne le sont nos voisins les ,irlandais dont le climat est si froid4 ,mais nous en jugeons encore mieux par nous-mmes1 car toutes les parties de notre corps3 99 le visage1 les pieds1 les mains1 les jambes1 les paules1 la tte1 qu'il nous plat1 suivant ce qui est dans nos habitudes1 d'exposer au vent et l'air1 les supportent bien4 ,s'il est en nous une partie faible qui semble devoir redouter le froid1 c'est bien l'estomac o se fait le travail de la digestion2 nos pres l'avaient dcouvert et nos dames1 si molles et si dlicates qu'elles soient1 vont parfois leurs vtements entr'ouverts jusqu'au nombril4--,l'emmaillotement des enfants1 les prcautions qu'on prend pour leur soutenir le corps1 ne sont pas non plus indispensables2 les mres lacdmoniennes levaient les leurs1 en laissant toute libert de mouvements leurs membres1 sans les attacher1 ni les contenir4--,si nous pleurons1 cela nous est commun avec la plupart des animaux2 il n'en est gure qu'on ne voie se plaindre et gmir longtemps encore aprs leur naissance2 cela convient bien l'tat de faiblesse dans lequel ils se sentent4--,pour ce qui est de manger1 c'est1 chez nous comme chez eux1 une chose naturelle qui vient sans qu'on l'apprenne1 car chaque animal sent sa force et ses besoins 7,lucrce71 et il est douteux qu'un enfant1 arriv avoir la force de se nourrir1 ne st trouver sa nourriture3 la terre la produit et la lui offre en quantit bien suffisante sans qu'il soit besoin ni de culture1 ni de prparation d'aucun genre2 pas en tous temps1 la vrit1 mais1 sur ce point1 les btes sont dans les mmes conditions1 ce que tmoignent les provisions que nous voyons faire aux fourmis et d'autres1 pour parer aux saisons striles de l'anne4 ,ces nations rcemment dcouvertes qui vivent dans l'abondance de viande et de boisson naturelle qu'elles ont leur porte1 sans avoir s'en proccuper ni s'en occuper1 nous montrent que le pain n'est pas la seule nourriture de l'homme1 et que1 sans qu'il soit besoin de labourer1 la nature1 en bonne mre1 avait copieusement pourvu tout ce qu'il nous faut1 probablement mme avec plus de prodigalit et de richesse qu'elle ne le fait prsent que nous sommes intervenus dans ses productions3 ,a l'origine1 la terre produisait d'elle-mme et fournissait l'homme les plus riches moissons1 le raisin joyeux1 les fruits mrs et les gras pturages4 ,aujourd'hui1 peine accorde-t-elle ses richesses un travail continu2 nous en sommes rduits puiser nos bufs et les forces du laboureur 7,lucrce72 mais les exigences draisonnables de nos apptits croissent plus encore que ce que nous pouvons imaginer pour les satisfaire4 ,l'homme est naturellement mieux arm que beaucoup d'autres animaux2 et il n'est pas le seul qui1 pour augmenter ses forces1 recoure des moyens artificiels4--,pour ce qui est des armes1 la nature nous en a fournis plus que la plupart des animaux3 nos membres sont susceptibles de plus de mouvements que les leurs et nous en tirons naturellement meilleur parti1 sans nous y tre exercs au pralable2 nous voyons les hommes qui sont dresss combattre tout nus1 affronter les mmes dangers que ceux que nous pouvons affronter nous-mmes2 et si1 sous ce rapport1 certains animaux ont de l'avantage sur nous1 nous l'emportons sur nombre d'autres4 ,nous possdons d'instinct1 sans qu'elle nous ait t inculque1 la prcaution d'accrotre notre force et de nous protger en recourant des mouvements artificiels4 ,l'lphant aiguise et appointe les dents dont il use dans le combat 7il en a de spciales cet effet1 qu'il mnage et dont il ne se sert qu' cet usage72 le taureau1 en pareille circonstance1 s'entoure d'un nuage de poussire qu'il forme en frappant le sol avec le pied2 le sanglier affile ses dfenses2 l'ichneumon qui va en venir aux prises avec le crocodile1 se protge en enduisant compltement son corps d'une couche paisse de limon bien ptri qui forme crote et dans laquelle il est comme dans une cuirasse2 n'est-il pas tout aussi naturel pour nous de nous fabriquer des armes1 en ayant recours au bois et au fer8 ,notre langage est chose factice1 mais il y a lieu de penser qu' l'instar des autres animaux1 nous sommes susceptibles d'avoir un parler naturel4--,quant au langage de l'homme1 il est certain que si on peut dire qu'il n'est pas le fait de la nature1 il faut1 d'autre part1 reconnatre aussi que ce n'est pas chose qui lui soit indispensable4 ,je crois cependant qu'un enfant qui aurait t lev dans un isolement absolu1 sans relations avec le reste du genre humain 7exprience difficile faire71 arriverait avoir une sorte de parole1 pour exprimer ce qu'il conoit4 ,il n'est pas croyable en effet que nous soyons privs par la nature de cette ressource qu'elle a donne quelques animaux2 car est-ce autre chose que parler1 cette facult que nous leur voyons de se plaindre1 de se rjouir1 de s'appeler les uns les autres l'aide1 de se convier l'amour1 en donnant de la voix8 ,pourquoi ne parleraient-ils pas entre eux8 ils nous parlent et nous leur parlons bien4 ,que de choses1 par exemple1 ne disons-nous pas nos chiens et sur lesquelles ils nous rpondent8 ,le langage que nous leur tenons1 les termes que nous employons avec eux sont autres qu'avec les oiseaux1 qu'avec les pourceaux1 les bufs1 les chevaux2 selon l'espce laquelle appartient l'animal1 nous nous servons d'un idiome appropri3 ,ainsi1 dans une noire fourmilire1 on voit des fourmis s'aborder1 chacune peut-tre pour se rendre compte des desseins de l'autre et si elle a besoin de son concours 7,dante74 ,il me semble mme que ,lactance admet non seulement que les btes parlent1 mais qu'elles rient4--,la diffrence de langage qui se voit chez l'homme1 suivant la contre qu'il habite1 se reproduit chez les animaux d'une mme espce3 ,aristote cite1 comme exemple l'appui1 le chant de la perdrix qui varie suivant qu'elle se trouve en pays de plaine ou de montagne3 ,divers oiseaux changent de voix suivant la diversit des temps2 il en est auxquels une nouvelle saison inspire un nouveau ramage 7,lucrce74--,reste savoir quel langage parlerait cet enfant2 mais ce que l'on en peut conjecturer1 n'a pas grande apparence d'tre ce qui serait4 ,si1 ce que j'en dis1 on oppose que les sourds1 qui le sont de naissance1 ne parlent pas1 je rpondrai que ce n'est pas seulement parce qu'on n'a pas pu leur apprendre parler en se faisant entendre d'eux1 mais plutt parce qu'il existe une corrlation naturelle entre le sens de l'oue dont ils sont priv et la parole2 il semble que1 quand nous parlons1 il faille1 d'abord1 que ce que nous disons1 nous le disions nous-mmes et que nos oreilles le peroivent1 avant d'aller impressionner les oreilles des autres4 ,en somme1 l'homme n'est ni au-dessus ni au-dessous du reste des animaux4--,tout cela est pour tablir la ressemblance qu'il y a entre tous les tres de la cration1 nous ramener et nous replacer dans l'ensemble des cratures4 ,nous ne sommes ni au-dessus ni au-dessous d'elles2 tout ce qui est sous la vote cleste1 dit le sage1 est soumis la mme loi et aux mmes conditions3 ,tout porte les chanes de la fatalit 7,lucrce74 ,il y a des diffrences1 il y a des ordres1 des degrs divers2 mais d'une faon gnrale1 les caractres essentiels sont les mmes3 ,chaque chose a son organisation propre1 et toutes conservent les diffrences que la nature a mises entre elles 7,lucrce74 ,il faut contenir l'homme et le contraindre ne pas franchir les barrires de l'enceinte commune4 ,en ralit le malheureux ne saurait du reste les enjamber1 li qu'il est par les entraves qui le retiennent1 l'assujettissent toutes les obligations des autres cratures de mme ordre1 et cela dans des conditions qui n'ont rien de particulier4 ,il ne jouit en effet d'aucune prrogative effective surpassant notablement la rgle commune et portant sur des points essentiels2 celle qu'il s'attribue1 soit qu'il y croie1 soit par fantaisie1 n'existe pas et n'a mme pas l'apparence de la ralit4 ,et lors mme qu'il en serait ainsi que1 seul de tous les animaux1 il aurait cette libert d'imagination1 ce drglement de la pense qui font qu' volont il se reprsente ce qui est et ce qui n'est pas1 le vrai et le faux1 ce serait l un avantage qui lui reviendrait bien cher et dont il n'aurait gure tirer vanit1 car c'est la source principale des maux qui l'accablent3 le pch1 la maladie1 l'indcision1 le trouble1 le dsespoir4 ,les btes1 comme les hommes1 sont susceptibles de rflexion4--,c'est pourquoi1 pour revenir mon sujet1 je dis qu'il n'y a pas de raison pour penser que les btes font instinctivement et parce qu'elles obissent une force laquelle elles ne peuvent se soustraire1 ce que nous-mmes faisons de notre plein gr et avec le secours de l'art4 ,les mmes effets nous portent conclure que les facults qui les produisent sont les mmes1 et que1 plus ces effets sont riches1 plus riches sont ces facults1 ce qui nous oblige confesser que les mmes raisonnements1 les mmes moyens que les ntres si mme ils ne sont meilleurs que ceux d'aprs lesquels nous agissons1 sont employs par les animaux dans ce qu'ils font4 ,pourquoi supposer que chez eux l'action est machinale alors que chez nous-mmes nous ne la ressentons pas telle8 ,sans compter qu'il est plus honorable d'tre amen agir comme il convient1 par le fait d'une contrainte qui s'impose naturellement nous et laquelle nous ne pouvons nous soustraire1 ce qui nous remet davantage encore sous la main de ,dieu1 que d'avoir l'obligation de le faire1 sous l'effet de notre libre arbitre1 demeurant exposs en user avec tmrit et au hasard2 dans de telles conditions1 le plus sr est encore de nous en remettre la nature du soin de diriger notre manire de faire4 ,mais notre prsomption est si vaniteuse que nous prfrons devoir ce dont nous sommes capables1 notre propre force plutt qu' sa libralit2 que nous enrichissons les animaux de biens naturels1 auxquels nous renonons pour nous-mmes1 trouvant plus honorables et plus nobles des biens qu'il nous faut acqurir2 et cela1 mon avis1 par simplicit d'esprit1 car je priserais bien autant des grces qui me seraient personnelles et innes1 que d'autres qu'il m'aurait fallu mendier et qui auraient ncessit un apprentissage2 il n'est pas en notre pouvoir de nous procurer meilleure recommandation que d'tre favoris de ,dieu et de la nature4 ,les habitants de la ,thrace qui entreprennent de traverser sur la glace une rivire qui est gele1 prennent un renard qu'ils lchent devant eux4 ,on voit alors l'animal1 avant de s'engager1 approcher l'oreille le plus prs possible de la surface1 pour sentir quelle distance1 plus ou moins grande1 il entend le bruit de l'eau qui coule au-dessous2 et1 selon qu'il apprcie que la glace a plus ou moins d'paisseur1 il avance ou recule4 ,ne sommes-nous pas fonds penser qu'il se fait dans sa tte le travail rationnel qui se ferait dans la ntre1 consquence du bon sens naturellement inn en lui comme en nous3 ,ce qui fait du bruit1 remue2 ce qui remue1 n'est pas gel2 ce qui n'est pas gel est liquide et ce qui est liquide enfonce sous le poids d'un fardeau4 ,attribuer uniquement l'action du renard la pntration de son oue sans qu'il y ait rflexion de sa part et1 par suite1 sans qu'il en ait tir de conclusion1 est une chimre que notre esprit ne peut admettre4 ,il faut penser qu'il en est de mme de tant de ruses et d'inventions auxquelles les btes ont recours1 pour se dfendre de ce que nous entreprenons contre elles4 ,nous asservissons les btes1 mais n'en est-il pas de mme des hommes les uns vis--vis des autres8--,si nous arguons de ce que nous avons l'avantage de pouvoir les captiver1 de nous en servir1 d'en user notre volont1 cet avantage nous l'avons galement les uns sur les autres2 c'est dans ces conditions que sont nos esclaves4--,les ,climacides n'taient-elles pas1 en ,syrie1 des femmes qui se mettaient terre quatre pattes pour servir de marche-pied et d'chelle aux dames pour monter dans leurs chars8--,combien de gens libres font abandon de leur vie et de leur tre la puissance d'autrui pour de bien lgers bnfices8--,dans la ,thrace1 les femmes et les concubines se disputaient la faveur d'tre tues sur le tombeau de leur mari4--,les tyrans ont-ils jamais manqu d'hommes se mettant leur complte dvotion1 alors mme que quelques-uns allaient jusqu' leur imposer de les accompagner dans la mort comme pendant leur vie8 ,des armes entires ne se sont-elles pas lies1 par cette mme obligation1 vis--vis de leur capitaine8--,la formule du serment de ces rudes escrimeurs outrance qu'taient les gladiateurs1 portait3 ,nous jurons de nous laisser enchaner1 brler1 frapper1 tuer par le glaive1 de souffrir tout ce que de loyaux gladiateurs sont exposs endurer pour leur matre lgitime1 engageant solennellement notre corps et notre me son service4 ,brle-moi la tte1 si tel est ton bon plaisir2 transperce-moi le corps d'un glaive ou dchire-moi le dos coups de fouet 7,tibulle74 ,c'tait bien une relle obligation1 et1 certaines annes1 il y en avait plus de dix mille qui la contractaient et auxquels elle cotait la vie4--,les ,scythes1 la mort de leur roi1 tranglaient sur son corps sa concubine favorite1 son chanson1 son cuyer1 son chambellan1 l'huissier prpos la porte de sa chambre et son cuisinier4 ,a l'anniversaire de sa mort1 ils tuaient cinquante chevaux monts par cinquante pages empals du bas du dos au gosier1 les laissant en cet tat1 exposs autour de la tombe1 pour glorifier le mort4--,les hommes qui se mettent notre service1 le font meilleur march et dans des conditions moins agrables et moins avantageuses que celles dans lesquelles sont nos oiseaux1 nos chevaux et nos chiens1 pour lesquels nous nous astreignons bien des soucis1 au point que le dernier de nos serviteurs ne ferait probablement pas pour son matre ce que les princes s'honorent de faire pour ces btes4--,diogne1 voyant ses parents en peine pour le racheter de la servitude1 disait3 ,ils sont fous2 celui-l qui m'entretient et me nourrit1 me rend service4 ,ceux qui entretiennent des btes1 devraient dire galement qu'ils en sont les serviteurs et non pas qu'ils s'en servent4--,les animaux ont encore ceci de plus gnreux que nous1 c'est que jamais1 par manque de cur1 un lion ne s'est fait l'esclave d'un autre lion1 ni un cheval d'un autre cheval4 ,les animaux pratiquent la chasse comme fait l'homme1 parfois de commun accord4--,de mme que nous allons la chasse des btes1 les tigres et les lions vont la chasse de l'homme2 et1 cet exercice1 les animaux le pratiquent les uns par rapport aux autres3 les chiens chassent le livre1 les brochets les tanches1 les hirondelles les cigales1 les perviers les merles et les alouettes3 ,la cigogne nourrit ses petits de serpents et de lzards trouvs dans les lieux sauvages2 l'aigle1 ministre de ,jupiter1 chasse dans les forts le livre et le chevreuil 7,juvnal74--,nous partageons le produit de nos chasses avec nos chiens et nos oiseaux qui sont avec nous la peine et dont nous utilisons les qualits cyngtiques4--,en ,thrace1 au del d',amphipolis1 chasseurs et faucons sauvages partagent quitablement1 par moiti1 le gibier qu'ils prennent2 sur les bords du ,palus ,motide1 les loups auxquels le pcheur ne laisse pas1 de bonne foi1 part gale de sa pche1 dtruisent aussitt ses filets4--,nous avons des chasses o il est plus fait emploi de l'adresse que de la force3 telles sont la chasse avec des collets1 celle la ligne arme d'hameon2 les btes en pratiquent de semblables4 ,aristote dit que la ,seiche projette de son corps un long boyau semblable une ligne1 qu'elle va droulant sur un long parcours et qu'elle peut replier en elle volont2 chaque fois qu'elle voit un petit poisson s'en approcher1 elle lui laisse mordre l'extrmit de ce boyau et demeure elle-mme cache dans le sable ou la vase2 petit petit1 elle retire alors son boyau1 entranant le poisson jusqu' ce que l'ayant amen tout prs d'elle1 d'un saut elle puisse l'attraper4 ,la force de l'homme est infrieure celle de bien des animaux4--,pour ce qui est de la force1 il n'est pas d'animal au monde1 en butte plus d'offenses que l'homme4 ,sans parler de la baleine1 de l'lphant1 du crocodile1 ni de tels autres animaux dont un seul1 aux prises avec un plus ou moins grand nombre d'hommes1 est capable de s'en dfaire1 les poux suffisent pour clore la dictature de ,sylla1 un animalcule a facilement raison son djeuner du cur et de la vie d'un puissant empereur l'poge de la grandeur4 ,les btes savent discerner ce qui leur est utile1 soit pour leur subsistance1 soit en cas de maladie4--,nous disons que c'est la science1 une connaissance rsultant de la pratique et du raisonnement que l'homme doit de discerner les substances utiles son alimentation et au traitement de ses maladies1 de celles qui n'y sont pas propres2 de reconnatre les proprits de la rhubarbe et du polypode4 ,pourquoi n'attribuons-nous pas de mme la science et la prudence les faits de mme ordre que prsentent les animaux1 quand nous voyons les chvres de ,candie1 lorsqu'elles sont blesses1 entre un million de plantes1 choisir le dictame pour se gurir2 la tortue recourir sans retard l'origan pour se purger1 quand elle a mang de la vipre2 le dragon s'claircir la vue et soigner ses yeux avec du fenouil2 les cigognes s'administrer elles-mmes des clystres avec de l'eau de mer2 les lphants retirer de leur propre corps et de celui de leurs congnres1 et mme des blessures reues par leur matre 7ainsi que nous en fournit un exemple le roi ,porus que vainquit ,alexandre71 les javelots et les dards qui les ont atteints dans le combat1 et faire cette opration si adroitement1 que nous ne saurions mieux nous y prendre pour pargner la douleur au patient8 ,allguer1 pour dprcier les animaux1 qu'en cela ils obissent uniquement ce que leur inspire et leur enseigne la nature1 que ces notions leur sont innes1 ne fait pas que1 chez eux aussi1 ce ne soit science et prudence2 c'est simplement reconnatre qu'ils possdent ces deux qualits un plus haut degr que nous1 pour le plus grand honneur de cette matresse d'cole hors de pair4 ,exemple de raisonnement chez un chien4--,chrysippe qui1 en toutes autres choses1 se montre aussi ddaigneux que n'importe quel autre philosophe de la condition infrieure des animaux1 convient que lorsqu'il rflchit sur les mouvements d'un chien la recherche de son matre qu'il a perdu1 ou la poursuite d'un gibier qui lui chappe1 et qui1 arriv un carrefour o s'embranchent trois chemins1 aprs avoir pris l'un1 puis un second1 et avoir reconnu que ni l'un ni l'autre n'offrent trace de ce qu'il cherche1 enfile le troisime sans hsiter1 il est contraint de confesser qu'il faut que l'animal se soit tenu le raisonnement suivant3 ,j'ai suivi les traces de mon matre jusqu' ce carrefour2 il a d ncessairement prendre l'un de ces trois chemins2 or1 il n'a suivi ni celui-ci1 ni celui-l2 donc1 infailliblement1 il est pass par cet autre4 ,et1 fort de cette dduction1 il ne se consulte plus sur le troisime chemin1 ne songe mme pas s'assurer s'il y trouvera des traces confirmant sa conclusion1 il le prend obissant la force de son raisonnement4 ,cet effort de dialectique1 cet emploi de propositions examines d'abord sparment1 puis ensemble1 pour en arriver une dduction logique1 n'a-t-il pas autant de valeur si le chien y est amen de lui-mme1 que s'il y avait t conduit par les leons reues de ,trapezonce8 ,les btes sont capables d'tre instruites4--,on ne peut mme pas dire que les btes soient incapables de recevoir une instruction comme se donne la ntre3 aux merles1 aux corbeaux1 aux pies1 aux perroquets1 nous apprenons parler et ils s'y prtent si facilement1 leur organe est si souple1 si maniable1 se plie si aisment l'mission des sons que nous voulons lui faire produire pour les amener prononcer un certain nombre de lettres et de syllabes1 qu'il est vident qu'il se fait en eux un raisonnement grce auquel nous les trouvons si disposs et si ports de bonne volont apprendre4--,chacun a probablement vu1 au point d'en tre rassasi1 les singeries qu'en si grand nombre les bateleurs enseignent leurs chiens2 les danses excutes en cadence par ces animaux1 sans qu'ils aillent jamais contre-temps avec la musique qui les accompagne2 les tours et les sauts qu'ils leur font faire leur commandement4--,ce que font les chiens dont se servent les aveugles pour se conduire dans les villes comme dans les campagnes1 bien que ce soit chose courante1 me transporte encore plus d'admiration4 ,je me prends contempler comme ils s'arrtent certaines portes o ils ont l'habitude de recevoir l'aumne1 comme ils vitent les voitures et les charrettes alors qu'ils pourraient croire avoir assez de place pour passer4 ,j'en ai vu un qui1 longeant un foss de la ville1 abandonnait un sentier plan et bien battu pour en suivre un autre plus mauvais1 afin que son matre se trouvt moins prs du foss4 ,comment avait-on pu faire comprendre ce chien qu'il avait pour mission de se proccuper uniquement de la sret de son matre sans s'inquiter1 dans l'accomplissement de cette tche1 de ses propres commodits8 ,comment pouvait-il savoir que tel chemin1 assez large pour lui1 ne l'tait pas suffisamment pour un aveugle8 cela peut-il s'expliquer sans admettre de raisonnement de sa part8 ,il ne faut pas oublier ce que ,plutarque conte d'un chien qu'il a vu1 ,rome1 au thtre ,marcellus1 o se trouvait l'empereur ,vespasien le pre4 ,ce chien tait employ par un bateleur dans une pice plusieurs tableaux et plusieurs personnages1 o il avait un rle4 ,il devait1 entre autres choses1 pendant un temps donn1 contrefaire le mort pour avoir mang certaine drogue4 ,aprs avoir aval le pain qui tait cens la drogue en question1 il se mettait d'abord trembler et vaciller sur ses pattes1 comme s'il avait des tourdissements1 et finalement il s'tendait terre et se raidissait comme s'il tait mort1 se laissant traner et tirer d'un endroit un autre1 comme le comportait le sujet de la pice4 ,puis1 quand il estimait le moment venu1 il commenait remuer tout doucement comme s'il sortait d'un profond sommeil1 levait la tte1 regardait et l d'une faon qui tonnait tous les assistants4 ,les bufs employs l'arrosage dans les jardins royaux de ,suse1 faisaient tourner de grandes roues munies de seaux qui puisaient l'eau1 systme dont certains font usage dans le ,languedoc4 ,ces bufs devaient chacun faire faire cent tours la roue2 ils connaissaient si bien ce nombre que1 lorsqu'il tait atteint1 il tait impossible1 par n'importe quel moyen1 d'en obtenir davantage3 leur tche tait accomplie1 ils s'arrtaient net4 ,nous1 nous arrivons l'adolescence avant de savoir compter jusqu' cent1 et des nations viennent d'tre dcouvertes qui n'ont aucune notion des nombres4 ,quelques-unes instruisent les autres2 il y en a qui s'instruisent elles-mmes4--,instruire les autres demande encore plus de raisonnement que s'instruire soi-mme4 ,laissons de ct ce qu'en pensait ,dmocrite qui s'attachait prouver que nous tenons des btes la plupart des arts qui sont notre connaissance1 que1 par exemple1 l'araigne nous a appris tisser et coudre1 l'hirondelle btir1 le cygne et le rossignol la musique1 et que c'est en imitant certains animaux1 que nous avons t initis la mdecine4 ,aristote croit que les rossignols enseignent leurs petits chanter et y consacrent du temps et du soin2 il s'ensuivrait que ceux que nous levons en cage1 qui ne peuvent apprendre avec leurs parents1 perdent beaucoup du charme de leur chant2 nous en pouvons conclure que ce chant s'amliore par les efforts et l'tude4 ,mme pour ceux qui sont en libert1 le degr de perfection qu'il leur est possible d'atteindre n'est pas le mme pour tous2 il varie avec l'aptitude de chacun4 ,ils sont jaloux de leur talent et luttent parfois qui en montrera le plus1 et apportent dans cette lutte une si grande mulation1 qu'on en a vu mourir1 le souffle venant leur manquer1 avant qu'ils ne se rsignent s'avouer vaincus en cessant leur chant4 ,les plus jeunes travaillent mentalement1 s'appliquant reproduire les airs qu'ils entendent2 l'lve coute la leon que lui donne celui qui l'instruit1 y apportant une grande attention afin de s'en bien pntrer2 tour tour l'un se tait1 l'autre chante2 on voit le prcepteur corriger les fautes de son lve1 on sent qu'il lui adresse des reproches4 ,j'ai vu1 dit ,arrien1 une troupe d'lphants1 dans laquelle l'un d'eux jouait des cymbales2 il en avait une attache chacune de ses cuisses1 une autre sa trompe4 ,au son de cette musique1 les autres dansaient en rond1 se dressant1 s'inclinant en cadence1 observant la mesure marque par l'instrument2 c'tait un harmonieux ensemble qui faisait plaisir4--,aux spectacles de ,rome1 se voyaient d'ordinaire des lphants dresss se mouvoir1 excuter au son de la voix1 des danses plusieurs figures1 compliques de cadences varies trs difficiles apprendre4 ,on en a vu qui1 tout seuls1 rptaient leur leon et s'exeraient avec soin et application1 pour n'tre pas rprimands et battus par leurs matres4 ,cette autre histoire d'une pie1 que ,plutarque1 lui-mme1 garantit1 est bien singulire4 ,cette pie tait dans la boutique d'un barbier de ,rome2 elle contrefaisait merveille1 avec la voix1 tout ce qu'elle entendait4 ,un jour1 des trompettes s'arrtent devant la boutique et y restent longtemps sonner4 ,le reste de la journe et le lendemain1 la pie demeura pensive1 muette1 mlancolique2 tout le monde en tait tonn et pensait que1 surprise et tourdie du bruit des trompettes1 elle en avait perdu la voix1 en mme temps qu'elle en avait t assourdie4 ,on finit par s'apercevoir que c'tait parce qu'elle s'tait recueillie en elle-mme et livre une profonde tude1 mditant1 prparant sa voix imiter le son de ces trompettes2 de telle sorte que la premire fois qu'elle se reprit se faire entendre1 ce fut pour exprimer leurs airs au mieux de ce qui se pouvait1 dans la mme mesure et avec toutes leurs nuances2 en adoptant ce nouveau rpertoire1 elle fut prise de ddain pour ce qu'auparavant elle savait dire et que1 ds lors1 elle laissa compltement de ct4 ,industrie d'un chien qui veut boire l'huile du fond d'une cruche4--,je ne veux pas omettre cet autre exemple d'un chien1 dont ce mme ,plutarque dit avoir t tmoin1 d'un bateau bord duquel il tait 7je ne raconte pas ces faits dans l'ordre o il les donne2 cet ordre m'importe peu1 car je n'entends pas apporter plus de classement dans les exemples que je cite1 que je n'en observe dans le reste de mon ouvrage74 ,ce chien1 furetant sur la plage1 tait fort en peine pour laper de l'huile qui se trouvait au fond d'une cruche et laquelle il ne pouvait parvenir avec sa langue1 parce que l'orifice du vase tait trop troit4 ,pour y arriver1 il se mit aller chercher des cailloux et les jeter dans la cruche1 jusqu' ce qu'il et fait monter l'huile hauteur des bords du vase de manire pouvoir l'atteindre2 n'est-ce pas l le fait d'un esprit bien subtil8--,on dit que les corbeaux de ,barbarie agissent de mme quand le niveau de l'eau qu'ils veulent boire1 est trop bas4 ,subtilit et pntration des lphants4--,cela n'est pas sans quelque rapport avec ce que ,juba1 un des rois de ces contres1 rapporte des lphants4 ,pour s'emparer d'eux1 on prpare des fosses profondes1 que l'on recouvre de menues broussailles qui les masquent leur vue2 s'ils viennent y tomber1 ils y demeurent prisonniers4 ,quand1 force d'adresse1 ceux qui les chassent ont amen l'un d'eux s'y prendre1 ses compagnons apportent en hte quantit de pierres et de pices de bois pour combler la fosse et faciliter sa sortie4--,du reste1 l'industrie de cet animal ressemble sous tant d'autres rapports l'industrie humaine que1 si je voulais relater en dtail tout ce qui a t relev cet gard1 j'arriverais aisment prouver ce que j'avance d'ordinaire3 qu'il y a plus de diffrence entre tel homme et tel autre1 qu'entre tel animal et tel homme4--,le gardien d'un lphant appartenant un particulier de la ,syrie1 lui drobait chaque repas la moiti de la ration qui lui revenait2 un jour1 le matre de l'animal voulut lui-mme s'occuper de lui3 il versa dans sa mangeoire la quantit exacte d'orge qui lui revenait4 ,l'lphant1 regardant d'un mauvais il son gardien1 spara cet orge en deux avec sa trompe et1 mettant part l'une des deux moitis1 rvla par l le tort qu'on lui faisait4--,un autre avait un gardien qui mlangeait des pierres ce qu'il lui donnait manger1 pour en accrotre la mesure2 l'animal1 s'approchant du pot o ce gardien faisait cuire sa viande pour son repas1 le lui remplit de cendres4--,ce sont l des faits particuliers1 mais ce que tout le monde a vu1 ce que chacun sait1 c'est que jadis1 dans toutes les annes des peuples de l',orient1 les lphants en constituaient l'un des lments les plus importants et1 dans les combats1 produisaient des effets plus grands1 sans comparaison1 que ceux que nous obtenons prsent de notre artillerie qui1 dans un ordre de bataille rgulier1 occupe peu prs la place qu'y tenaient alors les lphants 7ce dont peuvent se rendre aisment compte ceux qui connaissent l'histoire ancienne73 ,leurs anctres avaient t employs par le carthaginois ,annibal1 par nos gnraux romains et par le roi d'pire2 ils transportaient sur leur dos des cohortes ou des tours que l'on voyait s'avancer au milieu de la mle 7,juvnal74--,il fallait bien que ce ft en connaissance de cause qu'on et confiance en ces btes et en leur raisonnement1 puisqu'on les faisait marcher en tte de l'arme1 une place o le moindre arrt caus par leur grosseur et leur pesanteur1 le moindre effroi qui les et fait rtrograder sur les gens de leur parti1 pouvaient tout perdre2 et1 de fait1 il s'est vu peu d'exemples o il soit arriv qu'ils se rejetassent sur leurs troupes1 tandis qu'il nous advient de nous rejeter les uns sur les autres et de nous mettre ainsi en droute4 ,ils taient chargs d'effectuer non un simple mouvement1 mais encore d'voluer pendant le combat4--,ainsi en usaient les ,espagnols lors de la rcente conqute des nouvelles ,indes1 avec des chiens auxquels une solde tait alloue et qui1 en outre1 participaient au butin4 ,ces chiens montraient autant d'adresse que d' propos pour poursuivre ou s'arrter aprs un succs1 charger l'adversaire ou battre en retraite suivant les circonstances1 distinguer amis et ennemis1 qu'ils apportaient d'ardeur et de tnacit quand ils se trouvaient aux prises4--,nous admirons et apprcions davantage les choses qui ont un caractre de particularit que celles dont nous sommes journellement tmoins1 sans cela je ne me serais pas livr cette longue numration2 car je crois que rien qu'en examinant de prs ce que nous voyons chez les animaux qui vivent auprs de nous1 nous y relverions des faits aussi remarquables que ceux que l'on va chercher dans des pays et des temps autres que les ntres4 ,c'est toujours une mme nature dont le cours va se droulant1 et celui qui connatrait suffisamment l'tat prsent1 pourrait en conclure coup sr l'avenir et le pass4 ,d'homme homme1 nous traitons de sauvages ceux qui n'ont pas nos usages2 nous nous tonnons de mme de tout ce que nous ne comprenons pas chez les animaux4--,j'ai vu autrefois1 parmi nous1 des hommes venus par mer de lointains pays2 parce que nous ne comprenions pas du tout leur langage1 et que leurs faons1 comme leur contenance et leurs vtements1 ne ressemblaient en rien aux ntres1 tous nous les estimions des sauvages et des brutes6 ,nous attribuions leur stupidit et leur btise1 de les voir garder le silence1 de ne pas parler le franais1 d'ignorer nos baisements de main1 nos rvrences contournes1 notre attitude1 notre maintien sur lesquels1 sous peine d'tre incorrects1 nous voudrions voir se modeler tout ce qui appartient l'espce humaine4 ,nous condamnons tout ce qui nous semble trange1 et aussi ce que nous ne comprenons pas2 c'est ce qui arrive dans l'apprciation que nous portons sur les btes4 ,sous certains rapports1 elles ont de la ressemblance avec nous1 et nous pouvons alors1 par comparaison1 former sur ces points communs quelques conjectures2 mais que savons-nous de ce qui leur est propre8 ,les chevaux1 les chiens1 les bufs1 les brebis1 les oiseaux et la plupart des animaux qui vivent avec nous1 reconnaissent notre voix et rpondent notre appel1 ce que faisait aussi la murne de ,crassus qui allait lui quand il l'appelait2 ce que font galement les anguilles qui sont dans la fontaine d',arthuse4 ,il nous est possible d'en juger par nous-mmes1 car assez souvent j'ai vu des viviers dont les poissons accouraient pour manger1 un appel formul d'une certaine faon par ceux qui en prennent soin3 ,chacun a son nom et accourt la voix du matre qui les appelle 7,martial74 ,il semble que1 chez l'lphant1 il y ait trace de sentiment religieux4--,nous pouvons dire aussi que les lphants ont un certain sentiment de la religion2 on les voit1 en effet1 aprs leurs ablutions et leurs purifications1 lever leur trompe comme des bras vers le ciel et1 les yeux fixs vers le soleil levant1 demeurer ainsi en contemplation1 pendant un certain temps1 certaines heures de la journe1 livrs la mditation1 et cela1 de leur propre mouvement1 sans y avoir t instruits ni y tre obligs4 ,pour ce qui est des autres animaux chez lesquels nous ne voyons rien de semblable1 il ne nous est pas possible1 nonobstant1 d'en conclure qu'ils soient sans religion1 ne pouvant arguer ni pour1 ni contre1 de ce qui nous est cach4 ,les changes d'ides entre des animaux auxquels la voix fait dfaut ne sauraient se nier4--,le fait suivant1 que cite le philosophe ,clanthe1 prsente quelque analogie avec ce que nous pratiquons nous-mmes4 ,il a vu1 raconte-t-il1 des fourmis1 partant de leur fourmilire1 porter vers une autre le corps d'une fourmi qui tait morte4 ,de cette seconde fourmilire se dtachrent plusieurs autres fourmis qui vinrent au-devant des premires1 comme pour parlementer avec elles4 ,aprs tre demeures un moment ensemble1 les dernires s'en retournrent pour aller1 peut-on croire1 confrer avec les autres fourmis de leur fourmilire2 puis elles revinrent1 et cela deux ou trois reprises diffrentes1 probablement en raison des difficults de la ngociation4 ,enfin ces dernires apportrent de leur tanire un ver de terre comme ranon de la morte4 ,les premires chargrent ce ver sur leur dos et l'emportrent chez elles1 laissant aux autres le corps de la trpasse4 ,clanthe voit l une preuve que1 si certains animaux n'ont pas de voix1 il ne s'ensuit pas qu'ils soient dpourvus de moyen de communiquer entre eux et d'changer leurs penses1 et que c'est une infriorit de notre nature1 si nous ne pouvons participer1 nous aussi1 ces relations1 et sottise de notre part de vouloir nous en faire juges4 ,facults dont jouissent certains animaux et que nous ne possdons pas4--,les animaux font d'autres choses encore qui dpassent de beaucoup ce dont nous sommes capables1 que nous ne parvenons pas imiter1 que notre imagination ne nous permet mme pas de concevoir4--,plusieurs historiens ont rapport que dans la grande et dernire bataille navale qu',antoine perdit contre ,auguste1 sa galre amirale fut arrte dans sa marche par ce petit poisson que les ,latins nomment ,remora1 cause de la proprit qu'il possde d'arrter tout navire1 quel qu'il soit1 auquel il s'attache4--,l'empereur ,caligula voguant avec une grande flotte sur la cte de ,roumanie1 la galre qu'il montait fut arrte net par ce poisson2 il le fit prendre alors qu'il tait encore adhrent la coque du bateau1 et se trouva fort dpit qu'un si petit animal1 fix simplement la paroi du navire par sa bouche 7car c'est un poisson coquille71 ft capable de tenir tte la mer1 aux vents et la force que pouvaient produire tous ses avirons2 s'tonnant aussi trs juste raison de ce que1 ds qu'il se trouve hors de l'eau1 il perde la force qu'il a quand il est dans son lment4--,un citoyen de ,cyzique acquit jadis la rputation d'un trs bon mathmaticien1 pour avoir pntr la manire de faire du hrisson4 ,cet animal creuse sa tanire en y mnageant plusieurs ouvertures diversement orientes3 selon le vent qu'il prvoit1 il bouche l'orifice qui correspond cette direction2 d'aprs cela1 notre homme1 qui en avait fait la remarque1 prdisait1 dans son entourage1 le vent qui allait souffler4--,le camlon prend la couleur du milieu dans lequel il se trouve4 ,le poulpe va plus loin3 il se donne la couleur qu'il veut1 suivant les circonstances1 soit pour se drober la vue d'un animal qu'il craint1 soit pour en atteindre un qu'il veut attraper4 ,dans le camlon1 c'est un effet indpendant de lui-mme2 chez le poulpe1 c'est un effet de sa volont4 ,notre visage change aussi parfois de couleur sous l'influence de la frayeur1 de la colre1 de la honte et d'autres passions encore2 c'est le rsultat d'une cause qui l'impose1 comme chez le camlon2 sous l'effet de la jaunisse1 notre teint jaunit1 mais1 alors1 c'est indpendant de notre volont4--,ces choses1 que les animaux peuvent et que nous ne parvenons pas galer1 sont une preuve que1 sur certains points1 ils ont des moyens plus dvelopps que les ntres et qui nous sont cachs2 comme il se peut1 et cela est vraisemblable1 qu'il s'en trouve qui soient dans des conditions et aient des facults autres que rien ne nous rvle4 ,les prdictions fondes jadis sur le vol des oiseaux1 avaient peut-tre leur raison d'tre4--,de tous les moyens de prdiction dans les temps passs1 les plus anciens et aussi ceux prsentant le plus de certitude1 taient tirs du vol des oiseaux2 nous n'avons rien de pareil1 ni de si admirable4 ,il faut bien admettre que la manire dont battaient leurs ailes1 d'o se dduisait la connaissance de l'avenir1 devait provenir de quelque cause intimement lie cette science de caractre si noble2 car s'en tenir la lettre1 attribuer de tels effets simplement une cause naturelle1 dont l'oiseau est inconscient1 sans que son intelligence y soit pour quelque chose1 sans qu'il s'y prte1 sans qu'il y ait raisonnement de sa part1 est une supposition videmment fausse4--,cela admis1 que dire de la torpille qui a la proprit d'engourdir les membres qui la touchent et qui1 au travers mme de la seine et autres filets1 transmet cet engourdissement aux mains de ceux qui la touchent et la manient8 ,on dit mme que si on fait couler sur elle un jet d'eau1 l'engourdissement remontant le fil de l'eau1 gagne la main qui la dverse et lui enlve la sensation du toucher4 ,cette proprit merveilleuse n'est pas inutile la torpille1 elle en a conscience et en use2 on la voit1 en effet1 quand elle est en qute d'une proie1 se tapir dans la vase de telle sorte que les autres poissons glissant dessus1 saisis et paralyss son contact glacial1 tombent en son pouvoir4--,les grues1 les hirondelles et autres oiseaux de passage qui migrant selon les saisons1 tmoignent assez qu'ils ont conscience d'tre mme de deviner le temps1 facult qu'ils mettent profit4 ,n'attribue-t-on pas aux chiennes de savoir discerner1 dans une porte1 le meilleur de leurs petits8--,les chasseurs affirment que pour choisir1 en vue de le conserver1 le meilleur d'une porte de petits chiens1 il n'y a qu' mettre la mre mme d'effectuer elle-mme ce choix3 si on les emporte hors de leur gte1 le premier qu'elle y rapportera sera toujours le meilleur2 si encore on fait semblant d'entourer ce gte de feu1 ce sera son secours qu'elle courra tout d'abord1 ce qui montre bien qu'elle a une facult de pronostiquer que nous n'avons pas1 un moyen de juger ce que peuvent tre ses petits1 autre et plus perspicace que ce qui est en nous4 ,sous bien des rapports1 nous devrions prendre modle sur les animaux4--,les btes naissent1 engendrent1 se nourrissent1 agissent1 se meuvent1 firent et meurent d'une faon tellement analogue nous1 que tout ce qu' cet gard nous refusons d'admettre leur compte dans les causes qui dterminent ces effets et que nous admettons pour nous-mmes1 parce que nous nous disons d'ordre suprieur1 ne peut provenir de notre raison4--,pour nous conserver en bonne sant1 les mdecins nous conseillent de prendre exemple sur elles et de vivre leur faon1 et ce dicton populaire est de tous les temps3 ,tenez-vous chaudement les pieds et la tte2 pour le reste1 vivez comme font les btes4--,la gnration est le principal des actes auxquels nous incite la nature2 pour son accomplissement1 certaines positions de notre corps valent mieux que d'autres2 ici encore1 les mdecins admettent que celle que prennent les animaux est celle qui convient le mieux et qu'il n'y a qu' faire comme eux3 ,on estime communment que1 pour tre fconde1 l'union des poux doit se faire dans l'attitude des quadrupdes1 parce qu'alors la situation horizontale de la poitrine et l'lvation des reins favorisent la direction du fluide gnrateur 7,lucrce74 ,les mouvements indiscrets et provocateurs que d'elle-mme la femme a imagin d'y ajouter1 passent pour nuisibles1 ils sont interdire2 qu'elle prenne pour exemple ce que font les btes1 chez lesquelles l'individu de leur sexe se comporte avec plus de modestie et de calme3 ,les mouvements lascifs par lesquels la femme excite l'ardeur de son poux1 sont un obstacle la fcondation2 ils dplacent le soc du sillon et dtournent les germes du but 7,lucrce74 ,ils ont le sentiment de la justice2 leur amiti est plus constante que celle de l'homme4--,si c'est faire acte de justice que de rendre chacun ce qui lui est d1 les btes qui servent1 aiment et dfendent ceux qui les traitent bien1 qui poursuivent les trangers1 ceux qui maltraitent leurs amis et se montrent agressifs envers eux1 font en cela quelque chose qui se rapproche de nos ides de justice2 ce mme sentiment se retrouve encore dans la parfaite galit qu'elles apportent dans les soins qu'elles donnent leurs petits4--,pour ce qui est de leur attachement1 il est chez elles incomparablement plus vif et plus constant que chez l'homme3 ,a la mort du roi ,lysimaque1 son chien ,hyrcan demeura obstinment sur le lit de son matre1 sans vouloir ni boire ni manger2 et le jour o le corps fut brl1 il prit sa course et alla se jeter dans le feu et y prit4--,le chien d'un nomm ,pyrrhus en agit de mme3 il ne voulut pas bouger de son lit quand celui-ci mourut2 lorsqu'on enleva le corps1 il se laissa emporter en mme temps et1 finalement1 se lana dans le bcher sur lequel se consumaient les restes de son matre4 ,dans leurs gots1 leurs affections1 en amour1 ils sont dlicats1 extravagants1 bizarres comme nous-mmes4--,il y a certains courants d'affection1 que l'on dsigne du nom de sympathie1 qui naissent quelquefois en nous sans que la raison y ait part1 et qui sont l'effet d'un sentiment tout fortuit2 tout comme nous1 les btes en sont capables4 ,c'est ainsi qu'on voit des chevaux s'prendre les uns des autres1 au point qu'on a bien de la peine les faire vivre ou voyager sparment4 ,on en voit qui se passionnent pour ceux des leurs de telle ou telle couleur1 comme nous pouvons faire pour certains genres de physionomie2 quand ils en rencontrent de leur nuance favorite1 aussitt ils les approchent1 leur font fte et leur manifestent la satisfaction qu'ils prouvent2 tandis qu'ils prennent en aversion ceux d'autre nuance et ne les acceptent qu' contre-cur4--,les animaux ont1 comme nous1 des prfrences en amour et savent faire un choix parmi les femelles qui s'offrent eux2 ils ne sont pas exempts de jalousie1 elle les rend irrconciliables et peut les porter des actes extrmes4 ,les dsirs des tres anims ou sont dans la nature et rpondent des besoins rels1 comme boire et manger1 ou1 tout en tant naturels1 ne rpondent pas des ncessits absolues1 tels ceux ayant trait aux rapports entre mles et femelles2 enfin il en est qui ne sont pas dans la nature et ne rpondent pas davantage des besoins4 ,cette dernire catgorie comprend la plupart des dsirs de l'homme qui portent presque exclusivement sur des choses superflues et des besoins factices4 ,il est1 en effet1 merveilleux de voir combien la nature se contente de peu1 combien elle nous laisse peu de choses dsirer2 l'art de nos cuisiniers ne rentre pas dans ses prvisions3 une olive par jour1 au dire des stociens1 suffit pour sustenter l'homme2 ce n'est pas elle qui nous incite avoir des vins plus ou moins dlicats1 non plus qu' ce que nous ajoutions la satisfaction pure et simple de nos besoins amoureux3 ,la volupt ne lui semble pas plus vive dans les bras de la fille d'un consul 7,horace74 ,ces dsirs superflus1 introduits en nous par l'ignorance de ce qui est bien et la prdominance d'ides fausses1 sont en si grand nombre1 que presque tous ceux que nous tenons de la nature ont d leur cder la place2 il s'est produit cet gard ni plus ni moins que ce qui surviendrait dans une cit o les trangers seraient en si grand nombre1 qu'ils en arriveraient mettre dehors les habitants qui en sont originaires1 absorbant l'autorit et le pouvoir que ceux-ci dtenaient primitivement et finissant par l'usurper compltement et tre seuls l'exercer4 ,les animaux sont1 beaucoup plus que nous1 soumis aux rgles qui les rgissent1 et se maintiennent avec beaucoup plus de modration dans les limites que la nature leur a poses4 ,leur exactitude les observer n'est cependant pas telle qu'ils ne puissent aussi parfois tre ports se livrer aux mmes dbauches que nous4 ,c'est ainsi que1 de mme qu'il y a des hommes qui1 sous l'empire de dsirs violents l'excs1 sont ports l'amour des btes1 l'on voit des btes rechercher celui de l'homme1 et des actes monstrueux de folie amoureuse se perptrer entre animaux d'espces diffrentes4--,de ce nombre est l'lphant qui1 ,alexandrie1 tait auprs d'une jeune bouquetire le rival d',aristophane le grammairien1 auquel il ne le cdait en rien1 dans les galanteries de poursuivant des plus passionns qu'il prodiguait cette jeune personne4 ,se promenant sur le march o se vendaient les fruits1 il en prenait avec sa trompe et les lui portait2 il ne la perdait de vue que le moins qu'il pouvait1 lui passait quelquefois familirement sa trompe sur la poitrine par-dessous son corsage et lui caressait les seins4 ,on cite encore un lzard amoureux d'une jeune fille2 une oie qui1 dans la ville d',asopa1 l'tait d'un enfant2 un blier qui prouvait le mme sentiment pour ,glaucia1 une chanteuse des rues4 ,tous les jours on voit des singes passionnment pris de la femme1 comme aussi certains animaux s'adonner des caresses amoureuses sur des individus mles de leur espce et de leur sexe4--,oppien et d'autres citent des faits tendant prouver que dans leurs unions sexuelles1 les btes respectent les liens de parent1 mais l'exprience nous fait voir que bien souvent c'est le contraire qui a lieu3 ,la gnisse se livre sans honte son pre2 la cavale au cheval dont elle est ne2 le bouc s'unit aux chvres qu'il a engendres et l'oiseau fconde l'oiseau qu'il a procr 7,ovide74 ,subtilit malicieuse d'un mulet4--,en fait de malice ingnieuse de la part des animaux1 en est-il de plus marquante que celle du mulet de ,thals le philosophe8 ,charg de sel1 il traversait une rivire1 quand1 fortuitement1 il fit un faux pas2 les sacs qu'il portait furent compltement mouills1 le sel se fondit et la charge en devint plus lgre4 ,l'animal s'en aperut et1 depuis1 ne manquait jamais1 ds qu'il rencontrait un ruisseau1 de s'y plonger lui et sa charge1 jusqu' ce que1 dcouvrant sa malice1 son matre le fit charger de laine2 ce qui advint ne faisant plus son compte1 l'animal cessa son mange4 ,certaines btes paraissent sujettes l'avarice2 d'autres sont fort mnagres4--,il est des animaux qui prsentent1 dans leur manire de faire1 les signes caractristiques de l'avarice2 on les voit cherchant constamment s'emparer de tout ce qu'ils peuvent et le cacher avec grand soin1 bien qu'ils ne puissent en faire usage4--,en fait d'conomie domestique1 les animaux nous surpassent non seulement par leur prvoyance qui les fait amasser et se crer une pargne en vue de l'avenir1 mais sur encore beaucoup d'autres points qui1 en cette matire1 sont d'importance4 ,les fourmis exposent l'air1 en les tirant hors de leurs souterrains1 les graines de toutes sortes qu'elles y ont emmagasines1 afin de les venter1 de les rafrachir et de les scher lorsqu'elles s'aperoivent qu'elles commencent moisir et devenir rances1 de crainte qu'elles ne se gtent et pourrissent4 ,la prcaution qu'elles prennent de ronger l'une des extrmits de chaque grain de froment1 dpasse tout ce que peut imaginer la prudence humaine3 ce grain ne demeure pas constamment sec et intact1 il s'amollit1 se dtrempe1 devient laiteux quand approche le moment o il va germer et pousser2 de peur qu'il ne subisse cette transformation1 qu'il ne puisse plus se conserver en magasin et soit perdu pour leur nourriture1 elles en rongent l'extrmit par laquelle le germe doit sortir4 ,quelques-unes se font la guerre l'instar des hommes1 chez lesquels cette passion dnote une si grande imbcillit4--,pour ce qui est de la guerre1 la plus grande des actions humaines1 celle dont il est fait le plus d'talage1 je me demande si vraiment il faut en faire mention comme tablissant notre supriorit ou si1 au contraire1 elle ne tmoigne pas de notre imbcillit et de notre imperfection4 ,en vrit la science de se battre1 de s'entre-tuer1 de se ruiner1 de concourir la destruction de son espce ne semble pas une prrogative souhaiter aux btes qui ne l'ont pas3 ,quand un lion plus fort qu'un autre a-t-il arrach la vie un lion plus faible que lui8 ,dans quel bois un sanglier a-t-il jamais expir sous la dent d'un autre sanglier plus vigoureux 7,juvnal78--,les animaux ne sont cependant pas tous exempts de cette rage1 comme nous le voyons par les rencontres furieuses qui se produisent chez les abeilles et les combats singuliers que se livrent les chefs des deux partis opposs3 ,souvent entre deux reines1 s'lvent dans une ruche de sanglantes querelles2 d'o l'on peut penser de quelle fureur guerrire le peuple est ds lors anim 7,virgile74--,je ne lis jamais la magnifique description que fait ,lucrce de ces rencontres sans que me viennent la pense l'ineptie et la vanit de l'homme2 car ces volutions guerrires qui nous ravissent d'horreur et d'pouvante1 cette tempte de sons et de cris3 ,l'acier renvoie ses clairs au ciel1 toute la campagne l'entour brille de l'clat de l'airain2 sous le pas des soldats la terre tremble1 et les monts voisins font rsonner jusqu'aux votes du monde les clameurs dont ils sont frapps 7,lucrce71 cette effroyable mle de tant de milliers d'hommes en armes1 combattant avec tant de fureur1 d'ardeur et de courage1 n'est-il pas plaisant de considrer par quelles circonstances frivoles cela est amen1 et quelles circonstances insignifiantes y mettent fin6 ,on raconte que l'amour de ,pris amena un duel mort entre les ,grecs et les ,barbares 7,horace72 toute l',asie se perdit1 s'puisa dans cette guerre amene par cet amour adultre2 le dsir d'un seul homme1 le dpit1 un moment de plaisir1 la jalousie d'un mari1 toutes choses qui ne justifieraient pas que deux marchandes de hareng en viennent aux mains et s'gratignent1 voil la cause de tout ce branle-bas d'o rsulta un si grand trouble4--,pour tre mieux difi1 reportons-nous ceux-l mmes qui1 en ces graves occurrences1 en sont les auteurs et les causes4 coutons ce qu'en dit l'empereur le plus grand1 le plus puissant qui ait jamais t1 celui que la victoire a le plus favoris1 s'amusant tourner en ridicule1 trs plaisamment et avec beaucoup d'esprit1 ces vnements qui embrassrent plusieurs batailles hasardes sur terre et sur mer1 o1 pour servir ses intrts1 coula le sang et fut expose la vie de cinq cent mille hommes qui suivirent sa fortune1 et o s'puisrent les forces et les richesses des deux parties du monde3 ,parce qu',antoine est l'amant de ,glaphyre1 ,fulvie veut m'en faire porter la peine et que je devienne le sien4 ,moi1 l'amant de ,fulvie6 ,si ,manius l'haleine ftide sollicitait mes caresses1 cderais-je8 je ne le crois pas1 j'aurais trop en souffrir6 ,aime-moi ou c'est la guerre6 dit-elle4 ,eh bien1 soit1 plutt perdre la vie que d'affronter un pareil supplice6 ,sonnez1 trompettes6 7,martial74 ,peut-tre fais-je abus de mon latin2 mais vous m'avez donn1 ,madame1 permission d'en user4--,une arme1 ce grand corps1 cet tre si versatile et si agit qui semble menacer ciel et terre3 ,comme les flots innombrables qui roulent en mugissant sur la mer de ,libye quand1 au retour de l'hiver1 le fougueux ,orion se plonge dans les eaux1 ou comme les pis presss que dore le soleil d't soit dans les champs de l',hermus1 soit dans la fconde ,lycie1 les boucliers rsonnent et la terre tremble sous les pas des guerriers 7,virgile72 ce monstre furieux qui a tant de bras et de si nombreuses ttes1 c'est l'homme1 toujours l'homme1 faible1 calamiteux1 misrable1 vritable fourmilire toujours agite et surchauffe1 noir essaim qui marche dans la plaine 7,virgile71 qu'un souffle de vent contraire1 le croassement d'un vol de corbeaux1 le faux pas d'un cheval1 le passage fortuit d'un aigle1 un songe1 un mot1 un signe1 la brume du matin suffisent pour renverser et jeter terre4 ,que le soleil le frappe de face1 et le voil vanoui et qui s'effondre2 que seulement le vent lui porte un peu de poussire dans les yeux comme aux abeilles du pote1 voil nos enseignes1 nos lgions1 quand bien mme le grand ,pompe serait leur tte1 qui sont rompues et ananties1 car c'est contre lui1 si je ne me trompe1 qu'en ,espagne1 ,sertorius fit avec succs usage de ces belles armes qu'avait employes ,eumne contre ,antigone et ,surena contre ,crassus4 ,cette grande animosit1 tous ces furieux combats1 un peu de poussire en a raison 7,virgile74--,qu'on lche mme contre lui ces mouches miel1 leur force et leur courage en triomphent4 ,assez rcemment1 les ,portugais assigeaient la ville de ,tamly1 sur le territoire de ,xiatine2 les habitants transportrent sur leurs murailles un grand nombre de ruches qui constituent une de leurs richesses1 et1 produisant de la fume1 chassrent les abeilles dans la direction de l'ennemi1 auquel elles s'attachrent si vivement que1 ne pouvant rsister leurs attaques et leurs piqres1 il abandonna ses projets2 ce secours d'un nouveau genre assura la victoire et la libert aux assigs qui russirent au point que1 lorsque l'action prit fin1 pas une abeille ne fit dfaut1 toutes taient revenues4--,les mes des empereurs et celles des savetiers sortent du mme moule4 ,n'envisageant que l'importance des actions des princes et les consquences qu'elles ont1 nous nous imaginons qu'elles ont d'autres causes1 et aussi sont de plus de poids et de plus d'importance2 c'est une erreur3 ils vont et viennent mus par les mmes ressorts qui nous font agir nous-mmes4 ,la mme raison qui fait que nous nous querellons avec un voisin1 amne la guerre chez les princes2 ce pour quoi nous faisons fouetter un laquais se produisant chez un roi1 le conduit ruiner une province2 leur volont s'exerce aussi la lgre que la ntre1 mais ils peuvent davantage4 ,les mmes apptits se retrouvent chez un ciron et chez un lphant4 ,fidlit1 gratitude des animaux4--,sous le rapport de la fidlit1 il n'est pas au monde d'animal plus tratre que l'homme4--,nombreux sont les faits que l'on cite1 tmoignant de l'acharnement de certains chiens venger la mort de leurs matres4--,le roi ,pyrrhus1 rencontrant un chien gardant un cadavre qu'il veillait1 lui dit-on1 depuis trois jours1 fit enterrer le corps et prit le chien avec lui4 ,un jour qu'il passait la revue de toute son arme1 le chien1 apercevant les meurtriers de son matre1 leur courut sus avec des aboiements furieux1 tmoignant d'une violente irritation4 ,ce fut l un premier indice qui mit sur leurs traces2 bientt aprs1 la justice les convainquit de leur crime et le punit4--,mme chose advint par le fait du chien dont parle le sage ,hsiode1 qui dnona les fils de ,ganistor1 de ,naupacte1 comme les auteurs du meurtre de son matre4--,un autre chien attach la garde d'un temple1 ,athnes1 aperut un voleur sacrilge qui en emportait les plus beaux joyaux4 ,il se mit aussitt aboyer tant qu'il put contre lui1 mais les gardiens du temple ne s'veillrent pas4 ,le chien se mit alors suivre son voleur2 le jour1 il se tenait distance de lui1 mais sans jamais le perdre de vue2 s'il lui offrait manger1 il n'en voulait pas1 tandis qu'avec sa queue il faisait fte aux autres passants qu'il rencontrait et mangeait ce qu'ils lui donnaient2 lorsque le voleur s'arrtait pour dormir1 le chien s'arrtait en mme temps et au mme endroit4 ,cette conduite singulire tant parvenue la connaissance des gardiens du temple1 ils s'enquirent du signalement de l'animal1 suivirent ses traces et l'atteignirent enfin au bourg de ,cromyon et1 avec lui1 le larron qu'ils ramenrent ,athnes o il fut puni4 ,en reconnaissance de ce service1 les juges ordonnrent qu'il serait allou1 sur les deniers publics1 une mesure dtermine de bl pour nourrir le chien qu'ils commirent aux bons soins des prtres4 ,plutarque1 qui raconte ce fait1 en affirme l'authenticit2 il se serait pass dans le sicle o il vivait4 ,quant la gratitude1 vertu qui1 de nos jours1 a grand besoin d'tre remise en crdit1 un seul exemple nous suffira2 il nous est cont par ,appion qui tait dans les rangs des spectateurs3 ,un jour1 dit-il1 ,rome1 on donnait au peuple le spectacle de btes amenes de contres lointaines2 y figuraient entre autres des lions de haute taille comme il s'en voit rarement2 parmi eux s'en trouvait un qui1 par l'irritation qu'il manifestait1 la force et la grosseur de ses membres1 ses rugissements sonores qui rpandaient l'pouvante1 attirait particulirement l'attention de l'assistance4 ,au nombre des esclaves livrs aux btes et destins paratre dans ce combat1 tait un ,dace1 du nom d',androcls1 qui appartenait un personnage consulaire de ,rome4 ,en l'apercevant1 le lion1 tout d'abord1 s'arrta court1 comme saisi d'tonnement2 puis il s'approcha doucement de lui1 pas pas1 on et dit qu'il cherchait le reconnatre2 enfin1 sr de son fait1 il commena agiter la queue1 comme font les chiens qui flattent leur matre1 se mit baiser et lcher les mains et les cuisses du pauvre misrable tout transi d'effroi et hors de lui4 ,sous les caresses du lion1 ,androcls1 recouvrant ses esprits1 se prit le regarder et finit par le reconnatre2 ce fut alors un spectacle bien rare de voir combien tous deux se faisaient fte et les caresses qu'ils changeaient4 ,la vue en faisait pousser au peuple des cris d'admiration2 l'empereur fit appeler l'esclave pour savoir de lui la cause de ce si trange vnement4 ,androcls lui en conta ainsi l'tonnante et peu banale histoire3 ,mon matre tait proconsul en ,afrique2 la cruaut et la rigueur dont il usait vis--vis de moi 7il me faisait battre chaque jour7 me dterminrent m'chapper et je m'enfuis4 ,pour me soustraire aux recherches de ce personnage de si haute autorit dans le pays1 le plus sr me parut de gagner le dsert1 rsolu me tuer d'une faon ou d'une autre1 si je ne parvenais pas me nourrir dans ces rgions sablonneuses et inhabitables4 ,vers midi1 le soleil tant extrmement piquant et la chaleur insupportable1 dcouvrant une caverne cache et d'accs presque inaccessible1 je m'y jetai4 ,bientt aprs survint ce lion2 il tait bless la patte qu'il avait tout ensanglante2 la douleur qu'il prouvait lui arrachait des plaintes et des gmissements4 ,a son arrive1 je fus trs effray2 mais lui1 m'apercevant blotti dans un coin de sa tanire1 s'approcha de moi tout doucement1 me tendant la patte dont il souffrait1 me la montrant comme pour me demander assistance4 ,je la pris et en tai un grand clat de bois qui y tait entr2 puis1 un peu plus rassur sur ses dispositions mon gard1 je pressai la plaie1 en fis sortir tous les corps trangers qui y avaient pntr1 et la nettoyai de mon mieux4 ,se sentant soulag et la douleur s'tant calme1 il commena reposer et s'endormit ayant toujours sa patte dans mes mains4 ,a partir de ce moment1 nous vcmes ensemble tous deux dans cette caverne1 mangeant les mmes viandes1 car il m'apportait toujours les meilleurs morceaux des btes qu'il tuait la chasse2 je les faisais cuire au soleil dfaut de feu et m'en nourrissais4 ,cela dura trois ans2 la longue1 je me lassai de cette vie bestiale et sauvage1 et1 une fois que mon hte tait all aux provisions comme son ordinaire1 je le quittai4 ,trois jours plus tard1 surpris par des soldats1 je fus arrt1 puis1 d',afrique1 amen ici mon matre qui1 sur-le-champ1 me condamna mort et tre livr aux btes4 ,a ce que je vois1 mon lion a d tre pris en mme temps que moi2 me reconnaissant1 il a voulu me tmoigner sa gratitude pour les soins que je lui ai donns et la gurison que je lui ai procure4 ,cette histoire dite l'empereur1 se rpandit immdiatement de bouche en bouche parmi les assistants1 et aussitt1 la demande gnrale1 il fut fait grce1 au nom du peuple1 ,androcls1 qui recouvra sa libert et auquel il fut fait don de ce lion4 ,depuis1 dit ,appion1 on le voit conduisant cet animal simplement tenu en laisse1 se promener dans ,rome de taverne en taverne1 recueillant l'argent qu'on lui donne1 tandis que le lion se laisse couvrir de fleurs qu'on lui lance2 et chacun qui les rencontre1 de dire3 ,voil le lion qui a donn l'hospitalit cet homme1 et l'homme qui a t le mdecin de ce lion4 ,nous pleurons souvent la perte des btes que nous aimons2 elles font de mme notre gard3 ,ensuite venait1 dpouill d'ornements1 thon1 son cheval de bataille1 qui pleurait et dont la figure tait humecte de grosses larmes 7,virgile74 ,il est des nations o les femmes sont en commun1 il en est d'autres o chacun a la sienne2 cela ne se voit-il pas aussi chez les animaux1 et la fidlit conjugale n'est-elle pas mieux observe par eux que par nous4 ,comme nous1 ils se constituent en socits2 on trouve mme des associations d'individus d'espces diffrentes4--,les socits1 les fdrations qui ont pour objet de se liguer pour se prter un mutuel secours1 existent aussi chez eux4--,chez les bufs1 les pourceaux et autres1 au cri de l'un d'eux que vous offensez1 on voit toute la troupe accourir pour lui venir en aide et se grouper pour le dfendre4--,quand l'escare vient avaler l'hameon que lui tend le pcheur1 ses compagnons s'assemblent en foule autour de lui et rongent le fil de la ligne4 ,lorsque1 par hasard1 il y en a un qui est entr dans la nasse1 les autres1 du dehors1 le saisissent par la queue1 la lui serrant tant qu'ils peuvent avec les dents et le tirent force1 cherchant le faire sortir4--,les barbiers1 quand l'un deux est harponn1 frottent la corde qui retient le fer1 avec leur dos qui est arm d'un os faisant saillie1 dentel en forme de scie1 et s'efforcent de la rompre en la coupant4 ,chez l'homme1 pour s'entr'aider dans la vie1 les individus se rendent des services rciproques2 les btes en offrent galement des exemples4--,on dit que la baleine ne marche jamais que prcde d'un petit poisson1 semblable au goujon de mer et que1 pour cette particularit1 on nomme le guide4 ,la baleine le suit1 se laissant conduire et diriger par lui avec autant de facilit que le timonier fait virer le navire4 ,en retour1 tandis que tout ce qui1 bte ou vaisseau1 entr dans l'horrible gouffre qu'est la bouche du monstre1 y est englouti et irrmdiablement perdu1 le guide s'y retire en toute sret et y dort2 pendant toute la dure de son sommeil1 la baleine ne bouge pas1 mais1 aussitt qu'il sort1 elle le suit et cela d'une faon continue4 ,si1 par hasard1 elle perd sa trace1 elle va errant de ct et d'autre1 se heurtant souvent contre les rochers1 semblable un bateau qui n'a plus de gouvernail4 ,plutarque dclare avoir constat le fait1 prs de l'le d',anticyre4--,pareille association existe entre le petit oiseau qu'on nomme le roitelet et le crocodile4 ,le roitelet sert de sentinelle ce grand animal2 et1 lorsque l'ichneumon1 son ennemi1 s'approche pour le combattre1 l'oiseau1 de peur que le crocodile ne soit surpris pendant son sommeil1 l'veille par son chant et ses coups de bec et le prvient du danger4 ,par contre1 il vit des restes de ce monstre qui le reoit familirement dans sa gueule et le laisse becqueter dans ses mchoires et entre ses dents1 et y recueillir les dbris de chair qui y sont demeurs4 ,lorsqu'il veut fermer la gueule1 il le prvient auparavant d'en sortir1 en ne la refermant que peu peu1 sans l'treindre1 ni le blesser4--,le coquillage connu sous le nom de nacre1 vit ainsi avec le pinnothre1 petit animal de l'espce du crabe1 qui lui sert d'huissier et de portier4 ,stationnant l'ouverture de ce coquillage1 il en tient continuellement les deux valves entrebilles et ouvertes1 jusqu' ce qu'il y voit entrer quelque petit poisson propre tre captur2 il entre alors dans la nacre1 et la pinant dans la chair vive1 la contraint fermer sa coquille2 tous deux se mettent alors manger la proie qui s'est ainsi laiss emprisonner4--,la manire de vivre des thons indique une singulire connaissance des trois branches des mathmatiques4 ,pour l'astronomie1 ils pourraient en remontrer l'homme1 car ils s'arrtent l o les surprend le solstice d'hiver et n'en bougent plus jusqu' l'quinoxe suivant2 c'est pourquoi ,aristote va mme leur concdant l'intelligence de cette science4 ,ils dnotent la connaissance qu'ils ont de la gomtrie et de l'arithmtique1 en ce qu'ils se groupent toujours en bande affectant la forme d'un cube1 carr en tous sens1 sorte de bataillon en masse six faces gales1 clos et gard de toutes parts4 ,ils nagent dans cet ordre qui prsente les mmes dimensions l'arrire que sur le devant1 de telle sorte que celui qui en voit et en compte un rang1 peut aisment dnombrer l'effectif de la bande1 dont la profondeur gale la largeur et la largeur gale la longueur4 ,exemples de magnanimit1 de repentir1 de clmence chez les animaux4--,si nous parlons de magnanimit1 il est difficile d'en trouver un exemple plus caractristique que celui de ce chien1 de taille tout fait exceptionnelle1 envoy des ,indes au roi ,alexandre4 ,on lui prsenta tout d'abord combattre un cerf1 puis un sanglier1 puis un ours2 il n'en fit pas cas et ne daigna mme pas bouger de sa place2 mais quand on mit un lion en sa prsence1 il se dressa aussitt sur ses pattes1 manifestant ainsi le reconnatre comme le seul adversaire qu'il trouvt digne de lui4 ,comme tmoignage de repentir et d'aveu de ses fautes1 citons un lphant qui1 dit-on1 ayant tu son cornac dans un accs de colre1 en eut un tel regret qu'il ne voulut plus accepter de nourriture et se laissa mourir de faim4 ,la clmence chez les animaux est atteste par ce fait que l'on prte un tigre1 la plus inhumaine de toutes les btes4 ,on lui avait donn un chevreau2 pendant deux jours1 il souffrit la faim1 plutt que de lui faire du mal2 et le troisime jour1 il brisa la cage o il tait enferm pour aller chercher autre chose dvorer1 ne voulant pas se porter cette extrmit sur ce chevreau1 dont il avait fait son familier et son hte4 ,la familiarit et les relations qui naissent de la frquentation peuvent exister chez les animaux2 il arrive en effet que nous apprivoisons fort bien vivre ensemble1 des chats1 des chiens et des livres4 ,l'ingniosit de l'alcyon dans la construction de son nid dfie toute notre intelligence4--,quiconque voyage sur mer1 notamment sur la mer de ,sicile1 peut voir la particularit que prsente l'alcyon1 qui dpasse tout ce que l'homme peut imaginer4 ,jamais la nature n'a tant honor les couches1 la naissance1 l'enfantement d'aucune autre crature4 ,les potes disent bien que l'le de ,dlos1 autrefois flottante1 a t rendue immobile pour permettre les couches de ,latone2 mais ici1 c'est ,dieu qui a voulu que la mer s'arrte dans son mouvement1 devienne stable et calme1 sans vagues1 sans vent1 sans pluie1 pendant que l'alcyon fait ses petits1 prcisment vers l'poque du solstice1 au jour le plus court de l'anne2 grce ce privilge dont jouit cet oiseau1 la navigation1 ce moment1 en plein cur de l'hiver1 est sans dangers4--,chez l'alcyon1 les femelles ne connaissent d'autre mle que le leur2 elles l'assistent sa vie durant1 sans jamais l'abandonner2 s'il vient tre dbile ou infirme1 elles le chargent sur leurs paules1 le portent partout et le servent jusqu' la mort4--,personne n'est encore arriv pntrer la faon merveilleuse avec laquelle l'alcyon construit son nid1 non plus qu' savoir quelle matire il emploie sa construction4 ,plutarque1 qui en a vu et en a tenu plusieurs dans les mains1 pense que ce sont des artes de certain poisson que l'oiseau runit et soude ensemble1 les entrelaant les unes en long1 les autres obliquement1 les inflchissant1 arrondissant les angles1 de manire en former un vase sphrique mme de flotter4 ,quand il l'a achev1 il l'expose aux flots qui1 en le battant tout doucement1 lui montrent ce qui1 n'tant pas suffisamment agglutin1 est radouber3 ces points1 cdant sous les coups de la mer1 se disjoignent1 et il voit qu'ils sont consolider davantage2 ceux au contraire dont la soudure ne laisse rien dsirer1 se resserrent sous cette action par suite de la pression qu'elle exerce et cela un degr tel qu'on ne peut ni le rompre1 ni le dissoudre1 pas plus que l'endommager en le frappant avec une pierre ni mme avec un instrument en fer1 si ce n'est grand'-peine4 ,les proportions et les dispositions intrieures de ce nid sont surtout admirer3 il est construit et de dimensions telles qu'il ne peut recevoir que l'oiseau qui l'a difi et qui seul peut y entrer2 pour tout ce qui n'est pas lui1 il est impntrable1 clos1 ferm au point que rien1 pas mme l'eau de la mer1 ne peut y pntrer4 ,si claire que soit cette description qui mane de bonne source1 il me semble cependant qu'elle ne nous claire pas suffisamment sur les difficults de la construction2 aussi quelle vanit de notre part il y aurait ranger au-dessous de nous et traiter avec ddain des uvres que nous ne sommes capables ni d'imiter1 ni de comprendre6 ,les animaux nous ressemblent par l'imagination1 ayant comme nous des songes et des souvenirs4--,poussons encore un peu plus loin cette tude comparative sur les points communs ou analogues entre nous et les btes4--,notre me se glorifie d'lever son niveau tout ce qu'elle conoit2 de dgager tout tre qui se prsente elle de ce qui1 en lui1 n'est ni immatriel1 ni immortel2 de considrer les choses1 qu'elle estime dignes d'occuper son attention1 indpendamment de ce qu'elles ont qui est susceptible d'altration et dont il faut qu'elles se dpouillent1 laissant de ct comme des accessoires superflus et de nulle valeur1 l'paisseur1 la largeur1 la profondeur1 le poids1 la couleur1 l'odeur1 la rugosit1 le poli1 la duret1 la tendret1 en un mot tout ce qui1 en elles1 est tangible et prissable1 pour s'accommoder sa propre condition1 qui est d'tre immortelle et tout esprit2 de telle sorte que si ,rome et ,paris viennent occuper ma pense1 ,paris1 par exemple1 je me l'imagine et me le reprsente1 abstraction faite de ses dimensions1 de son site1 de la pierre1 du pltre1 du bois qui s'y rencontrent1 autrement dit de ses constructions4--,il ne semble pas que ce soit l une proprit dont notre me ait le privilge exclusif2 il est vident que les btes la possdent aussi3 ,un cheval accoutum aux trompettes1 aux coups de fusil1 aux combats1 que l'on voit agit1 motionn pendant qu'il dort1 comme s'il tait au fort de la mle1 alors qu'il est tendu sur sa litire1 a en son me1 cela ne saurait faire doute1 la conception d'un son de tambourin sans voix1 d'une arme sans armes comme sans soldats3 ,vous verrez de gnreux coursiers1 tout endormis qu'ils sont1 suer1 souffler bruyamment et se raidir1 comme s'ils disputaient le prix d'une course 7,lucrce74--,le livre que1 dans un songe1 ce lvrier s'imagine poursuivre1 aprs lequel nous le voyons haleter tout en dormant1 allongeant la queue1 secouant les jarrets1 reproduisant compltement les mouvements qu'il fait lorsqu'il court1 est un livre qui n'a ni poils1 ni os3 ,souvent au milieu d'un profond sommeil1 les chiens de chasse viennent s'agiter tout coup1 aboyer1 aspirer l'air frquemment1 comme s'ils taient sur la piste de quelque bte2 souvent mme1 en se rveillant1 ils continuent poursuivre le vain simulacre d'un cerf qu'ils s'imaginent voir fuir1 jusqu' ce que1 revenus eux1 ils reconnaissent leur erreur 7,lucrce74--,nous voyons parfois les chiens de garde1 pendant leur sommeil1 gronder1 puis se mettre tout fait japper et finalement s'veiller en sursaut1 comme s'ils apercevaient quelque tranger approchant2 cet tranger qu'ils voient en esprit1 est un homme qui n'a pas de corps1 qui chappe nos sens1 n'occupe aucune portion de l'espace1 est sans couleur2 il n'existe pas3 ,souvent l'hte fidle et caressant de nos maisons1 le chien1 se dresse brusquement au milieu du lger sommeil qui alourdissait ses paupires1 parce qu'il a cru voir une forme trangre et de traits inconnus 7,lucrce74 ,quant la beaut1 il faut d'abord dterminer en quoi elle consiste1 car on trouve sur ce point les opinions les plus diverses4--,pour ce qui est de la beaut du corps1 il faudrait1 avant d'en parler1 savoir si nous sommes d'accord sur ce en quoi elle consiste4 ,il semble que nous ne sommes gure fixs sur ce qui1 d'une faon gnrale1 dans la nature1 la constitue1 puisque ce que nous estimons l'tre chez l'homme nous donnons tant de formes diverses4 ,si quelque rgle naturelle existait cet gard1 nous nous y rangerions tous1 comme nous nous entendons quand il est question de la chaleur produite par le feu2 tandis que pour la beaut1 suivant ce qu'il nous plat1 les formes les plus fantaisistes sont admises comme la constituant3 ,le teint des belges dparerait un visage romain 7,properce74--,les ,indiens se la reprsentent la peau noire et basane1 les lvres charnues et paisses1 le nez plat et large2 le cartilage entre les deux narines charg de gros anneaux d'or1 l'tirant jusqu' la bouche2 la lvre infrieure1 pare de gros cercles enrichis de pierreries la faisant tomber au niveau du menton et dcouvrant les dents jusqu'aux gencives1 ce qu'ils estiment tre plein de grce4--,au ,prou1 l'oreille est d'autant plus belle qu'elle est plus grande1 et on s'efforce de lui donner toute l'extension possible4 ,quelqu'un1 de nos jours1 dit avoir vu dans un pays de l',orient1 cette mode de l'agrandir et de la charger de pesants joyaux si en faveur1 qu'il tait facile de passer le bras1 sans mme relever la manche1 dans le trou mnag pour le passage de ces ornements4--,il y a ailleurs des nations o on se noircit les dents avec grand soin1 les dents blanches y sont un objet de mpris2 chez d'autres1 on les teint en rouge4--,chez les ,basques1 les femmes estiment accrotre leurs charmes1 en se rasant la tte2 il en est ainsi en d'autres lieux et1 ce qui est plus extraordinaire1 dans certaines rgions borales1 au dire de ,pline4--,les ,mexicaines trouvent beau un front troit et1 tandis qu'elles s'pilent le reste du corps1 elles recherchent l'abondance des cheveux sur le front et s'appliquent en accrotre la pousse2 des seins dvelopps outre mesure y sont tellement priss1 qu'il y a des femmes qui affectent d'avoir possibilit de donner tter leurs enfants par-dessus leurs paules2 nous1 nous tiendrions cette exagration pour de la laideur4--,chez les ,italiens1 tre gros et massif est l'idal de la beaut2 chez les ,espagnols1 c'est tre mince et svelte2 chez nous1 c'est tre blond pour les uns1 brun pour les autres2 tendre et dlicat pour celui-ci1 ferme et vigoureux pour celui-l2 il y en a qui lui demandent d'avoir de la grce et de la douceur1 d'autres la veulent fire et majestueuse2 tout comme ,platon qui ne trouve rien de si beau que la forme sphrique1 tandis que les picuriens lui prfrent la forme pyramidale ou cubique et ne peuvent se rsoudre admettre un dieu qui aurait la forme d'une boule4 ,aussi1 de ce fait1 ne sommes-nous pas davantage fonds nous croire privilgis4--,quoi qu'il en soit1 la nature ne nous a pas en cela plus privilgis qu'elle ne l'a fait dans ses lois communes tous les tres vivants1 et1 quand nous jugeons sans parti pris1 nous trouvons que s'il existe des animaux moins favoriss que nous cet gard1 il y en a d'autres1 et en plus grand nombre1 qui le sont davantage3 ,plusieurs animaux nous surpassent en beaut 7,snque71 mme parmi ceux qui1 comme nous1 vivent sur terre4 ,pour ce qui est de ceux vivant dans la mer1 laissons de ct leur physionomie gnrale1 trop diffrente de la ntre pour qu'elles puissent se comparer2 rien que comme couleur1 propret1 brillant1 arrangement1 nous leur sommes pas mal infrieurs sous tous rapports1 non moins que vis--vis de ceux qui vivent dans les airs4--,la prrogative que font valoir les potes1 que nous aurions de nous tenir droits1 regardant les cieux dont nous sommes originaires1 n'est qu'une licence potique3 ,dieu a courb les animaux et attach leurs regards la terre2 en donnant l'homme une tte droite1 il a voulu qu'il regardt le ciel et pt contempler les astres 7,ovide74 ,plusieurs bestioles en effet ont la vue compltement dirige vers le ciel1 et je trouve que les chameaux et les autruches ont l'encolure encore plus releve et plus droite que nous ne l'avons4 ,existe-t-il des animaux qui n'aient pas la face place au haut et en avant du corps et1 tout comme nous1 ne regardent pas droit devant eux2 qui1 dans leur attitude habituelle1 n'aperoivent pas une tendue du ciel et de la terre gale celle que le regard de l'homme peut embrasser8 ,quelles qualits avons-nous1 de par notre constitution physique1 dcrites par ,platon et par ,cicron1 qui ne soient l'apanage de mille sortes de btes8 ,parmi les animaux1 ceux avec lesquels nous avons le plus de ressemblance1 sont les plus laids et les plus abjects1 car ce sont3 le singe1 pour ce qui est de l'apparence extrieure et de la forme du visage3 ,tout difforme qu'il est1 le singe nous ressemble 7,ennius71 et le porc1 en ce qui touche notre organisation intrieure et les parties vitales4 ,l'homme a plus de raisons que tout autre animal de couvrir sa nudit1 tant il a d'imperfections dans son corps4--,quand1 m'imaginant l'homme compltement nu et que1 notamment dans le sexe auquel semble plus particulirement dvolue la beaut1 je considre ses dfectuosits1 les exigences auxquelles il est astreint de par la nature1 ses imperfections1 je trouve qu'en vrit1 plus que tout autre animal1 nous avons eu raison de couvrir notre nudit4 ,nous sommes bien excusables d'en emprunter les moyens ceux qu' cet gard1 la nature a favoriss plus que nous et de nous parer de leur beaut1 nous cachant sous leurs dpouilles1 qu'elles soient laine1 plume1 fourrure ou soie4 ,remarquons encore que l'homme est le seul animal chez lequel cette imperfection soit choquante pour ses semblables1 le seul qui se drobe la vue de ceux de son espce1 quand il veut satisfaire aux actes que lui impose la nature4 ,n'est-ce pas aussi un fait qui mrite considration que de voir les matres en la question1 ordonner comme remde contre les passions rotiques1 la vue complte et sans voile du corps la possession duquel nous portent nos dsirs et que1 pour refroidir en nous l'amour1 il nous suffise de voir en toute libert qui en est l'objet3 ,il en est qui1 pour avoir vu dcouvert les parties secrtes de l'objet aim1 ont senti s'teindre leur passion au moment le plus vif de leurs transports 7,ovide74 ,bien que cette recette mane probablement de quelqu'un de sentiment un peu dlicat et qui renat au calme1 ce n'en est pas moins une preuve manifeste de notre imperfection1 que l'usage et la connaissance nous dgotent les uns des autres4--,ce n'est pas tant la pudeur que le savoir-faire et la prudence1 qui rend nos dames si circonspectes et les porte nous refuser l'entre de leurs cabinets de toilette1 tant qu'elles ne sont ni fardes1 ni pares1 prtes paratre en public3 ,elles n'y manquent pas1 et ont grandement raison de dfendre l'accs de ces arrire-scnes de la vie aux amants qu'elles veulent retenir sous leur joug 7,lucrce72 alors que chez certains animaux1 il n'est rien que nous n'aimions et qui ne plaise nos sens1 au point que de leurs excrments mmes et de tout ce qu'ils rejettent1 nous tirons un manger dlicat et aussi nos ornements les plus riches1 nos parfums les plus suaves4--,ce que je dis l ne s'applique qu'au commun des hommes et des femmes2 je ne suis pas si sacrilge que je l'tende ces beauts divines1 surnaturelles1 extraordinaires1 qu'on voit parfois rayonner au milieu de nous1 comme des astres descendus sur la terre et que dissimule mal la forme humaine qu'elles ont emprunte4 ,nonobstant1 il n'admet de supriorit sous aucun rapport de qui n'est pas form son image4--,au surplus1 la part mme que dans les faveurs de la nature1 de notre propre aveu1 nous faisons aux animaux1 leur est fort avantageuse4 ,nous nous attribuons des biens fantastiques et imaginaires1 des biens venir1 qui ne sont pas l1 et dont l'homme est impuissant se garantir la possession2 ou encore des biens tels que la raison1 la science1 l'honneur que1 par un drglement de notre esprit1 nous prtendons faussement possder1 alors que nous ne les avons pas2 tandis que nous abandonnons en partage aux btes les biens essentiels1 biens qui sont continuellement notre porte et dont il nous est constamment loisible d'user3 la paix1 le repos1 la scurit1 l'innocence et la sant2 la sant que je n'hsite pas dclarer le plus beau1 le plus riche prsent que la nature nous ait pu faire4 ,si bien que la philosophie1 mme la philosophie stoque1 va jusqu' oser dire que si ,hraclite et ,phrcyde avaient eu possibilit d'changer leur sagesse pour la sant et de se dlivrer ainsi1 l'un de l'hydropisie1 l'autre de la maladie pdiculaire1 dont ils souffraient1 ils eussent bien fait d'oprer cet change4 ,comparer et mettre ainsi en balance la sant et la sagesse1 c'est attacher cette dernire un bien plus grand prix1 que lorsque ces mmes philosophes viennent dire que1 si ,circ avait prsent ,ulysse deux philtres ayant la proprit1 l'un de faire qu'un fou devienne sage1 l'autre qu'un sage devienne fou1 ,ulysse et d prfrer la folie1 plutt que de consentir ce que ,circ transformt sa figure humaine en celle d'une bte2 et que la sagesse elle-mme lui aurait dit3 ,quitte-moi1 renonce moi1 plutt que de me loger sous la figure et dans le corps d'un ne4 ,ainsi donc1 voici les philosophes qui en viennent tenir moins compte de la sagesse1 cette grande et divine science1 que de l'enveloppe que notre corps revt sur cette terre6 ,ce ne serait donc plus par notre raison1 par notre esprit1 par notre me1 que nous l'emporterions sur les btes1 mais par notre beaut1 notre beau teint1 la belle disposition de nos membres1 auprs desquels notre intelligence1 notre prudence et tout le reste se trouveraient sans valeur6 ,je prends acte de cette nave et si franche confession1 de laquelle il rsulterait que ces attributs dont nous faisons tant de cas1 ne seraient au fond qu'une illusion de notre imagination1 de telle sorte que les btes pourraient avoir toutes les vertus1 la science1 la sagesse1 la capacit des ,stociens1 elles seraient toujours des btes et ne pourraient entrer en comparaison avec un homme misrable1 mchant et insens4 ,d'aprs eux enfin1 tout ce qui ne nous ressemble pas n'est rien qui vaille3 ,dieu 99 lui-mme1 et c'est un point sur lequel nous reviendrons1 ne vaut que parce qu'il est notre image2 d'o il s'ensuit que ce n'est pas comme consquence d'un raisonnement judicieux1 mais uniquement par fiert et obstination que nous nous prfrons aux animaux1 que nous nous prtendons de condition autre et que nous n'acceptons pas leur socit4 ,avec tant de vices1 d'apptits drgls qui sont en lui1 est-il en droit de se glorifier de sa raison8--,revenons notre propos4 ,nous avons dans notre lot3 l'inconstance1 l'irrsolution1 l'incertitude1 la mauvaise foi1 la superstition1 la proccupation des choses venir1 voire mme de ce qui adviendra au del de la vie1 l'ambition1 l'avarice1 la jalousie1 l'envie1 les apptits drgls1 forcens et indomptables1 la guerre1 le mensonge1 la dloyaut1 le dnigrement et la curiosit4 ,certainement c'est avoir pay trangement cher et bien au-dessus de sa valeur cette belle raison dont nous nous glorifions1 cette aptitude connatre et juger1 si nous l'avons achete au prix de ce nombre infini de passions1 avec lesquelles nous sommes sans cesse aux prises2 encore ne faisons-nous pas entrer en ligne de compte1 ne l'apprciant pas plus que ne le fait ,socrate si juste titre1 cette prrogative qu'il est remarquer que nous avons sur les 99 autres animaux1 que toute latitude nous est laisse de nous adonner aux plaisirs sexuels toute heure et toute occasion1 alors qu' cet gard la nature a impos aux btes des bornes commandes par la raison4 ,la science ne nous garantit ni des maladies ni des incommodits de la vie4--,de mme qu'il vaut mieux s'abstenir absolument de donner du vin aux malades1 parce qu'en leur donnant ce remde1 rarement utile et le plus souvent nuisible1 pour une chance de salut on les exposerait un danger vritable2 peut-tre aussi vaudrait-il mieux que la nature nous ait refus cette activit de pense1 cette pntration1 cette industrie que nous appelons raison et qu'elle nous a si libralement accorde1 puisque cette facult n'est salutaire qu' un petit nombre d'hommes et funeste tant d'autres 7,cicron74 ,de quel avantage1 pensons-nous1 a t ,varron et ,aristote cette intelligence qu'ils avaient de tant de choses8 ,les a-t-elle exempts des incommodits inhrentes la nature humaine8 ,ont-ils t l'abri des accidents auxquels un portefaix est expos8 ,la logique les a-t-elle consols de la goutte8 ,de ce qu'ils savaient comment ce mal se loge aux jointures1 l'ont-ils moins ressenti8 ,de ce qu'ils n'ignoraient pas que chez certains peuples la mort est accueillie avec joie1 la leur en a-t-elle t plus douce8 ,parce qu'ils avaient connaissance que dans certains pays les femmes sont en commun1 ont-ils t plus consols de l'infidlit des leurs8 ,d'autre part1 bien que par leur savoir ils aient occup le premier rang1 l'un chez les ,romains1 l'autre chez les ,grecs1 une poque o la science tait le plus florissante1 il ne nous est cependant pas revenu que leurs vies aient t de celles qui ont le plus approch de la perfection2 celle d',aristote1 en particulier1 prsente quelques taches d'une certaine importance dont il ne saurait aisment se laver4--,a-t-on jamais constat que le plaisir et la sant aient plus de saveur pour celui qui sait l'astrologie et la grammaire3 ,est-ce que pour tre illettr1 on est moins vigoureux aux combats de l'amour 7,horace78 ou que la honte et la pauvret lui soient moins importunes3 ,c'est par l1 sans doute1 que vous chapperez la maladie et la dcrpitude2 vous ne connatrez ni le chagrin1 ni les soucis1 vous aurez une vie plus longue et un sort meilleur 7,juvnal74 ,les ignorants sont plus sages et savent plus que bien des savants4--,j'ai vu en mon temps cent artisans1 cent laboureurs plus sages et plus heureux que des rhteurs de l'universit1 et j'aimerais mieux leur ressembler qu' ces derniers4--,je suis d'avis que l'rudition doit prendre place parmi les choses ncessaires la vie1 comme la gloire1 la noblesse1 les grandeurs1 tout au plus comme 99 la beaut1 la richesse et telles autres qualits qui nous sont d'utilit relle1 mais un rang loign et plus encore pour satisfaire des besoins factices qu' ceux de la nature4 ,les principes de morale1 les rgles1 mme les lois ne nous sont gure plus indispensables pour la vie en commun qu'elles ne le sont aux communauts en lesquelles vivent les grues et les fourmis1 qui sont cependant des mieux ordonnes1 bien que l'rudition leur fasse dfaut4--,si l'homme tait sage1 il attribuerait chaque chose un prix1 selon qu'elle serait plus ou moins utile et d'un usage plus ou moins appropri sa vie4 ,qui nous estimerait selon nos actes et notre conduite1 relverait un plus grand nombre de gens parfaits chez les ignorants que parmi les savants et cela dans tous les genres de vertu4 ,l'ancienne ,rome me semble avoir t bien suprieure pendant la paix comme pendant la guerre1 la ,rome savante qui s'est ruine de ses propres mains2 mme en admettant qu'elles aient t de valeur gale1 la probit et l'innocence prdomineraient dans la premire en raison de la simplicit qui y rgnait1 simplicit dont ces deux qualits s'accommodent particulirement bien4--,pour clore cette dissertation qui me mnerait plus loin que je ne veux aller1 bornons-nous constater que l'humilit et la soumission peuvent seules nous conduire tre hommes de bien1 et qu'il ne faut pas abandonner chacun la connaissance de ses devoirs2 il faut les lui prescrire et ne pas s'en rapporter au choix de son jugement1 sinon la faiblesse et la varit infinie de nos raisonnements et de nos ides conduiraient nous en crer qui1 finalement1 feraient que nous nous dvorerions les uns les autres1 comme dit picure4 ,ds le principe1 ,dieu nous a interdit la science4--,la premire loi que ,dieu ait jamais donne l'homme1 a t purement d'obir2 un commandement net et simple lui pargnait d'avoir connatre quoi que ce soit et d'en raisonner2 l'obissance est1 du reste1 le propre d'une me raisonnable qui reconnat en ,dieu son suprieur et son bienfaiteur4 ,obir et se soumettre sont le principe de toutes les vertus1 comme la prsomption celui de tout pch4 ,c'est en allant l'encontre de ce principe que l'homme a prouv sa premire tentation et que le diable a pu lui insinuer son premier poison1 en lui promettant la science et le savoir3 ,vous serez comme des dieux1 sachant le bien et le mal 7,gense74 ,dans ,homre1 les ,sirnes1 pour tromper ,ulysse et l'attirer dans leurs dangereux filets qui reclaient sa perte1 lui offraient de lui faire don de la science4 ,le mal chez l'homme1 c'est de croire qu'il sait1 et c'est pourquoi notre religion nous recommande avec tant d'insistance l'ignorance comme moyen propre dterminer en nous la foi et l'obissance3 ,prenez garde qu'on ne vous trompe sous le masque de la philosophie et par de fausses apparences conformes aux doctrines du monde 7,s4 ,paul74 ,tous les philosophes1 de toutes les sectes1 sont d'accord sur ce que le souverain bien rside dans la tranquillit de l'me et du corps2 mais comment raliser cette tranquillit8 ,le sage ne voit au-dessus de lui que ,jupiter2 il se trouve riche1 libre1 honor1 beau1 enfin le roi des rois1 surtout si sa sant est florissante et que la pituite ne le tourmente pas 7,horace74 ,mais la prsomption est le partage de l'homme4--,il semble en vrit que pour nous consoler de notre condition misrable et chtive1 la nature ne nous ait donn que la prsomption2 c'est l'opinion d'pictte3 ,l'homme n'a rien qui soit proprement lui1 en dehors de l'usage qu'il fait de ses opinions2 nous n'avons en partage que du vent et de la fume4 ,les dieux ont la sant1 par cela mme qu'ils sont dieux1 dit la philosophie1 et ils ne connaissent la maladie que parce que leur intelligence fait qu'ils savent tout2 l'homme au contraire a en lui le principe du mal1 le bien chez lui n'est que mirage2 nous avons bien raison de nous vanter de la force de notre imagination1 car tous nos biens ne sont qu'en songe4 coutez les rodomontades de ce pauvre et malheureux animal3 ,il n'est rien de si doux 7c'est ,cicron qui parle7 que de nous adonner aux lettres2 ces lettres1 veux-je dire1 qui nous rvlent la connaissance de l'infinit des choses existantes1 de la nature dans ce qu'elle a de plus grand2 des cieux alors que nous sommes encore de ce monde1 des terres et des mers4 ,c'est par elles que nous avons t instruits dans la religion2 que nous connaissons la modration1 le courage dans ce qu'il a de plus relev2 que notre me a t arrache aux tnbres pour tre initie toutes choses1 celles d'ordre lev comme celles d'ordre infrieur1 celles qui occupent le premier rang comme le dernier1 ou un rang intermdiaire4 ,c'est grce elles que nous pouvons vivre heureux et dans de bonnes conditions et que nous avanons en ge sans dplaisir et sans en souffrir4 ,ne semble-t-il pas que c'est de ,dieu1 de ,dieu bien vivant et tout-puissant1 que l'auteur parle8 ,quant la ralit1 c'est que mille femmelettes ont vcu au village1 d'une vie plus gale1 plus douce et plus calme que n'a t celle de ce beau parleur4 ,ce fut un dieu1 illustre ,memmius1 oui1 ce fut un dieu qui1 le premier1 trouva cette manire de vivre laquelle on donne aujourd'hui le nom de ,sagesse1 grce laquelle l'agitation et les tnbres ont fait place1 dans la vie1 au calme et la lumire 7,lucrce74 ,voil1 n'est-ce pas1 de belles et magnifiques paroles2 et cependant1 malgr ce dieu qui l'a instruit1 malgr cette sagesse divine1 un bien lger accident a suffi pour que l'entendement de celui qui les a dites en vienne un tat pire que celui du moindre berger4--,tout aussi impudents que ces propos1 sont l'engagement inscrit par ,dmocrite en tte de son livre3 ,j'entreprends de parler sur toutes choses2 cette sotte qualification de dieux mortels1 que nous donne ,aristote2 cette apprciation mise par ,chrysippe que ,dion tait aussi vertueux que ,dieu2 cette assertion de ,snque1 que c'est ,dieu qu'il doit la vie1 mais que c'est lui-mme qu'il doit de bien vivre2 et cette autre qui se rapproche de la prcdente3 ,c'est avec raison que nous nous glorifions de notre vertu2 ce qui ne pourrait tre1 si elle nous venait d'un dieu1 au lieu que nous la tenions de nous-mmes 7,cicron72 celle-ci enfin1 galement de ,snque3 ,le sage allie la faiblesse humaine une force d'me semblable celle de ,dieu1 ce en quoi il lui est suprieur4 ,il n'est rien de si ordinaire que de rencontrer des faits tmoignant une pareille outrecuidance2 il n'y a personne de nous qui ne s'offense autant de se voir lev la hauteur de ,dieu1 qu'il est bless d'tre rabaiss au rang des autres animaux1 tant nous sommes plus jaloux de ce qui nous touche1 que de la gloire de notre ,crateur4 ,et pourtant la force d'me de nos philosophes est impuissante contre la douleur physique devant laquelle souvent l'ignorant demeure impassible4--,il faut triompher de cette sotte vanit et saper hardiment et nergiquement les fondements ridicules sur lesquels s'lvent ces opinions errones4 ,tant que l'homme s'imaginera avoir quelque moyen d'action et quelque force par lui-mme1 jamais il ne reconnatra ce qu'il doit son matre2 il fera toujours ses ufs poules1 comme dit le proverbe1 prenant le germe pour la ralit2 aussi faut-il le rduire l'indigence absolue1 ne lui laissant que sa chemise4--,voyons quelques exemples particulirement instructifs de ce qu'a produit sa philosophie4 ,posidonius1 tortur par une si cruelle maladie que ses bras se tordaient et ses mchoires se contractaient1 pensait tmoigner bien du mpris pour la douleur1 en l'invectivant ainsi3 ,tu as beau faire1 je ne conviendrai pas quand mme que tu es un mal4 ,il prouvait les mmes souffrances que mon laquais et se croyait brave parce qu'il en arrivait tenir un langage conforme aux prceptes de la secte laquelle il appartenait3 ,il n'et pas d faire le brave en paroles1 alors que1 de fait1 il succombait 7,cicron74--,carnades tant venu rendre visite ,arcsilas qui tait malade de la goutte1 se retirait trs affect de le voir en cet tat2 celui-ci le rappela et1 lui montrant ses pieds et sa poitrine1 lui dit3 ,rien ne se sent ici de ce que j'prouve l4 ,c'tait avoir meilleure grce que le prcdent3 il reconnaissait qu'il souffrait et et voulu tre dbarrass de son mal2 nanmoins son courage n'en tait ni abattu1 ni affaibli1 tandis que ,posidonius1 je le crains1 se raidissait plus en paroles qu'en ralit contre la souffrance4--,denys d',hracle1 souffrant cruellement des yeux1 en arriva se dpartir de ses rsolutions stoques4 ,les effets de l'ignorance sont prfrables ceux de la science4--,alors mme que la science pourrait produire les effets que ces philosophes lui attribuent1 qu'elle mousserait et attnuerait la violence des maux auxquels nous sommes exposs1 que ferait-elle de plus que ce que fait tout naturellement l'ignorance et d'une faon plus sensible encore8 ,le philosophe ,pyrrhon1 courant en mer les dangers d'une trs forte tempte1 ne trouvait rien de mieux pour raffermir le courage de ses compagnons d'infortune1 que de les inviter imiter la tranquillit d'un pourceau qui tait du voyage et regardait la tempte sans en tre effray4--,quand la philosophie est bout d'arguments1 elle nous renvoie l'exemple que nous donnent l'athlte et le muletier qui tmoignent gnralement beaucoup moins de sensibilit vis--vis de la mort1 de la douleur et des autres misres de ce monde1 et font preuve de plus de fermet que n'arrive en procurer la science quiconque n'est pas prpar les affronter par les habitudes de la vie courante1 ou n'est pas n avec cette disposition naturelle4--,n'est-ce pas l'ignorance qui fait qu' inciser et tailler les membres dlicats d'un enfant1 ceux d'un cheval1 on prouve moins de rsistance que lorsqu'il s'agit de nous8 ,combien de gens sont devenus malades uniquement par l'effet de leur imagination8 ,nous en voyons tous les jours qui se font saigner1 purger1 mdicamenter pour soigner des maux qu'ils ne ressentent que parce qu'ils se figurent les avoir4 ,quand les maux vritables nous font dfaut1 la science nous en suppose3 ,par la couleur de votre teint1 vous paraissez sous la menace de quelque affection catarrhale2 les chaleurs de la saison vous prdisposent un accs de fivre2 la ligne de vie de votre main gauche prsente une section qui vous prsage une assez srieuse et prochaine indisposition4 ,la science s'en prend mme effrontment la sant3 ,vous avez une expansion1 une force de jeunesse qui ne peuvent se continuer ainsi2 il faut vous tirer du sang et vous affaiblir de peur que cet tat si florissant ne tourne contre vous4--,comparez l'existence d'un homme asservi ces ides imaginaires avec celle d'un laboureur qui s'abandonne au courant naturel de la vie1 ne tenant compte des choses que selon l'impression qu'il en reoit au moment o elles se produisent1 sans se proccuper de ce qu'en peut dire la science1 sans s'attacher aux conjectures2 qui n'a de mal que lorsque le mal survient1 alors que l'autre a souvent la maladie de la pierre dans l'me avant qu'elle ne se porte sur les reins1 anticipant1 par un effet de son imagination1 sur les souffrances qu'il aura endurer1 courant au-devant1 comme s'il n'tait pas suffisamment temps de souffrir1 quand le moment en vient4 ,ce que je dis des effets nfastes de la mdecine1 les faits montrent qu'on peut le dire galement de toute autre science2 de l est venue cette opinion de certains philosophes du temps jadis1 qui faisaient consister la flicit suprme avoir conscience de la faiblesse de notre jugement4 ,quant moi1 mon ignorance me porte autant esprer qu' craindre2 pour gouverner ma sant1 je me rgle sur les exemples qui me viennent d'autrui et sur ce que je vois se produire ailleurs dans les conditions o je me trouve moi-mme2 ces constatations sont de toutes sortes1 je me dtermine d'aprs la comparaison que j'tablis entre elles1 choisissant ce qui me parat le mieux convenir4 ,je fais la sant l'accueil le plus cordial1 la tenant comme chose essentielle qui nous fait libre2 je lui subordonne tout le reste et m'applique en jouir d'autant1 qu' prsent elle m'est moins ordinaire et se fait plus rare2 aussi je me garde de troubler son repos et sa douceur par les ennuis d'un nouveau genre de vie1 o je me verrai oblig de me contraindre4 ,les maladies du corps et de l'esprit sont souvent causes par l'agitation de l'me4--,les btes qui doivent leur quitude une sant bien plus robuste que la ntre1 nous donnent assez la preuve combien l'agitation de notre esprit est une cause de maladie4 ,on dit qu'au ,brsil1 les gens ne meurent que de vieillesse1 ce qu'on attribue la puret et au calme de l'air qu'on y respire et qui1 selon moi1 est plutt un effet de la srnit et de la tranquillit de leur me exempte des passions1 des peines1 des occupations qui surexcitent et sont une source de contrarits2 ignorants1 ne connaissant rien des lettres1 sans lois1 sans roi1 sans religion aucune1 leur vie s'coule dans une simplicit qui fait mon admiration4 ,d'o vient ce fait d'exprience que les gens les plus grossiers1 d'esprit peu ouvert1 sont les plus fermes1 les plus dsirables dans les excutions amoureuses1 et que l'amour d'un muletier se rende souvent plus acceptable que celui d'un galant homme8 sinon que chez ce dernier1 l'agitation de l'me influe sur ses moyens physiques1 les rompt1 les lasse1 comme elle lasse et trouble ordinairement l'me elle-mme4 ,qu'est-ce qui la rend draisonnable1 l'amne le plus communment la manie1 si ce n'est sa promptitude1 ses saillies1 son agilit1 ce qui enfin constitue sa puissance d'action8 ,qu'est-ce qui diffrencie la plus subtile folie de la plus subtile sagesse8 ,des grandes amitis naissent les grandes inimitis1 les sants vigoureuses sont le point de dpart de maladies mortelles2 de mme les plus remarquables et les plus belles intelligences peuvent conduire aux plus sublimes folies1 comme aux plus extravagantes3 des unes aux autres il n'y a qu'un pas4 ,par ce dont sont capables les fous1 nous pouvons juger combien en ralit