,au lecteur ,cette version lectronique reproduit dans son intgralit la version originale4 ,la partie crite en vieux franais est suivie par la traduction en franais moderne4 ,l'orthographe a t conserve4 ,seuls quelques mots ont t modifis4 ,la liste des modifications se trouve la fin du texte4 ,les corrections indiques par les ,,errata ont t prises en compte4 ,la ponctuation n'a pas t modifie hormis quelques corrections mineures4 ,les mots en gras dans l'original sont entours par des 4 ,,essais ,,de ,,montaigne ,illustration3 ,,qve ,,scay-,,ie8 ,illustration3 ,,planche ,i ,,michel ,,de ,,montaigne 7se prononait ,montagne7 7#aecc-aeib7 ,,essais ,,de ,,montaigne 7,self-dition 997 ,,texte ,,original1 ,,accompagn ,,de ,,la ,,traduction ,,en ,,langage ,,de ,,nos ,,jours1 ,,par le ,gnral ,,michaud4 ,,premier ,,volume ,,paris ,,librairie ,,firmin-,,didot ,,et ,cie1 ,,diteurs #ef1 rue ,jacob1 #ef #aijg 99 dition se suffisant elle-mme ,cet ouvrage se compose de quatre volumes1 comprenant3 #a;er ,,volume4--,avertissement1 table gnrale des chapitres1 texte et traduction du commencement au chapitre #f inclus du livre ,,ii4 #b;e ,,volume4--,texte et traduction du chapitre #g inclus du livre ,,ii au chapitre #ce inclus de ce mme livre4 #c;e ,,volume4--,texte et traduction du chapitre #cf du livre ,,ii jusqu' la fin4 #d;e ,,volume994--,notice sur ,montaigne1 etc42 sommaire des ,essais1 variantes1 notes1 lexique1 etc4 ,,illustrations3 #a;er vol4--,portrait de l'auteur1 armoiries et signature4 #b;e vol4--,plan du domaine et perspective du manoir de ,montaigne4 #c;e vol4--,vue de la tour de ,montaigne et plan des tages4 #d;e vol4--,fac-simil d'une page du manuscrit de ,bordeaux4 ,voir sur ces illustrations1 la notice insre cet effet au quatrime volume1 en tte des ,notes4 99 ,ce volume1 indpendant des autres1 est susceptible par sa contexture d'tre aisment utilis avec n'importe quelle dition des ,essais ancienne ou moderne1 moyennant un simple tableau de concordance de pagination facile tablir soi-mme4 ,,avertissement4 ,la prsente dition des ,essais de ,montaigne 7self-dition7 comprend3 le texte original de cet ouvrage d'aprs l'dition de #aeie et sa traduction en langage de nos jours1 avec sommaires intercals2 un ensemble de ces mmes sommaires1 les citations classes par ordre alphabtique1 de trs nombreuses notes hors texte indites et autres2 un glossaire2 un lexique des noms propres1 avec index analytique des principales matires1 etc42 enfin1 une notice sur l'auteur et sur son uvre4 ,montaigne se distingue entre tous par le sujet qu'il traite et la forme simple et humoristique qu'il y emploie3 ,il a cela pour lui1 dit ,pascal1 qu'un homme bte ne le comprendra jamais2 de son ct1 ,laboulaye le tient comme le seul moraliste qu'on lise avec plaisir1 quand on n'a plus quarante ans2 et il ajoute3 ,on peut ouvrir les ,essais au hasard1 toute page en est srieuse et donne rflchir4 ,son sujet1 c'est l'homme1 qu'il tudie dans sa ralit1 avec ses besoins1 ses passions et les conditions en lesquelles il se trouve pour y satisfaire2 et1 pour plus de vrit1 c'est lui-mme qu'il analyse4 ,mais s'il parle de lui1 c'est de manire nous occuper de nous2 et qui le lit1 s'y reconnat aujourd'hui comme il y a trois sicles1 au temps o l'auteur crivait1 parce que ce qu'il a peint1 ce n'est pas la socit humaine qui1 elle1 change constamment1 mais l'homme lui-mme lequel1 pour si ondoyant et divers qu'il soit1 au fond demeure toujours le mme4 ,certainement ,montaigne a vieilli2 il met bien des assertions qui1 avec le progrs des murs1 le dveloppement des sciences1 les ides nouvelles1 les vnements accomplis1 ne sont plus exactes2 sa lecture n'en demeure pas moins intressante et profitable1 parce que ces assertions1 accompagnes d'observations sur la nature humaine1 qui sont et seront toujours vraies1 prsentes d'une manire saisissante1 veillent en nous un retour inconscient sur nous-mmes2 l'humanit peut continuer progresser1 les ,essais seront toujours d'actualit2 et qui1 en ce sicle essentiellement utilitaire1 demanderait quoi aujourd'hui peut encore servir cette lecture1 on peut1 en toute assurance1 rpondre que nulle n'est plus propre nous garder d'une prsomption exagre1 nous inspirer de l'indulgence pour autrui1 nous maintenir en possession de nous-mmes1 amener en nous la rsignation contre la souffrance ou la mauvaise fortune1 et1 quoi qu'il advienne1 faire le calme en nos mes4 ,mais il n'en est pas de mme de la langue que parle leur auteur2 plus on s'loigne de l'poque o il crivait1 moins elle demeure facilement intelligible1 en raison des mots et des tournures de phrase hors d'usage qui s'y rencontrent parfois en grand nombre1 surtout quand il disserte1 au lieu de raconter4 ,dj1 en #agij1 un de ses diteurs disait1 sans cependant le raliser1 qu'il fallait mettre les ,essais la porte de ceux auxquels manque le loisir de les dchiffrer4 ,ce qui tait dj vrai alors1 l'est plus encore maintenant1 o moins de gens qu'autrefois sont inoccups1 o les occupations de chacun se sont multiplies1 et o le nombre de ceux qui s'adonnent aux tudes littraires va diminuant constamment4 ,c'est en raison de cet tat de choses que la prsente dition a t entreprise2 son but est de faire que la lecture de cet ouvrage1 si foncirement profitable quiconque vit ou a vcu tant soit peu de la vie agite de ce monde1 devienne aussi facile et intressante aujourd'hui pour tous qu'elle l'tait autrefois pour quelques-uns4 ,les rudits y trouveront1 conforme l'dition de #aeie1 d',abel ,langelier1 la meilleure qui ait t publie1 un texte auquel ils pourront s'en tenir4 ,s'ils veulent pousser plus loin1 les relevs des variantes de l'exemplaire manuscrit de ,bordeaux et de l'dition de #aehh satisferont leur lgitime dsir1 en mme temps que la table des citations leur donnera possibilit de se reporter aisment telle dition que ce soit4 ,de plus1 les sommaires placs en regard aideront leurs recherches et mme leurs lectures1 en prcisant l'ide que le texte dveloppe1 aidant ainsi sa comprhension1 parfois difficile dans tout ouvrage philosophique1 et mme dans ,montaigne1 si peu semblable qu'il soit cet gard tous autres qui se sont occups de ces questions4--,dans les passages les laissant indcis1 ils auront encore la ressource de consulter la traduction en langage de nos jours qui accompagne le texte original2 ils y trouveront une interprtation qu'ils seront toujours libres de ne pas accepter et mme de critiquer4 ,je crois cependant devoir faire observer ceux chez lesquels cette prdisposition existe1 que la diffrence est grande entre l'attention passagre permettant de relever les imperfections que1 de-ci1 de-l1 peuvent prsenter quelques membres de phrase et le travail de longue haleine qu'est l'expression1 dans leur intgralit de la totalit des ides contenues dans un ouvrage aussi considrable2 et que1 de fait1 une traduction de ,montaigne prsente de trs relles difficults pour arriver lui conserver1 dans la mesure du possible1 la concision et la dlicatesse des nuances qui abondent en lui et rendre d'une faon comprhensible certains passages obscurs ou ambigus4 ,cette difficult n'apparat pas de prime abord3 mais1 pour s'en rendre compte1 il suffit d'en lire haute voix un fragment de quelque tendue1 une page entire par exemple1 la premire venue2 on verra de suite combien elle est aujourd'hui difficilement lisible et parfois mme peu comprhensible2 et si1 ensuite1 la plume la main1 on s'essaie traduire cette mme page1 de manire que la lecture haute voix en soit courante et nettement saisissable1 on constatera combien malaisment on est arriv un rsultat satisfaisant2 c'est une preuve laquelle je convie nos critiques1 avant qu'ils ne formulent leurs apprciations4 ,pourront-elles1 du reste1 tre plus svres que celles mises par anticipation par ,naigeon1 il y a cent ans passs3 ,le projet de rcrire les ,essais dans notre langue1 peut passer comme tant d'autres ides par la tte d'un ignorant et d'un sot1 mais n'entrera jamais dans celle d'un lecteur judicieux1 instruit et d'un got dlicat et sr2 j'ai indiqu ci-dessus les raisons qui1 nonobstant1 nous ont fait passer outre4 ,du reste1 envisageant cette traduction non plus au point de vue esthtique1 mais sous le rapport utilitaire1 ,g4 ,guizot n'a-t-il pas dit3 ,pour bien saisir les ides de ,montaigne et les juger leur valeur1 il faut se rsigner un travail dplaisant2 il faut les dpouiller de leur forme ancienne et originale et les traduire en langage d'aujourd'hui4 ,ceux auxquels le vieux franais est moins familier1 ne seront plus absolument privs d'entrer en connaissance de cette uvre si pleine d'intrt et d'originalit4 ,la traduction1 qui serre d'assez prs le texte1 leur procurera cette satisfaction1 en mme temps que les notes et le lexique leur donneront tous les renseignements qu'une curiosit1 qui natra d'elle-mme1 leur fera dsirer quand le temps ne les pressera pas trop4 ,si exacte que puisse tre une traduction de ,montaigne1 et le proverbe italien est ici1 comme ailleurs1 de toute vrit3 ,traduttore traditore1 elle ne saurait pourtant rendre la prcision1 l'nergie1 la hardiesse de son style1 le naturel1 qui en font un de ses principaux charmes et donnent son ouvrage un caractre si particulier et si piquant2 son parler en effet a une grce qui ne se peut galer en langage moderne4 ,pour suppler cette infriorit et ne pas faire tort l'auteur1 que notre intention est de vulgariser et non d'amoindrir1 texte et traduction ont t juxtaposs3 juxtaposition que nous tenons comme tellement juste et indispensable1 que nous nous ferions un vritable scrupule de consentir1 aujourd'hui et plus tard1 ce que cette traduction1 dont du reste elle permet de juger de la fidlit1 soit publie sparment4 ,dans les ,essais1 les en-tte des chapitres n'ont que rarement un rapport tel avec les sujets si divers qui y sont traits1 qu'ils renseignent suffisamment2 la table qui en a t faite et son annexe constituent un fil conducteur simple et utile1 pour s'orienter dans ce fouillis inextricable par lui-mme4--,l'ensemble des sommaires ajoute cette premire facilit et la complte en faisant ressortir la liaison1 toujours si difficile saisir dans ce ple-mle de penses ingnieuses1 mais jetes le plus souvent sans ordre et au hasard2 il rend possible tous de se faire une ide prcise de l'ouvrage et de s'y reconnatre coup sr2 aussi sera-t-il frquemment consult1 d'autant que des renvois1 tablis paragraphe par paragraphe1 reportent1 sans hsitation1 au texte lui-mme4 ,il a sembl galement intressant de donner un relev des passages des ,essais les plus frquemment cits1 avec indication de l'endroit du texte o ils se trouvent2 pouvant ainsi les replacer dans le cadre d'o ils ont t tirs1 on sera mme1 le cas chant1 de leur restituer leur vritable sens dont1 assez souvent1 ils sont dtourns4 ,en outre des mots et locutions hors d'usage dont nous avons dj parl1 des faits historiques peu connus1 des allusions des vnements de l'poque1 des indications prciser1 des erreurs mme se rencontrent frquemment dans ,montaigne4 ,les notes qui accompagnent cette dition sont de toutes sortes2 elles ont pour objet d'lucider ces divers points1 et aussi de renseigner succinctement sur les principaux personnages mis en cause1 signaler certains emprunts faits notre auteur1 ainsi que quelques-unes des apprciations mises par ses commentateurs1 les sources o lui-mme a puis1 enfin de consigner des rapprochements que la lecture de l'ouvrage fait natre spontanment4 ,c'est cet ensemble qui1 donnant possibilit chacun de lire les ,essais avec intrt et de les mditer sa convenance1 suivant l'instruction qu'il possde et le temps dont il dispose1 fait que la prsente dition justifie d'tre la porte de tous4 ,de ces diverses parties1 seule la traduction en langage de nos jours qui1 la vrit1 en dehors du texte original1 en constitue le gros uvre1 est uniquement de nous2 et encore y avons-nous insr1 peu prs telles quelles1 les traductions des citations latines1 grecques1 etc41 auxquelles ont successivement collabor tous les diteurs de ,montaigne1 depuis ,mademoiselle de ,gournay laquelle en est due la presque totalit4 ,les sommaires ont t relevs dans ,amaury ,duval2 gnralement1 on s'est born les transcrire sans y rien changer1 parfois cependant ils ont t complts3 dans les derniers chapitres notamment1 modifications et additions sont assez frquentes4 ,les notes1 toujours trop nombreuses pour les rudits1 jamais assez pour les autres1 ont1 en raison de leur multiplicit et pour conserver au texte sa physionomie1 t groupes dans un volume spar4 ,pour la plupart d'entre elles1 tous ceux qui jusqu'ici se sont particulirement occups de ,montaigne1 les ,coste1 ,naigeon1 ,jamet1 ,leclerc1 ,g4 ,guizot1 ,payen1 ,margerie1 ,bonnefon et autres1 ainsi que les auteurs dont il s'est principalement inspir3 ,hrodote1 ,cicron1 ,snque1 ,pline1 ,tite-,live1 ,plutarque1 ,diogne ,laerce1 etc4441 ont t largement mis contribution2 du reste la part contributive de chacun est mentionne partout o elle s'est exerce4 ,le lexique comprend tous les noms propres qui se rencontrent dans le texte4 ,l'index analytique des principales matires a t tabli en s'aidant des ditions antrieures comme1 du reste1 toutes en ont agi avec celles qui les ont prcdes4 ,notes et lexique ont reu une trs notable extension1 en vue de faire que l'ouvrage se suffise lui-mme4 ,pour donner satisfaction certains1 il a t joint un glossaire que d'autres considrent presque comme une superftation1 la traduction et les notes permettant en effet1 la plupart du temps1 de s'en passer4 ,ce faisant1 nous croyons avoir1 avec l'aide de nos devanciers1 ajout leur uvre1 sans nous dissimuler que les ,essais se prtent tant de dissertations et de commentaires1 que beaucoup demeure qui pourrait tre fait2 touchant mme ce qui est1 peut-tre devrions-nous1 avant de le livrer la publicit1 maintes fois encore sur le mtier remettre notre ouvrage1 mais l'ge nous gagne4 ,gnral ,m4 ,montgeron1 aot #aijf4 ,,table ,g,n,,rale ,,des ,,chapitres ,,et ,,annexe ,,alphab,,tique ,nota4--,les en-tte des chapitres sont ceux du texte original2 la traduction ne suit que si elle en diffre4 ,les indications entre parenthses sont celles de l'ide principale qui est traite dans le chapitre3 elle n'est mentionne que lorsque l'en-tte mme ne la fait pas ressortir suffisamment2 ces mmes indications1 classes par ordre alphabtique1 sont reproduites aprs la prsente table1 dans une annexe4 ,les chiffres romains indiquent le volume1 la table particulire duquel il y a lieu de se reporter pour avoir la page4 ,volume ,,av ,,lectevr4--,l'auteur au lecteur ,i ,,livre ,,premier ,ch4 #a4--,par diuers moyens l'on arriue pareille fin4 --7,moyens divers d'obtenir la commisration de ses ennemis74 ,i ,ch4 #b4--;,de la tristesse4 ,i ,ch4 #c4--,nos affections s'emportent au del de nous4--,nous prolongeons nos affections et nos haines au del de notre propre dure 7,proccupations continues que nous avons de ce qui peut advenir1 aprs notre mort1 des choses auxquelles nous nous intressons pendant la vie2 dans quelle mesure nous devons aux rois notre obissance et notre estime2 du soin de nos funrailles74 ,i ,ch4 #d4--;,comme l'ame descharge les passions sur les obiects faux1 quand les vrais luy deffaillent4--,l'me exerce ses passions sur des objets auxquels elle s'attaque sans raison1 quand ceux1 cause de son dlire1 chappent son action4 ,i ,ch4 #e4--,si le chef d'vne place assige doit sortir pour parlementer4--,le commandant d'une place assige doit-il sortir de sa place pour parlementer8 7,sur la bonne foi et la loyaut la guerre2 du danger que court le commandant d'une place assige1 en sortant pour parlementer74 ,i ,ch4 #f4--,l'heure des ,parlements dangereuse4--,le temps durant lequel on parlemente1 est un moment dangereux 7,pendant qu'on traite des conditions d'une capitulation1 il faut tre sur ses gardes et redoubler de vigilance74 ,i ,ch4 #g4--,que l'intention iuge nos actions4--,nos actions sont apprcier d'aprs nos intentions 7,nos obligations s'tendent au del de la mort74 ,i ,ch4 #h4--;,de l'oisiuet4 ,i ,ch4 #i4--;,des menteurs4--7,sur la mmoire et le mensonge7 ,i ,ch4 #aj4--;,du parler prompt ou tardif4--,de ceux prompts parler de prime saut et de ceux auxquels un certain temps est ncessaire pour s'y prparer 7,sur l'loquence74 ,i ,ch4 #aa4--;,des prognostications4--,des pronostics 7,sur l'astrologie et la prdiction de l'avenir74 ,i ,ch4 #ab4--;,de la constance4--7,du courage et de ses limites74 ,i ,ch4 #ac4--;,crmonie de l'entreueue des ,rois4--,crmonial dans les entrevues des rois 7,sur la civilit1 en particulier dans les visites des souverains74 ,i ,ch4 #ad4--,on est puny pour s'opiniastrer vne place sans raison4--,on est punissable1 quand on s'opinitre dfendre une place au del de ce qui est raisonnable4 ,i ,ch4 #ae4--;,de la punition de la couardise4--,punition infliger aux lches4 ,i ,ch4 #af4--,vn traict de quelques ,ambassadeurs4--,faon de faire de quelques ambassadeurs 7,de l'obissance ses suprieurs2 utilit de se renfermer dans ses aptitudes74 ,i ,ch4 #ag4--;,de la peur4 ,i ,ch4 #ah4--,qu'il ne faut iuger de nostre heur qu'apres la mort4--,ce n'est qu'aprs la mort1 qu'on peut apprcier si1 durant la vie1 on a t heureux ou malheureux 7,sur l'inconstance de la fortune74 ,i ,ch4 #ai4--,que philosopher c'est apprendre mourir4 ,i ,ch4 #bj4--;,de la force de l'imagination4--7,des esprits forts74 ,i ,ch4 #ba4--,le profit de l'vn est dommage de l'autre4--,ce qui est profit pour l'un est dommage pour l'autre 7,impossibilit de concilier les intrts de tous74 ,i ,ch4 #bb4--;,de la coustume et de ne changer aysment une loy receue4--,des coutumes et de la circonspection apporter dans les modifications faire subir aux lois en vigueur 7,de la force de l'habitude2 inconvnients de l'instabilit des lois74 ,i ,ch4 #bc4--;,diuers euenemens de mesme conseil4--,une mme ligne de conduite peut aboutir des rsultats dissemblables 7,sur la clmence2 part du hasard dans les vnements humains74 ,i ,ch4 #bd4--;,du pedantisme 7ou faux savoir74 ,i ,ch4 #be4--;,de l'institution des enfans4--,de l'ducation des enfants4 ,i ,ch4 #bf4--;,c'est folie de rapporter le vray et le faux nostre suffisance4--,c'est folie de juger du vrai et du faux avec notre seule raison 7,degr de croyance qu'on peut accorder aux rcits extraordinaires74 ,i ,ch4 #bg4--;,de l'amiti4--7loge d'tienne de la ,botie74 ,i ,ch4 #bh4--,vint neuf sonnets d',estienne de la ,boetie4 ,i ,ch4 #bi4--;,de la moderation4--7,de la modration dans l'exercice mme de la vertu et les jouissances des plaisirs licites74 ,i ,ch4 #cj4--;,des ,cannibales4--7,sur l'tat des hommes vivant en dehors de la civilisation74 ,i ,ch4 #ca4--,qu'il faut sobrement se mesler de iuger des ordonnances diuines4--,il faut beaucoup de circonspection1 quand on se mle d'mettre un jugement sur les dcrets de la ,providence4 ,i ,ch4 #cb4--;,de fuir les voluptez1 au prix de la vie4--,les volupts sont fuir1 mme au prix de la vie4 ,i ,ch4 #cc4--,la fortune se rencontre souuent au train de la raison4--,la fortune marche souvent de pair avec la raison 7,part de la fortune dans les vnements humains74 ,i ,ch4 #cd4--;,d'vn defaut de nos polices4--,une lacune de notre administration4 ,i ,ch4 #ce4--;,de l'vsage de se vestir4--7,sur l'usage des vtements et la force de l'habitude74 ,i ,ch4 #cf4--;,du ieune ,caton4--,sur ,caton le jeune ou d',utique 7,intrts de nature porter des actes de vertu74 ,i ,ch4 #cg4--;,comme nous pleurons et rions d'vne mesme chose4--7,sentiments opposs qui nous portent pleurer et rire d'une mme chose74 ,i ,ch4 #ch4--;,de la solitude4 ,i ,ch4 #ci4--;,considration sur ,cicron4--7,qualits qui conviennent un homme du monde47 ,i ,ch4 #dj4--,que le goust des biens et des maux despend en bonne partie de l'opinion que nous en auons4--,le bien et le mal qui nous arrivent ne sont souvent tels que par l'ide que nous nous en faisons4 ,i ,ch4 #da4--;,de ne communiquer sa gloire4--,l'homme n'est pas port abandonner d'autres la gloire qu'il a acquise4 ,i ,ch4 #db4--;,de l'inegalit qui est entre nous4--7,ingalits rsultant des conditions de l'ordre social1 diffrences entre les qualits de chacun2 des soucis de la royaut74 ,i ,ch4 #dc4--;,des loix somptuaires4--7,danger des innovations dans un tat74 ,i ,ch4 #dd4--;,du dormir4--7,sur la tranquillit d'me dans les circonstances graves74 ,i ,ch4 #de4--;,de la battaille de ,dreux4--7,sur la conduite d'un gnral dans une bataille74 ,i ,ch4 #df4--;,des noms4--7,de leur influence dans la vie74 ,i ,ch4 #dg4--;,de l'incertitude de nostre iugement4--7,sur l'art de la guerre2 part de la fortune dans les vnements74 ,i ,ch4 #dh4--;,des destriers4--,des chevaux d'armes 7,sur l'quitation et l'art de la guerre74 ,i ,ch4 #di4--;,des coustumes anciennes4--,des coutumes des anciens4 ,i ,ch4 #ej4--;,de ,democritus et ,heraclitus4--7,de l'usage faire des diverses qualits de l'esprit74 ,i ,ch4 #ea4--;,de la vanit des parolles4 ,i ,ch4 #eb4--;,de la parsimonie des anciens4 ,i ,ch4 #ec4--;,d'vn mot de ,csar4--7,du souverain bien2 des dsirs insatiables de l'homme74 ,i ,ch4 #ed4--;,des vaines subtilitez4--,inanit de certaines subtilits4 ,i ,ch4 #ee4--;,des senteurs4--,des odeurs4 ,i ,ch4 #ef4--;,des prieres4 ,i ,ch4 #eg4--;,de l'aage4--7,de la jeunesse1 de la vieillesse2 sur l'poque de la maturit de l'esprit74 ,i ,,livre ,,deuxieme ,ch4 #a4--;,de l'inconstance de nos actions4--7,variations dans le caractre et la conduite chez un mme homme74 ,i ,ch4 #b4--;,de l'iurongnerie4--7,de l'ivrognerie et de l'enthousiasme74 ,i ,ch4 #c4--;,coustume de l',isle de ,cea4--7,sur le suicide74 ,i ,ch4 #d4--;,a demain les affaires4--7,sur l'exactitude apporter dans le maniement des affaires74 ,i ,ch4 #e4--;,de la conscience4--7,de la bonne conscience2 sur le remords1 la torture74 ,i ,ch4 #f4--;,de l'exercitation4--,de l'exercice 7,sur le moyen de se familiariser avec la mort2 sur la ncessit de se connatre74 ,i ,ch4 #g4--;,des recompenses d'honneur4--,des rcompenses honorifiques4 ,,ii ,ch4 #h4--;,de l'affection des peres aux enfants4--7,conduite tenir leur gard2 situation de fortune leur donner2 affection que nous portons aux productions de notre esprit74 ,,ii ,ch4 #i4--;,des armes des ,parthes4 ,,ii ,ch4 #aj4--;,des liures4--7,jugement port sur quelques auteurs de toutes poques74 ,,ii ,ch4 #aa4--;,de la cruaut4--7,la difficult est inhrente la pratique de la vertu74 ,,ii ,ch4 #ab4--;,apologie de ,raimond de ,sebonde4--7,sur les fondements de la foi chrtienne2 l'instinct des animaux2 les sectes philosophiques des anciens2 la ,divinit2 l'me humaine2 l'incertitude des connaissances de l'homme1 celle de ses sens2 tout soumettre l'examen de la raison conduit bien des erreurs1 notamment dans les questions de religion74 ,,ii ,ch4 #ac4--;,de iuger de la mort d'autruy4--7,rserve apporter1 quand nous jugeons de la mort d'autrui2 sur le suicide74 ,,ii ,ch4 #ad4--;,comme nostre esprit s'empesche soy-mesme4--7,par sa faiblesse1 l'esprit humain se cre lui-mme bien des difficults74 ,,ii ,ch4 #ae4--,que nostre desir s'accroist par la malaisance4--7,nos dsirs s'accroissent par la difficult de les satisfaire74 ,,ii ,ch4 #af4--;,de la gloire4 ,,ii ,ch4 #ag4--;,de la presumption4--7,opinion de ,montaigne sur lui-mme2 quelques apprciations sur les autres74 ,,ii ,ch4 #ah4--;,du dementir4--,du fait de donner ou recevoir des dmentis 7,sur le mensonge1 le point d'honneur74 ,,ii ,ch4 #ai4--;,de la libert de conscience4--7,du zle pour la religion2 apologie de l'empereur ,julien74 ,,ii ,ch4 #bj4--,nous ne goustons rien de pur4--7,mlange constant du bien et du mal74 ,,ii ,ch4 #ba4--;,contre la faineantise4--7,considrations sur le but de la vie2 activit ncessaire un souverain74 ,,ii ,ch4 #bb4--;,des postes4 ,,ii ,ch4 #bc4--;,des mauuais moyens employez bonne fin4 ,,ii ,ch4 #bd4--;,de la grandeur ,romaine4 ,,ii ,ch4 #be4--;,de ne contrefaire le malade4--7,de la force de l'imagination74 ,,ii ,ch4 #bf4--;,des poulces4 ,,ii ,ch4 #bg4--;,couardise mere de cruaut4--,la poltronnerie est mre de la cruaut 7,du duel2 des svices exercs sur les supplicis aprs leur mort74 ,,ii ,ch4 #bh4--,toutes choses ont leur saison4--,chaque chose en son temps 7,sur la vieillesse74 ,,ii ,ch4 #bi4--;,de la vertu4 ,,ii ,ch4 #cj4--;,d'vn enfant monstrueux4 ,,ii ,ch4 #ca4--;,de la colere4 ,,ii ,ch4 #cb4--;,deffence de ,seneque et de ,plutarque4 ,,ii ,ch4 #cc4--,l',histoire de ,spurina4--7,le rle essentiel de l'me est de matriser les passions2 particularits affrentes ,jules ,csar74 ,,ii ,ch4 #cd4--,obseruations sur les moyens de faire la guerre de ,iulius ,csar4 ,,ii ,ch4 #ce4--;,de trois bonnes femmes4--7,sur le mariage et l'affection conjugale74 ,,ii ,ch4 #cf4--;,des plus excellents hommes4--7,sur ,homre1 ,alexandre et ,epaminondas74 ,,iii ,ch4 #cg4--;,de la ressemblance des enfants aux peres4--7,sur les maux de la vieillesse1 sur la mdecine74 ,,iii ,,livre ,,troisieme ,ch4 #a4--;,de l'vtile et de l'honneste4 ,,iii ,ch4 #b4--;,du repentir4 ,,iii ,ch4 #c4--;,de trois commerces4--7,de la socit des hommes1 des femmes et de celle des livres74 ,,iii ,ch4 #d4--;,de la diuersion4 ,,iii ,ch4 #e4--,sur des ,vers de ,virgile4--7,de l'amour1 de la jalousie2 en ces matires1 les reproches que s'adressent rciproquement les deux sexes se valent74 ,,iii ,ch4 #f4--;,des coches4--7,meilleur emploi faire1 par un roi1 de ses richesses2 sur le peu d'tendue des connaissances humaines74 ,,iii ,ch4 #g4--;,de l'incommodit de la grandeur4 ,,iii ,ch4 #h4--,sur l'art de conferer4--7,la conversation forme le caractre1 apprend supporter la contradiction2 difficult de juger bon escient1 de discerner chez un auteur ce qui lui appartient en propre74 ,,iii ,ch4 #i4--;,de la vanit4--7,danger des changements dans le gouvernement d'un tat2 des voyages2 des soins du mnage74 ,,iii ,ch4 #aj4--;,de mesnager sa volont4--,il faut contenir sa volont 7,rserve apporter dans les services qu'on est tent de rendre autrui74 ,,iii ,ch4 #aa4--;,des boyteux4--7,tendance de l'esprit humain pour le merveilleux74 ,,iii ,ch4 #ab4--;,de la physionomie4--7,combien mieux que tous les enseignements de la philosophie1 la nature nous porte la rsignation74 ,,iii ,ch4 #ac4--;,de l'exprience4--7,sur l'obscurit et le peu d'quit des lois2 l'incertitude de la mdecine2 le rgime convenant le mieux la sant2 le meilleur usage de la vie1 des plaisirs2 sur la doctrine d'picure74 ,,iii ,,annexe4 ,,classification ,,des ,,chapitres ,d',,apr,s ,l',,ordre ,,alphab,,tique ,,des ,,principaux ,,sujets ,,qui ,,en ,,font ,l',,objet4 ,des deux nombres entre parenthses1 le premier en chiffres romains marque le livre2 le second en chiffres arabes1 le chapitre2 celui1 en chiffres romains1 qui suit en dehors de la parenthse1 indique le volume3 ,actions 7,de l'inconstance de nos71--7,,ii1 #a71 ,i4 ,administration publique 7,lacune que prsente notre71--7,i1 #cd71 ,i4 ,affaires 7,sur l'exactitude apporter dans le maniement des affaires71--7,,ii1 #d71 ,i4 ,affection conjugale 7,sur l'71--7,,ii1 #ce71 ,,ii4 ,age 7,de l'71--7,i1 #eg71 ,i4 ,aide mutuelle que les hommes se doivent1--7,i1 #cd71 ,i4 ,alexandre le ,grand 7,sur71--7,,ii1 #cd71 ,,ii4 ,ambassadeurs 7,sur certains actes de quelques71--7,i1 #af71 ,i4 ,ame 7,de l'71--7,,ii1 #ab71 ,,ii4 --7,son rle essentiel est de matriser nos passions71 --7,,ii1 #cc71 ,,ii4 ,amiti 7,de l'71--7,i1 #bg71 ,i4 ,amour 7,sur l'71--7,,iii1 #e71 ,,iii4 ,animaux 7,instinct des71--7,,ii1 #ab71 ,,ii4 ,aptitudes 7,de l'utilit de se renfermer dans ses71--7,i1 #af71 ,i4 ,armes 7,des7 des ,parthes1--7,,ii1 #i71 ,,ii4 ,astrologie 7,sur l'7 et la prdiction de l'avenir1--7,i1 #aa71 ,i4 ,auteurs 7,jugements ports sur quelques auteurs de toutes poques71 --7,,ii1 #aj71 ,,ii4 --7,difficult d'apprcier ce qui leur appartient en propre71 --7,,iii1 #h71 ,,iii4 ,avarice 7,sur l'71--7,i1 #dj71 ,i4 ,bien 7,du7 et du mal1 leur mlange constant en toutes choses1 --7,,ii1 #bj71 ,,ii4 --7,sur le souverain71--7,i1 #ec71 ,i4 ,biens 7,les7 et les maux ne sont souvent tels que par l'opinion que nous en avons1--7,i1 #dj71 ,i4 ,boiteux 7,des71--7,,iii1 #aa71 ,,iii4 ,caractre 7,sur les variations dans le7 chez un mme homme1 --7,,ii1 #a71 ,i4 ,caton le jeune ou d',utique1--7,i1 #cf71 ,i4 ,ca 7,coutume de l'le de71--7,,ii1 #c71 ,i4 ,csar 7,particularits affrentes 71--7,,ii1 #cc71 ,,ii4 --7,observations sur la manire de faire la guerre de71 --7,,ii1 #cd71 ,,ii4 --7,a propos d'un mot de71--7,i1 #ec71 ,i4 ,choses 7,toutes7 ont leur saison1--7,,ii1 #bh71 ,,ii4 ,cicron 7,considrations sur71--7,i1 #ci71 ,i4 ,civilisation 7,sur l'tat des hommes vivant en dehors de la71 --7,i1 #cj71 ,i4 ,civilit 7,sur la71 en particulier dans les visites de souverains1 --7,i1 #ac71 ,i4 ,clmence 7,sur la71--7,i1 #bc71 ,i4 ,coches 7,des71--7,,iii1 #f71 ,,iii4 ,colre 7,de la71--7,,ii1 #ca71 ,,ii4 ,commerces 7,des trois73 les hommes1 les femmes et les livres1 --7,,iii1 #c71 ,,iii4 ,commisration1 moyens divers de l'obtenir de ses ennemis1 --7,i1#a71 ,i4 ,conduite 7,sur les variations dans la7 chez un mme homme1 --7,,ii1 #a71 ,i4 ,connaissances humaines 7,incertitude des71--7,,ii1 #ab71 ,,ii4 --7,sur le peu d'tendue des71--7,,iii1 #f71 ,,iii4 ,conscience 7,de la71--7,,ii1 #e71 ,i4 --7,de la bonne71--7,,ii1 #e71 ,i4 ,contradiction4 ,il faut s'appliquer savoir la supporter1 --7,,iii1 #h71 ,,iii4 ,conversation 7,sur l'art de la71--7,,iii1 #h71 ,,iii4 ,couardise 7,la71 mre de la cruaut1--7,,ii1 #aa71 ,,ii4 ,courage 7,sur le vritable7 et ses limites1--7,i1 #ab71 ,i4 ,coutumes4 ,circonspection apporter dans les modifications qu'on veut y introduire1--7,i1 #bb71 ,i4 ,coutumes 7,des7 des anciens1--7,i1 #di71 ,i4 ,cruaut 7,de la71--7,,ii1 #aa71 ,,ii4 ,dmentis 7,des71--7,,ii1 #ah71 ,,ii4 ,dmocrite 7,sur7 et ,hraclite1--7,i1 #ej71 ,i4 ,dsirs insatiables de l'homme1--7,i1 #ec71 ,i4 --7,nos7 s'accroissent par la difficult de les satisfaire1 --7,,ii1 #ae71 ,,ii4 ,destriers 7,des7 ou chevaux d'armes1--7,i1 #dh71 ,i4 ,diversion 7,de la71--7,,iii1 #d71 ,,iii4 ,divinit 7,de la71--7,,ii1 #ab71 ,,ii4 ,dormir 7,du71--7,i1 #dd71 ,i4 ,douleur 7,sur la71--7,i1 #dj71 ,i4 ,dreux 7,de la bataille de71--7,i1 #de71 ,i4 ,duel 7,du71--7,,ii1 #bg71 ,,ii4 ducation des enfants 7,sur l'71--7,i1 #be71 ,i4 loquence 7,sur l'71--7,i1 #aj71 ,i4 ,enfant monstrueux 7,au sujet d'un71--7,,ii1 #cj71 ,,ii4 ,enfants 7,de l'affection des pres pour leurs71--7,,ii1 #h71 ,,ii4 --7,rapports des pres avec leurs71--7,,ii1 #h71 ,,ii4 --7,situation de fortune leur donner71--7,,ii1 #h71 ,,ii4 --7,sur la ressemblance des7 aux pres1--7,,ii1 #cg71 ,,iii4 ,enthousiasme 7,sur l'71--7,,ii1 #b71 ,i4 ,epaminondas 7,sur71--7,,ii1 #cf71 ,,ii4 picure 7,sur la doctrine d'71--7,,iii1 #ac71 ,,iii4 quitation 7,sur l'71--7,i1 #dh71 ,i4 ,esprit 7,affection que nous portons aux productions de notre71 --7,,ii1 #h71 ,,ii4 --7,de l'usage faire des facults de l'71--7,i1 #ej71 ,i4 --7,sur l'poque de la maturit de l'71--7,i1 #eg71 ,i4 ,esprit humain2 par sa faiblesse1 il est souvent un obstacle lui-mme1--7,,ii1 #ad71 ,,ii4 vnements 7,part du hasard dans les71--7,i1 #bc71 ,i4 --rsultats opposs de dterminations semblables1--7,i1 #cc71 ,i4 ,exercice 7,de l'71--7,,ii1 #f71 ,i4 ,exprience 7,de l'71--7,,iii1 #ac71 ,,iii4 ,fainantise 7,sur la71--7,i1 #h71 ,i4 --7,contre la71--7,,ii1 #ba71 ,,ii4 ,faux 7,du vrai et du71 difficult d'en juger1--7,i1 #bf71 ,i4 ,femmes 7,trois bonnes71--7,,ii1 #ce71 ,,ii4 ,fin 7,des mauvais moyens employs bonne71--7,,ii1 #bc71 ,,ii4 ,foi chrtienne 7,sur les fondements de la71--7,,ii1 #ab71 ,,ii4 ,fortune 7,sur l'inconstance de la71--7,i1 #ah2 #cc71 ,i4 --7,part de la7 dans les vnements1--7,i1 #dg71 ,i4 ,frquentation 7,sur la7 des hommes1--7,,iii1 #c71 ,,iii4 --7,sur la7 des femmes1--7,,iii1 #c71 ,,iii4 ,funrailles 7,du soin de nos71--7,i1 #c71 ,i4 ,gnral 7,sur la conduite d'un7 dans une bataille1--7,i1 #de71 ,i4 ,gloire1 souci que l'on a de faire qu'elle ne soit pas partage par autrui1--7,i1 #da71 ,i4 --7,de la71--7,,ii1 #af71 ,,ii4 ,gouvernement d'un tat 7,danger des changements dans le71 --7,,iii1 #i71 ,,iii4 ,grandeur 7,de l'incommodit de la71--7,,iii1 #g71 ,,iii4 ,guerre 7,sur la bonne foi et la loyaut la71--7,i1 #e71 ,i4 --7,sur l'art de la71--7,i1 #dg2 #dh71 ,i4 --7,sur la manire de ,csar de faire la71--7,,ii1 #cd71 ,,ii4 ,habitude 7,sur la force de l'71--7,i1 #bb2 #ce71 ,i4 ,hasard 7,part du7 dans les vnements1--7,i1 #bc71 ,i4 --rsultats opposs de dterminations semblables1--7,i1 #cc71 ,i4 ,hraclite 7,sur7 et ,dmocrite1--7,i1 #ej71 ,i4 ,homre 7,sur71--7,,ii1 #cf71 ,,iii4 ,homme du monde 7,qualits convenables un71--7,i1 #ci71 ,i4 ,hommes 7,diffrence entre les qualits des71--7,i1 #db71 ,i4 --7,des plus excellents71--7,,ii1 #cf71 ,,iii4 ,honnte 7,de l'7 et de l'utile1--7,,iii1 #a71 ,,iii4 ,honneur 7,sur le point d'71--7,,ii1 #ah71 ,,ii4 ,imagination 7,de la force de l'71 des esprits forts1 --7,i1 #bj71 ,i4 --7,de la force de l'71--7,,ii1 #be71 ,,ii4 ,ingalits existant chez les hommes du fait des conditions de l'tat social1--7,i1 #db71 ,i4 ,innovations 7,danger des7 dans un tat1--7,i1 #dc71 ,i4 ,intrts particuliers de chacun1 impossibilit de les concilier1 --7,i1 #ea71 ,i4 ,ivrognerie 7,de l'71--7,,ii1 #b71 ,i4 ,jalousie 7,sur la71--7,,iii1 #e71 ,,iii4 ,jeunesse 7,sur la71--7,i1 #eg71 ,i4 ,jugement 7,incertitude de notre71--7,i1 #dg71 ,i4 ,julien 7,apologie de l'empereur71--7,,ii1 #ai71 ,,ii4 ,la ,botie 7loge de71--7,i1 #bg71 ,i4 ,lchet 7,sur la71--7,i1 #ae71 ,i4 ,lecteur 7,au71--771 ,i4 ,lecture 7,sur la71--7,,iii1 #c71 ,,iii4 ,libert de conscience 7,de la71--7,,ii1 #ai71 ,,ii4 ,libre arbitre 7,sur le71--7,,ii1 #ad71 ,,ii4 ,livres 7,des71--7,,ii1 #aj71 ,,ii4 ,lois1 inconvnients de leur instabilit1--7,i1 #bb71 ,i4 --7,obscurit et peu d'quit des71--7,,iii1 #ac71 ,,iii4 --somptuaires 7,des71--7,i1 #dc71 ,i4 ,luxe 7,sur le71--7,i1 #dc71 ,i4 ,mal 7,du bien et du71 leur mlange constant1--7,,ii1 #bj71 ,,ii4 ,malade 7,de ne contrefaire le71--7,,ii1 #be71 ,,ii4 ,mariage 7,sur le71--7,,ii1 #ce71 ,,ii4 ,maux 7,les biens et les7 ne sont souvent tels que par l'opinion que nous en avons1--7,i1 #dj71 ,i4 ,mdecine 7,sur la71--7,,ii1 #cg71 ,,iii4 --7,sur l'incertitude de la71--7,,iii1 #ac71 ,,iii4 ,mmoire 7,sur la7 et le mensonge1--7,i1 #i71 ,i4 ,mnage 7,sur les soins du71--7,,iii1 #i71 ,,iii4 ,mensonge 7,sur le71--7,,ii1 #ah71 ,,ii4 ,menteurs 7,des71--7,i1 #i71 ,i4 ,merveilleux 7,tendance de l'esprit humain pour le71 --7,,iii1 #aa71 ,,iii4 ,modration 7,de la7 dans l'exercice mme de la vertu et les jouissances des plaisirs licites1--7,i1 #bi71 ,i4 ,montaigne 7,opinion de7 sur lui-mme1--7,,ii1 #ag71 ,,ii4 ,mort 7,sur nos obligations au del de la mort71--7,i1 #g71 ,i4 --7,ce n'est qu'aprs notre7 qu'on peut juger du degr de flicit que nous avons eu durant notre vie1--7,i1 #bh71 ,i4 --7,la7 est-elle un bien ou un mal8--7,i1 #dj71 ,i4 --7,sur le moyen de se familiariser avec la71--7,,ii1 #f71 ,i4 --d'autrui 7,rserve apporter quand nous jugeons de la71 --7,,ii1 #ac71 ,i4 ,moyens 7,des mauvais7 employs bonne fin1--7,,ii1 #bc71 ,,ii4 ,noms 7,des71 de leur influence dans la vie1--7,i1 #df71 ,i4 ,obissance 7,de l'7 ses suprieurs1--7,i1 #df71 ,i4 ,oisivet 7,sur l'71--7,i1 #h71 ,i2--7,,ii1 #ba71 ,,ii4 ,parcimonie 7,de la7 des anciens1--7,i1 #eb71 ,i4 ,parlementer 7,du danger que court le commandant d'une place assige1 en sortant pour71--7,i1 #e71 ,i4 --est toujours un moment dangereux pour une place assige1 --7,i1 #f71 ,i4 ,paroles 7,de la vanit des71--7,i1 #ea71 ,i4 ,pdantisme 7,sur le71 ou faux savoir1--7,i1 #bd71 ,i4 ,peur 7,de la71--7,i1 #ag71 ,i4 ,philosopher1 c'est apprendre mourir1--7,i1 #ai71 ,i4 ,philosophiques 7,sectes7 des anciens1--7,,ii1 #ab71 ,,iii4 ,physionomie 7,de la71--7,,iii1 #ab71 ,,iii4 ,place de guerre1 danger pour le commandant d'une place assige d'en sortir pour parlementer1--7,i1 #e71 ,i4 --le moment o l'on traite de la capitulation d'une place assige est toujours un moment dangereux1--7,i1 #f71 ,i4 --,sur trop d'opinitret dans la dfense d'une place assige1 --7,i1 #ad71 ,i4 ,plaisirs 7,sur le meilleur usage des71--7,,iii1 #ac71 ,,iii4 ,plutarque 7,dfense de ,snque et de71--7,,ii1 #cb71 ,,ii4 ,postes 7,des71--7,,ii1 #bb71 ,,ii4 ,pouces 7,des71--7,,ii1 #bf71 ,,ii4 ,prdiction de l'avenir 7,sur la7 et l'astrologie1--7,i1 #aa71 ,i4 ,proccupations 7,sur les7 de ce qui peut survenir aprs nous1 en ce qui touche ce qui nous intresse notre vie durant1 --7,i1 #c71 ,i4 ,prsomption 7,de la71--7,,ii1 #ag71 ,,ii4 ,prires 7,des71--7,i1 #ef71 ,i4 ,providence 7,sur la7 et ses desseins1--7,i1 #ca71 ,i4 ,pur 7,nous ne gotons rien de71--7,,ii1 #bj71 ,,ii4 ,raison 7,tout soumettre l'examen de la7 conduit bien des erreurs1--7,,ii1 #ab71 ,,ii4 ,rcits extraordinaires 7,sur le peu de croyance qu'on peut accorder aux71--7,i1 #bf71 ,i4 ,rcompenses honorifiques 7,des71--7,,ii1 #g71 ,,ii4 ,rgime 7,sur le7 qui convient le mieux la sant1 --7,,iii1 #ac71 ,,iii4 ,religion 7,erreurs auxquelles conduit le libre examen dans les questions de71--7,,ii1 #ab71 ,,ii4 --7,du zle pour la71--7,,ii1 #ai71 ,,ii4 ,raimond de ,sebonde 7,apologie de71--7,,ii1 #ab71 ,,ii4 ,remords 7,sur le71--7,,ii1 #e71 ,i4 ,repentir 7,du71--7,,iii1 #b71 ,,iii4 ,rsignation2 la nature nous y porte1 mieux que tous les enseignements philosophiques1--7,,iii1 #ab71 ,,ii4 ,roi2 du meilleur emploi faire de ses richesses1 --7,,iii1 #f71 ,,iii4 ,rois2 dans quelle mesure nous leur devons notre obissance et notre affection1--7,i1 #c71 ,i4 ,romaine 7,de la grandeur71--7,,ii1 #bd71 ,,ii4 ,royaut 7,sur les soucis de la71--7,i1 #db71 ,i4 ,se connatre 7,sur la ncessit de bien71--7,,ii1 #f71 ,i4 ,snque 7,dfense de ,plutarque et de71--7,,ii1 #cb71 ,,ii4 ,sens 7,incertitude des7 de l'homme1--7,,ii1 #ab71 ,,ii4 ,senteurs 7,des7 ou odeurs1--7,i1 #ee71 ,i4 ,sentiments opposs qui nous portent pleurer et rire tout la fois d'une mme chose1--7,i1 #cg71 ,i4 ,services 7,rserve apporter dans les7 qu'on rend autrui1 --7,,iii1 #aj71 ,,iii4 ,socit 7,sur la manire d'tre en71--7,,iii1 #h71 ,,iii4 ,solitude 7,de la71--7,i1 #ch71 ,i4 ,sonnets 7,vingt-neuf7 de la ,botie1--7,i1 #bh71 ,i4 ,souverain 7,activit ncessaire un71--7,,ii1 #ba71 ,,ii4 ,spurina 7,histoire de71--7,,ii1 #cc71 ,,ii4 ,subtilits 7,des vaines71--7,i1 #ed71 ,i4 ,suicide 7,sur le71--7,,ii1 #c71 ,i2--7,,ii1 #ac71 ,,ii4 ,supplicis2 des svices exercs sur eux aprs leur mort1 --7,,ii1 #bg71 ,,ii4 ,torture 7,sur la71--7,,ii1 #e71 ,i4 ,tranquillit d'me 7,sur la7 dans les circonstances graves1 --7,i1 #dd71 ,i4 ,tristesse 7,de la71--7,i1 #b71 ,i4 ,utile 7,de l'honnte et de l'71--7,,iii1 #a71 ,,iii4 ,vanit 7,de la71--7,,ii1 #ag71 ,,ii2--7,,iii1 #i71 ,,iii4 ,vertu 7,intrts de nature porter des actes de71 --7,i1 #cf71 ,i4 --7,la difficult est inhrente la pratique de la71 --7,,ii1 #aa71 ,,ii4 --7,de la71--7,,ii1 #bi71 ,,ii4 ,vtements 7,sur l'usage des71--7,i1 #ce71 ,i4 ,vie 7,considrations sur le but de la71--7,,ii1 #ba71 ,,ii4 --7,sur le meilleur usage de la71--7,,iii1 #ac71 ,,iii4 ,vieillesse 7,sur la71--7,i1 #eg71 ,i2--7,,ii1 #bf71 ,,ii4 --7,sur les maux de la71--7,,ii1 #cg71 ,,iii4 ,virgile 7,sur des vers de71--7,,iii1 #e71 ,,iii4 ,volont 7,il faut mnager sa71--7,,iii1 #aj71 ,,iii4 ,volupts fuir1 mme au prix de la vie1--7,i1 #cb71 ,i4 ,voyages 7,sur les71--7,,iii1 #i71 ,,iii4 ,vrai 7,du7 et du faux1 difficult d'en juger1--7,i1 #bf71 ,i4 ,,essais ,,de ,,michel ,,seignevr ,,de ,,montaigne ,,ci ,i ,,xcv ,,texte ,,et ,,traduction ,,av ,,lectevr ,c'est icy vn ,liure de bonne foy1 ,lecteur4 ,il t'aduertit ds l'entree1 que ie ne m'y suis propos aucune fin1 que domestique et priuee3 ie n'y ay eu nulle consideration de ton seruice1 ny de ma gloire3 mes forces ne sont pas capables d'vn tel dessein4 ,ie l'ay vou la commodit particuliere de mes parens et amis3 ce que m'ayans perdu 7ce qu'ils ont faire bien tost7 ils y puissent retrouuer aucuns traicts de mes conditions et humeurs1 et que par ce moyen ils nourrissent plus entiere et plus vifue la connoissance qu'ils ont eu de moy4 ,si c'eust est pour rechercher la faueur du monde1 ie me fusse mieus par et me presanterois en vne marche estudiee4 ,ie veux qu'on m'y voye en ma faon simple1 naturelle et ordinaire1 sans contantion et artifice3 car c'est moy que ie peins4 ,mes defauts s'y liront au vif et ma forme naifue1 autant que la reuerence publique me l'a permis4 ,que si i'eusse est entre ces nations qu'on dit viure encore souz la douce libert des premieres loix de nature1 ie t'asseure que ie m'y fusse tres-volontiers peint tout entier1 et tout nud4 ,ainsi1 ,lecteur1 ie suis moy-mesme la matiere de mon liure1 ce n'est pas raison que tu employes ton loisir en vn subiect si friuole et si vain4 ,a ,dieu donq4 ,de ,montaigne1 ce premier de mars1 mille cinq cens quattre vins4 ,nota4--,ce texte a t collationn sur l'exemplaire de l'dition de #aeie 7dite ,paris1 cette date1 par ,abel ,langelier71 appartenant la ,bibliothque nationale1 n #ae de la collection ,payen4--,en ce qui concerne spcialement l'avis au lecteur ci-dessus1 se reporter aux ,notes1 ,i1 #ad1 ,,av ,,lectevr4 ,,livre ,,premier4 ,,chapitre ,i4 ,par diuers moyens on arrive pareille fin4 ,,la plus commune faon d'amollir les curs de ceux qu'on a offencez1 lors qu'ayans la vengeance en main1 ils nous tiennent leur mercy1 c'est de les esmouuoir par submission1 commiseration et piti3 toutesfois la brauerie1 la constance1 et la resolution1 moyens tous contraires1 ont quelquesfois seruy ce mesme effect4 ,edouard ,prince de ,galles1 celuy qui regenta si long temps nostre ,guienne3 personnage duquel les conditions et la fortune ont beaucoup de notables parties de grandeur2 ayant est bien fort offenc par les ,limosins1 et prenant leur ville par force1 ne peut estre arrest par les cris du peuple1 et des femmes1 et enfans abandonnez la boucherie1 luy criants mercy1 et se iettans ses pieds3 iusqu' ce que passant tousiours outre dans la ville1 il appereut trois ,gentilshommes ,franois1 qui d'vne hardiesse incroyable soustenoient seuls l'effort de son armee victorieuse4 ,la consideration et le respect d'vne si notable vertu1 reboucha premierement la pointe de sa cholere3 et commena par ces trois1 faire misericorde tous les autres habitans de la ville4 ,scanderberch1 ,prince de l',epire1 suyuant vn soldat des siens pour le tuer1 et ce soldat ayant essay par toute espece d'humilit et de supplication de l'appaiser1 se resolut toute extremit de l'attendre l'espee au poing3 cette sienne resolution arresta sus bout la furie de son maistre1 qui pour luy auoir veu prendre vn si honorable party1 le reeut en grace4 ,cet exemple pourra souffrir autre interpretation de ceux1 qui n'auront leu la prodigieuse force et vaillance de ce ,prince l4 ,l',empereur ,conrad troisiesme1 ayant assieg ,guelphe ,duc de ,bauieres1 ne voulut condescendre plus douces conditions1 quelques viles et lasches satisfactions qu'on luy offrist1 que de permettre seulement aux gentils-femmes qui estoient assiegees auec le ,duc1 de sortir leur honneur sauue1 pied1 auec ce qu'elles pourroient emporter sur elles4 ,elles d'vn cur magnanime1 s'aduiserent de charger sur leurs espaules leurs maris1 leurs enfans1 et le ,duc mesme4 ,l',empereur print si grand plaisir voir la gentillesse de leur courage1 qu'il en pleura d'aise1 et amortit toute cette aigreur d'inimiti mortelle et capitale qu'il auoit portee contre ce ,duc3 et ds lors en auant traita humainement luy et les siens4 ,l'vn et l'autre de ces deux moyens m'emporteroit aysement3 car i'ay vne merueilleuse laschet vers la misericorde et mansuetude3 tant y a1 qu' mon aduis1 ie serois pour me rendre plus naturellement la compassion1 qu' l'estimation4 ,si est la piti passion vitieuse aux ,stoiques3 ils veulent qu'on secoure les affligez1 mais non pas qu'on flechisse et compatisse auec eux4 ,or ces exemples me semblent plus propos1 d'autant qu'on voit ces ames assaillies et essayees par ces deux moyens1 en soustenir l'vn sans s'esbranler1 et courber sous l'autre4 ,il se peut dire1 que de rompre son cur la commiseration1 c'est l'effet de la facilit1 debonnairet1 et mollesse3 d'o il aduient que les natures plus foibles1 comme celles des femmes1 des enfans1 et du vulgaire1 y sont plus subiettes3 mais ayant eu desdaing les larmes et les pleurs1 de se rendre la seule reuerence de la saincte image de la vertu1 que c'est l'effect d'vne ame forte et imployable1 ayant en affection et en honneur vne vigueur masle1 et obstinee4 ,toutesfois s ames moins genereuses1 l'estonnement et l'admiration peuuent faire naistre vn pareil effect3 tesmoin le peuple ,thebain1 lequel ayant mis en ,iustice d'accusation capitale1 ses ,capitaines1 pour auoir continu leur charge outre le temps qui leur auoit est prescript et preordonn1 absolut toute peine ,pelopidas1 qui plioit sous le faix de telles obiections1 et n'employoit se garantir que requestes et supplications3 et au contraire ,epaminondas1 qui vint raconter magnifiquement les choses par luy faites1 et les reprocher au peuple d'vne faon fiere et arrogante1 il n'eut pas le cur de prendre seulement les balotes en main1 et se departit3 l'assemblee louant grandement la hautesse du courage de ce personnage4 ,dionysius le vieil1 apres des longueurs et difficults extremes1 ayant prins la ville de ,rege1 et en icelle le ,capitaine ,phyton1 grand homme de bien1 qui l'auoit si obstinement defendue1 voulut en tirer vn tragique exemple de vengeance4 ,il luy dict premierement1 comment le iour auant1 il auoit faict noyer son fils1 et tous ceux de sa parent4 ,a quoy ,phyton respondit seulement1 qu'ils en estoient d'vn iour plus heureux que luy4 ,apres il le fit despouiller1 et saisir des ,bourreaux1 et le trainer par la ville1 en le fouttant tres ignominieusement et cruellement3 et en outre le chargeant de felonnes parolles et contumelieuses4 ,mais il eut le courage tousiours constant1 sans se perdre4 ,et d'vn visage ferme1 alloit au contraire ramenteuant haute voix1 l'honorable et glorieuse cause de sa mort1 pour n'auoir voulu rendre son pas entre les mains d'vn tyran3 le menaant d'vne prochaine punition des dieux4 ,dionysius1 lisant dans les yeux de la commune de son armee1 qu'au lieu de s'animer des brauades de cet ennemy vaincu1 au mespris de leur chef1 et de son triomphe1 elle alloit s'amollissant par l'estonnement d'vne si rare vertu1 et marchandoit de se mutiner1 et mesmes d'arracher ,phyton d'entre les mains de ses sergens1 feit cesser ce martyre3 et cachettes l'enuoya noyer en la mer4 ,certes c'est vn subiect merueilleusement vain1 diuers1 et ondoyant1 que l'homme3 il est malais d'y fonder iugement constant et vniforme4 ,voyla ,pompeius qui pardonna toute la ville des ,mamertins1 contre laquelle il estoit fort anim1 en consideration de la vertu et magnanimit du citoyen ,zenon1 qui se chargeoit seul de la faute publique1 et ne requeroit autre grace que d'en porter seul la peine4 ,et l'hoste de ,sylla1 ayant vs en la ville de ,peruse de semblable vertu1 n'y gaigna rien1 ny pour soy1 ny pour les autres4 ,et directement contre mes premiers exemples1 le plus hardy des hommes et si gratieux aux vaincus ,alexandre1 forant apres beaucoup de grandes difficultez la ville de ,gaza1 rencontra ,betis qui y commandoit1 de la valeur duquel il auoit1 pendant ce siege1 senty des preuues merueilleuses1 lors seul1 abandonn des siens1 ses armes despecees1 tout couuert de sang et de playes1 combatant encores au milieu de plusieurs ,macedoniens1 qui le chamailloient de toutes parts3 et luy dit1 tout piqu d'vne si chere victoire3 car entre autres dommages1 il auoit receu deux fresches blessures sur sa personne3 ,tu ne mourras pas comme tu as voulu1 ,betis3 fais estat qu'il te faut souffrir toutes les sortes de tourmens qui se pourront inuenter contre un captif4 ,l'autre1 d'vne mine non seulement asseuree1 mais rogue et altiere1 se tint sans mot dire ces menaces4 ,lors ,alexandre voyant l'obstination se taire3 ,a il flechy vn genouil8 luy est-il eschapp quelque voix suppliante8 ,vrayement ie vainqueray ce silence3 et si ie n'en puis arracher parole1 i'en arracheray au moins du gemissement4 ,et tournant sa cholere en rage1 commanda qu'on luy perast les talons1 et le fit ainsi trainer tout vif1 deschirer et desmembrer au cul d'vne charrette4 ,seroit-ce que la force de courage luy fust si naturelle et commune1 que pour ne l'admirer point1 il la respectast moins8 ou qu'il l'estimast si proprement sienne1 qu'en cette hauteur il ne peust souffrir de la veoir en vn autre1 sans le despit d'vne passion enuieuse8 ou que l'impetuosit naturelle de sa cholere fust incapable d'opposition8 ,de vray1 si elle eust receu bride1 il est croire1 qu'en la prinse et desolation de la ville de ,thebes elle l'eust receue3 veoir cruellement mettre au fil de l'espee tant de vaillans hommes1 perdus1 et n'ayans plus moyen de defence publique4 ,car il en fut tu bien six mille1 desquels nul ne fut veu ny fuiant1 ny demandant mercy3 au rebours cerchans1 qui 1 qui l1 par les rues1 affronter les ennemis victorieux3 les prouoquans les faire mourir d'vne mort honorable4 ,nul ne fut veu1 qui n'essaiast en son dernier souspir1 de se venger encores3 et tout les armes du desespoir consoler sa mort en la mort de quelque ennemy4 ,si ne trouua l'affliction de leur vertu aucune piti3 et ne suffit la longueur d'vn iour assouuir sa vengeance4 ,ce carnage dura iusques la derniere goute de sang espandable3 et ne s'arresta qu'aux personnes desarmes1 vieillards1 femmes et enfants1 pour en tirer trente mille esclaues4 ,,chapitre ,,ii4 ,de la tristesse4 ,,ie suis des plus exempts de cette passion1 et ne l'ayme ny l'estime3 quoy que le monde ayt entrepris1 comme prix faict1 de l'honorer de faueur particuliere4 ,ils en habillent la sagesse1 la vertu1 la conscience4 ,sot et vilain ornement4 ,les ,italiens ont plus sortablement baptis de son nom la malignit4 ,car c'est vne qualit tousiours nuisible1 tousiours folle3 et comme tousiours couarde et basse1 les ,stociens en defendent le sentiment leurs sages4 ,mais le conte dit que ,psammenitus ,roy d'gypte1 ayant est deffait et pris par ,cambysez ,roy de ,perse1 voyant passer deuant luy sa fille prisonniere habillee en seruante1 qu'on enuoyoit puiser de l'eau1 tous ses amis pleurans et lamentans autour de luy1 se tint coy sans mot dire1 les yeux fichez en terre3 et voyant encore tantost qu'on menoit son fils la mort1 se maintint en cette mesme contenance3 mais qu'ayant appereu vn de ses domestiques conduit entre les captifs1 il se mit battre sa teste1 et mener vn dueil extreme4 ,cecy se pourroit apparier ce qu'on vid dernierement d'vn ,prince des nostres1 qui ayant ouy ,trente1 o il estoit1 nouuelles de la mort de son frere aisn1 mais vn frere en qui consistoit l'appuy et l'honneur de toute sa maison1 et bien tost apres d'vn puisn1 sa seconde esperance1 et ayant soustenu ces deux charges d'vne constance exemplaire1 comme quelques iours apres vn de ses gens vint mourir1 il se laissa emporter ce dernier accident2 et quitant sa resolution1 s'abandonna au dueil et aux regrets2 en maniere qu'aucuns en prindrene argument1 qu'il n'auoit est touch au vif que de cette derniere secousse3 mais la verit ce fut1 qu'estant d'ailleurs plein et combl de tristesse1 la moindre sur-charge brisa les barrieres de la patience4 ,il s'en pourroit1 di-ie1 autant iuger de nostre histoire1 n'estoit qu'elle adiouste1 que ,cambyses s'enquerant ,psammenitus1 pourquoy ne s'estant esmeu au malheur de son filz et de sa fille1 il portoit si impatiemment celuy de ses amis3 ,c'est1 respondit-il1 que ce seul dernier desplaisir se peut signifier par larmes1 les deux premiers surpassans de bien loin tout moyen de se pouuoir exprimer4 ,a l'auenture reuiendroit ce propos l'inuention de cet ancien peintre1 lequel ayant representer au sacrifice de ,iphigenia le dueil des assistans1 selon les degrez de l'interest que chacun apportoit la mort de cette belle fille innocente1 ayant espuis les derniers efforts de son art1 quand ce vint au pere de la vierge1 il le peignit le visage couuert1 comme si nulle contenance ne pouuoit rapporter ce degr de dueil4 ,voyla pourquoy les ,potes feignent cette miserable mere ,niob1 ayant perdu premierement sept filz1 et puis de suite autant de filles1 sur-chargee de pertes1 auoir est en fin transmuee en rocher1 diriguisse malis3 pour exprimer cette morne1 muette et sourde stupidit1 qui nous transsit1 lors que les accidens nous accablent surpassans nostre portee4 ,de vray1 l'effort d'vn desplaisir1 pour estre extreme1 doit estonner toute l'ame1 et luy empescher la libert de ses actions3 comme il nous aduient la chaude alarme d'vne bien mauuaise nouuelle1 de nous sentir saisis1 transis1 et comme perclus de tous mouuemens3 de faon que l'ame se relaschant apres aux larmes et aux plaintes1 semble se desprendre1 se desmeller1 et se mettre plus au large1 et son aise4 ,et via vix tandem voci laxata dolore est4 ,en la guerre que le ,roy ,ferdinand mena contre la veufue du ,roy ,iean de ,hongrie1 autour de ,bude1 vn gendarme fut particulierement remerqu de chacun1 pour auoir excessiuement bien faict de sa personne1 en certaine meslee3 et incognu1 hautement lou1 et plaint y estant demeur3 mais de nul tant que de ,raiscac ,seigneur ,allemand1 esprins d'vne si rare vertu3 le corps estant rapport1 cetuicy d'vne commune curiosit1 s'approcha pour voir qui c'estoit3 et les armes ostees au trespass1 il reconut son fils4 ,cela augmenta la compassion aux assistans3 luy seul1 sans rien dire1 sans siller les yeux1 se tint debout1 contemplant fixement le corps de son fils3 iusques ce que la vehemence de la tristesse1 aiant accabl ses esprits vitaux1 le porta roide mort par terre4 ,chi puo dir com' egli arde in picciol fuoco1 disent les amoureux1 qui veulent representer vne passion insupportable4 misero quod omnes ,eripit sensu mihi4 ,nam simul te ,lesbia aspexi1 nihil est superm ,quod loquar amens4 ,lingua sed torpet1 tenuis sub artus ,flamma dimanat1 sonitu suopte ,tinniunt aures1 gemina teguntur ,lumina nocte4 ,aussi n'est ce pas en la viue1 et plus cuysante chaleur de l'accs1 que nous sommes propres desployer nos plaintes et nos persuasions3 l'ame est lors aggrauee de profondes pensees1 et le corps abbatu et languissant d'amour3 et de l s'engendre par fois la defaillance fortuite1 qui surprent les amoureux si hors de saison2 et cette glace qui les saisit par la force d'vne ardeur extreme1 au giron mesme de la ioussance4 ,toutes passions qui se laissent gouster1 et digerer1 ne sont que mediocres1 ,cur leues loquuntur1 ingentes stupent4 ,la surprise d'un plaisir inesper nous estonne de mesme4 ,vt me conspexit venientem1 et ,troa circum ,arma amens vidit1 magnis exterrita monstris1 ,diriguit visu in medio1 calor ossa reliquit1 ,labitur1 et longo vix tandem tempore fatur4 ,outre la femme ,romaine1 qui mourut surprise d'aise de voir son fils reuenu de la routte de ,cannes3 ,sophocles et ,denis le ,tyran1 qui trespasserent d'aise3 et ,talua qui mourut en ,corsegue1 lisant les nouuelles des honneurs que le ,senat de ,rome luy auoit decernez2 nous tenons en nostre siecle1 que le ,pape ,leon dixiesme ayant est aduerty de la prinse de ,milan1 qu'il auoit extremement souhaittee1 entra en tel excez de ioye1 que la fieure l'en print1 et en mourut4 ,et pour vn plus notable tesmoignage de l'imbecillit humaine1 il a est remerqu par les anciens1 que ,diodorus le ,dialecticien mourut sur le champ1 espris d'vne extreme passion de honte1 pour en son escole1 et en public1 ne se pouuoir desuelopper d'vn argument qu'on luy auoit faict4 ,ie suis peu en prise de ces violentes passions3 i'ay l'apprehension naturellement dure2 et l'encrouste et espessis tous les iours par discours4 ,,chapitre ,,iii4 ,nos affections s'emportent au del de nous4 ,,cevx qui accusent les hommes d'aller tousiours beant apres les choses futures1 et nous apprennent nous saisir des biens presens1 et nous rassoir en ceux-l1 comme n'ayants aucune prise sur ce qui est venir1 voire assez moins que nous n'auons sur ce qui est pass1 touchent la plus commune des humaines erreurs3 s'ils osent appeller erreur1 chose quoy nature mesme nous achemine pour le seruice de la continuation de son ouurage1 nous imprimant1 comme assez d'autres1 cette imagination fausse1 plus ialouse de nostre action1 que de nostre science4 ,nous ne sommes iamais chez nous1 nous sommes tousiours au del4 ,la crainte1 le desir1 l'esperance1 nous eslancent vers l'aduenir3 et nous desrobent le sentiment et la consideration de ce qui est1 pour nous amuser ce qui sera1 voire quand nous ne serons plus4 ,calamitosus est animus futuri anxius4 ,ce grand precepte est souuent allegu en ,platon1 ,fay ton faict1 et te congnoy4 ,chascun de ces deux membres enueloppe generallement tout nostre deuoir3 et semblablement enueloppe son compagnon4 ,qui auroit faire son faict1 verroit que sa premiere leon1 c'est cognoistre ce qu'il est1 et ce qui luy est propre4 ,et qui se cognoist1 ne prend plus l'estranger faict pour le sien3 s'ayme1 et se cultiue auant toute autre chose3 refuse les occupations superflues1 et les pensees1 et propositions inutiles4 ,comme la folie quand on luy octroyera ce qu'elle desire1 ne sera pas contente3 aussi est la sagesse contente de ce qui est present1 ne se desplait iamais de soy4 ,epicurus dispense son sage de la preuoyance et soucy de l'aduenir4 ,entre les loix qui regardent les trespassez1 celle icy me semble autant solide1 qui oblige les actions des ,princes estre examinees apres leur mort3 ils sont compagnons1 sinon maistres des loix3 ce que la ,iustice n'a peu sur leurs testes1 c'est raison qu'elle l'ayt sur leur reputation1 et biens de leurs successeurs3 choses que souuent nous preferons la vie4 ,c'est vne vsance qui apporte des commoditez singulieres aux nations o elle est obseruee1 et desirable tous bons ,princes3 qui ont se plaindre de ce1 qu'on traitte la memoire des meschants comme la leur4 ,nous deuons la subiection et obessance egalement tous ,rois3 car elle regarde leur office3 mais l'estimation1 non plus que l'affection1 nous ne la deuons qu' leur vertu4 ,donnons l'ordre politique de les souffrir patiemment1 indignes3 de celer leurs vices3 d'aider de nostre recommandation leurs actions indifferentes1 pendant que leur auctorit a besoin de nostre appuy4 ,mais nostre commerce finy1 ce n'est pas raison de refuser la ,iustice1 et nostre libert1 l'expression de noz vrays ressentiments3 et nommment de refuser aux bons subiects1 la gloire d'auoir reueremment et fidellement serui vn maistre1 les imperfections duquel leur estoient si bien cognues3 frustrant la posterit d'vn si vtile exemple4 ,et ceux1 qui1 par respect de quelque obligation priuee espousent iniquement la memoire d'vn ,prince mesloable1 font iustice particuliere aux despends de la ,iustice publique4 ,titus ,liuius dict vray1 que le langage des hommes nourris sous la ,royaut1 est tousiours plein de vaines ostentations et faux tesmoignages3 chascun esleuant indifferemment son ,roy1 l'extreme ligne de valeur et grandeur souueraine4 ,on peult reprouuer la magnanimit de ces deux soldats1 qui respondirent ,neron1 sa barbe1 l'vn enquis de luy1 pourquoy il luy vouloit mal3 ,ie t'aimoy quand tu le valois3 mais despuis que tu s deuenu parricide1 boutefeu1 basteleur1 cochier1 ie te hay1 comme tu merites4 ,l'autre1 pourquoy il le vouloit tuer2 ,par ce que ie ne trouue autre remede tes continuels malefices4 ,mais les publics et vniuersels tesmoignages1 qui apres sa mort ont est rendus1 et le seront tout iamais1 luy1 et tous meschans comme luy1 de ses tiranniques et vilains deportements1 qui de sain entendement les peut reprouuer8 ,il me desplaist1 qu'en vne si saincte police que la ,lacedemonienne1 se fust mesle vne si feinte ceremonie la mort des ,roys4 ,tous les confederez et voysins1 et tous les ,ilotes1 hommes1 femmes1 pesle-mesle1 se descoupoient le front1 pour tesmoignage de deuil3 et disoient en leurs cris et lamentations1 ,que celuy la1 quel qu'il eust est1 estoit le meilleur ,roy de tous les leurs3 attribuants au reng1 le los qui appartenoit au merite2 et1 qui appartient au premier merite1 au postreme et dernier reng4 ,aristote1 qui remue toutes choses1 s'enquiert sur le mot de ,solon1 ,que nul auant mourir ne peut estre dict heureux1 ,si celuy la mesme1 qui a vescu1 et qui est mort souhait1 peut estre dict1 heureux1 si sa renommee va mal1 si sa posterit est miserable4 ,pendant que nous nous remuons1 nous nous portons par preoccupation o il nous plaist3 mais estant hors de l'estre1 nous n'auons aucune communication auec ce qui est4 ,et seroit meilleur de dire ,solon1 que iamais homme n'est donc heureux1 puis qu'il ne l'est qu'apres qu'il n'est plus4 quisquam ,vix radicitus vita se tollit1 et eiicit3 ,sed facit esse sui quiddam super inscius ipse1 ,nec remouet satis proiecto corpore sese1 et ,vindicat4 ,bertrand du ,glesquin mourut au siege du ,chasteau de ,rancon1 pres du ,puy en ,auuergne3 les assiegez s'estans rendus apres1 furent obligez de porter les clefs de la place sur le corps du trespass4 ,barthelemy d',aluiane1 ,general de l'armee des ,venitiens1 estant mort au seruice de leurs guerres en la ,bresse1 et son corps ayant est rapport ,venise par le ,veronois1 terre ennemie2 la pluspart de ceux de l'armee estoient d'aduis1 qu'on demandast sauf-conduit pour le passage ceux de ,veronne3 mais ,theodore ,triuulce y contredit2 et choisit plustost de le passer par viue force1 au hazard du combat3 ,n'estant conuenable1 disoit-il1 que celuy qui en sa vie n'auoit iamais eu peur de ses ennemis1 estant mort fist demonstration de les craindre4 ,de vray1 en chose voisine1 par les loix ,grecques1 celuy qui demandoit l'ennemy vn corps pour l'inhumer1 renonoit la victoire1 et ne lui estoit plus loisible d'en dresser trophee3 celuy qui en estoit requis1 c'estoit tiltre de gain4 ,ainsi perdit ,nicias l'auantage qu'il auoit nettement gaign sur les ,corinthiens3 et au rebours1 ,agesilaus asseura celuy qui luy estoit bien doubteusement acquis sur les ,botiens4 ,ces traits se pourroient trouuer estranges1 s'il n'estoit receu de tout temps1 non seulement d'estendre le soing de nous1 au del cette vie1 mais encore de croire1 que bien souuent les faueurs celestes nous accompaignent au tombeau1 et continuent nos reliques4 ,dequoy il y a tant d'exemples anciens1 laissant part les nostres1 qu'il n'est besoing que ie m'y estende4 ,edouard premier ,roy d',angleterre1 ayant essay aux longues guerres d'entre luy et ,robert ,roy d',escosse1 combien sa presence donnoit d'aduantage ses affaires1 rapportant tousiours la victoire de ce qu'il entreprenoit en personne2 mourant1 obligea son fils par solennel serment1 ce qu'estant trespass1 il fist bouillir son corps pour desprendre sa chair d'auec les os1 laquelle il fit enterrer3 et quant aux os1 qu'il les reseruast pour les porter auec luy1 et en son armee1 toutes les fois qu'il luy aduiendroit d'auoir guerre contre les ,escossois3 comme si la destinee auoit fatalement attach la victoire ses membres4 ,iean ,zischa1 qui troubla la ,boheme pour la deffence des erreurs de ,v,viclef1 voulut qu'on l'escorchast apres sa mort1 et de sa peau qu'on fist vn tabourin porter la guerre contre ses ennemis3 estimant que cela ayderoit continuer les aduantages qu'il auoit eus aux guerres1 par luy conduictes contre eux4 ,certains ,indiens portoient ainsin au combat contre les ,espaignols1 les ossemens d'vn de leurs ,capitaines1 en consideration de l'heur qu'il auoit eu en viuant4 ,et d'autres peuples en ce mesme monde1 trainent la guerre les corps des vaillans hommes1 qui sont morts en leurs batailles1 pour leur seruir de bonne fortune et d'encouragement4 ,les premiers exemples ne reseruent au tombeau1 que la reputation acquise par leurs actions passees3 mais ceux-cy y veulent encore mesler la puissance d'agir4 ,le faict du ,capitaine ,bayard est de meilleure composition1 lequel se sentant bless mort d'vne harquebusade dans le corps1 conseill de se retirer de la meslee1 respondit qu'il ne commenceroit point sur sa fin tourner le dos l'ennemy3 et ayant combatu autant qu'il eut de force1 se sentant defaillir1 et eschapper du cheual1 commanda son maistre d'hostel1 de le coucher au pied d'vn arbre3 mais que ce fust en faon qu'il mourust le visage tourn vers l'ennemy3 comme il fit4 ,il me faut adiouster cet autre exemple aussi remarquable pour cette consideration1 que nul des precedens4 ,l',empereur ,maximilian bisayeul du ,roy ,philippes1 qui est present1 estoit ,prince dou de tout plein de grandes qualitez1 et entre autres d'vne beaut de corps singuliere3 mais parmy ces humeurs1 il auoit ceste cy bien contraire celle des ,princes1 qui pour despescher les plus importants affaires1 font leur throsne de leur chaire percee3 c'est qu'il n'eut iamais valet de chambre1 si priu1 qui il permist de le voir en sa garderobbe3 il se desroboit pour tomber de l'eau1 aussi religieux qu'vne pucelle ne descouurir ny ,medecin ny qui que ce fust les parties qu'on a accoustum de tenir cachees4 ,moy qui ay la bouche si effronte1 suis pourtant par complexion touch de cette honte3 si ce n'est vne grande suasion de la necessit ou de la volupt1 ie ne communique gueres aux yeux de personne1 les membres et actions1 que nostre coustume ordonne estre couuertes3 i'y souffre plus de contrainte que ie n'estime bien seant vn homme1 et sur tout vn homme de ma profession3 mais luy en vint telle superstition1 qu'il ordonna par parolles expresses de son testament1 qu'on luy attachast des calessons1 quand il seroit mort4 ,il deuoit adiouster par codicille1 que celuy qui les luy monteroit eust les yeux bandez4 ,l'ordonnance que ,cyrus faict ses enfans1 que ny eux1 ny autre1 ne voye et touche son corps1 apres que l'ame en sera separee3 ie l'attribue quelque sienne deuotion3 car et son ,historien et luy1 entre leurs grandes qualitez1 ont sem par tout le cours de leur vie1 vn singulier soin et reuerence la religion4 ,ce conte me despleut1 qu'vn grand me fit d'vn mien alli1 homme assez cogneu et en paix et en guerre4 ,c'est que mourant bien vieil en sa cour1 tourment de douleurs extremes de la pierre1 il amusa toutes ses heures dernieres auec vn soing vehement1 disposer l'honneur et la ceremonie de son enterrement3 et somma toute la noblesse qui le visitoit1 de luy donner parolle d'assister son conuoy4 ,a ce ,prince mesme1 qui le vid sur ces derniers traits1 il fit vne instante supplication que sa maison fust commandee de s'y trouuer2 employant plusieurs exemples et raisons1 prouuer que c'estoit chose qui appartenoit vn homme de sa sorte3 et sembla expirer content ayant retir cette promesse1 et ordonn son gr la distribution1 et ordre de sa montre4 ,ie n'ay guere veu de vanit si perseuerante4 ,cette autre curiosit contraire1 en laquelle ie n'ay point aussi faute d'exemple domestique1 me semble germaine ceste-cy3 d'aller se soignant et passionnant ce dernier poinct1 regler son conuoy1 quelque particuliere et inusitee parsimonie1 vn seruiteur et vne lanterne4 ,ie voy louer cett'humeur1 et l'ordonnance de ,marcus mylius ,lepidus1 qui deffendit ses heritiers d'employer pour luy les ceremonies qu'on auoit accoustum en telles choses4 ,est-ce encore temperance et frugalit1 d'euiter la despence et la volupt1 desquelles l'vsage et la cognoissance nous est imperceptible8 ,voila vne aisee reformation et de peu de coust4 ,s'il estoit besoin d'en ordonner1 ie seroy d'aduis1 qu'en celle l1 comme en toutes actions de la vie1 chascun en rapportast la regle1 au degr de sa fortune4 ,et le ,philosophe ,lycon prescrit sagement ses amis1 de mettre son corps o ils aduiseront pour le mieux3 et quant aux funerailles1 de les faire ny superflues ny mechaniques4 ,ie lairrois purement la coustume ordonner de cette ceremonie1 et m'en remettray la discretion des premiers qui ie tomberay en charge4 ,totus hic locus est contemnendus in nobis1 non negligendus in nostris4 ,et est sainctement dict vn sainct3 ,curatio funeris1 conditio sepultur1 pompa exequiarum1 magis sunt viuorum solatia1 qum subsidia mortuorum4 ,pourtant ,socrates ,criton1 qui sur l'heure de sa fin luy demande1 comment il veut estre enterr3 ,comme vous voudrez1 respond-il4 ,si i'auois m'en empescher plus auant1 ie trouuerois plus galand1 d'imiter ceux qui entreprennent viuans et respirans1 iouyr de l'ordre et honneur de leur sepulture3 et qui se plaisent de voir en marbre leur morte contenance4 ,heureux qui sachent resiouyr et gratifier leur sens par l'insensibilit1 et viure de leur mort6 ,a peu1 que ie n'entre en haine irreconciliable contre toute domination populaire3 quoy qu'elle me semble la plus naturelle et equitable3 quand il me souuient de cette inhumaine iniustice du peuple ,athenien3 de faire mourir sans remission1 et sans les vouloir seulement our en leurs defenses1 ces braues ,capitaines1 venants de gaigner contre les ,lacedemoniens la bataille naualle pres les ,isles ,arginenses3 la plus contestee1 la plus forte bataille1 que les ,grecs aient onques donnee en mer de leurs forces3 par ce qu'apres la victoire1 ils auoient suiuy les occasions que la loy de la guerre leur presentoit1 plustost que de s'arrester recueillir et inhumer leurs morts4 ,et rend cette execution plus odieuse1 le faict de ,diomedon4 ,cettuy cy est l'vn des condamnez1 homme de notable vertu1 et militaire et politique3 lequel se tirant auant pour parler1 apres auoir ouy l'arrest de leur condemnation1 et trouuant seulement lors temps de paisible audience1 au lieu de s'en seruir au bien de sa cause1 et descouurir l'euidente iniquit d'vne si cruelle conclusion1 ne representa qu'vn soin de la conseruation de ses iuges3 priant les ,dieux de tourner ce iugement leur bien3 et fin que1 par faute de rendre les vux que luy et ses compagnons auoient vou1 en recognoissance d'vne si illustre fortune1 ils n'attirassent l'ire des ,dieux sur eux1 les aduertissant quels vux c'estoient4 ,et sans dire autre chose1 et sans marchander1 s'achemina de ce pas courageusement au supplice4 ,la fortune quelques annees apres les punit de mesme pain souppe4 ,car ,chabrias ,capitaine general de leur armee de mer1 ayant eu le dessus du combat contre ,pollis ,admiral de ,sparte1 en l'isle de ,naxe1 perdit le fruict tout net et content de sa victoire1 tres-important leurs affaires1 pour n'encourir le malheur de cet exemple1 et pour ne perdre peu de corps morts de ses amis1 qui flottoyent en mer1 laissa voguer en sauuet vn monde d'ennemis viuants1 qui depuis leur feirent bien acheter cette importune superstition4 ,quris1 quo iaceas1 post obitum1 loco8 ,quo non nata iacent4 ,cet autre redonne le sentiment du repos1 vn corps sans ame1 ,neque sepulcrum1 quo recipiat1 habeat portum corporis3 ,vbi1 remissa humana vita1 corpus requiescat malis4 ,tout ainsi que nature nous faict voir1 que plusieurs choses mortes ont encore des relations occultes la vie4 ,le vin s'altere aux caues1 selon aucunes mutations des saisons de sa vigne4 ,et la chair de venaison change d'estat aux saloirs et de goust1 selon les loix de la chair viue1 ce qu'on dit4 ,,chapitre ,,iiii4 ,comme l'ame descharge ses passions sur des obiects faux1 quand les vrais luy defaillent4 ,,vn ,gentil-homme des nostres merueilleusement subiect la goutte1 estant press par les ,medecins de laisser du tout l'vsage des viandes salees1 auoit accoustum de respondre plaisamment1 que sur les efforts et tourments du mal1 il vouloit auoir qui s'en prendre2 et que s'escriant et maudissant tantost le ceruelat1 tantost la langue de buf et le iambon1 il s'en sentoit d'autant alleg4 ,mais en bon escient1 comme le bras estant hauss pour frapper1 il nous deult si le coup ne rencontre1 et qu'il aille au vent3 aussi que pour rendre vne veu plaisante1 il ne faut pas qu'elle soit perdu et escartee dans le vague de l'air1 ains qu'elle ayt butte pour la soustenir raisonnable distance4 ,ventus vt amittit vires1 nisi robore dens ,occurrant silu spatio diffusus inani4 ,de mesme il semble que l'ame esbranlee et esmeu se perde en soy-mesme1 si on ne luy donne prinse3 et faut tousiours luy fournir d'obiect o elle s'abutte et agisse4 ,plutarque dit propos de ceux qui s'affectionnent aux guenons et petits chiens1 que la partie amoureuse qui est en nous1 faute de prise legitime1 plustost que de demeurer en vain1 s'en forge ainsin vne faulce et friuole4 ,et nous voyons que l'ame en ses passions se pipe plustost elle mesme1 se dressant vn faux subiect et fantastique1 voire contre sa propre creance1 que de n'agir contre quelque chose4 ,ainsin emporte les bestes leur rage s'attaquer la pierre et au fer1 qui les a blessees3 et se venger belles dents sur soy-mesmes du mal qu'elles sentent4 ,pannonis haud aliter post ictum suior vrsa ,cui iaculum parua ,lybis amentauit habena1 ,se rotat in vulnus1 telumque irata receptum ,impetit1 et secum fugientem circuit hastam4 ,quelles causes n'inuentons nous des malheurs qui nous aduiennent8 quoy ne nous prenons nous tort ou droit1 pour auoir o nous escrimer8 ,ce ne sont pas ces tresses blondes1 que tu deschires1 ny la blancheur de cette poictrine1 que despite tu bats si cruellement1 qui ont perdu d'vn malheureux plomb ce frere bien aym3 prens t'en ailleurs4 ,liuius parlant de l'armee ,romaine en ,espaigne1 apres la perte des deux freres ses grands ,capitaines1 ,flere omnes repente1 et offensare capita3 c'est vn vsage commun4 ,et le ,philosophe ,bion1 de ce ,roy1 qui de dueil s'arrachoit le poil1 fut plaisant1 ,cetuy-cy pense-il que la pelade soulage le dueil8 ,qui n'a veu mascher et engloutir les cartes1 se gorger d'vne bale de dez1 pour auoir o se venger de la perte de son argent8 ,xerxes foita la mer1 et escriuit vn cartel de deffi au mont ,athos3 et ,cyrus amusa toute vne armee plusieurs iours se venger de la riuiere de ,gyndus1 pour la peur qu'il auoit eu en la passant3 et ,caligula ruina vne tresbelle maison1 pour le plaisir que sa mere y auoit eu4 ,le peuple disoit en ma ieunesse1 qu'vn ,roy de noz voysins1 ayant receu de ,dieu vne bastonade1 iura de s'en venger3 ordonnant que de dix ans on ne le priast1 ny parlast de luy1 ny autant qu'il estoit en son auctorit1 qu'on ne creust en luy4 ,par o on vouloit peindre non tant la sottise1 que la gloire naturelle la nation1 dequoy estoit le compte4 ,ce sont vices tousiours conioincts3 mais telles actions tiennent1 la verit1 vn peu plus encore d'outrecuidance1 que de bestise4 ,augustus ,cesar ayant est battu de la tempeste sur mer1 se print deffier le ,dieu ,neptunus1 et en la pompe des ieux ,circenses fist oster son image du reng o elle estoit parmy les autres ,dieux1 pour se venger de luy4 ,enquoy il est encore moins excusable1 que les precedens1 et moins qu'il ne fut depuis1 lors qu'ayant perdu vne bataille sous ,quintilius ,varus en ,allemaigne1 il alloit de colere et de desespoir1 choquant sa teste contre la muraille1 en s'escriant1 ,varus rens moy mes soldats3 car ceux la surpassent toute follie1 d'autant que l'impiet y est ioincte1 qui s'en adressent ,dieu mesmes1 ou la fortune1 comme si elle auoit des oreilles subiectes nostre batterie4 ,a l'exemple des ,thraces1 qui1 quand il tonne ou esclaire1 se mettent tirer contre le ciel d'vne vengeance ,titanienne1 pour renger ,dieu raison1 coups de fleche4 ,or1 comme dit cet ancien ,pote chez ,plutarque1 ,point ne se faut courroucer aux affaires4 ,il ne leur chaut de toutes nos choleres4 ,mais nous ne dirons iamais assez d'iniures au desreglement de nostre esprit4 ,,chapitre ,v4 ,si le chef d'vne place assiegee1 doit sortir pour parlementer4 ,,lvcivs ,marcius ,legat des ,romains1 en la guerre contre ,perseus ,roy de ,macedoine1 voulant gaigner le temps qu'il luy falloit encore mettre en point son armee1 sema des entregets d'accord1 desquels le ,roy endormy accorda trefue pour quelques iours3 fournissant par ce moyen son ennemy d'opportunit et loisir pour s'armer3 d'o le ,roy encourut sa derniere ruine4 ,si est-ce1 que les vieux du ,senat1 memoratifs des murs de leurs ,peres1 accuserent cette prattique1 comme ennemie de leur stile ancien3 qui fut1 disoient-ils1 combattre de vertu1 non de finesse1 ny par surprinses et rencontres de nuict1 ny par fuittes apostees1 et recharges inopinees3 n'entreprenans guerre1 qu'apres l'auoir denoncee1 et souuent apres auoir assign l'heure et lieu de la bataille4 ,de cette conscience ils renuoierent ,pyrrhus son traistre ,medecin1 et aux ,phalisques leur desloyal maistre d'escole4 ,c'estoient les formes vrayement ,romaines1 non de la ,grecque subtilit et astuce ,punique1 o le vaincre par force est moins glorieux que par fraude4 ,le tromper peut seruir pour le coup3 mais celuy seul se tient pour surmont1 qui scait l'auoir est ny par ruse1 ny de sort1 mais par vaillance de troupe troupe1 en vne franche et iuste guerre4 ,il appert bien par ce langage de ces bonnes gents1 qu'ils n'auoient encore receu cette belle sentence1 dolus an virtus quis in hoste requirat8 ,les ,achaens1 dit ,polybe1 detestoient toute voye de tromperie en leurs guerres1 n'estimants victoire1 sinon o les courages des ennemis sont abbatus4 ,eam vir sanctus et sapiens sciet veram esse victoriam1 qu salua fide1 et integra dignitate parabitur1 dit vn autre3 ,vos ne velit1 an me regnare hera3 quidue ferat fors ,virtute experiamur4 ,au ,royaume de ,ternate1 parmy ces nations que si pleine bouche nous appelons ,barbares1 la coustume porte1 qu'ils n'entreprennent guerre sans l'auoir denoncee3 y adioustans ample declaration des moiens qu'ils ont y emploier1 quels1 combien d'hommes1 quelles munitions1 quelles armes1 offensiues et defensiues4 ,mais aussi cela faict1 ils se donnent loy de se seruir leur guerre1 sans reproche1 de tout ce qui aide vaincre4 ,les anciens ,florentins estoient si esloigns de vouloir gaigner aduantage sur leurs ennemis par surprise1 qu'ils les aduertissoient vn mois auant que de mettre leur exercite aux champs1 par le continuel son de la cloche qu'ils nommoient1 ,martinella4 ,quant nous moins superstitieux1 qui tenons celuy auoir l'honneur de la guerre1 qui en a le profit1 et qui apres ,lysander1 disons que1 ,o la peau du ,lyon ne peut suffire1 il y faut coudre vn lopin de celle du ,regnard1 les plus ordinaires occasions de surprise se tirent de cette praticque3 et n'est heure1 disons nous1 o vn chef doiue auoir plus l'il au guet1 que celle des parlemens et traits d'accord4 ,et pour cette cause1 c'est vne regle en la bouche de tous les hommes de guerre de nostre temps1 ,qu'il ne faut iamais que le ,gouuerneur en vne place assiegee sorte luy mesmes pour parlementer4 ,du temps de nos peres cela fut reproch aux ,seigneurs de ,montmord et de l',assigni1 deffendans ,mouson contre le ,comte de ,nansau4 ,mais aussi ce conte1 celuy la seroit excusable1 qui sortiroit en telle faon1 que la seuret et l'audantage demeurast de son cost3 comme fit en la ville de ,regge1 le ,comte ,guy de ,rangon 7s'il en faut croire du ,bellay1 car ,guicciardin dit que ce fut luy mesmes7 lors que le ,seigneur de l',escut s'en approcha pour parlementer3 car il abandonna de si peu son fort1 qu'vn trouble s'estant esmeu pendant ce parlement1 non seulement ,monsieur de l',escut et sa trouppe1 qui estoit approchee auec luy1 se trouua le plus foible1 de faon qu',alexandre ,triuulce y fut tu1 mais luy mesme fut contrainct1 pour le plus seur1 de suiure le ,comte1 et se ietter sur sa foy l'abri des coups dans la ville4 ,eumenes en la ville de ,nora press par ,antigonus qui l'assiegeoit1 de sortir pour luy parler1 alleguant que c'estoit raison qu'il vinst deuers luy1 attendu qu'il estoit le plus grand et le plus fort3 apres auoir faict cette noble responce3 ,ie n'estimeray iamais homme plus grand que moy1 tant que i'auray mon espee en ma puissance1 n'y consentit1 qu',antigonus ne luy eust donn ,ptolemus son propre nepueu ostage1 comme il demandoit4 ,si est ce qu'encores en y a-il1 qui se sont tresbien trouuez de sortir sur la parole de l'assaillant3 tesmoing ,henry de ,vaux1 ,cheualier ,champenois1 lequel estant assieg dans le ,chasteau de ,commercy par les ,anglois1 et ,barthelemy de ,bonnes1 qui commandoit au siege1 ayant par dehors faict sapper la plus part du ,chasteau1 si qu'il ne restoit que le feu pour accabler les assiegez sous les ruines1 somma ledit ,henry de sortir parlementer pour son profict1 comme il fit luy quatriesme2 et son euidente ruyne luy ayant est montree l'il1 il s'en sentit singulierement oblig l'ennemy3 la discretion duquel apres qu'il se fut rendu et sa trouppe1 le feu estant mis la mine1 les estansons de bois venus faillir1 le ,chasteau fut emport de fons en comble4 ,ie me fie aysement la foy d'autruy3 mais mal-aysement le feroi-ie1 lors que ie donrois iuger l'auoir plustost faict par desespoir et faute de cur1 que par franchise et fiance de sa loyaut4 ,,chapitre ,,vi4 ,l'heure des parlemens dangereuse4 ,,tovtes-,,fois ie vis dernierement en mon voysinage de ,mussidan1 que ceux qui en furent dlogez force par nostre armee1 et autres de leur party1 crioyent comme de trahison1 de ce que pendant les entremises d'accord1 et le traict se continuant encores1 on les auoit surpris et mis en pieces4 ,chose qui eust eu l'auanture apparence en autre siecle2 mais1 comme ie viens de dire1 nos faons sont entierement esloignes de ces regles3 et ne se doit attendre fiance des vns aux autres1 que le dernier seau d'obligation n'y soit pass3 encores y a il lors asss affaire4 ,et a tousiours est conseil hazardeux1 de fier la licence d'vne armee victorieuse l'obseruation de la foy1 qu'on a donnee vne ville1 qui vient de se rendre par douce et fauorable composition1 et d'en laisser sur la chaude1 l'entree libre aux soldats4 ,l4 mylius ,regillus ,preteur ,romain1 ayant perdu son temps essayer de prendre la ville de ,phocees force1 pour la singuliere proesse des habitants se bien defendre1 feit pache auec eux1 de les receuoir pour amis du peuple ,romain1 et d'y entrer comme en ville confederee3 leur ostant toute crainte d'action hostile4 ,mais y ayant quand et luy introduict son armee1 pour s'y faire voir en plus de pompe1 il ne fut en sa puissance1 quelque effort qu'il y employast1 de tenir la bride ses gents3 et veit deuant ses yeux fourrager bonne partie de la ville3 les droicts de l'auarice et de la vengeance suppeditant ceux de son autorit et de la discipline militaire4 ,cleomenes disoit1 ,que quelque mal qu'on peust faire aux ennemis en guerre1 cela estoit par-dessus la ,iustice1 et non subiect icelle1 tant enuers les ,dieux1 qu'enuers les hommes3 et ayant faict treue auec les ,argiens pour sept iours1 la troisiesme nuict apres il les alla charger tous endormis1 et les dfict1 alleguant qu'en sa treue il n'auoit pas est parl des nuicts3 mais les ,dieux vengerent ceste perfide subtilit4 ,pendant le parlement1 et qu'ils musoient sur leurs seurtez1 la ville de ,casilinum fust saisie par surprinse4 ,et cela pourtant au siecle et des plus iustes ,capitaines et de la plus parfaicte milice ,romaine3 car il n'est pas dict1 qu'en temps et lieu il ne soit permis de nous preualoir de la sottise de noz ennemis1 comme nous faisons de leur laschet4 ,et certes la guerre a naturellement beaucoup de priuileges raisonnables au preiudice de la raison4 ,et icy faut la regle1 neminem id agere1 vt ex alterius prdetur inscitia4 ,mais ie m'estonne de l'estendue que ,xenophon leur donne1 et par les propos1 et par diuers exploicts de son parfaict ,empereur3 autheur de merueilleux poids en telles choses1 comme grand ,capitaine et ,philosophe des premiers disciples de ,socrates2 et ne consens pas la mesure de sa dispense en tout et par tout4 ,monsieur d',aubigny assiegeant ,cappoe1 et apres y auoir fait vne furieuse baterie1 le ,seigneur ,fabrice ,colonne1 ,capitaine de la ville1 ayant commenc parlementer de dessus vn bastion1 et ses gens faisants plus molle garde1 les nostres s'en emparerent1 et mirent tout en pieces4 ,et de plus fresche memoire ,yuoy1 le ,seigneur ,iulian ,rommero1 ayant fait ce pas de clerc de sortir pour parlementer auec ,monsieur le ,connestable1 trouua au retour sa place saisie4 ,mais afin que nous ne nous en allions pas sans reuanche1 le ,marquis de ,pesquaire assiegeant ,genes1 o le ,duc ,octauian ,fregose commandoit soubs nostre protection1 et l'accord entre eux ayant est pouss si auant1 qu'on le tenoit pour fait1 sur le point de la conclusion1 les ,espagnols s'estans coulls dedans1 en vserent comme en vne victoire planiere3 et depuis ,ligny en ,barrois1 o le ,comte de ,brienne commandoit1 l',empereur l'ayant assieg en personne1 et ,bertheuille ,lieutenant dudict ,comte estant sorty pour parlementer1 pendant le parlement la ville se trouue saisie4 ,f il vincer sempre mai laudabil cosa1 ,vinca si per fortuna per ingegno1 disent-ils3 mais le ,philosophe ,chrysippus n'eust pas est de cet aduis3 et moy aussi peu4 ,car il disoit que ceux qui courent l'enuy1 doiuent bien employer toutes leurs forces la vistesse1 mais il ne leur est pourtant aucunement loisible de mettre la main sur leur aduersaire pour l'arrester3 ny de luy tendre la iambe1 pour le faire cheoir4 ,et plus genereusement encore ce grand ,alexandre1 ,polypercon1 qui luy suadoit de se seruir de l'auantage que l'obscurit de la nuict luy donnoit pour assaillir ,darius3 ,point1 dit-il1 ce n'est pas moy de chercher des victoires desrobees3 malo me fortun pniteat1 qum victori pudeat4 ,atque idem fugientem haud est dignatus ,orodem ,sternere1 nec iacta ccum dare cuspide vulnus3 ,obuius1 aduersque occurrit1 sque viro vir ,contulit1 haud furto melior1 sed fortibus armis4 ,,chapitre ,,vii4 ,que l'intention iuge nos actions4 ,,la mort1 dit-on1 nous acquitte de toutes nos obligations4 ,i'en say qui l'ont prins en diuerse faon4 ,henry septiesme ,roy d',angleterre fit composition auec ,dom ,philippe fils de l',empereur ,maximilian1 ou pour le confronter plus honnorablement1 pere de l',empereur ,charles cinquiesme1 que ledict ,philippe remettoit entre ses mains le ,duc de ,suffolc de la ,rose blanche1 son ennemy1 lequel s'en estoit fuy et retir au pays bas1 moyennant qu'il promettoit de n'attenter rien sur la vie dudict ,duc3 toutesfois venant mourir1 il commanda par son testament son fils1 de le faire mourir1 soudain apres qu'il seroit deced4 ,dernierement en cette tragedie que le ,duc d',albe nous fit voir ,bruxelles s ,contes de ,horne et d',aiguemond1 il y eut tout plein de choses remerquables3 et entre autres que ledict ,comte d',aiguemond1 soubs la foy et asseurance duquel le ,comte de ,horne s'estoit venu rendre au ,duc d',albe1 requit auec grande instance1 qu'on le fist mourir le premier3 affin que sa mort l'affranchist de l'obligation qu'il auoit audict ,comte de ,horne4 ,il semble que la mort n'ayt point descharg le premier de sa foy donnee1 et que le second en estoit quitte1 mesmes sans mourir4 ,nous ne pouuons estre tenus au del de nos forces et de nos moyens4 ,a cette cause1 par ce que les effects et executions ne sont aucunement en nostre puissance1 et qu'il n'y a rien en bon escient en nostre puissance1 que la volont3 en celle l se fondent par necessit et s'establissent toutes les regles du deuoir de l'homme4 ,par ainsi le ,comte d',aiguemond tenant son ame et volont endebtee sa promesse1 bien que la puissance de l'effectuer ne fust pas en ses mains1 estoit sans doute absous de son deuoir1 quand il eust suruescu le ,comte de ,horne4 ,mais le ,roy d',angleterre faillant sa parolle par son intention1 ne se peut excuser pour auoir retard iusques apres sa mort l'execution de sa desloyaut3 non plus que le masson de ,herodote1 lequel ayant loyallement conseru durant sa vie le secret des thresors du ,roy d',egypte son maistre1 mourant les descouurit ses enfans4 ,i'ay veu plusieurs de mon temps conuaincus par leur conscience retenir de l'autruy1 se disposer y satisfaire par leur testament1 et apres leur decs4 ,ils ne font rien qui vaille4 ,ny de prendre terme chose si pressante1 ny de vouloir restablir vne iniure auec si peu de leur ressentiment et interest4 ,ils doiuent du plus leur4 ,et d'autant qu'ils payent plus poisamment1 et incommodement3 d'autant en est leur satisfaction plus iuste et meritoire4 ,la penitence demande charger4 ,ceux la font encore pis1 qui reseruent la declaration de quelque haineuse volont enuers le proche leur derniere volont1 l'ayants cachee pendant la vie4 ,et monstrent auoir peu de soin du propre honneur1 irritans l'offenc l'encontre de leur memoire3 et moins de leur conscience1 n'ayants pour le respect de la mort mesme1 sceu faire mourir leur maltalent3 et en estendant la vie outre la leur4 ,iniques iuges1 qui remettent iuger alors qu'ils n'ont plus cognoissance de cause4 ,ie me garderay1 si ie puis1 que ma mort die chose1 que ma vie n'ayt premierement dit et apertement4 ,,chapitre ,,viii4 ,de l'oysiuet4 ,,comme nous voyons des terres oysiues1 si elles sont grasses et fertilles1 foisonner en cent mille sortes d'herbes sauuages et inutiles et que pour les tenir en office1 il les faut assubiectir et employer certaines semences1 pour nostre seruice4 ,et comme nous voyons1 que les femmes produisent bien toutes seules1 des amas et pieces de chair informes1 mais que pour faire vne generation bonne et naturelle1 il les faut embesongner d'vne autre semence3 ainsin est-il des esprits2 si on ne les occupe certain subiect1 qui les bride et contraigne1 ils se iettent desreiglez1 par-cy par-l1 dans le vague champ des imaginations4 ,sicut aqu tremulum labris vbi lumen ahenis ,sole repercussum1 aut radiantis imagine ,lun1 ,omnia peruolitat lat loca1 imque sub auras ,erigitur1 summique ferit laquearia tecti4 ,et n'est folie ny ruerie1 qu'ils ne produisent en cette agitation1 velut gri somnia1 van ,finguntur species4 ,l'ame qui n'a point de but estably1 elle se perd3 ,car comme on dit1 c'est n'estre en aucun lieu1 que d'estre par tout4 ,quisquis vbique habitat1 ,maxime1 nusquam habitat4 ,dernierement que ie me retiray chez moy1 deliber autant que ie pourroy1 ne me mesler d'autre chose1 que de passer en repos1 et part1 ce peu qui me reste de vie1 il me sembloit ne pouuoir faire plus grande faueur mon esprit1 que de le laisser en pleine oysiuet1 s'entretenir soy-mesmes1 et s'arrester et rasseoir en soy3 ce que i'esperois qu'il peust meshuy faire plus aysment1 deuenu auec le temps1 plus poisant1 et plus meur2 mais ie trouue1 variam semper dant otia mentem1 qu'au rebours faisant le cheual eschapp1 il se donne cent fois plus de carriere soy-mesmes1 qu'il ne prenoit pour autruy3 et m'enfante tant de chimeres et monstres fantasques les vns sur les autres1 sans ordre1 et sans propos1 que pour en contempler mon ayse l'ineptie et l'estranget1 i'ay commenc de les mettre en rolle3 esperant auec le temps1 luy en faire honte luy mesmes4 ,,chapitre ,,ix4 ,des menteurs4 ,,il n'est homme qui il siese si mal de se mesler de parler de memoire4 ,car ie n'en recognoy quasi trace en moy3 et ne pense qu'il y en ayt au monde1 vne autre si merueilleuse en defaillance4 ,i'ay toutes mes autres parties viles et communes1 mais en cette-l ie pense estre singulier et tres-rare1 et digne de gaigner nom et reputation4 ,outre l'inconuenient naturel que i'en souffre3 car certes1 veu sa necessit1 ,platon a raison de la nommer vne grande et puissante deesse3 si en mon pays on veut dire qu'vn homme n'a point de sens1 ils disent1 qu'il n'a point de memoire3 et quand ie me plains du defaut de la mienne1 ils me reprennent et mescroient1 comme si ie m'accusois d'estre insens3 ils ne voyent pas de chois entre memoire et entendement4 ,c'est bien empirer mon march3 mais ils me font tort3 car il se voit par experience plustost au rebours1 que les memoires excellentes se ioignent volontiers aux iugemens debiles4 ,ils me font tort aussi en cecy1 qui ne say rien si bien faire qu'estre amy1 que les mesmes paroles qui accusent ma maladie1 representent l'ingratitude4 ,on se prend de mon affection ma memoire1 et d'vn defaut naturel1 on en fait vn defaut de conscience4 ,il a oubli1 dict-on1 cette priere ou cette promesse3 il ne se souuient point de ses amys3 il ne s'est point souuenu de dire1 ou faire1 ou taire cela1 pour l'amour de moy4 ,certes ie puis aysment oublier3 mais de mettre nonchalloir la charge que mon amy m'a donnee1 ie ne le fay pas4 ,qu'on se contente de ma misere1 sans en faire vne espece de malice3 et de la malice autant ennemye de mon humeur4 ,ie me console aucunement4 ,premierement sur ce1 que c'est vn mal duquel principallement i'ay tir la raison de corriger vn mal pire1 qui se fust facilement produit en moy3 sauoir est l'ambition1 car cette deffaillance est insuportable qui s'empestre des negotiations du monde4 ,que comme disent plusieurs pareils exemples du progres de nature1 elle a volontiers fortifi d'autres facults en moy1 mesure que cette-cy s'est affoiblie1 et irois facilement couchant et allanguissant mon esprit et mon iugement1 sur les traces d'autruy1 sans exercer leurs propres forces1 si les inuentions et opinions estrangieres m'estoient presentes par le benefice de la memoire4 ,que mon parler en est plus court3 car le magasin de la memoire1 est volontiers plus fourny de matiere1 que n'est celuy de l'inuention4 ,si elle m'eust tenu bon1 i'eusse assourdi tous mes amys de babil3 les subiects esueillans cette telle quelle facult que i'ay de les manier et employer1 eschauffant et attirant mes discours4 ,c'est piti3 ie l'essaye par la preuue d'aucuns de mes priuez amys3 mesure que la memoire leur fournit la chose entiere et presente1 ils reculent si arriere leur narration1 et la chargent de tant de vaines circonstances1 que si le conte est bon1 ils en estouffent la bont3 s'il ne l'est pas1 vous estes maudire ou l'heur de leur memoire1 ou le malheur de leur iugement4 ,et c'est chose difficile1 de fermer vn propos1 et de le coupper despuis qu'on est arroutt4 ,et n'est rien1 o la force d'vn cheual se cognoisse plus1 qu' faire vn arrest rond et net4 ,entre les pertinents mesmes1 i'en voy qui veulent et ne se peuuent deffaire de leur course4 ,ce pendant qu'ils cerchent le point de clorre le pas1 ils s'en vont baliuernant et trainant comme des hommes qui deffaillent de foiblesse4 ,sur tout les vieillards sont dangereux1 qui la souuenance des choses passees demeure1 et ont perdu la souuenance de leurs redites4 ,i'ay veu des recits bien plaisants1 deuenir tres-ennuyeux1 en la bouche d'vn ,seigneur1 chascun de l'assistance en ayant est abbreuu cent fois4 ,secondement qu'il me souuient moins des offences receus1 ainsi que disoit cet ancien3 il me faudroit vn protocolle1 comme ,darius1 pour n'oublier l'offense qu'il auoit receue des ,atheniens1 faisoit qu'vn page touts les coups qu'il se mettoit table1 luy vinst rechanter par trois fois l'oreille1 ,sire1 souuienne vous des ,atheniens3 et que les lieux et les liures que ie reuoy1 me rient tousiours d'vne fresche nouuellet4 ,ce n'est pas sans raison qu'on dit1 que qui ne se sent point assez ferme de memoire1 ne se doit pas mesler d'estre menteur4 ,ie say bien que les grammairiens font difference1 entre dire mensonge1 et mentir3 et disent que dire mensonge1 c'est dire chose fausse1 mais qu'on a pris pour vraye1 et que la definition du mot de mentir en ,latin1 d'o nostre ,franois est party1 porte autant comme aller contre sa conscience3 et que par consequent cela ne touche que ceux qui disent contre ce qu'ils sauent1 desquels ie parle4 ,or ceux icy1 ou ils inuentent marc et tout1 ou ils dguisent et alterent vn fons veritable4 ,lors qu'ils dguisent et changent1 les remettre souuent en ce mesme conte1 il est mal-ais qu'ils ne se desferrent3 par ce que la chose1 comme elle est1 s'estant loge la premiere dans la memoire1 et s'y estant empreincte1 par la voye de la connoissance et de la science1 il est mal-ais qu'elle ne se represente l'imagination1 dlogeant la fauscet1 qui n'y peut auoir le pied si ferme1 ny si rassis3 et que les circonstances du premier aprentissage1 se coulant tous coups dans l'esprit1 ne facent perdre le souuenir des pieces raportes faulses ou abastardies4 ,en ce qu'ils inuentent tout faict1 d'autant qu'il n'y a nulle impression contraire1 qui choque leur fauscet1 ils semblent auoir d'autant moins craindre de se mesconter4 ,toutefois encore cecy1 par ce que c'est vn corps vain1 et sans prise1 eschappe volontiers la memoire1 si elle n'est bien asseuree4 ,dequoy i'ay souuent veu l'experience1 et plaisamment1 aux despens de ceux qui font profession de ne former autrement leur parole1 que selon qu'il sert aux affaires qu'ils negotient1 et qu'il plaist aux grands qui ils parlent4 ,car ces circonstances quoy ils veulent asseruir leur foy et leur conscience1 estans subiettes plusieurs changements1 il faut que leur parole se diuersifie quand et quand3 d'o il aduient que de mesme chose1 ils disent1 tantost gris1 tantost iaune3 tel homme d'vne sorte1 tel d'vne autre3 et si par fortune ces hommes rapportent en butin leurs instructions si contraires1 que deuient ce bel art8 ,outre ce qu'imprudemment ils se desferrent eux-mesmes si souuent3 car quelle memoire leur pourroit suffire se souuenir de tant de diuerses formes1 qu'ils ont forges en vn mesme subiect8 ,i'ay veu plusieurs de mon temps1 enuier la reputation de cette belle sorte de prudence3 qui ne voyent pas1 que si la reputation y est1 l'effect n'y peut estre4 ,en verit le mentir est vn maudit vice4 ,nous ne sommes hommes1 et ne nous tenons les vns aux autres que par la parole4 ,si nous en connoissions l'horreur et le poids1 nous le poursuiurions feu1 plus iustement que d'autres crimes4 ,ie trouue qu'on s'amuse ordinairement chastier aux enfans des erreurs innocentes1 tres mal propos1 et qu'on les tourmente pour des actions temeraires1 qui n'ont ny impression ny suitte4 ,la menterie seule1 et vn peu au dessous1 l'opiniastret1 me semblent estre celles desquelles on deuroit toute instance combattre la naissance et le progrez1 elles croissent quand et eux3 et depuis qu'on a donn ce faux train la langue1 c'est merueille combien il est impossible de l'en retirer4 ,par o il aduient1 que nous voyons des honnestes hommes d'ailleurs1 y estre subiects et asseruis4 ,i'ay vn bon garon de tailleur1 qui ie n'ouy iamais dire vne verit1 non pas quand elle s'offre pour luy seruir vtilement4 ,si comme la verit1 le mensonge n'auoit qu'vn visage1 nous serions en meilleurs termes3 car nous prendrions pour certain l'oppos de ce que diroit le menteur4 ,mais le reuers de la verit a cent mille figures1 et vn champ indefiny4 ,les ,pythagoriens font le bien certain et finy1 le mal infiny et incertain4 ,mille routtes desuoyent du blanc3 vne y va4 ,certes ie ne m'asseure pas1 que ie peusse venir bout de moy1 guarentir vn danger euident et extresme1 par vne effrontee et solenne mensonge4 ,vn ancien pere dit1 que nous sommes mieux en la compagnie d'vn chien cognu1 qu'en celle d'vn homme1 duquel le langage nous est inconnu4 ,vt externus alieno non sit hominis vice4 ,et de combien est le langage faux moins sociable que le silence8 ,le ,roy ,franois premier1 se vantoit d'auoir mis au rouet par ce moyen1 ,francisque ,tauerna1 ,ambassadeur de ,franois ,sforce ,duc de ,milan1 homme tres-fameux en science de parlerie4 ,cettuy-cy auoit est despesch pour excuser son maistre enuers sa ,maiest1 d'vn fait de grande consequence2 qui estoit tel4 ,le ,roy pour maintenir tousiours quelques intelligences en ,italie1 d'o il auoit est dernierement chass1 mesme au ,duch de ,milan1 auoit aduis d'y tenir pres du ,duc vn ,gentilhomme de sa part1 ,ambassadeur par effect1 mais par apparence homme priu1 qui fist la mine d'y estre pour ses affaires particulieres3 d'autant que le ,duc1 qui dependoit beaucoup plus de l',empereur1 lors principallement qu'il estoit en traict de mariage auec sa niepce1 fille du ,roy de ,dannemarc1 qui est present douairiere de ,lorraine1 ne pouuoit descouurir auoir aucune praticque et conference auecques nous1 sans son grand interest4 ,a cette commission1 se trouua propre vn ,gentil-homme ,milannois1 escuyer d'escurie chez le ,roy1 nomm ,merueille4 ,cettuy-cy despesch auecques lettres secrettes de creance1 et instructions d',ambassadeur1 et auec d'autres lettres de recommendation enuers le ,duc1 en faueur de ses affaires particulieres1 pour le masque et la montre1 fut si long temps aupres du ,duc1 qu'il en vint quelque ressentiment l',empereur3 qui donna cause ce qui s'ensuiuit apres1 comme nous pensons3 ce fut1 que soubs couleur de quelque meurtre1 voila le ,duc qui luy faict trancher la teste de belle nuict1 et son proces faict en deux iours4 ,messire ,francisque estant venu prest d'vne longue deduction contrefaicte de cette histoire2 car le ,roy s'en estoit adress1 pour demander raison1 tous les ,princes de ,chrestient1 et au ,duc mesmes3 fut ouy aux affaires du matin1 et ayant estably pour le fondement de sa cause1 et dress cette fin1 plusieurs belles apparences du faict3 ,que son maistre n'auoit iamais pris nostre homme1 que pour ,gentil-homme priu1 et sien subiect1 qui estoit venu faire ses affaires ,milan1 et qui n'auoit iamais vescu l soubs autre visage3 desaduouant mesme auoir seu qu'il fust en estat de la maison du ,roy1 ny connu de luy1 tant s'en faut qu'il le prist pour ,ambassadeur4 ,le ,roy son tour le pressant de diuerses obiections et demandes1 et le chargeant de toutes pars1 l'acculla en fin sur le point de l'execution faicte de nuict1 et comme la desrobe4 ,a quoy le pauure homme embarrass1 respondit1 pour faire l'honneste1 que pour le respect de sa ,maiest1 le ,duc eust est bien marry1 que telle execution se fust faicte de iour4 ,chacun peut penser1 comme il fut releu1 s'estant si lourdement coupp1 l'endroit d'vn tel nez que celuy du ,roy ,franois4 ,le ,pape ,iulle second1 ayant enuoy vn ,ambassadeur vers le ,roy d',angleterre1 pour l'animer contre le ,roy ,franois1 l',ambassadeur ayant est ouy sur sa charge1 et le ,roy d',angleterre s'estant arrest en sa response1 aux difficultez qu'il trouuoit dresser les preparatifs qu'il faudroit pour combattre vn ,roy si puissant1 et en alleguant quelques raisons3 l',ambassadeur repliqua mal propos1 qu'il les auoit aussi consideres de sa part1 et les auoit bien dictes au ,pape4 ,de cette parole si esloigne de sa proposition1 qui estoit de le pousser incontinent la guerre1 le ,roy d',angleterre print le premier argument de ce qu'il trouua depuis par effect1 que cet ,ambassadeur1 de son intention particuliere pendoit du cost de ,france1 et en ayant aduerty son maistre1 ses biens furent confisquez1 et ne tint guere qu'il n'en perdist la vie4 ,,chapitre ,x4 ,du parler prompt ou tardif4 ,,onc ne furent tous toutes graces donnes4 ,aussi voyons nous qu'au don d'eloquence1 les vns ont la facilit et la promptitude1 et ce qu'on dit1 le boutehors si ais1 qu' chasque bout de champ ils sont prests3 les autres plus tardifs ne parlent iamais rien qu'elabour et premedit4 ,comme on donne des regles aux dames de prendre les ieux et les exercices du corps1 selon l'auantage de ce qu'elles ont le plus beau4 ,si i'auois conseiller de mesmes1 en ces deux diuers aduantages de l'eloquence1 de laquelle il semble en nostre siecle1 que les ,prescheurs et les ,aduocats facent principalle profession1 le tardif seroit mieux ,prescheur1 ce me semble1 et l'autre mieux ,aduocat3 par ce que la charge de celuy-l luy donne autant qu'il luy plaist de loisir pour se preparer2 et puis sa carriere se passe d'vn fil et d'vne suite1 sans interruption3 l o les commoditez de l',aduocat le pressent toute heure de se mettre en lice3 et les responces improuueus de sa partie aduerse1 le reiettent de son branle1 o il luy faut sur le champ prendre nouueau party4 ,si est-ce qu' l'entreueu du ,pape ,clement et du ,roy ,franois ,marseille1 il aduint tout au rebours1 que ,monsieur ,poyet1 homme toute sa vie nourry au barreau1 en grande reputation1 ayant charge de faire la harangue au ,pape1 et l'ayant de longue main pourpensee1 voire1 ce qu'on dict1 apporte de ,paris toute preste1 le iour mesme qu'elle deuoit estre prononce1 le ,pape se craignant qu'on luy tinst propos qui peust offenser les ,ambassadeurs des autres ,princes qui estoyent autour de luy1 manda au ,roy l'argument qui luy sembloit estre le plus propre au temps et au lieu1 mais de fortune1 tout autre que celuy1 sur lequel ,monsieur ,poyet s'estoit trauaill3 de faon que sa harengue demeuroit inutile1 et luy en falloit promptement refaire vne autre4 ,mais s'en sentant incapable1 il fallut que ,monsieur le ,cardinal du ,bellay en prinst la charge4 ,la part de l',aduocat est plus difficile que celle du ,prescheur3 et nous trouuons pourtant ce m'est aduis plus de passables ,aduocats que ,prescheurs1 au moins en ,france4 ,il semble que ce soit plus le propre de l'esprit1 d'auoir son operation prompte et soudaine1 et plus le propre du iugement1 de l'auoir lente et pose4 ,mais qui demeure du tout muet1 s'il n'a loisir de se preparer1 et celuy aussi1 qui le loisir ne donne aduantage de mieux dire1 ils sont en pareil degr d'estranget4 ,on recite de ,seuerus ,cassius1 qu'il disoit mieux sans y auoir pens3 qu'il deuoit plus la fortune qu' sa diligence2 qu'il luy venoit proufit d'estre troubl en parlant3 et que ses aduersaires craignoyent de le picquer1 de peur que la colere ne luy fist redoubler son eloquence4 ,ie cognois par experience cette condition de nature1 qui ne peut soustenir vne vehemente premeditation et laborieuse3 si elle ne va gayement et librement1 elle ne va rien qui vaille4 ,nous disons d'aucuns ouurages qu'ils puent l'huyle et la lampe1 pour certaine aspret et rudesse1 que le trauail imprime en ceux o il a grande part4 ,mais outre cela1 la solicitude de bien faire1 et cette contention de l'ame trop bande et trop tendue son entreprise1 la rompt et l'empesche1 ainsi qu'il aduient l'eau1 qui par force de se presser de sa violence et abondance1 ne peut trouuer yssue en vn goulet ouuert4 ,en cette condition de nature1 dequoy ie parle1 il y a quant et quant aussi cela1 qu'elle demande estre non pas esbranle et picque par ces passions fortes1 comme la colere de ,cassius1 car ce mouuement seroit trop aspre3 elle veut estre non pas secoe1 mais sollicite3 elle veut estre eschauffe et resueille par les occasions estrangeres1 presentes et fortuites4 ,si elle va toute seule1 elle ne fait que trainer et languir3 l'agitation est sa vie et sa grace4 ,ie ne me tiens pas bien en ma possession et disposition3 le hazard y a plus de droit que moy3 l'occasion1 la compaignie1 le branle mesme de ma voix1 tire plus de mon esprit1 que ie n'y trouue lors que ie le sonde et employe part moy4 ,ainsi les paroles en valent mieux que les escrits1 s'il y peut auoir chois o il n'y a point de prix4 ,cecy m'aduient aussi1 que ie ne me trouue pas o ie me cherche3 et me trouue plus par rencontre1 que par l'inquisition de mon iugement4 ,i'auray eslanc quelque subtilit en escriuant4 ,i'entens bien1 morne pour vn autre1 affile pour moy4 ,laissons toutes ces honnestetez4 ,cela se dit par chacun selon sa force4 ,ie l'ay si bien perdue que ie ne say ce que i'ay voulu dire3 et l'a l'estranger descouuerte par fois auant moy4 ,si ie portoy le rasoir par tout o cela m'aduient1 ie me desferoy tout4 ,le rencontre m'en offrira le iour quelque autre fois1 plus apparent que celuy du midy3 et me fera estonner de ma hesitation4 ,,chapitre ,,xi4 ,des prognostications4 ,,qvant aux oracles1 il est certain que bonne piece auant la venue de ,iesus ,christ1 ils auoyent commenc perdre leur credit3 car nous voyons que ,cicero se met en peine de trouuer la cause de leur defaillance4 ,et ces mots sont luy3 ,cur isto modo iam oracula ,delphis non eduntur1 non mod nostra tate1 sed iamdiu1 vt nihil possit esse contemptius8 ,mais quant aux autres prognostiques1 qui se tiroyent de l'anatomie des bestes aux sacrifices1 ausquels ,platon attribue en partie la constitution naturelle des membres internes d'icelles1 du trepignement des poulets1 du vol des oyseaux1 ,aues quasdam rerum augurandarum causa natas esse putamus1 des fouldres1 du tournoyement des riuieres1 ,multa cernunt aruspices3 multa augures prouident3 multa oraculis declarantur3 multa vaticinationibus3 multa somniis3 multa portentis1 et autres sur lesquels l'anciennet appuyoit la pluspart des entreprises1 tant publicques que priues2 nostre ,religion les a abolies4 ,et encore qu'il reste entre nous quelques moyens de diuination s astres1 s esprits1 s figures du corps1 s songes1 et ailleurs3 notable exemple de la forcene curiosit de nostre nature1 s'amusant preoccuper les choses futures1 comme si elle n'auoit pas assez affaire digerer les presentes3 cur hanc tibi rector ,olympi ,sollicitis visum mortalibus addere curam1 ,noscant venturas vt dira per omina clades8 ,sit subitum quodcunque paras1 sit cca futuri ,mens hominum fati1 liceat sperare timenti3 ,ne vtile quidem est scire quid futurum sit3 ,miserum est enim nihil proficientem angi3 si est-ce qu'elle est de beaucoup moindre auctorit4 ,voyl pourquoy l'exemple de ,franois ,marquis de ,sallusse m'a sembl remerquable3 car ,lieutenant du ,roy ,franois en son arme del les monts1 infiniment fauoris de nostre cour1 et oblig au ,roy du ,marquisat mesmes1 qui auoit est confisqu de son frere3 au reste ne se presentant occasion de le faire1 son affection mesme y contredisant1 se laissa si fort espouuanter1 comme il a est aduer1 aux belles prognostications qu'on faisoit lors courir de tous costez l'aduantage de l',empereur ,charles cinquiesme1 et nostre desauantage 7mesmes en ,italie1 o ces folles propheties auoyent trouu tant de place1 qu' ,rome fut baille grande somme d'argent au change1 pour cette opinion de nostre ruine7 qu'apres s'estre souuent condolu ses priuez1 des maux qu'il voyoit ineuitablement preparez la couronne de ,france1 et aux amis qu'il y auoit1 se reuolta1 et changea de party3 son grand dommage pourtant1 quelque constellation qu'il y eust4 ,mais il s'y conduisit en homme combatu de diuerses passions3 car ayant et villes et forces en sa main1 l'armee ennemie soubs ,antoine de ,leue trois pas de luy1 et nous sans soupon de son faict1 il estoit en luy de faire pis qu'il ne fit4 ,car pour sa trahison nous ne perdismes ny homme1 ny ville que ,fossan3 encore apres l'auoir long temps contestee4 ,prudens futuri temporis exitum ,caliginosa nocte premit ,deus1 ,ridtque si mortalis vltra ,fas trepidat4 ,ille potens sui ,ltsque deget1 cui licet in diem ,dixisse1 vixi2 cras vel atra ,nube polum pater occupato1 ,vel sole puro4 ,ltus in prsens animus1 quod vltra est1 ,oderit curare4 ,et ceux qui croyent ce mot au contraire1 le croyent tort4 ,ista sic reciprocantur1 vt et si diuinatio sit1 dij sint3 et si dij sint1 sit diuinatio4 ,beaucoup plus sagement ,pacuuius1 ,nam istis qui linguam auium intelligunt1 ,plsque ex alieno iecore sapiunt1 qum ex suo1 ,magis audiendum qum auscultandum censeo4 ,cette tant celebree art de deuiner des ,toscans nasquit ainsin4 ,vn laboureur perant de son coultre profondement la terre1 en veid sourdre ,tages demi-dieu1 d'vn visage enfantin1 mais de senile prudence4 ,chacun y accourut1 et furent ses paroles et science recueillie et conseruee plusieurs siecles1 contenant les principes et moyens de cette art4 ,naissance conforme son progrez4 ,i'aymerois bien mieux regler mes affaires par le sort des dez que par ces songes4 ,et de vray en toutes republiques on a tousiours laiss bonne part d'auctorit au sort4 ,platon en la police qu'il forge discretion1 luy attribue la decision de plusieurs effects d'importance1 et veut entre autres choses1 que les mariages se facent par sort entre les bons4 ,et donne si grand poids cette election fortuite1 que les enfans qui en naissent1 il ordonne qu'ils soyent nourris au pas3 ceux qui naissent des mauuais1 en soyent mis hors3 toutesfois si quelqu'vn de ces bannis venoit par cas d'aduenture montrer en croissant quelque bonne esperance de soy1 qu'on le puisse rappeller1 et exiler aussi celuy d'entre les retenus1 qui montrera peu d'esperance de son adolescence4 ,i'en voy qui estudient et glosent leurs ,almanacs1 et nous en alleguent l'authorit aux choses qui se passent4 ,a tant dire1 il faut qu'ils dient et la verit et le mensonge4 ,quis est enim1 qui totum diem iaculans1 non aliquando conlineet8 ,ie ne les estime de rien mieux1 pour les voir tomber en quelque rencontre4 ,ce seroit plus de certitude s'il y auoit regle et verit mentir tousiours4 ,ioint que personne ne tient registre de leurs mescontes1 d'autant qu'ils sont ordinaires et infinis3 et fait-on valoir leurs diuinations de ce qu'elles sont rares1 incroiables1 et prodigieuses4 ,ainsi respondit ,diagoras1 qui fut surnomm l',athee1 estant en la ,samothrace1 celuy qui en luy montrant au ,temple force vuz et tableaux de ceux qui auoyent eschap le naufrage1 luy dit3 ,et bien vous1 qui pensez que les ,dieux mettent nonchaloir les choses humaines1 que dittes vous de tant d'hommes sauuez par leur grace8 ,il se fait ainsi1 respondit-il3 ceux l ne sont pas peints qui sont demeurez noyez1 en bien plus grand nombre4 ,cicero dit1 que le seul ,xenophanes ,colophonien entre tous les ,philosophes1 qui ont aduou les ,dieux1 a essay de desraciner toute sorte de diuination4 ,d'autant est-il moins de merueille1 si nous auons veu par fois leur dommage1 aucunes de nos ames principesques s'arrester ces vanitez4 ,ie voudrois bien auoir reconnu de mes yeux ces deux merueilles1 du liure de ,ioachim ,abb ,calabrois1 qui predisoit tous les ,papes futurs2 leurs noms et formes2 et celuy de ,leon l',empereur qui predisoit les ,empereurs et ,patriarches de ,grece4 ,cecy ay-ie reconnu de mes yeux1 qu's confusions publiques1 les hommes estonnez de leur fortune1 se vont reiettant1 comme toute superstition1 rechercher au ciel les causes et menaces anciennes de leur malheur3 et y sont si estrangement heureux de mon temps1 qu'ils m'ont persuad1 qu'ainsi que c'est vn amusement d'esprits aiguz et oisifs1 ceux qui sont duicts ceste subtilit de les replier et desnour1 seroyent en tous escrits capables de trouuer tout ce qu'ils y demandent4 ,mais sur tout leur preste beau ieu1 le parler obscur1 ambigu et fantastique du iargon prophetique1 auquel leurs autheurs ne donnent aucun sens clair1 afin que la posterit y en puisse appliquer de tel qu'il luy plaira4 ,le demon de ,socrates estoit l'aduanture certaine impulsion de volont1 qui se presentoit luy sans le conseil de son discours4 ,en vne ame bien espuree1 comme la sienne1 et preparee par continu exercice de sagesse et de vertu1 il est vray-semblable que ces inclinations1 quoy que temeraires et indigestes1 estoyent tousiours importantes et dignes d'estre suiuies4 ,chacun sent en soy quelque image de telles agitations d'vne opinion prompte1 vehemente et fortuite4 ,c'est moy de leur donner quelque authorit1 qui en donne si peu nostre prudence4 ,et en ay eu de pareillement foibles en raison1 et violentes en persuasion1 ou en dissuasion1 qui estoit plus ordinaire ,socrates1 ausquelles ie me laissay emporter si vtilement et heureusement1 qu'elles pourroyent estre iugees tenir quelque chose d'inspiration diuine4 ,,chapitre ,,xii4 ,de la constance4 ,,la loy de la resolution et de la constance ne porte pas que nous ne nous deuions couurir1 autant qu'il est en nostre puissance1 des maux et inconueniens qui nous menassent1 ny par consequent d'auoir peur qu'ils nous surpreignent4 ,au rebours1 tous moyens honnestes de se garentir des maux1 sont non seulement permis1 mais louables4 ,et le ieu de la constance se iou principalement porter de pied ferme1 les inconueniens o il n'y a point de remede4 ,de maniere qu'il n'y a soupplesse de corps1 ny mouuement aux armes de main1 que nous trouuions mauuais1 s'il sert nous garantir du coup qu'on nous rue4 ,plusieurs nations tresbelliqueuses se seruoyent en leurs faits d'armes1 de la fuite1 pour aduantage principal1 et montroyent le dos l'ennemy plus dangereusement que leur visage4 ,les ,turcs en retiennent quelque chose4 ,et ,socrates en ,platon se mocque de ,laches1 qui auoit definy la fortitude1 se tenir ferme en son reng contre les ennemis4 ,quoy1 feit-il1 seroit ce donc laschet de les battre en leur faisant place8 ,et luy allegue ,homere1 qui lou en neas la science de fuir4 ,et par ce que ,laches se r'aduisant1 aduou cet vsage aux ,scythes1 et en fin generallement tous gens de cheual3 il luy allegue encore l'exemple des gens de pied ,lacedemoniens 7nation sur toutes duitte combatre de pied ferme7 qui en la iournee de ,platees1 ne pouuant ouurir la phalange ,persienne1 s'aduiserent de s'escarter et sier arriere3 pour1 par l'opinion de leur fuitte1 faire rompre et dissoudre cette masse1 en les poursuiuant4 ,par o ils se donnerent la victoire4 ,touchant les ,scythes1 on dit d'eux1 quand ,darius alla pour les subiuger1 qu'il manda leur ,roy force reproches1 pour le voir tousiours reculant deuant luy1 et gauchissant la meslee4 ,a quoy ,indathyrsez1 car ainsi se nommoit-il1 fit responce1 que ce n'estoit pour auoir peur de luy1 ny d'homme viuant3 mais que c'estoit la faon de marcher de sa nation3 n'ayant ny terre cultiuee1 ny ville1 ny maison deffendre1 et craindre que l'ennemy en peust faire profit4 ,mais s'il auoit si grand faim d'en manger1 qu'il approchast pour voir le lieu de leurs anciennes sepultures1 et que l il trouueroit qui parler tout son saoul4 ,toutes-fois aux canonnades1 depuis qu'on leur est plant en butte1 comme les occasions de la guerre portent souuent1 il est messeant de s'esbranler pour la menace du coup3 d'autant que par sa violence et vitesse nous le tenons ineuitable3 et en y a meint vn qui pour auoir ou hauss la main1 ou baiss la teste1 en a pour le moins apprest rire ses compagnons4 ,si est-ce qu'au voyage que l',empereur ,charles cinquiesme fit contre nous en ,prouence1 le ,marquis de ,guast estant all recognoistre la ville d',arle1 et s'estant iett hors du couuert d'vn moulin vent1 la faueur duquel il s'estoit approch1 fut apperceu par les ,seigneurs de ,bonneual et ,seneschal d',agenois1 qui se promenoyent sus le theatre aux arenes3 lesquels l'ayant montr au ,seigneur de ,villiers ,commissaire de l'artillerie1 il braqua si propos vne couleurine1 que sans ce que ledict ,marquis voyant mettre le feu se lana quartier1 il fut tenu qu'il en auoit dans le corps4 ,et de mesmes quelques annees auparavant1 ,laurent de ,medicis1 ,duc d',vrbin1 pere de la ,royne1 mere du ,roy1 assiegeant ,mondolphe1 place d',italie1 aux terres qu'on nomme du ,vicariat1 voyant mettre le feu vne piece qui le regardoit1 bien luy seruit de faire la cane3 car autrement le coup1 qui ne luy rasa que le dessus de la teste1 luy donnoit sans doute dans l'estomach4 ,pour en dire le vray1 ie ne croy pas que ces mouuements se fissent auecques discours3 car quel iugement pouuez-vous faire de la mire haute ou basse en chose si soudaine8 et est bien plus ais croire1 que la fortune fauorisa leur frayeur3 et que ce seroit moyen vne autre fois aussi bien pour se ietter dans le coup1 que pour l'euiter4 ,ie ne me puis deffendre si le bruit esclatant d'vne harquebusade vient me fraper les oreilles l'improuueu1 en lieu o ie ne le deusse pas attendre1 que ie n'en tressaille3 ce que i'ay veu encores aduenir d'autres qui valent mieux que moy4 ,ny n'entendent les ,stoiciens1 que l'ame de leur sage puisse resister aux premieres visions et fantaisies qui luy suruiennent3 ains comme vne subiection naturelle consentent qu'il cede au grand bruit du ciel1 ou d'vne ruine1 pour exemple1 iusques la palleur et contraction3 ainsin aux autres passions1 pourueu que son opinion demeure sauue et entiere1 et que l'assiette de son discours n'en souffre atteinte ny alteration quelconque1 et qu'il ne preste nul consentement son effroy et souffrance4 ,de celuy1 qui n'est pas sage1 il en va de mesmes en la premiere partie1 mais tout autrement en la seconde4 ,car l'impression des passions ne demeure pas en luy superficielle3 ains va penetrant iusques au siege de sa raison1 l'infectant et la corrompant4 ,il iuge selon icelles1 et s'y conforme4 ,voyez bien disertement et plainement l'estat du sage ,stoique3 ,mens immota manet1 lacrym voluuntur inanes4 ,le sage ,peripateticien ne s'exempte pas des perturbations1 mais il les modere4 ,,chapitre ,,xiii4 ,ceremonie de l'entreueu des rois4 ,,il n'est subiect si vain1 qui ne merite vn rang en cette rapsodie4 ,a nos regles communes1 ce seroit vne notable discourtoisie et l'endroit d'vn pareil1 et plus l'endroit d'vn grand1 de faillir vous trouuer chez vous1 quand il vous auroit aduerty d'y deuoir venir3 ,voire adioustoit la ,royne de ,nauarre ,marguerite ce propos1 que c'estoit inciuilit vn ,gentil-homme de partir de sa maison1 comme il se faict le plus souuent1 pour aller au deuant de celuy qui le vient trouuer1 pour grand qu'il soit3 et qu'il est plus respectueux et ciuil de l'attendre1 pour le receuoir1 ne fust que de peur de faillir sa route3 et qu'il suffit de l'accompagner son partement4 ,pour moy i'oublie souuent l'vn et l'autre de ces vains offices3 comme ie retranche en ma maison autant que ie puis de la cerimonie4 ,quelqu'vn s'en offence3 qu'y ferois-ie8 ,il vaut mieux que ie l'offence pour vne fois1 que moy tous les iours3 ce seroit vne subiection continuelle4 ,a quoy faire fuit-on la seruitude des cours1 si on l'entraine iusques en sa taniere8 ,c'est aussi vne regle commune en toutes assemblees1 qu'il touche aux moindres de se trouuer les premiers l'assignation1 d'autant qu'il est mieux deu aux plus apparans de se faire attendre4 ,toutesfois l'entreueu qui se dressa du ,pape ,clement1 et du ,roy ,franois ,marseille1 le ,roy y ayant ordonn les apprests necessaires1 s'esloigna de la ville1 et donna loisir au ,pape de deux ou trois iours pour son entree et refreschissement1 auant qu'il le vinst trouuer4 ,et de mesmes l'entree aussi du ,pape et de l',empereur ,bouloigne1 l',empereur donna moyen au ,pape d'y estre le premier et y suruint apres luy4 ,c'est1 disent-ils1 vne cerimonie ordinaire aux abouchemens de tels ,princes1 que le plus grand soit auant les autres au lieu assign1 voire auant celuy chez qui se fait l'assemblee3 et le prennent de ce biais1 que c'est afin que cette apparence tesmoigne1 que c'est le plus grand que les moindres vont trouuer1 et le recherchent1 non pas luy eux4 ,non seulement chasque pas1 mais chasque cit et chasque vacation a sa ciuilit particuliere4 ,i'y ay est assez soigneusement dress en mon enfance1 et ay vescu en assez bonne compaignie1 pour n'ignorer pas les loix de la nostre ,franoise3 et en tiendrois eschole4 ,i'aime les ensuiure1 mais non pas si couardement1 que ma vie en demeure contraincte4 ,elles ont quelques formes penibles1 lesquelles pourueu qu'on oublie par discretion1 non par erreur1 on n'en a pas moins de grace4 ,i'ay veu souuent des hommes inciuils par trop de ciuilit1 et importuns de courtoisie4 ,c'est au demeurant vne tres-vtile science que la science de l'entregent4 ,elle est1 comme la grace et la beaut1 conciliatrice des premiers abords de la societ et familiarit3 et par consequent nous ouure la porte nous instruire par les exemples d'autruy1 et exploitter et produire nostre exemple1 s'il a quelque chose d'instruisant et communicable4 ,,chapitre ,,xiiii4 ,on est puny pour s'opiniastrer en vne place sans raison4 ,,la vaillance a ses limites1 comme les autres vertus3 lesquels franchis1 on se trouue dans le train du vice3 en maniere que par chez elle on se peut rendre la temerit1 obstination et folie1 qui n'en sait bien les bornes1 malaisez en verit choisir sur leurs confins4 ,de cette consideration est nee la coustume que nous auons aux guerres1 de punir1 voire de mort1 ceux qui s'opiniastrent defendre vne place1 qui par les regles militaires ne peut estre soustenue4 ,autrement soubs l'esperance de l'impunit il n'y auroit poullier qui n'arrestast vne armee4 ,monsieur le ,connestable de ,mommorency au siege de ,pauie1 ayant est commis pour passer le ,tesin1 et se loger aux fauxbourgs ,s4 ,antoine1 estant empesch d'vne tour au bout du pont1 qui s'opiniastra iusques se faire batre1 feit pendre tout ce qui estoit dedans3 et encore depuis accompagnant ,monsieur le ,dauphin au voyage del les monts1 ayant prins par force le ,chasteau de ,villane1 et tout ce qui estoit dedans ayant est mis en pieces par la furie des soldats1 horsmis le ,capitaine et l'enseigne1 il les fit pendre et estrangler pour cette mesme raison3 comme fit aussi le ,capitaine ,martin du ,bellay lors ,gouuerneur de ,turin1 en cette mesme contree1 le ,capitaine de ,s4 ,bony3 le reste de ses gens ayant est massacr la prinse de la place4 ,mais d'autant que le iugement de la valeur et foiblesse du lieu1 se prend par l'estimation et contrepois des forces qui l'assaillent 7car tel s'opiniastreroit iustement contre deux couleurines1 qui feroit l'enrag d'attendre trente canons7 ou se met encore en conte la grandeur du ,prince conquerant1 sa reputation1 le respect qu'on luy doit3 il y a danger qu'on presse vn peu la balance de ce cost l4 ,et en aduient par ces mesmes termes1 que tels ont si grande opinion d'eux et de leurs moyens1 que ne leur semblant raisonnable qu'il y ait rien digne de leur faire teste1 ilz passent le cousteau par tout o ils trouuent resistance1 autant que fortune leur dure3 comme il se voit par les formes de sommation et deffi1 que les ,princes d',orient et leurs successeurs1 qui sont encores1 ont en vsage1 fiere1 hautaine et pleine d'vn commandement barbaresque4 ,et au quartier par o les ,portugaiz escornerent les ,indes1 ils trouuerent des estats auec cette loy vniuerselle et inuiolable1 que tout ennemy vaincu par le ,roy en presence1 ou par son ,lieutenant est hors de composition de ranon et de mercy4 ,ainsi sur tout il se faut garder qui peut1 de tomber entre les mains d'vn ,iuge ennemy1 victorieux et arm4 ,,chapitre ,,xv4 ,de la punition de la couardise4 ,i',,ovy autrefois tenir vn ,prince1 et tresgrand ,capitaine1 que pour laschet de cur vn soldat ne pouuoit estre condamn mort3 luy estant table fait recit du proces du ,seigneur de ,veruins1 qui fut condamn mort pour auoir rendu ,bouloigne4 ,a la verit c'est raison qu'on face grande difference entre les fautes qui viennent de nostre foiblesse1 et celles qui viennent de nostre malice4 ,car en celles icy nous nous sommes bandez nostre escient contre les regles de la raison1 que nature a empreintes en nous3 et en celles l1 il semble que nous puissions appeller garant cette mesme nature pour nous auoir laiss en telle imperfection et deffaillance4 ,de maniere que prou de gens ont pens qu'on ne se pouuoit prendre nous1 que de ce que nous faisons contre nostre conscience3 et sur cette regle est en partie fondee l'opinion de ceux qui condamnent les punitions capitales aux heretiques et mescreans3 et celle qui establit qu'vn ,aduocat et vn ,iuge ne puissent estre tenuz de ce que par ignorance ils ont failly en leur charge4 ,mais quant la coardise1 il est certain que la plus commune faon est de la chastier par honte et ignominie4 ,et tient-on que cette regle a est premierement mise en vsage par le legislateur ,charondas3 et qu'auant luy les loix de ,grece punissoyent de mort ceux qui s'en estoyent fuis d'vne bataille3 l o il ordonna seulement qu'ils fussent par trois iours assis emmy la place publicque1 vestus de robe de femme3 esperant encores s'en pouuoir seruir1 leur ayant fait reuenir le courage par cette honte4 ,suffundere malis hominis sanguinem qum effundere4 ,il semble aussi que les loix ,romaines punissoyent anciennement de mort1 ceux qui auoyent fuy4 ,car ,ammianus ,marcellinus dit que l',empereur ,iulien condemna dix de ses soldats1 qui auoyent tourn le dos vne charge contre les ,parthes1 estre degradez1 et apres souffrir mort1 suyuant1 dit-il1 les loix anciennes4 ,toutes-fois ailleurs pour vne pareille faute il en condemne d'autres1 seulement se tenir parmy les prisonniers sous l'enseigne du bagage4 ,l'aspre chastiement du peuple ,romain contre les soldats eschapez de ,cannes1 et en cette mesme guerre1 contre ceux qui accompaignerent ,cn4 ,fuluius en sa deffaitte1 ne vint pas la mort4 ,si est-il craindre que la honte les desespere1 et les rende non froids amis seulement1 mais ennemis4 ,du temps de nos ,peres le ,seigneur de ,franget1 iadis ,lieutenant de la compaignie de ,monsieur le ,mareschal de ,chastillon1 ayant par ,monsieur le ,mareschal de ,chabannes est mis ,gouuerneur de ,fontarabie au lieu de ,monsieur du ,lude1 et l'ayant rendue aux ,espagnols1 fut condamn estre degrad de noblesse1 et tant luy que sa posterit declar roturier1 taillable et incapable de porter armes3 et fut cette rude sentence executee ,lyon4 ,depuis souffrirent pareille punition tous les ,gentils-hommes qui se trouuerent dans ,guyse1 lors que le ,comte de ,nansau y entra3 et autres encore depuis4 ,toutesfois quand il y auroit vne si grossiere et apparante ou ignorance ou couardise1 qu'elle surpassast toutes les ordinaires1 ce seroit raison de la prendre pour suffisante preuue de meschancet et de malice1 et de la chastier pour telle4 ,,chapitre ,,xvi4 ,vn traict de quelques ambassadeurs4 ,i',,observe en mes voyages cette practique1 pour apprendre tousiours quelque chose1 par la communication d'autruy1 qui est vne des plus belles escholes qui puisse estre1 de ramener tousiours ceux1 auec qui ie confere1 aux propos des choses qu'ils sauent le mieux4 ,basti al nocchiero ragionar de' venti1 ,al bifolco dei tori1 et le sue piaghe ,conti 'l guerrier1 conti 'l pastor gli armenti4 ,car il aduient le plus souuent au contraire1 que chacun choisit plustost discourir du mestier d'vn autre que du sien3 estimant que c'est autant de nouuelle reputation acquise3 tesmoing le reproche qu',archidamus feit ,periander1 qu'il quittoit la gloire d'vn bon ,medecin1 pour acquerir celle de mauuais ,pote4 ,voyez combien ,cesar se desploye largement nous faire entendre ses inuentions bastir ponts et engins3 et combien au prix il va se serrant1 o il parle des offices de sa profession1 de sa vaillance1 et conduite de sa milice4 ,ses exploicts le verifient assez ,capitaine excellent3 il se veut faire cognoistre excellent ,ingenieur2 qualit aucunement estrangere4 ,le vieil ,dionysius estoit tres grand chef de guerre1 comme il conuenoit sa fortune3 mais il se trauailloit donner principale recommendation de soy1 par la posie3 et si n'y sauoit guere4 ,vn homme de vacation iuridique1 men ces iours passez voir vne estude fournie de toutes sortes de liures de son mestier1 et de tout autre mestier1 n'y trouua nulle occasion de s'entretenir3 mais il s'arresta gloser rudement et magistralement vne barricade logee sur la vis de l'estude1 que cent ,capitaines et soldats recognoissent tous les iours1 sans remerque et sans offense4 ,optat ephippia bos piger1 optat arare caballus4 ,par ce train vous ne faictes iamais rien qui vaille4 ,ainsin1 il faut trauailler de reietter tousiours l'architecte1 le peintre1 le cordonnier1 et ainsi du reste chacun son gibier4 ,et ce propos1 la lecture des histoires1 qui est le subiet de toutes gens1 i'ay accoustum de considerer qui en sont les escriuains3 si ce sont personnes1 qui ne facent autre profession que de lettres1 i'en apren principalement le stile et le langage3 si ce sont ,medecins1 ie les croy plus volontiers en ce qu'ils nous disent de la temperature de l'air1 de la sant et complexion des ,princes1 des blessures et maladies3 si ,iurisconsultes1 il en faut prendre les controuerses des droicts1 les loix1 l'establissement des polices1 et choses pareilles3 si ,theologiens1 les affaires de l',eglise1 censures ,ecclesiastiques1 dispences et mariages3 si courtisans1 les meurs et les cerimonies3 si gens de guerre1 ce qui est de leur charge1 et principalement les deductions des exploits o ils se sont trouuez en personne3 si ,ambassadeurs1 les menees1 intelligences1 et praticques1 et maniere de les conduire4 ,a cette cause1 ce que i'eusse pass vn autre1 sans m'y arrester1 ie l'ay pois et remarqu en l'histoire du ,seigneur de ,langey1 tres entendu en telles choses4 ,c'est qu'apres auoir cont ces belles remonstrances de l',empereur ,charles cinquiesme1 faictes au consistoire ,rome1 present l',euesque de ,macon1 et le ,seigneur du ,velly nos ,ambassadeurs1 o il auoit mesl plusieurs parolles outrageuses contre nous2 et entre autres1 que si ses ,capitaines et soldats n'estoient d'autre fidelit et suffisance en l'art militaire1 que ceux du ,roy1 tout sur l'heure il s'attacheroit la corde au col1 pour luy aller demander misericorde4 ,et de cecy il semble qu'il en creust quelque chose3 car deux ou trois fois en sa vie depuis il luy aduint de redire ces mesmes mots4 ,aussi qu'il dfia le ,roy de le combatre en chemise auec l'espee et le poignard1 dans vn batteau4 ,ledit ,seigneur de ,langey suiuant son histoire1 adiouste que lesdicts ,ambassadeurs faisans vne despesche au ,roy de ces choses1 luy en dissimulerent la plus grande partie1 mesmes luy celerent les deux articles precedens4 ,or i'ay trouu bien estrange1 qu'il fust en la puissance d'vn ,ambassadeur de dispenser sur les aduertissemens qu'il doit faire son maistre1 mesme de telle consequence1 venant de telle personne1 et dits en si grand'assemblee4 ,et m'eust sembl l'office du seruiteur estre1 de fidelement representer les choses en leur entier1 comme elles sont aduenus3 afin que la libert d'ordonner1 iuger1 et choisir demeurast au maistre4 ,car de luy alterer ou cacher la verit1 de peur qu'il ne la preigne autrement qu'il ne doit1 et que cela ne le pousse quelque mauuais party1 et ce pendant le laisser ignorant de ses affaires1 cela m'eust sembl appartenir celuy1 qui donne la loy1 non celuy qui la reoit1 au curateur et maistre d'eschole1 non celuy qui se doit penser inferieur1 comme en authorit1 aussi en prudence et bon conseil4 ,quoy qu'il en soit1 ie ne voudroy pas estre seruy de cette faon en mon petit faict4 ,nous nous soustrayons si volontiers du commandement sous quelque pretexte1 et vsurpons sur la maistrise3 chascun aspire si naturellement la libert et authorit1 qu'au superieur nulle vtilit ne doibt estre si chere1 venant de ceux qui le seruent1 comme luy doit estre chere leur simple et naifue obeissance4 ,on corrompt l'office du commander1 quand on y obeit par discretion1 non par subiection4 ,et ,p4 ,crassus1 celuy que les ,romains estimerent cinq fois heureux1 lors qu'il estoit en ,asie ,consul1 ayant mand vn ,ingenieur ,grec1 de luy faire mener le plus grand des deux mas de nauire1 qu'il auoit veu ,athenes1 pour quelque engin de batterie1 qu'il en vouloit faire3 celuy cy sous titre de sa science1 se donna loy de choisir autrement1 et mena le plus petit1 et selon la raison de art1 le plus commode4 ,crassus1 ayant patiemment ouy ses raisons1 luy feit tres-bien donner le fouet3 estimant l'interest de la discipline plus que l'interest de l'ouurage4 ,d'autre part pourtant on pourroit aussi considerer1 que cette obessance si contreinte1 n'appartient qu'aux commandements precis et prefix4 ,les ,ambassadeurs ont vne charge plus libre1 qui en plusieurs parties depend souuerainement de leur disposition4 ,ils n'executent pas simplement1 mais forment aussi1 et dressent par leur conseil1 la volont du maistre4 ,i'ay veu en mon temps des personnes de commandement1 reprins d'auoir plustost obey aux paroles des lettres du ,roy1 qu' l'occasion des affaires qui estoient pres d'eux4 ,les hommes d'entendement accusent encore auiourd'huy1 l'vsage des ,roys de ,perse1 de tailler les morceaux si courts leurs agents et lieutenans1 qu'aux moindres choses ils eussent recourir leur ordonnance4 ,ce delay1 en vne si longue estendue de domination1 ayant souuent apport des notables dommages leurs affaires4 ,et ,crassus1 escriuant vn homme du mestier1 et luy donnant aduis de l'vsage auquel il destinoit ce mas1 sembloit-il pas entrer en conference de sa deliberation1 et le conuier interposer son decret8 ,,chapitre ,,xvii4 ,de la peur4 ,,obstvpvi1 steterntque com1 et vox faucibus hsit4 ,ie ne suis pas bon naturaliste 7qu'ils disent7 et ne sai guiere par quels ressors la peur agit en nous1 mais tant y a que c'est vne estrange passion3 et disent les ,medecins qu'il n'en est aucune1 qui emporte plustost nostre iugement hors de sa deu assiete4 ,de vray1 i'ay veu beaucoup de gens deuenus insensez de peur3 et au plus rassis il est certain pendant que son accs dure1 qu'elle engendre de terribles esblouissemens4 ,ie laisse part le vulgaire1 qui elle represente tantost les bisayeulx sortis du tombeau enueloppez en leur suaire1 tantost des ,loups-garoups1 des ,lutins1 et des ,chimeres4 ,mais parmy les soldats mesme1 o elle deuroit trouuer moins de place1 combien de fois a elle chang vn troupeau de brebis en esquadron de corselets8 des roseaux et des cannes en gens-darmes et lanciers8 nos amis en nos ennemis8 et la croix blanche la rouge8 ,lors que ,monsieur de ,bourbon print ,rome1 vn port'enseigne1 qui estoit la garde du bourg sainct ,pierre1 fut saisi de tel effroy la premiere alarme1 que par le trou d'vne ruine il se ietta1 l'enseigne au poing1 hors la ville droit aux ennemis1 pensant tirer vers le dedans de la ville2 et peine en fin voyant la troupe de ,monsieur de ,bourbon se renger pour le soustenir1 estimant que ce fust vne sortie que ceux de la ville fissent1 il se recogneut1 et tournant teste r'entra par ce mesme trou1 par lequel il estoit sorty1 plus de trois cens pas auant en la campaigne4 ,il n'en aduint pas du tout si heureusement l'enseigne du ,capitaine ,iulle1 lors que ,sainct ,paul fut pris sur nous par le ,comte de ,bures et ,monsieur du ,reu4 ,car estant si fort esperdu de frayeur1 que de se ietter tout son enseigne hors de la ville1 par vne canonniere1 il fut mis en pieces par les assaillans4 ,et au mesme siege1 fut memorable la peur qui serra1 saisit1 et glaa si fort le cur d'vn ,gentil-homme1 qu'il en tomba roide mort par terre la bresche1 sans aucune blessure4 ,pareille rage pousse par fois toute vne multitude4 ,en l'vne des rencontres de ,germanicus contre les ,allemans1 deux grosses trouppes prindrent d'effroy deux routes opposites1 l'vne fuyoit d'o l'autre partoit4 ,tantost elle nous donne des aisles aux talons1 comme aux deux premiers3 tantost elle nous cloe les pieds1 et les entraue3 comme on lit de l',empereur ,theophile1 lequel en vne bataille qu'il perdit contre les ,agarenes1 deuint si estonn et si transi1 qu'il ne pouuoit prendre party de s'enfuyr3 ade pauor etiam auxilia formidat3 iusques ce que ,manuel l'vn des principaux chefs de son armee1 l'ayant tirass et seco1 comme pour l'esueiller d'vn profond somme1 luy dit3 ,si vous ne me suiuez ie vous tueray3 car il vaut mieux que vous perdiez la vie1 que si estant prisonnier vous veniez perdre l',empire4 ,lors exprime elle sa derniere force1 quand pour son seruice elle nous reiette la vaillance1 qu'elle a soustraitte nostre deuoir et nostre honneur4 ,en la premiere iuste bataille que les ,romains perdirent contre ,hannibal1 sous le ,consul ,sempronius1 vne troupe de bien dix mille hommes de pied1 qui print l'espouuante1 ne voyant ailleurs par o faire passage sa laschet1 s'alla ietter au trauers le gros des ennemis3 lequel elle pera d'un merueilleux effort1 auec grand meurtre de ,carthaginois3 achetant vne honteuse fuite1 au mesme prix qu'elle eust eu vne glorieuse victoire4 ,c'est ce dequoy i'ay le plus de peur que la peur4 ,aussi surmonte elle en aigreur tous autres accidents4 ,quelle affection peut estre plus aspre et plus iuste1 que celle des amis de ,pompeius1 qui estoient en son nauire1 spectateurs de cet horrible massacre8 ,si est-ce que la peur des voiles ,egyptiennes1 qui commenoient les approcher1 l'estouffa de maniere1 qu'on a remerqu1 qu'ils ne s'amuserent qu' haster les mariniers de diligenter1 et de se sauuer coups d'auiron2 iusques ce qu'arriuez ,tyr1 libres de crainte1 ils eurent loy de tourner leur pensee la perte qu'ils venoient de faire1 et lascher la bride aux lamentations et aux larmes1 que cette autre plus forte passion auoit suspendes4 ,tum pauor sapientiam omnem mihi ex animo expectorat4 ,ceux qui auront est bien frotts en quelque estour de guerre1 tous blessez encor et ensanglantez1 on les rameine bien le lendemain la charge4 ,mais ceux qui ont coneu quelque bonne peur des ennemis1 vous ne les leur feriez pas seulement regarder en face4 ,ceux qui sont en pressante crainte de perdre leur bien1 d'estre exilez1 d'estre subiuguez1 viuent en continuelle angoisse1 en perdent le boire1 le manger1 et le repos4 ,l o les pauures1 les bannis1 les serfs1 viuent souuent aussi ioyeusement que les autres4 ,et tant de gens1 qui de l'impatience des pointures de la peur1 se sont pendus1 noyez1 et precipitez1 nous ont bien apprins qu'elle est encores plus importune et plus insupportable que la mort4 ,les ,grecs en recognoissent vne autre espece1 qui est outre l'erreur de nostre discours3 venant1 disent-ils1 sans cause apparente1 et d'vne impulsion celeste4 ,des peuples entiers s'en voyent souuent frappez1 et des armees entieres4 ,telle fut celle qui apporta ,carthage vne merueilleuse desolation4 ,on n'y oyoit que cris et voix effrayees3 on voyoit les habitans sortir de leurs maisons1 comme l'alarme2 et se charger1 blesser et entretuer les vns les autres1 comme si ce fussent ennemis1 qui vinssent occuper leur ville4 ,tout y estoit en desordre1 et en fureur3 iusques ce que par oraisons et sacrifices1 ils eussent appais l'ire des dieux4 ,ils nomment cela terreurs ,paniques4 ,,chapitre ,,xviii4 ,qu'il ne faut iuger de nostre heur1 qu'aprs la mort4 ,scilicet vltima semper ,expectanda dies homini est1 dicique beatus ,ante obitum nemo supremque funera debet4 ,les enfans sauent le conte du ,roy ,crsus ce propos3 lequel ayant est pris par ,cyrus1 et condamn la mort1 sur le point de l'execution1 il s'escria1 ,o ,solon1 ,solon3 cela rapport ,cyrus1 et s'estant enquis que c'estoit dire1 il luy fit entendre1 qu'il verifioit lors ses despends l'aduertissement qu'autrefois luy auoit donn ,solon3 que les hommes1 quelque beau visage que fortune leur face1 ne se peuuent appeller heureux1 iusques ce qu'on leur ayt veu passer le dernier iour de leur vie1 pour l'incertitude et variet des choses humaines1 qui d'vn bien leger mouuement se changent d'vn estat en autre tout diuers4 ,et pourtant ,agesilaus1 quelqu'vn qui disoit heureux le ,roy de ,perse1 de ce qu'il estoit venu fort ieune vn si puissant estat3 ,ouy-mais1 dit-il1 ,priam en tel aage ne fut pas malheureux4 ,tantost des ,roys de ,macedoine1 successeurs de ce grand ,alexandre1 il s'en faict des menuysiers et greffiers ,rome3 des tyrans de ,sicile1 des pedants ,corinthe3 d'vn conquerant de la moiti du monde1 et ,empereur de tant d'armees1 il s'en faict vn miserable suppliant des belitres officiers d'vn ,roy d'gypte3 tant cousta ce grand ,pompeius la prolongation de cinq ou six mois de vie4 ,et du temps de nos ,peres ce ,ludouic ,sforce dixiesme ,duc de ,milan1 soubs qui auoit si long temps bransl toute l',italie1 on l'a veu mourir prisonnier ,loches3 mais apres y auoir vescu dix ans1 qui est le pis de son march4 ,la plus belle ,royne1 vefue du plus grand ,roy de la ,chrestient1 vient elle pas de mourir par la main d'vn ,bourreau8 indigne et barbare cruaut6 ,et mille tels exemples4 ,car il semble que comme les orages et tempestes se piquent contre l'orgueil et hautainet de nos bastimens1 il y ayt aussi l haut des esprits enuieux des grandeurs de a bas4 ,vsque ade res humanas vis abdita qudam ,obterit1 et pulchros fasces susque secures ,proculcare1 ac ludibrio sibi habere videtur4 ,et semble que la fortune quelquefois guette point nomm le dernier iour de nostre vie1 pour montrer sa puissance1 de renuerser en vn moment ce qu'elle auoit basty en longues annees2 et nous fait crier apres ,laberius1 ,nimirum hac die vna plus vixi mihi1 qum viuendum fuit4 ,ainsi se peut prendre auec raison1 ce bon aduis de ,solon4 ,mais d'autant que c'est vn ,philosophe1 l'endroit desquels les faueurs et disgraces de la fortune ne tiennent rang1 ny d'heur ny de malheur1 et sont les grandeurs1 et puissances1 accidens de qualit peu pres indifferente1 ie trouue vray-semblable1 qu'il ayt regard plus auant2 et voulu dire que ce mesme bon-heur de nostre vie1 qui dpend de la tranquillit et contentement d'vn esprit bien n1 et de la resolution et asseurance d'vne ame reglee ne se doiue iamais attribuer l'homme1 qu'on ne luy ayt veu ioer le dernier acte de sa comedie3 et sans doute le plus difficile4 ,en tout le reste il y peut auoir du masque3 ou ces beaux discours de la ,philosophie ne sont en nous que par contenance1 ou les accidens ne nous essayant pas iusques au vif1 nous donnent loisir de maintenir tousiours nostre visage rassis4 ,mais ce dernier rolle de la mort et de nous1 il n'y a plus que faindre1 il faut parler ,franois2 il faut montrer ce qu'il y a de bon et de net dans le fond du pot4 ,nam ver voces tum demum pectore ab imo ,eiiciuntur1 et eripitur persona1 manet res4 ,voyla pourquoy se doiuent ce dernier traict toucher et esprouuer toutes les autres actions de nostre vie4 ,c'est le maistre iour1 c'est le iour iuge de tous les autres3 c'est le iour1 dict vn ancien1 qui doit iuger de toutes mes annes passes4 ,ie remets la mort l'essay du fruict de mes estudes4 ,nous verrons l si mes discours me partent de la bouche1 ou du cur4 ,i'ay veu plusieurs donner par leur mort reputation en bien ou en mal1 toute leur vie4 ,scipion beau-pere de ,pompeius rabilla en bien mourant la mauuaise opinion qu'on auoit eu de luy iusques alors4 ,epaminondas interrog lequel des trois il estimoit le plus1 ou ,chabrias1 ou ,iphicrates1 ou soy-mesme3 ,il nous faut voir mourir1 fit-il1 auant que d'en pouuoir resoudre4 ,de vray on desroberoit beaucoup celuy l1 qui le poiseroit sans l'honneur et grandeur de sa fin4 ,dieu l'a voulu comme il luy a pleu3 mais en mon temps trois les plus execrables personnes1 que ie cogneusse en toute abomination de vie1 et les plus infames1 ont eu des morts regles1 et en toute circonstance composes iusques la perfection4 ,il est des morts braues et fortunes4 ,ie luy ay veu trancher le fil d'vn progrez de merueilleux auancement1 et dans la fleur de son croist1 quelqu'vn1 d'vne fin si pompeuse1 qu' mon aduis ses ambitieux et courageux desseins n'auoient rien de si hault que fut leur interruption4 ,il arriua sans y aller1 o il pretendoit1 plus grandement et glorieusement1 que ne portoit son desir et esperance4 ,et deuana par sa cheute1 le pouuoir et le nom1 o il aspiroit par sa course4 ,au iugement de la vie d'autruy1 ie regarde tousiours comment s'en est port le bout1 et des principaux estudes de la mienne1 c'est qu'il se porte bien1 c'est dire quietement et sourdement4 ,,chapitre ,,xix4 ,que philosopher1 c'est apprendre mourir4 ,,cicero dit que ,philosopher ce n'est autre chose que s'aprester la mort4 ,c'est d'autant que l'estude et la contemplation retirent aucunement nostre ame hors de nous1 et l'embesongnent part du corps1 qui est quelque apprentissage et ressemblance de la mort3 ou bien1 c'est que toute la sagesse et discours du monde se resoult en fin ce point1 de nous apprendre ne craindre point mourir4 ,de vray1 ou la raison se mocque1 ou elle ne doit viser qu' nostre contentement1 et tout son trauail tendre en somme nous faire bien viure1 et nostre aise1 comme dict la ,sainte ,escriture4 ,toutes les opinions du monde en sont l1 que le plaisir est nostre but1 quoy qu'elles en prennent diuers moyens2 autrement on les chasseroit d'arriue4 ,car qui escouteroit celuy1 qui pour sa fin establiroit nostre peine et mesaise8 ,les dissentions des sectes ,philosophiques en ce cas1 sont verbales4 ,transcurramus solertissimas nugas4 ,il y a plus d'opiniastret et de picoterie1 qu'il n'appartient vne si saincte profession4 ,mais quelque personnage que l'homme entrepreigne1 il iou tousiours le sien parmy4 ,quoy qu'ils dient1 en la vertu mesme1 le dernier but de nostre visee1 c'est la volupt4 ,il me plaist de battre leurs oreilles de ce mot1 qui leur est si fort contrecur3 et s'il signifie quelque supreme plaisir1 et excessif contentement1 il est mieux deu l'assistance de la vertu1 qu' nulle autre assistance4 ,cette volupt pour estre plus gaillarde1 nerueuse1 robuste1 virile1 n'en est que plus serieusement voluptueuse4 ,et luy deuions donner le nom du plaisir1 plus fauorable1 plus doux et naturel3 non celuy de la vigueur1 duquel nous l'auons denommee4 ,cette autre volupt plus basse1 si elle meritoit ce beau nom3 ce deuoit estre en concurrence1 non par priuilege4 ,ie la trouue moins pure d'incommoditez et de trauerses1 que n'est la vertu4 ,outre que son goust est plus momentanee1 fluide et caduque1 elle a ses veilles1 ses ieusnes1 et ses trauaux1 et la sueur et le sang4 ,et en outre particulierement1 ses passions trenchantes de tant de sortes2 et son cost vne satiet si lourde1 qu'elle equipolle penitence4 ,nous auons grand tort d'estimer que ses incommoditez luy seruent d'aiguillon et de condiment sa douceur1 comme en nature le contraire se viuifie par son contraire3 et de dire1 quand nous venons la vertu1 que pareilles suittes et difficultez l'accablent1 la rendent austere et inacessible4 ,l o beaucoup plus proprement qu' la volupt1 elles anoblissent1 aiguisent1 et rehaussent le plaisir diuin et parfaict1 qu'elle nous moienne4 ,celuy la est certes bien indigne de son accointance1 qui contrepoise son coust1 son fruict3 et n'en cognoist ny les graces ny l'vsage4 ,ceux qui nous vont instruisant1 que sa queste est scabreuse et laborieuse1 sa ioussance agrable3 que nous disent-ils par l1 sinon qu'elle est tousiours desagreable8 ,car quel moien humain arriua iamais sa ioussance8 ,les plus parfaits se sont bien contentez d'y aspirer1 et de l'approcher1 sans la posseder4 ,mais ils se trompent2 veu que de tous les plaisirs que nous cognoissons1 la poursuite mesme en est plaisante4 ,l'entreprise se sent de la qualit de la chose qu'elle regarde3 car c'est vne bonne portion de l'effect1 et consubstancielle4 ,l'heur et la beatitude qui reluit en la vertu1 remplit toutes ses appartenances et auenues1 iusques la premiere entree et extreme barriere4 ,or des principaux bienfaicts de la vertu1 c'est le mepris de la mort1 moyen qui fournit nostre vie d'vne molle tranquillit1 et nous en donne le goust pur et amiable3 sans qui toute autre volupt est esteinte4 ,voyla pourquoy toutes les regles se rencontrent et conuiennent cet article4 ,et combien qu'elles nous conduisent aussi toutes d'vn commun accord mespriser la douleur1 la pauuret1 et autres accidens1 quoy la vie humaine est subiecte1 ce n'est pas d'vn pareil soing3 tant par ce que ces accidens ne sont pas de telle necessit1 la pluspart des hommes passent leur vie sans gouster de la pauuret1 et tels encore sans sentiment de douleur et de maladie1 comme ,xenophilus le ,musicien1 qui vescut cent et six ans d'vne entiere sant3 qu'aussi d'autant qu'au pis aller1 la mort peut mettre fin1 quand il nous plaira1 et coupper broche tous autres inconuenients4 ,mais quant la mort1 elle est ineuitable4 ,omnes eodem cogimur1 omnium ,versatur vrna1 serius ocius ,sors exitura1 et nos in ter- ,num exitium impositura cymb4 ,et par consequent1 si elle nous faict peur1 c'est vn subiect continuel de tourment1 et qui ne se peut aucunement soulager4 ,il n'est lieu d'o elle ne nous vienne4 ,nous pouuons tourner sans cesse la teste et l1 comme en pays suspect3 qu quasi saxum ,tantalo semper impendet4 ,nos parlemens renuoyent souuent executer les criminels au lieu o le crime est commis3 durant le chemin1 promenez les par de belles maisons1 faictes leur tant de bonne chere1 qu'il vous plaira1 non ,sicul dapes ,dulcem elaborabunt saporem1 ,non auium1 cytharque cantus ,somnum reducent4 ,pensez vous qu'ils s'en puissent resiouir8 et que la finale intention de leur voyage leur estant ordinairement deuant les yeux1 ne leur ayt alter et affadi le goust toutes ces commoditez8 ,audit iter1 numertque dies1 spatique viarum ,metitur vitam1 torquetur peste futura4 ,le but de nostre carriere c'est la mort1 c'est l'obiect necessaire de nostre visee3 si elle nous effraye1 comme est-il possible d'aller vn pas auant sans fiebure8 ,le remede du vulgaire c'est de n'y penser pas4 ,mais de quelle brutale stupidit luy peut venir vn si grossier aueuglement8 ,il luy faut faire brider l'asne par la queu1 ,qui capite ipse suo instituit vestigia retro4 ,ce n'est pas de merueille s'il est si souuent pris au piege4 ,on fait peur nos gens seulement de nommer la mort1 et la pluspart s'en seignent1 comme du nom du diable4 ,et par-ce qu'il s'en faict mention aux testamens1 ne vous attendez pas qu'ils y mettent la main1 que le ,medecin ne leur ayt donn l'extreme sentence4 ,et ,dieu sait lors entre la douleur et la frayeur1 de quel bon iugement ils vous le patissent4 ,par ce que cette syllabe frappoit trop rudement leurs oreilles1 et que cette voix leur sembloit malencontreuse1 les ,romains auoient apris de l'amollir ou l'estendre en perifrazes4 ,au lieu de dire1 il est mort2 il a cess de viure1 disent-ils1 il a vescu4 ,pourueu que ce soit vie1 soit elle passee1 ils se consolent4 ,nous en auons emprunt1 nostre feu ,maistre-,iehan4 ,a l'aduenture est-ce1 que comme on dict1 le terme vaut l'argent4 ,ie nasquis entre vnze heures et midi le dernier iour de ,feburier1 mil cinq cens trente trois3 comme nous contons cette heure1 commenant l'an en ,ianuier4 ,il n'y a iustement que quinze iours que i'ay franchy trente neuf ans1 il m'en faut pour le moins encore autant4 ,ce pendant s'empescher du pensement de chose si esloignee1 ce seroit folie4 ,mais quoy8 les ieunes et les vieux laissent la vie de mesme condition4 ,nul n'en sort autrement que si tout presentement il y entroit1 ioinct qu'il n'est homme si dcrepite tant qu'il voit ,mathusalem deuant1 qui ne pense auoir encore vingt ans dans le corps4 ,d'auantage1 pauure fol que tu es1 qui t'a estably les termes de ta vie8 ,tu te fondes sur les contes des ,medecins4 ,regarde plustost l'effect et l'experience4 ,par le commun train des choses1 tu vis piea par faueur extraordinaire4 ,tu as pass les termes accoustumez de viure3 et qu'il soit ainsi1 conte de tes cognoissans1 combien il en est mort auant ton aage1 plus qu'il n'en y a qui l'ayent atteint3 et de ceux mesme qui ont annobli leur vie par renommee1 fais en registre1 et l'entreray en gageure d'en trouuer plus qui sont morts1 auant1 qu'apres trente cinq ans4 ,il est plein de raison1 et de piet1 de prendre exemple de l'humanit mesme de ,iesus-,christ4 ,or il finit sa vie trente et trois ans4 ,le plus grand homme1 simplement homme1 ,alexandre1 mourut aussi ce terme4 ,combien a la mort de faons de surprise8 ,quid quisque vitet1 nunquam homini satis ,cautum est in horas4 ,ie laisse part les fiebures et les pleuresies4 ,qui eust iamais pens qu'vn ,duc de ,bretaigne deust estre estouff de la presse1 comme fut celuy l l'entree du ,pape ,clement mon voisin1 ,lyon8 ,n'as tu pas veu tuer vn de nos ,roys en se iouant8 et vn de ses ancestres mourut il pas choqu par vn pourceau8 schylus menass de la cheute d'vne maison1 a beau se tenir l'airte1 le voyla assomm d'vn toict de tortue1 qui eschappa des pattes d'vn aigle en l'air3 l'autre mourut d'vn grain de raisin3 vn ,empereur de l'egratigneure d'vn peigne en se testonnant3 mylius ,lepidus pour auoir heurt du pied contre le seuil de son huis3 et ,aufidius pour auoir choqu en entrant contre la porte de la chambre du conseil4 ,et entre les cuisses des femmes ,cornelius ,gallus ,preteur1 ,tigillinus ,capitaine du guet ,rome1 ,ludouic fils de ,guy de ,gonsague1 ,marquis de ,mantoe4 ,et d'vn encore pire exemple1 ,speusippus ,philosophe ,platonicien1 et l'vn de nos ,papes4 ,le pauure ,bebius1 ,iuge1 cependant qu'il donne delay de huictaine vne partie1 le voyla saisi1 le sien de viure estant expir3 et ,caius ,iulius ,medecin gressant les yeux d'vn patient1 voyla la mort qui clost les siens4 ,et s'il m'y faut mesler1 vn mien frere le ,capitaine ,s4 ,martin1 aag de vingt trois ans1 qui auoit desia faict assez bonne preuue de sa valeur1 iouant la paume1 reeut vn coup d'esteuf1 qui l'assena vn peu au dessus de l'oreille droitte1 sans aucune apparence de contusion1 ny de blessure3 il ne s'en assit1 n'y reposa3 mais cinq ou six heures apres il mourut d'vne ,apoplexie que ce coup luy causa4 ,ces exemples si frequents et si ordinaires nous passans deuant les yeux1 comme est-il possible qu'on se puisse deffaire du pensement de la mort1 et qu' chasque instant il ne nous semble qu'elle nous tienne au collet8 ,qu'importe-il1 me direz vous1 comment que ce soit1 pourueu qu'on ne s'en donne point de peine8 ,ie suis de cet aduis3 et en quelque maniere qu'on se puisse mettre l'abri des coups1 fust ce soubs la peau d'vn veau1 ie ne suis pas homme qui y reculast3 car il me suffit de passer mon aise1 et le meilleur ieu que ie me puisse donner1 ie le prens1 si peu glorieux au reste et exemplaire que vous voudrez4 prtulerim delirus inrsque videri1 ,dum mea delectent mala me1 vel denique fallant1 ,qum sapere et ringi4 ,mais c'est folie d'y penser arriuer par l4 ,ils vont1 ils viennent1 ils trottent1 ils dansent1 de mort nulles nouuelles4 ,tout cela est beau3 mais aussi quand elle arriue1 ou eux ou leurs femmes1 enfans et amis1 les surprenant en dessoude et au descouuert1 quels tourmens1 quels cris1 quelle rage et quel desespoir les accable8 ,vistes vous iamais rien si rabaiss1 si chang1 si confus8 ,il y faut prouuoir de meilleure heure3 et cette nonchalance bestiale1 quand elle pourroit loger en la teste d'vn homme d'entendement1 ce que ie trouue entierement impossible1 nous vend trop cher ses denrees4 ,si c'estoit ennemy qui se peust euiter1 ie conseillerois d'emprunter les armes de la coardise3 mais puis qu'il ne se peut2 puis qu'il vous attrappe fuyant et poltron aussi bien qu'honeste homme1 ,nempe et fugacem persequitur virum1 ,nec parcit imbellis iuuent ,poplitibus1 timidoque tergo4 et que nulle trampe de cuirasse vous couure1 ,ille licet ferro cautus se condat in re1 ,mors tamen inclusum protrahet inde caput4 aprenons le soustenir de pied ferme1 et le combatre3 ,et pour commencer luy oster son plus grand aduantage contre nous1 prenons voye toute contraire la commune4 ,ostons luy l'estranget1 pratiquons le1 accoustumons le1 n'ayons rien si souuent en la teste que la mort3 tous instans representons la nostre imagination et en tous visages4 ,au broncher d'vn cheual1 la cheute d'vne tuille1 la moindre piqueure d'espeingle1 remachons soudain1 ,et bien quand ce seroit la mort mesme8 et l dessus1 roidissons nous1 et nous efforons4 ,parmy les festes et la ioye1 ayons tousiours ce refrein de la souuenance de nostre condition1 et ne nous laissons pas si fort emporter au plaisir1 que par fois il ne nous repasse en la memoire1 en combien de sortes cette nostre allegresse est en butte la mort1 et de combien de prinses elle la menasse4 ,ainsi faisoient les ,egyptiens1 qui au milieu de leurs festins et parmy leur meilleure chere1 faisoient apporter l',anatomie seche d'vn homme1 pour seruir d'auertissement aux conuiez4 ,omnem crede diem tibi diluxisse supremum1 ,grata superueniet1 qu non sperabitur hora4 ,il est incertain o la mort nous attende1 attendons la par tout4 ,la premeditation de la mort1 est premeditation de la libert4 ,qui a apris mourir1 il a desapris seruir4 ,il n'y a rien de mal en la vie1 pour celuy qui a bien comprins1 que la priuation de la vie n'est pas mal4 ,le sauoir mourir nous afranchit de toute subiection et contraincte4 ,paulus mylius respondit celuy1 que ce miserable ,roy de ,macedoine son prisonnier luy enuoyoit1 pour le prier de ne le mener pas en son triomphe1 ,qu'il en face la requeste soy mesme4 ,a la verit en toutes choses si nature ne preste vn peu1 il est mal-ays que l'art et l'industrie aillent guiere auant4 ,ie suis de moy-mesme non melancholique1 mais songecreux3 il n'est rien dequoy ie me soye des tousiours plus entretenu que des imaginations de la mort2 voire en la saison la plus licentieuse de mon aage1 ,iucundum cm tas florida ver ageret4 ,parmy les dames et les ieux1 tel me pensoit empesch digerer part moy quelque ialousie1 ou l'incertitude de quelque esperance1 cependant que ie m'entretenois de ie ne say qui surpris les iours precedens d'vne fieure chaude1 et de sa fin au partir d'vne feste pareille1 et la teste pleine d'oisiuet1 d'amour et de bon temps1 comme moy3 et qu'autant m'en pendoit l'oreille4 ,iam fuerit1 nec post vnquam reuocare licebit4 ,ie ne ridois non plus le front de ce pensement l1 que d'vn autre4 ,il est impossible que d'arriuee nous ne sentions des piqueures de telles imaginations3 mais en les maniant et repassant1 au long aller1 on les appriuoise sans doubte3 autrement de ma part ie fusse en continuelle frayeur et frenesie3 car iamais homme ne se dfia tant de sa vie1 iamais homme ne feit moins d'estat de sa duree4 ,ny la sant1 que i'ay iouy iusques present tresuigoureuse et peu souuent interrompue1 ne m'en alonge l'esperance1 ny les maladies ne me l'acourcissent4 ,a chaque minute il me semble que ie m'eschappe4 ,et me rechante sans cesse1 ,tout ce qui peut estre faict vn autre iour1 le peut estre auiourd'huy4 ,de vray les hazards et dangiers nous approchent peu ou rien de nostre fin3 et si nous pensons1 combien il en reste1 sans cet accident qui semble nous menasser le plus1 de millions d'autres sur nos testes1 nous trouuerons que gaillars et fieureux1 en la mer et en nos maisons1 en la bataille et en repos elle nous est gallement pres4 ,nemo altero fragilior est3 nemo in crastinum sui certior4 ,ce que i'ay affaire auant mourir1 pour l'acheuer tout loisir me semble court1 fust ce d'vne heure4 ,quelcun feuilletant l'autre iour mes tablettes1 trouua vn memoire de quelque chose1 que ie vouloys estre faite apres ma mort3 ie luy dy1 comme il estoit vray1 que n'estant qu' vne lieu de ma maison1 et sain et gaillard1 ie m'estoy hast de l'escrire l1 pour ne m'asseurer point d'arriuer iusques chez moy4 ,comme celuy1 qui continuellement me couue de mes pensees1 et les couche en moy3 ie suis toute heure prepar enuiron ce que ie le puis estre3 et ne m'aduertira de rien de nouueau la suruenance de la mort4 ,il faut estre tousiours bott et prest partir1 en tant que en nous est1 et sur tout se garder qu'on n'aye lors affaire qu' soy4 ,quid breui fortes iaculamur uo ,multa8 ,car nous y aurons assez de besongne1 sans autre surcrois4 ,l'vn se pleint plus que de la mort1 dequoy elle luy rompt le train d'vne belle victoire3 l'autre qu'il luy faut desloger auant qu'auoir mari sa fille1 ou contrerol l'institution de ses enfans3 l'vn pleint la compagnie de sa femme1 l'autre de son fils1 comme commoditez principales de son estre4 ,ie suis pour cette heure en tel estat1 ,dieu mercy1 que ie puis desloger quand il luy plaira1 sans regret de chose quelconque3 ie me desnoue par tout3 mes adieux sont tantost prins de chascun1 sauf de moy4 ,iamais homme ne se prepara quiter le monde plus purement et pleinement1 et ne s'en desprint plus vniuersellement que ie m'attens de faire4 ,les plus mortes morts sont les plus saines4 miser miser 7aiunt7 omnia ademit ,vna dies infesta mihi tot prmia vit3 et le bastisseur1 manent 7dict-il7 opera interrupta1 minque ,murorum ingentes4 ,il ne faut rien designer de si longue haleine1 ou au moins auec telle intention de se passionner pour en voir la fin4 ,nous sommes ns pour agir3 ,cm moriar1 medium soluar et inter opus4 ,ie veux qu'on agisse1 et qu'on allonge les offices de la vie1 tant qu'on peut3 et que la mort me treuue plantant mes choux2 mais nonchallant d'elle1 et encore plus de mon iardin imparfait4 ,i'en vis mourir vn1 qui estant l'extremit se pleignoit incessamment1 dequoy sa destinee coupoit le fil de l'histoire qu'il auoit en main1 sur le quinziesme ou seixiesme de nos ,roys4 ,illud in his rebus non addunt1 nec tibi earum ,iam desiderium rerum super insidet vna4 ,il faut se descharger de ces humeurs vulgaires et nuisibles4 ,tout ainsi qu'on a plant nos cimetieres ioignant les ,eglises1 et aux lieux les plus frequentez de la ville1 pour accoustumer1 disoit ,lycurgus1 le bas populaire1 les femmes et les enfans ne s'effaroucher point de voir vn homme mort3 et affin que ce continuel spectacle d'ossemens1 de tombeaux1 et de conuois nous aduertisse de nostre condition4 ,quin etiam exhilarare viris conuiuia cde ,mos olim1 et miscere epulis spectacula dira ,certantum ferro1 spe et super ipsa cadentum ,pocula1 respersis non parco sanguine mensis4 ,et comme les ,egyptiens apres leurs festins1 faisoient presenter aux assistans vne grande image de la mort1 par vn qui leur crioit3 ,boy1 et t'esiouy1 car mort tu seras tel3 aussi ay-ie pris en coustume1 d'auoir non seulement en l'imagination1 mais continuellement la mort en la bouche4 ,et n'est rien dequoy ie m'informe si volontiers1 que de la mort des hommes3 quelle parole1 quel visage1 quelle contenance ils y ont eu3 ny endroit des histoires1 que ie remarque si attentifuement4 ,il y paroist1 la farcissure de mes exemples3 et que i'ay en particuliere affection cette matiere4 ,si i'estoy faiseur de liures1 ie feroy vn registre comment des morts diuerses3 qui apprendroit les hommes mourir1 leur apprendroit viure4 ,dicearchus en feit vn de pareil titre1 mais d'autre et moins vtile fin4 ,on me dira1 que l'effect surmonte de si loing la pensee1 qu'il n'y a si belle escrime1 qui ne se perde1 quand on en vient l3 laissez les dire2 le premediter donne sans doubte grand auantage3 et puis n'est-ce rien1 d'aller au moins iusques l sans alteration et sans fiure8 ,il y a plus3 nature mesme nous preste la main1 et nous donne courage4 ,si c'est vne mort courte et violente1 nous n'avons pas loisir de la craindre3 si elle est autre1 ie m'apperois qu' mesure que ie m'engage dans la maladie1 i'entre naturellement en quelque desdain de la vie4 ,ie trouue que i'ay bien plus affaire digerer cette resolution de mourir1 quand ie suis en sant1 que ie n'ay quand ie suis en fiure3 d'autant que ie ne tiens plus si fort aux commoditez de la vie1 raison que ie commance en perdre l'vsage et le plaisir1 i'en voy la mort d'vne veu beaucoup moins effrayee4 ,cela me faict esperer1 que plus ie m'eslongneray de celle-l1 et approcheray de cette-cy1 plus aysment i'entreray en composition de leur eschange4 ,tout ainsi que i'ay essay en plusieurs autres occurrences1 ce que dit ,cesar1 que les choses nous paroissent souuent plus grandes de loing que de pres3 i'ay trouu que sain i'auois eu les maladies beaucoup plus en horreur1 que lors que ie les ay senties4 ,l'alegresse o ie suis1 le plaisir et la force1 me font paroistre l'autre estat si disproportionn celuy-l1 que par imagination ie grossis ces incommoditez de la moiti1 et les conoy plus poisantes1 que ie ne les trouue1 quand ie les ay sur les espaules4 ,i'espere qu'il m'en aduiendra ainsi de la mort4 ,voyons ces mutations et declinaisons ordinaires que nous souffrons1 comme nature nous desrobe la veu de nostre perte et empirement4 ,que reste-il vn vieillard de la vigueur de sa ieunesse1 et de sa vie passee8 ,heu senibus vit portio quanta manet6 ,cesar vn soldat de sa garde recreu et cass1 qui vint en la ru1 luy demander cong de se faire mourir3 regardant son maintien decrepite1 respondit plaisamment3 ,tu penses donc estre en vie4 ,qui y tomberoit tout vn coup1 ie ne crois pas que nous fussions capables de porter vn tel changement3 mais conduicts par sa main1 d'vne douce pente et comme insensible1 peu peu1 de degr en degr1 elle nous roule dans ce miserable estat1 et nous y appriuoise4 ,si que nous ne sentons aucune secousse1 quand la ieunesse meurt en nous3 qui est en essence et en verit1 vne mort plus dure1 que n'est la mort entiere d'vne vie languissante2 et que n'est la mort de la vieillesse3 d'autant que le sault n'est pas si lourd du mal estre au non estre1 comme il est d'vn estre doux et fleurissant1 vn estre penible et douloureux4 ,le corps courbe et pli a moins de force soustenir un fais1 aussi a nostre ame4 ,il la faut dresser et esleuer contre l'effort de cet aduersaire4 ,car comme il est impossible1 qu'elle se mette en repos pendant qu'elle le craint3 si elle s'en asseure aussi1 elle se peut vanter1 qui est chose comme surpassant l'humaine condition1 qu'il est impossible que l'inquietude1 le tourment1 et la peur1 non le moindre desplaisir loge en elle4 ,non vultus instantis tyranni ,mente quatit solida1 neque ,auster ,dux inquieti turbidus ,adri1 ,nec fulminantis magna ,iouis manus4 ,elle est rendu maistresse de ses passions et concupiscences2 maistresse de l'indigence1 de la honte1 de la pauuret1 et de toutes autres iniures de fortune4 ,gagnons cet aduantage qui pourra3 c'est icy la vraye et souueraine libert1 qui nous donne dequoy faire la figue la force1 et l'iniustice1 et nous moquer des prisons et des fers4 in manicis1 et ,compedibus1 suo te sub custode tenebo4 ,ipse ,deus simul atque volam1 me soluet3 opinor1 ,hoc sentit1 moriar3 mors vltima linea rerum est4 ,nostre religion n'a point eu de plus asseur fondement humain1 que le mespris de la vie4 ,non seulement le discours de la raison nous y appelle2 car pourquoy craindrions nous de perdre vne chose1 laquelle perdu ne peut estre regrette8 mais aussi puis que nous sommes menacez de tant de faons de mort1 n'y a il pas plus de mal les craindre toutes1 qu' en soustenir vne8 ,que chaut-il1 quand ce soit1 puis qu'elle est ineuitable8 ,a celuy qui disoit ,socrates2 ,les trente tyrans t'ont condamn la mort3 ,et nature1 eux1 respondit-il4 ,quelle sottise1 de nous peiner1 sur le point du passage l'exemption de toute peine8 ,comme nostre naissance nous apporta la naissance de toutes choses3 aussi fera la mort de toutes choses1 nostre mort4 ,parquoy c'est pareille folie de pleurer de ce que d'icy cent ans nous ne viurons pas1 que de pleurer de ce que nous ne viuions pas1 il y a cent ans4 ,la mort est origine d'vne autre vie3 ainsi pleurasmes nous1 et ainsi nous cousta-il d'entrer en cette-cy3 ainsi nous despouillasmes nous de nostre ancien voile1 en y entrant4 ,rien ne peut estre grief1 qui n'est qu'vne fois4 ,est-ce raison de craindre si long temps1 chose de si brief temps8 ,le long temps viure1 et le peu de temps viure est rendu tout vn par la mort4 ,car le long et le court n'est point aux choses qui ne sont plus4 ,aristote dit1 qu'il y a des petites bestes sur la riuiere ,hypanis1 qui ne viuent qu'vn iour4 ,celle qui meurt huict heures du matin1 elle meurt en ieunesse3 celle qui meurt cinq heures du soir1 meurt en sa decrepitude4 ,qui de nous ne se mocque de voir mettre en consideration d'heur ou de malheur1 ce moment de dure8 ,le plus et le moins en la nostre1 si nous la comparons l'eternit1 ou encores la duree des montaignes1 des riuieres1 des estoilles1 des arbres1 et mesmes d'aucuns animaux1 n'est pas moins ridicule4 ,mais nature nous y force4 ,sortez1 dit-elle1 de ce monde1 comme vous y estes entrez4 ,le mesme passage que vous fistes de la mort la vie1 sans passion et sans frayeur1 refaites le de la vie la mort4 ,vostre mort est vne des pieces de l'ordre de l'vniuers1 c'est vne piece de la vie du monde4 inter se mortales mutua viuunt1 ,et quasi cursores vita lampada tradunt4 ,changeray-ie pas pour vous cette belle contexture des choses8 ,c'est la condition de vostre creation2 c'est vne partie de vous que la mort3 vous vous fuyez vous mesmes4 ,cettuy vostre estre1 que vous iouyssez1 est galement party la mort et la vie4 ,le premier iour de vostre naissance vous achemine mourir comme viure4 ,prima1 qu vitam dedit1 hora1 carpsit4 ,nascentes morimur1 finisque ab origine pendet4 ,tout ce que vous vius1 vous le desrobs la vie3 c'est ses despens4 ,le continuel ouurage de vostre vie1 c'est bastir la mort4 ,vous estes en la mort1 pendant que vous estes en vie3 car vous estes apres la mort1 quand vous n'estes plus en vie4 ,ou1 si vous l'aymez mieux ainsi1 vous estes mort apres la vie3 mais pendant la vie1 vous estes mourant3 et la mort touche bien plus rudement le mourant que le mort1 et plus viuement et essentiellement4 ,si vous auez faict vostre proufit de la vie1 vous en estes repeu1 allez vous en satisfaict4 ,cur non vt plenus vit conuiua recedis8 ,si vous n'en auez seu vser1 si elle vous estoit inutile1 que vous chaut-il de l'auoir perdu8 quoy faire la voulez vous encores8 cur amplius addere quris ,rursum quod pereat mal1 et ingratum occidat omne8 ,la vie n'est de soy ny bien ny mal3 c'est la place du bien et du mal1 selon que vous la leur faictes4 ,et si vous auez vescu vn iour1 vous auez tout veu3 vn iour est gal tous iours4 ,il n'y a point d'autre lumiere1 ny d'autre nuict4 ,ce ,soleil1 cette ,lune1 ces ,estoilles1 cette disposition1 c'est celle mesme que vos ayeuls ont iouye1 et qui entretiendra vos arriere-nepueux4 ,non alium videre patres3 aliumve nepotes ,aspicient4 ,et au pis aller1 la distribution et variet de tous les actes de ma comedie1 se parfournit en vn an4 ,si vous auez pris garde au branle de mes quatre saisons1 elles embrassent l'enfance1 l'adolescence1 la virilit1 et la vieillesse du monde4 ,il a io son ieu3 il n'y sait autre finesse1 que de recommencer2 ce sera tousiours cela mesme4 versamur ibidem1 atque insumus vsque1 ,atque in se sua per vestigia voluitur annus4 ,ie ne suis pas delibere de vous forger autres nouueaux passetemps4 ,nam tibi prterea quod machiner1 inuenimque ,quod placeat1 nihil est1 eadem sunt omnia semper4 ,faictes place aux autres1 comme d'autres vous l'ont faite4 ,l'equalit est la premiere piece de l'equit4 ,qui se peut plaindre d'estre comprins o tous sont comprins8 ,aussi auez vous beau viure1 vous n'en rabattrez rien du temps que vous auez estre mort3 c'est pour neant2 aussi long temps serez vous en cet estat l1 que vous craingnez1 comme si vous estiez mort en nourrisse3 licet1 quod vis1 viuendo vincere secla1 ,mors terna tamen1 nihilominus illa manebit4 ,et si vous mettray en tel point1 auquel vous n'aurez aucun mescontentement4 ,in vera nescis nullum fore morte alium te1 ,qui possit viuus tibi te lugere peremptum1 ,stnsque iacentem4 ,ny ne desirerez la vie que vous plaignez tant4 ,nec sibi enim quisquam tum se vitmque requirit1 ,nec desiderium nostri nos afficit vllum4 ,la mort est moins craindre que rien1 s'il y auoit quelque chose de moins1 que rien4 multo mortem minus ad nos esse putandum1 ,si minus esse potest qum quod nihil esse videmus4 ,elle ne vous concerne ny mort ny vif4 ,vif1 par ce que vous estes3 mort1 par ce que vous n'estes plus4 ,d'auantage nul ne meurt auant son heure4 ,ce que vous laissez de temps1 n'estoit non plus vostre1 que celuy qui s'est pass auant vostre naissance3 et ne vous touche non plus4 ,respice enim qum nil ad nos ant acta vetustas ,temporis terni fuerit4 ,o que vostre vie finisse1 elle y est toute4 ,l'vtilit du viure n'est pas en l'espace3 elle est en l'vsage4 ,tel a vescu long temps1 qui a peu vescu4 ,attendez vous y pendant que vous y estes4 ,il gist en vostre volont1 non au nombre des ans1 que vous ayez assez vescu4 ,pensiez vous iamais n'arriuer l1 o vous alliez sans cesse8 encore n'y a-il chemin qui n'aye son issu4 ,et si la compagnie vous peut soulager1 le monde ne va-il pas mesme train que vous allez8 omnia te vita perfuncta sequentur4 ,tout ne branle-il pas vostre branle8 y a-il chose qui ne vieillisse quant et vous8 ,mille hommes1 mille animaux et mille autres creatures meurent en ce mesme instant que vous mourez4 ,nam nox nulla diem1 neque noctem aurora sequuta est1 ,qu non audierit mistos vagitibus gris ,ploratus mortis comites et funeris atri4 ,a quoy faire y reculez vous1 si vous ne pouuez tirer arriere8 ,vous en auez assez veu qui se sont bien trouus de mourir1 escheuant par l des grandes miseres4 ,mais quelqu'vn qui s'en soit mal trouu1 en auez vous veu8 ,si est-ce grande simplesse1 de condamner chose que vous n'auez esprouue ny par vous ny par autre4 ,pourquoy te pleins-tu de moy et de la destine8 ,te faisons nous tort8 ,est-ce toy de nous gouuerner1 ou nous toy8 ,encore que ton aage ne soit pas acheu1 ta vie l'est4 ,vn petit homme est homme entier comme vn grand4 ,ny les hommes ny leurs vies ne se mesurent l'aune4 ,chiron refusa l'immortalit1 inform des conditions d'icelle1 par le ,dieu mesme du temps1 et de la dure1 ,saturne son pere4 ,imaginez de vray1 combien seroit vne vie perdurable1 moins supportable l'homme1 et plus penible1 que n'est la vie que ie luy ay donne4 ,si vous n'auiez la mort1 vous me maudiriez sans cesse de vous en auoir priu4 ,i'y ay escient mesl quelque peu d'amertume1 pour vous empescher1 voyant la commodit de son vsage1 de l'embrasser trop auidement et indiscretement4 ,pour vous loger en cette moderation1 ny de fuir la vie1 ny de refuir la mort1 que ie demande de vous2 i'ay temper l'vne et l'autre entre la douceur et l'aigreur4 ,i'apprins ,thales le premier de voz sages1 que le viure et le mourir estoit indifferent3 par o1 celuy qui luy demanda1 pourquoy donc il ne mouroit1 il respondit tressagement1 ,pour ce qu'il est indifferent4 ,l'eau1 la terre1 l'air et le feu1 et autres membres de ce mien bastiment1 ne sont non plus instruments de ta vie1 qu'instruments de ta mort4 ,pourquoy crains-tu ton dernier iour8 ,il ne confere non plus ta mort que chascun des autres4 ,le dernier pas ne faict pas la lassitude3 il la declaire4 ,tous les iours vont la mort3 le dernier y arriue4 ,voila les bons aduertissemens de nostre mere ,nature4 ,or i'ay pens souuent d'o venoit cela1 qu'aux guerres le visage de la mort1 soit que nous la voyons en nous ou en autruy1 nous semble sans comparaison moins effroyable qu'en nos maisons3 autrement ce seroit vne arme de medecins et de pleurars3 et elle estant tousiours vne1 qu'il y ait toutes-fois beaucoup plus d'asseurance parmy les gens de village et de basse condition qu's autres4 ,ie croy la verit que ce sont ces mines et appareils effroyables1 dequoy nous l'entournons1 qui nous font plus de peur qu'elle3 vne toute nouuelle forme de viure3 les cris des meres1 des femmes1 et des enfans3 la visitation de personnes estonnees1 et transies3 l'assistance d'vn nombre de valets pasles et plors3 vne chambre sans iour3 des cierges allumez3 nostre cheuet assieg de medecins et de prescheurs3 somme tout horreur et tout effroy autour de nous4 ,nous voyla des-ia enseuelis et enterrez4 ,les enfans ont peur de leurs amis mesmes quand ils les voyent masquez2 aussi auons nous4 ,il faut oster le masque aussi bien des choses1 que des personnes4 ,ost qu'il sera1 nous ne trouuerons au dessoubs1 que cette mesme mort1 qu'vn valet ou simple chambriere passerent dernierement sans peur4 ,heureuse la mort qui oste le loisir aux apprests de tel equipage6 ,,chapitre ,,xx4 ,de la force de l'imagination4 ,,fortis imaginatio generat casum1 disent les clercs4 ,ie suis de ceux qui sentent tresgrand effort de l'imagination4 ,chacun en est heurt1 mais aucuns en sont renuersez4 ,son impression me perse2 et mon art est de luy eschapper1 par faute de force luy resister4 ,ie viuroye de la seule assistance de personnes saines et gaies4 ,la veu des angoisses d'autruy m'angoisse materiellement3 et a mon sentiment souuent vsurp le sentiment d'vn tiers4 ,vn tousseur continuel irrite mon poulmon et mon gosier4 ,ie visite plus mal volontiers les malades1 ausquels le deuoir m'interesse1 que ceux ausquels ie m'attens moins1 et que ie considere moins4 ,ie saisis le mal1 que i'estudie1 et le couche en moy4 ,ie ne trouue pas estrange qu'elle donne et les fieures1 et la mort1 ceux qui la laissent faire1 et qui luy applaudissent4 ,simon ,thomas estoit vn grand medecin de son temps4 ,il me souuient que me rencontrant vn iour ,thoulouse chez vn riche vieillard pulmonique1 et traittant auec luy des moyens de sa guarison1 il luy dist1 que c'en estoit l'vn1 de me donner occasion de me plaire en sa compagnie3 et que fichant ses yeux sur la frescheur de mon visage1 et sa pense sur cette allegresse et vigueur1 qui regorgeoit de mon adolescence3 et remplissant tous ses sens de cet estat florissant en quoy i'estoy lors1 son habitude s'en pourroit amender3 mais il oublioit dire1 que la mienne s'en pourroit empirer aussi4 ,gallus ,vibius banda si bien son ame1 comprendre l'essence et les mouuemens de la folie1 qu'il emporta son iugement hors de son siege1 si qu'onques puis il ne l'y peut remettre3 et se pouuoit vanter d'estre deuenu fol par sagesse4 ,il y en a1 qui de frayeur anticipent la main du bourreau2 et celuy qu'on debandoit pour luy lire sa grace1 se trouua roide mort sur l'eschaffaut du seul coup de son imagination4 ,nous tressuons1 nous tremblons1 nous pallissons1 et rougissons aux secousses de nos imaginations2 et renuersez dans la plume sentons nostre corps agit leur bransle1 quelques-fois iusques en expirer4 ,et la ieunesse bouillante s'eschauffe si auant en son harnois toute endormie1 qu'elle assouuit en songe ses amoureux desirs4 ,vt quasi transactis spe omnibus rebu' profundant ,fluminis ingentes fluctus1 vestmque cruentent4 ,et encore qu'il ne soit pas nouueau de voir croistre la nuict des cornes tel1 qui ne les auoit pas en se couchant3 toutesfois l'euenement de ,cyppus ,roy d',italie est memorable1 lequel pour auoir assist le iour auec grande affection au combat des taureaux1 et avoir eu en songe toute la nuict des cornes en la teste1 les produisit en son front par la force de l'imagination4 ,la passion donna au fils de ,crsus la voix1 que nature luy auoit refuse4 ,et ,antiochus print la fieure1 par la beaut de ,stratonic trop viuement empreinte en son ame4 ,pline dit auoir veu ,lucius ,cossitius1 de femme chang en homme le iour de ses nopces4 ,pontanus et d'autres racontent pareilles metamorphoses aduenus en ,italie ces siecles passez3 et par vehement desir de luy et de sa mere1 ,vota puer soluit1 qu fmina vouerat ,iphis4 ,passant ,vitry le ,franois ie peu voir vn homme que l',euesque de ,soissons auoit nomm ,germain en confirmation1 lequel tous les habitans de l ont cogneu1 et veu fille1 iusques l'aage de vingt deux ans1 nomme ,marie4 ,il estoit cette heure l fort barbu1 et vieil1 et point mari4 ,faisant1 dit-il1 quelque effort en saultant1 ses membres virils se produisirent3 et est encore en vsage entre les filles de l1 vne chanson1 par laquelle elles s'entraduertissent de ne faire point de grandes eniambees1 de peur de deuenir garons1 comme ,marie ,germain4 ,ce n'est pas tant de merueille que cette sorte d'accident se rencontre frequent3 car si l'imagination peut en telles choses1 elle est si continuellement et si vigoureusement attache ce subiect1 que pour n'auoir si souuent rechoir en mesme pense et aspret de desir1 elle a meilleur compte d'incorporer1 vne fois pour toutes1 cette virile partie aux filles4 ,les vns attribuent la force de l'imagination les cicatrices du ,roy ,dagobert et de ,sainct ,franois4 ,on dit que les corps s'en-enleuent telle fois de leur place4 ,et ,celsus recite d'vn ,prestre1 qui rauissoit son ame en telle extase1 que le corps en demeuroit longue espace sans respiration et sans sentiment4 ,sainct ,augustin en nomme vn autre1 qui il ne falloit que faire our des cris lamentables et plaintifs3 soudain il defailloit1 et s'emportoit si viuement hors de soy1 qu'on auoit beau le tempester1 et hurler1 et le pincer1 et le griller1 iusques ce qu'il fust resuscit3 lors il disoit auoir ouy des voix1 mais comme venant de loing3 et s'aperceuoit de ses eschaudures et meurtrisseures4 ,et que ce ne fust vne obstination aposte contre son sentiment1 cela le montroit1 qu'il n'auoit ce pendant ny poulx ny haleine4 ,il est vraysemblable1 que le principal credit des visions1 des enchantemens1 et de tels effects extraordinaires1 vienne de la puissance de l'imagination1 agissant principalement contre les ames du vulgaire1 plus molles4 ,on leur a si fort saisi la creance1 qu'ils pensent voir ce qu'ils ne voyent pas4 ,ie suis encore en ce doubte1 que ces plaisantes liaisons dequoy nostre monde se voit si entrau qu'il ne se parle d'autre chose1 ce sont volontiers des impressions de l'apprehension et de la crainte4 ,car ie say par experience1 que tel de qui ie puis respondre1 comme de moy-mesme1 en qui il ne pouuoit choir soupon aucun de foiblesse1 et aussi peu d'enchantement1 ayant ouy faire le conte vn sien compagnon d'vne defaillance extraordinaire1 en quoy il estoit tomb sur le point qu'il en auoit le moins de besoin1 se trouuant en pareille occasion1 l'horreur de ce conte luy vint coup si rudement frapper l'imagination1 qu'il en courut vne fortune pareille4 ,et de l en hors fut subiect y renchoir3 ce villain souuenir de son inconuenient le gourmandant et tyrannisant4 ,il trouua quelque remede cette resuerie1 par vne autre resuerie4 ,c'est qu'aduouant luy mesme1 et preschant auant la main1 cette sienne subiection1 la contention de son ame se soulageoit1 sur ce1 qu'apportant ce mal comme attendu1 son obligation en amoindrissoit1 et luy en poisoit moins4 ,quand il a eu loy1 son chois 7sa pense desbrouille et desbande1 son corps se trouuant en son deu7 de le faire lors premierement tenter1 saisir1 et surprendre la cognoissance d'autruy1 il s'est guari tout net4 ,a qui on a est vne fois capable1 on n'est plus incapable1 sinon par iuste foiblesse4 ,ce malheur n'est craindre qu'aux entreprinses1 o nostre ame se trouue outre mesure tendue de desir et de respect2 et notamment o les commoditez se rencontrent improuueues et pressantes4 ,on n'a pas moyen de se rauoir de ce trouble4 ,i'en say1 qui il a seruy d'y apporter le corps mesme1 demy rassasi d'ailleurs1 pour endormir l'ardeur de cette fureur1 et qui par l'aage1 se trouue moins impuissant1 de ce qu'il est moins puissant3 et tel autre1 qui il a serui aussi qu'vn amy l'ayt asseur d'estre fourni d'vne contrebatterie d'enchantemens certains1 le preseruer4 ,il vaut mieux1 que ie die comment ce fut4 ,vn ,comte de tresbon lieu1 de qui i'estoye fort priu1 se mariant auec vne belle dame1 qui auoit est poursuiuie de tel qui assistoit la feste1 mettoit en grande peine ses amis3 et nommment vne vieille dame sa parente1 qui presidoit ces nopces1 et les faisoit chez elle1 craintiue de ces sorcelleries3 ce qu'elle me fit entendre4 ,ie la priay s'en reposer sur moy4 ,i'auoye de fortune en mes coffres1 certaine petite piece d'or platte1 o estoient graues quelques figures celestes1 contre le coup du ,soleil1 et pour oster la douleur de teste1 la logeant point1 sur la cousture du test3 et pour l'y tenir1 elle estoit cousu vn ruban propre rattacher souz le menton4 ,resuerie germaine celle dequoy nous parlons4 ,iacques ,peletier1 viuant chez moy1 m'auoit faict ce present singulier4 ,i'aduisay d'en tirer quelque vsage1 et dis au ,comte1 qu'il pourroit courre fortune comme les autres1 y ayant l des hommes pour luy en vouloir prester vne2 mais que hardiment il s'allast coucher3 que ie luy feroy vn tour d'amy3 et n'espargneroys son besoin1 vn miracle1 qui estoit en ma puissance3 pourueu que sur son honneur1 il me promist de le tenir tresfidelement secret4 ,seulement1 comme sur la nuict on iroit luy porter le resueillon1 s'il luy estoit mal all1 il me fist vn tel signe4 ,il avoit eu l'ame et les oreilles si battues1 qu'il se trouua li du trouble de son imagination3 et me feit son signe l'heure susditte4 ,ie luy dis lors l'oreille1 qu'il se leuast1 souz couleur de nous chasser1 et prinst en se iouant la robbe de nuict1 que i'auoye sur moy 7nous estions de taille fort voisine7 et s'en vestist1 tant qu'il auroit execut mon ordonnance1 qui fut2 ,quand nous serions sortis1 qu'il se retirast tomber de l'eaue3 dist trois fois telles parolles3 et fist tels mouuements4 ,qu' chascune de ces trois fois1 il ceignist le ruban1 que ie luy mettoys en main1 et couchast bien soigneusement la medaille qui y estoit attache1 sur ses roignons3 la figure en telle posture4 ,cela faict1 ayant la derniere fois bien estreint ce ruban1 pour qu'il ne se peust ny desnouer1 ny mouuoir de sa place1 qu'en toute asseurance il s'en retournast son prix faict3 et n'oubliast de reietter ma robbe sur son lict1 en maniere qu'elle les abriast tous deux4 ,ces singeries sont le principal de l'effect4 ,nostre pense ne se pouuant desmesler1 que moyens si estranges ne viennent de quelque abstruse science4 ,leur inanit leur donne poids et reuerence4 ,somme il fut certain1 que mes characteres se trouuerent plus ,veneriens que ,solaires1 plus en action qu'en prohibition4 ,ce fut vne humeur prompte et curieuse1 qui me conuia tel effect1 esloign de ma nature4 ,ie suis ennemy des actions subtiles et feintes3 et hay la finesse1 en mes mains1 non seulement recreatiue1 mais aussi profitable4 ,si l'action n'est vicieuse1 la routte l'est4 ,amasis ,roy d'gypte1 espousa ,laodice tresbelle fille ,grecque3 et luy1 qui se montroit gentil compagnon par tout ailleurs1 se trouua court iour d'elle3 et menaa de la tuer1 estimant que ce fust quelque sorcerie4 ,comme s choses qui consistent en fantasie1 elle le reietta la deuotion3 et ayant faict ses vus et promesses ,venus1 il se trouua diuinement remis1 ds la premiere nuict1 d'apres ses oblations et sacrifices4 ,or elles ont tort de nous recueillir de ces contenances mineuses1 querelleuses et fuyardes1 qui nous esteignent en nous allumant4 ,la bru de ,pythagoras1 disoit1 que la femme qui se couche auec vn homme1 doit auec sa cotte laisser quant et quant la honte1 et la reprendre auec sa cotte4 ,l'ame de l'assaillant trouble de plusieurs diuerses allarmes1 se perd aisement4 ,et qui l'imagination a faict vne fois souffrir cette honte 7et elle ne la fait souffrir qu'aux premieres accointances1 d'autant qu'elles sont plus ardantes et aspres2 et aussi qu'en cette premiere cognoissance qu'on donne de soy1 on craint beaucoup plus de faillir7 ayant mal commenc1 il entre en fieure et despit de cet accident1 qui luy dure aux occasions suiuantes4 ,les mariez1 le temps estant tout leur1 ne doiuent ny presser ny taster leur entreprinse1 s'ils ne sont prests4 ,et vault mieux faillir indecemment1 estreiner la couche nuptiale1 pleine d'agitation et de fieure1 attendant vne et vne autre commodit plus priue et moins allarme1 que de tomber en vne perpetuelle misere1 pour s'estre estonn et desesper du premier refus4 ,auant la possession prinse1 le patient se doibt saillies et diuers temps1 legerement essayer et offrir1 sans se piquer et opiniastrer1 se conuaincre definitiuement soy-mesme4 ,ceux qui sauent leurs membres de nature dociles1 qu'ils se soignent seulement de contre-pipper leur fantasie4 ,on a raison de remarquer l'indocile libert de ce membre1 s'ingerant si importunment lors que nous n'en auons que faire1 et defaillant si importunment lors que nous en auons le plus affaire3 et contestant de l'authorit1 si imperieusement1 auec nostre volont1 refusant auec tant de fiert et d'obstination noz solicitations et mentales et manuelles4 ,si toutesfois en ce qu'on gourmande sa rebellion1 et qu'on en tire preuue de sa condemnation1 il m'auoit pay pour plaider sa cause3 l'aduenture mettroy-ie en souspeon noz autres membres ses compagnons1 de luy estre all dresser par belle enuie1 de l'importance et douceur de son vsage1 cette querelle aposte1 et auoir par complot1 arm le monde l'encontre de luy1 le chargeant malignement seul de leur faute commune4 ,car ie vous donne penser1 s'il y a vne seule des parties de nostre corps1 qui ne refuse nostre volont souuent son operation1 et qui souuent ne s'exerce contre nostre volont3 elles ont chacune des passions propres1 qui les esueillent et endorment1 sans nostre cong4 ,a quant de fois tesmoignent les mouuements forcez de nostre visage1 les penses que nous tenions secrettes1 et nous trahissent aux assistants8 ,cette mesme cause qui anime ce membre1 anime aussi sans nostre sceu1 le cur1 le poulmon1 et le pouls3 la veue d'vn obiect agreable1 respandant imperceptiblement en nous la flamme d'vne emotion fieureuse4 ,n'y a-il que ces muscles et ces veines1 qui s'eleuent et se couchent1 sans l'adueu non seulement de nostre volont1 mais aussi de notre pense8 ,nous ne commandons pas noz cheueux de se herisser1 et nostre peau de fremir de desir ou de crainte4 ,la main se porte souuent o nous ne l'enuoyons pas4 ,la langue se transit1 et la voix se fige son heure4 ,lors mesme que n'ayans de quoy frire1 nous le luy deffendrions volontiers1 l'appetit de manger et de boire ne laisse pas d'emouuoir les parties1 qui luy sont subiettes1 ny plus ny moins que cet autre appetit3 et nous abandonne de mesme1 hors de propos1 quand bon luy semble4 ,les vtils qui seruent descharger le ventre1 ont leurs propres dilatations et compressions1 outre et contre nostre aduis1 comme ceux-cy destins descharger les roignons4 ,et ce que pour autorizer la puissance de nostre volont1 ,sainct ,augustin allegue auoir veu quelqu'vn1 qui commandoit son derriere autant de pets qu'il en vouloit3 et que ,viues encherit d'vn autre exemple de son temps1 de pets organizez1 suiuants le ton des voix qu'on leur prononoit1 ne suppose non plus pure l'obeissance de ce membre4 ,car en est-il ordinairement de plus indiscret et tumultuaire8 ,ioint que i'en cognoy vn1 si turbulent et reuesche1 qu'il y a quarante ans1 qu'il tient son maistre peter d'vne haleine et d'vne obligation constante et irremittente1 et le menne ainsin la mort4 ,et pleust ,dieu1 que ie ne le sceusse que par les histoires1 combien de fois nostre ventre par le refus d'vn seul pet1 nous menne iusques aux portes d'vne mort tres-angoisseuse3 et que l',empereur qui nous donna libert de peter par tout1 nous en eust donn le pouuoir4 ,mais nostre volont1 pour les droits de qui nous mettons en auant ce reproche1 combien plus vray-semblablement la pouuons nous marquer de rebellion et sedition1 par son des-reglement et desobeissance8 ,veut elle tousiours ce que nous voudrions qu'elle voulsist8 ,ne veut elle pas souuent ce que nous luy prohibons de vouloir2 et nostre euident dommage8 se laisse elle non plus mener aux conclusions de nostre raison8 ,en fin1 ie diroy pour monsieur ma partie1 que plaise considerer1 qu'en ce fait sa cause estant inseparablement coniointe vn consort1 et indistinctement1 on ne s'adresse pourtant qu' luy1 et par les arguments et charges qui ne peuuent appartenir sondit consort4 ,car l'effect d'iceluy est bien de conuier inopportunement par fois1 mais refuser1 iamais3 et de conuier encore tacitement et quietement4 ,partant se void l'animosit et illegalit manifeste des accusateurs4 ,quoy qu'il en soit1 protestant1 que les ,aduocats et ,iuges ont beau quereller et sentencier3 nature tirera cependant son train3 qui n'auroit faict que raison1 quand elle auroit do ce membre de quelque particulier priuilege4 ,autheur du seul ouurage immortel1 des mortels4 ,ouurage diuin selon ,socrates3 et ,amour desir d'immortalit1 et ,dmon immortel luy mesmes4 ,tel l'aduenture par cet effect de l'imagination1 laisse icy les escroulles1 que son compagnon reporte en ,espaigne4 ,voyla pourquoy en telles choses l'on a accoustum de demander vne ame prepare4 ,pourquoy praticquent les ,medecins auant main1 la creance de leur patient1 auec tant de fausses promesses de sa guerison3 si ce n'est afin que l'effect de l'imagination supplee l'imposture de leur aposme8 ,ils sauent qu'vn des maistres de ce mestier leur a laiss par escrit1 qu'il s'est trouu des hommes qui la seule veu de la medecine faisoit l'operation4 ,et tout ce caprice m'est tomb presentement en main1 sur le conte que me faisoit vn domestique apotiquaire de feu mon pere1 homme simple et ,souysse1 nation peu vaine et mensongiere3 d'auoir cogneu long temps vn marchand ,toulouse maladif et subiect la pierre qui auoit1 souuent besoing de clysteres1 et se les faisoit diuersement ordonner aux ,medecins1 selon l'occurrence de son mal3 apportez qu'ils estoyent1 il n'y auoit rien obmis des formes accoustumes3 souuent il tastoit s'ils estoyent trop chauds3 le voyla couch1 renuers1 et toutes les approches faictes1 sauf qu'il ne s'y faisoit aucune iniection4 ,l'apotiquaire retir apres cette ceremonie1 le patient accommod1 comme s'il auoit veritablement pris le clystere1 il en sentoit pareil effect ceux qui les prennent4 ,et si le ,medecin n'en trouuoit l'operation suffisante1 il luy en redonnoit deux ou trois autres1 de mesme forme4 ,mon tesmoin iure1 que pour espargner la despence1 car il les payoit1 comme s'il les eut receus1 la femme de ce malade ayant quelquefois essay d'y faire seulement mettre de l'eau tiede1 l'effect en descouurit la fourbe2 et pour auoir trouu ceux-la inutiles1 qu'il faulsit reuenir la premiere faon4 ,vne femme pensant auoir aual vne espingle auec son pain1 crioit et se tourmentoit comme ayant vne douleur insupportable au gosier1 o elle pensoit la sentir arreste3 mais par ce qu'il n'y auoit ny enfleure ny alteration par le dehors1 vn habil'homme ayant iug que ce n'estoit que fantasie et opinion1 prise de quelque morceau de pain qui l'auoit picque en passant1 la fit vomir1 et ietta la desrobe dans ce qu'elle rendit1 vne espingle tortue4 ,cette femme cuidant l'auoir rendue1 se sentit soudain descharge de sa douleur4 ,ie say qu'vn ,gentil'homme ayant traict chez luy vne bonne compagnie1 se vanta trois ou quatre iours apres par maniere de ieu1 car il n'en estoit rien1 de leur auoir faict manger vn chat en paste3 dequoy vne damoyselle de la troupe print telle horreur1 qu'en estant tombe en vn grand duoyement d'estomac et fieure1 il fut impossible de la sauuer4 ,les bestes mesmes se voyent comme nous1 subiectes la force de l'imagination3 tesmoings les chiens1 qui se laissent mourir de dueil de la perte de leurs maistres3 nous les voyons aussi iapper et tremousser en songe1 hannir les cheuaux et se debatre4 ,mais tout cecy se peut rapporter l'estroite cousture de l'esprit et du corps s'entre-communiquants leurs fortunes4 ,c'est autre chose2 que l'imagination agisse quelque fois1 non contre son corps seulement1 mais contre le corps d'autruy4 ,et tout ainsi qu'vn corps reiette son mal son voisin1 comme il se voit en la peste1 en la verolle1 et au mal des yeux1 qui se chargent de l'vn l'autre3 ,dum spectant oculi lsos1 lduntur et ipsi3 ,multque corporibus transitione nocent4 pareillement l'imagination esbranle auecques vehemence1 eslance des traits1 qui puissent offencer l'obiect estrangier4 ,l'anciennet a tenu de certaines femmes en ,scythie1 qu'animes et courrousses contre quelqu'vn1 elles le tuoient du seul regard4 ,les tortues1 et les autruches couuent leurs ufs de la seule veu1 signe qu'ils y ont quelque vertu eiaculatrice4 ,et quant aux sorciers1 on les dit auoir des yeux offensifs et nuisans4 ,nescio quis teneros oculus mihi fascinat agnos4 ,ce sont pour moy mauuais respondans que magiciens4 ,tant y a que nous voyons par experience1 les femmes enuoyer aux corps des enfans1 qu'elles portent au ventre1 des marques de leurs fantasies3 tesmoin celle qui engendra le ,more4 ,et il fut present ,charles ,roy de ,boheme et ,empereur1 vne fille d'aupres de ,pise toute velue et herisse1 que sa mere disoit auoir est ainsi conceu1 cause d'vn' image de ,sainct ,iean ,baptiste pendue en son lict4 ,des animaux il en est de mesmes3 tesmoing les brebis de ,iacob1 et les perdris et lieures1 que la neige blanchit aux montaignes4 ,on vit dernierement chez moy vn chat guestant vn oyseau au hault d'vn arbre1 et s'estans fichez la veu ferme l'vn contre l'autre1 quelque espace de temps1 l'oyseau s'estre laiss choir comme mort entre les pates du chat1 ou enyur par sa propre imagination1 ou attir par quelque force attractiue du chat4 ,ceux qui ayment la volerie ont ouy faire le conte du fauconnier1 qui arrestant obstinment sa veu contre vn milan en l'air1 gageoit1 de la seule force de sa veu le ramener contrebas3 et le faisoit1 ce qu'on dit4 ,car les histoires que i'emprunte1 ie les renuoye sur la conscience de ceux de qui ie les prens4 ,les discours sont moy1 et se tiennent par la preuue de la raison1 non de l'experience2 chacun y peut ioindre ses exemples3 et qui n'en a point1 qu'il ne laisse pas de croire qu'il en est assez1 veu le nombre et variet des accidens4 ,si ie ne comme bien1 qu'vn autre comme pour moy4 ,aussi en l'estude que ie traitte1 de noz murs et mouuements1 les tesmoignages fabuleux1 pourueu qu'ils soient possibles1 y seruent comme les vrais4 ,aduenu ou non aduenu1 ,rome ou ,paris1 ,iean ou ,pierre1 c'est tousiours vn tour de l'humaine capacit3 duquel ie suis vtilement aduis par ce recit4 ,ie le voy1 et en fay mon profit1 egalement en vmbre qu'en corps4 ,et aux diuerses leons1 qu'ont souuent les histoires1 ie prens me seruir de celle qui est la plus rare et memorable4 ,il y a des autheurs1 desquels la fin c'est dire les euenements4 ,la mienne1 si i'y scauoye aduenir1 seroit dire sur ce qui peut aduenir4 ,il est justement permis aux ,escholes1 de supposer des similitudes1 quand ilz n'en ont point4 ,ie n'en fay pas ainsi pourtant1 et surpasse de ce cost l1 en religion superstitieuse1 toute foy historiale4 ,aux exemples que ie tire ceans1 de ce que i'ay leu1 ou1 faict1 ou dict1 ie me suis defendu d'oser alterer iusques aux plus legeres et inutiles circonstances1 ma conscience ne falsifie pas vn iota1 mon inscience ie ne say4 ,sur ce propos1 i'entre par fois en pense1 qu'il puisse asses bien conuenir vn ,theologien1 vn ,philosophe1 et telles gens d'exquise et exacte conscience et prudence1 d'escrire l'histoire4 ,comment peuuent-ils engager leur foy sur vne foy populaire8 comment respondre des penses de personnes incognues2 et donner pour argent contant leurs coniectures8 ,des actions diuers membres1 qui se passent en leur presence1 ils refuseroient d'en rendre tesmoignage1 assermentez par vn iuge4 ,et n'ont homme si familier1 des intentions duquel ils entreprennent de pleinement respondre4 ,ie tien moins hazardeux d'escrire les choses passes1 que presentes3 d'autant que l'escriuain n'a rendre compte que d'vne verit emprunte4 ,aucuns me conuient d'escrire les affaires de mon temps3 estimants que ie les voy d'vne veu moins blesse de passion1 qu'vn autre1 et de plus pres1 pour l'accs que fortune m'a donn aux chefs de diuers partis4 ,mais ils ne disent pas1 que pour la gloire de ,salluste ie n'en prendroys pas la peine3 ennemy iur d'obligation1 d'assiduit1 de constance3 qu'il n'est rien si contraire mon stile1 qu'vne narration estendue4 ,ie me recouppe si souuent1 faute d'haleine4 ,ie n'ay ny composition ny explication1 qui vaille4 ,ignorant au del d'vn enfant1 des frases et vocables1 qui seruent aux choses plus communes4 ,pourtant ay-ie prins dire ce que ie say dire3 accommodant la matiere ma force4 ,si i'en prenois qui me guidast1 ma mesure pourroit faillir la sienne4 ,que ma libert1 estant si libre1 i'eusse publi des iugements1 mon gr mesme1 et selon raison1 illegitimes et punissables4 ,plutarche nous diroit volontiers de ce qu'il en a faict1 que c'est l'ouurage d'autruy1 que ses exemples soient en tout et par tout veritables3 qu'ils soient vtiles la posterit1 et presentez d'vn lustre1 qui nous esclaire la vertu1 que c'est son ouurage4 ,il n'est pas dangereux1 comme en vne drogue medicinale1 en vn compte ancien1 qu'il soit ainsin ou ainsi4 ,,chapitre ,,xxi4 ,le profit de l'vn est dommage de l'autre4 ,,demades ,athenien condemna vn homme de sa ville1 qui faisoit mestier de vendre les choses necessaires aux enterremens1 soubs tiltre de ce qu'il en demandoit trop de profit1 et que ce profit ne luy pouuoit venir sans la mort de beaucoup de gens4 ,ce iugement semble estre mal pris2 d'autant qu'il ne se faict aucun profit qu'au dommage d'autruy1 et qu' ce compte il faudroit condamner toute sorte de guain4 ,le marchand ne faict bien ses affaires1 qu' la dbauche de la ieunesse3 le laboureur la chert des bleds3 l'architecte la ruine des maisons3 les officiers de la ,iustice aux procez et querelles des hommes3 l'honneur mesme et pratique des ,ministres de la religion se tire de nostre mort et de noz vices4 ,nul ,medecin ne prent plaisir la sant de ses amis mesmes1 dit l'ancien ,comique ,grec2 ny soldat la paix de sa ville3 ainsi du reste4 ,et qui pis est1 que chacun se sonde au dedans1 il trouuera que nos souhaits interieurs pour la plus part naissent et se nourrissent aux despens d'autruy4 ,ce que considerant1 il m'est venu en fantasie1 comme nature ne se dement point en cela de sa generale police3 car les ,physiciens tiennent1 que la naissance1 nourrissement et1 augmentation de chasque chose1 est l'alteration et corruption d'vn' autre4 ,nam quodcunque suis mutatum finibus exit1 ,continu hoc mors est illius1 quod fuit ant4 ,,chapitre ,,xxii4 ,de la coustume1 et de ne changer aisment vne loy recee4 ,,celvy me semble auoir tres-bien conceu la force de la coustume1 qui premier forgea ce compte1 qu'vne femme de village ayant appris de caresser et porter entre ses bras vn veau des l'heure de sa naissance1 et continuant tousiours ce faire1 gaigna cela par l'accoustumance1 que tout grand beuf qu'il estoit1 elle le portoit encore4 ,car c'est la verit vne violente et traistresse maistresse d'escole1 que la coustume4 ,elle establit en nous1 peu peu1 la desrobe1 le pied de son authorit3 mais par ce doux et humble commencement1 l'ayant rassis et plant auec l'ayde du temps1 elle nous descouure tantost vn furieux et tyrannique visage1 contre lequel nous n'auons plus la libert de hausser seulement les yeux4 ,nous luy voyons forcer tous les coups les regles de nature3 ,vsus efficacissimus rerum omnium magister4 ,i'en croy l'antre de ,platon en sa republique1 et les ,medecins1 qui quittent si souuent son authorit les raisons de leur art3 et ce ,roy qui par son moyen rangea son estomac se nourrir de poison3 et la fille qu',albert recite s'estre accoustume viure d'araignes3 et en ce monde des ,indes nouuelles on trouua des grands peuples1 et en fort diuers climats1 qui en viuoient1 en faisoient prouision1 et les appastoient3 comme aussi des sauterelles1 formiz1 laizards1 chauuesouriz1 et fut vn crapault vendu six escus en vne necessit de viures3 ils les cuisent et apprestent diuerses sauces4 ,il en fut trouu d'autres ausquels noz chairs et noz viandes estoyent mortelles et venimeuses4 ,consuetudinis magna vis est4 ,pernoctant venatores in niue3 in montibus vri se patiuntur3 ,pugiles1 cstibus contusi1 ne ingemiscunt quidem4 ,ces exemples estrangers ne sont pas estranges1 si nous considerons ce que nous essayons ordinairement2 combien l'accoustumance hebete noz sens4 ,il ne nous faut pas aller cercher ce qu'on dit des voisins des cataractes du ,nil3 et ce que les ,philosophes estiment de la musicque celeste2 que les corps de ces cercles1 estants solides1 polis1 et venants se lescher et frotter l'vn l'autre en roullant1 ne peuuent faillir de produire vne merueilleuse harmonie3 aux couppures et muances de laquelle se manient les contours et changements des caroles des astres4 ,mais qu'vniuersellement les oues des creatures de bas1 endormies1 comme celles des gyptiens1 par la continuation de ce son1 ne le peuuent apperceuoir1 pour grand qu'il soit4 ,les mareschaux1 meulniers1 armuriers1 ne sauroient demeurer au bruit1 qui les frappe1 s'il les peroit comme nous4 ,mon collet de fleurs sert mon nez3 mais apres que ie m'en suis vestu trois iours de suitte1 il ne sert qu'aux nez assistants4 ,cecy est plus estrange1 que1 nonobstant les longs interualles et intermissions1 l'accoustumance puisse ioindre et establir l'effect de son impression sur noz sens3 comme essayent les voysins des clochiers4 ,ie loge chez moy en vne tour1 o la diane et la retraitte vne forte grosse cloche sonne tous les iours l',au ,maria4 ,ce tintamarre estonne ma tour mesme3 et aux premiers iours me semblant insupportable1 en peu de temps m'appriuoise de maniere que ie l'oy sans offense1 et souuent sans m'en esueiller4 ,platon tansa vn enfant1 qui iouoit aux noix4 ,il luy respondit3 ,tu me tanses de peu de chose4 ,l'accoustumance1 repliqua ,platon1 n'est pas chose de peu4 ,ie trouue que noz plus grands vices prennent leur ply des nostre plus tendre enfance1 et que nostre principal gouuernement est entre les mains des nourrices4 ,c'est passetemps aux meres de veoir vn enfant tordre le col vn poulet1 et s'esbatre blesser vn chien et vn chat4 ,et tel pere est si sot1 de prendre bon augure d'vne ame martiale1 quand il voit son fils gourmer iniurieusement vn pasant1 ou vn laquay1 qui ne se defend point3 et gentillesse1 quand il le void affiner son compagnon par quelque malicieuse desloyaut1 et tromperie4 ,ce sont pourtant les vrayes semences et racines de la cruaut1 de la tyrannie1 de la trahyson4 ,elles se germent l1 et s'esleuent apres gaillardement1 et profittent force entre les mains de la coustume4 ,et est vne tres-dangereuse institution1 d'excuser ces villaines inclinations1 par la foiblesse de l'aage1 et legeret du subiect4 ,premierement c'est nature qui parle2 de qui la voix est lors plus pure et plus naifue1 qu'elle est plus gresle et plus neufue4 ,secondement1 la laideur de la piperie ne depend pas de la difference des escutz aux espingles3 elle depend de soy4 ,ie trouue bien plus iuste de conclurre ainsi3 ,pourquoy ne tromperoit il aux escutz1 puis qu'il trompe aux espingles8 que1 comme ils font2 ,ce n'est qu'aux espingles3 il n'auroit garde de le faire aux escutz4 ,il faut apprendre soigneusement aux enfants de har les vices de leur propre contexture1 et leur en faut apprendre la naturelle difformit1 ce qu'ils les fuient non en leur action seulement1 mais sur tout en leur cur3 que la pensee mesme leur en soit odieuse1 quelque masque qu'ils portent4 ,ie say bien1 que pour m'estre duict en ma puerilit1 de marcher tousiours mon grand et plain chemin1 et auoir eu contrecur de mesler ny tricotterie ny finesse mes ieux enfantins1 7comme de vray il faut noter1 que les ieux des enfants ne sont pas ieux3 et les faut iuger en eux1 comme leurs plus serieuses actions7 il n'est passetemps si leger1 o ie n'apporte du dedans1 et d'vne propension naturelle1 et sans estude1 vne extreme contradiction tromper4 ,ie manie les chartes pour les doubles1 et tien compte1 comme pour les doubles doublons1 lors que le gaigner et le perdre1 contre ma femme et ma fille1 m'est indifferent1 comme lors qu'il va de bon4 ,en tout et par tout1 il y a asss de mes yeux me tenir en office3 il n'y en a point1 qui me veillent de si pres1 ny que ie respecte plus4 ,ie viens de voir chez moy vn petit homme natif de ,nantes1 n sans bras1 qui a si bien faonn ses pieds1 au seruice que luy deuoient les mains1 qu'ils en ont la verit demy oubli leur office naturel4 ,au demourant il les nomme ses mains1 il trenche1 il charge vn pistolet et le lasche1 il enfille son eguille1 il coud1 il escrit1 il tire le bonnet1 il se peigne1 il iou aux cartes et aux dez1 et les remue auec autant de dexterit que sauroit faire quelqu'autre3 l'argent que luy ay donn1 il l'a emport en son pied1 comme nous faisons en nostre main4 ,i'en vy vn autre estant enfant1 qui manioit vn' espee deux mains1 et vn' hallebarde1 du ply du col faute de mains1 les iettoit en l'air et les reprenoit1 lanoit vne dague1 et faisoit craqueter vn fout aussi bien que charretier de ,france4 ,mais on descouure bien mieux ses effets aux estranges impressions1 qu'elle faict en nos ames1 o elle ne trouue pas tant de resistance4 ,que ne peut elle en nos iugemens et en nos creances8 y a il opinion si bizarre3 ie laisse part la grossiere imposture des religions1 dequoy tant de grandes nations1 et tant de suffisants personnages se sont veuz enyurez3 car cette partie estant hors de nos raisons humaines1 il est plus excusable de s'y perdre1 qui n'y est extraordinairement esclair par faueur diuine3 mais d'autres opinions y en a il de si estranges1 qu'elle n'aye plant et estably par loix s regions que bon luy a sembl8 ,et est tres-iuste cette ancienne exclamation3 ,non pudet physicum1 id est speculatorem venatormque natur1 ab animis consuetudine imbutis qurere testimonium veritatis8 ,i'estime qu'il ne tombe en l'imagination humaine aucune fantasie si forcenee qui ne rencontre l'exemple de quelque vsage public1 et par consequent que nostre raison n'estaye et ne fonde4 ,il est des peuples o on tourne le doz celuy qu'on salu1 et ne regarde l'on iamais celuy qu'on veut honorer4 ,il en est o quand le ,roy crache1 la plus fauorie des dames de sa ,cour tend la main3 et en autre nation les plus apparents qui sont autour de luy se baissent terre1 pour amasser en du linge son ordure4 ,desrobons icy la place d'vn compte4 ,vn ,gentil-homme ,franois se mouchoit tousiours de sa main1 chose tres-ennemie de nostre vsage1 defendant l dessus son faict3 et estoit fameux en bonnes rencontres4 ,il me demanda1 quel priuilege auoit ce salle excrement1 que nous allassions luy apprestant vn beau linge delicat le receuoir2 et puis1 qui plus est1 l'empaqueter et serrer soigneusement sur nous4 ,que cela deuoit faire plus de mal au cur1 que de le voir verser o que ce fust3 comme nous faisons toutes nos autres ordures4 ,ie trouuay1 qu'il ne parloit pas du tout sans raison3 et m'auoit la coustume ost l'apperceuance de cette estranget1 laquelle pourtant nous trouuons si hideuse1 quand elle est recitee d'vn autre pas4 ,les miracles sont1 selon l'ignorance en quoy nous sommes de la nature1 non selon l'estre de la nature4 ,l'assuefaction endort la veu de nostre iugement4 ,les ,barbares ne nous sont de rien plus merueilleux que nous sommes eux3 ny auec plus d'occasion1 comme chascun aduoeroit1 si chascun sauoit1 apres s'estre promen par ces loingtains exemples1 se coucher sur les propres1 et les conferer sainement4 ,la raison humaine est vne teinture infuse enuiron de pareil pois toutes nos opinions et murs1 de quelque forme qu'elles soient3 infinie en matiere1 infinie en diuersit4 ,ie m'en retourne4 ,il est des peuples1 o sauf sa femme et ses enfans aucun ne parle au ,roy que par sarbatane4 ,en vne mesme nation et les vierges montrent decouuert leurs parties honteuses1 et les mariees les couurent et cachent soigneusement4 ,a quoy cette autre coustume qui est ailleurs a quelque relation3 la chastet n'y est en prix que pour le seruice du mariage3 car les filles se peuuent abandonner leur poste1 et engroissees se faire auorter par medicamens propres1 au veu d'vn chascun4 ,et ailleurs si c'est vn marchant qui se marie1 tous les marchans conuiez la nopce1 couchent auec l'espousee auant luy3 et plus il y en a1 plus a elle d'honneur et de recommandation de fermet et de capacit3 si vn officier se marie1 il en va de mesme2 de mesme si c'est vn noble2 et ainsi des autres3 sauf si c'est vn laboureur ou quelqu'vn du bas peuple3 car lors c'est au ,seigneur faire3 et si on ne laisse pas d'y recommander estroitement la loyaut1 pendant le mariage4 ,il en est1 o il se void des bordeaux publics de masles1 voire et des mariages3 o les femmes vont la guerre quand et leurs maris1 et ont rang1 non au combat seulement1 mais aussi au commandement4 ,o non seulement les bagues se portent au nez1 aux leures1 aux ioues1 et aux orteils des pieds3 mais des verges d'or bien poisantes au trauers des tetins et des fesses4 ,o en mangeant on s'essuye les doigts aux cuisses1 et la bourse des genitoires1 et la plante des pieds4 ,o les enfans ne sont pas heritiers1 ce sont les freres et nepueux3 et ailleurs les nepueux seulement3 sauf en la succession du ,prince4 ,o pour regler la communaut des biens1 qui s'y obserue1 certains ,magistrats souuerains ont charge vniuerselle de la culture des terres1 et de la distribution des fruicts1 selon le besoing d'vn chacun4 ,o l'on pleure la mort des enfans1 et festoye l'on celle des vieillarts4 ,o ils couchent en des licts dix ou douze ensemble auec leurs femmes4 ,o les femmes qui perdent leurs maris par mort violente1 se peuuent remarier1 les autres non4 ,o l'on estime si mal de la condition des femmes1 que l'on y tu les femelles qui y naissent1 et achepte l'on des voisins1 des femmes pour le besoing4 ,o les maris peuuent repudier sans alleguer aucune cause1 les femmes non pour cause quelconque4 ,o les maris ont loy de les vendre1 si elles sont steriles4 ,o ils font cuire le corps du trespass1 et puis piler1 iusques ce qu'il se forme comme en bouillie1 laquelle ils meslent leur vin1 et la boiuent4 ,o la plus desirable sepulture est d'estre mang des chiens3 ailleurs des oyseaux4 ,o l'on croit que les ames heureuses viuent en toute libert1 en des champs plaisans1 fournis de toutes commoditez3 et que ce sont elles qui font cet echo que nous oyons4 ,o ils combattent en l'eau1 et tirent seurement de leurs arcs en nageant4 ,o pour signe de subiection il faut hausser les espaules1 et baisser la teste3 et deschausser ses souliers quand on entre au logis du ,roy4 ,o les unuques qui ont les femmes religieuses en garde1 ont encore le nez et leures dire1 pour ne pouuoir estre aymez3 et les prestres se creuent les yeux pour accointer les demons1 et prendre les oracles4 ,o chacun faict vn ,dieu de ce qu'il luy plaist1 le chasseur d'vn lyon ou d'vn renard1 le pescheur de certain poisson3 et des idoles de chaque action ou passion humaine3 le soleil1 la lune1 et la terre1 sont les ,dieux principaux3 la forme de iurer1 c'est toucher la terre regardant le soleil3 et y mange l'on la chair et le poisson crud4 ,o le grand serment1 c'est iurer le nom de quelque homme trespass1 qui a est en bonne reputation au pas1 touchant de la main sa tumbe4 ,o les estrenes que le ,roy enuoye aux ,princes ses vassaux1 tous les ans1 c'est du feu1 lequel apport1 tout le vieil feu est esteint3 et de ce nouueau sont tenus les peuples voisins venir puiser chacun pour soy1 sur peine de crime de leze maiest4 ,o1 quand le ,roy pour s'adonner du tout la deuotion1 se retire de sa charge1 ce qui auient souuent1 son premier successeur est oblig d'en faire autant3 et passe le droict du ,royaume au troisime successeur4 ,o lon diuersifie la forme de la police1 selon que les affaires semblent le requerir3 on depose le ,roy quand il semble bon3 et luy substitue lon des anciens prendre le gouuernail de l',estat3 et le laisse lon par fois aussi s mains de la commune4 ,o hommes et femmes sont circoncis1 et pareillement baptiss4 ,o le soldat1 qui en vn ou diuers combats1 est arriu presenter son ,roy sept testes d'ennemis1 est faict noble4 ,o lon vit soubs cette opinion si rare et insociable de la mortalit des ames4 ,o les femmes s'accouchent sans pleincte et sans effroy4 ,o les femmes en l'vne et l'autre iambe portent des greues de cuiure3 et si vn pouil les mord1 sont tenues par deuoir de magnanimit de le remordre3 et n'osent espouser1 qu'elles n'ayent offert leur ,roy1 s'il le veut1 leur pucellage4 ,o l'on salu mettant le doigt terre3 et puis le haussant vers le ciel4 ,o les hommes portent les charges sur la teste1 les femmes sur les espaules3 elles pissent debout1 les hommes1 accroupis4 ,o ils enuoient de leur sang en signe d'amiti1 et encensent comme les ,dieux1 les hommes qu'ils veulent honnorer4 ,o non seulement iusques au quatriesme degr1 mais en aucun plus esloign1 la parent n'est soufferte aux mariages4 ,o les enfans sont quatre ans nourrisse1 et souuent douze3 et l mesme il est estim mortel de donner l'enfant tetter tout le premier iour4 ,o les peres ont charge du chastiment des masles1 et les meres part1 des femelles3 et est le chastiment de les fumer pendus par les pieds4 ,o on faict circoncire les femmes4 ,o lon mange toute sorte d'herbes sans autre discretion1 que de refuser celles qui leur semblent auoir mauuaise senteur4 ,o tout est ouuert3 et les maisons pour belles et riches qu'elles soyent sans porte1 sans fenestre1 sans coffre qui ferme3 et sont les larrons doublement punis qu'ailleurs4 ,o ils tuent les pouils auec les dents comme les ,magots1 et trouuent horrible de les voir escacher soubs les ongles4 ,o lon ne couppe en toute la vie ny poil ny ongle3 ailleurs o lon ne couppe que les ongles de la droicte1 celles de la gauche se nourrissent par gentillesse4 ,o ils nourrissent tout le poil du cost droict1 tant qu'il peut croistre3 et tiennent raz le poil de l'autre coust4 ,et en voisines prouinces1 celle icy nourrit le poil de deuant1 celle l le poil de derriere3 et rasent l'oposite4 ,o les peres prestent leurs enfans1 les maris leurs femmes1 iouyr aux hostes1 en payant4 ,o on peut honnestement faire des enfans sa mere1 les peres se mesler leurs filles1 et leurs fils4 ,o aux assemblees des festins ils s'entreprestent sans distinction de parent les enfans les vns aux autres4 ,icy on vit de chair humaine3 l c'est office de piet de tuer son pere en certain aage3 ailleurs les peres ordonnent des enfans encore au ventre des meres1 ceux qu'ils veulent estre nourriz et conseruez1 et ceux qu'ils veulent estre abandonnez et tuez3 ailleurs les vieux maris prestent leurs femmes la ieunesse pour s'en seruir3 et ailleurs elles sont communes sans pech3 voire en tel pas portent pour marque d'honneur autant de belles houpes frangees au bord de leurs robes1 qu'elles ont accoint de masles4 ,n'a pas faict la coustume encore vne chose publique de femmes part8 leur a elle pas mis les armes la main8 faict dresser des armees1 et liurer des batailles8 ,et ce que toute la philosophie ne peut planter en la teste des plus sages1 ne l'apprend elle pas de sa seule ordonnance au plus grossier vulgaire8 car nous sauons des nations entieres1 o non seulement la mort estoit mesprisee1 mais festoyee3 o les enfans de sept ans souffroient estre foettez iusques la mort1 sans changer de visage3 o la richesse estoit en tel mespris1 que le plus chetif citoyen de la ville n'eust daign baisser le bras pour amasser vne bource d'escus4 ,et sauons des regions tres-fertiles en toutes faons de viures1 o toutesfois les plus ordinaires ms et les plus sauoureux1 c'estoient du pain1 du nasitort et de l'eau4 ,fit elle pas encore ce miracle en ,cio1 qu'il s'y passa sept cens ans1 sans memoire que femme ny fille y eust faict faute son honneur8 ,et somme1 ma fantasie1 il n'est rien qu'elle ne face1 ou qu'elle ne puisse3 et auec raison l'appelle ,pindarus1 ce qu'on m'a dict1 la ,royne et ,emperiere du monde4 ,celuy qu'on rencontra battant son pere1 respondit1 que c'estoit la coustume de sa maison3 que son pere auoit ainsi batu son ayeul2 son ayeul son bisayeul3 et montrant son fils3 ,cettuy cy me battra quand il sera venu au terme de l'aage o ie suis4 ,et le pere que le fils tirassoit et sabouloit emmy la ru1 luy commanda de s'arrester certain huis2 car luy1 n'auoit train son pere que iusques l3 que c'estoit la borne des iniurieux traittements hereditaires1 que les enfants auoient en vsage faire aux peres en leur famille4 ,par coustume1 dit ,aristote1 aussi souuent que par maladie1 des femmes s'arrachent le poil1 rongent leurs ongles1 mangent des charbons et de la terre3 et plus par coustume que par nature les masles se meslent aux masles4 ,les loix de la conscience1 que nous disons naistre de nature1 naissent de la coustume3 chacun ayant en veneration interne les opinions et murs approuuees et receus autour de luy1 ne s'en peut desprendre sans remors1 ny s'y appliquer sans applaudissement4 ,quand ceux de ,crete vouloient au temps pass maudire quelqu'vn1 ils prioient les ,dieux de l'engager en quelque mauuaise coustume4 ,mais le principal effect de sa puissance1 c'est de nous saisir et empieter de telle sorte1 qu' peine soit-il en nous1 de nous r'auoir de sa prinse1 et de r'entrer en nous1 pour discourir et raisonner de ses ordonnances4 ,de vray1 parce que nous les humons auec le laict de nostre naissance1 et que le visage du monde se presente en cet estat nostre premiere veu1 il semble que nous soyons naiz la condition de suyure ce train4 ,et les communes imaginations1 que nous trouuons en credit autour de nous1 et infuses en nostre ame par la semence de nos peres1 il semble que ce soyent les generalles et naturelles4 ,par o il aduient1 que ce qui est hors les gonds de la coustume1 on le croid hors les gonds de la raison3 ,dieu sait combien desraisonnablement le plus souuent4 ,si comme nous1 qui nous estudions1 auons apprins de faire1 chascun qui oid vne iuste sentence1 regardoit incontinent par o elle luy appartient en son propre3 chascun trouueroit1 que cette cy n'est pas tant vn bon mot comme vn bon coup de fouet la bestise ordinaire de son iugement4 ,mais on reoit les aduis de la verit et ses preceptes1 comme adresss au peuple1 non iamais soy3 et au lieu de les coucher sur ses murs1 chascun les couche en sa memoire1 tres-sottement et tres-inutilement4 ,reuenons l'empire de la coustume4 ,les peuples nourris