,note sur la ,transcription4 ,l'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t harmonise4 ,les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges4 ,une liste d'autres corrections faites se trouve la fin du livre4 ,marquage3 mots en gras ,,consid,,rations ,,inactuelles ,,deuxi,,me ,s,,rie ,,ouvrages ,,du ,m,,me ,,auteur3 ,,pages ,,choisies1 publies par ,,henri ,,albert1 avec une prface4 ,portrait de ,frdric ,nietzsche grav sur bois par ,,julien ,,tinayre #a vol4 ,l',,origine ,,de ,,la ,,trag,,die1 ou ,hellnisme et ,pessimisme1 traduit par ,,jean ,,marnold et ,,jacques ,,morland #a vol4 ,,consid,,rations ,,inactuelles 7,david ,strauss4 ,les ,etudes historiques71 traduit par ,,henri ,,albert #a vol4 ,,humain1 ,,trop ,,humain 7,ire partie71 traduit par ,a4-,m4 ,,desrousseaux #b vol4 ,,le ,,voyageur ,,et ,,son ,,ombre1 ,opinions et ,sentences mles 7,humain1 trop humain1 ,i,ie partie71 traduit par ,,henri ,,albert #a vol4 ,,aurore 7,rflexions sur les ,prjugs moraux72 traduit par ,,henri ,,albert #a vol4 ,,le ,,gai ,,savoir 7,la ,gaya ,scienza71 traduit par ,,henri ,,albert #a vol4 ,,ainsi ,,parlait ,,zarathoustra1 traduit par ,,henri ,,albert #a vol4 ,,par ,,dela ,,le ,,bien ,,et ,,le ,,mal1 ,prlude d'une philosophie de l',avenir1 traduit par ,,henri ,,albert #a vol4 ,,la ,g,n,,alogie ,,de ,,la ,,morale1 traduit par ,,henri ,,albert #a vol4 ,,le ,,cr,,puscule ,,des ,,idoles1 ,,le ,,cas ,,wagner1 ,,nietzsche ,,contre ,,wagner1 ,l',,ant,,christ1 traduits par ,,henri ,,albert #a vol4 ,,la ,,volont ,,de ,,puissance1 ,essai d'une transmutation de toutes les valeurs1 traduit par ,,henri ,,albert #b vol4 ,,ecce ,,homo1 suivi des ,,po,,sies1 traduit par ,,henri ,,albert #a vol4 ,,uvres ,,compl,,tes ,,de ,,fr,d,,ric ,,nietzsche ,,publi,,es ,,sous ,,la ,,direction ,,de ,,henri ,,albert ,,fr,d,,ric ,,nietzsche ,considrations inactuelles ,,deuxi,,me ,s,,rie ,schopenhauer ducateur ,richard ,wagner ,bayreuth ,,traduit ,,par ,,henri ,,albert ,illustration ,,paris ,,mercvre ,,de ,,france ,,xxvi1 ,,rve ,,de ,,cond1 ,,xxvi ,,mcmxxii ,,il ,a ,t ,,tir3 #ab exemplaires sur ,hollande van ,gelder numrots la presse de #a #ab4 ,,justification ,,du ,,tirage3 #ffj ,tous droits de reproduction et d'adaptation rservs pour tous pays4 ,i ,,schopenhauer ,,ducateur 7#ahgd7 #a4 ,ce voyageur1 qui avait vu beaucoup de pays et de peuples1 et visit plusieurs parties du monde1 et qui l'on demandait quel tait le caractre gnral qu'il avait retrouv chez tous les hommes1 rpondait que c'tait leur penchant la paresse4 ,certaines gens penseront qu'il et pu rpondre avec plus de justesse3 ils sont tous craintifs4 ,au fond1 tout homme sait fort bien qu'il n'est sur la terre qu'une seule fois1 en un exemplaire unique1 et qu'aucun hasard1 si singulier qu'il soit1 ne runira1 pour la seconde fois1 en une seule unit1 quelque chose d'aussi multiple et d'aussi curieusement ml que lui4 ,il le sait1 mais il s'en cache1 comme s'il avait mauvaise conscience4 ,pourquoi8 ,par crainte du voisin1 qui exige la convention et s'en enveloppe lui-mme4 ,mais qu'est-ce qui force l'individu craindre le voisin1 penser1 agir selon le mode du troupeau1 et ne pas tre content de lui-mme8 ,la pudeur peut-tre chez certains1 mais ils sont rares4 ,chez le plus grand nombre1 c'est le got des aises1 la nonchalance1 bref ce penchant la paresse dont parle le voyageur4 ,il a raison3 les hommes sont encore plus paresseux que craintifs1 et ce qu'ils craignent le plus ce sont les embarras que leur occasionneraient la sincrit et la loyaut absolues4 ,les artistes seuls dtestent cette attitude relche1 faite de convention et d'opinions empruntes1 et ils dvoilent le mystre1 ils montrent la mauvaise conscience de chacun1 affirmant que tout homme est un mystre unique4 ,ils osent nous montrer l'homme tel qu'il est lui-mme et lui seul1 jusque dans tous ses mouvements musculaires2 et mieux encore1 que1 dans la stricte consquence de son individualit1 il est beau et digne d'tre contempl1 qu'il est nouveau et incroyable comme toute uvre de la nature1 et nullement ennuyeux4 ,quand le grand penseur mprise les hommes1 il mprise leur paresse1 car c'est cause d'elle qu'ils ressemblent une marchandise fabrique1 qu'ils paraissent sans intrt1 indignes qu'on s'occupe d'eux et qu'on les duque4 ,l'homme qui ne veut pas faire partie de la masse n'a qu' cesser de s'accommoder de celle-ci2 qu'il obisse sa conscience qui lui dit3 ,sois toi-mme6 ,tout ce que tu fais maintenant1 tout ce que tu penses et tout ce que tu dsires1 ce n'est pas toi qui le fais1 le penses et le dsires4 ,toute jeune me entend cet appel de jour et de nuit1 et il la fait frmir1 car elle devine la mesure de bonheur qui lui est dpartie de toute ternit quand elle songe sa vritable dlivrance4 ,mais ce bonheur elle ne saurait l'atteindre d'aucune faon1 tant qu'elle demeure prisonnire dans les chanes des opinions et de la crainte4 ,et combien1 sans cette dlivrance1 la vie peut tre dsesprante et dpourvue de signification6 ,il n'y a pas1 dans la nature1 de crature plus morne et plus rpugnante que l'homme qui a chapp son gnie1 et qui maintenant louche droite et gauche1 derrire lui et partout4 ,en fin de compte1 on ne peut plus mme attaquer un pareil homme1 car il est tout de surface1 sans noyau vritable2 il est comme un vtement dfrachi1 mis neuf et que l'on fait bouffer1 comme un fantme galonn qui ne peut plus inspirer la crainte et certainement pas la piti4 ,si l'on dit juste titre du paresseux qu'il tue le temps1 il faut veiller srieusement ce qu'une poque qui place son salut dans l'opinion publique1 c'est--dire dans la paresse prive1 soit vritablement une fois mise mort2 je veux dire par l qu'elle doit tre raye de l'histoire de la dlivrance vritable de la vie4 ,combien grande devra tre la rpugnance des gnrations futures1 lorsqu'elles auront s'occuper de l'hritage de cette priode au cours de laquelle ce ne furent pas des hommes vivants qui gouvernrent1 mais des apparences d'hommes pensant publiquement4 ,a cause de cela notre poque passera peut-tre1 aux yeux de quelque lointaine postrit1 pour la tranche la plus obscure et la plus immense de l'histoire1 parce que la plus inhumaine4 ,je parcours les nouvelles rues de nos villes et j'imagine que de toutes ces affreuses maisons construites par la gnration de ceux qui pensent publiquement il ne restera plus rien dans un sicle et qu'alors les opinions de ces constructeurs de maisons se seront probablement croules elles aussi4 ,combien1 au contraire1 ceux qui n'ont pas le sentiment qu'ils sont les citoyens de ce temps ont le droit d'tre pleins d'esprance4 ,s'ils taient de ce temps ils contribueraient sa destruction et priraient avec lui1 tandis qu'au contraire ils veulent veiller le temps une vie nouvelle1 pour se perptuer dans cette vie mme4 ,mais1 lors mme que l'avenir ne nous laisserait rien esprer1 la singulire existence que nous menons1 prcisment dans cet aujourd'hui1 nous encourage le plus fortement vivre selon notre propre mesure1 conformment nos propres lois4 ,n'est-il pas inexplicable que nous vivions en ce moment1 alors qu'un temps infini nous a forms1 que nous ne disposions que de notre brve existence actuelle1 au cours de laquelle nous devons montrer pourquoi et dans quel dessein nous sommes ns prcisment aujourd'hui8 ,nous avons rpondre de notre existence devant nous-mmes2 c'est pourquoi nous voulons tre aussi les vritables pilotes de cette existence et ne pas permettre que notre vie ressemble un hasard sans ides directrices4 ,il faut la traiter avec quelque peu d'audace et l'envisager dangereusement1 d'autant plus qu'au meilleur comme au pire des cas1 il ne peut nous arriver que de la perdre4 ,pourquoi s'attacher cette glbe1 pourquoi tenir tel mtier1 pourquoi tendre l'oreille pour couter ce que dit le voisin8 ,c'est bien petite ville que de s'engager des opinions qui ne comptent plus des centaines de lieux de distance4 ,l'orient et l'occident n'ont d'autre valeur que celle de quelques traits la craie que quelqu'un dessine devant nos yeux pour se moquer de notre poltronnerie4 ,je veux faire l'essai de parvenir la libert1 se dit la jeune me2 et elle devrait en tre empche parce que le hasard veut que deux nations se hassent et se combattent1 ou qu'il y ait une mer entre deux parties du monde1 ou qu'autour d'elle on enseigne une religion qui pourtant1 il y a quelques milliers d'annes1 n'existait pas encore4 ,tout cela1 ce n'est pas toi1 se dit-elle4 ,personne ne peut te construire le pont sur lequel toi tu devras franchir le pont de la vie1 personne hormis toi seul4 ,il est vrai qu'il existe d'innombrables sentiers et d'innombrables ponts et d'innombrables demi-dieux qui veulent te conduire travers le fleuve2 mais le prix qu'ils te demanderont ce sera le sacrifice de toi-mme2 il faut que tu te donnes en gage et que tu te perdes4 ,il y a dans le monde un seul chemin que personne ne peut suivre en dehors de toi4 ,o conduit-il8 ,ne le demande pas4 ,suis-le4 ,qui donc a prononc ces paroles3 un homme ne s'lve jamais plus haut que lorsqu'il ne sait pas o son chemin peut le conduire8 ,mais comment pouvons-nous nous retrouver nous-mmes8 ,comment l'homme peut-il se connatre8 ,ce sont l des questions difficiles rsoudre4 ,si le livre a sept peaux1 l'homme peut s'en enlever sept fois septante sans qu'il puisse dire ensuite3 ,cela est maintenant vritablement toi1 ce n'est plus seulement une enveloppe4 ,de plus1 c'est l un geste cruel et dangereux que de fouiller ainsi soi-mme sa chair pour descendre brutalement1 par le plus court chemin1 dans le fond de son tre4 ,comme il arrive facilement qu'on se blesse1 sans qu'aucun mdecin puisse nous gurir6 ,a quoi cela servirait-il1 en outre1 si tout tmoigne de notre tre1 nos amitis et nos inimitis1 notre regard et nos serrements de mains1 notre mmoire et ce que nous oublions1 nos livres et les traits de notre plume8 ,mais il y a un moyen pour faire cette enqute importante4 ,que la jeune me jette un coup d'il sur sa vie passe et qu'elle se pose cette question3 ,qui as-tu vritablement aim jusqu' prsent8 ,qu'est-ce qui t'a attir et1 tout la fois1 domin et rendu heureux8 ,fais dfiler devant tes yeux la srie des objets que tu as vnrs4 ,peut-tre leur essence et leur succession te rvleront-elles une loi1 la loi fondamentale1 de ton tre vritable4 ,compare ces objets1 rends-toi compte qu'ils se compltent1 s'largissent1 se surpassent et se transfigurent les uns les autres1 qu'ils forment une chelle dont tu t'es servi jusqu' prsent pour grimper jusqu' toi4 ,car ton essence vritable n'est pas profondment cache au fond de toi-mme2 elle est place au-dessus de toi une hauteur incommensurable1 ou du moins au-dessus de ce que tu considres gnralement comme ton moi4 ,tes vrais ducateurs1 tes vrais formateurs te rvlent ce qui est la vritable essence1 le vritable noyau de ton tre1 quelque chose qui ne peut s'obtenir ni par ducation1 ni par discipline1 quelque chose qui est1 en tous les cas1 d'un accs difficile1 dissimul et paralys4 ,tes ducateurs ne sauraient tre autre chose pour toi que tes librateurs4 ,c'est le secret de toute culture1 elle ne procure pas de membres artificiels1 un nez en cire ou des yeux lunettes2 par ces adjonctions on n'obtient qu'une caricature de l'ducation4 ,mais la culture est une dlivrance2 elle arrache l'ivraie1 dblaye les dcombres1 loigne le ver qui blesse le tendre germe de la plante2 elle projette des rayons de lumire et de chaleur2 elle est pareille la chute bienfaisante d'une pluie nocturne4 ,imitant et adorant la nature1 lorsque celle ci est maternelle et compatissante1 elle accomplit l'uvre de la nature lorsqu'elle prvient ses coups impitoyables et cruels1 pour les faire tourner au bien1 lorsqu'elle jette un voile sur ses impulsions de martre et ses tristes draisons4 ,certes1 il existe d'autres moyens de se retrouver1 de revenir soi-mme de l'engourdissement o l'on vit gnralement comme envelopp d'un sombre nuage1 mais je n'en connais point de meilleur que de revenir son ducateur1 celui qui nous a forms4 ,et c'est pourquoi je veux me souvenir aujourd'hui de ce matre et de ce censeur dont je puis me glorifier1 d',arthur ,schopenhauer1 quitte rendre plus tard hommage d'autres encore4 #b4 ,si je veux dcrire quel vnement ce fut pour moi lorsque je jetai un premier coup d'il sur les crits de ,schopenhauer1 il faut que je m'arrte un peu cette image qui1 dans ma jeunesse1 se prsentait mon esprit1 frquente et imprieuse1 comme nulle autre4 ,lorsque je me laissais aller jadis vagabonder plaisir pour formuler des souhaits1 je me disais que le terrible effort et l'imprieux devoir de m'duquer moi-mme pourraient m'tre enlevs par le destin s'il m'arrivait de trouver temps un philosophe qui serait mon ducateur1 un vrai philosophe qui l'on pourrait obir sans hsitation parce qu'on aurait plus confiance en lui qu'en soi-mme4 ,il m'arrivait alors de me demander quels seraient les principes en vertu desquels il m'duquerait1 et je rflchissais ce qu'il penserait des deux principes d'ducation en usage aujourd'hui4 ,l'un exige de l'ducateur qu'il reconnaisse immdiatement les dons particuliers de ses lves et qu'il dirige ensuite toutes les forces et toutes les facults vers cette unique vertu pour l'amener la maturit vritable et la fcondit4 ,l'autre maxime veut1 par contre1 que l'ducateur discerne et cultive toutes les forces pour tablir entre elles un rapport harmonieux4 ,mais faudrait-il contraindre celui qui a un penchant dcid vers l'orfvrerie cultiver1 cause de cela1 la musique8 ,devrait-on donner raison au pre de ,benvenuto ,cellini1 qui obligea son fils retourner toujours au doux cornet1 alors que celui-ci ne parlait de son instrument qu'en l'appelant ce maudit sifflet8 ,on n'approuvera pas un pareil procd en face de dons qui s'affirment avec tant de prcision4 ,cette maxime du dveloppement harmonieux ne devrait donc tre applique que sur des natures plus faibles1 qui sont peut-tre un repaire de besoins et de penchants1 mais si on les prend isolment1 ou en bloc1 ne signifient pas grand'chose4 ,or1 o donc trouvons-nous l'ensemble harmonieux et la consonance de plusieurs voix en une seule nature1 o donc admirons-nous davantage l'harmonie1 si ce n'est prcisment chez des hommes tels que ,cellini en tait un1 des hommes chez qui tout1 la connaissance1 le dsir1 l'amour1 la haine tendaient vers un noyau1 vers une force originelle et o nat prcisment1 par la prpondrance imprieuse et souveraine de ce centre vivant1 un systme harmonieux de mouvements8 ,il se peut donc que les deux maximes ne soient pas du tout en contradiction4 ,peut-tre l'une affirme-t-elle seulement que l'homme doit avoir un centre et l'autre qu'il doit avoir aussi une priphrie4 ,ce philosophe ducateur1 dont je rvais part moi1 ne se contenterait probablement pas de dcouvrir la force centrale1 mais il saurait viter aussi qu'elle exerce une action destructive sur les autres forces3 la tche de son uvre ducatrice devrait tre1 mon sens1 de transformer l'homme tout entier en un systme solaire et plantaire1 vivant et mouvant1 et de reconnatre la loi de sa mcanique suprieure4 ,toujours est-il que ce philosophe me manquait et je continuai ttonner et l4 ,je me rendis compte quel point nous sommes d'aspect misrable1 nous autres hommes modernes1 si on nous compare aux ,grecs et aux ,romains1 ne ft-ce que par rapport la comprhension svre et srieuse des tches ducatrices4 ,on peut parcourir toute l',allemagne avec le cur anim d'un pareil besoin1 on peut aller d'une ,universit l'autre sans trouver ce que l'on cherche2 des dsirs infiniment moindres et beaucoup plus simples n'y trouvent pas leur ralisation4 ,celui qui1 parmi les ,allemands1 voudrait par exemple faire srieusement son ducation d'orateur1 celui qui aurait l'intention de se mettre l'cole de l'crivain1 ne trouverait nulle part ni matre1 ni cole4 ,on ne parat pas encore avoir song ici que parler et crire sont des arts qui ne peuvent tre acquis sans la direction la plus attentive et l'apprentissage le plus laborieux4 ,mais rien ne dmontre1 d'une faon plus marque et plus humiliante1 le sentiment de satisfaction prtentieuse que les contemporains prouvent l'gard d'eux-mmes1 si ce n'est la mdiocrit1 moiti parcimonieuse1 moiti tourdie1 des prtentions qu'ils imposent aux ducateurs et aux matres4 ,de quoi se contente-t-on1 mme parmi les gens les plus distingus et les mieux duqus1 sous le nom de prcepteur6 ,quel ramassis de cerveaux confus et d'organisations dmodes est souvent dsign sous le nom de gymnase et trouv bon8 ,qu'est-ce qui nous suffit tous comme tablissement suprieur d'instruction publique1 comme ,universit1 quels conducteurs1 quelles institutions1 quand on songe la difficult de la tche qui consiste duquer un homme pour qu'il devienne un homme8 ,mme la faon tant admire dont les savants allemands se jettent sur leur tche montre avant tout que ceux-ci pensent plus la science qu' l'humanit1 qu'on leur inculque le dsir de se sacrifier la science comme une troupe perdue1 pour dresser ensuite de nouvelles gnrations ce sacrifice4 ,la frquentation de la science1 si elle n'est dirige et endigue par les maximes les plus leves de l'ducation1 mais si on la dchane toujours davantage1 d'aprs le principe que plus il y en a1 mieux cela vaudra1 cette frquentation est certainement aussi dangereuse pour les savants que le principe conomique du laisser faire pour la moralit des peuples tout entiers4 ,qui donc se souvient encore que l'ducation des savants1 chez qui l'humanit ne doit tre ni abandonne ni dessche1 est un des problmes les plus difficiles6 ,et pourtant on peut en apercevoir la difficult si l'on fait attention aux nombreux exemplaires qui ont t dforms par un abandon trop prcoce la science et qui ont conserv de cette occupation mme une gibbosit4 ,mais il existe encore une preuve plus importante1 qui tmoigne de l'absence de toute ducation suprieure1 une preuve plus imposante1 plus dangereuse et1 avant tout1 plus gnrale1 s'il apparat1 ds l'abord1 clairement pourquoi un orateur1 un crivain1 ne peuvent tre duqus aujourd'hui1--parce qu'il n'y a pour eux point d'ducateurs--2 s'il apparat presque tout aussi clairement pourquoi un savant s'altre et se tortille maintenant forcment l'esprit--parce que c'est la science1 c'est--dire une abstraction inhumaine qui doit l'duquer1--on peut se demander un jour o se trouvent au fond1 pour nous tous1 savants et ignorants1 nobles et vilains1 les modles moraux1 les clbrits parmi nos contemporains qui seraient l'incarnation visible de toute morale cratrice de ce temps8 ,o donc a pass toute rflexion au sujet des questions morales dont se sont proccupes de tous temps les socits les plus volues8 ,il n'existe plus d'hommes illustres qui cultivent ces questions2 personne ne se livre plus des mditations qui s'y rattachent2 de fait1 on se nourrit sur le capital de moralit que nos anctres ont amass et que nous ne nous entendons pas augmenter au lieu de le gaspiller2 dans notre socit1 ou bien on ne parle pas de pareilles choses1 ou bien on en parle avec une maladresse et une inexprience naturalistes qui provoquent forcment la rpugnance4 ,c'est au point que nos coles et nos matres font maintenant abstraction de toute ducation morale ou qu'ils se tirent d'affaire avec des formules3 et le mot vertu est un mot qui ne dit plus rien ni au matre ni l'lve1 un mot de l'ancien temps dont on sourit2 et c'est pis encore lorsqu'on ne sourit pas1 car alors on fait l'hypocrite4 ,l'explication de cette mollesse et de l'tiage infrieur de toutes les forces morales est difficile et complique4 ,mais nul ne peut considrer l'influence du christianisme victorieux sur la moralit du monde ancien1 sans tenir compte aussi de la rpercussion qu'exerce la dfaite du christianisme1 c'est--dire le sort qui l'attend notre poque avec une certitude de plus en plus grande4 ,le christianisme1 par l'lvation de son idal1 a tellement renchri sur les anciens systmes de morale et sur le naturel qui rgnait galement dans tous ces systmes1 qu'en face de ce naturel les sens se sont mousss jusqu' l'curement2 ensuite1 tout en admettant encore cette qualit suprieure sans tre capable de la raliser1 on n'tait capable1 quoi qu'on en et1 de revenir au bien et la grandeur1 c'est--dire cette vertu antique4 ,dans ce va-et-vient entre le christianisme et l'antiquit1 entre un timide et mensonger christianisme de murs et un got de l'antiquit tout aussi dcourag et tout aussi embarrass1 vit l'homme moderne et il s'en trouve fort mal2 la crainte hrditaire du naturel et encore le charme renouvel de ce naturel1 le dsir de trouver un appui quel qu'il soit1 la faiblesse de la connaissance qui vacille entre le bien et le meilleur1 tout cela engendre dans l'me moderne une inquitude et un dsordre qui la condamnent tre strile et sans joie4 ,jamais on n'avait davantage besoin d'ducateurs moraux et jamais il ne fut plus improbable qu'on les trouverait4 ,a des poques o les mdecins sont le plus ncessaires1 dans les cas de grandes pidmies1 ils sont aussi le plus exposs au danger4 ,car o sont les mdecins de l'humanit moderne1 assez bien portants et assez solides sur leurs jambes pour pouvoir soutenir quelqu'un d'autre et le conduire par la main8 ,il y a un certain assombrissement1 une sorte d'apathie qui pse sur les meilleures personnalits de notre temps1 un ternel mcontentement provoqu par la lutte entre la simulation et la loyaut qui se livre au fond de leur tre1 une inquitude qui leur enlve la confiance en eux-mmes1 et c'est celle qui les rend tout fait incapables d'tre la fois les conducteurs et les censeurs des autres4 ,c'est donc vraiment s'carter du but de ses dsirs que de s'imaginer trouver comme ducateur un vrai philosophe qui pourrait nous sortir de l'insuffisance conditionne par la misre de notre poque1 pour nous enseigner tre de nouveau simples et honntes aussi bien dans notre pense que dans notre vie1 c'est--dire inactuels1 le mot pris dans son sens le plus profond2 car les hommes sont maintenant devenus si multiples et si compliqus1 qu'il leur faut devenir dloyaux ds qu'ils veulent parler1 poser des affirmations et agir d'aprs celles-ci4 ,etant ainsi agit par des aspirations1 des besoins et des dsirs1 j'appris connatre ,schopenhauer4 ,j'appartiens ces lecteurs de ,schopenhauer qui1 aprs qu'ils ont lu de lui la premire page1 savent avec certitude qu'ils liront l'uvre entire et qu'ils couteront chacune des paroles qu'il a crites4 ,ma confiance en lui fut soudaine et aujourd'hui elle est encore la mme que celle qu'elle tait il y a neuf ans4 ,je le compris comme s'il avait crit mon intention2 ceci pour m'exprimer d'une faon intelligible bien qu'immodeste et sotte4 ,de l vint que je n'ai jamais trouv chez lui un paradoxe1 bien que j'aie relev a et l de petites erreurs1 car que sont les paradoxes sinon des affirmations qui n'inspirent pas confiance1 parce que l'auteur les lana sans y croire vraiment1 voulant seulement briller et sduire par leur moyen1 simplement se donner une attitude8 ,schopenhauer ne prend jamais d'attitude1 car il crit pour lui-mme et personne n'aime tre dup1 le philosophe moins que quiconque1 lui qui a mme rig en rgle3 ne trompe personne1 pas mme toi-mme6 ,ne trompe mme pas avec la complaisante duperie sociale que comporte presque chaque entretien et que les crivains imitent presque inconsciemment2 moins encore au moyen de la duperie plus consciente qui part de la tribune de l'orateur et qui se sert des moyens artificiels de la rhtorique4 ,schopenhauer1 tout au contraire1 se parle lui-mme1 et si l'on veut1 tout prix1 s'imaginer un auditeur1 qu'on songe au fils que son pre instruit4 ,c'est un panchement loyal1 rude et cordial1 devant un auditeur qui coute avec amour4 ,des crivains de ce genre nous font dfaut4 ,un sentiment de bien-tre vigoureux s'empare de nous ds que nous entendons le son de sa voix2 il en est de nous comme si nous pntrions dans une haute futaie3 nous respirons soudain plus librement et nous nous sentons renatre4 ,il y a ici un air fortifiant1 toujours pareil1 nous disons-nous2 il y a ici un calme et un naturel inimitables1 tels que l'prouvent des hommes qui se sentent matres dans leur propre maison1 dans une trs riche maison1 et cela en opposition avec les crivains qui1 quand ils ont une fois t spirituels1 s'en tonnent le plus eux-mmes1 leur dbit prenant de ce fait quelque chose d'inquiet et d'antinaturel4 ,de mme1 quand ,schopenhauer parle1 nous ne nous rappelons pas le savant que la nature a dou de membres engourdis et inhabiles1 le savant la poitrine troite1 au geste anguleux et embarrass ou la dmarche arrogante4 ,tout au contraire1 l'me rude et un peu sauvage de ,schopenhauer apprend1 non tant regretter qu' mpriser la souplesse et la grce de courtisans des bons crivains franais1 et personne ne dcouvrirait chez lui cette imitation apparente1 en quelque sorte plaque des ,franais1 dont certains crivains allemands tirent vanit4 ,l'expression de ,schopenhauer me fait souvenir et l quelque peu de ,gthe1 mais autrement elle ne me rappelle aucun modle allemand4 ,car ,schopenhauer s'entend dire simplement ce qui est profond et ce qui est mouvant sans rhtorique1 ce qui est svrement scientifique sans pdanterie4 ,de quel matre allemand aurait-il pu apprendre cela8 ,aussi se tient-il loign de la manire pointilleuse et mobile l'excs de ,lessing1 cette manire trs peu allemande1 s'il m'est permis de la qualifier ainsi2 et ceci constitue un mrite1 vu que ,lessing1 pour ce qui est de l'expression en prose1 est l'auteur allemand le plus sduisant4 ,et pour dire ds maintenant le suprme de ce que je puis dire de son procd d'exposition1 je veux rapporter lui-mme cette phrase qu'il a crite3 ,il faut qu'un philosophe soit trs loyal pour ne se servir d'aucun accessoire potique ou rhtorique4 ,que la probit soit quelque chose1 que ce soit mme une vertu1 c'est l1 vrai dire1 notre poque d'opinion publique1 une de ces opinions prives dont l'affirmation est interdite4 ,et c'est pourquoi je n'aurai pas lou ,schopenhauer1 mais je l'aurai seulement caractris lorsque j'aurai rpt3 il est loyal1 mme en tant qu'crivain2 si peu d'crivains le sont que l'on devrait en somme se mfier de tous les hommes qui crivent4 ,il n'y a qu'un seul crivain que je place au mme rang que ,schopenhauer pour ce qui est de la probit1 et je le place mme plus haut1 c'est ,montaigne4 ,qu'un pareil homme ait crit1 vritablement la joie de vivre sur terre s'en trouve augmente4 ,pour ma part1 du moins1 depuis que j'ai connu cette me1 la plus libre et la plus vigoureuse qui soit1 il me faut dire ce que ,montaigne disait de ,plutarque3 ,a peine ai-je jet un coup d'il sur lui qu'une cuisse ou une aile m'ont pouss#a4 ,c'est avec lui que je tiendrais1 si la tche m'tait impose de m'acclimater sur la terre4 ,en dehors de la probit1 il y a encore une autre qualit que ,schopenhauer a en commun avec ,montaigne1 c'est une vritable srnit rassrnante1 aliis ltus1 sibi sapiens4 ,car il existe deux faons trs diffrentes de srnit4 ,le penseur vritable rassrne et rconforte toujours quoi qu'il exprime1 sa gravit ou sa plaisanterie1 son entendement humain ou son indulgence divine2 il le fait sans gestes moroses1 mains tremblantes ou yeux mouills1 mais avec assurance et simplicit1 avec force et courage1 peut-tre d'une faon chevaleresque et dure1 en tous les cas comme quelqu'un qui est victorieux4 ,or1 c'est cela prcisment qui rassrne le plus profondment et le plus cordialement de voir le dieu victorieux ct de tous les monstres qu'il a combattus4 ,songez1 par contre1 la srnit telle qu'on la rencontre de-ci de-l chez les crivains mdiocres et chez les penseurs a courte vue2 la lecture seule suffit pour nous autres nous plonger dans la misre3 c'est le sentiment que j'ai prouv1 par exemple1 devant la srnit de ,strauss4 ,on a vritablement honte d'avoir des contemporains aussi sereins1 parce qu'ils compromettent votre poque et nous autres hommes auprs de la postrit4 ,ces joyeux compagnons ne voient pas les souffrances et les calamits qu'ils prtendent apercevoir et combattre en leur qualit de penseurs2 leur srnit chagrine1 car elle est une duperie1 parce qu'elle veut faire croire qu'il y a l une victoire4 ,la srnit cependant n'existe en somme que lorsqu'elle est le rsultat d'une victoire2 il en est ainsi dans les uvres des vrais penseurs1 aussi bien que dans toute uvre d'art4 ,que la matine soit terrible et srieuse1 autant que peut l'tre le problme de l'existence1 l'uvre ne paratra accablante et obsdante que lorsque le demi-penseur ou le demi-artiste l'aura touffe sous les exhalaisons de sa mdiocrit2 tandis que l'homme ne peut rien recevoir en partage de plus joyeux et de meilleur que de s'approcher d'un de ces victorieux qui1 parce qu'ils ont imagin ce qu'il y a de plus profond1 devront prcisment aimer ce qu'il y a de plus vivant et qui1 en sages1 devront finir par s'incliner vers le beau4 ,ils parlent vritablement1 ils ne se contentent pas de rpter en bgayant2 ils se meuvent et vivent vritablement1 non pas en se dissimulant d'une faon inquitante sous un masque1 comme font gnralement les hommes1 c'est pourquoi nous prouvons dans leur voisinage quelque chose de vraiment humain et de naturel et que nous aimerions nous crier comme ,gthe3 ,combien une chose vivante est magnifique et dlicieuse2 avec quelle mesure elle remplit ses conditions2 elle est vraie1 elle existe6 ,je ne fais que dcrire la premire impression1 en quelque sorte physiologique1 que ,schopenhauer a produite en moi3 ce rayonnement mystrieux de la puissance intime1 qu'un produit de la nature exerce sur un autre ds la premire et la plus lgre approche2 et quand je dcompose aprs coup cette impression1 j'y trouve trois lments1 car j'ai trouv chez ,schopenhauer de la loyaut1 de la srnit et de la constance4 ,il est honnte parce qu'il se parle et s'crit lui-mme et pour lui-mme1 rassrn parce qu'il a vaincu par la rflexion ce qu'il y a de plus difficile1 et constant parce qu'il convient qu'il soit ainsi4 ,sa force s'lve comme une flamme par un temps calme1 droite et lgre1 indiffrente1 sans tremblement et sans inquitude4 ,il trouve son chemin dans tous les cas1 sans que nous remarquions mme qu'il l'a cherch2 comme s'il y tait contraint par la loi de la pesanteur1 il marche devant lui1 sr et agile1 pouss par une ncessit4 ,celui qui a jamais senti ce que cela veut dire1 notre poque d'humanit niaise1 de trouver une fois un tre naturel1 d'un seul jet1 suspendu dans ses propres gonds1 un tre sans entraves et sans prjugs1 celui-ci comprendra le bonheur et l'tonnement qui s'emparrent de moi lorsque j'eus trouv ,schopenhauer4 ,je me doutais que j'avais dcouvert en lui cet ducateur et ce philosophe que j'avais si longtemps cherchs4 ,hlas6 je n'en possdais que l'expression travers les livres et c'tait l une vritable pnurie4 ,je m'efforais d'autant plus voir travers le livre et me figurer l'homme vivant dont je pouvais lire le grand testament et qui promettait de n'instituer ses hritiers que ceux qui voulaient et pouvaient tre plus que simplement ses lecteurs3 ses fils et ses lves4 #c4 ,je ne me soucie d'un philosophe qu'autant qu'il est capable de donner un exemple4 ,que par l'exemple il puisse tirer aprs lui des peuples tout entiers1 il n'y a cela aucun doute2 l'histoire de l',inde1 qui est presque l'histoire de la philosophie hindoue1 le dmontre4 ,mais l'exemple doit tre donn par la vie apparente et non point seulement par les livres1 c'est--dire de la faon dont enseignaient les philosophes de la ,grce1 par la mine1 l'attitude1 le costume1 la nourriture1 les murs1 plus que par la parole ou mme les crits4 ,combien de choses nous font encore dfaut en ,allemagne pour arriver cette courageuse visibilit d'une vie philosophique8 ,c'est peu peu seulement que chez nous les corps se dlivrent1 quand les esprits paraissent dj dlivrs depuis longtemps2 et pourtant c'est une illusion de croire qu'un esprit est libre et indpendant1 cette indpendance sans limites une fois ralise--et qui n'est au fond que la limitation volontaire du crateur--n'est pas dmontre nouveau par chaque regard1 chaque pas1 du matin au soir4 ,kant s'accrocha l',universit1 se soumit au ,gouvernement1 conserva