la folie tient de prs aux lans les plus gnreux de notre me4 ,qui ne sait combien est imperceptible la ligne de dmarcation entre la folie et les inspirations les plus hardies d'un esprit compltement libre de lui-mme1 ou les rsolutions que peut prendre1 dans des circonstances extraordinaires1 une vertu qui est au-dessus de tout6 ,platon dit que les gens mlancoliques sont les plus capables de se soumettre la discipline et les meilleurs1 aussi n'y en a-t-il pas qui aient plus de propension la folie2 ce sont des esprits infinis que consument leur propre force et leur propre souplesse4--,quelle chute1 par exemple1 que celle dont nous venons d'tre tmoin1 cause par la brillante surexcitation de ce pote si judicieux1 si ingnieux1 imprgn autant que1 depuis longtemps1 pas un autre d'entre les potes italiens1 des saines traditions de l'antique et pure posie6 ,combien vraiment il a eu lieu d'tre satisfait de cette vivacit d'esprit sous laquelle il a succomb6 de cette clart qui l'illuminait et qui l'a aveugl6 de cette exacte et si fine comprhension qu'il possdait et qui lui a fait perdre la raison6 de ses recherches si curieuses et si ardues ayant la science pour objet1 qui l'ont conduit la btise6 de cette aptitude si exceptionnelle aux travaux de l'esprit1 laquelle il doit de l'avoir perdu et de ne plus pouvoir travailler6 ,en le voyant ,ferrare en si piteux tat1 se survivant lui-mme1 ne reconnaissant ni lui1 ni ses uvres qu'on a publies sans qu'il ait pu les revoir et y mettre la dernire main1 bien que cette publication ait t faite de son vivant1 j'prouvais encore plus de dpit pour la fragilit de la nature humaine1 que de compassion pour le malheur dont il tait frapp4 ,l'indolence de l'esprit produit la vigueur corporelle et la sant4--,voulez-vous un homme qui soit sain1 pondr dans ses actes1 dont vous puissiez tre certain et qui offre toute garantie8 faites-le vivre dans un milieu o rgnent les tnbres1 qu'il demeure dans l'oisivet et ne fasse pas travailler son intelligence4 ,pour nous rendre sages1 il faut nous abtir2 pour nous mener1 il faut nous aveugler4 ,on me dira que cet avantage d'avoir l'apptit froid et d'offrir peu de prise la douleur et au mal1 a pour consquence l'inconvnient de nous rendre moins friands de la jouissance des biens et des plaisirs et fait que nous les ressentons moins vivement2 j'en conviens1 mais la misre de notre condition fait que nous avons moins jouir qu' fuir1 et que l'extrme volupt nous touche moins que la plus lgre douleur3 ,les hommes sont moins sensibles au plaisir qu' la douleur 7,tite ,live72 nous prtons moins attention la sant la plus parfaite qu' la moindre des maladies3 ,nous sommes sensibles la moindre gratignure1 et nanmoins la plnitude de la sant nous laisse indiffrents4 ,nous nous rjouissons de n'tre ni pleurtiques ni podagres1 et peine mettons-nous en compte d'tre sains et vigoureux 7,la ,botie74 ,notre bien-tre consiste ne pas avoir mal1 et c'est pourquoi les philosophes qui se sont le plus attachs exalter la volupt1 l'ont fait uniquement rsider dans l'insensibilit4 ,ne pas avoir de mal1 c'est en fait de bien ce que l'homme peut esprer de mieux1 comme dit ,ennius4 ,ce chatouillement1 cette excitation que nous causent certains plaisirs1 semblent tout la fois excs de sant et malaise2 cette volupt qui nous attire1 laquelle il nous faut cder malgr ce je ne sais quoi qu'elle a de cuisant1 de mordant1 n'a-t-elle pas finalement pour objet d'teindre en nous la sensation8 ,le ravissement que nous recherchons dans nos accointances avec la femme1 nat du besoin que nous prouvons de nous soustraire au tourment que nous cause un dsir ardent et excessif que nous cherchons assouvir pour retrouver le calme et nous dbarrasser de la fivre qui nous agite2 et de mme de tous les autres plaisirs4 ,j'en conclus que si la simplicit d'esprit restreint les maux auxquels nous sommes exposs1 elle nous mnage1 dans l'tat o nous sommes1 une amlioration trs apprciable de notre sort4--,il ne faudrait cependant pas la supposer accentue au point qu'elle soit dpourvue de toute sensibilit1 et ,crantor avait raison de combattre cette indiffrence prconise par picure1 quand on venait l'exagrer au point de ne mme pas convenir des maux qui nous frappent1 quand dj nous en sommes atteints3 ,je n'approuve pas une insensibilit porte ce degr qui1 de fait1 n'existe pas et n'est pas dsirer4 ,je suis content de n'tre pas malade1 mais si je le suis1 je veux le savoir2 et si on me cautrise ou me fait une incision1 je veux le sentir4 ,et1 en effet1 qui nous enlverait la sensation du mal1 nous priverait du mme coup du sentiment de la volupt2 ce serait en somme l'anantissement de l'homme3 ,cette indiffrence ne s'acquiert pas sans une grande fermet de l'esprit et un anantissement du corps 7,cicron74 ,le mal et le bien nous viennent tour tour2 la douleur ne nous poursuit pas sans cesse1 et nous ne courons pas sans cesse aprs la volupt4 ,la science nous renvoie souvent l'ignorance pour nous adoucir les maux prsents4--,c'est un trs grand avantage l'honneur de l'ignorance1 que la science elle-mme nous rejette dans ses bras1 quand elle devient impuissante nous endurcir contre nos maux devenus plus intenses2 que celle-ci soit contrainte d'entrer en composition1 de nous lcher la bride1 de nous laisser la latitude de nous rfugier au sein de sa rivale pour y chercher un abri contre les coups et les injures de la fortune4 ,ce n'est pas autre chose en effet que nous dit la science1 quand elle nous prche de dgager notre pense des maux que nous endurons et de la reporter vers les volupts qui ne sont plus2 de nous consoler des maux prsents par le souvenir des biens passs2 d'appeler notre secours les satisfactions que nous avons prouves jadis1 pour les opposer ce qui nous oppresse aujourd'hui3 picure dit qu'il faut faire diversion aux penses tristes1 en se reportant aux penses riantes 7,cicron74 ,manquant de force1 la science a recours la ruse2 elle cherche par la souplesse et en usant des jambes1 remdier la vigueur et l'action des bras qui lui font dfaut4 ,mais rappeler les douceurs des vins de la ,grce1 non pas seulement un philosophe1 mais simplement un homme de sens rassis aux prises avec un accs de fivre chaude qui altre son entendement1 c'est l vraiment un singulier remde1 plutt capable d'empirer son tat3 ,le souvenir du bien pass double le mal prsent 7,le ,tasse74 ,la philosophie agit de mme1 lorsqu'elle nous incite l'oubli des maux passs4--,cet autre conseil que donne la philosophie est de mme nature3 ,il ne faut conserver que la mmoire du bonheur dont nous avons joui1 et effacer le souvenir des chagrins dont nous avons souffert2 comme s'il tait en notre pouvoir d'oublier6 ,un tel conseil1 encore une fois1 ne peut que diminuer en nous notre force de rsistance3 ,doux est le souvenir des maux passs 7,euripide74--,comment la philosophie1 qui doit nous fournir des armes pour combattre la fortune1 qui doit fortifier mon courage pour me mettre mme de fouler aux pieds toutes les adversits humaines1 peut-elle en venir ce degr d'impuissance qu'elle admette que nous ayons recours des chappatoires telles que ces dtours pusillanimes et ridicules8 ,ce qui nous revient la mmoire1 ce n'est pas ce que nous voudrions1 c'est ce qui lui plat4 ,bien plus1 il n'est rien qui imprime aussi profondment quelque chose dans notre souvenir1 comme le dsir que nous avons de l'oublier2 c'est un bon moyen de le conserver1 de le graver dans notre me1 que de la convier n'en pas garder trace4 ,il est faux de prtendre qu'il dpend de nous d'ensevelir pour jamais dans l'oubli nos malheurs passs et de ne nous rappeler que ce qui nous est arriv d'heureux 7,euripide reproduit par ,cicron72 tandis qu'il est exact de dire3 ,je me souviens des choses que je voudrais oublier et oublie celles dont je ne voudrais pas perdre le souvenir 7,euripide74 ,et de qui est ce conseil d'ensevelir nos malheurs dans un ternel oubli8 de celui qui seul entre tous a os se dire sage 7,cicron72 qui1 suprieur au genre humain par son gnie1 a effac tous les hommes1 comme le soleil1 en se levant1 teint les toiles 7,lucrce74 ,vider et dmunir sa mmoire1 n'est-ce pas le vritable chemin qui mne le plus directement l'ignorance8--,l'ignorance qui admet tout sans discussion1 est un remde nos maux 7,snque74 ,plusieurs philosophes ont mis des aphorismes semblables1 par lesquels ils nous permettent de nous contenter1 comme le commun des mortels1 d'apparences frivoles1 dans le cas o1 avec tous ses arguments plus ou moins probants1 la raison ne peut plus rien1 pourvu que nous y trouvions satisfaction et consolation2 ne pouvant gurir la plaie1 ils se contentent de l'endormir et de la calmer momentanment4 ,je crois que personne ne peut nier qu'il accepterait1 mme au prix d'un jugement affaibli ou malade1 de mener une existence agrable et tranquille dont l'ordre et la constance lui seraient garantis3 ,je commencerais par boire et par rpandre des fleurs1 quitte passer pour fou 7,horace74--,il se trouverait assurment bien des philosophes de l'avis de ,lycas4 ,ce ,lycas1 au demeurant1 de murs trs rgulires1 vivait doucement et paisiblement dans sa famille1 ne manquant en rien ses devoirs l'gard des siens et des trangers1 sachant trs bien viter ce qui pouvait lui tre prjudiciable4 ,par quelque altration de son bon sens1 il s'tait mis dans la cervelle une ide fixe1 s'imaginant tre toujours dans les thtres1 assistant des passe-temps1 des spectacles1 aux plus belles comdies qui fussent au monde4 ,les mdecins l'ayant guri de cette manie1 peu s'en fallut qu'il ne leur ft un procs1 pour qu'ils lui rendent les douceurs qu'il gotait ainsi en imagination3 ,ah6 mes amis1 qu'avez-vous fait6 ,en me sauvant1 vous m'avez tu2 car c'est m'enlever toute volupt1 que de m'arracher l'erreur qui faisait le charme de ma vie 7,horace74--,thrasylas1 fils de ,pythodore1 tait atteint d'une manie analogue3 il se figurait que tous les navires qui relchaient dans le port du ,pyre et y abordaient1 travaillaient pour son compte4 ,il se rjouissait de ce qu'ils avaient fait une bonne traverse et accueillait leur arrive avec joie4 ,son frre ,criton l'ayant fait remettre dans son bon sens1 il regrettait son tat pass dans lequel il avait vcu heureux1 exempt de tout chagrin4 ,c'est ce que rend ce vers d'un auteur grec de l'antiquit3 ,il y a grand avantage n'tre pas trop avis 7,sophocle74 ,l',ecclsiaste exprime la mme pense3 ,beaucoup de sagesse est la source de beaucoup de dplaisir2 qui acquiert la science1 acquiert en mme temps et travail et tourment4 ,en nous concdant le droit de mettre fin notre vie1 lorsqu'elle nous est devenue insupportable1 la philosophie tmoigne encore davantage de son impuissance4--,la philosophie admet assez gnralement comme remde extrme aux difficults de tous genres auxquelles nous ne pouvons chapper1 que nous mettions fin notre vie1 quand nous ne pouvons les endurer3 ,la vie te plat-elle1 supporte-la4 ,en es-tu rassasi1 sors en comme tu voudras 7,snque74--,la douleur te pique-t-elle1 ou mme te dchire-t-elle8 si tu es nu1 tends la gorge2 mais si tu es couvert des armes de ,vulcain1 c'est--dire si tu es fort1 rsiste 7,cicron74 ,et ce dicton3 ,qu'il boive ou qu'il s'en aille 7,cicron71 que les ,grecs dcochaient aux convives d'un festin et dont on fit application aux situations critiques par le changement de prononciation du ,b en ,v 7,vivat au lieu de ,bibat3 qu'il vive1 au lieu de3 qu'il boive71 transformation plus naturelle assurment dans la bouche d'un ,gascon que dans la langue de ,cicron1 qu'est-ce que cela de la part de la philosophie1 sinon la confession de son impuissance8 ,pour se mettre couvert1 non seulement elle a recours l'ignorance1 mais mme la stupidit humaine et prconise l'abandon de tout sentiment et mme de l'existence3 ,si tu ne sais pas user de la vie1 cde la place ceux qui le savent4 ,tu as assez jou1 tu as assez mang1 assez bu2 il est temps de faire retraite1 car tu pourrais t'enivrer et devenir la rise des jeunes gens1 chez lesquels cette dbauche est plus excusable que chez un homme de ton ge 7,horace74--,dmocrite1 voyant que les ans avaient affaibli ses facults1 se donna volontairement la mort 7,lucrce74--,antisthne exprime la mme ide3 ,il faut faire provision de sens pour comprendre1 ou se munir d'un licol pour se pendre4--,chrysippe fait tenir au pote ,tyrte un propos analogue3 ,il nous faut arriver la vertu ou la mort4--,crats disait galement3 ,l'amour se gurit comme la faim1 ou encore avec le temps2 ceux auxquels ni l'un ni l'autre de ces deux moyens ne peuvent donner satisfaction n'ont qu' se mettre la corde au cou4--,sextius1 dont ,snque et ,plutarque parlent avec tant de considration1 avait tout abandonn pour se livrer l'tude de la philosophie4 ,ses tudes ne progressant que lentement et se prolongeant1 il dcida de se prcipiter dans la mer3 ne pouvant atteindre la science1 il se donnait la mort4--,voici les termes mmes de la loi que les ,stociens posaient ce sujet3 ,si d'aventure survient quelque disgrce laquelle on ne peut apporter remde1 le port est proche2 l'on peut se sauver la nage en abandonnant son corps1 comme d'une barque qui fait eau4 ,c'est la peur de mourir et non le dsir de vivre1 qui fait que le fou est attach son corps4 ,la simplicit et l'ignorance sont des conditions de vie heureuse4--,la simplicit dans l'existence la rend plus agrable1 et aussi plus innocente et meilleure1 ainsi que je l'ai dit plus haut4 ,les simples et les ignorants1 dit saint ,paul1 s'lvent et gagnent le ciel2 nous1 avec tout notre savoir1 nous nous effondrons dans les abmes infernaux4--,je ne rappellerai ni ,valens1 ennemi dclar des sciences et des lettres1 ni ,licinius1 ces deux empereurs romains qui les tenaient pour le poison et la peste de tout tat politique2 ni ,mahomet qui1 ai-je entendu dire1 interdit la science l'homme2 mais j'invoquerai l'exemple de ,lycurgue4 ,l'autorit de ce grand lgislateur doit tre d'un grand poids1 comme aussi cette lgislation divine qui a droit tous nos respects1 qu'il avait donne ,lacdmone1 et qui1 si grande et si admirable1 y fit rgner si longtemps la vertu et le bonheur1 sans qu'y fussent admises la connaissance et la pratique des lettres4--,ceux de retour de ce monde nouveau1 que les ,espagnols ont dcouvert au temps de la gnration qui nous a prcds1 peuvent tmoigner combien ces nations qui n'ont ni lois1 ni magistrats1 vivent mieux gouverns et ordonns que nous chez qui les fonctionnaires sont en plus grand nombre que ceux qui ne le sont pas1 et o les lois outrepassent en nombre celui des actes juger3 ,ils ont les poches et les mains pleines d'ajournements1 de requtes1 d'informations1 de lettres de procuration et aussi de liasses de gloses1 de consultations et de procdures4 ,avec de telles gens1 les malheureux ne sont jamais en sret dans une ville2 ils sont assigs par derrire1 par devant1 de tous cts1 par une foule de notaires1 de procureurs et d'avocats 7,arioste74 ,un snateur romain des derniers sicles de l'empire exprimait cette mme ide3 ,nos prdcesseurs disait-il1 exhalaient une forte odeur d'ail1 mais avaient l'estomac parfum par une bonne conscience1 tandis qu' notre poque1 les gens rpandent une agrable senteur1 mais l'intrieur c'est une odeur nausabonde produite par la fermentation de tous les vices2 autrement dit1 suivant ma manire de voir1 avec beaucoup de savoir et de capacit1 ils manquaient totalement de conscience dans leur conduite4--,le manque d'ducation1 l'ignorance1 la simplicit d'esprit1 la rudesse accompagnent d'ordinaire l'innocence2 la curiosit1 la subtilit1 le savoir tranent la malice leur suite2 l'humilit1 la crainte1 l'obissance1 la bont pousse jusqu' la faiblesse1 qui sont les bases essentielles sur lesquelles repose la conservation de la socit humaine1 sont le propre d'une me vide1 docile1 prsumant peu d'elle-mme4 ,funestes effets de la curiosit et de l'orgueil4--,les chrtiens savent mieux que personne combien la curiosit est un mal naturel et originel chez l'homme4 ,son dsir de crotre en sagesse et en savoir fut la cause premire de la ruine du genre humain2 c'est l ce qui l'a prcipit vers la damnation ternelle3 l'orgueil l'a perdu et corrompu4 ,c'est l'orgueil qui jette l'homme hors des voies communes1 qui lui fait embrasser les nouveauts1 prfrer tre le chef d'une troupe errante et dvoye dans un sentier de perdition1 tre professeur enseignant l'erreur et le mensonge1 plutt que disciple dans une cole o s'enseigne la vrit et marcher1 sous la direction d'autrui1 sur la grande route bien entretenue et qui mne droit au but2 c'est peut-tre ce que rend cette ancienne maxime grecque3 ,la superstition suit l'orgueil et lui obit comme son pre4 ,o prsomption1 combien tu nous es nuisible6 ,a quoi ,socrate a d le nom de sage4--,lorsque ,socrate fut avis que le dieu de la ,sagesse lui avait attribu la qualification de sage1 il en fut tonn4 ,se sondant1 s'examinant1 il ne trouvait rien qui pt motiver cette dclaration de la divinit1 parce qu'il connaissait nombre de justes1 de temprants1 de vaillants1 de savants au mme degr que lui1 plus loquents1 plus beaux1 plus utiles leur pays4 ,il finit par conclure que ce qui pouvait le distinguer des autres et faire qu'il ft un sage1 c'est que lui-mme ne se considrait pas comme tel2 que son dieu devait tenir comme une bien singulire btise de la part de l'homme1 l'opinion que celui-ci se fait de sa science et de sa sagesse2 et que la meilleure doctrine qu'il peut avoir est l'ignorance1 comme la simplicit d'me est sa meilleure sagesse4 ,nos livres saints dclarent bien misrables ceux qui ont pour eux-mmes trop d'estime3 ,tu n'es que boue et cendre1 y lisons-nous1 y a-t-il vraiment l de quoi te glorifier8 ,et cet autre passage3 ,dieu a fait l'homme semblable une ombre2 qu'en peut-on voir1 quand1 la lumire s'loignant1 l'ombre s'vanouit8 ,de fait1 nous ne sommes rien4 ,les recherches sur la nature divine sont condamnables4--,il s'en faut de tant que nous puissions atteindre les hauteurs o plane la divinit1 que les uvres du ,crateur qui tiennent le plus de lui1 qui portent le mieux son empreinte1 sont celles que nous comprenons le moins4 ,se trouver en prsence d'une chose incroyable1 est pour le chrtien une occasion de croire2 cette chose est d'autant plus rationnelle1 qu'elle chappe davantage la raison humaine2 si celle-ci pouvait la comprendre1 ce ne serait plus un miracle2 si elle avait son similaire1 elle ne serait pas unique4 ,on connat mieux ,dieu1 en ne cherchant pas le comprendre1 dit saint ,augustin4 ,il est plus saint et plus respectueux de croire que d'approfondir ce que font les dieux1 dit ,tacite4 ,platon1 lui aussi1 estime que c'est en quelque sorte une impit que de s'enqurir trop curieusement de ,dieu1 du monde et des causes premires des choses4 ,enfin1 nous lisons dans ,cicron3 ,il est difficile de connatre l'auteur de cet univers2 et1 si on parvient le dcouvrir1 il est impossible de le faire comprendre au vulgaire4--,dieu est puissance1 vrit et justice1 disons-nous2 ces mots veillent une ide de grandeur1 mais ce qu'ils reprsentent exactement1 nous ne le voyons pas1 nous ne le concevons pas4 ,nous disons que ,dieu prouve de la crainte1 qu'il est courrouc1 qu'il aime1 exprimant des choses divines en des termes humains 7,lucrce72 ce sont l des agitations1 des motions dont nous sommes susceptibles1 mais qui ne peuvent se produire en ,dieu comme nous les prouvons1 pas plus que nous ne sommes capables de comprendre la faon dont il les ressent4 ,dieu seul a possibilit de se connatre et d'expliquer ses actes1 qui ne peuvent se traduire qu'improprement en notre langage1 dont il use cependant pour s'abaisser et descendre jusqu' nous qui gisons terre4 ,comment la prudence1 qui est l'intermdiaire entre le bien et le mal1 pourrait-elle tre son fait lui1 qu'aucun mal ne peut atteindre8 ,qu'a-t-il faire de la raison et de l'intelligence qui1 de choses qui nous chappent en partie1 nous permettent de dduire des choses nettement dfinies1 lui pour qui il n'y a rien d'obscur8 ,la justice1 qui a pour but d'attribuer chacun ce qui lui appartient1 est une consquence de ce que les hommes vivent en socit1 o tout est ple-mle2 elle ne saurait par suite entrer dans les attributs de ,dieu4 ,la temprance consiste dans la modration apporte dans la jouissance de nos volupts corporelles1 quel rapport peut-elle avoir avec la divinit8 ,le courage que nous apportons supporter la douleur1 le travail1 les dangers n'est pas davantage son fait1 parce que ces trois choses lui sont absolument trangres4 ,ce sont ces mmes considrations qui font qu',aristote tient ,dieu pour exempt de vices et de vertus3 ,il n'est susceptible ni d'amour1 ni de haine1 parce que tout ce qui est tel1 est le propre d'tres faibles 7,cicron74 ,ce que nous possdons de la vrit1 ce n'est pas avec nos propres forces que nous y sommes arrivs4--,ce que nous pouvons concevoir de la ,vrit1 quoi que ce soit que nous en connaissions1 ce n'est pas par nous-mmes que nous y sommes arrivs2 cela1 ,dieu nous l'a bien montr en allant faire choix1 dans le bas peuple1 de gens simples et ignorants pour nous instruire de ses admirables secrets4 ,notre foi1 ce n'est pas nous qui l'avons acquise2 c'est un prsent que nous devons uniquement la libralit d'autrui4 ,ce n'est pas par notre raisonnement1 par notre intelligence1 que nous avons t amens notre religion2 c'est par le fait d'une autorit en dehors de nous1 qui l'a ainsi voulu4 ,la faiblesse de notre jugement a fait en cela plus que sa force1 notre aveuglement plus que notre clairvoyance4 ,c'est grce notre ignorance plus qu' notre savoir1 que nous sommes arrivs la connaissance des vrits divines4 ,il n'est pas tonnant du reste que nos moyens1 qui sont ceux que nous tenons de la nature et qui ne s'appliquent qu'aux choses de la terre1 ne puissent arriver la conception de choses surnaturelles et clestes4 ,tout ce que nous pouvons faire1 c'est de nous y prter1 en y apportant obissance et soumission1 car il est crit3 ,je dtruirai la sagesse des sages1 j'abattrai la prudence des prudents4 ,o est le sage1 o est celui qui1 en ce sicle1 a crit ou discut sur ces questions8 ,dieu a bien rellement abti la sagesse humaine1 puisque par elle le monde n'ayant pu arriver la connaissance de ,dieu1 il lui a plu pour sauver les croyants de recourir la prdication de gens simples et ignorants4 ,a la fin de leur vie1 les plus savants philosophes se sont aperus qu'ils n'avaient rien appris4--,examinons donc si1 finalement1 il est au pouvoir de l'homme de trouver ce qu'il cherche1 et si cette recherche laquelle il s'est livr pendant tant de sicles l'a enrichi de quelque force nouvelle et de quelque vrit solide2 je crois qu'on reconnatra1 si l'on parle en conscience1 que tout ce qu'il a retir d'une si longue poursuite1 est d'avoir appris constater son impuissance4 ,par cette longue tude1 l'ignorance qui de par notre nature est en nous1 s'est confirme et a t dmontre4 ,il est advenu aux vrais savants ce qui advient aux pis de bl1 lesquels vont s'levant1 dressant firement leur tte1 tant qu'ils sont vides1 et qui1 lorsqu'ils sont pleins1 que les grains grossissent et viennent maturit1 s'inclinent et baissent la tte par humilit2 de mme1 ces hommes aprs avoir tout essay1 tout sond et1 dans cet amas de science1 dans cette masse si considrable de choses si diverses1 n'avoir rien trouv de solide et de ferme1 rien si ce n'est la vanit1 ont renonc leurs prsomptions et reconnu le peu qu'ils sont en ralit4 ,c'est ce que ,velleius impute ,cotta et ,cicron1 d'avoir appris de ,philon qu'ils n'ont rien appris4--,phrcide1 l'un des sept sages de la ,grce1 aux approches de la mort1 crivait ,thals3 ,j'ai prescrit mon entourage1 aprs qu'il m'aura enterr1 de te porter mes crits4 ,s'ils te contentent1 toi et les autres sages1 publie-les2 sinon1 anantis-les4 ,ils ne contiennent aucune certitude qui me satisfasse moi-mme2 aussi je ne prtends point connatre la vrit1 ni mme y atteindre1 j'entrevois les choses plus que je ne les pntre4--,socrate1 l'homme le plus sage qui fut jamais1 rpondit1 quand on lui demanda ce qu'il savait1 qu'il tait une chose qu'il savait bien1 c'est qu'il ne savait rien4 ,sa rponse confirme ce qui se dit couramment1 que1 si tendu que soit ce que nous savons1 c'est peu de chose ct de ce que nous ignorons2 autrement dit1 que cela mme que nous estimons savoir n'est qu'une parcelle bien faible de notre ignorance4 ,nous connaissons les choses1 dit ,platon1 telles qu'elles nous apparatraient en songe1 et nous les ignorons dans leur vrit4 ,presque tous les anciens ont dit que nous ne pouvons rien connatre1 rien comprendre1 rien savoir1 parce que nos sens sont borns1 notre intelligence trop faible et la vie trop courte 7,cicron74 ,cicron lui-mme1 qui cependant tire toute sa valeur de son savoir1 commenait sur sa vieillesse1 au dire de ,valre ,maxime1 tenir les lettres en petite estime4 ,dans le temps qu'il s'y adonnait1 c'tait sans parti pris pour aucune opinion1 inclinant tantt vers une secte1 tantt vers une autre1 suivant ce qui lui semblait le plus probable1 ne se dpartissant jamais du doute qui est le fonds de la doctrine de l',acadmie3 ,je vais parler1 mais sans rien affirmer2 je chercherai toutes choses1 doutant le plus souvent et me dfiant de moi-mme 7,cicron74 ,examinons jusqu' quel degr de connaissances ont pu parvenir les plus grands gnies4--,j'aurais trop beau jeu considrer l'homme dans son ensemble et dans ce qu'il est le plus ordinairement2 et cependant si j'en agissais ainsi1 je ne ferais que l'imiter1 lui qui juge de la vrit1 non d'aprs la valeur des tmoignages1 mais d'aprs leur nombre4 ,laissons l le peuple1 qui dort lorsqu'il veille1 qui est presque mort quoiqu'il vive et ait les yeux ouverts 7,lucrce71 qui ne se sent pas1 ne se juge pas1 et laisse oisives la plupart de ses facults naturelles2 prenons ce que l'humanit offre de mieux4--tudions-le dans ce petit nombre d'hommes excellents1 tris avec soin1 qui1 naturellement dous d'une force d'me particulirement belle1 l'ont de plus trempe1 affine soigneusement par l'tude1 par l'art1 s'levant aussi haut que la sagesse humaine s'y prte4 ,ces gens ont travaill leur me de toutes faons1 sous toutes ses faces1 la prparant tout2 puisant toutes les sources trangres susceptibles de lui venir en aide1 tout ce qu'elle pouvait s'assimiler2 l'enrichissant1 l'ornant de tout ce qui peut s'emprunter et concourir sa commodit1 tant vis--vis d'elle-mme que vis--vis d'autrui4 ,en eux1 la nature humaine atteint son plus haut degr de perfection3 ils ont dot le monde de lois et d'institutions1 y ont dvelopp les arts et les sciences1 et lui ont donn pour se conduire l'exemple de murs admirables2 ce sont ceux-l seuls dont j'invoquerai le tmoignage et l'exprience4 ,voyons jusqu'o ils sont alls1 et ce quoi ils s'en sont tenus2 les maladies et les dfauts que nous relverons dans cette lite1 nous pourrons tous hardiment avouer en tre atteints4 ,il y a trois manires en gnral de philosopher4--,quiconque cherche quelque chose1 en vient dclarer3 ou qu'il l'a trouve1 ou qu'elle ne peut se dcouvrir1 ou qu'il continue ses recherches4 ,toute la philosophie tend l'une de ces trois conclusions2 son but est de rechercher la vrit1 de la pntrer et de s'en convaincre4 ,les ,pripatticiens1 les picuriens1 les ,stociens et autres1 estiment l'avoir trouve2 ils ont tabli quelles connaissances nous possdons et les tiennent comme des donnes offrant toute garantie de certitude4--,clitomaque1 ,carnade et les ,acadmiciens en gnral1 dsesprent de voir aboutir les recherches auxquelles ils se sont livrs1 et jugent que l'imperfection de nos moyens d'investigation ne le permettent pas2 d'o ils concluent la faiblesse et l'ignorance de l'homme4 ,leur doctrine a t trs rpandue1 elle compte parmi ses adeptes1 les plus nobles esprits4--,pyrrhon et les autres ,sceptiques ou pchistes1 dont les dogmes1 disent quelques auteurs anciens1 sont tirs d',homre1 des sept sapes1 d',archiloque1 d',euripide1 cole laquelle se rattachent ,znon1 ,dmocrite1 ,xnophane1 envisagent que la vrit est encore trouver4 ,ils estiment que ceux qui croient la tenir sont dans la plus profonde erreur1 et que ceux-l mmes qui affirment que les forces humaines ne sont pas capables d'y atteindre1 sont1 bien qu' un degr moindre1 encore trop hardis dans leur assertion1 parce qu'tablir dans quelle mesure nous pouvons connatre et juger de la difficult des choses1 est une science si leve1 dpassant tellement toute autre1 qu'ils doutent que l'homme soit mme de la possder3 ,quiconque pense qu'on ne peut rien savoir1 ne sait mme pas si l'on sait quelque chose qui permette d'affirmer qu'on ne sait rien 7,lucrce74 ,l'ignorance qui se connat1 se juge et se condamne1 n'est pas l'ignorance absolue1 il faudrait pour cela qu'elle s'ignort2 ce n'est donc pas d'ignorance1 mais d'hsitation que les ,pyrrhoniens font profession2 ils doutent1 s'enquirent1 n'assurent rien et ne rpondent de rien4 ,l'me conoit1 dsire et admet2 de ces trois impressions1 ils prouvent les deux premires et cherchent chapper la dernire1 demeurant dans l'ambigut sans incliner ni approuver1 si peu que ce soit1 dans un sens ou dans un autre4 ,ces trois facults de l'me1 ,znon les traduisait par gestes3 la main tendue et ouverte figurait l'apparence sous laquelle les choses se prsentent2 ouverte moiti1 les doigts un peu replis1 signifiait le consentement1 le dsir que nous avons de les approfondir2 le poing ferm1 la comprhension que nous en acqurons2 la main gauche saisissant le poing ainsi ferm et l'treignant1 c'tait la science qui les met en notre pouvoir4 tat d'esprit et doctrine des ,pyrrhoniens4--,avec une semblable disposition d'esprit1 un jugement dont ils sont toujours matres1 que rien ne fait flchir1 qui carte tout ce qui lui est soumis comme inapplicable et inadmissible1 les philosophes de cette cole en arrivent leur ataraxie3 cette impassibilit qui les caractrise et est la condition d'une vie paisible1 calme1 exempte des agitations que nous causent le sentiment et la connaissance que nous pouvons avoir des choses et donnent naissance la crainte1 l'avarice1 l'envie1 aux dsirs immodrs1 l'ambition1 l'orgueil1 la superstition1 l'amour de la nouveaut1 la rbellion1 la dsobissance1 l'opinitret et la plupart des maux auxquels notre corps est expos4 ,ce procd les dispense mme d'tre intransigeants sur ce qui est la base de leur doctrine1 qu'ils ne dfendent que mollement2 ils ne redoutent pas de revenir sur ce qui a dj t discut2 s'ils soutiennent que la pesanteur tend attirer les corps en bas1 ils seraient bien au regret qu'on les crt sur parole2 ils ne demandent qu' tre contredits pour faire natre le doute et surseoir au jugement qu'on peut porter1 ce qui est le but qu'ils se proposent4 ,ils n'mettent de proposition que pour les opposer celles qu'ils supposent tre dans l'ide de leurs adversaires4 ,si vous adoptez leur manire de voir1 ils soutiendront volontiers1 eux aussi1 la thse contraire2 pour eux1 c'est tout un1 ils n'ont pas de prfrence4 ,posez que la neige est noire1 ils s'attacheront prouver que non1 qu'elle est blanche2 dites qu'elle n'est ni l'une ni l'autre1 ils se mettront dmontrer qu'elle est l'une et l'autre2 si vous arrivez conclure que vous ne savez pas au juste ce qui en est1 ils s'vertueront tablir que vous le savez fort bien2 et1 lors mme que1 par le raisonnement1 vous tabliriez d'une manire vidente que vous doutez de ce qui peut en tre1 ils discuteront pour vous prouver que le doute n'existe pas en vous ou que vous ne sauriez prouver que ce doute est fond et subsiste rellement4 ,toutes les opinions1 d'aprs eux1 tant contestables1 il n'y a pas de raison pour adopter plutt l'une que l'autre4--,en concluant ainsi au doute1 qui lui-mme est sans consistance1 les ,pyrrhoniens se donnent la possibilit d'tre de plusieurs opinions et de se diviser sur les questions qu'ils traitent1 sur celles en particulier o ils ont dj tabli de plusieurs faons qu'il y a doute et ignorance4 ,pourquoi ne leur serait-il pas permis de douter1 disent-ils1 alors qu'il est admis chez les philosophes dogmatistes que l'un peut dire vert et l'autre jaune8 ,y a-t-il quelque chose qu'on puisse vous proposer de reconnatre ou de rprouver et qu'il ne soit pas loisible de considrer comme prsentant de l'ambigut8 ,et tandis que1 soit par suite des coutumes de leur pays1 soit par suite de leur ducation de famille1 soit par hasard1 les autres peuvent1 comme emports par la tempte1 sans y avoir rflchi et sans avoir eu choisir1 souvent mme avant d'avoir l'ge de raison1 se trouver ports vers telle ou telle opinion1 vers la secte des ,stociens ou celle des picuriens1 et y sont ds lors infods1 asservis pour ainsi dire1 comme dans un tau d'o ils ne peuvent se dgager3 attachs n'importe quelle doctrine1 comme un rocher sur lequel la tempte les aurait jets 7,cicron71 pourquoi ne leur concderait-on pas1 eux aussi1 de conserver leur libert d'apprciation et la possibilit de considrer toutes choses sans qu'il leur soit impos d'obligation qui les entrave dans le jugement qu'ils en portent3 d'autant plus libres et indpendants qu'ils ont une pleine puissance de juger 7,cicron78 ,n'y a-t-il pas avantage tre dgag des ncessits qui contiennent les autres8 ,ne vaut-il pas mieux demeurer en suspens1 que de s'embarrasser en tant d'erreurs1 produit de l'imagination humaine6 ,n'est-il pas prfrable de rserver sa conviction1 que de se mler ces discussions sditieuses et querelleuses6 ,qu'irai-je choisir8 ,ce qu'il vous plaira1 pourvu que vous fassiez un choix4 ,c'est l une bien sotte rponse1 c'est pourtant celle laquelle aboutit le dogmatisme1 qui ne nous permet pas d'ignorer ce que nous ignorons4--,adoptez le parti incontestablement le meilleur1 il ne sera jamais si sr1 qu'il ne vous faille1 pour le dfendre1 attaquer et combattre cent et cent partis contraires2 ne vaut-il pas mieux se tenir hors de la mle8 ,il vous est permis d'pouser la croyance d',aristote sur l'ternit de l'me1 de la faire vtre au mme degr que votre honneur et votre vie2 vous pouvez discuter ,platon et le contredire sur ce point1 et il leur serait interdit d'en douter6 ,il est loisible ,pantius de suspendre son jugement en ce qui touche la connaissance de l'avenir tire de l'examen de victimes immoles par le sacrificateur1 de l'interprtation des songes1 des oracles et de toutes les autres pratiques semblables auxquelles croient les ,stociens2 pourquoi un sage ne pourrait-il en toutes choses oser ce que ,pantius ose sur ces points admis par ses matres1 qui ont reu l'assentiment gnral de l'cole laquelle il appartient et o il enseigne8 ,quand c'est un enfant qui porte un jugement1 il parle de ce qu'il ne sait pas2 quand c'est un savant1 il obit ses proccupations4 ,ces philosophes qui doutent de tout se sont mnag un merveilleux avantage pour les luttes dans lesquelles ils peuvent se trouver engags1 en renonant parer les coups que leur portent leurs adversaires2 peu leur importent ceux qu'ils reoivent1 pourvu qu'ils frappent4 ,tout leur est bon3 s'ils ont le dessus1 vos arguments sont sans valeur2 si c'est vous qui l'emportez1 ce sont les leurs qui sont en dfaut2--s'ils font erreur1 cela dmontre que l'ignorance existe2 si c'est vous qui vous trompez1 c'est vous qui fournissez la preuve de son existence2--s'ils arrivent prouver que rien n'est sr3 c'est bien1 ils satisfont la thse qu'ils dfendent2 s'ils n'y parviennent pas3 c'est encore bien1 de ce fait mme1 elle n'en reoit pas moins confirmation2 de la sorte1 trouvant sur un mme sujet des raisons gales pour et contre1 il leur est facile dans un sens ou dans l'autre de suspendre leur jugement 7,cicron74 ,ils estiment qu'il est beaucoup plus ais d'tablir les raisons qui font qu'une chose est fausse1 que celles prouvant qu'elle est vraie2 ce qui n'est pas1 que ce qui est2 ce qu'ils ne croient pas1 que ce qu'ils croient4 ,leurs tours de phrase habituels sont3 ,je ne prtends pas avoir tabli que2--,il n'y a pas de raison pour qu'il en soit plutt ainsi qu'autrement1 ou pour liminer l'un plutt que l'autre2--,je ne saisis pas2--,les apparences sont gales de part et d'autre2--,il n'y a pas lieu de parler plutt pour que contre2--,rien ne semble vrai1 qui ne puisse paratre faux4 ,leur mot sacramentel est3 ,j'hsite1 c'est--dire ,j'argumente1 mais m'en tiens l et ne me prononce pas2 ces phrases de parti pris et autres analogues1 sont leur continuel refrain4 ,cela a pour effet qu'ludant nettement et de la faon la plus absolue1 l'obligation de se prononcer1 de propos dlibr1 ils ajournent tout jugement2 ils ne font usage de leur raison que pour rechercher des points de discussion et discuter1 jamais pour opter et prendre une dcision4 ,qu'on se figure un continuel aveu d'ignorance1 un jugement toujours indcis et sans ides propres sur quelque sujet que ce soit1 telle est l'cole de ,pyrrhon4 ,si je cherche peindre de mon mieux cet tat d'esprit1 c'est que beaucoup ne s'en rendent que difficilement compte1 et que ceux mmes qui ont crit sur ce sujet1 l'ont expos un peu obscurment et de faons diverses4 ,dans la vie ordinaire ils agissent comme tout le monde1 se soumettant aux lois et aux usages tablis4--,dans le courant ordinaire de la vie1 ces philosophes agissent comme tout le monde2 ils se prtent la satisfaction des penchants naturels1 l'impulsion et la contrainte qu'exercent les passions1 aux obligations imposes par les lois et les coutumes1 aux traditions d'aprs lesquelles les arts s'exercent3 car ,dieu n'a pas voulu que nous pntrions le sens des choses2 il nous en permet seulement l'usage 7,cicron74 ,ils y subordonnent leurs actions dans la vie commune1 sans marquer cet gard leurs prfrences1 ni mettre de jugement1 ce qui ne cadre gure avec ce qu'on dit de ,pyrrhon1 quand on le reprsente stupide et ne tenant compte de rien1 immobile1 farouche et insociable dans ses relations1 allant droit devant lui au risque de se heurter aux charrettes ou de donner dans les prcipices1 refusant de se soumettre aux lois tablies4 ,le dpeindre tel1 c'est exagrer sa rgle de conduite3 il n'a voulu tre ni une pierre1 ni une souche2 il a voulu tre un homme vivant1 discourant1 raisonnant1 jouissant de tous les plaisirs et commodits que la nature met notre disposition1 usant de toutes ses facults physiques et intellectuelles1 honntement et dans la mesure o cela est licite4 ,ce quoi il a de bonne foi renonc et qu'il a abandonn1 c'est le droit fantastique1 imaginaire et faux que l'homme s'est arrog d'tablir1 d'ordonner et de rgenter 99 la vrit4--,du reste1 il n'y a pas de secte qui ne soit contrainte de permettre au sage1 afin de pouvoir vivre1 de subir nombre de choses qu'il ne comprend pas1 qu'il ne saisit pas1 qui chappent sa volont4 ,si1 par exemple1 il entreprend un voyage par mer1 il mettra son dessein excution1 sans tre certain de l'utilit qu'il en retirera2 il s'efforcera de faire que le vaisseau soit bon1 le pilote expriment1 la saison favorable1 mais ce ne sont l que des garanties de probabilit1 et il devra s'y abandonner1 se confiant des apparences1 moins qu'elles ne soient absolument contraires4 ,il a un corps1 il a une me1 les sens le poussent1 l'esprit l'agite4 ,bien qu'il ne se sente pas cette comptence spciale qui permet de porter un jugement1 et qu'il reconnaisse qu'il ne saurait se prononcer en toute assurance1 parce qu'en chaque chose il peut y avoir du faux autant qu'il lui semble y avoir du vrai1 il ne laisse pas nanmoins de conduire sa vie dans les conditions les plus larges et les plus commodes4--,combien d'arts reposent sur des conjectures plus que sur la science2 combien o la question du vrai et du faux importe peu et o ce qui semble tre est la seule rgle6 ,le vrai et le faux existent1 disent-ils1 et nous avons en nous les moyens de nous livrer leur recherche1 mais ne sommes pas mme de vrifier la valeur de ce que nous trouvons4 ,il vaut beaucoup mieux pour nous1 ne pas nous livrer de vaines recherches et nous en remettre simplement l'ordre tabli en ce monde4 ,une me exempte de prjugs est un avantage prcieux pour notre tranquillit4 ,les gens qui jugent et contrlent leurs juges1 ne se soumettent jamais avec une entire conviction4 ,les esprits simples et peu curieux sont plus faciles gouverner que tous autres4--,combien plus dociles aux lois de la religion comme celles de la politique et plus faciles conduire sont les esprits simples et qui ne sont pas curieux1 compars ceux qui scrutent et dogmatisent les choses divines et humaines6 ,rien de ce qui touche l'homme ne prsente une plus incontestable utilit1 que cette simplicit4 ,en cette disposition1 il apparat nu et vide1 conscient de sa faiblesse naturelle1 mais susceptible cependant de recevoir d'en haut1 dans une certaine mesure1 la force qui lui fait dfaut2 tranger toutes connaissances humaines1 il est par l d'autant plus prpar ce que la science divine lise domicile en lui2 il fait abstraction de son propre jugement1 pour faire plus large place la foi2 il croit et n'introduit aucun dogme contraire aux lois et ce qui est d'observance gnrale2 humble1 obissant1 disciplin1 studieux1 ennemi jur de l'hrsie1 il est par suite exempt de ces vaines opinions contraires la religion1 introduites par les sectes dissidentes2 c'est une page blanche1 prte recevoir tout ce qu'il plaira ,dieu d'y tracer4 ,nous valons d'autant plus que nous nous reportons davantage vers ,dieu et que1 renonant nous-mmes1 nous nous remettons plus compltement lui3 ,accepte de bonne grce1 dit l',ecclsiaste1 les choses avec la forme et le got sous lesquels1 au jour le jour1 elles se prsentent toi2 le reste est en dehors de ce que tu peux arriver connatre3 ,dieu sait que les penses des hommes ne sont que vanit4 ,les dogmatistes prtendent avoir trouv la vrit2 leur assurance ne fait gure que masquer leur doute et leur ignorance4--,donc1 sur trois catgories embrassant la gnralit des sectes philosophiques1 deux font profession expresse de doute et d'ignorance2 quant la troisime1 celle des dogmatistes1 il est ais de reconnatre que la plupart ne semblent affirmer que pour se donner meilleure contenance2 ils n'ont pas tant en vue de nous amener quelque certitude1 qu' nous montrer quel degr ils en sont arrivs1 dans cette chasse la poursuite de la vrit que les savants supposent1 plutt qu'ils ne la connaissent4--,pour initier ,socrate ce qu'il sait des dieux1 du monde et des hommes1 ,time lui propose de s'en entretenir d'homme homme1 et de tenir comme suffisantes les raisons qu'il donnera1 si elles ont ce mme caractre de probabilit qu'on admet pour des questions autres2 car pour ce qui est de raisons indiscutables dans toute la force du terme1 il n'en peut produire1 ni lui1 ni tout autre mortel quel qu'il soit4 ,c'est ce qu'un philosophe de cette cole exprime ainsi dans un discours de comprhension facile et fort connu sur le mpris de la mort3 ,je m'expliquerai comme je pourrai2 mais n'allez pas prendre mes paroles pour des oracles1 comme si elles sortaient de la bouche d',apollon pythien2 faible mortel1 je ne poursuis que le probable 7,cicron74 ,ailleurs1 ce mme philosophe traduit le texte mme de ,platon3 ,si1 discourant sur la nature des dieux et l'origine du monde1 je m'explique imparfaitement1 n'en soyez pas tonns2 rappelez-vous que moi qui vous parle et vous qui m'coutez1 nous sommes des hommes et que vous n'avez rien me demander de plus que des probabilits 7,cicron74--,aristote1 lui1 nous prsente d'ordinaire une foule d'opinions et de croyances qu'il met en parallle avec les siennes1 pour nous montrer combien celles-ci outrepassent les autres et combien il approche de plus prs de la vraisemblance2 mais ce n'est pas sur l'autorit et le tmoignage d'autrui que la vrit s'tablit4 ,quant picure1 il est observer que1 dans ses crits1 il vite religieusement d'en citer aucun4 ,souvent les philosophes affectent d'tre obscurs pour ne pas rvler l'inanit de leur science4--,aristote est le prince des dogmatistes et cependant nous apprenons de lui que beaucoup de savoir nous porte douter plus encore4 ,souvent on le voit s'entourer de parti pris d'une obscurit paisse et inextricable1 au point qu'on ne peut dmler son avis2 c'est l1 en fait1 du pyrrhonisme sous une forme qui le dissimule4 coutez la dclaration de ,cicron nous exposant l'ide essentielle de cette cole1 en nous la donnant comme sienne3 ,ceux qui voudraient savoir ce que nous pensons de chaque chose1 sont trop curieux444 ,ce principe1 en philosophe1 de disputer de tout sans dcider sur rien1 tabli par ,socrate1 repris par ,arcsilas1 affirm par ,carnade1 a fleuri jusqu' nos jours444 ,nous sommes de l'cole qui dit que le faux est partout ml au vrai et lui ressemble si fort qu'il est impossible de les discerner d'une manire certaine4--,pourquoi non seulement ,aristote1 mais la plupart des philosophes ont-ils affect de prsenter toutes les questions sous une forme obscure1 si ce n'est pour faire ressortir combien elles sont oiseuses1 et amuser la curiosit de notre esprit en les lui donnant en pture1 os creux et dcharn qu'on lui livre ronger4 ,clitomaque affirmait n'tre jamais parvenu savoir1 par les crits de ,carnade1 de quelle opinion il tait4 ,c'est pour ce motif qu'picure a vit dans les siens d'tre clair1 et que ceux d',hraclite lui ont valu d'tre surnomm le ,tnbreux4 tre difficile comprendre est une monnaie dont usent les savants1 comme les prestidigitateurs qui font des tours de passe-passe pour empcher qu'on aperoive l'inanit de leur art1 ce dont la btise humaine se paie aisment3 ,c'est par l'obscurit de son langage qu',hraclite s'est attir la vnration des ignorants2 les sots en effet n'estiment et n'admirent que ce qui leur est prsent en termes nigmatiques 7,lucrce74 ,certains ont ddaign les arts libraux1 mme les sciences1 prtendant que ces tudes dtournent des devoirs de la vie4--,cicron reproche certains de ses amis de consacrer l'astronomie1 au droit1 la dialectique et la gomtrie1 plus de temps que ces sciences ne mritent1 et1 que cela les dtourne des devoirs de la vie qui sont et plus honntes et plus utiles4 ,les philosophes cyrnaques mprisent au mme degr la physique et la dialectique4 ,znon1 au dbut de ses crits sur la ,rpublique1 dclare inutiles toutes les branches d'ducation librale4 ,chrysippe dit que ce que ,platon et ,aristote ont crit sur la logique1 ne l'a t de leur part qu' titre d'exercice et pour se jouer1 ne pouvant croire qu'ils se soient appliqus parler srieusement d'un sujet aussi creux4 ,plutarque en dit autant de la mtaphysique4 picure y et ajout la rhtorique1 la grammaire1 la posie1 les mathmatiques et toutes les autres sciences en gnral1 la physique except1 ,socrate 99 lui aussi1 les ddaignait toutes1 hors celles traitant des murs et de la conduite dans la vie4 ,on pouvait s'enqurir de quoi que ce ft auprs de lui1 il arrivait toujours amener son interlocuteur un retour sur sa vie prsente et sa vie passe qu'il examinait et jugeait1 estimant tout autre enseignement subordonn celui-ci et ne venant qu'en surnombre3 ,j'aime peu les lettres qui n'ont pas servi rendre vertueux ceux qui les pratiquent 7,salluste74 ,la plupart des sciences ont donc t tenues en peu de considration par ces grands penseurs qui1 toutefois1 n'ont pas jug hors de propos d'y exercer leur esprit1 alors mme qu'ils n'avaient pas en retirer un profit srieux4 ,on ne sait si ,platon tait dogmatiste ou sceptique2 ses opinions ont donn naissance dix sectes diffrentes4--,au surplus1 les uns tiennent ,platon pour un dogmatiste2 les autres comme ayant le doute comme principe2 il en est qui le qualifient d'une faon dans certains cas1 de l'autre dans d'autres4 ,le personnage qui toujours a la haute main dans ses dialogues1 ,socrate1 pose constamment des questions1 pousse la discussion1 mais jamais n'y met fin et ne conclut2 sa science1 de son propre aveu1 est uniquement de prsenter des objections4 ,homre1 leur prcurseur1 a t le point de dpart de toutes les sectes philosophiques sans distinction1 montrant ainsi combien la manire de voir de chacun lui importait peu4 ,on dit que ,platon a donn naissance dix coles diffrentes2 dire vrai1 compare la sienne1 il n'est pas1 mon sens1 de doctrine plus indcise et moins affirmative4 ,socrate disait que les sages-femmes1 en prenant le mtier d'aider les autres engendrer1 renoncent pour elles-mmes procrer1 et qu'il en tait de mme de lui4 ,les dieux lui ayant dfr la qualit de sage-homme1 il s'tait lui aussi1 par amour pour l'humanit et la pense1 dfait de la facult d'engendrer1 se contentant d'assister ceux qui satisfont cette loi de nature1 et de leur prter son secours1 aidant aux volutions de l'accouchement1 lubrifiant les organes1 facilitant la sortie de l'enfant1 jugeant de sa conformation1 le baptisant1 l'levant1 le fortifiant1 l'emmaillotant1 le circoncisant2 mettant ses propres moyens la disposition d'autrui1 en usant pour le prserver du mal et aider son bien4 ,on peut en dire autant de la plupart des philosophes anciens de quelque renom4--,il en est ainsi de la plupart des auteurs de cette troisime catgorie1 et les anciens en avaient dj fait la remarque en ce qui touche les crits d',anaxagore1 ,dmocrite1 ,parmnide1 ,xnophane et autres qui1 enqurant plus qu'ils ne se prononcent1 donnent de parti pris leur style la forme dubitative1 alors mme qu'ils l'entremlent de formes affirmatives4 ,cela ne se voit-il pas galement dans ,snque et ,plutarque qui1 en y regardant de prs1 parlent d'une mme chose1 tantt dans un sens1 tantt dans un autre8 ceux qui se donnent la tche de mettre les jurisconsultes en concordance1 doivent tout d'abord mettre chacun d'eux d'accord avec lui-mme4 ,la prfrence que1 dans ses ouvrages philosophiques1 ,platon donne1 bon escient1 la forme dialogue1 me parat provenir de ce que par le dialogue1 mettant ses ides dans la bouche de plusieurs1 il peut plus commodment les exposer dans toute leur diversit et avec toutes les variantes qu'elles comportent4 ,traiter les questions en envisageant leurs divers aspects est une manire de les traiter tout aussi bien et mme mieux qu'en les prsentant sous le jour qui leur est favorable2 on peut de la sorte en disserter plus longuement et avec plus d'utilit4 ,prenons-nous nous-mmes comme exemple3 les arrts de la justice revtent au plus haut degr un langage affirmatif et dcisif2 ceux notamment que nos parlements rendent en public1 sont minemment de nature entretenir chez le peuple le respect qu'il doit cette magistrature en raison de la capacit de ceux qui la composent4 ,or1 la beaut de ces actes ne rsulte pas tant de la dcision qu'ils renferment 7des dcisions1 il s'en prend chaque jour1 c'est le propre de tout juge71 que des dbats et de l'examen des arguments contradictoires que la science du droit permet de faire valoir4 ,de mme le plus large champ est ouvert aux critiques que portent les philosophes sur leurs opinions rciproques1 opinions les plus diverses et les plus contradictoires1 dans lesquelles chacun s'emptre1 soit dessein1 pour dmontrer combien1 sur tout sujet1 l'esprit humain est vacillant1 soit parce qu'il y est contraint par ignorance lorsque1 par sa subtilit1 la question chappe son entendement1 ce qu'exprime cette phrase qui revient si souvent3 ,sur tout sujet glissant et scabreux1 rservons notre jugement4 ,euripide dit de mme3 ,la comprhension des uvres de ,dieu1 en leurs faons diverses1 nous est une cause de nombreux tracas4 ,c'est la mme ide qu',empdocle1 comme en proie une fureur inspire par les dieux et forc de se rendre la vrit1 reproduit souvent dans ses ouvrages3 ,non1 non2 nous ne sentons rien1 nous ne voyons rien2 tout nous est cach2 il n'est pas une chose dont nous puissions tablir ce qu'elle est2 ce qui se retrouve aussi dans ce passage de nos textes sacrs3 ,les penses des mortels sont timides1 leur prvoyance et leurs inventions sont incertaines 7,livre de la ,sagesse74 ,le charme que cause la recherche de la vrit explique que tant de gens s'y adonnent4--,il ne faut pas trouver trange si ces gens1 tout en dsesprant d'atteindre au but1 n'ont pas renonc au plaisir de poursuivre3 l'tude est par elle-mme chose agrable2 si agrable que1 parmi les volupts qu'interdisent les ,stociens1 figure celle provenant des exercices de l'esprit2 ils la veulent modre1 et trop savoir est leurs yeux de l'intemprance4--,dmocrite ayant mang sa table des figues qui sentaient le miel1 se mit aussitt chercher en son esprit d'o leur venait cette douceur inusite4 ,afin de s'en rendre compte1 il se levait pour aller voir la place o ces fruits avaient t cueillis1 lorsque sa servante1 qui avait saisi le motif de ce drangement1 lui dit en riant de ne pas s'en mettre davantage en peine1 que c'tait elle qui les avait placs dans un rcipient o il y avait eu du miel4 ,il s'irrita de ce qu'elle lui enlevait ainsi l'occasion de cette recherche et tait matire sa curiosit3 ,c'est un dplaisir que tu me causes1 lui dit-il2 mais1 va1 je n'en rechercherai pas moins comment cela a eu lieu1 comme si c'tait un effet de la nature4 ,et certainement il n'et pas manqu de dcouvrir une raison prsentant les apparences de la vrit1 pour expliquer une chose qui n'tait pas et n'existait que dans son esprit4 ,cette aventure survenue un fameux et grand philosophe1 nous peint bien le got de l'tude arriv l'tat de passion1 au point que nous sommes dsesprs d'arriver connatre les choses dont nous nous amusons poursuivre la connaissance4--,plutarque cite un pareil exemple de quelqu'un qui se refusait tre renseign sur ce qui le laissait indcis1 afin de n'tre pas priv de la satisfaction de chercher par lui-mme2 comme cet autre qui ne voulait pas que son mdecin lui fit passer l'altration que lui causait la fivre1 pour ne pas perdre le plaisir de boire pour assouvir sa soif4 ,mieux vaut apprendre des choses inutiles1 que de ne rien apprendre 7,snque74 ,ici1 aussi bien qu'en fait de nourriture1 le plaisir que nous prenons est souvent tout ce qui en rsulte2 ce que nous mangeons qui nous est agrable1 n'est pas toujours nutritif ou sain1 de mme ce que notre esprit tire de la science ne laisse pas d'tre voluptueux1 alors mme que ce n'est ni profitable1 ni salutaire4 ,l'tude de la nature est galement une occupation o se complat notre esprit4--,voici comment ces philosophes s'expriment cet gard3 ,la contemplation de la nature nourrit l'esprit2 elle nous lve et nous grandit2 elle fait que par comparaison avec les choses d'ordre suprieur et clestes1 nous nous dtachons de ce qui est bas et tient la terre2 la recherche des choses grandioses qui nous sont caches1 est trs attachante par elle-mme1 mme pour celui qui n'en retire d'autre fruit que des motifs de plus pour les respecter et craindre d'en porter jugement2 ce sont l les termes mmes qu'ils emploient4--,le peu de srieux qui est au fond de cette curiosit passe l'tat de maladie1 apparat encore mieux dans cet exemple qu'ils citent souvent comme leur faisant honneur3 ,eudoxe souhaitait qu'il lui ft donn1 ne ft-ce qu'une seule fois1 de voir le soleil de prs1 d'en saisir la constitution1 la grandeur1 la beaut2 il priait les dieux de lui accorder cette faveur1 dt-il1 du mme coup1 en tre brl2 au prix de sa vie1 il demandait acqurir cette science1 dont au mme moment il devait perdre l'usage et la possession1 et1 pour cette connaissance d'un instant et phmre1 il renonait toutes autres qu'il possdait dj et pouvait encore acqurir4 ,a quelle fin ont t mis en avant les ,atomes d'picure1 les ,ides de ,platon1 les ,nombres de ,pythagore4--,je ne me persuade pas aisment qu'picure1 ,platon et ,pythagore nous aient donn1 en y ajoutant foi eux-mmes1 leurs thories des ,atomes1 des ,ides et des ,nombres2 ils taient trop sages pour croire des choses si peu tablies et si discutables4 ,mais1 sur cette question si obscure du systme du monde que nous ignorons compltement1 chacun de ces grands esprits s'efforant d'apporter sa part de lumire1 s'est appliqu imaginer des conceptions d'apparence acceptables et ingnieuses1 dont la fausset leur importait peu1 pourvu qu'elles pussent faire chec aux thories contraires3 ,ces systmes sont les fictions du gnie de chaque philosophe et non le rsultat de leurs dcouvertes 7,snque74 ,un ancien1 auquel on reprochait de se targuer de philosophie1 alors qu'il n'en tenait pas grand compte dans les jugements qu'il portait1 rpondait que c'tait prcisment en cela qu'elle consistait4 ,quelle est la vraie philosophie2 sa conduite l'gard de la religion et des lois4--,les philosophes ont voulu tout examiner1 tout comparer1 et ont trouv l une occupation propre alimenter la curiosit naturelle qui est en nous4 ,ils ont trait certaines questions affrentes aux besoins de la socit1 telles que celles relatives la religion2 et1 par raison1 ils se sont alors gards de scruter fond les opinions gnralement admises1 afin de ne pas apporter de trouble dans l'observation des lois et des coutumes de leur pays4 ,platon agit cet gard assez dcouvert4 ,quand il crit d'aprs lui-mme1 il n'met aucune opinion ferme4 ,quand il parle en lgislateur1 son style devient affirmatif et imprieux2 il y consigne alors hardiment les ides les plus extraordinaires1 qu'il juge utile d'inculquer la foule et auxquelles il serait ridicule qu'il crt lui-mme2 il sait combien nous sommes disposs recevoir toutes les impressions1 et par-dessus toutes1 celles qui sont les plus saugrenues et les plus inadmissibles4 ,c'est pourquoi1 dans ses ,lois1 il a grand soin de recommander qu'on ne chante en public que des posies dont les donnes1 empruntes la fable1 aient une porte utile1 parce qu'il est si ais de faire clore dans l'esprit humain des fantmes de toutes sortes1 qu'il est plus judicieux de lui donner en pture des mensonges qui lui soient profitables1 que d'autres qui lui seraient inutiles ou dommageables2 ce qu'il exprime ouvertement dans sa ,rpublique3 ,pour tre utile aux hommes1 il est souvent ncessaire de les tromper4 ,certaines sectes1 ainsi qu'il est ais de s'en rendre compte1 se sont surtout attaches la vrit1 d'autres l'utilit2 ces dernires ont trouv davantage crdit4 ,c'est une des misres de notre condition1 que souvent ce qui se prsente nous comme le plus vrai1 n'est pas ce qui nous apparat comme le plus utile dans la vie2 c'est le cas des sectes les plus hardies1 telles celles d'picure1 de ,pyrrhon1 de l',acadmie aprs les modifications qu'elle a subies2 encore ont-elles t contraintes1 en fin de compte1 de se plier la loi civile4 ,les philosophes se sont occups encore d'autres questions1 qu'ils ont traites1 les uns dans un sens1 les autres en sens contraire2 chacun1 qui s'y est adonn1 les rsolvant sa faon1 bien ou mal4 ,comme il n'est rien de si cach1 dont ils n'aient entrepris de parler1 ils se sont souvent trouvs obligs de former des conjectures sans consistance1 parfois extravagantes1 qu'eux-mmes ne considraient pas comme ayant de la valeur ou pouvant servir tablir quelque vrit1 propres seulement comme exercice d'tude3 ,on dirait qu'ils ont crit moins par conviction1 que pour exercer leur esprit par la difficult du sujet4 ,si on n'admettait pas qu'il en a t ainsi1 comment expliquerait-on cette si grande varit d'opinions1 souvent frivoles1 se modifiant sans cesse1 que nous voyons mises par ces esprits minents et admirables8 ,malgr notre impuissance dterminer ce que c'est que ,dieu1 la question a t fort agite par les anciens2 opinion la mieux fonde sur ce point4--,qu'y a-t-il par exemple de plus vain que de vouloir deviner ce que peut tre ,dieu1 par analogie avec ce que nous sommes nous-mmes2 de le juger1 lui et le monde avec lui1 d'aprs ce dont nous sommes capables et d'aprs nos propres lois2 de faire servir au dtriment de la ,divinit1 l'atome de lucidit qu'il lui a plu de nous concder2 et1 notre vue ne pouvant s'tendre jusqu'o elle sige dans la plnitude de sa gloire1 l'en avoir fait descendre et l'avoir associe notre corruption et nos misres6 ,de toutes les opinions humaines formules par les anciens sur la religion1 celle-l me parat avoir eu le plus de vraisemblance et avoir t la plus judicieuse1 qui faisait de ,dieu une puissance que nous ne pouvons comprendre1 origine et conservatrice de toutes choses1 essentiellement bonne1 absolument parfaite1 recevant et prenant en bonne part l'hommage et le respect que lui rendent les humains1 sous quelque forme1 de quelque nom et de quelque manire que ce soit3 ,tout-puissant ,jupiter1 pre et mre du monde1 des dieux et des rois 7,valrius ,seranus74 ,ces hommages ont toujours t vus d'un bon il par le ,ciel3 tous les gouvernements ont tir profit de leur dvotion2 et partout les vnements ont t ce qu'en pouvaient attendre les hommes1 quand leurs actes taient empreints d'impit4 ,les histoires paennes constatent1 en ces religions qui reposaient sur des fables1 de la dignit1 de l'ordre1 de la justice1 des prodiges accomplis1 des oracles rendus l'avantage et pour l'instruction de l'humanit2 ,dieu1 dans sa misricorde1 ayant daign encourager quand mme1 par ces bnfices temporels1 les bonnes dispositions que marquait une aussi imparfaite connaissance de lui-mme1 laquelle les hommes taient arrivs par la seule raison1 au travers des fausses images sous lesquelles ils se le reprsentaient1 images non seulement fausses mais encore impies et injurieuses4 ,parmi tous les cultes que saint ,paul vit pratiquer ,athnes1 il en tait un consacr une ,divinit cache et inconnue2 c'est celui d'entre tous qui lui parut le plus excusable4 ,de tous les philosophes1 ,pythagore fut celui qui eut le plus le sentiment de la vrit1 en estimant que cette cause premire de toutes choses1 cet tre principe de tout ce qui est1 ne peut s'exprimer et chappe toute rgle1 toute dfinition2 que ce ne peut tre que ce que notre imagination1 dans son plus puissant effort1 conoit comme la perfection2 chacun en ayant une ide plus ou moins grande1 suivant ce qu'il en peut concevoir4 ,il faut au peuple une religion palpable4--,si ,numa a rellement entrepris de diriger dans ce mme sens les ides religieuses de son peuple1 de l'attacher une religion purement spirituelle1 sans objet dtermin1 trangre tout ce qui est matriel1 un tel projet n'tait pas pratique2 l'esprit humain ne peut se contenter du vague que prsente cet infini de penses abstraites2 il lui faut les adapter quelque chose de prcis1 conforme l'ide qu'il s'en est faite4--,la majest divine s'est1 pour nous1 laiss en quelque sorte circonscrire sous des formes prcises qui lui donnent corps2 ses sacrements surnaturels et clestes se manifestent dans des conditions qui les mettent notre porte2 notre adoration s'exprime par des crmonies et des paroles comprhensibles pour l'homme1 parce que c'est lui qui croit et qui prie4 ,je laisse de ct tous les autres arguments que l'on peut mettre en faveur de cette thse1 mais on me fera difficilement croire que la vue de nos crucifix1 la reproduction de ce supplice qui excite un si haut degr la piti1 que les ornements et la pompe du culte dans nos glises1 ces voix qui traduisent si exactement la dvotion qui nous anime1 cette motion des sens que nous prouvons1 n'chauffent pas l'me des foules d'une passion religieuse du plus heureux effet4 ,le culte du soleil est celui qui s'explique le plus4--,a choisir entre ces divinits auxquelles1 en ces temps d'aveuglement universel1 la ncessit a amen donner corps1 il me semble que c'et t ceux qui adoraient le soleil1 que je me serais le plus volontiers ralli4 ,le soleil claire le monde entier1 il en est l'il4 ,si ,dieu a des yeux1 les rayons du soleil en manent4 ,c'est eux que tout doit de natre1 de se dvelopper et de vivre2 ils sont les tmoins de tout ce que l'homme accomplit4 ,le soleil1 si beau1 si grand1 nous donne les saisons suivant qu'il entre dans l'une ou l'autre des douze constellations du zodiaque qui constituent sa demeure1 ou qu'il en sort2 il emplit l'univers de ses bienfaits que nul ne conteste2 un seul de ses regards dissipe les nuages4 ,il est l'esprit1 l'me du monde2 il chauffe et flamboie1 dans sa course journalire1 il parcourt le ciel dans toute son tendue2 astre immense1 sphrique1 toujours errant1 sans jamais dvier de sa route1 il tient sous sa dpendance l'immensit sans limite1 au travers de laquelle il se meut2 toujours au repos sans jamais demeurer oisif1 sans cesser d'agir1 il est le fils an de la nature et le pre du jour 7,ronsard74 ,en outre de sa grandeur et sa beaut1 c'est parmi les pices qui entrent dans la composition du monde1 celle que nous apercevons la plus loigne de nous1 par suite elle nous est peu connue2 aussi ses adorateurs taient-ils pardonnables de l'avoir en admiration et en respect4 ,opinions diverses des philosophes sur la nature de ,dieu4--,thals qui1 le premier1 tudia ce sujet1 estimait que ,dieu est un esprit qui de l'eau a fait natre toutes choses4--,anaximandre1 que les dieux meurent et naissent certaines poques et qu'ils constituent des mondes dont le nombre est infini4--,anaximne1 que c'est l'air qui est dieu1 qu'il existe en quantit infinie et est toujours en mouvement4--,anaxagore mit le premier que la manire d'aprs laquelle chaque chose existe et se conduit1 est l'effet de la force et de la raison d'un esprit que nous ne pouvons concevoir4--,alcmon range parmi les divinits3 le soleil1 la lune1 les astres et l'me2--,pythagore attribue cette qualit un esprit existant naturellement en chaque chose et d'o nos mes sont sorties4--,parmnide considre comme tel1 un cercle entourant le ciel et maintenant le monde par l'intensit de la lumire qu'il rpand4--,empdocle place au rang des dieux les quatre lments3 l'air1 l'eau1 le feu et la terre1 dont toutes choses sont faites4--,protagoras dclare n'tre pas mme de dire s'ils sont ou ne sont pas1 ni qui ils sont4--,dmocrite classe comme dieux1 tantt les images mmes sous lesquelles on les reprsente1 tantt les dons de la nature qu'elles symbolisent1 et aussi notre science et notre intelligence4--,platon a sur ce point diverses manires de voir3 dans ,time1 il est d'avis que l'on ne peut dire qui a cr le monde2 dans les ,lois1 qu'il ne sert de rien de rechercher ce qu'est ,dieu2 ailleurs1 dans ces mmes ouvrages1 il divinise le monde1 le ciel1 les astres1 la terre et les mes2 il reconnat en outre comme dieux1 tous ceux que les institutions anciennes ont1 dans chaque tat1 admis comme tels4--,par ,xnophon1 nous constatons un trouble semblable dans la doctrine de ,socrate3 tantt il ne faut pas s'enqurir de ce que ,dieu peut tre1 tantt il lui fait dire que le soleil est dieu1 que l'me est dieu3 qu'il est unique et aussi qu'il y en a plusieurs4--,d'aprs ,speusippe1 neveu de ,platon1 ,dieu est une force qui gouverne toutes choses et cette force est anime4--,aristote1 un moment1 difie l'esprit2 un autre1 le monde2 plus tard1 ce monde il donne un matre2 dans un passage de ses uvres autre que les prcdents1 il divinise la chaleur qui vient du ciel4--,xnocrate compte huit dieux3 les cinq plantes connues son poque sont les cinq premiers2 le sixime est constitu par l'ensemble des toiles fixes dont chacune est une fraction de cette divinit2 le soleil et la lune sont les septime et huitime4--,hraclide du ,pont est hsitant entre ces diverses opinions1 il en arrive tenir ,dieu pour un tre priv de sentiments et passant d'une forme une autre2 finalement1 il fait dieux le ciel et la terre4--,chez ,thophraste1 les ides ce sujet refltent les mmes indcisions3 tantt1 selon lui1 c'est le bon sens qui dirige le monde2 tantt1 c'est le ciel2 tantt1 les toiles4--,straton pense que c'est la nature qui a le pouvoir d'engendrer1 de faire crotre1 d'anantir1 et qu'elle-mme n'a ni forme dfinie1 ni la facult de sentir4--,znon1 que le monde relve d'une loi naturelle qui ordonne le bien1 dfend le mal et laquelle il reconnat aussi le pouvoir de donner le mouvement et la vie2 et il renverse de leurs pidestaux les dieux qu'on tait accoutum y voir3 ,jupiter1 ,junon1 ,vesta4--,pour ,diogne ,apolloniate1 c'est l'air qui est le souverain crateur de toutes choses4--,xnophane se reprsente ,dieu sous la forme d'une boule1 voyant1 entendant1 ne respirant pas1 n'ayant rien de commun avec la nature humaine4--,ariston est d'avis que ,dieu chappe notre intelligence2 il se le reprsente dpourvu de sens1 ne sait s'il a le pouvoir de crer1 et ignore tout de lui4--,clanthe le suppose tantt la raison1 tantt le monde lui-mme2 tantt l'me de la nature1 tantt cette chaleur vivifiante au suprme degr qui entoure et enveloppe tout4--,perse1 qui avait suivi les leons de ,znon1 expose qu'on a appel dieux les hommes qui se sont particulirement rendus utiles l'humanit1 et aussi les choses elles-mmes qui lui ont t profitables4--,chrysippe collige en un ensemble confus toutes les opinions prcdentes1 et obtient ainsi un millier de dieux de tous genres1 parmi lesquels il comprend les hommes qui se sont immortaliss4--,diagoras et ,thodore nient d'une faon absolue qu'il y ait des dieux4--picure les reprsente resplendissants1 translucides1 permables l'air1 habitant entre les deux mondes1 le ciel et la terre1 o1 inaccessibles1 ils sont l'abri des coups2 ils auraient mme visage que nous1 mmes membres1 mais n'en feraient pas usage3 ,quant moi1 j'ai toujours pens qu'il existait une race de dieux2 j'entends une race cleste1 indiffrente aux actions des hommes 7,ennius74 ,ces diversits tmoignent de notre impuissance2 mais d'hommes faire des dieux1 est le comble de l'extravagance4--,aprs cela1 fiez-vous donc la philosophie2 vantez-vous d'avoir trouv la fve dans le gteau1 d'avoir dcouvert la vrit dans ce conflit hasardeux de tant de conceptions philosophiques6 ,la confusion qui rgne dans la manire dont1 en ce monde1 chacun pense cet gard1 a pour moi cet avantage1 que les murs et les ides diffrentes des miennes me dplaisent moins qu'elles ne m'instruisent1 ne m'enorgueillissent pas tant qu'elles ne m'humilient1 quand je les compare1 et toute solution autre que celle qui nous vient de la main mme de ,dieu n'a1 selon moi1 que bien peu de supriorit sur les autres4 ,les institutions de ce monde ne sont1 pas moins que les coles1 en opposition entre elles sur ce sujet2 d'o nous pouvons conclure que le hasard n'est ni plus divers1 ni plus variable que notre raison1 ni plus aveugle et inconsidr4--,les choses que nous ignorons le plus1 sont les plus propres tre difies2 aussi1 faire de nous-mmes des dieux1 comme cela est arriv dans l'antiquit1 dpasse-t-il ce que peut excuser la faiblesse1 si grande qu'elle soit1 de notre jugement4 ,je me serais1 sur ce point1 plutt rang du ct de ceux qui adoraient le serpent1 le chien1 le buf1 parce que la nature et l'tre de ces animaux nous sont moins connus que les ntres et que1 par suite1 nous sommes plus autoriss penser ce qui nous plat de ces btes et leur accorder des facults extraordinaires4 ,mais avoir fait des dieux de notre condition1 dont nous connaissons les imperfections2 leur avoir attribu nos dsirs1 nos colres1 nos vengeances2 les faire se marier1 avoir des enfants1 une famille2 connatre l'amour1 la jalousie2 tre comme nous de chair et d'os1 avec mme organisation physique2 les assujettir la fivre1 au plaisir1 la mort2 leur donner la spulture comme nous-mmes1 toutes choses qui sont indignes des dieux et n'ont rien de commun avec leur nature 7,lucrce72 on donne le signalement de ces dieux2 on dit leur ge1 les ornements dont ils sont revtus1 leurs gnalogies1 leurs mariages1 leurs alliances2 on les apparie notre btise humaine2 on les fait sujets aux mmes passions1 amoureux1 chagrins1 colres 7,cicron71 c'est l le fait d'une incroyable divagation de l'esprit humain1 tout comme d'avoir divinis non seulement la foi1 la vertu1 l'honneur1 la concorde1 la libert1 la victoire1 la pit1 mais encore la volupt1 la fraude1 la mort1 l'envie1 la vieillesse1 la misre1 la peur1 la fivre1 la mauvaise fortune et autres infirmits de notre vie frle et caduque3 ,a quoi sert d'introduire dans nos temples la corruption de nos murs1 mes attaches la terre et vides de penses clestes 7,cicron76 ,les gyptiens1 par une prudence non exempte d'impudence1 dfendaient quiconque1 sous peine d'tre pendu1 de dire que leurs dieux ,srapis et ,isis avaient jadis t hommes1 ce que nul n'ignorait4 ,les images de ces dieux les reprsentaient un doigt sur les lvres1 ce qui1 au dire de ,varron1 rappelait leurs prtres cette mystrieuse ordonnance qui prescrivait de taire leur origine mortelle1 comme mesure ncessaire pour ne pas porter atteinte la vnration dont ils taient l'objet4--,puisque l'homme dsirait tant se faire semblable ,dieu1 il et mieux fait1 dit ,cicron1 d'attirer lui plac au bas de l'chelle les vertus divines et de se les assimiler1 que d'envoyer en haut sa corruption et sa misre2 cependant1 bien considrer ce qui a eu lieu1 toujours sous l'empire de ce mme sentiment de vanit1 il a1 dans plusieurs cas1 fait l'un et l'autre4 ,est-ce srieusement que les philosophes ont trait de la hirarchie de leurs dieux1 comme aussi de la condition des hommes dans une autre vie8--,quand les philosophes discutent le rang que leurs dieux occupent entre eux1 et s'vertuent faire ressortir leurs alliances1 leurs fonctions1 leur puissance1 je ne puis croire qu'ils parlent srieusement4 ,quand ,platon nous dpeint en dtail le verger de ,pluton1 les avantages et les peines corporelles qui nous attendent encore aprs la ruine et l'anantissement de nos corps1 et le rapport qui existe entre ce qui nous est rserv dans l'autre monde et la vie que nous avons tenue sur cette terre3 ,l1 au fond d'un bois de myrtes o conduisent des sentiers perdus1 se cachent les victimes de l'amour2 la mort mme ne les a pas dlivres de leurs soucis 7,virgile72 quand ,mahomet promet aux siens un paradis couvert de tapis1 aux lambris dors et scintillant de pierreries1 peupl de courtisanes de la plus exquise beaut1 des vins et des mets dlicieux1 je vois bien que ce sont des gens qui se moquent2 ils se plient notre btise pour nous emmieller et nous captiver par ces ides et ces esprances appropries nos apptits1 pauvres mortels que nous sommes6 ,quelques-uns d'entre nous1 chrtiens1 sont tombs en pareille erreur1 se promettant1 aprs la rsurrection1 une nouvelle vie terrestre et temporelle1 accompagne de tous les plaisirs1 de toutes les commodits de ce monde4 ,pouvons-nous croire que ,platon1 dont les conceptions ont t si leves1 qui a approch si prs de la divinit que le surnom lui en est rest1 ait pu penser que l'homme1 cette chtive crature1 ait en lui quelque chose de cette puissance que nous ne pouvons comprendre2 et qu'il ait cru1 tant donn le peu dont nous sommes capables et la faiblesse qui est en nous1 que nous puissions tre admis participer la batitude ternelle ou tre frapps de peines qui n'auront pas de fin8 ,si1 dans une autre vie1 nous n'existons plus tels que nous tions sur la terre1 ce n'est pas nous qui sentirons1 qui jouirons4--,il y aurait lieu de lui rpondre1 au nom de la raison humaine3 ,si les plaisirs que tu nous promets en l'autre vie1 sont de ceux que nous avons gots ici-bas1 ils n'ont rien de commun avec l'infini2 alors que les cinq sens que nous tenons de la nature recevraient complte satisfaction1 que notre me prouverait tout le contentement qu'elle peut dsirer et esprer1 et nous savons ce dont elle est capable cet gard1 tout cela ne serait encore rien4 ,s'il demeure quelque chose de nous1 il n'y a rien de divin4 ,si ce n'est autre que ce qui est le propre de notre condition prsente1 il n'y a pas en tenir compte4 ,tout ce qui nous tait sujet de contentement avant notre mort1 est mortel comme nous2 si dans l'autre monde1 retrouvant nos parents1 nos enfants1 nos amis1 cela peut nous toucher et nous tre agrable1 si alors nous y attachons encore du prix1 c'est que nous n'avons cess d'tre sensibles aux satisfactions terrestres qui n'ont qu'une dure limite4 ,nous ne pouvons concevoir dignement la grandeur des hautes et divines promesses qui nous ont t faites1 nous chrtiens1 si nous en avons une conception quelconque2 pour les imaginer ce qu'elles sont1 il faut nous les imaginer inimaginables1 inexprimables1 incomprhensibles et essentiellement autres que celles dont nous avons fait la misrable exprience4 ,l'il ne peut concevoir1 dit saint ,paul1 le cur de l'homme ne peut comprendre le bonheur que ,dieu rserve ses lus4 ,si1 pour nous en rendre dignes1 nous amendons et transformons notre tre1 comme tu supposes1 ,platon1 que cela est possible par les purifications que tu imagines1 le changement opr doit tre si radical1 si universel1 qu'au point de vue physique nous aurons cess d'tre nous-mmes3 ,hector tait bien ,hector1 alors qu'il vivait et combattait3 mais son cadavre tran par les chevaux d',achille1 ce n'tait plus ,hector 7,ovide72 et ce sera quelque autre chose que nous qui recevra ces rcompenses3 ,ce qui change est dissous et par suite prit2 de fait1 les parties une fois dsagrges1 il n'y a plus de corps 7,lucrce74 ,pensons-nous1 d'aprs la mtempsycose de ,pythagore1 que dans ce passage de l'me d'un corps dans un autre qu'il imaginait1 le lion en lequel est passe l'me de ,csar1 prouve les passions qui animaient ,csar et que ce soit lui8 ,si c'tait encore lui1 ceux-l seraient dans le vrai1 qui1 combattant l'opinion de ,platon sur ce point1 lui objectent qu'il pourrait alors arriver qu'un fils chevaucht sur sa mre passe dans le corps d'une mule et autres semblables absurdits4 ,pouvons-nous admettre1 lors mme que ces passages s'effectueraient de corps d'animaux d'une espce en d'autres de mme espce1 que ces derniers ne soient pas autres que leurs prdcesseurs8 ,des cendres d'un phnix nat1 dit-on1 un ver1 et ce ver se transforme en un autre phnix2 qui peut imaginer que ce second phnix ne soit pas autre que le premier8 ,les vers qui produisent la soie que nous employons1 on les voit mourir et se desscher1 et1 de ce corps1 natre un papillon lequel produit un autre ver1 qu'il serait ridicule de considrer comme tant le mme que le prcdent2 ce qui une fois a cess d'tre1 n'est plus4 ,alors mme que le temps rassemblerait la matire de notre corps aprs qu'il a t dissous1 et que1 reconstituant ce corps tel qu'il est aujourd'hui1 il lui rendrait la vie1 cela ne s'appliquerait plus nous du moment qu'il y a eu interruption dans le cours de notre existence 7,lucrce74--,quand ailleurs tu dis1 ,platon1 que ce sera la partie spirituelle de l'homme qu'il cherra de jouir des rcompenses de l'autre vie1 c'est l encore une assertion tout aussi peu vraisemblable3 ,de mme l'il arrach de son orbite et spar du corps1 ne peut plus voir aucun objet 7,lucrce72 parce qu'alors ce ne sera plus l'homme1 ce ne sera plus nous par consquent qui en aurons la jouissance1 puisque nous sommes constitus de deux pices principales1 essentielles1 dont la sparation est la mort et la ruine de notre tre3 ,ds qu'en effet la vie est interrompue1 nos sens aussitt perdent toute action 7,lucrce74 ,quand les vers rongent ses membres qui pourvoyaient son existence et que la terre les consume1 est-ce que nous disons que l'homme souffre8 ,cela ne nous touche pas1 parce que nous sommes un tout form de l'union de l'me et du corps 7,lucrce74 ,et puis1 pourquoi les ,dieux rcompenseraient-ils ou puniraient-ils l'homme aprs sa mort2 n'est-ce pas par leur volont qu'il a t tel qu'il a t8--,bien plus1 sur quoi peuvent se baser les dieux pour1 en bonne justice1 reconnatre et rcompenser chez l'homme1 aprs sa mort1 ses actions bonnes et vertueuses1 puisque ce sont eux-mmes qui les ont prpares et produites en lui2 et pourquoi s'offensent-ils de celles qui sont vicieuses et les punissent-ils1 puisque ce sont eux qui l'ont ainsi cr sujet les commettre1 alors que d'un clin d'il1 s'ils en ont la volont1 ils peuvent l'empcher de faillir8 ,cette objection1 picure ne l'opposerait-il pas ,platon1 avec grande apparence de raison humaine1 si dj lui-mme ne s'tait dgag du dbat1 en posant qu'il est impossible d'tablir quelque chose de certain sur la nature immortelle1 en prenant pour point de dpart la nature mortelle2 mais1 en tout1 notre raison ne fait que se fourvoyer1 surtout lorsqu'elle se mle de deviser des choses divines4 ,pour qui cela est-il plus vident que pour nous chrtiens1 bien que nous lui ayons donn pour se conduire des principes certains et infaillibles8 ,quoique nous clairions ses pas avec le flambeau sacr de la vrit qu'il a plu ,dieu de nous communiquer1 ne voyons-nous pas journellement1 pour peu qu'elle dvie du sentier ordinaire1 qu'elle se dtourne ou s'carte de la voie trace et battue par l'glise1 que tout aussitt1 sans direction et sans but1 elle se perd1 s'embarrasse1 s'entrave1 tournoyant et flottant sur cette vaste mer trouble et ondoyante des opinions humaines8 ,ds qu'elle quitte ce grand chemin suivi par tous1 elle va se divisant et se dissipant par mille routes diverses4 ,il est ridicule de prtendre connatre ,dieu en prenant l'homme pour terme de comparaison4--,l'homme ne peut tre que ce qu'il est1 et son imagination ne peut s'exercer que dans les limites de sa porte4 ,c'est une plus grande prsomption1 dit ,plutarque1 de la part de ceux qui ne sont que des hommes1 d'entreprendre de parler et de raisonner sur les dieux et les demi-dieux1 que de la part de quelqu'un qui1 ignorant la musique1 veut juger ceux qui chantent2 ou de qui n'ayant jamais t dans les camps1 veut discuter sur les armes et la guerre1 se croyant1 parce qu'il en a quelques lgres notions1 apte comprendre les effets d'un art qu'il ne connat pas4 ,c'est en partant de l qu'on a cru l'apaiser par des prires1 des ftes1 des prsents et mme par des sacrifices humains4--,l'antiquit crut1 je pense1 faire quelque chose propre donner de l'importance la grandeur divine1 en l'appariant l'homme2 en la dotant de ses facults1 la parant de ses belles humeurs et de ses plus honteuses ncessits2 lui offrant nos viandes manger2 nos danses1 nos momeries et nos farces pour la distraire2 nos vtements pour se couvrir2 nos maisons pour y loger2 la caressant par l'odeur de l'encens et les sons de la musique1 lui tressant des guirlandes1 lui composant des bouquets2 et pour satisfaire1 comme nous le faisons nous-mmes1 nos vicieuses passions que nous lui prtons1 flattant sa justice par d'inhumaines vengeances2 la rjouissant par la ruine et la dissipation de choses qu'elle a cres et qui lui doivent leur conservation1 comme firent ,tibrius ,sempronius livrant au feu1 en sacrifice ,vulcain1 les riches dpouilles et armes qu'il avait enleves l'ennemi1 en ,sardaigne2 ,paul-mile sacrifiant celles de ,macdoine ,mars et ,minerve2 ,alexandre le ,grand qui1 arriv l',ocan ,indien1 jeta la mer plusieurs vases d'or de grandes dimensions1 en l'honneur de ,thtis1 immolant en outre sur ses autels1 non seulement quantit d'animaux innocents1 mais aussi d'hommes1 vritable boucherie1 comme il tait dans les coutumes courantes de certaines nations1 de la ntre entre autres2 peut-tre mme n'en est-il pas une qui soit exempte de s'tre livre cette pratique3 ne saisit quatre jeunes guerriers1 fils de ,sulmone1 et quatre autres nourris sur les bords de l',ufens1 pour les immoler aux mnes de ,pallas 7,virgile74--,les ,gtes se considraient comme immortels et1 pour eux1 mourir tait simplement s'acheminer vers leur dieu ,zamolxis4 ,tous les cinq ans1 ils dpchaient vers lui l'un d'entre eux1 pour lui demander les choses ncessaires la vie4 ,ce dput tait tir au sort et sa mise en route s'effectuait ainsi qu'il suit3 ,aprs que ceux auxquels ce soin tait dvolu1 lui avaient fait connatre verbalement ce dont il avait commission1 trois d'entre eux tenaient dresses la pointe en avant1 autant de javelines1 sur lesquelles les autres1 le saisissant1 le prcipitaient avec force4 ,s'il venait s'enferrer de telle sorte qu'atteint mortellement1 il mourt sur-le-champ1 c'tait un signe certain que leur dieu tait favorablement dispos2 s'il en chappait1 c'tait que le messager tait mauvais1 excrable2 et ils en dpchaient un autre en procdant de la mme faon4--,amestris1 mre de ,xerxs1 devenue vieille1 fit1 en une seule fois1 ensevelir vivants quatorze jeunes gens des meilleures familles de ,perse1 suivant les coutumes religieuses du pays1 pour se concilier quelque dieu habitant au sein de la terre4--,aujourd'hui encore les idoles de ,themixtitan se construisent en cimentant avec le sang de jeunes enfants les matires qui entrent dans leur composition1 et elles n'agrent de sacrifice que ceux o ces petits tres sans tache servent de victimes2 quelle justice altre du sang de l'innocence6 ,combien la superstition a pu conseiller de crimes 7,lucrce76--,les ,carthaginois immolaient leurs propres enfants ,saturne2 ceux qui n'en avaient pas1 en achetaient1 et le pre et la mre taient tenus d'assister cet holocauste et d'y avoir une contenance gaie1 tmoignant du contentement4 ,c'tait une ide trange que de vouloir reconnatre les bonnes grces des cieux en nous infligeant des souffrances1 comme faisaient les ,lacdmoniens qui1 pour tre agrables leur ,diane1 martyrisaient de jeunes garons en les faisant fouetter en son honneur1 parfois jusqu' la mort4 ,c'tait un sentiment barbare que de chercher complaire l'architecte en dtruisant son uvre2 comme aussi1 pour pargner aux coupables la peine qu'ils mritaient1 de frapper des innocents1 ainsi qu'il arriva dans le port d',aulis cette infortune ,iphignie1 immole pour racheter par sa mort les offenses que l'arme des ,grecs avait commises envers les dieux3 ,chaste et malheureuse victime qui1 au moment mme de son hymen1 fut sacrifie par la main criminelle d'un pre 7,lucrce76--,et les deux ,dcius1 pre et fils1 l'me si belle1 si gnreuse1 allant1 pour attirer la faveur divine sur les intrts de ,rome1 se jeter corps perdu au plus pais des ennemis3 ,combien grande cette iniquit des dieux1 de ne consentir tre favorables au peuple romain qu'au prix du sang de tels hommes 7,cicron76 ,prtendre satisfaire la justice divine en choisissant soi-mme son expiation1 est une drision2 ce n'est pas au criminel fixer le chtiment qu'il doit subir4--,ajoutons que ce n'est point au criminel se faire fouetter1 quand et dans la mesure o cela lui convient2 c'est au juge d'en ordonner1 en ne tenant compte dans le chtiment que de la peine que lui-mme a prescrite et ne considrant pas comme telle1 celle que le coupable s'est impose de son plein gr4 ,la vengeance divine1 dans sa justice et pour notre punition1 consiste dans le souverain dplaisir qu' tous gards elle prvoit devoir nous causer4--,combien ridicule cette singulire ide qu'eut ,polycrate1 tyran de ,samos1 qui1 pour rompre et compenser son bonheur persistant1 jeta la mer le plus prcieux de ses joyaux1 celui auquel il tenait le plus1 estimant par ce malheur librement consenti1 satisfaire aux vicissitudes et djouer les alternatives de la fortune2 pour se moquer de lui1 le destin voulut que ce mme joyau1 trouv dans le ventre d'un poisson1 revnt entre ses mains4--,de quelle utilit pouvait tre aux ,corybantes et aux ,mnades de se dchirer le corps et de se mettre en pices8 ,et1 de notre temps1 quoi sert certains ,mahomtans de se balafrer le visage1 l'estomac1 les membres1 pensant rendre ainsi hommage leur prophte8 ,l'offense rside dans la volont et non dans la poitrine1 les yeux1 les parties gnitales1 notre embonpoint1 nos paules ou notre gosier auxquels on s'en prend3 ,tel est le trouble de leur esprit que1 mis hors d'eux par le dlire1 ils pensent apaiser les dieux en surpassant toutes les cruauts des hommes 7,s4 ,augustin74--,l'tat physique que nous tenons de la nature1 importe par l'usage que nous en faisons1 non seulement nous1 mais aussi au service de ,dieu et celui de notre prochain4 ,nous n'avons pas le droit de le compromettre sciemment1 comme par exemple de nous tuer sous quelque prtexte que ce soit4 ,ce semble une grande lchet et une trahison que de profaner et dgrader les fonctions du corps1 par elles-mmes inconscientes et dpendantes de l'me1 pour pargner celle-ci de les diriger avec toute la sollicitude que comporte la raison3 ,de quoi pensent-ils que les dieux s'irritent1 ceux qui pensent les apaiser ainsi8444 ,des hommes ont t chtrs pour servir aux plaisirs des rois1 mais jamais esclave ne s'est mutil lui-mme1 lorsque son matre lui commandait de ne plus tre homme 7,s4 ,augustin1 d'aprs ,snque74 ,c'est ainsi que les anciens avaient introduit dans leur religion plusieurs pratiques condamnables3 ,autrefois1 c'tait la religion qui1 le plus souvent1 inspirait le crime et l'impit 7,lucrce74 ,il n'est pas moins ridicule de juger1 d'aprs nous1 de la puissance et des perfections de ,dieu1 et de croire que c'est notre intention qu'il a fait les lois qui rgissent le monde4--,rien de ce qui est en nous1 ne peut tre assimil ou attribu1 de quelque faon que ce soit1 la nature divine sans la tacher et la marquer d'autant d'imperfection4 ,comment cette beaut1 cette puissance1 cette bont infinies peuvent-elles1 sans en prouver un prjudice extrme1 sans dchoir de leur divine grandeur1 souffrir une relation1 une ressemblance quelconque avec la chose si abjecte que nous sommes8 ,dieu faible1 est plus fort que l'homme dans toute sa force2 sa folie est plus sage que notre sagesse 7,s4 ,paul74 ,stilpon le philosophe1 auquel on demandait si les dieux se rjouissaient des honneurs que nous leur rendons et des sacrifices que nous leur faisons1 rpondait3 ,vous tes indiscrets2 mettons-nous l'cart1 si nous voulons traiter ce sujet4 ,et cependant nous lui assignons des limites cette nature divine1 nous restreignons sa puissance en lui prtant notre manire de raisonner 7j'entends par l nos rveries et nos songes1 comme le comprend la philosophie lorsqu'elle dit3 le fou lui-mme1 le mchant ont leur raison quand ils sont hors de sens1 mais c'est une raison de forme particulire72 nous voulons la soumettre ce que conoit notre esprit si frivole et si faible elle qui nous a crs1 nous et ce que nous savons4--,parce que rien ne se fait de rien1 ,dieu n'aurait pu crer le monde avec rien6 ,eh quoi1 a-t-il donc mis en nos mains les clefs et les derniers ressorts de sa puissance1 et s'est-il engag ne pas dpasser les bornes de notre science8 ,admettons1 homme1 que tu aies pu saisir ici-bas quelques traces de ce qu'il a fait2 penses-tu qu'il y ait mis tout ce dont il est capable1 employ toutes les formes qu'il est susceptible de lui donner1 puis toutes les ides qu'il en peut avoir8 ,tu ne vois que l'ordre et la rgle qui rgnent en ce petit caveau o tu es log1 si encore tu les vois2 mais sa divinit a une juridiction qui s'tend bien au del1 l'infini2 et1 auprs de cet infini1 l'espace que tu embrasses n'est rien3 ,le ciel1 la terre1 la mer pris ensemble1 ne sont rien ct de l'universalit du grand tout 7,lucrce74 ,la loi que tu invoques1 est une loi qui n'a trait qu' la sphre o tu vis2 tu ne connais pas la loi qui est de rgle universelle4--,occupe-toi de ce qui te concerne et non de lui2 il n'est ni ton confrre1 ni ton concitoyen1 ni ton compagnon4 ,s'il s'est quelque peu communiqu toi1 ce n'est pas pour se ravaler ta petitesse1 ni pour que tu contrles son pouvoir2 le corps humain ne peut voler dans les nues1 cette communication qui t'est faite ne s'tend pas au del de ce que tu es mme de comprendre4 ,le soleil accomplit sans arrt sa tche ordinaire2 les bornes de la mer et de la terre ne peuvent se confondre2 l'eau est mobile et n'offre pas de rsistance2 un mur ne peut1 sans effraction1 tre pntr par un corps solide2 l'homme ne peut conserver la vie dans les flammes2 il ne peut1 en corps1 tre la fois au ciel1 sur la terre et en mille lieux divers2 mais ces rgles1 c'est pour toi que ,dieu les a faites1 c'est toi seul qu'elles 99 lient4 ,lui-mme a fourni aux ,chrtiens la preuve qu'aucune ne l'a arrt quand il lui a plu de la franchir4 ,et1 en vrit1 pourquoi1 tout-puissant comme il l'est1 aurait-il assign une limite sa force2 en faveur de qui et-il renonc ce privilge8 ,non seulement ces rgles s'appliquent notre monde mais d'autres encore qui1 vraisemblablement1 existent en nombre infini et probablement bien diffrents de celui-ci4--,ta raison ne semble1 sur aucun point1 tre plus dans le vrai1 tre plus fonde penser ainsi qu'elle le fait1 que lorsqu'elle te laisse entrevoir la pluralit des mondes3 ,la terre1 le soleil1 la lune1 la mer et tout ce qui est1 ne sont point uniques en leur genre3 ils sont en nombre infini 7,lucrce74 ,les plus fameux esprits des temps passs l'ont cru et quelques-uns mme parmi nous1 cdant en cela aux apparences selon la raison humaine2 d'autant que1 dans cet difice que nous avons sous les yeux1 il n'y a rien d'isol et qui soit seul de son espce3 ,il n'y a pas1 dans la nature1 d'tre qui n'ait son semblable1 qui naisse et qui croisse isol 7,lucrce74 ,toutes les espces sont en nombre plus ou moins vari1 ce qui rend invraisemblable que ce monde soit le seul ouvrage que ,dieu ait fait sans lui donner de compagnon et que la matire qui a servi le faire1 ait t puise en cet unique exemplaire4 ,on est donc forc de convenir qu'il s'est fait encore ailleurs des agglomrations de matires1 semblables celles que l'ther embrasse dans son vaste contour 7,lucrce71 surtout si cet ouvrage porte en lui la vie comme ses mouvements le feraient croire1 au point que ,platon l'affirme et que plusieurs des ntres ou le confirment ou n'osent soutenir le contraire4 ,ne parat pas davantage invraisemblable cette opinion des temps anciens que le ciel1 les toiles et les autres parties de l'univers sont composs d'un corps et d'une me1 mortels quant aux lments qui entrent dans leur composition1 mais immortels par la volont du ,crateur4--,or1 s'il y a plusieurs mondes1 comme le pensaient ,dmocrite1 picure et presque tous les philosophes1 savons-nous si les principes et les rgles qui prsident au ntre sont les mmes dans les autres8 peut-tre leur physionomie et leur constitution sont-elles autres2 picure les admet semblables1 aussi bien que dissemblables4 ,en celui-ci1 nous voyons une infinit de varits des plus diverses1 par le seul fait de la distance qui spare les lieux o elles se rencontrent3 dans le nouveau coin de terre que nos pres viennent de dcouvrir1 on ne trouve ni bl1 ni vin1 ni aucun de nos animaux1 tout y est autre2 voyez1 aux temps passs1 dans combien de parties du monde on ne connaissait ni ,bacchus1 ni ,crs4--,a en croire ,pline et ,hrodote1 il existe en certains endroits des hommes qui nous ressemblent fort peu2 dans d'autres1 leur conformation btarde et mal dfinie participe de l'tre humain et de la bte4 ,il y aurait des contres o les hommes naissent sans tte1 ayant les yeux et la bouche la poitrine2 d'autres o chacun runit en lui les deux sexes2 d'autres o ils marchent quatre pattes2 d'autres o ils n'ont qu'un il au milieu du front et la tte ressemblant plus celle du chien qu' la ntre2 d'autres o la partie infrieure de leur corps tient de celle d'un poisson et qui vivent dans l'eau2 d'autres o ils ont la tte si dure1 la peau du front si rsistante que le fer ne peut y mordre et s'mousse dessus2 d'autres o les femmes accouchent cinq ans et meurent huit2 d'autres o les hommes n'ont pas de barbe2 dans d'autres1 l'usage du feu est inconnu2 il en est o le sperme est de couleur noire2 dans d'autres encore1 l'homme se transforme naturellement en loup1 en jument1 puis redevient homme4 ,si ces assertions sont exactes et si1 comme le dit ,plutarque1 en quelques endroits des ,indes1 il y a des hommes qui n'aient pas de bouche et se nourrissent en respirant certaines odeurs1 combien d'erreurs existeraient dans nos descriptions de l'espce humaine8 ,si ce ne sont pas l des plaisanteries1 ces hommes ne doivent probablement ni tre dous de raison1 ni capables de vivre en socit2 en tout cas1 les rgles de notre organisation intrieure1 les causes qui y ont amen1 ne sauraient pour la plupart leur tre applicables4 ,les rgles que nous avons cru dduire de la nature1 sont sans cesse dmenties par les faits2 tout est obscurit et doute4 ,diversit des opinions sur le monde et sur la nature4--,combien1 en outre1 y a-t-il de choses que nous connaissons qui vont l'encontre de ces belles rgles que nous-mmes avons traces et que nous prtons la nature8 ,et nous voudrions y soumettre ,dieu lui-mme6 ,combien de choses sont dites miraculeuses et contre nature1 et cela par chaque homme1 par chaque nation d'aprs son degr d'ignorance8 ,combien auxquelles nous dcouvrons des proprits mystrieuses et au-dessus de tout ce que nous supposons pouvoir tre6 car aller suivant la nature n'est autre qu'aller suivant notre intelligence1 dans la limite o elle peut comprendre et o nous y voyons clair2 ce qui dpasse1 nous le tenons pour monstrueux et contraire l'ordre normal4 ,a ce compte1 tout serait donc monstrueux pour les plus aviss et les plus habiles2 car ce sont eux auxquels la raison humaine a donn la conviction qu'elle-mme n'a ni base1 ni fondements quels qu'ils soient1 non seulement pour assurer que la neige est blanche1 alors qu',anaxagoras la disait noire1 mais pour affirmer si quelque chose existe ou si rien n'existe2 si la science est1 ou si tout est ignorance1 ce que ,metrodorus de ,chio refusait l'homme de pouvoir trancher2 si mme nous vivons1 impuissante qu'elle est nous tirer de ce doute qu'exprime ,euripide1 non sans apparence de raison3 ,la vie que nous vivons est-elle la vie1 ou est-ce ce que nous appelons la mort qui est la vie8 ,pourquoi en effet prtendons-nous tre1 quand cela ne dure qu'un instant qui n'est qu'un clair dans le cours infini d'une nuit ternelle1 interruption bien courte de notre condition naturelle et perptuelle1 la mort occupant tout ce qui prcde1 tout ce qui suit ce moment et mme une bonne partie de cet instant8--,d'autres affirment que le mouvement n'existe pas1 que tout est immobile1 comme le prtendent ceux qui sont de l'cole de ,mlissus3 s'il n'y a qu'un monde1 disent-ils1 ni le mouvement de rotation1 ni le mouvement de translation que nous lui supposons1 ne sauraient avoir d'utilit1 comme le prouve ,platon4--,d'autres pensent qu'il n'y a ni gnration1 ni corruption dans la nature4--,au dire de ,protagoras1 le doute seul y subsiste2 sur tout1 on est galement fond discuter1 mme sur cette assertion que tout est galement discutable4--,nausiphane 99 dit que les choses qui paraissent tre1 ne sont pas1 pas plus qu'elles ne sont2 que rien n'est certain que l'incertitude2--,parmnide1 qu'il semble que d'une faon gnrale1 rien n'existe1 sauf un tre unique2--,znon1 qu'un tre unique n'existe mme pas et qu'il n'y a rien4 ,si un tre unique existait1 dit-il1 il serait en un autre ou en lui-mme2 s'il tait en un autre1 ils seraient deux2 s'il tait en lui-mme1 ils seraient encore deux3 le contenant et le contenu4--,la conclusion de tous ces dogmes est que toute chose dans la nature n'est qu'une ombre ou fausse ou vaine4 ,la puissance divine ne peut tre dfinie par aucun langage humain1 dont l'imperfection est la cause de toutes les erreurs et de toutes les contestations qui se produisent4--,il m'a toujours sembl que1 de la part d'un chrtien1 dire3 ,dieu ne peut mourir2 ,dieu ne peut se ddire2 ,dieu ne peut faire ceci ou cela1 est une faon de parler absolument indiscrte et irrvrencieuse4 ,je trouve mauvais d'enclore ainsi la puissance divine par les termes que nous employons2 et ce que nous voulons rendre1 quand nous parlons ainsi1 il le faudrait exprimer plus respectueusement et plus religieusement4 ,notre langage a ses faiblesses et ses dfauts1 comme toutes choses3 la plupart des troubles de ce monde ont pour origine des subtilits de grammairiens2 nos procs ne naissent que des discussions engendres par l'interprtation des lois2 la plupart des guerres1 de notre impuissance avoir su exprimer clairement les conventions et les traits conclus par les princes entre eux4 ,combien de querelles1 et querelles importantes1 sont rsultes dans le monde entier1 du doute auquel prte le sens de cette seule syllabe ,hoc6--,prenons une tournure de phrase que la logique mme indique comme de la plus grande clart2 si vous dites3 ,il fait beau temps1 et que vous disiez la vrit1 c'est que le temps est beau4 ,c'est l une forme de langage prcise2 elle est cependant encore sujette nous induire en erreur2 si1 en effet1 poursuivant notre dmonstration1 vous dites3 ,je mens1 et que vous disiez vrai1 vous mentez4 ,dans l'une et l'autre de ces deux phrases1 la construction1 la raison1 la force de la conclusion sont les mmes1 et pourtant vous voil emptrs parce qu'elles prsentent deux dductions contraires4 ,cela met les philosophes de l'cole de ,pyrrhon dans l'impossibilit d'employer notre manire de parler pour exprimer le doute qui1 en toutes choses1 est leur rgle4 ,il leur faudrait une autre langue2 la ntre1 entirement compose de propositions affirmatives1 