la libert et se commander eux mesmes1 estiment toute autre forme de police monstrueuse et contre nature4 ,ceux qui sont duits la monarchie en font de mesme4 ,et quelque facilit que leur preste fortune au changement1 lors mesme qu'ils se sont auec grandes difficultez deffaitz de l'importunit d'vn maistre1 ils courent en replanter vn nouueau auec pareilles difficultez1 pour ne se pouuoir resoudre de prendre en haine la maistrise4 ,c'est par l'entremise de la coustume que chascun est contant du lieu o nature l'a plant3 et les sauuages d',escosse n'ont que faire de la ,touraine1 ny les ,scythes de la ,thessalie4 ,darius demandoit quelques ,grecs1 pour combien ils voudroient prendre la coustume des ,indes1 de manger leurs peres trespassez 7car c'estoit leur forme1 estimans ne leur pouuoir donner plus fauorable sepulture1 que dans eux-mesmes7 ils luy respondirent que pour chose du monde ils ne le feroient3 mais s'estant aussi essay de persuader aux ,indiens de laisser leur faon1 et prendre celle de ,grece1 qui estoit de brusler les corps de leurs peres1 il leur fit encore plus d'horreur4 ,chacun en fait ainsi1 d'autant que l'vsage nous desrobbe le vray visage des choses4 ,nil adeo magnum1 nec tam mirabile quicquam ,principio1 quod non minuant mirarier omnes ,paulatim4 ,autrefois ayant faire valoir quelqu'vne de nos obseruations1 et receu auec resolu authorit bien loing autour de nous3 et ne voulant point1 comme il se fait1 l'establir seulement par la force des loix et des exemples1 mais questant tousiours iusques son origine1 i'y trouuay le fondement si foible1 qu' peine que ie ne m'en degoustasse1 moy1 qui auois la confirmer en autruy4 ,c'est cette recepte1 par laquelle ,platon entreprend de chasser les des-naturees et preposteres amours de son temps3 qu'il estime souueraine et principale3 assauoir1 que l'opinion publique les condamne3 que les ,potes1 que chacun en face de mauuais comptes4 ,recepte1 par le moyen de laquelle1 les plus belles filles n'attirent plus l'amour des peres1 ny les freres plus excellents en beaut1 l'amour des surs4 ,les fables mesmes de ,thyestes1 d',oedipus1 de ,macareus1 ayant1 auec le plaisir de leur chant1 infus cette vtile creance1 en la tendre ceruelle des enfants4 ,de vray1 la pudicit est vne belle vertu1 et de laquelle l'vtilit est assez connu3 mais de la traitter et faire valoir selon nature1 il est autant mal-ays1 comme il est ays de la faire valoir selon l'vsage1 les loix1 et les preceptes4 ,les premieres et vniuerselles raisons sont de difficile perscrutation4 ,et les passent noz maistres en escumant1 ou en ne les osant pas seulement taster1 se iettent d'abordee dans la franchise de la coustume3 l ils s'enflent1 et triomphent bon compte4 ,ceux qui ne se veulent laisser tirer hors cette originelle source1 faillent encore plus3 et s'obligent des opinions sauuages1 tesmoin ,chrysippus3 qui sema en tant de lieux de ses escrits1 le peu de compte en quoy il tenoit les conionctions incestueuses1 quelles qu'elles fussent4 ,qui voudra se deffaire de ce violent preiudice de la coustume1 il trouuera plusieurs choses receus d'vne resolution indubitable1 qui n'ont appuy qu'en la barbe chene et rides de l'vsage1 qui les accompaigne3 mais ce masque arrach1 rapportant les choses la verit et la raison1 il sentira son iugement1 comme tout bouleuers1 et remis pourtant en bien plus seur estat4 ,pour exemple1 ie luy demanderay lors1 quelle chose peut estre plus estrange1 que de voir vn peuple oblig suiure des loix qu'il n'entendit oncques3 attach en tous ses affaires domesticques1 mariages1 donations1 testaments1 ventes1 et achapts1 des regles qu'il ne peut sauoir1 n'estans escrites ny publiees en sa langue1 et desquelles par necessit il luy faille acheter l'interpretation et l'vsage4 ,non selon l'ingenieuse opinion d',isocrates1 qui conseille son ,roy de rendre les trafiques et negociations de ses subiects libres1 franches1 et lucratiues2 et leurs debats et querelles1 onereuses1 chargees de poisans subsides3 mais selon vne opinion prodigieuse1 de mettre en trafique1 la raison mesme1 et donner aux loix cours de marchandise4 ,ie say bon gr la fortune1 dequoy1 comme disent nos historiens1 ce fut vn ,gentil-homme ,gascon et de mon pays1 qui le premier s'opposa ,charlemaigne1 nous voulant donner les loix ,latines et imperiales4 ,qu'est-il plus farouche que de voir vne nation1 o par legitime coustume la charge de iuger se vende2 et les iugements soyent payez purs deniers contans2 et o legitimement la iustice soit refusee qui n'a dequoy la payer3 et aye cette marchandise si grand credit1 qu'il se face en vne police vn quatrime estat1 de gens manians les procs1 pour le ioindre aux trois anciens1 de l'glise1 de la ,noblesse1 et du ,peuple3 lequel estat ayant la charge des loix et souueraine authorit des biens et des vies1 face vn corps part de celuy de la noblesse3 d'o il aduienne qu'il y ayt doubles loix1 celles de l'honneur1 et celles de la iustice1 en plusieurs choses fort contraires3 aussi rigoureusement condamnent celles-l vn demanti souffert1 comme celles icy vn demanti reuanch3 par le deuoir des armes1 celuy-l soit degrad d'honneur et de noblesse qui souffre vn' iniure1 et par le deuoir ciuil1 celuy qui s'en venge encoure vne peine capitale8 qui s'adresse aux loix pour auoir raison d'vne offense faicte son honneur1 il se deshonnore3 et qui ne s'y adresse1 il en est puny et chasti par les loix3 et de ces deux pieces si diuerses1 se rapportans toutesfois vn seul chef1 ceux-l ayent la paix1 ceux-cy la guerre en charge3 ceux-l ayent le gaing1 ceux-cy l'honneur3 ceux-l le sauoir1 ceux-cy la vertu3 ceux-l la parole1 ceux-cy l'action3 ceux-l la iustice1 ceux-cy la vaillance3 ceux-l la raison1 ceux-cy la force3 ceux-l la robbe longue1 ceux-cy la courte en partage4 ,quant aux choses indifferentes1 comme vestemens1 qui les voudra ramener leur vraye fin1 qui est le seruice et commodit du corps1 d'o depend leur grace et bien-seance originelle1 pour les plus fantasticques mon gr qui se puissent imaginer1 ie luy donray entre autres nos bonnets carrez3 cette longue queu de veloux pliss1 qui pend aux testes de nos femmes1 auec son attirail bigarr3 et ce vain modelle et inutile1 d'vn membre que nous ne pouuons seulement honnestement nommer1 duquel toutesfois nous faisons montre et parade en public4 ,ces considerations ne destournent pourtant pas vn homme d'entendement de suiure le stile commun4 ,ains au rebours1 il me semble que toutes faons escartees et particulieres partent plustost de folie1 ou d'affectation ambitieuse1 que de vraye raison3 et que le sage doit au dedans retirer son ame de la presse1 et la tenir en libert et puissance de iuger librement des choses3 mais quant au dehors1 qu'il doit suiure entierement les faons et formes receus4 ,la societ publique n'a que faire de nos pensees3 mais le demeurant1 comme nos actions1 nostre trauail1 nos fortunes et nostre vie1 il la faut prester et abandonner son seruice et aux opinions communes3 comme ce bon et grand ,socrates refusa de sauuer sa vie par la desobeissance du magistrat1 voire d'vn magistrat tres-iniuste et tres-inique4 ,car c'est la regle des regles1 et generale loy des loix1 que chacun obserue celles du lieu o il est3 4 ,en voicy d'vne autre cuuee4 ,il y a grand doute1 s'il se peut trouuer si euident profit au changement d'vne loy recee telle qu'elle soit1 qu'il y a de mal la remuer3 d'autant qu'vne police1 c'est comme vn bastiment de diuerses pieces ioinctes ensemble d'vne telle liaison1 qu'il est impossible d'en esbranler vne que tout le corps ne s'en sente4 ,le legislateur des ,thuriens ordonna1 que quiconque voudroit ou abolir vne des vieilles loix1 ou en establir vne nouuelle1 se presenteroit au peuple la corde au col3 afin que si la nouuellet n'estoit approuuee d'vn chacun1 il fust incontinent estrangl4 ,et celuy de ,lacedemone employa sa vie pour tirer de ses citoyens vne promesse asseuree1 de n'enfraindre aucune de ses ordonnances4 ,l',ephore qui coupa si rudement les deux cordes que ,phrinys auoit adioust la musique1 ne s'esmoie pas1 si elle en vaut mieux1 ou si les accords en sont mieux remplis3 il luy suffit pour les condamner1 que ce soit vne alteration de la vieille faon4 ,c'est ce que signifioit cette espee rouillee de la ,iustice de ,marseille4 ,ie suis desgoust de la nouuellet1 quelque visage qu'elle porte2 et ay raison1 car i'en ay veu des effets tres-dommageables4 ,celle qui nous presse depuis tant d'ans1 elle n'a pas tout exploict3 mais on peut dire auec apparence1 que par accident1 elle a tout produict et engendr2 voire et les maux et ruines1 qui se font depuis sans elle1 et contre elle3 c'est elle s'en prendre au nez1 ,heu patior telis vulnera facta meis6 ,ceux qui donnent le branle vn ,estat1 sont volontiers les premiers absorbez en sa ruine4 ,le fruict du trouble ne demeure guere celuy qui l'a esmeu2 il bat et brouille l'eaue pour d'autres pescheurs4 ,la liaison et contexture de cette monarchie et ce grand bastiment1 ayant est desmis et dissout1 notamment sur ses vieux ans par elle1 donne tant qu'on veut d'ouuerture et d'entree pareilles iniures4 ,la maiest royalle s'auale plus difficilement du sommet au milieu1 qu'elle ne se precipite du milieu fons4 ,mais si les inuenteurs sont plus dommageables1 les imitateurs sont plus vicieux1 de se ietter en des exemples1 desquels ils ont senti et puni l'horreur et le mal4 ,et s'il y a quelque degr d'honneur1 mesmes au mal faire1 ceux cy doiuent aux autres1 la gloire de l'inuention1 et le courage du premier effort4 ,toutes sortes de nouuelle desbauche puysent heureusement en cette premiere et fconde source1 les images et patrons troubler nostre police4 ,on lit en nos loix mesmes1 faictes pour le remede de ce premier mal1 l'apprentissage et l'excuse de toutes sortes de mauuaises entreprises4 ,et nous aduient ce que ,thucydides dit des guerres ciuiles de son temps1 qu'en faueur des vices publiques1 on les battisoit de mots nouueaux plus doux pour leur excuse1 abastardissant et amollissant leurs vrais titres4 ,c'est pourtant1 pour reformer nos consciences et nos creances1 honesta oratio est4 ,mais le meilleur pretexte de nouuellet est tres-dangereux4 ,adeo nihil motum ex antiquo probabile est4 ,si me semble-il1 le dire franchement1 qu'il y a grand amour de soy et presomption1 d'estimer ses opinions iusques-l1 que pour les establir1 il faille renuerser vne paix publique1 et introduire tant de maux ineuitables1 et vne si horrible corruption de murs que les guerres ciuiles apportent1 et les mutations d',estat1 en chose de tel pois1 et les introduire en son pays propre4 ,est-ce pas mal mesnag1 d'aduancer tant de vices certains et cognus1 pour combattre des erreurs contestees et debatables8 ,est-il quelque pire espece de vices1 que ceux qui choquent la propre conscience et naturelle cognoissance8 ,le ,senat osa donner en payement cette deffaitte1 sur le different d'entre luy et le peuple1 pour le ministere de leur religion3 ,ad deos1 id magis qum ad se pertinere1 ipsos visuros1 ne sacra sua polluantur3 conformment ce que respondit l'oracle ceux de ,delphes1 en la guerre ,medoise1 craignans l'inuasion des ,perses4 ,ils demanderent au ,dieu1 ce qu'ils auoient faire des tresors sacrez de son temple1 ou les cacher1 ou les emporter4 ,il leur respondit1 qu'ils ne bougeassent rien1 qu'ils se souciassent d'eux3 qu'il estoit suffisant pour prouuoir ce qui luy estoit propre4 ,la religion ,chrestienne a toutes les marques d'extreme iustice et vtilit3 mais nulle plus apparente1 que l'exacte recommandation de l'obessance du magistrat1 et manutention des polices4 ,quel merueilleux exemple nous en a laiss la sapience diuine2 qui pour establir le salut du genre humain1 et conduire cette sienne glorieuse victoire contre la mort et le pech1 ne l'a voulu faire qu' la mercy de nostre ordre politique3 et a soubsmis son progrez et la conduicte d'vn si haut effet et si salutaire1 l'aueuglement et iniustice de nos obseruations et vsances3 y laissant courir le sang innocent de tant d'esleuz ses fauoriz1 et souffrant vne longue perte d'annes meurir ce fruict inestimable8 ,il y a grand dire entre la cause de celuy qui suit les formes et les loix de son pays1 et celuy qui entreprend de les regenter et changer4 ,celuy l allegue pour son excuse1 la simplicit1 l'obeissance et l'exemple3 quoy qu'il face ce ne peut estre malice1 c'est pour le plus malheur4 ,quis est enim1 quem non moueat clarissimis monimentis testata consignatque antiquitas8 ,outre ce que dit ,isocrates1 que la defectuosit a plus de part la moderation1 que n'a l'exces4 ,l'autre est en bien plus rude party4 ,car qui se mesle de choisir et de changer1 vsurpe l'authorit de iuger3 et se doit faire fort1 de voir la faute de ce qu'il chasse1 et le bien de ce qu'il introduit4 ,cette si vulgaire consideration m'a fermy en mon siege3 et tenu ma ieunesse mesme1 plus temeraire1 en bride3 de ne charger mes espaules d'vn si lourd faix1 que de me rendre respondant d'vne science de telle importance4 ,et oser en cette cy1 ce qu'en sain iugement1 ie ne pourroy oser en la plus facile de celles ausquelles on m'auoit instruit1 et ausquelles la temerit de iuger est de nul preiudice4 ,me semblant tres-inique1 de vouloir sousmettre les constitutions et obseruances publiques et immobiles1 l'instabilit d'vne priue fantasie 7la raison priue n'a qu'vne iurisdiction priue7 et entreprendre sur les loix diuines1 ce que nulle police ne supporteroit aux ciuiles4 ,ausquelles1 encore que l'humaine raison aye beaucoup plus de commerce1 si sont elles souuerainement iuges de leurs iuges3 et l'extreme suffisance sert expliquer et estendre l'vsage1 qui en est receu1 non le destourner et innouer4 ,si quelques fois la prouidence diuine a pass par dessus les regles1 ausquelles elle nous a necessairement astreints3 ce n'est pas pour nous en dispenser4 ,ce sont coups de sa main diuine3 qu'il nous faut1 non pas imiter1 mais admirer3 et exemples extraordinaires1 marques d'vn expres et particulier adueu3 du genre des miracles1 qu'elle nous offre1 pour tesmoignage de sa toute puissance1 au dessus de noz ordres et de noz forces3 qu'il est folie et impiet d'essayer representer3 et que nous ne deuons pas suiure1 mais contempler auec estonnement4 ,actes de son personnage1 non pas du nostre4 ,cotta proteste bien opportunment3 ,quum de religione agitur1 ,t4 ,coruncanum1 ,p4 ,scipionem1 ,p4 ,scuolam1 pontifices maximos1 non ,zenonem1 aut ,cleanthem1 aut ,chrysippum1 sequor4 ,dieu le sache en nostre presente querelle1 o il y a cent articles oster et remettre1 grands et profonds articles1 combien ils sont qui se puissent vanter d'auoir exactement recogneu les raisons et fondements de l'vn et l'autre party4 ,c'est vn nombre1 si c'est nombre1 qui n'auroit pas grand moyen de nous troubler4 ,mais toute cette autre presse o va elle8 soubs quelle enseigne se iette elle quartier8 ,il aduient de la leur1 comme des autres medecines foibles et mal appliquees3 les humeurs qu'elle vouloit purger en nous1 elle les a eschauffes1 exasperees et aigries par le conflit1 et si nous est demeure dans le corps4 ,elle n'a seu nous purger par sa foiblesse1 et nous a cependant affoiblis3 en maniere que nous ne la pouuons vuider non plus1 et ne receuons de son operation que des douleurs longues et intestines4 ,si est-ce que la fortune reseruant tousiours son authorit au dessus de nos discours1 nous presente aucunes-fois la necessit si vrgente1 qu'il est besoin que les loix luy facent quelque place4 ,et quand on resiste l'accroissance d'vne innouation qui vient par violence s'introduire1 de se tenir en tout et par tout en bride et en regle contre ceux qui ont la clef des champs1 ausquels tout cela est loisible qui peut auancer leur dessein1 qui n'ont ny loy ny ordre que de suiure leur aduantage1 c'est vne dangereuse obligation et inequalit4 ,aditum nocendi perfido prstat fides4 ,d'autant que la discipline ordinaire d'vn ,estat qui est en sa sant1 ne pouruoit pas ces accidens extraordinaires3 elle presuppose vn corps qui se tient en ses principaux membres et offices1 et vn commun consentement son obseruation et obeissance4 ,l'aller legitime1 est vn aller froid1 poisant et contraint3 et n'est pas pour tenir bon1 vn aller licencieux et effren4 ,on sait qu'il est encore reproch ces deux grands personnages1 ,octauius et ,caton1 aux guerres ciuiles1 l'vn de ,sylla1 l'autre de ,csar1 d'auoir plustost laiss encourir toutes extremitez leur patrie1 que de la secourir aux despens de ses loix1 et que de rien remuer4 ,car la verit en ces dernieres necessitez1 o il n'y a plus que tenir1 il seroit l'auanture plus sagement fait1 de baisser la teste et prester vn peu au coup1 que s'ahurtant outre la possibilit ne rien relascher1 donner occasion la violance de fouler tout aux pieds3 et vaudroit mieux faire vouloir aux loix ce qu'elles peuuent1 puis qu'elles ne peuuent ce qu'elles veulent4 ,ainsi fit celuy qui ordonna qu'elles dormissent vingt quatre heures3 et celuy qui remua pour cette fois vn iour du calendrier3 et cet autre qui du mois de ,iuin fit le second ,may4 ,les ,lacedemoniens mesmes1 tant religieux obseruateurs des ordonnances de leur pas1 estans pressez de leur loy1 qui deffendoit d'eslire par deux fois ,admiral vn mesme personnage1 et de l'autre part leurs affaires requerans de toute necessit1 que ,lysander prinst de rechef cette charge1 ils firent bien vn ,aracus ,admiral1 mais ,lysander surintendant de la marine4 ,et de mesme subtilit1 vn de leurs ,ambassadeurs estant enuoy vers les ,atheniens1 pour obtenir le changement de quelque ordonnance1 et ,pericles luy alleguant qu'il estoit deffendu d'oster le tableau1 o vne loy estoit vne fois pose1 luy conseilla de le tourner seulement1 d'autant que cela n'estoit pas deffendu4 ,c'est ce dequoy ,plutarque loe ,philopmen1 qu'estant n pour commander1 il sauoit non seulement commander selon les loix1 mais aux loix mesmes1 quand la necessit publique le requeroit4 ,,chapitre ,,xxiii4 ,diuers euenemens de mesme ,conseil4 ,,iaqves ,amiot1 grand ,aumosnier de ,france1 me recita vn iour cette histoire l'honneur d'vn ,prince des nostres 7et nostre estoit-il tres-bonnes enseignes1 encore que son origine fust estrangere7 que durant nos premiers troubles au siege de ,roan1 ce ,prince ayant est aduerti par la ,royne mere du ,roy d'vne entreprise qu'on faisoit sur sa vie1 et instruit particulierement par ses lettres1 de celuy qui la deuoit conduire chef1 qui estoit vn ,gentil-homme ,angeuin ou ,manceau1 frequentant lors ordinairement pour cet effet1 la maison de ce ,prince3 il ne communiqua personne cet aduertissement3 mais se promenant l'endemain au mont saincte ,catherine1 d'o se faisoit nostre baterie ,rouan 7car c'estoit au temps que nous la tenions assiegee7 ayant ses costez ledit ,seigneur grand ,aumosnier et vn autre ,euesque1 il appereut ce ,gentil-homme1 qui luy auoit est remarqu1 et le fit appeller4 ,comme il fut en sa presence1 il luy dit ainsi le voyant desia pallir et fremir des alarmes de sa conscience3 ,monsieur de tel lieu1 vous vous doutez bien de ce que ie vous veux1 et vostre visage le montre3 vous n'auez rien me cacher3 car ie suis instruict de vostre affaire si auant1 que vous ne feriez qu'empirer vostre march1 d'essayer le couurir4 ,vous sauez bien telle chose et telle 7qui estoyent les tenans et aboutissans des plus secretes pieces de cette menee7 ne faillez sur vostre vie me confesser la verit de tout ce dessein4 ,quand ce pauure homme se trouua pris et conuaincu1 car le tout auoit est descouuert la ,royne par l'vn des complices1 il n'eut qu' ioindre les mains et requerir la grace et misericorde de ce ,prince2 aux pieds duquel il se voulut ietter1 mais il l'en garda1 suyuant ainsi son propos3 ,venez 1 vous ay-ie autre-fois fait desplaisir8 ay-ie offenc quelqu'vn des vostres par haine particuliere8 ,il n'y a pas trois semaines que ie vous cognois1 quelle raison vous a peu mouuoir entreprendre ma mort8 ,le ,gentil-homme respondit cela d'vne voix tremblante1 que ce n'estoit aucune occasion particuliere qu'il en eust1 mais l'interest de la cause generale de son party1 et qu'aucuns luy auoient persuad que ce seroit vne execution pleine de piet1 d'extirper en quelque maniere que ce fust1 vn si puissant ennemy de leur religion4 ,or1 suiuit ce ,prince1 ie vous veux montrer1 combien la religion que ie tiens est plus douce1 que celle dequoy vous faictes profession4 ,la vostre vous a conseill de me tuer sans m'ouir1 n'ayant receu de moy aucune offence2 et la mienne me commande que ie vous pardonne1 tout conuaincu que vous estes de m'auoir voulu tuer sans raison4 ,allez vous en1 retirez vous1 que ie ne vous voye plus icy3 et si vous estes sage1 prenez doresnauant en voz entreprises des conseillers plus gens de bien que ceux l4 ,l'empereur ,auguste estant en la ,gaule1 reeut certain auertissement d'vne coniuration que luy brassoit ,l4 ,cinna3 il delibera de s'en venger1 et manda pour cet effect au lendemain le conseil de ses amis3 mais la nuict d'entre-deux il la passa auec grande inquietude1 considerant qu'il auoit faire mourir un ieune homme de bonne maison1 et neueu du grand ,pompeius3 et produisoit en se pleignant plusieurs diuers discours4 ,quoy donq1 faisoit-il1 sera-il dict que ie demeureray en crainte et en alarme1 et que ie lairray mon meurtrier se pourmener cependant son ayse8 ,s'en ira-il quitte1 ayant assailly ma teste1 que i'ay sauue de tant de guerres ciuiles1 de tant de batailles1 par mer et par terre8 et apres auoir estably la paix vniuerselle du monde1 sera-il absouz1 ayant deliber non de me meurtrir seulement1 mais de me sacrifier8 ,car la coniuration estoit faicte de le tuer1 comme il feroit quelque sacrifice4 ,apres cela s'estant tenu coy quelque espace de temps1 il recommenoit d'vne voix plus forte1 et s'en prenoit soy-mesme3 ,pourquoy vis tu1 s'il importe tant de gens que tu meures8 n'y aura-il point de fin tes vengeances et tes cruautez8 ,ta vie vaut-elle que tant de dommage se face pour la conseruer8 ,liuia sa femme le sentant en ces angoisses3 ,et les conseils des femmes y seront-ils receuz1 luy dit elle8 ,fais ce que font les medecins1 quand les receptes accoustumees ne peuuent seruir1 ils en essayent de contraires4 ,par seuerit tu n'as iusques cette heure rien profit3 ,lepidus a suiuy ,sauidienus1 ,murena ,lepidus1 ,cpio ,murena1 ,egnatius ,cpio4 ,commence experimenter comment te succederont la douceur et la clemence4 ,cinna est conuaincu1 pardonne luy2 de te nuire desormais1 il ne pourra1 et profitera ta gloire4 ,auguste fut bien ayse d'auoir trouu vn aduocat de son humeur1 et ayant remerci sa femme et contremand ses amis1 qu'il auoit assignez au ,conseil1 commanda qu'on fist venir luy ,cinna tout seul4 ,et ayant fait sortir tout le monde de sa chambre1 et fait donner vn siege ,cinna1 il luy parla en cette maniere3 ,en premier lieu ie te demande ,cinna1 paisible audience3 n'interromps pas mon parler1 ie te donray temps et loysir d'y respondre4 ,tu sais ,cinna que t'ayant pris au camp de mes ennemis1 non seulement t'estant faict mon ennemy1 mais estant n tel1 ie te sauuay2 ie te mis entre mains tous tes biens1 et t'ay en fin rendu si accommod et si ays1 que les victorieux sont enuieux de la condition du vaincu3 l'office du sacerdoce que tu me demandas1 ie te l'ottroiay1 l'ayant refus d'autres1 desquels les peres auoyent tousiours combatu auec moy3 t'ayant si fort oblig1 tu as entrepris de me tuer4 ,a quoy ,cinna s'estant escri qu'il estoit bien esloign d'vne si meschante pensee3 ,tu ne me tiens pas ,cinna ce que tu m'auois promis1 suyuit ,auguste3 tu m'auois asseur que ie ne serois pas interrompu3 ouy1 tu as entrepris de me tuer1 en tel lieu1 tel iour1 en telle compagnie1 et de telle faon3 et le voyant transi de ces nouuelles1 et en silence1 non plus pour tenir le march de se taire1 mais de la presse de sa conscience3 ,pourquoy1 adiousta il1 le fais tu8 ,est-ce pour estre ,empereur8 ,vrayment il va bien mal la chose publique1 s'il n'y a que moy1 qui t'empesche d'arriuer l',empire4 ,tu ne peux pas seulement deffendre ta maison1 et perdis dernierement vn procs par la faueur d'vn simple libertin4 ,quoy8 n'as tu pas moyen ny pouuoir en autre chose qu' entreprendre ,csar8 ,ie le quitte1 s'il n'y a que moy qui empesche tes esperances4 ,penses-tu1 que ,paulus1 que ,fabius1 que les ,cosseens et ,seruiliens te souffrent8 et vne si grande trouppe de nobles1 non seulement nobles de nom1 mais qui par leur vertu honnorent leur noblesse8 ,apres plusieurs autres propos1 car il parla luy plus de deux heures entieres1 ,or va1 luy dit-il1 ie te donne1 ,cinna1 la vie traistre et parricide1 que ie te donnay autres-fois ennemy3 que l'amiti commence de ce iourd'huy entre nous3 essayons qui de nous deux de meilleure foy1 moy t'aye donn ta vie1 ou tu l'ayes receu4 ,et se despartit d'auec luy en cette maniere4 ,quelque temps apres il luy donna le consulat1 se pleignant dequoy il ne le luy auoit os demander4 ,il l'eut depuis pour fort amy1 et fut seul faict par luy heritier de ses biens4 ,or depuis cet accident1 qui aduint ,auguste au quarantiesme an de son aage1 il n'y eut iamais de coniuration ny d'entreprise contre luy1 et reeut vne iuste recompense de cette sienne clemence4 ,mais il n'en aduint pas de mesmes au nostre3 car sa douceur ne le sceut garentir1 qu'il ne cheust depuis aux lacs de pareille trahison4 ,tant c'est chose vaine et friuole que l'humaine prudence3 et au trauers de tous nos proiects1 de nos conseils et precautions1 la fortune maintient tousiours la possession des euenemens4 ,nous appellons les medecins heureux1 quand ils arriuent quelque bonne fin3 comme s'il n'y auoit que leur art1 qui ne se peust maintenir d'elle mesme1 et qui eust les fondemens trop frailes1 pour s'appuyer de sa propre force3 et comme s'il n'y auoit qu'elle1 qui ayt besoin que la fortune preste la main ses operations4 ,ie croy d'elle tout le pis ou le mieux qu'on voudra3 car nous n'auons1 ,dieu mercy1 nul commerce ensemble4 ,ie suis au rebours des autres3 car ie la mesprise bien tousiours1 mais quand ie suis malade1 au lieu d'entrer en composition1 ie commence encore la har et la craindre3 et respons ceux qui me pressent de prendre medecine1 qu'ils attendent au moins que ie sois rendu mes forces et ma sant1 pour auoir plus de moyen de soustenir l'effort et le hazart de leur breuuage4 ,ie laisse faire nature1 et presuppose qu'elle se soit pourueue de dents et de griffes1 pour se deffendre des assaux qui luy viennent1 et pour maintenir cette contexture1 dequoy elle fuit la dissolution4 ,ie crain au lieu de l'aller secourir1 ainsi comme elle est aux prises bien estroites et bien iointes auec la maladie1 qu'on secoure son aduersaire au lieu d'elle1 et qu'on la recharge de nouueaux affaires4 ,or ie dy que non en la medecine seulement1 mais en plusieurs arts plus certaines1 la fortune y a bonne part4 ,les saillies potiques1 qui emportent leur autheur1 et le rauissent hors de soy1 pourquoy ne les attribuerons nous son bon heur1 puis qu'il confesse luy mesme qu'elles surpassent sa suffisance et ses forces1 et les recognoit venir d'ailleurs que de soy1 et ne les auoir aucunement en sa puissance3 non plus que les orateurs ne disent auoir en la leur ces mouuemens et agitations extraordinaires1 qui les poussent au del de leur dessein8 ,il en est de mesmes en la peinture1 qu'il eschappe par fois des traits de la main du peintre surpassans sa conception et sa science1 qui le tirent luy mesmes en admiration1 et qui l'estonnent4 ,mais la fortune montre bien encores plus euidemment1 la part qu'elle a en tous ces ouurages1 par les graces et beautez qui s'y treuuent1 non seulement sans l'intention1 mais sans la cognoissance mesme de l'ouurier4 ,vn suffisant lecteur descouure souuent s escrits d'autruy1 des perfections autres que celles que l'autheur y a mises et apperceus1 et y preste des sens et des visages plus riches4 ,quant aux entreprises militaires1 chacun void comment la fortune y a bonne part4 ,en nos conseils mesmes et en nos deliberations1 il faut certes qu'il y ayt du sort et du bonheur mesl parmy3 car tout ce que nostre sagesse peut1 ce n'est pas grandchose4 ,plus elle est aigue et viue1 plus elle trouue en soy de foiblesse1 et se deffie d'autant plus d'elle mesme4 ,ie suis de l'aduis de ,sylla3 et quand ie me prens garde de pres aux plus glorieux exploicts de la guerre1 ie voy1 ce me semble1 que ceux qui les conduisent1 n'y employent la deliberation et le conseil1 que par acquit2 et que la meilleure part de l'entreprinse1 ils l'abandonnent la fortune2 et sur la fiance qu'ils ont son secours1 passent tous les coups au del des bornes de tout discours4 ,il suruient des allegresses fortuites1 et des fureurs estrangeres parmy leurs deliberations1 qui les poussent le plus souuent prendre le party le moins fond en apparence1 et qui grossissent leur courage au dessus de la raison4 ,d'o il est aduenu plusieurs grands ,capitaines anciens1 pour donner credit ces conseils temeraires1 d'alleguer leurs gens1 qu'ils y estoyent conuiez par quelque inspiration1 par quelque signe et prognostique4 ,voyla pourquoy en cette incertitude et perplexit1 que nous apporte l'impuissance de voir et choisir ce qui est le plus commode1 pour les difficultez que les diuers accidens et circonstances de chaque chose tirent3 le plus seur1 quand autre consideration ne nous y conuieroit1 est mon aduis de se reietter au party1 o il y a plus d'honnestet et de iustice3 et puis qu'on est en doute du plus court chemin1 tenir tousiours le droit4 ,comme en ces deux exemples1 que ie vien de proposer1 il n'y a point de doubte1 qu'il ne fust plus beau et plus genereux celuy qui auoit receu l'offence1 de la pardonner1 que s'il eust fait autrement4 ,s'il en est mes-aduenu au premier1 il ne s'en faut pas prendre ce sien bon dessein3 et ne sait on1 quand il eust pris le party contraire1 s'il eust eschap la fin1 laquelle son destin l'appelloit2 et si eust perdu la gloire d'vne telle humanit4 ,il se void dans les histoires1 force gens1 en cette crainte2 d'o la plus part ont suiuy le chemin de courir au deuant des coniurations1 qu'on faisoit contre eux1 par vengeance et par supplices3 mais i'en voy fort peu ausquels ce remede ayt seruy2 tesmoing tant d',empereurs ,romains4 ,celuy qui se trouue en ce danger1 ne doit pas beaucoup esperer ny de sa force1 ny de sa vigilance4 ,car combien est-il mal ais de se garentir d'vn ennemy1 qui est couuert du visage du plus officieux amy que nous ayons8 et de cognoistre les volontez et pensemens interieurs de ceux qui nous assistent8 ,il a beau employer des nations estrangeres pour sa garde1 et estre tousiours ceint d'vne haye d'hommes armez3 ,quiconque aura sa vie mespris1 se rendra tousiours maistre de celle d'autruy4 ,et puis ce continuel soupon1 qui met le ,prince en doute de tout le monde1 luy doit seruir d'vn merueilleux tourment4 ,pourtant ,dion estant aduerty que ,callippus espioit les moyens de le faire mourir1 n'eut iamais le cur d'en informer1 disant qu'il aymoit mieux mourir que viure en cette misere1 d'auoir se garder non de ses ennemys seulement1 mais aussi de ses amis4 ,ce qu',alexandre representa bien plus viuement par effect1 et plus roidement1 quand ayant eu aduis par vne lettre de ,parmenion1 que ,philippus son plus cher medecin estoit corrompu par l'argent de ,darius pour l'empoisonner2 en mesme temps qu'il donnoit lire sa lettre ,philippus1 il auala le bruuage qu'il luy auoit present4 ,fut-ce pas exprimer cette resolution1 que si ses amis le vouloient tuer1 il consentoit qu'ils le peussent faire8 ,ce ,prince est le souuerain patron des actes hazardeux3 mais ie ne say s'il y a traict en sa vie1 qui ayt plus de fermet que cestui-cy1 ny vne beaut illustre par tant de visages4 ,ceux qui preschent aux ,princes la deffiance si attentiue1 soubs couleur de leur prescher leur seurt1 leur preschent leur ruine et leur honte4 ,rien de noble ne se faict sans hazard4 ,i'en say vn de courage tres-martial de sa complexion et entreprenant1 de qui tous les iours on corrompt la bonne fortune par telles persuasions3 ,qu'il se resserre entre les siens1 qu'il n'entende aucune reconciliation de ses anciens ennemys1 se tienne part1 et ne se commette entre mains plus fortes1 quelque promesse qu'on luy face1 quelque vtilit qu'il y voye4 ,i'en say vn autre1 qui a inesperment auanc sa fortune1 pour auoir pris conseil tout contraire4 ,la hardiesse dequoy ils cerchent si auidement la gloire1 se represente1 quand il est besoin1 aussi magnifiquement en pourpoint qu'en armes3 en vn cabinet1 qu'en vn camp3 le bras pendant1 que le bras leu4 ,la prudence si tendre et circonspecte1 est mortelle ennemye des hautes executions4 ,scipion sceut1 pour pratiquer la volont de ,syphax1 quittant son arme1 et abandonnant l',espaigne1 douteuse encore sous sa nouuelle conqueste1 passer en ,afrique1 dans deux simples vaisseaux1 pour se commettre en terre ennemie1 la puissance d'vn ,roy barbare1 vne foy incogneue1 sans obligation1 sans hostage1 sous la seule seuret de la grandeur de son propre courage1 de son bon heur1 et de la promesse de ses hautes esperances4 ,habita fides ipsam plerumque fidem obligat4 ,a vne vie ambitieuse et fameuse1 il faut au rebours1 prester peu1 et porter la bride courte aux souspeons4 ,la crainte et la deffiance attirent l'offence et la conuient4 ,la plus deffiant de nos ,roys establit ses affaires1 principalement pour auoir volontairement abandonn et commis sa vie1 et sa libert1 entre les mains de ses ennemis3 montrant auoir entiere fiance d'eux1 afin qu'ils la prinssent de luy4 ,a ses legions mutines et armes contre luy1 ,csar opposoit seulement l'authorit de son visage1 et la fiert de ses paroles2 et se fioit tant soy et sa fortune1 qu'il ne craingnoit point de l'abandonner et commettre vne arme seditieuse et rebelle2 ,stetit aggere fultus ,cespitis1 intrepidus vultu1 meruitque timeri ,nil metuens4 ,mais il est bien vray1 que cette forte asseurance ne se peut presenter bien entiere1 et naifue1 que par ceux ausquels l'imagination de la mort1 et du pis qui peut aduenir apres tout1 ne donne point d'effroy2 car de la representer tremblante encore1 doubteuse et incertaine1 pour le seruice d'vne importante reconciliation1 ce n'est rien faire qui vaille4 ,c'est vn excellent moyen de gaigner le cur et volont d'autruy1 de s'y aller soubsmettre et fier1 pourueu que ce soit librement1 et sans contrainte d'aucune necessit1 et que ce soit en condition1 qu'on y porte vne fiance pure et nette2 le front au moins descharg de tout scrupule4 ,ie vis en mon enfance1 vn ,gentil-homme commandant vne grande ville empress l'esmotion d'vn peuple furieux4 ,pour esteindre ce commencement du trouble1 il print party de sortir d'vn lieu tres-asseur o il estoit1 et se rendre cette tourbe mutine3 d'o mal luy print1 et y fut miserablement tu4 ,mais il ne me semble pas que sa faute fust tant d'estre sorty1 ainsi qu'ordinairement on le reproche sa memoire1 comme ce fut d'auoir pris vne voye de soubsmission et de mollesse3 et d'auoir voulu endormir cette rage1 plustost en suiuant qu'en guidant1 et en requerant plustost qu'en remontrant3 et estime que vne gracieuse seuerit1 auec vn commandement militaire1 plein de securit1 et de confiance1 conuenable son rang1 et la dignit de sa charge1 luy eust mieux succed1 au moins auec plus d'honneur1 et de bien-seance4 ,il n'est rien moins esperable de ce monstre ainsin agit1 que l'humanit et la douceur1 il receura bien plustost la reuerance et la crainte4 ,ie luy reprocherois aussi1 qu'ayant pris vne resolution plustost braue mon gr1 que temeraire1 de se ietter foible et en pourpoint1 emmy cette mer tempestueuse d'hommes insensez1 il la deuoit aualler toute1 et n'abandonner ce personnage4 ,l o il luy aduint apres auoir recogneu le danger de pres1 de saigner du nez3 et d'alterer encore depuis cette contenance dmise et flatteuse1 qu'il auoit entreprinse1 en vne contenance effraiee3 chargeant sa voix et ses yeux d'estonnement et de penitence3 cerchant conniller et se desrober1 il les enflamma et appella sur soy4 ,on deliberoit de faire vne montre generalle de diuerses trouppes en armes1 7c'est le lieu des vengeances secrettes1 et n'est point o en plus grande seuret on les puisse exercer7 il y auoit publiques et notoires apparences1 qu'il n'y faisoit pas fort bon pour aucuns1 ausquels touchoit la principalle et necessaire charge de les recognoistre4 ,il s'y proposa diuers conseils1 comme en chose difficile1 et qui auoit beaucoup de poids et de suitte4 ,le mien fut1 qu'on euitast sur tout de donner aucun tesmoignage de ce doubte1 et qu'on s'y trouuast et meslast parmy les files1 la teste droicte1 et le visage ouuert1 et qu'au lieu d'en retrancher aucune chose1 quoy les autres opinions visoient le plus1 au contraire1 l'on sollicitast les ,capitaines d'aduertir les soldats de faire leurs salues belles et gaillardes en l'honneur des assistans1 et n'espargner leur poudre4 ,cela seruit de gratification enuers ces trouppes suspectes1 et engendra ds lors en auant vne mutuelle et vtile confidence4 ,la voye qu'y tint ,iulius ,csar1 ie trouue que c'est la plus belle1 qu'on y puisse prendre4 ,premierement il essaya par clemence1 se faire aymer de ses ennemis mesmes1 se contentant aux coniurations qui luy estoient descouuertes1 de declarer simplement qu'il en estoit aduerti4 ,cela faict1 il print vne tres-noble resolution1 d'attendre sans effroy et sans solicitude1 ce qui luy en pourroit aduenir1 s'abandonnant et se remettant la garde des ,dieux et de la fortune4 ,car certainement c'est l'estat o il estoit quand il fut tu4 ,vn estranger ayant dict et publi par tout qu'il pourroit instruire ,dionysius ,tyran de ,syracuse1 d'vn moyen de sentir et descouurir en toute certitude1 les parties que ses subiets machineroient contre luy1 s'il luy vouloit donner vne bonne piece d'argent1 ,dionysius en estant aduerty1 le fit appeller soy1 pour s'esclaircir d'vn art si necessaire sa conseruation2 cet estranger luy dict1 qu'il n'y auoit pas d'autre art1 sinon qu'il luy fist deliurer vn talent1 et se ventast d'auoir apris de luy vn singulier secret4 ,dionysius trouua cette inuention bonne1 et luy fit compter six cens escus4 ,il n'estoit pas vray-semblable1 qu'il eust donn si grande somme vn homme incogneu1 qu'en recompense d'vn tres-vtile apprentissage1 et seruoit cette reputation tenir ses ennemis en crainte4 ,pourtant les ,princes sagement publient les aduis qu'ils reoiuent des menes qu'on dresse contre leur vie2 pour faire croire qu'ilz sont bien aduertis1 et qu'il ne se peut rien entreprendre dequoy ils ne sentent le vent4 ,le ,duc d',athenes fit plusieurs sottises en l'establissement de sa fresche tyrannie sur ,florence3 mais cette-cy la plus notable1 qu'ayant receu le premier aduis des monopoles que ce peuple dressoit contre luy1 par ,mattheo dit ,morozo1 complice d'icelles1 il le fit mourir1 pour supprimer cet aduertissement1 et ne faire sentir1 qu'aucun en la ville s'ennuast de sa domination4 ,il me souuient auoir leu autrefois l'histoire de quelque ,romain1 personnage de dignit1 lequel fuyant la tyrannie du ,triumuirat1 auoit eschapp mille fois les mains de ceux qui le poursuiuoyent1 par la subtilit de ses inuentions4 ,il aduint vn iour1 qu'vne troupe de gens de cheual1 qui auoit charge de le prendre1 passa tout ioignant vn halier1 o il s'estoit tapy1 et faillit de le descouurir4 ,mais luy sur ce point l1 considerant la peine et les difficultez1 ausquelles il auoit desia si long temps dur1 pour se sauuer des continuelles et curieuses recherches1 qu'on faisoit de luy par tout1 le peu de plaisir qu'il pouuoit esperer d'vne telle vie1 et combien il luy valoit mieux passer vne fois le pas1 que demeurer tousiours en cette transe1 luy-mesme les r'appella1 et leur trahit sa cachette1 s'abandonnant volontairement leur cruaut1 pour oster eux et luy d'vne plus longue peine4 ,d'appeller les mains ennemies1 c'est vn conseil vn peu gaillard3 si croy-ie1 qu'encore vaudroit-il mieux le prendre1 que de demeurer en la fieure continuelle d'vn accident1 qui n'a point de remede4 ,mais puis que les prouisions qu'on y peut apporter sont pleines d'inquietude1 et d'incertitude1 il vaut mieux d'vne belle asseurance se preparer tout ce qui en pourra aduenir2 et tirer quelque consolation de ce qu'on n'est pas asseur qu'il aduienne4 ,,chapitre ,,xxiiii4 ,du ,pedantisme4 ,,ie me suis souuent despit en mon enfance1 de voir s comedies ,italiennes1 tousiours vn pedante pour badin1 et le surnom de magister1 n'auoir guere plus honorable signification parmi nous4 ,car leur estant donn en gouuernement1 que pouuois-ie moins faire que d'estre ialoux de leur reputation8 ,ie cherchois bien de les excuser par la disconuenance naturelle qu'il y a entre le vulgaire1 et les personnes rares et excellentes en iugement1 et en sauoir3 d'autant qu'ils vont vn train entierement contraire les vns des autres4 ,mais en cecy perdois-ie mon latin3 que les plus galans hommes c'estoient ceux qui les auoyent le plus mespris1 tesmoing nostre bon du ,bellay3 ,mais ie hay par sur tout vn sauoir pedantesque4 ,et est cette coustume ancienne3 car ,plutarque dit que ,grec et ,escolier1 estoient mots de reproche entre les ,romains1 et de mespris4 ,depuis auec l'aage i'ay trouu qu'on auoit vne grandissime raison1 et que magis magnos clericos non sunt magis magnos sapientes4 ,mais d'o il puisse aduenir qu'vne ame riche de la cognoissance de tant de choses1 n'en deuienne pas plus viue1 et plus esueille2 et qu'vn esprit grossier et vulgaire puisse loger en soy1 sans s'amender1 les discours et les iugemens des plus excellens esprits1 que le monde ait port1 i'en suis encore en doute4 ,a receuoir tant de ceruelles estrangeres1 et si fortes1 et si grandes1 il est necessaire1 me disoit vne fille1 la premiere de nos ,princesses1 parlant de quelqu'vn1 que la sienne se foule1 se contraigne et rappetisse1 pour faire place aux autres4 ,ie dirois volontiers1 que comme les plantes s'estouffent de trop d'humeur1 et les lampes de trop d'huile1 aussi faict l'action de l'esprit par trop d'estude et de matiere3 lequel occup et embarass d'vne grande diuersit de choses1 perde le moyen de se demesler4 ,et que cette charge le tienne courbe et croupy4 ,mais il en va autrement2 car nostre ame s'eslargit d'autant plus qu'elle se remplit4 ,et aux exemples des vieux temps1 il se voit tout au rebours1 des suffisans hommes aux maniemens des choses publiques1 des grands ,capitaines1 et grands conseillers aux affaires d',estat1 auoir est ensemble tressauans4 ,et quant aux ,philosophes retirez de toute occupation publique1 ils ont est aussi quelque fois la verit mesprisez1 par la libert ,comique de leur temps1 leurs opinions et faons les rendans ridicules4 ,les voulez vous faire iuges des droits d'vn procs1 des actions d'vn homme8 ,ils en sont bien prests6 ,ils cerchent encore s'il y a vie1 s'il y a mouuement1 si l'homme est autre chose qu'vn buf3 que c'est qu'agir et souffrir1 quelles bestes ce sont1 que loix et iustice4 ,parlent-ils du magistrat1 ou parlent-ils luy8 c'est d'vne libert irreuerente et inciuile4 ,oyent-ils louer vn ,prince ou vn ,roy8 c'est vn pastre pour eux1 oisif comme vn pastre1 occup pressurer et tondre ses bestes3 mais bien plus rudement4 ,en estimez vous quelqu'vn plus grand1 pour posseder deux mille arpents de terre8 eux s'en moquent1 accoustums d'embrasser tout le monde1 comme leur possession4 ,vous ventez vous de vostre noblesse1 pour compter sept ayeulx riches8 ils vous estiment de peu1 ne conceuant l'image vniuerselle de nature1 et combien chascun de nous a eu de predecesseurs1 riches1 pauures1 ,roys1 valets1 ,grecs1 ,barbares4 ,et quand vous seriez cinquantiesme descendant de ,hercules1 ils vous trouuent vain1 de faire valoir ce present de la fortune4 ,ainsi les desdeignoit le vulgaire1 comme ignorants les premieres choses et communes1 et comme presomptueux et insolents4 ,mais cette peinture ,platonique est bien esloigne de celle qu'il faut noz hommes4 ,on enuioit ceux-l comme estans au dessus de la commune faon1 comme mesprisans les actions publiques1 comme ayans dress vne vie particuliere et inimitable1 regle certains discours hautains et hors d'vsage3 ceux-cy on les desdeigne1 comme estans au dessoubs de la commune faon1 comme incapables des charges publiques1 comme trainans vne vie et des meurs basses et viles apres le vulgaire4 ,odi homines ignaua opera1 ,philosopha sententia4 ,quant ces ,philosophes1 dis-ie1 comme ils estoient grands en science1 ils estoient encore plus grands en toute action4 ,et tout ainsi qu'on dit de ce ,geometrien de ,syracuse1 lequel ayant est destourn de sa contemplation1 pour en mettre quelque chose en pratique1 la deffence de son pas1 qu'il mit soudain en train des engins espouuentables1 et des effects surpassans toute creance humaine2 desdaignant toutefois luy mesme toute cette sienne manufacture1 et pensant en cela auoir corrompu la dignit de son art1 de laquelle ses ouurages n'estoient que l'apprentissage et le iouet4 ,aussi eux1 si quelquefois on les a mis la preuue de l'action1 on les a veu voler d'vne aisle si haulte1 qu'il paroissoit bien1 leur cur et leur ame s'estre merueilleusement grossie et enrichie par l'intelligence des choses4 ,mais aucuns voyants la place du gouuernement politique saisie par hommes incapables1 s'en sont reculs4 ,et celuy qui demanda ,crates1 iusques quand il faudroit philosopher1 en receut cette responce3 ,iusques tant que ce ne soient plus des asniers1 qui conduisent noz armes4 ,heraclitus resigna la ,royaut son frere4 ,et aux ,ephesiens1 qui luy reprochoient1 qu'il passoit son temps ioer auec les enfans deuant le temple3 ,vaut-il pas mieux faire cecy1 que gouuerner les affaires en vostre compagnie8 ,d'autres ayans leur imagination loge au dessus de la fortune et du monde1 trouuerent les sieges de la iustice1 et les thrones mesmes des ,roys1 bas et viles4 ,et refusa ,empedocles la royaut1 que les ,agrigentins luy offrirent4 ,thales accusant quelquefois le soing du mesnage et de s'enrichir1 on luy reprocha que c'estoit la mode du renard1 pour n'y pouuoir aduenir4 ,il luy print enuie par passe-temps d'en montrer l'experience1 et ayant pour ce coup raual son sauoir au seruice du proffit et du gain1 dressa vne trafique1 qui dans vn an rapporta telles richesses1 qu' peine en toute leur vie1 les plus experimentez de ce mestier l1 en pouuoient faire de pareilles4 ,ce qu',aristote recite d'aucuns1 qui appelloyent et celuy l et ,anaxagoras1 et leurs semblables1 sages et non prudents1 pour n'auoir assez de soin des choses plus vtiles3 outre ce que ie ne digere pas bien cette difference de mots1 cela ne sert point d'excuse mes gents1 et voir la basse et necessiteuse fortune1 dequoy ils se payent1 nous aurions plustost occasion de prononcer tous les deux1 qu'ils sont1 et non sages1 et non prudents4 ,ie quitte cette premiere raison1 et croy qu'il vaut mieux dire1 que ce mal vienne de leur mauuaise faon de se prendre aux sciences3 et qu' la mode dequoy nous sommes instruicts1 il n'est pas merueille1 si ny les escoliers1 ny les maistres n'en deuiennent pas plus habiles1 quoy qu'ils s'y facent plus doctes4 ,de vray le soing et la despence de nos peres1 ne vise qu' nous meubler la teste de science3 du iugement et de la vertu1 peu de nouuelles4 ,criez d'vn passant nostre peuple3 ,o le sauant homme6 ,et d'vn autre1 ,o le bon homme6 ,il ne faudra pas destourner les yeux et son respect vers le premier4 ,il y faudroit vn tiers crieur3 ,o les lourdes testes6 ,nous nous enquerons volontiers1 ,sait-il du ,grec ou du ,latin8 escrit-il en vers ou en prose8 mais1 s'il est deuenu meilleur ou plus aduis1 c'estoit le principal1 et c'est ce qui demeure derriere4 ,il falloit s'enquerir qui est mieux sauant1 non qui est plus sauant4 ,nous ne trauaillons qu' remplir la memoire1 et laissons l'entendement et la conscience vuide4 ,tout ainsi que les oyseaux vont quelquefois la queste du grain1 et le portent au bec sans le taster1 pour en faire beche leurs petits3 ainsi nos pedantes vont pillotans la science dans les liures1 et ne la logent qu'au bout de leurs lures1 pour la dgorger seulement1 et mettre au vent4 ,c'est merueille combien proprement la sottise se loge sur mon exemple4 ,est-ce pas faire de mesme1 ce que ie fay en la plus part de cette composition8 ,ie m'en vay escornifflant par-cy par-l1 des liures1 les sentences qui me plaisent2 non pour les garder1 car ie n'ay point de gardoire1 mais pour les transporter en cettuy-cy2 o1 vray dire1 elles ne sont non plus miennes1 qu'en leur premiere place4 ,nous ne sommes1 ce croy-ie1 sauants1 que de la science presente3 non de la passe1 aussi peu que de la future4 ,mais qui pis est1 leurs escoliers et leurs petits ne s'en nourrissent et alimentent non plus1 ains elle passe de main en main1 pour cette seule fin1 d'en faire parade1 d'en entretenir autruy1 et d'en faire des comptes1 comme vne vaine monnoye inutile tout autre vsage et emploite1 qu' compter et ietter4 ,apud alios loqui didicerunt1 non ipsi secum4 ,non est loquendum1 sed gubernandum4 ,nature1 pour montrer qu'il n'y a rien de sauuage en ce qu'elle conduit1 faict naistre souuent s nations moins cultiues par art1 des productions d'esprit1 qui luittent les plus artistes productions4 ,comme sur mon propos1 le prouerbe ,gascon tir d'vne chalemie1 est-il delicat1 ,bouha prou bouha1 mas remuda lous dits qu'em4 ,souffler prou souffler1 mais remuer les doits1 nous en sommes l4 ,nous sauons dire1 ,cicero dit ainsi1 voila les meurs de ,platon1 ce sont les mots mesmes d',aristote3 mais nous que disons nous nous mesmes8 que faisons nous8 que iugeons nous8 ,autant en diroit bien vn perroquet4 ,cette faon me faict souuenir de ce riche ,romain1 qui auoit est soigneux fort grande despence1 de recouurer des hommes suffisans en tout genre de science1 qu'il tenoit continuellement autour de luy1 affin que quand il escheoit entre ses amis1 quelque occasion de parler d'vne chose ou d'autre1 ils suppleassent en sa place1 et fussent tous prests luy fournir1 qui d'vn discours1 qui d'vn vers d',homere1 chacun selon son gibier3 et pensoit ce sauoir estre sien1 par ce qu'il estoit en la teste de ses gens4 ,et comme font aussi ceux1 desquels la suffisance loge en leurs somptueuses librairies4 ,i'en cognoy1 qui quand ie demande ce qu'il sait1 il me demande vn liure pour le montrer3 et n'oseroit me dire1 qu'il a le derriere galeux1 s'il ne va sur le champ estudier en son lexicon que c'est que galeux1 et que c'est que derriere4 ,nous prenons en garde les opinions et le sauoir d'autruy1 et puis c'est tout3 il les faut faire nostres4 ,nous semblons proprement celuy1 qui ayant besoing de feu1 en iroit querir chez son voisin1 et y en ayant trouu vn beau et grand1 s'arresteroit l se chauffer1 sans plus se souuenir d'en raporter chez soy4 ,que nous sert-il d'auoir la panse pleine de viande1 si elle ne se digere1 si elle ne se transforme en nous8 si elle ne nous augmente et fortifie8 ,pensons nous que ,lucullus1 que les lettres rendirent et formerent si grand capitaine sans experience1 les eust prises nostre mode8 ,nous nous laissons si fort aller sur les bras d'autruy1 que nous aneantissons nos forces4 ,me veux-ie armer contre la crainte de la mort8 c'est aux despens de ,seneca4 ,veux-ie tirer de la consolation pour moy1 ou pour vn autre8 ie l'emprunte de ,cicero3 ie l'eusse prise en moy-mesme1 si on m'y eust exerc4 ,ie n'ayme point cette suffisance relatiue et mendie4 ,quand bien nous pourrions estre sauans du sauoir d'autruy1 au moins sages ne pouuons nous estre que de nostre propre sagesse4 1 4 ,ex quo ,ennius3 ,nequidquam sapere sapientem1 qui ipse sibi prodesse non quiret4 si cupidus1 si ,vanus1 et ,euganea quantumuis vilior agna4 ,non enim paranda nobis solum1 sed fruenda sapientia est4 ,dionysius se moquoit des ,grammariens1 qui ont soin de s'enquerir des maux d',vlysses1 et ignorent les propres3 des musiciens1 qui accordent leurs fleutes1 et n'accordent pas leurs murs3 des orateurs qui estudient dire iustice1 non la faire4 ,si nostre ame n'en va vn meilleur bransle1 si nous n'en auons le iugement plus sain1 i'aymerois aussi cher que mon escolier eut pass le temps ioer la paume1 au moins le corps en seroit plus allegre4 ,voyez le reuenir de l1 apres quinze ou seize ans employez1 il n'est rien si mal propre mettre en besongne1 tout ce que vous y recognoissez d'auantage1 c'est que son ,latin et son ,grec l'ont rendu plus sot et presumptueux qu'il n'estoit party de la maison4 ,il en deuoit rapporter l'ame pleine1 il ne l'en rapporte que bouffie3 et l'a seulement enfle1 en lieu de la grossir4 ,ces maistres icy1 comme ,platon dit des ,sophistes1 leurs germains1 sont de tous les hommes1 ceux qui promettent d'estre les plus vtiles aux hommes1 et seuls entre tous les hommes1 qui non seulement n'amendent point ce qu'on leur commet1 comme faict vn charpentier et vn masson3 mais l'empirent1 et se font payer de l'auoir empir4 ,si la loy que ,protagoras proposoit ses disciples1 estoit suiuie3 ou qu'ils le payassent selon son mot1 ou qu'ils iurassent au temple1 combien ils estimoient le profit qu'ils auoient receu de sa discipline1 et selon iceluy satisfissent sa peine3 mes pedagogues se trouueroient chouez1 s'estans remis au serment de mon experience4 ,mon vulgaire ,perigordin appelle fort plaisamment ,lettre ferits1 ces sauanteaux1 comme si vous disiez ,lettre-ferus1 ausquels les lettres ont donn vn coup de marteau1 comme on dit4 ,de vray le plus souuent ils semblent estre raualez1 mesmes du sens commun4 ,car le pasant et le cordonnier vous leur voyez aller simplement et nauement leur train1 parlant de ce qu'ils sauent3 ceux-cy pour se vouloir esleuer et gendarmer de ce sauoir1 qui nage en la superficie de leur ceruelle1 vont s'embarrassant1 et empetrant sans cesse4 ,il leur eschappe de belles parolles1 mais qu'vn autre les accommode3 ils cognoissent bien ,galien1 mais nullement le malade3 ils vous ont des-ia rempli la teste de loix1 et si n'ont encore coneu le neud de la cause3 ils sauent la ,theorique de toutes choses1 cherchez qui la mette en practique4 ,i'ay veu chez moy vn mien amy1 par maniere de passetemps1 ayant affaire vn de ceux-cy1 contrefaire vn iargon de ,galimatias1 propos sans suitte1 tissu de pieces rapportes1 sauf qu'il estoit souuent entrelard de mots propres leur dispute1 amuser ainsi tout vn iour ce sot debattre1 pensant tousiours respondre aux obiections qu'on luy faisoit4 ,et si estoit homme de lettres et de reputation1 et qui auoit vne belle robbe4 ,vos patritius sanguis quos viuere par est ,occipiti cco1 postic occurrite sann4 ,qui regardera de bien pres ce genre de gens1 qui s'estend bien loing1 il trouuera comme moy1 que le plus souuent ils ne s'entendent1 ny autruy1 et qu'ils ont la souuenance assez pleine1 mais le iugement entierement creux3 sinon que leur nature d'elle mesme le leur ait autrement faonn4 ,comme i'ay veu ,adrianus ,turnebus1 qui n'ayant faict autre profession que de lettres1 en laquelle c'estoit1 mon opinion1 le plus grand homme1 qui fust il y a mil ans1 n'ayant toutesfois rien de pedantesque que le port de sa robbe1 et quelque faon externe1 qui pouuoit n'estre pas ciuilise la courtisane3 qui sont choses de neant4 ,et hay nos gens qui supportent plus mal-aysement vne robbe qu'vne ame de trauers3 et regardent sa reuerence1 son maintien et ses bottes1 quel homme il est4 ,car au dedans c'estoit l'ame la plus polie du monde4 ,ie l'ay souuent mon escient iett en propos eslongnez de son vsage1 il y voyoit si cler1 d'vne apprehension si prompte1 d'vn iugement si sain1 qu'il sembloit1 qu'il n'eust iamais faict autre mestier que la guerre1 et affaires d',estat4 ,ce sont natures belles et fortes3 queis arte benigna ,et meliore luto finxit prcordia ,titan1 qui se maintiennent au trauers d'vne mauuaise institution4 ,or ce n'est pas assez que nostre institution ne nous gaste pas1 il faut qu'elle nous change en mieux4 ,il y a aucuns de noz ,parlemens1 quand ils ont receuoir des officiers1 qui les examinent seulement sur la science3 les autres y adioustent encores l'essay du sens1 en leur presentant le iugement de quelque cause4 ,ceux-cy me semblent auoir vn beaucoup meilleur stile4 ,et encore que ces deux pieces soyent necessaires1 et qu'il faille qu'elles s'y trouuent toutes deux3 si est-ce qu' la verit celle du sauoir est moins prisable1 que celle du iugement2 cette-cy se peut passer de l'autre1 et non l'autre de cette cy4 ,car comme dict ce vers ,grec1 1 4 ,a quoy faire la science1 si l'entendement n'y est8 ,pleust ,dieu que pour le bien de nostre iustice ces compagnies l se trouuassent aussi bien fournies d'entendement et de conscience1 comme elles sont encore de science4 ,non vit1 sed schol discimus4 ,or il ne faut pas attacher le sauoir l'ame1 il l'y faut incorporer3 il ne l'en faut pas arrouser1 il l'en faut teindre2 et s'il ne la change1 et meliore son estat imparfaict1 certainement il vaut beaucoup mieux le laisser l4 ,c'est vn dangereux glaiue1 et qui empesche et offence son maistre s'il est en main foible1 et qui n'en sache l'vsage3 vt fuerit melius non didicisse4 ,a l'aduenture est ce la cause1 que et nous1 et la ,theologie ne requerons pas beaucoup de science aux femmes1 et que ,franois ,duc de ,bretaigne filz de ,iean ,v4 comme on luy parla de son mariage auec ,isabeau fille d',escosse1 et qu'on luy adiousta qu'elle auoit est nourrie simplement et sans aucune instruction de lettres1 respondit1 qu'il l'en aymoit mieux1 et qu'vne femme estoit assez sauante1 quand elle sauoit mettre difference entre la chemise et le pourpoint de son mary4 ,aussi ce n'est pas si grande merueille1 comme on crie1 que nos ancestres n'ayent pas faict grand estat des lettres1 et qu'encores auiourd'huy elles ne se trouuent que par rencontre aux principaux conseils de nos ,roys3 et si cette fin de s'en enrichir1 qui seule nous est auiourd'huy propose par le moyen de la ,iurisprudence1 de la ,medecine1 du pedantisme1 et de la ,theologie encore1 ne les tenoit en credit1 vous les verriez sans doubte aussi marmiteuses qu'elles furent onques4 ,quel dommage1 si elles ne nous apprennent ny bien penser1 ny bien faire8 ,postquam docti prodierunt1 boni desunt4 ,toute autre science1 est dommageable celuy qui n'a la science de la bont4 ,mais la raison que ie cherchoys tantost1 seroit elle point aussi de l1 que nostre estude en ,france n'ayant quasi autre but que le proufit1 moins de ceux que nature a faict naistre plus genereux offices que lucratifs1 s'adonnants aux lettres1 ou si courtement 7retirez auant que d'en auoir pris appetit1 vne profession qui n'a rien de commun auec les liures7 il ne reste plus ordinairement1 pour s'engager tout faict l'estude1 que les gents de basse fortune1 qui y questent des moyens viure8 ,et de ces gents-l1 les ames estans et par nature1 et par institution domestique et exemple1 du plus bas aloy1 rapportent faucement le fruit de la science4 ,car elle n'est pas pour donner iour l'ame qui n'en a point3 ny pour faire voir vn aueugle4 ,son mestier est1 non de luy fournir de veu1 mais de la luy dresser1 de luy regler ses allures1 pourueu qu'elle aye de soy les pieds1 et les iambes droites et capables4 ,c'est vne bonne drogue que la science1 mais nulle drogue n'est asss forte1 pour se preseruer sans alteration et corruption1 selon le vice du vase qui l'estuye4 ,tel a la veu claire1 qui ne l'a pas droitte3 et par consequent void le bien1 et ne le suit pas3 et void la science1 et ne s'en sert pas4 ,la principale ordonnance de ,platon en sa republique1 c'est donner ses citoyens selon leur nature1 leur charge4 ,nature peut tout1 et fait tout4 ,les boiteux sont mal propres aux exercices du corps1 et aux exercices de l'esprit les ames boiteuses4 ,les bastardes et vulgaires sont indignes de la philosophie4 ,quand nous voyons vn homme mal chauss1 nous disons que ce n'est pas merueille1 s'il est chaussetier4 ,de mesme il semble1 que l'experience nous offre souuent1 vn medecin plus mal medecin1 vn ,theologien moins reform1 et coustumierement vn sauant moins suffisant qu'vn autre4 ,aristo ,chius auoit anciennement raison de dire1 que les philosophes nuisoient aux auditeurs3 d'autant que la plus part des ames ne se trouuent propres faire leur profit de telle instruction3 qui1 si elle ne se met bien1 se met mal3 ex ,aristippi1 acerbos ex ,zenonis schola exire4 ,en cette belle institution que ,xenophon preste aux ,perses1 nous trouuons qu'ils apprenoient la vertu leurs enfans1 comme les autres nations font les lettres4 ,platon dit que le fils aisn en leur succession royale1 estoit ainsi nourry4 ,apres sa naissance1 on le donnoit1 non des femmes1 mais des eunuches de la premiere authorit autour des ,roys1 cause de leur vertu4 ,ceux-cy prenoient charge de luy rendre le corps beau et sain3 et apres sept ans le duisoient monter cheual1 et aller la chasse4 ,quand il estoit arriu au quatorziesme1 ils le deposoient entre les mains de quatre3 le plus sage1 le plus iuste1 le plus temperant1 le plus vaillant de la nation4 ,le premier luy apprenoit la religion3 le second1 estre tousiours veritable3 le tiers1 se rendre maistre des cupidits3 le quart1 ne rien craindre4 ,c'est chose digne de tres-grande consideration1 que en cette excellente police de ,lycurgus1 et la verit monstrueuse par sa perfection1 si songneuse pourtant de la nourriture des enfans1 comme de sa principale charge1 et au giste mesmes des ,muses1 il s'y face si peu de mention de la doctrine3 comme si cette genereuse ieunesse desdaignant tout autre ioug que de la vertu1 on luy aye deu fournir1 au lieu de nos maistres de science1 seulement des maistres de vaillance1 prudence et iustice4 ,exemple que ,platon a suiuy en ses loix4 ,la faon de leur discipline1 c'estoit leur faire des questions sur le iugement des hommes1 et de leurs actions3 et s'ils condamnoient et looient1 ou ce personnage1 ou ce faict1 il falloit raisonner leur dire1 et par ce moyen ils aiguisoient ensemble leur entendement1 et apprenoient le droit4 ,astyages en ,xenophon1 demande ,cyrus compte de sa derniere leon2 ,c'est1 dit-il1 qu'en nostre escole vn grand garon ayant vn petit saye1 le donna l'vn de ses compagnons de plus petite taille1 et luy osta son saye qui estoit plus grand3 nostre precepteur m'ayant fait iuge de ce different1 ie iugeay qu'il falloit laisser les choses en cet estat1 et que l'vn et l'autre sembloit estre mieux accommod en ce point3 sur quoy il me remontra que i'auois mal fait3 car ie m'estois arrest considerer la bien seance1 et il falloit premierement auoir proueu la iustice1 qui vouloit que nul ne fust forc en ce qui luy appartenoit4 ,et dit qu'il en fut fout1 tout ainsi que nous sommes en nos villages1 pour auoir oubli le premier aoriste de 4 ,mon regent me feroit vne belle harangue in genere demonstratiuo1 auant qu'il me persuadast que son escole vaut cette-l4 ,ils ont voulu coupper chemin3 et puis qu'il est ainsi que les sciences1 lors mesmes qu'on les prent de droit fil1 ne peuuent que nous enseigner la prudence1 la preud'hommie et la resolution1 ils ont voulu d'arriue mettre leurs enfans au propre des effects1 et les instruire non par our dire1 mais par l'essay de l'action1 en les formant et moulant vifuement1 non seulement de preceptes et parolles1 mais principalement d'exemples et d'uures3 afin que ce ne fust pas vne science en leur ame1 mais sa complexion et habitude3 que ce ne fust pas vn acquest1 mais vne naturelle possession4 ,a ce propos1 on demandoit ,agesilaus ce qu'il seroit d'aduis1 que les enfans apprinsent3 ,ce qu'ils doiuent faire estans hommes1 respondit-il4 ,ce n'est pas merueille1 si vne telle institution a produit des effects si admirables4 ,on alloit1 dit-on1 aux autres villes de ,grece chercher des ,rhetoriciens1 des ,peintres1 et des ,musiciens3 mais en ,lacedemone des legislateurs1 des magistrats1 et ,empereurs d'arme3 ,athenes on aprenoit bien dire1 et icy bien faire3 l se desmesler d'vn argument sophistique1 et rabattre l'imposture des mots captieusement entrelassez2 icy se desmesler des appats de la volupt1 et rabattre d'vn grand courage les menasses de la fortune et de la mort3 ceux-l s'embesongnoient apres les parolles1 ceux-cy apres les choses3 l c'estoit vne continuelle exercitation de la langue1 icy vne continuelle exercitation de l'ame4 ,parquoy il n'est pas estrange1 si ,antipater leur demandant cinquante enfans pour ostages1 ils respondirent tout au rebours de ce que nous ferions1 qu'ils aymoient mieux donner deux fois autant d'hommes faicts2 tant ils estimoient la perte de l'education de leur pays4 ,quand ,agesilaus conuie ,xenophon d'enuoyer nourrir ses enfans ,sparte1 ce n'est pas pour y apprendre la ,rhetorique1 ou ,dialectique3 mais pour apprendre1 ce dit-il1 la plus belle science qui soit1 asauoir la science d'obeir et de commander4 ,il est tres-plaisant1 de voir ,socrates1 sa mode se moquant de ,hippias1 qui luy recite1 comment il a gaign1 specialement en certaines petites villettes de la ,sicile1 bonne somme d'argent1 regenter3 et qu' ,sparte il n'a gaign pas vn sol4 ,que ce sont gents idiots1 qui ne sauent ny mesurer ny compter3 ne font estat ny de ,grammaire ny de rythme3 s'amusans seulement sauoir la suitte des ,roys1 establissement et decadence des ,estats1 et tels fatras de comptes4 ,et au bout de cela1 ,socrates luy faisant aduour par le menu1 l'excellence de leur forme de gouuernement publique1 l'heur et vertu de leur vie priue1 luy laisse deuiner la conclusion de l'inutilit de ses arts4 ,les exemples nous apprennent1 et en cette martiale police1 et en toutes ses semblables1 que l'estude des sciences amollit et effemine les courages1 plus qu'il ne les fermit et aguerrit4 ,le plus fort ,estat1 qui paroisse pour le present au monde1 est celuy des ,turcs1 peuples egalement duicts l'estimation des armes1 et mespris des lettres4 ,ie trouue ,rome plus vaillante auant qu'elle fust sauante4 ,les plus belliqueuses nations en nos iours1 sont les plus grossieres et ignorantes4 ,les ,scythes1 les ,parthes1 ,tamburlan1 nous seruent cette preuue4 ,quand les ,gots rauagerent la ,grece1 ce qui sauua toutes les librairies d'estre passes au feu1 ce fut vn d'entre eux1 qui sema cette opinion1 qu'il failloit laisser ce meuble entier aux ennemis3 propre les destourner de l'exercice militaire1 et amuser des occupations sedentaires et oysiues4 ,quand nostre ,roy1 ,charles huictieme1 quasi sans tirer l'espee du fourreau1 se veid maistre du ,royaume de ,naples1 et d'vne bonne partie de la ,toscane1 les ,seigneurs de sa suitte1 attribuerent cette inesperee facilit de conqueste1 ce que les ,princes et la noblesse d',italie s'amusoient plus se rendre ingenieux et sauans1 que vigoureux et guerriers4 ,,chapitre ,,xxv4 ,de l',institution des enfans1 ,madame ,diane de ,foix1 ,contesse de ,gurson4 ,,ie ne vis iamais pere1 pour boss ou teigneux que fust son fils1 qui laissast de l'aduoer3 non pourtant1 s'il n'est du tout enyur de cet' affection1 qu'il ne s'apperoiue de sa defaillance3 mais tant y a qu'il est sien4 ,aussi moy1 ie voy mieux que tout autre1 que ce ne sont icy que resueries d'homme1 qui n'a goust des sciences que la crouste premiere en son enfance1 et n'en a retenu qu'vn general et informe visage3 vn peu de chaque chose1 et rien du tout1 la ,franoise4 ,car en somme1 ie say qu'il y a vne ,medecine1 vne ,iurisprudence1 quatre parties en la ,mathematique1 et grossierement ce quoy elles visent4 ,et l'aduenture encore say-ie la pretention des sciences en general1 au seruice de nostre vie3 mais d'y enfoncer plus auant1 de m'estre rong les ongles l'estude d',aristote monarque de la doctrine moderne1 ou opiniatr apres quelque science1 ie ne l'ay iamais faict3 ny n'est art dequoy ie peusse peindre seulement les premiers lineaments4 ,et n'est enfant des classes moyennes1 qui ne se puisse dire plus sauant que moy3 qui n'ay seulement pas dequoy l'examiner sur sa premiere leon4 ,et si l'on m'y force1 ie suis contraint assez ineptement1 d'en tirer quelque matiere de propos vniuersel1 sur quoy i'examine son iugement naturel3 leon1 qui leur est autant incognue1 comme moy la leur4 ,ie n'ay dress commerce auec aucun liure solide1 sinon ,plutarche et ,seneque1 o ie puyse comme les ,danades1 remplissant et versant sans cesse4 ,i'en attache quelque chose ce papier1 moy1 si peu que rien4 ,l'histoire1 c'est mon gibier en matiere de liures1 ou la posie1 que i'ayme d'vne particuliere inclination3 car1 comme disoit ,cleanthes1 tout ainsi que la voix contrainte dans l'troit canal d'vne trompette sort plus aigue et plus forte3 ainsi me semble il que la sentence pressee aux pieds nombreux de la posie1 s'eslance bien plus brusquement1 et me fiert d'vne plus viue secousse4 ,quant aux facultez naturelles qui sont en moy1 dequoy c'est icy l'essay1 ie les sens flechir sous la charge3 mes conceptions et mon iugement ne marche qu' tastons1 chancelant1 bronchant et chopant3 et quand ie suis all le plus auant que ie puis1 si ne me suis-ie aucunement satisfaict4 ,ie voy encore du pas au del3 mais d'vne vee trouble1 et en nuage1 que ie ne puis demesler4 ,et entreprenant de parler indifferemment de tout ce qui se presente ma fantasie1 et n'y employant que mes propres et naturels moyens1 s'il m'aduient1 comme il faict souuent1 de rencontrer de fortune dans les bons autheurs ces mesmes lieux1 que i'ay entrepris de traiter1 comme ie vien de faire chez ,plutarque tout presentement1 son discours de la force de l'imagination3 me recognoistre au prix de ces gens l1 si foible et si chetif1 si poisant et si endormy1 ie me fay piti1 ou desdain moy mesmes4 ,si me gratifie-ie de cecy1 que mes opinions ont cet honneur de rencontrer souuent aux leurs1 et que ie vays au moins de loing apres1 disant que voire4 ,aussi que i'ay cela1 que chacun n'a pas1 de cognoistre l'extreme difference d'entre-eux et moy3 et laisse ce neant-moins courir mes inuentions ainsi foibles et basses1 comme ie les ay produites1 sans en replastrer et recoudre les defaux que cette comparaison m'y a descouuert4 ,il faut auoir les reins bien fermes pour entreprendre de marcher front front auec ces gens l4 ,les escriuains indiscrets de nostre siecle1 qui parmy leurs ouurages de neant1 vont semant des lieux entiers des anciens autheurs1 pour se faire honneur1 font le contraire4 ,car cett' infinie dissemblance de lustres rend vn visage si pasle1 si terni1 et si laid ce qui est leur1 qu'ils y perdent beaucoup plus qu'ils n'y gaignent4 ,c'estoient deux contraires fantasies4 ,le ,philosophe ,chrysippus mesloit ses liures1 non les passages seulement1 mais des ouurages entiers d'autres autheurs3 et en vn la ,medee d',eurypides3 et disoit ,apollodorus1 que1 qui en retrancheroit ce qu'il y auoit d'estranger1 son papier demeureroit en blanc4 ,epicurus au rebours1 en trois cents volumes qu'il laissa1 n'auoit pas mis vne seule allegation4 ,il m'aduint l'autre iour de tomber sur vn tel passage3 ,i'auois train languissant apres des parolles ,franoises1 si exangues1 si descharnees1 et si vuides de matiere et de sens1 que ce n'estoient voirement que parolles ,franoises3 au bout d'vn long et ennuyeux chemin1 ie vins rencontrer vne piece haute1 riche et esleuee iusques aux nes3 si i'eusse trouu la pente douce1 et la montee vn peu alongee1 cela eust est excusable3 c'estoit vn precipice si droit et si coup que des six premieres parolles ie cogneuz que ie m'enuolois en l'autre monde3 de l ie descouuris la fondriere d'o ie venois1 si basse et si profonde1 que ie n'eus oncques puis le cur de m'y raualer4 ,si i'estoffois l'vn de mes discours de ces riches despouilles1 il esclaireroit par trop la bestise des autres4 ,reprendre en autruy mes propres fautes1 ne me semble non plus incompatible1 que de reprendre1 comme ie fay souuent1 celles d'autruy en moy4 ,il les faut accuser par tout1 et leur oster tout lieu de franchise4 ,si say ie1 combien audacieusement i'entreprens moy-mesmes tous coups1 de m'egaler mes larrecins1 d'aller pair pair quand et eux3 non sans vne temeraire esperance1 que ie puisse tromper les yeux des iuges les discerner4 ,mais c'est autant par le benefice de mon application1 que par le benefice de mon inuention et de ma force4 ,et puis1 ie ne luitte point en gros ces vieux champions l1 et corps corps3 c'est par reprinses1 menues et legeres attaintes4 ,ie ne m'y aheurte pas3 ie ne fay que les taster3 et ne vay point tant1 comme ie marchande d'aller4 ,si ie leur pouuoy tenir palot1 ie serois honneste homme3 car ie ne les entreprens1 que par o ils sont les plus roides4 ,de faire ce que i'ay decouuert d'aucuns1 se couurir des armes d'autruy1 iusques ne montrer pas seulement le bout de ses doigts3 conduire son dessein 7comme il est ays aux sauans en vne matiere commune7 sous les inuentions anciennes1 rappiecees par cy par l3 ceux qui les veulent cacher et faire propres1 c'est premierement iniustice et laschet1 que n'ayans rien en leur vaillant1 par o se produire1 ils cherchent se presenter par vne valeur purement estrangere3 et puis1 grande sottise1 se contentant par piperie de s'acquerir l'ignorante approbation du vulgaire1 se descrier enuers les gents d'entendement1 qui hochent du nez cette incrustation empruntee3 desquels seuls la louange a du poids4 ,de ma part il n'est rien que ie vueille moins faire4 ,ie ne dis les autres1 sinon pour d'autant plus me dire4 ,cecy ne touche pas les centons1 qui se publient pour centons3 et i'en ay veu de tres-ingenieux en mon temps3 entre-autres vn1 sous le nom de ,capilupus3 outre les anciens4 ,ce sont des esprits1 qui se font veoir1 et par ailleurs1 et par l1 comme ,lipsius en ce docte et laborieux tissu de ses ,politiques4 ,quoy qu'il en soit1 veux-ie dire1 et quelles que soient ces inepties1 ie n'ay pas deliber de les cacher1 non plus qu'vn mien pourtraict chauue et grisonnant1 o le peintre auroit mis non vn visage parfaict1 mais le mien4 ,car aussi ce sont icy mes humeurs et opinions3 ie les donne1 pour ce qui est en ma creance1 non pour ce qui est croire4 ,ie ne vise icy qu' decouurir moy-mesmes1 qui seray par aduenture autre demain1 si nouuel apprentissage me change4 ,ie n'ay point l'authorit d'estre creu1 ny ne le desire1 me sentant trop mal instruit pour instruire autruy4 ,quelcun doncq' ayant veu l'article precedant1 me disoit chez moy l'autre iour1 que ie me deuoys estre vn petit estendu sur le discours de l'institution des enfans4 ,or ,madame si i'auoy quelque suffisance en ce subiect1 ie ne pourroy la mieux employer que d'en faire vn present ce petit homme1 qui vous menasse de faire tantost vne belle sortie de chez vous 7vous estes trop genereuse pour commencer autrement que par vn masle74 ,car ayant eu tant de part la conduite de vostre mariage1 i'ay quelque droit et interest la grandeur et prosperit de tout ce qui en viendra3 outre ce que l'ancienne possession que vous auez sur ma seruitude1 m'oblige assez desirer honneur1 bien et aduantage tout ce qui vous touche4 ,mais la verit ie n'y entens sinon cela1 que la plus grande difficult et importance de l'humaine science semble estre en cet endroit1 o il se traitte de la nourriture et institution des enfans4 ,tout ainsi qu'en l'agriculture1 les faons1 qui vont deuant le planter1 sont certaines et aysees1 et le planter mesme4 ,mais depuis que ce qui est plant1 vient prendre vie3 l'esleuer1 il y a vne grande variet de faons1 et difficult3 pareillement aux hommes1 il y a peu d'industrie les planter3 mais depuis qu'ils sont naiz1 on se charge d'vn soing diuers1 plein d'embesoignement et de crainte1 les dresser et nourrir4 ,la montre de leurs inclinations est si tendre en ce bas aage1 et si obscure1 les promesses si incertaines et fauces1 qu'il est mal-ais d'y establir aucun solide iugement4 ,voyez ,cimon1 voyez ,themistocles et mille autres1 combien ils se sont disconuenuz eux mesmes4 ,les petits des ours1 et des chiens1 montrent leur inclination naturelle2 mais les hommes se iettans incontinent en des accoustumances1 en des opinions1 en des loix1 se changent ou se deguisent facilement4 ,si est-il difficile de forcer les propensions naturelles4 ,d'o il aduient que par faute d'auoir bien choisi leur route1 pour neant se trauaille on souuent1 et employe lon beaucoup d'aage1 dresser des enfans aux choses1 ausquelles ils ne peuuent prendre pied4 ,toutesfois en cette difficult mon opinion est1 de les acheminer tousiours aux meilleures choses et plus profitables2 et qu'on se doit peu appliquer ces legeres diuinations et prognostiques1 que nous prenons des mouuemens de leur enfance4 ,platon en sa republique1 me semble leur donner trop d'autorit4 ,madame c'est vn grand ornement que la science1 et vn vtil de merueilleux seruice1 notamment aux personnes esleuees en tel degr de fortune1 comme vous estes4 ,a la verit elle n'a point son vray vsage en mains viles et basses4 ,elle est bien plus fiere1 de prester ses moyens conduire vne guerre1 commander vn peuple1 pratiquer l'amiti d'vn ,prince1 ou d'vne nation estrangere1 qu' dresser vn argument dialectique1 ou plaider vn appel1 ou ordonner vne masse de pillules4 ,ainsi ,madame1 par ce que ie croy que vous n'oublierez pas cette partie en l'institution des vostres1 vous qui en auez sauour la douceur1 et qui estes d'vne race lettree 7car nous auons encore les escrits de ces anciens ,comtes de ,foix1 d'o ,monsieur le ,comte vostre mary et vous1 estes descendus3 et ,franois ,monsieur de ,candale1 vostre oncle1 en faict naistre tous les iours d'autres1 qui estendront la cognoissance de cette qualit de vostre famille1 plusieurs siecles7 ie vous veux dire l dessus vne seule fantasie1 que i'ay contraire au commun vsage4 ,c'est tout ce que ie puis conferer vostre seruice en cela4 ,la charge du gouuerneur1 que vous luy donrez1 du chois duquel depend tout l'effect de son institution1 elle a plusieurs autres grandes parties1 mais ie n'y touche point1 pour n'y sauoir rien apporter qui vaille3 et de cet article1 sur lequel ie me mesle de luy donner aduis1 il m'en croira autant qu'il y verra d'apparence4 ,a vn enfant de maison1 qui recherche les lettres1 non pour le gaing 7car vne fin si abiecte1 est indigne de la grace et faueur des ,muses1 et puis elle regarde et depend d'autruy7 ny tant pour les commoditez externes1 que pour les sienes propres1 et pour s'en enrichir et parer au dedans1 ayant plustost enuie d'en reussir habil'homme1 qu'homme sauant1 ie voudrois aussi qu'on fust soigneux de luy choisir vn conducteur1 qui eust plustost la teste bien faicte1 que bien pleine3 et qu'on y requist tous les deux1 mais plus les murs et l'entendement que la science3 et qu'il se conduisist en sa charge d'vne nouuelle maniere4 ,on ne cesse de criailler nos oreilles1 comme qui verseroit dans vn antonnoir2 et nostre charge ce n'est que redire ce qu'on nous a dit4 ,ie voudrois qu'il corrigeast cette partie2 et que de belle arriuee1 selon la portee de l'ame1 qu'il a en main1 il commenast la mettre sur la montre1 luy faisant gouster les choses1 les choisir1 et discerner d'elle mesme4 ,quelquefois luy ouurant le chemin1 quelquefois le luy laissant ouurir4 ,ie ne veux pas qu'il inuente1 et parle seul3 ie veux qu'il escoute son disciple parler son tour4 ,socrates1 et depuis ,arcesilaus1 faisoient premierement parler leurs disciples1 et puis ils parloient eux4 ,obest plerumque ijs1 qui discere volunt1 auctoritas eorum1 qui docent4 ,il est bon qu'il le face trotter deuant luy1 pour iuger de son train3 et iuger iusques quel point il se doibt raualler1 pour s'accommoder sa force4 ,a faute de cette proportion1 nous gastons tout4 ,et de la sauoir choisir1 et s'y conduire bien mesurment1 c'est vne des plus ardues besongnes que ie sache4 ,et est l'effect d'vne haute ame et bien forte1 sauoir condescendre ses allures pueriles1 et les guider4 ,ie marche plus ferme et plus seur1 mont qu' val4 ,ceux qui1 comme nostre vsage porte1 entreprenent d'vne mesme leon et pareille mesure de conduite1 regenter plusieurs esprits de si diuerses mesures et formes3 ce n'est pas merueille1 si en tout vn peuple d'enfants1 ils en rencontrent peine deux ou trois1 qui rapportent quelque iuste fruit de leur discipline4 ,qu'il ne luy demande pas seulement compte des mots de sa leon1 mais du sens et de la substance4 ,et qu'il iuge du profit qu'il aura fait1 non par le tesmoignage de sa memoire1 mais de sa vie4 ,que ce qu'il viendra d'apprendre1 il le luy face mettre en cent visages1 et accommoder autant de diuers subiets1 pour voir s'il l'a encore bien pris et bien faict sien1 prenant l'instruction son progrez1 des paidagogismes de ,platon4 ,c'est tesmoignage de crudit et indigestion que de regorger la viande comme on l'a auallee3 l'estomach n'a pas faict son operation1 s'il n'a faict changer la faon et la forme1 ce qu'on luy auoit donn cuire4 ,nostre ame ne branle qu' credit1 liee et contrainte l'appetit des fantasies d'autruy1 serue et captiuee soubs l'authorit de leur leon4 ,on nous a tant assubiectis aux cordes1 que nous n'auons plus de franches alleures3 nostre vigueur et libert est esteinte4 ,nunquam tutel su fiunt4 ,ie vy priument ,pise vn honneste homme1 mais si ,aristotelicien1 que le plus general de ses dogmes est3 ,que la touche et regle de toutes imaginations solides1 et de toute verit1 c'est la conformit la doctrine d',aristote3 que hors de l1 ce ne sont que chimeres et inanit3 qu'il a tout veu et tout dict4 ,cette sienne proposition1 pour auoir est vn peu trop largement et iniquement interpretee1 le mit autrefois et tint long temps en grand accessoire l'inquisition ,rome4 ,qu'il luy face tout passer par l'estamine1 et ne loge rien en sa teste par simple authorit1 et credit4 ,les principes d',aristote ne luy soyent principes1 non plus que ceux des ,stoiciens ou ,epicuriens4 ,qu'on luy propose cette diuersit de iugemens1 il choisira s'il peut3 sinon il en demeurera en doubte4 ,che non men che saper dubbiar m'aggrada4 ,car s'il embrasse les opinions de ,xenophon et de ,platon1 par son propre discours1 ce ne seront plus les leurs1 ce seront les siennes4 ,qui suit vn autre1 il ne suit rien3 il ne trouue rien3 voire il ne cerche rien4 ,non sumus sub rege1 sibi quisque se vindicet4 ,qu'il sache1 qu'il sait1 au moins4 ,il faut qu'il imboiue leurs humeurs1 non qu'il apprenne leurs preceptes4 ,et qu'il oublie hardiment s'il veut1 d'o il les tient1 mais qu'il se les sache approprier4 ,la verit et la raison sont communes vn chacun1 et ne sont non plus qui les a dites premierement1 qu' qui les dit apres4 ,ce n'est non plus selon ,platon1 que selon moy3 puis que luy et moy l'entendons et voyons de mesme4 ,les abeilles pillotent de del les fleurs1 mais elles en font apres le miel1 qui est tout leur2 ce n'est plus thin1 ny mariolaine4 ,ainsi les pieces empruntees d'autruy1 il les transformera et confondra1 pour en faire vn ouurage tout sien3 sauoir son iugement1 son institution1 son trauail et estude ne vise qu' le former4 ,qu'il cele tout ce dequoy il a est secouru1 et ne produise que ce qu'il en a faict4 ,les pilleurs1 les emprunteurs1 mettent en parade leurs bastiments1 leurs achapts1 non pas ce qu'ils tirent d'autruy4 ,vous ne voyez pas les espices d'vn homme de parlement3 vous voyez les alliances qu'il a gaignees1 et honneurs ses enfants4 ,nul ne met en compte publique sa recette3 chacun y met son acquest4 ,le guain de nostre estude1 c'est en estre deuenu meilleur et plus sage4 ,c'est1 disoit ,epicharmus1 l'entendement qui voyt et qui oyt3 c'est l'entendement qui approfite tout1 qui dispose tout1 qui agit1 qui domine et qui regne3 toutes autres choses sont aueugles1 sourdes et sans ame4 ,certes nous le rendons seruile et coard1 pour ne luy laisser la libert de rien faire de soy4 ,qui demanda iamais son disciple ce qu'il luy semble de la ,rhetorique et de la ,grammaire1 de telle ou telle sentence de ,ciceron8 ,on nous les placque en la memoire toutes empennees1 comme des oracles1 o les lettres et les syllabes sont de la substance de la chose4 ,sauoir par cur n'est pas sauoir3 c'est tenir ce qu'on a donn en garde sa memoire4 ,ce qu'on sait droittement1 on en dispose1 sans regarder au patron1 sans tourner les yeux vers son liure4 ,fascheuse suffisance1 qu'vne suffisance pure liuresque6 ,ie m'attens qu'elle serue d'ornement1 non de fondement3 suiuant l'aduis de ,platon1 qui dit1 la fermet1 la foy1 la sincerit1 estre la vraye philosophie3 les autres sciences1 et qui visent ailleurs1 n'estre que fard4 ,ie voudrois que le ,palul ou ,pompee1 ces beaux danseurs de mon temps1 apprinsent des caprioles les voir seulement faire1 sans nous bouger de nos places1 comme ceux-cy veulent instruire nostre entendement1 sans l'esbranler3 ou qu'on nous apprinst manier vn cheual1 ou vne pique1 ou vn luth1 ou la voix1 sans nous y exercer3 comme ceux icy nous veulent apprendre bien iuger1 et bien parler1 sans nous exercer parler ny iuger4 ,or cet apprentissage tout ce qui se presente nos yeux1 sert de liure suffisant3 la malice d'vn page1 la sottise d'vn valet1 vn propos de table1 ce sont autant de nouuelles matieres4 ,a cette cause le commerce des hommes y est merueilleusement propre1 et la visite des pays estrangers3 non pour en rapporter seulement1 la mode de nostre noblesse ,franoise1 combien de pas a ,santa rotonda1 ou la richesse de calessons de la ,signora ,liuia1 ou comme d'autres1 combien le visage de ,neron1 de quelque vieille ruyne de l1 est plus long ou plus large1 que celuy de quelque pareille medaille4 ,mais pour en rapporter principalement les humeurs de ces nations et leurs faons3 et pour frotter et limer nostre ceruelle contre celle d'autruy1 ie voudrois qu'on commenast le promener ds sa tendre enfance3 et premierement1 pour faire d'vne pierre deux coups1 par les nations voisines1 o le langage est plus esloign du nostre1 et auquel si vous ne la formez de bon'heure1 la langue ne se peut plier4 ,aussi bien est-ce vne opinion receu d'vn chacun1 que ce n'est pas raison de nourrir vn enfant au giron de ses parens4 ,cette amour naturelle les attendrit trop1 et relasche1 voire les plus sages3 ils ne sont capables ny de chastier ses fautes1 ny de le voir nourry grossierement comme il faut1 et hasardeusement4 ,ils ne le sauroient souffrir reuenir suant et poudreux de son exercice1 boire chaud1 boire froid1 ny le voir sur vn cheual rebours1 ny contre vn rude tireur le floret au poing1 ou la premiere harquebuse4 ,car il n'y a remede1 qui en veut faire vn homme de bien1 sans doubte il ne le faut espargner en cette ieunesse3 et faut souuent choquer les regles de la medecine3 ,vitmque sub dio et trepidis agat ,in rebus4 ,ce n'est pas assez de luy roidir l'ame1 il luy faut aussi roidir les muscles2 elle est trop pressee1 si elle n'est secondee2 et a trop faire1 de seule fournir deux offices4 ,ie say combien ahanne la mienne en compagnie d'vn corps si tendre1 si sensible1 qui se laisse si fort aller sur elle4 ,et apperoy souuent en ma leon1 qu'en leurs escrits1 mes maistres font valoir pour magnanimit et force de courage1 des exemples1 qui tiennent volontiers plus de l'espessissure de la peau et durt des os4 ,i'ay veu des hommes1 des femmes et des enfans1 ainsi nays1 qu'une bastonade leur est moins qu' moy vne chiquenaude2 qui ne remuent ny langue ny sourcil1 aux coups qu'on leur donne4 ,quand les athletes contrefont les ,philosophes en patience1 c'est plustost vigueur de nerfs que de cur4 ,or l'accoustumance porter le trauail1 est accoustumance porter la douleur3 labor collum obducit dolori4 ,il le faut rompre la peine1 et aspret des exercices1 pour le dresser la peine1 et aspret de la dislocation1 de la colique1 du caustere3 et de la geaule aussi1 et de la torture4 ,car de ces derniers icy1 encore peut-il estre en prinse1 qui regardent les bons1 selon le temps1 comme les meschants4 ,nous en sommes l'espreuue4 ,quiconque combat les loix1 menace les gents de bien d'escourgees et de la corde4 ,et puis1 l'authorit du gouuerneur1 qui doit estre souueraine sur luy1 s'interrompt et s'empesche par la presence des parents4 ,ioint que ce respect que la famille luy porte1 la cognoissance des moyens et grandeurs de sa maison1 ce ne sont mon opinion pas legeres incommoditez en cet aage4 ,en cette escole du commerce des hommes1 i'ay souuent remarqu ce vice1 qu'au lieu de prendre cognoissance d'autruy1 nous ne trauaillons qu' la donner de nous3 et sommes plus en peine d'emploiter nostre marchandise1 que d'en acquerir de nouuelle4 ,le silence et la modestie sont qualitez tres-commodes la conuersation4 ,on dressera cet enfant estre espargnant et mesnager de sa suffisance1 quand il l'aura acquise1 ne se formalizer point des sottises et fables qui se diront en sa presence3 car c'est vne inciuile importunit de choquer tout ce qui n'est pas de nostre appetit4 ,qu'il se contente de se corriger soy mesme4 ,et ne semble pas reprocher autruy1 tout ce qu'il refuse faire3 ny contraster aux murs publiques4 ,licet sapere sine pompa1 sine inuidia4 ,fuie ces images regenteuses du monde1 et inciuiles3 et cette puerile ambition1 de vouloir paroistre plus fin1 pour estre autre2 et comme si ce fust marchandise malaizee1 que reprehensions et nouuelletez1 vouloir tirer de l1 nom de quelque peculiere valeur4 ,comme il n'affiert qu'aux grands ,potes1 d'vser des licences de l'art3 aussi n'est-il supportable1 qu'aux grandes ames et illustres de se priuilegier au dessus de la coustume4 ,si quid ,socrates et ,aristippus contra morem et consuetudinem fecerunt1 idem sibi ne arbitretur licere3 magnis enim illi et diuinis bonis hanc licentiam assequebantur4 ,on luy apprendra de n'entrer en discours et contestation1 que l o il verra vn champion digne de sa lute3 et l mesmes n'emploier pas tous les tours qui luy peuuent seruir1 mais ceux-l seulement qui luy peuuent le plus seruir4 ,qu'on le rende delicat au chois et triage de ses raisons1 et aymant la pertinence1 et par consequent la briefuet4 ,qu'on l'instruise sur tout se rendre1 et quitter les armes la verit1 tout aussi tost qu'il l'apperceura3 soit qu'elle naisse s mains de son aduersaire1 soit qu'elle naisse en luy-mesmes par quelque rauisement4 ,car il ne sera pas mis en chaise pour dire vn rolle prescript1 il n'est engag aucune cause1 que par ce qu'il l'appreuue4 ,ny ne sera du mestier1 o se vend purs deniers contans1 la libert de se pouuoir repentir et recognoistre4 ,neque1 vt omnia1 qu prscripta et imperata sint1 defendat1 necessitate vlla cogitur4 ,si son gouuerneur tient de mon humeur1 il luy formera la volont estre tres-loyal seruiteur de son ,prince1 et tres-affectionn1 et tres-courageux3 mais il luy refroidira l'enuie de s'y attacher autrement que par vn deuoir publique4 ,outre plusieurs autres inconuenients1 qui blessent nostre libert1 par ces obligations particulieres1 le iugement d'vn homme gag et achett1 ou il est moins entier et moins libre1 ou il est tach et d'imprudence et d'ingratitude4 ,vn pur courtisan ne peut auoir ny loy ny volont1 de dire et penser que fauorablement d'vn maistre1 qui parmi tant de milliers d'autres subiects1 l'a choisi pour le nourrir et eleuer de sa main4 ,cette faueur et vtilit corrompent non sans quelque raison1 sa franchise1 et l'esblouissent4 ,pourtant void on coustumierement1 le langage de ces gens l1 diuers tout autre langage1 en vn estat1 et de peu de foy en telle matiere4 ,que sa conscience et sa vertu reluisent en son parler1 et n'ayent que la raison pour conduite4 ,qu'on luy face entendre1 que de confesser la faute qu'il descouurira en son propre discours1 encore qu'elle ne soit apperceu que par luy1 c'est vn effet de iugement et de sincerit1 qui sont les principales parties qu'il cherche4 ,que l'opiniatrer et contester1 sont qualitez communes3 plus apparentes aux plus basses ames4 ,que se r'aduiser et se corriger1 abandonner vn mauuais party1 sur le cours de son ardeur1 ce sont qualitez rares1 fortes1 et philosophiques4 ,on l'aduertira1 estant en compagnie1 d'auoir les yeux par tout3 car ie trouue que les premiers sieges sont communement saisis par les hommes moins capables1 et que les grandeurs de fortune ne se trouuent gueres meslees la suffisance4 ,i'ay veu ce pendant qu'on s'entretenoit au bout d'vne table1 de la beaut d'vne tapisserie1 ou du goust de la maluoisie1 se perdre beaucoup de beaux traicts l'autre bout4 ,il sondera la portee d'vn chacun3 vn bouuier1 un masson1 vn passant1 il faut tout mettre en besongne1 et emprunter chacun selon sa marchandise3 car tout sert en mesnage3 la sottise mesmes1 et foiblesse d'autruy luy sera instruction4 ,a contreroller les graces et faons d'vn chacun1 il s'engendrera enuie des bonnes1 et mespris des mauuaises4 ,qu'on luy mette en fantasie vne honneste curiosit de s'enquerir de toutes choses3 tout ce qu'il y aura de singulier autour de luy1 il le verra3 vn bastiment1 vne fontaine1 vn homme1 le lieu d'vne bataille ancienne1 le passage de ,csar ou de ,charlemaigne4 ,qu tellus sit lenta gelu1 qu putris ab stu1 ,ventus in ,italiam quis bene vela ferat4 ,il s'enquerra des murs1 des moyens et des alliances de ce ,prince1 et de celuy-l4 ,ce sont choses tres-plaisantes apprendre1 et tres-vtiles sauoir4 ,en cette practique des hommes1 i'entens y comprendre1 et principalement1 ceux qui ne viuent qu'en la memoire des liures4 ,il praticquera par le moyen des histoires1 ces grandes ames des meilleurs siecles4 ,c'est vn vain estude qui veut3 mais qui veut aussi c'est vn estude de fruit estimable3 et le seul estude1 comme dit ,platon1 que les ,lacedemoniens eussent reseru leur part4 ,quel profit ne fera-il en cette part l1 la lecture des vies de nostre ,plutarque8 ,mais que mon guide se souuienne o vise sa charge2 et qu'il n'imprime pas tant son disciple1 la date de la ruine de ,carthage1 que les murs de ,hannibal et de ,scipion3 ny tant o mourut ,marcellus1 que pourquoy il fut indigne de son deuoir1 qu'il mourust l4 ,qu'il ne luy apprenne pas tant les histoires1 qu' en iuger4 ,c'est mon gr1 entre toutes1 la matiere laquelle nos esprits s'appliquent de plus diuerse mesure4 ,i'ay leu en ,tite ,liue cent choses que tel n'y a pas leu4 ,plutarche y en a leu cent2 outre ce que i'y ay seu lire3 et l'aduenture outre ce que l'autheur y auoit mis4 ,a d'aucuns c'est vn pur estude grammairien3 d'autres1 l'anatomie de la ,philosophie1 par laquelle les plus abstruses parties de nostre nature se penetrent4 ,il y a dans ,plutarque beaucoup de discours estendus tres-dignes d'estre seus3 car mon gr c'est le maistre ouurier de telle besongne3 mais il y en a mille qu'il n'a que touch simplement3 il guigne seulement du doigt par o nous irons1 s'il nous plaist1 et se contente quelquefois de ne donner qu'vne atteinte dans le plus vif d'vn propos4 ,il les faut arracher de l1 et mettre en place marchande4 ,comme ce sien mot1 ,que les habitans d',asie seruoient vn seul1 pour ne sauoir prononcer vne seule syllable1 qui est1 ,non1 donna peut estre1 la matiere1 et l'occasion la ,botie1 de sa ,seruitude volontaire4 ,cela mesme de luy voir trier vne legiere action en la vie d'vn homme1 ou vn mot1 qui semble ne porter pas cela1 c'est vn discours4 ,c'est dommage que les gens d'entendement1 ayment tant la briefuet3 sans doubte leur reputation en vaut mieux1 mais nous en valons moins4 ,plutarque ayme mieux que nous le vantions de son iugement1 que de son sauoir3 il ayme mieux nous laisser desir de soy1 que satiet4 ,il sauoit qu's choses bonnes mesmes on peut trop dire1 et que ,alexandridas reprocha iustement1 celuy qui tenoit aux ,ephores des bons propos1 mais trop longs3 ,o estranger1 tu dis ce qu'il faut1 autrement qu'il ne faut4 ,ceux qui ont le corps gresle1 le grossissent d'embourrures3 ceux qui ont la matiere exile1 l'enflent de paroles4 ,il se tire vne merueilleuse clart pour le iugement humain1 de la frequentation du monde4 ,nous sommes tous contraints et amoncellez en nous1 et auons la veu racourcie la longueur de nostre nez4 ,on demandoit ,socrates d'o il estoit1 il ne respondit pas1 d',athenes1 mais1 du monde4 ,luy qui auoit l'imagination plus plaine et plus estandu1 embrassoit l'vniuers1 comme sa ville1 iettoit ses cognoissances1 sa societ et ses affections tout le genre humain3 non pas comme nous1 qui ne regardons que sous nous4 ,quand les vignes gelent en mon village1 mon prebstre en argumente l'ire de ,dieu sur la race humaine1 et iuge que la pepie en tienne des-ia les ,cannibales4 ,a voir nos guerres ciuiles1 qui ne crie que cette machine se bouleuerse1 et que le iour du iugement nous prent au collet3 sans s'auiser que plusieurs pires choses se sont veus1 et que les dix mille parts du monde ne laissent pas de galler le bon temps cependant8 ,moy1 selon leur licence et impunit1 admire de les voir si douces et molles4 ,a qui il gresle sur la teste1 tout l'hemisphere semble estre en tempeste et orage4 ,et disoit le ,sauoard1 que si ce sot de ,roy de ,france1 eut seu bien conduire sa fortune1 il estoit homme pour deuenir maistre d'hostel de son ,duc4 ,son imagination ne conceuoit autre plus esleuee grandeur1 que celle de son maistre4 ,nous sommes insensiblement touts en cette erreur3 erreur de grande suitte et preiudice4 ,mais qui se presente comme dans vn tableau1 cette grande image de nostre mere nature1 en son entiere maiest3 qui lit en son visage1 vne si generale et constante variet3 qui se remarque l dedans1 et non soy1 mais tout vn royaume1 comme vn traict d'vne pointe tres-delicate1 celuy-l seul estime les choses selon leur iuste grandeur4 ,ce grand monde1 que les vns multiplient encore comme especes soubs vn genre1 c'est le miroer1 o il nous faut regarder1 pour nous cognoistre de bon biais4 ,somme ie veux que ce soit le liure de mon escolier4 ,tant d'humeurs1 de sectes1 de iugemens1 d'opinions1 de loix1 et de coustumes1 nous apprennent iuger sainement des nostres1 et apprennent nostre iugement recognoistre son imperfection et sa naturelle foiblesse3 qui n'est pas vn legier apprentissage4 ,tant de remuements d'estat1 et changements de fortune publique1 nous instruisent ne faire pas grand miracle de la nostre4 ,tant de noms1 tant de victoires et conquestes enseuelies soubs l'oubliance1 rendent ridicule l'esperance d'eterniser nostre nom par la prise de dix argoulets1 et d'vn pouillier1 qui n'est cognu que de sa cheute4 ,l'orgueil et la fieret de tant de pompes estrangeres1 la maiest si enflee de tant de cours et de grandeurs1 nous fermit et asseure la vee1 soustenir l'esclat des nostres1 sans siller les yeux4 ,tant de milliasses d'hommes enterrez auant nous1 nous encouragent ne craindre d'aller trouuer si bonne compagnie en l'autre monde3 ainsi du reste4 ,nostre vie1 disoit ,pythagoras1 retire la grande et populeuse assemblee des ieux ,olympiques4 ,les vns exercent le corps1 pour en acquerir la gloire des ieux3 d'autres y portent des marchandises vendre1 pour le gain4 ,il en est1 et qui ne sont pas les pires1 lesquels n'y cherchent aucun fruict1 que de regarder comment et pourquoy chasque chose se faict3 et estre spectateurs de la vie des autres hommes1 pour en iuger et regler la leur4 ,aux exemples se pourront proprement assortir tous les plus profitables discours de la philosophie1 laquelle se doiuent toucher les actions humaines1 comme leur regle4 ,on luy dira1 quid fas optare1 quid asper ,vtile nummus habet1 patri charisque propinquis ,quantum elargiri deceat1 quem te ,deus esse ,iussit1 et humana qua parte locatus es in re1 ,quid sumus1 aut quidnam victuri gignimur3 ,que c'est que scauoir et ignorer1 qui doit estre le but de l'estude3 que c'est que vaillance1 temperance1 et iustice3 ce qu'il y a dire entre l'ambition et l'auarice3 la seruitude et la subiection1 la licence et la libert3 quelles marques on congnoit le vray et solide contentement3 iusques o il faut craindre la mort1 la douleur et la honte4 ,et quo quemque modo fugitque fertque laborem4 ,quels ressors nous meuuent1 et le moyen de tant diuers branles en nous4 ,car il me semble que les premiers discours1 dequoy on luy doit abreuuer l'entendement1 ce doiuent estre ceux1 qui reglent ses murs et son sens1 qui luy apprendront se cognoistre1 et sauoir bien mourir et bien viure4 ,entre les arts liberaux1 commenons par l'art qui nous faict libres4 ,elles seruent toutes voirement en quelque maniere l'instruction de nostre vie1 et son vsage3 comme toutes autres choses y seruent en quelque maniere aussi4 ,mais choisissons celle qui y sert directement et professoirement4 ,si nous sauions restraindre les appartenances de nostre vie leurs iustes et naturels limites1 nous trouuerions1 que la meilleure part des sciences1 qui sont en vsage1 est hors de nostre vsage4 ,et en celles mesmes qui le sont1 qu'il y a des estendues et enfonceures tres-inutiles1 que nous ferions mieux de laisser l3 et suiuant l'institution de ,socrates1 borner le cours de nostre estude en icelles1 o faut l'vtilit4 sapere aude1 ,incipe3 ,viuendi qui rect prorogat horam1 ,rusticus expectat dum defluat amnis1 at ille ,labitur1 et labetur in omne volubilis uum4 ,c'est vne grande simplesse d'aprendre nos enfans1 ,quid moueant pisces1 animosque signa leonis1 ,lotus et ,hesperia quid capricornus aqua2 la science des astres et le mouuement de la huictiesme sphere1 auant que les leurs propres4 1 ' 4 ,anaximenes escriuant ,pythagoras3 ,de quel sens puis ie m'amuser aux secrets des estoilles1 ayant la mort ou la seruitude touiours presente aux yeux8 ,car lors les ,roys de ,perse preparoient la guerre contre son pays4 ,chacun doit dire ainsin4 ,estant battu d'ambition1 d'auarice1 de temerit1 de superstition3 et ayant au dedans tels autres ennemis de la vie3 iray-ie songer au bransle du monde8 ,apres qu'on luy aura appris ce qui sert le faire plus sage et meilleur1 on l'entretiendra que c'est que ,logique1 ,physique1 ,geometrie1 ,rhetorique3 et la science qu'il choisira1 ayant desia le iugement form1 il en viendra bien tost bout4 ,sa leon se fera tantost par deuis1 tantost par liure3 tantost son gouuerneur luy fournira de l'autheur mesme propre cette fin de son institution3 tantost il luy en donnera la moelle1 et la substance toute maschee4 ,et si de soy mesme il n'est assez familier des liures1 pour y trouuer tant de beaux discours qui y sont1 pour l'effect de son dessein1 on luy pourra ioindre quelque homme de lettres1 qui chaque besoing fournisse les munitions qu'il faudra1 pour les distribuer et dispenser son nourrisson4 ,et que cette leon ne soit plus aisee1 et naturelle que celle de ,gaza1 qui y peut faire doute8 ,ce sont l preceptes espineux et mal plaisans1 et des mots vains et descharnez1 o il n'y a point de prise1 rien qui vous esueille l'esprit3 en cette cy l'ame trouue o mordre1 o se paistre4 ,ce fruict est plus grand sans comparaison1 et si sera plustost meury4 ,c'est grand cas que les choses en soyent l en nostre siecle1 que la philosophie soit iusques aux gens d'entendement1 vn nom vain et fantastique1 qui se treuue de nul vsage1 et de nul pris par opinion et par effect4 ,ie croy que ces ergotismes en sont cause1 qui ont saisi ses auenues4 ,on a grand tort de la peindre inaccessible aux enfans1 et d'vn visage renfroign1 sourcilleux et terrible3 qui me l'a masquee de ce faux visage pasle et hideux8 ,il n'est rien plus gay1 plus gaillard1 plus eniou1 et peu que ie ne die follastre4 ,elle ne presche que feste et bon temps4 ,vne mine triste et transie1 montre que ce n'est pas l son giste4 ,demetrius le ,grammairien rencontrant dans le temple de ,delphes vne troupe de ,philosophes assis ensemble1 il leur dit3 ,ou ie me trompe1 ou vous voir la contenance si paisible et si gaye1 vous n'estes pas en grand discours entre vous4 ,a quoy l'vn d'eux1 ,heracleon le ,megarien1 respondit3 ,c'est faire ceux qui cherchent si le futur du verbe a double 1 ou qui cherchent la deriuation des comparatifs et 1 et des superlatifs et 1 qu'il faut rider le front s'entretenant de leur science3 mais quant aux discours de la philosophie1 ils ont accoustum d'esgayer et resiour ceux qui les traictent1 non les renfroigner et contrister4 ,deprendas animi tormenta latentis in gro ,corpore1 deprendas et gaudia1 sumit vtrumque ,inde habitum facies4 ,l'ame qui loge la philosophie1 doit par sa sant rendre sain encores le corps3 elle doit faire luyre iusques au dehors son repos1 et son aise3 doit former son moule le port exterieur1 et l'armer par consequent d'vne gratieuse fiert1 d'vn maintien actif1 et allaigre1 et d'vne contenance contante et debonnaire4 ,la plus expresse marque de la sagesse1 c'est vne esiouissance constante3 son estat est comme des choses au dessus de la lune1 tousiours serein4 ,c'est ,baroco et ,baralipton1 qui rendent leurs supposts ainsi crotez et enfumez2 ce n'est pas elle1 ils ne la cognoissent que par ouyr dire4 ,comment8 elle faict estat de sereiner les tempestes de l'ame1 et d'apprendre la faim et les fiebures rire3 non par quelques ,epicycles imaginaires1 mais par raisons naturelles et palpables4 ,elle a pour son but1 la vertu3 qui n'est pas1 comme dit l'eschole1 plante la teste d'vn mont coup1 rabotteux et inaccessible4 ,ceux qui l'ont approche1 la tiennent au rebours1 loge dans vne belle plaine fertile et fleurissante3 d'o elle void bien souz soy toutes choses2 mais si peut on y arriuer1 qui en sait l'addresse1 par des routtes ombrageuses1 gazonnes1 et doux fleurantes2 plaisamment1 et d'vne pante facile et polie1 comme est celle des voutes celestes4 ,pour n'auoir hant cette vertu supreme1 belle1 triumphante1 amoureuse1 delicieuse pareillement et courageuse1 ennemie professe et irreconciliable d'aigreur1 de desplaisir1 de crainte1 et de contrainte1 ayant pour guide nature1 fortune et volupt pour compagnes3 ils sont allez selon leur foiblesse1 faindre cette sotte image1 triste1 querelleuse1 despite1 menaceuse1 mineuse1 et la placer sur vn rocher l'escart1 emmy des ronces3 fantosme estonner les gents4 ,mon gouuerneur qui cognoist deuoir remplir la volont de son disciple1 autant ou plus d'affection1 que de reuerence enuers la vertu1 luy saura dire1 que les potes suiuent les humeurs communes3 et luy faire toucher au doigt1 que les ,dieux ont mis plustost la sueur aux aduenues des cabinetz de ,venus que de ,pallas4 ,et quand il commencera de se sentir1 luy presentant ,bradamant ou ,angelique1 pour maistresse ioir3 et d'vne beaut naue1 actiue1 genereuse1 non hommasse1 mais virile1 au prix d'vne beaut molle1 affette1 delicate1 artificielle2 l'vne trauestie en garon1 coiffe d'vn morrion luisant3 l'autre vestue en garce1 coiffe d'vn attiffet emperl3 il iugera masle son amour mesme1 s'il choisit tout diuersement cet effemin pasteur de ,phrygie4 ,il luy fera cette nouuelle leon1 que le prix et hauteur de la vraye vertu1 est en la facilit1 vtilit et plaisir de son exercice3 si esloign de difficult1 que les enfans y peuuent comme les hommes1 les simples comme les subtilz4 ,le reglement c'est son vtil1 non pas la force4 ,socrates son premier mignon1 quitte escient sa force1 pour glisser en la nauet et aisance de son progrs4 ,c'est la mere nourrice des plaisirs humains4 ,en les rendant iustes1 elle les rend seurs et purs4 ,les moderant1 elle les tient en haleine et en appetit4 ,retranchant ceux qu'elle refuse1 elle nous aiguise enuers ceux qu'elle nous laisse3 et nous laisse abondamment tous ceux que veut nature3 et iusques la satiet1 sinon iusques la lasset2 maternellement3 si d'aduenture nous ne voulons dire1 que le regime1 qui arreste le beuueur auant l'yuresse1 le mangeur auant la crudit1 le paillard auant la pelade1 soit ennemy de noz plaisirs4 ,si la fortune commune luy faut1 elle luy eschappe2 ou elle s'en passe1 et s'en forge vne autre toute sienne3 non plus flottante et roulante3 elle sait estre riche1 et puissante1 et sauante1 et coucher en des matelats musquez4 ,elle aime la vie1 elle aime la beaut1 la gloire1 et la sant4 ,mais son office propre et particulier1 c'est sauoir vser de ces biens l reglement1 et les sauoir perdre constamment3 office bien plus noble qu'aspre1 sans lequel tout cours de vie est desnatur1 turbulent et difforme3 et y peut-on iustement attacher ces escueils1 ces haliers1 et ces monstres4 ,si ce disciple se rencontre de si diuerse condition1 qu'il aime mieux ouyr vne fable1 que la narration d'vn beau voyage1 ou vn sage propos1 quand il l'entendra4 ,qui au son du tabourin1 qui arme la ieune ardeur de ses compagnons1 se destourne vn autre1 qui l'appelle au ieu des batteleurs4 ,qui par souhait ne trouue plus plaisant et plus doux1 reuenir poudreux et victorieux d'un combat1 que de la paulme ou du bal1 auec le prix de cet exercice3 ie n'y trouue autre remede1 sinon qu'on le mette patissier dans quelque bonne ville3 fust il fils d'vn ,duc3 suiuant le precepte de ,platon1 qu'il faut colloquer les enfans1 non selon les facultez de leur pere1 mais selon les facultez de leur ame4 ,puis que la ,philosophie est celle qui nous instruict viure1 et que l'enfance y a sa leon1 comme les autres aages1 pourquoy ne la luy communique lon8 ,vdum et molle lutum est1 nunc nunc properandus1 et acri ,fingendus sine fine rota4 ,on nous apprent viure1 quand la vie est passe4 ,cent escoliers ont pris la verolle auant que d'estre arriuez leur leon d',aristote de la temperance4 ,cicero disoit1 que quand il viuroit la vie de deux hommes1 il ne prendroit pas le loisir d'estudier les ,potes ,lyriques4 ,et ie trouue ces ergotistes plus tristement encores inutiles4 ,nostre enfant est bien plus press3 il ne doit au paidagogisme que les premiers quinze ou seize ans de sa vie3 le demeurant est deu l'action4 ,employons vn temps si court aux instructions necessaires4 ,ce sont abus1 ostez toutes ces subtilitez espineuses de la ,dialectique1 dequoy nostre vie ne se peut amender1 prenez les simples discours de la philosophie1 sachez les choisir et traitter point1 ils sont plus aisez conceuoir qu'vn conte de ,boccace4 ,vn enfant en est capable au partir de la nourrisse1 beaucoup mieux que d'apprendre lire ou escrire4 ,la philosophie a des discours pour la naissance des hommes1 comme pour la decrepitude4 ,ie suis de l'aduis de ,plutarque1 qu',aristote n'amusa pas tant son grand disciple l'artifice de composer syllogismes1 ou aux principes de ,geometrie1 comme l'instruire des bons preceptes1 touchant la vaillance1 proesse1 la magnanimit et temperance1 et l'asseurance de ne rien craindre3 et auec cette munition1 il l'enuoya encores enfant subiuguer l'empire du monde tout #cjjjj4 hommes de pied1 #djjj4 cheuaulx1 et quarante deux mille escuz seulement4 ,les autres arts et sciences1 dit-il1 ,alexandre les honoroit bien1 et looit leur excellence et gentilesse1 mais pour plaisir qu'il y prist1 il n'estoit pas facile se laisser surprendre l'affection de les vouloir exercer4 ,petite hinc iuuensque sensque ,finem animo certum1 miserique viatica canis4 ,c'est ce que disoit ,epicurus au commencement de sa lettre ,meniceus3 ,ny le plus ieune refuie philosopher1 ny le plus vieil s'y lasse4 ,qui fait autrement1 il semble dire1 ou qu'il n'est pas encores saison d'heureusement viure3 ou qu'il n'en est plus saison4 ,pour tout cecy1 ie ne veux pas qu'on emprisonne ce garon1 ie ne veux pas qu'on l'abandonne la colere et humeur melancholique d'vn furieux maistre d'escole3 ie ne veux pas corrompre son esprit1 le tenir la gehenne et au trauail1 la mode des autres1 quatorze ou quinze heures par iour1 comme vn portefaiz4 ,ny ne trouueroys bon1 quand par quelque complexion solitaire et melancholique1 on le verroit adonn d'vne application trop indiscrette l'estude des liures1 qu'on la luy nourrist4 ,cela les rend ineptes la conuersation ciuile1 et les destourne de meilleures occupations4 ,et combien ay-ie veu de mon temps1 d'hommes abestis1 par temeraire auidit de science8 ,carneades s'en trouua si affoll1 qu'il n'eut plus le loisir de se faire le poil et les ongles4 ,ny ne veux gaster ses meurs genereuses par l'inciuilit et barbarie d'autruy4 ,la sagesse ,franoise a est anciennement en prouerbe1 pour vne sagesse qui prenoit de bon'heure1 et n'auoit gueres de tenue4 ,a la verit nous voyons encores qu'il n'est rien si gentil que les petits enfans en ,france3 mais ordinairement ils trompent l'esperance qu'on en a conceu1 et hommes faicts1 on n'y voit aucune excellence4 ,i'ay ouy tenir gens d'entendement1 que ces colleges o on les enuoie1 dequoy ils ont foison1 les abrutissent ainsin4 ,au nostre1 vn cabinet1 vn iardin1 la table1 et le lict1 la solitude1 la compagnie1 le matin et le vespre1 toutes heures luy seront vnes3 toutes places luy seront estude3 car la philosophie1 qui1 comme formatrice des iugements et des meurs1 sera sa principale leon1 a ce priuilege1 de se mesler par tout4 ,isocrates l'orateur estant pri en vn festin de parler de son art1 chacun trouue qu'il eut raison de respondre3 ,il n'est pas maintenant temps1 de ce que ie say faire1 et ce dequoy il est maintenant temps1 ie ne le say pas faire4 ,car de presenter des harangues ou des disputes de rhetorique1 vne compagnie assemble pour rire et faire bonne chere1 ce seroit vn meslange de trop mauuais accord4 ,et autant en pourroit-on dire de toutes les autres sciences4 ,mais quant la philosophie1 en la partie o elle traicte de l'homme et de ses deuoirs et offices1 'a est le iugement commun de tous les sages1 que pour la douceur de sa conuersation1 elle ne deuoit estre refuse1 ny aux festins1 ny aux ieux4 ,et ,platon l'ayant inuite son conuiue1 nous voyons comme elle entretient l'assistence d'vne faon molle1 et accommode au temps et au lieu1 quoy que ce soit de ses plus hauts discours et plus salutaires4 qu pauperibus prodest1 locupletibus qu1 ,et neglecta qu pueris senibsque nocebit4 ,ainsi sans doubte il choumera moins1 que les autres4 ,mais comme les pas que nous employons nous promener dans vne galerie1 quoy qu'il y en ait trois fois autant1 ne nous lassent pas1 comme ceux que nous mettons quelque chemin dessign3 aussi nostre leon se passant comme par rencontre1 sans obligation de temps et de lieu1 et se meslant toutes noz actions1 se coulera sans se faire sentir4 ,les ieux mesmes et les exercices seront vne bonne partie de l'estude3 la course1 la lucte1 la musique1 la danse1 la chasse1 le maniement des cheuaux et des armes4 ,ie veux que la bien-seance exterieure1 et l'entre-gent1 et la disposition de la personne se faonne quant et quant l'ame4 ,ce n'est pas vne ame1 ce n'est pas vn corps qu'on dresse1 c'est vn homme1 il n'en faut pas faire deux4 ,et comme dit ,platon1 il ne faut pas les dresser l'vn sans l'autre1 mais les conduire galement1 comme vne couple de cheuaux attelez mesme timon4 ,et l'oir semble il pas prester plus de temps et de solicitude1 aux exercices du corps3 et estimer que l'esprit s'en exerce quant et quant1 et non au contraire8 ,au demeurant1 cette institution se doit conduire par vne seuere douceur1 non comme il se fait4 ,au lieu de conuier les enfans aux lettres1 on ne leur presente la verit1 qu'horreur et cruaut4 ,ostez moy la violence et la force2 il n'est rien mon aduis qui abatardisse et estourdisse si fort vne nature bien ne4 ,si vous auez enuie qu'il craigne la honte et le chastiement1 ne l'y endurcissez pas4 ,endurcissez le la sueur et au froid1 au vent1 au soleil et aux hazards qu'il luy faut mespriser4 ,ostez luy toute mollesse et delicatesse au vestir et coucher1 au manger et au boire3 accoustumez le tout3 que ce ne soit pas vn beau garon et dameret1 mais vn garon vert et vigoureux4 ,enfant1 homme1 vieil1 i'ay tousiours creu et iug de mesme4 ,mais entre autres choses1 cette police de la plus part de noz colleges1 m'a tousiours despleu4 ,on eust failly l'aduenture moins dommageablement1 s'inclinant vers l'indulgence4 ,c'est vne vraye geaule de ieunesse captiue4 ,on la rend desbauche1 l'en punissant auant qu'elle le soit4 ,arriuez y sur le point de leur office2 vous n'oyez que cris1 et d'enfans suppliciez1 et de maistres enyurez en leur cholere4 ,quelle maniere1 pour esueiller l'appetit enuers leur leon1 ces tendres ames1 et craintiues1 de les y guider d'vne troigne effroyable1 les mains armes de fouets8 ,inique et pernicieuse forme4 ,ioint ce que ,quintilian en a tres-bien remarqu1 que cette imperieuse authorit1 tire des suittes perilleuses3 et nommment nostre faon de chastiement4 ,combien leurs classes seroient plus decemment ionches de fleurs et de feuilles1 que de tronons d'osiers sanglants8 l'y feroy pourtraire la ioye1 l'allegresse1 et ,flora1 et les ,graces3 comme fit en son eschole le philosophe ,speusippus4 ,o est leur profit1 que l fust aussi leur esbat4 ,on doit ensucrer les viandes salubres l'enfant3 et enfieller celles qui luy sont nuisibles4 ,c'est merueille combien ,platon se montre soigneux en ses loix1 de la gayet et passetemps de la ieunesse de sa cit3 et combien il s'arreste leurs courses1 ieux1 chansons1 saults et danses3 desquelles il dit1 que l'antiquit a donn la conduitte et le patronnage aux ,dieux mesmes1 ,apollon1 aux ,muses et ,minerue4 ,il s'estend mille preceptes pour ses gymnases4 ,pour les sciences lettres1 il s'y amuse fort peu3 et semble ne recommander particulierement la posie1 que pour la musique4 ,toute estranget et particularit en noz murs et conditions est euitable1 comme ennemie de societ4 ,qui ne s'estonneroit de la complexion de ,demophon1 maistre d'hostel d',alexandre1 qui suoit l'ombre1 et trembloit au soleil8 ,i'en ay veu fuir la senteur des pommes1 plus que les harquebuzades2 d'autres s'effrayer pour vne souris3 d'autres rendre la gorge voir de la cresme3 d'autres voir brasser vn lict de plume3 comme ,germanicus ne pouuoit souffrir ny la veu ny le chant des cocqs4 ,il y peut auoir l'aduanture cela quelque propriet occulte1 mais on l'esteindroit1 mon aduis1 qui s'y prendroit de bon'heure4 ,l'institution a gaign cela sur moy1 il est vray que ce n'a point est sans quelque soing1 que sauf la biere1 mon appetit est accommodable indifferemment toutes choses1 dequoy on se paist4 ,le corps est encore souple1 on le doit cette cause plier toutes faons et coustumes3 et pourueu qu'on puisse tenir l'appetit1 et la volont soubs boucle1 qu'on rende hardiment vn ieune homme commode toutes nations et compagnies1 voire au desreglement et aux excs1 si besoing est4 ,son exercitation suiue l'vsage4 ,qu'il puisse faire toutes choses1 et n'ayme faire que les bonnes4 ,les philosophes mesmes ne trouuent pas louable en ,callisthenes1 d'auoir perdu la bonne grace du grand ,alexandre son maistre1 pour n'auoir voulu boire d'autant luy4 ,il rira1 il follastrera1 il se desbauchera auec son ,prince4 ,ie veux qu'en la desbauche mesme1 il surpasse en vigueur et en fermet ses compagnons1 et qu'il ne laisse faire le mal1 ny faute de force ny de science1 mais faute de volont4 ,multum interest1 vtrum peccare quis nolit1 aut nesciat4 ,ie pensois faire honneur vn ,seigneur aussi eslongn de ces debordemens1 qu'il en soit en ,france1 de m'enquerir luy en bonne compagnie1 combien de fois en sa vie il s'estoit enyur1 pour la necessit des affaires du ,roy en ,allemaigne3 il le print de cette faon1 et me respondit que c'estoit trois fois1 lesquelles il recita4 ,i'en say1 qui faute de cette facult1 se sont mis en grand peine1 ayans pratiquer cette nation4 ,i'ay souuent remarqu auec grande admiration la merueilleuse nature d',alcibiades1 de se transformer si aisment faons si diuerses1 sans interest de sa sant2 surpassant tantost la sumptuosit et pompe ,persienne1 tantost l'austerit et frugalit ,lacedemonienne2 autant reform en ,sparte1 comme voluptueux en ,ionie4 ,omnis ,aristippum decuit color1 et status et res4 ,tel voudrois-ie former mon disciple1 ,quem duplici panno patientia velat1 ,mirabor1 vit via si conuersa decebit1 ,personamque feret non inconcinnus vtramque4 ,voicy mes leons3 ,celuy-l y a mieux proffit1 qui les fait1 que qui les sait4 ,si vous le voyez1 vous l'oyez3 si vous l'oyez1 vous le voyez4 ,ia ,dieu ne plaise1 dit quelqu'vn en ,platon1 que philosopher ce soit apprendre plusieurs choses1 et traitter les arts4 ,hanc amplissimam omnium artium bene viuendi disciplinam1 vita magis qum literis persequuti sunt4 ,leon ,prince des ,phliasiens1 s'enquerant ,heraclides ,ponticus1 de quelle science1 de quelle art il faisoit profession3 ,ie ne say1 dit-il1 ny art1 ny science3 mais ie suis ,philosophe4 ,on reprochoit ,diogenes1 comment1 estant ignorant1 il se mesloit de la ,philosophie3 ,ie m'en mesle1 dit-il1 d'autant mieux propos4 ,hegesias le prioit de luy lire quelque liure3 ,vous estes plaisant1 luy respondit il3 vous choisisss les figues vrayes et naturelles1 non peintes3 que ne choisissez vous aussi les exercitations naturelles1 vrayes1 et non escrites8 ,il ne dira pas tant sa leon1 comme il la fera4 ,il la repetera en ses actions4 ,on verra s'il y a de la prudence en ses entreprises3 s'il y a de la bont1 de la iustice en ses deportements3 s'il a du iugement et de la grace en son parler3 de la vigueur en ses maladies3 de la modestie en ses ieux3 de la temperance en ses voluptez3 de l'ordre en son conomie3 de l'indifference en son goust1 soit chair1 poisson1 vin ou eau4 ,qui disciplinam suam non ostentationem scienti1 sed legem vit putet3 quique obtemperet ipse sibi1 et decretis pareat4 ,le vray miroir de nos discours1 est le cours de nos vies4 ,zeuxidamus respondit vn qui luy demanda pourquoy les ,lacedemoniens ne redigeoient par escrit les ordonnances de la prouesse1 et ne les donnoient lire leurs ieunes gens2 que c'estoit parce qu'ils les vouloient accoustumer aux faits1 non pas aux parolles4 ,comparez au bout de #ae4 ou #af4 ans1 cettuy-cy1 vn de ces latineurs de college1 qui aura mis autant de temps n'apprendre simplement qu' parler4 ,le monde n'est que babil1 et ne vis iamais homme1 qui ne die plustost plus1 que moins qu'il ne doit3 toutesfois la moiti de nostre aage s'en va l4 ,on nous tient quatre ou cinq ans entendre les mots et les coudre en clauses1 encores autant en proportionner vn grand corps estendu en quatre ou cinq parties1 autres cinq pour le moins les sauoir brefuement mesler et entrelasser de quelque subtile faon4 ,laissons le ceux qui en font profession expresse4 ,allant vn iour ,orleans1 ie trouuay dans cette plaine au dea de ,clery1 deux regents qui venoyent ,bourdeaux1 enuiron cinquante pas l'vn de l'autre3 plus loing derriere eux1 ie voyois vne trouppe1 et vn maistre en teste1 qui estoit feu ,monsieur le ,comte de la ,rochefoucaut3 vn de mes gens s'enquit au premier de ces regents1 qui estoit ce ,gentil'homme qui venoit apres luy3 luy qui n'auoit pas veu ce train qui le suiuoit1 et qui pensoit qu'on luy parlast de son compagnon1 respondit plaisamment1 ,il n'est pas ,gentil'homme1 c'est vn grammairien1 et ie suis logicien4 ,or nous qui cherchons icy au rebours1 de former non vn grammairien ou logicien1 mais vn ,gentil'homme1 laissons les abuser de leur loisir3 nous auons affaire ailleurs4 ,mais que notre disciple soit bien pourueu de choses1 les parolles ne suiuront que trop3 il les trainera1 si elles ne veulent suiure4 ,i'en oy qui s'excusent de ne se pouuoir exprimer2 et font contenance d'auoir la teste pleine de plusieurs belles choses1 mais faute d'eloquence1 ne les pouuoir mettre en euidence3 c'est vne baye4 ,sauez vous mon aduis que c'est que cela8 ce sont des ombrages1 qui leur viennent de quelques conceptions informes1 qu'ils ne peuuent dmesler et esclarcir au dedans1 ny par consequent produire au dehors4 ,ils ne s'entendent pas encore eux mesmes3 et voyez les vn peu begayer sur le point de l'enfanter1 vous iugez que leur trauail n'est point l'accouchement1 mais la conception1 et qu'ils ne font que lecher encores cette matiere imparfaicte4 ,de ma part1 ie tiens1 et ,socrates ordonne1 que qui a dans l'esprit vne viue imagination et claire1 il la produira1 soit en ,bergamasque1 soit par mines1 s'il est muet3 ,verbque pruisam rem non inuita sequentur4 ,et comme disoit celuy-l1 aussi potiquement en sa prose1 cm res animum occupauere1 verba ambiunt4 ,et cest autre3 ips res verba rapiunt4 ,il ne sait pas ablatif1 coniunctif1 substantif1 ny la grammaire2 ne faict pas son laquais1 ou vne harangere de ,petit pont3 et si vous entretiendront tout vostre soul1 si vous en auez enuie1 et se desferreront aussi peu1 l'aduenture1 aux regles de leur langage1 que le meilleur maistre s arts de ,france4 ,il ne sait pas la rhetorique1 ny pour auant-jeu capter la beneuolence du candide lecteur1 ny ne luy chaut de le sauoir4 ,de vray1 toute cette belle peinture s'efface aisment par le lustre d'vne verit simple et naifue4 ,ces gentilesses ne seruent que pour amuser le vulgaire1 incapable de prendre la viande plus massiue et plus ferme2 comme ,afer montre bien clairement chez ,tacitus4 ,les ,ambassadeurs de ,samos estoyent venus ,cleomenes ,roy de ,sparte1 preparez d'vne belle et longue oraison1 pour l'esmouuoir la guerre contre le tyran ,polycrates3 apres qu'il les eut bien laissez dire1 il leur respondit3 ,quant vostre commencement1 et exorde1 il ne m'en souuient plus1 ny par consequent du milieu2 et quant vostre conclusion1 ie n'en veux rien faire4 ,voila vne belle responce1 ce me semble1 et des harangueurs bien camus4 ,et quoy cet autre8 ,les ,atheniens estoient choisir de deux architectes1 conduire vne grande fabrique2 le premier plus affet1 se presenta auec vn beau discours premedit sur le subiect de cette besongne1 et tiroit le iugement du peuple sa faueur3 mais l'autre en trois mots3 ,seigneurs ,atheniens1 ce que cettuy a dict1 ie le feray4 ,au fort de l'eloquence de ,cicero1 plusieurs en entroient en admiration1 mais ,caton n'en faisant que rire3 ,nous auons1 disoit-il1 vn plaisant ,consul4 ,aille deuant ou apres3 vne vtile sentence1 vn beau traict est tousiours de saison4 ,s'il n'est pas bien ce qui va deuant1 ny ce qui vient apres1 il est bien en soy4 ,ie ne suis pas de ceux qui pensent la bonne rythme faire le bon pome3 laissez luy allonger vne courte syllabe s'il veut1 pour cela non force2 si les inuentions y rient1 si l'esprit et le iugement y ont bien faict leur office3 voyla vn bon pote1 diray-ie1 mais vn mauuais versificateur1 ,emunct naris1 durus componere versus4 ,qu'on face1 dit ,horace1 perdre son ouurage toutes ses coustures et mesures1 ,tempora certa modsque1 et quod prius ordine verbum est1 ,posterius facias1 prponens vltima primis1 ,inuenias etiam disiecti membra poet3 il ne se dementira point pour cela3 les pieces mesmes en seront belles4 ,c'est ce que respondit ,menander1 comme on le tensast1 approchant le iour1 auquel il auoit promis vne comedie1 dequoy il n'y auoit encore mis la main3 elle est compose et preste1 il ne reste qu' y adiouster les vers4 ,ayant les choses et la matiere dispose en l'ame1 il mettoit en peu de compte le demeurant4 ,depuis que ,ronsard et du ,bellay ont donn credit nostre posie ,franoise1 ie ne vois si petit apprenti1 qui n'enfle des mots1 qui ne renge les cadences peu pres1 comme eux4 ,plus sonat qum valet4 ,pour le vulgaire1 il ne fut iamais tant de potes3 mais comme il leur a est bien ais de representer leurs rythmes1 ils demeurent bien aussi court imiter les riches descriptions de l'vn1 et les dlicates inuentions de l'autre4 ,voire mais que fera-il1 si on le presse de la subtilit sophistique de quelque syllogisme8 ,le iambon fait boire1 le boire desaltere1 parquoi le iambon desaltere4 ,qu'il s'en mocque4 ,il est plus subtil de s'en mocquer1 que d'y respondre4 ,qu'il emprunte d',aristippus cette plaisante contrefinesse3 ,pourquoy le deslieray-ie1 puis que tout li il m'empesche8 ,quelqu'vn proposoit contre ,cleanthes des finesses dialectiques3 qui ,chrysippus dit1 ,iou toy de ces battelages auec les enfans1 et ne destourne cela les penses serieuses d'vn homme d'aage4 ,si ces sottes arguties1 contorta et aculeata sophismata1 luy doiuent persuader vne mensonge1 cela est dangereux3 mais si elles demeurent sans effect1 et ne l'esmeuuent qu' rire1 ie ne voy pas pourquoy il s'en doiue donner garde4 ,il en est de si sots1 qu'ils se destournent de leur voye vn quart de lieu1 pour courir apres vn beau mot3 aut qui non verba rebus aptant1 sed res extrinsecus arcessunt1 quibus verba conueniant4 ,et l'autre3 ,qui alicuius verbi decore placentis vocentur ad id quod non proposuerant scribere4 ,ie tors bien plus volontiers vne belle sentence1 pour la coudre sur moy1 que ie ne destors mon fil1 pour l'aller querir4 ,au rebours1 c'est aux paroles seruir et suiure1 et que le ,gascon y arriue1 si le ,franois n'y peut aller4 ,ie veux que les choses surmontent1 et qu'elles remplissent de faon l'imagination de celuy qui escoute1 qu'il n'aye aucune souuenance des mots4 ,le parler que i'ayme1 c'est vn parler simple et naif1 tel sur le papier qu' la bouche3 vn parler succulent et nerueux1 court et serr1 non tant delicat et peign1 comme vehement et brusque4 ,hc demum sapiet dictio1 qu feriet4 ,plustost difficile qu'ennuieux1 esloign d'affectation3 desregl1 descousu1 et hardy3 chaque loppin y face son corps3 non pedantesque1 non fratesque1 non pleideresque1 mais plustost soldatesque1 comme ,suetone appelle celuy de ,iulius ,csar4 ,et si ne sens pas bien1 pourquoy il l'en appelle4 ,i'ay volontiers imit cette desbauche qui se voit en nostre ieunesse1 au port de leurs vestemens4 ,vn manteau en escharpe1 la cape sur vne espaule1 vn bas mal tendu1 qui represente vne fiert desdaigneuse de ces paremens estrangers1 et nonchallante de l'art3 mais ie la trouue encore mieux employe en la forme du parler4 ,toute affectation1 nommment en la gayet et libert ,franoise1 est mesaduenante au courtisan4 ,et en vne ,monarchie1 tout ,gentil'homme doit estre dress au port d'vn courtisan4 ,parquoy nous faisons bien de gauchir vn peu sur le naif et mesprisant4 ,ie n'ayme point de tissure1 o les liaisons et les coustures paroissent3 tout ainsi qu'en vn beau corps1 il ne faut qu'on y puisse compter les os et les veines4 ,qu veritati operam dat oratio1 incomposita sit et simplex4 ,quis accurat loquitur1 nisi qui vult putid loqui8 ,l'eloquence faict iniure aux choses1 qui nous destourne soy4 ,comme aux accoustremens1 c'est pusillanimit1 de se vouloir marquer par quelque faon particuliere et inusite4 ,de mesme au langage1 la recherche des frases nouuelles1 et des mots peu cogneuz1 vient d'vne ambition scholastique et puerile4 ,peusse-ie ne me seruir que de ceux qui seruent aux hales ,paris6 ,aristophanes le ,grammairien n'y entendoit rien1 de reprendre en ,epicurus la simplicit de ses mots3 et la fin de son art oratoire1 qui estoit1 perspicuit de langage seulement4 ,l'imitation du parler1 par sa facilit1 suit incontinent tout vn peuple4 ,l'imitation du iuger1 de l'inuenter1 ne va pas si viste4 ,la plus part des lecteurs1 pour auoir trouu vne pareille robbe1 pensent tresfaucement tenir vn pareil corps4 ,la force et les nerfs1 ne s'empruntent point3 les atours et le manteau s'empruntent4 ,la plus part de ceux qui me hantent1 parlent de mesmes les ,essais3 mais ie ne say1 s'ils pensent de mesmes4 ,les ,atheniens1 dit ,platon1 ont pour leur part1 le soing de l'abondance et elegance du parler1 les ,lacedemoniens de la briefuet1 et ceux de ,crete1 de la fecundit des conceptions1 plus que du langage3 ceux-cy sont les meilleurs4 ,zenon disoit qu'il auoit deux sortes de disciples3 les vns qu'il nommoit 1 curieux d'apprendre les choses1 qui estoient ses mignons3 les autres 1 qui n'auoyent soing que du langage4 ,ce n'est pas dire que ce ne soit vne belle et bonne chose que le bien dire3 mais non pas si bonne qu'on la faict1 et suis despit dequoy nostre vie s'embesongne toute cela4 ,ie voudrois premierement bien sauoir ma langue1 et celle de mes voisins1 o i'ay plus ordinaire commerce4 ,c'est vn bel et grand agencement sans doubte1 que le ,grec et ,latin1 mais on l'achepte trop cher4 ,ie diray icy vne faon d'en auoir meilleur march que de coustume1 qui a est essaye en moy-mesmes2 s'en seruira qui voudra4 ,feu mon pere1 ayant faict toutes les recherches qu'homme peut faire1 parmy les gens sauans et d'entendement1 d'vne forme d'institution exquise2 fut aduis de cet inconuenient1 qui estoit en vsage3 et luy disoit-on que cette longueur que nous mettions apprendre les langues qui ne leur coustoient rien1 est la seule cause1 pourquoy nous ne pouuons arriuer la grandeur d'ame et de cognoissance des anciens ,grecs et ,romains4 ,ie ne croy pas que c'en soit la seule cause4 ,tant y a que l'expedient que mon pere y trouua1 ce fut qu'en nourrice1 et auant le premier desnouement de ma langue1 il me donna en charge vn ,allemand1 qui depuis est mort fameux medecin en ,france1 du tout ignorant de nostre langue1 et tresbien vers en la ,latine4 ,cettuy-cy1 qu'il auoit fait venir expres1 et qui estoit bien cherement gag1 m'auoit continuellement entre les bras4 ,il en eut aussi auec luy deux autres moindres en sauoir1 pour me suiure1 et soulager le premier3 ceux-cy ne m'entretenoient d'autre langue que ,latine4 ,quant au reste de sa maison1 c'estoit vne regle inuiolable1 que ny luy mesme1 ny ma mere1 ny valet1 ny chambriere1 ne parloient en ma compagnie1 qu'autant de mots de ,latin1 que chacun auoit appris pour iargonner auec moy4 ,c'est merueille du fruict que chacun y fit3 mon pere et ma mere y apprindrent assez de ,latin pour l'entendre1 et en acquirent suffisance1 pour s'en seruir la necessit1 comme firent aussi les autres domestiques1 qui estoient plus attachez mon seruice4 ,somme1 nous nous latinizames tant1 qu'il en regorgea iusques nos villages tout autour1 o il y a encores1 et ont pris pied par l'vsage1 plusieurs appellations ,latines d'artisans et d'vtils4 ,quant moy1 i'auois plus de six ans1 auant que i'entendisse non plus de ,franois ou de ,perigordin1 que d',arabesque3 et sans art1 sans liure1 sans grammaire ou precepte1 sans fouet1 et sans larmes1 i'auois appris du ,latin1 tout aussi pur que mon maistre d'escole le sauoit3 car ie ne le pouuois auoir mesl ny alter4 ,si par essay on me vouloit donner vn theme1 la mode des colleges2 on le donne aux autres en ,franois1 mais moy il me le falloit donner en mauuais ,latin1 pour le tourner en bon4 ,et ,nicolas ,grouchi1 qui a escript de comitiis ,romanorum1 ,guillaume ,guerente1 qui a comment ,aristote1 ,george ,bucanan1 ce grand pote ,escossois1 ,marc ,antoine ,muret1 que la ,france et l',italie recognoist pour le meilleur orateur du temps1 mes precepteurs domestiques1 m'ont dit souuent1 que i'auois ce langage en mon enfance1 si prest et si main1 qu'ils craignoient m'accoster4 ,bucanan1 que ie vis depuis la suitte de feu ,monsieur le ,mareschal de ,brissac1 me dit1 qu'il estoit apres escrire de l'institution des enfans3 et qu'il prenoit l'exemplaire de la mienne3 car il auoit lors en charge ce ,comte de ,brissac1 que nous auons veu depuis si valeureux et si braue4 ,quant au ,grec1 duquel ie n'ay quasi du tout point d'intelligence1 mon pere desseigna me le faire apprendre par art4 ,mais d'vne voie nouuelle1 par forme d'bat et d'exercice3 nous pelotions nos declinaisons1 la maniere de ceux qui par certains ieux de tablier apprennent l',arithmetique et la ,geometrie4 ,car entre autres choses1 il auoit est conseill de me faire gouster la science et le deuoir1 par vne volont non force1 et de mon propre desir2 et d'esleuer mon ame en toute douceur et libert1 sans rigueur et contrainte4 ,ie dis iusques telle superstition1 que par ce qu'aucuns tiennent1 que cela trouble la ceruelle tendre des enfans1 de les esueiller le matin en sursaut1 et de les arracher du sommeil 7auquel ils sont plongez beaucoup plus que nous ne sommes7 tout coup1 et par violence1 il me faisoit esueiller par le son de quelque instrument1 et ne fus iamais sans homme qui m'en seruist4 ,cet exemple suffira pour en iuger le reste1 et pour recommander aussi et la prudence et l'affection d'vn si bon pere3 auquel il ne se faut prendre1 s'il n'a recueilly aucuns fruits respondans vne si exquise culture4 ,deux choses en furent cause3 en premier1 le champ sterile et incommode4 ,car quoy que i'eusse la sant ferme et entiere1 et quant et quant vn naturel doux et traitable1 i'estois parmy cela si poisant1 mol et endormy1 qu'on ne me pouuoit arracher de l'oisiuet1 non pas pour me faire iouer4 ,ce que ie voyois1 ie le voyois bien2 et souz cette complexion lourde1 nourrissois des imaginations hardies1 et des opinions au dessus de mon aage4 ,l'esprit1 ie l'auois lent1 et qui n'alloit qu'autant qu'on le menoit3 l'apprehension tardiue1 l'inuention lasche1 et apres tout vn incroyable defaut de memoire4 ,de tout cela il n'est pas merueille1 s'il ne sceut rien tirer qui vaille4 ,secondement1 comme ceux que presse vn furieux desir de guerison1 se laissent aller toute sorte de conseil1 le bon homme1 ayant extreme peur de faillir en chose qu'il auoit tant cur1 se laissa en fin emporter l'opinion commune1 qui suit tousiours ceux qui vont deuant1 comme les grus2 et se rengea la coustume1 n'ayant plus autour de luy ceux qui luy auoient donn ces premieres institutions1 qu'il auoit apportes d',italie3 et m'enuoya enuiron mes six ans au college de ,guienne1 tres-florissant pour lors1 et le meilleur de ,france4 ,et l1 il n'est possible de rien adiouster au soing qu'il eut1 et me choisir des precepteurs de chambre suffisans1 et toutes les autres circonstances de ma nourriture2 en laquelle il reserua plusieurs faons particulieres1 contre l'vsage des colleges3 mais tant y a que c'estoit tousiours college4 ,mon ,latin s'abastardit incontinent1 duquel depuis par desaccoustumance i'ay perdu tout vsage4 ,et ne me seruit cette mienne inaccoustume institution1 que de me faire eniamber d'arriue aux premieres classes4 ,car treize ans1 que ie sortis du college1 i'auois acheu mon cours 7qu'ils appellent7 et la verit sans aucun fruit1 que ie peusse present mettre en compte4 ,le premier goust que i'euz aux liures1 il me vint du plaisir des fables de la ,metamorphose d',ouide4 ,car enuiron l'aage de #g4 ou #h4 ans1 ie me desrobois de tout autre plaisir1 pour les lire3 d'autant que cette langue estoit la mienne maternelle2 et que c'estoit le plus ais liure1 que ie cogneusse1 et le plus accommod la foiblesse de mon aage1 cause de la matiere4 ,car des ,lancelots du ,lac1 des ,amadis1 des ,huons de ,bordeaux1 et tels fatras de liures1 quoy l'enfance s'amuse1 ie n'en cognoissois pas seulement le nom1 ny ne fais encore le corps3 tant exacte estoit ma discipline4 ,ie m'en rendois plus nonchalant l'estude de mes autres leons prescrites4 ,l il me vint singulierement propos1 d'auoir affaire vn homme d'entendement de precepteur1 qui sceust dextrement conniuer cette mienne desbauche1 et autres pareilles4 ,car par l1 i'enfilay tout d'vn train ,vergile en l'neide1 et puis ,terence1 et puis ,plaute1 et des comedies ,italiennes1 leurr tousiours par la douceur du subiect4 ,s'il eust est si fol de rompre ce train1 i'estime que ie n'eusse rapport du college que la haine des liures1 comme fait quasi toute nostre noblesse4 ,il s'y gouuerna ingenieusement1 faisant semblant de n'en voir rien4 ,il aiguisoit ma faim1 ne me laissant qu' la desrobe gourmander ces liures1 et me tenant doucement en office pour les autres estudes de la regle4 ,car les principales parties que mon pere cherchoit ceux qui il donnoit charge de moy1 c'estoit la debonnairet et facilit de complexion4 ,aussi n'auoit la mienne autre vice1 que langueur et paresse4 ,le danger n'estoit pas que ie fisse mal1 mais que ie ne fisse rien4 ,nul ne prognostiquoit que ie deusse deuenir mauuais1 mais inutile3 on y preuoyoit de la faineantise1 non pas de la malice4 ,ie sens qu'il en est aduenu comme cela4 ,les plaintes qui me cornent aux oreilles1 sont telles3 ,il est oisif1 froid aux offices d'amiti1 et de parent3 et aux offices publiques1 trop particulier1 trop desdaigneux4 ,les plus iniurieux mesmes ne disent pas1 ,pourquoy a il prins1 pourquoy n'a-il pay8 mais1 ,pourquoy ne quitte-il1 pourquoy ne donne-il8 ,ie receuroy faueur1 qu'on ne desirast en moy que tels effects de supererogation4 ,mais ils sont iniustes1 d'exiger ce que ie ne doy pas1 plus rigoureusement beaucoup1 qu'ils n'exigent d'eux ce qu'ils doiuent4 ,en m'y condemnant1 ils effacent la gratification de l'action1 et la gratitude qui m'en seroit deu4 ,l o le bien faire actif1 deuroit plus peser de ma main1 en consideration de ce que ie n'en ay de passif nul qui soit4 ,ie puis d'autant plus librement disposer de ma fortune1 qu'elle est plus mienne3 et de moy1 que ie suis plus mien4 ,toutesfois si i'estoy grand enlumineur de mes actions1 l'aduenture rembarrerois-ie bien ces reproches2 et quelques-vns apprendrois1 qu'ils ne sont pas si offensez que ie ne face pas assez3 que dequoy ie puisse faire assez plus que ie ne fay4 ,mon ame ne laissoit pourtant en mesme temps d'auoir part soy des remuements fermes3 et des iugements seurs et ouuerts autour des obiects qu'elle cognoissoit3 et les digeroit seule1 sans aucune communication4 ,et entre autres choses ie croy la verit qu'elle eust est du tout incapable de se rendre la force et violence4 ,mettray-ie en compte cette facult de mon enfance1 vne asseurance de visage1 et soupplesse de voix et de geste1 m'appliquer aux rolles que i'entreprenois8 ,car auant l'aage1 ,alter ab vndecimo tum me vix ceperat annus3 i'ay soustenu les premiers personnages1 s tragedies latines de ,bucanan1 de ,guerente1 et de ,muret1 qui se representerent en nostre college de ,guienne auec dignit4 ,en cela1 ,andreas ,goueanus nostre principal1 comme en toutes autres parties de sa charge1 fut sans comparaison le plus grand principal de ,france2 et m'en tenoit-on maistre ouurier4 ,c'est vn exercice1 que ie ne meslou point aux ieunes enfans de maison2 et ay veu nos ,princes s'y addonner depuis1 en personne1 l'exemple d'aucuns des anciens1 honnestement et louablement4 ,il estoit loisible1 mesme d'en faire mestier1 aux gents d'honneur et en ,grece1 ,aristoni tragico actori rem aperit3 huic et genus et fortuna honesta erant3 nec ars1 quia nihil tale apud ,grcos pudori est1 ea deformabat4 ,car i'ay tousiours accus d'impertinence1 ceux qui condemnent ces esbatemens3 et d'iniustice1 ceux qui refusent l'entre de nos bonnes villes aux comediens qui le valent1 et enuient au peuple ces plaisirs publiques4 ,les bonnes polices prennent soing d'assembler les citoyens1 et les r'allier1 comme aux offices serieux de la deuotion1 aussi aux exercices et ieux4 ,la societ et amiti s'en augmente1 et puis on ne leur sauroit conceder des passetemps plus reglez1 que ceux qui se font en presence d'vn chacun1 et la veu mesme du magistrat3 et trouuerois raisonnable que le ,prince ses despens en gratifiast quelquefois la commune1 d'vne affection et bont comme paternelle3 et qu'aux villes populeuses il y eust des lieux destinez et disposez pour ces spectacles3 quelque diuertissement de pires actions et occultes4 ,pour reuenir mon propos1 il n'y a tel1 que d'allecher l'appetit et l'affection1 autrement on ne fait que des asnes chargez de liures3 on leur donne coups de foet en garde leur pochette pleine de science4 ,laquelle pour bien faire1 il ne faut pas seulement loger chez soy1 il la faut espouser4 ,,chapitre ,,xxvi4 ,c'est folie de rapporter le vray et le faux nostre suffisance4 ,,ce n'est pas l'aduenture sans raison1 que nous attribuons simplesse et ignorance1 la facilit de croire et de se laisser persuader4 ,car il me semble auoir appris autrefois1 que la creance estoit comme vne impression1 qui se faisoit en nostre ame2 et mesure qu'elle se trouuoit plus molle et de moindre resistance1 il estoit plus ays y empreindre quelque chose4 ,vt necesse est lancem in libra ponderibus impositis deprimi3 sic animum perspicuis cedere4 ,d'autant que l'ame est plus vuide1 et sans contrepoids1 elle se baisse plus facilement souz la charge de la premiere persuasion4 ,voyl pourquoy les enfans1 le vulgaire1 les femmes et les malades sont plus suiets estre menez par les oreilles4 ,mais aussi de l'autre part1 c'est vne sotte presomption1 d'aller desdeignant et condamnant pour faux1 ce qui ne nous semble pas vray-semblable3 qui est vn vice ordinaire de ceux qui pensent auoir quelque suffisance1 outre la commune4 ,i'en faisoy ainsin autrefois1 et si i'oyois parler ou des esprits qui reuiennent1 ou du prognostique des choses futures1 des enchantemens1 des sorcelleries1 ou faire quelque autre conte1 o ie ne peusse pas mordre1 ,somnia1 terrores magicos1 miracula1 sagas1 ,nocturnos lemures1 portentque ,thessala3 il me venoit compassion du pauure peuple abus de ces folies4 ,et present ie treuue1 que i'estoy pour le moins autant plaindre moy mesme4 ,non que l'experience m'aye depuis rien faict voir1 au dessus de mes premieres creances2 et si n'a pas tenu ma curiosit3 mais la raison m'a instruit1 que de condamner ainsi resolument vne chose pour fausse1 et impossible1 c'est se donner l'aduantage d'auoir dans la teste1 les bornes et limites de la volont de ,dieu1 et de la puissance de nostre mere nature3 et qu'il n'y a point de plus notable folie au monde1 que de les ramener la mesure de nostre capacit et suffisance4 ,si nous appelons monstres ou miracles1 ce o nostre raison ne peut aller1 combien s'en presente il continuellement nostre veu8 ,considerons au trauers de quels nuages1 et comment tastons on nous meine la cognoissance de la pluspart des choses qui nous sont entre mains3 certes nous trouuerons que c'est plustost accoustumance1 que science1 qui nous en oste l'estranget3 ,iam nemo fessus satursque videndi1 ,suspicere in cli dignatur lucida templa3 et que ces choses l1 si elles nous estoyent presentees de nouueau1 nous les trouuerions autant ou plus incroyables qu'aucunes autres4 ,si nunc primm morialibus adsint ,ex improuiso1 ceu sint obiecta repente1 ,nil magis his rebus poterat mirabile dici1 ,aut minus ant quod auderent fore credere gentes4 ,celuy qui n'auoit iamais veu de riuiere1 la premiere qu'il rencontra1 il pensa que ce fust l',ocean3 et les choses qui sont nostre cognoissance les plus grandes1 nous les iugeons estre les extremes que nature face en ce genre4 ,scilicet et fluuius qui non est maximus1 ei est ,qui non ant aliquem maiorem vidit1 et ingens ,arbor homque videtur1 et omnia de genere omni ,maxima qu vidit quisque1 hc ingentia fingit4 ,consuetudine oculorum assuescunt animi1 neque admirantur1 neque requirunt rationes earum rerum1 quas semper vident4 ,la nouuellet des choses nous incite plus que leur grandeur1 en rechercher les causes4 ,il faut iuger auec plus de reuerence de cette infinie puissance de nature1 et plus de recognoissance de nostre ignorance et foiblesse4 ,combien y a il de choses peu vray-semblables1 tesmoignees par gens dignes de foy1 desquelles si nous ne pouuons estre persuadez1 au moins les faut-il laisser en suspens3 car de les condamner impossibles1 c'est se faire fort1 par vne temeraire presumption1 de sauoir iusques o va la possibilit4 ,si lon entendoit bien la difference qu'il y a entre l'impossible et l'inusit2 et entre ce qui est contre l'ordre du cours de nature1 et contre la commune opinion des hommes1 en ne croyant pas temerairement1 ny aussi ne descroyant pas facilement3 on obserueroit la regle de ,rien trop1 commandee par ,chilon4 ,quand on trouue dans ,froissard1 que le ,conte de ,foix seut en ,bearn la defaicte du ,roy ,iean de ,castille ,iuberoth1 le lendemain qu'elle fut aduenue1 et les moyens qu'il en allegue1 on s'en peut moquer3 et de ce mesme que nos ,annales disent1 que le ,pape ,honorius le propre iour que le ,roy ,philippe ,auguste mourut ,mante1 fit faire ses funerailles publiques1 et les manda faire par toute l',italie4 ,car l'authorit de ces tesmoings n'a pas l'aduenture assez de rang pour nous tenir en bride4 ,mais quoy8 si ,plutarque outre plusieurs exemples1 qu'il allegue de l'antiquit1 dit sauoir de certaine science1 que du temps de ,domitian1 la nouuelle de la bataille perdue par ,antonius en ,allemaigne plusieurs iournees de l1 fut publiee ,rome1 et semee par tout le monde le mesme iour qu'elle auoit est perdu3 et si ,csar tient1 qu'il est souuent aduenu que la renommee a deuanc l'accident3 dirons-nous pas que ces simples gens l1 se sont laissez piper apres le vulgaire1 pour n'estre pas clair-voyans comme nous8 ,est-il rien plus delicat1 plus net1 et plus vif1 que le iugement de ,pline1 quand il luy plaist de le mettre en ieu8 rien plus esloign de vanit8 ie laisse part l'excellence de son sauoir1 quand ie fay moins de conte3 en quelle partie de ces deux l le surpassons nous8 toutesfois il n'est si petit escolier1 qui ne le conuainque de mensonge1 et qui ne luy vueille faire leon sur le progrez des ouurages de nature4 ,quand nous lisons dans ,bouchet les miracles des reliques de ,sainct ,hilaire3 passe3 son credit n'est pas assez grand pour nous oster la licence d'y contredire3 mais de condamner d'vn train toutes pareilles histoires1 me semble singuliere impudence4 ,ce grand ,sainct ,augustin tesmoigne auoir veu sur les reliques ,sainct ,geruais et ,protaise ,milan1 vn enfant aueugle recouurer la veu3 vne femme ,carthage estre guerie d'vn cancer par le signe de la croix1 qu'vne femme nouuellement baptisee luy fit3 ,hesperius1 vn sien familier auoir chass les esprits qui infestoient sa maison1 auec vn peu de terre du ,sepulchre de nostre ,seigneur3 et cette terre depuis transportee l',eglise1 vn paralytique en auoir est soudain guery3 vne femme en vne procession ayant touch la chasse ,s4 ,estienne1 d'vn bouquet1 et de ce bouquet s'estant frotte les yeux1 auoir recouur la veu piea perdu3 et plusieurs autres miracles1 o il dit luy mesmes auoir assist4 ,dequoy accuserons nous et luy et deux ,s4 ,euesques ,aurelius et ,maximinus1 qu'il appelle pour ses recors8 sera-ce d'ignorance1 simplesse1 facilit1 ou de malice et imposture8 ,est-il homme en nostre siecle si impudent1 qui pense leur estre comparable1 suit en vertu et pit1 soit en sauoir1 iugement et suffisance8 ,qui vt rationem nullam afferrent1 ipsa autoritate me frangerent4 ,c'est vne hardiesse dangereuse et de consequence1 outre l'absurde temerit qu'elle traine quant et soy1 de mespriser ce que nous ne conceuons pas4 ,car apres que selon vostre bel entendement1 vous auez estably les limites de la verit et de la mensonge1 et qu'il se treuue que vous auez necessairement croire des choses o il y a encores plus d'estranget qu'en ce que vous niez1 vous vous estes des-ia oblig de les abandonner4 ,or ce qui me semble apporter autant de desordre en nos consciences en ces troubles o nous sommes1 de la ,religion1 c'est cette dispensation que les ,catholiques font de leur creance4 ,il leur semble faire bien les moderez et les entenduz1 quand ils quittent aux aduersaires aucuns articles de ceux qui sont en debat4 ,mais outre ce1 qu'ils ne voyent pas quel aduantage c'est celuy qui vous charge1 de commancer luy ceder1 et vous tirer arriere1 et combien cela l'anime poursuiure sa pointe3 ces articles l qu'ils choisissent pour les plus legers1 sont aucunefois tres-importans4 ,ou il faut se submettre du tout l'authorit de nostre police ecclesiastique1 ou du tout s'en dispenser4 ,ce n'est pas nous establir la part que nous luy deuons d'obeissance4 ,et d'auantage1 ie le puis dire pour l'auoir essay1 ayant autrefois vs de cette libert de mon chois et triage particulier1 mettant nonchaloir certains points de l'obseruance de nostre ,eglise1 qui semblent auoir vn visage ou plus vain1 ou plus estrange1 venant en communiquer aux hommes sauans1 i'ay trouu que ces choses l ont vn fondement massif et tressolide3 et que ce n'est que bestise et ignorance1 qui nous fait les receuoir auec moindre reuerence que le reste4 ,que ne nous souuient il combien nous sentons de contradiction en nostre iugement mesmes8 combien de choses nous seruoyent hyer d'articles de foy1 qui nous sont fables auiourd'huy8 ,la gloire et la curiosit1 sont les fleaux de nostre ame4 ,cette cy nous conduit mettre le nez par tout1 et celle l nous defend de rien laisser irresolu et indecis4 ,,chapitre ,,xxvii4 ,de l',amiti4 ,,considerant la conduite de la besongne d'vn peintre que i'ay1 il m'a pris enuie de l'ensuiure4 ,il choisit le plus bel endroit et milieu de chaque paroy1 pour y loger vn tableau labour de toute sa suffisance2 et le vuide tout au tour1 il le remplit de crotesques3 qui sont peintures fantasques1 n'ayans grace qu'en la variet et estranget4 ,que sont-ce icy aussi la verit que crotesques et corps monstrueux1 rappiecez de diuers membres1 sans certaine figure1 n'ayants ordre1 suite1 ny proportion que fortuite8 ,desinit in piscem mulier formosa supern4 ,ie vay bien iusques ce second point1 auec mon peintre3 mais ie demeure court en l'autre1 et meilleure partie3 car ma suffisance ne va pas si auant1 que d'oser entreprendre vn tableau riche1 poly et form selon l'art4 ,ie me suis aduis d'en emprunter vn d',estienne de la ,boitie1 qui honorera tout le reste de cette besongne4 ,c'est vn discours auquel il donna nom3 ,la ,seruitude volontaire3 mais ceux qui l'ont ignor1 l'ont bien proprement depuis rebatis1 le ,contre-vn4 ,il l'escriuit par maniere d'essay1 en sa premiere ieunesse1 l'honneur de la libert contre les tyrans4 ,il court piea s mains des gens d'entendement1 non sans bien grande et meritee recommandation3 car il est gentil1 et plein ce qu'il est possible4 ,si y a il bien dire1 que ce ne soit le mieux qu'il peust faire3 et si en l'aage que ie l'ay cogneu plus auanc1 il eust pris vn tel desseing que le mien1 de mettre par escrit ses fantasies1 nous verrions plusieurs choses rares1 et qui nous approcheroient bien pres de l'honneur de l'antiquit3 car notamment en cette partie des dons de nature1 ie n'en cognois point qui luy soit comparable4 ,mais il n'est demeur de luy que ce discours1 encore par rencontre1 et croy qu'il ne le veit oncques depuis qu'il luy eschappa3 et quelques memoires sur cet edict de ,ianuier fameux par nos guerres ciuiles1 qui trouueront encores ailleurs peut estre leur place4 ,c'est tout ce que i'ay peu recouurer de ses reliques 7moy qu'il laissa d'vne si amoureuse recommandation1 la mort entre les dents1 par son testament1 heritier de sa bibliotheque et de ses papiers7 outre le liuret de ses uures que i'ay faict mettre en lumiere4 ,et si suis oblig particulierement cette piece1 d'autant qu'elle a seruy de moyen nostre premiere accointance4 ,car elle me fut montree longue espace auant que ie l'eusse veu2 et me donna la premiere cognoissance de son nom1 acheminant ainsi cette amiti1 que nous auons nourrie1 tant que ,dieu a voulu1 entre nous1 si entiere et si parfaicte1 que certainement il ne s'en lit guere de pareilles3 et entre nos hommes il ne s'en voit aucune trace en vsage4 ,il faut tant de rencontre la bastir1 que c'est beaucoup si la fortune y arriue vne fois en trois siecles4 ,il n'est rien quoy il semble que nature nous aye plus achemins qu' la societ4 ,et dit ,aristote1 que les bons legislateurs ont eu plus de soing de l'amiti1 que de la iustice4 ,or le dernier point de sa perfection est cetuy-cy4 ,car en general toutes celles que la volupt1 ou le profit1 le besoin publique ou priu1 forge et nourrit1 en sont d'autant moins belles et genereuses1 et d'autant moins amitiez1 qu'elles meslent autre cause et but et fruit en l'amiti qu'elle mesme4 ,ny ces quatre especes anciennes1 naturelle1 sociale1 hospitaliere1 venerienne1 particulierement n'y conuiennent1 ny coniointement4 ,des enfans aux peres1 c'est plustost respect4 ,l'amiti se nourrit de communication1 qui ne peut se trouuer entre eux1 pour la trop grande disparit1 et offenceroit l'aduenture les deuoirs de nature3 car ny toutes les secrettes pensees des peres ne se peuuent communiquer aux enfans1 pour n'y engendrer vne messeante priuaut3 ny les aduertissemens et corrections1 qui est vn des premiers offices d'amiti1 ne se pourroient exercer des enfans aux peres4 ,il s'est trouu des nations1 o par vsage les enfans tuoyent leurs peres3 et d'autres1 o les peres tuoyent leurs enfans1 pour euiter l'empeschement qu'ils se peuuent quelquesfois entreporter3 et naturellement l'vn depend de la ruine de l'autre4 ,il s'est trouu des philosophes desdaignans cette cousture naturelle1 tesmoing ,aristippus qui quand on le pressoit de l'affection qu'il deuoit ses enfans pour estre sortis de luy1 il se mit cracher1 disant1 que cela en estoit aussi bien sorty3 que nous engendrions bien des pouz et des vers4 ,et cet autre que ,plutarque vouloit induire s'accorder auec son frere3 ,ie n'en fais pas1 dit-il1 plus grand estat1 pour estre sorty de mesme trou4 ,c'est la verit vn beau nom1 et plein de dilection que le nom de frere1 et cette cause en fismes nous luy et moy nostre alliance3 mais ce meslange de biens1 ces partages1 et que la richesse de l'vn soit la pauuret de l'autre1 cela detrampe merueilleusement et relasche cette soudure fraternelle4 ,les freres ayants conduire le progrez de leur auancement1 en mesme sentier et mesme train1 il est force qu'ils se heurtent et choquent souuent4 ,d'auantage1 la correspondance et relation qui engendre ces vrayes et parfaictes amitiez1 pourquoy se trouuera elle en ceux cy8 ,le pere et le fils peuuent estre de complexion entierement eslongnee1 et les freres aussi4 ,c'est mon fils1 c'est mon parent3 mais c'est vn homme farouche1 vn meschant1 ou vn sot4 ,et puis1 mesure que ce sont amitiez que la loy et l'obligation naturelle nous commande1 il y a d'autant moins de notre choix et libert volontaire3 et nostre libert volontaire n'a point de production qui soit plus proprement sienne1 que celle de l'affection et amiti4 ,ce n'est pas que ie n'aye essay de ce cost l1 tout ce qui en peut estre1 ayant eu le meilleur pere qui fut onques1 et le plus indulgent1 iusques son extreme vieillesse3 et estant d'vne famille fameuse de pere en fils1 et exemplaire en cette partie de la concorde fraternelle3 et ipse ,notus in fratres animi paterni4 ,d'y comparer l'affection enuers les femmes1 quoy qu'elle naisse de nostre choix1 on ne peut3 ny la loger en ce rolle4 ,son feu1 ie le confesse1 neque enim est dea nescia nostri ,qu dulcem curis miscet amaritiem1 est plus actif1 plus cuisant1 et plus aspre4 ,mais c'est vn feu temeraire et volage1 ondoyant et diuers1 feu de fiebure1 subiect accez et remises1 et qui ne nous tient qu' vn coing4 ,en l'amiti1 c'est vne chaleur generale et vniuerselle1 temperee au demeurant et gale1 vne chaleur constante et rassize1 toute douceur et pollissure1 qui n'a rien d'aspre et de poignant4 ,qui plus est en l'amour ce n'est qu'vn desir forcen apres ce qui nous fuit1 ,come segue la lepre il cacciatore ,al freddo1 al caldo1 alla montagna1 al lito1 ,ne piu l'estima poi1 che presa vede1 ,e sol dietro chi fugge affreta il piede4 ,aussi tost qu'il entre aux termes de l'amiti1 c'est dire en la conuenance des volontez1 il s'esuanouist et s'alanguist3 la ioussance le perd1 comme ayant la fin corporelle et suiette saciet4 ,l'amiti au rebours1 est iouye mesure qu'elle est desiree1 ne s'esleue1 se nourrit1 ny ne prend accroissance qu'en la iouyssance1 comme estant spirituelle1 et l'ame s'affinant par l'vsage4 ,sous cette parfaicte amiti1 ces affections volages ont autresfois trouu place chez moy1 affin que ie ne parle de luy1 qui n'en confesse que trop par ses vers4 ,ainsi ces deux passions sont entrees chez moy en cognoissance l'vne de l'autre1 mais en comparaison iamais3 la premiere maintenant sa route d'vn vol hautain et superbe1 et regardant desdaigneusement cette cy passer ses pointes bien loing au dessoubs d'elle4 ,quant au mariage1 outre ce que c'est vn march qui n'a que l'entree libre1 sa duree estant contrainte et forcee1 dependant d'ailleurs que de nostre vouloir3 et march1 qui ordinairement se fait autres fins3 il y suruient mille fusees estrangeres desmeler parmy1 suffisantes rompre le fil et troubler le cours d'vne viue affection3 l o en l'amiti1 il n'y a affaire ny commerce que d'elle mesme4 ,ioint qu' dire vray1 la suffisance ordinaire des femmes1 n'est pas pour respondre cette conference et communication1 nourrisse de cette saincte cousture3 ny leur ame ne semble assez ferme pour soustenir l'estreinte d'vn neud si press1 et si durable4 ,et certes sans cela1 s'il se pouuoit dresser vne telle accointance libre et volontaire1 o non seulement les ames eussent cette entiere iouyssance1 mais encores o les corps eussent part l'alliance1 o l'homme fust engag tout entier3 il est certain que l'amiti en seroit plus pleine et plus comble3 mais ce sexe par nul exemple n'y est encore peu arriuer1 et par les escholes anciennes en est reiett4 ,et cette autre licence ,grecque est iustement abhorree par nos murs4 ,laquelle pourtant1 pour auoir selon leur vsage1 vne si necessaire disparit d'aages1 et difference d'offices entre les amants1 ne respondoit non plus assez la parfaicte vnion et conuenance qu'icy nous demandons4 ,quis est enim iste amor amiciti8 cur neque deformem adolescentem quisquam amat1 neque formosum senem8 ,car la peinture mesme qu'en faict l',academie ne me desaduoera pas1 comme ie pense1 de dire ainsi de sa part3 ,que cette premiere fureur1 inspiree par le fils de ,venus au cur de l'amant1 sur l'obiect de la fleur d'vne tendre ieunesse1 laquelle ils permettent tous les insolents et passionnez efforts1 que peut produire vne ardeur immoderee1 estoit simplement fondee en vne beaut externe3 fauce image de la generation corporelle4 ,car en l'esprit elle ne pouuoit1 duquel la montre estoit encore cachee3 qui n'estoit qu'en sa naissance1 et auant l'aage de germer4 ,que si cette fureur saisissoit vn bas courage1 les moyens de sa poursuitte c'estoient richesses1 presents1 faueur l'auancement des dignitez3 et telle autre basse marchandise1 qu'ils reprouuent4 ,si elle tomboit en vn courage plus genereux1 les entremises estoient genereuses de mesmes3 ,instructions philosophiques1 enseignements reuerer la religion1 ober aux loix1 mourir pour le bien de son pas3 exemples de vaillance1 prudence1 iustice4 ,s'estudiant l'amant de se rendre acceptable par la bonne grace et beaut de son ame1 celle de son corps estant piea fane3 et esperant par cette societ mentale1 establir vn march plus ferme et durable4 ,quand cette poursuitte arriuoit l'effect1 en sa saison 7car ce qu'ils ne requierent point en l'amant1 qu'il apportast loysir et discretion en son entreprise2 ils le requierent exactement en l'aim3 d'autant qu'il luy falloit iuger d'vne beaut interne1 de difficile cognoissance1 et abstruse descouuerte7 lors naissoit en l'aym le desir d'vne conception spirituelle1 par l'entremise d'vne spirituelle beaut4 ,cette cy estoit icy principale3 la corporelle1 accidentale et seconde3 tout le rebours de l'amant4 ,a cette cause preferent ils l'aym3 et verifient1 que les ,dieux aussi le preferent3 et tansent grandement le pote ,aischylus1 d'auoir en l'amour d',achilles et de ,patroclus1 donn la part de l'amant ,achilles1 qui estoit en la premiere et imberbe verdeur de son adolescence1 et le plus beau des ,grecs4 ,apres cette communaut generale1 la maistresse et plus digne partie d'icelle1 exerant ses offices1 et predominant3 ils disent1 qu'il en prouenoit des fruicts tres-vtiles au priu et au public4 ,que c'estoit la force des pas1 qui en receuoient l'vsage3 et la principale defense de l'equit et de la libert4 ,tesmoin les salutaires amours de ,hermodius et d',aristogiton4 ,pourtant la nomment ils sacree et diuine1 et n'est leur compte1 que la violence des tyrans1 et laschet des peuples1 qui luy soit aduersaire3 en fin1 tout ce qu'on peut donner la faueur de l',academie1 c'est dire1 que c'estoit vn amour se terminant en amiti3 chose qui ne se rapporte pas mal la definition ,stoique de l'amour3 ,amorem conatum esse amiciti faciend ex pulchritudinis specie4 ,ie reuien ma description1 de faon plus equitable et plus equable4 ,omnino amiciti1 corroboratis iam confirmatisque et ingeniis1 et tatibus1 iudicand sunt4 ,au demeurant1 ce que nous appellons ordinairement amis et amitiez1 ce ne sont qu'accoinctances et familiaritez nouees par quelque occasion ou commodit1 par le moyen de laquelle nos ames s'entretiennent4 ,en l'amiti dequoy ie parle1 elles se meslent et confondent l'vne en l'autre1 d'vn meslange si vniuersel1 qu'elles effacent1 et ne retrouuent plus la cousture qui les a ioinctes4 ,si on me presse de dire pourquoy ie l'aymoys1 ie sens que cela ne se peut exprimer1 qu'en respondant3 ,par ce que c'estoit luy1 par ce que c'estoit moy4 ,il y a au del de tout mon discours1 et de ce que i'en puis dire particulierement1 ie ne say quelle force inexplicable et fatale1 mediatrice de cette vnion4 ,nous nous cherchions auant que de nous estre veus1 et par des rapports que nous oyons l'vn de l'autre3 qui faisoient en nostre affection plus d'effort1 que ne porte la raison des rapports3 ie croy par quelque ordonnance du ciel4 ,nous nous embrassions par noz noms4 ,et nostre premiere rencontre1 qui fut par hazard en vne grande feste et compagnie de ville1 nous nous trouuasmes si prins1 si cognus1 si obligez entre nous1 que rien des lors ne nous fut si proche1 que l'vn l'autre4 ,il escriuit vne ,satyre ,latine excellente1 qui est publiee3 par laquelle il excuse et explique la precipitation de nostre intelligence1 si promptement paruenue sa perfection4 ,ayant si peu durer1 et ayant si tard commenc 7car nous estions tous deux hommes faicts3 et luy plus de quelque annee7 elle n'auoit point perdre temps4 ,et n'auoit se regler au patron des amitiez molles et regulieres1 ausquelles il faut tant de precautions de longue et preallable conuersation4 ,cette cy n'a point d'autre idee que d'elle mesme1 et ne se peut rapporter qu' soy4 ,ce n'est pas vne speciale consideration1 ny deux1 ny trois1 ny quatre1 ny mille3 c'est ie ne say quelle quinte-essence de tout ce meslange1 qui ayant saisi toute ma volont1 l'amena se plonger et se perdre dans la sienne1 qui ayant saisi toute sa volont1 l'amena se plonger et se perdre en la mienne3 d'vne faim1 d'vne concurrence pareille4 ,ie dis perdre la verit1 ne nous reseruant rien qui nous fust propre1 ny qui fust ou sien ou mien4 ,quand ,llius en presence des ,consuls ,romains1 lesquels apres la condemnation de ,tiberius ,gracchus1 poursuiuoient tous ceux qui auoient est de son intelligence1 vint s'enquerir de ,caius ,blosius1 qui estoit le principal de ses amis1 combien il eust voulu faire pour luy1 et qu'il eust respondu3 ,toutes choses4 ,comment toutes choses8 suiuit-il1 et quoy1 s'il t'eust command de mettre le feu en nos temples8 ,il ne me l'eust iamais command1 repliqua ,blosius4 ,mais s'il l'eust fait8 adiousta ,llius3 ,i'y eusse obey1 respondit-il4 ,s'il estoit si parfaictement amy de ,gracchus1 comme disent les histoires1 il n'auoit que faire d'offenser les ,consuls par cette derniere et hardie confession3 et ne se deuoit departir de l'asseurance qu'il auoit de la volont de ,gracchus4 ,mais toutesfois ceux qui accusent cette responce comme seditieuse1 n'entendent pas bien ce mystere3 et ne presupposent pas comme il est1 qu'il tenoit la volont de ,gracchus en sa manche1 et par puissance et par cognoissance4 ,ils estoient plus amis que citoyens1 plus amis qu'amis ou que ennemis de leur pas1 qu'amis d'ambition et de trouble4 ,s'estans parfaittement commis1 l'vn l'autre1 ils tenoient parfaittement les renes de l'inclination l'vn de l'autre3 et faictes guider cet harnois1 par la vertu et conduitte de la raison 7comme aussi est il du tout impossible de l'atteler sans cela7 la responce de ,blosius est telle1 qu'elle deuoit estre4 ,si leurs actions se demancherent1 ils n'estoient ny amis1 selon ma mesure1 l'vn de l'autre1 ny amis eux mesmes4 ,au demeurant cette response ne sonne non plus que feroit la mienne1 qui s'enquerroit moy de cette faon3 ,si vostre volont vous commandoit de tuer vostre fille1 la tueriez vous8 et que ie l'accordasse3 car cela ne porte aucun tesmoignage de consentement ce faire3 par ce que ie ne suis point en doute de ma volont1 et tout aussi peu de celle d'vn tel amy4 ,il n'est pas en la puissance de tous les discours du monde1 de me desloger de la certitude1 que i'ay des intentions et iugemens du mien3 aucune de ses actions ne me sauroit estre presentee1 quelque visage qu'elle eust1 que ie n'en trouuasse incontinent le ressort4 ,nos ames ont chari si vniment ensemble3 elles se sont considerees d'vne si ardante affection1 et de pareille affection descouuertes iusques au fin fond des entrailles l'vne l'autre3 que non seulement ie cognoissoy la sienne comme la mienne1 mais ie me fusse certainement plus volontiers fi luy de moy1 qu' moy4 ,qu'on ne me mette pas en ce rang ces autres amitiez communes3 i'en ay autant de cognoissance qu'vn autre1 et des plus parfaictes de leur genre4 ,mais ie ne conseille pas qu'on confonde leurs regles1 on s'y tromperoit4 ,il faut marcher en ces autres amitiez1 la bride la main1 auec prudence et precaution3 la liaison n'est pas noue en maniere1 qu'on n'ait aucunement s'en deffier4 ,aymez le1 disoit ,chilon1 comme ayant quelque iour le har3 hassez le1 comme ayant l'aymer4 ,ce precepte qui est si abominable en cette souueraine et maistresse amiti1 il est salubre en l'vsage des amitiez ordinaires et coustumieres3 l'endroit desquelles il faut employer le mot qu',aristote auoit tres familier1 ,o mes amys1 il n'y a nul amy4 ,en ce noble commerce1 les offices et les bien-faicts nourrissiers des autres amitiez1 ne meritent pas seulement d'estre mis en compte3 cette confusion si pleine de nos volontez en est cause3 car tout ainsi que l'amiti que ie me porte1 ne reoit point augmentation1 pour le secours que ie me donne au besoin1 quoy que dient les ,stoiciens3 et comme ie ne me say aucun gr du seruice que ie me fay3 aussi l'vnion de tels amis estant veritablement parfaicte1 elle leur faict perdre le sentiment de tels deuoirs1 et har et chasser d'entre eux1 ces mots de diuision et de difference1 bien-faict1 obligation1 recognoissance1 priere1 remerciement1 et leurs pareils4 ,tout estant par effect commun entre eux1 volontez1 pensemens1 iugemens1 biens1 femmes1 enfans1 honneur et vie3 et leur conuenance n'estant qu'vne ame en deux corps1 selon la tres-propre definition d',aristote1 ils ne se peuuent ny prester ny donner rien4 ,voila pourquoy les faiseurs de loix1 pour honnorer le mariage de quelque imaginaire ressemblance de cette diuine liaison1 defendent les donations entre le mary et la femme4 ,voulans inferer par l1 que tout doit estre chacun d'eux1 et qu'ils n'ont rien diuiser et partir ensemble4 ,si en l'amiti dequoy ie parle1 l'vn pouuoit donner l'autre1 ce seroit celuy qui receuroit le bien-fait1 qui obligeroit son compagnon4 ,car cherchant l'vn et l'autre1 plus que toute autre chose1 de s'entre-bien faire1 celuy qui en preste la matiere et l'occasion1 est celuy l qui faict le liberal1 donnant ce contentement son amy1 d'effectuer en son endroit ce qu'il desire le plus4 ,quand le ,philosophe ,diogenes auoit faute d'argent1 il disoit1 qu'il le redemandoit ses amis1 non qu'il le demandoit4 ,et pour montrer comment cela se pratique par effect1 i'en reciteray vn ancien exemple singulier4 ,eudamidas ,corinthien auoit deux amis1 ,charixenus ,sycionien1 et ,aretheus ,corinthien3 venant mourir estant pauure1 et ses deux amis riches1 il fit ainsi son testament3 ,ie legue ,aretheus de nourrir ma mere1 et l'entretenir en sa vieillesse3 ,charixenus de marier ma fille1 et luy donner le doaire le plus grand qu'il pourra3 et au cas que l'vn d'eux vienne defaillir1 ie substitue en sa part celuy1 qui suruiura4 ,ceux qui premiers virent ce testament1 s'en moquerent3 mais ses heritiers en ayants est aduertis1 l'accepterent auec vn singulier contentement4 ,et l'vn d'eux1 ,charixenus1 estant trespass cinq iours apres1 la substitution estant ouuerte en faueur d',aretheus1 il nourrit curieusement cette mere1 et de cinq talens qu'il auoit en ses biens1 il en donna les deux et demy en mariage vne sienne fille vnique1 et deux et demy pour le mariage de la fille d',eudamidas1 desquelles il fit les nopces en mesme iour4 ,cet exemple est bien plein3 si vne condition en estoit dire1 qui est la multitude d'amis4 ,car cette parfaicte amiti1 dequoy ie parle1 est indiuisible3 chacun se donne si entier son amy1 qu'il ne luy reste rien departir ailleurs3 au rebours il est marry qu'il ne soit double1 triple1 ou quadruple1 et qu'il n'ait plusieurs ames et plusieurs volontez1 pour les conferer toutes ce subiet4 ,les amitiez communes on les peut dpartir1 on peut aymer en cestuy-ci la beaut1 en cet autre la facilit de ses murs1 en l'autre la liberalit1 en celuy-l la paternit1 en cet autre la fraternit1 ainsi du reste3 mais cette amiti1 qui possede l'ame1 et la regente en toute souuerainet1 il est impossible qu'elle soit double4 ,si deux en mesme temps demandoient estre secourus1 auquel courriez vous8 ,s'ils requeroient de vous des offices contraires1 quel ordre y trouueriez vous8 ,si l'vn commettoit vostre silence chose qui fust vtile l'autre de sauoir1 comment vous en desmeleriez vous8 ,l'vnique et principale amiti descoust toutes autres obligations4 ,le secret que i'ay iur ne deceller vn autre1 ie le puis sans pariure1 communiquer celuy1 qui n'est pas autre1 c'est moy4 ,c'est vn assez grand miracle de se doubler3 et n'en cognoissent pas la hauteur ceux qui parlent de se tripler4 ,rien n'est extreme1 qui a son pareil4 ,et qui presupposera que de deux i'en aime autant l'vn que l'autre1 et qu'ils s'entr'aiment1 et m'aiment autant que ie les aime3 il multiplie en confrairie1 la chose la plus vne et vnie1 et dequoy vne seule est encore la plus rare trouuer au monde4 ,le demeurant de cette histoire conuient tres-bien ce que ie disois3 car ,eudamidas donne pour grace et pour faueur ses amis de les employer son besoin3 il les laisse heritiers de cette sienne liberalit1 qui consiste leur mettre en main les moyens de luy bien-faire4 ,et sans doubte1 la force de l'amiti se montre bien plus richement en son fait1 qu'en celuy d',aretheus4 ,somme1 ce sont effects inimaginables1 qui n'en a goust3 et qui me font honnorer merueilles la responce de ce ieune soldat1 ,cyrus1 s'enquerant luy1 pour combien il voudroit donner vn cheual1 par le moyen duquel il venoit de gaigner le prix de la course3 et s'il le voudroit eschanger vn royaume3 ,non certes1 ,sire3 mais bien le lairroy ie volontiers1 pour en aquerir vn amy1 ,si ie trouuoy homme digne de telle alliance4 ,il ne disoit pas mal1 ,si ie trouuoy4 ,car on trouue facilement des hommes propres vne superficielle accointance3 mais en cettecy1 en laquelle on negotie du fin fons de son courage1 qui ne fait rien de reste3 il est besoin1 que tous les ressorts soyent nets et seurs parfaictement4 ,aux confederations1 qui ne tiennent que par vn bout1 on n'a prouuoir qu'aux imperfections1 qui particulierement interessent ce bout l4 ,il ne peut chaloir de quelle religion soit mon medecin1 et mon aduocat2 cette consideration n'a rien de commun auec les offices de l'amiti1 qu'ils ne doiuent4 ,et en l'accointance domestique1 que dressent auec moy ceux qui me seruent i'en fay de mesmes3 et m'enquiers peu d'vn laquay1 s'il est chaste1 ie cherche s'il est diligent3 et ne crains pas tant vn muletier ioueur qu'imbecille3 ny vn cuisinier iureur1 qu'ignorant4 ,ie ne me mesle pas de dire ce qu'il faut faire au monde3 d'autres asss s'en meslent3 mais ce que i'y fay1 ,mihi sic vsus est3 tibi1 vt opus est facto1 face4 ,a la familiarit de la table1 i'associe le plaisant1 non le prudent3 au lict1 la beaut auant la bont3 et en la societ du discours1 la suffisance1 voire sans la preud'hommie1 pareillement ailleurs4 ,tout ainsi que cil qui fut rencontr cheuauchons sur vn baton1 se iouant auec ses enfans1 pria l'homme qui l'y surprint1 de n'en rien dire1 iusques ce qu'il fust pere luy-mesme1 estimant que la passion qui luy naistroit lors en l'ame1 le rendroit iuge equitable d'vne telle action4 ,ie souhaiterois aussi parler des gens qui eussent essay ce que ie dis3 mais sachant combien c'est chose esloignee du commun vsage qu'vne telle amiti1 et combien elle est rare1 ie ne m'attens pas d'en trouuer aucun bon iuge4 ,car les discours mesmes que l'antiquit nous a laiss sur ce subiect1 me semblent lasches au prix du sentiment que i'en ay4 ,et en ce poinct les effects surpassent les preceptes mesmes de la philosophie4 ,nil ego contulerim iucundo sanus amico4 ,l'ancien ,menander disoit celuy-l heureux1 qui auoit peu rencontrer seulement l'ombre d'vn amy3 il auoit certes raison de le dire1 mesmes s'il en auoit tast4 ,car la verit si ie compare tout le reste de ma vie1 quoy qu'auec la grace de ,dieu ie l'aye passee douce1 aisee1 et sauf la perte d'vn tel amy1 exempte d'affliction poisante1 pleine de tranquillit d'esprit1 ayant prins en payement mes commoditez naturelles et originelles1 sans en rechercher d'autres3 si ie la compare1 dis-ie1 toute1 aux quatre annees1 qu'il m'a est donn de iouyr de la douce compagnie et societ de ce personnage1 ce n'est que fumee1 ce n'est qu'vne nuict obscure et ennuyeuse4 ,depuis le iour que ie le perdy1 quem semper acerbum1 ,semper honoratum 7sic1 ,dii1 voluistis67 habebo1 ie ne fay que trainer languissant3 et les plaisirs mesmes qui s'offrent moy1 au lieu de me consoler1 me redoublent le regret de sa perte4 ,nous estions moiti de tout3 il me semble que ie luy desrobe sa part1 ,nec fas esse vlla me voluptate hic frui ,decreui1 tantisper dum ille abest meus particeps4 ,i'estois desia si faict et accoustum estre deuxiesme par tout1 qu'il me semble n'estre plus qu' demy4 ,illam me si partem anim tulit ,maturior vis1 quid moror altera8 ,nec charus qu nec superstes ,integer8 ,ille dies vtramque ,duxit ruinam4 ,il n'est action ou imagination1 o ie ne le trouue dire1 comme si eust-il bien faict moy3 car de mesme qu'il me surpassoit d'vne distance infinie en toute autre suffisance et vertu1 aussi faisoit-il au deuoir de l'amiti4 ,quis desiderio sit pudor aut modus ,tam chari capitis8 ,o misero frater adempte mihi6 ,omnia tecum vn perierunt gaudia nostra1 ,qu tuus in vita dulcis alebat amor4 ,tu mea1 tu moriens fregisti commoda1 frater2 ,tecum vna tota est nostra sepulta anima1 ,cuius ego interitu tota de mente fugaui ,hc studia1 atque omnes delicias animi4 ,alloquar8 audiero nunquam tua verba loquentem8 ,nunquam ego te1 vita frater amabilior1 ,aspiciam posthac8 at cert semper amabo4 ,mais oyons vn peu parler ce garson de seize ans4 ,parce que i'ay trouu que cet ouurage a est depuis mis en lumiere1 et mauuaise fin1 par ceux qui cherchent troubler et changer l'estat de nostre police1 sans se soucier s'ils l'amenderont1 qu'ils ont mesl d'autres escrits de leur farine1 ie me suis ddit de le loger icy4 ,et affin que la memoire de l'autheur n'en soit interessee en l'endroit de ceux qui n'ont peu cognoistre de pres ses opinions et ses actions3 ie les aduise que ce subiect fut traict par luy en son enfance1 par maniere d'exercitation seulement1 comme subiect vulgaire et tracass en mil endroits des liures4 ,ie ne fay nul doubte qu'il ne creust ce qu'il escriuoit3 car il estoit assez conscientieux1 pour ne mentir pas mesmes en se iouant3 et say d'auantage que s'il eust eu choisir1 il eust mieux aym estre nay ,venise qu' ,sarlac2 et auec raison4 ,mais il auoit vn' autre maxime souuerainement empreinte en son ame1 d'obeyr et de se soubmettre tres-religieusement aux loix1 sous lesquelles il estoit nay4 ,il ne fut iamais vn meilleur citoyen1 ny plus affectionn au repos de son pas1 ny plus ennemy des remuments et nouuelletez de son temps3 il eust bien plustost employ sa suffisance les esteindre1 qu' leur fournir dequoy les mouuoir d'auantage3 il auoit son esprit moul au patron d'autres siecles que ceux-cy4 ,or en eschange de cest ouurage serieux i'en substitueray vn autre1 produit en cette mesme saison de son aage1 plus gaillard et plus eniou4 ,,chapitre ,,xxviii4 ,vingt et neuf sonnets d',estienne de la ,btie1 ,madame de ,grammont ,contesse de ,guissen4 ,,madame ie ne vous offre rien du mien1 ou par ce qu'il est desia vostre1 ou pour ce que ie n'y trouue rien digne de vous4 ,mais i'ay voulu que ces vers en quelque lieu qu'ils se vissent1 portassent vostre nom en teste1 pour l'honneur que ce leur sera d'auoir pour guide cette grande ,corisande d',andoins4 ,ce present m'a sembl vous estre propre1 d'autant qu'il est peu de dames en ,france1 qui iugent mieux1 et se seruent plus propos que vous1 de la posie3 et puis qu'il n'en est point qui la puissent rendre viue et animee1 comme vous faites par ces beaux et riches accords1 dequoy parmy vn milion d'autres beautez1 nature vous a estrenee3 ,madame ces vers meritent que vous les cherissiez3 car vous serez de mon aduis1 qu'il n'en est point sorty de ,gascongne1 qui eussent plus d'inuention et de gentillesse1 et qui tesmoignent estre sortis d'vne plus riche main4 ,et n'entrez pas en ialousie1 dequoy vous n'auez que le reste de ce que piea i'en ay faict imprimer sous le nom de ,monsieur de ,foix1 vostre bon parent3 car certes ceux-cy ont ie ne say quoy de plus vif et de plus bouillant3 comme il les fit en sa plus verte ieunesse1 et eschauff d'vne belle et noble ardeur que ie vous diray1 ,madame1 vn iour l'oreille4 ,les autres furent faits depuis1 comme il estoit la poursuitte de son mariage1 en faueur de sa femme1 et sentant desia ie ne say quelle froideur maritale4 ,et moy ie suis de ceux qui tiennent1 que la posie ne rid point ailleurs1 comme elle faict en vn subiect folatre et desregl4 ,,sonnets ,i ,pardon amour1 pardon1 ,seigneur ie te voe ,le reste de mes ans1 ma voix et mes escris1 ,mes sanglots1 mes souspirs1 mes larmes et mes cris3 ,rien1 rien tenir d'aucun1 que de toy ie n'aduoue4 ,helas comment de moy1 ma fortune se ioue4 ,de toy n'a pas long temps1 amour1 ie me suis ris4 ,i'ay failly1 ie le voy1 ie me rends1 ie suis pris4 ,i'ay trop gard mon cur1 or ie le desaduoe4 ,si i'ay pour le garder retard ta victoire1 ,ne l'en traitte plus mal1 plus grande en est ta gloire4 ,et si du premier coup tu ne m'as abbatu1 ,pense qu'vn bon vainqueur et nay pour estre grand1 ,son nouueau prisonnier1 quand vn coup il se rend1 ,il prise et l'ayme mieux1 s'il a bien combattu4 ,,ii ,c'est amour c'est amour1 c'est luy seul1 ie le sens2 ,mais le plus vif amour1 la poison la plus forte1 ,a qui onq pauure cur ait ouuerte la porte4 ,ce cruel n'a pas mis vn de ses traitz perans1 ,mais arc1 traits et carquois1 et luy tout dans mes sens4 ,encor vn mois n'a pas1 que ma franchise est morte1 ,que ce venin mortel dans mes veines ie porte1 ,et des-ja i'ay perdu1 et le cur et le sens4 ,et quoy8 si cest amour mesure croissoit1 ,qui en si grand tourment dedans moy se conoit8 ,o croistz1 si tu peuz croistre1 et amende en croissant4 ,tu te nourris de pleurs2 des pleurs ie te prometz1 ,et pour te refreschir1 des souspirs pour iamais4 ,mais que le plus grand mal soit au moings en naissant4 ,,iii ,c'est faict mon cur1 quitons la libert4 ,dequoy meshuy seruiroit la deffence1 ,que d'agrandir et la peine et l'offence8 ,plus ne suis fort1 ainsi que i'ay est4 ,la raison fust vn temps de mon cost1 ,or reuolte elle veut que ie pense ,qu'il faut seruir1 et prendre en recompence ,qu'oncq d'vn tel neud nul ne fust arrest4 ,s'il se faut rendre1 alors il est saison1 ,quand on n'a plus deuers soy la raison4 ,je voy qu'amour1 sans que ie le deserue1 ,sans aucun droict1 se vient saisir de moy8 ,et voy qu'encor il faut ce grand ,roy ,quand il a tort1 que la raison luy serue4 ,,iiii ,c'estoit alors1 quand les chaleurs passes1 ,le sale ,automne aux cuues va foulant1 ,le raisin gras dessoubz le pied coulant1 ,que mes douleurs furent encommences4 ,le paisan bat ses gerbes amasses1 ,et aux caueaux ses bouillans muis roulant1 ,et des fruitiers son automne croulant1 ,se vange lors des peines aduances4 ,seroit ce point vn presage donn ,que mon espoir est des-ja moissonn8 ,non certes1 non4 ,mais pour certain ie pense1 ,i'auray1 si bien deuiner i'entends1 ,si l'on peut rien prognostiquer du temps1 ,quelque grand fruict de ma longue esperance4 ,v ,i'ay veu ses yeux perans1 i'ay veu sa face claire3 7,nul iamais sans son dam ne regarde les dieux7 ,froit1 sans cur me laissa son il victorieux1 ,tout estourdy du coup de sa forte lumiere4 ,comme vn surpris de nuit aux champs quand il esclaire ,estonn1 se pallist si la fleche des cieux ,sifflant luy passe contre1 et luy serre les yeux1 ,il tremble1 et veoit1 transi1 ,iupiter en colere4 ,dy moy ,madame1 au vray1 dy moy si tes yeux vertz ,ne sont pas ceux qu'on dit que l'amour tient couuertz8 ,tu les auois1 ie croy1 la fois que ie t'ay vee1 ,au moins il me souuient1 qu'il me fust lors aduis ,qu'amour1 tout vn coup1 quand premier ie te vis1 ,desbanda dessus moy1 et son arc1 et sa vee4 ,,vi ,ce dit maint vn de moy1 de quoy se plaint il tant1 ,perdant ses ans meilleurs en chose si legiere8 ,qu'a il tant crier1 si encore il espere8 ,et s'il n'espere rien1 pourquoy n'est il content8 ,quand i'estois libre et sain i'en disois bien autant4 ,mais certes celuy l n'a la raison entiere1 ,ains a le cur gast de quelque rigueur fiere1 ,s'il se plaint de ma plainte1 et mon mal il n'entend4 ,amour tout vn coup de cent douleurs me point1 ,et puis l'on m'aduertit que ie ne crie point4 ,si vain ie ne suis pas que mon mal i'agrandisse ,a force de parler3 s'on m'en peut exempter1 ,ie quitte les sonnetz1 ie quitte le chanter4 ,qui me deffend le deuil1 celuy l me guerisse4 ,,vii ,quant chanter ton los1 par fois ie m'aduenture1 ,sans oser ton grand nom1 dans mes vers exprimer1 ,sondant le moins profond de cette large mer1 ,ie tremble de m'y perdre1 et aux riues m'asseure4 ,ie crains en loant mal1 que ie te face iniure4 ,mais le peuple estonn d'ouir tant t'estimer1 ,ardant de te connoistre1 essaie te nommer1 ,et cherchant ton sainct nom ainsi l'aduenture1 ,esbloui n'attaint pas veoir chose si claire1 ,et ne te trouue point ce grossier populaire1 ,qui n'ayant qu'vn moyen1 ne voit pas celuy l3 ,c'est que s'il peut trier1 la comparaison faicte ,des parfaictes du monde1 vne la plus parfaicte1 ,lors s'il a voix1 qu'il crie hardimant la voyla4 ,,viii ,quand viendra ce iour la1 que ton nom au vray passe ,par ,france1 dans mes vers8 combien et quantes fois ,s'en empresse mon cur1 s'en demangent mes doits8 ,souuent dans mes escrits de soy mesme il prend place4 ,maugr moy ie t'escris1 maugr moy ie t'efface4 ,quand astre viendroit et la foy et le droit1 ,alors ioyeux ton nom au monde se rendroit4 ,ores c'est ce temps1 que cacher il te face1 ,c'est ce temps maling vne grande vergogne ,donc ,madame tandis tu seras ma ,dourdouigne4 ,toutesfois laisse moy1 laisse moy ton nom mettre1 ,ayez piti du temps1 si au iour ie te metz1 ,si le temps ce cognoist1 lors ie te le prometz1 ,lors il sera dor1 s'il le doit iamais estre4 ,,ix ,o entre tes beautez1 que ta constance est belle4 ,c'est ce cur asseur1 ce courage constant1 ,c'est parmy tes vertus1 ce que l'on prise tant3 ,aussi qu'est-il plus beau1 qu'vne amiti fidelle8 ,or ne charge donc rien de ta sur infidele1 ,de ,vesere ta sur3 elle va s'escartant ,tousiours flotant mal seure en son cours inconstant4 ,voy tu comme leur gr les vens se ioent d'elle8 ,et ne te repens point pour droict de ton aisnage ,d'auoir des-ia choisi la constance en partage4 ,mesme race porta l'amiti souueraine ,des bons iumeaux1 desquels l'vn l'autre despart ,du ciel et de l'enfer la moiti de sa part1 ,et l'amour diffam de la trop belle ,heleine4 ,x ,ie voy bien1 ma ,dourdouigne encore humble tu vas3 ,de te monstrer ,gasconne en ,france1 tu as honte4 ,si du ruisseau de ,sorgue1 on fait ores grand conte1 ,si a il bien est quelquefois aussi bas4 ,voys tu le petit ,loir comme il haste le pas8 ,comme des-ia parmy les plus grands il se conte8 ,comme il marche hautain d'vne course plus prompte ,tout cost du ,mince1 et il ne s'en plaint pas8 ,un seul ,oliuier d',arne ent au bord de ,loire1 ,le faict courir plus braue et luy donne sa gloire4 ,laisse1 laisse moy faire4 ,et vn iour ma ,dourdouigne1 ,si ie deuine bien1 on te cognoistra mieux3 ,et ,garonne1 et le ,rhone1 et ces autres grands ,dieux ,en auront quelque enuie1 et possible vergoigne4 ,,xi ,toy qui oys mes souspirs1 ne me sois rigoureux ,si mes larmes apart toutes miennes ie verse1 ,si mon amour ne suit en sa douleur diuerse ,du ,florentin transi les regrets languoreux1 ,ny de ,catulle aussi1 le folastre amoureux1 ,qui le cur de sa dame en chatouillant luy perce1 ,ny le sauant amour du migregeois ,properce ,ils n'ayment pas pour moy1 ie n'ayme pas pour eux4 ,qui pourra sur autruy ses douleurs limiter1 ,celuy pourra d'autruy les plaintes imiter3 ,chacun sent son tourment1 et sait ce qu'il endure4 ,chacun parla d'amour ainsi qu'il l'entendit4 ,ie dis ce que mon cur1 ce que mon mal me dict4 ,que celuy ayme peu1 qui ayme la mesure4 ,,xii ,quoy8 qu'est-ce8 vens1 nues1 l'orage6 ,a point nomm1 quand d'elle m'aprochant ,les bois1 les monts1 les baisses vois tranchant ,sur moy d'aguest vous poussez vostre rage4 ,ores mon cur s'embrase d'auantage4 ,allez1 allez faire peur au marchant1 ,qui dans la mer les thresors va cherchant3 ,ce n'est ainsi1 qu'on m'abbat le courage4 ,quand i'oy les vents1 leur tempeste et leurs cris1 ,de leur malice1 en mon cur ie me ris4 ,me pensent ils pour cela faire rendre8 ,face le ciel du pire1 et l'air aussi3 ,ie veux1 ie veux1 et le declaire ainsi ,s'il faut mourir1 mourir comme ,leandre4 ,,xiii ,vous qui aimer encore ne sauez1 ,ores m'oyant parler de mon ,leandre1 ,ou iamais non1 vous y debuez aprendre1 ,si rien de bon dans le cur vous auez4 ,il oza bien branlant ses bras lauez1 ,arm d'amour1 contre l'eau se deffendre1 ,qui pour tribut la fille voulut prendre1 ,ayant le frere et le mouton sauuez4 ,vn soir vaincu par les flos rigoureux1 ,voyant des-ia1 ce vaillant amoureux1 ,que l'eau maistresse son plaisir le tourne3 ,parlant aux flos1 leur iecta cette voix3 ,pardonnez moy maintenant que i'y veois1 ,et gardez moy la mort1 quand ie retourne4 ,,xiiii ,o cur leger1 courage mal seur1 ,penses-tu plus que souffrir ie te puisse8 ,o bontez creuze1 couuerte malice1 ,traitre beaut1 venimeuse douceur1 ,tu estois donc tousiours sur de ta sur8 ,et moy trop simple il falloit que i'en fisse ,l'essay sur moy8 et que tard i'entendisse ,ton parler double et tes chants de chasseur8 ,depuis le iour que i'ay prins t'aimer1 ,i'eusse vaincu les vagues de la mer4 ,qu'est-ce meshuy que ie pourrais attendre8 ,comment de toy pourrais i'estre content8 ,qui apprendra ton cur d'estre constant1 ,puis que le mien ne le luy peut aprendre8 ,,xv ,ce n'est pas moy que l'on abuse ainsi3 ,qu' quelque enfant ses ruses on employe1 ,qui n'a nul goust1 qui n'entend rien qu'il oye3 ,ie say aymer1 ie say hayr aussi4 ,contente toy de m'auoir iusqu'icy ,ferm les yeux1 il est temps que i'y voye3 ,et que mes-huy1 las et honteux ie soye ,d'auoir mal mis mon temps et mon soucy1 ,oserois tu m'ayant ainsi traict ,parler moy iamais de fermet8 ,tu prens plaisir ma douleur extreme3 ,tu me deffends de sentir mon tourment3 ,et si veux bien que ie meure en t'aimant4 ,si ie ne sens1 comment veux-tu que i'ayme8 ,,xvi ,o l'ay ie dict8 helas l'ay ie song8 ,ou si pour vray i'ay dict blaspheme telle8 ,s'a fauce langue1 il faut que l'honneur d'elle ,de moy1 par moy1 desus moy1 soit vang1 ,mon cur chez toy1 madame1 est log3 ,l donne luy quelque geene nouuelle3 ,fais luy souffrir quelque peine cruelle3 ,fais1 fais luy tout1 fors luy donner cong4 ,or seras tu 7ie le say7 trop humaine1 ,et ne pourras longuement voir ma peine4 ,mais vn tel faict1 faut il qu'il se pardonne8 ,a tout le moins haut ie me desdiray ,de mes sonnets1 et me desmentiray1 ,pour ces deux faux1 cinq cent vrais ie t'en donne4 ,,xvii ,si ma raison en moy s'est peu remettre1 ,si recouurer astheure ie me puis1 ,si i'ay du sens1 si plus homme ie suis ,ie t'en mercie1 bien heureuse lettre4 ,qui m'eust 7helas7 qui m'eust seu recognoistre ,lors qu'enrag vaincu de mes ennuys1 ,en blasphemant madame ie poursuis8 ,de loing1 honteux1 ie te vis lors paroistre ,o sainct papier1 alors ie me reuins1 ,et deuers toy deuotement ie vins4 ,ie te donrois vn autel pour ce faict1 ,qu'on vist les traicts de cette main diuine4 ,mais de les voir aucun homme n'est digne1 ,ny moy aussi1 s'elle ne m'en eust faict4 ,,xviii ,i'estois prest d'encourir pour iamais quelque blasme4 ,de colere eschauff mon courage brusloit1 ,ma fole voix au gr de ma fureur branloit1 ,ie despitois les dieux1 et encore ma dame4 ,lors qu'elle de loing iette vn breuet dans ma flamme ,ie le sentis soudain comme il me rabilloit1 ,qu'aussi tost deuant luy ma fureur s'en alloit1 ,qu'il me rendoit1 vainqueur1 en sa place mon ame4 ,entre vous1 qui de moy1 ces merueilles oyez1 ,que me dites vous d'elle8 et ie vous prie voyez1 ,s'ainsi comme ie fais1 adorer ie la dois8 ,quels miracles en moy1 pensez vous qu'elle fasse ,de son il tout puissant1 ou d'vn ray de sa face4 ,puis qu'en moy firent tant les traces de ses doigts4 ,,xix ,ie tremblois deuant elle1 et attendois1 transi1 ,pour venger mon forfaict quelque iuste sentence1 ,a moy mesme consent du poids de mon offence1 ,lors qu'elle me dict1 va1 ie te prens mercy4 ,que mon loz desormais par tout soit esclarcy3 ,employe l tes ans3 et sans plus1 mes-huy pense ,d'enrichir de mon nom par tes vers nostre ,france1 ,couure de vers ta faute1 et paye moy ainsi4 ,sus donc ma plume1 il faut1 pour iouyr de ma peine ,courir par sa grandeur1 d'vne plus large veine4 ,mais regarde son il1 qu'il ne nous abandonne4 ,sans ses yeux1 nos esprits se mourroient languissants4 ,ils nous donnent le cur1 ils nous donnent le sens4 ,pour se payer de moy1 il faut qu'elle me donne4 ,,xx ,o vous maudits sonnets1 vous qui printes l'audace ,de toucher madame3 malings et peruers1 ,des ,muses le reproche1 et honte de mes vers3 ,si ie vous feis iamais1 s'il faut que ie me fasse ,ce tort de confesser vous tenir de ma race1 ,lors pour vous1 les ruisseaux ne furent pas ouuerts ,d',appollon le dor1 des muses aux yeux verts1 ,mais vous receut naissants ,tisiphone en leur place4 ,si i'ay oncq quelque part la postrit ,ie veux que l'vn et l'autre en soit desherit4 ,et si au feu vangeur des or ie ne vous donne1 ,c'est pour vous diffamer1 viuez chetifs1 viuez1 ,viuez aux yeux de tous1 de tout honneur priuez ,car c'est pour vous punir1 qu'ores ie vous pardonne4 ,,xxi ,n'ayez plus mes amis1 n'ayez plus cette enuie ,que ie cesse d'aimer1 laissez moy obstin1 ,viure et mourir ainsi1 puis qu'il est ordonn1 ,mon amour c'est le fil1 auquel se tient ma vie4 ,ainsi me dict la fe1 ainsi en agrie ,elle feit ,meleagre l'amour destin1 ,et alluma sa souche l'heure qu'il fust n1 ,et dict1 toy1 et ce feu1 tenez vous compaignie4 ,elle le dict ainsi1 et la fin ordonne ,suyuit apres le fil de cette destine1 ,la souche 7ce dict lon7 au feu fut consomme1 ,et deslors 7grand miracle7 en vn mesme moment ,on veid tout vn coup1 du miserable amant ,la vie et le tison1 s'en aller en fume4 ,,xxii ,quand tes yeux conquerans estonn ie regarde1 ,i'y veoy dedans clair tout mon espoir escript1 ,i'y veoy dedans amour1 luy mesme qui me rit1 ,et m'y monstre mignard le bon heur qu'il me garde4 ,mais quand de te parler par fois ie me hazarde1 ,c'est lors que mon espoir desseich se tarit4 ,et d'aduouer iamais ton il1 qui me nourrit1 ,d'vn seul mot de saueur1 cruelle tu n'as garde4 ,si tes yeux sont pour moy1 or voy ce que ie dis1 ,ce sont ceux-l1 sans plus1 qui ie me rendis4 ,mon ,dieu quelle querelle en toy mesme se dresse1 ,si ta bouche et tes yeux se veulent desmentir4 ,mieux vaut1 mon doux tourment1 mieux vaut les departir1 ,et que ie prenne au mot de tes yeux la promesse4 ,,xxiii ,ce sont tes yeux tranchans qui me font le courage ,ie veoy saulter dedans la gaye libert1 ,et mon petit archer1 qui mene son cost ,la belle gaillardise et plaisir le volage4 ,mais apres1 la rigueur de ton triste langage ,me montre dans ton cur la fiere honnestet ,et condamn ie veoy la dure chastet1 ,l grauement assise et la vertu sauuage1 ,ainsi mon temps diuers par ces vagues se passe4 ,ores son il m'appelle1 or sa bouche me chasse4 ,helas1 en cest estrif1 combien ay i'endur4 ,et puis qu'on pense auoir d'amour quelque asseurance1 ,sans cesse nuict et iour la seruir ie pense1 ,ny encor de mon mal1 ne puis estre asseur4 ,,xxiiii ,or dis-ie bien1 mon esperance est morte4 ,or est-ce faict de mon aise et mon bien4 ,mon mal est clair3 maintenant ie veoy bien1 ,i'ay espous la douleur que ie porte4 ,tout me court sus1 rien ne me reconforte1 ,tout m'abandonne et d'elle ie n'ay rien1 ,sinon tousiours quelque nouueau soustien1 ,qui rend ma peine et ma douleur plus forte4 ,ce que i'attends1 c'est vn iour d'obtenir ,quelques soupirs des gens de l'aduenir3 ,quelqu'vn dira dessus moy par piti3 ,sa dame et luy nasquirent destinez1 ,egalement de mourir obstinez1 ,l'vn en rigueur1 et l'autre en amiti4 ,,xxv ,i'ay tant vescu1 chetif1 en ma langueur1 ,qu'or i'ay veu rompre1 et suis encor en vie1 ,mon esperance auant mes yeux rauie1 ,contre l'escueil de sa fiere rigueur4 ,que m'a seruy de tant d'ans la longueur8 ,elle n'est pas de ma peine assouuie3 ,elle s'en rit1 et n'a point d'autre enuie1 ,que de tenir mon mal en sa vigueur4 ,donques i'auray1 mal'heureux en aimant ,tousiours vn cur1 tousiours nouueau tourment4 ,ie me sens bien que i'en suis hors d'halaine1 ,prest laisser la vie soubs le faix3 ,qu'y feroit-on sinon ce que ie fais8 ,piqu du mal1 ie m'obstine en ma peine4 ,,xxvi ,puis qu'ainsi sont mes dures destines1 ,i'en saouleray1 si ie puis1 mon soucy4 ,si i'ay du mal1 elle le veut aussi4 ,i'accompliray mes peines ordonnes4 ,nymphes des bois qui auez estonnes1 ,de mes douleurs1 ie croy quelque mercy1 ,qu'en pensez vous8 puis-ie durer ainsi1 ,si mes maux trefues ne sont donnees8 ,or si quelqu'vne m'escouter s'encline1 ,oyez pour ,dieu ce qu'ores ie deuine4 ,le iour est pres que mes forces ia vaines ,ne pourront plus fournir mon tourment4 ,c'est mon espoir1 si ie meurs en aymant1 ,a donc1 ie croy1 failliray-ie mes peines4 ,,xxvii ,lors que lasse est1 de me lasser ma peine1 ,amour d'vn bien mon mal refreschissant1 ,flate au cur mort ma playe languissant1 ,nourrit mon mal1 et luy faict prendre alaine1 ,lors ie conoy quelque esperance vaine3 ,mais aussi tost1 ce dur tyran1 s'il sent ,que mon espoir se renforce en croissant1 ,pour l'estoufer1 cent tourmens il m'ameine ,encor tous frez3 lors ie me veois blasmant ,d'auoir est rebelle mon tourmant4 ,viue le mal1 dieux1 qui me deuore1 ,viue son gr mon tourmant rigoureux4 ,o bien-heureux1 et bien-heureux encore ,qui sans relasche est tousiours mal'heureux4 ,,xxviii ,si contre amour ie n'ay autre deffence ,ie m'en plaindray1 mes vers le maudiront1 ,et apres moy les roches rediront ,le tort qu'il faict ma dure constance4 ,puis que de luy i'endure cette offence1 ,au moings tout haut1 mes rithmes le diront1 ,et nos neueus1 alors qu'ils me liront1 ,en l'outrageant1 m'en feront la vengeance4 ,ayant perdu tout l'aise que i'auois1 ,ce sera peu que de perdre ma voix4 ,s'on sait l'aigreur de mon triste soucy1 ,et fut celuy qui m'a faict cette playe1 ,il en aura1 pour si dur cur qu'il aye1 ,quelque piti1 mais non pas de mercy4 ,,xxix ,ia reluisoit la benoiste iourne ,que la nature au monde te deuoit1 ,quand des thresors qu'elle te reseruoit ,sa grande clef1 te fust abandonne4 ,tu prins la grace toy seule ordonne1 ,tu pillas tant de beautez qu'elle auoit3 ,tant qu'elle1 fiere1 alors qu'elle te veoit ,en est par fois1 elle mesme estonne4 ,ta main de prendre en fin se contenta3 ,mais la nature encor te presenta1 ,pour t'enrichir cette terre ou nous sommes4 ,tu n'en prins rien3 mais en toy tu t'en ris1 ,te sentant bien en auoir assez pris ,pour estre icy royne du cur des hommes4 ,,chapitre ,,xxix4 ,de la ,moderation4 ,,comme si nous auions l'attouchement infect1 nous corrompons par nostre maniement les choses qui d'elles mesmes sont belles et bonnes4 ,nous pouuons saisir la vertu1 de faon qu'elle en deuiendra vicieuse3 si nous l'embrassons d'vn desir trop aspre et violant4 ,ceux qui disent qu'il n'y a iamais d'exces en la vertu1 d'autant que ce n'est plus vertu1 si l'exces y est1 se iouent des paroles4 ,insani sapiens nomen ferat1 quus iniqui1 ,vltra qum satis est1 virtutem si petat ipsam4 ,c'est vne subtile consideration de la philosophie4 ,on peut et trop aymer la vertu1 et se porter excessiuement en vne action iuste4 ,a ce biaiz s'accommode la voix diuine1 ,ne soyez pas plus sages qu'il ne faut1 mais soyez sobrement sages4 ,i'ay veu tel grand1 blesser la reputation de sa religion1 pour se montrer religieux outre tout exemple des hommes de sa sorte4 ,i'ayme des natures temperees et moyennes4 ,l'immoderation vers le bien mesme1 si elle ne m'offense1 elle m'estonne1 et me met en peine de la baptizer4 ,ny la mere de ,pausanias1 qui donna la premiere instruction1 et porta la premiere pierre la mort de son fils3 ny le dictateur ,posthumius1 qui feit mourir le sien1 que l'ardeur de ieunesse auoit heureusement pouss sur les ennemis1 vn peu auant son reng1 ne me semble si iuste1 comme estrange4 ,et n'ayme ny conseiller1 ny suiure vne vertu si sauuage et si chere4 ,l'archer qui outrepasse le blanc1 faut comme celuy1 qui n'y arriue pas4 ,et les yeux me troublent monter coup1 vers vne grande lumiere galement comme deualler l'ombre4 ,calliclez en ,platon dit1 l'extremit de la philosophie estre dommageable3 et conseille de ne s'y enfoncer outre les bornes du profit3 que prinse auec moderation1 elle est plaisante et commode3 mais qu'en fin elle rend vn homme sauuage et vicieux3 desdaigneux des religions1 et loix communes3 ennemy de la conuersation ciuile3 ennemy des voluptez humaines3 incapable de toute administration politique1 et de secourir autruy1 et de se secourir soy-mesme3 propre estre impunement soufflett4 ,il dit vray3 car en son exces1 elle esclaue nostre naturelle franchise3 et nous desuoye par vne importune subtilit1 du beau et plain chemin1 que nature nous trace4 ,l'amiti que nous portons nos femmes1 elle est tres-legitime3 la ,theologie ne laisse pas de la brider pourtant1 et de la restraindre4 ,il me semble auoir leu autresfois chez ,s4 ,thomas1 en vn endroit o il condamne les mariages des parans s degrez deffendus1 cette raison parmy les autres3 ,qu'il y a danger que l'amiti qu'on porte vne telle femme soit immodere3 car si l'affection maritale s'y trouue entiere et parfaicte1 comme elle doit2 et qu'on la surcharge encore de celle qu'on doit la parentele1 il n'y a point de doubte1 que ce surcroist n'emporte vn tel mary hors les barrieres de la raison4 ,les sciences qui reglent les murs des hommes1 comme la ,theologie et la ,philosophie1 elles se meslent de tout4 ,il n'est action si priue et secrette1 qui se desrobbe de leur cognoissance et iurisdiction4 ,bien apprentis sont ceux qui syndiquent leur libert4 ,ce sont les femmes qui communiquent tant qu'on veut leurs pieces garonner3 medeciner1 la honte le deffend4 ,ie veux donc de leur part apprendre cecy aux maris1 s'il s'en trouue encore qui y soient trop acharnez3 c'est que les plaisirs mesmes qu'ils ont l'accointance de leurs femmes1 sont reprouuez1 si la moderation n'y est obserue3 et qu'il y a dequoy faillir en licence et desbordement en ce subiect l1 comme en vn subiect illegitime4 ,ces encheriments deshontez1 que la chaleur premiere nous suggere en ce ieu1 sont non indecemment seulement1 mais dommageablement employez enuers noz femmes4 ,qu'elles apprennent l'impudence au moins d'vne autre main4 ,elles sont tousiours asss esueilles pour nostre besoing4 ,ie ne m'y suis seruy que de l'instruction naturelle et simple4 ,c'est vne religieuse liaison et deuote que le mariage3 voyla pourquoy le plaisir qu'on en tire1 ce doit estre vn plaisir retenu1 serieux et mesl quelque seuerit3 ce doit estre vne volupt aucunement prudente et consciencieuse4 ,et par ce que sa principale fin c'est la generation1 il y en a qui mettent en doubte1 si lors que nous sommes sans l'esperance de ce fruict1 comme quand elles sont hors d'aage1 ou enceintes1 il est permis d'en rechercher l'embrassement4 ,c'est vn homicide la mode de ,platon4 ,certaines nations1 et entre autres la ,mahumetane1 abominent la conionction auec les femmes enceintes4 ,plusieurs aussi auec celles qui ont leurs flueurs4 ,zenobia ne receuoit son mary que pour vne charge2 et cela fait elle le laissoit courir tout le temps de sa conception1 luy donnant lors seulement loy de recommencer3 braue et genereux exemple de mariage4 ,c'est de quelque pote disetteux et affam de ce deduit1 que ,platon emprunta cette narration3 ,que ,iuppiter fit sa femme vne si chaleureuse charge vn iour1 que ne pouuant auoir patience qu'elle eust gaign son lict1 il la versa sur le plancher3 et par la vehemence du plaisir1 oublia les resolutions grandes et importantes1 qu'il venoit de prendre auec les autres ,dieux en sa cour celeste3 se ventant qu'il l'auoit trouu aussi bon ce coup l1 que lors que premierement il la depucella cachette de leurs parents4 ,les ,roys de ,perse appelloient leurs femmes la compagnie de leurs festins1 mais quand le vin venoit les eschauffer en bon escient1 et qu'il falloit tout fait1 lascher la bride la volupt1 ils les r'enuoioient en leur priu2 pour ne les faire participantes de leurs appetits immoderez2 et faisoient venir en leur lieu1 des femmes1 ausquelles ils n'eussent point cette obligation de respect4 ,tous plaisirs et toutes gratifications ne sont pas bien loges en toutes gens4 ,epaminondas auoit fait emprisonner vn garon desbauch2 ,pelopidas le pria de le mettre en libert en sa faueur2 il l'en refusa1 et l'accorda vne sienne garse1 qui aussi l'en pria3 disant1 que c'estoit vne gratification deu vne amie1 non vn ,capitaine4 ,sophocles estant compagnon en la ,preture auec ,pericles1 voyant de cas de fortune passer vn beau garon3 ,o le beau garon que voyla6 feit-il ,pericles4 ,cela seroit bon vn autre qu' vn ,preteur1 luy dit ,pericles2 qui doit auoir non les mains seulement1 mais aussi les yeux chastes4 lius ,verus l',empereur respondit sa femme comme elle se plaignoit1 dequoy il se laissoit aller l'amour d'autres femmes2 qu'il le faisoit par occasion consciencieuse1 d'autant que le mariage estoit vn nom d'honneur et dignit1 non de folastre et lasciue concupiscence4 ,et nostre histoire ,ecclesiastique a conseru auec honneur la memoire de cette femme1 qui repudia son mary1 pour ne vouloir seconder et soustenir ses attouchemens trop insolens et desbordez4 ,il n'est en somme aucune si iuste volupt1 en laquelle l'excez et l'intemperance ne nous soit reprochable4 ,mais parler en bon escient1 est-ce pas vn miserable animal que l'homme8 ,a peine est-il en son pouuoir par sa condition naturelle1 de gouster vn seul plaisir entier et pur1 encore se met-il en peine de le retrancher par discours3 il n'est pas assez chetif1 si par art et par estude il n'augmente sa misere1 ,fortun miseras auximus arte vias4 ,la sagesse humaine faict bien sottement l'ingenieuse1 de s'exercer rabattre le nombre et la douceur des voluptez1 qui nous appartiennent3 comme elle faict fauorablement et industrieusement1 d'employer ses artifices nous peigner et farder les maux1 et en alleger le sentiment4 ,si i'eusse est chef de part1 i'eusse prins autre voye plus naturelle3 qui est dire1 vraye1 commode et saincte3 et me fusse peut estre rendu assez fort pour la borner4 ,quoy que noz medecins spirituels et corporels1 comme par complot faict entre eux1 ne trouuent aucune voye la guerison1 ny remede aux maladies du corps et de l'ame1 que par le tourment1 la douleur et la peine4 ,les veilles1 les ieusnes1 les haires1 les exils lointains et solitaires1 les prisons perpetuelles1 les verges et autres afflictions1 ont est introduites pour cela4 ,mais en telle condition1 que ce soyent veritablement afflictions1 et qu'il y ait de l'aigreur poignante3 et qu'il n'en aduienne point comme vn ,gallio1 lequel ayant est enuoy en exil en l'isle de ,lesbos1 on fut aduerty ,rome qu'il s'y donnoit du bon temps1 et que ce qu'on luy auoit enioint pour peine1 luy tournoit commodit4 ,parquoy ils se rauiserent de le r'appeler pres de sa femme1 et en sa maison2 et luy ordonnerent de s'y tenir1 pour accommoder leur punition son ressentiment4 ,car qui le ieune aiguiseroit la sant et l'allegresse1 qui le poisson seroit plus appetissant que la chair1 ce ne seroit plus recepte salutaire3 non plus qu'en l'autre medecine1 les drogues n'ont point d'effect l'endroit de celuy qui les prent auec appetit et plaisir4 ,l'amertume et la difficult sont circonstances seruants leur operation4 ,le naturel qui accepteroit la rubarbe comme familiere1 en corromproit l'vsage3 il faut que ce soit chose qui blesse nostre estomac pour le guerir3 et icy faut la regle commune1 que les choses se guerissent par leurs contraires3 car le mal y guerit le mal4 ,cette impression se rapporte aucunement cette autre si ancienne1 de penser gratifier au ,ciel et la nature par nostre massacre et homicide1 qui fut vniuersellement embrasse en toutes religions4 ,encore du temps de noz peres1 ,amurat en la prinse de l',isthme1 immola six cens ieunes hommes ,grecs l'ame de son pere3 afin que ce sang seruist de propitiation l'expiation des pechez du trespass4 ,et en ces nouuelles terres descouuertes en nostre aage1 pures encore et vierges au prix des nostres1 l'vsage en est aucunement receu par tout4 ,toutes leurs ,idoles s'abreuuent de sang humain1 non sans diuers exemples d'horrible cruaut4 ,on les brule vifs1 et demy rostis on les retire du brasier1 pour leur arracher le cur et les entrailles4 ,a d'autres1 voire aux femmes1 on les escorche vifues1 et de leur peau ainsi sanglante en reuest on et masque d'autres4 ,et non moins d'exemples de constance et resolution4 ,car ces pauures gens sacrifiables1 vieillars1 femmes1 enfans1 vont quelques iours auant1 questans eux mesmes les aumosnes pour l'offrande de leur sacrifice1 et se presentent la boucherie chantans et danans auec les assistans4 ,les ambassadeurs du ,roy de ,mexico1 faisans entendre ,fernand ,cortez la grandeur de leur maistre2 apres luy auoir dict1 qu'il auoit trente vassaux1 desquels chacun pouuoit assembler cent mille combatans1 et qu'il se tenoit en la plus belle et forte ville qui fust soubs le ,ciel1 luy adiousterent1 qu'il auoit sacrifier aux ,dieux cinquante mille hommes par an4 ,de vray1 ils disent qu'il nourrissoit la guerre auec certains grands peuples voisins1 non seulement pour l'exercice de la ieunesse du pas1 mais principallement pour auoir dequoy fournir ses sacrifices1 par des prisonniers de guerre4 ,ailleurs1 en certain bourg1 pour la bien-venue dudit ,cortez1 ils sacrifierent cinquante hommes tout la fois4 ,ie diray encore ce compte3 ,aucuns de ces peuples ayants est battuz par luy1 enuoyerent le recognoistre et rechercher d'amiti3 les messagers luy presenterent trois sortes de presens1 en cette maniere3 ,seigneur voyla cinq esclaues3 si tu s vn ,dieu fier1 qui te paisses de chair et de sang1 mange les1 et nous t'en amerrons d'auantage3 si tu s vn ,dieu debonnaire1 voyla de l'encens et des plumes3 si tu s homme1 prens les oiseaux et les fruicts que voicy4 ,,chapitre ,,xxx4 ,des ,cannibales4 ,,qvand le ,roy ,pyrrhus passa en ,italie1 apres qu'il eut recongneu l'ordonnance de l'arme que les ,romains luy enuoyoient au deuant2 ,ie ne say1 dit-il1 quels barbares sont ceux-cy 7car les ,grecs appelloyent ainsi toutes les nations estrangeres7 mais la disposition de cette arme que ie voy1 n'est aucunement barbare4 ,autant en dirent les ,grecs de celle que ,flaminius fit passer en leur pas3 et ,philippus voyant d'vn tertre1 l'ordre et distribution du camp ,romain1 en son ,royaume1 sous ,publius ,sulpicius ,galba4 ,voil comment il se faut garder de s'attacher aux opinions vulgaires1 et les faut iuger par la voye de la raison1 non par la voix commune4 ,i'ay eu long temps auec moy vn homme qui auoit demeur dix ou douze ans en cet autre monde1 qui a est descouuert en nostre siecle1 en l'endroit o ,vilegaignon print terre1 qu'il surnomma la ,france ,antartique4 ,cette descouuerte d'vn pas infiny1 semble de grande consideration4 ,ie ne say si ie me puis respondre1 qu'il ne s'en face l'aduenir quelqu'autre1 tant de personnages plus grands que nous ayans est trompez en cette-cy4 ,i'ay peur que nous ayons les yeux plus grands que le ventre1 et plus de curiosit1 que nous n'auons de capacit4 ,nous embrassons tout1 mais nous n'estreignons que du vent4 ,platon introduit ,solon racontant auoir appris des ,prestres de la ville de ,sas en gypte1 que iadis et auant le deluge1 il y auoit vne grande ,isle nomme ,atlantide1 droict la bouche du destroit de ,gibaltar1 qui tenoit plus de pas que l',afrique et l',asie toutes deux ensemble3 et que les ,roys de cette contre l1 qui ne possedoient pas seulement cette ,isle1 mais s'estoyent estendus dans la terre ferme si auant1 qu'ils tenoyent de la largeur d',afrique1 iusques en gypte1 et de la largeur de l',europe1 iusques en la ,toscane1 entreprindrent d'eniamber iusques sur l',asie1 et subiuguer toutes les nations qui bordent la mer ,mediterrane1 iusques au golfe de la mer ,maiour3 et pour cet effect1 trauerserent les ,espaignes1 la ,gaule1 l',italie iusques en la ,grece1 o les ,atheniens les soustindrent3 mais que quelque temps apres1 et les ,atheniens et eux et leur ,isle furent engloutis par le deluge4 ,il est bien vray-semblable1 que cet extreme rauage d'eau ait faict des changemens estranges aux habitations de la terre3 comme on tient que la mer a retranch la ,sicile d'auec l',italie3 ,hc loca vi quondam1 et vasta conuulsa ruina ,dissiluisse ferunt1 cm protinus vtraque tellus ,vna foret2 ,chypre d'auec la ,surie2 l',isle de ,negrepont1 de la terre ferme de la ,boce3 et ioint ailleurs les terres qui estoient diuises1 comblant de limon et de sable les fosses d'entre-deux4 ,sterilisque diu palus aptque remis ,vicinas vrbes alit1 et graue sentit aratrum4 ,mais il n'y a pas grande apparence1 que cette ,isle soit ce monde nouueau1 que nous venons de descouurir3 car elle touchoit quasi l',espaigne1 et ce seroit vn effect incroyable d'inundation1 de l'en auoir recule comme elle est1 de plus de douze cens lieus4 ,outre ce que les nauigations des modernes ont des-ia presque descouuert1 que ce n'est point vne isle1 ains terre ferme1 et continente auec l',inde ,orientale d'vn cost1 et auec les terres1 qui sont soubs les deux poles d'autre part3 ou si elle en est separe1 que c'est d'vn si petit destroit et interualle1 qu'elle ne mrite pas d'estre nomme ,isle1 pour cela4 ,il semble qu'il y aye des mouuemens naturels les vns1 les autres fieureux en ces grands corps1 comme aux nostres4 ,quand ie considere l'impression que ma riuiere de ,dordoigne faict de mon temps1 vers la riue droicte de sa descente2 et qu'en vingt ans elle a tant gaign1 et desrob le fondement plusieurs bastimens1 ie vois bien que c'est vne agitation extraordinaire3 car si elle fust tousiours alle ce train1 ou deust aller l'aduenir1 la figure du monde seroit renuerse4 ,mais il leur prend des changements4 ,tantost elles s'espandent d'vn cost1 tantost d'vn autre1 tantost elles se contiennent4 ,ie ne parle pas des soudaines inondations dequoy nous manions les causes4 ,en ,medoc1 le long de la mer1 mon frere ,sieur d',arsac1 voit vne sienne terre1 enseuelie soubs les sables1 que la mer vomit deuant elle3 le feste d'aucuns bastimens paroist encore3 ses rentes et domaines se sont eschangez en pasquages bien maigres4 ,les habitans disent que depuis quelque temps1 la mer se pousse si fort vers eux1 qu'ils ont perdu quatre lieus de terre4 ,ces sables sont ses fourriers4 ,et voyons de grandes montioies d'arenes mouuantes1 qui marchent vne demie lieu deuant elle1 et gaignent pas4 ,l'autre tesmoignage de l'antiquit1 auquel on veut rapporter cette descouuerte1 est dans ,aristote1 au moins si ce petit liuret des merueilles inouyes est luy4 ,il raconte l1 que certains ,carthaginois s'estants iettez au trauers de la mer ,atlantique1 hors le destroit de ,gibaltar1 et nauig long temps1 auoient descouuert en fin vne grande isle fertile1 toute reuestu de bois1 et arrouse de grandes et profondes riuieres1 fort esloigne de toutes terres fermes3 et qu'eux1 et autres depuis1 attirez par la bont et fertilit du terroir1 s'y en allerent auec leurs femmes et enfans1 et commencerent s'y habituer4 ,les ,seigneurs de ,carthage1 voyans que leur pays se dpeuploit peu peu1 firent deffence expresse sur peine de mort1 que nul n'eust plus aller l1 et en chasserent ces nouueaux habitans1 craignants1 ce qu'on dit1 que par succession de temps ils ne vinsent multiplier tellement qu'ils les supplantassent eux mesmes1 et ruinassent leur estat4 ,cette narration d',aristote n'a non plus d'accord auec nos terres neufues4 ,cet homme que i'auoy1 estoit homme simple et grossier1 qui est vne condition propre rendre veritable tesmoignage4 ,car les fines gens remarquent bien plus curieusement1 et plus de choses1 mais ils les glosent3 et pour faire valoir leur interpretation1 et la persuader1 ils ne se peuuent garder d'alterer vn peu l',histoire3 ils ne vous representent iamais les choses pures2 ils les inclinent et masquent selon le visage qu'ils leur ont veu3 et pour donner credit leur iugement1 et vous y attirer1 prestent volontiers de ce cost l la matiere1 l'allongent et l'amplifient4 ,ou il faut vn homme tres-fidelle1 ou si simple1 qu'il n'ait pas dequoy bastir et donner de la vraysemblance des inuentions fauces2 et qui n'ait rien espous4 ,le mien estoit tel3 et outre cela il m'a faict voir diuerses fois plusieurs mattelots et marchans1 qu'il auoit cogneuz en ce voyage4 ,ainsi ie me contente de cette information1 sans m'enquerir de ce que les ,cosmographes en disent4 ,il nous faudroit des topographes1 qui nous fissent narration particuliere des endroits o ils ont est4 ,mais pour auoir cet auantage sur nous1 d'auoir veu la ,palestine1 ils veulent iour du priuilege de nous conter nouuelles de tout le demeurant du monde4 ,ie voudroye que chacun escriuist ce qu'il sait1 et autant qu'il en sait3 non en cela seulement1 mais en tous autres subiects4 ,car tel peut auoir quelque particuliere science ou experience de la nature d'vne riuiere1 ou d'vne fontaine1 qui ne sait au reste1 que ce que chacun sait3 il entreprendra toutesfois1 pour faire courir ce petit loppin1 d'escrire toute la ,physique4 ,de ce vice sourdent plusieurs grandes incommoditez4 ,or ie trouue1 pour reuenir mon propos1 qu'il n'y a rien de barbare et de sauuage en cette nation1 ce qu'on m'en a rapport3 sinon que chacun appelle barbarie1 ce qui n'est pas de son vsage4 ,comme de vray nous n'auons autre mire de la verit1 et de la raison1 que l'exemple et ide des opinions et vsances du pas o nous sommes4 ,l est tousiours la parfaicte religion1 la parfaicte police1 parfaict et accomply vsage de toutes choses4 ,ils sont sauuages de mesmes que nous appellons sauuages les fruicts1 que nature de soy et de son progrez ordinaire a produicts3 l o la verit ce sont ceux que nous auons alterez par nostre artifice1 et destournez de l'ordre commun1 que nous deurions appeller plustost sauuages4 ,en ceux l sont viues et vigoureuses1 les vrayes1 et plus vtiles et naturelles1 vertus et proprietez2 lesquelles nous auons abbastardies en ceux-cy1 les accommodant au plaisir de nostre goust corrompu4 ,et si pourtant la saueur mesme et delicatesse se trouue nostre goust mesme excellente l'enui des nostres1 en diuers fruits de ces contres l1 sans culture3 ce n'est pas raison que l'art gaigne le poinct d'honneur sur nostre grande et puissante mere nature4 ,nous auons tant recharg la beaut et richesse de ses ouurages par noz inuentions1 que nous l'auons du tout estouffe4 ,si est-ce que par tout o sa puret reluit1 elle fait vne merueilleuse honte noz vaines et friuoles entreprinses4 ,et veniunt heder sponte sua melius1 ,surgit et in solis formosior arbutus antris1 ,et volucres nulla dulcius arte canunt4 ,tous nos efforts ne peuuent seulement arriuer representer le nid du moindre oyselet1 sa contexture1 sa beaut1 et l'vtilit de son vsage3 non pas la tissure de la chetiue araigne4 ,toutes choses1 dit ,platon1 sont produites ou par la nature1 ou par la fortune1 ou par l'art4 ,les plus grandes et plus belles par l'vne ou l'autre des deux premieres3 les moindres et imparfaictes par la derniere4 ,ces nations me semblent donc ainsi barbares1 pour auoir receu fort peu de faon de l'esprit humain1 et estre encore fort voisines de leur naifuet originelle4 ,les loix naturelles leur commandent encores1 fort peu abbastardies par les nostres4 ,mais c'est en telle puret1 qu'il me prend quelque fois desplaisir1 dequoy la cognoissance n'en soit venu plustost1 du temps qu'il y auoit des hommes qui en eussent seu mieux iuger que nous4 ,il me desplaist que ,lycurgus et ,platon ne l'ayent eu3 car il me semble que ce que nous voyons par experience en ces nations l1 surpasse non seulement toutes les peintures dequoy la posie a embelly l'aage dor1 et toutes ses inuentions feindre vne heureuse condition d'hommes3 mais encore la conception et le desir mesme de la philosophie4 ,ils n'ont peu imaginer vne naifuet si pure et simple1 comme nous la voyons par experience3 ny n'ont peu croire que nostre societ se peust maintenir auec si peu d'artifice1 et de soudeure humaine4 ,c'est vne nation1 diroy-ie ,platon1 en laquelle il n'y a aucune espece de trafique2 nulle cognoissance de lettres2 nulle science de nombres2 nul nom de magistrat1 ny de superiorit politique2 nul vsage de seruice1 de richesse1 ou de pauuret2 nuls contrats2 nulles successions2 nuls partages2 nulles occupations1 qu'oysiues2 nul respect de parent1 que commun2 nuls vestemens2 nulle agriculture2 nul metal2 nul vsage de vin ou de bled4 ,les paroles mesmes1 qui signifient la mensonge1 la trahison1 la dissimulation1 l'auarice1 l'enuie1 la detraction1 le pardon1 inouyes4 ,combien trouueroit il la republique qu'il a imagine1 esloigne de cette perfection8 ,hos natura modos primm dedit4 ,au demeurant1 ils viuent en vne contre de pas tres-plaisante1 et bien tempere3 de faon qu' ce que m'ont dit mes tesmoings1 il est rare d'y voir vn homme malade3 et m'ont asseur1 n'en y auoir veu aucun tremblant1 chassieux1 edent1 ou courb de vieillesse4 ,ils sont assis le long de la mer1 et fermez du cost de la terre1 de grandes et hautes montaignes1 ayans entre-deux1 cent lieus ou enuiron d'estendue en large4 ,ils ont grande abondance de poisson et de chairs1 qui n'ont aucune ressemblance aux nostres2 et les mangent sans autre artifice1 que de les cuire4 ,le premier qui y mena vn cheual1 quoy qu'il les eust pratiquez plusieurs autres voyages1 leur fit tant d'horreur en cette assiette1 qu'ils le tuerent coups de traict1 auant que le pouuoir recognoistre4 ,leurs bastimens sont fort longs1 et capables de deux ou trois cents ames1 estoffez d'escorse de grands arbres1 tenans terre par vn bout1 et se soustenans et appuyans l'vn contre l'autre par le feste1 la mode d'aucunes de noz granges1 desquelles la couuerture pend iusques terre1 et sert de flanq4 ,ils ont du bois si dur qu'ils en coupent et en font leurs espes1 et des grils cuire leur viande4 ,leurs licts sont d'vn tissu de cotton1 suspenduz contre le toict1 comme ceux de noz nauires1 chacun le sien3 car les femmes couchent part des maris4 ,ils se leuent auec le ,soleil1 et mangent soudain apres s'estre leuez1 pour toute la iourne3 car ils ne font autre repas que celuy-l4 ,ils ne boiuent pas lors1 comme ,suidas dit1 de quelques autres peuples d',orient1 qui beuuoient hors du manger3 ils boiuent plusieurs fois sur iour1 et d'autant4 ,leur breuuage est faict de quelque racine1 et est de la couleur de noz vins clairets4 ,ils ne le boiuent que tiede4 ,ce breuuage ne se conserue que deux ou trois iours3 il a le goust vn peu picquant1 nullement fumeux1 salutaire l'estomach1 et laxatif ceux qui ne l'ont accoustum3 c'est vne boisson tres-aggreable qui y est duit4 ,au lieu du pain ils vsent d'vne certaine matiere blanche1 comme du coriandre confit4 ,i'en ay tast1 le goust en est doux et vn peu fade4 ,toute la iourne se passe dancer4 ,les plus ieunes vont la chasse des bestes1 tout des arcs4 ,vne partie des femmes s'amusent cependant chauffer leur breuuage1 qui est leur principal office4 ,il y a quelqu'vn des vieillards1 qui le matin auant qu'ils se mettent manger1 presche en commun toute la grange1 en se promenant d'vn bout autre1 et redisant vne