l'apparence d'une foi religieuse1 supporta de vivre parmi des collgues et des tudiants4 ,il est donc naturel que son exemple engendra surtout des professeurs d',universit et une philosophie de professeurs4 ,schopenhauer ne s'embarrasse pas des castes savantes1 il se spare et aspire tre indpendant de l',etat et de la ,socit4 ,c'est l un exemple qu'il nous donne1 un modle qu'il nous propose d'imiter1 si nous voulons prendre ici1 comme point de dpart1 des circonstances extrieures4 ,mais beaucoup de degrs dans la libration de la vie philosophique sont encore inconnus parmi les ,allemands et ne pourront pas le rester toujours4 ,nos artistes vivent plus audacieusement et plus honntement2 le plus puissant exemple que nous ayons devant nos yeux1 celui de ,richard ,wagner1 nous montre comment le gnie ne doit pas craindre de se mettre en opposition rigoureuse avec les formes et les prescriptions tablies1 quand il veut lever la lumire l'ordre et la vrit suprieurs qui vivent en lui4 ,la vrit1 cependant1 que nos professeurs ont sans cesse la bouche1 apparat1 vrai dire1 comme un tre beaucoup moins exigeant1 dont il ne faut craindre ni dsordre ni infraction l'ordre tabli2 elle apparat comme une crature bonasse et aimant ses aises1 qui donne sans cesse1 tous les pouvoirs tablis1 l'assurance qu'elle ne causera jamais personne le moindre embarras1 car elle n'est1 aprs tout1 que la science pure4 ,or je voulais affirmer que la philosophie en ,allemagne doit dsapprendre de plus en plus d'tre une science pure et l'homme qu'est ,schopenhauer devrait nous servir d'exemple4 ,mais c'est vritablement un miracle et ce n'est rien moins que le fait qu'il ait pu s'lever devenir cet exemple humain1 car du dehors et du dedans il tait assailli en quelque sorte par les dangers les plus formidables qui eussent touff ou parpill toute crature plus faible4 ,il y avait1 ce qu'il-me semble1 une forte probabilit que ,schopenhauer disparatrait en tant qu'homme1 pour laisser au moins comme rsidu de la science pure2 mais cela encore seulement dans le cas le plus favorable1 car il semblait fort probable qu'il dt sombrer aussi bien comme homme que comme science4 ,un ,anglais moderne dcrit de la faon suivante le danger que courent le plus souvent les hommes extraordinaires qui vivent dans une socit mdiocre3 ,ces caractres exceptionnels commencent par tre humilis1 puis ils deviennent mlancoliques1 pour tomber malades ensuite et mourir enfin4 ,un ,shelley n'aurait pas pu vivre en ,angleterre et toute une race de ,shelley et t impossible4 ,nos ,hlderlin et nos ,kleist1 d'autres encore1 prirent parce qu'ils taient extraordinaires et qu'ils ne parvenaient pas supporter le climat de ce qu'on appelle la culture allemande4 ,seules des natures de bronze1 comme ,beethoven1 ,gthe1 ,schopenhauer et ,wagner1 parviennent supporter l'preuve4 ,mais chez eux aussi apparat1 dans beaucoup de traits et beaucoup de rides1 l'effet de cette lutte et de cette angoisse dprimante entre toutes3 leur respiration devient plus pnible et le ton qu'ils prennent est souvent forc4 ,ce diplomate sagace qui n'avait vu ,gthe et ne lui avait parl que superficiellement dclara ses amis3 ,voil un homme qui a de grands chagrins6 ,gthe interprta ces paroles en traduisant3 ,en voil un qui ne s'est pargn aucune peine6 ,et il ajoutait3 ,si sur les traits de notre visage les traces de souffrances surmontes1 d'actions accomplies ne peuvent s'effacer1 il n'est pas tonnant que ce qui reste de nous et de nos efforts porte aussi ces traces4 ,c'est l ce ,gthe que nos philistins de la culture dsignent comme le plus heureux des ,allemands1 pour dmontrer leur affirmation que1 quoi qu'on dise1 il doit tre possible de trouver le bonheur parmi eux4 ,ce disant ils ont l'arrire-pense qu'il ne faut pardonner personne qui1 au milieu d'eux1 serait malheureux et solitaire4 ,c'est pourquoi1 avec une grande cruaut1 ils ont pos et expliqu pratiquement le principe que son isolement est la consquence d'une faute secrte4 ,or1 ce pauvre ,schopenhauer avait1 lui aussi1 sur le cur1 une faute secrte1 celle de mettre plus de prix sa philosophie qu' ses contemporains2 de plus1 il avait le malheur de savoir prcisment par ,gthe qu'il lui fallait tout prix dfendre sa philosophie dans son existence mme contre l'indiffrence de ses contemporains4 ,car il existe une sorte de censure inquisitoriale que les ,allemands1 selon le jugement de ,gthe1 ont pousse son extrme limite1 c'est le silence inviolable4 ,par ce silence ils avaient dj atteint une chose1 c'est que la plus grande partie des exemplaires de la premire dition de l'uvre principale de ,schopenhauer fut mise au pilon4 ,devant le danger qui le menaait de voir sa grande action rduite nant par l'indiffrence il fut pris d'une inquitude terrible et difficile matriser2 aucun adepte de quelque importance ne se montrait4 ,nous sommes attrists de le voir enqute de la moindre trace de notorit et son triomphe tardif1 triomphe retentissant1 trop retentissant1 l'ide de se voir enfin vritablement lu 7legor et legar7 a pour nous quelque chose de saisissant et de douloureux4 ,tous les traits1 o il ne laissa pas voir la dignit du philosophe1 montrent prcisment l'homme qui souffre1 inquiet de ses biens les plus sacrs4 ,c'est ainsi qu'il tait tourment par le souci de perdre sa petite fortune et de ne plus pouvoir conserver son attitude vritablement antique vis--vis de la philosophie2 c'est ainsi que1 dans son dsir de rencontrer des hommes absolument confiants et compatissants1 il fit souvent fausse route1 revenant toujours avec un regard mlancolique son chien fidle4 ,ermite1 il l'tait absolument2 aucun ami partageant ses ides ne le consolait4 ,entre un seul et aucun1 comme entre le moi et le nant il y a ici un infini4 ,quiconque a de vritables amis sait ce que c'est que la vraie solitude1 lors mme qu'il aurait autour de lui le monde entier comme adversaire4 ,je vois bien que vous ne savez pas ce que c'est que l'esseulement4 ,partout o il y a eu des socits1 des gouvernements puissants1 des religions1 des opinions publiques dominantes1 bref1 partout o il y eut jamais de la tyrannie1 les philosophes solitaires ont t dtests2 car la philosophie ouvre aux hommes un asile o aucune tyrannie ne peut pntrer1 les cavernes de l'tre intime1 le labyrinthe de la poitrine1 et c'est ce qui exaspre les tyrans4 ,voil le refuge des solitaires1 mais l aussi un grand danger les guette4 ,ces hommes1 dont la libert s'est rfugie au fond d'eux mmes1 sont aussi condamns vivre extrieurement1 tre visibles1 se faire voir2 ils ont d'innombrables relations humaines par leur naissance1 leur milieu1 leur ducation1 leur patrie1 par les circonstances du hasard et par l'importunit des autres2 de mme on leur suppose d'innombrables opinions1 parce que ces opinions sont les opinions dominantes2 toute mimique qui n'est pas une dngation parat tre de l'approbation2 tout geste qui n'est pas un geste destructeur est interprt comme un consentement4 ,ils savent1 ces solitaires et ces libres d'esprit1 que sans cesse ils paratront1 en une circonstance quelconque1 diffrents de ce qu'ils sont2 tandis qu'ils ne veulent que la vrit et la loyaut1 ils sont pris dans les mailles d'un rseau de malentendus1 et leur dsir ardent ne peut empcher que leur moindre action s'enveloppe d'une nue d'opinions fausses1 d'adaptation1 de demi-aveux1 de silences discrets1 d'interprtations errones4 ,un voile de mlancolie enveloppe alors leur front1 car l'ide que la simulation est une ncessit parat de semblables natures plus dtestable que le vent2 si leur amertume persiste ils accumulent au fond d'eux-mmes des penses qui menacent de produire une explosion volcanique4 ,de temps en temps1 ils se vengent de cette obligation de se cacher1 de leur rserve force4 ,ils sortent de leur caverne avec des airs terribles2 leurs paroles et leurs actes sont alors des explosions et il est possible que leur nature mme les fasse prir4 ,c'est ainsi que ,schopenhauer vivait dangereusement4 ,de pareils solitaires ont besoin d'aimer1 ils ont besoin de compagnons devant lesquels il leur est permis d'tre ouverts et simples comme devant eux-mmes1 en prsence desquels cessent les convulsions des rticences et de la dissimulation4 ,enlevez ces compagnons et vous engendrez un danger croissant4 ,cette dsaffection a fait prir ,henri de ,kleist et c'est le plus terrible antidote contre des hommes extraordinaires de les replonger ainsi profondment en eux-mmes1 de telle sorte que leur retour la surface est chaque fois semblable une explosion volcanique4 ,pourtant il existe encore des demi-dieux qui sont capables de vivre dans des conditions aussi abominables1 de vivre mme victorieusement2 si vous voulez entendre les chants solitaires d'un de ces demi-dieux1 coutez la musique de ,beethoven4 ,demeurer solitaire1 tel fut donc le premier danger dont l'ombre environna ,schopenhauer4 ,mais il tait expos encore un autre danger1 celui de dsesprer de la vrit4 ,ce danger accompagne tout penseur qui prend comme point de dpart la philosophie kantienne1 en admettant qu'il soit un homme vigoureux et complet1 aussi bien dans ses souffrances que dans ses passions et non point seulement une bruyante machine penser et calculer4 ,or1 nous savons tous fort bien ce qu'il y a d'humiliant dans cette condition pralable que nous posons4 ,il me semble mme que c'est seulement chez un petit nombre d'hommes que l'influence de ,kant s'est fait sentir d'une faon vivante1 pntrant le sang et la sve4 ,on affirme partout1 vrai dire1 ainsi qu'on l'crit1 que depuis l'acte de ce modeste savant une rvolution a clat dans tous les domaines intellectuels1 mais je ne puis y croire4 ,car je n'aperois point d'une faon prcise les traces de cette rvolution chez les hommes qui devraient pourtant tre atteints avant que des domaines entiers aient t rvolutionns4 ,mais1 ds que nous apercevons l'influence populaire de ,kant1 celle-ci apparatra devant nos yeux sous la forme d'un scepticisme et d'un relativisme qui rongent et qui miettent2 et c'est seulement chez les esprits les plus actifs et les plus nobles1 n'ayant jamais tolr de vivre dans l'incertitude que se prsenterait1 au lieu de cet esprit1 le sentiment de douter et dsesprer de toute vrit1 tel que nous le retrouvons par exemple chez ,henri de ,kleist1 comme un effet de la philosophie kantienne4 ,rcemment1 crit-il une fois sur le ton saisissant qui lui tait coutumier1 rcemment j'ai pris contact avec la philosophie kantienne et il faut que je te communique mes ides son sujet1 sans devoir craindre qu'elle ne t'branle aussi profondment1 aussi douloureusement que moi444 ,nous ne pouvons pas dcider si ce que nous appelons vrit est vritablement la vrit ou si elle nous parat seulement telle4 ,dans le dernier cas1 la vrit que nous cherchons ici-bas n'est plus rien aprs la mort et tout effort est vain d'acqurir un bien qui nous suit dans la tombe444 ,si la pointe de cette ide ne touche pas ton cur1 ne souris pas d'un autre qu'elle a bless profondment1 jusqu'en son trfonds le plus sacr4 ,mon seul but1 mon but le plus sacr1 s'est vanoui et je n'en ai plus d'autre4 ,quand donc les hommes prouveront-ils de nouveau de la sorte des sentiments naturels comme ceux qu'prouva ,kleist1 quand sauront-ils mesurer de nouveau le sens d'une philosophie l'tiage de leur trfonds le plus sacr8 ,et pourtant il devrait en tre ainsi1 pour que nous puissions apprcier ce que1 aprs ,kant1 ,schopenhauer peut tre pour nous1 savoir le chef qui1 des cimes du dcouragement sceptique ou du renoncement critique mne plus haut1 jusqu'au sommet de la contemplation tragique1 tandis que l'infini de la vote nocturne constelle d'toiles se dploie au-dessus de nous4 ,ce chef a lui-mme t le premier suivre cette voie4 ,il considra l'image de la vie comme un ensemble et l'interprta comme un ensemble4 ,c'est en cela qu'il fut grand1 tandis que les esprits les plus sagaces ne peuvent se dlivrer de l'erreur qui consiste croire que l'on serre de plus prs cette interprtation1 quand on examine minutieusement les couleurs qui ont servi peindre cette image1 la toile sur laquelle elle est fixe et que l'on est peut-tre arriv ce rsultat que c'est une toile dont la trame est embrouille et que les couleurs ne peuvent s'analyser chimiquement4 ,il faut deviner le peintre pour comprendre l'image1 c'est ce que savait ,schopenhauer4 ,or toute la tribu des gens de science s'applique comprendre cette toile et ces couleurs1 sans comprendre l'image4 ,on peut mme dire que celui-l seul qui a fix ses regards sur l'ensemble du tableau de la vie et de l'tre pourra se servir des sciences spciales sans en prouver de dommages car1 sans ces vues et ces rgles gnrales1 les sciences spciales ne sont que des traquenards1 et nous nous sentons alors pris dans les mailles d'un filet interminable1 o notre existence s'embrouille dans un labyrinthe sans fin4 ,c'est en cela1 je le rpte1 que ,schopenhauer est grand1 qu'il poursuit cette image1 comme ,hamlet poursuivit le spectre1 sans se laisser dtourner la manire des savants1 ou sans s'abandonner la scolastique abstraite1 comme c'est le sort des dialecticiens indompts4 ,l'tude des demi-philosophes n'a d'attrait que parce que l'on se rend compte que ceux-ci tombent toujours1 dans les constructions difies par les grandes philosophies1 sur les endroits o il est possible d'exercer la critique savante1 o la rflexion1 le doute1 la contradiction sont permis4 ,de la sorte1 ils chappent aux exigences de la grande philosophie qui1 dans son ensemble1 affirme toujours qu'elle est l'change de la vie et que par elle on peut apprendre le sens de sa propre vie4 ,et1 inversement1 il te suffira de savoir lire dans ta propre vie pour y deviner les hiroglyphes de la vie universelle4 ,voil aussi l'interprtation qu'il faudra toujours donner en premier lieu la philosophie de ,schopenhauer2 elle devra tre individuelle1 comme un retour de l'individu lui-mme1 pour qu'il comprenne sa propre misre et ses propres besoins1 sa propre limitation1 et qu'il connaisse les antidotes et les consolations qui ne peuvent tre que le sacrifice de son propre moi1 la soumission aux intentions les plus nobles1 avant tout la justice et la misricorde4 ,schopenhauer nous apprend distinguer entre l'augmentation relle et apparente du bonheur humain2 il nous montre comment ni le fait de s'enrichir ni le fait d'acqurir des honneurs et des connaissances ne peuvent tirer l'individu du mcontentement que lui cause la non-valeur de sa vie et comment l'aspiration ces biens n'a de sens que quand on l'claire par un but suprieur et universel3 acqurir de la puissance pour aider la nature et corriger quelque peu ses folies et ses maladresses4 ,il s'agit tout d'abord d'agir pour soi-mme1 mais par soi-mme1 enfin1 pour la collectivit4 ,c'est l1 vrai dire1 une tendance qui ne peut aboutir qu' une profonde rsignation1 car que peut-on amliorer encore dans l'individu et dans la gnralit8 ,si nous appliquons ces paroles ,schopenhauer1 nous touchons au troisime danger1 le plus particulier celui-l1 au milieu duquel il vivait et qui se tenait cach dans l'difice mme de son tre4 ,tout homme trouve en lui-mme une limitation1 aussi bien de ses dons que de sa volont morale1 qui le remplit de dsirs et de mlancolie2 de mme que le sentiment de son pch le fait aspirer la saintet3 en tant qu'tre intellectuel il porte en lui l'apptit profond du gnie4 ,c'est ici que nous touchons la racine vritable de toute culture et si j'entends par l le dsir de l'homme de renatre gnie ou saint1 je sais qu'on n'a pas besoin d'tre bouddhiste pour comprendre ce mythe4 ,partout o nous trouvons ces dons intellectuels sans ce dsir1 dans les milieux savants aussi bien que parmi les gens qui se prtendent cultivs1 ils n'veillent chez nous que de la rpugnance ou du dgot2 car nous nous doutons que de pareils hommes1 avec tout leur esprit1 ne dveloppent point1 mais entravent tout au contraire toute culture qui serait en train de natre1 de mme que la cration du gnie qui est le but de toute culture4 ,il y a l un tat d'endurcissement qui quivaut1 par sa valeur1 cette vertu fire d'elle-mme1 habituelle et froide1 qui est ce qu'il y a de plus loign et qui loigne le plus de la saintet vritable4 ,la nature de ,schopenhauer tait double4 ,condition singulire et particulirement dangereuse6 ,peu de penseurs ont ressenti1 dans une pareille mesure et avec une certitude incomparable1 que le gnie habitait en eux4 ,le gnie de ,schopenhauer lui permettait ce qu'il y a de plus haut et qu'il n'y aurait pas de sillon plus profond que celui que le soc de sa charrue graverait dans le sol de la nouvelle humanit4 ,c'est ainsi qu'une moiti de son tre1 rassasie et pleine1 restait sans dsirs1 certaine de sa force2 c'est ainsi qu'il accomplissait sa tche avec grandeur et dignit1 dans sa perfection victorieuse4 ,dans l'autre moiti de son tre s'agitait un dsir imptueux2 nous comprenons son dsir en apprenant qu'il se dtourna avec un regard douloureux du grand fondateur de la ,trappe1 ,ranc1 en s'criant3 ,c'est affaire de la grce4 ,car le gnie aspire profondment la saintet1 parce que du haut de son observatoire il a vu plus loin et plus clairement que tout autre homme2 plus profondment1 jusqu' la rconciliation de l',etre et du ,connatre2 plus loin jusqu'au royaume de la paix et de la ngation du vouloir1 au del1 jusqu' l'autre rive dont parlent les ,hindous4 ,mais c'est l prcisment ce qu'il y a de merveilleux3 combien la nature de ,schopenhauer a d tre incomprhensible et indestructible1 si ce dsir mme n'a pas pu la dtruire1 mais ne l'a pas non plus endurcie6 ,ce que cela signifie1 chacun le comprendra dans la mesure o il peut se juger lui-mme2 mais dans toute sa gravit personne ne sera en mesure de le comprendre4 ,plus on rflchit aux trois dangers que je viens de dcrire1 plus il semblera trange que ,schopenhauer ait pu s'en dfendre avec une telle vigueur et qu'il ait pu sortir de la lutte dans un tel tat de sant4 ,a vrai dire1 il conserva des cicatrices et des blessures ouvertes et un tat d'esprit qui paratra un peu trop rude et parfois trop belliqueux4 ,le plus grand homme mme voit s'lever au-dessus de lui son propre idal4 ,que ,schopenhauer puisse tre donn en exemple1 cela est certain1 malgr toutes ces cicatrices et toutes ces tares4 ,on pourrait mme dire que ce que son tre avait d'imparfait et de trop humain nous rapproche prcisment de lui dans le sens le plus humain1 car nous voyons en lui quelqu'un qui souffre et un compagnon d'infortune1 sans nous arrter seulement l'altire rserve du gnie4 ,ces trois dangers constitutionnels qui menacent ,schopenhauer nous menacent tous4 ,chacun porte en lui une originalit productive qui est le noyau mme de son tre2 et s'il est conscient de cette originalit une trange aurole se dessine autour de lui1 celle de l'extraordinaire4 ,pour la plupart des gens1 c'est l quelque chose d'insupportable1 parce qu'ils sont paresseux et que toute originalit est charge de chanes pnibles et lourdes porter4 ,il n'en faut point douter1 pour l'tre extraordinaire qui se charge de ces chanes1 la vie sera prive de tout ce que l'on dsire durant sa jeunesse1 la svrit1 la sret d'une carrire facile1 l'honneur2 son sort1 que lui offriront en cadeau ses prochains1 sera l'isolement2 o qu'il vive ce sera pour lui le dsert et la caverne4 ,qu'il prenne alors garde ne pas se laisser asservir1 ne pas tre afflig et mlancolique6 ,c'est pourquoi il devra s'entourer des images de bons et braves lutteurs tels que ,schopenhauer en fut un4 ,mais le second danger qui menaa ,schopenhauer n'est pas rare non plus4 ,de-ci de-l quelqu'un est dou par la nature de perspicacit1 ses penses suivent volontiers la double voie de la dialectique2 il lui arrive alors facilement de lcher tourdiment la bride ses talents1 au point qu'il se laisse prir en tant qu'homme et qu'il ne vit mme pour ainsi dire plus qu'une vie de fantme dans la science pure1 habitu rechercher dans les choses le pour et le contre1 il ne comprend plus rien la vrit et qu'il lui faille vivre sans courage et sans confiance1 dans la ngation1 le doute1 la corrosion1 le mcontentement1 abandonn aux derniers espoirs1 attendant les dceptions et affirmant qu' un chien mme ne voudrait plus vivre ainsi6 ,le troisime danger c'est l'endurcissement1 tant au point de vue moral qu'au point de vue intellectuel2 l'homme dchire le lien qui le rattachait son idal2 il cesse d'tre fcond sur tel ou tel domaine1 il renonce se dvelopper et1 au sens de la culture1 il devient nuisible ou inutile4 ,l'originalit de son tre s'est rsolue en un atome indivisible et isol1 en une masse refroidie4 ,ainsi l'originalit aussi bien que la crainte de l'originalit peuvent faire prir quelqu'un2 il trouvera sa perte dans son moi1 aussi bien que dans le renoncement au moi1 dans le dsir comme dans l'endurcissement4 ,vivre1 n'est-ce pas d'une faon gnrale tre en danger8 ,en dehors de ces dangers de toute sa constitution1 auxquels ,schopenhauer aurait pu tre expos--quel que soit le sicle au cours duquel il ait vcu--il y a encore les dangers que son poque lui faisait courir4 ,cette distinction entre les dangers constitutionnels et les dangers de l'poque est essentielle pour comprendre ce qu'il y a de symbolique et d'ducatif dans la nature de ,schopenhauer4 ,imaginons l'il du philosophe pos sur l'existence3 il veut en fixer nouveau la valeur4 ,car ce fut toujours le travail particulier de tous les grands penseurs d'tre les lgislateurs pour la mesure1 la monnaie et le poids des choses4 ,que d'obstacles se dressent en face de lui1 quand l'humanit qu'il aperoit devant ses yeux est un fruit fltri et rong des vers6 ,combien il lui faut ajouter la valeur mdiocre du temps prsent1 pour pouvoir rendre justice l'existence dans sa totalit6 ,s'il est utile d'tudier l'histoire des peuples anciens et trangers1 cette tude est particulirement prcieuse pour le philosophe qui veut formuler un jugement quitable sur l'ensemble des destines humaines sans se contenter de l'humanit moyenne1 voulant connatre les plus hautes destines rserves aux individus et aux peuples tout entiers4 ,or1 tout ce qui appartient au prsent est indiscret1 l'il s'en voit influenc et dtermin1 lors mme que le philosophe ne le veut point2 involontairement1 sans une apprciation d'ensemble1 on le taxe trop haut4 ,c'est pourquoi le philosophe doit valuer son temps1 en le diffrenciant exactement des autres poques1 surmontant part lui le prsent mme dans l'image que celui-ci donne de la vie2 et1 dans ce cas1 surmonter le prsent c'est le rendre imperceptible1 le masquer en quelque sorte sous d'autres couleurs4 ,c'est l une tche difficile1 presque impossible rsoudre4 ,le jugement des anciens philosophes grecs sur la valeur de l'existence a une toute autre signification qu'un jugement moderne1 parce que ces philosophes voyaient devant et autour d'eux la vie elle-mme dans sa pleine perfection1 et parce que chez eux le sentiment du penseur n'tait pas troubl comme chez nous par l'antinomie entre le dsir de libert1 de beaut1 de majest de la vie et l'instinct de vrit qui se pose cette question3 ,que vaut au juste la vie8 ,pour tous les temps1 il importe de savoir ce qu',empdocle a affirm au sujet de la vie1 alors que la joie de vivre1 vigoureuse et exubrante1 animait la culture grecque4 ,son jugement est d'un poids d'autant plus considrable qu'il n'est contredit par aucun jugement contraire d'aucun grand philosophe de la mme grande poque4 ,c'est lui qui parle avec le plus de prcision1 mais1 au fond1 si l'on sait ouvrir les oreilles1 ils disent tous la mme chose4 ,un penseur moderne1 je l'ai dj dit1 souffrira toujours d'un dsir non ralis1 il exigera qu'on lui montre de nouveau de la vie1 de la vie vraie1 rouge et saine1 pour qu'il formule ensuite son jugement sur elle4 ,pour lui1 du moins1 il estimera qu'il est ncessaire qu'il soit un homme vivant avant d'avoir le droit de croire qu'il peut tre un juge quitable4 ,voil pourquoi ce sont prcisment les nouveaux philosophes qui font partie des plus puissants acclrateurs de la vie2 voil pourquoi ils aspirent s'vader de leur propre poque affaiblie1 vers une nouvelle culture1 vers une nature transfigure4 ,mais chez eux cette aspiration est aussi un danger4 ,en eux combat le rformateur de la vie et le philosophe1 c'est--dire le juge de la vie4 ,de quelque ct que penche la victoire ce sera toujours une victoire accompagne de pertes4 ,comment donc ,schopenhauer a-t-il chapp ce dernier danger8 ,si tout grand homme doit avant tout tre considr comme l'enfant authentique de son temps et souffre certainement de toutes ses infirmits d'une faon plus intense et plus sensible que tous les hommes moindres1 la lutte d'un pareil grand homme contre son temps n'est en apparence qu'une lutte insense et destructive contre lui-mme4 ,en apparence seulement1 car en combattant son temps il combat ce qui l'empche d'tre grand1 c'est--dire libre et compltement lui-mme1 il s'ensuit que son inimiti est au fond dirige prcisment contre ce qui n'est pas lui-mme1 bien qu'il en soit lui-mme afflig1 c'est--dire contre l'impur mlange et l'impur cte--cte de choses qui ne sauraient se mler et se confondre1 contre la soudure artificielle de l'actuel et de l'inactuel4 ,en fin de compte1 le prtendu enfant de l'poque apparat seulement comme un enfant utrin de celle-ci4 ,ainsi ,schopenhauer1 ds sa plus tendre jeunesse1 s'leva contre cette mre indigne1 fausse et vaniteuse qu'est notre poque1 et1 en l'expulsant en quelque sorte de lui-mme1 il purifia et gurit son tre et se retrouva lui-mme dans toute la sant et la puret qui lui appartenaient4 ,c'est pourquoi les crits de ,schopenhauer doivent tre utiliss comme des miroirs du temps et cela ne tient certainement pas un dfaut du miroir si tout ce qui est actuel y apparat comme dform par la maladie1 amaigri et ple1 avec les yeux caves et la mine fatigue1 expression visible des souffrances de cette hrdit mauvaise4 ,chez ,schopenhauer1 le dsir d'une nature vigoureuse1 d'une humanit saine et simple n'tait que le dsir de se retrouver lui-mme2 et sitt qu'il eut vaincu en lui l'esprit du temps1 il dcouvrit ncessairement aussi le gnie qui cuvait en son me4 ,le secret de son tre lui fut alors rvl1 le dessein de lui cacher ce gnie qu'avait cette martre1 notre temps1 fut mis nant4 ,l'empire de la nature transfigure tait dcouvert6 ,ds lors1 quand il tournait son regard intrpide vers la question3 ,que vaut la vie8 il n'avait plus condamner une poque confuse et affadie1 une existence obscure et hypocrite4 ,il savait bien qu'on peut trouver et atteindre sur cette terre quelque chose de plus altier et de plus pur qu'une existence aussi actuelle et que ce serait pour chacun faire injustice la vie que de ne la connatre et valuer que d'aprs la laideur de cet aspect4 ,non1 le gnie seul est invoqu maintenant1 afin de savoir s'il peut justifier le fruit suprme de la vie1 peut-tre la vie elle-mme4 ,l'homme magnifique et crateur doit rpondre ces questions3 ,peux-tu justifier du fond du cur cette existence8 ,te suffit-elle8 ,veux-tu tre son avocat1 son sauveur8 ,une seule affirmation vridique de ta bouche librera la vie sur laquelle pse une si lourde accusation4 ,que rpondras-tu8--,tu donneras la rponse d',empdocle4 #d4 ,que cette dernire indication demeure provisoirement incomprise1 cela est de peu d'importance4 ,pour moi1 il s'agit maintenant de quelque chose de trs simple1 d'expliquer comment nous tous nous sommes mme de taire notre ducation1 contre ce temps1 en nous servant de l'intermdiaire de ,schopenhauer1 parce que nous avons l'avantage de connatre vritablement notre temps par son entremise4 ,est-ce l vritablement un avantage8 ce qui est certain1 c'est que1 dans quelques sicles1 cette connaissance ne sera plus possible4 ,je me divertis l'ide que bientt l'humanit sera dgote de la lecture aussi bien que des crivains1 qu'un jour le savant se mettra rflchir1 fera son testament et ordonnera que son corps soit brl au milieu de ses livres1 surtout des siens4 ,et si les forts devenaient de plus en plus rares1 ne serait-il pas temps de traiter les bibliothques comme des matires combustibles1 comme du bois1 de la paille ou de la broussaille4 ,la plupart des livres ne sont-ils pas ns des vapeurs et des fumes qui sortent du cerveau1 qu'ils redeviennent donc vapeurs et fumes4 ,et1 s'il n'y avait pas de feu en eux1 que le feu les punisse6 ,il serait1 par consquent1 possible que1 pour un sicle venir1 notre poque soit prcisment considre comme sculum obscurum1 parce que ses produits ont servi avec le plus d'empressement et le plus longtemps se chauffer4 ,comme nous sommes donc heureux de pouvoir connatre encore ce temps6 ,car1 s'il y a un intrt quelconque s'occuper de son temps1 il est heureux qu'on puisse le faire d'une faon aussi consciencieuse que possible1 de telle sorte qu'on ne conservera aucun doute son sujet4 ,et c'est prcisment le cas de ,schopenhauer4 ,certes1 le bonheur serait infiniment plus grand si cet examen pouvait aboutir la constatation qu'il n'a jamais rien exist de plus fin et de plus riche en esprance que notre poque4 ,or1 il y a actuellement1 dans un coin quelconque du monde1 par exemple en ,allemagne1 des gens nafs qui se prparent croire quelque chose de semblable1 qui vont mme jusqu' affirmer srieusement que1 depuis quelques annes1 le monde a t amlior et que celui qui lve1 au sujet de l'existence1 de srieuses et sombres objections se voit dmenti par les faits4 ,car il en est ainsi selon eux3 la fondation du nouvel empire allemand est le coup le plus dcisif et le plus crasant contre toute philosophie pessimiste4 ,ils l'affirment et n'en veulent point dmordre4 ,or1 celui qui se pose la question de savoir quel est1 dans notre temps1 le rle du philosophe en tant qu'ducateur1 doit s'expliquer au sujet de cette opinion trs rpandue1 en particulier dans les universits1 et il le fera de la faon suivante4 ,c'est une honte de voir qu'une flatterie aussi rpugnante et aussi servile puisse tre exprime et rpte par des hommes qui se prtendent intelligents et honorables4 ,et c'est en outre une preuve que l'on ne se doute mme plus combien le srieux de la philosophie est loign du srieux d'un journal4 ,de pareils hommes ont perdu non seulement ce qui leur restait de sentiments philosophiques1 mais encore de sentiments religieux4 ,ils ont remplac tout cela1 non peut-tre par l'optimisme1 mais par le journalisme1 par l'esprit du jour et le manque d'esprit des feuilles quotidiennes4 ,toute philosophie qui croit qu'un vnement politique peut dplacer ou mme rsoudre le problme de l'existence est une philosophie de plaisanteries1 une philosophie de mauvais aloi4 ,depuis que le monde existe on a souvent fond des ,etats2 c'est l une vieille histoire6 ,comment une innovation politique devrait-elle suffire pour faire1 une fois pour toutes1 des hommes de joyeux habitants de la terre8 ,si quelqu'un croit1 cependant1 de tout son cur que cela est possible1 qu'il se prsente1 car il mrite vraiment d'tre nomm professeur de philosophie une universit allemande1 comme ,harms ,berlin1 ,jrgen ,meyer ,bonn et ,carrire ,munich4 ,mais ici nous apercevons la consquence de cette doctrine1 prche rcemment encore sur les toits1 et qui consiste affirmer que l',etat est le but suprme de l'humanit et que1 pour l'homme1 il n'est pas de but suprieur celui de servir l',etat2 ce en quoi je ne reconnais pas un retour au paganisme1 mais la sottise4 ,il se peut qu'un pareil homme1 qui voit dans le service de l',etat son devoir suprme1 ne sache vritablement pas quels sont les devoirs suprmes4 ,cela n'empche pas qu'il y ait encore de l'autre ct des hommes et des devoirs1 et l'un de ces devoirs qui1 pour moi du moins1 apparat comme suprieur au service de l',etat1 incite dtruire la sottise sous toutes ses formes1 mme sous la forme qu'elle prend ici4 ,c'est pourquoi je m'occupe l'heure prsente d'une espce d'homme dont la tlologie conduit un peu plus haut que le bien d'un ,etat1 avec les philosophes et avec ceux-l seulement par rapport un domaine assez indpendant du bien de l',etat1 celui de la culture4 ,parmi les nombreux anneaux qui1 passs les uns travers les autres1 forment l'humaine chose publique1 les