est tout fait oppose leur doctrine1 si bien que lorsqu'ils disent3 ,je doute1 on les prend aussitt la gorge1 pour leur faire avouer qu'au moins ils savent et assurent une chose1 c'est qu'ils doutent4 ,si bien que1 pour se dgager de cette objection1 on les a contraints1 empruntant la mdecine cette comparaison sans laquelle ils ne pourraient expliquer leur situation d'esprit1 convenir que lorsqu'ils disent3 ,j'ignore1 ou3 ,je doute1 cette assertion est lie au reste de la proposition et disparat avec elle1 absolument comme la rhubarbe qui chasse du corps les mauvaises humeurs et est emporte avec et en mme temps qu'elles4 ,cette mme ide est plus exactement rendue par cette phrase interrogative3 ,que sais-je8 qu'accompagne d'une balance1 j'ai prise comme devise4 ,c'est par suite de cette mme imperfection que nous disons qu'il y a des choses impossibles ,dieu4--,voyez combien dans les discussions actuelles sur notre religion1 on se prvaut de cette manire de parler pleine d'irrvrence que je condamne4 ,si vous pressez trop vos adversaires1 ils vous diront sans hsitation qu'il n'est pas en la puissance de ,dieu de faire que son corps soit la fois au paradis1 sur la terre et en divers lieux6 ,comme en a fait son profit cet auteur de l'antiquit qui aime tant railler3 ,aussi1 dit-il1 quelle consolation pour l'homme de voir que ,dieu ne peut pas tout2 car1 lors mme qu'il le voudrait1 il ne peut se tuer1 ce qui est le plus grand privilge que nous ayons dans notre condition2 il ne peut faire que les mortels soient immortels1 ni que les morts ne soient pas morts2 non plus que celui qui a vcu1 n'ait pas vcu2 que quiconque a reu des honneurs1 ne les ait point reus2 il n'a d'autre action sur le pass1 que l'oubli2 et1 affirmant ce rapprochement de l'homme et de ,dieu par des exemples plutt plaisants1 il ne peut faire1 ajoute-t-il1 que deux fois dix ne fassent pas vingt4 ,ainsi parle cet auteur qu'un chrtien devrait viter d'imiter1 tandis qu'au contraire il semble que1 dans son orgueil1 l'homme recherche ce langage aussi prtentieux qu'insens pour ramener ,dieu sa propre mesure3 ,que demain le ,pre des dieux couvre le ciel de nuages ou fasse resplendir le soleil dans un air pur1 il ne peut faire que ce qui a t n'ait point t ni dtruire ce que l'heure qui fuit a emport sur son aile 7,horace74 ,quand nous disons que l'infinit des sicles1 tant passs qu' venir1 ne reprsente pour ,dieu qu'un instant2 que sa bont1 sa sagesse1 sa puissance sont dans son essence mme1 c'est notre bouche qui parle1 mais notre intelligence ne comprend ce qu'elle dit4 ,notre outrecuidance ne nous a-t-elle pas ports le faire notre image1 alors que toute conception son sujet nous est impossible4--,dans notre outrecuidance1 nous voulons soumettre la divinit notre examen2 de l1 toutes ces rveries1 toutes ces erreurs rpandues dans le monde1 qui met dans sa balance et pse des choses pour lesquelles les poids dont il dispose sont si insuffisants3 ,il est tonnant de voir jusqu'o va l'arrogance du cur humain aprs le plus petit succs 7,pline74 ,avec quelle rudesse et quel mpris les ,stociens critiquent picure de ce qu'il avance que ,dieu seul est l'tre vritablement bon et heureux1 et que le ,sage n'a de ces attributs que l'ombre et l'apparence6 ,avec quelle tmrit ils soumettent ,dieu au destin6 ,puisse1 parmi ceux qui se disent chrtiens1 ne pas s'en trouver qui fassent de mme6 ,de leur ct1 ,thals1 ,platon et ,pythagore l'asservissent la ncessit4--,cette prtention de vouloir nous rendre compte de ce que c'est que ,dieu1 a conduit un de nos grands docteurs lui attribuer un corps2 ce qui est cause qu'il nous arrive de faire1 tous les jours1 remonter lui les vnements importants d'un ordre particulier4 ,quand ils sont pour nous d'une certaine gravit1 il semble qu'il doit en tre de mme pour lui1 et qu'il doit y regarder davantage et avec plus d'attention que lorsqu'ils nous touchent moins ou ne sont que de peu de consquence3 ,les dieux s'occupent des grandes choses et ngligent les petites 7,cicron74 ,poursuivez et vous verrez o vous conduit ce raisonnement3 ,les rois eux-mmes ne descendent pas dans les dtails infimes du gouvernement 7,cicron71 comme si1 ce roi1 il en cotait davantage de remuer un empire que la feuille d'un arbre2 comme si sa providence s'exerait d'une faon autre1 qu'elle rgle la conduite d'une bataille ou le saut d'une puce4 ,son mode de gouvernement se prte tout1 s'exerce sur tout de la mme manire1 avec la mme force1 le mme ordre2 notre intrt n'y est pour rien1 nos mouvements1 nos dispositions n'y font rien3 ,dieu1 si parfait ouvrier dans les grandes choses1 ne l'est pas moins dans les petites 7,s4 ,augustin74--,notre arrogance nous ramne toujours cette assimilation qui est un blasphme4 ,parce que nos occupations nous sont une charge1 ,straton en affranchit les dieux d'une faon absolue1 tout comme il en est ici-bas de leurs prtres4 ,suivant lui1 c'est la nature qui produit tout et en assure la conservation2 les divers lments dont le monde est compos1 se maintiennent en vertu de leur propre mouvement1 et l'homme n'a plus craindre de jugement divin parce qu'un tre heureux et ternel n'a point de peine et n'en fait personne 7,cicron74 ,du fait qu'il est dans l'ordre de la nature qu'entre toutes choses subsiste un rapport constant1 le nombre infini des mortels comporte un pareil nombre d'immortels1 l'infinit des choses qui tuent et ruinent en prsuppose autant qui conservent et sont de profit4 ,enfin1 il estime que les mes des dieux1 sans avoir besoin de langue1 d'yeux1 d'oreilles1 sentent chacune ce que l'une d'elles ressent et jugent nos penses ainsi qu'il arrive aux mes des humains qui1 lorsqu'elles sont libres et mancipes de toute solidarit avec le corps soit par le sommeil1 soit parce qu'elles sont tombes en extase1 devinent1 pronostiquent et voient des choses qui leur demeurent caches tant qu'elles sont lies aux corps4--,devenus fous1 dit saint ,paul1 en croyant tre sages1 nous avons transform la gloire de ,dieu qui est incorruptible1 en limage de l'homme qui n'est que corruption4 ,incapables de crer quoi que ce soit1 nous sommes arrivs faire des dieux la douzaine4--,voyez quelle charlatanerie dploye dans ces difications de l'antiquit3 ,aprs les pompes d'un grand et superbe service funbre1 au moment o le feu1 gagnant le haut de la pyramide1 atteignait le lit sur lequel tait plac le trpass1 on laissait chapper un aigle qui s'levait dans les airs1 symbolisant l'me du dfunt montant en paradis4 ,nous avons1 reprsentant cette scne1 mille mdailles1 notamment une de cette honnte femme qu'tait ,faustine1 o l'aigle est figur emportant vers le ciel ces mes difies campes califourchon sur ses ailes4 ,c'est piti de voir comme nous nous vertuons nous tromper nous-mmes par nos singeries et nos inventions3 ,ils redoutent ce qu'eux-mmes ont invent 7,lucain71 comme les enfants qui s'effraient de la figure de leur camarade qu'eux-mmes ont barbouill et noirci3 ,quoi de plus malheureux que l'homme esclave des chimres qu'il s'est faites 7,pline76--,c'est bien loin d'honorer celui qui nous a crs1 que d'honorer celui que nous avons fait4 ,auguste eut plus de temples que ,jupiter1 ils furent frquents avec autant de dvotion et aussi rputs par leurs miracles4 ,les ,thasiens1 pour reconnatre les bienfaits qu'ils avaient reus d',agsilas1 vinrent lui dire qu'ils l'avaient plac au rang des dieux3 ,puisque votre nation1 leur rpondit-il1 a le pouvoir de faire dieu qui bon lui semble1 faites-en un de l'un de vous1 pour que je voie2 puis1 quand j'aurai vu comment il s'en trouve1 je verrai si j'ai de grands remerciements vous adresser pour votre offre4--,que l'homme est donc insens6 il ne saurait crer un ciron1 et il fait des dieux la douzaine6 coutez ,trismgiste faisant l'loge de ce dont nous sommes capables3 ,parmi les choses admirables1 il en est une qui les dpasse toutes1 c'est que l'homme ait pu dcouvrir la nature divine et imaginer en quoi elle consiste4 nonc de quelques arguments mis en avant pour dterminer la nature de ,dieu4--,voici ce sujet quelques-uns des arguments ayant cours dans les coles de philosophie1 auxquelles seules il est donn de connatre les dieux et les puissances clestes1 ou de savoir qu'il est impossible de les connatre 7,lucain73 ,si ,dieu est1 c'est un tre anim2 si c'est un tre anim1 il a des sens2 s'il a des sens1 il est sujet la corruption4 ,s'il n'a pas de corps1 il n'a pas d'me1 par consquent il ne peut rien2 et s'il a un corps1 il est prissable4 ,voil bien vraiment un raisonnement premptoire1 triomphant de toute objection6--,nous sommes incapables d'avoir fait le monde1 il y a donc quelque nature suprieure la notre1 qui y a mis la main4--,ce serait une sotte arrogance que de nous estimer la crature la plus parfaite de cet univers2 il y a donc quelque chose de meilleur que nous1 ce quelque chose c'est ,dieu4--,quand vous voyez une riche et pompeuse demeure1 alors mme que vous ne savez pas qui en est le matre1 vous ne dites pas qu'elle a t faite pour des rats2 ne devons-nous pas croire de mme que cette divine construction qu'est le palais cleste1 est l'habitation de quelque matre plus grand que nous8--,celui qui est l'chelon suprieur1 n'est-il pas toujours le plus lev en dignit8 or1 nous sommes au plus bas4--,rien1 sans me ni raison1 ne saurait produire un tre capable de raison et susceptible de donner la vie2 le monde nous produit1 donc il a me et raison4--,chaque fraction de nous-mmes est moindre que nous-mmes2 nous sommes une fraction du monde1 le monde est donc dou de sagesse et de raison1 et ce1 un degr suprieur nous4--,c'est une belle chose que d'avoir un grand gouvernement2 le monde1 sous ce rapport1 tmoigne donc de l'excellence du principe qui prside ses destines4--,les astres ne nous nuisent pas1 la bont est donc au nombre de leurs qualits4--,nous avons besoin de nourriture1 les dieux sont donc dans le mme cas2 ils se nourrissent des vapeurs de l'atmosphre4--,les biens de ce monde ne sont pas des biens aux yeux de ,dieu1 il doit donc en tre de mme nos yeux4--,qui en offense un autre1 qui se trouve offens par autrui1 font un gal degr preuve d'imperfection2 c'est donc folie de redouter ,dieu4--,dieu est bon par nature1 l'homme ne l'est qu'en s'y appliquant1 ce qui constitue en lui une supriorit4--,la sagesse divine et la sagesse humaine ne se distinguent que parce que la premire est ternelle2 or une dure plus ou moins grande n'ajoute rien la sagesse1 nous allons donc de pair sur ce point4--,nous possdons la vie1 la raison1 la libert2 nous apprcions la bont1 la charit1 la justice1 ces qualits appartiennent donc ,dieu4--,en somme1 c'est l'homme qui admet ou rejette l'existence de ,dieu1 qui imagine les conditions de cette existence qu'il modle sur lui-mme2 quel patron et quel modle6 tire les qualits humaines1 donne-leur de l'lvation et de la grandeur autant qu'il te plaira1 enfle-toi1 pauvre homme1 enfle-toi encore1 encore et encore1 enfle-toi en crever1 tu n'en approcheras toujours pas 7,horace74 ,les hommes croyant penser ,dieu1 dont ils ne peuvent avoir une ide1 pensent eux-mmes2 c'est eux1 et non pas lui1 qu'ils le comparent 7,s4 ,augustin74 ,dans ce qui relve de la nature1 les effets ne dpendent qu' moiti des causes2 dans le cas prsent1 la divinit ne relve pas d'elle1 elle est trop haut place1 trop loin de nous1 trop suprieure tout ce que nous pouvons imaginer1 pour que nos conclusions l'atteignent et aient action sur elle2 ce n'est pas par nous-mmes que nous arriverons dmler une telle question1 la route qu'il nous est donn de suivre est trop en contre-bas2 du sommet du mont ,cenis au ciel il y a pour nous aussi loin que si nous tions au fond de la mer2 si vous voulez en juger1 consultez votre astrolabe4 ,on allait jusqu' admettre couramment que les dieux pouvaient entrer en rapport intime avec la femme4--,on va mme jusqu' faire entrer ,dieu en rapports charnels avec la femme2 cela s'est prsent frquemment et dans tous les temps3 ,pauline1 femme de ,saturninus1 dame romaine de haute rputation1 croyant coucher avec le dieu ,srapis1 se 99 trouva1 par la connivence des prtres du temple1 tomber dans les bras d'un de ses admirateurs pris d'amour pour elle4--,varron1 le plus spirituel et le plus savant des auteurs latins1 crit dans ses ouvrages de thologie que le desservant du temple d',hercule1 jetant les ds1 d'une main pour lui1 de l'autre pour son dieu1 joua contre celui-ci un souper et une fille galante4 ,s'il gagnait1 les offrandes des fidles devaient en faire les frais2 sinon1 c'tait ses dpens3 il perdit et paya le souper et la fille4 ,cette dernire1 qui s'appelait ,laurentine1 vit pendant la nuit le dieu dans ses bras1 et celui-ci lui dit que le premier qu'elle rencontrerait le lendemain1 l'indemniserait dans la mesure de ce qu'elle tait en droit d'attendre1 le ciel s'intressant elle4 ,celui qu'elle rencontra fut un jeune homme de grande fortune du nom de ,teruncius qui la mena chez lui et1 dans la suite1 la fit son hritire4 ,a son tour1 pensant faire une chose agrable son dieu1 elle lgua ses biens au peuple romain1 ce qui fit qu'on lui concda les honneurs divins4--,platon descendait des dieux par une double filiation1 qui toutes deux remontaient ,neptune2 cela n'a pas suffi3 ,on tenait pour certain ,athnes qu',ariston1 mari de la belle ,perictione1 voulant entrer en rapport intime avec elle1 n'y parvint pas et que1 dans un songe1 ,apollon l'avertit de la respecter et de la laisser intacte1 jusqu' ce qu'elle et accouch2 c'est ainsi que ,platon serait venu au monde4--,combien les religions anciennes prsentent-elles d'histoires semblables de pauvres humains tromps par les dieux1 et combien de maris sont reprsents victimes de pareil outrage1 pour rehausser l'enfant en lui attribuant une origine divine4--,chez les ,mahomtans1 la croyance populaire admet la naissance d'enfants sans pre1 conus en esprit1 auxquels1 par l'intervention divine1 des vierges donnent le jour2 on les dsigne sous le nom de ,merlins qui1 en leur langue1 a cette signification4 ,nous avons fait ,dieu notre image parce que nous nous imaginons tre la perfection4--,notons que chaque tre n'a rien de plus cher ni qu'il estime davantage que lui-mme3 le lion1 l'aigle1 le dauphin ne prisent rien au-dessus de leur espce1 et chacun juge des qualits qu'il constate en toutes choses d'aprs les siennes4 ,ces qualits que nous possdons1 nous pouvons les supposer plus ou moins grandes1 mais c'est tout2 et1 en dehors de cette possibilit1 tant donn que nous ne pouvons en imaginer qui ne sont point et dont nous puissions doter la divinit1 il n'y a pas sortir de l et passer outre2 d'o ces conclusions qu'ont mises les anciens3 ,de toutes les formes1 la plus belle est celle de l'homme2 ,dieu doit donc avoir cette forme4--,nul ne peut tre heureux1 s'il est vertueux2 tre vertueux1 s'il n'est dou de raison2 et la raison ne pouvant avoir son sige que dans une tte organise comme celle de l'homme1 ,dieu par suite doit galement avoir mme visage que nous3 ,c'est une habitude et un prjug de notre esprit1 qui fait que nous ne pouvons penser ,dieu1 sans nous le reprsenter sous la forme humaine 7,cicron74--,a cela ,xnophane objectait plaisamment que si les animaux se forgent des dieux1 comme il est croire qu'ils le font1 ils doivent certainement1 eux aussi1 les concevoir semblables eux1 devant s'estimer1 comme nous le faisons nous-mmes1 les chefs-d'uvre de la cration4 ,car pourquoi un oison ne dirait-il pas3 ,tout ce dont se compose l'univers est mon usage3 la terre me sert marcher1 le soleil m'clairer1 les toiles prsident ma destine2 je tire tel avantage des vents1 tel autre des eaux2 il n'est rien que la vote cleste ne considre plus favorablement que moi1 je suis le favori de la nature6 ,l'homme ne me soigne-t-il pas8 il me loge1 il est mon serviteur2 c'est pour moi qu'il sme et fait ses moutures2 s'il me mange1 ne mange-t-il pas aussi l'homme son semblable1 et moi-mme est-ce que je ne mange pas les vers qui le tuent et le mangent lui aussi8 ,une grue est en droit d'en dire autant et mme plus encore1 car elle a la libert de voler1 et par elle la possession de cette belle et haute rgion des airs1 tant la nature est une douce mdiatrice et porte les tres s'aimer eux-mmes 7,cicron74 ,de mme1 nous estimons que tout en ce monde n'existe que pour nous2 ce qui avait conduit doter chaque dieu d'attributions en rapport avec ceux de nos besoins auxquels il avait charge de satisfaire4--,de ce train1 nous en arrivons ce que le destin n'a que nous en vue1 quand il rend ses arrts2 c'est pour nous que le monde existe1 que l'clair brille1 que la foudre tonne2 le crateur1 les cratures1 tout est notre intention2 nous sommes le but1 l'objectif de l'universalit des choses4--,examinez le compte tenu par la philosophie1 depuis deux mille ans et plus1 de ce qui se passe au ciel3 les dieux n'ont agi1 n'ont parl que pour l'homme2 aucune consultation1 aucune vacation pour un autre objet n'y sont enregistres4 ,les voil en guerre contre nous3 ,les enfants de la terre firent trembler l'auguste palais du vieux ,saturne et tombrent enfin sous les coups d',hercule 7,horace74 ,les voici prenant part nos troubles1 pour nous rendre ce que si souvent nous avons fait nous-mmes leur gard quand ils taient diviss3 ,neptune1 de son trident redoutable1 branle les murs de ,troie et renverse de fond en comble cette cit superbe2 de son ct1 l'impitoyable ,junon se tient aux portes ,sces 7,virgile74--,les ,cauniens1 jaloux de maintenir la suprmatie de leurs dieux1 prennent les armes le jour qui leur est consacr et vont1 courant dans toute la banlieue1 frappant l'air de ci1 de l1 coups redoubls avec leurs glaives1 pourchassant ainsi outrance et jetant hors de leur territoire les dieux trangers4--,la puissance des dieux est rpartie suivant nos besoins3 il en est qui gurissent les chevaux1 d'autres les hommes2 qui de la peste1 qui de la teigne1 qui de la toux1 qui d'une sorte de gale1 qui d'une affection autre1 tant la superstition introduit les dieux1 mme dans les plus petites choses 7,tite-,live76 ,celui-ci fait pousser les raisins1 celui-l les aulx4 ,l'un est prpos la dbauche1 cet autre au commerce4 ,chaque corps de mtier a son dieu2 chaque divinit a sa province o elle est plus particulirement en crdit1 l'une l',orient1 l'autre l',occident3 ,l sont les armes de ,junon1 l son char 7,virgile7444 ,o saint ,apollon1 toi qui habites le centre du monde 7,tite-,live76444 ,la ville de ,ccrops honore ,pallas2 l'le de ,crte1 ,diane2 ,lemnos1 ,vulcain2 dans le ,ploponse1 ,sparte et ,mycnes adorent ,junon2 ,pan est le dieu du ,mnale et ,mars est vnr dans le ,latium 7,ovide74 ,il en est qui n'ont d'action que sur un bourg1 sur une famille2 qui logent seuls1 tandis que d'autres sont en compagnie1 soit parce qu'ils le veulent bien1 soit parce qu'ils s'y trouvent obligs3 ,le temple du petit-fils est runi celui de son divin aeul 7,ovide74 ,il en est de si chtifs et de si infimes 7car leur nombre s'en lve jusqu' trente-six mille71 qu'il faut les mettre cinq ou six pour qu'ils arrivent produire un pi de bl1 et chacun prend le nom de sa fonction dans cette uvre commune2 ils sont trois pour une porte1 chargs respectivement des vantaux1 des gonds1 du seuil2 pour un enfant1 ils sont quatre et veillent son emmaillotement1 ce qu'il boit1 ce qu'il mange1 au sein de sa nourrice4 ,il en est qui sont authentiques2 d'autres qui ne le sont pas et sur lesquels plane le doute2 certains ne sont pas encore admis en paradis3 ,puisque nous ne les jugeons pas encore dignes de l'honneur du ciel1 permettons-leur d'habiter les terres que nous leur avons accordes 7,ovide74--,nous en trouvons qui sont physiciens1 potes1 d'autres qui n'ont pas d'attributions2 certains tiennent de la nature divine et de la nature humaine2 ils intercdent pour nous1 sont nos mdiateurs auprs de la divinit2 le culte de nombre d'entre eux tait restreint et d'ordre secondaire2 d'autres avaient l'infini des titres et des charges2 les uns taient bons1 les autres mauvais3 il y en avait de vieux et casss1 de mortels2 ,chrysippe estimait qu'au dernier cataclysme devant produire la fin du monde1 tous1 sauf ,jupiter1 cesseraient d'tre4 ,enfin1 l'homme forge mille rapports1 souvent plaisants1 entre ,dieu et lui2 ne vont-ils pas jusqu' tre compatriotes3 ,l'le de ,crte1 berceau de ,jupiter 7,ovide74 ,l'esprit qui veut pntrer les mystres de la nature1 s'y perd2 combien d'ides diverses n'a pas donn lieu la matire dont est form le soleil6--,le grand pontife ,scvola et ,varron1 le grand thologien de son poque1 nous donnent cela l'excuse suivante3 ,il est ncessaire que beaucoup de vrits soient ignores du peuple1 et qu'il croie beaucoup d'assertions qui ne sont pas2 comme il ne cherche la vrit que pour s'affranchir1 soyons certains qu'il est de son intrt d'tre tromp 7,s4 ,augustin74 ,l'il de l'homme ne peut se rendre compte des choses que sous les formes dont il a notion4 ,vous souvient-il du saut que fit ce malheureux ,phaton pour avoir voulu1 lui1 simple mortel1 prendre en main les rnes des chevaux de son pre8 notre esprit s'meut1 s'gare et s'expose une chute semblable1 quand sa tmrit lui fait affronter pareilles impossibilits4 ,demandez la philosophie de quoi est compos le soleil2 que vous rpond-elle1 sinon qu'il est compos de fer1 de pierre ou de telle autre matire dont nous faisons usage4--,demandez ,znon ce que c'est que la nature3 ,c'est1 vous dira-t-il1 un feu qui est une sorte d'artisan ayant la facult d'engendrer et procdant d'aprs des rgles invariables4--,archimde1 ce matre en cette science qui se dcerne la prsance sur toutes les autres comme ne connaissant que du vrai et du certain1 vous dit3 ,le soleil est un dieu de fer en ignition4 ,voil vraiment une belle dfinition1 rsultat de ces soi-disant irrfutables conclusions auxquelles aboutissent les dmonstrations de la gomtrie1 science dont la ncessit et l'utilit ne sont cependant pas tellement incontestables1 que ,socrate n'ait estim qu'il suffisait d'en savoir assez pour arpenter la terre que l'on acquiert ou dont on se dfait2 et que ,polynus1 qui en avait t un des matres les plus fameux et les plus illustres1 ne l'ait prise en mpris1 comme pleine d'erreurs et de vanit apparente1 aprs avoir got les doux fruits des jardins d'picure1 si chers aux timides4--,a ce propos1 ,socrate1 dans ,xnophon1 parlant d',anaxagore que l'antiquit considrait comme plus entendu que personne autre aux choses clestes et divines1 dit que son cerveau s'altra1 ainsi que cela arrive chez tous ceux qui scrutent avec excs les questions qui excdent leur comptence4 ,faisant du soleil une pierre ardente1 il ne rflchissait pas qu'une pierre ne devient pas lumineuse sous l'action du feu1 et1 qui plus est1 qu'elle se consume4 ,considrant le soleil et le feu comme ne faisant qu'un1 il oubliait que le feu ne noircit pas les tres qui s'y trouvent exposs1 qu'il nous est possible de le regarder fixement et qu'il tue les plantes et les herbes4 ,de l'avis de ,socrate et aussi du mien1 le jugement le plus sage qu'on puisse porter sur le ciel1 c'est de n'en point juger4 ,platon1 parlant des dmons dans ,time1 dit3 ,c'est une entreprise qui surpasse ce dont nous sommes capables1 que de traiter ce sujet2 il faut cet gard nous en rapporter aux anciens qui se prtendent descendre des dieux2 il n'est pas raisonnable de nous refuser croire ce qu'ils nous en disent1 eux qui sont leurs fils1 lors mme qu'ils ne mettent l'appui de leur dire aucune raison premptoire ou vraisemblable1 puisqu'ils nous affirment que ce qu'ils nous rapportent sont des traditions de famille qui leur sont bien connues4 ,n'a-t-on pas imagin que le mouvement des corps clestes fonctionne l'aide des mmes procds que les machines de notre invention6--,voyons si nous en savons davantage sur les choses du domaine de la nature dont nous nous occupons4 ,pour celles auxquelles1 de notre propre aveu1 notre science ne peut atteindre1 n'est-il pas ridicule de leur forger de toutes pices un corps1 et de leur prter des formes autres que les leurs1 qui soient entirement de notre invention1 comme il arrive propos du mouvement des plantes8 ,notre esprit ne pouvant arriver dterminer ni concevoir comment ce mouvement s'effectue1 nous imaginons des ressorts matriels1 lourds1 de modles dtermins3 ,le timon tait d'or1 les jantes des roues de mme mtal et leurs rayons d'argent 7,ovide74 ,on dirait que nous avons eu des cochers1 des charpentiers1 des peintres qui sont alls l-haut dresser les engins ncessaires pour ces mouvements1 agencer les rouages et l'enchevtrement des corps clestes aux couleurs varies1 suivant ce que1 d'aprs ,platon1 commandaient les ncessits du but atteindre3 ,le monde est un difice immense1 entour de cinq zones1 travers obliquement par une bordure enrichie de douze signes rayonnants d'toiles1 o ont accs le char de la ,lune et ses deux coursiers 7,varron72 ce ne sont l que songes et fantastiques folies4 ,que ne plat-il la nature de nous entr'ouvrir un jour son sein1 pour nous laisser voir dcouvert ce qui produit et rgle ses mouvements1 et nous ouvrir les yeux4 ,dieu6 que d'abus1 que de mcomptes venant de notre pauvre science1 nous constaterions6 ,je serais bien tromp1 si nous trouvions une seule de ces assertions qui soit juste1 et si nous n'en acqurions la conviction que ce dont nous sommes le plus ignorants1 c'est de notre ignorance4 ,en somme1 la philosophie nous prsente toutes choses sous forme d'nigme comme font les potes4--,n'ai-je pas lu dans ,platon ce mot divin1 que la nature n'est rien qu'une posie nigmatique1 comme1 dirait-on1 une peinture voile et tnbreuse1 claire de ci1 de l1 par de faux jours en nombre infini1 sur lesquels s'exercent nos suppositions3 ,toutes ces choses sont enveloppes des plus paisses tnbres1 et il n'y a pas d'esprit assez perant pour pntrer le ciel ou les profondeurs de la terre 7,cicron74--,cela est vrai1 la philosophie n'est qu'une posie sophistique4 ,d'o ceux qui dans l'antiquit s'y sont adonns1 tirent-ils leur autorit1 si ce n'est des potes8 ,les premiers d'entre eux l'taient et ont philosoph comme ils versifiaient4 ,platon est pote ses heures2 99 ,timon l'appelle1 par ironie1 grand inventeur de miracles4 ,toutes les sciences traitant de questions dpassant l'intelligence de l'homme s'affublent des licences de la posie4 ,les femmes emploient des dents en ivoire1 quand les leurs viennent leur faire dfaut2 elles modifient leur teint naturel avec des ingrdients trangers2 elles se font de faux mollets avec du drap et du feutre1 se donnent de l'embonpoint avec du coton2 au su et au vu de tout le monde1 elles s'embellissent d'une beaut qu'elles n'ont pas et qu'elles empruntent2 ainsi en agit la science 7on dit mme que celle du droit admet des fictions qui sont la base de ce que la justice tient pour tre la vrit72 elle nous offre en paiement1 nous demandant de les supposer vritables1 des choses qu'elle-mme nous dclare tre de son invention4 ,ces picycles1 ces cercles excentriques1 concentriques1 dont l'astronomie s'aide pour expliquer le mouvement des toiles1 elle ne nous les donne en effet que comme ce qu'elle a pu trouver de mieux cet gard1 ainsi du reste que fait galement la philosophie1 qui nous prsente non ce qui est ou ce qu'elle croit tre1 mais ce qu'elle a imagin comme la solution la plus lgante et la plus conforme aux apparences4 ,platon traitant de l'tat de notre corps et de celui des animaux1 s'exprime ainsi3 ,nous affirmerions que ce que nous avons dit est exact1 si un oracle nous en avait donn la confirmation2 nous nous bornons assurer que c'est ce que nous avons trouv de plus vraisemblable avancer4 ,sur lui-mme1 l'homme n'a galement que des ides confuses4--,ce n'est pas seulement le ciel que la philosophie fournit de cordages1 d'engins et de roues2 considrons ce qu'elle dit de nous-mmes et de notre contexture2 il n'y a pas dans le systme plantaire et les autres corps clestes plus de rtrogradations1 de trpidations1 d'ascensions1 de reculements et de ravissements que les philosophes n'en ont imagin dans ce pauvre petit corps humain4 ,en cela il mrite bien le nom de petit ,monde qu'ils lui ont donn1 tant ils emploient1 pour le maonner et le btir1 de pices aux formes les plus varies4 ,pour expliquer les mouvements qu'ils relvent chez l'homme1 les diverses fonctions et facults qui sont en nous1 en combien de fragments n'ont-ils pas fractionn l'me8 en combien de cases ne l'ont-ils pas rpartie8 combien de divisions et de subdivisions n'tablissent-ils pas en ce pauvre tre1 en dehors de celles que la nature a faites et qui nous sautent aux yeux8 de combien d'emplois et d'occupations ne le chargent-ils pas8 ,ils en font une sorte de rpublique imaginaire2 c'est un sujet qu'ils dtiennent et dont ils ont le maniement exclusif2 on leur a laiss toute latitude de le dmonter1 de le classifier1 de le remonter1 de le prsenter sous tel jour qui leur convient2 chacun a t laiss libre d'en user sa fantaisie1 et cependant ils ne sont pas encore fixs4 ,ils n'arrivent pas tablir sur ce point1 non des rgles positives1 mais mme de simples hypothses1 qu'il ne se rencontre quelque disposition mal prise1 quelque son qui sonne faux et qui chappe1 si norme que soit la machine qu'ils ont construite et en dpit des mille rapiages mal appropris et fantastiques dont elle a t l'objet4--,et cela il n'est pas d'excuse2 quand les peintres peignent le ciel1 la terre1 les mers1 les montagnes1 les les lointaines1 nous tolrons qu'ils ne nous en donnent que de vagues bauches2 c'est admissible pour des choses que nous ne connaissons pas et nous nous contentons dans ce cas d'esquisses plus ou moins fantaisistes2 mais s'ils peignent d'aprs nature1 ou que le sujet qu'ils ont entrepris nous soit connu et familier1 alors nous exigeons d'eux une exacte et parfaite reproduction des lignes et des couleurs2 et s'il n'en est pas ainsi1 nous ne faisons pas cas de leur uvre4 ,j'approuve cette servante de ,milet qui1 voyant le philosophe ,thals continuellement occup contempler la vote cleste et tenir toujours ses regards en l'air1 mit quelque chose sur son chemin pour le faire trbucher1 l'avertissant par l qu'avant de s'amuser penser ce qui pouvait se passer dans les nues1 il devait se proccuper d'abord de ce qui se passait ses pieds4 ,c'est avec raison qu'elle lui conseillait de s'examiner1 lui1 plutt que le ciel1 car ainsi que ,cicron le fait dire ,dmocrite3 ,nous nous mettons scruter les cieux1 alors que nous ne voyons pas ce qui est nos pieds4 ,nous sommes ainsi faits1 que la connaissance de ce qui est sous notre main1 est aussi loin de nous se perdant dans les nues1 que celle des astres4 ,ce mme reproche que cette femme adressait ,thals de ne rien voir de ce qui tait devant lui1 ,socrate1 au dire de ,platon1 l'adressait quiconque se mlait de philosophie1 car tout philosophe ignore ce que fait son voisin1 et mme ce que lui-mme fait1 ne sachant mme pas ce qu'ils sont tous deux1 s'ils sont btes ou hommes4 ,les gens qui actuellement trouvent trop faibles les raisons de ,sebond1 ceux qui n'ignorent rien1 qui gouvernent le monde1 qui savent tout3 ,ce qui matrise la mer1 ce qui rgle les saisons2 si les astres ont un mouvement propre ou obissent une loi trangre2 pourquoi le disque de la lune crot et dcrot rgulirement2 enfin comment l'harmonie de l'univers rsulte de la discorde de ses lments 7,horace71 ont-ils quelquefois1 dans leurs livres1 prt attention aux difficults que prsente la connaissance de notre tre8 ,nous voyons bien que nos doigts se meuvent1 que nos pieds se dplacent1 que certaines parties de notre corps s'branlent d'elles-mmes sans que nous y mettions du ntre1 tandis que d'autres n'entrent en mouvement que sur notre volont2 que certaines motions nous font rougir1 d'autres plir2 que les ides qui surgissent en nous agissent1 les unes sur la rate seulement1 d'autres sur le cerveau2 il y en a qui nous font rire1 d'autres nous font pleurer2 d'autres nous frappent dans tous nos sens de peur et d'tonnement et nous immobilisent2 si notre pense vient s'arrter sur tel objet1 notre estomac se soulve2 sur tel autre1 certaine partie qui se trouve plus en bas de nous-mmes en est surexcite2 mais jamais personne n'a su comment ces impressions de l'esprit peuvent arriver produire une pareille intensit d'action sur un corps qui prsente une masse solide1 ni quelle est la nature des rapports qui font fonctionner l'unisson ces admirables ressorts3 ,toutes ces choses sont impntrables la raison humaine et restent caches dans la majest de la nature1 crit ,pline2 saint ,augustin dit de son ct3 ,le lien par lequel l'esprit adhre au corps444 est admirable et ne saurait tre compris de l'homme2 cette union1 c'est l'homme mme2 et1 bien que ne se l'expliquant pas1 personne ne le met en doute1 parce que les opinions des hommes sur ce point rsultent de ce que croyaient les anciens1 croyances qui font autorit1 auxquelles on ajoute foi1 comme si elles faisaient partie intgrante de la religion et des lois4 ,ce qui peut s'en dire d'ordinaire1 on n'y prte pas plus attention que si on parlait patois2 c'est une vrit accepte telle que1 avec tout ce qui s'y rattache1 tous les arguments1 toutes les preuves l'appui1 tel un bloc ferme et solide qu'on n'branle plus1 qu'on ne discute plus4 ,bien au contraire1 chacun1 qui mieux mieux1 va repltrant et consolidant cette croyance reue de tout ce que peut sa raison1 laquelle est un outil souple1 se pliant et s'accommodant tout ce qu'on lui demande1 et c'est ainsi que le monde se remplit de niaiseries et de mensonges dans lesquels il se complat4 ,ce qui fait qu'on ne rvoque pas ces thories en doute1 c'est qu'on les accepte toujours sans examen sous l'autorit du nom de celui qui les a mises4--,ce qui fait qu'on ne rvoque que peu de choses en doute1 c'est qu'on ne soumet jamais l'preuve les impressions communment rpandues2 on n'en sonde pas le pied qui est le point faible par o elles pchent1 on ne discute que sur les rameaux qu'il produit4 ,on ne demande pas si telle chose est vraie1 mais si c'est bien de cette manire ou de telle autre qu'elle a t entendue2 on ne s'enquiert pas si ce que ,galien a avanc est juste1 mais si c'est ainsi ou autrement qu'il l'a dit4--,il tait vraiment bien naturel que cette contrainte1 qui bride la libert de nos jugements et tyrannise nos croyances1 s'tendt aux coles et aux arts4 ,aristote est le dieu de la science scolastique2 c'est un sacrilge de discuter ses ordonnances1 tout comme c'en tait un1 ,sparte1 de discuter celles de ,lycurgue2 nous tenons sa doctrine pour loi fondamentale1 et peut-tre est-elle aussi fausse qu'une autre4 ,je ne sais pourquoi je n'accepterai pas soit les ides de ,platon1 soit les atomes d'picure1 le plein et le vide de ,leucippe et de ,dmocrite1 l'eau de ,thals1 la nature avec son infinit de formes d',anaximandre1 l'air de ,diogne1 les nombres et la symtrie de ,pythagore1 l'infini de ,parmnide2 l'unit de ,muse1 l'eau et le feu d',apollodore1 les parties similaires d',anaxagore1 la rpulsion et l'affinit d',empdocle1 le feu d',hraclite1 ou toute autre opinion d'entre cette infinit d'avis et de sentences qu'a mise notre belle raison humaine qui fait preuve de tant de certitude et de clairvoyance en tout ce dont elle se mle1 aussi bien que j'admets l'opinion d',aristote sur les principes qui1 d'aprs lui1 sont l'origine de tout dans la nature2 principes qui reposent sur trois lments essentiels3 la matire1 la forme et le manque4 ,qu'y a-t-il de plus dpourvu de sens que de prtendre que toutes choses drivent du nant8 qu'est-ce que le manque1 sinon un lment ngatif1 et quelle ide d'en avoir fait la cause et l'origine de ce qui est8 ,c'est l cependant une assertion qu'on n'oserait combattre1 si ce n'est comme exercice de logique2 si on discute1 ce n'est pas pour claircir le doute que l'on peut concevoir1 mais pour dfendre le chef de l'cole contre les contradicteurs trangers2 en maintenir l'autorit est le but poursuivre1 il n'est pas permis de pousser ses investigations au del4 ,il est bien ais de btir sa guise sur des fondations dresses cet effet2 par cela mme que le commencement a eu lieu suivant telle loi1 telle ordonnance1 le reste s'ensuit et l'difice s'lve sans difficult1 comme de lui-mme4 ,par ce procd notre raison marche d'un pas assur et nous discourons sans plus ample inform2 ds avant la discussion1 nos matres ont prpar le terrain et gagn dans notre esprit autant qu'il leur en faut pour pouvoir conclure comme ils l'entendent1 la faon de ceux qui1 enseignant la gomtrie1 rsolvent des propositions admises l'avance4 ,avec le consentement et l'approbation que nous leur prtons1 ils sont libres de nous entraner droite1 gauche et de nous faire pirouetter leur volont4--,quiconque est cru dans les hypothses qu'il met est notre matre1 notre ,dieu2 il a une base si ample1 si commode qu'il peut avec un pareil point d'appui s'lever jusqu'aux nues1 si cela lui convient4 ,dans la pratique et la transmission de la science1 nous avons accept pour argent comptant ce mot de ,pythagore3 ,tout expert doit tre cru en ce qui touche son art2 ce qui fait que le dialecticien s'en rapporte au grammairien pour la signification des mots1 que le rhtoricien emprunte au dialecticien ses arguments et l'art de les placer propos2 le pote1 le rythme du musicien2 celui qui s'adonne la gomtrie s'appuie sur les calculs de l'arithmticien2 les mtaphysiciens prennent pour base les conjectures de la physique1 car chaque science a ses principes reposant sur ses hypothses1 ce qui1 de toutes parts1 lie le jugement de l'homme4 ,si vous essayez de renverser cette barrire qui constitue une erreur capitale1 on vous objecte aussitt cet aphorisme que ces savants ont continuellement la bouche3 ,on ne discute pas avec ceux qui nient les principes4 ,or1 il ne saurait y avoir de principes chez les hommes qu'autant que la ,divinit les leur a rvls2 en dehors de cette rvlation1 le commencement de toutes choses1 le milieu1 la fin1 ne sont que songe et fume4--,a ceux qui1 pour combattre1 s'appuient sur des hypothses1 il faut opposer comme axiome les thses contraires celles sur lesquelles porte le dbat2 toutes celles que l'homme peut imaginer1 se peuvent mettre2 elles ont autant d'autorit les unes que les autres1 si la raison n'en fait pas la diffrence4 ,il faut donc les examiner et les comparer2 et en premier lieu1 celles que l'on pose en rgles gnrales et qui psent le plus lourdement sur nous4 ,vouloir en arriver une certitude absolue est1 en quelque sorte1 un tmoignage de folie et d'extrme incertitude2 il n'y a pas gens plus fous ni moins philosophes que les ,philodoxes de ,platon3 ,que le feu soit chaud1 que la neige soit blanche1 qu'il n'y ait rien qui soit dur ou qui soit mou1 nous n'y contredisons pas1 disent-ils1 mais encore faut-il qu'on nous le prouve4 ,voulons-nous pour nous dcider recourir l'exprience1 les sens nous trompent1 et la raison1 sujette elle-mme l'erreur1 ne peut davantage nous guider4--,a un tel langage1 on conte que les anciens rpondaient3 qui mettait la chaleur en doute1 de se jeter dans le feu2 qui niait que la glace ft froide1 de s'en appliquer sur la poitrine2 ces rponses n'taient pas dignes de gens qui se disaient philosophes4 ,s'ils nous avaient laisss en notre tat naturel1 acceptant en toutes choses les apparences telles que nos sens les peroivent1 n'ayant d'autres apptits que ceux peu compliqus1 dtermins uniquement par les conditions de notre existence1 ils auraient t fonds parler ainsi1 mais ce sont eux qui nous ont appris nous riger en juges du monde et qui nous ont mis en tte cette singulire prtention1 que la raison humaine a droit de contrle sur tout ce qui est aussi bien sous la vote cleste qu'en dehors1 qu'elle embrasse tout1 peut tout1 que par elle tout se sait et se connat4 ,semblables rponses pourraient tre bonnes chez les ,cannibales1 qui ont le bonheur de jouir d'une vie longue1 tranquille et paisible sans faire application des prceptes d',aristote1 ni mme connatre de nom la physique2 et elles seraient plus concluantes que toutes autres que les adeptes de la philosophie peuvent imaginer et que leur suggre leur raison2 elles sont la porte de tous les animaux1 autant qu' la ntre1 comme tout ce qui dcoule purement et simplement de la loi de nature2 mais eux se les sont interdites4 ,pour tre consquents avec eux-mmes1 ils ne peuvent me dire3 ,telle chose est vraie1 parce que vous la voyez et la sentez ainsi2 il faut qu'ils me dmontrent que ce que je crois sentir1 je le sens effectivement2 et1 si je le sens effectivement1 pourquoi je le sens1 comment1 etc4442 qu'ils me disent le nom1 l'origine1 les tenants et les aboutissants de la chaleur1 du froid2 ce qui fait que ceci a action sur cela et inversement2 faute de quoi1 ce ne sont pas des philosophes1 les philosophes n'admettant rien1 n'approuvant rien que du fait de la raison1 qui est la pierre de touche1 la vrit pleine de faussets1 d'erreurs1 de faiblesse et de dfaillance1 laquelle ils soumettent tout ce qu'ils essaient4 ,par quoi pouvons-nous mieux prouver la raison que par elle-mme8 ,si nous ne pouvons l'en croire quand elle parle d'elle1 elle n'est gure propre apprcier ce qui n'est pas elle4 ,si elle est capable de connatre quelque chose1 ce doit tre au moins ce qu'elle est et o elle loge1 puisqu'elle est en notre me1 dont elle fait partie ou dont elle est un effet4 ,il n'est pas question ici de la raison par excellence1 la seule vraie1 dont nous appliquons le nom si mal propos3 celle-ci rside dans le sein de ,dieu1 c'est l son gte et sa retraite2 c'est de l qu'elle mane1 quand il plat ,dieu de nous en envoyer quelque rayon1 telle ,pallas sortant du cerveau de ,jupiter1 quand elle se communiqua au monde4 ,que nous apprend-elle par exemple de l'me8 ,a chaque philosophe1 elle inspire une solution diffrente2 cette divergence et les extravagants systmes de quelques-uns dmontrent bien la vanit des recherches philosophiques4--,voyons donc ce que la raison humaine nous apprend sur elle-mme et sur l'me2 non sur l'me en gnral1 dont presque tous les philosophes dotent les corps clestes et ceux d'o drivent les autres2 ni sur celle que ,thals attribue mme aux choses qu'on tient comme inanimes et auxquelles il a t amen en attribuer une1 en considrant ce qui se produit dans l'aimant2 mais sur celle qui est en nous et que nous devons mieux connatre3 ,on ne connat pas la nature de l'me3 nat-elle avec le corps1 ou au contraire y est-elle introduite au moment de la naissance8 prit-elle avec lui1 va-t-elle visiter les sombres abmes1 ou passe-t-elle1 par l'ordre des dieux1 dans le corps des animaux 7,lucrce78 ,a ,crats et ,dicarque1 la raison avait appris que l'me n'existe absolument pas1 et que le corps s'anime par le seul fait de l'action de la nature2 ,platon1 que c'est une substance qui porte en elle-mme sa propre mise en mouvement2 ,thals1 qu'elle est une nature sans cesse en travail2 ,asclpiade1 le rsultat du fonctionnement de nos sens2 ,hsiode et ,anaximandre1 un compos de terre et d'eau2 ,parmnide1 de terre et de feu2 ,empdocle1 de sang3 ,il vomit son me de sang 7,virgile72 ,posidonius1 ,clanthe et ,galien1 un foyer ou une sorte de flamme3 ,les mes ont la vigueur du feu et une origine cleste 7,virgile72 ,hippocrate1 un esprit rpandu dans le corps2 ,varron1 de l'air pntrant par la bouche1 s'chauffant dans les poumons1 se purifiant dans le cur et se rpandant par tout le corps2 ,znon1 la quintessence des quatre lments2 ,hraclide du ,pont1 de la lumire2 ,xnocrate et aux gyptiens1 un coefficient variable2 aux ,chaldens1 une proprit sans forme dtermine3 ,une certaine habitude vitale du corps1 que les ,grecs appellent ,harmonie 7,lucrce74 ,n'oublions pas ,aristote d'aprs lequel l'me est ce qui fait naturellement mouvoir le corps1 il la nomme ,entelechie 7,perfection71 sans plus s'tendre sur sa provenance que sur celle de tout autre de nos organes1 ne parlant ni de son essence1 ni de son origine1 ni de sa nature1 mais simplement de ses effets4 ,lactance1 ,snque et les principaux philosophes dogmatistes confessent que c'est chose qu'ils ne comprennent pas4 ,et maintenant1 aprs cette numration d'opinions3 ,quelle est la vraie8 ,un dieu seul peut le savoir1 dit ,cicron4 ,je reconnais par moi-mme1 a dit saint ,bernard1 combien ,dieu chappe mon entendement1 puisque dj je ne puis comprendre les parties dont se compose mon tre propre4 ,hraclite1 qui admettait que les tres sont tout mes et dmons1 dclarait pourtant ne pouvoir aller suffisamment loin dans la connaissance de l'me1 au point de parvenir la comprendre1 tellement son essence est impntrable4 ,o loge-t-elle8 ,cela ne donne pas lieu de moindres dsaccords1 ni moins de discussions3 ,hippocrate et ,hirophile la placent dans le cervelet2 ,dmocrite et ,aristote1 par tout le corps1 comme lorsqu'on dit que la sant appartient au corps1 sans que pour cela elle fasse partie de l'homme en sant 7,lucrce72 picure dans l'estomac3 car c'est l qu'on se sent palpiter de crainte et de terreur1 l qu'on prouve les douces motions de la joie 7,lucrce72 les ,stociens1 autour du cur et l'intrieur2 ,erasistrate1 joignant l'enveloppe du crne2 ,empdocle1 dans le sang1 comme ,mose1 ce qui a port ce dernier dfendre de manger celui des animaux1 parce qu'il contient leur me4 ,galien pense que chaque partie du corps a son me2 ,straton la loge entre les deux sourcils4 ,quelle figure a l'me et o loge-t-elle8 voil ce qu'il ne faut pas chercher connatre1 a dit ,cicron2 je reproduis les termes mmes qu'il emploie1 ne voulant pas altrer le langage de l'loquence2 d'autant qu'il y a peu gagner le frustrer des ides de sa propre invention1 parce qu'elles sont peu nombreuses1 ont peu d'originalit et sont gnralement connues4--,la raison que donne ,chrysippe et les autres philosophes de son cole1 pour placer l'me autour du cur1 mrite de ne pas tre laisse dans l'oubli3 c'est parce que1 dit-il1 quand nous voulons affirmer quelque chose1 nous mettons la main sur l'estomac2 et que1 lorsque nous prononons le mot ego1 qui en grec signifie moi1 nous abaissons la mchoire infrieure vers l'estomac4 ,cette explication marque peu de srieux chez un aussi grand personnage2 les autres considrations qu'il met sont par elles-mmes de peu de valeur1 mais cette dernire ne saurait quand mme constituer que pour les ,grecs une preuve que l'me est en cette place2 on voit par l qu'il n'est jugement humain1 si appliqu qu'il soit1 qui parfois ne sommeille4--,pourquoi craindrions-nous de le dire8 ,voil les ,stociens qui sont les pres de la prudence humaine2 n'ont-ils pas trouv que l'me1 chez l'homme qui se dbat aux approches de sa fin prochaine1 peine et fatigue longtemps pour en sortir1 ne pouvant1 comme une souris prise dans une souricire1 arriver se dgager de ses entraves4 ,il en est parmi eux qui pensent que le monde a t fait pour1 par punition1 pourvoir de corps les esprits dchus par leur faute de la puret qu'ils avaient reue lorsqu'ils ont t crs1 la premire cration ayant t exclusivement incorporelle2 et que1 suivant qu'ils se sont plus ou moins loigns de leur spiritualit1 ils ont t incorpors dans des conditions qui leur sont plus ou moins pnibles ou faciles2 d'o tant de varits parmi les matires cres4 ,a ce compte1 l'esprit qui1 pour son chtiment1 a t investi du corps du soleil1 devait avoir une dose d'altration bien rare et bien particulire4 ,les consquences rsultant finalement de notre enqute1 ont quelque chose d'inattendu4 ,il nous arrive ce qui1 au dire de ,plutarque1 se produit quand on remonte aux origines de l'histoire3 on trouve que les cartes donnent les terres connues1 comme confinant des marais1 de profondes forts1 des dserts1 des lieux inhabitables2 de mme ceux qui s'occupent de ces hautes questions et veulent y voir plus avant1 victimes de leur curiosit et de leur prsomption1 sont exposs aux plus grossires et aux plus puriles rvasseries4 ,la fin et le commencement de cette science tiennent galement de la btise3 voyez ,platon s'levant et prenant son essor dans ses nbuleuses conceptions potiques2 voyez quel jargon il fait parler aux dieux2 quoi songeait-il donc quand il dfinissait l'homme un animal deux pieds1 sans plume1 fournissant par l une bien plaisante occasion de se moquer de lui ceux qui y taient disposs et qui1 ayant plum un chapon vivant1 le promenaient en disant que c'tait l l'homme de ,platon8 ,et les picuriens6 ,quelle simplicit de leur part d'aller1 au dbut1 imaginer que le monde provenait de leurs atomes1 qu'ils prsentaient comme des corps pondrables et soumis un mouvement de haut en bas par le seul effet de leur nature2 cette hypothse fit que leurs adversaires leur objectrent que1 dans de telles conditions1 les dits atomes ne pouvaient se joindre et se grouper entre eux1 leur chute s'effectuant suivant des lignes droites et verticales qui se trouvaient tre constamment parallles4 ,cette objection les contraignit ajouter leur description la possibilit1 pour ces atomes1 d'un mouvement oblique1 tout fortuit1 et les doter de queues courbes et crochues1 leur permettant de s'accrocher et de demeurer attachs les uns aux autres2 ce qui n'empcha pas leurs contradicteurs de les embarrasser encore1 en leur demandant comment1 si les atomes ont1 par le fait du hasard1 produit tant de choses de formes diverses1 il ne s'est jamais rencontr qu'ils aient fait une maison ou un soulier8 et1 aussi pourquoi ne pas admettre qu'il a pu se faire que des lettres grecques1 rpandues ple-mle1 en nombre infini1 en un point dtermin1 soient arrives former la contexture de l',iliade8 ,ce qui est capable de raison1 dit ,znon1 est meilleur que ce qui n'en est pas capable2 or1 il n'est rien de meilleur que le monde1 le monde est donc capable de raison4 ,cotta1 en employant cette mme argumentation1 fait le monde mathmaticien2 il le fait aussi musicien et joueur d'orgues1 en lui faisant application de cet autre raisonnement1 galement de ,znon3 ,le tout est plus que la partie2 nous sommes capables de sagesse1 nous sommes partie du monde1 donc le monde est sage4 ,on trouve dans les reproches que s'adressent les uns aux autres les philosophes discutant sur ce qui diffrencie leurs opinions et leurs sectes1 des exemples en nombre infini de raisonnements semblables1 non seulement faux1 mais ineptes1 qui ne peuvent se dfendre et accusent chez leurs auteurs moins d'ignorance que d'imprudence4 ,celui qui1 avec comptence1 se mettrait compulser toutes ces neries manant de la sagesse humaine1 ferait merveille2 moi-mme1 en en prsentant quelques-unes1 par certains de leurs cts1 titre de spcimen1 fais uvre aussi utile que d'en disserter plus posment4 ,nous pouvons juger par l en quelle estime nous devons tenir l'homme1 son bon sens et sa raison1 puisque mme chez ces grands personnages qui ont port si haut l'intelligence humaine1 se trouvent des dfauts si apparents et si grossiers4 ,tout cela porte croire que ce n'est pas srieusement que tous ces philosophes ont dbit leurs rveries4--,pour moi1 je prfre croire que ces philosophes ne se sont occups de science que par occasion1 comme d'un jouet se prtant tout2 et que1 pour se divertir1 ils ont us de la raison comme d'un instrument vain et frivole1 mettant en avant toutes sortes d'ides plus ou moins bizarres1 mises sous une forme tantt srieuse1 tantt badine4 ,ce mme ,platon1 qui dfinit l'homme comme on ferait d'une poule1 dit1 aprs ,socrate1 dans un autre endroit de ses uvres1 qu' la vrit1 il ne sait ce que c'est que l'homme2 qu'il est une des pices du monde des plus difficiles connatre4 ,ces opinions variables et instables constituent un aveu tacite1 mais vident1 de leur volont ne pas sortir de leur indcision4 ,ils s'appliquent ce que leur manire de voir n'apparaisse pas toujours nettement et visage dcouvert2 ils la cachent1 soit sous les ombrages que leur offrent la fable et la posie1 soit sous quelque autre masque4 ,c'est encore un effet de notre imperfection que la viande crue ne convienne pas toujours notre estomac et qu'il soit besoin de la laisser se faire1 s'altrer1 se corrompre2 les philosophes agissent de mme3 ils obscurcissent parfois leurs opinions et leurs jugements rels1 les falsifient pour les mettre la porte de tous4 ,ils ne veulent pas professer hautement l'ignorance1 la faiblesse de la raison humaine1 pour ne pas faire peur aux enfants2 mais ils nous la dvoilent assez sous l'apparence d'une science trouble et inconstante4 ,quand j'tais en ,italie1 je conseillai quelqu'un qui tait embarrass pour parler italien1 de se borner1 s'il ne dsirait que se faire comprendre1 sans prtendre un langage correct1 employer les mots latins1 franais1 espagnols ou gascons rendant sa pense1 qui les premiers lui viendraient la bouche1 en y ajoutant simplement la terminaison italienne2 qu'il ne manquerait pas1 de la sorte1 de se rencontrer avec l'un quelconque des idiomes du pays1 soit toscan1 soit romain1 vnitien1 pimontais ou napolitain et de se trouver s'exprimer en l'un ou l'autre de ces nombreux dialectes4 ,j'en dirai de mme de la philosophie3 elle a tant de formes1 de varits et a tant parl1 que tous nos songes1 toutes nos rveries y ont pris place2 la fantaisie humaine ne peut plus rien concevoir1 ni en bien1 ni en mal1 qui n'y soit3 ,on ne peut rien dire de si absurde1 qui n'ait dj t dit par quelque philosophe 7,cicron74--,je n'en suis que plus libre pour livrer mes caprices au public1 d'autant que1 bien qu'manant de moi seul et que personne ne me les ait suggrs1 je sais qu'ils se trouveront toujours avoir quelque rapport avec d'autres dj mis et qu'il ne manquera pas quelqu'un pour dire3 ,voil d'o il les a tirs4 ,mes ides sont ce que la nature les a faites2 pour les former1 je me suis attach ne suivre aucune rgle2 et pourtant1 quelque faibles qu'elles soient1 quand l'envie m'a pris de les exprimer et que pour les publier dans des conditions plus favorables1 je me suis mis en devoir de les appuyer de raisonnements et d'exemples1 j'ai t moi-mme merveill de m'apercevoir combien1 d'aventure1 elles se trouvent conformes de si nombreux exemples et raisonnements philosophiques4 ,a quelle doctrine se rattachent-elles8 je ne l'ai su qu'aprs les avoir mises en uvre et avoir jug du rsultat2 j'appartiens une espce nouvelle3 je suis un philosophe1 devenu tel sans prmditation et par hasard4 ,l'opinion la plus vraisemblable est que l'me loge dans le cerveau4--,pour revenir notre me1 il est vraisemblable que si ,platon a plac la raison dans le cerveau1 la colre dans le cur1 la cupidit dans le foie1 il a plutt donn l une interprtation des mouvements de l'me1 qu'il n'a voulu indiquer en elle une division et une distinction l'instar de celles qui existent entre les diffrents membres du corps4 ,la plus vraisemblable de ces opinions est que l'me est une2 qu'elle a par elle-mme la facult de raisonner1 de se souvenir1 de comprendre1 juger1 dsirer1 et que toutes autres oprations1 elle les exerce par l'entremise des diffrentes parties du corps1 comme le pilote gouverne son navire suivant l'exprience qu'il en a1 tantt en tendant ou relchant une corde1 tantt en hissant une vergue ou se servant de l'aviron1 sa seule puissance produisant ces divers effets4 ,il est galement probable que l'me loge dans le cerveau2 cela rsulte de ce que les blessures et accidents qui affectent cet organe1 se rpercutent aussitt sur les facults de l'me2 du cerveau1 il est naturel d'admettre qu'elle se rpand au travers du reste du corps1 de mme que le soleil rpand hors du ciel sa lumire et sa fcondit et en remplit le monde3 ,le soleil1 dans sa course1 ne s'carte jamais du milieu du ciel et cependant il claire tout de ses rayons 7,horace74 ,l'autre partie de l'me1 rpandue par tout le corps1 est assujettie et obit aux ordres suprieurs de l'intelligence 7,lucrce74 ,diversit des opinions sur son origine4--,il en est qui ont avanc qu'il y a une me principe de toutes les autres1 quelque chose comme un grand corps dont toutes les mes particulires sont extraites et o elles retournent pour se fondre nouveau dans ce milieu qui se reconstitue sans cesse3 ,dieu circule au travers des terres1 des mers1 des profondeurs des cieux2 leur naissance1 il prte l'homme1 aux animaux domestiques1 aux btes froces1 le lger souffle qui les anime2 ds lors1 aucun n'est destin prir1 tous doivent rendre leur tre ce grand tout dont il est issu 7,virgile74 ,parmi eux1 certains estiment que tout en y retournant1 elles ne font que s'y rattacher et conservent leur individualit2 d'autres croient qu'elles sont une manation de la substance divine2 d'autres1 qu'elles sont produites par les anges et formes de feu et d'air2 les uns1 qu'elles sont de toute ternit2 les autres1 qu'elles sont cres au moment du besoin2 d'autres1 quelles descendent du disque de la lune et y retournent4--,gnralement1 les anciens croyaient qu'elles sont engendres de pre en fils1 de la mme faon que tout ce que produit la nature4 ,a l'appui de cette hypothse1 ils invoquaient la ressemblance des enfants avec leurs pres3 ,la vertu de ton pre t'a t transmise avec la vie2 ,les forts engendrent les forts 7,horace72 et aussi que l'on voit les pres transmettre leurs enfants1 non seulement certains signes du corps1 mais encore quelque chose de leur caractre1 de leur temprament1 de leurs dispositions d'me3 ,pourquoi le lion transmet-il sa frocit sa race8 pourquoi la ruse est-elle hrditaire chez les renards1 la fuite et la peur chez les cerfs4448 si ce n'est parce que l'me a son germe propre et se dveloppe en mme temps que le corps 7,lucrce74 ,ils en donnaient encore comme raison que c'est l-dessus que se fonde la justice divine pour punir1 dans les enfants1 les fautes des pres2 les vices de ceux-ci1 par le fait de la contagion1 entachant l'me de ceux-l et les drglements de la volont des uns ragissant sur les autres4 ,est-elle prexistante au corps auquel elle est unie8--,ils ajoutaient que si les mes avaient une origine autre que celle-ci qui est toute naturelle1 si elles avaient t quelque autre chose en dehors du corps avec lequel elles ont t engendres1 elles auraient souvenance de leur premire condition1 vu les facults de discourir1 raisonner et se souvenir dont elles sont naturellement doues3 ,si l'me s'insinue dans le corps sa naissance1 pourquoi ne nous souvenons-nous pas du pass8 pourquoi ne conservons-nous aucune trace de nos actions antrieures 7,lucrce78 ,admettre cette hypothse1 c'est supposer que nos mes ont toute science acquise quand elles sont encore dans toute leur simplicit et leur puret naturelles2 mais s'il en est ainsi1 elles se trouvent exemptes d'tre emprisonnes dans un corps2 pourquoi alors cette rincarnation1 puisque avant d'entrer dans leur nouveau corps elles seraient telles qu'elles seront1 il faut l'esprer1 quand elles en sortiront8 ,encore faudrait-il qu'elles se souviennent1 pendant leur nouvelle vie1 de ce qu'elles taient arrives connatre lors de leur existence antrieure1 apprendre n'tant1 au dire de ,platon1 que nous remmorer ce que nous avons su4 ,or1 chacun sait par exprience que cette assertion est fausse2 d'abord1 parce que1 prcisment1 nous ne nous souvenons que de ce qu'on nous apprend et que1 si la mmoire faisait exactement son office1 elle nous suggrerait bien quelque chose de plus que ce que nous savons au dbut4 ,en second lieu1 la science que l'me possderait1 puisqu'elle a recouvr sa puret initiale1 serait la science parfaite1 de sorte que1 grce sa divine intelligence1 elle connatrait toutes choses dans leur ralit2 or il arrive que si1 sur un point ou sur un autre1 on lui enseigne le mensonge ou le vice1 elle les retient1 n'ayant aucune rminiscence y opposer1 parce que cette image et cette conception de la vrit ne sont de fait encore jamais entres en elle4 ,on ne saurait dire que son emprisonnement dans le corps touffe ses qualits natives1 au point que toutes s'en trouvent teintes2 ce serait premirement contraire cette autre croyance qui lui reconnat une puissance si considrable et une action si admirable sur l'homme en cette vie1 qu'on en a fait dans le pass une divinit remontant toute ternit et laquelle l'avenir rserve l'immortalit3 et cependant si le changement est si grand1 que l'me ne conserve aucun souvenir de ce qu'elle a fait1 son tat1 ce me semble1 diffre bien peu de la mort 7,lucrce74 ,d'autre part1 comme dans le cas qui nous occupe1 ce sont les effets produits en nous1 et non ailleurs1 par les forces et l'action de l'me qui sont considrer2 tout le reste de ses perfections lui est superflu et inutile1 c'est son tat prsent qui doit lui valoir et lui procurer l'immortalit1 et elle n'est responsable que de la vie de l'homme avec lequel elle fait corps4 ,c'est pourquoi ce serait injuste1 aprs lui avoir retir ses moyens d'action et l'avoir dsarme1 de la juger et de la frapper d'une condamnation d'une dure excessive1 perptuelle1 pour le temps qu'elle est demeure captive dans sa prison1 faible1 malade1 constamment sous l'effet de la contrainte qui lui a t impose4 ,statuer sur son sort en raison d'un temps aussi court1 qui n'est parfois que d'une heure ou deux1 au pis aller atteint un sicle1 ce qui1 dans un cas comme dans l'autre1 n'est qu'un instant compar l'ternit1 et1 pour cet espace d'un moment1 ordonner et disposer d'elle tout jamais1 serait d'une disproportion entre la cause et l'effet1 aussi inique que de lui attribuer une rcompense ternelle en raison des mrites d'une vie aussi courte4 ,pour parer cette difficult1 ,platon veut que ce qui nous attend aprs la mort1 ait une dure de cent ans1 en rapport avec celle de la vie humaine2 nombre de nos docteurs ont pareillement assign des bornes ce temps d'preuve4 ,ce qu'il y a de certain c'est qu'elle nat avec le corps1 se fortifie et s'affaiblit avec lui et que1 pour la troubler1 un lger accident suffit4--,en somme1 la croyance gnrale tait que l'me nat et vit dans les mmes conditions que l'homme lui-mme1 suivant l'opinion d'picure et de ,dmocrite1 qui tait celle la plus communment admise d'aprs ces belles apparences3 qu'on la voit natre mme le corps arriv au degr voulu cet effet2 qu'on voit ses forces se dvelopper en mme temps que les forces physiques de l'individu2 qu'on constate sa faiblesse tant que dure l'enfance1 sa vigueur et sa maturit crotre avec le temps1 son affaiblissement quand vient la vieillesse1 enfin sa dcrpitude3 ,nous sentons qu'elle nat avec le corps1 qu'elle crot et vieillit avec lui 7,lucrce74--,on constatait qu'elle est capable d'tre en proie diverses passions et d'prouver des mouvements pnibles1 lui causant de l'agitation et occasionnant en elle de la lassitude et de la douleur2 d'tre susceptible d'altration1 de changement1 d'allgresse1 d'assoupissement1 de langueur2 d'avoir ses maladies et ses infirmits1 tout comme le pied ou l'estomac ont les leurs3 ,nous voyons l'esprit pouvoir tre trait par la mdecine et gurir comme un corps malade 7,lucrce74 ,on la constatait galement moustille1 trouble sous l'action du vin2 dplace de son assiette par les vapeurs d'une fivre chaude2 endormie par l'emploi de certains mdicaments et rveille par d'autres3 ,il faut bien que l'me soit corporelle1 puisqu'elle est sensible aux impressions du corps 7,lucrce74 ,on voyait toutes ses facults dtraques1 renverses par le seul effet de la morsure d'un chien malade2 et1 quelle que soit la fermet de sa raison1 son intelligence1 sa vertu1 la rsolution dont l'a dote la philosophie1 l'nergie de sa volont1 rien ne pouvoir l'exempter de subir les effets de semblables accidents2 la salive d'un mauvais petit roquet sur la main de ,socrate1 ragir sur sa sagesse1 ses ides si hautes1 si pondres et les anantir au point qu'il n'en reste pas trace3 ,l'me est trouble1 altre1 bouleverse1 brise par la force de ce poison 7,lucrce72 ce venin ne pas rencontrer plus de rsistance dans l'me de ce philosophe que dans celle d'un enfant de quatre ans et tre capable de communiquer la rage la philosophie tout entire si elle et t personnifie1 et de la rendre furieuse1 insense2 si bien que ,caton1 qui triompha de la mort elle-mme et de la mauvaise fortune1 n'et pu supporter la vue d'un miroir ni celle de l'eau et et t accabl d'pouvante et d'effroi si1 par le fait de la contagion que peut transmettre un chien enrag1 il et t atteint de cette maladie que les mdecins appellent hydrophobie3 ,le mal1 en se rpandant dans les membres1 trouble l'me par sa violence1 tout comme la force du vent soulve la mer en vagues cumantes 7,lucrce74 ,certainement la philosophie a bien arm l'homme contre la souffrance pouvant provenir de n'importe quel autre accident1 elle l'a pourvu de patience2 et1 si son mal excde ses forces1 en se drobant compltement la sensation qu'il en prouve1 il a un moyen infaillible d'y chapper4 ,mais ce sont l des procds qui ne sont l'usage que d'une me matresse et sre d'elle-mme1 capable de raisonnement et de rsolution2 ils ne remdient pas au cas o1 chez un philosophe1 l'me s'affole1 se trouble1 se renverse et se perd1 ainsi qu'il arrive en diverses circonstances1 telles qu'une agitation trop vhmente survenant en elle sous l'influence d'une violente passion1 une blessure en certains endroits de notre tre1 des exhalaisons de l'estomac nous causant des vertiges et des tournoiements de tte3 ,souvent dans les maladies du corps1 l'me s'gare et se rpand en discours sans suite2 d'autres fois1 une pesante lthargie la plonge comme dans un profond et ternel sommeil1 les yeux se ferment1 la tte s'abat 7,lucrce74 ,les philosophes ne se sont gure1 il me semble1 appesantis sur ce point1 non plus que sur un autre de mme importance3 ,pour nous consoler de ce que nous sommes vous la mort1 ils ont toujours ce dilemme la bouche3 ,ou l'me est mortelle1 ou elle est immortelle2 si elle est mortelle1 elle sera indemne de toute souffrance2 si elle est immortelle1 elle ira marchant sans cesse dans la voie de la perfection4 ,ils n'envisagent jamais l'autre cas3 ,qu'arrivera-t-il si elle va constamment de mal en pis8 et ils laissent aux potes nous entretenir des peines futures qui nous menacent1 se donnant de la sorte beau jeu4 ,ce sont l deux omissions que j'ai souvent remarques dans leurs entretiens4 ,je reviens la premire de ces deux propositions1 que l'me est mortelle4 ,l'me perd1 en certaines circonstances1 l'usage de la constance et de la fermet que les ,stociens tiennent pour le souverain bien2 force alors est notre belle sagesse de capituler et de rendre les armes4 ,a cet gard1 la vanit1 qui est le propre de la raison humaine1 avait port ne pas admettre comme supposables le mlange et la coexistence de deux conditions aussi opposes1 de ce qui est mortel avec ce qui est immortel3 ,c'est folie d'unir le mortel l'immortel1 de les croire d'intelligence1 et en communaut de fonctions4 ,que doit-on en effet imaginer de plus diffrent1 de plus distinct1 de plus contraire que ces deux substances1 l'une prissable1 l'autre indestructible1 que vous prtendez runir pour les exposer ensemble aux plus terribles dsastres 7,lucrce78 ,on contestait moins le passage de vie trpas de l'me et du corps3 elle s'affaisse avec lui sous le poids des ans 7,lucrce71 dont1 selon ,znon1 le sommeil1 qui est une dfaillance et une chute de l'me1 aussi bien que du corps1 nous donne assez l'image4 ,si l'on voit chez quelques-uns l'me conserver sa force et sa vigueur au dclin de la vie1 cela1 disait-on1 tient la diversit des maladies2 de mme que l'on voit1 sur la fin de leurs jours1 des hommes conserver intacts1 qui un sens1 qui un autre3 l'un1 l'oue2 l'autre1 l'odorat2 l'affaiblissement n'est d'ordinaire pas si gnral1 que certaines parties de l'organisme ne demeurent entires et sans rien perdre de leur vigueur3 de la mme manire que les pieds peuvent tre malades1 sans que la tte ressente aucune douleur 7,lucrce74 ,les plus hardis dogmatistes eux-mmes ne soutiennent que faiblement le dogme de l'immortalit de l'me4--,le regard que notre jugement porte sur la vrit peut se comparer1 comme le dit ,aristote1 celui du chat-huant contemplant la splendeur du soleil4 ,nous n'avons rien de mieux que cette grossire ccit pour pntrer cette si clatante lumire2 car l'opinion contraire qui prconise l'immortalit de l'me1 laquelle1 au dire de ,cicron1 a t introduite pour la premire fois1 du moins d'aprs ce qu'on trouve dans les livres1 par ,phrcyde de ,syros contemporain de ,tullus1 que d'autres attribuent ,thals et d'autres d'autres1 est le point de la science humaine qui a t trait avec le plus de rserve et sur lequel plane le plus de doute4 ,les dogmatistes les plus intransigeants sont1 cet gard principalement1 obligs de se ranger l'opinion qui avait cours sous les ombrages de l',acadmie4 ,nul ne sait ce qu',aristote admettait ce sujet1 non plus qu'en gnral tous les philosophes anciens qui1 l-dessus1 n'avaient pas de croyance bien ferme3 promesse1 minemment agrable1 d'un bien dont ils ne nous prouvent gure la certitude 7,snque72 il dissimule ce qu'il en pense sous un nuage de paroles dont le sens est obscur et qui sont peu intelligibles1 laissant ses sectateurs disputer autant sur le jugement qu'il en porte1 que sur la matire elle-mme4 ,bien que certaines considrations portent le concevoir1 ils n'ont rencontr juste que par hasard1 et il nous faut1 ce sujet1 nous en rapporter uniquement ce que nous enseigne la rvlation4--,deux choses militaient en faveur de cette opinion3 l'une1 c'est que sans l'immortalit de l'me il n'y aurait plus sur quoi faire reposer les vaines esprances de gloire1 qui sont un stimulant d'une merveilleuse puissance en ce monde2 l'autre1 que c'est une trs salutaire croyance1 comme le dit ,platon1 que les vices qui chappent la vue et la connaissance de la justice humaine1 ne cessent pas d'tre sous le coup de la justice divine qui les poursuit mme aprs la mort des coupables4 ,l'homme a un soin extrme de prolonger son tre2 il y a pourvu de toutes faons3 pour la conservation de son corps1 par la spulture2 pour celle de son nom1 par la gloire2 proccup de ce qu'il deviendra1 il a mis en uvre tout ce qui lui est venu l'ide pour se reconstruire1 et s'est ingni consolider sa mmoire4--,l'me ne pouvant1 en raison de son trouble et de sa faiblesse1 trouver le calme1 va cherchant partout des consolations1 des esprances1 des appuis2 elle s'attache des circonstances trangres et ne s'en dpartit plus2 si lgres1 si fantastiques qu'elles soient1 elle s'y loge1 s'y reposant plus volontiers et avec plus de confiance qu'en elle-mme4--,il est merveilleux combien les partisans les plus convaincus de cette ide si juste1 si claire de l'immortalit de nos mes1 se sont trouvs court et impuissants l'tablir avec les seules forces de leur raison humaine3 ce sont l les rves d'un homme qui dsire1 mais qui ne trouve pas 7,cicron71 disait un ancien4 ,par l1 l'homme peut reconnatre que c'est la fortune1 au hasard d'une rencontre1 qu'il doit d'avoir pntr la vrit quand il la dcouvre de lui mme1 puisque alors qu'elle lui tombe dans les mains1 il n'est pas encore mme de la saisir et de la conserver1 et que sa raison est hors d'tat d'en tirer avantage4 ,tout ce que produisent notre raison seule et notre intelligence1 aussi bien ce qui est vrai que ce qui est faux1 est sujet l'incertitude et la discussion4 ,c'est pour nous punir de notre orgueil et nous faire sentir notre misre et notre impuissance que ,dieu a suscit le trouble et la confusion de l'ancienne tour de ,babel2 tout ce que nous entreprenons sans son assistance1 tout ce que nous voyons sans que sa grce nous claire1 n'est que vanit et folie2 il n'est pas jusqu' l'essence mme de la vrit1 qui cependant est uniforme et constante1 que nous ne corrompions et qui ne dgnre par notre faiblesse quand la fortune nous en donne la possession4 ,de quelque faon que l'homme s'y prenne1 ,dieu permet qu'il arrive toujours cette mme confusion dont il nous a donn une si saisissante image1 par le juste chtiment dont il punit l'outrecuidance de ,nemrod1 en rduisant nant ses folles tentatives pour mener bien la construction de sa pyramide3 ,je confondrai la sagesse des sages et rprouverai la prudence des prudents 7,s4 ,paul74 ,la diversit dans les idiomes et les langues que parlaient les ouvriers employs lever cet difice et qui le fit avorter1 qu'est-ce1 si ce n'est cet infini et perptuel conflit et dsaccord d'opinions et de raisonnements1 insparables de la science humaine si vaine1 que cette diversit embrouille2 ce qui du reste a son utilit1 car qui nous retiendrait si nous possdions un atome de science4 ,c'est une grande satisfaction pour moi1 de voir un saint s'exprimer ainsi3 ,les tnbres dans lesquelles s'enveloppe la vrit1 sont un exercice pour l'humilit et un frein pour l'orgueil 7,s4 ,augustin72 quel degr de prsomption et d'insolence n'atteignent pas notre aveuglement et notre btise6 ,poursuivons notre sujet4 ,c'est vraiment bien conforme la raison que nous ne tenions que de ,dieu1 et uniquement par sa grce1 de connatre la vrit sur cette croyance d'ordre si lev1 puisque c'est de sa seule libralit que nous recevons ce que l'immortalit nous procure d'heureux1 la jouissance de la batitude ternelle4 ,confessons en toute simplicit que c'est ,dieu seul qui nous l'a dit1 et la foi qui nous l'enseigne2 la nature et la raison n'y sont pour rien1 et quiconque1 abandonn ses propres forces1 entreprendra de se sonder en dedans et en dehors de lui-mme1 sans tenir compte de la rvlation divine1 et tudiera l'homme sans le flatter1 ne verra en lui rien de sr1 rien de probable1 aboutissant autre chose1 comme fin dernire1 qu' la mort et la terre4 ,plus nous donnons1 plus nous devons et plus nous rendons ,dieu1 plus nous nous conduisons en vrais chrtiens4 ,ce que ce philosophe stocien dit tenir du sentiment fortuit qui s'est form dans l'esprit de tous1 n'et-il pas mieux valu qu'il le tnt de ,dieu3 ,lorsque nous traitons de l'immortalit de l'me1 nous cherchons surtout appui auprs des hommes qui craignent les dieux infernaux ou qui les honorent2 je profite de cette croyance gnralement rpandue 7,snque74 ,ce qui1 suivant diffrents philosophes1 constitue l'immortalit de l'me2 dfectuosit de tous ces systmes4--,la faiblesse des arguments humains sur ce point se rvle singulirement par les circonstances1 empruntes la fable1 qui ont t mises l'appui de cette opinion pour dterminer dans quelles conditions nous sommes appels jouir de l'immortalit4 ,laissons de ct les ,stociens qui disent que nos mes vivent comme les corneilles1 longtemps1 mais pas toujours 7,cicron71 qui lui donnent une vie au del de celle-ci1 mais nanmoins limite4 ,l'ide la plus gnralement reue et qui 99 en divers lieux s'est continue jusqu' nous1 a t celle dont ,pythagore serait l'auteur2 non que l'invention soit de lui1 mais parce que l'autorit de son approbation lui a donn un grand poids et l'a mise en crdit2 cette ide est la suivante3 ,les mes1 quand elles nous quittent1 ne font que passer d'un corps dans un autre2 de celui d'un lion1 dans celui d'un cheval2 d'un cheval1 chez un roi2 promenes sans cesse d'une demeure dans une autre4 ,pythagore disait mme1 son propos1 se souvenir avoir t thalide2 postrieurement1 ,euphorbe2 puis1 ,hermotinus2 enfin1 de ,pyrrhus tre pass en ,pythagore1 conservant la mmoire de ce que1 durant deux cent six ans1 il tait devenu4--,il y en avait qui ajoutaient que parfois ces mmes mes remontaient au ciel pour1 aprs1 en redescendre encore3 ,o mon pre1 est-il vrai que des mes retournent d'ici sur terre et revtent de nouveau une enveloppe corporelle8 ,qui peut inspirer ces malheureuses un aussi cruel dsir de la vie 7,virgile78 ,origne les fait aller et venir ternellement d'un tat heureux un mauvais4 ,varron expose qu'aprs une volution d'une dure de quatre cent quarante ans1 elles s'unissent nouveau leur premier corps4 ,chrysippe1 qu'il doit en arriver ainsi aprs une poque dtermine dont la dure est inconnue et qu'il n'indique pas4 ,platon 7qui dit tenir de ,pindare et des potes anciens cette croyance71 de ce que l'me est soumise une infinie multitude des migrations1 et de ce qu'elle n'a attendre en l'autre monde que des peines et des rcompenses temporelles1 ainsi que l'est dj sa vie en celui-ci1 conclut qu'elle acquiert une connaissance particulire des choses du ciel1 des enfers comme de celles de la terre1 et aussi des endroits o elle a pass1 repass et sjourn durant ses nombreuses prgrinations dont elle a possibilit de conserver quelque vague souvenir et dont voici la progression3 ,si l'me a vcu dans le bien1 elle rejoint l'astre qui lui est assign2 celle qui a mal vcu1 passe dans un corps de femme2 si1 en cet tat1 elle ne s'amende pas1 elle passe dans celui d'un animal de murs en rapport avec les vices dont elle est entache2 et elle ne voit la fin de ses peines qu'alors qu'elle est revenue son tat de puret primitif aprs s'tre1 force de raisonnement1 dfaite des qualits grossires1 stupides qui chez elle taient en germe4--,je n'aurai garde d'omettre cette plaisante objection faite par les picuriens cette transmigration d'un corps un autre3 ,qu'adviendrait-il1 demandent-ils1 si le nombre des mourants excdait le nombre de ceux qui naissent8 les mes dloges de leur gte1 en arriveraient se fouler les unes les autres1 pour se trouver des premires prendre place dans ces nouvelles enveloppes2 et aussi3 ,a quoi passeraient leur temps1 celles obliges d'attendre que leurs nouveaux logis soient prts8 ,et inversement1 s'il naissait plus d'animaux qu'il n'en meurt1 en quelle fcheuse situation1 ajoutent-ils1 seraient ceux auxquels il n'aurait pas t infus d'me8 il s'en trouverait parmi eux qui mourraient avant d'avoir vcu4 ,il est ridicule de supposer que les mes se trouvent l toutes prtes au moment prcis de l'accouplement des animaux ou de leur naissance et que1 substances immortelles1 elles s'empressent en foule autour d'un corps mortel1 se disputant entre elles qui y sera introduite la premire 7,lucrce74--,d'autres s'emparent de l'me au moment du trpas1 pour en animer les serpents1 les vers et autres animalcules qui se produisent1 dit-on1 lorsque le corps entre en dcomposition et mme lorsqu'il est rduit en cendres2 d'autres la composent de deux parties1 l'une mortelle1 l'autre immortelle2 d'autres la supposent matrielle et quand mme immortelle2 quelques-uns admettent son immortalit1 tout en la tenant comme incapable de science et de connaissance4--,il y en a encore qui sont d'avis que les mes des condamns s'incarnent dans les dmons2 et parmi les chrtiens1 certains en jugent ainsi4 ,par analogie1 ,plutarque pense que les mes qui ont obtenu leur salut deviennent dieux2 il est peu de sujets sur lesquels cet auteur se prononce avec autant de nettet que sur celui-ci1 alors que sur tous autres il s'exprime d'une manire dubitative et ambigu3 ,il faut estimer1 dit-il1 et croire fermement1 en ce qui concerne les mes des gens vertueux1 qu'ainsi que cela est naturel et conforme la justice divine1 ces mes1 au sortir de cet tat1 transmigrent chez des saints2 celles des saints1 chez des demi-dieux2 et celles des demi-dieux1 aprs qu'elles se sont compltement dgages de toute souillure et purifies par des sacrifices expiatoires par exemple1 n'ayant plus payer tribut ni la souffrance ni la mort1 et sans qu' cet effet il soit besoin d'ordonnance civile et cependant bien rellement ainsi que le raisonnement le rend vraisemblable1 deviennent des dieux entiers et parfaits1 ce qui leur constitue une fin trs heureuse et trs glorieuse4 ,celui qui serait dsireux de voir ,plutarque1 pourtant l'un des auteurs anciens des plus retenus et des plus modrs1 se faire l'un des plus hardis champions de cette thse et conter des miracles ce propos1 peut se reporter ses crits sur la lune et sur le dmon de ,socrate2 il y verra d'une manire aussi vidente que n'importe o1 combien les mystres de la philosophie offrent de bizarreries qui lui sont communes avec la posie4 ,l'entendement humain se perd vouloir sonder et contrler tout fond2 c'est absolument ce qui nous arrive3 harasss par le travail accompli dans le cours d'une longue vie1 nous retombons en enfance4--,tels sont les beaux enseignements si empreints de certitude que la science humaine nous fournit touchant notre me6 ,la manire dont se forme le corps humain est aussi inconnue que la nature de l'me2 tout est mystre dans la gnration4--,en ce qui se rapporte la partie matrielle de notre tre1 la science est tout aussi tmraire dans ses conjectures4 ,choisissons-en un ou deux exemples seulement1 parce qu' tout relever1 nous nous perdrions dans cet ocan si vaste et si trouble des erreurs commises par les mdecins4 ,voyons si1 au moins1 l'accord rgne sur la manire dont les hommes se reproduisent les uns par les autres1 car pour ce qui est de leur cration initiale1 le fait remonte si haut dans l'antiquit qu'il n'est pas tonnant que l'esprit humain ne soit pas fix sur ce qui en est et ne puisse se prononcer4--,le physicien ,archlas1 dont ,socrate fut le disciple et le mignon1 au dire d',aristoxne1 pensait que les hommes et les animaux sont engendrs par un limon laiteux1 produit sous l'action du feu intrieur de la terre2 ,pythagore1 que la semence dont nous provenons est l'cume du meilleur de notre sang2 ,platon1 un coulement de la moelle de la colonne vertbrale1 et il en donne comme preuve que c'est l que se ressent1 en premier lieu1 la fatigue rsultant de ce travail2 ,alcmon1 une partie de la substance dont est form le cerveau et que ce qui indique qu'il doit en tre ainsi1 c'est que la vue se trouble chez ceux qui se livrent outre mesure cet exercice2 ,dmocrite1 que c'est une substance extraite de tout ce qui entre dans la composition du corps pris en masse2 picure1 qu'elle est extraite de l'me et du corps2 ,aristote1 que c'est une scrtion qui provient du sang1 et qu'elle est la dernire s'pandre dans nos membres2 d'autres la tiennent pour du sang cuit et transform par la chaleur des organes gnrateurs1 ainsi qu'on peut en juger par le fait que les efforts pousss l'extrme dans l'accomplissement de cet acte1 amnent des gouttes de sang pur1 hypothse qui semble la plus vraisemblable1 si on peut dmler une probabilit dans cette infinit si confuse d'opinions4--,et combien d'avis divers sur la manire dont cette semence produit son effet6 ,aristote et ,dmocrite estiment que la femme ne scrte pas de sperme1 mais seulement une sueur rsultant de la chaleur que dveloppent en elle le plaisir et l'action1 et qui ne joue aucun rle dans la gnration4 ,au contraire1 ,galien et ses disciples pensent qu'elle n'a lieu qu'autant que les semences manant de l'homme et de la femme se mlent4--,enfin1 quelle est la dure de la gestation8 ,sur cette question1 les mdecins1 les philosophes1 les jurisconsultes et les thologiens sont ple-mle aux prises avec les femmes2 par mon propre cas1 je puis venir en aide ceux qui maintiennent que le temps de la grossesse est de onze mois4 ,ainsi c'est l-dessus que le monde repose1 ce sont l des sujets sur lesquels il n'est si simple femmelette qui ne puisse dire son avis1 et cependant ce sont autant de contestations sur lesquelles nous ne pouvons tre d'accord6 ,d'o cette conclusion que l'homme1 ne se connaissant pas lui-mme1 ne peut par lui-mme arriver la connaissance de quoi que ce soit4--,en voil assez pour constater que l'homme n'en sait pas plus sur la partie corporelle de son tre1 que sur la partie spirituelle4 ,nous l'avons soumis lui-mme son propre examen1 et avons fait sa raison juge d'elle-mme1 pour voir o cela conduirait2 il me semble avoir suffisamment montr par cette mise en demeure combien elle s'entend peu sur elle-mme2 et qui ne s'entend pas sur soi-mme1 en quoi peut-il tre comptent8 ,comme si celui qui ignore sa propre mesure1 pouvait entreprendre de mesurer quelque chose 7,pline76 ,en vrit ,protagoras nous la contait belle1 quand il prenait pour mesure de toutes choses l'homme1 qui n'a seulement jamais connu la sienne1 et auquel sa dignit ne permet pas d'admettre qu' son dfaut1 une autre crature ait cet avantage4 ,puisqu'il est en contradiction permanente avec lui-mme1 que sans cesse chez lui une apprciation dtruit l'autre1 nous proposer1 comme nous l'avons fait1 de nous en rapporter lui1 ne pouvait tre qu'une plaisanterie1 qui devait ncessairement nous amener conclure l'impuissance du compas et de celui qui le manie4 ,thals1 en estimant que la connaissance de l'homme est trs difficile pour l'homme1 lui apprend par cela mme que la connaissance de toute autre chose lui est impossible4 ,les arguments qui prcdent ne sont pas eux-mmes sans danger et peuvent se retourner contre nous4--,vous1 pour qui j'ai pris la peine de m'tendre si longuement contre mon habitude1 vous ne reculerez pas dfendre les propositions de ,sebond1 avec la seule aide des argumentations qui s'emploient d'ordinaire et qui se retrouvent dans les instructions qui vous sont faites chaque jour2 cela exercera votre esprit et sera pour vous un sujet d'tude intressant4 ,car pour ce qui est de ce mode de discussion que je viens moi-mme d'employer1 il ne faut y avoir recours qu' la dernire extrmit2 c'est un coup de dsespoir o l'on abandonne ses propres armes pour enlever l'adversaire les siennes2 c'est une botte secrte1 dont il ne faut user que rarement et avec rserve4 ,se perdre pour en perdre un autre1 est un acte des plus tmraires2 il ne faut pas vouloir mourir pour assurer sa vengeance1 comme fit ,gobrias qui1 aux prises avec un seigneur de ,perse et ne faisant qu'un avec lui1 voyant ,darius1 survenu l'pe la main1 arrt par la crainte de l'atteindre1 lui ,gobrias1 lui cria de frapper hardiment1 dt-il les transpercer tous deux4 ,j'ai vu blmer1 comme iniques1 des combats singuliers dans lesquels les armes dont il tait fait usage et les conditions taient telles que l'issue devait en tre forcment fatale1 et la perte des deux adversaires1 celle du provocateur aussi bien que celle de celui qui lui tait oppos1 invitable4--,les ,portugais avaient1 dans la mer des ,indes1 fait prisonniers plusieurs ,turcs2 ceux-ci1 impatients de leur captivit1 rsolurent1 pour s'en dlivrer1 de mettre le feu et de dtruire le navire et1 avec lui1 leurs matres et eux-mmes1 dessein qu'ils accomplirent au moyen de deux clous provenant du navire1 qu'ils frottrent l'un contre l'autre jusqu' ce qu'une tincelle se produisant1 vint tomber dans les barils de poudre qui se trouvaient dans l'endroit o ils taient enferms4--,nous atteignons ici les confins de la science1 ses dernires limites2 tout comme la vertu1 elle est en dfaut en ses points extrmes4 ,tenez-vous dans la voie commune1 il n'est pas bon d'tre si subtil et si fin2 souvenez-vous cet gard du proverbe toscan3 ,qui trop se subtilise1 se pulvrise 7,ptrarque74 ,je vous conseille la modration et la rserve dans les opinions que vous mettez1 dans les raisonnements que vous tenez aussi bien que dans vos murs et en toutes autres choses2 vitez ce qui est nouveau et trange2 tout ce qui est extravagant1 me fche4 ,vous qui1 par l'autorit du rang que vous occupez et1 ce qui vaut mieux encore1 par les avantages que vous donnent vos qualits personnelles1 pouvez d'un clin d'il commander qui vous plat1 vous auriez d confier la charge que je remplis quelqu'un faisant de la littrature son occupation habituelle2 il vous et1 bien autrement que moi1 renseign et document sur ce sujet4 ,quoi qu'il en soit1 en voil assez1 pour ce que vous avez en faire4 ,aussi mieux vaut1 sur ces questions1 s'en tenir aux enseignements de la foi1 viter toute controverse1 et ne recourir ces arguments que si1 avec certaines gens1 on est oblig de discuter4--picure disait des lois que mme les plus mauvaises nous sont si ncessaires que1 sans elles1 les hommes se dvoreraient entre eux2 et ,platon confirme que sans les lois nous vivrions comme les btes4 ,notre esprit est un outil vagabond1 dangereux et tmraire2 il est malais d'en user avec ordre et mesure4 ,ne voyons-nous pas1 notre poque1 ceux qui ont une supriorit marquante bien au-dessus des autres1 une perspicacit dpassant de beaucoup les mieux dous cet gard1 donner pour ainsi dire pleine licence leurs opinions et leurs actes8 c'est miracle s'il en trouve un qui soit modr et sociable4--,on a raison d'opposer l'esprit humain les barrires les plus troites possible2 dans les tudes auxquelles il se livre1 comme dans le reste1 il faut lui mnager et rgler son allure2 il faut1 avec art1 lui dlimiter son terrain de chasse4 ,on le bride1 on l'enserre par la religion1 les lois1 les coutumes1 la science1 les prceptes1 les peines et les rcompenses mortelles et immortelles2 il se soustrait quand mme tous ces liens par sa facilit se mouvoir et se drober2 c'est un corps sans consistance qu'on n'arrive ni saisir1 ni retenir1 corps aux formes multiples et mal dfinies qui chappe au nud coulant et n'offre pas prise4--,il y a certainement peu d'mes si rgles1 si fortes1 si bien nes qu'elles soient1 auxquelles on puisse se fier de leur propre conduite et qui1 abandonnes leur seul jugement1 soient susceptibles de voguer1 avec modration et sans tmrit1 en dehors des ides qui ont communment cours2 il est plus sr de les mettre en tutelle4 ,l'esprit est un glaive dangereux1 mme pour celui qui l'a en sa possession1 s'il ne sait s'en servir avec opportunit et discrtion2 et il n'y a pas d'animal auquel il soit mieux justifi de faire porter des illres1 pour l'obliger regarder o il marche et l'empcher d'extravaguer de ci1 de l1 en se jetant hors des ornires que l'usage et les lois ont traces4 ,aussi1 quoi que ce soit qu'on fasse valoir d'ordinaire en pareil cas1 est-il prfrable de nous y tenir plutt que de vous lancer dans ces discussions perte de vue qui entranent cette licence effrne4 ,si cependant quelqu'un de ces nouveaux docteurs entreprenait de faire auprs de vous l'esprit fort aux dpens de son salut et du vtre1 pour vous dfaire de cette dangereuse peste qui se rpand de jour en jour davantage dans les cours1 les arguments que je vous expose pourront1 en cas d'extrme ncessit1 devenir un palliatif qui empcherait que la contagion de ce poison ne vous gagne1 vous et votre entourage4 ,actuellement les sciences sont l'objet d'un enseignement officiel1 en dehors duquel toute innovation est abusivement proscrite4--,la libert et la hardiesse dont usaient les anciens dans les uvres de l'esprit firent que1 naturellement1 plusieurs sectes d'opinions diffrentes se formrent dans la philosophie et dans toutes les branches des sciences humaines1 chacun se mettant en tat de juger et de choisir pour pouvoir prendre parti4 ,mais prsent que tout le monde va du mme train3 lis certains dogmes dont ils ne peuvent se dpartir1 tous se voient forcs d'en dfendre les consquences1 lors mme qu'ils ne les approuvent pas 7,cicron71 que les questions affrentes aux arts sont rgles par ordonnances rendues par l'autorit civile1 au point que les coles relvent toutes d'un mme matre et que cette institution est soumise une discipline dtermine1 on ne regarde plus ce que les monnaies psent et valent1 chacun les reoit1 le cas chant1 au prix auquel on les compte communment et que le cours leur donne2 on ne discute pas si elles sont de bon ou mauvais aloi1 mais seulement si elles sont acceptes4 ,et il en est ainsi de toutes choses3 l'enseignement de la mdecine ne se discute pas plus que celui de la gomtrie2 de mme des tours de bateleur1 des enchantements1 des nouements d'aiguillettes1 des vocations des mes des trpasss1 des pronostics1 des pratiques de l'astrologie et mme de cette ridicule recherche de la pierre philosophale1 tout s'admet aujourd'hui sans soulever la moindre contradiction4 ,il suffit de savoir que ,mars a son sige au centre du triangle form par les lignes de la main1 ,vnus au pouce1 ,mercure au petit doigt2 que lorsque la mensale se prolonge jusqu' la protubrance de l'index1 c'est signe de cruaut2 que lorsqu'elle s'arrte au mdius et que la ligne moyenne naturelle fait avec la ligne de vie un angle ayant son sommet mme hauteur1 c'est un indice de mort violente2 que si1 chez la femme1 cette ligne moyenne et la ligne de vie ne se coupent pas1 cela dnote un penchant immodr pour les plaisirs de la chair2 avec une telle science1 je vous en prends vous-mme tmoin1 un homme ne peut manquer d'acqurir de la rputation et d'tre accueilli avec faveur dans toute socit4 ,il n'en est pas moins vrai que l'esprit de l'homme ne peut dpasser certaines limites dans la connaissance des choses4--,thophraste disait que le savoir de l'homme1 guid par les sens1 peut1 dans une certaine mesure1 faire juger des causes de ce qui est2 mais que s'il remonte aux causes essentielles et premires1 il faut qu'il s'arrte1 impuissant qu'il est1 soit par sa faiblesse1 soit par les difficults auxquelles il se heurte4 ,une opinion intermdiaire et propre nous flatter1 c'est que notre capacit peut nous faire arriver la connaissance de certaines choses1 toutefois notre perspicacit a des limites au del desquelles il est tmraire de vouloir l'employer2 c'est l une manire de voir plausible1 prsente par des gens de bonne composition4 ,mais il n'est pas facile d'assigner des bornes notre esprit2 il est curieux et avide1 et estime qu'il n'y a pas lieu pour lui de s'arrter mille pas plutt qu' cinquante1 l'exprience lui ayant montr que l o l'un a chou1 un autre a russi2 que ce qui tait inconnu un sicle a t connu du sicle suivant2 que les arts et les sciences ne se jettent pas tout d'un bloc dans un moule1 mais se forment et prennent figure peu peu1 en les maniant et les polissant1 en s'y reprenant plusieurs fois1 comme fait l'ours qui1 pour faire prendre forme ses petits1 les lche loisir4 ,ce que ma force ne parvient pas dcouvrir1 je ne laisse pas de le sonder et de l'essayer2 et1 en malaxant et ptrissant cette matire nouvelle1 la remuant1 l'chauffant1 je donne celui qui vient aprs moi1 de la facilit pour en tirer parti plus son aise1 en la lui rendant plus souple et plus maniable3 telle la cire de l',hymette qui s'amollit au soleil et qui1 ptrie sous le pouce1 prend mille formes et devient plus maniable par l'usage 7,ovide72 le second en fera autant pour le troisime1 d'o il rsulte que la difficult ne doit pas me dsesprer non plus que mon impuissance1 qui ne sont telles que pour moi4 ,ignorant des causes premires1 incapable de distinguer la vrit du mensonge1 il doit s'arrter ds les premiers pas4--,l'homme est capable de tout1 comme il n'est capable de rien2 et s'il vient1 comme le fait ,thophraste1 avouer son ignorance des causes premires et des principes1 il n'a plus qu' renoncer d'une faon absolue toute science2 car si la base lui fait dfaut1 tout son raisonnement s'effondre4 ,disputer et s'enqurir n'ont d'autre but que d'tre fix sur les principes2 s'il n'y parvient pas1 il est vou une irrsolution continue3 ,une chose ne peut tre comprise plus ou moins qu'une autre1 parce que la comprhension est une pour toutes choses 7,cicron74--,si l'me avait connaissance de quelque chose1 il est vraisemblable que ce serait tout d'abord d'elle-mme2 et si elle connaissait quelque chose en dehors d'elle1 ce serait avant tout son corps et son enveloppe charnelle2 et pourtant on voit que jusqu' nos jours1 les dieux de la mdecine n'ont cess de discuter sur notre anatomie3 ,si ,vulcain tait contre ,troie1 ,troie avait pour elle ,apollon 7,ovide72 jusqu' quand faudra-t-il attendre1 pour qu'ils soient d'accord6--,nous sommes plus voisins de nous-mmes que ne nous sont voisins la blancheur de la neige ou la pesanteur de la pierre2 si l'homme ne se connat pas lui-mme1 comment peut-il connatre sa force et pourquoi il est sur cette terre8 ,ce n'est pas que nous n'ayons l'aventure quelque notion du vrai2 mais c'est par hasard1 d'autant que l'erreur pntre en notre me amene par la mme voie et de mme faon1 et que nous ne sommes pas mme de distinguer la vrit du mensonge1 pas plus que de choisir entre eux4 ,aussi est-il moins hasardeux de refuser l'homme la possibilit d'arriver la certitude en quoi que ce soit1 que d'admettre cette possibilit dans une certaine mesure4--,les ,acadmiciens admettaient quelque temprament leur jugement sur notre complte ignorance1 ils trouvaient trop catgorique de dire qu'il n'est pas plus vraisemblable que la neige soit blanche plutt que noire2 que nous ne sommes pas plus certains que nous mettons en mouvement une pierre que nous lanons de notre propre main1 que nous le sommes du mouvement de la huitime sphre4 ,pour parer cette difficult et ce qu'elle prsente de bizarre qui font que1 vraiment1 de telles propositions prennent malaisment pied dans notre imagination1 et bien qu'ils eussent tabli que nous sommes incapables de rien savoir et que la vrit est ensevelie dans de profonds abmes o la vue humaine ne peut pntrer1 ils reconnaissaient cependant que certaines choses peuvent prsenter plus de vraisemblance que d'autres et concdaient leur jugement la facult d'incliner vers une apparence plutt que vers une autre2 ils lui permettaient de marquer une prfrence1 mais lui dfendaient toute solution ferme4--,les ,pyrrhoniens taient plus hardis dans leur opinion1 en mme temps qu'ils semblent tre davantage dans le vrai2 car cette tolrance des ,acadmiciens1 cette propension se ranger une proposition plutt qu' une autre1 qu'est-ce1 si ce n'est reconnatre qu'il y a en apparence plus de vrit dans celle-ci que dans celle-l8 ,or si notre esprit tait capable de distinguer la forme1 les traits1 le port1 le visage de la vrit1 il la distinguerait aussi bien si elle lui apparaissait dans son entier1 qu'il l'et fait quand il ne la voyait qu' moiti1 alors qu'elle ne faisait que natre et tait encore dans un tat imparfait4 ,cette apparence de vraisemblance1 qui vous a fait prendre plutt droite qu' gauche1 augmentez-la2 cette once de probabilit1 qui dj fait incliner la balance1 multipliez-la par cent1 par mille1 il arrivera que la balance trbuchera compltement et votre choix se fixera1 parce que la vrit vous apparatra tout entire4--,mais comment peuvent-ils admettre la vraisemblance1 s'ils ignorent ce qu'est la ralit8 ,comment savoir que quelque chose ressemble quelque chose dont nous ne connaissons pas l'essence8 ,ou nous pouvons mettre un jugement prcis1 ou nous ne le pouvons absolument pas4 ,si nos facults intellectuelles et susceptibles de sentir1 la base fait dfaut2 si elles ne reposent sur rien1 si elles ne font que flotter1 tre le jouet des vents1 notre jugement ne peut nous conduire rien1 quel que soit ce quoi nous l'appliquions et quelles qu'en soient les apparences2 ce qu'il y a de plus sr et de plus heureux pour notre entendement1 ce serait de se maintenir pos1 droit1 inflexible1 sans broncher ni s'agiter3 ,entre les apparences vraies ou fausses1 il n'y a pas de diffrence dans l'assentiment qu'y donne l'esprit 7,cicron74 ,que les choses ne prennent pas place en nous avec leur forme et leur principe essentiel1 qu'elles ne s'imposent pas nous par elles-mmes et d'autorit1 nous le voyons assez2 s'il en tait ainsi1 chacune ferait sur chacun de nous la mme impression2 le vin aurait le mme got pour un malade que pour un homme bien portant2 celui qui a des crevasses aux doigts ou qui les a engourdis1 trouverait que le bois ou le fer qu'il manie1 sont aussi durs qu'ils le semblent tout autre4 ,les choses en dehors de nous1 qui viennent nous1 s'abandonnent donc notre merci et nous demeurent dans les conditions o il nous plat de les recevoir4--,d'autre part1 si ce que nous recevons1 nous l'acceptions sans l'altrer2 si les moyens d'apprciation dont dispose l'humanit taient assez puissants et fermes pour saisir la vrit sans le secours d'lments trangers2 ces moyens tant communs tous les hommes1 la vrit se transmettrait de main en main1 des uns aux autres1 et il finirait par arriver que d'un si grand nombre1 il se trouverait bien au moins une chose laquelle1 d'un consentement universel1 tous ajouteraient foi4 ,aussi1 ce fait1 qu'on ne voit aucune proposition qui ne soit dbattue et controverse entre nous ou qui ne puisse l'tre1 montre-t-il bien que1 livr lui-mme1 notre jugement ne saisit pas bien clairement ce qu'il saisit1 puisque mon jugement moi ne peut le faire accepter au jugement de mon voisin1 ce qui marque nettement que je le conois par un moyen autre que celui qui rsulterait d'une puissance de conception dont la nature nous aurait tous dous au mme degr1 moi et tous les hommes4 ,laissons de ct cette infinie confusion d'opinions1 qui se voit chez les philosophes eux-mmes1 et cette perptuelle et universelle discussion sur la connaissance que nous avons des choses2 il est en effet acquis l'avance1 comme absolument certain1 que les hommes1 je veux dire les savants1 les plus sincres et les plus