mesme clause plusieurs fois1 iusques ce qu'il ayt acheu le tour1 car ce sont bastimens qui ont bien cent pas de longueur2 il ne leur recommande que deux choses1 la vaillance contre les ennemis1 et l'amiti leurs femmes4 ,et ne faillent iamais de remarquer cette obligation1 pour leur refrein1 que ce sont elles qui leur maintiennent leur boisson tiede et assaisonne4 ,il se void en plusieurs lieux1 et entre autres chez moy1 la forme de leurs lits1 de leurs cordons1 de leurs espes1 et brasselets de bois1 dequoy ils couurent leurs poignets aux combats1 et des grandes cannes ouuertes par vn bout1 par le son desquelles ils soustiennent la cadance en leur dance4 ,ils sont raz par tout1 et se font le poil beaucoup plus nettement que nous1 sans autre rasour que de bois1 ou de pierre4 ,ils croyent les ames eternelles2 et celles qui ont bien merit des ,dieux1 estre loges l'endroit du ciel o le ,soleil se leue3 les maudites1 du cost de l',occident4 ,ils ont ie ne say quels ,prestres et ,prophetes1 qui se presentent bien rarement au peuple1 ayans leur demeure aux montaignes4 ,a leur arriue1 il se faict vne grande feste et assemble solennelle de plusieurs villages2 chaque grange1 comme ie l'ay descrite1 faict vn village1 et sont enuiron vne lieu ,franoise l'vne de l'autre4 ,ce ,prophete parle eux en public1 les exhortant la vertu et leur deuoir3 mais toute leur science ethique ne contient que ces deux articles de la resolution la guerre1 et affection leurs femmes4 ,cettuy-cy leur prognostique les choses venir1 et les euenemens qu'ils doiuent esperer de leurs entreprinses3 les achemine ou destourne de la guerre3 mais c'est par tel si que o il faut bien deuiner1 et s'il leur aduient autrement qu'il ne leur a predit1 il est hach en mille pieces1 s'ils l'attrapent1 et condamn pour faux ,prophete4 ,a cette cause celuy qui s'est vne fois mescont1 on ne le void plus4 ,c'est don de ,dieu1 que la diuination3 voyla pourquoy ce deuroit estre vne imposture punissable d'en abuser4 ,entre les ,scythes1 quand les deuins auoient failly de rencontre1 on les couchoit enforgez de pieds et de mains1 sur des charriotes pleines de bruyere1 tires par des bufs1 en quoy on les faisoit brusler4 ,ceux qui manient les choses subiettes la conduitte de l'humaine suffisance1 sont excusables d'y faire ce qu'ils peuuent4 ,mais ces autres1 qui nous viennent pipant des asseurances d'vne facult extraordinaire1 qui est hors de nostre cognoissance3 faut-il pas les punir1 de ce qu'ils ne maintiennent l'effect de leur promesse1 et de la temerit de leur imposture8 ,ils ont leurs guerres contre les nations1 qui sont au del de leurs montaignes1 plus auant en la terre ferme1 ausquelles ils vont tous nuds1 n'ayants autres armes que des arcs ou des espes de bois1 appointes par vn bout1 la mode des langues de noz espieuz4 ,c'est chose esmerueillable que de la fermet de leurs combats1 qui ne finissent iamais que par meurtre et effusion de sang3 car de routes et d'effroy1 ils ne sauent que c'est4 ,chacun rapporte pour son trophe la teste de l'ennemy qu'il a tu1 et l'attache l'entre de son logis4 ,apres auoir long temps bien trait leurs prisonniers1 et de toutes les commoditez1 dont ils se peuuent aduiser1 celuy qui en est le maistre1 faict vne grande assemble de ses cognoissans4 ,il attache une corde l'vn des bras du prisonnier1 par le bout de laquelle il le tient1 esloign de quelques pas1 de peur d'en estre offenc1 et donne au plus cher de ses amis1 l'autre bras tenir de mesme2 et eux deux en presence de toute l'assemble l'assomment coups d'espe4 ,cela faict ils le rostissent1 et en mangent en commun1 et en enuoyent des loppins ceux de leurs amis1 qui sont absens4 ,ce n'est pas comme on pense1 pour s'en nourrir1 ainsi que faisoient anciennement les ,scythes1 c'est pour representer vne extreme vengeance4 ,et qu'il soit ainsin1 ayans apperceu que les ,portugais1 qui s'estoient r'alliez leurs aduersaires1 vsoient d'vne autre sorte de mort contre eux1 quand ils les prenoient2 qui estoit1 de les enterrer iusques la ceinture1 et tirer au demeurant du corps force coups de traict1 et les pendre apres3 ils penserent que ces gens icy de l'autre monde 7comme ceux qui auoient sem la cognoissance de beaucoup de vices parmy leur voisinage1 et qui estoient beaucoup plus grands maistres qu'eux en toute sorte de malice7 ne prenoient pas sans occasion cette sorte de vengeance1 et qu'elle deuoit estre plus aigre que la leur1 dont ils commencerent de quitter leur faon ancienne1 pour suiure cette-cy4 ,ie ne suis pas marry que nous remerquons l'horreur barbaresque qu'il y a en vne telle action1 mais ouy bien dequoy iugeans point de leurs fautes1 nous soyons si aueuglez aux nostres4 ,ie pense qu'il y a plus de barbarie manger vn homme viuant1 qu' le manger mort1 deschirer par tourmens et par gehennes1 vn corps encore plein de sentiment1 le faire rostir par le menu1 le faire mordre et meurtrir aux chiens1 et aux pourceaux 7comme nous l'auons non seulement leu1 mais veu de fresche memoire1 non entre des ennemis anciens1 mais entre des voisins et concitoyens1 et qui pis est1 sous pretexte de piet et de religion7 que de le rostir et manger apres qu'il est trespass4 ,chrysippus et ,zenon chefs de la secte ,stoicque1 ont bien pens qu'il n'y auoit aucun mal de se seruir de nostre charoigne1 quoy que ce fust1 pour nostre besoin1 et d'en tirer de la nourriture3 comme nos ancestres estans assiegez par ,csar en la ville d',alexia1 se resolurent de soustenir la faim de ce siege par les corps des vieillars1 des femmes1 et autres personnes inutiles au combat4 ,vascones1 fama est1 alimentis talibus vsi ,produxere animas4 ,et les medecins ne craignent pas de s'en seruir toute sorte d'vsage1 pour nostre sant2 soit pour l'appliquer au dedans1 ou au dehors4 ,mais il ne se trouua iamais aucune opinion si desregle1 qui excusast la trahison1 la desloyaut1 la tyrannie1 la cruaut1 qui sont noz fautes ordinaires4 ,nous les pouuons donc bien appeller barbares1 eu esgard aux regles de la raison1 mais non pas eu esgard nous1 qui les surpassons en toute sorte de barbarie4 ,leur guerre est toute noble et genereuse1 et a autant d'excuse et de beaut que cette maladie humaine en peut receuoir3 elle n'a autre fondement parmy eux1 que la seule ialousie de la vertu4 ,ils ne sont pas en debat de la conqueste de nouuelles terres3 car ils iouyssent encore de cette vbert naturelle1 qui les fournit sans trauail et sans peine1 de toutes choses necessaires1 en telle abondance1 qu'ils n'ont que faire d'agrandir leurs limites4 ,ils sont encore en cet heureux point1 de ne desirer qu'autant que leurs necessitez naturelles leur ordonnent3 tout ce qui est au del1 est superflu pour eux4 ,ils s'entr'appellent generallement ceux de mesme aage freres3 enfans1 ceux qui sont au dessouz2 et les vieillards sont peres tous les autres4 ,ceux-cy laissent leurs heritiers en commun1 cette pleine possession de biens par indiuis1 sans autre titre1 que celuy tout pur1 que nature donne ses creatures1 les produisant au monde4 ,si leurs voisins passent les montaignes pour les venir assaillir1 et qu'ils emportent la victoire sur eux1 l'acquest du victorieux1 c'est la gloire1 et l'auantage d'estre demeur maistre en valeur et en vertu3 car autrement ils n'ont que faire des biens des vaincus1 et s'en retournent leurs pays1 o ils n'ont faute d'aucune chose necessaire2 ny faute encore de cette grande partie1 de sauoir heureusement iouir de leur condition1 et s'en contenter4 ,autant en font ceux-cy leur tour4 ,ils ne demandent leurs prisonniers1 autre ranon que la confession et recognoissance d'estre vaincus4 ,mais il ne s'en trouue pas vn en tout vn siecle1 qui n'ayme mieux la mort1 que de relascher1 ny par contenance1 ny de parole1 vn seul point d'vne grandeur de courage inuincible4 ,il ne s'en void aucun1 qui n'ayme mieux estre tu et mang1 que de requerir seulement de ne l'estre pas4 ,ils les traictent en toute libert1 afin que la vie leur soit d'autant plus chere3 et les entretiennent communment des menasses de leur mort future1 des tourmens qu'ils y auront souffrir1 des apprests qu'on dresse pour cet effect1 du detranchement de leurs membres1 et du festin qui se fera leurs despens4 ,tout cela se faict pour cette seule fin1 d'arracher de leur bouche quelque parole molle ou rabaisse1 ou de leur donner enuie de s'en fuyr2 pour gaigner cet auantage de les auoir espouuantez1 et d'auoir faict force leur constance4 ,car aussi le bien prendre1 c'est en ce seul point que consiste la vraye victoire3 victoria nulla est1 ,qum qu confessos animo quoque subiugat hostes4 ,les ,hongres tres-belliqueux combattants1 ne poursuiuoient iadis leur pointe outre auoir rendu l'ennemy leur mercy4 ,car en ayant arrach cette confession1 ils le laissoyent aller sans offense1 sans ranon2 sauf pour le plus d'en tirer parole de ne s'armer des lors en auant contre eux4 ,assez d'auantages gaignons nous sur nos ennemis1 qui sont auantages empruntez1 non pas nostres4 ,c'est la qualit d'vn porte-faix1 non de la vertu1 d'auoir les bras et les iambes plus roides3 c'est vne qualit morte et corporelle1 que la disposition3 c'est vn coup de la fortune1 de faire broncher nostre ennemy1 et de luy esblouyr les yeux par la lumiere du ,soleil3 c'est vn tour d'art et de science1 et qui peut tomber en vne personne lasche et de neant1 d'estre suffisant l'escrime4 ,l'estimation et le prix d'vn homme consiste au cur et en la volont3 c'est l o gist son vray honneur3 la vaillance c'est la fermet1 non pas des iambes et des bras1 mais du courage et de l'ame3 elle ne consiste pas en la valeur de nostre cheual1 ny de noz armes1 mais en la nostre4 ,celuy qui tombe obstin en son courage1 si succiderit1 de genu pugnat4 ,qui pour quelque danger de la mort voisine1 ne relasche aucun point de son asseurance1 qui regarde encores en rendant l'ame1 son ennemy d'vne veu ferme et desdaigneuse1 il est battu1 non pas de nous1 mais de la fortune3 il est tu1 non pas vaincu3 les plus vaillans sont par fois les plus infortunez4 ,aussi y a-il des pertes triomphantes l'enui des victoires4 ,ny ces quatre victoires surs1 les plus belles que le ,soleil aye onques veu de ses yeux1 de ,salamine1 de ,plates1 de ,mycale1 de ,sicile1 n'oserent onques opposer toute leur gloire ensemble1 la gloire de la desconfiture du ,roy ,leonidas et des siens au pas de ,thermopyles1 ,qui courut iamais d'vne plus glorieuse enuie1 et plus ambitieuse au gain du combat1 que le ,capitaine ,ischolas la perte8 ,qui plus ingenieusement et curieusement s'est asseur de son salut1 que luy de sa ruine8 ,il estoit commis deffendre certain passage du ,peloponnese1 contre les ,arcadiens2 pour quoy faire1 se trouuant du tout incapable1 veu la nature du lieu1 et inegalit des forces3 et se resoluant que tout ce qui se presenteroit aux ennemis1 auroit de necessit y demeurer3 d'autre part1 estimant indigne et de sa propre vertu et magnanimit1 et du nom ,lacedemonien1 de faillir sa charge3 il print entre ces deux extremits1 vn moyen party1 de telle sorte3 ,les plus ieunes et dispos de sa troupe1 il les conserua la tuition et seruice de leur pas1 et les y renuoya3 et auec ceux desquels le defaut estoit moindre1 il delibera de soustenir ce pas3 et par leur mort en faire achetter aux ennemis l'entre la plus chere1 qu'il luy seroit possible3 comme il aduint4 ,car estant tantost enuironn de toutes parts par les ,arcadiens3 apres en auoir faict vne grande boucherie1 luy et les siens furent tous mis au fil de l'espe4 ,est-il quelque trophe assign pour les veincueurs1 qui ne soit mieux deu ces veincus8 ,le vray veincre a pour son roolle l'estour1 non pas le salut3 et consiste l'honneur de la vertu1 combattre1 non battre4 ,pour reuenir nostre histoire1 il s'en faut tant que ces prisonniers se rendent1 pour tout ce qu'on leur fait1 qu'au rebours pendant ces deux ou trois mois qu'on les garde1 ils portent vne contenance gaye1 ils pressent leurs maistres de se haster de les mettre en cette espreuue1 ils les deffient1 les iniurient1 leur reprochent leur laschet1 et le nombre des battailles perdus contre les leurs4 ,i'ay vne chanson faicte par vn prisonnier1 o il y a ce traict3 ,qu'ils viennent hardiment trtous1 et s'assemblent pour disner de luy1 car ils mangeront quant et quant leurs peres et leurs ayeulx1 qui ont seruy d'aliment et de nourriture son corps3 ces muscles1 dit-il1 cette chair et ces veines1 ce sont les vostres1 pauure fols que vous estes3 vous ne recognoissez pas que la substance des membres de vos ancestres s'y tient encore3 sauourez les bien1 vous y trouuerez le goust de vostre propre chair3 inuention1 qui ne sent aucunement la barbarie4 ,ceux qui les peignent mourans1 et qui representent cette action quand on les assomme1 ils peignent le prisonnier1 crachant au visage de ceux qui le tuent1 et leur faisant la mou4 ,de vray ils ne cessent iusques au dernier souspir1 de les brauer et deffier de parole et de contenance4 ,sans mentir1 au prix de nous1 voila des hommes bien sauuages3 car ou il faut qu'ils le soyent bien bon escient1 ou que nous le soyons3 il y a vne merueilleuse distance entre leur forme et la nostre4 ,les hommes y ont plusieurs femmes1 et en ont d'autant plus grand nombre1 qu'ils sont en meilleure reputation de vaillance4 ,c'est vne beaut remarquable en leurs mariages1 que la mesme ialousie que nos femmes ont pour nous empescher de l'amiti et bien-vueillance d'autres femmes1 les leurs l'ont toute pareille pour la leur acquerir4 ,estans plus soigneuses de l'honneur de leurs maris1 que de toute autre chose1 elles cherchent et mettent leur solicitude auoir le plus de compaignes qu'elles peuuent1 d'autant que c'est vn tesmoignage de la vertu du mary4 ,les nostres crieront au miracle3 ce ne l'est pas4 ,c'est vne vertu proprement matrimoniale3 mais du plus haut estage4 ,et en la ,bible1 ,lea1 ,rachel1 ,sara et les femmes de ,iacob fournirent leurs belles seruantes leurs maris1 et ,liuia seconda les appetits d',auguste1 son interest3 et la femme du ,roy ,deiotarus ,stratonique1 presta non seulement l'vsage de son mary1 vne fort belle ieune fille de chambre1 qui la seruoit1 mais en nourrit soigneusement les enfants3 et leur feit espaule succeder aux estats de leur pere4 ,et afin qu'on ne pense point que tout cecy se face par vne simple et seruile obligation leur vsance1 et par l'impression de l'authorit de leur ancienne coustume1 sans discours et sans iugement1 et pour auoir l'ame si stupide1 que de ne pouuoir prendre autre party1 il faut alleguer quelques traits de leur suffisance4 ,outre celuy que ie vien de reciter de l'vne de leurs chansons guerrieres1 i'en ay vn' autre amoureuse1 qui commence en ce sens3 ,couleuure arreste toy1 arreste toy couleuure1 afin que ma sur tire sur le patron de ta peinture1 la faon et l'ouurage d'vn riche cordon1 que ie puisse donner m'amie3 ainsi soit en tout temps ta beaut et ta disposition prefere tous les autres serpens4 ,ce premier couplet1 c'est le refrein de la chanson4 ,or i'ay assez de commerce auec la posie pour iuger cecy1 que non seulement il n'y a rien de barbarie en cette imagination1 mais qu'elle est tout faict ,anacreontique4 ,leur langage au demeurant1 c'est vn langage doux1 et qui a le son aggreable1 retirant aux terminaisons ,grecques4 ,trois d'entre eux1 ignorans combien couttera vn iour leur repos1 et leur bon heur1 la cognoissance des corruptions de de1 et que de ce commerce naistra leur ruine1 comme ie presuppose qu'elle soit des-ia auance 7bien miserables de s'estre laissez pipper au desir de la nouuellet1 et auoir quitt la douceur de leur ciel1 pour venir voir le nostre7 furent ,roan1 du temps que le feu ,roy ,charles neufiesme y estoit3 le ,roy parla eux long temps1 on leur fit voir nostre faon1 nostre pompe1 la forme d'vne belle ville3 apres cela1 quelqu'vn en demanda leur aduis1 et voulut sauoir d'eux1 ce qu'ils y auoient trouu de plus admirable3 ils respondirent trois choses1 dont i'ay perdu la troisiesme1 et en suis bien marry2 mais i'en ay encore deux en memoire4 ,ils dirent qu'ils trouuoient en premier lieu fort estrange1 que tant de grands hommes portans barbe1 forts et armez1 qui estoient autour du ,roy 7il est vray-semblable qu'ils parloient des ,suisses de sa garde7 se soubmissent obeir vn enfant1 et qu'on ne choisissoit plustost quelqu'vn d'entre eux pour commander4 ,secondement 7ils ont vne faon de leur langage telle qu'ils nomment les hommes1 moiti les vns des autres7 qu'ils auoyent apperceu qu'il y auoit parmy nous des hommes pleins et gorgez de toutes sortes de commoditez1 et que leurs moitiez estoient mendians leurs portes1 dcharnez de faim et de pauuret2 et trouuoient estrange comme ces moitiez icy necessiteuses1 pouuoient souffrir vne telle iniustice1 qu'ils ne prinsent les autres la gorge1 ou missent le feu leurs maisons4 ,ie parlay l'vn d'eux fort long temps1 mais i'auois vn truchement qui me suiuoit si mal1 et qui estoit si empesch receuoir mes imaginations par sa bestise1 que ie n'en peus tirer rien qui vaille4 ,sur ce que ie luy demanday quel fruit il receuoit de la superiorit qu'il auoit parmy les siens1 car c'estoit vn ,capitaine1 et noz matelots le nommoient ,roy1 il me dit1 que c'estoit1 marcher le premier la guerre3 ,de combien d'hommes il estoit suiuy2 il me montra vne espace de lieu1 pour signifier que c'estoit autant qu'il en pourroit en vne telle espace1 ce pouuoit estre quatre ou cinq mille hommes3 ,si hors la guerre toute son authorit estoit expire2 il dit qu'il luy en restoit cela1 que quand il visitoit les villages qui dpendoient de luy1 on luy dressoit des sentiers au trauers des hayes de leurs bois1 par o il peust passer bien l'aise4 ,tout cela ne va pas trop mal3 mais quoy8 ils ne portent point de haut de chausses4 ,,chapitre ,,xxxi4 ,qu'il faut sobrement se mesler de iuger des ordonnances diuines4 ,,le vray champ et subiect de l'imposture1 sont les choses inconnes3 d'autant qu'en premier lieu l'estranget mesme donne credit1 et puis n'estants point subiectes nos discours ordinaires1 elles nous ostent le moyen de les combattre4 ,a cette cause1 dit ,platon1 est-il bien plus ais de satisfaire1 parlant de la nature des ,dieux1 que de la nature des hommes3 par ce que l'ignorance des auditeurs preste vne belle et large carriere1 et toute libert1 au maniement d'vne matiere cachee4 ,il aduient de l1 qu'il n'est rien creu si fermement1 que ce qu'on sait le moins1 ny gens si asseurez1 que ceux qui nous content des fables1 comme ,alchymistes1 ,prognostiqueurs1 ,iudiciaires1 ,chiromantiens1 ,medecins1 id genus omne4 ,ausquels ie ioindrois volontiers1 si i'osois1 vn tas de gens1 interpretes et contrerolleurs ordinaires des dessains de ,dieu1 faisans estat de trouuer les causes de chasque accident1 et de veoir dans les secrets de la volont diuine1 les motifs incomprehensibles de ses uures4 ,et quoy que la variet et discordance continuelle des euenemens1 les reiette de coin en coin1 et d',orient en ,occident1 ils ne laissent de suiure pourtant leur esteuf1 et de mesme creon peindre le blanc et le noir4 ,en vne nation ,indienne il y a cette loable obseruance1 quand il leur mes-aduient en quelque rencontre ou bataille1 ils en demandent publiquement pardon au ,soleil1 qui est leur ,dieu1 comme d'vne action iniuste3 rapportant leur heur ou malheur la raison diuine1 et luy submettant leur iugement et discours4 ,suffit vn ,chrestien croire toutes choses venir de ,dieu3 les receuoir auec recognoissance de sa diuine et inscrutable sapience3 pourtant les prendre en bonne part1 en quelque visage qu'elles luy soient enuoyees4 ,mais ie trouue mauuais ce que ie voy en vsage1 de chercher fermir et appuyer nostre religion par la prosperit de nos entreprises4 ,nostre creance a assez d'autres fondemens1 sans l'authoriser par les euenemens4 ,car le peuple accoustum ces argumens plausibles1 et proprement de son goust1 il est danger1 quand les euenemens viennent leur tour contraires et des-auantageux1 qu'il en esbranle sa foi4 ,comme aux guerres o nous sommes pour la ,religion1 ceux qui eurent l'auantage au rencontre de la ,rochelabeille1 faisans grand feste de cet accident1 et se seruans de cette fortune1 pour certaine approbation de leur party3 quand ils viennent apres excuser leurs defortunes de ,mont-contour et de ,iarnac1 sur ce que ce sont verges et chastiemens paternels1 s'ils n'ont vn peuple du tout leur mercy1 ils luy font assez aisment sentir que c'est prendre d'vn sac deux moultures1 et de mesme bouche souffler le chaud et le froid4 ,il vaudroit mieux l'entretenir des vrays fondemens de la verit4 ,c'est une belle bataille nauale qui s'est gaignee ces mois passez contre les ,turcs1 sous la conduite de dom ,ioan d',austria3 mais il a bien pleu ,dieu en faire autres fois voir d'autres telles nos despens4 ,somme1 il est mal-ais de ramener les choses diuines nostre balance1 qu'elles n'y souffrent du deschet4 ,et qui voudroit rendre raison de ce que ,arrius et ,leon son ,pape1 chefs principaux de cette heresie1 moururent en diuers temps1 de morts si pareilles et si estranges 7car retirez de la dispute par douleur de ventre la garderobe1 tous deux y rendirent subitement l'ame7 et exaggerer cette vengeance diuine par la circonstance du lieu1 y pourroit bien encore adiouster la mort de ,heliogabalus1 qui fut aussi tu en vn retraict4 ,mais quoy8 ,irenee se trouue engag en mesme fortune4 ,dieu nous voulant apprendre1 que les bons ont autre chose esperer3 et les mauuais autre chose craindre1 que les fortunes ou infortunes de ce monde3 il les manie et applique selon sa disposition occulte3 et nous oste le moyen d'en faire sottement nostre profit4 ,et se moquent ceux qui s'en veulent preualoir selon l'humaine raison4 ,ils n'en donnent iamais vne touche1 qu'ils n'en reoiuent deux4 ,sainct ,augustin en fait vne belle preuue sur ses aduersaires4 ,c'est vn conflict1 qui se decide par les armes de la memoire1 plus que par celles de la raison4 ,il se faut contenter de la lumiere qu'il plaist au ,soleil nous communiquer par ses rayons1 et qui esleuera ses yeux pour en prendre vne plus grande dans son corps mesme1 qu'il ne trouue pas estrange1 si pour la peine de son outrecuidance il y perd la veu4 ,quis hominum potest scire consilium ,dei8 aut quis poterit cogitare1 quid velit ,dominus8 ,,chapitre ,,xxxii4 ,de fuir les voluptez au pris de la vie4 ,i',,avois bien veu conuenir en cecy la pluspart des anciennes opinions3 ,qu'il est heure de mourir lorsqu'il y a plus de mal que de bien viure3 et que de conseruer nostre vie nostre tourment et incommodit1 c'est choquer les regles mesmes de nature1 comme disent ces vieilles regles1 1 4 h 4 1 4 ,mais de pousser le mespris de la mort iusques tel degr1 que de l'employer pour se distraire des honneurs1 richesses1 grandeurs1 et autres faueurs et biens que nous appellons de la fortune2 comme si la raison n'auoit pas assez affaire nous persuader de les abandonner1 sans y adiouster cette nouuelle recharge1 ie ne l'auois veu ny commander1 ny pratiquer3 iusques lors que ce passage de ,seneca me tomba entre mains1 auquel conseillant ,lucilius1 personnage puissant et de grande authorit autour de l',empereur1 de changer cette vie voluptueuse et pompeuse1 et de se retirer de cette ambition du monde1 quelque vie solitaire1 tranquille et philosophique3 sur quoy ,lucilius alleguoit quelques difficultez3 ,ie suis d'aduis1 dit-il1 que tu quites cette vie l1 ou la vie tout faict3 bien te conseille-ie de suiure la plus douce voye1 et de destacher plustost que de rompre ce que tu as mal no1 pourueu que s'il ne se peut autrement destacher1 tu le rompes4 ,il n'y a homme si coard qui n'ayme mieux tomber vne fois1 que de demeurer tousiours en bransle4 ,i'eusse trouu ce conseil sortable la rudesse ,stoque3 mais il est plus estrange qu'il soit emprunt d',epicurus1 qui escrit ce propos1 choses toutes pareilles ,idomeneus4 ,si est-ce que ie pense auoir remarqu quelque traict semblable parmy nos gens1 mais auec la moderation ,chrestienne4 ,sainct ,hilaire ,euesque de ,poitiers1 ce fameux ennemy de l'heresie ,arrienne1 estant en ,syrie fut aduerty qu',abra sa fille vnique1 qu'il auoit laissee pardea auec sa mere1 estoit poursuyuie en mariage par les plus apparens ,seigneurs du pas1 comme fille tres-bien nourrie1 belle1 riche1 et en la fleur de son aage3 il luy escriuit1 comme nous voyons1 qu'elle ostast son affection de tous ces plaisirs et aduantages qu'on luy presentoit3 qu'il luy auoit trouu en son voyage vn party bien plus grand et plus digne1 d'vn mary de bien autre pouuoir et magnificence1 qui luy feroit presens de robes et de ioyaux1 de prix inestimable4 ,son dessein estoit de luy faire perdre l'appetit et l'vsage des plaisirs mondains1 pour la ioindre toute ,dieu4 ,mais cela1 le plus court et plus certain moyen luy semblant estre la mort de sa fille1 il ne cessa par vux1 prieres1 et oraisons1 de faire requeste ,dieu de l'oster de ce monde1 et de l'appeller soy3 comme il aduint3 car bien-tost apres son retour1 elle luy mourut1 dequoy il montra vne singuliere ioye4 ,cettuy-cy semble encherir sur les autres1 de ce qu'il s'adresse ce moyen de prime face1 lequel ils ne prennent que subsidiairement1 et puis que c'est l'endroit de sa fille vnique4 ,mais ie ne veux obmettre le bout de cette histoire1 encore qu'il ne soit pas de mon propos4 ,la femme de ,sainct ,hilaire ayant entendu par luy1 comme la mort de leur fille s'estoit conduite par son dessein et volont1 et combien elle auoit plus d'heur d'estre deslogee de ce monde1 que d'y estre1 print vne si viue apprehension de la beatitude eternelle et celeste1 qu'elle solicita son mary auec extreme instance1 d'en faire autant pour elle4 ,et ,dieu leurs prieres communes1 l'ayant retiree soy1 bien tost apres1 ce fut vne mort embrasse auec singulier contentement commun4 ,,chapitre ,,xxxiii4 ,la fortune se rencontre souuent au train de la raison4 ,l',,inconstance du bransle diuers de la fortune1 fait qu'elle nous doiue presenter toute espece de visages4 ,y a il action de iustice plus expresse que celle cy8 ,le ,duc de ,valentinois ayant resolu d'empoisonner ,adrian ,cardinal de ,cornete1 chez qui le ,pape ,alexandre sixiesme son pere1 et luy alloyent soupper au ,vatican3 enuoya deuant1 quelque bouteille de vin empoisonn1 et commanda au sommelier qu'il la gardast bien soigneusement3 le ,pape y estant arriu auant le fils1 et ayant demand boire1 ce sommelier1 qui pensoit ce vin ne luy auoir est recommand que pour sa bont1 en seruit au ,pape1 et le ,duc mesme y arriuant sur le point de la collation1 et se fiant qu'on n'auroit pas touch sa bouteille1 en prit son tour2 en maniere que le ,pere en mourut soudain1 et le fils apres auoir est longuement tourment de maladie1 fut reseru vn' autre pire fortune4 ,quelquefois il semble point nomm qu'elle se ioe nous4 ,le ,seigneur d',estree1 lors guidon de ,monsieur de ,vandosme1 et le ,seigneur de ,liques1 ,lieutenant de la compagnie du ,duc d',ascot1 estans tous deux seruiteurs de la sur du ,sieur de ,foungueselles1 quoi que de diuers partis 7comme il aduient aux voisins de la frontiere7 le ,sieur de ,licques l'emporta3 mais le mesme iour des nopces1 et qui pis est1 auant le coucher1 le mari ayant enuie de rompre vn bois en faueur de sa nouuelle espouse1 sortit l'escarmouche pres de ,s4 ,omer1 o le ,sieur d',estree se trouuant le plus fort1 le feit son prisonnier3 et pour faire valoir son aduantage1 encore fallut-il que la ,damoiselle1 ,coniugis ant coacta noui dimittere collum1 ,qum veniens vna atque altera rursus hyems ,noctibus in longis auidum saturasset amorem1 luy fist elle mesme requeste par courtoisie de luy rendre son prisonnier3 comme il fit1 la noblesse ,franoise1 ne refusant iamais rien aux ,dames4 ,semble-il pas que ce soit vn sort artiste8 ,constantin fils d',helene fonda l',empire de ,constantinople3 et tant de siecles apres ,constantin fils d',helene le finit4 ,quelquefois il luy plaist enuier sur nos miracles4 ,nous tenons que le ,roy ,clouis assiegeant ,angoulesme1 les murailles cheurent d'elles mesmes par faueur diuine4 ,et ,bouchet emprunte de quelqu'autheur1 que le ,roy ,robert assiegeant vne ville1 et s'estant desrob du siege1 pour aller ,orleans solemnizer la feste ,sainct ,aignan1 comme il estoit en deuotion1 sur certain point de la ,messe1 les murailles de la ville assiegee1 s'en allerent sans aucun effort en ruine4 ,elle fit tout contrepoil en nos guerres de ,milan3 car le ,capitaine ,rense assiegeant pour nous la ville d',eronne1 et ayant faict mettre la mine soubs vn grand pan de mur1 et le mur en estant brusquement enleu hors de terre1 recheut toutes-fois tout empenn1 si droit dans son fondement1 que les assiegez n'en vausirent pas moins4 ,quelquefois elle fait la medecine4 ,iason ,phereus estant abandonn des medecins1 pour vne aposteme1 qu'il auoit dans la poitrine1 ayant enuie de s'en dfaire1 au moins par la mort1 se ietta en vne bataille corps perdu dans la presse des ennemis1 o il fut bless trauers le corps1 si point1 que son aposteme en creua1 et guerit4 ,surpassa elle pas le peintre ,protogenes en la science de son art8 ,cettuy-cy ayant parfaict l'image d'vn chien las et recreu1 son contentement en toutes les autres parties1 mais ne pouuant representer son gr l'escume et la baue1 despit contre sa besongne1 prit son esponge1 et comme elle estoit abreuuee de diuerses peintures1 la ietta contre1 pour tout effacer3 la fortune porta tout propos le coup l'endroit de la bouche du chien1 et y parfournit ce quoy l'art n'auoit peu attaindre4 ,n'adresse elle pas quelquefois nos conseils1 et les corrige8 ,isabel ,royne d',angleterre1 ayant repasser de ,zelande en son ,royaume1 auec vne armee1 en faueur de son fils contre son mary1 estoit perdue1 si elle fust arriuee au port qu'elle auoit proiett1 y estant attendue par ses ennemis3 mais la fortune la ietta contre son vouloir ailleurs1 o elle print terre en toute seuret4 ,et cet ancien qui ruant la pierre vn chien1 en assena et tua sa marastre1 eut-il pas raison de prononcer ce vers3 2 ,la fortune a meilleur aduis que nous4 ,icetes auoit prattiqu deux soldats1 pour tuer ,timoleon1 seiournant ,adrane en la ,sicile4 ,ils prindrent heure1 sur le point qu'il feroit quelque sacrifice4 ,et se meslans parmy la multitude1 comme ils se guignoyent l'vn l'autre1 que l'occasion estoit propre leur besoigne3 voicy vn tiers1 qui d'vn grand coup d'espee1 en assene l'vn par la teste1 et le rue mort par terre1 et s'en fuit4 ,le compagnon se tenant pour descouuert et perdu1 recourut l'autel1 requerant franchise1 auec promesse de dire toute la verit4 ,ainsi qu'il faisoit le compte de la coniuration1 voicy le tiers qui auoit est attrap1 lequel comme meurtrier1 le peuple pousse et saboule au trauers la presse1 vers ,timoleon1 et les plus apparents de l'assemblee4 ,l il crie mercy3 et dit auoir justement tu l'assassin de son pere3 verifiant sur le champ1 par des tesmoings que son bon sort luy fournit1 tout propos1 qu'en la ville des ,leontins son pere1 de vray1 auoit est tu par celuy sur lequel il s'estoit veng4 ,on luy ordonna dix mines ,attiques1 pour auoir eu cet heur1 prenant raison de la mort de son pere1 de retirer de mort le pere commun des ,siciliens4 ,cette fortune surpasse en reglement1 les regles de l'humaine prudence4 ,pour la fin3 en ce faict icy1 se descouure il pas vne bien expresse application de sa faueur1 de bont et piet singuliere8 ,ignatius ,pere et fils1 proscripts par les ,triumuirs ,rome1 se resolurent ce genereux office1 de rendre leurs vies1 entre les mains l'vn de l'autre1 et en frustrer la cruaut des ,tyrans3 ils se coururent sus1 l'espee au poing3 elle en dressa les pointes1 et en fit deux coups esgalement mortels3 et donna l'honneur d'vne si belle amiti1 qu'ils eussent iustement la force de retirer encore des playes leurs bras sanglants et arms1 pour s'entrembrasser en cet estat1 d'vne si forte estrainte1 que les bourreaux couperent ensemble leurs deux testes1 laissans les corps tousiours pris en ce noble neud2 et les playes iointes1 humans amoureusement1 le sang et les restes de la vie1 l'vne de l'autre4 ,,chapitre ,,xxxiiii4 ,d'vn defaut de nos polices4 ,,fev mon pere1 homme pour n'estre ayd que de l'experience et du naturel1 d'vn iugement bien net1 m'a dict autrefois1 qu'il auoit desir mettre en train1 qu'il y eust s villes certain lieu design1 auquel ceux qui auroient besoin de quelque chose1 se peussent rendre1 et faire enregistrer leur affaire vn officier estably pour cet effect3 comme1 ie cherche vendre des perles3 ie cherche des perles vendre2 tel veut compagnie pour aller ,paris2 tel s'enquiert d'vn seruiteur de telle qualit1 tel d'vn maistre2 tel demande vn ouurier3 qui cecy1 qui cela1 chacun selon son besoing4 ,et semble que ce moyen de nous entr'aduertir1 apporteroit non legere commodit au commerce publique4 ,car tous coups1 il y a des conditions1 qui s'entrecherchent1 et pour ne s'entr'entendre1 laissent les hommes en extreme necessit4 ,i'entens auec vne grande honte de nostre siecle1 qu' nostre veu1 deux tres-excellens personnages en sauoir1 sont morts en estat de n'auoir pas leur saoul manger3 ,lilius ,gregorius ,giraldus en ,italie1 et ,sebastianus ,castalio en ,allemaigne4 ,et croy qu'il y a mil'hommes qui les eussent appellez auec tres-aduantageuses conditions1 ou secourus o ils estoient s'ils l'eussent seu4 ,le monde n'est pas si generalement corrompu1 que ie ne sache tel homme1 qui souhaitteroit de bien grande affection1 que les moyens que les siens luy ont mis en main1 se peussent employer tant qu'il plaira la fortune qu'il en iouisse1 mettre l'abry de la necessit1 les personnages rares et remarquables en quelque espece de valeur1 que le mal-heur combat quelquefois iusques l'extremit3 et qui les mettroit pour le moins en tel estat1 qu'il ne tiendroit qu' faute de bon discours1 s'ils n'estoyent contens4 ,en la police conomique mon pere auoit cet ordre1 que ie say loer1 mais nullement ensuiure4 ,c'est qu'outre le registre des negoces du mesnage1 o se logent les menus comptes1 payements1 marchs1 qui ne requierent la main du ,notaire1 lequel registre1 vn ,receueur a en charge3 il ordonnoit celuy de ses gents1 qui luy seruoit escrire1 vn papier iournal1 inserer toutes les suruenances de quelque remarque1 et iour par iour les memoires de l'histoire de sa maison3 tres-plaisante veoir1 quand le temps commence en effacer la souuenance1 et tres propos pour nous oster souuent de peine4 ,quand fut entamee telle besoigne1 quand acheuee3 quels trains y ont pass1 combien arrest3 noz voyages1 noz absences1 mariages1 morts3 la reception des heureuses ou malencontreuses nouuelles3 changement des seruiteurs principaux3 telles matieres4 ,vsage ancien1 que ie trouue bon rafraichir1 chacun en sa chacuniere3 et me trouue vn sot d'y auoir failly4 ,,chapitre ,,xxxv4 ,de l'vsage de se vestir4 ,,ov que ie vueille donner1 il me faut forcer quelque barriere de la coustume1 tant ell'a soigneusement brid toutes nos auenues4 ,ie deuisoy en cette saison frilleuse1 si la faon d'aller tout nud de ces nations dernierement trouuees1 est vne faon forcee par la chaude temperature de l'air1 comme nous disons des ,indiens1 et des ,mores1 ou si c'est l'originelle des hommes4 ,les gens d'entendement1 d'autant que tout ce qui est soubs le ciel1 comme dit la saincte ,parole1 est subiect mesmes loix1 ont accoustum en pareilles considerations celles icy1 o il faut distinguer les loix naturelles des controuuees1 de recourir la generale police du monde1 o il n'y peut auoir rien de contrefaict4 ,or tout estant exactement fourny ailleurs de filet et d'guille1 pour maintenir son estre1 il est mcreable1 que nous soyons seuls produits en estat deffectueux et indigent1 et en estat qui ne se puisse maintenir sans secours estranger4 ,ainsi ie tiens que comme les plantes1 arbres1 animaux1 et tout ce qui vit1 se treuue naturellement equipp de suffisante couuerture1 pour se deffendre de l'iniure du temps1 ,proptereque fer res omnes1 aut corio sunt1 ,aut seta1 aut conchis1 aut callo1 aut cortice1 tect1 aussi estions nous3 mais comme ceux qui esteignent par artificielle lumiere celle du iour1 nous auons esteint nos propres moyens1 par les moyens empruntez4 ,et est ais voir que c'est la coustume qui nous fait impossible ce qui ne l'est pas4 ,car de ces nations qui n'ont aucune cognoissance de vestemens1 il s'en trouue d'assises enuiron soubs mesme ciel1 que le nostre1 et soubs bien plus rude ciel que le nostre4 ,et puis la plus delicate partie de nous est celle qui se tient tousiours descouuerte3 les yeux1 la bouche1 le nez1 les oreilles2 noz contadins1 comme noz ayeulx1 la partie pectorale et le ventre4 ,si nous fussions nez auec condition de cotillons et de greguesques1 il ne faut faire doubte1 que nature n'eust arm d'vne peau plus espoisse ce qu'elle eust abandonn la baterie des saisons1 comme elle a faict le bout des doigts et plante des pieds4 ,pourquoy semble il difficile croire8 entre ma faon d'estre vestu1 et celle du pasan de mon pas1 ie trouue bien plus de distance1 qu'il n'y a de sa faon1 celle d'vn homme1 qui n'est vestu que de sa peau4 ,combien d'hommes1 et en ,turchie sur tout1 vont nuds par deuotion8 ,ie ne say qui demandoit vn de nos gueux1 qu'il voyoit en chemise en plein hyuer1 aussi scarbillat que tel qui se tient ammitonn dans les martes iusques aux oreilles1 comme il pouuoit auoir patience3 ,et vous monsieur1 respondit-il1 vous auez bien la face descouuerte3 or moy ie suis tout face4 ,les ,italiens content du fol du ,duc de ,florence1 ce me semble1 que son maistre s'enquerant comment ainsi mal vestu1 il pouuoit porter le froid1 quoy il estoit bien empesch luy-mesme3 ,suiuez1 dit-il1 ma recepte de charger sur vous tous vos accoustrements1 comme ie fay les miens1 vous n'en souffrirez non plus que moy4 ,le ,roy ,massinissa iusques l'extreme vieillesse1 ne peut estre induit aller la teste couuerte par froid1 orage1 et pluye qu'il fist1 ce qu'on dit aussi de l',empereur ,seuerus4 ,aux batailles donnees entre les gyptiens et les ,perses1 ,herodote dit auoir est remarqu et par d'autres1 et par luy1 que de ceux qui y demeuroient morts1 le test estoit sans comparaison plus dur aux gyptiens qu'aux ,perses3 raison que ceux cy portent tousiours leurs testes couuertes de beguins1 et puis de turbans3 ceux la rases des l'enfance et descouuertes4 ,et le ,roy ,agesilaus obserua iusques sa decrepitude1 de porter pareille vesture en hyuer qu'en est4 ,csar1 dit ,suetone1 marchoit tousiours deuant sa troupe1 et le plus souuent pied1 la teste descouuerte1 soit qu'il fist ,soleil1 ou qu'il pleust1 et autant en dit-on de ,hannibal1 tum vertice nudo ,excipere insanos imbres1 clique ruinam4 ,vn ,venitien1 qui s'y est tenu long temps1 et qui ne fait que d'en venir1 escrit qu'au ,royaume du ,pegu1 les autres parties du corps vestues1 les hommes et les femmes vont tousiours les pieds nuds1 mesme cheual4 ,et ,platon conseille merueilleusement pour la sant de tout le corps1 de ne donner aux pieds et la teste autre couuerture1 que celle que nature y a mise4 ,celuy que les ,polonnois ont choisi pour leur ,roy1 apres le nostre1 qui est la verit l'vn des plus grands ,princes de nostre siecle1 ne porte iamais gands1 ny ne change pour hyuer et temps qu'il face1 le mesme bonnet qu'il porte au couuert4 ,comme ie ne puis souffrir d'aller deboutonn et destach1 les laboureurs de mon voisinage se sentiroient entrauez de l'estre4 ,varro tient1 que quand on ordonna que nous tinsions la teste descouuerte1 en presence des ,dieux ou du ,magistrat1 on le fit plus pour nostre sant1 et nous fermir contre les iniures du temps1 que pour compte de la reuerence4 ,et puis que nous sommes sur le froid1 et ,franois accoustumez nous biguarrer1 7non pas moy1 car ie ne m'habille guiere que de noir ou de blanc1 l'imitation de mon pere7 adioustons d'vne autre piece1 que le ,capitaine ,martin du ,bellay recite1 au voyage de ,luxembourg1 auoir veu les gelees si aspres1 que le vin de la munition se coupoit coups de hache et de coignee1 se debitoit aux soldats par poix1 et qu'ils l'emportoient dans des panniers3 et ,ouide1 ,nudque consistunt1 formam seruantia test1 ,vina2 nec hausta meri1 sed data frusta1 bibunt4 ,les gelees sont si aspres en l'emboucheure des ,palus ,motides1 qu'en la mesme place o le ,lieutenant de ,mithridates auoit liur bataille aux ennemis pied sec1 et les y auoit desfaicts1 l'est venu1 il y gaigna contre eux encore vne bataille naualle4 ,les ,romains souffrirent grand desaduantage au combat qu'ils eurent contre les ,carthaginois pres de ,plaisance1 de ce qu'ils allerent la charge1 le sang fig1 et les membres contreints de froid3 l o ,hannibal auoit faict espandre du feu par tout son ost1 pour eschaufer ses soldats3 et distribuer de l'huyle par les bandes1 afin que s'oignants1 ils rendissent leurs nerfs plus souples et desgourdis1 et encroustassent les pores contre les coups de l'air et du vent gel1 qui couroit lors4 ,la retraitte des ,grecs1 de ,babylone en leurs pas1 est fameuse des difficultez et mesaises1 qu'ils eurent surmonter4 ,cette cy en fut1 qu'accueillis aux montaignes d',armenie d'vn horrible rauage de neiges1 ils en perdirent la cognoissance du pas et des chemins3 et en estants assiegs tout court1 furent vn iour et vne nuict1 sans boire et sans manger1 la plus part de leurs bestes mortes3 d'entre eux plusieurs morts1 plusieurs aueugles du coup du gresil1 et lueur de la neige3 plusieurs estropis par les extremitez3 plusieurs roides transis et immobiles de froid1 ayants encore le sens entier4 ,alexandre veit vne nation en laquelle on enterre les arbres fruitiers en hyuer pour les defendre de la gelee3 et nous en pouuons aussi voir4 ,sur le subiect de vestir1 le ,roy de la ,mexique changeoit quatre fois par iour d'accoustremens1 iamais ne les reiteroit1 employant sa desferre ses continuelles liberalitez et recompenses3 comme aussi ny pot1 ny plat1 ny vtensile de sa cuisine1 et de sa table1 ne luy estoient seruis deux fois4 ,,chapitre ,,xxxvi4 ,du ieune ,caton4 ,,ie n'ay point cette erreur commune1 de iuger d'vn autre selon que ie suis4 ,i'en croy aysment des choses diuerses moy4 ,pour me sentir engag vne forme1 ie n'y oblige pas le monde1 comme chascun fait1 et croy1 et conoy mille contraires faons de vie3 et au rebours du commun1 reoy plus facilement la difference1 que la ressemblance en nous4 ,ie descharge tant qu'on veut1 vn autre estre1 de mes conditions et principes3 et le considere simplement en luy mesme1 sans relation1 l'estoffant sur son propre modelle4 ,pour n'estre continent1 ie ne laisse d'aduoer sincerement1 la continence des ,feuillans et des ,capuchins1 et de bien trouuer l'air de leur train4 ,ie m'insinue par imagination fort bien en leur place3 et les ayme et les honore d'autant plus1 qu'ils sont autres que moy4 ,ie desire singulierement1 qu'on nous iuge chascun part soy3 et qu'on ne me tire en consequence des communs exemples4 ,ma foiblesse n'altere aucunement les opinions que ie dois auoir de la force et vigueur de ceux qui le mritent4 ,sunt1 qui nihil suadent1 qum quod se imitari posse confidunt4 ,rampant au limon de la terre1 ie ne laisse pas de remarquer iusques dans les nus la hauteur inimitable d'aucunes ames heroques4 ,c'est beaucoup pour moy d'auoir le iugement regl1 si les effects ne le peuuent estre1 et maintenir au moins cette maistresse partie1 exempte de corruption4 ,c'est quelque chose d'auoir la volont bonne1 quand les iambes me faillent4 ,ce siecle1 auquel nous viuons1 au moins pour nostre climat1 est si plomb1 que ie ne dis pas l'execution1 mais l'imagination mesme de la vertu en est dire3 et semble que ce ne soit autre chose qu'vn iargon de college4 ,virtutem verba putant1 vt ,lucum ligna2 quam vereri deberent1 etiam si percipere non possent4 ,c'est vn affiquet pendre en vn cabinet1 ou au bout de la langue1 comme au bout de l'oreille1 pour parement4 ,il ne se recognoist plus d'action vertueuse3 celles qui en portent le visage1 elles n'en ont pas pourtant l'essence3 car le profit1 la gloire1 la crainte1 l'accoutumance1 et autres telles causes estrangeres nous acheminent les produire4 ,la iustice1 la vaillance1 la debonnairet1 que nous exerons lors1 elles peuuent estre ainsi nommees1 pour la consideration d'autruy1 et du visage qu'elles portent en public3 mais chez l'ouurier1 ce n'est aucunement vertu4 ,il y a vne autre fin proposee1 autre cause mouuante4 ,or la vertu n'aduoe rien1 que ce qui se faict par elle1 et pour elle seule4 ,en cette grande bataille de ,potidee1 que les ,grecs sous ,pausanias gaignerent contre ,mardonius1 et les ,perses3 les victorieux suiuant leur coustume1 venants partir entre eux la gloire de l'exploit1 attribuerent la nation ,spartiate la precellence de valeur en ce combat4 ,les ,spartiates excellents iuges de la vertu1 quand ils vindrent decider1 quel particulier de leur nation debuoit demeurer l'honneur d'auoir le mieux faict en cette iournee1 trouuerent qu',aristodemus s'estoit le plus courageusement hasard3 mais pourtant ils ne luy en donnerent point de prix1 par ce que sa vertu auoit est incitee du desir de se purger du reproche1 qu'il auoit encouru au faict des ,thermopyles3 et d'vn appetit de mourir courageusement1 pour garantir sa honte passee4 ,nos iugemens sont encores malades1 et suyuent la deprauation de nos murs4 ,ie voy la pluspart des esprits de mon temps faire les ingenieux obscurcir la gloire des belles et genereuses actions anciennes1 leur donnant quelque interpretation vile1 et leur controuuant des occasions et des causes vaines4 ,grande subtilit4 ,qu'on me donne l'action la plus excellente et pure1 ie m'en vois y fournir vraysemblablement cinquante vitieuses intentions4 ,dieu sait1 qui les veut estendre1 quelle diuersit d'images ne souffre nostre interne volont4 ,ils ne font pas tant malitieusement1 que lourdement et grossierement1 les ingenieux1 tout leur mesdisance4 ,la mesme peine1 qu'on prent detracter de ces grands noms1 et la mesme licence1 ie la prendroye volontiers leur prester quelque tour d'espaule pour les hausser4 ,ces rares figures1 et triees pour l'exemple du monde1 par le consentement des sages1 ie ne me feindroy pas de les recharger d'honneur1 autant que mon inuention pourroit1 en interpretation et fauorable circonstance4 ,et il faut croire1 que les efforts de nostre inuention sont loing au dessous de leur merite4 ,c'est l'office des gents de bien1 de peindre la vertu la plus belle qui se puisse4 ,et ne messieroit pas1 quand la passion nous transporteroit la faueur de si sainctes formes4 ,ce que ceux cy font au contraire1 ils le font ou par malice1 ou par ce vice de ramener leur creance leur portee1 dequoy ie viens de parler3 ou comme ie pense plustost1 pour n'auoir pas la veu assez forte et assez nette ny dressee conceuoir la splendeur de la vertu en sa puret naifue4 ,comme ,plutarque dit1 que de son temps1 aucuns attribuoient la cause de la mort du ieune ,caton1 la crainte qu'il auoit eu de ,csar3 dequoy il se picque auecques raison3 et peut on iuger par l1 combien il se fust encore plus offenc de ceux qui l'ont attribuee l'ambition4 ,sottes gents4 ,il eust bien faict vne belle action1 genereuse et iuste plustost auec ignominie1 que pour la gloire4 ,ce personnage l fut veritablement vn patron1 que nature choisit1 pour montrer iusques o l'humaine vertu et fermet pouuoit atteindre4 ,mais ie ne suis pas icy mesmes pour traicter ce riche argument4 ,ie veux seulement faire luiter ensemble1 les traicts de cinq potes ,latins1 sur la louange de ,caton1 et pour l'interest de ,caton3 et par incident1 pour le leur aussi4 ,or deura l'enfant bien nourry1 trouuer au prix des autres1 les deux premiers trainants4 ,le troisiesme1 plus verd3 mais qui s'est abattu par l'extrauagance de sa force4 ,il estimera que l il y auroit place vn ou deux degrez d'inuention encore1 pour arriuer au quatriesme1 sur le point duquel il ioindra ses mains par admiration4 ,au dernier1 premier de quelque espace3 mais laquelle espace1 il iurera ne pouuoir estre remplie par nul esprit humain1 il s'estonnera1 il se transira4 ,voicy merueilles4 ,nous auons bien plus de potes1 que de iuges et interpretes de posie4 ,il est plus ais de la faire1 que de la cognoistre4 ,a certaine mesure basse1 on la peut iuger par les preceptes et par art4 ,mais la bonne1 la supreme1 la diuine1 est au dessus des regles et de la raison4 ,quiconque en discerne la beaut1 d'vne veu ferme et rassise1 il ne la void pas3 non plus que la splendeur d'vn esclair4 ,elle ne pratique point nostre iugement3 elle le rauit et rauage4 ,la fureur1 qui espoinonne celuy qui la sait penetrer1 fiert encores vn tiers1 la luy ouyr traitter et reciter4 ,comme l'aymant attire non seulement vne aiguille1 mais infond encores en icelle1 sa facult d'en attirer d'autres3 et il se void plus clairement aux theatres1 que l'inspiration sacree des muses1 ayant premierement agit le pote la cholere1 au deuil1 la hayne1 et hors de soy1 o elles veulent1 frappe encore par le pote1 l'acteur1 et par l'acteur1 consecutiuement tout vn peuple4 ,c'est l'enfileure de noz aiguilles1 suspendues l'vne de l'autre4 ,ds ma premiere enfance1 la posie a eu cela1 de me transpercer et transporter4 ,mais ce ressentiment bien vif1 qui est naturellement en moy1 a est diuersement mani1 par diuersit de formes1 non tant1 plus hautes et plus basses1 car c'estoient tousiours des plus hautes en chasque espece1 comme differentes en couleur4 ,premierement1 vne fluidit gaye et ingenieuse3 depuis vne subtilit aigu et releuee4 ,en fin1 vne force meure et constante4 ,l'exemple le dira mieux4 ,ouide1 ,lucain1 ,vergile4 ,mais voyla nos gens sur la carriere4 ,sit ,cato1 dum viuit1 san vel ,csare maior1 dit l'vn3 ,et inuictum1 deuicta morte1 ,catonem1 dit l'autre4 ,et l'autre1 parlant des guerres ciuiles d'entre ,csar et ,pompeius1 ,victrix causa diis placuit1 sed victa ,catoni4 ,et le quatriesme sur les louanges de ,csar3 ,et cuncta terrarum subacta1 ,prter atrocem animun ,catonis4 ,et le maistre du cur1 apres auoir tal les noms des plus grands ,romains en sa peinture1 finit en cette maniere3 ,his dantem iura ,catonem4 ,,chapitre ,,xxxvii4 ,comme nous pleurons et rions d'vne mesme chose4 ,,qvand nous rencontrons dans les histoires1 qu',antigonus seut tres-mauuais gr son fils de luy auoir present la teste du ,roy ,pyrrhus son ennemy1 qui venoit sur l'heure mesme d'estre tu combatant contre luy3 et que l'ayant veu il se print bien fort pleurer3 et que le ,duc ,ren de ,lorraine1 pleingnit aussi la mort du ,duc ,charles de ,bourgoigne1 qu'il venoit de deffaire1 et en porta le deuil en son enterrement3 et qu'en la bataille d',auroy 7que le ,comte de ,montfort gaigna contre ,charles de ,blois sa partie1 pour le ,duch de ,bretaigne7 le victorieux rencontrant le corps de son ennemy trespass1 en mena grand deuil1 il ne faut pas s'escrier soudain1 ,et cosi auen che l'animo ciascuna ,sua passion sotto el contrario manto ,ricopre1 con la vista hor' chiara1 hor bruna4 ,quand on presenta ,csar la teste de ,pompeius1 les histoires disent qu'il en destourna sa veu1 comme d'vn vilain et mal plaisant spectacle4 ,il y auoit eu entr'eux vne si longue intelligence1 et societ au maniement des affaires publiques1 tant de communaut de fortunes1 tant d'offices reciproques et d'alliance1 qu'il ne faut pas croire que cette contenance fust toute fauce et contrefaicte1 comme estime cet autre3 ,tutmque putauit ,iam bonus esse socer1 lacrymas non sponte cadentes ,effudit1 gemitsque expressit pectore lto4 ,car bien qu' la verit la pluspart de nos actions ne soient que masque et fard1 et qu'il puisse quelquefois estre vray1 ,heredis fletus sub persona risus est4 si est-ce qu'au iugement de ces accidens1 il faut considerer1 comme nos ames se trouuent souuent agitees de diuerses passions4 ,et tout ainsi qu'en nos corps ils disent qu'il y a vne assemblee de diuerses humeurs1 desquelles celle l est maistresse1 qui commande le plus ordinairement en nous1 selon nos complexions3 aussi en nostre ame1 bien qu'il y ait diuers mouuements1 qui l'agitent1 si faut-il qu'il y en ayt vn qui le champ demeure4 ,mais ce n'est pas auec si entier auantage1 que pour la volubilit et soupplesse de nostre ame1 les plus foibles par occasion ne regaignent encores la place1 et ne facent vne courte charge leur tour4 ,d'o nous voyons non seulement les enfans1 qui vont tout naifuement apres la nature1 pleurer et rire souuent de mesme chose3 mais nul d'entre nous ne se peut vanter1 quelque voyage qu'il face son souhait1 qu'encore au dpartir de sa famille1 et de ses amis1 il ne se sente frissonner le courage3 et si les larmes ne luy en eschappent tout faict1 au moins met-il le pied l'estri d'vn visage morne et contrist4 ,et quelque gentille flamme qui eschauffe le cur des filles bien nees1 encore les despend on force du col de leurs meres1 pour les rendre leur espoux3 quoy que die ce bon compagnon1 ,estne nouis nuptis odio ,venus1 nne parentum ,frustrantur falsis gaudia lacrymulis1 ,vbertim thalami quas intra limina fundunt8 ,non1 ita me diui1 vera gemunt1 iuuerint4 ,ainsin il n'est pas estrange de plaindre celuy-l mort1 qu'on ne voudroit aucunement estre en vie4 ,quand ie tance auec mon valet1 ie tance du meilleur courage que i'aye3 ce sont vrayes et non feintes imprecations3 mais cette fumee passee1 qu'il ayt besoing de moy1 ie luy bien-feray volontiers1 ie tourne l'instant le fueillet4 ,quand ie l'appelle vn badin1 vn veau3 ie n'entrepren pas de luy coudre iamais ces titres3 ny ne pense me desdire1 pour le nommer honeste homme tantost apres4 ,nulle qualit nous embrasse purement et vniuersellement4 ,si ce n'estoit la contenance d'vn fol1 de parler seul1 il n'est iour ny heure peine1 en laquelle on ne m'ouist gronder en moy-mesme1 et contre moy1 ,bren du fat3 et si n'enten pas1 que ce soit ma definition4 ,qui pour me voir vne mine tantost froide1 tantost amoureuse enuers ma femme1 estime que l'vne ou l'autre soit feinte1 il est vn sot4 ,neron prenant cong de sa mere1 qu'il enuoioit noyer1 sentit toutefois l'motion de cet adieu maternel3 et en eust horreur et piti4 ,on dit que la lumiere du ,soleil1 n'est pas d'vne piece continu3 mais qu'il nous lance si dru sans cesse nouueaux rayons les vns sur les autres1 que nous n'en pouuons apperceuoir l'entre deux4 ,largus enim liquidi fons luminis1 therius sol ,inrigat assidu clum candore recenti1 ,suppedittque nouo confestim lumine lumen3 ainsin eslance nostre ame ses pointes diuersement et imperceptiblement4 ,artabanus surprint ,xerxes son nepueu1 et le tana de la mutation soudaine de sa contenance4 ,il estoit considerer la grandeur desmesure de ses forces1 au passage de l',hellespont1 pour l'entreprinse de la ,grece4 ,il luy print premierement vn tressaillement d'aise1 veoir tant de milliers d'hommes son seruice1 et le tesmoigna par l'allegresse et feste de son visage4 ,et tout soudain en mesme instant1 sa pense luy suggerant1 comme tant de vies auoient defaillir au plus loing1 dans vn siecle1 il refroigna son front1 et s'attrista iusques aux larmes4 ,nous auons poursuiuy auec resolu volont la vengeance d'vne iniure1 et ressenty vn singulier contentement de la victoire2 nous en pleurons pourtant3 ce n'est pas de cela que nous pleurons3 il n'y a rien de chang2 mais nostre ame regarde la chose d'vn autre il1 et se la represente par vn autre visage3 car chasque chose a plusieurs biais et plusieurs lustres4 ,la parent1 les anciennes accointances et amitiez1 saisissent nostre imagination1 et la passionnent pour l'heure1 selon leur condition2 mais le contour en est si brusque1 qu'il nous eschappe4 ,nil adeo fieri celeri ratione videtur1 ,qum si mens fieri proponit1 et inchoat ipsa ,ocius ergo animus1 qum res se perciet vlla1 ,ante oculos quarum in promptu natura videtur4 ,et cette cause1 voulans de toute cette suitte continuer vn corps1 nous nous trompons4 ,quand ,timoleon pleure le meurtre qu'il auoit commis d'vne si meure et genereuse deliberation1 il ne pleure pas la libert rendue sa patrie1 il ne pleure pas le ,tyran1 mais il pleure son frere4 ,l'vne partie de son deuoir est ioue1 laissons luy en iouer l'autre4 ,,chapitre ,,xxxviii4 ,de la solitude4 ,,laissons part cette longue comparaison de la vie solitaire l'actiue4 ,et quant ce beau mot1 dequoy se couure l'ambition et l'auarice1 ,que nous ne sommes pas naiz pour nostre particulier1 ains pour le publicq2 rapportons nous en hardiment ceux qui sont en la danse2 et qu'ils se battent la conscience1 si au contraire1 les estats1 les charges1 et cette tracasserie du monde1 ne se recherche plustost1 pour tirer du publicq son profit particulier4 ,les mauuais moyens par o on s'y pousse en nostre siecle1 montrent bien que la fin n'en vaut gueres4 ,respondons l'ambition que c'est elle mesme qui nous donne goust de la solitude4 ,car que fuit elle tant que la societ8 que cherche elle tant que ses coudes franches8 ,il y a dequoy bien et mal faire par tout4 ,toutesfois si le mot de ,bias est vray1 que la pire part c'est la plus grande1 ou ce que dit l',ecclesiastique1 que de mille il n'en est pas vn bon3 ,rari quippe boni3 numero vix sunt totidem quot ,thebarum port1 vel diuitis ostia ,nili3 la contagion est tres-dangereuse en la presse4 ,il faut ou imiter les vitieux1 ou les har4 ,tous les deux sont dangereux2 et de leur ressembler1 par ce qu'ils sont beaucoup1 et d'en har beaucoup par ce qu'ils sont dissemblables4 ,et les marchands1 qui vont en mer1 ont raison de regarder1 que ceux qui se mettent en mesme vaisseau1 ne soyent dissolus1 blasphemateurs1 meschans3 estimants telle societ infortune4 ,parquoy ,bias plaisamment1 ceux qui passoient auec luy le danger d'vne grande tourmente1 et appelloient le secours des ,dieux3 ,taisez vous1 feit-il1 qu'ils ne sentent point que vous soyez icy auec moy4 ,et d'vn plus pressant exemple3 ,albuquerque ,vice-,roy en l',inde1 pour ,emanuel ,roy de ,portugal1 en vn extreme peril de fortune de mer1 print sur ses espaules vn ieune garon pour cette seule fin1 qu'en la societ de leur peril1 son innocence luy seruist de garant1 et de recommandation enuers la faueur diuine1 pour le mettre bord4 ,ce n'est pas que le sage ne puisse par tout viure content1 voire et seul1 en la foule d'vn palais3 mais s'il est choisir1 il en fuira1 dit-il1 mesmes la veue4 ,il portera s'il est besoing cela1 mais s'il est en luy1 il eslira cecy4 ,il ne luy semble point suffisamment s'estre desfait des vices1 s'il faut encores qu'il conteste auec ceux d'autruy4 ,charondas chastioit pour mauuais ceux qui estoient conuaincus de hanter mauuaise compagnie4 ,il n'est rien si dissociable et sociable que l'homme3 l'vn par son vice1 l'autre par sa nature4 ,et ,antisthenes ne me semble auoir satisfait celuy1 qui luy reprochoit sa conuersation auec les meschants1 en disant1 que les medecins viuent bien entre les malades4 ,car s'ils seruent la sant des malades1 ils deteriorent la leur1 par la contagion1 la veu continuelle1 et pratique des maladies4 ,or la fin1 ce crois-ie1 en est tout'vne1 d'en viure plus loisir et son aise4 ,mais on n'en cherche pas tousiours bien le chemin4 ,souuent on pense auoir quitt les affaires1 on ne les a que changez4 ,il n'y a guere moins de tourment au gouuernement d'vne famille que d'vn estat entier4 ,o que l'ame soit empesche1 elle y est toute4 ,et pour estre les occupations domestiques moins importantes1 elles n'en sont pas moins importunes4 ,d'auantage1 pour nous estre deffaicts de la ,cour et du march1 nous ne sommes pas deffaits des principaux tourmens de nostre vie4 ,ratio et prudentia curas1 ,non locus effusi lat maris arbiter1 aufert4 ,l'ambition1 l'auarice1 l'irresolution1 la peur et les concupiscences1 ne nous abandonnent point pour changer de contre3 ,et post equitem sedet atra cura4 ,elles nous suiuent souuent iusques dans les cloistres1 et dans les escoles de ,philosophie4 ,ny les desers1 ny les rochers creusez1 ny la here1 ny les ieusnes1 ne nous en dmeslent3 ,hret lateri lethalis arundo4 ,on disoit ,socrates1 que quelqu'vn ne s'estoit aucunement amend en son voyage3 ,ie croy bien1 dit-il1 il s'estoit emport auecques soy4 ,quid terras alio calentes ,sole mutamus8 patria quis exsul ,se quoque fugit8 ,si on ne se descharge premierement et son ame1 du faix qui la presse1 le remuement la fera fouler dauantage2 comme en vn nauire1 les charges empeschent moins1 quand elles sont rassises4 ,vous faictes plus de mal que de bien au malade de luy faire changer de place4 ,vous ensachez le mal en le remuant3 comme les pals s'enfoncent plus auant1 et s'affermissent en les branslant et secouant4 ,parquoy ce n'est pas assez de s'estre escart du peuple2 ce n'est pas assez de changer de place1 il se faut escarter des conditions populaires1 qui sont en nous3 il se faut sequestrer et r'auoir de soy4 ,rupi iam vincula1 dicas3 ,nam luctata canis nodum arripit2 attamen illa ,cm fugit1 collo trahitur pars longa caten4 ,nous emportons nos fers quand et nous4 ,ce n'est pas vne entiere libert1 nous tous tournons encore la veu vers ce que nous auons laiss2 nous en auons la fantasie pleine4 ,nisi purgatum est pectus1 qu prlia nobis ,atque pericula tunc ingratis insinuandum8 ,quant conscindunt hominem cuppedinis acres ,sollicitum cur8 quantique perinde timores8 ,quidue superbia1 spurcitia1 ac petulantia1 quantas ,efficiunt clades8 quid luxus desidisque8 ,nostre mal nous tient en l'ame3 or elle ne se peut eschapper elle mesme1 ,in culpa est animus1 qui se non effugit vnquam1 ,ainsin il la faut ramener et retirer en soy4 ,c'est la vraye solitude1 et qui se peut ioir au milieu des villes et des cours des ,roys2 mais elle se iouyt plus commodment part4 ,or puis que nous entreprenons de viure seuls1 et de nous passer de compagnie1 faisons que nostre contentement despende de nous3 desprenons nous de toutes les liaisons qui nous attachent autruy3 gaignons sur nous1 de pouuoir bon escient viure seuls1 et y viure nostr'aise4 ,stilpon estant eschapp de l'embrasement de sa ville1 o il auoit perdu femme1 enfans1 et cheuance2 ,demetrius ,poliorcetes1 le voyant en vne si grande ruine de sa patrie1 le visage non effray1 luy demanda1 s'il n'auoit pas eu du dommage2 il respondit que non1 et qu'il n'y auoit ,dieu mercy rien perdu de sien4 ,c'est ce que le ,philosophe ,antisthenes disoit plaisamment1 ,que l'homme se deuoit pourueoir de munitions1 qui flottassent sur l'eau1 et peussent nage auec luy eschapper du naufrage4 ,certes l'homme d'entendement n'a rien perdu1 s'il a soy mesme4 ,quand la ville de ,nole fut ruine par les ,barbares1 ,paulinus qui en estoit ,euesque1 y ayant tout perdu1 et leur prisonnier1 prioit ainsi ,dieu2 ,seigneur garde moy de sentir cette perte3 car tu sais qu'ils n'ont encore rien touch de ce qui est moy4 ,les richesses qui le faisoyent riche1 et les biens qui le faisoient bon1 estoyent encore en leur entier4 ,voyla que c'est de bien choisir les thresors qui se puissent affranchir de l'iniure3 et de les cacher en lieu1 o personne n'aille1 et lequel ne puisse estre trahi que par nous mesmes4 ,il faut auoir femmes1 enfans1 biens1 et sur tout de la sant1 qui peut1 mais non pas s'y attacher en maniere que nostre heur en despende4 ,il se faut reseruer vne arriere-boutique1 toute nostre1 toute franche1 en laquelle nous establissions nostre vraye libert et principale retraicte et solitude4 ,en cette-cy faut-il prendre nostre ordinaire entretien1 de nous nous mesmes1 et si priu1 que nulle accointance ou communication de chose estrangere y trouue place3 discourir et y rire1 comme sans femme1 sans enfans1 et sans biens1 sans train1 et sans valetz3 afin que quand l'occasion aduiendra de leur perte1 il ne nous soit pas nouueau de nous en passer4 ,nous auons vne ame contournable en soy mesme2 elle se peut faire compagnie1 elle a dequoy assaillir et dequoy deffendre1 dequoy receuoir1 et dequoy donner3 ne craignons pas en cette solitude1 nous croupir d'oisiuet ennuyeuse1 ,in solis sis tibi turba locis4 ,la vertu se contente de soy3 sans discipline1 sans paroles1 sans effects4 ,en noz actions accoustumees1 de mille il n'en est pas vne qui nous regarde4 ,celuy que tu vois grimpant contremont les ruines de ce mur1 furieux et hors de soy1 en bute de tant de harquebuzades3 et cet autre tout cicatric1 transi et pasle de faim1 deliber de creuer plustost que de luy ouurir la porte2 penses-tu qu'ils y soyent pour eux8 pour tel l'aduenture1 qu'ils ne virent onques1 et qui ne se donne aucune peine de leur faict1 plong cependant en l'oysiuet et aux delices4 ,cettuy-cy tout pituiteux1 chassieux et crasseux1 que tu vois sortir apres minuict d'vn estude1 penses-tu qu'il cherche parmy les liures1 comme il se rendra plus homme de bien1 plus content et plus sage8 nulles nouuelles4 ,il y mourra1 ou il apprendra la posterit la mesure des vers de ,plaute1 et la vraye orthographe d'vn mot ,latin4 ,qui ne contre-change volontiers la sant1 le repos1 et la vie1 la reputation et la gloire8 la plus inutile1 vaine et fauce monnoye1 qui soit en nostre vsage4 ,nostre mort ne nous faisoit pas assez de peur1 chargeons nous encores de celle de nos femmes1 de noz enfans1 et de nos gens4 ,noz affaires ne nous donnoyent pas assez de peine1 prenons encores nous tourmenter1 et rompre la teste1 de ceux de noz voisins et amis4 ,vah6 quemqumne hominem in animum instituere1 aut ,parare1 quod sit charius1 qum ipse est sibi8 ,la solitude me semble auoir plus d'apparence1 et de raison1 ceux qui ont donn au monde leur aage plus actif et fleurissant1 l'exemple de ,thales4 ,c'est assez vescu pour autruy1 viuons pour nous au moins ce bout de vie3 ramenons nous1 et nostre aise nos penses et nos intentions4 ,ce n'est pas vne legere partie que de faire seurement sa retraicte2 elle nous empesche assez sans y mesler d'autres entreprinses4 ,puis que ,dieu nous donne loisir de disposer de notre deslogement2 preparons nous y2 plions bagage2 prenons de bon'heure cong de la compagnie2 desptrons nous de ces violentes prinses1 qui nous engagent ailleurs1 et esloignent de nous4 ,il faut desnoer ces obligations si fortes3 et meshuy aymer cecy et cela1 mais n'espouser rien que soy4 ,c'est dire1 le reste soit nous3 mais non pas ioint et col en faon1 qu'on ne le puisse desprendre sans nous escorcher1 et arracher ensemble quelque piece du nostre4 ,la plus grande chose du monde c'est de sauoir estre soy4 ,il est temps de nous desnoer de la societ1 puis que nous n'y pouuons rien apporter4 ,et qui ne peut prester1 qu'il se deffende d'emprunter4 ,nos forces nous faillent3 retirons les1 et resserrons en nous4 ,qui peut renuerser et confondre en soy les offices de tant d'amitiez1 et de la compagnie1 qu'il le face4 ,en cette cheute1 qui le rend inutile1 poisant1 et importun aux autres1 qu'il se garde d'estre importun soy mesme1 et poisant et inutile4 ,qu'il se flatte et caresse1 et sur tout se regente1 respectant et craignant sa raison et sa conscience3 si qu'il ne puisse sans honte1 broncher en leur presence4 ,rarum est enim1 vt satis se quisque vereatur4 ,socrates dit1 que les ieunes se doiuent faire instruire2 les hommes s'exercer bien faire3 les vieux se retirer de toute occupation ciuile et militaire1 viuants leur discretion1 sans obligation certain office4 ,il y a des complexions plus propres ces preceptes de la retraite les vnes que les autres4 ,celles qui ont l'apprehension molle et lasche1 et vn' affection et volont delicate1 et qui ne s'asseruit et ne s'employe pas aysment1 desquels ie suis1 et par naturelle condition et par discours1 ils se plieront mieux ce conseil1 que les ames actiues et occupes1 qui embrassent tout1 et s'engagent par tout1 qui se passionnent de toutes choses3 qui s'offrent1 qui se presentent1 et qui se donnent toutes occasions4 ,il se faut seruir de ces commoditez accidentales et hors de nous1 en tant qu'elles nous sont plaisantes2 mais sans en faire nostre principal fondement4 ,ce ne l'est pas2 ny la raison1 ny la nature ne le veulent4 ,pourquoy contre ses loix asseruirons nous nostre contentement la puissance d'autruy8 ,d'anticiper aussi les accidens de fortune1 se priuer des commoditez qui nous sont en main1 comme plusieurs ont faict par deuotion1 et quelques ,philosophes par discours1 se seruir soy-mesmes1 coucher sur la dure1 se creuer les yeux1 ietter ses richesses emmy la riuiere1 rechercher la douleur 7ceux-l pour par le tourment de cette vie1 en acquerir la beatitude d'vne autre3 ceux-cy pour s'estans logez en la plus basse marche1 se mettre en seuret de nouuelle cheute7 c'est l'action d'vne vertu excessiue4 ,les natures plus roides et plus fortes facent leur cachette mesmes1 glorieuse et exemplaire4 ,tuta et paruula laudo1 ,cm res deficiunt1 satis inter vilia fortis3 ,verm1 vbi quid melius contingit et vnctius1 idem ,hos sapere1 et solos aio ben viuere1 quorum ,conspicitur nitidis fundata pecunia villis4 ,il y a pour moy assez affaire sans aller si auant4 ,il me suffit souz la faueur de la fortune1 me preparer sa dfaueur2 et me representer estant mon aise1 le mal aduenir1 autant que l'imagination y peut attaindre3 tout ainsi que nous nous accoustumons aux iouxtes et tournois1 et contrefaisons la guerre en pleine paix4 ,ie n'estime point ,arcesilaus le ,philosophe moins reform1 pour le sauoir auoir vs d'vtensiles d'or et d'argent1 selon que la condition de sa fortune le luy permettoit3 et l'estime mieux1 que s'il s'en fust demis1 de ce qu'il en vsoit moderment et liberalement4 ,ie voy iusques quels limites va la necessit naturelle3 et considerant le pauure mendiant ma porte1 souuent plus eniou et plus sain que moy1 ie me plante en sa place3 i'essaye de chausser mon ame son biaiz4 ,et courant ainsi par les autres exemples1 quoy que ie pense la mort1 la pauuret1 le mespris1 et la maladie mes talons1 ie me resous aisment de n'entrer en effroy1 de ce qu'vn moindre que moy prend auec telle patience4 ,et ne veux croire que la bassesse de l'entendement1 puisse plus que la vigueur1 ou que les effects du discours1 ne puissent arriuer aux effects de l'accoustumance4 ,et cognoissant combien ces commoditez accessoires tiennent peu1 ie ne laisse pas en pleine iouyssance1 de supplier ,dieu pour ma souueraine requeste1 qu'il me rende content de moy-mesme1 et des biens qui naissent de moy4 ,ie voy des ieunes hommes gaillards1 qui portent nonobstant dans leurs coffres vne masse de pillules1 pour s'en seruir quand le rhume les pressera2 lequel ils craignent d'autant moins1 qu'ils en pensent auoir le remede en main4 ,ainsi faut il faire3 et encore si on se sent subiect quelque maladie plus forte1 se garnir de ces medicamens qui assoupissent et endorment la partie4 ,l'occupation qu'il faut choisir vne telle vie1 ce doit estre vne occupation non penible ny ennuyeuse2 autrement pour neant ferions nous estat d'y estre venuz chercher le seiour4 ,cela depend du goust particulier d'vn chacun4 ,le mien ne s'accommode aucunement au mnage4 ,ceux qui l'aiment1 ils s'y doiuent addonner auec moderation1 ,conentur sibi res1 non se submittere rebus4 ,c'est autrement vn office seruile que la mesnagerie1 comme le nomme ,saluste4 ,elle a des parties plus excusables1 comme le soing des iardinages que ,xenophon attribue ,cyrus4 ,et se peut trouuer vn moyen1 entre ce bas et vil soing1 tendu et plein de solicitude1 qu'on voit aux hommes qui s'y plongent du tout2 et cette profonde et extreme nonchalance laissant tout aller l'abandon1 qu'on voit en d'autres3 ,democriti pecus edit agellos ,cultque1 dum peregr est animus sine corpore velox4 ,mais oyons le conseil que donne le ieune ,pline ,cornelius ,rufus son amy1 sur ce propos de la solitude3 ,ie te conseille en cette pleine et grasse retraicte1 o tu es1 de quitter tes gens ce bas et abiect soing du mesnage1 et t'addonner l'estude des lettres1 pour en tirer quelque chose qui soit toute tienne4 ,il entend la reputation3 d'vne pareille humeur celle de ,cicero1 qui dit vouloir employer sa solitude et seiour des affaires publiques1 s'en acquerir par ses escrits vne vie immortelle4 ,vsque adene ,scire tuum nihil est1 nisi te scire hoc1 sciat alter8 ,il semble1 que ce soit raison1 puis qu'on parle de se retirer du monde1 qu'on regarde hors de luy4 ,ceux-cy ne le font qu' demy4 ,ils dressent bien leur partie1 pour quand ils n'y seront plus3 mais le fruit de leur dessein1 ils pretendent le tirer encore lors1 du monde1 absens1 par vne ridicule contradiction4 ,l'imagination de ceux qui par deuotion1 cerchent la solitude1 remplissants leur courage1 de la certitude des promesses diuines1 en l'autre vie1 est bien plus sainement assortie4 ,ils se proposent ,dieu1 obiect infini en bont et en puissance4 ,l'ame a dequoy y rassasier ses desirs1 en toute libert4 ,les afflictions1 les douleurs1 leur viennent profit1 employes l'acquest d'vne sant et resiouyssance eternelle4 ,la mort1 souhait3 passage vn si parfaict estat4 ,l'aspret de leurs regles est incontinent applanie par l'accoustumance3 et les appetits charnels1 rebutez et endormis par leur refus3 car rien ne les entretient que l'vsage et l'exercice4 ,cette seule fin1 d'vne autre vie heureusement immortelle1 merite loyalement que nous abandonnions les commoditez et douceurs de cette vie nostre4 ,et qui peut embraser son ame de l'ardeur de cette viue foy et esperance1 reellement et constamment1 il se bastit en la solitude1 vne vie voluptueuse et delicieuse1 au del de toute autre sorte de vie4 ,ny la fin donc ny le moyen de ce conseil ne me contente3 nous retombons tousiours de fieure en chaud mal4 ,cette occupation des liures1 est aussi penible que toute autre2 et autant ennemie de la sant1 qui doit estre principalement considere4 ,et ne se faut point laisser endormir au plaisir qu'on y prend3 c'est ce mesme plaisir qui perd le mesnager1 l'auaricieux1 le voluptueux1 et l'ambitieux4 ,les sages nous apprennent assez1 nous garder de la trahison de noz appetits2 et discerner les vrays plaisirs et entiers1 des plaisirs meslez et bigarrez de plus de peine4 ,car la pluspart des plaisirs1 disent ils1 nous chatouillent et embrassent pour nous estrangler1 comme faisoyent les larrons que les gyptiens appelloyent ,philistas3 et si la douleur de teste nous venoit auant l'yuresse1 nous nous garderions de trop boire2 mais la volupt1 pour nous tromper1 marche deuant1 et nous cache sa suitte4 ,les liures sont plaisans3 mais si de leur frequentation nous en perdons en fin la gayet et la sant1 nos meilleures pieces1 quittons les4 ,ie suis de ceux qui pensent leur fruit ne pouuoir contrepeser cette perte4 ,comme les hommes qui se sentent de long temps affoiblis par quelque indisposition1 se rengent la fin la mercy de la medecine2 et se font desseigner par art certaines regles de viure1 pour ne les plus outrepasser3 aussi celuy qui se retire ennui et desgoust de la vie commune1 doit former cette-cy1 aux regles de la raison2 l'ordonner et renger par premeditation et discours4 ,il doit auoir prins cong de toute espece de trauail1 quelque visage qu'il porte2 et fur en general les passions1 qui empeschent la tranquillit du corps et de l'ame2 et choisir la route qui est plus selon son humeur3 ,vnusquisque sua nouerit ire via4 ,au mesnage1 l'estude1 la chasse1 et tout autre exercice1 il faut donner iusques aux derniers limites du plaisir2 et garder de s'engager plus auant1 ou la peine commence se mesler parmy4 ,il faut reseruer d'embesoignement et d'occupation1 autant seulement1 qu'il en est besoing1 pour nous tenir en haleine1 et pour nous garantir des incommoditez que tire apres soy l'autre extremit d'vne lasche oysiuet et assoupie4 ,il y a des sciences steriles et pineuses1 et la plus part forges pour la presse3 il les faut laisser ceux qui sont au seruice du monde4 ,ie n'ayme pour moy1 que des liures ou plaisans et faciles2 qui me chatouillent2 ou ceux qui me consolent1 et conseillent regler ma vie et ma mort4 ,tacitum syluas inter reptare salubres1 ,curantem quidquid dignum sapiente bonque est4 ,les gens plus sages peuuent se forger vn repos tout spirituel1 ayant l'ame forte et vigoureuse4 ,moy qui l'ay commune1 il faut que i'ayde me soustenir par les commoditez corporelles4 ,et l'aage m'ayant tantost desrob celles qui estoient plus ma fantasie1 i'instruis et aiguise mon appetit celles qui restent plus sortables cette autre saison4 ,il faut retenir tout nos dents et nos griffes1 l'vsage des plaisirs de la vie1 que nos ans nous arrachent des poings1 les vns apres les autres3 ,carpamus dulcia1 nostrum est ,quod viuis1 cinis et manes et fabula fies4 ,or quant la fin que ,pline et ,cicero nous proposent1 de la gloire1 c'est bien loing de mon conte4 ,la plus contraire humeur la retraicte1 c'est l'ambition4 ,la gloire et le repos sont choses qui ne peuuent loger en mesme giste3 ce que ie voy1 ceux-cy n'ont que les bras et les iambes hors de la presse2 leur ame1 leur intention y demeure engage plus que iamais4 ,tun'1 vetule1 auriculis alienis colligis escas8 ,ils se sont seulement reculez pour mieux sauter1 et pour d'vn plus fort mouuement faire vne plus viue fauce dans la trouppe4 ,vous plaist-il voir comme ils tirent court d'vn grain8 ,mettons au contrepoix1 l'aduis de deux philosophes1 et de deux sectes tres-differentes1 escriuans l'vn ,idomeneus1 l'autre ,lucilius leurs amis1 pour du maniement des affaires et des grandeurs1 les retirer la solitude4 ,vous auez1 disent-ils1 vescu nageant et flottant iusques present1 venez vous en mourir au port4 ,vous auez donn le reste de vostre vie la lumiere1 donnez cecy l'ombre4 ,il est impossible de quitter les occupations1 si vous n'en quittez le fruit2 cette cause desfaictes vous de tout soing de nom et de gloire4 ,il est danger que la lueur de voz actions passes1 ne vous esclaire que trop1 et vous suiue iusques dans vostre taniere4 ,quittez auecq les autres voluptez1 celle qui vient de l'approbation d'autruy4 ,et quant vostre science et suffisance1 ne vous chaille1 elle ne perdra pas son effect1 si vous en valez mieux vous mesme4 ,souuienne vous de celuy1 qui comme on demandast1 quoy faire il se pnoit si fort en vn art1 qui ne pouuoit venir la cognoissance de guere de gens3 ,i'en ay assez de peu1 respondit-il1 i'en ay assez d'vn1 i'en ay assez de pas vn4 ,il disoit vray3 vous et vn compagnon estes assez suffisant theatre l'vn l'autre1 ou vous vous-mesmes4 ,que le peuple vous soit vn1 et vn vous soit tout le peuple4 ,c'est vne lche ambition de vouloir tirer gloire de son oysiuet1 et de sa cachette4 ,il faut faire comme les animaux1 qui effacent la trace1 la porte de leur taniere4 ,ce n'est plus ce qu'il vous faut chercher1 que le monde parle de vous1 mais comme il faut que vous parliez vous-mesmes4 ,retirez vous en vous1 mais preparez vous premierement de vous y receuoir3 ce seroit folie de vous fier vous mesmes1 si vous ne vous sauez gouuerner4 ,il y a moyen de faillir en la solitude1 comme en la compagnie3 iusques ce que vous vous soyez rendu tel1 deuant qui vous n'osiez clocher1 et iusques ce que vous ayez honte et respect de vous mesmes1 obuersentur species honest animo3 presentez vous tousiours en l'imagination ,caton1 ,phocion1 et ,aristides1 en la presence desquels les fols mesme cacheroient leurs fautes1 et establissez les contrerolleurs de toutes vos intentions4 ,si elles se detraquent1 leur reuerence vous remettra en train3 ils vous contiendront en cette voye1 de vous contenter de vous mesmes1 de n'emprunter rien que de vous1 d'arrester et fermir vostre ame en certaines et limites cogitations1 o elle se puisse plaire3 et ayant entendu les vrays biens1 desquels on iouyt mesure qu'on les entend1 s'en contenter1 sans desir de prolongement de vie ny de nom4 ,voyla le conseil de la vraye et naifue philosophie1 non d'vne philosophie ostentatrice et parliere1 comme est celle des deux premiers4 ,,chapitre ,,xxxix4 ,consideration sur ,ciceron4 ,,encor' vn traict la comparaison de ces couples4 ,il se tire des escrits de ,cicero1 et de ce ,pline peu retirant1 mon aduis1 aux humeurs de son oncle1 infinis tesmoignages de nature outre mesure ambitieuse3 entre autres qu'ils sollicitent au sceu de tout le monde1 les historiens de leur temps1 de ne les oublier en leurs registres3 et la fortune comme par despit1 a faict durer iusques nous la vanit de ces requestes1 et piea faict perdre ces histoires4 ,mais cecy surpasse toute bassesse de cur1 en personnes de tel rang1 d'auoir voulu tirer quelque principale gloire du cacquet1 et de la parlerie1 iusques y employer les lettres priues escriptes leurs amis3 en maniere1 que aucunes ayans failly leur saison pour estre enuoyes1 ils les font ce neantmoins publier auec cette digne excuse1 qu'ils n'ont pas voulu perdre leur trauail et veilles4 ,sied-il pas bien deux consuls ,romains1 souuerains magistrats de la chose publique emperiere du monde1 d'employer leur loisir1 ordonner et fagotter gentiment vne belle missiue1 pour en tirer la reputation1 de bien entendre le langage de leur nourrisse8 ,que feroit pis vn simple maistre d'escole qui en gaignast sa vie8 ,si les gestes de ,xenophon et de ,csar1 n'eussent de bien loing surpass leur eloquence1 ie ne croy pas qu'ils les eussent iamais escrits4 ,ils ont cherch recommander non leur dire1 mais leur faire4 ,et si la perfection du bien parler pouuoit apporter quelque gloire sortable vn grand personnage1 certainement ,scipion et ,llius n'eussent pas resign l'honneur de leurs comedies1 et toutes les mignardises et delices du langage ,latin1 vn serf ,afriquain4 ,car que cet ouurage soit leur1 sa beaut et son excellence le maintient assez1 et ,terence l'aduoe luy mesme3 et me feroit on desplaisir de me desloger de cette creance4 ,c'est vne espece de mocquerie et d'iniure1 de vouloir faire valoir vn homme1 par des qualitez mes-aduenantes son rang2 quoy qu'elles soient autrement loables2 et par les qualitez aussi qui ne doiuent pas estre les siennes principales4 ,comme qui loeroit vn ,roy d'estre bon peintre1 ou bon architecte1 ou encore bon arquebuzier1 ou bon coureur de bague4 ,ces loanges ne font honneur1 si elles ne sont presentes en foule1 et la suitte de celles qui luy sont propres3 sauoir de la iustice1 et de la science de conduire son peuple en paix et en guerre4 ,de cette faon faict honneur ,cyrus l'agriculture1 et ,charlemaigne l'eloquence1 et cognoissance des bonnes lettres4 ,i'ay veu de mon temps1 en plus forts termes1 des personnages1 qui tiroient d'escrire1 et leurs tiltres1 et leur vocation1 desaduoer leur apprentissage1 corrompre leur plume1 et affecter l'ignorance de qualit si vulgaire1 et que nostre peuple tient1 ne se rencontrer guere en mains sauantes3 et prendre souci1 de se recommander par meilleures qualitez4 ,les compagnons de ,demosthenes en l'ambassade vers ,philippus1 looyent ce ,prince d'estre beau1 eloquent1 et bon beuueur3 ,demosthenes disoit que c'estoient louanges qui appartenoient mieux vne femme1 vn ,aduocat1 vne esponge1 qu' vn ,roy4 ,imperet bellante prior1 iacentem ,lenis in hostem4 ,ce n'est pas sa profession de sauoir1 ou bien chasser1 ou bien dancer1 ,orabunt causas alij1 clique mea us ,describent radio1 et fulgentia1 sidera dicent1 ,hic regere imperio populos sciat4 ,plutarque dit d'auantage1 que de paroistre si excellent en ces parties moins necessaires1 c'est produire contre soy le tesmoignage d'auoir mal dispenc son loisir1 et l'estude1 qui deuoit estre employ choses plus necessaires et vtiles4 ,de faon que ,philippus ,roy de ,macedoine1 ayant ouy ce grand ,alexandre son fils1 chanter en vn festin1 l'enui des meilleurs musiciens2 ,n'as-tu pas honte1 luy dit-il1 de chanter si bien8 ,et ce mesme ,philippus1 vn musicien contre lequel il debattoit de son art2 ,ia ,dieu ne plaise ,sire1 dit-il1 qu'il t'aduienne iamais tant de mal1 que tu entendes ces choses l1 mieux que moy4 ,vn ,roy doit pouuoir respondre1 comme ,iphicrates respondit l'orateur qui le pressoit en son inuectiue de cette maniere3 ,et bien qu'es-tu1 pour faire tant le braue8 es-tu homme d'armes1 es-tu archer1 es-tu piquier8 ,ie ne suis rien de tout cela1 mais ie suis celuy qui sait commander tous ceux-l4 ,et ,antisthenes print pour argument de peu de valeur en ,ismenias1 dequoy on le vantoit d'estre excellent ioeur de flustes4 ,ie say bien1 quand i'oy quelqu'vn1 qui s'arreste au langage des ,essais1 que i'aimeroye mieux1 qu'il s'en teust4 ,ce n'est pas tant esleuer les mots1 comme deprimer le sens3 d'autant plus picquamment1 que plus obliquement4 ,si suis-ie tromp si guere d'autres donnent plus prendre en la matiere3 et comment que ce soit1 mal ou bien1 si nul escriuain l'a seme1 ny guere plus materielle1 ny au moins plus drue1 en son papier4 ,pour en ranger d'auantage1 ie n'en entasse que les testes4 ,que i'y attache leur suitte1 ie multiplieray plusieurs fois ce volume4 ,et combien y ay-ie espandu d'histoires1 qui ne disent mot1 lesquelles qui voudra esplucher vn peu plus curieusement1 en produira infinis ,essais8 ,ny elles1 ny mes allegations1 ne seruent pas tousiours simplement d'exemple1 d'authorit ou d'ornement4 ,ie ne les regarde pas seulement par l'vsage1 que i'en tire4 ,elles portent souuent1 hors de mon propos1 la semence d'vne matiere plus riche et plus hardie3 et souuent gauche1 vn ton plus delicat1 et pour moy1 qui n'en veux en ce lieu exprimer d'auantage1 et pour ceux qui rencontreront mon air4 ,retournant la vertu parliere1 ie ne trouue pas grand choix1 entre ne sauoir dire que mal1 on ne sauoir rien que bien dire4 ,non est ornamentum virile1 concinnitas4 ,les ,sages disent1 que pour le regard du sauoir1 il n'est que la philosophie1 et pour le regard des effects1 que la vertu1 qui generalement soit propre tous degrez1 et tous ordres4 ,il y a quelque chose de pareil en ces autres deux philosophes3 car ils promettent aussi eternit aux lettres qu'ils escriuent leurs amis4 ,mais c'est d'autre faon1 et s'accommodans pour vne bonne fin1 la vanit d'autruy4 ,car ils leur mandent1 que si le soing de se faire cognoistre aux siecles aduenir1 et de la renomme les arreste encore au maniement des affaires1 et leur fait craindre la solitude et la retraite1 o ils les veulent appeller2 qu'ils ne s'en donnent plus de peine3 d'autant qu'ils ont assez de credit auec la posterit1 pour leur respondre1 que ne fust que par les lettres qu'ils leur escriuent1 ils rendront leur nom aussi cogneu et fameux que pourroient faire leurs actions publiques4 ,et outre cette difference2 encore ne sont-ce pas lettres vuides et descharnes1 qui ne se soustiennent que par vn delicat chois de mots1 entassez et rangez vne iuste cadence2 ains farcies et pleines de beaux discours de sapience1 par lesquelles on se rend non plus eloquent1 mais plus sage1 et qui nous apprennent non bien dire1 mais bien faire4 ,fy de l'eloquence qui nous laisse enuie de soy1 non des choses4 ,si ce n'est qu'on die que celle de ,cicero1 estant en si extreme perfection1 se donne corps elle mesme4 ,i'adiousteray encore vn compte que nous lisons de luy1 ce propos1 pour nous faire toucher au doigt son naturel4 ,il auoit orer en public1 et estoit vn peu press du temps1 pour se preparer son aise3 ,eros1 l'vn de ses serfs1 le vint aduertir1 que l'audience estoit remise au lendemain3 il en fut si aise1 qu'il luy donna libert pour cette bonne nouuelle4 ,sur ce subiect de lettres1 ie veux dire ce mot2 que c'est vn ouurage1 auquel mes amis tiennent1 que ie puis quelque chose4 ,et eusse prins plus volontiers cette forme publier mes verues1 si i'eusse eu qui parler4 ,il me falloit1 comme ie l'ay eu autrefois1 vn certain commerce1 qui m'attirast1 qui me soustinst1 et sousleuast4 ,car de negocier au vent1 comme d'autres1 ie ne sauroy1 que de songe3 ny forger des vains noms entretenir1 en chose serieuse3 ennemy iur de toute espece de falsification4 ,i'eusse est plus attentif1 et plus seur1 ayant vne addresse forte et amie1 que regardant les diuers visages d'vn peuple3 et suis deeu1 s'il ne m'eust mieux succed4 ,i'ay naturellement vn stile comique et priu4 ,mais c'est d'vne forme mienne1 inepte aux negotiations publiques1 comme en toutes faons est mon langage1 trop serr1 desordonn1 coupp1 particulier4 ,et ne m'entens pas en lettres ceremonieuses1 qui n'ont autre substance1 que d'vne belle enfileure de paroles courtoises4 ,ie n'ay ny la facult1 ny le goust de ces longues offres d'affection et de seruice4 ,ie n'en crois pas tant2 et me desplaist d'en dire guere1 outre ce que i'en crois4 ,c'est bien loing de l'vsage present3 car il ne fut iamais si abiecte et seruile prostitution de presentations3 la vie1 l'ame1 deuotion1 adoration1 serf1 esclaue1 tous ces mots y courent si vulgairement1 que quand ils veulent faire sentir vne plus expresse volont et plus respectueuse1 ils n'ont plus de maniere pour l'exprimer4 ,ie hay mort de sentir au flateur4 ,qui faict que ie me iette naturellement vn parler sec1 rond et cru1 qui tire qui ne me cognoit d'ailleurs1 vn peu vers le desdaigneux4 ,i'honnore le plus ceux que i'honnore le moins3 et o mon ame marche d'vne grande allegresse1 i'oublie les pas de la contenance3 et m'offre maigrement et fierement1 ceux qui ie suis3 et me presente moins1 qui ie me suis le plus donn4 ,il me semble qu'ils le doiuent lire en mon cur1 et que l'expression de mes paroles1 fait tort ma conception4 ,a bienuienner1 prendre cong1 remercier1 saler1 presenter mon seruice1 et tels compliments verbeux des loix ceremonieuses de nostre ciuilit1 ie ne cognois personne si sottement sterile de langage que moy4 ,et n'ay iamais est employ faire des lettres de faueur et recommendation1 que celuy pour qui c'estoit1 n'aye trouues seches et lasches4 ,ce sont grands imprimeurs de lettres1 que les ,italiens1 i'en ay1 ce crois-ie1 cent diuers volumes4 ,celles de ,annibale ,caro me semblent les meilleures4 ,si tout le papier que i'ay autresfois barbouill pour les dames1 estoit en nature1 lors que ma main estoit veritablement emporte par ma passion1 il s'en trouueroit l'aduenture quelque page digne d'estre communique la ieunesse oysiue1 embabouine de cette fureur4 ,i'escrits mes lettres tousiours en poste1 et si precipiteusement1 que quoy que ie peigne insupportablement mal1 i'ayme mieux escrire de ma main1 que d'y en employer vn' autre1 car ie n'en trouue point qui me puisse suiure1 et ne les transcrits iamais4 ,i'ay accoustum les grands1 qui me cognoissent1 y supporter des litures et des trasseures1 et vn papier sans plieure et sans marge4 ,celles qui me coustent le plus1 sont celles qui valent le moins4 ,depuis que ie les traine1 c'est signe que ie n'y suis pas4 ,ie commence volontiers sans proiect2 le premier traict produit le second4 ,les lettres de ce temps1 sont plus en bordures et prefaces1 qu'en matiere4 ,comme i'ayme mieux composer deux lettres1 que d'en clorre et plier vne2 et resigne tousiours cette commission quelque autre3 de mesme quand la matiere est acheue1 ie donrois volontiers quelqu'vn la charge d'y adiouster ces longues harangues1 offres1 et prieres1 que nous logeons sur la fin1 et desire que quelque nouuel vsage nous en descharge4 ,comme aussi de les inscrire d'vne legende de qualitez et tiltres1 pour ausquels ne broncher1 i'ay maintesfois laiss d'escrire1 et notamment gens de iustice et de finance4 ,tant d'innouations d'offices1 vne si difficile dispensation et ordonnance de diuers noms d'honneur2 lesquels estans si cherement achetez1 ne peuuent estre eschangez1 ou oubliez sans offence4 ,ie trouue pareillement de mauuaise grace1 d'en charger le front et inscription des liures1 que nous faisons imprimer4 ,,chapitre ,,xl4 ,que le goust des biens et des maux despend en bonne partie de l'opinion que nous en auons4 ,,les hommes1 dit vne sentence ,grecque ancienne1 sont tourmentez par les opinions qu'ils ont des choses1 non par les choses mesmes4 ,il y auroit vn grand poinct gaign pour le soulagement de nostre miserable condition humaine1 qui pourroit establir cette proposition vraye tout par tout4 ,car si les maux n'ont entre en nous1 que par nostre iugement1 il semble qu'il soit en nostre pouuoir de les mespriser ou contourner bien4 ,si les choses se rendent nostre mercy1 pourquoy n'en cheuirons nous1 ou ne les accommoderons nous nostre aduantage8 ,si ce que nous appellons mal et tourment1 n'est ny mal ny tourment de soy1 ains seulement que nostre fantasie luy donne cette qualit1 il est en nous de la changer3 et en ayant le choix1 si nul ne nous force1 nous sommes estrangement fols de nous bander pour le party qui nous est le plus ennuyeux3 et de donner aux maladies1 l'indigence et au mespris vn aigre et mauuais goust1 si nous le leur pouuons donner bon3 et si la fortune fournissant simplement de matiere1 c'est nous de luy donner la forme4 ,or que ce que nous appellons mal1 ne le soit pas de soy1 ou au moins tel qu'il soit1 qu'il depende de nous de luy donner autre saueur1 et autre visage1 car tout reuient vn1 voyons s'il se peut maintenir4 ,si l'estre originel de ces choses que nous craignons1 auoit credit de se loger en nous de son authorit1 il logeroit pareil et semblable en tous3 car les hommes sont tous d'vne espece3 et sauf le plus et le moins1 se trouuent garnis de pareils outils et instruments pour conceuoir et iuger4 ,mais la diuersit des opinions1 que nous auons de ces choses l1 montre clairement qu'elles n'entrent en nous que par composition4 ,tel l'aduenture les loge chez soy en leur vray estre1 mais mille autres leur donnent vn estre nouueau et contraire chez eux4 ,nous tenons la mort1 la pauuret et la douleur pour nos principales parties4 ,or cette mort que les vns appellent des choses horribles la plus horrible1 qui ne sait que d'autres la nomment l'vnique port des tourmens de cette vie8 le souuerain bien de nature8 seul appuy de nostre libert8 et commune et prompte recepte tous maux8 ,et comme les vns l'attendent tremblans et effrayez1 d'autres la supportent plus aysement que la vie4 ,celuy-l se plaint de sa facilit3 ,mors1 vtinam pauidos vit subducere nolles1 ,sed virtus te sola daret6 ,or laissons ces glorieux courages3 ,theodorus respondit ,lysimachus menaant de le tuer3 ,tu feras vn grand coup d'arriuer la force d'vne cantharide4 ,la plus part des ,philosophes se trouuent auoir ou preuenu par dessein1 ou hast et secouru leur mort4 ,combien voit-on de personnes populaires1 conduictes la mort1 et non vne mort simple1 mais meslee de honte1 et quelquefois de griefs tourmens1 y apporter vne telle asseurance1 qui par opiniatret1 qui par simplesse naturelle1 qu'on n'y apperoit rien de chang de leur estat ordinaire3 establissans leurs affaires domestiques1 se recommandans leurs amis1 chantans1 preschans et entretenans le peuple3 voire y meslans quelquefois des mots pour rire1 et beuuans leurs cognoissans1 aussi bien que ,socrates8 ,vn qu'on menoit au gibet1 disoit que ce ne fust pas par telle ru1 car il y auoit danger qu'vn marchant luy fist mettre la main sur le collet1 cause d'vn vieux debte4 ,vn autre disoit au bourreau qu'il ne le touchast pas la gorge1 de peur de le faire tressaillir de rire1 tant il estoit chatouilleux3 l'autre respondit son confesseur1 qui luy promettoit qu'il soupperoit ce iour l auec nostre ,seigneur1 ,allez vous y en vous1 car de ma part ie ieusne4 ,vn autre ayant demand boire1 et le bourreau ayant beu le premier1 dit ne vouloir boire apres luy1 de peur de prendre la verolle4 ,chacun a ouy faire le conte du ,picard1 auquel estant l'eschelle on presente vne garse1 et que1 comme nostre iustice permet quelquefois1 s'il la vouloit espouser1 on luy sauueroit la vie3 luy l'ayant vn peu contemplee1 et appereu qu'elle boittoit3 ,attache1 attache1 dit-il1 elle cloche4 ,et on dit de mesmes qu'en ,dannemarc vn homme condamn auoir la teste tranchee1 estant sur l'eschaffaut1 comme on luy presenta vne pareille condition1 la refusa1 par ce que la fille qu'on luy offrit1 auoit les ious auallees1 et le nez trop pointu4 ,vn valet ,thoulouse accus d'heresie1 pour toute raison de sa creance1 se rapportoit celle de son maistre1 ieune escolier prisonnier avec luy1 et ayma mieux mourir1 que se laisser persuader que son maistre peust errer4 ,nous lisons de ceux de la ville d',arras1 lors que le ,roy ,loys vnziesme la print1 qu'il s'en trouua bon nombre parmy le peuple qui se laisserent pendre1 plustost que de dire1 ,viue le ,roy4 ,et de ces viles ames de bouffons1 il s'en est trouu qui n'ont voulu abandonner leur gaudisserie en la mort mesme4 ,celuy qui le bourreau donnoit le branle1 s'escria1 ,vogue la gallee1 qui estoit son refrain ordinaire4 ,et l'autre qu'on auoit couch sur le point de rendre sa vie le long du foier sur vne paillasse1 qui le medecin demandant o le mal le tenoit2 ,entre le banc et le feu1 respondit-il4 ,et le prestre1 pour luy donner l'extreme onction1 cherchant ses pieds1 qu'il auoit reserrez et contraints par la maladie3 ,vous les trouuerez1 dit-il1 au bout de mes iambes4 ,a l'homme qui l'exhortoit de se recommander ,dieu1 ,qui y va8 demanda-il3 et l'autre respondant1 ,ce sera tantost vous mesmes1 s'il luy plaist3 ,y fusse-ie bien demain au soir1 repliqua-il3 ,recommandez vous seulement luy1 suiuit l'autre1 vous y serez bien tost3 ,il vaut donc mieux1 adiousta-il1 que ie luy porte mes recommandations moy-mesmes4 ,au ,royaume de ,narsingue encores auiourd'huy1 les femmes de leurs prestres sont viues enseuelies avec le corps de leurs maris4 ,toutes autres femmes sont bruslees aux funerailles des leurs3 non constamment seulement1 mais gaement4 ,a la mort du ,roy1 ses femmes et concubines1 ses mignons et tous ses officiers et seruiteurs1 qui sont vn peuple1 se presentent si allegrement au feu o son corps est brusl1 qu'ils montrent prendre grand honneur d'y accompaigner leur maistre4 ,pendant nos dernieres guerres de ,milan1 et tant de prises et rcousses1 le peuple impatient de si diuers changemens de fortune1 print telle resolution la mort1 que i'ay ouy dire mon pere1 qu'il y veit tenir comte de bien vingt et cinq maistres de maison1 qui s'estoient deffaits eux-mesmes en vne sepmaine4 ,accident approchant celuy des ,xanthiens1 lesquels assiegez par ,brutus se precipiterent pesle mesle hommes1 femmes1 et enfans vn si furieux appetit de mourir1 qu'on ne fait rien pour fuir la mort1 que ceux-cy ne fissent pour fuir la vie3 en maniere qu' peine peut ,brutus en sauuer vn bien petit nombre4 ,toute opinion est assez forte1 pour se faire espouser au prix de la vie4 ,le premier article de ce courageux serment1 que la ,grece iura1 et maintint1 en la guerre ,medoise1 ce fut1 que chacun changeroit plustost la mort la vie1 que les loix ,persiennes aux leurs4 ,combien void on de monde en la guerre des ,turcs et des ,grecs1 accepter plustost la mort tres-aspre1 que de se descirconcire pour se baptizer8 ,exemple dequoy nulle sorte de religion est incapable4 ,les ,roys de ,castille ayants banni de leur terre1 les ,iuifs1 le ,roy ,iehan de ,portugal leur vendit huict escus pour teste1 la retraicte aux siennes pour vn certain temps3 condition1 que iceluy venu1 ils auroient les vuider3 et leur promettoit fournir de vaisseaux les traiecter en ,afrique4 ,le iour arriue1 lequel pass il estoit dit1 que ceux qui n'auroient obe1 demeureroient esclaues3 les vaisseaux leur furent fournis escharcement3 et ceux qui s'y embarquerent1 rudement et villainement traittez par les passagers3 qui outre plusieurs autres indignitez les amuserent sur mer1 tantost auant1 tantost arriere1 iusques ce qu'ils eussent consum leurs victuailles1 et contreints d'en acheter d'eux si cherement et si longuement1 qu'on ne les mit bord1 qu'ils ne fussent du tout en chemise4 ,la nouuelle de cette inhumanit1 rapportee ceux qui estoient en terre1 la plus part se resolurent la seruitude3 aucuns firent contenance de changer de religion4 ,emmanuel successeur de ,iehan1 venu la couronne1 les meit premierement en libert1 et changeant d'aduis depuis1 leur ordonna de sortir de ses pas1 assignant trois ports leur passage4 ,il esperoit1 dit l',euesque ,osorius1 non mesprisable historien ,latin1 de noz siecles3 que la faueur de la libert1 qu'il leur auoit rendue1 aiant failli de les conuertir au ,christianisme1 la difficult de se commettre la volerie des mariniers1 d'abandonner vn pas1 o ils estoient habituez1 auec grandes richesses1 pour s'aller ietter en region incognue et estrangere1 les y rameineroit4 ,mais se voyant decheu de son esperance1 et eux tous deliberez au passage3 il retrancha deux des ports1 qu'il leur auoit promis3 affin que la longueur et incommodit du traiect en reduisist aucuns3 ou qu'il eust moien de les amonceller tous vn lieu1 pour vne plus grande commodit de l'execution qu'il auoit destine4 ,ce fut1 qu'il ordonna qu'on arrachast d'entre les mains des peres et des meres1 tous les enfans au dessous de quatorze ans1 pour les transporter hors de leur vee et conuersation1 en lieu o ils fussent instruits nostre religion4 ,il dit que cet effect produisit vn horrible spectacle3 la naturelle affection d'entre les peres et enfants1 et de plus1 le zele leur ancienne creance1 combattant l'encontre de cette violente ordonnance4 ,il fut veu communement des peres et meres se deffaisants eux mesmes3 et d'vn plus rude exemple encore1 precipitants par amour et compassion1 leurs ieunes enfans dans des puits1 pour fuir la loy4 ,au demeurant le terme qu'il leur auoit prefix expir1 par faute de moiens1 ils se remirent en seruitude4 ,quelques vns se feirent ,chrestiens3 de la foy desquels1 ou de leur race1 encore auiourd'huy1 cent ans apres1 peu de ,portugais s'asseurent3 quoy que la coustume et la longueur du temps1 soient bien plus fortes conseilleres telles mutations1 que toute autre contreinte4 ,en la ville de ,castelnau ,darry1 cinquante ,albigeois heretiques1 souffrirent la fois1 d'vn courage determin1 d'estre bruslez vifs en vn feu1 auant desaduouer leurs opinions4 ,quoties non mod ductores nostri1 dit ,cicero1 sed vniuersi etiam exercitus1 ad non dubiam mortem concurrerunt8 ,i'ay veu quelqu'vn de mes intimes amis courre la mort force1 d'vne vraye affection1 et enracinee en son cur par diuers visages de discours1 que ie ne luy seu rabatre3 et la premiere qui s'offrit coiffee d'vn lustre d'honneur1 s'y precipiter hors de toute apparence1 d'vne fin aspre et ardente4 ,nous auons plusieurs exemples en nostre temps de ceux1 iusques aux enfans1 qui de craincte de quelque legere incommodit1 se sont donnez la mort4 ,et ce propos1 que ne craindrons nous1 dit vn ancien1 si nous craignons ce que la couardise mesme a choisi pour sa retraitte8 ,d'enfiler icy vn grand rolle de ceux de tous sexes et conditions1 et de toutes sectes1 s siecles plus heureux1 qui ont ou attendu la mort constamment1 ou recerchee volontairement3 et recherchee non seulement pour fuir les maux de cette vie1 mais aucuns pour fuir simplement la satiet de viure3 et d'autres pour l'esperance d'vne meilleure condition ailleurs1 ie n'auroy iamais fait4 ,et en est le nombre si infini1 qu' la verit i'auroy meilleur march de mettre en compte ceux qui l'ont crainte4 ,cecy seulement4 ,pyrrho le ,philosophe se trouuant vn iour de grande tourmente dans vn batteau1 montroit ceux qu'il voyoit les plus effrayez autour de luy1 et les encourageoit par l'exemple d'vn pourceau1 qui y estoit1 nullement soucieux de cet orage4 ,oserons nous donc dire que cet aduantage de la raison1 dequoy nous faisons tant de feste1 et pour le respect duquel nous nous tenons maistre et ,empereurs du reste des creatures1 ait est mis en nous1 pour nostre tourment8 ,a quoy faire la cognoissance des choses1 si nous en deuenons plus lasches8 si nous en perdons le repos et la tranquilit1 o nous serions sans cela8 et si elle nous rend de pire condition que le pourceau de ,pyrrho8 ,l'intelligence qui nous a est donne pour nostre plus grand bien1 l'employerons nous nostre ruine2 combatans le dessein de nature1 et l'vniuersel ordre des choses1 qui porte que chacun vse de ses vtils et moyens pour sa commodit8 ,bien1 me dira lon1 vostre regle serue la mort2 mais que direz vous de l'indigence8 que direz vous encor de la douleur1 qu',aristippus1 ,hieronymus et la pluspart des sages1 ont estim le dernier mal3 et ceux qui le nioient de parole1 le confessoient par effect8 ,possidonius estant extremement tourment d'vne maladie aige et douloureuse1 ,pompeius le fut voir1 et s'excusa d'auoir prins heure si importune pour l'ouyr deuiser de la ,philosophie3 ,ia ,dieu ne plaise1 luy dit ,possidonius1 que la douleur gaigne tant sur moy1 qu'elle m'empesche d'en discourir3 et se ietta sur ce mesme propos du mespris de la douleur4 ,mais ce pendant elle iooit son rolle1 et le pressoit incessamment4 ,a quoy il s'escrioit3 ,tu as beau faire douleur1 si ne diray-ie pas1 que tu sois mal4 ,ce comte qu'ils font tant valoir1 que porte-il pour le mespris de la douleur8 il ne debat que du mot4 ,et ce pendant si ces pointures ne l'esmeuuent1 pourquoy en rompt-il son propos8 pourquoy pense-il faire beaucoup de ne l'appeller pas mal8 ,icy tout ne consiste pas en l'imagination4 ,nous opinons du reste2 c'est icy la certaine science1 qui iou son rolle1 nos sens mesmes en sont iuges3 ,qui nisi sunt veri1 ratio quoque falsa sit omnis4 ,ferons nous accroire nostre peau1 que les coups d'estriuiere la chatoillent8 et nostre goust que l'alo soit du vin de ,graues8 ,le pourceau de ,pyrrho est icy de nostre escot4 ,il est bien sans effroy la mort3 mais si on le bat1 il crie et se tourmente4 ,forcerons nous la generale loy de nature1 qui se voit en tout ce qui est viuant sous le ciel1 de trembler sous la douleur8 ,les arbres mesmes semblent gemir aux offences4 ,la mort ne se sent que par le discours1 d'autant que c'est le mouuement d'vn instant4 ,aut fuit1 aut veniet2 nihil est prsentis in illa4 ,morsque minus pn1 qum mora mortis habet4 ,mille bestes1 mille hommes sont plustost morts1 que menasss4 ,aussi ce que nous disons craindre principalement en la mort1 c'est la douleur son auant-coureuse coustumiere4 ,toutesfois1 s'il en faut croire vn saint pere1 malam mortem non facit1 nisi quod sequitur mortem4 ,et ie diroy encore plus vraysemblablement1 que ny ce qui va deuant1 ny ce qui vient apres1 n'est des appartenances de la mort4 ,nous nous excusons faussement4 ,et ie trouue par experience1 que c'est plustost l'impatience de l'imagination de la mort1 qui nous rend impatiens de la douleur3 et que nous la sentons doublement grieue1 de ce qu'elle nous menace de mourir4 ,mais la raison accusant nostre laschet1 de craindre chose si soudaine1 si ineuitable1 si insensible1 nous prenons cet autre pretexte plus excusable4 ,tous les maux qui n'ont autre danger que du mal1 nous les disons sans danger4 ,celuy des dents1 ou de la goutte1 pour grief qu'il soit1 d'autant qu'il n'est pas homicide1 qui le met en conte de maladie8 ,or bien presupposons le1 qu'en la mort nous regardons principalement la douleur4 ,comme aussi la pauuret n'a rien craindre1 que cela1 qu'elle nous iette entre ses bras par la soif1 la faim1 le froid1 le chaud1 les veilles1 qu'elle nous fait souffrir4 ,ainsi n'ayons affaire qu' la douleur4 ,ie leur donne que ce soit le pire accident de nostre estre3 et volontiers4 ,car ie suis l'homme du monde qui luy veux autant de mal1 et qui la fuis autant1 pour iusques present n'auoir pas eu1 ,dieu mercy1 grand commerce auec elle2 mais il est en nous1 sinon de l'aneantir1 au moins de l'amoindrir par patience3 et quand bien le corps s'en esmouueroit1 de maintenir ce neant-moins l'ame et la raison en bonne trampe4 ,et s'il ne l'estoit1 qui auroit mis en credit1 la vertu1 la vaillance1 la force1 la magnanimit et la resolution8 o iouroyent elles leur rolle1 s'il n'y a plus de douleur deffier8 ,auida est periculi virtus4 ,s'il ne faut coucher sur la dure1 soustenir arm de toutes pieces la chaleur du midy1 se paistre d'vn cheual1 et d'vn asne1 se voir detailler en pieces1 et arracher vne balle d'entre les os1 se souffrir recoudre1 cauterizer et sonder1 par o s'acquerra l'aduantage que nous voulons auoir sur le vulgaire8 ,c'est bien loing de fuir le mal et la douleur1 ce que disent les ,sages1 que des actions gallement bonnes1 celle-l est plus souhaitable faire1 o il y a plus de peine4 ,non enim hilaritate1 nec lasciuia1 nec risu aut ioco comite leuitatis1 sed spe etiam tristes firmitate et constantia sunt beati4 ,et cette cause il a est impossible de persuader nos peres1 que les conquestes faites par viue force1 au hazard de la guerre1 ne fussent plus aduantageuses1 que celles qu'on fait en toute seuret par pratiques et menees4 ,ltius est1 quoties magno sibi constat honestum4 ,d'auantage cela nous doit consoler1 que naturellement1 si la douleur est violente1 elle est courte3 si elle est longue1 elle est legere3 si grauis1 breuis3 si longus1 leuis4 ,tu ne la sentiras guere long temps1 si tu la sens trop3 elle mettra fin soy1 ou toy3 l'vn et l'autre reuient vn4 ,si tu ne la portes1 elle t'emportera4 ,memineris maximos morte finiri2 paruos multa habere interualla requietis1 mediocrium nos esse dominos3 vt si tolerabiles sint1 feramus3 sin minus1 vita1 quum ea non placeat1 tanqum theatro exeamus4 ,ce qui nous fait souffrir auec tant d'impatience la douleur1 c'est de n'estre pas accoustumez de prendre nostre principal contentement en l'ame1 de ne nous attendre point assez elle1 qui est seule et souueraine maistresse de nostre condition4 ,le corps n'a1 sauf le plus et le moins1 qu'vn train et qu'vn pli4 ,elle est variable en toute sorte de formes1 et renge soy1 et son estat1 quel qu'il soit1 les sentiments du corps1 et tous autres accidents4 ,pourtant la faut il estudier1 et enquerir2 et esueiller en elle ses ressorts tout-puissants4 ,il n'y a raison1 ny prescription1 ny force1 qui vaille contre son inclination et son chois4 ,de tant de milliers de biais1 qu'elle a en sa disposition1 donnons luy en vn1 propre nostre repos et conseruation3 nous voyla non couuerts seulement de toute offense1 mais gratifiez mesmes et flattez1 si bon luy semble1 des offenses et des maux4 ,elle faict son profit indifferemment de tout4 ,l'erreur1 les songes1 luy seruent vtilement1 comme vne loyale matiere1 nous mettre garant1 et en contentement4 ,il est ais voir1 que ce qui aiguise en nous la douleur et la volupt1 c'est la pointe de nostre esprit4 ,les bestes1 qui le tiennent sous boucle1 laissent aux corps leurs sentiments libres et naifs3 et par consequent vns1 peu pres1 en chasque espece1 ainsi qu'elles montrent par la semblable application de leurs mouuements4 ,si nous ne troublions en noz membres1 la iurisdiction qui leur appartient en cela3 il est croire1 que nous en serions mieux1 et que nature leur a donn vn iuste et moder temperament1 enuers la volupt et enuers la douleur4 ,et ne peut faillir d'estre iuste1 estant egal et commun4 ,mais puis que nous nous sommes emancipez de ses regles1 pour nous abandonner la vagabonde libert de noz fantasies3 au moins aydons nous les plier du cost le plus aggreable4 ,platon craint nostre engagement aspre la douleur et la volupt1 d'autant qu'il oblige et attache par trop l'ame au corps3 moy plustost au rebours1 d'autant qu'il l'en desprent et desclou4 ,tout ainsi que l'ennemy se rend plus aspre nostre fuite1 aussi s'enorgueillit la douleur1 nous voir trembler soubs elle4 ,elle se rendra de bien meilleure composition1 qui luy fera teste3 il se faut opposer et bander contre4 ,en nous acculant et tirant arriere1 nous appellons nous et attirons la ruyne1 qui nous menasse4 ,comme le corps est plus ferme la charge en le roidissant3 ainsin est l'ame4 ,mais venons aux exemples1 qui sont proprement du gibier des gens foibles de reins1 comme moy3 o nous trouuerons qu'il va de la douleur1 comme des pierres qui prennent couleur1 ou plus haute1 ou plus morne1 selon la feuille o lon les couche1 et qu'elle ne tient qu'autant de place en nous1 que nous luy en faisons4 ,tantum doluerunt1 quantum doloribus se inseruerunt4 ,nous sentons plus vn coup de rasoir du ,chirurgien1 que dix coups d'espee en la chaleur du combat4 ,les douleurs de l'enfantement1 par les ,medecins1 et par ,dieu mesme estimees grandes1 et que nous passons auec tant de ceremonies1 il y a des nations entieres1 qui n'en font nul compte4 ,ie laisse part les femmes ,lacedemoniennes3 mais aux ,souisses parmi nos gens de pied1 quel changement y trouuez vous8 sinon que trottans apres leurs maris1 vous leur voyez auiourd'huy porter au col l'enfant1 qu'elles auoient hyer au ventre3 et ces gyptiennes contre-faictes ramasses d'entre nous1 vont elles mesmes lauer les leurs1 qui viennent de naistre1 et prennent leur baing en la plus prochaine riuiere4 ,outre tant de garces qui desrobent tous les iours leurs enfants en la generation comme en la conception1 cette belle et noble femme de ,sabinus ,patricien ,romain1 pour l'interest d'autruy porta seule et sans secours et sans voix et gemissemens l'enfantement de deux iumeaux4 ,vn simple garonnet de ,lacedemone1 ayant derob vn renard 7car ils craignoient encore plus la honte de leur sottise au larecin1 que nous ne craignons la peine de nostre malice7 et l'ayant mis souz sa cappe1 endura plustost qu'il luy eust rong le ventre1 que de se descouurir4 ,et vn autre1 donnant de l'encens vn sacrifice1 se laissa brusler iusques l'os1 par vn charbon tomb dans sa manche1 pour ne troubler le mystere4 ,et s'en est veu vn grand nombre pour le seul essay de vertu1 suiuant leur institution1 qui ont souffert en l'aage de sept ans1 d'estre foettez iusques la mort1 sans alterer leur visage4 ,et ,cicero les a veuz se battre trouppes3 de poings1 de pieds1 et de dents1 iusques s'euanouir auant que d'aduoer estre vaincus4 ,nunquam naturam mos vinceret3 est enim ea semper inuicta2 sed nos vmbris1 deliciis1 otio1 languore1 desidia1 animum infecimus2 opinionibus malque more delinitum molliuimus4 ,chacun sait l'histoire de ,sceuola1 qui s'estant coul dans le camp ennemy1 pour en tuer le chef1 et ayant failly d'attaincte1 pour reprendre son effect d'vne plus estrange inuention1 et descharger sa patrie1 confessa ,porsenna1 qui estoit le ,roy qu'il vouloit tuer1 non seulement son desseing1 mais adiousta qu'il auoit en son camp vn grand nombre de ,romains complices de son entreprise tels que luy4 ,et pour montrer quel il estoit1 s'estant faict apporter vn brasier1 veit et souffrit griller et rostir son bras1 iusques ce que l'ennemy mesme en ayant horreur1 commanda oster le brasier4 ,quoy1 celuy qui ne daigna interrompre la lecture de son liure pendant qu'on l'incisoit8 ,et celuy1 qui s'obstina se mocquer et rire l'enuy des maux1 qu'on luy faisoit3 de faon que la cruaut irrite des bourreaux qui le tenoyent1 et toutes les inuentions des tourmens redoublez les vns sur les autres luy donnerent gaign8 ,mais c'estoit vn ,philosophe4 ,quoy8 vn gladiateur de ,csar1 endura tousiours riant qu'on luy sondast et detaillast ses playes4 ,quis mediocris gladiator ingemuit8 quis vultum mutauit vnquam8 ,quis non mod stetit1 verm etiam decubuit turpiter8 ,quis cm decubuisset1 ferrum recipere iussus1 collum contraxit8 ,meslons y les femmes4 ,qui n'a ouy parler ,paris de celle1 qui se fit escorcher pour seulement en acquerir le teint plus frais d'vne nouuelle peau8 y en a qui se sont fait arracher des dents viues et saines1 pour en former la voix plus molle1 et plus grasse1 ou pour les ranger en meilleur ordre4 ,combien d'exemples du mespris de la douleur auons nous en ce genre8 ,que ne peuuent elles8 ,que craignent elles1 pour peu qu'il y ait d'agencement esperer en leur beaut8 ,vellere queis cura est albos stirpe capillos1 ,et faciem dempta pelle referre nouam4 ,j'en ay veu engloutir du sable1 de la cendre1 et se trauailler point nomm de ruiner leur estomac1 pour acquerir les pasles couleurs4 ,pour faire vn corps bien espagnol1 quelle gehenne ne souffrent elles guindes et sangles1 auec de grosses coches sur les costez1 iusques la chair viue8 ouy quelques fois en mourir4 ,il est ordinaire beaucoup de nations de nostre temps1 de se blesser escient1 pour donner foy leur parole3 et nostre ,roy en recite des notables exemples1 de ce qu'il en a veu en ,poloigne1 et en l'endroit de luy mesme4 ,mais outre ce que ie say en auoir est imit en ,france par aucuns1 quand ie veins de ces fameux ,estats de ,blois1 i'auois veu peu auparauant vne fille en ,picardie1 pour tesmoigner l'ardeur de ses promesses1 et aussi sa constance1 se donner du poinon1 qu'elle portoit en son poil1 quatre ou cinq bons coups dans le bras1 qui luy faisoient craquetter la peau1 et la saignoient bien en bon escient4 ,les ,turcs se font de grandes escarres pour leurs dames3 et afin que la merque y demeure1 ils portent soudain du feu sur la playe1 et l'y tiennent vn temps incroyable1 pour arrester le sang1 et former la cicatrice4 ,gents qui l'ont veu1 l'ont escrit1 et me l'ont iur4 ,mais pour dix aspres1 il se trouue tous les iours entre eux qui se donnera vne bien profonde taillade dans le bras1 ou dans les cuisses4 ,ie suis bien ayse que les tesmoins nous sont plus main1 o nous en auons plus affaire4 ,car la chrestient nous en fournit suffisance4 ,et apres l'exemple de nostre sainct guide1 il y en a eu force1 qui par deuotion ont voulu porter la croix4 ,nous apprenons par tesmoing tres-digne de foy1 que le ,roy ,s4 ,loys porta la here iusques ce que sur sa vieillesse1 son confesseur l'en dispensa2 et que tous les ,vendredis1 il se faisoit battre les espaules par son prestre1 de cinq chainettes de fer1 que pour cet effet on portoit emmy ses besongnes de nuict4 ,guillaume nostre dernier ,duc de ,guyenne1 pere de cette ,alienor1 qui transmit ce ,duch aux maisons de ,france et d',angleterre1 porta les dix ou douze derniers ans de sa vie1 continuellement vn corps de cuirasse1 sous vn habit de religieux1 par penitence4 ,foulques ,comte d',anjou alla iusques en ,ierusalem1 pour l se faire foter deux de ses valets1 la corde au col1 deuant le sepulchre de nostre ,seigneur4 ,mais ne voit-on encore tous les iours au ,vendredy ,s4 en diuers lieux vn grand nombre d'hommes et femmes se battre iusques se dchirer la chair et percer iusques aux os8 ,cela ay-ie veu souuent et sans enchantement4 ,et disoit-on1 car ils vont masquez1 qu'il y en auoit1 qui pour de l'argent entreprenoient en cela de garantir la religion d'autruy2 par vn mespris de la douleur1 d'autant plus grand1 que plus peuuent les guillons de la deuotion1 que de l'auarice4 ,q4 ,maximus enterra son fils ,consulaire3 ,m4 ,cato le sien ,preteur design3 et ,l4 ,paulus les siens deux en peu de iours1 d'vn visage rassis1 et ne portant nul tesmoignage de deuil4 ,ie disois en mes iours1 de quelqu'vn en gossant1 qu'il auoit chou la diuine iustice4 ,car la mort violente de trois grands enfants1 luy ayant est enuoye en vn iour1 pour vn aspre coup de verge1 comme il est croire3 peu s'en fallut qu'il ne la print faueur et gratification singuliere du ciel4 ,ie n'ensuis pas ces humeurs monstrueuses3 mais i'en ay perdu en nourrice1 deux ou trois1 sinon sans regret1 au moins sans fascherie4 ,si n'est-il guere accident1 qui touche plus au vif les hommes4 ,ie voy assez d'autres communes occasions d'affliction1 qu' peine sentiroy-ie1 si elles me venoyent4 ,et en ay mespris quand elles me sont venues1 de celles ausquelles le monde donne vne si atroce figure1 que ie n'oserois m'en vanter au peuple sans rougir4 ,ex quo intelligitur1 non in natura1 sed in opinione esse gritudinem4 ,l'opinion est vne puissante partie1 hardie1 et sans mesure4 ,qui rechercha iamais de telle faim la seurt et le repos1 qu',alexandre et ,csar ont faict l'inquietude et les difficultez8 ,terez le pere de ,sitalcez souloit dire que quand il ne faisoit point la guerre1 il luy estoit aduis qu'il n'y auoit point difference entre luy et son pallefrenier4 ,caton ,consul1 pour s'asseurer d'aucunes villes en ,espaigne1 ayant seulement interdict aux habitants d'icelles1 de porter les armes3 grand nombre se tuerent3 ,ferox gens1 nullam vitam rati sine armis esse4 ,combien en sauons nous qui ont fuy la douceur d'vne vie tranquille1 en leurs maisons parmy leurs cognoissans1 pour suiure l'horreur des desers inhabitables2 et qui se sont iettez l'abiection1 vilit1 et mespris du monde1 et s'y sont pleuz iusques l'affectation8 ,le ,cardinal ,borrome1 qui mourut dernierement ,milan1 au milieu de la desbauche1 quoy le conuioyt et sa noblesse1 et ses grandes richesses1 et l'air de l',italie1 et sa ieunesse1 se maintint en vne forme de vie si austere1 que la mesme robbe qui luy seruoit en est1 luy seruoit en hyuer3 n'auoit pour son coucher que la paille3 et les heures qui luy restoyent des occupations de sa charge1 il les passoit estudiant continuellement1 plant sur ses genoux1 ayant vn peu d'eau et de pain cost de son liure3 qui estoit toute la prouision de ses repas1 et tout le temps qu'il y employoit4 ,i'en say qui leur escient ont tir et proffit et auancement du cocuage1 dequoy le seul nom effraye tant de gens4 ,si la veu n'est le plus necessaire de nos sens1 il est au moins le plus plaisant3 mais les plus plaisans et vtiles de noz membres1 semblent estre ceux qui seruent nous engendrer3 toutesfois assez de gens les ont pris en hayne mortelle1 pour cella seulement1 qu'ils estoient trop aymables2 et les ont reiettez cause de leur prix4 ,autant en opina des yeux1 celuy qui se les creua4 ,la plus commune et plus saine part des hommes1 tient grand heur l'abondance des enfants3 moy et quelques autres1 pareil heur le defaut4 ,et quand on demande ,thales pourquoy il ne se marie point3 il respond1 qu'il n'ayme point laisser ligne de soy4 ,que nostre opinion donne prix aux choses2 il se void par celles en grand nombre1 ausquelles nous ne regardons pas seulement1 pour les estimer3 ains nous4 ,et ne considerons ny leurs qualitez1 ny leurs vtilitez1 mais seulement nostre coust les recouurer3 comme si c'estoit quelque piece de leur substance3 et appellons valeur en elles1 non ce qu'elles apportent1 mais ce que nous y apportons4 ,sur quoy ie m'aduise1 que nous sommes grands mesnagers de nostre mise4 ,selon qu'elle poise1 elle sert1 de ce mesmes qu'elle poise4 ,nostre opinion ne la laisse iamais courir faux fret4 ,l'achat donne tiltre au diamant1 et la difficult la vertu1 et la douleur la deuotion1 et l'aspret la medecine4 ,tel pour arriuer la pauuret ietta ses escus en cette mesme mer1 que tant d'autres fouillent de toutes pars pour y pescher des richesses4 ,epicurus dit que l'estre riche n'est pas soulagement1 mais changement d'affaires4 ,de vray1 ce n'est pas la disette1 c'est plustost l'abondance qui produict l'auarice4 ,ie veux dire mon experience autour de ce subiect4 ,i'ay vescu en trois sortes de condition1 depuis estre sorty de l'enfance4 ,le premier temps1 qui a dur pres de vingt annes1 ie le passay1 n'aiant autres moyens1 que fortuites1 et despendant de l'ordonnance et secours d'autruy1 sans estat certain et sans prescription4 ,ma despence se faisoit d'autant plus allegrement et auec moins de soing1 qu'elle estoit toute en la temerit de la fortune4 ,ie ne fu iamais mieux4 ,il ne m'est oncques auenu de trouuer la bource de mes amis close3 m'estant enioint au del de toute autre necessit1 la necessit de ne faillir au terme que i'auoy prins m'acquiter1 lequel ils m'ont mille fois along1 voyant l'effort que ie me faisoy pour leur satisfaire3 en maniere que i'en rendoy vne loyaut mesnagere1 et aucunement piperesse4 ,ie sens naturellement quelque volupt payer2 comme si ie deschargeois mes espaules d'vn ennuyeux poix1 et de cette image de seruitude4 ,aussi qu'il y a quelque contentement qui me chatouille faire vne action iuste1 et contenter autruy4 ,i'excepte les payements o il faut venir marchander et conter3 car si ie ne trouue qui en commettre la charge1 ie les esloigne honteusement et iniurieusement tant que ie puis1 de peur de cette altercation1 laquelle et mon humeur et ma forme de parler est du tout incompatible4 ,il n'est rien que ie haysse comme marchander3 c'est vn pur commerce de trichoterie et d'impudence4 ,apres vne heure de debat et de barguignage1 l'vn et l'autre abandonne sa parolle et ses sermens pour cinq sous d'amendement4 ,et si empruntons auec desaduantage4 ,car n'ayant point le cur de requerir en presence1 i'en renuoyois le hazard sur le papier1 qui ne fait guere d'effort1 et qui preste grandement la main au refuser4 ,ie me remettois de la conduite de mon besoing plus gayement aux astres1 et plus librement que ie n'ay faict depuis ma prouidence et mon sens4 ,la plus part des mesnagers estiment horrible de viure ainsin en incertitude2 et ne s'aduisent pas1 premierement1 que la plus part du monde vit ainsi4 ,combien d'honnestes hommes ont reiett tout leur certain l'abandon1 et le font tous les iours1 pour cercher le vent de la faueur des ,roys et de la fortune8 ,csar s'endebta d'vn million d'or outre son vaillant1 pour deuenir ,csar4 ,et combien de marchans commencent leur trafique par la vente de leur metairie1 qu'ils enuoyent aux ,indes4 ,tot per impotentia freta6 ,en vne si grande siccit de deuotion1 nous auons mille et mille ,colleges1 qui la passent commodment1 attendans tous les iours de la liberalit du ,ciel1 ce qu'il faut eux disner4 ,secondement1 ils ne s'aduisent pas1 que cette certitude1 sur laquelle ils se fondent1 n'est guere moins incertaine et hazardeuse que le hazard mesme4 ,ie voy d'aussi pres la misere au del de deux mille escus de rente1 que si elle estoit tout contre moy4 ,car outre ce que le sort a dequoy ouurir cent breches la pauuret au trauers de nos richesses1 n'y ayant souuent nul moyen entre la supreme et infime fortune1 ,fortuna vitrea est3 tum1 quum splendet1 frangitur2 et enuoyer cul sur pointe toutes nos deffences et leues2 ie trouue que par diuerses causes1 l'indigence se voit autant ordinairement loge chez ceux qui ont des biens1 que chez ceux qui n'en ont point3 et qu' l'auanture est elle aucunement moins incommode1 quand elle est seule1 que quand elle se rencontre en compagnie des richesses4 ,elles viennent plus de l'ordre1 que de la recepte3 ,faber est su quisque fortun4 ,et me semble plus miserable vn riche malais1 necessiteux1 affaireux1 que celuy qui est simplement pauure4 ,in diuitiis inopes1 quod genus egestatis grauissimum est4 ,les plus grands ,princes et plus riches1 sont par pauuret et disette poussez ordinairement l'extreme necessit4 ,car en est-il de plus extreme1 que d'en deuenir tyrans1 et iniustes vsurpateurs des biens de leurs subiets8 ,ma seconde forme1 'a est d'auoir de l'argent4 ,a quoy m'estant prins1 i'en fis bien tost des reserues notables selon ma condition3 n'estimant pas que ce fust auoir1 sinon autant qu'on possede outre sa despence ordinaire3 ny qu'on se puisse fier du bien1 qui est encore en esperance de recepte1 pour claire qu'elle soit4 ,car quoy1 disoy-ie1 si i'estois surpris d'vn tel1 ou d'vn tel accident8 ,et la suitte de ces vaines et vitieuses imaginations1 i'allois faisant l'ingenieux prouuoir par cette superflue reserue tous inconueniens4 ,et sauois encore respondre celuy qui m'alleguoit que le nombre des inconueniens estoit trop infiny2 que si ce n'estoit tous1 c'estoit aucuns et plusieurs4 ,cela ne se passoit pas sans penible sollicitude4 ,i'en faisoy vn secret3 et moy1 qui ose tant dire de moy1 ne parloy de mon argent1 qu'en mensonge3 comme font les autres1 qui s'appauurissent riches1 s'enrichissent pauures3 et dispensent leur conscience de tesmoigner iamais sincerement de ce qu'ils ont4 ,ridicule et honteuse prudence4 ,allois-ie en voyage8 il ne me sembloit estre iamais suffisamment pourueu3 et plus ie m'estois charg de monnoye1 plus aussi ie m'estois charg de crainte3 tantost de la seurt des chemins1 tantost de la fidelit de ceux qui conduisoyent mon bagage3 duquel1 comme d'autres que ie cognois1 ie ne m'asseurois iamais assez1 si ie ne l'auois deuant mes yeux4 ,laissoy-ie ma boyte chez moy8 combien de soupons et pensements espineux1 et qui pis est incommunicables8 ,i'auois tousiours l'esprit de ce cost4 ,tout compt1 il y a plus de peine garder l'argent qu' l'acquerir4 ,si ie n'en faisois du tout tant que i'en dis1 au moins il me coustoit m'empescher de le faire4 ,de commodit1 i'en tirois peu ou rien4 ,pour auoir plus de moyen de despense1 elle ne m'en poisoit pas moins4 ,car1 comme disoit ,bion1 autant se fache le cheuelu comme le chauue1 qu'on luy arrache le poil4 ,et depuis que vous estes accoustum1 et auez plant vostre fantasie sur certain monceau1 il n'est plus vostre seruice3 vous n'oseriez l'escorner4 ,c'est vn bastiment qui1 comme il vous semble1 croullera tout1 si vous y touchez3 il faut que la necessit vous prenne la gorge pour l'entamer4 ,et au parauant i'engageois mes hardes1 et vendois vn cheual1 auec bien moins de contrainte et moins enuis1 que lors ie ne faisois bresche cette bource fauorie1 que ie tenois part4 ,mais le danger estoit1 que mal aysment peut-on establir bornes certaines ce desir 7elles sont difficiles trouuer1 s choses qu'on croit bonnes7 et arrester vn poinct l'espargne3 on va tousiours grossissant cet amas1 et l'augmentant d'vn nombre autre1 iusques se priuer vilainement de la iouyssance de ses propres biens3 et l'establir toute en la garde1 et n'en vser point4 ,selon cette espece d'vsage1 ce sont les plus riches gents du monde1 ceux qui ont charge de la garde des portes et murs d'vne bonne ville4 ,tout homme pecunieux est auaricieux mon gr4 ,platon renge ainsi les biens corporels ou humains3 la sant1 la beaut1 la force1 la richesse3 ,et la richesse1 dit-il1 n'est pas aueugle1 mais tresclair-voyante1 quand elle est illumine par la prudence4 ,dionysius le fils1 eut bonne grace4 ,on l'aduertit que l'vn de ses ,syracusains auoit cach dans terre vn thresor2 il luy manda de le luy apporter2 ce qu'il fit1 s'en reseruant la desrobbe quelque partie2 auec laquelle il s'en alla en vne autre ville1 o ayant perdu cet appetit de thesaurizer1 il se mit viure plus liberalement4 ,ce qu'entendant ,dionysius1 luy fit rendre le demeurant de son thresor2 disant que puis qu'il auoit appris en sauoir vser1 il le luy rendoit volontiers4 ,ie fus quelques annes en ce point4 ,ie ne say quel bon dmon m'en ietta hors tres-vtilement1 comme le ,syracusain2 et m'enuoya toute cette conserue l'abandon3 le plaisir de certain voyage de grande despence1 ayant mis au pied cette sotte imagination4 ,par o ie suis retomb vne tierce sorte de vie1 ie dis ce que i'en sens1 certes plus plaisante beaucoup et plus regle4 ,c'est que ie fais courir ma despence quand et quand ma recepte2 tantost l'vne deuance1 tantost l'autre3 mais c'est de peu qu'elles s'abandonnent4 ,ie vis du iour la iourne1 et me contente d'auoir dequoy suffire aux besoings presens et ordinaires3 aux extraordinaires toutes les prouisions du monde n'y sauroyent suffire4 ,et est follie de s'attendre que fortune elle mesmes nous arme iamais suffisamment contre soy4 ,c'est de noz armes qu'il la faut combattre4 ,les fortuites nous trahiront au bon du faict4 ,si i'amasse1 ce n'est que pour l'esperance de quelque voisine emploite2 et non pour acheter des terres1 dequoy ie n'ay que faire1 mais pour acheter du plaisir4 ,non esse cupidum1 pecunia est2 non esse emacem1 vectigal est4 ,ie n'ay ny guere peur que bien me faille1 ny nul desir qu'il m'augmente4 ,diuitiarum fructus est in copia2 copiam declarat satietas4 ,et me gratifie singulierement que cette correction me soit arriue en vn aage naturellement enclin l'auarice1 et que ie me vois desfaict de cette folie si commune aux vieux1 et la plus ridicule de toutes les humaines folies4 ,feraulez1 qui auoit pass par les deux fortunes1 et trouu que l'accroist de cheuance1 n'estoit pas accroist d'appetit1 au boire1 manger1 dormir1 et embrasser sa femme3 et qui d'autre part1 sentoit poiser sur ses espaules l'importunit de l'conomie1 ainsi qu'elle faict moy2 delibera de contenter vn ieune homme pauure1 son fidele amy1 abboyant apres les richesses2 et luy feit present de toutes les siennes1 grandes et excessiues1 et de celles encor qu'il estoit en train d'accumuler tous les iours par la liberalit de ,cyrus son bon maistre1 et par la guerre3 moyennant qu'il prinst la charge de l'entretenir et nourrir honnestement1 comme son hoste et son amy4 ,ils vescurent ainsi depuis tres-heureusement3 et esgalement contents du changement de leur condition4 ,voyla vn tour que i'imiterois de grand courage4 ,et lou grandement la fortune d'vn vieil ,prelat1 que ie voy s'estre si purement demis de sa bourse1 et de sa recepte1 et de sa mise1 tantost vn seruiteur choisi1 tantost vn autre1 qu'il a coul vn long espace d'annes1 autant ignorant cette sorte d'affaires de son mesnage1 comme vn estranger4 ,la fiance de la bont d'autruy1 est un non leger tesmoignage de la bont propre3 partant la fauorise ,dieu volontiers4 ,et pour son regard1 ie ne voy point d'ordre de maison1 ny plus dignement ny plus constamment conduit que le sien4 ,heureux1 qui ait regl si iuste mesure son besoin1 que ses richesses y puissent suffire sans son soing et empeschement3 et sans que leur dispensation ou assemblage1 interrompe d'autres occupations1 qu'il suit1 plus conuenables1 plus tranquilles1 et selon son cur4 ,l'aisance donc et l'indigence despendent de l'opinion d'vn chacun1 et non plus la richesse1 que la gloire1 que la sant1 n'ont qu'autant de beaut et de plaisir1 que leur en preste celuy qui les possede4 ,chascun est bien ou mal1 selon qu'il s'en trouue4 ,non de qui on le croid1 mais qui le croid de soy1 est content3 et en cella seul la creance se donne essence et verit4 ,la fortune ne nous fait ny bien ny mal3 elle nous en offre seulement la matiere et la semence3 laquelle nostre ame1 plus puissante qu'elle1 tourne et applique comme il luy plaist3 seule cause et maistresse de sa condition heureuse ou malheureuse4 ,les accessions externes prennent saueur et couleur de l'interne constitution3 comme les accoustrements nous eschauffent non de leur chaleur1 mais de la nostre1 laquelle ils sont propres couuer et nourrir3 qui en abrieroit vn corps froid1 il en tireroit mesme seruice pour la froideur8 ainsi se conserue la neige et la glace4 ,certes tout en la maniere qu' vn faineant l'estude sert de tourment1 vn yurongne l'abstinence du vin1 la frugalit est supplice au luxurieux1 et l'exercice gehenne vn homme delicat et oisif3 ainsin en est-il du reste4 ,les choses ne sont pas si douloureuses1 ny difficiles d'elles mesmes3 mais nostre foiblesse et laschet les fait telles4 ,pour iuger des choses grandes et haultes1 il faut un' ame de mesme1 autrement nous leur attribuons le vice1 qui est le nostre4 ,vn auiron droit semble courbe en l'eau4 ,il n'importe pas seulement qu'on voye la chose1 mais comment on la voye4 ,or sus1 pourquoy de tant de discours1 qui persuadent diuersement les hommes de mespriser la mort1 et de porter la douleur1 n'en trouuons nous quelcun qui face pour nous8 ,et de tant d'especes d'imaginations qui l'ont persuad autruy1 que chacun n'en applique il soy vn le plus selon son humeur8 ,s'il ne peut digerer la drogue forte et abstersiue1 pour desraciner le mal1 au moins qu'il la prenne lenitiue pour le soulager4 ,opinio est qudam effeminata ac leuis3 nec in dolore magis1 qum eadem in voluptate3 qua1 quum liquescimus fluimusque mollitia1 apis aculeum sine clamore ferre non possumus444 ,totum in eo est1 vt tibi imperes4 ,au demeurant on n'eschappe pas la philosophie1 pour faire valoir outre mesure l'aspret des douleurs1 et humaine foiblesse4 ,car on la contraint de se reietter ces inuincibles repliques3 ,s'il est mauuais de viure en necessit1 au moins de viure en necessit1 il n'est aucune necessit4 ,nul n'est mal long temps qu' sa faute4 ,qui n'a le cur de souffrir ny la mort ny la vie2 qui ne veut ny resister ni fuir1 que luy feroit-on8 ,,chapitre ,,xli4 ,de ne communiquer sa gloire4 ,,de toutes les resueries du monde1 la plus receu et plus vniuerselle1 est le soing de la reputation et de la gloire1 que nous espousons iusques quitter les richesses1 le repos1 la vie et la sant1 qui sont biens effectuels et substantiaux1 pour suyure cette vaine image1 et cette simple voix1 qui n'a ny corps ny prise3 ,la fama ch'inuaghisce a vn dolce suono ,gli superbi mortali1 et par' si bella1 ,e vn echo1 vn sogno1 anzi d'vn sogno vn' ombra ,ch' ad ogni vento si delegua et sgombra4 ,et des humeurs des-raisonnables des hommes1 il semble que les philosophes mesmes se dfacent plus tard et plus enuis de cette-cy que de nulle autre3 c'est la plus reuesche et opiniastre4 ,quia etiam bene proficientes animos tentare non cessat4 ,il n'en est guiere de laquelle la raison accuse si clairement la vanit3 mais elle a ses racines si vifues en nous1 que ie ne say si iamais aucun s'en est peu nettement descharger4 ,apres que vous auez tout dict et tout creu1 pour la desaduouer1 elle produict contre vostre discours vne inclination si intestine1 que vous auez peu que tenir l'encontre4 ,car comme dit ,cicero1 ceux mesmes qui la combatent1 encores veulent-ils1 que les liures1 qu'ils en escriuent1 portent au front leur nom1 et se veulent rendre glorieux de ce qu'ils ont mespris la gloire4 ,toutes autres choses tombent en commerce4 ,nous prestons nos biens et nos vies au besoin de nos amis3 mais de communiquer son honneur1 et d'estrener autruy de sa gloire1 il ne se voit gueres4 ,catulus ,luctatius en la guerre contre les ,cymbres1 ayant faict tous efforts pour arrester ses soldats qui fuioient deuant les ennemis1 se mit luy-mesmes entre les fuyards1 et contrefit le coard1 affin qu'ils semblassent plustost suiure leur ,capitaine1 que fuyr l'ennemy3 c'estoit abandonner sa reputation1 pour couurir la honte d'autruy4 ,quand ,charles cinquiesme passa en ,prouence1 l'an mil cinq cens trente sept1 on tient que ,antoine de ,leue voyant l',empereur resolu de ce voyage1 et l'estimant luy estre merueilleusement glorieux1 opinoit toutesfois le contraire1 et le desconseilloit1 cette fin que toute la gloire et honneur de ce conseil1 en fust attribu son maistre3 et qu'il fust dict1 son bon aduis et sa preuoyance auoit est telle1 que contre l'opinion de tous1 il eust mis fin vne si belle entreprinse3 qui estoit l'honorer ses despens4 ,les ,ambassadeurs ,thraciens1 consolans ,archileonide mere de ,brasidas1 de la mort de son fils1 et le haut-louans1 iusques dire1 qu'il n'auoit point laiss son pareil3 elle refusa cette louange priuee et particuliere1 pour la rendre au public3 ,ne me dites pas cela1 fit-elle1 ie say que la ville de ,sparte a plusieurs citoyens plus grands et plus vaillans qu'il n'estoit4 ,en la bataille de ,crecy1 le ,prince de ,gales1 encores fort ieune1 auoit l'auant-garde conduire3 le principal effort du rencontre1 fust en cet endroit3 les ,seigneurs qui l'accompagnoient se trouuans en dur party d'armes1 manderent au ,roy ,edoard de s'approcher1 pour les secourir3 il s'enquit de l'estat de son fils1 et luy ayant est respondu1 qu'il estoit viuant et cheual3 ,ie luy ferois1 dit-il1 tort de luy aller maintenant desrober l'honneur de la victoire de ce combat1 qu'il a si long temps soustenu3 quelque hazard qu'il y ait1 elle sera toute sienne3 et n'y voulut aller ny enuoyer3 sachant s'il y fust all1 qu'on eust dit que tout estoit perdu sans son secours1 et qu'on luy eust attribu l'aduantage de cet exploit4 ,semper enim quod postremum adiectum est1 id rem totam videtur traxisse4 ,plusieurs estimoient ,rome1 et se disoit communment que les principaux beaux-faits de ,scipion estoient en partie deuz ,llius1 qui toutesfois alla tousiours promouuant et secondant la grandeur et gloire de ,scipion1 sans aucun soing de la sienne4 ,et ,theopompus ,roy de ,sparte celuy qui luy disoit que la chose publique demeuroit sur ses pieds1 pour autant qu'il sauoit bien commander3 ,c'est plustost1 dit-il1 parce que le peuple sait bien obeyr4 ,comme les femmes1 qui succedoient aux pairries1 auoient1 nonobstant leur sexe1 droit d'assister et opiner aux causes1 qui appartiennent la iurisdiction des pairs3 aussi les pairs ecclesiastiques1 nonobstant leur profession1 estoient tenus d'assister nos ,roys en leurs guerres1 non seulement de leurs amis et seruiteurs1 mais de leur personne4 ,aussi l',euesque de ,beauuais1 se trouuant auec ,philippe ,auguste en la bataille de ,bouuines1 participoit bien fort courageusement l'effect3 mais il luy sembloit1 ne deuoir toucher au fruit et gloire de cet exercice sanglant et violent4 ,il mena de sa main plusieurs des ennemis raison1 ce iour l1 et les donnoit au premier ,gentilhomme qu'il trouuoit1 esgosiller1 ou prendre prisonniers1 luy en resignant toute l'execution4 ,et le feit ainsi de ,guillaume ,comte de ,salsberi messire ,iean de ,nesle4 ,d'vne pareille subtilit de conscience1 cet autre3 il vouloit bien assommer1 mais non pas blesser3 et pourtant ne combattoit que de masse4 ,quelcun en mes iours1 estant reproch par le ,roy d'auoir mis les mains sur vn prestre1 le nioit fort et ferme3 c'estoit qu'il l'auoit battu et foul aux pieds4 ,,chapitre ,,xlii4 ,de l'inegualit qui est entre nous4 ,,plvtarqve dit en quelque lieu1 qu'il ne trouue point si grande distance de beste beste1 comme il trouue d'homme homme4 ,il parle de la suffisance de l'ame et qualitez internes4 ,a la verit ie trouue si loing d',epaminundas1 comme ie l'imagine1 iusques tel que ie cognois1 ie dy capable de sens commun1 que i'encherirois volontiers sur ,plutarque3 et dirois qu'il y a plus de distance de tel tel homme1 qu'il n'y a de tel homme telle beste3 ,hem6 vir viro quid prstat6 et qu'il y a autant de degrez d'esprits1 qu'il y a d'icy au ciel de brasses1 et autant innumerables4 ,mais propos de l'estimation des hommes1 c'est merueille que sauf nous1 aucune chose ne s'estime que par ses propres qualitez4 ,nous loons vn cheual de ce qu'il est vigoureux et adroit1 ,volucrem ,sic laudamus equum1 facili cui plurima palma ,feruet1 et exultat rauco victoria circo1 non de son harnois3 vn leurier1 de sa vistesse1 non de son colier3 vn oyseau1 de son aile1 non de ses longes et sonnettes4 ,pourquoy de mesmes n'estimons nous vn homme par ce qui est sien8 ,il a vn grand train1 vn beau palais1 tant de credit1 tant de rente3 tout cela est autour de luy1 non en luy4 ,vous n'achetez pas vn chat en poche3 si vous marchandez vn cheual1 vous luy ostez ses bardes1 vous le voyez nud et descouuert4 ,ou s'il est couuert1 comme on les presentoit anciennement aux ,princes vendre1 c'est par les parties moins necessaires1 fin que vous ne vous amusiez pas la beaut de son poil1 ou largeur de sa croupe1 et que vous vous arrestiez principalement considerer les iambes1 les yeux1 et le pied1 qui sont les membres les plus vtiles1 ,regibus hic mos est3 vbi equos mercantur1 opertos ,inspiciunt2 ne si facies1 vt spe1 decora ,molli fulta pede est1 emptorem inducat hiantem1 ,qud pulchr clunes1 breue qud caput1 ardua ceruix4 ,pourquoy estimant vn homme l'estimez vous tout enuelopp et empacquet8 ,il ne nous faict montre que des parties1 qui ne sont aucunement siennes3 et nous cache celles1 par lesquelles seules on peut vrayement iuger de son estimation4 ,c'est le prix de l'espe que vous cerchez1 non de la guaine3 vous n'en donnerez l'aduenture pas vn quatrain1 si vous l'auez despouille4 ,il le faut iuger par luy mesme1 non par ses atours4 ,et comme dit tres-plaisamment vn ancien3 ,sauez vous pourquoy vous l'estimez grand8 vous y comptez la hauteur de ses patins4 ,la base n'est pas de la statue4 ,mesurez le sans ses eschaces4 ,qu'il mette part ses richesses et honneurs1 qu'il se presente en chemise4 ,a il le corps propre ses functions1 sain et allegre8 ,quelle ame a il8 ,est elle belle1 capable1 et heureusement pourueue de toutes ses pieces8 ,est elle riche du sien1 ou de l'autruy8 ,la fortune n'y a elle que voir8 ,si les yeux ouuerts elle attend les espes traites3 s'il ne luy chaut par o luy sorte la vie1 par la bouche1 ou par le gosier3 si elle est rassise1 equable et contente3 c'est ce qu'il faut veoir1 et iuger par l les extremes differences qui sont entre nous4 ,est-il sapiens1 sibique imperiosus2 ,quem neque pauperies1 neque mors1 neque vincula terrent2 ,responsare cupidinibus1 contemnere honores ,fortis2 et in seipso totus teres atque rotundus1 ,externi ne quid valeat per lue morari1 ,in quem manca ruit semper fortuna8 ,vn tel homme est cinq cens brasses au dessus des ,royaumes et des ,duchez3 il est luy mesmes soy son empire4 ,sapiens1 pol6 ipse fingit fortunam sibi4 ,que luy reste il desirer8 ,nnne videmus1 ,nil aliud sibi naturam latrare1 nisi vt quoi ,corpore seiunctus dolor absit1 mente fruatur ,iucundo sensu1 cura semotus metque8 ,comparez luy la tourbe de nos hommes1 stupide1 basse1 seruile1 instable1 et continuellement flotante en l'orage des passions diuerses1 qui la poussent et repoussent1 pendant toute d'autruy3 il y a plus d'esloignement que du ciel la terre3 et toutefois l'aueuglement de nostre vsage est tel1 que nous en faisons peu ou point d'estat4 ,l o1 si nous considerons vn paisan et vn ,roy1 vn noble et vn villain1 vn magistrat et vn homme priu1 vn riche et vn pauure1 il se presente soudain nos yeux vn' extreme disparit1 qui ne sont differents par maniere de dire qu'en leurs chausses4 ,en ,thrace1 le ,roy estoit distingu de son peuple d'vne plaisante maniere1 et bien r'encherie4 ,il auoit vne religion part3 vn ,dieu tout luy1 qu'il n'appartenoit ses subiects d'adorer3 c'estoit ,mercure4 ,et luy1 dedaignoit les leurs1 ,mars1 ,bacchus1 ,diane4 ,ce ne sont pourtant que peintures1 qui ne font aucune dissemblance essentielle4 ,car comme les ioeurs de comedie1 vous les voyez sur l'eschaffaut faire vne mine de ,duc et d',empereur1 mais tantost apres1 les voyla deuenuz valets et crocheteurs miserables1 qui est leur nayfue et originelle condition3 aussi l',empereur1 duquel la pompe vous esblouit en public3 ,scilicet et grandes viridi cum luce smaragdi ,auro includuntur1 teritrque thalassina vestis ,assidu1 et ,veneris sudorem exercita potat1 voyez le derriere le rideau1 ce n'est rien qu'vn homme commun1 et l'aduenture plus vil que le moindre de ses subiects4 ,ille beatus introrsum est3 istius bracteata felicitas est4 ,la coardise1 l'irresolution1 l'ambition1 le despit et l'enuie l'agitent comme vn autre3 ,non enim gaz1 neque consularis ,summouet lictor miseros tumultus ,mentis et curas laqueata circum ,tecta volantes3 et le soing et la crainte le tiennent la gorge au milieu de ses armes4 ,re verque metus hominum1 curque sequaces1 ,nec metuunt sonitus armorum1 nec fera tela1 ,audactrque inter reges1 rermque potentes ,versantur1 neque fulgorem reuerentur ab auro4 ,la fieubre1 la migraine et la goutte l'espargnent elles non plus que nous8 ,quand la vieillesse luy sera sur les espaules1 les archers de sa garde l'en deschargeront ils8 ,quand la frayeur de la mort le transira1 se r'asseurera il par l'assistance des ,gentils-hommes de sa chambre8 ,quand il sera en ialousie et caprice1 nos bonnettades le remettront elles8 ,ce ciel de lict tout enfl d'or et de perles1 n'a aucune vertu rappaiser les tranches d'vne verte colique4 ,nec calid citius decedunt corpore febres1 ,textilibus si in picturis ostrque rubenti ,iacteris1 qum si plebeia in veste cubandum est4 ,les flateurs du grand ,alexandre1 luy faisoyent croire qu'il estoit fils de ,iupiter3 vn iour estant bless1 regardant escouler le sang de sa playe3 ,et bien qu'en dites vous8 fit-il3 est-ce pas icy vn sang vermeil1 et purement humain8 il n'est pas de la trampe de celuy que ,homere fait escouler de la playe des ,dieux4 ,hermodorus le pote auoit fait des vers en l'honneur d',antigonus1 o il l'appelloit fils du ,soleil3 et luy au contraire3 ,celuy1 dit-il1 qui vuide ma chaize perce1 sait bien qu'il n'en est rien4 ,c'est vn homme pour tous potages4 ,et si de soy-mesmes c'est vn homme mal n1 l'empire de l'vniuers ne le sauroit rabiller4 ,puell ,hunc rapiant2 quicquid calcauerit hic1 rosa fiat4 ,quoy pour cela1 si c'est vne ame grossiere et stupide8 la volupt mesme et le bon heur1 ne s'apperoiuent point sans vigueur et sans esprit4 ,hc perinde sunt1 vt illius animus1 qui ea possidet1 ,qui vti scit1 ei bona2 illi qui non vtitur rect1 mala4 ,les biens de la fortune tous tels qu'ils sont1 encores faut il auoir le sentiment propre les sauourer4 ,c'est le iour1 non le posseder1 qui nous rend heureux4 ,non domus et fundus1 non ris aceruus et auri1 groto domini deduxit corpore febres1 ,non animo curas2 valeat possessor oportet1 ,qui comportatis rebus ben cogitat vti4 ,qui cupit1 aut metuit1 iuuat illum sic domus aut res1 ,vt lippum pict tabul1 fomenta podagram4 ,il est vn sot1 son goust est mousse et hebet2 il n'en iout non plus qu'vn morfondu de la douceur du vin ,grec1 ou qu'vn cheual de la richesse du harnois1 duquel on l'a par4 ,tout ainsi comme ,platon dit1 que la sant1 la beaut1 la force1 les richesses1 et tout ce qui s'appelle bien1 est egalement mal l'iniuste1 comme bien au iuste1 et le mal au rebours4 ,et puis1 o le corps et l'ame sont en mauuais estat1 quoy faire ces commoditez externes8 veu que la moindre picqueure d'espingle1 et passion de l'ame1 est suffisante nous oster le plaisir de la monarchie du monde4 ,a la premiere strette que luy donne la goutte1 il a beau estre ,sire et ,majest1 ,totus et argento conflatus1 totus et auro1 perd il pas le souuenir de ses palais et de ses grandeurs8 ,s'il est en colere1 sa principaut le garde elle de rougir1 de paslir1 de grincer les dents comme vn fol8 ,or si c'est vn habile homme et bien n1 la royaut adiouste peu son bon heur3 ,si ventri bene1 si lateri est1 pedibsque tuis1 nil ,diuiti poterunt regales addere maius3 il voit que ce n'est que biffe et piperie4 ,oui l'aduenture il sera de l'aduis du ,roy ,seleucus1 ,que qui sauroit le poix d'vn sceptre1 ne daigneroit l'amasser quand il le trouueroit terre3 il le disoit pour les grandes et penibles charges1 qui touchent vn bon ,roy4 ,certes ce n'est pas peu de chose que d'auoir regler autruy1 puis qu' regler nous mesmes1 il se presente tant de difficultez4 ,quant au commander1 qui semble estre si doux2 considerant l'imbecillit du iugement humain1 et la difficult du chois s choses nouuelles et doubteuses1 ie suis fort de cet aduis1 qu'il est bien plus ais et plus plaisant de suiure1 que de guider3 et que c'est vn grand seiour d'esprit de n'auoir tenir qu'vne voye trace1 et respondre que de soy3 ,vt satis multo iam sit1 parere quietum1 ,qum regere imperio res velle4 ,ioint que ,cyrus disoit1 qu'il n'appartenoit de commander homme1 qui ne vaille mieux que ceux qui il commande4 ,mais le ,roy ,hieron en ,xenophon dict d'auantage1 qu' la iouyssance des voluptez mesmes1 ils sont de pire condition que les priuez3 d'autant que l'aysance et la facilit1 leur oste l'aigredouce pointe que nous y trouuons4 ,pinguis amor nimimque potens1 in tdia nobis ,vertitur1 et1 stomacho dulcis vt esca1 nocet4 ,pensons nous que les enfans de cur prennent grand plaisir la musique8 ,la saciet la leur rend plustost ennuyeuse4 ,les festins1 les danses1 les masquarades1 les tournois reiouyssent ceux qui ne les voyent pas souuent1 et qui ont desir de les voir3 mais qui en faict ordinaire1 le goust en deuient fade et mal plaisant3 ny les dames ne chatouillent celuy qui en iouyt cur saoul4 ,qui ne se donne loisir d'auoir soif1 ne sauroit prendre plaisir boire4 ,les farces des bateleurs nous res-iouissent1 mais aux ioeurs elles seruent de corue4 ,et qu'il soit ainsi1 ce sont delices aux ,princes1 c'est leur feste1 de se pouuoir quelque fois trauestir1 et dmettre la faon de viure basse et populaire4 ,plerumque grat principibus vices1 ,mundque paruo sub lare pauperum ,cn1 sine aulis et ostro1 ,solicitam explicuere frontem4 ,il n'est rien si empeschant1 si desgout que l'abondance4 ,quel appetit ne se rebuteroit1 veoir trois cents femmes sa merci1 comme les a le grand ,seigneur en son serrail8 ,et quel appetit et visage de chasse1 s'estoit reseru celuy de ses ancestres1 qui n'alloit iamais aux champs1 moins de sept mille fauconniers8 ,et outre cela1 ie croy1 que ce lustre de grandeur1 apporte non legeres incommoditez la iouyssance des plaisirs plus doux3 ils sont trop esclairez et trop en butte4 ,et ie ne say comment on requiert plus d'eux de cacher et couurir leur faute4 ,car ce qui est nous indiscretion1 eux le peuple iuge que ce soit tyrannie1 mespris1 et desdain des loix4 ,et outre l'inclination au vice1 il semble qu'ils y adioustent encore le plaisir de gourmander1 et sousmettre leurs pieds les obseruances publiques4 ,de vray ,platon en son ,gorgias1 definit tyran celuy qui a licence en vne cit d'y faire tout ce qui luy plaist4 ,et souuent cette cause1 la montre et publication de leur vice1 blesse plus que le vice mesme4 ,chacun craint estre espi et contreroll3 ils le sont iusques leurs contenances et leurs pensees2 tout le peuple estimant auoir droict et interest d'en iuger4 ,outre ce que les taches s'agrandissent selon l'eminence et clart du lieu1 o elles sont assises3 et qu'vn seing et vne verrue au front1 paroissent plus que ne faict ailleurs vne balafre4 ,voyla pourquoy les potes feignent les amours de ,iupiter conduites soubs autre visage que le sien3 et de tant de practiques amoureuses qu'ils luy attribuent1 il n'en est qu'vne seule1 ce me semble1 o il se trouue en sa grandeur et ,maiest4 ,mais reuenons ,hieron3 il recite aussi combien il sent d'incommoditez en sa royaut1 pour ne pouuoir aller et voyager en libert1 estant comme prisonnier dans les limites de son pas3 et qu'en toutes ses actions il se trouue enuelopp d'vne facheuse presse4 ,de vray1 voir les nostres tous seuls table1 assiegez de tant de parleurs et regardans inconnuz1 i'en ay eu souuent plus de pit que d'enuie4 ,le ,roy ,alphonse disoit que les asnes estoyent en cela de meilleure condition que les ,roys3 leurs maistres les laissent paistre leur aise1 l o les ,roys ne peuuent pas obtenir cela de leurs seruiteurs4 ,et ne m'est iamais tomb en fantasie1 que ce fust quelque notable commodit la vie d'vn homme d'entendement1 d'auoir vne vingtaine de contrerolleurs sa chaise perce3 ny que les seruices d'vn homme qui a dix mille liures de rente1 ou qui a pris ,casal1 ou defendu ,siene1 luy soyent plus commodes et acceptables1 que d'vn bon valet et bien experiment4 ,les auantages principesques sont quasi auantages imaginaires4 ,chaque degr de fortune a quelque image de principaut4 ,csar appelle ,roytelets1 tous les ,seigneurs ayans iustice en ,france de son temps4 ,de vray1 sauf le nom de ,sire1 on va bien auant auec nos ,roys4 ,et voyez aux ,prouinces esloingnes de la ,cour1 nommons ,bretaigne pour exemple1 le train1 les subiects1 les officiers1 les occupations1 le seruice et cerimonie d'vn ,seigneur retir et casanier1 nourry entre ses valets2 et voyez aussi le vol de son imagination1 il n'est rien plus royal3 il oyt parler de son maistre vne fois l'an1 comme du ,roy de ,perse3 et ne le recognoit1 que par quelque vieux cousinage1 que son secretaire tient en registre4 ,a la verit nos loix sont libres assez2 et le pois de la souuerainet ne touche vn ,gentil-homme ,franois1 peine deux fois en sa vie4 ,la subiection essentielle et effectuelle1 ne regarde d'entre nous1 que ceux qui s'y conuient1 et qui ayment s'honnorer et enrichir par tel seruice3 car qui se veut tapir en son foyer1 et sait conduire sa maison sans querelle1 et sans procs1 il est aussi libre que le ,duc de ,venise4 ,paucos seruitus1 plures seruitutem tenent4 ,mais sur tout ,hieron faict cas1 dequoy il se voit priu de toute amiti et societ mutuelle3 en laquelle consiste le plus parfait et doux fruict de la vie humaine4 ,car quel tesmoignage d'affection et de bonne volont1 puis-ie tirer de celuy1 qui me doit1 vueille il ou non1 tout ce qu'il peut8 ,puis-ie faire estat de son humble parler et courtoise reuerence1 veu qu'il n'est pas en luy de me la refuser8 ,l'honneur que nous receuons de ceux qui nous craignent1 ce n'est pas honneur3 ces respects se doiuent la ,royaut1 non moy4 ,maximum hoc regni bonum est1 ,quod facta domini cogitur populus sui ,qum ferre1 tam laudare4 ,vois-ie pas que le meschant1 le bon ,roy1 celuy qu'on hat1 celuy qu'on ayme1 autant en a l'vn que l'autre3 de mesmes apparences1 de mesme ceremonie1 estoit seruy mon predecesseur1 et le sera mon successeur4 ,si mes subiects ne m'offencent pas1 ce n'est tesmoignage d'aucune bonne affection3 pourquoy le prendray-ie en cette part-l1 puis qu'ils ne pourroient quand ils voudroient8 ,nul ne me suit pour l'amiti1 qui soit entre luy et moy3 car il ne s'y sauroit coudre amiti1 o il y a si peu de relation et de correspondance4 ,ma hauteur m'a mis hors du commerce des hommes3 il y a trop de disparit et de disproportion4 ,ils me suiuent par contenance et par coustume1 ou plus tost que moy ma fortune1 pour en accroistre la leur4 ,tout ce qu'ils me dient1 et font1 ce n'est que fard1 leur libert estant bride de toutes parts par la grande puissance que i'ay sur eux3 ie ne voy rien autour de moy que couuert et masqu4 ,ses courtisans looient vn iour ,iulian l',empereur de faire bonne iustice3 ,ie m'enorgueillirois volontiers1 dit-il1 de ces loanges1 si elles venoient de personnes1 qui ozassent accuser ou mesloer mes actions contraires1 quand elles y seroient4 ,toutes les vraies commoditez qu'ont les ,princes1 leurs sont communes auec les hommes de moyenne fortune4 ,c'est faire aux ,dieux1 de monter des cheuaux aislez1 et se paistre d',ambrosie3 ils n'ont point d'autre sommeil et d'autre appetit que le nostre3 leur acier n'est pas de meilleure trempe1 que celuy dequoy nous nous armons2 leur couronne ne les couure ny du soleil1 ny de la pluie4 ,diocletian qui en portoit vne si reuere et si fortune1 la resigna pour se retirer au plaisir d'vne vie priue3 et quelque temps apres1 la necessit des affaires publiques1 requerant qu'il reuinst prendre la charge1 il respondit ceux qui l'en prioient3 ,vous n'entreprendriez pas de me persuader cela1 si vous auiez veu le bel ordre des arbres1 que i'ay moymesme plant chez moy1 et les beaux melons que i'y ay semez4 ,a l'aduis d',anacharsis le plus heureux estat d'vne police1 seroit o toutes autres choses estants esgales1 la precedence se mesureroit la vertu1 et le rebut au vice4 ,quand le ,roy ,pyrrhus entreprenoit de passer en ,italie1 ,cyneas son sage conseiller luy voulant faire sentir la vanit de son ambition3 ,et bien ,sire1 luy demanda-il1 quelle fin dressez vous cette grande entreprinse8 ,pour me faire maistre de l',italie1 respondit-il soudain3 ,et puis1 suyuit ,cyneas1 cela faict8 ,ie passeray1 dit l'autre1 en ,gaule et en ,espaigne3 ,et apres8 ,ie m'en iray subiuguer l',afrique1 et en fin1 quand i'auray mis le monde en ma subiection1 ie me reposeray et viuray content et mon aise4 ,pour ,dieu1 ,sire1 rechargea lors ,cyneas1 dictes moy1 quoy il tient que vous ne soyez des present1 si vous voulez1 en cet estat8 ,pourquoy ne vous logez vous des cette heure1 o vous dites aspirer1 et vous espargnez tant de trauail et de hazard1 que vous iettez entre deux8 ,nimirum quia non bene norat qu esset habendi ,finis1 et omnino quoad crescat vera voluptas4 ,ie m'en vais clorre ce pas par vn verset ancien1 que ie trouue singulierement beau ce propos3 ,mores cuique sui fingunt fortunam4 ,,chapitre ,,xliii4 ,des lois somptuaires4 ,,la faon dequoy nos loix essayent regler les foles et vaines despences des tables1 et vestemens1 semble estre contraire sa fin4 ,le vray moyen1 ce seroit d'engendrer aux hommes le mespris de l'or et de la soye1 comme de choses vaines et inutiles3 et nous leur augmentons l'honneur et le prix1 qui est vne bien inepte faon pour en dgouster les hommes4 ,car dire ainsi1 ,qu'il n'y aura que les ,princes qui mangent du turbot1 qui puissent porter du velours et de la tresse d'or1 et l'interdire au peuple1 qu'est-ce autre chose que mettre en credit ces choses l1 et faire croistre l'enuie chacun d'en vser8 ,que les ,roys quittent hardiment ces marques de grandeur1 ils en ont assez d'autres2 tels excez sont plus excusables tout autre qu' vn ,prince4 ,par l'exemple de plusieurs nations1 nous pouuons apprendre assez de meilleures faons de nous distinguer exterieurement1 et nos degrez 7ce que i'estime la verit1 estre bien requis en vn ,estat7 sans nourrir pour cet effect1 cette corruption et incommodit si apparente4 ,c'est merueille comme la coustume en ces choses indifferentes plante aisment et soudain le pied de son authorit4 ,a peine fusmes nous vn an1 pour le dueil du ,roy ,henry second1 porter du drap la ,cour1 il est certain que desia l'opinion d'vn chacun1 les soyes estoient venus telle vilit1 que si vous en voyiez quelqu'vn vestu1 vous en faisiez incontinent quelque homme de ville4 ,elles estoient demeures en partage aux medecins et aux chirurgiens3 et quoy qu'vn chacun fust peu pres vestu de mesme1 si y auoit-il d'ailleurs assez de distinctions apparentes1 des qualitez des hommes4 ,combien soudainement viennent en honneur parmy nos armes1 les pourpoins crasseux de chamois et de toille2 et la pollisseure et richesse des vestements reproche et mespris8 ,que les ,roys commencent quitter ces despences1 ce sera faict en vn mois sans edict1 et sans ordonnance2 nous irons tous apres4 ,la loy deuroit dire au rebours1 ,que le cramoisy et l'orfeuerie est defendu toute espece de gens1 sauf aux basteleurs et aux courtisanes4 ,de pareille inuention corrigea ,zeleucus1 les meurs corrompus des ,locriens4 ,ses ordonnances estoient telles3 ,que la femme de condition libre1 ne puisse mener apres elle plus d'vne chambriere1 sinon lors qu'elle sera yure3 ny ne puisse sortir hors la ville de nuict1 ny porter ioyaux d'or l'entour de sa personne1 ny robbe enrichie de broderie1 si elle n'est publique et putain3 que sauf les ruffiens1 homme ne loise porter en son doigt anneau d'or1 ny robbe delicate1 comme sont celles des draps tissus en la ville de ,milet4 ,et ainsi par ces exceptions honteuses1 il diuertissoit ingenieusement ses citoyens des superfluitez et delices pernicieuses4 ,c'estoit vne tres-vtile maniere d'attirer par honneur et ambition1 les hommes leur deuoir et l'obeissance4 ,nos ,roys peuuent tout en telles reformations externes3 leur inclination y sert de loy4 ,quicquid principes faciunt1 prcipere videntur4 ,le reste de la ,france prend pour regle la regle de la ,cour4 ,qu'ils se desplaisent de cette vilaine chaussure1 qui montre si descouuert nos membres occultes3 ce lourd grossissement de pourpoins1 qui nous faict tous autres que nous ne sommes1 si incommode s'armer3 ces longues tresses de poil effeminees3 cet vsage de baiser ce que nous presentons nos compaignons1 et nos mains en les saluant3 ceremonie deu autresfois aux seuls ,princes3 et qu'vn ,gentil-homme se trouue en lieu de respect1 sans espe son cost1 tout esbraill1 et destach1 comme s'il venoit de la garde-robbe3 et que contre la forme de nos peres1 et la particuliere libert de la ,noblesse de ce ,royaume1 nous nous tenons descouuerts bien loing autour d'eux1 en quelque lieu qu'ils soyent3 et comme autour d'eux1 autour de cent autres2 tant nous auons de tiercelets et quartelets de ,roys3 et ainsi d'autres pareilles introductions nouuelles et vitieuses3 elles se verront incontinent esuanouyes et descries4 ,ce sont erreurs superficielles1 mais pourtant de mauuais prognostique3 et sommes aduertis que le massif se desment1 quand nous voyons fendiller l'enduict1 et la crouste de nos parois4 ,platon en ses loix1 n'estime peste au monde plus dommageable sa cit1 que de laisser prendre libert la ieunesse1 de changer en accoustrements1 en gestes1 en danses1 en exercices et en chansons1 d'vne forme vne autre3 remuant son iugement1 tantost en cette assiette1 tantost en cette la3 courant apres les nouuelletez1 honorant leurs inuenteurs3 par o les murs se corrompent1 et les anciennes institutions1 viennent desdein et mesprix4 ,en toutes choses1 sauf simplement aux mauuaises1 la mutation est craindre3 la mutation des saisons1 des vents1 des viures1 des humeurs4 ,et nulles loix ne sont en leur vray credit1 que celles ausquelles ,dieu a donn quelque ancienne dure3 de mode1 que personne ne sache leur naissance1 ny qu'elles ayent iamais est autres4 ,,chapitre ,,xliiii4 ,du dormir4 ,,la raison nous ordonne bien d'aller tousiours mesme chemin1 mais non toutesfois mesme train4 ,et ores que le sage ne doiue donner aux passions humaines1 de se fouruoyer de la droicte carriere1 il peut bien sans interest de son deuoir1 leur quitter aussi1 d'en haster ou retarder son pas1 et ne se planter comme vn colosse immobile et impassible4 ,quand la vertu mesme seroit incarne1 ie croy que le poux luy battroit plus fort allant l'assaut1 qu'allant disner3 voire il est necessaire qu'elle s'eschauffe et s'esmeuue4 ,a cette cause i'ay remarqu pour chose rare1 de voir quelquefois les grands personnages1 aux plus hautes entreprinses et importans affaires1 se tenir si entiers en leur assiette1 que de n'en accourcir pas seulement leur sommeil4 ,alexandre le grand1 le iour assign cette furieuse bataille contre ,darius1 dormit si profondement1 et si haute matine1 que ,parmenion fut contraint d'entrer en sa chambre1 et approchant de son lict1 l'appeler deux ou trois fois par son nom1 pour l'esueiller1 le temps d'aller au combat le pressant4 ,l',empereur ,othon ayant resolu de se tuer1 cette mesme nuit1 apres auoir mis ordre ses affaires domestiques1 partag son argent ses seruiteurs1 et affil le tranchant d'vne espe dequoy il se vouloit donner1 n'attendant plus qu' sauoir si chacun de ses amis s'estoit retir en seuret1 se print si profondement dormir1 que ses valets de chambre l'entendoient ronfler4 ,la mort de cet ,empereur a beaucoup de choses pareilles celle du grand ,caton1 et mesmes cecy3 car ,caton estant prest se deffaire1 cependant qu'il attendoit qu'on luy rapportast nouuelles si les ,senateurs qu'il faisoit retirer1 s'estoient eslargis du port d',vtique1 se mit si fort dormir1 qu'on l'oyoit souffler de la chambre voisine3 et celuy qu'il auoit enuoy vers le port1 l'ayant esueill1 pour luy dire que la tourmente empeschoit les ,senateurs de faire voile leur aise1 il y en renuoya encore vn autre1 et se r'enfonant dans le lict1 se remit encore sommeiller1 iusques ce que ce dernier l'asseura de leur partement4 ,encore auons nous dequoy le comparer au faict d',alexandre1 en ce grand et dangereux orage1 qui le menassoit1 par la sedition du ,tribun ,metellus1 voulant publier le decret du rappel de ,pompeius dans la ville auecques son arme1 lors de l'motion de ,catilina3 auquel decret ,caton seul insistoit1 et en auoient eu ,metellus et luy1 de grosses paroles et grandes menasses au ,senat3 mais c'estoit au lendemain en la place1 qu'il falloit venir l'execution2 o ,metellus1 outre la faueur du peuple et de ,csar conspirant lors aux aduantages de ,pompeius1 se deuoit trouuer1 accompagn de force esclaues estrangers1 et escrimeurs outrance1 et ,caton fortifi de sa seule constance3 de sorte que ses parens1 ses domestiques1 et beaucoup de gens de bien1 en estoyent en grand soucy3 et en y eut qui passerent la nuict ensemble1 sans vouloir reposer1 ny boire1 ny manger1 pour le danger qu'ils luy voyoient prepar3 mesme sa femme1 et ses surs ne faisoyent que pleurer et se tourmenter en sa maison3 l o luy au contraire1 reconfortoit tout le monde3 et apres auoir soupp comme de coustume1 s'en alla coucher et dormir de fort profond sommeil1 iusques au matin1 que l'vn de ses compagnons au ,tribunat1 le vint esueiller pour aller l'escarmouche4 ,la connoissance1 que nous auons de la grandeur de courage1 de cet homme1 par le reste de sa vie1 nous peut faire iuger en toute seuret1 que cecy luy partoit d'vne ame si loing esleue au dessus de tels accidents1 qu'il n'en daignoit entrer en ceruelle1 non plus que d'accidens ordinaires4 ,en la bataille nauale qu',augustus gaigna contre ,sextus ,pompeius en ,sicile1 sur le point d'aller au combat1 il se trouua press d'vn si profond sommeil1 qu'il fallut que ses amis l'esueillassent1 pour donner le signe de la bataille4 ,cela donna occasion ,m4 ,antonius de luy reprocher depuis1 qu'il n'auoit pas eu le cur1 seulement de regarder les yeux ouuerts1 l'ordonnance de son arme2 et de n'auoir os se presenter aux soldats1 iusques ce qu',agrippa luy vint annoncer la nouuelle de la victoire1 qu'il auoit eu sur ses ennemis4 ,mais quant au ieune ,marius1 qui fit encore pis 7car le iour de sa derniere iourne contre ,sylla1 apres auoir ordonn son arme1 et donn le mot et signe de la bataille1 il se coucha dessoubs vn arbre l'ombre1 pour se reposer1 et s'endormit si serr1 qu' peine se peut-il esueiller de la route et fuitte de ses gens1 n'ayant rien veu du combat7 ils disent que ce fut pour estre si extremement aggrau de trauail1 et de faute de dormir1 que nature n'en pouuoit plus4 ,et ce propos les medecins aduiseront si le dormir est si necessaire1 que nostre vie en dpende2 car nous trouuons bien1 qu'on fit mourir le ,roy ,perseus de ,macedoine prisonnier ,rome1 luy empeschant le sommeil1 mais ,pline en allegue1 qui ont vescu long temps sans dormir4 ,chez ,herodote1 il y a des nations1 ausquelles les hommes dorment et veillent par demy annes4 ,et ceux qui escriuent la vie du sage ,epimenides1 disent qu'il dormit cinquante sept ans de suitte4 ,,chapitre ,,xlv4 ,de la battaille de ,dreux4 ,,il y eut tout plein de rares accidens en nostre battaille de ,dreux3 mais ceux qui ne fauorisent pas fort la reputation de ,m4 de ,guyse1 mettent volontiers en auant1 qu'il ne se peut excuser d'auoir faict alte1 et temporis auec les forces qu'il commandoit1 cependant qu'on enfonoit ,monsieur le ,connestable chef de l'arme1 auecques l'artillerie3 et qu'il valoit mieux se hazarder1 prenant l'ennemy par flanc1 qu'attendant l'aduantage de le voir en queu1 souffrir vne si lourde perte4 ,mais outre ce1 que l'issu en tesmoigna1 qui en debattra sans passion1 me confessera aisment1 mon aduis1 que le but et la vise1 non seulement d'vn ,capitaine1 mais de chasque soldat1 doit regarder la victoire en gros2 et que nulles occurrences particulieres1 quelque interest qu'il y ayt1 ne le doiuent diuertir de ce point l4 ,philopmen en vne rencontre de ,machanidas1 ayant enuoy deuant pour attaquer l'escarmouche1 bonne trouppe d'archers et gens de traict3 et l'ennemy apres les auoir renuersez1 s'amusant les poursuiure toute bride1 et coulant apres sa victoire le long de la battaille o estoit ,philopmen1 quoy que ses soldats s'en esmeussent1 il ne fut d'aduis de bouger de sa place1 ny de se presenter l'ennemy1 pour secourir ses gens3 ains les ayant laiss chasser et mettre en pieces sa veue1 commena la charge sur les ennemis au battaillon de leurs gens de pied1 lorsqu'il les vid tout fait abandonnez de leurs gens de cheual3 et bien que ce fussent ,lacedemoniens1 d'autant qu'il les prit l'heure1 que pour tenir tout gaign1 ils commenoient se desordonner1 il en vint aisment bout1 et cela fait se mit poursuiure ,machanidas4 ,ce cas est germain celuy de ,monsieur de ,guise4 ,en cette aspre battaille d',agesilaus contre les ,botiens1 que ,xenophon qui y estoit1 dit estre la plus rude qu'il eust oncques veu1 ,agesilaus refusa l'auantage que fortune luy presentoit1 de laisser passer le bataillon des ,botiens1 et les charger en queu1 quelque certaine victoire qu'il en preuist1 estimant qu'il y auoit plus d'art que de vaillance2 et pour montrer sa prousse d'vne merueilleuse ardeur de courage1 choisit plustost de leur donner en teste3 mais aussi fut-il bien battu et bless1 et contraint en fin de se demesler1 et prendre le party qu'il auoit refus au commencement1 faisant ouurir ses gens1 pour donner passage ce torrent de ,botiens3 puis quand ils furent passez1 prenant garde qu'ils marcheoyent en desordre1 comme ceux qui cuidoyent bien estre hors de tout danger1 il les fit suiure1 et charger par les flancs3 mais pour cela ne les peut-il tourner en fuitte val de route2 ains se retirerent le petit pas1 montrants tousiours les dents1 iusques ce qu'ils se furent rendus sauuet4 ,,chapitre ,,xlvi4 ,des noms4 ,,qvelqve diuersit d'herbes qu'il y ait1 tout s'enueloppe sous le nom de salade4 ,de mesme1 sous la consideration des noms1 ie m'en voy faire icy vne galimafre de diuers articles4 ,chaque nation a quelques noms qui se prennent1 ie ne say comment1 en mauuaise part3 et nous ,iehan1 ,guillaume1 ,benoist4 ,item1 il semble y auoir en la genealogie des ,princes1 certains noms fatalement affectez3 comme des ,ptolomes ceux d'gypte1 des ,henrys en ,angleterre1 ,charles en ,france1 ,baudoins en ,flandres1 et en nostre ancienne ,aquitaine des ,guillaumes1 d'o lon dit que le nom de ,guienne est venu3 par vn froid rencontre1 s'il n'en y auoit d'aussi cruds dans ,platon mesme4 ,item1 c'est vne chose legere1 mais toutefois digne de memoire pour son estranget1 et escripte par tesmoin oculaire1 que ,henry ,duc de ,normandie1 fils de ,henry second ,roy d',angleterre1 faisant vn festin en ,france1 l'assemble de la ,noblesse y fut si grande1 que pour passe-temps1 s'estant diuise en bandes par la ressemblance des noms3 en la premiere troupe qui fut des ,guillaumes1 il se trouua cent dix ,cheualiers assis table portans ce nom1 sans mettre en comte les simples ,gentils-hommes et seruiteurs4 ,il est autant plaisant de distribuer les tables par les noms des assistans1 comme il estoit l',empereur ,geta1 de faire distribuer le seruice de ses mets1 par la consideration des premieres lettres du nom des viandes3 on seruoit celles qui se commenoient par m3 mouton1 marcassin1 merlus1 marsoin1 ainsi des autres4 ,item1 il se dit qu'il fait bon auoir bon nom1 c'est dire credit et reputation3 mais encore la verit est-il commode1 d'auoir vn nom qui aisment se puisse prononcer et mettre en memoire3 car les ,roys et les grands nous en cognoissent plus aisment1 et oublient plus mal volontiers2 et de ceux mesmes qui nous seruent1 nous commandons plus ordinairement et employons ceux1 desquels les noms se presentent le plus facilement la langue4 ,i'ay veu le ,roy ,henry second1 ne pouuoir nommer droit vn ,gentil-homme de ce quartier de ,gascongne2 et vne fille de la ,royne1 il fut luy mesme d'aduis de donner le nom general de la race1 par ce que celuy de la maison paternelle luy sembla trop diuers4 ,et ,socrates estime digne du soing paternel1 de donner vn beau nom aux enfants4 ,item1 on dit que la fondation de nostre ,dame la grand' ,poitiers1 prit origine de ce qu'vn ieune homme desbauch1 log en cet endroit1 ayant recouur vne garce1 et luy ayant d'arriue demand son nom1 qui estoit ,marie1 se sentit si viuement espris de religion et de respect de ce nom sacrosainct de la ,vierge mere de nostre ,sauueur1 que non seulement il la chassa soudain1 mais en amanda tout le reste de sa vie3 et qu'en consideration de ce miracle1 il fut basty en la place1 o estoit la maison de ce ieune homme1 vne chapelle au nom de nostre ,dame1 et depuis l'eglise que nous y voyons4 ,cette correction voyelle et auriculaire1 deuotieuse1 tira droit l'ame3 cette autre suiuante1 de mesme genre1 s'insina par les sens corporels4 ,pythagoras estant en compagnie de ieunes hommes1 lesquels il sentit complotter1 eschauffez de la feste1 d'aller violer vne maison pudique1 commanda la menestriere1 de changer de ton3 et par vne musique poisante1 seuere1 et spondaque1 enchanta tout doucement leur ardeur1 et l'endormit4 ,item1 ne dira pas la posterit1 que nostre reformation d'auiourd'huy ait est delicate et exacte1 de n'auoir pas seulement combattu les erreurs1 et les vices1 et rempli le monde de deuotion1 d'humilit1 d'obeissance1 de paix1 et de toute espece de vertu2 mais d'auoir pass iusques combattre ces anciens noms de nos baptesmes1 ,charles1 ,loys1 ,franois1 pour peupler le monde de ,mathusalem1 ,ezechiel1 ,malachie1 beaucoup mieux sentans de la foy8 ,vn ,gentil-homme mien voisin1 estimant les commoditez du vieux temps au prix du notre1 n'oublioit pas de mettre en compte1 la fiert et magnificence des noms de la ,noblesse de ce temps l1 ,dom ,grumedan1 ,quedragan1 ,agesilan1 et qu' les our seulement sonner1 il se sentoit qu'ils auoyent est bien autres gens1 que ,pierre1 ,guillot1 et ,michel4 ,item1 ie say bon gr ,iacques ,amiot d'auoir laiss dans le cours d'vn' oraison ,franoise1 les noms ,latins tous entiers1 sans les bigarrer et changer1 pour leur donner vne cadence ,franoise4 ,cela sembloit vn peu rude au commencement3 mais des-ja l'vsage par le credit de son ,plutarque1 nous en a ost toute l'estranget4 ,i'ay souhait souuent1 que ceux qui escriuent les histoires en ,latin1 nous laissassent nos noms tous tels qu'ils sont3 car en faisant de ,vaudemont1 ,vallemontanus1 et les metamorphosant1 pour les garber la ,grecque ou la ,romaine1 nous ne sauons o nous en sommes1 et en perdons la cognoissance4 ,pour clorre nostre compte2 c'est vn vilain vsage et de tres-mauuaise consequence en nostre ,france1 d'appeller chacun par le nom de sa terre et ,seigneurie1 et la chose du monde1 qui faict plus mesler et mescognoistre les races4 ,vn cadet de bonne maison1 ayant eu pour son appanage vne terre1 sous le nom de laquelle il a est cognu et honnor1 ne peut honnestement l'abandonner3 dix ans apres sa mort1 la terre s'en va vn estranger1 qui en fait de mesmes3 deuinez o nous sommes1 de la cognoissance de ces hommes4 ,il ne faut pas aller querir d'autres exemples1 que de nostre maison ,royalle1 o autant de partages1 autant de surnoms3 cependant l'originel de la tige nous est eschapp4 ,il y a tant de libert en ces mutations1 que de mon temps ie n'ay veu personne esleu par la fortune quelque grandeur extraordinaire1 qui on n'ait attach incontinent des tiltres genealogiques1 nouueaux et ignorez son pere1 et qu'on n'ait ant en quelque illustre tige4 ,et de bonne fortune les plus obscures familles1 sont plus idoynes falsification4 ,combien auons nous de ,gentils-hommes en ,france1 qui sont de ,royalle race selon leurs comptes8 plus ce crois-ie que d'autres4 ,fut-il pas dict de bonne grace par vn de mes amis8 ,ils estoyent plusieurs assemblez pour la querelle d'vn ,seigneur1 contre vn autre2 lequel autre1 auoit la verit quelque prerogatiue de tiltres et d'alliances1 esleues au dessus de la commune ,noblesse4 ,sur le propos de cette prerogatiue1 chacun cherchant s'esgaler luy1 alleguoit1 qui vn' origine1 qui vn' autre1 qui la ressemblance du nom1 qui des armes1 qui vne vieille pancharte domestique3 et le moindre se trouuoit arriere-fils de quelque ,roy d'outremer4 ,comme ce fut disner1 cettuy-cy1 au lieu de prendre sa place1 se recula en profondes reuerences1 suppliant l'assistance de l'excuser1 de ce que par temerit il auoit iusques lors vescu auec eux en compagnon3 mais qu'ayant est nouuellement inform de leurs vieilles qualitez1 il commenoit les honnorer selon leurs degrez1 et qu'il ne luy appartenoit pas de se soir parmy tant de ,princes4 ,apres sa farce1 il leur dit mille iniures3 ,contentez vous de par ,dieu1 de ce dequoy nos peres se sont contentez3 et de ce que nous sommes2 nous sommes assez si nous le sauons bien maintenir3 ne desaduouons pas la fortune et condition de noz ayeulx1 et ostons ces sottes imaginations1 qui ne peuuent faillir quiconque a l'impudence de les alleguer4 ,les armoiries n'ont de seurt1 non plus que les surnoms4 ,ie porte d'azur sem de trefles d'or1 vne pate de lyon de mesme1 arme de gueules1 mise en face4 ,quel priuilege a cette figure1 pour demeurer particulierement en ma maison8 vn gendre la transportera en vne autre famille2 quelque chetif acheteur en fera ses premieres armes3 il n'est chose o il se rencontre plus de mutation et de confusion4 ,mais cette consideration me tire par force vn autre champ4 ,sondons vn peu de pres1 et pour ,dieu regardons1 quel fondement nous attachons cette gloire et reputation1 pour laquelle se boulleuerse le monde3 o asseons nous cette renomme1 que nous allons questant auec si grand'peine8 ,c'est en somme ,pierre ou ,guillaume1 qui la porte1 prend en garde1 et qui elle touche4 ,o la courageuse facult que l'esperance3 qui en vn subiect mortel1 et en vn moment1 va vsurpant l'infinit1 l'immensit1 et remplissant l'indigence de son maistre1 de la possession de toutes les choses qu'il peut imaginer et desirer1 autant qu'elle veut6 ,nature nous a l donn1 vn plaisant iout4 ,et ce ,pierre ou ,guillaume1 qu'est-ce qu'vne voix pour tous potages8 ou trois ou quatre traicts de plume1 premierement si aisez varier1 que ie demanderois volontiers qui touche l'honneur de tant de victoires1 ,guesquin1 ,glesquin1 ou ,gueaquin8 ,il y auroit bien plus d'apparence icy1 qu'en ,lucien que 4 mit 4 en procez1 car ,non leuia aut ludicra petuntur ,prmia3 ,il y va de bon2 il est question laquelle de ces lettres doit estre paye de tant de sieges1 battailles1 blessures1 prisons et seruices faits la couronne de ,france1 par ce sien fameux ,connestable4 ,nicolas ,denisot n'a eu soing que des lettres de son nom1 et en a chang toute la contexture1 pour en bastir le ,conte d',alsinois qu'il a estren de la gloire de sa posie et peinture4 ,et l'historien ,suetone n'a aym que le sens du sien1 et en ayant priu ,lnis1 qui estoit le surnom de son pere1 a laiss ,tranquillus successeur de la reputation de ses escrits4 ,qui croiroit que le ,capitaine ,bayard n'eust honneur1 que celuy qu'il a emprunt des faicts de ,pierre ,terrail8 et qu',antoine ,escalin se laisse voler sa veu tant de nauigations et charges par mer et par terre au ,capitaine ,poulin1 et au ,baron de la ,garde8 ,secondement ce sont traits de plume communs mill'hommes4 ,combien y a-il en toutes les races1 de personnes de mesme nom et surnom8 ,et en diuerses races1 siecles et pas1 combien8 ,l'histoire a cognu trois ,socrates1 cinq ,platons1 huict ,aristotes1 sept ,xenophons1 vingt ,demetrius1 vingt ,theodores3 et pensez combien elle n'en a pas cognu4 ,qui empesche mon palefrenier de s'appeller ,pompe le grand8 ,mais apres tout1 quels moyens1 quels ressors y a il qui attachent mon palefrenier trespass1 ou cet autre homme qui eut la teste tranche en gypte1 et qui ioignent eux1 cette voix glorifie1 et ces traits de plume1 ainsin honnorez1 affin qu'ils s'en aduantagent8 ,id cinerem et manes credis curare sepultos8 ,quel ressentiment ont les deux compagnons en principale valeur entre les hommes3 ,epaminondas de ce glorieux vers1 qui court tant de siecles pour luy en nos bouches1 ,consiliis nostris laus est attrita ,laconum2 et ,africanus de cet autre1 ,a sole exoriente1 supra ,motis paludes ,nemo est1 qui factis me quiparare queat8 ,les suruiuants se chatouillent de la douceur de ces voix3 et par icelles solicitez de ialousie et desir1 transmettent inconsiderment par fantasie aux trespassez cettuy leur propre ressentiment3 et d'vne pipeuse esperance se donnent croire d'en estre capables leur tour4 ,dieu le sait4 ,toutesfois1 ad hc se ,romanus ,graisque et ,barbarus ,induperator ,erexit2 causas discriminis atque laboris ,inde habuit1 tanto maior fam sitis est1 qum ,virtutis4 ,,chapitre ,,xlvii4 ,de l'incertitude de nostre iugement4 ,c',,est bien ce que dit ce vers1 4 il y a prou de loy de parler par tout1 et pour et contre4 ,pour exemple3 ,vince ,hannibal1 et non seppe vsar' poi ,ben la vittoriosa sua ventura4 ,qui voudra estre de ce party1 et faire valoir auecques nos gens1 la faute de n'auoir dernierement poursuiuy nostre pointe ,moncontour2 ou qui voudra accuser le ,roy d',espaigne1 de n'auoir seu se seruir de l'aduantage qu'il eut contre nous ,sainct ,quentin2 il pourra dire cette faute partir d'vne ame enyure de sa bonne fortune1 et d'vn courage1 lequel plein et gorg de ce commencement de bon heur1 perd le goust de l'accroistre1 des-ja par trop empesch digerer ce qu'il en a3 il en a sa brasse toute comble1 il n'en peut saisir dauantage3 indigne que la fortune luy aye mis vn tel bien entre mains3 car quel profit en sent-il1 si neantmoins il donne son ennemy moyen de se remettre sus8 ,quell' esperance peut-on auoir qu'il ose vn' autre fois attaquer ceux-cy ralliez et remis1 et de nouueau armez de despit et de vengeance1 qui ne les a os ou seu poursuiure tous rompus et effrayez8 ,dum fortuna calet1 dum conficit omnia terror8 ,mais en fin1 que peut-il attendre de mieux1 que ce qu'il vient de perdre8 ,ce n'est pas comme l'escrime1 o le nombre des touches donne gain3 tant que l'ennemy est en pieds1 c'est recommencer de plus belle3 ce n'est pas victoire1 si elle ne met fin la guerre4 ,en cette escarmouche o ,csar eut du pire pres la ville d',oricum1 il reprochoit aux soldats de ,pompeius1 qu'il eust est perdu1 si leur ,capitaine eust seu vaincre3 et luy chaussa bien autrement les esperons1 quand ce fut son tour4 ,mais pourquoy ne dira-on aussi au contraire8 que c'est l'effect d'vn esprit precipiteux et insatiable1 de ne sauoir mettre fin sa conuoitise3 que c'est abuser des faueurs de ,dieu1 de leur vouloir faire perdre la mesure qu'il leur a prescripte3 et que de se reietter au danger apres la victoire1 c'est la remettre encore vn coup la mercy de la fortune3 que l'vne des plus grandes sagesses en l'art militaire1 c'est de ne pousser son ennemy au desespoir4 ,sylla et ,marius en la guerre sociale ayans dfaict les ,marses1 en voyans encore vne trouppe de reste1 qui par desespoir se reuenoient ietter eux1 comme bestes furieuses1 ne furent pas d'aduis de les attendre4 ,si l'ardeur de ,monsieur de ,foix ne l'eust emport poursuiure trop asprement les restes de la victoire de ,rauenne1 il ne l'eust pas souille de sa mort4 ,toutesfois encore seruit la recente memoire de son exemple1 conseruer ,monsieur d',anguien de pareil inconuenient1 ,serisoles4 ,il fait dangereux assaillir vn homme1 qui vous auez ost tout autre moyen d'eschapper que par les armes3 car c'est vne violente maistresse d'escole que la necessit3 grauissimi sunt morsus irritat necessitatis4 ,vincitur haud gratis1 iugulo qui prouocat hostem4 ,voyla pourquoy ,pharax empescha le ,roy de ,lacedemone1 qui venoit de gaigner la iourne contre les ,mantineens1 de n'aller affronter mille ,argiens1 qui estoient eschappez entiers1 de la desconfiture3 ains les laisser couler en libert1 pour ne venir essayer la vertu picque et despitte par le malheur4 ,clodomire ,roy d',aquitaine1 apres sa victoire1 poursuiuant ,gondemar ,roy de ,bourgongne vaincu et fuyant1 le fora de tourner teste1 mais son opiniastret luy osta le fruict de sa victoire1 car il y mourut4 ,pareillement qui auroit choisir ou de tenir ses soldats richement et somptueusement armez1 ou armez seulement pour la necessit3 il se presenteroit en faueur du premier party1 duquel estoit ,sertorius1 ,philopmen1 ,brutus1 ,csar1 et autres1 que c'est tousiours vn guillon d'honneur et de gloire au soldat de se voir par1 et vn' occasion de se rendre plus obstin au combat1 ayant sauuer ses armes1 comme ses biens et heritages4 ,raison1 dit ,xenophon1 pourquoy les ,asiatiques menoyent en leurs guerres1 femmes1 concubines1 auec leurs ioyaux et richesses plus cheres4 ,mais il s'offriroit aussi de l'autre part1 qu'on doit plustost oster au soldat le soing de se conseruer1 que de le luy accroistre3 qu'il craindra par ce moyen doublement se hazarder3 ioint que c'est augmenter l'ennemy l'enuie de la victoire1 par ces riches despouilles3 et a lon remarqu que d'autres fois cela encouragea merueilleusement les ,romains l'encontre des ,samnites4 ,antiochus montrant ,hannibal l'arme qu'il preparoit contr' eux pompeuse et magnifique en toute sorte d'equippage1 et luy demandant4 ,les ,romains se contenteront-ils de cette arme8 ,s'ils s'en contenteront8 respondit-il1 vrayement ouy1 pour auares qu'ils soyent4 ,lycurgus deffendoit aux siens non seulement la sumptuosit en leur equippage1 mais encore de despouiller leurs ennemis vaincus1 voulant1 disoit-il1 que la pauuret et frugalit reluisist auec le reste de la battaille4 ,aux sieges et ailleurs1 o l'occasion nous approche de l'ennemy1 nous donnons volontiers licence aux soldats de le brauer1 desdaigner1 et iniurier de toutes faons de reproches3 et non sans apparence de raison4 ,car ce n'est pas faire peu1 de leur oster toute esperance de grace et de composition1 en leur representant qu'il n'y a plus ordre de l'attendre de celuy1 qu'ils ont si fort outrag1 et qu'il ne reste remede que de la victoire4 ,si est-ce qu'il en mesprit ,vitellius3 car ayant affaire ,othon1 plus foible en valeur de soldats1 des-accoustumez de longue main du faict de la guerre1 et amollis par les dlices de la ville1 il les agassa tant en fin1 par ses paroles picquantes1 leur reprochant leur pusillanimit1 et le regret des ,dames et festes1 qu'ils venoient de laisser ,rome1 qu'il leur remit par ce moyen le cur au ventre1 ce que nuls enhortemens n'auoient seu faire3 et les attira luy-mesme sur ses bras1 o lon ne les pouuoit pousser4 ,et de vray1 quand ce sont iniures qui touchent au vif1 elles peuuent faire aisment1 que celuy qui alloit laschement la besongne pour la querelle de son ,roy1 y aille d'vne autre affection pour la sienne propre4 ,a considerer de combien d'importance est la conseruation d'vn chef en vn' arme1 et que la vise de l'ennemy regarde principalement cette teste1 laquelle tiennent toutes les autres1 et en dependent3 il semble qu'on ne puisse mettre en doubte ce conseil1 que nous voyons auoir est pris par plusieurs grands chefs1 de se trauestir et desguiser sur le point de la mesle4 ,toutesfois l'inconuenient qu'on encourt par ce moyen1 n'est pas moindre que celuy qu'on pense fuir3 car le ,capitaine venant estre mescognu des siens1 le courage qu'ils prennent de son exemple et de sa presence1 vient aussi quant et quant leur faillir2 et perdant la veu de ses marques et enseignes accoustumes1 ils le iugent ou mort1 ou s'estre desrob desesperant de l'affaire4 ,et quant l'experience1 nous luy voyons fauoriser tantost l'vn tantost l'autre party4 ,l'accident de ,pyrrhus en la battaille qu'il eut contre le consul ,leuinus en ,italie1 nous sert l'vn et l'autre visage3 car pour s'estre voulu cacher sous les armes de ,demogacles1 et luy auoir donn les siennes1 il sauua bien sans doute sa vie1 mais aussi il en cuida encourir l'autre inconuenient de perdre la iourne4 ,alexandre1 ,csar1 ,lucullus1 aimoient se marquer au combat par des accoustremens et armes riches1 de couleur reluisante et particuliere3 ,agis1 ,agesilaus1 et ce grand ,gilippus au rebours1 alloyent la guerre obscurement couuerts1 et sans attour imperial4 ,a la battaille de ,pharsale entre autres reproches qu'on donne ,pompeius1 c'est d'auoir arrest son arme pied coy attendant l'ennemy3 pour autant que cela 7ie desroberay icy les mots mesmes de ,plutarque1 qui valent mieux que les miens7 affoiblit la violence1 que le courir donne aux premiers coups1 et quant et quant oste l'eslancement des combattans les vns contre les autres1 qui a accoustum de les remplir d'impetuosit1 et de fureur1 plus qu'autre chose1 quand ils viennent s'entrechocquer de roideur1 leur augmentant le courage par le cry et la course3 et rend la chaleur des soldats en maniere de dire refroidie et fige4 ,voyla ce qu'il dit pour ce rolle4 ,mais si ,csar eust perdu1 qui n'eust peu aussi bien dire1 qu'au contraire1 la plus forte et roide assiette1 est celle en laquelle on se tient plant sans bouger1 et que qui est en sa marche arrest1 resserrant et espargnant pour le besoing1 sa force en soy-mesmes1 a grand aduantage contre celuy qui est esbranl1 et qui a desia consomm la course la moiti de son haleine8 outre ce que l'arme estant vn corps de tant de diuerses pieces1 il est impossible qu'elle s'esmeuue en cette furie1 d'vn mouuement si iuste1 qu'elle n'en altere ou rompe son ordonnance3 et que le plus dispost ne soit aux prises1 auant que son compagnon le secoure4 ,en cette villaine battaille des deux freres ,perses1 ,clearchus1 ,lacedemonien1 qui commandoit les ,grecs du party de ,cyrus1 les mena tout bellement la charge1 sans se haster3 mais cinquante pas pres1 il les mit la course3 esperant par la brieuet de l'espace1 mesnager et leur ordre1 et leur haleine3 leur donnant cependant l'auantage de l'impetuosit1 pour leurs personnes1 et pour leurs armes trait4 ,d'autres ont regl ce doubte en leur arme de cette maniere3 ,si les ennemis vous courent sus1 attendez les de pied coy3 s'ils vous attendent de pied coy1 courez leur sus4 ,au passage que l',empereur ,charles cinquiesme fit en ,prouence1 le ,roy ,franois fut au propre d'eslire1 ou de luy aller au deuant en ,italie1 ou de l'attendre en ses terres3 et bien qu'il considerast combien c'est d'auantage1 de conseruer sa maison pure et nette des troubles de la guerre1 afin qu'entiere en ses forces1 elle puisse continuellement fournir deniers1 et secours au besoing3 que la necessit des guerres porte tous les coups1 de faire le gast1 ce qui ne se peut faire bonnement en nos biens propres1 et si le pasant ne porte pas si doucement ce rauage de ceux de son party1 que de l'ennemy1 en maniere qu'il s'en peut aysment allumer des seditions1 et des troubles parmy nous3 que la licence de desrober et piller1 qui ne peut estre permise en son pas1 est vn grand support aux ennuis de la guerre3 et qui n'a autre esperance de gain que sa solde1 il est mal ais qu'il soit tenu en office1 estant deux pas de sa femme et de sa retraicte3 que celuy qui met la nappe1 tombe tousiours des despens3 qu'il y a plus d'allegresse assaillir qu' deffendre3 et que la secousse de la perte d'vne battaille dans nos entrailles1 est si violente1 qu'il est malais qu'elle ne croulle tout le corps1 attendu qu'il n'est passion contagieuse1 comme celle de la peur1 ny qui se prenne si aisment credit1 et qui s'espande plus brusquement3 et que les villes qui auront ouy l'esclat de cette tempeste leurs portes1 qui auront recueilly leurs ,capitaines et soldats tremblans encore1 et hors d'haleine1 il est dangereux sur la chaude1 qu'ils ne se iettent quelque mauuais party3 ,si est-ce qu'il choisit de r'appeller les forces qu'il auoit del les monts1 et de voir venir l'ennemy4 ,car il peut imaginer au contraire1 qu'estant chez luy et entre ses amis1 il ne pouuoit faillir d'auoir plant de toutes commoditez1 les riuieres1 les passages sa deuotion1 luy conduiroient et viures et deniers1 en toute seuret et sans besoing d'escorte3 qu'il auroit ses subiects d'autant plus affectionnez1 qu'ils auroient le danger plus pres3 qu'ayant tant de villes et de barrieres pour sa seuret1 ce seroit luy de donner loy au combat1 selon son opportunit et aduantage3 et s'il luy plaisoit de temporiser1 qu' l'abry et son aise1 il pourroit voir morfondre son ennemy1 et se deffaire soy mesme1 par les difficultez qui le combattroyent engag en vne terre contraire1 o il n'auroit deuant ny derriere luy1 ny cost1 rien qui ne luy fist guerre3 nul moyen de rafraichir ou d'eslargir son arme1 si les maladies s'y mettoient1 ny de loger couuert ses blessez2 nuls deniers1 nuls viures1 qu' pointe de lance2 nul loisir de se reposer et prendre haleine2 nulle science de lieux1 ny de pays1 qui le seust deffendre d'embusches et surprises3 et s'il venoit la perte d'vne bataille1 aucun moyen d'en sauuer les reliques4 ,et n'auoit pas faute d'exemples pour l'vn et pour l'autre party4 ,scipion trouua bien meilleur d'aller assaillir les terres de son ennemy en ,afrique1 que de deffendre les siennes1 et le combatre en ,italie o il estoit2 d'o bien luy print4 ,mais au rebours ,hannibal en cette mesme guerre1 se ruina1 d'auoir abandonn la conqueste d'vn pays estranger1 pour aller deffendre le sien4 ,les ,atheniens ayans laiss l'ennemy en leurs terres1 pour passer en la ,sicile1 eurent la fortune contraire3 mais ,agathocles ,roy de ,syracuse l'eut fauorable1 ayant pass en ,afrique1 et laiss la guerre chez soy4 ,ainsi nous auons bien accoustum de dire auec raison1 que les euenemens et issus dependent1 notamment en la guerre1 pour la plus part1 de la fortune3 laquelle ne se veut pas renger et assuiettir nostre discours et prudence1 comme disent ces vers4 ,et mal consultis pretium est prudentia fallax2 ,nec fortuna probat causas sequitrque merentes1 ,sed vaga per cunctos nullo descrimine fertur4 ,scilicet est aliud quod nos cogtque regtque ,maius1 et in proprias ducat mortalia leges4 ,mais le bien prendre1 il semble que nos conseils et deliberations en despendent bien autant2 et que la fortune engage en son trouble et incertitude1 aussi nos discours4 ,nous raisonnons hazardeusement et temerairement1 dit ,timus en ,platon1 par ce que1 comme nous1 noz discours ont grande participation la temerit du hazard4 ,,chapitre ,,xlviii4 ,des ,destriers4 ,,me voicy deuenu grammairien1 moy qui n'apprins iamais langue1 que par routine2 et qui ne say encore que c'est d'adiectif1 coniunctif1 et d'ablatif4 ,il me semble auoir ouy dire que les ,romains auoient des cheuaux qu'ils appelloient funales ou dextrarios1 qui se menoient dextre ou relais1 pour les prendre tous fraiz au besoin3 et de l vient que nous appellons destriers les cheuaux de seruice4 ,et noz romans disent ordinairement1 adestrer1 pour accompagner4 ,ils appelloyent aussi desultorios equos1 des cheuaux qui estoient dressez de faon que courans de toute leur roideur1 accouplez coste coste l'vn de l'autre1 sans bride1 sans selle1 les ,gentils-hommes ,romains1 voire tous armez1 au milieu de la course se iettoient et reiettoient de l'vn l'autre4 ,les ,numides gendarmes menoient en main vn second cheual1 pour changer au plus chaud de la mesle3 quibus1 desultorum in modum1 binos trahentibus equos1 inter acerrimam spe pugnam1 in recentem equum1 ex fesso1 armatis transsultare mos erat4 ,tanta velocitas ipsis1 tmque docile equorum genus6 ,il se trouue plusieurs cheuaux dressez secourir leur maistre1 courir sus qui leur presente vne espe nue2 se ietter des pieds et des dents sur ceux qui les attaquent et affrontent3 mais il leur aduient plus souuent de nuire aux amis1 qu'aux ennemis4 ,ioint que vous ne les desprenez pas vostre poste quand ils se sont vne fois harpez2 et demeurez la misericorde de leur combat4 ,il mesprint lourdement ,artibius general de l'arme de ,perse combattant contre ,onesilus ,roy de ,salamine1 de personne personne2 d'estre mont sur vn cheual faonn en cette escole3 car il fut cause de sa mort1 le coustillier d',onesilus l'ayant accueilly d'vne faulx1 entre les deux espaules1 comme il s'estoit cabr sur son maistre4 ,et ce que les ,italiens disent1 qu'en la battaille de ,fornuoue1 le cheual du ,roy ,charles se deschargea ruades et pennades des ennemis qui le pressoyent1 qu'il estoit perdu sans cela3 ce fut vn grand coup de hazard1 s'il est vray4 ,les ,mammelus se vantent1 d'auoir les plus adroits cheuaux1 de gensdarmes du monde4 ,que par nature1 et par coustume1 ils sont faits cognoistre et distinguer l'ennemy1 sur qui il faut qu'ils se ruent de dents et de pieds1 selon la voix ou signe qu'on leur fait4 ,et pareillement1 releuer de la bouche les lances et dards emmy la place1 et les offrir au maistre1 selon qu'il le commande4 ,on dit de ,csar1 et aussi du grand ,pompeius1 que parmy leurs autres excellentes qualitez1 ils estoient fort bons hommes de cheual3 et de ,csar1 qu'en sa ieunesse mont dos sur vn cheual1 et sans bride1 il luy faisoit prendre carriere les mains tournes derriere le dos4 ,comme nature a voulu faire de ce personnage et d',alexandre deux miracles en l'art militaire1 vous diriez qu'elle s'est aussi efforce les armer extraordinairement3 car chacun sait1 du cheual d',alexandre ,bucefal1 qu'il auoit la teste retirant celle d'vn toreau1 qu'il ne se souffroit monter personne qu' son maistre1 ne peut estre dress que par luy mesme1 fut honor apres sa mort1 et vne ville bastie en son nom4 ,csar en auoit aussi vn autre qui auoit les pieds de deuant comme vn homme1 ayant l'ongle coupe en forme de doigts1 lequel ne peut estre mont ny dress que par ,csar1 qui dedia son image apres sa mort la deesse ,venus4 ,ie ne demonte pas volontiers quand ie suis cheual3 car c'est l'assiette1 en laquelle ie me trouue le mieux et sain et malade4 ,platon la recommande pour la sant3 aussi dit ,pline qu'elle est salutaire l'estomach et aux iointures4 ,poursuiuons donc1 puis que nous y sommes4 ,on lit en ,xenophon la loy deffendant de voyager pied1 homme qui eust cheual4 ,trogus et ,iustinus disent que les ,parthes auoient accoustum de faire cheual1 non seulement la guerre1 mais aussi tous leurs affaires publiques et priuez1 marchander1 parlementer1 s'entretenir1 et se promener3 et que la plus notable difference des libres1 et des serfs parmy eux1 c'est que les vns vont cheual1 les autres pied3 institution ne du ,roy ,cyrus4 ,il y a plusieurs exemples en l'histoire ,romaine1 et ,suetone le remarque plus particulierement de ,csar1 des ,capitaines qui commandoient leurs gens de cheual de mettre pied terre1 quand ils se trouuoient pressez de l'occasion1 pour oster aux soldats toute esperance de fuite1 et pour l'aduantage qu'ils esperoient en cette sorte de combat3 quo1 haud dubi1 superat ,romanus1 dit ,tite ,liue4 ,si est-il1 que la premiere prouision1 dequoy ils se seruoient brider la rebellion des peuples de nouuelle conqueste1 c'estoit leur oster armes et cheuaux4 ,pourtant voyons nous si souuent en ,csar3 arma proferri1 iumenta produci1 obsides dari iubet4 ,le grand ,seigneur ne permet auiourd'huy ny ,chrestien1 ny ,iuif1 d'auoir cheual soy1 sous son empire4 ,noz ancestres1 et notamment du temps de la guerre des ,anglois1 s combats solennels et iournes assignes1 se mettoient la plus part du temps tous pied1 pour ne se fier autre chose qu' leur force propre1 et vigueur de leur courage1 et de leurs membres1 de chose si chere que l'honneur et la vie4 ,vous engagez1 quoy qu'en die ,chrysanthes en ,xenophon1 vostre valeur et vostre fortune1 celle de vostre cheual1 ses playes et sa mort tirent la vostre en consequence1 son effray ou sa fougue vous rendent ou temeraire ou lasche3 s'il a faute de bouche ou d'esperon1 c'est vostre honneur en respondre4 ,a cette cause ie ne trouue pas estrange1 que ces combats l fussent plus fermes1 et plus furieux que ceux qui se font cheual1 cdebant paritr1 paritrque ruebant ,victores victique1 neque his fuga nota1 neque illis4 ,leurs battailles se voyent bien mieux contestes3 ce ne sont cette heure que routes3 primus clamor atque impetus rem decernit4 ,et chose que nous appellons la societ d'vn si grand hazard1 doit estre en nostre puissance le plus qu'il se peut4 ,comme ie conseilleroy de choisir les armes les plus courtes1 et celles dequoy nous nous pouuons le mieux respondre4 ,il est bien plus apparent de s'asseurer d'vne espe que nous tenons au poing1 que du boulet qui eschappe de nostre pistole1 en laquelle il y a plusieurs pieces1 la poudre1 la pierre1 le rout1 desquelles la moindre qui vienne faillir1 vous fera faillir vostre fortune4 ,on assene peu seurement le coup1 que l'air vous conduict1 ,et1 qu ferre velint1 permittere vulnera ventis3 ,ensis habet vires1 et gens qucunque virorum est1 ,bella gerit gladiis4 ,mais quant cett'arme-l1 i'en parleray plus amplement1 o ie feray comparaison des armes anciennes aux nostres3 et sauf l'estonnement des oreilles1 quoy desormais chacun est appriuois1 ie croy que c'est vn' arme de fort peu d'effect1 et espere que nous en quitterons vn iour l'vsage4 ,celle dequoy les ,italiens se seruoient de iet1 et feu1 estoit plus effroyable4 ,ils nommoient ,phalarica1 vne certaine espece de iaueline1 arme par le bout1 d'vn fer de trois pieds1 affin qu'il peust percer d'outre en outre vn homme arm3 et se lanoit tantost de la main1 en la campagne1 tantost tout des engins pour deffendre les lieux assiegez3 la hante reuestue d'estouppe empoixe et huile1 s'enflammoit de sa course3 et s'attachant au corps1 ou au bouclier1 ostoit tout vsage d'armes et de membres4 ,toutesfois il me semble que pour venir au ioindre1 elle portast aussi empeschement l'assaillant1 et que le champ ionch de ces tronons bruslants1 produisist en la mesle vne commune incommodit4 ,magnum stridens contorta ,phalarica venit1 ,fulminis acta modo4 ,ils auoyent d'autres moyens1 quoy l'vsage les dressoit1 et qui nous semblent incroyables par inexperience3 par o ils suppleoyent au deffaut de nostre poudre et de noz boulets4 ,ils dardoyent leurs piles1 de telle roideur1 que souuent ils en enfiloyent deux boucliers et deux hommes arms1 et les cousoyent4 ,les coups de leurs fondes n'estoient pas moins certains et loingtains3 saxis globosis funda1 mare apertum incessentes3 coronas modici circuli1 magno ex interuallo loci1 assueti traijcere3 non capita mod hostium vulnerabant1 sed quem locum destinassent4 ,leurs pieces de batterie representoient1 comme l'effect1 aussi le tintamarre des nostres3 ad ictus mnium cum terribili sonitu editos1 pauor et trepidatio cpit4 ,les ,gaulois noz cousins en ,asie1 hassoyent ces armes traistresses1 et volantes3 duits combattre main main auec plus de courage4 ,non tam patentibus plagis mouentur1 vbi latior qum altior plaga est1 etiam gloriosius se pugnare putant3 ijdem quum aculeus sagitt aut glandis abdit introrsus tenui vulnere in speciem vrit3 tum1 in rabiem et pudorem tam paru perimentis pestis versi1 prosternunt corpora humi4 ,peinture bien voisine d'vne arquebusade4 ,les dix mille ,grecs1 en leur longue et fameuse retraitte1 rencontrerent vne nation1 qui les endommagea merueilleusement coups de grands arcs et forts1 et des sagettes si longues1 qu' les reprendre la main on les pouuoit reietter la mode d'vn dard1 et peroient de part en part vn bouclier et vn homme arm4 ,les engeins que ,dionysius inuenta ,syracuse1 tirer des gros traits massifs1 et des pierres d'horrible grandeur1 d'vne si longue vole et impetuosit1 representoient de bien pres nos inuentions4 ,encore ne faut-il pas oublier la plaisante assiette qu'auoit sur sa mule vn maistre ,pierre ,pol ,docteur en ,theologie1 que ,monstrelet recite auoir accoustum se promener par la ville de ,paris1 assis de cost comme les femmes4 ,il dit aussi ailleurs1 que les ,gascons auoient des cheuaux terribles1 accoustumez de virer en courant1 dequoy les ,franois1 ,picards1 ,flamands1 et ,brabanons1 faisoyent grand miracle1 pour n'auoir accoustum de les voir3 ce sont ses mots4 ,csar parlant de ceux de ,suede3 ,aux rencontres qui se font cheual1 dit-il1 ils se iettent souuent terre pour combattre pied1 ayant accoustum leurs cheuaux de ne bouger ce pendant de la place1 ausquels ils recourent promptement1 s'il en est besoin1 et selon leur coustume1 il n'est rien si vilain et si lasche que d'vser de selles et bardelles1 et mesprisent ceux qui en vsent3 de maniere que fort peu en nombre1 ils ne craignent pas d'en assaillir plusieurs4 ,ce que i'ay admir autresfois1 de voir vn cheual dress se manier toutes mains1 auec vne baguette1 la bride aualle sur ses oreilles1 estoit ordinaire aux ,massiliens1 qui se seruoient de leurs cheuaux sans selle et sans bride4 ,et gens1 qu nudo residens ,massilia dorso1 ,ora leui flectit1 frnorum nescia1 virga4 ,et ,numid infrni cingunt4 ,equi sine frnis1 deformis ipse cursus1 rigida ceruice et extento capite currentium4 ,le ,roy ,alphonce1 celuy qui dressa en ,espaigne l'ordre des ,cheualiers de la ,bande1 ou de l',escharpe1 leur donna entre autres regles1 de ne monter ny mule ny mulet1 sur peine d'vn marc d'argent d'amende3 comme ie viens d'apprendre dans les lettres de ,gueuara1 desquelles ceux qui les ont appelles ,dores1 faisoient iugement bien autre que celuy que i'en fay4 ,le ,courtisan dit1 qu'auant son temps c'estoit reproche vn ,gentilhomme d'en cheuaucher4 ,les ,abyssins au rebours3 mesure qu'ils sont les plus aduancez pres le ,pretteian leur ,prince1 affectent pour la dignit et pompe1 de monter des grandes mules4 ,xenophon recite que les ,assyriens tenoient tousiours leurs cheuaux entrauez au logis1 tant ils estoient fascheux et farouches3 et qu'il falloit tant de temps les destacher et harnacher1 que1 pour que cette longueur ne leur apportast dommage s'ils venoient estre en desordre surprins par les ennemis1 ils ne logeoient iamais en camp1 qui ne fust fossoy et rempar4 ,son ,cyrus1 si grand maistre au faict de cheualerie1 mettoit les cheuaux de son escot3 et ne leur faisoit bailler manger1 qu'ils ne l'eussent gaign par la sueur de quelque exercice4 ,les ,scythes1 o la necessit les pressoit en la guerre1 tiroient du sang de leurs cheuaux1 et s'en abbreuuoient et nourrissoient1 ,venit et epoto ,sarmata pastus equo4 ,ceux de ,crotte assiegez par ,metellus1 se trouuerent en telle disette de tout autre breuuage1 qu'ils eurent se seruir de l'vrine de leurs chenaux4 ,pour verifier1 combien les armes ,turquesques se conduisent et maintiennent meilleure raison1 que les nostres3 ils disent1 qu'outre ce que les soldats ne boiuent que de l'eau1 et ne mangent que riz et de la chair sale mise en poudre1 dequoy chacun porte aisment sur soy prouision pour vn moys1 ils sauent aussi viure du sang de leurs cheuaux1 comme les ,tartares et ,moscouites1 et le salent4 ,ces nouueaux peuples des ,indes1 quand les ,espagnols y arriuerent1 estimerent tant des hommes que des cheuaux1 que ce fussent1 ou ,dieux ou animaux1 en noblesse au dessus de leur nature4 ,aucuns apres auoir est vaincus1 venans demander paix et pardon aux hommes1 et leur apporter de l'or et des viandes1 ne faillirent d'en aller autant offrir aux cheuaux1 auec vne toute pareille harangue celle des hommes1 prenans leur hannissement1 pour langage de composition et de trefue4 ,aux ,indes de de1 c'estoit anciennement le principal et royal honneur de cheuaucher vn elephant1 le second d'aller en coche1 train quatre cheuaux1 le tiers de monter vn chameau1 le dernier et plus vil degr1 d'estre port ou charri par vn cheual seul4 ,quelcun de nostre temps1 escrit auoir veu en ce climat l1 des pas1 o on cheuauche les bufs1 auec bastines1 estriers et brides1 et s'estre bien trouu de leur porture4 ,quintus ,fabius ,maximus ,rutilianus1 contre les ,samnites1 voyant que ses gents de cheual trois ou quatre charges auoient failly d'enfoncer le bataillon des ennemis1 print ce conseil3 qu'ils debridassent leurs cheuaux1 et brochassent toute force des esperons3 si que rien ne les pouuant arrester1 au trauers des armes et des hommes renuersez1 ils ouurirent le pas leurs gens de pied1 qui parfirent vne tres-sanglante deffaitte4 ,autant en commanda ,quintus ,fuluius ,flaccus1 contre les ,celtiberiens3 ,id cum maiore vi equorum facietis1 si effrnatos in hostes equos immittitis3 quod spe ,romanos equites cum laude fecisse sua1 memori proditum est4 ,detractisque frnis bis vltr citrque cum magna strage hostium1 infractis omnibus hastis1 transcurrerunt4 ,le ,duc de ,moscouie deuoit anciennement cette reuerence aux ,tartares1 quand ils enuoioyent vers luy des ,ambassadeurs1 qu'il leur alloit au deuant pied1 et leur presentoit vn gobeau de lait de iument1 breuuage qui leur est en delices1 et si en beuuant quelque goutte en tomboit sur le crin de leurs cheuaux1 il estoit tenu de la lecher auec la langue4 ,en ,russie1 l'arme que l',empereur ,baiazet y auoit enuoye1 fut accable d'vn si horrible rauage de neiges1 que pour s'en mettre couuert1 et sauuer du froid1 plusieurs s'aduiserent de tuer et euentrer leurs cheuaux1 pour se getter dedans1 et iouyr de cette chaleur vitale4 ,baiazet apres cest aspre estour o il fut rompu par ,tamburlan1 se sauuoit belle erre sur vne jument ,arabesque1 s'il n'eust est contrainct de la laisser boire son saoul1 au passage d'vn ruisseau3 ce qui la rendit si flacque et refroidie1 qu'il fut bien aisment apres acconsuiuy par ceux qui le poursuiuoyent4 ,on dit bien qu'on les lasche1 les laissant pisser3 mais le boire1 i'eusse plustost estim qu'il l'eust renforce4 ,crsus passant le long de la ville de ,sardis1 y trouua des pastis1 o il y auoit grande quantit de serpents1 desquels les cheuaux de son arme mangeoient de bon appetit3 qui fut vn mauuais prodige ses affaires1 dit ,herodote4 ,nous appellons vn cheual entier qui a crin et oreille1 et ne passent les autres la montre4 ,les ,lacedemoniens ayant desfait les ,atheniens1 en la ,sicile1 retournans de la victoire en pompe en la ville de ,syracuse1 entre autres brauades1 firent tondre les cheuaux vaincus1 et les menerent ainsin en triomphe4 ,alexandre combatit vne nation1 ,dahas1 ils alloyent deux deux armez cheual la guerre1 mais en la mesle l'vn descendoit terre1 et combatoient ore pied1 ore cheual1 l'vn apres l'autre4 ,ie n'estime point1 qu'en suffisance1 et en grace cheual1 nulle nation nous emporte4 ,bon homme de cheual1 l'vsage de nostre parler1 semble plus regarder au courage qu' l'addresse4 ,le plus sauant1 le plus seur1 le mieux aduenant mener vn cheual raison1 que i'aye cognu1 fut mon gr ,monsieur de ,carneualet1 qui en seruoit nostre ,roy ,henry second4 ,i'ay veu homme donner carriere deux pieds sur sa selle1 demonter sa selle1 et au retour la releuer1 reaccommoder1 et s'y rasseoir1 fuyant tousiours bride aualle3 ayant pass par dessus vn bonnet1 y tirer par derriere de bons coups de son arc3 amasser ce qu'il vouloit1 se iettant d'vn pied terre1 tenant l'autre en l'estrier2 et autres pareilles singeries1 dequoy il viuoit4 ,on a veu de mon temps ,constantinople1 deux hommes sur vn cheual1 lesquels en sa plus roide course1 se reiettoyent tours1 terre1 et puis sur la selle1 ,et vn1 qui seulement des dents1 bridoit et harnachoit son cheual4 ,vn autre1 qui entre deux cheuaux1 vn pied sur vne selle1 l'autre sur l'autre1 portant vn second sur ses bras1 piquoit toute bride3 ce second tout debout1 sur luy1 tirant en la course1 des coups bien certains de son arc4 ,plusieurs1 qui les iambes contre-mont1 donnoient carriere1 la teste plantee sur leurs selles1 entre les pointes des simeterres attachez au harnois4 ,en mon enfance le ,prince de ,sulmone ,naples1 maniant vn rude cheual1 de toute sorte de maniemens1 tenoit soubz ses genouz et soubs ses orteils des reales3 comme si elles y eussent est cloues3 pour montrer la fermet de son assiette4 ,,chapitre ,,xlix4 ,des coustumes anciennes4 ,i',,excvserois volontiers en nostre peuple de n'auoir autre patron et regle de perfection1 que ses propres meurs et vsances3 car c'est vn commun vice1 non du vulgaire seulement1 mais quasi de tous hommes1 d'auoir leur vise et leur arrest1 sur le train auquel ils sont nais4 ,ie suis content1 quand il verra ,fabritius ou ,llius1 qu'il leur trouue la contenance et le port barbare1 puis qu'ils ne sont ni vestus ny faonnez nostre mode4 ,mais ie me plains de sa particuliere indiscretion1 de se laisser si fort piper et aueugler l'authorit de l'vsage present1 qu'il soit capable de changer d'opinion et d'aduis tous les mois1 s'il plaist la coustume3 et qu'il iuge si diuersement de soy-mesme4 ,quand il portoit le busc de son pourpoint entre les mammelles1 il maintenoit par viues raisons qu'il estoit en son vray lieu3 quelques annes apres le voyla aual iusques entre les cuisses1 il se moque de son autre vsage1 le trouue inepte et insupportable4 ,la faon de se vestir presente1 luy fait incontinent condamner l'ancienne1 d'vne resolution si grande1 et d'vn consentement si vniuersel1 que vous diriez que c'est quelque espece de manie1 qui luy tourneboule ainsi l'entendement4 ,par ce que nostre changement est si subit et si prompt en cela1 que l'inuention de tous les tailleurs du monde ne sauroit fournir assez de nouuelletez1 il est force que bien souuent les formes mesprises reuiennent en credit1 et celles l mesmes tombent en mespris tantost apres2 et qu'vn mesme iugement prenne en l'espace de quinze ou vingt ans1 deux ou trois1 non diuerses seulement1 mais contraires opinions1 d'vne inconstance et legeret incroyable4 ,il n'y a si fin entre nous1 qui ne se laisse embabouiner de cette contradiction1 et esbloyr tant les yeux internes1 que les externes insensiblement4 ,ie veux icy entasser aucunes faons anciennes1 que i'ay en memoire3 les vnes de mesme les nostres1 les autres differentes3 fin qu'ayant en l'imagination cette continuelle variation des choses humaines1 nous en ayons le iugement plus esclaircy et plus ferme4 ,ce que nous disons de combatre l'espe et la cape1 il s'vsoit encores entre les ,romains1 ce dit ,csar1 sinistras sagis inuoluunt1 gladisque distringunt4 ,et remarque ds lors en nostre nation ce vice1 qui y est encore d'arrester les passans que nous rencontrons en chemin1 et de les forcer de nous dire qui ils sont1 et de receuoir iniure et occasion de querelle1 s'ils refusent de nous respondre4 ,aux bains que les anciens prenoyent tous les iours auant le repas2 et les prenoyent aussi ordinairement que nous faisons de l'eau lauer les mains1 ils ne se lauoyent du commencement que les bras et les iambes1 mais depuis1 et d'vne coustume qui a dur plusieurs siecles et en la plus part des nations du monde1 ils se lauoyent tous nudz1 d'eau mixtionne et perfume3 de maniere1 qu'ils tenoient pour tesmoignage de grande simplicit de se lauer d'eau simple4 ,les plus affetez et delicatz se perfumoyent tout le corps bien trois ou quatre fois par iour4 ,ils se faisoyent souuent pinceter tout le poil1 comme les femmes ,franoises ont pris en vsage depuis quelque temps1 de faire leur front1 ,quod pectus1 quod crura tibi1 quod brachia vellis1 quoy qu'ils eussent des oignemens propres cela4 ,psilothro nitet1 aut acida latet abdita creta4 ,ils aymoient se coucher mollement1 et alleguent pour preuue de patience1 de coucher sur le matelats4 ,ils mangeoyent couchez sur des lits1 peu pres en mesme assiette que les ,turcs de nostre temps4 ,inde toro pater neas sic orsus ab alto4 ,et dit on du ieune ,caton que depuis la bataille de ,pharsale1 estant entr en dueil du mauuais estat des affaires publiques1 il mangea tousiours assis1 prenant vn train de vie austere4 ,ils baisoyent les mains aux grands pour les honnorer et caresser4 ,et entre les amis1 ils s'entrebaisoyent en se saluant1 comme font les ,venitiens4 ,gratatsque darem cum dulcibus oscula verbis4 ,et touchoyent aux genoux1 pour requerir et saluer vn grand4 ,pasiclez le ,philosophe1 frere de ,crates1 au lieu de porter la main au genouil1 la porta aux genitoires4 ,celuy qui il s'addressoit1 l'ayant rudement repouss1 ,comment1 dit-il1 cette partie n'est elle pas vostre1 aussi bien que l'autre8 ,ils mangeoyent comme nous1 le fruict l'yssue de la table4 ,ils se torchoyent le cul 7il faut laisser aux femmes cette vaine superstition des parolles7 auec vne esponge3 voyla pourquoy spongia est vn mot obscne en ,latin3 et estoit cette esponge attache au bout d'vn baston3 comme tesmoigne l'histoire de celuy qu'on menoit pour estre present aux bestes1 deuant le peuple1 qui demanda cong d'aller ses affaires1 et n'ayant autre moyen de se tuer1 il se fourra ce baston et esponge dans le gosier1 et s'en estouffa4 ,ils s'essuyoient le catze de laine perfume1 quand ils en auoyent faict1 ,at tibi nil faciam1 sed lota mentula lana4 ,il y auoit aux carrefours ,rome1 des vaisseaux et demy-cuues1 pour y apprester pisser aux passans3 ,pusi spe lacum propter se ac dolia curta1 ,somno deuincti1 credunt extollere vestem4 ,ils faisoyent collation entre les repas4 ,et y auoit en est1 des vendeurs de nege pour refrchir le vin3 et en y auoit qui se seruoyent de nege en hyuer1 ne trouuans pas le vin encore lors assez froid4 ,les grands auoyent leurs eschanons et trenchans2 et leurs fols1 pour leur donner du plaisir4 ,on leur seruoit en hyuer la viande sur les fouyers qui se portoyent sur la table3 et auoyent des cuysines portatiues1 comme i'en ay veu1 dans lesquelles tout leur seruice se trainoit apres eux4 ,has vobis epulas habete lauti1 ,nos offendimur ambulante cna4 ,et en est ils faisoyent souuent en leurs sales basses1 couler de l'eau fresche et claire1 dans des canaux au dessous d'eux1 o il y auoit force poisson en vie1 que les assistans choisissoyent et prenoyent en la main1 pour le faire aprester1 chacun sa poste4 ,le poisson a tousiours eu ce priuilege1 comme il a encores1 que les grans se meslent de le sauoir apprester3 aussi en est le goust beaucoup plus exquis1 que de la chair1 aumoins pour moy4 ,mais en toute sorte de magnificence1 desbauche1 et d'inuentions voluptueuses1 de mollesse et de sumptuosit1 nous faisons la verit ce que nous pouuons pour les galer3 car nostre volont est bien aussi gaste que la leur1 mais nostre suffisance n'y peut arriuer3 nos forces ne sont non plus capables de les ioindre1 en ces parties l vitieuses1 qu'aux vertueuses3 car les vnes et les autres partent d'vne vigueur d'esprit1 qui estoit sans comparaison plus grande en eux qu'en nous4 ,et les ames mesure qu'elles sont moins fortes1 elles ont d'autant moins de moyen de faire ny fort bien1 ny fort mal4 ,le haut bout d'entre eux1 c'estoit le milieu4 ,le deuant et derriere n'auoient en escriuant et parlant aucune signification de grandeur1 comme il se voit euidemment par leurs escris3 ils diront ,oppius et ,csar1 aussi volontiers que ,csar et ,oppius3 et diront moy et toy indifferemment1 comme toy et moy4 ,voyla pourquoy i'ay autrefois remarqu en la vie de ,flaminius de ,plutarque ,franois1 vn endroit1 o il semble que l'autheur parlant de la ialousie de gloire1 qui estoit entre les toliens et les ,romains1 pour le gain d'vne bataille qu'ils auoyent obtenu en commun1 face quelque poix de ce qu'aux chansons ,grecques1 on nommoit les toliens auant les ,romains1 s'il n'y a de l'amphibologie aux mots ,franois4 ,les ,dames estans aux estuues1 y receuoyent quant et quant des hommes1 et se seruoyent l mesme de leurs valets les frotter et oindre4 ,inguina succinctus nigra tibi seruus aluta ,stat1 quoties calidis nuda fouris aquis4 ,elles se saupoudroyent de quelque poudre1 pour reprimer les sueurs4 ,les anciens ,gaulois1 dit ,sidonius ,apollinaris1 portoyent le poil long par le deuant1 et le derriere de la teste tondu1 qui est cette faon qui vient estre renouuelle par l'vsage effemin et lasche de ce siecle4 ,les ,romains payoient ce qui estoit deu aux bateliers1 pour leur naulage dez l'entre du bateau1 ce que nous faisons apres estre rendus port4 ,dum as exigitur1 dum mula ligatur1 ,tota abit hora4 ,les femmes couchoyent au lict du cost de la ruelle3 voyla pourquoy on appelloit ,csar1 spondam ,regis ,nicomedis4 ,ils prenoyent aleine en beuuant4 ,ils baptisoient le vin1 ,quis puer ocius ,restinguet ardentis falerni ,pocula prtereunte lympha8 ,et ces champisses contenances de nos laquais y estoyent aussi4 ,o ,iane6 tergo quem nulla ciconia pinsit1 ,nec manus auriculas imitata est mobilis albas1 ,nec lingu quantum sitiet canis ,apula tantum4 ,les ,dames ,argiennes et ,romaines portoyent le deuil blanc1 comme les nostres auoient accoustum1 et deuroient continuer de faire1 si i'en estois creu4 ,mais il y a des liures entiers faits sur cet argument4 ,,chapitre ,l4 ,de ,democritus et ,heraclitus4 ,,le iugement est vn vtil tous subiects1 et se mesle par tout4 ,a cette cause aux ,essais que i'en fay icy1 i'y employe toute sorte d'occasion4 ,si c'est vn subiect que ie n'entende point1 cela mesme ie l'essaye1 sondant le gu de bien loing1 et puis le trouuant trop profond pour ma taille1 ie me tiens la riue4 ,et cette reconnoissance de ne pouuoir passer outre1 c'est vn traict de son effect1 ouy de ceux1 dont il se vante le plus4 ,tantost vn subiect vain et de neant1 i'essaye voir s'il trouuera dequoy luy donner corps1 et dequoy l'appuyer et l'estanonner4 ,tantost ie le promene vn subiect noble et tracass1 auquel il n'a rien trouuer de soy1 le chemin en estant si fray1 qu'il ne peut marcher que sur la piste d'autruy4 ,l il fait son ieu eslire la route qui luy semble la meilleure3 et de mille sentiers1 il dit que cettuy-cy1 ou celuy l1 a est le mieux choisi4 ,ie prends de la fortune le premier argument3 ils me sont egalement bons3 et ne desseigne iamais de les traicter entiers4 ,car ie ne voy le tout de rien4 ,ne font pas1 ceux qui nous promettent de nous le faire veoir4 ,de cent membres et visages1 qu' chasque chose i'en prens vn1 tantost lecher seulement1 tantost effleurer3 et par fois pincer iusqu' l'os4 ,i'y donne vne poincte1 non pas le plus largement1 mais le plus profondement que ie say4 ,et aime plus souuent les saisir par quelque lustre inusit4 ,ie me hazarderoy de traitter fons quelque matiere1 si ie me connoissoy moins1 et me trompois en mon impuissance4 ,semant icy vn mot1 icy vn autre1 eschantillons dpris de leur piece1 escartez1 sans dessein1 sans promesse3 ie ne suis pas tenu d'en faire bon1 ny de m'y tenir moy-mesme1 sans varier1 quand il me plaist1 et me rendre au doubte et incertitude1 et ma maistresse forme1 qui est l'ignorance4 ,tout mouuement nous descouure4 ,cette mesme ame de ,csar1 qui se