uns sont en or1 les autres en tombac4 ,or1 comment le philosophe regarde-t-il la culture de notre temps8 ,a vrai dire1 sous un tout autre aspect que ces professeurs de philosophie qui se rjouissent de leur tat4 ,il lui semble presque apercevoir une destruction et un arrachement complet de la culture1 quand il songe la hte gnrale1 l'acclration de ce mouvement de chute1 l'impossibilit de toute vie contemplative et de toute simplicit4 ,les eaux de la religion s'coulent et laissent derrire elles des marcages ou des tangs2 les nations se sparent de nouveau1 se combattent les unes les autres et demandent s'entre-dchirer4 ,les sciences1 pratiques sans aucune mesure et dans le plus aveugle laisser-faire s'parpillent et dissolvent toute conviction solide2 les classes et les socits cultives sont entranes dans une grandiose et mprisante exploitation financire4 ,jamais le monde n'a t davantage le monde1 jamais il n'a t plus pauvre en amour et en dons prcieux4 ,les professions savantes ne sont plus que des phares et des asiles1 au milieu de toute cette inquitude frivole2 leurs reprsentants deviennent eux-mmes chaque jour plus inquiets1 ayant chaque jour moins de penses1 moins d'amour4 ,tout se met au service de la barbarie qui vient1 l'art actuel et la science actuelle ne font pas exception6 ,l'homme cultiv est dgnr au point qu'il est devenu le pire ennemi de la culture1 car il veut nier la maladie gnrale et il est un obstacle pour les mdecins4 ,ils se mettent en colre1 les pauvres bougres affaiblis1 lorsque l'on parle de leurs faiblesses et que l'on combat leur dangereux esprit mensonger4 ,ils voudraient faire croire qu'ils ont remport le prix sur tous les sicles et leurs dmarches sont animes d'une joie factice4 ,leurs faons de simuler le bonheur a parfois quelque chose de saisissant1 parce que leur bonheur est tout fait incomprhensible4 ,on ne voudrait pas mme leur demander1 comme fit ,tannhuser en s'adressant ,biterolf3 ,qu'as-tu donc absorb1 malheureux8 ,car hlas6 nous le savons mieux que personne4 ,il y a sur nous l'oppression d'un jour d'hiver1 nous habitons le voisinage d'une haute montagne1 notre vie est pleine de dangers et de privations4 ,toute joie est brve et ple tout rayon de soleil qui glisse sur nous du sommet glac4 ,soudain une musique retentit4 ,c'est un vieillard qui joue de l'orgue de barbarie et les danseurs tournent en rond444 ,le voyageur est mu de ce spectacle3 tout est si sauvage1 si ferm1 si incolore1 si dsespr et c'est l dedans que retentit un air joyeux1 d'une joie bruyante et irrflchie6 ,mais dj les brumes du soir prmatur jettent leur ombre2 les sons se perdent1 les pas du voyageur crissent sur la route2 si loin qu'il peut voir1 il n'aperoit rien que la face dserte et cruelle de la nature4 ,pourtant1 si l'on risque d'tre accus de partialit quand on ne relve que la faiblesse du dessin et le manque de coloris dans l'image de la vie moderne1 le second aspect n'a cependant rien de plus rjouissant et n'apparat que sous une forme d'autant plus inquitante4 ,il existe certaines forces1 des forces formidables1 mais sauvages et primesautires1 des forces tout fait impitoyables4 ,on les observe avec une attente inquite1 du mme il qu'on eut regarder la chaudire d'une cuisine infernale3 tout moment des bouillonnements et des explosions peuvent se produire1 annonant de terribles cataclysmes4 ,depuis un sicle nous sommes prpars des commotions fondamentales4 ,si1 dans ces derniers temps1 on tente d'opposer1 ce penchant profondment moderne de renverser ou de faire sauter la force constitutive de ce que l'on appelle l',etat national1 celui-ci n'en constitue pas moins1 et pour longtemps1 une augmentation du pril universel et de la menace qui pse sur nos ttes4 ,nous ne nous laissons pas induire en erreur par le fait que les individus se comportent comme s'ils ne savaient rien de toutes ces proccupations4 ,leur inquitude montre combien ils sont bien informs2 ils pensent eux-mmes avec une hte et un exclusivisme qui ne se sont jamais rencontrs jusqu' prsent2 ils construisent et ils plantent pour eux seuls et pour un seul jour2 la chasse au bonheur n'est jamais si grande que quand elle doit tre faite aujourd'hui et demain2 car aprs-demain dj la chasse sera peut-tre ferme4 ,nous vivons l'poque des atomes et du chaos atomique4 ,au moyen ge les forces adverses taient peu prs contenues par l',eglise et elles s'assimilaient en une certaine mesure les unes aux autres par la forte pression qu'exerait l',eglise4 ,lorsque le lien se dchire et que la pression diminue1 les unes se dressent contre les autres4 ,la ,rforme dcrta que certaines choses taient adiaphora1 appartenant des domaines qui ne devaient pas tre dtermins par la pense religieuse2 c'est ce prix qu'elles eurent le droit de vivre elles-mmes4 ,de mme le christianisme1 oppos l'antiquit beaucoup plus religieuse1 maintient son existence un prix semblable4 ,depuis cette poque la sparation s'accentua toujours davantage4 ,aujourd'hui presque tout ce qui existe sur terre n'est dtermin que par les forces les plus grossires et les plus malignes1 par l'gosme de ceux qui acquirent et par la tyrannie militaire4 ,l',etat1 entre les mains de cette tyrannie1 de mme que l'gosme de ceux qui possdent1 fait un effort pour tout organiser nouveau1 par ses propres moyens1 de faon servir de lien et de contrainte pour toutes les forces adverses4 ,ce qui quivaut dire que l',etat souhaite que les hommes professent pour lui le mme culte idoltre qu'ils avaient vou l',eglise4 ,avec quel succs8 ,nous finirons par nous en apercevoir4 ,en tous les cas1 nous nous trouvons encore aujourd'hui dans le fleuve du moyen ge1 un fleuve qui charrie des glaces4 ,le dgel l'a mis en mouvement et sa puissance ravage tout sur son passage4 ,les glaons s'entre-choquent et s'accumulent2 tous les rivages sont inonds et d'un accs dangereux4 ,il est tout fait impossible d'viter la rvolution1 la rvolution des atomes4 ,mais quels sont les lments indivisibles les plus petits de la socit humaine8 ,sans aucun doute1 l'approche de semblables priodes1 l'humanit se trouve plus encore en danger qu'au moment o se produit l'effondrement et le tourbillon chaotique2 et l'attente angoisse et l'exploitation avide de chaque minute suscitent toutes les lchets et tous les instincts gostes de l'me1 tandis que la dtresse vritable et1 en particulier1 la gnralit d'une grande dtresse rendent les hommes meilleurs et leur prtent une me plus gnreuse4 ,a ces poques de pril1 qui donc prtera la nature humaine1 au trsor sacr et intangible que les gnrations successives ont peu peu amass1 qui donc prtera ses offices de gardien et de chevalier servant8 ,qui donc dressera l'image de l'homme1 tandis que tous ne sentent au fond d'eux-mmes que le ver de l'gosme et la peur cynique1 s'tant dtourns de cette image pour retomber dans l'animalit ou dans un rigide mcanisme8 ,il y a trois images de l'homme que notre temps moderne a dresses successivement et dont le spectacle enlvera encore longtemps aux mortels toute vellit de glorifier leur propre vie3 celle de l'homme de ,rousseau1 celle de l'homme de ,gthe et enfin celle de l'homme de ,schopenhauer4 ,de ces trois images la premire a le plus de feu et elle est certaine de l'effet le plus populaire4 ,la seconde n'est faite que pour le petit nombre1 pour ceux qui sont des natures contemplatives de grand style2 la foule mconnat gnralement cette image4 ,la troisime exige que ce soient les hommes les plus actifs qui la contemplent4 ,eux seuls le feront sans dommage1 car elle dcourage les natures contemplatives et effarouche la foule4 ,de la premire1 une force est partie qui poussa aux rvolutions imptueuses et y pousse encore2 car dans tous les frmissements socialistes et tous les tremblements de terre1 c'est toujours l'homme de ,rousseau qui se remue comme le vieux ,typhon sous l',etna4 ,opprim et moiti cras par des castes orgueilleuses et par des fortunes sans piti1 corrompu par des prtres et une mauvaise ducation1 ayant tout devant soi-mme cause de ses murs ridicules1 l'homme1 dans sa misre1 en appelle la sainte nature et il s'aperoit soudain qu'elle est aussi loigne de lui que n'importe quel dieu4 ,ses prires ne l'atteignent pas1 tant il est enfonc dans le chaos de l'anti-naturel4 ,il rejette avec mpris les parures multicolores qui1 il y a peu de temps encore1 lui paraissaient prcisment tre son humanit1 ses arts et ses sciences1 les avantages d'une vie raffine2 il frappe des poings contre les murs1 l'ombre desquels il a ce point dgnr2 il en appelle la lumire1 au soleil1 la fort1 au rocher4 ,et lorsqu'il s'crie3 ,la nature seule est bonne1 seul l'homme naturel est humain1 c'est qu'il se mprise lui-mme et qu'il aspire se dpasser4 ,dans de semblables conditions1 l'me est prte aux dcisions les plus terribles1 mais aussi appeler de ses propres profondeurs ce qu'il y a de plus noble et de plus rare4 ,l'homme de ,gthe n'est pas une puissance aussi menaante2 il est mme1 dans une certaine mesure1 un correctif et un calmant pour cette dangereuse excitation laquelle se trouve abandonn l'homme de ,rousseau4 ,gthe lui-mme1 avec tout son cur aimant1 avait t attach durant sa jeunesse l'vangile de la nature bienfaisante4 ,son ,faust tait l'image la plus leve et la plus audacieuse de l'homme la ,rousseau1 du moins dans la mesure o l'avidit de vivre1 l'inquitude et le dsir de cet homme1 son commerce avec les dmons du cur pouvaient tre reprsents potiquement4 ,mais que l'on observe donc ce qui peut sortir de tous ces nuages accumuls6 ,ce ne sera certainement pas l'clair de la foudre6 ,et ici se rvle prcisment la nouvelle image de l'homme1 de l'homme selon la formule de ,gthe4 ,on pourrait croire que ,faust1 travers une vie partout menace1 serait conduit1 en rvolt insatiable et en librateur1 force ngatrice par bont1 gnie le plus essentiel du bouleversement religieux et dmoniaque1 en quelque sorte l'oppos de son compagnon si profondment anti-dmoniaque1 bien qu'il ne pt se dbarrasser de ce compagnon et qu'il dt la fois utiliser et mpriser sa mchancet sceptique et sa ngation--car tel est le sort tragique de tout rvolt et de tout librateur4 ,mais on se trompe si l'on s'attend quelque chose de semblable4 ,l'homme de ,gthe vite ici la rencontre de l'homme de ,rousseau1 car il dteste tout ce qui est violent1 tout ce qui fait des bonds1 mais cela veut dire qu'il dteste toute action4 ,et ainsi1 ,faust1 rdempteur du monde1 devient en quelque sorte seulement un voyageur travers le monde4 ,tous les domaines de la vie et de la nature1 tous les passs1 tous les arts1 toutes les mythologies1 toutes les sciences voient passer devant eux en hte l'insatiable contemplateur2 les dsirs les plus profonds sont veills et calms aussitt2 ,hlne elle-mme ne le retient pas plus longtemps2 et alors le moment arrive immanquablement que guette son ironique compagnon4 ,en un point quelconque de la terre1 le vol s'arrte1 les ailes s'abaissent et ,mphistophls est l prt intervenir4 ,quand l',allemand cesse d'tre ,faust il n'y a pas de danger plus proche que de le voir devenir philistin et de s'abandonner au diable4 ,seules des puissances divines peuvent le sauver de cette ventualit4 ,l'homme de ,gthe est1 comme je l'ai dit1 l'homme contemplatif de grand style1 qui ne se consume pas sur la terre seulement parce qu'il amasse tout ce qui a jamais t grand et mmorable1 tout ce qui a jamais t et qui est encore pour en faire sa nourriture et qui vit ainsi1 bien que ce ne soit l qu'une vie qui va de dsir en dsir4 ,il n'est point l'homme actif4 ,tout au contraire3 quand1 en un point ou en un autre1 il s'introduit dans l'activit gnrale1 on peut tre convaincu qu'il n'en sortira rien de bien et avant tout qu'aucun ordre tabli ne sera renvers4 ,ce fut par exemple le cas quand ,gthe fit preuve d'une si vive ardeur pour les choses du thtre4 ,l'homme la manire de ,gthe est une force conservatrice et conciliante1 mais il court le danger de dgnrer au point de tomber au philistin1 de mme que l'homme de ,rousseau peut facilement devenir un anarchiste4 ,un peu plus de force musculaire et de sauvagerie naturelle chez le premier et toutes ses vertus auraient plus d'ampleur4 ,il semble bien que ,gthe n'ignorait pas en quoi consiste le danger et la faiblesse de l'homme qu'il prconisait4 ,du moins l'indique-t-il dans les paroles que ,jarno adresse ,wilhelm ,meister3 ,vous tes mcontent et d'humeur chagrine2 c'est fort bien ainsi4 ,quand vous vous fcherez une fois srieusement1 ce sera mieux encore4 ,donc1 parler franc1 il est ncessaire que nous nous fchions une fois pour de bon1 pour que les choses tournent mieux4 ,et cela l'image de l'homme de ,schopenhauer doit nous encourager4 ,l'homme de ,schopenhauer prend sur lui la souffrance volontaire de la vracit1 et cette souffrance lui sert tuer sa volont personnelle et prparer cette complte transformation1 ce renversement de son tre1 dont la ralisation est le sens vritable de la vie4 ,cette expression de la vrit apparat aux autres hommes comme une explosion de la mchancet1 car ils considrent que la conservation de leurs imperfections et de leurs faiblesses est un devoir d'humanit et ils estiment qu'il faut tre mchant pour leur gter ainsi leur jeu4 ,ils sont tents de s'crier1 comme fit ,faust1 en s'adressant ,mphistophls3 ,c'est ainsi que tu opposes la force toujours en mouvement1 la force cratrice et bienfaisante1 la froide main du diable4 ,et celui qui voudrait vivre la faon de ,schopenhauer ressemblerait probablement plutt un ,mphistophls qu' un ,faust1 mais seulement aux yeux des tres faibles et modernes qui voient toujours dans la ngation le signe du mal4 ,mais il y a une faon de nier et de dtruire qui est prcisment l'expression de ce puissant dsir de sanctification et de dlivrance1 dont le premier imitateur philosophique1 ,schopenhauer1 se prsenta parmi nous autres hommes profanateurs et vritablement frivoles4 ,toute existence qui peut tre nie mrite aussi de l'tre2 tre vridique1 cela quivaut croire en une existence qui ne saurait absolument tre nie et qui est elle-mme vraie et sans mensonge4 ,c'est pourquoi l'homme vridique prte son activit un sens mtaphysique1 un sens qui peut tre expliqu par les lois d'une autre vie suprieure1 profondment affirmatif1 quoi qu'il fasse pour apparatre comme le destructeur et le briseur des lois de cette existence4 ,tout ce qu'il fera deviendra ncessairement une longue souffrance1 mais il sait ce que savait dj ,matre ,eckhard3 ,l'animal le plus rapide qui vous porte la perfection1 est la souffrance4 ,il me semble que chacun de ceux qui s'imaginent une pareille direction de vie doit sentir son me s'largir et qu'en lui doit natre un dsir ardent de devenir un homme comme l'a conu ,schopenhauer1 un homme qui1 pour lui et son bien personnel1 serait pur et d'une singulire rsignation1 dont la connaissance serait pntre d'un feu ardent et destructeur1 loin de la neutralit mprisable de de ce que l'on appelle l'homme scientifique1 qui se sentirait planer bien au-dessus du dnigrement chagrin et morose1 s'offrant toujours le premier en sacrifice la vrit reconnue1 mais restant convaincu1 au fond de sa conscience1 du sentiment que des souffrances seules pourront natre de sa vracit4 ,certes1 par sa bravoure1 il anantit son bonheur sur cette terre2 il lui faut s'opposer mme aux hommes qu'il aime1 aux institutions dont il est sorti2 il lui faut tre en tat de guerre1 ne mnager ni les hommes ni les choses1 bien qu'il souffre lui aussi des blessures qui leur sont faites2 il sera mconnu et passera longtemps pour l'alli des puissances qu'il excre2 malgr sa soif de justice et quoiqu'il mette son jugement une mesure humaine1 il devra tre injuste4 ,mais il pourra s'encourager et se consoler avec les paroles dont se servit un jour ,schopenhauer1 son grand ducateur3 ,une vie heureuse est impossible4 ,le but suprme que l'homme peut atteindre est une carrire hroque4 ,celui-l l'accomplit qui1 de n'importe quelle faon et dans n'importe quelle circonstance1 lutte avec les plus grandes difficults pour ce qui peut1 de quelque faon que ce soit1 profiter tous et qui finalement remporte la victoire1 sans tre autrement rcompens1 ou en l'tant mal4 ,alors il finira par demeurer ptrifi1 mais comme le prince dans le ,re corvo de ,gozzi1 en une attitude noble et avec des gestes hroques4 ,son souvenir demeure et sera clbr comme celui d'un hros2 sa volont1 mortifie durant toute sa vie par la peine et le travail1 la mauvaise fortune et l'ingratitude du monde1 s'teint dans le nirvana4 ,une pareille carrire hroque1 sans oublier les mortifications qu'elle comporte1 ne correspond pas1 vrai dire1 aux conceptions mdiocres de ceux qui lui consacrent le plus d'loquence1 qui clbrent des ftes en mmoire des grands hommes et qui s'imaginent que le grand homme est grand comme ils sont petits1 par grce spciale1 pour leur propre plaisir1 ou par le moyen d'un mcanisme spcial dans une obissance aveugle une contrainte intrieure1 de telle sorte que celui qui n'a pas reu le don ou qui ne sent pas la contrainte possde le mme droit tre petit que l'autre tre grand4 ,mais tre gratifi ou contraint1 voil des paroles mprisables par quoi l'on s'efforce d'chapper un avertissement intrieur1 voil des injures l'adresse de chacun de ceux qui ont cout ces avertissements1 donc l'adresse du grand homme4 ,le grand homme est prcisment de ceux qui se laissent le moins gratifier et contraindre4 ,il sait aussi bien que le petit homme comment on peut prendre la vie par son ct facile et combien est molle la couche o il pourrait s'tendre1 s'il s'avisait de traiter son prochain avec gentillesse et banalit4 ,toutes les rgles de l'humanit ne sont-elles pas faites de telle sorte que les atteintes de la vie1 par une perptuelle distraction des penses1 ne puissent tre senties8 ,pourquoi veut-il exactement le contraire1 avec une telle force de sa volont1 veut-il prcisment sentir la vie1 ce qui quivaut souffrir de la vie8 ,parce qu'il s'aperoit qu'on veut le duper au sujet de lui-mme et qu'il existe une sorte d'entente qui consiste le faire sortir de sa propre caverne4 ,alors il se rebiffe1 il dresse l'oreille et il dcide3 ,je veux continuer m'appartenir moi-mme6 ,c'est l une dcision terrible et il ne s'en rend compte que peu peu4 ,car maintenant il lui faut plonger dans les profondeurs de l'existence1 ayant sur les lvres une srie de questions insolites3 ,pourquoi est-ce que je vis8 ,quelle leon doit me donner la vie8 ,comment suis-je devenu ce que je suis et pourquoi cette condition me fait-elle souffrir8 ,il se tourmente et il s'aperoit que personne ne se tourmente ainsi1 qu'au contraire les mains de ses semblables se tendent passionnment vers les fantasmagories qui se jouent sur le thtre politique1 que ses semblables se pavanent sous cent masques diffrents1 jeunes gens1 hommes ou vieillards1 pres1 citoyens1 prtres1 fonctionnaires1 commerants1 tous occups avec ardeur jouer leur propre comdie et ne songeant nullement s'observer eux-mmes4 ,si on leur posait la question3 ,pourquoi vis-tu8 tous rpondraient avec fiert3 ,pour devenir un bon citoyen1 un savant ou un homme d',etat4 ,et pourtant ils sont quelque chose qui jamais ne pourrait devenir quelque chose de diffrent4 ,pourquoi sont-ils prcisment cela8 ,pourquoi cela et non point quelque chose de meilleur8 ,celui qui ne comprend sa vie que comme un point dans l'volution d'une race1 d'un ,etat ou d'une science et qui par consquent veut entirement se subordonner au dveloppement d'une matire dtermine1 l'histoire dont il fait partie1 n'a pas compris la tche que lui impose l'existence et il lui faudra l'apprendre une autre fois4 ,cet ternel devenir est un guignol mensonger qui fait que l'homme s'oublie lui-mme1 c'est le divertissement qui disperse l'individu tous les vents1 c'est la joie sans fin de la badauderie que ce grand enfant qu'est notre temps joue devant nous et avec nous4 ,l'hrosme de la vracit consiste prcisment en ceci que l'on cesse un jour d'tre son jouet4 ,dans le devenir tout est creux1 trompeur et plat1 tout est digne de notre mpris4 ,l'nigme que doit deviner l'homme1 il ne peut la deviner que dans l'tre1 dans le conditionn1 dans l'imprissable4 ,ds lors1 il commencera examiner combien profondment il se rattache au devenir1 combien profondment il se rattache l'tre4 ,une tche formidable se dressera devant son me3 dtruire tout ce qui est dans son devenir1 mettre au jour tout ce qu'il y a d'erron dans les choses4 ,lui aussi veut tout connatre1 mais il le veut autrement que l'homme de ,gthe1 non pas en faveur d'une noble mollesse1 pour se conserver et se divertir de la multiplicit des choses4 ,au contraire1 il sera lui-mme le premier sacrifice qu'il apportera4 ,l'homme hroque mprise son bien-tre et son mal-tre1 ses vertus et ses vices1 il ddaigne de mesurer les choses sa propre mesure2 il n'espre plus rien de lui-mme et de toutes choses1 il veut voir le fond sans esprance4 ,sa force rside en l'oubli de soi et1 s'il pense lui-mme1 il mesure l'espace qui le spare de son but lev et il lui semble voir derrire lui et autour de lui un amas chtif de scories4 ,les penseurs anciens cherchaient de toute leur force le bonheur et la vrit2 et jamais personne ne doit trouver ce qu'il doit chercher1 dit un mauvais principe de la nature4 ,mais celui qui cherche le mensonge en toutes choses et qui volontairement se joint au malheur1 celui-l se prpare peut-tre un autre miracle de dception3 quelque chose d'inexprimable s'approche de lui1 quelque chose dont le bonheur et la vrit ne sont que des copies idoltres1 la terre perd sa pesanteur1 les vnements et les puissances du monde prennent l'aspect d'un songe1 il y a autour de lui comme la transfiguration d'un soir d't4 ,celui qui sait voir est dans la situation d'un homme qui s'veille et qui voit encore flotter autour de lui les nues d'un rve4 ,celles-l aussi finiront par se disperser4 ,alors ce sera le jour4 #e4 ,mais j'ai promis de montrer1 d'aprs les expriences que j'ai faites1 ,schopenhauer ducateur1 il ne suffit donc pas qu'avec des expressions imparfaites1 je peigne cet homme idal qui agit en ,schopenhauer et autour de lui1 en quelque sorte comme son ide platonicienne4 ,il me reste dire ce qu'il y a de plus difficile1 comment1 en partant de cet idal1 on peut conqurir un nouveau cercle de devoirs1 et comment on peut se mettre en communication avec un but aussi transcendant par une activit rgulire1 bref dmontrer encore que cet idal est ducateur4 ,autrement on pourrait croire qu'il n'est pas autre chose qu'une conception du bonheur1 une conception mme enivrante1 rsultat de quelques rares moments1 mais qui nous abandonne aussitt pour nous livrer un dplaisir d'autant plus profond4 ,ce qu'il y a de certain c'est que c'est ainsi que commencent nos rapports avec cet idal1 avec des contrastes soudains de lumire et d'obscurit1 d'ivresse et de dgot et qu'une exprience se renouvelle pour nous qui est vieille comme l'idal lui-mme4 ,mais nous ne devons pas longtemps rester la porte1 car bientt nous en franchirons le seuil4 ,il importe donc de poser une question srieuse et prcise4 ,est-il possible de rapprocher ce but si infiniment lev1 de faon ce qu'il nous duque pendant qu'il nous lve8 ,il ne faut pas que la grande parole de ,gthe s'accomplisse nos dpens4 ,gthe a dit3 ,l'homme est n pour une condition limite2 il est capable de comprendre des desseins simples1 proches et dtermins2 mais1 ds qu'il trouve de l'espace en face de lui1 il ne sait plus ce qu'il veut et ce qu'il doit et il est tout fait indiffrent qu'il soit distrait par la quantit des objets ou qu'il soit mis hors de lui par l'lvation et la dignit de ceux-ci4 ,c'est toujours un malheur pour lui d'tre pouss aspirer quelque chose qui est incompatible avec une activit personnelle et rgulire4 ,on peut employer ces arguments avec une certaine apparence de justesse1 prcisment contre l'homme de ,schopenhauer4 ,sa dignit et son lvation ne peuvent que nous mettre hors de nous-mmes et par l nous loignent de nouveau de toute communaut avec ceux qui agissent4 ,le lien qui unit les devoirs1 le courant de la vie disparaissent4 ,peut-tre l'un ou l'autre s'habituera-t-il s'loigner de mauvaise grce et vivre suivant une double direction1 ce qui veut dire qu'il sera en contradiction avec lui-mme1 qu'il hsitera a et l1 ce qui le rendra tous les jours plus faible et plus strile4 ,un autre renoncera peut-tre par principe agir encore et peine voudra-t-il encore tre spectateur1 quand d'autres agissent4 ,il y a toujours danger1 lorsque l'on rend la tche trop difficile pour l'homme et lorsqu'il n'est pas capable de remplir des devoirs2 les natures les plus fortes peuvent tre ainsi dtruites1 les plus faibles1 qui sont les plus nombreuses1 tombent dans une paresse contemplative et leur paresse finit par leur faire perdre le got de la contemplation4 ,en face de pareilles objections je ne veux concder qu'une seule chose4 ,notre tche ne fait que commencer ici et d'aprs ma propre exprience je ne vois et ne sais qu'une seule chose1 qu'il est possible1 en partant de cette image idale1 de nous charger d'une chane de devoirs qui sont notre porte1 et quelques uns d'entre nous sentent dj le poids de cette chane4 ,mais1 pour pouvoir exprimer dlibrment la formule1 par quoi je voudrais rsumer ce nouvel ordre de devoirs1 il faut que je prsente tout d'abord les considrations pralables qui vont suivre4 ,les hommes d'esprit plus profond ont1 de tous temps1 eu piti des animaux1 prcisment parce qu'ils souffrent de la vie et parce qu'ils n'ont pas la force de tourner contre eux-mmes l'aiguillon de la vie et de donner leur existence une signification mtaphysique2 on est toujours profondment rvolt de voir souffrir sans raison4 ,c'est pourquoi1 en un endroit de la terre1 naquit la supposition que les mes des hommes chargs de fautes seraient passes sur les corps de ces animaux et que la souffrance sans raison1 rvoltante premire vue1 prendrait1 devant la justice ternelle1 le sens1 la signification de punition et d'expiation4 ,c'est1 vrai dire1 une lourde punition de vivre ainsi sous une forme animale1 avec la faim et les dsirs1 et de ne pouvoir se rendre compte de ce que signifie cette vie4 ,l'on ne saurait imaginer sort plus douloureux que celui de la bte fauve1 chasse travers le dsert par le supplice qui la ronge1 rarement satisfaite1 alors que l'assouvissement devient une souffrance dans la lutte meurtrire avec d'autres animaux1 ou dans l'asservissement et les envies rpugnantes4 ,tenir la vie aveuglment et follement1 sans attendre une rcompense1 sans savoir que l'on est puni et pourquoi l'on est ainsi puni1 mais aspirer prcisment cette punition comme un bonheur1 avec toute la btise d'un pouvantable dsir1--c'est l ce qui s'appelle tre animal1 et si toute la nature se presse autour de l'homme1 elle donne par l entendre qu'il lui est ncessaire pour qu'elle puisse se racheter de la maldiction qu'est la vie animale et qu'enfin1 par l'homme1 l'existence se met en face d'un miroir au fond duquel la vie n'apparat plus sans signification1 mais prend toute son importance mtaphysique4 ,mais qu'on y rflchisse bien3 o cesse l'animal1 o commence l'homme8 ,o commence cet homme qui seul importe la nature8 ,aussi longtemps que quelqu'un aspire la vie comme il aspire un bonheur1 il n'a pas encore lev le regard au-dessus de l'horizon animal1 si ce n'est qu'il veut avec plus de conscience ce que l'animal cherche aveuglment4 ,mais il en est ainsi de nous1 durant la plus grande partie de la vie3 nous ne sortons gnralement pas de l'animalit1 nous sommes nous-mmes les animaux dont la souffrance semble tre sans signification4 ,il y a cependant des moments o nous comprenons tout cela4 ,alors les images se dchirent et nous nous apercevons qu'avec toute la nature nous nous pressons autour de l'homme comme autour de quelque chose qui s'lve bien au-dessus de nous4 ,dans cette clart soudaine1 nous regardons en frissonnant autour de nous et derrire nous et nous voyons courir les fauves raffins et nous sommes au milieu d'eux4 ,la prodigieuse mobilit des hommes sur le vaste dsert de la terre2 leur hte fonder des villes et des ,etats1 faire la guerre1 se runir sans cesse pour de nouveau se sparer2 leur tendance s'imiter les uns les autres1 se duper et se fouler aux pieds2 leurs cris dans la dtresse et leurs hurlements de joie dans la victoire--tout cela n'est qu'une continuation de l'animalit4 ,il en est comme si l'homme tait soumis intentionnellement un phnomne de rgression et frustr de ses dispositions mtaphysiques1 comme si la nature1 aprs avoir longtemps aspir crer l'homme1 s'tait soudain recule de lui avec effroi et qu'elle ait prfr retourner l'inconscient de l'instinct4 ,elle avait besoin de suivre la vie de la connaissance et elle a peur de la connaissance qu'il lui et fallu4 ,c'est pourquoi la flamme vacille1 inquite1 comme si elle tait effraye devant elle-mme et elle saisit mille choses avant de saisir ce pour quoi la nature a prcisment besoin de la connaissance4 ,nous nous en apercevons tous dans certains moments1 o nous ne faisons les plus longs prparatifs de notre vie que pour finir nos tches vritables2 o nous voudrions cacher notre tte n'importe o1 pourvu que notre conscience aux cent yeux ne puisse nous saisir2 o nous abandonnons notre cur en hte l',etat1 au gain lucratif1 la socit1 la science1 simplement pour que ce cur ne soit plus en notre possession2 o nous nous abandonnons nous-mmes aveuglment la dure tche quotidienne plus qu'il ne serait ncessaire pour nous--et tout cela parce qu'il nous semble plus indispensable encore de ne pas reprendre conscience de nous-mmes4 ,la hte est gnrale1 parce que chacun est en fuite devant lui-mme1 gnrale aussi la farouche pudeur que l'on met cacher cette hte1 parce que l'on voudrait paratre satisfait et drober sa misre au spectateur perspicace1 et gnral enfin le besoin de nouveaux mots sonores dont il convient d'affubler la vie pour lui prter un air de bruit et de fte4 ,chacun connat l'tat d'me singulier qui s'empare de nous quand soudain des souvenirs dsagrables s'imposent nous et que nous nous efforons1 par des gestes violents et des paroles bruyantes les agiter4 ,mais les gestes et les paroles de la vie quotidienne laissent deviner que nous nous trouvons tous et toujours dans une condition semblable1 par crainte du souvenir et des penses intimes4 ,qu'est-ce donc qui s'empare si souvent de nous1 quelle mouche nous a piqus et nous empche de dormir8 ,des fantmes s'agitent autour de nous1 chaque instant de la vie veut nous dire quelque chose1 mais nous ne voulons pas couter cette voix surnaturelle4 ,quand nous sommes seuls et silencieux1 nous craignons qu'on nous murmure quelque chose l'oreille et c'est pourquoi nous dtestons le silence1 pourquoi nous nous tourdissons en socit4 ,tout cela1 nous le comprenons seulement de-ci de-l et nous nous tonnons grandement de la peur et de la hte vertigineuse1 et de l'tat de songe o se droule notre vie et qui1 semblant craindre de s'veiller1 rve avec d'autant plus de vivacit et d'inquitude que l'veil est proche4 ,mais nous sentons en mme temps que nous sommes trop faibles pour supporter longtemps ces moments de profond recueillement1 et nous sentons que ce n'est pas nous qui sommes les tres vers lesquels toute la nature se sent presse pour obtenir sa dlivrance4 ,c'est beaucoup dj que nous puissions nous hausser un peu et redresser la tte pour nous rendre compte que nous sommes profondment enfoncs dans le fleuve4 ,et1 pour cela encore1 notre propre force ne suffit pas4 ,si nous mergeons la surface1 si nous nous veillons pour un court moment1 c'est parce que nous avons t soutenus et levs4 ,quels sont ceux qui nous lvent8 ,ce sont ces hommes vridiques1 ces hommes qui se sparent du rgne animal1 les philosophes1 les artistes1 les saints4 ,a leur apparition1 et par leur apparition1 la nature1 qui ne saute jamais1 fait son bond unique1 et c'est un bond de joie1 car elle sent que pour la premire fois elle est arrive au but1 c'est--dire l o elle comprend qu'il lui faut dsapprendre d'avoir des buts et qu'en jouant avec la vie et le devenir elle avait eu affaire trop forte partie4 ,cette connaissance