capables ne sont d'accord sur rien1 pas mme sur ce que le ciel est au-dessus de nos ttes1 car ceux qui doutent de tout1 doutent aussi que cela soit2 et ceux qui nient que nous soyons mme de comprendre quoi que ce soit1 disent que nous ne comprenons pas que le ciel soit au-dessus de nous2 et ces deux opinions consistant l'une douter1 l'autre nier1 s'imposent1 sans contredit1 plus que toutes autres4 ,en dehors de l'infinie diversit d'opinions qui nous divisent1 nous-mmes nous varions constamment dans les jugements que nous portons sur un mme sujet4--,outre cette innombrable diversit et division d'opinions1 il est ais de voir1 par le trouble en lequel il nous jette et l'incertitude que chacun ressent en soi1 que notre jugement est mal assis4 ,combien jugeons-nous diversement des choses8 combien de fois changeons-nous d'ides8 ,ce que j'admets aujourd'hui et ce que je crois1 je l'admets et j'y crois autant qu'il m'est possible2 tous nos organes1 toutes nos facults s'emparent de cette opinion et m'en rpondent chacun dans la limite de ce qu'il peut2 je ne saurais embrasser aucune vrit1 ni la conserver avec plus de conviction que je ne fais de celle-ci2 je m'y suis donn tout entier1 elle me tient bien rellement2 mais ne m'est-il pas arriv1 non pas une fois1 mais cent fois1 mais mille fois1 et tous les jours1 d'avoir embrass avec ces mmes instruments1 dans les mmes conditions1 quelque autre chose que depuis j'ai juge fausse8 ,au moins faut-il devenir sage nos propres dpens2 si j'ai t si souvent trahi par mon jugement1 si cette pierre de touche est d'ordinaire dfectueuse1 si ma balance mal rgle n'est pas juste1 quelle assurance cela me donne-t-il cette fois plus que les autres1 et n'est-ce pas sottise de me laisser si souvent tromper par un tel guide8 ,et cependant1 que la fortune nous fasse cinq cents fois varier d'ide1 qu'elle ne fasse que vider et emplir sans cesse notre croyance1 en y versant1 comme dans un vase1 opinions sur opinions1 toujours la prsente1 venue la dernire1 est celle qui est la vraie1 l'infaillible2 pour celle-ci1 il nous faut sacrifier nos biens1 l'honneur1 la vie1 le salut1 tout enfin3 ,la dernire nous dgote de la premire et la discrdite dans notre esprit 7,lucrce74--,quoi qu'on nous prche1 quoi que nous apprenions1 il faudrait toujours nous souvenir que c'est l'homme qui le donne et l'homme qui le reoit2 c'est la main d'un mortel qui nous prsente1 et la main d'un mortel qui accepte4 ,les choses qui nous viennent du ciel1 ont seules le droit de persuasion et l'autorit ncessaire2 seules elles portent l'empreinte de la vrit1 mais nos yeux ne la distinguent pas et nous ne l'acqurons pas avec nos propres moyens2 cette sainte et grande image ne pourrait lire domicile dans un aussi misrable logis que nous sommes si ,dieu ne l'avait prpar cet effet1 si1 par une faveur particulire et surnaturelle1 il ne l'avait transform et fortifi par sa grce4 ,au moins notre condition si sujette faillir devrait-elle nous inspirer plus de modration et de retenue dans nos variations2 nous devrions nous souvenir que quelles que soient les impressions que notre entendement peut recevoir1 ce sont souvent des choses errones que nous percevons ainsi1 et que nous les percevons avec ces mmes outils qui souvent se dmentent et se trompent4 ,ces jugements de l'esprit sont essentiellement dpendants des altrations que le corps prouve4--,et il n'est pas tonnant qu'ils se dmentent1 tant si faciles se fausser et se tordre dans les plus lgres occurrences4 ,il est certain que notre comprhension1 notre jugement et en gnral les facults de notre me1 souffrent suivant ce qu'prouve le corps et les altrations auxquelles il est en butte et qui sont continuelles4 ,n'avons-nous pas l'esprit plus veill1 la mmoire plus prompte1 le raisonnement plus vif1 quand nous nous portons bien1 que lorsque nous sommes malades8 ,la joie1 la gat ne nous disposent-elles pas accepter les impressions que nous ressentons1 de tout autre faon que le chagrin et la mlancolie8 ,pensez-vous que les vers de ,catulle ou de ,sapho plaisent un vieillard avare et maussade1 autant qu' un jeune homme vigoureux et ardent8--,clomne1 fils d',anaxandridas1 tait malade2 ses amis lui reprochaient d'avoir une manire de voir et des ides nouvelles qui n'taient pas dans ses habitudes3 ,je le crois bien1 leur rpliqua-t-il1 c'est qu'aussi je ne suis pas tel que lorsque je me porte bien2 tant autre1 mes opinions et mes ides sont autres4--,les gens de chicane1 au palais1 disent couramment en parlant d'un criminel qui a affaire des juges en bonne disposition d'esprit1 ports la douceur et l'indulgence3 ,qu'il profite de sa bonne chance4 ,il est de fait que les arrts de la justice sont parfois plus enclins condamner1 plus svres et plus rigoureux2 tantt plus faciles1 moins durs1 admettant davantage les circonstances attnuantes2 il n'y a pas de doute en effet que le jugement de qui sort de chez lui souffrant de la goutte1 en proie la jalousie1 ou venant d'tre vol par son domestique1 qui a l'me sombre et envahie par la colre1 ne se ressente de cette mauvaise disposition4--,l',aropage1 ce vnrable snat1 jugeait la nuit de peur que la vue des parties n'influent sa justice4--,mme l'tat de l'atmosphre et la srnit du ciel font varier notre jugement1 ce que constate ce vers grec1 rapport par ,cicron3 ,les dispositions mentales des hommes1 en deuil1 la joie1 varient chaque jour que leur dpart ,jupiter4 ,ce ne sont pas seulement les fivres1 les boissons1 les accidents graves qui bouleversent notre jugement3 les choses les plus insignifiantes du monde le tournent et le retournent2 et il ne faut pas douter1 alors mme que nous ne le sentons pas1 que si la fivre continue peut abattre notre me1 la fivre intermittente l'altre aussi dans une certaine mesure1 toute proportion garde2 si l'apoplexie assoupit et teint compltement la lucidit de notre intelligence1 incontestablement un rhume la trouble2 par consquent peine se rencontre-t-il dans la vie une seule heure o notre jugement est dans son assiette normale1 tant notre corps est sujet de continuels changements1 et machin avec tant de ressorts que je suis de l'avis des mdecins1 qu'il est bien malais qu'il n'y en ait pas toujours un qui aille de travers4 ,cette infirmit de notre jugement est malaise dcouvrir4--,et pour comble1 moins qu'elle ne soit tout fait son apoge et sans remde1 ce n'est pas aisment que se dcouvre cette maladie qui oblitre notre jugement1 d'autant que la raison toujours si torse1 si dhanche1 si boiteuse1 s'accommode aussi bien du mensonge que de la vrit2 ce qui fait qu'il est difficile de reconnatre qu'elle est drgle et que nous ne pouvons compter sur elle4 ,je conserve ce nom de raison cette apparence de jugement que chacun se forme en lui-mme et qui sur un mme sujet peut affecter cent apprciations contraires les unes aux autres1 instrument fait de plomb et de cire1 qui peut s'tirer1 se ployer1 s'accommoder toutes les circonstances1 tous les compromis1 avec lequel il n'y a plus qu' possder l'habilet ncessaire pour lui faire pouser tous les contours qu'il doit prendre4 ,en quelque bonne rsolution que soit un juge1 s'il ne se surveille de prs1 ce quoi peu de gens s'amusent1 il peut tre sollicit la bienveillance s'il s'agit d'un ami1 d'un parent1 d'une beaut1 comme aussi tre hant par une ide de vengeance4 ,sans mme aller jusque-l1 cette simple tendance instinctive qui1 en dehors de toute prmditation1 nous porte favoriser une chose plutt qu'une autre et fait que1 sans consulter la raison1 nous prononons entre deux sujets se prsentant dans les mmes conditions1 ou quelque autre impulsion aussi peu saisissable1 peuvent agir son insu sur son jugement et le disposer favorablement ou dfavorablement dans une cause donne1 et faire pencher la balance d'un ct plutt que d'un autre4 ,moi1 qui m'pie de trs prs1 qui ai sans cesse les yeux sur moi1 comme quelqu'un qui n'a pas fort faire ailleurs3 qui ne me soucie nullement de savoir quel roi fait tout trembler sous l',ourse glace1 ou de quoi s'alarme ,tiridate 7,horace71 peine si j'oserais dire le peu de fond et la faiblesse que je constate en moi2 j'ai le pied si peu sr et si peu d'aplomb1 je le trouve si ais faiblir1 si prt chanceler et ma vue est si drgle1 qu' jeun1 je me sens tout autre qu'aprs avoir mang2 si je suis satisfait de ma sant1 que le temps soit beau1 me voil un homme aimable2 si j'ai un cor qui me blesse l'orteil1 je suis maussade1 dplaisant1 inabordable2 un cheval dont l'allure ne varie pas1 me fait l'effet d'tre tantt dur1 tantt doux2 le mme chemin qui cette heure me parat court1 une autre fois me semblera long2 suivant le moment1 la forme d'un objet me sera plus ou moins agrable2 maintenant je suis en disposition d'entreprendre quoi que ce soit1 un autre moment de ne rien faire2 ce qui cette heure me fait plaisir1 me sera quelquefois un sujet de contrarit4 ,mille agitations inopportunes et accidentelles se produisent en moi3 ou je suis en proie la mlancolie1 ou c'est la colre qui me tient2 de sa propre autorit c'est1 cette heure1 le chagrin qui m'envahit2 dans un instant1 l'allgresse l'emportera4 ,quand je prends des livres1 certains passages que je reconnais excellents me frappent par leur charme2 qu'une autre fois ces mmes ouvrages me retombent sous la main1 j'aurai beau les tourner1 les retourner1 les feuilleter1 les fouiller1 rien de ce qu'ils renferment ne me revient l'ide1 tout m'y semble informe4 ,dans mes propres crits je ne retrouve pas toujours ma pense premire1 je ne sais plus ce que j'ai voulu exprimer et souvent je m'vertue les corriger1 en modifier le sens1 parce que la signification primitive qui valait mieux que celle que j'y substitue1 m'chappe4 ,je ne fais qu'aller et venir1 mon jugement ne va pas toujours droit de l'avant1 il flotte1 allant et l1 comme une frle barque surprise en pleine mer par un vent furieux 7,catulle74 ,maintes fois1 ce que je fais volontiers1 me donnant pour tche1 tant pour m'exercer que pour m'amuser1 de soutenir une opinion contraire la mienne1 mon esprit s'y appliquant1 envisage si bien cet autre ct de la question1 je m'y absorbe tellement1 que je ne trouve plus les raisons qui me faisaient tre de l'avis que j'avais en premier lieu et que je l'abandonne4 ,je m'entrane1 pour ainsi dire1 du ct vers lequel je penche1 et1 quel qu'il soit1 mon poids m'emporte de ce ct4 ,ceux qui parlent en public1 par exemple1 n'arrivent-ils pas subir eux-mmes l'effet de leur propre parole4--,chacun pourrait presque en dire autant de lui-mme1 s'il s'tudiait comme je le fais2 ceux qui parlent en public1 savent fort bien que l'motion qui leur vient en parlant les porte croire que ce qu'ils disent est vrai4 ,lorsque nous sommes en colre1 nous nous appliquons davantage dfendre notre ide2 nous l'incarnons en nous1 nous l'embrassons avec plus de vhmence et nous la tenons pour meilleure que nous ne le faisons quand nous sommes calmes et de sang-froid4--,vous exposez simplement une affaire un avocat1 il vous rpond en hsitant et sans conviction2 vous sentez qu'il lui est indiffrent de se mettre soutenir l'un ou l'autre parti4 ,l'avez-vous bien pay pour se ranger votre cause et se passionner pour elle2 commence-t-il s'y intresser2 sa volont vient-elle s'y chauffer8 sa raison et sa science s'y chauffent en mme temps1 et voil qu'une vrit apparente1 qui ne fait plus doute pour lui1 se prsente son esprit2 il voit l'affaire sous un jour tout diffrent2 il y croit de bonne foi et se persuade que c'est ainsi4 ,je ne sais mme pas si l'ardeur qui nat du dpit et de l'obstination que l'on prouve en face du sentiment et de la violence que tmoigne le magistrat qui poursuit1 la surexcitation cause par le danger qui menace1 ou encore le dsir d'acqurir de la renomme1 n'ont pas t jusqu' amener tel homme que je pourrais nommer1 monter sur le bcher pour soutenir son opinion1 pour laquelle1 libre et au milieu de ses amis1 il n'et pas voulu s'exposer avoir le bout du doigt chaud4 ,les passions auxquelles l'me est en proie n'ont pas une action moindre4--,les secousses et les branlements que notre me reoit du fait des passions auxquelles le corps est en proie1 ont beaucoup d'action sur elle2 elle en prouve plus encore par ses propres passions1 avec lesquelles elle est si fortement aux prises1 qu'on peut presque avancer que ses mouvements et son allure dpendent exclusivement des vents qui s'lvent en elle2 et que sans l'agitation qu'ils y produisent1 elle demeurerait inerte1 comme un navire en pleine mer quand le vent ne lui prte pas assistance4 ,celui qui1 l'exemple des ,pripatticiens1 soutiendrait cette thse1 ne nous causerait pas grand prjudice1 puisqu'il est connu que la plupart des belles actions de l'me procdent de nos passions et ont besoin de leur impulsion2 ne dit-on pas que la vaillance n'clate jamais mieux que sous l'influence de la colre3 ,ajax fut toujours brave1 mais il fut plus brave encore dans sa fureur 7,cicron74 ,n'est-ce pas quand on est courrouc que l'on court sus avec le plus de vigueur aux malfaiteurs et l'ennemi8 il y en a mme qui veulent que l'avocat s'applique mettre les juges en courroux pour en obtenir justice4 ,les plus grands hommes sont ceux qui prouvent les passions les plus fortes4--,le dsir immodr des grandes choses qui a t le mobile de ,thmistocle1 de ,dmosthne1 c'est lui qui a pouss les philosophes travailler1 voyager en pays lointains1 qui nous conduit l'honneur1 au savoir1 la sant1 toutes fins utiles4 ,cette lchet de l'me qui fait que nous supportons l'ennui et le dplaisir1 donne moyen notre conscience de faire pnitence et de se repentir1 et aussi d'tre rsigne aux flaux que ,dieu nous envoie pour notre chtiment et ceux rsultant d'une politique corrompue4 ,la compassion dispose la clmence2 la prudence que nous apportons veiller notre conservation et nous diriger1 est veille en nous par la crainte2 combien de belles actions sont dues l'ambition8 combien la haute opinion que nous avons de nous-mmes8 enfin1 il n'est pas de vertu tant soit peu leve et provoquant l'admiration1 sans quelque agitation dsordonne de notre me4--,ne serait-ce pas l l'une des raisons qui auraient port les picuriens dcharger ,dieu de tout soin1 de toute sollicitude pour nos affaires8 d'autant que les effets mmes de sa bont ne peuvent s'exercer sur nous1 sans troubler le repos de notre me par la mise en mouvement de nos passions qui sont comme des piqres1 des stimulants qui l'incitent aux actions vertueuses2 ou bien ces philosophes ont-ils pens autrement et considr les passions comme des temptes qui une fois dchanes1 dbauchent honteusement l'me de sa quitude8 ,de mme que l'on juge de la tranquillit de la mer quand aucun souffle n'agite sa surface1 ainsi on peut s'assurer que l'me est tranquille lorsque nulle passion ne peut l'mouvoir 7,cicron74 ,quelle confiance1 par suite1 avoir en notre jugement1 qui1 plus il est exalt1 plus il semble participer en quelque sorte aux secrets des dieux4--,quelles diffrences de sens et de raison nous prsentent nos passions en leur diversit1 et que d'ides dissemblables en rsultent8 ,quelle assurance nous offre une chose si instable1 si mobile1 o le trouble rgne en matre1 qui ne marche jamais qu' une allure impose et qui n'est pas la sienne8 ,si notre jugement est dpendant mme de la maladie1 des perturbations que notre tre prouve2 s'il faut qu'il soit en proie la folie1 la tmrit pour tre impressionn1 quelle sret pouvons-nous attendre de lui8 ,n'est-ce pas bien hardi la philosophie d'assurer que les hommes ne produisent leurs plus grands effets1 ceux qui les rapprochent le plus de la divinit1 que lorsqu'ils sont hors d'eux1 furieux1 insenss8 ,nous nous amliorons par la perte de notre raison et quand elle est assoupie2 les deux voies naturelles pour pntrer dans le cabinet des dieux et y surprendre le cours des destines sont la fureur et le sommeil2 il est en vrit plaisant de le constater6 ,c'est par le dsarroi que les passions occasionnent notre raison1 que nous devenons vertueux2 c'est par son anantissement caus par la fureur ou l'image de la mort que nous devenons prophtes et devins6--,jamais je n'aurai t davantage port le croire3 cdant une inspiration irrsistible de la vrit sainte1 l'esprit philosophique est dans l'obligation de reconnatre1 l'encontre de ce qu'il soutenait1 que la tranquillit1 le calme1 la sant qu'il s'applique faire acqurir l'me1 ne constituent pas pour elle son meilleur tat2 veills1 nous sommes plus endormis que si nous dormions2 notre sagesse est moins sage que la folie2 nos songes valent mieux que nos raisonnements2 la pire des places que nous pouvons occuper1 c'est en nous-mmes4 ,mais d'autre part1 la philosophie ne pense-t-elle pas que nous pouvons nous aviser de remarquer que la voix qui rend l'esprit1 quand il est spar du corps1 si clairvoyant1 si grand1 si parfait1 tandis qu'il est si terrestre1 si ignorant1 si plong dans les tnbres lorsqu'il est incarn1 n'est pas une voix qui part de l'esprit qui est en l'homme terrestre1 ignorant1 priv de lumire1 et que par suite nous ne pouvons ni nous y fier1 ni y croire8 ,peut-on notamment disconvenir que sous l'influence de l'amour nous pensons1 nous agissons tout autrement que lorsque nous sommes au calme2 sommes-nous plus dans la vrit dans un cas que dans l'autre8--,me trouvant tre d'un temprament mou et lourd1 je n'ai pas grande exprience de ces violentes agitations qui1 pour la plupart1 s'emparent subitement de notre me1 sans lui donner le loisir de se reconnatre2 mais cette passion qui1 dit-on1 se produit1 du fait de l'oisivet1 au cur des jeunes gens1 bien que ne s'y dveloppant qu'avec le temps et pas lents1 donne bien nettement ide ceux qui ont cherch s'opposer son progrs1 de la force du changement et de l'altration que notre jugement en prouve4 ,je me suis efforc autrefois de la contenir et de la combattre en moi1 car il s'en faut que je sois de ceux qui se complaisent dans le vice1 je n'y cde que lorsqu'il m'entrane4 ,je sentais cette passion natre1 se dvelopper et s'panouir en dpit de ma rsistance1 s'emparer de moi et me possder1 bien que je la visse me gagnant et que je fusse bien vivant4 ,l'effet se produisait la faon dont agit l'ivresse3 l'aspect des choses commenait devenir autre que de coutume2 je voyais bien videmment grossir et crotre les avantages de ce que j'allais dsirant1 je les sentais s'agrandir et s'enfler sous le souffle de mon imagination2 les difficults de l'entreprise s'aplanir et devenir plus aises surmonter2 ma raison et ma conscience cder2 puis1 ce feu teint1 aussitt1 avec la soudainet de la lueur de l'clair1 mon me avoir d'autres vises1 son tat se modifier1 mon jugement devenir autre2 les difficults de revenir en arrire sembler grandir et tre invincibles et les mmes choses avoir tout autre got et m'apparatre sous un jour bien diffrent de celui sous lequel la chaleur du dsir me les avait tout d'abord prsentes4 ,lequel de ces deux tats tait le plus conforme la vrit8 ,pyrrhon dclare n'en rien savoir4 ,nous ne sommes jamais compltement exempts de maladie2 le feu de la fivre alterne avec ses frissons2 des effets d'une passion ardente nous retombons dans ceux d'une passion quelque peu froide2 autant je m'tais jet en avant1 autant je me rejetais ensuite en arrire3 ,ainsi la mer1 dans son double mouvement1 tantt se prcipite vers la cte1 couvre le rocher d'cume et se rpand au loin sur le rivage2 tantt revenant sur elle-mme et entranant dans son reflux les cailloux qu'elle avait apports1 elle fuit1 et abaissant ses eaux1 laisse la plage dcouvert 7,virgile74 ,de tout cela il rsulte qu'il ne faut pas nous laisser aller aisment aux opinions nouvelles4--,connaissant la mobilit de mon jugement1 j'ai ragi1 et1 par exception1 suis arriv une certaine constance d'opinions1 conservant peu prs intactes celles qu'au dbut je m'tais naturellement faites2 car1 quelle que soit l'apparence de vrit que peuvent prendre les nouveauts1 je ne change gure de peur de perdre au change2 incapable de choisir moi-mme1 je m'en rapporte au choix d'autrui et m'en tiens aux conditions dans lesquelles ,dieu m'a plac1 faute de quoi je ne saurais m'empcher de rouler sans cesse4 ,c'est ainsi que par la grce de ,dieu1 j'ai conserv entires1 sans agitation ni trouble de conscience1 les anciennes croyances de notre religion1 en dpit de tant de sectes et de divisions qui se sont produites en notre sicle4--,les ouvrages anciens1 je parle des bons ouvrages1 qui sont srieux et ont du fond1 m'attirent et agissent sur moi au plus haut point2 celui que j'ai sous les yeux1 est toujours celui qui m'impressionne le plus2 je trouve que chacun1 tour de rle1 est dans le vrai1 alors mme que les thses qui s'y trouvent dveloppes sont opposes4 ,cette facilit qu'ont les bons auteurs rendre vraisemblable tout ce qu'ils prsentent1 et il n'est rien de si trange qu'ils n'entreprennent de peindre sous des couleurs qui trompent aisment une simplicit gale la mienne1 montre d'une faon vidente la faiblesse des preuves qu'ils produisent4 ,le ciel et les toiles ont t1 pendant trois mille ans1 considrs comme se mouvant2 tout le monde y a cru jusqu' ce que ,clanthe de ,samos ou1 d'aprs ,thophraste1 ,nictas de ,syracuse s'avisa de soutenir que c'tait la terre qui1 tournant sur son axe1 se mouvait suivant le cercle oblique du ,zodiaque2 et1 de notre temps1 ,copernic a si bien tabli ce principe1 qu'il s'en sert pour en dduire trs rgulirement toutes les consquences astronomiques4 ,qu'en conclure1 sinon que nous n'avons pas nous proccuper de savoir lequel de ces deux systmes est le vrai8 ,qui sait si1 d'ici mille ans1 un troisime ne les renversera pas tous deux8 ,ainsi le temps change la valeur des choses2 l'objet qui tait en faveur1 tombe dans le discrdit1 tandis que celui qui tait mpris1 est estim son tour2 on le dsire chaque jour davantage1 il est admir et se place au premier rang dans l'opinion des hommes 7,lucrce74 ,quelles garanties particulires de stabilit nous prsentent-elles en effet pour l'avenir8--,nous avons donc1 quand s'offre nous une doctrine nouvelle1 tout lieu de nous en dfier et de considrer qu'avant qu'elle se soit produite1 la doctrine contraire prvalait2 et de mme que celle-ci a t renverse par celle-l1 il en natra peut-tre1 dans l'avenir1 une troisime qui se substituera pareillement la seconde4 ,avant que les principes poss par ,aristote aient obtenu crdit1 d'autres existaient qui donnaient satisfaction la raison humaine1 comme font ceux-ci l'heure actuelle4 ,quelles lettres de recommandation ont ces derniers8 quel privilge particulier les garantit que le cours de nos inventions s'arrtera eux1 et qu' tout jamais1 dans l'avenir1 notre croyance leur est acquise8 ils ne sont pas plus l'abri d'tre rejets1 que ne l'taient ceux qui les ont prcds4--,quand on me presse par un argument nouveau1 je me prends penser que ce que je ne suis pas parvenu rsoudre1 un autre le rsoudra2 mais qu'ajouter foi toutes les apparences dont nous ne pouvons nous dfendre1 est une grande simplicit2 cela amnerait le commun des mortels1 et nous en sommes tous1 avoir sa foi virant de tous cts comme une girouette1 parce que l'me mallable et plastique recevrait impressions sur impressions1 la dernire effaant toujours l'empreinte de la prcdente4 ,celui qui se trouve faible en prsence des doctrines nouvelles1 doit rpondre1 comme il est d'usage courant1 qu'il en rfrera son conseil1 ou s'en rapporter aux plus sages d'entre ceux qui ont prsid son ducation4--,combien y a-t-il de temps que la mdecine existe8 ,on dit cependant qu'un novateur1 du nom de ,paracelse1 en modifie et en renverse toutes les rgles anciennes1 et soutient que jusqu' ce jour elles n'ont servi qu' tuer les gens4 ,je crois qu'il arrivera aisment prouver son dire2 mais lui confier mon existence pour qu'il la fasse servir attester la supriorit de ses mthodes nouvelles1 j'estime que ce serait une grande sottise4 ,il ne faut pas avoir confiance en chacun1 dit une maxime1 parce que chacun est mme de dire n'importe quoi4--,un homme ainsi port innover et rformer dans ce qui est du domaine des lois physiques1 me disait1 il n'y a pas longtemps1 que les anciens s'taient manifestement tromps sur la nature et les effets des vents1 ce qu'il me ferait toucher du doigt et dont il me dmontrerait l'vidence1 si je voulais l'couter4 ,aprs m'tre prt patiemment1 pendant quelque temps1 l'entendre me dvelopper ses arguments qui paraissaient trs admissibles3 ,comment donc1 lui dis-je1 ceux qui naviguaient en appliquant les principes de ,thophraste1 parvenaient-ils aller vers l',occident1 quand le vent soufflait vers l',orient8 allaient-ils de ct ou reculons8 ,affaire de hasard1 me rpondit-il2 ce qu'il y a de certain1 c'est qu'ils taient dans l'erreur4 ,pour lors1 rpliquai-je1 je prfre m'en rapporter aux effets plutt qu'au raisonnement4 ,or ce sont l deux choses qui se contredisent souvent3 on m'a dit qu'en gomtrie 7science qui1 entre toutes1 prtend tre arrive au plus haut degr de certitude1 il y a des dmonstrations incontestables qui bouleversent tout ce que l'exprience indique comme vrai4 ,c'est ainsi que ,jacques ,peletier me disait1 chez moi1 avoir dcouvert deux lignes s'acheminant lune vers l'autre en se rapprochant sans cesse1 qu'il dmontrait ne pouvoir1 malgr cela1 jamais se joindre alors mme qu'elles se prolongeraient l'infini4 ,en toutes choses1 les ,pyrrhoniens emploient uniquement leurs arguments et leur raisonnement combattre les apparences sous lesquelles elles se prsentent1 et c'est merveille jusqu'o la souplesse de notre raison se plie ce parti pris de lutter contre l'vidence2 ils dmontrent que nous ne nous mouvons pas1 ne parlons pas1 que la pesanteur ou la chaleur n'existent pas2 et cela1 avec une telle vigueur d'argumentation qu'ils nous persuadent tre vraies les choses les plus invraisemblables4--,ptolme1 qui a t un personnage marquant1 avait dtermin les limites de notre monde2 tous les philosophes anciens ont pens ne rien ignorer sur ce point de ce qui existait1 sauf quelques les lointaines qui pouvaient avoir chapp leur connaissance2 et1 il y a mille ans1 c'et t raisonner la manire de ,pyrrhon1 que de rvoquer en doute ce qu'enseignait alors la cosmographie et les ides que chacun en avait2 avouer l'existence des antipodes tait une hrsie4 ,et voil qu'en ce sicle1 on vient de dcouvrir un continent d'une tendue infinie2 non une le1 non une contre d'tendue restreinte1 mais une portion de la terre peu prs gale en superficie celle que nous connaissions4 ,les gographes de notre temps ne manquent pas d'affirmer qu'actuellement tout est dcouvert1 que tout est connu3 car on se plat dans ce qu'on a1 et cela parat suprieur tout le reste 7,lucrce74 ,je me demande si1 alors que ,ptolme s'est tromp jadis sur ce qui constituait le point de dpart de ses raisonnements1 ce ne serait pas sottise de me fier aujourd'hui aux ides que ses successeurs mettent1 et s'il n'est pas plus vraisemblable que ce grand corps1 que nous appelons le ,monde1 soit bien autre que ce que nous en jugeons4 ,tout ne change-t-il pas continuellement en ce monde1 et combien incertaines sont les donnes que nous avons sur ses origines4--,platon dit que la physionomie s'en modifie de toutes faons2 que le ciel1 les toiles1 le soleil changent parfois du tout au tout le mouvement que nous leur voyons accomplir1 l'orient devenant l'occident4 ,les prtres d'gypte ont racont ,hrodote que1 depuis leur premier roi1 il y avait de cela onze mille et tant d'annes 7et ils lui montraient les effigies de tous leurs rois1 en statues faites de leur vivant71 l'orbite dcrite par le soleil avait vari quatre fois2 que la mer et la terre se transforment alternativement de l'une en l'autre2 que la naissance du monde est indtermine1 ce qui est galement dit par ,aristote et par ,cicron4 ,c'est aussi l'opinion d'un de nos savants qui1 s'appuyant des tmoignages de ,salomon et d',isae1 prsente le monde comme tant de toute ternit1 sujet la mort1 mais renaissant aprs transformations2 ce qui pare cette objection que ,dieu crateur a t quelquefois sans cratures1 que parfois il est demeur oisif1 puis sorti de son oisivet pour remanier son uvre1 et que par consquent lui-mme est sujet changer4--,dans la plus fameuse cole de la ,grce1 le monde est considr comme un dieu1 cr par un autre dieu plus puissant4 ,il est compos d'un corps et d'une me2 celle-ci en occupe le centre1 d'o elle s'pand vers la circonfrence d'aprs les mmes rgles que celles qui prsident aux accords musicaux2 il jouit de tous les apanages de la divinit1 est trs heureux1 trs grand1 trs sage1 ternel3 en lui sont d'autres dieux3 la terre1 la mer1 les astres qui s'entretiennent dans une harmonieuse et perptuelle agitation1 sorte de danse divine1 tantt se rencontrant1 tantt s'loignant1 se cachant1 se montrant1 changeant l'ordre dans lequel ils errent1 se trouvant parfois en avant les uns des autres1 parfois en arrire4--,hraclite tenait le monde pour un foyer incandescent1 appel par l'ordre du destin s'enflammer et se consumer un jour1 pour encore renatre un autre jour4--,quant aux hommes1ils sont1 dit ,apule1 mortels comme individus1 immortels comme espce4--,alexandre crivait sa mre le rcit d'un prtre gyptien1 tir des monuments de cette nation1 qui tmoignait de son antiquit1 laquelle se perd dans l'infini1 et relatait l'origine authentique et le dveloppement des autres pays4--,cicron et ,diodore disent que1 de leur temps1 les ,chaldens avaient des chartes remontant quatre cent mille et tant d'annes4--,aristote1 ,pline et autres1 que ,zoroastre vivait six mille ans avant la venue de ,platon4--,ce dernier rapporte que les habitants de ,sas ont des archives remontant huit mille ans1 et que la construction d',athnes est antrieure de mille ans celle de ,sas4--picure estime que ce que nous constatons exister sur cette terre se retrouve1 en tout pareil et de mme faon1 dans plusieurs autres mondes2 cette assertion il l'et mise avec plus d'assurance encore1 s'il et vu les exemples si tranges de ressemblance et de conformit que prsente le nouveau monde des ,indes occidentales avec le ntre tel qu'il est actuellement et tel qu'il a t4 ,dans le nouveau monde n'a-t-on pas trouv1 ayant cours1 des pratiques et des traditions qui existent ou ont exist dans le monde ancien6--,en vrit1 en considrant ce que nous savons des diverses pratiques qui ont cours sur cette terre1 j'ai t souvent merveill de voir qu'en des temps et des lieux trs loigns1 il se soit rencontr en si grand nombre des opinions populaires extraordinaires1 des murs et des croyances sauvages se ressemblant sans que1 par aucun lien1 elles paraissent issues de notre raison l'tat naturel4 ,l'esprit humain accomplit vraiment de grands miracles1 mais cette corrlation a encore je ne sais quoi de plus bizarre par la similitude de certains noms et de mille autres choses2 car1 dans ce nouveau monde1 on a trouv des nations qui jamais1 que nous sachions1 n'avaient entendu parler de nous1 et chez lesquelles la circoncision se pratique2 il y en avait o le gouvernement et l'administration taient entre les mains des femmes1 sans que les hommes y aient part2 o nos jenes et notre carme taient observs1 et en plus1 l'abstinence de femmes4--,on en trouva o la croix tait un symbole dont il tait fait usage de diverses faons3 ici1 on en honorait les spultures2 l1 elle s'employait1 et en particulier la croix de ,s4 ,andr1 pour se protger contre les visions nocturnes et on les mettait sur les lits des enfants pour les garantir des enchantements2 ailleurs1 il en a t rencontr une en bois et de grande hauteur1 adore comme dieu de la pluie1 cette dernire se trouvait bien avant dans la terre ferme4--,on y a relev des pratiques pnitentiaires exactement semblables aux ntres1 l'usage des mitres1 le clibat ecclsiastique1 l'art de deviner l'avenir par l'examen des entrailles des animaux offerts en sacrifice2 l'abstinence1 comme nourriture de chair et de poisson de toute espce2 l'emploi par les prtres1 lorsqu'ils officient1 d'une langue spciale l'exclusion de la langue vulgaire4--,on y a trouv aussi l'ide d'un premier dieu chass par un second1 son frre pun2 celle que les hommes ont t crs jouissant de toutes les commodits imaginables1 dont ils ont depuis t privs pour avoir pch2 qu'ils ont t chasss du territoire qu'ils occupaient et que leur condition premire a empir4--,qu'autrefois ils ont t submergs par une inondation cause par les eaux du ciel2 seules1 quelques familles chapprent en gagnant les sommets des montagnes et s'y jetant dans des cavernes1 s'y renfermant avec des animaux de diverses espces et bouchant les ouvertures pour empcher l'eau d'y pntrer4 ,quand ils sentirent que la pluie avait cess1 ils firent sortir de leur abri des chiens1 qui revinrent propres et tout mouills1 d'o ils conclurent que le niveau de l'eau n'avait pas encore de beaucoup diminu2 un peu plus tard1 ils en lchrent d'autres qui revinrent couverts de boue3 ils sortirent alors eux-mmes pour repeupler le monde qu'ils trouvrent plein uniquement de serpents4--,chez certains1 existait la croyance du jugement dernier2 aussi taient-ils profondment offenss de ce que les ,espagnols1 fouillant les spultures pour en retirer les richesses qu'elles contenaient1 dispersaient les ossements que ces tombeaux renfermaient1 se disant que ces os1 ainsi jets tous vents1 ne pourraient que difficilement se joindre pour se reconstituer4--,le commerce s'y fait par voie d'change et pas autrement1 et il existe des foires et des marchs cet effet4 ,des nains et des personnes difformes y sont employs pour ajouter chez les princes aux plaisirs de la table4 ,la fauconnerie y est en usage dans la mesure o s'y prte l'espce des oiseaux du pays4 ,il y existe des impts abusifs4 ,l'art de cultiver les jardins d'agrment s'y pratique4 ,de mme les danses1 les tours de force et d'adresse des bateleurs1 la musique instrumentale1 les armoiries1 les jeux de paume1 de ds1 de hasard auxquels on se livre avec passion1 au point de mettre comme enjeu1 et sa libert et soi-mme4 ,la mdecine s'y exerce uniquement au moyen de charmes et d'enchantements4 ,l'criture se compose d'hiroglyphes4 ,on y retrouve la croyance d'un dieu venu autrefois sur la terre o il a vcu dans une parfaite virginit1 jenant1 faisant pnitence1 prchant la loi naturelle et l'observance des crmonies du culte1 et qui a disparu d'ici-bas sans avoir subi la mort qui nous atteint tous4 ,on croit aux gants4 ,il est fait usage de boissons susceptibles de causer l'ivresse et on en boit jusqu' en perdre la raison4 ,il y est fait emploi d'ornements religieux portant l'image d'ossements et de ttes de mort1 de surplis1 d'eau bnite1 d'aspersions4 ,femmes et serviteurs rivalisent qui mieux mieux pour tre brls ou enterrs avec le mari ou le matre qui vient de trpasser4 ,le fils an hrite de tout ce que possde le pre2 les puns n'ont rien1 sauf l'obligation d'obir4 ,il est dans les coutumes que1 lorsqu'il est pourvu certains offices de tout premier ordre1 celui qui y est lev quitte son nom et en prend un nouveau4 ,aux enfants nouveau-ns1 on verse de la chaux sur le genou1 en leur disant3 ,tu viens de la poussire1 tu retourneras en poussire4 ,l'art des augures s'y exerce4--,ces vains simulacres de notre religion qui apparaissent dans certains de ces exemples1 tmoignent de sa dignit et de sa divinit4 ,non seulement elle a pntr chez les nations infidles de notre hmisphre qui l'ont plus ou moins imite1 mais encore chez ces barbares1 comme par une inspiration surnaturelle qui la fait s'tendre sur le monde entier4 ,on y trouve mme la croyance au purgatoire1 mais sous une forme nouvelle3 ce que nous livrons au feu1 est livr au froid1 et ces peuples s'imaginent que les mes sont punies et purifies en ayant subir les rigueurs d'un froid excessif4 ,ceci me remet en mmoire une autre divergence dans les ides1 assez plaisante3 tandis que des peuplades aiment avoir dgage l'extrmit du gland du membre viril1 et enlvent cet effet la peau qui l'entoure1 comme font les ,mahomtans et les ,juifs2 d'autres1 au contraire1 se font un si grand cas de conscience d'en agir autrement1 qu' l'aide de tout petits cordons fixs cette peau1 ils l'tirent avec grand soin1 de manire ce qu'elle recouvre cette extrmit de peur qu'elle ne voie l'air4--,une autre divergence existe dans la manire d'honorer les rois et de se montrer dans les ftes4 ,en pareille circonstance1 nous nous parons de nos vtements les plus convenables2 dans quelques pays1 pour tmoigner au roi de sa supriorit et de leur soumission1 ses sujets se prsentent lui avec les effets les plus minables qu'ils possdent1 et1 pour entrer au palais1 ils mettent quelque vieille robe dchire par-dessus la bonne dont ils sont revtus de telle sorte que la personnalit du matre1 brillant de tout son clat1 ressorte davantage et produise seule de l'effet4--,mais poursuivons4 ,malgr ces ressemblances qu'on relve en des lieux si loigns les uns des autres1 il est certain que l'esprit des hommes varie suivant les climats et les sicles4--,si la nature enserre1 comme elle le fait de toutes autres choses1 dans les rgles de sa marche ordinaire1 les croyances1 les jugements et les opinions des hommes2 si leurs volutions sont dtermines1 s'ils ont leur saison1 s'ils naissent1 s'ils meurent comme il en est des choux2 si le ciel les agite et les balaie sa fantaisie1 quelle autorit srieuse et assure leur attribuerons-nous8 ,si l'exprience nous fait toucher du doigt que l'organisation de notre tre relve de l'air1 du climat1 du terroir o nous naissons2 que non seulement notre teint1 notre taille1 notre complexion1 nos moyens physiques en dpendent1 mais encore les facults de notre me1 le climat ne contribue pas seulement la vigueur du corps1 mais aussi celle de l'esprit1 dit ,vgce1 au point que ce soit intentionnellement que la desse qui a fond ,athnes ait fait choix1 pour la btir1 d'un climat tel que les hommes y deviennent plus particulirement prudents1 comme l'apprirent ,solon les prtres d'gypte3 ,l'air d',athnes est lger1 ce qui donne aux ,athniens plus de finesse2 celui de ,thbes est lourd1 aussi les ,thbains ont-ils plus de vigueur que d'esprit 7,cicron71 ds lors1 de mme que les fruits prsentent en naissant des varits1 les animaux et les hommes naissent eux aussi plus ou moins belliqueux1 justes1 temprants1 dociles2 ici ils sont enclins au vin1 ailleurs au vol et au libertinage2 ici ils ont de la propension la superstition1 ailleurs l'incrdulit2 ici pour la libert1 l pour la servitude2 ils sont savants ou artistes1 grossiers ou spirituels1 obissants ou rebelles1 bons ou mauvais1 suivant que le lieu o ils vivent les y porte2 si on les transplante1 leurs penchants se modifient comme il arrive des arbres4 ,c'est pour ce motif que ,cyrus ne voulut pas autoriser les ,perses quitter leur pays pre et montagneux pour migrer dans un autre doux et plat1 disant que les terres grasses et faciles travailler font des hommes sans nergie1 que celles qui sont fertiles engendrent des esprits qui ne le sont pas4 ,quand nous voyons1 sous quelque influence cleste1 fleurir tantt un art1 tantt un autre2 une croyance se substituer une autre1 tel sicle produire tels tempraments et disposer l'humanit prendre tel ou tel pli2 l'esprit humain tre tantt vigoureux1 tantt tiol comme il advient de nos champs1 que deviennent donc ces belles prrogatives dont nous nous flattons8 ,puisqu'un sage peut prouver des mcomptes1 cent hommes1 des nations entires peuvent en prouver2 et1 de fait1 mon sens1 le genre humain tout entier se trompe depuis des sicles1 soit sur ceci1 soit sur cela2 quelles assurances avons-nous que1 parfois1 il cesse de se tromper et que1 dans le sicle actuel1 il ne soit pas dans l'erreur8 ,incapables de discerner ce qui leur conviendrait1 souvent les hommes demandent au ciel des biens qui sont pour eux une source de malheurs4--,entre autres tmoignages de notre faiblesse d'esprit1 il semble que celui-ci ne mrite pas d'tre omis3 ,mme dans ce qu'il dsire1 l'homme ne sait pas discerner ce qu'il lui faut4 ,ce n'est pas seulement quand nous avons la jouissance des choses1 que nous sommes en dsaccord sur ce qui nous est ncessaire pour que nous soyons satisfaits2 c'est aussi quand notre imagination seule est en travail et que nous n'avons qu' souhaiter4 ,laissons notre pense tailler et coudre comme il lui plaira1 elle n'arrivera seulement pas dsirer ce qui lui convient1 non plus qu' 99 se satisfaire3 ,la raison sait-elle ce qu'elle doit craindre ou dsirer8 ,quand jamais a-t-on conu quoi que ce soit dont on n'ait pas eu se repentir plus tard1 au cas mme o les faits ont rpondu ce qu'on en attendait 7,juvnal78 ,c'est ce qui faisait que ,socrate ne demandait aux dieux de lui donner que ce qu'ils savaient lui tre salutaire2 et que la prire des ,lacdmoniens1 tant publique que prive1 portait simplement de leur octroyer ce qui tait bon et beau1 s'en remettant leur puissance suprme du choix et des liminations faire3 ,nous demandons une pouse et nous voulons des enfants2 mais il n'y a que ,dieu qui sache quels seront ces enfants et quelle sera cette pouse 7,juvnal74 ,dans ses supplications le chrtien dit ,dieu3,que votre volont soit faite1 il vite de la sorte la msaventure que les potes prtent au roi ,midas4 ,midas avait demand aux dieux que tout ce qu'il toucherait se convertt en or2 sa prire fut exauce3 son vin devint or1 son pain fut or1 de mme la plume de son lit et aussi sa chemise et ses vtements1 si bien qu'il se trouva accabl par la satisfaction donne son dsir et que le cadeau qui lui fut fait1 devint pour lui d'une insupportable commodit2 il lui fallut prier nouveau pour obtenir que ses prires cessassent d'tre exauces3 tonn d'un mal si nouveau1 riche et indigent tout la fois1 il et voulu fuir ses richesses et prenait en horreur l'objet de ses vux 7,ovide74--,moi-mme1 dans ma jeunesse1 j'ai demand la fortune1 entre autres faveurs1 d'obtenir l'ordre de ,saint-,michel2 c'tait alors la plus insigne marque d'honneur de la noblesse franaise et elle tait trs rarement concde4 ,la fortune me l'a accorde1 mais dans des conditions plaisantes3 au lieu de faire que je me distingue et m'lve au-dessus de mon milieu pour y atteindre1 elle m'a bien plus gracieusement trait2 elle a raval cet ordre et l'a abaiss jusqu' moi1 et mme plus bas4--,cleobis et ,biton1 ,trophonius et ,agamde ayant demand1 les premiers leur desse1 les seconds leur dieu1 une rcompense digne de leur pit1 reurent la mort en cadeau1 tant ce que pensent les puissances clestes sur ce qui nous convient1 diffre de ce que nous en pensons nous-mmes6 ,dieu pourrait nous octroyer la richesse1 les honneurs1 la vie et mme la sant1 et cela nous tre parfois prjudiciable1 car tout ce qui nous plat ne nous est pas toujours salutaire4 ,si au lieu de nous gurir1 il nous envoie la mort ou une aggravation de nos maux3 ,ta verge et ton bton m'ont consol 7,psalmiste71 il agit ainsi1 parce que c'est ce que1 en sa sagesse1 lui dicte sa prvoyance qui sait ce qu'il nous faut1 bien plus exactement que nous ne pouvons le savoir2 et nous devons le prendre en bonne part1 comme nous venant d'une main trs sage et qui ne veut que notre bien3 ,si tu veux un bon conseil1 abandonne aux dieux le soin de ce qui te convient et de ce qui t'est utile2 l'homme leur est plus cher qu'il ne l'est lui-mme 7,juvnal74 ,leur demander des honneurs1 des charges1 c'est leur demander qu'ils vous jettent dans la mle d'une bataille1 ou vous fassent prendre part une partie de ds ou toute autre chose dont l'issue vous est inconnue et le succs douteux4 ,dans l'impossibilit o ils sont de discerner ce en quoi consiste le souverain bien1 il semble que le calme absolu de l'esprit ne dcidant sur rien1 considr comme tel par les ,pyrrhoniens1 est ce qui en approche le plus4--,il n'y a pas de sujet donnant lieu controverses plus violentes et plus acharnes de la part des philosophes1 que celui portant sur ce en quoi consiste pour l'homme le souverain bien4 ,varron compte que deux cent quatre-vingt-huit 99 sectes ont pris naissance sur cette question4 ,or1 ds que l'on ne s'accorde pas sur ce qu'est le souverain bien1 on diffre d'opinion sur toute la philosophie 7,cicron74 ,il me semble voir trois convives de gots diffrents2 que leur donner8 que ne pas leur donner8 ,tu prives l'un de ce qu'il aime et ce que tu offres aux deux autres leur dplat 7,horace72 c'est la rponse que devrait faire la nature leurs contestations et leurs dbats4 ,les uns font consister notre bien-tre dans la vertu2 d'autres1 dans la volupt2 d'autres1 laisser faire la nature2 qui1 dans la science2 qui1 ne pas souffrir2 qui1 ne pas se laisser aller aux apparences4 ,a cette dernire manire de voir1 se rattache cette autre mise aux temps anciens par ,pythagore3 ,ne rien admirer1 ,numicius1 est presque le seul moyen de faire et d'assurer son bonheur 7,horace71 ce qui est le but auquel tend la secte de ,pyrrhon4 ,aristote qualifie de magnanimit de n'avoir d'admiration pour rien2 et ,archsilas disait que le bien1 c'est avoir un jugement droit et inflexible1 joint tout ce qui contribue le maintenir tel1 et que le vice et le mal rsultent des concessions et des applications que nous en faisons4 ,il est vrai qu'en donnant ces propositions comme axiomes ne faisant pas doute1 ,archsilas se dpartait du procd habituel des ,pyrrhoniens4 ,quand ceux-ci disent que le souverain bien1 c'est l'ataraxie1 c'est--dire le calme parfait1 l'immobilit du jugement1 ils n'entendent pas l'affirmer d'une faon absolue2 le mme tat d'esprit qui leur fait viter un prcipice1 se prserver de la fracheur du soir1 leur fait mettre cette ide du moment et en repousser une autre2 c'est l pour eux une affirmation sans consquence4 ,combien je souhaiterais que1 pendant ma vie1 quelqu'un1 ,juste ,lipse par exemple1 qui est l'homme le plus savant que nous ayons1 dont l'esprit est si cultiv et si judicieux1 cousin germain sous ce rapport de mon ,turnebus1 et la volont1 la sant et assez de loisirs pour colliger et classer par catgorie1 avec toute sincrit et en les recherchant autant qu'il nous est possible1 les opinions des philosophes anciens ayant trait notre tre et nos murs1 les controverses dont elles ont t l'objet1 le crdit dont chacune a joui et tout ce qui s'y rattache2 et aussi1 comment leurs auteurs et leurs disciples ont1 dans le cours de leur vie1 fait application de leurs prceptes dans les vnements mmorables et pouvant servir d'exemples2 quel bel et utile ouvrage ce serait6 ,en prenant la raison pour guide1 nos embarras ne diminuent pas1 car tout change autour de nous1 les lois plus encore que tout le reste4--,a quelle confusion n'aboutirons-nous pas1 si c'est en nous que nous cherchons la direction imprimer nos murs6 ,ce que nous conseille sur ce point la raison1 avec le plus d'apparence de vrit1 c'est gnralement que chacun observe les lois de son pays2 c'est l'avis de ,socrate inspir1 dit-il1 par la divinit2 et que veut-elle dire par l1 sinon que notre devoir n'a d'autre rgle que le hasard8 ,la vrit doit tre une et universelle2 si l'homme connaissait la droiture et la justice1 en avait des types rels1 pouvait se les reprsenter dans leur essence1 il ne les ferait pas consister dans l'observance de coutumes de telles ou telles contres2 ce ne serait ni d'aprs ce que l'on en conoit en ,perse1 ou dans les ,indes1 que la vertu prendrait forme4 ,il n'y a rien1 comme les lois1 qui soit plus sujet de continuelles variations4 ,depuis que je suis n1 j'ai vu trois ou quatre fois changer celles des ,anglais1 nos voisins1 et non seulement celles se rapportant la politique intrieure1 que l'on admet n'avoir aucune fixit1 mais celles affrentes au point le plus important qui puisse tre1 la religion2 j'en ai honte et dpit1 d'autant plus que notre rgion n'a pas t autrefois sans avoir des attaches avec cette nation et que1 dans ma famille1 il reste encore traces d'ancienne parent avec elle4 ,dans notre province1 ici mme1 j'ai vu tel acte constituant un crime capital1 devenir par la suite lgitime2 et actuellement1 attachs un parti1 nous sommes exposs1 selon les chances de la guerre1 devenir un jour criminels de lse-majest humaine et divine1 si1 le parti oppos venant triompher1 au bout de quelques annes1 les ides contraires prvalent et que notre justice verse dans l'injustice4 ,ce dieu de l'antiquit ne pouvait plus clairement accuser quel degr l'homme ignore l'tre divin1 et lui apprendre que sa religion n'tait qu'un produit de son invention propre cimenter la socit1 qu'il ne le faisait en dclarant1 de dessus son trpied1 ceux qui1 pour s'instruire1 venaient le consulter1 que le vrai culte de chacun est celui l'observation duquel il est tenu par les usages locaux4 ,dieu6 quelle obligation n'avons-nous pas la bont de notre souverain ,crateur de nous avoir clairs sur la niaiserie de notre foi en ces dvotions qui nous taient imposes et que rien ne justifiait1 et d'avoir fait que nos croyances reposent aujourd'hui sur cette base ternelle de sa parole sacre4--,sur ce point capital1 la philosophie nous dit de suivre les lois de notre pays1 c'est--dire cette mer flottante que sont les opinions d'un peuple ou d'un prince1 qui peignent la justice sous autant de couleurs et la transforment aussi souvent que leurs passions changent2 mon jugement n'a pas une flexibilit suffisante pour accepter cette solution4 ,qu'est-ce que ce bien que je voyais hier considrer comme tel et qui ne le sera plus demain et que la traverse d'une rivire suffit pour transformer en crime8 ,quelle vrit est-ce que celle qui s'arrte ces montagnes et devient mensonge pour qui habite au del6 ,on n'est mme pas d'accord sur ce qu'on appelle les lois naturelles4--,ils sont plaisants ceux qui1 pour donner plus d'authenticit aux lois1 disent qu'il y en a de fermes1 perptuelles1 immuables1 auxquelles ils donnent le nom de lois naturelles1 qui seraient innes chez l'homme du fait mme de ce quoi elles s'appliquent2 elles seraient au nombre de trois d'aprs les uns1 de quatre d'aprs d'autres2 il y en a qui en admettent plus1 d'autres moins1 signe qui dnote que le doute est permis l comme ailleurs4 ,les infortuns6 car je ne puis qualifier autrement que d'infortune ce fait que1 dans le nombre infini des lois1 il ne s'en trouve pas au moins une pour laquelle la fortune et les hasards du sort aient permis que1 du consentement unanime de tous les peuples1 elle soit universellement admise4 ,ils sont1 dis-je1 si malheureux que de ces trois ou quatre lois dont ils ont fait choix1 il n'y en a pas une seule qui ne soit contredite et dsavoue1 non par une nation mais par plusieurs4 ,or1 l'acceptation de tous est la caractristique essentielle qui seule pourrait tre invoque comme preuve de l'existence de lois naturelles2 car ce que la nature nous aurait rellement ordonn1 sans aucun doute nous l'observerions d'un commun accord1 parce que toute nation1 tout homme mme1 se ressentirait de la contrainte et de la violence que leur ferait quiconque voudrait les pousser en sens contraire de cette loi2 qu'on m'en montre1 s'il se peut1 une dans ces conditions4--,protagoras et ,ariston n'assignaient d'autre origine la justice des lois que l'autorit et l'opinion du lgislateur2 hors de l1 le bien et l'honnte ne sont plus des qualits1 mais de simples dnominations sans signification appliques des choses sans valeur4 ,thrasymaque1 dans ,platon1 estime que le droit n'est autre que la commodit du suprieur4 ,il n'est chose au monde prsentant plus de diversit que les coutumes et les lois3 ici1 telle chose est abominable qui1 ailleurs1 est un titre de recommandation1 comme tait ,lacdmone l'adresse au vol2 les mariages entre proches parents sont expressment dfendus chez nous1 ailleurs ils sont en honneur3 ,on dit qu'il y a des peuples o la mre s'unit son fils1 le pre sa fille1 et o l'amour crot en raison de cette parent 7,ovide72 tuer ses enfants1 tuer son pre1 se communiquer ses femmes1 faire le commerce de choses voles1 avoir licence de se livrer toutes sortes de volupt1 tout1 en somme1 si pouss l'extrme que ce soit1 est admis dans les usages de quelque nation4 ,combien de choses1 sur lesquelles l'accord devrait exister1 voyons-nous acceptes par les uns et proscrites par les autres4--,il est croire qu'il existe des lois naturelles1 comme cela se constate chez d'autres cratures2 mais chez nous1 elles se sont perdues1 parce que notre belle raison humaine s'ingre partout pour matriser et commander1 brouillant et confondant la physionomie des choses au gr de sa vanit et de son inconstance3 ,il ne reste rien de nous2 ce que j'appelle ntre1 n'est qu'une production de l'art4 ,les choses se prsentent sous des jours et dans des conditions diverses1 c'est l la principale cause de la diversit des opinions2 une nation regarde une chose sous un de ses aspects qui fixe ses ides1 une autre la voit autrement et se dtermine suivant cette autre manire dont elle la voit4 ,rien n'est si horrible que la pense de manger son pre4 ,les peuples chez lesquels cette coutume existait jadis1 l'observaient cependant comme un tmoignage de pit et de bonne affection1 se proposant de donner par l aux auteurs de leurs jours la spulture la plus digne et la plus honorable1 en logeant en eux-mmes1 pour ainsi dire dans la moelle de leurs os1 les corps de leurs pres et ce qui en demeurait2 les revivifiant en quelque sorte1 les rgnrant par cette absorption en leur propre chair1 par ce fait qu'ils en faisaient leur nourriture et de la digestion qui s'ensuivait4 ,il est ais de se figurer quelle cruaut et quelle abomination c'et t pour ces hommes abreuvs et imbus de cette superstition1 d'enfouir la dpouille de leurs parents dans la terre1 o elle pourrirait et deviendrait la pture des btes et des vers4 ,lycurgue considrait dans le larcin1 la vivacit1 la diligence1 la hardiesse1 l'adresse qu'il y a surprendre quelque chose appartenant son voisin et l'utilit qui en revient au public en faisant que chacun apporte plus d'attention veiller sur ce qui lui appartient4 ,a dvelopper ainsi cette double tendance assaillir et se dfendre1 il trouvait1 au point de vue de la discipline militaire 7principale science et vertu essentielle qu'il voulait inculquer sa nation71 un avantage qui lui parut1 par son importance1 l'emporter sur l'inconvnient rsultant du dsordre et de l'injustice qu'il y a s'emparer du bien d'autrui4 ,denys le tyran offrit ,platon une robe comme on les portait en ,perse1 longue1 lame d'or et d'argent1 et parfume2 ,platon la refusa1 disant que1 n homme1 il ne lui convenait pas de s'habiller en femme4 ,cette mme robe1 ,aristippe l'accepta en disant que nul accoutrement ne peut porter atteinte qui est rsolu conserver sa chastet4--,les amis de ce dernier blmaient la lchet qu'il avait mise prendre si peu cur que ,denys lui et crach au visage3 ,les pcheurs1 leur dit-il1 se rsignent bien1 pour prendre un goujon1 tre mouills de la tte aux pieds par les eaux de la mer4--,diogne tait occup laver des choux1 lorsque voyant passer ce mme philosophe1 il lui cria3 ,si pour vivre tu te contentais de choux1 tu ne ferais pas la cour un tyran4 ,a quoi ,aristippe rpondit3 ,si tu savais vivre avec les hommes1 tu ne laverais pas des choux4 ,voil comment la raison donne aux choses les apparences les plus diverses2 c'est un pot deux anses1 que l'on peut prendre par l'anse droite ou par celle de gauche3 ,o terre hospitalire1 tu portes la guerre2 tes coursiers sont arms pour le combat et c'est le combat qu'ils nous prsagent2 cependant1 ces fiers animaux taient autrefois attels des charrues et avaient l'habitude de marcher fraternellement sous le joug1 tout espoir de paix n'est donc pas perdu 7,virgile76 ,on reprochait ,solon de rpandre1 sur la mort de son fils1 des larmes impuissantes et inutiles3 ,c'est bien pour cela1 dit-il1 que j'ai sujet d'en rpandre1 c'est qu'elles sont inutiles et impuissantes4--,la femme de ,socrate disant3 ,oh6 quelle injustice commettent ces mchants juges qui le font mourir1 voyait l un sujet d'aggravation pour sa douleur4 ,prfrerais-tu donc1 lui rpliqua ,socrate1 que j'aie mrit la mort8--,nous portons les oreilles perces1 ce que les ,grecs tenaient pour une marque de servitude4--,nous nous cachons pour jouir de nos femmes1 les ,indous le font en public4--,les ,scythes immolaient les trangers dans leurs temples2 ailleurs1 les temples taient des lieux d'asile4--,chaque pays hait les divinits des pays voisins1 parce que chacun tient ses dieux pour les seuls vritables2 d'o les fureurs aveugles des foules 7,juvnal74 ,les plaidoyers des avocats et1 en maintes occasions1 l'embarras des juges dmontrent l'ambigut des lois4--,j'ai entendu raconter d'un juge que1 lorsqu'il rencontrait entre ,bartolus et ,baldus un conflit difficile trancher et quelque sujet prsentant de srieuses difficults1 il crivait en marge de son livre3 ,question pour l'ami1 voulant dire que la vrit y tait si embrouille et controverse1 qu'en semblable cause il lui serait loisible de favoriser celle des parties que bon lui semblerait2 avec quelque peu d'esprit et de science1 il et pu inscrire partout cette mme mention2 dans toutes les affaires1 avocats et juges de notre temps trouvent assez de moyens dtourns pour y donner telle suite qui leur convient4 ,dans une science aussi tendue1 qui dpend de tant d'opinions qui font loi1 et o l'arbitraire joue un si grand rle1 une extrme confusion doit naturellement se produire dans les jugements rendre1 aussi n'est-il gure de procs1 si clairs qu'ils soient1 sur lesquels les avis exprims ne soient diffrents2 ce qu'une cour a jug1 une autre le juge en sens contraire2 il arrive mme que la mme cour1 jugeant nouveau1 juge autrement qu'elle ne l'a fait la premire fois4 ,les faits de cette nature se voient couramment par suite de cet abus1 qui porte si fort atteinte l'autorit si gourme et au prestige de notre justice1 de ne pas accepter les arrts rendus et d'aller de juridiction en juridiction pour faire prononcer sur une mme cause4 ,quant la libert dont usent les opinions philosophiques vis--vis du vice et de la vertu1 c'est un point sur lequel il n'est pas besoin de s'tendre et qui a donn lieu des avis que1 par gard pour les esprits faibles1 il vaut mieux taire que publier4 ,arcsilas disait qu'en fait d'impudicit1 le mal n'est pas plus grand quel que soit celui qui s'en rend coupable et de quelque manire qu'il se commette3 ,pour ce qui est des plaisirs obscnes1 picure pense que si la nature les demande1 ce n'est pas tant le sexe1 le lieu et le rang qui peuvent y inciter1 que la faon1 l'ge et la figure 7,cicron7444 ,des amours saintement rgles ne sont pas interdites au sage 7,cicron7444 ,voyons jusqu' quel ge on doit aimer les jeunes gens 7,snque74 ,ces deux dernires propositions manent des ,stociens2 elles montrent1 comme du reste le reproche adress ce propos ,platon lui-mme par 99 ,dicarque1 combien la philosophie la plus claire tolrait des licences excessives qui n'taient point communment pratiques4 ,les lois et les murs tiennent surtout leur autorit de ce qu'elles existent2 aussi les philosophes qui s'taient donn pour rgle de ne rien accepter sans examen1 ne se faisaient-ils pas scrupule de ne pas les observer4--,les lois tiennent leur autorit de ce qu'elles existent et sont passes dans les murs2 il est dangereux de les ramener ce qu'elles taient dans l'origine2 comme les rivires1 en roulant1 elles acquirent de l'importance et gagnent en considration4 ,remontez-en le cours jusqu' leur source1 ce n'est qu'un mince filet d'eau qu'on distingue peine et qui va s'enorgueillissant et croissant en prenant de l'ge4 ,cherchez les motifs qui1 dans le principe1 ont donn l'essor ce torrent de lois et coutumes1 aujourd'hui si considrable1 o se pressent juxtaposs les usages les plus recommandables et d'autres qui ne sauraient tre trop rprouvs1 auxquels nous marquons tant de dfrence2 vous les trouverez si lgers1 si dlicats1 qu'il n'est pas extraordinaire que ces philosophes qui scrutent tout1 soumettant tout l'examen de leur raison1 n'admettant de confiance rien de ce qui leur est impos1 aient souvent cet gard des jugements trs diffrents de ceux de tout le monde4 ,ils se modlent sur ce qui tait au dbut1 quand la nature n'avait pas encore t altre2 il n'est donc pas tonnant que dans la plupart de leurs opinions1 ils dvient de la voie commune4 ,peu d'entre eux1 par exemple1 auraient approuv les conditions restrictives de nos mariages2 la plupart voulaient que les femmes fussent en commun1 sans qu'il en rsultt d'obligations pour personne1 et ils se refusaient l'observation de ce que nous imposent les convenances4 ,chrysippe disait que1 mme sans culotte1 un philosophe ferait en public une douzaine de culbutes pour une douzaine d'olives4 ,il et peine cherch dtourner ,clisthne de donner la belle ,agariste1 sa fille1 ,hippoclide1 auquel il avait vu faire l'arbre fourchu sur une table4--,mtrocls avait un peu indiscrtement lch un pet1 alors qu'entour de ses disciples il dissertait avec eux1 et1 pris de honte1 se tenait renferm dans sa maison4 ,crats vint le voir et joignant l'exemple ses consolations et ses raisonnements1 se mettant pter qui mieux mieux avec lui1 il le dbarrassa de ses scrupules1 et de plus l'amena se rallier la secte des ,stociens laquelle lui-mme appartenait1 secte plus franche que celle des ,pripatticiens qui tait plus raffine et que jusque-l ,mtrocls avait suivie4--,nous appelons honntet1 n'oser faire dcouvert ce que nous estimons honnte de faire couvert2 ces philosophes1 aux ides primitives1 l'appelaient sottise2 et ils estimaient vicieux de s'ingnier taire et dsavouer ce que la nature1 les coutumes1 nos dsirs publient et proclament de nos actions4 ,s'il leur semblait que c'tait folie de clbrer les mystres de ,vnus en dehors du sanctuaire rserv de son temple et de les exposer la vue de tous1 c'est que se livrer ces jeux sans tre abrit derrire des rideaux leur fait perdre leur saveur1 parce que la honte est un poids lourd porter2 et que les voiler1 y apporter de la rserve et de la modration1 sont autant de conditions qui ajoutent leur prix4 ,ils tenaient que la volupt plaidait pour elle-mme en se plaignant1 sous le masque de la vertu1 d'tre prostitue dans les carrefours1 foule aux pieds1 dprcie aux yeux de tous1 par suite de cette absence de dignit et de commodit que lui assurent les locaux spciaux qui lui sont d'ordinaire affects2 ce qui fait mme dire quelques-uns que supprimer les lieux de prostitution attitrs1 c'est non seulement faire que les actes de dbauche1 auxquels ces lieux sont rservs1 se commettront alors partout1 c'est encore pousser ce vice les vagabonds et les gens oisifs par les entraves qu'on y apporte3 ,jadis mari d',aufidie1 te voil1 ,corvinus1 devenu son amant aujourd'hui qu'elle est la femme de celui qui autrefois tait ton rival4 ,elle te dplaisait quand elle tait toi1 pourquoi te plat-elle depuis qu'elle est un autre8 ,es-tu donc impuissant ds que tu n'as plus rien craindre 7,martial78 ,mille exemples tmoignent qu'il en est ainsi1 que les difficults aiguillonnent nos dsirs3 ,il n'est personne ,cecilianus1 qui ait voulu voir ta femme gratis1 quand ses approches taient libres2 mais maintenant que tu la fais garder1 les adorateurs abondent4 ,tu es vraiment un habile homme 7,martial74--,on demandait ce qu'il faisait un philosophe surpris mme s'unissant une femme3 ,je plante un homme1 rpondit-il froidement1 ne rougissant pas plus d'tre rencontr se livrant cet acte1 que s'il avait t vu plantant de l'ail4 ,un de nos auteurs religieux1 des plus grands1 met en des termes trs dignes et mesurs1 auxquels j'adhre1 que l'accomplissement de cet acte ncessite tellement que l'on se cache et que l'on en ait honte1 qu'il est convaincu que lorsqu'on se donne licence de s'abandonner ces embrassements tels que l'cole des ,cyniques les admet1 l'uvre de chair1 dans ces conditions1 ne peut se mener bonne fin2 on peut bien se livrer des mouvements lascifs1 mais c'est tout2 et1 si cela suffit pour donner satisfaction l'impudence dont cette cole fait profession1 pour dterminer l'afflux1 qu'en pareil cas la honte contient et arrte1 il leur faut encore rechercher n'tre pas vus4--,cet auteur n'a pas t assez avant1 dans ce qu'il a relev de leurs excentricits3 ,diogne se masturbant en public1 manifestait1 en prsence de la foule groupe autour de lui1 son contentement de pouvoir de la sorte procurer en le frottant des jouissances son ventre4 ,a qui lui demandait pourquoi il mangeait en pleine rue et ne cherchait pas un endroit plus commode1 il rpondait3 ,c'est parce que j'ai faim en pleine rue4 ,les femmes adonnes la philosophie et qui taient affilies cette secte1 se livraient ces philosophes en tous lieux et discrtion2 ,hipparchia ne fut admise dans la socit de ,crats1 qu' condition de suivre en toutes choses les usages et les coutumes qui taient de rgle4 ,ils attachaient le plus haut prix la vertu et n'acceptaient1 pour se conduire1 que la morale2 cependant1 dans toutes leurs actions1 ils s'en remettaient l'autorit du sage qu'ils avaient choisi comme chef de leur cole1 dont la manire de voir tait souveraine et qu'ils plaaient au-dessus des lois2 et ils ne reconnaissaient d'autres bornes leurs volupts1 que la modration y apporter et le respect de la libert d'autrui4 ,des philosophes anciens ont soutenu que dans un mme sujet subsistent les apparences les plus contraires4--,de ce que le vin semble amer aux malades et est agrable aux gens bien portants1 que l'aviron semble tors quand il plonge dans l'eau et parat droit ceux qui le voient compltement hors de ce milieu1 que bien des choses se prsentent ainsi sous des apparences contraires1 ,hraclite et ,protagoras y voyaient une preuve que chacune porte en elle la cause de ces apparences3 que le vin renferme un principe amer qui le fait paratre tel au got des malades1 l'aviron un principe courbe en rapport avec la disposition en laquelle se trouve celui qui le voit dans l'eau1 et de mme de tout le reste2 ce qui revient dire que tout est en toutes choses et par consquent que rien n'est dans aucune1 car il n'y a rien l o il y a tout4 ,ce qu'il y a de certain1 c'est que les termes les plus clairs peuvent toujours tre interprts de diverses faons4--,cette opinion me remmore ce qui se passe en nous4 ,il n'est pas un sens rel ou apparent1 amer ou doux1 droit ou courb1 que l'esprit humain ne trouve aux crits qu'il entreprend d'examiner de prs4 ,de combien de faussets et de mensonges une phrase aussi nette1 aussi pure1 aussi parfaite qu'il est possible1 n'est-elle pas le point de dpart8 ,quelle hrsie n'y a trouv des tmoignages assez probants pour se produire et se maintenir8 ,aussi les auteurs de semblables erreurs ne veulent-ils jamais renoncer aux preuves1 tires de l'interprtation donne aux textes1 qui peuvent tmoigner leur avantage4 ,un haut personnage1 voulant justifier auprs de moi1 en l'appuyant de quelque autorit1 la recherche laquelle il se livrait de la pierre philosophale1 me citait1 dernirement1 cinq ou six passages de la ,bible1 sur lesquels il s'tait1 disait-il1 bas au dbut1 pour se mettre en paix avec sa conscience 7car il appartient l'tat ecclsiastique72 et en vrit1 ce qu'il avait trouv n'tait pas seulement original1 mais encore s'appliquait trs bien la dfense de cette belle science4 ,c'est de la sorte que s'accrditent les fables que nous dbitent les devins2 il n'est pas un individu se mlant de prdire l'avenir1 arriv avoir assez de rputation pour qu'on daigne le feuilleter et rechercher attentivement les diverses significations que l'on peut tirer de ses paroles1 qui on ne fera dire tout ce qu'on veut1 comme aux ,sibylles4 ,il y a tant de manires d'interprter1 qu'il est difficile qu'en n'importe quel sujet1 en s'y prenant soit d'une faon1 soit d'une autre1 un esprit ingnieux ne trouve quelque air qui ne convienne ce qu'il veut2 c'est pour cela qu'un style obscur et quivoque est d'un usage si ancien et si frquent4 ,qu'un auteur parvienne attirer lui la postrit et faire qu'elle s'occupe de lui1 ce qui peut arriver soit en raison de sa valeur propre1 soit aussi et mme plus encore par la faveur dont jouit momentanment le sujet qu'il traite2 qu'en outre1 par btise ou par finesse1 son style soit un peu confus et enchevtr3 il peut tre sans souci2 nombre d'esprits1 le secouant et l'pluchant1 en tireront quantit d'ides1 ou conformes la sienne1 ou s'en rapprochant1 ou absolument contraires et qui toutes lui feront honneur2 et il arrivera ainsi au succs par le fait de ses disciples1 comme les rgents de collge s'enrichissent par l'argent du ,landit4 ,c'est ce qui a donn de la valeur nombre de choses qui n'en avaient aucune1 et a mis en relief certains crits auxquels on a fait dire tout ce qu'on a voulu1 une mme chose pouvant tre envisage1 comme il nous plat1 sous mille et mille formes et considrations diverses4 ,c'est ce qui fait qu',homre est prsent comme ayant trait en matre les questions de tous genres1 et ,platon comme s'tant prononc toujours dans le sens de celui qui le cite4--,est-il admissible qu',homre ait voulu dire tout ce qu'on lui fait dire2 qu'il se soit volontairement prt de si nombreuses et de si diverses interprtations1 que les thologiens1 les lgislateurs1 les guerriers1 les philosophes et les gens de toutes sortes qui s'occupent de sciences1 si divers et si opposs que soient les sujets qu'ils traitent1 s'appuient de lui et s'en rfrent lui4 ,il est pour tous le grand matre en toutes choses1 quels que soient les charges occupes1 les professions exerces ou les arts que l'on cultive2 il est le premier conseiller de toute entreprise2 quiconque a eu besoin d'oracles et de prdictions1 y a trouv ce qui lui importait4 ,un personnage savant1 qui est de mes amis1 en est arriv y trouver en faveur de notre religion des indications rellement admirables1 si bien que c'en est merveilleux1 et il ne peut se dfaire de l'ide que cela a t intentionnel chez ,homre1 qui lui est aussi familier qu' quelque personne que ce soit de notre sicle2 mais il est probable que ce qu'il y trouve en faveur de notre culte1 plusieurs dans l'antiquit l'y avaient pareillement trouv en faveur des leurs4 ,voyez comme on fouille et agite ,platon2 chacun1 s'honorant de le mettre de son ct1 l'interprte sa faon2 on le promne par toutes les opinions auxquelles le monde donne le jour et on lui fait prendre parti2 on va jusqu' le mettre en contradiction avec lui-mme1 selon les ides ayant cours2 on lui fait dsavouer son sens les murs admises de son temps1 si elles ne sont plus de mise notre poque1 et cela avec d'autant plus de nettet et d'autorit que l'esprit de celui qui l'interprte est plus net et plus autoritaire4 ,des mmes faits qui avaient conduit ,hraclite mettre cette maxime3 ,que toute chose a en soi les apparences qu'elle prsente1 ,dmocrite tirait une conclusion tout oppose1 savoir3 ,que les choses n'ont rien de ce que nous y trouvons1 et de ce que le miel est doux pour l'un1 amer pour l'autre1 il concluait qu'il n'est ni doux ni amer4 ,les ,pyrrhoniens auraient dit qu'ils ne savent s'il est doux ou amer1 s'il n'est ni l'un ni l'autre1 ou encore l'un et l'autre la fois1 parce que1 eux1 s'efforcent toujours d'arriver conclure que le point en litige prte au doute4 ,les ,cyrnaques tenaient que nous n'prouvons aucune perception de l'extrieur2 que cela seul est perceptible pour nous1 qui nous cause des sensations intrieures1 comme la douleur et la volupt2 ils ne reconnaissent ni son1 ni couleur1 mais seulement les affections qu'elles occasionnent en nous et d'o nat uniquement le jugement de l'homme4 ,protagoras estimait que pour chacun1 la vrit est ce qui lui semble tre4 ,les picuriens plaaient le sige du jugement dans les sens1 par lesquels nous acqurons la connaissance des choses et ressentons les sensations qu'elles causent4 ,platon voulait que le jugement qui nous fait distinguer la vrit1 et la vrit elle-mme1 ressortissent non des sens et d'ides prconues1 mais de l'esprit et de la rflexion4 ,si errones que soient les notions qui nous viennent des sens1 ils sont cependant la source de toutes nos connaissances4--,cette dissertation m'a amen considrer le rle des sens comme constituant la plus grande cause en mme temps que la preuve de notre ignorance4 ,tout ce qui se connat1 se connat par la facult de connatre que possde le sujet2 cela est incontestable parce que le jugement tant un acte de celui qui juge1 il est naturel qu'il y emploie au mieux ses moyens et sa volont1 et qu'il ne soit pas contraint de s'en rapporter autrui1 ainsi qu'il adviendrait si la connaissance de toutes choses s'imposait nous par le fait mme de leur nature4 ,or il n'en est point ainsi2 cette connaissance nous arrive par les sens1 qui sont nos matres3 ,ce sont les voies par lesquelles l'vidence pntre dans le sanctuaire de l'esprit humain 7,lucrce72 c'est par eux que la science commence nous pntrer1 et par eux qu'elle s'affirme4 ,aprs tout1 nous serions aussi ignorants que peut l'tre une pierre1 si nous ne connaissions l'existence du son1 de l'odeur1 de la lumire1 de la saveur1 de la mesure1 du poids1 de la mollesse1 de la duret1 de l'pret1 de la couleur1 du poli1 de la largeur1 de la profondeur1 ce qui constitue la base et les principes de toute notre science2 au point que pour certains1 science n'est autre chose que sensation4 ,quiconque est de force m'obliger contredire ce que me tmoignent mes sens1 me tient la gorge1 il m'accule au point que je ne puis reculer davantage2 les sens sont le commencement et la fin des connaissances humaines3 ,vous reconnatrez que la notion du vrai nous vient par les sens2 leur tmoignage est irrcusable1 car quel guide mrite plus notre confiance 7,lucrce78 ,qu'on leur attribue le moins qu'on pourra1 toujours faudra-t-il leur concder que tout ce que nous savons nous vient d'eux et par leur intermdiaire4 ,cicron dit que ,chrysippe ayant essay d'amoindrir la force des sens et leur proprit1 rencontra en lui-mme de tels arguments contraires sa thse et de si violentes oppositions qu'il ne put atteindre au but2 ce qui fit dire ,carnade qui1 en cette occasion1 disputait contre lui et se vantait de se servir des armes mmes et des paroles de ,chrysippe pour le combattre3 ,malheureux1 ta propre force t'a perdu6 ,il n'est rien de si absurde1 selon nous1 de si excessif que de soutenir que le feu n'chauffe pas1 que la lumire n'claire pas1 que le fer n'est ni pesant1 ni dur1 toutes choses dont la connaissance nous est venue par les sens2 il n'y a chez l'homme aucune croyance1 aucune science qui puissent se comparer en certitude ce qu'ils nous enseignent4 ,si nous ne pouvons tout expliquer1 peut-tre est-ce parce que certains sens existent dont l'homme est dpourvu1 ce qu'il est dans l'impossibilit de constater4--,la premire observation que je ferai sur les sens est que je mets en doute que l'homme soit pourvu de tous ceux dont dispose la nature4 ,je vois des animaux qui passent trs bien toute leur vie1 les uns sans y voir1 les autres sans entendre2 qui sait si1 nous aussi1 il ne manque pas un1 deux1 trois et mme plusieurs autres sens8 ,s'il nous en manque1 notre raison est impuissante faire que nous nous en apercevions4 ,c'est le privilge des sens1 d'tre le summum de notre perspicacit2 il n'y a rien en dehors d'eux qui nous puisse venir en aide pour les rvler1 l'un d'eux ne peut mme pas faire dcouvrir l'autre3 ,l'oue peut-elle rectifier la vue1 ou le toucher rectifier l'oue8 le got suppler au tact8 et l'odorat ou la vue rformer leurs erreurs 7,lucrce78 ,ils constituent absolument la limite extrme de nos facults3 ,chacun a sa puissance1 chacun sa force propre 7,lucrce74 ,il est impossible de faire comprendre un aveugle-n qu'il ne voit pas2 il est impossible de lui faire dsirer d'y voir et regretter le sens qui lui fait dfaut2 aussi ne devons-nous tirer aucune assurance qu'aucun sens ne nous manque1 de ce que notre me est contente et satisfaite de ceux que nous avons1 vu que1 si cette imperfection existe1 nous ne sommes mme ni de la sentir ni d'en souffrir4 ,il est impossible de dire quoi que ce soit cet aveugle qui1 par raisonnement1 preuve ou analogie1 l'amne ce que son imagination acquire la moindre notion de ce que peuvent tre la lumire1 la couleur1 la vue2 il n'est rien en lui qui puisse l'amener avoir ide de ce que peut tre ce sens4 ,quand nous voyons les aveugles-ns souhaiter d'y voir1 ce n'est pas qu'ils comprennent ce qu'ils demandent2 ils savent par nous qu'ils ont quelque chose qui laisse dsirer1 qu'il est en nous quelque chose qui leur manque2 ils le nomment1 en indiquent les effets et consquences1 mais cependant ne savent pas ce que c'est1 et ne le conoivent ni un peu1 ni beaucoup4 ,je connais un gentilhomme de bonne maison1 aveugle de naissance1 ou tout au moins qui l'est devenu un ge o on ne sait encore ce que c'est que la vue4 ,il se rend si peu compte de ce qui lui manque1 qu'il use et emploie comme nous les locutions servant exprimer ce que l'on voit1 mais en en faisant une application tout fait particulire et qui lui est propre4 ,on lui prsentait un enfant dont il est le parrain2 l'ayant pris dans les bras3 ,mon ,dieu1 dit-il1 le bel enfant6 qu'il est beau voir6 comme son visage respire la gat6 ,il dira comme chacun de nous3 ,cette salle a une belle vue2 le temps est clair2 il fait un beau soleil4 ,il y a plus2 comme la chasse1 le jeu de paume1 le tir l'arquebuse sont des exercices que nous pratiquons et qu'il en a entendu parler1 il les affectionne1 s'y mle et croit y prendre la mme part que nous2 il s'y complat1 s'y passionne1 et pourtant ne les conoit que par l'oreille4 ,on lui crie lorsqu'on est sur un beau terrain plat o il peut aller et venir3 ,voil un livre2 on lui dit ensuite3 ,le livre est pris2 et il est aussi fier de cette capture qu'il entend dire aux autres qu'ils le sont eux-mmes4 ,au jeu de paume1 il prend la balle de la main gauche et la lance avec sa raquette dans n'importe quelle direction2 avec l'arquebuse1 il tire au hasard1 et croit ses gens lorsqu'ils lui disent qu'il a tir trop haut ou ct4 ,sait-on si le genre humain ne commet pas de pareilles sottises1 faute de quelques sens1 dont l'absence fait que la plupart des choses ne nous apparaissent pas sous leur vrai jour8 ,sait-on si la difficult que nous prouvons comprendre certaines uvres de la nature ne vient pas de l2 si certaines choses accomplies par des animaux1 qui dpassent ce que nous-mmes pouvons faire1 ne sont pas produites par des facults1 consquence de sens qui nous font dfaut1 et si1 de ce fait1 certains parmi eux ne se trouvent pas avoir une vie plus remplie1 plus complte que la ntre8 ,la pomme met en jeu la plupart de nos sens3 elle est rouge1 lisse au toucher1 a de l'odeur1 est douce au got2 peut-tre a-t-elle en plus d'autres vertus1 comme d'asscher ou de restreindre1 qui ne tombent sous aucun de nos sens4 ,n'est-il pas vraisemblable qu'aux proprits que nous appelons occultes1 que nous constatons en plusieurs choses1 comme dans l'aimant celle d'attirer le fer1 doivent correspondre des facults provenant de sens qui1 par leur nature mme1 permettent de les saisir et de les apprcier1 et qui1 par leur absence1 nous laissent dans l'ignorance de ce que sont rellement ces choses8 ,c'est probablement quelque sens particulier que les coqs doivent de distinguer l'heure le matin et minuit et d'tre ports chanter2 les poules1 de redouter l'pervier1 avant d'tre instruites par la frquentation et l'exprience1 et de ne craindre ni l'oie ni le paon1 qui sont pourtant de plus grande taille2 les poulets1 d'tre aviss de l'hostilit naturelle que leur porte le chat et de ne pas se dfier du chien3 de se mettre en garde en entendant le miaulement du premier1 dont cependant la voix est quelque peu attirante1 et non l'aboiement du second1 dont le ton est dur et semble dnoncer quelqu'un prt chercher querelle2 les frelons1 les fourmis1 les rats1 de toujours choisir la meilleure poire ou le meilleur fromage1 avant mme d'en avoir tt2 le cerf1 l'lphant1 le serpent1 de reconnatre certaines herbes propres les gurir4 ,c'est par les sens que la science s'acquiert3 chacun d'eux y contribue et aucun ne peut suppler un autre4--,il n'y a pas un sens qui ne soit de grande importance et les connaissances dont nous sommes redevables chacun d'eux sont en nombre infini4 ,si l'intelligence des sons1 de l'harmonie et de la voix venait nous manquer1 cela introduirait une confusion inimaginable dans tout le reste de notre science2 car1 outre ce qui est du domaine propre de chaque sens1 que d'arguments1 de consquences et de conclusions pour toutes autres choses ne tirons-nous pas1 par comparaison d'un sens avec un autre4 ,supposons qu'un homme qui s'y entend1 imagine le genre humain dpourvu1 depuis son origine1 du sens de la vue et recherche quel degr d'ignorance et de trouble conduirait une telle lacune2 quelles tnbres1 quel aveuglement en seraient rsults pour notre me2 et qu'on juge par l combien importe1 pour la connaissance de la vrit1 la privation d'un sens autre que ceux que nous possdons1 de deux1 de trois1 si ces sens existent et que nous en soyons privs4 ,nous sommes arrivs concevoir la vrit sous une forme laquelle ont particip et concouru nos cinq sens2 peut-tre pour que cette forme soit la vraie et que nous ayons toute certitude de la saisir dans son intgralit1 aurait-il fallu le concours de huit ou dix sens4 ,les sectes philosophiques qui contestent la science humaine1 mettent surtout en avant l'incertitude et la faiblesse de nos sens3 toute connaissance nous parvenant par leur entremise et leur moyen1 s'ils sont en dfaut dans les rapports qu'ils nous en font1 s'ils corrompent ou altrent ce qu'ils nous communiquent du dehors1 si la lumire qui par eux se fait en notre me est obscurcie au passage1 nous n'avons plus sur quoi nous puissions compter4 ,de cette extrme difficult1 sont ns ces divers aphorismes3 ,chaque chose renferme en elle tout ce qu'on y trouve2--dans chacune il n'y a rien de ce que nous pensons y trouver2 et aussi ceux-ci qui manent des picuriens3 ,le soleil n'est pas plus grand que notre vue nous le fait apprcier2--les apparences qui nous font voir un corps plus grand quand on en est proche1 et plus petit quand on en est loign1 sont vraies toutes deux2 nous ne convenons pas pour cela que nos yeux nous trompent1 ne leur imputons donc pas les erreurs de l'esprit 7,lucrce72--et1 ce qui est plus hardi3 ,nos sens ne se trompent pas1 nous sommes sous leur entire dpendance1 et il faut chercher ailleurs les raisons qui peuvent expliquer les diffrences et les contradictions que nous constatons2 inventer mme 7ils en viennent jusque-l7 tout autre mensonge ou rverie de notre esprit1 plutt qu'accuser les sens4--,timagoras jurait qu'il avait beau cligner de l'il1 le presser1 jamais il n'avait aperu en double la lumire d'une chandelle et que cette illusion vient d'une erreur d'imagination et non d'un vice de cet organe4--,de toutes les absurdits1 la plus absurde1 d'aprs les picuriens1 est de dsavouer le pouvoir et les effets des sens3 ,les indications des sens sont vraies en tous temps4 ,si la raison ne peut expliquer pourquoi ce qui1 carr vu de prs1 de loin parat long1 il vaut encore mieux1 dfaut de la solution vraie de ce double phnomne1 en donner une fausse plutt que de laisser chapper de ses mains l'vidence1 plutt que de mentir sa foi premire et ruiner tous les fondements de crdibilit sur lesquels reposent notre conservation et notre vie1 car les intrts de la raison ne sont pas ici les seuls en jeu2 la vie elle-mme ne se conserve qu'avec le secours des sens2 c'est sur leur tmoignage que nous vitons les prcipices et les autres choses nuisibles 7,lucrce74 ,ce conseil dsespr et si peu philosophique ne signifie autre chose que la science humaine ne peut exister qu'autant que nous lui prtons le secours d'une raison draisonnable1 folle1 obstine1 et que1 pour la satisfaction de la vanit de l'homme1 il vaut encore mieux en user ainsi1 aussi bien que de tout autre remde si fantastique qu'il soit1 que d'avouer sa btise laquelle il ne peut se soustraire2 c'est l une vrit bien peu son avantage4 ,il ne peut empcher que les sens ne soient les souverains matres des connaissances qu'il possde2 mais en aucun cas ils n'offrent de certitude et ils sont toujours sujets nous induire en erreur2 c'est l un point sur lequel il nous faut insister outrance2 et dfaut de ce qui devrait1 avec juste raison1 faire sa force1 mais qui n'existe pas1 l'homme doit y suppler par l'opinitret1 la tmrit1 l'impudence4--,si les picuriens sont dans le vrai1 c'est--dire si la science n'existe pas du moment que les apparences qui nous sont transmises par nos sens sont fausses1 et si ce que disent les ,stociens est galement vrai3 que les apparences que nous recevons par les sens1 sont tellement entaches de faux1 qu'elles ne peuvent produire aucune science1 du fait de ces deux grandes sectes dogmatistes1 nous sommes amens conclure que la science n'est pas4 ,l'exprience rvle les erreurs et les incertitudes des sens qui1 bien souvent1 en imposent la raison4--,quant l'erreur et l'incertitude des oprations des sens1 chacun peut s'en procurer autant d'exemples qu'il lui plat1 tant les fautes et les tromperies qu'ils nous font sont ordinaires4 ,par l'effet de l'cho d'un vallon1 le son d'une trompette semble venir de devant nous1 alors qu'il part d'une lieue par derrire4--,des montagnes qui s'lvent au-dessus de la mer1 nous paraissent de loin une mme masse1 quoiqu'en ralit elles soient trs distantes l'une de l'autre4 ,les collines et les champs que nous ctoyons1 semblent fuir vers la poupe du vaisseau sur lequel nous naviguons pleines voiles4 ,si votre cheval s'arrte au milieu d'un cours d'eau1 il parat remonter obliquement le courant1 comme emport par une force trangre 7,lucrce74--,faites rouler une balle d'arquebuse sous le second doigt de la main1 celui du milieu se superposant sur celui-ci3 il faut se faire extrmement violence pour reconnatre qu'il n'y a qu'une balle1 tant les sens nous en reprsentent deux4--,que les sens dominent souvent notre raison et la contraignent recevoir des impressions qu'elle sait fausses et apprcie telles1 cela se voit constamment4 ,je laisse de ct le sens du toucher1 qui a des fonctions plus immdiates1 plus vives1 et se traduit par des effets plus tangibles2 qui1 par la douleur qu'il est susceptible de faire prouver au corps1 renverse si frquemment toutes les belles rsolutions stoques et arrache des plaintes qui a mal au ventre1 lors mme que1 dans le plus profond de son me1 il est un adepte fervent de ce principe1 que la colique1 comme toute autre maladie et toute autre souffrance1 est chose indiffrente1 et qu'elle n'a pas le pouvoir de diminuer en rien le souverain bonheur et la flicit que la vertu procure au sage4 ,mais il n'est cur si effmin que le son de nos tambours et de nos trompettes n'chauffe2 il n'y en a pas de si dur que la musique1 par sa douceur1 n'veille et ne chatouille2 il n'y a pas me si revche qui ne se sente prise de recueillement1 en considrant la sombre immensit de nos glises1 leurs ornements si divers et l'ordre de nos crmonies2 en entendant le son de nos orgues qui porte tant la dvotion1 et l'harmonie si bien rgle de nos chants religieux2 ceux mmes qui entrent dans ces difices avec une ide de mpris1 s'en sentent le cur impressionn et prouvent comme une sorte de crainte superstitieuse qui les met en dfiance de leur opinion4--,quant moi1 je ne m'estime pas assez fort pour demeurer insensible la rcitation de vers d',horace ou de ,catulle1 dite d'une faon intelligente par une bouche jeune et belle1 la voix agrable2 la voix1 dit ,znon avec juste raison1 est la fleur de la beaut4 ,un jour1 on a voulu me persuader qu'un homme1 que nous connaissons tous nous autres ,franais1 m'en avait impos en me rcitant des vers qu'il avait composs2 qu'ils n'taient pas tels sur le papier qu'ils en avaient l'air1 et que mes yeux en jugeraient autrement que mes oreilles1 tant la diction donne de prix et ajoute aux ouvrages qui ont subir l'preuve de la lecture6 ,aussi ,philoxnes n'avait-il pas tort quand1 entendant un lecteur lire d'une faon incorrecte un de ses crits1 il se mit casser et pitiner des briques qui appartenaient ce fcheux1 en disant3 ,je brise ce qui est toi1 comme tu gtes ce qui est moi4--,pour quelle raison des gens qui se sont donn la mort avec rsolution1 ont-ils dtourn la tte1 pour ne pas voir le coup qu'ils se faisaient porter8 ,et ceux qui1 malades1 dsirent et demandent qu'on les incise ou qu'on les cautrise1 pourquoi ne peuvent-ils soutenir la vue des apprts du chirurgien1 de ses instruments et de l'opration2 ce n'est cependant pas de la vue1 que doit leur venir la douleur8 ces exemples ne prouvent-ils pas l'empire que les sens exercent sur la raison8--,nous avons beau savoir que les tresses d'un page ou d'un laquais ont t empruntes1 que cette rougeur vient d',espagne1 que cette blancheur et son brillant sont des produits de l',ocan1 contre toute raison notre vue nous fait quand mme paratre plus aimable et plus agrable l'objet qui s'en pare3 ,nous sommes sduits par la parure2 l'or et les pierreries cachent les dfauts2 une jeune fille est la moindre partie de ce qui nous plat en elle4 ,souvent on a peine trouver ce qu'on aime parmi tant d'ornements2 c'est sous cette gide opulente que l'amour trompe nos yeux 7,ovide74 ,combien les potes accordent de pouvoir aux sens1 lorsqu'ils nous reprsentent ,narcisse pris de son ombre3 ,il admire tout ce qu'il a d'admirable4 ,l'insens6 il se dsire lui-mme1 c'est lui-mme qu'il approuve1 lui-mme qu'il convoite2 il brle de feux qu'il a lui-mme allums 7,ovide72 c'est pour cela aussi qu'ils nous montrent ,pygmalion1 l'esprit si troubl par l'impression que lui cause la vue de sa statue d'ivoire1 qu'il l'aime et se fait son serviteur1 comme si elle tait anime3 ,il la couvre de baisers et s'imagine qu'elle lui rpond2 il la saisit1 l'treint2 il croit sentir sous ses doigts le frisson de la chair1 et craint en la pressant1 d'y laisser une empreinte livide 7,ovide74 ,qu'on mette un philosophe dans une cage en fil de fer assez mince et larges mailles et que cette caisse soit suspendue au haut des tours de ,notre-,dame de ,paris1 il verra d'une faon vidente qu'il est impossible qu'il en tombe et1 malgr cela1 moins qu'il ne soit familiaris avec le mtier de couvreur1 il ne pourra s'empcher d'tre pouvant et transi par la vue de la hauteur laquelle il se trouve4 ,nous-mmes avons assez de peine garder notre assurance1 quand nous sommes sur les galeries qui rgnent sur nos clochers1 pour peu qu'elles soient jour1 et alors mme qu'elles sont en pierre2 certaines gens ne peuvent seulement pas en supporter la pense4 ,qu'on jette entre ces deux tours une poutre assez large pour qu'on puisse se promener dessus1 il n'y a pas de sagesse philosophique1 si ferme soit-elle1 qui puisse nous donner le courage d'y marcher1 comme nous le ferions si elle reposait terre4 ,j'ai souvent prouv dans nos montagnes de ce ct-ci des ,pyrnes1 bien que je sois de ceux que cela n'effraie que mdiocrement1 que je ne pouvais supporter la vue de ces immenses profondeurs sans ressentir du frisson et un tremblement dans les jarrets et les cuisses1 bien qu'il s'en fallt d'une longueur gale ma taille que je ne fusse tout fait au bord et que je susse parfaitement qu'une chute n'tait possible que si1 volontairement1 je m'exposais ce danger4 ,j'ai remarqu aussi que1 quelque hauteur qu'il y ait1 si sur la pente se prsente un arbre ou une pointe de rocher qui coupe la vue et sur lequel elle puisse se poser un peu1 cela nous soulage et nous rassure1 comme si1 en cas de chute1 nous pouvions en attendre du secours2 tandis que nous ne pouvons seulement pas regarder1 sans que la tte nous tourne1 les prcipices abrupts et unis1 de telle sorte qu'on ne peut regarder en bas1 sans tre pris de vertige 7,tite-,live71 ce qui est une vivante imposture de la vue4--,c'est ce qui conduisit ce beau philosophe se crever les yeux pour se mettre l'me l'abri des impressions drgles qu'elle en recevait et pouvoir philosopher plus librement2 mais1 ce compte1 il et d aussi se bourrer de coton les oreilles qui1 au dire de ,thophraste1 sont les plus dangereux de nos organes1 susceptibles1 par la violence des impressions qu'elles nous communiquent1 de troubler et d'altrer nos ides2 et1 en fin de compte se priver galement de tous les autres sens1 autant dire de son tre et de la vie1 car tous ont ce pouvoir d'exercer de l'empire sur notre raison et notre me3 ,il arrive souvent que tel spectacle1 telle voix1 tel chant impressionnent vivement nos esprits2 souvent aussi la douleur et la crainte produisent le mme effet 7,cicron74--,les mdecins prtendent que certains tempraments s'agitent jusqu' la fureur1 sous l'effet de certains sons et de certains instruments4 ,j'en ai vu qui ne pouvaient entendre ronger un os sous leur table1 sans perdre patience2 et il n'y a gure de personnes qui ne soient incommodes par le bruit aigu et pntrant que fait la lime quand on travaille le fer2 de mme entendre prs de soi le bruit des mchoires dans la mastication1 ou parler quelqu'un qui a le gosier ou le nez embarrass1 agace certaines gens jusqu' la colre et la haine4 ,ce joueur de flte qui1 ,rome1 accompagnait ,gracchus et attnuait1 accentuait ou modifiait les accents de la voix de son matre haranguant le peuple1 quoi servait-il1 si le rythme et les inflexions de ses sons n'avaient la proprit d'mouvoir et de modifier l'esprit de ses auditeurs8 ,il y a vraiment bien de quoi se fliciter si fort de cette belle facult qu'a notre jugement de se laisser ainsi manier et transformer sous l'action et l'imprvu d'un aussi lger souffle6 ,par contre1 les passions de l'me ont galement action sur les tmoignages des sens et concourent les altrer4--,si les sens induisent en erreur notre entendement1 leur tour ils sont tout autant tromps2 notre me1 parfois1 prend sur eux sa revanche2 elle et eux mentent et se trompent qui mieux mieux4 ,ce que nous voyons et entendons1 quand nous sommes sous l'effet de la colre1 ne nous apparat pas tel que c'est3 ,on voit alors deux soleils et deux ,thbes 7,virgile72 ce qui est l'objet de notre affection nous semble plus beau qu'en ralit1 souvent nous voyons la difformit et la laideur faire des caprices et recevoir des hommages 7,lucrce72 de mme1 celui pour lequel nous prouvons de l'loignement nous parat plus laid qu'il n'est2 la clart du jour parat terne et obscurcie un homme ennuy et dans l'affliction4--,nos sens ne sont pas seulement altrs1 souvent ils sont entirement oblitrs par les passions de l'me4 ,combien de choses voyons-nous que nous n'apercevons pas quand notre esprit est occup ailleurs3 ,les choses1 mme les plus exposes la vue1 si nous n'y appliquons notre esprit1 sont pour lui comme si elles se perdaient dans la nuit des temps 7,lucrce72 il semble que l'me se replie au dedans de nous et qu'elle se joue de ce que peuvent les sens4 ,c'est ainsi que les facults internes et externes de l'homme sont des sources continues de faiblesse et de mensonge4 ,c'est avec raison que la vie de l'homme a t compare un songe2 que nous dormions ou que nous soyons veills1 notre tat d'me varie peu4--,ceux qui ont compar notre vie un songe1 ont fait plus judicieusement peut-tre qu'ils ne pensaient4 ,dans nos songes1 notre me vit1 agit1 met en uvre toutes ses facults1 ni plus ni moins que quand elle veille2 admettons que ce soit plus mollement et d'une faon moins saisissable1 la diffrence n'est certes pas aussi grande que celle de la nuit un jour ensoleill1 tout au plus serait-ce comme de la nuit au crpuscule2 si elle dort pendant notre sommeil1 elle sommeille plus ou moins quand nous sommes veills2 dans l'un et l'autre cas nous sommes dans les tnbres1 tnbres profondes comme celles qui rgnent dans les rgions ,cimmriennes4 ,nous veillons quand nous sommes endormis1 nous dormons quand nous sommes veills4 ,pendant le sommeil1 nous n'y voyons pas trs clair2 mais1 quand nous sommes veills1 la clart n'est jamais parfaite et sans nuage2 le sommeil1 quand il est profond1 endort parfois nos songes2 veills1 nous ne le sommes jamais assez pour tre dlivrs et compltement dgags de toutes nos rveries qui sont les songes des gens veills et pires que de vrais songes4 ,notre raison et notre me recevant les ides et les sentiments qui naissent en nous pendant que nous dormons1 et se prtant ce que nous entrevoyons dans nos songes1 comme elles le font pour ce que nous concevons de jour1 pourquoi mettre en doute que1 lorsque nous pensons et agissons1 nous ne faisons autre chose que songer1 et qu'tre veill n'est qu'une forme particulire du sommeil8 ,en gnral1 les sens des animaux sont plus parfaits que ceux de l'homme2 des diffrences sensibles peuvent aisment se constater4--,si les sens sont les juges auxquels nous devons nous en rapporter en premier lieu1 ce ne sont pas seulement les ntres qu'il faut appeler au conseil4 ,sur ce point1 les animaux ont autant et mme plus de droit que nous2 car il est certain qu'il en est qui ont l'oue plus fine que l'homme1 d'autres la vue1 d'autres l'odorat1 d'autres le toucher ou le got4 ,dmocrite disait que les facults par lesquelles nous prouvons les sensations de toute nature1 sont beaucoup plus parfaites chez les dieux et les animaux que chez l'homme4 ,il y a de fait une diffrence extrme entre les effets des sens chez ces derniers et chez nous2 notre salive1 par exemple1 qui nettoie et assche nos plaies1 donne la mort aux serpents3 ,entre ces effets la diffrence est si grande1 que ce qui est nourriture pour les uns1 est poison mortel pour les autres2 ainsi le serpent1 au contact de la salive humaine1 dprit et se dvore lui-mme 7,lucrce74 ,quelle qualification en dduirons-nous pour la salive3 sera-ce celle que nous en concevons1 ou celle que peut en concevoir le serpent8 laquelle de ces deux proprits nous fixera sur son essence que nous nous proposons de dterminer8--,pline dit qu'il y a aux ,indes certains livres marins qui pour nous sont un poison1 et rciproquement2 il suffit que nous les touchions pour qu'ils meurent2 lequel de ces effets est1 en toute vrit1 classer comme poison3 est-ce l'homme1 est-ce le poisson8 auquel donner la prminence3 au poisson sur l'homme1 ou l'homme sur le poisson8--,l'homme est empoisonn dans tel air vici dont le buf n'a souci2 dans tel autre1 c'est le buf qui souffre1 l'homme n'y est pas incommod2 lequel de ces deux airs est de nature vritablement pestilentielle8--,les personnes qui ont la jaunisse1 voient toutes choses sous un aspect jauntre et plus ple que nous les voyons3 ,tout parat jaune qui a la jaunisse 7,lucrce7 celles atteintes de cette maladie que les mdecins nomment ,hyposphagma1 qui est un panchement du sang sous la peau1 voient tout en rouge et teint de sang4 ,ces dispositions qui modifient ainsi ce que nous percevons par la vue1 savons-nous si elles produisent ce mme effet chez les btes et si1 chez elles1 il en est toujours ainsi8 car il s'en trouve parmi elles qui ont les yeux jaunes comme ceux d'entre nous malades de la jaunisse1 et d'autres qui les ont rouges comme s'ils taient injects de sang1 il est vraisemblable que la couleur des objets leur apparat autre qu' nous2 des deux jugements mis par nous et par elles1 quel est le vrai8 car il n'est pas dit que l'essence des choses n'importe qu' l'homme2 leur duret1 leur blancheur1 leur profondeur1 leur aigreur intressent les services qu'en doivent tirer les animaux et la connaissance qu'ils en doivent avoir1 tout comme elles nous touchent2 la nature leur en a dvolu l'usage comme nous4 ,quand nous pressons notre il1 les corps que nous regardons nous apparaissent plus longs et plus tendus2 plusieurs animaux ont l'il naturellement ainsi press2 cette longueur que nous attribuons aux corps dans ce cas particulier1 est peut-tre bien leur longueur relle1 et non celle que nos yeux leur attribuent quand nous les regardons d'ordinaire4 ,si nous nous comprimons l'il en appuyant par-dessous1 nous voyons les choses en double3 ,les lampes ont double lumire1 les hommes double corps et double visage 7,lucrce74--,si nous avons les oreilles obstrues d'une faon quelconque1 ou le passage de l'oue resserr1 nous percevons les sons autrement que d'habitude2 les animaux qui ont les oreilles velues1 ou un tout petit trou leur en tenant lieu1 ne doivent par consquent pas entendre comme nous entendons1 les sons qu'ils peroivent doivent tre autres4--,nous voyons dans les ftes1 dans les thtres1 des vitres de couleur interposes devant la lumire