fait voir ordonner et dresser la bataille de ,pharsale1 elle se fait aussi voir dresser des parties oysiues et amoureuses4 ,on iuge vn cheual1 non seulement le voir manier sur vne carriere1 mais encore luy voir aller le pas1 voire et le voir en repos l'estable4 ,entre les functions de l'ame1 il en est de basses4 ,qui ne la void encor par l1 n'acheue pas de la connoistre4 ,et l'aduenture la remarque lon mieux o elle va son pas simple4 ,les vents des passions la prennent plus en ses hautes assiettes1 ioint qu'elle se couche entiere sur chasque matiere et s'y exerce entiere2 et n'en traitte iamais plus d'vne la fois3 et la traitte non selon elle1 mais selon soy4 ,les choses part elles1 ont peut estre leurs poids et mesures1 et conditions3 mais au dedans1 en nous1 elle les leur taille comme elle l'entend4 ,la mort est effroyable ,cicero1 desirable ,caton1 indifferente ,socrates4 ,la sant1 la conscience1 l'authorit1 la science1 la richesse1 la beaut1 et leurs contraires1 se despouillent l'entre1 et reoiuent de l'ame nouuelle vesture1 et de la teinture qu'il luy plaist3 brune1 claire1 verte1 obscure3 aigre1 douce1 profonde1 superficielle3 et qu'il plaist chacune d'elles4 ,car elles n'ont pas verifi en commun leurs stiles1 regles et formes3 chacune est ,royne en son estat4 ,parquoy ne prenons plus excuse des externes qualitez des choses3 c'est nous1 nous en rendre compte4 ,nostre bien et nostre mal ne tient qu' nous4 ,offrons y nos offrandes et nos vus1 non pas la fortune3 elle ne peut rien sur nos murs3 au rebours1 elles l'entrainent leur suitte1 et la moulent leur forme4 ,pourquoy ne iugeray-ie d',alexandre table deuisant et beuuant d'autant8 ,ou s'il manioit des eschecs1 quelle corde de son esprit1 ne touche et n'employe ce niais et puerile ieu8 ,ie le hay et fuy1 de ce qu'il n'est pas assez ieu1 et qu'il nous esbat trop serieusement2 ayant honte d'y fournir l'attention qui suffiroit quelque bonne chose4 ,il ne fut pas plus embesoign dresser son glorieux passage aux ,indes3 ny cet autre desnour vn passage1 duquel depend le salut du genre humain4 ,voyez combien nostre ame trouble cet amusement ridicule1 si touts ses nerfs ne bandent4 ,combien amplement elle donne loy chacun en cela1 de se connoistre1 et iuger droittement de soy4 ,ie ne me voy et retaste1 plus vniuersellement1 en nulle autre posture4 ,quelle passion ne nous y exerce8 la cholere1 le despit1 la hayne1 l'impatience3 et vne vehemente ambition de vaincre1 en chose1 en laquelle il seroit plus excusable d'estre ambitieux d'estre vaincu4 ,car la precellence rare et au dessus du commun1 messied vn homme d'honneur1 en chose friuole4 ,ce que ie dy en cet exemple1 se peut dire en touts autres4 ,chasque parcelle1 chasque occupation de l'homme1 l'accuse1 et le montre egalement qu'vn autre4 ,democritus et ,heraclitus ont est deux philosophes1 desquels le premier trouuant vaine et ridicule l'humaine condition1 ne sortoit en public1 qu'auec vn vsage moqueur et riant3 ,heraclitus1 ayant piti et compassion de cette mesme condition nostre1 en portoit le visage continuellement triste1 et les yeux chargez de larmes4 ,alter ,ridebat quoties limine mouerat vnum ,protulertque pedem1 flebat contrarius alter4 ,i'ayme mieux la premiere humeur1 non par ce qu'il est plus plaisant de rire que de pleurer3 mais par ce qu'elle est plus desdaigneuse1 et qu'elle nous condamne plus que l'autre3 et il me semble1 que nous ne pouuons iamais estre assez mesprisez selon nostre merite4 ,la plainte et la commiseration sont mesles quelque estimation de la chose qu'on plaint3 les choses dequoy on se moque1 on les estime sans prix4 ,ie ne pense point qu'il y ait tant de malheur en nous1 comme il y a de vanit1 ny tant de malice comme de sotise3 nous ne sommes pas si pleins de mal1 comme d'inanit3 nous ne sommes pas si miserables1 comme nous sommes vils4 ,ainsi ,diogenes1 qui baguenaudoit apart soy1 roulant son tonneau1 et hochant du nez le grand ,alexandre1 nous estimant des mouches1 ou des vessies pleines de vent1 estoit bien iuge plus aigre et plus poingnant1 et par consequent1 plus iuste mon humeur que ,timon1 celuy qui fut surnomm le haisseur des hommes4 ,car ce qu'on hait1 on le prend cur4 ,cettuy-cy nous souhaitoit du mal1 estoit passionn du desir de nostre ruine1 fuioit nostre conuersation comme dangereuse1 de meschans1 et de nature depraue3 l'autre nous estimoit si peu1 que nous ne pourrions ny le troubler1 ny l'alterer par nostre contagion1 nous laissoit de compagnie1 non pour la crainte1 mais pour le desdain de nostre commerce3 il ne nous estimoit capables ny de bien ny de mal faire4 ,de mesme marque fut la response de ,statilius1 auquel ,brutus parla pour le ioindre la conspiration contre ,csar3 il trouua l'entreprinse iuste1 mais il ne trouua pas les hommes dignes1 pour lesquels on se mist aucunement en peine3 conformment la discipline de ,hegesias1 qui disoit1 le sage ne deuoir rien faire que pour soy3 d'autant que1 seul il est digne1 pour qui on face4 ,et celle de ,theodorus1 que c'est iniustice1 que le sage se hazarde pour le bien de son pas1 et qu'il mette en peril la sagesse pour des fols4 ,nostre propre condition est autant ridicule1 que risible4 ,,chapitre ,,li4 ,de la vanit des paroles4 ,,vn rhetoricien du temps pass1 disoit que son mestier estoit1 de choses petites les faire paroistre et trouuer grandes4 ,c'est vn cordonnier qui sait faire de grands souliers vn petit pied4 ,on luy eust faict donner le fout en ,sparte1 de faire profession d'vn' art piperesse et mensongere3 et croy qu',archidamus qui en estoit ,roy1 n'ouit pas sans estonnement la response de ,thucydidez1 auquel il s'enqueroit1 qui estoit plus fort la luicte1 ou ,pericles ou luy3 ,cela1 fit-il1 seroit mal-ays verifier3 car quand ie l'ay port par terre en luictant1 il persuade ceux qui l'ont veu1 qu'il n'est pas tomb1 et le gaigne4 ,ceux qui masquent et fardent les femmes1 font moins de mal3 car c'est chose de peu de perte de ne les voir pas en leur naturel3 l o ceux-cy font estat de tromper1 non pas nos yeux1 mais nostre iugement1 et d'abastardir et corrompre l'essence des choses4 ,les republiques qui se sont maintenus en vn estat regl et bien polic1 comme la ,cretense ou ,lacedemonienne1 elles n'ont pas faict grand compte d'orateurs4 ,ariston definit sagement la rhetorique1 science persuader le peuple3 ,socrates1 ,platon1 art de tromper et de flatter4 ,et ceux qui le nient en la generale description le verifient par tout1 en leurs preceptes4 ,les ,mahometans en defendent l'instruction leurs enfants1 pour son inutilit4 ,et les ,atheniens1 s'aperceuants combien son vsage1 qui auoit tout credit en leur ville1 estoit pernicieux1 ordonnerent1 que sa principale partie1 qui est1 esmouuoir les affections1 fust oste1 ensemble les exordes et perorations4 ,c'est vn vtil inuent pour manier et agiter vne tourbe1 et vne commune desregle3 et est vtil qui ne s'employe qu'aux ,estats malades1 comme la medecine4 ,en ceux o le vulgaire1 o les ignorans1 o tous ont tout peu1 comme celuy d',athenes1 de ,rhodes1 et de ,rome1 et o les choses ont est en perpetuelle tempeste1 l ont afflu les orateurs4 ,et la verit1 il se void peu de personnages en ces republiques l1 qui se soient poussez en grand credit sans le secours de l'eloquence3 ,pompeius1 ,csar1 ,crassus1 ,lucullus1 ,lentulus1 ,metellus1 ont pris de l1 leur grand appuy se monter cette grandeur d'authorit1 o ils sont en fin arriuez3 et s'en sont aydez plus que des armes1 contre l'opinion des meilleurs temps4 ,car ,l4 ,volumnius parlant en public en faueur de l'election au ,consulat1 faitte des personnes de ,q4 ,fabius et ,p4 ,decius3 ,ce sont gents nays la guerre1 grands aux effects3 au combat du babil1 rudes3 esprits vrayement consulaires4 ,les subtils1 eloquents et sauants1 sont bons pour la ville1 ,preteurs faire iustice1 dit-il4 ,l'eloquence a fleury le plus ,rome lors que les affaires ont est en plus mauuais estat1 et que l'orage des guerres ciuiles les agitoit2 comme vn champ libre et indompt porte les herbes plus gaillardes4 ,il semble par l que les polices1 qui dpendent d'vn ,monarque1 en ont moins de besoin que les autres3 car la bestise et facilit1 qui se trouue en la commune1 et qui la rend subiecte estre manie et contourne par les oreilles1 au doux son de cette harmonie1 sans venir poiser et connoistre la verit des choses par la force de raison2 cette facilit1 dis-ie1 ne se trouue pas si aisment en vn seul1 et est plus ais de le garentir par bonne institution et bon conseil1 de l'impression de cette poison4 ,on n'a pas veu sortir de ,macedoine ny de ,perse1 aucun orateur de renom4 ,i'en ay dit ce mot1 sur le subiect d'vn ,italien1 que ie vien d'entretenir1 qui a seruy le feu ,cardinal ,caraffe de maistre d'hostel iusques sa mort4 ,ie luy faisoy compter de sa charge4 ,il m'a fait vn discours de cette science de gueule1 auec vne grauit et contenance magistrale1 comme s'il m'eust parl de quelque grand poinct de theologie4 ,il m'a dechifr vne difference d'appetits3 celuy qu'on a ieun1 qu'on a apres le second et tiers seruice3 les moyens tantost de luy plaire simplement1 tantost de l'eueiller et picquer3 la police de ses sauces2 premierement en general1 et puis particularisant les qualitez des ingrediens1 et leurs effects3 les differences des salades selon leur saison1 celle qui doit estre reschaufe1 celle qui veut estre seruie froide1 la faon de les orner et embellir1 pour les rendre encores plaisantes la veu4 ,apres cela il est entr sur l'ordre du seruice1 plein de belles et importantes considerations4 ,nec minimo san discrimine refert ,quo gestu lepores1 et quo gallina secetur4 ,et tout cela enfl de riches et magnifiques parolles3 et celles mesmes qu'on employe traiter du gouuernement d'vn ,empire4 ,il m'est souuenu de mon homme1 ,hoc salsum est1 hoc adustum est1 hoc lautum est parum2 ,illud rect1 iterum sic memento2 sedul ,moneo qu possum pro mea sapientia4 ,postremo tanquam in speculum1 in patinas1 ,demea1 ,inspicere iubeo1 et moneo quid facto vsus sit4 ,si est-ce que les ,grecs mesmes lourent grandement l'ordre et la disposition que ,paulus mylius obserua au festin1 qu'il leur fit au retour de ,macedoine3 mais ie ne parle point icy des effects1 ie parle des mots4 ,ie ne say s'il en aduient aux autres comme moy3 mais ie ne me puis garder quand i'oy nos architectes1 s'enfler de ces gros mots de pilastres1 architraues1 corniches d'ouurage ,corinthien1 et ,dorique1 et semblables de leur iargon1 que mon imagination ne se saisisse incontinent du palais d',apollidon1 et par effect ie trouue que ce sont les chetiues pieces de la porte de ma cuisine4 ,oyez dire metonomie1 metaphore1 allegorie1 et autres tels noms de la grammaire1 semble-il pas qu'on signifie quelque forme de langage rare et pellegrin8 ce sont titres qui touchent le babil de vostre chambriere4 ,c'est vne piperie voisine cette-cy1 d'appeller les offices de nostre ,estat1 par les titres superbes des ,romains1 encore qu'ils n'ayent aucune ressemblance de charge1 et encores moins d'authorit et de puissance4 ,et cette-cy aussi1 qui seruira1 mon aduis1 vn iour de reproche nostre siecle1 d'employer indignement qui bon nous semble les surnoms les plus glorieux1 dequoy l'anciennet ait honor vn ou deux personnages en plusieurs siecles4 ,platon a emport ce surnom de diuin1 par vn consentement vniuersel1 qu'aucun n'a essay luy enuier3 et les ,italiens qui se vantent1 et auecques raison1 d'auoir communment l'esprit plus esueill1 et le discours plus sain que les autres nations de leur temps1 en viennent d'estrener l',aretin3 auquel1 sauf vne faon de parler bouffie et bouillonne de pointes1 ingenieuses la verit1 mais recherches de loing1 et fantastiques1 et outre l'eloquence en fin1 telle qu'elle puisse estre1 ie ne voy pas qu'il y ait rien au dessus des communs autheurs de son siecle3 tant s'en faut qu'il approche de cette diuinit ancienne4 ,et le surnom de ,grand1 nous l'attachons des ,princes1 qui n'ont rien au dessus de la grandeur populaire4 ,,chapitre ,,lii4 ,de la parsimonie des anciens4 ,,attilivs ,regulus1 general de l'arme ,romaine en ,afrique1 au milieu de sa gloire et de ses victoires contre les ,carthaginois1 escriuit la chose publique1 qu'vn valet de labourage1 qu'il auoit laiss seul au gouuernement de son bien1 qui estoit en tout sept arpents de terre1 s'en estoit enfuy1 ayant desrob ses vtils de labourage1 et demandoit cong pour s'en retourner et y pouruoir1 de peur que sa femme1 et ses enfans n'en eussent souffrir4 ,le ,senat pourueut commettre vn autre la conduite de ses biens1 et luy fit restablir ce qui luy auoit est desrob1 et ordonna que sa femme et enfans seroient nourris aux despens du public4 ,le vieux ,caton reuenant d',espaigne ,consul1 vendit son cheual de seruice pour espargner l'argent qu'il eust coust le ramener par mer en ,italie3 et estant au gouuernement de ,sardaigne1 faisoit ses visitations pied1 n'ayant auec luy autre suite qu'vn officier de la chose publique1 qui luy portoit sa robbe1 et vn vase faire des sacrifices3 et le plus souuent il portoit sa male luy mesme4 ,il se vantoit de n'auoir iamais eu robbe qui eust coust plus de dix escus2 ny auoir enuoy au march plus de dix sols pour vn iour3 et de ses maisons aux champs1 qu'il n'en auoit aucune qui fust crepie et enduite par dehors4 ,scipion mylianus apres deux triomphes et deux ,consulats1 alla en legation auec sept seruiteurs seulement4 ,on tient qu',homere n'en eut iamais qu'vn1 ,platon trois2 ,zenon le chef de la secte ,stoique1 pas vn4 ,il ne fut tax que cinq sols et demy pour iour1 ,tyberius ,gracchus1 allant en commission pour la chose publique1 estant lors le premier homme des ,romains4 ,,chapitre ,,liii4 ,d'vn mot de ,csar4 ,,si nous nous amusions par fois nous considerer1 et le temps que nous mettons contreroller autruy1 et connoistre les choses qui sont hors de nous1 que nous l'employissions nous sonder nous mesmes1 nous sentirions aisment combien toute cette nostre contexture est bastie de pieces foibles et defaillantes4 ,n'est-ce pas vn singulier tesmoignage d'imperfection1 ne pouuoir r'assoir nostre contentement en aucune chose1 et que par desir mesme et imagination il soit hors de nostre puissance de choisir ce qu'il nous faut8 ,dequoy porte bon tesmoignage cette grande dispute1 qui a tousiours est entre les ,philosophes1 pour trouuer le souuerain bien de l'homme1 et qui dure encores et durera eternellement1 sans resolution et sans accord4 ,dum abest quod auemus1 id exsuperare videtur ,ctera2 post aliud1 cm contigit1 illud auemus1 ,et sitis qua tenet4 ,quoy que ce soit qui tombe en nostre connoissance et ioussance1 nous sentons qu'il ne nous satisfait pas1 et allons beant apres les choses aduenir et inconnus1 d'autant que les presentes ne nous soulent point4 ,non pas mon aduis qu'elles n'ayent assez dequoy nous souler1 mais c'est que nous les saisissons d'vne prise malade et desregle4 ,nam cm vidit hic ad vsum qu flagitat vsus1 ,omnia iam ferm mortalibus esse parata2 ,diuitiis homines et honore et laude potentes ,affluere1 atque bona natorum excellere fama2 ,nec minus esse domi1 cuiquam tamen anxia corda1 ,atque animum infestis cogi seruire querelis3 ,intellexit ibi vitium vas facere ipsum1 ,omnique1 illius vitio1 corrumpier intus ,qu collata foris et commoda quque venirent4 ,nostre appetit est irresolu et incertain3 il ne sait rien tenir1 ny rien iouyr de bonne faon4 ,l'homme estimant que ce soit le vice de ces choses qu'il tient1 se remplit et se paist d'autres choses qu'il ne sait point1 et qu'il ne cognoist point1 o il applique ses desirs et ses esperances1 les prend en honneur et reuerence3 comme dit ,csar1 ,communi fit vitio natur1 vt inuisis1 latitantibus atque incognitis rebus magis confidamus1 vehementisque exterreamur4 ,,chapitre ,,liiii4 ,des vaines subtilitez4 ,,il est de ces subtilitez friuoles et vaines1 par le moyen desquelles les hommes cerchent quelquefois de la recommandation3 comme les potes1 qui font des ouurages entiers de vers commenans par vne mesme lettre3 nous voyons des ufs1 des boules1 des aisles1 des haches faonnes anciennement par les ,grecs1 auec la mesure de leurs vers1 en les alongeant ou accoursissant1 en maniere qu'ils viennent representer telle1 ou telle figure4 ,telle estoit la science de celuy qui s'amusa compter en combien de sortes se pouuoient renger les lettres de l'alphabet1 et y en trouua ce nombre incroyable1 qui se void dans ,plutarque4 ,ie trouue bonne l'opinion de celuy1 qui on presenta vn homme1 apris ietter de la main vn grain de mil1 auec telle industrie1 que sans faillir1 il le passoit tousiours dans le trou d'vne esguille1 et luy demanda lon apres quelque present pour loyer d'vne si rare suffisance3 surquoy il ordonna bien plaisamment et iustement mon aduis1 qu'on fist donner cet ouurier deux ou trois minots de mil1 affin qu'vn si bel art ne demeurast sans exercice4 ,c'est vn tesmoignage merueilleux de la foiblesse de nostre iugement1 qu'il recommande les choses par la raret ou nouuellet1 ou encore par la difficult1 si la bont et vtilit n'y sont ioinctes4 ,nous venons presentement de nous iour chez moy1 qui pourroit trouuer plus de choses qui se tinsent par les deux bouts extremes1 comme1 ,sire1 c'est vn tiltre qui se donne la plus esleue personne de nostre ,estat1 qui est le ,roy1 et se donne aussi au vulgaire1 comme aux marchans1 et ne touche point ceux d'entre deux4 ,les femmes de qualit1 on les nomme ,dames1 les moyennes ,damoiselles1 et ,dames encore celles de la plus basse marche4 ,les daiz qu'on estend sur les tables1 ne sont permis qu'aux maisons des ,princes et aux tauernes4 ,democritus disoit1 que les ,dieux et les bestes auoient les sentimens plus aiguz que les hommes1 qui sont au moyen estage4 ,les ,romains portoient mesme accoutrement les iours de dueil et les iours de feste4 ,il est certain que la peur extreme1 et l'extreme ardeur de courage troublent galement le ventre1 et le laschent4 ,le saubriquet de ,tremblant1 duquel le ,,xii4 ,roy de ,nauarre ,sancho fut surnomm1 aprend que la hardiesse aussi bien que la peur engendrent du tremoussement aux membres4 ,ceux qui armoient ou luy ou quelque autre de pareille nature1 qui la peau frissonoit1 essayerent le rasseurer2 appetissans le danger auquel il s'alloit ietter3 ,vous me cognoissez mal1 leur dit-il3 si ma chair sauoit iusques o mon courage la portera tantost1 elle se transiroit tout plat4 ,la foiblesse qui nous vient de froideur1 et desgoutement aux exercices de ,venus1 elle nous vient aussi d'vn appetit trop vehement1 et d'vne chaleur desregle4 ,l'extreme froideur et l'extreme chaleur cuisent et rotissent4 ,aristote dit que les cueux de plomb se fondent1 et coulent de froid1 et de la rigueur de l'hyuer1 comme d'vne chaleur vehemente4 ,le desir et la satiet remplissent de douleur les sieges au dessus et au dessous de la volupt4 ,la bestise et la sagesse se rencontrent en mesme poinct de sentiment et de resolution la souffrance des accidens humains3 les sages gourmandent et commandent le mal1 et les autres l'ignorent3 ceux-cy sont1 par maniere de dire1 au de des accidens1 les autres au del3 lesquels apres en auoir bien pois et consider les qualitez1 les auoir mesurez et iugez tels qu'ils sont1 s'eslancent au dessus1 par la force d'vn vigoureux courage4 ,ils les desdaignent et foulent aux pieds1 ayans vne ame forte et solide1 contre laquelle les traicts de la fortune venans donner1 il est force qu'ils reialissent et s'esmoussent1 trouuans vn corps dans lequel ils ne peuuent faire impression3 l'ordinaire et moyenne condition des hommes1 loge entre ces deux extremitez3 qui est de ceux qui apperoiuent les maux1 les sentent1 et ne les peuuent supporter4 ,l'enfance et la decrepitude se rencontrent en imbecillit de cerueau4 ,l'auarice et la profusion en pareil desir d'attirer et d'acquerir4 ,il se peut dire auec apparence1 qu'il y a ignorance abecedaire1 qui va deuant la science3 vne autre doctorale1 qui vient apres la science3 ignorance que la science fait et engendre1 tout ainsi comme elle deffait et destruit la premiere4 ,des esprits simples1 moins curieux et moins instruits1 il s'en fait de bons ,chrestiens1 qui par reuerence et obeissance1 croyent simplement1 et se maintiennent sous les loix4 ,en la moyenne vigueur des esprits1 et moyenne capacit1 s'engendre l'erreur des opinions3 ils suiuent l'apparence du premier sens3 et ont quelque tiltre d'interpreter niaiserie et bestise que nous soyons arrestez en l'ancien train1 regardans nous1 qui n'y sommes pas instruits par estude4 ,les grands esprits plus rassis et clairuoyans1 font vn autre genre de bien croyans3 lesquels par longue et religieuse inuestigation1 penetrent vne plus profonde et abstruse lumiere1 s escritures1 et sentent le mysterieux et diuin secret de nostre police ecclesiastique4 ,pourtant en voyons nous aucuns estre arriuez ce dernier estage1 par le second1 auec merueilleux fruit1 et confirmation3 comme l'extreme limite de la chrestienne intelligence3 et iouyr de leur victoire auec consolation1 action de graces1 reformation de murs1 et grande modestie4 ,et en ce rang n'entens-ie pas loger ces autres1 qui pour se purger du soupon de leur erreur pass1 et pour nous asseurer d'eux1 se rendent extremes1 indiscrets1 et iniustes1 la conduicte de nostre cause1 et la tachent d'infinis reproches de violence4 ,les pasants simples1 sont honnestes gents3 et honnestes gents les ,philosophes3 ou1 selon que nostre temps les nomme1 des natures fortes et claires1 enrichies d'vne large instruction de sciences vtiles4 ,les mestis1 qui ont dedaign le premier siege de l'ignorance des lettres1 et n'ont peu ioindre l'autre1 le cul entre deux selles 7desquels ie suis1 et tant d'autres7 sont dangereux1 ineptes1 importuns3 ceux-cy troublent le monde4 ,pourtant de ma part1 ie me recule tant que ie puis1 dans le premier et naturel siege1 d'o ie me suis pour neant essay de partir4 ,la posie populaire et purement naturelle1 a des nauets et graces1 par o elle se compare la principale beaut de la posie parfaitte selon l'art3 comme il se void s villanelles de ,gascongne et aux chansons1 qu'on nous rapporte des nations qui n'ont cognoissance d'aucune science1 ny mesme d'escriture4 ,la posie mediocre1 qui s'arreste entre deux1 est desdaigne1 sans honneur1 et sans prix4 ,mais par ce qu'apres que le pas a est ouuert l'esprit1 i'ay trouu1 comme il aduient ordinairement1 que nous auions pris pour vn exercice malais et d'vn rare subiect1 ce qui ne l'est aucunement1 et qu'apres que nostre inuention a est eschauffe1 elle descouure vn nombre infiny de pareils exemples1 ie n'en adiousteray que cettuy-cy3 que si ces ,essays estoient dignes1 qu'on en iugeast1 il en pourroit aduenir mon aduis1 qu'ils ne plairoient guere aux esprits communs et vulgaires1 ny guere aux singuliers et excellens3 ceux-l n'y entendroient pas assez1 ceux-cy y entendroient trop3 ils pourroient viuoter en la moyenne region4 ,,chapitre ,,lv4 ,des ,senteurs4 ,,il se dit d'aucuns1 comme d',alexandre le grand1 que leur sueur espandoit vn' odeur souefue1 par quelque rare et extraordinaire complexion3 dequoy ,plutarque et autres recherchent la cause4 ,mais la commune faon des corps est au contraire3 et la meilleure condition qu'ils ayent1 c'est d'estre exempts de senteur4 ,la douceur mesme des haleines plus pures1 n'a rien de plus parfaict1 que d'estre sans aucune odeur1 qui nous offence3 comme sont celles des enfans bien sains4 ,voyla pourquoy dit ,plaute1 ,mulier tum ben olet1 vbi nihil olet4 ,la plus exquise senteur d'vne femme1 c'est ne sentir rien4 ,et les bonnes senteurs estrangeres1 on a raison de les tenir pour suspectes1 ceux qui s'en seruent1 et d'estimer qu'elles soyent employes pour couurir quelque defaut naturel de ce cost-l4 ,d'o naissent ces rencontres des potes anciens1 c'est pur que sentir bon4 ,rides nos1 ,coracine1 nil olentes3 ,malo qum ben olere1 nil olere4 ,et ailleurs1 ,posthume1 non ben olet1 qui ben semper olet4 ,i'ayme pourtant bien fort estre entretenu de bonnes senteurs1 et hay outre mesure les mauuaises1 que ie tire de plus loing que toute autre3 ,namque sagacius vnus odoror1 ,polypus1 an grauis hirsutis cubet hircus in alis1 ,qum canis acer vbi lateat sus4 ,les senteurs plus simples et naturelles1 me semblent plus aggreables4 ,et touche ce soing principalement les dames4 ,en la plus espesse barbarie1 les femmes ,scythes1 apres s'estre laues1 se saupoudrent et encroustent tout le corps et le visage1 de certaine drogue1 qui naist en leur terroir1 odoriferante4 ,et pour approcher les hommes1 ayans ost ce fard1 elles s'en trouuent et polies et parfumes4 ,quelque odeur que ce soit1 c'est merueille combien elle s'attache moy1 et combien i'ay la peau propre s'en abreuuer4 ,celuy qui se plaint de nature dequoy elle a laiss l'homme sans instrument porter les senteurs au nez1 a tort3 car elles se portent elles mesmes4 ,mais moy particulierement1 les moustaches que i'ay pleines1 m'en seruent3 si i'en approche mes gans1 ou mon mouchoir1 l'odeur y tiendra tout vn iour3 elles accusent le lieu d'o ie viens3 les estroits baisers de la ieunesse1 sauoureux1 gloutons et gluans1 s'y colloient autrefois1 et s'y tenoient plusieurs heures apres4 ,et si pourtant ie me trouue peu subiect aux maladies populaires1 qui se chargent par la conuersation1 et qui naissent de la contagion de l'air2 et me suis sauu de celles de mon temps1 dequoy il y en a eu plusieurs sortes en nos villes1 et en noz armes4 ,on lit de ,socrates1 que n'estant iamais party d',athenes pendant plusieurs recheutes de peste1 qui la tourmenterent tant de fois1 luy seul ne s'en trouua iamais plus mal4 ,les medecins pourroient1 ce crois-ie1 tirer des odeurs1 plus d'vsage qu'ils ne font3 car i'ay souuent appereu qu'elles me changent1 et agissent en mes esprits1 selon qu'elles sont4 ,qui me fait approuuer ce qu'on dit1 que l'inuention des encens et parfuns aux ,eglises1 si ancienne et espandue en toutes nations et religions1 regarde cela1 de nous resiouir1 esueiller et purifier le sens1 pour nous rendre plus propres la contemplation4 ,ie voudrois bien pour en iuger1 auoir eu ma part de l'ouurage de ces cuisiniers1 qui sauent assaisonner les odeurs estrangeres1 auec la saueur des viandes4 ,comme on remarqua singulierement au seruice du ,roy de ,thunes1 qui de nostre aage print terre ,naples1 pour s'aboucher auec l',empereur ,charles4 ,on farcissoit ses viandes de drogues odoriferantes1 en telle somptuosit1 qu'vn ,paon1 et deux ,faisans1 se trouuerent sur ses parties1 reuenir cent ducats1 pour les apprester selon leur maniere4 ,et quand on les despeoit1 non la salle seulement1 mais toutes les chambres de son ,palais1 et les rues d'autour1 estoient remplies d'vne tres-soefue vapeur1 qui ne s'esuanouissoit pas si soudain4 ,le principal soing que i'aye me loger1 c'est de fuir l'air puant et pesant4 ,ces belles villes1 ,venise et ,paris1 alterent la faueur que ie leur porte1 par l'aigre senteur1 l'vne de son maraits1 l'autre de sa boue4 ,,chapitre ,,lvi4 ,des prieres4 ,,ie propose des fantasies informes et irresolues1 comme font ceux qui publient des questions doubteuses1 debattre aux escoles3 non pour establir la verit1 mais pour la chercher4 ,et les soubmets au iugement de ceux1 qui il touche de regler non seulement mes actions et mes escrits1 mais encore mes penses4 ,esgalement m'en sera acceptable et vtile la condemnation1 comme l'approbation1 tenant pour absurde et impie1 si rien se rencontre ignoramment ou inaduertamment couch en cette rapsodie contraire aux sainctes resolutions et prescriptions de l',eglise ,catholique ,apostolique et ,romaine1 en laquelle ie meurs1 et en laquelle ie suis nay4 ,et pourtant me remettant tousiours l'authorit de leur censure1 qui peut tout sur moy1 ie me mesle ainsi temerairement toute sorte de propos3 comme icy4 ,ie ne say si ie me trompe3 mais puis que par vne faueur particuliere de la bont diuine1 certaine faon de priere nous a est prescripte et dicte mot mot par la bouche de ,dieu1 il m'a tousiours sembl que nous en deuions auoir l'vsage plus ordinaire1 que nous n'auons4 ,et si i'en estoy creu1 l'entre et l'issue de noz tables1 nostre leuer et coucher1 et toutes actions particulieres1 ausquelles on a accoustum de mesler des prieres1 ie voudroy que ce fust le patenostre1 que les ,chrestiens y employassent1 sinon seulement1 au moins tousiours4 ,l',eglise peut estendre et diuersifier les prieres selon le besoin de nostre instruction3 car ie say bien que c'est tousiours mesme substance1 et mesme chose4 ,mais on deuoit donner celle l ce priuilege1 que le peuple l'eust continuellement en la bouche3 car il est certain qu'elle dit tout ce qu'il faut1 et qu'elle est trespropre toutes occasions4 ,c'est l'vnique priere1 dequoy ie me sers par tout1 et la repete au lieu d'en changer4 ,d'o il aduient1 que ie n'en ay aussi bien en memoire1 que cette l4 ,i'auoy presentement en la pense1 d'o nous venoit cett' erreur1 de recourir ,dieu en tous nos desseins et entreprises1 et l'appeller toute sorte de besoing1 et en quelque lieu que nostre foiblesse veut de l'aide1 sans considerer si l'occasion est iuste ou iniuste2 et d'escrier son nom1 et sa puissance1 en quelque estat1 et action que nous soyons1 pour vitieuse qu'elle soit4 ,il est bien nostre seul et vnique protecteur1 et peut toutes choses nous ayder3 mais encore qu'il daigne nous honorer de cette douce alliance paternelle1 il est pourtant autant iuste1 comme il est bon1 et comme il est puissant3 mais il vse bien plus souuent de sa iustice1 que de son pouuoir1 et nous fauorise selon la raison d'icelle1 non selon noz demandes4 ,platon en ses loix fait trois sortes d'iniurieuse creance des ,dieux1 ,qu'il n'y en ayt point1 ,qu'ils ne se meslent pas de noz affaires1 ,qu'ils ne refusent rien noz vux1 offrandes et sacrifices4 ,la premiere erreur1 selon son aduis1 ne dura iamais immuable en homme1 depuis son enfance1 iusques sa vieillesse4 ,les deux suiuantes peuuent souffrir de la constance4 ,sa iustice et sa puissance sont inseparables4 ,pour neant implorons nous sa force en vne mauuaise cause4 ,il faut auoir l'ame nette1 au moins en ce moment1 auquel nous le prions1 et descharge de passions vitieuses3 autrement nous luy presentons nous mesmes les verges1 dequoy nous chastier4 ,au lieu de rabiller nostre faute1 nous la redoublons2 presentans celuy1 qui nous auons demander pardon1 vne affection pleine d'irreuerence et de haine4 ,voyla pourquoy ie ne lou pas volontiers ceux1 que ie voy prier ,dieu plus souuent et plus ordinairement1 si les actions voisines de la priere1 ne me tesmoignent quelque amendement et reformation4 ,si nocturnus adulter1 ,tempora sanctonico velas adoperta cucullo4 ,et l'assiette d'vn homme meslant vne vie execrable la deuotion1 semble estre aucunement plus condemnable1 que celle d'vn homme conforme soy1 et dissolu par tout4 ,pourtant refuse nostre ,eglise tous les iours1 la faueur de son entre et societ1 aux murs obstines quelque insigne malice4 ,nous prions par vsage et par coustume3 ou pour mieux dire1 nous lisons ou prononons noz prieres3 ce n'est en fin que mine4 ,et me desplaist de voir faire trois signes de croix au ,benedicite1 autant ,graces 7et plus m'en desplait-il de ce que c'est vn signe que i'ay en reuerence et continuel vsage1 mesmement quand ie baaille7 et cependant toutes les autres heures du iour1 les voir occupes la haine1 l'auarice1 l'iniustice4 ,aux vices leur heure1 son heure ,dieu1 comme par compensation et composition4 ,c'est miracle1 de voir continuer des actions si diuerses d'vne si pareille teneur1 qu'il ne s'y sente point d'interruption et d'alteration aux confins mesmes1 et passage de l'vne l'autre4 ,quelle prodigieuse conscience se peut donner repos1 nourrissant en mesme giste1 d'vne societ si accordante et si paisible1 le crime et le iuge8 ,vn homme1 de qui la paillardise1 sans cesse regente la teste1 et qui la iuge tres-odieuse la veu diuine1 que dit-il ,dieu1 quand il luy en parle8 ,il se rameine1 mais soudain il rechoit4 ,si l'obiect de la diuine iustice1 et sa presence frappoient1 comme il dit1 et chastioient son ame1 pour courte qu'en fust la penitence1 la crainte mesme y reietteroit si souuent sa pense1 qu'incontinent il se verroit maistre de ces vices1 qui sont habitus et acharns en luy4 ,mais quoy6 ceux qui couchent vne vie entiere1 sur le fruit et emolument du pech1 qu'ils sauent mortel8 ,combien auons nous de mestiers et vacations receus1 dequoy l'essence est vicieuse8 ,et celuy qui se confessant moy1 me recitoit1 auoir tout vn aage faict profession et les effects d'une religion damnable selon luy1 et contradictoire celle qu'il auoit en son cur1 pour ne perdre son credit et l'honneur de ses charges3 comment patissoit-il ce discours en son courage8 ,de quel langage entretiennent ils sur ce subiect1 la iustice diuine8 ,leur repentance consistant en visible et maniable reparation1 ils perdent et enuers ,dieu1 et enuers nous1 le moyen de l'alleguer4 ,sont-ils si hardis de demander pardon1 sans satisfaction et sans repentance8 ,ie tien que de ces premiers il en va1 comme de ceux-cy3 mais l'obstination n'y est pas si aise conuaincre4 ,cette contrariet et volubilit d'opinion si soudaine1 si violente1 qu'ils nous feignent1 sent pour moy son miracle4 ,ils nous representent l'estat d'vne indigestible agonie4 ,que l'imagination me sembloit fantastique1 de ceux qui ces annes passes1 auoient en vsage de reprocher tout chascun1 en qui il reluisoit quelque clart d'esprit1 professant la religion ,catholique1 que c'estoit feinte3 et tenoient mesme1 pour luy faire honneur1 quoy qu'il dist par apparence1 qu'il ne pouuoit faillir au dedans1 d'auoir sa creance reforme leur pied4 ,fascheuse maladie1 de se croire si fort1 qu'on se persuade1 qu'il ne se puisse croire au contraire3 et plus fascheuse encore1 qu'on se persuade d'vn tel esprit1 qu'il prefere ie ne say quelle disparit de fortune presente1 aux esperances et menaces de la vie eternelle6 ,ils m'en peuuent croire3 ,si rien eust deu tenter ma ieunesse1 l'ambition du hazard et difficult1 qui suiuoient cette recente entreprinse1 y eust eu bonne part4 ,ce n'est pas sans grande raison1 ce me semble1 que l',eglise deffend l'vsage promiscue1 temeraire et indiscret des sainctes et diuines chansons1 que le ,sainct ,esprit a dict en ,dauid4 ,il ne faut mesler ,dieu en nos actions qu'auecque reuerence et attention pleine d'honneur et de respect4 ,cette voix est trop diuine1 pour n'auoir autre vsage que d'exercer les poulmons1 et plaire nos oreilles4 ,c'est de la conscience qu'elle doit estre produite1 et non pas de la langue4 ,ce n'est pas raison qu'on permette qu'vn garon de boutique parmy ses vains et friuoles pensemens1 s'en entretienne et s'en iou4 ,ny n'est certes raison de voir tracasser par vne sale1 et par vne cuysine1 le ,sainct liure des sacrez mysteres de nostre creance4 ,c'estoyent autrefois mysteres1 ce sont present desduits et esbats4 ,ce n'est pas en passant1 et tumultuairement1 qu'il faut manier vn estude si serieux et venerable4 ,ce doit estre vne action destine1 et rassise1 laquelle on doit tousiours adiouster cette preface de nostre office1 sursum corda1 et y apporter le corps mesme dispos en contenance1 qui tesmoigne vne particuliere attention et reuerence4 ,ce n'est pas l'estude de tout le monde3 c'est l'estude des personnes qui y sont voues1 que ,dieu y appelle4 ,les meschans1 les ignorants s'y empirent4 ,ce n'est pas vne histoire compter3 c'est vne histoire reuerer1 craindre et adorer4 ,plaisantes gents1 qui pensent l'auoir rendue maniable au peuple1 pour l'auoir mise en langage populaire4 ,ne tient-il qu'aux mots1 qu'ils n'entendent tout ce qu'ils trouuent par escrit8 ,diray-ie plus8 ,pour l'en approcher de ce peu1 ils l'en reculent4 ,l'ignorance pure1 et remise toute en autruy1 estoit bien plus salutaire et plus sauante1 que n'est cette science verbale1 et vaine1 nourrice de presomption et de temerit4 ,ie croy aussi que la libert chacun de dissiper vne parole si religieuse et importante1 tant de sortes d'idiomes1 a beaucoup plus de danger que d'vtilit4 ,les ,iuifs1 les ,mahometans1 et quasi tous autres1 ont espous1 et reuerent le langage1 auquel originellement leurs mysteres auoient est conceuz1 et en est deffendue l'alteration et changement2 non sans apparence4 ,sauons nous bien qu'en ,basque1 et en ,bretaigne1 il y ayt des ,iuges assez1 pour establir cette traduction faicte en leur langue8 ,l',eglise vniuerselle n'a point de iugement plus ardu faire1 et plus solemne4 ,en preschant et parlant1 l'interpretation est vague1 libre1 muable1 et d'vne parcelle3 ainsi ce n'est pas de mesme4 ,l'vn de noz historiens ,grecs accuse iustement son siecle1 de ce que les secrets de la religion ,chrestienne1 estoient espandus emmy la place1 s mains des moindres artisans3 que chacun en pouuoit debattre et dire selon son sens4 ,et que ce nous deuoit estre grande honte1 nous qui par la grace de ,dieu1 ioussons des purs mysteres de la piet1 de les laisser profaner en la bouche de personnes ignorantes et populaires1 veu que les ,gentils interdisoient ,socrates1 ,platon1 et aux plus sages1 de s'enquerir et parler des choses commises aux ,prestres de ,delphes4 ,dit aussi1 que les factions des ,princes1 sur le subiect de la ,theologie1 sont armes non de zele1 mais de cholere4 ,que le zele tient de la diuine raison et iustice1 se conduisant ordonnment et moderment3 mais qu'il se change en haine et enuie3 et produit au lieu du froment et du raisin1 de l'yuroye et des orties1 quand il est conduit d'vne passion humaine4 ,et iustement aussi1 cet autre1 conseillant l',empereur ,theodose1 disoit1 les disputes n'endormir pas tant les schismes de l',eglise1 que les esueiller1 et animer les heresies4 ,que pourtant il faloit fur toutes contentions et argumentations ,dialectiques1 et se rapporter nuement aux prescriptions et formules de la foy1 establies par les anciens4 ,et l',empereur ,andronicus1 ayant rencontr en son palais1 des principaux hommes1 aux prises de parole1 contre ,lapodius1 sur vn de noz points de grande importance1 les tana1 iusques menacer de les ietter en la riuiere1 s'ils continuoyent4 ,les enfants et les femmes1 en noz iours1 regentent les hommes plus vieux et experimentez1 sur les loix ,ecclesiastiques3 l o la premiere de celles de ,platon leur deffend de s'enquerir seulement de la raison des loix ciuiles1 qui doiuent tenir lieu d'ordonnances diuines4 ,et permettant aux vieux1 d'en communiquer entre eux1 et auec le ,magistrat3 il adiouste1 pourueu que ce ne soit en presence des ieunes1 et personnes profanes4 ,vn ,euesque a laiss par escrit1 qu'en l'autre bout du monde1 il y a vne ,isle1 que les anciens nommoient ,dioscoride3 commode en fertilit de toutes sortes d'arbres et fruits1 et salubrit d'air3 de laquelle le peuple est ,chrestien1 ayant des ,eglises et des ,autels1 qui ne sont parez que de croix1 sans autres images3 grand obseruateur de ieusnes et de festes3 exacte paeur de dismes aux ,prestres3 et si chaste1 que nul d'eux ne peut cognoistre qu'vne femme en sa vie4 ,au demeurant1 si contant de sa fortune1 qu'au milieu de la mer1 il ignore l'vsage des nauires3 et si simple1 que de la religion qu'il obserue si songneusement1 il n'en entend vn seul mot4 ,chose incroyable1 qui ne sauroit1 les ,payens si deuots idolatres1 ne cognoistre de leurs ,dieux1 que simplement le nom et la statue4 ,l'ancien commencement de ,menalippe1 tragedie d',euripides1 portoit ainsi4 ,o ,iuppiter1 car de toy rien sinon ,ie ne cognois seulement que le nom4 ,i'ay veu aussi de mon temps1 faire plainte d'aucuns escrits1 de ce qu'ils sont purement humains et philosophiques1 sans meslange de ,theologie4 ,qui diroit au contraire1 ce ne seroit pourtant sans quelque raison2 ,que la doctrine diuine tient mieux son rang part1 comme ,royne et dominatrice3 ,qu'elle doit estre principale par tout1 point suffragante et subsidiaire3 ,et qu' l'auenture se prendroient les exemples la ,grammaire1 ,rhetorique1 ,logique1 plus sortablement d'ailleurs que d'vne si sainte matiere2 comme aussi les arguments des ,theatres1 ieux et spectacles publiques4 ,que les raisons diuines se considerent plus venerablement et reueremment seules1 et en leur stile1 qu'apparies aux discours humains4 ,qu'il se voit plus souuent cette faute1 que les ,theologiens escriuent trop humainement1 que cett'autre1 que les humanistes escriuent trop peu theologalement4 ,la ,philosophie1 dit ,sainct ,chrysostome1 est piea banie de l'escole saincte1 comme seruante inutile1 et estime indigne de voir seulement en passant de l'entre1 le sacraire des saincts ,thresors de la doctrine celeste4 ,que le dire humain a ses formes plus basses1 et ne se doit seruir de la dignit1 majest1 regence1 du parler diuin4 ,ie luy laisse pour moy1 dire1 verbis indisciplinatis1 fortune1 destine1 accident1 heur1 et malheur1 et les ,dieux1 et autres frases1 selon sa mode4 ,ie propose les fantasies humaines et miennes1 simplement comme humaines fantasies1 et separement consideres3 non comme arrestes et regles par l'ordonnance celeste1 incapable de doubte et d'altercation4 ,matiere d'opinion1 non matiere de foy4 ,ce que ie discours selon moy1 non ce que ie croy selon ,dieu1 d'vne faon laque1 non clericale3 mais tousiours tres-religieuse4 ,comme les enfants proposent leurs essays1 instruisables1 non instruisants4 ,et ne diroit-on pas aussi sans apparence1 que l'ordonnance de ne s'entremettre que bien reserument d'escrire de la ,religion1 tous autres qu' ceux qui en font expresse profession1 n'auroit pas faute de quelque image d'vtilit et de iustice2 et moy auec1 peut estre de m'en taire4 ,on m'a dict que ceux mesmes1 qui ne sont pas des nostres1 deffendent pourtant entre eux l'vsage du nom de ,dieu1 en leurs propos communs4 ,ils ne veulent pas qu'on s'en serue par vne maniere d'interiection1 ou d'exclamation1 ny pour tesmoignage1 ny pour comparaison3 en quoy ie trouue qu'ils ont raison4 ,et en quelque maniere que ce soit1 que nous appelons ,dieu notre commerce et societ1 il faut que ce soit serieusement1 et religieusement4 ,il y a1 ce me semble1 en ,xenophon vn tel discours1 o il montre que nous deuons plus rarement prier ,dieu3 d'autant qu'il n'est pas ais1 que nous puissions si souuent remettre nostre ame1 en cette assiette regle1 reforme1 et deuotieuse1 o il faut qu'elle soit pour ce faire3 autrement nos prieres ne sont pas seulement vaines et inutiles1 mais vitieuses4 ,pardonne nous1 disons nous1 comme nous pardonnons ceux qui nous ont offencez4 ,que disons nous par l1 sinon que nous luy offrons nostre ame exempte de vengeance et de rancune8 ,toutesfois nous inuoquons ,dieu et son ayde1 au complot de noz fautes1 et le conuions l'iniustice4 ,qu1 nisi seductis1 nequeas committere diuis4 ,l'auaricieux le prie pour la conseruation vaine et superflue de ses thresors3 l'ambitieux pour ses victoires1 et conduite de sa fortune3 le voleur l'employe son ayde1 pour franchir le hazard et les difficultez1 qui s'opposent l'execution de ses meschantes entreprinses3 ou le remercie de l'aisance qu'il a trouu desgosiller vn passant4 ,au pied de la maison1 qu'ils vont escheller ou petarder1 ils font leurs prieres1 l'intention et l'esperance pleine de cruaut1 de luxure1 et d'auarice4 ,hoc ipsum1 quo tu ,iouis aurem impellere tentas1 ,dic agedum ,staio3 proh ,iuppiter6 bone1 clamet1 ,iuppiter6 at sese non clamet ,iuppiter ipse4 ,la ,royne de ,nauarre ,margueritte1 recite d'vn ieune ,prince1 et encore qu'elle ne le nomme pas1 sa grandeur l'a rendu cognoissable assez1 qu'allant vne assignation amoureuse1 et coucher auec la femme d'vn ,aduocat de ,paris1 son chemin s'addonnant au trauers d'vne ,eglise1 il ne passoit iamais en ce lieu sainct1 allant ou retournant de son entreprinse1 qu'il ne fist ses prieres et oraisons4 ,ie vous laisse iuger1 l'ame pleine de ce beau pensement1 quoy il employoit la faueur diuine4 ,toutesfois elle allegue cela pour vn tesmoignage de singuliere deuotion4 ,mais ce n'est pas par cette preuue seulement qu'on pourroit verifier que les femmes ne sont gueres propres traiter les matieres de la ,theologie4 ,vne vraye priere1 et vne religieuse reconciliation de nous ,dieu1 elle ne peut tomber en vne ame impure et soubsmise1 lors mesmes1 la domination de ,satan4 ,celuy qui appelle ,dieu son assistance1 pendant qu'il est dans le train du vice1 il fait comme le coupeur de bourse1 qui appelleroit la iustice son ayde2 ou comme ceux qui produisent le nom de ,dieu en tesmoignage de mensonge4 ,tacito mala vota susurro ,concipimus4 ,il est peu d'hommes qui ozassent mettre en euidence les requestes secrettes qu'ils font ,dieu4 ,haud cuiuis promptum est1 murmrque humilsque susurros ,tollere de templis1 et aperto viuere voto4 ,voyla pourquoy les ,pythagoriens vouloyent qu'elles fussent publiques1 et ouyes d'vn chacun2 afin qu'on ne le requist de chose indecente et iniuste1 comme celuy-l3 ,clar cm dixit3 ,apollo6 ,labra mouet1 metuens audiri3 ,pulchra ,lauerna1 ,da mihi fallere1 da iustum sanctmque videri2 ,noctem peccatis1 et fraudibus obiice nubem4 ,les ,dieux punirent grieuement les iniques vux d',oedipus en les luy ottroyant4 ,il auoit pri1 que ses enfants vuidassent entre eux par armes la succession de son ,estat1 il fut si miserable1 de se voir pris au mot4 ,il ne faut pas demander1 que toutes choses suiuent nostre volont1 mais qu'elles suiuent la prudence4 ,il semble1 la verit1 que nous nous seruons de nos prieres1 comme d'vn iargon1 et comme ceux qui employent les paroles sainctes et diuines des sorcelleries et effects magiciens3 et que nous facions nostre compte que ce soit de la contexture1 ou son1 ou suitte des motz1 ou de nostre contenance1 que depende leur effect4 ,car ayans l'ame pleine de concupiscence1 non touche de repentance1 ny d'aucune nouuelle reconciliation enuers ,dieu1 nous luy allons presenter ces parolles que la memoire preste nostre langue3 et esperons en tirer vne expiation de nos fautes4 ,il n'est rien si ais1 si doux1 et si fauorable que la loy diuine3 elle nous appelle soy1 ainsi fautiers et detestables comme nous sommes3 elle nous tend les bras1 et nous reoit en son giron1 pour vilains1 ords1 et bourbeux1 que nous soyons1 et que nous ayons estre l'aduenir4 ,mais encore en recompense1 la faut-il regarder de bon il3 encore faut-il receuoir ce pardon auec action de graces3 et au moins pour cet instant que nous nous addressons elle1 auoir l'ame desplaisante de ses fautes1 et ennemie des passions qui nous ont pouss l'offencer4 ,ny les ,dieux1 ny les gens de bien1 dict ,platon1 n'acceptent le present d'vn meschant4 ,immunis aram si tetigit manus1 ,non sumptuosa blandior hostia ,molliuit auersos ,penates1 ,farre pio et saliente mica4 ,,chapitre ,,lvii4 ,de l',aage4 ,,ie ne puis receuoir la faon1 dequoy nous establissons la dure de nostre vie4 ,ie voy que les sages l'accoursissent bien fort au prix de la commune opinion4 ,comment1 dit le ieune ,caton1 ceux qui le vouloyent empescher de se tuer1 suis-ie cette heure en aage1 o lon me puisse reprocher d'abandonner trop tost la vie8 ,si n'auoit-il que quarante et huict ans4 ,il estimoit cet aage l bien meur et bien auanc1 considerant combien peu d'hommes y arriuent4 ,et ceux qui s'entretiennent de ce que ie ne say quel cours qu'ils nomment naturel1 promet quelques annes au del1 ils le pourroient faire1 s'ils auoient priuilege qui les exemptast d'vn si grand nombre d'accidens1 ausquels chacun de nous est en bute par vne naturelle subiection1 qui peuuent interrompre ce cours qu'ils se promettent4 ,quelle resuerie est-ce de s'attendre de mourir d'vne defaillance de forces1 que l'extreme vieillesse apporte1 et de se proposer ce but nostre dure3 veu que c'est l'espece de mort la plus rare de toutes1 et la moins en vsage8 ,nous l'appellons seule naturelle1 comme si c'estoit contre nature1 de voir vn homme se rompre le col d'vne cheute1 s'estoufer d'vn naufrage1 se laisser surprendre la peste ou vne pleuresie1 et comme si nostre condition ordinaire ne nous presentoit tous ces inconuenients4 ,ne nous flattons pas de ces beaux mots3 on doit l'auenture appeler plustost naturel1 ce qui est general1 commun1 et vniuersel4 ,mourir de vieillesse1 c'est vne mort rare1 singuliere et extraordinaire1 et d'autant moins naturelle que les autres3 c'est la derniere et extreme sorte de mourir3 plus elle est esloigne de nous1 d'autant est elle moins esperable3 c'est bien la borne1 au del de laquelle nous n'irons pas1 et que la loy de ,nature a prescript1 pour n'estre point outre-passe3 mais c'est vn sien rare priuilege de nous faire durer iusques l4 ,c'est vne exemption qu'elle donne par faueur particuliere1 vn seul1 en l'espace de deux ou trois siecles1 le deschargeant des trauerses et difficultez qu'elle a iett entre deux1 en cette longue carriere4 ,par ainsi mon opinion est1 de regarder que l'aage auquel nous sommes arriuez1 c'est vn aage auquel peu de gens arriuent4 ,puis que d'vn train ordinaire les hommes ne viennent pas iusques l1 c'est signe que nous sommes bien auant4 ,et puis que nous auons pass les limites accoustumez1 qui est la vraye mesure de nostre vie1 nous ne deuons esperer d'aller guere outre4 ,ayant eschapp tant d'occasions de mourir1 o nous voyons tresbucher le monde1 nous deuons recognoistre qu'vne fortune extraordinaire1 comme celle-l qui nous maintient1 et hors de l'vsage commun1 ne nous doibt guere durer4 ,c'est vn vice des loix mesmes1 d'auoir cette fauce imagination3 elles ne veulent pas qu'vn homme soit capable du maniement de ses biens1 qu'il n'ait vingt et cinq ans1 et peine conseruera-il iusques lors le maniment de sa vie4 ,auguste retrancha cinq ans des anciennes ordonnances ,romaines1 et declara qu'il suffisoit ceux qui prenoient charge de iudicature1 d'auoir trente ans4 ,seruius ,tullius dispensa les ,cheualiers qui auoient pass quarante sept ans des corues de la guerre3 ,auguste les remit quarante et cinq4 ,de renuoyer les hommes au seiour auant cinquante cinq ou soixante ans1 il me semble n'y auoir pas grande apparence4 ,ie serois d'aduis qu'on estendist nostre vacation et occupation autant qu'on pourroit1 pour la commodit publique3 mais ie trouue la faute en l'autre cost1 de ne nous y embesongner pas assez tost4 ,cettuy-cy auoit est iuge vniuersel du monde dixneuf ans1 et veut que pour iuger de la place d'vne goutiere on en ait trente4 ,quant moy i'estime que nos ames sont desnoes vingt ans1 ce qu'elles doiuent estre1 et qu'elles promettent tout ce qu'elles pourront4 ,iamais ame qui n'ait donn en cet aage l1 arre bien euidente de sa force1 n'en donna depuis la preuue4 ,les qualitez et vertus naturelles produisent dans ce terme l1 ou iamais1 ce qu'elles ont de vigoureux et de beau4 ,si l'espine nou picque quand nai1 ,a pene que pique iamai1 disent-ils en ,daulphin4 ,de toutes les belles actions humaines1 qui sont venues ma cognoissance1 de quelque sorte qu'elles soyent1 ie penserois en auoir plus grande part1 nombrer celles qui ont est produites et aux siecles anciens et au nostre1 auant l'aage de trente ans1 qu'apres4 ,ouy1 en la vie de mesmes hommes souuent4 ,ne le puis-ie pas dire en toute seuret1 de celles de ,hannibal et de ,scipion son grand aduersaire8 ,la belle moiti de leur vie1 ils la vescurent de la gloire acquise en leur ieunesse3 grands hommes depuis au prix de touts autres1 mais nullement au prix d'eux-mesmes4 ,quant moy ie tien pour certain que depuis cet aage1 et mon esprit et mon corps ont plus diminu1 qu'augment1 et plus recul1 qu'auanc4 ,il est possible qu' ceux qui employent bien le temps1 la science1 et l'experience croissent auec la vie3 mais la viuacit1 la promptitude1 la fermet1 et autres parties bien plus nostres1 plus importantes et essentielles1 se fanissent et s'allanguissent4 ,vbi iam validis quassatum est viribus ui ,corpus1 et obtusis ceciderunt viribus artus1 ,claudicat ingenium1 delirat linguque mnsque4 ,tantost c'est le corps qui se rend le premier la vieillesse3 par fois aussi c'est l'ame3 et en ay assez veu1 qui ont eu la ceruelle affoiblie1 auant l'estomach et les iambes4 ,et d'autant que c'est vn mal peu sensible qui le souffre1 et d'vne obscure montre1 d'autant est-il plus dangereux4 ,pour ce coup1 ie me plains des loix1 non pas dequoy elles nous laissent trop tard la besogne1 mais dequoy elles nous y employent trop tard4 ,il me semble que considerant la foiblesse de nostre vie1 et combien d'escueils ordinaires et naturels elle est expose1 on n'en deuroit pas faire si grande part la naissance1 l'oisiuet et l'apprentissage4 ,,fin ,,dv ,,premier ,,livre4 ,,livre ,,second4 ,,chapitre ,i4 ,de l'inconstance de nos actions4 ,,cevx qui s'exercent contreroller les actions humaines1 ne se trouuent en aucune partie si empeschez1 qu' les r'apiesser et mettre mesme lustre3 car elles se contredisent communment de si estrange faon1 qu'il semble impossible qu'elles soient parties de mesme boutique4 ,le ieune ,marius se trouue tantost fils de ,mars1 tantost fils de ,venus4 ,le ,pape ,boniface huictiesme1 entra1 dit-on1 en sa charge comme vn renard1 s'y porta comme vn lion1 et mourut comme vn chien4 ,et qui croiroit que ce fust ,neron1 cette vraye image de cruaut1 comme on luy presentast signer1 suyuant le stile1 la sentence d'vn criminel condamn1 qui eust respondu3 ,pleust ,dieu que ie n'eusse iamais sceu escrire3 tant le cur luy serroit de condamner vn homme mort8 ,tout est si plein de tels exemples1 voire chacun en peut tant fournir soy-mesme1 que ie trouue estrange1 de voir quelquefois des gens d'entendement1 se mettre en peine d'assortir ces pieces3 veu que l'irresolution me semble le plus commun et apparent vice de nostre nature2 tesmoing ce fameux verset de ,publius le farseur1 ,malum consilium est1 quod mutari non potest4 ,il y a quelque apparence de faire iugement d'vn homme1 par les plus communs traicts de sa vie2 mais veu la naturelle instabilit de nos murs et opinions1 il m'a sembl souuent que les bons autheurs mesmes ont tort de s'opiniastrer former de nous vne constante et solide contexture4 ,ils choisissent vn air vniuersel1 et suyuant cette image1 vont rangeant et interpretant toutes les actions d'vn personnage1 et s'ils ne les peuuent assez tordre1 les renuoyent la dissimulation4 ,auguste leur est eschapp3 car il se trouue en cet homme vne variet d'actions si apparente1 soudaine1 et continuelle1 tout le cours de sa vie1 qu'il s'est faict lcher entier et indecis1 aux plus hardis iuges4 ,ie croy des hommes plus mal aisment la constance que toute autre chose1 et rien plus aisment que l'inconstance4 ,qui en iugeroit en detail et distinctement1 piece piece1 rencontreroit plus souuent dire vray4 ,en toute l'anciennet il est malais de choisir vne douzaine d'hommes1 qui ayent dress leur vie vn certain et asseur train1 qui est le principal but de la sagesse4 ,car pour la comprendre tout en vn mot1 dit vn ancien1 et pour embrasser en vne toutes les regles de nostre vie1 c'est vouloir1 et ne vouloir pas tousiours mesme chose3 ,ie ne daignerois1 dit-il1 adiouster1 pourueu que la volont soit iuste3 car si elle n'est iuste1 il est impossible qu'elle soit tousiours vne4 ,de vray1 i'ay autrefois appris1 que le vice1 n'est que des-reglement et faute de mesure2 et par consequent1 il est impossible d'y attacher la constance4 ,c'est vn mot de ,demosthenes1 dit-on1 que le commencement de toute vertu1 c'est consultation et deliberation1 et la fin et perfection1 constance4 ,si par discours nous entreprenions certaine voye1 nous la prendrions la plus belle1 mais nul n'y a pens1 ,quod petiit1 spernit2 repetit quod nuper omisit2 stuat1 et vit disconuenit ordine toto4 ,nostre faon ordinaire c'est d'aller apres les inclinations de nostre appetit1 gauche1 dextre1 contremont1 contre-bas1 selon que le vent des occasions nous emporte4 ,nous ne pensons ce que nous voulons1 qu' l'instant que nous le voulons3 et changeons comme cet animal1 qui prend la couleur du lieu1 o on le couche4 ,ce que nous auons cett'heure propos1 nous le changeons tantost1 et tantost encore retournons sur nos pas3 ce n'est que branle et inconstance3 ,ducimur vt neruis alienis mobile lignum4 ,nous n'allons pas1 on nous emporte3 comme les choses qui flottent1 ores doucement1 ores auecques violence1 selon que l'eau est ireuse ou bonasse4 ,nonne videmus ,quid sibi quisque velit nescire1 et qurere semper2 ,commutare locum1 quasi onus deponere possit8 ,chaque iour nouuelle fantasie1 et se meuuent nos humeurs auecques les mouuements du temps4 ,tales sunt hominum mentes1 quali pater ipse ,iuppiter auctifero lustrauit lumine terras4 ,nous flottons entre diuers aduis3 nous ne voulons rien librement1 rien absolument1 rien constamment4 ,a qui auroit prescript et estably certaines loix et certaine police en sa teste1 nous verrions tout par tout en sa vie reluire vne equalit de murs1 vn ordre1 et vne relation infallible des vnes choses aux autres4 7,empedocles remarquoit cette difformit aux ,agrigentins1 qu'ils s'abandonnoyent aux delices1 comme s'ils auoyent l'endemain mourir3 et bastissoyent1 comme si iamais ils ne deuoyent mourir47 ,le discours en seroit bien ais faire4 ,comme il se voit du ieune ,caton3 qui en a touch vne marche1 a tout touch3 c'est vne harmonie de sons tres-accordans1 qui ne se peut dmentir4 ,a nous au rebours1 autant d'actions1 autant faut-il de iugemens particuliers4 ,le plus seur1 mon opinion1 seroit de les rapporter aux circonstances voisines1 sans entrer en plus longue recherche1 et sans en conclurre autre consequence4 ,pendant les dbauches de nostre pauure ,estat1 on me rapporta1 qu'vne fille de bien pres de l o i'estoy1 s'estoit precipite du haut d'vne fenestre1 pour uiter la force d'vn belitre de soldat son hoste3 elle ne s'estoit pas tue la cheute1 et pour redoubler son entreprise1 s'estoit voulu donner d'vn cousteau par la gorge1 mais on l'en auoit empesche3 toutefois apres s'y estre bien fort blesse1 elle mesme confessoit que le soldat ne l'auoit encore presse que de requestes1 sollicitations1 et presens1 mais qu'elle auoit eu peur1 qu'en fin il en vinst la contrainte3 et l dessus les parolles1 la contenance1 et ce sang tesmoing de sa vertu1 la vraye faon d'vne autre ,lucrece4 ,or i'ay seu la verit1 qu'auant et depuis ell'auoit est garse de non si difficile composition4 ,comme dit le compte1 tout beau et honneste que vous estes1 quand vous aurez failly vostre pointe1 n'en concluez pas incontinent vne chastet inuiolable en vostre maistresse3 ce n'est pas dire que le muletier n'y trouue son heure4 ,antigonus ayant pris en affection vn de ses soldats1 pour sa vertu et vaillance1 commanda ses medecins de le penser d'une maladie longue et interieure1 qui l'auoit tourment long temps3 et s'apperceuant apres sa guerison1 qu'il alloit beaucoup plus froidement aux affaires1 luy demanda qui l'auoit ainsi chang et encoardy3 ,vous mesmes1 ,sire1 luy respondit-il1 m'ayant descharg des maux1 pour lesquels ie ne tenois compte de ma vie4 ,le soldat de ,lucullus ayant est dualis par les ennemis1 fit sur eux pour se reuencher vne belle entreprise3 quand il se fut remplum de sa perte1 ,lucullus l'ayant pris en bonne opinion1 l'emploioit quelque exploict hazardeux1 par toutes les plus belles remonstrances1 dequoy il se pouuoit aduiser3 ,verbis qu timido quoque possent addere mentem2 ,employez y1 respondit-il1 quelque miserable soldat dualis3 ,quantumuis rusticus3 ,ibit1 ,ibit e1 qu vis1 qui zonam perdidit1 inquit2 et refuse resolument d'y aller4 ,quand nous lisons1 que ,mahomet ayant outrageusement rudoy ,chasan chef de ses ,ianissaires1 de ce qu'il voyoit sa troupe enfonce par les ,hongres1 et luy se porter laschement au combat1 ,chasan alla pour toute response se ruer furieusement seul en l'estat qu'il estoit1 les armes au poing1 dans le premier corps des ennemis qui se presenta1 o il fut soudain englouti3 ce n'est l'aduenture pas tant iustification1 que raduisement3 ny tant prousse naturelle1 qu'vn nouueau despit4 ,celuy que vous vistes hier si auantureux1 ne trouuez pas estrange de le voir aussi poltron le lendemain3 ou la cholere1 ou la necessit1 ou la compagnie1 ou le vin1 ou le son d'vne trompette1 luy auoit mis le cur au ventre1 ce n'est pas vn cur ainsi form par discours3 ces circonstances le luy ont fermy3 ce n'est pas merueille1 si le voyla deuenu autre par autres circonstances contraires4 ,cette variation et contradiction qui se void en nous1 si souple1 a faict qu'aucuns nous songent deux ames1 d'autres deux puissances1 qui nous accompaignent et agitent chacune sa mode1 vers le bien l'vne1 l'autre vers le mal3 vne si brusque diuersit ne se pouuant bien assortir vn subiet simple4 ,non seulement le vent des accidens me remue selon son inclination3 mais en outre1 ie me remue et trouble moy mesme par l'instabilit de ma posture2 et qui y regarde primement1 ne se trouue guere deux fois en mesme estat4 ,ie donne mon ame tantost vn visage1 tantost vn autre1 selon le cost o ie la couche4 ,si ie parle diuersement de moy1 c'est que ie me regarde diuersement4 ,toutes les contrarietez s'y trouuent1 selon quelque tour1 et en quelque faon3 ,honteux1 insolent1 chaste1 luxurieux1 bauard1 taciturne1 laborieux1 delicat1 ingenieux1 hebet1 chagrin1 debonnaire1 menteur1 veritable1 sauant1 ignorant1 et liberal et auare et prodigue3 tout cela ie le vois en moy aucunement1 selon que ie me vire3 et quiconque s'estudie bien attentifuement1 trouue en soy1 voire et en son iugement mesme1 cette volubilit et discordance4 ,ie n'ay rien dire de moy1 entierement1 simplement1 et solidement1 sans confusion et sans meslange1 ny en vn mot4 ,distinguo1 est le plus vniuersel membre de ma ,logique4 ,encore que ie sois tousiours d'aduis de dire du bien le bien1 et d'interpreter plustost en bonne part les choses qui le peuuent estre1 si est-ce que l'estranget de nostre condition1 porte que nous soyons souuent par le vice mesme poussez bien faire1 si le bien faire ne se iugeoit par la seule intention4 ,parquoy vn fait courageux ne doit pas conclurre vn homme vaillant3 celuy qui le seroit bien poinct1 il le seroit tousiours1 et toutes occasions4 ,si c'estoit vne habitude de vertu1 et non vne saillie1 elle rendroit vn homme pareillement resolu tous accidens3 tel seul1 qu'en compagnie3 tel en camp clos1 qu'en vne bataille3 car quoy qu'on die1 il n'y a pas autre vaillance sur le pau et autre au camp4 ,aussi courageusement porteroit il vne maladie en son lict1 qu'vne blessure au camp3 et ne craindroit non plus la mort en sa maison qu'en vn assaut4 ,nous ne verrions pas vn mesme homme1 donner dans la bresche d'vne braue asseurance1 et se tourmenter apres1 comme vne femme1 de la perte d'vn procez ou d'vn fils4 ,quand estant lasche l'infamie1 il est ferme la pauuret3 quand estant mol contre les rasoirs des barbiers1 il se trouue roide contre les espes des aduersaires3 l'action est loable1 non pas l'homme4 ,plusieurs ,grecs1 dit ,cicero1 ne peuuent veoir les ennemis1 et se trouuent constants aux maladies4 ,les ,cimbres et ,celtiberiens tout au rebours4 ,nihil enim potest esse quabile1 quod non certa ratione proficiscatur4 ,il n'est point de vaillance plus extreme en son espece1 que celle d',alexandre3 mais elle n'est qu'en espece1 ny assez pleine par tout1 et vniuerselle4 ,toute incomparable qu'elle est1 si a elle encores ses taches4 ,qui faict que nous le voyons se troubler si esperduement aux plus legers soupons qu'il prent des machinations des siens contre sa vie3 et se porter en cette recherche1 d'vne si vehemente et indiscrete iniustice1 et d'vne crainte qui subuertit sa raison naturelle4 ,la superstition aussi dequoy il estoit si fort attaint1 porte quelque image de pusillanimit4 ,et l'exces de la penitence1 qu'il fit1 du meurtre de ,clytus1 est aussi tesmoignage de l'inegalit de son courage4 ,nostre faict ce ne sont que pieces rapportes1 et voulons acquerir vn honneur fauces enseignes4 ,la vertu ne veut estre suyuie que pour elle mesme2 et si on emprunte par fois son masque pour autre occasion1 elle nous l'arrache aussi tost du visage4 ,c'est vne viue et forte teinture1 quand l'ame en est vue fois abbreuue1 et qui ne s'en va qu'elle n'emporte la piece4 ,voyla pourquoy pour iuger d'vn homme1 il faut suiure longuement et curieusement sa trace3 si la constance ne s'y maintient de son seul fondement1 cui viuendi via considerata atque prouisa est1 si la variet des occurrences luy faict changer de pas1 7ie dy de voye3 car le pas s'en peut ou haster1 ou appesantir7 laissez le courre3 celuy l s'en va auau le vent1 comme dict la deuise de nostre ,talebot4 ,ce n'est pas merueille1 dict vn ancien1 que le hazard puisse tant sur nous1 puis que nous viuons par hazard4 ,a qui n'a dress en gros sa vie vne certaine fin1 il est impossible de disposer les actions particulieres4 ,il est impossible de renger les pieces1 qui n'a vne forme du total en sa teste4 ,a quoy faire la prouision des couleurs1 qui ne say ce qu'il a peindre8 ,aucun ne fait certain dessein de sa vie1 et n'en deliberons qu' parcelles4 ,l'archer doit premierement sauoir o il vise1 et puis y accommoder la main1 l'arc1 la corde1 la flesche1 et les mouuemens4 ,nos conseils fouruoyent1 par ce qu'ils n'ont pas d'adresse et de but4 ,nul vent fait pour celuy qui n'a point de port destin4 ,ie ne suis pas d'aduis de ce iugement qu'on fit pour ,sophocles1 de l'auoir argument suffisant au maniement des choses domestiques1 contre l'accusation de son fils1 pour auoir veu l'vne de ses tragedies4 ,ny ne trouue la coniecture des ,pariens enuoyez pour reformer les ,milesiens1 suffisante la consequence qu'ils en tirerent4 ,visitants l'isle1 ils remarquoyent les terres mieux cultiuees1 et maisons champestres mieux gouuernes4 ,et ayants enregistr le nom des maistres d'icelles1 comme ils eurent faict l'assemble des citoyens en la ville1 ils nommerent ces maistres l1 pour nouueaux gouuerneurs et magistrats3 iugeants que soigneux de leurs affaires priues1 ils le seroyent des publiques4 ,nous sommes tous de lopins1 et d'vne contexture si informe et diuerse1 que chaque piece1 chaque moment1 faict son ieu4 ,et se trouue autant de difference de nous nous mesmes1 que de nous autruy4 ,magnam rem puta1 vnum hominem agere4 ,puis que l'ambition peut apprendre aux hommes1 et la vaillance1 et la temperance1 et la liberalit1 voire et la iustice3 puis que l'auarice peut planter au courage d'vn garon de boutique1 nourri l'ombre et l'oysiuet1 l'asseurance de se ietter si loing du foyer domestique1 la mercy des vagues et de ,neptune courrouc dans vn fraile bateau1 et qu'elle apprend encore la discretion et la prudence3 et que ,venus mesme fournit de resolution et de hardiesse la ieunesse encore soubs la discipline et la verge2 et gendarme le tendre cur des pucelles au giron de leurs meres3 ,hac duce1 custodes furtim transgressa iacentes1 ,ad iuuenem tenebris sola puella venit2 ce n'est pas tour de rassis entendement1 de nous iuger simplement par nos actions de dehors3 il faut sonder iusqu'au dedans1 et voir par quels ressors se donne le bransle4 ,mais d'autant que c'est vne hazardeuse et haute entreprinse1 ie voudrois que moins de gens s'en meslassent4 ,,chapitre ,,ii4 ,de l'yurongnerie4 ,,le monde n'est que variet et dissemblance4 ,les vices sont tous pareils en ce qu'ils sont tous vices3 et de cette faon l'entendent l'aduenture les ,stoiciens3 mais encore qu'ils soyent galement vices1 ils ne sont pas gaux vices4 ,et que celuy qui a franchi de cent pas les limites1 ,quos vltra1 citrque nequit consistere rectum1 ne soit pas de pire condition1 que celuy qui n'en est qu' dix pas1 il n'est pas croyable3 et que le sacrilege ne soit pire que le larrecin d'vn chou de nostre iardin3 ,nec vincet ratio1 tantumdem vt peccet1 idmque1 ,qui teneros caules alieni fregerit horti1 ,et qui nocturnus dium sacra legerit4 ,il y a autant en cela de diuersit qu'en aucune autre chose4 ,la confusion de l'ordre et mesure des pechez1 est dangereuse4 ,les meurtriers1 les traistres1 les tyrans1 y ont trop d'acquest3 ce n'est pas raison que leur conscience se soulage1 sur ce que tel autre ou est oisif1 ou est lascif1 ou moins assidu la deuotion4 ,chacun poise sur le pech de son compagnon1 et esleue le sien4 ,les instructeurs mesmes les rangent souuent mal mon gr4 ,comme ,socrates disoit1 que le principal office de la sagesse estoit1 distinguer les biens et les maux4 ,nous autres1 qui le meilleur est tousiours en vice1 deuons dire de mesme de la science de distinguer les vices3 sans laquelle1 bien exacte1 le vertueux et le meschant demeurent meslez et incognus4 ,or l'yurongnerie entre les autres1 me semble vn vice grossier et brutal4 ,l'esprit a plus de part ailleurs3 et il y a des vices1 qui ont ie ne say quoy de genereux1 s'il le faut ainsi dire4 ,il y en a o la science se mesle1 la diligence1 la vaillance1 la prudence1 l'addresse et la finesse3 cestuy-cy est tout corporel et terrestre4 ,aussi la plus grossiere nation de celles qui sont auiourd'huy1 c'est celle l seule qui le tient en credit4 ,les autres vices alterent l'entendement1 cestuy-cy le renuerse1 et estonne le corps4 ,cm vini vis penetrauit1 ,consequitur grauitas membrorum1 prpediuntur ,crura vacillanti1 tardescit lingua1 madet mens1 ,nant oculi2 clamor1 singultus iurgia gliscunt4 ,le pire estat de l'homme1 c'est o il pert la connoissance et gouuernement de soy4 ,et en dit on entre autres choses1 que comme le moust bouillant dans vn vaisseau1 pousse mont tout ce qu'il y a dans le fonds1 aussi le vin faict desbonder les plus intimes secrets1 ceux qui en ont pris outre mesure4 ,tu sapientium ,curas1 et arcanum iocoso ,consilium retegis ,lyo4 ,iosephe recite qu'il tira le ver du nez vn certain ambassadeur que les ennemis luy auoient enuoy1 l'ayant fait boire d'autant4 ,toutesfois ,auguste s'estant fi ,lucius ,piso1 qui conquit la ,thrace1 des plus priuez affaires qu'il eust1 ne s'en trouua iamais mescont3 ny ,tyberius de ,cossus1 qui il se deschargeoit de tous ses conseils3 quoy que nous les sachions auoir est si fort subiects au vin1 qu'il en a fallu rapporter souuent du ,senat1 et l'vn et l'autre yure1 ,hesterno inflatum venas1 de more1 ,lyo4 ,et commit on aussi fidelement qu' ,cassius beuueur d'eau1 ,cimber le dessein de tuer ,cesar3 quoy qu'il s'enyurast souuent3 d'o il respondit plaisamment1 ,que ie portasse vn tyran1 moy1 qui ne puis porter le vin6 ,nous voyons nos ,allemans noyez dans le vin1 se souuenir de leur quartier1 du mot1 et de leur rang4 ,nec facilis victoria de madidis1 et ,blsis1 atque mero titubantibus4 ,ie n'eusse pas creu d'yuresse si profonde1 estoufe1 et enseuelie1 si ie n'eusse leu cecy dans les histoires3 ,qu',attalus ayant conui souper pour luy faire vne notable indignit1 ce ,pausanias1 qui sur ce mesme subiect1 tua depuis ,philippus ,roy de ,macedoine 7,roy portant par ses belles qualitez tesmoignage de la nourriture1 qu'il auoit prinse en la maison et compagnie d',epaminondas7 il le fit tant boire1 qu'il peust abandonner sa beaut1 insensiblement1 comme le corps d'vne putain buissonniere1 aux muletiers et nombre d'abiects seruiteurs de sa maison4 ,et ce que m'aprint vne dame que i'honnore et prise fort1 que pres de ,bordeaux1 vers ,castres1 o est sa maison1 vne femme de village1 veufue1 de chaste reputation1 sentant des premiers ombrages de grossesse1 disoit ses voisines1 qu'elle penseroit estre enceinte si ell'auoit vn mary4 ,mais du iour la iournee1 croissant l'occasion de ce soupon1 et en fin iusques l'euidence1 ell'en vint l1 de faire declarer au prosne de son eglise1 que qui seroit consent de ce faict1 en l'aduoant1 elle promettoit de le luy pardonner1 et s'il le trouuoit bon1 de l'espouser4 ,vn sien ieune valet de labourage1 enhardy de cette proclamation1 declara l'auoir trouue vn iour de feste1 ayant bien largement prins son vin1 endormie en son foyer si profondement et si indecemment1 qu'il s'en peut seruir sans l'esueiller4 ,ils viuent encore mariez ensemble4 ,il est certain que l'antiquit n'a pas fort descri ce vice3 les escris mesmes de plusieurs ,philosophes en parlent bien mollement3 et iusques aux ,stociens il y en a qui conseillent de se dispenser quelquefois boire d'autant1 et de s'enyurer pour relascher l'ame4 ,hoc quoque virtutum quondam certamine magnum ,socratem palmam promeruisse ferunt4 ,ce censeur et correcteur des autres ,caton1 a est reproch de bien boire4 ,narratur et prisci ,catonis ,spe mero caluisse virtus4 ,cyrus ,roy tant renomm1 allegue entre ses autres loanges1 pour se preferer son frere ,artaxerxes1 qu'il sauoit beaucoup mieux boire que luy4 ,et s nations les mieux regles1 et polices2 cet essay de boire d'autant1 estoit fort en vsage4 ,i'ay ouy dire ,siluius excellent medecin de ,paris1 que pour garder que les forces de nostre estomac ne s'apparessent1 il est bon vne fois le mois1 les esueiller par cet excez1 et les picquer pour les garder de s'engourdir4 ,et escrit-on que les ,perses apres le vin consultoient de leurs principaux affaires4 ,mon goust et ma complexion est plus ennemie de ce vice1 que mon discours4 ,car outre ce que ie captiue aysment mes creances soubs l'authorit des opinions anciennes1 ie le trouue bien vn vice lasche et stupide1 mais moins malicieux et dommageable que les autres1 qui choquent quasi tous de plus droit fil la societ publique4 ,et si nous ne nous pouuons donner du plaisir1 qu'il ne nous couste quelque chose1 comme ils tiennent1 ie trouue que ce vice couste moins nostre conscience que les autres3 outre ce qu'il n'est point de difficile apprest1 ny malais trouuer3 consideration non mesprisable4 ,vn homme auanc en dignit et en aage1 entre trois principales commoditez1 qu'il me disoit luy rester1 en la vie1 comptoit ceste-cy1 et o les veut on trouuer plus iustement qu'entre les naturelles8 ,mais il la prenoit mal4 ,la delicatesse y est fuyr1 et le soigneux triage du vin4 ,si vous fondez vostre volupt le boire friand1 vous vous obligez la douleur de le boire autre4 ,il faut auoir le goust plus lasche et plus libre4 ,pour estre bon beuueur1 il ne faut le palais si tendre4 ,les ,allemans boiuent quasi esgalement de tout vin auec plaisir4 ,leur fin c'est l'aualler1 plus que le gouster4 ,ils en ont bien meilleur march4 ,leur volupt est bien plus plantureuse et plus en main4 ,secondement1 boire la ,franoise deux repas1 et moderement1 c'est trop restreindre les faueurs de ce ,dieu4 ,il y faut plus de temps et de constance4 ,les anciens franchissoyent des nuicts entieres cet exercice1 et y attachoyent souuent les iours4 ,et si faut dresser son ordinaire plus large et plus ferme4 ,i'ay veu vn grand ,seigneur de mon temps1 personnage de hautes entreprinses1 et fameux succez1 qui sans effort1 et au train de ses repas communs1 ne beuuoit guere moins de cinq lots de vin3 et ne se montroit au partir de l1 que trop sage et aduis aux despens de noz affaires4 ,le plaisir1 duquel nous voulons tenir compte au cours de nostre vie1 doit en employer plus d'espace4 ,il faudroit1 comme des garons de boutique1 et gents de trauail1 ne refuser nulle occasion de boire1 et auoir ce desir tousiours en teste4 ,il semble que touts les iours nous racourcissons l'vsage de cestuy-cy3 et qu'en noz maisons1 comme i'ay veu en mon enfance1 les desiuners1 les ressiners1 et les collations fussent plus frequentes et ordinaires1 qu' present4 ,seroit ce qu'en quelque chose nous allassions vers l'amendement8 ,vrayement non4 ,mais ce peut estre que nous nous sommes beaucoup plus iettez la paillardise1 que noz peres4 ,ce sont deux occupations1 qui s'entrempeschent en leur vigueur4 ,elle a affoibli nostre estomach d'vne part3 et d'autre part la sobriet sert nous rendre plus coints1 plus damerets pour l'exercice de l'amour4 ,c'est merueille des comptes que i'ay ouy faire mon pere de la chastet de son siecle4 ,c'estoit luy d'en dire1 estant tres aduenant et par art et par nature l'vsage des dames4 ,il parloit peu et bien1 et si mesloit son langage de quelque ornement des liures vulgaires1 sur tout ,espaignols3 et entre les ,espaignols1 luy estoit ordinaire celuy qu'ils nomment ,marc ,aurele4 ,le port1 il l'auoit d'vne grauit douce1 humble1 et tres modeste4 ,singulier soing de l'honnestet et decence de sa personne1 et de ses habits1 soit pied1 soit cheual4 ,monstrueuse foy en ses paroles3 et vne conscience et religion en general1 penchant plustost vers la superstition que vers l'autre bout4 ,pour vn homme de petite taille1 plein de vigueur1 et d'vne stature droitte et bien proportionne1 d'vn visage aggreable1 tirant sur le brun3 adroit et exquis en touts nobles exercices4 ,i'ay veu encore des cannes farcies de plomb1 desquelles on dit qu'il s'exeroit les bras pour se preparer ruer la barre1 ou la pierre1 ou l'escrime3 et des souliers aux semelles plombes1 pour s'alleger au courir et sauter4 ,du prim-saut il a laiss en memoire de petits miracles4 ,ie l'ay veu pardel soixante ans se moquer de noz alaigresses3 se ietter auec sa robbe fourre sur vn cheual2 faire le tour de la table sur son pouce1 ne monter guere en sa chambre1 sans s'eslancer trois ou quatre degrez la fois4 ,sur mon propos il disoit1 qu'en toute vne prouince peine y auoit il vne femme de qualit1 qui fust mal nomme4 ,recitoit des estranges priuautez1 nommment siennes1 auec des honnestes femmes1 sans soupon quelconque4 ,et de soy1 iuroit sainctement estre venu vierge son mariage1 et si c'estoit apres auoir eu longue part aux guerres del les monts3 desquelles il nous a laiss vn papier iournal de sa main suyuant poinct par poinct ce qui s'y passa1 et pour le publiq et pour son priu4 ,aussi se maria il bien auant en aage l'an ,m4 ,d4 ,,xxviii1 qui estoit son trentetroisiesme1 sur le chemin de son retour d',italie4 ,reuenons noz bouteilles4 ,les incommoditez de la vieillesse1 qui ont besoing de quelque appuy et refreschissement1 pourroyent m'engendrer auecq raison desir de cette facult3 car c'est quasi le dernier plaisir que le cours des ans nous desrobe4 ,la chaleur naturelle1 disent les bons compaignons1 se prent premierement aux pieds3 celle l touche l'enfance4 ,de-l elle monte la moyenne region1 o elle se plante long temps1 et y produit1 selon moy1 les seuls vrais plaisirs de la vie corporelle4 ,les autres voluptez dorment au prix4 ,sur la fin1 la mode d'vne vapeur qui va montant et s'exhalant1 ell'arriue au gosier1 o elle fait sa derniere pose4 ,ie ne puis pourtant entendre comment on vienne allonger le plaisir de boire outre la soif1 et se forger en l'imagination vn appetit artificiel1 et contre nature4 ,mon estomach n'iroit pas iusques l3 il est assez empesch venir bout de ce qu'il prend pour son besoing4 ,ma constitution est1 ne faire cas du boire que pour la suitte du manger3 et boy cette cause le dernier coup tousiours le plus grand4 ,et par ce qu'en la vieillesse1 nous apportons le palais encrass de reume1 ou alter par quelque autre mauuaise constitution1 le vin nous semble meilleur1 mesme que nous auons ouuert et lau noz pores4 ,aumoins il ne m'aduient guere1 que pour la premiere fois i'en prenne bien le goust1 ,anacharsis s'estonnoit que les ,grecs beussent sur la fin du repas en plus grands verres qu'au commencement4 ,c'estoit1 comme ie pense1 pour la mesme raison que les ,alemans le font1 qui commencent lors le combat boire d'autant4 ,platon defend aux enfants de boire vin auant dixhuict ans1 et auant quarante de s'enyurer4 ,mais ceux qui ont pass les quarante1 il pardonne de s'y plaire1 et de mesler vn peu largement en leurs conuiues l'influence de ,dionysus3 ce bon ,dieu1 qui redonne aux hommes la gayet1 et la ieunesse aux vieillards1 qui adoucit et amollit les passions de l'ame1 comme le fer s'amollit par le feu1 et en ses loix1 trouue telles assembles boire 7pourueu qu'il y aye vn chef de bande1 les contenir et regler7 vtiles3 l'yuresse estant vne bonne espreuue et certaine de la nature d'vn chascun3 et quand et quand propre donner aux personnes d'aage le courage de s'esbaudir en danses1 et en la musique3 choses vtiles1 et qu'ils n'osent entreprendre en sens rassis4 ,que le vin est capable de fournir l'ame de la temperance1 au corps de la sant4 ,toutesfois ces restrictions1 en partie empruntes des ,carthaginois1 luy plaisent4 ,qu'on s'en espargne en expedition de guerre4 ,que tout magistrat et tout iuge s'en abstienne sur le point d'executer sa charge1 et de consulter des affaires publiques4 ,qu'on n'y employe le iour1 temps deu d'autres occupations3 ny celle nuict1 qu'on destine faire des enfants4 ,ils disent1 que le ,philosophe ,stilpon aggrau de vieillesse1 hasta sa fin escient1 par le breuuage de vin pur4 ,pareille cause1 mais non du propre dessein1 suffoqua aussi les forces abbatus par l'aage du ,philosophe ,arcesilas4 ,mais c'est vne vieille et plaisante question1 si l'ame du sage seroit pour se rendre la force du vin1 ,si munit adhibet vim sapienti4 ,a combien de vanit nous pousse cette bonne opinion1 que nous auons de nous8 la plus regle ame du monde1 et la plus parfaicte1 n'a que trop affaire se tenir en pieds1 et se garder de s'emporter par terre de sa propre foiblesse4 ,de mille il n'en est pas vne qui soit droite et rassise vn instant de sa vie3 et se pourroit mettre en doubte1 si selon sa naturelle condition elle y peut iamais estre4 ,mais d'y ioindre la constance1 c'est sa derniere perfection3 ie dis quand rien ne la choqueroit3 ce que mille accidens peuuent faire4 ,lucrece1 ce grand ,pote1 a beau philosopher et se bander1 le voyla rendu insens par vn breuuage amoureux4 ,pensent ils qu'vne apoplexie n'estourdisse aussi bien ,socrates1 qu'vn portefaix8 ,les vns ont oubli leur nom mesme par la force d'vne maladie1 et vne legere blessure a renuers le iugement d'autres4 ,tant sage qu'il voudra1 mais en fin c'est vn homme3 qu'est il plus caduque1 plus miserable1 et plus de neant8 ,la sagesse ne force pas nos conditions naturelles4 ,sudores itaque et pallorem existere toto ,corpore1 et infringi linguam1 vocmque aboriri1 ,caligare oculos1 sonere aures1 succidere artus1 ,denique concidere1 ex animi terrore1 videmus4 ,il faut qu'il sille les yeux au coup qui le menasse3 il faut qu'il fremisse plant au bord d'vn precipice1 comme vn enfant3 ,nature ayant voulu se reseruer ces legeres marques de son authorit1 inexpugnables nostre raison1 et la vertu ,stoique3 pour luy apprendre sa mortalit et nostre fadeze4 ,il pallit la peur1 il rougit la honte1 il gemit la colique1 sinon d'vne voix desespere et esclatante1 au moins d'vne voix casse et enroe4 ,humani se nihil alienum putet4 ,les ,potes qui feignent tout leur poste1 n'osent pas descharger seulement des larmes1 leurs heros3 ,sic fatur lacrymans1 classique immittit habenas4 ,luy suffise de brider et moderer ses inclinations3 car de les emporter1 il n'est pas en luy4 ,cestuy mesme nostre ,plutarque1 si parfaict et excellent iuge des actions humaines1 voir ,brutus et ,torquatus tuer leurs enfans1 est entr en doubte1 si la vertu pouuoit donner iusques l3 et si ces personnages n'auoyent pas est plustost agitez par quelque autre passion4 ,toutes actions hors les bornes ordinaires sont subiectes sinistre interpretation3 d'autant que nostre goust n'aduient non plus ce qui est au dessus de luy1 qu' ce qui est au dessous4 ,laissons cette autre secte1 faisant expresse profession de fiert4 ,mais quand en la secte mesme estime la plus molle1 nous oyons ces ventances de ,metrodorus3 ,occupaui te1 ,fortuna1 atque cepi2 omnsque aditus tuos interclusi1 vt ad me aspirare non posses4 ,quand ,anaxarchus1 par l'ordonnance de ,nicocreon tyran de ,cypre1 couch dans vn vaisseau de pierre1 et assomm coups de mail de fer1 ne cesse de dire1 ,frappez1 rompez1 ce n'est pas ,anaxarchus3 c'est son estuy que vous pilez4 ,quand nous oyons nos martyrs1 crier au ,tyran au milieu de la flamme1 ,c'est assez rosti de ce cost l1 hache le1 mange le1 il est cuit1 recommence de l'autre4 ,quand nous oyons en ,iosephe cet enfant tout deschir de tenailles mordantes1 et pers des aleines d',antiochus1 le deffier encore1 criant d'vne voix ferme et asseure3 ,tyran1 tu pers temps1 me voicy tousiours mon aise3 o est cette douleur1 o sont ces tourmens1 dequoy tu me menassois8 n'y sais tu que cecy8 ma constance te donne plus de peine1 que ie n'en sens de ta cruaut3 lasche belistre tu te rens1 et ie me renforce3 fay moy pleindre1 fay moy flechir1 fay moy rendre si tu peux3 donne courage tes satellites1 et tes bourreaux3 les voyla defaillis de cur1 ils n'en peuuent plus3 arme les1 acharne les4 ,certes il faut confesser qu'en ces ames l1 il y a quelque alteration1 et quelque fureur1 tant sainte soit elle4 ,quand nous arriuons ces saillies ,stoques1 i'ayme mieux estre furieux que voluptueux3 mot d',antisthenez4 4 ,quand ,sextius nous dit1 qu'il ayme mieux estre enferr de la douleur que de la volupt3 quand ,epicurus entreprend de se faire mignarder la goutte1 et refusant le repos et la sant1 que de gayet de cur il deffie les maux3 et mesprisant les douleurs moins aspres1 dedaignant les luiter1 et les combattre1 qu'il en appelle et desire des fortes1 poignantes1 et dignes de luy3 ,spumantmque dari1 pecora inter inertia1 votis ,optat aprum1 aut fuluum descendere monte leonem3 qui ne iuge que ce sont boutes d'vn courage eslanc hors de son giste8 ,nostre ame ne sauroit de son siege atteindre si haut3 il faut qu'elle le quitte1 et s'esleue1 et prenant le frein aux dents1 qu'elle emporte1 et rauisse son homme1 si loing1 qu'apres il s'estonne luy-mesme de son faict4 ,comme aux exploicts de la guerre1 la chaleur du combat pousse les soldats genereux souuent franchir des pas si hazardeux1 qu'estans reuenuz eux1 ils en transissent d'estonnement les premiers4 ,comme aussi les ,potes sont pris souuent d'admiration de leurs propres ouurages1 et ne reconnoissent plus la trace1 par o ils ont pass vne si belle carriere4 ,c'est ce qu'on appelle aussi en eux ardeur et manie4 ,et comme ,platon dict1 que pour neant hurte la porte de la posie1 vn homme rassis3 aussi dit ,aristote qu'aucune ame excellente1 n'est exempte de meslange de folie4 ,et a raison d'appeller folie tout eslancement1 tant loable soit-il1 qui surpasse nostre propre iugement et discours4 ,d'autant que la sagesse est vn maniment regl de nostre ame1 et qu'elle conduit auec mesure et proportion1 et s'en respond4 ,platon argumente ainsi1 que la facult de prophetizer est au dessus de nous3 qu'il faut estre hors de nous1 quand nous la traittons3 il faut que nostre prudence soit offusque ou par le sommeil1 ou par quelque maladie1 ou enleue de sa place par vn rauissement celeste4 ,,chapitre ,,iii4 ,coustume de l',isle de ,cea4 ,,si philosopher c'est douter1 comme ils disent1 plus forte raison niaiser et fantastiquer1 comme ie fais1 doit estre doubter3 car c'est aux apprentifs enquerir et debatre1 et au cathedrant de resoudre4 ,mon cathedrant1 c'est l'authorit de la volont diuine qui nous regle sans contredit1 et qui a son rang au dessus de ces humaines et vaines contestations4 ,philippus estant entr main arme au ,peloponese1 quelcun disoit ,damidas1 que les ,lacedemoniens auroient beaucoup souffrir1 s'ils ne se remettoient en sa grace3 ,et poltron1 respondit-il1 que peuuent souffrir ceux qui ne craignent point la mort8 ,on demandoit aussi ,agis1 comment vn homme pourroit viure libre1 ,mesprisant1 dit-il1 le mourir4 ,ces propositions et mille pareilles qui se rencontrent ce propos1 sonnent euidemment quelque chose au del d'attendre patiemment la mort1 quand elle nous vient3 car il y a en la vie plusieurs accidens pires souffrir que la mort mesme3 tesmoing cet enfant ,lacedemonien1 pris par ,antigonus1 et vendu pour serf1 lequel press par son maistre de s'employer quelque seruice abiect1 ,tu verras1 dit-il1 qui tu as achet1 ce me seroit honte de seruir1 ayant la libert si main3 et ce disant1 se precipita du haut de la maison4 ,antipater menassant asprement les ,lacedemoniens1 pour les renger certaine sienne demande3 ,si tu nous menasses de pis que la mort1 respondirent-ils1 nous mourrons plus volontiers4 ,et ,philippus leur ayant escrit1 qu'il empescheroit toutes leurs entreprinses1 ,quoy8 nous empescheras tu aussi de mourir8 ,c'est ce qu'on dit1 que le sage vit tant qu'il doit1 non pas tant qu'il peut2 et que le present que ,nature nous ait faict le plus fauorable1 et qui nous oste tout moyen de nous pleindre de nostre condition1 c'est de nous auoir laiss la clef des champs4 ,elle n'a ordonn qu'vne entre la vie1 et cent mille yssus4 ,nous pouuons auoir faute de terre pour y viure1 mais de terre pour y mourir1 nous n'en pouuons auoir faute1 comme respondit ,boiocatus aux ,romains4 ,pourquoy te plains tu de ce monde8 il ne te tient pas3 si tu vis en peine1 ta laschet en est cause3 ,a mourir il ne reste que le vouloir4 ,vbique mors est3 optim hoc cauit ,deus4 ,eripere vitam nemo non homini potest1 ,at nemo mortem3 mille ad hanc aditus patent4 ,et ce n'est pas la recepte vne seule maladie1 la mort est la recepte tous maux4 ,c'est vn port tresasseur1 qui n'est iamais craindre1 et souuent rechercher3 tout reuient vn1 que l'homme se donne sa fin1 ou qu'il la souffre1 qu'il coure au deuant de son iour1 ou qu'il l'attende4 ,d'o qu'il vienne c'est tousiours le sien4 ,en quelque lieu que le filet se rompe1 il y est tout1 c'est le bout de la fuse4 ,la plus volontaire mort1 c'est la plus belle4 ,la vie despend de la volont d'autruy1 la mort de la nostre4 ,en aucune chose nous ne deuons tant nous accommoder nos humeurs1 qu'en celle-l4 ,la reputation ne touche pas vne telle entreprise1 c'est folie d'en auoir respect4 ,le viure1 c'est seruir1 si la libert de mourir en est dire4 ,le commun train de la guerison se conduit aux despens de la vie3 on nous incise1 on nous cauterise1 on nous detranche les membres1 on nous soustrait l'aliment1 et le sang3 vn pas plus outre1 nous voyla gueris tout faict4 ,pourquoy n'est la veine du gosier autant nostre commandement que la mediane8 ,aux plus fortes maladies les plus forts remedes4 ,seruius le ,grammairien ayant la goutte1 n'y trouua meilleur conseil1 que de s'appliquer du poison tuer ses iambes3 qu'elles fussent podagres leur poste1 pourueu qu'elles fussent insensibles4 ,dieu nous donne assez de cong1 quand il nous met en tel estat1 que le viure nous est pire que le mourir4 ,c'est foiblesse de ceder aux maux1 mais c'est folie de les nourrir4 ,les ,stoiciens disent1 que c'est viure conuenablement ,nature1 pour le sage1 de se departir de la vie1 encore qu'il soit en plein heur1 s'il le faict opportunment3 et au fol de maintenir sa vie1 encore qu'il soit miserable1 pourueu qu'il soit en la plus grande part des choses1 qu'ils disent estre selon ,nature4 ,comme ie n'offense les loix1 qui sont faictes contre les larrons1 quand i'emporte le mien1 et que ie coupe ma bourse3 ny des boutefeuz1 quand ie brusle mon bois3 aussi ne suis ie tenu aux loix faictes contre les meurtriers1 pour m'auoir ost ma vie4 ,hegesias disoit1 que comme la condition de la vie1 aussi la condition de la mort deuoit dependre de nostre eslection4 ,et ,diogenes rencontrant le ,philosophe ,speusippus afflig de longue hydropisie1 se faisant porter en littiere3 qui luy escria1 ,le bon salut1 ,diogenes3 ,a toy1 point de salut1 respondit-il1 qui souffres le viure estant en tel estat4 ,de vray quelque temps apres ,speusippus se fit mourir1 ennui d'vne si penible condition de vie4 ,mais cecy ne s'en va pas sans contraste4 ,car plusieurs tiennent1 que nous ne pouuons abandonner cette garnison du monde1 sans le commandement expres de celuy1 qui nous y a mis2 et que c'est ,dieu1 qui nous a icy enuoyez1 non pour nous seulement1 ains pour sa gloire et seruice d'autruy1 de nous donner cong1 quand il luy plaira1 non nous de le prendre3 que nous ne sommes pas nays pour nous1 ains aussi pour nostre pas3 les loix nous redemandent compte de nous1 pour leur interest1 et ont action d'homicide contre nous4 ,autrement comme deserteurs de nostre charge1 nous sommes punis en l'autre monde1 ,proxima deinde tenent msti loca1 qui sibi lethum ,insontes peperere manu1 lucmque perosi ,proiecere animas4 ,il y a bien plus de constance vser la chaine qui nous tient1 qu' la rompre3 et plus d'espreuue de fermet en ,regulus qu'en ,caton4 ,c'est l'indiscretion et l'impatience1 qui nous haste le pas4 ,nuls accidens ne font tourner le dos la viue vertu3 elle cherche les maux et la douleur1 comme son aliment4 ,les menasses des tyrans1 les gehennes1 et les bourreaux1 l'animent et la viuifient4 ,duris vt ilex tonsa bipennibus ,nigr feraci frondis in ,algido ,per damna1 per cdes1 ab ipso ,ducit opes animmque ferro4 ,et comme dict l'autre3 ,non est vt putas virtus1 pater1 ,timere vitam1 sed malis ingentibus ,obstare1 nec se vertere ac retro dare4 ,rebus in aduersis facile est contemnere mortem1 ,fortius ille facit1 qui miser esse potest4 ,c'est le rolle de la couardise1 non de la vertu1 de s'aller tapir dans vn creux1 souz vne tombe massiue1 pour euiter les coups de la ,fortune4 ,elle ne rompt son chemin et son train1 pour orage qu'il face3 ,si fractus illabatur orbis1 ,impauidam ferient ruin4 ,le plus communement1 la fuitte d'autres inconueniens1 nous pousse cettuy-cy4 ,voire quelquefois la fuitte de la mort1 faict que nous y courons3 ,hic1 rogo1 non furor est1 ne moriare1 mori8 ,comme ceux qui de peur du precipice s'y lancent eux-mesmes4 ,multos in summa pericula misit ,venturi timor ipse mali3 fortissimus ille est1 ,qui promptus metuenda pati1 si cominus instent1 ,et differre potest4 ,vsque adeo1 mortis formidine1 vit ,percipit humanos odium1 lucisque vidend1 ,vt sibi consciscant mrenti pectore lethum1 ,obliti fontem curarum hunc esse timorem4 ,platon en ses loix ordonne sepulture ignominieuse celuy qui a priu son plus proche et plus amy1 sauoir est soy mesme1 et de la vie1 et du cours des destines1 non contraint par iugement publique1 ny par quelque triste et ineuitable accident de la ,fortune1 ny par vne honte insupportable1 mais par laschet et foiblesse d'vne ame craintiue4 ,et l'opinion qui desdaigne nostre vie1 elle est ridicule4 ,car en fin c'est nostre estre1 c'est nostre tout4 ,les choses qui ont vn estre plus noble et plus riche1 peuuent accuser le nostre3 mais c'est contre ,nature1 que nous nous mesprisons et mettons nous mesmes nonchaloir2 c'est vne maladie particuliere1 et qui ne se voit en aucune autre creature1 de se hayr et desdaigner4 ,c'est de pareille vanit1 que nous desirons estre autre chose1 que ce que nous sommes4 ,le fruict d'vn tel desir ne nous touche pas1 d'autant qu'il se contredit et s'empesche en soy3 celuy qui desire d'estre faict d'vn homme ange1 il ne faict rien pour luy4 ,il n'en vaudroit de rien mieux1 car n'estant plus1 qui se resiouyra et ressentira de cet amendement pour luy8 ,debet enim1 miser cui fort grque futurum est1 ,ipse quoque esse in eo tum tempore1 cum male possit ,accidere4 ,la securit1 l'indolence1 l'impassibilit1 la priuation des maux de cette vie1 que nous achetons au prix de la mort1 ne nous apporte aucune commodit4 ,pour neant euite la guerre1 celuy qui ne peut iouyr de la paix1 et pour neant fuit la peine qui n'a de quoy sauourer le repos4 ,entre ceux du premier aduis1 il y a eu grand doubte sur ce1 quelles occasions sont assez iustes1 pour faire entrer vn homme en ce party de se tuer3 ils appellent cela1 4 ,car quoy qu'ils dient1 qu'il faut souuent mourir pour causes legeres1 puis que celles qui nous tiennent en vie1 ne sont gueres fortes1 si y faut-il quelque mesure4 ,il y a des humeurs fantastiques et sans discours1 qui ont pouss1 non des hommes particuliers seulement1 mais des peuples se deffaire4 ,i'en ay allegu par cy deuant des exemples3 et nous lisons en outre1 des vierges ,milesienes1 que par vne conspiration furieuse1 elles se pendoient les vnes apres les autres1 iusques ce que le magistrat y pourueust1 ordonnant que celles qui se trouueroyent ainsi pendus1 fussent traines du mesme licol toutes nus par la ville4 ,quand ,threicion presche ,cleomenes de se tuer1 pour le mauuais estat de ses affaires1 et ayant fuy la mort plus honorable en la bataille qu'il venoit de perdre1 d'accepter cette autre1 qui luy est seconde en honneur1 et ne donner point loisir au victorieux de luy faire souffrir ou vne mort1 ou vne vie honteuse3 ,cleomenes d'vn courage ,lacedemonien et ,stoique1 refuse ce conseil comme lasche et effemin3 ,c'est vne recepte1 dit-il1 qui ne me peut iamais manquer1 et de laquelle il ne se faut seruir tant qu'il y a vn doigt d'esperance de reste3 que le viure est quelquefois constance et vaillance3 qu'il veut que sa mort mesme serue son pas1 et en veut faire vn acte d'honneur et de vertu4 ,threicion se creut ds lors1 et se tua4 ,cleomenes en fit aussi autant depuis1 mais ce fut apres auoir essai le dernier point de la ,fortune4 ,tous les inconueniens ne valent pas qu'on vueille mourir pour les euiter4 ,et puis y ayant tant de soudains changemens aux choses humaines1 il est malais iuger1 quel poinct nous sommes iustement au bout de nostre esperance3 ,sperat et in sua victus gladiator arena1 ,sit licet infesto pollice turba minax4 ,toutes choses1 disoit vn mot ancien1 sont esperables vn homme pendant qu'il vit4 ,ouy mais1 respond ,seneca1 pourquoy auray-ie plustost en la teste cela1 que la ,fortune peut toutes choses pour celuy qui est viuant2 que cecy1 que ,fortune ne peut rien sur celuy qui sait mourir8 ,on voit ,iosephe engag en vn si apparent danger et si prochain1 tout vn peuple s'estant esleu contre luy1 que par discours il n'y pouuoit auoir aucune resource3 toutefois estant1 comme il dit1 conseill sur ce point1 par vn de ses amis de se deffaire1 bien luy seruit de s'opiniastrer encore en l'esperance3 car la ,fortune contourna outre toute raison humaine cet accident1 si qu'il s'en veid deliur sans aucun inconuenient4 ,et ,cassius et ,brutus au contraire1 acheuerent de perdre les reliques de la ,romaine libert1 de laquelle ils estoient protecteurs1 par la precipitation et temerit1 dequoy ils se tuerent auant le temps et l'occasion4 ,a la iourne de ,serisolles ,monsieur d',anguien essaa deux fois de se donner de l'espe dans la gorge1 desesper de la fortune du combat1 qui se porta mal en l'endroit o il estoit3 et cuida par precipitation se priuer de la iouyssance d'vne si belle victoire4 ,i'ay veu cent lieures se sauuer sous les dents des leuriers3 ,aliquis carnifici suo superstes fuit4 ,multa dies varisque labor mutabilis ui ,rettulit in melius2 multos alterna reuisens ,lusit1 et in solido rursus fortuna locauit4 ,pline dit qu'il n'y a que trois sortes de maladie1 pour lesquelles euiter on aye droit de se tuer4 ,la plus aspre de toutes1 c'est la pierre la vessie1 quand l'vrine en est retenu4 ,seneque1 celles seulement1 qui esbranlent pour long temps les offices de l'ame4 ,pour euiter vne pire mort1 il y en a qui sont d'aduis de la prendre leur poste4 ,damocritus chef des toliens men prisonnier ,rome1 trouua moyen de nuict d'eschapper4 ,mais suiuy par ses gardes1 auant que se laisser reprendre1 il se donna de l'espee au trauers le corps4 ,antinos et ,theodotus1 leur ville d',epire reduitte l'extremit par les ,romains1 furent d'aduis au peuple de se tuer tous4 ,mais le conseil de se rendre plustost1 ayant gaign1 ils allerent chercher la mort1 se ruants sur les ennemis1 en intention de frapper1 non de se couurir4 ,l'isle de ,goze force par les ,turcs1 il y a quelques annes1 vn ,sicilien qui auoit deux belles filles prestes marier1 les tua de sa main1 et leur mere apres1 qui accourut leur mort4 ,cela faict1 sortant en ru auec vne arbaleste et vne arquebouze1 de deux coups il en tua les deux premiers ,turcs1 qui s'approcherent de sa porte3 et puis mettant l'espe au poing1 s'alla mesler furieusement1 o il fut soudain enuelop et mis en pieces3 se sauuant ainsi du seruage1 apres en auoir deliur les siens4 ,les femmes ,iuifues apres auoir faict circoncire leurs enfans1 s'alloient precipiter quant et eux1 fuyant la cruaut d',antiochus4 ,on m'a compt qu'vn prisonnier de qualit1 estant en nos conciergeries1 ses parens aduertis qu'il seroit certainement condamn1 pour euiter la honte de telle mort1 aposterent vn prestre pour luy dire1 que le souuerain remede de sa deliurance1 estoit qu'il se recommandast tel sainct1 auec tel et tel vu1 et qu'il fust huict iours sans prendre aucun aliment1 quelque deffaillance et foiblesse qu'il sentist en soy4 ,il l'en creut1 et par ce moyen se deffit sans y penser de sa vie et du danger4 ,scribonia conseillant ,libo son nepueu de se tuer1 plustost que d'attendre la main de la ,iustice1 luy disoit que c'estoit proprement faire l'affaire d'autruy que de conseruer sa vie1 pour la remettre entre les mains de ceux qui la viendroient chercher trois ou quatre iours apres2 et que c'estoit seruir ses ennemis1 de garder son sang pour leur en faire cure4 ,il se lict dans la ,bible1 que ,nicanor persecuteur de la ,loy de ,dieu1 ayant enuoy ses satellites pour saisir le bon vieillard ,rasias1 surnomm pour l'honneur de sa vertu1 le ,pere aux ,iuifs1 comme ce bon homme n'y veist plus d'ordre1 sa porte brusle1 ses ennemis prests le saisir1 choisissant de mourir genereusement1 plustost que de venir entre les mains des meschans1 et de se laisser mastiner contre l'honneur de son rang1 qu'il se frappa de son espe3 mais le coup pour la haste1 n'ayant pas est bien assen1 il courut se precipiter du haut d'vn mur1 au trauers de la trouppe1 laquelle s'escartant et luy faisant place1 il cheut droictement sur la teste4 ,ce neantmoins se sentant encore quelque reste de vie1 il ralluma son courage1 et s'esleuant en pieds1 tout ensanglant et charg de coups1 et fauant la presse donna iusques certain rocher coupp et precipiteux1 o n'en pouuant plus1 il print par l'vne de ses playes deux mains ses entrailles1 les deschirant et froissant1 et les ietta trauers les poursuiuans1 appellant sur eux et attestant la vengeance diuine4 ,des violences qui se font la conscience1 la plus euiter mon aduis1 c'est celle qui se faict la chastet des femmes2 d'autant qu'il y a quelque plaisir corporel1 naturellement mesl parmy3 et cette cause1 le dissentement n'y peut estre assez entier2 et semble que la force soit mesle quelque volont4 ,l'histoire ,ecclesiastique a en reuerence plusieurs tels exemples de personnes deuotes qui appelerent la mort garant contre les outrages que les tyrans preparoient leur religion et conscience4 ,pelagia et ,sophronia1 toutes deux canonises1 celle-l se precipita dans la riuiere auec sa mere et ses surs1 pour euiter la force de quelques soldats3 et cette-cy se tua aussi pour euiter la force de ,maxentius l',empereur4 ,il nous sera l'aduenture honnorable aux siecles aduenir1 qu'vn sauant autheur de ce temps1 et notamment ,parisien1 se met en peine de persuader aux ,dames de nostre siecle1 de prendre plustost tout autre party1 que d'entrer en l'horrible conseil d'vn tel desespoir4 ,ie suis marry qu'il n'a sceu1 pour mesler ses comptes1 le bon mot que i'apprins ,toulouse d'vne femme1 passe par les mains de quelques soldats3 ,dieu soit lo1 disoit-elle1 qu'au moins vne fois en ma vie1 ie m'en suis soule sans pech4 ,a la verit ces cruautez ne sont pas dignes de la douceur ,franoise4 ,aussi ,dieu mercy nostre air s'en voit infiniment purg depuis ce bon aduertissement4 ,suffit qu'elles dient ,nenny1 en le faisant1 suyuant la regle du bon ,marot4 ,l',histoire est toute pleine de ceux qui en mille faons ont chang la mort vne vie peneuse4 ,lucius ,aruntius se tua1 pour1 disoit-il1 fuir et l'aduenir et le pass4 ,granius ,siluanus et ,statius ,proximus1 apres estre pardonnez par ,neron1 se tuerent3 ou pour ne viure de la grace d'vn si meschant homme1 ou pour n'estre en peine vne autre fois d'vn second pardon3 veu sa facilit aux soupons et accusations1 l'encontre des gents de bien4 ,spargapizs fils de la ,royne ,tomyris1 prisonnier de guerre de ,cyrus1 employa se tuer la premiere faueur1 que ,cyrus luy fit de le faire destacher3 n'ayant pretendu autre fruit de sa libert1 que de venger sur soy la honte de sa prinse4 ,bogez gouuerneur en ,eione de la part du ,roy ,xerxes1 assieg par l'arme des ,atheniens sous la conduitte de ,cimon1 refusa la composition de s'en retourner seurement en ,asie tout sa cheuance1 impatient de suruiure la perte de ce que son maistre luy auoit donn en garde3 et apres auoir deffendu iusqu' l'extremit sa ville1 n'y restant plus que manger1 iecta premierement en la riuiere de ,strymon tout l'or1 et tout ce dequoy il luy sembla l'ennemy pouuoir faire plus de butin4 ,et puis ayant ordonn allumer vn grand bucher1 et d'esgosiller femmes1 enfants1 concubines et seruiteurs1 les meit dans le feu1 et puis soy-mesme4 ,ninachetuen seigneur ,indois1 ayant senty le premier vent de la deliberation du vice-,roy ,portugais1 de le deposseder1 sans aucune cause apparante1 de la charge qu'il auoit en ,malaca1 pour la donner au ,roy de ,campar3 print part soy1 cette resolution4 ,il fit dresser vn eschaffault plus long que large1 appuy sur des colomnes1 royallement tapiss1 et orn de fleurs1 et de parfuns en abondance4 ,et puis1 s'estant vestu d'vne robbe de drap d'or charge de quantit de pierreries de hault prix1 sortit en ru3 et par des degrez monta sur l'eschaffault en vn coing duquel il y auoit vn bucher de bois aromatiques allum4 ,le monde accourut voir1 quelle fin ces preparatifs inaccoustums4 ,ninachetuen remontra d'vn visage hardy et mal contant1 l'obligation que la nation ,portugaloise luy auoit3 combien fidelement il auoit vers en sa charge3 qu'ayant si souuent tesmoign pour autruy1 les armes la main1 que l'honneur luy estoit de beaucoup plus cher que la vie1 il n'estoit pas pour en abandonner le soing pour soy mesme3 que ,fortune luy refusant tout moyen de s'opposer l'iniure qu'on luy vouloit faire1 son courage au moins luy ordonnoit de s'en oster le sentiment3 et de ne seruir de fable au peuple1 et de triomphe1 des personnes qui valoient moins que luy4 ,ce disant il se iecta dans le feu4 ,sextilia femme de ,scaurus1 et ,paxea femme de ,labeo1 pour encourager leurs maris euiter les dangers1 qui les pressoient1 ausquels elles n'auoyent part1 que par l'interest de l'affection coniugale1 engagerent volontairement la vie pour leur seruir en cette extreme necessit1 d'exemple et de compagnie4 ,ce qu'elles firent pour leurs maris1 ,cocceius ,nerua le fit pour sa patrie1 moins vtilement1 mais de pareil amour4 ,ce grand ,iurisconsulte1 fleurissant en sant1 en richesses1 en reputation1 en credit1 pres de l',empereur1 n'eut autre cause de se tuer1 que la compassion du miserable estat de la chose publique ,romaine4 ,il ne se peut rien adiouster la delicatesse de la mort de la femme de ,fuluius1 familier d',auguste4 ,auguste ayant descouuert1 qu'il auoit esuent vn secret important qu'il luy auoit fi3 vn matin qu'il le vint voir1 luy en fit vne maigre mine4 ,il s'en retourne au logis plain de desespoir1 et dict tout piteusement sa femme1 qu'estant tomb en ce malheur1 il estoit resolu de se tuer4 ,elle tout franchement1 ,tu ne feras que raison1 veu qu'ayant assez souuent experiment l'incontinance de ma langue1 tu ne t'en s point donn de garde4 ,mais laisse1 que ie me tue la premiere3 et sans autrement marchander1 se donna d'vne espe dans le corps4 ,vibius ,virius desesper du salut de sa ville assiege par les ,romains1 et de leur misericorde1 en la derniere deliberation de leur ,senat1 apres plusieurs remonstrances employes cette fin1 conclud que le plus beau estoit d'eschapper la ,fortune par leurs propres mains4 ,les ennemis les en auroient en honneur1 et ,hannibal sentiroit de combien fideles amis il auroit abandonns4 ,conuiant ceux qui approuueroient son aduis1 d'aller prendre vn bon souper1 qu'on auoit dress chez luy1 o apres auoir fait bonne chere1 ils boiroyent ensemble de ce qu'on luy presenteroit2 breuuage qui deliurera noz corps des tourments1 noz ames des iniures1 noz yeux et noz oreilles du sentiment de tant de villains maux1 que les vaincus ont souffrir des vainqueurs tres cruels et offencez4 ,i'ay1 disoit-il1 mis ordre qu'il y aura personnes propres nous ietter dans vn bucher au deuant de mon huis1 quand nous serons expirez4 ,assez approuuerent cette haute resolution3 peu l'imiterent4 ,vingt sept ,senateurs le suiuirent3 et apres auoir essay d'estouffer dans le vin cette fascheuse pense1 finirent leur repas par ce mortel mets3 et s'entre-embrassans apres auoir en commun deplor le malheur de leur pas3 les vns se retirerent en leurs maisons1 les autres s'arresterent1 pour estre enterrez dans le feu de ,vibius auec luy3 et eurent tous la mort si longue1 la vapeur du vin ayant occup les veines1 et retardant l'effect du poison1 qu'aucuns furent vne heure pres de veoir les ennemis dans ,capou1 qui fut emporte le lendemain1 et d'encourir les miseres qu'ils auoyent si cherement fuy4 ,taurea ,iubellius1 vn autre citoyen de l1 le ,consul ,fuluius retournant de cette honteuse boucherie qu'il auoit faicte de deux cents vingtcinq ,senateurs1 le rappella fierement par son nom1 et l'ayant arrest3 ,commande1 fit-il1 qu'on me massacre aussi apres tant d'autres1 afin que tu te puisses vanter d'auoir tu vn beaucoup plus vaillant homme que toy4 ,fuluius le desdaignant1 comme insens3 aussi que sur l'heure il venoit de receuoir lettres de ,rome contraires l'inhumanit de son execution1 qui luy lioient les mains3 ,iubellius continua3 ,puis que mon pas prins1 mes amis morts1 et ayant occis de ma main ma femme et mes enfants1 pour les soustraire la desolation de cette ruine1 il m'est interdict de mourir de la mort de mes concitoyens3 empruntons de la vertu la vengeance de cette vie odieuse4 ,et tirant vn glaiue1 qu'il auoit cach1 s'en donna au trauers la poictrine1 tumbant renuers1 mourant aux pieds du ,consul4 ,alexandre assiegeoit vne ville aux ,indes1 ceux de dedans se trouuans pressez1 se resolurent vigoureusement le priuer du plaisir de cette victoire1 et s'embraiserent vniuersellement tous1 quand et leur ville1 en despit de son humanit4 ,nouuelle guerre1 les ennemis combattoient pour les sauuer1 eux pour se perdre1 et faisoient pour garentir leur mort1 toutes les choses qu'on fait pour garentir sa vie4 ,astapa ville d',espaigne se trouuant foible de murs et de deffenses1 pour soustenir les ,romains1 les habitans firent amas de leurs richesses et meubles en la place1 et ayants reng au dessus de ce monceau les femmes et les enfants1 et l'ayants entour de bois et matiere propre prendre feu soudainement et laiss cinquante ieunes hommes d'entre eux pour l'execution de leur resolution1 feirent vne sortie1 o suiuant leur vu1 faute de pouuoir vaincre1 ils se feirent tous tuer4 ,les cinquante1 apres auoir massacr toute ame viuante esparse par leur ville1 et mis le feu en ce monceau1 s'y lancerent aussi1 finissants leur genereuse libert en un estat insensible plus tost1 que douloureux et honteux3 et montrant aux ennemis1 que si ,fortune l'eust voulu1 ils eussent eu aussi bien le courage de leur oster la victoire1 comme ils auoient eu de la leur rendre et frustratoire et hideuse1 voire et mortelle ceux1 qui amorsez par la lueur de l'or coulant en cette flamme1 s'en estants approchez en bon nombre1 y furent suffoquez et bruslez3 le reculer leur estant interdict par la foulle1 qui les suiuoit4 ,les ,abydeens pressez par ,philippus1 se resolurent de mesmes3 mais estans prins de trop court1 le ,roy qui eut horreur de voir la precipitation temeraire de cette execution 7les thresors et les meubles1 qu'ils auoyent diuersement condamnez au feu et au naufrage1 saisis7 retirant ses soldats1 leur conceda trois iours se tuer1 auec plus d'ordre et plus l'aise3 lesquels ils remplirent de sang et de meurtre au del de toute hostile cruaut3 et ne s'en sauua vne seule personne1 qui eust pouuoir sur soy4 ,il y a infinis exemples de pareilles conclusions populaires1 qui semblent plus aspres1 d'autant que l'effect en est plus vniuersel4 ,elles le sont moins que separes4 ,ce que le discours ne feroit en chacun1 il le fait en tous3 l'ardeur de la societ rauissant les particuliers iugements4 ,les condamnez qui attendoyent l'execution1 du temps de ,tibere1 perdoyent leurs biens1 et estoyent priuez de sepulture3 ceux qui l'anticipoyent en se tuants eux mesmes1 estoyens enterrez1 et pouuoyent faire testament4 ,mais on desire aussi quelquefois la mort1 pour l'esperance d'vn plus grand bien4 ,ie desire1 dict ,sainct ,paul1 estre dissoult1 pour estre auec ,iesus ,christ3 et1 ,qui me desprendra de ces liens8 ,cleombrotus ,ambraciota ayant leu le ,phdon de ,platon1 entra en si grand appetit de la vie aduenir1 que sans autre occasion il s'alla precipiter en la mer4 ,par o il appert combien improprement nous appellons desespoir cette dissolution volontaire1 laquelle la chaleur de l'espoir nous porte souuent1 et souuent vne tranquille et rassise inclination de iugement4 ,iacques du ,chastel ,euesque de ,soissons1 au voyage d'outremer que fit ,sainct ,loys1 voyant le ,roy et toute l'arme en train de reuenir en ,france1 laissant les affaires de la religion imparfaictes1 print resolution de s'en aller plus tost en ,paradis2 et ayant dict ,dieu ses amis1 donna seul la veu d'vn chacun1 dans l'arme des ennemis1 o il fut mis en pieces4 ,en certain ,royaume de ces nouuelles terres1 au iour d'vne solemne procession1 auquel l'idole qu'ils adorent1 est promene en publicq1 sur vn char de merueilleuse grandeur3 outre ce qu'il se void plusieurs se detaillants les morceaux de leur chair viue1 luy offrir3 il s'en void nombre d'autres1 se prosternants emmy la place1 qui se font mouldre et briser souz les rous1 pour en acquerir apres leur mort1 veneration de sainctet1 qui leur est rendue4 ,la mort de cet ,euesque les armes au poing1 a de la generosit plus1 et moins de sentiment3 l'ardeur du combat en amusant vne partie4 ,il y a des polices qui se sont mesles de regler la iustice et opportunit des morts volontaires4 ,en nostre ,marseille il se gardoit au temps pass du venin prepar tout de la cigue1 aux despens publics1 pour ceux qui voudroient haster leurs iours2 ayants premierement approuu aux six cens1 qui estoit leur ,senat1 les raisons de leur entreprise3 et n'estoit loisible autrement que par cong du magistrat1 et par occasions legitimes1 de mettre la main sur soy4 ,cette loy estoit encor' ailleurs4 ,sextus ,pompeius allant en ,asie1 passa par l',isle de ,cea de ,negrepont2 il aduint de fortune pendant qu'il y estoit1 comme nous l'apprend l'vn de ceux de sa compagnie1 qu'vne femme de grande authorit1 ayant rendu compte ses citoyens1 pourquoy elle estoit resolue de finir sa vie1 pria ,pompeius d'assister sa mort1 pour la rendre plus honorable3 ce qu'il fit1 et ayant long temps essay pour neant1 force d'eloquence1 qui luy estoit merueilleusement main et de persuasion1 de la destourner de ce dessein1 souffrit en fin qu'elle se contentast4 ,elle auoit pass quatre vingts dix ans1 en tres-heureux estat d'esprit et de corps1 mais lors couche sur son lict1 mieux par que de coustume1 et appuye sur le coude3 ,les ,dieux1 dit elle1 ,sextus ,pompeius1 et plustost ceux que ie laisse1 que ceux que ie vay trouuer1 te sachent gr dequoy tu n'as desdaign d'estre et conseiller de ma vie1 et tesmoing de ma mort4 ,de ma part1 ayant tousiours essay le fauorable visage de ,fortune1 de peur que l'enuie de trop viure ne m'en face voir vn contraire1 ie m'en vay d'vne heureuse fin donner cong aux restes de mon ame1 laissant de moy deux filles et vne legion de nepueux4 ,cela faict1 ayant presch et enhort les siens l'vnion et la paix1 leur ayant departy ses biens1 et recommand les ,dieux domestiques sa fille aisne1 elle print d'vne main asseure la coupe1 o estoit le venin1 et ayant faict ses vux ,mercure1 et les prieres de la conduire en quelque heureux siege en l'autre monde1 auala brusquement ce mortel breuuage4 ,or entretint elle la compagnie1 du progrez de son operation3 et comme les parties de son corps se sentoyent saisies de froid l'vne apres l'autre3 iusques ce qu'ayant dict en fin qu'il arriuoit au cur et aux entrailles1 elle appella ses filles pour luy faire le dernier office1 et luy clorre les yeux4 ,pline recite de certaine nation ,hyperbore1 qu'en icelle1 pour la douce temperature de l'air1 les vies ne se finissent communment que par la propre volont des habitans2 mais qu'estans las et saouls de viure1 ils ont en coustume au bout d'vn long aage1 apres auoir faict bonne chere1 se precipiter en la mer1 du hault d'un certain rocher1 destin ce seruice4 ,la douleur1 et vne pire mort1 me semblent les plus excusables incitations4 ,,chapitre ,,iiii4 ,a demain les affaires4 ,,ie donne auec raison1 ce me semble1 la palme ,iacques ,amiot1 sur tous noz escriuains ,franois2 non seulement pour la nafuet et puret du langage1 en quoy il surpasse tous autres1 ny pour la constance d'vn si long trauail1 ny pour la profondeur de son sauoir1 ayant peu deuelopper si heureusement vn autheur si espineux et ferr3 car on m'en dira ce qu'on voudra1 ie n'entens rien au ,grec1 mais ie voy vn sens si bien ioint et entretenu1 par tout en sa traduction1 que ou il a certainement entendu l'imagination vraye de l'autheur1 ou ayant par longue conuersation1 plant viuement dans son ame1 vne generale ide de celle de ,plutarque1 il ne luy a aumoins rien prest qui le desmente1 ou qui le desdie3 mais sur tout1 ie luy say bon gr1 d'auoir seu trier et choisir vn liure si digne et si propos1 pour en faire present son pas4 ,nous autres ignorans estions perdus1 si ce liure ne nous eust releu du bourbier3 sa mercy nous osons cett'heure et parler et escrire3 les dames en regentent les maistres d'escole3 c'est nostre breuiaire4 ,si ce bon homme vit1 ie luy resigne ,xenophon pour en faire autant4 ,c'est vn' occupation plus aise1 et d'autant plus propre sa vieillesse4 ,et puis1 ie ne say comment il me semble1 quoy qu'il se desmesle bien brusquement et nettement d'vn mauuais pas1 que toutefois son stile est plus chez soy1 quand il n'est pas press1 et qu'il roulle son aise4 ,i'estois cett'heure sur ce passage1 o ,plutarque dit de soy-mesmes1 que ,rusticus assistant vne sienne declamation ,rome1 y receut vn pacquet de la part de l',empereur1 et temporisa de l'ouurir1 iusques ce que tout fust faict3 ,en quoy1 dit-il1 toute l'assistance loua singulierement la grauit de ce personnage4 ,de vray1 estant sur le propos de la curiosit1 et de cette passion auide et gourmande de nouuelles1 qui nous fait auec tant d'indiscretion et d'impatience abandonner toutes choses1 pour entretenir vn nouueau venu1 et perdre tout respect et contenance1 pour crocheter soudain1 o que nous soyons1 les lettres qu'on nous apporte3 il a eu raison de lour la grauit de ,rusticus3 et pouuoit encor y ioindre la louange de sa ciuilit et courtoisie1 de n'auoir voulu interrompre le cours de sa declamation4 ,mais ie fay doubte qu'on le peust lour de prudence3 car receuant l'improueu lettres1 et notamment d'vn ,empereur1 il pouuoit bien aduenir que le differer les lire1 eust est d'vn grand preiudice4 ,le vice contraire la curiosit1 c'est la nonchalance3 vers laquelle ie panche euidemment de ma complexion2 et en laquelle i'ay veu plusieurs hommes si extremes1 que trois ou quatre iours apres1 on retrouuoit encores en leur pochette les lettres toutes closes1 qu'on leur auoit enuoyes4 ,ie n'en ouuris iamais1 non seulement de celles1 qu'on m'eust commises3 mais de celles mesmes que la ,fortune m'eust faict passer par les mains4 ,et fais conscience si mes yeux desrobent par mesgarde1 quelque cognoissance des lettres d'importance qu'il lit1 quand ie suis cost d'vn grand4 ,iamais homme ne s'enquit moins1 et ne fureta moins s affaires d'autruy4 ,du temps de noz peres ,monsieur de ,boutieres cuida perdre ,turin1 pour1 estant en bonne compagnie soupper1 auoir remis lire vn aduertissement qu'on luy donnoit des trahisons qui se dressoient contre cette ville1 o il commandoit4 ,et ce mesme ,plutarque m'a appris que ,iulius ,csar se fust sauu1 si allant au ,senat1 le iour qu'il y fut tu par les coniurez1 il eust leu vn memoire qu'on luy presenta4 ,et fait aussi le compte d',archias ,tyran de ,thebes1 que le soir auant l'execution de l'entreprise que ,pelopidas auoit faicte de le tuer1 pour remettre son pas en libert1 il luy fut escrit par vn autre ,archias ,athenien de poinct en poinct1 ce qu'on luy preparoit3 et que ce pacquet luy ayant est rendu pendant son soupper1 il remit l'ouurir1 disant ce mot1 qui depuis passa en prouerbe en ,grece3 ,a demain les affaires4 ,vn sage homme peut mon opinion pour l'interest d'autruy1 comme pour ne rompre indecemment compagnie ainsi que ,rusticus1 ou pour ne discontinuer vn autre affaire d'importance1 remettre entendre ce qu'on luy apporte de nouueau3 mais pour son interest ou plaisir particulier1 mesmes s'il est homme ayant charge publique2 pour ne rompre son disner1 voyre ny son sommeil1 il est inexcusable de le faire4 ,et anciennement estoit ,rome la place ,consulaire1 qu'ils appelloyent1 la plus honorable table1 pour estre plus deliure1 et plus accessible ceux qui suruiendroyent1 pour entretenir celuy qui y seroit assis4 ,tesmoignage1 que pour estre table1 ils ne se departoyent pas de l'entremise d'autres affaires et suruenances4 ,mais quand tout est dict1 il est malais s actions humaines1 de donner regle si iuste par discours de raison1 que la ,fortune n'y maintienne son droict4 ,,chapitre ,v4 ,de la ,conscience4 ,,voyageant vn iour1 mon frere ,sieur de la ,brousse et moy1 durant noz guerres ciuiles1 nous rencontrasmes vn ,gentilhomme de bonne faon3 il estoit du party contraire au nostre1 mais ie n'en sauois rien1 car il se contrefaisoit autre4 ,et le pis de ces guerres1 c'est1 que les chartes sont si mesles1 vostre ennemy n'estant distingu d'auec vous d'aucune marque apparente1 ny de langage1 ny de port1 nourry en mesmes loix1 murs et mesme air1 qu'il est mal-ais d'y euiter confusion et desordre4 ,cela me faisoit craindre moy-mesme de r'encontrer nos trouppes1 en lieu o ie ne fusse cogneu1 pour n'estre en peine de dire mon nom1 et de pis l'aduanture4 ,comme il m'estoit autrefois aduenu3 car en vn tel mescompte1 ie perdis et hommes et cheuaux1 et m'y tua lon miserablement1 entre autres1 vn page ,gentil-homme ,italien1 que ie nourrissois soigneusement2 et fut estainte en luy vne tresbelle enfance1 et pleine de grande esperance4 ,mais cettuy-cy en auoit vne frayeur si esperdu1 et ie le voyois si mort chasque rencontre d'hommes cheual1 et passage de villes1 qui tenoient pour le ,roy1 que ie deuinay en fin que c'estoient alarmes que sa conscience luy donnoit4 ,il sembloit ce pauure homme qu'au trauers de son masque et des croix de sa cazaque on iroit lire iusques dans son cur1 ses secrettes intentions4 ,tant est merueilleux l'effort de la conscience4 ,elle nous fait trahir1 accuser1 et combattre nous mesmes1 et faute de tesmoing estranger1 elle nous produit contre nous1 ,occultum quatiens animo tortore flagellum4 ,ce conte est en la bouche des enfans4 ,bessus ,pnien reproch d'auoir de gayet de cur abbatu vn nid de moineaux1 et les auoir tuez3 disoit auoir eu raison1 par ce que ces oysillons ne cessoient de l'accuser faucement du meurtre de son pere4 ,ce parricide iusques lors auoit est occulte et inconnu3 mais les furies vengeresses de la conscience1 le firent mettre hors celuy mesmes qui en deuoit porter la penitence4 ,hesiode corrige le dire de ,platon1 que la peine suit de bien pres le pech3 car il dit qu'elle naist en l'instant et quant et quant le pech4 ,quiconque attent la peine1 il la souffre1 et quiconque l'a merite1 l'attend4 ,la meschancet fabrique des tourmens contre soy4 ,malum consilium consultori pessimum4 ,comme la mouche guespe picque et offence autruy1 mais plus soy-mesme1 car elle y perd son esguillon et sa force pour iamais2 ,vitsque in vulnere ponunt4 ,les cantharides ont en elles quelque partie qui sert contre leur poison de contrepoison1 par vne contrariet de nature4 ,aussi mesme qu'on prend le plaisir au vice1 il s'engendre vn desplaisir contraire en la conscience1 qui nous tourmente de plusieurs imaginations penibles1 veillans et dormans1 ,quippe vbi se multi1 per somnia spe loquentes1 ,aut morbo delirantes1 procraxe ferantur1 ,et celata diu in medium peccata dedisse4 ,apollodorus songeoit qu'il se voyoit escorcher par les ,scythes1 et puis bouillir dedans vne marmitte1 et que son cur murmuroit en disant2 ,ie te suis cause de tous ces maux4 ,aucune cachette ne sert aux meschans1 disoit ,epicurus1 par ce qu'ils ne se peuuent asseurer d'estre cachez1 la conscience les descouurant eux mesmes1 ,prima est hc vltio1 qud se ,iudice nemo nocens absoluitur4 ,comme elle nous remplit de crainte1 aussi fait elle d'asseurance et de confiance4 ,et ie puis dire auoir march en plusieurs hazards1 d'vn pas bien plus ferme1 en consideration de la secrette science que i'auois de ma volont et innocence de mes desseins4 ,conscia mens vt cuique sua est1 ita concipit intra ,pectora pro facto spmque metmque suo4 ,il y en a mille exemples3 il suffira d'en alleguer trois de mesme personnage4 ,scipion estant vn iour accus deuant le peuple ,romain d'vne accusation importante1 au lieu de s'excuser ou de flatter ses iuges3 ,il vous siera bien1 leur dit-il1 de vouloir entreprendre de iuger de la teste de celuy1 par le moyen duquel vous auez l'authorit de iuger de tout le monde4 ,et vn' sautre fois1 pour toute responce aux imputations que luy mettoit sus vn ,tribun du peuple1 au lieu de plaider sa cause3 ,allons1 dit-il1 mes citoyens1 allons rendre graces aux ,dieux de la victoire qu'ils me donnerent contre les ,carthaginois en pareil iour que cettuy-cy4 ,et se mettant marcher deuant vers le temple1 voyl toute l'assemble1 et son accusateur mesmes sa suitte4 ,et ,petilius ayant est suscit par ,caton pour luy demander compte de l'argent mani en la prouince d',antioche1 ,scipion estant venu au ,senat pour cet effect1 produisit le liure des raisons qu'il auoit dessoubs sa robbe1 et dit1 que ce liure en contenoit au vray la recepte et la mise3 mais comme on le luy demanda pour le mettre au greffe1 il le refusa1 disant1 ne se vouloir pas faire cette honte soy-mesme3 et de ses mains en la presence du ,senat le deschira et mit en pieces4 ,ie ne croy pas qu'vne ame cauterize seust contrefaire vne telle asseurance3 il auoit le cur trop gros de nature1 et accoustum trop haute fortune1 dit ,tite ,liue1 pour sauoir estre criminel1 et se demettre la bassesse de deffendre son innocence4 ,c'est vne dangereuse inuention que celle des gehennes1 et semble que ce soit plustost vn essay de patience que de verit4 ,et celuy qui les peut souffrir1 cache la verit1 et celuy qui ne les peut souffrir4 ,car pourquoy la douleur me fera elle plustost confesser ce qui en est1 qu'elle ne me forcera de dire ce qui n'est pas8 ,et au rebours1 si celuy qui n'a pas faict ce dequoy on l'accuse1 est assez patient pour supporter ces tourments1 pourquoy ne le sera celuy qui l'a faict1 vn si beau guerdon1 que de la vie1 luy estant propos8 ,ie pense que le fondement de cette inuention1 vient de la consideration de l'effort de la conscience4 ,car au coulpable il semble qu'elle aide la torture pour luy faire confesser sa faute1 et qu'elle l'affoiblisse3 et de l'autre part qu'elle fortifie l'innocent contre la torture4 ,pour dire vray1 c'est vn moyen plein d'incertitude et de danger4 ,que ne diroit on1 que ne feroit on pour fuyr si griefues douleurs8 ,etiam innocentes cogit mentiri dolor4 ,d'o il aduient1 que celuy que le iuge a gehenn pour ne le faire mourir innocent1 il le face mourir et innocent et gehenn4 ,mille et mille en ont charg leur teste de faulces confessions4 ,entre lesquels ie loge ,philotas1 considerant les circonstances du procez qu',alexandre luy fit1 et le progrez de sa gehenne4 ,mais tant y a que c'est1 dit-on1 le moins mal que l'humaine foiblesse aye peu inuenter3 bien inhumainement pourtant1 et bien inutilement mon aduis4 ,plusieurs nations moins barbares en cela que la ,grecque et la ,romaine1 qui les appellent ainsin1 estiment horrible et cruel de tourmenter et desrompre vn homme1 de la faute duquel vous estes encore en doubte4 ,que peut il mais de vostre ignorance8 ,estes vous pas iniustes1 qui pour ne le tuer sans occasion1 luy faites pis que le tuer8 ,qu'il soit ainsi1 voyez combien de fois il ayme mieux mourir sans raison1 que de passer par cette information plus penible que le supplice1 et qui souuent par son aspret deuance le supplice1 et l'execute4 ,ie ne say d'o ie tiens ce conte1 mais il rapporte exactement la conscience de nostre iustice4 ,vne femme de village accusoit deuant le ,general d'arme1 grand justicier1 vn soldat1 pour auoir arrach ses petits enfants ce peu de bouillie qui luy restoit les substanter1 cette arme ayant tout rauag4 ,de preuue il n'y en auoit point4 ,le ,general apres auoir somm la femme1 de regarder bien ce qu'elle disoit1 d'autant qu'elle seroit coulpable de son accusation1 si elle mentoit3 et elle persistant1 il fit ouurir le ventre au soldat1 pour s'esclaircir de la verit du faict3 et la femme se trouua auoir raison4 ,condemnation instructiue4 ,,chapitre ,,vi4 ,de l'exercitation4 ,,il est malais que le discours et l'instruction1 encore que nostre creance s'y applique volontiers1 soyent assez puissants pour nous acheminer iusques l'action1 si outre cela nous n'exerons et formons nostre ame par experience au train1 auquel nous la voulons renger3 autrement quand elle sera au propre des effets1 elle s'y trouuera sans doute empesche4 ,voyl pourquoy parmy les ,philosophes1 ceux qui ont voulu atteindre quelque plus grande excellence1 ne se sont pas contentez d'attendre couuert et en repos les rigueurs de la ,fortune1 de peur qu'elle ne les surprinst inexperimentez et nouueaux au combat3 ains ils luy sont allez au deuant1 et se sont iettez escient la preuue des difficultez4 ,les vns en ont abandonn les richesses1 pour s'exercer vne pauuret volontaire3 les autres ont recherch le labeur1 et vne austerit de vie penible1 pour se durcir au mal et au trauail3 d'autres se sont priuez des parties du corps les plus cheres1 comme de la veu et des membres propres la generation1 de peur que leur seruice trop plaisant et trop mol1 ne relaschast et n'attendrist la fermet de leur ame4 ,mais mourir1 qui est la plus grande besoigne que nous ayons faire1 l'exercitation ne nous y peut ayder4 ,on se peut par vsage et par experience fortifier contre les douleurs1 la honte1 l'indigence2 et tels autres accidents3 mais quant la mort1 nous ne la pouuons essayer qu'vne fois3 nous y sommes tous apprentifs1 quand nous y venons4 ,il s'est trouu anciennement des hommes si excellens mesnagers du temps1 qu'ils ont essay en la mort mesme1 de la gouster et sauourer3 et ont band leur esprit1 pour voir que c'estoit de ce passage3 mais ils ne sont pas reuenus nous en dire les nouuelles4 ,nemo expergitus extat1 ,frigida quem semel est vita pausa sequuta4 ,canius ,iulius noble ,romain1 de vertu et fermet singuliere1 ayant est condamn la mort par ce marault de ,caligula3 outre plusieurs merueilleuses preuues qu'il donna de sa resolution1 comme il estoit sur le poinct de souffrir la main du bourreau1 vn ,philosophe son amy luy demanda3 ,et bien ,canius1 en quelle dmarche est cette heure vostre ame8 que fait elle8 en quels pensemens estes vous8 ,ie pensois1 luy respondit-il1 me tenir prest et band de toute ma force1 pour voir1 si en cet instant de la mort1 si court et si brief1 ie pourray apperceuoir quelque deslogement de l'ame1 et si elle aura quelque ressentiment de son yssu1 pour1 si i'en aprens quelque chose1 en reuenir donner apres1 si ie puis1 aduertissement mes amis4 ,cestuy-cy philosophe non seulement iusqu' la mort1 mais en la mort mesme4 ,quelle asseurance estoit-ce1 et quelle fiert de courage1 de vouloir que sa mort luy seruist de leon1 et auoir loisir de penser ailleurs en vn si grand affaire8 ,ius hoc animi morientis habebat4 ,il me semble toutesfois qu'il y a quelque faon de nous appriuoiser elle1 et de l'essayer aucunement4 ,nous en pouuons auoir experience1 sinon entiere et parfaicte3 aumoins telle qu'elle ne soit pas inutile1 et qui nous rende plus fortifiez et asseurez4 ,si nous ne la pouuons ioindre1 nous la pouuons approcher1 nous la pouuons reconnoistre3 et si nous ne donnons iusques son fort1 aumoins verrons nous et en pratiquerons les aduenus4 ,ce n'est pas sans raison qu'on nous fait regarder nostre sommeil mesme1 pour la ressemblance qu'il a de la mort4 ,combien facilement nous passons du veiller au dormir1 auec combien peu d'interest nous perdons la connoissance de la lumiere et de nous6 ,a l'aduenture pourroit sembler inutile et contre ,nature la facult du sommeil1 qui nous priue de toute action et de tout sentiment1 n'estoit que par iceluy ,nature nous instruict1 quelle nous a pareillement faicts pour mourir1 que pour viure1 et ds la vie nous presente l'eternel estat qu'elle nous garde apres icelle1 pour nous y accoustumer et nous en oster la crainte4 ,mais ceux qui sont tombez par quelque violent accident en defaillance de cur1 et qui y ont perdu tous sentimens1 ceux l mon aduis ont est bien pres de voir son vray et naturel visage4 ,car quant l'instant et au poinct du passage1 il n'est pas craindre1 qu'il porte auec soy aucun trauail ou desplaisir3 d'autant que nous ne pouuons auoir nul sentiment1 sans loisir4 ,nos souffrances ont besoing de temps1 qui est si court et si precipit en la mort1 qu'il faut necessairement qu'elle soit insensible4 ,ce sont les approches que nous auons craindre3 et celles-l peuuent tomber en experience4 ,plusieurs choses nous semblent plus grandes par imagination1 que par effect4 ,i'ay pass vne bonne partie de mon aage en vne parfaite et entiere sant3 ie dy non seulement entiere1 mais encore allegre et bouillante4 ,cet estat plein de verdeur et de feste1 me faisoit trouuer si horrible la consideration des maladies1 que quand ie suis venu les experimenter1 i'ay trouu leurs pointures molles et lasches au prix de ma crainte4 ,voicy que i'espreuue tous les iours3 ,suis-ie couuert chaudement dans vne bonne sale1 pendant qu'il se passe vne nuict orageuse et tempesteuse3 ie m'estonne et m'afflige pour ceux qui sont lors en la campaigne3 y suis-ie moy-mesme1 ie ne desire pas seulement d'estre ailleurs4 ,cela seul1 d'estre tousiours enferm dans vne chambre1 me sembloit insupportable3 ie fus incontinent dress y estre vne semaine1 et vn mois1 plein d'motion1 d'alteration et de foiblesse3 et ay trouu que lors de ma sant1 ie plaignois les malades beaucoup plus1 que ie ne me trouue plaindre moy-mesme1 quand i'en suis2 et que la force de mon apprehension encherissoit pres de moiti l'essence et verit de la chose4 ,i'espere qu'il m'en aduiendra de mesme de la mort3 et qu'elle ne vaut pas la peine que ie prens tant d'apprests que ie dresse1 et tant de secours que i'appelle et assemble pour en soustenir l'effort4 ,mais toutes aduantures nous ne pouuons nous donner trop d'auantage4 ,pendant nos troisiesmes troubles1 ou deuxiesmes1 il ne me souuient pas bien de cela1 m'estant all vn iour promener vne lieu de chez moy1 qui suis assis dans le moiau de tout le trouble des guerres ciuiles de ,france2 estimant estre en toute seuret1 et si voisin de ma retraicte1 que ie n'auoy1 point besoin de meilleur equipage1 i'auoy pris vn cheual bien ais1 mais non guere ferme4 ,a mon retour1 vne occasion soudaine s'estant presente de m'aider de ce cheual vn seruice1 qui n'estoit pas bien de son vsage1 vn de mes gens grand et fort1 mont sur vn puissant roussin1 qui auoit vne bouche desespere1 frais au demeurant et vigoureux1 pour faire le hardy et deuancer ses compaignons1 vint le pousser toute bride droict dans ma route1 et fondre comme vn colosse sur le petit homme et petit cheual1 et le foudroyer de sa roideur et de sa pesanteur1 nous enuoyant l'vn et l'autre les pieds contre-mont3 si que voila le cheual abbatu et couch tout estourdy1 moy dix ou douze pas au del1 estendu la renuerse1 le visage tout meurtry et tout escorch1 mon espe que i'auoy la main1 plus de dix pas au del1 ma ceinture en pieces1 n'ayant ny mouuement1 ny sentiment1 non plus qu'vne souche4 ,c'est le seul esuanouissement que i'aye senty1 iusques cette heure4 ,ceux qui estoient auec moy1 apres auoir essay par tous les moyens qu'ils peurent1 de me faire reuenir1 me tenans pour mort1 me prindrent entre leurs bras1 et m'emportoient auec beaucoup de difficult en ma maison1 qui estoit loing de l1 enuiron vne demy lieu ,franoise4 ,sur le chemin1 et apres auoir est plus de deux grosses heures tenu pour trespass1 ie commenay me mouuoir et respirer3 car il estoit tomb si grande abondance de sang dans mon estomach1 que pour l'en descharger1 ,nature eut besoin de resusciter ses forces4 ,on me dressa sur mes pieds1 o ie rendy vn plein seau de bouillons de sang pur3 et plusieurs fois par le chemin1 il m'en falut faire de mme4 ,par l ie commenay reprendre vn peu de vie1 mais ce fut par les menus1 et par vn si long traict de temps1 que mes premiers sentimens estoient beaucoup plus approchans de la mort que de la vie4 ,perch1 dubbiosa anchor del suo ritorno1 ,non s'assecura attonita la mente4 ,cette recordation que i'en ay fort empreinte en mon ame1 me representant son visage et son ide si pres du naturel1 me concilie aucunement elle4 ,quand ie commenay y voir1 ce fut d'vne veu si trouble1 si foible1 et si morte1 que ie ne discernois encores rien que la lumiere1 --come quel ch'or apre1 or chiude ,gli occhi1 mezzo tra'l sonno l'esser desto4 ,quant aux functions de l'ame1 elles naissoient auec mesme progrez1 que celles du corps4 ,ie me vy tout sanglant3 car mon pourpoinct estoit tach par tout du sang que i'auoy rendu4 ,la premiere pense qui me vint1 ce fut que i'auoy vne harquebusade en la teste3 de vray en mesme temps1 il s'en tiroit plusieurs autour de nous4 ,il me sembloit que ma vie ne me tenoit plus qu'au bout des lures3 ie fermois les yeux pour ayder1 ce me sembloit1 la pousser hors1 et prenois plaisir m'alanguir et me laisser aller4 ,c'estoit vne imagination qui ne faisoit que nager superficiellement en mon ame1 aussi tendre et aussi foible que tout le reste3 mais la verit non seulement exempte de desplaisir1 ains mesle cette douceur1 que sentent ceux qui se laissent glisser au sommeil4 ,ie croy que c'est ce mesme estat1 o se trouuent ceux qu'on void dfaillans de foiblesse1 en l'agonie de la mort3 et tiens que nous les plaignons sans cause1 estimans qu'ils soyent agitez de griues douleurs1 ou auoir l'ame presse de cogitations penibles4 'a est tousiours mon aduis1 contre l'opinion de plusieurs1 et mesme d',estienne de la ,boetie1 que ceux que nous voyons ainsi renuersez et assoupis aux approches de leur fin1 ou accablez de la longueur du mal1 ou par accident d'vne apoplexie1 ou mal caduc1 7vi morbi spe coactus ,ante oculos aliquis nostros1 vt fulminis ictu1 ,concidit1 et spumas agit3 ingemit1 et fremit artus1 ,desipit1 extentat neruos1 torquetur1 anhelat1 ,inconstanter et in iactando membra fatigat47 ou blessez en la teste1 que nous oyons rommeller1 et rendre par fois des souspirs trenchans1 quoy que nous en tirons aucuns signes1 par o il semble qu'il leur reste encore de la cognoissance1 et quelques mouuemens que nous leur voyons faire du corps3 i'ay tousiours pens1 dis-ie1 qu'ils auoient et l'ame et le corps enseueli1 et endormy4 ,viuit1 et est vit nescius ipse su4 ,et ne pouuois croire qu' vn si grand estonnement de membres1 et si grande dfaillance des sens1 l'ame peust maintenir aucune force au dedans pour se recognoistre3 et que par ainsin ils n'auoient aucun discours qui les tourmentast1 et qui leur peust faire iuger et sentir la misere de leur condition1 et que par consequent1 ils n'estoient pas fort plaindre4 ,ie n'imagine aucun estat pour moy si insupportable et horrible1 que d'auoir l'ame vifue1 et afflige1 sans moyen de se declarer4 ,comme ie dirois de ceux qu'on enuoye au supplice1 leur ayant coupp la langue3 si ce n'estoit qu'en cette sorte de mort1 la plus muette me semble la mieux seante1 si elle est accompaigne d'vn ferme visage et graue4 ,et comme ces miserables prisonniers qui tombent s mains des vilains bourreaux soldats de ce temps1 desquels ils sont tourmentez de toute espece de cruel traictement1 pour les contraindre quelque ranon excessiue et impossible3 tenus cependant en condition et en lieu1 o ils n'ont moyen quelconque d'expression et signification de leurs penses et de leur misere4 ,les ,potes ont feint quelques ,dieux fauorables la deliurance de ceux qui trainoient ainsin vne mort languissante3 ,hunc ego ,diti ,sacrum iussa fero1 tque isto corpore soluo4 ,et les voix et responses courtes et descousues1 qu'on leur arrache quelquefois force de crier autour de leurs oreilles1 et de les tempester1 ou des mouuemens qui semblent auoir quelque consentement ce qu'on leur demande1 ce n'est pas tesmoignage qu'ils viuent pourtant1 au moins vne vie entiere4 ,il nous aduient ainsi sur le beguayement du sommeil1 auant qu'il nous ait du tout saisis1 de sentir comme en songe1 ce qui se faict autour de nous1 et suyure les voix1 d'vne ouye trouble et incertaine1 qui semble ne donner qu'aux bords de l'ame3 et faisons des responses la suitte des dernieres paroles1 qu'on nous a dites1 qui ont plus de fortune que de sens4 ,or present que ie l'ay essay par effect1 ie ne fay nul doubte que ie n'en aye bien iug iusques cette heure4 ,car premierement estant tout esuanouy1 ie me trauaillois d'entr'ouurir mon pourpoinct beaux ongles1 car i'estoy desarm1 et si say que ie ne sentois en l'imagination rien qui me blessast4 ,car il y a plusieurs mouuemens en nous1 qui ne partent pas de nostre ordonnance4 ,semianimsque micant digiti1 ferrmque retractant4 ,ceux qui tombent1 eslancent ainsi les bras au deuant de leur cheute1 par vne naturelle impulsion1 qui fait que nos membres se prestent des offices1 et ont des agitations part de nostre discours3 ,falciferos memorant currus abscindere membra1 ,vt tremere in terra videatur ab artubus1 id quod ,decidit abscissum1 cm mens tamen atque hominis vis ,mobilitate mali1 non quit sentire dolorem4 ,i'auoy mon estomach press de ce sang caill1 mes mains y couroient d'elles-memes1 comme elles font souuent1 o il nous demange1 contre l'aduis de nostre volont4 ,il y a plusieurs animaux1 et des hommes mesmes1 apres qu'ils sont trespassez1 ausquels on voit resserrer et remuer des muscles4 ,chacun sait par experience1 qu'il a des parties qui se branslent1 dressent et couchent souuent sans son cong4 ,or ces passions qui ne nous touchent que par l'escorse1 ne se peuuent dire nostres4 ,pour les faire nostres1 il faut que l'homme y soit engag tout entier3 et les douleurs que le pied ou la main sentent pendant que nous dormons1 ne sont pas nous4 ,comme i'approchay de chez moy1 o l'alarme de ma cheute auoit desia couru1 et que ceux de ma famille m'eurent rencontr1 auec les cris accoustumez en telles choses3 non seulement ie respondois quelque mot ce qu'on me demandoit1 mais encore ils disent que ie m'aduisay de commander qu'on donnast vn cheual ma femme1 que ie voyoy s'empestrer et se tracasser dans le chemin1 qui est montueux et mal-ais4 ,il semble que cette consideration deust partir d'vne ame esueille2 si est-ce que ie n'y estois aucunement3 c'estoyent des pensemens vains en nu1 qui estoyent esmeuz par les sens des yeux et des oreilles3 ils ne venoyent pas de chez moy4 ,ie ne sauoy pourtant ny d'o ie venoy1 ny o i'aloy1 ny ne pouuois poiser et considerer ce qu'on me demandoit3 ce sont de legers effects1 que les sens produysoyent d'eux mesmes1 comme d'vn vsage3 ce que l'ame y prestoit1 c'estoit en songe1 touche bien legerement1 et comme leche seulement et arrose par la molle impression des sens4 ,cependant mon assiette estoit la verit tres-douce et paisible3 ie n'auoy affliction ny pour autruy ny pour moy3 c'estoit vne langueur et vne extreme foiblesse1 sans aucune douleur4 ,ie vy ma maison sans la recognoistre4 ,quand on m'eut couch1 ie senty vne infinie douceur ce repos3 car i'auoy est vilainement tirass par ces pauures gens1 qui auoyent pris la peine de me porter sur leurs bras1 par vn long et tres-mauuais chemin1 et s'y estoient lassez deux ou trois fois les vns apres les autres4 ,on me presenta force remedes1 dequoy ie n'en receuz aucun1 tenant pour certain1 que i'estoy bless mort par la teste4 ,c'eust est sans mentir vne mort bien heureuse3 car la foiblesse de mon discours me gardoit d'en rien iuger1 et celle du corps d'en rien sentir4 ,ie me laissoy couler si doucement1 et d'vne faon si molle et si aise1 que ie ne sens guere autre action moins poisante que celle-la estoit4 ,quand ie vins reuiure1 et reprendre mes forces1 ,vt tandem sensus conualuere mei1 qui fut deux ou trois heures apres1 ie me senty tout d'vn train rengager aux douleurs1 ayant les membres tous moulus et froissez de ma cheute1 et en fus si mal deux ou trois nuits apres1 que i'en cuiday remourir encore vn coup3 mais d'vne mort plus vifue1 et me sens encore de la secousse de cette froissure4 ,ie ne veux pas oublier cecy1 que la derniere chose en quoy ie me peuz remettre1 ce fut la souuenance de cet accident3 et me fis redire plusieurs fois1 o i'aloy1 d'o ie venoy1 quelle heure cela m'estoit aduenu1 auant que de le pouuoir conceuoir4 ,quant la faon de ma cheute1 on me la cachoit1 en faueur de celuy1 qui en auoit est cause1 et m'en forgeoit on d'autres4 ,mais long temps apres1 et le lendemain1 quand ma memoire vint s'entr'ouurir1 et me representer l'estat1 o ie m'estoy trouu en l'instant que i'auoy apereu ce cheual fondant sur moy 7car ie l'auoy veu mes talons1 et me tins pour mort3 mais ce pensement auoit est si soudain1 que la peur n'eut pas loisir de s'y engendrer7 il me sembla que c'estoit vn esclair qui me frapoit l'ame de secousse1 et que ie reuenoy de l'autre monde4 ,ce conte d'vn eunement si leger1 est assez vain1 n'estoit l'instruction que i'en ay tire pour moy3 car la verit pour s'apriuoiser la mort1 ie trouue qu'il n'y a que de s'en auoisiner4 ,or1 comme dit ,pline1 chacun est soy-mesmes vne tres bonne discipline1 pourueu qu'il ait la suffisance de s'espier de pres4 ,ce n'est pas icy ma doctrine1 c'est mon estude3 et n'est pas la leon d'autruy1 c'est la mienne4 ,et ne me doibt on pourtant sauoir mauuais gr1 si ie la communique4 ,ce qui me sert1 peut aussi par accident seruir vn autre4 ,au demeurant1 ie ne gaste rien1 ie n'vse que du mien4 ,et si ie fay le fol1 c'est mes despends1 et sans l'interest de personne3 car c'est en follie1 qui meurt en moy1 qui n'a point de suitte4 ,nous n'auons nouuelles que de deux ou trois anciens1 qui ayent battu ce chemin3 et si ne pouuons dire1 si c'est du tout en pareille maniere cette-cy1 n'en connoissant que les noms4 ,nul depuis ne s'est iett sur leur trace4 ,c'est vne espineuse entreprinse1 et plus qu'il ne semble1 de suyure vne alleure si vagabonde1 que celle de nostre esprit3 de penetrer les profondeurs opaques de ses replis internes3 de choisir et arrester tant de menus airs de ses agitations3 et est vn amusement nouueau et extraordinaire1 qui nous retire des occupations communes du monde3 ouy1 et des plus recommandes4 ,il y a plusieurs annes que ie n'ay que moy pour vise mes penses1 que ie ne contrerolle et n'estudie que moy4 ,et si i'estudie autre chose1 c'est pour soudain le coucher sur moy1 ou en moy1 pour mieux dire4 ,et ne me semble point faillir1 si1 comme il se faict des autres sciences1 sans comparaison moins vtiles1 ie fay part de ce que i'ay apprins en cette cy3 quoy que ie ne me contente guere du progrez que i'y ay faict4 ,il n'est description pareille en difficult1 la description de soy-mesmes1 ny certes en vtilit4 ,encore se faut il testonner1 encore se faut il ordonner et renger pour sortir en place4 ,or ie me pare sans cesse3 car ie me descris sans cesse4 ,la coustume a faict le parler de soy1 vicieux3 et le prohibe obstinement en hayne de la ventance1 qui semble tousiours estre attache aux propres tesmoignages4 ,au lieu qu'on doit moucher l'enfant1 cela s'appelle l'enaser1 ,in vicium ducit culp fuga4 ,ie trouue plus de mal que de bien ce remede4 ,mais quand il seroit vray1 que ce fust necessairement1 presomption1 d'entretenir le peuple de soy3 ie ne doy pas suyuant mon general dessein1 refuser vne action qui publie cette maladiue qualit1 puis qu'elle est en moy3 et ne doy cacher cette faute1 que i'ay non seulement en vsage1 mais en profession4 ,toutesfois dire ce que i'en croy1 cette coustume a tort de condamner le vin1 par ce que plusieurs s'y enyurent4 ,on ne peut abuser que des choses qui sont bonnes4 ,et croy de cette regle1 qu'elle ne regarde que la populaire defaillance4 ,ce sont brides veaux1 desquelles ny les ,saincts1 que nous oyons si hautement parler d'eux1 ny les ,philosophes1 ny les ,theologiens ne se brident4 ,ne fay-ie moy1 quoy que ie soye aussi peu l'vn que l'autre4 ,s'ils n'en escriuent point nomm1 aumoins1 quand l'occasion les y porte1 ne feignent ils pas de se ietter bien auant sur le trottoir4 ,dequoy traitte ,socrates plus largement que de soy8 ,a quoy achemine il plus souuient les propos de ses disciples1 qu' parler d'eux1 non pas de la leon de leur liure1 mais de l'estre et branle de leur ame8 ,nous nous disons religieusement ,dieu1 et nostre confesseur1 comme noz voisins tout le peuple4 ,mais nous n'en disons1 me respondra-on1 que les accusations4 ,nous disons donc tout3 car nostre vertu mesme est fautiere et repentable4 ,mon mestier et mon art1 c'est viure4 ,qui me defend d'en parler selon mon sens1 experience et vsage3 qu'il ordonne l'architecte de parler des bastiments non selon soy1 mais selon son voisin1 selon la science d'vn autre1 non selon la sienne4 ,si c'est gloire1 de soy-mesme publier ses valeurs1 que ne met ,cicero en auant l'eloquence de ,hortense2 ,hortense celle de ,cicero8 ,a l'aduenture entendent ils que ie tesmoigne de moy par ouurage et effects1 non nuement par des paroles4 ,ie peins principalement mes cogitations1 subiect informe1 qui ne peut tomber en production ouuragere4 ,a toute peine le puis ie coucher en ce corps ar de la voix4 ,des plus sages hommes1 et des plus deuots1 ont vescu fuyants tous apparents effects4 ,les effects diroyent plus de la ,fortune1 que de moy4 ,ils tesmoignent leur roolle1 non pas le mien1 si ce n'est coniecturalement et incertainement4 ,eschantillons d'vne montre particuliere4 ,ie m'estalle entier3 c'est vn skeletos1 o d'vne veu les veines1 les muscles1 les tendons paroissent1 chasque piece en son siege4 ,l'effect de la toux en produisoit vne partie3 l'effect de la palleur ou battement de cur vn' autre1 et doubteusement4 ,ce ne sont mes gestes que i'escris2 c'est moy1 c'est mon essence4 ,ie tien qu'il faut estre prudent estimer de soy1 et pareillement conscientieux en tesmoigner3 soit bas1 soit haut1 indifferemment4 ,si ie me sembloy bon et sage tout fait1 ie l'entonneroy pleine teste4 ,de dire moins de soy1 qu'il n'y en a1 c'est sottise1 non modestie3 se payer de moins1 qu'on ne vaut1 c'est laschet et pusillanimit selon ,aristote4 ,nulle vertu ne s'ayde de la fausset3 et la verit n'est iamais matiere d'erreur4 ,de dire de soy plus qu'il n'en y a1 ce n'est pas tousiours presomption1 c'est encore souuent sottise4 ,se complaire outre mesure de ce qu'on est1 en tomber en amour de soy indiscrete1 est mon aduis la substance de ce vice4 ,le supreme remede le guarir1 c'est faire tout le rebours de ce que ceux icy ordonnent1 qui en dfendant le parler de soy1 defendent par consequent encore plus de penser soy4 ,l'orgueil gist en la pense3 la langue n'y peut auoir qu'vne bien legere part4 ,de s'amuser soy1 il leur semble que c'est se plaire en soy3 de se hanter et prattiquer1 que c'est se trop cherir4 ,mais cet excez naist seulement en ceux qui ne se tastent que superficiellement1 qui se voyent apres leurs affaires1 qui appellent resuerie et oysiuet de s'entretenir de soy1 et s'estoffer et bastir1 faire des chasteaux en ,espaigne3 s'estimants chose tierce et estrangere eux mesmes4 ,si quelcun s'enyure de sa science1 regardant souz soy3 qu'il tourne les yeux au dessus vers les siecles passez1 il baissera les cornes1 y trouuant tant de milliers d'esprits1 qui le foulent aux pieds4 ,s'il entre en quelque flateuse presomption de sa vaillance1 qu'il se ramentoiue les vies de ,scipion1 d',epaminondas1 de tant d'armes1 de tant de peuples1 qui le laissent si loing derriere eux4 ,nulle particuliere qualit n'enorgueillira celuy1 qui mettra quand et quand en compte1 tant d'imparfaittes et foibles qualitez autres1 qui sont en luy1 et au bout1 la nihilit de l'humaine condition4 ,parce que ,socrates auoit seul mordu certes au precepte de son ,dieu1 de se connoistre1 et par cet estude estoit arriu se mespriser1 il fut estim seul digne du nom de ,sage4 ,qui se connoistra ainsi1 qu'il se donne hardiment connoistre par sa bouche4 ,l',,auteur ,,au ,,lecteur ,ce livre1 lecteur1 est un livre de bonne foi4 ,il t'avertit1 ds le dbut1 que je ne l'ai crit que pour moi et quelques intimes1 sans me proccuper qu'il pt tre pour toi de quelque intrt1 ou passer la postrit2 de si hautes vises sont au-dessus de ce dont je suis capable4 ,je le destine particulirement mes parents et mes amis1 afin que lorsque je ne serai plus1 ce qui ne peut tarder1 ils y retrouvent quelques traces de mon caractre et de mes ides et1 par l1 conservent encore plus entire et plus vive la connaissance qu'ils ont de moi4 ,si je m'tais propos de rechercher la faveur du public1 je me serais mieux attif et me prsenterais sous une forme tudie pour produire meilleur effet2 je tiens1 au contraire1 ce qu'on m'y voie en toute simplicit1 tel que je suis d'habitude1 au naturel1 sans que mon maintien soit compos ou que j'use d'artifice1 car c'est moi que je dpeins4 ,mes dfauts s'y montreront au vif et l'on m'y verra dans toute mon ingnuit1 tant au physique qu'au moral1 autant du moins que les convenances le permettent4 ,si j'tais n parmi ces populations qu'on dit vivre encore sous la douce libert des lois primitives de la nature1 je me serais trs volontiers1 je t'assure1 peint tout entier et dans la plus complte nudit4 ,ainsi1 lecteur1 c'est moi-mme qui fais l'objet de mon livre2 peut-tre n'est-ce pas l une raison suffisante pour que tu emploies tes loisirs un sujet aussi peu srieux et de si minime importance4 ,sur ce1 la grce de ,dieu4 ,a ,montaigne1 ce #a;er mars #aehj4 ,nota4--,cette traduction a t faite d'aprs l'dition de #aeie1 en tenant compte toutefois de quelques variantes du manuscrit de ,bordeaux1 compltant ou accentuant la pense de l'auteur4--,ces variantes1 dont le relev est donn dans le quatrime volume1 sont pour la plupart de trs minime importance3 elles portent en trs grand nombre sur l'orthographe2 de-ci1 de-l1 constituent des additions ou des suppressions de mots ou encore des substitutions d'un mot un autre1 soit pour viter des rptitions1 soit pour prciser2 et parfois1 mais rarement1 de lgres modifications dans la construction de membres de phrase2 dans la quantit1 il n'en est pas une qui modifie sensiblement le sens4 ,celles dont il a t tenu compte sont signales par un astrisque 79974 ,,livre ,,premier ,,chapitre ,,premier4 ,divers moyens mnent mme fin4 ,la soumission vous concilie d'ordinaire ceux que vous avez offenss2 parfois une attitude rsolue produit le mme rsultat4--,la faon la plus ordinaire d'attendrir les curs de ceux que nous avons offenss1 quand1 leur vengeance en main1 nous sommes leur merci1 c'est de les mouvoir par notre soumission1 en leur inspirant commisration et piti2 toutefois la bravoure1 la constance et la rsolution1 qui sont des moyens tout contraires1 ont quelquefois produit le mme rsultat4 ,edouard1 prince de ,galles1 celui-l mme qui1 si longtemps1 fut rgent de notre province de ,guyenne1 personnage dont les actes et la fortune ont maintes fois tmoign de beaucoup de grandeur d'me1 s'tant empar de vive force de ,limoges1 avait ordonn le massacre de ses habitants qui l'avaient gravement offens4 ,il cheminait travers la ville1 et les cris de ceux1 hommes1 femmes et enfants1 ainsi vous la mort1 qui1 prosterns ses pieds1 imploraient merci1 n'avaient pu attendrir son me2 quand s'offrirent sa vue trois gentilshommes franais1 qui1 avec une hardiesse incroyable1 tenaient tte1 eux seuls1 son arme victorieuse4 ,un tel courage lui inspira une considration et un respect qui calmrent subitement sa colre2 sur-le-champ il leur fit grce1 et cette grce1 il l'tendit tous les autres habitants de la ville4 ,scanderberg1 prince d',epire1 poursuivait avec l'intention de le tuer1 un de ses soldats2 celui-ci1 aprs avoir essay en vain de l'apaiser par des protestations de toutes sortes et les plus humbles supplications1 se rsolut1 en dsespoir de cause1 l'attendre l'pe la main4 ,cet acte de rsolution arrta net l'exaspration de son matre qui1 en le voyant prendre un si honorable parti1 lui fit grce4 ,ce fait est susceptible d'tre interprt autrement que je ne le fais1 mais par ceux-l seulement qui ignorent la force prodigieuse et le courage dont ce prince tait dou4 ,l'empereur ,conrad ,,iii1 assigeant ,guelphe1 duc de ,bavire1 n'avait consenti ne laisser sortir de la ville que les femmes des gentilshommes qui s'y trouvaient enfermes avec son ennemi1 s'engageant respecter leur honneur1 mais ne leur accordant de sortir qu' pied1 en n'emportant que ce qu'elles pourraient porter elles-mmes2 et il s'tait refus adoucir ces conditions1 quelques autres satisfactions qu'on lui offrt1 si humiliantes qu'elles fussent4 ,n'coutant que leur grand cur1 ces femmes s'avisrent alors de charger sur leurs paules leurs maris1 leurs enfants et le duc lui-mme4 ,l'empereur fut tellement saisi de cette touchante marque de courage1 qu'il en pleura d'attendrissement2 la haine mortelle qu'il avait voue au duc1 dont il voulait la perte1 en devint moins ardente2 et1 partir de ce moment1 il le traita lui et les siens avec humanit4 ,comment s'explique que ces deux sentiments contraires produisent le mme effet4--,l'un et l'autre de ces deux moyens russiraient aisment auprs de moi1 car j'ai une grande propension la misricorde et la bienveillance2 cependant j'estime que je cderais encore plus facilement la compassion qu' l'admiration1 bien que la piti soit considre comme une passion condamnable par les stociens1 qui concdent bien qu'on secoure les affligs1 mais non qu'on s'attendrisse et qu'on compatisse leurs souffrances4 ,les exemples qui prcdent me semblent rentrer davantage dans la ralit des choses2 ils nous montrent l'me aux prises avec ces deux sentiments contraires3 rsister l'un sans flchir1 et cder l'autre4 ,cela peut s'expliquer en admettant que se laisser gagner par la piti1 est plus facile et le propre des curs dbonnaires et peu nergiques2 d'o il rsulte que les tres les plus faibles1 comme les femmes1 les enfants et les gens du commun y sont plus particulirement ports2 tandis que ne pas se laisser attendrir par les larmes et les prires1 et finir par se rendre seulement devant les signes manifestes d'un courage incontestable1 est le fait d'une me forte et bien trempe1 aimant et honorant les caractres nergiques et tenaces4 ,et cependant1 l'tonnement et l'admiration peuvent produire ces mmes effets sur des natures moins gnreuses2 tmoin le peuple thbain qui1 appel prononcer dans une accusation capitale intente contre les capitaines de son arme1 pour s'tre maintenus en charge au del du temps durant lequel ils devaient l'exercer1 acquitta grand'peine ,plopidas qui1 accabl de cette mise en jugement1 ne sut1 pour se dfendre1 que gmir et supplier2 tandis qu'au contraire1 l'gard d',epaminondas qui1 aprs avoir expos en termes magnifiques les actes de son commandement1 la tte haute1 la parole sarcastique1 se mit reprocher au peuple son ingratitude1 l'assemble1 pntre d'admiration vis--vis de cet homme d'un si grand courage1 se dispersa sans mme oser aller au scrutin4 ,cruaut obstine de ,denys l'ancien1 tyran de ,syracuse4--,denys l'ancien1 s'tant empar1 aprs un sige trs long et trs difficile1 de la ville de ,reggium1 et avec elle de ,phyton1 homme de grande vertu1 qui y commandait et avait dirig cette dfense opinitre1 voulut en tirer une vengeance clatante qui servt d'exemple4 ,tout d'abord1 il lui apprit que la veille1 il avait fait noyer son fils et tous ses autres parents2 quoi ,phyton se borna rpondre3 ,qu'ils en taient d'un jour plus heureux que lui4 ,puis il le livra aux bourreaux qui le dpouillrent de ses vtements et le tranrent travers la ville1 le fouettant ignominieusement coups redoubls1 l'accablant en outre des plus brutales et cruelles injures4 ,phyton1 conservant toute sa prsence d'esprit et son courage1 ne faiblit pas2 ne cessant de se targuer haute voix de l'honorable et glorieuse dfense qu'il avait faite et qui tait cause de sa mort1 n'ayant pas voulu livrer sa patrie aux mains d'un tyran1 le menaant lui-mme d'une prochaine punition des dieux4 ,lisant dans les yeux de la plupart de ses soldats qu'au lieu d'tre excits par ses bravades contre cet ennemi vaincu1 qui les provoquait au mpris de leur chef et dprciait son triomphe1 tonns d'un tel courage1 ils s'en laissaient attendrir et commenaient murmurer1 parlant mme d'arracher ,phyton des mains de ses bourreaux1 ,denys mit fin ce martyr et1 la drobe1 l'envoya noyer la mer4 ,l'homme est ondoyant et divers2 conduite oppose de ,sylla et de ,pompe dans des circonstances analogues4--,en vrit1 l'homme est de nature bien peu dfinie et trangement ondoyant et divers2 il est malais de porter sur lui un jugement ferme et uniforme4 ,ainsi1 voil ,pompe qui pardonne toute la ville des ,mamertins1 contre laquelle il tait fort anim1 en considration de la vertu et de la grandeur d'me de ,znon l'un de leurs concitoyens qui1 se donnant comme l'unique coupable de leur conduite envers lui1 demandait en grce d'en porter seul la peine2 tandis qu' ,prouse1 en semblable circonstance1 un citoyen de cette ville1 galement distingu par ses vertus1 dont ,sylla avait t l'hte1 par un dvouement pareil1 n'en obtient rien ni pour lui-mme1 ni pour les autres4 ,cruaut d',alexandre le ,grand envers des ennemis dont la valeur mritait mieux4--,a l'encontre des premiers exemples que j'ai cits1 nous voyons ,alexandre1 l'homme le plus hardi qui fut jamais1 d'ordinaire si gnreux l'gard des vaincus1 devenu matre1 aprs de nombreuses et grandes difficults1 de la ville de ,gaza1 en agir tout autrement l'gard de ,btis qui commandait cette place et qui1 pendant le sige1 avait donn les preuves d'une clatante valeur4 ,le rencontrant seul1 abandonn des siens1 ses armes brises1 couvert de sang et de plaies et combattant encore au milieu d'un groupe de ,macdoniens qui le harcelaient de toutes parts1 ,alexandre1 vivement affect d'une victoire si chrement achete 7entre autres dommages1 lui-mme venait d'y recevoir deux blessures71 lui dit3 ,tu ne mourras pas comme tu le souhaites1 ,btis2 sois certain qu'avant1 il te faudra souffrir les plus cruels tourments qui se puissent imaginer contre un captif4 ,a cette menace1 ,btis ne rpondant rien et1 au plus grand calme1 joignant une attitude hautaine et pleine de dfi1 ,alexandre1 devant 99 ce silence fier et obstin1 s'cria3 ,a-t-il seulement flchi le genou6 s'est-il laiss aller quelques supplications6 ah vraiment1 je vaincrai ce mutisme2 et si je ne puis lui arracher une parole1 j'arriverai bien lui arracher quelque gmissement4 ,et1 passant de la colre la rage1 il lui fit percer les talons et1 encore plein de vie1 attacher l'arrire d'un char et traner ainsi jusqu' ce que1 mis en pices1 les membres rompus1 il rendt le dernier soupir4 ,quel peut avoir t le mobile de tant de cruaut chez ,alexandre8 ,serait-ce qu' lui-mme1 courageux au del de toute expression1 cette vertu semblait tellement naturelle1 que non seulement elle ne le transportait pas d'admiration1 mais encore qu'il en faisait peu de cas2 ou bien que1 la considrant comme son apanage exclusif1 il ne pouvait la supporter un aussi haut degr chez les autres1 sans en tre jaloux2 ou enfin1 est-ce qu'il tait hors d'tat de se modrer dans ses transports de colre8--,certainement1 s'il et t capable de se matriser1 il est croire que lors de la prise et du sac de ,thbes1 il se ft contenu la vue de tant de vaillants guerriers1 dont la rsistance tait dsorganise et qui furent passs au fil de l'pe2 car il en prit bien ainsi six mille1 dont pas un ne fut vu cherchant prendre la fuite ou demandant merci2 bien au contraire1 ils allaient de ci1 de l1 travers les rues1 affrontant les vainqueurs1 les provoquant leur donner la mort dans des conditions honorables4 ,on n'en vit aucun1 si cribl qu'il ft de blessures1 qui1 jusqu' son dernier soupir1 n'essayt encore de se venger2 dans leur dsespoir1 ils faisaient arme de tout1 se consolant de leur propre mort par celle de quelqu'un de leurs ennemis4 ,ce courage malheureux n'veilla cependant chez ,alexandre aucune piti2 tout un long jour de carnage ne suffit pas pour assouvir sa vengeance2 le massacre ne prit fin que lorsque les victimes firent dfaut2 seules1 les personnes hors d'tat de porter les armes1 vieillards1 femmes et enfants1 furent pargns1 et1 au nombre de trente mille1 rduits en esclavage4 ,,chapitre ,,ii4 ,de la tristesse4 ,la tristesse est une disposition d'esprit des plus dplaisantes4--,la tristesse est une disposition d'esprit dont je suis peu prs exempt2 je ne l'aime1 ni ne l'estime2 bien qu'assez gnralement1 comme de parti pris1 on l'ait en certaine considration et qu'on en pare la sagesse1 la vertu1 la conscience1 c'est un sot et vilain ornement4 ,les ,italiens ont1 avec plus d' propos1 appel de ce nom la mchancet1 car elle est toujours nuisible1 toujours insense2 toujours aussi1 elle est le propre d'une me poltronne et basse2 les stociens l'interdisent au sage4 ,effet des grandes douleurs en diverses circonstances2 tout sentiment excessif ne se peut exprimer4--,l'histoire rapporte que ,psammnitus1 roi d'gypte1 dfait et pris par ,cambyse1 roi de ,perse1 voyant passer sa fille1 captive comme lui1 habille en servante1 qu'on envoyait puiser de l'eau1 demeura sans mot dire1 les yeux fixs terre1 tandis qu'autour de lui1 tous ses amis pleuraient et se lamentaient4 ,voyant1 peu aprs1 son fils qu'on menait la mort1 il garda cette mme contenance2 tandis qu' la vue d'un de ses familiers conduit au milieu d'autres prisonniers1 il se frappa la tte1 tmoignant d'une douleur extrme4 ,on peut rapprocher ce trait de ce qui s'est vu rcemment chez un de nos princes qui1 tant ,trente1 y reut la nouvelle de la mort de son frre an1 le soutien et l'honneur de sa maison2 bientt aprs1 il apprenait la perte de son frre pun sur lequel1 depuis la mort du premier1 reposaient toutes ses esprances4 ,ces deux malheurs1 il les avait supports avec un courage exemplaire2 quand1 quelques jours plus tard1 un homme de sa suite vint mourir4 ,a ce dernier accident1 il ne sut plus se contenir1 sa rsolution l'abandonna1 il se rpandit en larmes et en lamentations1 au point que certains en vinrent dire qu'il n'avait t rellement sensible qu' cette dernire secousse4 ,la vrit est que la mesure tait comble1 et qu'un rien suffit pour abattre son nergie et amener ce dbordement de tristesse4 ,on pourrait1 je crois1 expliquer de mme l'attitude de ,psammnitus1 si l'histoire n'ajoutait que ,cambyse1 s'tant enquis auprs de lui du motif pour lequel1 aprs s'tre montr si peu touch du malheur de son fils et de sa fille1 il tait si affect de celui 99 d'un de ses amis1 n'en et reu cette rponse3 ,c'est que ce dernier chagrin1 seul1 peut s'exprimer par les larmes2 tandis que la douleur ressentie pour les deux premiers1 est de beaucoup au del de toute expression4 ,a ce propos1 me revient l'ide le fait de ce peintre ancien qui1 dans le sacrifice d',iphignie1 ayant reprsenter la douleur de ses divers personnages1 d'aprs le degr d'intrt que chacun portait la mort de cette belle et innocente jeune fille2 ayant cet effet1 quand il en arriva au pre de la vierge1 dj puis toutes les ressources de son art2 devant l'impossibilit de lui donner une contenance en rapport avec l'intensit de sa douleur1 il le peignit le visage couvert4 ,c'est aussi pour cela qu' l'gard de ,niob1 cette malheureuse mre1 qui1 aprs avoir perdu d'abord ses sept fils1 perdit ensuite ses sept filles2 les potes ont imagin qu'crase par une telle succession de malheurs1 elle finit elle-mme par tre mtamorphose en rocher1 ptrifie par la douleur 7,ovide71 marquant de la sorte ce morne1 muet et sourd hbtement qui s'empare de nous1 lorsque les accidents qui nous accablent1 dpassent ce que nous en pouvons supporter4 ,et1 en effet1 un chagrin excessif1 pour tre tel1 doit stupfier l'me au point de lui enlever toute sa libert d'action1 ainsi qu'il arrive1 au premier moment1 sous le coup d'une trs mauvaise nouvelle3 nous sommes saisis d'tonnement1 pntrs d'effroi ou d'affliction et comme perclus en tous nos mouvements1 jusqu' ce qu' cette prostration1 succde la dtente2 alors les larmes et les plaintes se font jour1 l'me semble se dgager de son treinte1 renatre et peu peu tre plus au large et rentrer en possession d'elle-mme3 ,c'est avec peine qu'enfin il recouvre la voix et peut exprimer sa douleur 7,virgile74 ,pendant la guerre1 autour de ,bude1 du roi ,ferdinand contre la veuve du roi ,jean de ,hongrie1 un homme d'armes se fit particulirement remarquer dans un des combats qui se livrrent1 par sa valeur absolument hors ligne4 ,nul ne l'avait reconnu1 et chacun le louait qui mieux mieux et le plaignait1 car il avait succomb2 mais personne plus qu'un certain de ,rasciac1 seigneur allemand1 rellement enthousiasm d'un courage aussi rare4 ,son corps ayant t rapport1 de ,rasciac s'approcha comme tout le monde1 pour voir qui il tait2 et lorsqu'on l'eut dbarrass de son armure1 il reconnut son fils4 ,l'motion des assistants s'en accrut d'autant2 de ,rasciac1 seul1 demeura impassible2 sans mot dire1 sans un cillement d'yeux1 debout1 contemplant fixement ce corps1 jusqu' ce que la violence de son chagrin atteignant le principe mme de la vie1 il tomba raide mort4 ,qui peut dire quel point il brle1 ne brle que d'un petit feu 7,ptrarque71 disent les amoureux qui veulent exprimer une passion qu'ils ne peuvent plus contenir3 ,misrable que je suis6 l'amour trouble mes sens4 ,a ta vue1 ,lesbie1 je suis hors de moi2 il est au-dessus de mes forces de parler2 ma langue s'embarrasse1 une flamme subtile court dans mes veines1 mes oreilles rsonnent de mille bruits confus et le voile de la nuit s'tend sur mes yeux 7,catulle74 ,aussi1 n'est-ce pas au plus fort de nos transports1 quand notre sang bouillonne dans nos veines1 que nous sommes le plus mme de trouver des accents qui apitoyent et qui persuadent2 dans ces moments1 l'me est trop absorbe dans ses penses1 le corps trop abattu et languissant d'amour2 de l parfois1 l'impuissance inattendue en laquelle tombent1 si hors de propos1 les amoureux que paralyse leur ardeur extrme1 au sige mme de la jouissance4 ,toute passion qui se raisonne1 qui se peut goter et savourer avec calme1 mrite peine ce nom3 ,les soucis lgers sont loquaces1 les grandes passions sont silencieuses 7,snque74 ,saisissement caus par la joie1 la honte1 etc4--,la surprise d'un plaisir inespr nous cause un saisissement semblable3 ,ds qu'elle me voit venir1 ds qu'elle aperoit de tous cts les armes troyennes1 hors d'elle-mme1 frappe comme d'une vision effrayante1 elle demeure immobile2 son sang se glace1 elle tombe et ce n'est que longtemps aprs1 qu'elle peut enfin parler 7,virgile74 ,outre cette ,romaine qui mourut de joie en voyant son fils chapp la droute de ,cannes2 ,sophocle et ,denys le tyran qui1 galement1 trpassrent d'aise en recevant une heureuse nouvelle2 ,thalna qui1 de mme1 mourut en ,corse l'annonce des honneurs que le ,snat de ,rome lui avait dcerns2 n'avons-nous pas vu1 en ce sicle1 le pape ,lon ,x1 apprenant la prise de ,milan1 qu'il avait ardemment dsire1 en prouver un tel excs de joie1 que la fivre le prit et qu'il en mourut4 ,un tmoignage encore plus probant de la faiblesse humaine1 relev par les anciens3 ,diodore le dialecticien s'tant1 en son cole et en public1 trouv court pour dvelopper un argument qu'on lui avait pos1 en ressentit une telle honte1 qu'il en mourut du coup4 ,pour moi1 je suis peu prdispos ces violentes passions2 par nature1 je ne m'meus pas aisment2 et je me raisonne tous les jours1 pour m'affirmer davantage en cette disposition4 ,,chapitre ,,iii4 ,nous prolongeons nos affections et nos haines au del de notre propre dure4 ,l'homme se proccupe trop de l'avenir4--,ceux qui reprochent aux hommes de toujours aller se proccupant des choses futures1 et nous engagent jouir des biens prsents et nous en contenter1 observant que nous n'avons pas prise sur ce qui est venir1 que nous en avons mme moins que sur ce qui est pass1 s'attaquent la plus rpandue des erreurs humaines2 si on peut appeler erreur1 un penchant qui1 bien que nous y soyons convi par la nature elle-mme1 en vue de la continuation de son uvre1 fausse1 comme tant d'autres choses1 notre imagination1 chez laquelle l'action est un besoin1 alors mme que nous ne savons pas o cela nous mne4 ,nous ne sommes jamais en nous1 nous sommes toujours au del2 la crainte1 le dsir1 l'esprance nous relancent constamment vers l'avenir1 nous drobant le sentiment et l'examen de ce qui est1 pour nous amuser de ce qui sera2 bien qu' ce moment nous ne serons plus3 ,tout esprit inquiet de l'avenir1 est malheureux 7,snque74 ,son premier devoir est de chercher se bien connatre4--,fais ce pourquoi tu es fait et connais-toi toi-mme1 est un grand prcepte souvent cit dans ,platon4 ,chacun des deux membres de cette proposition1 pris sparment1 nous trace notre devoir dans son entier1 l'un complte l'autre4 ,qui s'appliquerait faire ce pourquoi il est fait1 s'apercevrait qu'il lui faut tout d'abord acqurir cette connaissance de lui-mme et de ce quoi il est propre2 et celui qui se connat1 ne fait pas erreur sur ce dont il est capable2 il s'aime1 et tendant avant tout amliorer sa condition1 il carte les occupations superflues1 les penses et les projets inutiles4 ,de mme que la folie n'est jamais satisfaite lors mme qu'on cde ses dsirs1 la sagesse1 toujours satisfaite du prsent1 n'est jamais mcontente d'elle-mme2 au point qu'picure estime que ni la prvoyance1 ni le souci de l'avenir ne sont de ncessit pour le sage4 ,on doit obissance aux rois1 mais l'estime et l'affection ne sont dues qu'a leurs vertus4--,parmi les lois qui ont t tablies1 concernant l'homme aprs sa mort1 celle qui soumettait les actions des princes un jugement posthume1 me semble des mieux fondes4 ,les princes sont1 en effet1 soumis aux lois et non au-dessus d'elles2 et1 par ce fait mme que la justice1 de leur vivant1 a t impuissante contre eux1 il est quitable que1 lorsqu'ils ne sont plus1 elle ait action sur leur rputation et sur les biens qu'ils laissent leurs successeurs1 choses que souvent nous prfrons la vie4 ,c'est un usage qui procure de srieux avantages aux nations qui le pratiquent2 et les bons princes1 qui ont sujet de se plaindre1 quand on traite la mmoire des mchants comme la leur1 doivent le dsirer4--,nous devons soumission et obissance tous les rois1 qu'ils soient bons ou mauvais1 cela est indispensable pour leur permettre de remplir leur charge2 mais notre estime et notre affection1 nous ne les leur devons que s'ils les mritent4 ,admettons que les ncessits de la politique nous obligent les supporter patiemment1 si indignes qu'ils puissent tre2 dissimuler leurs vices1 appuyer autant qu'il est en notre pouvoir1 leurs actes quels qu'ils soient1 quand cet appui est ncessaire leur autorit2 mais ce devoir rempli1 ce n'est pas une raison pour que nous refusions la justice et que nous n'ayons pas la libert d'exprimer leur endroit nos ressentiments1 si nous en avons de fonds2 et en particulier1 que nous nous refusions honorer ces bons serviteurs qui1 bien que connaissant les imperfections du matre1 l'ont servi avec respect et fidlit1 exemple qu'il y a utilit transmettre la postrit4--,ceux qui1 par les obligations personnelles qu'ils lui ont1 dfendent tort la mmoire d'un prince qui en est indigne1 font1 en agissant ainsi1 acte de justice prive1 aux dpens de la justice publique4 ,tite ,live dit vrai1 quand il crit que le langage des hommes infods la royaut1 est toujours plein de vaines ostentations et de faux tmoignages2 chacun faisant de son roi1 quels que soient ses mrites1 un souverain dont la valeur et la grandeur ne sauraient tre dpasses4 ,on peut dsapprouver la magnanimit de ces deux soldats1 rpondant en pleine face ,nron1 qui leur demandait3 l'un1 pourquoi il lui voulait du mal3 ,je t'aimais1 quand tu en tais digne2 mais depuis que tu es devenu parricide1 incendiaire1 histrion1 cocher1 je te hais1 comme tu le mrites2 l'autre1 pourquoi il voulait le tuer3 ,parce que je ne vois pas d'autre remde tes continuels mfaits2 mais quel homme de bon sens peut trouver redire aux tmoignages publics et universels qui1 aprs sa mort1 ont t ports contre ce prince1 pour ses tyranniques et odieux dbordements1 et qui l'ont stigmatis tout jamais1 et1 avec lui1 tout mchant comme lui4 ,je regrette que1 dans les usages et coutumes si sages de ,lacdmone1 ait t introduite cette crmonie si empreinte de fausset3 ,a la mort des rois1 tous les confdrs et peuples voisins1 ainsi que tous les ,ilotes1 hommes et femmes1 allaient ple-mle1 se tailladant le front en signe de deuil1 disant dans leurs cris et lamentations que le dfunt1 quel qu'il et t1 tait le meilleur de tous les rois qu'ils avaient eus2 donnant ainsi la situation les louanges qui auraient d revenir au mrite et relguant au dernier rang ce qui le constitue et lui assigne le premier4 ,rflexions sur ce mot de ,solon1 que nul1 avant sa mort1 ne peut tre dit heureux4--,aristote1 qui traite tous les sujets1 recherche propos de ce mot de ,solon3 ,que nul1 avant sa mort1 ne peut tre dit heureux1 si celui-l mme qui a vcu et a eu une mort telle qu'on peut la souhaiter1 peut tre qualifi d'heureux1 s'il laisse une mauvaise renomme ou sa postrit dans le malheur4 ,tant que nous vivons1 nous avons la facult de faire que notre pense se reporte o nous voulons2 quand nous avons cess d'exister1 nous n'avons plus aucune communication avec le monde vivant1 c'est pourquoi ,solon et t mieux fond dire que jamais l'homme n'est heureux1 puisqu'il ne peut l'tre qu'aprs sa mort3 ,on trouve peine un sage qui s'arrache totalement la vie et la rejette2 ignorant de l'avenir1 l'homme s'imagine qu'une partie de son tre lui survit1 et il ne peut s'affranchir de ce corps qui prit et tombe 7,lucrce74 ,honneurs rendus et influence prte certains1 aprs leur mort4--,bertrand du ,guesclin mourut au sige du chteau de ,randon1 prs du ,puy1 en ,auvergne2 les assigs ayant capitul aprs sa mort1 furent contraints d'aller dposer les clefs de la place sur son cadavre4--,barthlemy d',alviane1 gnral de l'arme vnitienne1 tant mort en guerroyant autour de ,brescia1 il fallait1 pour ramener son corps ,venise1 traverser le territoire ennemi de ,vrone2 la plupart des chefs vnitiens taient d'avis qu'on demandt un sauf-conduit aux ,vronais1 pour le passage dans leur tat2 ,thodore ,trivulce s'y opposa1 prfrant passer de vive force1 dut-on combattre3 ,n'tant pas convenable1 dit-il1 que celui qui1 en sa vie1 n'avait jamais eu peur de ses ennemis1 semblt les redouter aprs sa mort4--,les lois grecques nous prsentent quelque chose d'analogue3 celui qui demandait un corps l'ennemi1 pour lui rendre les honneurs de la spulture1 renonait par cela mme la victoire1 et il ne pouvait plus la consacrer par un trophe2 celui auquel la demande tait faite1 tait rput vainqueur4 ,nicias perdit ainsi l'avantage1 qu'il avait cependant nettement gagn sur les ,corinthiens2 et inversement1 ,agsilas assura de la sorte un succs des plus douteux remport sur les ,botiens4 ,ces faits pourraient paratre tranges si1 de tous temps1 la proccupation de lui-mme au del de cette vie1 l'homme n'avait joint la croyance que bien souvent les faveurs clestes nous accompagnent au tombeau et s'tendent nos restes2 les exemples sur ce point abondent tellement1 chez les anciens comme chez nous1 qu'il ne m'est pas besoin d'insister4--douard premier1 roi d',angleterre1 ayant constat dans ses longues guerres contre ,robert1 roi d'cosse1 combien sa prsence contribuait ses succs1 la victoire lui demeurant partout o il se trouvait en personne2 sur le point de rendre le dernier soupir1 obligea son fils1 par un serment solennel1 faire1 une fois mort1 bouillir son corps2 pour que1 les chairs se sparant des os1 il enterrt celles-l et transportt ceux-ci avec lui l'arme1 chaque fois qu'il marcherait contre les cossais2 comme si la destine avait fatalement attach la victoire la prsence de ses ossements4--,jean ,ghiska1 qui troubla la ,bohme pour la dfense des erreurs de ,wiclef1 voulut qu'aprs sa mort1 on l'corcht2 et que1 de sa peau1 on ft un tambour1 que l'on emporterait1 lorsqu'on prendrait les armes contre ses ennemis2 estimant aider ainsi la continuation des avantages qu'il avait obtenus1 dans les guerres qu'il avait diriges contre eux4--,certaines tribus indiennes portaient de mme au combat contre les ,espagnols1 les ossements d'un de leurs chefs1 en raison des chances heureuses qu'il avait eues en son vivant2 d'autres peuplades1 sur ce mme continent1 tranent avec elles1 lorsqu'elles vont en guerre1 les corps de ceux de leurs guerriers qui se sont distingus par leur vaillance et ont pri dans les combats1 comme susceptibles de leur porter bonheur et de servir d'encouragement4--,des exemples qui prcdent1 les premiers montrent le souvenir de nos hauts faits1 nous suivant au tombeau2 les derniers attribuent1 en outre1 ce souvenir1 une action effective4 ,fermet de ,bayard sur le point d'expirer4--,le cas de ,bayard est plus admissible3 ce capitaine1 se sentant bless mort d'une arquebusade dans le corps1 press de se retirer du combat1 rpondit que ce n'tait pas au moment o il touchait sa fin1 qu'il commencerait tourner le dos l'ennemi2 et il continua combattre1 tant que ses forces le lui permirent2 jusqu' ce que se sentant dfaillir et ne pouvant plus tenir cheval1 il commanda son cuyer de le coucher au pied d'un arbre1 mais de telle faon qu'il mourt le visage tourn vers l'ennemi2 et ainsi fut fait4 ,particularits affrentes l'empereur ,maximilien et ,cyrus4--,j'ajouterai cet autre exemple1 comme aussi remarquable en son genre que les prcdents3 l'empereur ,maximilien1 bisaeul du roi ,philippe actuellement rgnant1 tait un prince dou de nombreuses et minentes qualits1 et remarquable entre autres par sa beaut physique4 ,parmi ses singularits1 il avait celle-ci qui ne ressemble gure celle de ces princes qui1 trnant sur leur chaise perce1 y traitent les affaires les plus importantes1 c'est que jamais il n'eut de valet de chambre avec lequel il ft familier1 au point de se laisser voir par lui la garde robe2 il se cachait pour uriner1 aussi pudibond qu'une pucelle1 pour ne dcouvrir qui que ce ft1 pas mme son mdecin1 les parties du corps qu'on a coutume de tenir caches4 ,moi1 qui ai un langage si libre1 je suis cependant1 par temprament1 galement enclin semblable retenue2 et1 moins que je n'y sois amen par ncessit ou par volupt1 je n'expose gure1 aux yeux de personne1 les parties de mon corps ou les actes intimes que nos murs nous font une loi de drober la vue2 et je m'en fais une obligation plus grande1 qu' mon sens il ne convient un homme1 surtout un homme de ma profession4 ,l'empereur ,maximilien en tait arriv une telle exagration1 qu'il ordonna expressment dans son testament1 qu'on lui mt un caleon quand il serait mort2 il et d ajouter aussi1 par codicille1 que celui qui le lui mettrait1 le ferait les yeux bands4--,la volont qu'exprima ,cyrus ses enfants1 que ni eux1 ni personne ne toucht son corps aprs sa mort1 vient1 j'imagine1 de quelque pratique de dvotion qui devait lui tre propre2 et1 ce qui me porte le croire1 c'est que son historien et lui-mme1 entre autres grandes qualits1 ont manifest dans tout le cours de leur vie1 un soin et un respect tout particuliers pour la religion4 ,nos funrailles doivent tre en rapport avec notre situation1 et n'tre ni d'une pompe exagre ni mesquines4--,le fait suivant ne me plat gure2 il m'a t cont par un homme de haut rang et s'applique une personne qui me touche de prs1 assez connue par les situations qu'elle a occupes pendant la paix comme durant la guerre4 ,cette personne1 qui mourut sa cour un ge avanc1 souffrant cruellement de la pierre1 passa ses dernires heures1 uniquement occupe rgler avec un soin exagr la crmonie de son enterrement1 s'appliquant ce qu'elle et le plus de relief possible4 ,il demandait toute la noblesse qui le visitait1 d'engager sa parole d'assister son convoi2 au prince lui-mme1 de qui je tiens le fait et qui le vit ses derniers moments1 il demanda avec instance d'y faire assister sa maison1 citant des exemples1 donnant des raisons pour prouver que cela tait d un homme de sa condition2 et1 en ayant obtenu la promesse et arrt1 selon ses ides1 la distribution et l'ordre de cette parade1 il sembla expirer satisfait4 ,je n'ai gure vu de vanit plus persistante4 ,s'ingnier rgler son service funbre1 soit d'une faon bizarre1 soit avec une parcimonie peu ordinaire2 le rduire par exemple un serviteur se bornant porter une lanterne est une singularit inverse de la prcdente1 quoique sa proche parente1 et dont aussi je trouverais aisment des exemples dans ma famille4 ,il en est cependant qui l'approuvent2 de mme qu'ils approuvent la dfense que fit ,marcus ,lepidus ses hritiers1 d'employer son gard le crmonial accoutum en pareil cas4 ,si en agissant ainsi1 on croit faire acte de temprance et d'austrit1 en vitant une dpense et une satisfaction dont nous ne serons plus mme d'tre tmoin ni de jouir1 c'est l une rforme aise et peu coteuse4 ,s'il me fallait dcider sur ce point2 je serais d'avis que dans cette circonstance1 comme dans toutes les actions de la vie1 chacun doit se rgler sur sa situation dans la socit2 et que le philosophe ,lycon fit acte de sagesse1 quand il prescrivit ses amis de l'enterrer l o ils trouveraient que ce serait pour le mieux et de lui faire des funrailles ni exagres1 ni mesquines4 ,en ce qui me touche1 qu'on se conforme simplement ce qui sera dans les usages2 je m'en remets la discrtion de ceux la charge desquels je me trouverai ce moment3 ,c'est un soin qu'il faut mpriser pour soi-mme et ne pas ngliger pour les siens 7,cicron74 ,saint ,augustin parle un langage digne de lui1 quand il dit3 ,le soin des funrailles1 le choix de la spulture1 la pompe des obsques1 sont moins ncessaires la tranquillit des morts1 qu' la consolation des vivants4 ,c'est dans ce mme esprit que ,socrates rpondait ,criton lui demandant1 au moment de sa mort1 comment il voulait tre enterr3 ,comme vous voudrez4 ,si j'tais amen m'en occuper compltement1 il me plairait assez d'imiter ceux qui1 de leur vivant et en pleine possession d'eux-mmes1 entreprennent de jouir par avance des honneurs funbres qui leur seront rendus et se dlectent voir leur effigie reproduite sur le marbre de leur tombeau4 ,heureux ceux pour lesquels voir ce qu'ils seront1 quand ils ne seront plus1 est une jouissance et qui vivent de leur propre mort4 ,cruelle et dangereuse superstition des ,athniens sur la spulture donner aux morts4--,bien que je tienne la souverainet du peuple comme la plus naturelle et la plus rationnelle1 peu s'en faut que je n'en devienne un adversaire irrconciliable tant j'prouve d'aversion contre elle1 lorsque je me remmore l'injustice et l'inhumanit du peuple d',athnes1 condamnant mort1 sans mme vouloir les entendre dans leur dfense1 et ordonnant l'excution immdiate de ces vaillants capitaines qui venaient de vaincre les ,lacdmoniens1 prs des les ,argineuses1 dans la bataille navale la plus dispute et la plus considrable que les ,grecs aient jamais livre sur mer1 par l'importance des forces1 entirement composes de navires grecs1 qui se trouvaient en prsence4 ,et pourquoi cette condamnation8 ,parce que ces chefs1 aprs la victoire1 s'taient appliqus1 conformment aux principes de l'art de la guerre1 poursuivre les rsultats qu'elle pouvait leur procurer1 au lieu de s'attarder recueillir leurs morts et leur rendre les derniers devoirs4 ,l'odieux de cette excution est encore accru par l'attitude de ,diomdon1 l'un des condamns1 soldat et homme politique de haut mrite4 ,aprs le prononc de la sentence1 le calme s'tant rtabli dans l'assemble1 et se trouvant seulement alors1 avoir possibilit de prendre la parole1 ,diomdon1 au lieu d'en user pour le bien de sa cause1 de faire ressortir l'vidente iniquit d'un si cruel verdict1 n'a souci que de ses juges2 il prie les dieux que ce jugement tourne leur avantage1 et leur fait connatre les vux que ses compagnons et lui ont faits la ,divinit1 en reconnaissance de l'clatant succs qu'ils ont obtenu1 afin que faute de les tenir1 ils ne s'attirent la colre cleste2 puis1 sans rien ajouter autre1 sans faire entendre aucune rcrimination1 il marche courageusement au supplice4 ,quelques annes aprs1 la ,fortune punit les ,athniens par l mme o ils avaient pch3 ,chabrias1 capitaine gnral de leur flotte1 ayant battu1 prs de l'le de ,naxos1 ,pollis amiral de ,sparte1 perdit1 par la crainte d'un sort semblable1 tout le fruit immdiat d'une victoire qui tait pour eux d'une importance capitale4 ,pour ne pas laisser sans spulture les corps de quelques-uns des siens qui surnageaient sur les flots1 il laissa chapper un nombre considrable d'ennemis qui1 mis nouveau en ligne contre lui1 lui firent1 depuis1 payer cher l'observation si inopportune de cette superstition4--,tu voudrais savoir o tu seras aprs ta mort8 ,tu iras o sont les choses encore natre 7,snque74 ,une autre cole1 au contraire1 concde en principe le repos au corps que l'me abandonne3 ,qu'il n'ait pas de tombeau pour le recevoir et o1 dcharg du poids de la vie1 son corps puisse reposer en paix 7,ennius74 ,tout nous porte croire que la mort n'est pas notre fin dernire2 et la nature elle-mme nous fournit des exemples de relations mystrieuses entre ce qui n'est plus et ce qui vit encore3 le vin ne subit-il pas dans la cave des modifications correspondant celles que les saisons impriment la vigne2 ne dit-on pas aussi que les viandes provenant des animaux tus la chasse conserves dans les saloirs1 se modifient et que leur got change1 comme il arrive de la chair ces mmes animaux encore vivants4 ,,chapitre ,,iv4 ,l'me exerce ses passions sur des objets auxquels elle s'attaque sans raison1 quand ceux1 cause de son dlire1 chappent son action4 ,il faut l'me en proie une passion1 des objets sur lesquels1 tort ou raison1 elle l'exerce4--,un gentilhomme de notre socit1 sujet de trs forts accs de goutte1 avait coutume de rpondre en plaisantant1 ses mdecins1 quand ils le pressaient de renoncer l'usage des viandes sales1 que1 lorsqu'il tait aux prises avec son mal1 et qu'il en souffrait1 il voulait avoir qui s'en prendre2 et que c'tait un soulagement sa douleur1 que de pouvoir en rejeter la cause1 tantt sur le cervelas1 tantt sur la langue de buf ou le jambon qu'il avait pu manger et de les vouer au diable4 ,de fait1 de mme que le bras lev pour frapper1 nous fait mal si le coup vient ne pas porter et n'atteindre que le vide2 de mme que pour faire ressortir un paysage1 il ne faut pas qu'il soit en quelque sorte perdu et isol dans l'espace1 mais qu'il apparaisse1 distance convenable1 sur un fond appropri2 de mme que le vent1 si d'paisses forts ne viennent lui faire obstacle1 perd ses forces et se dissipe dans l'immensit 7,lucain72 de mme aussi1 il semble que l'me1 trouble et agite1 s'gare quand un but lui fait dfaut2 dans ses transports1 il lui faut toujours qui s'en prendre et contre qui agir4 ,plutarque dit1 propos de personnes qui affectionnent plus particulirement les guenons et les petits chiens1 que le besoin d'aimer qui est en nous1 quand il n'a pas possibilit de s'exercer lgitimement1 plutt que de demeurer inassouvi1 se donne carrire sur des objets illicites ou qui n'en sont pas dignes4 ,nous voyons pareillement l'me1 aux prises avec la passion1 plutt que de ne pas s'y abandonner1 se leurrer elle-mme1 et1 tout en ayant conscience de son erreur1 s'attaquer souvent de faon trange ce qui n'en peut mais4 ,c'est ainsi que les animaux blesss s'en prennent avec rage la pierre ou au fer qui a caus leur blessure1 ou encore se dchirent eux-mmes belles dents1 pour se venger de la douleur qu'ils ressentent3 ,ainsi l'ourse de ,pannonie devient plus froce1 quand elle a t atteinte du javelot que retient la mince courroie de ,libye2 furieuse1 elle veut mordre le trait qui la dchire et poursuit le fer qui tourne avec elle 7,lucain74 ,souvent en pareil cas1 nous nous en prenons mme a des objets inanims4--,quelles causes n'imaginons-nous pas aux malheurs qui nous adviennent8 ,a qui1 quoi1 tort ou raison1 ne nous en prenons-nous pas1 pour avoir contre qui nous escrimer8--,dans ta douleur1 tu arraches tes tresses blondes1 tu te dchires la poitrine1 au point que le sang en macule la blancheur2 sont-elles donc cause de la mort de ce frre bien-aim1 qu'une balle mortelle a si malheureusement frapp8 ,non1 eh bien6 prends-t'en donc d'autres4--,a propos de l'arme romaine qui1 en ,espagne1 venait de perdre ses deux chefs ,publius et ,cneius ,scipion1 deux frres1 tous deux grands hommes de guerre1 ,tite ,live dit3 ,dans l'arme entire1 chacun se mit aussitt verser des larmes et se frapper la tte4 ,n'est-ce pas l une coutume gnralement rpandue8--,le philosophe ,bion n'tait-il pas dans le vrai1 quand1 en parlant de ce roi qui1 dans les transports de sa douleur1 s'arrachait la barbe et les cheveux1 il disait plaisamment3 ,pense-t-il donc que la pelade adoucisse le chagrin que nous cause la perte des ntres8--,qui n'a vu des joueurs dchirer et mcher les cartes1 avaler les ds1 dans leur dpit d'avoir perdu leur argent4--,xercs fit fouetter la mer 99 de l',hellespont1 la fit charger de fers1 et accabler d'insultes1 et envoya un cartel de dfi au mont ,athos4--,cyrus se donna en spectacle son arme1 pendant plusieurs jours1 par la vengeance qu'il prtendait tirer de la rivire du ,gyndus1 pour la peur qu'il avait eue en la franchissant4--,caligula ne dtruisit-il pas un magnifique palais1 pour le dplaisir qu'y avait prouv sa mre1 qui y avait t enferme4 ,folie d'un roi voulant se venger de ,dieu lui-mme1 d',auguste contre ,neptune1 des ,thraces contre le ciel en temps d'orage4--,dans ma jeunesse1 il se contait dans le peuple qu'un roi de nos voisins1 chti par ,dieu1 jura de s'en venger4 ,pour ce faire1 il ordonna que pendant dix ans1 on ne le prit pas1 on ne parlt pas de lui1 ni mme1 autant qu'il pouvait l'obtenir1 qu'on ne crt pas en lui4 ,et ce n'tait pas tant la sottise de cet acte1 que ce conte avait pour objet de faire ressortir1 que la gloire de la nation1 dont le souverain en agissait ainsi vis--vis de ,dieu4 ,l'outrecuidance et la btise vont toujours de pair2 mais de tels faits tiennent plus encore du premier de ces dfauts que du second4--,l'empereur ,auguste1 ayant prouv sur mer une violente tempte1 se mit dfier ,neptune1 et1 pour se venger de lui1 fit1 dans les jeux solennels du cirque1 ter la statue de ce dieu d'avec celles des autres divinits1 extravagance encore moins excusable que les prcdentes4 ,il le fut davantage plus tard1 quand1 aprs la dfaite en ,allemagne de son lieutenant ,quintilius ,varus1 de colre et de dsespoir il allait1 se heurtant la tte contre les murailles1 en criant3 ,varus1 ,varus1 rends-moi mes lgions4 ,de semblables insanits sont plus que de la folie1 surtout quand l'impit s'y joint et qu'elles s'attaquent ,dieu mme1 ou simplement la ,fortune1 comme si elle pouvait nous voir et nous entendre4 ,c'est agir la faon des ,thraces qui1 pendant les orages1 quand il tonne ou qu'il fait des clairs1 l'instar des ,titans1 pensent amener les dieux composition en les intimidant1 et lancent des flches contre le ciel4--,un ancien pote1 rapporte ,plutarque1 dit qu'il ne faut point nous emporter contre la marche des affaires qui1 elles1 n'ont pas souci de nos colres2 nous ne saurions en effet assez condamner cette sorte de drglement de notre esprit4 ,,chapitre ,v4 ,le commandant d'une place assige doit-il sortir de sa place pour parlementer8 ,jadis on rprouvait la ruse contre un ennemi4--,lucius ,marcius qui commandait les ,romains1 lors de leur guerre contre ,perse1 roi de ,macdoine1 voulant gagner le temps qui lui tait encore ncessaire pour que son arme ft compltement sur pied1 fit au roi des propositions de paix qui endormirent sa prudence et l'amenrent accorder une trve de quelques jours1 dont son ennemi profita pour complter loisir ses armements2 ce qui fut cause de la dfaite de ce prince et lui cota le trne et la vie4 ,a ,rome1 quelques vieux snateurs1 imbus des murs de leurs anctres1 condamnrent ce procd1 comme contraire ce qui jadis tait de rgle4 ,alors1 disaient-ils1 on faisait assaut de courage et non d'astuce2 on n'avait recours ni aux surprises1 ni aux attaques de nuit1 non plus qu'aux fuites simules suivies de retours inopins2 la guerre ne commenait qu'aprs avoir t dclare1 souvent mme aprs qu'eussent t assigns le lieu et l'heure o les armes en viendraient aux mains4 ,c'est ce sentiment d'honntet que nos pres obissaient1 en livrant ,pyrrhus son mdecin qui le trahissait1 et aux ,phalisques leur si pervers matre d'cole4 ,en cela1 ils agissaient vraiment en ,romains1 et non comme d'astucieux ,carthaginois1 ou des ,grecs1 qui1 dans leur subtilit d'esprit1 attachent plus de gloire au succs acquis par des moyens frauduleux que par la force des armes4 ,tromper l'ennemi est un rsultat du moment2 mais un adversaire n'est rellement dompt que s'il a t vaincu non par ruse1 ni par un coup du sort1 mais dans une guerre 99 loyale et juste1 o les deux armes tant en prsence1 la victoire est demeure au plus vaillant4 ,les snateurs qui tenaient ce langage honnte1 ne connaissaient videmment pas encore cette belle maxime mise plus tard par ,virgile3 ,ruse ou valeur1 qu'importe contre un ennemi6 ,l'emploi la guerre de toute ruse ou stratagme1 dit ,polybe1 rpugnait aux ,achens2 une victoire n'tait telle1 suivant eux1 qu'autant que toute confiance en ses forces tait anantie chez l'ennemi4 ,l'homme sage et vertueux1 dit ,florus1 doit savoir que la seule vritable victoire est celle que peuvent avouer la bonne foi et l'honneur4 ,que notre valeur dcide1 lisons-nous dans ,ennius1 si c'est vous ou moi que la ,fortune1 matresse des vnements1 destine l'empire4 ,chez certains peuples1 de ceux mme que nous qualifions de barbares1 les hostilits taient toujours prcdes d'une dclaration de guerre4--,au royaume de ,ternate1 l'une de ces peuplades que nous qualifions sans hsitation de barbares1 on a coutume de ne commencer les hostilits qu'aprs avoir au pralable fait une dclaration de guerre1 y ajoutant l'numration prcise des moyens qu'on se propose d'employer3 le nombre d'hommes qui seront mis en ligne1 la nature des armes 7offensives et dfensives7 et des munitions dont il sera fait usage2 mais1 par contre1 cela fait1 si l'adversaire ne se dcide pas entrer en composition1 ils se considrent ds lors comme libres d'user sans scrupule1 pour obtenir le succs1 de tous les moyens qui peuvent y aider4 ,jadis1 ,florence1 on tait si peu port chercher vaincre par surprise qu'on prvenait l'ennemi1 un mois avant d'entrer en campagne1 sonnant continuellement cet effet un beffroi1 appel ,martinella4 ,aujourd'hui1 nous admettons comme licite tout ce qui peut conduire au succs2 aussi est-il de principe que le gouverneur d'une place assige n'en doit pas sortir pour parlementer4--,quant nous1 moins scrupuleux1 nous tenons comme ayant les honneurs de la guerre1 celui qui en a le profit1 et1 aprs ,lysandre1 estimons que l o la peau du lion ne peut suffire1 il faut y coudre un morceau de celle du renard4 ,or1 comme c'est pendant qu'on parlemente et qu'on semble prts tomber d'accord1 que les surprises se pratiquent le plus ordinairement2 nous reconnaissons que c'est surtout dans ces moments1 qu'un chef doit particulirement avoir l'il au guet2 et c'est pour cela qu'il est de rgle1 chez tous les hommes de guerre de notre temps1 que le gouverneur d'une place assige n'en sorte jamais pour parlementer4 ,nos pres ont fait reproche aux seigneurs de ,montmord et de l',assigny1 dfendant ,pont--,mousson contre le comte de ,nassau1 d'avoir contrevenu ce principe4--,par contre1 celui-l serait excusable qui sortirait de sa place pour parlementer1 mais seulement aprs avoir pris ses mesures pour1 le cas chant1 n'avoir rien redouter1 et que tout incident pouvant se produire1 tourne son avantage4--,ainsi fit le comte ,guy de ,rangon1 qui dfendait la ville de ,reggium3 le seigneur de l',ecut s'tant prsent pour parlementer1 ,guy de ,rangon s'loigna si peu de la place1 qu'une chauffoure s'tant produite pendant les pourparlers1 non seulement ,m4 de l',ecut et son escorte1 dont tait ,alexandre ,trivulce qui y fut tu1 eurent le dessous1 mais lui-mme1 pour sa propre sret1 fut dans l'obligation d'entrer en ville avec le comte qui le prit sous sa sauvegarde4 ,ce fait est attribu par du ,bellay au comte de ,rangon2 ,guicciardin1 qui le rapporte galement1 se l'attribue lui-mme4 ,antigone assigeant ,eumnes dans ,nora et le pressant d'en sortir pour venir1 en personne1 parlementer avec lui1 allguant que c'tait lui1 ,eumnes1 venir le trouver1 parce que lui1 ,antigone1 tait plus puissant et de rang plus lev1 s'attira cette noble rponse3 ,je ne reconnatrai personne au-dessus de moi1 tant que j'aurai la facult d'user de mon pe4 ,et il ne consentit aller lui que lorsque ,antigone lui eut donn en otage ,ptolme1 son propre neveu4 ,exemple d'un cas o le gouverneur d'une place s'est bien trouv de se fier a son adversaire4--,et cependant1 il y en a qui se sont trs bien trouvs1 en pareille occurrence1 d'tre sortis en se fiant la parole de leur adversaire2 tmoin ,henry de ,vaux1 chevalier de ,champagne1 qui tait assig par les ,anglais dans le chteau de ,commercy4 ,barthlemy de ,bonnes1 qui les commandait1 ayant1 de l'extrieur1 russi saper la majeure partie du chteau1 et n'ayant plus qu' y mettre le feu pour accabler les assigs sous ses ruines1 manda ,henry de ,vaux1 qui dj lui avait envoy trois parlementaires1 de venir de sa personne1 dans son propre intrt4 ,celui-ci vint1 et1 ayant constat par lui-mme l'imminence de la catastrophe laquelle il ne pouvait chapper1 en sut profondment gr son ennemi et se rendit discrtion1 lui et sa troupe2 le feu ayant alors t mis la mine1 les bois qui tanonnaient les murailles cdrent et le chteau croula1 ruin de fond en comble4 ,pour moi1 j'ai assez facilement foi en autrui2 cependant je m'y fierais difficilement1 si cela pouvait donner supposer que c'est1 de ma part1 un acte de faiblesse ou de lchet1 et non parce que je suis franc et crois la loyaut de mon adversaire4 ,,chapitre ,,vi4 ,le temps durant lequel on parlemente est un moment dangereux4 ,la parole des gens de guerre1 mme sans que cela dpende d'eux1 est sujette caution4--,dernirement1 non loin de chez moi1 ,mussidan1 un dtachement ennemi qui occupait cette ville1 contraint par les ntres de se retirer1 criait la trahison1 et avec lui tous autres de son parti1 parce qu'on l'avait surpris et battu pendant des pourparlers et avant que rien ne ft conclu4 ,ces rcriminations auraient pu se comprendre dans un autre sicle2 mais comme je l'ai dit dans le chapitre prcdent1 nos procds actuels sont tout autres1 et on ne saurait trop se mfier tant que la signature dfinitive n'est pas donne1 sans compter qu' ce moment mme1 tout n'est pas encore fini4 ,il a t de tous temps bien hasardeux1 et c'est toujours courir risque de ne pouvoir tenir la parole donne et exposer aux excs d'une arme victorieuse une ville qui vient de se rendre et laquelle ont t faites des conditions douces et avantageuses1 que d'en permettre l'entre aux soldats1 aussitt la reddition obtenue4--,l4 ,emilius ,reggius1 prteur romain1 retenu depuis longtemps devant la ville de ,phoce1 dont il ne parvenait pas s'emparer1 en raison de l'ardeur que les habitants mettaient se dfendre1 convint avec eux de les admettre comme amis du peuple romain2 et1 les ayant compltement convaincus de ses intentions pacifiques1 obtint d'entrer dans leur ville1 comme il l'et fait dans toute autre ville allie4 ,mais1 ds que lui et son arme1 dont il s'tait fait suivre pour donner plus de solennit son entre1 s'y trouvrent1 il ne fut plus en son pouvoir1 quoi qu'il ft1 de contenir ses gens qui1 sous ses yeux1 pillrent plusieurs quartiers1 l'amour du butin1 l'esprit de vengeance l'emportant sur le respect de son autorit et l'observation de la discipline militaire4 ,clomnes prtendait que le droit de la guerre1 en ce qui concerne le mal qu'on peut faire l'ennemi1 est au-dessus des lois de la justice divine1 comme de celles de la justice humaine1 et ne relve pas d'elles4 ,ayant conclu une trve de sept jours avec les ,argiens1 trois jours aprs1 il les attaquait de nuit pendant leur sommeil et les taillait en pices1 prtendant justifier cette trahison en disant que1 dans la convention passe1 il n'avait pas t question des nuits2 quelque temps aprs1 les dieux le punirent de cette subtilit de mauvaise foi4 ,c'est souvent pendant les confrences en vue de la capitulation d'une place1 que l'ennemi s'en rend matre4--tant en pourparlers1 et ses dfenseurs s'tant dpartis de leur vigilance1 la ville de ,casilinum fut emporte par surprise2 et cela1 en des temps o ,rome avait une arme parfaitement discipline et des chefs chez lesquels rgnait le sentiment de la justice4 ,c'est qu'aussi on ne peut blmer que1 dans certaines circonstances1 nous profitions des fautes de l'ennemi1 tout comme1 le cas chant1 nous profitons de sa lchet4 ,la guerre admet en effet comme licites1 beaucoup de pratiques condamnables en dehors d'elle2 et le principe que personne ne doit chercher faire son profit de la sottise d'autrui 7,cicron71 est ici en dfaut4 ,nanmoins ,xnophon1 auteur si comptent en pareille matire1 lui-mme grand capitaine et philosophe1 disciple des plus distingus de ,socrates1 dans les propos qu'il fait tenir et les exploits qu'il prte son hros1 dans le portrait qu'il trace de son parfait gnral d'arme1 donne ces prrogatives une extension pour ainsi dire sans limite1 qui m'tonne de sa part et que je ne puis admettre en tout et partout4 ,m4 d',aubigny assigeait ,capoue o commandait le seigneur ,fabrice ,colonna4 ,celui-ci1 aprs un combat sanglant livr sous les murs de la place1 dans lequel il avait t battu1 engagea1 du haut d'un bastion1 des pourparlers durant lesquels ses gens s'tant relchs de leur surveillance1 les ntres pntrrent dans la ville et la mirent feu et sang4--,plus rcemment1 ,yvoy1 le seigneur ,julian ,rommro1 ayant commis ce pas de clerc1 de sortir de la ville pour parlementer avec ,m4 le ,conntable1 trouva son retour la place au pouvoir de l'ennemi4--,mais nous-mmes1 n'avons pas t exempts de semblables dconvenues3 le marquis de ,pescaire assigeant ,gnes o commandait le duc ,octavian ,fregose1 que nous soutenions1 l'accord entre eux tait considr comme fait1 la convention intervenir tait arrte1 quand1 au moment o elle allait tre signe1 les ,espagnols qui avaient russi s'introduire dans la ville1 en agirent comme s'ils l'avaient emporte d'assaut4--,depuis1 ,ligny1 en ,barrois1 o commandait le comte de ,brienne et qu'assigeait l'empereur ,charles-,quint en personne1 ,bertheville lieutenant du comte tant sorti pour parlementer1 la ville fut prise pendant qu'il ngociait4 ,la victoire devrait toujours tre loyalement dispute4--,il est toujours glorieux de vaincre1 que la victoire soit due au hasard ou l'habilet 7,arioste71 disent les ,italiens4 ,le philosophe ,chrysippe n'et pas t de leur avis1 et je partage sa faon de penser4 ,ceux qui1 disait-il1 prennent part une course1 doivent bien employer toutes leurs forces gagner de vitesse leurs adversaires2 mais il ne leur est pourtant pas permis de porter la main sur eux pour les arrter1 ni de leur donner des crocs en jambe pour les faire tomber4--,alexandre le ,grand en agissait d'une faon encore plus chevaleresque1 quand ,polypercon1 cherchant le persuader des avantages d'une nuit obscure pour tomber sur ,darius1 il lui rpondait3 ,non1 il n'est pas de ma dignit de chercher vaincre la drobe1 j'aime mieux avoir me plaindre de la fortune1 qu' rougir de ma victoire 7,quinte-,curce74 ,comme dit ,virgile3 ,il 7,mezence7 ddaigne de frapper ,orode dans sa fuite1 de lui lancer un trait qui le blesserait par derrire2 il court lui1 et c'est de front1 d'homme homme1 qu'il l'attaque2 il veut vaincre1 non par surprise1 mais par la seule force des armes4 ,,chapitre ,,vii4 ,nos actions sont apprcier d'aprs nos intentions4 ,il n'est pas toujours vrai que la mort nous libre de toutes nos obligations4--,la mort1 dit-on1 nous libre de toutes nos obligations4 ,j'en sais qui ont interprt cette maxime de singulire faon4 ,henri ,,vii1 roi d',angleterre1 s'tait engag vis--vis de ,dom ,philippe1 fils de l'empereur ,maximilien1 ou1 pour le dsigner plus honorablement encore1 pre de l'empereur ,charles-,quint1 ne pas attenter la vie de son ennemi le duc de ,suffolk1 chef du parti de la ,rose blanche1 qui s'tait enfui d',angleterre1 avait gagn les ,pays-,bas1 o ,dom ,philippe l'avait fait arrter et livr au roi sous cette condition4 ,se sentant prs de sa fin1 le roi1 dans son testament1 ordonna son fils de faire mettre le duc mort1 aussitt que lui-mme serait dcd4--,tout rcemment1 les vnements tragiques qui1 ,bruxelles1 amenrent le supplice des comtes de ,horn et d',egmont1 ordonn par le duc d',albe1 donnrent lieu des particularits qui mritent d'tre releves1 celle-ci entre autres3 le comte d',egmont1 sur la foi et les assurances duquel le comte de ,horn s'tait livr au duc d',albe1 revendiqua avec instance qu'on le ft mourir le premier1 afin que sa mort l'affrancht de l'obligation qu'il avait contracte vis--vis du comte de ,horn4--,il semble que1 dans ces deux cas1 la mort ne dgageait pas le roi de sa parole1 et que le comte d',egmont1 mme vivant1 ne manquait pas la sienne4 ,nos obligations sont limites par nos forces et les moyens dont nous disposons2 l'excution et les consquences de nos actes ne dpendent pas de nous2 seule1 notre volont en dpend rellement4 ,de ce principe1 fond sur ce que ncessit fait loi1 drivent les rgles qui fixent nos devoirs2 c'est pourquoi le comte d',egmont1 qui se considrait comme engag par sa promesse1 bien qu'il ne ft pas en son pouvoir de la tenir1 ne l'tait pas1 alors mme qu'il et survcu au comte de ,horn2 tandis que le roi d',angleterre1 manquant intentionnellement la sienne1 n'en tait pas dgag par le fait d'avoir retard1 jusqu' sa mort1 l'acte dloyal qu'il a ordonn4--,c'est le mme cas que celui du maon d',hrodote qui1 ayant loyalement gard1 sa vie durant1 le secret sur l'endroit o taient dposs les trsors du roi d',egypte1 son matre1 le rvla1 sa mort1 ses enfants4 ,il est trop tard de ne rparer ses torts qu' sa mort1 et odieux de remettre ce moment de se venger4--,j'ai vu1 de mon temps1 nombre de gens1 auxquels leur conscience reprochant de s'tre appropri le bien d'autrui1 insrer dans leur testament des dispositions pour que restitution en soit faite aprs leur mort4 ,ce n'est pas se conduire honorablement1 que d'ajourner ainsi une restitution qui devrait tre immdiate et de rparer ses torts dans des conditions o il vous en cote si peu4 ,ils auraient d y ajouter de ce qui leur appartenait en propre2 la rparation de leur faute et t d'autant plus conforme la justice et d'autant plus mritoire1 que les sacrifices qu'ils se seraient ainsi imposs1 auraient t plus lourds et plus pnibles2 faire pnitence1 demande d'aller au del de la stricte rparation du dommage caus4--,ceux qui attendent d'tre passs de vie trpas pour1 dans leurs dernires volonts1 manifester vis--vis du prochain les mauvais sentiments qu'ils lui portent et qu'ils n'ont os lui dclarer de leur vivant1 font encore pis4 ,ils montrent qu'ils ont peu de souci de leur honneur1 ne regardant pas soulever contre leur mmoire l'irritation de ceux qu'ils offensent2 ils font encore moins preuve de conscience1 ne respectant pas la mort elle-mme1 en laissant leur malignit leur survivre et se prolonger au del d'eux-mmes2 tels des juges prvaricateurs qui remettent juger1 alors qu'ils n'auront plus la cause en main4 ,autant qu'il sera en mon pouvoir1 j'espre me garder de rien dire aprs ma mort1 que je n'aie dj dit ouvertement pendant ma vie4 ,,chapitre ,,viii4 ,de l'oisivet4 ,l'esprit est une terre qu'il faut sans cesse cultiver et ensemencer2 l'oisivet la rend ou strile ou fantasque4--,de mme que nous voyons des terres non cultives1 si elles sont grasses et fertiles1 produire foison des milliers d'herbes sauvages et inutiles1 et que1 pour les remettre en tat1 il faut les travailler et les ensemencer suivant ce que nous en voulons tirer2 de mme que chez la femme se produisent d'eux-mmes des flux priodiques de substances sans consistance1 qui ne concourent la gnration dans des conditions favorables et naturelles qu'autant que1 par l'intervention d'un germe tranger1 la fcondation se produit2 de mme l'esprit1 qui n'a pas d'occupations qui le contiennent et l'absorbent1 va1 de-ci1 de-l1 l'aventure1 se perdant dans le vague de l'imagination3 ,ainsi1 lorsque dans un vase d'airain une onde agite rflchit les rayons du soleil ou l'image adoucie de la lune1 la lumire voltigeant incertaine de tous cts1 droite1 gauche1 monte1 descend1 frappant les lambris de ses reflets mobiles 7,virgile72 et1 en cet tat1 il n'est ni rve1 ni folie qu'il ne soit capable de concevoir1 se forgeant de vaines illusions1 semblables aux songes d'un malade 7,horace74 ,l'me sans but prcis1 s'gare2 ne dit-on pas1 en effet3 ,c'est n'tre nulle part1 ,maxime1 que d'tre partout 7,martial74 ,en ces temps derniers1 je me retirais dans mon domaine1 rsolu1 autant que cela me serait possible1 ne me mler de rien1 passer l'cart et au repos les quelques jours qui me restent encore vivre4 ,il me semblait que je ne pouvais me donner plus grande satisfaction1 que de laisser mon esprit absolument inactif1 vivant avec lui-mme1 en dehors de toute impression trangre et se recueillant4 ,j'esprais qu'il pourrait en tre ainsi dsormais1 cette partie de moi-mme ayant acquis1 avec l'ge1 plus de poids et de maturit2 mais je m'aperois que dans l'oisivet1 l'esprit s'gare en mille penses diverses 7,lucain72 et qu'au contraire de ce que je m'imaginais1 vagabondant comme un cheval chapp1 il se cre de lui-mme cent fois plus de proccupations1 que lorsqu'il avait un but dfini qui ne lui tait pas personnel2 et il m'enfante les unes sur les autres1 sans ordre ni propos1 tant de chimres1 tant d'ides bizarres1 que pour me rendre compte plus aisment de leur ineptie et de leur tranget1 je les ai consignes par crit1 esprant1 avec le temps1 lui en faire honte lui-mme4 ,,chapitre ,,ix4 ,des menteurs4 ,montaigne dclare qu'il manque de mmoire2 inconvnients qu'il en prouve4--,il n'est homme qui il convienne1 moins qu' moi1 de parler de mmoire4 ,cette facult me fait pour ainsi dire compltement dfaut2 et je ne crois pas qu'il y ait au monde quelqu'un d'aussi mal partag que moi cet gard4 ,sous tous autres rapports1 je n'offre rien de particulier et suis comme tout le monde2 mais sur ce point1 mon cas1 singulier et trs rare1 mrite d'tre signal et remarqu4--,outre l'inconvnient qui en rsulte naturellement dans la vie ordinaire 7et certes1 vu son importance1 ,platon a bien raison de la qualifier de grande et puissante desse71 comme dans mon pays on dit de quelqu'un qui manque de bon sens1 qu'il n'a pas de mmoire1 quand je me plains de la mienne1 c'est comme si je me disais atteint de folie2 on ne me croit pas1 on conteste mon dire1 ne faisant pas de distinction entre la mmoire et le jugement1 ce qui aggrave singulirement mon affaire4 ,en cela on me fait tort2 d'autant plus1 et c'est l un fait d'observation1 qu'on trouve trs frquemment1 au contraire1 une excellente mmoire jointe peu de jugement4 ,cette confusion des gens sur ce point1 m'est galement prjudiciable1 en ce qu' l'gard de mes amis1 que j'affectionne cependant par-dessus tout1 ce qui est ma qualit matresse1 mon dfaut de mmoire devient leurs yeux de l'ingratitude2 on m'impute ses dfaillances comme des manques d'affection1 et1 au lieu d'y voir un dfaut purement physique1 on incrimine ma conscience3 ,il a oubli1 dit-on1 telle prire1 telle promesse2 il ne se souvient pas de ses amis2 son affection pour moi n'a pu le dterminer dire1 faire ou taire telle ou telle chose4 ,certes1 oui1 je commets facilement des oublis1 mais je n'ai garde de ngliger1 de propos dlibr1 une dmarche dont mon ami m'a charg4 ,c'est bien assez d'avoir une semblable infirmit1 sans qu'encore on la transforme en une sorte de mauvaise volont1 constituant un manque de franchise1 absolument oppos mon caractre4 ,avantages qu'il en retire4--,je m'en console du reste quelque peu4 ,d'abord1 parce que je dois ce mal d'avoir t prserv d'avoir de l'ambition1 mal plus grand encore1 qui aurait eu facilement prise sur moi2 une bonne mmoire est en effet indispensable qui veut se mler des affaires publiques4 ,j'y gagne que mes autres facults1 ainsi qu'on en trouve des exemples dans la nature1 se sont accrues dans la mesure o celle-ci s'est trouve amoindrie2 si j'eusse eu constamment prsent la mmoire tout ce que les autres ont dit ou fait1 au lieu de juger par moi-mme1 je me serais facilement laiss aller1 99 comme cela a lieu d'ordinaire1 ce que mon esprit et mon jugement s'en rapportent paresseusement aux apprciations portes par autrui4--,une autre consquence1 c'est que je cause plus brivement2 parce que d'ordinaire la mmoire est plus abondamment fournie que l'imagination4 ,si j'avais t mieux dou sous ce rapport1 j'eusse tourdi mes amis par mon verbiage1 tout sujet de causerie1 par la grande facilit avec laquelle je m'en saisis et le traite1 provoquant1 et excitant dj trop ma verve4 ,c'est1 en effet1 piti de voir1 ainsi que je l'ai constat chez certains de mes amis particuliers1 nombre de personnes1 lorsqu'elles ont la parole1 faire remonter leurs rcits de plus en plus haut1 au fur et mesure que leur mmoire leur en fournit matire1 les accompagnant d'une foule de dtails qui n'ont pas raison de se produire1 si bien que si la question tait par elle-mme intressante1 elle cesse de l'tre1 et que1 si elle est sans intrt1 vous vous prenez maudire la trop grande mmoire du narrateur ou son peu de jugement4 ,et c'est chose difficile que de clore convenablement un discours ou de l'interrompre propos1 une fois qu'il est en train2 il en est de cela comme de la vigueur d'un cheval1 qui apparat surtout quand1 dans un tournant1 il peut s'arrter net4 ,mme parmi les gens le plus en possession de leur sujet1 j'en connais qui voudraient et ne peuvent s'arrter dans leur dbit2 ils cherchent comment s'y prendre et vont poursuivant leurs discours en des phrases oiseuses et insignifiantes1 comme s'ils tombaient en pmoison4 ,cela s'accentue particulirement chez les vieillards1 qui conservent le souvenir du pass et ne se souviennent pas de leurs redites2 j'ai vu des rcits fort agrables1 devenir trs ennuyeux dans la bouche d'un haut personnage de qui chacun1 dans l'assistance1 les avait dj entendus cent fois4 ,en second lieu1 la faiblesse de ma mmoire fait1 ainsi que le disait un sage de l'antiquit1 que je conserve moins souvenance des offenses qui me sont faites4 ,il me faudrait quelqu'un charg de me les rappeler1 comme en agissait ,darius2 qui1 pour ne pas oublier l'offense qu'il avait reue des ,athniens1 avait commis un de ses pages pour lui rpter par trois fois1 l'oreille1 chaque fois qu'il se mettait table3 ,seigneur1 souvenez-vous des ,athniens6--,j'y trouve enfin cet avantage que tous les sites que je revois1 tous les livres que je relis1 me charment constamment par leur incessante nouveaut4 ,un menteur doit avoir bonne mmoire4--,ce n'est pas sans raison que l'on dit que celui qui n'a pas de mmoire ne doit pas se permettre d'tre menteur4 ,on sait que les grammairiens tablissent une diffrence entre dire un mensonge et mentir2 dire un mensonge1 d'aprs eux1 c'est avancer une chose fausse1 que l'on croit vraie2 tandis que dans la langue latine1 d'o la ntre est drive1 mentir est synonyme de parler contre sa conscience2 ce que je dis ici1 ne s'applique donc qu' ceux qui parlent contrairement ce qu'ils savent4 ,ces gens-l1 ou inventent tout ce qu'ils disent1 le fond et les dtails1 ou se bornent dguiser et altrer un fond de vrit4 ,lorsqu'ils racontent souvent une mme affaire en l'altrant1 il leur est difficile de ne pas se contredire1 parce que la chose s'tant tout d'abord loge dans leur mmoire1 telle qu'on la leur a rapporte ou qu'ils l'ont vue eux-mmes1 il ne leur est gure possible1 aprs l'avoir raconte diverses reprises1 et chaque fois avec plus ou moins d'inexactitude1 de se remmorer1 quand elle leur revient l'ide1 toutes les altrations qu'ils lui ont fait subir1 tandis que l'impression premire demeure et1 sans cesse prsente leur esprit1 efface de leur mmoire le souvenir de toutes les faussets qu'ils ont greffes sur la vrit4 ,lorsqu'ils inventent leurs rcits de toutes pices1 aucune impression premire n'existant qui puisse troubler leurs dires1 il semble qu'ils sont moins exposs des mcomptes2 et cependant1 une chose qui n'existe pas1 que rien ne fixe1 moins qu'on ne soit bien matre de soi1 chappe facilement la mmoire4 ,j'en ai vu bien des exemples1 parfois trs plaisants et pas toujours leur avantage1 chez ces gens dont la profession est de toujours parler soit dans un sens1 soit dans un autre1 suivant l'intrt qu'ils ont dans l'affaire1 ou suivant ce qui plat aux grands de ce monde auxquels ils parlent4 ,les circonstances o ils ont aller ainsi contre la vrit et leur conscience sont si variables1 il leur faut si souvent modifier chaque fois leur langage1 qu'ils en arrivent dire d'une mme chose tantt gris1 tantt jaune2 l'un1 d'une faon2 l'autre1 d'une autre2 et1 si par hasard leurs auditeurs viennent se rapporter les uns aux autres ces dires1 leurs contradictions apparaissent2 que rsulte-t-il alors de leur talent d'imagination6 ,outre ce que1 par imprudence1 ils peuvent laisser chapper et qui si souvent les trahit1 quelle mmoire suffirait ce qu'ils se rappellent les formes si diverses de leurs inventions1 sous lesquelles ils ont prsent un mme sujet4 ,j'ai vu des personnes envier cette rputation d'homme adroit1 toujours prt conformer son langage aux circonstances2 elles ne voyaient pas qu'une fois cette rputation faite1 le profit que cette adresse a pu procurer1 cesse4 ,mentir est un vice excrable2 l'altration de la vrit est1 avec l'enttement1 a combattre ds le dbut1 chez l'enfant4--,en vrit1 mentir est un vice odieux4 ,n'est-ce pas la parole qui fait que nous sommes des hommes1 au lieu d'tre des animaux2 et n'est-ce pas elle qui nous met en relations les uns avec les autres8 ,si nous nous faisions une juste ide de l'horreur que doit nous inspirer le mensonge et de l'importance qu'il peut avoir1 nous rclamerions contre lui le supplice du feu1 qu'on applique pour d'autres crimes qui le justifient moins4--,m'est avis que d'ordinaire on s'occupe de chtier trs mal propos les enfants1 pour des fautes dont ils ne se rendent pas compte1 ou on leur adresse des reproches pour des actes inconsidrs1 dont ils ne gardent aucune impression et sont sans consquences2 tandis que la menterie1 cette altration de la vrit dans les choses les plus insignifiantes1 et1 ce qui est un peu moins grave1 l'enttement1 sont1 ce me semble1 combattre chez eux avec le plus grand soin1 pour en arrter les dbuts et les progrs4 ,ces dfauts croissent avec eux2 et il est vraiment tonnant combien1 quand ils sont passs l'tat d'habitude1 il devient impossible de les leur faire perdre2 c'est ce qui fait que nous voyons des hommes1 honntes tous autres gards1 s'y abandonner et en tre esclave4 ,j'ai un tailleur qui est un bon garon2 jamais je ne lui ai entendu dire la vrit1 pas mme quand elle pouvait lui tre utile4 ,si1 comme la vrit1 le mensonge n'avait qu'une face1 je m'en accommoderais encore2 nous en serions quittes pour tenir