la fait s'illuminer et une douce lassitude du soir--ce que les hommes appellent beaut--repose sur son visage4 ,maintenant1 par son air transfigur1 elle veut exprimer le grand claircissement sur le sens de l'univers2 et ce que les hommes peuvent dsirer de plus haut1 c'est de participer sans cesse1 en ayant l'oreille aux aguets1 cet claircissement4 ,si quelqu'un songe ce que ,schopenhauer1 par exemple1 a d entendre au cours de sa vie1 il se dira probablement aprs coup3 ,mes oreilles qui n'entendent pas1 mon cerveau vide1 ma raison hsitante1 mon cur rtrci1 tout ce qui est moi1 hlas1 comme je mprise tout cela6 ,ne pas savoir voler1 mais seulement voleter6 ,voir plus haut que soi-mme et ne pas pouvoir monter jusque-l6 ,connatre le chemin qui mne cet immense point de vue du philosophe1 s'y tre dj engag1 et retourner en arrire aprs quelques pas6 ,et si le plus ardent de tous les vux ne se ralisait qu'un seul jour1 combien volontiers on donnerait en change tout le reste de sa vie6 ,monter aussi haut que jamais personne n'est mont1 dans l'air pur des ,alpes et des glaces1 l o il n'y a plus ni brouillards ni nuages1 o l'essence mme des choses s'exprime d'une faon dure et rigide1 mais avec une prcision invitable6 ,il suffit de songer tout cela pour que l'me devienne solitaire et infinie6 ,si son dsir s'accomplissait1 si le regard tombait sur les choses1 droit et lumineux1 si la honte1 la crainte et le dsir s'vanouissaient1 quels termes faudrait-il trouver pour dnommer un pareil tat d'me1 pour qualifier cette motion1 nouvelle et nigmatique1 sans agitation1 cette motion qui rendrait son me pareille celle de ,schopenhauer1 tendue sur les prodigieux hiroglyphes de l'existence1 sur la doctrine ptrifie du devenir1 non point comme la nuit est tendue1 mais pareille la lumire rouge et ardente qui rayonne sur la vie8 ,et quel serait1 en outre1 le sort de celui qui irait assez avant dans la divination de la destine particulire et du bonheur singulier du philosophe1 pour prouver toute l'incertitude et tout le malheur1 tout le dsir sans espoir de celui qui n'est pas philosophe6 ,savoir que l'on est le fruit de l'arbre qui1 parce qu'il reste dans l'ombre1 ne mrira jamais1 et voir devant soi1 tout proche1 le rayon de soleil qui vous fait dfaut6 ,ces rflexions pourraient tre une telle source de souffrances que celui qui s'y livrerait deviendrait aussitt envieux et mchant1 s'il lui tait possible de le devenir1 mais il est fort probable qu'il finira par retourner son me pour qu'elle ne se consume pas en vains dsirs4 ,ce sera alors1 pour lui1 le moment de dcouvrir un nouveau cercle de devoirs4 ,j'en arrive ici rpondre cette question3 ,est-il possible d'entrer en communication avec l'idal suprieur de l'homme tel que l'a conu ,schopenhauer par une activit personnelle et rgulire8 ,mais1 avant tout1 ceci est tabli3 les devoirs nouveaux ne sont pas les devoirs d'un solitaire2 en les accomplissant on appartient1 bien au contraire1 une puissante communaut dont les membres1 bien qu'ils ne soient pas lis par des formes et des lois extrieures1 se retrouvent cependant dans une mme ide fondamentale4 ,cette ide fondamentale est la culture1 en tant qu'elle place chacun de nous devant une seule tche3 acclrer la venue du philosophe1 de l'artiste et du saint1 en nous-mmes et en dehors de nous1 de faon travailler de la sorte l'accomplissement de la nature4 ,car1 de mme que la nature a besoin du philosophe1 l'artiste lui est ncessaire1 et ceci dans un but mtaphysique1 pour l'clairer sur elle-mme1 pour que lui soit enfin oppos1 sous une forme pure et dfinitive1 ce que1 dans le dsordre de son devenir1 elle ne voit jamais clairement--donc pour que la nature prenne conscience d'elle-mme4 ,c'est ,gthe qui1 dans une parole orgueilleuse et profonde1 fit entendre que toutes les tentations de la nature ne valent qu'en tant que l'artiste devine ses balbutiements1 qu'il va au-devant de la nature et exprime le sens de ces tentatives4 ,je l'ai souvent dit1 s'crie-t-il une fois1 et le rpterai souvent encore1 la cause finale des luttes du monde et des hommes1 c'est l'uvre dramatique4 ,car autrement ces choses ne pourraient absolument servir rien4--,et enfin la nature a besoin du saint1 du saint dont le moi s'est entirement fondu1 dont la vie de souffrance a presque perdu1 ou mme tout fait perdu son sens individuel1 pour se confondre1 dans un mme sentiment1 avec tout ce qui est vivant2 du saint qui subit ce miracle de transformation1 qui n'est jamais le jouet des hasards du devenir1 cette dernire et dfinitive humanisation1 o pousse sans cesse la nature pour se dlivrer d'elle-mme4 ,il est certain que nous tous nous avons des liens et des affinits qui nous attachent au saint1 tout comme une parent d'esprit nous unit l'artiste et au philosophe4 ,il y a des moments et en quelque sorte des tincelles du feu le plus vif et le plus aimant la clart desquels nous ne comprenons plus le mot moi2 il y a au del de notre tre quelque chose qui1 en de pareils moments1 passe de notre ct1 et c'est pourquoi1 du fond de notre cur1 nous dsirons qu'il soit construit des ponts entre ici et l-bas4 ,il est vrai que1 dans notre tat d'esprit habituel1 nous ne pouvons contribuer en rien la cration de l'homme rdempteur1 c'est pourquoi nous nous hassons nous-mmes lorsque nous sommes dans cet tat d'une haine qui est la source de ce pessimisme que ,schopenhauer dut enseigner de nouveau notre poque1 mais qui existe depuis qu'il existe un dsir de culture4 ,la source de ce pessimisme1 mais non point son panouissement2 son assise infrieure en quelque sorte1 non pas son fate2 son point de dpart1 non point son aboutissement1 car1 un jour1 il nous faudra apprendre dtester quelque chose d'autre et de plus gnral1 non point seulement notre individu et sa misrable limitation1 ses vicissitudes et son me inquite1 le jour o nous nous trouverons dans cette condition suprieure o nous aimerons aussi autre chose que ce que nous pouvons aimer maintenant4 ,c'est seulement quand1 l'ge actuel ou dans un ge futur1 nous avons admis dans cette communaut suprieure des philosophes1 des artistes et des saints1 que notre amour et notre haine se verront galement assigner un but nouveau4 ,d'ici l nous avons notre tche et notre cercle de devoirs1 notre haine et notre amour4 ,car nous savons ce que c'est que la culture4 ,elle exige1 pour appliquer le principe de l'homme conu par ,schopenhauer1 que nous prparions1 que nous acclrions la cration d'hommes semblables1 en apprenant connatre et en faisant disparatre ce qui est une entrave la venue de ces hommes1 bref1 que nous luttions infatigablement contre tout ce qui nous a empchs de raliser la forme suprieure de notre existence en ne nous permettant pas de devenir nous-mmes ces hommes tels que les avait conus ,schopenhauer4 #f4 ,il est parfois plus facile de convenir d'une chose que de la comprendre4 ,la plupart de ceux qui rflchiront la parole suivante seront dans ce cas3 ,l'humanit doit travailler sans cesse engendrer quelques grands hommes 444 cela et nulle autre chose doit tre sa tche4 ,combien volontiers voudrait-on appliquer la socit et son but un enseignement que l'on peut tirer de l'tude de toutes les espces du monde animal et vgtal4 ,on constatera alors que seuls importent quelques exemplaires suprieurs1 o seul ce qui est extraordinaire1 puissant1 compliqu et terrible joue un rle2 on le ferait volontiers1 si les prjugs que l'on tient de l'ducation n'y opposaient la plus vive rsistance4 ,il est en somme facile de comprendre que le but de l'volution se trouve ralis quand une espce a atteint sa limite extrme et qu'elle a ralis le type intermdiaire qui conduit une espce suprieure1 et non point lorsque l'espce prsente un nombre considrable d'exemplaires pareils et que ces exemplaires jouissent du plus grand bien-tre ou mme qu'ils sont les derniers venus dans la mme catgorie4 ,ce but semble tre ralis tout au contraire par les existences qui paraissent disperses au hasard et qui rencontrent a et l des conditions favorables leur dveloppement4 ,on devrait comprendre tout aussi aisment que l'humanit1 tant capable d'arriver la conscience de son but1 a le devoir de rechercher et d'tablir ces conditions favorables1 ncessaires la cration de grands hommes rdempteurs4 ,mais voil que l'on soulve je ne sais trop quelles objections3 on prtend que le but final doit tre dans le bonheur de tous ou du plus grand nombre1 qu'il faut le chercher dans l'panouissement des grandes communauts1 et si quelqu'un se dcide en hte sacrifier sa vie au service d'un ,etat1 il y mettrait beaucoup plus de faons et il y rflchirait deux fois si ce sacrifice tait rclam non pas par un ,etat1 mais par un individu4 ,il parat absurde qu'un homme puisse exister cause d'un autre homme4 ,qu'il existe au contraire pour tous les autres1 ou du moins pour le plus grand nombre possible6 ,voil ce que l'on exige6 ,mais1 brave homme que tu es1 serait-il donc moins absurde de laisser dcider le nombre quand il s'agit de mrite et de valeur8 ,car la question se pose ainsi3 ,comment ta vie1 la vie de l'individu1 atteint-elle sa valeur la plus haute1 sa signification la plus profonde8 ,comment faire pour la gaspiller le moins possible8 ,cela ne peut tre qu'en vivant au profit des exemplaires les plus rares et les plus prcieux1 non point au profit du plus grand nombre1 c'est--dire1 individuellement1 des exemplaires les plus prcieux4 ,il faut prcisment implanter et cultiver dans l'me du jeune homme ce sentiment qu'il est lui-mme en quelque sorte une uvre manque de la nature1 mais qu'il est en mme temps le tmoignage des intentions les plus hautes et les plus merveilleuses de cette artiste4 ,elle n'a pas atteint son but1 devra-t-il se dire1 mais je veux honorer sa haute intention en me mettant son service1 de faon ce que1 un jour1 elle russisse mieux4 ,avec ce dessein il se place dans le domaine de la culture1 car celle-ci est1 pour chacun1 l'enfant de la connaissance de soi et du sentiment de l'insuffisance individuelle4 ,chacun de ceux qui se dclarent son partisan dclare par l3 ,je vois au-dessus de moi quelque chose de suprieur et de plus humain que moi-mme2 aidez-moi tous pour que je parvienne l'atteindre1 de mme que je veux aider tous ceux qui tmoignent comme moi et qui souffrent du mme mal que moi1 pour qu'enfin puisse natre de nouveau l'homme qui se sent complet et infini1 dans la connaissance et dans l'amour1 dans la contemplation et dans le pouvoir1 l'homme qui1 dans sa totalit1 tient la nature1 juge et valuateur des choses4 ,il est difficile de placer quelqu'un dans cette condition d'intrpide connaissance de soi-mme1 parce qu'il est impossible d'enseigner l'amour4 ,l'amour seul permet l'me de se juger elle-mme avec un regard lucide1 analyseur et mprisant et l'anime du dsir de voir plus loin qu'elle-mme1 pour s'enqurir1 de toutes ses forces1 d'un moi suprieur1 qui se tient encore cach quelque part4 ,donc1 celui-l seul qui s'est attach de tout cur un grand homme1 quel qu'il soit1 reoit par l la premire conscration de la culture4 ,les signes qui la font reconnatre sont l'humilit sans dpit1 la haine que l'on a de sa propre troitesse et de son manque d'lan1 la compassion avec le gnie qui sut s'arracher toujours nouveau de notre atmosphre lourde et sche1 la divination de tous ceux qui se dveloppent et qui luttent et1 enfin1 la conviction de rencontrer presque partout la nature dans sa dtresse1 la nature qui tente de s'approcher de l'homme1 qui s'aperoit avec douleur que l'uvre est encore manque1 bien qu'elle puisse enregistrer des russites partielles1 des traits1 des esquisses de l'uvre parfaite4 ,il en est alors des hommes au milieu desquels nous vivons comme d'une accumulation d'bauches artistiques et prcieuses1 o tout nous invite mettre la main la pte1 terminer1 assembler ce qui doit tre runi1 complter ce qui aspire la perfection4 ,j' ai appel la premire conscration de la culture cette somme de conditions intrieures4 ,il me faut maintenant peindre l'effet de la seconde conscration et je sais fort bien qu'ici ma tche est plus difficile1 car il convient de faire le passage entre le fait intime et l'apprciation du fait extrieur2 le regard doit se porter au loin pour retrouver1 dans l'agitation du vaste monde1 ce dsir de culture tel qu'il le connat d'aprs ces premires expriences4 ,l'individu doit utiliser ses dsirs et ses aspirations comme un chiffre qui lui permet de lire ds lors les aspirations des hommes4 ,mais1 l encore1 il ne faut pas qu'il s'arrte4 ,de ce degr il devra s'lever au degr suprieur4 ,la culture n'exige pas seulement de lui ces expriences personnelles1 non seulement l'apprciation du monde extrieur qui l'entoure1 mais encore et principalement un acte dtermin1 savoir1 la lutte pour la culture et la guerre toutes les influences1 toutes les habitudes1 toutes les lois1 toutes les institutions dans les quelles il ne reconnat pas son but1 la production du gnie4 ,celui l donc qui est capable de se placer sur le second degr est frapp tout d'abord de voir combien ce but chappe gnralement la sphre de la connaissance1 combien1 par contre1 la proccupation de la culture est universelle et combien sont normes les forces que l'on emploie son service4 ,on se demande avec tonnement si une pareille connaissance est indispensable4 ,la nature n'atteindrait-elle pas son but1 lors mme que le plus grand nombre saurait mal dterminer la raison de ses propres proccupations8 ,celui qui s'est habitu croire beaucoup en la finalit inconsciente de la nature n'aura pas de peine rpondre3 ,il en est ainsi6 ,laissez les hommes dire et penser ce qu'ils veulent de leur but final1 ils ont conscience qu'une obscure pousse les mne sur le droit chemin4 ,pour pouvoir soulever ici des objections1 il faut avoir vcu quelque peu2 mais celui qui est vritablement convaincu que c'est le but de la culture d'acclrer la venue des grands hommes et que la culture ne saurait avoir d'autre but1 et qui compare maintenant1 celui-l s'apercevra que la formation d'un pareil homme1 malgr tout l'talage et la pompe de la culture1 ne se distingue pas beaucoup d'une cruaut persistante1 telle qu'on l'inflige aux animaux4 ,il jugera alors qu'il est ncessaire que l'obscure pousse soit enfin remplace par une volont constante4 ,un autre argument se prsentera encore son esprit3 il ne faut plus qu'il soit possible que cet instinct1 inconscient de son but1 cette obscure pousse tant vante1 soient utiliss des fins toutes diffrentes et conduits sur des chemins o ce but suprieur1 la cration du gnie1 ne pourra jamais tre atteint4 ,il existe1 hlas6 une sorte de culture profane et asservie6 ,pour s'en apercevoir1 il suffit de regarder autour de soi4 ,ce sont prcisment les forces qui prtendent aujourd'hui acclrer la culture de la faon la plus active qui sont animes d'arrire-penses et dont l'activit en faveur de la culture n'est ni pure ni dsintresse4 ,voici tout d'abord l'gosme des acqureurs1 qui a besoin de se servir de la culture et qui1 par gratitude1 lui vient en aide1 mais qui voudrait galement lui prescrire son but et ses limites4 ,c'est de ce ct-l que vient le thorme et le sorite qui disent peu prs ceci3 ,autant de connaissance et de culture que possible1 pour cela autant de besoins que possible1 pour cela autant de production que possible1 pour cela autant de gain et de bonheur que possible4 ,telle est la formule sductrice4 ,les adhrents de la culture dfiniraient celle-ci3 l'intelligence que l'on mettrait accommoder ses besoins et leur satisfaction l'poque actuelle1 en disposant1 en mme temps1 des meilleurs moyens pour gagner de l'argent aussi facilement que possible4 ,former autant d'hommes que possible qui circuleraient peu prs comme une monnaie a cours1 c'est cela qu'ils viseraient1 et1 d'aprs cette conception1 un peuple serait d'autant plus heureux qu'il possderait beaucoup de ces hommes qui circuleraient comme argent courant4 ,c'est pourquoi les tablissements pdagogiques modernes se proposeraient de dvelopper chacun de leurs lves selon sa valeur1 devenir courant1 l'duquer de telle sorte qu'il puisse bnficier1 selon la mesure de sa comptence et de son savoir1 de la plus grande somme de bonheur et d'avantages4 ,on exige ici que l'individu1 appuy sur une pareille culture gnrale1 soit capable de se taxer exactement lui-mme de faon savoir ce qu'il doit exiger de la vie4 ,et1 en fin de compte1 on affirme qu'il existe une union naturelle et ncessaire de l'intelligence et de la proprit1 de la richesse et de la culture1 mieux encore1 que cette union est une ncessit morale4 ,toute culture parat rprhensible qui rend solitaire1 qui impose des buts plus levs que l'argent et le profit1 qui use de beaucoup de temps4 ,on a l'habitude de calomnier ces faons plus srieuses de cultiver l'esprit en le traitant d'gosme raffin ou d'picurisme immoral4 ,il est vrai que pour se conformer ici la mode courante1 on prise prcisment le contraire1 savoir une culture rapide qui mne devenir bientt un tre qui gagne de l'argent et que cette culture soit juste assez profonde pour que cet tre puisse gagner beaucoup d'argent4 ,on ne permet l'homme qu'autant de culture qu'il en est besoin dans l'intrt du profit gnral et des usages du monde1 mais on l'exige aussi de lui4 ,on dit1 en rsum1 que l'homme a un droit indispensable au bonheur sur la terre1 c'est pourquoi la culture lui est ncessaire1 mais cause de cela seulement6 ,voici1 en second lieu1 l'gosme de l',etat1 car l',etat exige galement une gnralisation et un dveloppement aussi considrables que possible de la culture et il tient entre les mains les instruments les plus efficaces pour satisfaire ses dsirs4 ,en admettant qu'il se sache assez fort pour pouvoir non seulement enlever les entraves mais encore pour imposer son joug temps1 en admettant que son fondement soit assez large pour pouvoir supporter tout l'difice de la culture1 c'est lui qui1 dans la lutte avec les autres ,etats1 bnficiera toujours lui-mme de la vulgarisation de la culture parmi ses citoyens4 ,partout o l'on parle maintenant d',etats civiliss on impose la tche de dvelopper les facults intellectuelles d'une gnration1 au point que ces facults servent et soient utiles aux institutions tablies1 mais on n'admet pas que ce dveloppement aille plus loin4 ,il en est comme d'un ruisseau de montagne1 dtourn partiellement de son cours par des digues et des barrages1 pour que sa force motrice serve faire tourner un moulin1 tandis que si son courant imptueux tait utilis tout entier1 il deviendrait plutt dangereux qu'utile pour le moulin4 ,le dchanement apparent des forces se prsente ainsi plutt comme une contrainte4 ,qu'on se rappelle plutt ce qu'est devenu le christianisme au cours des temps et sous la domination goste de l',etat4 ,le christianisme est certainement la rvlation la plus pure de ce besoin de culture et de la cration toujours renouvele des saints4 ,mais1 comme il a t utilis de cent faons pour faire tourner les moulins des pouvoirs publics1 il s'est peu peu corrompu jusqu' la moelle1 il est devenu hypocrite et mensonger et il a dgnr jusqu' tre en contradiction avec son but primitif4 ,sa dernire aventure1 la ,rforme allemande1 n'aurait eu que la dure d'un feu de paille1 si elle n'avait puis une nouvelle force et de nouvelles ardeurs dans la lutte et les incendies des ,etats4 ,voici1 en troisime lieu1 la culture qu'encouragent tous ceux qui se savent laids ou ennuyeux et qui voudraient se tromper sur eux-mmes par ce qu'ils appellent les belles formes4 ,avec un vernis extrieur1 avec des paroles1 des attitudes1 des ornements1 de l'apparat1 des bonnes manires1 le spectateur doit tre dup sur le contenu1 car il est admis que l'on juge gnralement l'intrieur d'aprs l'extrieur4 ,il me semble parfois que les hommes modernes s'inspirent rciproquement un ennui dmesur et qu'ils finissent par juger ncessaire de se rendre intressants au moyen de tous les arts4 ,les voil qui se font servir1 eux-mmes1 par leurs artistes comme des mets succulents et pics2 les voil qui versent sur leur propre personne tous les aromes d',orient et d',occident1 et certes6 ils prennent alors une odeur trs intressante1 ils sentent tout l',orient et tout l',occident4 ,les voil qui s'arrangent satisfaire tous les gots et chacun doit tre servi1 soit qu'il ait envie de bonnes ou de mauvaises odeurs1 qu'il gote l'alambiqu ou les grossirets paysannes1 le grec ou le chinois1 les tragdies ou les malproprets dramatiques4 ,les plus clbres cuisiniers de ces hommes modernes qui veulent tre tout prix intresss et intressants se trouvent1 comme on sait1 parmi les ,franais1 les plus mauvais parmi les ,allemands4 ,ceci est en somme plus consolant pour les premiers que pour les derniers1 et nous n'en voudrons nullement aux ,franais s'ils se moquent de nous prcisment cause de notre manque d'intrt et d'lgance et si1 chez certains ,allemands1 le besoin de distinction et de manires leur rappelle les ,indiens1 qui demandent qu'on leur mette un anneau dans le nez et qui poussent des cris pour tre tatous4 ,et ici rien ne me retient de me laisser aller une digression4 ,depuis la dernire guerre avec la ,france bien des choses ont chang et se sont dplaces en ,allemagne et il apparat clairement que l'on a aussi rapport de l-bas quelques nouveaux vux qui concernent la culture allemande4 ,cette guerre fut pour bien des gens le premier voyage dans la partie lgante du monde4 ,de quel magnifique dsintressement ferait preuve le vainqueur s'il ne ddaignait pas d'apprendre un peu de culture chez le vaincu6 ,c'est en particulier sur le domaine de l'art appliqu que l'on voudrait sans cesse rivaliser avec le voisin cultiv4 ,l'installation de la maison allemande doit ressembler celle de la maison franaise4 ,la langue allemande elle-mme1 par l'entre-mise d'une acadmie fonde sur le modle franais1 doit s'attribuer le bon got et se dbarrasser de l'influence nfaste que ,gthe a exerce sur elle4 ,c'est du moins ce qu'a affirm rcemment l'acadmicien berlinois ,dubois-,reymond4 ,nos thtres ont depuis longtemps aspir1 tranquillement et honntement1 au mme but4 ,on a mme invent le savant allemand qui serait lgant6 ,il fallait donc s'attendre voir cart tout ce qui jusqu' prsent ne semblait pas se soumettre cette loi de l'lgance1 la musique1 la tragdie et la philosophie allemandes4 ,mais1 vraiment1 il n'y aurait pas de quoi remuer le petit doigt en faveur de la culture allemande1 si l',allemand1 sous le nom de culture1 qui lui fait encore dfaut et qu'il devrait acqurir maintenant1 n'entendait que les artifices et les agrments qui enjolivent la vie1 y compris l'ingniosit des matres de danse et des tapissiers1 s'il ne devait s'appliquer1 dans son langage1 qu'aux rgles acadmiques et une certaine civilit gnrale4 ,la dernire guerre et le contact personnel avec les ,franais ne semblent pourtant pas avoir suscit d'aspirations plus hautes et je souponne souvent l',allemand de vouloir se drober au devoir ancien que lui imposent ses dons merveilleux et la singulire profondeur1 le srieux de sa nature4 ,il aimerait beaucoup mieux s'amuser faire le singe1 apprendre des manires et des tours qui rendraient sa vie plus divertissante4 ,on ne saurait faire une injure plus grave l'esprit allemand qu'en le traitant comme s'il tait de cire1 mallable au point que l'on pourrait un jour1 par un simple modelage1 lui donner de l'lgance4 ,et s'il tait malheureusement vrai qu'un grand nombre d',allemands se sentiraient disposs se laisser ainsi modeler et redresser1 il faudrait rpter sans cesse1 jusqu' ce que l'on finisse par l'entendre3 ,elle n'habite plus du tout en vous1 cette vieille faon allemande1 qui1 bien qu'elle soit dure1 pre et pleine de rsistance1 est pourtant la matire la plus prcieuse1 celle que seuls les grands sculpteurs peuvent utiliser1 parce que seule elle est digne d'eux4 ,ce que vous avez en vous est1 par contre1 une matire molle et pteuse4 ,faites-en ce que vous voulez1 ptrissez d'lgantes poupes et des idoles intressantes1 le mot de ,richard ,wagner demeurera toujours vrai3 ,l',allemand est anguleux et gauche lorsqu'il veut affecter de bonnes manires1 mais il apparat sublime et suprieur tous quand on le met au feu4 ,les lgants ont toutes les raisons de se mettre en garde contre ce feu allemand1 car il pourrait les dlivrer un jour1 eux1 leurs poupes et leurs idoles de cire4 ,on pourrait1 vrai dire1 trouver encore une autre origine1 une origine plus profonde1 ce penchant vers les belles formes qui prvaut en ,allemagne4 ,il tient la hte1 cet empressement essouffl saisir le moment1 la prcipitation qui fait cueillir le fruit quand il est encore vert1 cette course et cette chasse qui met sur le visage de tous l'empreinte de la peur et qui maquille en quelque sorte tout ce qu'il peut4 ,comme s'ils agissaient sous l'empire d'une boisson qui ne les laisse plus respirer librement1 ils continuent1 dans leur choquante insouciance1 tre les esclaves tourments des trois ,m1 le moment1 le milieu et la mode4 ,leur manque de dignit et de pudeur saute alors aux yeux1 tel point qu'une lgance mensongre devient ncessaire pour pouvoir masquer la maladie de la hte sans dignit4 ,car1 chez l'homme moderne1 la mode avide des belles formes correspond la laideur du contenu3 celle-l doit cacher1 celle-ci doit tre cache4 ,etre cultiv1 cela veut dire maintenant ne pas laisser voir combien on est misrable et mauvais1 combien l'avidit de parvenir prend les allures de la bte fauve1 combien on est insatiable dans le dsir de collectionner1 goste et sans pudeur dans le besoin de la jouissance4 ,souvent1 lorsque je montrais quelqu'un l'absence de toute culture allemande1 je m'entendais objecter3 ,mais cette absence est toute naturelle1 car les ,allemands ont t jusqu' prsent trop pauvres et trop modestes4 ,attendez que nos compatriotes soient devenus riches et conscients d'eux-mmes1 alors ils auront aussi une culture6 ,il se peut que la foi sauve1 en tous les cas cette faon de foi ne me sauve point1 parce que je sens que la culture allemande laquelle on ajoute foi ici--celle de la richesse1 du vernis et de la simulation manire--est prcisment l'antipode hostile de la culture allemande laquelle moi j'ajoute foi4 ,certes1 celui qui doit vivre parmi les ,allemands souffre beaucoup de la grisaille si dcrie de leur vie et de leurs sens1 de l'absence complte du got de la forme qui se manifeste chez eux1 de leur esprit stupide et apathique1 de la candeur qu'ils mettent dans les rapports dlicats avec leurs semblables1 plus encore de ce qu'ils ont de louche1 de quelque peu dissimul et de malpropre dans le caractre4 ,il est douloureusement affect par le plaisir indracinable qu'ils prennent tout ce qui est faux et contrefait1 l'imitation grossire1 la traduction de ce qu'il y a de bon l'tranger en quelque chose de national qui est mauvais4 ,maintenant que s'ajoute encore tout cela comme le pire des maux l'inquitude fivreuse1 cette fureur du succs et du gain1 cette estimation trop haute des choses du moment1 il est rvoltant de devoir penser que toutes ces maladies et toutes ces faiblesses ne doivent par principe jamais tre guries1 mais seulement et sans cesse couvertes d'un fard au moyen de cette culture des formes intressantes6 ,et il en est ainsi chez un peuple qui a produit ,schopenhauer et ,wagner1 chez un peuple qui doit encore souvent produire des individualits du mme genre4 ,ou bien nous tromperions-nous peut-tre de la faon la plus dsolante8 ,tous deux ne devraient-ils pas nous garantir que des forces semblables aux leurs existent encore dans l'esprit allemand1 dans l'me allemande8 ,seraient-ils eux-mmes des exceptions1 les derniers aboutissants et les dernires mascottes1 si je puis dire1 de qualits que l'on tenait autrefois pour allemandes8 ,je ne sais trop que rpondre ici et je reviens mon sujet1 pour reprendre mes considrations gnrales1 dont j'ai t dtourn par des doutes pleins d'inquitudes4 ,je suis loin d'avoir numr toutes les puissances qui encouragent peut-tre la culture1 sans que l'on puisse cependant discerner le but que celle-ci doit atteindre3 la production du gnie4 ,trois de ces puissances ont t nommes3 l'gosme de ceux qui veulent acqurir des biens2 l'gosme de l'tat2 l'gosme de tous ceux qui ont des raisons de dissimuler et de se cacher sous une apparence diffrente de ce qu'ils sont4 ,je mentionne en troisime lieu l'gosme de la science et la singulire attitude de ses serviteurs1 les savants4 ,la science est la sagesse ce que la vertu est la saintet2 elle est froide et sche1 elle est sans amour et ne sait rien d'un sentiment profond d'imperfection et d'une aspiration plus haute4 ,elle est tout aussi utile elle-mme qu'elle est nuisible ses serviteurs1 en ce sens qu'elle transporte sur ses serviteurs son propre caractre et que par l elle dessche ce qu'ils peuvent avoir d'humain en eux4 ,tant que l'on entend par culture l'encouragement de la science1 elle passe avec une froideur implacable ct des grands hommes passionns1 car la science ne voit partout que des problmes de la connaissance et1 dans le domaine qu'elle s'est rserv1 la souffrance apparat comme quelque chose d'insolite et d'incomprhensible et devient1 par consquent1 elle aussi1 un problme4 ,qu'on s'habitue transformer toute exprience en un jeu1 de questions et de rponses dialectiques1 en une simple affaire de raisonnement et l'on s'apercevra qu'au bout de fort peu de temps1 avec une activit pareille1 l'homme en est rduit agiter ses os comme un squelette4 ,chacun sait et voit cela4 ,mais comment est-il alors possible que la jeunesse ne s'effraye pas du spectacle qu'offrent ces squelettes et qu'elle ne cesse de s'abandonner la science1 aveuglment1 sans choix et sans mesure4 ,le prtendu instinct de vrit ne joue ici aucun rle1 car comment un instinct pourrait-il pousser rechercher la connaissance pure1 froide et sans suite8 ,ce que sont1 au contraire1 les vritables forces actives dont sont anims les serviteurs de la science1 l'esprit dpourvu de prventions ne le comprend que trop bien4 ,il conviendrait donc d'examiner et de dissquer une fois les savants1 aprs qu'ils se sont eux-mmes habitus tter et dcomposer audacieusement tout au monde1 sans excepter ce qu'il y a de plus vnrable4 ,si je dois dire ce que je pense1 j'affirmerai que le savant se compose d'un mlange compliqu d'impulsions et de ractions trs dissemblables1 il est tous les points de vue un mtal impur4 ,on trouve chez lui1 tout d'abord1 une forte curiosit1 qui s'accrot toujours davantage1 l'aspiration aux aventures de la connaissance1 la suggestion continuelle et toujours plus puissante de ce qui est nouveau et rare1 une opposition ce qui est vieux et ennuyeux4 ,il faut y ajouter un certain instinct de jeux et de recherches dialectiques1 la joie du chasseur qui1 dans le domaine de la pense1 dpiste les ruses du renard1 de telle sorte que ce n'est pas la vrit que l'on cherche1 mais que la recherche l'intresse par elle-mme et que le plaisir essentiel consiste couvrir les pistes1 cerner1 rduire habilement merci4 ,en outre1 l'instinct de la contradiction se plat se manifester2 la personnalit veut s'affirmer et se faire sentir envers et contre tous2 le combat devient un plaisir1 la victoire individuelle un but1 tandis que la lutte pour la vrit n'est plus qu'un prtexte4 ,on rencontre encore chez le savant1 pour une bonne part1 la volont de dcouvrir certaines vrits1 et cela par soumission l'gard de certaines personnalits puissantes1 de certaines castes1 opinions1 glises1 par soumission l'gard de certains gouvernements1 parce qu'il sent qu'il se rend utile lui-mme en mettant la vrit de leur ct4 ,le savant se distingue aussi1 moins rgulirement mais encore assez souvent1 par les qualits suivantes3 ,en premier lieu1 l'honntet et le sens de la simplicit1 vertus trs apprciables quand elles sont autre chose que de la maladresse et le manque d'habitude dans la dissimulation1 ce pourquoi il faut encore un certain esprit4 ,en effet1 partout o l'esprit et la souplesse frappent premire vue1 il faut tre quelque peu sur ses gardes et douter de la droiture de caractre4 ,d'autre part cette honntet ne vaut souvent pas grand'chose et sur le domaine de la science elle est rarement