des flambeaux1 et tout ce qui est dans les lieux clairs de la sorte1 nous paratre vert1 jaune ou violet3 ,ainsi font ces voiles jaunes1 rouges et bruns1 tendus dans nos thtres et flottant l'air au-dessous des poutres qui les soutiennent2 leur clat mobile se rflchit sur les spectateurs et sur la scne2 les snateurs1 les femmes1 les statues des dieux1 tout se teint de leur lumire changeante 7,lucrce74 ,il est probable que les yeux des animaux1 que nous voyons de couleurs diverses1 leur font voir les corps sous les mmes couleurs que celle de leurs yeux4 ,mme chez l'homme1 nombreuses sont les circonstances qui modifient les tmoignages des sens1 et souvent les indications de l'un sont contradictoires avec celles fournies par un autre4--,pour juger des oprations faites par nos sens1 il faudrait donc que nous soyons d'accord1 d'abord avec les btes1 et secondement entre nous2 or cet accord n'existe pas4 ,nous disputons sans cesse sur ce que l'un entend1 voit ou ressent et qui1 toujours1 s'entend1 se voit et se ressent autrement que fait un autre2 nous ne sommes pas moins diviss sur la diversit des images que nos sens nous rapportent4 ,dans les conditions ordinaires de la nature1 un enfant entend1 voit et ressent autrement qu'un homme de trente ans1 et celui-ci autrement qu'un sexagnaire2 les sens chez les uns sont plus teints et plus mousss1 chez les autres plus ouverts et plus aigus4 ,nous percevons les choses diffremment1 suivant l'tat dans lequel nous sommes et ce que cela nous semble2 et ce qu'il nous semble est si incertain1 si discutable1 que ce n'est pas miracle si on vient nous dire que nous sommes en droit de dclarer que la neige nous apparat blanche1 mais que nous ne pouvons tablir que telle est sa nature2 ce qui est certain1 c'est que nous ne saurions en rpondre4 ,avec si peu de certitude son point de dpart1 toute la science du monde est1 par le fait1 rduite nant4--,et maintenant1 faut-il dmontrer que nos sens vont mme se contredisant l'un l'autre8 ,une peinture qui ressort en relief quand on la voit1 semble plate quand on la touche4 ,le musc flatte l'odorat et blesse le got2 dans ces conditions1 est-ce chose agrable ou non8 ,il y a des herbes et des onguents qui conviennent certaines parties du corps et en blessent d'autres4 ,le miel plat au got et dplat la vue4 ,ces bagues tailles en forme de plumes1 qu'en termes d'armoiries on appelle ,pennes sans fin1 dont l'il ne peut discerner la largeur1 ni se dfendre de cette illusion que d'un ct elles vont s'largissant et de l'autre se rtrcissant jusqu' former pointe1 illusion qui demeure mme quand1 mises au doigt1 on les fait tourner1 semblent cependant au toucher de largeur constante1 et dans toutes leurs parties pareilles elle-mmes4 ,il tait jadis des personnes qui1 pour ajouter leur volupt1 se servaient de miroirs propres grossir et agrandir les objets qui s'y refltent1 afin que les membres avec lesquels ils allaient se mettre en contact1 leur offrissent plus d'attrait par ce grossissement apparent2 lequel de leurs deux sens leur donnait le plus de satisfaction3 la vue qui leur reprsentait ces organes gros et grands souhait1 ou l'attouchement qui les leur prsentait petits et moins affriolants8 ,sont-ce nos sens qui communiquent aux choses ces conditions diverses1 et nonobstant la condition de chacune est-elle unique8--,le pain que nous mangeons1 n'est que du pain2 et cependant1 par l'usage que nous en faisons1 il devient os1 sang1 chair1 poils1 ongles3 ,les aliments1 s'infiltrant par tout le corps1 prissent en changeant de nature 7,lucrce74 ,les sucs qu'absorbe la racine des arbres1 deviennent tronc1 feuilles et fruits2 l'air est un1 et pourtant la trompette le rend en mille sons divers2 sont-ce1 dis-je1 nos sens qui transforment d'une manire analogue les conditions diverses des choses1 ou sont-elles telles8 et1 en prsence de ce doute1 que pouvons-nous juger de leur vritable nature8--,il y a plus1 puisque dans les cas de maladie1 de rverie1 de sommeil1 les choses nous paraissent autrement que lorsque nous sommes en bonne sant1 en pleine possession de nous-mmes ou veills1 n'est-il pas vraisemblable que notre tat normal1 nos humeurs en repos sont aussi de nature donner aux choses une physionomie particulire1 en rapport avec notre tat et s'y accommodant1 comme il arrive lorsque nos humeurs sont en mouvement8 ,en sant1 ne sommes-nous pas1 tout autant que lorsque nous sommes malades1 exposs les envisager d'une manire particulire8 ,pourquoi celui qui est modr1 ne les verrait-il pas sous une forme approprie son tat1 comme il arrive celui qui ne l'est pas2 et tout comme lui1 ne lui imprimerait-il pas son caractre8 ,celui qui est dgot du vin1 lui attribue de la fadeur2 celui qui est bien portant1 de la saveur2 celui qui est altr1 un got apptissant4 ,les choses s'accommodant l'tat dans lequel nous sommes1 se transforment d'aprs lui2 nous ne savons plus la vrit sur elles1 rien ne nous venant que falsifi et altr par nos sens4 ,quand le compas1 l'querre et la rgle sont fausses1 toutes les mesures qu'ils donnent1 tous les btiments la construction desquels ils s'emploient1 sont aussi1 et ncessairement1 dfectueux et peu solides2 de mme l'incertitude de nos sens rend incertain tout ce qu'ils produisent3 ,si dans la construction d'un difice1 la rgle dont il a t fait usage en premier lieu est dvie1 si l'querre s'carte de la perpendiculaire1 si le niveau s'loigne par quelque endroit de sa juste situation1 il faut ncessairement que tout le btiment soit vicieux1 pench1 affaiss1 sans grce1 sans aplomb1 sans proportion1 qu'une partie semble prte s'crouler et que tout s'croule en effet pour avoir t d'abord mal conduit2 de mme si l'on ne peut compter sur le rapport des sens1 tous les jugements seront trompeurs et illusoires 7,lucrce74--,au surplus1 qui sera apte juger de ces diffrences8 ,nous disons1 quand il s'agit de controverses sur la religion1 qu'il faudrait pour les trancher1 un juge qui ne soit ni d'un camp ni d'un autre1 exempt de parti pris et de prfrence1 ce qui ne saurait se trouver chez les ,chrtiens4 ,le mme fait se reproduit ici3 si notre juge est un vieillard1 il est inapte juger impartialement de ce que ressent la vieillesse1 tant lui-mme intress dans le dbat2 si c'est un homme jeune1 le cas est le mme2 le mme aussi1 si c'est un homme en bonne sant2 de mme1 s'il est malade1 s'il dort1 s'il est veill2 il faudrait quelqu'un qui ne se soit jamais trouv dans aucun de ces cas1 de telle sorte qu'il se prononce sans prvention entre les diverses propositions en prsence1 auxquelles il serait indiffrent2 et1 ce compte1 il nous faudrait un juge qui n'existe pas4 ,en somme1 on ne peut rien juger dfinitivement des choses par les apparences que nous en donnent les sens4--,pour juger des apparences que nous recevons des choses1 il nous faudrait un instrument vrificateur2 pour contrler cet instrument1 il nous faudrait des preuves1 et pour vrifier ces preuves1 un instrument2 et nous voil arrivs au bout de nos inventions4--,puisque les sens ne peuvent trancher le dbat1 tant eux-mmes pleins d'incertitude1 il faut que ce soit la raison2 mais aucune raison ne peut tre admise1 sans qu'une autre ne dmontre sa validit1 et nous voil ramens en arrire tout jamais4 ,notre imagination ne s'exerce pas directement sur les choses qui sont en dehors de nous2 elle y est initie par l'entremise des sens2 les sens eux-mmes ne s'occupent pas de ce qui leur est tranger1 mais seulement de ce qui est l'objet de leurs propres impressions2 et comme l'imagination et l'apparence que nous concevons des choses ne viennent pas d'elles1 mais des jouissances et des souffrances qu'en prouvent nos sens et que jouissances et souffrances sont variables1 il en rsulte que celui qui juge par les apparences1 juge par autre chose que par l'objet lui-mme4--,dira-t-on que les impressions des sens rapportent l'me une image exacte de ce que sont les objets trangers8 comment l'me et l'entendement peuvent-ils s'assurer de l'exactitude de la ressemblance1 n'ayant pas t eux-mmes en rapport avec les objets8 c'est comme qui ne connat pas ,socrate et voit son portrait1 il ne peut dire qu'il lui ressemble4--,celui qui cependant voudrait juger sur les apparences1 ne pourrait le faire d'aprs toutes2 cela lui est impossible1 car elles se neutralisent mutuellement par les contradictions et les diffrences qu'elles prsentent1 ainsi que nous le montre l'exprience4 ,ce ne sera donc que d'aprs quelques-unes dont il aura fait choix1 que son jugement pourra s'exercer2 mais quand il en aura choisi une1 il faudra qu'il en choisisse une autre pour vrifier la premire2 puis une troisime pour contrler la seconde et ainsi de suite1 ce qui n'aura jamais de fin4 ,en somme1 nous-mmes et tout ce qui existe n'avons pas d'tat dfini2 nous1 notre jugement et toutes choses ici-bas1 allons1 suivant sans cesse le courant qui va nous ramenant constamment au point de dpart2 si bien que rien de certain ne peut s'tablir entre nous-mmes et ce qui est en dehors de nous1 celui qui est juge1 comme ce qui est jug1 tant continuellement en transformation et en mouvement4 ,en outre1 rien chez l'homme n'est l'tat stable2 constamment en transformation1 il est insaisissable4--,nous ne connaissons davantage rien de notre tre1 parce que tout ce qui tient la nature humaine est toujours naissant ou mourant1 tat intermdiaire qui ne donne1 de ce que nous sommes1 qu'une apparence mal dfinie et obscure1 une opinion peu accentue et incertaine2 et que si1 par hasard1 vous vous attachez rechercher ce que nous sommes en ralit1 c'est ni plus ni moins comme si vous vouliez empoigner de l'eau3 plus on serre et presse ce qui est fluide1 plus on laisse chapper ce que l'on en tient et cherche empoigner4 ,aussi de ce que toute chose est sujette transformation1 la raison1 en qute de ce qui subsiste rellement1 est due1 parce qu'elle ne peut rien saisir qui ait corps et fixit1 parce que tout1 ou nat l'existence et n'est pas compltement form1 ou commence mourir avant que d'tre n4--,platon disait que les corps n'ont jamais d'existence1 qu'ils ne font que natre2 il estimait qu',homre1 en faisant de l',ocan le pre des dieux et de ,thtis leur mre1 avait voulu nous montrer par l que toute chose est sujette des vicissitudes1 des transformations et des variations perptuelles1 opinion qui tait1 dit-il1 celle de tous les philosophes qui l'avaient prcd1 l'exception de ,parmnide1 qui niait le mouvement des corps1 force dont au contraire ,platon faisait grand cas4--,pythagore tenait que toute matire est mobile et sujette changer2 les ,stociens1 que le temps prsent n'existe pas et que ce que nous qualifions tel1 n'est que le point de jonction et d'assemblage du pass avec le futur4--,hraclite disait que jamais homme n'a pass deux fois une mme rivire2 picharme1 que celui qui1 jadis a emprunt de l'argent1 n'en est pas maintenant le dbiteur2 et que celui qui1 cette nuit1 a t convi dner pour ce matin et qui s'y prsente1 vient sans tre invit1 attendu que ce ne sont plus eux1 ils sont devenus autres2 que toute substance mortelle ne se retrouve jamais deux fois dans le mme tat1 parce que1 par des changements brusques et insaisissables1 tantt elle s'vapore1 tantt elle se condense2 elle vient1 puis s'en va2 de faon que ce qui commence natre1 n'arrive jamais devenir un tre parfait2 on peut mme dire que sa naissance ne s'achve pas et ne s'arrte jamais comme arrive terme2 ds sa conception1 elle va toujours se transformant et passant d'un tat un autre4 ,le germe humain par exemple devient tout d'abord1 dans le ventre de la mre1 un fruit informe1 puis un enfant nettement form2 ensuite1 lorsqu'il voit le jour1 un enfant la mamelle1 qui aprs devient garon1 puis successivement un adolescent1 un homme fait1 un homme d'ge et finalement un vieillard dcrpit1 de telle sorte que l'ge et la gnration qui suit vont toujours dfaisant et gtant la gnration qui prcde3 ,le temps change la face entire du monde2 un ordre de choses en succde ncessairement un autre2 rien n'est stable1 tout se transforme et la nature est en continuelle mtamorphose 7,lucrce74--,et nous1 sots que nous sommes1 nous redoutons une forme particulire de la mort1 alors que dj nous en avons subi et en subissons tant d'autres2 car1 ainsi que le fait ressortir ,hraclite1 non seulement la mort du feu engendre l'air1 la mort de l'air engendre l'eau1 mais comme nous pouvons le voir d'une faon encore plus manifeste par ce qui se passe en nous1 la fleur de l'ge passe et meurt quand survient la vieillesse1 la jeunesse se termine quand l'homme arrive la fleur de l'ge1 l'enfance quand commence la jeunesse1 et le premier ge quand vient l'enfance4 ,aujourd'hui marque la mort d'hier1 demain sera celle d'aujourd'hui1 rien ne demeure immuable4 ,admettons1 en effet1 que nous le soyons et demeurions toujours tels que nous sommes3 comment se pourrait-il que nous nous rjouissions tantt d'une chose un moment1 tantt d'une autre un autre instant8 comment expliquer que nous aimions des choses contraires les unes aux autres ou que nous les hassions1 que nous les louions ou que nous les blmions8 ,si nous prouvons des sentiments diffrents pour une mme chose1 c'est que notre pense son sujet s'est modifie1 car il n'est pas vraisemblable que sans qu'il se soit opr de changements en nous1 nos sentiments aient vari2 ce que le changement affecte1 n'est plus identiquement le mme qu'avant2 n'tant plus identiquement le mme1 il n'est donc plus4 ,cessant d'tre identique soi-mme1 on cesse purement et simplement d'exister puisqu'on devient un autre2 par suite les sens se trompent et mentent sur la nature des choses1 quand ils prennent ce qui apparat pour ce qui est faute de bien savoir ce qui est4 ,d'o nous arrivons conclure qu'il n'y a rien de rel1 rien de certain1 rien qui existe que ,dieu4--,qu'y a-t-il donc qui soit vraiment tel qu'on le voit8 ,cela seul qui est ternel1 c'est--dire qui jamais n'a eu de commencement et qui jamais n'aura de fin2 qui jamais ne change sous l'effet du temps1 car le temps est chose mobile qui nous apparat comme une ombre1 entranant avec lui la matire qui va coulant comme un fluide1 jamais stable1 toujours en transformation2 lui s'appliquent bien ces mots3 ,devant et aprs1 a t ou sera1 qui par leur assemblage mme montrent jusqu' l'vidence qu'il ne s'agit pas d'une chose qui est1 car ce serait une grande sottise et une erreur indniable de dire que cela est1 d'une chose qui n'est pas encore ou qui a dj cess d'tre4 ,l'ide que nous nous faisons du temps se traduit par ces mots3 ,prsent1 ,instant1 ,maintenant1 qui semblent en tre la base2 mais que la raison s'y arrte1 et sur-le-champ cet assemblage s'croule2 ds le premier instant elle le rompt1 le rpartit en pass et futur et1 en dehors de ces deux subdivisions1 se refuse admettre toute autre rpartition4 ,il en est de mme de la nature qui se mesure1 comme le temps lui-mme qui lui sert de mesure3 il n'y a non plus en elle rien qui demeure1 ni qui subsiste2 tout ce dont elle se compose ou a t1 ou est en train de natre1 ou est mourant4 ,c'est pourquoi ce serait pch de dire de ,dieu que seul il est1 a t1 ou sera1 parce que ce sont l des termes qui impliquent des changements1 des transformations1 des vicissitudes qui sont le propre de ce qui ne peut durer et dont l'existence n'est pas continue2 d'o il faut conclure que ,dieu seul est1 non suivant une mesure quelconque du temps1 mais selon l'ternit immuable et fixe1 qui n'est pas fonction du temps et n'est sujette aucune variation2 rien ne l'a prcd1 rien ne le suivra et rien n'est ni plus nouveau1 ni plus rcent2 il est rellement1 maintenant et toujours qui pour lui ne font constamment qu'un2 rien1 si ce n'est lui1 lui seul1 n'existe vritablement1 sans qu'on en puisse dire3 ,il a t ou il sera1 n'ayant pas eu de commencement et ne devant pas avoir de fin4 ,l'homme n'est rien1 ne peut rien par lui-mme2 seule la foi chrtienne lui permet de s'lever au-dessus de sa misrable condition4--,a cette conclusion si religieuse d'un homme qui tait paen1 je n'ajouterai1 pour clore ce long et ennuyeux entretien dont le sujet est inpuisable1 que ce mot d'un autre philosophe paen lui aussi1 et qui est dans les mmes ides3 ,oh1 dit-il1 quelle vile et abjecte chose que l'homme1 s'il ne s'lve au-dessus de l'humanit6 ,c'est l une rflexion inspire par un bon sentiment et le dsir d'tre utile1 autant qu'une ide absurde4 ,il est en effet impossible et contre nature1 de faire une poigne plus grande que le poing1 une brasse plus grande que le bras1 une enjambe plus considrable que la longueur de nos jambes2 il ne peut davantage se faire que l'homme s'lve au-dessus de lui-mme et de l'humanit1 car il ne peut voir qu'avec ses yeux et saisir qu'avec les moyens qui lui sont propres4 ,il s'lvera si ,dieu1 par extraordinaire1 y prte la main2 il s'lvera sous condition qu'il abandonne ses propres moyens d'action1 qu'il y renonce et se laisse hausser et soulever exclusivement par les moyens qui lui viennent du ciel4 ,c'est notre foi chrtienne1 et non la vertu stoque des philosophes1 qui peut prtendre oprer cette divine et miraculeuse mtamorphose4 ,,chapitre ,,xiii4 ,du jugement porter sur la mort d'autrui4 ,peu d'hommes tmoignent leur mort d'une relle fermet d'me4--,quand nous jugeons de la fermet dont quelqu'un a fait preuve au moment de la mort1 qui est assurment l'affaire capitale de la vie humaine1 il faut tenir compte que rarement on se croit arriv ce point4 ,peu de gens meurent convaincus qu'ils sont leur heure dernire1 et il n'y a rien o l'esprance trompeuse nous illusionne davantage4 ,elle ne cesse de nous corner aux oreilles3 ,d'autres ont bien t plus malades1 sans en mourir2--,l'affaire n'est pas si dsespre qu'on le pense2--,au pis aller1 ,dieu a fait bien d'autres miracles4 ,il en rsulte que nous faisons trop de cas de nous-mmes2 il semble que tout souffre1 de quelque faon1 de notre anantissement et compatit notre tat1 d'autant que notre vue altre nous fait voir les choses autrement qu'elles ne sont2 il nous semble que ce sont elles qui se drobent nos yeux1 quand ce sont eux qui sont en dfaut1 ainsi qu'il arrive ceux qui voyagent sur mer1 pour lesquels les montagnes1 la campagne1 les villes1 le ciel1 la terre se meuvent en mme temps qu'eux et avec la mme vitesse3 ,nous sortons du port1 la terre et la mer semblent s'loigner 7,virgile74--,qui a jamais vu la vieillesse ne pas louer le temps pass et ne pas critiquer le prsent1 imputant au monde et aux murs du moment sa misre et son chagrin8 ,secouant sa tte chauve1 le vieux laboureur soupire2 il compare le prsent avec le pass1 vante le bonheur de son pre et parle sans cesse de la pit des anciens temps 7,lucrce74 ,nous sommes ports d'ordinaire croire la nature entire intresse notre conservation4--,nous rapportons tout nous1 ce qui fait que nous faisons de notre mort une chose d'importance1 qui ne saurait passer inaperue et sans que les astres1 solennellement consults1 ne se prononcent3 ,que de dieux en mouvement pour la vie d'un seul homme 7,snque76 et nous le pensons d'autant plus1 que nous nous estimons davantage3 ,comment tant de science se perdrait1 et le dommage si considrable qui en rsulterait ne serait pas l'objet d'une proccupation particulire du destin6 ,la disparition d'une me aussi rare1 aussi exemplaire ne cote-t-elle donc pas plus que celle du premier venu qui est sans utilit6 ,cette vie qui en soutient tant d'autres1 dont tant d'autres dpendent1 laquelle tant de monde a intrt1 qui occupe tant de charges1 est-il possible qu'elle soit carte comme une autre qui ne tient pour ainsi dire rien6--,nul de nous ne songe assez qu'il n'est qu'une unit2 de l ces paroles de ,csar1 plus gonfles par la vanit que n'tait grosse la mer qui le menaait1 adresses au patron de la barque qui le portait3 ,a dfaut du ciel qui te refuse de te conduire aux rivages de l',italie1 vogues-y sous mes auspices2 si tu as peur1 c'est que tu ignores qui tu portes2 fort de mon appui1 affronte sans crainte la tempte 7,lucain74 ,celles-ci drivent de cette mme ide3 ,csar juge enfin le pril hauteur de son courage3 ,quoi1 dit-il1 les dieux ont besoin d'un si grand effort pour me perdre8 ils assaillent de toute la fureur de la mer le frle esquif sur lequel je suis assis 7,lucain76 ,de mme cette folie d'un peuple voulant que durant une anne entire le soleil porte le deuil de sa mort3 ,lui aussi1 sa mort1 prit part au malheur de ,rome et se couvrit d'un voile de deuil 7,virgile72 et mille autres semblables dont le monde se laisse si aisment leurrer1 croyant que nos intrts peuvent faire que le ciel en soit troubl et que lui1 qui est infini1 se proccupe de nos moindres actions3 ,l'alliance entre le ciel et nous n'est pas telle1 qu' notre mort les astres doivent s'teindre 7,pline74 ,pour bien juger du courage de qui s'est donn la mort1 il faut examiner les circonstances dans lesquelles il se trouvait4--,ce n'est point tre dans le vrai que de juger de la rsolution et de la fermet de quelqu'un1 quand il n'a pas la certitude d'tre en danger de mort1 alors mme qu'il s'y trouve1 il n'y a pas lui tenir compte de son attitude1 si elle n'tait en prvision mme de l'vnement4 ,la plupart rglent leur contenance et leurs propos pour se faire une rputation dont ils ont encore l'esprance de jouir de leur vivant4 ,combien en ai-je vu mourir1 dont l'attitude n'a pu tre prpare et a t uniquement l'effet du hasard2 parmi ceux mmes qui1 dans l'antiquit1 se sont donn la mort1 il y a encore distinguer si elle a t soudaine1 ou si elle est venue pour ainsi dire pas compts4--,ce cruel empereur romain qui disait1 en parlant de ses victimes1 qu'il voulait leur faire sentir la mort2 et1 de l'une d'elles qui s'tait dtruite dans sa prison3 ,celui-l m'a chapp1 voulait prolonger leur mort en la leur faisant sentir par les tourments qu'il leur faisait endurer3 ,nous l'avons vu vivant dans un corps tout meurtri1 dont on prolongeait l'agonie par un raffinement de cruaut 7,lucain74--,en vrit1 ce n'est pas une si grosse affaire que de se rsoudre se donner la mort1 quand on se porte bien et qu'on n'a rien redouter2 il est bien ais de faire le fanfaron avant le moment fatal1 tellement qu',hliogabale1 l'homme le plus effmin qui ait jamais t1 avait1 au cours de ses plus molles volupts1 projet de se donner la mort1 si l'occasion l'y obligeait1 dans des conditions particulirement fastueuses3 pour que cette mort ne dmentit pas le reste de sa vie1 il avait fait construire dans ce but1 pour se prcipiter du sommet1 une tour somptueuse1 dont le bas et le devant taient plaqus de planches incrustes d'or et de pierreries2 il avait aussi fait confectionner des lacets tisss d'or et de soie cramoisie pour s'trangler1 forger une pe en or pour se transpercer1 et conservait du poison dans des vases en meraude et en topaze pour s'empoisonner1 suivant que l'envie lui prendrait d'avoir recours1 pour se tuer1 l'un de ces moyens3 ,courageux par ncessit 7,lucain74 ,en dpit de ces dispositions1 pour celui-ci en particulier1 la mollesse de tels apprts rend vraisemblable que mis en demeure de s'excuter1 il et recul4 ,mais1 parmi ceux-l mmes qui1 plus courageux1 ont ralis leur rsolution1 il y a examiner1 dis-je1 si elle l'a t par un coup tel qu'ils se sont pargn d'en sentir l'effet1 ou s'il est prsumer qu'ils se soient mnag la possibilit de sentir la vie les abandonner peu peu1 cette sensation envahissant la fois le corps et l'me1 se donnant de la sorte le temps de revenir sur leur dtermination et tmoignant1 en y persvrant1 de leur fermet et de leur obstination dans le dessein si dsespr qu'ils avaient conu4 ,exemples de faiblesse chez des gens qui avaient rsolu de se donner la mort4--,pendant les guerres civiles de ,csar1 ,lucius ,domitius fait prisonnier dans les ,abruzzes1 s'tant empoisonn1 le regretta ensuite4--,il est arriv de notre temps que tel1 rsolu mourir et qui1 du premier coup1 ne s'tait pas frapp assez violemment1 s'y est repris et s'est bless nouveau trs grivement deux ou trois fois1 sans parvenir1 en raison des rvoltes de la chair qui retenaient son bras1 prendre sur lui de se donner un coup pntrant assez profondment4--,pendant qu'on instruisait le procs de ,plautius ,sylvanus1 ,urgulania1 sa grand'mre1 lui fit passer un poignard avec lequel il ne parvint pas se tuer1 et finalement il se fit ouvrir les veines par ses serviteurs4--,albucilla1 du temps de ,tibre1 voulant se donner la mort1 s'tant frappe avec trop peu de vigueur1 donna ses ennemis le temps de l'arrter et de la faire mourir leur guise4--,c'est encore ce qui arriva au gnral ,dmosthne1 aprs sa dfaite en ,sicile4--,c4 ,fimbria1 s'tant manqu par son dfaut d'nergie1 demanda son valet de l'achever4--,par contre1 ,ostorius1 ne pouvant se servir de son bras1 ddaigna de demander son serviteur autre chose que de maintenir droit et ferme le poignard1 sur lequel de lui-mme il se jetait1 se transperant la gorge4 ,une mort prompte et inattendue est la plus dsirable4--,c'est la vrit un morceau qui est avaler sans mcher1 pour qui n'a pas le gosier ferr glace2 c'est pourquoi l'empereur ,adrien se fit indiquer et marquer d'un cercle par son mdecin1 sur la poitrine1 la place o1 pour lui donner le coup mortel1 devait frapper celui auquel il donnerait charge de le tuer4 ,c'est aussi ce qui fit que ,csar1 auquel on demandait quel tait1 son avis1 la mort la plus dsirable1 rpondit3 ,la moins prvue et la plus prompte4 ,si ,csar a os le dire1 ce n'est pas une lchet de ma part que de le croire4 ,une mort courte1 dit ,pline1 est le souverain bonheur de la vie humaine2 il dplat cependant certains de le reconnatre4--,nul ne peut se dire rsolu la mort1 qui redoute de l'envisager et ne peut la voir venir les yeux ouverts4 ,les condamns que l'on voit courir au supplice pour hter et presser leur excution1 ne le font pas par esprit de rsolution1 mais parce qu'ils veulent abrger le temps durant lequel ils sont face face avec elle3 tre mort ne les effraie pas2 ce qu'ils redoutent1 c'est le passage de la vie la mort3 ,je ne veux pas mourir1 mais il m'est indiffrent d'tre mort 7,cicron74 ,c'est l un degr de fermet auquel1 d'aprs l'exprience que j'en ai faite1 je puis atteindre l'exemple de ceux qui1 les yeux ferms1 se jettent au milieu des dangers ou dans la mer4 ,noble constance de ,socrate dans l'attente de la mort4--,il n'y a rien1 suivant moi1 de plus beau dans la vie de ,socrate1 que d'tre demeur pendant trente jours entiers sous le coup du dcret qui le condamnait mort et de l'avoir1 pendant tout ce temps1 envisage tout loisir1 sans motion1 sans marquer dans sa manire d'tre aucune altration1 agissant1 causant d'une faon plutt calme et insensible1 qu'affect et surexcit par l'effet de cette pense bien faite pour accabler4 ,exemples de fermet et de persistance de la part de certains qui se sont donn volontairement la mort4--,ce ,pomponius ,atticus1 auquel ,cicron crivait les lettres qui nous restent de lui1 se trouvant malade1 manda ,agrippa son gendre et deux ou trois de ses amis et leur dit que1 n'arrivant rien en cherchant se gurir1 tous les traitements qu'il suivait pour prolonger sa vie1 prolongeant aussi et accroissant ses souffrances1 il tait rsolu mettre fin l'une et aux autres et qu'il les priait d'approuver le parti qu'il prenait1 ou tout au moins de ne pas se mettre en peine de l'en dtourner4 ,or1 ayant choisi1 pour mettre fin ses jours1 de se laisser mourir de faim1 son abstinence1 par l'effet du hasard1 coupa court la maladie3 le remde qu'il employait pour se dfaire de la vie le ramena la sant4 ,ses mdecins et ses amis1 se flicitant de cet heureux rsultat1 s'en rjouissent avec lui2 mais leur attente est bien trompe1 car ils ne parviennent pas lui faire modifier sa rsolution3 ,puisqu'il lui fallait1 leur dit-il1 franchir un jour ce pas1 il ne voulait pas1 au point o il en tait dj arriv1 avoir la peine de recommencer une autre fois4 ,il avait tout loisir mdit sur la mort1 et non seulement ne renonait pas se la donner1 mais s'y opinitrait et1 satisfait de ce qu'il avait commenc1 affectait par courage d'aller jusqu'au bout4 ,tter la mort1 la savourer1 c'est beaucoup plus que de ne pas la craindre4 ,l'histoire du philosophe ,clanthe ressemble fort la prcdente3 ,il avait les gencives enfles et gangrenes2 les mdecins lui conseillrent le jene le plus absolu4 ,l'ayant observ deux jours durant1 il s'en trouve si bien1 qu'ils le dclarent guri et lui permettent de reprendre son train de vie habituel4 ,mais lui1 trouvant dj une certaine douceur l'tat de faiblesse auquel il tait arriv1 se rsout ne pas revenir en arrire2 et1 persvrant au contraire dans la voie o il tait dj si avanc1 il achve de se laisser mourir de faim4 ,un jeune ,romain1 ,tullius ,marcellinus1 voulant devancer l'heure de sa destine1 pour se dfaire d'une maladie qui le faisait souffrir plus qu'il ne voulait le supporter et dont les mdecins lui assuraient la gurison certaine1 mais non immdiate1 convoqua ses amis pour en dlibrer4 ,les uns1 rapporte ,snque1 lui donnaient le conseil que1 par lchet1 ils eussent suivi eux-mmes2 d'autres1 par flatterie1 celui qu'ils croyaient devoir lui tre le plus agrable2 lorsque l'un d'eux1 appartenant l'cole des ,stociens1 lui dit3 ,ne t'en mets pas en peine1 ,marcellinus1 comme s'il s'agissait d'une affaire d'importance2 ce n'est pas grand'chose que de vivre2 tes valets et les btes vivent2 ce qui importe1 c'est de mourir honorablement1 sagement et avec courage4 ,songe combien il y a de temps que tu fais toujours la mme chose3 manger1 boire et dormir2 boire1 dormir et manger2 nous ne cessons de tourner dans ce cercle4 ,non seulement des accidents pnibles et insupportables1 mais la satit mme de vivre1 nous portent dsirer la mort4 ,marcellinus avait besoin de quelqu'un1 non pour en recevoir des conseils1 mais pour le soutenir dans l'accomplissement de son dessein1 et il venait de le trouver4 ,ses serviteurs craignaient de s'en mler2 notre philosophe leur fit comprendre que les domestiques ne sont compromis que dans le cas o il y a doute que la mort du matre soit volontaire1 et que ce serait de leur part une aussi mauvaise action de l'empcher de se tuer que de le tuer1 d'autant que sauver un homme malgr lui1 c'est comme si on le tuait 7,horace74 ,il avisa ensuite ,marcellinus que1 de mme qu'aprs un repas1 on en distribue la desserte ceux qui l'ont servi1 il serait convenable que1 sa vie finie1 il laisst quelque chose ceux qui1 dans le cours de son existence1 lui avaient prt leur concours4 ,celui ci1 libral autant que franchement courageux1 fit rpartir une somme d'argent entre ses serviteurs et les consola du chagrin qu'ils manifestaient4 ,pour passer de vie trpas1 il n'eut recours ni au fer1 ni l'effusion du sang1 rsolu qu'il tait se retirer de cette vie et non s'en vader2 non d'chapper la mort1 mais se mesurer avec elle4 ,pour se donner loisir de la dfier1 renonant toute nourriture1 le troisime jour il se fit mettre dans un bain tide1 et s'affaiblissant de plus en plus1 il passa insensiblement de vie trpas1 non sans prouver1 disait-il1 une sorte de volupt4 ,ceux qui1 par suite de faiblesse1 tombent en syncope1 affirment en effet ne ressentir aucune douleur et mme prouver un certain bien-tre1 comme lorsqu'ils s'endorment et s'abandonnent au repos4--,voil certes des morts prmdites et patiemment endures4 ,courage de ,caton aidant la mort accomplir son uvre4--,caton semble avoir t destin tre1 en toutes choses1 un modle de vertu4 ,sa bonne fortune permit1 lorsqu'il se porta le coup mortel1 qu'ayant mal la main1 il ne fit que se blesser1 ce qui lui donna possibilit de lutter avec la mort pour arriver l'treindre2 les circonstances1 bien faites pour faire faiblir son courage1 ne firent que le grandir4 ,s'il m'et appartenu de le reprsenter dans l'attitude que je considre comme lui faisant le plus honneur1 c'et t tout ensanglant1 s'arrachant les entrailles1 et non l'pe la main1 comme l'ont fait les sculpteurs de son temps2 ce second acte de sa mort rvle sans contredit un courage bien plus violent que le premier4 ,,chapitre ,,xiv4 ,comment notre esprit se cre lui-mme des difficults4 ,notre choix entre deux choses de mme valeur est dtermin par si peu1 qu'on est en droit d'en conclure que tout ici-bas est doute et incertitude4--,c'est une plaisante ide que de concevoir l'esprit en suspens entre deux choses dont1 exactement et au mme degr1 il souhaite la ralisation2 il est indubitable que1 dans de telles conditions1 il ne se dcidera jamais1 puisque s'il inclinait vers l'une d'elles et la choisissait1 cela impliquerait une ingalit dans le prix qu'il y attache4 ,si1 avec un gal besoin de boire et de manger1 nous tions placs entre une bouteille et un jambon1 nous n'aurions vraisemblablement d'autre ressource que de mourir de soif et de faim4--,pour parer cette difficult1 quand on leur demande ce qui1 en notre me1 dtermine son choix entre deux choses indiffrentes et fait que1 dans un gros sac d'cus1 nous prenons l'un plutt que l'autre1 alors 99 qu'tant tous pareils1 nous n'avons pas de raison qui motive une prfrence1 les ,stociens rpondent que c'est l'effet d'un mouvement inconscient de l'me qui ne peut s'expliquer1 produit en nous par une impulsion trangre1 accidentelle et toute fortuite4--,on pourrait plutt dire1 ce me semble1 que rien ne se prsente nous sans quelque diffrence1 si lgre qu'elle soit2 et que1 soit la vue1 soit au toucher1 il y a toujours quelque chose qui nous tente1 nous attire et dtermine notre choix1 bien que nous ne nous en rendions pas compte4 ,supposons1 par exemple1 qu'une ficelle soit galement rsistante sur toute sa longueur1 il devint impossible qu'elle se rompe2 car en lequel de ses points voulez-vous qu'elle cde2 et d'autre part1 il n'est pas possible que tous cdent la fois8--,si cela on joint ces propositions de la gomtrie1 par lesquelles on arrive prouver par d'irrfutables dmonstrations que le contenu est plus grand que le contenant1 le centre d'une circonfrence aussi grand que la circonfrence elle-mme1 que deux lignes se rapprochant sans cesse l'une de l'autre n'arrivent jamais se joindre1 et aussi ces problmes de la pierre philosophale1 de la quadrature du cercle1 toutes questions o la raison et ce qui est sont en opposition absolue1 on y trouvera peut-tre quelque argument l'appui de cette assertion si hardie de ,pline3 ,il n'y a rien de certain que l'incertitude1 ni rien de plus misrable et de plus fier que l'homme4 ,,chapitre ,,xv4 ,notre dsir s'accrot par la difficult qu'il rencontre se satisfaire4 ,la difficult de les obtenir et la crainte de les perdre1 est ce qui donne le plus de prix nos jouissances4--,il n'y a pas de raison laquelle on ne puisse objecter une raison contraire1 disent les plus raisonnables d'entre les philosophes4 ,il n'y a pas longtemps1 me revenait l'esprit cette belle sentence1 prononce par un personnage de l'antiquit1 l'appui du mpris que nous devons faire de la vie3 ,nul bien ne peut nous procurer du plaisir1 si ce n'est celui la perte duquel nous sommes prpars4 ,le chagrin d'avoir perdu une chose et la crainte de la perdre1 nous affectent galement 7,snque74 ,il voulait dire par l que la jouissance de la vie ne peut nous offrir un rel attrait si nous avons crainte de la perdre4 ,cela pourrait encore s'entendre1 au contraire1 que nous nous attachons ce bien et l'embrassons d'autant plus troitement et avec plus de dsir de le conserver1 que nous voyons sa conservation nous tre moins assure et que nous craignons davantage qu'il ne nous soit t2 car on sent et cela est absolument indiscutable que1 comme le feu se ravive par le froid1 notre volont s'aiguise aussi par la contradiction3 ,si ,dana n'avait pas t enferme dans une tour d'airain1 jamais elle n'et donn un fils ,jupiter 7,ovide74 ,rien n'est1 par nature1 si contraire nos dsirs que la satit qui rsulte de la facilit2 et rien ne les excite autant que la raret et la difficult3 ,en toutes choses1 le plaisir crot en raison du pril qui devrait nous en loigner 7,snque74 ,repousse-moi1 ,galla1 l'amour se rassasie bientt si ses joies ne sont assaisonnes d'un peu de tourment 7,martial74 ,a ,lacdmone1 ,lycurgue1 pour tenir l'amour en haleine1 ordonna que les gens maris ne pourraient se pratiquer qu' la drobe et que les rencontrer couchs ensemble serait pour eux une honte aussi grande que d'tre vus couchant avec d'autres4 ,la difficult des rendez-vous1 le danger des surprises1 la honte qui s'ensuit le lendemain1 et aussi la langueur1 le silence1 les soupirs tirs du fond du cur 7,horace71 voil ce qui donne du piquant la sauce4 ,quels plaisirs lascifs au plus haut point naissent de conversations en langage honnte et retenu sur les uvres de l'amour8 ,la volupt elle-mme recherche des excitants dans la douleur2 elle est bien plus suave lorsqu'elle est cuisante1 qu'elle corche4 ,la courtisane ,flora disait n'avoir jamais couch avec ,pompe1 qu'elle ne lui et fait porter les marques de ses morsures4 ,ils pressent troitement l'objet de leurs dsirs2 d'une dent cruelle1 ils impriment sur ses lvres des baisers douloureux2 un secret aiguillon les excite contre celui-l mme qui allume la fureur de leurs transports 7,lucrce74 ,tout ce qui est tranger a plus d'attrait pour nous2 dfendre une chose1 c'est la faire dsirer4--,il en est ainsi de tout2 la difficult donne du prix aux choses4 ,les habitants de la ,marche d',ancne portent plus volontiers leurs vux ,saint-,jacques de ,compostelle1 et ceux de la ,galice ,notre-,dame de ,lorette2 on fait ,lige grand cas des bains de ,lucques et1 en ,toscane1 de ceux de ,spa2 on ne voit gure de ,romains frquenter l'cole d'escrime de ,rome1 qui est pleine de ,franais4 ,le grand ,caton1 tout comme cela nous arrive1 se lassa de sa femme1 tant qu'elle fut lui1 et se reprit la dsirer quand elle fut un autre4 ,j'ai renvoy au haras un vieux cheval dont on ne pouvait venir bout quand il sentait les juments3 la facilit de se donner carrire avec les siennes l'en a aussitt rassasi2 mais avec les autres1 c'est comme avant1 et la premire qui passe prs de son enclos1 ramne ses hennissements continus et ses surexcitations furieuses4 ,notre apptit mprise ce qui est sa disposition2 il ne s'y arrte pas et poursuit ce qu'il n'a pas3 ,il ddaigne ce qu'il a sous la main et court aprs ce qui le fuit 7,horace74 ,nous dfendre quelque chose1 c'est nous en donner envie3 ,si tu ne surveilles pas ta matresse1 elle cessera bientt d'tre moi 7,ovide72 nous l'abandonner compltement1 c'est nous porter en faire fi4 ,la privation et l'abondance ont le mme inconvnient3 ,tu te plains de ton superflu et moi du mangue du ncessaire 7,trence74 ,le dsir et la jouissance nous font galement souffrir4 ,la rigueur de nos matresses nous donne de l'ennui2 mais1 vrai dire1 l'aisance et la facilit avec lesquelles elles se livrent nous1 nous en causent encore plus1 d'autant que le mcontentement et la colre naissent du prix que nous attachons ce que nous dsirons1 excitent notre amour1 le rchauffent1 tandis que la satit engendre le dgot2 ce n'est plus qu'une passion mousse1 hbte1 lasse et endormie3 ,si tu veux rgner longtemps sur ton amant1 ddaigne ses prires 7,ovide72 ,faites les ddaigneux1 celle qui vous a refus hier1 viendra s'offrir vous aujourd'hui 7,properce74 ,les femmes ne se voilent et n'affectent de la pudeur1 que pour se faire dsirer4--,pourquoi ,poppe imagina-t-elle de tenir couvertes d'un masque les beauts de son visage1 sinon pour leur donner plus de prix aux yeux de ses amants8 ,pourquoi les femmes drobent-elles la vue1 avec ces voiles descendant jusqu'au-dessous des talons1 ces appts que 99 chacune voudrait montrer1 que chacun dsire voir8 ,pourquoi entassent-elles les unes sur les autres tant de choses qui dfendent les approches de ces parties de leur corps sur lesquelles se portent notre dsir et le leur8 ,a quoi servent ces normes bastions dont les ntres viennent d'armer leurs hanches1 sinon leurrer notre apptit en nous attirant vers elles1 tout en nous en tenant carts8 ,elle court se cacher derrire les saules1 mais auparavant elle a fait en sorte d'tre aperue 7,virgile72 ,parfois elle a oppos sa robe mes impatients dsirs 7,properce74--,a quoi sert cet art qui met en jeu l'air pudibond de la vierge1 une froideur calcule1 une contenance svre1 ce semblant d'ignorance de choses qu'elles savent mieux que nous qui les en instruisons1 si ce n'est accrotre le dsir que nous avons de vaincre1 stimuler et presser notre apptit par toutes ces crmonies et ces obstacles8 ,car non seulement il y a du plaisir1 mais encore de la gloire affoler et dbaucher ces discrtes rsistances1 ces pudeurs enfantines et mettre la merci de notre ardeur une gravit froide et digne2 il est glorieux de triompher de leur modestie1 de leur chastet et de leur temprance2 et celui qui dconseille aux femmes l'emploi de ces artifices1 les trahit et lui-mme avec elles4--,il faut que nous croyions que leur cur frmit d'effroi1 que le son de nos voix leur murmurant des propos d'amour1 blesse la puret de leurs oreilles1 qu'elles nous en veulent et ne cdent nos importunits que contraintes et forces4 ,la beaut1 si puissante qu'elle soit1 ne suffit pas se faire savourer sans ces vellits de rsistance4 ,voyez en ,italie1 o il y en a vendre plus que partout ailleurs et de la plus attrayante1 comme il lui faut avoir recours des moyens factices et appeler l'art son aide pour se rendre agrable2 sinon1 quoique vnale et publique1 sa recherche demeure faible et languissante4 ,il se produit ici ce qui arrive aussi la vertu3 deux voies y conduisent1 l'une facile1 l'autre seme d'obstacles et n'atteignant pas toujours le but2 c'est cependant celle-ci que1 dans les deux cas1 nous estimons la plus belle et la plus digne4 ,c'est pour rveiller notre zle religieux que ,dieu permet les troubles qui agitent l'glise4--,c'est un effet de la divine ,providence de permettre que sa sainte glise soit1 comme nous le voyons1 en proie tant de troubles et d'orages4 ,cela fait que1 par contraste1 les mes pieuses s'veillent et sortent de l'oisivet et du sommeil o les avait plonges une si longue tranquillit4 ,si nous comparons les pertes rsultant du nombre de ceux qui se sont dvoys1 au gain produit de ce fait que nous nous sommes retremps1 que notre zle et nos forces se sont ravivs l'occasion de cette lutte1 je ne sais si le bnfice n'excde pas le dommage4 ,nous avons pens resserrer les liens du mariage1 en tant tout moyen de le rompre2 mais il en est rsult que ceux crs par la volont et l'affection se sont dnous et relchs1 en mme temps que s'est davantage rtrci le nud de la contrainte4 ,c'est l'oppos de ce qui s'est pass ,rome1 o la libert que chacun avait de le dissoudre1 par cela seul qu'il en avait la volont1 fit qu'il demeura si longtemps en honneur et sans qu'il y ft port atteinte4 ,on s'appliquait d'autant plus garder sa femme qu'on pouvait la perdre2 et alors que le divorce tait la porte de tous1 il se passa cinq cents ans et plus1 sans que personne en ust4 ,ce qui est permis n'a plus de charme2 ce qui est dfendu irrite les dsirs 7,ovide74 ,la svrit des supplices1 loin d'empcher les crimes1 en augmente le nombre4--,ce propos m'amne citer cette opinion mise par un auteur ancien3 ,les supplices excitent au vice plutt qu'ils ne le refrnent2 ils ne font pas qu'on s'applique bien faire1 cela est l'uvre de la raison et du mode d'ducation2 on veille seulement avec plus de soin n'tre point surpris faisant le mal4 ,le mal qu'on croyait extirp1 gagne et s'tend plus loin 7,rutilius74 ,j'ignore si cette assertion est exacte1 mais ce que je sais par exprience1 c'est que jamais les supplices n'ont chang l'tat moral d'un peuple2 c'est de moyens autres que dpendent l'ordre et la rgularit dans les murs4 ,les historiens grecs font mention des ,argippes1 tribu voisine de la ,scythie1 qui vivaient sans avoir besoin de verges ni de bton pour le maintien de l'ordre2 non seulement personne n'entreprenait d'aller les attaquer1 mais quiconque pouvait se rfugier chez eux1 y trouvait asile cause de leur vertu et de la saintet de leur vie1 et nul n'et os porter la main sur lui4 ,les peuplades environnantes recouraient eux pour trancher leurs diffrends4--,ils citent galement une nation o les cltures des jardins et des champs qu'on veut dlimiter1 se marquent avec un simple filet de coton qui1 malgr sa fragilit1 y constitue une barrire bien plus respecte et plus effective que nos fosss et nos haies3 ,les serrures attirent les voleurs3 celui qui vole avec effraction1 n'entre pas dans les maisons ouvertes 7,snque74 ,montaigne1 au milieu des guerres civiles1 a garanti sa maison de toute invasion en la laissant ouverte et sans dfense4--,peut-tre la facilit d'y pntrer est-elle1 entre autres choses1 une des causes qui ont prserv ma maison des violences de la guerre civile4 ,se dfendre fait songer attaquer2 la dfiance provoque l'offense4 ,j'ai dtourn les gens de guerre de l'ide de venir chez moi1 en leur enlevant toute chance courir et tout sujet d'acqurir de la gloire1 ce qui d'habitude1 leurs yeux1 justifie et excuse tous les excs4 ,ce qui demande du courage tant toujours tenu pour honorable dans les temps o la justice n'existe plus1 j'ai fait en sorte que l'envahissement de ma maison soit un acte de lchet et de trahison4 ,elle n'est ferme pour personne qui vient y frapper2 il n'y a pour toute mesure de prcaution qu'un portier1 dress aux usages et crmonies des temps passs et qui ne sert pas tant dfendre la porte qu' rendre l'accueil plus dcent et plus avenant2 je n'ai d'autre garde et sentinelle que les astres4 ,un gentilhomme a tort de sembler vouloir tre en mesure de faire rsistance1 si elle n'est 99 parfaitement organise4 ,qui est accessible d'un ct1 l'est de toutes parts2 nos pres n'eurent jamais l'ide de construire des places frontires4 ,les moyens de se rendre matre de nos maisons1 mme sans arme1 ni canon1 deviennent de jour en jour plus puissants et hors de proportion avec les progrs des moyens de dfense2 c'est surtout l'ide d'envahir qui hante les esprits1 elle intresse tout le monde2 la dfense y opposer n'intresse que les riches4--,ma maison prsente assez de rsistance pour l'poque laquelle elle a t construite2 je n'y ai rien ajout sous ce rapport et craindrais1 si je la fortifiais davantage1 que cela ne tourne contre moi2 sans compter que lorsque les temps redeviendront tranquilles1 nous serons contraints de les dmanteler4 ,dans de semblables demeures1 il est dangereux de ne pouvoir s'y maintenir1 et on n'est pas sr de le pouvoir parce que1 dans les guerres intestines1 votre valet peut tre du parti oppos au vtre2 et1 lorsque c'est la religion qui en est le prtexte1 les parents eux-mmes1 et non sans que cela ne paraisse justifi1 deviennent suspects4 ,le trsor public ne peut entretenir des garnisons chez chacun1 il n'y suffirait pas2 nous ne pouvons le faire sans nous ruiner1 ou ruiner le peuple1 ce qui1 plus d'inconvnients1 joint d'tre plus injuste encore4 ,que sans me dfendre1 je sois envahi1 je ne m'en trouverai gure plus mal4 ,si au contraire vous vous dfendez1 vous vous perdez2 vos amis eux-mmes1 au lieu de vous plaindre1 s'amusent critiquer votre ngligence pourvoir votre sret1 et l'ignorance ou la nonchalance que vous apportez ce qui est du ressort de votre profession4 ,de ce que tant de maisons1 dont la rsistance tait prpare1 ont t perdues alors que la mienne est encore debout1 je suis port croire que ce sont les vellits de rsistance mmes qui ont caus leur perte2 elles ont donn l'ide de les attaquer et justifi l'assaillant ses propres yeux2 tout prparatif de dfense marque qu'on est dispos combattre4 ,on peut se jeter chez moi si telle est la volont de ,dieu2 mais1 quoi qu'il arrive1 je n'y appellerai personne2 ce m'est un lieu de retraite o je me repose des guerres2 c'est un coin que j'essaie de soustraire la tempte qui rgne partout1 comme je fais en mon me d'un autre petit coin4 ,la guerre qui nous dsole peut changer de forme1 s'tendre1 de nouveaux partis se constituer1 pour moi1 je ne bouge pas4 ,de tant de maisons fortifies1 moi seul1 que je sache1 de ma condition 99 en ,france1 m'en suis remis simplement au ciel du soin de protger la mienne1 et n'en ai jamais t pour les mettre en lieu sr1 ni argenterie1 ni titres1 ni tapisseries1 ne voulant ni craindre1 ni me sauver demi4 ,si une entire confiance dans la ,providence me vaut la faveur divine1 elle se continuera jusqu' la fin2 sinon1 j'ai t prserv pendant assez de temps1 pour que dj ce soit un fait digne de remarque et noter1 car voil bien trente ans que cela dure4 ,,chapitre ,,xvi4 ,de la gloire4 ,a ,dieu seul appartiennent gloire et honneur2 l'homme manque de tant d'autres choses autrement ncessaires1 qu'il est bien puril lui de rechercher celle-ci4--,en tout1 il y a le nom et la chose4 ,le nom est un mot qui marque et signifie la chose2 il n'en fait pas partie et ne s'y incorpore pas1 c'est un accessoire qui lui est tranger et demeure en dehors d'elle4 ,dieu qui1 par lui-mme1 a tout et chez lequel tout atteint le comble de la perfection1 ne peut personnellement grandir en puissance1 ni crotre en dignit2 mais son nom peut recevoir augmentation et accroissement du fait des bndictions et des louanges que nous donnons celles de ses uvres qui se manifestent nous4 ,nos louanges qui ne peuvent le pntrer et devenir partie intgrante de lui-mme1 d'autant que nul bien de notre part ne peut ajouter ce qu'il est1 nous les attribuons son nom qui1 en dehors de lui1 est ce qui le touche de plus prs4--,a ,dieu seul appartiennent gloire et honneur2 aussi rien n'est si draisonnable que de les revendiquer pour nous2 nous sommes par nous-mmes si pauvres1 si ncessiteux1 nous sommes d'essence si imparfaite1 nous avons tellement besoin de travailler continuellement nous amliorer1 que ce doit tre de notre part une attention constante4 ,absolument creux et vides1 ce n'est pas de vent et de mots que nous devons nous remplir2 nous avons besoin pour nous fortifier d'aliments plus substantiels et plus solides2 un homme affam serait bien simple s'il cherchait se procurer un beau vtement plutt qu'un bon repas2 c'est toujours au plus press qu'il faut courir3 ,gloire ,dieu dans les cieux et paix aux hommes sur la terre 7vangile selon ,s4 ,luc71 comme nous disons dans nos prires habituelles4 ,nous avons pnurie de beaut1 de sant1 de sagesse1 de vertu et autres qualits essentielles2 il nous faut d'abord rechercher ces choses de premire ncessit1 avant de songer nous procurer ce qui ne nous pare qu'extrieurement4--,mais ce sont l des questions que la thologie traite plus amplement et avec plus de comptence que moi qui n'y entends gure4 ,plusieurs philosophes ont prn le mpris de la gloire2 elle n'est rechercher que lorsque d'autres avantages plus rels l'accompagnent4--,chrysippe et ,diogne ont t les premiers et les plus fermes afficher le mpris de la gloire4 ,ils disaient que1 de toutes les volupts1 il n'y en a pas de plus dangereuse1 ni qui soit plus fuir que celle qui nous vient de l'approbation d'autrui4 ,et1 en effet1 les cas abondent o ses trahisons ont caus de grands dommages3 rien n'empoisonne tant les princes que la flatterie1 il n'est rien par quoi les mchants en imposent davantage leur entourage2 combler les femmes de louanges1 les leur rpter sans cesse1 est le moyen le plus propre et le plus ordinaire pour triompher de leur chastet2 c'est le principal mode de sduction qu'emploient les ,sirnes pour tromper ,ulysse3 ,viens nous1 viens1 ,ulysse1 toi si digne d'tre lou1 toi dont la ,grce s'honore le plus 7,homre74 ,ces philosophes disaient que toute la gloire du monde ne vaut pas qu'un homme1 qui a du jugement1 tende seulement le petit doigt pour l'acqurir3 ,qu'est-ce que la gloire1 si grande qu'elle soit1 si elle n'est que de la gloire 7,juvnal78 ,je dis pour l'acqurir elle toute seule1 car souvent elle entrane sa suite des avantages qui peuvent la rendre dsirable2 elle nous vaut de la bienveillance1 elle fait que nous sommes moins exposs aux injures et aux offenses d'autrui et autres choses semblables4 ,c'tait l un des principaux dogmes d'picure1 qui pourtant son heure dernire n'a pas t1 lui aussi1 sans se proccuper de sa rputation4--,c'tait aussi un des principaux dogmes d'picure1 ce prcepte de son cole3 ,cache ta vie1 qui dfend de s'embarrasser des charges et de la gestion des affaires publiques2 il suppose ncessairement qu'au pralable on mprise la gloire qui est l'approbation que le monde donne celles de nos actions que nous mettons en vidence4 ,nous ordonner de cacher notre vie1 de ne nous occuper que de nous-mmes et ne pas vouloir que les autres soient initis ce que nous faisons1 c'est vouloir encore moins qu'ils nous honorent et nous glorifient4 ,aussi picure conseille-t-il ,idomne de ne pas rgler ses actions sur l'opinion ou la rputation qui peuvent communment avoir cours1 moins que ce ne soit ncessaire pour viter les autres inconvnients qui parfois rsulteraient pour lui du mpris que les hommes pourraient lui tmoigner4 ,ces recommandations sont1 mon avis1 parfaitement vraies et raisonnables2 mais nous sommes1 je ne sais comment1 deux tres en un seul2 ce qui fait qu' une mme chose nous croyons et nous ne croyons pas et que nous ne pouvons nous dfaire de ce que nous condamnons4 ,reportons-nous1 en effet1 aux dernires paroles d'picure1 prononces au moment de sa mort2 elles sont grandes1 dignes d'un philosophe tel que lui2 elles portent cependant trace du souci qu'il a de la rputation qui demeurera attache son nom et de cette disposition d'esprit1 objet de ses critiques dans les prceptes qu'il a mis4 ,voici une lettre dicte par lui1 peu avant son dernier soupir3 picure ,hermachus1 salut4--,j'ai crit ceci1 ce jour1 le dernier de ma vie1 jour heureux bien que je souffre de la vessie et des intestins1 au point qu'on ne saurait souffrir davantage2 mais ma souffrance est compense par le plaisir qu'apporte mon me le souvenir des ides que j'ai innoves et des plaidoyers que j'ai produits leur sujet4 ,toi1 prends sous ta protection les enfants de ,mtrodore2 je compte1 cet gard1 sur l'affection que1 ds ton enfance1 tu as eue pour moi et pour la philosophie4 ,voil sa lettre4 ,ce qui me donne croire que ce plaisir qu'il dit ressentir1 en son me1 des ides qu'il a innoves1 s'applique quelque peu la rputation qu'il esprait en acqurir aprs sa mort1 ce sont ses dispositions testamentaires1 par lesquelles il veut qu' ,aminomaque et ,timocrate1 ses hritiers1 fournissent chaque anne1 au mois de janvier1 pour la clbration de l'anniversaire de sa naissance1 la somme qu',hermachus leur fixera2 et aussi1 celle ncessaire la dpense pour1 le vingtime jour de chaque lune1 traiter les philosophes1 ses amis particuliers1 qui se runiraient en l'honneur de sa mmoire et de celle de ,mtrodore4 ,selon d'autres philosophes la gloire est dsirable pour elle-mme2 erreur de ceux qui n'apprcient dans la vertu que la gloire qui l'accompagne4--,carnade a t le chef de ceux d'opinion contraire4 ,il a pos que la gloire est dsirable pour elle-mme1 tout comme nous portons affection ceux de nos enfants qui peuvent natre aprs notre mort1 bien que nous ne devions ni les connatre1 ni en jouir4 ,cette opinion a t naturellement la plus communment adopte1 comme il arrive pour celles qui rpondent davantage ce que nous sommes enclins prfrer4 ,aristote assigne la gloire le premier rang parmi les biens qui nous viennent en dehors de nous1 et recommande d'viter comme deux extrmes galement critiquables1 l'exagration la rechercher et celle la fuir4--,je crois que1 si nous avions ce que ,cicron a crit ce sujet1 nous en verrions de belles2 car il fut possd de cette passion au point que s'il et os1 il aurait1 je crois1 volontiers donn dans cet excs o d'autres sont tombs1 tenant que la vertu elle-mme n'est dsirable que pour l'honneur que toujours elle entrane sa suite3 ,la vertu cache ne diffre gure de l'obscure oisivet 7,horace71 ce qui est une manire de voir tellement fausse1 que j'prouve du dpit qu'elle ait jamais pu entrer dans l'esprit d'un homme qui a eu l'honneur de compter parmi les philosophes4 ,s'il en tait ainsi1 il ne faudrait jamais faire de belles actions que lorsqu'on est remarqu4--,si cela tait vrai1 il ne faudrait donc tre vertueux qu'en public2 et nous n'aurions que faire de diriger et de maintenir dans la voie droite les mouvements de notre me1 qui est le vritable sige de la vertu1 quand ces mouvements ne doivent pas arriver la connaissance d'autrui4 ,n'importe-t-il donc1 quand nous faisons le mal1 que de le faire avec adresse et de telle sorte qu'il soit ignor8--,si tu t'aperois1 dit ,carnade1 qu'un serpent est cach l o1 sans s'en apercevoir1 va s'asseoir quelqu'un de la mort duquel tu espres profiter1 ce serait une mauvaise action de ne pas l'avertir1 surtout si ce que tu fais ne doit tre connu que de toi4 ,si nous ne puisons pas en nous-mmes l'obligation de bien faire1 si l'impunit est rpute justice1 combien de mchancets1 chaque jour1 ne nous laisserons-nous pas entraner8--,en rendant fidlement ,c4 ,plotius les valeurs que celui-ci1 sans que personne en et connaissance1 lui avait confies en dpt1 agissant en cela comme souvent je l'ai fait moi-mme1 ,sextus ,peduceus n'a pas tant accompli une chose que j'estime mritoire1 qu'il n'en et commis une que je trouverais excrable1 s'il 99 et agi autrement4--,il est bon et utile de rappeler1 dans les temps o nous vivons1 que ,cicron reprochait ,p4 ,sextilius ,rufus d'avoir recueilli un hritage que sa conscience lui interdisait d'accepter1 non que ce ft contraire la loi1 mais bien qu'il et la lgalit pour lui4 ,il ne se montre pas moins svre vis--vis de ,m4 ,crassus et de ,q4 ,hortensius qui1 en raison de leur autorit et de l'influence dont ils disposaient1 avaient t compris pour de certaines sommes dans une succession que1 par un faux testament1 un tranger avait capte et sur lequel il les avait inscrits pour1 par eux1 tre assur d'en arriver ses fins4 ,se contentant tous deux de n'avoir pas particip au faux qui avait t commis1 ils n'avaient pas refus les bnfices qui en rsultaient pour eux1 s'estimant suffisamment couverts parce que1 du fait des lois1 ils taient l'abri des accusations et des tmoignages qui pouvaient tre ports contre eux3 ,ils eussent d se souvenir qu'ils avaient ,dieu pour tmoin1 j'entends par l leur conscience 7,cicron74 ,la vertu serait chose bien frivole si elle tirait sa recommandation de la gloire4--,la vertu est chose bien vaine et bien frivole1 si c'est la gloire qu'elle demande sa rcompense2 il ne vaudrait pas la peine1 dans ce cas1 de lui attribuer un rang part et de faire une distinction entre elle et la fortune1 car qu'y a-t-il de plus fortuit que la rputation8 ,la fortune tend sa domination sur toutes choses2 elle lve les uns1 abaisse les autres1 moins selon leur mrite que selon son caprice 7,salluste74 ,faire que nos actions soient vues et connues1 c'est uniquement le fait de la fortune2 c'est le sort qui nous dpartit la gloire1 au gr de sa fantaisie4 ,je l'ai vue fort souvent devancer le mrite1 et souvent aussi l'excder1 parfois de beaucoup4 ,celui qui le premier eut l'ide de trouver une ressemblance entre l'ombre et la gloire1 russit au del de ce qu'il pensait3 ce sont deux choses vaines au plus haut point2 comme l'ombre1 la gloire nous prcde parfois1 et quelquefois dpasse considrablement notre taille en longueur4--,ceux qui enseignent la noblesse ne rechercher dans la vaillance que la gloire1 comme si une action n'tait vertueuse que si elle devient clbre 7,cicron71 quoi arrivent-ils1 sinon lui inculquer de ne jamais s'exposer si on ne vous voit et d'avoir bien soin qu'il y ait des tmoins mme de raconter vos prouesses1 quand vous agissez l o il y a mille occasions de bien faire1 mais o1 faute de cette prcaution1 on n'aurait aucune chance d'tre remarqu4--,combien de belles actions s'accomplissent dans le cours d'une bataille6 ,quiconque s'amuse observer les autres dans une pareille mle1 ne fait gure de besogne et produit contre lui-mme les tmoignages qu'il rend sur la faon dont se comportent ses compagnons d'armes3 ,une me vraiment grande1 place l'honneur1 qui est le principal but de notre nature1 dans les actions vertueuses et non dans la gloire 7,cicron74--,toute celle laquelle j'aspire1 c'est d'avoir vcu tranquille1 non comme le comprennent ,mtrodore1 ,arcsilas ou ,aristippe1 mais ma manire4 ,puisque la philosophie a t impuissante trouver une voie qui mne au repos de l'me et qui convienne tous1 que chacun1 de son ct1 cherche y atteindre4 ,c'est le hasard qui donne la gloire2 aussi1 que de belles actions sont demeures inconnues6--,a quoi ,csar et ,alexandre doivent-ils leur immense renomme1 sinon la fortune8 ,sur combien d'hommes a-t-elle fait le silence1 lorsqu'ils commenaient prendre leur essor2 combien1 dont nous ignorons qu'ils ont exist1 et qui1 cependant1 ont dploy le mme courage que ces deux hros1 mais que leur mauvais sort a arrts court au dbut mme de leurs entreprises8 ,il ne me souvient pas avoir lu qu'au travers des si nombreux et si grands dangers qu'il a courus1 ,csar ait jamais t bless1 et mille sont morts en affrontant des prils moindres que le moindre de ceux dans lesquels il s'est trouv4--,pour une belle action qui profite son auteur1 une infinit passent inaperues1 parce que personne ne se trouve l pour en porter tmoignage2 on n'est pas toujours sur le sommet d'une brche ou la tte d'une arme1 en vue de son gnral1 comme si on tait sur une estrade2 on peut tre surpris entre une haie et un foss2 selon les ncessits du moment1 tre oblig de s'escrimer contre un poulailler1 de dloger d'une grange quatre chtifs arquebusiers2 parfois1 tant dtach de sa troupe1 se trouver dans l'obligation d'agir isolment4 ,et mme1 pour peu qu'on y prte attention1 on remarquera1 je crois1 que1 de fait1 les oprations qui mettent le moins en relief sont celles qui prsentent le plus de danger2 et que1 dans les guerres de notre poque1 il s'est perdu plus de braves dans des chauffoures de peu d'importance et se disputer la possession de quelque bicoque1 que dans des actions mmorables faisant honneur ceux qui y ont pris part4 ,la vertu est rechercher pour elle-mme1 indpendamment de l'approbation des hommes4--,celui qui tient sa mort pour mal employe1 s'il ne succombe en se signalant1 au lieu de s'illustrer1 ternit de lui-mme sa vie1 lorsqu'il laisse chapper les occasions de courir la chance pour une cause juste1 car ce qui est juste vous vaut toujours assez d'illustration1 le tmoignage de sa conscience tant pour chacun une gloire suffisante3 ,notre gloire1 c'est le tmoignage de notre conscience 7saint ,paul74 ,celui qui n'est homme de bien que parce qu'on le saura et parce qu'on l'en estimera davantage quand ce sera su1 qui ne veut bien faire qu' condition que sa vertu vienne la connaissance des hommes1 n'est pas quelqu'un dont on puisse obtenir beaucoup de service4 ,je crois que le reste de cet hiver1 ,roland fit des choses dignes de mmoire2 mais elles ont t si secrtes jusqu'ici1 que ce n'est pas ma faute si je ne les raconte pas1 car ,roland a toujours t plus prompt faire de belles actions qu' les publier1 et jamais ses exploits n'ont t divulgus que lorsqu'ils ont eu des tmoins 7,arioste74--,il faut aller la guerre par devoir et n'en attendre que cette rcompense qui ne saurait faire dfaut toute belle action1 si cache qu'elle soit1 qu'obtiennent mme les penses vertueuses et qui consiste dans le contentement1 qu'une bonne conscience ressent en elle-mme1 de bien faire4 ,il faut tre vaillant pour soi-mme et pour l'avantage qu'il y a tre dou d'un courage reposant sur une base ferme et assure1 le mettant mme de dfier les assauts de la fortune3 ,la vertu vritable brille d'un clat sans mlange2 elle ignore les refus honteux1 elle ne prend ni ne quitte les faisceaux consulaires au gr d'un peuple volage 7,horace74--,ce n'est pas pour faire talage que notre me doit remplir son rle2 c'est pour nous et en nous1 o nul ne la voit que nous4 ,l1 elle nous couvre contre la crainte de la mort1 contre la douleur et mme contre la honte2 elle nous donne de la fermet si nous venons perdre nos enfants1 nos amis et nos biens2 et1 lorsque le cas se prsente1 elle nous fait affronter les hasards de la guerre3 ,non pour quelque rcompense1 mais pour la satisfaction attache la vertu 7,cicron74 ,c'est l un profit autrement grand1 autrement digne d'tre souhait et espr que l'honneur et la gloire1 qui ne sont autre chose qu'une apprciation favorable qu'on porte sur nous4 ,le jugement des foules est mprisable1 le sage ne doit pas attacher de prix l'opinion des fous4--,pour juger du droit de proprit d'un arpent de terre1 il faut trier1 dans une nation entire1 une douzaine d'hommes2 tandis que pour juger nos intentions et nos actions1 la chose la plus difficile et la plus importante qui soit1 nous nous en remettons la voix publique1 la voix de la foule si ignorante1 injuste et inconstante4 ,est-il raisonnable de faire dpendre des fous le jugement porter sur la vie d'un sage8 ,quoi de plus insens que d'estimer1 quand ils sont runis1 des gens que l'on mprise quand chacun d'eux est considr part 7,cicron74 ,quiconque vise plaire la multitude n'y parvient jamais2 elle n'offre qu'un but mal dfini et qui ne donne pas prise3 ,rien n'honore moins que les jugements de la foule 7,tite-,live74--,dmtrius1 parlant de la voix du peuple1 disait en plaisantant qu'il ne se souciait pas plus de celle qui lui sortait par en haut que de celle lui sortant par en bas4 ,cicron en parle plus mal encore3 ,je dis1 moi1 qu'une chose1 lors mme qu'elle ne serait pas honteuse1 semble l'tre si elle est loue par la multitude4--,nul talent1 nulle souplesse d'esprit ne parviennent diriger nos pas la suite d'un guide aussi dvoy et aussi drgl3 au milieu de cette confusion tumultueuse et sans consistance de bruits1 de rapports1 d'opinions manant des foules qui nous pressent de tous cts1 aucune route ne peut tre trace que nous puissions suivre4 ,ne nous proposons donc pas un but si flottant et si indcis1 et marchons constamment la suite de la raison4 ,que l'approbation publique nous y suive si elle veut1 et1 comme elle dpend uniquement du hasard1 nous n'avons pas lieu d'esprer la voir venir nous davantage par une autre voie plutt que par celle-ci4 ,quand on ne suivrait pas la voie droite parce qu'elle est droite1 il faudrait encore la suivre parce qu'elle est d'ordinaire la plus avantageuse4--,si je ne suivais le droit chemin en raison mme de sa droiture1 je le suivrais encore parce que j'ai constat par exprience qu'au bout du compte1 c'est d'ordinaire celui qui nous rend le plus heureux et nous est le plus utile3 ,c'est un bienfait de la ,providence1 que les choses honntes soient aussi les plus profitables 7,quintilien74 ,pendant une violente tempte1 un nautonier des temps anciens parlait ainsi ,neptune3 ,o ,dieu1 tu me sauveras1 si tu veux2 tu me perdras1 si tu le prfres2 mais je maintiendrai droite1 quand mme1 la barre du gouvernail4 ,j'ai vu1 en ces temps-ci1 mille personnes souples1 ruses1 double face1 qui passaient incontestablement aux yeux de tous pour plus prudentes que je ne le suis quand il est question des affaires de ce monde1 se perdre dans des circonstances o je me suis sauv3 ,j'ai ri de voir que la ruse pouvait chouer 7,ovide74--,paul mile1 partant pour sa glorieuse expdition de ,macdoine1 recommanda par-dessus tout au peuple de ,rome de contenir1 pendant son absence1 sa langue sur ses oprations4 ,quel trouble en effet1 pour les affaires importantes1 que la licence avec laquelle on les juge1 sans compter que tout le monde n'a pas vis--vis des mouvements populaires1 de l'opposition et des injures dont ils y sont l'objet1 la fermet de ,fabius1 qui prfra laisser dmembrer son autorit au gr des fantaisies non motives du peuple1 que de ne pas satisfaire au mieux de ce qu'il estimait tre du devoir de sa charge1 alors qu'il devait y gagner en rputation et en mme temps se concilier la foule4 ,on fait trop de cas de la louange et de la rputation2 notre juge le plus sr1 c'est nous-mmes4--,il y a je ne sais quelle douceur naturelle sentir qu'on vous loue2 mais nous en faisons beaucoup trop de cas3 ,je ne hais pas la louange1 car j'ai la fibre sensible2 mais jamais des ,trs bien6 bravo6 ne me paratront le terme et le but que l'on doive proposer la vertu 7,perse74 ,je ne me soucie pas tant de ce que je puis tre aux yeux des autres1 que de ce que je suis mes propres yeux2 je veux tre riche par moi-mme et non par le fait d'emprunts4 ,les trangers ne voient1 en ce qui nous touche1 que les choses et apparences externes1 mais chacun peut prsenter bonne mine l'extrieur et1 l'intrieur1 tre dvor par la fivre et l'effroi2 notre cur ne se voit pas1 notre contenance seule s'aperoit4--,on a raison de s'lever contre l'hypocrisie qui se produit la guerre1 car rien n'est plus ais un homme qui a de l'exprience1 que de se drober aux dangers et de faire le matamore1 alors qu'il n'a que le cur d'un lche4 ,il y a tant de moyens d'viter les occasions de s'exposer srieusement que nous pouvons tromper mille fois le monde1 avant de nous trouver dans l'impossibilit d'esquiver un mauvais pas2 et lors mme que nous nous y trouverions emptrs1 nous saurions bien1 pour une fois1 faire contre fortune bon cur et1 bien qu'ayant la frayeur dans l'me1 montrer un visage et une parole assurs4 ,que de gens qui possderaient l'anneau de ,gygs cont par ,platon1 rendant invisible celui qui l'avait au doigt quand il en tournait le chaton l'intrieur de la main1 s'en serviraient pour se cacher certains moments o il importe le plus de se montrer1 regrettant de se trouver1 par la situation si honorable qu'ils occupent1 dans l'obligation d'avoir une contenance ferme et assure3 ,qui peut tre sensible de fausses louanges ou redoute la calomnie1 si ce n'est un malhonnte homme ou un menteur 7,horace78 ,voil pourquoi tous les jugements reposant sur des apparences extrieures sont minemment incertains et douteux1 et que personne n'a de tmoin plus fidle de lui-mme que soi-mme4 ,quant ce qui se passe la guerre1 combien avons-nous de gens de rien qui sont les compagnons de notre gloire2 celui qui demeure bravement dcouvert dans une tranche1 que fait-il autre que ne font1 en avant de lui1 cinquante pauvres pionniers qui vont lui ouvrant le passage et le couvrant de leur corps1 pour une solde de cinq sous par jour8 ,lorsque la tumultueuse ,rome dprcie quelque chose1 tu n'accdes pas son jugement et n'entreprends pas de redresser sa balance2 ne cherche donc pas ce que tu es1 en dehors de toi-mme 7,perse74 ,certains vont jusqu' vouloir que leurs noms soient connus tout prix1 mme par des crimes4--,nous appelons illustrer notre nom1 le rpandre et faire qu'il soit dans de nombreuses bouches2 nous nous efforons d'arriver ce qu'il soit pris en considration et que le lustre qu'il acquiert nous vaille profit3 c'est du reste la meilleure excuse que nous puissions donner de cette manire de faire4 ,mais c'est l une maladie qui nous emporte si loin1 que certains cherchent faire parler d'eux1 de n'importe quelle faon4 ,trogue ,pompe et ,tite-,live disent1 le premier d'rostrate1 le second de ,manlius ,capitolinus1 qu'ils tenaient davantage une grande qu' une bonne rputation4 ,c'est l un mal frquent2 nous nous appliquons plus faire qu'on parle de nous1 qu' nous proccuper des termes en lesquels on en parlera2 il nous suffit que notre nom coure de bouche en bouche1 quelles que soient les conditions dans lesquelles il circule2 il semble qu'tre connu1 ce soit en quelque sorte s'en remettre autrui du soin de sa vie et de la faire durer4 ,qu'est-ce pourtant que la gloire attache un nom8 n'est-il pas des noms communs plusieurs familles1 tmoin celui de ,montaigne8--,pour moi1 je tiens que je ne suis qu'en moi-mme2 et cette autre vie1 faite de ce que mes amis savent de moi1 la considrer telle qu'elle est1 dpouille de tout artifice1 je sais trs bien que ce que j'en retire et la jouissance qu'elle me procure ne sont que vanit produite par un pur effet d'imagination4 ,quand je serai mort1 je ressentirai cet effet beaucoup moins encore2 alors je perdrai d'une faon absolue l'usage de choses1 celles-ci vraiment utiles1 qu'accidentellement parfois nous lui devons4 ,je n'aurai plus prise sur la rputation qui ne pourra plus s'exercer sur moi1 non plus qu'arriver jusqu' moi4 ,je ne puis en effet compter qu'elle s'attache mon nom1 d'abord parce que je ne suis pas le seul le porter3 sur deux que j'ai1 l'un m'est commun avec tous les membres de ma race et avec d'autres familles encore2 il y en a une ,paris et ,montpellier qui se nomme ,montaigne1 une autre en ,bretagne et en ,saintonge qui a nom de la ,montaigne4 ,cette interposition d'une seule syllabe n'est pas suffisante pour empcher que nos faits et gestes1 aux uns et aux autres1 se confondent1 au point que je ne participe leur gloire et que peut-tre mon indignit ne rejaillisse sur eux2 et cela1 bien que les miens aient t autrefois surnomms ,eyquem1 surnom qui s'applique galement une famille connue d',angleterre4 ,quant mon autre nom1 c'est un prnom qui appartient quiconque a envie de le porter1 et l'honneur dont je pourrais le rehausser1 au lieu de me revenir1 peut fort bien aller un portefaix4 ,puis1 lors mme que je deviendrais un personnage de marque1 que signifiera cette marque quand je ne serai plus8 peut-elle dsigner quelque chose qui n'est pas et lui donner de l'clat8 ,que la postrit me loue1 la pierre qui recouvrira mes ossements en sera-t-elle plus lgre8 mes mnes1 mon tombeau1 mes cendres fortunes vont-elles pour cela se couronner de fleurs 7,perse78 mais c'est l un sujet que j'ai dj trait ailleurs4 ,peu d'hommes1 sur un trs grand nombre1 jouissent de la gloire laquelle ils pourraient prtendre4--,dans le cours d'une bataille o dix mille hommes sont tus ou blesss1 il n'y en a pas quinze dont on parle4 ,il faut que la fortune nous gratifie d'un bien brillant fait d'armes ou qui ait une importance capitale1 pour mettre en relief une action particulire qui soit le fait non d'un simple arquebusier1 mais mme d'un capitaine2 car bien que tuer un homme1 en tuer deux ou dix1 affronter courageusement la mort1 soient rellement quelque chose pour n'importe qui d'entre nous parce que nous y allons de notre tout1 pour le monde c'est chose qui n'a rien d'extraordinaire2 et il s'en voit tant chaque jour1 il en faut tant de pareilles pour produire un rsultat sensible1 que nous ne pouvons esprer que cela attire sur nous l'attention d'une faon particulire3 ,c'est un accident ordinaire1 arriv beaucoup d'autres1 qui rentre dans les innombrables chances de la fortune 7,juvnal74 ,de tant de milliers de vaillants soldats qui sont morts en ,france depuis quinze cents ans les armes la main1 il n'y en a pas cent dont la mmoire soit parvenue jusqu' nous2 le souvenir non seulement des chefs1 mais celui mme des batailles et des victoires s'est teint2 les vnements saillants de plus de la moiti du monde1 faute de ne pas avoir t consigns1 n'ont pas t connus en dehors du lieu o ils se sont passs et sont immdiatement tombs dans l'oubli4 ,si j'avais en ma possession le rcit des faits demeurs inconnus1 j'y trouverais1 je crois1 nombre d'exemples en tous genres qui supplanteraient trs aisment ceux que nous fournissent les faits que nous connaissons2 ce qui le prouve1 c'est que des ,grecs1 et mme des ,romains1 si riches en exploits des plus nobles1 des plus rares1 et qui ont eu tant de tmoins pour les attester1 tant d'crivains pour les transmettre la postrit1 combien peu sont arrivs jusqu' nous6 ,a peine si un vent lger nous en a port la renomme 7,virgile74 ,ce sera beaucoup si1 dans cent ans1 on se souvient vaguement que1 de notre temps1 il y a eu des guerres civiles en ,france4--,les ,lacdmoniens1 entrant en guerre1 sacrifiaient aux ,muses1 afin que leurs hauts faits fussent bien et dignement rapports1 estimant que c'est par faveur divine1 qui n'est pas communment accorde1 que les belles actions trouvent des tmoins qui sachent les reproduire et en conserver le souvenir4 ,a quel degr ne faut-il pas atteindre pour que notre mmoire se perptue6 dans de telles conditions1 est-ce la peine de sacrifier la gloire8--,supposons que chaque fois que nous sommes exposs au feu des arquebuses1 ou que nous courons un danger1 un greffier se trouve l point pour en prendre note2 cent autres greffiers en outre le reproduiraient-ils1 qu'on en parlerait pendant trois jours peine et personne aprs ne s'en occuperait plus4 ,nous ne possdons pas la millime partie des crits anciens2 c'est la fortune qui1 suivant son caprice1 leur donne une dure ou plus courte ou plus longue2 et il nous est loisible1 le reste ne nous tant pas connu1 de penser que ce que nous en avons1 n'est pas ce qu'il y a de moins de bon4--,on ne fait pas des histoires de choses de si peu3 il faut pour en tre l'objet avoir conquis des empires ou des royaumes1 avoir gagn cinquante-deux batailles ranges1 bien qu'tant constamment infrieur en nombre1 comme fit ,csar4 ,dans ces diverses affaires1 il a perdu dix mille braves compagnons et plusieurs grands capitaines morts vaillamment et courageusement2 leurs noms n'ont dur qu'autant qu'ont vcu leurs femmes et leurs enfants1 ensevelis dans la gloire d'un moment 7,virgile74--,de ceux mmes des belles actions desquels nous sommes tmoins1 le souvenir demeure trois mois1 trois ans2 puis1 on n'en parle pas plus que s'ils n'avaient jamais exist4 ,quiconque considrera quel degr de gloire ont atteint les gens et les faits pour que la mmoire s'en perptue dans les livres1 estimera qu'en toute justice et toute proportion garde1 il se trouve en notre sicle bien peu d'actes et bien peu de personnes qui aient le droit d'y prtendre4 ,combien avons-nous connu d'hommes vertueux survivre leur propre rputation et qui ont eu la douleur de voir1 de leur vivant1 s'teindre l'honneur et la gloire qu'ils avaient trs justement acquis dans leur jeunesse8 ,et pour trois ans de cette vie fictive et imaginaire nous irions compromettre notre vie relle1 la seule qui nous importe1 et nous exposer une mort perptuelle8 ,sur ce point de si haute importance1 les sages se proposent une fin et plus belle et plus juste3 ,la rcompense d'une bonne action est de l'avoir faite2 le fruit d'un service que nous rendons1 c'est ce service mme 7,snque74--,il peut tre fort excusable pour un peintre ou tout autre artiste1 ou encore pour un rhtoricien ou un grammairien de travailler pour se faire un nom par ses uvres2 mais les actes que la vertu nous inspire sont trop nobles par eux-mmes1 pour en rechercher la rcompense en dehors1 pour la chercher notamment dans la vanit des jugements humains4 ,on peut cependant dire en sa faveur qu'elle est un stimulant qui porte quelquefois la vertu4--,si cependant cette ide fausse contribue chez le peuple maintenir les hommes dans le devoir et les dispose la vertu1 si les princes sont touchs de voir bnir la mmoire de ,trajan et excrer celle de ,nron1 s'ils sont mus en voyant le nom de ce grand malfaiteur1 qui inspirait autrefois tant de terreur et tait si redout1 tre aujourd'hui maudit et insult en toute libert par le premier colier auquel la pense en vient1 laissons-la crotre autant qu'elle voudra et entretenons-la du mieux que nous pourrons4 ,platon1 auquel tout tait bon pour amener ses concitoyens la vertu1 leur conseille1 entre autres choses1 de ne pas mpriser 99 la considration et l'estime des peuples1 et dit que1 par une sorte d'inspiration divine1 les mchants eux-mmes savent souvent1 tant dans leurs propos que dans leurs jugements1 trs justement distinguer les bons des mauvais4 ,ce philosophe et ,socrate son matre s'entendent admirablement et n'hsitent pas faire intervenir l'action et les rvlations divines1 chaque fois que la force humaine est impuissante1 l'exemple des potes tragiques qui ont recours un dieu1 lorsqu'ils ne savent comment trouver le dnouement de leur pice 7,cicron72 99 c'est peut-tre pour cela que ,timon1 l'invectivant1 l'appelait grand fabricant de miracles4 ,un semblable mobile quivaut l'emploi de fausse monnaie quand la bonne ne suffit pas2 cela a t le cas de tous les lgislateurs4--,puisque les hommes sont incapables de se payer compltement en bonne monnaie1 employons-y aussi de la fausse4 ,tous les lgislateurs ont agi ainsi2 et il n'est pas de lgislation o on ne retrouve quelque mlange soit de crmonies futiles1 soit de lgendes mensongres qui servent tenir le peuple en bride pour qu'il ne se dtourne pas du devoir4 ,c'est pour cela que la plupart d'entre elles ont des origines et des commencements fabuleux1 enrichis de mystres surnaturels1 ce qui a mis en crdit ces religions nes de l'erreur et les a fait accepter par les gens senss4 ,c'est pour cette cause1 pour amener plus srement les hommes croire davantage en eux1 que ,numa et ,sertorius les nourrissaient de ces sottises3 l'un1 que la nymphe grie1 l'autre1 que sa biche blanche1 leur apportaient de la part des dieux les conseils qu'ils en recevaient4 ,la mme autorit que ,numa donna ses lois par cette intervention divine1 ,zoroastre1 le lgislateur de la ,bactriane et de la ,perse1 la communiqua aux siennes en se servant du nom du dieu ,oromazis2 ,trismgiste1 par ,mercure1 en usa de mme l'gard des gyptiens2 ,zamolxis se servit de ,vesta vis--vis des ,scythes2 ,charondas1 de ,saturne l'gard des peuples de la ,chalcdoine2 ,minos1 de ,jupiter auprs des ,candiotes2 ,lycurgue1 d',apollon auprs des ,lacdmoniens2 ,dracon et ,solon1 de ,minerve auprs des ,athniens2 toute lgislation a un dieu sa tte2 chez toutes ce sont de faux dieux1 seule celle que ,mose donna au peuple de ,jude sa sortie d'gypte mane du vrai ,dieu4 ,la religion des ,bdouins1 dit le ,sire de ,joinville1 portait1 entre autres choses1 que l'me de celui d'entre eux qui mourait pour son prince1 passait dans un autre corps plus heureux1 plus beau1 plus fort que le premier1 ce qui les amenait exposer beaucoup plus volontiers leur vie3 ,ils bravaient le fer1 embrassaient la mort1 regardant comme une lchet de mnager une vie qui devait renatre 7,lucain74 ,c'est l une trs salutaire croyance1 toute fausse qu'elle est2 chaque nation en a un certain nombre semblables2 mais ce sujet vaudrait d'tre trait part4 ,quant aux femmes1 elles ont tort d'appeler honneur ce qui est leur devoir2 celles qui ne sont retenues que par la crainte de perdre leur honneur1 sont bien prs de cder4--,un mot encore sur ce qui fait l'objet de cet entretien4 ,je ne conseille pas davantage aux dames d'appeler honneur ce qui est leur devoir1 tout comme dans le langage ordinaire on n'appelle honntet que ce qui est glorieux dans l'opinion du peuple 7,cicron74 ,leur devoir c'est le fruit1 l'honneur n'est que l'enveloppe2 et elles se font tort elles-mmes en invoquant cette excuse pour justifier leur refus de se donner1 parce que leur intention1 leur dsir1 leur volont1 qui sont choses o l'honneur n'a rien voir1 d'autant que rien ne s'en manifeste au dehors1 sont encore plus considrer que l'acte lui-mme3 ,celle-l succombe1 qui refuse parce qu'il ne lui est pas permis de succomber 7,ovide74 ,l'offense envers ,dieu et envers la conscience est aussi grande1 qu'elle rsulte du dsir ou du fait accompli4 ,de plus1 ces actes ayant essentiellement lieu en les cachant au vu et au su de tous1 il leur serait bien facile de les drober la connaissance d'autrui1 d'o l'honneur dpend1 si seul il les retenait dans le devoir1 et si elles ne pratiquaient pas la chastet pour elle-mme4 ,toute personne d'honneur prfre perdre l'honneur1 plutt que d'agir contre sa conscience4 ,,chapitre ,,xvii4 ,de la prsomption4 ,la prsomption nous fait concevoir une trop haute ide de notre mrite2 mais pour fuir ce dfaut il ne faut pas tomber dans l'excs contraire et s'apprcier moins qu'on ne vaut4--,il y a une autre sorte de gloire qui consiste dans la trop bonne opinion que nous concevons de notre mrite4 ,c'est une affection inconsidre pour nous-mmes1 qui fait que nous nous chrissons et que nous nous reprsentons nos propres yeux autres que nous sommes2 tel un amour passionn prte qui nous aimons la beaut et la grce et1 troublant et altrant notre jugement1 fait que ceux qui sont pris1 aiment en l'objet de leur passion un tre tout autre et beaucoup plus parfait qu'il n'est4 ,je ne veux pourtant pas que1 de peur de tomber dans cet excs1 donnant dans un autre1 un homme se mconnaisse et s'estime moins qu'il ne vaut2 notre jugement doit en tout conserver sa rectitude1 et il est juste qu'en cela1 comme en toute autre chose1 il distingue ce qui est la vrit2 s'il est ,csar1 qu'il se reconnaisse hardiment pour le plus grand capitaine du monde4--,tout chez nous est convention2 les conventions nous emportent et nous font dlaisser la ralit des choses2 nous nous accrochons aux branches et lchons le tronc et la partie essentielle4 ,nous avons enseign aux dames rougir1 rien qu'en entendant nommer ce qu'elles ne craignent nullement de faire2 nous n'osons appeler de leur nom nos membres1 que nous ne craignons pas d'employer des dbauches de toute sorte4 ,se peindre soi-mme est le seul moyen de se faire connatre pour qui mne une vie obscure2 c'est ce qui dtermine ,montaigne parler de lui-mme4--,les conventions nous dfendent d'exprimer les actes licites et naturels et nous les observons2 la raison nous interdit d'en commettre qui soient illicites et mauvais et personne ne l'coute4 ,moi-mme1 en ce moment1 je suis arrt par ces lois que nous imposent les conventions et qui ne permettent pas de parler de soi1 pas plus en bien qu'en mal2 mais cette fois nous passerons outre4--,ceux que la fortune1 bonne ou mauvaise comme on voudra la qualifier1 a appels passer leur vie dans de trs hautes situations1 peuvent1 par leurs actes publics1 faire connatre ce qu'ils sont2 mais ceux qu'elle a laisss perdus dans la foule1 dont personne ne parlera si eux-mmes n'en parlent1 sont excusables lorsque1 l'exemple de ,lucilius1 ils prennent la hardiesse d'entretenir de leur propre personne ceux qui ont intrt les connatre3 ,il confiait ses secrets au papier comme un ami fidle2 qu'il en arrivt bien ou mal1 jamais il n'eut d'autre confident1 aussi s'est-il mis tout entier dans ses ouvrages1 comme dans un tableau qu'il aurait voulu consacrer aux dieux 7,horace74 ,son papier tait le dpositaire de ses actions et de ses penses1 et il s'y peignait tel qu'il se voyait4 ,rutilius et ,scaurus1 pour avoir agi de mme1 n'ont t ni moins crus1 ni moins estims 7,tacite74 ,enfant1 il avait des gestes qui pouvaient dnoter en lui de la fiert2 on ne saurait en infrer qu'il soit atteint de ce dfaut4--,donc1 il me souvient que1 ds ma plus tendre enfance1 on remarquait en moi je ne sais quelle tournure1 quels gestes tmoignant quelque peu de vanit et une sotte fiert4 ,je veux1 cet gard1 dire de suite qu'il n'est pas rare d'avoir des qualits et des penchants qui nous soient propres et qui s'enracinent en nous1 au point que nous sommes hors d'tat de nous en apercevoir et de nous en rendre compte2 de ces dispositions naturelles1 le corps en retient d'ordinaire quelque habitude1 sans mme que nous nous en doutions et que nous y soyons pour quelque chose4--,chez ,alexandre1 c'tait une propension tenir la tte lgrement incline sur un ct1 ce qui allait bien son genre de beaut2 de mme chez ,alcibiade1 sa manire de parler lente et grave4 ,jules ,csar se grattait la tte avec un doigt1 ce qui est l'indice de quelqu'un qui a de graves soucis4 ,cicron1 si je ne me trompe1 fronait le nez1 signe d'un naturel moqueur4 ,de semblables habitudes peuvent survenir en nous1 sans que nous nous en apercevions4 ,il y en a d'autres qui sont tudies et dont je ne parle pas1 comme les salutations et les rvrences qui nous valent1 le plus souvent tort1 la rputation d'tre humble et courtois2 l'humilit1 je l'admets1 mais seulement quand il s'agit de gloire4 ,pour moi1 je suis assez prodigue de saluts1 surtout en t2 et n'en reois jamais sans les rendre1 quelle que soit la qualit des gens1 sauf s'ils sont mes gages4 ,je souhaiterais que certains princes que je connais1 s'en montrent plus parcimonieux et ne les distribuent qu' bon escient2 en n'y apportant pas de discrtion1 ils leur font perdre de leur valeur2 donns indiffremment1 ils n'ont plus d'effet4--,au nombre de ces attitudes singulires1 ne passons pas sous silence la morgue de l'empereur ,constance qui1 en public1 conservait toujours la tte droite1 ne la tournant et ne l'inclinant ni d'un ct1 ni de l'autre1 pas mme pour regarder ceux qui1 venant de ct1 le saluaient2 il se tenait le corps immobile1 ne se laissant pas mme aller au mouvement de son char1 n'osant ni cracher1 ni se moucher1 ni s'essuyer la figure devant le monde4 ,je ne sais si les gestes qu'on remarquait en moi taient de cette nature et si vraiment j'avais quelque propension tre vaniteux2 cela se peut bien1 je ne peux rpondre de mes dfauts physiques1 mais pour ce qui est des mouvements de l'me1 je veux en confesser ici ce que j'en ressens4 ,il ne trouve bien rien de ce qu'il fait1 et estime toujours moins les choses qu'il possde que celles qui appartiennent autrui4--,la prsomption s'exerce de deux faons3 en nous estimant trop et en n'estimant pas assez les autres4 ,sur le premier point1 il me semble tout d'abord que les considrations suivantes doivent entrer en ligne de compte3 ,je suis constamment en proie un dfaut de l'me qui me dsole comme contraire l'quit et plus encore comme fcheux2 j'essaie bien de m'en corriger1 mais n'arrive pas m'en affranchir compltement4 ,ce dfaut est que j'estime toujours au-dessous de sa valeur toute chose que je possde1 et au-dessus de ce qu'elles valent celles qui ne sont pas miennes2 je les prise d'autant plus1 qu'elles sont autrui et hors de ma porte1 et cette disposition d'esprit s'tend fort loin4--,je fais comme ces maris et certains pres qui1 parce qu'ils ont le privilge d'avoir autorit sur leurs femmes et leurs enfants1 ont le dfaut de les traiter avec ddain2 appel dcider entre deux ouvrages de mme mrite1 dont l'un serait de moi1 je me prononcerai toujours contre le mien1 non que mon jugement1 troubl par le dsir de progresser et d'amliorer sans cesse1 m'empche d'arriver tre satisfait1 mais parce que d'elle-mme la possession restreint le cas que nous faisons de ce qui nous appartient et influe sur notre libre arbitre4 ,j'ai une prfrence pour les constitutions et les murs de l'antiquit1 et aussi pour les langues de ces temps reculs1 et constate que1 par son grand air1 le latin me sduit au del de ce qui devrait tre1 me produisant le mme effet qu'aux enfants et au vulgaire4 ,le train de maison1 l'habitation1 le cheval de mon voisin me semblent suprieurs aux miens1 bien que d'gale valeur1 uniquement parce qu'ils ne m'appartiennent pas4 ,bien plus1 je ne me rends pas compte de ce que je vaux moi-mme2 j'admire l'assurance que chacun a de soi et avec laquelle il compte sur lui-mme1 alors qu'il n'est pour ainsi dire rien que je croie savoir1 rien dont j'ose me rpondre que je suis mme de l'accomplir4 ,lorsque je me propose de faire telle ou telle chose1 je n'ai point d'avance la notion exacte des moyens dont je puis user pour russir et n'en suis instruit que par le rsultat2 je doute de ma force1 tout autant que de celle d'un autre4 ,il en rsulte que si j'accomplis un travail qui mrite des loges1 je l'attribue plutt la fortune qu' mon savoir-faire1 d'autant que je ne projette rien qu'au hasard et avec apprhension4 ,la trop bonne opinion que l'homme a de lui-mme1 semble ,montaigne tre la cause des plus grandes erreurs4--,j'ai aussi ceci de particulier1 que d'ordinaire1 de toutes les opinions que l'antiquit a mises sur l'homme en gnral1 celles qui me captivent le plus1 auxquelles je m'attache de prfrence1 ce sont celles qui affectent pour nous le plus de mpris1 qui nous avilissent le plus et font le moins cas de nous4 ,la philosophie ne me parat jamais avoir si beau jeu que lorsqu'elle combat notre prsomption et notre vanit1 et quand elle reconnat de bonne foi son irrsolution1 sa faiblesse et son ignorance4 ,il me semble que l'origine des erreurs les plus grandes que nous commettons1 en tant qu'individu comme en masse1 et ce qui les entretient1 c'est la trop bonne opinion que l'homme a de lui-mme4 ,ces gens qui se perchent califourchon sur l'orbite de ,mercure et voient si avant ce qui se passe dans le ciel1 me font hausser les paules4 ,on trouve en effet dans l'tude que je fais et dont l'homme est l'objet1 une si extrme varit de jugements1 un tel ddale de difficults entasses les unes sur les autres1 tant de diversit et d'incertitude chez ceux mmes qui enseignent la sagesse1 que vous pensez bien que puisque ces gens ne peuvent arriver se connatre ni eux-mmes1 ni les conditions de leur existence qu'ils ont continuellement sous les yeux1 qui rsident en eux1 puisqu'ils ne savent comment se meut ce qu'eux-mmes font mouvoir1 ni comment nous peindre et nous dcrire les ressorts qu'ils tiennent et font jouer eux-mmes1 je suis de mon ct peu dispos les croire lorsqu'ils nous exposent les causes auxquelles ils attribuent le flux et le reflux de ,nil4 ,la curiosit que nous avons de tout connatre est un flau pour l'homme1 disent les saintes critures4 ,il sait le peu qu'il vaut2 il a toujours t peu satisfait de ce que son esprit a produit1 surtout lorsqu'il s'est essay dans la posie4--,pour en revenir mon cas particulier1 il est bien difficile1 ce me semble1 qu'un autre s'estime moins1 et mme qu'un autre m'estime moins1 que je ne m'estime2 je rentre dans la catgorie gnrale1 sauf en ce que je m'y classe de moi-mme2 j'ai tous les pires dfauts1 ceux que l'on rencontre chez les gens du commun1 mais je le reconnais1 ne m'en excuse pas et me targue seulement de savoir ce que je vaux4 ,si j'ai de la vanit1 elle est toute superficielle et tient ce que l'apparence me trompe sur la ralit2 que n'ayant point corps1 ce travers chappe mon jugement2 j'en suis arros1 mais n'en suis point imprgn4 ,cela est si vrai1 que les productions de mon esprit1 en quelque genre que ce soit1 ne me satisfont jamais et que l'approbation des autres n'est pas pour moi un ddommagement4 ,j'ai le jugement dlicat et difficile1 notamment mon endroit2 99 je me dsavoue sans cesse et me sens1 en tout1 flottant et flchissant par le fait de ma faiblesse2 rien de moi ne lui donne satisfaction4 ,je suis assez perspicace et vois juste2 mais l'uvre1 ma vue se trouble4 ,c'est ce que j'prouve trs nettement en posie3 je l'aime beaucoup et sais assez apprcier les ouvrages des autres2 mais quand je veux y mettre la main1 je m'en tire vraiment comme un enfant1 et1 ce que je fais1 je ne puis le souffrir4 ,on peut faire le sot partout ailleurs1 mais non en cet art3 ,tout dfend la mdiocrit aux potes3 les dieux1 les hommes1 les colonnes des portiques o on affiche leurs vers 7,horace74 ,plt ,dieu que cette sentence se trouvt la devanture des boutiques de nos imprimeurs1 pour en dfendre l'entre bon nombre de versificateurs6 mais nul ne croit plus en soi1 qu'un mauvais pote 7,martial74 ,accueil fait aux jeux olympiques la posie de ,denys l'ancien4--,que ne sommes-nous comme le peuple que voici4 ,denys l'ancien n'estimait rien tant en lui que sa posie4 ,lors des jeux olympiques1en mme temps que des chars surpassant tous autres en magnificence1 des tentes et des pavillons tout brillants d'or et royalement tapisss1 il y envoyait aussi des potes et des musiciens pour y prsenter ses vers4 ,quand on en vint les juger1 grce une excellente dclamation1 ils attirrent au dbut l'attention du peuple2 mais quand1 poursuivant1 il en vint apprcier l'ineptie de l'ouvrage1 il commena le trouver ridicule2 et1 son jugement s'exasprant peu peu1 il entra en fureur et1 de dpit1 se portant aux pavillons de ,denys1 il les abattit et les mit en pices4 ,ses chars ne russirent pas mieux dans la course laquelle ils prirent part2 le navire qui ramenait ses gens ne put aborder en ,sicile1 la tempte le jeta sur les ctes de ,tarente o il se brisa2 et ce mme peuple ne mit pas en doute que ce ft l un effet de la colre des dieux irrits comme lui en raison de ce mauvais pome2 les mariniers chapps au naufrage partageaient eux-mmes cette opinion4--,l'oracle qui prdit la mort de ce tyran1 parut mme ratifier ce sentiment3 il portait que ,denys serait prs de sa fin1 quand il aurait vaincu ceux qui vaudraient mieux que lui4 ,cette prdiction1 ,denys en fit application aux ,carthaginois1 dont la puissance dpassait la sienne3 en guerre avec eux1 souvent il ne poussait pas ses victoires fond et contenait ses troupes1 pour ne pas tomber dans le cas prdit4 ,mais il avait mal saisi le sens de l'oracle2 le dieu avait vis le temps o1 par l'intrigue1 il l'emporta ,athnes sur les potes tragiques qui lui taient suprieurs1 obtenant1 contre toute justice1 que ft joue sa pice ayant pour titre ,les ,lnens2 aussitt aprs ce succs1 il mourut subitement1 en grande partie de la joie excessive qu'il en prouva4 ,opinion que ,montaigne a de ses ouvrages2 il a grand'peine rendre mme ses ides et ne s'entend nullement faire valoir les sujets qu'il traite4--,quand je trouve dans ce qui vient de moi quelque chose d'excusable1 ce n'est pas par la valeur que cela peut avoir2 ce n'est1 dire vrai1 qu'en le comparant d'autres uvres qui valent encore moins et que je vois apprcies4--,je suis envieux du bonheur de ceux qui savent tre heureux et satisfaits de ce qu'ils font1 car c'est l un moyen facile de se donner du plaisir puisqu'on le tire de soi1 surtout quand on apporte de la persistance dans son obstination4 ,je connais un pote auquel1 dlicatement ou brutalement1 en particulier ou en public1 le ciel comme la terre crient qu'il n'y entend pas grand'chose2 il ne renonce pour cela quoi que ce soit de ce qu'il a dans l'ide1 toujours il recommence1 va consultant sans cesse1 et toujours il persiste1 tenant d'autant plus son avis1 99 y tant d'autant plus attach1 qu'il est seul penser qu'il y voit juste4 ,il s'en faut tant que mes ouvrages me satisfassent1 qu'autant de fois je les retouche1 aussi souvent j'en prouve du dpit3 ,quand je les relis1 j'ai honte de les avoir crits1 parce que j'y vois beaucoup de choses qui1 mme aux yeux indulgents de leur auteur1 sont indignes d'tre conserves 7,ovide74 ,j'ai toujours une ide dans l'esprit1 99 mais elle ne m'apparat pas avec nettet2 sans cesse j'entrevois 99 comme dans un songe une forme meilleure que celle que je lui ai donne2 mais cette forme1 je ne puis la saisir1 ni la mettre en uvre2 et quant l'ide elle-mme1 elle n'est jamais de premier ordre 994 ,cela me porte conclure que les productions de ces esprits si riches1 si grands des temps jadis1 dpassent de beaucoup la limite extrme de mon imagination et de ce que je souhaite atteindre2 leurs crits ne font pas que me satisfaire et me captiver1 ils m'tonnent1 me transportent d'admiration3 j'apprcie leur beaut1 elle m'apparat1 non peut-tre dans sa plnitude1 du moins autant qu'il m'est possible de la saisir4--,pour tout travail que j'entreprends1 j'invoque les ,grces1 afin1 comme dit ,plutarque de quelqu'un1 de me concilier leur faveur1 car tout ce qui plat1 tout ce qui charme les sens des mortels1 c'est aux ,grces que nous en sommes redevables2 mais1 en tout1 elles m'abandonnent4 ,tout en moi est grossier 992 la gentillesse1 la beaut me font dfaut2 je ne sais faire valoir les choses au del de ce qu'elles valent2 ma faon de les prsenter ne vient pas en aide la matire1 aussi me la faut-il consistante1 intressante et ayant de l'clat par elle-mme4--,quand je traite des sujets la porte de tous et gais par eux-mmes1 c'est 99 par got1 n'aimant pas cette sagesse de convention1 empreinte de tristesse1 qui a les prfrences du monde2 c'est dans le but de m'gayer1 bien plus que parce qu'ils rentrent dans la nature de mon style qui se prte plutt aux sujets graves et svres1 si toutefois je puis appeler style un langage informe qui n'est soumis aucune rgle1 vrai jargon populaire1 uni une rdaction sans nom1 mal rpartie1 qui ne conclut pas1 manque de clart1 la manire d',amafinius et de ,rabirius4 ,je ne sais ni plaire1 ni distraire1 ni chatouiller2 le meilleur conte du monde1 s'il passe par moi1 cesse de prsenter de l'intrt et perd tout son charme4 ,je ne sais parler que lorsque je suis plein de mon sujet et manque absolument de cette facilit que je vois chez nombre de gens que je frquente1 qui entretiennent les premiers venus1 captivent l'attention de toute une socit1 ou amusent un prince1 sans se lasser1 en leur racontant toute sorte de propos2 les sujets ne leur font jamais dfaut1 parce qu'ils