comme certain le contraire de ce que nous dirait un menteur2 mais il y a cent mille manires d'exprimer le contraire de la vrit et le champ d'action du mensonge est sans limites4 ,les ,pythagoriciens tenaient le bien comme chose certaine et nettement dfinie2 le mal1 comme infini et incertain4 ,mille chemins dtournent du but1 un seul y conduit4 ,toutefois1 je ne garantis pas avoir sur moi assez d'empire1 pour ne pas me laisser aller faire un mensonge effront et solennel1 si c'tait le seul moyen ma disposition pour chapper un pril extrme et dont j'aurais la certitude4--,un ancien ,pre de l'glise dit que la compagnie d'un chien qui nous est connu1 est prfrable celle d'un homme dont nous ne connaissons pas le langage1 de sorte que deux hommes de nations diffrentes1 ne sont point hommes1 l'un l'gard de l'autre 7,pline74 ,combien1 pour vivre en socit1 la compagnie de qui garde le silence n'est-elle pas prfrable celle de qui la langue est menteuse6 ,msaventures de deux ambassadeurs4--,le roi ,franois ,ier se vantait d'avoir1 force de le presser1 contraint dans ses derniers retranchements ,francisque ,taverna1 ambassadeur de ,franois ,sforza1 duc de ,milan1 homme qui passait pour parfaitement manier la parole et qui lui avait t envoy pour justifier son matre1 au sujet d'un fait d'une haute gravit4 ,le roi1 pour se mnager constamment des intelligences en ,italie d'o il venait d'tre chass1 et prcisment dans ce duch de ,milan1 avait imagin de placer auprs du duc un de ses gentilshommes1 en ralit son ambassadeur1 mais en apparence simple particulier1 ayant l'air de s'y trouver pour ses propres affaires4 ,le duc avait1 du reste1 lui-mme grand intrt ne pas paratre tre en relations avec nous1 tant beaucoup plus sous la dpendance de l'empereur que sous la ntre1 surtout ce moment1 o il ngociait son mariage avec la nice de ce souverain1 fille du roi de ,danemark1 laquelle est actuellement duchesse douairire de ,lorraine4 ,pour cela1 le roi fit choix d'un nomm ,merveille1 gentilhomme milanais1 cuyer de ses curies4 ,merveille partit avec des instructions et des lettres secrtes l'accrditant comme ambassadeur1 auxquelles en furent jointes d'autres le recommandant au duc propos de ses affaires personnelles1 ces dernires lettres destines tre produites en public et dissimuler sa mission4 ,mais ,merveille demeura si longtemps prs du duc1 que l'empereur eut des soupons1 ce qui1 croyons-nous1 fut cause de ce qui suivit4 ,sous prtexte de meurtre1 le duc lui fit1 une belle nuit1 trancher la tte1 aprs un procs expdi en deux jours4 ,le roi1 pour avoir raison de cet acte1 s'adressa tous les princes de la chrtient et au duc lui-mme1 et ,messire ,francisque1 envoy pour exposer l'affaire dment dnature pour les besoins de la cause1 fut admis une des audiences du matin4 ,comme base de son plaidoyer1 aprs avoir prsent le fait en mettant toutes les apparences de son ct1 il dit que son matre avait toujours considr ,merveille comme un simple gentilhomme1 son propre sujet1 venu ,milan pour ses affaires et jamais autrement2 niant mme avoir su qu'il ft partie de la maison du roi1 que le roi le connt1 et par suite n'avoir jamais eu l'ide de le considrer comme son ambassadeur4 ,le roi1 son tour1 le pressa de questions et d'objections1 les multipliant sur tous les points2 et1 en arrivant enfin l'excution1 il lui demanda pourquoi elle avait t faite de nuit et en quelque sorte la drobe8 ,sur quoi1 le pauvre homme embarrass1 pensant faire acte de courtoisie1 rpondit que1 par respect pour ,sa ,majest1 le duc et t bien au regret qu'elle et t faite de jour4 ,on peut penser comme le roi le releva1 aprs qu'il se fut son nez si maladroitement coup1 au nez de ,franois ,ier6 ,le pape ,jules ,,ii avait envoy un ambassadeur au roi d',angleterre1 pour le presser d'agir contre ce mme roi de ,france4 ,cet ambassadeur ayant expos sa mission1 le roi d',angleterre lui objecta les difficults qu'il prouvait runir les forces et faire les prparatifs ncessaires pour combattre un adversaire si puissant1 lui en dtaillant les raisons4 ,a quoi l'ambassadeur rpliqua1 assez mal propos1 que ces raisons lui taient galement venues l'esprit et qu'il les avait soumises au ,pape4 ,cette parole1 si peu en rapport avec la mission qu'il avait de pousser le roi d',angleterre entrer immdiatement en campagne1 donna penser celui-ci1 ce qui par la suite fut reconnu exact1 que cet ambassadeur1 en son for intrieur1 penchait pour la ,france2 il en avertit son matre2 ses biens furent confisqus et peu s'en fallut qu'il ne perdt la vie4 ,,chapitre ,x4 ,de ceux prompts parler et de ceux auxquels un certain temps est ncessaire pour s'y prparer4 ,certaines gens ayant parler en public1 ont besoin de prparer ce qu'ils ont dire2 d'autres n'ont pas besoin de prparation4--,jamais il n'a t donn personne de runir tous les dons de la nature2 aussi1 parmi ceux qui ont reu celui de l'loquence1 en voyons-nous avoir la parole facile et prompte1 et1 quoi qu'on leur dise1 avoir la repartie si vive1 qu' tous moments ils sont prts2 et d'autres1 moins prompts1 ne parlant qu'aprs avoir longuement labor leur sujet arrt l'avance4 ,la premire de ces qualits est le propre du prdicateur1 la seconde convient l'avocat4--,on conseille aux dames de se livrer de prfrence aux jeux et aux exercices du corps qui font le plus valoir leurs grces2 je ferais de mme1 si j'avais mettre un avis sur les avantages de ces deux genres d'loquence qui semblent1 en notre sicle1 la spcialit des prdicateurs et des avocats2 ne pas se hter convient mieux aux premiers1 l'oppos aux seconds4 ,le prdicateur peut prendre1 pour se prparer1 autant de temps qu'il lui plat2 et quand il prche1 c'est tout d'un trait et sans qu'on l'interrompe4 ,l'avocat1 lui1 doit1 tout moment1 tre prt entrer en lice2 les rponses imprvues de la partie adverse le tiennent toujours en suspens1 et l'obligent modifier1 tout bout de champ1 ses dispositions premires4 ,c'est cependant le contraire qui se produisit1 lors de l'entrevue1 ,marseille1 du pape ,clment et du roi ,franois ,ier4 ,m4 ,poyet1 qui avait pass sa vie dans le barreau et y tait en grande rputation1 fut charg de haranguer sa ,saintet2 il s'y tait prpar de longue main1 avait mme1 dit-on1 apport de ,paris son discours compltement achev4 ,le jour o il devait le prononcer1 le ,pape1 craignant de voir aborder des sujets dont pourraient se froisser les ambassadeurs des autres princes qui l'accompagnaient1 manda au roi le thme qui lui paraissait le mieux appropri au moment et au lieu1 et qui se trouva malencontreusement tre tout autre que celui sur lequel avait travaill ,m4 ,poyet2 si bien que la harangue qu'il avait compose ne pouvant tre utilise1 il lui fallait en refaire promptement une autre2 il s'en sentit incapable1 et ce fut ,m4 le cardinal du ,bellay qui dut s'en charger4--,la tche de l'avocat est plus difficile que celle du prdicateur2 et m'est avis que nous trouvons pourtant1 du moins en ,france1 plus de bons avocats que de bons prdicateurs4 ,on dirait que la promptitude et la soudainet sont le propre de l'esprit1 tandis que le jugement va lentement et posment4 ,quant celui qui demeure compltement muet1 s'il n'a t mme de prparer ce qu'il a dire1 c'est un cas tout aussi particulier que celui de qui1 pouvant y penser loisir1 n'arrive pas mieux dire4 ,parmi les avocats1 il en est chez lesquels la contradiction stimule le talent oratoire2 beaucoup de personnes parlent mieux qu'elles n'crivent4--,on rapporte que ,svrus ,cassius parlait d'autant mieux qu'il n'y tait pas prpar2 qu'il tait redevable de son talent plus la nature qu'au travail4 ,les interruptions1 quand il prorait1 le servaient si bien1 que ses adversaires regardaient l'exciter1 de peur que la colre n'accrt son loquence4 ,je connais1 par exprience1 ce genre particulier de talent oratoire1 qui n'a que faire d'une tude pralable et approfondie1 et qui1 s'il ne peut aller bon train et en toute libert1 ne donne rien qui vaille4 ,il est des discours dont on dit qu'ils sentent l'huile et la lampe1 quand ils affectent un certain caractre d'pret et de rudesse que leur imprime le travail1 quand il y a eu une trop grande part4 ,mais en outre1 la proccupation de bien faire1 une trop grande contention de l'esprit en gestation1 99 la harassent1 l'entravent1 souvent mme arrtent son essor2 effet analogue ce qui se produit pour l'eau qui1 sous une trop forte pression1 par la violence et l'abondance avec lesquelles elle arrive1 ne peut s'couler par un goulet troit1 alors mme que l'orifice en est ouvert4 ,il arrive aussi que les talents oratoires de cette nature1 ce ne sont pas les passions violentes qui les branlent et les excitent1 comme le faisait la colre chez ,cassius 7la colre produit de trop vives excitations72 la violence est sans action sur eux2 ce qu'il leur faut pour qu'ils s'chauffent et s'veillent1 c'est d'y tre sollicits par les incidents inattendus qui se produisent sur le moment mme4 ,que rien ne les arrte1 leur parole se trane et languit2 mais que le milieu o elle se fait entendre soit un peu agit1 elle se ranime et acquiert toute sa grce4 ,a cet gard1 je ne suis pas absolument matre de moi2 le hasard influe beaucoup sur les dispositions en lesquelles je puis tre2 l'occasion1 la socit1 le feu mme de ma parole ont beaucoup d'action sur mon esprit1 qui donne alors beaucoup plus que lorsque1 seul seul avec lui1 je le consulte et le fais travailler4 ,aussi mes paroles valent-elles mieux que mes crits1 si toutefois on peut faire un choix entre des choses qui n'ont pas de valeur4 ,il en rsulte galement que je ne me retrouve pas1 quand je fais un retour sur moi-mme2 ou1 si je me retrouve1 c'est fortuitement1 plutt qu'en faisant appel mon jugement4 ,si1 en crivant1 je me suis laiss aller quelque trait d'esprit 7bien entendu insignifiant pour autrui et plein de subtilit pour moi2 mais quoi bon tant de faons1 chacun1 de fait1 en agit suivant ses moyens71 il m'arrive de le perdre si bien de vue1 que je ne sais plus trop1 en le relisant1 ce que j'ai voulu dire et que d'autres en dcouvrent parfois le sens avant moi2 et si je grattais tous les passages de mes crits o il en est ainsi1 tout y passerait4 ,une autre fois au contraire1 il m'arrivera d'en saisir le sens1 qui m'apparat plus clair que le soleil en plein midi1 et je m'tonne alors de mon hsitation4 ,,chapitre ,,xi4 ,des pronostics4 ,les anciens oracles avaient dj perdu tout crdit1 avant l'tablissement de la religion chrtienne4--,pour ce qui est des oracles1 il est certain que1 depuis longtemps dj avant la venue de ,jsus-,christ1 ils avaient commenc perdre de leur crdit2 car nous voyons ,cicron se mettre en peine de rechercher la cause de leur dfaveur1 et ces mots sont de lui3 ,d'o vient que de nos jours1 et mme depuis longtemps1 ,delphes ne rend plus de tels oracles8 d'o vient que rien n'est si mpris8 ,quant aux autres pronostics qui se tiraient de l'anatomie des animaux offerts en sacrifice1 dont l'organisation physique1 d'aprs ,platon1 a t en partie dtermine par le ,crateur en vue de ce genre d'observations2 ceux tirs du trpignement des poulets1 du vol des oiseaux1 nous croyons qu'il est des oiseaux qui naissent exprs pour servir l'art des augures 7,cicron72 de la foudre1 des remous de rivire1 les aruspices voient quantit de choses2 les augures en prvoient beaucoup2 nombre d'vnements sont annoncs par les oracles1 quantit par les devins1 d'autres par les songes1 d'autres encore par les prodiges 7,cicron72 et autres qui1 dans l'antiquit1 intervenaient dans la plupart des entreprises publiques et prives1 notre religion y a mis fin4 ,on croit encore1 cependant1 certains pronostics2 origine de l'art de la divination chez les ,toscans1 art vain et dangereux qui ne rencontre la vrit que par l'effet du hasard4--,cependant nous pratiquons encore quelques moyens de divination1 notamment par les astres1 les esprits1 les lignes de notre corps1 les songes1 etc41 tmoignages irrcusables de la curiosit forcene qui est en nous et fait que nous allons perdant notre temps nous proccuper des choses futures1 comme si nous n'avions pas assez faire avec les incidents de la vie de chaque jour3 ,pourquoi1 matre de l',olympe1 lorsque les pauvres mortels sont en butte tant de maux prsents1 leur faire connatre encore1 par de cruels prsages1 leurs malheurs futurs8444 ,si tes destins doivent s'accomplir1 fais qu'ils restent cachs et nous frappent l'improviste6 qu'il nous soit permis au moins d'esprer en tremblant 7,lucain76 ,on ne gagne rien connatre l'avenir et c'est malheureux de se tourmenter en vain 7,cicron72 toujours est-il que la divination est de bien moins grande autorit de nos jours2 voil pourquoi l'exemple de ,franois1 marquis de ,saluces1 me parat digne de remarque4 ,ce marquis commandait1 au del des ,alpes1 l'arme de ,franois ,ier2 il tait trs bien en cour et mme redevable au roi de son marquisat qui avait t confisqu son frre4 ,n'ayant aucune raison d'agir comme il le fit1 agissant mme contre ses propres affections1 il se laissa nanmoins si fort impressionner1 ainsi que cela a t reconnu1 par les belles prophties qu'on faisait courir de tous cts1 l'avantage de l'empereur ,charles-,quint et notre dtriment 7en ,italie1 ces prophties furent tellement prises au srieux1 qu' ,rome1 l'agiotage s'en mla et que1 spculant sur notre ruine1 de trs fortes sommes d'argent furent engages71 que le dit marquis1 qui avait souvent tmoign ses familiers son chagrin des malheurs qu'il voyait invitablement devoir fondre sur la ,france et les amis qu'il y avait1 nous abandonna et passa l'ennemi2 et ce1 son grand dommage1 quelle qu'ait t la constellation sous l'influence de laquelle il agit4 ,en prenant cette dtermination1 il se conduisit comme un homme en proie aux sentiments les plus opposs2 car1 disposant des villes et des forces que nous avions1 l'arme ennemie sous les ordres d',antoine de ,lves tant tout proche et personne ne le souponnant1 il pouvait nous faire beaucoup plus de mal qu'il ne nous en fit1 puisque1 du fait de sa trahison1 nous ne perdmes pas un homme1 pas une ville1 sauf ,fossano1 et encore fut-elle longtemps dispute4 ,un dieu prudent nous a cach d'une nuit paisse les vnements de l'avenir1 et se rit du mortel qui s'inquite du destin plus qu'il ne doit4444 ,celui-l est matre de lui-mme et passe heureusement la vie1 qui peut dire chaque jour3 ,j'ai vcu4 ,qu'importe que demain1 ,jupiter obscurcisse l'air de sombres nuages ou nous donne un ciel serein2 satisfaits du prsent1 gardons-nous de nous inquiter de l'avenir 7,horace74 ,il en est qui raisonnent ainsi3 s'il y a divination1 il y a des dieux2 et s'il y a des dieux1 il y a divination 7,cicron72 ceux-l ont tort qui se rangent cet aphorisme1 contraire notre thse4 ,pacuvius dit beaucoup plus sagement3 ,quant ceux qui entendent le langage des oiseaux et consultent le foie d'un animal plutt que leur raison1 je tiens qu'il vaut mieux les couter que les croire4 ,on prte l'origine suivante cet art de la divination chez les ,toscans qui y acquirent tant de clbrit3 ,un paysan labourait son champ2 le fer de la charrue pntrant profondment dans la terre1 fit apparatre ,tags1 ce demi-dieu des devins qui joint au visage d'un enfant1 la prudence d'un vieillard4 ,chacun accourut2 ses paroles et sa science1 renfermant les principes et les pratiques de cet art1 aussi merveilleux par ses progrs que par sa naissance1 furent avidement recueillies et se transmirent de sicle en sicle4 ,quant moi1 pour le rglement de mes propres affaires1 je prfrerais m'en rapporter au sort des ds1 plus qu' l'interprtation des songes4 ,de fait1 dans tous les gouvernements1 on a toujours laiss une bonne part d'autorit au hasard4 ,dans celui qu'il organise de toutes pices et son ide1 ,platon s'en remet lui pour dcider dans plusieurs actes importants2 entre autres1 il propose que les mariages entre gens de bien aient lieu par voie du sort2 et il attache tant d'importance aux unions ainsi faites1 qu'il veut que les enfants qui en naissent soient levs dans le pays2 ceux1 au contraire1 ns d'unions contractes par les mauvaises gens1 seraient bannis4 ,toutefois si1 par extraordinaire1 quelqu'un de ces derniers semblait1 en grandissant1 devoir bien faire1 on pourrait le rappeler2 inversement1 on aurait la possibilit d'exiler quiconque1 tout d'abord conserv sur le sol natal1 semblerait1 en prenant de l'ge1 ne pas devoir raliser les esprances qu'on avait conues de lui4 ,j'en vois qui tudient et commentent leurs almanachs1 faisant ressortir l'exactitude de leurs prvisions appliques ce qui se passe actuellement4 ,a force de dire1 il faut bien que vrits et mensonges s'y rencontrent3 ,quel est celui qui tirant la cible toute la journe1 n'atteindra pas quelquefois le but 7,cicron78 ,de ce que parfois ils tombent juste1 je n'en fais pas pour cela plus de cas2 ils seraient de plus d'utilit1 s'il tait de rgle que toujours ce qui arrive soit le contraire de ce qu'ils prdisent4 ,comme personne ne prend note de leurs erreurs1 d'autant qu'elles sont en nombre infini et constituent le cas le plus ordinaire1 on a beau jeu faire valoir ceux de leurs pronostics1 rares1 incroyables1 prodigieux1 qui par hasard viennent se raliser4 ,c'est le sens de la rponse que fit ,diagoras1 surnomm l'athe1 quelqu'un qui1 dans l'le de ,samothrace1 lui montrant un temple o se trouvaient en quantit des ex-voto et des tableaux commmoratifs provenant de personnes chappes des naufrages1 lui disait3 ,eh bien6 vous qui croyez que les dieux se dsintressent des choses humaines1 que dites-vous de ce grand nombre de gens sauvs par leur protection8--,oui1 rpondit-il2 mais ceux qui ont pri1 n'ont consacr aucun tableau1 et ils sont en bien plus grand nombre4 ,cicron dit que ,xnophanes de ,colophon1 seul de tous les philosophes qui ont admis l'existence des dieux1 s'est appliqu combattre toutes espces de divination2 il est d'autant moins surprenant que ce soit une exception1 que nous avons vu certains esprits d'lite donner parfois1 leur grand dommage1 dans ces ides folles4 ,il est deux merveilles en ce genre1 que j'aurais bien voulu voir3 le livre de ,joachim1 abb de la ,calabre1 qui prdisait tous les papes futurs1 donnant leurs noms et leurs signalements2 et celui de l'empereur ,lon1 qui prdisait tous les empereurs et tous les patriarches grecs4 ,mais ce que j'ai vu1 vu de mes yeux1 c'est dans les troubles publics1 certaines personnes1 tonnes de ce qui leur arrivait1 se livrer des pratiques tenant absolument de la superstition1 et rechercher dans l'observation des astres1 des signes prcurseurs des malheurs qui leur taient arrivs et leur en rvlant les causes2 et ils s'en trouvent si trangement heureux1 que je suis persuad que c'est l un passe-temps amusant pour des esprits subtils et inoccups1 et que ceux qui ont acquis la dextrit d'esprit convenable pour dcouvrir et interprter ces pronostics1 seraient capables de trouver dans n'importe quel crit tout ce qu'ils voudraient lui faire dire4 ,ce qui leur donne surtout beau jeu cet gard1 c'est le langage obscur1 ambigu1 fantastique du jargon prophtique2 d'autant que ceux qui l'emploient1 ont garde de s'y exprimer clairement1 afin que la postrit puisse l'appliquer dans tel sens qu'il lui plaira4 ,ce que pouvait bien tre le dmon familier de ,socrates4--,le dmon familier de ,socrates tait probablement certaines inspirations qui1 en dehors de sa raison1 se prsentaient lui4 ,dans une me aussi pure que la sienne1 tout entire la sagesse et la vertu1 il est vraisemblable que ces inspirations1 quoique hardies et peu prcises1 taient toujours de grande consquence et mritaient d'tre coutes4 ,chacun ressent parfois en lui-mme semblable obsession d'ides1 qui se produit subitement1 avec force et sans cause apprciable2 c'est affaire nous de leur donner ou non de la consistance1 en dpit de ce que commanderait la prudence que nous coutons si peu2 j'en ai eu de pareilles1 ne pouvant raisonnablement se soutenir et cependant agissant si fort en moi1 soit pour1 soit contre 7ce qui tait un cas frquent chez ,socrates71 que je me laissais entraner quand mme les suivre2 et je m'en suis si bien trouv1 que je pourrais presque les attribuer quelque chose comme des inspirations divines4 ,,chapitre ,,xii4 ,de la constance4 ,en quoi consistent la rsolution et la constance4--,avoir de la rsolution et de la constance1 ne comporte pas que nous ne nous gardions pas1 autant que cela nous est possible1 des maux et des inconvnients qui peuvent nous menacer1 ni par consquent d'apprhender qu'ils nous arrivent4 ,bien au contraire1 tout moyen honnte de nous garantir d'un mal1 non seulement est licite1 mais louable4 ,la constance consiste surtout supporter avec rsignation les incommodits auxquelles on ne peut apporter remde2 c'est ce qui fait qu'il n'y a pas de mouvement d'agilit corporelle1 ou que nous permette notre science en escrime1 que nous trouvions mauvais1 du moment qu'il sert nous prserver des coups qu'on nous porte4 ,il est parfois utile de cder devant l'ennemi1 quand c'est pour le mieux combattre4--,chez plusieurs nations trs belliqueuses la fuite tait un des principaux procds de combat1 et l'ennemi1 auquel elles tournaient le dos1 avait alors plus les redouter que lorsqu'elles lui faisaient face2 c'est un peu ce que pratiquent encore les ,turcs4--,socrates1 d'aprs ,platon1 critiquait ,lachs1 qui dfinissait le courage3 ,tenir ferme sa place1 quand on est aux prises avec l'ennemi4 ,quoi1 disait ,socrates1 y a-t-il donc lchet battre un ennemi1 en lui cdant du terrain8 ,et1 l'appui de son dire1 il citait ,homre qui loue dans ,ene sa science simuler une fuite4 ,a ,lachs qui1 se contredisant1 reconnat que ce procd est pratiqu par les ,scythes1 et en gnral par tous les peuples combattant cheval1 il cite encore les guerriers pied de ,lacdmone1 dresss plus que tous autres combattre de pied ferme2 qui1 dans la journe de ,plate1 ne pouvant entamer la phalange des ,perses1 eurent l'ide de cder et de se reporter en arrire1 afin que les croyant en fuite et n'avoir plus qu' les poursuivre1 cette masse se rompt et se dsagrget d'elle-mme1 stratagme qui leur procura la victoire4 ,pour en revenir aux ,scythes1 lorsque ,darius marcha contre eux avec le dessein de les subjuguer1 il manda1 dit-on1 leur roi force reproches1 de ce qu'il se retirait toujours devant lui1 refusant le combat4 ,a quoi ,indathyrss1 c'tait son nom1 rpondit3 ,que ce n'tait pas parce qu'il avait peur de lui1 pas plus que de tout autre homme vivant2 mais que c'tait la faon de combattre de sa nation1 n'ayant ni terres cultives1 ni maisons1 ni villes dfendre et dont ils pouvaient craindre que l'ennemi ne profitt2 toutefois1 s'il avait si grande hte d'en venir aux mains1 il n'avait qu' s'approcher jusqu'au lieu de spulture de leurs anctres2 et que l1 il trouverait qui parler1 autant qu'il voudrait4 ,chercher se soustraire l'effet du canon quand on est dcouvert1 est bien inutile par suite de la soudainet du coup4--,devant le canon1 quand il est point sur nous1 ainsi que cela arrive dans diverses circonstances de guerre1 il ne convient pas de s'mouvoir par la seule crainte du coup1 d'autant que par sa soudainet et sa vitesse1 il est peu prs invitable2 aussi combien ont1 pour le moins1 prt rire leurs compagnons1 pour avoir1 en pareille occurrence1 lev la main ou baiss la tte pour parer ou viter le projectile4--,et cependant1 lors de l'invasion de la ,provence par l'empereur ,charles-,quint1 le marquis du ,guast1 en reconnaissance devant la ville d',arles1 s'tant montr en dehors de l'abri que lui constituait un moulin vent1 la faveur duquel il s'tait approch1 fut aperu par le seigneur de ,bonneval et le snchal d',agnois1 qui se promenaient sur le thtre des arnes4 ,ils le signalrent au sieur de ,villiers1 commandant de l'artillerie1 qui pointa sur lui1 avec tant de justesse1 une couleuvrine1 que si le marquis1 y voyant mettre le feu1 ne se ft jet de ct1 il tait atteint en plein corps4--,de mme1 quelques annes auparavant1 ,laurent de ,mdicis1 duc d',urbin1 pre de la reine ,catherine1 mre de notre roi1 assigeant ,mondolphe1 place d',italie situe dans la rgion dite du ,vicariat1 voyant mettre le feu une pice dirige contre lui1 se baissa2 et bien lui en prit1 autrement le coup1 qui lui effleura le sommet de la tte1 l'atteignait srement l'estomac4 ,pour dire vrai1 je ne crois pas que ces mouvements aient t raisonns1 car comment apprcier1 en chose si soudaine1 si l'arme est pointe haut ou bas8 ,il est bien plus judicieux de croire que le hasard servit leur frayeur1 et qu'en une autre circonstance ce serait au contraire aller au-devant du coup1 que de chercher l'viter4--,je ne puis me dfendre de tressaillir1 quand le bruit clatant d'une arquebusade retentit l'improviste mon oreille1 dans un endroit o il ne me semblait pas devoir se produire2 et cette mme impression1 je l'ai vue galement prouve par d'autres valant mieux que moi4 ,les stociens ne dnient pas au sage d'tre1 sur le premier moment1 troubl par un choc inattendu2 mais sa conduite ne doit pas en tre influence4--,les stociens ne prtendent pas que l'me du sage tel qu'ils le conoivent1 ne puisse1 de prime abord1 demeurer insensible aux sensations et aux apparitions qui le surprennent4 ,ils admettent1 comme tant un effet de notre nature1 qu'elle soit impressionne1 par exemple1 par un bruit considrable pouvant provenir soit du ciel1 soit d'une construction qui s'croulerait2 qu'il peut en plir1 ses traits se contracter1 comme sous l'empire de toute autre motion2 mais qu'il doit conserver saine et entire sa lucidit d'esprit1 et sa raison ne pas s'en ressentir1 ne pas en tre1 en quoi que ce soit1 altre2 de telle sorte qu'il ne cde de son plein consentement ni l'effroi1 ni la douleur4 ,celui qui n'est point un sage1 se comportera de mme sur le premier point1 mais bien diffremment sur le second4 ,l'impression de l'motion ne sera pas chez lui seulement superficielle1 elle pntrera jusqu'au sige de la raison1 l'infectera1 la corrompra2 et c'est avec cette facult ainsi vicie1 qu'il jugera ce qui lui arrive et qu'il se conduira4 ,il pleure1 mais son cur demeure inbranlable 7,virgile72 tel est bien1 dit nettement et en bons termes1 l'tat d'me que les stociens veulent au sage4--,a ce mme sage1 les ,pripatticiens ne demandent pas de demeurer insensible aux motions qu'il prouve1 mais de les modrer4 ,,chapitre ,,xiii4 ,crmonial des entrevues des rois4 ,il n'est pas de sujet si futile1 qui ne mrite de prendre place dans ces ,essais1 faits de pices et de morceaux4 ,attendre chez soi un grand personnage dont la visite est annonce1 est plus rgulier que d'aller au-devant de lui1 ce qui expose le manquer4--,dans nos usages1 ce serait un grave manque de courtoisie vis--vis d'un gal1 et plus forte raison vis--vis d'un grand1 de ne pas nous trouver chez nous1 quand il nous a prvenu qu'il doit y venir4 ,marguerite1 reine de ,navarre1 ajoutait mme ce propos que pour un gentilhomme c'est une atteinte la politesse1 de quitter sa demeure1 comme cela se fait le plus souvent1 pour aller au-devant de la personne qui vient chez lui1 quel que soit le rang de cette personne2 qu'il est plus respectueux et plus poli de l'attendre chez soi pour la recevoir1 ne ft-ce que par peur de la manquer en chemin et qu'il suffit de l'accompagner seulement quand elle vous quitte4 ,m'affranchissant chez moi1 le plus possible1 de toute crmonie1 j'oublie souvent l'une et l'autre de ces futiles obligations2 il en est qui s'en offensent1 qu'y faire8 ,il vaut mieux que je l'offense1 lui1 une unique fois1 que d'avoir en souffrir moi-mme tous les jours2 ce deviendrait une contrainte continue4 ,a quoi servirait d'avoir fui la servitude des cours1 si elle vous suit jusque dans votre retraite8--,il est galement dans les usages qu' toute runion1 les personnes de moindre importance soient les premires rendues2 comme faire attendre1 est du meilleur genre pour les personnages en vue4 ,dans les entrevues des souverains1 on fait en sorte que celui qui a la prminence se trouve le premier au lieu dsign4--,toutefois l'entrevue qui eut lieu ,marseille entre le pape ,clment ,,vii et le roi ,franois ,ier1 le roi1 aprs avoir ordonn les prparatifs ncessaires1 s'loigna de la ville et laissa au pape1 avant de le venir voir1 deux ou trois jours pour faire son entre et se reposer4--,de mme1 l'entrevue1 ,bologne1 de ce mme pape et de l'empereur ,charles-,quint1 celui-ci fit en sorte que le pape y arrivt le premier1 et lui-mme n'y vint qu'aprs lui4--,c'est1 dit-on1 le crmonial spcial aux entrevues de tels princes1 qui veut que le plus lev en dignit1 arrive le premier au lieu assign comme rendez-vous1 avant mme celui dans les tats duquel ce lieu se trouve situ2 moyen dtourn de faire que celui auquel appartient la prsance1 paraisse recevoir ceux de rang moins lev qui1 de la sorte1 ont l'air d'aller lui1 au lieu que ce soit lui qui vienne eux4 ,il est toujours utile de connatre les formes de la civilit1 mais il faut se garder de s'en rendre esclave et de les exagrer4--,non seulement chaque pays1 mais chaque ville et mme chaque profession ont1 sous le rapport de la civilit1 leurs usages particuliers4 ,j'y ai t assez soigneusement dress en mon enfance1 et ai assez vcu en bonne compagnie1 pour ne pas ignorer ceux qui se pratiquent en ,france2 je pourrais les enseigner aux autres4 ,j'aime les suivre1 mais non pas avec une servilit telle que ma vie en soit entrave4 ,quelques-uns de ces usages sont gnants2 et on ne cesse pas de faire montre de bonne ducation si1 par discrtion et non par ignorance1 on vient les omettre4 ,j'ai vu souvent des personnes manquer la politesse1 en l'exagrant au point d'en tre importunes4 ,au demeurant1 c'est une trs utile science1 que celle de savoir se conduire dans le monde4 ,comme la grce et la beaut1 elle vous ouvre les portes de la socit et de l'intimit2 elle nous donne1 par suite1 occasion de nous instruire par ce que nous voyons faire autrui2 et ce que nous faisons nous-mmes est mis profit par les autres1 quand cela est bon retenir et qu'ils peuvent se l'assimiler4 ,,chapitre ,,xiv4 ,on est punissable1 quand on s'opinitre dfendre une place au del de ce qui est raisonnable4 ,la vaillance a ses limites2 et qui s'obstine dfendre outrance une place trop faible1 est punissable4--,la vaillance a ses limites1 comme toute autre vertu2 ces limites outrepasses1 on peut tre entran jusqu'au crime4 ,cela peut devenir de la tmrit1 de l'obstination1 de la folie1 chez qui en ignore les bornes1 fort malaises1 en vrit1 dfinir quand on approche de la limite4 ,c'est de cette considration qu'est ne1 la guerre1 la coutume de punir1 mme de mort1 ceux qui s'opinitrent dfendre une place qui1 d'aprs les rgles de l'art militaire1 ne peut plus tre dfendue4 ,autrement1 comptant sur l'impunit1 il n'y a pas de bicoque qui n'arrterait une arme4 ,m4 le conntable de ,montmorency1 au sige de ,pavie1 ayant reu mission de passer le ,tessin et de s'tablir dans le faubourg ,saint-,antoine1 s'en trouva empch par une tour1 situe l'extrmit du pont1 la dfense de laquelle la garnison s'opinitra au point qu'il fallut l'enlever d'assaut2 le conntable fit pendre tous ceux qui y furent pris4--,plus tard1 accompagnant ,m4 le ,dauphin en campagne par del les monts1 et s'tant empar de vive force du chteau de ,villane1 tout ce qui tait dedans fut tu par les soldats exasprs1 hormis le capitaine et l'enseigne1 que pour punir de la rsistance qu'ils lui avaient oppose1 il fit trangler et pendre tous deux4--,le capitaine ,martin du ,bellay en agit de mme l'gard du capitaine de ,st-,bony1 gouverneur de ,turin1 dont tous les gens avaient t massacrs1 au moment mme de la prise de la place4 ,l'apprciation du degr de rsistance et de faiblesse d'une place est difficile2 et l'assigeant qui s'en rend matre1 est souvent dispos trouver que la dfense a t trop prolonge4--,l'apprciation du degr de rsistance ou de faiblesse d'une place rsulte des forces de l'assaillant et de la comparaison de ses moyens d'action2 tel en effet1 qui s'opinitre avec juste raison rsister contre deux couleuvrines1 serait insens de prtendre lutter contre trente canons2 il y a aussi considrer la grandeur que donnent un prince1 que l'on a pour adversaire1 les conqutes qu'il a dj faites1 sa rputation1 le respect qu'on lui doit4 ,mais il y a danger tenir par trop compte de ces dernires considrations qui1 en ces mmes termes1 peuvent tre de valeur bien diffrente2 car il en est qui ont une si grande opinion d'eux-mmes et des moyens dont ils disposent1 qu'ils n'admettent pas qu'on ait la folie de leur tenir tte2 et1 autant que la fortune leur est favorable1 ils gorgent tout ce qui leur fait rsistance4 ,cela apparat notamment dans les expressions en lesquelles sont conues les sommations et dfis des anciens princes de l',orient et mme de leurs successeurs2 dans leur langage fier et hautain1 se rptent encore aujourd'hui les injonctions les plus barbares4--,dans la rgion par laquelle les ,portugais entamrent la conqute des ,indes1 ils trouvrent des peuples chez lesquels c'est une loi gnrale1 d'application constante1 que tout ennemi vaincu par le roi en personne1 ou par son lieutenant1 n'est ni admis payer ranon1 ni reu merci2 autrement dit1 est toujours mis mort4 ,comme conclusion3 qui en a la possibilit1 doit surtout se garder de tomber entre les mains d'un ennemi en armes1 qui est victorieux et a pouvoir de dcider de votre sort4 ,,chapitre ,,xv4 ,punition infliger aux lches4 ,la lchet ne devrait pas tre punie de mort chez un soldat1 moins qu'elle ne soit le fait de mauvais desseins4--,j'ai entendu dire autrefois un prince1 trs grand capitaine1 qui1 table1 vint nous faire le rcit du procs du seigneur de ,vervins1 qui fut condamn mort pour avoir rendu ,boulogne1 qu'un soldat ne devrait pas tre puni de mort pour un acte de lchet1 provenant de sa pusillanimit4 ,je conviens qu'il est juste qu'on fasse une grande diffrence entre une faute due notre faiblesse de caractre et une provenant du fait de nos mauvais sentiments4 ,ici1 nous agissons en pleine connaissance de cause1 contre ce que nous dicte la raison que la nature a mise en nous pour diriger nos actions2 l1 il semble que nous pouvons invoquer en notre faveur cette mme nature1 de laquelle nous tenons cette imperfection1 cause de notre faiblesse4 ,c'est ce raisonnement qui conduit beaucoup de gens penser qu'on ne peut nous rendre responsable que de ce que nous faisons l'encontre de notre conscience2 c'est mme sur lui que se basent en partie les personnes qui prononcent la peine capitale contre les hrtiques et les infidles2 c'est aussi pour cela que juge et avocat ne peuvent tre rendus responsables lorsque1 par ignorance des faits de la cause1 ils ont failli leur devoir4 ,les peuples anciens et modernes ont souvent vari dans leur manire de svir contre la poltronnerie4--,pour ce qui est de la lchet1 il est certain que la honte et l'ignominie sont les chtiments qui lui sont le plus ordinairement infligs2 le lgislateur ,charondas passe pour avoir t le premier qui les lui ait appliqus4 ,avant lui1 les ,grecs punissaient de mort ceux qui1 au combat1 avaient lch pied4 ,charondas se borna ordonner que1 vtus de robes de femme1 ils demeurassent pendant trois jours1 exposs au milieu de la place publique2 il esprait de la sorte que1 cette honte rappelant leur courage1 ils pourraient reparatre dans les rangs de l'arme3 ,songez plutt faire rougir le coupable1 qu' rpandre son sang 7,tertullien74--,il semble que les lois romaines punissaient galement de mort ceux qui avaient pris la fuite2 car ,ammien ,marcellin cite l'empereur ,julien comme ayant condamn dix de ses soldats1 qui avaient tourn le dos dans une charge contre les ,parthes1 tre dgrads1 puis mis mort1 conformment1 dit-il1 aux lois anciennes4 ,toutefois1 en d'autres circonstances1 pour semblable faute1 il se borna en condamner d'autres marcher aux bagages avec les prisonniers4--,le rude chtiment inflig par le peuple romain aux soldats chapps au dsastre de ,cannes1 et1 dans cette mme guerre1 contre ceux qui accompagnaient ,cneius ,fulvius dans sa dfaite1 n'alla pas jusqu' la mort4 ,en pareil cas1 il est craindre que la honte n'engendre le dsespoir et que ceux ainsi frapps1 non seulement ne se rallient pas nous de bon cur1 mais nous deviennent mme hostiles4 ,du temps de nos pres1 le seigneur de ,franget1 alors lieutenant de la compagnie de ,m4 le ,marchal de ,chtillon1 mis par ,m4 le ,marchal de ,chabannes comme gouverneur de ,fontarabie1 en remplacement de ,m4 du ,lude1 rendit cette place aux ,espagnols4 ,il fut condamn tre dgrad de sa noblesse1 tant lui que sa postrit1 et dclar roturier1 taillable 7soumis l'impt personnel71 et incapable de porter les armes2 cette sentence rigoureuse reut son excution ,lyon4--,plus tard1 cette mme peine fut inflige tous les gentilshommes qui se trouvaient dans la ville de ,guise1 lorsque le comte de ,nassau s'en empara2 et depuis1 d'autres encore4 ,cependant1 quand la faute dnote une si grossire et vidente ignorance ou lchet qu'elle sort de l'ordinaire1 il serait rationnel de la considrer comme un acte de perversit1 provenant de mauvais sentiments1 et de la punir comme telle4 ,,chapitre ,,xvi4 ,faon de faire de quelques ambassadeurs4 ,les hommes aiment faire parade de toute science autre que celle objet de leur spcialit4--,pour toujours apprendre quelque chose dans mes relations avec autrui 7ce qui est un des meilleurs moyens de s'instruire71 j'ai attention1 dans mes voyages1 d'amener constamment les personnes avec lesquelles je m'entretiens1 sur les sujets qu'elles connaissent le mieux3 ,que le pilote se contente de parler des vents1 le laboureur de ses taureaux1 le guerrier de ses blessures et le berger de ses troupeaux 7d'aprs ,properce74 ,le plus souvent1 c'est le contraire qui a lieu2 chacun prfre parler d'un mtier autre que le sien1 croyant accrotre ainsi sa rputation2 tmoin le reproche adress par ,archidamus ,priandre1 d'abandonner la gloire d'tre un bon mdecin1 pour acqurir celle de mauvais pote4--,voyez combien ,csar se dpense largement1 pour nous faire admirer son talent construire des ponts et autres engins de guerre2 et combien relativement il s'tend peu1 quand il parle de ses faits et gestes comme soldat1 de sa vaillance1 de la conduite de ses armes4 ,ses exploits tmoignent hautement que c'est un grand capitaine2 il veut se rvler comme excellent ingnieur1 qualit qu'il possde un bien moindre degr4--,denys l',ancien tait1 la guerre1 un trs bon gnral1 ainsi qu'il convenait sa situation2 eh bien1 il se tourmentait pour en arriver ce que l'on prist surtout en lui son talent pour la posie1 qui tait fort mdiocre4--,un personnage appartenant l'ordre judiciaire1 auquel ces jours-ci on faisait visiter une bibliothque abondamment pourvue d'ouvrages1 tant de droit1 ce qui tait sa profession1 que sur toutes les autres branches des connaissances humaines1 n'y trouva pas matire conversation2 mais il s'arrta longuement entrer dans des explications doctorales sur une barricade1 99 sujet auquel il ne connaissait rien1 leve prs de l'entre de cette bibliothque1 et que cent capitaines et soldats voyaient tous les jours1 sans qu'elle donnt lieu remarque ou critique de leur part4 ,le buf pesant voudrait porter la selle1 et le cheval tirer la charrue 7,horace74 ,en en agissant ainsi1 vous ne faites jamais rien qui vaille2 efforons-nous donc de toujours ramener l'architecte1 le peintre1 le cordonnier et tous autres1 ce qui est le propre de leur mtier4 ,pour juger de la valeur d'un historien1 il importe de connatre sa profession4--,et ce propos1 quand je lis des chroniques1 genre que tant de gens abordent aujourd'hui1 j'ai coutume de considrer tout d'abord ce qu'en sont les auteurs4 ,si ce sont des personnes qui ne s'occupent que de lettres1 je m'attache principalement au style et au langage2 si ce sont des mdecins1 je les crois surtout quand ils traitent de la temprature de l'air1 de la sant1 de la constitution physique des princes1 des blessures et des maladies2 des jurisconsultes1 je porte particulirement mon attention sur les discussions affrentes au droit1 aux lois1 la confection des rglements et autres sujets analogues2 des thologiens1 sur les affaires de l'glise1 les censures ecclsiastiques1 les dispenses et les mariages2 si ce sont des courtisans1 sur les murs et les crmonies qu'ils dpeignent2 des gens de guerre1 sur ce qui les touche1 et principalement sur les dductions qu'ils tirent des actions auxquelles ils ont assist2 des ambassadeurs1 sur les menes1 les intelligences et les pratiques du ressort de la diplomatie et la manire de les conduire4 ,les ambassadeurs d'un prince ne doivent rien lui cacher4--,c'est ce qui m'a port remarquer et lire avec intrt le passage suivant des chroniques du seigneur de ,langey1 trs entendu en ces sortes de choses et que j'eusse laiss passer sans m'y arrter1 s'il et t de tout autre4 ,il conte les fameuses remontrances faites ,rome1 par l'empereur ,charles-,quint1 en plein consistoire1 auquel assistaient nos ambassadeurs1 l'vque de ,mcon et le seigneur de ,velly4 ,aprs quelques paroles offensantes pour nous1 qu'il y avait glisses entre autres que si ses capitaines1 ses soldats 99 et ses sujets n'avaient pas plus de fidlit leurs devoirs1 ni plus de connaissances militaires que ceux du roi de ,france1 sur l'heure1 il irait1 la corde au cou1 lui demander misricorde 7et il y a lieu de croire que c'tait bien un peu le fond de sa pense1 car depuis1 deux ou trois fois dans sa vie1 il a tenu le mme langage72 l'empereur dit aussi qu'il dfiait le roi en combat singulier1 en chemise1 avec l'pe et le poignard1 en pleine rivire1 sur un bateau et de la sorte dans l'impossibilit de lcher pied4 ,le seigneur de ,langey termine en disant qu'en rendant compte au roi de cette sance1 ses ambassadeurs lui en dissimulrent la plus grande partie et omirent mme les deux particularits qui prcdent4 ,or1 je trouve bien trange qu'un ambassadeur puisse se dispenser de rapporter de tels propos1 dans les comptes rendus qu'il adresse son souverain2 surtout quand ils sont de telle importance1 qu'ils manent d'un personnage comme l'empereur et qu'ils ont t tenus en si grande assemble4 ,il me semble que le devoir du serviteur est de reproduire fidlement toutes choses1 comme elles se sont prsentes1 afin que le matre ait toute libert d'ordonner1 apprcier et choisir4 ,lui altrer ou lui cacher la vrit1 de peur qu'il ne la prenne autrement qu'il ne le doit1 et que cela ne l'amne prendre un mauvais parti1 et1 pour cette raison1 lui laisser ignorer ce qui l'intresse1 c'est1 mon sens1 intervertir les rles2 celui qui commande1 le peut2 celui qui obit1 ne le doit pas4 ,cela appartient au tuteur et au matre d'cole et non celui qui1 dans sa situation 991 non seulement est infrieur en autorit1 mais doit aussi s'estimer tel1 sous le rapport de l'exprience et de la prudence2 quoi qu'il en soit1 dans ma petite sphre1 je ne voudrais pas tre servi de cette faon4 ,rien de la part des subordonns n'est apprci par un suprieur1 comme leur obissance pure et simple4--,nous nous soustrayons si volontiers au commandement1 sous n'importe quel prtexte1 usurpant les prrogatives de ceux qui ont le pouvoir2 chacun aspire si naturellement avoir les coudes franches et donner des ordres1 que rien ne doit tre plus utile au suprieur et plus prcieux1 que de trouver chez ceux qui le servent une obissance pure et simple4 ,ne pas obir entirement un ordre donn1 le faire avec rticence1 c'est manquer au commandement4--,publius ,crassus1 qualifi cinq fois heureux par les ,romains1 avait mand un ingnieur grec1 alors que consul1 lui-mme tait en ,asie1 de lui faire amener le plus grand de deux mts de navire qu'il avait remarqus ,athnes et qu'il voulait employer la construction d'une machine de guerre4 ,cet ingnieur1 de par ses connaissances spciales1 prit sur lui de modifier les instructions qu'il avait reues et amena le plus petit de ces mts qui1 dit-il1 au point de vue technique1 convenait mieux4 ,crassus couta ses explications sans l'interrompre1 puis lui fit donner quand mme le fouet1 estimant que l'intrt de la discipline importait plus que le travail excut dans des conditions plus ou moins bonnes4 ,une certaine latitude doit cependant tre laisse des ambassadeurs4--,il y a lieu toutefois d'observer qu'une semblable obissance passive n'est apporter qu' l'excution d'ordres prcis1 portant sur des objets nettement dtermins4 ,les ambassadeurs ont plus de latitude1 et1 sur certains points1 peuvent en agir entirement comme bon leur semble2 parce que leur mission n'est pas simplement d'excuter1 mais encore d'clairer et de fixer par leurs conseils la volont du matre4 ,j'ai vu1 en mon temps1 des personnes investies du commandement1 auxquelles il a t fait reproche d'avoir obi la lettre mme d'instructions manant du roi1 au lieu de s'inspirer de l'tat de choses qu'ils pouvaient constater par eux-mmes4 ,c'est ainsi que 99 les hommes de jugement condamnent les errements des rois de ,perse1 tenant de si court leurs agents et leurs lieutenants1 que1 pour les moindres choses1 il leur fallait recourir l'autorit royale2 ce qui1 tant donne l'immense tendue de leur empire1 occasionnait des pertes de temps qui furent souvent1 pour les affaires1 cause de prjudice srieux4 ,quant ,crassus1 crivant un homme du mtier et lui donnant avis de l'usage auquel il destinait le mt qu'il lui demandait1 ne l'incitait-il pas examiner l'affaire avec lui et ne le conviait-il pas agir suivant ce qu'il croirait convenir8 ,,chapitre ,,xvii4 ,de la peur4 ,la peur est la plus trange de toutes les passions4--,je demeurai frapp de stupeur1 les cheveux hrisss et sans voix 7,virgile74--,je ne suis pas trs vers dans l'tude de la nature humaine1 suivant l'expression consacre1 et ne sais gure par quels moyens la peur agit en nous2 ce qu'il y a de certain1 c'est que c'est une trange passion2 aucune1 disent les mdecins1 ne nous jette aussi prcipitamment en dehors du bon sens4 ,de fait1 j'ai vu beaucoup de gens rendus insenss par la peur2 mme chez les plus pondrs1 il est certain que lorsqu'ils y sont en proie1 elle occasionne de terribles troubles d'esprit4 ,les soldats eux-mmes en sont atteints4--,je mets de ct les gens du commun1 auxquels elle fait voir tantt des aeux sortis du tombeau1 envelopps de leurs suaires2 tantt des loups-garous1 des lutins1 des chimres2 mais mme chez les soldats1 o elle devrait avoir moins de prise1 combien de fois n'a-t-elle pas transform leurs yeux un troupeau de moutons en un escadron de piquiers portant cuirasse2 des roseaux1 des btons1 en gendarmes1 en lanciers2 n'a-t-elle pas fait prendre nos ennemis pour des amis1 et croix rouge pour croix blanche8--,lorsque ,m4 de ,bourbon prit ,rome1 le porte-enseigne de la troupe prpose la garde du faubourg ,saint-,pierre1 fut saisi d'un tel effroi1 la premire alarme1 que passant au travers d'un trou1 dans un mur en ruine1 il sortit de la ville portant son enseigne et marcha droit l'ennemi1 croyant se diriger vers l'intrieur de la place4 ,apercevant les troupes de ,m4 de ,bourbon se ranger en bataille pour rsister1 croyant que c'taient les dfenseurs qui opraient une sortie1 il revient lui1 et1 faisant face en arrire1 rentre en ville par le mme trou par lequel il tait sorti et s'tait avanc de plus de trois cents pas dans la campagne4--,l'enseigne du capitaine 99 ,juille ne s'en tira pas si heureusement1 lorsque le comte de ,bures et ,m4 du ,reu nous enlevrent saint ,paul2 il fut si perdu de frayeur1 que s'lanant hors ville par l'embrasure d'un canon1 son enseigne la main1 il alla donner tte baisse contre les assaillants qui le mirent en pices4 ,a ce mme sige1 se produisit un cas extraordinaire3 se trouvant sur la brche1 un gentilhomme fut saisi d'une telle peur1 qui l'treignit si fort1 paralysant les mouvements du cur1 qu'il en tomba raide mort1 sans avoir la moindre blessure4--,pareille inconscience furibonde s'empare parfois des multitudes3 dans une rencontre de ,germanicus contre les ,allemands1 deux grosses fractions de ses troupes1 postes en des points diffrents1 prises d'effroi1 s'enfuirent dans la direction l'une de l'autre et vinrent se heurter l'une contre l'autre4 ,elle a souvent des rsultats tout contraires1 elle nous rend immobile ou nous donne des ailes4--,la peur nous donne tantt des ailes aux talons1 comme ces deux enseignes2 tantt elle nous cloue au sol et nous immobilise1 ainsi qu'il arriva l'empereur ,thophile4 ,battu dans une bataille qu'il livrait aux ,agarnes1 il demeurait si stupfait1 si transi1 qu'il ne pouvait se dcider fuir1 tant la peur s'effraie1 mme de ce qui pourrait lui venir en aide 7,quinte ,curce72 jusqu' ce que ,manuel1 un des principaux chefs de son arme1 l'ayant tiraill et secou comme pour l'veiller d'un profond sommeil1 lui dit3 ,si vous ne me suivez pas1 je vous tue2 car mieux vaut que vous perdiez la vie1 que d'tre fait prisonnier et courir risque de perdre l'empire4 ,quelquefois elle a dtermin des actions d'clat4--,c'est surtout quand1 sous son influence1 nous recouvrons la vaillance qu'elle nous a enleve1 contre ce que le devoir et l'honneur nous commandaient1 que la peur manifeste son action la plus intensive4 ,a la premire bataille srieuse que les ,romains1 sous le consul ,sempronius1 perdirent contre ,annibal1 une troupe de bien dix mille fantassins1 saisie d'pouvante1 se dbandant1 et dans sa lchet ne trouvant pas o passer ailleurs1 se jeta au travers du gros des ennemis2 elle fit si bien1 tuant un si grand nombre de ,carthaginois1 qu'elle pera leur ligne1 achetant une fuite honteuse au prix des mmes efforts qu'il lui et fallu faire pour remporter une victoire glorieuse4 ,elle domine toutes les autres passions et1 plus qu'aucune autre1 nous dmoralise4--,la peur est la chose du monde dont j'ai le plus peur2 elle dpasse par les incidents aigus qu'elle nous cause1 tout autre genre d'accident4 ,quelle affliction peut tre plus pnible et plus justifie que celle des amis de ,pompe1 tmoins sur son propre navire de l'horrible guet-apens dans lequel il fut assassin8 ,et cependant la peur que leur causa l'approche des voiles gyptiennes touffa en eux ce sentiment2 au point qu'on a remarqu qu'ils ne songrent qu' presser les matelots1 pour qu'ils fissent diligence et force de rames pour hter leur fuite1 jusqu' ce qu'arrivs ,tyr1 dlivrs de toute crainte1 ils eurent le loisir de penser la perte qu'ils venaient de faire et donner libre cours leurs lamentations et leurs larmes1 que la peur1 plus forte que leur douleur1 avait paralyses3 ,l'effroi1 de mon cur1 chasse alors toute sagesse 7,ennius74 ,ceux qui ont t fortement prouvs dans une action de guerre1 qui y ont t blesss et dont les blessures sont encore saignantes1 on peut encore ds le lendemain les ramener au combat2 mais ceux qui ont eu une forte peur de l'ennemi1 vous ne le leur feriez pas seulement regarder en face4 ,ceux qui ont srieusement sujet de craindre de perdre leurs biens1 d'tre exils1 subjugus1 vivent dans une angoisse continue2 ils en perdent le boire1 le manger et aussi le repos2 tandis que dans les mmes circonstances1 les pauvres1 les bannis1 les serfs mnent1 pour la plupart1 aussi joyeuse vie qu'en d'autres temps4 ,combien de gens1 harcels par les transes poignantes de la peur1 se sont pendus1 noys1 jets dans des prcipices1 nous montrant bien qu'elle est encore plus importune et insupportable que la mort4 ,terreurs paniques4--,les ,grecs reconnaissent une autre sorte de peur1 qui ne provient pas d'erreur de notre jugement et survient1 disent-ils1 sans cause apparente et uniquement par la volont des dieux2 des peuples entiers s'en voient souvent frapps1 des armes entires l'prouvent4 ,telle fut celle qui produisit ,carthage une si prodigieuse dsolation4 ,on n'entendait que des cris d'effroi2 les habitants se prcipitaient hors de leurs maisons1 comme si l'alarme avait t donne3 se chargeant1 se blessant1 s'entretuant les uns les autres1 comme s'ils eussent t l'ennemi pntrant dans la ville4 ,le dsordre et 99 le tumulte taient partout2 et1 cela ne prit fin que lorsque1 par des prires et des sacrifices1 ils eurent apais la colre des dieux4 ,c'est ce que les ,grecs nomment les terreurs paniques4 ,,chapitre ,,xviii4 ,ce n'est qu'aprs la mort qu'on peut apprcier si durant la vie on a t heureux ou malheureux4 ,ce n'est qu'aprs notre mort1 qu'on peut dire si nous avons t heureux ou non2 incertitude et instabilit des choses humaines4--,il ne faut jamais perdre de vue le dernier jour de l'homme1 et ne dclarer personne heureux1 qu'il ne soit mort et rduit en cendres 7,ovide74--,les enfants connaissent sur ce sujet l'histoire du roi ,crsus3 ,crsus1 fait prisonnier par ,cyrus1 tait condamn mort2 aux approches du supplice1 il s'cria3 ,o ,solon6 ,solon6 ,cette exclamation rapporte ,cyrus1 celui-ci s'enquit de sa signification1 et ,crsus lui apprit qu' son grand dtriment1 il confirmait la vrit d'une maxime qu'autrefois ,solon lui avait exprime3 ,que les hommes1 quelles que soient les faveurs dont la ,fortune les comble1 ne peuvent tre rputs heureux1 tant qu'on n'a pas vu s'achever le dernier jour de leur vie2 et cela1 en raison de l'incertitude et de l'instabilit des choses humaines1 qu'un rien suffit changer du tout au tout4--,dans ce mme ordre d'ides1 ,agsilas rpondait quelqu'un qui trouvait un roi de ,perse heureux d'tre1 fort jeune1 matre d'un si puissant tat3 ,oui1 mais ,priam1 son ge1 n'avait pas encore t atteint par le malheur4--,n'a-t-on pas vu des rois de ,macdoine1 successeurs d',alexandre le ,grand1 aller finir ,rome1 comme menuisiers et comme greffiers2 des tyrans de ,sicile devenir matres d'cole ,corinthe2 un conqurant de la moiti du monde1 chef suprme de tant d'armes1 en tre rduit ce degr d'humiliation1 de devoir supplier des hommes de rien1 officiers du roi d'gypte6 c'est pourtant ce que cotrent au grand ,pompe les cinq ou six derniers mois de sa vie4--,du temps de nos pres1 on a vu ,ludovic ,sforza1 dixime duc de ,milan1 qui avait si longtemps agit toute l',italie1 mourir captif ,loches2 et ce qui a t le pire de son malheur1 aprs y avoir t dtenu pendant dix ans4--,la plus belle des reines1 veuve du plus grand roi de la ,chrtient1 ne vient-elle pas1 indigne et barbare cruaut6 de mourir par la main du bourreau8--,ces exemples existent par milliers2 car1 de mme que les orages et les temptes s'acharnent jalousement contre ceux de nos plus beaux difices1 se distinguant par leur lvation1 il semble qu'il y ait aussi l haut des esprits envieux des grandeurs d'ici-bas3 ,tant il est vrai qu'une force secrte renverse les choses humaines et se fait un jeu de fouler aux pieds l'orgueil des faisceaux et briser les haches consulaires 7,lucrce76 ,on dirait que quelquefois la ,fortune guette1 point nomm1 le dernier jour de notre vie1 pour nous faire sentir le pouvoir qu'elle a de renverser en un moment ce qu'elle a mis de longues annes difier1 et nous amener crier avec ,laberius3 ,ah6 ce jour6 c'est un jour en trop de ce que j'aurais du vivre 7,macrobe76 ,en quoi consiste le bonheur en ce monde4--,aussi peut-on admettre avec raison la maxime si juste de ,solon2 mais1 comme c'est un philosophe pour lequel les faveurs et les disgrces de la ,fortune ne comptent ni comme chose heureuse1 ni comme chose malheureuse1 qu'il tient la grandeur et la puissance comme des accidents peu prs sans importance dans notre vie1 il est vraisemblable qu'il voyait plus loin encore1 et qu'il a voulu dire par l que ce bonheur de notre existence1 qui dpend de la tranquillit et du contentement d'un esprit juste1 de la rsolution et de la fermet d'une me matresse d'elle-mme1 ne doit jamais tre considr comme acquis l'homme1 qu'on ne lui ait vu jouer le dernier acte1 indubitablement le plus difficile1 de la comdie qu'est notre existence en ce monde4 ,le jour de notre mort est le seul qui permette d'mettre un jugement sur tous les autres jours de notre vie4--,pour tout le reste1 nous pouvons dissimuler2 tenir1 en philosophes1 de beaux discours de pure forme2 avoir la possibilit de conserver la srnit de nos traits en prsence d'accidents qui nous atteignent1 sans nous frapper au cur2 mais cette dernire scne entre la mort et nous1 il n'y a plus feindre1 il faut s'expliquer nettement en bon franais1 et montrer ce qu'il y a de rel et de bon au fond de nous-mmes4 ,alors la ncessit nous arrache des paroles sincres1 alors le masque tombe1 et l'homme reste 7,lucrce74 ,voil pourquoi1 ce dernier moment1 se rapportent tous les autres actes de notre vie1 dont il est la pierre de touche2 c'est le matre jour1 celui duquel relvent tous les autres2 en ce jour1 dit un ancien1 se jugera tout mon pass4 ,je remets la mort de prononcer sur ce qu'ont t mes actions2 par elle1 on verra si mes discours partent de la bouche ou du cur4 ,il en est qui terminent par une mort honorable des existences passes dans le mal4--,combien ont d la mort1 la rputation d'avoir bien ou mal vcu6--,scipion1 beau-pre de ,pompe1 releva par une belle mort la mauvaise opinion qu'il avait donne de lui1 sa vie durant4--,epaminondas1 auquel on demandait qui des trois il estimait le plus1 de ,chabrias1 d',iphicrates ou de lui-mme1 rpondit3 ,pour se prononcer1 il faut d'abord voir ce que sera notre mort2 et1 quant lui1 ce serait lui faire grand tort1 que de le juger sans tenir compte de sa mort si honorable et si pleine de grandeur4--,dieu en agit comme il lui plat2 mais de mon temps1 trois personnes des plus excrables que j'ai connues1 dont la vie n'avait t qu'une suite d'abominations et d'infamies1 ont eu des morts convenables2 telles sous tous rapports1 qu'en aucune circonstance on ne peut dsirer mieux4 ,il est des fins glorieuses1 on peut mme dire heureuses3 j'ai vu la mort interrompre1 la fleur de l'ge1 une existence appele aux plus brillantes destines et qui y marchait grands pas2 cette existence a pris fin dans des conditions telles1 qu' mon avis1 la ralisation mme des desseins que son ambition et son courage pouvaient lgitimement lui faire concevoir1 ne pouvait la porter aussi haut qu'elle l'a t du fait mme de sa mort4 ,elle l'leva1 sans qu'il le ralist1 au but qu'il avait convoit1 et cela plus glorieusement qu'il ne pouvait le dsirer et l'esprer2 il dpassa en mourant le haut rang et l'illustration qui avaient t l'objet de toutes ses aspirations4--,quand il s'agit de porter un jugement sur la vie d'autrui1 je regarde toujours comment elle s'est termine2 quant la mienne1 je me suis surtout appliqu ce qu'elle s'achve bien1 c'est--dire tranquillement et sans clat4 ,,chapitre ,,xix4 ,philosopher1 c'est apprendre mourir4 ,qu'est-ce que philosopher8--,cicron dit que philosopher1 n'est autre chose que se prparer la mort4 ,peut-tre est-ce parce que l'tude et le recueillement reportent en quelque sorte notre me en dehors de nous1 et la dgagent du corps2 ce qui est un peu ce qui advient quand la mort nous atteint1 et en est comme l'apprentissage2 ou encore1 parce que toute la sagesse et la raison humaines aboutissent finalement ce rsultat1 de nous apprendre ne pas apprhender de mourir4 ,a dire vrai1 ou notre raison est en dfaut1 ou son but unique doit tre notre propre satisfaction1 et tout son travail tendre nous faire vivre bien et notre aise1 ainsi qu'il est dit dans les saintes critures4--,toutes les opinions mises1 quel que soit celui qui les met1 concluent ce que le plaisir est le but de la vie2 mais elles diffrent sur les moyens d'y atteindre4 ,s'il n'en tait pas ainsi1 elles seraient cartes aussitt que produites2 car qui couterait quelqu'un se proposant de nous dmontrer que nous ne sommes en ce monde que pour peiner et souffrir8 ,les discussions1 sur ce point1 des sectes philosophiques sont toutes en paroles3 ,laissons l ces subtilits 7,snque72 il y entre plus d'obstination et de dispositions ergoter1 qu'il ne convient une science aussi respectable que la philosophie2 mais quelque personnage que l'homme entreprenne de jouer1 il y mle toujours un peu de lui-mme4 ,le plaisir est le seul but de la vie2 c'est surtout par la vertu qu'on se le procure4--,quoi qu'en disent les philosophes1 mme dans la pratique de la vertu1 le but de nos aspirations est la volupt4--,la volupt1 il me plat de rpter sans cesse leurs oreilles ce mot qu'ils ne prononcent qu' contre-cur2 il sert exprimer le plaisir suprme portant au paroxysme le contentement que nous pouvons ressentir2 il conviendrait mieux aux satisfactions que nous peut procurer la vertu1 qu' celles provenant de toute autre cause4 ,la volupt qui dcoule de la vertu1 pour tre plus gaillarde1 nerveuse1 robuste1 virile1 n'en est que plus srieusement voluptueuse2 nous la qualifions de force d'me1 nous devrions plutt l'appeler un plaisir2 cette appellation serait plus heureuse1 plus juste et veillerait des ides moins svres4--,quant la volupt d'ordre moins relev 7celle qui nous vient par les sens71 si on croit qu'elle mrite ce beau nom1 qu'on le lui maintienne1 mais qu'il ne lui soit pas spcial4 ,plus que la vertu1 elle a ses inconvnients et ses moments difficiles2 outre que les sensations qu'elle nous fait prouver sont plus phmres1 qu'il n'en demeure rien1 qu'elles s'teignent rapidement1 elle a ses moments de veille1 d'abstinence1 de labeur2 la fatigue et la sant ont action sur elle1 et plus encore1 les passions de toutes sortes dont elle est obsde2 de plus1 elle aboutit une satit si pnible1 qu'elle quivaut une pnitence qui nous serait impose4 ,aussi est-ce bien tort que1 diversifiant l'application de cette loi de nature qui fait que toute chose s'accrot par les rsistances qui lui font obstacle1 on vient dire que ces inconvnients1 quand il s'agit de la volupt sensuelle1 sont des stimulants qui ajoutent au plaisir que nous pouvons prouver1 et1 lorsqu'il est question de la vertu1 que les difficults qu'elle prsente la rendent austre et inaccessible4 ,les difficults ajoutent aux satisfactions que nous cause la vertu4--,a l'encontre de ce qui se produit pour la volupt1 ces difficults1 qui accompagnent la pratique de la vertu1 anoblissent1 affinent et rehaussent le plaisir divin et parfait qu'elle nous procure4 ,celui-l est certes bien indigne de la ressentir1 qui met en balance ce qu'elle cote et ce qu'elle rapporte2 il ne sait en user et est hors d'tat d'en apprcier les beauts4 ,ceux qui vont nous enseignant que si sa possession est agrable1 sa recherche est pnible et laborieuse1 que veulent-ils dire par l1 si ce n'est que la vertu est toujours une chose dsagrable8 car quel est l'homme qui y ait jamais atteint8 les plus parfaits ont d se contenter d'y aspirer1 d'en approcher1 sans jamais arriver la possder4 ,mais ils se trompent1 ceux qui parlent ainsi2 attendu qu'il n'est pas un plaisir1 parmi ceux que nous connaissons1 dont la recherche ne soit dj par elle-mme une satisfaction2 elle se ressent du but poursuivi et entre pour beaucoup dans l'effet qu'il nous produit et dont elle participe essentiellement4 ,l o rgne la vertu1 le bonheur et la batitude dont elle resplendit1 emplissent le corps de logis et les avenues1 depuis la premire porte qui y donne accs1 jusqu' la barrire qui limite l'tendue du domaine4 ,le mpris de la mort est l'un des plus grands bienfaits que nous devons la vertu4--,un des principaux bienfaits de la vertu est de nous inspirer le mpris de la mort1 ce qui nous permet de vivre dans une douce quitude1 et fait que notre existence s'coule agrablement et dgage de toute proccupation2 sans ce sentiment1 toute volupt est sans charme4 ,voil pourquoi tous les systmes de philosophie convergent et sont d'accord sur ce point4 ,bien que tous s'entendent galement pour nous amener mpriser la douleur1 la pauvret et autres accidents auxquels la vie humaine est sujette1 tous n'y apportent pas le mme soin1 soit parce que ces accidents ne nous atteignent pas fatalement 7la plupart des hommes passent leur vie1 sans avoir souffrir de la pauvret1 et il en est1 comme ,xnophilus le musicien qui vcut cent six ans en parfaite sant1 qui ne connaissent ni la douleur1 ni la maladie71 soit parce qu'au pis aller1 la mort peut1 quand il nous plat1 mettre fin et couper court tous nos maux4 ,mais elle-mme est invitable3 ,nous marchons tous la mort1 notre sort s'agite dans l'urne2 un peu plus tt1 un peu plus tard1 le nom de chacun doit en sortir1 et la barque fatale nous emporter tous dans un ternel exil 7,horace74 ,par consquent1 si elle nous fait peur1 elle nous est un sujet continu de tourments1 auxquels rien ne peut apporter de soulagement4 ,il n'est pas de lieu o nous en soyons l'abri2 partant1 nous pouvons1 comme en pays suspect1 jeter nos regards de ct et d'autre1 elle est toujours menaante1 comme le rocher de ,tantale 7,cicron74--,nos parlements ordonnent souvent l'excution des criminels sur le lieu mme o le crime a t commis2 pendant qu'on les mne au supplice1 faites-les passer par un chemin o s'lvent de beaux difices1 faites-leur faire aussi bonne chre qu'il vous plaira1 les mets les plus exquis ne pourront chatouiller leur palais2 ni le chant des oiseaux1 ni les accords de la lyre ne leur rendront le sommeil 7,horace72 pensez-vous qu'ils y seront sensibles et que le but final de leur voyage1 constamment devant leurs yeux1 ne gtera pas et ne leur fera pas prendre en dgot toutes ces dlicates attentions8 ,il s'inquite du chemin1 il compte les jours1 il mesure sa vie sur la longueur de la route1 tourment sans cesse par l'ide du supplice qui l'attend 7,claudien74 ,la mort est le but essentiel de la vie4--,le but de notre existence1 c'est la mort2 c'est l'objectif fatal auquel nous tendons2 si elle nous effraie1 comment pouvons-nous faire un pas en avant sans en avoir la fivre8 ,le vulgaire chappe cette obsession1 en n'y pensant pas2 faut-il que sa sottise soit grande pour tre1 un tel degr1 frapp d'aveuglement6 ,il faut lui faire brider son ne par la queue1 puisqu'il s'est mis dans la tte d'avancer reculons 7,lucrce74 ,ce n'est pas tonnant s'il est souvent pris au dpourvu4 ,les gens ont peur1 rien qu'en entendant prononcer son nom2 la mort6 ce seul mot1 la plupart font le signe de la croix1 comme s'ils entendaient voquer le diable4 ,et parce qu'il en est question dans les testaments1 ils ne se dcident faire le leur que lorsque le mdecin les a condamns2 et ,dieu sait alors en quel tat d'esprit ils le font1 sous l'treinte de la douleur et de la frayeur4 ,le mot en tait dsagrable aux ,romains4--,parce que ce mot rsonnait trop durement leurs oreilles et leur semblait de mauvais augure1 les ,romains en taient arrivs l'adoucir et user de priphrases4 ,au lieu de dire3 ,il est mort1 ils disaient3 ,il a cess de vivre1 il a vcu2 pourvu qu'il y ft question de vie1 ft-elle passe1 cela leur suffisait4 ,nous leur avons emprunt ces euphmismes1 et nous disons3 ,feu matre ,jean4--,si d'aventure le dicton terme vaut argent tait ici applicable1 comme je suis n entre onze heures et midi1 le dernier jour de fvrier de l'an mil cinq cent trente-trois1 comme on compte maintenant1 l'anne commenant en janvier1 il y a exactement quinze jours que j'ai accompli ma trente-neuvime anne2 j'aurais donc le droit d'esprer vivre encore au moins une fois autant1 et me tourmenter en songeant une ventualit si loigne serait folie2 mais voil1 jeunes et vieux ne quittent-ils pas la vie dans les mmes conditions8 ,nul n'en sort autrement que s'il ne faisait que d'y entrer2 sans compter qu'il n'est homme si dcrpit1 si vieux1 si cass qui n'ait en tte la longvit de ,mathusalem et ne pense avoir encore vingt ans de vie devant lui6 ,je dirai plus3 qui donc1 pauvre fou que tu es1 a fix la dure de ton existence8 ,tu t'en rapportes ce que content les mdecins1 au lieu de regarder ce qui se passe et de juger par exprience4 ,au train dont vont d'ordinaire les choses1 depuis longtemps tu ne vis que par faveur exceptionnelle2 tu as dj franchi la dure habituelle de la vie4 ,tu peux t'en assurer en comptant combien plus1 parmi les personnes de ta connaissance1 sont mortes avant cet ge1 qu'il n'y en a qui l'ont atteint4 ,relve les noms de ceux qui1 par l'clat de leur vie1 ont acquis une certaine renomme2 je parie en trouver parmi eux davantage qui sont morts avant trente-cinq ans1 qu'aprs4 ,c'est faire acte de raison et de pit que de prendre exemple sur l'humanit de ,jsus-,christ2 or1 sa vie sur la terre a pris fin trente-trois ans4 ,le plus grand homme du monde1 homme et non ,dieu1 ,alexandre1 est aussi mort cet ge4 ,la mort nous surprend inopinment de bien des faons4--,que de faons diverses la mort a de nous surprendre3 ,l'homme ne peut jamais arriver prvoir tous les dangers qui le menacent chaque heure 7,horace74 ,je laisse de ct les maladies1 les fivres1 les pleursies3 ,qui et jamais pens qu'un duc de ,bretagne prirait touff dans une foule1 comme il arriva l'un d'eux1 lors de l'entre ,lyon du pape ,clment1 mon compatriote6 ,n'avons-nous pas vu un de nos rois1 tu en se jouant8 un autre1 de ses anctres1 ne l'a-t-il pas t du choc d'un pourceau8 ,eschyle1 averti par l'oracle qu'il prirait cras par la chute d'une maison1 a beau coucher sur une aire dpiquer le bl1 il est assomm par la chute d'une tortue chappe1 dans les airs1 des serres d'un aigle4 ,tel autre est mort d'avoir aval un grain de raisin2 un empereur1 d'une corchure qu'il s'est faite avec son peigne1 en procdant sa toilette2 ,emilius ,lepidus1 d'avoir heurt du pied le seuil de sa porte2 ,aufidius1 de s'tre choqu la tte contre la porte1 en entrant dans la chambre du conseil4 ,et combien entre les cuisses des femmes3 le prteur ,cornlius ,gallus2 ,tigellinus1 capitaine du guet ,rome2 ,ludovic1 fils de ,guy de ,gonzague1 marquis de ,mantoue2 et1 ce qui est d'un plus mauvais exemple1 ,speusippus1 un philosophe platonicien2 et mme un pape de notre poque4 ,le pauvre ,bebius1 qui tait juge1 tandis qu'il ajourne une cause huitaine1 meurt subitement2 son heure lui tait venue4 ,le mdecin ,caus ,julius soignant les yeux d'un malade1 la mort clt jamais les siens4 ,et s'il faut me mler cette numration3 un de mes frres1 le capitaine ,saint-,martin1 g de vingt-trois ans1 qui dj avait donn assez de preuves de sa valeur1 atteint1 en jouant la paume1 au-dessous de l'oreille droite par une balle1 qui ne laisse trace ni de contusion1 ni de blessure1 ne s'assied pas1 n'interrompt mme pas son jeu2 et cependant cinq ou six heures aprs1 il est frapp d'apoplexie1 cause par le coup qu'il a reu4 ,ces exemples sont si frquents1 se rptent si souvent sous nos yeux1 qu'il ne semble pas possible d'viter que notre pense ne se reporte vers la mort1 ni de nier qu' chaque instant elle nous menace4 ,qu'importe1 direz-vous1 ce qui peut arriver1 si nous ne nous en mettons point en peine8 ,c'est aussi mon avis1 et s'il est un moyen de se mettre l'abri de ses coups1 ft-ce sous la peau d'un veau1 je ne suis pas homme n'en pas user2 car il me suffit de vivre commodment1 et ce qui peut le mieux faire qu'il en soit ainsi1 je le pratique1 si peu glorieux ou exemplaire que ce puisse tre3 ,je prfre passer pour un fou1 un impertinent1 si mon erreur me plat ou que je ne m'en aperoive pas1 plutt que d'tre sage et d'en souffrir 7,horace74 ,il faut toujours tre prt mourir4--,mais c'est folie que d'esprer se drober de la sorte cette ide4 ,on va1 on vient1 on trotte1 on danse2 de la mort1 pas de nouvelles1 que tout cela est beau4 ,mais aussi quand elle s'abat sur nous1 sur nos femmes1 nos enfants ou sur nos amis1 que le coup soit soudain ou attendu1 quels tourments1 quels cris1 quelle rage1 quel dsespoir6 ,vtes-vous jamais personne si humili1 si chang1 si confus8 ,il faut s'en proccuper plus l'avance2 sans quoi une telle nonchalance qui nous rapproche de la bte1 alors mme qu'elle pourrait se concilier en nous avec le bon sens1 ce que je considre comme absolument impossible1 nous fait payer trop cher les illusions dont elle nous berce4 ,si la mort tait un ennemi qu'on puisse viter1 je conseillerais d'en agir vis--vis d'elle1 comme un lche devant le danger2 mais1 puisque cela ne se peut1 qu'elle atteint immanquablement les fuyards1 qu'ils soient poltrons ou honntes gens3 ,elle poursuit l'homme dans sa fuite et n'pargne pas davantage la timide jeunesse qui cherche lui chapper 7,horace71 que nulle cuirasse1 si bien trempe soit-elle1 ne peut nous protger3 ,couvrez-vous de fer et d'airain1 la mort vous frappera encore sous votre armure 7,properce71 apprenons l'attendre de pied ferme et lutter contre elle4 ,que l'ide de la mort soit souvent prsente notre esprit4--,pour commencer1 ne lui laissons pas le plus grand avantage qu'elle ait sur nous2 et pour cela1 agissons absolument l'inverse de ce qui se fait d'ordinaire2 enlevons-lui son caractre trange2 n'en fuyons pas l'ide1 accoutumons-nous-y1 ne pensons rien plus souvent qu' la mort2 ayons-la1 tout instant1 prsente notre pense et sous toutes les formes4 ,quand un cheval bronche1 qu'une tuile tombe1 la moindre piqre d'pingle1 redisons-nous3 ,eh6 si c'tait la mort1 et faisons effort pour ragir contre l'apprhension que cette rflexion peut amener4 ,au milieu des ftes et des rjouissances1 souvenons-nous sans cesse que nous sommes mortels et ne nous laissons si fort entraner au plaisir que1 de temps autre1 il ne nous revienne la mmoire que de mille faons notre allgresse peut aboutir la mort1 et en combien de circonstances elle peut inopinment survenir4 ,c'est ce que faisaient les gyptiens1 lorsque au milieu de leurs festins1 alors qu'ils taient tout aux plaisirs de la table1 on apportait un squelette humain1 pour rappeler aux convives la fragilit de leur vie3 ,imagine-toi que chaque jour est ton jour suprme1 et tu accepteras avec reconnaissance celui que tu n'esprais plus 7,horace74 ,nous ne savons o la mort nous attend1 attendons-la partout4 ,mditer sur la mort1 c'est mditer sur la libert2 qui a appris mourir1 a dsappris la servitude2 aucun mal ne peut1 dans le cours de la vie1 atteindre celui qui comprend bien que la privation de la vie n'est pas un mal2 savoir mourir1 nous affranchit de toute sujtion et de toute contrainte4 ,paul ,emile1 allant recevoir les honneurs du triomphe1 rpondait au messager que lui envoyait ce malheureux roi de ,macdoine1 son prisonnier1 pour supplier de ne pas l'y traner sa suite3 ,qu'il s'adresse sa requte lui-mme4 ,a la vrit1 en toutes choses1 il est difficile que l'art et l'industrie progressent dans les uvres qu'ils produisent1 si la nature ne s'y prte4 ,je ne suis pas mlancolique1 je suis rveur2 il n'est rien sur quoi mon imagination se soit plus souvent reporte que sur cette ide de la mort1 et cela depuis toujours1 mme l'poque de ma vie o j'tais le plus enclin aux plaisirs1 alors que j'tais la fleur de l'ge 7,catulle74 ,en compagnie des dames1 en pleine fte1 en me voyant pensif1 on s'imaginait que j'tais proccup de quelque sujet de jalousie1 ou par l'attente de quelque bonne fortune2 tandis que ma pense se reportait vers je ne sais plus qui1 lequel1 quelques jours avant1 au sortir d'une fte semblable o1 tout comme moi1 il tait tout entier l'oisivet1 l'amour et au bon temps1 avait t pris d'un accs de fivre chaude et en tait mort2 et je songeais qu'autant m'en pendait l'oreille3 ,bientt le temps prsent ne sera plus1 et nous ne pourrons le rappeler 7,lucrce72 mais pas plus qu'autre pense d'ordre quelconque1 celle-ci ne se dcelait sur mon visage4 ,il est impossible qu'au dbut1 cette ide ne nous cause pas une impression pnible2 mais en y revenant1 en l'envisageant en tous sens1 la longue1 on finit sans doute par s'y accoutumer2 autrement j'en eusse t continuellement agit et effray1 car jamais personne plus que moi n'a t autant en dfiance du fond que nous pouvons faire sur la vie et ne compte moins sur sa dure4 ,ma sant1 qui jusqu' prsent a t excellente1 peine trouble par quelques indispositions1 ne me donne pas plus l'esprance d'une grande longvit1 que les maladies ne me font craindre d'en voir interrompre le cours2 chaque minute il me semble que je touche ma dernire heure1 et je me rpte sans cesse3 ,ce qui arrivera fatalement un jour1 peut arriver aujourd'hui4 ,en fait1 les hasards comme les dangers auxquels nous sommes exposs1 ne nous rapprochent gure1 ne nous rapprochent pour ainsi dire pas de notre fin2 car pour un qui est imminent1 combien de millions d'autres sont suspendus sur nos ttes4 ,songeons-y1 et nous reconnatrons que1 bien portants ou malades1 en mer comme dans nos propres demeures1 dans les combats comme dans le repos le plus absolu1 la mort est toujours prs de nous3 ,aucun homme n'est plus fragile qu'un autre1 aucun plus assur du lendemain 7,snque74 ,pour ce que je puis avoir faire avant de mourir1 je crains toujours que le temps ne vienne me manquer1 cela ne demanderait-il qu'une heure4 ,quelqu'un1 l'autre jour1 feuilletant mes tablettes1 y trouva mention de quelque chose que je voulais qui soit fait aprs ma mort4 ,je dis cette personne1 ce qui tait vrai1 que lorsque j'inscrivais cette note1 je n'tais qu' une lieue de ma demeure2 et que1 quoique bien portant et alerte1 je m'tais ht de l'crire1 parce que je n'tais pas certain de ne pas mourir avant de rentrer chez moi4 ,la venue de la mort ne sera pas chose qui me surprendra2 j'y suis1 toute heure1 prpar autant que je puis l'tre2 elle est continuellement mle mes penses et s'y grave4 ,autant qu'il est en nous1 il faut toujours tre bott et prt nous mettre en route2 et surtout1 n'avoir plus1 pour ce moment1 d'affaires rgler qu'avec soi-mme3 ,pourquoi1 dans une vie si courte1 former tant de projets8 7,horace74 ,ce rglement avec nous-mmes1 au moment du dpart1 nous donnera assez de soucis1 sans que nous nous en embarrassions d'autres4 ,obligs de quitter ce monde1 l'un se plaint1 plus que de la mort elle-mme1 de ce qu'elle l'interrompt dans le cours d'une belle victoire2 l'autre1 qu'avant1 il n'a pu marier sa fille ou tablir ses enfants2 l'un regrette de laisser sa femme1 l'autre son fils1 ce qui tait ce quoi ils tenaient le plus au monde4 ,je suis cette heure1 ,dieu merci1 en tel tat que je puis disparatre quand il lui plaira1 sans que je regrette quoi que ce soit 991 si ce n'est la vie elle-mme1 si sa perte doit m'tre pnible2 je suis en rgle en toutes choses1 mes adieux chacun seront bientt faits1 je n'aurai plus prendre cong que de moi-mme4 ,jamais homme n'a t mieux prpar quitter la vie point nomm et sans moins d'arrire-pense2 nul n'en a t plus compltement dtach1 que je m'attends l'tre4 ,plus on se dsintresse de ce qui se passera aprs nous1 mieux cela vaut3 ,malheur1 malheur6 disent les uns1 un seul jour nfaste suffit pour empoisonner tous les bonheurs de la vie 7,lucrce74--,je n'achverai donc pas mon uvre1 dit l'architecte1 je laisserai donc imparfaits ces superbes remparts 7,virgile74 ,il ne faut rien entreprendre de si longue haleine1 ou tout au moins n'y pas apporter un trop ardent dsir de le mener terme4 ,nous sommes ns pour agir3 ,je veux que la mort me surprenne au milieu de mon travail 7,ovide74 ,agissons donc1 et autant que nous le pouvons2 prolongeons nos travaux tant que dure notre vie4 ,je veux1 quant moi1 que la mort me trouve plantant mes choux1 indiffrent sa venue1 et plus encore l'obligation dans laquelle elle me mettra de laisser mon jardinage inachev4--,j'ai vu mourir quelqu'un qui1 tant la dernire extrmit1 ne cessait de se plaindre de ce que sa mort interrompait1 alors qu'il n'en tait qu'au quinzime ou au seizime de nos rois1 une histoire qu'il tait occup crire3 ,ils ne songent pas que la mort nous enlve le regret des choses les plus chres 7,lucrce74 ,il ne faut pas s'embarrasser de ces proccupations vulgaires et importunes4 ,si on a plant nos cimetires prs des temples et des lieux les plus frquents de la ville1 c'est1 disait ,lycurgue1 pour habituer le bas peuple1 les femmes1 les enfants1 ne pas s'affaroucher de la vue d'un homme mort2 et que ce continuel spectacle d'ossements1 de tombeaux1 de convois funbres1 nous avertisse de ce qui nous attend3 ,c'tait jadis la coutume d'gayer les festins par le meurtre et d'y donner en spectacle des combats de gladiateurs2 ceux-ci tombaient souvent parmi les coupes et inondaient de sang les tables du banquet 7,silius ,italicus74 ,les gyptiens1 pendant leurs festins1 faisaient apparatre aux yeux des convives une image de la mort de grande dimension1 tandis qu'une voix leur criait3 ,bois1 rjouis-toi1 car tu seras ainsi quand tu seras mort6 ,chez moi aussi1 il est pass l'tat d'habitude non seulement d'avoir constamment prsente la pense cette ide de la mort1 mais encore d'en parler continuellement4 ,il n'est rien dont je m'informe davantage que de la mort des gens3 ,quelles paroles ont-ils prononces2 quelle figure1 quelle attitude avaient-ils8 ,dans les histoires que je lis1 les passages y relatifs sont ceux qui captivent le plus mon attention2 le got particulier que j'en ai se manifeste1 dans cet ouvrage1 par la nature des sujets dont je fais choix4 ,si j'tais auteur1 je ferais un relev des morts qui m'ont frapp1 avec un commentaire des circonstances dans lesquelles elles se sont produites2 qui apprendrait aux hommes mourir1 leur apprendrait vivre4 ,dicearchus donne ce titre un livre qu'il a crit1 mais dans lequel il poursuit un but tout autre et moins utile que le mien4 ,intrt que nous avons y reporter frquemment notre pense4--,on me dira que dans sa ralit1 la mort est bien autre chose que tout ce qu'on en peut concevoir2 qu'on a beau s'y prparer1 ce ne sert de rien quand on en vient l4 ,laissons dire1 il est hors de doute que cette prparation a de grands avantages2 et puis1 n'est-ce rien que d'aller jusque-l sans apprhension1 ni fivre8 ,il y a plus1 la nature elle-mme nous vient en aide en cette occurrence et nous donne le courage qui pourrait nous manquer4 ,si notre mort est subite et violente1 nous n'avons pas le temps de l'apprhender2 si elle est autre1 au fur et mesure que la maladie empire1 nous en venons tout naturellement tenir de moins en moins la vie4 ,j'ai beaucoup plus de peine me faire l'ide de mourir1 quand je suis en bonne sant1 que lorsque j'ai la fivre4 ,quand je ne suis pas bien portant1 les agrments de la vie1 dont je ne suis plus autant mme d'user ni de jouir1 ont moins de prix1 et la mort m'apparat moins effrayante2 j'en conclus que plus je me dtacherai de la vie1 plus j'approcherai de la mort et plus facilement je me ferai au passage de l'une l'autre4 ,ainsi que le dit ,csar1 et comme je l'ai constat en plusieurs autres circonstances1 les choses nous font plus d'effet de loin que de prs2 c'est ainsi que je redoute beaucoup plus les maladies lorsque je suis en parfaite sant que lorsque je suis aux prises avec elles4 ,bien portant1 le bien-tre que j'prouve1 le plaisir1 la force tablissent une telle disproportion avec l'tat dans lequel je tombe quand je suis malade1 que mon imagination accrot de moiti les incommodits que j'en conois et me les montre plus lourdes que lorsque j'ai rellement en souffrir4 ,j'espre qu'il en sera de mme de la mort4 ,les fluctuations auxquelles notre sant est sujette1 l'affaiblissement graduel que nous subissons1 sont des moyens que la nature emploie pour nous dissimuler nous-mmes l'approche de notre fin et notre dprissement4 ,que reste-t-il un vieillard de la vigueur de sa jeunesse et de sa vie passe8 ,ha6 qu'il reste peu de chose de la vie aux vieillards 7,pseudo-,gallus76--,csar1 auquel un soldat de sa garde1 vieux et cass1 venait1 en pleine rue1 demander l'autorisation de se tuer1 considrant sa mine si dcrpite1 lui rpondit en plaisantant3 ,tu penses donc tre encore en vie4 ,nous ne serions pas capables1 je crois1 de supporter un tel changement1 si nous venions tomber tout d'un coup en pareil tat4 ,mais la nature1 nous conduisant comme par la main1 nous y amne par une pente douce1 presque insensible1 peu peu et par degr1 nous familiarise avec lui2 si bien que1 sans secousse1 notre jeunesse s'teint sans que nous nous apercevions de cette fin1 en vrit plus pnible que celle de notre tre tout entier1 quand il lui faut quitter une vie devenue languissante1 ainsi qu'il arrive quand nous mourons de vieillesse4 ,le saut qu'il nous faut faire pour passer d'une existence misrable la fin de cette existence n'est pas si sensible que celui qui spare une vie douce et panouie1 d'une vie pnible et douloureuse4 ,le corps demi ploy a moins de force pour porter un fardeau2 il en est de mme de l'me qu'il est ncessaire de dresser et de mettre en tat de rsister l'accablement que lui cause l'apprhension de la mort4 ,comme il est impossible qu'elle trouve le calme quand elle est sous le coup de cette crainte1 si elle parvenait la surmonter compltement1 ce qui est au-dessus des forces humaines1 elle serait assure que l'inquitude1 l'anxit1 la peur1 tout ce qui peut le plus nous affecter1 n'auraient aucune prise sur elle3 ,ni le visage cruel d'un tyran1 ni la tempte dchane qui bouleverse l',adriatique1 rien ne peut branler sa fermet2 rien1 pas mme ,jupiter lanant ses foudres 7,horace74 ,l'me deviendrait alors matresse de ses passions1 comme de ses dsirs les plus ardents2 ni l'indigence1 ni la honte1 ni la pauvret1 aucune adversit ne sauraient l'atteindre2 efforons-nous donc1 dans la mesure du possible1 d'en arriver l4 ,c'est en cela que consiste la vritable et souveraine libert qui nous met mme de dfier la violence et l'injustice1 de braver la prison et les fers3 ,je te chargerai de chanes aux pieds et aux mains1 je te livrerai un gelier cruel4--,un dieu me dlivrera1 ds que je le voudrai4--,ce dieu1 je pense1 c'est la mort1 la mort est le dernier terme de toutes choses 7,horace74 ,le mpris de la vie est le fondement le plus assur de la religion4--,notre religion n'a pas1 chez l'homme1 de base plus assure que le mpris de la vie2 non seulement la raison nous y amne1 car pourquoi apprhenderions-nous de perdre une chose qu'une fois perdue1 nous ne sommes plus en tat de pouvoir regretter8 ,et1 puisque la mort nous menace sans cesse sous tant de formes1 n'est-il pas plus dsagrable d'tre toujours les redouter toutes que d'tre1 par avance1 rsign quand une bonne fois elle se prsente8 ,pourquoi avoir souci de sa venue1 puisqu'elle est invitable8--,a quelqu'un disant ,socrate3 ,les trente tyrans t'ont condamn mort1 le philosophe rpondit3 ,eux1 le sont par la nature4--,quelle sottise de nous affliger au moment mme o nous allons tre dlivrs de tous maux4--,notre venue en ce monde a t pour nous la venue de toutes choses2 notre mort sera de mme pour nous la mort de tout4 ,regretter de n'tre plus dans cent ans1 est aussi fou que si nous regrettions de n'tre pas n cent ans plus tt4 ,mourir1 c'est renatre une autre vie2 nous sommes ns dans les larmes1 il nous en a cot d'entrer dans la vie actuelle2 en passant une vie nouvelle1 nous nous dpouillons de ce que nous avons t dans celle qui l'a prcde4--,une chose qui ne peut arriver qu'une fois ne peut tre d'une gravit excessive2 est-il raisonnable d'apprhender si longtemps l'avance un accident de si courte dure8--,par le fait de la mort vivre longtemps ou peu1 c'est tout un1 parce que ce qui n'est plus n'est ni long1 ni court4--,aristote dit qu'il y a sur la rivire ,hypanis des insectes qui ne vivent qu'un jour3 ceux qui meurent huit heures du matin1 meurent jeunes2 ceux qui meurent cinq heures du soir1 meurent de vieillesse4 ,qui de nous ne trouverait plaisant qu'une si minime diffrence dans la dure de ces existences si phmres1 puisse les faire taxer d'heureuses8 ,pareille apprciation sur la dure de l'existence humaine est aussi ridicule1 si nous la comparons l'ternit1 ou encore celle des montagnes1 des rivires1 des toiles1 des arbres et mme celle de certains animaux4 ,la mort fait partie de l'ordre universel des choses4--,quoi qu'il en soit1 il en est ainsi du fait mme de la ,nature3 ,sortez de ce monde1 nous dit-elle1 comme vous y tes entrs4 ,vous tes passs de la mort la vie1 sans que ce soit un effet de votre volont et sans en tre effrays2 faites de mme pour passer de la vie la mort2 votre mort rentre dans l'organisation mme de l'univers1 c'est un fait qui a sa place marque dans le cours des sicles3 ,les mortels se prtent mutuellement la vie4442 c'est le flambeau qu'on se passe de main en main comme aux courses sacres 7,lucrce74 ,croyez-vous que1 pour vous1 je vais changer cet admirable agencement8 ,mourir est la condition mme de votre cration2 la mort est partie intgrante de vous-mme1 sans cesse vous allez vous drobant vous-mme4 ,l'existence dont vous jouissez1 tient la fois de la vie et de la mort2 du jour de votre naissance1 vous vous acheminez tout la fois et dans la vie et vers la mort4 ,la premire heure de votre vie1 est une heure de moins que vous avez vivre 7,snque74--,natre1 c'est commencer de mourir2 le dernier moment de notre vie1 est la consquence du premier 7,manilius74 ,tout le temps que vous vivez1 vous le drobez la vie et la diminuez d'autant4 ,votre vie a pour effet continu de vous conduire la mort4 ,alors que vous tes en vie1 vous tes constamment sous le coup de la mort1 puisqu'une fois mort1 vous n'tes plus en vie2 ou1 si vous le prfrez1 la mort succde la vie1 donc votre vie durant1 vous tes moribond2 et la mort1 quand elle prpare son uvre1 a une action autrement dure1 nergique1 considrable1 que lorsqu'elle l'a accompli4 ,la vie n'est en soi ni un bien1 ni un mal4--,si vous avez su user de la vie1 en ayant joui autant qu'il se pouvait1 allez-vous-en et dclarez-vous satisfait3 ,pourquoi ne pas sortir du banquet de la vie1 comme un convive rassasi 7,lucrce78 ,si vous n'avez pas su en user1 si elle vous a t inutile1 que vous importe de la perdre2 si elle se continuait1 quoi l'emploieriez-vous bien8 ,a quoi bon prolonger des jours1 dont on ne saurait faire meilleur usage que par le pass 7,lucrce76 ,la vie1 par elle-mme1 n'est ni un bien1 ni un mal2 elle devient un bien ou un mal1 suivant ce que vous en agissez4--,si vous avez vcu un seul jour1 vous avez tout vu1 chaque jour tant la rptition de tous les autres4 ,la lumire est une1 la nuit est une2 ce soleil1 cette lune1 ces toiles1 cet ensemble dont vous avez joui1 sont les mmes que du temps de vos aeux2 ce sont les mmes que connatront vos arrire-neveux3 ,vos neveux ne verront rien de plus que ce qu'ont vu leurs pres 7,manilius74--,tout au plus peut-on dire que la totalit des actes divers que comporte la comdie laquelle je vous ai convi1 s'accomplit dans le cours d'une anne1 dont les quatre saisons1 si vous y avez prt attention1 embrassent l'enfance1 l'adolescence1 la virilit et la vieillesse de tout ce qui existe4 ,cette marche est constante1 le jeu n'en varie jamais2 sans autre malice1 sans cesse il se renouvelle2 et il en sera toujours ainsi3 ,nous tournons toujours dans le mme cercle 7,lucrce72 et l'anne recommence sans cesse la route qu'elle a parcourue 7,virgile74 ,il n'entre pas dans mes projets d'innover pour vous un autre ordre de choses3 ,je ne puis rien imaginer1 rien inventer de nouveau pour vous plaire2 c'est1 ce sera toujours la rptition des mmes tableaux 7,lucrce74--,faites place d'autres1 comme d'autres vous l'ont faite4 ,l'galit est la premire condition de l'quit4 ,qui peut se plaindre d'une mesure qui s'tend tous8 ,vous avez beau prolonger votre vie2 quoi que vous fassiez1 vous ne rduirez en rien le temps durant lequel vous serez mort2 si longue qu'elle soit1 votre vie n'est rien1 et cet tat qui lui succdera1 que vous semblez si fort redouter1 aura la mme dure que si vous tiez mort en nourrice3 ,vivez autant de sicles que vous voudrez1 la mort n'en sera pas moins ternelle 7,lucrce74 ,en cet tat o je vous mettrai1 vous n'aurez pas sujet d'tre mcontent3 ,ignorez-vous qu'il ne vous survivra pas un autre vous-mme qui1 vivant1 puisse vous pleurer mort et gmir sur votre cadavre 7,lucrce78 et cette vie que vous regrettez tant1 vous ne la dsirerez plus3 ,nous n'aurons plus alors nous inquiter ni de nous-mmes1 ni de la vie4441 et nous n'aurons aucun regret de l'existence 7,lucrce74 ,la mort est moins que rien1 si tant est que cela puisse tre3 ,la mort est moins craindre que rien1 s'il existe quelque chose qui soit moins que rien 7,lucrce74 ,mort ou vivant vous lui chappez3 vivant1 parce que vous tes2 mort1 parce que vous n'tes plus4 ,bien plus1 nul ne meurt avant son heure4 ,le temps que vous ne vivez plus1 ne vous appartient pas plus que celui qui a prcd votre naissance2 vous tes tranger l'un comme l'autre3 ,considrez en effet que les sicles sans nombre1 dj couls1 sont pour nous comme s'ils n'avaient jamais t 7,lucrce74 ,quelle que soit la dure de votre vie1 elle forme un tout complet4 ,elle est utile1 non par sa dure1 mais par l'usage qui en est fait4 ,tel a vcu longtemps1 qui a peu vcu4 ,songez-y pendant que vous le pouvez1 il dpend de vous et non du nombre de vos annes que vous ayez assez vcu4 ,pensiez-vous donc ne jamais arriver au point vers lequel vous n'avez jamais cess de marcher4 ,existe-t-il un chemin qui ne prenne fin8 ,si avoir des compagnons peut tre pour vous de quelque soulagement1 le monde tout entier ne va-t-il pas du mme train que vous8 ,les races futures vous suivront leur tour 7,lucrce74 ,tout obit la mme impulsion que celle laquelle vous obissez4 ,y a-t-il quelque chose qui ne vieillisse pas1 comme vous-mme vieillissez8 ,des milliers d'hommes1 des milliers d'animaux1 des milliers de cratures autres1 meurent au mme instant o vous mourez vous-mmes3 ,il n'est pas une seule nuit1 pas un jour1 o l'on n'entende1 mls aux vagissements du nouveau-n1 les cris de douleur pousss autour d'un cercueil 7,lucrce74 ,pourquoi essayer de reculer1 puisque vous ne pouvez revenir en arrire8 ,vous en avez vu qui se sont bien trouvs de mourir1 chappant par l de grandes misres2 avez-vous vu quelqu'un qui s'en soit mal trouv8 et n'est-ce pas une bien grande niaiserie que de condamner une chose que vous ne connaissez ni par vous-mmes1 ni par d'autres8--,pourquoi te plaindre de moi et de la destine8 ,te faisons-nous tort8 ,est-ce toi de nous gouverner1 ou est-ce toi qui relves de nous8 ,si peu avanc en ge que tu sois1 ta vie est arrive son terme2 un homme de petite taille est aussi complet qu'un homme de haute taille2 ni la taille de l'homme1 ni sa vie1 n'ont de mesure dtermine4 ,l'immortalit n'est pas dsirable4--,chiron refusa l'immortalit1 lorsque ,saturne son pre1 le dieu mme du temps et de la dure1 lui en eut rvl les conditions4 ,imaginez-vous combien1 en vrit1 une vie sans fin serait moins tolrable et beaucoup plus pnible pour l'homme que celle que je lui ai donne4 ,si vous n'aviez la mort1 vous me maudiriez sans cesse de vous en avoir privs4 ,pourquoi la mort est mle d'amertume4--,c'est dessein que j'y ai ml quelque peu d'amertume1 pour empcher qu'en raison de la commodit de son usage1 vous ne la recherchiez avec trop d'avidit et en dpassant la mesure4 ,pour vous amener cette modration que je rclame de vous1 de ne pas abrger la vie et de ne pas chercher esquiver la mort1 j'ai tempr l'une et l'autre par les sensations plus ou moins douces1 plus ou moins pnibles1 qu'elles sont mme de vous procurer4 ,j'ai appris ,thals1 le premier de vos sages1 que vivre et mourir sont choses galement indiffrentes2 ce qui l'amena rpondre trs sagement quelqu'un qui lui demandait pourquoi alors il ne se donnait pas la mort3 ,parce que cela m'est indiffrent4--,l'eau1 la terre1 l'air1 le feu et tout ce qui constitue mon domaine et contribue ta vie1 n'y contribuent pas plus qu'ils ne contribuent ta mort4 ,pourquoi redoutes-tu ton dernier jour8 ,il ne te livre pas plus la mort que ne l'a fait chacun de ceux qui l'ont prcd4 ,le dernier pas que nous faisons n'est pas celui qui cause notre fatigue1 il ne fait que la dterminer4 ,tous les jours mnent la mort1 le dernier seul y arrive4 ,voil les sages avertissements que nous donne la ,nature1 notre mre4 ,pourquoi la mort nous parat autre la guerre que dans nos foyers2 pourquoi elle est accueillie avec plus de calme par les gens du commun que par les personnes des classes plus leves4--,je me suis souvent demand d'o vient qu' la guerre1 la perspective1 la vue de la mort1 qu'il s'agisse de nous ou des autres1 nous impressionnent1 sans comparaison1 beaucoup moins que dans nos demeures2 s'il en tait autrement1 une arme ne se composerait que de mdecins et de gens continuellement en pleurs4 ,je m'tonne galement que la mort tant la mme pour tous1 elle soit cependant accueillie avec plus de calme par les gens de la campagne et de basse extraction que par les autres4 ,je crois en vrit que ces figures de circonstance et cet appareil lugubre dont nous l'entourons1 nous impressionnent plus qu'elle-mme4 ,quand elle approche1 c'est une transformation complte de notre vie journalire3 mres1 femmes1 enfants1 crient qui mieux mieux2 quantit de personnes font visite1 consternes et transies2 les gens de la maison sont l1 ples et plors2 l'obscurit rgne dans la chambre2 des cierges sont allums2 notre chevet1 se tiennent prtres et mdecins2 en somme tout1 autour de nous1 est dispos pour inspirer l'horreur et l'effroi2 nous n'avons pas encore rendu le dernier soupir1 que dj nous sommes ensevelis et enterrs4 ,les enfants ont peur1 mme des personnes qu'ils affectionnent1 quand elles leur apparaissent masques1 c'est ce qui nous arrive cette heure2 enlevons les masques aux choses comme aux personnes1 et dessous nous y verrons tout simplement la mort2 la mme1 au sein de laquelle s'en sont alls hier1 sans plus en avoir peur1 tel valet ou telle petite femme de chambre4 ,c'est une mort heureuse1 que celle qui nous surprend sans donner le temps de pareils apprts4 ,,chapitre ,,xx4 ,de la force de l'imagination4 ,des effets de l'imagination4--,une imagination fortement proccupe d'un vnement1 peut l'amener 7,snque71 disent les gens d'exprience4 ,je suis de ceux sur lesquels l'imagination a beaucoup d'empire2 chacun l'prouve plus ou moins1 mais il en est chez lesquels son action est prpondrante2 je suis de ceux-l1 elle s'impose moi2 aussi je m'efforce de lui chapper1 faute de pouvoir lui rsister4 ,je passerais volontiers ma vie en compagnie de personnes bien portantes et d'humeur gaie2 la vue des angoisses des autres agit matriellement sur moi d'une faon pnible1 et souvent j'ai souffert de sentir qu'un autre souffrait4 ,quelqu'un qui tousse continuellement1 amne cette mme irritation dans mes poumons et dans mes bronches4 ,je suis moins port visiter les malades auxquels1 par devoir1 je porte intrt1 que ceux prs desquels je suis appel sans m'y attendre et pour lesquels je n'ai pas grande considration4 ,je me pntre d'une maladie sur laquelle je porte particulirement mon attention1 et en prends le germe4 ,je ne trouve pas tonnant qu' ceux qui laissent faire leur imagination1 elle puisse1 s'ils n'y prennent garde1 communiquer la fivre et mme amener la mort4--,simon ,thomas tait un grand mdecin en son temps4 ,il me souvient que me rencontrant un jour avec lui1 ,toulouse1 chez un vieillard qui avait de la fortune et tait malade de la poitrine1 ,simon ,thomas1 dans sa consultation1 lui dit qu'entre autres moyens de gurison1 il lui conseillait de chercher faire que je me plaise en sa compagnie1 et qu'en s'appliquant contempler la fracheur de mon visage1 en concentrant sa pense sur l'allgresse et la vigueur qui rayonnaient de tout mon tre alors en pleine adolescence1 qu'en imprgnant tous ses sens de cette exubrance de sant qui tait en moi1 il pourrait en amliorer son tat habituel2 il omettait de dire que1 par contre1 le mien pourrait bien aussi s'en fcheusement ressentir4--,gallus ,vibius s'appliqua si fort tudier les causes et les effets de la folie1 qu'il en perdit la raison et ne put la recouvrer2 en voici un qui pouvait se vanter d'tre devenu fou par excs de sagesse4--,chez quelques condamns1 la frayeur devance l'action du bourreau1 tmoin celui auquel1 sur l'chafaud1 on dbanda les yeux pour lui donner lecture de sa grce et qui tait dj mort foudroy1 par le seul effet de son imagination4 ,son action suffit pour nous mettre en nage1 nous donner le frisson1 nous faire plir1 rougir2 sur notre lit de plume1 notre corps s'agite sous ses excitations1 au point de parfois nous faire rendre l'me2 et la bouillante jeunesse s'en chauffe tel point qu'il lui arrive1 pendant le sommeil1 d'aller1 sous l'influence d'un rve1 jusqu' assouvir ses amoureux dsirs4 ,des motions violentes peuvent occasionner des modifications radicales dans notre organisme4--,bien qu'il ne soit pas rare de voir1 pendant la nuit1 les cornes pousser tel qui n'en avait pas en se couchant1 le cas de ,cippus1 roi d',italie1 est particulirement remarquable4 ,il avait assist dans la journe un combat de taureaux et s'y tait si vivement intress que1 toute la nuit1 il avait rv qu'il lui venait des cornes sur la tte1 ce qui1 par la force de l'imagination1 se produisit effectivement4--,l'amour filial donna au fils de ,crsus la voix que la nature lui avait refuse4--,antiochus contracta la fivre1 par suite de l'impression excessive que lui avait fait prouver la beaut de ,stratonice4--,pline dit avoir vu ,lucius ,cossitius de femme chang en homme1 le jour de ses noces4--,pontanus et d'autres rapportent de pareilles mtamorphoses advenues en ,italie1 dans les sicles passs2 et1 par suite d'un violent dsir1 conu par lui et par sa mre1 ,iphis paya garon1 les vux qu'il avait faits tant fille 7,ovide74 tant de passage ,vitry le ,franais1 il me fut donn de voir un homme qui1 en raison du fait1 avait reu de l'vque de ,soissons le nom de ,germain1 et que tous les gens de la localit avaient connu et vu fille1 jusqu' l'ge de vingt-deux ans1 sous le nom de ,marie4 ,a l'poque o je le vis1 il tait dj g1 portait une forte barbe et n'tait pas mari2 il expliquait son cas1 par un effort qu'il s'tait donn en sautant1 qui avait dtermin dans ses organes gnitaux une transformation qui avait chang son sexe4 ,on chante encore dans ce pays une chanson o les filles s'avertissent de ne pas faire de trop grandes enjambes1 de peur de devenir garon1 comme ,marie ,germain4--,ce n'est pas l du reste un fait extraordinaire2 ce genre d'accident se rencontre assez frquemment4 ,on peut pourtant observer que si1 en pareil cas1 l'imagination y est pour quelque chose1 c'est un point sur lequel elle est surexcite avec une telle continuit et une telle violence1 que pour ne pas avoir retomber si souvent dans cette pense obsdante1 dans ce dsir effrn1 la nature aurait meilleur compte de doter1 une fois pour toutes1 les filles d'un organe masculin4 ,l'imagination peut produire des extases1 des visions1 des dfaillances considres jadis comme le fait d'enchantements4--,il en est qui attribuent un effet de l'imagination les stigmates du roi ,dagobert et de saint ,franois4--,on dit que sous cette mme influence1 le corps humain peut se soulever de la place qu'il occupe4--,celsus raconte qu'un prtre parvenait produire en lui-mme une telle extase que1 durant un assez long temps1 le cours de sa respiration en tait arrt et son corps insensible4--,saint ,augustin en cite un autre1 auquel il suffisait de faire entendre des cris lamentables et plaintifs1 pour le voir tout coup tomber en faiblesse et perdre le sentiment1 au point qu'on avait beau le secouer1 hurler1 le pincer1 le brler1 il ne ressentait rien1 tant qu'il n'avait pas repris connaissance4 ,revenu lui1 il disait avoir entendu des voix semblant venir de loin1 et s'apercevait alors seulement de ses brlures et de ses meurtrissures2 comme pendant tout ce temps il tait demeur sans pouls ni haleine1 cela indiquait bien que cette insensibilit n'tait pas1 de sa part1 le fait d'une volont arrte4--,il est vraisemblable que c'est surtout par un effet de l'imagination1 agissant principalement sur les mes des gens du peuple plus enclins la crdulit1 que les visions1 99 les miracles1 les enchantements et tous les faits surnaturels de mme ordre1 trouvent crance2 on les a si bien endoctrins1 qu'ils en arrivent croire qu'ils voient des choses qu'ils ne voient rellement pas4 ,je 99 crois aussi que ces dfaillances singulires dans la consommation du mariage1 qui rduisent tant de personnes une impuissance momentane1 qu'on ne s'entretient que de cela1 sont tout simplement un effet de l'apprhension et de la crainte4 ,je sais de source certaine qu'une personne dont je puis rpondre comme de moi-mme1 qu'on ne peut souponner ni de faiblesse1 ni de croyance aux enchantements1 ayant entendu un de ses compagnons raconter la dfaillance extraordinaire qui lui tait survenue au moment mme o elle tait le plus hors de saison1 ce rcit lui revenant la mmoire1 il en prouva1 en pareille circonstance1 une telle apprhension et son imagination en fut tellement frappe que mme infortune lui arriva cette fois et d'autres encore1 ce dsagrable souvenir de sa msaventure le poursuivant et l'obsdant sans cesse4 ,pour remdier cette singulire situation1 il imagina un moyen non moins singulier4 ,prenant les devants1 avant toute chose1 il avouait de lui-mme ce quoi il tait sujet2 il trouvait un soulagement la contention d'esprit laquelle il tait en proie1 par l'annonce de ce qui pouvait arriver2 il lui semblait tre tenu moins et en tait moins proccup4 ,quand alors sa compagne1 dment avertie1 en vint se livrer complaisamment lui1 lui concdant toute latitude d'essayer1 de s'y reprendre en usant d'elle son gr1 son esprit se trouvant de la sorte dgag de l'obsession qui l'treignait1 il fut radicalement guri4 ,du reste avec qui on a fait une fois acte de virilit1 l'impuissance n'est plus redouter1 sauf dans les cas o elle s'explique par notre puisement4 ,pareil accident n'est d'ordinaire craindre que dans les circonstances o on est surexcit par un dsir immodr contenu par le respect1 particulirement lorsque les rencontres sont imprvues et que l'on est press par le temps2 notre trouble alors nous empche de nous ressaisir4 ,je connais une personne1 demi blase il est vrai sur les plaisirs de ce genre1 laquelle le contact de la femme suffit pour calmer l'ardeur qui le possde1 et qui doit cette impuissance d'avoir1 malgr son ge1 conserv ses facults cet gard2 j'en sais une autre1 laquelle il a suffi qu'un ami l'ait assur possder un prservatif certain contre ces enchantements1 pour le garantir de ces faiblesses2 la chose vaut la peine d'tre conte4 ,un comte1 de trs bonne famille1 avec lequel j'tais fort li1 se mariant avec une trs belle personne1 qui avait t l'objet des assiduits de quelqu'un qui assistait au mariage1 inquitait fort ses amis1 et en particulier une vieille dame sa parente1 qui prsidait ses noces qui avaient lieu chez elle2 elle croyait ces sorcelleries et me fit part qu'on redoutait fort que le quidam n'en ust contre lui4 ,je lui rpondis que j'tais mme de prvenir ces malfices et la priai de s'en reposer sur moi4 ,j'avais par hasard1 dans un coffre1 une petite pice d'or de peu d'paisseur1 dont m'avait fait prsent ,jacques ,pelletier1 lorsqu'il demeurait chez moi2 sur cette pice taient gravs quelques signes du zodiaque1 dans le but de constituer un prservatif contre les coups de soleil et gurir les maux de tte4 ,on la plaait1 cet effet1 exactement sur la suture du crne1 l'y maintenant l'aide d'un ruban auquel elle tait fixe et qui s'attachait sous le menton1 bizarrerie cousine germaine de celle dont nous parlons4 ,l'ide me vint d'en tirer parti1 et je dis au comte que1 bien que menac de la mme infortune que les autres1 ayant des ennemis qui s'employaient la lui faire arriver1 il pouvait nanmoins s'aller coucher sans crainte1 que j'tais mme de lui rendre un vrai service d'ami et1 au besoin1 de faire un miracle en sa faveur1 pourvu que1 sur son honneur1 il s'engaget en garder trs fidlement le secret4 ,il devait simplement1 pendant la nuit1 lorsqu'on irait lui porter le rveillon1 si les choses allaient mal pour lui1 me faire ce moment un signe dont nous convnmes4 ,il avait eu l'esprit et les oreilles si rabattus de tout ce qui s'tait dit ce propos que1 son imagination aidant1 ce qu'il redoutait arriva2 et1 l'heure dite1 il me fit le signe convenu4 ,je lui glissai alors l'oreille de se lever comme pour nous mettre dehors1 de s'emparer en manire de plaisanterie de la robe de nuit que je portais1 de la mettre 7nous tions peu prs de la mme taille71 et de la conserver jusqu' ce qu'il et excut le reste de mon ordonnance1 qui fut que1 lorsque nous serions sortis1 il se retirt comme pour tomber de l'eau1 pronont trois fois telles paroles et ft tels mouvements que je lui indiquai4 ,a chaque fois1 il devait ceindre le ruban que je lui remis1 en appliquant soigneusement sur les reins la mdaille qui y tait attache1 ayant bien soin finalement de l'assujettir1 de telle sorte qu'il ne puisse ni se dnouer1 ni se dranger2 et retourner alors en toute assurance sa besogne1 sans omettre d'tendre ma robe sur le lit1 de faon qu'elle les couvrt tous deux1 elle et lui4 ,ces singeries constituaient la chose capitale de l'affaire2 de si tranges moyens nous semblent en effet ne pouvoir procder que d'une science difficile pntrer1 et par leur insanit mme1 ils acquirent importance et considration4 ,en somme il est certain qu'en la circonstance1 mon talisman agit plus en secondant l'uvre de ,vnus qu'en combattant celle du soleil1 poussant plus l'action que remplissant un rle de protection4 ,en cette occasion1 je cdai un mouvement de jovialit et de curiosit qui n'est pas dans ma nature2 je suis au contraire ennemi de ces simagres qui n'ont pas le sens commun2 c'est un genre que je n'aime pas1 bien que cette fois j'en aie us d'une faon rcrative et profitable2 mais si le fait n'est pas par lui-mme rprouver1 il rentre dans un ordre d'ides qu'on ne peut approuver4 ,amasis1 roi d'gypte1 avait pous ,laodice1 une trs belle fille grecque2 et lui qui1 en pareil cas1 tait toujours un aimable compagnon1 se trouva court quand il voulut jouir d'elle4 ,attribuant le fait ce qu'elle lui avait jet un sort1 il menaa de la tuer4 ,comme il arrive propos de tout ce qui est du ressort de l'imagination1 elle le pressa1 pour faire cesser cet tat de choses1 de recourir la dvotion4 ,il fit ,vnus force vux et promesses2 et1 ds la premire nuit qui suivit ses offrandes et ses sacrifices1 il recouvrit1 comme par l'intervention de la divinit1 la plnitude de ses moyens2 cela montre combien les femmes ont tort1 lorsqu'elles nous accueillent en prenant vis--vis de nous des attitudes compasses1 querelleuses1 faisant mine de nous repousser2 en en agissant ainsi1 elles teignent nos ardeurs1 tout en les excitant4 ,la bru de ,pythagore disait que la femme qui couche avec un homme1 doit1 en mme temps qu'elle te sa jupe1 se dpartir de toute pudeur1 et n'y revenir qu'en la revtant4--,l'homme qui1 dans ses rapports avec les femmes1 a eu souffrir plusieurs msaventures semblables1 perd aisment confiance4 ,celui qui1 victime une premire fois de son imagination1 subit cette honte 7et elle ne se produit 99 gure qu'aux dbuts d'une liaison1 alors que les dsirs sont le plus vifs et le plus ardents et qu'en cette premire rencontre1 tenant donner bonne opinion de soi1 on redoute d'autant plus de faillir71 ayant mal commenc1 prouve de cet accident un dpit qui le met dans un tat d'agitation tel1 qu'il court grand risque de ne pas mieux se montrer dans les rencontres qui suivent4 ,comment les maris doivent se comporter dans la couche nuptiale4--,les gens maris se trouvant avoir tout leur temps1 ne doivent ni se presser1 ni mme tenter d'entrer en rapport1 s'ils ne sont entirement prts2 il est prfrable1 dans l'tat d'agitation et de fivre o l'on est en pareil moment1 de diffrer d'trenner la couche nuptiale1 si dplaisant que ce soit1 et d'attendre patiemment un moment o l'on soit plus dispos et plus calme1 que de s'exposer de continuels mcomptes1 pour s'tre laiss surprendre et se dsesprer d'un premier chec4 ,avant d'entrer en possession l'un de l'autre1 celui qui a sujet de douter de lui-mme1 doit inopinment1 des moments divers1 essayer en se jouant1 provoquant sa belle sans s'opinitrer1 de manire arriver connatre si1 oui ou non1 il peut ou ne peut pas4 ,que ceux1 au contraire1 qui savent qu'en eux les moyens sont toujours hauteur de leurs dsirs1 se gardent pourtant d'en arriver l'impuissance1 en cdant par trop leur fantaisie4 ,nos organes sont sujets aller l'encontre de notre volont1 qui elle-mme chappe parfois toute direction4--,c'est avec raison qu'on remarque combien cet organe est indpendant de nous-mmes2 nous sollicitant souvent fort importunment quand nous n'en avons que faire2 nous faisant dfaut parfois tout aussi mal propos1 alors qu'il nous serait de toute ncessit2 se mettant en opposition directe avec notre volont1 se refusant nettement et obstinment toutes les sollicitations1 soit de notre imagination1 soit par attouchements4 ,si cependant on arguait de cette indpendance de sa part1 pour demander sa condamnation1 et que j'ai charge de dfendre sa cause1 je hasarderais que cette querelle doit venir du fait de nos autres organes1 ses compagnons1 qui1 jaloux de son importance et de la douceur de son usage1 ont d comploter et soulever le monde contre lui1 imputant mchamment lui seul une faute qu'eux-mmes commettent tout comme lui4 ,car enfin1 rflchissez3 est-il une seule partie de notre corps qui ne se refuse souvent ce qui lui incombe et qui1 souvent aussi1 n'agisse contre notre volont8 ,chacune d'elles obit des impulsions qui lui sont propres1 qui l'veillent et l'endorment en dehors de notre consentement4 ,que de fois les mouvements involontaires de notre visage rvlent des penses que nous voudrions tenir secrtes et les livrent ceux qui nous approchent4 ,la cause qui fait que cet organe a des mouvements indpendants de nous1 exerce une action semblable sur le cur1 les poumons et le pouls2 l'motion fivreuse que produit en nous la vue d'un objet agrable1 nous pntre tout entier de ses feux1 sans mme que nous nous en apercevions4 ,n'y a-t-il que ces muscles et ces veines qui se tendent et se distendent1 non seulement sans que nous le voulions1 mais mme sans que ce soit un effet de notre pense4 ,nous ne commandons pas nos cheveux de se hrisser1 notre peau de tressaillir de dsir ou de crainte2 la main fait souvent des mouvements inconscients2 la langue se paralyse1 la voix se fige certains moments4 ,alors mme que nous n'avons rien manger et boire1 et que par suite nous nous passerions bien d'y tre incits1 l'apptit ne sollicite-t-il pas en nous l'envie de boire et de manger et les organes qui s'y emploient1 ni plus ni moins que fait cet autre apptit qui sollicite cette partie de nous-mmes qui se trouve incrimine et qui1 comme le premier1 s'teint aussi sans raison1 quand bon lui semble8 ,les organes par lesquels se dcharge le ventre1 n'ont-ils pas des mouvements de rtraction et de dilatation qui se produisent spontanment et malgr nous1 tout comme ceux qui concourent au fonctionnement des organes gnitaux8 ,pour dmontrer la puissance de notre volont1 saint ,augustin cite avoir vu quelqu'un qui avait possibilit de produire1 quand il le voulait1 une vacuation sonore de gaz intestinaux2 ,vivs1 glossateur de saint ,augustin1 renchrit sur cette citation par l'exemple d'un individu de son temps qui1 cette possibilit1 joignait celle de donner ces bruits une sonorit proportionne au ton de voix plus ou moins lev sur lequel on le lui demandait2 ce ne sont pas l cependant des preuves irrfutables d'une obissance absolue de cette partie de notre corps qui1 d'ordinaire1 est plus indiscrte et moins ordonne dans ses manifestations parfois indisciplines4 ,je connais une personne chez qui cette partie d'elle-mme est si turbulente et si peu traitable que1 depuis quarante ans1 elle est tourmente par cette infirmit de ne pouvoir se contenir2 cette vacuation est chez elle1 pour ainsi dire1 continue1 sans accalmie1 et parat devoir demeurer telle jusqu' sa mort4 ,combien de fois l'impossibilit de se soulager de la sorte1 n'a-t-elle pas t cause de souffrances qui nous torturent comme les approches d'une mort des plus douloureuses2 en ce qui me touche1 que n'a-t-il plu ,dieu que je ne le sache que par ou dire2 et pourquoi l'empereur ,claude1 en octroyant chacun la libert de donner1 sur ce point1 libre cours la nature1 en quelque endroit que nous nous trouvions1 n'a-t-il pu aussi nous en donner la possibilit6 ,mais notre volont elle-mme1 dont nous revendiquons ici l'autorit mconnue1 combien n'avons-nous pas1 bon droit1 encore plus sujet de lui reprocher de son esprit d'opposition et de rbellion1 en raison de ses drglements et de ses dsobissances6 ,veut-elle toujours ce que nous voudrions qu'elle voult8 ,ne veut-elle pas souvent1 alors qu'il est vident que nous en serons lss1 ce que nous lui dfendons de vouloir8 ,se laisse-t-elle toujours conduire par les conseils judicieux de notre raison8 ,enfin1 pour la dfense de cet organe dont je suis l'avocat1 je demande que l'on considre qu'en ce qui touche ce qui lui est reproch1 sa cause est insparablement lie celle d'un autre1 son associ2 les deux causes se confondent et pourtant mon client est le seul qu'on incrimine1 parce qu'il est contre lui des arguments et des mfaits dont on ne saurait faire reproche son complice1 auquel on peut bien imputer ses provocations parfois inopportunes1 mais jamais de se refuser2 encore ses provocations sont-elles discrtes et d'allure tranquille4 ,on peut juger par l de l'animosit et du mal-fond manifestes de l'accusation4--,quoi qu'il en soit1 avocats et juges auront beau discuter et rendre des sentences1 la nature n'en continuera pas moins son train2 si elle a dot cet organe de quelque privilge particulier1 c'est avec juste raison1 attendu que seul il perptue l'immortalit chez les mortels1 uvre divine au dire de ,socrates1 et que lui-mme est amour1 dsir d'immortalit1 dmon immortel4 ,du seul fait de l'imagination1 les maladies peuvent se gurir ou s'aggraver4--,de deux compagnons affligs d'crouelles1 venus ensemble d',espagne pour en obtenir la gurison1 l'un croit aux pratiques qui doivent la produire et laisse son mal en ,france1 l'autre le remporte avec lui2 l'imagination1 en pareille matire1 joue un tel rle1 que c'est pour cela qu'on n'opre que sur des sujets qui tmoignent de dispositions cet effet4 ,pourquoi les mdecins1 avant d'agir1 s'appliquent-ils mettre leurs malades en confiance1 en leur donnant des assurances auxquelles eux-mmes ne croient pas1 si ce n'est pour que leur imagination supple l'inefficacit prvue de leurs remdes8 ils n'ont garde d'oublier ce qu'a crit un des matres dans leur art1 que certains malades se sont trouvs dlivrs de leur mal1 par la seule vue des apprts de l'opration4--,je trouve confirmation de cet effet de l'imagination1 dans ce fait que m'a cont un garon apothicaire qu'employait feu mon pre4 ,ce garon1 l'esprit simple1 tait de nationalit suisse1 nation o les gens sont srieux et peu enclins au mensonge4 ,il avait1 pendant de longues annes1 eu affaire avec un marchand de ,toulouse qui tait maladif1 atteint de la pierre et avait frquemment besoin de lavements1 pour lesquels il se faisait dlivrer par les mdecins des ordonnances appropries son mal du moment4 ,on les lui apportait avec le crmonial d'habitude2 souvent il s'assurait au pralable qu'ils n'taient pas trop chauds1 puis il se couchait1 se mettait sur le ct et on oprait comme il est de rgle1 sauf que l'injection du liquide n'tait pas faite4 ,l'apothicaire se retirait alors et le patient1 accommod comme si le lavement avait t effectivement administr1 en ressentait le mme effet qu'on prouve en pareil cas2 si le mdecin ne trouvait pas cet effet suffisant1 on en administrait deux ou trois autres1 toujours de la mme faon4 ,mon tmoin m'affirmait sur serment que1 pour rduire la dpense1 car le malade payait ces clystres comme s'il les avait reus1 la femme de ce client avait quelquefois essay d'y faire mettre simplement de l'eau tide2 mais chaque fois le rsultat avait rvl la supercherie1 l'effet n'avait pas t tel qu'il tait attendu et il avait fallu en revenir la premire manire4 ,une femme1 croyant1 en mangeant du pain1 avoir aval une pingle1 criait et se dmenait1 disant prouver une douleur insupportable dans le gosier o elle s'imaginait sentir l'pingle arrte4 ,comme il n'y avait ni enflure1 ni quoi que ce soit de manifeste au dehors1 une personne avise jugea que c'tait un effet d'imagination provenant de ce qu'elle avait d avoir la gorge rafle au passage par un morceau de son pain4 ,elle la fit vomir1 et dans ce qu'elle rendit1 jeta la drobe une pingle tordue4 ,la femme se figurant que c'tait son pingle qu'elle avait rendue1 la douleur qu'elle ressentait disparut subitement4--,je sais un gentilhomme qui1 trois ou quatre jours aprs avoir trait chez lui bonne compagnie1 se vanta1 en manire de plaisanterie1 de lui avoir fait manger un chat en pt1 ce qui n'tait pas4 ,une demoiselle1 qui tait du nombre des convives1 en conut une telle horreur1 qu'elle en eut la fivre et un si grand drangement d'estomac1 qu'on ne put la sauver4 ,les btes elles-mmes peuvent en ressentir les effets4--,les btes elles-mmes sont1 comme nous1 sujettes aux effets de l'imagination1 tmoin les chiens qui se laissent mourir de chagrin1 lorsqu'ils perdent leur matre4 ,c'est un effet analogue qui les fait japper et se trmousser sous l'influence d'un songe1 pendant leur sommeil2 et aussi que1 tout en dormant1 les chevaux hennissent et se dbattent4 ,notre imagination est susceptible d'agir mme sur d'autres que sur nous4--,tout ce qui prcde1 peut tre attribu la liaison intime qui rgne entre le corps et l'me et amne entre eux un change d'impressions4 ,il n'en est plus ainsi quand notre imagination agit1 non plus seulement sur nous-mmes1 mais sur autrui4 ,de mme que la maladie d'un corps se transmet un autre corps1 ainsi qu'il arrive dans le cas de la peste1 de la vrole1 de maux d'yeux o le mal va de l'un l'autre3 ,en regardant des yeux malades1 les yeux le deviennent eux-mmes2 beaucoup de maux se communiquent ainsi1 souvent d'un corps un autre 7,ovide72 de mme l'imagination1 vivement excite1 peut produire des manations ayant action sur un autre tre4--,l'antiquit nous a transmis le souvenir de femmes de la ,scythie qui1 animes et courrouces contre quelqu'un1 le tuaient par la seule force de leur regard4--,les tortues et les autruches couvent leurs ufs simplement en les regardant1 ce qui suppose que leurs yeux possdent un certain degr la facult d'mettre et de propulser un fluide quelconque4--,les sorciers passent pour avoir le mauvais il3 ,je ne sais quel il fascine mes tendres agneaux 7,virgile72 pour moi1 je n'ai aucune croyance dans le pouvoir de ceux qui se disent magiciens4--,quoi qu'il en soit1 nous voyons ce fait de femmes enceintes imprimant aux enfants qu'elles portent dans leur sein des marques des carts de leur imagination ou des fantaisies qu'elles peuvent avoir2 tmoin celle qui engendra ,ludovic le ,more4 ,il a t prsent au roi ,charles1 roi de ,bohme et empereur1 une fille des environs de ,pise1 toute velue1 aux poils hrisss1 ce que sa mre attribuait ce qu'elle l'avait conue1 ayant sous les yeux1 appendue prs de son lit1 une image de saint ,jean-,baptiste4 ,il en est de mme des animaux1 comme nous le voyons par les brebis de ,jacob1 par les perdrix et les livres que1 dans les montagnes1 la neige fait tourner la couleur blanche4--,on a vu dernirement chez moi1 un chat guettant un oiseau perch au haut d'un arbre2 ils se regardrent fixement avec intensit pendant quelques moments1 puis l'oiseau se laissa tomber comme mort1 entre les pattes du chat1 soit qu'il ait t fascin par un effet de son imagination1 soit qu'il ait cd quelque force attractive manant du chat4 ,montaigne cite les faits qui arrivent sa connaissance1 sans se proccuper de leur exactitude2 il se borne en prendre texte pour ses rflexions4--,ceux qui s'occupent de chasse au faucon1 connaissent ce conte d'un fauconnier qui pariait qu'en fixant avec persistance les yeux sur un milan planant dans l'air1 il l'amnerait1 par la seule puissance de son regard1 abaisser son vol au ras de terre et qui y parvenait1 dit-on2 car je ne le garantis pas1 laissant ceux auxquels je les emprunte1 la responsabilit des histoires que je rapporte4 ,les rflexions que j'mets sont de moi2 elles s'appuient sur la raison1 non sur les faits2 chacun peut y joindre les exemples qu'il juge propos2 quant celui qui n'en a pas ajouter1 qu'il se garde de croire que ceux-ci soient les seuls1 tant ce qui arrive est en toutes choses nombreux et vari2 du reste si je n'appareille pas suffisamment mes exemples1 qu'un autre leur en substitue d'autres qui conviennent mieux2 quant moi1 99 j'estime qu'en procdant comme je le fais1 je rponds bien au but que je me propose4 ,c'est ce qui fait que dans l'tude laquelle je me livre1 de nos murs et de nos passions1 les tmoignages les plus extraordinaires1 pourvu qu'ils soient possibles1 me servent comme s'ils taient vrais2 que ce soit arriv ,rome ou ,paris1 ,jean ou ,pierre1 ils nous montrent toujours une faon de ce que peut la nature humaine et cela suffit pour attirer utilement mon attention4 ,j'en ai connaissance1 et en fais mon profit1 que ce soit fiction ou ralit2 et1 parmi les divers enseignements que souvent l'on peut tirer d'une mme histoire1 je retiens1 pour m'en servir1 celui qui se prsente comme le plus rare et le plus remarquable4 ,il y a des auteurs qui s'appliquent surtout faire connatre les vnements2 pour moi1 si je pouvais1 je viserais plutt chercher en dduire les consquences qui peuvent en advenir4 ,il est1 avec juste raison1 permis dans les coles2 d'admettre la similitude des faits l mme o il n'y en a pas2 ce n'est pourtant pas ainsi que j'en agis1 et plus scrupuleux encore cet gard que je ne le serais si c'tait de l'histoire que j'crivais1 je me suis interdit d'altrer dans les exemples que je donne ici1 tirs de ce que j'ai lu1 entendu1 fait ou dit1 jusqu'aux plus petites et plus insignifiantes circonstances2 je me suis fait un cas de conscience de ne pas y changer un iota2 cela peut arriver du fait de mon ignorance1 c'est alors mon insu4 ,le rle de chroniqueur ne convient gure un philosophe ni un thologien2 pourquoi lui-mme s'est refus crire la chronique de son temps4--,a cet gard1 je me prends parfois penser comment un thologien1 un philosophe et autres1 joignant une conscience scrupuleuse une grande prudence1 peuvent se rsoudre au rle de chroniqueur4 ,comment peuvent-ils certifier des faits qui ne reposent que sur des rumeurs publiques1 rpondre des penses de personnages qui leur sont inconnus et donner leurs conjectures pour argent comptant1 alors qu'ils hsiteraient affirmer sur la foi du serment1 devant la justice1 des actes auxquels seraient mls divers individus1 lors mme que ces actes se seraient passs en leur prsence1 et qu'il n'est personne avec qui ils seraient intimement lis1 dont ils accepteraient de se porter garants d'une faon absolue4 ,je considre du reste comme moins hasardeux d'crire sur le pass que sur le prsent1 parce que dans le premier cas l'crivain ne fait que relater des vnements de l'authenticit desquels d'autres sont responsables4 ,quelques personnes me pressent d'crire sur les affaires de mon temps1 estimant que plus qu'un autre je puis le faire sans passion et que je les connais pour les avoir vues de plus prs1 ayant approch les chefs des divers partis4 ,mais elles ignorent que je ne saurais m'en donner la peine1 alors que je devrais en retirer autant de gloire que ,salluste1 tant ennemi jur de tout ce qui est obligation et demande assiduit et constance4 ,rien n'est si contraire mon style1 qu'une narration suivie et tendue2 j'ai l'haleine courte et1 pour tout ce que je fais1 il faut m'y reprendre plusieurs fois4 ,je ne sais ni dresser le plan d'un ouvrage1 ni le dvelopper2 je suis plus ignorant qu'un enfant des locutions et des expressions affrentes aux choses les plus ordinaires2 et cependant je me suis mis crire ce que je suis en mesure de dire1 mais je le fais ma manire2 si je prenais modle sur un auteur quelconque1 il pourrait arriver que je ne sois pas de taille l'imiter2 et puis1 libre comme je le suis par nature1 j'eusse certainement port sur les choses et les personnes des jugements que1 moi-mme et selon toute raison1 j'aurais estim dpasser les bornes et tre punissables4 ,plutarque pourrait dire que si les faits qu'il rapporte dans ses ouvrages sont tous et en tous points conformes la vrit1 le mrite en revient ceux qui les lui ont fournis2 mais que s'ils sont utiles la postrit et prsents de manire mettre la vertu en relief1 c'est lui-mme qu'il le doit4 ,peu importe qu'un fait remontant une poque loigne1 soit racont d'une faon ou d'une autre2 c'est moins dangereux qu'une erreur dans une ordonnance mdicale4 ,,chapitre ,,xxi4 ,ce qui est profit pour l'un est dommage pour l'autre4 ,dans toute profession1 on ne fait bien ses affaires qu'aux dpens d'autrui4--,demades1 d',athnes1 pronona une condamnation contre un homme de cette ville qui faisait commerce des choses ncessaires aux enterrements1 lui reprochant d'en tirer un trop grand profit1 qui ne pouvait se produire sans la mort de beaucoup de gens4 ,ce jugement ne me semble pas quitable1 parce qu'il n'y a profit pour personne1 sans que ce ne soit aux dpens d'autrui1 et qu' ce compte1 tout gain de toute nature serait condamnable4 ,le marchand ne fait bien ses affaires que parce que la jeunesse aime le plaisir2 le laboureur1 que lorsque le bl est cher2 l'architecte1 quand les maisons tombent en ruine2 tout ce qui tient la magistrature1 vit de nos procs et de nos querelles2 les ministres de la religion eux-mmes tirent honneur et profit de notre mort et de nos faiblesses qu'il nous faut racheter2 aucun mdecin1 ainsi que le dit le comique grec de l'antiquit1 ne voit avec satisfaction ses amis eux-mmes se bien porter2 non plus que le soldat1 son pays en paix avec les peuples voisins2 et ainsi du reste4 ,et1 qui pis est1 chacun qui regarde en lui-mme1 y voit que la plupart des souhaits qu'il fait au plus profond de son cur1 ne se ralisent qu'aux dpens d'autrui qu'ils ont pour point de dpart4 ,en y rflchissant1 il me parat qu'en cela la nature ne se dpartit pas de son principe essentiel1 car les physiciens admettent que toute chose ne nat1 ne se dveloppe et crot que par l'altration et la transformation d'une autre3 ,ds qu'une chose quelconque change de manire d'tre1 il en rsulte aussitt la mort de ce qu'elle tait auparavant 7,lucrce74 ,,chapitre ,,xxii4 ,des coutumes et de la circonspection apporter dans les modifications faire subir aux lois en vigueur4 ,de la force de l'habitude4--,celui-l me parat avoir trs bien apprci la force de l'habitude auquel est due l'invention de ce conte d'une femme de la campagne qui1 ayant coutume de caresser et de porter dans ses bras un veau depuis sa naissance et le faisant chaque jour1 en arriva1 par habitude1 le porter encore1 alors qu'il fut devenu un buf de grande taille2 car la coutume1 en vrit1 est une imprieuse et perfide matresse d'cole4 ,peu peu1 la drobe1 elle prend autorit sur nous2 ses commencements sont doux et humbles2 avec le temps1 elle s'implante et s'affermit1 et en arrive nous montrer un visage absolu et tyrannique1 vers lequel nous n'osons mme plus lever les yeux4 ,nous la voyons violenter la nature1 dans ses accidents comme dans ses rgles3 ,l'usage est le plus sr guide en toutes choses 7,pline74 ,je me range cet gard l'ide qu'exprime l'antre qu'a imagin ,platon dans sa ,rpublique et conois que1 bien souvent1 les mdecins soient amens lui subordonner les traitements que leur art leur indique d'ordonner2 c'est par elle que le roi ,mithridate parvint faire supporter le poison son estomac2 que la fille cite par ,albert en tait arrive vivre d'araignes2 que dans les nouvelles ,indes des peuples1 d'assez d'importance1 ont t trouvs1 sous des climats divers1 qui les mangent1 en font provision1 s'en nourrissent1 et font de mme des sauterelles1 fourmis1 lzards1 chauves-souris1 qu'ils font cuire et apprtent des sauces varies2 un crapaud1 en temps de disette1 s'y est vendu six cus4 ,pour d'autres peuplades1 nos aliments et nos viandes seraient mortels et vnneux3 ,grande est la force de l'habitude2 par elle1 le chasseur passe la nuit dans la neige ou se brle au soleil de la montagne2 l'athlte1 meurtri du ceste1 ne pousse pas mme un gmissement 7,cicron74 ,ces exemples que nous trouvons l'tranger1 ne sont pas si tranges qu'ils paraissent1 si nous considrons ce que nous sommes mme de constater journellement1 combien l'habitude atrophie nos sens4 ,pas n'est besoin pour cela de citer ce que l'on dit des gens qui habitent prs des cataractes du ,nil2 non plus que la thorie mise par les philosophes sur la musique cleste que produisent1 en s'effleurant dans le cours de leurs rvolutions1 les astres1 corps solides et polis1 dont le lger frottement des uns contre les autres doit certainement occasionner une merveilleuse harmonie1 aux accents et au rythme de laquelle leurs contours et leurs orbites se modifient4 ,de cette musique1 si intense qu'elle soit1 personne ne s'aperoit ici-bas1 en raison de sa continuit qui fait que notre oue y est habitue et ne la peroit plus1 tout comme les gyptiens qui n'entendent pas le bruit des cataractes1 si considrable qu'il soit4 ,il suffit d'observer les marchaux ferrants1 les meuniers1 les armuriers1 qui ne rsisteraient pas au vacarme qu'ils font continuellement1 s'ils le percevaient1 comme nous le percevons nous-mmes4--,mon collet de fleurs flatte mon odorat quand je commence le porter2 mais1 au bout de trois jours1 ceux qui m'approchent sont seuls s'apercevoir de la bonne odeur qu'il rpand4--,ce qui est plus tonnant encore1 c'est que malgr des intervalles et des interruptions de longue dure1 l'habitude puisse continuer l'effet des impressions qu'elle a produit sur nos sens1 ainsi qu'il arrive ceux qui habitent prs des clochers4 ,chez moi1 je loge dans une tour o1 matin et soir1 une fort grosse cloche sonne l',ave ,maria4 ,ce tintamarre va jusqu' branler la tour2 dans les premiers jours il m'est insupportable2 mais en peu de temps je m'y fais1 au point que je l'entends sans qu'il me gne et que souvent il ne m'veille mme plus4 ,les vices prennent pied chez l'enfant ds le bas ge et devraient tre combattus ds ce moment4--,platon grondait un enfant qui jouait aux noix2 l'enfant lui rpondit3 ,tu me grondes pour bien peu de chose4 ,l'habitude1 rpliqua ,platon1 n'est pas une chose de peu4--,j'estime que nos plus grands vices s'implantent en nous ds notre plus jeune enfance1 et que la partie principale de notre ducation est entre les mains de nos nourrices4 ,il est des mres pour lesquelles c'est un passe-temps que de voir leur enfant tordre le cou un poulet1 s'amuser martyriser un chien ou un chat2 et des pres assez sots pour1 lorsque leur fils frappe ou injurie un paysan ou un laquais qui ne se dfend pas1 y voir le signe prcurseur d'une me martiale2 ou des dispositions la gentillesse1 en le voyant jouer adroitement1 un camarade1 un mchant tour ou quelque malicieuse perfidie4 ,ce sont pourtant l le point de dpart et des indices certains de la cruaut1 de la tyrannie et de la trahison2 ces vices y sont en germe1 se dveloppent graduellement et d'autant plus qu'ils passent dans les habitudes4 ,il est trs dangereux d'excuser ces vilains penchants1 en arguant de la jeunesse de l'enfant et du peu d'importance de l'acte2 premirement1 parce que c'est la nature qui parle en lui1 et elle s'y montre d'autant plus sous son vrai jour1 qu'il est plus jeune et que ce sont ses dbuts2 secondement1 parce que la laideur d'une mauvaise action ne dpend pas du dommage caus1 de la diffrence des cus aux pingles1 elle est en elle-mme4 ,je ne trouve pas judicieux de dire3 ,ce n'est qu'une pingle qu'il a vole2 il ne l'et pas fait1 s'il se ft agi d'cus2 ce qu'il faut dire1 c'est3 ,il a vol une pingle1 il est capable de voler des cus4 ,apprenons soigneusement aux enfants har les vices auxquels ils sont enclins2 faisons-en ressortir leurs yeux la laideur naturelle et amenons-les1 non seulement viter de s'y abandonner1 mais surtout les dtester du fond du cur2 que l'ide mme qui peut leur en venir leur fasse horreur1 sous quelque masque qu'ils se prsentent4 ,je sais bien que pour avoir t1 dans mon enfance1 lev aller toujours droit devant moi1 sans me dtourner des grands chemins battus et n'avoir jamais t port mler mes jeux d'enfant de petites intrigues ou de la tromperie 7les jeux d'enfant sont-ils des jeux et ne faut-il pas y voir ce qui1 chez eux1 constitue leurs actes les plus srieux871 il n'est passe-temps si futile o je n'apporte de moi-mme1 par le seul effet de ma nature et sans effort1 une extrme rpugnance tromper4 ,quand je manie les cartes1 que l'enjeu soit monnaie de cuivre ou monnaie d'or1 que je gagne ou que je perde1 que je joue contre ma femme et ma fille1 peu m'importe1 ma manire de jouer est la mme que si c'tait pour de bon4 ,en tout et partout1 mes propres yeux suffisent me tenir en garde contre moi-mme2 il n'y en a pas qui me surveillent de si prs1 ni que je redoute davantage de scandaliser4 ,habilet laquelle on peut atteindre par l'habitude4--,je viens de voir chez moi un homme de petite taille1 n ,nantes1 venu au monde sans bras1 qui a si bien exerc ses pieds faire ce que d'autres font avec les mains1 qu'ils en ont presque oubli leur office naturel4 ,au demeurant1 il les appelle ses mains et en use pour tailler1 charger un pistolet et le faire partir1 enfiler une aiguille1 coudre1 crire1 ter son bonnet1 se peigner1 jouer aux cartes et aux ds qu'il mle et agite avec autant de dextrit que pas un4 ,l'argent que je lui ai donn 99 7car il gagne sa vie se faire voir71 il l'a pris avec son pied1 comme nous avec la main4--,j'en ai vu un autre1 encore enfant1 qui1 n'ayant pas de mains1 maniait avec un repli de son cou une pe deux mains1 une hallebarde1 les jetant en l'air1 les rattrapant2 lanait une dague et faisait claquer un fouet1 aussi bien que n'importe quel charretier de ,france4 ,puissance de la coutume sur les opinions1 elle est cause de la diversit des institutions humaines4--,mais o l'on juge bien mieux des effets de l'habitude1 c'est par les tranges impressions qu'elle produit sur nos mes1 o elle trouve moins de rsistance4 ,quelle action n'est-elle pas susceptible d'exercer sur nos jugements et nos croyances4 ,laissons de ct la question religieuse laquelle se trouvent mles tant d'impostures dont tant de grandes nations et tant d'hommes capables ont t imbus1 question tellement en dehors de notre pauvre raison humaine1 qu'on est bien excusable de s'y perdre1 si1 par faveur divine1 on n'a pas t tout particulirement clair2 sur toute autre question1 y a-t-il une opinion1 si bizarre soit-elle1 que l'habitude n'ait introduite et fait sanctionner par les lois1 partout o elle l'a jug propos2 et combien est juste cette exclamation1 que nous trouvons dans un auteur latin3 ,quelle honte pour un physicien1 qui doit poursuivre sans relche les secrets de la nature1 d'allguer la coutume1 pour preuve de la vrit 7,cicron74 ,coutumes bizarres de certains peuples4--,il ne vient l'imagination humaine aucune fantaisie si dpourvue de sens1 dont on ne trouve des exemples dans quelque usage pass dans les murs d'un pays ou d'un autre et que par suite notre raison n'admette et n'explique4--,il est des peuples o on tourne le dos qui l'on salue et o on ne regarde jamais qui l'on veut honorer4--,il en est o quand le roi crache1 la dame de la cour la plus en faveur tend la main2 chez un autre1 ce sont en pareil cas les plus haut placs de son entourage qui se baissent et1 avec un linge1 ramassent sur le sol ce qui l'a souill4--,a ce propos1 une anecdote3 ,un gentilhomme franais1 rput pour ses reparties1 se mouchait toujours avec les doigts1 chose fort contraire nos usages4 ,dfendant sa manire de faire1 il me demanda pour quel motif ce sale produit de nos humeurs tait ce point privilgi1 que nous prparons un beau linge bien fin pour le recevoir2 et pourquoi1 ce qui est pis1 nous l'empaquetons ensuite et le serrons si prcieusement sur nous2 qu'il y avait l de quoi donner mal au cur1 beaucoup plus que de voir s'en dbarrasser n'importe o1 comme nous agissons de toute chose malpropre4 ,je trouvai que son observation n'tait pas compltement draisonnable2 l'habitude m'avait empch jusqu'alors de m'apercevoir de cette tranget1 qui nous rpugnerait profondment1 si elle nous tait prsente comme pratique dans un pays autre que le ntre4--,les miracles rsultent de notre ignorance des lois de la nature et ne vont pas l'encontre2 mais l'habitude enlve notre jugement la saine apprciation des choses4 ,les ,barbares ne sont pas pour nous un sujet d'tonnement plus grand que nous ne le sommes pour eux1 ni en moins d'occasions2 chacun en conviendrait si1 aprs avoir rflchi tous ces exemples que nous prsentent les temps passs et les pays lointains1 il savait mditer sur ceux qu'il trouve dans son propre milieu et en raisonner judicieusement4 ,la raison humaine est un mlange confus1 o toutes les opinions1 toutes les coutumes1 de quelque nature qu'elles soient1 trouvent galement place2 elle embrasse une infinit de matires1 sous un nombre infini de formes diverses4--,je reviens maintenant mon sujet4 ,il est des peuples o1 sauf sa femme et ses enfants1 personne ne parle au roi que par intermdiaires4--,chez une nation1 les vierges montrent dcouvert les parties du corps que la pudeur commande de drober la vue2 tandis que l mme1 les femmes maries les couvrent et les cachent avec soin4--,ailleurs1 on a la coutume1 qui n'est pas sans rapport avec la prcdente1 de ne considrer la chastet comme obligatoire que dans le mariage4 ,les filles peuvent se donner leur gr2 se faire avorter au moyen de drogues spciales1 si elles deviennent enceintes1 et cela au vu et au su de tout le monde4--,ailleurs1 lorsqu'un marchand se marie1 tous les marchands invits la noce1 couchent avec la marie1 avant le mari2 et1 plus il y en a1 plus il en rsulte pour elle d'honneur et de considration pour son courage et son endurance4 ,il en est de mme1 si c'est un officier qui se marie1 si c'est un noble1 et ainsi des autres2 toutefois1 si c'est un laboureur ou quelqu'un du bas peuple1 c'est au seigneur qu'il appartient de coucher avec elle2 et ce faisant1 chacun l'exhorte1 qui mieux mieux1 garder fidlit son mari4--,dans certains pays1 on trouve des maisons publiques de dbauche o les hommes remplacent les femmes et o se pratiquent des mariages4--,on en voit o les femmes vont la guerre en mme temps que leurs maris1 et non seulement prennent part au combat1 mais encore l'exercice du commandement2--o on ne porte pas seulement des bagues au nez1 aux lvres1 aux joues1 aux orteils des pieds1 mais aussi des tiges d'or1 parfois assez lourdes1 qui se portent transperant les extrmits des seins et les fesses2--o1 en mangeant1 on s'essuie les doigts aux cuisses1 aux bourses des organes gnitaux1 la plante des pieds4--,il en existe o les enfants n'hritent pas1 ce sont les frres et les neveux2 ailleurs1 ce sont les neveux seulement1 sauf lorsqu'il s'agit de la succession du prince4--,nous voyons1 dans d'autres pays1 les biens tre en commun2 et des magistrats1 dont les actes sont sans appel1 tre prposs la culture des terres1 sur toute l'tendue du territoire1 et la rpartition des produits1 suivant les besoins de chacun2--les enfants qui meurent1 tre pleurs1 et la mort des vieillards tre fte par des rjouissances2--les hommes et les femmes coucher ple-mle1 par dix ou douze1 dans un mme lit2--les femmes qui ont perdu leur mari de mort violente1 pouvoir se remarier2 les autres ne le pouvoir pas2--tre fait si peu de cas de la femme1 qu'on tue leur naissance les enfants du sexe fminin1 sauf aller acheter des femmes dans les pays voisins1 quand besoin en est2--les maris avoir possibilit de rpudier leurs femmes1 sans qu'ils aient donner de raison2 et cette possibilit refuse aux femmes1 quels que soient les motifs qu'elles pourraient avoir allguer2--les maris tre en droit de les vendre1 si elles sont striles4--,il en est o1 quand une personne meurt1 on fait cuire son corps1 puis on le pile jusqu' ce qu'il soit rduit en bouillie2 et cette bouillie1 on la mle au vin et on la boit4--,la spulture la plus envie est1 chez certains1 d'tre mang par des chiens2 chez d'autres1 par des oiseaux4--,on croit ailleurs que les mes qui1 aprs la mort1 ont mrit d'tre heureuses1 demeurent en pleine libert1 dans des lieux pleins de dlices1 o elles jouissent de tout ce qui peut tre agrable2 et que1 lorsque rsonne un cho1 ce sont elles que nous entendons4--,il y a des peuples qui combattent dans l'eau1 et qui1 tout en nageant1 se servent avec adresse de leur arc4--,chez certains1 hausser les paules et baisser la tte sont le signe de la sujtion2 et en entrant dans la demeure du roi1 on te sa chaussure4--,il en est o des eunuques sont chargs de la garde des femmes voues la vie religieuse2 et pour empcher qu'elles ne conoivent de l'amour pour eux1 on mutile leurs gardiens le nez et les lvres2 chez les mmes les prtres se crvent les yeux1 pour avoir plus de facilit d'approcher les dmons et recueillir leurs oracles2--o chacun fait un dieu de ce qui lui plat3 le chasseur1 d'un lion ou d'un renard2 le pcheur1 de certains poissons2 o des idoles sont leves toute action ou passion humaine1 et o le soleil1 la lune1 la terre sont les divinits principales2 le serment y consiste toucher la terre1 en regardant le soleil2 la viande et le poisson s'y mangent crus2--o les serments les plus solennels se prtent en jurant par le nom de quelque personne trpasse1 dont la mmoire est en vnration1 et posant la main sur sa tombe2--o 99 chaque anne1 comme cadeau de nouvel an1 le roi envoie du feu aux princes1 ses vassaux2 quand ce feu est apport1 tout autre qui se trouve tre allum 99 dans la maison est teint2 et1 sous peine de se rendre coupable de lse-majest1 les serfs de chacun de ces princes1 doivent venir s'en procurer nouveau chez lui2--o quand le roi1 pour se consacrer aux pratiques religieuses1 abdique1 ce qui arrive souvent1 son hritier immdiat est galement oblig d'abdiquer et le pouvoir passe celui qui venait en troisime ligne2--o on change de forme de gouvernement aussi frquemment que les affaires 99 le comportent2 on y dpose le roi quand cela semble propos2 et en son lieu et place1 on confie le pouvoir quelques anciens ou on le laisse au peuple2--o hommes et femmes sont circoncis1 et les uns et les autres baptiss2--o le soldat qui1 en un ou plusieurs combats1 est arriv prsenter au roi sept ttes d'ennemis tus par lui1 est fait noble2--o1 chose rare et peu conforme aux principes sociaux1 on n'admet pas l'immortalit de l'me2--o les femmes accouchent sans apprhension et sans se plaindre2--o elles font usage de jambires de cuivre qu'elles portent chaque jambe2 dans ces mmes contres1 mordues par un pou1 il est biensant qu'elles le dtruisent avec les dents2 et1 elles n'oseraient se marier1 sans avoir au pralable offert au roi leur pucelage2--o on salue en touchant la terre du doigt1 l'levant ensuite vers le ciel2--o les hommes1 transportant des fardeaux1 les portent sur la tte2 les femmes sur les paules2 l encore les femmes pissent debout et les hommes accroupis2--o en signe d'amiti1 on envoie de son sang aux personnes que l'on affectionne2 et les hommes que l'on veut honorer1 y sont encenss1 comme cela se pratique vis--vis des dieux2--o les mariages ne peuvent se contracter1 non seulement entre parents au quatrime degr1 mais ne sont pas admis1 quel que soit le degr de parent1 si loign qu'il soit2--o les enfants sont laisss en nourrice jusqu' quatre ans1 et mme jusqu' douze2 et chez les mmes1 on considre comme pouvant entraner la mort de l'enfant qui vient de natre1 de lui donner tter avant un jour rvolu2--o les pres ont charge de chtier les individus du sexe masculin1 et les mres1 en dehors de tout regard indiscret1 les personnes de leur sexe1 et o existe ce chtiment de pendre le patient par les pieds et l'enfumer2--o on circoncit les femmes2--o toute herbe est utilise pour la consommation1 sauf celles exhalant une mauvaise odeur2--o rien n'est clos2 les habitations si belles et si riches qu'elles soient1 n'y ont ni porte1 ni fentre2 il n'y a pas de coffres qui ferment et les voleurs y sont punis beaucoup plus svrement qu'ailleurs2--o on tue les poux avec les dents1 comme font les singes1 et trouve dgotant de les craser avec les ongles2--o dans tout le cours de la vie1 on ne se coupe jamais ni les cheveux1 ni la barbe1 ni les ongles4--,il en est o on ne coupe que les ongles de la main droite1 conservant intacts par coquetterie ceux de la main gauche2--o on laisse crotre les cheveux et la barbe du ct droit1 quelle que soit la longueur qu'ils peuvent atteindre1 et rase ceux de l'autre ct4--,dans des pays voisins les uns des autres3 ici1 c'est par devant qu'on laisse crotre les cheveux tandis qu'on rase ceux de derrire2 l1 c'est l'inverse4--,il s'en trouve o les pres prtent pour en jouir1 moyennant paiement1 leurs enfants leurs htes2 les maris leur prtent leurs femmes2--o il n'est pas deshonnte de faire des enfants sa mre2 pas plus que les pres s'unir leurs filles et caresser leurs fils2--o dans les runions qui accompagnent les festins1 on use des enfants1 et1 sans distinction de parent1 on se les repasse les uns aux autres4--,il est des pays o on mange de la chair humaine4--,ici1 c'est un devoir de pit de tuer son pre arriv un certain ge2 ailleurs le pre dcide du sort des enfants encore dans le sein de leur mre1 dsignant ceux qu'il veut conserver et lever1 et ceux qu'il voue l'abandon et la mort4--,dans des contres1 les maris qui sont vieux1 prtent1 pour en user1 leurs femmes de plus jeunes2 dans d'autres1 les femmes sont en commun1 et cela sans que la moindre rprobation y soit attache2 il en est mme1 o les femmes se font honneur d'orner le bord de leurs robes de belles touffes de laine ou de soie1 dont le nombre marque celui des hommes qui les ont possdes4--,n'est-ce pas par un effet de l'habitude que s'est constitu un tat uniquement compos de femmes qui s'exercent au maniement des armes1 s'organisent en armes et livrent bataille8--,n'est-ce pas elle qui1 par le fait mme des choses1 apprend aux gens des dernires classes de la socit ce dont les plus sages1 avec toute leur philosophie1 n'arrivent pas se persuader8 nous savons en effet que des peuples ont exist1 o non seulement tous avaient le ddain de la mort1 mais qui ftaient sa venue2 o les enfants1 ds l'ge de sept ans1 supportaient d'tre fouetts jusqu' en mourir1 sans que leur visage refltt la douleur qu'ils pouvaient ressentir2 o la richesse tait tel point mprise1 que le plus misrable habitant de la ville n'et pas daign se baisser pour ramasser une bourse pleine d'cus4--,nous connaissons des pays trs fertiles1 offrant toutes ressources pour faire bonne chre1 o le pain1 le cresson et l'eau taient les mets les plus dlicats dont il tait fait ordinairement usage4--,n'est-ce pas encore un fait d'habitude que ce miracle que1 dans l'le de ,chio1 en sept cents ans1 on ne cite pas une femme ou fille dont l'honneur ait t entach8 ,en somme1 j'estime qu'il n'est rien que la coutume ne fasse ou qu'elle ne puisse faire2 et c'est avec raison que ,pindare1 m'a-t-on dit1 l'appelle la reine et l'impratrice du monde4--,un quidam1 rencontr battant son pre1 rpondait que c'tait la coutume de sa maison2 que son pre avait de mme battu son aeul2 son aeul son bisaeul2 et1 montrant son fils1 il ajoutait3 ,celui-ci me battra mon tour1 quand il sera arriv mon ge4--,ce pre1 que son fils tiraillait et houspillait tout le long du chemin1 arriv une certaine porte1 lui intima de cesser1 car1 disait-il1 lui-mme n'avait tran son pre que jusque-l2 c'tait la limite o prenaient fin les mauvais traitements dont1 par tradition1 les fils1 dans la famille1 usaient l'gard des pres4--,c'est aussi souvent par habitude1 dit ,aristote1 que du fait qu'elles sont malades1 des femmes s'arrachent les cheveux1 rongent leurs ongles1 mangent du charbon et de la terre2 et plus par coutume que par penchant naturel1 que les mles se mlent aux mles4 ,les lois de la conscience drivent plus des coutumes que de la nature2 notre attachement au gouvernement1 au pays1 est notamment un fait d'habitude4--,les lois de la conscience que nous disons relever de la nature1 ont leur origine dans les coutumes4 ,chacun respecte en son for intrieur les opinions et les murs pratiques et admises autour de lui2 il ne peut s'en affranchir sans remords2 leur application lui vaut l'approbation gnrale2 quand1 aux temps passs1 les ,crtois voulaient du mal quelqu'un1 ils priaient les dieux de lui faire contracter quelque mauvaise habitude4 ,son principal effet1 qui constitue sa force1 c'est de nous circonvenir et de s'emparer de nous1 au point que nous pouvons peine nous ressaisir et rentrer en nous-mmes pour rflchir et raisonner les actes auxquels elle nous entrane4 ,en vrit1 parce que1 ds notre naissance1 nous humons avec notre premier lait ce qui est habitudes et coutumes et que le monde nous apparat d'une certaine faon quand nous le voyons pour la premire fois1 il semble que nous ne sommes ns que sous condition de nous y soumettre notre tour et que les ides1 en cours autour de nous1 que nos pres nous ont infuses en nous donnant la vie1 soient absolues et dictes par la nature4 ,il en rsulte qu'on s'imagine que ce qui est en dehors des coutumes1 est en dehors de la raison1 et ,dieu sait combien1 cet gard1 nous sommes le plus souvent dans l'erreur4 ,si comme nous1 qui nous tudions1 avons appris le faire1 chacun qui entend mettre une judicieuse sentence1 s'en faisait aussitt application en ce qui peut le toucher1 il verrait que ce n'est pas tant un bon mot1 qu'un coup de fouet cinglant violemment la btise ordinaire de son jugement4 ,mais les avertissements et les prceptes manant de la vrit1 nous les considrons toujours comme s'adressant aux autres et jamais nous2 et1 au lieu de les mettre profit pour amliorer nos murs1 nous nous bornons les classer trs sottement et trs inutilement dans notre mmoire4--,continuons maintenant nous occuper de l'empire que la coutume exerce sur nous4 ,les peuples1 faits la libert1 habitus se gouverner eux-mmes1 tiennent toute autre forme de gouvernement pour monstrueuse et contraire la nature2 ceux qui sont accoutums la monarchie1 pensent de mme4 ,ces derniers1 quelle que soit la possibilit d'en changer que leur offre la fortune1 alors mme qu'ils ont eu de grandes difficults se dbarrasser d'un matre qui ne leur convenait pas1 ne pouvant se rsoudre prendre en haine d'en avoir un1 se htent de s'en donner un nouveau1 avec lequel ils prouvent les mmes difficults4--,c'est par un effet de l'habitude1 que chacun est satisfait du lieu o la nature l'a plac2 les populations sauvages de l'cosse n'ont que faire de la ,touraine1 pas plus que les ,scythes de la ,thessalie4--,darius demandait des ,grecs s'ils se sentaient ports faire comme dans l',inde1 o il est dans les coutumes de manger les parents qui viennent mourir1 dans l'ide qui y rgne qu'on ne saurait leur donner plus honorable spulture que son propre corps2 quoi les ,grecs rpondirent que pour rien au monde1 ils ne se plieraient cet usage4 ,s'tant aussi de mme adress aux ,indiens1 pour tenter de leur persuader l'abandon de cette coutume et l'adoption de celle des ,grecs qui brlaient les corps de leurs pres1 ce prince vit sa proposition soulever une plus grande horreur encore4 ,chacun en agit ainsi1 d'autant que l'habitude fait que nous ne voyons pas les choses sous leur vrai jour3 ,il n'est rien de si grand1 de si admirable au premier abord que1 peu peu1 on ne regarde avec moins d'admiration 7,lucrce74 ,l'habitude est aussi la source de grands abus1 entre autres la vnalit et l'administration de la justice et en fait de choses de moindre importance1 le grotesque des vtements de notre poque2 difficult d'aller l'encontre4--,autrefois1 ayant eu justifier un des usages que nous pratiquons1 admis avec une autorit inconteste chez nous et assez au loin1 et ne voulant pas1 comme il se fait souvent1 me borner l'appuyer de ce qu'il est crit dans nos lois et en citer des exemples1 j'essayai de remonter son origine4 ,la cause premire laquelle je fus ainsi amen1 prtait tellement la controverse1 qu' peine je pouvais l'admettre1 moi qui avais charge d'en convaincre les autres4--,reste le moyen auquel ,platon avait recours et qu'il tenait comme souverain et de premier ordre1 pour faire cesser les amours hors nature et contre-sens qui se pratiquaient de son temps4 ,il s'appliquait les faire condamner par l'opinion publique1 et incitait les potes et chacun les combattre par des rcits les fltrissant4 ,c'est par l qu'il esprait en arriver ce que1 si belle qu'elle ft1 une fille n'veillt plus l'amour chez son pre2 et que les surs ne recherchassent pas les caresses de leurs frres1 plus faits encore1 par leur beaut1 pour les sduire2 agissant ainsi l'instar des fables de ,thyeste1 d'dipe1 de ,macarus qui1 chantes aux jeunes enfants1 en mme temps qu'elles les amusaient1 gravaient dans leur esprit d'utiles leons de morale4--,certes la pudeur est une belle vertu et son utilit n'est pas conteste2 cependant il est aussi malais de la rgenter et de chercher dans la nature des raisons en sa faveur1 qu'il est facile de faire valoir l'appui l'usage1 les lois et les prceptes4--,les causes premires qui ont fait adopter par tous telle manire de faire1 sont difficiles dcouvrir1 si minutieuses que soient les recherches et ceux qui s'y livrent1 passent sans s'y arrter1 n'osant mme pas essayer de les lucider2 ils se rejettent tout d'abord sur ce que telle est la coutume2 ils s'tendent perte de vue sur ce thme et1 de la sorte1 triomphent bon compte4 ,ceux qui ne veulent pas se soustraire cette recherche des causes premires1 errent encore davantage et en arrivent des conclusions extravagantes2 tmoin ,chrysippe qui1 en maints endroits dans ses crits1 laisse entendre le peu d'importance qu'il attache aux unions incestueuses1 quelles qu'elles soient4 ,qui voudra dtruire le prjudice excessif qui rsulte de certaines coutumes1 en trouvera qui1 indubitablement1 sont susceptibles d'tre abandonnes et ne reposent que sur l'antiquit atteinte de dcrpitude laquelle elles remontent4 ,cela mis part1 les examinant au seul point de vue de la vrit et de la raison1 ce qu'il dcouvrira l'tonnera1 au point qu'il se demandera s'il est bien dans son bon sens1 alors que jamais il ne lui aura moins fait dfaut4--,que peut-il1 par exemple1 y avoir de plus extraordinaire qu'un peuple soumis des lois dont il n'a jamais entendu parler2 astreint dans les questions relatives ses affaires prives1 mariages1 donations1 testaments1 ventes et achats1 des rgles qu'il ne peut connatre1 parce qu'elles ne sont ni crites1 ni publies en sa langue1 et dont il ne peut se procurer qu' prix d'argent la traduction et des renseignements sur leur mode d'application2 non dans les conditions o le proposait si ingnieusement ,isocrates1 qui conseillait son roi de rendre libres et dgrevs de tous droits1 tous trafics et ngoces auxquels se livraient ses sujets1 de manire ce qu'ils soient suffisamment rmunrateurs1 et de leur rendre au contraire trs onreux les querelles et les procs1 en les grevant de frais normes2 mais dans les conditions incroyables qui nous rgissent2 o tout se vend1 mme les conseils1 et o le recours aux lois se paie l'gal d'une marchandise4 ,je rends grce la fortune de ce qu'au dire de nos historiens1 ce fut un gentilhomme gascon1 de mon pays1 qui1 le premier1 protesta1 quand ,charlemagne voulut tendre la ,gaule les lois qui rgissaient l'empire romain4 ,qu'y a-t-il de plus contraire aux conditions naturelles de la socit que de voir1 une nation o il est dans les coutumes et sanctionn par la loi que l'office de juge soit vnal1 que les jugements rendus soient pays en beaux derniers comptants2 o il est lgal que celui qui ne peut la payer1 ne puisse s'adresser la justice et que cette marchandise soit en si grand crdit1 que les gens chargs d'instruire et de rgler les procs1 constituent dans l'tat un quatrime ordre s'ajoutant aux trois autres dj existants1 le clerg1 la noblesse et le peuple8 ,ce quatrime ordre ayant charge des lois et autorit souveraine sur nos biens et nos vies1 et formant une classe distincte de la noblesse1 il en rsulte une lgislation double comprenant3 l'une1 les lois qui rgissent les questions d'honneur2 l'autre1 celles relatives l'administration de la justice1 dans certains cas en opposition les unes avec les autres4 ,les premires condamnent aussi svrement celui qui souffre un dmenti1 que les secondes punissent celui qui en chtie l'auteur2 le devoir militaire veut que celui qui ne demande pas rparation d'une injure reue1 soit dgrad et dchu de ses titres de noblesse2 le devoir civil le menace de la peine capitale1 s'il s'en venge2 qui s'adresse aux lois pour obtenir raison d'une offense faite son honneur1 se dshonore2 qui se fait justice lui-mme1 est atteint et frapp par la loi4--,que penser de ces deux parties d'un mme tout et pourtant si diffrentes3 ceux-l ont charge de la paix1 ceux-ci de la guerre2 ceux-l ont le gain en partage1 ceux-ci l'honneur2 ceux-l la science1 ceux-ci la vertu2 ceux-l la parole1 ceux-ci l'action2 ceux-l la justice1 ceux-ci la vaillance2 ceux-l la raison1 ceux-ci la force2 ceux-l portent la robe longue1 ceux-ci sont gens de robe courte4 ,quant aux choses de moindre importance1 les vtements par exemple1 qui voudra les ramener leur objet essentiel1 qui est d'tre utiles et commodes et de s'adapter aux formes du corps1 ce qui seul leur donne de la grce et satisfait aux convenances qui ont t leur raison d'tre1 je signalerai entre autres1 comme atteignant1 selon moi1 la limite du grotesque1 nos bonnets carrs2 cette longue queue de velours pliss avec ajustements de toutes formes et de toutes couleurs qui1 chez les femmes1 se porte de la tte aux pieds2 et aussi nos culottes qui si sottement et si inutilement moulent un membre que nous ne pouvons seulement pas honntement nommer1 et que de la sorte nous montrons en faisant parade en public4 ,il n'en faut pas moins se conformer aux usages et1 sauf le cas d'absolue ncessit1 se garder de toute innovation dans toutes les institutions publiques2 branlement caus en ,france par l'introduction de la ,rforme4--,ces considrations ne doivent cependant pas dtourner un homme de jugement d'en agir comme tout le monde2 bien au contraire1 avoir des faons soi et s'cartant de l'ordinaire1 tmoigneraient mon sens de la folie ou de l'affectation de se faire remarquer1 plutt que du bon sens2 le sage qui doit se recueillir en lui-mme et laisser son esprit toute libert et facult de porter tels jugements que ce qu'il voit peut lui suggrer1 n'en doit au dehors rien laisser paratre1 et ses faits et gestes tre1 en tous points1 conformes ce qui est gnralement admis4--,la socit n'a que faire de ce que nous pouvons penser2 ce qui importe1 c'est que nous lui apportions le concours de nos actions1 de notre travail1 de notre fortune1 de notre vie 99 mme1 et qu'elle puisse en user1 suivant les ides prdominantes en elle4--,c'est pour obir ce principe que ,socrate1 si bon et si grand1 refusa de sauver sa vie par la fuite2 c'et t dsobir aux magistrats qui l'avaient condamn2 il ne le voulut pas1 bien que la sentence ft souverainement injuste et inique4 ,observer les lois du pays o l'on est1 est la premire de toutes les rgles1 c'est une loi qui prime toutes les autres3 ,il est beau d'obir aux lois de son pays 7maxime tire des tragiques grecs1 d'aprs ,grotius74 ,envisageons la question un autre point de vue4 ,il est bien douteux que l'avantage qu'il peut y avoir modifier une loi quelle qu'elle soit1 qui est passe dans les murs1 l'emporte incontestablement sur le mal qui rsulterait de ce changement2 d'autant que les us et coutumes d'un peuple sont comme un btiment form de pices diverses1 assembles de telle sorte qu'il est impossible d'en branler une1 sans que l'branlement ne se communique l'ensemble4--,le lgislateur des ,thuriens avait ordonn que quiconque voudrait proposer l'abolition d'une loi existante ou l'tablissement d'une loi nouvelle1 se prsentt devant le peuple1 la corde au cou1 afin que si son innovation n'tait pas approuve de tous1 il ft trangl sance tenante4--,celui de ,lacdemone sacrifia sa vie pour obtenir de ses concitoyens la promesse de ne modifier aucune de ses ordonnances4--,l'phore qui coupa si brutalement les deux cordes que ,phrynis avait ajoutes la cythare1 ne se mit pas en peine de savoir si l'instrument en valait mieux ou non1 si les accords qu'il rendait en taient plus ou moins parfaits2 il lui suffit1 pour les condamner1 que cela constitut une modification ce qui tait depuis longtemps dj4 ,c'est la mme signification qu'avait l'pe1 ronge par la rouille1 qui1 ,marseille1 figurait dans les attributs de la justice4 ,la nouveaut1 sous quelque forme qu'elle se prsente1 me dgote profondment1 parce que j'en ai vu des effets minemment dsastreux4 ,celle qui1 en ,france1 nous agite depuis tant d'annes1 la ,rforme1 n'a pas encore produit toutes ses consquences2 et cependant on peut dire1 suivant toute apparence1 que directement ou indirectement elle a touch tout et est la cause premire de bien des malheurs2 les maux et les ruines qui s'accumulent depuis son apparition1 qu'elle y semble trangre et mme qu'elle en ptisse1 sont son uvre2 c'est elle1 elle seule qu'elle doit s'en prendre3 ,ah6 c'est de moi que vient tout le mal que j'endure 7,ovide74 ,ceux qui mettent le trouble dans un tat1 en sont d'ordinaire les premires victimes3 rarement celui qui a lev l'tendard en profite2 il agite et trouble l'eau1 d'autres pcheurs prennent le poisson4--,la ,rforme a branl et disjoint les vieilles institutions de notre monarchie et par elle ce grand btiment a perdu son aplomb et s'entr'ouvre1 sur ses vieux ans1 donnant accs1 par les fissures qui se produisent1 toutes les calamits qui l'assaillent2 la majest royale offre au dbut1 99 dit un ancien1 plus de rsistance que lorsque dj elle est branle et sa chute alors va s'acclrant4--,si le dommage est surtout imputable aux ,huguenots1 qui ont eu l'initiative du mouvement1 les partisans de la ,ligue qui les imitent sont plus criminels encore1 se livrant aux mmes actes dont ils ont pu apprcier l'horreur et le mal et la rpression desquels ils ont mme prt leur concours4 ,si1 comme l'honneur1 le mal a ses degrs1 les premiers ont sur les autres le mrite de l'invention et d'avoir eu tout d'abord le courage d'entrer en lice4 ,les fauteurs de troubles1 qui veulent porter le dsordre dans l'tat1 peuvent facilement choisir un modle chez les uns comme chez les autres2 ils leur en offrent de toutes sortes2 nos lois elles-mmes1 faites en vue de remdier au mal initial1 leur fournissent moyens et excuses pour se livrer leurs mauvais desseins quels qu'ils soient4 ,il nous advient aujourd'hui ce que ,thucydide dit des guerres civiles de son temps2 on se sert d'euphmismes pour qualifier les pires passions politiques1 pour les prsenter sous un jour favorable1 faire excuser leurs agissements1 dnaturer et attnuer les ides qu'elles eussent veilles1 si on se ft servi du nom qui leur est propre2 et tout cela1 soi-disant pour rformer nos consciences et nos croyances1 le prtexte est honnte 7,trence74 ,mais1 si excellent qu'il puisse tre1 tout prtexte invoqu pour introduire une nouveaut est essentiellement dangereux1 ce point1 que nous ne devrions jamais rien changer aux institutions de nos pres 7,tite ,live72 et dire franchement1 il me semble que c'est avoir un extrme amour-propre et beaucoup de prsomption que d'estimer ses opinions1 au point d'aller1 pour les faire triompher1 jusqu'1 dans son propre pays1 renverser la paix publique1 donner accs tant de maux invitables1 la corruption des murs si profonde qu'entranent les guerres civiles1 sans prjudice des bouleversements d'importance capitale que cela peut amener dans les pouvoirs publics4 ,n'est-ce pas mal calculer1 que de s'exposer tant de malheurs certains et connus1 pour combattre des erreurs contestes et discutables2 et de tous les attentats dont nous pouvons tre victimes1 en est-il de pire que ceux qui vont l'encontre de nos consciences et d'un ordre de choses tabli et reconnu8--,le snat romain1 en discussion avec le peuple1 sur le point de savoir qui appartiendrait l'exercice du culte1 n'hsita pas tourner la difficult1 en rpondant que cela intressait les dieux plus qu'eux-mmes1 et qu'ils sauraient bien en empcher toute profanation 7,tite ,live73 rponse analogue celle que l'oracle de ,delphes1 l'poque des guerres mdiques1 lorsqu'on craignait l'invasion des ,perses1 fit ceux qui demandaient au dieu ce qu'il fallait faire du trsor sacr de son temple1 le cacher ou l'emporter1 et auxquels il rpondit de laisser les choses en l'tat1 de ne songer qu' eux-mmes1 qu'il tait suffisamment capable de pourvoir lui-mme ses propres affaires4 ,l'obissance aux lois est un principe de la religion chrtienne2 quant aux dogmes mmes de celle-ci1 ils sont hors de toute discussion4--,la religion chrtienne est conue dans un esprit minemment juste et utilitaire2 elle ne recommande rien d'une manire plus expresse qu'une entire obissance aux magistrats et de veiller la conservation des pouvoirs publics4 ,quel merveilleux exemple nous donne l la sagesse divine qui1 pour assurer le salut du genre humain et parfaire sa victoire si glorieuse et qui est si bien sienne1 sur la mort et le pch1 a voulu qu'elle ne s'accomplt que par l'intermdiaire de l'ordre politique qui nous rgit1 et n'a pas voulu soustraire ses progrs et la ralisation du but si lev1 si salutaire qu'elle poursuit1 aux effets de l'aveuglement et de l'injustice de nos institutions et de nos usages1 bien qu'il dt en rsulter de voir rpandre flots le sang des meilleurs de ses lus et de longues annes de retard pour le triomphe de son inestimable doctrine6--,il y a beaucoup dire1 si on veut comparer celui qui respecte les lois et la forme de gouvernement de son pays et celui qui entreprend de les assujettir ses vues et de les modifier4 ,le premier a pour lui1 que sa ligne de conduite est simple2 il n'a qu' obir et faire ce que tout le monde fait2 quoi qu'il fasse1 il n'agira pas mchamment2 le pire qu'il puisse en prouver1 c'est qu' lui personnellement il arrive malheur3 ,qui pourrait en effet ne pas respecter une antiquit qui nous a t conserve et transmise par les plus clatants tmoignages 7,cicron78 ,quant au second1 il est en situation bien plus difficile2 outre que1 comme dit ,isocrate1 ceux qui ne donnent pas dans les excs1 sont plus modrs que ceux qui s'y adonnent1 celui qui se mle de changer ce qui est et d'y substituer ses prfrences1 usurpe une autorit qu'il n'a pas et se doit de faire ressortir ce que prsente de dfectueux ce qu'il limine1 et en quoi est prfrable ce qu'il introduit4 ,cette considration si simple m'a retenu1 mme en ma jeunesse1 ge o l'on est cependant plus tmraire1 et m'a affermi dans ma rsolution de ne pas me charger d'un fardeau aussi lourd que de me faire le dfenseur d'une science d'une telle importance1 et d'oser son gard ce que raisonnablement je ne pourrais mme pas faire pour la plus facile de celles qui m'ont t enseignes et sur lesquelles on peut se prononcer sans qu'il en rsulte de graves consquences4--,j'estime en effet souverainement inique de vouloir subordonner les constitutions et les coutumes publiques1 lesquelles sont fixes1 aux conceptions variables de chacun de nous 7la raison d'un seul ne saurait avoir qu'une action limite71 et d'entreprendre contre les lois divines ce que nul gouvernement ne tolrerait contre ses lois civiles4 ,bien que la raison humaine ait sur ces dernires beaucoup plus d'action1 celles-ci n'en rgissent pas moins ceux-l mmes qui prtendent les juger2 et notre intelligence1 si grande qu'elle puisse tre1 ne saurait servir qu' les expliquer1 en tendre l'usage dj existant1 et non les dnaturer et innover4 ,si parfois la ,providence passe outre aux rgles auxquelles elle nous a astreints1 sans que nous puissions nous y soustraire1 ce n'est pas pour nous en affranchir2 ce sont des effets de la volont divine1 que nous devons admirer1 sans chercher les imiter2 et les exemples extraordinaires1 empreints de marques particulires et manifestes qui les font tenir du miracle1 qu'elle nous donne en tmoignage de sa toute-puissance1 sont si fort au-dessus de tout ce que nous pouvons faire et ordonner1 qu'il y a folie et impit essayer de les reproduire2 nous ne devons pas le tenter et seulement nous borner les contempler avec l'tonnement qu'ils provoquent en nous2 ce sont des actes de son ressort et non du ntre1 et ,cotta parle avec une grande sagesse1 quand il dit3 ,en matire de religion1 j'coute ,t4 ,coruncanus1 ,p4 ,scipion1 ,p4 ,scevola qui sont souverains pontifes1 et non ,znon1 ,cleanthe ou ,chrysippe 7,cicron74 ,en ce qui fait le sujet de la grande querelle qui nous divise actuellement1 cent articles y figurent dont on poursuit la disparition ou que l'on veut introduire et tous sur des points de premire importance2 et cependant1 ,dieu sait combien1 parmi ceux qui se mlent de la question1 s'en trouvent qui peuvent se vanter d'avoir tudi les raisons essentielles que chaque parti fait valoir pour et contre2 le nombre de ces gens scrupuleux est limit1 si seulement il y en a1 et n'est pas fait pour nous troubler4 ,mais en dehors d'eux1 toute cette foule o va-t-elle et de quel ct se range-t-elle8 ,la ,rforme produit l'effet de toute mdecine de peu d'efficacit et mal applique2 les humeurs dont elle veut nous dbarrasser1 n'ont t que mises en mouvement1 surchauffes1 aigries par les discussions1 et demeurent en nous2 impuissante1 elle n'a pu produire l'effet attendu1 mais elle nous a affaiblis2 nous ne pouvons davantage nous en dbarrasser et nous ne retirons de son action que d'prouver des douleurs internes sans fin4 ,quoi qu'il en soit1 la fortune pouvant toujours djouer notre jugement1 nous met parfois en prsence de ncessits si absolues qu'il faut que les lois en tiennent compte2 et rsister admettre une innovation qui parvient s'imposer par la violence1 est une obligation dangereuse pour celui qui veut en tout et pour tout s'en tenir son devoir et demeurer dans la rgle2 elle le place dans une situation dsavantageuse vis--vis de qui se donne toute libert d'action1 considre comme permis tout ce qui peut servir ses desseins1 ne connat pas de frein et n'a de loi que de faire ce qu'il croit avantageux4 ,se fier un perfide1 c'est lui donner les moyens de nuire 7,snque71 d'autant que les lois ordinaires d'un gouvernement l'tat normal1 ne prvoient pas ces accidents extraordinaires2 faites pour un corps dont chacun des membres principaux satisfait ses devoirs1 elles supposent que tous1 d'un commun accord1 sont disposs les respecter et leur obir2 leur fonctionnement naturel s'applique un ordre de choses calme1 grave1 o chacun s'observe2 il est impuissant l o une licence et une violence effrnes se donnent carrire4 ,cas o l'absolue ncessit semble imposer des modifications a l'ordre de choses existant4--,on reproche encore maintenant ces deux grands personnages de ,rome1 ,octavius et ,caton1 d'avoir1 lors des guerres civiles suscites1 l'une par ,sylla1 l'autre par ,csar1 expos leur patrie en arriver aux dernires extrmits1 plutt que de la secourir aux dpens de ses lois et de n'avoir rien chang leur cours ordinaire4 ,dans ces cas d'absolue ncessit1 o on ne peut que se maintenir1 il serait en effet souvent plus sage de courber la tte et de cder un peu aux circonstances1 plutt que de s'obstiner ne faire aucune concession2 en les dclarant toutes impossibles1 on donne occasion la violence de tout fouler aux pieds2 quand les lois ne peuvent ce qu'elles sont en droit d'exiger1 mieux vaut qu'elles n'exigent que ce qu'elles sont en mesure d'obtenir4--,c'est ce qu'ont fait celui qui ordonna qu'elles dormissent vingt-quatre heures2 cet autre qui prescrivit que pour cette fois1 tel jour du calendrier serait considr comme non avenu2 et aussi celui qui1 du mois de juin1 fit un second mois de mai4--,les ,lacdmoniens eux-mmes1 pourtant si fidles observateurs des lois de leur pays1 gns de ce qu'elles leur dfendaient d'lire par deux fois1 pour amiral1 un mme personnage1 et la situation ncessitant que ,lysandre ft maintenu dans cette charge1 lurent amiral un certain ,aracus1 mais firent ,lysandre surintendant1 de la marine4--,usant d'une subtilit semblable1 un de leurs ambassadeurs1 envoy ,athnes1 pour obtenir qu'une ordonnance ft modifie et auquel ,pericls objectait qu'il tait interdit d'ter1 aprs inscription faite1 le tableau promulguant une loi1 lui conseilla alors de simplement le retourner1 observant que cela n'tait pas dfendu4--,c'est une chose dont ,plutarque loue ,philopmen2 n pour commander1 il savait non seulement commander selon les lois1 mais aux lois elles-mmes1 quand le salut public en faisait une ncessit4 ,,chapitre ,,xxiii4 ,une mme ligne de conduite peut aboutir des rsultats dissemblables4 ,magnanimit du duc de ,guise l'gard de qui mditait de l'assassiner4--,jacques ,amyot1 grand aumnier de ,france1 me contait un jour le fait suivant1 tout l'honneur d'un de nos princes d'entre les plus hauts en dignit1 bien que d'origine trangre4 ,au commencement de nos troubles1 au sige de ,rouen1 il fut averti par la reine1 mre du roi1 d'un complot form contre sa vie4 ,les lettres de la reine mentionnaient spcialement celui qui en tait le chef1 un gentilhomme angevin ou manceau qui1 en ce moment et pour en arriver ses fins1 frquentait d'une faon assez suivie la maison du ,prince4 ,celui-ci ne communiqua personne cet avis2 le lendemain1 se promenant au mont ,sainte-,catherine1 o taient tablis les canons qui battaient la ville qu'alors nous assigions1 ayant prs de lui le grand aumnier de qui je tiens le fait et un autre vque1 il aperut le gentilhomme qui lui avait t signal et le fit appeler4 ,quand celui-ci fut en sa prsence1 le voyant plir et trembler parce qu'il n'avait pas la conscience tranquille1 il lui dit3 ,monsieur un tel1 vous vous doutez bien de ce que je vous veux1 votre visage l'indique4 ,n'essayez pas de me rien cacher2 je suis compltement au courant de vos intentions2 vous ne feriez qu'empirer votre cas1 en cherchant le pallier4 ,vous connaissez ceci1 cela 7c'tait la teneur mme des pices les plus secrtes ayant trait au complot72 sur votre vie1 confessez-moi donc tout1 sans rticence aucune4 ,quand le pauvre homme se vit pris et convaincu 7car tout avait t rvl la reine par un de ses complices71 il n'eut plus qu' joindre les mains et demander grce et misricorde au prince1 aux pieds duquel il voulut se jeter4 ,le prince l'en empcha et continuant3 ,voyons1 vous ai-je autrefois1 en quelque occasion1 caus quelque dplaisir8 ai-je offens quelqu'un des vtres par haine personnelle8 ,il n'y a pas trois semaines que je vous connais1 quelle raison vous a dtermin vouloir m'assassiner8 ,le gentilhomme rpondit d'une voix tremblante que ce n'tait pas par animosit particulire contre lui1 mais pour servir l'intrt gnral de son parti2 qu'on lui avait persuad que ce serait uvre pie que de se dbarrasser1 de quelque manire que ce ft1 d'un aussi puissant ennemi de la religion rforme4 ,h bien1 poursuivit le prince1 je veux vous montrer combien ma religion est plus tolrante que celle que vous pratiquez2 la vtre vous a pouss me tuer1 sans m'entendre1 alors que je ne vous ai point offens2 la mienne me commande de vous pardonner1 alors que vous tes convaincu d'avoir voulu1 sans raison1 attenter ma vie4 ,allez-vous en1 retirez-vous1 que je ne vous voie plus ici2 ce sera sage vous de ne prendre dornavant pour conseil1 en vos entreprises1 que des gens qui soient plus hommes de bien que ceux auxquels vous vous tes adress en cette circonstance4 ,clmence d',auguste envers ,cinna en semblable circonstance4--,l'empereur ,auguste1 tant en ,gaule1 averti d'une conjuration que tramait contre lui ,l4 ,cinna1 rsolut de svir et convoqua cet effet ses amis en conseil pour le lendemain4 ,dans la nuit1 en proie une grande agitation1 songeant qu'il lui fallait punir de mort un jeune homme de bonne famille1 neveu du grand ,pompe1 les perplexits qu'il en ressentait1 se refltaient dans l'expression des penses de toutes sortes qui l'occupaient3 ,h quoi1 faisait-il1 sera-t-il dit que je vivrai constamment dans la crainte et dans de continuelles alarmes1 tandis que mon meurtrier sera libre d'aller et de venir son gr8 ,le laisserai-je indemne1 lui qui a attent mes jours qui si souvent ont chapp aux prils de tant de guerres civiles1 de tant de batailles livres et sur terre et sur mer1 alors que je suis parvenu doter le monde de la paix universelle8 ,puis-je l'absoudre1 quand il a voulu non seulement m'assassiner1 mais me sacrifier 7les conjurs avaient projet de le tuer pendant un sacrifice qu'il devait accomplir78 ,puis s'tant tu quelques instants1 il reprit haute voix1 s'en prenant cette fois lui-mme3 ,pourquoi vis-tu1 se disait-il1 puisque tant de gens ont intrt ta mort8 ,tes vengeances et tes cruauts n'auront-elles donc pas de fin8 ,ta vie vaut-elle tant de rigueurs pour la dfendre8 ,livie1 sa femme1 voyant ses angoisses1 lui dit3 ,accepteras-tu les conseils d'une femme8 ,que ne fais-tu comme les mdecins2 quand les remdes dont ils usent d'habitude sont sans effet1 ils essaient ceux qui produisent des effets contraires4 ,jusqu'ici la svrit n'a donn aucun rsultat2 les conjurations ont succd les unes aux autres3 ,lpidus a suivi ,savidianus2 ,murna2 ,lpidus2 ,cpio1 ,murna2 ,egnatius1 ,cpio2 essaie ce que produiront la douceur et la clmence4 ,la culpabilit de ,cinna est prouve1 pardonne-lui1 il sera mis de la sorte dans l'impossibilit de te nuire et cela ajoutera ta gloire4 ,auguste1 satisfait d'avoir trouv en sa femme un cho des sentiments que lui-mme prouvait1 la remercia1 contremanda le conseil auquel il avait convoqu ses amis et ordonna qu'on ft venir ,cinna et qu'il vnt seul4 ,quand celui-ci se prsenta1 ,auguste fit sortir tout le monde de sa chambre1 lui fit prendre un sige et lui parla en ces termes3 ,tout d'abord1 ,cinna1 je te demande de demeurer tranquille2 coute-moi sans m'interrompre1 je te donnerai ensuite tout le temps et le loisir de me rpondre4 ,tu le sais1 ,cinna1 tu as t pris dans le camp de mes ennemis et je t'ai pargn alors que non seulement tu avais embrass leur cause1 mais encore quand1 par le fait de ta naissance1 tu tais des leurs2 je te remis en possession de tous tes biens et t'ai en somme si bien trait1 si haut plac1 que les vainqueurs envient le sort du vaincu4 ,la charge du sacerdoce que tu m'as demande1 je te l'ai accorde1 alors que je l'avais refuse d'autres dont les pres ont toujours combattu pour moi2 et1 m'ayant de telles obligations1 tu as form le projet de m'assassiner4 ,sur quoi ,cinna s'tant rcri qu'il tait bien loign d'avoir de si mchantes penses1 ,auguste poursuivit3 ,tu ne me tiens pas1 ,cinna1 la promesse que tu m'as faite2 tu t'tais engag ne pas m'interrompre4 ,oui1 tu as entrepris de me tuer en tel lieu1 tel jour1 en telle compagnie et de telle faon4 ,et1 le voyant atterr par ces renseignements donns d'une faon si prcise1 gardant le silence1 non plus parce qu'il l'avait promis1 mais sous l'effet des reproches de sa conscience3 ,a quel mobile obis-tu donc8 continua ,auguste4 ,est-ce pour tre empereur8 ,ce serait vraiment par trop malheureux pour les affaires publiques1 qu'il n'y et que moi pour tre un empchement ton accession l'empire2 tu ne parviens pas seulement dfendre ta propre maison1 et dernirement encore tu as perdu un procs engag contre un simple affranchi6 ,devenir ,csar1 est-ce donc l tout ce que tu sais faire1 tout ce dont tu es capable8 s'il n'y a que moi qui fasse obstacle la ralisation de tes esprances1 je suis prt abdiquer4 ,mais penses-tu que ,paulus1 que ,fabius1 que les ,cossens et les ,serviliens t'acceptent1 eux et tous ces nobles en si grand nombre1 nobles par leurs noms et aussi par leurs vertus qui rehaussent leur noblesse8 ,aprs plusieurs autres propos se rapportant la situation 7car il l'entretint pendant plus de deux heures73 ,va1 ,cinna1 lui dit-il1 je te donne nouveau la vie que1 comme tratre et parricide1 tu mrites de perdre2 je te la donne comme autrefois je te la donnai1 alors qu'tant mon ennemi1 elle tait entre mes mains4 ,a dater de ce jour1 soyons amis et voyons qui de nous deux sera de meilleure foi1 de moi qui te fais grce1 ou de toi qui la reois4 ,sur ces mots1 il le congdia4 ,quelque temps aprs1 il lui donna le consulat1 lui reprochant de n'avoir pas os le lui demander4 ,auguste reut la juste rcompense de sa clmence en cette occasion2 ,cinna lui demeura depuis profondment attach1 et1 sa mort1 le fit le seul hritier de tous ses biens2 partir de cet vnement qui arriva dans sa quarantime anne1 aucune conjuration1 aucun complot ne se formrent plus contre lui4--,il n'en fut pas de mme de celui de nos princes dont il a t question plus haut2 sa magnanimit ne l'a pas empch de succomber depuis1 un attentat pareil celui auquel il avait chapp une premire fois1 tant la prudence humaine est chose vaine et sur laquelle il est difficile de faire fond6 ,quels que soient nos projets1 les conseils auxquels nous recourons1 les prcautions que nous prenons1 la fortune est toujours l qui tient en ses mains les vnements4 ,la mdecine n'est pas le seul art o la fortune ait une large part dans le succs2 les beaux-arts1 les lettres1 les entreprises militaires sont dans le mme cas4--,nous disons des mdecins qu'ils sont heureux1 quand ils obtiennent un bon rsultat1 comme s'il n'y avait que leur art qui ne puisse se suffire lui-mme1 qu'il soit le seul dont les bases sur lesquelles il repose soient si faibles qu'elles ne puissent le soutenir2 comme si enfin il n'y avait que lui qui ne puisse atteindre au succs sans l'assistance de la fortune4 ,sur la mdecine1 je crois tout le bien et tout le mal qu'on en peut dire1 car1 ,dieu merci1 je n'en use pas4 ,j'en agis avec elle au rebours des autres2 en tous temps je n'en fais aucun cas2 mais quand je suis malade1 au lieu de compter sur elle1 je la prends en grippe et la redoute2 ceux qui me pressent d'avoir recours ses drogues1 je rponds d'attendre au moins que mes forces soient revenues et que je sois rtabli1 afin d'tre plus mme d'en supporter l'effet et les chances que j'en vais courir4 ,je prfre laisser agir la nature1 pensant bien qu'elle a bec et ongles pour se dfendre contre les assauts auxquels elle est en butte1 et protger notre organisme des atteintes dont elle a charge de nous garantir4 ,je crains qu'en voulant lui porter secours1 alors qu'elle est aux prises immdiates avec la maladie1 qu'elle fait corps avec elle1 je ne vienne en aide celle-ci1 au lieu de lui venir en aide elle-mme1 et de lui mettre ainsi de nouvelles affaires sur les bras4 ,or1 je prtends que la part de la fortune est grande1 non seulement dans le cas de la mdecine1 mais dans celui de nombre de branches des connaissances humaines qui semblent en tre plus indpendantes4 ,les inspirations potiques par exemple1 qui s'emparent d'un auteur1 le ravissent hors de lui2 pourquoi ne pas les attribuer sa bonne chance8 ,lui-mme confesse qu'elles dpassent ce dont il est capable1 qu'elles ne viennent pas de lui1 qu'il ne saurait atteindre pareille hauteur2 ainsi du reste que les orateurs1 lorsqu'ils ont de ces mouvements1 de ces envoles extraordinaires qui les emportent au del de tout ce qu'ils avaient conu4 ,de mme dans la peinture1 le peintre n'arrive-t-il pas parfois des effets bien suprieurs ce que son imagination et son talent lui faisaient concevoir1 qui le transportent d'imagination et l'tonnent lui-mme4 ,mais la part qu'a la fortune en toutes choses1 qui se manifeste dj par la grce et la beaut que prsentent certaines uvres sans que l'auteur ait vis semblable effet1 apparat d'une faon bien plus vidente encore quand ces mmes qualits se rencontrent son insu4 ,certains lecteurs1 particulirement dous1 ne dcouvrent-ils pas souvent dans un ouvrage1 des beauts qui leur semblent atteindre la perfection1 que l'auteur n'a pas conscience d'y avoir mises1 qu'il n'y a pas aperues8 ces lecteurs1 du fait de leur imagination1 ajoutent la forme et au sens1 qui leur apparaissent ainsi beaucoup plus riches4 ,quant aux entreprises militaires1 chacun sait combien la fortune y a large part2 mme en dehors de l'excution1 dans les conseils que nous tenons et les rsolutions que nous prenons1 la chance et la malchance y ont place1 et ce que peut notre habilet est peu de chose2 plus elle est perspicace et vive1 plus elle est faible et a sujet de se dfier d'elle-mme4 ,je suis de l'avis de ,sylla2 quand j'examine attentivement les faits de guerre les plus glorieux1 il m'apparat1 ce me semble1 que ceux qui les ont accomplis1 n'ont pris conseil et dlibr sur la conduite tenir que par acquit de conscience1 et qu'en engageant l'affaire1 ils se sont surtout abandonns leur bonne fortune2 confiants qu'elle leur viendrait en aide1 ils se sont1 en maintes circonstances1 laiss entraner au del des bornes de la raison4 ,leur rsolution prsente parfois l'empreinte d'une confiance excessive ou d'un dsespoir inexplicable qui les poussent le plus souvent prendre le parti le moins rationnel en apparence et grandit leur courage un degr surnaturel4 ,c'est ce qui a conduit plusieurs grands capitaines de l'antiquit1 pour faire accepter par leurs soldats leurs rsolutions tmraires1 rpandre la croyance qu'elles leur taient inspires par un gnie familier1 et le succs prdit par des signes prcurseurs4 ,parti prendre lorsque ce qui peut s'ensuivre donne lieu incertitude4--,voil pourquoi dans l'incertitude et la perplexit o nous met l'impuissance dans laquelle nous sommes de discerner et de choisir ce qui convient le mieux1 en raison des difficults et accidents inhrents chaque chose1 le plus sr1 quand d'autres considrations ne nous y amneraient pas1 est1 mon avis1 de se rejeter sur le parti qui se prsente comme le plus honnte et le plus juste2 et1 puisqu'on est en doute sur le plus court chemin1 de toujours suivre la voie droite4 ,c'est ainsi que dans les deux exemples que j'ai donns plus haut1 il n'y a pas de doute que pardonner l'offense reue1 tait plus beau et plus gnreux que d'en agir diffremment4 ,si cela n'a pas russi au premier1 il ne faut pas en accuser la noble conduite qu'il a tenue2 peut-on savoir1 s'il s'tait arrt au parti contraire1 s'il et chapp la mort que le destin lui rservait8 en tout cas1 il eut perdu la gloire que lui a value son acte 99 de bont si remarquable4 ,il n'est pas avantageux de s'attacher prvenir les conjurations par la rigueur4--,l'histoire mentionne force gens en proie la crainte d'attentats ourdis contre eux1 et la plupart se sont appliqus les djouer en les prvenant et recourant aux supplices2 j'en vois fort peu auxquels ce systme ait russi1 tmoin tant d'empereurs romains4 ,celui que menace un semblable danger1 ne doit compter beaucoup ni sur sa puissance1 ni sur sa vigilance1 car il est bien malais de se garantir d'un ennemi qui se dissimule1 en feignant d'tre de nos meilleurs amis et de connatre les desseins et penses intimes de ceux qui nous approchent4 ,il aura beau se constituer une garde recrute l'tranger et s'entourer constamment d'hommes arms1 quiconque ne tient pas la vie1 sera toujours matre de celle d'autrui2 et puis1 cette suspicion continuelle qui le met en doute contre tout le monde1 doit tre un tourment excessif4--,dion1 averti que ,calipsus guettait une occasion de le frapper1 n'eut pas le courage d'claircir le fait1 prfrant mourir1 dit-il1 que d'tre dans la triste obligation d'avoir se garder non seulement de ses ennemis1 mais aussi de ses amis4--,cette mme ide1 ,alexandre le ,grand la traduisit en fait1 d'une faon bien plus nette et plus nergique3 avis par une lettre de ,parmnion que ,philippe1 son mdecin prfr1 avait t corrompu prix d'argent par ,darius pour l'empoisonner1 en mme temps qu'il donnait la lettre lire ,philippe1 il avalait le breuvage que celui-ci venait de lui prsenter4 ,voulut-il par l montrer que si ses amis voulaient attenter ses jours1 il renonait sa dfendre contre eux8 ,personne ne s'est plus confi la fortune que ce prince1 mais je ne sais rien de sa vie qui tmoigne plus de fermet que cet acte1 ni qui soit si beau1 sous quelque aspect qu'on l'envisage4 ,triste tat d'un prince en proie la dfiance4--,ceux qui prchent aux princes d'tre constamment en dfiance1 sous prtexte d'assurer leur sret1 les poussent leur perte et leur honte2 car rien de noble ne se fait sans risques courir4 ,j'en connais un1 trs brave et entreprenant par nature1 auquel on a fait perdre toutes les belles occasions de s'illustrer1 en lui rptant sans cesse3 ,qu'il demeure l'abri au milieu des siens2 ne se prte aucune rconciliation avec ses anciens ennemis2 se tienne part1 sans se confier plus puissant que lui1 quelques promesses qui lui soient faites1 quelques avantages que cela semble prsenter4 ,j'en sais au contraire un autre qui1 en suivant le conseil oppos1 a avanc sa fortune d'une manire inespre4 ,la hardiesse permet seule de raliser de grandes choses4--,de la hardiesse qui procure la gloire dont les princes sont si avides1 on peut aussi magnifiquement faire preuve1 qu'on soit en pourpoint ou arm de pied en cap1 dans un cabinet que dans les camps1 que l'on reste calme ou que l'on soit menaant2 la prudence1 si pleine d'attention1 si circonspecte1 est l'ennemie mortelle des grandes choses4 ,scipion1 pour gagner la bonne volont de ,syphax1 n'hsita pas quitter son arme1 abandonnant l',espagne nouvellement conquise et dont la soumission pouvait encore tre douteuse1 pour passer en ,afrique1 avec simplement deux navires1 se remettant1 en pays ennemi1 au pouvoir d'un roi barbare1 sur la bonne foi duquel il n'tait pas fix1 sans garantie1 sans otages1 se confiant seulement son grand courage1 sa bonne fortune et dans la pense de voir se raliser les hautes esprances qu'il avait conues3 ,la confiance que nous accordons un autre1 nous gagne souvent la sienne 7,tite ,live74--,qui a de l'ambition et vise la clbrit doit1 au contraire1 se garder d'une prudence exagre1 ne pas prter aux soupons1 non plus que s'y laisser trop entraner soi-mme2 la crainte et la dfiance font natre l'offense et la provoquent4 ,le plus dfiant de nos rois rtablit ses affaires1 surtout en se confiant de son propre mouvement ses ennemis1 au risque de sa vie et de sa libert1 montrant par l la pleine confiance qu'il avait en eux1 afin de les amener en avoir en lui4--,a ses lgions mutines1 ,csar opposa uniquement l'attitude qui convient qui exerce l'autorit et un langage lev2 il avait une telle confiance en lui-mme et en sa fortune1 qu'il ne craignit pas de s'abandonner et de s'exposer une arme sditieuse et rebelle3 ,il parut sur un tertre de gazon1 debout1 le visage impassible2 sans crainte pour lui-mme1 il sut l'inspirer aux autres 7,lucain74 ,conduite tenir en cas d'meute2 la confiance qu'on montre doit1 pour porter fruit1 tre ou paratre exempte de crainte4--,mais il est certain qu'une semblable assurance qui procure un si grand ascendant1 n'est naturelle et ne peut avoir tout son effet que chez ceux auxquels la perspective de la mort et de ce qui peut arriver de pire sous tous rapports1 ne cause pas d'effroi2 une attitude quelque peu tremblante1 qui semble douter et tre incertaine du rsultat1 chez celui qui poursuit l'apaisement1 ne peut aboutir rien qui vaille1 pour peu que la situation soit grave4 ,c'est un excellent moyen de gagner les curs et la bonne volont des gens1 que de se prsenter eux fier et confiant1 sous condition que ce soit de son propre mouvement1 sans y tre contraint par la ncessit et que le sentiment qui nous anime soit sincre et franc1 ou tout au moins qu'on ne semble pas avoir d'inquitude4--,j'ai vu dans mon enfance un gentilhomme1 commandant d'une ville importante1 aux prises avec un violent mouvement d'effervescence populaire4 ,pour apaiser ces troubles leur dbut1 il prit le parti de sortir du lieu o il se trouvait et tait en parfaite sret et d'aller aux mutins2 mal lui en prit1 ils le massacrrent4 ,sa faute en cette circonstance ne fut pas tant1 mon avis1 de sortir1 comme on en fait d'ordinaire reproche sa mmoire1 que d'tre entr dans la voie des concessions et d'avoir manqu d'nergie2 d'avoir cherch calmer ces forcens1 plutt en se mettant leur remorque qu'en les clairant sur leur faute2 de les avoir pris1 au lieu de les rprimander2 j'estime qu'une svrit mitige1 unie un commandement sr de lui-mme appuy des troupes sous ses ordres1 convenait davantage son rang et aux devoirs de sa charge1 lui et mieux russi1 ou tout au moins lui et fait plus d'honneur et et t plus digne4 ,contre les fureurs populaires1 il n'y a rien esprer de l'emploi de l'humanit et de la douceur2 ce qui inspire le respect et la crainte a plus de chances de russite4 ,je ferai galement reproche ce gentilhomme1 qu'ayant pris une rsolution que j'estime brave plutt que tmraire en allant1 sans armure et sans escorte suffisante1 se jeter au milieu de cette mer1 dmonte par la tempte1 d'hommes atteints de folie1 il ne l'ait pas suivie jusqu'au bout4 ,au lieu de cela1 s'apercevant du danger1 il faiblit2 et sa contenance1 de pacifique et conciliatrice qu'elle tait dj1 se ressentit de la frayeur qui s'empara de lui2 sa voix s'altra1 en son regard se peignirent l'effroi et le regret de s'tre aussi inconsidrment avanc2 il chercha s'esquiver et disparatre2 ce spectacle n'en surexcita que davantage la foule en delire1 qui en vint aux pires excs avec lui4 ,j'assistais une dlibration relative une grande parade de troupes de toute nature1 que l'on projetait 7occasion souvent choisie par ceux qui mditent de mauvais coups1 parce que c'est l qu'ils peuvent s'excuter avec le moins de danger74 ,il y avait de fortes apparences1 d'aprs les bruits publics1 pour ceux auxquels leurs fonctions imposaient le maintien de l'ordre1 que des tentatives de cette nature pourraient bien s'y produire4 ,divers conseils furent mis ce sujet1 comme il arrive dans les cas difficiles1 et1 dans le nombre1 quelques-uns trs senss et mritant d'tre pris en considration4 ,j'opinai1 quant moi1 pour qu'on vitt tout ce qui pourrait tmoigner de la crainte o l'on tait2 pour qu'on s'y rendit1 qu'on se mlt la troupe la tte haute1 le visage ne refltant aucune apprhension2 et1 qu'au lieu de la restreindre 7comme les autres le proposaient71 on donnt1 au contraire1 cette prise d'armes1 tout le dveloppement dont elle tait susceptible1 recommandant aux capitaines d'avertir leurs soldats de faire1 bien nourries et avec ensemble1 les salves de mousqueterie tires titre d'honneurs rendus au personnage qui les passait en revue et de ne pas pargner la poudre4 ,ainsi fut fait2 ces troupes1 dont la fidlit tait suspecte1 en reurent un encouragement qui amena1 pour l'avenir1 une mutuelle et utile confiance4 ,confiance de ,csar en sa fortune4--,la conduite de ,jules ,csar1 dans les circonstances de cette nature1 me parat belle1 au point de ne pouvoir tre surpasse4 ,par sa clmence 99 et sa douceur1 il chercha tout d'abord gagner l'affection de ses ennemis eux-mmes1 se contentant1 quand des conjurations lui taient dnonces1 de dclarer simplement qu'il en tait averti2 puis1 par un sentiment plein de noblesse1 il attendait sans effroi et sans s'en proccuper davantage1 ce qui pourrait advenir1 s'abandonnant et s'en remettant la garde des dieux et sa fortune2 il tait certainement dans cet tat d'me1 lorsqu'il fut tu4 ,conseil donn un tyran1 pour se mettre couvert des complots qu'on pouvait former contre lui4--,un tranger ayant dit et rpandu partout qu'il tait mme1 moyennant une forte somme d'argent1 d'indiquer ,denys1 tyran de ,syracuse1 un moyen infaillible de pressentir et de dcouvrir coup sr les complots que ses sujets pouvaient organiser contre lui1 ,denys1 auquel le propos fut rapport1 le fit appeler pour se renseigner sur ce procd qui pouvait tre si utile sa sret4 ,l'tranger lui dit qu'il n'tait autre que de lui faire donner un talent1 et de se vanter d'avoir appris de lui ce singulier secret4 ,denys trouva l'ide bonne et lui fit compter six cents cus4 ,aux yeux de tous1 il n'tait pas vraisemblable que le tyran et gratifi un inconnu d'une aussi forte somme1 si ce n'tait en rcompense d'un important service rendu2 et cette croyance contribua rendre ses ennemis circonspects4 ,c'est qu'en effet1 les princes qui bruitent les avis qu'ils reoivent des attentats mdits contre eux1 agissent sagement2 ils font croire que leur police est bien faite et que rien ne peut tre entrepris contre eux1 dont ils n'aient vent4--,le duc d',athnes commit plusieurs maladresses au dbut de sa rcente domination sur ,florence2 la plus grande fut que1 prvenu de conciliabules tenus contre lui par les mcontents1 il fit mourir ,matteo di ,morozo1 qui tait l'un des leurs et le premier les lui avait dnoncs1 dans la pense que personne ne connatrait ces runions et ne serait ainsi port croire que sa domination ft impatiemment supporte par quelques-uns4 ,mourir vaut mieux parfois que d'tre sous la menace continue d'une fin tragique4--,je me souviens avoir lu autrefois l'histoire d'un haut personnage ,romain qui1 proscrit par les triumvirs1 avait t assez habile pour chapper nombre de fois ceux lancs sa poursuite4 ,un jour1 une troupe de cavaliers envoys pour s'emparer de lui1 passa1 sans le dcouvrir1 prs d'un pais buisson o il tait cach4 ,mais lui1 en ce moment1 songeant la peine et aux difficults qu'il avait1 depuis si longtemps1 pour se drober aux recherches continues et minutieuses dont il tait partout l'objet1 au peu de plaisir qu'il pouvait esprer d'une pareille vie1 se prit penser qu'il tait prfrable d'en finir une bonne fois1 que de demeurer toujours dans ces transes2 et sortant de sa cachette1 lui-mme rappela les cavaliers qui le cherchaient et se livra volontairement leur merci1 pour se dbarrasser1 eux et lui1 de plus longs tracas4 ,se livrer soi-mme ses ennemis1 est un parti un peu excessif2 je crois cependant qu'il vaut encore mieux en agir ainsi1 que de demeurer constamment sous l'apprhension fivreuse d'un accident invitable4 ,toutefois1 l'inquitude et l'incertitude tant au fond de toutes les prcautions que l'on peut prendre1 le mieux encore est de se prparer courageusement tout ce qui peut arriver et de tirer quelque consolation de ce que l'on n'est pas certain que cela arrivera4 ,,chapitre ,,xxiv4 ,du pdantisme4 ,les pdants sont et ont t de tous temps mpriss et ridiculiss malgr leur savoir4--,j'ai souvent souffert1 en mon enfance1 de toujours voir le pdant qui instruit la jeunesse1 jouer dans les comdies italiennes un rle grotesque1 et le surnom de ,magister ne pas avoir une signification beaucoup plus honorable chez nous2 du moment que nous leur sommes confis1 je ne pouvais moins faire que d'tre afflig d'une telle rputation4 ,je cherchais bien me l'expliquer par l'ingalit naturelle qui existe entre le vulgaire et les personnes1 en petit nombre1 se distinguant par le jugement et le savoir1 d'autant que le genre de vie des uns et des autres est tout fait diffrent2 mais ce qui me dconcertait1 c'est que les hommes les plus clairs sont prcisment ceux qui les ont le moins en estime2 tmoin notre bon du ,bellay3 ,mais1 par-dessus tout1 dit-il1 je hais un savoir pdantesque4 ,et cela remonte fort loin1 car ,plutarque indique que chez les ,romains1 grec et colier taient des termes de mpris1 dont on usait pour faire reproche4 ,depuis1 en avanant en ge1 j'ai trouv que ce sentiment public est on ne peut plus justifi1 et que les plus grands clercs ne sont pas les plus fins 7,rabelais74--,mais comment peut-il se faire qu'une me1 riche de tant de connaissances1 n'en devienne pas plus vive et plus veille2 et qu'un esprit grossier et vulgaire puisse retenir1 sans s'en amliorer1 les uvres et les jugements manant des meilleurs esprits que le monde ait produits2 c'est ce dont je m'tonne encore4--,pour recevoir les conceptions si grandes et si fortes de tant de cerveaux trangers1 il est ncessaire1 me disait en parlant de quelqu'un une demoiselle qui occupait le premier rang parmi nos princesses1 que le sien se foule1 se resserre1 se comprime pour faire place ce qu'il reoit des autres2 je penserais volontiers1 ajoutait-elle1 que ce qui arrive pour les plantes qui s'touffent parce qu'elles ont trop de sve1 ou les lampes qui s'teignent quand on y met trop d'huile1 se produit galement pour l'esprit bourr de trop d'tude et de science2 occup et embarrass de trop de choses diverses1 il devient hors d'tat de les dmler1 et sous ce faix ploie et croupit4--,m'est avis que la raison est autre1 car plus notre me s'emplit1 plus elle se distend2 et les temps anciens nous montrent des exemples o1 tout au contraire1 on voit des hommes aptes la conduite des affaires publiques1 de grands capitaines et de grands hommes d'tat1 avoir t aussi de trs grands savants4 ,les philosophes de l'antiquit taient au contraire estims1 parce que sous leur originalit existait une science profonde1 ce qui constitue une grande diffrence avec les pdants de nos jours4--,les philosophes qui se dsintressaient de toutes fonctions publiques1 ont t aussi autrefois1 la vrit1 trs ridiculiss par les auteurs comiques de leur temps qui avaient toute libert2 leurs opinions et leurs faons s'y prtaient souvent4 ,voulez-vous les faire juges soit du bon droit dans un procs1 soit des actes de quelqu'un8 comptez donc sur eux6 ,ils sont encore occups chercher si la vie1 le mouvement existent rellement2 si l'homme et le buf ne sont pas mme chose2 ce que c'est qu'agir2 ce que c'est que souffrir2 quelles sortes de btes sont les lois et la justice4 ,parlent-ils d'un magistrat ou s'entretiennent-ils avec lui8 c'est avec une libert de langage irrvrencieuse et incivile4 ,entendent-ils louer 99 leur prince ou un roi8 pour eux1 ce n'est qu'un ptre1 oisif comme sont les ptres1 son occupation est comme la leur de pressurer et de tondre1 leur troupeau1 mais avec des mnagements bien moindres que n'en prennent les ptres4 ,vous faites cas d'un tel1 parce qu'il possde deux mille arpents de terre8 ils s'en moquent1 eux qui sont habitus considrer le monde entier comme leur appartenant4 ,vous vous enorgueillissez de votre noblesse1 de ce que vous avez sept de vos aeux qui se sont distingus2 c'est leurs yeux vous prvaloir de peu1 parce qu'eux1 ne s'occupant de ce qui existe que pris dans son ensemble1 supputent par combien de riches et de pauvres1 de rois et de valets1 de ,grecs et de ,barbares1 tous tant que nous sommes avons t prcds ici-bas2 seriez-vous le cinquantime descendant d',hercule1 ils trouveraient que c'est de votre part acte de vanit que de faire valoir cette faveur de la fortune4 ,aussi le vulgaire les ddaignait-il1 comme ignorant les choses essentielles de la vie que tout le monde connat et les taxait-il de prsomption et d'insolence4 ,cette peinture1 tire de ,platon1 est bien loin d'tre applicable aux pdants4 ,les philosophes1 on les enviait parce qu'ils taient au-dessus du commun des mortels1 en raison du ddain en lequel ils avaient les affaires publiques1 de la vie spciale qu'ils s'taient impose qui n'tait pas la porte de tout le monde et avait pour rgle des principes suprieurs qui ne sont pas habituellement ceux que l'on applique2 tandis que les pdants1 on les considre comme au-dessous du commun1 incapables des charges publiques1 menant une vie misrable1 de murs basses et viles qui les relguent au dernier rang3 ,je hais ces hommes incapables d'agir1 dont la philosophie est toute en paroles 7,pacuvius74 ,les philosophes1 eux1 grands par leur savoir1 taient plus grands encore quand ils en venaient l'action2 c'est ainsi qu'on cite ce gomtre de ,syracuse qui1 distrait de la vie contemplative pour employer son gnie inventif la dfense de son pays1 imagina immdiatement des engins formidables qui produisaient des effets dpassant tout ce que pouvait concevoir l'esprit humain2 inventions qui1 grce sa science1 n'taient pour lui qu'un jeu tout au plus digne d'un dbutant1 et dont personnellement il faisait peu de cas1 regrettant d'avoir1 pour elles1 drog ce que ses tudes ont de noble tant qu'elles restent dans le domaine spculatif4 ,aussi chaque fois qu'ils ont t mis en demeure de passer de la thorie la pratique1 ils se sont levs si haut1 qu'il tait vident que leur cur et leur me s'taient prodigieusement dvelopps et enrichis par l'tude de toutes choses4 ,il en est qui1 voyant la direction de leur pays en des mains incapables1 s'en sont mis l'cart1 tmoin cette rponse que fit ,crats quelqu'un qui lui demandait jusqu' quel moment il fallait s'adonner la philosophie3 ,jusqu' ce que ce ne soit plus des niers qui soient la tte de nos armes4--,hraclite abdiqua la royaut en faveur de son frre2 et aux ,ephsiens qui lui reprochaient de passer son temps jouer avec les enfants1 devant le temple1 il rpondait3 ,ne vaut-il pas mieux en agir ainsi1 que de grer les affaires publiques en votre compagnie8--,d'autres1 comme ,empdocle qui refusa la royaut que les ,agrigentins lui offraient1 planant en imagination au-dessus de la fortune et du monde1 trouvaient les siges des magistrats1 les trnes mmes des rois1 bien bas et bien vils4--,thals blmant parfois ses concitoyens de trop se proccuper de leurs intrts personnels et de trop chercher s'enrichir1 ils lui rpondirent1 en lui reprochant d'agir comme le renard de la fable et de ne parler de la sorte que parce que lui-mme tait incapable d'en faire autant2 l-dessus1 il eut l'ide1 en manire de passe-temps1 de tenter l'aventure4 ,pour ce faire1 humiliant son savoir en le mettant au service d'intrts matriels qui devaient lui procurer gains et profits1 il prit un mtier qui1 dans une seule anne1 lui rapporta tant1 qu' peine en toute leur vie les plus experts en la partie pouvaient-ils gagner autant4--,aristote conte que certains disaient de ce ,thals1 d',anaxagoras et de leurs semblables1 qu'ils taient sages mais n'taient pas prudents1 parce qu'ils ne se proccupaient pas suffisamment des choses utiles2 outre que je ne saisis pas bien la diffrence entre ces deux mots1 ceux qui parlaient ainsi n'taient pas dans le vrai2 et voir la fortune si pniblement acquise et si modique dont ces critiques se contentaient1 nous serions plutt fonds dire1 en employant les mmes expressions que celles dont ils se servaient eux-mmes1 qu'ils n'taient1 eux1 ni sages ni prudents4 ,ceux-ci ne s'occupent que de meubler leur mmoire et d'en faire parade1 sans faire bnficier de ce qu'ils apprennent ni leur jugement1 ni leur conscience4--,laissons donc l cette raison du peu de considration qu'on accorde aux pdants2 je crois qu'il est plus juste de l'attribuer la faon dfectueuse dont ils en agissent vis--vis de la science4 ,avec la manire dont nous est donne l'instruction1 il n'est pas tonnant que matres et coliers n'en acquirent pas plus de valeur1 quoique acqurant plus de connaissances4 ,nos pres ne s'appliquent en vrit qu' nous mettre science en tte2 de cela1 ils se mettent en frais2 mais de jugement1 de vertu1 il n'en est pas question4 ,indiquez un passant aux gens du peuple1 en criant3 ,oh6 ce savant6 indiquez-leur-en un autre1 en vous criant3 ,oh6 cet homme de bien6 tous ces gens ne manqueront pas de porter leurs regards sur le premier et de lui tmoigner du respect4 ,ne mriteraient-ils pas que1 les montrant du doigt leur tour1 quelqu'un crit3 ,oh6 ces lourdauds6 ,nous nous enqurons volontiers de quelqu'un s'il sait le grec et le latin2 s'il crit en vers ou en prose2 mais de savoir s'il est devenu meilleur ou si son esprit s'est dvelopp1 ce qui est le principal1 c'est la dernire chose dont on s'inquite4 ,il faut s'enqurir de qui fait le meilleur usage de la science1 et non de celui qui en a le plus4 ,nous ne nous appliquons qu' garnir la mmoire1 et laissons dgarnis le jugement et la conscience4 ,les oiseaux se mettent parfois en qute de graines qu'ils emportent dans leur bec1 sans plus y goter autrement1 pour les donner en becque leurs petits2 ainsi font nos pdants2 ils vont pillant et l la science dans les livres et la conservent uniquement sur le bord de leurs lvres1 pour simplement la restituer en la jetant tous vents4 ,c'est merveilleux combien sot est l'exemple que je choisis2 car n'est-ce pas l prcisment ce que je fais moi-mme1 en majeure partie1 pour la composition du prsent ouvrage8 ,je m'en vais grappillant de ci de l dans les livres les ides qui me plaisent2 non pour les garder1 mon esprit n'en est pas capable1 mais pour les transporter des livres des autres dans le mien1 o1 vrai dire1 elles ne sont pas plus de mon cru qu' la place o je les ai prises4--,notre science1 je crois1 se rduit celle du moment2 celle du pass nous est aussi trangre que l'est celle de l'avenir2 mais ce qu'il y a de pire1 c'est que les coliers et aussi ceux auxquels ils enseigneront leur tour1 reoivent de ces matres1 sans se l'assimiler davantage1 la science qui passe ainsi de main en main1 seule fin d'en faire parade1 d'en entretenir les autres et d'en user tout comme on fait d'une monnaie qui n'a plus cours et qui n'est bonne qu' servir de jetons pour calculer3 ,ils ont appris parler aux autres1 mais non eux-mmes 7,cicron74 ,il ne s'agit pas de prorer1 mais de diriger le navire 7,snque74--,la nature1 pour montrer qu'il n'y a rien de barbare dans son uvre1 permet souvent que surgissent chez les nations o les arts sont le moins avancs1 des productions de l'esprit qui dfient les plus remarquables en leur genre4 ,le proverbe gascon1 qui se dit des joueurs de cornemuse1 et se trouve dans une de ces chansons qu'ils rptent en s'accompagnant de leur instrument3 ,souffle peu ou beaucoup1 qu'importe2 pourvu que tu remues les doigts1 tout est l6 s'applique parfaitement ma thse4 ,nous savons dire3 ,cicron parle ainsi3 ,platon avait coutume3 ,ce sont les propres termes qu'emploie ,aristote2 mais nous1 que disons-nous nous-mmes8 que pensons-nous8 que faisons-nous8 ,un perroquet suffirait trs bien tenir notre place4 ,exemple de ce ,romain qui se croyait savant1 parce qu'il avait des savants ses gages4--,cette faon de faire me rappelle ce ,romain1 possesseur d'une grande fortune1 qui s'tait appliqu recruter1 et cela lui avait cot fort cher1 des personnes expertes en toutes les branches de la science2 il les avait continuellement prs de lui2 et lorsque1 se trouvant avec ses amis1 il avait occasion de parler d'une chose ou d'une autre1 ils supplaient ce qui lui faisait dfaut1 et taient constamment prts lui fournir1 l'un1 une rplique1 un autre1 un vers d',horace1 chacun suivant sa spcialit4 ,il en tait venu croire que leur savoir tait le sien1 parce qu'il le tirait de gens lui1 comme font aussi ceux dont tout ce qu'ils savent est dans les bibliothques somptueuses qu'ils possdent4--,je connais quelqu'un qui1 lorsque je lui demande quelque chose qu'il est rput savoir1 va immdiatement qurir un livre1 pour me l'y montrer1 et qui n'oserait me dire qu'il a le derrire galeux1 si1 sur-le-champ1 il n'allait chercher au pralable1 dans son dictionnaire1 ce que c'est que galeux1 et ce que c'est que derrire4 ,la science n'est utile qu'autant qu'elle nous devient propre4--,nous prenons en garde les opinions et le savoir d'autrui1 mais c'est tout2 il faudrait en plus les faire ntres4 ,en cela1 nous ressemblons exactement qui1 ayant besoin de feu1 en irait chercher chez son voisin et qui1 y trouvant un beau et grand brasier1 demeurerait l se chauffer1 sans se souvenir d'en rapporter chez lui4 ,que nous sert-il d'avoir l'estomac plein d'aliments1 s'il ne les digre pas et ne les transforme1 pour que notre corps se dveloppe et se fortifie8 ,pense-t-on que ,lucullus1 qui dut aux lettres de s'tre form et d'tre devenu un si grand capitaine avant d'avoir exerc un commandement effectif1 avait tudi notre faon8 ,nous nous abandonnons tellement au bras d'autrui1 que nous y perdons toutes nos forces4 ,ai-je le dsir de me fortifier contre la crainte de la mort1 j'ai recours ,snque6 ,ai-je l'intention de rechercher des consolations pour moi1 ou pour un autre1 je m'adresse ,cicron6 ,j'aurais tir tout cela de moi-mme1 si on m'y et exerc4 ,je n'aime pas cette instruction toute relative et que nous allons mendier2 quand bien mme nous pourrions tre savants par le savoir d'autrui1 nous ne pouvons tre sages que du fait de notre sagesse3 ,je hais le sage qui n'est pas sage par lui-mme 7,euripide74 ,ennius a dit dans le mme sens3 ,la sagesse est vaine1 si elle n'est utile au sage2 s'il est avare1 vantard1 effmin comme l'agneau qui vient de natre 7,juvnal74 ,il ne suffit pas d'acqurir la sagesse1 il faut en user 7,cicron74 ,diogne se moquait des grammairiens qui ont souci de connatre les maux d',ulysse et ignorent les leurs1 des musiciens qui accordent leurs instruments et n'accordent pas leurs murs avec la morale1 des orateurs qui tudient pour discuter de la justice et ne la pratiquent pas4 ,si son me n'en devient pas meilleure et son jugement plus sain1 j'aimerais autant que l'colier et pass son temps jouer la paume2 son corps au moins en serait devenu plus souple4 ,voyez-le de retour de chez son matre o il est demeur quinze seize ans1 on ne peut tre moins bon quoi que ce soit2 mais il saute aux yeux que son latin et son grec l'ont rendu plus sot et plus fat qu'il n'tait au dpart de la maison paternelle2 il devait y revenir l'me pleine1 elle n'est que bouffie2 elle est gonfle1 mais vide4 ,caractres distinctifs des vrais et des faux savants4--,ces matres qui enseignent la jeunesse sont1 comme le dit ,platon des sophistes leurs proches parents1 ceux qui1 de tous les hommes1 semblent devoir tre les plus utiles l'humanit2 et seuls1 entre tous1 non seulement ils n'amliorent pas la matire premire qui leur est confie comme font le charpentier et le maon1 mais ils la rendent pire qu'elle n'tait et se font payer pour l'avoir gte4 ,si1 selon la convention que proposait ,protagoras ses disciples3 de le payer ce qu'il leur demandait ou de se rendre au temple o ils jureraient combien ils estiment le profit qu'ils ont retir de ses leons et de le payer en consquence de sa peine1 mes pdagogues s'en remettaient ce mme serment1 combien se trouveraient dus1 si je jurais d'aprs l'exprience que j'en ai actuellement4--,dans notre patois prigourdin1 on appelle en plaisantant ces savants de pacotille du nom de ,lettres-frits1 c'est comme qui dirait qu'ils sont ,lettres-frus2 c'est--dire gens auxquels les lettres ont donn un coup de marteau1 dont elles ont drang le cerveau1 suivant une expression usite4 ,et de fait1 le plus souvent ils semblent tre descendus si bas1 qu'ils n'ont mme plus le sens commun2 le paysan1 le cordonnier vont tout simplement1 tout navement leur train1 ne parlant que de ce qu'ils savent2 eux1 constamment proccups de se grandir1 de se targuer de leur savoir qui1 tout superficiel1 n'a pas pntr dans leur cervelle1 vont s'embarrassant et s'emptrant sans cesse4 ,il leur chappe de belles paroles1 mais il faut que ce soit un autre qui en fasse une judicieuse application2 ils connaissent bien ,galien1 mais pas du tout le malade2 ils vous ont dj abasourdi1 en vous citant force textes de loi1 alors qu'ils n'ont pas encore saisi ce qui est en cause2 ils savent toutes choses en thorie1 trouvez-en un en tat de les mettre en pratique4 ,chez moi1 j'ai vu un de mes amis1 ayant affaire un individu de cette espce1 lui dbiter1 par manire de passe-temps1 en un jargon plein de galimatias1 un tas de propos faits de citations rapportes1 sans suite aucune1 sauf qu'ils taient entremls de mots ayant rapport la question2 et s'amuser tenir de la sorte1 toute une journe1 ce sot qui avait pris la chose au srieux et se battait les flancs pour trouver quoi rpondre aux objections qui lui taient faites2 et cependant1 cet individu tait un homme de lettres1 jouissant d'une certaine rputation et portant une belle robe3 ,nobles patriciens1 qui n'avez pas le don de voir ce qui se passe derrire vous1 prenez garde que ceux auxquels vous tournez le dos1 ne rient vos dpens 7,perse74--,qui regardera de trs prs cette sorte de gens qui se trouve un peu partout1 trouvera1 comme moi1 que le plus souvent eux-mmes ne se comprennent pas1 pas plus qu'ils ne comprennent les autres2 ils ont le souvenir assez bien garni1 mais le jugement absolument creux1 sauf quand1 par les qualits qu'ils ont reues de la nature1 ils font exception4--,au nombre de ces derniers1 je mettrai ,adrien ,turnebus1 que j'ai connu2 il n'avait jamais exerc d'autre profession que celle d'homme de lettres1 parmi lesquels1 depuis mille ans1 aucun1 mon sens1 n'a mieux mrit que lui le premier rang2 et cependant il n'avait rien de pdantesque1 en dehors de la manire dont il portait sa robe et de certaines faons d'tre en socit qui n'avaient pas le raffinement de celles qu'on pratique la cour1 chose sans importance1 dtestant1 pour ma part1 de voir qu'une robe porte de travers produise plus mauvais effet qu'un esprit mal quilibr1 aux yeux de la foule qui juge un homme sa manire de saluer1 son attitude1 la coupe de ses vtements4 ,adrien ,turnebus avait en lui l'me la plus honnte qui se puisse voir2 je l'ai souvent1 avec intention1 mis sur des sujets absolument trangers ceux qu'il traitait d'habitude2 il y voyait si clair1 les saisissait si vite1 les apprciait si judicieusement1 qu'on et cru qu'il ne s'tait jamais occup que de guerre et d'affaires d'tat4 ,ce sont de belles et fortes natures que1 par grce particulire1 ,promthe a formes d'un meilleur limon et doues d'un plus heureux gnie 7,juvnal71 que celles qui se maintiennent quand mme1 au milieu d'institutions dfectueuses4 ,or1 il ne suffit pas que nos institutions ne rendent pas plus mauvais1 il faut qu'elles nous rendent meilleurs4 ,la science1 sans le jugement1 ne saurait porter fruit2 peut-tre est-ce l le motif pour lequel nous la tenons comme une superftation chez la femme4--,quelques-uns de nos parlements1 quand ils ont pourvoir aux offices de leur ressort1 n'examinent ceux qui s'y prsentent1 que sous le rapport de la science qu'ils possdent4 ,les autres les examinent en outre sur le bon sens dont ils peuvent tre dous1 en leur donnant des affaires apprcier4 ,ces derniers me paraissent en agir beaucoup mieux2 le savoir et le jugement sont deux qualits ncessaires1 et il faut que celui qui sollicite une charge au parlement1 les possde toutes deux2 mais le savoir est certainement de moindre prix que le jugement1 lequel suffit dfaut de savoir1 tandis que l'inverse n'est pas ainsi que l'exprime ce vers grec3 ,a quoi sert la science1 si le jugement fait dfaut 7d'aprs ,stobe78--,plt ,dieu1 pour le bien de la justice1 que nos parlements soient aussi riches sous le rapport du bon sens et de la conscience1 qu'ils le sont sous celui de la science2 malheureusement3 ,nous n'apprenons pas vivre1 mais discuter 7,snque74 ,le savoir ne doit pas se juxtaposer l'me1 il faut l'y incorporer2 il ne faut pas l'en arroser1 il faut l'en imprgner2 s'il n'en modifie1 n'en amliore pas l'tat imparfait1 il est certainement prfrable de ne pas l'acqurir4 ,c'est une arme dangereuse qui gne et peut blesser celui qui la manie si elle est en main faible qui n'en connaisse pas l'usage1 si bien que mieux vaudrait n'avoir rien appris 7,cicron74 ,peut-tre est-ce l le motif pour lequel1 nous1 et avec nous la thologie1 ne demandons pas aux femmes d'avoir une grande science2 et que ,franois1 duc de ,bretagne1 fils de ,jean ,v1 quand il fut question de son mariage avec ,isabeau1 fille de la maison royale d'cosse1 rpondait qui lui disait qu'elle avait t leve simplement et n'avait aucune notion des belles-lettres3 qu'il prfrait qu'il en ft ainsi1 une femme en sachant toujours assez1 quand elle sait faire la diffrence entre la chemise et le pourpoint de son mari4 ,nos pres n'en faisaient pas grand cas2 et chez ceux auxquels les dispositions naturelles pour en bnficier font dfaut1 elle est plus dangereuse qu'utile2 la plupart des pdants de notre poque sont dans ce cas1 ne s'tant adonns la science que pour en tirer des moyens d'existence4--,aussi1 n'est-il pas si extraordinaire qu'on va le rptant sans cesse1 que nos anctres n'aient pas fait grand cas des lettres1 et qu'aujourd'hui encore on ne les trouve qu'exceptionnellement cultives mme par ceux qui sigent aux principaux conseils de nos rois4 ,si elles n'taient en faveur par la jurisprudence1 la mdecine1 la pdagogie et mme la thologie qui nous mettent mme de nous enrichir1 ce qui1 en ces temps-ci1 est la seule fin que nous nous proposions1 nous les verrions