fconde1 vu qu'elle est affaire d'habitude et qu'elle ne dit gnralement la vrit que quand il s'agit de choses simples ou indiffrentes1 car il y a l une certaine paresse vouloir dire plutt la vrit qu' la taire4 ,tout ce qui est nouveau exigeant un changement de point de vue1 l'honntet vnre1 autant que cela est possible1 l'opinion ancienne et elle reproche1 celui qui dfend la nouveaut1 son manque de jugement4 ,la doctrine de ,copernic a certainement rencontr de l'opposition parce qu'elle avait l'vidence et l'habitude contre elle4 ,la haine de la philosophie1 qui se rencontre souvent chez les savants1 est avant tout une haine des syllogismes et des dmonstrations artificielles4 ,on peut mme dire qu'au fond chaque gnration de savants possde sans le vouloir une mesure dtermine de perspicacit permise2 tout ce qui dpasse cette mesure est mis en doute et presque considr comme un argument invoquer contre l'honntet4 ,en deuxime lieu1 un regard pntrant pour tout ce qui se trouve dans le proche voisinage1 alli la plus grande myopie quand il s'agit de juger ce qui est lointain et d'ordre gnral4 ,le champ visuel du savant est gnralement trs troit et pour apercevoir les objets il faut qu'il s'en approche de trs prs4 ,s'il veut passer d'un point qu'il vient d'tudier un autre1 il est oblig de dplacer tout son appareil visuel vers ce point4 ,il dcoupe l'image en une srie de taches1 comme quelqu'un qui1 au thtre1 se sert d'une lorgnette pour voir la scne et dont le regard embrasse tour tour une tte1 le morceau d'un vtement1 mais sans parvenir regarder l'ensemble4 ,ces taches diffrentes1 il ne les voit jamais runies et il se voit dans l'obligation d'infrer au lien qui les rattache1 c'est pourquoi il n'a jamais de forte impression d'ensemble4 ,il jugera1 par exemple1 un crit dont il n'est pas en tat de voir l'ensemble d'aprs quelques morceaux1 quelques phrases1 quelque fautes2 il serait prmatur de prtendre que pour lui un tableau l'huile n'est qu'un sauvage amas de pts4 ,en troisime lieu l'insipidit et la vulgarit de sa nature1 qu'il montre dans ses sympathies et ses antipathies4 ,dou de ces qualits1 il russit surtout dans les travaux historiques1 quand il conforme les mobiles qu'il prte aux hommes du pass aux mobiles qui lui sont connus4 ,c'est dans une taupinire qu'une taupe se retrouve le plus facilement4 ,il est gard contre toutes les hypothses d'ordre artistique et contre toutes les licences4 ,s'il a de la persvrance1 il fouille dans les motifs du pass1 car il en trouve en lui-mme qui sont du mme ordre4 ,a vrai dire1 pour cette raison1 il est gnralement incapable de comprendre et d'apprcier ce qui est rare1 sublime1 exceptionnel1 par consquent ce qui est seul important et essentiel4 ,en quatrime lieu1 la pauvret de sentiment et la scheresse4 ,ces qualits prdisposent le savant la vivisection4 ,il ne se doute pas des souffrances que l'entendement apporte souvent avec soi1 c'est pourquoi il ne craint pas de s'aventurer sur les domaines o d'autres sentent leur cur frmir4 ,il est froid1 de sorte que volontiers on le tiendrait pour cruel4 ,on pourrait aussi le croire audacieux1 mais il ne l'est point1 pareil au mulet qui ctoie l'abme sans connatre le vertige4 ,en cinquime lieu1 l'ide mdiocre qu'il a de lui-mme1 sa modestie4 ,les savants1 bien qu'ils soient relgus parfois dans un coin misrable1 n'ont pas le sentiment du sacrifice1 de l'abandon4 ,ils semblent parfois se rendre compte1 dans leur for intrieur1 qu'ils n'appartiennent pas la gent aile1 mais la gent rampante4 ,cette qualit les rend presque touchants4 ,en sixime lieu1 la fidlit qu'ils vouent leurs matres et leurs conducteurs4 ,a ceux-l ils voudraient aider de tout cur et ils savent bien que c'est avec la vrit qu'ils leur aideraient le mieux4 ,car ils sont dous de reconnaissance1 parce que c'est par la reconnaissance seule qu'ils ont pu pntrer dans le vnrable portique de la science1 o jamais leur propre effort n'et pu leur donner accs4 ,celui qui sait aujourd'hui s'riger en matre dans un domaine accessible aux esprits mdiocres qui peuvent y travailler avec succs1 celui-l devient un homme clbre dans le temps le plus bref1 tant est considrable le nombre de ceux qui veulent se presser autour de lui4 ,il est vrai que chacun de ces fidles et de ces obligs devient aussi pour le matre une calamit1 parce que1 tous1 ils veulent l'imiter et qu'alors ses infirmits semblent comme dmesures et exagres1 quand on les aperoit sur des tres aussi mdiocres1 alors qu'au contraire les vertus du matre sont diminues dans la mme proportion ds qu'on les retrouve chez les disciples4 ,en septime lieu1 la routine professionnelle qui pousse le savant suivre toujours la mme voie o il a t pouss1 la vracit par inadvertance1 conformment une habitude prise4 ,de pareilles natures deviennent des collectionneurs1 des commentateurs1 des confectionneurs d'index et d'herbiers2 ils s'instruisent et font des recherches sur le mme domaine1 simplement parce qu'ils ne songent jamais qu'il existe d'autres domaines encore4 ,leur assiduit a quelque chose de la formidable btise inhrente la pesanteur1 c'est pourquoi ils arrivent souvent abattre beaucoup de besogne4 ,en huitime lieu1 la fuite devant l'ennui4 ,tandis que le vritable penseur ne dsire rien autant que les loisirs1 le savant ordinaire les fuit1 parce qu'il ne sait qu'en faire4 ,sa consolation1 ce sont les livres1 c'est--dire qu'il coute comment les autres pensent et qu'il passe ainsi tout le long du jour s'occuper agrablement4 ,il choisit en particulier les livres auxquels il prend d'une faon quelconque une part personnelle1 dont la lecture peut veiller quelque peu ses sympathies et ses antipathies4 ,ces ouvrages auront trait sa propre activit1 celle de sa caste1 ils toucheront ses opinions politiques et esthtiques ou seulement ses ides grammaticales2 s'il possde lui-mme une spcialit scientifique1 il ne manquera pas de moyens pour tuer les mouches et dissiper son ennui4 ,en neuvime lieu1 le mobile du gagne-pain1 qui quivaut en somme aux fameux borborygmes d'un estomac dlabr4 ,on sert la vrit1 lorsqu'elle est capable de nous conduire directement des traitements ou des situations plus leves1 o du moins de nous faire acqurir les bonnes grces de ceux qui ont dispenser les places et les honneurs4 ,mais c'est cette vrit seule qu'on est prt a servir1 c'est pourquoi on peut tracer une limite rigoureuse entre les vrits avantageuses1 servies par un grand nombre1 et les vrits dsavantageuses1 auxquelles ne s'adonnent que quelques-uns1 dont on ne peut pas dire3 ingenii largitor venter4 ,en dixime lieu1 l'estime des confrres1 la crainte de leur mpris4 ,mobile plus rare1 mais suprieur au prcdent1 que l'on rencontre encore assez frquemment4 ,tous les membres de la confrrie se surveillent les uns les autres de la manire la plus jalouse1 de telle faon que la vrit dont tant de choses dpendent1 le pain1 la position1 l'honneur1 soit authentiquement baptise au nom de son inventeur4 ,on rend rigoureusement hommage l'autre pour la vrit qu'il a trouve1 afin qu'il vous rende la pareille si l'on se trouvait dans le cas de trouver un jour1 son tour1 une vrit4 ,la contre-vrit1 l'erreur1 sont dvoiles avec fracas1 pour que le nombre des comptiteurs ne devienne pas trop grand4 ,mais parfois aussi on fait crever la vrit vritable1 de faon faire de la place pour un temps l'erreur opinitre et audacieuse4 ,ici1 pas plus qu'ailleurs1 les idiotismes moraux1 que l'on appelle gnralement tours de fripons1 ne font dfaut4 ,en onzime lieu1 le savant par vanit1 espce dj beaucoup plus rare4 ,il veut1 autant que possible1 possder un domaine lui tout seul et dans ce but il tourne son attention vers les curiosits1 surtout si ces curiosits lui occasionnent des frais extraordinaires1 des voyages1 des fouilles1 des relations nombreuses dans tous les pays4 ,il se contente gnralement d'tre1 lui aussi1 l'objet d'une curiosit tonne et ne songe pas gagner son pain par le moyen de ses savantes recherches4 ,en douzime lieu1 le savant par passion du jeu4 ,son amusement consiste trouver des devinettes dans les sciences et les rsoudre2 il le fera sans grand effort pour ne pas perdre le sentiment qu'il agit en joueur4 ,c'est pourquoi il vitera aussi de pntrer dans les profondeurs1 mais il lui arrivera parfois de percevoir quelque chose que le savant qui fait de la science son gagne-pain1 avec son regard rampant1 n'apercevra jamais4 ,si1 en fin de compte1 j'indiquais encore1 en treizime lieu1 comme modle de savant1 l'instinct de justice1 on pourrait m'objecter que cet instinct noble jusqu' tre mtaphysique est particulirement difficile distinguer des autres et qu'il parat tre1 pour l'il humain1 insaisissable et indfinissable4 ,c'est pourquoi j'ajoute cette dernire catgorie1 en souhaitant que1 parmi les savants1 l'instinct de justice soit plus frquent et plus agissant qu'il n'est visible4 ,car il suffit qu'une tincelle du foyer de justice tombe dans l'me d'un savant pour que sa vie et son activit en soient embrases et purifies1 de telle sorte qu'il ne trouve plus de repos et qu'il s'chappe tout jamais de cet tat d'esprit tide ou glac dans lequel les savants ordinaires accomplissent leur tche quotidienne4 ,qu'on imagine maintenant tous ces lments profondment mls les uns aux autres1 ou quelques-uns d'entre eux seulement runis en un alliage1 et l'on saura comment se forment les serviteurs de la vrit4 ,il est extrmement curieux de constater comment1 au bnfice d'une affaire1 qui est1 en somme1 extrahumaine et surhumaine1 la connaissance pure est dtache de toute causalit1 par consquent dpourvue de passion1 de constater comment une quantit de petites passions de tout ordre se trouvent fondues eu une combinaison chimique et comment la rsultante du savant parvient se transfigurer la lumire de cette affaire sublime et suprieure et absolument dsintresse1 au point que l'on oublie compltement les mlanges et les combinaisons qui ont t ncessaires sa protection4 ,il y a cependant des moments o il faut y penser et en faire souvenir1 c'est quand l'importance du savant par rapport la culture est mise en question4 ,car celui qui sait observer s'apercevra que le savant1 conformment sa nature1 est infcond1 ce qui est une consquence de sa formation1 et qu'il est anim d'une sorte de haine naturelle contre les hommes fconds4 ,ceci explique pourquoi1 de tous temps1 les gnies et les savants se sont combattus4 ,les uns veulent tuer la nature1 la dcomposer et la comprendre1 les autres entendent l'augmenter par une nouvelle nature vivante4 ,il en rsulte1 par consquent1 une opposition de sentiments et d'activits4 ,les poques compltement heureuses n'avaient pas besoin du savant et l'ignoraient1 les poques malades et rechignes le considraient comme l'homme le plus lev et le plus digne et le plaaient au premier rang4 ,qui donc serait assez mdecin pour pouvoir dire o en est notre temps quant l'tat de sant et quant aux maladies8 ,ce qu'il y a de certain1 c'est que1 maintenant encore1 sur bien des domaines1 le savant est estim trop haut2 voil pourquoi son influence est nfaste1 surtout pour ce qui concerne le gnie naissant4 ,le savant n'a pas de cur pour la misre de celui-ci2 il parle de lui avec une voix svre et froide1 et trop vite il hausse les paules lorsqu'il se trouve en prsence de quelque chose d'trange et d'absurde dont il n'a ni le temps ni l'envie de s'occuper4 ,lui aussi ne sait pas quel est le but de la culture4 ,mais1 pour parler d'une faon plus gnrale1 quel rsultat sommes-nous arrivs par toutes ces considrations8 ,nous avons acquis la conviction que1 partout o la culture parat aujourd'hui le plus fortement encourage1 on ne sait rien de ce but4 ,que l',etat fasse valoir hautement le zle qu'il a dpens en faveur de la culture1 il ne la favorise que pour se favoriser lui-mme et ne conoit pas qu'il y ait un but qui soit suprieur son bien et son existence4 ,ce que veulent les profiteurs en demandant sans cesse l'instruction et l'ducation1 ce n'est1 en fin de compte1 que le profit4 ,quand ceux qui se rclament de la forme s'attribuent le vritable travail en faveur de la culture et s'imaginent par exemple que tout art leur appartient et se trouve au service de leurs besoins1 il n'apparat qu'une chose avec certitude1 c'est qu'ils veulent s'affirmer eux-mmes en affirmant la culture et que par consquent1 eux aussi1 n'ont pas pu s'lever au-dessus du malentendu qui existe au sujet de ce problme4 ,je viens de parler satit du savant4 ,quel que soit donc le zle que mettent les quatre puissances runies se proccuper de la manire dont elles pourraient utiliser la culture leur profit1 elles n'en apparaissent pas moins dbiles et dpourvues d'esprit ds que leur intrt n'est pas en jeu4 ,voil pourquoi les conditions ncessaires la cration du gnie ne se sont pas amliores en ces temps derniers4 ,la rpugnance qu'inspirent les hommes originaux a1 tout au contraire1 augment au point que ,socrate n'aurait pas pu vivre parmi nous et qu'en tout cas1 il n'aurait pas atteint l'ge de soixante-dix ans4 ,je rappelle ici ce que j'ai dj expos dans mon troisime chapitre4 ,notre monde moderne n'a pas un aspect dfinitif et durable au point que l'on pourrait prophtiser que l'ide de culture possde1 elle aussi1 un caractre permanent4 ,on peut mme considrer comme probable que le millnaire qui va venir verra natre quelques nouvelles inventions1 dont1 pour le moment1 l'nonc ferait dresser les cheveux sur la tte de nos contemporains4 ,la croyance en la signification mtaphysique de la culture n'apparatrait pas1 en fin de compte1 si effrayante1 mais il n'en serait pas ainsi de quelques dductions que l'on pourrait en tirer pour l'ducation et l'enseignement public4 ,a vrai dire1 une dose tout fait inusite de rflexion serait aujourd'hui ncessaire pour s'abstraire des tablissements pdagogiques actuels1 en vue d'envisager des institutions absolument diffrentes et autrement organises1 alors que la seconde ou la troisime gnration qui suivra la ntre en apercevra dj la ncessit1 tandis que les efforts de nos ducateurs de l'enseignement suprieur actuel aboutissent ce rsultat qu'ils produisent des savants1 des fonctionnaires de l',etat1 des ngociants ou des philistins de la culture ou encore un produit compos de tous ces lments1 ces tablissements dont l'invention reste encore faire1 auraient1 tout au contraire1 une tche beaucoup plus difficile que d'agir contre la nature en dressant un jeune homme pour en faire un savant4 ,la difficult rside cependant pour l'homme en ceci qu'il lui faut dsapprendre ce qu'il sait en vue de se fixer un but nouveau et il sera extrmement difficile d'changer contre des ides nouvelles des principes fondamentaux de notre ducation actuelle1 lesquels ont leurs racines dans le moyen-ge et visent imiter le savant mdival comme type de l'instruction parfaite4 ,maintenant dj1 il parat opportun d'envisager ces contradictions1 car il faut qu'une gnration commence la lutte au cours de laquelle la gnration suivante remportera la victoire4 ,maintenant dj l'individu qui a compris ces nouvelles ides fondamentales de la culture se trouve devant un carrefour4 ,s'il suit l'une des routes qu'il aperoit1 son poque le considrera comme le bienvenu1 elle lui prodiguera des couronnes et des rcompenses1 de puissants partis le soutiendront1 il aura derrire lui1 aussi bien que devant lui1 des hommes qui seront anims du mme sentiment1 et quand le premier parlera1 son mot d'ordre trouvera des chos jusqu'au dernier rang4 ,le premier devoir sera ici de lutter dans le rang1 le second de traiter en ennemis tous ceux qui sortiront du rang4 ,l'autre route lui rservera la socit de singuliers compagnons2 elle est plus difficile1 plus tortueuse et plus aride2 ceux qui suivent la premire se moquent de lui1 parce qu'il ne progresse que pniblement et qu'il court souvent des dangers2 ils essayent mme de l'attirer de leur ct4 ,quand par hasard les deux routes se croisent1 il se voit maltrait1 jet l'cart ou isol par le vide que l'on fait autour de lui4 ,or1 que signifie l'institution de la culture pour ces voyageurs si diffrents qui suivent deux routes8 ,la foule norme de ceux qui1 sur la premire route1 se pressent vers le but ne voit dans cette institution que des rgles et des lois au moyen desquelles l'ordre s'introduit dans ses rangs1 en vue d'une pousse en avant des rgles et des lois qui excluent de cette foule tous les rcalcitrants et tous les solitaires1 tous ceux qui visent des buts encore plus levs et plus lointains4 ,pour l'autre foule1 plus petite1 qui suit la seconde route1 l'institution aurait un tout autre but remplir2 appuye au rempart d'une organisation solide elle veut viter1 pour son compte1 d'tre balaye et disperse par d'autres flots1 viter que les individus qui la composent se fltrissent dans un prcoce puisement ou qu'ils soient mme dtourns de la grande tche qu'ils se sont impose4 ,ces individus doivent achever leur uvre4 ,voil le sens de leur runion1 et tous ceux qui prennent part a l'institution doivent s'efforcer de prparer1 par une puration continuelle et une sollicitude mutuelle1 en eux et autour d'eux1 la naissance du gnie et l'aboutissement de son uvre4 ,le nombre est assez considrable de ceux qui1 bien que dous mdiocrement1 sont appels cette collaboration4 ,c'est seulement en se soumettant une pareille dtermination qu'ils prouvent le sentiment d'accomplir un devoir et de vivre avec un but une vie pleine d'importance4 ,mais ce sont prcisment ces talents que la voix sductrice de la culture la mode dtourne de leur chemin et rend trangers leur instinct1 et cette tentation s'adresse leurs penchants gostes1 leur faiblesse et leur vanit2 l'esprit du temps leur murmure l'oreille avec un zle insinuant3 ,suivez-moi et n'allez pas l-bas6 ,car l-bas vous n'tes que des serviteurs1 des aides1 des instruments1 clipss par des natures suprieures1 sans jamais pouvoir vous rjouir de votre originalit2 on vous tire par des fils1 on vous met dans des chanes1 on vous traite en esclaves et en automates4 ,avec moi vous jouissez en matres de votre libre personnalit2 vos dons peuvent s'panouir sans entrave2 vous-mmes1 vous devez tre placs au premier rang1 vous serez courtiss par une suite norme et les acclamations de l'opinion publique vous rjouiront certainement plus que cette approbation froide et condescendante qui vous serait accorde du haut des sommets impassibles du gnie4 ,les meilleurs succomberont certainement de pareilles sductions4 ,en fin de compte1 ce qui dcide ici ce n'est pas la raret et la puissance des dons1 mais l'influence d'une certaine disposition hroque et le degr de parent intime et de communion avec le gnie4 ,car il y a des hommes qui considrent que c'est pour eux une calamit personnelle1 quand ils voient le gnie lutter pniblement1 expos au pril de se dtruire lui-mme1 ou quand l'uvre de celui-ci est carte avec indiffrence par l'gosme courte vue de l',etat1 la platitude des acqureurs et la sche frugalit des savants4 ,j'espre donc qu'il y en aura quelques-uns qui comprendront ce que je veux dire1 lorsque je prsente les destines de ,schopenhauer et en vue de quoi1 selon mon ide1 ,schopenhauer ducateur doit duquer4 #g4 ,mais1 pour carter1 une fois pour toutes1 toutes les rflexions qui concernent un avenir lointain et un bouleversement possible du systme d'ducation1 que devrait-on souhaiter actuellement et1 le cas chant1 procurer un philosophe en voie de dveloppement1 pour lui permettre du moins de respirer et1 au meilleur cas1 de parvenir l'existence certainement difficile et tout au moins possible que mena ,schopenhauer8 ,que faudrait-il inventer1 en outre1 pour donner plus d'efficacit son influence sur ses contemporains8 ,et quels obstacles conviendrait-t-il d'enlever pour que1 avant tout1 son exemple puisse avoir son plein effet1 pour que le philosophe duque son tour des philosophes8 ,c'est ici que notre ,considration passe dans le domaine pratique et scabreux4 ,la nature veut toujours tre d'une utilit pratique1 mais1 pour remplir ce but1 elle ne s'entend pas toujours trouver les voies et moyens les plus adroits4 ,c'est l son grand chagrin et c'est ce qui la rend mlancolique4 ,que pour l'homme elle veuille donner l'existence une signification et une importance1 en crant le philosophe et l'artiste1 c'est ce qui apparat comme certain1 tant donn son aspiration la dlivrance4 ,mais combien incertain1 combien faible et pauvre est l'effet qu'elle atteint le plus souvent avec les philosophes et les artistes6 ,combien rarement elle parvient mme obtenir un effet quelconque6 ,surtout en ce qui concerne le philosophe1 son embarras est grand lorsqu'elle veut donner celui-ci une utilisation gnrale4 ,ses moyens ne semblent tre que ttonnements1 ides subtiles inspires par le hasard1 de telle sorte que ses inventions se trouvent le plus souvent en dfaut et que la plupart des philosophes ne peuvent tre d'aucune utilit gnrale4 ,les procds de la nature prennent l'aspect de gaspillages1 mais ce n'est pas l le gaspillage d'une criminelle exubrance1 c'est celui de l'inexprience4 ,il faut admettre que1 si la nature tait un homme1 elle ne parviendrait pas se tirer du dpit qu'elle s'occasionnerait elle-mme et des malheurs qui en rsultent pour elle4 ,la nature envoie le philosophe dans l'humanit comme une flche2 elle ne vise pas1 mais elle espre que la flche restera accroche quelque part4 ,mais1 ce faisant1 elle se trompe une infinit de fois et elle en a du dpit4 ,dans le domaine de la culture1 elle est aussi prodigue que quand elle plante ou quand elle sme4 ,elle accomplit ses desseins d'une faon grossire et lourde1 ce qui l'oblige sacrifier beaucoup trop de forces4 ,l'artiste1 d'une part1 et1 d'autre part1 les connaisseurs et les amateurs de son art sont entre eux dans le rapport de la grosse artillerie et d'une nue de moineaux4 ,seuls les simples d'esprit feront rouler une avalanche pour enlever un peu de neige ou assommeront un homme pour toucher la mouche qui est pose sur son nez4 ,les artistes et les philosophes sont un argument contre la finalit de la nature dans ses moyens1 bien qu'ils constituent une excellente preuve pour la sagesse de ses fins4 ,ils ne touchent jamais que le petit nombre1 alors qu'ils devraient toucher tout le monde1 et la faon dont le petit nombre est touch ne rpond pas la force que mettent les philosophes et les artistes tirer leur grosse artillerie4 ,il est dsolant de devoir valuer si diffremment l'art en tant qu'uvre et l'art en tant qu'effet3 sa cause apparat formidable1 son effet a quelque chose de paralys1 comme s'il n'tait qu'un cho affaibli4 ,sans doute l'artiste accomplit son uvre selon la volont de la nature1 pour le bien des autres hommes4 ,pourtant il sait que personne1 parmi ces autres hommes1 ne comprendra et n'aimera son uvre comme il la comprend et l'aime lui-mme4 ,ce degr suprieur et unique dans l'amour et la comprhension est donc ncessaire1 conformment une disposition maladive de la nature1 pour qu'un degr infrieur soit cr4 ,le plus grand et le plus noble servent de moyens pour donner naissance ce qui est mdiocre et vulgaire4 ,c'est que la nature est mauvaise mnagre1 ses dpenses tant infiniment suprieures au bnfice qu'elle en tire1 de sorte que1 malgr toutes ses richesses1 elle finira un jour par se ruiner4 ,elle se serait arrange d'une faon bien plus raisonnable si elle s'tait impos comme rgle de faire moins de dpenses et de s'assurer des revenus centuples1 s'il existait par exemple moins d'artistes et que ceux-ci fussent de capacits moindres1 mais1 par contre1 plus d'hommes rceptifs1 dous d'une plus grande force d'absorption et d'une espce plus vigoureuse que les artistes eux-mmes4 ,de la sorte l'effet de l'uvre d'art1 par rapport sa cause1 apparatrait comme un centuple retentissement4 ,ou bien ne devrait-on pas au moins s'attendre ce que la cause et l'effet fussent de force gale8 ,mais combien la nature rpond peu cette attente6 ,il semble parfois que l'artiste1 et en particulier le philosophe1 ne soit qu'un hasard dans son poque1 qu'il n'y soit entr que comme un ermite1 comme un voyageur gar et rest en arrire4 ,qu'on se rende donc une fois bien compte combien ,schopenhauer est grand1 partout et en toutes choses1 et combien l'effet produit par son uvre est mdiocre et absurde4 ,rien ne peut sembler plus humiliant pour un honnte homme de ce temps que de se rendre compte quel point ,schopenhauer y est une apparition fortuite et de quelles puissances1 de quelles impuissances a dpendu l'chec de son action4 ,tout d'abord et longtemps il souffrit de l'absence de lecteurs2 et c'est l une honte durable pour notre poque littraire2 ensuite1 lorsque vinrent les lecteurs1 ce fut le manque de conformit de ses premiers tmoins publics2 plus encore1 ce qu'il me semble1 l'incomprhension de tous les hommes modernes vis--vis de tous les livres1 car personne l'heure qu'il est ne veut plus prendre les livres au srieux4 ,peu peu1 un nouveau danger s'est ajout aux autres1 n des tentatives multiples qui ont t faites pour adapter ,schopenhauer la dbilit du temps ou pour l'ajouter comme un lment tranger1 une sorte de condiment agrable que l'on mlerait aux mets quotidiens en guise de piment mtaphysique4 ,c'est de cette faon qu'il a t connu peu peu et qu'il est devenu clbre et je crois qu'il y a maintenant plus de gens qui connaissent son nom que celui d',hegel4 ,et1 malgr cela1 il est encore un solitaire1 malgr cela1 jusqu' prsent1 il n'a pas encore exerc d'influence4 ,ses vritables adversaires littraires et les aboyeurs peuvent1 moins que personne1 revendiquer l'honneur d'avoir entrav cette renomme1 d'une part1 parce qu'il y a peu d'hommes qui aient la patience de le lire et1 d'autre part1 parce que ceux qui ont cette patience se trouvent directement amens ,schopenhauer4 ,qui donc se laisserait empcher par un nier de monter un beau cheval1 quel que soit l'loge que celui-ci fasse de son ne aux dpens du cheval8 ,celui donc qui a connu la draison de la nature dans notre temps devra rflchir aux moyens de donner ici un coup d'paule4 ,la tche qu'il aura remplir sera de faire connatre ,schopenhauer aux esprits libres et ceux qui souffrent profondment de notre poque1 de les runir et de crer par leur moyen un courant qui soit assez fort pour surmonter la maladresse dont la nature fait preuve gnralement et dont elle tmoigne de nouveau aujourd'hui1 quand il s'agit d'utiliser les philosophes4 ,de pareils hommes se rendront compte que ce sont les mmes rsistances qui empchent une grande philosophie d'exercer son influence et qui s'opposent la cration du grand philosophe2 c'est pourquoi ils peuvent se fixer le but de prparer la recration de ,schopenhauer1 c'est--dire du gnie philosophique4 ,mais ce qui veut enfin rendre vain1 par tous les moyens1 la rgnrescence du philosophe1 c'est1 pour le dire brivement1 la confusion d'esprit qui rgne aujourd'hui dans la nature humaine4 ,c'est pourquoi tous les grands hommes en voie de dveloppement doivent dpenser une incroyable quantit de forces pour s'chapper de cette confusion4 ,le monde o ils entrent maintenant est sem d'absurdes embches4 ,il ne suffit vraiment pas de parler de dogmes religieux1 mais encore d'ides baroques1 telles que le progrs1 la culture gnrale1 le sentiment national1 l',etat moderne1 la lutte pour la culture 7,kulturkampf74 ,on peut mme aller jusqu' affirmer que tous les termes gnraux portent maintenant un apprt artificiel et antinaturel2 c'est pourquoi une postrit plus clairvoyante fera notre poque le grave reproche d'avoir quelque chose de contourn et de difforme1 quelle que soit la vanit bruyante que nous tirons de notre sant4 ,les vases antiques1 dclare ,schopenhauer1 tirent leur beaut de ceci qu'ils expriment d'une faon nave leur destination et leur emploi4 ,il en est de mme de tous les ustensiles des anciens3 on sent que si la nature produisait des vases1 des amphores1 des lampes1 des tables1 des chaises1 des casques1 des boucliers1 des armures1 elle les ferait exactement comme ils ont t faits4 ,tout au contraire1 celui qui observe maintenant comment presque tout le monde s'occupe d'art1 d',etat1 de religion1 de culture--pour ne rien dire avec raison de nos vases--s'apercevra que les hommes sont en proie une sorte d'arbitraire barbare1 une exagration de l'expression1 dont souffre prcisment le gnie en formation lorsqu'il voit la vogue dont jouissent son poque des notions aussi bizarres et des besoins aussi baroques4 ,de l vient la lourdeur de plomb qui si souvent arrte sa main1 d'une faon invisible et inexplicable1 lorsqu'il veut conduire la charrue1 tel point que1 mme ses uvres les plus hautes1 parce qu'elles se sont leves avec violence1 portent forcment1 jusqu' un certain point1 l'expression de cette violence4 ,si maintenant je m'applique rassembler les conditions a l'aide desquelles1 dans le cas le plus heureux1 un philosophe de naissance chappe au danger d'tre cras par les travers des esprits actuels que je viens de dcrire1 j'en arrive faire une remarque singulire4 ,ces conditions sont prcisment en partie celles qui1 d'une faon gnrale1 accompagnrent le dveloppement de ,schopenhauer4 ,a vrai dire1 il fut aussi soumis des conditions opposes4 ,sa mre1 vaniteuse et bel esprit1 lui fit approcher de prs et d'une faon terrible ce travers de l'poque4 ,mais le caractre fier et librement rpublicain de son pre le sauva en quelque sorte de sa mre et lui procura ce dont un philosophe a besoin en premier lieu3 une virilit inflexible et rude4 ,ce pre n'tait ni fonctionnaire ni savant4 ,il fit souvent avec le jeune homme des voyages dans des pays trangers4 ,autant d'avantages pour celui qui doit apprendre connatre1 non point des livres1 mais des hommes1 vnrer1 non point des gouvernements1 mais la vrit4 ,il apprit temps ne pas tre assez ou trop sensible l'troitesse nationale4 ,en ,angleterre1 en ,france1 en ,italie1 il ne vivait pas autrement que dans sa propre patrie et l'esprit espagnol lui inspirait une vive sympathie4 ,en somme1 il ne considrait pas que c'est un honneur d'tre n parmi les ,allemands et je ne crois pas que les nouvelles conditions politiques eussent modifi son opinion4 ,il estimait1 comme on sait1 que l'unique tche de l',etat consiste offrir la protection au dehors1 la protection l'intrieur et la protection contre les protecteurs1 et que1 lorsque l'on imagine pour l',etat d'autres buts que ceux de protger1 ce but vritable peut facilement se trouver compromis4 ,c'est pourquoi1 au grand scandale de ceux qui se nomment libraux1 il lgua sa fortune aux descendants de ces soldats prussiens qui1 en #ahdh1 taient tombs dans la lutte pour l'ordre4 ,il est probable que1 dornavant1 le fait que quelqu'un considre simplement l',etat et les devoirs de celui-ci1 constituera de plus en plus une preuve de supriorit intellectuelle4 ,celui qui a en lui le furor philosophicus n'aura mme plus le temps1 de s'adonner au furor politicus et il se gardera sagement de lire tous les jours des journaux1 ou encore de se mettre au service d'un parti4 ,quand la patrie est vritablement en danger1 il ne faudra nanmoins pas hsiter un instant faire son devoir4 ,tous les ,etats sont mal organiss1 quand ce ne sont pas exclusivement les hommes d',etat qui s'occupent de politique et la plthore des politiciens mrite de faire prir ces ,etats4 ,schopenhauer a joui d'un autre grand avantage du fait qu'il n'tait pas destin et qu'il n'a pas t lev ds le dbut en vue de la carrire de savant4 ,de fait1 il travailla pendant un certain temps1 bien qu'avec rpugnance1 dans un comptoir commercial et il put en tous les cas respirer1 durant toute sa jeunesse1 la libre atmosphre d'une grande maison de commerce4 ,un savant ne peut jamais se transformer en philosophe4 ,kant lui-mme n'en fut point capable et resta jusqu' sa fin1 malgr la pousse naturelle de son gnie1 en quelque sorte l'tat de chrysalide4 ,celui qui pourrait croire que par cette affirmation je fais injure ,kant ne sait pas ce que c'est qu'un philosophe4 ,un philosophe est la fois un grand penseur et un homme vritable1 et quand a-t-on jamais pu faire d'un savant un homme vritable8 ,celui qui permet aux notions1 aux opinions1 aux choses du pass1 aux livres de se placer entre