ont la facult de savoir s'emparer du premier qui se prsente1 et de le traiter suivant la disposition d'esprit et le degr d'intelligence de ceux auxquels ils ont affaire4 ,les princes n'aiment gure les entretiens srieux1 ni moi faire des contes4 ,les raisons qui se prsentent les premires l'ide1 qui sont les plus aises trouver et1 d'ordinaire1 les mieux acceptes1 je ne sais pas les employer2 je suis un mauvais orateur de plein vent1 et quel que soit ce dont il s'agit1 volontiers je vais ds le dbut au fond des choses et dis ce que j'en sais4 ,cicron estime que dans les questions philosophiques1 ce qu'il y a de plus difficile c'est l'entre en matire1 peut-tre bien2 aussi1 prudemment1 je passe de suite la conclusion4 ,encore faut-il savoir dtendre les cordes de son instrument suivant les sons produire1 afin que le plus aigu soit celui qui se produise le moins souvent4 ,il y a pour le moins autant de talent relever un sujet vide de sens1 qu' en soutenir un autre qui rentre dans le genre oppos2 tantt il faut les traiter en passant lgrement1 tantt les fouiller profondment4 ,je sais bien que la plupart des hommes s'en tiennent au moins complexe de ces deux procds1 pour n'avoir envisager les choses que superficiellement2 mais je sais aussi qu'on voit les plus grands matres1 tels que ,xnophon1 ,platon1 se laisser frquemment aller cette faon simple et commune de dire et traiter les questions1 la relevant par le charme qui leur est propre et dont ils ne se dpartissent jamais4 ,son style est embarrass1 sa nature s'accommode mieux de parler que d'crire2 sa prononciation est altre par le patois de son pays4--,mon langage lui-mme n'a rien de facile ni de coulant2 il est pre 99 et ddaigneux1 aux allures libres1 ne reconnaissant aucune rgle2 il me plat ainsi1 sinon par raison1 du moins par temprament2 mais je sens bien que1 parfois1 je ne m'observe pas assez et qu' force de vouloir viter l'art et 99 l'affectation1 je tombe dans l'excs contraire3 ,je cherche tre bref et je deviens obscur 7,horace74 ,platon dit que la prolixit et la brivet sont des proprits qui ne donnent ni n'enlvent de mrite au langage4 ,lors mme que je m'efforcerais de rendre le mien gal1 uniforme1 bien ordonn1 je ne saurais y parvenir2 bien que les phrases coupes et scandes de ,salluste soient plus en rapport avec ma manire de m'exprimer1 je trouve cependant le style de ,csar plus noble et moins facile imiter2 et si je suis plutt port me rapprocher de celui de ,snque1 cela ne m'empche pas d'estimer davantage celui de ,plutarque4--,comme dans 99 mes actes1 quand je parle1 je m'abandonne simplement ma nature1 ce qui fait que j'ai peut-tre plutt avantage parler qu' crire4 ,le mouvement et l'action donnent de la vie aux paroles1 particulirement chez ceux qui1 ainsi que cela existe chez moi1 ont le geste brusque et s'chauffent2 l'attitude1 la physionomie1 le son de voix1 la robe1 les circonstances1 peuvent donner du prix aux choses qui1 comme la loquacit1 n'en ont gure par elles-mmes4 ,messala1 dans ,tacite1 se plaint de quelques vtements trop troits que l'on portait en son temps1 et aussi de la disposition des tribunes o les orateurs prenaient la parole1 qui nuisaient aux effets de leur loquence4 ,mon franais est altr dans sa prononciation et sur d'autres points1 par la barbarie de la contre que j'habite2 je n'ai jamais vu personne de cette rgion au sud de la ,loire1 dont le parler ne dnont nettement l'origine et ne blesst des oreilles purement franaises4 ,ce n'est pourtant pas que je sois de premire force dans mon patois prigourdin1 car je n'en use pas plus que de l'allemand et ne m'en soucie gure4 ,c'est du reste un langage 7comme ils sont tous autour de moi1 d'un bout l'autre de la rgion3 ,poitevin1 ,saintongeois1 99 ,angoumoisin1 ,limousin1 ,auvergnat71 qui est languissant1 tranant1 sans vigueur4 ,au-dessus de nous1 du ct des montagnes1 il y a pourtant un parler gascon que je trouve particulirement beau1 sec1 bref1 ayant de l'expression3 langage vritablement mle et martial plus que tout autre que je vois employer1 aussi nerveux1 puissant et prcis que le franais est gracieux1 dlicat et riche4--,quant au latin1 qui m'a t donn comme langue maternelle1 j'ai1 faute d'avoir continu le pratiquer1 perdu la facilit que j'avais le parler couramment et mme l'crire1 et qui faisait qu'autrefois on m'appelait ,matre ,jean2 c'est dire combien peu je vaux sous ce rapport4 ,de quel prix est la beaut corporelle2 c'est elle qui1 la premire1 a cr de la diffrence entre les hommes4--,la beaut est un facteur de trs haute importance dans les rapports des uns avec les autres2 c'est le moyen de rapprochement qui a le plus d'effet1 et il n'est homme1 si barbare et si maussade1 qui ne se sente en quelque sorte influenc par ce qu'elle a de doux4 ,le corps est une grande part de nous-mmes1 il y occupe un rang de premier ordre2 aussi sa structure et son agencement mritent-ils juste titre d'tre pris en considration4 ,ceux-l ont tort qui veulent le considrer sparment de l'me et isoler l'une de l'autre ces deux parties principales de notre tre2 il faut au contraire les accoupler nouveau si elles sont disjointes et resserrer le nud qui les unit2 il faut exiger de l'me qu'elle ne tire pas de son ct1 vivant part1 mprisant et dlaissant le corps 7ce qu'elle ne saurait faire que par suite d'une mauvaise inspiration71 mais qu'elle se rapproche de lui1 l'embrasse1 le chrisse1 lui prte assistance1 le contrle1 le conseille1 le redresse1 le ramne1 quand il se fourvoie2 en somme l'pouse1 lui tenant lieu de mari1 de telle sorte qu'il n'y ait pas divergence apparente dans leurs actes et que1 loin de se contrarier1 tous deux agissent d'accord et avec uniformit4 ,les chrtiens ont1 cet gard1 des enseignements prcieux2 ils savent que la justice divine impose cette liaison et cette vie commune du corps et de l'me1 au point d'avoir rendu le corps susceptible de rcompenses ternelles2 que ,dieu laisse l'homme tout entier pleine libert d'action1 et veut que tout entier aussi il participe selon ses 99 mrites au chtiment ou aux immunits4 ,la secte des ,pripatticiens1 la plus pntre des besoins des socits1 attribue la sagesse seule le soin de pourvoir au bien de l'association des deux parties dont nous sommes forms et de le leur procurer2 cette cole dmontre bien l'erreur en laquelle sont tombes les autres sectes en ne tenant pas suffisamment compte de cette association intime1 en envisageant chacune de ces parties en son particulier et se dclarant1 celle-ci pour le corps1 celle-l pour l'me1 perdant de vue et le sujet dont elles s'occupent qui est l'homme1 et leur guide dans leurs recherches que1 pour la plupart1 elles avouent tre la nature4--,la premire distinction qui se soit produite entre les hommes1 la considration qui tout d'abord dtermina la prminence des uns sur les autres1 a t vraisemblablement due l'avantage que donne la beaut3 ,le partage des terres se fit d'abord en proportion de la beaut1 de la vigueur1 de l'esprit de chacun2 car alors la beaut et la vigueur taient les premires recommandations 7,lucrce74 ,montaigne tait d'une taille au-dessous de la moyenne2 une taille leve est chez l'homme la condition essentielle de la beaut4--,je suis de taille un peu au-dessous de la moyenne2 c'est l un dfaut qui non seulement nuit la beaut1 mais qui encore est incommode1 surtout chez ceux qui exercent des commandements et des charges1 parce qu'il leur manque l'autorit que donnent une belle prestance et un physique imposant4 ,c4 ,marius n'acceptait pas volontiers des soldats dont la taille n'atteignait pas six pieds4--,le ,courtisan a raison de vouloir1 pour le gentilhomme qu'il rve1 une taille ordinaire de prfrence toute autre et de lui refuser toute particularit pouvant le faire montrer au doigt4 ,s'il ne satisfait pas cette condition de taille moyenne et qu'il soit en dessous plutt qu'en dessus1 je ne le choisirai pas pour en faire un soldat4--,les hommes petits1 dit ,aristote1 sont bien jolis1 mais ils ne sont pas beaux2 la grandeur de ses actes se reconnat une grande me1 comme une taille leve et bien prise dnote la beaut4--,les thiopiens et les ,indiens1 dit ce mme auteur1 avaient gard1 quand ils lisaient leurs rois et leurs magistrats1 la beaut et la belle stature des personnes soumises leur choix4 ,ils taient dans le vrai1 parce que cela inspire du respect ceux qui le suivent et de l'effroi aux ennemis1 de voir marcher la tte d'une troupe un chef de haute taille et de forte corpulence3 ,au premier rang marche ,turnus les armes la main1 superbe et dpassant de la tte tous ceux qui l'entourent 7,virgile74 ,notre divin et souverain roi qui est au ciel et dont tout ce qu'il fait est mditer religieusement1 avec soin et respect1 n'a pas ddaign de se distinguer par la beaut physique3 ,il tait le plus beau d'entre les fils des hommes 7,psalmiste72 et ,platon1 avec la modration et la force d'me1 dsire la beaut chez ceux qu'il place la tte de sa rpublique4--,c'est un grand froissement d'amour-propre de voir qu'on s'adresse vous1 qui tes au milieu de vos gens1 pour vous demander3 ,o est ,monsieur8 et que vous n'avez que le reste du salut qu'on fait votre barbier ou votre secrtaire1 msaventure qu'a prouve ce pauvre ,philopmen4 ,il avait devanc son monde au logis o on l'attendait2 son htesse qui ne le connaissait pas1 le voyant avec son assez mauvaise mine1 le chargea d'aller un peu aider les servantes puiser de l'eau ou attiser le feu pour le service de ,philopmen4 ,a leur arrive1 les gentilshommes de sa suite1 le trouvant livr cette belle occupation1 car il n'avait pas manqu d'obtemprer l'invitation qui lui avait t faite1 lui demandrent ce qu'il faisait ainsi3 ,je supporte1 leur dit-il1 la peine de ma laideur4--,les autres genres de beaut s'appliquent la femme2 celle de la taille est l'unique beaut de l'homme4 ,chez celui qui est petit1 ni un front large et bomb1 ni la blancheur et la douceur des yeux1 ni un nez de forme moyenne1 ni une oreille et une bouche petites1 ni des dents blanches et bien disposes1 ni une barbe brune couleur d'corce de chtaigne1 abondante et bien galement fournie1 ni une chevelure releve1 ni une tte en rapport avec la taille1 ni la fracheur du teint1 ni des traits agrables1 ni un corps n'exhalant aucune odeur1 pas plus que des membres bien proportionns1 ne peuvent faire un bel homme4 ,j'ai en outre la taille forte et trapue1 le visage plein sans tre bouffi2 mon humeur est intermdiaire entre joviale et mlancolique2 j'ai le temprament chaud et sanguin1 mais sans excs1 ce qui fait que j'ai les jambes et la poitrine velues 7,martial72 je suis dispos1 ma sant est robuste1 et rarement1 jusque bien avant en ge1 la maladie ne l'a trouble4 ,du moins c'est ainsi que j'ai t2 car1 cette heure1 o j'approche de la vieillesse1 ayant1 depuis longtemps dj1 dpass quarante ans1 il n'en est plus de mme3 ,peu peu les forces se perdent1 la vigueur s'puise et la dcrpitude va toujours croissant 7,lucrce74 ,ce que je serai dsormais ne sera plus que la moiti de moi-mme1 ce ne sera plus moi2 tous les jours1 je me dsagrge1 je me drobe quelque peu moi-mme3 ,les ans1 dans leur cours1 nous enlvent sans cesse quelque portion de nous-mmes 7,horace74 ,maladroit aux exercices du corps1 il tait cependant vigoureux et rsistant quand les fatigues auxquelles il se livrait provenaient de sa seule volont4--,physiquement je n'avais ni adresse1 ni dispositions particulires1 bien que fils d'un pre 99 trs allgre et d'une souplesse qu'il conserva jusque dans son extrme vieillesse4 ,il ne rencontra gure d'homme l'galant dans n'importe quel exercice du corps1 comme je n'en ai pas trouv beaucoup qui ne me dpassaient1 sauf la course o cependant j'tais encore de force au-dessous de la moyenne4 ,en musique1 aussi bien vocale qu'instrumentale1 j'ai t trs inepte1 on n'est jamais parvenu rien m'apprendre4 ,a la danse1 au jeu de paume1 la lutte1 je me montrais plutt faible1 d'une habilet des plus ordinaires2 j'tais absolument nul en natation1 en escrime1 en voltige et au saut4 ,je suis si maladroit de mes mains1 que je n'arrive seulement pas crire de manire pouvoir me relire2 si bien que je prfre refaire mes barbouillages que de me donner la peine de les dchiffrer4 ,je ne lis pas beaucoup mieux que je n'cris et je sens que je fatigue ceux qui m'coutent2 sauf cela1 je suis bon clerc4 ,incapable de plier adroitement une lettre1 je n'ai non plus jamais pu tailler une plume4 ,je ne sais pas dcouper table d'une faon convenable1 pas plus que harnacher un cheval1 porter un oiseau de chasse sur le poing et le lancer sur sa proie1 et pas davantage me faire comprendre des chiens1 des oiseaux et des chevaux4--,mes qualits corporelles sont1 en somme1 en parfaite concordance avec celles de mon me2 il n'y a chez moi aucune vivacit1 mais seulement une vigueur gnrale bien caractrise4 ,je rsiste facilement la peine1 mais ne l'endure que si c'est moi qui me la suis impose et si c'est pour ma propre satisfaction3 ,le plaisir que me cause le travail1 m'en fait oublier la fatigue 7,horace72 sans cela1 si je n'y trouve quelque plaisir1 si j'y suis amen autrement que par un effet de pure et libre volont de ma part1 je ne vaux plus rien2 car j'en suis l1 que1 sauf pour la sant et la vie1 il n'est rien pour quoi je veuille me ronger les ongles ou que je veuille acheter au prix d'un effort d'esprit ou d'une contrainte3 ,a ce prix-l1 je ne voudrais pas tout le sable du ,tage1 avec l'or qu'il roule vers l',ocan 7,juvnal74 ,extrmement dsuvr1 absolument libre par nature et par la vie que je me suis faite1 je prterais aussi volontiers mon sang que mes efforts4 ,j'ai une me prise de libert et d'indpendance1 habitue se conduire comme il lui plat4 ,n'ayant eu jusqu' prsent ni chef1 ni matre qui m'aient t imposs1 j'ai t de l'avant autant qu'il m'a plu et l'allure qui me convenait2 cela m'a gt1 m'a rendu inutile pour le service d'autrui et a fait que je ne suis bon qu' moi-mme4 ,son tat de fortune1 sa naissance1 assurait son indpendance2 il s'en est tenu l4--,mais en ce qui me touche1 je n'ai pas t dans l'obligation de combattre ce naturel pais1 paresseux et fainant1 car ds ma naissance1 je me suis trouv dans une situation de fortune telle que j'ai pu en demeurer l 7situation dont pourtant mille autres de ma connaissance auraient tir parti pour arriver aux honneurs1 s'agiter et se crer de l'inquitude71 99 ce qui1 joint ma disposition d'esprit1 m'a permis de ne rien rechercher et fait aussi que je n'ai rien acquis3 ,l',aquilon il est vrai n'enfle pas mes voiles1 mais l',auster ne trouble pas ma course paisible2 en force1 en talent1 en beaut1 en vertu1 en naissance1 en biens1 je suis et des derniers de la premire classe et des premiers de la dernire 7,horace72 je n'ai eu besoin que de savoir me contenter de ce que j'avais4--,c'est l un tat d'me difficilement accept en quelque condition que l'on se trouve1 mais qu'en fait nous voyons se produire plus facilement encore chez ceux qui n'ont rien que chez ceux qui sont dans l'abondance2 d'autant que peut-tre1 ainsi qu'il arrive de nos autres passions1 la soif des richesses est plus excite par leur usage que par la privation qu'on en a1 et que la modration est une vertu plus rare que la patience4 ,moi1 je n'ai eu qu' jouir doucement des biens que1 dans sa libralit1 ,dieu avait mis entre mes mains4 ,je ne me suis livr aucun travail ennuyeux et ne me suis gure occup que de grer mes propres affaires2 ou1 si j'en ai eu d'autres1 ce n'a t que sous condition de ne m'en occuper qu' mon heure et ma faon2 j'en tais charg par des gens qui me connaissaient1 avaient confiance en moi et ne me pressaient pas2 c'est ainsi que les gens experts savent encore tirer quelque service d'un cheval rtif et poussif4 ,sa nonchalance est telle qu'il prfre ignorer les prjudices qu'il peut prouver1 que d'avoir s'en proccuper4--,mon enfance elle-mme a t dirige avec douceur2 il m'a t laiss une grande libert1 et toute sujtion rigoureuse m'a t pargne4 ,je dois ce rgime une humeur dlicate1 incapable de proccupation au point que j'aime que l'on me cache les pertes que j'prouve et toutes choses fcheuses qui me concernent4 ,dans mes dpenses1 je comprends ce que me cote nourrir et entretenir une nonchalance qui fait que le superflu chappe aux yeux du matre et profite aux voleurs 7,horace74 ,je prfre ne pas savoir exactement ce que j'ai1 ce qui me permet d'ignorer au juste mes pertes4 ,a dfaut d'affection et de ses bons effets1 je sais gr ceux qui vivent avec moi1 de me tromper en sauvant les apparences4 ,n'ayant pas assez de fermet pour supporter les contrarits que je ressentirais des accidents contraires auxquels nous sommes sujets et pour n'tre pas oblig une attention constante dans la direction et le rglement de mes affaires1 j'entretiens en moi1 autant que je le puis1 ce sentiment de m'abandonner en tout la fortune3 mettant toutes choses au pire1 et rsign supporter ce pire avec douceur et patience2 c'est uniquement en arriver l que je m'applique1 c'est le but auquel tendent tous mes raisonnements4 ,si je cours un danger1 je songe moins au moyen d'y chapper1 que combien peu il importe que j'y chappe3 si j'y restais1 quel mal y aurait-il8 ,ne pouvant rgler les vnements1 je me rgle moi-mme2 je me soumets eux1 ne pouvant les soumettre moi4 ,je ne m'entends gure dtourner la mauvaise fortune1 lui chapper ou la matriser2 je n'ai pas davantage la prudence ncessaire pour diriger et conduire les choses comme il convient mes intrts1 et suis encore plus incapable de la patience que rclame l'attention minutieuse et fatigante indispensable pour agir ainsi4 ,ce qui m'est le plus pnible c'est1 quand des choses m'oppressent1 de demeurer en suspens1 partag entre la crainte et l'esprance4 ,toute rflexion1 toute dlibration lui est pnible1 bien qu'une fois sa dtermination prise1 la rsolution ne lui fasse pas dfaut4--,dlibrer1 voire mme sur les objets les moins importants1 m'est dsagrable2 et mon esprit souffre davantage1 lorsqu'il est aux prises avec l'agitation et les secousses diverses qu'il prouve quand il est hsitant et se consulte1 qu' se rsigner et accepter un parti quel qu'il soit1 quand le sort en est jet4 ,les passions ont peu troubl mon sommeil1 qu'agite la moindre dtermination prendre4 ,je fais1 en pareil cas1 comme sur les chemins1 o1 pour plus de sret1 j'vite volontiers les cts inclins et glissants1 pour suivre les pistes battues1 si boueuses et effondres qu'elles soient1 mais d'o l'on ne peut rouler plus bas et qui sont plus sres2 de mme je prfre un malheur irrmdiable dont1 du premier coup1 je ressens la souffrance1 et aprs lequel je n'ai plus me tracasser et travailler pour essayer1 sans tre certain d'y arriver1 de le prvenir ou de l'attnuer3 ,les maux incertains sont ceux qui me tourmentent le plus 7,snque74 ,viennent les vnements1 je me conduis en homme1 aprs m'tre conduit comme un enfant dans les circonstances qui les ont amens2 l'apprhension de la chute me fait plus d'effet que le coup qui la dtermine4 ,le jeu n'en vaut vraiment pas la chandelle2 l'avare se trouve plus mal du fait de sa passion1 que le pauvre2 le jaloux1 que celui qui est tromp2 et souvent il y a moins de dommage perdre sa vigne1 qu' plaider pour la conserver4 ,la conduite la moins releve est celle qui offre le plus de scurit1 c'est celle dans laquelle il est le plus facile de persvrer2 vous n'y avez besoin de personne autre que vous1 elle nat et se dfend d'elle-mme4--,l'exemple suivant d'un gentilhomme que plusieurs ont connu1 ne prsente-t-il pas un certain caractre de philosophie8 ,c'tait un grand parleur1 trs moqueur1 qui1 dans sa jeunesse1 avait t un grand viveur et avait fini par se marier un ge avanc4 ,se souvenant combien les maris tromps lui avaient donn sujet d'exercer sa verve et ses moqueries1 il pousa1 pour se prserver de semblables railleries1 une femme qu'il prit l o chacun en trouve pour son argent et fit avec elle ses conventions matrimoniales3 ,bonjour1 putain2 ,bonjour1 cocu1 taient les salutations qu'ils changeaient2 et cet arrangement de sa part tait le sujet dont il entretenait le plus souvent et ouvertement ceux qui venaient chez lui2 de la sorte1 il prvenait les propos moqueurs qui eussent t tenus en cachette de lui1 et en arrivait tre insensible toute allusion de ce genre4 ,l'incertitude du succs l'a dgot de l'ambition1 qu'il n'admet que chez ceux dans l'obligation de chercher fortune4--,pour ce qui est de l'ambition1 proche voisine de la prsomption1 ou plutt sa fille1 il et fallu pour faire1 que j'arrive une haute position1 que la fortune vint me prendre par la main2 car de me mettre en peine pour une esprance incertaine1 de me soumettre toutes les obligations qui s'imposent ceux qui1 au dbut de leur carrire1 cherchent se mettre en relief1 je n'aurais su le faire3 ,je n'achte pas ce prix l'esprance 7,trence72 je m'attache ce que je vois1 ce que je tiens1 et ne m'loigne gure du port3 ,une de mes rames bat les flots1 l'autre les sables du rivage 7,properce74 ,et puis1 on russit peu arriver de hautes situations1 sans commencer aventurer ce que l'on possde2 et je suis d'avis que si ce que l'on a suffit vous maintenir en la condition dans laquelle on est n et o on a t lev1 c'est folie de lcher ce que l'on tient1 dans l'espoir incertain de l'augmenter4 ,celui auquel la fortune a refus o lire domicile et mener une existence tranquille et repose1 est pardonnable d'aventurer ce qu'il a2 en tous cas1 la ncessit le porte chercher fortune3 ,dans le malheur1 il faut tre tmraire 7,snque72 et j'excuse davantage un cadet de famille qui hasarde ce dont il a hrit1 que celui auquel est chu de soutenir l'honneur de la maison et qui ne peut tomber dans le besoin que par sa faute4 ,j'ai heureusement trouv1 grce aux conseils de mes bons amis du temps pass1 le moyen le plus court et le plus facile de me dfaire des dsirs de cette nature et de demeurer coi3 ,quelle condition plus douce que de jouir de la victoire1 sans avoir combattu 7,horace78 me rendant du reste parfaitement compte que mes forces ne sont pas de celles qui permettent de grandes choses et me souvenant de ce mot de feu le chancelier ,olivier3 ,les ,franais ressemblent des guenons qui vont grimpant de branche en branche jusqu'au haut des arbres1 ne s'arrtent que lorsqu'elles ont atteint la plus haute et1 une fois arrives l1 montrent leur derrire3 ,il est honteux de se charger la tte d'un poids qu'on ne saurait porter1 pour plier bientt aprs et se drober au fardeau 7,properce74 ,par sa dpravation1 le sicle o il est n ne convenait nullement son humeur4--,les qualits mmes qui sont en moi et dont je puis me flatter1 sont sans utilit en ce sicle-ci2 ma simplicit de murs et t taxe de lchet et de faiblesse2 ma foi et mes croyances1 de scrupules et de superstition2 ma franchise et ma libert d'allure1 trouves importunes1 inconsidres et tmraires4 ,a quelque chose malheur est bon2 il est avantageux de natre dans un sicle de dpravation parce que1 par comparaison avec d'autres1 vous passez pour vertueux bon march2 celui qui de nos jours n'est que parricide et sacrilge1 est un homme de bien des plus honorables3 ,aujourd'hui1 si ton ami ne nie pas le dpt que tu lui as confi1 s'il te rend ton vieux sac avec ta vieille monnaie intacte1 c'est un prodige de bonne foi qu'il faut inscrire dans les livres toscans et reconnatre par le sacrifice d'une brebis 7,juvnal74 ,jamais temps et lieu n'ont t1 o les princes se soient trouvs dans des circonstances plus propices pour1 en pratiquant la bont et la justice1 en acqurir une rcompense plus assure et plus grande4 ,le premier d'entre eux qui s'avisera de rechercher la faveur et la puissance en suivant cette voie1 ou je me trompe fort1 ou il parviendra aisment supplanter ses rivaux2 la force et la violence peuvent beaucoup1 mais ne peuvent pas toujours tout4 ,nous voyons les marchands1 les magistrats de nos villages1 les artisans aller de pair avec la noblesse sous le rapport de la vaillance et de la science militaire1 soutenir des combats honorables soit individuellement1 soit en commun2 ils se battent1 dfendent les villes dans nos guerres actuelles1 si bien qu'un prince1 au milieu de cette foule1 ne saurait se faire remarquer4 ,qu'il s'illustre par son humanit1 son amour pour la vrit1 sa loyaut1 sa modration et surtout sa justice2 ce sont l des qualits qui aujourd'hui sont rares1 inconnues1 exiles2 c'est l ce que demandent uniquement les peuples dont il a grer les affaires1 et nulles qualits plus que celles-ci ne peuvent lui gagner leur affection1 parce que ce sont celles dont ils ont retirer le plus d'avantages3 ,rien n'est si populaire que la bont 7,cicron74 ,par cette comparaison de mes qualits et de mes murs avec celles de mon temps1 je me fusse trouv une personnalit grande et rare1 tandis que je me fais l'effet d'tre un pygme et ne sors pas de la gnralit1 quand je me compare aux hommes de quelques-uns des sicles passs1 o l'on voyait couramment1 indpendamment des autres qualits trs srieuses qu'ils avaient1 des gens modrs dans leur vengeance1 indulgents pour les offenses qui leur taient faites1 religieux observateurs de leur parole1 n'admettant ni la duplicit1 ni une morale trop facile1 et ne transigeant pas avec leur foi suivant la volont d'autrui et les occasions2 quant moi1 je laisserais plutt les affaires publiques s'effondrer1 que d'assujettir la mienne leur service4 ,on n'y connat pas la franchise1 la loyaut1 et ,montaigne abhorre la dissimulation4--,pour ce qui est de cette vertu nouvelle compose d'artifice et de dissimulation qui1 cette heure1 est si fort en crdit1 je la hais au plus haut point2 de tous les vices1 je n'en connais aucun qui tmoigne de tant de lchet et d'un cur aussi bas4 ,c'est d'un caractre lche et servile d'aller dguis et cach sous un masque1 n'osant se montrer tel que l'on est1 cela dispose les gens la perfidie2 dresss n'exprimer que des sentiments qu'ils n'prouvent pas1 ils ne se font pas un cas de conscience de mettre leurs actes en contradiction avec leurs paroles4 ,un cur gnreux ne doit pas parler contre sa pense1 il veut qu'on puisse lire en dedans de lui-mme2 tout y est bon1 ou au moins tout y est humain4 ,aristote qualifie de magnanimit le fait de har et d'aimer ouvertement2 de juger1 de parler en toute franchise2 de ne pas faire cas de l'approbation ou de la dsapprobation d'autrui au dtriment de la vrit4 ,apollonius disait que mentir est le propre des esclaves1 dire la vrit celui des hommes libres2 la vrit est la premire condition1 la condition fondamentale de la vertu1 il faut l'aimer pour elle-mme4 ,celui qui reste dans la vrit parce qu'il s'y trouve oblig1 que cela lui est utile1 et qui ne craint pas de faire un mensonge quand cela n'importe personne1 n'est pas suffisamment attach la vrit4 ,mon me1 par nature1 fuit le mensonge2 la pense mme lui en est odieuse2 j'ai honte en moi-mme et prouve un remords cuisant si parfois il m'en chappe1 comme cela m'arrive quand je suis surpris et press de rpondre l'improviste4 ,il ne faut pas toujours dire tout1 ce serait sottise2 mais ce que l'on dit1 doit tre tel qu'on le pense2 autrement1 c'est mal4 ,la fourberie finit presque toujours par avoir de mauvais rsultats1 il est plus nuisible qu'utile pour les princes d'y avoir recours4--,je ne sais quel avantage on espre en dissimulant et agissant sans cesse autrement qu'on ne parle1 si ce n'est de n'tre pas cru1 lors mme qu'on dit la vrit2 de la sorte on arrive bien tromper les gens une fois ou deux1 mais faire profession de dissimuler constamment sa pense et se vanter1 comme ont fait certains de nos princes1 qu'ils jetteraient leur chemise au feu1 si elle pouvait souponner leurs vritables intentions1 ce qui a t dit par ,metellus ,macdonicus1 un homme des temps anciens2 99 et dire en public que celui qui ne sait dissimuler1 ne sait rgner1 c'est avertir ceux qui ont traiter avec vous1 que tout ce que vous leur dites est tromperie et mensonge3 ,plus un homme est fin et adroit1 plus il est odieux et suspect s'il perd sa rputation d'honntet 7,cicron74 ,ce serait une grande simplicit que de se prendre l'air ou aux paroles de qui1 de parti pris1 est1 comme tait ,tibre1 toujours autre au dehors qu'il n'est au dedans4 ,je ne sais comment de telles gens1 dont rien ne peut tre pris comme argent comptant1 peuvent avoir des relations avec les autres2 qui est dloyal envers la vrit1 l'est galement envers le mensonge4 ,ceux qui1 de notre temps1 ont considr qu'il tait du devoir d'un prince de ne se proccuper que du bien de ses affaires qu'ils placent au-dessus du soin qu'il doit prendre de sa foi et de sa conscience1 peuvent1 celui dont la fortune a amen la situation en tel point qu'il peut la fixer jamais en manquant une seule fois sa parole1 conseiller avec quelque apparence de raison d'en agir ainsi2 mais les choses ne se passent pas de la sorte3 on est sujet revenir souvent sur de pareils marchs2 on a conclure plus d'une fois la paix1 signer plus d'un trait en sa vie4 ,l'appt du gain vous convie un premier acte de dloyaut1 et il y en a presque toujours1 comme dans toute mauvaise action3 sacrilges1 meurtres1 rbellions1 trahisons1 ne s'entreprennent jamais qu'en raison du rsultat qu'on en attend2 mais ce premier bnfice est la source de bien nombreux dommages et enlve au prince1 par l'exemple qu'il a donn de son infidlit1 toutes relations et tout moyen de ngociations4--,lorsque ,soliman1 de la race des ,ottomans1 race peu scrupuleuse dans l'observation des promesses et des pactes1 fit1 au temps de mon enfance1 oprer son arme une descente ,otrante1 ,mercurin de ,gratinare et les habitants de ,castro furent1 aprs la reddition de cette place1 retenus prisonniers au mpris de la capitulation passe entre eux et ses gens4 ,l'ayant su1 ,soliman ordonna de les relcher1 faisant observer qu'ayant en vue d'autres grandes entreprises dans la contre1 cette dloyaut1 malgr l'avantage momentan qu'elle semblait prsenter1 le discrditerait pour l'avenir et ferait natre contre lui une dfiance de nature lui porter un prjudice considrable4 ,montaigne1 ennemi de toute contrainte et de toute obligation1 apportait dans ses relations avec les grands une entire libert de langage4--,pour ma part1 je prfre tre indiscret et importun que flatteur et dissimul4 ,j'avoue qu'il peut entrer un peu de fiert et d'opinitret dans l'entire libert et la sincrit que je conserve vis--vis de tous sans distinction1 car il me semble que je suis parfois d'autant plus indpendant que je me trouve en prsence de gens avec lesquels je devrais l'tre moins2 la crainte de paratre trop respectueux tend faire que je me montre trop hardi1 non par calcul mais probablement parce que je me laisse aller ma nature4 ,usant avec les grands de la mme libert de langage et du mme sans-gne que dans ma maison1 je sens bien que je frise souvent l'indiscrtion et l'incivilit2 mais1 outre que je suis ainsi fait1 je n'ai l'esprit assez prompt ni pour esquiver une question imprvue et y chapper par quelque dtour ni pour travestir la vrit1 non plus qu'assez de mmoire pour me la rappeler aprs l'avoir altre2 je n'ai pas davantage assez d'assurance pour y persister1 et c'est par faiblesse que je fais le brave4 ,il en rsulte que je m'abandonne ma navet et toujours dire ce que je pense1 aussi bien par temprament que de parti pris1 me reposant sur la fortune de ce qui peut s'ensuivre4 ,aristippe disait que le principal fruit qu'il avait retir de la philosophie1 tait de parler librement et cur ouvert tout le monde4 ,l'infidlit de sa mmoire le mettait dans l'impossibilit de prononcer des discours de longue haleine4--,c'est un outil d'un merveilleux usage que la mmoire1 sans elle le jugement aurait peine suffire sa tche2 elle me manque compltement4 ,ce dont on veut me parler1 il faut qu'on m'en entretienne sparment1 point par point1 parce qu'il n'est pas en mon pouvoir de soutenir une conversation sur plusieurs sujets la fois1 et je ne saurais tre charg d'une commission quelconque1 sans en prendre note par crit4 ,quand j'ai prononcer un discours sur un sujet important1 s'il est de longue haleine1 j'en suis rduit cette triste et malheureuse ncessit1 d'apprendre par cur1 mot mot1 ce que j'ai dire2 autrement cela n'aurait pas de forme et je manquerais d'assurance1 par crainte que ma mmoire ne vienne me jouer un mauvais tour4 ,mais ce moyen n'est pas lui-mme sans me prsenter une difficult moindre3 pour apprendre trois vers1 il me faut trois heures2 et puis1 dans un ouvrage que l'on compose soi-mme1 la libert et la possibilit que l'on a de le remanier1 de changer un mot1 amnent des modifications constantes dans le texte1 ce qui rend moins ais pour l'auteur de le fixer dans sa mmoire4 ,or1 plus je me dfie de la mienne1 plus elle se trouble2 son service dpend de la disposition o elle se trouve2 il me faut la solliciter doucement1 car si je la presse1 elle hsite2 et une fois qu'elle a commenc chanceler1 plus je l'aiguillonne1 plus elle s'emptre et s'embarrasse2 elle me sert son heure1 non la mienne4 ,il tait tellement rebelle toute pression1 que sa volont elle-mme tait parfois impuissante obtenir obissance de lui-mme4--,ce que j'prouve pour la mmoire1 je le ressens aussi pour d'autres choses2 je fuis ce qui est commandement1 obligation1 contrainte2 ce que je fais aisment et m'est naturel1 je ne sais plus le faire s'il me le faut excuter parce que je me le suis formellement impos4 ,dans l'ordre physique1 mes membres qui ont quelque libert de mouvement et qui jouissent d'une certaine indpendance d'action1 me refusent parfois obissance1 quand1 dans des circonstances et des moments donns1 la ncessit me fait rclamer leur service2 cette exigence imprvue que je leur impose est un acte de tyrannie qui les rebute2 paralyss par l'effroi ou le dpit1 ils deviennent incapables d'aucun fonctionnement4 ,autrefois1 m'tant trouv quelque part1 o il est de mauvais ton tenant de la sauvagerie de ne pas faire raison ceux qui nous convient boire1 j'essayai1 bien qu'on me laisst toute libert1 de faire1 selon les usages du pays1 le bon compagnon en l'honneur des dames qui taient de la partie4 ,mais que j'y eus donc de plaisir6 cette perspective qui me menaait1 d'tre oblig de faire ce qui n'tait ni dans mes gots1 ni dans mes habitudes1 fit que mon gosier se contracta au point que je ne parvins pas avaler une seule goutte et fus priv mme de boire en mangeant1 dans le courant du repas2 j'tais gorg et dsaltr par tant de liquides dont l'absorption avait proccup mon imagination4--,cet effet se remarque surtout chez ceux qui ont l'imagination ardente et puissante2 il est pourtant naturel et il n'est personne qui ne l'prouve quelque peu4--,on offrait un archer1 qui tait d'une adresse toute particulire et qui venait d'tre condamn mort1 de lui faire grce s'il consentait donner quelque preuve clatante de son habilet4 ,il refusa de s'y essayer1 craignant que la trop grande tension d'esprit ne lui enlevt sa sret de main et qu'au lieu de sauver sa vie1 il perdt encore dans cette preuve la rputation qu'il avait au tir l'arc4--,un homme dont la pense est ailleurs1 ne manquera pas1 en allant et venant sur une promenade1 de faire1 un pouce prs1 toujours le mme nombre de pas et de mme longueur1 tandis que s'il s'applique les compter et les mesurer1 il arrivera que ce qu'il faisait naturellement et par hasard1 il ne le fera pas avec la mme exactitude1 quand ce sera dessein4 ,son peu de mmoire le mettait notamment hors d'tat de dmler dans ce qui lui venait l'esprit1 ce qui lui tait propre de ce qui tait rminiscence provenant de ses lectures4--,ma bibliothque1 qui est belle pour une bibliothque de campagne1 occupe une des extrmits de ma demeure4 ,s'il me faut y aller parce que me passe par la tte une ide dont je veux prendre note ou sur laquelle je veux faire des recherches1 n'euss-je qu' traverser la cour1 de peur que cette ide ne m'chappe1 il me faut la donner en garde quelqu'un4 ,si je m'enhardis1 en parlant1 me dtourner tant soit peu du fil de ma pense1 je ne manque jamais de le perdre2 aussi1 lorsque je discours1 suis-je gn1 sec et concis4 ,je suis oblig d'appeler mes serviteurs du nom de leur emploi ou de leur pays1 parce qu'il m'est trs difficile de me rappeler les noms propres2 je dirai bien qu'un nom se compose de trois syllabes1 qu'il est dur prononcer1 qu'il commence ou se termine par telle lettre1 mais c'est tout2 et si je devais vivre longtemps1 je crois bien que je finirais par oublier mon propre nom1 comme cela est arriv d'autres4 ,messala ,corvinus est demeur deux ans1 ayant compltement perdu la mmoire2 ce qui1 dit-on1 est galement survenu ,georges de ,trbizonde4 ,et1 pensant moi1 je songe souvent quelle a d tre alors leur vie et si1 venant perdre cette facult1 il me resterait assez pour que l'existence ne me soit pas trop insupportable2 en y regardant de prs1 je craindrais que cette dfectuosit1 si elle tait complte1 ne paralyst toutes les fonctions de mon me3 ,je suis comme un vase fl1 je fuis de tous les cts 7,trence74 ,il m'est arriv plus d'une fois d'oublier le mot 99 d'ordre que1 trois heures auparavant1 j'avais donn moi-mme au guet1 ou qu'un autre m'avait communiqu1 et aussi de ne plus me souvenir1 quoi qu'en dise ,cicron1 o j'avais cach ma bourse2 la prcaution que je prends de serrer une chose1 aide souvent me la faire perdre4--,la mmoire renferme assurment non seulement la philosophie1 mais encore tous les arts et tout ce qui est l'image de la vie 7,cicron72 elle est le rceptacle1 l'tui o se conserve la science4 ,la mienne est si dfectueuse que je n'ai pas beaucoup m'tonner si je sais si peu de chose4 ,je connais en gnral le nom des arts1 ce quoi ils ont trait et rien de plus4 ,je feuillette les livres1 je ne les tudie pas2 ce qui m'en demeure1 je ne le reconnais plus comme venant d'autrui1 c'est uniquement ce que mon jugement s'est assimil1 les raisonnements1 les ides dont il s'est pntr2 quant l'auteur1 aux passages d'o cela provient1 aux mots employs et autres particularits1 je les oublie sur-le-champ2 et l'oubli est chez moi tellement complet que je n'oublie pas moins que le reste mes propres crits et ce que j'ai moi-mme compos2 tout instant je suis1 cet gard1 pris en faute sans mme que j'en aie conscience4 ,qui voudrait savoir de qui proviennent les vers et les exemples que j'accumule dans cet ouvrage1 me mettrait bien en peine1 s'il me fallait le lui dire2 je ne les ai pourtant mendis qu' des portes connues et clbres1 ne me contentant pas de leur valeur intrinsque1 tenant encore ce que la main qui me les donne soit riche et honorable et que leur autorit ajoute la raison4 ,il n'y a rien d'tonnant ce qu'il se produise pour mon livre ce qui arrive pour les autres1 car ma mmoire perd le souvenir de ce que j'cris comme de ce que je lis1 et ce que je donne a le mme sort que ce que je reois4 ,il avait l'esprit lent et obtus1 mais ce qu'il avait une fois compris1 il le retenait bien4--,outre le dfaut de mmoire1 j'en ai d'autres qui contribuent beaucoup mon ignorance4 ,j'ai l'esprit lent et obtus2 le moindre nuage arrte sa perspicacit au point1 par exemple1 que jamais je ne lui ai pos d'nigme1 si facile ft-elle1 qu'il ait su expliquer2 il n'est si lgre subtilit qui ne m'embarrasse2 des jeux o l'esprit a quelque part1 tels que les checs1 les cartes1 les dames et autres1 je ne comprends que les rgles gnrales4 ,j'ai la comprhension lente et embrouille1 mais ce qu'une fois elle a saisi1 elle le tient bien et l'embrasse compltement1 troitement1 profondment1 aussi longtemps qu'elle le tient4 ,j'ai la vue longue1 saine et nette2 seulement quand je travaille1 elle se lasse aisment et se trouble1 ce qui fait que je ne puis demeurer longtemps avec les livres1 sans l'aide de quelqu'un qui me fasse la lecture4 ,il en rsulte pour ceux qui se livrent cette occupation dans de semblables conditions1 des pertes de temps1 sur l'importance desquelles ,pline le jeune peut renseigner ceux qui ne les connaissent pas4 ,son ignorance propos des choses les plus communes4--,il n'est me si chtive et si abrupte1 en laquelle on ne voie poindre quelque facult particulire2 il n'y en a pas de si teinte qui ne se rvle de quelque faon2 mais comment il se fait qu'il y en ait qui1 aveugles et endormies sous tous autres rapports1 rapparaissent vives1 claires1 parfaites1 quand il s'agit d'une chose dtermine1 l'explication en est demander aux matres4 ,les belles mes sont celles qui embrassent tout1 qui sont ouvertes et prtes tout2 elles peuvent n'tre pas instruites1 elles sont susceptibles de l'tre4 ,ce que j'en dis est la critique de la mienne qui1 soit faiblesse1 soit nonchalance 7et la nonchalance l'gard de ce qui est nos pieds1 entre nos mains1 pour ce qui touche de plus prs ce qui est en usage dans la vie1 est cependant chose bien contraire mes principes71 en est ce point qu'il n'en est aucune d'aussi inepte1 d'aussi ignorante de certaines choses tellement sues de tous1 qu'on ne peut sans honte ne pas les connatre2 je vais en donner quelques exemples4 ,je suis n et ai t lev la campagne1 au milieu des champs2 j'ai des affaires et des biens administrer1 depuis que ceux qui les possdaient avant que j'en jouisse1 m'aient fait place4 ,or je ne sais calculer ni avec des jetons1 ni avec la plume2 je ne connais pas la plupart de nos monnaies2 je ne sais pas faire1 moins qu'elle ne soit trs apparente1 la diffrence d'un grain avec un autre1 qu'il soit en terre ou dans le grenier2 je distingue peine les choux des laitues de mon jardin2 j'ignore mme les noms des ustensiles de mnage les plus usuels et les principes lmentaires d'agriculture que savent les enfants2 je me connais encore moins aux arts mcaniques1 au commerce1 aux marchandises1 aux diverses espces de fruits1 de vins1 de viandes1 dresser un oiseau pour la chasse1 traiter un cheval ou un chien malades2 et1 puisqu'il me faut avouer toute ma honte1 il n'y a pas un mois1 on m'a surpris ne sachant pas en quoi le levain sert la fabrication du pain1 ni ce que c'est que faire cuver le vin4--,quelqu'un1 ,athnes1 dans l'antiquit1 prsuma l'aptitude d'un individu aux mathmatiques1 en le voyant agencer adroitement une charge de broussailles qu'il mettait en fagot2 en vrit1 de moi on peut conclure tout le contraire1 car1 me donnerait-on tout ce qu'il faut pour faire la cuisine1 que je demeurerais avec la faim4 ,par le peu que je confesse1 on peut juger combien d'autres choses font dfaut en moi4 ,mais ce que j'en dis importe peu2 mon but est atteint1 si je me fais connatre tel que je suis2 aussi je ne m'excuse pas d'oser mettre par crit des propos aussi peu relevs et aussi dnus d'intrt que ceux-ci1 le terre terre de mon sujet m'y oblige4 ,qu'on critique1 si on veut1 l'ide que j'en ai eue1 mais non la marche que je suis2 ce qu'il y a de certain1 c'est que sans avoir besoin que l'on m'en avertisse1 je vois assez par moi-mme le peu que vaut tout ceci1 le peu de cas qui en sera fait et combien mon ide est folle2 et c'est dj beaucoup que mon jugement1 dont ce sont l des essais1 ne se dconcerte pas3 ,soyez aussi fin critique qu'il est possible2 ayez du nez1 un nez comme ,atlas n'en voudrait pas2 confondriez-vous par vos plaisanteries ,latinus en personne1 que vous ne parviendriez pas dire pis de ces bagatelles1 que ce que j'en ai dit moi-mme4 ,pourquoi mcher dans le vide8 ,il faut de la chair pour pouvoir mordre et se repatre4 ,ici vous perdez votre peine1 rpandez ailleurs votre venin sur ceux qui s'admirent eux-mmes1 car pour moi1 je sais que tout ceci n'est rien 7,martial74--,je 99 ne me suis pas oblig ne pas dire de sottises1 pourvu que je ne m'y trompe pas et les reconnaisse2 si bien qu'tre dans l'erreur en connaissance de cause m'est si ordinaire1 que ce n'est gure que de cette faon que je me mets en faute1 j'y suis rarement sans y prendre garde2 c'est peu de chose d'attribuer ma tournure d'esprit si ose des actes peu senss1 alors que je ne puis me dfendre de lui en attribuer continuellement qui sont vicieux4 ,foncirement irrsolu1 il tait port dans les cas douteux suivre les autres ou s'en rapporter au hasard4--,je vis un jour ,bar-le-,duc prsenter au roi ,franois ,,ii1 pour honorer la mmoire de ,ren1 roi de ,sicile1 un portrait de lui-mme que celui-ci avait fait2 pourquoi ne serait-il pas de mme permis chacun de se peindre avec la plume1 comme le roi ,ren se peignait avec son crayon8 ,je ne veux pas non plus omettre mon endroit ce stigmate qu'il convient si peu de produire en public1 l'irrsolution1 dfaut si gnant chez ceux qui ont la gestion des affaires du monde4 ,je ne sais pas prendre parti dans les questions douteuses3 ,ni oui1 ni non1 mon cur ne me dit rien autre 7,ptrarque72 je sais bien discuter une opinion1 je ne sais pas me prononcer4 ,dans les choses humaines1 de quelque ct que l'on penche1 il y a force apparences pour2 ce qui faisait dire au philosophe ,chrysippe qu'il ne voulait apprendre de ,znon et de ,clanthe1 ses matres1 que les principes de leur doctrine et que1 quant aux preuves et aux raisonnements mettre l'appui1 il se chargeait de les fournir lui-mme4 ,moi aussi1 de quelque ct que je me tourne1 il me vient toujours suffisamment de motifs vraisemblables pour m'y arrter2 et je m'ancre dans le doute1 me rservant la libert de choisir1 quand j'y serai oblig par les circonstances2 vrai dire1 ce moment venu1 je jette le plus souvent1 suivant le dicton1 la plume au vent1 m'en remettant au hasard de la fortune2 la plus lgre impression1 la plus insignifiante particularit1 dcident de ma dtermination3 ,lorsque l'esprit est dans le doute1 la moindre impulsion le fait pencher de l'un ou de l'autre ct 7,trence74--,l'incertitude de mon jugement tient1 dans certains cas1 la balance tellement gale1 que je m'en remettrais volontiers la dcision du sort et des ds2 et je remarque1 comme un tmoignage probant de la faiblesse humaine1 les exemples que l'histoire sacre elle-mme nous donne de s'en remettre la fortune et au hasard pour1 dans les cas douteux1 dcider des choix faire3 ,le sort tomba sur ,mathias 7,actes des ,aptres74 ,la raison humaine est un glaive double tranchant et dangereux manier2 dans la main mme de ,socrate1 son ami le plus intime et le plus familier1 voyez combien de bouts a un bton1 combien de solutions prsente une mme affaire6 ,aussi ne suis-je capable que de suivre les autres1 et me laisse aisment entraner par la foule2 je n'ai pas assez confiance en mes forces1 pour entreprendre de commander et de diriger2 je suis bien aise de trouver ouvert par autrui le sentier o je chemine4 ,s'il me faut courir la chance d'un choix incertain1 je prfre que ce soit la remorque d'un autre plus sr de ses opinions et qui les pouse plus que je ne fais des miennes1 qui toujours me paraissent reposer sur une base glissante4 ,par la mme raison1 il est peu favorable aux changements politiques4--,cependant je ne suis pas homme que l'on puisse facilement abuser1 d'autant que je saisis trs bien le ct faible des opinions contraires4 ,donner constamment son assentiment1 peut entraner bien des erreurs et bien des dangers 7,cicron72 cela est vrai surtout dans les affaires politiques qui prsentent un beau champ ouvert aux discussions et aux incertitudes3 ,la balance dont les plateaux sont chargs de poids gaux1 ne s'abaisse1 ni ne s'lve d'aucun ct 7,tibulle74--,les principes de ,machiavel1 par exemple1 sont1 en pareille matire1 assez srieux2 et pourtant1 ils ont t trs aisment rfuts1 et ceux qui l'ont fait1 y ont employ des objections tout aussi facilement rfutables2 tout argument on trouve toujours bien deux1 trois ou quatre rpliques opposer1 sans compter ces inextricables dbats qui n'en finissent pas1 que la chicane a introduits pour1 autant que faire se peut1 prolonger les procs3 ,l'ennemi nous bat1 nous le battons notre tour 7,horace74 ,les raisons mises de part et d'autre1 ne reposent gure que sur l'exprience1 et les vnements humains se produisent sous tant de formes que1 pour chaque cas1 les exemples sont en nombre infini4--,un savant personnage de notre poque dit que1 quand nos almanachs prdisent le chaud1 quelqu'un peut tout aussi bien dire qu'il fera froid2 qu'il fera humide1 quand ils prdisent un temps sec2 pronostiquer toujours le contraire de ce qu'ils annoncent2 et que si lui-mme avait parier pour l'une ou l'autre de ces prdictions opposes1 peu lui importerait de quel ct il se rangerait1 sauf pour ce qui ne saurait prter incertitude1 comme de prsager ,nol des chaleurs excessives1 ou la ,saint-,jean les rigueurs de l'hiver4 ,je pense exactement de mme des discussions politiques3 quelle que soit la thse que vous souteniez1 vous avez aussi beau jeu que votre adversaire1 pourvu que vous ne veniez pas heurter les principes les plus lmentaires et qui sautent aux yeux4 ,toutefois1 mon sens1 dans les affaires publiques1 il n'est pas de direction1 si mauvaise qu'elle soit1 qui1 si elle est constamment suivie et applique depuis un certain temps dj1 ne soit prfrable des changements occasionnant des bouleversements4 ,nos murs sont excessivement corrompues et ont une tendance excessive devenir pires2 parmi nos lois et nos usages1 il s'en trouve plusieurs de barbares et de monstrueux2 et cependant1 en raison de la difficult d'amliorer ce qui existe et du danger d'effondrement caus par tout changement1 si je pouvais planter une cheville qui arrtt le mouvement de notre roue au point o nous en sommes1 je le ferais de bon cur3 ,il n'est pas d'action si honteuse et si infme1 qu'on ne puisse encore en citer de pires 7,juvnal74--,ce que je trouve de plus malheureux en notre tat1 c'est l'instabilit2 nos lois1 pas plus que nos vtements1 ne peuvent prendre de forme arrte4 ,il est facile d'accuser un gouvernement d'imperfection puisque tout ce qui est mortel en est plein2 il est bien ais de pousser un peuple au mpris de ce qu'il observait jadis2 il n'y a personne qui l'ait entrepris1 qui n'en soit venu bout2 mais substituer quelque chose de meilleur ce que l'on a ruin1 beaucoup qui l'ont tent1 y ont perdu leur peine4--,dans ma conduite1 j'accorde peu de part la prudence2 je me laisse mener volontiers vers ce qui assure l'ordre public4 ,heureux peuple qui fait ce qu'on lui commande1 mieux que ne font ceux qui ordonnent1 sans s'inquiter des causes de ce qu'on lui demande1 se laissant doucement aller au gr de la ,providence6 ,chez qui raisonne et discute1 l'obissance n'est jamais entire1 ni sans arrire-pense4 ,sur quoi est fonde l'estime que ,montaigne a de lui-mme1 il croit son bon sens4--,en somme1 pour en revenir moi1 cela seul en quoi je m'estime1 c'est ce en quoi jamais homme ne s'est cru dfectueux2 ce qui fait mon mrite est une chose vulgaire1 que j'ai de commun avec n'importe qui3 je crois mon bon sens2 et qui jamais a pens en manquer8 ce serait l une proposition en contradiction avec elle-mme4 ,croire manquer de bon sens1 est une maladie qui n'existe jamais chez qui elle se voit2 si forte et si tenace qu'elle soit1 il suffit cependant d'un coup d'il de la part de celui qui s'en croit atteint1 pour la percer et la dissiper1 comme fait le soleil d'un brouillard opaque2 s'en accuser1 serait s'en excuser2 se condamner sur ce sujet1 serait s'absoudre4 ,jamais portefaix ni femmelette n'ont pens ne pas en avoir leur part4 ,nous convenons assez facilement chez les autres de leur supriorit en fait de courage1 de leur force corporelle1 de leur exprience1 de leur bonne sant1 de leur beaut1 mais ne concdons personne celle du jugement2 et tout ce que les autres peuvent dire1 inspir par le simple bon sens1 il nous semble que cela nous serait venu de mme l'ide1 pour peu que nous y ayons song4 ,les ouvrages uniquement inspirs par le bon sens1 attirent peu de rputation leur auteur1 parce que chacun se croit capable d'en faire autant4--,nous nous rendons bien aisment compte que les ouvrages des autres sont suprieurs aux ntres sous le rapport de la science1 du style1 etc42 mais pour les simples productions de l'entendement1 chacun pense qu'il est mme d'en mettre de semblables et n'en reconnat qu' grand'peine la charge et la difficult1 et seulement quand la distance entre ce qu'il voit chez les autres et ce qu'il peut lui-mme est tellement grande que cela ne peut se comparer1 et encore8 ,qui apprcierait sainement l'lvation laquelle atteint la puissance de jugement qu'il constate chez autrui1 arriverait porter le sien mme hauteur4 ,aussi1 ne devons-nous nous attendre ne retirer de ces productions que peu d'loges et pas grande considration1 elles sont trop peu prises4--,pour qui du reste les crivez-vous8 ,les savants auxquels il appartient de juger des livres1 ne reconnaissent de valeur qu' ce qui est conforme la doctrine2 ils n'admettent aucune uvre de l'esprit autre que celles qui traitent d'rudition et d'art2 vous est-il arriv d'avoir pris un ,scipion pour l'autre1 vous ne pouvez plus ds lors dire rien qui vaille4 ,qui1 selon eux1 ne connat ,aristote1 de ce fait seul1 s'ignore lui-mme4 ,d'autre part1 les mes 99 communes qui composent la masse1 ne saisissent pas ce qu'il y a de grce dans un ouvrage1 traitant d'une faon aise 99 un sujet lev4 ,or1 ces deux espces de gens se partagent le monde2 il y en a bien une troisime1 prcisment la plus mme de vous comprendre1 qui se compose des esprits pondrs et forts par eux-mmes2 mais elle est si rare qu'elle n'a ni nom1 ni rang parmi nous2 et c'est moiti perdre son temps que de faire effort pour aspirer lui plaire4 ,montaigne estime que ses opinions sont saines1 parce qu'il les tient pour telles malgr le peu de cas qu'il fait de lui-mme1 et aussi parce qu'il s'analyse sans cesse4--,on dit communment que le partage le plus juste que la nature nous ait fait de 99 ses dons1 est celui du bon sens1 parce qu'il n'y a personne qui ne soit satisfait de la part qui lui a t faite3 c'est raisonnable2 qui verrait au del1 verrait plus loin que ne porte sa vue4 ,je pense que mes opinions sont bonnes et saines1 mais qui n'en pense pas autant des siennes8 ,l'une des meilleures preuves que j'aie de l'excellence des miennes1 c'est le peu d'estime que je fais de moi-mme2 si rellement elles n'taient pas justes1 elles n'auraient pas rsist l'affection que je me porte1 affection singulire d'un homme qui la ramne presque entirement soi et ne l'pand gure autour de lui4 ,tout ce que les autres en distribuent une foule d'amis et connaissances1 en vue de leur gloire1 de leur grandeur1 j'en use uniquement pour moi et pour la tranquillit de mon esprit2 ce qui1 m'chappant1 va ailleurs1 ce n'est pas parce que ma raison l'ordonne1 mais involontairement3 ,vivre bien et me bien porter1 voil toute ma philosophie 7,lucrce74 ,or1 je trouve toujours mes opinions constamment disposes condamner hardiment mon insuffisance4 ,c'est qu'aussi1 c'est l vraiment un sujet auquel j'applique mon jugement autant qu' nul autre4 ,le monde regarde toujours en face de lui2 moi1 je replie ma vue en dedans de moi-mme1 je l'y retiens et l'y amuse4 ,chacun regarde devant soi1 tandis que c'est en moi que je regarde1 ne m'occupant que de moi2 sans cesse je me considre1 je m'observe et m'analyse4 ,les autres1 quand ils pensent srieusement1 vont toujours ailleurs1 toujours en avant3 ,personne ne tente de descendre en soi-mme 7,perse72 moi1 je m'y roule4--,cette aptitude reconnatre en moi ce qui est la vrit quelle qu'elle soit1 et cette disposition qui fait que je deviens aisment l'esclave de ce quoi je crois1 c'est surtout moi que je les dois2 car les ides d'ordre gnral les plus arrtes que j'aie1 sont1 si je puis m'exprimer ainsi1 nes avec moi2 elles me sont naturelles et sont entirement miennes4 ,je les ai tout d'abord exposes simplement1 dpouilles de tout artifice1 sincres et hardies1 mais sous une forme un peu hsitante et imparfaite2 depuis1 je les ai formules et fortifies en les tayant de l'autorit d'autres personnes et des meilleurs exemples tirs de ceux des anciens avec lesquels mon jugement est d'accord2 ils m'ont confirm dans l'ide de m'y tenir1 et m'en ont rendu plus 99 entires la jouissance et la possession4--,l'estime que chacun cherche acqurir par un esprit vif et prompt1 je prtends y arriver par un esprit bien rgl2 au lieu que ce soit par une action exerce d'une faon clatante et signale1 ou par quelque capacit hors ligne1 ce sera par l'ordre1 la pondration1 et le calme de mes opinions et de mes murs3 ,s'il est quelque chose d'honorable1 c'est sans contredit une conduite uniforme et consquente dans tous les actes de la vie1 ce qui ne peut se trouver chez un homme qui1 se dpouillant de son caractre1 s'attache imiter les autres 7,cicron74 ,il fait peu de cas de son poque1 peut-tre parce qu'il la compare sans cesse avec l'antiquit4--,voil donc comment et dans quelle mesure1 sur ce premier point1 que nous sommes ports concevoir une trop haute ide de nous-mmes1 je puis me dire atteint de ce dfaut qu'est la prsomption4 ,quant la seconde faon dont il se manifeste1 qui est de ne pas faire suffisamment cas d'autrui1 je ne sais si je parviendrai m'en excuser aussi bien2 toutefois et quoi qu'il m'en cote1 je suis dcid dire ce qui en est4 ,peut-tre que mes frquentations continues des ides qui prvalaient dans l'antiquit1 et ce que j'ai retenu de ces mes si riches des temps passs1 me dgotent des autres et de moi-mme2 peut-tre aussi est-il exact que nous vivons en un sicle qui ne produit rien que de bien mdiocre2 toujours est-il que je ne sais quoi que ce soit parmi nous digne de grande admiration4 ,a la vrit je ne connais pas beaucoup d'hommes assez intimement1 pour pouvoir les juger1 et pour ce qui est de ceux qu'en raison de ma position je frquente le plus ordinairement1 ce sont pour la plupart des gens qui se proccupent peu de la culture de l'me et auxquels on ne propose pour toute satisfaction dernire que l'honneur1 et pour tout moyen d'y parvenir que la vaillance4 ,il a toujours plaisir louer le mrite partout o il le rencontre chez ses amis1 et mme chez ses ennemis4--,ce que je vois de beau chez les autres1 je le loue et l'estime trs volontiers2 je 99 renchris mme souvent sur ce que j'en pense2 je me permets cette exagration1 mais rien de plus1 car je suis incapable d'inventer de toutes pices quelque chose qui ne serait pas4 ,je tmoigne avec plaisir de ce qui1 chez mes amis1 est digne d'loge2 pour un pied de valeur qu'ils peuvent avoir1 je leur en accorde aisment un et demi2 mais je ne saurais leur attribuer des qualits qu'ils n'ont pas1 ni les dfendre quand mme des imperfections qu'ils ont4 ,mme mes ennemis1 je rends nettement tmoignage de ce qui est leur honneur2 mes sentiments vis--vis d'eux sont autres1 mais mon jugement n'en est pas altr2 je ne fais pas entrer la querelle qui nous spare1 en ligne de compte avec des considrations o elle n'a que faire2 je suis si jaloux de conserver toute libert mon jugement1 que je me rsous difficilement y renoncer1 sous l'empire de quelque passion que ce soit2 je me fais1 en mentant1 plus d'injure moi-mme qu' celui auquel s'applique mon mensonge4 ,cette louable et gnreuse coutume qui rgnait en ,perse1 de toujours parler honorablement et quitablement1 autant que le comportait le mrite de leur vertu1 de leurs ennemis mortels1 de ceux auxquels ils faisaient une guerre outrance1 est digne de remarque4 ,les hommes complets sont rares2 loge de son ami tienne de la ,botie4--,je connais nombre d'hommes qui ont de belles qualits de diverses sortes3 celui-ci a de l'esprit1 celui-l du cur1 d'autres ont soit de l'habilet1 soit de la conscience1 soit le don de la parole1 sont des savants mrites1 etc42 mais des hommes grands en toutes choses1 qui aient toutes ces belles facults runies1 ou l'une d'elles un degr qui force les admirer et permet de les comparer aux hommes des temps passs que nous honorons1 je n'ai pas eu la bonne fortune d'en rencontrer un seul4 ,de ceux que j'ai connus fond1 le plus grand1 j'entends sous le rapport des dons naturels de l'me1 le mieux dou1 a t tienne de la ,botie4 ,c'tait une nature vraiment complte1 suprieure tous gards1 une me de vieille marque1 qui et atteint de grands rsultats1 si sa fortune l'et permis2 car1 ce naturel dj si riche1 il avait beaucoup ajout par l'tude et la science4 ,les gens de lettres sont vains et faibles d'entendement2 peut-tre est-on port envers eux peu d'indulgence4--,je ne sais comment cela se fait1 bien qu'il n'y ait pas de doute sur ce point1 qu'on rencontre autant de vanit et de faiblesse de jugement chez ceux de professions comportant une certaine instruction et s'adonnant l'tude des lettres1 ou dans des situations qui font qu'ils frquentent couramment les livres1 que chez n'importe quelle autre sorte de gens4 ,peut-tre est-ce parce qu'on leur demande plus1 qu'on en attend davantage1 et qu'on ne peut excuser chez eux les mmes fautes qu'on excuse chez tout le monde2 ou encore1 parce que la bonne opinion qu'ils ont de leur savoir les rend plus hardis se produire sans s'observer suffisamment1 et fait qu'ils se trahissent et se perdent4 ,de mme que chez un artiste se rvle bien plus son incapacit1 quand c'est une matire de prix qu'il a entre les mains1 s'il vient la travailler et la traiter maladroitement et contre les rgles de l'art1 que s'il s'agissait d'une matire sans valeur2 de mme aussi qu'un dfaut dans une statue en or choque plus que si elle tait en pltre2 une impression analogue se produit en nous1 lorsque ces lettrs mettent en relief des choses bonnes par elles-mmes et lorsqu'elles sont leur place1 mais dont ils usent sans discrtion1 faisant preuve de mmoire aux dpens de leur bon sens1 prsentant ple-mle notre admiration ,cicron1 ,galien1 ,ulpian1 ,saint ,jrme1 et1 par ces citations intempestives1 ne faisant que davantage ressortir combien ils sont ridicules4 ,mauvaise direction imprime l'ducation2 une bonne ducation modifie le jugement et les murs4 ,les murs du peuple1 en leur simplicit1 sont plus rgles que celles des philosophes de ce temps4--,je me laisse aller reprendre mes rflexions sur l'ineptie de l'ducation qui nous est donne2 elle vise faire de nous1 non des hommes bons et sages1 mais des hommes de savoir2 elle y est arrive4 ,nous n'avons pas appris aimer et pratiquer la vertu et la prudence1 mais on nous a inculqu de passer ct et on nous en a enseign l'tymologie4 ,vertu est un substantif que nous savons dcliner1 si nous ne savons aimer ce qu'il reprsente4 ,nous ignorons ce que c'est que la prudence1 pour n'en pas connatre les effets et ne pas l'avoir exprimente2 mais nous en connaissons la dfinition et pouvons la rciter par cur4 ,lorsqu'il s'agit de nos voisins1 nous ne nous contentons pas d'en connatre la race1 les parents1 les allis1 nous voulons encore lier conversation et entrer en relations avec eux1 les avoir pour amis2 tandis que pour la vertu1 on nous en a bien appris les dfinitions1 les divisions et subdivisions1 mais1 comme on fait des surnoms et des branches d'une gnalogie1 sans avoir attention d'tablir entre elle et nous des rapports de familiarit et un rapprochement intime4 ,pour faire notre apprentissage1 on nous met des livres en main1 non ceux o sont exposes les opinions les plus saines et les plus vraies1 mais ceux crits dans le meilleur grec et le meilleur latin et qui1 avec le meilleur choix d'expressions1 imprgnent notre esprit des ides les plus vaines qui avaient cours dans l'antiquit4 ,une bonne ducation modifie le jugement et les murs1 ainsi qu'il advint ,polmon1 ce jeune ,grec dbauch qui1 tant all entendre1 par occasion1 une leon de ,xnocrate1 ne fut pas seulement frapp de l'loquence et du savoir du matre et ne se borna pas rapporter chez lui la connaissance de quelque belle thorie1 mais en retira un fruit plus tangible et plus solide1 la rforme et le changement immdiats de la vie qu'il avait antrieurement mene4 ,qui a jamais ressenti pareil effet de l'enseignement que nous recevons8 ,ferez-vous ce que fit autrefois ,polmon converti8 ,quitterez-vous la livre de la dbauche1 les bandelettes1 les coussins1 les vaines parures1 comme on raconte de ce jeune dbauch qui1 assistant un jour1 par hasard1 une leon de l'austre ,xnocrate1 arracha de son front et jeta la drobe les fleurs dont1 la mode des buveurs1 il tait couronn 7,horace78 ,la condition la plus enviable pour l'homme me semble tre celle qui1 par sa simplicit1 nous place au dernier rang et procure notre existence le plus de rgularit4 ,les murs1 les aspirations des paysans me paraissent en gnral plus conformes aux principes de la vraie philosophie que ne sont celles de nos philosophes3 ,le vulgaire est plus sage1 parce qu'il n'est sage qu'autant qu'il le faut 7,lactance74 ,hommes de guerre1 politiques1 potes et autres qui seuls1 parmi ceux de son sicle1 semblent ,montaigne mriter une mention spciale4--,les hommes que je mets en premire ligne1 en juger par les apparences extrieures 7car pour les apprcier ma manire1 il faudrait les examiner de plus prs71 sont3 le duc de ,guise qui mourut ,orlans et feu le ,marchal ,strozzi1 sous le rapport de leur capacit militaire et en tant qu'hommes de guerre2 les chanceliers de ,france ,olivier et l',hospital1 comme remarquables par leur haute intelligence et leur vertu suprieure ce qui se rencontre communment4--,la posie latine semble avoir t fort cultive en notre sicle1 nous y avons abondance de bons auteurs3 ,daurat1 de ,bze1 ,buchanan1 l',hospital1 ,mont-,dor1 ,turnebus4 ,la posie franaise a t1 mon avis1 porte aussi haut qu'elle atteindra jamais2 dans les genres o excellent ,ronsard et du ,bellay1 elle ne s'loigne gure1 j'estime1 de la perfection laquelle on est arriv dans l'antiquit4 ,adrien ,turnebus savait plus1 et ce qu'il savait1 il le savait mieux qu'aucun homme de ce sicle1 encore pourrait-on remonter plus haut4--,la vie du dernier duc d',albe dcd et celle de notre conntable de ,montmorency ont t de nobles existences qui1 sur plusieurs points1 ont des ressemblances comme il s'en rencontre rarement2 mais la belle et glorieuse mort de ce dernier1 sous les yeux de ,paris et de son roi1 pour leur service1 la tte d'une arme victorieuse1 dans un coup de main qu'il dirigeait lui-mme malgr son extrme vieillesse1 ayant comme adversaires ses plus proches parents1 mrite de prendre place parmi les vnements les plus remarquables de mon poque4 ,de mme aussi la bont1 la douceur de murs1 la conscience claire de ,m4 de la ,noue1 qui ne se dmentirent jamais en ces temps d'abus si criants1 commis par les factions en armes 7vritable cole de trahison1 d'inhumanit et de brigandage71 au milieu desquelles il n'a cess de se montrer grand homme de guerre1 des plus expriments4 loge de ,marie de ,gournay1 sa fille d'alliance4--,j'ai pris plaisir publier1 en plusieurs circonstances1 les esprances que j'ai conues de ,marie de ,gournay le ,jars1 ma fille d'alliance1 que j'aime certes d'une affection beaucoup plus que paternelle et que1 dans ma retraite et ma solitude1 je me complais considrer comme l'une des meilleures portions de moi-mme2 je n'ai plus d'yeux que pour elle au monde4 ,si on peut s'en rapporter ce que prsage l'adolescence1 cette me sera quelque jour capable de ce qu'il y a de plus beau2 entre autres d'atteindre1 en cette chose si sainte qu'est l'amiti1 la perfection porte un degr auquel nous n'avons pas lu que son sexe ait pu encore parvenir4 ,la sincrit et la solidit de son caractre se sont dj leves bien haut2 son affection pour moi1 qui dpasse tout ce que je pouvais ambitionner1 est telle1 que je n'ai1 en somme1 rien souhaiter que de la voir moins cruellement affecte par l'apprhension qu'elle a de ma mort1 m'ayant connu alors que dj j'avais cinquante-cinq ans4 ,l'apprciation que1 femme1 jeune1 vivant isole dans sa province1 elle a1 en ce sicle1 porte sur mes premiers ,essais1 la fougue si remarque avec laquelle elle s'est prise d'amiti pour moi1 le dsir qu'elle avait depuis longtemps d'entrer en relations avec moi1 uniquement en raison de l'estime que je lui avais inspire et cela bien longtemps avant de m'avoir vu1 sont des particularits qui mritent de retenir l'attention4 ,par ces temps de guerre civile continue1 la vaillance1 en ,france1 est devenue une vertu commune4--,les vertus autres que la vaillance ne sont que peu ou point de mise dans les temps actuels2 mais celle-ci s'est tellement gnralise par suite de nos guerres civiles1 qu'il y a parmi nous des mes dont la fermet va jusqu' la perfection2 et leur nombre en est si grand1 qu'une slection est impossible faire4 ,c'est l tout ce que1 jusqu' cette heure1 je connais ayant un caractre de grandeur extraordinaire1 dpassant ce qui se voit d'habitude4 ,,chapitre ,,xviii4 ,du fait de donner ou recevoir des dmentis4 ,si1 dans son livre1 ,montaigne parle si souvent de lui-mme1 c'est pour laisser un souvenir de lui ses amis4--,oui1 me dira-t-on1 se prendre soi-mme pour sujet d'un ouvrage1 est excusable1 mais seulement chez quelques hommes faisant exception qui1 arrivs la clbrit1 ont pu1 par leur rputation1 inspirer le dsir de les connatre4 ,il est certain1 je le reconnais et le sais bien1 que pour voir un homme qui ne se distingue pas du commun1 un artisan lvera peine les yeux de dessus son travail1 l mme o1 pour voir passer un grand personnage dont l'arrive dans une ville est signale1 on abandonne ateliers et boutiques4 ,il ne sied personne de se faire connatre1 si ce n'est ceux qui ont de quoi se faire imiter et dont la vie et les opinions peuvent servir de modle4 ,csar et ,xnophon1 par la grandeur de leurs actions1 avaient matire suffisante pour lever et tablir1 comme sur des bases convenables et solides1 les rcits qu'ils nous en ont laisss2 pour la mme raison1 nous sommes fonds regretter que le journal des hauts faits d',alexandre le ,grand1 les commentaires qu'ont crits de leurs propres actes ,auguste1 ,caton1 ,sylla1 ,brutus et autres1 ne nous aient pas t conservs2 on aime et on tudie de telles figures1 mme si elles ne sont qu'en cuivre ou en pierre4 ,cette critique est trs juste1 mais me touche bien peu3 ,je ne rcite pas ceci tout venant1 en tous lieux1 ni en prsence de n'importe qui2 je ne le lis qu' mes amis et seulement lorsqu'ils m'en prient2 il est beaucoup d'auteurs1 au contraire1 qui dclament leurs ouvrages en plein forum et dans les bains publics 7,horace74 ,je ne dresse pas ici une statue riger dans un carrefour d'une ville1 dans une glise ou sur une place publique3 ,mon dessein n'est pas de grossir mon livre de pompeuses billeveses2 en quelque sorte en tte tte avec mon lecteur1 j'y parle sans prtention 7,perse72 il est destin tre rang dans un coin de bibliothque et servir amuser un voisin1 un parent1 un ami qui aura plaisir me retrouver et passer1 grce cette peinture1 encore un moment avec moi4 ,d'autres ont pris cur de parler d'eux1 parce qu'ils trouvaient que le sujet tait digne et fcond2 chez moi1 au contraire1 je l'estime si strile et si pauvre1 que je ne saurais tre souponn d'ostentation4 ,je juge volontiers les actions d'autrui1 les miennes s'y prtent peu en raison de leur nullit2 je ne trouve pas tant de bien en moi1 que je ne me permette de le dire sans rougir4--,quelle satisfaction j'prouverais d'entendre quelqu'un me dpeindre ainsi les habitudes1 les traits du visage1 l'attitude1 les propos usuels1 les incidents de la vie de mes anctres2 quelle attention j'y prterais6 ,ce serait vraiment le fait d'une mauvaise nature1 de ne pas faire cas de portraits authentiques de nos amis et de ceux qui nous ont prcds2 de ne pas nous intresser la forme de leurs vtements1 celle de leurs armes4 ,je conserve l'criture des miens1 leur cachet1 99 des livres de prires1 une pe d'un modle particulier 99 qu'ils ont porte1 et n'ai pas jet hors de mon cabinet de longues gaules1 lui servant de cravaches1 que mon pre avait ordinairement la main3 ,l'habit d'un pre1 son anneau1 sont d'autant plus chers ses enfants1 que ceux-ci lui taient plus affectionns 7,s4 ,augustin74 ,si cependant mes descendants viennent avoir d'autres ides1 je serai trs mme d'avoir ma revanche1 car ils ne sauraient faire moins de compte de moi1 qu' ce moment je ferai d'eux4 ,je n'ai en ceci commerce avec le public que parce que je lui emprunte son mode d'criture1 plus rapide et plus commode que l'criture courante2 en rcompense1 peut-tre qu'en le fournissant de papier pour envelopper son beurre1 j'empcherai que sur le march quelque morceau ne vienne fondre3 ,de la sorte les thons et les olives ne manqueront pas d'enveloppes 7,martial72 ,je fournirai souvent aux maquereaux des habits o ils seront l'aise 7,catulle74 ,personne ne le lirait il1 qu'il n'en aurait pas moins employ son temps d'une faon trs agrable s'tudier et se peindre4--,alors mme que personne ne me lirait1 aurai-je perdu mon temps1 pour avoir employ tant d'heures oisives de si utiles et agrables penses8 ,prenant un moulage de mon propre visage1 j'ai d bien souvent1 pour me produire1 me parer et composer mon maintien1 si bien que le modle a pris de la fixit et s'est en quelque sorte form de lui-mme4 ,me peignant pour autrui1 j'ai peint le dedans de moi-mme de couleurs plus nettes que celles qu'il prsentait primitivement4 ,je n'ai pas plus fait mon livre1 que mon livre ne m'a fait2 il ne fait qu'un avec son auteur2 c'est une tude de moi-mme1 il est partie intgrante de ma vie1 je ne suis pas autre qu'il me reprsente et il n'est pas diffrent de ce que je suis2 il ne vise pas comme tous les autres ouvrages un but autre que la personnalit de celui qui l'crit et auquel il demeure tranger4 ,ai-je perdu mon temps en me scrutant avec tant de soin et de continuit8 ,ceux qui1 par simple caprice et dans le cours d'une conversation1 font un retour de quelques moments peine sur eux-mmes1 ne s'examinent ni si avant1 ni si exactement que celui qui en fait son tude1 son uvre1 son mtier1 qui a pris vis--vis de lui-mme l'engagement de consigner avec sincrit et sans ambages au mieux de ce qu'il peut1 tout ce qu'il sent en lui2 les plaisirs les plus dlicieux1 ne les savourons-nous pas en nous-mme1 vitant d'en laisser trace et de les rvler aux yeux non seulement de la foule1 mais de tout autre8 ,combien de fois ce travail n'a-t-il pas t une diversion des penses ennuyeuses1 au nombre desquelles sont ranger toutes les penses frivoles4--,la nature nous a largement gratifi de la facult de nous isoler pour rflchir2 et elle nous y invite souvent1 pour nous apprendre que nous nous devons en partie la socit1 mais plus encore nous-mmes4 ,afin de contraindre notre imagination apporter de l'ordre jusque dans ses rveries1 de les faire porter sur des objets dtermins et de l'empcher de se perdre en se laissant aller extravaguer au gr des vents1 il n'est rien de tel que de donner corps1 en en prenant note1 ces ides passagres qui se prsentent l'esprit2 c'est ce qui fait que j'coute celles qui me passent par la tte1 m'tant impos de les consigner par crit4 ,combien de fois1 attrist de quelque action que la civilit ou la raison m'empchaient de critiquer ouvertement1 m'en suis-je dcharg dans ces ,essais1 avec l'arrire-pense que cela contribuerait l'instruction de tous8 ,d'ailleurs ces verges potiques3 ,pan sur l'il1 pan sur le groin1 pan sur le dos du sagouin 7,marot71 produisent encore plus d'effet sur le papier1 qu'appliques sur la chair vive4--,et puis1 je prte un peu plus attention aux livres1 depuis que j'y recherche ce que j'en puis grappiller pour agrmenter et donner du relief au mien4 ,je n'ai aucunement tudi en vue d'en faire un1 mais j'ai quelque peu travaill tandis que je le faisais1 si c'est travailler mme un peu que d'effleurer tantt un auteur1 tantt un autre en le prenant soit par le commencement1 soit par la fin1 non pour me former une opinion1 mais afin de m'en servir pour en tirer aide et renfort pour celle dj faite depuis longtemps en moi4 ,son sicle est si corrompu1 que l'on ne se fait plus scrupule de parler contre la vrit4--,mais qui croirons-nous1 en ces temps pervers1 quand il parle de lui-mme1 alors qu'il n'est personne1 ou peu prs1 en qui nous puissions croire quand on nous parle d'autrui1 cas o il y a moins intrt mentir8 ,la premire manifestation de la corruption des murs1 c'est le bannissement de la vrit2 tre vrai1 est1 ainsi que le disait ,pindare1 le commencement d'une grande vertu2 c'est la premire condition que ,platon impose au ,gouverneur de sa rpublique4 ,chez nous aujourd'hui1 la vrit n'est pas ce qui est1 mais ce qui arrive persuader autrui2 de mme que nous appelons monnaie1 non seulement celle de bon aloi1 mais encore celle qui est fausse1 pourvu qu'elle passe4 ,c'est l un vice que l'on reproche depuis longtemps notre nation2 ,salvianus ,massiliensis1 qui vivait du temps de l'empereur ,valentinien1 disait que pour les ,franais1 mentir et se parjurer ne sont pas des vices1 mais simplement une faon de parler4 ,celui qui voudrait enchrir sur ce tmoignage pourrait dire qu' prsent1 pour eux1 c'est une vertu2 on s'y forme1 on s'y faonne1 comme on ferait pour un exercice honorable1 parce que la dissimulation est devenue une des qualits les mieux portes en ce sicle4 ,et cependant rien n'offense plus que de s'entendre vous en faire reproche2 il est vrai que mentir est une lchet4--,j'ai souvent rflchi d'o pouvait provenir cette coutume que nous observons si religieusement1 de nous sentir plus gravement offenss quand on nous reproche ce vice qui nous est si ordinaire1 que si le reproche s'adressait tout autre de nos dfauts1 et que l'injure la plus grave que l'on puisse nous adresser verbalement soit de nous reprocher de pratiquer le mensonge4 ,j'en suis arriv penser1 cet gard1 que ce doit tre parce qu'il est naturel de nous dfendre davantage des dfauts auxquels nous sommes le plus enclins2 il semble qu'en nous montrant plus sensibles l'accusation et en nous en mouvant1 nous attnuons en quelque sorte notre culpabilit2 si nous commettons la faute1 du moins la condamnons-nous en apparence4 ,ne serait-ce pas aussi parce que ce reproche semble dnoncer en nous de la couardise et de la lchet de cur8 ,o sont-elles en effet plus caractrises que chez celui qui se ddit de sa parole1 qui se ddit de ce qu'il sait tre8 ,mentir est un vilain dfaut dont quelqu'un dans l'antiquit faisait bien ressortir la honte1 en disant que c'tait un acte de mpris envers ,dieu1 en mme temps qu'un tmoignage de la crainte qu'on a des hommes4 ,il n'est pas possible d'en rendre plus heureusement l'horreur1 combien il est vil et marque de drglement2 car que peut-on imaginer de plus laid que d'tre couard vis--vis des hommes et de faire le brave vis--vis de ,dieu8 ,nos rapports entre nous n'ont lieu que par la parole2 fausser cette parole1 c'est donc trahir la socit1 puisqu'elle est le seul moyen par lequel nous pouvons communiquer nos penses et nos volonts1 qu'elle est l'interprte de notre me4 ,si cet intermdiaire nous fait dfaut1 l'association s'effondre1 nous ne nous reconnaissons plus les uns les autres2 s'il nous trompe1 il rompt toutes nos relations1 tous les liens qui retiennent notre groupement sont dtruits4--,certains peuples des ,nouvelles ,indes1 dont il n'y a pas intrt donner les noms qui n'existent plus 7car dans cette conqute1 accomplie de faon si extraordinaire1 si inoue1 la dvastation a t telle que mme les noms1 servant jadis dsigner certaines localits1 ont compltement disparu71 offraient leurs dieux du sang humain1 exclusivement tir de la langue et des oreilles1 en expiation du pch de mensonge1 perptr aussi bien en coutant qu'en parlant4--,ce personnage grec si vertueux1 dj cit1 disait qu'on amuse les enfants avec des osselets et les hommes avec des paroles4 ,les ,grecs et les ,romains1 moins dlicats que nous sur ce point1 ne s'offensaient pas de recevoir des dmentis4--,je remets une autre fois parler des circonstances diverses o nous usons de dmentis1 et des lois qu' cet gard l'honneur nous impose et des alternatives par lesquelles elles ont pass2 d'ici l je saurai1 si cela m'est possible1 quelle poque s'est introduite l'habitude que nous avons de peser et de mesurer1 aussi exactement que nous le faisons aujourd'hui1 les paroles qui nous sont dites et d'y attacher notre honneur4 ,il est ais de constater en effet que cela n'existait anciennement ni chez les ,grecs1 ni chez les ,romains1 et il m'a souvent sembl nouveau et trange de voir1 chez ces peuples1 les gens se donner des dmentis et s'injurier sans que cela les ament se battre3 ce quoi le devoir les obligeait en pareille circonstance1 devait tre autre que maintenant4 ,on lance ,csar en pleine figure1 tantt l'pithte de voleur1 tantt celle d'ivrogne2 nous voyons les uns et les autres s'injurier sans la moindre retenue1 les plus grands chefs de deux armes en prsence s'invectiver et ne rpondre aux injures que par des injures1 sans que cela tire autrement consquence4 ,,chapitre ,,xix4 ,de la libert de conscience4 ,le zle religieux est souvent excessif et consquemment dangereux4--,il est frquent de voir les bonnes intentions1 lorsqu'elles sont menes sans modration1 aboutir aux pires rsultats4 ,dans ce conflit qui fait que la ,france est1 l'heure prsente1 en proie la guerre civile1 le parti le meilleur1 le plus sain1 est1 sans nul doute1 celui qui a en vue le maintien de la religion et du gouvernement tels qu'ils existaient avant ces troubles4 ,et cependant1 entre les gens de bien qui le suivent 7je ne parle pas de ceux qui n'y voient que l'occasion1 soit d'exercer leurs vengeances personnelles1 soit de satisfaire leur avarice1 ou encore de se concilier la faveur des princes2 mais uniquement de ceux qui ne sont mus que par leur zle pour la religion et le dsir si respectable de voir maintenir dans leur patrie la paix et l'tat de choses existant71 parmi ceux-ci1 dis-je1 il s'en voit que la passion entrane au del des bornes de la raison1 et leur fait prendre parfois des rsolutions injustes1 violentes et mme tmraires4 ,au zle outr des premiers chrtiens est due la perte d'un grand nombre d'ouvrages de l'antiquit4--,il est certain que dans les premiers temps1 lorsque notre religion commena tre admise par les lois1 le zle de ses proslytes en amena quelques-uns se porter contre les livres paens1 de quelque nature qu'ils fussent1 des excs qui amenrent des pertes irrparables que dplorent les gens de lettres1 et qui causrent la littrature plus de prjudice que tous les incendies allums par les ,barbares4 ,cornlius ,tacite en est un exemple probant2 car bien que l'empereur ,tacite1 son parent1 et1 par des ordonnances spciales1 rpandu son ouvrage dans toutes les bibliothques du monde1 pas un seul exemplaire n'a pu cependant chapper entier aux recherches acharnes qu'en firent ceux qui1 pour cinq ou six passages contraires nos croyances1 en ont poursuivi la destruction4 ,leur intrt les a aussi ports louer de trs mauvais empereurs favorables au christianisme et en calomnier de bons qui leur taient contraires4 ,du nombre de ces derniers est ,julien surnomm l',apostat2 sa continence et sa justice4--,a cette mme poque1 on fut aussi trs port exalter outre mesure les empereurs favorables au christianisme1 et condamner1 de parti pris1 tous les actes de ceux qui lui taient contraires1 ainsi que cela se peut aisment constater l'gard de l'empereur ,julien1 surnomm l',apostat4--,ce prince fut vritablement un trs grand homme comme on en voit peu1 ainsi qu'il arrive de ceux dont l'me est profondment imbue des principes de la philosophie1 d'aprs lesquels il s'tait fait une loi de rgler toutes ses actions2 et la vrit1 c'est qu'il n'y a pas de vertu dont il n'ait donn de remarquables exemples4 ,sous le rapport de la chastet1 qu'il n'a cess d'observer ainsi qu'en tmoigne d'une manire irrfutable tout le cours de sa vie1 on lit de lui un trait semblable ceux attribus ,alexandre et ,scipion3 plusieurs belles captives lui ayant t amenes1 il ne voulut pas seulement en voir une1 et il tait alors la fleur de l'ge1 puisque lorsqu'il fut tu par les ,parthes1 il n'avait que trente et un ans4 ,pour ce qui est de sa justice1 il prenait lui-mme la peine d'entendre les parties2 et bien que1 par curiosit1 il s'informt auprs de ceux qui se prsentaient lui1 de quelle religion ils taient1 jamais cependant l'inimiti qu'il portait la ntre ne fit pencher la balance leur prjudice4 ,lui-mme fit plusieurs bonnes lois1 et il rduisit dans de notables proportions les subsides et les impositions que levaient ses prdcesseurs4 ,nous avons deux historiens dignes de foi qui furent tmoins oculaires de ses actes4 ,l'un d'eux1 ,ammien ,marcellin1 critique svrement en divers passages de son ouvrage l'dit de ce prince1 par lequel il dfendait tous les rhtoriciens et grammairiens chrtiens de tenir cole et d'enseigner2 cet historien ajoute qu'il serait souhaiter que cette action pt tre ensevelie dans le silence4 ,il est probable que si ,julien avait commis quelque acte de plus grande gravit contre nous1 ,ammien ,marcellin1 qui tait trs affectionn notre parti1 n'et pas oubli de le relater4 ,a la vrit1 il fut dur1 mais non cruel2 les ntres racontent eux-mmes de lui le fait suivant4 ,se promenant un jour dans la banlieue de ,chalcdoine1 ,maris1 vque de cette ville1 osa l'appeler mchant1 tratre au ,christ2 ,julien se borna lui rpondre3 ,va-t'en1 malheureux1 pleure la perte de tes yeux4 ,a quoi1 l'vque rpliqua3 ,je rends grce ,jsus-,christ de m'avoir t la vue1 ce qui me permet de ne pas voir ton visage impudent4 ,l'empereur1 en cette circonstance1 ajoutent ceux qui rapportent le fait1 fit preuve d'une patience toute philosophique4 ,toujours est-il que cela ne cadre gure avec les cruauts qu'on l'accuse d'avoir commises contre nous4--,eutrope1 mon second tmoin1 dit qu'il tait ennemi du christianisme1 mais qu'il ne rpandit pas de sang4 ,sa sobrit1 son application au travail1 son habilet dans l'art militaire4--,pour en revenir sa justice1 il n'est rien qu'on puisse lui reprocher en dehors des rigueurs dont il usa1 au commencement de son rgne1 contre ceux qui avaient suivi le parti de ,constance1 son prdcesseur4--,quant sa sobrit1 sa nourriture tait constamment celle du soldat2 il vivait en pleine paix1 comme quelqu'un se prparant et voulant s'habituer aux austrits de la guerre4--,sa vigilance tait telle1 qu'il faisait de la nuit trois ou quatre parts3 il donnait la moins longue au sommeil et employait le reste se rendre compte par lui-mme de l'tat de son arme1 visiter ses postes ou tudier2 car parmi les autres qualits qui le distinguaient entre tous1 il excellait dans tous les genres de littrature4--,on dit d',alexandre le ,grand que1 lorsqu'il tait couch1 de peur que le sommeil ne l'emportt sur ses mditations ou ses tudes1 il faisait placer prs de son lit un bassin1 et dans l'une de ses mains qu'il laissait en dehors1 tenait une petite boule de cuivre1 de telle sorte que si le sommeil venait le gagner1 ses doigts se desserrant1 le bruit que faisait la boule en tombant dans le bassin le rveillait4 ,julien tait tellement ce qu'il voulait et avait la tte si dgage en raison de l'abstinence qu'il observait si haut degr1 qu'il n'avait pas besoin de recourir ce moyen4--,pour ce qui est de ses qualits militaires1 il fut admirable dans tout ce qui est du ressort d'un grand capitaine2 aussi fut-il1 pendant presque toute sa vie1 occup guerroyer1 particulirement avec nous1 en ,gaule1 contre les ,allemands et les ,francs de la ,franconie4 ,nous n'avons gure d'hommes1 dont la mmoire ait t conserve1 qui aient couru plus de dangers1 et pay plus souvent de leur personne4 ,sa mort a quelque similitude avec celle d'paminondas4--,sa mort a quelque similitude avec celle d'paminondas3 comme lui1 il fut frapp d'un javelot qu'il essaya d'arracher de sa blessure2 il l'et fait1 si les artes n'en avaient t tranchantes1 ce qui fit qu'il se coupa et ne put se servir de sa main4 ,en cet tat1 il ne cessa de demander qu'on le rament au combat1 pour pouvoir encourager ses soldats qui1 du reste1 bien que hors de sa prsence1 disputrent avec opinitret la victoire1 si bien que la nuit vint qui spara les deux armes4 ,il devait la philosophie le singulier mpris qu'il avait pour la vie et tout ce qui touche l'humanit2 il croyait fermement l'immortalit de l'me4 ,on l'a surnomm l',apostat3 c'est un surnom qu'il ne mrite pas1 n'ayant vraisemblablement jamais t chrtien par le cur4 ,il tait excessivement superstitieux4--,en matire de religion1 il tait absolument dvoy2 on l'a surnomm l',apostat1 pour avoir abandonn le christianisme4 ,je crois plus vraisemblable qu'il n'y avait jamais t attach1 mais que1 pour obir aux lois1 il a dissimul jusqu' ce qu'il ait eu l'empire en main4--,il tait d'une telle superstition que ceux mmes de son poque1 qui partageaient ses croyances1 s'en moquaient1 et1 disait-on1 s'il avait t victorieux des ,parthes1 il et multipli les sacrifices au point que c'en tait fait de la race des bufs en ce monde4 ,il avait aussi une confiance outre dans la science des devins et croyait aux pronostics de tous genres4 ,entre autres choses1 son lit de mort1 il dit savoir gr aux dieux1 et les en remercier1 de ce qu'ils ne l'avaient pas frapp par surprise1 l'ayant depuis longtemps dj averti du lieu et de l'heure de sa fin2 et de ce qu'ils ne lui avaient pas inflig une mort molle ou lche1 telle que celle qui semble devoir tre rserve aux gens oisifs et dlicats1 non plus qu'une mort languissante1 longue et douloureuse2 et de ce qu'ils l'avaient jug digne de mourir si honorablement1 au cours de ses victoires et dans tout l'clat de sa gloire4 ,a deux reprises diffrentes1 il avait eu une vision semblable celle de ,marcus ,brutus3 une premire fois en ,gaule1 qui l'avait averti d'un danger qui le menaait2 une seconde fois en ,perse1 un peu avant sa mort4--,quant ces paroles qu'on lui prte1 quand il se sentit frapp3 ,tu as vaincu1 ,nazaren6 ou selon d'autres3 ,sois satisfait1 ,nazaren6 les relations de mes deux historiens ne les eussent vraisemblablement pas omises1 non plus que certains autres miracles qui se seraient produits et qu'on y rattache1 s'ils y eussent ajout foi1 eux qui prsents l'arme1 ont not jusqu'aux moindres accidents et propos de cette fin4 ,il voulait rtablir le paganisme et dtruire les chrtiens en entretenant leurs divisions par une tolrance gnrale4--,pour achever ce que je veux en dire3 ,suivant ,ammien ,marcellin1 l'empereur ,julien mditait depuis longtemps1 en son cur1 de restaurer le paganisme2 mais son arme tait entirement compose de chrtiens1 et il n'osa dvoiler ses projets que lorsque enfin il se vit assez fort pour oser rendre publique sa volont2 il fit alors rouvrir les temples des dieux et essaya par tous les moyens de remettre sur pied l'idoltrie4 ,pour y parvenir1 trouvant ,constantinople le peuple dsuni1 du fait mme des divisions des prlats de l'glise chrtienne1 il manda ceux-ci prs de lui1 son palais1 et les invita instamment assoupir ces dissensions intestines1 de telle sorte que chacun pt1 sans obstacle et sans crainte1 pratiquer sa religion comme il l'entendrait4 ,il s'y employa avec grand soin1 dans l'esprance que cette libert augmenterait le nombre des factions et des cabales religieuses et par l empcherait le peuple de s'unir et de tourner contre lui la force que lui auraient donne la concorde et une entente unanime4 ,il avait prouv1 par les cruauts commises par quelques chrtiens qu'il n'y a pas de bte froce au monde qui soit tant redouter pour l'homme que l'homme lui-mme2 ce sont l peu prs ses propres expressions4 ,nos rois1 probablement par impuissance1 suivent ce mme systme l'gard des catholiques et des protestants4--,cette tactique de l'empereur ,julien est remarquer en ce que1 pour attiser les troubles occasionns par la discorde qui rgnait dans les esprits1 il mit en uvre ce mme moyen de libert de conscience dont usent nos rois pour les apaiser4 ,ce qui conduit dire que1 si1 d'une part1 donner toute libert d'opinions aux partis1 c'est dvelopper et semer la division1 prter la main pour ainsi dire l'accrotre en faisant tomber toute barrire1 toute restriction du fait des lois qui la contiennent et l'arrtent dans sa course2 d'un autre ct1 lcher la bride et permettre tous les partis de manifester leurs opinions1 c'est aussi les affaiblir par la facilit et la latitude qu'on leur donne1 c'est mousser l'aiguillon qui les pousse et qu'affinent la raret1 la nouveaut et la difficult4 ,pour l'honneur de nos rois1 je prfre croire que n'ayant pu ce qu'ils auraient voulu1 ils ont fait semblant de vouloir ce qu'ils pouvaient4 ,,chapitre ,,xx4 ,nous ne gotons rien qui ne soit sans mlange4 ,les hommes ne sauraient goter de bonheur sans mlange1 toujours quelque amertume se joint la volupt4--,la faiblesse de notre condition fait que les choses ne peuvent1 dans leur simplicit et puret naturelle1 tre employes telles2 tout ce dont nous avons la jouissance1 est altr3 tels les mtaux1 et jusqu' l'or qu'il faut mlanger avec d'autres de moindre valeur pour qu'il puisse servir aux usages que nous en faisons4 ,la vertu dgage de tout artifice1 qu',ariston et ,pyrrhon et avec eux les ,stociens indiquent comme le but de la vie1 ne peut davantage exister sans mlange1 pas plus que la volupt telle que la conoivent l'cole ,cyrnaque et celle d',aristippe4 ,des plaisirs et des biens dont nous jouissons1 il n'en est pas un auquel ne se mle quelque mal ou quelque inconvnient2 aucun n'en est exempt3 ,de la source des plaisirs1 s'lve comme une amertume qui tourmente1 mme sur un lit de fleurs 7,lucrce74--,l'extrme volupt qu'il nous est donn d'prouver a quelque air de gmissement et de plainte6 ,ne diriez-vous pas qu'elle se meurt d'angoisse8 ,mme quand nous nous la reprsentons dans ses sensations les plus dlectables1 nous l'accompagnons d'pithtes rappelant des impressions maladives et douloureuses3 la langueur1 la mollesse1 la faiblesse1 la dfaillance1 la morbidesse1 qui tmoignent bien de leur parent et de leur semblable composition4 ,une joie profonde revt plutt un caractre de svrit que de gat2 l'extrme et plein contentement est calme plutt qu'enjou3 ,la flicit qui ne se modre pas1 se dtruit elle-mme 7,snque72 la satisfaction nous puise4 ,c'est ce qu'exprime un ancien verset grec1 dont le sens est3 ,les dieux nous vendent tous les biens qu'ils nous donnent 7,epicharme72 c'est--dire qu'ils ne nous en donnent aucun de pur et de parfait et que nous n'achetons par quelque mal4 ,le travail et le plaisir1 qui sont de nature trs dissemblable1 sont lis pourtant par je ne sais quelle corrlation naturelle4 ,socrate dit qu'un dieu ayant essay de faire un tout1 o douleurs et volupts se confondent1 n'arrivant pas ses fins1 s'avisa de les accoupler au moins par leurs extrmits4 ,mtrodorus disait que dans la tristesse il y a quelque alliage de plaisir2 je ne sais si1 dans sa pense1 cela avait une signification autre1 mais je m'imagine bien que celui qui vit dans la mlancolie y apporte du parti pris1 s'y prte et s'y complat1 sans compter que l'ambition peut encore s'y mler4 ,dans nos accs mmes de rverie et de solitude1 il y a comme une nuance lgre de friandise1 de dlicatesse1 qui nous rit et nous flatte2 quelques tempraments s'en repaissent3 ,il y a de la volupt pleurer 7,ovide74--,un certain ,attale1 dans ,snque1 dit que le souvenir des amis que nous avons perdus1 nous cause une sorte de sensation agrable1 tout comme l'amertume d'un vin trop vieux3 ,jeune esclave1 toi qui verses le vin vieux de ,falerne1 verse-m'en de plus amer 7,catulle72 ou comme le got de pommes lgrement acides4--,dans la nature1 le mme contraste apparat2 les peintres admettent que les mouvements et les plis du visage1 mis en jeu quand on pleure1 sont les mmes que lorsqu'on rit2 et1 en effet1 regardez un tableau avant que le peintre ait achev d'indiquer s'il veut que son sujet pleure ou rie1 vous tes en doute lequel des deux il va reprsenter2 le rire confine aux larmes3 ,il n'y a pas de mal qui n'ait sa compensation 7,snque74 ,quand je me reprsente l'homme en pleine jouissance de tout ce qu'il peut dsirer d'agrable 7admettons qu'il ressente d'une manire continue un plaisir semblable celui que lui procure l'acte de gnration1 au moment o ce plaisir est son apoge71 je le vois cder sous le contentement qu'il prouve et qui l'oppresse2 il m'apparat incapable de supporter sans discontinuit cette volupt sans mlange qui s'est empare de tout son tre4 ,et1 en vrit1 quand il la ressent1 il la fuit2 il a1 de par la nature1 hte d'y chapper1 comme d'un mauvais pas o il ne se sent pas solide et craint de s'effondrer4 ,au moral il en est de mme3 point de bont sans quelque teinte de vice1 point de justice sans quelque mlange d'injustice4--,si je fais sincrement mon examen de conscience1 je trouve que tout lan de bont chez moi1 mme le meilleur1 est entach de sentiments qui le diminuent2 et je crois bien que ,platon1 malgr la rigidit de sa vertu 7et je fais loyalement et sincrement autant de cas que qui que ce soit de vertus portes un aussi haut degr71 s'il s'est examin de prs1 comme sans doute il le faisait1 ne se soit aperu que la nature humaine n'tait pas sans ragir lgrement en lui en sens contraire2 raction assurment bien attnue et qu'il tait seul pouvoir constater4 ,en tout et partout1 l'homme n'est qu'un assemblage de pices dpareilles4 ,les lois mmes de la justice ne sauraient subsister sans qu'il s'y mle de l'injustice2 et1 suivant l'expression de ,platon1 ceux-l entreprennent de couper la tte de l'hydre1 qui prtendent faire disparatre des lois tous les inconvnients et toutes les imperfections3 ,les punitions exemplaires ont toujours quelque chose d'inique1 qui atteint les particuliers1 mais dont bnficie la socit1 dit ,tacite4 ,dans la socit mme1 les esprits les plus parfaits ne sont pas les plus propres aux affaires4--,il est galement vrai que1 pour son application dans la vie prive et aussi aux services de la vie publique1 il peut y avoir excs dans la puret et la perspicacit de notre esprit2 trop de lucidit et de pntration de sa part conduisent trop de subtilit et de curiosit2 il faut diminuer son activit et l'mousser1 pour le plier suivre les exemples qui lui sont donns et devenir pratique2 l'alourdir et l'obscurcir1 pour le mettre au niveau des conditions de notre vie terrestre qui va ttons travers les tnbres4 ,c'est pour cela que les esprits ordinaires1 moins affins1 sont plus propres la conduite des affaires et s'en tirent plus heureusement2 les esprits plus levs1 plus exquis1 tels que ceux ports aux ides philosophiques1 sont impropres les grer4 ,cette vivacit d'esprit par trop acre1 cette volubilit qui s'applique tout et s'inquite de tout1 jette le trouble dans les ngociations dont nous avons nous occuper4 ,les affaires humaines demandent tre menes plus grossirement et plus superficiellement1 et bonne et large part doit en tre laisse la fortune4 ,il n'est pas besoin d'examiner les questions si fond1 ni si finement2 on se perd vouloir tenir compte de tant d'aspects diffrents et de tant de formes diverses qu'elles affectent3 ,voyant par eux-mmes des choses si opposes1 ils en taient stupfis 7,tite ,live74 ,c'est ce qui1 d'aprs des auteurs anciens1 advint ,simonide3 sur une question que lui avait pose le roi ,hiron et pour laquelle il avait eu pour rpondre plusieurs jours de rflexion1 il lui vint l'esprit tant de considrations diverses1 toutes si aigus et si subtiles que1 doutant laquelle tait la plus vraisemblable1 il vint dsesprer compltement de distinguer la vrit4 ,qui recherche et considre toutes les circonstances et consquences d'une affaire1 empche qu'elle n'aboutisse2 un esprit de moyenne capacit permet galement d'atteindre le but et suffit l'accomplissement des grandes comme des petites choses4 ,regardez les gens qui grent le mieux leurs biens3 ce sont ceux le moins mme de nous dire comment ils s'y prennent2 tandis que les autres qui parlent de la question avec le plus de suffisance1 ne font souvent rien qui vaille4 ,je connais un grand parleur1 qui expose parfaitement tout ce qui a trait l'conomie domestique et entre les mains duquel a coul bien piteusement un patrimoine de cent mille livres de rente4 ,j'en sais un autre qui prore1 donne des consultations mieux que n'importe quel expert en la matire2 personne au monde on ne prte plus d'esprit et de capacit1 mais1 sous le rapport des rsultats1 ses serviteurs trouvent que c'est tout diffrent1 et cela sans faire entrer la malchance en ligne de compte4 ,,chapitre ,,xxi4 ,contre la fainantise4 ,c'est un devoir pour un prince de mourir debout1 c'est--dire sans cesse occup des affaires de l'tat4--,l'empereur ,vespasien1 au cours de la maladie dont il mourut1 ne laissait pas de vouloir s'occuper des affaires de l'empire2 et1 dans son lit mme1 il ne cessait de traiter les questions importantes4 ,son mdecin lui en