indubitablement aussi dlaisses que jadis4 ,quel dommage y aurait-il ce qu'il en soit ainsi1 si elles ne nous apprennent ni bien penser1 ni bien agir8 ,depuis que l'on voit tant de savants1 il n'y a plus de gens de bien 7,snque74 ,a qui n'a pas la science de la bont1 toute autre science est prjudiciable4 ,cette raison que je cherchais plus haut1 ne proviendrait-elle pas galement de ce qu'en ,france1 l'tude telle que nous la pratiquons1 n'ayant gure d'autre but que le profit que nous comptons en retirer1 si nous dfalquons ceux qui1 par temprament1 prfrant les charges honorifiques aux charges lucratives1 s'adonnent aux lettres1 et ceux qui les abandonnent au bout de peu de temps1 y renonant avant d'y avoir pris got1 pour exercer une profession qui n'a rien de commun avec les livres1 il ne reste pour ainsi dire plus alors1 pour se livrer uniquement ces tudes1 que les gens sans fortune1 qui y cherchent des moyens d'existence8 ,ces gens1 tant par leur nature que par leur ducation premire et les exemples qu'ils ont eus1 ont l'me du plus bas aloi et font mauvais usage de la science1 laquelle ne peut ni clairer une me qui n'en est pas susceptible ni rendre la vue celle qui n'y voit pas4 ,son objet n'est pas de se substituer elle1 mais de la dresser1 de rgler ses allures1 et cela ne peut se faire que si elle est d'aplomb sur ses pieds et sur ses jambes et qu'ils soient capables de la porter4--,la science est une drogue qui est bonne2 mais il n'est pas de drogue mme de rsister l'altration et la corruption1 si le vase qui la renferme est contamin4 ,celui qui moralement a la vue claire1 mais qui louche1 voit le bien1 mais passe ct2 il voit la science et n'en use pas4--,l'ordonnance la plus importante de ,platon1 dans sa ,rpublique1 est de rpartir les charges entre les citoyens1 chacun suivant sa nature4 ,la nature peut tout et ce qu'elle fait est de tous genres4 ,les boiteux sont impropres aux exercices du corps2 les mes boiteuses1 ceux de l'esprit2 la philosophie est inaccessible aux mes btardes et vulgaires4 ,quand nous voyons un homme mal chauss1 si c'est un cordonnier1 nous disons que ce n'est pas tonnant2 il semble que de mme nous voyons frquemment des mdecins qui1 malades1 suivent des traitements qui ne conviennent pas2 des thologiens n'tre pas de murs irrprochables2 et1 ce qui est l'tat d'habitude1 des savants plus ignorants que le commun des mortels4--,ariston de ,chio avait raison quand1 anciennement1 il disait que les philosophes sont nuisibles ceux qui les coutent1 parce que la plupart des mes ne sont pas susceptibles de tirer profit de semblables leons qui1 si elles ne font pas de bien1 font du mal3 de l'cole d',aristippe1 disait-il1 il sort des dbauchs2 de celle de ,znon1 des sauvages 7,cicron74 ,les ,perses s'appliquaient apprendre la vertu leurs enfants2 les ,lacdmoniens1 les mettre en prsence de la ralit1 les instruisant par l'exemple de ce qu'ils auraient faire quand ils seraient devenus des hommes4--,dans le mode d'ducation si remarquable que ,xnophon prte aux ,perses1 nous trouvons qu'ils apprenaient la vertu leurs enfants1 comme chez les autres nations on leur apprend les lettres4 ,platon dit que le fils an du roi1 hritier du pouvoir1 y tait lev de la manire suivante3 ,ds sa naissance1 on le remettait1 non entre les mains des femmes1 mais des eunuques occupant1 la cour1 les premires situations en raison de leur vertu2 ils avaient charge de dvelopper en lui les qualits physiques propres le rendre beau et de vigoureuse constitution4 ,a sept ans rvolus1 ils lui apprenaient monter cheval et chasser4 ,a quatorze ans1 on le confiait quatre personnages choisis3 le plus sage1 le plus juste1 le plus temprant et le plus vaillant de la nation2 le premier lui enseignait la religion2 le second1 tre toujours sincre2 le troisime1 dominer ses passions2 le quatrime1 ne rien craindre4 ,il est trs remarquable que dans le gouvernement si excellent1 fond par ,lycurgue1 si tonnant par sa perfection1 particulirement attentif l'ducation des enfants qu'il considre comme devant primer tout1 dans la patrie mme des ,muses1 on s'occupe si peu de l'rudition4 ,on dirait qu' cette jeunesse1 aux sentiments gnreux1 qui ddaignait tout autre joug que celui de la vertu1 on a d ne donner1 au lieu de matres lui enseignant la science comme cela a lieu chez nous1 que des matres lui enseignant la vaillance1 la prudence et la justice2 exemple que ,platon a suivi en ses ,lois4 ,leur enseignement consistait comme chez les ,perses demander aux enfants d'mettre des apprciations sur les hommes et sur leurs actions2 et qu'ils blmassent ou qu'ils louassent tel personnage1 ou tel acte1 il leur fallait justifier leur manire de voir2 de la sorte ils exeraient leur jugement1 et en mme temps apprenaient le droit4 ,astyages1 dans ,xnophon1 demande ,cyrus de lui rendre compte de sa dernire leon3 ,elle a consist1 dit ,cyrus1 en ce qu' l'cole1 un grand garon1 qui avait un manteau trop court1 l'a donn un de ses camarades plus petit que lui et a pris le sien qui tait plus long4 ,le matre m'a fait juge du diffrend4 ,j'ai apprci qu'il y avait lieu de laisser les choses en l'tat1 chacun semblant se trouver mieux d'avoir un manteau sa taille4 ,mon matre m'a alors montr qu'en prononant ainsi1 j'avais mal jug parce que je m'tais arrt ne consulter que la convenance et qu'il et fallu tenir compte en premier lieu de la question de justice1 qui veut que nul ne soit violent dans la possession de ce qui lui appartient2 et ,cyrus ajoute que pour cette faute de jugement1 il fut fouett1 tout comme en ,france1 dans nos villages1 il nous arrive nous-mmes1 quand nous nous trompons sur un des temps d'un verbe grec4 ,mon rgent me ferait un bien beau discours du genre dmonstratif1 avant de pouvoir me persuader que son cole vaut celle-l4 ,les ,lacdmoniens ont voulu aller au plus court2 et puisque les sciences1 lors mme qu'on les tudie srieusement1 ne peuvent que nous donner des thories sur la prudence1 la sagesse dans la conduite et l'esprit de dcision1 sans nous les faire pratiquer1 ils ont voulu mettre d'emble leurs enfants en prsence de la ralit et les instruire1 non par ce qu'ils entendent dire1 mais par les faits eux-mmes2 les formant et les imprgnant fortement1 non seulement de prceptes et de paroles1 mais surtout d'exemples et d'actions1 afin que ce ne soit pas une science qui prenne simplement place en leur me1 mais que cette science s'y incorpore d'une faon intime et devienne chez eux une habitude1 qu'elle ne soit pas une acquisition faite aprs coup1 mais que ds le dbut ils en aient la pleine possession comme s'ils la tenaient de la nature4--,on demandait ,agsilas ce qu'il tait d'avis que les enfants apprissent3 ,ce qu'ils devront faire quand ce seront des hommes1 rpondit-il4 ,il n'est pas tonnant qu'une pareille ducation ait produit de si admirables effets4 ,diffrence entre l'instruction que recevaient les ,spartiates et celle que recevaient les ,athniens4--,on allait1 dit-on1 dans les autres villes de la ,grce1 quand on voulait se procurer des rhtoriciens1 des peintres et des musiciens2 mais on allait ,lacdmone1 quand on voulait avoir des lgislateurs1 des magistrats1 des gnraux d'arme4 ,a ,athnes on apprenait bien dire1 ici bien faire2 l discuter dans des controverses de sophistes et pntrer le vritable sens de phrases artificieusement construites1 ici se dfendre des tentations de la volupt et envisager avec courage les revers de fortune ou la mort qui nous menacent2 discourir tait la principale occupation de ceux-l1 ceux-ci se proccupaient d'agir2 l c'tait un exercice continu de la langue1 ici c'tait l'me qu'on exerait sans relche4 ,aussi1 n'est-ce pas trange d'entendre les ,lacdmoniens1 auxquels ,antipater demandait cinquante enfants en otage1 lui rpondre1 au rebours de ce que nous ferions nous-mmes1 qu'ils prfraient lui donner des hommes faits en nombre double1 tant ils attachaient de prix l'ducation telle qu'ils la donnaient chez eux4--,quand ,agsilas convie ,xnophon envoyer ses enfants ,sparte pour y tre levs1 ce n'est pas pour y apprendre la rhtorique ou la dialectique1 mais pour qu'ils y apprennent1 dit-il1 la plus belle de toutes les sciences1 celle de savoir obir et savoir commander4 ,comment ,socrate se joue d'un sophiste se plaignant de n'avoir rien gagn ,sparte4--,il est trs plaisant de voir ,socrate se moquer1 sa manire1 d',hippias qui lui raconte comment1 en enseignant1 il a gagn1 particulirement dans certaines petites bourgades de la ,sicile1 une bonne somme d'argent1 tandis qu' ,sparte il n'a pas rcolt un sou4 ,ces ,spartiates1 dit ,hippias1 sont des idiots qui ne savent ni faire des vers1 ni compter2 ils ne sont mme d'apprcier leur valeur1 ni la grammaire1 ni le rythme1 ne s'intressant qu' l'ordre de succession des rois1 au dveloppement et la dcadence des tats et un tas de sornettes pareilles4 ,quand il eut achev1 ,socrate l'amena peu peu convenir de l'excellence de la forme de leur gouvernement1 de leurs vertus domestiques et du bonheur de leur vie prive2 lui laissant deviner1 comme conclusion1 l'inutilit des arts qu'il enseignait4 ,les sciences amollissent et effminent les courages4--,de nombreux exemples nous apprennent1 par ce qui se produisit dans ce gouvernement si bien organis pour la guerre1 comme dans tous autres tablis sur le mme principe1 que l'tude des sciences amollit et effmine les courages1 plutt qu'elle ne les affermit et les aguerrit4--,l'tat le plus puissant du monde en ce moment1 semble tre celui des ,turcs qui1 eux aussi1 sont dresss priser fort la carrire des armes et mpriser les lettres4 ,rome tait plus vaillante avant d'tre devenue savante4 ,les nations les plus belliqueuses de nos jours1 sont les plus grossires et les plus ignorantes2 comme preuve1 je citerai les ,scythes1 les ,parthes1 ,tamerlan4--,quand les ,goths ravagrent la ,grce1 ce qui sauva les bibliothques d'tre livres au feu1 ce fut que l'un des leurs mit l'avis de les laisser intactes leurs ennemis1 qui pour se distraire y trouveraient des occupations sdentaires et oisives qui les dtourneraient des exercices militaires4--,quand notre roi ,charles ,,viii se fut empar1 sans presque avoir tirer l'pe du fourreau1 du royaume de ,naples et d'une bonne partie de la ,toscane1 les seigneurs de sa suite attriburent cette conqute1 faite avec une facilit inespre1 ce que les princes et la noblesse d',italie passaient leur temps dans les travaux de l'esprit et l'tude de la science1 plutt qu'ils ne s'appliquaient devenir vigoureux et guerriers4 ,,chapitre ,,xxv4 ,de l'ducation des enfants4 ,a ,madame ,diane de ,foix1 comtesse de ,gurson4 ,montaigne dclare n'avoir que des donnes assez vagues sur les sciences2 nanmoins1 tout en traitant des sujets sur lesquels il n'a que des connaissances superficielles1 il se gardera d'imiter ces trop nombreux crivains qui empruntent dans une large mesure aux auteurs anciens1 croyant en imposer ainsi leurs lecteurs4--,je n'ai jamais vu un pre1 pour si bossu ou teigneux que soit son fils1 qui se laisst aller en convenir2 non que1 sauf le cas o son affection l'aveugle compltement1 il ne s'en aperoive pas1 mais parce que son fils provient de lui4 ,je suis de mme2 je vois mieux que tout autre que les ides que j'mets dans mon ouvrage1 ne sont que les rveries d'un homme qui1 dans son enfance1 n'a got qu' la premire enveloppe des sciences1 et n'en a retenu qu'une conception gnrale et non encore forme1 un peu de chaque chose1 ou mme rien du tout1 comme cela se passe en ,france4 ,en somme1 je sais que la mdecine1 la jurisprudence existent1 que les mathmatiques se divisent en quatre branches1 et sais assez superficiellement ce dont elles traitent4 ,par hasard1 je sais encore que1 d'une faon gnrale1 les sciences prtendent amliorer les conditions de notre existence2 mais je n'ai jamais t plus avant et ne me suis jamais mis martel en tte pour approfondir ,aristote1 ce roi de la doctrine moderne2 je n'ai pli sur l'tude d'aucune science1 et n'ai aucune ide qui me permette d'en exposer seulement les notions les plus lmentaires4 ,il n'est pas un enfant des classes moyennes qui ne puisse se dire plus savant que moi1 qui ne suis seulement pas mme de le questionner1 serait-ce sur la premire leon 99 du moins de cette nature4 ,s'il est absolument ncessaire que je l'interroge1 je suis dans l'obligation1 assez honteuse pour moi1 de m'en tenir quelques questions d'ordre gnral1 qui me permettent d'apprcier son bon sens naturel2 et ce que je lui demande1 il l'ignore au mme degr que ce qu'il sait m'est tranger moi-mme4 ,aucun ouvrage srieux ne m'est familier1 sauf ,plutarque et ,snque1 o1 l'instar des ,danades1 je puise sans cesse1 dversant immdiatement ce que j'en retire2 mon ouvrage en retient quelques bribes1 et moi si peu que rien4 ,en fait de livres1 l'histoire a 99 davantage mes prfrences2 j'ai aussi un got particulier pour la posie4 ,clanthe disait que la voix1 resserre dans l'troit tuyau d'une trompette1 en sort plus aigu et avec plus de porte2 il semble que de mme la pense1 soumise dans son expression aux exigences de la posie1 en sorte plus nette et frappe plus vivement4 ,mes facults naturelles qu'en crivant je mets ici l'preuve1 me semblent flchir sous la charge que je leur impose2 aussi ne vais-je qu' ttons dans les ides que je conois et les jugements que je porte4 ,ma marche est chancelante2 chaque instant je me heurte ou fais un faux pas2 et quand de la sorte je suis parvenu aussi loin que je le puis1 je n'en suis pas plus satisfait1 parce qu'au del m'apparaissent encore1 travers la brume1 des horizons que le trouble de ma vue ne me permet pas de dmler4--,en entreprenant de parler indiffremment de tout ce dont il me prend fantaisie1 en n'y employant que les moyens qui me sont propres et tels que je les reus de la nature1 si ma bonne fortune veut1 comme cela arrive souvent1 que je rencontre dj traits par de bons auteurs ces mmes sujets que j'entreprends de traiter moi aussi1 je me trouve1 ainsi que cela s'est produit tout rcemment1 en lisant dans ,plutarque un passage de son ouvrage relatif la puissance de l'imagination1 si faible et si chtif1 si lourd et si endormi vis--vis de ces matres1 que je me fais piti moi-mme et me prends ddain4 ,pourtant1 je suis assez heureux pour constater que souvent ma manire de voir a le mrite de se rencontrer avec la leur1 et que1 bien que demeurant fort en arrire1 je marche cependant sur leurs traces4 ,je me concde aussi cet avantage que tout le monde n'a pas1 de connatre l'extrme diffrence qu'il y a entre eux et moi2 et nonobstant1 je laisse subsister les productions de mon imagination1 telles qu'elles sont sorties de ma tte1 si faibles1 si infrieures soient-elles1 sans en masquer ni en corriger les dfauts que ce rapprochement avec les mmes sujets1 traits par ces auteurs1 a pu me rvler4 ,il faut tre bien sr de soi1 pour marcher de pair avec ces gens-l4 ,les crivains de nos jours qui1 sans scrupule1 insrent dans leurs ouvrages sans valeur1 des passages entiers de ces auteurs anciens pour se faire honneur1 arrivent un rsultat tout oppos2 l'clat de leurs emprunts tablit une telle diffrence avec ce qui leur est propre qui en devient si ple1 si terne et si laid1 qu'ils y perdent beaucoup plus qu'ils n'y gagnent4 ,chez les anciens1 ces deux manires de faire1 si opposes l'une l'autre1 tout tirer de son propre fond ou exploiter celui d'autrui1 se pratiquaient dj3 ,chrysippe le philosophe intercalait dans ses livres non seulement des fragments1 mais des ouvrages entiers d'autres auteurs2 dans l'un entre autres1 se trouve reproduite in extenso la ,mde d',euripide2 si bien qu',apollodore disait de lui que si on retranchait de ses uvres ce qui ne lui appartenait pas1 il ne resterait que du papier blanc4 picure1 au contraire1 dans les trois cents volumes qu'il a laisss1 n'a pas insr une seule citation4 ,l'autre jour1 je suis tomb sur un passage d'un de nos crivains1 ainsi emprunt l'un des meilleurs auteurs de l'antiquit2 j'avais eu de la peine aller jusqu'au bout d'une prose crite en un style si dpourvu de vigueur1 si sec1 si vide d'esprit et de sens qu'il tmoignait sans conteste de sa facture franaise1 lorsque aprs cette lecture longue et ennuyeuse j'arrivai un passage tout autre1 de style lev1 atteignant aux nues par la profondeur du sujet et la richesse d'expressions4 ,si je fusse pass de l'un l'autre graduellement et un certain intervalle de temps1 la transition et pu demeurer inaperue2 mais elle tait si brusque1 semblable une falaise abrupte se dressant pic1 que1 ds les premiers mots1 je fus comme ravi dans l'autre monde2 et que de l1 mesurant la profondeur de la fondrire si fangeuse d'o je sortais1 je n'eus plus le courage de redescendre m'y ravaler4 ,si je rehaussais pareillement ce que j'cris des dpouilles d'autrui1 leur richesse ferait par trop ressortir la pauvret de ce qui n'est que de moi2 toutefois relever chez les autres les fautes que je commets moi-mme1 ne me semble pas plus inconsquent que de signaler1 comme je le fais souvent1 les erreurs commises par autrui qui se retrouvent en moi2 tout ce qui prte la critique1 n'importe o cela soit1 doit tre dnonc et ne trouver asile nulle part4--,bien que je me rende compte combien il est audacieux de mettre constamment ce qui provient de mon cru en parallle avec ce que je drobe aux autres1 et prtendre que l'un et l'autre s'quivalent1 avec la tmraire esprance que je pourrais tromper des juges aptes faire la distinction1 j'en agis cependant ainsi1 autant pour le profit que je retire de semblables confrontations1 que par ce qui peut en rsulter d'avantageux pour les ides que je prne et la force que cela me donne pour arriver les mettre en relief4 ,et puis1 je ne cherche pas l'emporter de haute lutte avec d'aussi srieux champions2 je ne m'attaque pas eux corps corps1 je m'y prends diverses reprises1 m'engageant chaque fois peine2 je ne les heurte pas1 je ne fais que les effleurer et ne vais jamais aussi loin que je me l'tais propos4 ,si je pouvais marcher de pair avec eux1 je demeurerais honnte1 car jamais je ne les entreprends que du ct o ils sont le moins accessibles4 ,mais je ne ferais jamais ce que j'ai constat chez certains1 qui se couvrent de l'armure d'autrui1 au point de ne rien laisser apercevoir d'eux-mmes2 dont l'uvre n'est que la reproduction d'anciens travaux qu'ils ont cherch rendre mconnaissables en les transformant plus ou moins1 ce qui1 tant donne la multiplicit des documents existants sur un mme sujet1 est chose aise pour des savants4 ,ceux qui veulent dissimuler ces rapts et les faire passer comme manant d'eux1 commettent une injustice et une lchet1 puisque1 incapables de rien produire de leur cru1 ils cherchent se faire valoir en se parant de ce qui ne leur appartient pas4 ,ils font en second lieu une grande sottise2 car s'ils parviennent1 par leur fourberie1 capter l'approbation de la foule des ignorants1 ils se dcrient auprs de ceux qui savent1 les seuls dont l'loge ait du prix1 et qui haussent les paules en voyant leur travail1 vritable mosaque de pices et de morceaux emprunts4 ,loin de moi l'intention d'en agir de mme2 je ne cite les autres que pour donner plus de force ce que je dis4--,ces observations1 bien entendu1 ne s'appliquent pas aux centons qui se publient comme tels2 outre ceux d'poque ancienne1 j'en ai vu de trs ingnieux datant de mon temps1 un entre autres paru sous le nom de ,capilupus2 ce sont des productions d'auteurs dont l'esprit se montre non seulement l1 mais encore ailleurs1 comme il en est de ,lipsius1 auquel nous devons ce gros et savant recueil qui constitue ses ,politiques4 ,quoi qu'il en soit1 et si normes que puissent tre les inepties qui me passent par la tte1 je les dirai2 n'ayant pas plus dessein de les cacher1 que je ne cacherais mon portrait qui1 au lieu de me peindre jeune et beau1 me reprsenterait chauve et grisonnant1 tel que je suis rellement4 ,j'expose ici mes sentiments et mes opinions1 je les donne tels que je les conois et non tels que d'autres peuvent en juger2 mon seul but est de m'analyser moi-mme1 et le rsultat de cette analyse peut1 demain1 tre tout autre qu'aujourd'hui1 si mon caractre vient se modifier4 ,je n'ai pas une autorit suffisante pour imposer ma manire de voir1 je ne le dsire mme pas1 me reconnaissant trop mal instruit pour prtendre instruire les autres4 ,l'ducation de l'enfant doit commencer ds le bas ge2 il est difficile de prjuger par ses premires inclinations de ce qu'il sera un jour2 aussi faut-il ne pas y attacher trop d'importance4--,je commence donc4 ,quelqu'un1 ayant vu mon prcdent chapitre sur le pdantisme1 me disait chez moi1 l'autre jour1 que je devais avoir des ides faites sur l'ducation des enfants4 ,si1 ,madame1 j'avais quelque qualit pour traiter un pareil sujet1 je ne pourrais mieux en user que d'en faire prsent ce cher petit homme qui va prochainement natre heureusement de vous 7car c'est un fils que vous aurez tout d'abord1 vous tes trop gnreuse pour commencer autrement74 ,j'ai pris tant de part aux ngociations qui ont amen votre mariage1 que j'ai quelque droit m'intresser la grandeur et la prosprit de tout ce qui peut en advenir2 sans compter que mon attachement pour vous1 qui date de si loin1 me fait vous souhaiter honneur1 bien et prosprit1 vous et tout ce qui vous touche4 ,mais1 vrai dire1 je suis peu expert en pareille matire2 je n'ai gure d'autre ide sur ce point que celle-ci3 c'est que l'levage et l'ducation de l'enfant constituent tout la fois la plus difficile et la plus importante des sciences humaines4--,en agriculture1 la prparation du terrain sur lequel on veut planter et la plantation elle-mme sont choses aises et sur lesquelles on est absolument fix2 mais1 une fois la plantation effectue1 quand le sujet commence prendre racine et se dvelopper1 les procds employer sont varis et les difficults nombreuses4 ,il en est de mme de l'homme1 sa plantation ne demande pas grand art2 mais1 aprs sa naissance1 le soin de l'lever et de l'duquer nous cre une tche laborieuse et pleine de soucis de toutes sortes4 ,dans le bas ge1 il manifeste si faiblement les dispositions qu'il peut avoir1 il est si difficile de s'en rendre compte1 ce qu'il semble promettre est si incertain et trompeur1 qu'il est malais d'en porter un jugement ferme4 ,voyez ,cimon1 voyez ,thmistocles et mille autres2 combien n'ont-ils pas t diffrents de ce qu'ils semblaient devoir tre4 ,les petits de l'ours1 ceux du chien suivent leurs penchants naturels2 mais la nature de l'homme se modifie si aisment par les habitudes1 les courants d'opinion1 les lois dont il a ds le premier moment subir l'influence1 qu'il est bien difficile de discerner et de redresser en lui ses propensions naturelles4 ,il en rsulte que faute de l'avoir engag sur la route qui lui convient1 on a souvent travaill pour rien et que beaucoup de temps peut avoir t employ lui apprendre des choses auxquelles il ne peut atteindre4--,malgr de telles difficults1 je suis d'avis qu'il faut toujours diriger l'enfant vers ce qui est le meilleur et le plus utile1 et qu'il n'y a pas tenir grand compte de ces lgres indications1 de ces pressentiments que semblent nous rvler les prfrences que1 dans son enfance1 il peut manifester et auxquelles ,platon1 en sa ,rpublique1 me parat attacher trop d'importance4 ,la science convient surtout aux personnes de haut rang2 non celle qui apprend argumenter1 mais celle qui rend habile au commandement des armes1 au gouvernement des peuples1 etc4--,la science1 ,madame1 est un bel ornement et un outil d'une merveilleuse utilit1 notamment pour les personnes qui1 comme vous1 sont d'un rang lev4 ,ce n'est pas entre les mains de gens de condition servile et de classe infrieure qu'elle peut avoir sa relle utilit2 plus fire1 elle sert surtout ceux qui peuvent tre appels au commandement des armes1 au gouvernement d'un peuple1 siger dans les conseils des princes1 mnager nos bons rapports avec une nation trangre1 beaucoup plus qu' ceux qui n'ont qu' discourir1 plaider une cause ou doser des pilules4 ,c'est pourquoi1 ,madame1 je me permets de vous exposer les ides1 contraires celles gnralement en cours1 que j'ai sur ce point2 l se borne ce qu' cet gard1 je puis faire pour vous2 et je le fais1 parce que je suis convaincu que vous n'exclurez pas la science dans l'ducation de vos enfants1 vous qui en avez savour les douceurs et qui tes d'une race de lettrs1 car dj nous avons les crits des anciens comtes de ,foix d'o vous descendez1 vous et ,m4 le comte votre mari2 et ,m4 ,franois de ,candale1 votre oncle1 en produit tous les jours qui1 pendant des sicles1 assureront votre famille une large place dans le monde savant4 ,le succs d'une ducation dpend essentiellement du gouverneur qui y prside4 ,ce gouverneur doit avoir du jugement1 des murs plutt que de la science1 s'appliquer aider son lve trouver de lui-mme sa voie et l'amener exposer ses ides1 au lieu de commencer par lui suggrer les siennes4--,a votre fils vous donnerez un gouverneur dont le choix aura une importance capitale sur son ducation4 ,cette charge comporte plusieurs points de grande importance2 je ne m'occuperai que d'un seul1 parce que des autres je ne saurais dire rien qui vaille2 et mme sur ce point que je retiens1 ce gouverneur sera libre de m'en croire ou non1 suivant ce qui lui semblera rationnel4--,pour un enfant de bonne maison qui s'adonne aux lettres1 elles n'ont pour but ni le gain 7une fin aussi peu releve est indigne des ,muses et ne mrite pas qu'elles nous concdent leur faveur1 sans compter que le rsultat ne dpend pas de nous71 ni les succs dans le monde qu'elles peuvent nous procurer4 ,elles tendent surtout notre satisfaction intime1 en faisant de nous des hommes l'esprit cultiv1 convenant toutes situations1 plutt que des savants4 ,c'est pourquoi je voudrais1 pour la diriger1 qu'on s'appliqut trouver quelqu'un qui ait bonne tte1 plutt que tte bien garnie2 il faut des deux1 mais la morale et l'entendement importent plus encore que la science2 je voudrais en second lieu que celui qui aura t choisi1 en agisse dans sa charge autrement qu'on ne le fait d'ordinaire4 ,pour nous instruire1 on ne cesse de nous criailler aux oreilles comme si1 avec un entonnoir1 on nous versait ce qu'on veut nous apprendre2 et ce qu'on nous demande ensuite1 se borne rpter ce qu'on nous a dit4 ,je voudrais voir modifier ce procd1 et que1 ds le dbut1 suivant l'intelligence de l'enfant1 on la ft travailler1 lui faisant apprcier les choses1 puis la laissant choisir et faire d'elle-mme la diffrence1 la mettant quelquefois sur la voie1 quelquefois la lui laissant trouver2 je ne veux pas que le matre enseigne et parle seul1 je veux qu'il coute l'lve parler son tour4 ,socrate1 et aprs lui ,arcesilaus1 faisaient d'abord parler leurs disciples1 ils parlaient ensuite3 ,l'autorit de ceux qui enseignent1 nuit souvent ceux qui veulent apprendre 7,cicron74 ,il est bon de faire trotter cette intelligence devant soi1 pour juger du train dont elle va et quel point il faut modrer sa propre allure pour se mettre la sienne2 faute de rgler notre marche de la sorte1 nous gtons tout4 ,c'est un des points les plus dlicats qui soit1 que de savoir se mettre la porte de l'enfant et de garder une juste mesure2 un esprit lev et bien matre de lui1 peut seul condescendre faire siennes1 pour les guider1 les penses enfantines qui germent dans cette me qui lui est confie4 ,la marche s'effectue d'un pas plus sr et plus ferme en montant qu'en descendant4 ,chaque enfant est instruire suivant le temprament qui lui est propre2 appliquer tous mme mthode ne peut donner pour le plus grand nombre que de mauvais rsultats4--,il en est1 et c'est l'usage chez nous1 qui1 chargs d'instruire plusieurs enfants1 naturellement trs diffrents les uns des autres par leur intelligence et leur caractre1 leur donnent tous la mme leon et ont vis--vis d'eux mme manire de faire4 ,avec un pareil systme1 il n'est pas tonnant si1 dans l'ensemble mme de tous nos enfants1 on en rencontre peine deux ou trois dont l'instruction soit peu prs en rapport avec le temps pass l'cole4 ,a celui dont nous nous occupons spcialement ici1 son matre ne demandera pas seulement compte des mots de sa leon1 mais encore de leur signification1 ainsi que de la morale tirer du sujet tudi2 il jugera du profit qu'il en retire1 non par les preuves qu'il donnera de sa mmoire1 mais par sa faon d'tre dans le courant de la vie4 ,ce qu'il vient de lui apprendre1 il le lui fera envisager sous cent aspects divers et en faire l'application autant de cas diffrents1 pour voir s'il a bien compris et se l'est bien assimil1 employant1 pour s'en rendre compte1 des interrogations telles que1 d'aprs ,platon1 ,socrate en usait dans ses procds pdagogiques4 ,c'est un indice d'aigreur et d'indigestion que de rendre la viande telle qu'on l'a avale2 et l'estomac n'a pas satisfait ses fonctions1 s'il n'a pas transform et chang la nature de ce qu'on lui a donn triturer4--,notre intelligence1 dans le systme que je condamne1 n'entre en action que sur la foi d'autrui2 elle est comme lie et contrainte d'accepter ce qu'il plat d'autres de lui enseigner2 les leons qu'elle en reoit ont sur elle une autorit laquelle elle ne peut se soustraire1 et nous avons t tellement tenus en lisire1 que nos allures ont cess d'tre franches1 que notre vigueur et notre libert sont teintes3 ,ils sont toujours en tutelle 7,snque74 ,j'ai connu particulirement1 ,pise1 un homme de bien partisan d',aristote au point qu'il rigeait hauteur d'un dogme3 ,que la pierre de touche1 la rgle de conduite de tout jugement sain et de toute vrit1 sont qu'il soit conforme sa doctrine2 que hors de l1 tout n'est que nant et chimres2 que ce matre a tout vu1 et tout dit4 ,cette proposition1 interprte un peu trop largement et mchamment1 a compromis autrefois1 pendant longtemps et trs srieusement1 son auteur auprs de l'inquisition de ,rome4 ,l'lve ne doit pas adopter servilement les opinions des autres et n'en charger que sa mmoire2 il faut qu'il se les approprie1 et les rende siennes4--,on soumettra tout l'examen de l'enfant1 on ne lui mettra rien en tte1 d'autorit ou en lui demandant de croire sur parole4 ,l'enfant ne tiendra de prime abord aucuns principes comme tels1 pas plus ceux d',aristote que ceux des ,stociens ou des picuriens2 on les lui expliquera tous1 il les jugera et choisira s'il le peut2 s'il ne peut choisir1 il demeurera dans l'indcision1 99 car il n'y a que les fous qui soient srs d'eux-mmes et ne soient jamais hsitants3 ,aussi bien que savoir1 douter a son mrite 7,dante72 et alors1 si par un effet de sa raison il vient embrasser les opinions de ,xnophon et de ,platon1 elles cesseront d'tre les leurs et deviendront siennes4 ,qui s'en rapporte un autre1 ne s'attache rien1 ne trouve rien1 ne cherche mme pas4 ,nous n'avons pas de roi1 que chacun se conduise par lui-mme 7,snque72 ayons au moins conscience que nous savons4 ,il ne s'agit pas pour l'enfant d'apprendre leurs prceptes1 mais de se pntrer de leurs opinions2 il peut sans inconvnient oublier d'o il les tient1 pourvu qu'il ait su se les approprier4 ,la vrit et la raison sont du domaine de tous2 elles ne sont pas plus le propre de celui qui le premier les a dites1 que de ceux qui les ont rptes aprs lui2 ce n'est pas plus d'aprs ,platon que d'aprs moi1 que telle chose est nonce1 du moment que lui et moi la comprenons et la voyons de la mme faon4 ,les abeilles vont butinant les fleurs de ct et d'autre1 puis elles confectionnent leur miel1 et ce miel n'est plus ni thym1 ni marjolaine2 c'est du miel qui vient exclusivement d'elles4 ,il en sera de mme des emprunts faits autrui2 l'enfant les ptrira1 les transformera1 pour en faire une uvre bien lui1 c'est--dire pour en former son jugement1 dont la formation est le but unique de son ducation1 de son travail et de ses tudes4 ,tout ce qui a concouru cette formation doit disparatre1 on ne doit voir que le rsultat qu'il en a obtenu4 ,ceux qui pillent le prochain1 qui empruntent1 talent les constructions qu'ils ont leves ou achetes et non ce qu'ils ont tir d'autrui2 vous ne voyez pas les honoraires reus par ceux qui rendent la justice1 mais seulement les alliances qu'ils contractent1 les belles positions qu'ils donnent leurs enfants2 nul ne livre la connaissance du public le dtail de ses revenus2 tout le monde montre au grand jour les acquisitions qu'il fait4 ,le bnfice de l'tude est de rendre meilleur2 ce qu'il faut1 c'est dvelopper l'intelligence2 savoir par cur1 n'est pas savoir2 tout ce qui se prsente aux yeux doit tre sujet d'observations4--,le bnfice que nous retirons de l'tude1 c'est de devenir meilleur et plus raisonnable4 ,c'est1 disait ,epicharme1 l'entendement qui voit et qui entend2 c'est par l'entendement que nous mettons tout profit1 c'est lui qui organise1 qui agit1 qui domine et qui rgne2 toutes nos autres facults sont aveugles1 sourdes et sans me4 ,nous le rendons servile et craintif1 en ne lui laissant pas la libert de faire quoi que ce soit de lui-mme4 ,quel matre a jamais demand son disciple ce qu'il pense de la rhtorique et de la grammaire1 ou de telle ou telle maxime de ,cicron8 ,on nous les plaque1 toutes pares1 dans la mmoire2 on nous les donne comme des oracles1 auxquels on ne saurait changer ni une lettre1 ni une syllabe4 ,savoir par cur1 n'est pas savoir2 c'est retenir ce qui a t donn en garde la mmoire4 ,ce qu'on sait effectivement1 on en dispose1 sans consulter le matre du regard1 sans avoir besoin de jeter les yeux sur son livre4 ,triste science que celle qui est tout entire tire des livres2 elle peut servir nous faire briller1 mais n'est d'aucune solidit2 ,platon nous le dit3 ,la fermet1 la foi1 la sincrit constituent la vraie philosophie2 toute science autre1 qui a d'autres vises1 n'est que fard tout au plus propre donner un clat trompeur4 ,je voudrais voir ce qu'obtiendraient ,le ,paluel et ,pompe1 ces beaux danseurs de notre poque1 s'ils nous enseignaient faire des cabrioles1 rien qu'en en excutant devant nous qui ne bougerions pas de nos places2 ceux qui veulent dvelopper notre intelligence sans la mettre en mouvement1 en agissent de mme2 peut-on nous enseigner manier un cheval1 une pique1 un luth1 et mme la voix1 sans nous y exercer l'instar de ceux-ci qui prtendent nous apprendre bien juger et bien parler1 sans nous faire ni juger ni parler6 ,pour exercer l'intelligence1 tout ce qui s'offre nos yeux1 suffit nous servir de livre3 la malice d'un page1 la sottise d'un valet1 un propos de table sont autant de sujets d'enseignement se renouvelant sans cesse4 ,les voyages bien dirigs sont particulirement utiles2 il faut les commencer de bonne heure4--,a cela1 la frquentation des hommes1 les voyages en pays trangers conviennent merveilleusement2 non pour en rapporter1 comme le font nos gentilshommes franais1 des notes sur les dimensions de ,santa ,rotonda ou la richesse des dessous de jupes de la signora ,livia2 ou comme d'autres1 qui relvent de combien le profil de ,nron1 d'aprs quelque vieille ruine de l-bas1 est plus long et plus large que sur certaines mdailles le reprsentant2 mais pour observer principalement les murs et les coutumes de ces nations1 et pour affiner notre cerveau par le frottement avec d'autres4 ,je voudrais qu'on ft voyager l'enfant ds ses premiers ans1 pour cela et aussi pour lui apprendre les langues trangres1 faisant ainsi d'une pierre deux coups1 et commenant par les nations voisines dont la langue diffre le plus de la ntre1 parce que1 si on ne s'y met pas de bonne heure1 notre organe n'a plus la souplesse ncessaire4 ,l'enfant gagne tre lev loin des siens2 il faut l'habituer aux fatigues et endurcir son corps1 en mme temps que fortifier son me4--,il n'est pas raisonnable d'lever l'enfant dans la famille1 c'est l un point gnralement admis4 ,les parents1 mme les plus sages1 se laissent trop attendrir par leur affection et leur fermet s'en ressent2 ils ne sont plus capables de le punir de ses fautes2 ils ne peuvent admettre qu'il soit lev durement comme il convient1 et prpar tous les hasards de la vie2 ils ne pourraient souffrir le voir revenir d'un exercice1 en sueur et couvert de poussire2 boire chaud1 boire froid2 monter un cheval difficile2 faire de l'escrime avec un tireur un peu rude1 ou manier pour la premire fois une arquebuse4 ,et cependant1 on ne saurait faire autrement2 pour en faire un homme de valeur1 il faut ne pas le mnager dans sa jeunesse et souvent enfreindre les rgles que nous tracent les mdecins3 ,qu'il vive en plein air et au milieu des prils 7,horace74 ,il ne suffit pas de fortifier l'me1 il faut aussi dvelopper les muscles2 l'me a une tche trop lourde1 si elle n'est seconde2 elle a trop faire si1 elle seule1 elle doit fournir double service4 ,je sais combien peine la mienne en la compagnie d'un corps dbile et trop dlicat qui s'en remet par trop sur elle2 et je m'aperois souvent1 dans mes lectures1 que nos matres1 dans leurs crits1 citent comme exemples de magnanimit et de grand courage1 des faits qui dnotent plutt une grande force physique1 de bons muscles et des os solides4 ,j'ai vu des hommes1 des femmes1 des enfants ainsi faits1 qu'une bastonnade leur fait moins qu' moi une chiquenaude1 qui ne se plaignent ni ne tressaillent sous les coups qu'on leur donne4 ,les athltes1 qui semblent rivaliser de patience avec les philosophes1 la doivent plutt la rsistance de leurs nerfs qu' celle de leur me4 ,l'habitude du travail corporel accoutume supporter la douleur3 le travail endurcit la douleur 7,cicron74 ,il faut rompre l'enfant la peine et la rudesse des exercices1 pour le dresser aux fatigues et ce qu'ont de pnible les douleurs physiques1 les entorses1 la colique1 les cautres1 voire mme la prison et la torture1 auxquelles il peut tre aussi expos1 car1 suivant les temps1 les bons comme les mchants en courent risque1 nous en faisons actuellement l'preuve2 99 plus on est homme de bien1 plus on est menac du fouet et de la corde par quiconque combat les lois4--,en outre1 la prsence des parents nuit l'autorit1 qui doit tre souveraine1 du gouverneur sur l'enfant1 l'interrompt et la paralyse2 le respect que lui tmoignent les gens de sa maison1 la connaissance qu'il a du rang et de l'influence de sa famille sont1 de plus1 mon avis1 de srieux inconvnients cet ge4 ,en socit1 l'enfant s'appliquera plus connatre les autres qu' vouloir paratre2 et1 dans tous ses propos1 il se montrera rserv et modeste4--,dans cette cole qu'est la frquentation des hommes j'ai souvent remarqu un mal1 c'est qu'au lieu de chercher nous pntrer de la connaissance d'autrui1 nous travaillons nous faire connatre lui1 et que nous nous mettons plus en peine de faire talage de notre marchandise que d'en acqurir d'autre2 le silence et la modestie sont des qualits trs avantageuses dans la conversation4 ,on dressera l'enfant tre parcimonieux et conome de son savoir quand il en aura acquis2 ne se formaliser ni des sottises1 ni des fables qui se diront devant lui1 car c'est une impolitesse1 autant qu'une maladresse1 de se froisser de tout ce qui n'est pas de notre got4 ,qu'il se contente de se corriger lui-mme et n'ait pas l'air de reprocher aux autres de faire ce que lui-mme ne croirait pas devoir faire1 qu'il ne paraisse pas davantage censurer les murs publiques3 ,on peut tre sage sans ostentation1 sans orgueil 7,snque74 ,qu'il vite ces allures blessantes de gens qui semblent vouloir imposer leur manire de voir1 cette purile prtention de vouloir paratre plus fin qu'il n'est1 et qu'il ne cherche pas1 ce qui offre si peu de difficult1 par ses critiques et ses bizarreries se faire la rputation de quelqu'un de valeur4 ,les licences potiques ne sont permises qu'aux grands potes2 de mme les mes suprieures et illustres ont seules le privilge de se mettre au-dessus des coutumes admises3 ,si ,socrate et ,aristippe n'ont pas toujours respect les murs et les coutumes de leur pays1 c'est une erreur de croire qu'on peut les imiter2 leur mrite transcendant et presque divin autorisait chez eux cette licence 7,cicron74--,on lui apprendra ne discourir et ne discuter que lorsqu'il se trouvera en face de quelqu'un de force lui rpondre2 et1 mme dans ce cas1 il ne mettra pas en jeu tous les moyens dont il dispose1 mais seulement ceux les plus appropris son sujet4 ,qu'on le rende dlicat sur le choix et le triage des arguments qu'il emploie2 qu'il recherche ce qui s'applique exactement au sujet qu'il traite1 par consquent qu'il soit bref4--,qu'on l'instruise surtout cder et cesser la discussion ds que la vrit lui apparat1 soit qu'elle rsulte des arguments de son adversaire1 soit qu'elle se forme par un retour sur sa propre argumentation1 car il n'est pas un prdicateur mont en chaire pour dfendre une thse qui lui est impose2 s'il dfend une cause1 c'est qu'il l'approuve2 il ne fait pas le mtier de ceux qui1 vendant leur libert beaux deniers comptants1 ont perdu le droit de reconnatre qu'ils font erreur et d'en convenir3 ,aucune ncessit ne l'oblige dfendre ce qu'on voudrait imprieusement lui prescrire 7,cicron74 ,il sera affectionn son prince1 prt le servir avec le plus entier dvouement1 pour le bien public1 mais ne recherchera pas d'emploi la cour4--,si son gouverneur a de mon caractre1 il lui inspirera la volont de servir son prince avec la loyaut la plus absolue1 de lui porter la plus vive affection et d'tre prt affronter tous les prils pour son service2 mais il le dtournera de s'attacher lui autrement que par devoir public4 ,contracter vis--vis de lui des obligations particulires prsente1 entre divers autres inconvnients qui portent atteinte notre libert1 celui de faire que le langage d'un homme au service d'un autre1 subventionn par lui1 est ou moins entier et moins libre1 ou entach d'imprudence ou d'ingratitude4 ,un vrai courtisan n'a ni le droit1 ni la volont de dire et de penser autrement qu'en bien d'un matre qui1 parmi tant de milliers d'autres de ses sujets1 l'a choisi1 pourvoit son entretien et l'lve de ses propres mains4 ,par la force mme des choses1 cette faveur1 les avantages qu'il en retire1 l'blouissent et corrompent sa franchise2 aussi1 dans un tat1 voit-on communment le langage de ces gens sur ce qui concerne la cour et le prince1 diffrer de celui de tous autres et en gnral tre peu digne de foi4 ,on lui inspirera la sincrit dans les discussions2 il prtera attention tout1 s'enquerra de tout4--,que sa conscience et sa vertu soient manifestes dans ses paroles et qu'il n'ait jamais que la raison pour 99 guide4 ,on lui fera entendre que confesser une erreur qu'il peut avoir commise dans ses propos1 alors mme qu'il ait t le seul s'en apercevoir1 est une preuve de jugement et de sincrit1 principales qualits qu'il doit rechercher4 ,s'opinitrer et contester quand mme1 sont des dfauts frquents qui sont surtout le propre d'mes peu leves2 se raviser et se corriger1 abandonner au cours mme de la discussion une manire de voir qui vous semble mauvaise1 sont des qualits qui se rencontrent rarement1 indices d'une me forte1 vritablement empreinte de philosophie4 ,on l'avertira de prter attention tout1 quand il est en socit2 car je constate que1 trs communment1 les premires places sont souvent occupes par les moins capables et que les faveurs de la fortune ne vont que rarement qui les mrite2 je vois frquemment que1 tandis qu'au haut bout de la table on passe son temps s'entretenir de la beaut d'une tapisserie ou du got que peut avoir le malvoisie1 l'autre bout se produisent de nombreux traits d'esprit qui se trouvent perdus4 ,il sondera la porte de chacun2 quiconque1 bouvier1 maon1 passant1 est faire causer2 tous1 suivant ce qu'ils font d'habitude1 peuvent nous rvler des choses intressantes1 car tout sert dans un mnage4 ,mme les sottises et les faiblesses d'autrui concourent notre instruction2 observer les grces et les faons de chacun1 il sera conduit imiter les bonnes et mpriser les mauvaises4 ,qu'on lui suggre le got de s'enqurir de toutes choses1 curiosit qui n'a rien que de louable2 qu'il regarde tout ce qui1 autour de lui1 peut prsenter quelque particularit3 un difice1 une fontaine1 un homme1 une localit o s'est jadis livre une bataille1 o ont pass ,csar ou ,charlemagne2 quelle terre est engourdie par le froid1 quelle autre est brle par le soleil2 quel vent favorable pousse les vaisseaux en ,italie 7,properce74 ,qu'il s'enquire des murs1 des ressources1 des alliances de tel ou tel prince1 ce sont l autant de sujets trs intressants apprendre1 trs utiles savoir4 ,l'tude de l'histoire faite avec discernement est de premire importance2 supriorit de ,plutarque comme historien4--,dans cette pratique des hommes1 je comprends aussi1 c'est mme celle qui offre le plus d'importance1 la frquentation de ceux qui ne vivent plus que par les souvenirs que les livres nous en ont conservs4 ,par l'histoire1 il entrera en communication avec ces grands hommes des meilleurs sicles4 ,c'est l une tude vaine pour qui la tient pour telle1 mais c'est aussi1 pour qui le veut1 une tude dont nous pouvons retirer un fruit 99 inestimable2 c'est la seule tude1 dit ,platon1 que les ,lacdmoniens admettaient4 ,quel profit ne lui procurera-t-elle pas1 par la lecture des vies des hommes illustres de ,plutarque1 maintenant que cet auteur a t mis notre porte8 ,mais1 pour cela1 que le guide que j'ai donn cet enfant1 se souvienne du but qu'il doit poursuivre1 et qu'il ne fixe pas tant l'attention de son disciple sur la date de la ruine de ,carthage que sur les manires de faire d',annibal et de ,scipion2 l'endroit o est mort ,marcellus importe moins que ce fait que1 s'il n'et manqu son devoir1 il ne serait pas venu mourir l4 ,qu'il ne lui apprenne pas tant les faits qu' les apprcier4 ,c'est mon sens1 de toutes les branches auxquelles s'appliquent nos esprits1 celle o nous en agissons dans la mesure la plus diverse4 ,j'ai lu dans ,tite-,live cent choses que d'autres n'y ont pas lues1 et ,plutarque y en a lu cent autres que je n'ai pas vues moi-mme et peut-tre d'autres que celles que l'auteur y a mises2 les uns l'tudient comme ils feraient d'un grammairien2 pour d'autres1 c'est un philosophe qui analyse et met jour les parties de notre nature les plus difficiles pntrer4--,il y a1 dans ,plutarque1 beaucoup de passages assez tendus mritant d'tre sus2 sous ce rapport1 je le considre comme un matre en son genre4 ,mais1 en dehors de ces sujets qu'il a traits avec plus ou moins de dtails1 il y en a mille autres qu'il n'a fait qu'effleurer2 il nous indique simplement du doigt o nous pouvons aller1 si cela nous plat2 quelquefois il se contente d'une allusion qu'on trouve incidemment au cours de la narration palpitante d'un fait autre4 ,il faut les en extraire et les mettre en lumire2 tel ce mot qui est de lui3 ,les peuples de l',asie eurent toujours un matre1 parce qu'il est une syllabe qu'ils ne surent jamais prononcer1 la syllabe non2 mot qui1 peut-tre1 a inspir ,la ,botie et lui a fourni l'occasion d'crire son ouvrage sur la ,servitude volontaire4 ,mme quand il cite une parole1 un acte de peu d'importance de la vie d'un homme1 cela nous vaut parfois des rflexions que le sujet ne semblait pas devoir amener4 ,il est dommage que les gens qui possdent une si puissante intelligence aiment tant la brivet2 sans doute1 leur rputation y gagne1 mais nous-mmes y perdons4 ,plutarque prfre que nous louions en lui son jugement plutt que son savoir2 que nous regrettions qu'il ne se soit pas tendu davantage1 plutt que de nous fatiguer par trop de prolixit2 il savait que mme lorsqu'on traite des sujets bons par eux-mmes1 il peut arriver d'en trop dire4 ,c'est justement l le reproche qu'adressait ,alexandridas quelqu'un qui disait aux phores d'excellentes choses1 mais les disait trop longuement3 ,o tranger1 tu dis bien ce qu'il faut1 mais tu le dis autrement qu'il le faudrait4 ,ceux qui ont le corps grle1 le grossissent en rembourrant les vtements qui les couvrent2 ceux traitant un sujet simple par lui-mme1 l'enflent souvent dmesurment par leurs paroles4 ,la frquentation du monde contribue beaucoup nous former le jugement4--,la frquentation du monde est d'un effet merveilleux pour clairer notre jugement2 car nous vivons tous treints et renferms en nous-mmes1 notre vue ne s'tend pas au del de la longueur de notre nez4 ,on demandait ,socrate d'o il tait2 il ne dit pas d',athnes1 mais rpondit3 du monde4 ,pour lui1 dont l'intelligence vaste et remplie plus qu'aucune autre1 embrassait l'univers comme d'autres font de leur cit1 sa socit1 l'objet de ses affections1 c'tait le genre humain2 c'est lui qu'il reportait tout ce qu'il savait2 sa pense rayonnait au loin1 tandis que nous1 nous ne regardons jamais qu' nos pieds4 ,quand la vigne gle dans mon village1 le prtre en conclut que la colre divine menace l'humanit entire1 et il croit dj que les ,cannibales en ont la ppie2 pour lui1 ce petit accident atteint tout l'univers4 ,a voir nos guerres civiles1 qui ne va criant que le monde se dtraque et que le jour du jugement dernier est proche8 ,on ne rflchit pas que plusieurs fois il s'est dj vu pire1 et que1 pendant que nous nous dsolons1 les dix mille autres parties de l'univers ont quand mme du bon temps et en jouissent2 pour moi1 voir jusqu'o vont1 en ce moment chez nous1 la licence et l'impunit1 j'admire combien ces guerres sont bnignes et peu actives4 ,lorsqu'il grle sur nos ttes1 tout notre hmisphre nous semble en proie l'orage et la tempte4 ,ce ,savoyard ne disait-il pas3 ,si ce sot de roi de ,france avait bien su conduire sa barque1 il tait homme devenir matre d'htel de notre duc6 ,en son imagination1 notre homme ne concevait rien au-dessus de son matre2 notre insu1 nous sommes tous dans la mme erreur1 et cette erreur a de grandes et fcheuses consquences4 ,celui qui1 comme dans un tableau1 se reprsente la grande image de la nature notre mre dans la plnitude de sa majest2 qui lit sur son visage ses formes infinies1 variant sans cesse2 qui y voit non son infime personne1 mais un royaume entier1 y tenir peine la place d'un trait trac avec une pointe d'aiguille effile1 celui-l seul estime les choses leur vraie grandeur4 ,le monde doit tre notre livre d'tude de prdilection4--,ce monde si grand1 que certains tendent encore1 en distinguant des espces dans chaque genre1 est le miroir o il faut nous regarder pour nous bien connatre2 j'en fais1 en somme1 le livre de mon colier4 ,l'infinie diversit des murs1 des sectes1 des jugements1 des opinions1 des lois1 des coutumes nous apprend apprcier sainement les ntres1 nous montre les imperfections et la faiblesse naturelle de notre jugement et constitue un srieux apprentissage4 ,tant d'agitations dans les tats1 tant de changements dans les fortunes publiques1 nous conduisent ne pas considrer comme si extraordinaires ceux dont notre pays est le thtre2 tant de noms1 tant de victoires et de conqutes ensevelis dans l'oubli1 rendent ridicule l'esprance de passer la postrit pour la prise de dix mauvais soldats et d'un poulailler connu seulement de ceux tmoins de sa chute4--,le faste orgueilleux qui se dploie l'tranger dans les crmonies1 la majest si exagre de tant de cours et de grands1 nous rendront plus sceptiques et permettront notre vue de soutenir l'clat de ce qui se passe chez nous sans en tre bloui4--,tant de milliards d'hommes nous ont prcds dans la tombe1 que ce nous est un grand encouragement ne pas craindre d'aller rejoindre si bonne compagnie dans l'autre monde1 et ainsi du reste4--,c'est ce qui faisait dire ,pythagore que notre vie ressemble la grande et populeuse assemble des jeux olympiques3 les uns s'exercent pour y figurer avec honneur1 les autres y apportent des marchandises en vue d'une vente fructueuse2 tandis qu'il en est1 et ce ne sont pas ceux qui prennent le plus mauvais parti1 qui ne se proposent rien 99 autre1 que d'observer le pourquoi et le comment de chaque chose1 ils se font spectateurs de la vie des autres pour en juger et rgler la leur en consquence4 ,c'est la philosophie qui sert diriger notre vie1 qui doit tout d'abord tre enseigne l'homme quand il est jeune4--,aux exemples pourront toujours s'adapter d'une faon rationnelle les raisonnements les plus premptoires de la philosophie1 dont toutes les actions humaines doivent toujours s'inspirer comme de leur rgle4 ,on dira l'enfant3 ce qu'il est permis de dsirer2 ce quoi sert l'argent2 dans quelle large mesure on doit se dvouer la patrie et la famille2 ce que ,dieu a voulu que l'homme ft sur la terre et quel rang il lui a assign dans la socit2 ce que nous sommes et dans quel dessein nous existons 7,perse72 ce que c'est que savoir et ignorer1 qui doit tre le but de nos tudes2 ce que c'est que la vaillance1 la temprance1 la justice2 ce qu'il y a dire sur l'ambition et l'avarice1 la servitude et la sujtion1 la licence et la libert2 quels signes se reconnat un contentement de soi-mme vrai et durable2 jusqu' quel point il faut craindre la mort1 la douleur et la honte3 comment nous devons viter et supporter les peines 7,virgile72 quels mobiles nous font agir et comment satisfaire tant d'impulsions diverses2 car il me semble que les premiers raisonnements dont on doive pntrer son esprit1 sont ceux qui doivent servir de rgles ses murs1 son bon sens1 qui lui apprendront se connatre1 savoir bien vivre et bien mourir4 ,parmi les arts libraux1 commenons par celui-ci qui nous fait libres2 tous concourent1 la vrit1 d'une manire quelconque notre instruction et la satisfaction de nos besoins1 comme1 du reste1 toutes choses dans une certaine mesure2 entre tous1 il doit passer en premire ligne1 ayant sur notre vie l'influence la plus directe et servant la diriger4 ,si nous savions restreindre les besoins de notre existence dans de justes limites1 telles que la nature nous les trace1 nous constaterions que la majeure partie dans chaque science en cours est sans application pour nous1 et que mme dans ce qui1 en elles1 nous importe1 se trouvent des parties superflues et des points obscurs dont nous ferions mieux de ne pas nous occuper1 bornant nos tudes1 suivant ce que nous enseigne ,socrate1 ce qu'elles ont d'utile3 ,ose tre sage et sois-le2 celui qui diffre pour rgler sa conduite1 ressemble ce voyageur naf qui attend1 pour passer le fleuve1 que l'eau soit coule2 pendant ce temps1 le fleuve coule toujours et coulera ternellement 7,horace74 ,avant d'observer le cours des astres1 il doit observer ses propres penchants et s'attacher les rgler4--,c'est une grande simplicit que d'apprendre nos enfants3 quelle est l'influence attache aux ,poissons1 au signe enflamm du ,lion ou celui du ,capricorne qui se baigne dans la mer d',hesprie 7,properce71 la science des astres1 le mouvement de la sphre cleste1 avant de leur enseigner leurs propres penchants et les moyens de les rgler4 ,que m'importe moi les ,pleiades6 ,que m'importe la constellation du ,bouvier 7,anacron76--,anaximne de ,milet crivait ,pythagore1 alors que les rois de ,perse faisaient des prparatifs de guerre contre son pays3 ,quel got puis-je avoir m'amuser tudier les secrets des toiles1 quand j'ai toujours prsente devant les yeux la mort ou la servitude8 ,chacun doit se dire de mme3 ,constamment en butte l'ambition1 l'avarice1 la tmrit1 la superstition1 ayant encore en moi bien d'autres ennemis de moi-mme1 qu'ai-je me proccuper des lois qui prsident au mouvement des mondes8 ,il pourra ensuite se livrer aux autres sciences1 les scrutant fond1 au lieu de se borner n'en apprendre que quelques dfinitions vides de sens4--,aprs qu'on lui aura appris ce qui sert le rendre plus raisonnable et meilleur1 on l'entretiendra de ce que sont la logique1 la physique1 la gomtrie1 la rhtorique2 et son jugement tant dj form1 il viendra promptement bout de celle de ces sciences sur laquelle aura port son choix4 ,les leons se donneront tantt dans des entretiens1 tantt en tudiant dans des livres2 tantt son gouverneur lui mettra entre les mains les ouvrages les plus appropris l'tude qu'il poursuit1 tantt il lui en fera l'analyse et lui en expliquera les parties essentielles dans leurs moindres dtails4 ,si1 par lui-mme1 ce gouverneur n'tait pas assez familiaris avec ces livres pour1 en vue du plan qu'il a conu1 y puiser tous les prcieux enseignements qui s'y trouvent1 on pourra lui adjoindre quelques hommes de lettres qui1 chaque fois que besoin en sera1 lui fourniraient les matires distribuer et faire absorber son nourrisson4 ,cet enseignement ainsi donn sera plus ais et plus naturel que la mthode prconise par ,gaza1 personne ne le contestera4 ,ce dernier met trop de prceptes hrisss de difficults et peu comprhensibles2 il emploie des mots sonores et vides de sens1 qu'on ne peut saisir et qui n'veillent aucune ide dans l'esprit2 dans notre mode1 l'me trouve o s'attacher 99 et se nourrir2 le fruit que l'enfant en retirera sera1 sans comparaison1 beaucoup plus grand et arrivera plus tt maturit4 ,la philosophie1 dgage de l'esprit de discussion et des minuties qui la discrditent trop souvent1 loin d'tre svre et triste1 est d'une tude agrable4--,il est bien singulier qu'en notre sicle1 nous en soyons arrivs ce que la philosophie soit1 mme pour les gens intelligents1 une chose vaine et fantastique1 sans usage comme sans valeur1 aussi bien dans l'opinion publique que de fait4 ,je crois que cela tient aux raisonnements captieux et embrouills dont foisonnent ses prludes4 ,on a grand tort de la peindre aux enfants comme inaccessible1 sous un aspect renfrogn1 svre1 terrible4 ,qui donc l'a ainsi affuble de ce masque qui1 contrairement ce qui est1 lui donne cette mine ple et hideuse8 ,il n'est rien de plus gai1 de plus gaillard1 de plus enjou1 et peu s'en faut que je ne dise de plus foltre2 elle ne prche que fte et bon temps2 une mine triste et transie est un signe manifeste que ce n'est pas l qu'elle rside4--,dmtrius le grammairien1 rencontrant dans le temple de ,delphes plusieurs philosophes assis ensemble1 leur dit3 ,ou je me trompe1 ou voir vos attitudes si paisibles et si gaies1 vous ne devez gure tre en srieuse conversation les uns avec les autres4 ,l'un d'eux1 ,hraclon de ,mgare1 lui rpondit3 ,c'est ceux qui cherchent si tel mot prend deux l1 ou d'o drivent tels comparatifs et tels superlatifs1 que surviennent prmaturment des rides1 en s'entretenant de leur science favorite4 ,pour ce qui est des tudes philosophiques1 loin de renfrogner et de contrister ceux qui s'y adonnent1 elles ont pour effet de les gayer et de les rjouir4 ,tu peux reconnatre au visage qui les reflte galement1 et les tourments de l'me et ses joies intimes 7,juvnal74--,l'me en laquelle loge la philosophie1 fait participer le corps la sant dont elle jouit2 son repos et son bien-tre sont manifestes en dehors d'elle2 elle sert de moule son enveloppe corporelle qui1 par ce fait1 pare d'une gracieuse fiert1 prsente un maintien rvlant l'activit et la gat1 une contenance satisfaite respirant la bont4 ,le signe le plus caractristique de la sagesse1 c'est une flicit continue2 le sage est constamment dans la plus parfaite srnit2 on pourrait presque dire qu'il plane au-dessus des nuages2 ce sont ces discussions interminables des scolastiques sur le ,baroco et le ,baralipton1 qui rendent leurs adeptes si revches et si ridicules2 ce n'est pas la philosophie1 ces gens-l ne la connaissent que par ou dire4 ,comment en serait-il autrement8 puisqu'elle a pour objet d'apaiser les temptes de l'me1 d'apprendre nous rire de la faim et de la fivre1 non par des hypothses n'existant que dans notre imagination1 mais par des raisons naturelles et palpables4 ,la sagesse a pour but la vertu1 laquelle n'habite pas1 comme on l'enseigne dans les coles1 au haut d'un mont escarp1 aux pentes abruptes et inaccessibles2 ceux qui l'ont approche l'estiment1 au contraire1 rsidant en un vallon fertile et fleuri1 d'o elle voit nettement toutes choses au-dessous d'elle2 celui qui sait o la trouver1 peut y arriver agrablement par des routes ombrages1 gazonnes1 exhalant des odeurs agrables1 ne prsentant que des pentes douces et faciles1 telles que peut tre celle qui conduit aux cieux4 ,faute de n'avoir pas fray avec cette vertu suprme1 belle1 triomphante1 amoureuse1 dlicieuse autant que courageuse1 ennemie dclare et irrconciliable de la mauvaise humeur1 du dplaisir1 de la crainte et de la contrainte1 qui a pour guide la nature et pour compagnons le bonheur et la volupt1 ceux qui ne la connaissent pas1 ont t conduits1 dans leur ignorance1 la supposer triste1 querelleuse1 chagrine1 rancunire et de mauvaise mine1 et1 ainsi sottement travestie1 la placer1 environne de ronces1 sur un roc l'cart1 en faire un fantme effrayer les gens4 ,mon gouverneur1 qui sait qu'il a pour devoir d'inspirer son disciple autant et mme plus d'affection que de respect envers la vertu1 saura lui dire que les potes partagent cet gard les ides communes2 il lui fera toucher du doigt que les dieux ont rendu plus pnibles les approches des demeures de ,venus que celles de ,pallas4 ,et quand1 atteignant l'ge de pubert1 notre adolescent commencera se sentir1 le mettant en prsence de ,bradamante ou d',anglique s'offrant lui pour matresses3 celle-l d'une beaut n'ayant rien qui ne soit naturel1 active1 gnreuse1 vigoureuse sans tre hommasse2 celle-ci belle aussi1 mais molle1 affecte1 dlicate1 usant d'artifice pour rehausser ses charmes2 la premire travestie en garon1 coiffe d'un casque brillant2 l'autre vtue comme une jeune fille1 avec une coiffure haute pare de perles1 il jugera que son amour mme tmoigne de sa mle ducation si son choix est tout l'oppos de celui de cet effmin berger de ,phrygie4 ,la vertu est la source de tous les plaisirs de l'homme1 parce qu'elle les lgitime et les modre4--,il lui fera cette leon d'un nouveau genre3 ,que la rcompense et la grandeur de la vritable vertu1 sont dans la facilit1 l'utilit et le plaisir que sa pratique nous offre2 qu'elle prsente si peu de difficult que les enfants comme les hommes1 les gens simples comme ceux l'esprit subtil peuvent s'y adonner4 ,elle agit par la modration et non par la force4 ,socrate1 son adepte favori1 de parti pris ne cherche pas l'imposer2 il ne compte pour la faire pntrer que sur sa simplicit naturelle et la satisfaction qu'elle procure4 ,elle est la source de tous les plaisirs humains2 en les rendant lgitimes1 elle nous prserve de toute dception et les purifie2 en les modrant1 elle leur conserve leur attrait et nous tient en apptit2 par la privation de ceux qu'elle nous interdit1 elle nous fait dsirer plus vivement ceux qu'elle nous conserve2 elle autorise largement tous ceux qui importent la nature et1 en bonne mre1 elle les admet jusqu' la satit1 mais non jusqu' la lassitude1 car jamais la modration qui arrte le buveur avant qu'il ne soit ivre1 le mangeur avant qu'il n'prouve une indigestion1 le dbauch avant qu'il ne soit puis1 n'a pass pour l'ennemie de nos plaisirs4 ,si la fortune1 telle qu'on la comprend d'ordinaire1 fait dfaut la vertu ou lui chappe1 elle s'en passe et s'en cre une autre qui n'appartient qu' elle1 qui est stable et non plus ni flottante ni roulante4 ,la vertu sait tre riche1 puissante1 savante2 elle couche aussi l'occasion sur des lits imprgns de parfums2 elle aime la vie1 la beaut1 la gloire1 la sant2 mais sa fonction propre et qui lui est spciale1 c'est de savoir user de tous ces biens modrment2 et le cas chant1 de les savoir perdre et d'y tre toujours prpare2 fonction bien plus noble que pnible1 sans laquelle toute existence s'coule en dehors des rgles de la nature1 dans l'agitation et expose tout ce qu'il y a de plus draisonnable2 c'est mme cela qu'on peut bon droit rattacher les cueils1 les broussailles et les pires accidents que heurte sur sa route celui auquel elle fait dfaut4 ,l'ducation donner l'enfant ne doit pas se rgler d'aprs le rang de ses parents dans la socit1 mais d'aprs ses propres facults4--,si notre disciple se trouve tre de nature si particulire1 qu' la narration d'un beau voyage1 ou un sage entretien1 il prfre1 aprs les avoir entendus1 qu'on lui et racont quelque fable2 qu'au lieu d'tre entran par l'appel d'une fanfare guerrire qui surexcite l'ardeur juvnile de ses compagnons1 il se dtourne et se dirige vers telle autre qui le convie aux jeux des bateleurs2 si la perspective d'aller au bal1 ou au jeu de paume et d'y remporter un prix1 lui est plus agrable et plus douce que de revenir du champ de bataille couvert d'une noble poussire et le front ceint des lauriers de la victoire2 je ne vois d'autre remde1 ft-il fils de duc1 que d'en faire un ptissier dans une de nos bonnes villes1 suivant son gard le prcepte de ,platon3 ,qu'il faut tablir les enfants1 non selon les facults de leur pre1 mais selon celles de leur me4 ,la philosophie est de tous les ges4--,puisque la philosophie est la science qui nous apprend vivre1 et que1 comme les autres ges1 l'enfance y a sa leon1 pourquoi ne la lui communiquerait-on pas8 ,l'argile est molle et humide1 vite1 htons-nous2 et1 sans perdre un instant1 faonnons-la sur la roue 7,perse74 ,on nous apprend vivre1 quand notre vie s'achve4 ,cent coliers sont atteints du mal vnrien1 qu'ils n'en sont pas encore arrivs la leon d',aristote sur la temprance4 ,cicron disait qu'alors qu'il vivrait deux vies humaines1 il ne perdrait pas son temps tudier les potes lyriques2 les ergoteurs de nos jours1 beaucoup plus ennuyeux1 sont tout aussi inutiles4 ,notre enfant est plus press encore2 il ne doit demeurer aux mains des pdagogues que jusqu' sa quinzime ou seizime anne2 pass cet ge1 il se doit l'action4 ,employez donc ce temps qui est si court1 lui apprendre ce qui est ncessaire2 laissez de ct ces subtilits ardues de la dialectique1 qui sont sans effet favorable sur notre vie et sont abusives2 bornez-vous aux prceptes les plus simples de la philosophie1 sachez les choisir et les traiter comme il convient en vue du but que vous vous proposez2 ils sont plus faciles comprendre qu'un conte de ,boccace2 un enfant1 au sortir du sein de sa nourrice1 est capable d'en saisir le sens1 bien mieux que d'apprendre lire et crire2 la philosophie a des rgles pour l'homme en bas ge1 comme sur son dclin4 ,je pense comme ,plutarque quand il dit qu',aristote n'employa pas tant le temps de son illustre lve lui faire composer des syllogismes ou rsoudre des problmes de gomtrie1 qu' lui donner de sages principes sur la vaillance1 la prouesse1 la magnanimit1 la temprance et le mettre au-dessus de toute crainte2 et1 ainsi nanti1 il l'envoya1 encore enfant1 la conqute de l'empire du monde1 n'ayant pour tout moyen d'action que #cj4jjj fantassins1 #d4jjj chevaux et #db4jjj cus4 ,les autres arts et sciences1 ajoute ,plutarque1 ,alexandre les honorait et reconnaissait ce qu'ils avaient de bon et d'agrable2 mais le peu de plaisir qu'il y prenait ne permet gure de conclure qu'il ft port s'y adonner4 ,jeunes gens et vieillards1 tirez de l des conclusions pour votre conduite2 faites-vous des provisions pour les rigueurs de l'hiver 7,perse74 ,c'est cela mme que dit ,epicures1 au dbut de sa lettre ,meniceus3 ,si jeune qu'il soit1 que nul ne se refuse pratiquer la philosophie1 et que les plus vieux ne s'en lassent pas4 ,qui en agit autrement semble dire que le temps n'est pas encore venu pour lui de vivre heureux1 ou que ce temps est pass4--,pour lui donner cet enseignement1 je ne veux pas qu'on emprisonne ce garon2 je ne veux pas qu'on l'abandonne aux colres et aux mlancolies d'un matre d'cole furibond2 je ne veux pas corrompre son esprit1 en le tenant1 comme on fait des autres1 dans une sorte d'enfer1 en l'astreignant au travail1 comme un portefaix1 pendant quatorze ou quinze heures par jour2 je ne trouverais pas bon non plus si1 port par temprament la solitude et la mlancolie1 et manifestant un penchant exagr se livrer l'tude des livres1 on l'y encourageait2 cela rend les jeunes gens impropres prendre part aux conversations du monde et les dtourne de meilleures occupations4 ,combien ai-je vu d'hommes de mon temps abtis1 en cherchant acqurir plus de science qu'ils n'en taient capables2 ,carnades en devint fou1 au point qu'il ne trouvait plus le temps de soigner sa barbe et sa chevelure1 ni de se faire les ongles4 ,je ne veux pas gter ses gnreuses dispositions par le fait du manque d'ducation et des procds barbares d'un autre4 ,jadis il tait proverbial que la sagesse franaise naissait de bonne heure1 mais durait peu2 il faut reconnatre qu'encore maintenant rien n'est gentil comme1 en ,france1 nos petits enfants2 mais d'ordinaire1 ils ne ralisent pas l'esprance qu'on en a conue2 devenus hommes faits1 on ne voit rien en eux de particulirement bon2 j'ai entendu dire des gens de jugement1 que c'est de les envoyer aux collges1 dont nous avons un si grand nombre1 qui les abtit de la sorte4 ,toutes les circonstances1 mme les jeux1 prtent l'tude de la philosophie2 le dressage du corps chez l'enfant doit tre men de front avec celui de l'me4--,pour notre jeune homme1 un cabinet ou un jardin1 la table comme le lit1 la solitude comme la socit1 le matin et le soir seront tout un2 pour lui1 toutes les heures se ressembleront2 en tous lieux1 il tudiera1 car la philosophie1 qui sera son principal sujet d'tude1 par cela mme qu'elle forme le jugement et les murs1 a ce privilge qu'elle se mle tout4 ,isocrate l'orateur tant1 dans un festin1 pri de parler sur son art1 tout le monde trouva qu'il avait eu raison de rpondre3 ,ce n'est pas le moment de faire ce que je sais1 et je ne sais pas faire ce qui conviendrait en ce moment2 discourir ou encore discuter sur des sujets de rhtorique1 devant une compagnie assemble pour rire et faire bonne chre1 sont1 en effet1 deux choses qui ne vont point ensemble2 et on peut en dire autant de toute autre science4 ,seule1 la philosophie1 dans la partie qui traite de l'homme1 de ses devoirs et de sa fonction1 peut1 en raison de ce que ce sujet de conversation a d'agrable et de facile1 tre admise dans les festins et dans les jeux1 et cela de l'avis unanime de tous les sages4 ,platon l'a convie son ,banquet2 nous voyons de quelle faon douce et approprie au temps et au lieu1 elle y entretient l'assistance1 bien que les thses qui s'y traitent soient d'entre celles de la plus haute porte et des plus salutaires de ce philosophe4 ,elle est utile aux pauvres1 elle l'est galement aux riches2 les jeunes gens1 comme les vieillards1 ne la ngligent pas impunment 7,horace74 ,il est probable que dans ces conditions1 mon lve sera moins dsuvr que tous autres de son ge4 ,quand nous nous promenons dans une galerie1 nous fatiguons moins que si nous cheminions suivant un itinraire trois fois plus long2 un effet analogue se produit pour nos leons qui1 donnes comme cela se rencontre1 sans que ce soit en un lieu et un moment qui nous soient d'obligation1 se trouvent mles tous nos faits et gestes et se reoivent sans mme que nous nous en apercevions2 les exercices1 les jeux mmes1 la course1 la lutte1 la musique1 la danse1 la chasse1 l'quitation1 l'escrime1 y concourent pour une large part4--,je veux que les ides de biensance1 la faon de se conduire dans le monde1 la distinction dans la tenue et les manires se prennent en mme temps que l'me se forme2 ce n'est pas d'une me1 ce n'est pas d'un corps que l'on effectue le dressage1 c'est d'un homme1 il ne faut pas les traiter sparment2 ,platon le dit3 il ne faut pas dresser l'me sans le corps1 mais bien les mener de front1 comme une paire de chevaux attels un mme char2 et l'entendre1 il semble dispos consacrer plus de temps et de soins aux exercices corporels1 estimant que l'esprit s'en exerce d'autant et que l'inverse n'a pas lieu4 ,l'tude doit lui tre rendue attrayante1 et tout procd violent pour l'y astreindre doit tre banni4--,au demeurant1 cette ducation doit se faire avec douceur et fermet1 et non comme on en agit d'ordinaire1 o au lieu de faire aimer aux enfants l'tude des lettres1 on leur en fait un objet de dgot et de souffrance4 ,laissez de ct la violence et la force2 il n'est rien1 mon avis1 qui abtardisse et tourdisse davantage une nature imbue de sentiments levs4 ,si vous voulez que l'enfant redoute la honte et le chtiment1 ne l'y endurcissez pas4 ,ce quoi il faut l'endurcir1 c'est la fatigue1 au froid1 au vent1 au soleil et toutes les incommodits qui peuvent survenir et qu'il doit mpriser2 amenez-le tre insensible la mollesse1 toute dlicatesse dans ses vtements1 son coucher1 ses aliments1 sa boisson2 accoutumez-le tout2 faites-en1 non un joli garon effmin1 mais un garon sain et vigoureux4 ,alors que j'tais enfant1 plus tard homme fait1 aujourd'hui que je suis vieux1 j'ai constamment pens et agi ainsi sur ce point3 la discipline rigoureuse de la plupart de nos collges1 entre autres1 m'a surtout toujours dplu2 en inclinant davantage vers l'indulgence1 l'erreur et t bien moins prjudiciable4 ,c'est dans de vraies prisons que l'on dtient la jeunesse2 elles la portent la dbauche1 en l'en punissant1 avant qu'elle en soit arrive l4 ,allez-y au moment o l'cole est ouverte1 vous n'entendez que cris1 vous ne voyez qu'enfants martyriss et matres ne se contenant pas de colre4 ,quelle manire de rendre ces leons attrayantes ces mes tendres et craintives que de les leur donner avec une mine rbarbative et le fouet en main6 ,quel injuste et mauvais procd6 sans compter1 comme le fait trs bien remarquer ,quintilien1 qu'une autorit qui s'exerce d'une faon aussi tyrannique1 a les plus fcheuses consquences1 en particulier par les chtiments qu'elle emploie4 ,combien ne conviendrait-il pas mieux que les classes fussent jonches de fleurs et de verdure1 plutt que des dbris de verge ensanglants6 je voudrais qu'elles soient tapisses d'images reprsentant la ,joie1 l',allgresse1 ,flore et les ,grces1 comme fit en son cole le philosophe ,speusippe4 ,l o ils travaillent1 il faut aussi que les enfants prennent leurs bats2 il faut emmieller la nourriture salutaire qu'on veut leur donner et arroser de fiel ce qui leur est contraire4--,il est merveilleux de voir combien ,platon se montre attentif1 dans ses lois1 mnager la gat et les passe-temps de la jeunesse de sa ,cit2 combien il insiste sur ses courses1 ses jeux1 ses chansons1 ses sauts1 ses danses que1 dit-il1 les anciens avaient placs sous le patronage et la direction des dieux eux-mmes3 ,apollon1 les ,muses1 ,minerve2 c'est par milliers qu'il fait des recommandations pour ses ,gymnases4 ,pour ce qui est des sciences ayant les lettres pour objet1 il s'y attache beaucoup moins2 et il ne semble recommander d'une faon particulire la posie1 qu'en raison de ses rapports avec la musique4 ,l'homme ne doit se singulariser en rien4--,il faut viter1 comme contraire 99 au bon ton et la vie en commun1 tout ce qui constitue une singularit ou est en contradiction avec nos murs et notre condition sociale4 ,qui ne s'tonnerait de la complexion de ,dmophon1 matre d'htel d',alexandre1 qui transpirait l'ombre et grelottait au soleil8 ,j'ai vu des personnes qui fuyaient l'odeur de la pomme plus que les coups de fusil2 j'en ai vu d'autres s'effrayer d'une souris1 d'autres chez lesquels la vue d'une crme dterminait des vomissements1 d'autres auxquels voir brasser un lit de plumes produisait le mme effet2 ,germanicus ne pouvait supporter ni la vue1 ni le chant d'un coq4 ,ces effets peuvent tenir parfois quelque disposition naturelle qui nous chappe2 mais1 mon avis1 on en triompherait1 en s'y prenant de bonne heure4 ,en m'y appliquant1 moi-mme suis arriv 7non sans peine la vrit7 ce qu' l'exception de la bire1 mon estomac s'accommode indiffremment de tout ce qui se mange et se boit4 ,il doit tre capable de se conformer aux usages de son milieu quels qu'ils soient1 mais n'aimer faire que ce qui est bien4--,alors que le corps est encore souple1 il faut en profiter pour le plier tout ce qui se fait1 tout ce qui est dans les habitudes4 ,pourvu qu'il reste toujours matre de ses dsirs et de sa volont1 qu'on n'hsite pas rendre notre jeune homme de force tenir sa place dans n'importe quelle compagnie l'tranger comme dans son propre pays2 il faut mme1 si besoin en est1 qu'il puisse supporter les drglements et les excs4 ,qu'il soit form suivant les usages de son poque1 qu'il soit en tat de faire toutes choses1 mais qu'il n'aime faire que les bonnes4 ,les philosophes eux-mmes n'approuvent pas ,callisthne d'avoir perdu les bonnes grces d',alexandre le ,grand son matre1 pour n'avoir pas voulu lui faire raison1 le verre en main4 ,il rira1 il foltrera1 il se dbauchera avec son prince2 je veux que dans la dbauche il se montre plus fort et plus rsistant que ses compagnons1 et que s'il ne fait pas le mal1 ce ne soit pas parce qu'il ne le peut ni le connat1 mais parce qu'il ne le veut pas3 ,la diffrence est grande entre ne vouloir pas et ne savoir pas faire le mal 7,snque74--,pour faire honneur un seigneur avec lequel je me trouvais en bonne compagnie1 et qui tait aussi loign que qui que ce soit en ,france de dbordements de ce genre1 je lui demandai combien de fois en sa vie il s'tait enivr par ncessit1 pour les intrts du roi1 alors qu'il tait en ,allemagne4 ,il prit ma question comme je la lui adressais et me rpondit qu'il s'y tait trouv oblig par trois fois diffrentes qu'il me raconta4 ,j'en connais qui1 ayant pareillement affaire avec cette nation1 faute de possder cette facult1 se sont trouvs parfois fort embarrasss4--,j'ai souvent remarqu1 et toujours avec admiration1 la merveilleuse nature d',alcibiade1 qui lui permettait de se plier si facilement des faons de faire si diffrentes1 sans que sa sant en souffrt1 tantt surpassant les ,perses par son luxe et le faste qu'il dployait1 tantt les ,lacdmoniens par son austrit et sa frugalit1 aussi rigoriste ,sparte que voluptueux en ,ionie4--,aristippe sut s'accommoder de toute condition et de toute fortune 7,horace72 c'est cela que je voudrais en arriver avec mon disciple3 ,j'admirerais celui qui ne rougit pas de ses haillons ni ne s'tonne de la bonne fortune1 et joue les deux rles avec grce 7,horace74 ,c'est par ses actes qu'on jugera du profit qu'un jeune homme a retir de l'ducation qu'il a reue4--,telles sont mes leons4 ,celui qui en tire le meilleur parti1 est celui qui les met en pratique1 plus que celui qui se borne les savoir2 celui-l1 le voir c'est l'entendre1 l'entendre c'est le voir4--,platon fait dire quelqu'un3 ,grce ,dieu1 philosopher n'est ni beaucoup apprendre ni s'adonner aux arts4 ,c'est bien plus par leurs murs que par leurs crits1 que les philosophes se sont appliqus au plus grand des arts1 celui de bien vivre 7,cicron74--,lon1 prince des ,phliasiens1 demandait ,hraclide ,ponticus quelle science1 quel art il se livrait3 ,je ne connais1 rpondit celui-ci1 ni art1 ni science2 je suis philosophe4--,on reprochait ,diogne qu'ignorant comme il l'tait1 il se mlt de philosophie3 ,c'est prcisment l1 rpliqua-t-il1 ce qui fait que je suis plus propre m'en mler4 ,hgsias le priait de lui lire un livre3 ,vous tes plaisant1 lui rpondit-il2 quand vous avez des figues choisir1 vous les prenez vraies et naturelles et non peintes2 que ne choisissez-vous pareillement1 pour discuter1 des sujets bien rels tels que vous les fournit le nature1 au lieu de sujets crits8 ,ces leons1 il ne les redira pas tant qu'il ne les traduira en actions1 en faisant application dans les actes de la vie2 c'est ainsi qu'on verra s'il apporte de la prudence dans ce qu'il entreprend2 de la bont1 de la justice1 dans sa manire de vivre2 s'il parle avec grce et tmoigne du jugement2 s'il supporte courageusement la maladie2 est modeste dans ses jeux1 temprant dans ses plaisirs2 s'il a de l'ordre dans ses dpenses2 s'il a des gots faciles en ce qui touche les mets1 viande ou poisson2 les boissons1 vin ou eau3 ,si sa science lui sert1 non montrer ce qu'il sait1 mais rgler ses murs2 s'il se commande lui-mme et s'obit 7,cicron74--,le vritable miroir de nos penses est le cours de notre vie4 ,zeuxidamus1 auquel on demandait pourquoi les ,lacdmoniens n'avaient pas mis par crit leurs principes sur la vaillance et ne les donnaient pas lire leurs jeunes gens1 rpondit3 ,que c'tait parce qu'ils voulaient les habituer juger par les faits et non sur les paroles4--,comparez au bout de quinze seize ans1 ce jeune homme1 lev de la sorte1 avec un de ces bredouilleurs de latin de collge qui aura mis ce mme nombre d'annes tout simplement apprendre parler4 ,le monde n'est que bavardage2 je n'ai jamais vu quelqu'un qui ne dise plutt plus que moins qu'il ne devrait4 ,et cependant1 c'est cela que se passe la moiti de notre vie2 on nous tient quatre ou cinq ans apprendre des mots et les assembler en phrases2 autant encore apprendre en composer un discours de longue haleine1 en quatre cinq parties2 et cinq autres au moins1 pour arriver savoir les combiner d'une faon concise et plus ou moins subtile2 laissons cela ceux qui en font mtier4 ,me rendant un jour ,orlans1 je trouvai1 dans la plaine en de de ,clery1 deux professeurs de collge qui allaient ,bordeaux et marchaient environ cinquante pas l'un de l'autre2 plus en arrire1 j'apercevais une troupe1 et en tte1 un personnage qui tait feu ,m4 le comte de la ,rochefoucault4 ,un de mes gens s'enquit auprs du premier de ces professeurs1 quel tait le gentilhomme qui venait aprs lui4 ,celui-ci1 qui n'avait pas vu le groupe qui le suivait1 pensant que je voulais parler de son compagnon1 nous fit cette plaisante rponse3 ,ce n'est pas un gentilhomme1 c'est un grammairien2 quant moi1 je suis logicien4 ,nous qui1 au contraire1 ne nous proposons ici de former ni un grammairien ni un logicien1 mais un gentilhomme1 laissons l'un et l'autre jouir pleinement de leurs loisirs2 nous avons affaire ailleurs4 ,ce qu'il saura bien1 il arrivera toujours l'exprimer suffisamment1 la connaissance des choses importe plus que les mots pour les rendre4--,que notre disciple soit bien pourvu de connaissances1 les paroles ne suivront que trop2 si elles ne veulent pas suivre1 il les tranera4 ,j'en entends qui s'excusent de ne pouvoir exprimer les belles choses qu'ils prtendent avoir en tte et regrettent que leur peu d'loquence les empche de les mettre jour2 c'est se moquer4 ,savez-vous ce qu'il en est mon avis8 ils entrevoient quelques vagues conceptions qui n'ont pas pris corps1 qu'ils n'arrivent pas dmler1 dont ils n'ont pas une ide nette et que1 par suite1 ils sont bien embarrasss d'exprimer1 tant hors d'tat de se comprendre eux-mmes2 voyez-les bgayant avec peine1 pour arriver accoucher2 vous jugez vite que1 malgr leurs efforts1 l'enfantement ne se produit pas2 tout au plus en sont-ils encore la conception et ne font que lcher cet embryon encore informe4 ,pour moi1 je tiens1 et ,socrate le dit formellement1 que celui qui a dans l'esprit une ide claire et prcise1 arrivera toujours l'exprimer1 soit en un idiome quelconque1 soit par gestes s'il est muet3 ,ce que l'on comprend bien s'nonce clairement1 et les mots1 pour le dire1 arrivent aisment 7,horace72 ou1 comme dit un autre1 d'une faon aussi potique1 quoique en prose3 ,lorsque vous possdez votre sujet1 les mots suivent 7,snque72 ou encore cet autre3 ,les choses entranent les paroles 7,cicron74--,celui qui est matre de son ide1 peut ne connatre ni ablatif1 ni conjonctif1 ni substantif1 ni quoi que ce soit de la grammaire1 tre cet gard tout aussi ignorant que son valet ou une harangre du ,petit pont1 n'empche que1 si vous en manifestez le dsir1 lui comme eux1 vous en entretiendront aussi longtemps1 plus mme que vous ne pourrez le supporter2 et les rgles de langage qu'ils ignorent compltement1 les dconcerteront aussi peu que le plus docte acadmicien de ,france4 ,il ne connat pas la rhtorique1 ne sait comment1 avant d'entrer en matire1 on dispose favorablement un lecteur ingnu et ne se soucie gure de le savoir4 ,de fait1 toutes ces formes oratoires perdent aisment leur effet1 quand il est question d'une vrit simple et nave2 ces jolis prambules ne servent qu' amuser le vulgaire incapable d'une nourriture plus substantielle et plus rconfortante1 ainsi qu',afer l'indique trs clairement dans ,tacite4--,les ambassadeurs de ,samos s'taient prsents ,clomne1 roi de ,sparte1 avec une longue et belle supplique1 prpare l'avance1 dans le but de le solliciter de faire la guerre contre le tyran ,polycrate4 ,aprs les avoir bien laisss dire1 le roi leur rpondit3 ,pour ce qui est de l'exorde par lequel a commenc votre discours1 je ne m'en souviens plus1 non plus que du milieu2 et pour ce qui est de la conclusion1 je n'en veux rien faire4 ,voil1 ce me semble1 une belle rponse et des harangueurs bien penauds4--,et cet autre3 ,les ,athniens avaient faire choix entre deux architectes1 pour la construction d'un grand difice3 le premier1 trs afft dans son attitude1 se prsente avec un beau discours soigneusement prpar sur le travail excuter1 et dj le peuple se dterminait en sa faveur1 quand le second pronona ces seuls mots3 ,seigneurs athniens1 ce que celui-ci vient de dire1 moi1 je le ferai4--,alors que l'loquence de ,cicron tait dans toute sa force1 beaucoup l'admiraient2 ,caton1 lui1 ne faisait qu'en rire3 ,nous avons1 disait-il1 un plaisant consul4--,qu'on commence ou qu'on finisse par l1 une sentence utile1 un beau trait1 sont toujours bien venus2 s'ils ne cadrent pas bien avec ce qui prcde1 ni avec ce qui suit1 ils intressent par eux-mmes4 ,dans un pome1 l'ide et le vers sont deux choses essentiellement distinctes4--,je ne suis pas de ceux qui pensent qu'un bon rythme suffit pour faire un bon pome2 qu'on fasse longue une syllabe brve si cela plat1 je ne m'y oppose pas2 si les ides mises sont riantes1 s'il y a de l'esprit et du jugement1 je dirai3 voil un bon pote1 sauf ajouter3 mais un mauvais versificateur2 ses vers sont ngligs1 mais il a de la verve 7,horace74 ,que1 dans un tel ouvrage1 dit ,horace1 on enlve ce qui relie les sujets les uns aux autres1 qu'on modifie leur distribution3 ,changez le rythme et la mesure1 intervertissez l'ordre des mots1 vous retrouvez le pote dans ses membres disperss 7,horace71 il n'en aura pas moins sa valeur relle1 la beaut des morceaux dtachs qui s'en trouveront forms n'en sera pas altre4 ,c'est dans ce sens que rpondit ,mnandre que l'on tanait1 parce qu'ayant promis une comdie pour un jour donn et ce jour approchant1 il n'y avait pas encore mis la main3 ,elle est compose et prte1 il n'y a plus qu' y ajouter les vers2 comme il avait dans l'esprit son plan et tous ses matriaux pied d'uvre1 il n'tait pas en peine du reste4--,depuis que ,ronsard et du ,bellay ont donn du relief notre posie franaise1 il n'est si petit apprenti qui n'enguirlande ses mots et ne scande ses phrases peu prs comme eux3 ,dans tout cela1 plus de son que de sens 7,snque74 ,pour le vulgaire1 il n'y a jamais eu tant de potes2 mais s'il leur a t facile de conformer le rythme de leurs phrases celui de ces modles1 ils n'en sont pas moins demeurs tout aussi incapables d'imiter les riches descriptions de l'un et les dlicates inventions de l'autre4 ,les subtilits sophistiques qui s'enseignent dans les coles sont mpriser1 un langage simple est rechercher4--,et maintenant1 que fera notre jeune homme si on lui soumet1 en insistant1 quelques syllogismes subtils et captieux tels que celui-ci3 ,le jambon fait boire1 boire dsaltre1 donc le jambon dsaltre8 ,il s'en moquera2 il y a plus d'esprit s'en moquer qu' y rpondre4 ,il peut encore emprunter ,aristippe le tour spirituel qu'en pareille occurrence il donna sa rponse3 ,pourquoi le rsoudrai-je1 alors que non rsolu1 dj il m'embarrasse8 ,a quelqu'un qui proposait ,clanthe de ces finesses de la dialectique1 ,chrysippe dit3 ,amuse-toi ces badinages avec les enfants2 et1 pour de semblables niaiseries1 ne dtourne pas de ses penses un homme srieux4 ,si ces sottes arguties1 sophismes entortills et pineux 7,cicron71 ont pour but de donner crance un mensonge1 c'est dangereux2 mais s'ils sont sans consquence1 si ce sont de simples plaisanteries1 je ne vois pas pourquoi il s'en proccuperait4--,il y a des gens si sots1 qu'ils se dtourneraient d'un quart de lieue de leur chemin1 pour courir aprs un beau mot3 ,les uns n'appliquent pas les mots aux choses auxquelles ils appartiennent et vont chercher1 hors du sujet1 des choses auxquelles les mots puissent s'appliquer 7,quintilien72 il en est d'autres qui1 pour placer un mot qui leur plat1 s'engagent dans un sujet qu'ils n'avaient pas l'intention de traiter 7,snque74 ,j'altre bien plus volontiers les termes d'une belle sentence pour l'encastrer dans ma prose1 que je ne modifie l'ide que je veux rendre pour me donner possibilit de l'y introduire4 ,c'est1 au contraire1 aux phrases servir et s'adapter ce que l'on veut rendre1 et si le franais ne s'y plie pas1 qu'on y emploie le gascon4 ,je veux que la pense qu'on veut exprimer prdomine et qu'elle pntre l'imagination de celui qui coute1 au point qu'il n'ait jamais souvenir des mots par lesquels on l'a traduite4--,j'aime un langage simple et naf1 crit tel qu'on parle1 qui soit substantiel1 nerveux1 bref1 prcis2 je le prfre vhment et brusque1 plutt que dlicat et bien peign3 ,que l'expression frappe1 elle plaira 7pitaphe de ,lucain72 difficile plutt qu'ennuyeux2 sans affectation1 hardi1 drgl1 dcousu1 chaque morceau faisant corps1 plutt que de sentir le pdant1 le moine1 l'orateur2 que ce soit le langage d'un soldat1 pour me servir de l'expression par laquelle ,sutone qualifie le style de ,jules ,csar1 bien que je ne saisisse pas bien pourquoi il lui donne cette qualification4 ,j'ai volontiers imit les modes excentriques de nos jeunes gens dans le port de leurs vtements3 le manteau en charpe1 la cape sur une paule1 des bas mal tirs1 par lesquels ils se donnent des airs de nonchalance artistique et de ddaigneuse fiert pour ces lgances si fort prises l'tranger2 semblable laisser aller dans la manire de parler1 me plat plus encore4 ,toute affectation1 surtout dans la gat et la libert de paroles telle qu'elle existe en ,france1 messied un courtisan1 rle auquel1 dans une monarchie1 tout gentilhomme doit tre dress2 par consquent il est sage de ne trop faire le naf et le mprisant4--,je n'aime pas les tissus dont la trame et les coutures sont visibles1 de mme qu'en un beau corps il ne faut pas qu'on puisse compter les os et les veines4 ,la vrit doit parler un langage simple et sans art2 quiconque parle avec affectation est sr de causer du dgot et de l'ennui 7,snque74 ,l'loquence qui attire par trop sur elle-mme l'attention1 porte prjudice aux sujets qu'elle traite4 ,de mme qu'en fait de toilette1 c'est une faiblesse de vouloir se faire remarquer d'une faon particulire et inusite1 de mme un langage dans lequel on affecte d'employer des tournures de phrases nouvelles et des mots d'un usage peu frquent1 tmoigne de prtentions puriles 99 telles qu'on en voit chez les pdants4 ,que ne puis-je faire exclusivement emploi des expressions dont on use aux halles de ,paris6--,le grammairien ,aristophane n'y entendait rien1 quand il reprochait picure la simplicit de son style1 et son discours sur l'art oratoire de se borner prner une clart parfaite du langage4--,imiter quelqu'un dans sa manire de parler est chose facile1 aussi les foules le peuvent-elles assez promptement2 l'imiter dans son jugement1 dans sa fertilit d'imagination1 ne va pas si vite4 ,la plupart des lecteurs qui ont trouv semblable robe1 pensent trs tort qu'il leur suffit de la vtir pour s'identifier avec celui auquel elle appartient2 la force et les nerfs ne s'empruntent pas2 on ne peut emprunter que la parure et le manteau2 la majeure partie des personnes qui me frquentent1 parlent comme je le fais dans ces ,essais1 mais je ne sais s'ils pensent de mme4--,les ,athniens1 dit ,platon1 parlent abondamment et avec lgance2 les ,lacdmoniens sont brefs2 les ,crtois ont l'imagination fconde plus que le langage1 ce sont eux qui sont le mieux lotis4--,znon disait que ses disciples taient de deux sortes3 les uns1 qu'il nomme philologues1 dsireux de s'instruire des choses elles-mmes1 c'taient ses prfrs2 les autres1 qu'il appelle logophiles1 uniquement occups parfaire leur langage4--,ce n'est pas que bien dire ne soit une belle et bonne chose1 mais non au degr o on le prne1 et je suis au regret de voir notre vie y tre tout entire employe4 ,je voudrais1 en premier lieu1 bien savoir ma langue maternelle1 puis celle de ceux de nos voisins avec lesquels nous sommes le plus en relations4 ,comment ,montaigne apprit le latin et le grec2 causes qui empchrent ce mode d'instruction de porter tous ses fruits4--,c'est indubitablement un bel et grand ornement que le grec et le latin1 mais on l'achte trop cher4 ,je vais indiquer une manire de l'acqurir meilleur march qu'on ne le fait d'habitude2 cette manire a t exprimente sur moi-mme2 s'en servira qui voudra4 ,feu mon pre1 ayant cherch autant qu'il est possible le meilleur mode d'enseignement et consult cet gard des hommes de science et de jugement1 reconnut les inconvnients de celui en usage4 ,l'unique cause qui nous empche de nous lever1 par la connaissance approfondie de leur caractre1 la grandeur d'me des anciens ,grecs et ,romains est1 lui disait-on1 le long temps que nous mettons apprendre ces langues1 qu'eux-mmes acquraient sans qu'il leur en cott rien4 ,je ne crois pas que ce soit l l'unique cause de cette diffrence d'eux nous2 quoi qu'il en soit1 mon pre s'avisa de l'expdient suivant3 ,alors que j'tais encore en nourrice1 que je n'articulais encore aucun mot1 il me confia un ,allemand qui1 depuis1 est devenu un mdecin de renom et est mort en ,france2 il ignorait compltement le franais et possdait parfaitement la langue latine4 ,cet ,allemand1 que mon pre avait fait venir exprs et auquel il donnait des gages trs levs1 m'avait continuellement dans les bras2 deux autres1 moins savants que lui1 lui taient adjoints pour me suivre et le soulager d'autant2 tous trois me parlaient uniquement latin4 ,pour le reste de notre maison1 il fut de rgle stricte que ni mon pre1 ni ma mre1 ni valet1 ni femme de chambre ne parlaient quand j'tais l1 qu'en employant les quelques mots latins que chacun avait appris pour jargonner avec moi4 ,le rsultat qui s'ensuivit fut merveilleux2 mon pre et ma mre acquirent de cette langue une connaissance suffisante pour la comprendre et mme pour la parler au besoin1 et il en advint de mme des domestiques attachs mon service personnel4 ,en somme nous nous latinismes tant1 qu'il s'en rpandit quelque chose dans les villages d'alentour2 par habitude1 on en arriva y dsigner des mtiers et des outils par leur appellation latine1 dont quelques-unes demeurent encore4 ,quant moi1 j'avais plus de six ans1 que je ne comprenais pas plus le franais et notre patois prigourdin que l'arabe2 mais1 sans mthode1 sans livres1 sans grammaire1 sans rgles1 sans fouet et sans larmes1 j'avais appris un latin aussi pur que mon professeur le possdait lui-mme1 n'ayant de notions d'aucune autre langue qui me missent dans le cas de le mler ou de l'altrer4 ,si1 pour essayer1 on voulait me donner un thme faire1 comme on les fait dans les collges1 au lieu de me le donner en franais comme cela se fait pour les autres1 il fallait me le donner moi en mauvais latin2 je le rendais en latin correct4 ,mes prcepteurs particuliers m'ont souvent rpt que cette langue1 en mon enfance1 m'tait si familire1 si spontane que certaines personnes telles que ,nicolas ,grouchy1 auteur de l'ouvrage intitul3 ,des comices chez les ,romains2 ,guillaume ,gurente qui a comment ,aristote2 ,georges ,buchanan1 ce grand pote cossais2 ,marc ,antoine ,muret1 que la ,france et l',italie reconnaissent pour le meilleur orateur du temps1 regardaient s'entretenir avec moi4 ,buchanan1 que j'ai vu depuis la suite de feu ,m4 le ,marchal de ,brissac1 m'a dit qu'occup crire sur l'ducation des enfants1 il citait comme exemple celle que j'avais reue2 il tait alors charg de celle de ce comte de ,brissac que nous avons vu depuis si valeureux et si brave4 ,quant au grec1 je ne le comprends pour ainsi dire pas4 ,mon pre essaya de me le faire apprendre mthodiquement1 mais en procdant autrement qu'on ne le fait1 sous forme de jeu et d'exercice2 nous inscrivions nos dclinaisons sur des carrs de papier1 que nous pliions et tirions au hasard1 comme au jeu de loto1 la manire de ceux qui apprennent ainsi l'arithmtique et la gomtrie2 car entre autres choses1 on lui avait conseill de m'enseigner les sciences et le devoir1 sans m'y astreindre1 en m'en faisant natre le dsir1 et de n'employer1 pour m'lever l'me1 que la douceur1 sans rigueur ni contrainte1 en me laissant toute libert4 ,mon pre apportait un tel soin ce qui me touchait1 que certains prtendant qu'veiller le matin les enfants en sursaut1 les arracher subitement et brusquement leur sommeil qui est beaucoup plus profond que celui de l'homme fait1 troublent leur cerveau encore incompltement form1 il me faisait veiller au son de quelque instrument de musique et eut toujours quelqu'un qui fut charg de ce soin4 ,cet exemple suffit pour juger du reste et faire ressortir l'affection et la prudence de ce pre si bon1 auquel on ne saurait s'en prendre s'il n'a recueilli aucun fruit d'une ducation donne dans des conditions aussi parfaites4 ,deux choses en furent cause3 la premire1 c'est qu'il travaillait un champ strile et qui ne s'y prtait pas2 car bien que je fusse d'une bonne sant tous gards1 et aussi d'un naturel doux et facile1 j'tais avec cela si lourd1 si mou1 si endormi1 qu'on ne pouvait m'arracher l'oisivet1 mme pas pour me faire jouer4 ,ce que je voyais1 je le voyais bien2 sous cette complexion lourde1 j'avais de la hardiesse dans les ides1 et des opinions au-dessus de mon ge2 mais j'avais l'esprit lent et qui ne travaillait que lorsqu'on l'y incitait2 un certain temps m'tait ncessaire pour comprendre2 je me mettais rarement en frais d'imagination2 enfin1 par-dessus tout1 je manquais de mmoire un point incroyable4 ,avec un pareil sujet1 il n'est pas tonnant que mon pre n'ait pu arriver rien qui vaille4--,en second lieu1 semblable ceux qui1 ayant un ardent dsir de gurir1 se laissent aller couter tous les conseils1 cet excellent homme1 ayant une peur extrme de ne pas russir une chose qui lui tenait tant cur1 finit par se laisser emporter par l'opinion commune qui1 comme font les grues1 suit toujours ceux qui vont devant2 et n'ayant plus autour de lui les personnes qui lui avaient conseill le mode d'instruction auquel il avait eu recours en premier lieu et qu'il avait rapport d',italie1 il fit comme tout le monde1 et1 quand j'eus atteint l'ge de six ans environ1 il m'envoya au collge de ,guyenne2 ce collge1 alors trs florissant1 tait le meilleur de ,france4--,il n'est pas possible d'ajouter aux soins que mon pre prit pour moi1 pendant le temps que j'y passai1 me faisant donner des leons particulires par des rptiteurs choisis1 spcifiant sur tous les autres dtails de ma vie dans cet tablissement1 un traitement particulier qui d'ordinaire ne se concde pas2 mais quoi qu'il fit1 c'tait toujours un collge4 ,tout d'abord1 la correction avec laquelle je m'exprimais en latin1 s'en ressentit2 depuis1 faute de pratiquer1 j'en ai perdu compltement l'usage2 et le mode inusit que l'on avait employ pour me l'enseigner ne servit qu' me faire1 ds mon arrive1 enjamber les premires classes2 si bien qu' treize ans je quittai le collge1 ayant termin mon cours 7suivant l'expression employe71 mais aussi1 pour dire vrai1 n'en ayant recueilli aucun fruit qui1 prsent1 me soit de quelque utilit4 ,comment naquit chez ,montaigne le got de la lecture4--,mon got pour les livres naquit tout d'abord du plaisir que me causrent les fables des ,mtamorphoses d',ovide4 ,j'avais alors sept ou huit ans2 je laissais tout jeu de ct1 pour le plaisir de les lire2 comme il tait crit dans ma langue maternelle moi1 c'tait d'entre mes livres celui dont la lecture m'tait la plus facile1 et1 par son sujet1 le plus porte de mon jeune ge4 ,quant aux ,lancelot du ,lac1 aux ,amadis1 aux ,huons de ,bordeaux1 et autres ouvrages du mme genre1 dont s'amusent les enfants1 je ne les connaissais seulement pas de nom1 et maintenant encore en ignore le contenu1 tant tait grande mon exactitude respecter les dfenses qui m'taient faites4 ,cette passion pour les ,mtamorphoses allait jusqu' me faire ngliger l'tude des autres leons que j'avais apprendre2 heureusement1 il se rencontra que1 fort propos1 j'eus affaire un homme de jugement1 comprenant son rle de prcepteur1 qui sut adroitement tirer parti de cet excs et d'autres pareils2 de sorte que je dvorai d'un bout l'autre l'nide de ,virgile1 puis ,trence1 puis ,plaute1 ensuite des comdies italiennes1 toujours entran par ce que ces ouvrages avaient d'agrable4 ,s'il et t assez mal inspir pour m'en empcher1 il est probable que je n'aurais rapport du collge que l'horreur des livres1 qui est peu prs ce que ressent1 leur gard1 toute notre noblesse4 ,il s'y prit merveille1 ayant l'air de ne rien voir1 aiguillonnant mon dsir en ne me laissant me dlecter dans ces lectures qu'en cachette1 et1 dans le reste de mes tudes que je faisais comme les autres1 s'y prenant doucement pour me faire travailler2 car la bont1 une humeur facile1 taient les qualits essentielles que mon pre recherchait chez ceux auxquels il me confiait4--,du reste1 la nonchalance et la paresse taient mes seuls dfauts2 il n'y avait pas craindre que je fisse le mal1 mais que je ne fisse rien2 personne ne prsumait que je pusse devenir mauvais1 mais je pouvais demeurer inutile2 on prvoyait en moi de la fainantise1 mais pas de mauvais instincts4 ,je reconnais que c'est en effet ce qui s'est produit2 j'ai les oreilles rebattues de reproches de ce genre3 ,il est oisif1 froid dans ses rapports d'amiti et de parent1 se tient trop l'cart et se dsintresse trop des affaires publiques4--,ceux mmes qui me traitent le plus mal1 ne disent pas3 ,pourquoi s'est-il appropri ceci8 pourquoi n'a-t-il pas pay cela8 mais3 ,pourquoi ne concde-t-il pas telle chose8 pourquoi ne donne-t-il pas telle autre8 ,je serais reconnaissant qu'on ne dsirt pas de moi au del de ce que je dois1 car on va jusqu' exiger bien injustement ce que je ne dois pas2 et ce1 avec une rigueur bien autrement grande que celle qu'apportent ceux-l mmes qui m'adressent ces reproches rgler leurs propres dettes4 ,par de telles exigences1 on te tout mrite ce que je fais1 et on s'pargne soi-mme d'en avoir la gratitude qu'on m'en doit et qui devrait tre d'autant plus grande que le bien que je fais1 je le fais entirement de mon plein gr et de ma propre initiative1 n'ayant sur ce point aucune obligation vis--vis de qui que ce soit4 ,je suis d'autant plus libre de disposer de ma fortune comme bon me semble1 que je n'en suis redevable personne2 j'ai galement d'autant plus de libert de disposer de moi-mme1 que je suis absolument indpendant4 ,toutefois1 si j'tais port faire parade de ce que je fais et pour peu que je le veuille1 il me serait facile de relever vertement ceux qui m'adressent ces reproches2 quelques-uns je montrerais qu'ils cdent l'envie et ne sont pas tant offusqus de ce que je ne fais pas assez1 que de ce que j'ai possibilit de faire plus encore4 ,mon me ne laissait cependant pas d'tre1 part soi1 susceptible de rsolutions fermes et de porter1 sur les objets qu'elle connaissait1 des jugements srs et nets1 qu'elle se formait sans ingrence trangre2 elle tait1 entre autres1 vritablement incapable1 je crois1 de cder la force ou la violence4--,parlerai-je aussi de cette facult que j'avais1 tant enfant1 d'avoir une physionomie1 une assurance1 une souplesse de voix et de geste1 qui me rendaient propre tous les rles que j'entreprenais1 ce qui m'a permis de jouer convenablement1 avant l'ge o d'ordinaire on les aborde1 peine avais-je alors atteint ma douzime anne 7,virgile71 les principaux personnages des tragdies latines de ,buchanan1 de ,gurente et de ,muret1 qui furent reprsentes1 non sans succs1 dans notre collge de ,guyenne4 ,en cela1 comme en tout ce qui relevait de sa charge1 ,andra ,gouva1 notre principal1 tait sans comparaison le meilleur principal de ,france2 et pour ces reprsentations1 j'tais son meilleur interprte4 ,c'est l un exercice auquel je ne trouve pas redire1 pour les enfants de bonne maison2 depuis1 j'ai vu nos princes s'y adonner1 l'exemple de certains parmi les anciens1 le faire trs convenablement et y mriter des loges2 en ,grce1 c'tait mme l un mtier admis pour les gens honorables3 ,il s'ouvre de son projet l'acteur tragique ,ariston1 homme distingu par sa naissance et sa fortune2 son art ne lui enlevait rien de sa considration1 car il n'y a l rien de honteux chez les ,grecs 7,tite ,live74 ,les jeux et les exercices publics sont utiles la socit4--,j'ai toujours tax de manque de jugement ceux qui condamnent ces distractions2 et d'injustice1 ceux qui refusent l'entre de nos bonnes villes des comdiens qui mritent ce privilge et1 de la sorte1 privent le peuple de ces plaisirs publics4 ,de bons administrateurs s'appliquent rassembler les citoyens1 les attirer des exercices et des jeux comme aux offices plus srieux de dvotion2 cela amne se connatre et avoir de meilleurs rapports2 on ne saurait procurer la foule de passe-temps prfrables ceux auxquels tout le monde peut assister et qui ont lieu sous les yeux mmes des magistrats2 bien plus1 je trouverais raisonnable que1 par un sentiment d'affection et de bont tout paternel1 99 les municipalits et le prince1 celui-ci ses frais1 l'en gratifient quelquefois1 et que1 dans les villes populeuses1 il y et des lieux affects ces spectacles et disposs cet effet2 cela pourrait parfois dtourner de pires actions pour lesquelles on se cache4 ,pour revenir mon sujet1 il n'y a rien de tel que de faire1 par la douceur1 natre chez les enfants le dsir d'apprendre et entretenir en eux le got de l'tude2 autrement on n'en fait que des nes chargs de livres2 on leur impose coups de fouet1 de garder leurs pochettes pleines de science1 alors que pour bien faire il ne suffit pas de loger cette science chez soi1 il la faut pouser4 ,,chapitre ,,xxvi4 ,c'est folie de juger du vrai et du faux avec notre seule raison4 ,l'ignorance et la simplicit se laissent facilement persuader2 mais si l'on est plus instruit1 on ne veut croire rien de ce qui parat sortir de l'ordre naturel des choses4--,ce n'est peut-tre pas sans motif que la simplicit et l'ignorance nous paraissent naturellement portes plus de facilit croire et se laisser persuader1 car il me semble avoir appris jadis que croire est pour ainsi dire le rsultat d'une sorte d'impression faite sur notre me1 qui reoit d'autant mieux ces empreintes qu'elle est plus tendre et de moindre rsistance4 ,comme le poids fait ncessairement pencher la balance1 ainsi l'vidence entrane l'esprit 7,cicron72 plus l'me est vide et n'a rien encore qui fasse contrepoids1 plus elle cde aisment sous le faix des premires impressions2 voil pourquoi les enfants1 le vulgaire1 les femmes1 les malades sont plus sujets tre mens par les oreilles4 ,par contre1 c'est une sotte prsomption que de ddaigner et de condamner comme faux tout ce qui ne nous semble pas vraisemblable1 dfaut ordinaire de ceux qui s'estiment avoir plus de raison que le commun des mortels4 ,ce dfaut1 je l'avais autrefois2 si je venais entendre parler d'esprits qui reviennent1 de prsages1 d'enchantements1 de sorcelleries ou raconter quelque autre chose que je ne pouvais admettre3 ,songes1 visions magiques1 miracles1 sorcires1 apparitions nocturnes et autres prodiges de ,thessalie 7,horace71 je prenais en piti ce pauvre peuple dont on abusait par ces folies4 ,et cependant autour de nous tout est prodige1 et l'habitude seule nous empche de tout admirer4--,a prsent1 je trouve que j'tais moi-mme tout aussi plaindre2 non que1 depuis1 quoi que ce soit soit venu ajouter ce que j'ai cru autrefois1 bien que je ne me sois pas fait faute de chercher vrifier les croyances que je repoussais1 mais ma raison m'a conduit reconnatre que condamner d'une faon absolue une chose comme fausse et impossible1 c'est prtendre tre mme de juger des bornes et des limites que peuvent atteindre la volont de ,dieu et la puissance de la nature notre mre2 et que la plus grande marque de folie qu'il puisse y avoir au monde1 c'est de ramener cette volont et cette puissance la mesure de notre capacit et de notre raison4--,si nous appelons monstres ou miracles tout ce que nous ne pouvons expliquer1 combien ne s'en prsente-t-il pas continuellement notre vue8 ,considrons au travers de quels nuages1 par quels ttonnements1 on parvient nous amener la connaissance de ce que nous avons constamment sous les yeux1 et nous arriverons reconnatre que c'est plutt l'habitude que la science qui fait que cela cesse de nous paratre trange3 ,fatigus1 rassasis du spectacle des cieux1 nous ne daignons plus lever nos regards vers ces temples de lumire 7,lucrce72 et ces mmes choses1 si elles nous taient prsentes nouveau1 nous les trouverions autant et plus incroyables qu'aucunes autres3 ,si maintenant1 par une apparition soudaine1 ces merveilles s'offraient pour la premire fois nous1 que trouverions-nous leur comparer8 nous n'aurions rien su imaginer de semblable avant de les avoir vues 7,lucrce74 ,celui qui n'avait jamais vu de rivire1 la premire qu'il rencontra1 crut que c'tait l',ocan2 les choses d'entre celles que nous connaissons qui sont les plus grandes1 nous les estimons les plus grandes de la nature en leur genre3 ,un fleuve qui n'est pas de grande tendue1 parat immense qui n'en a pas vu de plus grand2 ainsi d'un arbre1 ainsi d'un homme et de tout autre objet quand on n'a rien vu de plus grand dans la mme espce 7,lucrce72 familiariss avec les choses qui1 tous les jours1 frappent notre vue1 nous ne les admirons plus et ne songeons pas en rechercher les causes 7,cicron74 ,la nouveaut d'une chose1 plus que sa grandeur1 nous incite en chercher l'origine4 ,l'infinie puissance de la nature est juger avec plus de dfrence et en tenant compte davantage de notre ignorance et de notre faiblesse4--,combien de choses peu vraisemblables sont affirmes par des gens dignes de foi2 si leurs tmoignages ne suffisent pas pour emporter notre conviction1 rservons au moins notre jugement2 car1 les dclarer impossibles1 c'est se faire fort d'tre mme de savoir jusqu'o va la possibilit1 ce qui est d'une bien tmraire prsomption4 ,si l'on saisissait bien la diffrence entre une chose impossible et une chose inusite1 entre ce qui est contre l'ordre de la nature et ce qui est simplement en dehors de ce que nous admettons communment1 entre ne pas croire aveuglment et ne pas douter trop facilement d'une chose1 on observerait la rgle du ,rien de trop1 que ,chilon nous recommande si fort4 ,s'il est des choses que l'on peut rejeter parce qu'elles ne sont pas avances par des hommes qui peuvent faire autorit1 il en est de trs tonnantes qu'il faut au moins respecter1 lorsqu'elles ont pour tmoins des personnes dignes de notre confiance4--,quand on trouve1 dans ,froissart1 que le comte de ,foix1 tant dans le ,barn1 apprit la dfaite ,juberoth du roi ,jean de ,castille le lendemain de l'vnement et qu'on voit les explications qu'il en donne1 on peut s'en moquer4 ,il peut en tre de mme quand on lit dans nos ,annales que le jour mme o le roi ,philippe-,auguste mourut ,mantes1 le pape ,honorius lui fit faire des funrailles publiques et donna l'ordre d'en faire autant dans toute l',italie2 ces tmoignages n'ont peut-tre pas une autorit suffisante pour nous convaincre4 ,mais1 par contre1 si1 entre plusieurs exemples qu'il cite chez les anciens1 ,plutarque dit savoir de source certaine que1 du temps de ,domitien1 la nouvelle de la bataille perdue en ,allemagne par ,antonius1 plusieurs journes de ,rome1 y fut publie et rpandue dans le monde entier le jour mme o l'action avait lieu2 si ,csar admet qu'il est souvent arriv que la nouvelle d'un vnement en a devanc le fait1 nous ne dirons pas d'eux que ce sont des simples d'esprit1 qui se sont laiss tromper comme le vulgaire et ne sont pas aussi clairvoyants que nous4--,peut-on exprimer une opinion avec plus de dlicatesse1 de nettet1 de piquant que le fait ,pline1 quand il lui convient d'en mettre8 impossible de porter des jugements mieux fonds2 sur ces deux points1 nous ne saurions le surpasser2 et je ne parle pas ici de son savoir si tendu1 dont pourtant je fais moins de cas2 pourtant1 il n'est pas si pauvre petit colier qui ne le taxe d'inexactitude et ne prtende lui en remontrer sur le progrs des uvres de la nature4 ,lorsque nous lisons1 dans ,bouchet1 les miracles oprs par les reliques de saint ,hilaire1 passe encore2 on peut tre incrdule1 l'auteur n'a pas assez d'autorit pour que nous ne soyons pas admis le contredire2 mais condamner du mme coup tous les faits semblables qu'on nous rapporte1 me semble d'une singulire prsomption4--,saint ,augustin1 ce grand docteur de notre glise1 tmoigne avoir vu ,milan un enfant aveugle recouvrer la vue par l'attouchement des reliques de saint ,gervais et de saint ,protais2 une femme1 ,carthage1 gurie d'un cancer par un signe de croix qui lui est fait par une femme nouvellement baptise2 ,hesprius1 un de ses familiers1 chasser les esprits qui hantaient sa maison1 avec un peu de terre rapporte du spulcre de ,notre-,seigneur2 et plus tard cette terre1 transporte l'glise1 avoir rendu subitement l'usage de ses membres un paralytique2 une femme1 pendant une procession1 ayant touch avec un bouquet la chsse de saint tienne1 et port ce bouquet ses yeux1 avoir recouvr la vue perdue depuis longtemps dj1 et cite encore plusieurs autres miracles1 auxquels il dclare avoir lui-mme assist4 ,que dirons-nous de lui qui les affirme et des deux saints vques ,aurlius et ,maximius1 dont il invoque les tmoignages8 ,dirons-nous que ce sont des ignorants1 des simples d'esprit1 des gens de facile composition1 ou des gens pervers et des imposteurs8 ,y a-t-il1 dans notre sicle1 quelqu'un assez impudent pour oser se comparer lui1 soit sous le rapport de la vertu et de la pit1 soit sous celui du jugement et de la capacit8 ,quand ils n'apporteraient aucune raison1 ils me persuaderaient par leur seule autorit 7,cicron74--,c'est une audace dangereuse et qui peut avoir de srieuses consquences1 en dehors mme de ce qu'elle a de tmraire et d'absurde1 que de mpriser ce que nous ne comprenons pas4 ,qu'aprs avoir pos avec votre impeccable jugement la dmarcation entre le vrai et le faux il survienne1 ainsi que cela est invitable1 des faits que vous ne puissiez nier1 dpassant encore plus en surnaturel ceux que vous rcusez dj1 vous voil1 par cela mme1 obligs de vous djuger4 ,en matire de religion1 ce n'est pas nous dcider ce que l'on peut ou non concder aux ennemis de la foi4--,m'est avis que ce qui apporte tant de dsordres dans nos consciences1 en ces temps de troubles religieux que nous traversons1 c'est la distinction que les catholiques tablissent entre les divers articles de foi4 ,ils imaginent faire acte de modration et de discernement1 en concdant leurs adversaires certains points en litige2 ils ne voient pas quel avantage ils leur donnent en commenant par leur cder et battre en retraite1 et combien leur dsistement les excite poursuivre dans la voie o ils sont entrs4 ,les points sur lesquels ils cdent1 leur semblent de moindre importance2 il peut se faire qu'ils en aient une trs grande4 ,ou il faut1 en tout1 se soumettre l'autorit des pouvoirs ecclsiastiques que nous reconnaissons1 ou les rcuser en tout2 ce n'est pas nous dterminer ce sur quoi nous leur devons1 ou non1 obissance4--,bien plus1 et je puis le dire parce que je l'ai prouv1 ayant autrefois us de cette libert de trier et de faire choix de certaines pratiques1 l'gard desquelles je jugeais propos de ne pas observer les obligations que nous impose l'glise1 parce que je les trouvais ou par trop inutiles1 ou par trop singulires1 et tant venu m'en entretenir avec des hommes possdant fond la science thologique1 il m'a t dmontr que ces pratiques reposent sur des raisons de premier ordre et trs srieuses1 et que c'est uniquement par btise et ignorance que nous les traitons avec moins de dfrence que le reste4 ,que ne nous souvenons-nous en combien de contradictions est tomb notre jugement6 ,combien de choses nous tenions hier pour articles de foi et que nous considrons aujourd'hui comme des fables6 ,la gloire et la curiosit sont 99 les deux flaux de notre me3 celle-ci nous amne mettre notre nez partout2 celle-l nous porte ne rien laisser d'irrsolu et d'indcis4 ,,chapitre ,,xxvii4 ,de l'amiti4 ,le discours de ,la ,botie sur la servitude volontaire a t le point de dpart de l'amiti qui l'unit si troitement ,montaigne4--,contemplant le travail d'un peintre que j'employais chez moi1 il me prit envie de regarder comment il procdait4 ,il fit d'abord choix du plus bel endroit1 au centre de chaque paroi de mur1 pour y peindre un sujet avec toute l'habilet dont il tait capable2 puis il remplit les vides d'alentour d'arabesques1 peintures toutes fantaisistes qui ne plaisent que par leur varit et leur singularit4 ,il en est de mme ici3 mon livre ne se compose que de sujets bizarres1 en dehors de ce qu'on voit d'ordinaire1 forms de morceaux rapports1 sans caractre dfini1 sans ordre1 sans suite1 ne s'adaptant que par hasard les uns aux autres3 ,c'est le corps d'une belle femme1 avec une queue de poisson 7,horace74 ,sur le second point1 j'ai donc fait comme mon peintre2 mais sur l'autre partie du travail1 la meilleure1 je demeure court2 mon talent ne peut me permettre d'oser entreprendre un tableau riche1 lgant1 confectionn dans toutes les rgles de l'art2 c'est pourquoi je me suis avis d'en emprunter un d'tienne de ,la ,botie1 qui fera mon ouvrage plus d'honneur que tout le reste4--,c'est un discours qu'il a nomm ,la ,servitude volontaire1 mais que d'autres1 qui ignoraient ce titre1 ont depuis1 avec juste raison1 baptis nouveau3 ,le ,contre un4 ,la ,botie l'crivit pour s'essayer1 dans sa premire jeunesse1 en l'honneur de la libert et contre la tyrannie4 ,depuis longtemps dj ce discours circule parmi les gens srieux1 chez lesquels il est en grande rputation trs justement mrite1 car il est plein de noblesse et d'une argumentation aussi serre que possible4 ,ce n'est pas que l'auteur n'et pu faire mieux encore2 et si1 l'ge plus avanc o j'ai li connaissance avec lui1 il et1 comme moi1 conu le dessein d'crire ses penses1 il nous et laiss des choses bien remarquables1 qui eussent approch de bien prs celles dont l'antiquit s'honore le plus2 car1 sous ce rapport en particulier1 il tait dou au point que je ne connais personne qui puisse lui tre compar4 ,ce discours1 qu'il n'a jamais revu1 je crois1 depuis qu'il l'a compos1 est la seule chose qui demeure de lui1 encore est-ce par le fait du hasard1 avec quelques mmoires sur cet dit de janvier si fameux dans l'histoire de nos guerres civiles1 mmoires qui trouveront peut-tre leur place ailleurs4 ,c'est tout ce qu'en dehors du catalogue des ouvrages qu'il possdait et que j'ai publi1 j'ai pu recueillir de ce qu'il a laiss1 moi qui1 par une si affectueuse attention1 sur le point de rendre le dernier soupir1 il a lgu sa bibliothque et ses papiers2 aussi je tiens particulirement cette pice1 d'autant qu'elle a t le point de dpart de nos relations4 ,elle m'avait t communique longtemps avant que j'en aie vu l'auteur1 et pour la premire fois me fit connatre son nom1 prparant ainsi l'amiti qui nous a unis et qui a dur autant que ,dieu l'a permis1 entire et complte1 au point que certainement il y en a eu peu de semblables dans les temps passs et qu'il n'y en a pas trace de pareille parmi les hommes de notre poque4 ,tant de circonstances sont ncessaires pour que ce sentiment en arrive ce degr1 que c'est beaucoup si1 en trois sicles1 cela se produit seulement une fois4 ,l'amiti vraie est le sentiment le plus lev de la socit2 il est essentiellement diffrent des affections qui s'y rencontrent d'une faon courante et en ont l'apparence4--,la nature semble s'tre tout particulirement applique implanter en nous le besoin de socit1 et ,aristote prtend que les bons lgislateurs se sont encore plus proccups de l'amiti que de la justice4 ,il est de fait que l'amiti marque1 dans la socit1 le plus haut degr de perfection4 ,d'une faon gnrale1 toutes les affections auxquelles nous donnons ce nom1 nes de la satisfaction de nos plaisirs1 des avantages que nous en retirons1 ou d'associations formes en vue de nos intrts publics ou privs1 sont moins belles1 moins gnreuses et tiennent d'autant moins de l'amiti1 qu'elles ont d'autres causes1 d'autres buts1 et tendent des rsultats autres que celle-ci4 ,ces affections qu'on classait jadis en quatre catgories1 suivant qu'elles taient dictes par la nature1 la socit1 l'hospitalit ou le besoin des sens1 ni dans leur ensemble1 ni prises isolment1 ne ralisent cet idal4 ,toute contrainte exclut l'amiti2 c'est pourquoi les rapports entre les pres et les enfants revtent un autre caractre4 ,de mme entre frres que divisent souvent des questions d'intrt4--,dans les rapports des enfants avec leurs pres1 c'est plutt le respect qui domine4 ,l'amiti a besoin d'un change continu de penses qui ne peut rgner entre eux1 en raison de la trop grande diffrence qui existe tous gards2 cet change pourrait parfois choquer les devoirs rciproques que la nature leur a imposs1 car toutes les penses intimes des pres ne se peuvent communiquer aux enfants1 il pourrait en rsulter des familiarits dplaces2 davantage1 les enfants ne peuvent ni donner des avis ni reprendre leurs pres1 ce qui est des premires obligations de l'amiti4 ,chez certaines nations1 il tait d'usage que les enfants tuent leurs pres2 chez d'autres1 c'taient les pres qui tuaient leurs enfants1 pour viter1 ainsi qu'il arrive quelquefois1 qu'ils ne se fassent rciproquement obstacle2 du reste1 du fait mme de la nature1 la mort de l'un n'est-elle pas la complte mancipation de l'autre8--,il s'est trouv des philosophes qui ont affect de ne tenir aucun compte des liens du sang3 ,aristippe1 par exemple1 qui l'on parlait de l'affection qu'il devait ses enfants1 issus de lui1 se mit cracher en disant que cela aussi tait issu de lui2 le mme disait encore que1 si nous engendrons nos enfants1 nous engendrons aussi des poux et des vers2 un autre1 que ,plutarque cherchait mettre d'accord avec son frre1 lui rpondait3 ,ce n'est pas parce qu'il est sorti du mme trou que moi1 que j'en fais plus grand cas4--,je conviens que c'est un beau nom1 tmoignage d'une grande affection1 que celui de frre2 et c'est pour cela que ,la ,botie et moi en fmes usage1 l'un l'gard de l'autre1 quand nous fmes lis2 mais1 dans la ralit1 la communaut des intrts1 les partages de bien1 la pauvret de l'un consquence de la richesse de l'autre1 dtrempent considrablement l'union fraternelle2 des frres devant1 pour faire leur chemin en ce monde1 suivre la mme voie1 marcher du mme pas1 il est invitable qu'ils se heurtent et se choquent souvent4 ,bien plus1 c'est la conformit de gots et de relations qui engendre ces vritables et parfaites amitis1 or il n'y a pas de raison pour qu'elle se rencontre ici2 pre et fils peuvent tre de gots absolument diffrents1 des frres galement3 c'est mon fils1 c'est mon parent1 ce n'en est pas moins un homme peu sociable1 un mchant1 un sot4 ,dans les amitis dues la loi1 des obligations naturelles1 notre volont ne s'est pas exerce librement2 elles ne rsultent pas d'un choix de notre part2 et1 de tout ce qui nat de notre libre arbitre1 rien n'en dpend plus exclusivement que l'affection et l'amiti4 ,ce n'est pas que je n'aie t mme1 sous ce rapport1 de juger tout ce qui peut en tre1 car mon pre a t le meilleur des pres qui fut jamais1 le plus indulgent et est demeur tel jusque dans son extrme vieillesse2 notre famille tait rpute par l'excellence des rapports qui ont toujours exist entre pre et fils1 et la concorde entre frres y tait exemplaire3 ,connu moi-mme pour mon affection paternelle pour mes frres 7,horace74 ,entre hommes et femmes1 dans le mariage comme en dehors1 un autre sentiment prdomine et l'amiti ne saurait trouver place4--,notre affection pour les femmes1 bien qu'issue de notre choix1 ne saurait tre compare l'amiti ni en tenir la place4 ,dans ses lans1 je le confesse3 ,car je ne suis pas inconnu la desse qui mle une douce amertume aux peines de l'amour 7,catulle71 elle est plus active1 plus aigu1 plus pre2 mais c'est un feu tmraire et volage1 ondoyant et vari2 feu de fivre qui a ses accs1 qui tombe1 et ne nous tient que dans une partie de nous-mmes4 ,la chaleur de l'amiti s'tend tout notre tre1 elle est universelle mais tempre et toujours gale2 c'est une chaleur constante et paisible1 souverainement douce et dlicate1 qui n'a rien d'pre1 rien d'excessif4 ,l'amour1 c'est par-dessus tout un dsir violent de ce qui nous fuit3 ,tel le chasseur poursuivant un livre par la chaleur et par le froid1 travers montagnes et valles2 il le dsire tant qu'il fuit2 l'a-t-il atteint1 il le ddaigne 7l',arioste74 ,quand l'amour revt les formes de l'amiti1 ce qui se produit lorsque l'accord des volonts s'est tabli1 il faiblit et tombe en langueur2 la jouissance l'teint parce que son but est charnel et que la satit l'apaise4 ,l'amiti1 au contraire1 s'accentue avec le dsir qu'on en a2 elle s'lve1 se dveloppe et s'accrot par la jouissance1 parce qu'elle est d'essence spirituelle et que l'usage affine l'me4 ,concurremment avec cette parfaite amiti1 j'ai autrefois connu ces affections passagres1 sur lesquelles je n'insisterai pas pour la raison que dpeignent trop bien les vers que je viens de citer2 ces deux passions je les ai prouves1 simultanment1 la connaissance l'une de l'autre1 mais sans jamais qu'elles entrent en parallle3 la premire pleine de noblesse1 se maintenant toujours dans les rgions leves1 ddaigneuse de l'autre qui passait presque inaperue loin1 bien loin au-dessous d'elle4 ,quant au mariage1 outre que c'est un march dont l'entre seule est libre et dpendante de notre volont1 tandis que sa dure indfinie nous est impose1 il se conclut gnralement en vue de fins tout autres et mille incidents trangers1 qui clatent l'improviste1 s'y mlent et suffisent pour y troubler le cours de la plus vive affection et rompre le fil auquel elle tient2 tandis que lorsqu'il s'agit d'amiti1 rien autre n'intervient1 il n'est question que d'elle1 d'elle seule4 ,a quoi s'ajoute que les femmes ne sont vraiment pas1 d'ordinaire1 mme de prendre part aux discussions et changes d'ides1 pour ainsi dire ncessaires l'entretien de ces relations d'ordre si lev que cre l'amiti2 leur me semble manquer de la fermet indispensable pour soutenir l'treinte de ce sentiment dont la dure est sans limite et qui nous unit si fort4 ,sans cela1 s'il pouvait se former avec une femme1 librement et de notre plein gr1 une semblable liaison dans laquelle non seulement l'me prouverait cette pleine jouissance mais o le corps trouverait lui aussi satisfaction1 o chacun serait de la sorte engag tout entier1 corps et me1 il est certain que l'amiti y aurait au plus haut degr son plein effet2 mais il n'est pas d'exemple que la femme soit capable d'en arriver l2 et1 99 d'un commun accord1 toutes les coles philosophiques de l'antiquit ont conclu que cela ne se pouvait pas4 ,les unions contre nature1 admises chez les ,grecs1 y tendaient parfois4--,cet autre genre de dbauche contre nature qui tait admis chez les ,grecs1 mais que nos murs rprouvent avec juste raison1 ncessitant chez ceux qui s'y livraient une certaine diffrence d'ge et des rles diffrents1 ne rpondait pas davantage par cela mme l'entente parfaite et la conformit de sentiments que rclame l'amiti3 ,qu'est-ce1 en effet1 que cet amour dans l'amiti8 d'o vient qu'il ne s'attache ni un jeune homme laid1 ni un beau vieillard 7,cicron78--,ici1 les philosophes de l',acadmie ne me dsavoueront pas1 car je leur emprunte la description mme qu'ils en ont faite3 ,ce dlire1 disaient-ils1 inspir par le fils de ,vnus qui1 de prime abord1 s'empare de l'amant et fait qu'il se livre1 sur la fleur de jeunesse laquelle il s'est attach1 aux actes les plus extravagants et les plus passionns auxquels peut entraner une ardeur immodre1 tait simplement provoqu par la beaut des formes extrieures et une fausse similitude avec l'acte de gnration2 ce n'tait pas par son esprit que l'adolescent1 objet de cette passion1 pouvait l'inspirer2 il n'tait pas mme d'en montrer1 tant encore trop jeune et en voie de dveloppement4 ,si ces transports s'adressaient un tre de sentiments vulgaires1 l'argent1 les cadeaux1 les dignits et toutes faveurs autres aussi peu recommandables et que condamnaient du reste ces philosophes1 taient les moyens mis en uvre pour vaincre sa rsistance et se l'attacher4 ,si le sujet tait d'un caractre plus relev1 les moyens taient eux-mmes plus honorables2 c'tait alors par des enseignements philosophiques1 en prnant le respect de la religion1 l'obissance aux lois1 le dvouement au pays pouvant aller jusqu'au sacrifice de la vie1 en lui donnant l'exemple de la vaillance1 de la prudence1 de la justice1 par les grces de son esprit1 l'lvation de son me compensant sa beaut physique dj tiole1 que l'amant s'appliquait se faire accepter de celui auquel il proposait une sorte d'association mentale1 esprant que le march en serait plus srieux et plus durable4 ,la liaison une fois contracte1 il arrivait un moment o l'esprit s'veillait en l'tre aim sous l'influence des qualits morales qui se rvlaient chez l'amant4 ,ce rsultat n'tait pas immdiat2 car si nos philosophes n'imposaient celui-ci aucune limite de temps et lui laissaient toute latitude pour en arriver ses fins1 ils admettaient que ces mmes conditions avaient bien davantage encore leur raison d'tre chez l'objet de son affection1 d'autant que dcouvrir chez celui avec lequel il tait li ces qualits qui lui constituaient une beaut que rien ne rvlait l'extrieur et arriver en tre captiv1 tait pour lui chose longue et difficile4 ,c'tait l pour ces philosophes le point capital de ces liaisons1 que sous l'influence de cette beaut spirituelle qu'il constatait chez son amant1 naqut en l'aim le dsir de participer cette supriorit intellectuelle et morale1 sans tenir compte chez son conjoint de la beaut du corps1 chose en lui accidentelle et toute secondaire2 chez l'amant1 c'tait tout le contraire qui se produisait1 et c'est pourquoi ces philosophes donnaient la prfrence au rle de l'aim et s'vertuaient prouver que les dieux pensaient de mme4 ,c'est cette faon de voir qui leur faisait faire si grand reproche au pote ,eschyle d'avoir1 dans les amours d',achille et de ,patrocle1 interverti les rles1 en donnant celui d'amant ,achille qui1 imberbe et dans la premire floraison de la jeunesse1 tait le plus beau des ,grecs4--,cette mise en commun de tout leur tre1 au moral comme au physique1 compltement ralise1 l'affection qui en naissait et en tait l'lment essentiel et avouable produisait1 disaient-ils1 par son action et la prdominance qu'elle acqurait1 des rsultats des plus profitables pour les intresss et pour le bien public2 elle concourait au premier chef la force du pays o cela tait admis1 exerant parfois une influence dcisive dans la dfense de la justice et de la libert1 tmoin les amours d',harmodius et d',aristogiton1 qui servirent si bien cette cause4 ,aussi vont-ils jusqu' la qualifier de sacre et de divine et estiment-ils qu'elle n'a eu contre elle que la violence des tyrans et la lchet des peuples4--,tout ce qu'on peut allguer pour excuser de la part de l',acadmie un plaidoyer semblable1 c'est que c'tait l un amour qui finissait par devenir de l'amiti1 ce qui est assez en rapport avec la dfinition que les ,stociens donnent de l'amour lui-mme3 ,l'amour est l'envie d'obtenir l'amiti d'une personne qui nous attire par sa beaut 7,cicron74 ,caractre essentiel de l'amiti parfaite2 elle ne se raisonne pas et deux mes unies par ce sentiment n'en forment qu'une4--,j'en reviens ma thse qui a trait une amiti plus dans la nature et plus estimable3 ,l'amiti a son plein rayonnement dans la maturit de l'ge et de l'esprit 7,cicron74 ,en somme1 ce que nous appelons d'ordinaire amis et amitis1 ne sont que des liaisons familires1 amenes par l'occasion ou l'intrt1 et par lesquelles nos mes entrent en communication et s'y maintiennent4 ,dans l'amiti qui rgnait entre ,la ,botie et moi1 elles se mlaient et se confondaient en une seule1 tellement unies sous tous rapports qu'on ne les distinguait plus l'une de l'autre2 la ligne de dmarcation n'existait plus4 ,si on me pressait1 me demandant pourquoi j'avais pour lui une si profonde amiti1 je sens que je serais hors d'tat de le dire1 je ne pourrais que rpondre3 ,il en tait ainsi1 parce que c'tait lui et parce que c'tait moi4 ,plus que les raisons que j'en pourrais donner1 d'une faon gnrale et dans ce cas particulier1 il intervient dans les liaisons de cette nature une force inexplicable et fatale que je ne saurais dfinir4 ,nous nous recherchions avant de nous tre vus1 en raison de ce que nous entendions dire l'un de l'autre1 qui faisait natre en nous une affection hors de proportion avec ce qui avait amen nos rapports2 je crois vraiment que c'tait l le fait de quelque dcret de la ,providence4 ,sans nous connatre1 nos noms nous taient dj chers2 et ds la premire fois que nous nous rencontrmes1 ce qui eut lieu ,bordeaux1 par hasard1 dans une grande fte publique et en nombreuse compagnie1 nous nous trouvmes si attirs l'un vers l'autre1 si connus l'un de l'autre1 si lis l'un l'autre que1 ds lors1 rien ne nous fut si proche que nous le fmes l'un pour l'autre4 ,la ,botie a crit en latin une satire qui a t publie1 dans laquelle il justifie et explique comment notre amiti si soudaine en est arrive si promptement ce degr de perfection4 ,elle devait durer si peu1 s'tait forme si tard 7nous tions tous deux des hommes faits1 et il avait quelques annes de plus que moi71 qu'il n'y avait pas de temps perdre et qu'elle n'avait pas prendre modle sur ces amitis banales1 contractes dans les conditions ordinaires que1 par prcaution1 on fait prcder de frquentations plus ou moins longues4 ,dans notre cas1 rien de semblable2 il est unique en son genre2 ce n'est pas en raison d'un fait d'ordre particulier1 de deux1 de trois1 de quatre ou de mille2 nous y avons t entrans par je ne sais quelle attraction rsultant d'un ensemble qui1 s'emparant de nos volonts1 les a amenes par un lan simultan et irrsistible se perdre l'une dans l'autre et se confondre en une seule2 je dis se perdre1 parce qu'en vrit cette association de nos mes s'effectua sans rserve aucune2 nous n'avions plus rien qui nous appartnt en propre1 rien qui ft soit lui1 soit moi4 ,quand1 aprs la condamnation de ,tibrius ,gracchus1 ,llius1 en prsence des consuls romains qui intentaient des poursuites contre tous ceux qui avaient suivi son parti1 en vint demander ,caius ,blosius1 qui tait son plus intime ami1 quel point il et accd ce que ,gracchus lui et demand1 ,blosius lui rpondit3 ,a tout4--,comment tout8 reprit ,llius2 et pourtant1 s'il t'avait command de mettre le feu nos temples8--,jamais1 il ne l'et command4--,mais s'il l'et fait8--,j'aurais obi4--,ami de ,gracchus dans toute la force du terme1 comme nous le dpeint l'histoire1 il n'avait pas crainte d'offenser les consuls par cette dclaration si pleine de hardiesse et ne devait pas donner penser qu'il n'tait pas absolument sr de la volont de son ami4 ,ceux qui tiennent cette rponse pour sditieuse1 ne comprennent pas la puissance qu'il exerait sur cette volont1 la connaissance qu'il en avait1 sa certitude de ce qu'elle pouvait tre4 ,un tel mystre1 ils n'arrivent pas le saisir2 ,gracchus et lui taient amis1 plus qu'ils n'taient citoyens1 plus qu'ils n'taient amis ou ennemis de leur pays2 leur ambition1 leurs projets sditieux ne venaient qu'aprs leur amiti2 s'tant entirement donns l'un l'autre1 leurs deux volonts marchaient d'un parfait accord2 supposez-les diriges par la vertu et la raison1 et il ne saurait en tre autrement1 sans cela cet accord ne se maintiendrait pas1 et vous reconnatrez que la rponse de ,blosius a t telle qu'elle devait tre4 ,si leurs actions avaient diffr1 ils n'eussent pas t amis l'un de l'autre comme je le comprends1 ni amis d'eux-mmes4 ,au surplus1 cette rponse ne signifie pas plus que si1 quelqu'un qui me poserait cette question3 ,s'il vous venait la volont de tuer votre fille1 le feriez-vous8 je venais rpondre affirmativement4 ,cela ne donnerait pas croire que pareil dessein est dans mes intentions2 parce que je ne suppose pas un seul instant que je ne sois pas matre de ma volont1 pas plus que je n'ai en doute celle d'un ami tel que ,la ,botie4 ,tous les raisonnements du monde ne m'teront pas la certitude que j'ai de ses intentions et de sa manire de penser2 aucune de ses actions ne saurait m'tre prsente1 de quelque faon que ce soit1 sans qu'immdiatement je n'en saisisse le mobile4 ,nos mes ont chemin si compltement unies1 elles taient prises l'une pour l'autre d'une si ardente affection1 de cette affection qui pntre et lit jusqu'au plus profond de nous-mmes1 que non seulement je connaissais la sienne comme la mienne1 mais que j'aurais eu certainement1 dans les questions m'intressant personnellement1 plus confiance en lui qu'en moi-mme4 ,dans les amitis communes1 il faut user de prudence et de circonspection4--,qu'on n'aille pas mettre sur ce mme rang les amitis qui se forment communment2 je les connais autant que qui que ce soit1 j'en connais mme des plus parfaites en leur genre4 ,mais ce serait se tromper que de confondre les rgles de conduite applicables en l'un et l'autre cas4 ,dans ces amitis autres1 il faut toujours avoir la bride en main et marcher avec prudence et prcaution2 le nud d'assemblage n'est pas d'une solidit telle qu'on ne doive s'en dfier4 ,aimez-le1 disait ,chilon1 comme si vous deviez un jour le har2 hassez-le1 comme si vous deviez un jour en arriver l'aimer4 ,ce principe si abominable dans le cas d'une amiti exclusive et nous possdant tout entier1 est salutaire quand il s'agit de ces amitis qui se contractent dans le courant habituel de la vie et auxquelles s'applique ce mot qui tait familier ,aristote3 ,o mes amis6 un ami est une chose qui n'existe pas6 ,entre amis vritables1 tout est commun2 et si l'un est assez heureux1 pour pouvoir donner son ami1 c'est celui qui donne qui est l'oblig4--,entre amis1 unis par ce noble sentiment1 les services et les bienfaits1 lments essentiels qui entretiennent les amitis autres1 n'entrent mme pas en ligne de compte2 et cela1 parce que leurs volonts intimement confondues sont une4 ,de mme1 en effet1 que l'affection que je me porte ne s'accrot pas d'un service qu'au besoin je me rends1 bien que les ,stociens prtendent le contraire2 de mme que je ne me sais aucun gr de ce service rendu moi-mme par moi-mme2 de mme aussi l'union de tels amis atteint une si relle perfection1 qu'elle leur fait perdre le sentiment qu'ils puissent1 en pareil cas1 se devoir quelque chose1 et les amne har et repousser tous ces mots de bienfait1 obligation1 reconnaissance1 prire1 remerciements et autres semblables qui tendent marquer une division ou une diffrence entre eux4 ,et de fait1 tout leur tant commun3 volont1 pense1 manire de voir1 biens1 femmes1 enfants1 honneur et jusqu' la vie1 ce qu'ils recherchent tant de n'tre qu'une me en deux corps1 suivant l'expression trs juste d',aristote1 ils ne peuvent ni rien se prter1 ni rien se donner4 ,voil pourquoi les lgislateurs1 dans le but d'honorer le mariage par un vague air de ressemblance avec cette liaison d'essence divine1 interdisent les donations entre mari et femme1 voulant par l qu'on soit amen comprendre que tout ce qui est chacun doit tre aux deux2 qu'ils n'ont rien leur appartenant qui se puisse diviser1 ni attribuer en propre l'un plutt qu' l'autre4 ,si1 dans cette amiti dont je parle1 l'un pouvait donner l'autre1 ce serait le bienfaiteur qui serait l'oblig2 tous deux plaant au-dessus de tout le bonheur d'obliger l'autre1 celui qui en procure sujet et occasion son ami est celui qui se montre le plus gnreux1 par cela qu'il lui donne la satisfaction de faire ce qui lui tient le plus au cur4--,quand ,diogne le philosophe avait besoin d'argent1 il disait qu'il allait en rclamer ses amis1 et non pas qu'il allait leur en demander4--,pour traduire par un fait cet tat d'me1 je vais en tirer un singulier exemple1 tir des anciens3 ,le corinthien ,eudamidas avait deux amis1 ,charixne de ,sicyone et ,arthe de ,corinthe2 il tait pauvre1 ses amis taient riches4 ,prs de mourir1 il rdigea ainsi son testament3 ,je lgue ,arthe de recueillir ma mre et de l'entretenir sa vieillesse durant1 ,charixne de marier ma fille et de lui constituer une dot aussi leve qu'il le pourra2 dans le cas o l'un des deux viendrait manquer1 j'attribue sa part celui qui survivra4 ,les premiers qui virent ce testament1 s'en moqurent2 mais les hritiers1 prvenus1 l'acceptrent avec une satisfaction qui tonna4 ,l'un d'eux1 ,charixne1 tant mort cinq jours aprs1 ,arthe1 substitu lui dans la part qui lui tait chue1 pourvut soigneusement l'entretien de la mre2 son patrimoine s'levait cinq talents3 il en donna deux et demi sa propre fille qui tait fille unique1 et deux et demi en dot la fille d',eudamidas1 et les maria toutes deux le mme jour4 ,aussi1 dans l'amiti vritable1 les deux amis ne s'appartenant plus1 ce sentiment est exclusif et ils ne sauraient l'tendre une tierce personne4--,cet exemple est on ne peut mieux appropri2 si une objection peut tre faite1 c'est le nombre des amis1 parce qu'un sentiment1 arriv au degr de perfection que j'indique1 ne se peut diviser4 ,chacun se donne si entirement son ami1 qu'il ne reste rien en lui dont il puisse disposer pour d'autres2 au contraire1 il est au regret de n'tre pas double1 triple1 quadruple de lui-mme1 de n'avoir pas plusieurs mes et plusieurs volonts1 pour les mettre pareillement son entire disposition4 ,les amitis ordinaires se peuvent partager2 on peut aimer chez celui-ci sa beaut1 chez cet autre son heureux caractre2 chez l'un sa libralit1 chez un autre la manire dont il s'acquitte de ses devoirs de pre1 chez celui-l son affection fraternelle1 etc42 mais cette amiti qui emplit notre me et y rgne en matre1 il est impossible qu'elle se subdivise4 ,si nous avons deux amis1 que tous deux rclament immdiatement notre secours1 auquel courir8 ,s'ils nous demandent des services allant l'encontre l'un de l'autre1 lequel primera l'autre8 ,si l'un nous recommande de garder le silence sur quelque chose qu'il importe l'autre de connatre1 quel parti prendre8 ,avec un ami unique1 qui occupe dans notre vie une place prpondrante1 vous tes dli de toutes autres obligations2 le secret que j'ai jur de ne communiquer 99 nul autre1 je puis sans parjure le communiquer qui n'est pas un autre1 qui est moi-mme4 ,c'est dj un assez grand miracle de se doubler ainsi2 ceux qui parlent de se tripler1 n'en connaissent pas la grandeur4 ,rien de ce qui a son pareil1 n'est extrme2 celui qui suppose qu'ayant deux amis1 j'aime autant l'un que l'autre1 qu'ils s'aiment entre eux et m'aiment autant que je les aime1 ne croit rien moins qu' la possibilit de multiplier1 pour en constituer des confrries1 cette chose une et unie dont il est dj si rare de trouver des exemples en ce monde4 ,l'histoire d',eudamidas confirme bien ce que j'en dis3 il emploie ses amis suivant le besoin qu'il en a1 et en cela il leur octroie une faveur qui tmoigne de ses bonnes grces leur gard2 il leur lgue gnreusement les moyens de lui faire du bien1 et l'affection qu'il leur tmoigne ainsi est bien plus grande encore que celle dont fit preuve ,arthe4--,en somme1 ce sont l des sensations incomprhensibles pour qui ne les a pas ressenties et qui font que j'estime si fort cette rponse de ce jeune soldat ,cyrus1 lui demandant quel prix il voudrait d'un cheval avec lequel il venait de gagner une course et s'il consentirait l'changer pour un royaume3 ,assurment non1 ,sire6 pourtant je le laisserais volontiers1 si cela pouvait me procurer l'amiti d'un homme que je reconnatrais digne d'tre mon ami4 ,cette forme dubitative est bien celle qui convient2 car si on trouve aisment des hommes qui se prtent facilement des relations superficielles1 il n'en est pas de mme quand l'intimit que l'on recherche doit tre sans rserve et nous pntrer au plus profond de nous-mmes2 il faut alors que tout ce qui s'y rattache soit clair et nous offre une scurit absolue4 ,dans les autres relations que l'on peut avoir1 peu importent d'ordinaire le caractre1 la religion1 les murs des personnes avec lesquelles on est en rapport2 il n'en est pas de mme en amiti4--,aux associations qui ne se tiennent que par un point1 il suffit de pourvoir ce qui est susceptible de compromettre particulirement la solidit de ce point4 ,que m'importe la religion laquelle appartiennent mon mdecin et mon avocat8 cela n'a rien de commun avec les services que j'attends d'eux4 ,j'en use de mme dans mes rapports avec mon personnel domestique3 s'agit-il d'un laquais1 je ne m'enquiers pas de sa chastet1 je m'informe surtout s'il est diligent2 s'il me faut un muletier1 je ne redoute pas tant de tomber sur un joueur que sur un imbcile2 que mon cuisinier jure1 peu m'importe1 pourvu qu'il sache son mtier4 ,du reste1 je ne me mle pas d'enseigner au monde ce qu'il faut faire1 assez d'autres s'en chargent2 j'expose simplement ce que je fais3 ,c'est ainsi que j'en use2 quant vous1 faites comme vous l'entendrez 7,trence74 ,a table1 pour m'gayer1 je convie plus volontiers quelqu'un qui fait et dit des plaisanteries1 que quelqu'un qui se distingue par son discernement2 au lit1 je recherche la beaut plus que la bont2 chez ceux avec lesquels je cause de choses srieuses1 je prfre qu'ils possdent leur sujet1 lors mme que la noblesse de sentiments ferait dfaut1 et ainsi du reste4 ,a l'exemple de celui qui1 rencontr califourchon sur un bton jouant avec ses enfants1 priait l'homme1 qui l'avait ainsi surpris de n'en rien dire avant que lui-mme ft pre1 dans la pense que les sentiments que cette qualit ferait natre en lui le rendraient plus apte apprcier comme il convenait semblable enfantillage1 je voudrais ne m'adresser ici qu' des gens ayant ce dont je parle2 mais n'ignorant pas qu'une telle amiti est bien loin d'tre d'usage commun1 sachant combien elle est rare1 je ne m'attends pas rencontrer quelqu'un qui soit bon juge4 ,les ouvrages que l'antiquit elle-mme nous a laisss sur ce sujet1 me semblent bien ples1 compars au sentiment que j'en prouve et dont les effets outrepassent mme les prceptes des philosophes3 ,tant que j'aurai ma raison1 je ne trouverai rien de comparable un tendre ami 7,horace74 ,regrets profonds qu'a laisss ,montaigne jusqu' la fin de ses jours la perte de son ami4--,dans les temps anciens1 ,mnandre disait que celui-l pouvait s'estimer heureux1 auquel avait seulement t donn de rencontrer l'ombre d'un ami2 et il tait dans le vrai1 mme s'il avait got ce bonheur4 ,si1 en effet1 je compare le reste de ma vie qui1 grce ,dieu1 m'a t douce1 facile1 exempte d'afflictions trop pnibles si j'en excepte la perte de mon ami1 pleine de tranquillit d'esprit1 m'tant content des avantages que je devais la nature et ma naissance sans en rechercher d'autres2 si je compare1 dis-je1 ma vie entire aux quatre annes durant lesquelles il m'a t donn de jouir de la compagnie si douce de ,la ,botie et de sa socit1 elle n'est que fume2 c'est une nuit obscure et ennuyeuse4 ,depuis le jour o je l'ai perdu1 ,jour malheureux1 mais que j'honorerai toujours1 puisque telle a t la volont des dieux 7,virgile71 je ne fais que me traner languissant2 les plaisirs mmes qui s'offrent moi1 au lieu de me consoler1 redoublent le regret que j'ai de sa perte1 car nous tions de moiti en tout1 et il semble aujourd'hui que je lui drobe sa part3 ,aussi1 ai-je dcid de ne plus participer aucun plaisir1 maintenant que je n'ai plus celui avec lequel je partageais tout 7,trence74 ,j'tais dj si fait1 si accoutum nous trouver deux partout1 qu'il me semble n'tre plus qu' demi3 ,puisqu'une mort prmature m'a ravi cette meilleure partie de mon me1 qu'ai-je faire de l'autre8 ,un mme jour a caus notre perte commune 7,horace74 ,je ne fais rien1 je n'ai pas une seule pense1 que je ne trouve qu'il m'y fait dfaut1 comme certainement il et1 en pareil cas1 trouv lui-mme que je lui eusse manqu2 car1 s'il me surpassait l'infini en mrites de tous genres et en vertu1 il me distanait de mme1 quand il tait question des devoirs de l'amiti3 ,pourquoi avoir honte8 ,pourquoi cesser de pleurer une tte si chre 7,horace78--,o mon frre1 que je suis malheureux de t'avoir perdu6 ,avec toi1 ont pri d'un coup toutes nos joies et ce charme que ta douce amiti rpandait sur ma vie4 ,en mourant1 frre1 tu as bris tout mon bonheur2 mon me est descendue au tombeau avec la tienne4 ,depuis que tu n'es plus1 j'ai dit adieu l'tude et toutes les choses de l'intelligence 7,catulle74--,ne pourrai-je donc plus ni te parler1 ni t'entendre8 ,jamais je ne te verrai donc plus1 frre1 qui m'tais plus cher que la vie6 ,ah6 du moins je t'aimerai toujours 7,catulle76 ,mais coutons parler ce garon de seize ans4 ,pourquoi ,montaigne substitue au ,discours sur la servitude volontaire de ,la ,botie qu'il avait dessein de transcrire ici1 la pice de vers du mme auteur qu'il donne dans le chapitre suivant4--,j'avais projet de placer ici son ,discours sur la servitude volontaire2 mais depuis1 cet crit a dj vu le jour4 ,ceux qui l'ont publi1 gens qui cherchent troubler notre tat politique actuel et le modifier sans se demander s'ils l'amlioreront1 l'ont fait dans une mauvaise intention1 l'intercalant parmi d'autres manant d'eux et conus dans un mauvais esprit2 cela m'a amen revenir sur mon intention premire4 ,ne voulant pas toutefois laisser peser sur la mmoire de l'auteur une fcheuse apprciation de la part de ceux qui n'ont pu juger de prs ses opinions et ses actes1 je les avertis que ce discours1 qui a t compos par lui dans son enfance et simplement titre d'exercice1 porte sur un sujet frquemment trait et que l'on retrouve rpt en mille endroits dans les livres4 ,je ne mets pas en doute que ,la ,botie pensait ce qu'il crivait1 car il tait trop consciencieux pour mentir1 mme en se jouant2 et je sais pertinemment qu'il et prfr1 ce que je comprends1 tre n ,venise qu' ,sarlat2 mais obir et se soumettre trs scrupuleusement aux lois sous lesquelles il vivait1 tait un autre principe qui1 chez lui1 primait tout4 ,il n'y eut jamais meilleur citoyen2 personne n'a t plus dsireux de la tranquillit de son pays1 ni plus ennemi des troubles et des ides nouvelles qui se produisirent en son temps2 il se ft bien plutt appliqu de tout son pouvoir les teindre1 qu' fournir des aliments leur extension2 son esprit tait taill sur le modle de sicles autres que le ntre4--,en place de cet ouvrage srieux1 je vais en donner un autre de tout autre caractre1 plus libre et plus enjou1 que l'on trouvera dans le chapitre suivant2 il a t fait la mme poque de sa vie4 ,,chapitre ,,xxviii4 ,vingt-neuf sonnets d'tienne de ,la ,botie4 ,a ,madame de ,grammont1 comtesse de ,guiche4 ,madame1 dans ce que je vous offre ici1 rien n'est de moi2 parce que tout ce qui est de moi est dj vtre2 ou s'il ne l'est pas1 n'est pas digne de vous2 mais j'ai tenu ce que votre nom figure en tte de ces vers1 pour qu'en quelque lieu qu'ils soient lus1 ils aient l'honneur de l'tre sous le patronage de la grande ,corisande d',andoins4 ,cet hommage vous est d1 parce qu'il est en ,france peu de dames qui soient meilleurs juges de la posie et sachent en user mieux que vous1 et parce qu'il n'en est pas qui soient plus capables de lui communiquer cette vivacit1 cette animation qu'elle doit la beaut et la richesse de sentiments et d'expressions dont1 entre mille et mille autres qualits1 la nature vous a dote4--,ces vers1 ,madame1 mritent que vous leur fassiez bon accueil1 car vous reconnatrez1 avec moi1 qu'il n'en est pas clos en ,gascogne qui se distinguent par plus d'imagination et de grce et tmoignent une plus grande fcondit d'esprit4 ,surtout1 ne soyez pas jalouse de ce que1 depuis longtemps dj1 certaines autres pices de vers du mme auteur ont t publies1 ddies votre bon parent ,m4 de ,foix4 ,ceux-ci ont je ne sais quoi de plus vif1 de plus chaleureux1 qui tient ce que l'auteur les a faits aux plus beaux jours de sa jeunesse1 sous l'influence d'une belle et noble ardeur dont un jour1 ,madame1 je vous confierai le secret4 ,les autres sont postrieurs2 il songeait alors au mariage2 ils sont en l'honneur de sa femme et se ressentent dj quelque peu de la froideur si commune entre poux2 et je suis de ceux qui estiment que c'est1 quand elle a trait des sujets foltres et tant soit peu en dehors des rgles ordinaires de la vie1 que la posie a tout son charme4 ,,sonnets ,i ,pardon1 amour6 ,pardon6 ,je te voue1 ,seigneur1 le reste de mes ans1 ma voix1 mes crits1 mes sanglots1 mes soupirs1 mes larmes et mes cris2 je ne veux rien de personne et tout tenir de toi4 ,hlas6 comme de moi la fortune se joue6 ,il n'y a pas longtemps1 ,amour1 je me riais de toi2 j'ai eu tort1 je le vois2 je me rends1 je suis pris1 j'ai trop dfendu mon cur et en suis aux regrets4 ,si1 pour le garder1 j'ai retard ta victoire1 ne l'en maltraite pas2 ta gloire en est plus grande que si1 du premier coup1 tu m'avais abattu4 ,pense qu'un vainqueur gnreux1 n pour tre grand1 une fois l'ennemi vaincu1 ds qu'il se rend1 le doit estimer et l'aimer d'autant mieux qu'il a plus combattu4 ,,ii ,c'est ,amour1 ,amour1 c'est lui seul1 je le sens6 mais l'amour le plus vif1 le plus violent poison que jamais pauvre cur ait reu en son sein4 ,ce n'est pas seulement un de ses traits puissants que le cruel m'a lanc2 arc1 flches1 carquois et lui-mme ont pntr en moi4 ,il n'y a pas encore un mois que mon indpendance est morte1 que dans mes veines ce venin circule et dj j'ai perdu mon esprit et mon cur4 ,si tu vas croissant sans cesse1 ,amour1 quel immense tourment en moi va se produire6 ,nanmoins1 cros si tu le peux encore2 mais en croissant1 adoucis tes rigueurs4 ,tu te nourris de pleurs2 des pleurs1 je t'en promets2 et pour te rafrachir1 des soupirs jamais2 mais qu'au moins les souffrances que par toi j'endure1 n'excdent pas le mal si grand qu'en naissant tu me fis4 ,,iii ,c'en est fait1 mon cur2 la libert il nous faut renoncer2 quoi servirait dsormais de prolonger la dfense1 si ce n'est accrotre et la peine et l'offense2 j'ai cess d'tre fort comme je l'ai t4 ,pendant un temps1 de mon ct fut la raison1 et la voil en rvolte2 elle veut que je me livre et que1 pour rcompense1 j'accepte ce joug que personne encore n'a subi4 ,s'il faut se rendre1 le moment est venu1 alors qu'avec soi la raison n'est plus4 ,je vois qu',amour1 sans que je l'aie desservi1 sans droit1 se vient saisir de moi2 je vois encore qu' ce grand roi1 mme quand il a tort1 il faut que cde la raison4 ,,iv ,les chaleurs taient passes1 on tait en l'automne aux tons gris2 des raisins aux grappes succulentes fouls dans les cuves1 le jus allait coulant1 quand mes douleurs ont commenc2 aujourd'hui1 le paysan bat ses gerbes amasses1 roule dans ses caveaux ses muids bouillonnants1 des produits de la saison emplit ses fruitiers et pour lors se venge de ses peines passes4 ,serait-ce l un prsage que mon espoir est dj moissonn8 ,non certes1 non4 ,et si je m'entends deviner1 si l'avenir se peut pronostiquer1 je tiens pour certain de recueillir quelque grand fruit de ma longue esprance4 ,v ,j'ai vu ses yeux brillants1 j'ai vu son clair visage2 mais nul1 sans dommage1 n'a jamais contempl les dieux2 et son il victorieux m'a glac1 mon cur s'est arrt1 instantanment de sa vive lumire j'ai t tourdi4 ,semblable qui la nuit1 aux champs1 est par un orage surpris2 tonn si la foudre le frle avec fracas et vient l'blouir1 il plit1 tremble1 et dans son effroi lui apparat ,jupiter en courroux4 ,o ma ,dame1 dis-moi1 dis-moi3 n'est-il pas vrai que tes yeux d'meraude sont de ceux o1 dit-on1 ,amour se tient cach2 ces yeux1 tu les avais la fois o je t'ai vue4 ,du moins il me souvient qu'il m'apparut ainsi quand1 tout coup1 le premier je te vis et qu',amour1 me dcochant sa flche1 se rvla moi4 ,,vi ,combien disent de moi3 ,pourquoi se plaint-il tant de perdre ses meilleurs ans en chose si lgre8 ,qu'a-t-il tant crier1 si encore il espre2 et s'il n'espre rien1 qu'a-t-il n'tre pas content8 ,quand j'tais libre et sain1 j'en disais tout autant2 mais certes1 celui-l n'a pas toute sa raison et son cur est gt par quelque rigueur svre1 qui se plaint de ma plainte et mon mal ne comprend4 ,amour1 l'improviste1 de cent douleurs m'accable1 et on voudrait que je ne crie pas6 ,je ne suis pas si fou1 qu' force de parler mon mal j'agrandisse4 ,si on le peut1 qu'on m'en exempte1 et ds lors je cesse mes sonnets et cesse de chanter4 ,qu'il me gurisse1 celui qui m'interdit le deuil6 ,,vii ,si chanter tes louanges parfois je me risque1 je n'ose dans mes vers ton grand nom exprimer2 sondant le moins profond de cette vaste mer1 je tremble de m'y perdre et aux rives m'assure4 ,en te louant mal1 je crains de te faire injure tandis que1 d'autre part1 la foule qu'intriguent ces loges rpts1 brlant de te connatre1 essaie de deviner et va l'aventure s'enqurant de ton nom vnr2 mais bloui1 si visible qu'il soit il ne le voit pas4 ,ce public grossier ne te dcouvre pas2 il en a le moyen cependant1 mais ne s'en avise pas3 que ne compare-t-il du monde toutes les perfections1 et1 entre toutes1 que ne distingue-t-il la plus parfaite2 si alors il peut encore parler1 qu'il crie hardiment3 ,la voil6 ,,viii ,quand viendra-t-il ce jour o1 par mes vers1 la ,france s'emplira de ton nom8 ,combien mon cur le souhaite1 combien mes doigts brlent de le tracer6 de lui-mme souvent1 il prend place4 ,malgr moi je l'cris1 malgr moi je l'efface4 ,que la justice1 la foi1 le droit reviennent en ce monde1 partout il rayonnera2 mais en ce temps prsent1 il nous le faut cacher1 quelle honte en ces mauvais jours6 ,jusque-l1 ma ,dame1 tu seras ma ,dordogne4 ,mais1 de cette poque1 aie piti et laisse-moi1 laisse-moi le lui rvler2 si un jour je l'cris1 si notre temps le connat1 si jamais cela est1 par moi1 je le promets1 en lettres d'or il le verra grav4 ,,ix ,que parmi tes diverses beauts1 ta constance est belle6 ,ton cur intrpide1 ton courage constant sont d'entre tes vertus ce qu'on prise le plus2 mais aussi qu'est-il de plus beau qu'une amiti fidle6 ,n'imite pas la ,vezre ta sur1 sur infidle1 qui1 dans son cours inconstant1 mal contenue dans ses rives flottantes1 va vagabondant2 aussi1 vois comme les vents1 leur gr1 vont se jouant d'elle6 ,ne te repens pas d'avoir1 par droit d'anesse1 choisi la constance en partage4 ,ces deux bons frres jumeaux qui1 dans leur amiti que rien ne surpasse1 s'attriburent l'un l'autre part gale du ciel et des enfers1 et la trop belle ,hlne aux murs dissolues1 n'taient-ils pas tous trois de mme race de rois4 ,x ,je te vois1 ma ,dordogne2 tu coules encore modeste2 de te montrer gasconne en ,france tu as honte4 ,du ruisseau de ,sorgues1 jadis aussi peu connu que toi1 on fait maintenant grand bruit4 ,vois le petit ,loir1 comme il hte le pas2 parmi les plus grands dj il figure2 il marche hautain1 acclrant son cours2 ne prtend-il pas rivaliser avec le ,mincio et ne pas lui tre infrieur6 ,un seul olivier1 transport de l',arno sur les bords de la ,loire1 la rend plus superbe et lui donne sa gloire4 ,laisse1 laisse-moi faire1 et un jour1 ma ,dordogne1 si je suis bon devin1 on te connatra mieux2 la ,garonne et le ,rhne et ces autres grands dieux en auront quelque envie1 peut-tre en seront-ils confus4 ,,xi ,lecteur1 qui entends mes soupirs1 ne me pas sois rigoureux1 si toutes mes larmes1 je les rpands part2 si1 dans sa douleur diffrente de la sienne1 mon cur ne reproduit pas du ,florentin tremblant les regrets langoureux2 si1 pas davantage1 il n'imite ,catulle1 ce foltre amoureux qui1 tout en caressant le cur de sa dame1 va le lui dchirant2 ni le savant amour de ,properce1 ce demi-grec1 demi-latin2 c'est qu'eux n'aiment pas ma faon1 pas plus que moi la leur4 ,qui peut1 d'aprs autrui1 mesurer ses douleurs8 ,qui peut calquer ses plaintes sur les siennes8 ,chacun sent son tourment et sait ce qu'il endure4 ,chacun parle d',amour comme il le ressent4 ,je dis ce que mon cur et mon mal me dictent4 ,qu'il aime peu1 celui qui aime dans des limites6 ,,xii ,quoi6 qu'est-ce6 vents1 nues1 orages8 ,a point nomm1 quand d'elle je m'approche1 franchissant bois1 monts et valles1 sur moi1 de parti pris1 vous fondez avec rage6 ,mon cur ne s'en embrase que davantage4 ,allez1 allez1 intimidez le marchand qui1 par les mers1 va cherchant des trsors2 ce n'est pas ainsi que s'abat mon courage4 ,quand j'entends les vents1 leurs temptes et leurs cris1 de leur fureur1 en mon cur1 je me ris2 pensent-ils pour si peu m'obliger me rendre6 ,que le ciel fasse pire1 que l'air fasse de mme1 s'il faut mourir1 je veux1 je le dclare1 comme ,landre je veux mourir4 ,,xiii ,vous qui ne savez encore aimer1 maintenant ou jamais1 en m'entendant parler de ,landre1 vous le devez apprendre1 moins que dans le cur rien de bon vous n'ayez4 ,m par l'amour1 n'osa-t-il pas1 force de bras1 lutter contre la mer qui dj1 pour se venger de ce que frre et mouton lui avaient chapp1 avait sur la fille jet son dvolu4 ,un soir1 vaincu par les flots rigoureux1 s'en voyant dj le jouet1 ce vaillant amoureux leur adressa ces mots3 pargnez-moi maintenant que vers elle je vais1 et gardez-moi la mort pour quand je reviendrai4 ,,xiv ,o cur lger1 courage incertain1 penses-tu que je puisse te souffrir plus longtemps8 ,o bont sans effet1 malice dguise1 beaut tratresse1 venimeuse douceur6 ,tu es donc toujours la sur de ta sur8 ,et moi1 simple que je suis1 il a fallu que sur moi-mme j'en fisse l'preuve1 pour en arriver entendre ta parole ambigu et tes chants de chasseur en qute de victimes4 ,tant que ton amour m'a captiv1 j'aurais vaincu les vagues de la mer2 de quoi maintenant suis-je capable8 ,quelle satisfaction ai-je de toi8 ,qui enseignera la constance ton cur1 alors que le mien n'a pu la lui apprendre6 ,,xv ,ce n'est pas moi que l'on abuse ainsi2 ces ruses1 on les emploie avec quelque enfant1 dont le got n'est pas encore veill1 qui ne comprend pas ce qu'il entend2 mais moi je sais aimer2 je sais har aussi4 ,contente-toi de m'avoir jusqu'ici clos les yeux2 il est temps que j'y voie4 ,las et honteux je serai dsormais d'avoir si mal plac mon temps et mes soucis2 et toi1 m'ayant ainsi trait1 oseras-tu jamais me parler de constance8 ,tu prends plaisir ma douleur extrme1 tu me dfends de sentir mon tourment et cependant tu veux bien que je meure en t'aimant2 mais si je ne sens1 comment veux-tu que j'aime8 ,,xvi ,oh6 l'ai-je dit8 ,est-ce un songe1 ou ai-je vraiment profr un tel blasphme8 ,ma langue a-t-elle1 ce point1 trahi la vrit8 ,il faut que son honneur1 de moi1 par moi1 sur moi1 soit veng4 ,mon cur chez toi est log1 ma dame2 l o il est1 inflige-lui quelque torture nouvelle2 fais-lui souffrir quelque peine cruelle2 fais1 fais-lui tout1 sauf lui donner cong4 ,je le sais1 tu seras trop humaine2 tu ne pourras longtemps demeurer tmoin de ma peine2 mais un tel forfait se peut-il pardonner8 ,a tout le moins1 hautement de mes sonnets je me veux ddire et me dmentirai2 pour ces deux strophes si entaches de fausset1 je t'en voue cinq cents autres et celles-l diront vrai4 ,,xvii ,si ma raison s'est pu remettre2 si1 cette heure1 je puis me rassaisir3 si j'ai du sens1 si je redeviens homme1 c'est toi que je le dois1 bienheureuse lettre2 et je t'en remercie6 ,qui m'et1 hlas6 qui m'et su reconnatre1 quand en proie la rage1 vaincu par mes ennuis1 de mes blasphmes1 je poursuivais ma dame4 ,mais lorsque de loin je te vis paratre1 petit papier me venant d'elle et qui m'es si cher1 honteux1 je revins moi et dvotement allai toi4 ,pour consacrer ce fait j'lverai un autel o seront exposs ces traits tracs par cette main divine2 mais de les voir aucun homme n'est digne1 et moi non plus que tous si1 cet honneur1 par toi-mme je n'eusse t convi4 ,,xviii ,j'tais sur le point d'encourir pour jamais quelque blme2 de colre chauff1 mon courage brlait2 ma voix1 devenue folle1 rpondait au gr de ma fureur2 j'invectivais les dieux et ma dame avec eux4 ,et voil que1 de loin1 elle jette un billet dans ma flamme et soudain je sens comme il me rconforte2 si bien qu'aussitt1 devant lui tombe ma fureur1 tombe ma fureur1 il l'emporte1 et mon me1 par lui1 redevient elle-mme4 ,vous qui de moi entendez ces merveilles1 que dites-vous d'elle6 ,jugez1 je vous prie1 si1 comme je le fais1 je la dois adorer6 ,quels miracles pensez-vous que puissent faire en moi son il tout-puissant1 les traits de son visage1 alors qu'en firent tant les traces de ses doigts4 ,,xix ,je tremblais devant elle1 et1 transi1 conscient de la gravit de mon offense1 en punition de mon forfait j'attendais une juste sentence1 lorsqu'elle me dit3 ,va1 je te prends merci2 que dsormais partout ma gloire soit proclame1 emploies-y tes annes2 ne pense plus maintenant qu' enrichir1 en mon nom1 notre ,france1 de tes vers2 couvres-en ta faute et paie-moi de la sorte4--,sus donc1 ma plume6 ,pour jouir de ma peine1 il faut1 en son honneur1 nous prodiguer davantage encore2 mais1 les yeux fixs sur elle1 veille que son regard ne nous quitte pas4 ,sans lui1 mon me se mourait de langueur2 seul il me donne et le cur et l'esprit2 pour que vis--vis d'elle je puisse m'acquitter1 il faut qu'elle m'inspire4 ,,xx ,o vous1 maudits sonnets1 vous qui etes l'audace de toucher ma dame2 malins et pervers1 renis des ,muses1 vous tes la honte de mes vers6 ,si je vous fais jamais ce tort1 s'il me le faut faire moi-mme1 de confesser que vous venez de moi1 sachez-le3 ,vous n'tes pas sortis des sources d',apollon aux cheveux d'or1 des ,muses aux yeux verts2 votre naissance1 ,tisiphone prsidait leur place4 ,si jamais j'ai quelque parcelle de renomme1 je veux que l'un et l'autre en soyez dshrits2 et si1 ds maintenant1 je ne vous livre aux feux vengeurs1 c'est pour vous diffamer4 ,vivez dans le malheur1 vivez aux yeux de tous1 de tout honneur privs2 c'est pour vous punir1 que je vous pardonne4 ,,xxi ,n'ayez plus1 mes amis1 n'ayez plus ce dsir que je cesse d'aimer4 ,laissez-moi1 obstin que je suis1 vivre et mourir tel1 puisque ainsi il en est ordonn2 mon amour1 c'est le fil qui m'attache la vie4 ,c'est ce que me dit la fe1 comme jadis en agrie elle fit pour ,mlagre l'amour destin3 en allumant la souche l'heure o il naquit3 ,toi et ce feu1 dit-elle1 allez de compagnie4 ,et la destine s'accomplit comme elle l'avait fix3 la souche1 ce qu'on dit1 par le feu se trouvant consume1 ce mme moment1 prodigieux miracle1 on vit subitement du malheureux amant la vie et le tison s'en aller en fume4 ,,xxii ,quand1 tonn1 je contemple tes yeux conqurants1 j'y vois tout mon espoir crit2 j'y vois ,amour lui-mme qui me sourit et1 caressant1 m'y montre le bonheur qu'il me tient en rserve4 ,mais1 quand te parler je me hasarde1 ce qui n'a lieu que lorsque mon espoir dessch se tarit1 tu n'as garde1 cruelle1 de jamais1 par un mot1 confirmer ton regard qui seul me soutient4 ,si tes yeux sont pour moi1 vois donc ce que je dis2 c'est eux1 eux seuls que je me suis rendu4 ,mon ,dieu6 quelle discorde en toi1 si ta bouche et tes yeux se veulent dmentir6 ,mieux vaut1 mon doux tourment1 mieux vaut les dpartir1 et que je prenne au mot la promesse de tes yeux4 ,,xxiii ,ce sont ces yeux perants qui font tout mon courage2 en eux se refltent et la libert ptillante de gat et mon petit archer qui mne ses cts la belle gaillardise et le plaisir volage4 ,mais aprs1 la rigueur de ton triste langage me montre en ton cur la fire honntet2 et y voyant aussi gravement assises la dure chastet et la vertu sauvage1 je me sens condamn4 ,de la sorte mon temps passe par ces transes diverses3 l1 ton il m'appelle2 ici1 ta bouche me repousse2 hlas1 ballott de la sorte1 combien ai-je souffert6 ,pensant d'amour avoir quelque assurance1 sans cesse nuit et jour la servir je songe2 de mon malheur je ne parviens pas encore tre persuad4 ,,xxiv ,et cependant je me dis bien3 ,mon esprance est morte1 c'en est fait de mon bonheur1 de ma joie4 ,mon mal est vident1 je vois bien maintenant que j'ai pous la douleur que je porte4 ,tout m'accable1 rien ne me rconforte2 tout m'abandonne et d'elle je n'ai rien1 sinon toujours quelque encouragement nouveau qui rend ma peine et ma douleur plus fortes4 ,ce que j'attends1 c'est d'obtenir un jour quelques soupirs des gens de l'avenir4 ,pris de piti1 quelqu'un dira de moi3 ,sa dame et lui naquirent destins mourir tous deux aussi obstins1 l'une en sa rigueur1 l'autre en son amiti4 ,,xxv ,ma langueur m'a fait bien misrable1 depuis que j'ai vu contre l'cueil de sa fire rigueur mon esprance se briser1 avant que mes yeux ne soient clos2 et pourtant je suis encore en vie6 ,que m'ont servi de si longues annes d'attente8 ,de ma souffrance elle n'est pas assouvie1 elle en rit2 et tenir mon mal sans cesse en veil1 est son seul dsir4 ,pourquoi1 malheureux en amour1 ai-je toujours un cur qui toujours renouvelle mon tourment8 ,je suis hors d'haleine1 je le sens1 et prt laisser la vie sous le poids qui m'accable4 ,qu'y faire8 sinon ce que je fais3 le mal s'est abattu sur moi1 je m'obstine en la douleur qu'il me cause4 ,,xxvi ,puisque telles sont mes dures destines1 autant que je le puis1 je veux de plus en plus m'enivrer de mon infortune4 ,si je souffre1 c'est qu'elle le veut bien2 les peines qu'elle m'ordonne1 je les accomplirai4 ,nymphes des bois qui1 tonnes de ma douleur1 en avez1 je crois1 quelque piti1 qu'en pensez-vous8 ,si mes maux il n'est fait trve1 puis-je durer ainsi8 ,si quelqu'une de vous pour ,dieu condescend m'entendre1 qu'elle apprenne ce que maintenant j'entrevois3 ,le jour est proche o1 dj puises1 mes forces ne pourront plus supporter mon tourment2 et c'est l mon espoir3 mourant en aimant1 peut-tre chapperai-je alors mes peines4 ,,xxvii ,parfois1 las de me dsesprer1 ,amour de quelque bien rafrachit mon mal1 flatte en mon cur demi-mort sa plaie languissante1 nourrit ma souffrance et lui fait reprendre haleine2 alors je conois quelque vaine esprance4 ,mais1 si tt que ce dur tyran sent mon espoir reprendre avec plus de force encore1 pour l'touffer1 de cent tourments il m'accable4 ,en ce moment mme1 je le vois me blmant d'tre ma douleur rebelle3 ,vive1 dieux1 le mal qui me dvore6 vive son gr mon tourment rigoureux6 heureux1 mille fois heureux celui qui1 sans relche1 est toujours malheureux4 ,,xxviii ,si contre ,amour je n'ai d'autre dfense1 j'exhalerai ma plainte1 mes vers le maudiront2 et1 aprs moi1 les rochers rediront le tort qu'il fit ma si pnible constance4 ,puisque de lui j'endure cette offense1 mes vers au moins la rappelleront2 et1 quand ils me liront1 nos arrire-neveux l'en maudiront2 ce sera ma vengeance4 ,ayant perdu toute aise1 ce sera peu que de perdre la voix4 ,qui saura l'amertume de mes tristes soucis et qui m'a fait cette plaie1 si dur que soit son cur1 de moi aura piti et pour lui sera sans merci4 ,,xxix ,o dame de mes penses1 quand brilla le jour bni o la nature te produisit1 elle t'abandonna la clef des immenses trsors qu'elle tient en rserve1 tu y pris la grce qui seule t'tait octoye1 pillant les beauts sans nombre qu'elle a en sa possession1 tu te les appropriais au point que1 si fire qu'elle soit de son uvre1 elle-mme parfois en est tonne4 ,quand ta satisfaction tu fus ainsi pare1 pour complter son uvre1 elle t'offrit encore cette terre o nous sommes2 tu n'en pris rien1 mais en toi-mme tu en souris1 te sentant bien suffisamment pourvue pour y tre reine de tous nos curs4 ,,chapitre ,,xxix4 ,de la modration4 ,il faut de la modration1 mme dans l'exercice de la vertu4--,comme si nous avions le toucher infectieux1 il nous arrive de corrompre1 en les maniant1 des choses qui par elles-mmes sont belles et bonnes4 ,la vertu peut devenir vice1 si nous y apportons un dsir par trop pre et par trop violent4 ,ceux-l jouent sur les mots1 qui disent qu'il n'y a jamais excs dans la vertu1 parce qu'il n'y a plus vertu l o il y a excs3 ,le sage n'est plus sage1 le juste n'est plus juste1 si son amour pour la vertu va trop loin 7,horace74--,c'est l une subtilit de la philosophie2 on peut avoir un amour immodr pour la vertu et tre excessif dans une cause juste2 l'aptre prconise cet gard un juste milieu3 ,ne soyez pas plus sage qu'il ne faut1 mais apportez de la sobrit dans la sagesse 7,s4 ,paul74 ,j'ai vu un grand de ce monde porter atteinte la religion1 en se livrant des pratiques religieuses outrepassant ce qui convient un homme de son rang4 ,j'aime les natures tempres et se tenant dans un moyen terme2 dpasser la mesure1 mme dans le bien1 s'il ne me blesse1 m'tonne1 et je ne sais quel nom lui donner4 ,je trouve plus trange que juste la conduite de la mre de ,pausanias qui1 la premire1 le dnona et apporta la premire pierre pour sa mise mort4 ,je n'approuve pas davantage le dictateur ,posthumius faisant mourir son fils qui1 dans l'ardeur de la jeunesse1 sortant des rangs1 avait pouss l'ennemi et s'en tait tir son honneur2 je ne suis port ni conseiller1 ni suivre une vertu si sauvage et qui cote si cher4 ,l'archer qui dpasse le but1 manque son coup1 tout comme celui qui n'y arrive pas2 ma vue se trouble et je n'y vois pas davantage lorsque1 tout d'un coup1 je suis en pleine lumire ou que je tombe dans l'obscurit4 ,la philosophie aussi1 pousse l'extrme1 comme toutes autres choses1 est prjudiciable4--,platon fait dire ,callicls que la philosophie pousse l'extrme est prjudiciable1 et il conseille de ne pas s'y adonner au del de ce qu'elle est profitable4 ,pratique avec modration1 elle est agrable et commode2 mais si on en outrepasse les limites1 elle finit par rendre l'homme sauvage et vicieux1 ddaigneux de la religion et des lois qui nous rgissent1 ennemi de la bonne socit1 des volupts permises1 incapable de toute fonction publique1 de secourir autrui1 de se secourir soi-mme1 dans le cas d'tre soufflet par n'importe qui4 ,callicls dit vrai2 porte l'excs1 la philosophie asservit notre franchise naturelle et1 par une subtilit hors de propos1 nous fait dvoyer de cette belle voie plane que la nature nous trace4 ,dans tous les plaisirs permis1 entre autres dans ceux du mariage1 la modration est ncessaire4--,l'amiti que nous portons nos femmes est trs lgitime2 la thologie ne laisse pourtant pas de la contenir et de la restreindre4 ,il me semble avoir lu autrefois dans saint ,thomas un passage o1 entre autres raisons de prohibition du mariage entre parents des degrs rapprochs1 il donne celle-ci3 qu'il y aurait craindre que l'amiti porte une femme dans ces conditions soit immodre2 parce que si l'affection entre mari et femme existe entre eux pleine et entire1 ainsi que cela doit tre1 et qu'on y ajoute encore celle rsultant de la parent1 il n'y a pas de doute que ce surcrot n'entrane le mari au del des bornes de la raison4 ,les sciences qui rgissent les murs1 telles que la thologie et la philosophie1 se mlent de tout2 il n'est pas un acte priv et secret dont elles ne connaissent et qui chappe leur juridiction4 ,bien mal aviss sont ceux qui censurent cette ingrence de leur part2 en cela1 ils ressemblent aux femmes1 disposes se prter autant qu'on veut toutes les fantaisies dont on peut user avec elles1 et qui1 par pudeur1 ne veulent pas se dcouvrir quand la mdecine a intervenir4 ,que les maris1 s'il y en a encore qui soient trop acharns dans ces rapports1 sachent donc que ces sciences posent en rgle que le plaisir mme qu'ils prouvent avec leurs femmes est rprouv1 s'ils n'y apportent de la modration1 et qu'on peut1 en pareil cas1 pcher par sa licence et ses dbordements1 comme dans le cas de relations illgitimes4 ,les caresses hontes auxquelles1 ce jeu1 la passion peut entraner dans le premier feu de nos transports1 sont non seulement indcentes1 mais employes avec nos femmes sont trs dommageables4 ,qu'au moins ce ne soit pas par nous qu'elles apprennent l'impudeur2 pour notre besoin1 elles sont toujours assez veilles4 ,je n'en ai jamais agi1 quant moi1 que de la faon la plus naturelle et la plus simple4 ,le mariage est une liaison consacre par la religion et la pit2 voil pourquoi le plaisir qu'on en tire1 doit tre un plaisir retenu1 srieux1 empreint de quelque svrit2 ce doit tre un acte de volupt particulirement prudent et consciencieux4 ,son but essentiel tant la gnration1 il y en a qui doutent1 lorsque nous n'avons pas esprance de ce rsultat1 comme dans le cas o la femme est hors d'ge ou enceinte1 qu'il soit permis d'en rechercher l'embrassement2 c'est1 d'aprs ,platon1 commettre un homicide4 ,chez certaines nations1 notamment chez les ,musulmans1 avoir des rapports sexuels avec une femme enceinte1 est une abomination2 il en est qui rprouvent de mme tout rapprochement avec une femme aux poques o1 priodiquement1 le sang la travaille4--,znobie n'acceptait pas de relations avec son mari1 au del de ce qui tait ncessaire pour donner satisfaction ses aspirations la maternit2 cela fait1 elle le laissait libre de se distraire avec d'autres1 pendant tout le temps de sa grossesse1 lui faisant seulement une obligation de revenir elle quand elle tait en tat de recommencer2 c'est l un brave et gnreux exemple dans le mariage4--,il est probable que c'est quelque pote sevr et affam de ces jouissances1 que ,platon emprunte cette narration3 ,jupiter1 un jour1 tait en un tel tat de surexcitation auprs de sa femme que1 n'ayant pas la patience d'attendre qu'elle et gagn sa couche1 il la renversa sur le plancher et1 dans la violence du plaisir1 oublia les grandes et importantes rsolutions qu'il venait1 en sa cour cleste1 de prendre de concert avec les autres dieux2 et se vantait que ce rapprochement lui avait procur des sensations aussi agrables que celles qu'il avait ressenties lorsque1 la premire fois1 il lui avait1 en cachette de leurs parents1 pris sa virginit4 ,les rois de ,perse admettaient leurs femmes leur tenir compagnie leurs festins2 mais quand le vin commenait visiblement chauffer les ttes1 qu'ils ne pouvaient plus contenir leurs dsirs voluptueux1 ils les renvoyaient dans leurs appartements privs1 pour qu'elles ne participassent pas leurs apptits immodrs1 et faisaient venir leur place des courtisanes vis--vis desquelles ils n'taient pas tenus avoir le mme respect4 ,certaines gens ne peuvent convenablement se permettre tous les plaisirs et recevoir toutes les satisfactions quelle qu'en soit la nature3 ,epaminondas avait fait incarcrer un jeune dbauch2 ,plopidas lui demanda de le mettre en libert en sa faveur4 ,epaminondas refusa et l'accorda sa matresse qui1 elle aussi1 l'en avait pri1 disant que c'tait une satisfaction due une amie et non un capitaine4--,sophocle tant prteur avec ,pricls pour collgue1 lui fit en voyant par hasard passer un beau garon3 ,oh1 le beau garon que voil6--,une telle exclamation serait permise1 dit ,pricls1 tout autre qu' un prteur qui doit tre chaste1 non seulement dans ses actions1 mais aussi dans ses regards4--,l'empereur lius ,verus rpondit sa femme qui se plaignait de ce qu'il la dlaissait pour aller faire l'amour avec d'autres femmes1 que c'tait par conscience1 le mariage tant un acte honorable et digne et non de foltre et lascive concupiscence4--,notre histoire ecclsiastique a conserv et honor la mmoire de cette femme qui rpudia son mari1 ne voulant ni se prter ses attouchements trop irrespectueux et immoraux1 ni les souffrir4 ,en somme1 il n'y a si lgitime volupt dont l'excs et l'intemprance ne soient blmables2 mais parler sans feinte1 l'homme n'est-il pas un tre bien malheureux8 ,c'est peine s'il existe un plaisir1 un seul dont la nature lui concde la jouissance pleine et entire1 et sa raison lui commande de n'en user qu'avec modration4 ,il n'est pas assez misrable1 il faut encore que l'art et l'tude viennent accrotre sa misre3 ,nous avons travaill nous-mmes aggraver la misre de notre condition 7,properce74 ,par des privations et des souffrances on croit gurir ou calmer les passions1 c'est l donner dans des excs d'autre nature4--,la sagesse humaine s'ingnie bien sottement restreindre le nombre et la douceur des volupts que nous pouvons goter1 tandis qu'elle agit d'une faon heureuse et judicieuse en usant d'artifice pour nous dissimuler1 nous enguirlander les maux de l'existence et attnuer ce que nous en pouvons ressentir4 ,si j'avais t chef de secte1 j'eusse suivi sur le premier point une voie plus naturelle1 qui est aussi plus vraie1 plus commode et plus parfaite1 et peut-tre aurais-je russi la contenir1 quoique nos mdecins1 ceux de l'esprit aussi bien que ceux du corps1 comme s'ils s'taient entendus1 ne considrent comme pouvant procurer la gurison et soulager nos maladies morales et physiques1 que les tourments1 la douleur et la peine4 ,c'est pour cela qu'ont t invents les veilles1 les jenes1 les cilices1 les exils lointains et volontaires1 la prison perptuelle1 les verges et autres afflictions1 sous condition que ce soient de relles afflictions1 qu'il en rsulte de pnibles mortifications et non comme ce qui en advint un certain ,gallio qui1 exil dans l'le de ,lesbos1 y menait joyeuse vie4 ,on fut averti ,rome que ce qu'on lui avait impos pour le punir1 tournait ainsi sa commodit2 on se ravisa alors et on le rappela auprs de sa femme et de sa famille1 lui ordonnant de s'y tenir1 rglant ainsi la nature de sa punition sur l'effet qu'il en pouvait prouver4 ,et1 en vrit1 ce ne serait plus un rgime salutaire que le jene1 pour celui dont la sant et l'allgresse n'en deviendraient que plus vives2 ou que le poisson1 pour celui qui le prfrerait la viande2 de mme que dans l'autre genre de mdecine les drogues sont sans effet pour qui les prend avec got et plaisir1 l'amertume et la difficult les prendre aident au rsultat qu'elles produisent4 ,la rhubarbe perdrait son efficacit vis--vis d'un temprament qui l'accepterait trop facilement2 il faut pour qu'il opre que le remde excite l'estomac2 la rgle qui veut que chaque chose soit gurie par son contraire est ici en dfaut1 c'est le mal qui gurit le mal4 ,c'est ce sentiment qu'il faut rattacher les sacrifices humains gnralement pratiqus dans les temps passs et qui subsistaient galement en ,amrique lors de sa dcouverte4--,ce sentiment a quelque rapport avec cet autre qui remonte si haut et qui tait universellement pratiqu dans toutes les religions1 par suite duquel on s'imaginait se concilier le ciel et la nature par des sacrifices humains4--,non loin de nous1 du temps de nos pres1 ,amurat1 lors de la prise de l'isthme de ,corinthe1 immola six cents jeunes gens grecs l'me de son pre1 afin que ce sang servt de sacrifice expiatoire pour racheter les fautes du trpass4--,dans ces contres nouvelles1 dcouvertes notre poque1 encore pures et vierges compares aux ntres1 il est de coutume partout que toutes les idoles soient abreuves de sang humain1 parfois avec des raffinements horribles de cruaut4 ,les victimes sont brles vives1 et1 lorsqu'elles sont moiti rties1 on les retire du brasier pour leur arracher le cur et les entrailles2 ailleurs1 on les corche vives et de leur peau sanglante on en revt ou on en masque d'autres1 et on en agit ainsi mme quand les victimes se trouvent tre des femmes4 ,cela donne lieu parfois de remarquables exemples de constance et de rsolution2 ces malheureux1 vieillards1 femmes1 enfants1 destins tre immols1 vont1 quelques jours avant1 qutant eux-mmes les aumnes pour l'offrande qui doit accompagner leur sacrifice et se prsentent la boucherie1 chantant1 dansant de concert avec les assistants4 ,les ambassadeurs du roi de ,mexico1 voulant donner ,fernand ,cortez une haute ide de la puissance de leur matre1 aprs lui avoir dit qu'il avait trente vassaux1 que chacun pouvait runir cent mille guerriers et que lui-mme rsidait dans la ville la plus belle et la plus forte qui existt au monde1 ajoutrent qu'il tait tenu envers les dieux leur sacrifier cinquante mille hommes par an4 ,ils dirent mme qu'il se maintenait en tat de guerre avec certains grands peuples voisins1 non seulement pour exercer la jeunesse de son empire1 mais surtout pour pouvoir fournir ces sacrifices avec des prisonniers de guerre4--,ailleurs1 dans un bourg1 l'occasion de la venue de ce mme ,fernand ,cortez1 on sacrifia d'une seule fois cinquante hommes en son honneur4--,encore un fait3 quelques-uns de ces peuples vaincus par lui1 lui envoyrent une dputation pour reconnatre son autorit et rechercher son amiti2 ces messagers lui offrirent des prsents de trois sortes1 en lui disant3 ,seigneur1 voil cinq esclaves3 si tu es un dieu fier1 qui se nourrisse de chair et de sang1 mange-les1 nous ne t'en aimerons que davantage2 si tu es un dieu dbonnaire1 voil de l'encens et des plumes2 si tu es un homme1 prends les oiseaux et les fruits que voici4 ,,chapitre ,,xxx4 ,des cannibales4 ,fausse opinion que l'on a quelquefois des peuples que l'on dit barbares4--,quand le roi ,pyrrhus passa en ,italie et qu'il eut reconnu la formation de combat que prenait l'arme que ,rome envoyait contre lui3 ,je ne sais1 dit-il1 ce que sont ces ,barbares 7les ,grecs appelaient ainsi toutes les nations trangres71 mais les dispositions que je leur vois prendre ne le sont nullement4 ,les ,grecs en disaient autant de l'arme que ,flaminius conduisit dans leur pays2 et ,philippe tint le mme langage en apercevant1 du haut d'un tertre1 la belle ordonnance du camp tabli par celle qui1 sous ,publius ,sulpitius ,galba1 venait de pntrer dans son royaume4 ,cela montre combien il faut se garder de l'opinion publique2 c'est notre raison et non ce que l'on dit1 qui doit dterminer notre jugement4 ,de la dcouverte de l',amrique2 il n'est pas probable que ce soit l',atlantide de ,platon1 ni cette terre inconnue o voulurent s'tablir les ,carthaginois4--,j'ai eu longtemps prs de moi un homme qui tait demeur dix ou douze ans dans cette partie du ,nouveau ,monde1 dcouverte en ce sicle1 o ,villegaignon aborda et qu'il dnomma la ,france antarctique4 ,cette dcouverte1 qui porte sur une contre d'une immense tendue1 prte de trs srieuses rflexions4 ,je me demande sans savoir que rpondre1 tant de personnages plus minents que nous s'tant considrablement tromps sur ce point1 si l'avenir1 comme certains le pensent1 nous rserve encore des dcouvertes de cette importance2 toujours est-il que j'ai peur que nous n'ayons les yeux plus gros que le ventre1 plus de curiosit que de moyens d'action2 nous embrassons tout1 mais n'treignons que du vent4 ,platon nous montre ,solon contant que des prtres de la ville de ,sas1 en gypte1 lui avaient appris qu'autrefois1 avant le dluge1 existait vis--vis le dtroit de ,gibraltar une grande le1 du nom d',atlantide1 plus tendue que l',afrique et l',asie runies1 et que les rois de cette contre ne possdaient pas seulement cette le1 mais qu'ils exeraient leur domination si avant en terre ferme1 qu'ils occupaient l',afrique jusqu' l'gypte et l',europe jusqu' la ,toscane2 qu'ils avaient entrepris de pousser jusqu'en ,asie et de subjuguer toutes les nations riveraines de la ,mditerrane jusqu'au golfe form par la mer ,noire2 qu' cet effet1 ils avaient franchi l',espagne1 la ,gaule1 l',italie et taient arrivs en ,grce1 o les ,athniens les continrent2 mais que1 quelque temps aprs1 le dluge tait survenu qui les avait engloutis1 eux1 les ,athniens et leur le4 ,il est trs vraisemblable que1 dans ce cataclysme effroyable1 les eaux ont d occasionner aux pays habits de la terre des modifications dont on n'a pas ide2 c'est ainsi qu'on attribue l'action de la mer la sparation de la ,sicile d'avec l',italie3 ,on dit que ces pays1 qui ne formaient autrefois qu'un seul continent1 ont t violemment spars par la force des eaux 7,virgile72 de l'le de ,chypre d'avec la ,syrie1 de celle de ,ngrepont d'avec la terre ferme de la ,botie2 et que par contre1 ailleurs1 elle a joint des terres qui taient spares par des dtroits qui ont t combls par les sables et le limon3 ,un marais longtemps strile1 sur lequel on cheminait la rame1 nourrit aujourd'hui les villes voisines et connat la charrue fconde du laboureur 7,horace74 ,mais il n'y a pas grande apparence que l',atlantide soit ce monde nouveau que nous venons de dcouvrir1 car elle touchait presque l',espagne2 et ce serait un effet incroyable d'inondation1 d'avoir t reporte1 comme elle l'est1 plus de douze cents lieues4 ,outre que les navigateurs modernes ont dj constat que ce n'est probablement pas une le1 mais un continent contigu aux ,indes orientales d'un ct1 et d'autre part aux terres qui sont aux deux ples1 ou que1 s'il s'en trouve spar1 ce n'est que par un si petit dtroit ou intervalle que ce ne saurait1 pour si peu1 le faire considrer comme une le4 ,il semble qu'il se produise dans ces grandes masses des mouvements comme il s'en fait dans nos pays1 les uns naturels1 les autres accidentels et violents4 ,quand je considre l'action exerce1 de mon temps1 par ma rivire de ,dordogne1 en aval de chez moi1 sur sa rive droite2 ce qu'en vingt ans elle a gagn sur les terres et ce qu'elle a sap de fondations de constructions leves sur ses bords1 je vois bien que c'est l un fait qui n'est pas ordinaire4 ,si1 en effet1 il en et toujours t ainsi1 ou que cela dt continuer1 la configuration du monde finirait par tre change2 mais ces mouvements ne sont pas constants3 tantt les eaux s'pandent d'un ct1 tantt d'un autre1 et tantt elles s'arrtent4 ,je ne parle pas ici des crues subites dont les causes nous sont connues4--,dans le ,mdoc1 le long de la mer1 mon frre1 le sieur d',arzac1 a une de ses terres ensevelie sous les sables que la mer va rejettant devant elle2 le fate de quelques-uns des btiments s'aperoit encore2 ce domaine et les revenus qu'il produisait se sont transforms en de bien maigres pacages4 ,les habitants disent que1 depuis quelque temps1 la mer s'avance si rapidement vers eux1 qu'ils ont dj perdu quatre lieues de terrain4 ,ces sables sont ses avant-coureurs2 et on les voit1 sorte de dunes mouvantes1 la prcdant d'une demi-lieue et gagnant insensiblement dans l'intrieur des terres4 ,un autre tmoignage de l'antiquit auquel on veut rattacher cette dcouverte du nouveau continent1 serait fourni par ,aristote1 si toutefois c'est lui qui est l'auteur de ce petit ouvrage des ,merveilles extraordinaires4 ,il y raconte que quelques ,carthaginois1 s'tant aventurs corps perdu1 dans l'ocan ,atlantique1 au del du dtroit de ,gibraltar1 avaient fini1 aprs une longue navigation1 par dcouvrir une grande le1 fertile1 couverte de bois1 arrose de grandes et profondes rivires1 trs loigne de toute terre ferme2 et qu'attirs1 eux et d'autres aprs eux1 par la qualit et la fertilit du sol1 ils y avaient transport leurs femmes et leurs enfants et avaient fini par y habiter4 ,si bien que les grands de ,carthage1 voyant leur territoire se dpeupler peu peu1 firent dfense expresse1 sous peine de mort1 tous autres de s'y rendre et en expulsrent ceux qui s'y taient dj tablis1 par crainte1 dit-on1 que1 dans la suite des temps1 ils ne vinssent multiplier au point d'arriver les supplanter et ruiner leur domination4 ,cette narration d',aristote1 non plus que celle de ,solon1 ne saurait s'appliquer ces terres nouvelles4 ,qualits rechercher chez ceux qui crivent des relations de voyage2 chacun devrait exposer ce qu'il a vu1 et ne parler que de ce qu'il en sait pertinemment4--,cet homme1 revenant du ,nouveau ,monde1 que j'avais mon service1 tait un homme simple et un peu lourd d'esprit1 condition propre donner plus de crance ses dires4 ,les gens dous de finesse1 regardent beaucoup plus de choses et avec bien plus d'attention1 mais ils commentent ce qu'ils voient2 et1 pour appuyer leurs commentaires et les faire admettre1 ils ne peuvent s'empcher d'altrer tant soit peu la vrit4 ,ils ne vous rapportent jamais purement et simplement ce qui est1 ils l'accentuent plus ou moins et lui prtent la physionomie sous laquelle eux-mmes l'ont vu2 et1 pour donner crdit leur manire de voir et vous la faire partager1 ils tirent volontiers l'toffe dans ce sens1 l'allongent et l'amplifient4 ,il faut1 en pareil cas1 avoir affaire un homme trs scrupuleux ou un homme si simple1 qu'il n'ait pas assez d'imagination pour inventer et donner ensuite de la vraisemblance ses inventions et aussi qui n'ait pas de parti pris4 ,le mien tait tel1 et il m'a1 en outre1 prsent des matelots et des marchands qu'il avait connus dans ce voyage1 ce qui fait que j'accepte les renseignements qu'il me donne sans m'enqurir de ce que les gographes en peuvent dire4 ,il serait dsirable de rencontrer des explorateurs qui nous dcrivent spcialement les endroits o ils sont alls2 mais parce qu'ils ont sur nous l'avantage d'avoir vu la ,palestine1 ils croient avoir le droit de nous parler en mme temps du reste du monde4 ,je voudrais que chacun crivt ce qu'il sait1 dans la mesure o il le sait2 et cela1 non seulement en pareille matire1 mais en toutes autres4 ,tel peut avoir la connaissance spciale et l'exprience complte du cours d'une rivire ou d'un ruisseau et ne savoir sur le reste que ce que chacun en connat2 nanmoins1 pour faire valoir son petit fragment d'rudition1 il entreprendra un trait complet sur la configuration du monde2 ce dfaut1 assez commun1 a de grands inconvnients4 ,pourquoi et combien tort nous qualifions de sauvages les peuples d',amrique4--,pour en revenir mon sujet1 je ne trouve rien de barbare ni de sauvage dans ce qu'on me rapporte de cette nation1 sinon que chacun donne ces qualificatifs ce qui ne se pratique pas chez lui4 ,c'est naturel1 car nous n'avons pour juger de ce qui est vrai et raisonnable1 que l'exemple et les ides des opinions et usages reus dans le pays auquel nous appartenons3 la religion en est la meilleure1 l'administration excellente1 les us et coutumes en toutes choses y atteignent la perfection4 ,ces gens sont sauvages1 comme le sont les fruits que nous qualifions de cette mme pithte1 que la nature produit d'elle-mme et qui croissent sans l'intervention de l'homme4 ,ne sont-ce pas au contraire ceux que nous altrons par nos procds de culture1 dont nous modifions le dveloppement naturel1 auxquels cette expression devrait s'appliquer8 ,les qualits et les proprits des premiers sont vives1 vigoureuses1 vraies1 utiles et naturelles2 nous n'arrivons qu' les abtardir chez les seconds1 pour mieux les adapter notre got qui est lui-mme corrompu4 ,et cependant dans ces contres1 certaines espces de fruits qui y viennent sans culture1 nous-mmes reconnaissons une saveur1 une dlicatesse qui nous les font trouver excellents et rivaliser avec les ntres2 il n'y a pas en effet de raison pour que l'art l'emporte sur les uvres de la nature1 notre grande et puissante mre2 nous avons tant surcharg1 par nos inventions1 la beaut et la richesse de ses ouvrages1 qu'elles s'en trouvent compltement touffes2 mais partout o elle est demeure intacte et se montre telle1 elle fait grande honte nos vaines et frivoles entreprises3 ,le lierre n'en vient que mieux sans culture1 l'arbousier ne crot jamais plus beau que dans les antres solitaires et le chant des oiseaux1 pour tre naturel1 n'en est que plus doux 7,properce74 ,tous nos efforts ne sauraient parvenir reproduire le nid du moindre petit oiseau1 avec sa contexture1 sa beaut1 ni faire qu'il soit aussi propre l'usage auquel il est destin2 et pas davantage construire la toile d'une misrable araigne4 ,toute chose1 dit ,platon1 est un produit soit de la nature1 soit du hasard1 soit de l'art2 les plus grandes et les plus belles sont dues l'une ou l'autre de ces deux premires causes2 les moindres et celles qui sont imparfaites naissent de la dernire4 ,ces nations me semblent donc ne mriter cette appellation de barbares1 que pour n'avoir t que peu modifies par l'ingrence de l'esprit humain et n'avoir encore presque rien perdu de la simplicit des temps primitifs4 ,les lois de la nature1 non encore perverties par l'immixtion des ntres1 les rgissent encore et s'y sont maintenues si pures1 qu'il me prend parfois de regretter qu'elles ne soient pas venues plus tt notre connaissance1 au temps o il y avait des hommes plus mme que nous d'en juger4 ,je regrette que ,lycurgue et ,platon ne les aient pas connues1 parce qu'il me semble que ce que nous voyons se pratiquer chez ces peuples1 dpasse non seulement toutes les magnifiques descriptions que la posie nous fait de l'ge d'or et tout ce qu'elle a imagin comme pouvant raliser le bonheur parfait sur cette terre1 mais encore les conceptions et les dsirs de la philosophie cet gard4 ,on ne pourrait concevoir la simplicit naturelle pousse ce degr que nous constatons cependant1 ni croire que la socit puisse subsister avec si peu de ces moyens factices que l'homme y a introduits4 ,c'est une nation1 dirais-je ,platon1 o il n'y a ni commerce de quelque nature que ce soit1 ni littrature1 ni sciences mathmatiques2 o le magistrat n'est pas mme connu de nom2 o il n'existe ni hirarchie politique1 ni domesticit1 ni riches1 ni pauvres2 les contrats1 les successions1 les partages y sont inconnus2 en fait de travail1 on ne connat que l'oisivet2 le respect qu'on porte aux parents est celui qu'on a pour tout le monde2 les vtements1 l'agriculture1 la mise en uvre des mtaux y sont inconnus2 il n'y est fait usage ni de vin1 ni de bl2 les mots mmes qui expriment le mensonge1 la trahison1 la dissimulation1 l'avarice1 l'envie1 la mdisance1 le pardon1 ne s'y font qu'exceptionnellement entendre4 ,combien sa ,rpublique1 telle qu'il la concevait1 lui paratrait loigne d'une telle perfection6 ,voil des hommes qui sortent de la main des dieux 7,snque74 ,telles furent les premires lois de la nature 7,virgile76 ,description d'une des contres du nouveau continent2 manire de vivre de ses habitants1 leurs demeures1 leur nourriture1 leurs danses1 leurs prtres1 leur morale4--,le pays qu'ils habitent est1 au surplus1 trs agrable2 le climat y est tempr au point que1 suivant le dire de mes tmoins1 il est rare d'y voir un malade2 ils m'ont mme assur n'avoir jamais aperu personne afflig de tremblement nerveux1 de maladie d'yeux1 ayant perdu les dents ou vot par l'ge4 ,la contre s'tend le long de la mer et est limite du ct des terres par de hautes et grandes montagnes1 qui en sont distantes d'environ cent lieues1 ce qui reprsente la profondeur de leur territoire4--,ils ont en abondance le poisson et la viande1 qui sont sans ressemblance avec les ntres2 pour les manger1 ils se bornent les faire griller4--,celui qui le premier leur apparut sur un cheval1 leur inspira un tel effroi que1 bien qu'ils eussent t en rapport avec lui dans plusieurs autres voyages1 ils le turent coups de flches et ne le reconnurent qu'aprs4--,leurs habitations se composent de longues cases1 pouvant recevoir deux ou trois cents personnes1 formes d'corces de grands arbres qui posent terre par un bout1 l'autre composant le fate en s'arc-boutant les uns contre les autres et se soutenant mutuellement comme dans certaines de nos granges dont la couverture descend jusqu'au sol et ferme les cts4--,ils ont des bois si durs1 qu'ils en fabriquent des pes et des grils pour rtir leurs viandes4--,leurs lits1 forms de filets de coton1 sont suspendus la toiture1 comme sur nos navires2 chacun a le sien1 les femmes couchant part des maris4--,ils se lvent avec le soleil2 mangent ds qu'ils sont levs et pour toute la journe1 ne faisant pas d'autre repas4 ,a ce moment ils ne boivent pas1 agissant en cela comme dit ,suidas de quelques autres peuples qui ne boivent pas en mangeant2 en dehors de leur repas1 ils se dsaltrent dans le courant de la journe autant qu'ils le veulent4 ,leur boisson est extraite d'une racine particulire2 elle a la couleur de nos vins clairets1 ils ne la boivent que tide2 elle ne se conserve que deux ou trois jours1 a un got un peu piquant et ne ptille pas2 elle est digestive1 laxative pour ceux qui n'en ont pas l'habitude1 trs agrable pour qui y est fait4--,au lieu de pain1 ils consomment une certaine substance blanche1 ressemblant de la coriandre confite2 j'en ai got1 c'est doux et un peu fade4--,ils passent toute la journe danser2 les plus jeunes vont la chasse du gros gibier1 contre lequel ils ne font usage que d'arcs2 pendant ce temps1 une partie des femmes s'amuse prparer la boisson1 ce qui est la principale de leurs occupations4 ,chaque matin1 avant qu'ils ne se mettent manger1 un de leurs vieillards1 circulant d'un bout l'autre de la case qui a bien une centaine de pas de long1 va1 jusqu' ce qu'il en ait achev le tour1 prchant ceux qui l'occupent1 rptant sans cesse les mmes exhortations qui portent exclusivement sur deux points3 la vaillance contre leurs ennemis et l'amiti pour leurs femmes3 et ils ne manquent jamais1 en leur rappelant cette dernire obligation1 de terminer par ce refrain1 que ce sont elles qui leur prparent leur boisson et la maintiennent tide4--,on peut voir chez quelques personnes1 entre autres chez moi1 des spcimens de leurs lits1 de leurs cordes1 de leurs pes1 de bracelets en bois dont ils se servent pour se garantir les poignets au combat et de grandes cannes creuses fermes l'une de leurs extrmits1 dont ils tirent des sons pour marquer la cadence dans leurs danses4--,ils sont rass de partout et de beaucoup plus prs que nous1 et ne se servent cet effet que de rasoirs en bois ou en pierre4--,ils croient l'immortalit de l'me3 celles qui ont bien mrit des dieux1 habitent le ciel du ct o le soleil se lve2 celles qui sont maudites1 habitent l',occident4 ,ils ont je ne sais quelle sorte de prtres ou prophtes qui se montrent trs rarement et demeurent dans les montagnes4 ,quand ils viennent1 c'est l'occasion d'une grande fte et d'une assemble solennelle1 pour lesquelles plusieurs villages se runissent2 chaque case dont j'ai donn la description forme un village2 ils sont distants les uns des autres d'environ une lieue de ,france4 ,le prophte parle en public1 exhorte la vertu et au devoir2 sa morale se rduit aux deux mmes points3 tre brave la guerre1 affectueux pour leurs femmes4 ,il prdit aussi l'avenir et ce qu'ils ont esprer des entreprises qu'ils conoivent2 il les incite la guerre ou les en dtourne2 mais il lui importe de deviner juste1 car s'il arrive autrement que ce qu'il leur a prdit et qu'ils parviennent l'attraper1 il est condamn comme faux prophte et mis en pices2 aussi ne revoit-on plus celui qui une fois a fait erreur4--,la divination est un don de ,dieu1 et en abuser est une imposture qui mrite d'tre punie4 ,chez les ,scythes1 entre autres1 quand les devins s'taient tromps dans leurs prvisions1 on les jetait les fers aux pieds et aux mains sur une carriole pleine de bruyres1 trane par des bufs1 et on y mettait le feu4 ,ceux qui ont charge de diriger les choses commises la sagacit humaine sont excusables de recourir tous les moyens en leur pouvoir2 mais les autres1 qui nous trompent en se donnant comme possds d'une facult extraordinaire en dehors de ce que nous pouvons connatre1 ne doivent-ils pas tre punis de leur tmraire imposture1 s'ils ne tiennent pas ce qu'ils ont promis8 ,comment ils font la guerre2 pourquoi ils tuent et mangent leurs prisonniers2 en quoi ils sont1 en cela mme1 moins barbares que nous en certains de nos actes4--,ces peuples font la guerre aux nations qui sont au del de leurs montagnes1 plus avant en terre ferme4 ,ils y vont compltement nus1 n'ayant pour armes que des arcs et des pes de bois dont l'extrmit se termine en pointe la faon du fer de nos pieux4 ,c'est merveilleux la fermet qu'ils dploient dans les combats qui se terminent toujours par l'effusion du sang et la mort1 la fuite et la peur leur tant inconnues4 ,chacun rapporte comme trophe la tte de l'ennemi qu'il a tu et l'attache l'entre de sa demeure4--,quant aux prisonniers1 ils les gardent un certain temps1 les traitent bien1 ne leur mnageant pas les commodits qu'ils peuvent leur procurer1 jusqu' ce qu'un jour on en finisse ainsi qu'il suit avec chacun d'eux4 ,celui auquel il appartient convoque toutes ses connaissances2 le moment venu1 il attache l'un des bras de son prisonnier une corde dont lui-mme prend le bout1 en fait de mme de l'autre bras dont il remet la corde au meilleur de ses amis1 ce qui leur donne le moyen de maintenir le captif quelques pas d'eux1 de manire tre l'abri de ses violences2 et eux deux1 sous les yeux des assistants1 ils l'assomment coups d'pe4 ,cela fait1 ils le font rtir et le mangent en commun1 et en envoient des morceaux ceux de leurs amis qui sont absents4--,ce n'est pas1 comme on pourrait le penser1 pour s'en nourrir1 ainsi que le faisaient anciennement les ,scythes1 mais en signe de vengeance2 et ce qui le prouve1 c'est qu'ayant vu les ,portugais1 qui s'taient allis leurs ennemis1 employer leur gard1 quand ils les faisaient prisonniers1 un autre genre de mort1 les enterrant debout jusqu' la ceinture1 puis criblant de traits la partie demeure hors de terre et les pendant ensuite1 ils s'avisrent que ces gens de l'autre monde1 de mme origine que ceux qui1 dans leur voisinage1 avaient rpandu la connaissance d'un si grand nombre de vices et taient de beaucoup leurs matres dans le mal1 ne devaient pas sans motif avoir fait choix1 pour se venger1 de ce procd et qu'il devait tre plus cruel que le leur1 qu'en consquence ils abandonnrent1 bien que le pratiquant de temps immmorial1 pour adopter celui de ces trangers4--,je ne suis pas fch de faire remarquer ici tout l'odieux de cette cruaut des ,portugais1 car bien que nous ne manquions jamais de faire ressortir les dfauts de ces peuplades1 nous sommes on ne peut plus aveugles pour les ntres4 ,j'estime qu'il y a plus de barbarie manger un homme qui est vivant1 qu' le manger mort2 mettre en pices grand renfort de tourments et de supplices un corps plein de vie1 le faire griller en dtail1 mordre1 dchirer par les chiens et les pourceaux1 comme non seulement nous l'avons lu1 mais comme nous l'avons vu faire tout rcemment1 non entre ennemis invtrs1 mais entre voisins et concitoyens1 et1 qui pis est1 sous prtexte de pit et de religion1 que de le rtir et le manger aprs l'avoir tu au pralable4 ,chrysippe et ,znon1 chefs de l'cole stocienne1 ont bien admis qu'il n'est pas rprhensible de tirer parti de notre cadavre pour tout ce qui a rapport nos besoins1 et mme de nous en nourrir comme firent nos anctres qui1 assigs par ,csar dans ,alsia1 se rsolurent1 pour pouvoir continuer leur rsistance1 apaiser leur faim en mangeant les vieillards1 les femmes et tous autres qui n'taient d'aucune utilit pour le combat3 ,on dit que les ,gascons prolongrent leur vie1 en usant d'aliments semblables 7,juvenal74 ,les mdecins ne craignent pas d'en faire emploi de toutes faons pour notre sant1 soit pour un usage interne1 soit pour un usage externe4 ,mais jamais chez ces sauvages il ne s'est trouv personne ayant le jugement perverti au point d'excuser la trahison1 la dloyaut1 la tyrannie1 la cruaut1 vices dont nous sommes coutumiers4 ,nous pouvons donc qualifier ces peuples de barbares1 si nous les jugeons au point de vue de la raison1 mais non si nous les comparons nous qui les surpassons en barbaries de tous genres4 ,ils ne se proposent1 dans leurs guerres1 que d'acqurir de la gloire1 sans rechercher d'agrandissement de territoire2 tous leurs efforts auprs de leurs prisonniers tendent leur faire demander merci4--,ils apportent dans leur manire de faire la guerre de la noblesse et de la gnrosit2 elle est chez eux excusable et belle autant que peut l'tre cette maladie de l'espce humaine1 car ils n'y ont d'autre mobile que de faire assaut de courage4 ,ils n'entrent pas en conflit pour conqurir de nouveaux territoires1 celui sur lequel ils vivent tant encore par lui-mme d'une fcondit telle que1 sans travail et sans peine1 il les fournit en si grande abondance de tout ce qui est ncessaire la vie1 qu'ils n'ont que faire d'en reculer les limites4 ,ils ont de plus le bonheur de borner leurs dsirs ce qu'exige la satisfaction de leurs besoins naturels1 et tout ce qui va au del est pour eux du superflu4--,entre eux ils s'appellent tous frres quand ils sont du mme ge1 ils donnent le nom de fils ceux qui sont plus jeunes1 et pour tous indistinctement les vieillards sont des pres4--,ceux-ci mourant1 leurs biens passent leurs hritiers naturels2 les hritages demeurant indivis1 tous ceux y participant en ont l'entire possession1 sans autre titre que celui que toute crature tient de la nature d'hriter de qui il tient la vie4--,si leurs voisins1 ayant franchi les montagnes pour venir les assaillir1 sont victorieux1 le bnfice qu'ils remportent de leur victoire consiste uniquement dans la gloire et l'avantage de s'tre montrs suprieurs en valeur et en courage1 car ils n'ont que faire des biens des vaincus2 et ils rentrent chez eux o rien du ncessaire ne leur fait dfaut1 non plus que cette grande qualit de jouir de leur situation1 d'en tre heureux et de s'en contenter2 s'ils sont vaincus1 l'adversaire en agit de mme4--,aux prisonniers on ne demande d'autre ranon que de se reconnatre vaincus et de le confesser2 mais il n'en est pas un1 dans le cours d'un sicle1 qui ne prfre la mort plutt que d'avoir une attitude ou de profrer une parole pouvant1 si peu que ce soit1 faire douter du courage invincible dont ils ont cur de faire preuve4 ,il ne s'en voit aucun qui n'aime mieux tre tu et mang que de demander grce4 ,ils leur laissent pleine libert1 afin que la vie leur en soit d'autant plus chre1 et ne cessent de les entretenir de la mort qui les attend bref dlai1 des tortures qu'ils auront souffrir1 des apprts qui se font de leur supplice1 de leurs membres qui seront dcoups1 du festin qui se fera leurs dpens4 ,tout cela dans le seul but de leur arracher quelques mots de plainte ou de faiblesse1 ou encore leur donner ide de s'enfuir et gagner ainsi sur eux l'avantage de les avoir pouvants et d'avoir triomph de leur fermet2 c'est en cela seul1 en effet1 qu' le bien prendre1 consiste vraiment la victoire3 ,il n'y a de vritable victoire1 que celle qui contraint l'ennemi s'avouer vaincu 7,claudien74--,les ,hongrois sont trs belliqueux2 vainqueurs1 ils ne poursuivaient jadis les hostilits que jusqu' ce que l'ennemi se ft rendu merci2 ds qu'il s'avouait vaincu1 ils le laissaient aller sans le molester davantage1 ni lui imposer de ranon1 n'exigeant que l'engagement de ne plus prendre dsormais les armes contre eux4 ,la vaillance consiste essentiellement dans notre force d'me et non dans notre supriorit physique2 aussi y a-t-il des dfaites plus glorieuses que des victoires4--,quand nous l'emportons sur nos ennemis1 c'est bien plus par des avantages dont nous n'avons pas le mrite1 que par des avantages qui dpendent de nous4 ,c'est le propre d'un portefaix et non du courage1 d'avoir les bras et les jambes solides2 c'est une qualit indpendante de nous et toute physique1 que d'tre en bonne disposition2 c'est un coup de fortune1 que d'amener notre adversaire commettre une faute ou de russir faire qu'il ait le soleil dans les yeux et qu'il en soit bloui2 c'est le fait du savoir et de l'adresse1 que peuvent tout aussi bien possder un lche et un homme de rien1 que d'tre fort dans le maniement des armes4--,la valeur d'un homme et l'estime que nous en avons1 se mesurent ce qu'il a de cur et de volont2 c'est ce qui constitue l'honneur1 dans le vrai sens du mot4 ,la vaillance1 ce n'est pas la vigueur corporelle1 c'est la force d'me et le courage2 elle ne consiste pas dans la supriorit de notre cheval ni de nos armes1 mais dans la ntre4 ,celui qui succombe sans que son courage en soit abattu2 qui1 s'il tombe1 combat genou 7,snque72 qui1 malgr la mort qui le menace1 ne perd rien de son assurance2 qui1 expirant1 demeure impassible et dfie encore son ennemi du regard1 est accabl non par nous1 mais par le fait de la fortune4 ,il est tu1 mais n'est pas vaincu2 les plus vaillants sont parfois les plus malheureux1 c'est ce qui fait qu'il y a des dfaites plus glorieuses que des succs4--,ces quatre victoires1 aussi brillantes les unes que les autres1 de ,salamine1 de ,plate1 de ,mycale1 de ,sicile1 les plus belles dont le soleil ait t tmoin1 peuvent-elles toutes ensemble rivaliser de gloire avec celle acquise par le sacrifice du roi ,lonidas et les siens au dfil des ,thermopyles8 ,qui prpara jamais la victoire avec un soin plus jaloux de sa gloire et un plus ardent dsir de russir que n'en apporta le capitaine ,ischolas prparer sa perte2 qui a jamais pris1 pour assurer son salut1 des dispositions plus ingnieuses1 y portant plus de soin1 que celles qu'il prit pour rendre sa ruine invitable8 ,il tait charg de la dfense contre les ,arcadiens d'un passage du ,ploponse2 se reconnaissant impuissant les arrter1 en raison de la disposition des lieux et de l'infriorit numrique des forces dont il disposait1 certain que tout ce qui tiendrait tte l'ennemi serait dtruit1 jugeant d'autre part indigne de son propre courage et de sa grandeur d'me1 aussi bien que d'un ,lacdmonien1 de manquer son devoir1 il prit un moyen terme pour concilier ces deux situations extrmes3 il renvoya les plus jeunes et les plus vigoureux de sa troupe1 afin de les conserver pour le service et la dfense de leur pays1 et avec ceux qui devaient faire le moins dfaut leur patrie1 il rsolut de dfendre le passage commis sa garde et1 par la mort de ses dfenseurs1 d'en faire acheter l'entre le plus chrement possible l'ennemi4 ,c'est ce qui advint2 bientt environns de toutes parts par les ,arcadiens1 aprs en avoir fait une grande boucherie1 ,ischolas et les siens succombrent et furent tous passs au fil de l'pe4 ,quel trophe lev la gloire des vainqueurs n'et-il pas t d plutt de tels vaincus6 ,la vritable victoire rside dans la manire dont on combat et non dans le rsultat final2 ce n'est pas par le succs1 c'est en combattant que l'on satisfait l'honneur4 ,constance des prisonniers chez ces peuplades sauvages en prsence des tourments qui les attendent4--,pour en revenir notre histoire1 il s'en faut tant que tout ce qu'on fait aux prisonniers les amne cder1 qu'au contraire1 pendant les deux ou trois mois durant lesquels on les garde1 ils affectent d'tre gais1 pressent ceux entre les mains desquels ils sont tombs de se hter de les soumettre aux preuves dont ils les menacent2 ils les dfient1 les injurient1 leur reprochent leur lchet et leur rappellent le nombre des combats livrs contre les leurs1 o ils ont eu le dessous4 ,je possde un chant fait par un de ces prisonniers1 il y est dit3 ,que ses bourreaux approchent hardiment tous ensemble1 qu'ils se runissent pour dner de lui2 en le mangeant1 ils mangeront1 en mme temps1 leurs pres et leurs aeux qui lui ont1 lui-mme1 servi d'aliment et dont son corps s'est form4 ,ces muscles1 cette chair1 ces veines1 leur dit-il1 sont vtres1 pauvres fous que vous tes4 ,ne reconnaissez-vous pas la substance des membres de vos anctres qui s'y trouve pourtant encore8 dgustez-les avec attention1 vous y retrouverez le got de votre propre chair4 ,est-ce l une composition qui sente la barbarie8 ,ceux qui dcrivent leur supplice et les reprsentent au moment o on les assomme1 les peignent crachant au visage de ceux qui les tuent et leur faisant des grimaces2 de fait1 jusqu' leur dernier soupir1 ils ne cessent de braver leurs ennemis et de les dfier par leur altitude et leurs propos4 ,sans mentir1 ce sont l1 par rapport nous1 de vrais sauvages1 car entre leur manire et la ntre il y a une diffrence telle1 qu'il faut qu'ils le soient pour tout de bon ou que ce soit nous4 ,les femmes1 dans cette contre1 mettent un point d'amour-propre procurer d'autres compagnes leurs maris4--,les hommes y ont plusieurs femmes et en ont un nombre d'autant plus grand qu'ils sont rputs plus vaillants4 ,c'est une particularit qui ne manque pas de beaut que1 dans ces mnages1 la jalousie qui1 chez nous1 pousse nos femmes nous empcher de rechercher l'amiti et les faveurs d'autres femmes1 conduise les leurs en attirer d'autres leurs maris4 ,l'honneur de ceux-ci primant chez elles toute autre considration1 elles mettent tous leurs soins chercher avoir le plus de compagnes qu'elles peuvent1 leur nombre1 plus ou moins grand1 tmoignant du courage qu'on lui reconnat4 ,chez nous on crierait au miracle2 ce n'en est pas un1 c'est la vertu matrimoniale porte au suprme degr4--,la ,bible ne nous montre-t-elle pas ,sarah et les femmes de ,jacob1 ,la1 ,rachel1 mettant leurs plus belles servantes la disposition de leurs maris2 ,livia ne seconda-t-elle pas1 contre son intrt1 les dsirs voluptueux d',auguste2 ,stratonice1 femme du roi ,dejotarus1 non seulement prta son mari1 pour qu'il en ft usage1 une fort belle jeune fille d'entre ses femmes de chambre1 mais elle s'employa lever avec soin les enfants qu'il en eut et les aida de tout son pouvoir pour qu' la mort de leur pre ils lui succdassent sur le trne4 ,et qu'on ne pense pas que cela est simplement l'observation servile et oblige d'un usage reu1 impos par d'anciennes coutumes1 s'appliquant sans discuter ni raisonner et qu'ils sont trop stupides pour aller l'encontre2 voici quelques traits de leur part qui montrent qu'ils ne le sont point tant4--,j'ai rapport ci-dessus une de leurs chansons guerrires1 j'en possde une autre qui est un chant d'amour2 elle commence ainsi3 ,couleuvre1 arrte-toi2 arrte-toi1 couleuvre1 pour que ma sur prenne pour modle les couleurs qui te parent1 pour me faire une riche cordelire que je puisse donner ma matresse2 que toujours ta beaut et ton lgance te fassent prfrer tout autre serpent4 ,c'est le premier couplet et le refrain de la chanson4 ,or1 je me connais assez en posie pour apprcier que ce produit de leur imagination n'a rien de barbare et est tout fait dans le genre des odes d',anacron4 ,leur langage du reste a de la douceur1 les sons en sont agrables1 les dsinences de leurs mots se rapprochent de celles de la langue grecque4 ,opinions mises sur nos murs par trois d'entre eux1 venus visiter la ,france4--,trois d'entre eux 7que je les plains1 les malheureux1 de s'tre laiss duper par l'attrait de la nouveaut et d'avoir1 pour le ntre1 quitt leur climat si doux71 ignorants de ce qu'il en cotera un jour leur repos et leur bonheur d'avoir fait connaissance avec nos murs corrompues1 dont la pratique amnera leur ruine que je suppose dj bien avance1 sont venus ,rouen1 alors que feu le roi ,charles ,,ix s'y trouvait4 ,le roi s'entretint longtemps avec eux2 on leur montra notre vie courante1 de belles ftes1 ce que c'est qu'une belle ville4 ,quelqu'un leur ayant demand par la suite ce qu'ils en pensaient et ce qu'ils avaient le plus admir1 ils citrent trois choses4 ,j'ai oubli la troisime et je le regrette bien1 mais je me souviens des deux autres4 ,ils dirent1 en premier lieu1 qu'il leur paraissait bien trange qu'un aussi grand nombre d'hommes de haute stature ayant barbe au menton1 robustes et arms1 qui se trouvaient auprs du roi 7il est probable qu'ils voulaient parler des ,suisses de sa garde71 se soumissent obir un enfant et qu'il serait plus naturel qu'on ft choix de l'un d'eux pour commander4 ,secondement1 qu'ils avaient remarqu qu'il y a chez nous des gens bien nourris1 gorgs de toutes les commodits de la vie1 en mme temps que des moitis d'hommes dcharns1 souffrant de la faim et de la misre1 mendiant la porte des premiers 7dans leur langage imag1 ils qualifient ces malheureux de moiti des autres72 et qu'ils trouvaient bien extraordinaire que ces moitis d'hommes si ncessiteux puissent supporter une telle injustice1 ne prennent pas les autres la gorge et ne mettent pas le feu leurs maisons4 ,privilges que confre chez eux la suprmatie4--,je me suis entretenu fort longtemps avec l'un d'eux2 mais j'avais un interprte qui comprenait si mal et tait si embarrass pour faire les questions que j'imaginais de leur poser que1 par sa btise1 je ne pus obtenir rien de srieux de mon interlocuteur4 ,lui ayant demand ce que lui valait la supriorit qu'il avait parmi les siens 7c'tait un chef et nos matelots le disaient roi71 il me rpondit qu'il avait le privilge de marcher en tte1 quand on allait en guerre4 ,a ma question3 ,de combien d'hommes il tait suivi8 il me montra un terrain1 voulant dire qu'il y en avait autant qu'en pouvait contenir l'espace qu'il m'indiquait1 ce qui pouvait reprsenter quatre cinq mille hommes4 ,je lui demandai encore si1 en dehors du temps de guerre1 il conservait quelque autorit3 ,quand je visite les villages qui dpendent de moi1 me dit-il1 on m'ouvre des sentiers travers les taillis des bois1 pour me permettre de passer l'aise4 ,tout cela n'est pas mal en vrit2 mais au fond1 qu'est-ce que cela vaut8 ,ces gens ne portent mme pas de culotte6 ,,chapitre ,,xxxi4 ,il faut apporter beaucoup de circonspection1 quand on se mle d'mettre un jugement sur les dcrets de la ,providence4 ,on ne croit rien si fermement qu'aux choses qui ne peuvent tre soumises au raisonnement4--,l'inconnu est le vritable champ d'action de l'imposture2 outre que son tranget mme lui donne crdit1 comme il chappe aux raisons ordinaires1 nous n'avons pas moyen de le combattre4 ,c'est pourquoi1 dit ,platon1 il est bien plus ais de se faire accepter quand on parle de choses se rapportant aux dieux1 que lorsqu'il s'agit de questions affrentes aux hommes2 l'ignorance des auditeurs1 dans le premier cas1 ouvre une belle et large carrire et donne toute latitude pour produire des allgations que nous ne pouvons vrifier4 ,il en rsulte que rien ne trouve davantage crance que ce qu'on connat le moins1 et qu'il n'y a personne pour parler avec plus d'assurance comme ceux qui nous content des fables3 les alchimistes1 ceux qui interprtent les prsages1 les astrologues1 ceux qui lisent l'avenir dans les lignes de la main1 les mdecins et tous autres de mme espce1 auxquels je joindrais volontiers1 si j'osais1 un tas de gens qui se mlent constamment d'interprter et de contrler les desseins de ,dieu1 prtendant pntrer la cause de tout ce qui arrive1 les secrets de la volont divine et les motifs insondables de ses uvres1 malgr les dmentis continus et de toutes sortes que leur infligent les vnements4 ,ils ont beau tre balancs d'un ct l'autre1 d',orient en ,occident1 ils n'en continuent pas moins jouer le mme jeu et1 du mme crayon1 peindre blanc et noir4 ,pour appuyer la vrit de la religion chrtienne1 il ne faudrait jamais apporter en preuve le succs de telle ou telle entreprise2 c'est donner matire toutes sortes de contestations4--,chez une nation indienne1 existe une pratique digne d'loges4 ,leur survient-il quelque insuccs dans une rencontre ou une bataille1 ils en demandent publiquement pardon au soleil1 qui est leur dieu1 comme s'il s'agissait d'une offense son gard1 reconnaissant tenir leur bonheur et leur malheur de la divinit tablie juge de leurs projets et de leurs actions4 ,au chrtien1 il suffit de croire que tout vient de ,dieu et d'accepter de bonne grce le bien et le mal qu'il nous envoie dans son infinie sagesse1 dont nous ne pouvons pntrer les mobiles et1 quoi que ce soit1 d'en tre quand mme reconnaissant4 ,mais ce que je blme1 c'est de se servir1 ainsi que je le vois faire1 des vnements heureux qui adviennent1 comme moyen d'exalter et de consolider notre religion4 ,notre foi repose sur assez d'autres bases1 sans que les vnements aient besoin d'tre appels l'aide2 habituer le peuple de semblables arguments vers lesquels il est dj trop port1 prsente ce danger que1 si un revirement vient s'oprer dans les faveurs de la fortune1 qu'elle nous soit contraire et tourne notre dsavantage1 sa foi peut en tre branle4--,c'est ce qui arrive1 en ce moment1 dans nos guerres de religion2 ceux qui ont eu le dessus dans la rencontre de ,la ,roche-,abeille ont fait grand bruit de leur succs et l'ont prsent comme un signe de la faveur divine pour leur parti2 postrieurement1 ils ont expliqu les dfaites de ,montcontour et de ,jarnac comme le fait d'une punition et d'un chtiment tels qu'un pre en inflige parfois ses enfants2 mais si le peuple1 auquel on tient un pareil langage1 n'est pas notre complte dvotion1 il arrive aisment comprendre qu'on cherche tirer double profit d'une mme chose et que c'est de la mme bouche souffler le chaud et le froid2 mieux vaudrait l'entretenir de ce qui1 en ralit1 constitue les principes fondamentaux de la vrit4 ,c'est une belle victoire navale que celle remporte en ces derniers mois sur les ,turcs par ,don ,juan d',autriche2 mais ,dieu a bien permis qu'en d'autres circonstances nous en perdions d'aussi importantes4 ,en somme1 il est difficile de mesurer1 