lui et les objets1 celui qui1 au sens le plus large1 est n pour l'histoire1 ne verra jamais les objets pour la premire fois et ne sera jamais lui-mme un tel objet vu pour la premire fois4 ,mais ces deux conditions sont insparables chez le philosophe1 parce qu'il doit tirer de lui-mme la plupart des enseignements et parce qu'il doit s'utiliser lui-mme comme l'image et l'abrg du monde entier4 ,si quelqu'un s'analyse au moyen d'opinions trangres1 quoi d'tonnant s'il n'observe sur lui rien autre chose que prcisment des opinions trangres4 ,et c'est ainsi que sont1 vivent et regardent les savants4 ,schopenhauer1 par contre1 a eu le bonheur indescriptible non seulement de voir en lui-mme de prs le gnie1 mais encore de le voir en dehors de lui1 dans ,gthe4 ,par la vision de ce double reflet il s'est trouv profondment renseign et rendu sage au sujet de toutes les fins et de toutes les cultures savantes4 ,par le moyen de cette exprience il savait comment l'homme libre et fort doit tre fait1 l'homme libre et fort auquel aspire toute culture artistique4 ,pouvait-il1 aprs ce regard1 garder l'envie de s'occuper de ce que l'on appelle l'art1 la manire savante et hypocrite de l'homme moderne8 ,n'avait-il pas vu quelque chose de plus sublime encore8 ,une scne terrible et supra-terrestre du tribunal1 o toute vie1 mme la vie suprieure et complte1 avait t pese et trouve trop lgre2 il avait vu le ,saint comme juge de l'existence4 ,on ne saurait dterminer quel moment le prcoce ,schopenhauer a d contempler cette image de la vie1 qu'il tenta de retracer plus tard dans tous ses crits4 ,on peut dmontrer que l'adolescent1 je suis presque tent de dire l'enfant1 avait dj eu cette vision formidable4 ,tout ce qu'il emprunta plus tard la vie1 aux livres1 toutes les branches de la science n'a t pour lui1 presque toujours1 que couleur et moyen d'expression4 ,la philosophie kantienne elle-mme a t mise contribution par lui avant tout comme un extraordinaire instrument rhtorique1 au moyen duquel il croyait exprimer avec plus de prcision cette image1 de mme qu'il s'est servi l'occasion1 pour remplir le mme but1 des mythologies bouddhistes et chrtiennes4 ,pour lui1 il n'y avait qu'une seule tche et cent mille moyens de la remplir2 une seule signification et d'innombrables hiroglyphes pour l'exprimer4 ,ce fut une des conditions magnifiques de son existence qu'il put vritablement vivre pour une seule tche1 conformment sa devise vitam impendere vero et qu'aucune ncessit vulgaire de la vie ne lui imposa sa contrainte4 ,on sait de quelle faon grandiose il en remercia son pre4 ,en ,allemagne1 tout au contraire1 l'homme thorique ralise le plus souvent sa destine scientifique en sacrifiant la puret de son caractre1 tel un gredin plein d'gards1 avide de places et d'honneurs1 prudent et souple1 flattant les hommes influents et les suprieurs hirarchiques4 ,schopenhauer n'a malheureusement offens d'innombrables savants par rien de plus qu'en ne leur ressemblant pas4 #h4 ,par l1 j'ai nomm quelques-unes des modifications ncessaires la formation du gnie philosophique1 malgr les pernicieuses influences contraires1 lorsqu'il nat notre poque4 ,ce sont la virilit du caractre1 la connaissance prcoce de l'homme1 l'absence d'ducation savante et d'troitesse patriotique1 la libration de toute contrainte en vue de gagner son pain et de tout rapport avec l',etat1 bref1 la libert et toujours la libert4 ,les philosophes grecs purent grandir dans ce mme lment merveilleux et dangereux4 ,que celui qui veut reprocher au philosophe ce que ,niebuhr reprocha ,platon1 d'avoir t un mauvais citoyen1 le fasse tranquillement et se contente d'tre lui-mme un bon citoyen4 ,ainsi il suivra sa vie et ,platon fera de mme4 ,un autre interprtera cette grande libert comme de la prsomption4 ,lui aussi a raison1 parce qu'il lui serait impossible de faire quoi que ce soit de cette libert et que ce serait en effet1 de sa part1 une grande preuve de prsomption s'il la rclamait pour lui-mme4 ,cette libert est vritablement une lourde faute qui ne peut se racheter que par des actes hroques4 ,en vrit1 le commun des mortels a le droit de jeter un regard de colre sur ceux qui sont ainsi favoriss1 mais que les dieux les protgent de jouir eux aussi de pareilles faveurs1 c'est--dire d'avoir d'aussi terribles devoirs4 ,leur libert et leur solitude les feraient prir1 l'ennui ferait d'eux des fous1 des fous mchants4 ,de ce qui a t dit jusqu' prsent un pre de famille pourrait peut-tre apprendre quelque chose et faire pour l'ducation particulire de son fils une utile application1 bien qu'il ne faille vraiment pas s'attendre ce que les pres ne dsirent pour fils que des philosophes4 ,il est plus probable que les pres auront rsist de tout temps1 plus que contre tout autre chose1 contre la vocation philosophique de leurs fils1 considrant celle-ci comme la plus grande toquade4 ,on sait que ,socrate fut victime de la colre des pres contre la subornation de la jeunesse et1 pour la mme raison1 ,platon crut qu'il tait ncessaire de crer un ,etat tout nouveau1 pour ne pas faire dpendre la cration des philosophes de la draison des pres4 ,ds lors1 il semble presque que ,platon ait vritablement atteint quelque chose1 car l',etat moderne considre maintenant que c'est sa tche d'encourager les philosophes et il cherche maintenant sans cesse rendre heureux un certain nombre d'hommes au moyen de cette libert1 par quoi nous entendons les conditions essentielles pour la gense des philosophes4 ,or1 ,platon a rencontr dans l'histoire un singulier malheur3 chaque fois que naissait une institution qui correspondait peu prs ses propositions1 c'tait toujours1 y regarder de plus prs1 l'enfant suppos d'un lutin1 un vilain petit dmon4 ,il en fut ainsi de l',etat sacerdotal du moyen ge quand on le comparait au rgne des fils des dieux qu'il avait rv4 ,a vrai dire1 l',etat moderne est aussi loign que possible du rgne des philosophes4 ,grce ,dieu6 dira le chrtien4 ,mais l'encouragement des philosophes1 tel que l'entend l',etat moderne1 devrait tre examin une fois de telle sorte que l'on puisse se rendre compte si cet encouragement doit tre entendu au sens platonicien4 ,je veux dire qu'il faudrait savoir si l',etat prend sa tche tellement au srieux que c'est son dessein de faire natre de nouveaux ,platon4 ,si1 gnralement1 la prsence du philosophe dans son temps apparat comme fortuite1 l',etat s'impose-t-il aujourd'hui vritablement le devoir de transformer consciemment ce caractre fortuit en une ncessit et d'aider ici aussi la nature8 ,l'exprience1 malheureusement1 nous a ouvert les yeux et nous a fait voir qu'il en est tout autrement4 ,elle nous apprend que1 pour ce qui est des grands philosophes auxquels la nature a accord ses dons1 rien ne s'oppose plus leur cration et leur dveloppement que les mauvais philosophes qui sont philosophes par grce d',etat4 ,sujet pnible1 vrai dire4 ,c'est1 comme on sait1 le mme que celui dont ,schopenhauer aborda d'abord l'tude dans son clbre trait consacr la philosophie des universits4 ,je reviens ce sujet1 car il faut contraindre les hommes le prendre au srieux1 c'est--dire se laisser par lui pousser un acte2 et je considrerais toute parole crite inutilement qui ne contiendrait pas une pareille incitation l'action4 ,en tous les cas1 il n'est pas mauvais de dmontrer encore une fois les affirmations toujours valables de ,schopenhauer1 en les rapportant directement nos contemporains les plus proches1 car des personnes trop bien disposes pourraient croire que depuis sa svre accusation tout en ,allemagne est entr dans une meilleure voie4 ,l'uvre qu'il a entreprise1 mme sur ce point1 si mdiocre fut-il1 n'a pas encore donn de rsultat4 ,a y regarder de plus prs1 cette libert1 dont l',etat a gratifi certains hommes au bnfice de la philosophie1 n'est pas du tout une libert1 mais seulement un mtier qui nourrit son homme4 ,l'encouragement la philosophie consiste donc simplement en ceci qu'il existe du moins un certain nombre d'hommes qui1 par le moyen de l',etat1 sont mis en mesure de vivre de leur philosophie en faisant de celle-ci leur gagne-pain4 ,les sages anciens de la ,grce1 par contre1 n'taient pas appoints par l',etat4 ,tout au plus leur rendait-on parfois honneur1 comme ,znon1 par l'attribution d'une couronne d'or et d'un tombeau en cramique4 ,je ne saurais dire1 d'une faon gnrale1 si l'on sert la vrit en montrant la route qu'il faut suivre pour vivre ses dpens1 car tout dpend de l'espce et de la qualit de l'individu que l'on invite s'engager sur cette route4 ,je pourrais parfaitement imaginer un degr de fiert et d'estime de soi qui pousserait un homme dire ses prochains3 prenez soin de moi2 pour ma part1 j'ai mieux faire1 car j'ai prendre soin de vous4 ,chez ,platon et chez ,schopenhauer une pareille gnrosit de sentiment et l'expression de cette gnrosit n'tonneraient pas1 c'est pourquoi1 eux1 du moins1 pourraient tre philosophes d',universit1 comme ,platon fut l'occasion philosophe de cour1 sans pour cela abaisser la dignit de la philosophie4 ,mais ,kant fut dj1 comme nous autres savants avons coutume d'tre1 plein d'gards et de soumission dans ses rapports avec l',etat4 ,la grandeur lui faisait dfaut4 ,a telle enseigne que si la philosophie d',universit tait une fois attaque1 il ne saurait la justifier4 ,s'il existait des natures qui1 elles1 soient capables de la justifier--des natures telles que ,platon et ,schopenhauer1--je craindrais pourtant une chose1 c'est qu'elles n'en eussent jamais l'occasion1 parce que jamais un ,etat n'oserait favoriser de pareils hommes et les placer dans de telles situations4 ,pourquoi donc8 ,parce que tous les ,etats les craignent et qu'ils ne favoriseront jamais que les philosophes dont ils n'ont pas besoin d'avoir peur4 ,car il arrive parfois que l',etat ait peur des philosophes d'une faon gnrale et c'est prcisment lorsqu'il en est ainsi qu'il cherche attirer lui d'autant plus de philosophes qui peuvent faire croire qu'il a la philosophie de son ct4 ,car alors il aura de son ct ces hommes qui portent le nom de la philosophie et qui pourtant n'inspirent nullement la peur4 ,si pourtant il se prsentait quelqu'un qui fasse mine de mettre la gorge de tout le monde1 mme de l',etat1 le couteau de la vrit1 l',etat1 qui tient avant tout affirmer son existence1 serait en droit de l'exclure et de le traiter en ennemi1 de mme qu'il exclut et combat une religion qui se place au-dessus de lui et veut tre juge de ses actes4 ,quand quelqu'un supporte donc d'tre philosophe par grce d',etat1 il lui faudra tolrer aussi d'tre considr par l',etat comme quelqu'un qui a renonc poursuivre la vrit dans tous les recoins4 ,du moins jusqu'au moment o il se trouvera favoris et dfinitivement cas devra-t-il reconnatre qu'au-dessus de la vrit il y a encore autre chose1 je veux dire l'tat4 ,et non seulement l',etat1 mais tout l'ensemble de ce que l',etat exige pour son bien-tre3 par exemple une forme dtermine de la religion1 l'ordre social1 la constitution de l'arme1 toutes choses au-dessus desquelles se trouve crit un ,noli me tangere4 ,un philosophe d',universit s'est-il jamais rendu compte de toute l'tendue de ses obligations et des restrictions qu'il doit s'imposer8 ,je n'en sais rien4 ,si quelqu'un l'a fait et s'il est nanmoins rest fonctionnaire de l',etat1 il a certainement t un mauvais ami de la vrit2 s'il ne l'a pas fait1 eh bien6 alors il me semble qu'il n'a pas non plus t un ami de la vrit4 ,ce sont l des scrupules de l'ordre le plus gnral4 ,pour les hommes tels qu'ils sont maintenant1 vrai dire1 ces scrupules seront de peu de poids et paratront assez indiffrents4 ,la plupart d'entre eux se contenteront de hausser les paules et de dire3 ,comme si jamais quelque chose de grand et de pur avait pu sjourner et se maintenir sur cette terre sans faire de concessions la bassesse humaine6 ,voulez-vous donc que l',etat perscute le philosophe plutt que de le prendre son service en le rtribuant8 ,sans rpondre ds prsent cette dernire question1 j'ajoute seulement que ces concessions de la philosophie l',etat vont actuellement dj trs loin4 ,premirement1 l',etat choisit des serviteurs philosophiques selon le nombre qui lui est ncessaire pour ses tablissements2 il se donne donc l'apparence d'tre capable de distinguer entre les bons et les mauvais philosophes2 mieux encore1 il admet que les bons sont en nombre suffisant pour occuper les chaires dont il dispose4 ,il devient ds lors l'autorit comptente pour juger non seulement la qualit1 mais encore pour fixer le chiffre ncessaire de ceux qui sont bons philosophes4 ,deuximement1 il oblige ceux qu'il a choisis au sjour dans un lieu dtermin1 parmi des hommes dtermins2 il les force une activit dtermine2 il leur faut instruire tout jeune tudiant qui en manifeste le got1 et cela quotidiennement1 une heure fixe d'avance4 ,me voil amen poser les questions suivantes3 ,un philosophe peut-il donc s'engager1 en bonne conscience1 avoir tous les jours quelque chose enseigner8 ,a l'enseigner devant tous ceux qui veulent l'couter8 ,ne doit-il pas faire semblant d'en savoir plus qu'il n'en sait8 ,n'est-il pas forc de parler devant un public d'inconnus de choses dont il ne devrait s'entretenir sans danger qu'avec ses amis les plus proches8 ,et1 d'une faon gnrale1 ne se prive-t-il pas de la magnifique libert qui lui permet de suivre son gnie quand son gnie l'appelle et o il l'appelle1 quand il se voit astreint penser publiquement1 une heure dtermine1 en choisissant des sujets dtermins d'avance8 ,et1 cela1 devant des jeunes gens6 ,un pareil envol de pensers n'est-il pas1 de prime abord1 en quelque sorte mutil d'avance8 ,que serait-ce si1 un jour1 il se disait qu'il n'est capable de rien penser1 qu'il ne lui vient rien d'intelligent et qu'il serait nanmoins forc de se placer devant son public et de faire semblant de penser8 ,mais1 objectera-t-on1 ce philosophe ne doit pas du tout tre un penseur1 il doit se contenter tout au plus de rflchir et d'exposer2 avant tout il sera un connaisseur savant de tous les penseurs des temps couls2 de ceux-l il pourra toujours raconter quelque chose que ses lves ne savent pas4 ,c'est l prcisment la troisime concession extrmement dangereuse que la philosophie fait l',etat1 quand elle s'engage vis--vis de celui-ci tre avant tout et principalement de l'rudition4 ,elle est alors1 avant tout1 la connaissance de l'histoire de la philosophie1 tandis que1 pour le gnie qui1 semblable au pote1 regarde les choses naturellement et avec amour et ne sait jamais s'identifier elles1 le farfouillage dans d'innombrables opinions trangres et plus ou moins absurdes apparat peut-tre comme la tche la plus ingrate et la plus fcheuse4 ,l'tude de l'histoire du pass ne fut jamais l'affaire du vritable philosophe1 ni aux ,indes1 ni en ,grce4 ,un professeur de philosophie qui s'occupe de semblables travaux doit accepter que l'on dise de lui1 au meilleur cas1 c'est un bon philologue1 un bon antiquaire1 un bon polyglotte1 un bon historien1 mais jamais3 c'est un philosophe4 ,d'ailleurs1 comme je viens de le dire1 au meilleur cas seulement1 car devant la plupart des travaux savants faits par des philosophes d',universit1 le philologue a l'impression qu'ils sont mal faits1 que la rigueur scientifique leur fait dfaut et qu'il s'en dgage le plus souvent un dtestable ennui4 ,qui donc1 pour ne prendre qu'un exemple1 dbarrassera de nouveau l'histoire des philosophes grecs de la brume endormante qu'y ont rpandu les travaux savants1 mais peine scientifiques et malheureusement fort ennuyeux de ,ritter1 de ,brandis et de ,zeller8 ,pour mon compte1 je prfre lire ,diogne ,larce que ,zeller1 parce qu'en celui-l revit du moins l'esprit des philosophes anciens1 tandis qu'en celui-ci on ne sent rien1 ni cet esprit1 ni aucun autre4 ,et1 en fin de compte1 qu'importe nos jeunes gens l'histoire de la philosophie8 ,la confession des opinions doit-elle les dcourager d'avoir1 eux aussi1 des opinions8 ,doivent-ils tre instruits prendre part aux jubilations provoques par le chemin magnifique que nous avons parcouru8 ,doivent-ils peut-tre mme apprendre har et mpriser les philosophes8 ,on serait presque tent de croire qu'il en est ainsi1 lorsque l'on sait quels supplices sont pour les tudiants les examens de philosophie en vue desquels ils leur faut introduire dans leur malheureux cerveau toutes les inventions folles et absurdes de l'esprit humain1 ct des ides grandioses et difficiles saisir4 ,la seule critique d'une philosophie qui soit possible et qui dmontre quelque chose1 celle qui consiste essayer si l'on peut vivre conformment cette philosophie1 n'a jamais t enseigne dans les universits1 o l'on se contente de faire une critique des paroles en paroles4 ,qu'on s'imagine donc un jeune cerveau1 sans grande exprience de la vie1 qui devra emmagasiner ple-mle cinquante systmes rduits un certain nombre de mots et cinquante critiques de ces systmes4 ,quel dsert6 quel chaos6 quelle insulte l'ducation en vue de la philosophie6 de fait1 l'on avoue que l'on n'entend nullement duquer en vue de la philosophie1 mais simplement en vue d'un examen sur des matires philosophiques4 ,le rsultat de cet examen1 c'est gnralement1 comme on le sait1 l'aveu du candidat soumis l'preuve--et quelle preuve6--qui1 quand il est au bout de ses peines1 s'crie3 ,dieu soit lou que je ne sois pas philosophe1 mais chrtien et citoyen de mon pays6 ,qu'est-ce dire8 ,ce soupir de soulagement ne serait-il pas voulu par l',etat1 et l'ducation philosophique n'aurait-elle d'autre but que de dtourner de la philosophie8 ,qu'on se demande donc s'il n'en est pas ainsi4 ,si c'tait le cas1 il n'y aurait qu'une chose craindre1 c'est que la jeunesse s'aperoive un jour du mauvais usage que l'on fait de la philosophie4 ,le but lev que l'on prtend poursuivre1 la cration du gnie philosophique1 ne serait-il qu'un prtexte8 ,le but vritable ne serait-il pas1 au contraire1 d'empcher cette cration8 ,le sens de l'tude tournerait en son contre-sens8 ,alors1 malheur l'chafaudage dress par la sagesse de l',etat et la sagesse des professeurs6 ,tout cela aurait-il dj fini par s'bruiter8 ,je n'en sais rien1 mais1 ce qui est certain1 c'est que la philosophie d',universit est tombe dans un discrdit gnral4 ,cela tient en partie ce fait qu'actuellement les chaires universitaires sont occupes par une gnration dbile1 et ,schopenhauer1 s'il avait crire aujourd'hui son trait sur la ,philosophie universitaire1 n'aurait pas eu besoin d'une massue1 mais1 pour vaincre1 une baguette lui et suffi4 ,cette gnration est compose des hritiers et des descendants de ces faux-penseurs dont les ttes l'envers reurent ses coups4 ,ils ont assez l'air de nourrissons et de nains pour faire penser ce verset de l',inde3 ,c'est d'aprs leurs actes que naissent les hommes1 sots1 muets1 sourds1 difformes4 ,ces pres mritent une pareille descendance1 conformment leurs actes1 comme dit le verset4 ,il faut donc croire que la jeunesse acadmique se tirera certainement bientt d'affaire sans la philosophie que l'on enseigne ses universits et que les gens qui n'appartiennent pas aux milieux universitaires s'en passent dj aisment4 ,que chacun songe donc ses propres annes d'tudiant4 ,pour moi1 par exemple1 les philosophes acadmiques taient des hommes parfaitement indiffrents1 je les tenais pour des gens qui accommodaient leur usage les rsultats des autres sciences1 qui1 durant leurs heures de loisirs1 lisaient les journaux et frquentaient les concerts et que leurs collgues acadmiques traitaient du reste avec un mpris agrablement masqu4 ,on les supposait trs ignorants1 toujours prts se tirer d'embarras par une tournure de phrase qui obscurcissait leur pense1 de faon faire illusion sur leur savoir4 ,ils se tenaient donc de prfrence dans ces endroits crpusculaires1 o un homme au regard limpide ne saurait sjourner longtemps4 ,l'un soulve contre les sciences naturelles l'objection qu'aucune n'est capable d'expliquer compltement le problme lmentaire de la vie et en conclut qu'elles lui sont toutes indiffrentes4 ,un autre prtend que l'histoire n'apporte rien de nouveau celui qui a des ides4 ,bref1 ils trouvent toujours des raisons qui leur font estimer qu'il est plus philosophique de ne rien savoir que d'apprendre quelque chose4 ,mais1 quand ils se rsgnent apprendre1 ils ont toujours la tendance secrte d'chapper aux sciences pour fonder un domaine obscur dans une de ses lacunes ou de ses rgions inexplores4 ,c'est ainsi qu'ils prcdent la science seulement la faon du gibier qui est toujours devant le chasseur qui court aprs lui4 ,dans ces derniers temps1 ils se plaisent affirmer qu'ils ne sont en somme que les garde-frontires et les guetteurs de la science4 ,ils s'appuient en particulier sur la doctrine de ,kant1 dont ils s'appliquent faire un oiseux scepticisme qui n'intressera bientt plus personne4 et l1 l'un d'entre eux s'lve encore jusqu' un petit systme mtaphysique1 mais le seul rsultat qu'il en tire c'est qu'il est pris de vertige1 de maux de tte et de saignements de nez4 ,aprs avoir si souvent manqu le voyage dans la brume et les nuages1 aprs avoir t chaque instant pris par les cheveux et ramen aux ralits par un rude disciple tte dure de la vraie science1 il ne reste plus sur son visage que l'expression habituelle de l'homme timor et du chien battu4 ,ils ont compltement perdu la joyeuse esprance1 au point qu'aucun d'eux ne fait plus un pas pour complaire sa philosophie4 ,autrefois1 quelques-uns pensaient pouvoir inventer de nouvelles religions ou remplacer des systmes anciens par le leur4 ,maintenant une pareille prsomption s'est loigne d'eux2 ils sont gnralement gens pieux1 timides et obscurs1 on ne les trouve jamais braves comme ,lucrce1 ni indigns de l'oppression qui a pes sur les hommes4 ,on n'apprend plus non plus chez eux penser logiquement et1 dans une juste apprciation de leurs forces1 ils ont cess leurs habituelles disputations4 ,sans doute1 du ct des sciences spciales est-on maintenant plus logique1 plus prudent1 plus modeste et plus inventif2 bref1 tout s'y passe d'une faon plus philosophique que chez les prtendus philosophes4 ,tout le monde approuvera donc ,bagehot1 cet ,anglais sans prjugs1 quand il dit des constructeurs actuels de systmes3 ,qui donc n'est pas convaincu d'avance que leurs prmisses contiennent un singulier mlange de vrit et d'erreur et que cela ne vaut pas la peine de rflchir aux consquences qu'ils prsentent8 ,ce que ces systmes ont de complet attirera peut-tre la jeunesse et impressionnera les gens sans exprience1 mais les hommes faits ne s'en laisseront point blouir4 ,ceux-ci sont toujours prts accueillir favorablement les indications et les conjectures et la plus petite vrit trouve chez eux bon accueil4 ,mais un gros livre rempli de philosophie dductive appelle la mfiance4 ,d'innombrables principes abstraits1 et dont la dmonstration fait dfaut1 sont htivement rassembls par des gens l'imagination vive et mobile et soigneusement tirs en longueur dans des livres et des thories qui doivent servir expliquer le monde entier4 ,mais le monde ne se proccupe pas de ces abstractions1 ce qui n'est pas tonnant1 vu qu'elles se contredisent les unes les autres4 ,si1 autrefois1 les philosophes1 surtout en ,allemagne1 taient plongs dans une si profonde mditation qu'ils couraient sans cesse le danger de donner de la tte contre une poutre1 il n'en est plus de mme aujourd'hui4 ,on les fait accompagner1 comme ,swift le raconte des ,liliputiens1 d'une bande de joueurs de crcelle1 capable de leur assner de temps en temps un coup lger sur les yeux ou ailleurs4 ,il se peut que ces coups soient parfois trop rudes2 alors les extatiques s'oublient jusqu' les rendre1 ce qui finit toujours leur plus grande honte4 ,ne vois-tu donc pas la poutre1 imbcile6 s'crie le joueur de crcelle4 ,et1 de fait1 le philosophe s'aperoit du danger qui le menace et1 aussitt1 il s'adoucit4 ,ces joueurs de crcelle1 ce sont les sciences naturelles et les tudes historiques4 ,ils ont peu peu intimid la rvasserie allemande et les personnes du mtier que l'on a si souvent confondus avec la philosophie1 au point que ces rvasseurs ne demanderaient pas mieux maintenant que d'abandonner la tentation de marcher tout seuls4 ,mais1 quand ils se jettent l'improviste dans les bras des joueurs de crcelle ou qu'ils essayent une mise en tutelle qui consiste se mettre eux-mmes la remorque1 ceux-ci font aussitt autant de bruit que possible1 comme s'ils voulaient dire3 ,il ne manquerait plus que cela6 ,un pareil rvasseur veut nous salir les sciences naturelles et les tudes historiques4 ,enlevez-le6 ,alors ils s'en vont de nouveau1 trbuchant en arrire1 vers leur propre perplexit et leur propre incertitude4 ,a tout prix ils veulent avoir entre les mains un peu de science naturelle1 un peu de psychologie empirique1 comme les partisans d',herbart1 tout prix aussi un peu d'histoire4 ,alors ils peuvent au moins faire semblant publiquement de s'occuper d'une faon scientifique1 bien que dans leur for intrieur ils envoient au diable toute philosophie et toute science4 ,mais1 en admettant que cette nue de mauvais philosophes soit ridicule--et qui donc ne l'admettra pas8--dans quelle mesure peuvent-ils aussi tre considrs comme dangereux8 ,pour le dire en deux mots3 par le fait qu'ils font de la philosophie une chose ridicule4 ,tant que subsistera la caste des faux penseurs reconnus par l',etat1 toute action en grand d'une philosophie vritable sera rendue vaine ou du moins entrave1 et cela simplement par la maldiction du ridicule que se sont attir les reprsentants de cette grande cause1 et qui touche la cause elle-mme4 ,une des revendications de la culture consiste prcisment soustraire la philosophie tout contrle de l',etat et de l',universit et d'viter ceux-ci la tche insoluble de distinguer entre la philosophie vraie et la philosophie apparente4 ,laissez donc les philosophes penser en libert1 refusez-leur toute perspective d'une situation1 tout espoir de prendre rang dans une position sociale1 ne les stimulez pas par un traitement2 mieux encore3 perscutez-les1 regardez-les avec dfaveur et vous assisterez des choses miraculeuses6 ,alors ils se disputeront pour trouver asile et l1 les pauvres philosophes apparents6 ,l'un trouvera une cure pastorale1 l'autre un poste d'instituteur2 celui-l ira se fourrer dans la rdaction d'un journal1 un autre crira des livres classiques pour pensionnats de jeunes filles4 ,le plus raisonnable s'attelle la charrue1 le plus vaniteux ira la cour4 ,la place s'est ainsi vide comme par enchantement1 les oiseaux ont quitt leur nid1 car il est facile de se dbarrasser des mauvais philosophes1 il suffit de ne pas leur accorder de faveurs4 ,en tous les cas1 il vaut mieux suivre cette vie-l que de patronner une philosophie quelconque1 quelle qu'elle soit1 en lui donnant publiquement le patronage de l',etat4 ,l',etat s'est toujours peu souci de la vrit1 ce qui lui importe1 c'est la vrit utile1 plus exactement toute espce d'utilit1 que ce soit la vrit1 la demi-vrit ou l'erreur4 ,une alliance entre l',etat et la philosophie n'a donc un sens que lorsque la philosophie peut promettre qu'elle sera directement utile l',etat1 c'est--dire qu'elle place la raison d',etat plus haut que la vrit4 ,il est vrai que si l',etat pouvait galement mettre a son service et sa solde la vrit1 ce serait pour lui chose merveilleuse4 ,mais il sait fort bien que c'est l'essence mme de la vrit de ne jamais rendre de service1 de ne jamais accepter de solde4 ,dans ce qu'il possde1 il ne possde donc que la fausse vrit1 une personne affuble d'un masque1 et celle-ci ne peut malheureusement pas lui rendre le service qu'il attendrait de la vrit vraie1 savoir une sanction et une sanctification4 ,quand un prince du moyen-ge voulait tre nomm par le pape et qu'il n'y russissait pas1 il nommait un anti-pape1 qui lui rendait alors ce service4 ,cela pouvait russir jusqu' un certain point2 mais pour l',etat moderne1 il n'y a pas moyen d'instituer une anti-philosophie qui le lgitimerait2 car1 avant comme aprs1 il aurait contre lui la vraie philosophie et il l'aurait maintenant plus que jamais4 ,je crois srieusement qu'il vaut mieux pour l',etat ne pas s'occuper du tout de philosophie1 ne rien lui demander et1 tant qu'il est possible1 la laisser tranquille1 comme s'il s'agissait de quelque chose que lui est indiffrent4 ,tant que les rapports n'en restent pas cette indiffrence1 si la philosophie devient pour l',etat dangereuse et agressive1 qu'il la perscute444 ,le seul intrt que puisse avoir l',etat au maintien de l',universit1 c'est de dresser1 par son canal1 des citoyens dvous et utiles4 ,ils devraient donc y rflchir deux fois avant de mettre en question ce dvouement et cette utilit par ce fait qu'il exige des jeunes gens un examen de philosophie4 ,pour les cerveaux paresseux et incapables c'est peut-tre le vritable moyen de rebuter ceux-ci de leurs tudes que de faire de la philosophie la terreur des examens4 ,mais cet avantage ne saurait compenser le prjudice qu'occasionne une jeunesse tmraire et turbulente une pareille occupation force4 ,les lves apprennent connatre des livres dfendus1 ils commencent critiquer leurs matres et finissent par s'apercevoir du but que poursuit la philosophie d'universit ainsi que les examens qu'elle ncessite1 pour ne point parler des scrupules qui peuvent natre cette occasion chez les jeunes thologiens1 et dont le rsultat est de faire disparatre peu peu ceux-ci en ,allemagne1 comme dans le ,tyrol les bouquetins4 ,je connais fort bien les objections que l',etat aurait pu faire toutes ces considrations tant que la vaste philosophie hglienne croissait encore dans toutes les campagnes4 ,mais maintenant que la grle a dtruit cette moisson et que de toutes les promesses que l'on s'en faisait nagure il ne reste plus rien que des greniers vides1 on prfre ne plus rien objecter et l'on se dtourne de la philosophie4 ,on tient maintenant la puissance4 ,du temps de ,hegel on se contentait d'aspirer l'avoir4 ,c'est l une grande diffrence4 ,l',etat n'a plus besoin de la sanction par la philosophie1 c'est pourquoi celle-ci est devenue pour lui inutile4 ,lorsqu'il n'entretiendra plus des chaires aux ,universits1 ou lorsqu'il se contentera1 ce que je prvois pour les temps prochains1 de les entretenir seulement en apparence et avec mollesse1 il ne pourra qu'en tirer profit4 ,mais ce qui me parat plus important1 c'est que l',universit1 elle aussi1 y verra un avantage4 ,j'estime du moins qu'un sanctuaire de science vritable doit trouver avantage tre libr de toute communaut avec la demi-science et les quarts de science4 ,au reste1 l'estime o l'on tient les ,universits est trop singulire pour que l'on ne doive pas souhaiter par principe l'limination de disciplines que les universitaires eux-mmes estiment peu4 ,ceux qui n'appartiennent pas aux milieux acadmiques ont des raisons suffisantes pour tenir les ,universits en assez mdiocre estime4 ,ils leur reprochent leur lchet et constatent que les petites ,universits ont peur des grandes et que les grandes craignent l'opinion publique4 ,ils les blment encore de ne pas tre au premier rang dans toutes les questions de haute culture1 mais de suivre seulement pniblement et d'une faon tardive4 ,elles n'observent pas les vritables courants fondamentaux des sciences notoires4 ,c'est ainsi qu'on se livre par exemple aux tudes linguistiques avec plus d'ardeur que jamais1 sans estimer ncessaire pour soi-mme une discipline rigoureuse du style et du discours4 ,l'antiquit indienne ouvre ses portes et les spcialistes qui l'ont tudie possdent peine pour l'uvre incomparable des ,hindous1 pour leur philosophie1 une comprhension suprieure celle que peut avoir un animal en face d'une lyre4 ,et pourtant ,schopenhauer affirme que la connaissance de la philosophie hindoue est le plus grand avantage que notre sicle ait sur les prcdents4 ,l'antiquit classique est devenue une antiquit quelconque et n'a plus rien de classique et de digne de servir d'exemple4 ,ses disciples le dmontrent4 ,ils ne peuvent vraiment pas passer pour des hommes dont l'exemple doit tre suivi4 ,o donc a pass l'esprit de ,frdric-,auguste ,wolf1 dont ,franz ,passow pouvait dire qu'il apparaissait comme un esprit vraiment patriotique1 vraiment humain1 qui aurait au besoin la force de mettre en effervescence et d'incendier toute une partie du monde8 ,o un pareil esprit a-t-il pass8 ,par contre l'esprit des journalistes s'introduit de plus en plus dans les ,universits et il n'est pas rare qu'il prenne le masque de la philosophie4 ,un dbit plat et fard2 ,faust et ,nathan le ,sage sans cesse sur les lvres2 le langage et les opinions de nos rpugnantes gazettes littraires2 ajoutez cela1 dans ces temps derniers1 des bavardages sur notre sainte musique allemande et la revendication de chaires magistrales pour ,schiller et ,gthe3 de pareils indices suffisent faire penser que l'esprit universitaire commence se confondre avec l'esprit du temps4 ,dans ces conditions1 il me parat extrmement important qu'en dehors des ,universits il se cre un tribunal suprieur qui surveille et juge aussi ces institutions par rapport la culture qu'elles prtendent rpandre4 ,aussitt que la philosophie sera limine des ,universits et que de la sorte elle se purifiera de tous les gards et de tous les malentendus indignes d'elle1 elle ne pourra pas tre autre chose qu'un pareil tribunal4 ,sans pouvoirs confrs par l',etat1 sans rtributions et honneurs1 elle saura faire son service1 libre de l'esprit du temps aussi bien que de la crainte inspire par le temps1 en un mot1 vivre comme a vcu ,schopenhauer1 en juge de la prtendue culture qui l'entoure4 ,de cette faon le philosophe est capable d'tre galement utile l',universit1 condition qu'il ne s'amalgame pas avec elle1 mais qu'il la considre en se tenant firement distance4 ,mais1 en fin de compte1 que nous importe l'existence d'un ,etat1 l'encouragement des ,universits1 quand il s'agit avant tout de l'existence de la philosophie sur la terre6 ,ou bien encore1 pour ne laisser aucun doute sur mon sentiment1 quand il importe infiniment plus qu'un philosophe naisse sur la terre1 que si un ,etat ou une ,universit continuaient subsister6 ,dans la mesure o la servilit devant l'opinion publique et les dangers que court la libert augmentent1 la dignit de la philosophie peut se relever4 ,elle tait son niveau le plus lev1 quand la ,rpublique romaine sombrait dans des cataclysmes1 et l'poque impriale1 o le nom de la philosophie et celui de l'histoire devenaient ingrata principibus nomina4 ,brutus offre une meilleure preuve de sa noblesse que ,platon2 c'tait l'poque o l'thique cessait d'avoir des lieux communs4 ,si l'on constate que la philosophie n'est plus trs estime aujourd'hui1 il suffit de se demander pourquoi il n'y a plus de grands capitaines1 de grands hommes d',etat qui s'en disent les disciples4 ,c'est parce que1 au moment o ceux-ci cherchaient une philosophie1 ils ne rencontraient sous son nom qu'un faible fantme1 une sagesse de professeur1 l'allure savante1 une circonspection de professeur1 en un mot1 parce que la philosophie a vite fait de devenir pour eux une chose ridicule4 ,et pourtant1 elle devrait tre pour eux une chose terrible et les hommes qui sont appels chercher la puissance devraient savoir quelle source d'hrosme coule en elle4 ,qu'un ,amricain leur dise quelle est l'importance d'un grand penseur qui vient sur cette terre comme un centre nouveau de forces formidables4 ,prenez vos prcautions1 dit ,emerson1 quand le grand ,dieu fait venir un penseur sur notre plante1 tout est alors en danger4 ,c'est comme si un incendie clate dans une grande ville et que tout le monde ignore ce qui se trouve encore en scurit et o le cataclysme prendra fin4 ,il n'y a rien alors1 dans les sciences1 qui le lendemain ne pourrait tre tourn en son contraire2 il n'y a plus ni rputation littraire ni clbrit bien assise2 toutes les choses qui1 cette heure1 sont chres et prcieuses pour l'homme ne le sont qu'au bnfice de l'ide qui s'est leve leur horizon intellectuel et qui sont conditionnes dans l'ordre des choses actuel1 comme l'arbre porte son fruit4 ,un nouveau degr de culture soumettrait instantanment un bouleversement tout le systme des aspirations humaines4 ,or1 si de pareils penseurs sont dangereux1 il apparat clairement pourquoi nos penseurs acadmiques ne le sont pas1 car leurs ides se dveloppent paisiblement dans la routine1 de la mme faon que jamais arbre porta ses fruits4 ,ils n'effrayent point1 ils ne font rien sortir de ses gonds et1 de toute leur activit on pourrait dire ce qu'objecta ,diogne lorsqu'on loua un philosophe devant lui3 ,qu'a-t-il donc montrer de grand1 lui qui s'est si longtemps adonn la philosophie sans jamais attrister personne8 ,en effet1 il faudrait mettre en pitaphe sur la tombe de la philosophie d',universit3 ,elle n'a attrist personne4 ,mais c'est l plutt la louange d'une vieille femme que d'une desse de la sagesse et il ne faut pas s'tonner si ceux qui ne connaissent cette desse que sous les traits d'une vieille femme sont trs peu hommes eux-mmes et si1 comme de juste1 les hommes puissants ne tiennent plus compte d'eux4 ,s'il en est cependant ainsi de nos jours1 la vertu de la philosophie est foule aux pieds4 ,il semble bien qu'elle soit elle-mme devenue quelque chose de ridicule et d'indiffrent1 de sorte que tous ses vrais amis ont le devoir de tmoigner contre une pareille mprise et de montrer du moins que ce sont seulement ces faux serviteurs et ces indignes dignitaires de la philosophie qui sont ridicules et indiffrents4 ,mieux encore1 qu'ils fassent eux-mmes la preuve par l'action que l'amour de la vrit est quelque chose de terrible et de formidable4 ,ceci et cela ,schopenhauer l'a dmontr et il le dmontrera mieux de jour en jour4 ,,notes3 #a ,nietzsche cite d'aprs une traduction4 ,voici le passage exact de ,montaigne3 ,il me fait dfaut d'tre si fort expos au pillage de ceux qui le hantent ,plutarque2 je ne le puis si peu raccointer1 que je ne tire cuisse ou aile4 ,voir les ,essais1 livre ,,iii1 chapitre ,v 7,sur des vers de ,virgile74 ,edition ,charpentier1 tome ,,iii1 page #ddf4 ,,richard ,,wagner ,a ,,bayreuth #a4 ,pour qu'un vnement ait un caractre de grandeur1 deux conditions doivent se trouver runies3 l'lvation du sentiment chez ceux qui l'accomplissent et l'lvation du sentiment chez ceux qui en sont les tmoins4 ,par lui-mme aucun vnement n'est grand4 ,lors mme que des constellations entires disparatraient1 que des guerres dvastatrices absorberaient des forces immenses1 toujours le vent de l'histoire passerait l-dessus1 pour tout disperser comme de lgers flocons4 ,mais il arrive aussi qu'un homme puissant frappe un coup qui tombe sur une roche sans y laisser de trace4 ,on peroit un cho bref et sonore1 puis plus rien4 ,aussi l'histoire ne sait-elle presque rien dire au sujet de pareils vnements1 dont l'effort a t pour ainsi dire bris4 ,celui qui est capable de prvenir un vnement se demande donc avec inquitude si ceux qui vont y assister en seront vritablement dignes4 ,ds que l'on agit1 aussi bien dans les grandes que dans les petites choses1 on compte toujours que la rceptivit correspondra l'action4 ,que celui qui veut donner veille trouver des preneurs qui soient capables de comprendre quel est le sens de ses dons4 ,l'acte isol1 fut-il mme celui d'un grand homme1 est dpourvu de grandeur1 lorsqu'il est bref1 mouss et strile2 car1 au moment mme o cet homme l'a accompli1 il ne possdait certainement pas la conviction profonde qu'il tait ncessaire4 ,il n'avait pas vis avec assez de justesse2 il n'avait pas assez reconnu ni choisi son heure4 ,le hasard s'tait rendu matre de lui1 alors qu'au contraire1 tre grand et savoir distinguer ce qui est ncessaire sont deux qualits insparables4 ,or1 ce qui se droule actuellement ,bayreuth est-il opportun et ncessaire8 ,nous laissons volontiers le soin de rsoudre cette question ceux qui s'aviseraient de mettre en doute1 chez ,wagner1 l'instinct de l'opportunit4 ,pour nous1 qui sommes anims d'une plus grande confiance1 il parat vident que ,wagner a foi en la grandeur de son uvre1 autant qu'il croit l'lvation de sentiment de ceux qui vont y assister4 ,il faut se sentir fier d'tre l'objet de cette foi1 car ,wagner ne s'adresse pas tous1 il ne place pas son espoir dans toute la gnration actuelle1 dans tout le peuple allemand d'aujourd'hui4 ,il l'a dit lui-mme dans son discours d'inauguration du #bb mai #ahgb et il n'y a personne parmi nous qui ait pu soulever une objection1 dans un sens plus optimiste4 ,je n'avais que vous1 disait alors ,wagner1 vous les amis de mon art particulier1 de mon travail et de mon activit les plus personnels4 ,a vous seuls je pouvais m'adresser pour que mon uvre ft accueillie avec sympathie4 ,je pouvais vous demander de m'aider dans mon entreprise1 afin de pouvoir prsenter celle-ci pure et sous son aspect vritable ceux qui faisaient preuve d'un penchant srieux pour mon art1 bien que cet art ne pt leur tre prsent jusqu' prsent que sous une forme impure et dfigure4 ,sans doute qu' ,bayreuth le spectateur lui-mme est un spectacle digne d'tre contempl4 ,un esprit observateur et sage qui passerait d'un sicle dans un autre pour comparer entre elles les manifestations notoires de la civilisation y trouverait maint sujet d'observation4 ,il se sentirait ncessairement transport soudain dans un courant plus chaud1 tel un nageur qui s'bat dans un lac et qui entre dans le jaillissement d'une source d'eau chaude4 ,il se dit qu'elle a son origine dans les bas-fonds4 ,l'lment qui l'environne ne suffit pas en expliquer l'origine1 car il est tout de surface4 ,de mme1 tous ceux qui prennent part aux ftes de ,bayreuth seront considrs comme n'appartenant pas une poque4 ,ils se sont cr une patrie ailleurs que dans le temps et ils trouvent ailleurs leur raison d'tre et leur justification4 ,pour ma part1 j'ai toujours mieux compris que l'homme cultiv1 pour autant qu'il est en toutes choses le produit des temps prsents1 ne peut s'approcher que par la parodie de tout ce que ,wagner fait et pense--et tout ceci a t en effet parodi--et que1 de mme pour tout ce qui touche l'vnement de ,bayreuth1 ils ne vont le regarder qu' la lueur de la lanterne fort peu magique de nos mauvais railleurs du journalisme4 ,encore faut-il s'estimer heureux quand ils s'en tiennent la parodie4 ,celle-ci dgage un esprit d'loignement et d'animosit1 qui serait capable d'avoir recours des faons et des voies bien autrement dangereuses et qui s'en est dj servi l'occasion4 ,cette accentuation et cette tension extraordinaire des contrastes n'chapperaient pas non plus cet observateur de la culture dont nous parlons plus haut4 ,qu'un individu isol au cours d'une vie ordinaire puisse crer quelque chose d'absolument nouveau1 ce fait pourrait bien rvolter tous ceux qui tablent1 comme sur une espce de loi morale1 sur la ncessit rgulire de toute volution4 ,ils sont lents eux-mmes et exigent la lenteur chez les autres4 ,or1 ici1 ils se trouvent en prsence d'un homme qui progresse trs rapidement2 ils ne savent pas comment il s'y prend et ils lui en veulent cause de cela4 ,pour une entreprise comme celle de ,bayreuth il n'y eut jamais ni signes prcurseurs1 ni transitions1 ni intermdiaires2 ,wagner seul connaissait le but et le long chemin qui pouvait y conduire4 ,cette entreprise est comme le premier voyage autour du monde dans le royaume de l'art et il semble bien que non seulement un art nouveau fut dcouvert1 mais l'art lui-mme4 ,par l tous les arts modernes connus jusqu' ce jour apparaissent comme tiols dans leur solitude1 ou comme des arts de luxe moiti dmontiss4 ,mme les souvenirs incertains et dcousus d'un art vritable que nous autres modernes nous tenions des ,grecs peuvent s'effacer maintenant1 dans la mesure o ils ne sont pas mme de rayonner sous l'empire d'une nouvelle interprtation4 ,pour un grand nombre de choses le moment est venu de mourir1 car cet art nouveau est un art visionnaire1 qui prvoit une ruine dont les arts seuls ne seront pas atteints4 ,son geste avertisseur doit troubler profondment toute notre civilisation actuelle1 ds l'instant que se taisent les rires ironiques qu'il avait soulevs par ses parodies4 ,laissons-le donc jouir du peu de temps qui lui reste encore pour le rire et la joie4 ,quant nous1 disciples de l'art ressuscit1 nous aurons le temps et la volont d'tre srieux1 profondment srieux6 ,tout le bavardage et tout le bruit que la civilisation a fait entendre jusqu' prsent au sujet de l'art doivent nous faire maintenant l'effet d'un empressement impudent4 ,nous devons nous faire un devoir du silence1 du silence dont les ,pythagoriciens faisaient vu pour cinq ans4 ,qui de nous n'aurait pas souill ses mains et son cur au contact de l'idoltrie honteuse de la culture moderne4 ,qui n'aurait besoin des eaux lustrales8 ,qui pourrait ne pas entendre la voix qui lui crie3 tais-toi et sois pur6 ,se taire et tre pur6 ,ce n'est qu'en tant que nous sommes de ceux qui entendent cette voix que nous sera accord le regard souverain dont nous avons besoin pour contempler l'vnement de ,bayreuth4 ,et c'est de ce regard seul que dpend le grand avenir de cet vnement4 ,lorsqu'en ce jour de mai de l'anne #ahgb la premire pierre eut t pose sur la colline de ,bayreuth1 alors que le ciel tait sombre et que la pluie tombait torrents1 ,wagner monta en voiture avec quelques-uns d'entre nous1 pour regagner la ville2 il se taisait et le long regard qui semblait plonger en lui-mme lui donnait une expression que les paroles ne sauraient rendre4 ,ce jour-l il entrait dans sa soixantime anne4 ,tout ce qui lui tait arriv jusque-l n'tait que la prparation de ce moment4 ,on sait qu'en face d'un grand danger ou d'une dcision importante pour leur existence1 certains hommes peuvent1 au moyen d'une vision intrieure infiniment acclre1 faire repasser devant leurs yeux leur existence tout entire1 et en reconnatre1 avec une rare prcision1 les dtails les plus loigns1 comme les plus rapprochs4 ,qui pourra nous dire ce qui se droula dans l'imagination d',alexandre lorsqu'il fit boire l',europe et l',asie dans la mme coupe8 ,mais ce que ,wagner contempla ce jour-l de son regard intrieur--comment il choisit1 ce qu'il est et ce qu'il sera1--nous1 ses plus proches1 nous pouvons en une certaine mesure le revoir une seconde fois2 et ce n'est qu'en voyant avec l'il de ,wagner que nous pourrons comprendre nous-mmes sa grande action1 pour nous porter garants de sa fcondit1 l'aide de cette comprhension4 #b4 ,si ce que quelqu'un sait le mieux et fait le plus volontiers ne laissait une empreinte visible sur toute l'orientation de sa vie1 ce serait l un phnomne bien singulier4 ,tout au contraire1 chez les hommes remarquablement dous1 la vie ne prsentera pas seulement l'image du caractre1 comme c'est le cas chez tout le monde1 mais avant tout l'image de l'intelligence et de ses aptitudes les plus personnelles4 ,l'existence du pote pique tiendra de l'pope1 comme c'est le cas de ,gthe1--soit dit en passant de ,gthe1 chez qui les ,allemands se sont habitus1 bien tort1 voir surtout le pote lyrique2--l'existence du pote dramatique tiendra du drame4 ,l'lment dramatique ne peut tre mconnu dans le dveloppement de ,wagner1 ds le moment o sa passion dominante prend conscience d'elle-mme et s'empare de son tre tout entier4 ,a partir de l il se dbarrasse des ttonnements1 des errements1 il touffe l'exubrance parasitaire des rejetons2 et partout1 dans ses voies et ses volutions les plus compliques1 dans les courbes les plus aventureuses de ses projets1 rgne une loi1 une volont unique et intime1 qui suffit les expliquer1 quelque singulires que sembleront ses explications4 ,cependant1 il y eut dans l'existence de ,wagner une priode que l'on peut appeler prdramatique3 son enfance1 sa jeunesse1 dont on ne peut parler sans rencontrer de nombreux problmes4 ,rien ne fait encore prsager qu'il se trouvera un jour lui-mme2 et tout ce que l'on pourrait interprter aujourd'hui rtrospectivement comme un prsage apparat premire vue comme une coexistence de qualits qui sont de nature inspirer plutt la crainte que l'esprance2 un esprit d'inquitude1 d'irritation1 une hte nerveuse saisir mille choses1 un plaisir passionn suscit par des tats d'me presque maladifs et tendus l'excs1 un retour subit1 aprs des moments de srnit et de calme absolu1 vers ce qui est brutal et tapageur4 ,il n'tait limit par aucune discipline rigoureuse dans l'art qu'il et pu tenir de famille3 la peinture1 la posie1 l'art du comdien1 la musique le touchaient d'aussi prs que les tudes et la carrire d'un savant2 tout tait sa porte2 n'y regarder qu' la surface on et pu croire qu'il tait n pour le dilettantisme4 ,le monde restreint dans les limites duquel il grandit n'tait pas compos de telle sorte qu'on et pu souhaiter un artiste de vivre sous un pareil horizon4 ,il lui fut difficile d'chapper au plaisir dangereux qu'prouve un esprit qui veut goter de toutes choses1 d'chapper la prsomption qui nat du savoir multiple1 telle qu'on la rencontre dans les villes de savants4 ,chez lui la sensibilit n'tait veille que lgrement et imparfaitement satisfaite4 ,aussi loin que s'tendaient les regards du jeune homme1 il se voyait entour d'esprits singulirement vieillots1 mais sans cesse en activit1 formant un contraste ridicule avec l'clat du thtre et avec l'allure entranante de la musique1 un contraste incomprhensible4 ,or1 celui qui sait comparer s'tonne toujours qu'il soit si rare que l'homme moderne1 lorsqu'il est dou de talents remarquables1 possde1 durant son enfance et sa jeunesse1 des qualits de navet1 d'originalit sans apprt1 et combien il lui est difficile de les possder4 ,tout au contraire1 des hommes rares1 tels que ,gthe et ,wagner1 qui s'lvent la navet1 la possdent maintenant plutt l'ge mr que lorsqu'ils sont enfants et adolescents4 ,l'artiste surtout1 dou en naissant d'une forte mesure de puissance d'imitation1 sera forc de subir l'mouvante diversit de la vie moderne1 comme on subit de violentes maladies infantiles4 ,comme enfant et comme adolescent1 il ressemblera plutt un vieillard qu' lui-mme4 ,le type si merveilleusement fidle du jeune homme1 tel qu'il est ralis dans le personnage de ,siegfried de l',anneau du ,niebelung1 ne pouvait tre aperu que par un homme et mme seulement par un homme qui n'a vu s'panouir que tardivement sa propre jeunesse4 ,l'ge mr de ,wagner fut tardif comme sa jeunesse1 de sorte que1 en ceci du moins1 il est le contraire d'une nature qui a tout anticip4 ,avec l'apparition de sa virilit intellectuelle et morale commence aussi le drame de sa vie4 ,et comme le spectacle nous en semble chang6 ,sa nature parat simplifie d'une faon effrayante1 dchire en deux instincts contraires1 deux sphres dissemblables4 ,en bas bouillonne une volont ardente1 avide de domination1 faite de brusques jaillissements1 qui cherche se faire jour par toutes les voies1 toutes les crevasses1 toutes les cavits4 ,seule une force absolument pure et libre tait capable de dsigner cette volont la voie qui mne tout ce qui est bon et bienfaisant4 ,associs un esprit troit1 les dsirs tyranniques et illimits d'une telle volont auraient pu devenir nfastes2 il tait ncessaire1 en tous cas1 qu'une issue libre ft promptement trouve1 que l'air clair et le soleil vinssent la baigner4 ,une puissante aspiration qui chaque jour se rend compte de son impuissance tourne la mchancet4 ,l'insuffisance des efforts peut parfois tenir aux circonstances1 l'inflexibilit du sort1 et non au manque de force2 mais celui qui ne peut renoncer son aspiration1 malgr l'insuffisance de ces efforts1 s'ulcre en quelque sorte et devient par consquent irritable et injuste4 ,il lui arrivera peut-tre de chercher chez les autres les causes de son insuccs ou mme1 dans un accs de haine passionne1 d'accabler de reproches le monde tout entier2 peut-tre aussi sa fiert blesse choisira-t-elle des chemins isols ou s'adonnera-t-elle la violence4 ,et c'est ainsi que des natures animes de bonnes intention peuvent se corrompre sur le chemin mme du bien4 ,parmi ceux-l mmes qui ne recherchaient que leur propre purification morale1 parmi les ermites et les moines1 on trouve de ces malheureux qui1 pour avoir chou dans leurs efforts1 sont devenus des tres corrompus1 profondment malades1 mins et rongs par l'insuccs4 ,c'tait un esprit plein d'amour1 dbordant de bont et de douceur1 ennemi de toute violence1 de toute immolation de soi1 avide de libert1 que celui qui parla ,wagner4 ,cet esprit descendit sur lui et l'enveloppa de ses ailes tutlaires1 lui montra le chemin4 ,nous voici prts jeter un regard sur l'autre sphre de la nature de ,wagner4 ,mais comment la dcrire8 ,les crations d'un artiste ne sont pas sa propre image1 mais l'ordre1 dans lequel se succdent les crations qu'il fit vivre avec tout son ardent amour1 donne partout quelques indications sur l'artiste lui-mme4 ,qu'on se reprsente en esprit ,rienzi1 le ,hollandais volant et ,senta1 ,tannhuser et ,elisabeth1 ,lohengrin et ,elsa1 ,tristan et le roi ,marke1 ,hans ,sachs1 ,wotan et ,brunhilde2 toutes ces figures sont relies entre elles par un mme courant souterrain de perfectionnement et d'accroissement moral1 dont les eaux s'purent toujours davantage en avanant2 c'est ici que nous nous trouvons1 pleins d'une rserve respectueuse1 en prsence de l'me mme de ,wagner1 alors qu'elle accomplit un de ses plus mystrieux dveloppements4 ,chez quel artiste percevons-nous quelque chose de semblable1 dans des proportions aussi vastes8 ,les crations de ,schiller1 depuis les ,brigands jusqu' ,wallenstein et ,guillaume ,tell1 suivent une voie semblable de perfectionnement successif et nous clairent galement1 en une certaine mesure1 sur le dveloppement de leur auteur2 mais chez ,wagner1 la proportion est plus grandiose1 la carrire parcourue plus tendue4 ,tout participe cette puration et sert l'exprimer1 le mythe aussi bien que la musique2 dans l',anneau du ,niebelung je trouve la musique la plus morale que je connaisse1 par exemple la scne o ,brunhilde est rveille par ,siegfried4 ,l1 ,wagner s'lve une hauteur et une saintet d'aspiration telles qu'il nous faut penser au reflet ardent du soleil couchant sur la neige immacule des cimes alpestres1 tant la nature qui s'y rvle est pure1 solitaire1 inaccessible1 exempte de passion1 inonde d'amour2 les nues et les orages1 le sublime mme sont au-dessous d'elle4 ,si de cette hauteur nous regardons en arrire1 vers le point de dpart1 ,tannhuser et le ,hollandais nous comprenons comment1 dans ,wagner1 se dveloppa l'homme2 comment ses commencements furent obscurs et inquiets1 avec quelle imptuosit il rechercha la satisfaction de ses gots1 la puissance1 l'ivresse du plaisir et comment il les fuyait souvent avec dgot1 comment il aspirait jeter loin de lui son fardeau1 voulant oublier1 nier1 renoncer--le fleuve de son activit se prcipitait tantt dans une valle1 tantt dans une autre1 et s'enfonait dans les plus sombres ravins4 ,dans la nuit de cette agitation souterraine apparut alors1 bien au-dessus de lui1 une toile l'clat mlancolique2 ds qu'il la reconnut il la nomma3 ,fidlit1 oubli de soi par fidlit4 ,pourquoi sa lumire lui parut-elle plus claire et plus pure que tout au monde8 ,quel sens mystrieux uniforme pour son tre tout entier renferme le mot fidlit8 ,car1 sur tout ce qu'il a imagin et compos1 il a grav le symbole et le problme de la fidlit2 il y a dans son uvre une srie presque complte de ses manifestations les plus belles et les plus rares3 la fidlit du frre pour la sur1 de l'ami pour l'ami1 du serviteur pour son matre1 d',elisabeth pour ,tannhuser1 de ,senta pour le ,hollandais1 d',elsa pour ,lohengrin1 d',isolde1 de ,kurvenal et de ,marke pour ,tristan1 de ,brunhilde pour les vux les plus secrets de ,wotan--pour ne donner que quelques exemples de la srie4 ,c'est l'exprience la plus primitive1 la plus personnelle que ,wagner revit en lui-mme et qu'il vnre comme un saint mystre2 c'est elle qu'il cherche exprimer par le mot fidlit1 elle qu'il ne se lasse point de personnifier1 de vivifier de cent manires1 lui consacrant1 dans la plnitude de sa reconnaissance1 ses meilleurs trsors et la plus pure essence de son art2 c'est enfin cette merveilleuse conviction que l'une des sphres de sa nature est reste fidle l'autre1 que la sphre cratrice1 innocente1 lumineuse1 a conserv la foi d'un amour libre des plus dsintresss celle qui tait obscure1 indomptable et tyrannique4 #c4 ,dans l'quilibre entre les deux forces constituantes1 dans l'abandon de l'une l'autre rsidait l'imprieuse ncessit qui seule rendait ,wagner capable de rester pleinement lui-mme4 ,c'tait en mme temps la seule chose qui ne ft point en son pouvoir1 qu'il devait se contenter d'observer et d'accepter1 tandis que les sollicitations l'infidlit et les terribles dangers dont elle le menaait l'environnaient d'une manire de plus en plus pressante4 ,et l'incertitude est une source abondante de souffrances pour celui qui est en voie de dveloppement8 ,chacun de ses instincts tendait outre-passer toutes les bornes2 chacune de ses aptitudes jouir de l'existence voulait se satisfaire sparment2 plus elles taient nombreuses et plus le tumulte tait grand1 plus leur rencontre tait hostile4 ,le hasard et la vie contribuaient1 leur tour1 l'irritation2 de mme1 le got du pouvoir et des fastes1 le dsir ardent du gain2 plus souvent encore c'tait la cruelle ncessit qui l'oppressait1 la ncessit de vivre d'une manire ou d'une autre2 partout des entraves et des piges4 ,comment serait-il possible1 dans de pareilles circonstances1 de rester fidle soi-mme1 de se conserver tout entier8 ,ce doute l'accablait souvent et il l'exprimait alors comme un artiste exprime ses doutes1 par des crations artistiques4 ,elisabeth ne peut que souffrir1 prier et mourir pour ,tannhuser2 elle sauve l'inconstant vagabond par sa fidlit1 mais sa tche n'est pas de ce monde4 ,les dangers et les dsespoirs abondent dans la carrire de tout artiste vritable jet dans l'arne des temps modernes4 ,il peut arriver aux honneurs et au pouvoir de mille manires diffrentes1 le repos et le contentement sont souvent sa porte1 mais leur forme est toujours celle que connat l'homme moderne et qui1 pour l'artiste sincre1 se transformera en une lourde contrainte4 ,dans la tentation de s'abandonner et dans la rsistance cette tentation il y a aussi des prils pour lui3 pril dans la rpugnance qu'il prouve pour les moyens modernes de se procurer la fois des jouissances et de la considration2 pril dans la colre qui se tourne contre les satisfactions gostes qui sont le propre des hommes d'aujourd'hui4 ,qu'on s'imagine ,wagner remplissant un emploi1--tel celui de chef d'orchestre1 qu'il exera diffrents thtres de ville et de cour4 ,qu'on essaie de comprendre ce qu'prouve l'artiste le plus convaincu1 qui s'efforce d'introduire la conviction1 l o les institutions modernes s'lvent sur des principes de lgret et exigent de la lgret4 ,qu'on essaie de comprendre ce qu'il prouve lorsqu'il russit en partie1 tout en chouant toujours dans l'ensemble1 lorsque le dgot s'empare de lui et qu'il cherche fuir1 lorsqu'il ne trouve point de refuge et se voit toujours contraint retourner1 comme s'il tait l'un des leurs1 vers les bohmes et les bannis de votre socit civilise4 ,lorsqu'il brise les liens qui le retenaient une condition sociale1 il en trouve rarement une meilleure2 quelquefois mme il tombe dans la plus profonde dtresse4 ,c'est ainsi que ,wagner changea de villes1 de compagnons1 de pays1 et l'on peut peine imaginer quels furent les sollicitations et les milieux qu'il eut supporter temporairement ,la plus longue moiti de sa vie fut oppresse sous le poids d'une atmosphre pesante2 il semble qu'il dt renoncer toute esprance pour ne plus vivre et esprer qu'au jour le jour1 de telle sorte que1 s'il ne dsespra point1 il n'eut cependant plus la foi4 ,wagner dut souvent s'apparatre lui-mme tel un voyageur qui marche travers la nuit1 charg d'un lourd fardeau1 bris de fatigue et qui nanmoins se soutient par la fivre2 l'ide d'une mort subite n'tait plus alors ses yeux quelque chose d'pouvantable1 mais miroitait devant lui comme un fantme sduisant1 dsirable4 ,voir disparatre la fois le fardeau1 le chemin et la nuit6 ,quelle puissante sduction6 ,maintes fois il se jeta dans la vie avec cette esprance brve et trompeuse1 laissant derrire lui tous les fantmes4 ,mais la manire dont il le faisait dpassait presque toujours les bornes1 ce qui laisse supposer que sa foi en cette esprance n'tait ni ferme ni profonde1 mais qu'elle n'tait pour lui qu'un moyen de s'tourdir4 ,la disproportion entre ses aspirations et son impuissance partielle ou complte les satisfaire se changeait pour lui en un aiguillon douloureux2 nerve par des privations continuelles1 son imagination s'garait dans des excs1 aussitt que diminuait l'tat d'indigence4 ,sa vie devenait de plus en plus complique1 mais les moyens et les dtours qu'il dcouvrait dans son art1 lui l'auteur dramatique1 semblaient aussi de plus en plus hardis et fertiles en inventions1 tout en n'tant au fond que des pis-aller scniques1 des motifs mis en avant1 qui trompent un moment et ne sont invents que pour un moment4 ,il les met brusquement en jeu1 mais ils sont tout aussi vite uss4 ,envisage de prs et sans affectation1 la vie de ,wagner1 pour rappeler une pense de ,schopenhauer1 tient beaucoup de la comdie et mme d'une comdie singulirement grotesque4 ,comment le sentiment de tout cela1 comment la conscience d'un grotesque manque de dignit1 qui s'est affirme durant plusieurs priodes de sa vie1 devaient agir sur la personnalit d'un artiste qui1 plus que tout autre1 ne pouvait respirer librement que dans le sublime et l'ultra-sublime1--c'est ce qui donne beaucoup penser celui qui sait penser4 ,au milieu de cette activit pour laquelle seule une description dtaille pourrait inspirer le degr de piti1 de frayeur et d'admiration qu'elle mrite1 se dveloppe une aptitude apprendre telle qu'elle parat tout fait extraordinaire1 mme parmi les ,allemands1 qui sont par excellence le peuple qui veut s'instruire2 et de ce don devait natre encore un nouveau danger1 plus grand mme que celui d'une existence qui semblait dracine et errante1 jete au hasard par une folie inquite4 ,d'un novice qui s'essayait encore1 ,wagner devint un matre universel de la musique et du thtre1 un inventeur fcond dans les prparations techniques4 ,personne ne lui contestera plus la gloire d'avoir fourni le modle le plus parfait pour l'art de la grande dclamation4 ,mais il devint davantage encore et pour devenir ceci et cela il ne put1 pas plus que d'autres1 se dispenser de s'assimiler par l'tude le plus haut degr de la culture4 ,et comme il le fit bien6 ,c'est une jouissance de l'observer4 ,de tous cts les matriaux s'amoncellent autour de lui et il les fait siens2 plus l'difice devient imposant1 plus s'largit et s'lve la vote de sa pense dominante et rgulatrice4 ,peu d'hommes cependant eurent lutter contre tant de difficults pour parvenir jusqu'aux avenues des sciences et des arts spciaux2 souvent mme il fut forc d'improviser ces avenues4 ,le rnovateur du drame simple1 l'inventeur du rang que doivent occuper les arts dans la vraie socit humaine1 l'interprte inspir des conceptions du pass1 le philosophe1 l'historien1 l'esthticien et le critique ,wagner1 le matre de la langue1 le mythologiste et le pote mystique1 qui le premier fondit en un seul anneau1 sur lequel il grava les runes de sa pense1 les magnifiques figures1 primitives et formidables--quelle abondance de savoir ne dut-il pas rassembler et embrasser d'une seule treinte pour devenir tout cela6 ,et pourtant cet ensemble touffa aussi peu sa volont d'action que les dtails les plus attrayants ne russirent l'en distraire4 ,pour mesurer l'originalit d'une pareille attitude prenons ,gthe comme point de comparaison1 ,gthe1 ce grand antipode de ,wagner1 qui1 au double point de vue de l'tudiant et du savant1 peut tre compar un fleuve riche en affluents qui ne porte point toutes ses eaux la mer1 mais en perd au moins la moiti dans les mandres de son cours4 ,il est vrai qu'une nature comme celle de ,gthe recueille plus de satisfaction et en procure davantage2 il y a autour d'elle de la douceur et une noble prodigalit1 tandis