faisant reproche comme d'une chose nuisible son tat de sant3 ,il faut1 lui rpondit-il1 qu'un empereur meure debout4 ,voil1 mon avis1 un beau mot1 digne d'un grand prince4--,l'empereur ,adrien1 en semblable circonstance1 a1 depuis1 tenu ce mme propos que l'on devrait souvent rappeler la mmoire des rois1 pour leur faire comprendre que cette grande charge qu'ils ont1 de commander tant d'hommes1 n'est pas une situation o on puisse demeurer oisif2 et qu'il n'est rien qui1 avec juste raison1 soit de nature dgoter un sujet de se donner de la peine et de courir les hasards de la fortune pour le service de son prince1 comme de le voir1 pendant ce mme temps1 s'accoutumer la paresse1 s'adonnant des occupations molles et frivoles1 et avoir soin de sa conservation tout en se montrant si peu soucieux de la ntre4 ,il est naturel qu'un prince commande ses armes2 les succs qu'il remporte sont plus complets et sa gloire mieux justifie4--,a quelqu'un qui voudrait tablir qu'il est prfrable qu'un prince fasse commander ses armes la guerre au lieu de les commander lui-mme1 l'histoire fournit assez d'exemples de lieutenants qui ont men bien de grandes entreprises1 et de princes dont la prsence l'arme et t plus nuisible qu'utile2 mais1 de ceux-ci1 aucun ayant vertu et courage ne pourrait souffrir qu'on lui conseillt une si honteuse abstention4 ,sous couleur de conserver sa tte1 comme la statue d'un saint1 pour le bien de ses tats1 on le dgrade 99 prcisment de ce qui est son devoir qui consiste1 surtout et 99 trs juste titre1 dans la conduite des actions de guerre1 et on lui dlivre un brevet d'incapacit4 ,j'en sais un qui prfrerait tre battu1 plutt que de dormir pendant que l'on se bat pour lui2 il n'a mme jamais vu sans en tre jaloux ses propres gens accomplir quelque chose de grand en son absence4--,slim ,ier avait grandement raison1 ce me semble1 quand il disait que les victoires qui se gagnent sans que le matre soit l1 ne sont pas compltes4 ,il et dit encore plus volontiers que ce matre doit rougir de honte de n'y participer que de nom et de n'y cooprer que par ses instructions et par la pense2 et encore mme pas1 car en pareille occurrence les avis et commandements dont on peut s'honorer1 sont uniquement ceux qui se donnent sur le moment1 dans le cours mme de l'action4 ,il n'y a pas de pilote qui exerce son mtier en demeurant en terre ferme4--,les princes de race ottomane1 celle qui au monde doit le plus la fortune des combats1 taient chauds partisans de ce principe2 ,bajazet ,,ii et son fils s'en dpartirent1 s'amusant l'tude des sciences et autres occupations sdentaires1 aussi leur empire en a-t-il ressenti grandement le contre-coup2 leur successeur actuel ,amurat ,,iii1 qui suit leur exemple1 commence aussi en subir pas mal les consquences4--,n'est-ce pas ,edouard ,,iii1 roi d',angleterre1 qui dit de notre ,charles ,v3 ,il n'y a jamais eu roi qui se soit mis moins en campagne1 et il n'y en a jamais eu qui m'ait donn tant faire8 ,et il tait fond trouver trange qu'il en ft ainsi1 car c'tait un effet de la fortune1 plus que de la raison4--,qu'ils cherchent d'autres que moi pour adhrer leur opinion1 ceux qui veulent mettre au nombre des conqurants belliqueux et magnanimes1 ces rois de ,castille et de ,portugal qui1 douze cents lieues de leur capitale o ils demeurent oisifs1 sont1 par les troupes d'escorte de leurs facteurs1 devenus matres des ,indes orientales et occidentales1 alors qu'il n'est pas certain qu'ils auraient seulement le courage de s'y rendre en personne4 ,a l'activit1 les princes doivent joindre la sobrit4--,l'empereur ,julien disait plus encore3 ,un philosophe et un homme au cur gnreux ne devraient pas1 selon lui1 seulement respirer2 c'est--dire ne devraient donner aux ncessits physiques que ce quoi on ne peut se refuser1 l'me et le corps devant toujours demeurer exclusivement occups de choses grandes1 belles et vertueuses4 ,il avait honte d'tre vu crachant ou transpirant en public 7sentiment qu'prouvait galement1 dit-on1 la jeunesse de ,lacdmone1 et aussi1 d'aprs ,xnophon1 celle de ,perse71 estimant que l'exercice1 un travail continu et la sobrit devaient arriver desscher et dtruire ces scrtions4--,l'explication que donne ,snque de la cause qui faisait que la jeunesse chez les anciens ,romains se tenait toujours debout1 ne fera pas mal tre rapporte ici3 ,ils n'enseignaient rien leurs enfants1 dit-il1 que ceux-ci dussent apprendre en demeurant assis4 ,le dsir de mourir bravement et utilement est trs louable1 mais ce n'est pas toujours en notre pouvoir4--,c'est un gnreux dsir que de souhaiter une mort digne d'un homme de cur et qui ait son utilit2 mais cela ne dpend pas tant de notre rsolution1 si ferme soit-elle1 que de notre bonne fortune4 ,des milliers de gens se sont propos de vaincre ou de prir en combattant1 qui n'ont ralis ni l'un ni l'autre2 les blessures1 la captivit ont entrav leur dessein et leur ont impos de vivre2 il y a des maladies qui paralysent mme notre volont et nous enlvent jusqu' notre connaissance4 ,la ,fortune ne devait pas se montrer favorable la vanit qui dictait ces lgions romaines le serment par lequel elles s'obligeaient vaincre ou mourir3 ,je reviendrai vainqueur du combat1 ,marcus ,fabius2 si je manque mon engagement1 que svisse contre moi la colre de ,jupiter1 de ,mars et des autres dieux 7,tite ,live74--,les ,portugais racontent que1 lors de la conqute des ,indes1 ils eurent affaire1 en certains endroits1 des soldats qui1 consacrant leur rsolution par les plus horribles imprcations1 s'taient condamns n'entrer en aucune composition et se faire tuer ou tre victorieux2 comme marque de leur vu1 ils portaient la tte et la barbe rases4--,nous avons beau nous aventurer et nous obstiner1 il semble que les coups fuyent ceux qui s'y exposent bien franchement1 qu'ils se refusent d'ordinaire qui les recherchent1 d'o avortement de leur dessein4 ,il en est qui1 ne pouvant arriver recevoir la mort de la main de l'adversaire1 aprs avoir tout fait pour cela1 ont t contraints se la donner eux-mmes dans la chaleur du combat1 pour satisfaire leur rsolution d'en revenir avec l'honneur ou d'y laisser la vie4 ,il en existe de nombreux exemples1 en voici un3 ,philistus1 chef de l'arme de mer de ,denys le jeune1 en guerre avec les ,syracusains1 leur prsenta la bataille qui1 les forces tant gales1 fut vivement dispute4 ,il dbuta heureusement1 grce sa valeur2 mais les ,syracusains ayant entour sa galre et l'ayant cerne1 et lui1 n'ayant pu se dgager malgr de beaux faits d'armes o il paya vaillamment de sa personne1 dsesprant d'chapper1 de sa propre main il s'ta la vie dont il avait si libralement et en vain fait abandon l'ennemi4 ,bel exemple de vertus guerrires donn par ,mouley-,moluch1 roi de ,fez1 dans un combat o il expire vainqueur des ,portugais4--,mouley-,moluch1 roi de ,fez1 qui vient de remporter sur le roi de ,portugal1 ,sbastien1 cette journe fameuse par la mort de trois rois et qui a eu pour consquence de faire passer la couronne de ce royaume sur la tte des rois de ,castille1 tait gravement malade1 lorsque les ,portugais pntrrent main arme dans ses tats2 et1 partir de ce moment1 sa maladie ne fit qu'empirer1 l'acheminant vers la mort qu'il sentit venir2 jamais homme cependant ne montra plus d'nergie et de bravoure que lui en cette circonstance4 ,se trouvant trop faible pour supporter les fatigues de son entre solennelle dans son camp qui1 selon les usages de ce peuple1 se fait en grande crmonie et entrane beaucoup de reprsentation1 il dlgua son frre pour recevoir cet honneur4 ,mais ce fut la seule de ses attributions de capitaine qu'il rsigna2 toutes les autres1 ncessaires et utiles1 si pnibles qu'elles fussent pour lui1 il les remplit avec la plus grande exactitude2 il demeurait couch1 mais son esprit et son courage restrent debout et fermes jusqu' son dernier soupir et mme au del4 ,il pouvait puiser son ennemi qui s'tait imprudemment avanc dans les terres1 et il lui en cota beaucoup de ce que1 faute d'un peu de vie et de ce qu'il n'avait personne qui remettre la conduite de cette guerre et le gouvernement en ces temps difficiles1 il se trouvait contraint de chercher une victoire1 toujours incertaine1 qui ferait couler des flots de sang1 tandis qu'il avait sous la main les moyens d'obtenir1 sans grandes pertes1 un succs assur4 ,toutefois il profita merveilleusement de ce que sa maladie se prolongeait1 pour user son adversaire1 l'attirer loin de sa flotte et des places fortes qu'il possdait sur les ctes d',afrique1 et cela1 jusqu'au dernier jour de sa vie que1 de propos dlibr1 il rservait et employa cette grande journe4 ,il forma sa ligne de bataille en cercle1 investissant de toutes parts l'arme des ,portugais2 et1 ce cercle venant se rtrcir et se fermer1 obligs de faire face de tous cts1 non seulement ils se trouvrent gns pendant le combat 7qui fut trs acharn1 en raison de la valeur du jeune roi qui attaquait71 mais encore ils furent mis dans l'impossibilit de fuir aprs leur droute4 ,aussi trouvant toutes les issues occupes et fermes1 contraints de se replier sur eux-mmes1 entasss non seulement par le carnage1 mais aussi par la fuite 7,tite ,live71 et de s'amonceler les uns sur les autres1 ils procurrent aux vainqueurs une victoire complte1 des plus meurtrire pour les vaincus4 ,mourant1 ,mouley-,moluch se fit porter et mener et l1 partout o besoin en tait2 circulant au travers des rangs1 il encourageait ses capitaines et ses soldats1 les uns aprs les autres4 ,ses troupes cdant sur un point de sa ligne1 on ne put l'empcher de monter cheval et de mettre l'pe la main1 s'efforant de se jeter dans la mle1 tandis que ses gens l'arrtaient1 qui par la bride1 qui par sa robe ou ses triers4 ,cet effort acheva d'puiser le peu de vie qui lui restait2 on le recoucha et il ne sortit plus de son vanouissement qu'un instant1 en sursaut1 pour1 sans recouvrer aucune autre facult1 dire de taire sa mort1 ce qui tait bien l'ordre le plus important qu'il put donner ce moment1 afin que la nouvelle ne vnt pas dsesprer les siens2 et il expira1 tenant un doigt sur sa bouche close1 signe ordinaire de faire silence4 ,qui a jamais vcu si longtemps et si avant dans la mort8 qui jamais plus que lui1 est mort debout8 ,tranquillit d'me de ,caton1 rsolu la mort et sur le point de se la donner4--,l'attitude la plus courageuse conserver vis--vis de la mort1 et la plus naturelle1 c'est de la voir venir1 non seulement sans tonnement1 mais aussi sans 99 proccupation2 de continuer vivre1 jusqu' ce qu'elle s'empare de nous1 sans rien changer son genre de vie1 comme fit ,caton1 qui s'amusait tudier et dormir1 quand dj il avait rsolu sa fin violente et sanglante1 qu'elle tait prsente 99 sa pense et dans son cur1 et qu'il la tenait en sa main4 ,,chapitre ,,xxii4 ,des postes4 ,montaigne1 petit et trapu1 courait volontiers la poste dans sa jeunesse4--,je n'tais pas des moins rsistants courir la poste1 exercice auquel conviennent les gens de ma taille1 petite et trapue2 mais j'y ai renonc1 il fatigue trop pour tre pratiqu longtemps4 ,l'usage de disposer demeure des chevaux de relais1 de distance en distance1 a t tabli par ,cyrus2 les ,romains l'ont employ4--,je lisais tout l'heure que le roi ,cyrus1 afin de recevoir plus promptement les nouvelles des diverses parties de son empire1 qui tait fort tendu1 fit exprimenter ce qu'un cheval peut1 en un jour1 parcourir d'une seule traite1 et qu'il fit tablir1 cette distance les uns des autres1 des hommes qui avaient charge de tenir des chevaux prts1 pour en fournir ceux qui lui taient dpchs2 on dit que la vitesse ainsi obtenue1 atteint celle des grues4 ,csar rapporte que ,l4 ,vibulus ,rufus1 press de porter un avis ,pompe1 se rendit vers lui en marchant jour et nuit1 et changeant de chevaux1 chemin faisant1 pour aller plus vite4--,csar lui-mme1 dit ,sutone1 faisait cent milles par jour sur un char de louage1 mais c'tait un fameux courrier2 car 99 l o les rivires interceptaient la route1 il les franchissait la nage et ne se dtournait pas 99 de sa direction pour aller chercher un pont ou un gu4--,tibrius ,nron 7,tibre7 allant voir son frre ,drusus1 qui se trouvait malade en ,allemagne1 fit deux cents milles en vingt-quatre heures2 il voyageait avec trois chars4--,pendant la guerre de ,rome contre le roi ,antiochus1 ,t4 ,sempronius ,gracchus1 crit ,tite ,live1 alla en trois jours d',amphise ,pella1 sur des chevaux de relais1 marchant avec une rapidit presque incroyable2 en se rendant compte des lieux1 il semble qu'en la circonstance1 il a d faire usage de relais permanents et non de relais rcemment tablis en vue de cette course4 ,emploi d'hirondelles1 de pigeons1 pour faire parvenir rapidement les nouvelles4--,pour communiquer avec les siens1 ,cecina imagina un moyen bien plus prompt3 il emportait avec lui des hirondelles1 et1 quand il voulait donner de ses nouvelles1 il les relchait aprs les avoir teintes d'une couleur convenue avec ses correspondants1 suivant ce qu'il voulait leur faire savoir1 et elles regagnaient leurs nids4 ,a ,rome1 les chefs de famille qui allaient au thtre1 emportaient dans leur sein des pigeons auxquels ils attachaient des lettres et qu'ils lchaient quand ils voulaient mander quelque chose ceux des leurs demeurs au logis2 ces pigeons taient dresss leur rapporter la rponse4--,d4 ,brutus1 assig dans ,modne1 usa de ce procd1 et d'autres pareillement en d'autres circonstances4 ,au ,prou1 c'tait avec des porteurs que se courait la poste4--,au ,prou1 on courait la poste avec des hommes qui vous portaient sur leurs paules1 l'aide de brancards2 ils y mettaient une telle agilit que1 tout en courant1 les porteurs qui devaient cder la place d'autres1 le faisaient sans ralentir leur course d'un seul pas4 ,mesure prise en ,turquie pour assurer le service des courriers4--,j'ai ou dire que les ,valaques1 qui sont employs comme courriers pour le service du ,grand ,seigneur1 vont avec une rapidit extrme1 d'autant qu'ils sont autoriss dmonter le premier passant qui se rencontre sur leur route1 en lui laissant1 en change du sien1 leur cheval puis de fatigue4--,pour se prserver de la lassitude1 ils se ceignent fortement les reins avec une large bande d'toffe1 comme assez d'autres le pratiquent2 j'en ai us1 mais n'en ai prouv aucun soulagement4 ,,chapitre ,,xxiii4 ,des mauvais moyens employs bonne fin4 ,les tats politiques sont sujets aux mmes vicissitudes et accidents que le corps humain2 lorsque la population s'accrot outre mesure1 on recourt aux migrations1 la guerre1 etc4--,il existe1 dans ce qui est la rgle universelle des uvres de la nature1 une merveilleuse corrlation et une similitude qui montrent bien qu'elle n'est pas l'effet du hasard et que sa direction n'est pas le fait de plusieurs4 ,les maladies1 les conditions diverses de notre corps1 se retrouvent dans les tats et les gouvernements2 tout comme les individus1 les royaumes1 les rpubliques naissent1 fleurissent et dclinent1 quand la vieillesse les atteint4 ,nous sommes sujets des surabondances d'humeurs inutiles et nuisibles2 les mdecins les redoutent1 mme quand ces humeurs sont de celles qui nous sont bonnes1 disant cela que rien n'tant stable en nous1 une sant trop florissante1 qui nous communique trop de vivacit et de vigueur1 est contenir et affaiblir avec art1 de peur que la nature n'ayant plus son fonctionnement normal lorsqu'elle est arrive un degr o il ne lui est plus possible de continuer s'amliorer1 il n'en rsulte un mouvement en arrire trop subit qui occasionne des dsordres2 c'est pour cela qu'ils prescrivent aux athltes les purgations et les saignes1 afin de leur enlever cet excs de sant2 quant aux humeurs qui nous sont prjudiciables1 leur surabondance est la cause ordinaire de nos maladies4 ,de semblables superfluits se voient souvent dans les tats malades1 et1 en pareil cas1 on leur administre pareillement des purgations de diverses sortes2 par exemple1 on expulse des familles en grand nombre pour en dcharger le pays1 et elles vont ailleurs chercher o s'implanter aux dpens d'autrui4 ,c'est ainsi que nos anciens ,francs1 partis du fond de l',allemagne1 vinrent s'emparer de la ,gaule1 en en chassant ses anciens habitants2 c'est cela aussi que fut d ce flot immense qui s'coula en ,italie1 sous la conduite de ,brennus et autres2 que les ,goths et les ,vandales1 ainsi que les peuples qui possdent actuellement la ,grce1 abandonnrent leur pays natal1 pour aller s'tablir plus au large ailleurs2 peine1 dans le monde1 existe-t-il deux ou trois coins qui n'aient pas ressenti les effets de ces migrations4--,c'est de la sorte que les ,romains craient leurs colonies4 ,lorsqu'ils sentaient la population de leur ville crotre outre mesure1 ils l'allgeaient de ce qui1 en elle1 leur tait le moins ncessaire et l'envoyaient habiter et cultiver les terres qu'ils avaient conquises4 ,parfois aussi1 ils ont intentionnellement entretenu la guerre avec certains de leurs ennemis1 non seulement pour tenir le peuple en haleine1 de peur que l'oisivet1 mre de la corruption1 ne leur apportt pire3 ,nous subissons les maux insparables d'une trop longue paix2 plus terrible que les armes1 le luxe nous a dompts 7,juvnal72 mais encore pour servir de saigne leur rpublique1 calmer les aspirations trop fougueuses de leur jeunesse1 tailler et laguer les branches de cet arbre 99 se dveloppant avec trop de vigueur2 c'est ce quoi leur servirent jadis leurs guerres contre les ,carthaginois4 ,quand il conclut le trait de ,brtigny1 douard ,,iii d',angleterre ne voulut pas comprendre1 dans la paix gnrale qu'il fit avec notre roi1 le diffrend relatif au duch de ,bretagne1 afin d'avoir o se dbarrasser de cette foule d',anglais qu'il avait employs au rglement de ses affaires sur le continent et empcher qu'ils ne se rejetassent sur l',angleterre4--,ce fut aussi une des raisons qui dcidrent notre roi ,philippe envoyer son fils ,jean guerroyer outre mer2 il emmenait de la sorte 99 hors du royaume toute cette jeunesse aux passions ardentes1 enrle sous sa bannire4 ,quelques personnes1 en ces temps-ci1 raisonnent de la mme faon2 elles souhaiteraient que ce sentiment chaleureux qui est en nous1 trouvt un drivatif dans une guerre faite quelqu'un de nos voisins1 de peur que ces humeurs vicies qui1 pour le moment1 nous tracassent1 ne continuent1 si on ne les fait s'couler ailleurs1 l'tat de fivre qui nous tient et ne finissent par causer la ruine complte de notre pays4 ,il faut convenir qu'une guerre trangre est un mal moindre qu'une guerre civile2 mais je ne crois pas que ,dieu soit favorable une entreprise aussi inique que serait de chercher querelle autrui et de l'offenser1 pour notre propre commodit3 ,o puissante ,nmsis1 fais que je ne dsire rien tel point que j'entreprenne de l'avoir au dtriment de son lgitime possesseur 7,catulle74 ,la faiblesse de notre condition nous rduit recourir1 dans un bon but1 de mauvais moyens2 les combats de gladiateurs avaient t invents pour inspirer au peuple romain le mpris de la mort4--,et cependant la faiblesse de notre condition nous pousse souvent employer des moyens condamnables pour arriver bien4 ,lycurgue1 le plus vertueux et le plus parfait lgislateur qui fut jamais1 imagina1 pour inspirer la temprance son peuple1 ce moyen si contraire la justice1 de contraindre les ,ilotes1 leurs esclaves1 s'enivrer1 afin que les voyant1 sous l'action du vin1 perdre et l'esprit et tous sentiments1 les ,spartiates prissent en horreur de s'adonner ce vice4--,ceux qui autorisaient que les criminels condamns mort fussent1 quel que ft le genre de mort que portait la condamnation1 dissqus tout vifs par les mdecins1 pour permettre ceux-ci de saisir mme l'tre vivant1 le fonctionnement de nos organes intrieurs1 et1 par l1 arriver plus de certitude dans la pratique de leur art1 taient encore plus dans leur tort2 car s'il est indispensable de transgresser les lois de l'humanit1 il est plus excusable de le faire dans l'intrt de la sant de l'me que de celle du corps1 ainsi que le faisaient les ,romains1 quand1 pour inspirer au peuple la vaillance et le mpris des dangers et de la mort1 ils lui donnaient en spectacle ces furieux combats de gladiateurs et d'escrimeurs outrance1 qui se combattaient1 s'charpaient et s'entretuaient en sa prsence3 ,autrement quel serait le but de ces combats impies de gladiateurs1 de ces massacres de jeunes gens1 de cette volupt se repaissant du sang 7,prudence78 usage qui dura jusqu' l'empereur ,thodose3 ,saisissez1 prince1 une gloire rserve votre rgne1 la seule dont il vous reste grossir l'hritage paternel4 ,que le sang humain ne soit plus vers dans nos cirques1 pour le plaisir du peuple6 ,que l'arne se contente du sang des btes et que nos regards ne soient plus souills par la vue de jeux homicides 7,prudence74--,ce devait tre vraiment un merveilleux exemple1 d'une puissante action sur l'ducation du peuple1 que d'avoir1 chaque jour1 sous les yeux1 cent1 deux cents et jusqu' mille couples d'hommes arms les uns contre les autres1 se taillant en pices avec un courage si rsolu1 qu'on ne les vit jamais laisser chapper un mot tmoignant de la faiblesse ou implorant de la piti1 tourner le dos1 ou faire seulement un mouvement pouvant les faire souponner de lchet pour esquiver le coup port par l'adversaire2 ils tendaient la gorge son pe et s'offraient ses coups4 ,il est arriv plusieurs d'entre eux1 blesss mort1 percs de coups1 de faire demander au peuple1 avant de s'tendre sur place pour expirer1 s'il tait satisfait de la manire dont ils avaient accompli leur devoir4 ,il ne fallait pas seulement qu'ils combattissent et que le combat se termint fatalement par leur mort1 il fallait encore qu'ils le fissent avec courage2 si bien qu'on les huait et les accablait de maldictions1 si on les voyait rpugner recevoir le coup fatal2 les jeunes filles elles-mmes les y incitaient3 ,la vierge modeste se lve chaque coup2 toutes les fois que le vainqueur gorge son adversaire1 elle est charme et ravie1 et si le vaincu demande grce1 elle renverse le pouce et ordonne qu'il meure 7,prudence74 ,les premiers ,romains employaient des criminels ces jeux sanglants qui taient un moyen d'ducation2 aprs1 on y a employ des esclaves auxquels on n'avait rien reprocher1 et mme des hommes libres qui se vendaient dans ce but2 on y vit mme des snateurs1 des chevaliers romains1 et jusqu' des femmes3 ,maintenant ils vendent leur sang et1 pour un prix convenu1 vont mourir dans l'arne2 en pleine paix1 chacun d'eux s'est d'abord fait un ennemi1 pour venir ensuite le combattre devant le peuple 7,manilius72 ,ml aux frmissements de ces nouveaux jeux1 un sexe inhabile au dur maniement du fer1 descend effrontment dans l'arne aux applaudissements de la foule et combat l'instar des gladiateurs 7,stace72 ce qui me paratrait bien trange et incroyable1 si nous n'tions accoutums voir1 tous les jours1 dans nos guerres1 tant de myriades d'trangers engageant1 pour de l'argent1 leur sang et leur vie au service de querelles dans lesquelles ils n'ont aucun intrt4 ,,chapitre ,,xxiv4 ,de la grandeur romaine4 ,montaigne ne trouve rien de comparable cette grandeur des ,romains2 n'tant encore que simple citoyen1 ,csar donne1 vend et propose des trnes4--,je ne veux dire qu'un mot de ce sujet inpuisable1 pour montrer la simplicit de ceux qui mettent sur le mme pied la grandeur romaine et les chtives grandeurs de notre poque4 ,dans le livre sept des ptres familires de ,cicron 7cette pithte de familires1 les grammairiens peuvent la supprimer1 si cela leur convient1 car vraiment elle ne se justifie gure2 tandis que ceux qui y ont substitu celle de ses familiers1 peuvent1 pour ce faire1 s'appuyer sur ce que ,sutone1 dans sa vie de ,csar1 dit qu'il existe de lui un volume de lettres crites sous cette dnomination72 dans ces ptres donc1 s'en trouve une qu'il adresse ,csar alors que celui-ci tait en ,gaule1 o il reproduit ce passage qui terminait une lettre que lui-mme avait reue de lui3 ,quant ,marcus ,furius1 que tu m'as recommand1 je le ferai roi de ,gaule2 et si tu veux que je donne une situation quelque autre de tes amis1 envoie-le-moi4 ,ce n'tait pas une nouveaut qu'un simple citoyen1 comme tait alors ,csar1 dispost de royaumes2 dj1 il avait enlev le sien au roi ,djotarus et en avait fait don un nomm ,mithridate1 gentilhomme de la ville de ,pergame4 ,ceux qui ont crit sa vie1 font mention de plusieurs 99 autres royaumes vendus par lui2 et ,sutone dit que d'une seule fois il tira trois millions six cent mille cus du roi ,ptolme1 qui fut bien prs de lui vendre le sien3 ,a tel prix la ,gallicie1 tant le ,pont1 tant la ,lydie 7,claudien76 ,une lettre du ,snat romain suffit pour faire abandonner ses conqutes un roi puissant4--,marc-,antoine disait que la grandeur du peuple romain ne se manifestait pas tant par ce qu'il prenait que par ce qu'il donnait2 de fait1 un sicle avant ,antoine1 il avait t un royaume entre autres1 par un acte merveilleux d'autorit tel1 que je ne sais rien1 dans toute son histoire1 qui donne une plus haute ide de sa puissance4 ,antiochus tait matre de l'gypte entire et en train de conqurir ,chypre et tout ce qui avait appartenu cet empire4 ,il marchait de succs en succs1 quand ,c4 ,popilius se prsenta lui de la part du ,snat et commena1 en l'abordant1 par refuser de lui toucher la main1 avant qu'au pralable il eut pris connaissance des lettres qu'il lui apportait4 ,le roi les ayant lues1 lui dit qu'il en dlibrerait2 mais ,popilius1 se mettant tracer avec sa baguette un cercle autour de lui1 lui dit3 ,avant de sortir de ce cercle1 fais-moi une rponse que je puisse rapporter au ,snat4 ,antiochus1 tonn de la rudesse d'un ordre aussi pressant1 rflchit un instant1 puis rpondit3 ,je ferai ce que le ,snat me commande2 ,popilius le salua alors comme ami du peuple romain4 ,le roi1 victorieux comme il l'tait1 sur l'impression produite en lui par trois lignes d'criture1 avait renonc la conqute d'un aussi grand tat que l'gypte2 aussi fut-il bien dans le vrai quand1 quelque temps aprs1 il faisait dire au ,snat par ses ambassadeurs1 qu'il avait accueilli son injonction avec le mme respect que si elle lui tait venue des dieux immortels4 ,les ,romains rendaient leurs royaumes aux rois qu'ils avaient vaincus1 pour faire de ceux-ci des instruments de servitude4--,tous les royaumes qu',auguste acquit par droit de conqute1 il les rendit ceux qui les avaient perdus1 ou en fit don des trangers4 ,a ce sujet1 ,tacite1 parlant du roi d',angleterre ,cogidunus1 nous fait saisir d'une faon merveilleuse cette puissance infinie des ,romains4 ,ils avaient1 dit-il1 l'habitude1 prise de longue date1 de laisser en possession de leurs royaumes1 sous leur protectorat1 les souverains qu'ils avaient vaincus1 de manire avoir jusqu'aux rois eux-mmes comme instruments de servitude 7,tacite74--,il est vraisemblable que ,soliman1 qui nous avons vu faire gnreusement abandon du royaume de ,hongrie et d'autres tats1 tait m plus par cette mme raison que par celle qu'il donnait d'ordinaire3 qu'il tait las du fardeau de tant de 99 royaumes et de cette puissance1 qu'il devait sa valeur et celle de ses anctres4 ,,chapitre ,,xxv4 ,se garder de contrefaire le malade4 ,exemples de personnes devenues soit goutteuses1 soit borgnes1 pour avoir feint de l'tre pendant quelque temps4--,il y a dans ,martial1 o on en trouve de toutes sortes1 des bonnes et des mauvaises1 une pigramme des meilleures4 ,il y raconte plaisamment l'histoire de ,clius qui1 pour viter de faire la cour certains hauts personnages de ,rome1 d'assister leur lever1 de faire antichambre chez eux ou de leur faire suite1 fit semblant d'avoir la goutte4 ,pour rendre plus vraisemblable l'infirmit qu'il invoquait pour excuse1 il se faisait frictionner les jambes1 les tenait enveloppes et contrefaisait compltement l'attitude et la dmarche d'un goutteux4 ,la fortune finit par lui donner cette satisfaction de le devenir rellement3 ,voyez pourtant ce que c'est que de si bien faire le malade6 ,clius n'a plus besoin de feindre qu'il a la goutte 7,martial74 ,j'ai vu quelque part1 dans ,appien1 je crois1 l'histoire semblable d'un individu qui1 pour chapper aux proscriptions des triumvirs de ,rome et n'tre pas reconnu de ceux qui le poursuivaient1 se tenait cach et dguis2 quoi il imagina d'ajouter de contrefaire d'tre borgne4 ,quand il vint recouvrer un peu plus de libert et qu'il voulut enlever l'empltre qu'il avait longtemps port sur l'il1 il constata que1 sous ce masque1 il avait effectivement perdu la vue4 ,il se peut que cet organe se soit atrophi pour tre demeur longtemps sans fonctionner1 et que sa puissance de vision soit tout entire passe dans l'autre il4 ,nous sentons bien nettement1 en effet1 que si nous tenons un il ferm1 le travail qu'il devrait faire retombe sur l'autre1 qui semble en quelque sorte se grossir et s'enfler4 ,il se peut qu'galement chez le podagre de ,martial1 le dfaut d'exercice et l'action des bandages et des mdicaments aient fini par dvelopper quelques dispositions la goutte4 ,rflexion de ,montaigne sur un vu form par quelques gentilshommes anglais4--,lisant dans ,froissart qu'une troupe de jeunes gentilshommes anglais avaient fait vu de porter un bandeau sur l'il gauche jusqu' ce qu'ils soient passs en ,france et y aient accompli quelque haut fait d'armes contre nous1 je me suis souvent pris penser combien il m'et t agrable qu'il leur ft arriv mme msaventure qu' ceux dont je viens de parler1 et qu'ils se soient trouvs devenus rellement borgnes1 quand ils revirent leurs matresses1 pour lesquelles1 dans le dsir de leur complaire1 ils avaient conu cette entreprise4 ,il faut empcher les enfants de contrefaire les dfauts physiques qu'ils aperoivent chez les autres4--,les mres ont raison de tancer leurs enfants1 lorsqu'ils contrefont d'tre borgnes1 boiteux1 de loucher ou d'avoir tels autres dfauts de conformation4 ,outre que leur corps1 tendre comme il l'est cet ge1 peut en recevoir un mauvais pli1 la fortune1 je ne sais comment1 semble parfois1 en cela1 s'amuser nous prendre au mot2 et j'ai entendu citer plusieurs cas de gens devenus malades1 alors qu'ils s'appliquaient feindre de l'tre4 ,de tous temps j'ai eu l'habitude1 que je fusse pied ou cheval1 de porter la main une baguette ou un bton3 j'en faisais une question d'lgance et je m'appuyais dessus1 me donnant des airs de petit-matre2 des personnes m'ont prdit que1 ce faisant1 une mauvaise chance pourrait bien1 un jour1 changer cette affectation de ma part en ncessit4 ,ce qui me rassure1 c'est que si cela m'arrivait1 je serais le premier de ma race qui aurait eu la goutte4 ,exemple d'un homme devenu aveugle en dormant4--,allongeons ce chapitre et diversifions-le en changeant de sujet et disons un mot de la ccit4 ,pline rapporte que quelqu'un1 en dormant1 rva qu'il tait aveugle et se trouva l'tre le lendemain1 sans qu'aucune maladie et prcd4 ,la puissance de l'imagination1 ainsi que je l'ai dit ailleurs1 peut bien aider ce que cela se produise et ,pline semble tre de cet avis2 mais il me parat plus vraisemblable que c'tait le travail qui s'oprait l'intrieur du corps et a amen la ccit 7il appartient aux mdecins d'en dcouvrir la cause1 si cela leur convient71 qui1 en mme temps1 occasionna le songe4 ,une folle habitant la maison de ,snque1 frappe de ccit1 croyait que c'tait la maison qui tait devenue obscure2 rflexion de ce philosophe sur ce que les hommes ressemblent cette folle1 attribuant leurs vices d'autres causes qu' eux-mmes4--,ajoutons ce propos1 comme s'y rattachant1 l'histoire suivante conte par ,snque dans une de ses lettres3 ,tu sais1 dit-il1 en crivant ,lucilius1 qu',harpast1 la folle de ma femme1 est1 par hritage1 demeure ma charge2 j'eusse prfr qu'il en ft autrement1 les monstres n'tant pas de mon got1 d'autant que lorsqu'il me prend envie de rire d'un fou1 je n'ai gure aller loin1 je ris de moi-mme4 ,cette folle a subitement perdu la vue4 ,ce que je te conte l est extraordinaire1 c'est cependant vrai3 elle ne sent pas qu'elle est devenue aveugle1 et elle tourmente constamment la femme charge de son service1 pour qu'elle l'emmne1 parce que1 dit-elle1 ma maison est obscure4 ,ce qui nous prte rire chez elle1 est prcisment1 tu peux m'en croire1 ce qui advient chez chacun de nous3 nul ne s'aperoit qu'il est avare1 nul qu'il est envieux2 encore les aveugles demandent-ils un guide2 nous1 c'est de nous-mmes que nous nous enfonons dans nos erreurs4 ,je ne suis pas ambitieux1 disons-nous1 mais1 ,rome1 on ne saurait vivre autrement2 je ne suis pas port au luxe1 mais le sjour la ville rclame une grande dpense2 ce n'est pas ma faute si je suis colre1 si je n'ai pas encore un train de vie bien rgl1 c'est ma jeunesse qui en est cause4 ,ne cherchons pas notre mal en dehors de nous1 il est en nous2 il est enracin dans nos entrailles2 mais1 par cela mme que nous ne nous sentons pas malades1 notre gurison est plus difficile4 ,si nous ne nous y prenons de bonne heure pour nous soigner1 quand aurons-nous fini de panser tant de plaies1 de parer tant de maux8 ,et cependant nous avons notre porte ce mdicament si doux1 qu'est la philosophie2 des autres1 on n'en ressent l'effet bienfaisant qu'aprs la gurison2 celui-ci est agrable et gurit tout la fois4 ,voil ce que dit ,snque1 cela m'a entran hors de mon sujet1 mais nous gagnons au change4 ,,chapitre ,,xxvi4 ,du pouce4 ,usage1 chez certains rois barbares1 de cimenter leurs alliances en entrelaant leurs pouces1 les faisant saigner1 et suant le sang l'un de l'autre4--,tacite raconte que chez certains rois barbares1 les engagements les plus sacrs se contractaient en joignant trs troitement les mains droites l'une contre l'autre1 les pouces entrelacs2 puis quand1 force de presser1 le sang en avait gagn les extrmits1 ils les piquaient avec une pointe acre1 et se les suaient rciproquement4 tymologie du mot pouce4--,les mdecins disent que les pouces sont les doigts essentiels de la main1 et que le mot d'o drive leur tymologie latine signifie tre fort1 puissant4 ,en grec1 le sens du mot qui les dsigne est comme qui dirait une autre main4 ,il semble que parfois les ,latins s'en sont aussi servis dans le sens de main entire3 ,pour se dresser1 elle n'a besoin ni d'tre excite de la voix1 ni caresse du pouce 7,martial74 ,coutume des ,romains d'abaisser ou d'lever le pouce pour applaudir ou pour ordonner la mort des gladiateurs4--,a ,rome1 la main ferme et renverse1 le pouce dtach et en dessous1 tmoignait la satisfaction3 ,tes partisans applaudiront ton jeu1 en baissant les deux pouces 7,horace74--,la main ferme1 le pouce dtach et en dessus1 tait une marque de dfaveur3 ,quand la foule tourne le pouce en haut1 il faut1 pour lui plaire1 que les gladiateurs s'gorgent 7,juvnal74 ,la mutilation du pouce1 chez les anciens1 dispensait du service militaire4--,les ,romains exemptaient de la guerre ceux qui taient blesss au pouce1 comme n'ayant plus assez de force pour se servir de leurs armes4--,auguste confisqua les biens d'un chevalier romain qui avait tranch le pouce deux de ses enfants en bas ge1 dans le but criminel de leur crer un motif les dispensant de se rendre aux armes4--,avant lui1 le ,snat1 lors des guerres sociales1 avait condamn ,caius ,vatienus la prison perptuelle et la confiscation de tous ses biens1 pour s'tre volontairement coup le pouce de la main gauche afin de s'pargner d'y prendre part4 ,quelqu'un dont je ne me souviens pas1 ayant remport une victoire navale1 fit trancher les pouces tous ses prisonniers1 pour leur ter tout moyen de combattre et de manier la rame4--,les ,athniens agirent de mme l'gard des habitants d'gine1 pour leur ter la supriorit dans l'emploi de leur marine4 ,a ,lacdmone1 les matres d'cole punissaient les enfants en leur mordant les pouces4 ,,chapitre ,,xxvii4 ,la poltronnerie est mre de la cruaut4 ,vrit de l'adage qui fait l'objet de ce chapitre2 le vrai brave pargne son ennemi vaincu1 le lche l'injurie et le frappe quand mme il est rduit l'impuissance4--,j'ai souvent entendu dire que la poltronnerie est la mre de la cruaut1 et 99 j'ai constat par exprience combien un courage faux et perverti1 entach de mauvais sentiments et d'inhumanit1 est d'ordinaire accompagn d'une faiblesse d'me toute fminine2 j'ai vu des gens des plus cruels avoir la larme facile et pour des motifs de nulle importance4--,alexandre1 tyran de ,phres1 ne pouvait assister1 au thtre1 la reprsentation de tragdies1 de peur que ses sujets ne le vissent s'attendrir sur les malheurs d',hcube ou d',andromaque1 lui qui1 sans piti1 faisait chaque jour torturer tant de personnes1 avec des raffinements de cruaut4 ,ne serait-ce pas par faiblesse d'me que les gens de cette espce vont ainsi d'un extrme l'autre8 ,la vaillance a pour effet de ne s'exercer que contre qui rsiste1 elle ne se plat immoler un taureau que s'il se dfend 7,claudien71 elle suspend ses coups ds qu'elle voit l'ennemi sa merci2 mais la pusillanimit1 pour montrer qu'elle est aussi de la fte1 n'ayant pu se mler ce premier acte1 entre en scne au second1 celui du massacre et du sang4 ,les tueries qui suivent les victoires1 sont ordinairement le fait des masses inconscientes et de ceux qui ont la garde des bagages2 et ce qui fait que l'on voit tant de cruauts inoues se commettre dans les guerres auxquelles le peuple est ml1 c'est que la canaille qui en compose les bas-fonds s'accoutume au meurtre et devient cruelle par l'habitude de se vautrer dans le sang jusqu'aux coudes1 de mettre en lambeaux les corps tendus ses pieds1 n'ayant pas ide d'une autre sorte de vaillance3 ,le loup1 les ours1 les animaux les moins nobles1 s'acharnent sur les mourants 7,ovide71 comme les chiens couards qui1 la maison1 dchirent belles dents les peaux des btes sauvages qu'ils n'ont pas os attaquer en pleine campagne4 ,pourquoi1 notre poque1 nos querelles entranent-elles toujours la mort8 c'est que tandis que nos pres avaient des degrs dans leur vengeance1 nous1 cette heure1 nous commenons par le dernier2 ds le dbut1 on ne parle que de tuer2 qu'est-ce cela1 sinon de la poltronnerie8 ,tuer son ennemi quand il est abattu1 c'est se priver du plaisir de la vengeance2 en outre1 le repos lui est acquis1 tandis que le survivant est oblig de fuir1 de se cacher4--,chacun sent bien qu'il y a plus de bravoure et de ddain battre son ennemi qu' l'achever2 le contraindre cder1 qu' le faire mourir2 bien plus1 notre soif de vengeance en est mieux assouvie1 elle reoit une plus complte satisfaction1 car elle ne vise qu' causer du ressentiment notre ennemi2 c'est mme pour cela que nous n'attaquons pas une bte ou une pierre qui nous blessent1 incapables qu'elles sont de comprendre que ce serait une revanche que nous exercerions2 tandis que tuer un homme1 c'est le mettre l'abri de nos offenses4 ,c'est ce qui faisait que ,bias criait un mchant dont il avait eu souffrir3 ,je sais que tt ou tard1 tu en seras puni2 mais je crains de ne pas le voir2 et qu'il plaignait les habitants d',orchomne1 de ce que la punition de ,lyciscus pour sa trahison envers eux venait alors qu'il n'existait plus personne de ceux qui avaient eu en ptir et auxquels cette punition devait causer du plaisir4 ,la vengeance est plaindre1 quand elle perd le moyen de faire souffrir celui contre lequel elle s'exerce1 car elle veut1 et que celui qui se venge y trouve de la jouissance1 et que celui duquel il se venge la ressente pour en prouver du dplaisir et du repentir4 ,il s'en repentira1 disons-nous2 lui loger une balle de pistolet dans la tte1 est-ce faire qu'il se repente8 ,au contraire1 si nous y regardons attentivement1 nous trouvons qu'il nous nargue en tombant2 il ne nous en sait mme pas mauvais gr1 ce qui est bien loin d'tre du repentir2 nous lui rendons le meilleur service qui se peut en cette vie1 savoir une mort prompte et qui ne se sente pas2 nous demeurons chercher des dtours1 nous agiter1 fuir les gens de justice qui nous poursuivent1 tandis que lui est en repos4 ,le tuer1 c'est bon pour empcher qu'il ne nous offense nouveau dans l'avenir1 mais non pour venger une injure reue2 il y a en cela plus de crainte que de bravoure1 plus de prcaution que de courage1 de proccupation de se dfendre que d'ide de punir4 ,il est vident que c'est renoncer au but rel de la vengeance1 et que nous portons atteinte notre rputation2 nous tmoignons craindre que1 s'il demeure en vie1 il ne renouvelle ce dont une premire fois nous avons t sa victime2 ce n'est pas contre lui1 c'est dans notre intrt1 que nous nous en dfaisons4 ,au royaume de ,narsingue1 cette manire de faire ne nous serait d'aucune utilit4 ,dans ce pays1 hommes de guerre et artisans dmlent leurs querelles coups d'pe4 ,le roi ne refuse personne qui veut se battre1 d'aller sur le terrain2 il y assiste mme1 quand ce sont des gens de qualit1 et fait don d'une chane d'or au vainqueur2 mais quiconque a envie de conqurir cette chane1 peut se mesurer avec celui qui la porte1 de sorte que celui-ci1 pour tre sorti son avantage d'un combat1 s'en met plusieurs sur les bras4 ,si nous pensions tre toujours1 par notre courage1 les matres de notre ennemi1 et pouvoir le malmener notre fantaisie1 nous serions bien au regret qu'il nous chappe1 comme il le fait en mourant4 ,nous voulons vaincre1 99 mais avec certitude de succs plutt que d'une manire honorable2 nous cherchons dans une querelle le rsultat plutt que la gloire4 ,une chose inexcusable1 c'est d'attendre la mort d'un ennemi pour publier des invectives contre lui4--,asinius ,pollion commit une erreur pareille1 peu excusable chez un homme honorable2 il avait crit une diatribe contre ,plancus et il attendit la mort de celui-ci pour la publier2 au lieu de courir les chances du ressentiment qu'il provoquait1 c'tait en quelque sorte narguer un aveugle d'un geste indcent1 un sourd par des paroles offensantes ou encore violenter quelqu'un sans connaissance4 ,aussi disait-on de lui qu'il n'appartenait qu' des dmons d'entrer en lutte avec les morts4 ,celui qui attend qu'un auteur soit trpass pour critiquer ses uvres1 que dmontre-t-il1 sinon qu'il est faible et se complat nuire4 ,on disait ,aristote que quelqu'un avait mdit de lui3 ,qu'il fasse plus encore1 rpondit-il1 qu'il me fouette1 pourvu que je ne sois pas l4 ,les duels drivent d'un sentiment de lchet1 et l'usage de tenants d'un sentiment analogue4--,nos pres se contentaient de venger une injure par un dmenti1 un dmenti par des coups1 et ainsi par gradation2 ils taient assez valeureux pour ne pas craindre plein de vie1 un adversaire qu'ils avaient outrag2 nous1 nous tremblons de frayeur1 aussi longtemps que nous le voyons sur pied4 ,notre manire de faire aujourd'hui a pour consquence1 qu'elle nous induit poursuivre la mort de celui que nous avons offens1 aussi bien que celle de qui nous a offenss4--,c'est galement par une sorte de lchet qu'a t introduit l'usage de nous faire accompagner1 dans nos combats singuliers de deux1 de trois et mme de quatre tenants2 jadis ces rencontres taient des duels1 cette heure ce sont de vraies batailles4 ,les premiers qui imaginrent cette mode1 taient des gens qui redoutaient d'tre abandonns eux-mmes3 ,chacun tait en dfiance de soi2 et1 en effet1 il est dans la nature qu'en face du danger1 se trouver en compagnie rconforte et encourage4 ,jadis on avait recours des personnes tierces1 uniquement pour faire qu'il ne se produisit ni dsordre1 ni acte de dloyaut dans le combat et pouvoir en tmoigner2 mais1 depuis qu'est venue cette habitude que les tmoins 99 y prennent galement part1 quiconque y est convi1 ne peut honorablement se borner demeurer spectateur1 de peur qu'on attribue son abstention un manque d'affection ou de cur4 ,outre ce qu'il y a d'inique et de dshonnte dans le fait d'appeler votre aide1 pour la protection de votre honneur1 la valeur et la force d'un autre1 je trouve prjudiciable un homme de bien1 qui a pleinement confiance en lui-mme1 d'aller associer sa fortune celle d'un second3 chacun court assez de risques pour lui-mme1 sans en courir encore pour autrui2 a assez faire fond sur son propre courage pour dfendre sa vie1 sans s'en remettre des mains tierces pour la dfense d'une chose si chre4 ,car1 si le contraire n'a t expressment convenu1 c'est partie lie entre les quatre combattants2 si votre second est jet bas1 vous avez les deux autres sur les bras1 et cela il n'y a rien redire2 prtendre que c'est un abus1 c'est vident1 tout comme de combattre1 quand on est soi-mme bien arm1 un adversaire qui n'a plus qu'un tronon d'pe1 ou1 quand vous tes valide1 un homme dj grivement bless2 mais puisque vous devez ces avantages aux chances du combat engag1 vous pouvez en user sans scrupule4 ,ce n'est que lorsque va commencer l'action1 que la dissemblance et l'ingalit des conditions dans lesquelles chacun se trouve1 sont peser et considrer2 pour ce qui survient ensuite1 prenez-vous-en la fortune2 si vous tes trois contre trois1 que vos deux compagnons soient tus et que vos trois adversaires se runissent contre vous1 vous n'avez pas plus raison de protester que lorsque la guerre1 je profite pareillement1 pour donner un coup d'pe un ennemi1 de ce qu'il est aux prises avec quelqu'un des ntres4 ,quand deux troupes sont opposes l'une l'autre1 comme lorsque le duc d',orlans porta dfi au roi d',angleterre ,henri1 lui offrant de se mesurer cent contre cent2 ou comme firent les ,argiens contre les ,lacdmoniens qui combattirent trois cents contre un mme nombre2 ou comme les ,horaces contre les ,curiaces1 en venant aux mains trois contre trois1 la rgle est que l'ensemble de chaque groupe n'est considr que comme un homme seul1 et1 partout o on agit de compagnie1 les chances sont confuses et le hasard y a une large part4 ,devoirs des tenants en pareille circonstance4--,j'ai un intrt de famille dans la question3 mon frre1 le sieur de ,matecoulom1 a t convi1 ,rome1 servir de second un gentilhomme qu'il ne connaissait gure et qui avait t provoqu par un autre4 ,dans ce combat1 il se trouva par hasard avoir tenir tte quelqu'un dont il tait un peu voisin et qu'il connaissait davantage2 combien je voudrais voir faire justice de telles lois d'honneur qui vont si souvent l'encontre de la raison et la heurtent6 ,aprs avoir mis son adversaire hors de combat1 voyant les deux principaux intresss en la querelle encore sur pied et sains et saufs1 mon frre vint prter aide celui qui l'avait attach sa cause4 ,pouvait-il faire autrement1 devait-il se tenir coi et regarder la dfaite1 si le sort l'et voulu ainsi1 de celui pour la dfense duquel il tait venu8 ce qu'il avait fait lui-mme jusqu'alors n'et1 dans ce cas1 servi rien1 et la querelle serait demeure indcise4 ,la courtoisie dont vous pouvez et devez user assurment l'gard d'un ennemi que vous avez malmen et mis dans un grand tat d'infriorit1 je ne vois pas qu'elle soit admissible quand il y va de l'intrt d'autrui1 lorsque vous n'tes qu'un auxiliaire et que la querelle n'est pas vtre2 mon frre n'et t ni juste1 ni courtois1 ne pouvant l'tre qu'aux dpens de celui qu'il assistait4 ,aussi fut-il relch des prisons d',italie1 grce une prompte et trs chaude intervention de notre roi4--,quelle indiscrte nation que la ntre6 ,nous ne nous contentons pas d'une rputation qui rpand de par le monde la connaissance de nos dfauts et de nos folies1 nous allons encore l'tranger pour les lui placer sous les yeux4 ,mettez trois ,franais dans les dserts de la ,libye1 ils ne s'y trouveront pas ensemble depuis un mois1 qu'ils se harcleront et s'gratigneront2 vous diriez que ces voyages en pays lointains font partie d'un plan prconu en vue de donner le plaisir de nos tragdies aux trangers1 gens qui1 le plus souvent1 se rjouissent de ce qui nous arrive de mal et s'en moquent4 ,nous allons apprendre l'escrime en ,italie1 et en faisons application1 au pril de notre vie1 avant de la savoir2 encore faudrait-il1 suivant l'ordre des choses1 connatre la thorie avant de passer la pratique1 sans quoi nous montrons que nous ne sommes que des apprentis3 ,malheureux coups d'essai de la jeunesse1 funeste apprentissage d'une guerre prochaine 7,virgile76 ,l'art de l'escrime est fltrir1 parce qu'il ne procure la victoire qu' force de feintes et de ruses4--,je sais bien que c'est un art utile au but en vue duquel il existe3 ,tite-,live rapporte qu'en ,espagne dans un duel entre deux princes cousins germains1 le plus vieux1 par son adresse aux armes et ses feintes1 eut facilement raison de la vigueur inconsidre du plus jeune4 ,c'est un art dont la connaissance1 j'ai eu occasion de le constater1 donne du cur certains au del de ce qu'ils en ont2 on ne saurait dire qu'en eux ce sentiment est du courage1 puisqu'il s'appuie sur l'adresse et repose par suite sur autre chose que sur soi-mme4 ,l'honneur au combat consiste ne faire1 avec un soin jaloux1 appel qu' sa valeur et non l'habilet2 c'est ce qui faisait qu'un de mes amis1 qui passait pour tre de premire force l'escrime1 choisissait1 lorsqu'il avait quelque querelle vider par les armes1 celles dont l'emploi lui tait cet avantage et o tout ne dpendait plus que du hasard et de la fermet1 afin qu'on n'attribut pas sa victoire sa force en escrime plutt qu' sa valeur4 ,dans mon enfance1 la noblesse vitait comme injurieuse d'avoir de la rputation en cet art2 elle ne s'y exerait qu' la drobe1 comme un mtier de loyaut douteuse s'alliant mal au vrai courage tel que nous le tenons de la nature3 ,ils ne veulent ni esquiver1 ni parer1 ni fuir2 l'adresse n'a pas part leur combat2 leurs coups ne sont point feints1 tantt directs1 tantt obliques2 la colre1 la fureur1 leur tent tout usage de l'art4 coutez le choc horrible de ces pes qui se heurtent en plein fer2 ils ne rompraient pas d'une semelle2 leurs pieds restent immobiles et leurs mains sont toujours en mouvement2 d'estoc ou de taille1 tous leurs coups portent 7,le ,tasse74 ,le tir l'arc et l'arbalte1 les tournois1 les sauts de barrire1 tous les jeux images de la guerre1 tels taient les exercices que pratiquaient nos pres2 celui de l'escrime est d'autant moins noble1 qu'il ne vise qu'un but personnel2 il nous apprend nous mettre mal les uns les autres1 en contrevenant aux lois et la justice2 aussi1 sous tous rapports1 ses effets sont-ils prjudiciables2 au lieu de se livrer cet exercice1 qui n'a en vue que des actes qui tombent sous le coup de la loi1 il serait beaucoup plus digne et convenable de s'adonner ceux qui ont pour objet d'assurer son excution et sont la sauvegarde de notre indpendance et de notre gloire tous4--99 ,le consul ,publius ,rutilius fut le premier qui instruisit le soldat manier ses armes avec adresse et par principes2 qui accoupla l'art et le courage1 non en vue de querelles particulires1 mais en prvision des guerres que pouvait entreprendre ou avoir soutenir le peuple romain2 ce fut une escrime pour tous1 laquelle furent astreints tous les citoyens4 ,outre l'exemple de ,csar qui1 la bataille de ,pharsale1 commanda aux siens de tirer principalement au visage des gens d'armes de ,pompe1 nombre d'autres chefs militaires ont introduit1 suivant les besoins du moment1 des changements dans la forme des armes et dans leur mode d'emploi pour l'attaque et pour la dfense4 ,d'ailleurs1 la guerre1 il est inutile et parfois dangereux4--,philopmen proscrivit la lutte1 o il excellait1 parce que l'entranement par lequel on s'y prparait tait en dsaccord avec ce qui convenait pour former l'observation des principes de la discipline militaire1 ce quoi1 selon lui1 un homme d'honneur1 dans ses jeux1 devait uniquement employer son temps4 ,il me semble de mme1 que cette adresse qu'on cherche communiquer au corps1 ces feintes1 ces attaques1 ces parades1 ces ripostes auxquelles1 en cette nouvelle cole1 99 on exerce la jeunesse1 loin d'tre utiles1 sont plutt contraires et prjudiciables ce qui est d'application la guerre4 ,on y emploie mme des armes particulires1 spcialement destines cet usage2 et j'ai vu qu'un gentilhomme convi un combat l'pe et au poignard1 tait mal venu de s'y prsenter en habit de guerre1 tout aussi bien qu'un autre qui proposerait d'y venir avec manteau d'armes et sans poignard4--,il est remarquer que ,lachez1 dans ,platon1 parlant d'un enseignement de l'escrime tel que nous la pratiquons1 dit n'avoir jamais vu cette cole produire un seul grand homme de guerre1 et ses chefs en particulier n'avoir jamais brill sous ce rapport2 notre propre exprience nous montre que1 de nos jours1 ces escrimeurs ne font pas mieux4 ,du reste1 nous sommes fonds dire qu'il n'y a aucune relation entre les habilets qui se peuvent acqurir en des genres si diffrents2 dans l'ducation que ,platon veut pour les enfants de son tat imaginaire1 il interdit les exercices de pugilat introduits par ,amycus et ,epicius et ceux d',antus et ,cercyo pour la lutte1 comme tendant autre chose qu' dvelopper parmi les jeunes gens l'aptitude au combat1 et1 de fait1 ils n'y contribuent en rien4 ,mais je m'aperois que me voil bien ct de mon sujet4 ,les gens sanguinaires et cruels sont gnralement lches et un premier acte de cruaut en amne ncessairement d'autres4--,l'empereur ,maurice1 prvenu par des songes et par plusieurs pronostics qu'un certain ,phocas1 soldat alors inconnu1 devait l'assassiner1 s'enquit auprs de ,philippe1 son gendre1 de ce qu'tait ce ,phocas1 de sa nature1 de sa situation et de ses murs4 ,philippe lui ayant dit1 entre autres choses1 que c'tait un homme pusillanime et lche1 l'empereur en conclut immdiatement qu'il devait tre enclin au meurtre et la cruaut4--,ce qui rend les tyrans si sanguinaires1 c'est le soin de leur sret2 la lchet qu'ils ont au cur ne leur fournit pas d'autre moyen pour assurer cette scurit que d'exterminer1 par peur d'une simple gratignure1 ceux1 jusqu'aux femmes1 qui peuvent les offenser3 ,il frappe tout1 parce qu'il craint tout 7,claudien74 ,les premires cruauts s'exercent pour elles-mmes2 puis1 la crainte qu'elles n'engendrent une revanche justifie en amne une nouvelle srie2 et elles vont se succdant ainsi1 pour touffer les vengeances au fur et mesure qu'elles les font natre4--,philippe1 roi de ,macdoine1 qui eut de si nombreux dmls avec le peuple romain1 inquiet des meurtres commis par ses ordres1 ne pouvant triompher de la crainte que lui inspiraient tant de familles qu' des poques diverses il avait offenses1 prit le parti de s'emparer de tous les enfants de ceux qu'il avait fait tuer pour1 un jour l'un1 un jour l'autre1 les perdre les uns aprs les autres et1 par l1 assurer son repos4 ,les sujets intressants font 99 toujours bien en quelque endroit qu'on les mette4 ,moi qui me proccupe plus de la valeur et de l'utilit de mes propos que de les avoir en ordre et qu'ils se fassent suite1 je ne regarde pas placer ici la narration d'un beau fait1 alors mme qu'il semble n'tre pas sa place2 il me suffit que des anecdotes aient de l'intrt et soient de nature se faire accepter d'elles-mmes1 pour que je me contente de la moindre corrlation avec la question que je traite et les y introduise4 ,parmi les victimes de ,philippe1 s'tait trouv un ,hrodicus1 prince des ,thessaliens2 postrieurement1 il avait fait aussi prir ses deux gendres qui avaient laiss chacun une veuve1 ,thoxna et ,archo1 avec chacune un tout jeune enfant4 ,thoxna1 quoique fort recherche1 ne se dcida pas se remarier4 ,archo pousa ,poris1 le premier d'entre les niens1 dont elle eut nombre d'enfants1 qui tous taient en bas ge1 quand elle-mme vint mourir4 ,thoxna1 pousse par les sentiments tout maternels qu'elle portait ses neveux1 pousa ,poris1 afin d'tre mme de les diriger et de les protger4 ,alors parut l'dit du roi qui rclamait que les enfants de ceux qu'il avait condamns1 lui fussent remis4 ,thoxna1 en mre courageuse1 se dfiant de la cruaut de ,philippe et des violences de ses satellites l'gard de ces jeunes et beaux enfants1 osa dclarer qu'elle les tuerait de ses propres mains1 plutt que de les lui remettre4 ,poris1 effray de cette protestation1 lui promit de les enlever et de les transporter ,athnes1 pour les confier la garde de quelques htes qu'il y avait et de la fidlit desquels il tait certain4 ,prenant occasion de la fte annuelle qui se clbrait nie1 en l'honneur d'ne1 ils s'y rendent2 dans la journe1 ils assistent aux crmonies1 prennent part au banquet public1 et1 la nuit1 se glissent sur un vaisseau tenu prt cet effet1 pour fuir par mer4 ,le vent leur fut contraire2 et1 se trouvant le lendemain en vue de la terre d'o ils taient partis1 les gardes du port leur donnrent la chasse4 ,sur le point d'tre rejoints1 tandis que ,poris s'efforce de stimuler les matelots pour hter leur fuite1 ,thoxna1 surexcite par son amour et son dsir de vengeance1 revenant son premier projet1 prpare des armes et du poison1 et les leur prsentant3 ,allons1 mes enfants1 leur dit-elle1 la mort est maintenant le seul moyen de dfendre votre libert2 les dieux1 dans leur sainte justice1 nous jugeront2 ces pes nues1 ces coupes 99 pleines la mettent notre disposition2 ayez du courage6 ,toi1 mon fils1 qui es le plus grand1 prends ce fer pour mourir de la mort la plus noble4 ,presss d'un ct par cette intrpide conseillre1 de l'autre par leurs ennemis prs de s'emparer d'eux1 ils se prcipitent tte baisse sur ce qui est le plus leur porte et1 moiti morts1 sont jets la mer4 ,thoxna1 fire d'avoir si glorieusement pourvu la sret de tous ses enfants1 embrasse chaleureusement son mari et lui dit3 ,suivons ces garons1 mon ami1 et jouissons1 nous aussi1 de la mme spulture qu'eux2 et1 se tenant troitement embrasss1 ils se prcipitent dans les flots et le vaisseau est ramen au port1 vide de ses matres4 ,les tyrans s'ingnient prolonger les tourments de leurs victimes2 souvent leurs intentions cet gard sont dues4--,les tyrans se sont ingnis trouver le moyen de prolonger la dure de la mort qu'ils infligeaient1 dans le double but de faire prir les gens et de leur faire ressentir les effets de leur colre2 ils veulent que leurs ennemis ne passent pas tellement vite de vie trpas1 qu'ils n'aient1 eux1 le plaisir de savourer leur vengeance4 ,ils ont bien du mal y arriver1 parce que lorsque les tourments sont violents1 ils sont courts2 s'ils sont de longue dure1 ils ne sont pas assez douloureux leur gr1 et ils se mettent doser les tortures en consquence4 ,nous en voyons mille exemples dans l'antiquit et je ne sais si1 sans y penser1 nous n'avons pas conserv quelque chose de cette barbarie4 ,dans les excutions ordonnes par la justice1 tout ce qui outrepasse la mort simple est pure cruaut4--,tout ce qui outrepasse la mort simple me semble pure cruaut4 ,notre justice ne saurait esprer que celui que la crainte de la mort par dcapitation ou pendaison n'empche pas de faillir1 en sera empch par l'ide d'tre brl petit feu1 tenaill ou rou4 ,de plus1 je ne sais trop si nous ne plongeons pas dans le dsespoir ceux auxquels nous infligeons de tels supplices4 ,en quel tat1 en effet1 peut se trouver l'me d'un homme attendant la mort pendant vingt-quatre heures1 tendu sur une roue1 les membres rompus ou1 comme on faisait jadis1 clou une croix8 ,josphe raconte que pendant les guerres des ,romains en ,jude1 passant en un endroit o on avait crucifi plusieurs ,juifs1 en croix depuis trois jours dj1 ayant reconnu parmi eux trois de ses amis1 il obtint leur grce2 deux moururent1 dit-il1 le troisime en rchappa4 ,dtail de quelques supplices atroces4--,chalcondyle1 qui a laiss des mmoires dignes de foi sur ce qui s'est pass de son temps et prs de lui1 rapporte que l'empereur ,mahomet appliquait souvent cet horrible supplice de faire couper des hommes en deux1 d'un seul coup de cimeterre1 par le milieu du corps1 au-dessus des hanches1 ce qui faisait qu'ils mouraient1 pour ainsi dire1 de deux morts la fois2 on voyait1 dit-il1 chacun des deux tronons pleins de vie se dmener encore longtemps1 sous l'action de la douleur4 ,je ne crois cependant pas que ce supplice dt occasionner de bien grandes souffrances2 ce ne sont pas toujours les plus hideux voir qui font le plus souffrir et je trouve bien plus atroce ce que1 d'aprs d'autres historiens1 ont endur certains seigneurs pirotes1 que ce mme ,mahomet fit corcher vifs1 ordonnant1 par un raffinement de cruaut1 que l'opration ft conduite de telle sorte que leur supplice se prolonget quinze jours durant4 ,que dire de ces deux autres3 ,crsus ayant fait prendre un gentilhomme1 favori de ,pantalon son frre1 le fit conduire dans une boutique de foulon1 o il le fit gratter et carder jusqu' ce qu'il en mourt1 avec les cardes et peignes employs dans ce mtier4--,georges ,sechel1 chef de ces paysans de ,pologne qui1 sous prtexte de croisade1 firent tant de mal1 avait t dfait dans un combat1 et fait prisonnier par le ,vayvode de ,transylvanie4 ,pendant trois jours1 il demeura nu1 attach sur un chevalet1 expos tous les tourments qu'il plut chacun d'exercer contre lui2 durant ce temps1 plusieurs autres prisonniers taient soumis un jene rigoureux4 ,alors1 lui vivant encore et ayant sa pleine connaissance1 on fit boire son sang son frre ,lucas qu'il chrissait et pour le salut duquel il ne cessait uniquement de supplier1 cherchant attirer sur lui seul la haine inspire par leurs mfaits2 puis on fit se repatre de sa chair vingt de ses capitaines prfrs qui le dchirrent belles dents et le dvorrent morceau par morceau2 enfin quand il eut rendu le dernier soupir1 on fit bouillir ses entrailles et tout ce qui restait de son corps1 et on le fit manger d'autres de sa suite4 ,,chapitre ,,xxviii4 ,chaque chose en son temps4 ,caton le censeur et ,caton d',utique2 la vertu de celui-ci l'emporte de beaucoup sur celle du premier4--,ceux qui mettent sur le mme rang ,caton le censeur et ,caton d',utique1 celui qui s'est lui-mme donn la mort1 assimilent l'une l'autre deux belles natures qui ont bien des points communs4 ,caton le censeur montra son beau naturel sous plus d'aspects diffrents1 il l'emporte par ses succs militaires et les services rendus dans les charges publiques qu'il a occupes2 mais la vertu de ,caton d',utique1 outre que ce serait un blasphme d'estimer qu'une autre puisse lui tre compare sous le rapport de l'nergie1 a t beaucoup plus pure4 ,qui oserait en effet dcharger celle de ,caton le censeur du reproche d'envie et d'ambition1 lui qui alla jusqu' attaquer l'honneur de ,scipion qui1 en bont et tous autres gards1 tait de beaucoup meilleur que lui et que tout autre de son sicle8 ,dans sa vieillesse ,caton le censeur s'avisa d'apprendre le grec1 c'est un ridicule2 toutes choses doivent tre faites en leur temps4--,on dit entre autres de ,caton le censeur que1 dans son extrme vieillesse1 il se mit apprendre la langue grecque1 y apportant beaucoup d'application1 comme s'il voulait satisfaire un dsir inn depuis longtemps2 je ne tiens pas cela comme si digne d'admiration1 c'est proprement parler ce que j'appellerais retomber en enfance4 ,chaque chose a son temps1 les bonnes comme le reste2 et il peut fort bien arriver qu'une prire soit dite un moment inopportun1 ainsi que cela fut reproch ,q4 ,flaminius1 que1 gnral en chef1 on avait vu1 lors d'une bataille qu'il gagna1 se mettre l'cart1 au moment de s'engager1 et s'amuser prier ,dieu3 ,le sage lui-mme met des bornes sa vertu 7,juvnal74 ,eudmonidas voyant ,xnocrate1 un ge avanc1 s'empresser aux leons de son cole1 dit3 ,quand donc celui-ci saura-t-il1 s'il apprend encore8--,philopmen1 entendant prodiguer les loges au roi ,ptolme1 parce que chaque jour il s'endurcissait en faisant des armes1 disait3 ,un roi de son ge n'est pas louer de ce qu'il se livre de semblables exercices1 qu'il ne devrait plus qu'appliquer quand l'occasion s'en prsente4--,l'homme jeune1 disent les sages1 doit se prparer1 le vieillard jouir du fruit de sa prparation2 et le plus grand dfaut qu'ils relvent en nous1 c'est que nos dsirs se rajeunissent sans cesse1 que sans cesse nous recommenons notre vie4 ,nos dsirs devraient tre amortis par l'ge1 mais nos gots et nos passions survivent la perte de nos facults4--,nos tudes et nos gots devraient quelquefois tre ceux qui conviennent la vieillesse2 dj nous avons un pied dans la fosse1 et nos aspirations1 ce que nous poursuivons1 viennent peine de natre3 ,tu fais tailler des marbres la veille de mourir1 lever des maisons1 quand tu ne devrais songer qu' un tombeau 7,horace74 ,le plus long des desseins que je conois1 ne demande pas un an pour sa ralisation2 je ne pense qu' ma fin et me dfais de toutes nouvelles esprances et entreprises2 j'adresse un adieu dfinitif tous les lieux que je quitte et aline chaque jour quelque chose de ce que je possde3 ,depuis longtemps je ne perds1 ni ne gagne4441 il me reste plus de provisions que je n'ai de chemin faire 7,snque72 ,j'ai vcu1 j'ai fourni la carrire que m'avait assigne la fortune 7,virgile74 ,finalement1 la vieillesse m'apporte du soulagement en toutes choses2 elle amortit en moi des dsirs et des proccupations qui1 dans la vie1 sont une cause d'inquitude3 proccupations des affaires de ce monde1 de richesse1 de grandeur1 de science1 de sant1 de moi-mme4 ,caton le censeur apprenait parler1 quand il lui fallait apprendre se taire pour jamais4 ,jusqu' la fin1 l'tude peut se poursuivre1 mais non le temps pass l'cole2 quelle sotte chose qu'un vieillard qui apprend peler6 ,a qui se trouvent dans des conditions diffrentes1 conviennent des choses diverses2 chaque ge a ses apptits qui lui sont propres 7,pseudo ,gallus74 ,sans doute un vieillard peut encore tudier1 mais ses tudes doivent tre conformes son ge et le prparer quitter ce monde4--,s'il nous faut tudier1 livrons-nous une tude approprie notre condition1 de manire pouvoir rpondre comme celui qui on demandait quoi aboutissaient celles qu'il pratiquait1 alors qu'il tait en pleine dcrpitude3 ,a partir meilleur et plus mon aise4 ,ce fut le cas de celle laquelle s'adonnait ,caton d',utique sentant sa fin prochaine1 tude qui se trouva tre l'entretien de ,platon sur l'ternit de l'me4 ,non1 comme on pourrait le croire1 que depuis longtemps il ne ft prt1 sous tous rapports1 ce dpart3 certitude de ce qui allait arriver1 volont arrte qu'il en soit ainsi1 connaissance de tout ce qui peut se savoir de ce qui nous attend au del de la vie1 de tout cela il avait plus que ,platon n'en a mis dans ses crits2 sa science et son courage taient1 cet gard1 au-dessus de ce que prne la philosophie elle-mme2 et cet ouvrage1 il ne l'avait pas choisi en vue de sa mort2 mais1 comme quelqu'un dont une telle rsolution1 malgr son importance1 n'interrompt mme pas le sommeil1 il poursuivait ses tudes sans en modifier le cours1 pas plus qu'il n'apporta de changement aux autres occupations habituelles de son existence4 ,la nuit o choua sa candidature la prture1 il la passa jouer2 celle o il devait mourir1 il la passa lire2 la perte de sa vie1 celle de sa charge1 n'eurent pas sur lui plus d'effet l'une que l'autre4 ,,chapitre ,,xxix4 ,de la vertu4 ,par le mot vertu1 il faut entendre ici la force d'me2 ce n'est pas en des lans imptueux1 mais passagers1 qu'elle consiste2 elle demande de la constance et se rencontre rarement4--,l'exprience me montre qu'il y a une trs grande diffrence entre les boutades et les saillies de l'me et ce qu'elle est dans le courant habituel de la vie4 ,je vois bien que rien ne nous est impossible1 pas mme de faire plus que la divinit elle-mme1 dit quelqu'un2 il y a plus de mrite1 par exemple1 demeurer impassible par la force de notre volont1 que d'tre tel parce que l'impassibilit serait dans nos attributs4 ,nous en arrivons pouvoir joindre la faiblesse humaine1 la rsolution et la fermet de ,dieu lui-mme1 mais ce n'est que par -coups4 ,dans la vie de ces hros des temps passs il y a quelquefois des actes prodigieux1 qui semblent excder de beaucoup les forces que nous avons reues de la nature2 mais ce ne sont la vrit que des actes passagers1 et on se persuadera difficilement que leurs mes aient pu s'imprgner et se pntrer de ces ides leves au point qu'elles leur soient devenues d'application constante et pour ainsi dire naturelles4 ,il nous arrive bien nous-mmes1 qui ne sommes que des avortons d'hommes1 que parfois notre me1 veille par les discours ou les exemples d'autrui1 s'lve beaucoup au-dessus de ce qui lui est habituel1 mais elle est alors comme emporte par une sorte de passion qui la pousse1 l'agite1 la ravit en quelque sorte hors d'elle-mme2 et1 ce tourbillon franchi1 nous la voyons1 sans y penser1 se dtendre1 se relcher d'elle-mme1 sinon peut-tre jusqu' sa dernire limite1 au moins dans une mesure qui fait qu'elle n'est plus ce qu'elle tait devenue2 si bien qu'il suffit alors de la moindre occasion1 d'un oiseau perdu1 d'un verre cass1 pour nous motionner peu prs autant qu'il peut advenir chez un homme du commun4 ,sauf l'ordre1 la modration et la constance1 j'estime tout possible un homme mme dfectueux1 qui d'ordinaire est au-dessous de ce qu'il devrait tre2 c'est pour cela que les sages posent que1 pour juger sainement d'un homme1 il est essentiel d'examiner surtout ses actions prives et de le surprendre dans ce qui est sa vie de tous les jours4 ,bien que la possdant un haut degr1 ,pyrrhon essaya vainement de toujours mettre sa vie en conformit avec sa doctrine4--,pyrrhon1 qui rigea l'ignorance en science de si plaisante sorte1 essaya1 comme tous les philosophes vraiment dignes de ce nom1 de conformer sa vie sa doctrine4 ,il prtendait que la faiblesse du jugement humain est si grande1 qu'il est incapable de prendre un parti1 ou d'incliner dans un sens plutt que dans un autre2 il le voulait continuellement en suspens1 hsitant1 considrant et accueillant tout comme chose indiffrente4 ,aussi avait-il toujours1 raconte-t-on1 mme manire de faire et mme physionomie3 s'il avait commenc raconter quelque chose1 il le contait jusqu'au bout1 ne cessant de parler1 alors mme que son interlocuteur l'avait quitt2 s'il marchait1 il ne changeait pas de direction1 quelque obstacle qui se prsentt1 et il fallait l'intervention de ses amis1 pour le prserver des prcipices1 du heurt des charrettes et autres accidents2 craindre ou viter quelque chose tait en effet contraire ses principes1 qui ne reconnaissaient pas nos sens capables de faire choix de quoi que ce soit1 et ne tenaient rien pour certain4 ,il lui est arriv quelquefois de supporter avec une telle constance des incisions et des cautrisations1 qu'on ne lui voyait seulement pas ciller les yeux4 ,c'est quelque chose de faire que l'me accepte des ides de cette nature2 c'est bien autre d'en faire application1 ce n'est pourtant pas impossible4 ,mais les appliquer avec une persvrance1 une constance telles1 qu'elles deviennent notre manire d'tre habituelle quand il s'agit de pratiques si loignes de ce qui est communment1 il est presque incroyable que cela se puisse4 ,c'est ce qui explique pourquoi1 aperu chez lui1 se querellant parfois trs vivement avec sa sur1 et apostroph sur ce qu'il se dpartissait en cela de son indiffrence1 il s'cria3 ,eh quoi6 faut-il que cette femmelette1 elle aussi1 vienne en tmoignage l'appui des rgles de ma doctrine8 ,une autre fois1 ayant t vu se dfendant contre un chien3 ,il nous est bien difficile1 dit-il1 de nous dpouiller compltement de notre nature humaine2 c'est d'abord par des actes qu'il faut nous dfendre de ce qui nous menace1 et la raison et la fatalit n'entrer en ligne que faute de mieux4 ,traits de courage amens par une soudaine rsolution4--,il y a environ sept huit ans1 qu' deux lieues d'ici1 un villageois qui vit encore1 ayant depuis longtemps la tte rompue par les scnes de jalousie que lui faisait sa femme1 fut1 comme il revenait du travail1 accueilli1 en manire de bienvenue1 par les criailleries habituelles de celle-ci4 ,l-dessus1 il entra dans une fureur telle que1 sur-le-champ1 avec une serpe qu'il avait encore la main1 il se coupa net les parties de lui-mme qui mettaient sa femme si fort en fivre et les lui jeta au nez4--,on conte aussi qu'un gentilhomme des ntres1 amoureux et trs gaillard1 parvenu1 par sa persvrance1 attendrir le cur d'une jolie matresse1 s'tant trouv1 au moment d'entrer en possession d'elle1 frapp d'impuissance et hors d'tat de la satisfaire1 l'organe dont il attendait les services1 n'ayant redress qu'une tte dfaillante 7,tibulle71 dans son dsespoir1 rentr chez lui1 sans plus attendre1 il s'en priva et envoya cette cruelle et sanglante victime sa belle1 en rparation de l'offense qu'il lui avait faite4 ,que ne dirions-nous d'un fait de si grande originalit1 s'il avait t accompli avec rflexion et sous l'effet d'un mobile religieux1 comme faisaient les prtres de ,cyble8 ,il y a peu de jours1 ,bergerac1 cinq lieues de chez moi lorsqu'on remonte la rivire de la ,dordogne1 une femme qui1 la veille au soir1 avait t moleste et battue par son mari de naturel chagrin et peu sociable1 rsolut d'chapper ses brutalits par le sacrifice de sa vie4 ,a son lever1 se rencontrant comme d'ordinaire avec d'autres femmes ses voisines1 elle leur glissa quelques mots de recommandation sur ses affaires1 puis 99 prenant par la main une sur qu'elle avait1 elle l'emmena sur le pont4 ,l1 comme pour se jouer1 elle lui fit ses adieux1 et1 sans laisser voir le moindre changement ou altration en elle1 se prcipita de haut en bas1 dans la rivire o elle se perdit4 ,ce que ceci prsente de plus particulier1 c'est qu'elle mrit ce dessein1 dans sa tte1 pendant une nuit entire4 ,autres exemples1 mais suites de dterminations1 de projets arrts longtemps l'avance4--,les femmes indoues font bien autre chose4 ,il est dans les murs de ces peuples que les maris aient plusieurs femmes et qu' la mort de l'un d'eux1 celle qui lui est la plus chre se tue aprs lui4 ,c'est l un privilge que1 pendant toute sa vie1 chacune s'efforce de mriter l'encontre de ses compagnes2 les attentions qu'elles ont pour leur mari1 les services qu'elles lui rendent1 ont surtout pour objet d'obtenir la prfrence pour lui tenir compagnie sa mort3 ,ds que la torche funbre est lance sur le bcher1 on voit l'entour les pouses cheveles se disputer l'honneur de mourir et de suivre leur poux2 lui survivre est une honte pour elles4 ,celle qui sort victorieuse de cette lutte1 se prcipite dans les flammes et1 d'une bouche ardente1 embrasse en mourant l'poux qui n'est plus 7,properce74 ,quelqu'un rapporte avoir vu1 dans ces contres d',orient1 cette coutume encore en usage de nos jours2 non seulement les femmes1 lorsqu'elles ont perdu leur mari1 s'ensevelissent avec lui1 mais aussi les esclaves auxquelles il a accord ses faveurs4 ,a cet effet1 on procde de la manire suivante3 ,le mari mort1 la veuve peut1 si elle dsire1 mais il est rare qu'elle le veuille1 demander deux ou trois mois de rpit1 pour mettre ordre ses affaires4 ,le jour venu1 monte sur un cheval1 pare comme pour une noce1 la mine joyeuse1 ayant la main gauche un miroir1 dans l'autre une flche1 allant1 dit-elle1 dormir avec son poux1 accompagne de ses parents1 de ses amis et d'une foule considrable en liesse1 elle se promne en grande pompe1 pour se rendre ensuite sur l'emplacement rserv ce genre de spectacle4 ,c'est une place assez vaste2 au milieu1 une fosse remplie de bois2 joignant cette fosse1 une plate-forme leve de quatre ou cinq marches1 sur laquelle la femme est amene4 ,l1 on lui sert un repas magnifique2 puis elle se met danser et chanter1 et1 quand elle le juge propos1 commande qu'on allume le feu4 ,ceci fait1 elle descend1 et prenant par la main le plus proche parent de son mari1 ils vont ensemble la rivire voisine1 o elle se dpouille de ses vtements qu'elle distribue1 ainsi que ses joyaux1 ses amis1 et1 toute nue1 va se plonger dans l'eau1 pour s'y laver de ses pchs4 ,en en sortant1 elle s'enveloppe dans une pice de linge jaune de quatorze brasses de long2 et1 reprenant la main du parent de son mari1 elle revient la plate-forme1 d'o elle parle la foule1 recommandant ses enfants1 si elle en a4 ,d'ordinaire1 entre le foyer et l'estrade1 on tend un rideau pour lui masquer la vue de cette fournaise ardente2 quelques-unes s'y opposent pour tmoigner plus de courage4 ,quand elle a achev ce qu'elle a dire1 une femme lui prsente un vase plein d'huile1 dont elle s'oint la tte et tout le corps2 lorsqu'elle a fini1 elle jette dans le feu ce qui en reste et1 au mme moment1 s'y prcipite elle-mme4 ,aussitt la foule l'accable de bches pour empcher que ses souffrances ne se prolongent1 et la joie de tout l'heure se change en deuil et en tristesse4--,s'il s'agit de personnes de moindre importance1 le corps du mort est port au lieu o on veut l'enterrer2 on l'y place assis1 sa veuve genoux devant lui le tient troitement embrass et demeure de la sorte1 pendant qu'autour d'eux on lve un mur4 ,quand ce mur est arriv hauteur des paules de la femme1 un de ses parents1 lui saisissant la tte par derrire1 lui tord le cou2 et1 ds qu'elle a rendu l'me1 on achve de monter le mur et de clore cette tombe o mari et femme demeurent ensevelis4 ,dans ce mme pays1 ceux de leurs philosophes appartenant la secte des ,gymnosophistes agissaient d'une faon analogue1 et cela sans y tre contraints par n'importe qui1 sans que ce ft l'effet d'une exaltation suite d'une ide survenant l'improviste1 mais uniquement parce que telle tait leur rgle4 ,lorsqu'ils avaient atteint un certain ge1 ou se voyaient menacs de quelque maladie1 ils faisaient dresser un bcher et1 au-dessus1 un lit somptueusement par2 puis1 aprs avoir joyeusement festoy avec leurs amis et connaissances1 ils allaient se placer sur ce lit avec tant de rsolution qu'une fois le bcher allum1 on ne leur voyait plus remuer ni pieds ni mains4 ,ainsi mourut l'un d'eux1 ,calanus1 devant toute l'arme d',alexandre le ,grand4 ,ces philosophes n'estimaient ni saint1 ni bienheureux1 aucun des leurs qui ne s'tait pas donn la mort de la sorte1 rendant son me purge et purifie par le feu1 aprs anantissement de tout ce qu'il y avait de mortel et de terrestre en lui4 ,ce qui est prodigieux dans cet acte1 c'est qu'il tait1 toute leur vie durant1 l'objet d'une prmditation constante de leur part4 ,le dogme de la fatalit est souvent mis en avant1 quoique facile rfuter2 frquemment1 il est employ pour surexciter les esprits4--,au nombre des questions qui nous divisent1 est celle de la fatalit4 ,pour subordonner ce qui arrive1 y compris notre volont1 une ncessit qui serait arrte l'avance et laquelle nous ne pourrions nous soustraire1 on se sert1 encore aujourd'hui1 de cet argument des temps passs3 ,puisque ,dieu1 ce qui n'est pas douteux1 prvoit tout ce qui doit arriver1 toute chose arrive donc fatalement dtermine l'avance4 ,a quoi nos matres rpondent3 ,constater qu'une chose arrive1 comme nous le faisons et comme ,dieu lui-mme le fait 7car prsent partout1 il voit plutt qu'il ne prvoit71 ce n'est pas obliger cette chose se produire2 si nous voyons1 c'est parce que les choses sont2 et ce n'est pas parce que nous les voyons qu'elles sont4 ,c'est l'vnement qui fait la science que nous en avons1 et non cette science qui fait l'vnement4 ,ce que nous voyons arriver1 est2 mais il pouvait en tre autrement2 et ,dieu1 qui a la prescience des causes qui produisent les vnements1 a galement celle des causes dites fortuites et aussi la prescience de celles qui dpendent de notre volont1 en raison de la libert que nous tenons du libre arbitre qu'il nous a octroy2 il sait que si nous manquons notre devoir1 c'est parce que nous avons voulu y manquer4 ,j'ai vu beaucoup de gens encourager leurs partisans1 en ayant recours ce dogme de la fatalit3 ,si notre heure1 disent-ils1 doit arriver point nomm1 ni les arquebusades de l'ennemi1 ni la hardiesse que nous dployons vis--vis de lui1 non plus que notre fuite et notre lchet ne peuvent ni l'avancer1 ni la reculer4 ,cela est bon dire1 mais cherchez qui l'applique4 ,si une foi vive et forte produit des actions empreintes de ces mmes qualits1 notre foi1 dont1 en ce sicle1 nous ne cessons de faire talage1 doit tre merveilleusement faible en juger par les rsultats qu'elle produit1 moins qu'elle n'ait si peu de considration pour les uvres qu'elle inspire1 qu'elle ddaigne leur compagnie4--,sur ce sujet1 nous lisons dans le ,sire de ,joinville1 tmoin digne de foi autant que tout autre1 que les ,bdouins qui taient mls aux ,sarrasins1 lorsque le roi saint ,louis eut affaire en ,terre ,sainte1 croyaient si fermement1 de par leur religion1 que les jours de chacun sont1 de toute ternit1 dtermins et compts1 sans qu'il lui soit possible d'chapper sa destine1 qu'ils allaient la guerre compltement nus1 n'ayant qu'un sabre la turque et le corps couvert seulement d'un pan d'toffe blanche4 ,leur plus grande maldiction1 qu'ils profraient sans cesse quand ils taient en colre contre quelqu'un des leurs1 tait3 ,maudit sois-tu1 comme l'est celui qui s'arme par crainte de la mort6 ,c'est l une preuve de croyance et de foi1 bien autre que celles que nous donnons nous-mmes4 ,celle que1 du temps de nos pres1 donnrent ces deux moines de ,florence1 est de mme ordre3 ,se trouvant d'opinions opposes sur un point de science1 ils convinrent1 s'en remettant la ,providence de dcider entre eux1 d'entrer tous deux1 en prsence de tout le peuple1 dans un brasier allum sur la place publique2 dj les apprts en taient termins et ils allaient passer l'excution1 quand elle fut interrompue par un incident imprvu4 ,un jeune seigneur turc s'tait signal par un fait d'armes accompli personnellement1 en vue des deux armes d',amurat et d',huniade sur le point d'en venir aux mains4 ,amurat lui ayant demand quoi il devait1 lui si jeune et si inexpriment 7c'tait la premire guerre laquelle il prenait part71 d'avoir dploy une vigueur et un courage si gnreux1 il rpondit que la vaillance lui avait t enseigne par un professeur hors ligne1 qui tait un livre3 tant un jour la chasse1 dit-il1 je vis un livre au gte2 et1 bien que j'eusse avec moi deux excellents lvriers1 comme il se prsentait d'une faon tout fait avantageuse1 il me sembla que1 pour tre plus sr de ne pas le manquer1 il valait encore mieux le tirer avec mon arc4 ,je me mis donc lui dcocher une flche1 puis une autre1 et ainsi jusqu' quarante qui taient dans mon carquois1 non seulement sans le toucher1 mais mme sans l'veiller4 ,alors je dcouplai et lanai sur lui mes lvriers2 ils ne russirent pas davantage l'atteindre4 ,je compris par l qu'il avait t protg par la destine2 que ni les traits1 ni les glaives ne portent1 si la fatalit n'en a ainsi dcid1 et que nous ne pouvons ni devancer1 ni retarder son arrt4--,ce conte doit1 en passant1 servir nous montrer combien notre raison est sensible aux impressions les plus diverses4 ,un personnage considrable par son ge1 son nom1 ses dignits et ses opinions1 se vantait moi d'avoir t amen une modification trs importante de sa foi1 par un fait qui n'y avait qu'un rapport indirect et tout aussi bizarre que celui survenu ce seigneur turc2 fait si peu concluant du reste1 que je trouve qu'il militait encore davantage dans le sens contraire4 ,il le qualifiait de miracle2 moi aussi1 mais en l'envisageant d'autre faon4--,les historiens turcs estiment que la conviction que1 chez ce peuple1 tout le monde a1 que nos jours sont fixs d'une manire immuable par la fatalit1 aide d'une faon vidente lui donner cette assurance qu'il montre dans le danger4 ,je connais un grand prince qui fait servir fort heureusement cette croyance ses intrts1 soit qu'il y ait foi1 soit qu'il n'en use que pour se dfendre contre le reproche de trop s'aventurer2 puisse la fortune ne pas trop tt se lasser de lui tre favorable4 ,quant aux assassins1 la plupart du temps1 ce sont les passions religieuses ou politiques qui arment leur bras4--,il n'y a pas1 autant qu'il m'en souvient1 de fait tmoignant de plus de rsolution1 que celui de ces deux hommes qui attentrent la vie du prince d',orange4 ,il est merveilleux comment le second1 qui russit dans son entreprise1 ait pu y tre dtermin1 alors qu'elle avait si mal tourn chez le premier qui y avait cependant apport toutes les garanties possibles de succs4 ,il s'agissait en effet1 pour lui1 de s'attaquer aprs ce prcdent fcheux1 avec la mme arme1 un seigneur qui1 mis en garde par l'attentat dont rcemment il venait d'tre l'objet1 avait un entourage nombreux d'amis dvous1 tait dou d'une grande force physique et se trouvait chez lui1 au milieu de ses gardes1 dans une ville toute sa dvotion4 ,certes1 il a fallu1 pour perptrer cet assassinat1 une main bien sre d'elle-mme et un courage inspir par une bien violente passion4 ,le poignard frappe plus srement1 mais ncessite plus de mouvement et demande un bras plus vigoureux que le pistolet1 aussi y a-t-il plus de risque que le coup ne dvie ou ne soit port d'une main hsitante4 ,je suis convaincu que ce second assassin ne doutait pas qu'il courait une mort certaine1 car les esprances dont on a pu le leurrer cet gard ne pouvaient tre admises par qui avait un peu de bon sens1 et sa conduite en la circonstance montre qu'il ne lui faisait pas plus faute que le courage4 ,les raisons qui peuvent inspirer une telle assurance sont diverses1 notre imagination faisant d'elle et de nous ce qui lui plat4--,l'attentat commis prs d',orlans ne ressemble en rien au prcdent2 sa russite fut due au hasard plus qu' la vigueur d'excution2 le coup n'et pas t 99 mortel1 si le destin ne s'en ft ml2 et l'avoir entrepris cheval1 en tirant de loin1 sur un homme qui1 cheval lui-mme1 participait au mouvement de sa monture1 est le fait de quelqu'un plus soucieux de se sauver que de russir4 ,ce qui suivit le montre bien3 l'assassin prit peur et se troubla tellement la pense de l'acte qu'il venait d'accomplir contre une si haute personnalit1 qu'il perdit compltement la tte1 aussi bien pour diriger sa fuite1 que dans les rponses qu'il fit4 ,pour chapper1 il n'avait qu' franchir une rivire et il rejoignait ses amis2 c'est une chose que j'ai faite pour me soustraire des dangers bien moindres1 et j'estime qu'on n'y court pas grand risque1 quelque large que soit le cours d'eau1 pourvu que le cheval puisse y entrer facilement et que1 de l'autre ct1 vous ayez en aval un point o il soit ais d'aborder4--,quand on notifia l'assassin du prince d',orange l'horrible sentence porte contre lui1 il dit ces seuls mots3 ,je m'y attendais1 et vous tonnerai par ma patience4 ,les ,assassins1 peuplade de la ,phnicie1 sont rputs chez les ,mahomtans1 d'une dvotion et d'une puret de murs s'levant au-dessus de tout4 ,ils tiennent que la voie la plus courte pour gagner le paradis1 c'est de tuer quelqu'un d'une religion autre que la leur2 et on les a souvent vus s'attaquer1 soit seuls1 soit deux1 des ennemis puissants1 n'tant eux-mmes vtus que d'un simple caftan1 srs d'y laisser la vie et sans prendre aucun soin de leur propre danger4 ,ainsi fut assassin 7le mot vient de leur nom71 l'poque de nos guerres saintes1 au milieu de sa ville1 ,raymond1 comte de ,tripoli1 qui tait franais2 et aussi ,conrad1 marquis de ,montferrat4 ,leurs meurtriers1 conduits au supplice1 taient gonfls d'orgueil et fiers d'avoir accompli de si beaux chefs-d'uvre4 ,,chapitre ,,xxx4 ,a propos d'un enfant monstrueux4 ,description d'un enfant et d'un ptre monstrueux2 ce qui nous parat tel1 ne l'est pas pour la nature4--,je me borne au simple nonc d'un fait1 laissant aux mdecins le soin de le commenter3 ,j'ai vu1 avant-hier1 un enfant que deux hommes et une nourrice1 qui se disaient tre son pre1 son oncle et sa tante1 menaient pour gagner quelques sous1 le montrant cause de son tranget4 ,cet enfant1 qui avait juste quatorze mois1 tait de partout conform comme d'ordinaire2 il se tenait sur ses pieds1 marchait et gazouillait comme 99 peu prs tous autres du mme ge1 ses cris toutefois semblaient avoir quelque chose de particulier2 jusqu'alors il n'avait rien voulu prendre1 en fait de nourriture1 que le sein de sa nourrice2 ce que1 pour essayer1 on lui mettait dans la bouche1 ainsi qu'on le fit en ma prsence1 il le mchait un peu1 puis le rejetait sans l'avaler4 ,au-dessous des tetons1 il tait joint et accoll un autre enfant qui n'avait pas de tte1 dont l'orifice intestinal tait clos et le reste du corps entier4 ,cet avorton avait bien un bras plus court que l'autre1 mais parce qu'il l'avait eu cass leur naissance4 ,ces deux corps taient joints face face1 comme un petit enfant qui aurait voulu se coller contre un autre plus grand4 ,la jonction ne s'oprait que sur une longueur de quatre largeurs de doigt environ2 en soulevant le corps de celui de ces deux tres qui tait imparfait1 on apercevait au-dessous le nombril de l'autre2 la ligne de suture tait entre ses tetons et son nombril4 ,de l'avorton1 on ne pouvait apercevoir le nombril1 mais tout le reste du ventre se voyait2 les parties qu'il avait libres3 les bras1 les fesses1 les cuisses et les jambes1 demeuraient pendantes et mobiles le long du corps du plus grand1 auquel elles arrivaient mi-jambe4 ,la nourrice ajoutait que ces deux tres urinaient chacun pour son propre compte2 que leurs membres1 tous deux1 se nourrissaient galement bien1 et taient les uns et les autres pleins de vie1 ceux de l'avorton toutefois moins longs et plus grles4 ,ce double corps et ces membres multiples rattachs une seule tte1 pourraient bien fournir un pronostic favorable pour notre roi1 lui prsageant le maintien sous ses lois des divers partis et factions de notre tat politique2 mais1 de peur que l'vnement ne vienne le dmentir1 mieux vaut passer outre2 il est plus sr en effet de deviner les faits accomplis1 et par quelque interprtation1 les faire cadrer avec les conjectures 7,cicron71 comme faisait ,epimnides1 dont on dit qu'il devinait reculons4 ,je viens de voir un ptre du ,mdoc1 g de trente ans environ qui n'a pas apparence de parties gnitales et1 en place1 trois trous par lesquels il urine continuellement2 il a de la barbe1 le dsir de la femme et en recherche les caresses4 ,ce que nous appelons des monstres1 n'en sont pas aux yeux de ,dieu1 qui voit dans l'immensit de ses uvres l'infinit des formes qu'il a imagines2 il est croire que telle qui nous tonne1 se rapporte quelque autre de mme genre1 qui est inconnue l'homme et en drive4 ,tout ce qui mane de son infinie sagesse est beau et dcoule de rgles gnrales2 mais la relation de toutes ces crations entre elles et leur assortiment nous chappent3 ,l'homme ne s'tonne pas de ce qu'il voit souvent1 lors mme qu'il en ignore la cause2 que ce qu'il n'a jamais vu arrive1 c'est pour lui comme un prodige 7,cicron74 ,nous disons de ce qui diffre de ce que nous voyons d'ordinaire1 que c'est contre nature2 rien1 quel qu'il soit1 n'est que suivant ses lois4 ,que cette considration si naturelle1 qui s'applique tout sans exception1 chasse donc l'erreur et l'tonnement que la nouveaut nous cause4 ,,chapitre ,,xxxi4 ,de la colre4 ,il vaut mieux confier les enfants aux soins du gouvernement que de les laisser leurs parents4--,plutarque est partout admirable2 il l'est surtout1 quand il apprcie les actions humaines4 ,on peut lire les belles choses qu'il dit1 dans le parallle qu'il tablit entre ,lycurgue et ,numa1 propos de la grande simplicit d'esprit avec laquelle nous abandonnons les enfants la direction exclusive de leurs pres1 auxquels nous en laissons la charge4 ,la plupart de nos constitutions1 comme le dit ,aristote1 admettent que chacun1 comme cela pouvait exister chez les ,cyclopes1 dirige sa femme et ses enfants1 au gr de son imagination plus ou moins folle et indiscrte2 il n'y a gure que les constitutions de ,lacdmone et de la ,crte qui aient confi aux lois la direction de l'enfance4 ,qui ne voit que1 dans un tat1 tout dpend de son ducation morale et physique8 et cependant elle demeure1 sans discernement aucun1 la merci des parents1 quelque fous et mchants que ceux-ci puissent tre4 ,ceux-ci les chtient quelquefois1 dans des transports de colre2 ce n'est plus correction1 c'est vengeance4--,combien de fois1 par exemple1 n'ai-je pas t tent1 en passant dans la rue1 de venger1 par quelque tour de ma faon1 de petits garons que je voyais corchs1 assomms1 meurtris par un pre ou une mre en fureur1 mis hors d'eux par la colre2 voyez-vous ces brutes1 les joues en feu1 les yeux dnotant leur rage 7et1 d'aprs ,hippocrate1 les maladies qui nous dfigurent sont des plus dangereuses71 vocifrant tue-tte contre des tres qui sortent peine de nourrice1 dans l'emportement qui les entrane1 elles ressemblent au rocher abrupt qui1 perdant son point d'appui1 se prcipite tout coup du haut de la montagne 7,juvnal74 ,puis1 des paroles on passe aux coups1 et voil ces pauvres petits1 blesss1 assomms1 estropis1 sans que la justice s'en inquite1 comme si ces dbotements et dislocations de membres n'atteignaient pas des cratures faisant partie de la socit que nous formons3 ,on t'est reconnaissant de ce que tu as donn la patrie un nouveau citoyen1 pourvu toutefois que tu le rendes propre la servir1 soit dans la culture des champs1 soit dans les travaux de la guerre1 soit dans la pratique des arts de la paix 7,juvnal74 ,il n'y a pas de passion qui1 autant que la colre1 porte atteinte l'quit des jugements4 ,personne n'hsiterait punir de mort un juge qui1 sous l'empire de ce sentiment1 aurait condamn un criminel2 pourquoi donc pres et matres d'cole ont-ils le droit1 quand ils sont irrits1 de fouetter un enfant ou de lui infliger tout autre chtiment8 ,ce n'est plus le corriger1 c'est se venger4 ,le chtiment est en quelque sorte un mdicament pour l'enfant2 supporterions-nous qu'un mdecin s'emporte et se mette en courroux contre le malade qu'il traite8 ,la colre nous fait envisager souvent les choses sous un aspect trompeur2 combien sont hideux les signes extrieurs de la colre6--,nous-mmes1 pour bien faire1 ne devrions jamais porter la main sur nos serviteurs1 tant que la colre nous possde4 ,tant que notre pouls est agit et que nous sommes motionns1 ajournons ce rglement de comptes2 les choses nous sembleront certainement autres1 quand nous serons revenus de notre emportement et que nous serons calmes4 ,sinon1 c'est la passion qui alors nous commande1 c'est elle qui parle et non pas nous et1 sous son influence1 les fautes nous paraissent plus grandes1 comme il arrive des corps vus au travers d'un brouillard4 ,celui qui a faim1 use de la viande pour la satisfaire2 celui qui veut user des chtiments1 ne doit en avoir ni faim1 ni soif1 d'autant qu'ils sont bien mieux accepts de celui contre lequel ils sont exercs1 et sont de bien plus d'effet sur lui1 quand ils sont infligs avec mesure et rserve2 autrement1 condamn par un homme qu'agitent la colre et la fureur1 le patient ne pense pas avoir t justement frapp2 il argue1 pour sa justification1 des mouvements extraordinaires auxquels se livrait son matre1 de son visage enflamm1 de ses jurons inusits1 de l'inquitude et de la prcipitation inconsidres en lesquelles il tait3 ,sa face se tumfie de colre1 ses veines se gonflent et deviennent noires de sang1 ses yeux tincellent d'un feu plus ardent que ceux de la ,gorgone 7,ovide74--,sutone relate que ,caius ,rabirius1 condamn par ,csar1 en ayant appel au peuple1 dut de gagner sa cause1 surtout l'animosit et la duret que ,csar avait apportes dans son jugement4 ,il ne faut pas juger de la vrit ou de la fausset des croyances et opinions des hommes d'aprs leur conduite habituelle4--,dire et faire sont deux1 et il faut considrer sparment le sermon et le prdicateur4 ,ceux-l se sont donn beau jeu qui1 en ces temps-ci1 ont essay de porter atteinte la vrit de l'glise1 en invoquant contre elle les vices de ses ministres2 elle s'appuie sur des tmoignages autres4 ,une semblable argumentation est errone et porterait le trouble en toutes choses3 un homme de bonnes murs peut avoir des opinions dfectueuses1 un mchant prcher la vrit1 ce que peut faire celui-l mme qui ne croit pas4 ,c'est sans doute un bel accord que faire et dire allant de pair2 et je ne prtends pas que dire1 quand les actes sont en conformit1 n'ait pas plus d'autorit et ne soit pas plus efficace4 ,eudamidas1 entendant un philosophe discourir sur la guerre1 disait3 ,ce sont l de beaux propos2 mais celui qui les tient n'est pas croire1 ses oreilles ne sont pas familiarises avec le son de la trompette4 ,clomne coutant un rhtoricien traiter de la vaillance1 se prit rire bruyamment1 et l'autre s'en formalisant1 il lui dit3 ,je rirais de mme1 si c'tait une hirondelle qui parlt2 tandis que si c'tait un aigle1 je l'couterais attentivement4--,il me semble que les crits des anciens nous montrent bien que celui qui pense ce qu'il dit1 frappe bien plus fortement l'esprit de ceux qui le lisent ou qui l'coutent1 que celui qui n'est pas pntr de son sujet4 ,voyez ,cicron parlant de l'amour de la libert1 et voyez ,brutus en parler3 les crits de ce dernier proclament qu'il tait homme l'acheter au prix de la vie4 ,que ,cicron1 ce pre de l'loquence1 traite du mpris de la mort et que ,snque traite ce mme sujet3 celui-l est languissant1 vous sentez qu'il a se prononcer sur une chose dont il n'est pas convaincu1 il ne nous donne pas du cur1 lui-mme en manquant2 l'autre vous anime et vous enflamme4 ,je ne lis jamais un auteur1 de ceux traitant pareillement de la vertu et des actes qu'elle inspire1 sans rechercher avec curiosit ce que lui-mme a t4 ,a ,sparte1 les phores voyant un homme de murs dissolues faire au peuple une proposition utile1 lui ordonnrent de se taire1 et prirent un homme de bien de s'en attribuer l'ide et de la prsenter4 ,modration de quelques grands hommes dans des accs de colre4--,les crits de ,plutarque1 si l'on s'en pntre bien1 montrent assez ce qu'il tait1 et je crois le connatre jusqu'au fond de l'me2 cependant je voudrais que nous possdions quelques documents sur sa vie1 et1 si je me suis cart de mon sujet1 c'est pour mentionner un passage d',aulu-,gelle1 dont je lui sais gr1 qui nous donne une ide de ses murs et me ramne la colre1 qui est le point qui m'occupe4 ,un des esclaves de ,plutarque1 homme mchant et vicieux1 mais qui1 assister ses leons1 avait retenu sans les approfondir quelques notions de philosophie1 avait t1 sur son ordre1 pour une faute qu'il avait commise1 dpouill de ses vtements pour recevoir le fouet4 ,au dbut1 pendant qu'on le fouettait1 il grondait que c'tait sans raison qu'on le chtiait2 qu'il n'avait rien fait pour le mriter2 puis il se mit crier et injurier bel et bien son matre1 lui reprochant qu'il n'agissait pas en philosophe1 comme il se vantait de l'tre2 qu'il lui avait souvent entendu dire que c'tait mal de se mettre en colre1 qu'il avait mme crit un livre l-dessus2 et qu'en le faisant si cruellement battre1 alors qu'il tait sous le coup de l'irritation1 il dmentait compltement ses crits4 ,a cela1 ,plutarque1 demeur trs calme1 lui rpondit froidement3 ,comment1 rustre1 peux-tu juger qu'en ce moment je sois en colre8 ,mon visage1 ma voix1 mon teint1 ma parole1 te donnent-ils quelque preuve que je sois mu8 ,je ne crois avoir ni les yeux hagards1 ni la figure bouleverse2 je ne pousse pas de vocifrations4 ,est-ce que je suis rouge8 l'cume me vient-elle aux lvres8 m'chappe-t-il des paroles que je puisse avoir regretter8 est-ce que je tressaille8 ai-je des frmissements de courroux8 car1 sache-le1 ce sont l les vritables signes de la colre4 ,et se tournant vers celui qui fouettait3 ,continue ta besogne1 lui dit-il1 tandis que nous discutons1 cet individu et moi4 ,telle est l'anecdote que conte ,aulu-,gelle4 ,archytas de ,tarente1 revenant d'une guerre o il avait exerc les fonctions de capitaine gnral1 trouva sa maison fort mal tenue et ses terres en friche1 par le fait de la mauvaise gestion de son rgisseur4 ,l'ayant fait appeler3 ,ah6 lui dit-il1 comme je t'trillerais de bonne faon1 si je n'tais en colre4--,platon agit de mme3 fortement irrit contre un de ses esclaves1 il chargea ,speusippe de le chtier1 s'excusant de ne pas le faire de sa propre main1 parce qu'il tait en courroux4--,le lacdmonien ,charillus un ,ilote qui1 effrontment1 se montrait insolent son gard3 ,par les dieux1 lui dit-il1 si je n'tais en colre1 je te tuerais sur l'heure6 ,nous cherchons toujours trouver et faire trouver notre colre juste et raisonnable4--,la colre est une passion qui se complat elle-mme et se flatte4 ,combien de fois1 ayant agi sous l'empire d'une erreur1 nous irritons-nous de la vrit et de l'innocence quand on nous dmontre que nous sommes dans notre tort1 ou que l'on nous prsente quelque bonne raison8 ,j'ai retenu ce propos un exemple tonnant que nous fournit l'antiquit3 ,pison qui1 en toutes autres circonstances1 s'est montr d'une incontestable vertu1 furieux contre un de ses soldats qui1 parti avec un autre pour aller couper et faire sa provision de fourrages1 