avec nos seules facults1 les choses divines sans qu'elles en souffrent4 ,qui voudrait tirer une conclusion de ce qu',arius et son pape ,lon1 principaux chefs de l'hrsie laquelle le premier a donn son nom1 soient morts1 en des temps diffrents1 dans des conditions semblables et si particulires 7pris de douleurs d'entrailles et obligs de quitter la salle o on discutait1 pour aller la garde-robe1 ils y rendirent subitement le dernier soupir71 et pousserait l'exagration jusqu' voir dans cette circonstance de lieu une manifestation de la vengeance divine1 pourrait encore citer l'appui de sa thse la mort d',hliogabale1 tu aussi dans des lieux d'aisance2 seulement comment alors expliquer pourquoi ,irne eut le mme sort8 ,les vnements sont dus des causes que ,dieu seul connat et qu'il n'est pas donn l'homme de pntrer4--,dieu veut nous apprendre par l que les bons ont autre chose esprer et les mchants autre chose redouter que les bonnes et les mauvaises fortunes de ce monde2 il en dispose et les rpartit suivant ses desseins impntrables et nous te ainsi le moyen de nous en glorifier bien tort et de les exploiter4 ,ceux qui s'en prvalent en s'appuyant sur la raison humaine1 se moquent2 ils n'en donnent jamais une preuve pour1 qu'il ne s'en prsente aussitt deux contre2 saint ,augustin le dmontre victorieusement ses contradicteurs4 ,c'est une question dcider1 plus par les faits que l'on peut citer que par le raisonnement4 ,nous sommes obligs de nous contenter de la lumire qu'il plat au ,soleil de nous communiquer par ses rayons2 et celui qui1 pour en absorber davantage en lui-mme1 le fixerait avec les yeux1 ne devrait pas s'tonner si1 en punition de son outrecuidance1 il perdait la vue3 ,quel homme peut connatre les desseins de ,dieu1 ou imaginer ce que veut le ,seigneur 7,livre de la ,sagesse78 ,,chapitre ,,xxxii4 ,les volupts sont fuir1 au prix mme de la vie4 ,abandonner la vie quand elle est misrable et tourmente1 n'a rien que d'ordinaire et naturel2 mais se donner la mort au milieu de toutes les prosprits et pour se soustraire aux joies de ce monde et de la volupt est plus singulier4--,j'avais bien vu la plupart des coles anciennes tre d'accord sur ce que l'heure de mourir est venue1 lorsque nous avons attendre de la vie plus de mal que de bien2 et que la conserver quand elle nous est une cause de tourments et charge1 c'est aller l'encontre de ce que la ,nature elle-mme nous suggre1 comme il est dit dans ces sentences d'un autre ge3 ,ou une vie tranquille1 ou une mort heureuse2--,il est beau de mourir1 quand la vie est un opprobre2--,il vaut mieux ne pas vivre1 que de vivre malheureux 7d'aprs ,stobe74 ,mais pousser le mpris de la mort au point d'y avoir recours pour se drober aux honneurs1 la richesse1 aux grandeurs et autres faveurs et biens qui1 nos yeux1 constituent la fortune1 comme si la raison ne suffisait pas pour nous amener les abandonner sans recourir ce moyen extrme1 je ne l'avais vu ni recommander1 ni pratiquer1 lorsque me tomba sous la main ce passage de ,snque3--,il a donn ,lucilius1 personnage puissant de l'entourage de l'empereur auprs duquel il jouit d'un grand crdit1 le conseil de cesser sa vie de plaisirs et de luxe1 de renoncer aux ambitions du monde1 d'y substituer une vie solitaire1 tranquille1 et de s'adonner la philosophie4 ,lucilius objecte certaines difficults ce changement d'existence1 ,snque lui rpond3 ,j'estime qu'il te faut renoncer ce genre de vie ou la vie elle-mme4 ,bien que je te conseille le moyen le plus doux3 dtacher ce que tu as mal nou plutt que le rompre1 c'est sous rserve que tu rompes si tu ne peux dtacher autrement2 il n'y a pas d'homme1 si couard qu'il soit1 qui ne prfre tomber une bonne fois1 que d'tre sans cesse sous le coup d'une chute imminente4 ,j'eusse trouv ce conseil conforme la rudesse des ,stociens2 j'ai t trs surpris qu'il ft emprunt picure qui1 ce mme propos1 a crit la mme chose ,idomne4 ,il me semble avoir remarqu dans certains faits de notre poque cette mme tendance1 mitige par la modration inhrente la doctrine chrtienne4 ,saint ,hilaire1 vque de ,poitiers1 ce fameux ennemi de l'hrsie arienne1 tant en ,syrie1 fut averti qu',abra1 sa fille unique1 qu'il avait laisse dans les ,gaules avec sa mre1 tait recherche en mariage par des seigneurs des plus marquants du pays1 parce qu'elle tait trs bien leve1 belle1 riche et la fleur de l'ge4 ,il lui crivit1 ainsi qu'une lettre de lui en tmoigne1 de ne pas prter attention aux offres qui lui taient faites1 si avantageuses et si dsirables qu'elles lui paratraient2 que1 dans le cours de son voyage1 il lui avait trouv un parti beaucoup plus grand et plus digne1 un mari autrement puissant et magnifique1 qui lui ferait prsent de robes et de joyaux d'un prix inestimable4 ,son dessein tait de lui faire perdre le got des plaisirs de ce monde1 et de l'en dtourner pour l'amener tout ,dieu4 ,puis1 pensant que la mort de sa fille tait encore le moyen le plus court et le plus certain d'arriver ce but1 il ne cessa d'adresser au ,crateur vux1 prires et oraisons1 pour qu'il la ft sortir de ce monde et l'appelt lui1 ce qui arriva4 ,peu aprs son retour elle mourut1 ce dont il manifesta une joie bien singulire4 ,saint ,hilaire semble renchrir ici sur tous autres1 en ce qu'il fit appel de prime abord la mort1 laquelle les autres n'ont recours qu'en dernier ressort2 et aussi1 parce qu'il s'agit de sa fille unique4--,mais cette histoire a une suite que je ne veux pas passer sous silence1 bien qu'elle ne se rattache pas prcisment mon sujet4 ,la femme de saint ,hilaire1 tenant de lui que la mort de leur fille avait t prmdite et amene par un effet de sa volont1 et combien elle tait plus heureuse hors de ce monde que si elle y ft demeure1 fut prise d'un si ardent dsir d'tre au ciel1 pour y jouir de la batitude ternelle1 qu'elle sollicita son mari avec les plus vives instances1 d'en agir de mme son gard4 ,dieu1 accdant leurs communes prires1 l'appela lui bientt aprs2 et cette mort1 accueillie avec transport1 leur causa tous deux une satisfaction tout fait en dehors de l'ordinaire4 ,,chapitre ,,xxxiii4 ,la fortune marche souvent de pair avec la raison4 ,la fortune agit dans les conditions les plus diverses1 parfois elle se substitue la justice4--,l'inconstance de la fortune au pas mal assur1 fait qu'elle se prsente ncessairement nous dans les conditions les plus diverses4 ,y a-t-il quelque chose de plus conforme la justice que le fait suivant8 ,le duc de ,valentinois1 mditant d'empoisonner ,adrien1 cardinal de ,cornte1 chez qui son pre1 le pape ,alexandre ,,vi1 et lui devaient souper au ,vatican1 envoya1 avant de s'y rendre lui-mme1 une bouteille de vin empoisonn1 recommandant au sommelier de la conserver avec grand soin4 ,le pape arriva avant son fils et demanda boire2 le sommelier1 pensant qu'on ne lui avait tant fait de recommandations sur ce vin que parce qu'il tait particulirement bon1 en servit au pape4 ,le duc survint au moment de la collation et1 convaincu que ce n'tait pas sa bouteille qu'il avait t touch1 en prit son tour4 ,le pre succomba immdiatement2 quant au fils1 il en fut trs gravement et trs longtemps malade1 mais il tait rserv une fin plus malheureuse4 ,elle dtermine les vnements les plus bizarres1 qui vont jusqu' tenir du miracle4--,la fortune se joue quelquefois de nous point nomm4--,quoique de partis opposs1 ainsi que cela arrive entre voisins d'un ct et de l'autre de la frontire1 le seigneur d',estres1 alors guidon de ,m4 de ,vendme1 et le seigneur de ,liques1 lieutenant de la compagnie du duc d',ascot1 taient tous deux prtendants la main de la sur du sieur de ,foungueselles2 le sieur de ,liques l'emporta4 ,le jour mme de ses noces et1 qui pis est1 avant le coucher1 il prit fantaisie au mari de rompre une lance en l'honneur de sa nouvelle pouse1 et il vint escarmoucher prs de ,s4-,omer2 le seigneur d',estres se trouva tre le plus fort et le fit prisonnier4 ,ce qui ajouta son avantage1 c'est que le vainqueur ne relcha son prisonnier qu' la requte que la demoiselle1 contrainte de renoncer aux embrassements de son nouvel poux1 avant que les longues nuits d'un ou deux hivers eussent rassasi l'avidit de leur amour 7,catulle71 lui en fit en s'adressant sa courtoisie1 la noblesse de ,france ne refusant jamais rien aux dames4 ,ne semble-t-il pas qu'elle fasse parfois les choses en artiste8 ,un ,constantin fils d',hlne fonde l'empire de ,constantinople qui1 bien des sicles aprs1 prend fin avec un autre ,constantin galement fils d'une ,hlne4--,quelquefois elle se complat renchrir sur nos miracles4 ,on rapporte que le roi ,clovis faisant le sige d',angoulme1 les murailles1 par faveur divine1 s'croulrent d'elles-mmes4--,bouchet relate d'aprs un auteur que le roi ,robert1 assigeant une ville1 s'en loigna pour aller ,orlans prendre part aux solennits de la fte de ,s4 ,aignan4 ,pendant qu'il tait en dvotion1 un certain moment de la messe1 les remparts de la ville assige tombrent1 sans avoir t l'objet d'aucune tentative de destruction4--,dans nos guerres dans le ,milanais1 mme prodige de sa part1 mais notre prjudice3 ,le capitaine ,rense1 assigeant pour notre compte la ville d',arone1 fit placer une mine sous un grand pan de mur qui fut brusquement soulev de terre mais retomba tout d'une pice et verticalement sur sa base1 si bien que les assigs s'en trouvrent aussi bien protgs aprs comme avant4 ,elle opre des cures inespres2 produit dans les arts1 dans nos affaires les effets les plus inattendus4--,la fortune encore se fait mdecin4 ,jason de ,phres1 souffrant d'un abcs dans la poitrine1 tait abandonn de la corporation2 rsolu se dlivrer de son mal1 ft-ce par la mort1 il se jeta corps perdu dans un combat1 au plus fort de la mle4 ,transperc d'un coup de lance1 le coup fut si heureux qu'il ouvrit l'abcs et que ,jason gurit4--,ne se montra-t-elle pas1 avec le peintre ,protognes1 d'un talent suprieur au sien dans la pratique mme de son art8 ,protognes avait peint et parfaitement russi un chien harass et rendu de fatigue2 il tait satisfait de son uvre en tous points1 sauf qu'il n'arrivait pas reprsenter son gr l'cume et la bave2 dpit de son insuccs1 il saisit son ponge qui tait imprgne de diverses couleurs et la lana contre son tableau1 voulant tout effacer4 ,la fortune dirigea si bien le coup1 qu'il porta sur la gueule du chien et fit ce que l'artiste n'avait pu obtenir4--,on la voit rectifier parfois et corriger les desseins que nous avons forms4 ,la reine d',angleterre1 ,isabelle1 venant de ,zlande1 rentrait dans son royaume1 conduisant une arme au secours de son fils et contre son mari4 ,elle tait perdue si elle entrait dans le port qu'elle projetait d'atteindre1 parce que ses ennemis l'y attendaient4 ,la fortune1 contre sa volont1 la rejeta sur un autre point de la cte1 o elle dbarqua en sret4--,ce personnage de l'antiquit qui1 lanant une pierre un chien1 atteignit sa belle-mre et la tua1 n'tait-il pas dans le vrai quand1 aprs l'accident1 il disait3 ,la fortune est plus avise que nous 7,mnandre78 ,icets avait suborn deux soldats pour assassiner ,timolon1 durant un sjour ,adrane1 en ,sicile4 ,les conjurs convinrent d'agir pendant un sacrifice que leur victime devait offrir4 ,ils taient mls la foule et se faisaient rciproquement signe que le moment tait propice leur mauvais coup1 quand voil un troisime individu qui assne un grand coup d'pe sur la tte de l'un d'eux1 l'tend mort par terre et s'enfuit4 ,son compagnon1 se croyant dcouvert et perdu1 court l'autel et1 le tenant embrass1 promet de tout rvler1 si on lui accorde son pardon4 ,et voil que1 tandis qu'il dvoile la conjuration1 le meurtrier qui avait t arrt1 tran par le peuple qui le houspille1 est amen travers la foule ,timolon et aux personnages de marque de l'assemble4 ,l1 il crie merci1 disant que c'est bon droit qu'il a tu l'assassin de son pre4 ,sance tenante1 il est prouv par des tmoins que sa bonne fortune fait se trouver l propos1 qu'en effet son pre avait t assassin dans la ville des ,lontins par celui dont il venait de tirer vengeance2 et1 en rcompense de ce qu'en vengeant la mort de son pre il a eu l'heureuse chance de sauver celui que les ,siciliens appelaient le ,pre du peuple1 on lui octroie une somme de dix mines attiques4 ,ce coup du sort ne dpasse-t-il pas toutes les prvisions humaines8 ,je terminerai par un fait qui nous montre la fortune se prtant un acte dnotant de sa part une faveur toute particulire1 une bont et une pit singulires4 ,a ,rome1 ,ignatius et son fils1 proscrits par les triumvirs1 par une dtermination tmoignant leur grandeur d'me1 se rsolurent1 pour chapper la cruaut des tyrans1 de se donner rciproquement la mort4 ,l'pe la main1 ils se prcipitent l'un sur l'autre1 et la fortune dirige si bien leurs coups1 que tous deux sont mortellement atteints4 ,bien plus1 pour l'honneur d'une si belle amiti1 elle permet que le pre et le fils aient encore la force de retirer les fers des blessures qu'ils viennent de porter1 et de se jeter tout sanglants dans les bras l'un de l'autre2 et ils meurent1 se tenant si troitement embrasss1 que les bourreaux leur coupent la tte laissant les corps en cette noble treinte1 leurs plaies bantes colles l'une l'autre1 humant amoureusement l'une et l'autre le sang et les restes de vie de chacun4 ,,chapitre ,,xxxiv4 ,une lacune de notre administration4 ,utilit dont serait1 dans chaque ville1 un registre public o chaque habitant pourrait insrer des annonces et des avis4--,feu mon pre1 homme d'un jugement d'une grande nettet1 qui ne s'tait form que par l'exprience aide de ses dispositions naturelles1 m'a dit autrefois qu'il avait dsir faire que1 dans les villes1 il y et un endroit dsign o ceux ayant des besoins faire connatre1 puissent se rendre et o ils trouveraient un employ prpos cet effet1 qui aurait charge d'enregistrer leur affaire1 dans la forme ci-aprs par exemple3 ,un tel cherche vendre des perles2--un tel cherche des perles qui soient vendre2--un tel voudrait trouver compagnie pour aller ,paris2--un tel1 un domestique dans telles conditions2--un tel voudrait se placer2--tel demande un ouvrier2--tel demande ceci1 tel autre demande cela1 chacun suivant ce dont il aurait besoin4 ,il semble que ce moyen de nous avertir les uns les autres1 serait d'une trs grande commodit pour le public2 car tous moments il y a des besoins qui demandent satisfaction2 et1 faute de se trouver au courant des offres et des demandes1 il y a des gens qui sont dans un extrme embarras4 ,j'prouve une grande honte pour notre sicle1 quand j'entends dire que1 de notre temps1 deux hommes de trs grand savoir3 ,lilius ,gregorius ,giraldi en ,italie1 et ,sbastien ,chasteillon en ,allemagne1 sont morts de misre ne mangeant pas leur faim4 ,j'estime qu'un millier de personnes1 si elles avaient connu leur dtresse1 ou les eussent secourus sur place1 ou les eussent mands prs d'elles en leur faisant de trs avantageuses conditions4 ,le monde n'est pas si gnralement corrompu1 que je ne connaisse des hommes qui seraient trs heureux de pouvoir employer les ressources de leur patrimoine1 durant le temps qu'il plat la fortune de leur en laisser la jouissance1 mettre l'abri du besoin les personnages hors ligne1 qui se sont distingus sous quelque rapport que ce soit1 que le malheur rduit parfois la dernire extrmit1 et qui les mettraient pour le moins en tel tat1 qu' moins de n'tre pas raisonnables1 ils seraient certainement contents4 ,intrt que prsenterait galement la tenue1 dans chaque famille1 d'un livre o seraient consigns1 jour par jour1 les petits vnements qui l'intressent4--,dans la tenue de sa maison1 mon pre avait une habitude d'ordre intrieur que je loue fort1 mais que je n'ai pas su imiter4 ,outre le registre des transactions journalires o s'inscrivent les menus comptes1 paiements1 marchs1 dans lesquels n'intervient pas le notaire1 registre que tenait notre homme d'affaires1 il voulait que son secrtaire tnt un journal de tous les vnements tant soit peu marquants et1 jour par jour1 de tous renseignements qui pouvaient servir l'histoire de sa famille2 ce qui constitue un document trs curieux1 quand le temps commence effacer le souvenir des faits1 et nous est souvent fort utile pour nous tirer d'embarras4 ,on y trouve3 ,quand a t commenc tel travail2 quelle poque il a pris fin2--quelles personnes1 avec quelles suites1 sont venues nous voir2 la dure de leurs sjours2--nos voyages1 nos absences2 les mariages1 les morts1 les bonnes et mauvaises nouvelles2 les changements survenus parmi nos principaux serviteurs2 etc4 ,usage ancien qui permet chacun de revivre son pass2 je trouve bon de le rappeler et suis bien sot de ne pas l'avoir continu4 ,,chapitre ,,xxxv4 ,de l'habitude de se vtir4 ,la nature nous a-t-elle forms pour tre vtus8--,quel que soit le sujet que je veuille traiter1 je me heurte quelque bizarrerie des coutumes admises1 tellement elles ont la haute main sur tout ce qui nous touche4 ,en cette saison o le froid se fait sentir1 je m'entretenais de l'habitude qu'ont ces peuples nouvellement dcouverts1 d'aller tout nus1 et je me demandais si elle a t amene par la temprature leve du climat1 ainsi qu'on le dit pour les ,indiens et les ,maures1 ou si1 l'origine1 ce n'tait pas la faon d'tre de l'homme4 ,tout ce qui est sous la calotte des cieux tant soumis aux mmes lois1 comme le dit l'criture1 les gens senss admettent dans les questions de cet ordre que1 pour distinguer les lois naturelles de celles qui ont t introduites par nous1 il faut se reporter aux rgles gnrales qui prsident au travail de la nature en ce monde qui1 elles1 ne souffrent aucune altration4 ,or tout1 en dehors de l'homme1 est par soi-mme pourvu de tout ce qui est ncessaire sa conservation2 il n'est donc pas croyable que seuls nous ayons t crs dans un tat si dfectueux et si misrable1 que nous ne puissions nous passer de secours tranger4 ,c'est pourquoi j'estime que les plantes1 les arbres1 les animaux et tout ce qui a vie1 tant naturellement pourvus de moyens les garantissant suffisamment contre les injures du temps1 ,raison pour laquelle presque tous les tres sont couverts1 ou de cuir1 ou de poil1 de coquilles1 de callosits ou d'corce 7,lucrce71 il en tait ainsi de nous4 ,mais1 de mme qu'il s'en trouve qui font emploi de lumires artificielles qui affaiblissent la clart du jour1 de mme nous avons affaibli l'efficacit des moyens servant nous garantir qui nous sont propres1 en leur en substituant qui ne nous sont pas naturels4 ,il est ais de reconnatre que c'est l'habitude que nous devons de considrer comme impossible ce qui ne l'est pas2 car1 parmi ces nations qui ne font pas usage de vtements1 il y en a qui habitent sous le mme climat que nous1 et d'autres sous des climats beaucoup plus rudes que le ntre4 ,nous-mmes nous avons constamment dcouvert les parties les plus dlicates de notre corps3 les yeux1 la bouche1 le nez1 les oreilles2 et nos paysans1 comme nos aeux1 vont encore la poitrine et le ventre dcouverts4 ,si nous tions ns avec des jupes et des culottes1 il n'y a pas de doute que la nature n'et dot d'une peau plus paisse les parties de notre corps exposes aux intempries des saisons1 comme le sont les extrmits des doigts et la plante des pieds4 ,pourquoi cela nous semble-t-il invraisemblable8 ,entre la manire dont je suis vtu et celle d'un paysan de mon pays1 la diffrence est bien plus grande qu'entre cette dernire et celle d'un homme qui n'a que sa propre peau pour tout vtement2 combien de gens1 en ,turquie en particulier1 vont compltement nus1 par dvotion6--,je ne sais qui demandait un gueux qu'il voyait1 en plein hiver1 n'ayant que sa chemise1 tre aussi gai que tel qui est emmitoufl de martres jusqu'aux oreilles1 comment1 dans un tat si misrable1 il pouvait tre de si bonne humeur3 ,vous1 ,monsieur1 lui fut-il rpondu1 vous avez la figure dcouvert2 eh bien1 moi1 des pieds la tte1 je suis tout figure4--,les ,italiens1 ce me semble1 racontent que le fou du duc de ,florence1 auquel son matre demandait comment1 si mal vtu1 il pouvait endurer le froid1 alors que lui-mme en tait trs fort incommod1 lui rpondit3 ,suivez ma recette1 mettez-vous sur le corps toute votre garde-robe comme je fais de la mienne1 et vous n'en souffrirez pas plus que moi4--,le roi ,massinissa ne put1 jusqu' son extrme vieillesse1 supporter avoir la tte couverte1 quelque froid1 quelque orage ou pluie qu'il ft2 de mme1 dit-on1 l'empereur ,svre4--,hrodote rapporte que lui et d'autres ont remarqu1 la suite des combats livrs entre les gyptiens et les ,perses1 en examinant les morts1 que1 sans comparaison1 les gyptiens avaient le crne beaucoup plus dur que les ,perses1 ce qu'il attribue ce que ceux-ci ont toujours une calotte sur la tte et le turban par dessus1 tandis que les premiers ont1 ds l'enfance1 la tte compltement rase et toujours dcouverte4--,le roi ,agsilas1 jusqu'au moment o l'atteignirent les infirmits1 portait les mmes vtements1 en hiver comme en t4--,csar1 dit ,sutone1 marchait la tte de ses troupes1 le plus souvent pied et toujours la tte dcouverte1 qu'il ft soleil ou qu'il plt4 ,annibal1 dit-on1 en faisait autant1 bravant1 tte nue1 la pluie et l'effondrement des cieux 7,silius ,italicus74--,un ,vnitien rapporte qu'au royaume du ,pgu1 o il est demeur longtemps et d'o il ne fait que revenir1 hommes et femmes ont le reste du corps vtu1 mais vont toujours les pieds nus1 mme cheval4--,platon conseille1 comme d'un merveilleux effet pour la sant1 de ne se couvrir ni les pieds1 ni la tte autrement que la nature y a pourvu4--,le seigneur que les ,polonais ont choisi pour roi en remplacement de celui que nous leur avions fourni1 est assurment un des plus grands princes de notre sicle2 il ne porte jamais de gants2 l'hiver et quelque temps qu'il fasse1 il a toujours dehors le mme bonnet dont il fait usage dans ses appartements4--,je ne puis souffrir tre dboutonn et avoir mes vtements flottants2 les laboureurs de mon voisinage seraient trs gns d'aller ainsi4--,varron estime que l'obligation de nous tenir dcouverts en prsence des dieux ou d'un magistrat a t motiv par l'intrt de notre sant1 pour nous fortifier contre les intempries1 plutt qu'en signe de respect4 ,du froid en certaines circonstances4--,puisqu'il est question du froid1 et qu'en ,france on aime la bigarrure dans les couleurs que l'on porte 7pas moi cependant qui ne m'habille gure que de noir et de blanc comme faisait mon pre71 variant mon sujet1 j'ajouterai que le capitaine ,martin du ,bellay relate avoir vu1 dans un voyage dans le ,luxembourg1 des froids si rigoureux que le vin destin aux soldats se coupait coups de hache et de cogne1 et se dbitait au poids la troupe qui l'emportait dans des paniers4 ,ovide1 du reste1 ne dit-il pas3 ,le vin gel conserve la forme du vase qui le contenait2 on ne le boit pas liquide1 la distribution en est faite par morceaux4--,les geles sont si fortes l'entre des ,palus ,motides que1 sur les mmes emplacements o1 sur la glace1 il avait combattu pied sec et dfait ses ennemis1 le lieutenant de ,mithridate1 l't suivant1 gagna encore sur ces mmes adversaires une bataille navale4--,les ,romains se trouvrent dans un grand tat d'infriorit1 lors du combat qu'ils livrrent aux ,carthaginois prs de ,plaisance1 de ce qu'ils combattirent glacs jusqu'au sang et les membres raidis par le froid4 ,annibal1 lui1 avait eu soin de faire faire de grands feux sur toute sa ligne1 pour que ses soldats pussent se chauffer1 et ses divers corps de troupes il avait fait distribuer de l'huile1 pour que1 s'en frottant1 leurs membres se dgourdissent et en devinssent plus souples1 et que l'huile formant enduit1 protget les pores de la peau contre les atteintes de l'air et le vent glacial qui rgnait ce moment4--,la retraite des ,grecs pour1 de ,babylone1 regagner leur patrie1 est fameuse par les difficults et les souffrances qu'ils eurent surmonter4 ,ils furent entre autres1 dans les montagnes d',armnie1 assaillis par une trs forte tourmente de neige qui leur fit perdre momentanment toute connaissance du pays et des chemins4 ,contraints par suite de demeurer sur place1 ils furent un jour et une nuit sans boire ni manger2 la plupart de leurs btes prirent ainsi que plusieurs d'entre eux2 quelques-uns perdirent la vue par l'effet du grsil et l'clatante blancheur de la neige2 quelques-uns eurent les extrmits des membres gels2 et il y en eut qui1 conservant leur pleine connaissance1 envahis compltement par le froid1 en furent engourdis1 paralyss et immobiliss tout jamais4--,alexandre a vu un pays o1 en hiver1 on enterre les arbres fruitiers pour les dfendre contre la gele2 nous sommes1 du reste1 mme de le voir faire parfois chez nous mmes4 ,usages la cour de l',empereur du ,mexique4--,revenons l'habillement4 ,l'empereur du ,mexique changeait de vtements quatre fois par jour et ne mettait jamais deux fois les mmes2 ceux qu'il quittait lui servaient faire des libralits1 ou il les donnait en rcompense4 ,il en tait de mme des vases1 des plats et des ustensiles de sa cuisine et de sa table1 qui jamais n'taient employs pour son service et ne paraissaient deux fois devant lui4 ,,chapitre ,,xxxvi4 ,sur ,caton le jeune4 ,il ne faut pas juger des autres d'aprs nous4--,je ne donne pas dans cette erreur si communment rpandue de juger des autres d'aprs moi2 je crois aisment que bien des choses en eux peuvent diffrer essentiellement de ce qui est en moi4 ,de ce que je suis port faire de telle faon1 je n'oblige pas le monde faire de mme comme beaucoup font4 ,je crois et conois mille formes diverses de mener l'existence2 et1 contrairement ce qui se passe gnralement1 les diffrences qui sont entre nous1 m'tonnent moins que les ressemblances qui peuvent exister4 ,je n'impose un autre1 sans restriction aucune1 ni mon genre de vie1 ni mes principes2 je le considre simplement en lui-mme1 sans tablir de comparaison1 le prenant tel qu'il est4 ,de ce que je ne suis pas continent1 je ne laisse pas de reconnatre sincrement que les ,feuillants et les ,capucins le sont1 et d'approuver leur manire d'tre sur ce point2 je me mets fort bien par l'imagination leur place1 et les aime et honore d'autant plus1 qu'ils diffrent de moi4 ,je souhaite tout particulirement qu'on nous juge chacun sur ce que nous sommes1 sans nous mettre en parallle avec des modles tirs de la gnralit4 ,ma faiblesse ne m'empche pas de faire cas de ceux qui le mritent par leur force et leur vigueur3 ,il y a des gens qui ne conseillent que ce qu'ils croient pouvoir imiter 7d'aprs ,cicron74--,bien que rampant au niveau du sol1 cela ne m'empche pas d'apercevoir dans les nues1 si haut qu'elles se soient leves1 certaines mes qui se distinguent par leur hrosme4 ,c'est beaucoup pour moi d'avoir le jugement juste1 alors mme que mes actions ne le sont pas1 et de conserver cette qualit matresse exempte de corruption2 c'est quelque chose d'avoir bonne volont1 lors mme que les forces nous manquent4 ,aujourd'hui la vertu n'est qu'un vain mot2 on n'est vertueux que par habitude1 par intrt ou par ambition4--,notre sicle1 au moins dans le milieu o nous vivons1 est si vici que1 je ne dirai pas la pratique de la vertu mais mme sa conception1 est chose laquelle on ne songe gure2 il semble que ce ne soit plus que du jargon de collge3 ,ils croient que la vertu n'est qu'un mot1 et dans un bois sacr ne voient que du bois brler 7,horace72--,la vertu qu'ils devraient respecter1 quand mme ils ne pourraient la comprendre 7d'aprs ,cicron71 est devenue un colifichet bon pendre dans son cabinet ou au bout de la langue2 un simple objet de parure1 tout comme des pendants d'oreille4 ,il ne s'accomplit plus d'acte de vertu2 ceux qui sont tels en apparence1 n'en ont cependant pas le caractre essentiel2 ils ont leur source dans le bnfice1 la gloire qu'ils peuvent procurer1 la crainte1 l'habitude et autres causes trangres4 ,les actes de justice1 de courage1 de bont manant de nous1 peuvent tre considrs par autrui comme ayant la vertu pour mobile et sembler tels au public2 mais1 chez leurs auteurs1 ce n'est pas la vertu qui les inspire2 ils ont une autre fin1 ils procdent d'une autre cause2 or1 la vertu n'admet que ce qui se fait par elle et pour elle4 ,aprs la grande bataille de ,plate1 remporte par les ,grecs sous les ordres de ,pausanias sur les ,perses commands par ,mardonius1 les vainqueurs1 suivant leur coutume1 ayant attribuer auxquels parmi eux revenait la gloire du succs1 le dcernrent aux ,spartiates1 pour la valeur au-dessus de tout dont ils avaient fait preuve dans le combat4 ,quand ceux-ci1 excellents juges en fait de vertu1 en vinrent dcider auquel d'entre eux devait revenir l'honneur d'tre proclam comme s'tant le mieux conduit en cette journe1 ils reconnurent qu',aristodme tait celui qui avait affront les prils avec le plus de courage4 ,ils ne lui donnrent pourtant pas le prix1 parce que son courage avait t surexcit par le dsir de se laver du reproche qu'il avait encouru pour sa conduite aux ,thermopyles et de racheter sa honte passe par une mort honorable4 ,il est des hommes qui cherchent rabaisser les personnages minents par leurs vertus2 il faudrait au contraire les offrir sans cesse comme des modles l'admiration du monde4--,les jugements que nous portons sont loin d'tre toujours justes1 ils se ressentent de la dpravation de nos murs4 ,je vois la plupart des gens d'esprit de mon temps s'ingnier diminuer la gloire des belles et gnreuses actions que nous prsente l'antiquit1 les dprciant1 inventant cet effet des circonstances et des causes qui n'ont pas exist3 belle malice vraiment6 ,qu'on me donne l'action la plus belle1 la plus pure1 j'arriverai vraisemblablement lui prter par douzaines les pires intentions pour mobile4 ,dieu sait combien1 chez qui y prte1 notre volont intime peut tre diversement influence4 ,ces malins1 qui vont rpandant la mdisance1 sont encore plus grossiers et stupides que mchants4 ,la mme peine que l'on prend1 les mmes procds abusifs dont on se sert pour dprcier ces grands hommes1 je serais presque tent d'en user1 pour aider les faire plus grands encore4 ,ces grandes figures1 si rares1 choisies entre toutes1 choix auquel ont adhr les sages eux-mmes1 pour tre donnes en exemple au monde1 je ne regarderais pas accrotre1 autant que je le pourrais1 l'honneur en lequel on les tient1 par les interprtations et les circonstances favorables que j'arriverais crer2 et je crois qu'en cela les effets de notre imagination demeureraient encore bien au-dessous de leur mrite4 ,c'est le devoir des gens de bien1 de reprsenter la vertu sous les formes les plus belles qu'il se peut2 et je ne trouverais pas redire si ce sentiment nous entranait exagrer encore dans les loges que nous dcernons ses manifestations si dignes de nos respects4 ,ce qu' l'oppos font ses dtracteurs1 ils le font soit par malice1 soit par le dfaut qu'ils ont1 et dont j'ai parl plus haut1 de ramener leur porte ce qui s'impose leur croyance2 ou plutt1 je pense1 parce que leur vue manque de la force et de la nettet ncessaires pour les faire aptes concevoir la splendeur de la vertu dans toute sa puret1 ainsi que c'tait le cas pour ceux qui1 du temps de ,plutarque qui nous le rapporte et s'en irritait avec juste raison1 attribuaient la mort de ,caton le jeune la crainte qu'il avait de ,csar2 cela permet de juger combien ce mme historien et t plus offens encore d'entendre1 ainsi qu'on l'a fait depuis1 attribuer cette mort l'ambition6 ,sottes gens6 ,comme s'il n'tait pas dans le caractre de ,caton d'accomplir une belle action1 juste et gnreuse1 en mettant les apparences contre lui plutt que dans le but de s'en faire un titre de gloire4 ,ce grand homme fut vritablement un modle1 dont la nature fit choix pour nous montrer quel degr peuvent atteindre1 chez l'humanit1 la vertu et la fermet4 ,comment cinq potes anciens ont parl de ,caton2 la vraie posie vous transporte1 mais ne peut s'analyser4--,je ne me propose pas de traiter ici ce sujet1 si riche en enseignements2 je veux simplement mettre en parallle1 pour rehausser sa gloire1 et incidemment la leur1 les passages de cinq potes latins1 consacrs l'loge de ,caton4 ,j'estime que tout enfant1 mis par son instruction mme de prononcer1 trouvera que1 par rapport aux autres1 les deux premires apprciations mises sont faibles2 que la troisime1 plus saisissante1 perd par son exagration2 qu'entre celle-ci et les prcdentes1 il y a place pour une ou deux autres de tonalit intermdiaire1 pour arriver la quatrime1 devant laquelle il ne peut manquer de se tenir en admiration1 les mains jointes2 mais il assignera le premier rang la dernire qui distance toutes les autres1 sans que l'intervalle qui l'en spare puisse1 il le reconnatra1 tre rempli par nul esprit humain2 et1 frapp d'tonnement1 il en demeurera tout saisi4 ,chose tonnante1 nous avons bien plus de potes que de personnes aptes juger et interprter la posie2 il est plus ais de la faire que de la comprendre4 ,si on ne considre que la question secondaire de forme1 on peut appuyer son jugement sur l'application des prceptes1 sur l'art avec lequel elle a t compose2 mais dans ce qu'elle a de bon1 de sublime1 de divin1 elle est au-dessus de toutes les rgles et de tout raisonnement4 ,quiconque cherche avec calme et rflexion en analyser la beaut1 ne la voit pas1 non plus qu'il ne peut discerner la splendeur d'un clair2 elle chappe notre jugement1 le ravit et l'entrane comme un torrent4 ,les transports de qui sait la pntrer se rpercutent en troisime ligne sur qui la lui entend interprter et rciter1 comme il arrive de l'aimant1 qui non seulement attire une aiguille1 mais lui communique sa proprit d'en attirer d'autres4 ,cela apparat bien clairement au thtre3 l'inspiration sacre des ,muses qui1 en premier lieu1 s'est empare du pote et l'a transport de colre1 l'a plong dans le deuil1 incit la haine1 l'a mis hors de lui1 pour en faire ce que bon leur semble1 passe du pote chez l'acteur1 et1 par l'acteur1 s'empare de la foule2 c'est le cas de nos aiguilles suspendues les unes aux autres4--,ds ma premire enfance1 la posie m'a produit cet effet1 de me pntrer et de me transporter2 mais ce sentiment trs vif1 qui m'est naturel1 est diversement impressionn par les modes diffrents qu'elle revt1 non tant par le plus ou moins d'lvation qu'elle affecte 7je n'ai jamais connu de chaque genre1 que ce qu'il a produit de plus lev7 que par les nuances qui les diffrencient2 c'est d'abord une facilit gaie et ingnieuse1 puis une dlicatesse d'esprit l'expression image et pleine de noblesse1 enfin la force arrive pleine maturit et qui jamais ne faiblit4 ,les noms d',ovide1 de ,lucain1 de ,virgile1 qui incarnent ces genres1 me feront mieux comprendre4 ,mais voici nos potes en lice4 ,l'un dit3 ,tel fut ,caton1 plus grand pendant sa vie que ,csar lui-mme 7,martial72--un autre3 et ,caton indomptable triompha de la mort 7,manilius72--un autre parlant des guerres civiles entre ,csar et ,pompe3 ,les dieux embrassent la cause du vainqueur1 ,caton se range celle du vaincu 7,lucain72--le quatrime1 faisant l'loge de ,csar3 ,tout le monde est ses pieds1 le fier ,caton seul fait exception 7,horace74--,vient enfin le coryphe qui1 aprs avoir numr dans ses vers les noms des plus grands hommes de ,rome1 termine ainsi3 ,enfin ,caton1 qui tous dicte des lois 7,virgile74 ,,chapitre ,,xxxvii4 ,une mme chose nous fait rire et pleurer4 ,un vainqueur pleure souvent la mort du vaincu1 et ce ne sont pas toujours des larmes feintes4--,nous voyons1 dans l'histoire1 ,antigone savoir trs mauvais gr son fils de lui avoir prsent la tte du roi ,pyrrhus son ennemi1 qui venait d'tre tu quelques instants avant dans un combat contre lui1 et que1 l'ayant vue1 il se prit verser des larmes abondantes4 ,le duc ,ren de ,lorraine plaignit aussi le duc ,charles de ,bourgogne qui avait trouv la mort dans une dfaite qu'il venait de lui infliger1 et porta son deuil ses funrailles4 ,le comte de ,montfort1 la bataille d',auray1 qu'il gagna contre ,charles de ,blois qui lui disputait le duch de ,bretagne et qui prit dans l'action1 fit rechercher et ensevelir en grande pompe le corps de son ennemi1 dont il mena lui-mme le deuil4 ,ces faits ne nous autorisent pas conclure sans hsiter que3 ,c'est ainsi que l'me cache sous un voile trompeur les passions contraires qui l'agitent2 que souvent elle est triste lorsque le visage rayonne de joie1 et gaie lorsqu'il parat triste 7,ptrarque74--,quand on prsenta ,csar la tte de ,pompe1 les historiens disent qu'il dtourna ses regards comme d'un vilain spectacle l'affectant pniblement4 ,ils avaient t si longtemps d'accord et associs dans la gestion des affaires publiques1 leurs fortunes avaient t si souvent lies l'une l'autre1 ils s'taient rendu mutuellement tant de services et il y avait eu entre eux de si nombreuses alliances1 qu'on ne saurait croire que cette attitude de ,csar tait fausse et contraire ses sentiments intimes1 ainsi que l'estime cet autre3 ,ds qu'il crut pouvoir s'attendrir sans pril sur son gendre1 il feignit de pleurer et tira quelques gmissements d'un cur rempli de joie 7,lucain74--,certainement1 la plupart de nos actions ne sont que masque et que fard1 et il est quelquefois vrai que les pleurs d'un hritier sont des ris sous le masque 7,publius ,syrus72 il faut1 toutefois1 pour porter un jugement en de telles occurrences1 considrer combien nous sommes souvent agits par des passions diverses4 ,des passions multiples et souvent contraires subsistent simultanment dans le cur de l'homme4--,dans notre corps1 disent les mdecins1 se produit un ensemble d'humeurs diverses2 l'une d'elles y domine3 c'est celle qui1 suivant notre temprament1 a ordinairement le plus d'action en nous2 de mme1 parmi les sentiments multiples qui agitent nos mes1 il en est toujours un qui a la prdominance2 mais il ne l'a pas au point qu'en raison de la facilit et de la souplesse de l'me modifier le cours de ses impressions1 les plus faibles ne soient1 l'occasion1 capables de prendre le dessus et d'en arriver1 eux aussi1 l'emporter momentanment4 ,c'est ce qui fait que nous voyons souvent les enfants1 navement1 tels que la nature les y porte1 rire et pleurer d'une mme chose2 et1 parmi nous1 ne pas y en avoir un seul qui1 sur le point d'entreprendre tel voyage qui lui sourit le plus1 puisse se vanter de n'avoir pas nonobstant1 au moment de quitter famille et amis1 senti flchir son courage1 et1 si de vraies larmes ne lui sont pas chappes1 n'est-ce pas tout au moins le cur serr et attrist qu'il a mis le pied l'trier4--,quelque gentille flamme qui chauffe le cur des jeunes filles de bonne famille1 ne faut-il pas quand mme1 au moment de les remettre leurs poux1 les dtacher du cou de leur mre2 et cependant1 combien est dans l'erreur le gai compagnon qui1 sur ce sentiment si naturel1 s'est laiss aller dire3 ,vnus est-elle donc odieuse aux nouvelles maries1 ou celles-ci se moquent-elles de la joie de leurs parents1 par toutes les larmes fausses qu'elles versent en abondance au seuil de la chambre nuptiale8 ,que je meure1 si ces larmes sont sincres 7,catulle76--,c'est pourquoi il n'est pas trange de plaindre tel qui est mort et que cependant nous ne tiendrions pas voir en vie4 ,quand je rprimande mon valet1 je le fais aussi vertement que je puis2 mes imprcations sont bien relles1 mon courroux n'est pas feint2 mais la bourrasque passe1 je tourne aussitt le feuillet2 et1 qu'il ait besoin de moi1 c'est bien volontiers que je lui viendrais en aide4 ,lorsque je le traite d'cervel1 d'animal1 je ne le fais pas pour qu'il garde jamais ces appellations2 je ne pense pas davantage me ddire si1 peu aprs1 je lui dis qu'il est un brave homme4--,aucun qualificatif ne nous est applicable sans restriction aucune4 ,si ce n'tait le propre d'un fou de parler tout seul1 il n'est pas de jour1 peine d'heure1 o on ne m'entendrait gronder en moi-mme et contre moi-mme1 et me dire3 ,peste soit du sot1 bien que je n'entende par l nullement me dfinir4 ,celui qui1 me voyant tantt faire froide mine ma femme1 tantt avoir prs d'elle une mine langoureuse1 pense que1 dans un cas ou dans l'autre1 je ne suis pas sincre1 est un imbcile4--,nron1 prenant cong de sa mre que1 par son ordre1 on allait noyer1 fut cependant mu de cet adieu maternel et en ressentit horreur et piti4--,on dit que la lumire du soleil ne nous arrive pas tout d'un jet1 mais qu'il nous envoie sans cesse rayons sur rayons1 avec une rapidit et une profusion telles1 que nous ne pouvons saisir d'intermittence entre eux3 ,source fconde de lumire1 le soleil brillant inonde sans discontinuit le ciel d'une clart renaissante1 remplaant continuellement ses rayons par des rayons nouveaux 7,lucrce72 de notre me pareillement jaillissent mille saillies diverses1 sans que nous nous en apercevions4 ,xerxs1 sur le rivage de l',hellespont1 considrait combien ses armes qui franchissaient le dtroit1 taient1 par leur immensit1 en disproportion avec la ,grce contre laquelle il les menait4 prouvant tout d'abord un sentiment d'aise en voyant tant de milliers d'hommes dont il tait le matre1 ce sentiment se manifesta par la satisfaction et la joie qui se refltrent sur son visage4 ,et voil que soudain1 au mme instant1 sa pense le porte songer que toutes ces existences1 si grand que soit leur nombre1 auront pris fin au plus tard dans un sicle2 et1 cette ide1 son front se plisse et la tristesse lui arrache des larmes1 ce dont ,artaban1 son oncle1 qui surprit ce changement subit d'attitude1 lui fit reproche4 ,d'ailleurs nous n'envisageons pas sans cesse une mme chose sous un mme aspect4--,nous avons trs rsolument poursuivi la vengeance d'une injure et prouv un singulier contentement d'tre parvenu nos fins2 nous en pleurons pourtant parfois4 ,mais ce n'est pas d'en tre arriv ce que nous voulions que nous pleurons2 cet gard1 nous n'avons pas chang2 seulement notre me regarde la chose d'un autre il1 la voit sous une autre face1 car chaque chose peut tre vue de diffrents cts et prsenter divers aspects4 ,la parent1 les anciennes relations1 les rapports d'amiti que nous avons eus nous reviennent l'esprit1 l'impressionnent sur le moment chacun en son sens2 et le passage de l'un l'autre est si brusque1 qu'il est insaisissable3 ,rien n'est si prompt que l'me1 quand elle conoit1 ou qu'elle agit2 elle est plus mobile que tout ce que nous voyons dans la nature 7,lucrce72 et c'est ce qui fait que nous sommes dans l'erreur lorsque1 de tous ces mouvements1 nous voulons faire un ensemble se droulant d'une faon continue4--,quand ,timolon pleure le meurtre que1 par suite d'une mre et gnreuse rsolution1 il vient de commettre1 ce n'est pas sur la libert qu'il vient de rendre sa patrie qu'il gmit1 ce n'est pas sur le tyran qu'il vient d'immoler2 c'est son frre qu'il pleure4 ,il a accompli une partie de son devoir1 laissons-le satisfaire l'autre4 ,,chapitre ,,xxxviii4 ,de la solitude4 ,les mchants sont nombreux1 nul doute que leur socit ne soit funeste2 c'est un motif pour rechercher la solitude4--,laissons de ct toute comparaison qui serait trop longue1 entre la vie du monde et celle de celui qui s'en isole2 et1 quant cette belle maxime derrire laquelle se dissimulent l'ambition et l'avarice3 ,que nous ne sommes pas ns pour notre propre satisfaction1 mais pour celle de tous1 rapportons-nous-en hardiment ceux qui se trouvent mls aux affaires2 et qu'aprs avoir scrut leur conscience1 ils disent si les mtiers1 les charges et tous les tracas de la vie commune ne sont pas1 au contraire1 recherchs pour le profit personnel qu'ils comptent en retirer4 ,les moyens peu avouables qu'en notre sicle on emploie pour se pousser1 montrent bien le peu que vaut le but que l'on affiche4 ,si pour combattre notre got pour la solitude on met en avant l'ambition1 nous rpondrons que c'est elle prcisment qui nous l'inspire2 car que fuit-elle davantage que la socit8 que recherche-t-elle davantage que d'avoir les coudes franches8--,partout1 il est possible de faire bien et de faire mal2 toutefois1 si le mot de ,bias est juste3 ,que la majorit des hommes est aussi la pire2 ou encore1 si ce que dit l',ecclsiastique est vrai3 ,que sur mille il n'y en a pas un de bon2 ou le pote3 ,les gens de bien sont rares2 peine pourrait-on en trouver autant que ,thbes a de portes ou le ,nil d'embouchures 7,juvnal71 la contagion du mal est grande pour qui est ml la foule4 ,il faut ou imiter les gens vicieux ou les har1 alternatives galement dangereuses2 leur ressembler1 cela conduit loin1 car ils sont beaucoup2 quant les har1 ils sont si nombreux1 en des genres si divers1 qu'il faudrait en har beaucoup4--,c'est avec raison que les marchands qui font le ngoce par mer1 regardent ne pas faire monter leurs navires par des gens dissolus1 blasphmateurs ou mchants1 estimant qu'une telle socit ne peut aboutir qu' mal4--,c'est aussi pour cela que ,bias disait1 en manire de plaisanterie1 ceux en compagnie desquels il se trouvait expos aux dangers d'une violente tourmente et qui invoquaient le secours des dieux3 ,taisez-vous donc1 qu'ils ne s'aperoivent pas que vous tes ici avec moi4--,l'exemple d',albuquerque1 vice-roi de l',inde pour ,emmanuel1 roi de ,portugal1 est encore plus typique3 sur le point de prir dans un accident de mer1 il prit un jeune enfant sur ses paules1 cette fin que1 dans leur pril commun1 son innocence prise en considration par la misricorde divine1 lui serve de sauvegarde et que1 par elle1 99 il soit sauv4 ,ce n'est pas que le sage ne puisse vivre partout content1 et mme s'isoler au milieu des courtisans qui encombrent les palais2 mais1 s'il est libre de choisir1 il en fuira mme la vue1 disent les philosophes3 si c'est ncessaire1 il se rsignera demeurer2 s'il le peut1 il choisira l'autre parti4 ,il n'estime pas avoir fait assez en se dfaisant de ses propres vices2 le rsultat n'est pas complet1 s'il lui faut lutter contre ceux des autres2 ,charondas chtiait comme mauvais1 ceux convaincus de hanter la mauvaise compagnie4--,il n'est pas d'tre plus sociable ni moins sociable que l'homme2 il est l'un par nature1 il est l'autre en raison de ses vices4 ,antisthne ne me semble pas avoir fait une rponse judicieuse quand1 quelqu'un qui lui reprochait de frquenter la socit des mchants1 il disait3 ,les mdecins vivent bien avec les malades4 ,les mdecins aident1 il est vrai1 la sant des malades1 mais ils compromettent la leur par la contagion laquelle ils sont exposs1 l'influence pernicieuse qu'exerce la vue continuelle des maladies et les soins auxquels ils participent pour les combattre4 ,ce que la plupart des hommes recherchent dans la solitude1 c'est d'y vivre loin des affaires et en repos2 mais elle ne nous dgage ni de la gestion de tous soins domestiques1 ni surtout de nos vices4--,le but que nous nous proposons quand nous recherchons la solitude est uniquement1 je crois1 de vivre plus l'aise et comme il nous convient2 mais nous n'en prenons pas toujours le bon chemin4 ,souvent on pense avoir abandonn toute occupation1 on n'a fait qu'en changer4 ,le gouvernement d'une famille ne cause gure moins de tracas que celui d'un tat4 ,l'me occupe une chose1 s'y absorbe compltement1 et alors mme que ce ne sont que des occupations domestiques peu importantes1 elles n'en sont pas moins importunes4 ,bien plus1 nous avons pu nous retirer de la cour1 renoncer aux affaires1 nous ne sommes pas pour cela dlivrs des principaux tourments de la vie3 ,c'est la raison et la prudence1 et non ces plages d'o l'on voit l'tendue des mers1 qui dissipent le chagrin 7,horace74 ,l'ambition1 l'avarice1 l'irrsolution1 la peur1 nos dsirs drgls ne nous abandonnent pas1 lors mme que nous changeons de contre3 ,le souci monte en croupe et galope avec lui 7,horace74 ,ils nous suivent jusque dans les clotres et les coles de philosophie2 il n'est ni dserts1 ni anfractuosits de rocher1 ni mortifications1 ni jenes qui nous en affranchissent3 ,le trait mortel demeure son flanc attach 7,virgile74 ,on disait de quelqu'un ,socrate que sous aucun rapport il ne s'tait amend dans un voyage qu'il venait de faire3 ,je crois bien1 dit le philosophe1 il s'tait emport avec lui4--,pourquoi aller chercher des pays clairs d'un autre soleil8 ,suffit-il donc de fuir sa patrie1 pour se fuir soi-mme 7,horace78--,si tout d'abord on ne dcharge son me du poids qui l'oppresse1 le mouvement ne fait qu'accrotre l'oppression2 tel un navire qui fatigue moins quand son chargement est bien arrim4 ,vous causez un malade plus de mal que de bien1 en le faisant changer de place2 en le remuant1 le mal se prcipite au fond de lui1 comme le contenu d'un sac quand on le secoue1 comme les pieux qui pntrent plus profondment et plus solidement quand on les branle et qu'on les remue4 ,aussi1 ne suffit-il pas de changer de place1 de s'loigner de la foule1 il faut encore carter de nous celles de nos ides qui nous sont communes avec elle2 il se faut squestrer et rentrer en pleine possession de soi-mme3 ,j'ai rompu mes fers1 dites-vous8--,oui1 comme le chien qui a tir sur sa chane et qui1 dans sa fuite1 en trane une partie son cou 7,perse74--,nous emportons nos fers avec nous2 notre libert n'est pas complte1 nous tournons nos regards vers ce que nous avons laiss1 nous en avons l'imagination pleine3 ,si l'me n'est pas rassise1 que de combats intrieurs supporter1 que de prils vaincre6 ,quels soucis1 quelles craintes1 quelles inquitudes rongent l'homme en proie ses passions6 ,quels ravages font en notre me l'orgueil1 la dbauche1 la colre1 le luxe1 l'oisivet 7,lucrce76 ,affranchir notre me des passions qui la dominent1 la dtacher de tout ce qui est en dehors de nous1 c'est l la vraie solitude2 on peut en jouir au milieu des villes et des cours4--,notre mal a son sige dans notre me qui ne peut se soustraire elle-mme 7,horace71 il faut donc l'en extirper1 puis nous concentrer en nous-mmes4 ,c'est en cela que consiste la vraie solitude2 nous en pouvons jouir au sein des villes et des cours2 mais on en jouit plus commodment en s'en tenant l'cart4 ,puisque nous projetons de vivre seuls1 en dehors de toute compagnie1 faisons donc en sorte que notre contentement ne dpende que de nous2 rompons tout ce qui nous attache aux autres1 faisons en sorte de pouvoir vivre effectivement seuls et1 en cet tat1 vivre notre aise4 ,stilpon1 chapp l'incendie de sa ville natale1 y avait perdu sa femme1 ses enfants et tout ce qu'il possdait4 ,dmtrius ,poliorcte1 le voyant demeurer calme devant les ruines de sa patrie1 lui demanda s'il n'avait prouv aucun dommage4 ,stilpon lui rpondit que non2 que1 ,dieu merci1 il n'avait rien perdu de lui-mme4--,c'est ce qu'exprimait sous une forme plaisante le philosophe ,antisthne3 ,l'homme doit se pourvoir1 disait-il1 de provisions susceptibles de flotter sur l'eau1 afin qu'elles puissent1 avec lui1 chapper la nage dans un naufrage2 et en effet1 le sage qui conserve la possession de lui-mme1 n'a rien perdu4--,quand la ville de ,nole fut mise sac par les ,barbares1 ,paulin1 qui en tait vque1 y perdit tout son avoir et demeura leur prisonnier4 ,il n'en adressait pas moins cette prire ,dieu3 ,seigneur1 continue me garder de sentir ce malheur2 ce qui est moi1 tu le sais1 n'a pas encore jusqu'ici t atteint2 les richesses qui le faisaient rellement riche1 les biens auxquels il devait d'tre bon1 taient demeurs intacts4 ,voil ce que c'est que de faire choix de trsors qui peuvent tre mis l'abri de tout dommage et de les cacher en tel lieu que personne n'y pntre et qui ne peut tre rvl que par nous-mmes4--,il faut avoir femme1 enfants1 fortune et surtout la sant1 si on peut1 mais ne pas s'y attacher au point que notre bonheur en dpende4 ,il faut se rserver une sorte d'arrire-boutique exclusivement nous1 indpendante1 o nous soyons libres dans toute l'acception du mot1 qui soit notre principal lieu de retraite et o nous soyons absolument seuls2 l1 nous nous entretiendrons d'ordinaire de nous avec nous-mmes3 entretien intime1 auquel nul ne sera admis et qui ne portera sur aucun sujet autre4 ,nous nous y abandonnerons nos penses srieuses ou gaies1 comme si nous n'avions ni femme1 ni enfants1 ni biens1 ni train de maison1 ni serviteurs1 de telle sorte que s'ils viennent nous manquer1 ce ne soit pas chose nouvelle pour nous que de nous en passer4 ,nous avons une me susceptible de se replier sur elle-mme et de se suffire en sa propre compagnie1 d'attaquer comme de se dfendre1 de recevoir et de donner1 ne craignons donc pas dans le tte tte avec nous-mmes d'en arriver croupir dans une ennuyeuse oisivet3 ,dans ta solitude1 sois toi-mme le monde 7,tibulle74 ,la vertu se contente par elle-mme1 sans avoir besoin de rgles1 de paroles ni d'actes4 ,les hommes se passionnent pour mille choses qui ne les concernent point4--,dans ce qui constitue nos occupations habituelles1 sur mille1 il n'en est pas une o nous soyons directement intresss ce que nous faisons4 ,celui-ci1 que tu vois furieux et hors de lui1 bravant la fusillade et gravissant cette pente rapide pour escalader ces murailles en ruines2 cet autre qui lui est oppos1 hve1 souffrant de la faim1 couvert de cicatrices et rsolu prir plutt que de laisser pntrer son adversaire1 penses-tu qu'ils agissent pour leur propre compte8 ,c'est pour celui de tel et de tel1 qu'ils n'ont jamais vus et qui n'ont gure souci de leurs faits et gestes1 plongs qu'ils sont dans l'oisivet et les plaisirs1 pendant que les premiers se morfondent4--,celui-ci atteint de pituite1 de maux d'yeux1 vtu misrablement1 que tu vois sortir aprs minuit de son lieu d'tudes1 crois-tu qu'il y ait pass son temps rechercher dans les livres ce qu'il lui faut faire pour se perfectionner dans le bien1 arriver tre plus content de son sort et progresser dans la sagesse8 ,il s'agit bien de cela6 ,il mourra la tche ou finira par rvler la postrit le rythme dans lequel sont crits les vers de ,plaute et la vritable orthographe d'un mot latin4--,qui n'change de propos dlibr la sant1 le repos1 la vie1 pour la rputation et la gloire1 monnaie courante la plus inutile1 la plus vaine1 la plus fausse de toutes celles dont nous faisons usage8--,notre propre mort ne nous inspire pas dj assez de frayeur1 que nous nous intressons encore celle de nos femmes1 de nos enfants1 de nos gens6 ,nos affaires ne nous donnent pas assez de peine1 il faut que nous ajoutions nos tourments1 nos cassements de tte1 en nous occupant de celles de nos voisins et de nos amis3 ,comment peut-on se mettre en tte d'aimer quelque chose plus que soi-mme 7,trence76 ,la retraite convient surtout ceux qui ont consacr la majeure partie de leur vie au service de l'humanit4--,la solitude me semble surtout indique et avoir raison d'tre pour ceux qui ont consacr l'humanit la plus belle partie de leur vie1 celle o ils taient en pleine activit1 ainsi que fit ,thals4 ,c'est assez avoir vcu pour les autres1 vivons pour nous au moins durant le peu de temps qui nous reste2 recueillons-nous1 et1 dans le calme1 remmorons-nous nos penses et ce que furent nos intentions4 ,ce n'est pas une petite affaire qu'une retraite consciencieuse3 cela occupe assez1 sans y joindre d'autres entreprises en cours4 ,puisque ,dieu nous donne le loisir de prendre nos dispositions pour quitter ce monde1 prparons-nous-y1 plions bagage2 prenons de bonne heure cong de la compagnie2 dgageons-nous de ces engagements par trop pressants qui nous lient ailleurs et nous distraient dans notre retour sur nous-mmes4 ,il faut tre capable de faire abstraction de toutes nos obligations1 et1 faisant un retour sur nous-mmes1 tre exclusivement nous2 tempraments qui s'y prtent le mieux2 comment y arriver4--,il faut rompre avec de trop fortes obligations2 nous pouvons encore aimer ceci ou cela1 mais ne pouvons plus pouser que nous2 autrement dit1 ce qui est en dehors de nous peut ne pas nous demeurer tranger1 mais il ne faut pas nous y attacher au point que cela fasse corps avec nous et qu'on ne puisse l'en sparer sans nous corcher et1 avec1 arracher quelque partie de nous-mmes4 ,la chose la plus importante du monde est de savoir s'appartenir4 ,il est temps de nous retirer de la socit puisque nous ne pouvons plus rien lui apporter2 celui qui n'est pas mme de prter1 doit se dfendre d'emprunter4 ,nos forces nous manquent2 rompons et replions-nous sur nous-mmes4 ,que celui qui alors peut reporter sur soi et se rendre lui-mme les devoirs qu'on attend d'ordinaire de l'amiti et de la socit1 le fasse2 mais1 dans sa chute qui le rend inutile1 importun et charge aux autres1 qu'il se garde d'tre charge1 importun et inutile lui-mme4 ,qu'il se flatte1 se caresse1 mais surtout qu'il se rgente2 qu'il respecte et craigne sa raison et sa conscience1 si bien qu'il ne puisse faire sans honte un faux pas en leur prsence3 ,il est rare en effet que chacun se respecte assez soi-mme 7,quintilien74 ,socrate dit que les jeunes gens doivent s'instruire2 les hommes faits1 pratiquer ce qui est bien2 les vieillards1 cesser toute occupation civile et militaire1 vivre comme bon leur semble1 sans tre astreints un travail dtermin4 ,il y a des tempraments plus disposs les uns que les autres se conformer ces principes qui imposent de se retirer4 ,ceux qui sont timides et de peu d'nergie1 ceux dont les sentiments et la volont dlicate ne se plient pas et ne se livrent pas aisment1 et je suis de ces derniers autant par nature que par raison1 les acceptent plus volontiers que ceux dont l'activit1 le besoin de s'occuper1 les portent se mler de tout1 s'engager partout1 se passionner propos de tout2 qui s'offrent1 se prsentent1 se donnent toutes occasions4 ,il faut user de ce que nous avons1 mais sans nous en faire une ncessit1 et tre prts nous en passer si la fortune vient nous en priver4--,il faut user des avantages que1 d'aventure1 nous rencontrons autour de nous1 en tant qu'ils sont notre convenance1 mais sans y attacher un intrt capital2 ce ne saurait tre1 et la raison non plus que la nature ne le veulent pas4 ,pourquoi1 contrevenant leurs lois1 nous mettrions-nous1 en ce qui touche notre commodit1 sous la dpendance d'autrui8 ,anticiper sur les accidents que peut nous mnager la mauvaise fortune1 n'est pas davantage faire3 se priver bnvolement des satisfactions qui sont en notre pouvoir1 comme quelques-uns font par dvotion1 et certains philosophes par conviction2 se passer de serviteurs2 coucher sur la dure2 se crever les yeux2 jeter ses richesses l'eau2 rechercher la douleur1 comme font les uns dans l'esprance que les souffrances de cette vie leur vaudront la batitude ternelle dans l'autre2 ou comme d'autres font1 pour1 en se relguant au plus bas de l'chelle sociale1 se garantir de tomber plus bas encore1 c'est le fait d'une vertu exagre4 ,que les natures particulirement svres et mieux trempes se dfendent de la sorte des orages de ce monde1 cela leur fait honneur et demeure comme exemple3 ,pour moi1 quand je ne puis avoir mieux1 je sais me contenter de peu et vante la paisible mdiocrit2 si mon sort devient meilleur1 je proclame qu'il n'y a de sages et d'heureux que ceux dont le revenu est fond sur de bonnes terres 7,horace72 j'estime moi aussi qu'il y a assez faire1 sans aller aussi loin4 ,il me suffit1 quand la fortune me sourit1 de me prparer ses infidlits1 et de me reprsenter1 alors que j'ai l'esprit l'aise1 le mal qui peut m'advenir autant qu'il est possible de se l'imaginer1 comme nous faisons dans les joutes et les tournois1 auxquels nous nous livrons en pleine paix1 pour nous exercer un simulacre de la guerre4 ,je ne considre pas moins comme rgl dans ses murs le philosophe ,arcsilas1 quoique je sache qu'il faisait usage de vaisselle d'or et d'argent1 ce que sa situation de fortune lui permettait2 et je l'estime plus d'en avoir us avec modration et libralit1 que s'il s'en ft dfait4 ,je cherche me rendre compte jusqu'o peuvent aller les ncessits auxquelles nous sommes exposs4 ,quand je vois un pauvre qui mendie ma porte et qui souvent est plus enjou et mieux portant que moi1 je me suppose sa place1 j'essaie d'amener ma pense tre conforme la sienne2 et1 de lui1 passant d'autres semblablement prouvs1 cela me conduit penser la mort1 la pauvret1 la perte de toute considration1 la maladie1 qui peuvent inopinment fondre sur moi4 ,l'apprhension que j'en prouve en est diminue quand je songe avec quelle patience les acceptent d'autres de moindre situation que la mienne2 car je ne puis croire que la faiblesse d'esprit soit1 en pareille occurrence1 de plus d'effet que la force d'me1 ou que la raison ne puisse conduire aux mmes rsultats que l'habitude4 ,sachant combien ces commodits de la vie1 si accessoires1 tiennent peu de chose1 je ne laisse pas1 quand j'en ai la pleine jouissance1 de supplier ,dieu avec instance de faire que je sois content de moi-mme et me contente de ce que je possde4--,je vois des personnes1 jeunes encore et en excellente sant1 avoir malgr cela1 dans leur demeure1 quantit de pilules pour le cas o elles auraient un rhume1 qu'elles risquent d'autant moins d'attraper qu'elles pensent avoir le remde sous la main4 ,il faut faire de mme2 et plus encore si on se sent expos quelque maladie plus srieuse1 auquel cas on se prmunit de mdicaments qui calment et endorment l'organe qui peut se trouver menac4 ,occupations qui conviennent davantage dans la vie solitaire4--,l'occupation prfrer par qui recherche la solitude1 ne doit tre ni pnible ni ennuyeuse2 autrement1 il ne servirait rien d'avoir recherch l'isolement dans le dessein d'y trouver le repos4 ,elle dpend du got particulier de chacun2 le mien ne me porte gure faire valoir mes proprits2 ceux qui en ont le got1 feront bien de s'y adonner avec modration3 ,qu'ils tchent de se mettre au-dessus des choses1 plutt que de s'y assujettir 7,horace72 sinon cela deviendra pour eux une uvre servile1 comme la qualifie ,salluste4 ,parmi les occupations que comporte l'exploitation d'un domaine1 il en est cependant que j'excuse davantage1 telles que le jardinage que1 d'aprs ,xnophon1 pratiquait ,cyrus2 et il est possible de trouver un moyen terme1 entre le travail grossier1 peu relev1 astreignant et rclamant toute attention qui s'impose ceux qui s'y adonnent compltement1 et la nonchalance profonde et excessive de certains qui y laissent tout l'abandon3 ,les troupeaux des voisins venaient manger les moissons de ,dmocrite1 pendant que dgag de son corps1 son esprit voyageait dans l'espace 7,horace74 ,pline et ,cicron conseillent de mettre profit la retraite1 pour se faire un nom par quelque uvre littraire4--coutons le conseil que donne ,pline le jeune son ami ,caninius ,rufus ce sujet de la vie solitaire3 ,je te conseille1 dans la retraite absolue que tu t'es cre et o tu as latitude de vivre aussi confortablement que tu l'entends1 d'abandonner tes gens les travaux pnibles et humiliants de l'exploitation et de t'adonner l'tude des lettres pour arriver produire quelque chose qui te soit personnel4 ,pline veut dire par l d'appliquer ses loisirs se faire un nom1 ainsi que le comprenait ,cicron1 qui dit vouloir employer sa solitude et le repos que lui laissent les affaires publiques1 s'acqurir par ses crits une gloire immortelle4 ,h quoi6 ton savoir n'est-il rien1 si on ne sait que tu as du savoir 7,perse72 il semble que du moment qu'on parle de se retirer du monde1 il serait rationnel de tourner ses regards du ct o il n'est pas4 ,pline et ,cicron ne le font qu' demi2 ils prennent bien leurs dispositions pour le moment o ils s'en retireront1 mais par une singulire contradiction1 bien que spars du monde1 c'est de lui qu'ils prtendent tirer la satisfaction qu'ils se promettent de la vie solitaire qu'ils ont adopte4 ,cas particulier de ceux qui1 par dvotion1 recherchent la vie solitaire4--,ceux qui1 par dvotion1 recherchent la solitude1 affermis dans leur rsolution par la certitude d'une autre vie1 que leur donnent les promesses divines1 sont bien plus sagement consquents avec eux-mmes4 ,ils aspirent ,dieu1 tre infini en bont et en puissance1 et l'me1 en toute libert1 trouve satit dans la retraite la satisfaction des dsirs qu'elle peut concevoir3 les afflictions1 les douleurs tournent leur avantage1 leur donnant des titres possder un jour la sant et le bonheur ternels2 la mort vient souhait pour les faire entrer cet tat si parfait2 la rigueur des rgles qu'ils s'imposent est attnue1 ds le dbut1 par l'habitude qu'ils en prennent1 et les apptits de la chair1 rebuts par le refus qui leur est sans cesse oppos1 s'endorment1 rien ne les entretenant comme l'usage et l'exercice4 ,cette autre vie heureuse et immortelle qu'ils se promettent1 mrite bien elle seule que nous renoncions sans arrire-pense aux commodits et aux douceurs de la ntre2 et qui peut embraser son me de l'ardeur de cette foi que rien n'branle et de cette esprance qu'engendre une conviction relle et constante1 mne en la solitude une existence pleine de volupts et de dlices1 qui laisse loin derrire elle toutes les satisfactions que nous peut donner tout autre genre de vie4 ,combien peu est raisonnable le conseil de ,pline et de ,cicron4--,ni le but qu'indique ,pline1 ni le moyen qu'il propose ne me satisfont donc2 ils nous font tomber de mal en pire4 ,s'adonner aux lettres est un travail aussi pnible que tout autre et aussi dangereux pour la sant1 ce qui est un point essentiel considrer1 et il ne faut pas se laisser endormir par le plaisir qu'on peut y trouver2 c'est toujours le plaisir excessif qu'il prend la satisfaction de ce qu'il a cur1 qui perd l'homme1 qu'il soit conome1 avare1 voluptueux ou ambitieux4 ,les sages nous mettent assez en garde contre la trahison de nos apptits2 ils nous apprennent discerner parmi les plaisirs qui s'offrent nous1 ceux qui sont vrais et non susceptibles de laisser d'amertume aprs eux1 et ceux qui ne sont pas sans mlange et desquels nous devons attendre plus de peine que de satisfaction4 ,la plupart des plaisirs1 disent-ils1 nous chatouillent agrablement et nous embrassent1 mais pour nous trangler1 comme faisaient les brigands que les gyptiens dsignaient sous le nom de ,philistas4 ,si le mal de tte qui rsulte de l'ivresse survenait avant elle1 nous nous garderions de trop boire2 mais la volupt agit comme l'ivresse1 pour nous mieux tromper1 elle va devant1 nous cachant quelles consquences elle trane sa suite4--,les lettres sont un passe-temps agrable1 mais si nous nous y absorbons au point d'en perdre la gat et la sant1 ce qu'en somme nous avons de mieux1 renonons-y2 je suis de ceux qui pensent que les avantages qu'elles nous procurent1 ne compensent pas une telle perte4 ,les hommes affaiblis par quelque indisposition qui se prolonge1 finissent par se mettre la merci du mdecin1 et1 afin de ne plus aller l'encontre de ce que l'art indique en pareil cas1 se font prescrire le rgime suivre2 celui qui1 ennuy et pris de dgot1 se retire de la vie commune1 doit galement observer dans le nouveau genre de vie qu'il adopte les rgles de la raison et1 de parti pris et par sagesse1 se ranger ce qu'elles indiquent4 tudes et soins auxquels on peut se livrer dans la solitude2 sciences dont1 ce moment1 il ne faut pas s'embarrasser l'esprit4--,il devra avoir renonc tout travail quel qu'il soit et de quelque faon qu'il se prsente1 et aussi1 d'une manire gnrale1 fuir les passions qui portent atteinte la tranquillit soit du corps1 soit de l'me1 et choisir ta voie la plus conforme son caractre 7,properce74--,qu'il se livre la culture1 l'tude1 la chasse ou tout autre exercice1 il peut le faire dans la mesure o il y trouve son plaisir1 mais qu'il se garde d'aller au del1 car alors la peine commence s'y mler4 ,il ne se faut crer d'ouvrage et ne s'occuper que dans la limite o c'est ncessaire pour nous tenir en haleine et nous prserver des incommodits qu'entrane l'exagration contraire1 l'oisivet qui amollit et assoupit4--,il y a des sciences striles et ardues qui1 pour la plupart1 ont surtout de l'intrt pour le monde1 laissons-en l'tude ceux qui sont son service4 ,pour moi1 je n'aime que les livres distrayants et faciles1 dont la lecture m'est agrable1 ou encore ceux qui m'apportent des consolations et me donnent des conseils sur la manire de diriger ma vie et de me prparer la mort3 ,me promenant en silence dans les bois et m'occupant de tout ce qui est digne d'un homme rang et vertueux 7,horace74 ,les gens plus sages que moi1 l'me forte et leve1 peuvent se crer un repos tout spirituel2 moi qui l'ai comme tout le monde1 j'ai besoin que les commodits du corps me viennent en aide2 et l'ge venant de m'enlever celles qui taient le plus mon gr1 je recherche celles que me permet encore cette poque de ma vie et me mets en mesure d'en profiter4 ,il faut1 par tous les moyens en notre pouvoir1 y employant nos dents et nos griffes1 nous conserver la jouissance des satisfactions de l'existence que les ans nous arrachent successivement des mains les unes aprs les autres3 ,jouissons2 seuls les jours que nous donnons au plaisir sont nous2 bientt tu ne seras plus que cendre1 ombre1 fable 7,perse74 ,la gloire et le repos sont choses incompatibles4--,or1 ,pline et ,cicron nous donnent comme but poursuivre1 de la gloire acqurir2 c'est bien loin de mon compte4 ,la disposition d'esprit la plus contraire la vie solitaire1 c'est l'ambition3 gloire et repos sont choses qui ne vont pas ensemble4 ,pline et ,cicron1 je le vois1 ne se sont dgags que de corps du flot humain2 plus que jamais ils y demeurent engags d'me et d'intention3 ,vieux radoteur1 ne travailles-tu donc que pour amuser l'oisivet du peuple 7,perse78 ils n'ont recul que pour mieux sauter et1 par un vigoureux effort1 pntrer plus avant dans la foule4 ,vous plat-il de voir combien ils sont dans l'erreur8 ,comparons leur avis celui d'picure et de ,snque1 deux philosophes appartenant deux coles trs diffrentes l'une de l'autre1 crivant l'un ,idomne1 l'autre ,lucilius leurs amis1 pour les amener abandonner la vie publique et les grandeurs1 et vivre dans la retraite3 ,vous avez jusqu'ici1 disent-ils1 vcu nageant et flottant sur les mers2 rentrez au port pour y mourir4 ,vous avez pass toute votre vie en pleine lumire1 vivez l'ombre ce qui vous en reste4 ,ce ne serait pas quitter vos occupations1 que de ne pas renoncer du mme coup au bnfice qu'elles produisent2 c'est pourquoi il faut vous dfaire de toute arrire-pense de gloire et de renom2 il serait mauvais pour votre repos1 que le rayonnement de vos actions passes vous suive jusque dans votre refuge1 vous mettant par trop en vidence4 ,en mme temps que vous renoncez aux autres volupts1 renoncez celle que procure l'approbation des hommes2 et quant ce qui est de votre science et de vos capacits1 n'en ayez souci2 elles ne seront pas perdues si vous-mme venez valoir davantage4 ,souvenez-vous de ce quidam auquel on demandait quoi lui servait de se donner tant de peine pour acqurir un talent que peu de personnes sauraient qu'il possde1 et qui rpondait3 ,s'il y en a un petit nombre le savoir1 cela me suffit2 s'il y en a une seule1 c'est assez2 s'il n'y en a aucune1 cela me suffit encore2 il tait dans le vrai4 ,vous et un autre vous tenant compagnie1 vous vous suffisez bien1 en cette scne continue de thtre qu'est la vie1 vous servir rciproquement de public2 si vous tes seul1 soyez-vous la fois acteur et spectateur2 que la foule ne compte vos yeux que comme un tmoin unique1 et qu'un seul tmoin ait pour vous la mme importance qu'un public nombreux4 ,c'est une ambition qui tmoigne de la faiblesse que de vouloir faire servir la gloire l'oisivet et la retraite dans lesquelles on vit2 il faut faire comme font les animaux qui effacent leurs traces l'entre de leur tanire1 quand ils y rentrent4 ,vous n'avez plus chercher faire que le monde parle de vous2 vous n'avez vous proccuper que de ce qu'il faut que vous vous disiez vous-mme4 ,rentrez en vous1 mais tout d'abord prparez-vous vous y recevoir2 car ce serait folie1 si vous ne savez quelle conduite tenir cet effet1 de vous en fier votre seule inspiration4 ,on peut errer dans la vie solitaire1 tout comme lorsqu'on vit en socit4 ,tant que vous n'tes pas en mesure de vous prsenter dans une attitude irrprochable1 devant qui vous n'oseriez paratre autrement1 tant que vous ne vous inspirez pas vous-mme pudeur et respect1 remplissez-vous l'esprit de nobles images 7,cicron72 ayez toujours prsents l'imagination ,caton1 ,phocion1 ,aristide devant lesquels les fous eux-mmes cacheraient leurs fautes et faites-les juges de vos intentions4 ,si ces intentions sont autres qu'elles ne devraient1 la dfrence que vous avez pour eux vous remettra dans la bonne voie2 ils vous y maintiendront1 vous amenant vous suffire1 n'emprunter qu' vous1 faire que votre me se fixe et s'affermisse sur des penses1 en nombre limit et d'ordre dtermin1 o elle puisse se complaire2 vous arriverez ainsi reconnatre et comprendre que ce sont l les seuls biens vraiment dignes de ce nom1 biens dont on jouit ds qu'on le comprend1 et vous vous en contenterez1 sans souhaiter que votre vie se prolonge ni que votre nom acquire de la clbrit4--,voil bien le conseil d'une vraie philosophie1 conforme aux lois de la nature2 et non d'une philosophie toute d'ostentation1 pleine de verbiage1 comme celle de ,pline et de ,cicron4 ,,chapitre ,,xxxix4 ,considrations sur ,cicron4 ,cicron et ,pline le jeune taient des ambitieux2 ils ont t jusqu' solliciter les historiens de faire l'loge de leurs faits et gestes4--,encore un fait qui fera ressortir la diffrence entre ,epicure et ,snque d'une part1 ,cicron et ce ,pline de l'autre4 ,les crits mmes de ceux-ci1 qui1 mon sens1 ressemblent peu1 par l'esprit qui y rgne1 ceux de ,pline le naturaliste1 oncle de ce dernier1 sont des tmoignages irrcusables d'une nature ambitieuse au del de toute mesure4 ,n'y sollicitent-ils pas entre autres1 au su de tout le monde1 les historiens de leur temps de ne pas omettre de les faire figurer dans leurs ouvrages6 ,la fortune1 comme pour se jouer d'eux1 a fait parvenir jusqu' nous ces vaniteuses requtes1 alors que depuis longtemps sont perdus ces ouvrages o il est question d'eux4 ,mme dans leurs lettres intimes1 ils ont recherch l'lgance du style2 ils semblent ne les avoir crites que pour tre publies4--,mais ce qui dnonce la petitesse de sentiments de personnages de ce rang1 c'est d'avoir voulu faire concourir pour une large part leur gloire1 leur intemprance et leur futilit de langage1 en prtendant conserver la postrit jusqu'aux lettres familires qu'ils crivaient leurs amis2 au point que quelques-unes n'ayant pas t envoyes aprs avoir t crites1 ils les publient quand mme1 en donnant pour excuse que c'est afin de ne pas perdre leur peine et leurs veilles4 ,convient-il vraiment deux consuls romains1 premiers magistrats d'une rpublique souveraine du monde1 d'employer leurs loisirs prparer et rdiger en style des mieux tourns de belles ptres1 dans le but d'acqurir la rputation de bien crire la langue de leur nourrice6 ,que ferait de pire un simple matre d'cole dont ce serait le gagne-pain8--,si les hauts faits de ,xnophon et de ,csar n'eussent surpass de beaucoup leur loquence1 je doute qu'ils les eussent crits2 ce qu'ils ont cherch faire connatre1 c'est la conduite qu'il ont tenue dans les vnements auxquels ils ont t mls1 et non leur manire de les raconter4 ,si la perfection du langage pouvait valoir une gloire de bon aloi de hauts personnages1 ,scipion et ,llius n'eussent certainement pas cd un esclave africain l'honneur qui pouvait leur revenir de leurs comdies et de leurs autres crits o se manifestent toutes les dlicatesses les plus dlicieuses de la langue latine1 car il est hors de doute que l'uvre de ,trence est la leur2 outre que l'auteur en convient1 cela ressort de sa beaut et de sa perfection mmes1 et de fait1 je serais bien au regret que l'on me prouvt le contraire4 ,les rois et les grands ne doivent pas tirer vanit d'exceller dans les arts et les sciences2 seuls les talents et les qualits qui importent leur situation1 sont susceptibles de leur faire honneur4--,c'est en quelque sorte se moquer et faire injure quelqu'un que de chercher le faire valoir en lui attribuant des qualits qui1 si louables qu'elles soient par elles-mmes1 ne conviennent pas son rang2 ou encore en lui en attribuant d'autres que celles qui doivent tre en lui en premire ligne4 ,c'est comme si on louait un roi d'tre bon peintre ou bon architecte1 ou encore adroit au tir ou courir des bagues2 de tels loges ne font honneur que s'ils sont prsents d'une faon gnrale et ajoutent ceux que peuvent mriter1 par les qualits propres la situation qu'ils occupent1 ceux auxquels ils s'adressent2 dans le cas pris pour exemple1 la justice du prince1 l'entente avec laquelle il dirige les affaires de l'tat en paix comme en guerre4 ,c'est de la sorte que ses connaissances en agriculture ont honor ,cyrus2 que son loquence et sa culture des belles-lettres ont honor ,charlemagne4 ,bien plus1 j'ai vu de mon temps des personnages qui devaient leurs titres et leur situation leur talent calligraphique1 renier leurs dbuts1 s'appliquer avoir une mauvaise criture et affecter une profonde ignorance de ce savoir si vulgaire que le peuple estime ne se rencontrer gure chez les personnes instruites1 et chercher se recommander par des qualits plus importantes4--,dmosthnes tant en ambassade auprs de ,philippe1 ses compagnons louaient ce prince d'tre beau1 loquent et buveur mrite4 ,ce sont l1 dit ,dmosthnes1 des qualits faisant plus d'honneur une femme1 un avocat et une ponge1 qu' un roi3 ,qu'il commande1 qu'il terrasse l'ennemi qui rsiste et soit clment l'gard de celui rduit l'impuissance 7,horace74 ,ce n'est pas le mtier d'un roi de savoir bien chasser ou bien danser3 ,que d'autres plaident loquemment2 que d'autres1 arms du compas1 dcrivent les mouvements du ciel1 prdisent le cours des astres2 son rle lui1 est de savoir gouverner 7,virgile74 ,plutarque dit davantage3 ,se montrer aussi suprieur dans des choses accessoires1 c'est tmoigner avoir mal dispos de son temps1 n'en avoir pas employ autant que l'on et d l'tude de choses plus ncessaires et plus utiles4--,c'est ce qui faisait dire ,philippe1 roi de ,macdoine1 entendant son fils1 devenu ,alexandre le ,grand1 chanter dans un festin et dployer un talent rendre jaloux les meilleurs musiciens3 ,n'as-tu pas honte de chanter si bien8--,c'est le mme sentiment qui fit qu'un musicien1 avec lequel ce mme ,philippe discutait sur son art1 lui rpondit3 ,eh6 ,dieu vous garde1 ,sire1 d'prouver jamais de tels revers1 que vous arriviez tre plus expert que moi en pareille matire4--,un roi doit pouvoir rpondre comme fit un jour ,iphicrates un orateur qui1 dans son plaidoyer1 le pressait en ces termes3 ,eh quoi8 qu'es-tu donc pour tant faire le brave8 es-tu homme d'armes1 es-tu archer1 es-tu piquier8--,je ne suis rien de tout cela1 mais je suis celui qui sait commander tous ces gens-l4--,antisthnes vit un indice du peu de valeur d',ismenias1 dans ce qu'on le vantait d'tre un excellent joueur de flte4 ,dans ses ,essais1 ,montaigne dit avoir intentionnellement vit de dvelopper les sujets qu'il traite2 il se borne les mentionner1 sans mme se proccuper de la forme sous laquelle il les prsente4--,je sais bien1 quand j'entends quelqu'un parler du style des ,essais1 que je prfrerais qu'il n'en dise rien2 ce ne sont pas tant les expressions que l'on relve1 que les ides que l'on dnigre1 d'une faon d'autant plus mordante qu'on le fait d'une manire indirecte4 ,j'ai pu me tromper1 mais combien d'autres1 en ce mme genre1 prtent encore plus la critique6 ,toujours est-il1 que ce soit bien ou mal1 aucun crivain n'a amorc plus de sujets et1 en tout cas1 n'en a amoncel autant sur le papier4 ,pour les y faire tenir en plus grand nombre1 je ne fais gure que les noncer2 si je venais les dvelopper1 ce ne serait plus un volume1 mais plusieurs qu'il faudrait2 beaucoup de faits s'y trouvent mentionns1 dont les consquences ne sont pas dduites2 celui qui voudra les scruter d'un peu prs1 donnera ces ,essais une extension indfinie4 ,ces faits1 comme les allgations que j'ai mises1 ne sont pas toujours simplement des exemples devant faire autorit ou ajouter l'intrt de l'ouvrage2 je ne les considre pas seulement comme appuyant mes dires2 en dehors de cela1 ils peuvent devenir le point de dpart de dissertations plus importantes et plus larges1 et souvent1 en dviant un peu1 fournir matire traiter plus amplement certains sujets particulirement dlicats sur lesquels je n'ai pas voulu ici m'tendre davantage1 tant pour moi que pour ceux qui auraient cet gard ma manire de voir4 ,pour en revenir ce qui est du talent de la parole1 je trouve que ne savoir s'exprimer que d'une manire dfectueuse1 ou ne savoir rien autre que bien parler1 ne valent gure mieux l'un que l'autre3 ,un arrangement symtrique n'est pas digne de l'homme 7,snque74 ,les sages disent qu'au point de vue du savoir il n'y a que la philosophie1 et au point de vue des actes que la vertu1 qui s'accommodent d'tre pratiques tous les degrs et dans toutes les conditions de la socit4 ,combien diffrent de ,pline et de ,cicron1 picure et ,snque qui critiquent cette soif de clbrit dans un style moins brillant1 mais plus sens4--,on trouve quelque chose d'approchant des ides exprimes par ,pline et ,cicron1 dans picure et ,snque2 eux aussi indiquent que les lettres qu'ils crivent leurs amis1 vivront ternellement2 mais c'est d'autre faon et pour1 dans un bon but1 se mettre l'unisson de la vanit de ceux avec lesquels ils sont en correspondance4 ,ils leur mandent en effet que s'ils demeurent aux affaires par dsir de se faire un nom et de le transmettre aux sicles venir1 et s'ils craignent que la solitude et la retraite auxquelles ils les convient ne nuisent ce rsultat1 ils peuvent se rassurer2 qu'eux1 qui leur crivent1 ont assez de crdit sur la postrit pour leur garantir que1 ne serait-ce que par les lettres qu'ils leur adressent1 ils feront connatre leurs noms et leur donneront plus de clbrit que ne peuvent leur en valoir les actes de leur vie publique4--,outre cette diffrence avec les lettres de ,cicron et de ,pline1 celles de nos deux philosophes ne sont pas vides et sans consistance1 n'ayant de saillant que la dlicatesse des expressions disposes suivant un rythme harmonieux2 les leurs1 substantielles1 parlant raison en de nombreux et beaux passages1 sont mme de rendre celui qui les lit1 non plus loquent1 mais plus sage1 et de lui apprendre non bien dire1 mais bien faire4 ,fi de l'loquence qui fixe notre attention sur elle-mme1 et non sur les sujets qu'elle traite6 ,constatons cependant que celle de ,cicron passa pour avoir t d'une telle perfection1 qu'elle avait une valeur propre4--,a ce propos1 je conterai de lui cette anecdote qui fait toucher du doigt sa nature3 ,il avait parler en public et tait un peu press par le temps pour prparer convenablement son discours4 ,eros1 l'un de ses esclaves1 vint le prvenir que l'assemble tait remise au lendemain2 il en fut si satisfait1 que pour cette bonne nouvelle il l'affranchit4 ,raisons qui ont fait prfrer ,montaigne la forme qu'il a donne ses ,essais1 au lieu du genre pistolaire pour lequel il avait cependant des dispositions particulires4--,un mot sur ce genre pistolaire1 dans lequel mes amis estiment que je pourrais russir et que j'eusse volontiers adopt pour publier les produits de mon imagination1 si j'avais eu qui adresser mes lettres4 ,mais1 pour cela1 il et fallu que j'eusse aujourd'hui1 comme je l'avais jadis1 une personne avec laquelle je fusse en relations continues1 qui m'attirt1 m'encouraget et me mit en verve2 parce que raisonner1 comme d'autres font1 sur des hypothses1 je ne saurais le faire qu'en songe2 ennemi jur de tout ce qui est faux1 je ne saurais davantage m'entretenir de questions srieuses avec des correspondants imaginaires4 ,j'eusse t plus attentif et plus net dans ce que j'crivais1 si j'avais eu l'adresser un ami de l'intelligence et du caractre duquel j'eusse t assur1 plus qu'en m'adressant au public1 chez lequel on trouve des gens de toutes sortes2 et je suis convaincu que cela m'et beaucoup mieux russi4 ,mon style1 naturellement peu srieux et familier1 ne convient gure pour traiter les affaires publiques2 mais il m'est bien personnel1 conforme de tous points ma conversation qui est touffue1 dsordonne1 coupe1 d'un caractre tout particulier4 ,rien de ridicule comme les formules oiseuses de respect et d'adulation qu'on prodigue de nos jours dans la correspondance prive2 comment lui-mme procdait la sienne4--,je ne m'entends pas crire des lettres crmonieuses1 qui ne sont au fond qu'une suite ininterrompue de belles phrases courtoises4 ,les longues protestations d'affection et les offres de service ne sont ni dans mes moyens1 ni dans mes gots2 je n'en pense pas si long et il me dplat d'en dire plus que je n'en pense4 ,cela n'est gure dans les usages actuels qui comportent une dbauche de formules de politesse obsquieuses et serviles1 comme il n'en fut jamais1 o il est fait un tel abus dans les relations courantes de ces mots3 ,vie1 me1 dvotion1 adoration1 serf1 esclave1 que si l'on veut marquer une sympathie particulirement accentue et respectueuse1 les termes pour l'exprimer font dfaut4 ,j'ai horreur d'avoir l'air d'un flatteur1 et comme j'ai naturellement le parler bref1 allant droit au but1 dpourvu d'ambages1 je semble1 pour ceux qui ne me connaissent pas autrement1 quelque peu ddaigneux4 ,ceux que j'honore le plus1 sont ceux avec lesquels j'emploie le moins ces formules de politesse affecte2 lorsque je suis tout particulirement content1 j'oublie les conventions mondaines4 ,a l'gard de ceux de qui je dpends1 je suis peu empress et tmoigne de la fiert2 je me jette encore moins la tte de ceux auxquels je suis le plus attach2 il me semble qu'ils doivent lire en mon cur et que mes paroles feraient tort mes sentiments4 ,s'agit-il de souhaiter la bienvenue1 de prendre cong1 remercier1 saluer1 faire des offres de service et tous autres compliments emphatiques qu'dicte le crmonial de la civilit1 je ne connais personne qui ne demeure aussi sottement court que moi4 ,je n'ai jamais crit de lettres de recommandation pour solliciter en faveur de quelqu'un1 que celui auquel elle tait adresse n'ait trouves sches et tides4--,les ,italiens sont forts pour publier des correspondances2 j'en ai1 je crois1 plus de cent volumes2 celles d',annibal ,caro me paraissent les meilleures4 ,si j'avais tout le papier qu'autrefois j'ai barbouill pour les dames1 lorsque ma plume traduisait les lans passionns qui taient en moi1 peut-tre y trouverait-on quelques pages qui mriteraient d'tre communiques la jeunesse inoccupe1 en proie la mme frnsie4 ,j'cris toujours mes lettres la hte et si prcipitamment que1 bien qu'ayant une criture insupportablement mauvaise1 je prfre crire moi-mme que d'avoir recours quelqu'un1 ne trouvant personne qui puisse me suivre quand je dicte2 de plus1 je ne me recopie jamais4 ,j'ai habitu les hauts personnages qui me connaissent admettre mes ratures et mes surcharges1 ainsi que mon papier non pli et sans marge4 ,les lettres qui me cotent le plus faire1 sont celles qui valent le moins2 quand je trane les crire1 c'est signe que je n'y suis gure dispos4 ,je commence d'ordinaire sans plan arrt1 une phrase amne la suivante4 ,de nos jours1 les prambules et les enjolivements tiennent dans une lettre plus de place que ce qui en est le sujet4 ,en crire deux ne me cote pas tant que d'en plier et cacheter une1 aussi est-ce un soin dont je charge toujours un autre2 non moins volontiers1 quand j'ai achev de traiter l'objet de ma lettre1 je donnerais quelqu'un commission d'y ajouter ces longues harangues1 offres de service et prires par lesquelles nous les terminons et dont je souhaite vivement que l'usage1 en se modifiant1 nous dbarrasse1 comme aussi de transcrire la kyrielle des qualits et titres du destinataire1 ce qui maintes fois a fait que1 de crainte de me tromper1 j'ai nglig d'crire1 notamment des gens de loi et de finance4 ,on a imagin aujourd'hui tant de charges nouvelles1 on a tellement prodigu les distinctions honorifiques et la gradation entre elles est telle1 qu'outre la difficult de s'y reconnatre1 ces titres ayant t achets fort cher par ceux qui les dtiennent1 on ne peut faire confusion ou commettre d'omissions sans les offenser2 en surcharger les en-tte et ddicaces des ouvrages que nous faisons imprimer1 est galement1 mon avis1 de fort mauvais got4 ,,chapitre ,,xl4 ,le bien et le mal qui nous arrivent1 ne sont souvent tels que par l'ide que nous nous en faisons4 ,la diversit des opinions sur les biens et les maux est grande2 la mort elle-mme n'apparat pas tous comme un mal4--,les hommes1 dit une ancienne sentence grecque1 sont tourments par l'ide qu'ils se font des choses1 et non par les choses elles-mmes4 ,ce serait un grand pas de fait pour le soulagement de notre misrable condition1 s'il tait prouv que c'est l une vrit absolue4 ,si1 en effet1 le mal n'a accs en nous que parce que nous le jugeons tel1 il semble qu'il est en notre pouvoir1 soit de n'en pas tenir compte1 soit de le faire servir pour notre bien4 ,si cela dpend de nous1 pourquoi n'en viendrions-nous pas bout1 ou ne le ferions-nous pas tourner notre avantage8 ,si ce que nous nommons mal et tourment1 n'est par lui-mme ni mal ni tourment1 et que ce soit notre seule fantaisie qui lui attribue cette qualit1 nous pouvons la modifier4 ,le pouvant1 c'est une trange folie de notre part si1 alors que nul ne nous y force1 nous nous en tenons ce qui est le plus ennuyeux pour nous2 et que1 de notre consentement1 les maladies1 l'indigence1 le mpris que l'on fait de nous1 nous causent une impression pnible et dsagrable1 quand nous avons possibilit qu'elle soit bonne2 autrement dit1 si la fortune faisant natre simplement l'incident1 c'est nous qu'il appartient que son effet soit de telle ou telle nature4--,voyons donc si on peut affirmer avec quelque autorit que ce que nous appelons mal ne l'est pas par lui-mme2 ou du moins1 ce qui revient au mme1 si1 tel que c'est1 il dpend de nous d'en modifier l'apparence sous laquelle cela se prsente et l'effet que nous en ressentons4 ,si les choses que nous redoutons avaient un caractre qui leur soit propre1 s'imposant par lui-mme1 elles s'implanteraient chez tous de la mme faon et leur action serait la mme2 tous les hommes sont en effet de mme espce et1 peu de diffrence prs en plus ou en moins1 pourvus des mmes organes leur donnant possibilit de concevoir et de juger4 ,la divergence d'ides que nous nous faisons de ces choses1 tmoigne donc bien nettement qu'elles n'agissent sur nous qu'en raison de la disposition d'esprit en laquelle nous sommes4 ,pour un qui1 par hasard1 les admet telles qu'elles sont dans la ralit1 mille autres ne les reoivent qu'en altrant leur caractre et leur en attribuant un tout contraire4--,nous tenons la mort1 la pauvret1 la douleur comme nos pires ennemis4 ,or1 cette mort que certains qualifient d'entre les choses horribles1 la plus horrible1 qui ne sait que d'autres l'appellent l'unique abri contre les tourments de cette vie1--le souverain bienfait de la nature1--le seul garant de notre libert1--l'unique refuge immdiat et commun tous les hommes1 contre tous les maux4 ,les uns l'attendent en tremblant d'effroi2 d'autres la prfrent la vie2 il en est mme qui se plaignent qu'elle soit trop notre porte3 ,o mort1 plt aux dieux que tu ddaignasses les lches et que la vertu ft le seul titre tes prfrences 7,lucain74 ,ne nous occupons pas davantage de ces natures exceptionnelles1 chez lesquelles le courage est port un si haut degr4 ,il est des gens qui plaisantent au seuil mme de la mort1 en allant au supplice1 etc4--,thodore rpondait ,lysimaque qui menaait de le tuer3 ,tu feras l un grand coup1 l'instar de ce que peut produire la cantharide4--,la plupart des philosophes se trouvent avoir soit dessein prvenu la venue de la mort1 soit l'avoir hte en y aidant4--,combien ne voit-on pas de gens du peuple1 conduits la mort1 non pas simplement la mort1 mais une mort ignominieuse1 accompagne quelquefois de cruels supplices1 faire montre d'une telle assurance1 les uns par ostentation1 les autres tout naturellement1 que rien ne semble chang dans l'ordinaire de leur vie4 ,ils rglent leurs affaires domestiques1 se recommandent leurs amis1 chantent1 adressent des exhortations la foule1 lui parlent en mlant parfois leurs propos le mot pour rire2 boivent1 en portant la sant de leurs connaissances1 avec le mme calme1 le mme courage qu'eut ,socrate4 ,l'un d'eux1 que l'on menait au gibet1 disait qu'on se gardt de passer par telle rue1 o l'on courrait risque de rencontrer un marchand envers lequel il avait une vieille dette et qui pourrait lui faire mettre la main sur le collet4--,un autre disait au bourreau de ne pas lui toucher la gorge1 parce qu'tant trs chatouilleux1 il pourrait se faire que cela lui donnt envie de rire4--,un autre rpondait son confesseur qui lui affirmait qu'il souperait le soir mme avec ,notre-,seigneur3 ,allez-y donc1 vous2 pour moi1 je fais jene aujourd'hui4--,un autre ayant demand boire1 et le bourreau ayant bu le premier au mme gobelet1 disait ne pas vouloir boire aprs lui1 de peur d'attraper la vrole4--,chacun connat l'histoire de ce ,picard auquel1 pendant qu'il gravissait l'chelle de la potence1 on prsentait une fille pouser1 moyennant quoi1 il aurait la vie sauve 7ce que parfois notre justice autorise74 ,il l'examina un instant et s'apercevant qu'elle boitait3 ,fais ton office1 pends-moi1 dit-il au bourreau2 elle boite4--,on dit qu'en ,danemark1 mme fait s'est produit3 un homme condamn avoir la tte tranche1 tait sur l'chafaud2 on lui fit mme proposition2 il refusa parce que la fille qu'on lui offrait avait les joues tombantes et le nez trop pointu4--,a ,toulouse1 un valet accus d'hrsie1 donnait pour unique raison de sa croyance que1 sur ce point1 il s'en rapportait uniquement son matre1 jeune colier qui tait prisonnier comme lui2 n'en voulant pas dmordre1 il prfra la mort se laisser persuader que son matre pt tre dans l'erreur4--,les chroniques rapportent qu' ,arras1 quand ,louis ,,xi s'empara de la ville1 nombre de gens du peuple se laissrent pendre1 plutt que de consentir crier3 ,vive le roi6--,parmi les bouffons1 ces tres assez mprisables1 il s'en est trouv qui ont conserv jusqu' leur dernier moment leur caractre enjou3 l'un d'eux1 condamn tre pendu1 au moment o le bourreau le lanait dans le vide1 s'cria3 ,vive le plaisir6 ce qui tait son refrain ordinaire4--,un autre1 sur le point de rendre l'me1 avait t tendu sur une paillasse1 en travers du foyer2 le mdecin lui demandant o son mal le tenait3 ,entre le banc et le feu1 lui rpondit-il4 ,au prtre qui1 pour lui donner l'extrme-onction1 cherchait ses pieds contracts et replis sous lui par l'effet de la maladie3 ,vous les trouverez1 dit-il1 au bout de mes jambes4 ,un des assistants l'exhortant se recommander ,dieu3 ,quelqu'un se rend-il donc prs de lui8 demanda-t-il4 ,l'autre lui rpondant3 ,mais c'est vous-mme et sous peu1 si tel est son bon plaisir4 ,y a-t-il chance que ce soit demain soir8 rpliqua-t-il4 ,demain ou un autre moment1 peu importe1 cela ne tardera pas1 poursuivit son interlocuteur2 bornez-vous vous recommander lui4 ,alors mieux vaut1 conclut-il1 que je lui porte mes recommandations moi-mme4 ,dans les ,indes1 les femmes s'ensevelissent ou se brlent vivantes sur le corps de leur mari2 frquemment les vicissitudes de la guerre amnent des populations entires se donner volontairement la mort4--,dans le royaume de ,narsingue1 les femmes des prtres sont1 encore aujourd'hui1 ensevelies vivantes avec le corps de leurs maris3 les autres femmes n'appartenant pas cette caste sont brles vives aux funrailles de leurs poux1 et toutes supportent leur sort1 non seulement avec fermet1 mais gament4 ,a la mort du roi1 ses femmes et ses concubines1 ses favoris1 tous ses officiers et ses serviteurs1 et ils sont lgion1 se prsentent avec une joie si manifeste au bcher o le corps de leur matre est brl et dans lequel ils vont eux-mmes se prcipiter1 qu'ils tmoignent par l tenir pour un trs grand honneur de l'accompagner dans l'autre monde4--,pendant nos dernires guerres dans le ,milanais1 ,milan fut si souvent pris et repris que le peuple1 rendu impatient par ces changements de fortune multiplis1 en vint une telle insouciance de la mort1 que mon pre1 auquel je l'ai entendu dire1 vit compter jusqu' vingt-cinq chefs de famille qui1 en une semaine1 se la donnrent eux-mmes4--,ce fait est rapprocher de ce qui se passa au sige de ,xanthe par ,brutus1 dont les habitants1 hommes1 femmes et enfants1 se prcipitrent ple-mle au-devant de la mort avec un si ardent dsir de la recevoir1 qu'on ne saurait faire plus pour sauver sa vie qu'ils ne firent pour la perdre2 si bien que ,brutus ne put qu' grand'peine en sauver un petit nombre4 ,souvent l'homme sacrifie sa vie la conservation d'ides politiques ou religieuses4--,toute opinion peut s'emparer de nous avec une force telle qu'il peut nous arriver de la soutenir aux dpens de notre vie4--,le premier article du serment1 si empreint de courage1 par lequel les ,grecs se lirent au moment des guerres mdiques1 portait que chacun s'engageait passer de vie trpas1 plutt que d'accepter la domination des ,perses4--,combien1 dans la guerre engage entre les ,turcs et les ,grecs1 voit-on des premiers subir une mort cruelle1 plutt que de renoncer la circoncision et se faire baptiser1 actes de courage dont toutes les religions du reste nous offrent des exemples4 ,les rois de ,castille ayant banni les ,juifs de leurs tats1 le roi ,jean de ,portugal leur vendit1 huit cus par tte1 la facult de se rfugier dans les siens pendant un temps dtermin1 au bout duquel ils devaient en sortir2 et1 pour ce faire1 il s'engageait leur fournir des vaisseaux pour les transporter en ,afrique4 ,le jour arriv1 pass lequel il tait spcifi que ceux qui n'auraient pas quitt le territoire seraient rduits en esclavage1 les vaisseaux leur furent amens en nombre insuffisant4 ,ceux qui purent embarquer1 fort vilainement malmens par les quipages1 eurent subir indignits sur indignits2 en outre1 promens sur mer dans un sens puis en sens contraire jusqu' ce que1 leurs provisions tant puises1 ils fussent contraints d'en acheter ceux qui les transportaient1 ceux-ci les leur firent payer si cher1 qu'ils en arrivrent1 cet tat de choses se prolongeant1 se trouver1 lorsqu'on les dbarqua1 ne plus possder que leurs chemises4 ,en apprenant ces traitements inhumains1 la plupart de ceux demeurs en ,portugal se rsolurent la servitude2 quelques-uns feignirent mme de changer de religion4 ,emmanuel1 successeur de ,jean1 tant mont sur le trne1 leur rendit d'abord la libert2 plus tard1 changeant d'avis1 il leur enjoignit de sortir du royaume et leur assigna trois ports pour s'embarquer4 ,il esprait de la sorte1 dit l'vque ,osorius1 historien latin trs digne de foi de notre poque1 qui a crit la chronique de ces temps1 que la libert qu'il leur avait rendue ne les ayant pas fait se convertir au christianisme1 ils s'y dtermineraient pour ne pas se livrer aux rapines des mariniers auxquels ils devaient se confier et ne pas abandonner1 pour une contre qui leur tait trangre et inconnue1 un pays auquel ils taient habitus et dans lequel ils avaient de grandes richesses4 ,les voyant rsolus partir et se trouvant ainsi du dans ses esprances1 il supprima deux des ports o il avait autoris leur embarquement1 soit qu'il esprt qu'une plus grande longueur du trajet et le surcrot d'incommodits qui devait en rsulter en arrteraient un certain nombre1 soit pour les faire se runir tous en un mme lieu et avoir ainsi plus de facilit pour le projet qu'il avait conu de leur enlever leurs enfants au-dessous de quatorze ans et les transporter en un endroit o1 hors de la vue et de la direction de leurs parents1 ils fussent levs dans notre religion4 ,osorius ajoute que l'excution de cette mesure donna lieu des scnes horribles2 l'affection naturelle pour leurs enfants1 s'ajoutant l'attachement leur foi1 l'encontre desquels allait cet ordre barbare1 firent qu'on vit nombre de pres et de mres se dtruire eux-mmes et1 ce qui tait un plus terrible spectacle encore1 par amour et compassion prcipiter leurs jeunes enfants dans des puits1 pour les soustraire la violence qui leur tait faite4 ,finalement1 le dlai qui leur avait t assign pour leur dpart tant1 faute de moyens pour l'affectuer1 arriv terme1 ils se remirent en servitude4 ,quelques-uns se firent chrtiens1 mais aujourd'hui encore1 aprs cent ans couls1 peu de ,portugais sont convaincus de la sincrit de leur foi et de celle de quiconque de leur race1 bien que l'habitude et le temps1 plus que la contrainte1 soient les facteurs qui ont le plus d'action pour amener des changements de cette nature4--,a ,castelnaudary1 cinquante ,albigeois atteints d'hrsie1 ne voulant pas dsavouer leur croyance1 furent1 d'une seule fois1 brls vifs et endurrent ce supplice avec un courage admirable3 ,que de fois n'a-t-on pas vu courir une mort certaine non seulement nos gnraux1 mais nos armes entires 7,cicron76 ,parfois la mort est recherche uniquement comme un tat prfrable la vie2 ainsi donc elle ne saurait tre un sujet de crainte4--,j'ai vu un de mes amis intimes vouloir la mort toute force2 absolument imbu de cette ide1 dont il s'tait pntr par maints arguments spcieux dont je ne parvins pas triompher1 il saisit avec 99 une ardeur fivreuse la premire occasion honorable qui s'offrit de la mettre excution1 sans qu'on pt souponner son parti pris4--,nous avons plusieurs exemples de gens1 mme d'enfants qui1 de notre temps1 se sont donn la mort pour viter des incommodits sans importance4 ,a ce propos1 un ancien ne dit-il pas3 ,que ne craindrons-nous pas1 si nous craignons ce que la lchet elle-mme choisit pour refuge8 ,je n'en finirais pas1 si j'numrais ici les individus1 en si grand nombre1 de tous sexes1 de toutes conditions1 de toutes sectes qui1 dans des sicles plus heureux1 ont attendu la mort avec fermet1 ou l'ont volontairement cherche1 et cherche non seulement pour mettre fin aux maux de cette vie1 mais certains simplement parce qu'ils en avaient assez de l'existence1 d'autres parce qu'ils espraient une vie meilleure dans l'autre monde4 ,ils sont en nombre infini1 si bien que j'aurais meilleur march de supputer ceux pour lesquels la mort a t un sujet de crainte4--,rien que ce fait3 ,le philosophe ,pyrrhon tant sur un bateau1 assailli par une violente tempte1 montrait ceux qui1 autour de lui1 taient les plus effrays1 un pourceau qui ne semblait nullement se soucier de l'orage1 et les exhortait prendre exemple sur cet animal4 ,oserons-nous donc soutenir que la raison1 cette facult dont nous nous enorgueillissons tant1 laquelle nous devons de nous considrer comme les souverains matres des autres cratures1 nous a t donne pour tre un sujet de tourment8 ,a quoi nous sert de pouvoir nous rendre compte des choses1 si nous en devenons plus lches2 si cette connaissance nous enlve le repos et le tranquillit dont nous jouirions sans cela1 si elle nous rduit une condition pire que celle du pourceau de ,pyrrhon8 ,c'est pour notre plus grand bien1 que nous avons t dous d'intelligence2 pourquoi la faire tourner notre prjudice1 contrairement aux desseins de la nature et l'ordre universel des choses qui veulent que chacun use de ses facults et de ses moyens d'action1 au mieux de sa commodit8 ,la douleur est tenue par certains comme le plus grand des maux2 il en est qui nient sa ralit1 d'autres prtendent au contraire ne redouter dans la mort que la douleur qui d'ordinaire l'accompagne2 fausset de ces deux assertions4--,bien1 me dira-t-on1 admettons que vous soyez dans le vrai en ce qui touche la mort2 mais que direz-vous de l'indigence8 ,que direz-vous aussi de la douleur qu',aristippe1 ,hieronyme et la plupart des sages ont estime le plus grand des maux1 ce qu'ont d confesser1 sous son treinte1 ceux-l mmes qui la niaient en parole8--,posidonius tant extrmement souffrant d'une crise aigu d'une maladie douloureuse1 ,pompe1 venu pour le voir1 s'excusait d'avoir choisi un moment aussi inopportun1 pour l'entendre deviser de philosophie3 ,a ,dieu ne plaise1 lui dit ,posidonius1 que la douleur prenne tant d'empire sur moi1 qu'elle m'empche d'en disserter2 et1 l-dessus1 il se met parler prcisment sur le mpris que nous devons faire de la douleur4 ,pendant qu'il discourait1 ses souffrances s'accentuant de plus en plus3 ,tu as beau faire1 douleur1 s'cria-t-il1 je ne conviendrai pas quand mme que tu es un mal4--,que prouve ce conte dont les philosophes se prvalent tant sur le mpris en lequel nous devons tenir la douleur8 ,le dbat ne porte ici que sur le mot lui-mme2 mais si la douleur tait sans effet sur ,posidonius1 pourquoi lui faisait-elle interrompre son entretien8 pourquoi croyait-il faire acte mritoire1 en ne l'appelant pas un mal8 ,tout n'est pas ici effet d'imagination3 nous pouvons en parler en parfaite connaissance de cause1 puisque ce sont nos sens eux-mmes qui sont juges3 ,s'ils nous trompent la raison nous trompe galement 7,lucrce74 ,ferons-nous admettre notre chair que les coups d'trivires ne sont qu'un chatouillement agrable2 notre got1 que l'alos est du vin de ,graves8 ,le pourceau de ,pyrrhon vient ici l'appui de notre thse3 il n'prouve pas d'effroi1 alors que la mort est imminente2 mais si on le bat1 il crie et se tourmente4 ,nierons-nous la loi gnrale de la nature qui se manifeste chez tout ce qui1 sous la vote cleste1 a vie et tremble sous l'effet de la douleur8 ,les arbres eux-mmes semblent gmir1 quand on les mutile6 ,la mort ne se ressent que parce qu'on y pense1 d'autant que c'est l'affaire d'un moment3 ,ou la mort a t ou elle sera1 rien n'est prsent en elle 7,la ,botie72 ,c'est bien moins elle-mme que son attente qui est cruelle 7,ovide72 des milliers d'animaux1 des milliers d'hommes meurent1 sans mme se sentir menacs4--,nous disons aussi que ce que nous redoutons surtout dans la mort1 c'est la douleur qui1 d'ordinaire1 en est l'avant-coureur2 toutefois s'il faut en croire un ,pre de l'glise3 ,la mort n'est un mal que par ce qui vient aprs elle 7,saint ,augustin72 pour moi1 je crois tre encore plus dans le vrai en disant que ni ce qui la prcde1 ni ce qui la suit1 ne sont parties intgrantes de la mort4 ,notre dire sur ce point est entach de fausset2 l'exprience montre que c'est plutt l'inquitude que nous cause le sentiment de la mort qui fait que nous ressentons si vivement la douleur1 et que nos souffrances nous sont doublement pnibles1 quand elles semblent devoir aboutir cette fin4 ,mais la raison nous fait honte de redouter une chose si soudaine1 si invitable et qui ne se sent pas1 et nous masquons notre lchet en lui donnant un prtexte plus plausible4 ,tous les maux qui n'ont d'autre consquence que la souffrance qu'ils nous causent1 nous les disons sans danger2 qui est-ce qui considre comme des maladies les maux de dents1 la goutte1 si douloureux qu'ils soient1 du moment qu'ils ne menacent pas notre vie8 ,la ralit de la douleur n'est pas douteuse1 et c'est mme le propre de la vertu de la braver4--,admettons un instant que dans la mort1 ce soit surtout la douleur qui nous touche2 n'est-ce pas aussi la douleur qui se prsente nous dans le cas de la pauvret1 qui nous la fait sentir par la soif1 le froid1 le chaud1 les veilles6 ne nous occupons donc que d'elle qui est la seule qui nous ayons affaire4--,j'admets que ce soit le pire accident qui puisse nous arriver et le fais volontiers1 tant l'homme du monde qui lui veut le plus de mal et l'vite le plus qu'il peut1 bien que1 jusqu' prsent1 ,dieu merci1 je n'aie pas eu grand rapport avec elle2 mais nous avons possibilit1 sinon de l'anantir1 du moins de la diminuer1 en nous montrant patients1 et d'en affranchir notre me et notre raison1 alors mme qu'elle tient notre corps sous sa dpendance4 ,s'il n'en tait ainsi1 que vaudraient la vertu1 la vaillance1 la force1 la magnanimit et la rsolution8 ,quel rle auraient-elles jouer1 si la douleur n'tait plus dfier8 ,la vertu est avide de prils 7,snque74 ,s'il ne fallait nous coucher sur la dure2 arm de toutes pices1 endurer la chaleur du milieu du jour2 manger du cheval et de l'ne1 se voir taillader les chairs1 extraire une balle du corps2 souffrir quand on nous recoud1 qu'on nous cautrise ou qu'on nous sonde1 par quoi acquerrions-nous supriorit sur les gens du commun8 ,les sages sont bien loin de nous inviter fuir le mal et la douleur quand ils nous disent qu'entre plusieurs actions galement bonnes1 celle dont l'excution prsente le plus de peine1 est celle que nous devons le plus souhaiter avoir accomplir4--,ce n'est ni par la joie et les plaisirs1 ni par les jeux et les ris compagnons ordinaires de la frivolit1 qu'on est heureux2 on l'est souvent aussi dans la tristesse1 par la fermet et la constance 7,cicron74 ,c'est pourquoi jamais nos pres n'ont pu comprendre que les conqutes faites de vive force1 en courant les hasards de la guerre1 ne soient pas plus avantageuses que celles qu'on fait en toute scurit1 par les intelligences que l'on s'est mnages et par des ngociations3 ,la vertu est d'autant plus douce1 qu'elle nous a plus cot 7,lucain74 ,plus elle est violente1 plus elle est courte et plus il est possible l'homme d'en diminuer l'acuit en ragissent contre elle1 ce que nous permettent de faire les forces de l'me1 et ce quoi nous parvenons tous1 sous l'empire de sentiments divers4--,bien plus1 et cela doit nous consoler1 la nature a fait que lorsque la douleur est violente1 elle est de courte dure2 et que lorsqu'elle se prolonge1 elle est lgre 7,cicron74 ,tu ne la ressentiras pas longtemps1 si elle est excessive2 elle cessera d'tre ou mettra fin ton existence1 ce qui revient au mme2 si tu ne peux la supporter1 elle t'emportera3 ,souviens-toi que les grandes douleurs se terminent par la mort2 que les petites nous laissent de nombreux intervalles de repos et que nous sommes mme de dominer celles de moyenne intensit4 ,tant qu'elles sont supportables1 endurons-les donc patiemment2 si elles ne le sont pas1 si la vie nous dplat1 sortons-en comme d'un thtre 7,cicron74 ,ce qui fait que nous supportons si impatiemment la douleur1 c'est que nous ne sommes pas habitus rechercher en notre me notre principal contentement2 nous ne faisons pas assez fond sur elle1 qui est la seule et souveraine matresse de notre condition ici-bas4 ,le corps n'a1 sauf en plus ou en moins1 qu'une manire d'tre et de faire2 l'me1 sous des formes diverses trs varies1 soumet elle1 et d'aprs l'tat dans lequel elle se trouve1 les sensations du corps et tous autres accidents2 aussi faut-il l'tudier1 chercher et veiller en elle ses moyens d'action qui sont tout-puissants4 ,il n'y a pas de raison1 de prescription1 de force susceptibles de prvaloir contre ce vers quoi elle incline et qui a ses prfrences4 ,de tant de milliers de moyens qui sont notre disposition1 mettons-en un en jeu qui assure notre repos et notre conservation et nous serons non seulement l'abri de toute atteinte1 mais les offenses et les maux tourneront eux-mmes1 si bon lui semble1 notre avantage1 et peut-tre mme nous en rjouirons-nous4 ,elle met tout indiffremment profit2 l'erreur1 les songes lui servent comme la ralit nous protger et nous satisfaire4--,il est facile de reconnatre que c'est notre disposition d'esprit qui aiguise en nous la douleur et la volupt2 chez les animaux1 sur lesquels l'esprit n'a pas action1 les sensations du corps se manifestent naturellement1 telles qu'elles se ressentent1 et1 par suite1 sont peu prs uniformes dans chaque espce1 ainsi que cela se constate par la similitude qui existe dans la manire dont ils en agissent dans les divers actes qu'ils accomplissent4 ,si1 sans intervenir1 nous laissions nos membres la libert d'action qu'ils tiennent de la nature1 il est croire que nous nous en trouverions mieux1 parce qu'elle leur a donn la notion exacte de la mesure garder vis--vis de la volupt comme vis--vis de la douleur1 sentiment qui doit tre juste1 cette notion tant la mme pour tous4 ,mais puisque nous n'en tenons aucun compte1 que nous en agissons au gr de nos fantaisies qui ne connaissent aucune rgle1 cherchons au moins faire que ce soit de la faon la plus agrable pour nous4--,platon redoute de nous voir trop fortement aux prises avec la douleur et la volupt qui1 d'aprs lui1 rendraient l'me trop dpendante du corps2 je crois plutt qu'au contraire1 elles l'en dtachent et l'en affranchissent4 ,de mme que la fuite rend l'ennemi plus acharn la poursuite1 la douleur s'enorgueillit si elle arrive nous faire trembler2 l'gard de qui lui tient tte1 elle est de bien meilleure composition2 rsistons-lui donc et contenons-la2 en battant en retraite1 nous laissant acculer1 nous provoquons et attirons sur nous la ruine qui nous menace4 ,le corps1 en se raidissant1 est plus dispos la rsistance2 il en est de mme de l'me4 ,mais passons aux exemples2 ils intressent particulirement les gens qui1 comme moi1 souffrent des reins4 ,nous verrons qu'il en est de la douleur comme des brillants qui prennent des teintes plus claires ou plus fonces selon le fond sur lequel ils sont sertis1 et qu'elle n'occupe de place en nous que celle que nous lui faisons3 ,plus ils se livrent la douleur1 plus elle a de prise sur eux 7,saint ,augustin74--,nous ressentons plus vivement un coup de bistouri qui nous est donn par un chirurgien1 que dix coups d'pe reus dans la chaleur du combat4--,les douleurs de l'enfantement que les mdecins et ,dieu lui-mme estiment grandes et que nous entourons de tant de crmonie1 chez certains peuples on n'y prte pas attention4 ,je laisse de ct les femmes de ,sparte1 mais chez les ,suisses qui sont en nombre parmi nos gens de service1 il n'y parat pas1 sinon que trottant la suite de leurs maris1 elles vont aujourd'hui portant suspendu leur cou l'enfant qu'hier elles avaient dans le ventre4 ,ces ,bohmiennes mal bties1 qui apparaissent parfois chez nous1 vont elles-mmes laver au cours d'eau le plus proche leur enfant qui vient de natre1 et s'y baignent en mme temps4 ,sans parler de tant de filles qui1 tous les jours1 mettent au monde clandestinement des enfants conus galement la drobe1 cette belle et noble pouse de ,sabinus1 patricien romain1 n'a-t-elle pas1 pour ne pas compromettre le salut d'un autre1 seule1 sans secours1 sans jeter un cri ni exhaler un gmissement1 support l'enfantement de deux jumeaux8--,un tout jeune garon de ,lacdmone qui a drob un renard et le tient cach sous son manteau1 se laisse dchirer le ventre plutt que de se trahir1 redoutant plus la honte que lui vaudrait sa maladresse que nous ne craignons nous-mmes la punition pour un semblable mfait4--,un autre prsentant l'encens dans un sacrifice1 pour ne pas apporter de trouble la crmonie1 se laisse brler jusqu' l'os par un charbon ardent tomb dans la manche de son vtement4--,n'en cite-t-on pas un grand nombre qui1 dans l'preuve qu'imposaient les institutions de ,lacdmone aux enfants de sept ans1 se laissaient fouetter jusqu' la mort1 sans que leur physionomie accust la moindre douleur8 ,cicron les a vus se battre par troupes coups de poings1 de pieds1 de dents1 luttant ainsi jusqu' en perdre connaissance1 plutt que de s'avouer vaincus3 ,jamais l'usage ne vaincra la nature1 elle est invincible2 mais la mollesse1 les dlices1 l'oisivet1 l'indolence1 altrent notre me2 les opinions fausses et les mauvaises habitudes nous corrompent 7,cicron74 ,chacun connat l'histoire de ,scvola qui1 s'tant introduit dans le camp ennemi pour en tuer le chef1 n'y russit point2 et qui1 pour atteindre quand mme son but de dlivrer sa patrie1 s'avisa d'une ide trange4 ,confessant son projet ,porsenna1 le roi qu'il avait voulu frapper1 il ajouta pour l'effrayer que1 dans le camp romain1 ils taient plusieurs tels que lui1 rsolus entreprendre le coup qu'il avait manqu2 et1 pour montrer quel homme il tait1 s'approchant d'un brasier1 il y tendit le bras et souffrit sans broncher de le voir lentement consumer par le feu et l'y maintint jusqu' ce que son ennemi lui-mme1 pntr d'horreur1 ft carter le brasero4--,que dire de celui qui1 pendant qu'on lui coupait un membre1 ne daigna pas interrompre sa lecture8--,et de cet autre1 persistant se moquer et rire des tortures qu'on exerait contre lui1 au point que ses bourreaux exasprs1 aprs avoir invent des tourments de plus en plus cruels pour triompher de sa constance1 durent s'avouer vaincus8 il est vrai que c'tait un philosophe6--,un gladiateur de ,csar ne cessa de plaisanter1 tandis qu'on lui sondait ses plaies et qu'on les lui ouvrait3 ,jamais le dernier des gladiateurs a-t-il gmi ou chang de visage8 ,quel art dans sa chute mme1 pour en drober la honte aux yeux du public6 ,renvers enfin sous son adversaire et condamn par le peuple1 a-t-il jamais dtourn la tte1 en recevant le coup mortel 7,cicron78 ,venons-en aux femmes4 ,qui n'a entendu parler de celle qui1 ,paris1 se fit enlever la peau dans le seul but qu'une nouvelle lui donnt un teint plus frais8 ,il y en a qui se font arracher des dents saines1 pleines de vie1 pour que la voix en devienne plus douce et plus ample ou pour que la dentition en ait meilleure apparence4 ,combien d'exemples de mpris de la douleur n'avons-nous pas en ce genre2 de quoi ne sont-elles capables1 que redoutent-elles pour peu qu'elles esprent que leur beaut en profitera6 ,il s'en trouve qui prennent soin d'arracher leurs cheveux blancs et qui s'corchent le visage pour se faire une nouvelle peau 7,tiburce74 ,j'en ai vu avaler du sable1 de la cendre et en arriver se ruiner l'estomac pour se donner un teint ple4 ,pour avoir la taille mince et lgante des ,espagnoles1 quelles tortures ne s'imposent-elles pas1 guindes1 sangles1 avec des clisses sur les cts qui mettent la chair vif1 si bien qu'il y en a quelquefois qui en meurent4 ,chez beaucoup de peuples de notre poque1 il arrive frquemment que pour confirmer la vracit de ses paroles1 on s'inflige volontairement des blessures4 ,notre roi en cite des cas qu'il a vus en ,pologne1 qui se sont produits pour attester des dclarations faites lui-mme4 ,en dehors de faits semblables qui1 ma connaissance1 ont eu lieu en ,france par imitation1 peu avant que je ne revienne de ces fameux tats de ,blois1 j'ai vu en ,picardie une fille qui1 pour affirmer la sincrit des promesses qu'elle avait faites et aussi sa fidlit1 se donna1 avec le poinon qu'elle portait dans sa chevelure1 quatre cinq forts coups dans le bras1 qui lui traversrent la peau et la firent saigner abondamment4--,les ,turcs se font de grandes estafilades en l'honneur de leurs dames2 et1 pour que la trace en demeure1 ils mettent aussitt aprs le feu dans la plaie et l'y maintiennent un temps incroyable1 tant pour arrter l'coulement du sang que pour que se forme une cicatrice2 des personnes qui l'ont vu1 l'ont crit et me l'ont affirm par serment4 ,dans ce mme pays1 on voit tous les jours des gens qui1 pour dix aspres1 s'entaillent profondment soit le bras1 soit la cuisse4--,je suis trs aise1 quand les tmoignages abondent pour les choses qu'il importe le plus d'tablir2 et ici1 le christianisme nous en fournit de concluants4 ,aprs notre divin ,guide combien1 son exemple et par dvotion1 ont voulu porter la croix6 ,des tmoins trs dignes de foi nous font connatre que le roi saint ,louis porta constamment la haire1 jusqu' ce que1 dans sa vieillesse1 son confesseur le lui interdit2 et que1 tous les vendredis1 il se faisait flageller sur les paules par un prtre avec une discipline forme de cinq chanettes en fer1 qu' cet effet on portait toujours dans son attirail de nuit4 ,notre dernier duc de ,guyenne1 ,guillaume1 pre de cette ,elonore qui transmit ce duch aux maisons de ,france et d',angleterre1 portait continuellement par pnitence1 pendant les dix ou douze dernires annes de sa vie1 une cuirasse sous un habit de religieux4--,foulques1 comte d',anjou1 alla jusqu' ,jrusalem1 pour l1 la corde au cou1 se faire fouetter par deux de ses valets devant le spulcre de ,notre-,seigneur4--,ne voit-on pas chaque anne1 le vendredi saint1 en divers lieux1 nombre d'hommes et de femmes se flagellant eux-mmes1 au point de se dchirer la peau et mettre les os nu1 spectacle dont j'ai t souvent tmoin et qui ne m'a jamais sduit4 ,ces gens vont masqus et il en est1 dit-on1 parmi eux1 qui se livrent ces pratiques moyennant argent1 comme uvre pie pour le salut d'autrui2 ils font preuve d'un mpris de la douleur d'autant plus grand1 que le fanatisme religieux est un stimulant autrement puissant que l'avarice4 ,q4 ,maximus enterra son fils1 personnage consulaire2 ,m4 ,caton enterra le sien1 prteur dsign2 ,l4 ,paulus1 les deux siens peu de jours d'intervalle1 sans que leurs visages refltassent la moindre motion1 sans que rien tmoignt de leur deuil4--,un jour1 je disais de quelqu'un1 en plaisantant1 qu'il avait frustr la justice divine2 il avait1 en un mme jour1 par un cruel coup du sort1 comme on peut le croire1 perdu de mort violente trois enfants dj grands3 peu s'en fallut qu'il ne considrt cet accident comme une faveur et une gratification particulires de la ,providence4--,je ne suis pas pour ces sentiments hors nature2 j'ai perdu deux ou trois enfants 99 qui1 il est vrai1 taient encore en nourrice2 si je n'en ai pas t au comble de la douleur1 ce n'a toujours pas t sans en prouver du regret2 c'est du reste l'un des malheurs auxquels l'homme est le plus sensible4 ,il existe bien d'autres causes d'affliction qui se produisent communment et qui ne me toucheraient gure1 si elles m'atteignaient4 ,j'en ai mpris qui me sont survenues1 de celles que le monde considre tellement comme devant nous affecter profondment1 que je n'oserais1 sans rougir1 me vanter en public de mon indiffrence3 ,d'o l'on peut voir que l'affliction n'est pas un effet de la nature1 mais de l'opinion 7,cicron74 ,l'opinion est en effet une puissance qui ose tout et ne garde aucune mesure4 ,qui rechercha jamais la scurit et le repos avec plus d'avidit qu',alexandre et ,csar n'en mirent rechercher l'inquitude et les difficults8--,terez1 pre de ,sitalcez1 disait souvent que lorsqu'il ne faisait pas la guerre1 il lui semblait qu'il n'y avait pas de diffrence entre lui et son palefrenier4--tant consul1 ,caton1 pour assurer la soumission de certaines villes en ,espagne1 interdit leurs habitants de porter des armes2 la suite de cette dfense1 un grand nombre se turent3 ,nation froce qui ne croyait pas qu'on pt vivre sans combattre 7,tite ,live74--,combien en savons-nous qui ont renonc aux douceurs d'une vie tranquille1 chez eux1 au milieu de leurs amis et connaissances1 pour aller vivre dans d'horribles dserts inhabitables2 d'autres1 qui ont adopt un genre de vie abject1 dgradant1 o ils affichent le mpris du monde et affectent de s'y complaire4 ,le cardinal ,borrome1 qui est mort dernirement ,milan1 auquel sa noblesse1 son immense fortune1 le climat de l',italie1 sa jeunesse permettaient de se donner tant de jouissances1 vcut constamment avec tant d'austrit que la mme robe lui servait en hiver comme en t2 il ne couchait que sur la paille2 et les heures que les devoirs de sa charge lui laissaient libres1 il les passait genoux1 tudiant continuellement1 ayant prs de son livre un peu d'eau et de pain3 c'tait tout ce dont se composaient ses repas et tout le temps qu'il y donnait4 ,j'en sais qui1 en parfaite connaissance de cause1 ont tir profit et avancement de l'infidlit de leurs femmes1 dont l'ide seule est1 pour tant de gens1 un sujet d'effroi4 ,si la vue n'est pas le plus ncessaire de nos sens1 c'est du moins celui auquel nous devons le plus d'agrment2 et de tous nos organes1 ceux qui concourent la gnration semblent tre les plus utiles et ceux qui nous procurent le plus de plaisir2 certaines gens cependant leur en veulent mortellement1 uniquement en raison de ces satisfactions ineffables que nous leur devons1 et ils les sacrifient par cela mme qu'ils ont plus de prix4 ,c'est probablement un raisonnement analogue que se tint celui qui se creva volontairement les yeux4 ,est-ce un bien ou non d'avoir beaucoup d'enfants8--,le commun des hommes1 et en particulier ceux dont les ides sont les plus saines1 considrent comme un grand bonheur d'avoir de nombreux enfants2 moi et quelques autres estimons que le bonheur est de n'en avoir pas2 je me range en cela l'avis de ,thals1 auquel on demandait pourquoi il ne se mariait pas et qui rpondit3 ,je ne tiens pas laisser de rejetons aprs moi4 ,l'opinion que nous en avons fait seule le prix des choses4--,l'opinion que nous en avons fait seule le prix des choses4 ,cela se voit par le grand nombre de celles que nous n'examinons mme pas pour nous rendre compte de ce qu'elles valent2 c'est nous1 et non elles1 que nous examinons4 ,nous ne considrons ni leurs qualits1 ni leur utilit1 mais seulement ce qu'elles nous cotent pour nous les procurer1 comme si ce que nous en donnons tait partie intgrante d'elles-mmes2 et la valeur que nous leur attribuons se mesure non aux services qu'elles peuvent rendre1 mais ce que nous avons donn pour les avoir4 ,cela me porte trouver que nous en usons d'une bien singulire faon2 nous ne prisons chaque chose qu'autant qu'elle nous a cot cher et en proportion de ce qu'elle cote2 jamais non plus nous ne laissons tomber en discrdit ce quoi nous attachons de la valeur3 c'est son prix d'achat qui fait la valeur du diamant2 la vertu s'apprcie par les difficults surmonter pour y atteindre2 notre dvotion se mesure aux rigueurs que nous nous imposons2 nous jugeons d'un mdicament par l'amertume qu'il nous cause4 ,il en est qui pour arriver la pauvret jettent leurs cus dans cette mme mer que tant d'autres fouillent de toutes parts pour y trouver la richesse4--,epicure a dit3 ,etre riche1 ce n'est pas tre soulag de nos proccupations1 mais seulement les changer contre d'autres1 et1 en vrit1 ce n'est pas la disette1 mais bien l'abondance qui engendre l'avarice4 ,voici ce qu' ce sujet me suggre ma propre exprience4 ,comment ,montaigne rglait ses dpenses1 alors qu'il n'tait pas encore matre de ses biens4--,mon existence1 au sortir de l'enfance1 a prsent trois phases4 ,la premire a dur prs de vingt annes1 durant lesquelles je n'ai joui que de ressources alatoires1 dpendant des autres et de l'assistance que j'en recevais1 sans revenus fixes1 sans budget arrt l'avance4 ,je dpensais avec d'autant plus de dsinvolture et moins d'attention1 que je ne pouvais que me laisser aller aux hasards de la fortune4 ,jamais je ne me suis mieux trouv2 jamais la bourse de mes amis ne m'a t ferme2 je m'tais du reste impos de ne jamais tre en dfaut1 quels que fussent mes autres besoins1 pour payer mes dettes aux poques convenues2 et1 voyant la bonne volont que j'apportais me librer1 mille fois ces dlais m'ont t prolongs2 de la sorte1 ma loyaut m'a rendu conome et je n'ai jamais tromp personne4--,m'acquitter de ce que je dois1 est en quelque sorte pour moi un plaisir2 c'est comme si je me dchargeais d'un fardeau gnant qui me fait l'image de la servitude1 d'autant que j'prouve du contentement faire ce que je crois juste et contenter autrui4 ,j'en excepte toutefois quand il faut marchander et compter2 si je suis dans cette ncessit et que je ne puisse en donner commission un autre1 honteusement et bien tort1 je diffre autant que cela m'est possible les paiements faire dans ces conditions1 par peur de ces dbats auxquels ni mon temprament1 ni la forme de mon langage ne se prtent4 ,je ne hais rien tant que marchander2 c'est un assaut de tricheries et d'impudences o1 aprs une heure de discussions et d'hsitations1 chacun transige avec sa parole et ses affirmations ritres2 et cela1 pour cinq sous de plus ou de moins4--,j'prouvais aussi de la difficult quand j'avais emprunter2 n'ayant pas grand cur faire semblable demande de vive voix1 j'en courais la chance par crit1 ce qui est moins pnible1 et rend le refus beaucoup plus facile4--,je m'en remettais plus volontiers et avec plus d'insouciance ma bonne toile de la satisfaction de mes besoins1 que je n'ai fait depuis quand la prvoyance et la raison s'en sont mles4 ,la plupart des gens qui ont des affaires grer1 ont horreur de vivre dans cette continuelle incertitude3 ,d'abord1 ils ne rflchissent pas que la plupart des hommes vivent de la sorte2 combien de fort honntes gens ont laiss l'abandon des biens dont il leur suffisait de jouir1 et il en est ainsi tous les jours1 pour aller chercher fortune prs des rois ou de par le monde6 ,pour devenir ,csar1 outre qu'il dpensa son patrimoine1 ,csar s'endetta d'un million en monnaie d'or4 ,combien de marchands dbutent dans le commerce en vendant leur mtairie qui1 ainsi transforme1 prend le chemin des ,indes1 travers tant de mers orageuses 7,catulle76 ,au temps actuel o la dvotion se fait si rare1 mille et mille congrgations n'en vivent-elles pas moins fort commodment1 bien qu'attendant chaque jour des libralits de la ,providence ce qu'il leur faut pour dner8 ,l'indigence peut subsister chez le riche comme elle existe chez le pauvre4--,en second lieu1 ces gens d'ordre ne songent pas que ce qu'ils considrent comme assur1 n'est gure moins incertain et hasardeux que le hasard lui-mme4 ,avec plus de deux mille cus de rente1 je suis aussi prs de la misre que si je la ctoyais2 car1 outre que le sort a cent moyens de faire brche travers les richesses pour livrer accs la pauvret1 et souvent il n'y a pas de moyen terme possible entre une fortune excessive et une extrme misre3 ,la fortune est de verre2 plus elle brille1 plus elle est fragile 7,p4 ,syrus71 outre qu'il a toute facilit pour renverser sens dessus dessous et rendre inutiles toutes les dfenses que nous pouvons lever pour nous protger1 je trouve que l'indigence existe1 la plupart du temps1 autant chez ceux qui possdent que chez ceux qui n'ont rien2 j'irai mme jusqu' dire que lorsqu'elle est seule1 elle est peut-tre moins incommode que lorsqu'elle se rencontre en compagnie de richesses4 ,celles-ci rsultent moins des revenus que l'on a1 que de l'ordre que l'on met les administrer3 ,chacun est l'artisan de sa fortune 7,salluste72 et un riche qui est gn1 ncessiteux1 qui a des embarras1 est1 mon avis1 plus misrable que celui qui est tout simplement pauvre3 ,l'indigence au sein de la richesse est la plus lourde des pauvrets 7,snque74--,les plus grands princes1 ceux mmes qui sont les plus riches1 quand l'argent leur fait dfaut1 que leurs ressources sont puises1 sont le plus ordinairement entrans aux pires extrmits1 car y en a-t-il de pires que de donner dans la tyrannie et de s'emparer injustement des biens de ses sujets8 tre riche est un surcrot d'embarras1 on est bientt en proie l'avarice et ses tourments4--,la seconde phase de mon existence s'est produite quand j'ai eu de l'argent4 ,y ayant pris got1 je ne tardai pas me crer des rserves importantes pour ma situation1 estimant que seul ce qui excde sa dpense ordinaire1 constitue un avoir1 et qu'on ne saurait se tenir assur de la possession de biens qui ne sont qu'en esprances1 si fondes qu'elles paraissent2 car1 me disais-je1 qu'arriverait-il si j'tais surpris par tel ou tel accident8 ,le rsultat de ces penses vaines et malsaines fut que je m'ingniai1 par la cration de cette rserve superflue1 me prmunir contre toute fcheuse ventualit2 et1 qui me faisait observer que ces ventualits sont en nombre trop infini pour qu'il soit possible d'y parer1 je savais fort bien rpondre que si je ne pouvais me garder de toutes1 je me gardais du moins contre un certain nombre et plus particulirement contre certaines4--,cela ne se passait pas sans me causer des proccupations1 j'en gardais le secret1 et moi qui parle si librement de ce qui me touche1 ne disais pas la vrit quand il tait question de l'argent que je pouvais avoir2 j'en agissais comme bien d'autres qui1 riches1 se font plus pauvres qu'ils ne sont2 ou qui1 pauvres1 exagrent ce qu'ils ont et ne se font nullement un cas de conscience de toujours tromper sur ce qu'ils possdent1 ce qui est le fait d'une prudence aussi ridicule que honteuse6--,allais-je en voyage8 il me semblait n'tre jamais suffisamment pourvu2 et plus forte tait la somme que j'avais emporte1 plus j'tais soucieux1 tantt de la scurit des routes1 tantt de la fidlit des gens qui conduisaient mes bagages1 sur le compte desquels1 comme tant d'autres de ma connaissance1 je n'tais rassur que lorsque je les avais sous les yeux4 ,laissais-je mon coffre argent chez moi1 que de soupons et d'inquitudes et1 qui pis est1 que je ne pouvais communiquer personne2 j'avais toujours l'esprit de ce ct4 ,tout compte fait1 veiller sur son argent cause plus de peine que l'acqurir4 ,lorsque je n'en faisais pas autant que je dis1 il ne m'en cotait pas moins pour me retenir de le faire4--,d'agrment1 j'en avais peu ou pas2 de ce que j'avais le moyen de dpenser davantage1 je n'y regardais pas moins qu'avant2 car1 ainsi que le dit ,bion3 ,celui qui a une paisse chevelure se fche autant que le chauve1 quand on lui arrache un cheveu2 du moment que l'habitude est prise1 que vous vous tes mis dans l'ide d'avoir un pcule dtermin1 vous n'en disposez plus1 vous n'osez l'corner2 c'est une construction qui1 vous semble-t-il1 croulera si vous y touchez2 il faut que vous y soyez contraint par la ncessit pour vous dcider l'entamer4 ,avant1 quand j'engageais mes hardes ou vendais un cheval1 c'tait bien moins mon corps dfendant et contre-cur qu'alors qu'il me fallait faire brche cette bourse favorite que je tenais si soigneusement part4--,mais le danger tait qu'il est malais d'assigner cette manie de thsauriser des limites prcises 7il en est toujours ainsi des choses que l'on croit bonnes7 et de s'arrter dans cette voie4 ,on va toujours grossissant ce que l'on a amass1 le fixant une somme de plus en plus leve1 au point d'en arriver se priver peu honorablement de la jouissance de ses propres biens1 de la faire uniquement consister thsauriser et de n'en pas user4 ,a ce procd1 les gens les plus riches du monde seraient ceux qui ont charge de veiller aux portes et sur les remparts d'une ville de quelque importance4 ,tout homme qui a beaucoup d'argent comptant est1 mon avis1 port l'avarice4 ,platon classe ainsi les biens corporels dvolus l'homme3 la sant1 la beaut1 la force1 la richesse2 et1 dit-il1 la richesse n'est pas aveugle3 claire par la prudence1 elle est trs clairvoyante4--,denys le jeune1 un jour1 eut un trait d'esprit3 ,averti qu'un de ses ,syracusains avait enfoui un trsor dans la terre pour l'y tenir cach1 il lui manda de l'apporter4 ,celui-ci obit1 non sans en avoir1 en cachette1 prlev une partie avec laquelle il alla s'tablir dans une autre ville4 ,sa msaventure lui avait fait perdre le got de thsauriser et il se mit vivre largement4 ,la nouvelle en parvint ,denys1 qui lui fit restituer le reste de son trsor1 lui disant qu'il le lui rendait volontiers1 maintenant qu'il avait appris en user4 ,vivre au jour le jour1 suivant ses revenus1 sans trop se proccuper de l'imprvu1 est le parti le plus sage4--,je demeurai ainsi quelques annes1 ne songeant qu' conomiser4 ,je ne sais quel bon dmon me conduisit1 comme il arriva au ,syracusain1 trs heureusement changer de manire et fit que j'abandonnai compltement cet esprit de conservation et d'conomie2 ce fut au plaisir que j'prouvai d'un certain voyage qui m'occasionna une grande dpense que je dus de renoncer cette sotte faon de faire4 ,j'en vins ainsi un troisime mode de vie1 certainement beaucoup plus agrable et plus normal 7c'est du moins l'effet qu'il me produit71 laissant dpenses et recettes aller d'elles-mmes1 tantt l'une devanant l'autre et inversement1 mais toujours sans diffrence sensible4 ,je vis de la sorte au jour le jour1 me contentant d'avoir de quoi suffire aux besoins du moment et aux dpenses prvues2 quant l'imprvu1 toutes les prvisions du monde ne pourraient y suffire2 et c'est folie de penser que de ses propres mains la fortune nous armera suffisamment contre elle-mme2 c'est avec nos seuls moyens qu'il faut la combattre2 toute arme d'occasion nous trahira au moment critique4--,si maintenant j'amasse1 ce n'est plus que parce que j'ai en vue une dpense prochaine2 non pour acheter des terres1 je n'en ai que faire1 mais pour me procurer de l'agrment3 ,c'est tre riche que de n'tre pas avide de richesses2 c'est un revenu1 que de se dispenser d'acheter 7,cicron74 ,je ne crains gure que mes revenus viennent me faire dfaut et n'ai pas le dsir de les accrotre3 ,le fruit des richesses est dans l'abondance1 et l'abondance amne la satit 7,cicron74 ,je me flicite grandement de m'tre corrig de mon penchant l'avarice un ge o on y est naturellement enclin1 et de m'tre dfait de cette folie1 la plus ridicule des folies humaines1 si commune aux vieillards4 ,fraulez1 qui avait pass par ces deux degrs de fortune1 trouvant qu' l'accroissement de ses biens n'avait pas correspondu un accroissement semblable dans ses apptits pour boire1 manger1 dormir et caresser sa femme1 et d'autre part les ennuis qu'entranait l'administration de ces biens 7ennuis que j'prouve moi aussi7 lui pesant grandement1 se rsolut faire un heureux d'un jeune homme pauvre1 ami fidle qui rvait de devenir riche4 ,il lui fit don de tous ses biens qui taient considrables1 excessifs mme et1 en surplus1 de tout ce dont chaque jour il les augmentait par la guerre et grce aux libralits de ,cyrus son matre1 qui tait plein de bont son gard1 sous condition qu'il se charget de l'entretenir et de le nourrir trs honorablement en qualit d'hte et d'ami4 ,a partir de ce moment1 ils vcurent trs heureux en cet tat1 galement satisfaits tous deux des changements que ce march avait introduits dans leurs existences4 ,voil une faon de faire que j'imiterais trs volontiers2 et je loue beaucoup le sage parti pris par un vieux prlat que je connais1 qui remet simplement sa bourse1 ses revenus et le soin de son entretien un serviteur choisi1 tantt l'un1 tantt un autre1 et qui a vcu doucement ainsi de longues annes1 aussi ignorant de ses affaires domestiques qu'un tranger4 ,la confiance dans les bons sentiments des autres est un indice assez sr que ces sentiments sont vtres1 c'est pourquoi elle nous vaut la faveur divine2 c'est peut-tre cela que ce prlat dut d'avoir la maison la mieux administre1 marchant toujours sans -coups4 ,heureux celui qui rgle si exactement ses besoins1 que ses richesses y suffisent sans tre pour lui un sujet de proccupation ou d'empchement1 sans que leur rpartition ou leur recouvrement soit une entrave ses autres occupations plus conformes ses gots et auxquelles il peut ainsi s'adonner plus convenablement et plus tranquillement4 ,les biens ne sont donc pas plus rels que les maux1 les uns comme les autres ne sont tels que par l'apprciation que nous en portons4--,aisance et indigence dpendent donc de l'opinion que chacun s'en fait2 la richesse1 pas plus que la gloire1 que la sant1 n'ont d'attrait et ne causent de plaisir qu'autant que leur en prte celui qui les possde4 ,chacun est bien ou mal en ce monde1 suivant ce que lui-mme en pense3 est content1 celui qui se croit satisfait et non celui que les autres jugent tel2 la croyance qu'on en a1 fait seule que cela peut tre et est en ralit4 ,la fortune ne nous fait ni bien ni mal2 elle se borne nous fournir les lments du bien et du mal et possibilit de les mettre en uvre1 ce qui est l'affaire de notre me qui1 plus puissante que la fortune1 triture ces matriaux et en tire le parti qui lui plat1 se trouvant ainsi tre seule cause et matresse de notre condition bonne ou mauvaise4 ,les effets que nous ressentons des choses en dehors de nous qui nous touchent et la manire dont elles nous apparaissent1 dpendent de nos dispositions intimes1 de mme que nos habits nous rchauffent du fait1 non de la chaleur qui leur est propre1 mais de la ntre qu'ils conservent et dveloppent2 qui en couvrirait un corps froid1 arriverait un rsultat analogue mais inverse2 c'est de la sorte que se conservent la neige et la glace4 ,toute chose dpend de la manire dont on l'envisage3 ne voit-on pas l'tude tre un sujet de tourment pour un fainant2 un ivrogne souffrir de la privation de vin2 la frugalit tre un supplice pour un dbauch2 l'exercice1 une torture pour un homme dlicat et oisif1 et ainsi du reste8 ,les choses ne sont pas si douloureuses et si difficiles par elles-mmes2 c'est notre faiblesse et notre lchet qui les rendent telles4 ,pour juger de celles qui sont leves et ont de la grandeur1 il faut une me qui ait ces qualits1 sinon nous leur attribuons nos propres dfauts2 un aviron est droit et pourtant1 quand il plonge dans l'eau1 il semble courbe2 il ne suffit pas de voir1 il faut encore se rendre compte des conditions dans lesquelles on voit4 ,en somme il faut savoir se commander1 et il nous est toujours loisible de mettre fin ce que nous envisageons comme des maux quand ils nous deviennent intolrables4--,au surplus1 pourquoi1 parmi tant de raisonnements qui1 de tant de manires diverses1 prouvent que l'homme doit mpriser la mort et surmonter la douleur1 n'en est-il pas un qui nous convainque8 ,pourquoi parmi tant d'arguments que d'autres ont admis1 n'en pouvons-nous trouver qui1 selon notre temprament1 nous persuadent galement8 ,que celui qui ne peut digrer la drogue nergique et dtersive susceptible de draciner le mal1 en absorbe au moins une de nature molliente1 qui lui procure quelque soulagement3 ,nous nous amollissons non moins par la volupt que par la douleur et1 dans cet tat1 nous n'avons plus rien de mle ni de solide2 une piqre d'abeille suffit nous arracher des cris2 savoir se commander1 tout est l 7,cicron74--,au demeurant1 on ne saurait chapper la philosophie en exagrant l'acuit de la douleur et la faiblesse humaine2 elle ne demeure pas court et vous oppose aussitt ces irrfutables rpliques3 ,vous trouvez mauvais de mener une vie misrable2 mais une telle vie ne vous est point impose2 ,nul ne voit se prolonger son mal que parce qu'il le veut bien4 ,mais qui n'a le cur de souffrir ni la mort ni la vie1 qui ne veut ni rsister ni fuir1 que peut-on faire pour lui venir en aide8 ,,chapitre ,,xli4 ,l'homme n'est pas port abandonner d'autres la gloire qu'il a acquise4 ,le vain dsir d'acqurir de la rputation nous fait renoncer des biens rels4--,de toutes les rveries du monde1 la plus admise1 la plus universellement rpandue1 est le soin de notre rputation et de notre gloire1 auxquelles nous tenons au point que pour cette vaine image1 cette simple voix qui n'a pas de corps et est insaisissable1 nous allons jusqu' renoncer aux richesses1 au repos1 la sant1 la vie qui1 eux1 sont des biens que nous sommes fonds considrer comme tels et qui sont bien rels4 ,la renomme1 qui par la douceur de sa voix vous enchante1 superbes mortels1 et vous parat si belle1 n'est rien qu'un cho1 un songe1 ou plutt l'ombre d'un songe qui se dissipe et s'vanouit au vent 7,le ,tasse72 et de toutes les ides draisonnables qui peuvent venir l'homme1 c'est la plus revche et la plus opinitre parce qu'elle ne cesse de tenter les esprits le plus en progrs dans la vertu 7,st ,augustin72 il semble en effet que c'est d'elle1 plus que de toutes les autres1 dont les philosophes eux-mmes parviennent se dgager le plus tardivement et le plus contre-cur4 ,il n'en est gure dont notre raison nous dmontre plus clairement la vanit1 mais elle a en nous des racines si vivaces que je ne sais si jamais quelqu'un s'en est compltement affranchi4 ,aprs vous tre tout dit pour vous en dfendre1 alors que vous croyez y avoir russi1 il se fait en vous une telle raction contre les raisons que vous venez d'mettre1 qu'elles ne tiennent pas longtemps2 car1 ainsi que l'indique ,cicron1 ceux mmes qui la combattent1 veulent que leurs noms figurent en tte des livres qu'ils ont crits ce sujet1 et que le mpris qu'ils tmoignent de la gloire fasse passer leur nom la postrit4 ,on trouve rarement des hommes qui abandonnent aux autres leur part de gloire2 exemples de cette abngation de soi-mme4--,nous faisons commerce de toutes les autres choses1 au besoin nous prtons nos amis nos biens et nos existences2 mais se dpouiller de son honneur pour autrui1 lui faire don de sa gloire soi1 cela ne se voit gure4--,catulus ,luctatius1 pendant la guerre contre les ,cimbres1 avait fait tous ses efforts pour arrter ses soldats en fuite devant l'ennemi2 n'y parvenant pas1 il se mla eux1 feignant de renoncer continuer l'engagement1 pour qu'ils eussent l'air de suivre leur chef plutt que de fuir1 sacrifiant ainsi sa rputation pour sauver l'honneur de son arme4--,quand1 en #aecg1 ,charles-,quint envahit la ,provence1 on dit qu',antoine de ,lve y voyant l'empereur rsolu1 bien qu'estimant lui aussi que les rsultats en seraient minemment glorieux1 opina cependant dans un sens contraire et le dconseilla1 dans le seul but que la gloire et l'honneur de cette rsolution en revinssent entirement son matre et qu'on dise que1 grce la sret de ses conceptions et sa prvoyance1 il avait1 contrairement l'avis de tous1 men bonne fin cette magnifique entreprise1 l'honorant ainsi ses dpens4--,les ambassadeurs de la ,thrace1 prsentant leurs condolances ,archilonide1 mre de ,brasidas1 sur la mort de son fils1 ayant t jusqu' dire1 dans l'loge qu'ils faisaient de lui1 qu'il n'avait pas son pareil1 sa mre dclina les louanges personnelles dont il tait l'objet1 pour les reporter sur tous3 ,ne parlez pas ainsi1 rpondit-elle2 ,sparte1 ma connaissance1 possde nombre de citoyens plus grands et plus vaillants qu'il n'tait4--,a la bataille de ,crcy1 le prince de ,galles1 encore jeune1 avait le commandement de l'avant-garde2 le principal effort de la bataille se porta sur lui4 ,les seigneurs qui l'accompagnaient1 trouvant la situation critique1 mandrent au roi douard de venir leur secours4 ,le roi s'enquit de son fils2 on lui rpondit qu'il tait vivant et cheval3 ,je lui ferais tort1 dit-il alors1 d'aller maintenant lui drober l'honneur du succs d'un combat o il lutte depuis si longtemps2 de quelque faon que tourne la fortune1 il en aura tout le mrite4 ,et il ne voulut ni marcher1 ni envoyer son secours1 sachant bien que s'il y tait all1 on et dit que tout tait perdu sans son aide et qu'on lui et attribu le gain de la journe3 ,toujours le dernier arriv1 semble avoir seul dcid de la victoire 7,tite ,live74--,il y avait ,rome des personnes qui estimaient1 et cela se disait communment1 que les principaux hauts faits de ,scipion taient en partie dus ,llius qui1 cependant1 jamais ne cessa d'exalter la grandeur et la gloire de son gnral et de lui prter son concours1 sans prendre aucunement soin de sa propre renomme4--,a quelqu'un disant ,thopompe1 roi de ,sparte1 que si les affaires publiques allaient si bien1 c'tait parce qu'il savait bien commander1 celui-ci rpondit3 ,dites plutt que c'est parce que le peuple sait bien obir4 ,les femmes qui hritaient du titre de pair avaient1 malgr leur sexe1 le droit d'assister et d'opiner dans les causes relevant de cette juridiction2 et les pairs ecclsiastiques1 malgr leur caractre religieux1 taient tenus d'assister nos rois1 quand ils taient en guerre1 non seulement en leur amenant leurs amis et leurs serviteurs1 mais en y venant de leur personne4 ,c'est cela que nous devons de voir l'vque de ,beauvais se trouver avec ,philippe-,auguste la bataille de ,bouvines1 laquelle il prit une part active et se conduisit bravement1 tout en se faisant scrupule de tirer profit et gloire de cet exercice sanglant et brutal4 ,il mit ce jour-l1 de sa propre main1 plusieurs ennemis hors de combat1 et chaque fois les remettait au premier gentilhomme qu'il rencontrait1 soit pour qu'il les gorget1 soit pour qu'il les gardt comme prisonniers1 lui laissant lui seul le soin de l'excution3 c'est ainsi qu'entre autres il remit ,guillaume1 comte de ,salisbury1 aux mains de messire ,jean de ,nesle4 ,par une subtilit de conscience semblable1 il consentait bien assommer1 mais non verser le sang1 c'est pourquoi il ne combattait qu'arm d'une masse d'armes4--,quelqu'un1 en ces temps-ci1 auquel le roi reprochait d'avoir port la main sur un prtre1 niait fort et ferme2 il n'avait fait1 disait-il1 que le battre et le fouler aux pieds4 ,,chapitre ,,xlii4 ,de l'ingalit qui rgne parmi les hommes4 ,extrme diffrence que l'on remarque entre les hommes2 on ne devrait les estimer qu'en raison de ce qu'ils valent par eux-mmes4--,plutarque dit quelque part qu'il trouve que la distance d'une bte une autre bte est moins grande que celle d'un homme un autre homme2 il n'envisage en cela que ce dont l'me est capable et aussi les qualits intellectuelles4 ,pour moi1 je trouve qu'il y a tellement loin d'paminondas1 tel que je me le figure1 telle personne de ma connaissance1 j'entends au point de vue du bon sens1 que je renchrirais volontiers sur ,plutarque et dirais qu'il y a plus de distance de tel homme tel autre qu'entre tel homme et telle bte3 ,ah1 qu'un homme peut tre suprieur un autre 7,trence76 ,l'esprit humain comporte au moins autant de degrs qu'il y a de brasses d'ici le ciel1 et ils sont tout aussi innombrables4 ,en ce qui touche les apprciations que nous portons sur le plus ou le moins de mrite d'un homme1 il est vraiment tonnant que nous estimions toutes choses d'aprs les qualits qui leur sont propres et que nous fassions exception pour nous-mmes4 ,nous louons un cheval de ce qu'il est vigoureux et adroit3 ,nous le louons pour sa vitesse et les palmes nombreuses qu'il a remportes dans les cirques1 aux applaudissements d'une foule bruyante 7,juvnal71 et non pour son harnais1 nous louons un lvrier de sa vitesse et non de son collier1 un oiseau de fauconnerie de la puissance de son vol et non de sa longe et de sa clochette2 pourquoi de mme ne faisons-nous pas cas d'un homme uniquement d'aprs ce qui lui est propre8 ,il a un grand train1 un beau palais1 tant de crdit1 tant de rente1 disons-nous2 tout cela le touche assurment1 mais n'est pas lui4 ,vous n'achetez pas chat en poche1 une chose sans la voir2 si vous marchandez un cheval d'armes1 vous commencez par lui ter la housse qui le pare1 et l'examinez nu et dcouvert2 ou1 s'il demeure couvert1 ainsi qu'on les prsentait jadis aux princes quand ils voulaient en faire acquisition1 ce sont les parties qui offrent le moins d'intrt qui sont drobes la vue1 afin que vous ne vous arrtiez pas la beaut de la robe ou la largeur de la croupe1 et que vous vous attachiez surtout considrer les jambes1 les yeux et les pieds qui sont ce qu'il y a d'essentiel en lui3 ,les rois ont coutume1 lorsqu'ils achtent des chevaux1 de les examiner couverts1 de peur que si le cheval a la tte belle et les pieds mauvais1 comme il arrive souvent1 l'acheteur ne se laisse sduire par l'aspect d'une croupe arrondie1 d'une tte fine ou d'une belle encolure 7,horace74 ,pourquoi1 pour juger de la valeur d'un homme1 l'examinons-nous donc tout envelopp et empaquet8 ,rien de ce qu'il nous montre n'est sien1 et il nous cache tout ce qui seul donne moyen de porter un jugement clair sur ce qu'il est rellement4 ,ce dont vous vous enquerrez1 c'est de ce que vaut l'pe et non le fourreau2 peut-tre que1 dgage de sa gaine1 vous n'en donneriez pas un quatrain4 ,il faut juger l'homme par lui-mme et non sur ses atours1 ainsi que le dit plaisamment un philosophe ancien3 ,savez-vous pourquoi vous le trouvez grand8 ,c'est parce que dans l'estimation que vous faites de sa taille1 vous y comprenez la hauteur de ses patins4 ,le socle d'une statue n'en est pas partie intgrante4--,mesurez-le sans ses chasses1 qu'il mette de ct ses richesses et ses dignits2 qu'il se prsente en chemise4 ,est-il au physique propre ses fonctions8 est-il sain et allgre8 ,quelle me a-t-il8 est-elle belle1 capable1 heureusement doue tous gards8 est-elle riche par elle-mme ou seulement de ce qu'elle emprunte aux autres8 la fortune a-t-elle prise sur elle8 ,se trouble-t-elle devant un danger imminent8 est-elle indiffrente au genre de mort1 quel qu'il soit1 qui peut l'atteindre6 est-elle calme1 gale1 contente de son sort8 c'est l ce qu'il faut rechercher et ce qui nous permet de juger des diffrences excessives qui existent entre les hommes4 ,est-il sage et matre de lui8 ne craint-il ni la pauvret1 ni la mort1 ni l'esclavage8 sait-il rsister ses passions et mpriser les honneurs8 renferm tout entier en lui-mme1 semblable un globe parfait qu'aucune asprit n'empche de rouler1 ne laisse-t-il aucune prise la fortune 7,horace78 ,un tel homme est de cinq cents brasses au-dessus des royaumes et des duchs2 il est lui-mme son propre empire3 ,par ,pollux1 le sage est lui-mme l'artisan de son bonheur 7,plaute76 ,que lui reste-t-il dsirer8 ,ne voyons-nous pas que la nature n'exige de nous rien de plus qu'un corps sain et une me sereine1 exempte de soucis et de crainte 7,lucrce78 ,comparez-lui la tourbe de ces hommes stupides1 l'me basse1 servile1 inconstante1 qui sont continuellement le jouet des passions orageuses de tous genres qui les poussent et les repoussent sans cesse en tous sens1 qui sont tout entiers sous la dpendance d'autrui3 de lui eux1 la distance est plus grande que du ciel la terre2 et cependant1 la manire dont nous en usons d'habitude nous aveugle tellement1 que de cet homme nous ne faisons que peu ou pas de cas4 ,de vaines apparences extrieures distinguent seules le roi du paysan1 le noble du vilain1 etc4 ,que sont les rois8 des acteurs en scne1 des hommes quelquefois plus mprisables que le dernier de leurs sujets1 soumis aux mmes passions1 aux mmes vices4--,que nous venions considrer un paysan et un roi1 un noble et un roturier1 un magistrat et un simple particulier1 un riche et un pauvre1 une extrme dissemblance nous apparat immdiatement2 mais cette diffrence qui nous saute aux yeux ne consiste1 pour ainsi dire1 que dans la diversit des chaussures que portent les uns et les autres4 ,dans la ,thrace1 le roi se distinguait de son peuple d'une singulire faon1 bien au-dessus de ce que nous pouvons imaginer3 il avait une religion part1 un dieu uniquement lui1 que ses sujets ne pouvaient adorer1 c'tait ,mercure2 et aux dieux du peuple3 ,mars1 ,bacchus1 ,diane1 il ddaignait de rendre aucun culte4--,cela n'est en somme que dcors1 qui ne constituent aucune diffrence essentielle entre les hommes1 tout comme ces acteurs de comdie que vous voyez sur la scne paradant avec de grands airs de duc et d'empereur1 et que voil un instant aprs devenus de simples valets1 de misrables portefaix1 professions d'o ils sortent et dans lesquelles ils sont ns4 ,cet empereur1 par exemple1 dont la pompe en public vous blouit1 parce que brillent sur lui1 enchsses dans l'or1 de grosses meraudes de la plus belle eau1 et parce qu'il est par de magnifiques habits couleur vert de mer1 qu'il a bientt fait de souiller dans les orgies et dans de honteux plaisirs 7,lucrce71 voyez-le derrire le rideau1 ce n'est qu'un homme du commun1 parfois plus vil que le dernier de ses sujets3 ,le sage a son bonheur en lui-mme2 tout autre n'a qu'un bonheur superficiel 7,snque72 la lchet1 l'irrsolution1 l'ambition1 le dpit1 l'envie agitent ce potentat1 tout comme un autre homme3 ,ni les trsors1 ni les faisceaux consulaires ne chassent les inquitudes et les soucis qui voltigent sous les lambris dors 7,horace72 les proccupations et les craintes l'assigent au milieu mme de ses armes3 ,l'apprhension1 les soucis insparables de l'homme1 ne s'effrayent ni du fracas des armes1 ni des traits cruels2 ils frquentent hardiment les cours des rois et n'ont aucun respect pour l'clat qui environne les trnes 7,lucrce74 ,la fivre1 la migraine1 la goutte l'pargnent-elles plus que nous8 ,quand la vieillesse psera sur ses paules1 les archers de sa garde le soulageront-ils de son poids8 ,quand il frissonnera par crainte de la mort1 sera-t-il rassur par la prsence des gentilshommes de sa chambre8 ,quand la jalousie ou un dsir l'treindront1 nos salutations le rconforteront-elles8 ,ce ciel de lit1 chamarr d'or et de perles1 n'a pas le don de calmer les douleurs d'entrailles occasionnes par une violente colique3 ,la fivre brlante ne vous quittera pas plus tt1 que vous soyez tendu sur la pourpre1 sur des tapis tissus grands frais1 ou que vous soyez gisant sur le grabat du plbien 7,lucrce74--,les flatteurs d',alexandre le ,grand lui rptaient sans cesse qu'il tait fils de ,jupiter4 ,un jour1 qu'tant bless1 il regardait le sang qui coulait de la plaie3 ,h bien6 qu'en pensez-vous8 leur dit-il2 n'est-ce pas l un sang vermeil comme celui de tout tre humain2 est-il de la nature de celui qu',homre fait couler des blessures des dieux8--,le pote ,hermodore avait1 en l'honneur d',antigone1 compos des vers o il l'appelait fils du ,soleil3 ,celui qui vide ma chaise perce1 dit ,antigone rprouvant cette flatterie1 sait bien qu'il n'en est rien4 ,le bonheur est dans la jouissance et non dans la possession2 or peut-il jouir des avantages de la royaut celui qui ne sait ou ne peut apprcier son bonheur8--,cet homme en fin de compte n'est jamais qu'un homme2 et si par lui-mme il n'a pas de valeur1 l'empire du monde ne saurait lui en donner3 ,que les jeunes filles se l'arrachent1 que partout les roses naissent sous ses pas 7,perse71 qu'est-ce que tout cela1 si son me est grossire et stupide8 sans vigueur et sans esprit1 on n'arrive ressentir ni le bonheur1 ni mme la volupt4--,les choses valent selon qui les possde3 bonnes pour qui sait s'en servir1 elles sont mauvaises pour qui en msuse 7,trence74 ,pour savourer les biens que nous donne la fortune1 quels qu'ils soient1 encore faut-il le sentiment qui nous en procure la sensation2 c'est par la jouissance et non par la possession que nous sommes heureux3 ,ce ne sont pas ces terres1 ce palais1 ces monceaux d'or et d'argent qui guriront de la fivre celui qui les possde1 ou qui purgeront son me de toute inquitude2 la jouissance exige la sant de l'me et du corps4 ,pour qui dsire ou qui craint1 toutes ces richesses sont comme des tableaux pour des yeux qui ne peuvent souffrir la lumire1 ou des onguents un goutteux 7,horace74--,si c'est un sot1 son got est mouss et manque de discernement2 ce n'est plus pour lui une source de jouissance2 il est comme quelqu'un qui1 enrhum1 est incapable d'apprcier la douceur des vins de la ,grce2 ou comme un cheval1 lequel demeure indiffrent la richesse du harnachement dont on l'a par2 c'est ainsi que1 suivant la maxime de ,platon1 la sant1 la beaut1 la force1 les richesses et tout ce que nous qualifions d'heureux1 sont estims comme autant de maux par qui a le jugement faux1 alors que celui qui a l'esprit juste les tient pour ce qu'ils sont1 et que cette divergence d'apprciation se produit en sens inverse pour ce que nous tenons comme malheureux4--,et puis1 l o le corps et l'me sont en mauvais tat1 quoi servent tous ces avantages qui ne font pas corps avec nous8 la moindre piqre d'pingle1 la moindre passion en notre me1 suffisent pour nous ter tout le plaisir que nous aurions rgner sur le monde entier6 ,au premier lancement que lui occasionne la goutte1 il a beau tre ,sire et ,majest1 couvert d'or et d'argent 7,tibulle71 ne perd-il pas le souvenir de ses palais et de ses grandeurs8 ,s'il est en colre1 de ce qu'il est prince1 cela l'empche-t-il de rougir1 de plir1 de grincer des dents comme un fou8 ,combien le sort des rois est plaindre3 leurs devoirs constituent une lourde charge4--,si cet empereur est intelligent et heureusement dou1 l'exercice de la toute-puissance ajoute peu son bonheur3 ,si votre ventre est libre1 si vos poumons et vos jambes font leurs offices1 toutes les richesses des rois n'accroitront en rien votre bonheur 7,horace74 ,il reconnat que tout cela n'est qu'apparence et tromperie4 ,a l'occasion il sera de l'avis de ,sleucus qui disait que celui qui saurait de quel poids est un sceptre1 ne daignerait pas le ramasser1 s'il en trouvait un terre1 voulant dire par l combien sont grandes et pnibles les charges qui incombent un roi soucieux de ses devoirs2 et certes1 ce n'est pas peu de chose que d'avoir rgler les affaires d'autrui1 quand nous rgler nous-mmes prsente tant de difficults4--,pour ce qui est du commandement1 qui semble offrir tant de charmes1 quand je viens considrer la faiblesse de la raison humaine et combien il est difficile de dcider des choses nouvelles sur lesquelles il y a doute1 je suis tout fait de l'avis qu'il est beaucoup plus facile et agrable de suivre que de diriger1 et que c'est un grand repos d'esprit de n'avoir qu' cheminer sur une voie trace et ne rpondre que de soi3 ,il vaut mieux obir tranquillement1 que de prendre le fardeau des affaires publiques 7,lucrce74 ,ajoutez cela que ,cyrus dclarait qu'il ne convient un homme de commander d'autres1 qu'autant qu'il vaut mieux qu'eux4 ,la satit leur rend insipides tous les plaisirs4--,le roi ,hiron1 d'aprs ,xnophon1 allait jusqu' prtendre que les souverains sont1 dans la jouissance des volupts intimes1 dans des conditions pires que les particuliers1 parce que l'aisance et facilit qu'ils ont les satisfaire leur tent cette saveur aigre-douce que nous devons plus de difficult3 ,trop d'amour nous dgote1 comme l'excs d'un mets agrable affadit l'estomac 7,ovide74 ,pense-t-on que les enfants de chur prennent grand plaisir la musique8 la satit la leur rend plutt ennuyeuse4 ,les festins1 les danses1 les mascarades1 les tournois rjouissent ceux qui ne les voient pas souvent et ont dsir de les voir2 mais pour ceux pour lesquels ce sont des choses ordinaires1 cela devient fade et peu rjouissant2 de mme les femmes ne sont plus un excitant pour celui qui jouit d'elles satit2 qui passe son temps boire sans soif1 n'prouve plus de plaisir boire2 les farces des bateleurs nous amusent1 mais pour eux ce sont des corves4 ,et c'est ce qui fait que les princes aiment se travestir quelquefois1 descendre vivre de la vie des dernires classes de la socit et qu'ils s'en font fte3 ,un peu de changement ne dplat pas aux grands2 quelquefois un frugal repas1 sans tapis et sans pourpre1 sous le toit du pauvre1 dride leur front 7,horace74--,il n'y a rien qui soit gnant et nous te l'apptit comme l'abondance3 quels dsirs ne s'apaiseraient chez qui aurait trois cents femmes sa disposition1 comme les a le ,grand ,seigneur dans son srail8 ,quel got chasser pouvait avoir celui de ses anctres qui n'y allait jamais qu'avec au moins sept mille fauconniers1 et quelle physionomie pouvait prsenter une pareille chasse8 ,ils sont constamment sous les yeux de leurs sujets qui les jugent avec svrit4--,sans compter que cet clat qui accompagne la grandeur a1 je crois1 des inconvnients des plus incommodes quand ils veulent se livrer la jouissance de plaisirs plus doux2 ils sont trop en vue et trop de gens s'occupent d'eux1 si bien que je ne comprends pas qu'on leur demande de cacher et dissimuler davantage leurs fautes4 ,a ajouter que ce qui de notre part est indiscrtion1 est qualifi chez eux1 par le peuple1 de tyrannie1 de mpris et ddain des lois2 et qu'en outre de ce que comme tous autres ils sont enclins mal faire1 il semble que de plus ils se fassent1 en pareil cas1 un plaisir de violer et de fouler aux pieds les rglements publics4 ,platon est dans le vrai quand1 dans son ,gorgias1 donnant comme dfinition du tyran1 celui qui1 dans une cit1 a licence de faire tout ce qui lui plat1 il dit que la vue et la publicit des abus qu'il commet blessent souvent plus que ces abus eux-mmes4 ,chacun redoute d'tre pi et contrl2 eux1 le sont jusque dans leurs attitudes et leurs penses1 tout le monde estimant que c'est son droit de les juger et qu'il y a intrt2 sans compter que les taches ressortent d'autant plus que la place o elles sont est plus apparente et plus claire1 qu'un signe ou une verrue au front se remarque davantage qu'une balafre ailleurs4 ,c'est le motif pour lequel les potes reprsentent toujours ,jupiter1 dans ses aventures galantes1 sous une forme autre que la sienne1 et que1 parmi tant de scnes de ce genre qu'ils lui attribuent1 il n'en est qu'une seule1 ce me semble1 o il soit reprsent dans toute sa grandeur et sa majest4 ,hiron1 auquel nous revenons1 raconte galement combien sa royaut lui est incommode en l'empchant d'aller et de voyager en toute libert1 le retenant en quelque sorte prisonnier1 sans pouvoir franchir les limites de son pays et faisant que partout il est constamment entour d'une foule importune4 ,il faut convenir que1 la plupart du temps1 en voyant nos rois tout seuls table1 assigs de tant de gens inconnus1 leur parlant et les regardant1 j'ai t souvent pris de piti plutt que d'envie4 ,le roi ,alphonse disait ce propos que le sort des nes tait sous ce rapport prfrable au leur2 leurs matres au moins les laissent patre leur aise1 ce que les rois ne peuvent obtenir de leurs serviteurs4 ,je n'ai jamais compris que ce pt tre de quelque agrment pour un homme raisonnable d'tre sous les regards d'une vingtaine de personnes1 lorsqu'il est sur sa chaise perce2 je n'ai pas davantage saisi qu'il soit1 pour un roi1 plus commode et mieux port d'tre servi par quelqu'un qui a dix mille livres de rente1 ou qui a pris ,casal1 ou dfendu ,sienne1 que par un bon valet de chambre1 connaissant bien son service4--,les avantages des princes ne sont gure qu'imaginaires2 chaque chelon social a en quelque sorte ses princes4 ,csar appelle des roitelets tous les seigneurs qui1 en ,gaule1 de son temps1 avaient droit de rendre la justice4 ,la vie d'un seigneur retir dans ses terres1 loin de la cour1 est bien prfrable4--,pour dire vrai1 sauf l'appellation de ,sire1 on va bien loin aujourd'hui dans l'imitation de la manire d'tre et de faire de nos rois2 voyez dans les provinces loignes de la cour1 en ,bretagne par exemple1 un seigneur vivant dans son fief et y rsidant3 son train de maison1 ses rapports avec ses sujets1 les officiers qui l'assistent1 le genre de vie qu'il mne1 le service auquel chacun est astreint autour de lui1 le crmonial dont il s'entoure1 sa vie intime au milieu de ses serviteurs1 voire mme les ides qui le hantent1 il n'est rien de plus royal4 ,il entend parler de son matre une fois l'an1 comme du roi de ,perse1 et ne le distingue que parce qu'il subsiste entre eux quelques liens de parent1 consigns dans ses archives4--,de fait1 nos lois nous donnent une libert suffisante2 et les obligations auxquelles un gentilhomme est astreint vis--vis de son souverain se faisant peine sentir deux fois dans la vie1 une sujtion complte et effective ne s'impose qu' ceux d'entre nous auxquels elle convient1 et l'acceptent en retour de l'honneur et du profit qu'ils en retirent2 celui qui1 confin dans ses terres1 s'y tient coi et sait diriger ses affaires sans querelles ni procs1 est aussi libre que le doge de ,venise3 ,peu d'hommes sont enchans la servitude1 beaucoup s'y enchanent 7,snque74 ,les rois ne connaissent pas l'amiti1 la confiance2 ils n'ont autour d'eux que des flatteurs et des hypocrites4--,mais ce qu',hiron place au nombre des plus grands inconvnients de la royaut1 c'est la privation des amitis et relations cordiales qui sont le charme le plus doux1 le plus parfait de l'existence de l'homme3 ,quelle marque d'affection et de bons sentiments mon endroit m'est-il possible de recevoir1 dit-il1 de quelqu'un qui1 que ce soit ou non de son fait1 me doit d'tre vis--vis de moi tout ce qu'il a possibilit d'tre8 ,puis-je tenir compte de l'humilit de sa parole1 de sa respectueuse courtoisie1 alors qu'il ne peut en agir autrement8 ,les honneurs que nous rendent ceux qui nous craignent1 ne nous honorent pas1 ils s'adressent la royaut et non moi personnellement3 ,le plus grand avantage de la royaut1 c'est que le peuple est oblig non seulement de souffrir1 mais encore de louer les actions du matre 7,snque74 ,ne vois-je pas le mauvais roi comme le bon1 celui qu'on hait comme celui qu'on aime1 tre traits l'un et l'autre de la mme faon8 on semblait avoir l'gard de mon prdcesseur la mme dfrence que pour moi1 on le servait avec le mme crmonial1 et il en sera de mme pour mon successeur4 ,si mes sujets ne m'offensent pas1 ce n'est pas l une preuve indiscutable de sincre affection2 je ne puis la considrer comme telle1 puisque lors mme qu'ils voudraient m'offenser1 ils ne le peuvent pas4 ,nul ne me frquente parce qu'il a de l'amiti pour moi2 ce sentiment ne peut natre quand les relations et les changes d'ides sont si rares2 l'lvation de mon rang me tient l'cart de toute intimit2 entre les autres hommes et moi il y a trop d'ingalit et de disproportion4 ,ils font partie de ma suite parce que cela a bon air1 que c'est la coutume2 et encore est-ce plutt ma fortune qu' moi qu'ils sont attachs et dans le but d'augmenter la leur4 ,tout ce qu'ils me disent et font est entach de dissimulation1 leur libert tant tenue en bride par la toute-puissance qu'en toutes choses j'exerce sur eux2 je ne vois rien dcouvert autour de moi1 rien qui ne soit masqu4--,ses courtisans louaient un jour l'empereur ,julien de ce qu'il s'efforait d'tre juste3 ,je m'enorgueillirais certainement de ces louanges1 leur rpondit-il1 si elles venaient de personnes qui oseraient dnoncer et blmer mes actes1 si je me conduisais autrement4 ,les commodits effectives dont ils jouissent leur sont communes avec les autres hommes4--,toutes les commodits effectives dont jouissent les princes leur sont communes avec les hommes de fortune moyenne 7les dieux seuls montent des chevaux ails et se nourrissent d'ambroisie72 ils ne diffrent pas de nous sous le rapport du sommeil et de l'apptit2 l'acier de leur armure n'est pas de meilleure trempe que celui dont sont forges les ntres2 leur couronne ne les abrite ni du soleil1 ni de la pluie4--,diocltien1 port au plus haut et plus envi degr de la fortune1 en descendit pour jouir des satisfactions de la vie d'un simple particulier4 ,quelque temps aprs1 les ncessits des affaires publiques rclamant qu'il en prt nouveau la direction1 il rpondait ceux qui venaient le prier d'en accepter la charge3 ,vous ne chercheriez pas me persuader1 si vous voyiez la belle venue des arbres que j'ai plants moi-mme sur mes terres et les beaux melons que j'y ai sems4 ,gouvernement idal4--,anacharsis est d'avis que l'tat le plus heureux serait celui qui aurait un gouvernement tel1 que1 toutes autres conditions gales1 on y verrait la prminence donne la vertu et le vice relgu au dernier rang4 ,une folle ambition les porte souvent ravager le monde1 lorsqu'ils pourraient sans efforts se procurer le repos et les vrais plaisirs4--,quand le roi ,pyrrhus mditait de passer en ,italie1 ,cinas1 son sage conseiller1 voulant lui faire sentir l'inanit de son ambition1 lui dit3 ,et dans quel but1 ,sire1 concevez-vous cette grande entreprise8--,pour me rendre matre de l',italie1 rpondit le roi4--,et cela fait8 poursuivit ,cinas4--,je passerai en ,gaule et en ,espagne4--,et aprs8--,j'irai subjuguer l',afrique2 et1 quand enfin je serai matre du monde1 je me reposerai et vivrai content et tranquille4--,pour ,dieu6 ,sire1 rpliqua alors ,cinas1 dites-moi ce qui vous empche d'en agir de la sorte ds prsent1 si telle tait votre volont2 pourquoi ne pas jouir sur l'heure de ce repos auquel vous dites aspirer et vous pargner ainsi tant d'embarras1 tant de hasards1 auxquels de gat de cur vous allez vous exposer1 avant d'atteindre ce but que vous avez ds maintenant votre porte8--,c'est sans doute parce qu'il ne connaissait pas les bornes que l'on doit mettre ses dsirs1 et au del desquelles prend fin le plaisir vritable 7,lucrce74 ,chacun est l'artisan de sa fortune 7,cornlius ,npos72 cette maxime de l'antiquit1 que je trouve si belle et qui est ici d' propos1 servira de conclusion au prsent chapitre4 ,,chapitre ,,xliii4 ,des lois somptuaires4 ,interdire l'usage de l'or et de la soie certaines classes de la socit1 dans le but d'enrayer le luxe1 c'est aller l'encontre de ce que l'on se propose4--,la manire dont nos lois cherchent enrayer les dpenses extravagantes et si pleines d'ostentation que nous apportons la tenue de la table et au costume1 semble aller l'encontre du but qu'elles se proposent4 ,le vrai moyen d'y atteindre1 serait d'inspirer aux hommes le mpris de l'or et de la soie comme choses frivoles et inutiles2 au lieu de cela1 nous en accroissons la valeur et le prix qu'on y attache1 ce qui est une faon bien sotte de les en dgoter4 ,dire1 ainsi qu'on l'a fait1 que les princes seuls pourront manger du turbot et porter du velours et des tissus d'or et l'interdire au peuple1 qu'est-ce1 sinon donner de l'importance ces choses et augmenter l'envie de chacun d'en user6 ,que les rois renoncent hardiment ces marques de grandeur1 ils en ont assez d'autres2 de semblables excs sont plus excusables chez des particuliers que chez des princes4 ,ce qui se passe chez quelques nations1 nous montre qu'il y a assez de meilleurs moyens d'tablir par des distinctions extrieures les degrs de la hirarchie sociale 7ce que je considre du reste comme une mesure sage dans un gouvernement71 sans recourir un talage qui dveloppe la corruption et a des inconvnients si vidents4 ,l'exemple des grands fait loi2 c'est pourquoi ils devraient se distinguer par leur simplicit4--,il est vraiment merveilleux de voir combien la coutume1 dans des choses comme celles-ci au fond si indiffrentes1 s'introduit aisment et s'impose avec autorit4 ,il y avait peine un an qu' la cour1 pour le deuil du roi ,henry ,,ii1 on portait du drap1 que dj1 au sentiment de chacun1 la soie tait tombe en un tel discrdit1 qu'en voyant quelqu'un en tre vtu1 on pensait aussitt que ce devait tre quelque bourgeois de la ville2 elle tait devenue le propre des mdecins et des chirurgiens2 et1 bien que dans toutes les classes de la socit tout le monde ft peu prs habill de mme1 la distinction naturelle de chacun suffisait pour dnoter celle laquelle il appartenait4 ,qu'il faut peu de temps aux armes pour que le pourpoint macul de chamois et de toile soit en honneur et que les vtements riches et brillants soient ddaigns1 soient mme un sujet de reproche pour ceux qui en portent6 ,que les rois donnent l'exemple de renoncer ces dpenses3 en un mois1 sans dit1 sans ordonnance1 ce sera chose faite2 tous1 aprs eux1 nous en ferons autant4 ,la loi1 au rebours de ce qu'elle prescrit aujourd'hui1 devrait porter que les toffes de couleur clatante et les joyaux sont interdits tout le monde1 sauf aux bateleurs et aux courtisanes4 ,c'est ainsi que ,zleucus corrigea les murs corrompues des ,locriens4 ,ses ordonnances portaient que les femmes de condition libre ne pourraient avoir leur suite plus d'une femme de chambre1 hors le cas o elles seraient ivres4 ,que seules les filles publiques et de mauvaise vie pourraient sortir la nuit hors ville1 porter sur leur personne des bijoux en or et des robes enrichies de broderies4 ,qu' l'exception de ceux faisant mtier de prostituer les femmes et les filles1 aucun homme ne devrait avoir de bagues en or1 ni de vtements de tissu dlicat1 du genre des toffes fabriques ,milet4 ,par ces exceptions qui stigmatisaient ceux auxquels elles s'appliquaient1 il dtourna ingnieusement ses concitoyens de ces superfluits et de leurs attraits pernicieux2 moyen trs efficace1 en veillant l'honneur et l'ambition1 d'amener les hommes la pratique de leurs devoirs et l'obissance aux lois4 ,bizarrerie et incommodits de certaines modes4--,nos rois ont toute facilit pour de semblables rformes dans ces questions de mode2 leur got fait loi3 ,tout ce que font les princes1 il semble qu'ils le commandent 7,quintilien71 et le reste de la ,france se rgle sur ce qui se fait la cour4 ,qu'ils abandonnent ce genre de culottes si laid1 qui dessinent des parties du corps que d'ordinaire on n'affiche pas2 ces pourpoints si amples et si lourds qui nous font une tournure tout autre que celle que nous avons naturellement1 qui sont si incommodes quand on veut s'armer2 ces longs cheveux qui donnent un air effmin2 cet usage de s'embrasser entre gens qui se connaissent1 quand on s'aborde2 de baiser les mains de qui l'on salue1 ce que l'on ne faisait jadis qu' l'gard des princes2 qu'ils condamnent cette habitude1 qu'en un lieu o une attitude respectueuse est de mise1 un gentilhomme se tienne sans pe au ct1 le vtement ouvert et flottant comme s'il venait de la garde-robe2 et cette autre1 contraire celle de nos pres et au privilge qu'avait la noblesse en ,france1 qui veut aujourd'hui qu'autour de ces mmes princes1 en quelque lieu que ce soit1 si loin qu'on se trouve d'eux1 on se tienne la tte dcouverte1 et cela1 non seulement quand il s'agit d'eux1 mais l'gard de cent autres1 tant nous avons de tiers1 de quarts de roi1 qui ont les mmes exigences2 qu'ils le veuillent1 et ces innovations et beaucoup d'autres du mme genre et tout aussi regrettables1 seront aussitt dcries et disparatront4--,ce sont l des erreurs toutes superficielles1 elles n'en sont pas moins de fcheux pronostics2 quand nous voyons les enduits de nos murs et de nos cloisons se fendiller1 nous sommes avertis que le gros uvre du btiment se disjoint4 ,mme dans les modes1 les changements sont dangereux pour la jeunesse4--,platon1 dans ses ,lois1 estime qu'il n'y a pas au monde de calamit plus dommageable pour sa cit1 que de laisser la jeunesse prendre la libert d'apporter des changements dans son costume1 dans ses manires de faire1 ses danses1 ses exercices et ses chants1 et de leur en substituer d'autres1 obissant en cela tantt une impression1 tantt une autre2 recherchant les nouveauts1 en honorant les auteurs1 ce qui conduit la corruption des murs et fait que 99 toutes les anciennes institutions en arrivent tre sapes et mprises4 ,en toutes choses1 sauf pour ce qui est mauvais1 les changements sont craindre1 qu'ils surviennent dans le cours des saisons1 la direction des vents1 le mode de nourriture1 le cours de nos humeurs4 ,aucune loi n'a de valeur bien effective1 en dehors de celles auxquelles ,dieu a donn une dure remontant une poque si recule que personne n'en sait l'origine et ne les a jamais connues autres4 ,,chapitre ,,xliv4 ,du sommeil4 ,le sage peut commander ses passions1 il ne peut les empcher d'mouvoir son me2 aussi faut-il regarder comme trs extraordinaires ces hommes qui1 dans les plus importantes circonstances de leur vie1 ont pu se livrer au sommeil4--,la raison nous ordonne bien de suivre toujours le mme chemin1 mais non toutefois d'aller constamment la mme allure2 et1 quoique le sage ne doive pas permettre ses passions de dvier de la voie droite1 il peut fort bien1 sans manquer son devoir2 en tenir compte pour hter ou retarder sa marche1 au lieu de demeurer au milieu d'elles1 comme un colosse immobile et impassible4 ,au courage en personne1 le pouls battrait plus fort1 je crois1 en allant l'assaut qu'en allant dner2 il y a mme des circonstances o il est ncessaire qu'il s'chauffe et s'meuve4 ,aussi ai-je remarqu comme une particularit1 se produisant rarement il est vrai1 que quelquefois les grands personnages1 dans les affaires de grande importance et les entreprises de la plus haute gravit1 conservent tellement leur assiette habituelle1 que leur sommeil n'en est seulement pas court4 ,le jour de la bataille opinitre qu'il livra ,darius1 ,alexandre le ,grand dormit si profondment et si avant dans la matine1 que le temps pressant de marcher au combat1 ,parmnion fut oblig d'entrer dans sa chambre1 d'approcher de son lit et1 pour l'veiller1 de l'appeler deux ou trois fois par son nom4--,l'empereur ,othon1 la nuit mme o il avait rsolu de se tuer1 aprs avoir mis ordre ses affaires domestiques1 partag son argent entre ses serviteurs1 affil le tranchant de l'pe avec laquelle il voulait se donner la mort1 n'attendant plus que d'apprendre si tous ses amis taient parvenus se mettre en sret1 s'endormit d'un sommeil si profond1 que ses ronflements parvenaient jusqu' ses valets de chambre4--,la mort de cet empereur offre beaucoup de rapprochement avec celle du grand ,caton1 sur ce point notamment3 ,caton1 prt se dtruire1 attendant qu'on lui apportt la nouvelle que les snateurs qu'il loignait de lui1 taient sortis du port d',utique1 se mit si bien dormir qu'on entendait le bruit de sa respiration de la chambre voisine4 ,la personne qu'il avait envoye au port l'ayant veill pour lui dire que la tempte gnait considrablement les snateurs pour la manuvre de la voile1 il en envoya une autre1 et1 se renfonant dans son lit1 reprit son sommeil jusqu'au retour de ce second messager venant lui annoncer que le dpart avait pu s'effectuer4--,nous trouvons encore chez ,caton une certaine similitude avec ce que nous avons rapport d',alexandre4 ,lors de ce grand et dangereux orage que faillit soulever contre lui la sdition du tribun ,mtellus qui1 propos de la conjuration de ,catilina1 voulait publier le dcret rappelant dans ,rome ,pompe et son arme1 ce quoi ,caton seul tait oppos1 de graves paroles1 de grandes menaces avaient t changes au ,snat entre ,mtellus et lui2 et le lendemain1 sur le forum1 devait avoir lieu cette publication4 ,les deux adversaires devaient s'y retrouver3 ,mtellus1 appuy par le peuple et par ,csar qui1 ce moment1 tait favorable ,pompe1 devait se prsenter accompagn de nombreux esclaves trangers et de spadassins prts toutes les violences2 ,caton n'ayant pour lui que son indomptable fermet4 ,aussi ses parents1 ses domestiques et beaucoup de gens de bien taient-ils en grand souci sur son compte2 proccups du danger auquel il allait s'exposer1 il y en eut qui passrent la nuit chez lui1 mais ne purent ni reposer1 ni boire ni manger2 sa femme et ses surs ne cessaient de pleurer et de se tourmenter4 ,lui1 au contraire1 rconfortait tout le monde2 aprs avoir soup comme son ordinaire1 il alla se coucher et dormit d'un sommeil si profond jusqu'au matin1 qu'un de ses collgues au tribunat dut venir le rveiller pour se rendre l'assemble o les partis allaient se trouver aux prises4 ,connaissant1 par les actes de sa vie entire1 combien tait grand son courage1 nous pouvons1 sans crainte de nous tromper1 attribuer ce calme en cette circonstance1 ce que son me tait bien au-dessus de semblables accidents qui1 pour lui1 n'taient pas un sujet de plus grande proccupation que les incidents ordinaires de la vie4 ,au combat naval qu'il remporta en ,sicile sur ,sextus ,pompe1 ,auguste1 au moment d'engager l'action1 dormait si profondment1 qu'il fallut que ses amis l'veillassent pour qu'il donnt le signal du combat2 cela fut cause que1 plus tard1 ,m4 ,antoine lui reprocha de n'avoir pas eu seulement le cur d'assister aux volutions de ses vaisseaux et de n'avoir os se montrer ses soldats que lorsque ,agrippa vint lui annoncer que la victoire tait lui4--,marius le jeune fit pis encore3 le jour de son dernier effort contre ,sylla1 aprs avoir rang son arme en bataille1 donn le mot d'ordre et le signal de l'engagement1 il se coucha l'ombre1 sous un arbre1 pour se reposer1 et s'endormit si compltement1 qu' peine fut-il rveill quand ses gens1 en fuite1 vinrent passer prs de lui2 il n'avait rien vu du combat4 ,on attribue le fait la fatigue excessive produite par un excs de travail et le manque de sommeil1 il tait bout de forces4 ,le sommeil est-il ncessaire la vie8--,il appartient aux mdecins de nous dire si le sommeil est ncessaire l'homme au point que notre vie en dpende4 ,a l'appui de cette assertion1 nous trouvons bien qu' ,rome on fit mourir1 en le privant de sommeil1 ,perse roi de ,macdoine1 qui se trouvait tre prisonnier2 mais1 d'autre part1 ,pline relate d'autres cas de personnes qui ont vcu longtemps sans dormir4 ,hrodote parle de peuples o l'on dort pendant la moiti de l'anne et o l'on veille pendant l'autre moiti2 et les biographes d'pimnide racontent que ce sage demeura endormi pendant cinquante-sept ans conscutifs4 ,,chapitre ,,xlv4 ,sur la bataille de ,dreux4 ,il importe peu que dans une action de guerre un chef ne fasse pas tout ce que commande le devoir ou la bravoure1 pourvu qu'il obtienne la victoire4--,la bataille que nous avons livre ,dreux prsente des particularits qui se voient rarement4 ,ceux qui ne sont pas favorables ,m4 de ,guise1 font volontiers ressortir qu'il n'est pas excusable d'avoir arrt et ralenti la marche des forces qu'il commandait1 pendant que l'ennemi accablait ,m4 le ,conntable qui tait le chef de l'arme et enlevait l'artillerie1 et qu'il et mieux fait1 pour viter les pertes considrables qui en sont rsultes1 de prendre l'adversaire en flanc1 plutt que d'attendre qu'il ft possible de l'attaquer sur ses derrires4 ,outre ce que l'issue du combat tmoigne cet gard1 celui qui examine la situation sans parti pris1 est oblig1 mon avis1 de convenir que le but et les efforts non seulement des chefs1 mais mme de chaque soldat1 doivent tendre au succs final1 et qu'aucun incident particulier1 quelque intressant qu'il puisse tre1 ne saurait les en dtourner4--,philopmen1 dans une rencontre avec ,machanidas1 s'tait fait prcder1 pour engager le combat1 d'une forte troupe d'archers et autres gens de trait4 ,l'ennemi1 aprs les avoir repousss1 s'amusa les poursuivre toute bride et se trouva ainsi dfiler1 en lui prtant le flanc1 le long du corps de bataille de ,philopmen4 ,malgr l'moi qui en rsulta chez ses soldats1 ,philopmen ne jugea pas propos de faire mouvement et de se porter contre cette cavalerie pour venir au secours des siens4 ,il la laissa les pourchasser et les tailler en pices sous ses yeux1 et lui-mme chargea les troupes pied de l'adversaire quand il les vit hors d'tat d'tre soutenues par leur cavalerie2 et bien qu'il et affaire des ,lacdmoniens1 il en vint aisment bout1 d'autant qu'il les attaqua alors qu'ils croyaient la journe gagne et commenaient se dbander2 puis1 cela fait1 il se jeta la poursuite de ,machanidas4--,c'est l un cas qui a grand rapport avec celui de ,m4 de ,guise4 ,dans la bataille si vivement dispute que livra ,agsilas aux ,botiens1 bataille que ,xnophon1 qui y assistait1 dclare la plus acharne qu'il ait jamais vue1 ,agsilas ne voulut pas profiter de l'avantage que lui offrait la fortune de laisser dfiler le corps principal de l'ennemi et de l'attaquer en queue1 bien que la victoire ne ft pas doute pour lui1 estimant qu'en agissant ainsi1 il et fait montre de plus d'habilet que de vaillance2 et1 pour faire preuve de valeur et donner carrire son courage hors de pair1 il prfra l'attaquer de front4 ,mal lui en prit1 il y gagna d'prouver un srieux chec et d'tre grivement bless4 ,contraint de rallier son monde1 il se rsolut au parti qu'il avait cart au dbut4 ,il fit mnager un intervalle dans ses troupes1 pour livrer passage la fougue des ,botiens2 et1 quand ils furent passs1 qu'ils marchaient en dsordre1 comme des gens qui se croient l'abri de tout danger1 il les fit suivre et charger sur leurs flancs2 mais il ne parvint ni les rompre1 ni prcipiter leur retraite2 ils se retirrent petits pas1 montrant toujours les dents1 jusqu' ce qu'ils fussent hors d'atteinte4 ,,chapitre ,,xlvi4 ,des noms4 ,il est des noms qui sont pris en mauvaise part2 certains sont1 par tradition1 plus particulirement usits dans telle ou telle famille de souverains2 d'autres sont plus ou moins rpandus chez tel ou tel peuple4--,quelque diversit d'herbes qu'il y ait1 on les comprend toutes sous la dnomination de salade2 je vais faire de mme1 et1 propos de noms1 prsenter ici un salmigondis de sujets divers4 ,chaque nation a1 je ne sais pourquoi1 des noms qui se prennent en mauvaise part2 tels1 chez nous1 ,jean1 ,guillaume1 ,benot4 ,il semble aussi que1 dans la gnalogie des princes1 certains noms se reproduisent fatalement2 tels sont3 les ,ptolmes en gypte2 les ,henrys en ,angleterre2 les ,charles en ,france2 ,baudouins en ,flandre2 et1 dans notre ancienne ,aquitaine1 les ,guillaume1 d'o l'on dit qu'est driv le nom actuel de ,guyenne1 par une tymologie assez difficile admettre1 si on n'en trouvait d'aussi peu admissible dans ,platon mme4 ,c'est une chose sans importance et cependant digne d'tre note en raison de sa singularit et que rapporte un tmoin oculaire1 qu',henry duc de ,normandie1 fils de ,henry second roi d',angleterre1 donna en ,france un festin o la noblesse qui y prit part fut en nombre si considrable que1 par amusement1 s'tant rpartie en groupes de mme nom1 on compta dans le plus nombreux1 qui fut celui des ,guillaume1 cent dix chevaliers de ce nom ayant pris place table1 nombre dans lequel n'taient compris ni les simples gentilshommes ni les gens de service4 ,il n'est pas plus singulier de grouper table les convives d'aprs leurs noms1 que d'y faire servir les mets suivant l'ordre que leur assigne la premire lettre de leur nom1 comme le fit faire l'empereur ,geta2 c'est ainsi qu'on servit conscutivement la srie de ceux commenant par un m3 mouton1 marcassin1 merluche1 marsouin1 et ainsi des autres4 ,il est avantageux de porter un nom ais prononcer et qui se retienne facilement4--,on dit communment qu'il y a avantage avoir bon nom ou bon renom1 c'est--dire du crdit et de la rputation2 il est galement vrai qu'il est utile d'avoir un 99 beau nom1 qui soit facile prononcer et retenir2 les rois et les grands nous reconnaissent plus aisment et nous oublient moins4 ,nous-mmes1 parmi les gens qui nous servent1 nous appelons de prfrence et employons ceux dont les noms nous viennent le plus facilement la bouche4 ,j'ai vu le roi ,henry ,,ii ne pouvoir arriver prononcer exactement le nom d'un gentilhomme de cette partie-ci de la ,gascogne1 et ce mme prince tre d'avis que l'on dsignt l'une des filles d'honneur de la reine du nom de son pays d'origine1 trouvant que son nom de famille tait trop rpandu4 ,socrate estime que c'est un soin auquel un pre doit s'attacher que de donner de beaux noms ses enfants4 ,influence des noms4--,on raconte que la fondation de ,notre-,dame la ,grande1 ,poitiers1 est due ce qu'un jeune dbauch1 qui avait sa demeure sur cet emplacement1 ayant rencontr une fille de joie et lui ayant1 en l'abordant1 demand son nom1 qui tait ,marie1 sentit soudainement se rveiller en lui ses sentiments religieux2 et1 saisi de respect pour ce trs saint nom de la ,vierge1 mre de notre ,sauveur1 non seulement il chassa immdiatement la fille1 mais s'amenda pour le reste de ses jours4 ,en considration de ce miracle fut btie1 l mme o tait la maison de ce jeune homme1 une chapelle sous le vocable de ,notre-,dame1 et par la suite1 l'glise que nous voyons4--,c'est par la voix et l'oue que la dvotion1 agissant directement sur l'me1 produisit chez ce jeune homme ce revirement4 ,le fait suivant1 de mme genre1 fut d une action immdiate sur les sens3 ,pythagore se trouvant en compagnie de jeunes gens en fte1 s'aperut que1 commenant s'chauffer1 ils mditaient de pntrer avec violence dans une maison respectable4 ,il prescrivit alors l'orchestre de modifier ses airs et d'en jouer de graves qui1 svres et monotones1 pntrant peu peu les auditeurs de leur rythme1 endormirent leur ardeur4 ,la postrit ne contestera pas que la ,rforme qui a clat de nos jours1 n'ait t dlicate et vigilante4 ,elle s'est applique non seulement combattre les erreurs et les vices1 a rempli le monde de dvotion1 d'humilit1 d'obissance1 de paix1 de vertus de toutes sortes1 mais elle a t jusqu' proscrire nos noms de baptme1 ,charles1 ,louis1 ,franois1 pour y substituer ceux de ,mathusalem1 ,ezchiel1 ,malachie1 beaucoup plus en harmonie avec les dogmes de la foi6--,un gentilhomme de mes voisins1 supputant les supriorits des temps passs sur les temps actuels1 n'omettait pas de faire entrer en ligne de compte le relief et l'lgance des noms de la noblesse en ces temps-l1 ,dom ,grumedan1 ,quedragan1 ,agesilan2 rien qu'en les entendant prononcer1 on sentait que c'taient l des gens bien autres que ,pierre1 ,guillot et ,michel6 ,il serait bon de ne jamais traduire les noms propres et de les laisser tels qu'ils sont crits et se prononcent dans leur langue d'origine4--,je sais bon gr ,jacques ,amyot d'avoir laiss subsister dans un discours crit en franais les noms latins tels qu'ils s'crivent dans leur langue d'origine1 et de ne pas les avoir altrs et modifis pour leur donner une tournure franaise2 au dbut1 cela semblait un peu extraordinaire1 mais dj sa traduction si rpandue de ,plutarque y avait prpar4 ,j'ai souvent souhait que ceux qui crivent des chroniques en latin1 transcrivent les noms propres tels qu'ils sont2 en les mtamorphosant la grecque ou la romaine pour leur donner plus de grce1 en faisant de ,vaudemont1 ,vallemontanus1 nous finissons par ne plus savoir o nous en sommes et nous nous y perdons4 ,inconvnient qu'il y a prendre des noms de terre comme on le fait en ,france1 cela favorise la tendance que beaucoup ont altrer leur gnalogie4--,pour clore cette srie de rflexions sur les noms1 disons que c'est une mauvaise habitude1 qui a de trs fcheuses consquences1 qu'en ,france nous appelions chacun du nom de sa terre et de sa seigneurie2 c'est la chose du monde qui fait le plus que les races se mlent et ne peuvent plus se distinguer4 ,un cadet de bonne maison1 qui a reu en apanage une terre dont il a pris le nom1 sous lequel il a t connu et honor1 ne peut honntement abandonner ce nom4 ,lui mort1 dix ans aprs sa terre passe un tranger qui en fait autant2 comment est-il possible de s'y reconnatre entre ces deux familles8 ,il n'est pas besoin du reste1 cet gard1 de chercher des exemples en dehors de notre maison royale o il y a autant de surnoms qu'il s'y fait de partages1 si bien qu'on ne sait plus aujourd'hui qui remonte son origine4 ,chacun en use un tel degr sa fantaisie sous ce rapport que1 de nos jours1 je ne vois personne1 port par la fortune un rang tant soit peu lev1 auquel on n'ait tout aussitt dcouvert des titres gnalogiques nouveaux et ignors de son pre1 le faisant descendre de quelque illustre ligne2 et1 par surcrot de chance1 ce sont les familles les plus obscures qui prtent le plus ces falsifications4 ,combien avons-nous de gentilshommes en ,france qui1 d'aprs leur compte plus que d'aprs celui des autres1 sont de race royale6 ,cela fut dit un jour1 fort spirituellement1 par un de mes amis1 dans la circonstance suivante3 ,dans une runion1 un diffrend s'tant lev entre deux seigneurs1 dont l'un par ses titres et ses alliances avait une prminence incontestable sur le commun de la noblesse1 chacun1 dans l'assemble1 cherchant propos de cette prminence s'galer en lui1 en vint allguer3 qui1 son origine2 qui1 une ressemblance de nom2 qui1 ses armoiries2 qui1 un vieux titre de famille2 et le moindre se trouvait tre arrire-petit-fils de quelque roi d'outre-mer4 ,lorsqu'on passa dans la salle manger1 mon ami1 au lieu de se rendre sa place1 se mit aller reculons1 se confondant en rvrences1 suppliant l'assistance d'excuser la tmrit qu'il avait eue jusqu'ici de vivre sur un pied d'intimit avec eux2 mais venant seulement d'tre inform de leurs qualits de si ancienne date1 il les priait de consentir que1 ds maintenant1 il leur rendt les honneurs dus leur rang1 qu'il ne lui appartenait pas de s'asseoir en si nombreuse compagnie de princes2 et1 terminant sa plaisanterie par des railleries sans fin1 il leur dit3 ,contentons-nous donc1 par ,dieu6 de ce dont nos pres se sont contents et de ce que nous sommes2 notre rang est suffisant1 si nous savons nous y bien tenir2 ne dsavouons pas la fortune et la condition de nos aeux4 ,bannissons ces carts d'imagination si ridicules1 qui ne peuvent manquer de tourner la confusion de quiconque a l'impudence d'avoir des prtentions qui ne sont pas fondes4 ,les armoiries passent galement des uns aux autres2 armoiries de ,montaigne4--,les armoiries ne prouvent gure plus que les surnoms4 ,les miennes sont d'azur sem de trfles d'or1 avec une patte de lion galement d'or1 arme de gueule et mise de face4 ,quelle assurance ai-je qu'elles ne sortiront pas de ma maison8 ,un gendre ne peut-il les transporter dans une autre famille8 ,quelque acheteur de rien s'en parera peut-tre dfaut d'autres4 ,il n'est rien qui ne donne plus sujet de plus frquentes mutations et plus de confusion4 ,on se donne bien de la peine pour illustrer un nom qui souvent sera altr par la postrit2 un nom1 aprs nous1 n'est en fin de compte qu'un mot et un assemblage de traits sans objet4--,ces rflexions en entranent une autre d'ordre diffrent4 ,pour ,dieu1 examinons de prs et sondons sur quoi reposent cette gloire1 cette rputation pour lesquelles nous bouleversons le monde8 en quoi consiste cette renomme1 qu' si grand'peine nous cherchons acqurir8 ,c'est en somme ,pierre ou ,guillaume qu'elle s'applique1 ce sont eux qui l'ont en garde1 qu'elle intresse4 ,de quelle puissante facult vraiment jouit l'esprance qui1 chez un simple mortel embrassant l'infini1 l'immensit 991 l'ternit1 substitue1 par un effet de mirage1 une indigence absolue la possession illimite de tout ce qu'il peut imaginer et souhaiter2 de quel agrable jouet la nature nous a en cela gratifis6 ,mais1 en fin de compte1 qu'est-ce que ,pierre ou ,guillaume sinon un son ou encore trois ou quatre traits de plume1 qui mme sont si peu prcis que l'on peut se demander vraiment qui revient l'honneur de tant de victoires3 ,guesquin1 ,glesquin ou ,gueaquin8 ,la question sur ce point donnerait vraisemblablement lieu un dbat encore plus pineux que celui que ,lucien a imagin entre les deux lettres grecques sigma 77 et tau 772 le prix1 dans le cas actuel1 n'est pas de peu de valeur 7,virgile7 et la chose est d'importance1 puisqu'il s'agit de fixer auquel de ces mots diversement orthographis sont attribuer tant de siges entrepris ou soutenus1 de batailles livres1 de blessures reues1 de captivit endure1 de services rendus la couronne royale par ce conntable fameux4 ,parfois1 de notre vivant mme1 ce n'est qu'un pseudonyme4--,nicolas ,denisot ne s'est occup que des lettres dont se compose son nom et il en a chang la contexture pour en faire le comte d',alsinois qu'il a illustr de la gloire que lui ont value ses posies et sa peinture4--,sutone l'historien affectionnait la signification qu'avait le sien2 ne pouvant s'appeler ,lnis 7doux7 qui tait le surnom de son pre1 il a adopt celui de ,tranquillus qu'il a fait hritier de la rputation que lui ont acquise ses crits4--,qui croirait que le capitaine ,bayard ne doit qu'aux hauts faits accomplis par ,pierre ,terrail1 une illustration emprunte2 et qu',antoine ,escalin s'est1 de son propre consentement1 laiss dpouiller par le capitaine ,paulin et le baron de la ,garde du mrite et de l'clat de tant de voyages nautiques et des hautes charges qu'il a remplies et sur terre et sur mer8 ,a qui le souvenir que1 dans l'histoire1 les noms consacrent1 s'applique-t-il parmi le grand nombre d'tres1 connus ou inconnus1 qui ne sont plus et qui ont port le mme nom8--,outre ces variations qu'ils prouvent1 ces traits de plume sont communs des milliers de personnes4 ,combien1 dans toute race1 y en a-t-il qui ont mmes noms et mmes surnoms8 ,combien1 encore parmi des hommes de races diffrentes en des contres et des sicles divers8 ,l'histoire a conserv le souvenir de trois ,socrate1 cinq ,platon1 huit ,aristote1 sept ,xnophon1 vingt ,dmtrius1 vingt ,thodore2 et combien lui sont demeurs inconnus4--,qu'est-ce qui empche que mon palefrenier se nomme ,pompe le ,grand2 et qu'est-ce qui s'oppose finalement ce que ce soit lui1 quand il sera trpass1 au lieu que ce soit cet homme qui a eu la tte coupe en gypte1 qu'aille la gloire qu'veille ce nom quand on le prononce1 ou l'honneur qu'il rappelle quand on le voit crit1 et auquel des deux profitera-t-il8 ,croyez-vous qu'il y ait l de quoi toucher la cendre et les mnes des morts 7,virgile78 ,qu'importe aux grands hommes1 quand ils ne sont plus1 la gloire de leur nom8--,que peuvent bien prouver paminondas et ,scipion l',africain1 ces deux mules par leur valeur qui les lve sous ce rapport au-dessus de tous les hommes3 le premier1 de ce vers si beau grav sur le socle de sa statue et qui depuis tant de sicles est dans toutes nos bouches quand il est question de lui3 ,sparte1 devant sa gloire1 abaisse son orgueil 7reproduit du grec par ,cicron72 le second1 de ce distique compos sa louange3 ,du levant au couchant il n'est point de guerriers dont le front soit couvert de si nobles lauriers 7,cicron74 ,ces tmoignages impressionnent agrablement ceux qui sont sur cette terre1 excitent leur envie et leurs dsirs2 et sans y rflchir1 ils prtent aux trpasss les sensations qu'ils prouvent eux-mmes1 en mme temps qu'ils se leurrent d'tre capables1 eux aussi1 d'arriver la clbrit4 ,dieu seul sait ce qui en sera1 il n'en est pas moins vrai que c'est l le mobile auquel ont obi les gnraux grecs1 romains et barbares2 c'est l ce qui leur fit affronter mille travaux et mille dangers1 tant il est vrai que l'homme est plus altr de gloire que de vertu 7,juvnal74 ,,chapitre ,,lxvii4 ,incertitude de notre jugement4 ,en maintes occasions on peut tre incertain sur le parti prendre4--,par exemple1 faut-il poursuivre outrance un ennemi vaincu8--,a propos de toutes choses1 il est ais de parler soit pour1 soit contre1 dit ,homre avec juste raison4 ,c'est ainsi par exemple que ,ptrarque a pu crire3 ,annibal vainquit les ,romains1 mais ne sut pas profiter de la victoire4 ,celui dont ce serait l la faon de penser et qui regarderait comme une faute1 ainsi que le parti catholique est gnralement port le faire1 de n'avoir pas poursuivi le succs que nous avons obtenu ,montcontour1 ou qui reprocherait au roi d',espagne de n'avoir pas mis profit l'avantage qu'il avait obtenu contre nous ,saint-,quentin1 pourrait l'appui de sa thse mettre les arguments suivants3 ,de semblables fautes sont le fait d'une me enivre d'un premier succs et dont le courage limit1 satisfait de ce commencement de bonne fortune1 est peu port pousser plus en avant1 se trouvant dj embarrass du rsultat obtenu2 la coupe est pleine et ne peut en contenir davantage2 pareil chef ne mrite pas son heureuse chance1 ne sachant pas l'utiliser1 puisqu'il donne son ennemi possibilit de rtablir ses affaires4 ,peut-on esprer de lui qu'il osera renouveler son attaque contre un adversaire qui s'est ralli et se prsente nouveau en bon ordre1 que surexcitent le dpit et le dsir de se venger1 alors qu'il n'a pas os ou n'a pas su le poursuivre quand ses rangs taient rompus et que la frayeur l'envahissait1 alors que la fortune s'tait dclare et que tout cdait la terreur 7,lucain78 car enfin que peut-il attendre de mieux que ce qu'il a laiss chapper8 ,a la guerre1 ce n'est pas comme l'escrime o celui qui touche le plus souvent gagne2 tant que l'ennemi est sur pied1 c'est recommencer de plus belle1 il n'y a de victoire que ce qui met fin aux hostilits4--,a la suite de cette rencontre prs d',oricum1 o ,csar courut les plus grands risques1 il reprochait aux soldats de ,pompe d'avoir manqu l'occasion1 convenant qu'il et t perdu si leur gnral avait su vaincre2 lui-mme leur tint bien autrement l'pe dans les reins1 quand son tour vint de les poursuivre4 ,a l'appui de la thse contraire1 on peut dire que c'est le propre d'un esprit impatient et insatiable1 de ne pas savoir borner sa convoitise2 que c'est abuser des faveurs divines que de vouloir outrepasser la mesure dans laquelle elles nous sont accordes2 que s'exposer un chec aprs une victoire1 c'est se remettre nouveau la merci de la fortune2 que l'un des principes les plus sages de l'art militaire1 c'est de ne pas pousser son ennemi au dsespoir4--,sylla et ,marius1 pendant la guerre sociale1 venaient de battre les ,marses2 voyant une fraction ennemie qui1 pousse par le dsespoir1 reprenant l'offensive1 se ruait sur eux comme des btes furieuses1 ils ne furent pas d'avis de l'attendre4--,si ,m4 de ,foix ne s'tait pas laiss emporter par son ardeur poursuivre avec trop d'acharnement les rsultats de sa victoire de ,ravenne1 il ne l'et pas gte par sa mort4 ,son exemple encore rcent servit du reste de leon ,m4 d',enghien1 ,cerisolles1 et le prserva de semblable msaventure4--,il est dangereux d'assaillir un homme auquel on a enlev toute autre chance de salut que la force des armes1 car la ncessit est une violente matresse d'cole3 ,rien de plus aigu que les morsures de la ncessit 7,porcius ,latro72 ,qui dfie la mort1 n'est pas vaincu sans qu'il en cote au vainqueur 7,lucain74--,c'est ce qui fit que ,pharax dtourna le roi de ,lacdmone1 qui venait de battre les ,mantinens1 de se porter contre un millier d',argiens qui1 encore intacts1 avaient chapp au dsastre1 et lui persuada de les laisser se retirer en toute libert1 pour ne pas en venir aux prises avec des hommes valeureux1 stimuls et dpits par le malheur4--,clodomir1 roi d',aquitaine1 aprs sa victoire sur ,gondemar1 roi de ,bourgogne1 le poursuivit si activement qu'il l'obligea faire volte-face2 dans l'action qui s'ensuivit1 il fut tu et perdit ainsi par son opinitret le fruit de sa victoire4 ,faut-il permettre que les soldats soient richement arms8--,de mme est-il prfrable d'avoir des soldats richement et somptueusement arms1 ou vaut-il mieux que leurs armures soient simplement telles que le comportent les ncessits du combat8--,sertorius1 ,philopmen1 ,brutus1 ,csar et autres sont pour le premier de ces deux modes1 arguant que l'honneur et la vanit qu'il en ressent1 sont un stimulant pour le soldat2 de plus1 ayant sauver ses armes1 qui par leur valeur vnale lui constituent en quelque sorte une fortune et lui font l'effet d'un hritage1 il n'en est que mieux dispos dployer plus d'nergie dans le combat4 ,c'est1 dit ,xnophon1 cette considration qui faisait que les peuples d',asie emmenaient avec eux1 la guerre1 leurs femmes et leurs concubines1 avec leurs joyaux et ce qu'ils avaient de plus prcieux4--,sur le second mode1 on peut dire qu'il faut plutt dtourner le soldat de l'ide de sa conservation que de le porter y songer2 par l1 on l'amnera doubler son mpris des dangers4 ,faire talage de luxe1 c'est en outre exciter chez l'ennemi le dsir de vaincre pour s'approprier ces riches dpouilles1 cela a t observ diverses fois2 ce fut notamment un puissant mobile chez les ,romains contre les ,samnites4--,antiochus montrait avec orgueil ,annibal l'arme qu'il menait contre ,rome1 arme o rgnaient le faste et un luxe d'quipages de toute nature1 et lui disait3 ,pensez-vous que les ,romains se contenteront d'une pareille arme8--,s'ils s'en contenteront1 rpondit ,annibal1 oui vraiment1 si avares qu'ils soient4--,lycurgue interdisait ses concitoyens1 non seulement tout luxe dans leurs quipages de guerre1 mais encore de dpouiller l'ennemi vaincu1 voulant1 disait-il1 qu'ils s'honorent par leur pauvret et leur frugalit en mme temps que par leur succs4 ,faut-il tolrer qu'ils dfient l'ennemi8--,dans les siges et autres circonstances o l'on est porte de l'ennemi1 on autorise volontiers les bravades des soldats qui le dfient1 l'injurient1 l'accablent de reproches de toute espce2 ce procd semble avoir sa raison d'tre4 ,c'est un rsultat d'une certaine importance que d'en arriver ter ses propres troupes toute assurance d'tre reu en grce ou composition2 on y tend1 en leur reprsentant qu'elles n'ont pas en attendre d'un adversaire qu'elles ont combl d'outrages et qu'elles n'ont d'autres ressources que de vaincre4--,vitellius en fit l'preuve mais ses dpens4 ,se trouvant en prsence d',othon1 dont l'arme se composait de soldats dont la valeur tait dprime1 parce que depuis longtemps ils avaient perdu l'habitude de faire la guerre et qu'ils taient amollis par les dlices d'un sjour prolong ,rome1 il les agaa tellement par ses apostrophes piquantes1 leur reprochant leur pusillanimit1 le regret qu'ils prouvaient des belles dames et des ftes dont ils taient repus la ville et se trouvaient privs1 qu'il leur remit du cur au ventre et finit par se les attirer sur les bras1 ce que n'avaient pu faire toutes les exhortations que leurs chefs leur avaient adresses pour les dcider combattre4 ,de fait des injures qui blessent au vif1 peuvent aisment faire que celui qui ne marchait qu' contre-cur pour le service de son roi1 marche dans un sentiment tout autre si1 par surcrot1 il a une injure personnelle venger4 ,un gnral1 pendant le combat1 doit-il se dguiser pour n'tre pas reconnu des ennemis4--,a considrer de quelle importance est1 pour une arme1 la conservation de son chef1 importance qui est telle que c'est vers lui1 qui dirige et dont dpendent tous les autres1 que convergent principalement les efforts de l'ennemi1 il semble hors de doute que1 pour lui1 se travestir et se dguiser au moment de se jeter dans la mle ainsi que l'ont fait certains et non des moindres1 soit chose avantageuse4 ,ce mode a cependant l'inconvnient1 qui n'est pas moindre que celui que l'on se propose d'viter en agissant ainsi1 que le capitaine qui y a recours ne se distingue plus au milieu des siens2 le courage que leur inspirent son exemple et sa prsence s'affaiblit d'autant2 n'apercevant pas les marques distinctives et les enseignes qui d'habitude le leur signalent1 ils s'imaginent qu'il est mort ou que1 dsesprant du succs1 il s'est retir du champ de bataille4--,pour ce qui est des faits1 nous les voyons corroborer tantt l'une1 tantt l'autre de ces deux manires de faire4 ,ce qui arriva ,pyrrhus dans la bataille qu'il livra en ,italie au consul ,levinus1 plaide la fois pour et contre2 il s'tait rendu mconnaissable en prenant1 pour combattre1 les armes de ,mgacles auquel il avait donn les siennes2 cela lui sauva certainement la vie1 mais il faillit tre victime de l'inconvnient que je signale et perdre la bataille4--,alexandre1 ,csar1 ,lucullus aimaient marcher au combat avec des costumes et des armes de grande richesse1 de couleurs voyantes1 dcelant qui ils taient2 ,agis1 ,agsilas1 le grand ,gylippe au contraire allaient la guerre dans un costume svre dont rien n'indiquait qu'ils exeraient le commandement4 ,est-il prfrable1 au combat1 de demeurer sur la dfensive ou de prendre l'offensive8--,parmi les reproches relatifs la bataille de ,pharsale que l'on fait ,pompe1 est celui d'avoir attendu de pied ferme l'attaque de l'adversaire4 ,voici ce qu'en propres termes ,plutarque1 qui sait mieux s'exprimer que moi1 dit cet gard3 ,outre que cela diminue la violence avec laquelle se portent les premiers coups1 quand ils le sont la suite d'une course qu'on vient de fournir1 on se prive de l'lan des combattants qui1 lorsqu'ils se lancent les uns contre les autres ainsi que cela se pratique d'ordinaire1 par l'imptuosit et la surexcitation qui en rsultent1 joint aux cris que chacun pousse1 accroissent le courage du soldat au moment du choc dcisif2 tandis qu'on en arrive1 en demeurant sur place1 ce qu'au lieu d'tre surchauff1 sa chaleur s'teint et se fige en quelque sorte4--,mais si telle est l'apprciation porter dans ce cas1 si ,csar et t dfait1 n'aurait-on pas dit1 tout aussi judicieusement1 qu'une position est d'autant plus forte et plus difficile enlever1 qu'on ne se laisse pas aller l'abandonner dans la chaleur du combat2 que celui qui1 suspendant sa marche1 se concentre et mnage ses forces pour les employer suivant les besoins1 a un grand avantage sur qui est oblig une marche ininterrompue et a dj fourni une course qui l'a presque mis hors d'haleine8 ,en outre1 une arme se compose de tant de fractions diverses1 qu'elle ne saurait1 si elle a s'branler pour se ruer sur l'adversaire1 y apporter1 si elle le fait avec tant de furie1 une prcision suffisante pour que son ordre de bataille n'en soit pas troubl et rompu2 et alors1 les plus dispos s'engagent avant que leurs compagnons d'armes soient en mesure de leur prter leur concours4--,dans cette bataille1 si contraire aux lois de la morale1 o deux frres se disputrent l'empire des ,perses1 le ,lacdmonien ,clarque1 qui commandait les ,grecs qui avaient embrass le parti de ,cyrus1 les mena tranquillement la charge1 sans se hter2 et1 arriv cinquante pas de l'ennemi1 leur fit prendre la course4 ,en abrgeant ainsi l'espace qu'ils avaient franchir une allure rapide1 il esprait mnager leurs forces et1 tout en leur permettant de conserver leurs rangs1 leur donnait l'avantage de l'imptuosit qui augmentait leur puissance de choc et l'effet de leurs armes de jet4--,d'autres ont1 dans les armes sous leurs ordres1 rsolu de la manire suivante ce point controvers3 ,si l'ennemi vous court sus1 attendez-le de pied ferme2 s'il vous attend de pied ferme1 courez lui sus4 ,vaut-il mieux attendre l'ennemi chez soi ou aller le combattre chez lui8--,lors de l'invasion de l'empereur ,charles-,quint en ,provence1 le roi ,franois ,ier eut dcider s'il le devancerait en se portant au-devant de lui en ,italie1 ou s'il l'attendrait sur ses tats4 ,il se rsolut ce dernier parti1 bien qu'il se rendit compte de l'avantage qu'il y a transporter hors de chez soi le thtre des hostilits1 de telle sorte que le pays conservant ses ressources intactes1 puisse continuellement fournir aux besoins en hommes et en argent4 ,en outre1 les ncessits de la guerre entranent de continuels dgts1 auxquels nous ne nous dcidons pas de gat de cur exposer ce qui nous appartient1 d'autant que l'habitant s'y rsigne moins facilement quand ils proviennent de gens de son parti que du fait de l'ennemi1 tel point1 qu'il peut en rsulter aisment des sditions et des troubles4 ,enfin1 la licence de drober et de piller1 qui est pour le soldat une grande attnuation aux misres de la guerre1 ne peut s'exercer dans son propre pays2 et comme1 ds lors1 il n'a plus d'autre bnfice esprer que sa solde1 il est difficile de le retenir son poste quand il est si courte distance de sa femme et de son chez lui4 ,ajoutons que celui qui met la nappe en est toujours pour les frais du festin2 qu'il est plus agrable d'attaquer que de demeurer sur la dfensive2 que l'branlement rsultant de la perte d'une bataille est si violent que1 lorsque l'vnement se passe sur notre sol1 il est difficile que le pays tout entier n'en soit pas atteint1 attendu que rien n'est si contagieux que la peur1 ne trouve si aisment crance1 ne se rpand plus rapidement et qu'il est craindre que les villes1 aux portes desquelles l'orage aura clat1 qui en auront t tmoins1 qui auront recueilli chefs et soldats encore ahuris et tremblants d'effroi1 ne se jettent1 sous le coup de l'motion1 dans quelque mauvaise rsolution4 ,ces diverses considrations n'empchrent pas le roi de rappeler les forces qu'il avait au del des ,alpes et de se dterminer voir venir l'ennemi2 c'est qu'en effet1 des raisons d'un autre ordre militent en sens contraire3--tant sur son propre territoire1 au milieu de populations amies1 le roi1 dans cette seconde hypothse1 tait assur de trouver en abondance toutes facilits4 ,les rivires1 les moyens de passage tant son entire disposition1 les convois de vivres et d'argent s'effectueraient en toute scurit sans qu'il soit besoin d'escorte4 ,ses sujets se montreraient d'autant plus dvous que le danger serait plus proche4 ,disposant d'un grand nombre de villes et de points de rsistance lui donnant toute sret1 il demeurerait matre de combattre quand bon lui semblerait et seulement lorsqu'il y trouverait opportunit et avantage4 ,s'il lui convenait de temporiser1 il pouvait le faire l'abri et tout son aise1 laissant son ennemi se morfondre et se dsagrger de lui-mme1 en raison des difficults qu'il aurait surmonter sur un territoire o tout serait contre lui2 o tout1 devant1 derrire1 sur les flancs1 lui serait hostile1 o il serait dans l'impossibilit de faire reposer ses troupes1 d'tendre ses cantonnements si des maladies survenaient2 o il ne trouverait pas abriter ses blesss2 o il ne pourrait se procurer de l'argent et des vivres qu'en recourant la force1 o il n'aurait pas possibilit de se refaire et de reprendre haleine2 o1 ne connaissant le pays ni dans son ensemble1 ni dans ses dtails1 il ne pourrait se prserver des embches et des surprises2 et o finalement sa situation serait irrmdiablement compromise1 s'il venait perdre une bataille1 n'ayant o rallier les dbris de son arme4 ,en somme1 il ne manquait pas d'exemples qu'il pouvait invoquer l'appui de ces deux manires de faire4 ,scipion estima beaucoup plus avantageux1 et bien lui en prit1 de transporter la guerre chez son ennemi en ,afrique que de dfendre son propre territoire et de combattre en ,italie cet adversaire qui se trouvait dj y avoir pris pied4 ,annibal1 au contraire1 dans cette mme guerre1 se perdit pour avoir abandonn ses conqutes en pays tranger1 afin de se porter la dfense du sien4--,la fortune fut contraire aux ,athniens qui1 laissant l'ennemi sur leur propre territoire1 taient passs en ,sicile2 elle se montra favorable ,agathocles roi de ,syracuse qui1 ngligeant l'ennemi qu'il avait aux portes de sa capitale1 alla l'attaquer en ,afrique4 ,cette mme indcision existe pour toutes les dterminations que nous pouvons avoir prendre4--,nous avons coutume de dire1 et cela avec raison1 que les vnements et leurs consquences dcoulent gnralement1 et la guerre en particulier1 de la fortune qui ne veut pas s'assujettir aux rgles de notre jugement et de notre prudence1 ce qu'exprime ainsi un pote latin3 ,souvent l'imprvoyance russit et la prudence nous trompe2 la fortune n'est pas toujours avec les plus dignes2 toujours inconstante1 elle va indistinctement d'un ct puis d'un autre4 ,c'est qu'il est une puissance suprieure qui nous domine et tient sous sa dpendance tout ce qui est mortel 7,manilius74 ,a l'envisager de prs1 il semble que cette mme influence s'exerce sur les conseils que nous tenons1 sur les dlibrations que nous agitons1 et que nos raisonnements eux-mmes se ressentent du trouble et de l'incertitude de la fortune4 ,nous raisonnons au hasard et inconsidrment1 dit le ,time de ,platon1 parce que1 comme nous-mmes1 notre raison est1 dans une large mesure1 le jouet du hasard4 ,,chapitre ,,xlviii4 ,des chevaux d'armes4 ,me voici devenu grammairien1 moi qui n'ai jamais appris une langue que par routine et qui ne sais mme pas encore ce que c'est qu'un adjectif1 un subjonctif et un ablatif4 ,chez les ,romains1 les chevaux avaient diffrents noms suivant l'emploi auquel ils taient destins4--,il me semble avoir ou dire que les ,romains avaient des chevaux qu'ils appelaient soit funales 7chevaux d'attelage71 soit dexteriores4 ,ces derniers taient deux fins1 tenus en dehors des traits et droite1 d'o leur nom2 c'taient des chevaux de relais1 qui se montaient au besoin comme des chevaux frais1 et de l est venue l'appellation de destriers que nous donnons nos chevaux de selle2 c'est aussi ce qui fait que les auteurs qui crivent en roman se servent de l'expression adestrer1 pour dire accompagner4--,les gentilshommes romains avaient encore des desultiores equos1 chevaux dresss de faon que sans bride et sans selle1 allant par deux1 ils galopaient l'allure la plus rapide1 chacun1 de lui-mme1 joignant constamment l'autre1 si bien que lorsque le cavalier mont sur l'un d'eux et le sentant fatigu1 voulait changer de monture1 s'lanant1 il passait de l'un l'autre sans ralentir l'allure2 et cela1 alors mme qu'il tait arm de toutes pices4--,les guerriers numides agissaient de mme2 ils avaient un second cheval conduit en main1 pour en changer au plus fort de la mle3 ,comme nos cavaliers qui sautent d'un cheval sur un autre1 les ,numides avaient coutume de mener deux chevaux la guerre2 et souvent1 au fort du combat1 ils se jetaient tout arms d'un cheval fatigu sur un cheval frais1 tant leur agilit tait grande et tant leurs chevaux taient dociles 7,tite-,live74 ,il y a des chevaux dresss dfendre leurs matres4--,certains chevaux sont dresss dfendre leur matre1 courir sus qui leur prsente une pe nue1 se prcipiter sur ceux qui les attaquent et les affrontent2 ils les frappent de leurs pieds et les mordent4 ,mais il leur advient de nuire de la sorte encore plus souvent aux amis qu'aux ennemis2 sans compter que vous ne pouvez les matriser comme vous le voulez et qu'une fois qu'ils sont aux prises vous tes la merci de ce qui peut leur arriver4--,artibius1 qui commandait les ,perses contre ,onesilus1 roi de ,salamine1 montait un cheval de la sorte2 mal lui en prit1 ce fut cause de sa mort4 ,il tait engag dans un combat singulier avec son ennemi et comme son cheval se cabrait contre ,onesilus1 l'cuyer de ce dernier lui planta une faux entre les deux paules4--,les ,italiens racontent qu' la bataille de ,fornoue1 le cheval du roi ,charles ,,viii le dgagea1 par ses ruades et ses coups de pied1 de nombre d'ennemis qui le pressaient et qui1 sans cela1 lui eussent fait mauvais parti2 si le fait est exact1 c'est un bien grand hasard4--,les ,mamelouks se vantent d'avoir les chevaux d'armes les plus adroits qui soient2 que d'instinct1 autant que par habitude1 ils sont faits reconnatre et distinguer un ennemi sur lequel1 un signal de la voix ou autre de leur cavalier1 ils se ruent1 les accablant de coups de pied et de coups de dents4 ,ils en arrivent aussi ramasser avec leur bouche les lances et les dards qui sont terre autour d'eux et les offrent leur matre1 quand celui-ci le leur commande4 ,particularits affrentes aux chevaux d',alexandre et de ,csar4--,on dit de ,csar et aussi du grand ,pompe1 qu'entre autres talents de premier ordre1 ils avaient celui d'tre des cavaliers mrites4 ,csar1 dans sa jeunesse1 montait sur un cheval sans selle et sans bride1 et1 conservant les mains derrire le dos1 s'abandonnait la fougue de l'animal4--,la nature1 qui de lui et d',alexandre a fait deux prodiges en art militaire1 semble les avoir galement dots de montures extraordinaires4 ,chacun sait que ,bucphale1 le cheval d',alexandre1 avait une tte qui tenait de celle du taureau2 qu'il ne se laissait monter par personne autre que son matre1 et n'avait pu tre dress que par lui2 qu'aprs sa mort1 des honneurs divins lui furent rendus et son nom donn une ville construite pour perptuer sa mmoire4 ,csar en eut un dont les pieds de devant avaient une conformation se rapprochant de celle du pied de l'homme2 ses sabots taient entaills et formaient en quelque sorte des doigts2 seul1 ,csar avait pu le dresser et pouvait le monter2 aprs sa mort1 il plaa son image dans un temple ddi ,vnus4 ,l'exercice du cheval est salutaire4--,quand je suis cheval1 je n'en descends pas volontiers2 car c'est le mode de locomotion que je prfre1 que je sois bien portant ou malade4 ,platon en recommande l'exercice comme favorable la sant1 et ,pline dit qu'il convient pour l'estomac et qu'il entretient la souplesse des articulations4 ,mais poursuivons ce sujet1 puisque c'est ce dont nous nous occupons4 ,xnophon cite une loi qui dfendait de voyager pied tout homme possdant un cheval4--,trogue-,pompe et ,justin rapportent que les ,parthes avaient coutume non seulement de combattre cheval1 mais encore d'y demeurer lorsqu'ils traitaient de leurs affaires publiques ou prives1 qu'ils faisaient leurs achats1 discutaient1 causaient ou se promenaient2 et que1 chez eux1 la diffrence essentielle entre les hommes libres et les serfs consistait en ce que les premiers allaient cheval et les autres pied2 cette institution remontait au roi ,cyrus4 ,pour combattre1 les ,romains faisaient parfois mettre pied terre leurs gens cheval2 aux peuples nouvellement conquis ils taient leurs armes et leurs chevaux4--,l'histoire romaine nous donne plusieurs exemples1 et ,sutone le remarque plus particulirement chez ,csar1 de capitaines qui prescrivaient leurs guerriers cheval de mettre pied terre dans les circonstances critiques1 autant pour enlever aux soldats toute esprance de fuite qu'en raison des avantages qu'ils espraient de ce genre de combat1 o1 sans conteste1 excelle le ,romain1 dit ,tite-,live4--,quoi qu'il en soit1 la premire prcaution qu'ils prenaient pour contenir les rvoltes des peuples qu'ils venaient de soumettre1 tait de leur enlever armes et chevaux2 c'est pourquoi nous lisons si souvent dans ,csar3 ,il commande qu'on livre les armes1 qu'on amne les chevaux1 qu'on donne des otages4--,le ,grand ,seigneur ne permet aujourd'hui1 dans toute l'tendue de son empire1 aucun chrtien ou juif de possder un cheval4 ,nos anctres combattaient gnralement pied4--,nos anctres1 notamment l'poque de la guerre des ,anglais1 mettaient gnralement pied terre dans les combats de certaine importance et dans les batailles ranges1 ne se fiant qu' leur propre force1 leur courage et leur vigueur personnels pour dfendre des choses aussi prcieuses que l'honneur et la vie4 ,quoi qu'en dise ,chrysanthe1 dans ,xnophon1 quand vous combattez cheval1 vous liez votre valeur et votre fortune celles de votre cheval2 les blessures et la mort qui peuvent l'atteindre1 peuvent causer votre perte2 s'il s'effraie ou s'emporte1 vous voil lche ou tmraire2 que vous soyez impuissant l'arrter ou le pousser en avant1 votre honneur en dpend4 ,c'est pourquoi je ne trouve pas tonnant que les combats pied que