revenait seul et ne pouvait rendre compte de ce qu'tait devenu son camarade1 regardant comme positif qu'il l'avait tu1 sans plus de preuves1 le condamna sur-le-champ mort4 ,le condamn tait au pied du gibet quand arrive son compagnon qui s'tait gar2 toute l'arme leur fait grande fte et1 aprs que tous deux se sont fait force amitis et se sont embrasss1 le bourreau les mne ,pison1 s'attendant bien1 ainsi que toute l'assistance1 ce que celui-ci en prouverait une vive satisfaction4 ,ce fut tout l'inverse2 par honte et dpit1 sa fureur qui n'tait pas calme s'en accrut1 et1 par une subtilit d'esprit que lui suggra sur le moment sa passion1 il vit trois coupables au lieu d'un innocent qu'on lui amenait1 et il les fit mettre tous trois mort3 l'un1 parce qu'il y avait dj arrt prononc contre lui2 l'autre1 celui qui s'tait gar1 parce qu'il tait cause de la condamnation de son compagnon2 et le bourreau1 parce qu'il n'avait pas obi l'ordre qui lui avait t donn4 ,les femmes naturellement emportes deviennent furieuses par la contradiction2 le silence et la froideur les calment4--,ceux qui ont eu affaire des femmes ttues1 ont pu tre mme d'prouver quel degr de rage on les amne quand1 leur exaspration1 on oppose le silence et le sang-froid et qu'on ddaigne de fournir un aliment leur colre4 ,clius l'orateur tait d'un temprament extraordinairement colre2 quelqu'un1 de nature douce et conciliante1 qui soupait avec lui1 pour ne pas lui donner lieu de s'mouvoir1 approuvait de parti pris tout ce qu'il disait et se rangeait son avis4 ,clius1 impatient de ne pouvoir s'abandonner son esprit de contradiction1 s'cria3 ,mais1 pour ,dieu1 contredis-moi donc sur quelque chose et que nous soyons deux discuter4 ,les femmes sont de mme2 elles se mettent en colre tout simplement pour avoir contre qui se disputer1 l'image de ce qui se passe quand elles se livrent l'amour4--,phocion1 qu'un homme interrompait par de violentes injures pendant qu'il parlait en public1 se tut tout simplement1 laissant son interrupteur tout le loisir d'pancher sa colre2 quand il eut fini1 ,phocion1 sans faire aucune allusion l'incident1 reprit son discours o il l'avait laiss4 ,un tel ddain est la plus mordante rplique qu'on puisse faire en pareille1 occurrence4 ,pour cacher sa colre1 il faut des efforts inous2 elle est moins terrible quand elle clate librement4--,je dis souvent de l'homme le plus colre de ,france 7la colre est toujours une imperfection1 plus excusable cependant chez un homme de guerre que chez un autre parce que1 dans ce mtier1 il y a des cas o l'on ne peut s'empcher de s'y abandonner71 que c'est l'homme que je connais qui a le plus de mrite se contenir4 ,elle l'agite avec tant de furie et de violence1 semblable l'eau qui1 lorsque la flamme1 ptillant d'un bois sec1 s'allume grand bruit sous un vase d'airain1 souleve par la chaleur1 frmit1 bouillonne1 dborde en cumant1 en mme temps qu'une noire vapeur s'lve dans les airs 7,virgile71 qu'il faut qu'il se contraigne cruellement pour se modrer4 ,pour moi1 je ne connais pas de passion que je puisse dissimuler au prix de tels efforts1 et ne voudrais pas d'une sagesse acquise si haut prix4 ,chez cet homme1 ce ne sont pas tant ses carts que je considre1 que ce qu'il lui en cote pour ne pas faire pis4--,un autre se vantait moi de la rgularit et de la douceur1 effectivement trs remarquables1 de ses murs4 ,je lui rpondis que se montrer constamment1 envers tous1 d'une humeur gale est une chose qui a bien son prix1 notamment chez ceux qui1 comme lui1 sont en haute situation et sur lesquels se portent les regards de chacun2 mais qu'il importe surtout de se proccuper de ce qui se passe en soi1 de ce qui en rsulte pour vous-mme1 et que1 selon moi1 ce n'est pas tre mnager de ses propres intrts1 que de s'puiser intrieurement1 ce que je craignais qu'il ne ft1 pour arriver conserver ce masque1 cette apparence extrieure de calme4 ,on s'imprgne de sa propre colre1 en la dissimulant2 on fait en quelque sorte ce que ,diogne disait ,dmosthne qui1 de peur d'tre aperu dans une taverne1 se retirait l'intrieur3 ,plus tu recules1 plus tu y pntres4 ,je conseille plutt de donner1 mme un peu hors de propos1 un soufflet son valet1 que de se mettre la torture pour paratre avoir la sagesse de se contenir4 ,je prfre donner l'essor mes passions1 plutt que de les couver mes dpens2 elles perdent leur force1 si on leur donne le moyen de se dissiper en les traduisant en action2 il vaut mieux que leur aiguillon agisse l'extrieur1 que de se retourner contre nous3 ,les maladies de l'me qui sont visibles1 sont les plus lgres2 les plus dangereuses sont celles qui se cachent sous une apparence de sant 7,snque74 ,attention avoir quand1 dans son intrieur1 on est amen se mettre en colre4--,j'avertis ici ceux de mon entourage qui sont dans le cas de se mettre en colre1 d'abord1 qu'ils mnagent les manifestations de cette nature et n'en usent pas tout propos1 cela leur te leur importance et en empche l'effet2 les criailleries sans cause et journalires deviennent chose courante1 ce qui a pour rsultat que personne n'en tient compte2 les scnes que vous faites un serviteur qui vous a vol1 il ne les sent pas1 ce sont les mmes qu'il vous a vu lui faire cent fois1 pour avoir mal rinc un verre ou mal rang un escabeau4 ,secondement1 qu'ils ne se courroucent pas tort et travers1 sans regarder si leurs rprimandes vont bien celui dont ils se plaignent2 d'ordinaire1 ils commencent crier avant qu'il ne soit l1 et continuent un sicle aprs qu'il n'y est plus1 l'insens ne se possdant pas1 s'emporte contre lui-mme 7,claudien74 ,ils s'en prennent leur ombre1 la tempte clate l o ne se trouvent ni celui contre lequel elle est dirige1 ni qui que ce soit auquel la leon puisse profiter1 et ce tintamarre a pour unique rsultat d'assourdir des gens qui n'y peuvent rien4--,je signale aussi ceux qui1 bien que n'ayant personne qui s'en prendre1 se livrent des sorties1 font les braves et vont se dmenant dans le vide2 ces rodomontades sont garder pour les circonstances dans lesquelles elles peuvent avoir de l'effet3 ,ainsi le taureau1 lorsqu'il prlude contre un rival1 pousse des mugissements terribles1 frappe l'air de ses cornes1 charge les troncs d'arbre et disperse de tous cts la terre qu'il frappe du pied 7,virgile74 ,caractre du courroux de ,montaigne4--,quand je me mets en colre1 je suis violent2 mais cela dure aussi peu que possible et je l'bruite le moins que je puis4 ,je m'abandonne bien ma violence et ma vivacit1 mais je ne perds pas l'esprit au point de profrer au hasard et sans discernement toute sorte de paroles injurieuses1 et c'est en parfaite connaissance de cause que je dcoche mes invectives1 cherchant atteindre le point o elles blessent le plus1 car je n'emploie gure que la langue en ces occasions4 ,mes valets s'en tirent du reste meilleur compte dans les cas graves que dans ceux de moindre importance4 ,ces derniers me prennent l'improviste1 et le malheur veut qu'une fois que vous tes engag dans le prcipice1 peu importe ce qui a dtermin la chute1 elle se presse1 s'active1 se hte d'elle-mme1 et vous roulez toujours jusqu'au fond4 ,dans les cas graves1 c'est dj une satisfaction pour moi que1 ma colre tant plus justifie1 chacun s'attende la voir grandie proportion2 cette attente1 je mets mon amour-propre la tromper2 je me raidis et me tiens sur mes gardes contre des violences qui m'inquitent1 parce qu'elles pourraient m'entraner trs loin si je m'y abandonnais2 aussi je m'en dfends et suis assez fort1 lorsque je suis en veil1 pour rsister ses entranements1 quelle que soit la cause qui l'ait amene2 mais1 si je suis surpris1 que je n'y sois pas prpar1 une fois qu'elle s'est empare de moi1 elle m'emporte1 si futile que soit cette cause4--,avec ceux vis--vis desquels je puis avoir entrer en contestation1 j'ai conclu cet arrangement3 ,quand vous verrez que le premier je commence tre surexcit1 leur ai-je dit1 que j'aie tort ou raison1 laissez-moi aller sans me contredire2 j'en agirai de mme votre gard4 ,la tempte1 en effet1 ne sort que des colres qui s'entrechoquent2 elles n'ont pas un point de commune origine1 elles naissent souvent l'une de l'autre2 laissons chacune poursuivre sa course et nous voil constamment en paix4 ,c'est l une bonne dtermination1 mais l'application en est difficile4--,quelquefois il m'arrive1 sur des questions d'ordre intrieur de ma maison1 de feindre d'tre en colre1 sans pour cela l'tre le moins du monde4--,a mesure que l'ge me rend plus sensible aux contrarits1 je m'tudie ne pas cder ce sentiment1 et finirai par arriver1 j'espre1 tre d'autant moins colre et difficile que j'aurai plus de raison et de disposition l'tre1 et cela1 bien qu'autrefois j'ai compt parmi ceux sachant le moins se modrer4 ,la colre n'a jamais de bons effets3 c'est une arme dangereuse1 elle nous tient1 nous ne la tenons pas4--,encore un mot avant de terminer ce chapitre4 ,aristote dit que la colre sert parfois d'arme la vertu et la vaillance2 cela parat vraisemblable2 toutefois1 ceux qui diffrent d'avis sur ce point1 objectent avec esprit qu'alors c'est une arme d'emploi tout spcial1 car nous manions les autres armes1 tandis que celle-ci1 c'est elle qui nous manie2 notre main ne la guide pas1 c'est elle qui la guide2 elle nous tient1 ce n'est pas nous qui la tenons4 ,,chapitre ,,xxxii4 ,dfense de ,snque et de ,plutarque4 ,l'intimit que j'ai avec ces deux philosophes1 l'aide dont ils me sont en ma vieillesse et aussi pour mon livre compos uniquement de ce que j'ai puis chez eux1 me font une obligation de dfendre leur honneur4 ,combien est fausse la comparaison que l'on a voulu tablir entre ,snque et le ,cardinal de ,lorraine4--,occupons-nous d'abord de ,snque4 ,dans la quantit innombrable d'opuscules que rpand la religion prtendue rforme pour la dfense de sa cause1 et dont quelques-uns sont parfois crits de bonne encre qu'il est grand dommage de ne pas voir employe meilleur usage1 j'en ai vu un autrefois dont l'auteur1 pour mieux exposer et complter la similitude qu'il veut trouver entre le rgne de feu notre pauvre roi ,charles ,,ix et celui de ,nron1 assimilant feu ,m4 le cardinal de ,lorraine ,snque1 compare leurs fortunes qui les ont appels tous deux occuper le premier rang dans les conseils de leurs princes1 et aussi leurs murs1 leur conduite et leurs erreurs4 ,a mon avis1 c'est faire bien de l'honneur au dit cardinal2 car1 bien qu'encore je sois de ceux qui estiment le plus son esprit1 son loquence1 son zle envers sa religion et pour le service de son roi1 sa bonne fortune qui l'a fait natre en un sicle o il a t si nouveau et si rare1 en mme temps que si ncessaire au bien public1 qu'il se soit trouv un dignitaire de l'glise de si haute noblesse1 en situation si leve1 qui ft autant sa place et aussi capable qu'il l'a t dans la charge qu'il occupait1 je dois dire1 pour rendre hommage la vrit1 que je ne le tiens cependant pas d'une capacit beaucoup prs comparable celle de ,snque1 ni d'une vertu aussi nette1 aussi ferme1 aussi entire que celle de ce dernier4 ,l'opuscule dont je parle1 fait1 pour les besoins de la cause1 un expos fort injurieux de ce qu'a t ,snque2 il emprunte ses diatribes ,dion1 historien dont le tmoignage ne m'inspire aucune confiance4 ,outre que ,dion est trs versatile dans ses jugements1 qu'aprs avoir exprim ici qu'il considre ,snque pour un homme trs sage1 ennemi mortel des vices de ,nron1 ailleurs il le peint comme port l'avarice1 l'usure1 ambitieux1 lche1 voluptueux1 se disant philosophe et dmentant ses paroles par ses actes1 ,snque est d'une vertu qui se montre si vive et de si bon aloi dans ses crits1 il s'y dfend si clairement contre toutes les imputations dont il a t l'objet1 notamment contre celles affrentes sa richesse et ses dpenses excessives1 que je ne puis ajouter foi aucun tmoignage port contre lui4 ,de plus1 il est beaucoup plus rationnel de croire sur ce point les historiens romains1 plutt que ceux qui sont grecs ou trangers2 or ,tacite et les autres parlent trs honorablement de sa vie et de sa mort et le reprsentent1 sous tous rapports1 comme un personnage de haute vertu1 qui s'est acquitt de son rle d'une manire parfaite4 ,au jugement de ,dion1 je ne ferai qu'un seul reproche1 mais il est caractristique1 c'est que cet historien a si peu le sens des affaires de ,rome1 qu'il ose prendre fait et cause pour ,jules ,csar contre ,pompe1 et pour ,antoine contre ,cicron4 ,plutarque a t tax d'ignorance1 d'excessive crdulit et de partialit2 rfutation de ces accusations4--,passons ,plutarque4 ,jean ,bodin1 un des bons auteurs de notre temps1 qui a beaucoup plus de jugement que la tourbe des crivassiers de son sicle1 mrite qu'on l'ait en considration et qu'on le discute4 ,je le trouve un peu hardi dans le passage de son ouvrage ayant pour titre3 ,mthode pour faciliter l'tude de l'histoire1 o il accuse ,plutarque1 non seulement d'ignorance 7point sur lequel je ne le contredirai pas1 parce que la question n'est pas de ma comptence71 mais encore d'avoir souvent consign des faits incroyables et absolument du domaine de la fable2 ce sont ses propres expressions4 ,s'il et dit simplement des faits autrement qu'ils ne se sont passs1 le reproche n'et pas t de grande consquence1 parce que ce que nous n'avons pas vu1 il nous faut bien le tenir d'autrui et l'admettre crdit2 et je reconnais qu'en effet ,plutarque nous donne parfois des versions diffrentes d'un mme fait1 tel est le cas du jugement mis par ,annibal sur les trois plus grands capitaines qui aient jamais exist1 qui est autre dans la vie de ,flaminius que dans celle de ,pyrrhus4 ,mais lui imputer d'avoir accept pour argent comptant des choses incroyables et impossibles1 c'est accuser de manque de jugement le plus judicieux historien du monde4 ,nombreux exemples tmoignant que les faits avancs par cet historien et prsents par la critique comme incroyables1 n'ont rien d'impossible4--,voici l'exemple qu'en cite ,bodin3 ,tel est le cas1 dit-il1 quand il rapporte qu'un enfant de ,lacdmone se laissa dchirer le ventre par un jeune renard qu'il avait vol et qu'il tenait cach sous sa robe1 au point d'en mourir1 plutt que de courir risque qu'on s'apert du vol4 ,je trouve en premier lieu que l'exemple est mal choisi1 d'autant qu'il est bien malais d'assigner une limite aux facults de l'me1 beaucoup plus qu'aux forces corporelles dont nous avons davantage possibilit d'apprcier le degr qu'elles ne peuvent dpasser2 aussi1 s'il m'avait appartenu de choisir1 c'est un exemple de cette autre sorte que j'eusse prsent1 et il s'en trouve dans ,plutarque de moins croyables que le fait ci-dessus1 tel celui ayant trait ,pyrrhus qui1 tout bless qu'il tait1 crit-il1 donna un si formidable coup d'pe un de ses adversaires qui tait arm de toutes pices1 qu'il le pourfendit du sommet de la tte en bas1 si bien que le corps s'en trouva spar en deux parties4 ,dans l'exemple donn par ,bodin1 je ne trouve rien de bien miraculeux et je n'admets pas l'excuse qu'il invoque pour disculper ,plutarque1 qui aurait ajout son rcit les mots ce que l'on dit1 pour nous avertir de nous garder d'y croire d'une faon absolue1 comme si1 en dehors de ce qui s'impose nous par son antiquit et le respect d aux traditions religieuses1 il ne voulait ni accepter1 ni nous proposer d'ajouter foi des choses incroyables par elles-mmes4 ,ces mots3 ce que l'on dit1 ne sont pas l dans ce but2 ce qui le prouve1 c'est qu'aussitt aprs1 toujours propos du courage avec lequel les enfants de ,lacdmone supportaient la souffrance1 il nous cite des faits plus incroyables encore1 arrivs de son temps1 comme1 par exemple1 celui qu'avant lui1 ,cicron avait dj relat et dont il avait1 a-t-il dit1 t tmoin sur les lieux mmes4 ,encore cette poque1 crit ,plutarque1 il y avait des enfants qui1 dans les preuves qu' cet gard on leur faisait subir devant l'autel de ,diane1 supportaient d'tre fouetts jusqu' ce que le sang leur coult de tout le corps et qui non seulement ne jetaient pas un cri1 mais ne poussaient mme pas un gmissement2 il y en eut mme qui1 consciemment1 se laissrent ainsi fouetter jusqu' en mourir4--,plutarque raconte encore1 aprs cent autres qui en ont t tmoins1 ce fait qui a le mme caractre3 ,un enfant de ,sparte1 dans la manche duquel un charbon ardent avait gliss pendant qu'il encensait1 se laissa brler le bras1 au point que l'odeur de viande grille saisit les assistants4--,il tait dans les murs de ce peuple de ne rien mettre au-dessus de sa rputation1 et rien n'y attirait plus de blme et de honte que d'tre surpris en flagrant dlit de vol1 ce qui explique la constance de celui se laissant dchirer par son renard4 ,je suis si convaincu de la grandeur d'me de tels hommes que1 loin de me paratre incroyable comme l'estime ,bodin1 le fait racont par ,plutarque ne me semble ni rare1 ni trange4 ,l'histoire de ,sparte est pleine de mille exemples plus rudes encore et qui se rencontrent rarement chez les autres nations2 ce compte1 elle serait miracle d'un bout l'autre4 ,ammien ,marcellin raconte1 sur cette question de vol1 que de son temps on n'avait pas encore trouv de tortures capables de contraindre seulement faire dire leurs noms aux gyptiens qui taient surpris dans la perptration de ce mfait dont ils taient coutumiers4 ,un paysan espagnol1 mis la torture pour obtenir de lui qu'il dnont les complices du meurtre du prteur ,lucius ,pison1 criait1 au milieu des tourments1 que ses amis n'eussent pas s'inquiter1 qu'ils pouvaient assister en toute assurance son supplice2 qu'il n'tait pas au pouvoir de la douleur de lui arracher la moindre rvlation4 ,le premier jour1 on ne put rien tirer autre de lui2 le lendemain1 comme on l'amenait pour le torturer nouveau1 s'arrachant violemment des mains de ses gardiens1 il alla donner de la tte contre un mur et se tua4 picharis avait puis et lass la cruaut des bourreaux de ,nron2 elle avait endur toute une journe d'tre brle1 battue1 torture1 sans avoir fait de rvlation sur la conjuration laquelle elle avait pris part4 ,le lendemain1 rapporte1 les membres briss1 dans la chambre o elle devait subir nouveau la question1 elle passa un lacet de sa robe dans l'un des bras de sa chaise1 formant une sorte de nud coulant o elle entra la tte1 et1 se laissant aller de tout le poids de son corps1 elle s'trangla4 ,en mourant ainsi courageusement et se drobant de nouveaux tourments1 aprs avoir subi avec une patience qui n'avait pu tre vaincue ceux du jour prcdent1 ne semble-t-elle pas avoir voulu railler le tyran contre lequel elle avait conspir1 et encourager ceux qui seraient disposs l'imiter dans ses complots contre lui4 ,si l'on s'enqurait auprs des derniers de nos soldats des faits dont ils ont t tmoins ou acteurs dans nos guerres civiles1 combien ne trouverait-on pas de traits d'endurance1 d'obstination et d'opinitret qui se sont produits1 en ces temps malheureux1 dans cette tourbe si molle1 plus effmine encore que le bas peuple gyptien1 et qui sont cependant dignes d'tre compars ceux que nous venons de donner de la vertu des ,spartiates4--,je sais qu'il y a de simples paysans qui se sont laiss griller la plante des pieds1 craser les extrmits des doigts dans des mchoires de chien de pistolet1 serrer le front avec une corde au point que les yeux1 tout injects de sang1 leur sortaient de la tte1 avant de consentir seulement traiter de leur ranon4--,j'en ai vu un laiss pour mort dans un foss2 il tait compltement nu1 avait le cou tout meurtri et tumfi par un licol qui y pendait encore et avec lequel on l'avait tenu attach toute la nuit la queue d'un cheval2 le corps tait perc en cent places de coups de dague qui lui avaient t ports1 non pour le tuer1 mais pour le faire souffrir et lui faire peur4 ,il avait souffert tout cela au point d'en perdre la parole et le sentiment1 bien rsolu1 ce qu'il m'a dit1 mourir de mille morts 7et en vrit1 comme souffrance1 il avait eu en endurer une bien entire71 plutt que de rien promettre2 c'tait pourtant un des plus riches laboureurs de la contre4--,combien en a-t-on vu qui se sont laiss brler et rtir1 pour des opinions qu'ils tenaient d'autrui1 qu'ils ignoraient et sur lesquelles ils n'avaient mme aucune donne4--,j'ai connu1 par centaines1 des femmes 7on dit que1 sous ce rapport1 les ttes1 en ,gascogne1 sont particulirement doues7 auxquelles vous eussiez fait mordre du fer rouge1 plutt que de les faire dmordre d'une ide qui leur serait venue sous l'empire de la colre4 ,elles s'exasprent sous les coups et la contrainte1 et celui qui a invent le conte de celle qui1 parce que son mari l'avait menace et battue1 ne cessait de le traiter de pouilleux1 et qui1 jete l'eau1 levait encore les mains au-dessus de la tte faisant le geste d'craser des poux tandis que dj elle touffait1 a imagin l un conte qui1 en vrit1 peint bien exactement l'opinitret de la femme1 telle que nous en voyons chaque jour des exemples2 et l'opinitret est sur de la constance1 au moins en vigueur et en fermet4 ,c'est un tort de vouloir juger du possible et de l'impossible par ce dont nous sommes nous-mmes capables4--,ainsi que je l'ai dit ailleurs1 il ne faut pas juger de ce qui est possible et de ce qui ne l'est pas1 suivant qu'il nous semble que c'est croyable ou incroyable4 ,c'est une grosse faute1 je ne dis pas cela pour ,bodin1 en laquelle cependant tombent la plupart des hommes1 de faire difficult de croire que d'autres puissent savoir ou vouloir ce qu'eux-mmes ne savent pas ou ne veulent pas4 ,on dirait que chacun est le modle par excellence de la nature humaine1 que tous les autres doivent se rgler d'aprs lui1 et que tout ce qui1 en eux1 n'est pas conforme ce qu'il est lui-mme1 est ou feint ou faux4 ,lui propose-t-on quelque chose qu'un autre ait fait ou imagin3 pour en juger1 il se prend tout d'abord pour exemple2 ce qui se passe en lui1 est la rgle qui doit rgir le monde2 quelle dangereuse et insupportable nerie6 ,quant moi1 je considre certains hommes1 notamment de ceux qui ont vcu dans l'antiquit1 comme m'tant bien suprieurs2 et1 quoique je reconnaisse nettement mon impuissance les suivre 99 mme de trs loin1 je ne les perds pas de vue2 j'ai la comprhension des ressorts qui les lvent ainsi au-dessus du vulgaire1 bien que n'en retrouvant aucunement trace en moi2 j'en agis du reste de mme vis--vis des esprits les plus bas1 dont je ne m'tonne pas1 et aux ides desquels1 de parti pris1 je ne me refuse pas croire4 ,je saisis bien la faon dont les premiers s'y sont pris pour merger et j'admire leur grandeur2 je trouve trs beaux ces lans de leur part et j'y applaudis2 si mes forces ne me permettent pas de les imiter1 mon jugement du moins les tudie trs volontiers4 ,l'autre exemple que donne ,bodin l'appui de son assertion que ,plutarque avance des faits incroyables et absolument du domaine de la fable1 est qu',agsilas fut condamn l'amende par les phores1 pour s'tre gagn le cur et la bonne volont de ses concitoyens qui ne connaissaient plus que lui4 ,je ne vois pas quel indice d'erreur la critique peut trouver l2 il est certain que ces choses devaient tre beaucoup mieux connues de ,plutarque qu'elles ne le sont de nous2 il n'tait pas1 au surplus1 nouveau en ,grce de voir des hommes frapps et exils1 pour le seul fait de plaire par trop leurs concitoyens2 l'ostracisme et le ptalisme en font foi4 ,la partialit de ,plutarque en faveur des ,grecs1 au dtriment des ,romains1 n'est pas mieux fonde4--,cette mme mthode pour faciliter l'tude de l'histoire porte contre ,plutarque une autre accusation qui me choque3 cet historien qui1 dans les parallles qu'il a tablis1 a appareill avec la plus entire bonne foi1 on le reconnat1 les ,romains entre eux1 et les ,grecs entre eux1 n'aurait pas apport la mme impartialit quand il compare des ,romains avec des ,grecs4 ,par exemple1 est-il dit1 dans le rapprochement opr entre ,dmosthne et ,cicron1 ,caton et ,aristide1 ,sylla et ,lysandre1 ,marcellus et ,pelopidas1 ,pompe et ,agsilas1 les ,grecs se trouvent avantags par le choix de ceux1 par trop suprieurs1 auxquels on les compare4 ,c'est prcisment attaquer ,plutarque dans ce qu'il y a en lui de meilleur et de plus digne d'loges2 car1 dans ces comparaisons 7qui constituent la partie la plus admirable de son uvre et laquelle1 mon avis1 il s'est particulirement attach71 la fidlit et la sincrit de ses jugements galent leur profondeur et leur valeur2 c'est un philosophe qui nous enseigne la vertu4--,voyons s'il nous est possible de le dgager de ce reproche de fausset et de prvarication4 ,je pense que ce qui a donn lieu cette apprciation dfavorable1 c'est la grande et clatante aurole qui pare les noms romains que nous connaissons2 il ne nous semble pas que ,dmosthne puisse galer en gloire un consul1 un proconsul1 un questeur de la grande ,rpublique2 mais celui qui examine sous son vrai jour ce qui en est1 ce que sont rellement ces hommes1 ce quoi s'est particulirement appliqu ,plutarque qui a compar leurs murs1 leurs caractres1 leur capacit1 plus que la fortune dont ils ont joui1 pensera1 l'encontre de ,bodin1 que ,cicron et ,caton l'ancien sont loin de valoir ceux en face desquels on les place4 ,notre critique et mieux appuy sa thse1 en donnant comme exemple le parallle entre ,caton le jeune et ,phocion2 il y et trouv une ingalit moins contestable1 l'avantage des ,romains4 ,quant ,marcellus1 ,sylla1 ,pompe1 les succs qu'ils ont eus la guerre sont certainement plus importants1 plus glorieux et ont plus d'clat que ceux des ,grecs que ,plutarque leur compare2 mais les actions les plus belles1 les plus vertueuses1 pas plus la guerre qu'ailleurs1 ne sont pas toujours celles qui ont le plus de renomme4 ,je rencontre souvent les noms de capitaines qui sont clipss par la splendeur d'autres qui ne les valent pas1 tmoin ,labinus1 ,ventidius1 ,tlsinus1 etc42 et1 cet gard1 si j'avais rclamer en faveur des ,grecs1 je pourrais dire que ,camille est bien loin de pouvoir tre compar ,thmistocle1 les ,gracques ,agis et ,clomne1 ,numa ,lycurgue4 ,mais c'est folie de vouloir porter un jugement unique1 embrassant un ensemble de sujets pouvant tre envisags de tant de manires diffrentes4 ,quand ,plutarque compare entre eux ces personnages illustres1 il ne prtend pas qu'ils soient gaux2 et personne mieux que lui n'est capable de faire ressortir avec plus de justesse et de conscience qu'il le fait1 les diffrences qu'ils prsentent4 ,compare-t-il les victoires1 les prouesses accomplies sur le champ de bataille1 la puissance des armes de ,pompe et ses triomphes avec ceux d',agsilas1 il ajoute3 ,je ne crois pas que ,xnophon lui-mme1 s'il vivait1 ost les mettre en balance1 bien qu'on n'ait rien contest de ce qu'il lui a plu d'crire sur ,agsilas4 ,met-il en parallle ,lysandre et ,sylla3 ,il n'existe point de comparaison1 dit-il1 ni dans le nombre des victoires remportes1 ni dans les chances qu'ils ont courues dans les combats qu'ils ont livrs1 car ,lysandre n'a gagn que deux batailles navales1 etc4 ,plutarque n'a en rien dprci les ,romains pour les avoir mis en prsence des ,grecs2 il ne leur a pas fait injure1 quelque disproportion qui puisse exister entre eux1 parce qu'il ne les prend pas dans leur entier1 qu'il n'met aucune prfrence d'ensemble2 il compare1 les uns aprs les autres1 certains pisodes1 certaines particularits de leurs vies respectives et les juge sparment4 ,aussi pour le convaincre de partialit1 faudrait-il scruter l'apprciation porte sur chaque cas particulier1 ou prouver qu'en gnral il a eu tort en comparant tel ,grec tel ,romain1 parce que nombre d'autres1 ayant beaucoup plus de points communs1 auraient mieux convenu pour tablir un parallle entre eux4 ,,chapitre ,,xxxiii4 ,histoire de ,spurina4 ,nous apprendre commander nos passions1 tel est le but de la philosophie2 d'entre toutes1 l'amour est celle qui semble faire natre en nous les apptits les plus violents4--,la philosophie ne pense pas avoir mal employ ses moyens d'action1 quand elle est parvenue rendre notre raison souveraine matresse en notre me et lui avoir donn une autorit suffisante pour contenir nos apptits4 ,les gens qui estiment que de ces apptits1 aucuns ne sont plus violents que ceux que fait natre l'amour1 s'appuient sur ce que ceux-ci embrassent le corps et l'me1 que tout entier l'homme en est possd1 au point que la sant mme y est intresse et que1 parfois1 le mdecin est dans l'obligation de s'entremettre pour qu'il leur soit donn satisfaction4 ,a quoi on peut objecter que l'intervention du corps rabaisse et affaiblit les dsirs de cette nature1 puisqu'ils sont sujets en arriver la satit et susceptibles d'tre calms par l'effet de remdes matriels4 ,de combien de moyens ne s'est-on pas servi pour les amortir3 mutilations1 cilices1 rfrigrants de toutes espces4--,certains voulant dlivrer leurs mes des alarmes continues que leur causaient ces dsirs1 ont eu recours l'incision et l'amputation des organes qui s'en trouvaient impressionns et surexcits4 ,d'autres en ont teint la force et la vigueur par de frquentes applications de choses froides1 comme par exemple un mlange de neige et de vinaigre4 ,les haires ou cilices de nos pres n'avaient pas d'autre objet2 ils taient en tissu de poil de cheval1 dont les uns faisaient des chemises1 d'autres des ceintures servant endolorir les reins4--,un prince me racontait1 il n'y a pas longtemps1 que1 dans sa jeunesse1 un jour de fte solennelle1 la cour du roi ,franois ,ier1 tout le monde s'y trouvant par de ses plus beaux atours1 il lui prit fantaisie de vtir le cilice1 qu'il possde encore1 de monsieur son pre2 mais malgr toute sa dvotion1 il n'eut pas la patience d'attendre jusqu' la nuit pour s'en dbarrasser1 et il en fut longtemps malade4 ,il ajoutait qu'il ne pensait pas qu'il y et ardeur de jeunesse si violente1 que l'usage de ce moyen ne puisse contenir2 il ne semble pas toutefois s'tre1 en cette occasion1 trouv aux prises avec celle de ces satisfactions produisant les sensations les plus aigus1 car l'exprience montre que l'motion qui en rsulte persiste bien souvent1 si rudes et si misrables que soient les vtements que l'on a1 et que les haires ne font pas toujours de pauvres hres de ceux qui les portent4 ,xnocrate employa un procd plus nergique4 ,ses disciples1 pour prouver sa continence1 avaient1 la drobe1 fait entrer dans son lit ,las1 la belle et fameuse courtisane2 elle y avait pris place absolument nue1 n'ayant que sa beaut pour arme et ses foltres appts comme philtres4 ,le philosophe sentant que son corps1 demeur jusqu'alors inaccessible aux tentations de cette nature1 commenait se mutiner en dpit de ses raisonnements et des rgles qu'il s'tait imposes1 se fit brler les organes qui avaient prt l'oreille cette rbellion4 ,quand les passions qui occupent l'me1 la tiennent seule1 l'exclusion du corps1 comme font l'ambition1 l'avarice et autres1 elles crent beaucoup plus de difficults la raison qui1 pour les dominer1 n'a d'aide attendre que d'elle-mme2 en outre1 loin d'tre susceptibles de satit1 ces passions s'avivent et augmentent par le fait mme des satisfactions qui leur sont donnes4 ,chez quelques-uns1 l'ambition est plus indomptable que l'amour2 ,csar en a t un exemple4--,l'exemple de ,jules ,csar pourrait lui seul suffire nous montrer combien ces apptits diffrent2 car jamais homme ne fut plus adonn aux plaisirs de l'amour4 ,le soin minutieux qu'il avait de sa personne1 en tmoigne2 il allait jusqu' user des moyens les plus lascifs qui taient en usage cette poque1 comme de se faire piler tout le corps et farder de parfums spciaux dont l'emploi tait excessivement rare4 ,de sa personne1 si nous nous en rapportons ,sutone1 il tait bel homme1 avait le teint blanc1 tait de haute taille et bien proportionn2 le visage tait bien plein2 il avait les yeux bruns et vifs2 sous bien des points1 les statues que l'on voit de lui ,rome1 s'cartent de ce portrait4 ,outre ses femmes lgitimes1 et il en changea quatre fois1 et sans compter les rapports amoureux que1 dans sa jeunesse1 il eut avec ,nicomde roi de ,bithynie1 ,cloptre1 cette reine d'gypte si fameuse1 perdit avec lui sa virginit1 et de leurs relations naquit le petit ,csarion2 il fit aussi l'amour avec ,euno1 reine de ,mauritanie2 ,rome1 avec ,posthumia femme de ,servius ,sulpitius1 ,lollia femme de ,gabinius1 ,tertulla femme de ,crassus1 et mme avec ,mutia femme du grand ,pompe1 ce qui fut cause1 disent les historiens romains1 que son mari la rpudia2 ,plutarque dclare ignorer ce fait1 mais les ,curions1 le fils comme le pre1 ont plus tard reproch ,pompe1 quand il pousa la fille de ,csar1 de devenir le gendre d'un homme qui avait sduit sa femme et que lui-mme qualifiait souvent du nom d'gisthe4 ,outre celles que je viens d'numrer1 ,csar eut encore pour matresse ,servilia1 sur de ,caton et mre de ,marcus ,brutus1 et chacun croyait que la grande affection qu'il portait ce dernier avait pour cause sa naissance une poque qui pouvait donner supposer qu'il tait de lui4 ,j'ai donc raison1 ce semble1 de le tenir comme excessivement port ce genre de dbauche et de temprament trs amoureux2 et cependant1 quand la passion de l'ambition1 dont il tait galement possd un degr infini1 venait se trouver en opposition avec la prcdente1 celle-ci lui cdait immdiatement le pas4 ,a ce propos1 me revient en mmoire le cas de ,mahomet qui subjugua ,constantinople et y mit dfinitivement fin la domination grecque4 ,je ne sais personne chez qui ces deux passions se soient trouves1 comme en lui1 peser d'un poids aussi gal4 ,il tait aussi robuste athlte en amour qu' la guerre2 mais chaque fois que dans le cours de son existence elles se sont fait concurrence1 son ardeur pour les combats l'a toujours emport sur son ardeur pour l'amour2 et il en a t ainsi jusqu' ce qu'arriv une extrme vieillesse et devenu incapable de supporter les fatigues de la vie des camps1 sa passion pour la femme1 reprenant le dessus1 rgna ds lors en matre chez lui1 bien que la saison marque par la nature en ft passe4 ,d'autres au contraire ont fait cder l'ambition l'amour4--,ce qu'on raconte de ,ladislas1 roi de ,naples1 est un exemple remarquable du contraire2 il tait bon capitaine1 courageux et ambitieux1 mais son ambition avait surtout pour objet principal la satisfaction de ses apptits voluptueux et la possession de quelque rare beaut4 ,sa mort fut conforme sa vie4 ,par un sige bien conduit1 il avait serr de si prs la ville de ,florence1 que ses habitants1 aux abois1 furent rduits traiter4 ,il leur offrit de se retirer et d'abandonner ainsi le fruit de sa victoire1 sous condition qu'on lui livrt une fille de la ville1 d'une clatante beaut1 dont il avait entendu parler4 ,force fut d'accder sa volont et1 pour prserver la cit de la ruine dont elle tait menace1 d'accepter cette injure1 dont ne devaient souffrir que des intrts privs4 ,cette beaut tait la fille d'un mdecin fameux cette poque1 qui1 devant une si pnible ncessit1 prit une rsolution des plus nergiques4 ,tandis que chacun parait sa fille1 la couvrant de dentelles et de bijoux pour la rendre plus agrable encore cet amant qui se prsentait dans des conditions si particulires1 son pre1 se joignant aux autres1 lui fit cadeau d'un mouchoir d'un travail exquis1 exhalant un parfum dlicieux1 dont elle aurait faire usage lors de leurs premiers embrassements1 cet objet tant de ceux dont les femmes n'oublient gure d'user en pareil cas pour ponger les parties intresses4 ,ce mouchoir tait empoisonn2 le mdecin avait apport sa prparation toute la science de son art2 son contact avec les chairs chauffes et alors que les pores taient dilats1 le poison les pntrant1 agit si promptement que le sang en bullition des deux amants se glaa instantanment et tous deux expirrent dans les bras l'un de l'autre4 ,csar ne sacrifiait jamais une heure de son temps1 quand les affaires le rclamaient tout entier2 il tait la fois le plus actif et le plus loquent de son poque2 il tait aussi trs sobre4--,j'en reviens ,csar4 ,ses plaisirs ne lui firent jamais drober une seule minute1 ni se dtourner d'un pas des occasions qui pouvaient concourir son lvation2 l'ambition domina chez lui toutes les autres passions et exera sur son me une autorit si complte qu'elle l'entrana o elle voulut4 ,en vrit1 quand je considre la supriorit de cet homme et les merveilleuses dispositions dont il tait dou1 j'en prouve du dpit4 ,ses connaissances en toutes choses taient telles qu'il n'y a pour ainsi dire pas de science sur laquelle il n'ait crit2 comme orateur1 il l'tait au point que plusieurs ont prfr son loquence celle de ,cicron2 et je crois bien que c'tait aussi son opinion1 car ses deux morceaux connus sous le nom d',anticatons furent crits pour contrebalancer l'effet produit par la magnificence de style que ,cicron avait dploye dans son loge de ,caton4 ,du reste1 y a-t-il eu une me aussi vigilante1 aussi active1 aussi acharne au travail que la sienne que rehaussaient encore des qualits diverses qu'on ne peut lui contester et qui se rencontrent rarement telles qu'elles taient en lui1 je veux dire franches1 naturelles et non contrefaites8--,il tait remarquablement sobre et si peu difficile en fait de nourriture1 qu',oppius raconte qu'un jour on lui servit table1 dans une sauce1 au lieu d'huile ordinaire1 de l'huile prpare pour un mdicament1 et qu'il en mangea copieusement pour ne pas causer de confusion son hte2 une autre fois1 il fit fouetter son boulanger1 pour lui avoir servi du pain autre que celui l'usage de tout le monde4 ,caton disait mme parfois qu'il tait le premier homme dou de sobrit qui et achemin son pays la ruine4 ,ce mme ,caton le traita bien un jour d'ivrogne1 mais cela dans les circonstances que voici3 ,ils taient tous deux au ,snat2 il y tait question de la conjuration de ,catilina laquelle ,csar tait souponn d'tre affili1 lorsque1 du dehors1 on lui fit passer un billet en cachette4 ,caton1 pensant que ce pouvait tre un avis que lui faisaient parvenir les conjurs1 le somma de le lui remettre1 ce quoi ,csar se trouva oblig pour viter que les soupons ne prissent plus de consistance4 ,or il se trouvait par hasard que c'tait un billet doux que lui crivait ,servilia1 sur de ,caton2 celui-ci1 l'ayant lu1 le lui rejeta en disant3 ,tiens1 ivrogne4 ,a mon sens1 cette apostrophe fut une marque de ddain et de colre et non un reproche impliquant la possession de ce vice2 il en a t ici ce qui nous arrive souvent lorsque1 invectivant ceux qui nous causent de l'irritation1 nous employons leur gard les premires injures qui nous viennent la bouche1 bien qu'elles ne s'appliquent en rien eux auxquels nous les adressons2 d'autant que ce vice que ,caton semblait imputer ainsi ,csar va1 la plupart du temps1 de pair avec celui sur lequel il venait de le surprendre1 car ,vnus et ,bacchus vont volontiers de compagnie1 dit un proverbe2 chez moi1 ,vnus est au contraire bien plus allgre quand c'est la sobrit qui l'accompagne4 ,sa douceur1 sa clmence ont paru douteuses2 mille exemples tablissent qu'il avait cette qualit4--,les exemples de sa douceur et de sa clmence envers ceux qui l'avaient offens1 sont en nombre infini3 je parle de ceux de ses actes qui se sont produits en dehors du temps o la guerre civile tait encore dans toute sa violence2 car durant cette priode1 ainsi qu'il l'a assez laiss entendre lui-mme dans ses crits1 cette gnrosit lui servait amadouer ses ennemis1 et leur faire moins redouter sa victoire et sa future domination4 ,si on ne peut dire de ceux-ci qu'ils soient suffisants pour prouver une douceur inne1 toujours est-il qu'ils tmoignent d'une merveilleuse confiance et d'un grand courage de sa part4 ,il lui est souvent arriv de renvoyer son ennemi1 aprs les avoir vaincues1 des armes entires1 sans daigner seulement les obliger par serment1 sinon le servir1 du moins s'abstenir de lui faire la guerre4 ,il a fait prisonniers1 trois ou quatre fois1 certains capitaines de ,pompe1 et1 chaque fois1 leur a rendu la libert4 ,pompe dclarait ennemis tous ceux qui ne se joignaient pas lui2 ,csar fit proclamer qu'il considrait comme amis tous ceux qui demeureraient neutres et ne porteraient pas effectivement les armes contre lui4 ,a ceux de ses capitaines qui l'abandonnaient pour embrasser le parti de son adversaire1 il allait jusqu' leur renvoyer leurs armes1 leurs chevaux et leurs bagages4 ,il laissait aux villes dont il s'tait empar la libert de suivre tel parti qui leur conviendrait1 se fiant uniquement1 pour les contenir1 au souvenir de sa douceur et de sa clmence4 ,le jour de sa grande bataille de ,pharsale1 il ordonna de ne porter la main qu' la dernire extrmit sur ceux qui taient citoyens romains4 ,c'est l1 mon avis1 une manire de faire bien hasardeuse1 et il n'est pas tonnant que1 dans les guerres civiles que nous traversons1 ceux qui1 comme lui1 combattent l'ancien ordre de choses de leur pays1 ne l'imitent pas sur ce point2 ce sont des procds extraordinaires1 dont seuls la fortune de ,csar et son admirable gnie taient capables d'user heureusement4 ,quand je songe la grandeur incomparable de cette me1 j'excuse la victoire de n'avoir pas cess de lui demeurer fidle1 mme en cette cause si injuste et si inique4 ,pour en revenir sa clmence1 nous en avons plusieurs exemples qui se sont produits au temps de sa domination et tmoignent qu'elle tait bien dans sa nature2 car1 matre alors de toutes choses1 il n'avait plus besoin de feindre4--,caius ,memmius avait crit contre lui des pamphlets trs mordants1 auxquels il avait mme fort vertement rpondu2 cela ne l'empcha pas de l'aider1 bientt aprs1 obtenir le consulat4--,caius ,calvus qui lui avait dcoch plusieurs pigrammes injurieuses1 ayant employ un de ses amis se rconcilier avec lui1 ,csar alla jusqu' lui crire lui-mme le premier4--,et notre bon ,catulle qui l'avait si fort malmen sous le nom de ,mamurra6 il vint s'en excuser1 et1 le jour mme1 ,csar le faisait manger sa table4--,avis que quelques-uns avaient mal parl de lui1 il se borna dclarer1 dans une harangue publique1 qu'il en tait averti4--,s'il ne portait pas de haine ses ennemis1 il les craignait moins encore2 quelques conciliabules avaient t tenus1 quelques conjurations formes contre lui1 ils furent dcouverts2 il se contenta de publier par un dit qu'elles lui taient connues1 sans autrement en poursuivre les auteurs4--,comme exemple des attentions qu'il avait pour ses amis3 ,caius ,oppius voyageant avec lui et se trouvant indispos1 il lui cda le seul abri qu'il y avait1 et lui-mme coucha toute la nuit en plein air et sur la dure4--,quant sa justice1 on peut en juger par ce trait3 bien qu'aucune plainte n'et t porte1 il fit mettre mort un de ses esclaves qu'il aimait particulirement1 pour avoir couch avec la femme d'un chevalier romain4--,jamais homme n'apporta plus de modration dans la victoire1 ni plus de rsolution quand la fortune lui fut contraire4 ,mais son ambition effrne l'a amen renverser la rpublique la plus florissante de l'antiquit1 ce dont rien ne saurait l'absoudre4--,mais toutes ces belles qualits furent gtes et touffes par cette ambition effrne laquelle il se laissa si fort emporter1 qu'on peut aisment affirmer qu'elle rgla et dirigea toutes ses actions4 ,d'un homme libral elle fit un voleur des deniers publics1 pour avoir possibilit de subvenir ses prodigalits et ses largesses4 ,elle l'amena prononcer ce propos affreux1 si contraire tout principe de moralit1 que les hommes les plus mchants du monde1 les plus perdus de vice1 s'ils l'avaient servi le faire arriver au fate des grandeurs1 il les et aims et soutenus de tout son pouvoir1 tout comme il faisait pour les meilleurs d'entre les gens de bien4 ,elle l'enivra d'une si grande vanit1 qu'il osa se vanter devant ses concitoyens d'avoir rduit cette grande ,rpublique romaine n'tre qu'un nom1 n'ayant plus ni forme1 ni corps2 alla jusqu' dire que dsormais les rponses qu'il ferait serviraient de lois2 osa demeurer assis pour recevoir le ,snat qui venait lui en corps2 souffrit qu'on l'adort et que1 lui prsent1 on lui rendit les honneurs divins4 ,en somme1 ce seul vice1 selon moi1 pervertit en lui le plus beau1 le plus riche naturel qui fut jamais1 et a fait que sa mmoire est odieuse tous les gens de bien1 parce qu'il a cherch sa gloire dans l'asservissement de son pays et le renversement du plus puissant et plus florissant gouvernement que le monde verra jamais4--,on peut1 bien au contraire de ce qui s'est pass chez ,csar1 trouver quelques exemples de grands personnages auxquels la volupt a fait oublier la conduite des affaires1 comme cela est arriv ,marc ,antoine et autres2 mais l o l'amour et l'ambition1 existant au mme degr1 viendront se heurter l'un l'autre avec une violence gale1 je n'ai pas de doute que l'ambition ne l'emporte4 ,exemple extraordinaire d'un jeune ,toscan1 ,spurina1 qui1 d'une beaut remarquable1 se dfigure pour se soustraire aux passions qu'il inspirait4--,pour rentrer dans mon sujet1 je dis que c'est beaucoup que1 par la force de la raison1 nous puissions rfrner nos apptits et1 en leur faisant violence1 contraindre nos organes se maintenir dans le devoir4 ,mais nous fouetter dans l'intrt de nos voisins1 non seulement nous dfaire de cette douce passion qui nous chatouille si agrablement1 renoncer au plaisir que nous ressentons voir que nous sommes agrables autrui1 tre aim et recherch par chacun1 et1 plus encore1 prendre en haine les grces qui nous valent ces satisfactions1 en prouver de la rpugnance et condamner notre beaut parce qu'elle est cause de surexcitation chez d'autres1 je n'en ai gure vu d'exemples4 ,en voici un cependant3--,spurina1 jeune ,toscan1 qui ressemblait un diamant enchss dans l'or et ornant un collier ou une couronne1 ou de l'ivoire serti de buis ou de trbinthe pour que la blancheur en ressorte davantage 7,virgile71 tait dou d'une beaut si rare et si grande1 que les yeux les plus chastes ne pouvaient en soutenir l'clat1 sans en tre violemment troubls4 ,non content de ne pas condescendre calmer cette fivre1 ce feu qu'il attisait partout sur son passage1 il entra en fureur contre lui-mme et contre ces riches prsents reus de la nature1 comme s'il tait en droit de s'en prendre eux de la faute d'autrui1 et1 force d'entailles qu'il se fit volontairement et de cicatrices1 il troubla et dtruisit la parfaite harmonie et la rgularit des traits de son visage1 dont la nature l'avait si remarquablement dot4 ,une telle action ne se peut approuver2 il est plus noble de lutter que de se drober aux devoirs que la socit nous impose1 tous tant que nous sommes4--,a vrai dire1 j'admire de tels actes plus que je ne les approuve1 de pareils excs ne s'accommodant pas avec mes principes4 ,l'intention est bonne1 et le fait celui d'une me honnte2 mais1 mon avis1 il n'est pas suffisamment rflchi4 ,la laideur en laquelle notre jeune homme est tomb1 ne peut-elle pas en avoir induit d'autres en faute1 qui l'auront pris en mpris et en haine8 n'a-t-on pu lui porter envie1 en raison de la gloire que lui a value un acte aussi rare2 ou le calomnier1 en attribuant sa rsolution une dception1 suite de vises trop ambitieuses8 car il n'y a aucune forme que le vice1 quand il lui plat1 ne revte lorsqu'il trouve occasion de se donner carrire d'une faon ou d'une autre4 ,il et t plus judicieux1 et aussi plus glorieux1 qu'avec ces dons dont il tait redevable ,dieu1 il devnt un modle de vertu et de murs1 qui ft demeur en exemple la postrit4 ,ceux qui se drobent aux charges de la socit1 ces obligations de tous genres1 en nombre infini1 souvent pineuses1 qui psent sur un homme qui tient un rang honorable dans le monde1 s'vitent1 selon moi1 bien des tracas1 quels que soient les petits inconvnients particuliers qui en rsultent2 c'est en quelque sorte mourir1que de fuir la peine de vivre comme on le doit4 ,ces gens peuvent avoir d'autres mrites1 il ne m'a jamais paru qu'ils aient celui de se trouver aux prises avec les difficults1 car je n'en connais pas de pire que de se tenir en quilibre sur les flots de cette mer agite qu'est le monde1 de rpondre et de satisfaire loyalement tout ce qui est du ressort de la position que l'on occupe4 ,il est peut-tre plus facile de s'abstenir d'une manire absolue de tout rapport avec le sexe fminin1 que de se conduire toujours1 tous gards1 d'une faon irrprochable avec sa femme2 nous avons moins de chance de nous perdre en tat de pauvret1 que dans une abondance dont il nous faut user avec mesure2 l'usage dirig par la raison1 est plus pnible que l'abstinence2 se modrer est une vertu qui exige de plus grands efforts que souffrir4 ,il est mille faons de vivre convenablement1 comme l'entendait ,scipion le jeune1 tandis qu'il n'y en a qu'une la faon de ,diogne2 et autant celle-ci surpasse en innocence la vie qui se mne d'ordinaire1 autant elle-mme est surpasse en utilit et en nergie par celles qui atteignent la perfection et dont on dit que ce sont des existences accomplies4 ,,chapitre ,,xxxiv4 ,observations sur les moyens que ,jules ,csar employait la guerre4 ,selon ,montaigne1 les commentaires de ,csar devraient tre le brviaire de tout homme de guerre4--,on dit de plusieurs grands capitaines qu'ils ont eu une prfrence marque pour certains auteurs3 ,alexandre le ,grand avait ,homre3 ,scipion l',africain1 ,xnophon2 ,marcus ,brutus1 ,polybe2 ,charles ,quint1 ,philippe de ,comines2 de notre temps ,machiavel est1 dit-on1 en crdit ailleurs2 mais feu le ,marchal ,strozzi1 qui pour sa part prfrait ,csar1 avait incontestablement fait le meilleur choix4 ,les commentaires de ,csar devraient1 en effet1 tre le brviaire de tout homme de guerre1 car lui-mme est le vrai et souverain modle en art militaire2 et ,dieu sait1 en outre1 avec quelle grce1 de quelle beaut il a agrment cette matire dj si riche par elle-mme2 son style y est si pur1 si dlicat1 si parfait que1 d'aprs mon got1 aucun crit au monde sur ce sujet n'est comparable aux siens4--,je veux consigner ici quelques traits particuliers1 qu'on rencontre rarement1 qui se sont produits dans ses guerres et qui me reviennent en mmoire4 ,pour rassurer ses troupes effrayes de la supriorit numrique de l'ennemi1 il leur exagrait lui-mme cette supriorit4--,son arme tait quelque peu effraye par les bruits qui couraient de la grande supriorit des forces que le roi ,juba menait contre lui4 ,au lieu de chercher combattre l'ide que s'en taient faite ses soldats1 en diminuant les moyens dont disposait son ennemi1 les ayant runis pour les rassurer et remonter leur courage1 il s'y prit tout autrement qu'on ne le fait d'habitude1 leur disant de ne plus se mettre en peine de se renseigner sur les effectifs que l'ennemi leur opposait1 parce qu'il avait reu des avis prcis cet gard4 ,il leur en fit alors le dnombrement1 exagrant de beaucoup ce qui tait et ce que son arme prsumait d'aprs les bruits en circulation4 ,il agit en cela suivant ce que conseille ,cyrus dans ,xnophon2 d'autant que l'erreur1 quand l'ennemi se rvle plus faible qu'on ne l'esprait1 n'a pas de consquence srieuse1 comme lorsqu'il vous apparat effectivement trs fort1 alors qu'il passait pour tre faible4 ,il accoutumait ses soldats obir1 sans les laisser commenter ses ordres4--,il accoutumait ses soldats se borner en toutes choses obir1 sans se mler de contrler ou de discuter les projets de leur chef1 qu'il ne leur communiquait qu'au moment de leur excution2 et1 s'ils en avaient dcouvert quelque chose1 il prenait plaisir les tromper1 en les modifiant sur-le-champ2 souvent1 dans ce but1 aprs avoir fix qu'il serait fait tape en tel lieu1 il passait outre et allongeait la marche1 particulirement lorsque le temps tait mauvais et pluvieux4 ,trs mnager du temps1 il savait amuser l'ennemi pour en gagner4--,les ,suisses1 au dbut des guerres des ,gaules1 ayant envoy vers lui pour obtenir de traverser un territoire relevant de la domination romaine1 et lui s'tant rsolu s'y opposer par la force1 il fit quand mme bon accueil leurs messagers1 et ajourna sa rponse quelques jours1 afin d'utiliser ce rpit pour rassembler son arme4 ,ces pauvres gens ne savaient pas combien il excellait mettre le temps profit4 ,maintes fois il rpte que c'est le talent le plus essentiel d'un capitaine1 que de savoir saisir les occasions quand elles se prsentent et faire diligence2 celle qu'il dploya1 dans le cours de ses exploits1 est rellement inoue et inimaginable4 ,il n'exigeait gure de ses soldats que la vaillance et la discipline2 parfois1 il leur donnait toute licence2 il aimait qu'ils fussent richement arms1 les honorait du nom de compagnons1 ce qui n'empchait pas qu'il les traitt1 le cas chant1 avec beaucoup de svrit4--,s'il n'tait pas fort consciencieux quand il pouvait tirer avantage contre ses ennemis d'un trait conclu1 il ne l'tait pas davantage en ne demandant ses soldats1 en fait de vertu1 que d'tre vaillants1 et ne punissant gure chez eux que la mutinerie et la dsobissance4 ,souvent aprs une victoire1 il leur lchait la bride et leur donnait licence de tout faire1 les dispensant1 pour un temps1 d'observer les rgles de la discipline militaire2 du reste1 ils taient si bien dresss que1 tout parfums et musqus qu'ils taient1 cela ne les empchait pas de courir avec frnsie au combat4 ,pour dire vrai1 il aimait leur voir des armes de prix et les dotait d'quipements couverts de broderies et d'incrustations dores et argentes afin que1 soucieux de les conserver1 ils missent plus d'nergie les dfendre4--,quand il leur parlait1 il les appelait du nom de compagnons dont nous nous servons encore1 ce que rforma l'empereur ,auguste1 son successeur1 estimant que si ,csar l'avait fait1 c'tait par suite des ncessits de la situation1 pour flatter des gens qui1 en somme1 ne le suivaient que de leur plein gr3 ,au passage du ,rhin1 ,csar tait gnral2 ici1 il est mon compagnon2 le crime rend gaux tous ceux qui en sont complices 7,lucain71 mais que cette faon de faire ne convenait plus la dignit d'un empereur ou d'un gnral d'arme2 et on en revint ne plus les appeler que soldats4 ,a cette courtoisie1 ,csar joignait une grande svrit quand il avait punir4 ,la neuvime lgion s'tant mutine prs de ,plaisance1 il en pronona la dissolution1 la frappant d'ignominie1 bien que ,pompe tnt encore la campagne1 et il ne la reut en grce qu'aprs des supplications ritres4 ,il apaisait les dsordres plus par son autorit et en payant d'audace1 que par la douceur4 ,il se complaisait aux travaux de campagne4--,quand il parle de son passage du ,rhin1 pour passer en ,allemagne1 il dit qu'estimant indigne du peuple romain de faire franchir ce fleuve son arme sur des bateaux1 il a fait construire un pont pour le passer de pied ferme4 ,c'est ce moment qu'il fit btir ce pont admirable sur la construction duquel il nous donne force dtails2 car de tout ce qu'il a fait1 c'est surtout nous initier la fcondit de son imagination en ces sortes d'ouvrages comportant de la main-d'uvre1 qu'il se complat le plus volontiers4 ,il aimait haranguer ses troupes1 et ses harangues sont des modles d'loquence militaire4--,j'ai aussi remarqu qu'il attachait une grande importance aux exhortations qu'il adressait ses soldats au moment du combat2 car chaque fois qu'il veut montrer qu'il a t surpris ou press1 il dit toujours qu'il n'a mme pas eu le temps de haranguer son arme4 ,avant la grande bataille qu'il livra aux gens de ,tournai3 ,csar1 crit-il1 aprs avoir donn ses derniers ordres1 courut aussitt1 pour exhorter son monde1 l o le hasard le porta2 et1 rencontrant la dixime lgion1 il n'eut que le temps de lui dire de se souvenir de sa valeur habituelle1 de ne pas s'tonner et de rsister hardiment aux efforts de l'adversaire2 mais dj l'ennemi tait arriv porte de trait1 il donna le signal de la bataille et courut sur un autre point1 pour continuer ses exhortations une autre partie de ses troupes2 il les trouva dj engages4 ,c'est ainsi qu'il en parle ce passage de son livre2 ce qu'il y a de certain1 c'est que son talent de parole lui a rendu1 en diffrentes circonstances1 de bien signals services4 ,mme de son temps1 son loquence militaire tait tellement apprcie que plusieurs1 dans son arme1 recueillaient ses harangues2 on est arriv ainsi1 en les runissant1 en former des volumes qui lui ont survcu longtemps4 ,son langage avait une grce particulire1 si bien que les personnes de son intimit1 l'empereur ,auguste entre autres1 entendant rpter ce qu'on avait recueilli de ses conversations et de ses discours1 reconnaissaient les phrases1 et jusqu'aux mots1 qui n'taient pas de lui4 ,rapidit de ,csar dans ses mouvements2 aperu de ses guerres nombreuses en divers pays4--,la premire fois qu'il sortit de ,rome1 tant investi d'une charge publique1 il arriva en huit jours sur le ,rhne2 il voyageait ayant devant lui1 sur son char1 un ou deux secrtaires qui crivaient sans cesse sous sa dicte1 et derrire lui un serviteur portant ses armes4--,certainement1 en ne faisant que traverser simplement le pays1 on pourrait peine le faire avec la rapidit qu'il dploya1 lorsque1 quittant la ,gaule et suivant le mouvement de retraite de ,pompe sur ,brindes1 en dix-huit jours il soumettait l',italie4 ,revenant alors de ,brindes ,rome1 il va de ,rome jusqu'aux extrmits les plus recules de l',espagne1 o il a surmonter des difficults extrmes dans sa guerre contre ,afranius et ,petreius4 ,aprs quoi1 il vient assiger ,marseille qui rsiste longtemps4 ,de ,marseille1 il se rend en ,macdoine1 o il bat l'arme romaine ,pharsale2 puis se jette la poursuite de ,pompe1 ce qui le conduit en gypte qu'il soumet4 ,d'gypte1 il vient en ,syrie et dans le ,pont1 o il combat ,pharnace4 ,de l1 il passe en ,afrique1 o il dfait ,scipion et ,juba2 puis1 rentrant en ,italie qu'il ne fait que traverser1 il se porte une seconde fois en ,espagne1 o il met en droute les fils de ,pompe3 ,plus rapide que l'clair1 plus prompt que le tigre auquel on enlve ses petits 7,lucain71 pareil un norme rocher qui1 min par la pluie ou dtach par l'action du temps1 arrach par les vents1 se prcipite du haut de la montagne vers la plaine1 bondissant sur une pente rapide avec un fracas pouvantable1 entranant avec lui arbres1 troupeaux et bergers 7,virgile74 ,il voulait tout voir par lui-mme4--,parlant du sige d',avaricum1 il dit qu'il avait coutume de se trouver jour et nuit prs des ouvriers qu'il faisait travailler4--,dans toutes ses entreprises de quelque importance1 il se livrait lui-mme des reconnaissances pralables2 et jamais il n'engagea son arme sur un terrain1 qu'il ne l'et tout d'abord reconnu4 ,mme1 si nous en croyons ,sutone1 lors de son passage en ,angleterre1 il fut le premier constater la profondeur de l'eau l o devait s'effectuer le dbarquement4 ,il prfrait obtenir le succs en ngociant plutt que par la force des armes4--,il disait d'habitude qu'il prfrait une victoire obtenue en ngociant1 que remporte de vive force4 ,dans la guerre contre ,afranius et ,petreius1 la fortune lui prsenta une occasion qui paraissait des plus favorables2 il s'y refusa1 esprant1 dit-il1 qu'en patientant un peu et donnant moins au hasard1 il viendrait1 quand mme1 bout de ses ennemis4--,dans cette mme guerre1 il fit une chose bien tonnante3 ce fut de faire passer une rivire la nage toute son arme1 sans qu'il y et ncessit3 ,pour voler au combat1 le soldat prend cette route par laquelle il n'et os fuir4 ,tout mouill1 il se recouvre de ses armes et rchauffe en courant ses membres engourdis par le froid 7,lucain74 ,il tait dans ses entreprises plus circonspect qu',alexandre et n'en donnait pas moins hardiment de sa personne chaque fois que c'tait ncessaire4--,je trouve ,csar un peu plus circonspect et rflchi qu',alexandre1 dans ce qu'il entreprenait4 ,celui-ci semble toujours rechercher le danger et courir au-devant comme un torrent imptueux qui heurte et attaque sans discernement et sans faire de distinction tout ce qu'il rencontre3 ,tel l',aufide1 qui arrose le royaume de ,daunus ,apulien1 semblable1 l'poque des crues1 un taureau fougueux1 roule des eaux torrentielles qui menacent les campagnes de la dvastation complte de leurs moissons 7,horace74 ,il est vrai qu',alexandre tait dj en pleine activit la fleur de l'ge1 et encore sous l'effet des premires ardeurs de la jeunesse1 tandis que ,csar1 un ge avanc1 en pleine maturit de jugement1 ne faisait que commencer4 ,de plus1 ,alexandre tait d'un temprament plus sanguin1 colre et ardent1 que surexcitait encore sa passion pour le vin1 dont ,csar sut toujours s'abstenir d'abuser4 ,nanmoins1 qu'il y et ncessit et que la situation l'exiget1 ,csar sut toujours faire1 plus que pas un1 bon march de sa personne4 ,dans plusieurs circonstances o il donna par lui-mme d'une faon particulire1 je crois lire chez lui l'ide de se faire tuer pour chapper la honte d'tre vaincu4--,dans cette grande bataille livre prs de ,tournai1 voyant ses troupes avances faiblir1 il se jette tte baisse sur l'ennemi1 tel qu'il est1 sans s'tre arm de son bouclier2 et cela lui est arriv plusieurs autres fois4--,apprenant qu'une partie de ses troupes taient assiges1 il franchit1 sous un dguisement1 les lignes ennemies1 pour aller fortifier les siens par sa prsence4--,ayant abord ,dyrrachium avec trs peu de monde et voyant que le reste de son arme1 qu'il avait laiss sous la conduite d',antoine1 tardait le suivre1 il se rsout1 pour l'aller chercher et le ramener1 repasser seul le bras de mer qu'il vient de franchir1 affrontant une violente tempte pour passer inaperu1 son adversaire tant matre de la mer et de tous les ports de la cte oppose4--,dans le nombre des expditions qu'il a faites1 il s'en trouve plusieurs qui1 par les risques qu'elles prsentaient1 dpassent tout ce que peut autoriser une judicieuse application de l'art militaire3 avec quels faibles effectifs en effet n'entreprit-il pas la conqute du royaume d'gypte1 et alla-t-il plus tard attaquer les forces de ,scipion et de ,juba qui taient dix fois suprieures aux siennes6 ,de tels hommes ont je ne sais quelle confiance surnaturelle dans leur fortune2 aussi1 parlant de ces entreprises audacieuses1 disait-il qu'il fallait les excuter sans tenir conseil pour dcider si elles taient ou non tenter4--,aprs la bataille de ,pharsale1 comme il avait fait prendre les devants son arme pour passer en ,asie1 il traversait lui-mme l',hellespont1 sans autre navire que celui qui le portait1 quand il fit rencontre en mer de ,l4 ,cassius la tte de dix gros vaisseaux de guerre3 non seulement il eut le courage de l'attendre1 mais il marcha droit lui1 le somma de se rendre1 et russit l'y amener4 ,sa confiance et sa tnacit au sige d',alsia4--,quand il entreprit le sige opinitre d',alsia1 la ville tait dfendue par quatre vingt mille hommes1 et toute la ,gaule1 se levant pour marcher contre lui et l'obliger se retirer1 lui opposa en outre une arme de neuf mille cavaliers et deux cent quarante mille fantassins4 ,quelle hardiesse1 quelle confiance touchant la folie1 que de ne pas vouloir1 dans de telles conditions1 renoncer ce sige et oser tenir tte simultanment deux attaques si formidables6 ,il le fit cependant et1 aprs avoir gagn une grande bataille contre ceux du dehors1 il parvint bientt aprs faire capituler ceux qu'il tenait assigs4--,la mme chose arriva ,lucullus au sige de ,tigranocerte1 dans sa guerre contre ,tigrane1 mais dans des conditions diffrentes1 tant donne la mollesse de l'ennemi auquel ,lucullus avait affaire4 ,deux particularits intressantes que prsente ce sige4--,sur ce sige d',alsia1 je remarque deux faits rares et extraordinaires4 ,le premier1 c'est que les ,gaulois1 s'assemblant pour combattre ,csar1 se rsolurent en conseil1 aprs avoir fait le dnombrement de leurs forces1 retrancher une notable partie de la grande multitude qu'ils taient1 de peur que la confusion ne s'y introduist4 ,c'est l un exemple nouveau1 que de craindre de se trouver trop nombreux2 mais1 le bien considrer1 il est rationnel que l'effectif d'une arme soit de moyenne grandeur et maintenu dans de certaines bornes1 en raison de la difficult pourvoir sa subsistance1 de la conduire et d'y faire rgner l'ordre4 ,en tout cas1 il est trs ais de vrifier par des exemples1 que ces armes d'effectifs monstrueux n'ont gure rien fait qui vaille4 ,au dire de ,cyrus1 rapport par ,xnophon1 ce n'est pas le nombre des hommes1 mais celui des hommes propres combattre qui donne l'avantage1 le reste cause plus de trouble qu'il n'apporte d'aide4 ,ce fut la raison principale qui dtermina ,bajazet livrer bataille ,tamerlan contre l'avis unanime de ses capitaines2 il esprait que la confusion s'introduirait dans la foule innombrable dont se composait l'arme de son ennemi4 ,scanderberg1 bon juge et trs expert en la matire1 avait coutume de dire que dix douze mille combattants sur lesquels on pouvait compter1 devaient suffire un gnral capable1 pour le mettre mme de se tirer honorablement de quelque situation de guerre que ce soit4--,le second point sur lequel ce sige appelle mes rflexions1 c'est qu'il semble contraire ce qui a lieu d'ordinaire la guerre et ce que commande la raison que ,vercingtorix1 qui avait t nomm gnral en chef de toutes les ,gaules rvoltes1 ait pris le parti de s'enfermer ,alsia4 ,celui qui commande tout un pays1 ne doit jamais s'immobiliser ainsi1 moins qu'il ne soit rduit cette extrmit1 que ce soit sa dernire place1 et qu'il n'ait plus d'espoir que dans la dfense qu'elle peut faire2 autrement1 il doit conserver sa libert de mouvements1 afin d'avoir la possibilit de pourvoir la direction de toutes les parties du gouvernement dont il a la charge4 ,avec le temps1 ,csar devint plus retenu dans ses entreprises4--,avec le temps1 ,csar devint un peu moins prompt et plus circonspect dans ses rsolutions1 ainsi que nous l'apprend ,oppius qui tait de son intimit1 pensant qu'il ne devait pas compromettre la si haute renomme qu'il devait tant de victoires1 et qu'une seule dfaite pouvait lui faire perdre4 ,c'est ce qu'expriment les ,italiens1 quand ils veulent reprocher quelqu'un cette hardiesse tmraire qui se rencontre chez les jeunes gens2 ils disent de lui que c'est un besogneux d'honneur1 un affam de rputation et que1 n'en ayant pas encore1 ils ont raison de chercher en acqurir quelque prix que ce soit1 ce que ne doivent pas faire ceux qui sont dj arrivs4 ,ce changement chez ,csar peut provenir d'une juste mesure garder dans ce dsir de gloire2 peut-tre aussi finit-on par en tre rassasi comme de toutes autres choses1 car assez de gens en agissent ainsi4 ,quoique peu scrupuleux1 il n'approuvait cependant pas qu' la guerre on se servt de toutes sortes de moyens pour obtenir le succs4--,csar tait bien loin d'avoir ce scrupule des anciens ,romains1 qui ne voulaient devoir leur succs la guerre qu' leur courage tel qu'ils l'avaient reu de la nature1 sans avoir recours aucun artifice2 malgr cela1 il y apportait plus de conscience que nous ne ferions l'poque actuelle1 et n'estimait pas que tous les moyens sont bons pour obtenir la victoire4 ,dans sa guerre contre ,arioviste1 il tait en pourparlers avec lui1 quand un mouvement se produisit entre les deux armes1 provoqu par la faute des cavaliers de ce chef gaulois4 ,de ce qui s'ensuivit1 ,csar se trouva tre en situation trs avantageuse vis--vis de son ennemi2 il ne voulut pas toutefois s'en prvaloir1 afin de ne pas s'exposer au reproche d'avoir us de mauvaise foi4 ,il revtait d'habitude1 pour le combat1 de riches costumes aux couleurs clatantes qui permettaient de le distinguer de loin4 ,quand l'ennemi tait proche1 il tenait ses soldats plus de court1 se montrant beaucoup plus exigeant sous le rapport de la discipline4 ,il savait trs bien nager et aimait aller pied4--,lorsque1 jadis1 les ,grecs voulaient marquer que quelqu'un tait de la dernire incapacit1 ils disaient de lui ce dicton populaire3 qu'il ne savait ni lire1 ni nager4 ,csar tenait1 lui aussi1 que savoir nager est d'une trs grande utilit la guerre1 et cela lui servit diverses reprises4 ,quand il voulait faire diligence1 il franchissait d'ordinaire la nage les rivires qu'il rencontrait sur sa route1 car1 comme ,alexandre le ,grand1 il aimait voyager pied4--,en gypte1 oblig1 un jour1 pour chapper ses ennemis1 de se jeter dans une chaloupe1 tant de gens s'y prcipitrent en mme temps que lui1 qu'il y avait danger que la barque enfont1 et il prfra se jeter la mer et gagner la nage sa flotte qui tait plus de deux cents pas de l1 ce qu'il fit tenant de la main gauche ses tablettes hors de l'eau1 et avec les dents sa cotte d'armes1 la tranant ainsi afin que l'ennemi ne s'en saisit pas pour en faire un trophe2 cela1 alors qu'il tait dj avanc en ge4 ,ses soldats et ses partisans avaient pour lui une affection extrme et lui taient tout dvous4--,jamais aucun chef militaire ne possda autant la confiance de ses soldats4 ,au dbut de ses guerres civiles1 ses centeniers lui offrirent de solder chacun un homme d'armes de ses propres deniers et ses fantassins de le servir leurs dpens2 ceux d'entre eux qui taient le plus leur aise1 y joignant d'entretenir les plus ncessiteux4--,avec feu ,monsieur l'amiral de ,chtillon1 nous emes occasion de voir dernirement1 dans nos guerres civiles1 un fait semblable3 les ,franais de son arme subvinrent de leur bourse au paiement des trangers qui l'accompagnaient4 ,on ne trouverait gure d'exemples d'une affection si ardente1 si prte tout1 chez ceux qui sont dans les errements passs1 habitus un gouvernement qui1 comme anciennement1 fonctionne rgulirement2 mais la passion a sur nous plus d'autorit que la raison4 ,pourtant1 il est arriv ,rome1 lors de la guerre contre ,annibal1 qu'imitant la libralit du peuple romain envers eux1 les gens d'armes et les capitaines firent abandon de leur solde2 et1 au camp de ,marcellus1 on fltrit de l'pithte de ,mercenaires ceux qui l'acceptrent4--,csar ayant prouv un chec ,dyrrachium1 ses soldats vinrent s'offrir d'eux-mmes pour en tre chtis et punis1 si bien qu'il eut plus les consoler qu' les frapper4--,une seule de ses cohortes1 rduite elle-mme1 soutint pendant plus de quatre heures1 jusqu' ce qu'elle ft presque entirement dtruite coups de trait1 tous les efforts de quatre lgions de ,pompe2 dans les tranches du camp qu'elle dfendait1 on trouva cent trente mille flches4 ,un soldat1 nomm ,scva1 qui commandait l'une des entres1 s'y maintint sans pouvoir tre forc1 ayant un il crev1 une paule et une cuisse perces et son bouclier fauss en deux cent trente endroits4--,il est arriv plusieurs de ses soldats faits prisonniers1 d'accepter la mort plutt que de vouloir promettre de prendre parti contre lui4 ,granius ,ptronius avait t fait prisonnier en ,afrique par ,scipion qui1 aprs avoir fait mettre mort ses compagnons de captivit1 lui manda qu'il lui faisait grce de la vie4 ,le vainqueur en agissait ainsi1 parce que ,ptronius tait un homme de qualit et questeur2 mais celui-ci lui rpondit que les soldats de ,csar avaient coutume de donner la vie aux autres1 et non de la recevoir d'eux2 et1 sur ces mots1 il se tua de sa propre main4 ,il y a un nombre infini d'exemples de leur fidlit vis--vis de lui4--,la conduite des dfenseurs de ,salone1 ville qui tenait pour ,csar contre ,pompe1 est citer en raison de la particularit assez rare qui y advint4 ,marcus ,octavius conduisait le sige2 les assigs taient rduits en toutes choses aux plus extrmes ncessits2 pour suppler au manque de combattants qui1 pour la plupart1 taient morts ou blesss1 ils avaient rendu la libert tous leurs esclaves2 pour manuvrer leurs machines de guerre1 ils avaient d couper les cheveux toutes les femmes1 pour en tresser des cordes2 cela se joignait une excessive disette de vivres1 et1 malgr tout1 ils taient rsolus ne jamais se rendre4 ,leur rsistance avait dj fait traner considrablement le sige en longueur et ,octavius en tait devenu plus ngligent2 sa vigilance s'tait ralentie1 lorsque les assigs ayant choisi leur jour1 aprs avoir plac les femmes et les enfants sur les remparts pour qu'ils ne parussent pas dgarnis1 vers midi1 excutrent une sortie avec une telle furie1 qu'ils enfoncent la premire ligne des postes des assigeants1 puis la seconde1 la troisime1 la quatrime1 toutes enfin2 ils les contraignent abandonner leurs tranches et leur donnent la chasse1 les obligeant regagner leurs navires et s'y renfermer2 ,octavius lui-mme s'enfuit jusqu' ,dyrrachium1 o se trouvait ,pompe4 ,je n'ai pas prsentement en mmoire d'autre exemple d'assigs battant le gros des assigeants et demeurant matres de la campagne ni d'autre sortie qui ait eu pour consquence une victoire aussi nette et aussi complte que si elle tait rsulte d'une bataille range4 ,,chapitre ,,xxxv4 ,trois femmes vraiment bonnes4 ,quelques pigrammes de ,montaigne contre les femmes de son sicle qui ne tmoignent leur affection leurs maris que quand ils sont morts4--,les femmes vraiment bonnes ne se comptent pas par douzaines1 comme chacun sait2 notamment quand on les envisage au point de vue des devoirs du mariage1 car c'est l un march entour de tant de circonstances pineuses qu'il est difficile que la volont d'une femme l'observe longtemps dans son entier2 les hommes eux-mmes ont bien de la peine s'y faire1 quoique se trouvant pour cela dans d'un peu meilleures conditions4 ,la pierre de touche d'un bon mariage est dans la manire dont on a vcu tant qu'on est demeur ensemble2 il n'a t vraiment tel1 que si l'union a t constamment douce1 loyale et facile4--,en notre sicle1 les femmes rservent assez communment leurs bonnes grces et les marques d'une violente affection envers leurs maris1 pour quand elles les ont perdus2 elles cherchent alors1 par cet talage1 montrer combien taient grands les sentiments qu'elles leur portaient2 manifestation tardive et hors de saison6 ,par l elles tmoignent plutt qu'elles ne les aiment que parce qu'ils sont morts4 ,leur vie durant1 c'tait une bullition continue2 ils sont trpasss1 elles sont tout amour et affabilit4 ,de mme que les pres dissimulent l'affection qu'ils ont pour leurs enfants1 elles dissimulent volontiers elles aussi la leur l'gard de leurs maris1 pour commander le respect impos par les lois de la biensance4 ,un tel mystre n'est pas de mon got2 elles ont beau laisser leurs chevelures flotter en dsordre1 s'gratigner1 je vais l'oreille d'une femme de chambre1 d'un secrtaire et leur demande3 ,quelle tait la nature de leurs rapports8 comment vivaient-ils ensemble8 ,j'ai toujours prsent la mmoire ce bon mot3 ,celles qui ont le moins de chagrin1 pleurent avec le plus d'ostentation 7,tacite72 leur air maussade est odieux aux vivants et bien inutile aux morts4 ,nous permettrions volontiers de rire quand nous ne sommes plus1 pourvu qu'on nous sourie un peu pendant notre vie4 ,n'y a-t-il pas de quoi ressusciter de dpit si celle qui1 lorsque je vivais1 m'aura crach au nez1 vient m'embrasser les pieds quand je ne suis plus8 ,s'il y a quelque honneur pleurer un mari1 il n'appartient qu' celles qui leur ont souri4 ,celles qui1 prs d'eux1 ont pass leur temps gmir1 peuvent rire maintenant qu'ils sont morts2 qu'elles se montrent donc extrieurement telles qu'elles sont au dedans d'elles-mmes4 ,aussi1 ne vous en laissez pas imposer par ces yeux humides et cette voix plaintive2 considrez cette attitude1 ce teint et ces joues pleines sous ces longs voiles1 voil qui parle avec sincrit2 il en est peu dont la sant1 en pareille occurrence1 n'aille s'amliorant1 et c'est l un indice qui ne saurait mentir4 ,cette contenance de circonstance ne vise pas tant le pass que l'avenir2 elle a plus pour objet d'acqurir que de payer4 ,dans mon enfance1 une honnte et trs belle dame qui vit encore1 veuve d'un prince1 avait1 dans sa parure1 je ne sais quoi de plus que ne comportent les lois qui1 notre poque1 rglent les questions de veuvage2 ceux qui le lui reprochaient1 elle rpondait3 ,c'est parce que je ne recherche plus de nouvelles conqutes1 et n'ai pas la volont de me remarier4 ,cependant1 dans l'antiquit1 il en relve trois qui voulurent partager le sort de leurs maris se donnant la mort4--,pour n'aller en rien rencontre de mes habitudes1 j'ai fait ici choix de trois femmes qui1 bien qu'elles aient laiss clater leur bont et leur affection pour leurs maris au moment de leur mort1 n'en sont pas moins des exemples qui diffrent quelque peu les uns des autres et si concluants1 qu'on peut en dduire hardiment ce qu'elles ont t durant leur vie4 ,la premire1 cite par ,pline le jeune1 tait une ,italienne de naissance commune2 son dvouement4--,pline le jeune avait prs d'une de ses proprits d',italie un voisin trs gravement atteint d'ulcres aux parties que la dcence commande de drober la vue4 ,sa femme1 le voyant dprir depuis trs longtemps1 le pria de lui permettre de voir de prs et loisir l'tat de son mal et qu'elle lui dirait1 plus franchement qu'aucun autre1 ce qu'il avait en esprer2 il y consentit4 ,aprs l'avoir attentivement examin1 elle estima que la gurison tait impossible2 que tout ce qu'il pouvait attendre1 tait de traner1 fort longtemps encore1 une vie douloureuse et languissante2 et1 comme plus sr et souverain remde1 elle lui conseilla de se tuer4 ,le trouvant un peu hsitant accepter une solution aussi radicale3 ,ne pense pas1 mon ami1 lui dit-elle1 que les douleurs que je te vois souffrir ne me touchent pas autant que toi et que1 pour y chapper1 je ne veuille pas faire moi-mme usage du mdicament que je te conseille4 ,je te tiendrai compagnie quand tu seras guri1 comme je le fais pendant que tu es malade4 ,n'aie donc pas cette crainte et pense au plaisir que nous prouverons de ce passage de vie trpas1 auquel nous devrons d'tre dlivrs de tels tourments2 c'est un heureux voyage que nous accomplirons ensemble4 ,cela dit1 et ayant ranim le courage de son mari1 elle dcida qu'ils se prcipiteraient dans la mer1 d'une fentre de leur demeure1 dont les flots baignaient le pied2 et1 pour lui tmoigner jusqu' la fin cette loyale et ardente affection dont elle l'avait entour toute sa vie1 elle voulut encore qu'il mourt entre ses bras2 mais1 de peur que les forces ne vinssent lui manquer1 et que les treintes dont elle l'enlaait ne se relchassent dans la chute et par suite de l'apprhension qu'elle pourrait prouver1 elle se fit lier et attacher trs troitement lui par le milieu du corps1 faisant ainsi abandon de sa vie pour le repos de celle de son mari4 ,cette femme tait de basse extraction et1 parmi les gens de cette condition1 des faits d'une aussi exquise bont ne sont pas absolument rares3 ,c'est parmi les pauvres gens que la ,justice1 fuyant nos rgions1 a port ses derniers pas 7,virgile74 ,les deux autres sont des femmes nobles et riches1 parmi lesquelles les exemples de vertu sont moins frquents4 ,la seconde est ,arria1 femme de ,cecina ,ptus2 son nergie4--,arria1 femme de ,cecina ,ptus1 personnage consulaire1 tait mre d'une autre ,arria1 femme de ,thrasas ,ptus1 dont la vertu fut en si grand renom du temps de ,nron1 et1 du fait de ce gendre1 elle fut grand'mre de ,fannia2 cette indication est ncessaire1 la ressemblance des noms de ces hommes et de ces femmes et aussi leurs fortunes semblables ayant amen des confusions4-,cecina ,ptus1 aprs la dfaite de ,scribonianus1 dont il avait embrass le parti contre l'empereur ,claude1 ayant t arrt par les gens de ce dernier1 ,arria1 premire du nom1 sa femme1 supplia ceux qui l'emmenaient prisonnier ,rome de la recevoir sur leur navire1 o elle serait de moindre dpense et de moins de gne que le personnel qu'ils devraient prendre pour le service de son mari1 s'engageant suffire elle seule faire sa chambre1 sa cuisine et tout ce qui serait besoin2 ils s'y refusrent4 ,elle se jeta alors dans un bateau de pcheur qu'elle loua sur-le-champ1 et de la sorte le suivit depuis la ,slavonie4 ,ils taient ,rome1 quand1 un jour1 en prsence de l'empereur1 ,junia veuve de ,scribonianus1 s'autorisant de leurs infortunes communes1 l'aborda familirement2 elle la repoussa rudement1 lui disant3 ,tu veux que1 moi1 je te parle2 que je t'coute1 toi1 dans les bras de qui ,scribonianus a t tu1 et qui vis encore6 ,ces paroles et d'autres indices donnrent penser sa famille que1 ne pouvant supporter les infortunes de son mari1 elle songeait attenter ses jours4 ,thrasas1 son gendre1 la suppliant de renoncer un tel dessein et lui disant cet effet3 ,quoi1 si j'tais dans le cas de ,cecina1 voudriez-vous donc que ma femme1 qui est votre fille1 en agisse ainsi8 ,comment1 si je le voudrais6 rpondit-elle2 oui1 oui1 je le voudrais1 si elle avait vcu avec toi aussi longtemps et en aussi bon accord que je l'ai fait avec mon mari6 ,ces rponses amenaient un redoublement dans la surveillance dont elle tait l'objet1 et faisaient qu'on suivait de trs prs tous ses mouvements4 ,un jour1 qu'elle venait de dire ceux qui la gardaient3 ,vous avez beau faire1 vous pouvez me rendre la mort plus douloureuse1 mais m'empcher de mourir1 cela n'est pas en votre pouvoir1 s'lanant violemment d'une chaise sur laquelle elle tait assise1 elle alla donner1 de toutes ses forces de la tte contre le mur voisin1 se blessant grivement et tombant vanouie sous la violence du coup3 ,je vous disais bien1 dit-elle aprs qu' grand'peine on l'eut fait revenir elle1 que si vous m'empchez de recourir1 pour me tuer1 quelque procd facile1 j'en trouverai bien un autre1 quelque difficile d'excution qu'il soit4--,voici comment finit cette femme d'un courage si admirable3 ,ptus son mari n'ayant pas1 par lui-mme1 le cur assez ferme pour se donner la mort laquelle la cruaut de l'empereur l'obligeait1 un jour1 aprs bien d'autres1 l'ayant tout d'abord catchis et press pour l'amener assez de rsolution pour adopter le conseil qu'elle voulait lui voir suivre1 elle saisit le poignard qu'il portait et1 le tirant de sa gaine et le tenant la main1 lui dit en manire de conclusion de ses exhortations3 ,fais ainsi1 ,ptus2 et1 au mme instant1 elle s'en frappait d'un coup mortel dans la poitrine2 puis1 arrachant l'arme de la plaie1 elle exhalait son dernier soupir en prononant cette noble et gnreuse parole demeure immortelle3 ,pte1 non dolet 7,tiens1 ,ptus1 cela ne fait point mal72 n'ayant que le temps de dire ces trois mots de si belle signification4 ,lorsque la chaste ,arria eut prsent son mari le fer qu'elle venait de retirer de son sein3 ,crois-moi1 ,ptus1 dit-elle1 le coup que je viens de me porter ne me fait point mal1 je ne souffre que de celui que tu vas te donner ton tour 7,martial74 ,les mots qu'elle a rellement prononcs1 sont bien plus expressifs et d'une sublimit bien autrement grande1 que la paraphrase qu'en donne le pote2 car la blessure et la mort de son mari1 comme les siennes1 n'taient pas ce qui l'occupait2 elle-mme les avait conseilles et en avait poursuivi l'excution2 mais aprs avoir conu ce dessein si lev et si courageux1 uniquement pour la commodit de son poux1 au dernier instant de sa vie1 c'est encore lui seul qu'elle songe1 cherchant faire qu'il n'ait aucune apprhension la suivre dans la mort4 ,ptus se frappa aussitt de ce mme poignard2 mais1 mon sens1 il est honteux pour lui d'avoir eu besoin1 pour en arriver l1 d'un aussi cher et prcieux enseignement4 ,paulina ,pompeia1 femme de ,snque1 est la troisime2 son histoire4--,pompeia ,paulina1 jeune et trs noble dame romaine1 avait pous ,snque alors arriv un ge trs avanc4 ,nron1 le beau disciple de ce philosophe1 envoya celui-ci ses gardes pour lui notifier l'ordre de se donner la mort1 ce qui se passait de la manire suivante3 ,quand les empereurs romains de cette poque avaient condamn un homme de qualit1 ils lui mandaient par un de leurs officiers de choisir un genre de mort sa convenance et de se la donner dans un dlai de telle ou telle dure1 qu'ils dterminaient selon le degr de ressentiment qu'ils avaient contre lui1 dlai tantt plus long tantt plus court1 lui donnant du temps pour mettre ordre ses affaires1 et quelquefois lui en tant les moyens en courtant celui laiss sa disposition4 ,si le condamn n'obtemprait pas cet ordre1 l'officier pourvoyait son excution par l'entremise de gens ad hoc qu'il amenait avec lui et qui ouvraient au patient les veines des bras et des jambes1 ou lui faisaient de force avaler du poison2 mais les personnes qui se respectaient1 ne s'exposaient pas cette contrainte et recouraient pour cette opration leurs propres mdecins et chirurgiens4 ,snque reut cette communication sans se dpartir de son calme et de son assurance2 puis il demanda du papier pour faire son testament1 ce qui lui fut refus par le capitaine qui lui notifiait son arrt de mort4 ,se tournant alors vers ses amis1 il leur dit3 ,puisque je ne puis rien vous donner autre en reconnaissance de ce que je vous dois1 je vous laisse du moins ce que j'ai de plus beau1 l'image de mes murs et de ma vie1 dont je vous prie de conserver la mmoire1 afin que1 ce faisant1 vous acquriez la gloire d'tre de sincres et vritables amis4 ,en mme temps1 tantt il calmait par de douces paroles l'intensit de la douleur de ceux qu'il voyait souffrir de son malheur1 tantt les gourmandait sur un ton de voix plus grave3 ,o sont1 leur disait-il1 ces beaux prceptes de philosophie1 ces garanties accumules pendant tant d'annes pour nous prmunir contre les accidents de la fortune8 ,la cruaut de ,nron nous tait-elle donc inconnue8 ,que pouvions-nous attendre de celui qui a tu sa mre et son frre1 sinon qu'il fasse aussi mourir son gouverneur qui l'a instruit et lev8 ,aprs ces paroles qui s'adressaient tous1 il se tourna vers sa femme et la tint troitement embrasse4 ,comme celle-ci1 sous le poids de la douleur1 le cur et les forces dfaillaient1 il la pria de supporter1 pour l'amour de lui1 ce malheur avec plus de rsignation1 lui exposant que l'heure tait venue1 o il y avait montrer1 non plus par des dissertations ou par des discussions mais par des actes1 le fruit qu'il avait retir de ses tudes1 auxquelles1 n'en pas douter1 il devait d'accueillir la mort1 non seulement sans rvolte1 mais encore avec joie3 ,c'est pourquoi1 m'amie1 lui dit-il1 ne la dshonore pas par tes larmes1 afin de ne pas paratre t'aimer toi-mme plus que ma rputation2 apaise ta douleur2 console-toi par ce que tu connais de moi et de mes actions2 continue pratiquer1 durant le reste de tes jours1 les honntes occupations auxquelles tu t'es adonne4 ,a quoi ,pauline1 ayant un peu recouvr ses esprits1 et sa trs noble affection pour son poux rchauffant son courage magnanime1 rpondit3 ,non1 ,snque2 je ne suis pas pour ne pas vous tenir compagnie dans la situation qui vous est impose2 je ne veux pas que vous pensiez que les vertueux exemples de votre vie ne m'ont pas encore appris bien mourir6 ,et quand pourrais-je le mieux faire1 plus honorablement et plus mon gr qu'avec vous8 ,tenez donc pour assur que je quitterai la vie en mme temps que vous4 ,snque1 prenant en bonne part cette si belle et glorieuse dtermination de sa femme1 qui le dlivrait de l'apprhension qu'il avait de la laisser aprs lui la merci de ses ennemis et de leur cruaut1 reprit3 ,je te conseillais ce qui convenait le mieux pour te rendre la vie heureuse2 tu prfres l'honneur de mourir2 en vrit1 je ne puis te le contester4 ,nous apportons l'un et l'autre1 notre fin commune1 mme fermet et mme rsolution2 mais tu y as une part bien plus belle et bien plus glorieuse4 ,on leur ouvrit alors1 tous deux1 les veines des bras2 mais chez ,snque1 la circulation1 moins active par suite de son grand ge et des privations qu'il s'imposait1 faisant que le sang ne coulait que lentement et peu abondamment1 il commanda qu'on lui ouvrt aussi les veines des cuisses2 et autant pour que les souffrances qu'il endurait n'attendrissent pas le cur de sa femme1 que pour s'pargner lui-mme l'affliction de la voir en si pitoyable tat1 il prit trs amoureusement cong d'elle et la pria de permettre qu'on l'emportt dans la chambre voisine1 ce qui fut fait4 ,cependant les incisions qu'il avait subies ne suffisant pas pour amener la mort1 il se fit donner par son mdecin ,statius ,annus un breuvage empoisonn qu'il prit sans en obtenir plus d'effet1 parce qu'en raison de la faiblesse en laquelle il tait et du froid qui commenait raidir ses organes1 le poison ne put atteindre le cur2 on le mit en consquence dans un bain trs chaud4 ,sentant ds lors sa fin approcher1 tant qu'il eut du souffle il continua mettre sur son tat les plus excellentes rflexions1 que recueillirent ses secrtaires aussi longtemps qu'ils purent distinguer sa voix2 ses dernires paroles sont demeures longtemps aprs lui1 estimes et honores de ceux qui les ont connues2 aussi est-il bien regrettable qu'elles ne soient pas parvenues jusqu' nous4 ,lorsqu'il se sentit arriv ses derniers moments1 prenant de l'eau ensanglante de son bain1 il s'en arrosa la tte1 et dit3 ,je voue cette eau ,jupiter librateur6--,nron1 prvenu moment par moment1 craignant que la mort de ,pauline1 qui tait des dames romaines les mieux apparentes et contre laquelle1 du reste1 il n'avait pas d'inimiti particulire1 ne devnt un grief contre lui1 envoya en toute hte1 pour qu'on refermt ses plaies2 ce que firent ses gens elle1 son insu1 car dj elle tait demi morte et n'avait plus sa connaissance4 ,elle continua donc vivre1 contrairement la rsolution qu'elle avait prise2 sa vie se poursuivit trs honorablement1 comme il convenait sa vertu2 la pleur de son visage se maintint1 attestant combien1 par ses blessures1 elle avait t prs de la mort4 ,les potes tragiques auraient souvent beau jeu tirer de l'histoire les sujets de leurs pices4--,voil mes trois contes1 tous trois vritables et que je trouve aussi intressants et tragiques que tous ceux que nous imaginons pour faire plaisir au public4 ,je m'tonne que ceux qui se livrent cette occupation1 au lieu d'inventer1 n'aient pas plutt l'ide de choisir parmi celles consignes dans les livres1 dix mille trs belles histoires2 cela leur donnerait moins de peine1 serait plus intressant et leur procurerait plus de profit4 ,qui voudrait en composer un ouvrage entier se tenant1 n'aurait qu' fournir ce qui servirait les lier les unes aux autres1 comme la soudure qui unit deux fragments de mtaux diffrents4 ,il pourrait de la sorte entasser force vnements de toutes espces qui sont arrivs2 il les disposerait et les varierait suivant ce qui conviendrait pour la beaut de l'ouvrage1 peu prs comme a fait ,ovide1 qui a compos ses ,mtamorphoses avec un grand nombre de fables diverses juxtaposes4 ,particulire preuve d'amour que1 de son ct1 ,snque avait donne sa femme en renonant la mort par gard pour elle4--,chez ,snque et ,pauline1 il est encore digne de remarque que1 si celle-ci offre volontairement son mari de quitter la vie par amour pour lui1 celui-ci avait1 de son ct1 renonc autrefois la mort pour l'amour d'elle4 ,pour nous1 les deux choses ne sont pas l'quivalent l'une de l'autre2 mais1 tant donnes les ides stoques de ,snque1 je crois qu'en prolongeant sa vie par gard pour sa femme1 il pensait avoir autant fait en sa faveur qu'en mourant pour elle4 ,dans une des lettres qu'il crit ,lucilius1 il lui narre d'abord que la fivre l'a pris ,rome2 qu'aussitt1 montant dans son char1 il s'est rendu la campagne dans une de ses maisons1 et cela1 contre l'opinion de sa femme qui s'opposait ce dplacement et laquelle il avait rpondu1 pour passer outre1 que sa fivre ne provenait pas d'une prdisposition de sa part1 mais tenait une cause locale2 puis il poursuit3 ,elle me laissa aller1 me recommandant fort ma sant2 or1 sachant qu'elle ne vit que pour moi1 en me mnageant c'est elle que je mnage4 ,je dois ma vieillesse d'avoir acquis1 en certaines choses1 plus de fermet et de rsolution2 mais cela ne me sert plus de rien quand je viens penser que1 vieillard1 je me dois une jeune femme4 ,n'arrivant pas l'amener tre plus courageuse dans l'amour qu'elle me porte1 elle m'oblige envisager d'autre faon celui que je me porte moi-mme2 il faut bien faire quelques concessions aux affections honntes1 lors mme que les circonstances nous invitent agir autrement4 ,il faut alors nous rattacher la vie1 malgr la souffrance qu'on en prouve2 il faut1 avec les dents1 arrter au passage notre me prte chapper puisque1 pour les gens de bien1 vivre est une obligation qui leur est impose1 non parce que cela leur plat1 mais parce qu'ils en ont le devoir4 ,celui qui n'estime pas assez sa femme ou un ami pour continuer vivre1 et qui s'opinitre mourir1 est trop dlicat de caractre et manque d'nergie2 il faut que l'me s'y rsolve1 quand cela est command par l'intrt des ntres2 il faut parfois nous prter nos amis et1 alors mme qu'il nous conviendrait de mourir1 nous devons1 si pour eux il en est besoin1 suspendre notre rsolution4 ,c'est tmoigner de la grandeur et du courage que de revenir l'existence en considration d'autrui ainsi que l'ont fait plusieurs excellents personnages2 c'est un trait de bont d'une nature toute particulire que de consentir la vieillesse 7dont le plus grand avantage est sa dure prcaire qui permet d'user de la vie avec plus de courage et de ddain71 lorsqu'on sent que la charge que l'on accepte ainsi est douce1 agrable et profitable quelqu'un pour qui l'on a une grande affection4 ,et quelle agrable rcompense n'en reoit-on pas8 ,est-il rien de plus doux que d'tre cher sa femme1 au point que pour elle1 on en devienne plus cher soi-mme8 ,c'est ainsi que ma ,pauline m'a donn charge et de ses craintes et des miennes2 je n'ai pas eu seulement considrer combien la mort rpondait mon dsir1 j'ai d envisager aussi l'affliction qu'elle lui causerait et me suis impos l'obligation de vivre2 consentir vivre est quelquefois acte de magnanimit6 ,telles sont ses propres paroles1 excellentes par elles-mmes1 comme l'est dans son application le principe qu'il met4 ,,fin ,,du ,,second ,,volume4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,,contenues ,,dans ,,le ,,second ,,volume4 ,,livre ,,second 7,suite47 ,pages4 ,,chapitre ,,vii4--,des recompenses d'honneur4--,des rcompenses honorifiques4 #aj ,,chapitre ,,viii4--,de l'affection des peres aux enfants4 #ah ,,chapitre ,,ix4--,des armes des ,parthes4 #ed ,,chapitre ,x4--,les ,liures4--,des livres4 #fj ,,chapitre ,,xi4--,de la cruaut4 #hd ,,chapitre ,,xii4--,apologie de ,raimond de ,sebonde4 #aaj ,,chapitre ,,xiii4--,de iuger la mort d'autruy4 #dbj ,,chapitre ,,xiv4--,comme nostre esprit s'empesche soy-mesmes4 #dcj ,,chapitre ,,xv4--,que nostre desir s'accroist par la malaisance4 #dcb ,,chapitre ,,xvi4--,de la gloire4 #ddj ,,chapitre ,,xvii4--,de la presumption4 #dfd ,,chapitre ,,xviii4--,du desmentir4--,du fait de donner ou de recevoir des dmentis4 #ebj ,,chapitre ,,xix4--,de la libert de conscience4 #ebh ,,chapitre ,,xx4--,nous ne goustons rien de pur4 #ecf ,,chapitre ,,xxi4--,contre la faineantise4 #edb ,,chapitre ,,xxii4--,des ,postes4 #eej ,,chapitre ,,xxiii4--,des mauuais moyens employez bonne fin4 #eeb ,,chapitre ,,xxiv4--,de la grandeur ,romaine4 #eeh ,,chapitre ,,xxv4--,de ne contrefaire le malade4 #efb ,,chapitre ,,xxvi4--,des poulces4 #eff ,,chapitre ,,xxvii4--,couardise mere de la cruaut4--,la poltronnerie est la mre de la cruaut4 #efh ,,chapitre ,,xxviii4--,toutes choses ont leur saison4--,chaque chose en son temps4 #ehf ,,chapitre ,,xxix4--,de la vertu4 #eij ,,chapitre ,,xxx4--,d'vn enfant monstrueux4 #fjd ,,chapitre ,,xxxi4--,de la colere4 #fjf ,,chapitre ,,xxxii4--,deffence de ,seneque et de ,plutarque4 #fbj ,,chapitre ,,xxxiii4--,l',histoire de ,spurina4 #fcb ,,chapitre ,,xxxiv4--,obseruations sur les moyens de faire la guerre de ,iulius ,csar4 #fdf ,,chapitre ,,xxxv4--,de trois bonnes femmes4--,trois femmes suprieures4 #ffb ,,erratum ,,du ,,second ,,volume4 ,page #dab4--,les indications des points et chiffres placs dans la marge de droite et numrotant les lignes sont toutes diminuer de #c2 exemple3 la ligne numrote #aj n'est1 en ralit1 que la septime4 ,,addition ,,aux ,,errata ,,du ,,premier ,,volume4 ,page #ad1 dernire ligne du ,nota4--,au lieu de3 ,notes ,i1 #ad1 ,i1 ,liure1 lire3 ,notes1 ,i1 #ad1 ,,av ,,lectevr4 ,page #edf1 lig4 #ad4--;,au lieu de3 sinistris sagos1 lire3 sinistras sagis4 99 99 99 ,,addition ,,aux ,,errata ,,du ,,second ,,volume4 7publi dans le volume ,,iii7 ,page #df1 lig4 #bi4--;,au lieu de3 sort1 lire3 fort4 -- #agd1 -- #ab4--;,au lieu de3 combieu1 lire3 combien4 -- #aig1 -- #ag4--;,au lieu de3 raison1 lire3 raisons4 -- #bhj1 -- #bf4--;,au lieu de3 homme1 lire3 hommes4 ,pour ce qui est des astrisques 7997 insrs dans la traduction1 se reporter au ,nota de la page #ae du premier volume4 99 99 99 99 99 ,liste des modifications3 ,texte original3 ,page #af3 ees remplac par ces 7ou bien que ces nations7 ,page #bb3 prouuoir par pouruoir 7pour pouruoir aux leurs7 ,page #bh3 effetti par affetti 7,ne gli affetti di padre et di marito7 ,page #gj3 ,epicurienes par ,epicuriennes 7l'autre les a ,stoques et ,epicuriennes7 ,page #ij3 pas par par 7ie trouue auoir surpass par effect7 ,page #ajh3 crain par crains 7,ie ne crains point7 ,page #abf3 nons par nous 7et nous montre comment il7 ,page #aef3 fault par sault 7que d'vn sault elle puisse l'attraper7 ,page #afb3 muances par nuances 7leurs poses1 et leurs nuances7 ,page #agd3 bienuueillance par bienueillance 7demonstration de bienueillance7 ,page #ahh3 chaire par chair 7et luy va pinsant la chair viue7 ,page #aib3 bomme par homme 7c'est vn homme spirituel7 3 guerre par guere 7que nous ne sauons guere7 ,page #aif3 humeure par humeur 7d'vne humeur vn peu delicate7 ,page #bjj3 vu par vn 7qui pressent vn crocheteur87 ,page #bjf3 tranquilla par tranquillo 7,in tam tranquillo et tam clara luce locauit7 3 gloirantem par gloriantem 7,re succumbere non oportebat verbis gloriantem7 ,page #bch3 iustruire par instruire 7ayant instruire ,socrates7 ,page #bhb3 sont par font 7,les astres ne nous font pas de nuisance7 ,page #bib3 sont par font 7comme font tous hommes7 ,page #cjj3 negotation par negotiation 7pratique et negotiation de science7 ,page #cah3 nommeut par nomment 7que les medecins nomment ,hydroforbie7 ,page #cbd3 fabulueuses par fabuleuses 7les fabuleuses circonstances7 ,page #cbh3 fonder par sonder 7l'entendement humain se perdant vouloir sonder7 ,page #chb3 sotise par sottise 7ils l'appelloient sottise7 ,page #chf3 buletants par belutants 7,nombre d'esprits le belutants et secoants7 ,page #djf3 ajout que 7l'ouye plus aigue que l'homme7 ,page #dcf3 souler par fouler 7gourmander1 et fouler nostre appetit7 ,page #ded3 iuiurieuses par iniurieuses 7contraires et iniurieuses7 ,page #dif3 qnand par quand 7,et quand i'ay vn propos7 ,page #eaf3 quetque par quelque 7quelque pratique de familiarit7 ,page #ebj3 font par sont 7la sincerit et la solidit de ses murs y sont desia bastantes7 ,page #egd3 la par sa 7d'aller mesler sa fortune7 ,page #fbd3 estans par estant 7,vn paisan ,espagnol estant mis la gehenne7 ,page #fed3 personnne par personne 7faisant meilleur march de sa personne7 ,page #ffh3 ioute par toute 7qu'on l'eut toute peine7 ,page #fgb3 commande par commanda 7il commanda ,statius ,anneus7 ,traduction3 ,page #hg3 voit remplac par voie 7voie juste et soit pleinement dispose7 ,page #aie3 anmaux par anneaux 7le cartilage 444 charg de gros anneaux7 ,page #bba3 basse par bases 7qui sont les bases essentielles7 ,page #bce3 obligation par l'obligation 7l'obligation de se prononcer7 ,page #bdc3 lubrfiant par lubrifiant 7lubrifiant les organes17 ,page #beg3 prdestaux par pidestaux 7il renverse de leurs pidestaux7 ,page #cja3 ,divint par ,divinit 7qu'autant que la ,divinit7 ,page #cba3 dilemne par dilemme 7ils ont toujours ce dilemme7 ,page #cbg3 nombresues par nombreuses 7durant ses nombreuses prgrinations7 ,page #cce3 renseigne par renseign et documente par document 7il vous et 444 renseign et document sur ce sujet7 3 le par les 7les barrires les plus troites possible7 ,page #cfa3 dcrit par dcrite 7l'orbite dcrite par le soleil7 3 tranforment par transforment 7la mer et la terre se transforment alternativement7 ,page #cgg3 ressentiraient par ressentirait 7tout homme mme1 se ressentirait7 ,page #dac3 juge par juger 7qui sera apte juger de ces diffrences87 ,page #dcc3 lorqu'elle par lorsqu'elle 7lorsqu'elle est cuisante7 ,page #dia3 incrire par inscrire 7qu'il faut inscrire dans les livres7 ,page #ejc3 j'gnore par j'ignore 7j'ignore mme les noms7 ,page #ebc3 maqueraux par maquereaux 7aux maquereaux des habits7 ,page #ebe3 ambage par ambages 7avec sincrit et sans ambages7 ,page #eea3 relai par relais 7des chevaux de relais7 ,page #eec3 7sur des chevaux de relais7 ,page #egi3 rispostes par ripostes 7ces parades1 ces ripostes7 ,page #fca3 piffrentes par diffrentes 7de tant de manires diffrentes7 ,page #fcg3 d'abondonner par d'abandonner 7de se retirer et d'abandonner7 3 appport par apport 7le mdecin avait apport7