se livraient nos anctres1 aient t plus srieux et plus opinitres que ceux qui se livrent cheval3 ,vainqueurs et vaincus se ruaient1 se massacraient2 nul ne songeait fuir 7,virgile72 la victoire tait alors bien plus dispute1 tandis que maintenant la droute est immdiate3 ,les premiers cris et la premire charge dcident du succs 7,tite-,live74 ,les armes les plus courtes sont les meilleures1 une pe vaut mieux qu'une arquebuse4--,dans une question o le hasard a si grande part1 il faut mettre le plus de chance de russite de notre ct2 aussi conseillerais-je l'emploi des armes de main le plus courtes possible1 comme tant celles dont les effets dpendent le plus de nous4 ,il est vident que nous sommes bien plus srs d'une pe que nous avons en main1 que de la balle qui s'chappe de notre arquebuse1 laquelle comprend des lments divers2 la poudre1 la pierre1 le rouet1 dont le moindre venant manquer compromet du mme coup votre fortune4 ,on est plus certain du coup qu'on assne soi-mme que de celui que l'on envoie travers les airs3 ,les coups dont on abandonne la direction au vent1 sont incertains3 l'pe est la force du soldat1 toutes les nations guerrires combattent avec l'pe 7,lucain74 ,aussi faut-il esprer qu'on abandonnera les armes feu pour en revenir aux armes anciennes4--,ce qu'tait la phalarique4--,pour ce qui est des armes feu de notre poque1 j'en parlerai plus en dtail quand je comparerai nos armes celles dont il tait fait usage dans l'antiquit4 ,sauf la dtonation qui surprend mais laquelle on est aujourd'hui habitu1 je crois qu'elles sont de peu d'efficacit et espre qu'un jour on renoncera leur emploi4--,l'arme dont les ,italiens faisaient jadis usage tait autrement redoutable2 c'tait la fois une arme de jet et une arme feu2 ils la nommaient phalarica4 ,la phalarique consistait en une sorte de javeline arme son extrmit d'un fer de trois pieds de long1 capable de percer de part en part un homme et son armure2 elle se lanait soit la main en rase campagne1 soit avec des engins quand1 dans les siges1 on s'en servait pour la dfense2 la hampe tait revtue d'toupe enduite de poix et d'huile qui s'enflammait dans sa course2 en pntrant le corps ou le bouclier1 elle empchait tout usage des armes et immobilisait bras et jambes4 ,toutefois1 il semble que lorsqu'on en arrivait au corps corps1 elle tait une gne la marche de l'assaillant1 et que le sol jonch de tronons en combustion devait1 au cours de la mle1 tre galement incommode pour tous3 ,semblable la foudre1 la phalarique fendait l'air avec un horrible sifflement 7,virgile74 ,autres armes des anciens1 qui supplaient nos armes feu4--,ils avaient encore d'autres moyens d'action qui1 par l'habitude de s'en servir1 possdaient une grande puissance laquelle1 dans notre inexprience1 nous ne pouvons croire et qui supplaient l'emploi de notre poudre et de nos boulets qui leur taient inconnus4 ,ils lanaient leurs javelots avec une telle force1 que souvent ils transperaient d'un seul trait deux boucliers et les deux hommes qui en taient arms1 et les liaient pour ainsi dire l'un l'autre4 ,leurs frondes avaient une porte aussi juste et aussi longue que nos armes actuelles3 ,exercs lancer sur la mer les cailloux ronds du rivage1 et tirer avec leurs frondes d'une distance considrable dans des cercles de mdiocre grandeur1 ils blessaient leurs ennemis1 non seulement la tte1 mais telle partie du visage qu'il leur plaisait 7,tite-,live74 ,les engins qu'ils employaient pour battre les murailles1 avaient mme effet et faisaient mme tapage que les ntres3 ,au bruit terrible dont retentissaient les murailles sous les coups des assigeants1 le trouble et l'effroi s'emparrent des assigs 7,tite-,live74--,les ,gaulois d',asie1 qui sont de mme origine que nous1 dresss combattre l'arme de main1 ce qui ncessite plus de courage1 avaient en horreur ces armes tratresses atteignant distance3 ,la largeur des plaies ne les effraie pas2 et mme lorsqu'elles sont plus larges que profondes1 ils s'en font gloire comme d'une preuve de valeur4 ,mais si au contraire la pointe d'une flche ou une balle de plomb lance avec la fronde1 pntre profondment dans leur chair en ne laissant qu'une trace lgre la surface1 alors1 furieux de prir d'une piqre1 ils se roulent par terre de rage et de honte 7,tite-,live72 cela ne s'applique-t-il pas presque textuellement nos arquebuses8--,les ,grecs1 dans la retraite si longue et si clbre des ,dix-mille1 rencontrrent une nation qui leur fit beaucoup de mal en employant contre eux de trs grands arcs1 trs forts1 qui lanaient des flches de longueur telle que ramasses et rejetes la main comme on le fait d'un javelot1 elles traversaient un bouclier et1 du mme coup1 l'homme qui en tait arm4--,les catapultes que ,denys inventa ,syracuse pour lancer des traits normes et des pierres de volume considrable et qui les projetaient au loin avec tant de violence1 avaient bien du rapport avec les inventions de notre poque4 ,plusieurs peuples ont excell dans l'art de manier les chevaux4--,notons encore la manire originale dont se tenait sur sa mule un certain matre ,pierre ,pol1 docteur en thologie1 que ,monstrelet nous dpeint ayant coutume de se promener travers ,paris1 assis de ct sur sa monture comme les femmes4--,ce mme historien dit1 dans un autre passage de ses chroniques1 que les ,gascons possdaient des chevaux terribles qui1 lancs au galop1 avaient l'habitude de faire-volte face sans s'arrter1 ce dont taient merveills les ,franais1 les ,picards1 les ,flamands et les ,brabanons1 qui n'y taient pas accoutums2 ce sont ses propres expressions4--,csar1 parlant des ,suves1 dit3 ,dans les rencontres cheval1 ils sautent souvent terre et combattent pied2 leurs chevaux sont habitus ne pas bouger1 en pareil cas1 de la place o ils ont mis pied terre1 et1 si besoin en est1 ils s'y portent promptement et les remontent4 ,il n'est rien1 leurs yeux1 de moins honorable et de si effmin que de faire usage de selles et de bts1 et ils mprisent ceux qui y ont recours4 ,grce ce mode1 ils ne craignent pas1 mme lorsqu'ils ne sont que quelques-uns1 d'attaquer un ennemi suprieur en nombre4--,j'ai fort admir jadis un cheval dress de telle sorte que1 la bride sur le cou1 avec une baguette on lui faisait faire tout ce qu'on voulait4 ,les ,massiliens en agissaient ainsi3 ,les ,massiliens1 montant leurs chevaux nu et ignorants du frein1 les dirigent avec une baguette 7,lucain74 ,les ,numides conduisent leurs chevaux sans frein 7,virgile74 ,dpourvus de frein1 leurs chevaux ont l'allure dsagrable1 le cou raide et la tte porte en avant 7,tite-,live74 ,dans certains pays les mules et mulets sont considrs comme des montures deshonorantes1 dans d'autres comme fort honorables4--,le roi ,alphonse1 celui qui institua en ,espagne l'ordre des ,chevaliers de la ,bande ou de l',echarpe1 leur imposa entre autres rgles de ne monter ni mule1 ni mulet1 sous peine d'une amende d'un marc d'argent4 ,cela est consign dans les lettres de ,guevara1 lettres que quelques-uns ont qualifies de dores1 ce qui tient ce qu'ils les apprciaient beaucoup plus que je ne le fais4 ,on lit dans le ,courtisan que1 dans les temps peu loigns de celui o cet ouvrage parut1 chevaucher sur une mule n'tait pas chose admise pour un gentilhomme4--,au contraire1 chez les ,abyssins1 plus leur rang les rapproche du ,prtre-,jean1 qui est leur souverain1 plus ils tiennent honneur1 et c'est une marque de dignit1 de monter de grandes mules4 ,comment en usaient les ,assyriens avec leurs chevaux4--,xnophon raconte que les ,assyriens tenaient toujours en station leurs chevaux entravs1 tant ils taient difficiles et farouches1 et qu'il leur fallait tant de temps pour les dtacher et les harnacher1 que pour qu'il n'en rsultt pas d'inconvnients s'ils venaient1 ce moment o ils taient en un certain dsordre1 tre attaqus l'improviste par l'ennemi1 ils ne campaient jamais sans entourer leur camp de fosss et de palissades4 ,son ,cyrus1 si expert en tout ce qui touche les chevaux1 n'accordait de repos aux siens et ne leur faisait donner manger qu'aprs le leur avoir fait gagner par quelque exercice les ayant mis en sueur4 ,dans des cas de ncessit1 les chevaux ont servi nourrir les hommes4--,les ,scythes1 quand en guerre la ncessit les y obligeait1 saignaient leurs chevaux et s'abreuvaient et se nourrissaient de leur sang3 ,le ,sarmate se nourrit aussi du sang de ses chevaux 7,martial74--,les ,crtois1 assigs par ,mtellus1 se trouvrent tel point hors d'tat d'tancher leur soif1 qu'ils eurent recours l'urine de leurs chevaux4--,pour montrer comment se conduisent les armes turques et combien elles ont moins de besoins que les ntres1 on dit qu'outre que les soldats ne boivent que de l'eau et ne mangent que du riz et de la viande sale rduite en poudre1 dont chacun porte un approvisionnement d'un mois1 ils vivent aussi1 le cas chant1 comme les ,tartares et les ,moscovites1 du sang de leurs chevaux1 qu'ils salent pour le conserver4 ,effet produit par l'apparition des chevaux1 lors de la dcouverte de l',amrique1 sur les peuplades qui n'en avaient jamais vu4--,les peuples des nouvelles ,indes s'imaginrent1 quand les ,espagnols pntrrent chez eux1 qu'hommes et chevaux taient des dieux ou tout au moins des tres d'une nature suprieure la leur4 ,certains aprs avoir t vaincus1 venant implorer leur pardon et la paix1 aprs avoir offert aux hommes de l'or et des viandes1 en offraient galement aux chevaux auxquels ils tenaient mme langage que celui qu'ils avaient tenu aux premiers1 et ils interprtaient leurs hennissements comme un assentiment donn l'arrangement et la trve qu'ils leur proposaient4 ,montures diverses en usage dans les ,indes4--,dans les ,indes orientales1 se faire porter par un lphant tait1 jadis1 le premier de tous les honneurs et exclusivement rserv aux rois2 venait immdiatement aprs1 tre tran dans un char attel de quatre chevaux2 ensuite1 monter un chameau2 en dernier lieu et le moins considr1 se faire porter ou vhiculer par un seul cheval4--,un de nos contemporains crit avoir vu1 dans ces mmes contres1 des pays o on chevauche sur des bufs qui ont bt1 triers et bride1 et s'tre bien trouv de ce mode de locomotion4 ,comment1 au combat1 accrotre l'imptuosit du cheval4--,quintus ,fabius ,maximus ,rutilianus1 dans un combat contre les ,samnites1 voyant que ses cavaliers1 aprs trois ou quatre charges1 n'avaient pu rompre les rangs de l'ennemi1 prit le parti de leur faire dbrider leurs chevaux et donner toute force de l'peron1 si bien que rien ne pouvant les arrter1 ni armes1 ni hommes1 renversant tout1 ils ouvrirent le passage leur infanterie qui fit prouver l'adversaire une trs sanglante dfaite4--,quintus ,fulvius ,flaccus agit de mme contre les ,celtibriens3 ,pour rendre leur choc plus imptueux1 dbridez vos chevaux1 dit-il1 et lancez-les ainsi contre l'ennemi2 c'est une manuvre qui a souvent russi la cavalerie romaine et lui a fait le plus grand honneur444 ,ils dbrident leurs chevaux1 percent les rangs ennemis1 puis1 revenant sur leurs pas1 les traversent nouveau1 brisent toutes les lances et font un grand carnage 7,tite-,live74 ,autres particularits relatives au cheval4--,le duc de ,moscovie devait jadis1 comme marque de respect aux ,tartares1 quand ils lui envoyaient des ambassadeurs1 aller au-devant d'eux pied1 leur prsenter un gobelet de lait de jument 7breuvage qu'ils apprcient beaucoup72 et si1 en buvant1 quelques gouttes chappant tombaient sur les crins de leurs chevaux1 il tait tenu de les lcher avec la langue4--,en ,russie1 une arme que le sultan ,bajazet y avait envoye1 fut assaillie par une si forte tempte de neige que1 pour s'abriter et se prserver du froid1 quelques-uns s'avisrent de tuer et d'ventrer leurs chevaux1 pour se mettre dedans et se rconforter par leur chaleur vitale4--,bajazet1 aprs ce violent combat1 o il fut dfait par ,tamerlan1 fuyait en grande hte sur une jument arabe2 il et chapp l'ennemi si1 au passage d'un ruisseau1 il n'et t contraint de laisser sa monture boire satit1 ce qui1 lui enlevant toute sa vigueur1 la rendit si molle1 qu'il fut aisment rejoint par ceux qui le poursuivaient4 ,on dit bien que les laisser pisser diminue leur vigueur2 mais1 pour ce qui est de boire1 j'eusse plutt cru que cela les ranimait4 ,crsus1 passant prs de la ville de ,sardes1 y trouva des ptures1 o il y avait en grande quantit des serpents que les chevaux de son arme mangrent de bon apptit2 ce qui1 dit ,hrodote1 tait de mauvais prsage pour lui4 ,nous appelons cheval entier1 celui qui a les crins et les oreilles intacts2 tous autres sont dconsidrs et ne sont point admis dans les parades4 ,les ,lacdmoniens vainqueurs des ,athniens en ,sicile1 rentrant en grande pompe ,syracuse1 firent entre autres bravades tondre tous les chevaux enlevs aux vaincus et les firent figurer ainsi leur triomphe4--,alexandre eut combattre un peuple1 les ,dahes1 qui1 la guerre1 allaient cheval par deux3 dans la mle1 chacun son tour descendait et combattait pied1 tandis que l'autre demeurait et combattait cheval4 ,exemples d'habilet questre4--,je ne crois pas qu'aucune nation l'emporte sur nous en quitation1 soit sous le rapport de l'habilet1 soit sous celui de la grce4 ,dire chez nous de quelqu'un que c'est un bon cavalier1 c'est faire allusion sa hardiesse plus qu' son adresse4 ,l'homme le plus habile1 le plus solide1 le plus gracieux cheval1 sachant en tirer le meilleur parti1 que j'aie connu1 fut1 suivant moi1 ,m4 de ,carnavalet1 qui tait cuyer de notre roi ,henry ,,ii4--,il m'est arriv de voir un cavalier se tenant debout sur la selle1 la dfaire1 l'enlever1 la replacer1 s'y asseoir1 le cheval allant toujours bride abattue2 passant par-dessus un bonnet pos terre1 tout en s'loignant1 il tirait avec son arc contre ce but laiss derrire lui des flches fort bien ajustes4 ,conservant un pied l'trier1 l'autre pendant du mme ct1 il ramassait terre quoi que ce ft4 ,il faisait de nombreux tours du mme genre1 ce qui lui tait un moyen de gagner sa vie4 ,de notre temps1 on a vu ,constantinople deux hommes monts sur un mme cheval1 qui1 l'animal tant lanc au galop le plus effrn1 tour tour mettaient pied terre et se remettaient en selle4 ,un autre qui1 rien qu'avec les dents1 bridait et harnachait son cheval4 ,un autre qui1 toute allure1 montait deux chevaux la fois1 un pied sur chacun et1 sur ses paules1 un second homme2 ce dernier1 debout sur le premier1 tirait avec un arc1 sans que le cheval suspendt sa course1 des coups qui portaient admirablement4 ,d'autres couraient les jambes en l'air1 la tte sur la selle1 entoure de lames de cimeterre attaches aux flancs du cheval4--,dans mon enfance1 le prince de ,sulmone1 ,naples1 obtenait tout ce qu'il voulait d'un cheval difficile1 et pour montrer la solidit de son assiette1 plaait sous ses genoux et ses orteils1 pendant qu'il travaillait1 des pices de monnaie1 qui ne se dplaaient pas plus que si elles y eussent t fixes4 ,,chapitre ,,xlix4 ,des coutumes des anciens4 ,il est naturel de tenir aux usages de son pays1 cela rend plus surprenante encore l'instabilit des modes en ,france4--,j'excuserais volontiers1 chez mes compatriotes1 de n'admettre comme modle et de ne considrer comme tant la perfection1 que leurs propres murs et usages1 car c'est un dfaut gnral1 non seulement chez le vulgaire1 mais chez presque tous les hommes1 de ne voir et de ne suivre que ce qu'ils ont pratiqu depuis qu'ils sont ns4 ,je ne me plains pas de ce que1 lorsqu'ils voient un ,fabricius ou un ,llius1 ils leur trouvent une attitude et une dmarche barbares1 puisqu'ils ne sont pas vtus comme nous et n'ont pas nos manires2 mais je regrette en eux cette singulire inconsquence qui fait qu'ils s'en laissent si aveuglment imposer par les modes de l'poque actuelle1 qui exercent sur eux un tel ascendant1 qu'ils sont capables de changer d'opinion et d'avis sur ce point aussi souvent qu'elles changent elles-mmes1 voire mme tous les mois1 se forgeant chaque fois des raisons pour justifier leurs propres yeux les jugements les plus divers qu'ils en mettent4--,quand on portait le busc du pourpoint sur le milieu de la poitrine1 hauteur des seins1 chacun trouvait d'excellentes raisons pour affirmer que c'tait bien ainsi que ce devait tre2 quelques annes plus tard1 la mode l'a fait descendre au niveau des hanches et chacun se moque de la faon dont on en usait prcdemment et la dclare draisonnable autant qu'insupportable4--,la manire dont on s'habille aujourd'hui amne la critique immdiate de la faon dont on s'habillait hier1 critique qui s'exerce si nettement et d'un si commun accord1 qu'on dirait que1 sur ce chapitre1 nous sommes atteints d'une sorte de manie qui bouleverse notre entendement4 ,et comme nous nous empressons d'adopter avec tant de promptitude et si subitement les changements qui surviennent que l'imagination de tous les tailleurs du monde ne parvient pas crer des nouveauts en quantit suffisante1 forcment il arrive que bien souvent des modes abandonnes rapparaissent au bout de peu de temps1 tandis que d'autres1 encore rcentes1 cessent d'tre en faveur2 et notre jugement en arrive exprimer sur une mme chose1 dans l'espace de quinze ou vingt ans1 deux ou trois opinions non seulement de nuances diffrentes1 mais parfois absolument contraires1 tmoignant d'une inconstance et d'une lgret incroyables4 ,les plus malins d'entre nous n'chappent pas ces contradictions et insensiblement leur vue1 comme leur pense1 arrivent ne pas s'en rendre compte4 ,coutumes diverses des anciens1 en particulier des ,romains2 pourquoi nous n'arrivons les galer ni dans leurs dbauches ni dans leurs vertus4--,je me propose d'indiquer ici quelques faons de faire des anciens qui me reviennent en mmoire2 dans le nombre1 il s'en trouve que nous avons conserves et d'autres qui diffrent des ntres2 en voyant les changements continus des choses humaines1 notre jugement en sera peut-tre plus clair et peut-tre en deviendra-t-il plus stable4 ,nous disons combattre avec la cape et l'pe2 cela se pratiquait dj du temps des ,romains1 ,csar le dit3 ,ils s'enveloppent la main gauche de leur saie et tirent l'pe4--,il signale galement ce vilain jeu qui existe encore chez nous1 d'arrter les passants que l'on trouve sur son chemin1 de les obliger dcliner qui ils sont1 et de leur adresser des injures et leur chercher querelle1 s'ils se refusent rpondre4 ,les anciens prenaient tous les jours des bains avant les repas1 comme d'ordinaire nous-mmes nous nous lavons les mains4 ,a l'origine1 ils se bornaient se laver les bras et les jambes2 mais plus tard1 et cela a dur pendant des sicles et s'est rpandu chez la plupart des nations1 ils se plongeaient compltement nus dans des bains additionns de substances parfumes2 n'employer que de l'eau l'tat naturel1 tait le fait d'une grande simplicit4--,les gens particulirement dlicats et recherchs de leur personne1 se parfumaient tout le corps au moins trois ou quatre fois par jour2 ils se faisaient souvent piler comme1 depuis quelque temps1 nos femmes ont pris l'habitude de le faire sur le front3 ,tu t'piles la poitrine1 les jambes et les bras 7,martial72 et cela bien qu'ils eussent des onguents produisant le mme effet3 ,elle oint sa peau d'onguent pilatoire ou l'enduit de craie dtrempe dans du vinaigre 7,martial74--,ils aimaient tre couchs moelleusement et considraient comme un acte d'austrit de coucher sur le matelas4--,ils mangeaient couchs sur des lits1 peu prs dans la mme posture qu'actuellement les ,turcs3 ,alors1 du haut du lit o il tait plac1 ne parle ainsi 7,virgile74 ,on dit que depuis la bataille de ,pharsale1 en signe de deuil par suite du mauvais tat des affaires publiques1 ,caton le jeune1 99 augmentant encore l'austrit de sa vie1 ne mangeait plus qu'assis4 ,ils baisaient les mains aux grands pour les honorer et les flatter2 entre amis1 ils s'embrassaient en se saluant1 comme font les ,vnitiens3 ,en te flicitant1 je te donne des baisers avec de douces paroles 7,ovide74--,pour solliciter 99 ou saluer un haut personnage1 ils lui touchaient les genoux4 ,pasicls le philosophe1 frre de ,crats1 au lieu de porter la main au genou de quelqu'un auquel il adressait la parole1 la porta aux parties gnitales2 celui-ci le repoussa rudement3 ,comment1 lui dit ,pasicls1 cette partie de ton corps n'est-elle pas toi aussi bien que l'autre8--,ils mangeaient les fruits la fin du repas1 comme nous le faisons nous-mmes4 ,ils s'essuyaient le derrire avec une ponge 7laissons aux femmes cette futile dlicatesse qui empche d'aborder certains sujets72 et c'est pourquoi1 en latin1 le mot spongia 7ponge7 blesse la biensance4 ,cette ponge tait fixe l'extrmit d'un bton1 comme le prouve le fait de cet individu qui1 conduit aux arnes pour y tre livr aux btes1 ayant demand satisfaire ses besoins et n'ayant pas d'autre moyen sa disposition pour se suicider1 se fourra ce bton et l'ponge dans le gosier et s'touffa4--,aprs leurs rapprochements sexuels1 ils s'essuyaient les parties gnitales avec une toffe parfume3 ,je ne te ferai rien autre1 que te laver avec cette serviette de laine 7,martial74--,des rcipients1 d'ordinaire des cuves coupes par le milieu1 taient1 ,rome1 disposs dans les carrefours pour permettre aux passants d'y uriner3 ,souvent les petits garons1 dans leur sommeil1 croient lever leur robe pour uriner dans les rservoirs publics destins cet usage 7,lucrce74 ,ils faisaient une collation entre leurs repas4--,en t1 se vendait de la neige pour rafrachir le vin2 certaines personnes en faisaient mme usage en hiver1 ne trouvant pas encore le vin assez frais4--,les grands avaient des chansons et des cuyers tranchants1 ainsi que des bouffons pour les amuser4--,en hiver1 on servait la viande sur des rchauds que l'on apportait sur la table4--,ils avaient des cuisines portatives1 dont j'ai vu des chantillons1 dans lesquelles1 quand ils voyageaient1 se transportait tout leur service3 ,gardez ces mets pour vous1 riches voluptueux1 nous n'aimons pas la cuisine ambulante 7,martial74 ,ils avaient des salles basses o1 souvent en t1 on faisait couler sous les assistants de l'eau frache et limpide1 dans des canaux au ras du sol1 o il y avait force poissons vivants que chaque convive choisissait et prenait la main1 pour les faire accommoder chacun sa guise4 ,le poisson a toujours eu ce privilge qu'il a encore1 que les grands prtendent le savoir apprter et que son got1 au moins d'aprs moi1 est beaucoup plus exquis que celui de la viande4 ,en fait de magnificences1 de dbauches1 d'inventions voluptueuses1 de mollesse et de luxe1 nous faisons la vrit notre possible pour les galer dans tous les genres1 car nos volonts sont bien aussi perverties que les leurs2 mais nous n'avons pas le talent d'y atteindre2 nos forces ne nous permettent pas davantage de nous lever leur niveau1 qu'il s'agisse de vices ou de vertus1 parce que1 dans l'un ou l'autre cas1 le point de dpart est une vigueur d'esprit qui tait sans comparaison beaucoup plus grande chez eux que chez nous1 et que les mes sont d'autant moins mme de faire soit trs bien1 soit trs mal1 qu'elles sont moins fortement trempes4 ,a table1 la place d'honneur tait au milieu4--,citer quelqu'un avant ou aprs un autre1 quand on crivait ou qu'on parlait1 ne prjugeait en rien la prminence1 ainsi que cela ressort clairement de leurs crits2 on disait ,oppius et ,csar1 aussi bien que ,csar et ,oppius2 et indiffremment moi et toi1 ou toi et moi4 ,j'ai remarqu autrefois1 dans la vie de ,flaminius par ,plutarque1 traduit en franais1 un passage o1 parlant de la rivalit qui s'tait leve entre les ,etoliens et les ,romains1 sur la question de savoir qui revenait la plus grande part de gloire acquise dans une victoire que1 de concert1 ils avaient remporte1 le traducteur semble1 pour trancher le dbat1 attacher une certaine importance ce que1 dans les chants des ,grecs o il est question de cet vnement1 les ,etoliens sont nomms avant les ,romains2 j'estime que dans cette apprciation1 il s'est laiss influencer par les rgles de la langue franaise cet gard4 ,alors mme qu'elles taient dans les salles o se prenaient les bains de vapeur1 les dames y recevaient les visites des hommes4 ,au sortir de la piscine1 elles ne regardaient pas se faire frotter et oindre par leurs propres valets3 ,un esclave1 ceint d'un tablier de cuir noir1 se tient tes ordres1 lorsque1 nue1 tu prends un bain chaud 7,martial74 ,elles avaient certaines poudres dont elles se saupoudraient pour absorber la sueur4 ,les anciens ,gaulois1 dit ,sidoine ,apollinaire1 portaient les cheveux longs par devant et ras par derrire1 mode qui vient d'tre reprise en ce sicle-ci aux murs effmines et relches4 ,les ,romains payaient aux bateliers1 ds l'embarquement1 ce qui leur tait d pour leur passage1 ce que nous-mmes ne faisons qu'aprs qu'il est effectu3 ,une heure entire se passe faire payer les voyageurs et atteler la mule qui doit tirer la barque 7,horace74 ,les femmes1 dans le lit1 couchaient du ct de la ruelle1 d'o le sobriquet donn ,csar3 ,la ruelle du roi ,nicomde 7,sutone74 ,d'ordinaire1 ils reprenaient haleine en buvant4--,ils mettaient de l'eau dans leur vin3 ,vite1 esclave1 que l'on refrachisse le ,falerne dans les eaux de cette source qui coule ici prs 7,horace74 ,nous trouvons galement cette poque les contenances goguenardes des laquais du temps prsent3 ,o ,janus1 tu as deux visages2 aussi ne te fait-on par derrire ni les cornes1 ni les oreilles d'ne1 et ne te tire-t-on pas la langue autant que pourrait le faire un chien d',apulie qui a soif 7,perse74 ,les dames ,argos et ,rome portaient le deuil en blanc1 comme chez nous il y a peu de temps encore2 c'est l une coutume que1 si on m'en croyait1 on n'abandonnerait pas4 ,mais je m'arrte1 des ouvrages entiers existant sur ce sujet4 ,,chapitre ,l4 ,sur ,dmocrite et ,hraclite4 ,en toutes choses le jugement est ncessaire4 ,application qu'en a faite ,montaigne dans ses ,essais2 comment il les a crits4--,le jugement est un outil qui s'applique tout et trouve partout son emploi2 aussi ces ,essais que je compose me fournissent-ils maintes occasions1 de tous genres1 de l'exercer4 ,si je traite un sujet qui me soit quelque peu tranger1 j'y ai recours et le mets l'preuve1 en lui faisant sonder bien en avant de moi la profondeur du gu2 s'il m'indique que cette profondeur est trop grande pour ma taille1 je demeure sur la rive2 et c'est l1 parmi les services qu'il me rend1 un de ceux dont il est le plus fier1 que de me faire connatre que je ne puis passer outre4 ,parfois1 lorsque je traite un sujet frivole et de peu d'importance1 je m'essaie voir s'il n'arrivera pas lui donner corps1 l'appuyer1 l'tayer1 de manire qu'il soit possible d'en tirer quelque chose de srieux4 ,quand j'aborde avec lui un sujet important et souvent trait1 o il n'y a rien dcouvrir1 o la voie est tellement fraye qu'il n'y a qu' suivre les pistes dj traces1 il n'en a pas moins dmler quelle est celle qui lui semble la meilleure et se prononcer sur ces mille sentiers1 en indiquant celui auquel donner la prfrence4--,au hasard1 je choisis le premier sujet qui se prsente1 tous me sont galement bons4 ,je n'ai jamais l'intention de le traiter compltement1 car il n'est rien dont je voie le fond2 et ceux qui nous promettent de nous le montrer1 ne tiennent pas davantage eux-mmes leur engagement4 ,sur les cent aspects diffrents que revt chaque chose et les nombreux dtails que chacune prsente1 j'en prends un1 et tantt je ne fais que le lcher1 tantt je vais jusqu' l'effleurer1 parfois je l'entame jusqu' l'os2 je le scrute1 non sur une large surface1 mais aussi profondment que mon savoir me le permet1 et1 le plus souvent1 je me plais l'envisager sous un jour autre qu'on ne le fait d'ordinaire4 ,je me hasarderais bien traiter fond quelque matire1 mais je me connais trop et ne puis m'abuser sur mon impuissance4--,en agissant comme je le fais1 risquant un mot ici1 un mot l2 donnant des chantillons sortis de leur cadre habituel1 isols2 marchant sans ide arrte2 ne m'tant engag rien1 je ne suis pas tenu de faire uvre de valeur relle1 je ne suis mme pas li envers moi-mme et demeure libre de varier1 autant qu'il me plat1 les sujets que je traite et la manire dont je le fais1 sans que m'arrtent ni doutes1 ni incertitudes1 ni ce qui par-dessus tout domine en moi1 mon ignorance4 ,le caractre de l'homme se rvle dans n'importe quel acte de sa vie1 et toutes choses notre me imprime son caractre personnel4--,tout acte de notre part rvle ce que nous sommes4 ,ce qu'est ,csar le juger par la prparation et la conduite de la bataille de ,pharsale1 se manifeste aussi bien par les parties de plaisir et de galanterie qu'il organisait4--,un cheval se juge non seulement par le travail qu'on lui fait excuter en carrire1 mais encore quand il est l'allure du pas1 voire mme quand on le voit au repos l'curie4 ,parmi les fonctions de l'me1 il en est qui sont peu releves2 qui ne la juge galement ces moments1 ne la connat qu'imparfaitement4 --,c'est d'ordinaire lorsqu'elle est au calme qu'on peut le mieux l'apprcier2 le vent des passions l'agite surtout dans les situations extrmes1 d'autant que chaque fois qu'elle intervient1 c'est sans restriction1 elle se donne tout entire1 s'en tenant exclusivement au cas qui l'occupe1 n'en envisageant jamais deux la fois1 agissant1 non d'aprs son propre temprament1 mais suivant l'ide qui1 sur le moment1 prdomine en nous4--,les choses par elles-mmes peuvent avoir leur poids1 leur mesure1 leurs conditions intrinsques2 mais en nous-mmes1 l'me les transforme comme elle l'entend3 la mort tait chose effroyable pour ,cicron1 dsirable pour ,caton1 indiffrente pour ,socrate4 ,la sant1 la conscience1 l'autorit1 la science1 la richesse1 la beaut et ce qui en est la contre-partie1 en s'incorporant nous1 se dpouillent de ce qui leur est propre et1 du fait de notre me1 revtent1 au gr de son caprice1 comme un vtement nouveau1 une teinte nouvelle3 brune1 claire1 verte1 obscure1 aigre1 douce1 profonde1 superficielle1 variable pour chacun de ces attributs1 suivant ce qui lui sied plus particulirement elle-mme2 car1 entre elles1 les mes ne se concertent pas sur le style1 la rgle et les formes qu'elles affectent2 chacune1 en ce qui la touche1 est reine dans son domaine4--,n'arguons donc plus des qualits inhrentes aux choses1 puisque nous conservons vis--vis d'elles notre libre arbitre4 ,notre bien1 comme notre mal1 ne dpend que de nous4 ,c'est nous-mmes1 et non la fortune1 qu'il faut adresser nos prires et l'expression de nos dsirs2 celle-ci ne peut rien sur nos murs dont1 au contraire1 elle est la consquence2 ce sont nos murs qui l'entranent leur suite et la font ce qu'elle est4--,pourquoi ne jugerais-je pas ,alexandre le voir table1 causant1 tenant tte ses convives le verre en main ou encore jouant aux checs8 ,quelle fibre de son esprit n'est pas en effet atteinte et mise en mouvement par ce jeu niais et puril1 que je hais et fuis parce que c'est un jeu qui n'en est pas un2 que c'est un passe-temps trop srieux1 qui rclame une attention que je regretterais de lui donner1 ayant en faire une bien meilleure application4 ,la prparation de la conqute des ,indes1 si glorieuse pour le hros macdonien1 ne lui demandait pas plus de travail2 non plus qu' cet autre la recherche de la solution d'une question1 de laquelle dpendait le salut du genre humain4 ,voyez combien notre me a part dans ce jeu ridicule3 ne met-il pas en travail toutes nos facults8 son action s'y manifeste certes suffisamment pour que chacun puisse d'aprs cela se connatre et se juger tel qu'il est4 ,en pareille occurrence1 je me vois et me sens plus compltement qu'en toute autre2 toutes mes passions trouvent s'y exercer3 la colre1 le dpit1 la haine1 l'impatience et aussi une ambition effrne de vaincre propos d'une chose o il serait prfrable de souhaiter d'tre vaincu1 car ce n'est pas d'un homme d'honneur1 de rechercher dans les choses qui ne sont pas srieuses1 telles qu'une partie d'checs1 une supriorit exceptionnelle qui vous mette au-dessus des autres4 ,ce que je dis l est un exemple qui s'applique toutes les autres circonstances de la vie4 ,tout dtail de l'existence de l'homme1 toute occupation laquelle il se livre1 le rvlent et le montrent autant que n'importe quels autres4 ,dmocrite riait1 ,hraclite pleurait de nos sottises2 le premier tait davantage dans le vrai4--,dmocrite et ,hraclite taient deux philosophes4 ,le premier1 estimant l'espce humaine pleine de vanit et de ridicule1 se prsentait toujours en public avec un visage riant et moqueur4 ,hraclite1 pris de piti et de compassion pour cette mme humanit1 ne cessait d'en tre contrist et en avait toujours les larmes aux yeux3 ,ds qu'ils avaient le pied hors de leur demeure1 l'un riait1 l'autre pleurait 7,juvnal74--,je prfre l'humeur du premier1 non parce qu'il est plus agrable de rire que de pleurer1 mais parce qu'elle tmoigne du ddain1 qu'elle nous condamne plus que l'autre1 et qu'il me semble que nous ne pouvons jamais tre mpriss autant que nous le mritons4 ,plaindre et avoir piti indiquent qu'on a de l'estime pour ce que l'on plaint2 ce dont on se moque1 on le considre comme n'ayant pas de valeur4 ,je crois que la vanit nous treint plus que le malheur1 que nous avons plus de sottise que de malice1 que le vide est en nous plus que l'ide du mal1 et que nous sommes plus vils que misrables4--,diogne qui1 roulant son tonneau1 s'amusant part lui des vanits humaines et narguant ,alexandre le ,grand1 tenant les hommes pour des mouches ou des vessies gonfles de vent1 tait un critique plus aigre et plus mordant et1 par suite1 d'ide plus conforme la mienne1 que ,timon1 qu'on surnommait le ,misanthrope1 parce qu'il hassait les hommes2 on est toujours plus ou moins attach ce que l'on hait4 ,timon nous souhaitait du mal1 il tait possd du dsir de notre ruine1 fuyait notre conversation qu'il tenait pour dangereuse venant d'tres mchants et de nature dprave4 ,diogne1 lui1 nous estimait si peu qu'il ne supposait pas que notre frquentation pt le troubler ou altrer son humeur1 et s'il ne voulait pas de notre socit1 c'tait non par crainte de contagion1 mais par ddain2 il ne nous estimait pas plus capables de bien faire1 que de mal faire4 ,la rponse que fit ,statilius ,brutus1 qui cherchait l'affilier la conspiration trame contre ,csar1 est empreinte de la mme ide3 ,il trouvait l'entreprise juste1 mais que les hommes pour lesquels on l'entreprenait n'taient pas dignes qu'on se mt1 si peu que ce ft1 en peine pour eux4 ,c'est dans le mme esprit qu',hgsias posait en rgle que le sage ne doit rien faire que pour lui-mme1 parce que seul il mrite ce qu'on fait pour lui2 et que ,thodore tablissait qu'il n'est pas juste que le sage se hasarde pour le bien de son pays et compromette sa sagesse pour des fous4--,c'est qu'en vrit aussi1 autant l'espce humaine est ridicule1 autant elle prte rire4 ,,chapitre ,,li4 ,combien vaines sont les paroles4 ,la rhtorique est l'art de tromper4--,un rhtoricien des temps passs disait que son mtier consistait faire paratre grandes et admettre comme telles des choses petites2 autant dire que c'est un cordonnier s'appliquant faire de grands souliers pour de petits pieds4 ,a ,sparte1 on l'et fait fouetter pour exercer un art aussi mensonger et trompeur2 et je pense que ce ne fut pas sans tonnement qu',archidamus1 l'un de ses rois1 entendit cette rponse que lui fit ,thucydide auquel il demandait quel tait le plus fort la lutte1 de ,pricls ou de lui3 ,c'est assez malais constater1 parce que1 quand je lui fais toucher terre1 il persuade ceux qui l'ont vu qu'il n'est pas tomb1 et il l'emporte4--,ceux qui masquent et fardent les femmes agissent moins mal1 parce que l'on ne perd pas grand'chose ne pas les voir au naturel1 que ceux qui font profession de tromper1 non pas nos yeux1 mais notre jugement1 d'abtardir et de corrompre les choses dans leur principe mme4 ,les rpubliques bien ordonnes ne font pas cas des orateurs4--,les rpubliques qui ont eu un gouvernement modr et qui taient bien administres1 telles que la ,crte et ,lacdmone1 n'ont pas fait grand cas des orateurs4--,ariston dit avec sagesse de la rhtorique que c'est la science de persuader le peuple4 ,socrate et ,platon la dfinissent3 l'art de tromper et de flatter2 quant ceux qui s'lvent contre cette dfinition gnrale1 ils la justifient de tous points par les prceptes qu'ils mettent ou appliquent4 ,les ,mahomtans en interdisent comme inutile l'enseignement leurs enfants2 et les ,athniens1 chez lesquels elle avait t en si grande faveur1 constatant combien elle leur avait t prjudiciable1 ordonnrent la suppression de ses parties les plus importantes1 celles qui impressionnent le plus les sentiments1 l'exorde et la conclusion4 ,c'est un instrument trs propre conduire et agiter la foule ou une populace dvoye1 et qui1 comme la mdecine1 ne s'emploie que dans les tats malades4 ,dans ceux o les gens du commun1 les ignorants1 o tous ont quelque peu part au pouvoir1 comme ,athnes1 ,rhodes1 ,rome1 o la chose publique tait en continuelle agitation1 les orateurs ont afflu4 ,de fait1 on ne voit pas beaucoup de personnages1 dans ces rpubliques1 acqurir une grande influence sans le secours de l'loquence2 pour ,pompe1 ,csar1 ,crassus1 ,lucullus1 ,lentulus1 ,mtellus1 elle a t le principal facteur auquel ils ont d la grandeur et la puissance qu'ils ont atteintes2 elle les y a aids plus que la fortune des armes1 ce qui n'avait pas lieu en des temps meilleurs4 ,l4 ,volumnius parlant en effet en public1 en faveur de l'lection au consulat de ,a4 ,fabius et ,p4 ,dcius1 disait3 ,ce sont gens qui se sont faits par la guerre1 des gens d'action peu propres aux joutes oratoires1 des caractres tels que nous devons les rechercher chez ceux que nous levons au consulat2 ceux l'esprit retors1 loquents et savants1 sont bons pour les charges qui s'exercent sans sortir de ,rome2 pour celles de prteurs1 par exemple1 qui ont rendre la justice4--,c'est lorsque les affaires taient en plus mauvais tat1 quand l'orage des guerres civiles l'agitait1 que l'loquence a le plus fleuri ,rome1 telles les mauvaises herbes qui1 dans un champ l'abandon ou non encore dfrich1 ne croissent qu'avec plus de vigueur4 ,de l1 il semble rsulter que les tats monarchiques en ont moins besoin que les autres1 parce que la btise et la crdulit qui disposent si aisment la populace tre circonvenue et mene par les douces et harmonieuses paroles qu'on lui fait entendre1 et qui n'a pas souci de s'clairer avec sa raison sur la valeur et la ralit de ce qu'on lui dit1 ne se retrouvent pas au mme degr chez un monarque qu'il est plus ais de garantir1 par l'ducation qui lui a t donne et les conseils qui l'entourent1 contre la pntration de ce poison4 ,ni la ,macdoine1 ni la ,perse n'ont jamais produit d'orateurs de renom4 ,abus qui est fait de l'art de la parole dans toutes les professions4--,un mot au sujet d'un ,italien1 avec lequel je viens de m'entretenir1 qui servait chez feu le cardinal ,caraffa en qualit de matre d'htel1 emploi qu'il a conserv jusqu' la mort de ce prlat4 ,nous parlions de sa charge et il m'a fait sur cette science de gastronomie une vritable confrence1 dbite avec une gravit et une attitude magistrales comme s'il dveloppait un point important de thologie4 ,il m'a numr les diverses sortes d'apptit3 celui qu'on a1 quand on est jeun2 ceux aprs le second1 le troisime service2 les moyens1 soit de leur donner simplement satisfaction1 soit de les veiller et les exciter2 la confection de ses sauces1 d'abord d'une faon gnrale1 puis en entrant dans le dtail des ingrdients employs et des effets qu'ils produisent2 les varits de salade selon la saison1 celles qui doivent tre servies cuites1 celles qui veulent l'tre froides1 la manire de les dcorer pour les rendre encore plus agrables la vue4 ,puis1 il est entr dans de belles et importantes considrations sur l'ordre du service3 ,car ce n'est pas chose indiffrente que la manire dont on s'y prend pour dcouper un livre ou un poulet 7,juvnal72 et tout cela ornement de riches et magnifiques paroles comme il s'en emploie quand il est question du gouvernement d'un empire1 ce qui m'a remis en mmoire ce passage de ,trence3 ,ceci est trop sal1 cela est brl1 ceci est fade2 cela est bien1 souvenez-vous de faire de mme une autre fois4 ,je leur donne les meilleurs avis que je puis1 selon mes faibles lumires2 enfin1 ,damea1 je les exhorte se mirer dans leur vaisselle comme dans un miroir et les avertis de tout ce qu'ils ont faire4--,notons que les ,grecs eux-mmes ont donn de grands loges l'ordre et la disposition du banquet que leur offrit ,paul mile1 son retour de ,macdoine2 mais ce n'est pas de faits dont je m'occupe ici1 je ne parle que des termes dont il est fait usage pour les exprimer4 ,je ne sais si les autres prouvent ce que je ressens2 mais1 quand j'entends nos architectes lancer ces gros mots de pilastres1 architraves1 corniches1 ouvrages d'ordre corinthien ou d'ordre dorique et autres semblables du jargon leur usage1 je ne puis m'empcher de songer aussitt au palais d',apollidon2 et1 par comparaison1 ce qu'ils citent avec tant d'emphase1 me fait l'effet du dcor mesquin de l'entre de ma cuisine4 ,quand vous entendez parler de mtonymie1 mtaphore1 allgorie et telles autres expressions employes dans la grammaire1 ne vous semble-t-il pas que ce sont des locutions d'une langue peu usite et choisie8 cela s'applique cependant tout simplement aux formes du langage que votre femme de chambre emploie lorsqu'elle bavarde4 ,abus semblables dans les titres pompeux que nous attribuons certaines charges et dans les surnoms glorieux que nous dcernons4--,c'est une erreur qui se rapproche de la prcdente1 que d'appliquer aux offices de notre tat politique les titres pompeux dont usaient les ,romains1 bien qu'il n'y ait aucun rapport au point de vue de la fonction et encore moins sous celui de l'autorit et de la puissance4--,c'en est une autre1 qu'on reprochera un jour notre sicle1 d'attribuer qui bon nous semble et n'en est pas digne1 ces glorieux surnoms dont l'antiquit avait honor un ou deux personnages seulement dans la longue suite des sicles4 ,platon a t surnomm divin1 du consentement universel1 sans que personne songet jamais lui contester ce surnom1 et voil que les ,italiens1 qui se piquent cependant1 et avec quelque raison1 d'avoir l'esprit plus vif et le jugement plus sain que les autres peuples de leur temps1 viennent d'en gratifier l',artin qui1 sauf une faon de parler ampoule et maille de boutades spirituelles la vrit mais dnotant trop de recherches et parfois amenes de trop loin1 n'a rien1 mon sens1 en dehors de ce en quoi consiste l'loquence1 qui le place au-dessus de la moyenne des auteurs de son sicle et qui le rapproche1 tant s'en faut1 de celui que les anciens ont divinis4--,quant au surnom de grand1 combien de princes ne le dcerne-t-on pas1 qui n'ont rien fait de ce qui lve un homme au-dessus des autres6 ,,chapitre ,,lii4 ,parcimonie des anciens4 ,exemples de la parcimonie avec laquelle ont vcu certains hommes illustres de l'antiquit4--,attilius ,rgulus1 qui commandait l'arme romaine en ,afrique1 crivit aux pouvoirs publics1 alors qu'il tait dans toute la gloire que lui valaient ses victoires sur les ,carthaginois1 que son valet de labour1 qu'il avait laiss tout seul pour travailler sa terre1 qui n'tait que d'une contenance de sept arpents1 s'tait enfui emportant ses ustensiles de labourage2 qu'en consquence1 il demandait un cong pour revenir chez lui1 afin de pourvoir cet accident1 de crainte que sa femme et ses enfants n'eussent en souffrir4 ,le ,snat commit un autre individu pour cultiver son bien1 lui fit remplacer ce qui lui avait t vol et ordonna que sa femme et ses enfants seraient nourris aux frais du ,trsor public4 ,caton l'ancien1 revenant d',espagne l'expiration de son consulat1 vendit son cheval d'armes1 pour conomiser l'argent qu'et cot son transport par mer en ,italie4 ,investi du gouvernement de la ,sardaigne1 il faisait ses inspections pied1 n'ayant d'autre suite qu'un appariteur qui lui portait sa toge et un vase destin la clbration des sacrifices2 le plus souvent il portait sa malle lui-mme4 ,il se vantait de ne jamais avoir possd de toge ayant cot plus de dix cus et de n'avoir jamais dpens plus de dix sous par jour pour son march1 et de ce qu'aucune de ses fermes n'tait crpie et n'avait d'enduit l'extrieur4 ,scipion milien1 aprs deux triomphes et deux consulats1 se rendit comme lgat dans une province avec sept serviteurs seulement4 ,on affirme qu',homre n'en a jamais eu qu'un1 ,platon trois et que ,znon1 le chef de la secte des ,stociens1 n'en avait pas4 ,il ne fut allou que cinq sous et demi par jour ,tibrius ,gracchus1 envoy en mission pour le service de la ,rpublique1 alors qu'il tait le personnage le plus important de ,rome4 ,,chapitre ,,liii4 ,a propos d'une phrase de ,csar4 ,l'imperfection de l'homme est dmontre par l'inconstance de ses dsirs4--,si quelquefois nous nous amusions nous considrer1 et que le temps que nous employons observer autrui et nous enqurir de choses qui ne nous regardent pas1 nous le consacrions nous examiner fond1 nous comprendrions vite combien prsentent peu de solidit et laissent dsirer les pices et morceaux dont nous sommes faits4 ,n'est-ce pas une preuve caractristique d'imperfection que rien ne puisse nous donner complte satisfaction1 et que1 par le fait mme de nos dsirs et de notre imagination1 nous soyons hors d'tat de choisir ce qui nous convient8 ,c'est ce dont tmoigne bien cette grave question1 toujours pendante pour les philosophes1 sur ce qui est pour l'homme le souverain bien2 question qui dure encore et durera ternellement sans que jamais on en trouve la solution ni qu'on tombe d'accord4 ,le bien qu'on n'a pas1 semble prfrable tout le reste2 avons-nous la chose rve1 nous en dsirons une autre1 et notre soif est toujours inextinguible 7,lucien74 ,quelles que soient les connaissances que nous ayons acquises1 ou ce dont il nous est donn de jouir1 nous sentons qu'il manque quelque chose notre satisfaction1 et nous allons soupirant aprs l'avenir et l'inconnu d'autant que le prsent ne nous rassasie pas2 non qu' mon avis1 il ne nous offre pas de quoi nous gorger1 mais parce que nous n'acceptons ce qu'il nous prsente qu'avec rticence et prvention3 ,voyant que les mortels ont tout ce qui leur est peu prs ncessaire et que cependant1 avec des richesses1 des honneurs1 de la gloire1 des enfants bien ns1 ils n'chappent pas encore aux chagrins intrieurs et n'en sont pas moins en butte mille agitations contraires1 picure comprit que tout le mal vient du vase mme qui1 corrompu intrieurement1 gte tout ce qu'on y a vers de bon 7,lucrce74 ,notre apptit est irrsolu et incertain2 il ne sait ni retenir1 ni jouir de bonne faon de quoi que ce soit4 ,poursuivi par l'ide que ce qui est en sa possession est imparfait1 l'homme se donne tout entier en imagination aux choses qu'il n'a pas et qu'il ne connat pas1 y concentre ses dsirs et ses esprances et les tient en haute estime1 ce que ,csar exprime en disant3 ,par un vice de notre nature commun tous les tres1 nous redoutons les choses qui nous sont caches et inconnues1 en mme temps qu'elles nous inspirent confiance4 ,,chapitre ,,liv4 ,inanit de certaines subtilits4 ,certaines subtilits et les talents frivoles ne mritent pas d'tre encourags4--,les hommes recourent parfois certaines subtilits frivoles et vaines pour attirer l'attention2 tel est le cas de ceux qui crivent des pomes entiers1 dont chaque vers commence par une mme lettre4 ,dans l'ancienne littrature grecque1 nous trouvons des pices de vers affectant la forme d'uf1 de boule1 d'aile1 de hache1 obtenue en faisant varier la mesure des vers1 les allongeant1 les diminuant de manire ce que leur ensemble reprsente telle ou telle figure4--,la science de cet individu qui s'amusa calculer de combien de faons on pouvait ranger les lettres de l'alphabet et trouva ce nombre incroyable mentionn dans ,plutarque1 rentre dans ce genre de singularit4--,j'approuve la manire de faire de ce personnage auquel on prsenta un homme qui en tait arriv lancer la main un grain de millet1 avec une adresse telle1 qu'il le faisait passer par le trou d'une aiguille et ne manquait jamais son coup4 ,cet homme1 aprs avoir travaill devant lui1 lui demandant de lui donner quelque chose pour prix d'une habilet si peu commune1 celui-ci1 assez plaisamment et avec juste raison mon avis1 lui fit remettre deux ou trois mesures de millet1 afin de lui permettre d'entretenir un si beau talent4--,c'est une preuve irrcusable de la faiblesse de notre jugement1 que de le voir s'prendre des choses parce qu'elles sont rares et nouvelles1 ou encore parce qu'elles offrent de la difficult1 alors mme qu'elles ne sont en mme temps ni bonnes1 ni utiles4 ,en bien des choses les extrmes se touchent4--,nous avons jou dernirement chez moi un jeu consistant qui trouverait le plus de choses se tenant par leurs extrmes1 par exemple ,sire est un titre qui se donne au personnage de l'tat le plus haut plac1 au roi2 c'est aussi une appellation qui s'applique des gens du commun1 tels que les marchands1 et qui ne s'emploie pas l'gard des personnes de condition intermdiaire4--,on appelle du nom de dame les femmes de qualit et de celui de demoiselle celles des classes moyennes1 tandis que le nom de dame se donne encore aux femmes des classes infrieures4--,l'usage des tapis qu'on tend sur les tables1 n'est admis que dans les palais des princes et dans les tavernes4--,dmocrite disait que les dieux et les btes avaient les sentiments plus dlicats que les hommes qui sont entre les deux4--,les ,romains avaient mmes vtements pour les jours de deuil et les jours de fte4 ,la peur et un courage excessif produisent parfois sur nous les mmes effets physiques4--,il est certain que la peur pousse l'extrme1 comme le courage lev son paroxysme1 ont action sur l'organisme et occasionnent tous deux des troubles intestinaux et des cours de ventre4--,le sobriquet de tremblant donn ,don ,sanche1 douzime roi de ,navarre1 montre que la hardiesse1 comme la peur1 communique du tremblement notre corps4 ,ceux qui le revtaient de son armure 7lui ou quelque autre de nature impressionnable comme la sienne et prouvant mme frisson7 essayaient de le rassurer1 attnuant le danger auquel il allait s'exposer3 ,vous me connaissez mal1 leur dit-il2 si ma chair savait jusqu'o1 tout l'heure1 mon courage va la mener1 elle en serait absolument transie4--,dans nos rapports intimes avec la femme1 la faiblesse que nous pouvons ressentir1 le dgot que nous pouvons prouver1 occasionns par un refroidissement de notre passion1 peuvent tre galement dtermins par un dsir trop violent et une ardeur immodre4--,un froid intense comme un chaud excessif cuisent et rtissent4 ,aristote dit que les lingots de plomb fondent et coulent sous l'effet du froid1 lorsque l'hiver est rigoureux1 comme sous l'action d'une chaleur violente4--,le dsir et la satit endolorissent galement nos organes1 avant comme aprs le moment o nos apptits voluptueux reoivent satisfaction4 ,aux prises avec la souffrance1 la btise et la sagesse en arrivent aux mmes fins4--,sous l'effet de la souffrance dtermine par les accidents auxquels nous sommes exposs1 la btise et la sagesse sentent et agissent de mme4 ,les sages dominent le mal et le surmontent1 les autres l'ignorent2 ceux-ci1 sans s'en apercevoir1 demeurent en quelque sorte en de2 tandis que les premiers vont au del1 psent et considrent attentivement les conditions dans lesquelles il se prsente1 et1 aprs les avoir reconnues et apprcies telles qu'elles sont1 le franchissent par un vigoureux et courageux effort1 ou le ddaignent et le foulent aux pieds grce ce qu'ils ont une me forte et solide1 contre laquelle les traits de la fortune qui viennent les atteindre1 rencontrant un corps qu'ils ne peuvent pntrer1 rebondissent et retombent mousss4 ,la plupart des hommes1 en rgle gnrale1 prennent place entre ces deux extrmes2 ils aperoivent le mal1 le ressentent et ne peuvent le supporter4--,l'enfance et le vieillard atteint par la dcrpitude ont de commun que tous deux sont faibles d'esprit4--,l'avarice et la prodigalit ont un gal dsir d'attirer elles et d'acqurir4 ,les esprits simples sont propres faire de bons chrtiens et les esprits clairs des chrtiens accomplis2 les esprits mdiocres sont sujets s'garer4--,il semble qu'on soit fond dire qu'il y a une ignorance initiale qui prcde la science et une ignorance doctorale qui la suit2 la science fait et engendre cette dernire1 tout comme elle dfait et dtruit la premire4 ,on fait de bons chrtiens avec des esprits simples1 peu curieux et peu instruits qui1 autant par respect que par obissance1 croient simplement et observent les lois4 ,chez des gens de capacit et d'esprit moyens1 naissent les opinions errones2 ils adoptent1 sur la simple apparence1 la premire interprtation venue des textes sacrs et se croient autoriss considrer comme niaiserie et btise de notre part que nous nous en tenions l'ancien ordre de choses1 faisant observer que notre conviction n'est fonde sur aucune tude pralable4 ,les grands esprits1 plus srieux et plus clairvoyants1 fournissent une autre catgorie de bons croyants2 par de longues et consciencieuses investigations1 ils sont arrivs une connaissance approfondie des critures1 en ont pntr le sens cach et senti le secret mystrieux et divin qui rgle le gouvernement des affaires ecclsiastiques4 ,nous en voyons cependant quelques-uns de la catgorie intermdiaire1 qui en sont galement arrivs l2 ils possdent cette connaissance merveilleuse de nos dogmes1 et la conviction s'est faite en eux1 ce qui est comme l'extrme limite laquelle peut atteindre l'intelligence chrtienne4 ,cette victoire sur l'ignorance est pour eux un sujet constant de consolation1 d'action de grces2 elle les a amens rformer leurs murs et ils en sont devenus on ne peut plus modestes4 ,mais loin de moi de placer sur ce mme rang ceux qui1 pour dtourner d'eux le soupon d'avoir embrass l'erreur qu'ils renient aujourd'hui et donner des gages que l'on peut compter sur eux1 se montrent extrmes1 manquent de retenue et sont injustes dans la dfense de notre cause laquelle ils attirent le reproche de violences commises en nombre infini4--,les paysans l'esprit simple sont d'honntes gens2 sont aussi d'honntes gens les philosophes ou1 comme on les nomme aujourd'hui1 les natures fortes et claires qui possdent sur les sciences utiles des connaissances tendues4 ,les mtis1 qui tiennent des uns et des autres1 ont1 dans l'tude des lettres1 franchi le premier pas et ont l'ignorance en ddain1 mais ils n'ont pu atteindre au degr suprieur qui parfait notre instruction et1 pour ainsi dire le derrire entre deux selles1 ils sont dangereux1 absurdes et gnants2 ce sont ces gens1 dont je suis moi et tant d'autres1 qui troublent le monde4 ,pourtant1 en ce qui me concerne1 je m'efforce de me cramponner1 autant que je le puis1 ce qui tout naturellement furent mes premires croyances dont1 un instant1 j'ai vainement essay de me dgager4 ,souvent la posie populaire est comparable la plus parfaite4--,la posie pareillement1 telle que d'elle-mme elle clt chez les gens du peuple1 a des navets et une grce qui rivalisent avec ce qu'elle offre de plus beau quand1 par l'effet de l'art1 elle atteint la perfection2 c'est ce que nous pouvons constater en nous reportant aux villanelles de ,gascogne et aux chansons qui nous ont t conserves de nations auxquelles toute science tait trangre1 qui ne connaissaient mme pas l'criture4 ,entre ces deux genres1 nous avons la posie mdiocre1 qui est ddaigne1 peu honore et sans valeur4 ,montaigne espre que ses ,essais seront gots des intelligences moyennes4--,j'ai constat que lorsque l'esprit a fait un premier pas1 nous tenons1 ainsi que cela a lieu d'habitude1 pour difficile et rare ce qui souvent n'a nullement ce caractre1 et qu'une fois dans cette voie1 notre imagination dcouvre une infinit de choses au sujet desquelles il en est de mme4 ,aux exemples qu'on en peut donner1 je me bornerai ajouter celui-ci3 ,parmi ceux qui pourront faire ces ,essais l'honneur de les lire1 il peut arriver qu'ils ne plaisent gure aux esprits communs et vulgaires et pas davantage aux intelligences suprieures qui sont des exceptions1 les premiers ne les trouvant pas suffisamment comprhensibles1 ceux-ci les comprenant trop2 mais peut-tre seront-ils accepts des bonnes gens l'esprit de moyenne envergure4 ,,chapitre ,,lv4 ,des odeurs4 ,mieux vaut ne rien sentir1 que sentir bon4--,on dit que chez certains1 tels qu',alexandre le ,grand1 la sueur1 par suite d'une complexion rare et tout fait extraordinaire du corps1 exhale une odeur agrable1 et ,plutarque et d'autres auteurs en recherchent la cause4 ,pour le commun des mortels1 c'est le contraire qui se produit1 et ce qui peut nous arriver de mieux1 c'est de ne rien sentir4 ,l'haleine la plus pure est elle-mme d'autant plus suave qu'elle est sans odeur dsagrable1 ainsi que c'est le cas chez les enfants bien portants4 ,voil pourquoi ,plaute dit3 ,la plus exquise senteur d'une femme1 c'est de ne rien sentir4--,quant aux bonnes odeurs qui proviennent de parfums trangers1 on a raison de se mfier de ceux qui les emploient2 il est craindre qu'elles ne servent qu' masquer chez eux quelque dfaut naturel de cette espce1 et c'est ce qui a donn lieu ces aphorismes de potes anciens3 ,c'est puer1 que de sentir bon2--,tu te moques de nous1 ,coracinus1 parce que nous ne sommes pas parfums2 mais j'aime mieux ne rien sentir1 que de sentir bon 7,martial72--et encore3 ,qui sent toujours bon1 ,posthumus1 sent mauvais 7,martial74 ,pourtant j'aime bien un milieu exhalant de bonnes odeurs et ai horreur des mauvaises que je sens de plus loin que tout autre3 ,mon odorat distingue les mauvaises odeurs plus subtilement qu'un chien d'excellent nez ne reconnat la bauge du sanglier 7,horace71 et les parfums les plus simples et les plus naturels sont ceux qui me sont le plus agrables4 ,l'usage des parfums est surtout le fait des femmes4 ,les femmes ,scythes1 dans une contre o la barbarie rgnait d'une faon absolue1 aprs s'tre baignes1 se saupoudraient tout le corps et le visage d'une couche formant crote d'une certaine substance odorifrante que l'on trouve sur place2 et quand elles devaient passer en la compagnie des hommes1 elles se dbarrassaient de ce fard et se trouvaient en avoir la peau plus lisse et toute parfume4 ,les personnes trs sensibles aux odeurs ne sont pas plus que d'autres sujettes aux pidmies4--,il est tonnant combien facilement une odeur1 quelle qu'elle soit1 s'attache moi et quel degr ma peau s'en laisse pntrer4 ,celui qui se plaint de ce que la nature n'a pas pourvu l'homme de moyen propre porter les odeurs son nez a tort1 car elles s'y portent d'elles-mmes4 ,chez moi en particulier1 mes moustaches1 que j'ai paisses1 y contribuent2 si j'en approche mes gants ou mon mouchoir1 leur odeur s'y communique et s'y maintient la journe entire2 aussi dnoncent-elles d'o je viens4 ,autrefois1 les treintes passionnes de la jeunesse se traduisant en baisers voluptueux1 prolongs1 humides1 y laissaient des traces qui s'y retrouvaient encore plusieurs heures aprs4--,et cependant je suis peu sujet contracter les pidmies qui proviennent de ce que l'air est contamin et qui peuvent se transmettre lorsqu'on change de simples conversations2 je suis demeur indemne de toutes celles qui1 soit dans nos villes1 soit dans nos armes1 se sont produites de mon temps et qui ont t de plusieurs sortes4--,on lit sur ,socrate qu'il n'a jamais quitt ,athnes pendant la peste qui l'a ravage de si nombreuses reprises et que lui seul ne s'en ressentit jamais4 ,les mdecins pourraient tirer plus de parti des odeurs4--,les mdecins pourraient1 je crois1 tirer parti des odeurs plus qu'ils ne font1 car j'ai souvent constat qu'elles ont action sur moi et que1 suivant leur nature1 elles impressionnent mon esprit de diverses manires3 ce qui me porte considrer comme exact ce que l'on dit de l'encens et des parfums dont on use dans les glises1 que cet usage si ancien et si rpandu chez toutes les nations et dans toutes les religions1 a pour objet de rjouir1 veiller et purifier nos sens1 pour nous mieux disposer la contemplation4 ,en ,orient1 on fait emploi des parfums dans l'apprt des viandes4--,j'aurais souhait1 pour pouvoir en juger1 avoir t mme de dguster l'uvre de ces cuisiniers qui savent1 dans les plats qu'ils confectionnent1 rehausser la saveur des viandes par des parfums choisis1 ce que l'on a eu occasion de voir et qui fut trs remarqu dans le service que menait avec lui le roi de ,tunis lorsque1 de nos jours1 dbarquant ,naples1 il vint s'aboucher avec l'empereur ,charles-,quint4 ,on farcissait ces viandes de plantes odorifrantes1 et cela avec une telle somptuosit qu'un paon et deux faisans accommods de la sorte se trouvaient revenir cent ducats4 ,quand on les dcoupait1 il s'en dgageait un arome des plus dlicieux1 qui emplissait non seulement la salle o cela se passait1 mais se rpandait dans toutes les chambres du palais et jusque dans les rues avoisinantes1 et persistait pendant un certain temps4 ,la puanteur est une des incommodits des grandes villes4--,mon principal soin1 quand j'ai me loger1 c'est d'viter les quartiers o l'air est lourd et empest4 ,malgr leur beaut1 ,venise et ,paris perdent beaucoup de leurs charmes mes yeux1 par la mauvaise odeur qui se dgage3 dans l'une1 des lagunes qui l'entourent2 dans l'autre1 des boues de ses rues4 ,,chapitre ,,lvi4 ,des prires4 ,profession de foi de ,montaigne4--,j'mets dans ce chapitre des ides fantaisistes1 mal dfinies1 aux solutions indcises1 comme font dans les coles ceux qui proposent dbattre des questions sujettes controverse4 ,j'en agis ainsi non pour prouver la vrit1 je n'ai pas une telle prtention1 mais pour me livrer sa recherche4 ,et ces ides1 je les soumets au jugement de ceux auxquels il appartient1 non seulement de diriger mes actes et mes crits1 mais encore mes penses4 ,qu'ils me condamnent ou qu'ils m'approuvent1 leur sentence me sera galement utile1 et je l'accepte d'avance1 reconnaissant ds maintenant pour absurde et impie1 tout ce qui1 par ignorance ou inadvertance de ma part1 peut se glisser dans cette compilation de contraire aux dcisions et prescriptions de la ,sainte glise catholique1 apostolique et romaine1 en laquelle je mourrai de mme que j'y suis n4 ,bien que fort tmrairement1 je me mle1 ainsi que je le fais ici1 de discuter sur tout1 je ne m'en remets pas moins entirement leur censure1 devant laquelle je m'incline d'une faon absolue4 ,l',oraison dominicale est la prire par excellence4--,je ne sais si je me trompe1 mais puisque par un effet tout spcial de la bont divine1 il est une prire qui nous a t prescrite par ,dieu qui nous l'a dicte mot mot de sa propre bouche1 il m'a toujours sembl que nous devrions y avoir recours beaucoup plus que nous ne le faisons2 et1 si l'on m'en croyait1 cette prire1 qui est ,notre ,pre4441 autrement dit l'oraison dominicale1 devrait toujours tre dite par tous les chrtiens1 soit seule1 soit s'ajoutant d'autres1 au commencement et la fin des repas1 quand nous nous levons et que nous nous couchons1 et dans tous les actes de notre vie auxquels il est dans les habitudes de mler des prires4 ,l'glise a certainement toujours qualit pour multiplier et diversifier les prires suivant ceux de nos besoins auxquels elle veut les appliquer1 et je sais bien que l'esprit et le fond en sont toujours les mmes2 mais l'oraison dominicale est la prire par excellence1 elle dit incontestablement tout ce qui est dire1 convient toutes les circonstances dans lesquelles nous pouvons nous trouver et1 par suite1 justifierait le privilge que continuellement le peuple l'ait sur les lvres4 ,c'est la seule prire dont je fasse constamment usage2 je ne la varie pas1 je la rpte2 aussi n'en est-il pas qui soit aussi bien que celle-ci grave en ma mmoire4 ,dieu ne devrait pas tre invoqu indiffremment propos de tout4--,je songeais1 l'instant mme1 d'o vient cette erreur de recourir ,dieu au sujet de tous nos projets1 de toutes nos entreprises2 de l'appeler propos de tout ce qui nous touche1 quelle qu'en soit la nature1 chaque fois que notre faiblesse a besoin d'aide1 sans que nous considrions si c'est bon droit ou non2 et d'invoquer son nom et sa puissance1 en quelque situation que nous soyons1 quelque acte que nous accomplissions1 si rprhensible soit-il4 ,il est bien notre seul1 notre unique protecteur et peut tout lorsqu'il nous vient en aide2 mais1 de ce qu'il daigne nous honorer de son appui bienveillant et paternel1 il ne cesse cependant pas d'tre juste1 autant qu'il est bon et puissant2 et1 comme il use plus souvent de sa justice que de son pouvoir1 il ne nous est favorable que dans la mesure o elle le permet1 et non suivant ce que nous lui demandons4 ,dans ses ,lois1 ,platon admet trois cas o nos croyances sont injurieuses envers les dieux3 ,quand nous nions leur existence2--lorsque nous nions leur intervention dans nos affaires2--quand nous prtendons qu'ils ne repoussent jamais nos vux1 nos offrandes1 nos sacrifices4 ,la premire de ces erreurs1 son avis1 n'est jamais immuable chez l'homme1 et ses croyances cet gard peuvent se modifier dans le cours de la vie2 les deux autres1 une fois accrdites en lui1 sont susceptibles de persister4 ,la justice et la puissance de ,dieu sont insparablement lies l'une l'autre2 c'est en vain que nous faisons appel lui pour obtenir son intervention quand notre cause est mauvaise4 ,il faut1 lorsque nous le prions1 que notre me soit pure et qu'au moins ce moment1 nous ne soyons pas anims de mauvais sentiments2 sinon1 nous lui apportons nous-mmes les verges pour nous chtier2 au lieu de pallier notre faute1 nous l'aggravons en nous prsentant celui auquel nous devrions demander pardon1 dans des dispositions haineuses qui constituent un manque de respect4 ,c'est pourquoi je ne loue gure ceux que je vois prier ,dieu trs souvent et trs rgulirement1 alors que les actes qui accompagnent leurs prires ne tmoignent ni repentir1 ni intention de s'amender3 ,pour te livrer la nuit l'adultre1 tu te couvres la tte d'une cape gauloise 7,juvnal74 ,la conduite d'un homme qui associe la dvotion une vie excrable me semble en quelque sorte plus condamnable que celle de celui qui1 consquent avec lui-mme1 se montre dissolu sous tous rapports2 et cependant nous voyons tous les jours l'glise refuser de laisser pntrer et d'admettre dans sa socit des personnes qui s'obstinent dans une voie particulirement rprhensible4 ,le plus souvent nous prions par habitude4--,nous prions parce que c'est l'usage et la coutume2 ou1 pour mieux dire1 lisant ou marmottant nos prires1 nous faisons semblant de prier4 ,il m'est pnible de voir faire trois signes de croix au ,bndicite et autant aux ,grces1 des personnes qui1 pendant toutes les autres heures du jour1 pratiquent la haine1 l'avarice et l'injustice2 cela me dplat d'autant plus que j'ai ce signe en grande vnration et que j'en fais continuellement usage1 chaque fois mme que je suis pris de billement4 ,aux vices1 leur heure2 ,dieu1 la sienne2 cela se compense et satisfait tout6 ,c'est miracle de voir se succder des actions si diverses1 si bien lies les unes aux autres qu'on n'aperoit ni interruption1 ni changement1 lors du passage de l'une l'autre1 quand l'une prend fin et que l'autre commence4 ,quelle prodigieuse conscience que celle dont le calme ne se dment pas alors qu'elle abrite en elle1 la fois1 le crime et le juge qui s'y tiennent compagnie1 vivant en bonne intelligence et si paisiblement4 ,que peuvent valoir les prires de ceux qui vivent dans une inconduite continue4--,un homme qui ne cesse d'avoir en tte des ides libidineuses et qui a conscience de la rprobation divine que cela lui vaut1 que dit-il ,dieu quand il l'en entretient8 qu'il s'en repent1 et aussitt aprs il y retombe4 ,s'il tait pntr de sa justice et de sa prsence1 ainsi qu'il le dit1 et que son me en ft touche1 si court que soit ce moment de pnitence1 la crainte seule y ramnerait si souvent sa pense que1 sur-le-champ1 il triompherait des vices qui lui sont habituels1 si enracins qu'ils soient en lui4--,et que dire de ces gens qui passent leur vie entire jouir et bnficier de ce qu'ils savent tre pch mortel6 ,pourtant il existe des mtiers et des situations1 admis par la socit1 qui vivent du vice8 ,un individu se confessant moi1 me contait avoir pass sa vie1 pour ne perdre ni son crdit ni les charges dont il tait honor1 faire profession et pratiquer une religion qu'il estimait compromettre son salut ternel et contraire celle qu'il avait en son cur2 combien devait lui coter une semblable attitude8 ,comment tous ces gens justifient-ils leur conduite1 quand ils comparaissent devant la justice divine8 ,leur repentir les obligerait une rparation effective et manifeste laquelle ils ne satisfont pas2 ils ne peuvent donc s'en prvaloir1 ni vis--vis de ,dieu1 ni vis--vis de nous2 et quelle hardiesse est la leur de demander pardon sans accorder rparation ni prouver de repentir8--,je tiens qu'il en est des premiers qui mlent la dvotion l'inconduite1 comme de ceux-ci qui passent leur vie dans la dbauche2 mais il est encore moins facile de les ramener de leur obstination que ces derniers4 ,les variations incessantes1 subites1 allant d'un extrme l'autre dans les croyances qu'ils feignent d'avoir1 sont pour moi incomprhensibles3 elles dnotent un tat d'me en proie une lutte constante et angoissante1 dont nous ne pouvons nous faire ide4 ,quelle prtention que de penser que toute croyance autre que la ntre est entache d'erreur4--,combien me paraissait fantastique la prtention de ceux qui1 en ces dernires annes1 reprochaient quiconque avait une intelligence tant soit peu lucide et professait la religion catholique1 que son obissance n'tait qu'une feinte de sa part1 et qui1 pour lui faire honneur1 allaient jusqu' dire que1 quelles que fussent les apparences1 il tait impossible que dans son for intrieur il ne ft comme eux pour la religion rforme6 ,fcheuse maladie que celle de se croire si fort1 qu'on en arrive se persuader que d'autres ne peuvent croire le contraire de ce que vous croyez vous-mme1 et1 ce qui est plus fcheux encore1 qu'on soit imprgn d'un esprit tel1 qu'un changement dans sa fortune prsente soit un sujet de proccupation plus grande que ce que nous avons esprer ou craindre dans l'ternit4 ,on peut m'en croire1 si rien n'a t capable1 dans ma jeunesse1 de me faire sortir de ma rserve1 la profonde incertitude et les difficults rsultant de ces ides de rforme qui venaient de natre1 y ont t pour beaucoup4 ,les psaumes de ,david ne devraient pas tre chants indiffremment par tout le monde1 ni la ,bible se trouver dans toutes les mains4--,ce n'est pas sans raison srieuse1 ce me semble1 que l'glise interdit que tout le monde1 sans distinction de personnes1 d'ge et de sexe1 s'arroge la facult tmraire et indiscrte de commenter et psalmodier ces chants sacrs et divins que le ,saint-,esprit a inspirs ,david4 ,il ne faut mler ,dieu nos actions qu'avec rserve et y apporter une attention qui tmoigne de l'honneur et du respect qu'on lui doit2 ces chants1 par leur origine divine1 ont un autre but que de dvelopper nos poumons et charmer nos oreilles2 c'est de la conscience1 et non de la bouche1 qu'ils doivent maner4 ,il n'est pas admissible qu'on permette un garon de boutique d'en causer et de s'en amuser1 en mme temps que lui passent par la tte d'autres ides vaines et frivoles2 ce n'est pas davantage raisonnable de voir le ,livre saint1 o sont dcrits les mystres sacrs de notre foi1 tre lu et passer de mains en mains dans les antichambres et les cuisines2 jadis1 c'taient des mystres mditer2 prsent1 ce ne sont plus que des prtextes amusements et distractions4 ,ce n'est pas en passant1 et dans des assembles tumultueuses1 qu'il faut tudier un sujet si srieux et si digne de vnration2 ce doit tre dans le calme et de propos dlibr1 ces mditations tre toujours prcdes du ,sursum corda 7haut les curs71 cette prface de l'office divin1 et notre attitude y tmoigner de l'attention particulire et du respect que nous y apportons4 ,cette tude n'est pas du ressort de tout le monde2 seuls doivent s'y adonner ceux qui y sont vous et que ,dieu y appelle2 les mchants1 les ignorants en deviennent pires qu'avant2 ce n'est pas une histoire raconter1 c'est une histoire rvrer1 craindre et adorer4--,plaisantes gens en vrit que ceux qui s'imaginent l'avoir mise la porte du peuple1 parce qu'ils l'ont traduite en langage populaire6 ,n'est-ce donc qu'une affaire de mots1 et cela suffit-il pour que le vulgaire comprenne ce qui y est crit4 ,je dirai plus1 pour lui en apprendre bien peu1 on imprime sa foi un mouvement rtrograde2 celui qui est compltement ignorant et qui s'en rapporte autrui1 est en bien meilleure voie et sait bien plus que celui dont la science se dpense en paroles1 n'a rien de srieux et ne fait qu'alimenter sa prsomption et sa tmrit4 ,il n'y a pas d'entreprise plus dangereuse que la traduction de la ,bible en langue vulgaire4--,je crois aussi que la libert laisse chacun de rpandre1 traduite en tant d'idiomes diffrents1 la parole sacre dont l'importance est si grande1 est chose beaucoup plus dangereuse qu'utile4 ,les juifs1 les musulmans et presque tous les peuples d'autre religion1 conservent prcieusement et avec vnration leurs mystres sacrs1 dans la langue mme en laquelle1 ds l'origine1 ils leur ont t transmis2 et il semble que c'est juste titre que toute altration1 toute modification y soient interdites4 ,sommes-nous certains que1 chez les ,basques et en ,bretagne1 il y ait des gens assez qualifis pour faire accepter la traduction en ces langues de nos ,saintes critures8 ,rien dans l'glise universelle n'est plus ardu et n'a plus d'importance2 en prchant ou en parlant les interprtations demeurent vagues1 elles ne s'imposent pas1 peuvent tre modifies et ne portent que sur des points partiels3 il n'en est pas de mme avec des traductions4 ,une grande prudence est apporter dans l'tude des questions dogmatiques4--,un historien grec1 qui tait chrtien1 reproche avec raison son sicle que les secrets de notre religion fussent divulgus partout1 livrs aux mains des moindres artisans et que chacun pt en discuter et en parler son ide4 ,nous qui1 par la grce de ,dieu1 jouissons des plus purs mystres confis notre pit1 devrions avoir grande honte1 remarquait-il1 de les voir profans dans la bouche de gens ignorants du bas peuple1 alors que les ,gentils interdisaient ,socrate1 ,platon et aux plus sages de s'enqurir et de parler de choses commises la discrtion des prtres de ,delphes4--,ce mme historien dit aussi que l'intervention des princes1 quand il est question de thologie1 est dirige non par le zle1 mais par la colre2 le zle procde de la raison divine et de la justice1 son action s'exerce rgulire et modre2 il se transforme en haine et envie1 et au lieu de bl et de raisin1 produit de l'ivraie et des orties1 quand une passion humaine intervient4--,un autre n'tait pas moins dans le vrai quand1 donnant un conseil l'empereur ,thodose1 il lui disait que les discussions ne calment pas tant les schismes de l'glise1 qu'elles ne les suscitent et engendrent les hrsies2 qu'en consquence1 il fallait viter tout dbat1 toute argumentation mthodique et s'en tenir uniquement aux prescriptions et aux formules de la foi1 telles que les anciens les ont tablies4--,l'empereur ,andronic1 rencontrant dans son palais 99 deux des grands de sa cour discutant contre ,lapodius sur un des points les plus importants de notre religion1 les tana vertement1 allant jusqu' les menacer de les faire jeter la rivire1 s'ils continuaient4--,de nos jours1 les femmes1 les enfants en remontrent sur les lois ecclsiastiques aux vieillards les plus expriments1 alors que la premire des prescriptions de ,platon allait jusqu' leur interdire de s'occuper des motifs qui avaient prsid l'tablissement des lois civiles1 qui sont considrer au mme titre que les ordonnances divines et comme en tenant lieu1 et qu'en mme temps qu'il permettait aux vieillards d'en converser entre eux et avec les magistrats1 il ajoutait3 mais ce devra toujours tre en dehors de la prsence des jeunes gens et de toute personne profane4 ,un vque a crit qu' l'autre bout du monde1 il y a une le que les anciens nommaient ,dioscoride1 remarquable par sa fertilit en arbres de toutes sortes1 ses fruits et la salubrit de son climat4 ,le peuple en est chrtien3 il a des glises et des autels dont la croix1 l'exclusion de toute autre image1 est le seul ornement2 il est exact observateur des jenes et des ftes1 paie rgulirement la dme au clerg1 et sa chastet est telle que personne ne peut y connatre plus d'une femme en sa vie4 ,au demeurant1 content de son sort1 au point qu'isol au milieu des mers1 il ne connat pas l'usage des navires2 si simple1 que1 bien que strict observateur de la religion1 il n'en connat pas un seul mot1 ce qui paratra incroyable qui ne sait que les paens1 si dvots dans leur idoltrie1 ne connaissaient de leurs dieux que le nom et la statue3 ,mnalippe1 une des anciennes tragdies d',euripide1 99 commenait ainsi3 ,o ,jupiter1 toi dont je ne connais rien que le nom6 ,on ne devrait jamais mler la thologie aux discussions philosophiques4--,j'ai aussi entendu1 en ces temps-ci1 se plaindre de ce que certains ouvrages traitent de sujets exclusivement littraires ou philosophiques1 sans mlange de thologie4 ,cette manire de faire peut1 au contraire1 parfaitement se soutenir2 et on peut dire l'appui3 ,qu'il est prfrable que la doctrine divine1 en souveraine qui domine tout1 ait un rang part4 ,l o il en est question1 il convient qu'elle soit le sujet principal et non relgue au second plan1 venant simplement l'appui de la thse qu'on dveloppe4 ,si on se trouve avoir besoin d'exemples1 on peut les emprunter la grammaire1 la rhtorique1 la logique1 ou encore aux pices joues dans les thtres1 aux jeux1 aux spectacles publics1 plutt que de recourir ceux dont les textes sacrs nous fournissent la matire4 ,il est plus respectueux1 et cela tmoigne de plus de vnration1 de traiter part et dans le style qui leur est propre1 les sujets qui se rapportent ,dieu1 qu'incidemment dans des ouvrages ayant trait des questions profanes4 crire sur les choses sacres1 dans le style dont tout le monde fait usage1 est une faute que commettent les thologiens1 plus que n'a lieu cette autre qui amne les gens de lettres trop peu emprunter le style de la thologie4 ,la philosophie1 dit ,s4 ,chrysostome1 est depuis longtemps bannie des tudes thologiques1 comme un accessoire inutile2 elle est mme considre comme indigne de jeter en passant un regard sur le sanctuaire o sont en dpt les dogmes sacrs de la doctrine cleste4 ,le langage commun tout le monde a des formes moins bien choisies1 qui font qu'il ne saurait tre employ exprimer d'une manire suffisamment digne la majest royale de la parole sacre4 ,pour moi1 je lui laisse qualifier1 selon son expression1 de termes peu orthodoxes ceux tels que3 ,fortune1 ,destine1 ,accident1 ,bonheur1 ,malheur1 ,dieux et autres dont je me sers2 il est vrai que les sujets fantaisistes que je traite1 je les considre chacun isolment et les envisage uniquement au point de vue de ce bas monde1 ma manire et non comme fixs et rgls d'ores et dj par la loi divine1 auquel cas1 ni doute1 ni discussion ne seraient plus permis2 c'est ma faon de voir que j'mets et non un article de foi que je conteste2 je raisonne suivant ce qui me vient l'esprit et non sur ce qui entre dans mes croyances religieuses2 j'en cause comme un laque et non comme un clerc1 sans jamais cependant que cela porte atteinte la religion1 tels les enfants qui produisent des devoirs servant leur instruction et non celle de ceux qui les instruisent4--,peut-tre dira-t-on1 non sans apparence de raison1 qu'il serait utile et parfaitement justifi d'interdire quiconque1 dont ce n'est pas la profession expresse1 de se mler d'crire sur la religion1 mme en y apportant une grande discrtion1 et que1 personnellement1 je ferai mieux de m'en taire4 ,le nom de ,dieu ne devrait tre invoqu que dans un sentiment de pit4--,on m'a dit que ceux qui se sont spars de l'glise dfendent1 eux aussi1 de se servir du nom de ,dieu1 dans les rapports qu'ils ont entre eux dans la vie ordinaire2 et qu'ils ne veulent pas non plus qu'on en use en manire d'interjection ou d'exclamation1 qu'on l'invoque en tmoignage ou qu'on le prenne pour terme de comparaison4 ,je trouve qu'en cela ils ont raison et que1 chaque fois que nous invoquons ,dieu dans nos propos et pour nos affaires1 il faut que ce soit srieusement et dans un motif de pit4 ,abus qu'on fait de la prire4--,il y a1 ce me semble1 dans ,xnophon1 un passage o il expose que nous devrions prier ,dieu plus rarement qu'on n'a coutume1 d'autant qu'il ne nous est pas ais de faire que notre me soit si souvent en cet tat de calme1 de puret et de dvotion qui convient en pareil cas2 o1 faute de quoi1 nos prires non seulement sont vaines et inutiles1 mais encore vicieuses3 ,pardonnez-nous1 disons-nous1 comme nous pardonnons ceux qui nous ont offenss2 qu'est-ce que cela signifie1 sinon que nous offrons ,dieu notre me exempte de vengeance et de rancune8 ,et cependant combien de fois n'invoquons-nous pas ,dieu et son aide pour l'associer nos fautes1 le conviant faire ce qui est injuste1 demandant des choses que vous ne pouvez confier aux dieux1 qu'en les prenant part 7,perse74 ,l'avare prie pour la conservation illusoire et superflue de ses trsors2 l'ambitieux1 pour que ,dieu lui procure la victoire et que la fortune lui demeure fidle2 le voleur l'appelle lui pour surmonter les mauvaises chances et les difficults qui peuvent se mettre en travers de ses mchants desseins1 ou le remercie de la facilit avec laquelle il a pu gorger un passant4 ,au pied mme de la maison que ces chenapans vont escalader ou faire sauter1 ils prient tandis que leur intention et leur esprance sont tout la cruaut1 la luxure et l'avarice3 ,dis ,staius ce que tu voudrais obtenir de ,jupiter1 ,staius s'criera3 ,oh1 ,jupiter1 bon ,jupiter1 peut-on t'adresser de telles demandes6 quant ,jupiter1 il rpondra de mme faon 7,perse74 ,marguerite1 reine de ,navarre1 conte qu'un jeune prince1 qu'elle ne nomme pas1 mais que ses hauts faits ont assez fait connatre1 allant un rendez-vous d'amour et coucher avec la femme d'un avocat de ,paris1 son chemin passant prs d'une glise1 ne manquait jamais1 quand1 allant chez sa matresse ou en revenant1 il passait prs de ce sanctuaire1 d'y faire ses prires et ses oraisons2 je vous laisse juger ce qu'il pouvait bien demander ,dieu1 avec les ides que sa bonne fortune lui mettait en tte4 ,la reine cite cependant ce fait comme un tmoignage de grande dvotion2 c'est l une preuve1 qui du reste n'est pas la seule1 qui fait ressortir que les femmes ne sont gure propres traiter les questions se rapportant la thologie4 ,que de choses on demande ,dieu qu'on n'oserait lui demander en public et haute voix4--,la vraie prire et notre rconciliation avec ,dieu telle que la comprend la religion1 ne peut gure tre le fait d'une me impure et soumise quand mme la domination du ,dmon4 ,celui qui rclame l'assistance de ,dieu1 quand il est dans la voie du vice1 fait comme le brigand de profession qui appellerait la justice son aide1 ou comme ceux invoquant le nom de ,dieu1 en portant un faux tmoignage4--,nous murmurons voix basse des prires criminelles 7,lucain74 ,peu d'hommes oseraient mettre en public les demandes qu'ils adressent en secret ,dieu3 ,il ne serait pas facile de proscrire des temples la prire faite voix basse1 peu nombreux sont ceux en tat d'exprimer leurs vux haute voix 7,perse74 ,c'est la raison pour laquelle les ,pythagoriciens voulaient que les prires fussent faites en public et entendues de tous1 afin qu'on ne demandt pas des choses indcentes et injustes1 comme celui qui disait clairement et haute voix3 ,apollon6 puis ajoutait tout bas1 remuant peine les lvres de peur d'tre entendu3 ,belle ,laverne1 donne-moi les moyens de tromper et de passer pour un homme de bien2 couvre mes fautes du voile de la nuit et mes larcins d'un nuage 7,horace74 ,les dieux punirent svrement1 en y donnant satisfaction1 les vux contraires la nature exprims par dipe4 ,il avait demand dans ses prires que le sort des armes dcidt entre ses enfants qui lui succderait sur le trne de ,thbes et fut assez malheureux pour se voir exauc4 ,il ne faut pas demander que les choses arrivent suivant ce que nous voulons1 mais suivant ce que nous commande la prudence4 ,on dirait que pour beaucoup1 la prire n'est qu'une sorte de formule cabalistique pouvant faciliter l'accomplissement de nos dsirs4--,il semble1 en vrit1 que nous usons de la prire comme d'un langage cabalistique1 comme font ceux qui emploient la parole sacre de ,dieu dans leurs oprations de sorcellerie et de magie1 et que nous nous tenions pour assurs que ses effets dpendent de sa contexture1 de l'inflexion de notre voix1 des mots employs ou de notre attitude4 ,l'me pleine de concupiscences1 n'ayant ni repentir ni dsir de rconciliation avec ,dieu1 nous allons lui1 rptant des paroles que notre mmoire dicte notre langue1 et croyons cela une expiation suffisante de nos fautes4--,rien n'est si ais1 si doux1 si conciliant que la loi divine2 elle nous appelle elle1 quelque enclin commettre des fautes et quelque dtestables que nous soyons2 elle nous tend les bras et nous reoit en son sein1 si vilains1 si souills d'ordures et de boue que nous soyons et que nous puissions le devenir1 mais encore faut-il tre reconnaissant du pardon qui nous est accord et au moins1 sur le moment o nous nous adressons elle1 tre dsols de nos fautes et dtester les passions qui nous ont ports l'offenser4 ,ni les dieux1 ni les gens de bien1 dit ,platon1 n'acceptent le prsent que leur offre un mchant4 ,la main innocente qui touche l'autel1 apaise aussi srement les dieux irrits1 avec un simple gteau de fleur de farine et quelques grains de sel1 qu'en immolant de riches victimes 7,horace74 ,,chapitre ,,lvii4 ,de l'ge4 ,qu'entend-on par dure naturelle de la vie de l'homme4--,je ne puis admettre la faon dont nous tablissons la dure de la vie4 ,je vois les sages lui assigner une limite beaucoup moindre qu'on ne le fait communment4 ,h quoi6 dit ,caton le jeune ceux qui cherchent le dtourner de se donner la mort1 l'ge o je suis arriv1 peut-on me reprocher de renoncer prmaturment la vie8 ,il n'avait que quarante-huit ans1 et estimait que c'tait l un ge dj bien mr et bien avanc1 tant donn combien peu d'hommes y atteignent4--,ceux qui parlent de je ne sais quelle dure1 qu'ils qualifient de naturelle1 qu'ils assignent la vie1 la portent quelques annes au del de cet ge4 ,leur dire serait admissible1 s'il existait un privilge qui les mt l'abri des accidents1 en si grand nombre1 auxquels chacun de nous est naturellement expos et qui peuvent interrompre cette dure qu'ils se flattent de pouvoir atteindre4 ,mais c'est de la rverie pure que de croire qu'on peut mourir de l'puisement de nos forces amen par une extrme vieillesse et dterminer d'aprs cela la dure de la vie1 attendu que ce genre de mort est le plus rare de tous1 celui qui se produit le moins4 ,c'est lui seul que nous appelons naturel1 comme s'il tait contraire la nature de voir un homme se rompre le cou dans une chute1 se noyer dans un naufrage1 tre emport par la peste ou par une pleursie1 comme si nous ne nous trouvions pas constamment1 dans la vie ordinaire1 en but ces accidents multiples4 ,ne nous leurrons pas de beaux mots2 n'appelons pas naturel ce qui n'est qu'une exception et conservons ce qualificatif pour ce qui est gnral1 commun1 universel4 ,mourir de vieillesse n'est pas un genre de mort plus naturel qu'un autre4--,mourir de vieillesse est une mort qui se produit rarement1 qui est singulire1 extraordinaire et par suite beaucoup moins naturelle que toute autre2 c'est celle qui nous attend en dernier lieu1 quand nous sommes la limite extrme de l'existence2 plus elle est loin de nous1 moins nous sommes en droit de l'esprer4 ,c'est bien effectivement la limite au del de laquelle nous n'irons pas et que la nature nous a fixe1 comme ne devant pas tre dpasse2 mais c'est une faveur bien exceptionnelle de sa part de nous faire vivre jusque-l2 c'est un privilge qu'elle ne concde gure dans l'espace de deux ou trois sicles qu' un seul d'entre nous1 le prservant des afflictions et difficults si nombreuses semes sur le parcours d'une aussi longue carrire4 ,aussi mon opinion est-elle de regarder l'ge auquel je suis arriv1 comme un ge que peu de gens atteignent4 ,puisque dans les conditions ordinaires1 l'homme ne vit pas jusque-l1 c'est que dj nous sommes au del du terme assign2 et ces limites habituelles qui donnent de fait la mesure exacte de la vie tant dpasses1 nous ne devons pas esprer aller au del2 par cela mme que nous avons chapp la mort en tant d'occasions qui ont t fatales tant de monde1 il nous faut reconnatre qu'une fortune si extraordinaire1 qui nous conserve ainsi la vie l'encontre de ce qui est la rgle commune1 ne saurait se prolonger beaucoup4 ,c'est un vice des lois d'avoir retard jusqu' vingt-cinq ans l'ge auquel il est permis de grer soi-mme ses affaires4--,c'est une erreur des lois elles-mmes1 d'avoir imagin1 bien tort1 qu'un homme n'est capable de grer ses biens qu' partir de vingt-cinq ans1 et de faire qu' peine avant cet ge il soit libre de donner sa vie telle direction qui lui convient4 ,auguste rduisit de cinq ans l'ge auquel les anciennes ordonnances romaines autorisaient l'accession aux charges de la magistrature1 que l'on put ds lors exercer trente ans4 ,servius ,tullius avait dispens du service militaire les chevaliers qui avaient dpass quarante-sept ans1 ,auguste les en libra aprs quarante-cinq2 il ne me semble pas qu'il ait admis les autres la retraite avant cinquante-cinq soixante4 ,je serais d'avis qu'on nous maintnt dans nos charges et emplois autant que cela se peut sans que l'intrt public en soit compromis2 mais je trouve1 d'autre part1 que c'est une faute de ne pas nous y admettre plus tt3 et lui qui1 dix-neuf ans1 prsidait sans contrle aux destines du monde1 trouvait ncessaire qu'il fallt tre g de trente ans pour dcider de l'emplacement d'une gouttire4 ,quant moi1 je pense qu' vingt ans nos mes ont acquis tout leur dveloppement1 sont ce qu'elles seront et laissent voir tout ce dont elles seront capables4 ,jamais me qui cet ge n'a pas donn un gage bien vident de sa force1 n'en a plus tard donn de preuve4 ,les qualits et les vertus qui sont dans notre nature ont dj1 ce moment ou jamais1 montr ce qu'elles ont de vigoureux et de beau3 ,si l'pine ne pique pas en naissant1 peine piquera-t-elle jamais1 dit-on dans le ,dauphin4 ,un bien plus grand nombre d'hommes se sont distingus par de belles actions avant leur trentime anne1 qu'aprs4--,de toutes les belles actions humaines quelles qu'elles soient1 dont j'ai connaissance1 j'estime que soit dans les sicles passs1 soit dans le sicle actuel1 le plus grand nombre s'est accompli plutt avant l'ge de trente ans qu'aprs1 souvent mme ne considrer que celles provenant du fait d'un mme homme4 ,n'est-on pas fond l'affirmer en toute certitude1 en ce qui concerne ,annibal et ,scipion son redoutable adversaire8 ,pour tous deux1 la plus belle moiti de leur vie s'est passe dans le rayonnement de la gloire acquise en leur jeunesse2 postrieurement1 compars aux autres1 ce sont toujours de grands hommes1 mais il n'en est plus de mme quand on les compare eux-mmes4--,pour moi1 je tiens pour certain que depuis cet ge1 mon esprit et mon corps ont plutt diminu qu'augment en force et en lucidit1 plutt recul que progress4 ,il est possible que chez ceux qui emploient bien leur temps1 le savoir et l'exprience croissent avec les annes2 mais la vivacit1 la promptitude1 la fermet et les autres parties intgrantes de nous-mmes1 physiques ou morales1 les plus importantes et les plus essentielles se fanent et perdent leur nergie4 ,lorsque le corps s'est affaiss sous le poids des ans1 et que les ressorts de la machine puise sont uss1 le jugement s'oblitre1 l'esprit s'obscurcit et la langue dlire 7,lucrce74 ,la vieillesse arrive promptement1 aussi ne faudrait-il donner l'apprentissage de la vie que le temps strictement ncessaire4--,tantt c'est le corps qui cde le premier la vieillesse1 parfois aussi c'est l'me4 ,j'en ai assez vu dont la tte s'est affaiblie avant l'estomac et les jambes2 chez ceux pour lesquels il en est ainsi1 le mal est d'ordinaire latent et peu manifeste pour celui qui en est frapp1 il n'en est que plus dangereux4 ,c'est ce qui surtout me fait incriminer nos lois1 non parce qu'elles nous laissent trop tard au travail1 mais parce qu'elles ne nous y admettent pas assez tt4 ,il me parat qu'tant donn l'affaiblissement dont nous pouvons tre atteints1 les nombreux cueils auxquels nous sommes tout naturellement exposs dans le cours ordinaire de l'existence1 on ne devrait pas1 au dbut de la vie1 faire une si grande part l'oisivet et l'apprentissage4 ,,fin ,,du ,,premier ,,livre4 ,,livre ,,second4 ,,chapitre ,,premier4 ,inconstance de nos actions4 ,trop de contradictions se rencontrent dans l'homme1 pour qu'on puisse les expliquer4--,ceux qui s'adonnent la critique des faits et gestes des hommes ne se trouvent sur aucun point aussi embarrasss que lorsqu'ils cherchent grouper ceux manant d'une mme personne1 pour porter sur elle une apprciation d'ensemble1 parce que d'ordinaire ses actes se contredisent de si trange faon qu'il semble impossible qu'ils proviennent d'un mme individu4 ,marius le jeune se montra tantt par son courage fils de ,mars1 tantt par son manque d'nergie fils de ,vnus4 ,le pape ,boniface ,,viii arriv1 dit-on1 au souverain pontificat en dployant l'astuce du renard1 s'y comporta en lion et mourut comme un chien4 ,qui croirait que ce fut ,nron1 la cruaut personnifie1 qui1 lorsque1 suivant l'usage1 on lui prsenta ratifier une sentence prononce contre un criminel1 s'cria3 ,plt aux dieux que jamais je n'eusse su crire6 tant il prouvait de serrement de cur condamner un homme mort8--,de tels exemples sont en toutes choses si frquents1 chacun peut en trouver tant par lui-mme1 qu'il me parat extraordinaire de voir quelquefois des gens de jugement se mettre en peine pour chercher tablir une corrlation entre les actes d'un homme1 attendu que l'irrsolution est1 ce me semble1 le dfaut de notre nature le plus commun et le plus rpandu1 tmoin ce vers si connu de ,publius le pote comique3 ,c'est une mauvaise rsolution1 que celle sur laquelle on ne peut revenir4 ,tout homme a un caractre indtermin4--,il y a apparence qu'il est possible de porter une apprciation sur un homme dont on connat les faits les plus habituels de la vie2 mais par suite de la versatilit de nos murs et de nos opinions1 je crois que les meilleurs auteurs eux-mmes ont tort de s'opinitrer donner de nous une ide ferme et invariable4 ,ils choisissent l'air qui1 d'une manire gnrale1 semble le mieux convenir leur personnage1 et cette image ils rattachent1 en les interprtant1 toutes ses actions2 s'ils ne peuvent assez les dformer pour les adapter au type qu'ils ont imagin1 ils l'attribuent ce que1 dans ce cas1 celui qu'ils tudient a dissimul son caractre4--,l'empereur ,auguste leur a chapp2 on trouve dans ses actes1 durant toute sa vie1 une diversit si flagrante1 si inattendue et presque si ininterrompue1 que les historiens les plus hardis ont d renoncer le juger dans son ensemble et se rsigner le laisser1 tel qu'il apparat1 sans dterminer son caractre4 ,rien de plus ordinaire en nous que l'inconstance1 alors que la constance en tout ce qui est bon et juste est le propre de la sagesse4--,je crois que1 chez les hommes1 la constance est la chose la plus malaise observer et que rien ne leur est plus familier que l'inconstance4 ,celui qui prendrait1 pice par pice1 ce qu'ils ont dit et fait1 qui les examinerait sparment et en dtail1 serait le plus mme de dire la vrit sur leur compte4 ,dans l'antiquit entire1 il serait difficile de trouver une douzaine d'hommes ayant1 sans dvier1 dirig leur vie selon des principes dtermins1 ce quoi tend la sagesse1 laquelle1 d'aprs ,snque1 peut se rsumer d'un mot qui1 en une seule rgle1 embrasse toutes celles de notre vie3 ,vouloir et ne pas vouloir sont toujours une seule et mme chose4 ,je pourrais ajouter1 dit-il1 sous condition que ce que nous voulons ou ne voulons pas soit juste2 je ne le fais pas1 parce que1 si ce n'tait pas juste1 notre volont elle-mme ne serait pas toujours une4 ,de fait1 j'ai autrefois appris que le vice n'est autre qu'un drglement et un manque de mesure2 par suite1 il n'est pas susceptible de constance4--,c'est ,dmosthnes qui passe pour avoir dit3 ,la vertu1 quelle qu'elle soit1 commence par se recueillir et dlibrer2 et la constance1 dans ses rsolutions finales1 tmoigne de sa perfection4 ,si1 avant de nous engager dans la voie o nous marchons1 nous avions bien rflchi1 nous aurions pris la meilleure de celles qui s'offraient nous2 mais personne n'y pense4 ,il mprise ce qu'il a demand1 il revient ce qu'il a quitt1 et1 toujours flottant1 se contredit sans cesse 7,horace74 ,c'est presque toujours l'occasion qui fait les hommes tels qu'ils nous apparaissent4--,notre faon ordinaire d'aller1 c'est de suivre l'impulsion de nos apptits qui nous portent gauche1 droite1 en haut1 en bas1 suivant que souffle le vent d'aprs les occasions4 ,nous ne rflchissons ce que nous voulons1 qu'au moment o nous le voulons1 et changeons de volont1 comme le camlon de couleur1 suivant le milieu dans lequel on le place4 ,ce qu' un moment nous avons dcid1 nous ne tardons pas le changer1 et1 bientt aprs1 revenons sur nos pas2 nous ne faisons qu'osciller et faire preuve d'inconstance3 ,nous sommes conduits1 comme l'automate1 par des fils qui nous font mouvoir 7,horace74 ,nous n'allons pas1 on nous emporte1 comme il arrive des corps flottants1 ballotts tantt doucement1 tantt violemment1 selon que les flots sont calmes ou irrits4 ,ne voyons-nous pas l'homme chercher toujours1 sans savoir ce qu'il veut et changer continuellement de place1 comme s'il pouvait ainsi se dcharger de son fardeau 7,lucrce74 ,chaque jour c'est une fantaisie nouvelle1 et nos dispositions d'esprit varient comme le temps qui se renouvelle sans cesse3 ,les penses des hommes changent chaque jour que ,jupiter leur envoie 7,cicron1 d'aprs ,homre74 ,nous flottons entre divers partis prendre2 nous ne nous dcidons sur rien par nous-mmes1 sur rien d'une faon absolue1 sur rien d'une faon immuable4--,chez qui aurait adopt des principes dfinis1 une ligne de conduite dtermine et se serait fait une loi de s'y conformer1 nous verrions1 durant sa vie entire1 tout en lui se distinguer par une rgularit1 un ordre constants1 et nous retrouverions dans tous ses actes une relation infaillible1 bien loigne en cela de cette normit que constatait ,empdocle chez les ,agrigentins qui s'abandonnaient aux plaisirs comme s'ils devaient mourir le lendemain1 et construisaient leurs demeures et leurs palais comme s'ils ne devaient jamais cesser d'tre2 la raison en serait bien facile donner4 ,chez ,caton le jeune1 tout est l'unisson1 comme lorsque sur l'une des touches d'un clavier on vient poser le doigt3 c'est une harmonie de sons en accord parfait1 qui jamais ne se dment4 ,chez nous1 au contraire1 chacune de nos actions comporte un jugement particulier1 et1 mon sens1 il serait plus sr d'en rapporter les causes aux circonstances du moment1 sans plus longue recherche et sans vouloir en dduire d'autres consquences4 ,pendant les dsordres qui ont agit notre malheureux pays1 on m'a rapport qu'une fille1 tout prs d'un endroit o je me trouvais1 s'tait prcipite par une fentre1 pour chapper aux brutalits d'un mauvais garnement de soldat qu'elle avait loger4 ,elle n'tait pas morte sur le coup et1 pour s'achever1 avait voulu se couper la gorge avec un couteau1 mais on l'en avait empche4 ,en ce triste tat1 elle confessa que le soldat n'avait fait que lui dclarer sa passion1 la presser de ses sollicitations et lui offrir des cadeaux1 mais qu'elle avait craint qu'il n'arrivt vouloir la violenter2 d'o1 des paroles1 une attitude et ce sang tmoignage de sa vertu1 comme s'il se ft agi d'une autre ,lucrce4 ,or1 j'ai su d'une manire certaine qu'avant et aprs cet vnement1 elle s'tait montre de beaucoup plus facile composition4 ,comme dit le conte3 ,tout beau et honnte que vous soyez1 si vous n'avez pas t agr par votre matresse1 n'en concluez pas1 sans plus ample inform1 une chastet toute preuve2 ce n'est pas une raison pour que le muletier n'y trouve accs son heure4 ,antigone1 qui avait pris en affection un de ses soldats pour son courage et sa vaillance1 prescrivit son mdecin de lui donner ses soins1 pour un mal interne dont il souffrait depuis longtemps4 ,ayant remarqu1 aprs sa gurison1 qu'il s'exposait beaucoup moins dans les combats1 il lui demanda ce qui l'avait ainsi chang et rendu poltron3 ,c'est vous-mme1 ,sire1 lui rpondit-il1 en me dchargeant des maux qui faisaient que je ne tenais pas la vie4 ,un soldat de ,lucullus avait t dvalis par l'ennemi2 pour se venger1 il excuta contre lui un coup de main remarquable4 ,il s'tait amplement ddommag de ses pertes1 et ,lucullus1 qui avait conu de lui une bonne opinion1 voulant l'employer une expdition hasardeuse1 s'efforait de l'y dcider1 usant cet effet de ses plus beaux moyens de persuasion1 en des termes donner du cur au plus timide 7,horace71 celui-ci lui rpondit3 ,employez-y quelque misrable soldat qui ait t dvalis3 ,tout grossier qu'il tait3 ,ira l1 dit-il1 qui aura perdu sa bourse 7,horace72 et il s'y refusa obstinment4 ,essentiellement variable1 l'homme est tantt humble1 tantt orgueilleux1 etc4--,mahomet ,,ii avait outrageusement rudoy ,chassan1 chef de ses ,janissaires1 dont la troupe avait t refoule par les ,hongrois et qui s'tait lui-mme lchement comport au combat4 ,pour toute rponse1 ,chassan1 seul1 sans rallier personne autour de lui1 se prcipite comme un furieux1 le sabre la main1 sur la premire troupe ennemie qui se prsente1 o il disparat en un clin d'il comme englouti4 ,en cela il n'a pas tant t m par le dsir de se rhabiliter1 que par un revirement de sentiments2 ce n'est pas tant l'effet d'un courage naturel1 que du dpit qu'il venait d'prouver4--,celui que vous avez vu hier si tmraire1 ne vous tonnez pas de le voir demain tout aussi poltron4 ,la colre1 la ncessit1 la compagnie ou bien le vin1 voire mme un son de trompette lui avaient mis le cur au ventre2 ce n'tait pas le raisonnement qui lui avait donn du courage1 mais les circonstances2 ne nous tonnons donc pas s'il est devenu autre1 quand les circonstances se sont elles-mmes modifies du tout au tout4 ,cette variation et cette contradiction qui se voient en nous si souples passer d'un tat un autre1 ont donn penser certains que nous avons en nous deux mes1 d'autres disent deux forces1 qui ont action simultanment sur nous chacune dans son sens1 l'une vers le bien1 l'autre vers le mal2 une me1 une force uniques ne pouvant se concilier avec une aussi brusque diversit de sentiments4 ,non seulement le vent des vnements m'agite suivant d'o il vient1 mais de plus je m'agite moi-mme et me trouble par l'instabilit de la position en laquelle je suis2 qui s'examine de prs1 ne se voit gure1 en effet1 deux fois dans le mme tat4 ,je donne mon me tantt un aspect1 tantt un autre1 suivant le ct vers lequel je me tourne4 ,si je parle de moi de diverses manires1 c'est que je me regarde de diverses faons2 toutes les contradictions s'y rencontrent1 soit sur le fond1 soit dans la forme3 honteux1 insolent2 chaste1 luxurieux2 bavard1 taciturne2 laborieux1 effmin2 ingnieux1 hbt2 chagrin1 dbonnaire2 menteur1 sincre2 savant1 ignorant2 libral et avare autant que prodigue2 tout cela1 je le constate en quelque faon chez moi1 selon qu'un changement s'opre en moi2 et quiconque s'tudie bien attentivement1 reconnat galement en lui1 et jusque dans son jugement1 cette mme volubilit de sentiments et pareille discordance4 ,je ne puis porter sur moi un jugement complet1 simple1 solide1 sans confusion ni mlange1 ni l'exprimer d'un seul mot4 ,quand je traite ce point1,distinguo est un terme auquel il me faut constamment recourir4 ,pour tre vritablement vertueux il faudrait l'tre dans toutes les circonstances de la vie4--,bien que je sois toujours d'avis qu'il faut dire du bien de ce qui est bien1 et prendre plutt en bonne part tout ce qui se prte tre envisag de la sorte1 pourtant notre organisation est si singulire que souvent le vice lui-mme nous pousse bien faire1 si une action ne devait tre juge bonne que d'aprs l'intention qui l'a inspire2 c'est pourquoi un acte de courage ne saurait nous porter conclure que celui qui l'a accompli est un homme valeureux2 celui-l seul le serait bien effectivement qui le serait toujours et en toutes occasions4--,si la vertu tait chez quelqu'un l'tat d'habitude et non un fait passager1 elle ferait qu'il montrerait toujours la mme rsolution1 quelque accident qui lui survienne2 il serait le mme1 qu'il soit seul ou en compagnie2 le mme en champ clos ou dans une mle2 car1 quoi qu'on en dise1 la vaillance n'est pas une dans la rue et autre aux camps4 ,il supporterait aussi courageusement une maladie dans son lit qu'une blessure la guerre et ne craindrait pas plus la mort dans sa demeure que dans un assaut2 nous ne verrions pas un mme homme se lanant au travers d'une brche avec une bravoure que rien n'arrte1 se tourmenter ensuite1 comme une femme1 de la perte d'un procs ou d'un fils4 ,chez celui qui est lche devant l'infamie et ferme dans la pauvret1 sensible sous le rasoir du barbier et insensible en face des pes de ses adversaires1 l'acte est louable1 lui-mme ne l'est pas4--,il est des ,grecs1 dit ,cicron1 qui ne peuvent soutenir la vue des ennemis et qui se montrent rsigns quand ils sont malades2 l'inverse se produit chez les ,cimbres et les ,celtibriens3 ,rien n'est stable1 dont le point de dpart n'est pas un principe invariable 7,cicron74 ,peu d'hommes ont de belles qualits qui ne prsentent des taches4--,il n'est point de vaillance plus grande en son genre que celle d',alexandre le ,grand1 et cependant chez lui-mme elle ne se reproduit pas en tout2 elle ne s'applique qu' un ordre de choses dtermin1 encore n'y atteint-elle pas toujours sa plnitude2 et1 bien qu'incomparable1 elle prsente cependant encore des taches4 ,c'est ce qui fait que nous le voyons si perdument troubl aux plus lgers soupons qu'il a de complots que son entourage peut tramer contre sa vie1 et que1 dans ses recherches pour les djouer1 il se montre d'une si violente injustice dpassant toute mesure et tmoigne d'une crainte tout fait en dehors du jugement dont il fait preuve d'ordinaire4 ,la superstition laquelle il tait si fortement enclin1 ressemble bien aussi de la pusillanimit1 et l'excs de pnitence qu'il s'impose aprs le meurtre de ,clitus1 est galement un signe de l'ingalit de son courage4--,nous sommes un compos de pices rapportes1 et voulons qu'on nous honore quand nous ne le mritons pas4--,la vertu ne veut tre pratique que pour elle-mme2 si1 dans un autre but1 on lui emprunte parfois son masque1 elle nous l'arrache aussitt du visage4 ,quand notre me en est pntre1 elle forme comme un vernis vif et adhrent1 qui fait corps avec elle1 et1 si on veut l'en arracher1 elle emporte le morceau4--,voil pourquoi1 pour juger d'un homme1 il faut suivre longuement sa trace1 fouiller sa vie1 et1 si la constance n'apparat pas comme le principe fondamental de ses actes1 dans la route qu'il s'est choisie 7,cicron71 si son allure1 ou plutt sa voie1 car il est licite d'acclrer ou de ralentir l'allure1 s'est modifie suivant les circonstances diverses dans lesquelles il s'est trouv1 abandonnons-le2 comme la girouette1 il va tournant comme vient le vent1 suivant la devise de notre ,talbot4 ,notre inconstance dans la vie vient de ce que nous n'avons pas de rgle de conduite bien dfinie4--,ce n'est pas merveille1 dit ,snque1 que le hasard puisse tant sur nous1 puisque c'est par lui que nous existons4 ,celui qui n'a pas orient sa vie1 d'une faon gnrale1 vers un but dtermin1 ne peut1 dans ses diverses actions1 en agir pour le mieux2 n'ayant jamais eu de ligne de conduite1 il ne saurait coordonner1 rattacher les uns aux autres les actes de son existence4 ,a quoi bon faire provision de couleurs1 qui ne sait ce qu'il est appel peindre8 ,personne ne dtermine d'un bout l'autre la voie que1 dans sa vie1 il projette de suivre2 nous ne nous dcidons que par tronon1 au fur et mesure que nous avanons4 ,l'archer doit d'abord savoir le but qu'il doit viser1 puis il y prpare sa main1 son arc1 sa corde1 sa flche et ses mouvements2 nos rsolutions nous se fourvoient1 parce qu'il leur manque une orientation et un but4 ,le vent n'est jamais favorable pour qui n'a pas son port d'arrive dtermin l'avance4--,je ne partage pas l'avis exprim par ce jugement qui1 sur le vu d'une de ses tragdies1 dclare ,sophocle1 contre le dire de son fils1 capable de diriger ses affaires domestiques4--,je ne trouve pas davantage bien logique la dduction admise par les ,pariens envoys pour rformer le gouvernement des ,milsiens3 aprs avoir visit l'le1 relev les terres les mieux cultives1 les exploitations agricoles les mieux tenues et pris les noms de leurs propritaires1 dans une assemble de tous les citoyens tenue la ville1 ils mirent la tte de l'tat et investirent de toutes les charges de la magistrature ces mmes propritaires1 estimant que le soin qu'ils apportaient leurs affaires personnelles tait garant de celui avec lequel ils greraient les affaires publiques4 ,la difficult de porter un jugement sur quelqu'un en connaissance de cause devrait retenir beaucoup de gens qui s'en mlent4--,nous sommes tous forms de pices et de morceaux1 assembls d'une faon si informe et si diverse1 que chaque pice joue tous moments2 d'o1 autant de diffrence de nous nous-mmes que de nous autrui3 ,soyez persuads qu'il nous est bien difficile d'tre toujours le mme 7,snque74--,puisque l'ambition peut amener l'homme tre vaillant1 temprant1 libral et mme juste2 puisque l'avarice peut donner du courage un garon de boutique1 lev l'ombre et dans l'oisivet2 le mettre assez en confiance pour qu'il s'aventure au loin du foyer domestique1 dans un frle bateau1 la merci des vagues et de ,neptune en courroux1 qu'elle va jusqu' enseigner la discrtion et la prudence2 que ,vnus elle-mme arme de rsolution et de hardiesse le jeune homme encore soumis l'autorit et aux corrections paternelles1 et fait oser la pucelle au cur tendre1 encore sous l'gide de sa mre3 ,sous les auspices de ,vnus1 la jeune fille passe furtivement travers ses gardiens endormis1 et seule1 dans les tnbres1 va rejoindre son amant 7,tibulle72 ce n'est pas le fait d'un esprit rflchi1 de nous juger simplement sur nos actes extrieurs2 il faut sonder nos consciences et voir quels mobiles nous avons obi4 ,c'est l une tche leve autant que difficile1 et c'est pourquoi je voudrais voir moins de gens s'en mler4 ,,chapitre ,,ii4 ,de l'ivrognerie4 ,tous les vices ne sont pas de mme gravit2 il y a des degrs entre eux4--,le monde n'est que varit et dissemblance2 les vices ont tous un point commun1 et ce point c'est que tous sont vices4 ,les stociens ajoutent3 ,quoique tous les vices soient des vices1 ils prsentent des degrs2 on ne peut admettre en effet que celui qui en a franchi de cent pas la limite3 ,dont on ne peut s'carter en aucun sens1 sans s'garer hors du droit chemin 7,horace71 ne soit pas plus coupable que celui qui ne l'a dpasse que de dix2 que le sacrilge ne soit pas pire que le vol d'un chou dans notre jardin3 ,on ne prouvera jamais par de bonnes raisons1 que le vol de choux dans un jardin soit un aussi grand crime que de se rendre de nuit coupable d'un sacrilge 7,horace74 ,il y a dans le vice autant de diversit qu'en toute autre chose4 ,ne pas tenir compte de l'chelle de gravit des pchs1 les confondre1 est chose dangereuse2 les meurtriers1 les tratres1 les tyrans y trouvent trop d'avantages2 il n'est pas admissible que de ce qu'un autre est paresseux1 enclin la luxure ou manque la dvotion1 leur conscience eux s'en trouve soulage4 ,chacun est port aggraver le pch de son prochain et attnuer le sien4 ,souvent ceux mmes chargs de nous instruire1 les classifient mal mon sens4 ,socrate disait que le principal rle de la sagesse est d'enseigner ce qui est bien et ce qui est mal1 et d'en faire saisir la diffrence2 nous1 chez qui ce qu'il y a de meilleur est encore vice1 nous devrions de mme avoir un enseignement qui nous fasse exactement saisir la diffrence des vices entre eux2 faute de quoi1 par manque de prcision1 les gens vertueux et les mchants se confondent et restent inconnus4 ,l'ivrognerie est on vice grossier1 qui n'exige ni adresse1 ni talent1 ni courage4--,l'ivrognerie1 entre tous1 est un vice grossier1 qui rapproche l'homme de la brute4 ,l'esprit a une certaine part dans les autres vices2 il y en a qui ont1 pourrait-on dire1 je ne sais quoi de gnreux2 d'autres auxquels participent le savoir-faire1 l'activit1 la vaillance1 la prudence1 l'adresse1 la finesse2 l'ivrognerie1 elle1 est bestiale et ne fait qu'avilir4 ,aussi1 la nation qui1 de nos jours1 est la moins police1 est-elle celle o ce vice est le plus pratiqu4 ,les autres vices altrent notre bon sens2 celui-ci l'anantit et occasionne au corps un trouble gnral3 ,quand l'action du vin l'emporte1 les membres s'alourdissent1 les jambes vacillent1 la langue s'embarrasse1 l'esprit s'gare1 les yeux s'obscurcissent2 puis1 ce sont des cris1 des hoquets1 des injures 7,lucrce74 ,dans l'ivresse on n'est plus matre de ses secrets1 quoique cet gard il y ait eu des exceptions2 on va jusqu' perdre tout sentiment de ce qui vous survient4--,le pire de tous les tats pour l'homme1 est celui o il n'a plus connaissance de lui-mme et ne se gouverne plus4 ,entre autres choses1 ne dit-on pas que le vin1 qui amne celui qui en a trop pris taler ses plus intimes secrets1 est comme le mot1 dont le bouillonnement1 lorsqu'il est en fermentation dans la cuve1 fait remonter la surface tout ce qui tait au fond4 ,o ,bacchus6 c'est ton vin joyeux qui arrache au sage ses plus secrtes penses 7,horace74--,josphe raconte qu'en le faisant boire l'excs1 il amena certain ambassadeur que les ennemis lui avaient dpch1 lui faire confidence de tout ce qui l'intressait4--,par contre ,auguste1 qui avait initi ,lucius ,pison1 celui qui avait conquis la ,thrace1 ses affaires les plus intimes1 n'eut jamais lieu de s'en repentir2 non plus que ,tibre1 de ,cossus auquel il contait tout ce qu'il projetait2 et nous savons de source certaine que ,pison et ,cossus taient tellement ports trop boire1 qu'il fallut souvent les ramener l'un et l'autre du ,snat1 parce qu'ils taient ivres3 ,les veines enfles1 comme de coutume1 du vin qu'ils avaient bu la veille 7,virgile74--,quand se forma le complot qui aboutit la mort de ,csar1 ,cimber qui en reut confidence1 communication laquelle il rpondit plaisamment3 ,comment supporterais-je un tyran1 moi qui ne puis supporter le vin1 quoiqu'il s'enivrt souvent en conserva le secret aussi fidlement que ,cossius qui ne buvait que de l'eau4--,nous voyons les ,allemands qui servent dans nos troupes1 alors qu'ils sont gorgs de vin1 conserver souvenir du quartier o ils sont logs1 du mot d'ordre et de leur place dans le rang3 ,et il n'est pas facile de les vaincre1 tout ivres1 tout bgayants1 tout titubants qu'ils sont 7,juvnal74 ,je n'aurais jamais cru l'ivresse profonde au point de faire perdre tout sentiment comme si dj nous n'tions plus1 si je n'eusse lu dans l'histoire qu',attale ayant convi souper1 dans l'intention de le mettre en tel tat qu'il se laisst aller commettre quelque norme indignit1 ce ,pausanias1 qui plus tard1 propos de ce fait mme1 tua ,philippe de ,macdoine1 ce roi si remarquable par ses belles qualits tmoignant de l'ducation qu'il avait reue dans la famille d',epaminondas et en sa socit4 ,attale dans ce repas le fit tant boire1 que ,pausanias en arriva peu peu livrer les charmes de son corps1 comme une prostitue qui se donne n'importe o1 tous les muletiers et autres valets de bas tage de sa maison4--,dans ce mme ordre d'ides1 vient encore cet autre fait que je tiens d'une dame que j'honore et apprcie beaucoup3 ,prs de ,bordeaux1 du ct de ,castres o est sa proprit1 une villageoise1 veuve1 d'une chastet qui ne faisait pas doute1 sentant en elle les premiers signes d'une grossesse1 disait ses voisines qu'elle se croirait enceinte si elle tait marie4 ,ces symptmes1 croissant de jour en jour1 finirent par devenir vidents2 et elle en vint faire dclarer au prne de son glise qu' celui qui1 l'avouant1 se reconnatrait l'avoir mise en cet tat1 elle s'engageait pardonner1 et qu'elle l'pouserait s'il y consentait4 ,un jeune homme d'entre ses valets de ferme1 enhardi par cette proclamation1 dclara qu'un jour de fte1 o elle avait trop bu1 la voyant si profondment endormie prs de son foyer et dans une position si indcente1 il avait pu en user sans la rveiller4 ,ils se sont maris1 et vivent encore4 ,les anciens ont peu dcri ce vice de l'ivrognerie2 il est en fait de ceux qui portent le moins dommage la socit4--,il est certain que1 dans l'antiquit1 ce vice n'tait pas fort dcri2 quelques philosophes en parlent dans leurs ouvrages avec beaucoup d'indulgence1 et parmi les stociens eux-mmes1 il en est qui vont jusqu' conseiller de se donner quelquefois la libert de boire autant que l'envie en prend et de s'enivrer pour dtendre l'esprit3 ,on dit mme que dans cet assaut de vigueur1 le grand ,socrate remporta quelquefois la palme 7,pseudo ,gallus74--,on a reproch de beaucoup boire ,caton1 ce censeur qui reprenait si fort les autres3 ,on raconte aussi de ,caton l'ancien1 qu'il rchauffait sa vertu dans le vin 7,horace74--,cyrus1 ce prince dont la renomme est si grande1 cite parmi les mrites qui1 son avis1 le mettent au-dessus de son frre ,artaxerxs1 qu'il sait beaucoup mieux que lui supporter la boisson4--,dans les nations les mieux administres et les plus polices1 il tait d'usage courant de s'exercer tenir tte quiconque le verre en main4--,j'ai ou dire ,silvius1 un excellent mdecin de ,paris1 que pour conserver notre estomac tout son ressort1 il est bon de l'veiller et de le stimuler une fois par mois par des excs de cette nature1 pour viter qu'il ne s'engourdisse4--,il est crit que1 chez les ,perses1 c'tait aprs boire que se traitaient les affaires les plus importantes4 ,par got et par temprament1 je dteste ce vice1 encore plus que par raison2 outre que je conserve son sujet l'ide que je m'en suis faite d'aprs la lecture des auteurs anciens1 je le trouve honteux et stupide1 et cependant moins mauvais et moins prjudiciable que les autres qui1 presque tous1 font directement plus de tort la socit4 ,si1 comme on le prtend1 nous ne pouvons nous procurer du plaisir sans qu'il en cote1 ce vice est encore celui contre lequel notre conscience proteste le moins1 sans compter qu'il ne demande pas grand apprt et qu'il est ais de s'y livrer1 considration qui n'est pas ddaigner4 ,un homme d'ge et d'un certain rang me disait compter cette satisfaction au nombre des trois principales de la vie dont il pouvait encore jouir2 et1 de fait1 o en trouver de prfrable celles que la nature elle-mme nous procure8 mais il s'y prenait mal1 car la dlicatesse n'est pas de mise en pareille occurrence et il est superflu d'y employer des vins choisis4 ,si donc vous aimez dguster ce que vous buvez1 vous prouvez en la circonstance le dsagrment de boire dans des conditions tout autres4 ,il faut avoir le got plus mouss et plus indpendant pour tre bon buveur1 il faut un palais moins raffin4 ,les ,allemands boivent presque tous les vins avec le mme plaisir2 ils ne songent qu' avaler et non dguster2 ils s'en tirent meilleur compte1 le plaisir qu'ils en prouvent est bien plus copieux et plus porte4 ,les anciens donnaient beaucoup de temps aux plaisirs de la table1 nous nous adonnons davantage au libertinage4--,boire1 comme font les ,franais1 seulement aux repas et modrment1 c'est user avec trop de restriction des faveurs de ,bacchus4 ,il faut consacrer un tel exercice plus de temps et de constance2 les anciens y passaient des nuits entires et souvent les jours2 il faut lui faire dans la vie ordinaire une part plus grande et s'y donner d'une manire plus suivie4 ,j'ai connu un grand seigneur de mon temps1 auquel de hautes missions ont t confies et dont les succs sont rputs1 qui rgulirement aux repas de chaque jour1 sans en tre gn1 ne buvait gure moins de dix litres de vin1 et qui1 au sortir de l1 n'en tait que plus clairvoyant et avis en affaires1 ce que nous fmes mme de constater nos dpens4 ,il faut donner davantage ce plaisir si nous voulons qu'il entre en ligne de compte dans notre vie1 le rpter plus souvent1 faire comme les garons de boutique et les ouvriers1 qui ne refusent jamais une occasion de boire et en ont toujours le dsir en tte4--,on dirait que le plaisir de la table va s'amoindrissant1 chaque jour1 de plus en plus chez nous2 il me semble que1 dans mon enfance1 les djeuners1 les goters1 les collations taient plus frquents et plus dans les habitudes qu' prsent4 ,serait-ce que1 sur ce point1 par exception nous nous amendons8 ,certes non1 mais peut-tre sommes-nous beaucoup plus enclins que nos pres au libertinage1 et le vin et les femmes sont deux choses qui1 portes l'excs1 se nuisent l'une l'autre2 le libertinage dbilite l'estomac et1 d'autre part1 la sobrit nous rend plus galants1 plus dispos pour nous livrer aux jeux d'amour4 ,portrait et caractre du pre de ,montaigne2 ce qu'il pensait de la chastet des femmes4--,c'est merveille ce que j'ai entendu raconter mon pre de la chastet de son sicle4 ,il pouvait en parler1 ayant par sa nature et son ducation tout ce qu'il fallait pour tre fort pris des dames4 ,il causait peu et bien1 et entremlait sa conversation de rminiscences des plus beaux passages des livres les plus rpandus1 principalement de livres espagnols1 et1 parmi ceux-ci1 leur ,marc-,aurle tait celui qui lui tait le plus familier4 ,il tait d'une gravit douce1 discret1 trs modeste1 d'une politesse exquise1 et1 pied comme cheval1 toujours trs bien mis1 y apportant un soin tout particulier4 ,il tait1 un degr inou1 esclave de sa parole1 et d'une conscience telle 99 en fait de religion1 qu'il inclinait plutt du ct de la superstition que du ct oppos4 ,de petite taille1 bien proportionn1 il se tenait trs droit et tait trs vigoureux2 agrable de visage1 son teint tirait sur le brun2 il tait adroit et excellait tous les exercices auxquels s'adonnent les gens de qualit4 ,pour se fortifier les bras1 il faisait de l'escrime1 lanait des pierres et maniait des barres de fer2 j'ai encore vu des cannes plombes qui1 disait-on1 lui avaient servi pour s'entretenir dans ces exercices1 et aussi des souliers semelles de plomb dont il usait pour s'entraner la course et aux sauts4 ,a cet gard1 il a laiss le souvenir de tours de force tonnants2 je l'ai vu1 soixante ans passs1 raillant notre agilit1 sauter sur un cheval avec ses vtements doubls de fourrure1 faire le tour de la table sur les mains2 quand il se rendait sa chambre1 il montait rarement l'escalier autrement que par trois ou quatre marches la fois4 ,pour ce qui est de la bonne opinion qu'il avait des femmes1 il disait qu' peine dans une province entire y avait-il une femme de qualit qui et mauvaise rputation1 et il contait des traits de galanterie tonnants1 parmi lesquels il y en avait o il s'tait trouv en compagnie de femmes honntes qui n'en avaient t nullement compromises4 ,lui-mme1 il l'affirmait par serment1 tait encore vierge quand il s'est mari1 bien que ce ft aprs avoir longtemps pris part aux guerres par del les ,alpes1 guerres sur lesquelles il a laiss1 crit de sa main1 un journal o il relate point par point tout ce qui s'y est pass prsentant de l'intrt tant d'une faon gnrale1 qu'en ce qui le touche personnellement2 et cependant il tait dj g1 avait trente-trois ans quand1 en #aebh1 revenant d',italie1 il se maria en cours de route4--,revenons maintenant nos bouteilles4 ,boire est peu prs le dernier des plaisirs qui demeurent la vieillesse2 d'o vient l'usage de boire dans de grands verres la fin des repas4--,les incommodits de la vieillesse1 qui font que nous avons besoin de redonner du ton nos organes et de les rafrachir1 auraient pu1 avec raison1 veiller en moi le dsir de me retremper par la boisson qui1 de tous nos plaisirs1 est peu prs le dernier dont nous privent les annes2 ce qui s'explique1 au dire des bons vivants1 parce que notre chaleur naturelle qui1 ainsi que c'est le cas dans l'enfance1 se ressent d'abord aux pieds1 d'o elle gagne la partie moyenne du corps1 o elle demeure longtemps1 nous procurant les seuls plaisirs vritables1 selon moi1 de notre vie animale1 auprs desquels les autres sont peu de chose2 puis1 continuant progresser comme la vapeur qui va montant et s'exhalant1 elle arrive finalement au gosier o elle stationne en dernier lieu4 ,je ne parviens cependant pas comprendre comment on trouve encore de la satisfaction boire quand on n'a plus soif et se crer1 par l'imagination1 un apptit artificiel qui est contre nature2 mon estomac ne s'y prterait pas1 assez empch qu'il est dj de venir bout de ce qu'il prend dans la limite de ses besoins4 ,ma constitution ne me donne l'envie de boire que comme consquence de ce que j'ai mang1 aussi le coup par lequel je termine est-il 99 presque toujours le plus copieux4 ,dans la vieillesse notre palais est engorg par les rhumes ou corrompu par quelque autre vice de notre organisme2 le vin alors nous semble meilleur au fur et mesure qu'il a dgag et lav nos pores2 c'est du moins l'effet que j'en prouve et rarement j'en distingue le got quand je commence boire4--,anacharsis s'tonnait de voir les ,grecs boire la fin de leurs repas dans de plus grands verres qu'au commencement2 c'tait1 je pense1 par la mme cause qui fait que les ,allemands en agissent ainsi1 c'est le moment o ils commencent se faire raison les uns aux autres en buvant qui mieux mieux4 ,platon interdisait le vin aux adolescents1 il le permettait avec quelques restrictions aux hommes faits2 son usage est nuisible aux vieillards4--,platon dfend aux enfants de boire du vin avant dix-huit ans et de s'enivrer avant quarante2 ceux qui ont dpass cet ge1 il pardonne d'y trouver leur plaisir et de faire1 dans leurs repas1 une plus large part l'influence de ,bacchus1 cette bonne divinit qui rend la gat l'homme1 et au vieillard la jeunesse2 qui adoucit les passions de l'me1 leur enlve leur acuit1 comme le fer est amolli sous l'action du feu4 ,dans ses ,lois1 il admet que se runir pour boire a de l'utilit1 pourvu que ces runions soient prsides par quelqu'un qui s'applique les rgler et les contenir dans des bornes raisonnables2 l'ivresse tant1 dit-il1 une preuve bonne et certaine qui fait bien ressortir la nature de chacun et qui aussi est minemment propre rendre aux personnes ges le courage de participer aux dlassements que procurent les danses et la musique1 dlassements qui sont utiles et auxquels ils n'oseraient se mler1 s'ils n'taient un peu surexcits4 ,platon reconnat galement au vin la vertu de temprer les agitations de l'me et d'entretenir la sant du corps2 toutefois1 il approuve les restrictions ci-aprs1 en partie empruntes des ,carthaginois3 ,qu'on doit s'en abstenir quand1 en guerre1 on est en expdition2 que juges et magistrats doivent en agir de mme1 lorsqu'ils sont sur le point de remplir quelque devoir de leur charge et traiter des affaires publiques2 et aussi qu'il ne faut pas s'y abandonner de jour1 temps qui doit tre employ d'autres occupations1 non plus que les nuits o l'on projette de s'unir la femme en vue d'en avoir des enfants4--,on dit que le philosophe ,stilpon1 accabl des maux de la vieillesse1 hta volontairement sa fin1 en buvant du vin pur4 ,en agissant de mme1 mais sans propos dlibr1 le philosophe ,arcsilas perdit le peu qui lui restait de ses forces dj affaiblies par son grand ge4 ,le vin peut-il triompher de la sagesse8 ,pour rpondre1 il suffit de rflchir la faiblesse humaine4--,c'est une plaisante question qui date de longtemps1 que de savoir si l'me du sage est mme de rsister la force du vin1 au cas o le vin s'attaquerait au sage 7,horace74--,la vanit nous incite par trop avoir bonne opinion de nous4 ,l'me la mieux pondre1 la plus parfaite1 a dj bien faire de se tenir debout et de se prserver d'tre jete terre par sa propre faiblesse2 sur mille1 il n'en est pas une qui1 un seul instant de sa vie1 soit stable et d'aplomb2 en juger par sa nature mme1 on peut douter que cela puisse tre2 et si c'tait et que ce ft d'une faon constante1 ce serait le plus haut degr de la perfection4 ,mais pour cela1 il faudrait qu'aucun choc susceptible de l'branler ne survnt1 ce que mille accidents peuvent amener3 ,lucrce1 ce grand pote1 a beau philosopher et s'observer1 un philtre amoureux le rend fou2 croit-on que ,socrate n'et pu1 tout comme un portefaix1 tre terrass par une attaque d'apoplexie8 ,les uns1 la suite de maladie1 ont oubli jusqu' leur nom1 d'autres ont perdu la raison par le fait de blessures insignifiantes4--,si sage qu'on le suppose1 le sage n'est en dfinitive qu'un homme2 et qu'y a-t-il de plus caduc1 de plus misrable1 qui tienne plus du nant que l'homme8 ,la sagesse ne l'emporte pas sur les conditions que la nature nous a imposes3 ,sous le coup de la terreur1 le corps plit et se couvre de sueur1 la langue s'embarrasse1 la voix s'teint1 la vue se trouble1 les oreilles tintent1 toute la machine se relche et s'effondre 7,lucrce74 ,pas plus qu'un autre1 le sage ne peut empcher qu'instinctivement ses yeux ne cillent quand un coup la menace1 n'est exempt1 s'il se trouve sur le bord d'un prcipice1 de ce mme frmissement qui s'emparerait d'un enfant2 la nature a voulu se rserver ces lgres marques d'autorit1 dont ne sauraient triompher ni notre raison ni la vertu des stociens1 pour lui rappeler qu'il est mortel et combien il est peu de chose3 la peur le fait plir1 la honte le fait rougir1 la colique lui arrache des gmissements1 peut-tre pas sur un ton aigu et dsespr1 mais tout au moins d'une voix brise et teinte4 ,il ne saurait s'imaginer tre l'abri d'aucun accident humain 7,trence74 ,les potes qui accommodent tout leur fantaisie1 n'osent seulement pas affranchir leurs hros de verser des larmes3 ,ainsi parlait ,ene en pleurant1 tandis que sa flotte voguait pleines voiles 7,virgile74 ,que le sage se contente donc de contenir et de modrer ses penchants1 les anantir n'est pas en son pouvoir4--,plutarque lui-mme1 ce juge si perspicace et si parfait des hommes1 en voyant ,brutus et ,torquatus faire mettre leurs enfants mort1 a des doutes et se demande si la vertu peut s'lever jusque-l1 ou si tous deux n'ont pas cd plutt aux obsessions de quelque autre passion4 ,toutes les actions humaines qui sortent de l'ordinaire prtent tre prises en mauvaise part1 d'autant que nous n'admettons pas davantage ce qui est au-dessus de ce que nous approuvons1 que ce qui est au-dessous4 ,les faits d'impassibilit que nous relevons chez les philosophes et les martyrs sont le rsultat d'une surexcitation due un enthousiasme frntique4--,sans chercher nos exemples dans cette secte qui fait expressment profession de fiert2 quand1 dans celle-l mme1 considre comme la moins svre1 nous entendons ,mtrodore se vanter ainsi3 ,je t'ai mate1 ,fortune1 je t'ai rduite l'impuissance2 j'ai ferm toutes les avenues par lesquelles tu pouvais arriver jusqu' moi 7,cicron72--quand ,anaxarque1 par l'ordre de ,nicocron tyran de ,chypre1 couch dans une auge de pierre et assomm coups de maillet en fer1 rpte sans cesse3 ,frappez1 brisez1 ce n'est pas ,anaxarque que vous pilez ainsi1 ce n'est que son enveloppe2--quand nous voyons nos martyrs crier du milieu des flammes au tyran qui ordonne leur supplice3 ,ce ct est suffisamment rti1 hache-le1 mange-le1 il est cuit point1 passe l'autre maintenant2--quand ,josphe nous cite cet enfant qui1 le corps tout dchir par les tenailles mordantes1 transperc par les alnes d',antiochus1 le dfie encore1 lui criant d'une voix ferme et assure3 ,tyran1 tu perds ton temps2 je suis toujours l'aise2 o donc est cette douleur1 o sont ces tourments dont tu me menaais8 ,est-ce tout ce que tu sais faire8 ,ma constance te cause plus de peine que je ne ressens l'effet de ta cruaut4 ,o lche imbcile6 tu te lasses et moi je suis de plus en plus fort4 ,fais donc que je me plaigne1 que je flchisse1 que je me rende1 si cela est en ton pouvoir6 ,ranime le courage de tes satellites et de tes bourreaux2 le cur leur manque1 ils n'en peuvent plus6 donne-leur de nouveaux instruments de torture et qu'ils redoublent d'acharnement6--quand on voit de pareils faits1 on est certes amen reconnatre que ces mes ont quelque chose de drang et sont en proie une sorte de frnsie qui1 si sainte qu'elle soit1 n'en est pas moins de la frnsie4 ,cette surexcitation apparat galement sous l'effet d'ides fixes qui peuvent lever parfois l'me au-dessus d'elle-mme4--,quand nous en arrivons ces saillies de l'cole stocienne3 ,je prfre tre furieux plutt que voluptueux1 ce qui est un mot d',antisthnes2--,j'aime mieux l'treinte de la douleur que celle de la volupt1 dit par ,sextius2--quand picure semble se dlecter souffrir de la goutte et que1 se refusant le repos et la sant1 de gat de cur1 il dfie les maux qui peuvent l'atteindre2 que mprisant les douleurs qui peuvent se supporter1 ddaignant d'entrer en lutte avec elles et de les combattre1 il en souhaite et en appelle de plus fortes1 de plus poignantes1 qui soient dignes de lui3 ,ne faisant pas cas de ces animaux timides1 il voudrait qu'un sanglier cumant vnt s'offrir lui1 ou qu'un lion la crinire fauve descende de la montagne 7,virgile72 qui ne juge que ce ne sont l que des boutades d'un courage jet hors de lui par sa propre surexcitation8 ,notre me1 dans son tat normal1 ne saurait atteindre pareille hauteur2 il faut qu'elle sorte de cet tat1 s'lve et que1 prenant le mors aux dents1 elle emporte et ravisse son homme si haut que1 revenu soi1 lui-mme soit tonn de ce qu'il a fait4 ,c'est ce qui arrive la guerre o la chaleur du combat pousse parfois de valeureux soldats de si audacieuses aventures que1 revenus eux1 ils en sont tout les premiers transis d'tonnement4 ,un fait analogue se rencontre chez les potes qui1 transports d'admiration pour leurs propres ouvrages1 ne comprennent pas comment ils ont pu produire de pareilles beauts2 c'est ce qu'on appelle1 chez eux1 verve et ardeur potiques4 ,un homme aux ides srieuses frappera toujours en vain aux portes de la posie1 dit ,platon2 de son ct1 ,aristote prtend que si parfaite que soit l'me1 elle n'est pas exempte d'un grain de folie2 et il appelle juste titre folie ces envoles1 si louables soient-elles1 qui dpassent notre jugement et notre raison4 ,la sagesse1 elle1 n'est autre qu'une direction rgulire1 imprime notre me dont elle s'est faite caution et qu'elle conduit avec mesure1 en tenant compte de toutes les circonstances ambiantes4 ,on trouve dans ,platon la pense suivante3 ,le don de prophtie excde nos facults2 s'il nous arrive de prophtiser1 c'est que nous ne sommes plus en possession de nous-mmes2 c'est que le sommeil1 la maladie1 paralysent notre entendement ou qu'une inspiration cleste l'a dplac4 ,,chapitre ,,iii4 ,a propos d'une coutume de l'le de ,ca4 ,on dit que philosopher1 c'est douter2 plus forte raison est-ce tre dans le doute que d'mettre1 comme je le fais1 des ides niaises et fantasques2 mais c'est affaire aux apprentis de s'enqurir et de discuter et au matre de dcider4 ,mon matre moi1 c'est l'autorit manant de la volont divine1 laquelle fait loi1 nous rgit sans conteste et plane au-dessus de toutes les vaines discussions des hommes4 ,il y a des accidents pires que la mort2 qui ne la craint pas1 brave toutes les tyrannies et toutes les injustices4--,philippe tant entr avec son arme dans le ,ploponse1 quelqu'un dit ,damindas que les ,lacdmoniens auraient fort souffrir s'ils ne demandaient grce3 ,eh1 poltron6 lui rpondit celui-ci1 que peuvent avoir souffrir ceux qui ne craignent pas la mort8--,on demandait ,agis comment un homme pouvait faire pour vivre libre3 ,en mprisant la mort1 dit-il4--,ces propos et mille autres semblables que l'on trouve ce sujet1 impliquent videmment autre chose que d'attendre patiemment la mort1 quand elle nous arrive2 car il y a dans la vie nombre d'accidents qui font souffrir bien plus que la mort4 ,c'est ce que tmoigne cet enfant de ,lacdmone fait prisonnier par ,antigone et vendu comme esclave qui1 press par son matre de faire un travail abject1 lui dit3 ,tu vas voir qui tu as achet2 ce serait une honte pour moi de servir1 ayant la libert si ma porte1 et1 ce disant1 il se prcipitait du haut de la maison4--,antipater menaait durement les ,lacdmoniens pour les contraindre satisfaire une de ses demandes3 ,si tu nous menaces1 lui rpondirent-ils de pis que la mort1 nous accepterons plus volontiers de mourir4--,a ,philippe qui leur avait crit qu'il ferait chouer tout ce qu'ils entreprendraient1 ils rpondaient3 ,quoi6 nous empcheras-tu aussi de mourir8 ,c'est un bienfait de la nature1 d'avoir mis constamment la mort notre porte2 arguments en faveur du suicide4--,c'est ce qu'on veut dire1 quand on dit que le sage vit autant qu'il le doit mais non autant qu'il le pourrait1 et que le don le plus favorable que nous ait fait la nature et qui nous te tout droit de nous plaindre de notre sort1 c'est de nous avoir laiss la clef des champs2 elle n'a cr qu'un moyen d'entrer dans la vie et cent mille d'en sortir4 ,nous pouvons manquer de terre pour y vivre2 pour y mourir1 elle ne fait point faute1 ainsi que le dit ,boiocalus dans sa rponse aux ,romains4 ,pourquoi te plaindre de ce monde8 ,il ne te convient pas1 tu y vis dans la peine8 ,ta lchet seule en est cause4 ,pour mourir1 il suffit de le vouloir3 ,la mort est partout1 nous le devons la faveur divine2 on peut arracher la vie l'homme1 mais non lui arracher la mort2 mille chemins ouverts y conduisent 7,snque74 ,et ce n'est pas l une recette applicable seulement une maladie2 la mort est un remde tous les maux1 c'est un port qui offre toute scurit2 jamais redouter1 il est souvent rechercher4 ,tout revient ceci3 que l'homme dcide de sa fin ou qu'il la subisse1 qu'il coure au-devant ou qu'il l'attende1 d'o qu'elle vienne1 c'est toujours lui qui est en cause2 en quelque point que le fil se rompe1 il est hors de service2 c'est l'extrmit de la fuse qui clate1 ds que le feu l'atteint4--,la mort que l'on se donne volontairement est la plus belle de toutes4 ,notre vie dpend de la volont d'autrui1 la mort ne dpend que de la ntre4 ,en aucune chose plus qu'en celle-ci1 nous sommes libres d'en agir suivant notre temprament4 ,notre rputation n'a rien y voir et c'est folie d'y avoir gard4 ,vivre1 c'est tre esclave1 si la libert de mourir n'est pas admise4--,d'ordinaire1 la gurison ne s'obtient qu'au dtriment de la vie2 on nous fait des incisions1 on nous cautrise1 on nous ampute1 on nous svre de nourriture1 on nous soutire du sang2 un pas de plus1 et nous voil guris tout jamais4 ,pourquoi ne serions-nous pas libres de nous couper la gorge1 comme nous le sommes de nous faire une saigne au bras8 aux maladies les plus graves conviennent les remdes les plus nergiques4--,le grammairien ,servius1 souffrant de la goutte1 ne trouva rien de mieux que d'employer un poison qui amena la paralysie des jambes2 pourvu qu'elles devinssent insensibles1 peu lui importait de devenir impotent4 ,dieu fait assez pour nous quand il nous donne possibilit d'en agir comme bon nous semble1 lorsque nous estimons que vivre nous est pire que mourir4--,c'est tre faible que de cder au mal1 mais c'est folie que de l'entretenir4--,les stociens estiment que1 pour le sage1 c'est vivre conformment aux lois de la nature que de mettre fin ses jours1 alors mme qu'il est compltement heureux1 si le moment est opportun2 pour le fou1 de continuer vivre1 si misrable que soit son existence1 pourvu qu'il ait sa large part des choses que l'on dit tre dans l'ordre naturel4--,de mme que je ne viole pas les lois faites contre les voleurs quand j'emporte mon bien et coupe 99 moi-mme ma bourse1 non plus que celles contre les incendiaires quand je brle mon bois1 je ne contreviens pas davantage celles faites contre le meurtre quand je m'te la vie4--,hgsias disait que de mme que les conditions de notre vie sont dpendantes de nous1 nous devons aussi disposer des conditions de notre mort4--,diogne rencontrant se faisant porter en litire le philosophe ,speusippe depuis longtemps afflig d'hydropisie1 celui-ci lui cria3 ,je te souhaite le bonjour1 ,diogne6 ,a quoi ce dernier rpliqua3 ,moi1 je ne te souhaite rien1 toi qui supportes de vivre dans l'tat o tu es4 ,quelque temps aprs1 las de l'existence dans de si pnibles conditions1 ,speusippe se donnait la mort4 ,objections contre le suicide4--,mais cela1 que d'objections6 ,certains estiment que nous ne pouvons abandonner ce monde o nous tenons garnison1 sans le commandement exprs de celui qui nous y a placs2 que c'est ,dieu qui nous a envoys ici-bas1 non pour notre seul agrment mais pour sa gloire et le service d'autrui1 qu'il appartient de nous donner cong quand il lui plaira et non nous de le prendre2 que nous ne sommes pas ns seulement pour nous mais aussi pour notre pays4--,les lois1 dans leur propre intrt1 nous demandent compte de nous-mmes et peuvent nous poursuivre comme homicide1 et1 d'autre part1 dans l'autre monde1 nous sommes punis pour avoir dsert notre poste3 ,plus loin1 se tiennent1 accabls de tristesse1 ceux qui1 n'ayant se punir d'aucun crime1 se sont donn la mort en haine de la lumire1 rejetant le fardeau de la vie 7,virgile74 ,c'est une lchet de fuir l'adversit4--,il y a bien plus de courage attendre que tombent d'eux-mmes1 par suite de leur usure1 les fers qui nous enchanent qu' les rompre1 et ,rgulus fit preuve de plus de fermet que ,caton4 ,c'est le manque de discrtion et l'impatience qui nous font hter le moment fatal4 ,la vertu vraiment digne de ce nom ne cde devant aucun accident quel qu'il soit2 les maux et la douleur sont en quelque sorte ses aliments et elle les recherche2 les menaces des tyrans1 les tourments1 les bourreaux l'animent et la vivifient3 ,tel le chne1 dans les noires forts de l',algide2 lagu par la hache1 malgr ses pertes et ses meurtrissures1 il recouvre une nouvelle vigueur sous le fer qui le frappe 7,horace74 ,on peut encore dire avec ces auteurs3 ,la vertu1 mon pre1 ne consiste pas1 comme tu le penses1 craindre la vie1 mais ne jamais la fuir et faire face l'adversit 7,snque72--,dans le malheur il est facile de mpriser la mort et il y a bien plus de courage savoir tre malheureux 7,martial74 ,c'est le rle de la peur et non celui de la vertu1 d'aller se tapir dans une fosse1 sous une tombe massive1 pour se soustraire aux coups de la fortune2 la vertu1 elle1 ne modifie ni sa route1 ni son allure1 quelque orage qu'il fasse3 ,que l'univers bris s'effondre1 ses ruines l'craseront sans qu'il en soit effray 7,horace74 ,le plus ordinairement1 c'est pour fuir d'autres inconvnients que nous en arrivons celui-ci2 quelquefois mme1 c'est pour chapper la mort que nous y courons3 ,dites-moi1 je vous prie1 mourir de peur de mourir1 n'est-ce pas folie 7,martial78 ainsi font ceux qui par peur d'un prcipice1 s'y jettent de leur propre mouvement3 ,la crainte du pril fait souvent qu'on s'y prcipite4 ,l'homme courageux est celui qui brave le danger s'il le faut1 et l'vite s'il le peut 7,lucain74--,la crainte de la mort va jusqu' inspirer aux hommes un tel dgot de la vie1 qu'ils en arrivent porter sur eux-mmes des mains criminelles1 oublieux qu'ils sont de cette vrit1 que cette crainte de la mort est l'unique source de leurs peines 7,lucrce74 ,c'est aller contre les lois de la nature1 que de ne pas supporter l'existence telle qu'elle nous l'a faite4--,dans ses lois1 ,platon ordonne qu'une spulture ignominieuse soit rserve qui aura priv de la vie son parent le plus proche et son meilleur ami1 autrement dit soi-mme1 et aura interrompu le cours de ses destines alors qu'il ne s'y trouvait pas contraint par le sentiment public1 par quelque triste et invitable accident de la fortune1 une honte insupportable1 et n'a eu pour mobile que la lchet et la faiblesse d'une me craintive4--,ddaigner la vie est un sentiment ridicule1 car enfin la vie1 c'est notre tre1 notre tout4 ,s'il y a des choses dont l'tre soit plus noble et plus riche1 elles peuvent dprcier le ntre2 mais que nous nous mprisions et que nous n'ayons aucun souci de nous-mmes1 c'est contre nature2 se har et se ddaigner constituent une maladie d'une genre particulier qui ne se retrouve chez aucune autre crature4--,c'est encore de la vanit que de souhaiter tre autre que nous sommes2 un tel dsir ne mne rien1 il se contredit lui-mme et porte en lui ce qui fait obstacle sa ralisation4 ,celui qui souhaite d'homme devenir ange1 ne travaille pas pour lui-mme2 son souhait se raliserait-il1 il ne s'en trouverait pas mieux1 puisque n'tant plus1 il ne pourrait pas lui-mme se rjouir de sa transformation et en prouver les effets3 ,on n'a rien craindre d'un mal venir1 si on ne doit plus exister quand ce mal arrivera 7,lucrce74 ,la scurit1 l'indolence1 l'impassibilit1 l'exemption des maux de cette vie1 que nous achetons en nous donnant la mort1 ne nous deviennent d'aucune commodit2 c'est pour rien qu'vite la guerre celui qui ne peut jouir de la paix1 pour rien que fuit la peine celui qui ne peut savourer le repos4 ,pour ceux qui admettent comme licite de se donner la mort1 dans quel cas est-on fond user de cette facult8--,chez ceux qui pensent qu'il est licite de se donner la mort1 il est un point qui fait grand doute3 quand les circonstances sont-elles suffisamment justifies pour qu'un homme soit fond se tuer1 faire ce qu'ils appellent une sortie raisonnable8 ,bien qu'ils admettent que souvent des causes lgres peuvent motiver une semblable dtermination puisque1 dans la vie1 tout ce qui nous arrive est de peu d'importance1 encore faut-il y apporter quelque mesure4 ,il y a des dispositions d'esprit1 absolument dnues de sens et de raison1 qui ont pouss non pas seulement des hommes isols1 mais des peuples se dtruire4 ,j'en ai prcdemment cit des exemples1 en voici un autre3 ,par suite d'une entente tenant de la folie furieuse1 les jeunes filles de ,milet se pendaient les unes aprs les autres2 cela ne prit fin que lorsque le magistrat1 intervenant1 eut ordonn que celles qui seraient ainsi trouves pendues seraient1 toutes nues1 tranes par la ville1 avec cette mme corde qui leur aurait servi se pendre4 ,tant que demeure un reste d'esprance on ne doit pas disposer de sa vie4--,threycion pressait ,clomne de se tuer1 en raison du mauvais tat dans lequel se trouvaient ses affaires1 et1 puisqu'il avait fui une mort honorable qu'il et pu trouver dans le combat qu'il venait de perdre1 d'en accepter une autre qui1 pour l'tre moins1 priverait cependant le vainqueur de la satisfaction de lui faire souffrir ou une mort ou une vie honteuses4 ,clomne1 avec un courage tout lacdmonien et vraiment stoque1 carta ce conseil1 le tenant pour lche et effmin3 ,c'est1 dit-il1 une ressource qui ne peut jamais faire dfaut et laquelle il ne faut avoir recours tant qu'il reste encore la moindre parcelle d'esprance2 vivre1 c'est quelquefois faire preuve de fermet et de vaillance2 je veux que ma mort elle-mme soit utile mon pays et soit un acte qui tmoigne de mon courage et me fasse honneur4 ,threycion1 consquent avec lui-mme1 se tua2 ,clomne en fit autant par la suite1 mais seulement aprs avoir1 jusqu' la fin1 essay de matriser la fortune4 ,les revirements de la fortune sont tels qu'il n'y a jamais lieu de dsesprer4--,tous les inconvnients de la vie ne valent pas qu'on se donne la mort pour les viter2 et puis1 les choses humaines sont sujettes de tels revirements1 qu'il est difficile d'apprcier le moment o nous sommes fonds renoncer toute esprance3 tendu sur l'arne1 le gladiateur vaincu espre encore la vie1 alors que dj la foule menaante fait le geste qui ordonne sa mort 7,pentadius74 ,l'homme1 dit un aphorisme de l'antiquit1 est en droit de tout esprer1 tant qu'il vit4 ,oui1 rpond ,snque1 mais pourquoi se dire que la fortune a tout pouvoir sur ce qui est vivant plutt que la fortune est impuissante sur qui sait mourir8--,nous voyons ,josphe1 menac d'un danger si apparent et si proche1 tout un peuple tant soulev contre lui1 que raisonnablement il ne pouvait s'en tirer1 persister tenir bon contre toute esprance1 si bien que dj un de ses amis1 dit-il1 lui avait donn le conseil de se tuer4 ,bien lui en prit de ne pas avoir dsespr2 la fortune1 contre toute prvision humaine1 lui fit esquiver l'accident qui le menaait et dont il se trouva dlivr sans en prouver de dommage4--,cassius et ,brutus n'achevrent-ils pas de perdre les derniers restes de la libert romaine1 dont ils taient les soutiens1 par la prcipitation et la tmrit qu'ils apportrent se tuer1 avant le moment o les circonstances pouvaient le ncessiter4--,a la bataille de ,crisoles1 ,m4 d',enghien tenta deux fois de se percer la gorge de son pe1 dans son dsespoir de voir le combat si mal tourner l o il se trouvait et1 par cette prcipitation1 faillit se priver de jouir d'une si belle victoire4--,j'ai vu cent livres chapper1 alors qu'ils taient sous la dent des lvriers3 ,il en est qui ont survcu leurs bourreaux 7,snque74--,le temps1 les vnements divers peuvent amener des changements heureux3 souvent1 dans ses jeux1 la fortune capricieuse revient ceux qu'elle a tromps et les relve avec clat 7,virgile74 ,cependant des maladies incurables1 d'irrmdiables infortunes peuvent autoriser une mort volontaire4--,pline dit qu'il n'y a que trois sortes de maladie pour lesquelles on soit en droit de se tuer pour y chapper et il cite comme la plus douloureuse de toutes la pierre1 quand elle obstrue la vessie et occasionne des rtentions d'urine4 ,snque n'admet que celles qui compromettent pour longtemps les fonctions de l'me4 ,d'autres sont d'avis que pour viter une mort plus douloureuse1 on peut se la donner sa convenance4--,damocrite1 chef des toliens1 emmen en captivit ,rome1 trouva une nuit moyen de s'chapper2 poursuivi par ceux qui avaient charge de le garder et sur le point de tomber entre leurs mains1 il se passa son pe travers le corps4--,antinos et ,thodotus1 citoyens d'pire1 voyant leur ville rduite la dernire extrmit par les ,romains1 donnrent au peuple le conseil de se tuer tous2 celui de se rendre l'ayant emport1 ils se rsolurent la mort1 et1 la cherchant1 se rurent sur l'ennemi1 s'efforant uniquement de frapper sans se proccuper de se garantir4--,lorsque1 il y a quelques annes1 l'le de ,goze tomba au pouvoir des ,turcs1 un ,sicilien qui s'y trouvait et avait deux belles filles en tat d'tre maries1 les tua de ses propres mains et1 aprs elles1 leur mre accourue comme il leur donnait la mort4 ,cela fait1 il sortit dans la rue avec une arbalte et une arquebuse2 et1 comme les ,turcs approchaient de sa maison1 il dchargea sur eux ses deux armes1 tuant les deux premiers2 puis1 l'pe la main1 il se prcipita sur les autres2 immdiatement envelopp1 il fut mis en pices1 et par l il chappa l'esclavage1 aprs en avoir affranchi les siens4--,les femmes juives1 fuyant la cruaut d',antiochus1 allaient1 aprs avoir fait circoncire leurs enfants1 se jeter avec eux dans un prcipice4--,on m'a cont qu'un homme de qualit se trouvant en prison sous le coup de poursuites criminelles1 ses parents1 avertis qu'il serait certainement condamn mort1 pour viter la honte du supplice1 donnrent commission un prtre de lui dire qu'il tait pour lui un moyen souverain d'obtenir sa dlivrance2 qu' cet effet1 il se recommandt tel saint lui faisant tel et tel vu1 et demeurt huit jours sans prendre la moindre nourriture1 quelque dfaillance et faiblesse qu'il en ressentt4 ,il le crut1 et de la sorte1 sans y penser1 se dlivra de la vie et du danger qui le menaait4--,scribonia donna le conseil son neveu ,libo de se tuer plutt que d'attendre l'intervention de la justice1 faisant valoir que c'tait faire prcisment les affaires d'autrui1 que de conserver sa vie pour la remettre entre les mains de gens qui1 trois ou quatre jours aprs1 viendraient la chercher2 que c'tait aller au-devant des dsirs de ses ennemis1 que de garder son sang pour qu'ils puissent s'en repatre loisir4 ,on lit dans la ,bible que ,nicanor1 perscutant les fidles observateurs de la loi de ,dieu1 envoya ses gardes pour se saisir de ,rasias1 vieillard de haute vertu1 honor de tous et pour cela surnomm le ,pre des ,juifs4 ,se voyant perdu1 sa porte brle1 ses ennemis prts s'emparer de lui1 cet homme de bien se frappa de son pe1 prfrant mourir noblement plutt que de tomber entre les mains des mchants et d'avoir subir des traitements indignes de son rang4 ,mais1 dans sa hte1 le coup ayant mal port1 il courut se jeter du haut en bas d'un mur1 se laissant choir sur la troupe assaillante2 celle-ci s'cartant pour lui faire place1 il tomba directement sur la tte4 ,conservant1 malgr sa chute1 quelques restes de vie1 il fait effort sur lui-mme1 se relve et1 tout ensanglant et meurtri1 forant le cercle de ceux qui l'entourent1 il cherche atteindre le bord d'un rocher taill pic1 pour s'en prcipiter2 mais1 n'en pouvant plus1 oblig de s'arrter1 il tire deux mains ses entrailles par l'une de ses plaies1 les dchire1 les froisse et les jette la tte de ceux qui le poursuivent1 prenant le ciel tmoin de la justice de sa cause et appelant sur eux la vengeance divine4 ,elle est glorieuse chez les femmes qui n'ont d'autre moyen de conserver leur honneur ou auxquelles il a t ravi par violence1 ce dont beaucoup toutefois finissent par prendre leur parti4--,parmi les violences faites la conscience1 les plus viter1 mon avis1 sont celles qui portent atteinte la chastet des femmes2 d'autant que1 du fait mme de la nature1 notre conduite en pareil cas tant insparable du sentiment de plaisir qu'elle veille en nos sens1 le dissentiment qui l'inspire cesse d'tre notre unique mobile1 et il semble que toujours1 aux exigences que nous mettons en avant contre elles1 s'associent quelque peu nos apptits sensuels4 ,l'histoire ecclsiastique conserve avec respect la mmoire de certaines femmes pieuses qui eurent recours la mort pour se dfendre des outrages dont taient menaces leur religion et leur conscience4 ,parmi elles1 ,pelagia et ,sophronia qui1 toutes deux sont canonises3 la premire se prcipita dans la rivire avec sa mre et ses surs pour chapper aux violences de quelques soldats1 la seconde se tua galement pour viter celles de l'empereur ,maxence4 ,ce sera peut-tre notre honneur dans les sicles futurs1 qu'un savant auteur de notre poque1 de ,paris s'il vous plat1 ait pris la peine de persuader aux dames de nos jours de s'arrter1 le cas chant1 un autre parti que celui-ci de si horribles consquences1 que jusqu'ici leur a inspir le dsespoir4 ,je regrette que cet auteur n'ait pas connu1 pour en appuyer sa propagande1 le bon mot qui m'a t cont ,toulouse1 d'une femme qui tait passe par les mains de plusieurs soldats3 ,dieu soit lou1 disait-elle1 qu'au moins une fois en ma vie1 je m'en sois sole sans pch4--,se tuer pour semblable aventure est1 en vrit1 une cruaut qui n'est pas digne de la douceur des murs franaises2 aussi1 ,dieu merci1 voyons-nous1 depuis que l'avis leur en a t si charitablement donn1 de telles coutumes se perdre presque compltement1 et aujourd'hui il suffit ces dames de dire ,nenni1 la manire que leur suggre ce bon ,marot4 ,les raisons les plus diverses ont t cause de semblables rsolutions4--,l'histoire est pleine de gens qui1 de mille faons1 ont chang contre la mort une vie qui leur tait charge3--,lucius ,aruntius se tua pour1 dit-on1 fuir le pass autant que l'avenir4--,granius ,silvanus et ,statius ,proximus1 auxquels ,nron avait pardonn1 se turent pour ne pas devoir la vie un si mchant homme et n'tre pas exposs un second pardon1 en raison de la facilit avec laquelle ce caractre souponneux accueillait les accusations contre les gens de bien4--,sargapizes1 fils de la reine ,thomyris1 fait prisonnier de guerre par ,cyrus1 employa se dtruire la premire faveur que lui fit son vainqueur en le faisant dtacher1 ne voulant de sa libert que la possibilit de se punir de la honte de s'tre laiss prendre4--,bogez1 gouverneur d',enione pour le roi ,xerxs1 assig par les ,athniens sous les ordres de ,cimon1 refusa toute proposition de se retirer en toute sret en ,asie1 lui et tout ce qui lui appartenait1 ne pouvant se rsigner survivre la perte de ce dont son matre lui avait donn la garde4 ,aprs avoir pouss la dfense de la ville jusqu' la dernire extrmit1 n'ayant plus de vivres1 il fit d'abord jeter dans la rivire de ,strymon l'or et tout ce dont l'ennemi et pu s'emparer utilement1 puis allumer un grand bcher dans lequel ses femmes1 ses enfants1 ses concubines et ses serviteurs1 qu'il avait fait pralablement gorger1 furent jets et o il se prcipita ensuite lui-mme4 ,mort remarquable d'un seigneur indien4--,ninachetuen1 seigneur indien1 ayant eu vent que le vice-roi portugais1 sans motif apparent1 prmditait de le dpossder de la charge qu'il occupait ,malaga pour la donner au roi de ,campar1 prit la rsolution suivante3 ,il fit dresser une estrade plus longue que large1 soutenue par des colonnes1 la fit tapisser magnifiquement et orner de fleurs et de parfums en abondance2 puis1 vtu d'une robe de drap d'or1 rehausse de quantit de pierreries de haut prix1 il sortit de son palais et1 par un escalier1 monta sur l'estrade l'une des extrmits de laquelle tait un bcher form de bois aromatiques auquel le feu avait t mis4 ,la foule accourut pour voir dans quel but avaient eu lieu ces prparatifs inusits4 ,ninachetuen exposa alors d'une voix assure1 ne cachant pas son mcontentement1 quelles obligations la nation portugaise avait envers lui2 combien il s'tait fidlement acquitt de sa charge2 qu'aprs avoir si souvent tmoign pour d'autres1 les armes la main1 que l'honneur lui tait beaucoup plus cher que la vie1 il n'y manquerait certainement pas pour lui-mme1 et que la fortune lui refusant tout moyen de s'opposer l'injure qu'on voulait lui faire1 son courage lui imposait le devoir de n'en tre pas tmoin1 de ne pas tre la rise du peuple1 et de ne pas servir au triomphe de personnes valant moins que lui4 ,ce disant1 il se jeta dans les flammes4 ,femmes se donnant la mort pour encourager leurs maris faire de mme4--,sextilia1 femme de ,scaurus1 et ,paxa1 femme de ,labo1 sacrifirent volontairement leur vie pour encourager leurs maris se soustraire par la mort aux dangers pressants qui les menaaient et qui ne les intressaient elles-mmes qu'en raison de leur affection conjugale1 voulant en cette ncessit extrme leur donner l'exemple et demeurer en leur compagnie4--,ce que ces deux femmes firent pour leurs maris1 ,cocceius ,nerva le fit pour sa patrie1 laquelle cet acte1 tout en procdant d'un amour pareil1 n'eut pas la mme utilit3 ce grand jurisconsulte qui avait sant1 richesse1 rputation1 crdit auprs de l'empereur1 se tua uniquement par compassion pour l'tat misrable en lequel tait tomb le gouvernement de l',empire romain4--,y a-t-il rien de plus touchant que la mort de la femme de ,fulvius1 qui tait de l'intimit d',auguste4 ,ce dernier s'tant aperu que ,fulvius avait divulgu un secret important qu'il lui avait confi1 lui fit fort mauvais accueil1 quand un matin il vint le voir4 ,fulvius rentra chez lui dsespr et piteusement dclara sa femme que1 devant un pareil malheur1 il tait rsolu se tuer4 ,celle-ci lui rpondit sans dtours3 ,tu feras bien1 puisque ayant assez souvent prouv combien peu je sais me taire1 tu n'y as pas pris garde2 mais laisse1 que je me tue la premire4 ,et1 sans en dire plus long1 elle se plongea une pe dans le corps4 ,mort de ,vibius ,virius et de vingt-sept autres snateurs de ,capoue4--,lors du sige de ,capoue par les ,romains1 ,vibius ,virius1 dsesprant du salut de sa ville et aussi de la misricorde de l'ennemi1 aprs avoir1 dans la dernire runion que tint le ,snat1 longuement discut ce qui restait faire1 conclut que le plus beau parti prendre tait de se mettre soi-mme hors des atteintes de la mauvaise fortune1 que les ennemis ne les en honoreraient que davantage et qu',annibal sentirait mieux quels amis fidles il avait abandonns4 ,il convia alors ceux qui approuvaient sa motion venir prendre part un festin somptueux qu'il avait fait prparer chez lui et o1 aprs avoir fait bonne chair1 ils boiraient de compagnie un breuvage qu'on leur prsenterait1 qui dlivrerait leurs corps de leurs tourments1 leurs mes de leurs afflictions1 leurs yeux et leurs oreilles du sentiment de tous les vilains maux que les vaincus ont souffrir de vainqueurs cruels et profondment offenss3 ,j'ai pourvu1 ajoutait-il1 ce qu'aussitt aprs que nous aurons rendu le dernier soupir1 nous soyons placs1 par les soins de personnes dsignes cet effet1 sur un bcher dress devant ma porte4 ,beaucoup approuvrent cette rsolution digne d'un grand cur1 mais peu s'y rsolurent4 ,vingt-sept snateurs seulement se joignirent lui et1 aprs avoir cherch dans le vin l'oubli de ce qui devait s'ensuivre1 terminrent en buvant avec lui le fatal breuvage2 puis1 s'embrassant les uns les autres1 aprs avoir dplor une dernire fois le malheur de leur pays1 les uns se retirrent chez eux1 les autres demeurrent pour1 avec ,vibius1 tre rduits en cendres4 ,chez tous1 la mort fut lente venir1 les vapeurs du vin les ayant chauffs et ralentissant l'effet du poison1 si bien que quelques-uns coururent risque1 une heure prs1 de voir les ennemis entrer dans ,capoue qui fut prise le lendemain1 et d'prouver les misres auxquelles ils avaient tout sacrifi pour y chapper4 ,inhumanit de ,fulvius consul romain4--,en cette mme circonstance1 ,taura ,jubellius1 autre citoyen de cette mme ville1 interpella courageusement le consul ,fulvius comme celui-ci revenait de cette honteuse boucherie que fut le massacre qu'il ordonna de deux cent vingt-cinq snateurs4 ,l'appelant par son nom et l'arrtant3 ,commande1 lui dit-il1 qu'on m'gorge aussi aprs tant d'autres et tu pourras te vanter d'avoir tu quelqu'un de beaucoup plus vaillant que toi4 ,fulvius1 ddaignant ses propos comme le fait d'un fou1 d'autant qu'il venait de recevoir de ,rome des lettres lui reprochant son inhumanit et l'empchant de se livrer de nouveaux actes de cruaut1 ,jubellius continua3 ,puisque mon pays a succomb1 que mes amis sont morts1 que j'ai tu de ma main ma femme et mes enfants pour les soustraire aux calamits qu'entrane notre ruine et que je ne puis mourir de la mort de mes concitoyens1 que le courage me vienne en aide pour quitter cette vie odieuse4 ,et tirant un glaive qu'il tenait cach1 il se l'enfona dans la poitrine et tomba mourant aux pieds du consul4 ,indiens qui se brlent tous dans leur ville assige par ,alexandre4--,alexandre assigeait une ville des ,indes4 ,vivement presss1 les assigs se rsolurent le priver1 par un acte de vigueur1 du plaisir de la victoire4 ,malgr l'humanit dont il usait envers les vaincus1 ils incendient leur ville1 livrant au feu leurs biens et leurs personnes2 et voil qu'un nouveau combat s'engage3 les assigeants s'efforant de sauver les assigs qui1 pour n'tre pas sauvs et assurer leur mort1 font tout ce que d'ordinaire on fait pour garantir sa vie4 ,fin hroque des habitants d',astapa4--,la ville d',astapa1 en ,espagne1 n'ayant que des murs et des moyens de dfense insuffisants pour rsister aux ,romains1 les habitants mirent en tas leurs richesses et leurs meubles sur la place publique1 placrent dessus les femmes et les enfants et empilrent tout autour des bois et autres matires propres s'enflammer aisment1 et1 laissant dans la ville cinquante jeunes gens d'entre eux chargs d'excuter le dessein qu'ils avaient conu1 ils font contre l'ennemi une sortie o1 suivant le serment qu'ils en avaient fait1 ne pouvant vaincre1 ils se firent tous tuer4 ,pendant ce temps1 les cinquante jeunes gens laisss cet effet procdaient au massacre de tout tre vivant trouv isolment en ville2 puis1 mettant le feu ce qui avait t entass sur la place1 ils se jetrent aussi dans le brasier4 ,leur libert touchait sa fin1 ils n'en furent pas affects grce cet acte gnreux qui leur pargnait la douleur et la honte de la perdre1 et par lequel ils montraient leurs ennemis que si la fortune ne leur et t contraire1 ils taient1 par leur courage1 tout aussi bien mme de remporter la victoire qu'ils l'taient de leur en enlever le bnfice et de la rendre horrible et mme mortelle1 car bon nombre d'entre eux1 attirs par l'appt de l'or en fusion qui apparaissait au milieu des flammes1 s'en approchrent trop et furent suffoqus et brls1 dans l'impossibilit o ils se trouvaient de reculer1 presss qu'ils taient par la foule qui venait derrire eux4 ,fin analogue des habitants d',abydos2 de semblables rsolutions sont plus facilement dcides par les foules que par des individus4--,les habitants d',abydos1 presss par ,philippe1 s'taient arrts cette mme rsolution2 mais ils s'y dcidrent trop tard4 ,le roi1 auquel il rpugnait de voir un tel carnage dcid et excut si prcipitamment1 aprs avoir fait main basse sur les trsors et autres objets mobiliers que les ,abydens voulaient brler ou jeter la mer1 retirant ses soldats1 leur accorda trois jours pour qu'ils pussent mettre excution1 avec plus d'ordre et plus commodment1 le projet qu'ils avaient form de se tuer2 durant ces trois jours1 le sang coula et il se produisit des scnes de meurtre dpassant tout ce que l'ennemi le plus cruel et pu commettre2 personne1 mme de disposer de soi-mme1 ne survct4 ,l'histoire rapporte un nombre infini de dterminations semblables1 prises par des populations entires2 elles frappent d'autant plus l'imagination1 qu'elles s'appliquent tous sans exception2 et pourtant1 elles sont moins difficiles prendre par des foules qu'isolment par des individus1 parce que le raisonnement que chacun ne ferait pas s'il tait seul1 il l'accepte si tout le monde en est1 la fivre qui vous agite quand on est runi tant le jugement chacun en particulier4 ,privilge accord1 du temps de ,tibre1 aux condamns mort qui se la donnaient eux-mmes4--,au temps de ,tibre1 les condamns qui attendaient de recevoir la mort de la main du bourreau1 perdaient leurs biens et taient privs de spulture2 ceux qui devanaient ce moment en se tuant eux-mmes1 taient inhums et avaient possibilit de disposer de leurs biens par testament4 ,on se donne aussi parfois la mort dans l'espoir des flicits d'une vie future4--,on souhaite quelquefois la mort1 parce qu'on espre mieux en l'autre monde4 ,saint ,paul dit3 ,je dsire mourir pour tre avec ,jesus-,christ2 et dans un autre passage3 ,qui rompra les liens qui me retiennent ici-bas8--,clombrotus d',ambracie1 ayant lu le ,phdon de ,platon1 fut pris d'un si vif dsir de la vie future que1 sans autre motif1 il alla se prcipiter dans la mer4--,nous voyons par l combien tort nous attribuons au dsespoir certaines morts volontaires vers lesquelles nous porte souvent une esprance ardente et qui1 souvent aussi1 sont l'effet de dterminations prises avec calme et mrement rflchies4 ,jacques du ,chtel1 vque de ,soissons1 qui avait suivi saint ,louis dans une de ses expditions outre-mer1 voyant que le retour en ,france du roi et de toute l'arme tait chose dcide1 alors que les intrts religieux qui l'avaient fait entreprendre n'avaient pas reu complte satisfaction1 prit la rsolution de hter son entre dans le ,paradis4 ,il dit adieu ses amis1 et1 tout seul1 la vue de tous1 se porta contre l'ennemi et y trouva la mort4--,dans un royaume de ce continent rcemment dcouvert1 en certains jours de processions solennelles1 l'idole qui y est adore1 est promene en public sur un char de proportion considrable4 ,au cours de ces processions1 nombre de gens se coupent des lambeaux de chair vive pour les offrir l'objet de leur culte1 tandis que d'autres1 se prosternant sur son parcours1 se font craser et broyer sous les roues de son char pour acqurir par l une rputation de saintet qui les fasse vnrer aprs leur mort4 ,celle de notre vque les armes la main1 compare ces sacrifices1 a plus de grandeur1 mais le sentiment religieux y prdomine moins1 tant masqu en partie chez lui par son ardeur pour le combat4 ,plusieurs coutumes et institutions politiques ont autoris le suicide4--,il y a des gouvernements qui sont intervenus pour statuer sur les cas o une mort volontaire est justifie et opportune4 ,dans notre pays mme1 ,marseille1 on conservait jadis1 aux frais du trsor public1 du poison 7de la cigu7 constamment tenu prt pour ceux qui voudraient hter leur fin4 ,il fallait qu'au pralable le conseil des six-cents1 qui reprsentait leur snat1 en et approuv les raisons2 il n'tait pas permis de se tuer sans en avoir obtenu l'autorisation du magistrat1 et seulement pour des motifs lgitimes4--,cette mme loi existait encore ailleurs4 ,mort courageuse1 dans ces conditions1 d'une femme de haut rang de l'le de ,ca1 qui s'empoisonne en public4--,sextus ,pompe1 se rendant en ,asie1 passait par l'le de ,ca de ,ngrepont4 ,pendant qu'il y tait1 nous apprend un de ceux qui l'accompagnaient1 le hasard fit qu'une femme de haut rang1 qui avait prvenu ses concitoyens qu'elle tait rsolue d'en finir avec la vie et leur en avait expliqu les motifs1 pria ,pompe d'assister sa mort1 pour lui faire honneur4 ,il y consentit1 et1 aprs avoir longuement et en vain essay de la dtourner de ce dessein1 mettant cet effet en jeu toutes les ressources de l'loquence dont il tait si merveilleusement dou1 il souffrit qu'elle agt suivant ce qu'elle souhaitait4 ,elle tait ge de quatre-vingt-dix ans passs et jouissait de toutes ses facults intellectuelles et physiques4 tendue sur son lit magnifiquement par pour la circonstance1 appuye sur un coude1 elle lui dit3 ,o ,sextus ,pompe1 que les dieux1 ceux que je laisse sur cette terre plutt que ceux que je vais trouver dans l'autre monde1 te sachent gr de n'avoir pas ddaign d'avoir t mon conseiller pendant ma vie et tmoin de ma mort6 ,pour moi1 j'ai toujours t favorise de la fortune2 mais1 de peur que ma vie se prolongeant1 elle ne me devienne contraire1 je renonce dans d'heureuses conditions aux quelques jours que je pourrais encore avoir vivre1 et pars1 laissant aprs moi deux filles et une lgion de neveux4 ,cela dit1 elle donne quelques conseils aux siens1 les exhortant vivre unis et en paix1 leur partage ses biens1 recommande ses dieux domestiques sa fille ane1 puis1 prenant d'une main assure la coupe contenant le poison1 adresse ses vux ,mercure1 le priant de la conduire en quelque heureux sjour de l'autre monde1 et avale d'un trait le breuvage qui doit lui donner la mort4 ,a partir de ce moment1 elle ne cesse d'entretenir ceux qui l'entourent des progrs du mal1 indique les diverses parties du corps que le froid gagne les unes aprs les autres1 jusqu' ce que signalant qu'il envahit les entrailles et le cur1 elle appelle ses filles pour lui rendre les derniers devoirs et lui fermer les yeux4 ,pline raconte d'une nation hyperborenne que la douceur de la temprature dans cette contre est telle1 que la vie chez ses habitants ne se termine d'ordinaire que du fait de leur propre volont4 ,ils en arrivent tre si las et si rassasis de l'existence1 qu'ils ont coutume1 arrivs un ge avanc1 d'aller1 aprs un bon repas1 se prcipiter dans la mer1 du haut d'un rocher choisi cet effet4 ,conclusion4--,une douleur 99 insupportable1 une mort misrable en perspective me semblent les mobiles les plus excusables qui peuvent nous porter nous dtruire4 ,,chapitre ,,iv4 ,a demain les affaires4 ,en traduisant ,plutarque1 ,amyot nous a rendu un rel service4--,je donne avec raison1 ce me semble1 la palme ,jacques ,amyot1 sur tous nos crivains franais1 non seulement pour la simplicit et la puret de son style1 ce en quoi il surpasse tous les autres2 pour la persistance qu'il lui a fallu pour mener bien un si long travail qu'a t sa traduction de ,plutarque2 pour ses connaissances tendues qui lui ont permis de rendre avec autant de bonheur un auteur aussi difficile et aussi concis1 car1 qu'on en dise ce que l'on voudra1 bien que je n'entende rien au grec1 je vois sa traduction prsenter un sens tellement suivi et appropri1 que je suis amen conclure1 ou qu'il a admirablement saisi les ides qu'a voulu exposer son auteur1 ou que1 par le fait de l'avoir longuement pratiqu1 il s'en est1 d'une faon gnrale1 si fortement imprgn1 qu'il ne lui prte rien qui le dmente ou le contredise2 mais encore1 et c'est ce dont surtout je lui sais gr1 pour le choix qu'il a su faire parmi tant d'autres1 pour en doter son pays1 d'un ouvrage si plein de mrite et d' propos4 ,nous autres ignorants tions perdus1 si ce livre ne nous et retirs du bourbier dans lequel nous tions enlizs2 grce lui1 nous osons cette heure parler et crire1 les dames elles-mmes en remontrent aux matres d'cole2 c'est notre brviaire4 ,si cet excellent homme vit encore1 je lui indiquerais ,xnophon comme tant galement traduire1 ce sera une tche plus facile et par suite mieux en rapport avec son ge avanc2 et puis1 je ne sais1 mais on dirait que1 malgr la facilit et la nettet avec lesquelles il se tire des passages difficiles1 son style est plus personnel et se droule plus aisment1 quand il n'est pas entrav par les difficults de la traduction4 ,exemple remarquable de discrtion cit par ,plutarque4--,j'en tais ce passage o1 parlant de lui-mme1 ,plutarque dit que ,rusticus assistant ,rome une de ses confrences1 y reut un courrier venant de l'empereur1 et remit l'ouvrir que la confrence ft acheve2 discrtion qui1 dit-il1 valut ce personnage l'approbation chaleureuse de toute l'assistance4 ,cette anecdote est conte propos de la curiosit1 de cette passion avide et insatiable de nouvelles qui fait qu'avec tant d'indiscrtion et d'impatience nous abandonnons tout1 pour nous entretenir avec un nouveau venu1 et que1 sans nous soucier de ce manque de respect et de tenue1 nous dcachetons immdiatement1 o que nous soyons1 les lettres que nous recevons4 ,plutarque a eu raison de louer la rserve de ,rusticus2 il aurait pu y ajouter l'loge de sa politesse et de sa courtoisie1 puisqu'il agissait de la sorte pour ne pas interrompre le cours de la confrence2 je doute cependant qu'il et t fond louer sa prudence1 car lorsqu'on reoit ainsi des lettres l'improviste1 surtout quand elles nous viennent d'un empereur1 il peut arriver que diffrer de les lire1 ait de graves inconvnients4 ,si trop de curiosit est rprhensible1 trop de nonchalance ne l'est pas moins4--,le dfaut oppos la curiosit est la nonchalance1 vers lequel je penche incontestablement par temprament1 et dont j'ai vu certaines personnes affectes au point que1 trois ou quatre jours aprs les avoir reues1 on retrouvait encore non dcachetes1 dans les poches de leurs vtements1 des lettres qui leur avaient t remises4--,je n'en ouvre jamais1 non seulement de celles qu'on me confie1 mais mme de celles que le hasard fait tomber entre mes mains1 et me fais un cas de conscience que je me reproche si1 mes yeux se portant la drobe sur celles de quelque importance qu'un personnage peut lire auprs de moi1 je viens en surprendre quelque chose4 ,jamais homme ne s'est moins enquis des affaires d'autrui et n'a moins cherch les pntrer4 ,du temps de nos pres1 ,m4 de ,bouttires faillit perdre ,turin parce qu'tant souper en bonne compagnie1 il remit lire un avis qu'on lui adressait de la trahison qui se prparait contre cette ville o il commandait4--,plutarque m'a encore appris que ,jules ,csar et t sauv si1 lorsqu'il se rendait au ,snat1 le jour o il fut tu par les conjurs1 il avait lu un mmoire qu'on lui prsenta4--,ce mme auteur rapporte aussi que le soir mme o s'excuta le complot form par ,plopidas pour tuer ,archias tyran de ,thbes et rendre la libert sa patrie1 un ,athnien1 de ce mme nom d',archias1 crivit de point en point son homonyme ce qui se tramait4 ,celui-ci reut la missive pendant qu'il soupait et diffra de l'ouvrir1 disant ce mot pass depuis en proverbe chez les ,grecs3 ,a demain les affaires4 ,ligne de conduite qu'il semble possible de tracer cet gard4--,un homme sage1 dans l'intrt d'autrui1 par exemple pour ne pas commettre1 en la troublant1 une impolitesse vis--vis de la socit dans laquelle il se trouve comme fit ,rusticus1 ou ne pas interrompre une autre affaire d'importance dont il est occup1 peut1 mon sens1 remettre plus tard de prendre communication de nouvelles qu'on lui apporte4 ,mais si ce n'est que par intrt ou plaisir personnel1 il est inexcusable1 surtout quand il est investi d'une charge publique1 de ne pas le faire immdiatement1 dt-il pour cela interrompre son repos et mme son sommeil4 ,jadis1 ,rome1 il y avait table la place dite consulaire qui1 considre comme la plus honorable1 tait celle dont il tait le plus facile de se dgager et aussi la plus accessible ceux qui pouvaient survenir pour entretenir celui qui l'occupait1 ce qui indique bien que parce qu'on tait table1 on ne se dsintressait pas pour cela des autres affaires et des vnements qui pouvaient se produire4--,mais on peut avoir tout dit sur les actions humaines1 il est difficile de tracer une rgle1 si juste soit-elle au point de vue de la raison1 qui se trouve l'abri des surprises que lui mnage le hasard4 ,,chapitre ,v4 ,de la conscience4 ,on dissimule en vain1 l'me se dvoile toujours par quelque ct4--,nous trouvant un jour en voyage1 mon frre le sieur de la ,brousse et moi1 pendant nos guerres civiles1 nous rencontrmes un gentilhomme qui marquait bien4 ,il tait du parti oppos au ntre1 mais je n'en savais rien1 car il feignait d'tre des ntres4 ,c'est l une des pires choses de ces guerres1 les cartes y sont tellement mles1 que votre ennemi ne se distingue de vous d'une faon apparente1 ni par le langage1 ni par la tournure2 il est fait aux mmes lois1 aux mmes murs2 il a mme air1 si bien qu'il est malais d'viter la confusion et le dsordre4 ,cela me faisait mme redouter moi-mme de rencontrer nos troupes en un lieu o je ne serais pas connu1 de peur d'avoir de la difficult me faire reconnatre et d'tre expos aux pires accidents1 comme cela m'est advenu une autre fois1 msaventure dans laquelle je perdis des hommes et des chevaux1 et o1 entre autres1 l'on me tua misrablement un page gentilhomme italien que j'levais avec soin1 trs bel enfant qui donnait de grandes esprances4 ,notre compagnon de route tait si perdu de frayeur1 je le voyais si dcontenanc chaque fois que nous rencontrions quelques groupes d'hommes cheval ou que nous traversions des villes qui tenaient pour le roi1 que je finis par deviner que ses alarmes provenaient de ce qu'il n'avait pas la conscience tranquille4 ,il lui semblait que sur sa physionomie et au travers des croix qu'il portait sur sa casaque1 on lisait jusque dans son cur ses plus secrtes penses1 tant est merveilleux l'irrsistible effet de la conscience6 ,elle nous oblige nous trahir1 nous accuser1 nous combattre nous-mmes1 et1 dfaut d'autre tmoin1 nous produit contre nous-mmes3 ,nous servant elle-mme de bourreau et nous flagellant avec un fouet invisible 7,juvnal74 ,qui va contre sa conscience1 l'a contre lui4--,voici une anecdote qui est souvent dans la bouche des enfants3 ,un sieur ,bessus1 originaire de ,ponie1 auquel on reprochait d'avoir sans motif plausible abattu un nid de moineaux et de les avoir tus1 vint dire que ce n'tait pas sans raison1 parce que ces oisillons ne cessaient de l'accuser tort du meurtre de son pre4 ,ce parricide tait rest jusque-l cach et ignor1 mais les furies vengeresses de la conscience firent qu'il fut dnonc par celui-l mme qui tait le coupable et devait en porter le chtiment4--,platon dit que la punition suit de bien prs le pch2 ,hsiode rectifie ainsi cet aphorisme3 ,elle nat l'instant mme o nat le pch et en mme temps que lui4 ,quiconque a redouter le chtiment1 le subit dj2 et quiconque l'a mrit1 l'apprhende4 ,la mchancet engendre des tourments contre elle-mme3 ,le mal retombe sur celui qui l'a conseill 7,gellius72 ainsi fait la gupe qui1 lorsqu'elle pique et offense autrui1 se nuit encore plus elle-mme1 car elle y perd son aiguillon et avec lui sa force pour jamais3 ,elle laisse la vie dans la blessure qu'elle a faite 7,virgile74--,les cantharides ont une partie d'elles-mmes qui1 par une antithse de la nature1 est l'antidote des empoisonnements qu'elles causent4 ,c'est aussi ce qui se passe chez qui prend plaisir au vice3 il en prouve au fond de sa conscience un dplaisir qui1 soit qu'il veille1 soit qu'il dorme1 tourmente pniblement et d'une faon continue son imagination3 ,beaucoup de coupables rvlent1 dans le sommeil ou le dlire de la fivre1 des crimes qu'ils ont longtemps tenus cachs 7,lucrce74--,apollodore voyait en rve que les ,scythes l'corchaient1 puis le mettaient bouillir dans une marmite1 tandis que son me lui murmurait3 ,c'est moi qui suis cause de tous ces maux4--,le mchant1 dit picure1 n'a o se cacher1 parce qu'il n'est sr d'tre cach nulle part1 sa conscience le dnonant lui-mme4 ,la premire punition du coupable est de ne pouvoir s'absoudre ses propres yeux 7,juvnal74 ,par contre1 une bonne conscience nous donne confiance4--,si la conscience nous inspire de la crainte1 elle nous donne aussi de l'assurance et de la confiance2 et je puis dire m'tre comport en plusieurs circonstances difficiles avec beaucoup plus de fermet1 par la conviction intime o j'tais de la puret de mes intentions et de ma volont de ne pas m'en dpartir3 ,selon le tmoignage qu'on se rend soi-mme1 on a le cur rempli de crainte ou d'esprance 7,ovide74--,de cela1 il y a mille exemples2 il me suffira d'en citer trois d'un mme personnage3 ,scipion tait un jour sous le coup d'une grave accusation porte contre lui devant le peuple romain2 au lieu de s'excuser et de chercher attendrir ses juges3 ,il vous sied bien1 leur dit-il1 de vouloir juger une accusation capitale contre celui auquel vous devez de pouvoir juger le monde entier6--,une autre fois1 au lieu de se dfendre contre les imputations dont il tait l'objet de la part d'un tribun du peuple3 ,citoyens1 dit-il pour toute rponse1 allons rendre grce aux dieux de la victoire1 dont c'est aujourd'hui l'anniversaire1 qu'ils m'ont donn de remporter sur les ,carthaginois6 marchant alors et se dirigeant vers le temple1 le voil suivi de toute l'assemble et de son accusateur lui-mme4--,ptilius ayant t suscit contre lui par ,caton pour lui demander compte des fonds qu'il avait eus administrer dans la province d',antioche1 ,scipion1 venu au ,snat cet effet1 prsenta son livre de comptes qu'il tira de dessous sa robe et affirma que recettes et dpenses y taient toutes fidlement transcrites4 ,et1 comme on lui demandait d'en faire le dpt au greffe1 il refusa disant ne pas vouloir s'imposer une pareille honte2 en mme temps1 de ses mains1 en plein snat1 il le dchirait1 le mettant en pices4--,je ne crois pas qu'une me1 qui aurait eu se faire des reproches1 et pu faire montre d'une pareille assurance2 ,scipion avait naturellement le cur trop haut plac et tait trop habitu aux faveurs de la fortune1 dit ,tite-,live1 pour tre coupable et s'abaisser dfendre son innocence4 ,injustice et danger de la question pour obtenir l'aveu des accuss4--,la torture est une invention dangereuse1 qui semble mettre l'preuve la force de rsistance la douleur plutt que la sincrit4 ,celui qui ne peut la supporter cache la vrit tout aussi bien que celui qui peut y rsister1 car pourquoi la douleur me ferait-elle confesser davantage ce qui est que ce qui n'est pas8 ,et inversement1 si celui qui n'a pas commis ce qu'on lui reproche est assez rsistant pour supporter ces tourments1 pourquoi celui qui est coupable ne le serait-il pas autant1 quand il y va pour lui d'un intrt aussi grand que la conservation de sa vie8 ,je pense que l'emploi de ce procd doit avoir pour origine l'action de la conscience3 chez le coupable1 il semble qu'en l'affaiblissant1 elle doive venir en aide la torture1 pour lui faire confesser sa faute1 et au contraire fortifier l'innocent contre les tourments4 ,a dire vrai1 c'est un moyen plein d'incertitude et de danger1 car que ne dirait-on pas1 que ne ferait-on pas1 pour viter de si intenses douleurs3 ,la douleur force mentir mme ceux qui sont innocents 7,publius ,syrus72 aussi il advient que celui que le juge fait torturer pour ne pas s'exposer le faire mourir innocent1 il le fait en ralit mourir innocent et tortur4 ,mille et mille accuss1 sous les effets de la torture1 se sont chargs d'aveux mensongers1 et parmi eux je comprends ,philotas1 en juger par les circonstances du procs que lui a intent ,alexandre et les rsultats qu'ont donns les tortures auxquelles il a t soumis4 ,quoi qu'il en soit et bien qu'on dise que c'est ce que l'homme1 dans sa faiblesse1 a trouv de moins mauvais pour arriver la connaissance de la vrit1 j'estime1 moi1 que ce n'en est pas moins un procd trs inhumain et bien inutile4 ,ce procd est rprouv par certaines nations que nous qualifions de barbares4--,plusieurs nations1 moins barbares en cela que les ,grecs et les ,romains qui les appelaient de ce nom1 estimaient qu'il est horrible et cruel de torturer et de rompre un homme de la culpabilit duquel nous ne sommes pas certains4 ,que peut-il votre ignorance1 en quoi en est-il responsable8 ,n'tes-vous pas injuste de lui faire endurer pire que la mort1 pour ne pas le tuer sans raison8 ,et l'on ne peut nier qu'il n'en soit ainsi2 voyez en effet combien prfrent mourir innocents1 plutt que d'en passer par ce moyen d'information pire que le supplice et qui souvent1 par sa violence1 le devance et entrane la mort4--,je ne sais d'o je tiens ce conte1 mais il indique bien quel cas est faire de ce procd de justice3 ,devant 99 un gnral d'arme1 trs rigide en pareille matire1 une femme de la campagne accusait un soldat d'avoir arrach ses jeunes enfants le peu de bouillie qui lui restait pour les faire vivre1 l'arme ayant tout ravag4 ,de preuve1 il n'y en avait pas4 ,le gnral1 aprs avoir somm la femme de bien regarder ce qu'elle disait1 lui avoir fait observer qu'elle serait responsable des consquences si elle mentait1 et elle persistant dans son accusation1 il fit ouvrir le ventre au soldat1 pour tre fix sur la vrit du fait2 la femme se trouva avoir raison6 ,quel enseignement que cette condamnation6 ,,chapitre ,,vi4 ,de l'exercice4 ,le raisonnement et la science ne suffisent pas contre les difficults de la vie1 il faut encore l'exprience4--,il est difficile que le raisonnement et l'instruction1 alors mme que nous avons la conviction1 soient assez puissants pour nous mettre en tat d'agir si1 en outre1 nous ne nous exerons et1 par la pratique1 ne formons notre me ce quoi nous voulons arriver2 sinon1 quand elle sera au moment mme de l'action1 il y a grande probabilit qu'elle se trouvera embarrasse4 ,voil pourquoi ceux d'entre les philosophes qui se sont appliqus viser la perfection1 ne se sont pas contents d'attendre l'abri et au repos les rigueurs de la ,fortune2 par crainte qu'elles ne les trouvt inexpriments et novices pour le combat1 ils sont alls au-devant1 affrontant ses preuves de leur plein gr1 les uns en renonant leurs richesses pour s'habituer une pauvret volontaire1 les autres en se prparant par les plus durs labeurs et les austrits d'une vie de privations s'endurcir au mal et au travail2 d'autres se sont mutils1 se privant des organes les plus chers1 tels que les yeux1 les parties gnitales1 de peur que trouvant trop de satisfaction leur usage1 ils n'en fussent amollis et que leur me n'en fut atteinte et ne perdt de sa fermet4 ,contre la mort l'exprience n'est pas de ressource1 parce qu'on ne la souffre qu'une fois4--,mais il ne nous est pas possible de nous exercer mourir1 ce qui est pourtant la plus grande besogne par laquelle il nous faut passer4 ,on peut1 par l'usage et l'exprience1 se fortifier contre la douleur1 la honte1 l'indigence et autres accidents2 pour ce qui est de la mort1 nous ne pouvons nous y essayer qu'une fois1 et quand elle vient1 nous n'y sommes tous que des apprentis4 ,anciennement1 il y a eu des hommes si soucieux de bien employer leur temps1 qu'ils ont cherch1 lorsqu'ils sont passs de vie trpas1 fixer leurs impressions ce moment et les analyser1 et ils ont appliqu leur esprit se rendre compte de ce que peut tre cette transition2 mais aucun d'eux n'est revenu nous faire part de ce qu'il en a pu connatre3 ,nul ne se rveille qui1 une fois1 s'est endormi dans le froid repos de la mort 7,lucrce74 ,exemple mmorable de ,canius ,julius qui1 au moment de recevoir la mort1 ne songe qu' observer l'impression qu'il en ressentira4--,un noble ,romain1 ,canius ,julius1 dou d'un courage et d'une fermet remarquables1 entre autres preuves tonnantes de rsolution1 donna la suivante3 ,condamn mort par ce monstre que fut ,caligula1 au moment de prir de la main du bourreau1 un philosophe son ami lui dit3 ,h bien1 ,canius6 en quel tat est votre me en ce moment8 que fait-elle8 quelles penses vous occupent8--,je pense1 rpondit ,canius1 tre prt et appliqu de toutes mes forces chercher1 en cet instant de la mort si court et si bref1 s'il me sera possible d'apercevoir quelle impression ressentira mon me et si elle prouvera quelque secousse en se sparant de mon corps1 afin1 si je parviens saisir quelque chose1 de revenir ensuite1 si je le puis1 en donner connaissance mes amis4 ,ce fut l un philosophe qui demeura tel non seulement jusqu' la mort1 mais pendant sa mort mme4 ,que de courage1 que de fermet vouloir de la sorte qu'elle servt de leon1 et conserver une telle libert d'esprit qu'il pt penser autre chose un tel moment6 ,quel empire il avait sur son me l'heure mme de sa mort 7,lucain76 ,il y a pourtant possibilit de se familiariser avec la mort1 presque de l'essayer4--,il semble cependant qu'il y ait en quelque sorte possibilit de se familiariser avec la mort1 de s'y essayer quelque peu4 ,nous en pouvons faire l'exprience1 sinon entire et parfaite1 au moins dans des conditions o elle soit profitable1 affermisse notre courage et nous donne de l'assurance4 ,si nous ne pouvons la joindre1 nous pouvons l'approcher1 en faire la reconnaissance2 si nous ne pouvons pntrer jusqu'au corps du btiment1 au moins en verrons-nous et en foulerons-nous les avenues4 ,ce n'est pas sans raison qu'on lui compare le sommeil1 il a quelque ressemblance avec elle4 ,avec quelle facilit1 tant veills1 nous nous endormons2 ne perdons-nous pas connaissance de la lumire et de nous-mmes sans presque nous en apercevoir6 ,peut-tre le sommeil1 qui nous prive momentanment de tout mouvement et de tout sentiment1 nous paratrait-il inutile et inexplicable1 si nous n'y trouvions cet enseignement de la nature elle-mme1 que nous sommes destins mourir comme vivre2 ds lors1 pour nous y accoutumer et faire que nous n'en ayons crainte1 elle nous montre dans le cours de notre vie1 l'tat qu'elle nous rserve quand nous la quitterons4 ,ceux qui1 par suite de quelque violent accident1 sont tombs en dfaillance et ont perdu tout sentiment1 ont t1 j'imagine1 bien prs de voir la mort au naturel et sous son aspect vritable2 car1 pour ce qui est du moment et du point prcis du passage de vie trpas1 il n'est pas craindre qu'il soit marqu par aucune douleur et aucun effort4 ,nous ne pouvons1 en effet1 rien ressentir si le temps fait dfaut1 et le temps qui est ncessaire la souffrance pour qu'elle se manifeste est si court1 si prcipit1 l'instant mme o la mort se produit1 que forcment elle ne peut se faire sentir2 ce sont donc les approches de la mort qui seules sont redouter1 et elles se peuvent tudier4 ,comme nombre de choses1 la mort produit plus d'effet de loin que de prs4--,nombre de choses semblent plus grandes quand on y pense que lorsqu'on est aux prises avec elles4 ,j'ai pass une bonne partie de mon existence en parfaite et complte sant1 non seulement ne connaissant pas la maladie mais encore plein de vie et d'activit4 ,en cet tat1 o j'tais plein de fougue et uniquement occup m'amuser1 rien que d'y penser1 les maladies m'inspiraient une telle horreur que1 lorsque je suis venu en tre prouv1 j'ai trouv leurs treintes faibles et bnignes1 auprs de ce que je redoutais4 ,voici du reste un fait qui se rpte journellement chez moi3 suis-je bien chaudement couvert1 dans une bonne chambre1 pendant une nuit d'orage et de tempte1 je tremble et m'effraie pour ceux qui1 par ce temps1 sont en pleine campagne2 est-ce moi qui suis dehors dans les mmes circonstances1 je ne cherche mme pas trouver un abri4--tre constamment enferm dans une chambre me semblait insupportable2 une maladie qui m'motionna beaucoup1 qui me changea et m'affaiblit1 m'obligea la garder cinq semaines de suite3 je trouvai alors que lorsque j'tais bien portant1 les malades me semblaient beaucoup plus plaindre que je ne me trouve l'tre moi-mme en pareil cas et que mon apprhension doublait presque ce qui tait en ralit4--,j'espre qu'il en sera de mme de la mort et qu'elle ne vaut pas toute la peine que je prends me prparer la bien recevoir1 ni tous les secours que je requiers et runis pour soutenir son attaque2 mais1 tout hasard1 nous ne saurions nous mnager trop d'avantages4 ,accident survenu ,montaigne qui lui causa un long vanouissement4--,pendant la troisime1 peut-tre la deuxime guerre de religion 7je ne me souviens pas exactement71 allant1 un jour1 me promener une lieue de chez moi qui habite au centre du thtre de nos guerres civiles1 et me pensant absolument en sret tant si proximit de ma demeure1 je crus ne pas avoir besoin d'autre monture qu'un cheval trs facile1 mais peu solide4 ,comme je revenais1 une circonstance inattendue fit que je me trouvai dans le cas de lui demander un effort ne rentrant pas prcisment dans ses moyens4 ,empress me venir en aide1 un de mes gens1 grand et fort1 qui montait un puissant roussin1 la bouche dmesurment dure1 au reste frais et vigoureux1 voulant montrer sa hardiesse cheval et devancer ses compagnons1 vint pousser droit sur mon chemin et fondit1 comme un colosse1 sur le petit homme et le petit cheval que nous tions1 moi et mon animal1 et1 nous foudroyant de sa force et de sa masse1 nous envoya l'un et l'autre rouler les jambes en l'air3 le cheval abattu et demeurant sur place tout tourdi2 moi1 dix ou douze pas au del1 tendu sur le dos1 le visage tout meurtri et corch1 ayant perdu mes sens et ne bougeant pas plus qu'une souche2 mon pe1 que je tenais la main1 plus de dix pas de moi et ma ceinture en pices4 ,c'est jusqu'ici le seul vanouissement que j'aie eu4 ,ceux qui m'accompagnaient1 aprs avoir essay1 par tous les moyens en leur pouvoir1 de me faire revenir moi1 me crurent tu1 et1 me prenant dans leurs bras1 m'emportrent avec beaucoup de difficult1 gagnant ma maison qui tait encore loin de l1 environ une demi-lieue de ,france4 ,en chemin1 aprs plus de deux longues heures durant lesquelles je semblais mort1 je commenai faire quelques mouvements et respirer2 une si grande quantit de sang s'tait panch dans mon estomac que1 pour l'en dbarrasser1 la nature eut besoin d'amener une raction4 ,on me remit debout et je rendis gros bouillons un plein seau de sang pur2 plusieurs fois dans le trajet1 il en fut de mme4 ,grce cela1 je commenai renatre2 mais ce ne fut que peu peu et il fallut tant de temps que1 tout d'abord1 ce que je ressentais touchait plus la mort qu' la vie3 ,car1 encore incertaine de son retour1 l'me tonne ne peut s'affermir 7,le ,tasse74 ,ce qu'il prouva pendant cette dfaillance et en reprenant ses sens4--,ce souvenir1 qui est demeur fortement grav en mon me et o la mort m'est pour ainsi dire apparue avec l'aspect qu'elle doit rellement avoir1 me causant l'impression que nous devons en prouver1 me rconcilie en quelque sorte avec elle4 ,lorsque je commenai y voir1 ma vue tait si trouble1 si faible1 si teinte1 que je ne discernais tout d'abord rien autre que la lumire1 comme quelqu'un qui1 moiti veill1 moiti endormi1 tantt ouvre les yeux et tantt les ferme 7,le ,tasse74 ,quant aux fonctions de l'me1 elles reprenaient peu prs dans la mme mesure que le corps revenait la vie4 ,je me vis tout sanglant1 mon pourpoint ayant t compltement tach du sang que j'avais rendu4 ,la premire pense qui me vint1 fut que j'avais reu un coup d'arquebuse dans la tte2 et de fait1 on en entendait retentir en ce moment1 de ci1 de l1 autour de nous4 ,il me semblait que ma vie tait suspendue au bord de mes lvres et je fermais les yeux pour1 ce que je m'imaginais1 aider la dtacher de moi1 me complaisant dans cet tat de langueur et aussi me sentir m'en aller4 ,en mon me1 c'tait comme une impression vague du retour de la facult de penser1 encore mal dfinie1 que je souponnais plutt que je ne ressentais1 sensation tendre et douce comme tout ce que j'prouvais1 non seulement exempte de dplaisir1 mais rappelant cette quitude qui s'empare de nous quand1 peu peu1 nous nous laissons gagner par le sommeil4 ,les affres de la mort sont les effets d'une dsorganisation physique1 l'me n'y participe pas4--,je crois que c'est en cet tat que doivent se trouver ceux qui1 l'agonie1 sont1 de faiblesse1 tombs en dfaillance2 et j'estime que nous les plaignons sans raison1 parce qu' tort nous pensons que leur agitation provient de douleurs extrmes ou qu'ils sont en proie de pnibles penses4 ,j'ai toujours t d'avis1 contrairement l'opinion de quelques-uns et mme celle d'tienne de la ,botie1 que ceux ainsi bouleverss et assoupis leurs derniers moments1 soit la suite d'une longue maladie1 soit qu'ils aient t blesss la tte1 frapps d'apoplexie ou atteints d'pilepsie3 ,souvent un malheureux1 frapp d'un mal subit1 tombe tout coup sous nos yeux1 comme foudroy3 sa bouche cume1 sa poitrine gmit1 ses membres palpitent2 hors de lui1 il se raidit1 se tord1 haletant1 s'puisant en toutes sortes de mouvements convulsifs 7,lucrce71 que nous voyons grommeler1 poussant parfois des soupirs rendre l'me sans que pour cela rien ne semble indiquer qu'ils aient encore leur connaissance bien qu'ils ne soient pas compltement privs de mouvement1 j'ai toujours pens1 dis-je1 que leur corps et leur me taient1 dj ce moment1 endormis et comme ensevelis3 ,il vit sans en tre conscient 7,ovide71 et ne puis croire qu'tant donnes une telle faiblesse des membres1 une si grande dfaillance des sens1 l'me au dedans de nous puisse conserver encore assez de force pour recevoir une impression quelconque2 par suite1 ces moribonds chappent toutes penses qui seraient pour eux une cause de tourments et les mettraient mme de juger de leur triste tat et de sentir en quelles conditions critiques ils se trouvent2 par consquent1 ils ne sont pas fort plaindre4 ,pour moi1 je n'imagine rien de si insupportable et de si horrible que d'avoir l'me profondment afflige et d'tre dans l'impossibilit de le manifester1 comme1 par exemple1 sont ceux qu'on envoie au supplice aprs leur avoir coup la langue 7si ce n'est toutefois qu'en ce genre de mort1 une attitude muette et une physionomie empreinte de fermet et de gravit sont ce qui sied le mieux72 tels sont encore ces malheureux prisonniers tombs aux mains de soldats se transformant en bourreaux1 ainsi que cela se produit de nos jours1 qui les torturent en y employant les procds les plus cruels1 afin de les contraindre leur payer une ranon excessive1 hors de proportion avec ce qui leur est possible et qui1 pendant tout ce temps1 les confinent dans des conditions et dans des lieux o ils n'ont aucun moyen d'exprimer et de faire connatre leurs penses et leur misre4 ,l'agonie est un tat analogue celui d'un homme qui ne serait ni tout fait veill ni compltement endormi4--,les potes ont admis des dieux favorables la dlivrance de ceux sous le coup d'une mort qui vient d'une manire insensible3 ,j'excute les ordres que j'ai reus1 dit ,iris1 et j'affranchis ton corps1 en coupant le cheveu blond consacr au dieu des enfers 7,virgile74 ,les paroles1 les rponses brves et dcousues qu'on leur arrache quelquefois force de crier et de tempter leurs oreilles1 les mouvements qu'ils font et qui semblent avoir quelque rapport avec ce qu'on leur demande1 ne sont pas des preuves qu'ils vivent1 du moins d'une vie entire4 ,il arrive ici ce qui se produit lorsque nous nous endormons et que le sommeil encore indcis ne s'est pas compltement empar de nous3 nous avons1 comme en un songe1 quelque conception de ce qui se fait autour de nous1 nous suivons ce qui se dit1 mais n'en recevons qu'une perception vague et imparfaite qui semble ne faire qu'effleurer l'me1 et les rponses que nous pouvons faire aux paroles qui nous sont dites en dernier lieu1 tiennent plus du hasard qu'elles n'ont de sens4 ,au dbut de son accident ,montaigne tait ananti2 ce moment o la mort tait si proche1 sa batitude tait complte4--,maintenant que j'en ai fait l'exprience1 je ne doute pas que ce que j'en ai jug jusqu'ici1 ne soit exact4 ,d'abord1 tant compltement vanoui1 je travaillais force avec mes ongles 7car j'tais dsarm7 ouvrir mon pourpoint1 et cependant je n'avais pas impression d'tre bless1 mais nous avons souvent des mouvements dont nous sommes inconscients3 ,les doigts mourants se contractent et ressaisissent le fer qui leur chappe 7,virgile72 quand nous tombons1 nous portons1 dans notre chute1 les bras en avant par une impulsion naturelle nos membres qui se rendent mutuellement service et ont des mouvements indpendants de notre volont3 ,on dit que1 dans les combats1 les chars arms de faux coupent les membres des combattants avec tant de rapidit1 qu'on les voit terre palpitants1 avant que la douleur d'un coup si prompt ait pu parvenir jusqu' l'me 7,lucrce74--,j'avais l'estomac oppress par ce sang caill2 mes mains s'y portaient d'elles-mmes1 comme elles font souvent1 sans que nous le voulions1 quand nous prouvons quelque part des dmangeaisons4 ,il y a des animaux1 et cela se produit mme en l'homme1 chez lesquels1 aprs la mort1 on voit se contracter et remuer les muscles2 chacun sait par lui-mme que certaines parties de notre corps s'agitent1 se tendent1 se dtendent souvent1 sans que nous y ayons intention4 ,or1 ces souffrances qui nous effleurent peine1 ne sont pas ntres2 pour qu'elles fussent ntres1 il faudrait que nous y soyons engags tout entiers2 c'est le cas des douleurs qui nous peuvent survenir aux mains et aux pieds pendant que nous dormons1 nous ne nous en rendons pas compte4 ,comme j'approchais de chez moi1 o dj la nouvelle de ma chute tait parvenue et avait rpandu l'alarme1 les personnes de ma famille venues ma rencontre1 gmissant et criant comme il arrive en pareil occurrence1 non seulement je rpondais quelques mots aux questions qu'on m'adressait1 mais1 parat-il1 je m'avisai mme de commander qu'on donnt un cheval ma femme que je voyais s'emptrer et fatiguer dans le chemin qui tait montueux et malais4 ,il semble que cette proccupation ft l'indice d'une me rentre en possession d'elle-mme1 et pourtant il n'en tait rien2 c'taient des lueurs de raison1 confuses1 provoques par ce que percevaient mes yeux et mes oreilles1 elles ne venaient pas de moi-mme4 ,je ne savais ni d'o je venais1 ni o j'allais2 je ne pouvais pas davantage me rendre compte de ce qu'on me demandait1 ni y rflchir2 le peu qu' ce moment je pus faire ou dire tait un effet machinal de mes sens1 agissant par un reste d'habitude2 l'me elle-mme y tait pour bien peu de chose3 elle se trouvait comme dans un songe1 trs lgrement impressionne par l'action rflexe quoiqu' peine sensible des sens1 et n'en avait pas conscience4--,pendant tout le temps que je demeurai ainsi1 j'prouvai une grande sensation de calme et de douceur2 je ne songeais ni autrui1 ni moi-mme2 j'tais dans un tat de langueur et de faiblesse extrmes1 ne ressentant aucune douleur4--,je vis ma maison sans la reconnatre4 ,quand on m'eut couch1 ce repos me causa un bien-tre infini2 j'avais t horriblement tiraill par ces pauvres gens1 qui avaient pris la peine de me porter dans leurs bras pendant un long et trs mauvais chemin et que la fatigue avait obligs se relayer les uns les autres1 deux ou trois fois4 ,on me prsenta force remdes dont je ne voulus pas1 convaincu que j'tais bless mortellement la tte4 ,c'et t1 sans mentir1 une mort bien agrable2 l'affaiblissement de ma raison m'empchait de m'en apercevoir et celui du corps1 de rien sentir2 je me laissais aller la drive si doucement1 d'une faon si indolente1 si aise1 que je ne sais gure rien qui soit moins pnible4 ,peu peu renaissant l'existence1 la mmoire lui revient et les souffrances l'envahissent4--,quand je me repris vivre et recouvrai mes forces3 ,lorsque mes sens enfin reprirent quelque vigueur 7,ovide71 ce qui arriva deux ou trois heures aprs1 je me sentis de toutes parts ressaisi par les douleurs1 les membres tout moulus et froisss de ma chute2 j'en souffris tant1 durant les deux ou trois nuits qui suivirent1 que je crus en mourir nouveau1 mais cette fois d'une mort bien plus douloureuse1 et aujourd'hui encore je me ressens de la secousse que m'a cause cet accident4 ,il est noter que la dernire chose que je pus me remettre en mmoire1 ce fut le souvenir mme de la manire dont la chose s'tait produite2 je dus me faire rpter plusieurs fois o j'allais1 d'o je venais1 quelle heure cela m'tait arriv1 avant de parvenir le concevoir4 ,quant la faon dont j'avais t projet terre1 on me la cachait par commisration pour celui qui en avait t cause1 et on m'en inventait d'autres4 ,longtemps aprs1 le lendemain1 quand1 la mmoire commenant me revenir1 je me revis dans l'tat o j'tais lorsque j'aperus ce cheval se prcipitant sur moi 7car je l'avais entrevu au moment mme o il m'arrivait dessus et ds lors me considrais comme un homme mort2 seulement cette pense avait t si soudaine1 que je n'eus mme pas le temps d'avoir peur71 cette rminiscence me fit l'effet d'un clair qui me galvanisait1 et il me sembla que je revenais de l'autre monde4 ,si ,montaigne s'est longuement tendu sur cet accident1 c'est qu'il s'tudie dans toutes les circonstances de la vie4--,ce rcit d'un vnement de si peu d'importance serait acte de vanit sans l'enseignement que j'en ai retir2 car1 pour s'apprivoiser avec la mort1 m'est avis que le seul moyen est de l'avoir approche4 ,or1 comme dit ,pline1 chacun est soi-mme un trs bon sujet d'instruction1 pourvu qu'il ait les qualits suffisantes pour bien s'observer4 ,ce n'est pas une chose qui m'ait t enseigne1 que j'expose ici1 mais une chose apprise de moi-mme2 ce n'est pas une leon faite par autrui1 c'est une leon que je me suis faite moi-mme2 par consquent on ne saurait me savoir mauvais gr de la communiquer3 ce qui m'a t utile1 peut1 le cas chant1 l'tre un autre4 ,en somme1 je ne gte rien et n'use que de ce qui est moi2 si c'est folie de ma part1 moi seul en ptis et je ne nuis personne1 car ma folie meurt avec moi et est sans consquences4 ,nous ne connaissons que deux ou trois philosophes anciens qui aient agi ainsi1 et encore ne pouvons-nous dire s'ils s'y sont pris tout fait de la mme faon1 parce que nous ne connaissons que leurs noms2 personne1 depuis1 ne les a imits4 ,c'est une entreprise pineuse1 plus ardue qu'elle ne semble1 de suivre notre esprit dans ses allures vagabondes1 de pntrer les profondeurs obscures de ses replis intimes1 de saisir et de fixer sur le papier les formes si fugitives de ses impressions2 c'est un passe-temps nouveau et peu ordinaire qui nous change des occupations auxquelles le monde se livre d'habitude et qui peut mme prendre place parmi les plus recommander4 ,il y a dj plusieurs annes que je n'ai que moi comme objectif de mes penses1 que je n'observe et n'tudie que moi2 si j'tudie autre chose1 c'est pour aussitt m'en faire l'application ou1 pour mieux dire1 me l'assimiler4 ,je ne crois pas faire erreur d'agir en cela comme on le fait pour les autres sciences1 incontestablement moins utiles1 et d'exposer ce que j'y ai appris quoique je ne sois gure satisfait du rsultat4--,il n'est pas de description plus difficile que de se dcrire soi-mme1 il n'y en a pas davantage de plus profitable2 encore faut-il pour cela se friser1 se parer1 s'arranger1 pour se prsenter au public1 aussi je me pare sans cesse parce que je me dpeins constamment4 ,se montrer dcouvert dans ses actes et ses passions est1 si l'on sait s'observer1 une prcieuse source d'enseignement pour les autres4--,la coutume condamne qu'on parle de soi2 elle l'interdit d'une manire absolue en raison de la tendance se vanter qui1 toujours1 semble percer dans les tmoignages que nous portons sur nous-mmes4 ,en venir pour cela ne pas en parler1 c'est comme si1 lorsqu'il faut moucher un enfant1 on disait qu'il faut lui arracher le nez3 ,souvent la peur d'un mal conduit un pire 7,horace72 un tel remde je trouve plus de mal que de bien4 ,quand mme ce serait vrai1 qu'il y ait ncessairement de la prsomption entretenir le public de soi1 je ne puis1 voulant demeurer fidle la rgle que je me suis faite1 passer sous silence ce qui peut rvler en moi cette disposition maladive puisqu'elle y existe2 c'est une faute que je ne puis cacher1 puisque non seulement je la commets mais que je fais profession de la commettre4 ,toutefois1 pour dire ce que j'en pense1 je crois que c'est tort qu'on la condamne comme on condamne l'usage du vin parce qu'il y a des gens qui s'enivrent2 on n'abuse que des bonnes choses1 et ne pas parler de soi est une rgle qui ne concerne que l'abus que l'on est communment port en faire4 ,ce sont l des niaiseries dont les saints1 que nous voyons si ostensiblement parler d'eux-mmes1 non plus que les philosophes et les thologiens ne se sont pas embarrasss2 je ne m'en embarrasse pas davantage1 quoique je sois aussi peu l'un que l'autre4 ,s'ils n'annoncent pas d'avance qu'ils vont parler d'eux1 ils n'hsitent pas1 quand l'occasion s'en prsente1 le faire sans rserve4--,de quoi parle ,socrate avec plus d'abondance que de lui-mme8 ,sur quoi amne-t-il le plus souvent les dissertations de ses disciples1 si ce n'est sur eux-mmes8 non sur une leon crite dans les livres1 mais sur l'existence et les mouvements de leur me8 ,de par la religion1 nous nous confessons bien ,dieu et notre directeur de conscience1 et nos voisins les protestants le font bien en public6 ,oui1 nous dira-t-on1 mais nous ne nous confessons que de nos fautes4 ,confessant nos fautes1 nous disons tout1 car1 jusque dans notre vertu1 nous sommes sujets faillir et avons matire nous repentir4--,mon mtier1 mon art1 c'est de vivre2 que celui qui me dfend d'en parler suivant ce que je ressens1 suivant l'exprience que j'en ai et l'usage que j'en fais1 dfende un architecte de parler de constructions d'aprs lui-mme et ne l'autorise en parler que d'aprs ce qu'en pense son voisin1 non d'aprs sa propre science mais d'aprs celle d'un autre4 ,si c'est une vanit rprhensible de parler des choses par lesquelles on a de la valeur1 pourquoi ,cicron ne vante-t-il pas l'loquence d',hortensius1 et celui-ci celle de ,cicron8 ,peut-tre voudrait-on que je produise1 pour me juger1 des uvres et des actes et non tout simplement des paroles4 ,ce sont surtout les penses qui m'agitent et qui1 dans leurs formes mal dfinies1 ne peuvent se traduire par des actes1 que je m'applique reproduire2 c'est dj avec bien de la peine que je parviens les traduire par la parole qui s'y prte pourtant bien plus2 les hommes les plus sages1 les plus dvotieux ont vcu toute leur vie vitant tout acte extrieur4 ,de tels actes manent plutt de la fortune que de moi2 ils tmoignent de son rle et non du mien sur lequel on demeure dans l'incertitude1 sans pouvoir former autre chose que des conjectures2 les chantillons qu'ils fournissent ne nous rvlent que partiellement4 ,moi1 je me montre en entier1 telle une anatomie dont1 d'un regard1 on embrasse les veines1 les muscles1 les tendons1 chaque chose en sa place1 tandis que la toux n'indique que ce qui se passe en un point de notre tre1 la pleur ou les battements du cur ce qui se passe en un autre point et encore d'une faon douteuse4 ,ce ne sont pas mes gestes1 que j'cris1 c'est moi-mme1 c'est ce qui constitue mon essence propre4 ,cette tude de soi-mme est toutefois des plus dlicates4--,je tiens qu'il faut tre prudent quand on se juge soi-mme1 et apporter la mme conscience1 qu'on s'apprcie soit en bien soit en mal4 ,si je me croyais bon et sage 99 ou peu s'en faut1 je le crierais tue-tte4 ,dire de soi moins qu'il n'y en a1 c'est de la sottise et non de la modestie2 se faire moindre qu'on ne vaut1 c'est1 d'aprs ,aristote1 lchet et pusillanimit2 jamais la vertu n'a recours la fausset et jamais la vrit ne doit tre un sujet d'erreur4 ,dire de soi plus qu'il n'y en a1 ce n'est pas toujours prsomption1 souvent aussi c'est sottise2 se complaire outre mesure de ce que l'on est1 tomber exagrment en extase devant soi-mme est1 mon avis1 la faon dont se traduit ce vice4 ,le seul remde pouvant en procurer la gurison1 c'est de faire tout le contraire de ce que nous prchent ceux qui nous dfendent de parler de nous et1 par consquent1 de reporter plus encore nos penses sur nous-mmes4 ,l'orgueil rside dans la pense1 la langue ne peut jamais y avoir qu'une bien lgre part4 ,s'occuper de soi n'est pas se complaire en soi2 c'est le moyen de se connatre1 ce qui est le commencement de la sagesse4--,il semble que le temps que l'on a pass s'observer soit1 pour ceux qui critiquent cette tude de soi-mme1 comme si on le passait s'admirer2 que se pratiquer et s'analyser1 ce soit trop se chrir4 ,il n'y a que ceux qui se ttent superficiellement qui donnent dans ces exagrations1 que ceux qui se contemplent quand ils ont termin leurs affaires1 qui trouvent que s'entretenir avec soi-mme c'est rver et perdre son temps1 que travailler son dveloppement intellectuel c'est faire des chteaux en ,espagne1 s'estimant tre eux-mmes indiffrents et trangers4--,que celui qu'enivre sa science quand il regarde au-dessous de lui1 lve les yeux au-dessus et regarde les sicles passs3 il baissera de ton en voyant les milliers d'esprits la cheville desquels il ne saurait s'lever2 s'il prouve quelque vanit de sa vaillance1 qu'il se souvienne de ce qu'ont accompli ,scipion1 paminondas1 tant d'armes et tant de peuples qui le laissent si loin derrire eux4 ,nulle qualit dont il sera spcialement dou1 n'enorgueillira celui qui mettra en balance les imperfections et les faiblesses qui1 sous d'autres rapports1 sont en si grand nombre en lui1 et1 en fin de compte1 le nant auquel aboutit tout ce qui touche l'humanit4 ,socrate seul a poursuivi sincrement l'application du prcepte qu'il tenait d',apollon3 ,connais-toi toi-mme2 cela l'a amen au mpris de lui-mme et aussi ce que seul il a t jug digne par la postrit du nom de ,sage4 ,qui se connatra de la sorte1 se fasse hardiment connatre aux autres par sa propre bouche4 ,,fin ,,du ,,premier ,,volume4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,,contenues ,,dans ,,le ,,premier ,,volume4 ,pages4 ,,avertissement ,,du ,,traducteur4 ,i ,,table ,g,n,,rale ,,des ,,chapitres4 #a ,,annexe ,,alphab,,tique4 #f ,,essais4 ,,av ,,lectevr4--,l'auteur au lecteur4 #ad ,,livre ,,premier4 ,,chapitre ,i4--,par diuers moyens l'on arriue pareille fin4 #af ,,chapitre ,,ii4--,de la tristesse4 #bb ,,chapitre ,,iii4--,nos affections s'emportent au del de nous4--,nous prolongeons nos affections et nos haines au del de notre propre dure4 #bh ,,chapitre ,,iv4--,comme l'me descharge les passions sur les obietcs faux1 quand les vrais lui dffaillent4--,l'me exerce ses passions sur des objets auxquels elle s'attaque sans raison1 quand ceux1 cause de son dlire1 chappent son action4 #dj ,,chapitre ,v4--,si le chef d'vne place assiege doit sortir pour parlementer4--,le ,commandant d'une place assige doit-il sortir de sa place pour parlementer4 #dd ,,chapitre ,,vi4--,l'heure des ,parlements dangereuse4--,le temps durant lequel on parlemente est un moment dangereux4 #ej ,,chapitre ,,vii4--,que l'intention iuge nos actions4--,nos actions sont apprcier d'aprs nos intentions4 #ed ,,chapitre ,,viii4--,de l'oisiuet4 #ef ,,chapitre ,,ix4--,des menteurs4 #eh ,,chapitre ,x4--,du parler prompt ou tardif4--,de ceux aptes parler de prime-saut1 et de ceux auxquels un certain temps est ncessaire pour s'y prparer4 #fh ,,chapitre ,,xi4--,des prognostications4--,des pronostics4 #gb ,,chapitre ,,xii4--,de la constance4 #gh ,,chapitre ,,xiii4--,ceremonie de l'entreueue des ,rois4--,crmonial dans les entrevues des rois4 #hd ,,chapitre ,,xiv4--,on est puny pour s'opiniastrer vne place sans raison4--,on est punissable quand on s'opinitre dfendre une place au del de ce qui est raisonnable4 #hf ,,chapitre ,,xv4--,de la punition de la couardise4--,punition infliger aux lches4 #hh ,,chapitre ,,xvi4--,vn traict de quelques ,ambassadeurs4--,faon de faire de quelques ambassadeurs4 #ib ,,chapitre ,,xvii4--,de la peur4 #ih ,,chapitre ,,xviii4--,qu'il ne faut iuger de nostre heur qu'aprs la mort4--,ce n'est qu'aprs notre mort qu'on peut apprcier si nous avons t heureux ou malheureux4 #ajb ,,chapitre ,,xix4--,que philosopher c'est apprendre mourir4 #ajf ,,chapitre ,,xx4--,de la force de l'imagination4 #acb ,,chapitre ,,xxi4--,le profit de l'vn est dommage de l'autre4 --,ce qui est profit pour l'un1 est dommage pour l'autre4 #aed ,,chapitre ,,xxii4--,de la coustume1 et de ne changer aisment vne loy receue4--,des coutumes et de la circonspection apporter dans les modifications faire subir aux lois en vigueur4 #aed ,,chapitre ,,xxiii4--,diuers euenemens de mesme conseil4 --,une mme ligne de conduite peut aboutir des rsultats dissemblables4 #ahf ,,chapitre ,,xxiv4--,du pedantisme4 #bjb ,,chapitre ,,xxv4--,de l'institution des enfans4 #bbf ,,chapitre ,,xxvi4--,c'est folie de rapporter le vray et le faux nostre suffisance4--,c'est folie de juger du vrai et du faux avec notre seule raison4 #bhh ,,chapitre ,,xxvii4--,de l'amiti4 #bif ,,chapitre ,,xxviii4--,vint neuf sonnets d',estienne de la ,boetie4 #cah ,,chapitre ,,xxix4--,de la moderation4 #cdd ,,chapitre ,,xxx4--,des ,cannibales4 #ceb ,,chapitre ,,xxxi4--,qu'il faut sobrement se mesler de iuger des ordonnances diuines4--,il faut apporter beaucoup de circonspection quand on se mle de porter un jugement sur les dcrets de la ,providence4 #cgf ,,chapitre ,,xxxii--,de fuir les voluptez au prix de la vie4--,les volupts sont fuir1 mme au prix de la vie4 #chj ,,chapitre ,,xxxiii4--,la fortune se rencontre souuent au train de la raison44--,la fortune marche souvent de pair avec la raison4 #chd ,,chapitre ,,xxxiv4--,d'vn dfaut de nos polices4--,une lacune de notre administration4 #chh ,,chapitre ,,xxxv4--,de l'vsage de se vestir4 #cib ,,chapitre ,,xxxvi4--,du ieune ,caton4--,sur ,caton le jeune ou d',utique4 #cih ,,chapitre ,,xxxvii4--,comme nous pleurons et rions d'vne mesme chose4 #djd ,,chapitre ,,xxxviii4--,de la solitude4 #daj ,,chapitre ,,xxxix4--,consideration sur ,cicron4 #dcj ,,chapitre ,,xl4--,que le goust des biens et des maux despend en bonne partie de l'opinion que nous en auons4--,le bien et le mal qui nous arrivent1 ne sont souvent tels que par l'ide que nous nous en faisons4 #ddj ,,chapitre ,,xli4--,de ne communiquer sa gloire4--,l'homme n'est pas port abandonner d'autres la gloire qu'il a acquise4 #dgf ,,chapitre ,,xlii4--,de l'inegalit qui est entre nous4 #dhj ,,chapitre ,,xliii4--,des loix somptuaires4 #dif ,,chapitre ,,xliv4--,du dormir4 #ejj ,,chapitre ,,xlv4--,de la battaille de ,dreux4 #ejd ,,chapitre ,,xlvi4--,des noms4 #ejh ,,chapitre ,,xlvii4--,de l'incertitude de nostre iugement4 #eah ,,chapitre ,,xlviii4--,des destriers4--,des chevaux d'armes4 #ebh ,,chapitre ,,xlix4--,des coustumes anciennes4--,des coutumes des anciens4 #edd ,,chapitre ,l4--,de ,democritus et ,heraclitus4 #eeb ,,chapitre ,,li4--,de la vanit des parolles4 #eeh ,,chapitre ,,lii4--,de la parsimonie des anciens4 #efd ,,chapitre ,,liii4--,d'vn mot de ,csar4 #efd ,,chapitre ,,liv4--,des vaines subtilitez4--,inanit de certaines subtilits4 #eff ,,chapitre ,,lv4--,des senteurs4--,des odeurs4 #egd ,,chapitre ,,lvi4--,des prieres4 #egh ,,chapitre ,,lvii4--,de l'aage4 #eid ,,livre ,,second4 ,,chapitre ,i4--,de l'inconstance de nos actions4 #fjj ,,chapitre ,,ii4--,de l'yurongnerie4 #fab ,,chapitre ,,iii4--,coustume de l',isle de ,cea4 #fbh ,,chapitre ,,iv4--,a demain les affaires4 #fed ,,chapitre ,v4--,de la ,conscience4 #feh ,,chapitre ,,vi4--,de l'exercitation4--,de l'exercice4 #ffd ,,errata ,,du ,,premier ,,volume4 ,page #ejb1 lig4 #dc4--;,au lieu de3 esfleue lire3 esleue 99 99 99 ,,addition ,,aux ,,errata ,,du ,,premier ,,volume4 7publi dans le volume ,,ii7 ,page #ad1 dernire ligne du ,nota4--,au lieu de3 ,notes ,i1 #ad1 ,i1 ,liure1 lire3 ,notes1 ,i1 #ad1 ,,av ,,lectevr4 ,page #edf1 lig4 #ad4--;,au lieu de3 sinistris sagos1 lire3 sinistras sagis4 ,,addition ,,aux ,,errata ,,du ,,premier ,,volume4 7publi dans le volume ,,iii7 ,page #bah1 lig4 #ba4--;,au lieu de3 foy1 lire soy4 99 99 99 99 99 ,liste des modifications3 ,original3 ,page #ad3 visue remplac par vifue 7ils nourrissent plus entiere et plus vifue7 ,page #bd3 derniert par derniere 7que de cette derniere secousse7 ,page #bf3 transsis par transis 7de nous sentir saisis1 transis7 3 persuations par persuasions 7nos plaintes et nos persuasions7 ,page #dj3 amitit par amittit 7,ventus vt amittit vires7 ,page #ef3 que par qui 7,ils ne font rien qui vaille47 ,page #gb3 ,i'enten par ,i'entens 7,i'entens bien1 morne pour vn autre7 ,page #gh3 souplesse par soupplesse 7qu'il n'y a soupplesse de corps7 ,page #hj3 pour par par 7d'autant que par sa violence et vitesse7 ,page #ih3 esblouissements par esblouissemens 7qu'elle engendre de terribles esblouissemens7 ,page #aaf3 larmes par armes 7d'emprunter les armes de la coardise7 ,page #aah3 fust ce uure par fust ce 7fust ce d'vne heure7 ,page #aih3 s'abandonner par l'abandonner 7qu'il ne craingnoit point de l'abandonner7 ,page #bad3 fauent par sauent 7ils sauent la ,theorique7 3 souuenanee par souuenance 7qu'ils ont la souuenance assez pleine7 ,page #bdd3 ,combien par ,comme 7,comme il n'affiert qu'aux grands ,potes7 ,page #bfd3 ajout que 7de ce que ie say faire7 ,page #bid3 iugegement par iugement 7soit en sauoir1 iugement et suffisance87 ,page #chj3 prinicipaux par principaux 7chefs principaux de cette heresie7 ,page #chb3 u 'il par qu'il 7qu'il ne soit pas de mon propos7 ,page #cib3 euuiron par enuiron 7enuiron soubs mesme ciel7 ,page #cid3 n'en par d'en 7et qui ne fait que d'en venir7 ,page #ddb3 faueur par saueur 7qu'il depende de nous de luy donner autre saueur7 ,page #dfb3 besongues par besongnes 7on portoit emmy ses besongnes de nuict7 ,page #eaj3 esehauffez par eschauffez 7eschauffez de la feste7 ,page #ecj3 ,italieus par ,italiens 7,et ce que les ,italiens disent7 ,page #eef3 plenrer par pleurer 7plus plaisant de rire que de pleurer7 ,page #egf3 u par au 7,comme on remarqua singulierement au seruice7 ,page #fjd3 elte par elle 7elle ne s'estoit pas tue7 ,page #fab3 manx par maux 7distinguer les biens et les maux7 ,page #fcf3 quelquefeis par quelquefois 7le viure est quelquefois constance7 ,page #fed3 serr par ferr 7vn autheur si espineux et ferr7 ,page #fhb3 se par le 7y trouuant tant de milliers d'esprits1 qui le foulent aux pieds7 ,traduction3 ,page #ae3 astrique remplac par astrisque 7sont signales par un astrisque7 ,page #da3 objects par objets 7des objets auxquels7 ,page #ii3 baise par baisse 7il alla donner tte baisse7 ,page #bac3 ne ne par ne 7s'il ne les digre pas7 ,page #big3 ,,chaptre par ,,chapitre 7,,chapitre ,,xxvii47 ,page #cbe3 recueilir par recueillir 7de recueillir quelque grand fruit7 ,page #cca3 maintetenant par maintenant 7pargnez-moi maintenant7 ,page #cfa3 le par les 7les moindres et celles7 ,page #dge3 semple par semble 7il semble courbe7 ,page #dii3 deux par d'eux 7si loin qu'on se trouve d'eux7 ,page #ebc3 longemps par longtemps 7depuis longtemps ils avaient perdu7 ,page #ebe3 surrexcitation par surexcitation 7l'imptuosit et la surexcitation7 ,page #efi3 faon par faons 7de combien de faons on pouvait ranger7 ,page #fbc3 surrexcits par surexcits 7s'ils n'taient un peu surexcits7 ,page #fgc3 tranformant par transformant 7se transformant en bourreaux7 ,page #fhf3 lacun par lacune 7,une lacune de notre administration7