que le cours puissant du fleuve incarn par ,wagner pourrait bien effrayer et rebuter4 ,mais que d'autres s'effrayent s'ils veulent6 ,quant nous1 nous serons d'autant plus courageux qu'il nous a t donn de voir de nos yeux un hros qui1 mme pour ce qui est de la culture moderne1 n'a pas appris la peur4 ,il n'a pas davantage appris trouver le repos dans des tudes historiques et philosophiques et s'approprier ce que les effets de ces sciences ont de merveilleusement calmant et de contraire toute action4 ,l'tude et la culture ne dtournrent l'artiste ni du travail ni de la lutte4 ,ds que la force cratrice s'empare de lui1 l'histoire se transforme pour lui en une argile mobile4 ,sa position vis--vis d'elle devient alors toute diffrente de celle des autres savants1 et ressemble bien plutt l'attitude qu'occupaient les ,grecs vis--vis de leurs mythes1 ceux-ci tant devenus des objets que l'on faonne et ralise avec amour1 saisi d'une sorte de crainte pieuse1 mais pourtant conscient du droit souverain que possde le crateur4 ,et prcisment parce que l'histoire est pour lui plus simple et plus changeante qu'un rve1 il lui est possible de concentrer potiquement1 dans un vnement particulier1 le type caractristique d'une poque entire et d'atteindre ainsi un degr de vrit dans l'exposition auquel l'historien ne peut jamais atteindre4 ,o le moyen ge chevaleresque a-t-il pass si compltement dans une composition qui l'incarnait en chair et en esprit1 que le fit ,wagner dans ,lohengrin8 ,et les ,matres chanteurs ne parleront-ils pas encore de l'esprit allemand dans les temps les plus loigns1 ne feront-ils pas plus que d'en parler1 ne seront-ils pas bien plutt un des fruits les plus mrs de cet esprit qui veut toujours rformer1 et non pas rvolutionner1 et qui n'a pas oubli1 au sein des faciles jouissances1 de pratiquer ce noble mcontentement1 source de toute action rgnratrice8 ,c'est prcisment vers cette espce de mcontentement que ,wagner se sentit toujours davantage port par ses tudes historiques et philosophiques4 ,il sut non seulement y trouver des armes et une armure1 mais il y perut avant tout le souffle inspirateur qui plane sur le tombeau des grands lutteurs1 des grands penseurs et des grands affligs4 ,on ne peut mieux se diffrencier de toute notre poque que par l'usage que l'on fait de l'histoire et de la philosophie4 ,telle qu'on la conoit aujourd'hui le plus souvent1 l'histoire semble avoir reu la mission de laisser respirer l'homme moderne1 lequel court son but haletant et avec peine1 de telle sorte qu'il se sente en quelque sorte1 mais seulement pour un moment1 dbarrass de son harnais4 ,ce que signifie ,montaigne1 considr individuellement1 dans la fluctuante agitation de l'esprit de ,rforme1 un repos provoqu par le reploiement sur soi-mme1 une paisible retraite en soi-mme1 un temps de rpit pour reprendre haleine--et c'est bien ainsi que le comprit certainement ,shakespeare1 son meilleur lecteur1--voil ce que signifient maintenant les tudes historiques pour l'esprit moderne4 ,si1 depuis un sicle1 les ,allemands se sont particulirement occups des tudes historiques1 cela prouve que1 dans le mouvement du monde moderne1 ils sont la puissance retardatrice1 ralentissante1 calmante4 ,ce fait sera peut tre interprt par quelques-uns comme une louange en leur faveur4 ,mais c'est1 en somme1 un indice dangereux1 quand on voit les efforts intellectuels d'un peuple se tourner de prfrence vers le pass1 c'est un signe d'amollissement1 de rgression et d'infirmit1 de telle sorte que ce peuple se voit expos de la faon la plus dangereuse toutes les fivres contagieuses1 comme par exemple la fivre politique4 ,dans l'histoire de l'esprit moderne1 nos savants sont les reprsentants d'un pareil tat de faiblesse1 par opposition tous les mouvements rformateurs et rvolutionnaires2 ils ne se sont pas impos la plus noble des missions1 mais ils se sont assur une espce particulire de paisible bonheur4 ,a vrai dire1 chaque dmarche plus indpendante et plus virile passe ct d'eux1 bien entendu sans passer ct de l'histoire proprement dite4 ,celle-ci tient en rserve1 au fond d'elle-mme1 bien d'autres forces1 ainsi que l'ont devin des natures telles que ,wagner2 mais elle a besoin d'tre crite une fois dans un sens beaucoup plus srieux et plus svre par une me vraiment puissante et non plus d'une manire optimiste1 comme par le pass1 tout autrement donc que les savants allemands l'ont traite jusqu' prsent4 ,il y a dans tous leurs travaux quelque chose de palliateur1 de soumis1 de satisfait et le cours des choses a leur pleine approbation4 ,c'est beaucoup dj quand l'un d'eux donne entendre qu'il est satisfait parce que les choses auraient pu tourner plus mal2 la plupart d'entre eux voient involontairement que tout s'est pass pour le mieux dans le meilleur des mondes4 ,si l'tude de l'histoire n'tait pas toujours une thodice chrtienne dguise1 si l'histoire tait crite avec plus de justice et plus d'ardeur sympathique1 elle serait vraiment apte rendre les services auxquels on l'emploie maintenant3 comme narcotique contre toutes les tendances rvolutionnaires et novatrices4 ,il en est de mme de la philosophie1 dont la plupart des gens ne veulent se servir que pour apprendre concevoir les choses peu prs--trs peu prs--pour en prendre ensuite leur parti4 ,ses reprsentants les plus nobles mettent si bien en relief son influence calmante et consolante que les paresseux et ceux qui sont avides de repos peuvent se bercer de l'illusion qu'ils recherchent la mme chose que les philosophes4 ,pour moi1 par contre1 la question essentielle de toute philosophie me parat tre celle de savoir jusqu' quel point les choses ont une forme et un caractre immuable1 pour pouvoir ensuite1 lorsque cette question aura t rsolue1 poursuivre avec une bravoure toute preuve l'amlioration de ce qui dans ce monde sera reconnu susceptible de changement4 ,c'est ce qu'enseignent aussi les vrais philosophes par leurs propres actions1 en travaillant amliorer les ides changeantes des hommes et en ne gardant pas pour eux seuls la sagesse qu'ils ont acquise4 ,c'est ce qu'enseignent aussi les vrais disciples des vraies philosophies qui1 comme ,wagner1 savent extraire de ces philosophies non point des narcotiques1 mais une dcision renforce et une volont inflexible4 ,wagner est le plus philosophe l o son activit est la plus puissante et la plus hroque4 ,et c'est prcisment en qualit de philosophe qu'il trouva sans peur non seulement la fournaise ardente de diffrents systmes philosophiques1 mais encore les vapeurs de la science et de l'rudition2 il resta fidle la plus noble moiti de lui-mme1 qui exigeait de sa nature multiple des action d'ensemble et qui lui enseignait souffrir et s'instruire1 pour pouvoir accomplir ces actions4 #d4 ,l'histoire du dveloppement de la culture depuis l'poque des ,grecs est assez courte1 si l'on considre la longueur relle des chemins qu'elle a parcourus1 et qu'on ne tient pas compte de ses arrts1 de ses reculs1 de ses hsitations1 de ses dtours4 ,l'hellnisation du monde1 et1 pour rendre celle-ci possible1 l'orientalisation de l'hellnisme--cette double mission du grand ,alexandre--constitue toujours encore le dernier vnement d'importance2 et la vieille question de savoir si une civilisation trangre est rellement transmissible constitue toujours encore le problme que les modernes s'efforcent en vain de rsoudre4 ,l'action alternative et combine de ces deux facteurs a particulirement influenc le cours de l'histoire4 ,ainsi le christianisme se prsente par exemple comme un fragment d'antiquit orientale que l'humanit a complt par la pense et ralis dans ses actes jusqu'aux dtails les plus minutieux4 ,lorsque son influence fut en train de diminuer1 la puissance de la culture hellnique se mit de nouveau augmenter4 ,nous assistons des vnements si tranges qu'ils seraient inexplicables et rsolument dpourvus de fondements si l'on ne pouvait les rattacher1 en franchissant un immense espace de temps1 des phnomnes similaires qui ont eu la ,grce pour thtre4 ,c'est ainsi qu'il y a entre ,kant et les ,elates1 entre ,schopenhauer et ,empdocle1 entre ,eschyle et ,richard ,wagner1 de telles similitudes1 de telles parents1 qu'on y et presque touch du doigt le caractre relatif de toutes les notions de temps2 il semble presque que certaines choses sont de mme ordre et que le temps qui les spare en apparence n'est au fond qu'un nuage qui nous empche de distinguer les lois de ce rapport4 ,l'histoire des sciences exactes surtout veille en nous le sentiment que nous pourrions bien nous trouver1 prcisment aujourd'hui1 aussi rapprochs que possible du monde alexandrin grec1 et que le pendule de l'histoire pourrait bien osciller de nouveau vers le point d'o il prit autrefois son lan vers des espaces mystrieux et infinis4 ,l'image de notre monde actuel n'offre rien de nouveau3 celui qui connat l'histoire a l'impression qu'il y retrouve toujours nouveau les traits familiers d'un visage connu4 ,l'esprit de la culture hellnique se retrouve en une dispersion infinie dans notre poque2 tandis que des forces varies se pressent cte cte et que les rsultats des sciences et des aptitudes modernes deviennent des matires d'change1 on voit reparatre1 comme une ple vision dans un crpuscule lointain1 la noble image de l'hellnisme4 ,le monde qui1 jusqu' prsent1 a t suffisamment satur d'orientalisme1 aspire de nouveau tre hellnis2 celui qui voudrait l'y aider devrait1 vrai dire1 se hter1 d'un pied ail1 pour runir les fragments si divers et si disperss des sciences1 les domaines loigns des talents1 pour parcourir et dominer le champ dmesur qui s'offre son activit4 ,il est donc besoin maintenant d'une srie d'anti-,alexandre1 lesquels devront tre dous d'une puissance suprme de concentration1 pour relier et attirer soi les fils isols du tissu1 afin d'empcher qu'ils soient disperss tous les vents4 ,il ne s'agit plus maintenant de trancher le nud gordien de la culture grecque1 comme le fit ,alexandre1 de telle sorte que les fragments en fussent disperss dans toutes les directions2 il s'agit de renouer ce qui a t tranch4 ,je reconnais dans la personne de ,wagner un de ces anti-,alexandre4 ,il possde le don de savoir runir ce qui tait isol1 dbile et inactif2 on peut dire qu'il possde1 si je puis employer une expression mdicale1 le pouvoir astringent3 sous ce rapport il fait partie des plus grandes puissances civilisatrices de son temps4 ,il domine les arts1 les religions1 les diffrentes branches de l'histoire universelle1 et il n'en est pas moins tout l'oppos d'un polymathe1 d'un esprit qui ne sait que rassembler et classer des matriaux3 car il est l'artiste puissant qui les transforme et leur donne la vie2 il est un simplificateur du monde4 ,on ne se laissera pas dtourner de cette ide en comparant cette mission gnrale que lui a dicte son gnie avec l'autre tche plus rapproche et plus limite laquelle on songe maintenant avant tout lorsque l'on prononce le nom de ,wagner4 ,on attend de lui une rforme du thtre2 mais1 en admettant qu'il russisse dans cette voie1 quel en serait le rsultat pour sa tche plus haute et plus lointaine8 ,par l l'homme moderne serait modifi et rform2 tant il est vrai que1 dans notre monde moderne1 les choses se tiennent au point que1 si l'on vient en enlever une pierre1 tout l'difice s'branle et s'croule4 ,et ce que nous nonons ici avec une apparence d'exagration de la rforme de ,wagner1 on pourrait l'attendre galement de toute autre rforme vritable4 ,il n'est pas possible de rtablir l'art thtral dans son effet le plus noble et le plus pur1 sans rnover en mme temps sur tous les domaines1 dans les murs et dans l',etat1 dans l'ducation et dans les rapports sociaux4 ,l'amour et la justice1 devenus puissants sur un point qui serait ici le royaume de l'art1 doivent se dvelopper selon une loi intrieure et ne peuvent revenir l'immobilit de leur prcdent tat de chrysalide4 ,ne ft-ce que pour comprendre jusqu' quel point le rapport de nos arts avec la vie est un symbole de la dgnrescence de cette vie mme1 jusqu' quel point nos thtres sont une honte pour ceux qui les construisent et s'y rendent1 il faudrait dj modifier compltement son jugement et pouvoir regarder ce qui est habituel et coutumier comme quelque chose de trs exceptionnel et de trs compliqu4 ,un singulier manque de lucidit dans le jugement1 un besoin mal dguis d'amusement et de distraction tout prix1 des scrupules d'apparence savante1 une affectation du ct des excutants1 qui cherchent faire croire qu'ils prennent l'art au srieux1 une soif brutale du gain chez les entrepreneurs1 platitude et lgret dans une socit qui ne pense au peuple que tant qu'il est pour elle utile et redoutable1 qui recherche les spectacles et les concerts sans que ceux-ci veillent jamais en elle la pense d'un devoir--tels sont aujourd'hui les lments de l'atmosphre lourde et pernicieuse de nos institutions artistiques4 ,ds que l'on a fini par s'y habituer 7c'est le cas de notre socit bien leve71 on peut facilement se figurer que cette atmosphre est indispensable la sant1 et se trouver ensuite mal son aise lorsqu'une contrainte quelconque nous en prive pour un certain temps4 ,il n'existe vritablement qu'un seul moyen pour arriver la conviction que nos institutions thtrales sont vulgaires1 et vulgaires au point de paratre tranges et bizarres4 ,qu'on y oppose seulement la ralit passe de l'ancien thtre grec6 ,en admettant que nous ne sachions rien des ,grecs1 nous serions probablement incapables de nous en prendre aux conditions actuelles1 et les critiques1 telles qu'elles ont t formules pour la premire fois par ,wagner avec la largeur d'esprit qui lui tait propre1 seraient tenues pour des chimres1 dont seules sont capables des gens qui vivent dans les nuages4 ,on dira peut-tre que1 pour les hommes tels qu'ils sont1 un art semblable est suffisant et convenable1 et1 vrai dire1 les hommes n'ont jamais t faits autrement4 ,mais1 bien au contraire1 il est certain qu'autrefois les hommes taient diffrents et1 maintenant encore1 il y en a auxquels les institutions actuelles ne suffisent pas4 ,c'est prcisment ce que dmontre l'institution de ,bayreuth4 ,vous trouvez l des spectateurs prpars et pleins de recueillement1 l encore l'motion d'hommes qui se sentent transports de joie et qui concentrent dans ce bonheur leur nature tout entire pour y puiser la force de s'lever vers une impulsion plus vaste4 ,enfin1 vous y verrez chez les artistes l'abandon le plus dsintress1 le spectacle de tous les spectacles1 le crateur victorieux d'une uvre qui est elle-mme la synthse de tous les triomphes artistiques4 ,ne vous semble-t-il pas assister une opration magique1 quand vous avez le bonheur de pouvoir assister de nos jours une pareille manifestation8 ,ceux qui sont appels y concourir1 artistes et spectateurs1 ne doivent-ils pas dj tre transforms et renouvels1 afin de pouvoir1 l'avenir et dans d'autres sphres1 transformer et renouveler leur tour8 ,ne semble-t-il pas que l'on aperoit un port1 aprs l'immense dsert de l',ocan8 ,n'est-ce pas ici le calme qui s'tend sur la nappe des eaux8 ,celui qui1 pour retourner aux plaines et aux bas-fonds de la vie1 d'aspect si diffrent1 abandonne cet tat d'me plein de profondeur et de solitude qui rgne ici1 ne doit-il pas se demander sans cesse comme ,iseult3 ,comment ai-je pu le supporter8 ,comment puis-je le supporter encore8 ,et s'il ne peut plus supporter de cacher gostement au fond de lui-mme son bonheur et son malheur1 il profitera ds lors de chaque occasion pour en rendre tmoignage par ses actes4 ,o sont ceux que les institutions actuelles font souffrir8 se demandera-t-il4 ,o sont nos allis naturels1 ceux aux cts desquels nous pouvons lutter contre l'extension et les empitements dprimants de l'actuelle prtention la culture8 ,car jusqu' prsent--jusqu' prsent au moins6--nous n'avons qu'un seul ennemi1 ces esprits soi-disant cultivs1 pour lesquels le nom de ,bayreuth signifie une des dfaites les plus sensibles4 ,ils n'ont point concouru cette uvre1 ils la combattaient avec fureur ou faisaient preuve de cette surdit plus efficace qui est devenue maintenant l'arme habituelle des adversaires les plus rflchis4 ,mais ceci nous prouve que leur malice et leur animosit furent impuissantes dtruire l'esprit mme de ,wagner et entraver l'accomplissement de son uvre4 ,mieux encore1 ils ont trahi leur propre faiblesse et dmontr que la puissance des dominateurs actuels ne rsistera plus ses attaques rptes4 ,le moment est venu pour ceux qui veulent vaincre et conqurir2 les royaumes les plus vastes leur sont ouverts2 si loin qu'il y a des domaines dfendre1 un point d'interrogation fatal s'attache comme une menace au nom des possesseurs4 ,tout l'difice de l'ducation1 entre autres1 est notoirement vermoulu et partout nous rencontrons des individus qui ont quitt en silence l'difice menaant4 ,que ne peut-on pousser ceux qui sont dj profondment mcontents de l'difice se dclarer ouvertement en rvolte6 ,que ne peut-on les dlivrer de la timidit qu'ils gardent dans leur mcontentement6 ,je suis sr que si l'on dduisait de l'ensemble de notre corps enseignant le contingent de ces natures silencieusement dsapprobatrices1 ce serait1 certes1 la perte la plus sensible que l'on pourrait lui faire prouver4 ,parmi les savants1 par exemple1 ceux-l seuls resteraient fidles l'ancien tat de choses qui ont dj respir la contagion de la draison politique et tous les hommes entachs de littrature4 ,l'engeance dsagrable qui ne se soutient qu'en s'appuyant sur la violence et sur l'injustice1 sur l',etat et la ,socit1 et qui trouve un avantage les rendre toujours plus mchants et plus brutaux1 cette engeance1 prive de cet appui1 n'est que faiblesse et lassitude3 on n'a qu' la bien mpriser pour la voir s'vanouir aussitt4 ,celui qui combat pour l'avancement de la justice et de l'amour parmi les hommes n'a pas besoin de s'effrayer devant elle1 car il ne se verra en face de ses vritables ennemis que le jour o il aura men bonne fin le combat engag contre leur avant-garde1 la culture d'aujourd'hui4 ,pour nous1 ,bayreuth signifie la conscration au matin du combat4 ,jamais on ne pourrait nous faire plus de tort qu'en supposant que1 dans toute cette affaire1 l'art seul nous intresse2 comme si l'art pouvait passer pour un remde ou un stupfiant au moyen desquels on se dbarrasserait de tous les maux de l'existence4 ,dans l'image que nous prsente le tragique chef-d'uvre qu'est ,bayreuth nous voyons au contraire la lutte des individus contre tout ce qui s'oppose eux sous la forme d'une invincible ncessit4 ,la lutte contre la puissance1 la loi1 la coutume1 la convention1 contre des sries entires qui constituent l'ordre des choses4 ,pour les individus il ne saurait y avoir d'existence plus belle que de mrir pour mourir au combat1 en vue du sacrifice pour la justice et l'amour4 ,le regard charg de mystre que la tragdie nous jette n'est pas un enchantement qui nerve et qui paralyse4 ,cependant1 tant qu'elle nous regarde1 elle exige de notre part le calme4 ,car l'art ne nous est pas donn pour le moment mme du combat1 mais pour les moments de repos qui prcdent ou interrompent le combat1 pour ces instants fugitifs o1 voquant le pass1 pressentant l'avenir1 nous comprenons ce qui est symbolique1 o1 sous l'impression d'une lgre fatigue1 un rve rafrachissant s'abaisse sur nous4 ,le jour se lve et la lutte va commencer1 les ombres sacres s'vanouissent et l'art est de nouveau loin de nous1 mais la consolation qu'il a apporte est reste rpandue sur l'homme comme une rose du matin4 ,partout ailleurs l'individu se trouve en prsence de son insuffisance personnelle1 de sa mdiocrit et de son impuissance2 comment trouverait-il le courage de combattre1 s'il n'avait t d'abord sanctifi par quelque chose d'impersonnel6 ,les plus grandes souffrances que l'individu peut prouver--le manque d'accord sur la vrit parmi les hommes1 l'incertitude concernant les derniers rsultats de la science1 l'ingalit des facults--tout cela fait qu'il a besoin de l'art4 ,nous ne saurions tre heureux tant qu'autour de nous tout souffre et se cre des souffrances2 nous ne saurions tre vertueux1 tant que le cours des choses humaines est dtermin par la violence1 le mensonge et l'injustice2 nous ne saurions mme tre sages tant que l'humanit tout entire n'a pas rivalis d'ardeur pour acqurir la sagesse et n'a pas introduit l'individu1 de la faon la plus sage1 dans la vie et dans les sciences4 ,comment serait-il donc possible de supporter ce sentiment de triple insuffisance1 si l'on n'tait pas capable de discerner ce qu'il y a de sublime et d'important dans la ncessit qui s'impose d'aspirer1 de combattre et de succomber1 si l'on n'apprenait par la tragdie prendre plaisir au rythme de la grande passion et au sacrifice qu'occasionne cette passion4 ,l'art1 vrai dire1 ne saurait nous servir de guide et d'ducateur dans l'action immdiate2 dans cet ordre d'ides l'artiste n'est jamais un mentor et un conseiller4 ,les objets auxquels aspirent les hros tragiques ne sont pas indistinctement et par excellence les buts les plus dignes d'aspiration4 ,tant que l'art nous tient sous son charme1 notre valuation des choses apparat dforme comme dans un rve4 ,ce que nous trouvons dsirable1 tant que dure ce charme1 au point que nous applaudissons au hros qui choisit la mort plutt que d'y renoncer1 possde rarement1 dans la vie relle1 la mme valeur et nous parat rarement digne des mmes efforts4 ,cette disproportion tient prcisment ceci que l'art est l'activit de l'homme qui se repose4 ,les luttes figures par l'art apparaissent comme des simplifications des luttes relles de la vie2 les problmes voqus par l'art sont des raccourcis du problme infiniment compliqu de l'action et de la volont humaine4 ,mais c'est prcisment en ceci que rside la grandeur et la ncessit absolue de l'art1 qu'il fait natre l'apparence d'un monde simplifi1 le mirage d'une solution plus rapide du problme de la vie4 ,aucun de ceux que la vie fait souffrir ne peut se passer de cette apparence1 comme personne ne peut se passer de sommeil4 ,plus la science des lois qui rgissent la vie devient difficile1 plus nous aspirons l'apparence de cette simplification1 ne dt-elle durer que quelques instants2 plus forte devient aussi la tension entre la connaissance gnrale des choses et les facults morales de l'individu4 ,c'est pour empcher que l'arc ne se brise que l'art existe4 ,l'individu doit tre transform en un tre impersonnel1 suprieur la personne4 ,voil ce que se propose la tragdie4 ,par elle1 il doit dsapprendre l'pouvante qu'inspire chacun la mort et le temps4 ,car dj dans le moment le plus fugitif de son existence il peut rencontrer quelque chose de sacr qui l'emporte surabondamment sur toutes les luttes et toutes les misres qu'il a eu subir4 ,c'est l ce qui s'appelle avoir des sentiments tragiques4 ,et si l'humanit tout entire devait mourir un jour--qui donc voudrait douter de cette mort8--sa mission suprme pour les temps venir consisterait s'unir1 se fondre dans la ,totalit1 de telle sorte qu'elle pourrait marcher au devant de sa ruine imminente1 comme si elle ne formait qu'une seule me anime de sentiments tragiques4 ,dans cette mission suprme est incluse toute aspiration l'anoblissement de l'homme2 sa rpudiation dfinitive apparatrait1 pour l'ami de l'humanit1 comme une des images les plus funestes qu'il puisse voir4 ,tel est du moins mon sentiment6 ,il n'y a qu'un seul espoir et une seule garantie pour l'avenir de ce qui est humain1 c'est que le sentiment tragique ne meure pas4 ,si les hommes devaient un jour perdre compltement ce sentiment1 il faudrait faire retentir sur la terre des lamentations comme on n'en a jamais entendu2 et1 d'autre part1 il n'existe pas de joie plus enivrante que celle de savoir ce que nous savons1 de savoir que la pense tragique a de nouveau fait son apparition dans le monde4 ,car cette joie est bien une joie entirement supra-personnelle et gnrale1 une jubilation de l'humanit en prsence du lien qui relie tout jamais tout ce qui est humain4 #e4 ,wagner plaa la vie prsente et passe sous le rayon lumineux d'une connaissance assez puissante pour atteindre des distances considrables4 ,c'est pourquoi il apparat comme un simplificateur du monde4 ,la simplification du monde consiste toujours en ceci1 que le regard de celui qui possde la connaissance domine de nouveau la masse immense et inculte d'un chaos apparent et runit par des liens puissants ce qui paraissait auparavant dispers d'une manire irrconciliable4 ,wagner atteignit ce but en dcouvrant un rapport entre deux objets qui semblaient mener une existence spare1 chacun restant dans sa sphre3 entre la musique et la vie1 ainsi qu'entre la musique et le drame4 ,non point qu'il ait invent ces rapports ou qu'il les ait crs2 ils existent et se trouvent pour ainsi dire sous les pas de chacun2 car tout grand problme est semblable la pierre prcieuse que foulent en passant des milliers d'indiffrents avant que quelqu'un se baisse pour la ramasser4 ,comment se fait-il1 se demande ,wagner1 que dans la vie des hommes modernes un art comme la musique se soit dvelopp avec une puissance si incomparable8 ,point n'est besoin d'avoir mdiocre opinion de cette vie moderne1 pour s'apercevoir qu'il y a ici un problme4 ,au contraire1 lorsque l'on considre toutes les forces qui sont le propre de celle-ci1 lorsque l'on se reprsente une existence aux aspirations puissantes luttant pour la conscience de la libert et pour l'indpendance de la pense1 la prsence de la musique n'en parat que plus nigmatique4 ,n'est-on pas forc d'avouer qu'il tait impossible que la musique naqut d'une pareille poque8 ,a quoi doit-elle alors son existence8 ,peut-tre un hasard8 ,certes l'apparition d'un grand artiste isol pourrait tre le rsultat d'un hasard1 mais celle d'une srie de grands artistes1 telle que nous la rvle l'histoire de la musique moderne et tel qu'il ne s'en produit de semblable qu'une seule fois1 l'poque des ,grecs1 l'apparition de cette srie donne penser qu'ici ce n'est pas le hasard1 mais bien une ncessit absolue qui impose sa loi4 ,cette ncessit constitue prcisment le problme dont ,wagner offre la solution4 ,tout d'abord il sut reconnatre un tat de crise qui s'tend aujourd'hui aussi loin que va la civilisation1 ce lien des peuples4 ,partout ici le langage se trouve en dfaut1 et l'oppression de cette effroyable maladie se fait sentir sur tout le dveloppement humain4 ,s'loignant toujours davantage des fortes manifestations du sentiment qu'il avait exprimes l'origine dans toute leur simplicit1 le langage fut sans cesse contraint de gravir le dernier degr qu'il ft capable d'atteindre1 afin d'embrasser le monde de la pense1 c'est--dire tout ce qu'il y a de plus oppos au sentiment4 ,cette extension dmesure eut pour rsultat d'puiser ses forces1 au cours de la priode relativement brve qu'occupe la civilisation nouvelle1 de sorte que le langage n'est plus capable de remplir la tche en vue de laquelle il s'est form3 permettre ceux qui souffrent de se communiquer les uns aux autres les sujets de tristesse les plus ordinaires de la vie4 ,dans sa misre1 l'homme ne peut plus se faire comprendre au moyen du langage2 il ne peut donc plus vritablement se communiquer4 ,cette condition obscurment sentie a fait partout du langage un pouvoir indpendant1 qui maintenant treint les hommes de ses bras de fantme et les presse aller o ils ne veulent pas4 ,ds qu'ils cherchent s'expliquer entre eux et s'associer en vue d'une uvre commune1 la folie des ides gnrales1 le vertige des mots sonores s'empare d'eux4 ,incapables de se comprendre vritablement1 ils excutent en commun ces uvres qui toutes portent l'empreinte de ce manque d'entente1 en ce sens qu'elles ne sont pas l'expression des vritables besoins qui les ont fait natre1 mais ne correspondent qu' un imprieux et creux verbalisme4 ,ainsi1 toutes ses souffrances l'humanit ajoute encore la souffrance de la convention1 c'est--dire de la conformit dans les paroles et les actions sans la conformit du sentiment4 ,de mme que1 dans la priode dcroissante de chaque art1 il arrive un moment o l'exubrance maladive des moyens et des formes acquiert une influence tyrannique sur l'me des jeunes artistes et fait d'eux ses esclaves1 de mme on se trouve tre aujourd'hui1 alors que le langage est en dcadence1 l'esclave du verbe4 ,cette contrainte ne permet plus personne de se montrer tel qu'il est1 de parler navement2 et il en est peu qui1 d'une faon gnrale1 russissent conserver leur individualit dans la lutte avec une culture qui croit pouvoir dmontrer son succs1 non point en exerant son action bienfaisante sur des sentiments et des aspirations nettement affirms1 mais en saisissant l'individu dans un rseau d'ides bien dfinies1 pour lui apprendre bien penser4 ,comme s'il y avait un intrt quelconque faire d'un individu un tre qui pense bien et qui sait conclure logiquement1 si l'on n'est parvenu1 au pralable1 faire de lui un tre qui sait sentir juste4 ,si donc la musique de nos matres allemands rsonne1 au milieu d'une humanit tel point malade1 qu'entend-on rsonner au juste8 ,rien autre chose qu'un sentiment exact1 l'ennemi de toute convention1 de toute alination factice1 de toute incomprhension d'homme homme4 ,cette musique quivaut la fois un retour la nature1 une purification et une transformation de la nature2 car c'est dans l'me des hommes les plus aimants qu'est n le besoin de ce retour et c'est dans leur art que rsonne la nature transforme en amour4 ,prenons cet expos comme une rponse de ,wagner la question de savoir ce que signifie la musique de notre temps4 ,mais il tient encore en rserve une seconde rponse4 ,le rapport entre la musique et la vie n'est pas seulement le rapport d'une espce de langage une autre espce2 c'est aussi le rapport du monde parfait de l'audition au monde complet de la vision4 ,considre comme un phnomne visuel et compare aux phnomnes antrieurs de la vie1 l'existence des hommes actuels offre cependant le spectacle d'une pauvret et d'un puisement indicibles1 malgr son ineffable varit1 dont seul le regard superficiel peut se satisfaire4 ,qu'on aille donc y regarder de plus prs pour analyser l'impression que produit cette multiple bigarrure4 ,ne croirait-on pas voir le scintillement d'une mosaque dont les innombrables parcelles mouvantes sont toutes empruntes des civilisations passes8 ,ici tout n'est-il pas fastes dplacs1 agitation simule1 dehors trompeurs8 ,un vtement drisoire fait de loques barioles pour celui qui souffre d'tre nu et d'avoir froid8 ,une mensongre danse de joie impose celui qui pleure8 ,l'expression d'une fiert exubrante affiche par quelqu'un qui est bless au cur8 ,puis1 au milieu de tout cela1 masques et dissimules seulement par la hte du tourbillon incessant1 une grise impuissance1 une discorde qui ronge1 une morne dsolation1 une honteuse misre6 ,l'aspect sous lequel se manifeste l'homme moderne n'est plus qu'apparence2 ce que l'homme moderne reprsente sert bien plutt le dissimuler qu' le rendre visible et le reste d'invention et d'activit artistique qui s'est conserv chez quelques peuples1 comme chez les ,franais et les ,italiens1 n'est plus employ qu' l'art de ce jeu de cache-cache4 ,partout o l'on demande maintenant la forme1 dans la socit et dans la conversation1 dans l'expression littraire et dans les rapports entre nations1 partout on entend involontairement par l une apparence plaisante1 c'est--dire le contraire de l'ide vritable de la forme1 la forme tant l'expression adquate et ncessaire1 laquelle n'a pas s'occuper de ce qui est plaisant et dplaisant1 prcisment parce qu'elle est le rsultat d'une ncessit et non pas du bon plaisir4 ,mais1 lors mme que1 parmi les peuples civiliss1 on n'exige pas catgoriquement la forme1 on ne possde pas davantage cette figuration expressive2 tout en tant aussi zl dans la recherche de l'apparence agrable1 on est seulement moins heureux dans les rsultats4 ,a quel point l'apparence est agrable1 ici et l1 et pourquoi chacun doit trouver son agrment ce que l'homme moderne s'efforce au moins de paratre1 c'est ce que chacun comprend dans la mesure o il est lui-mme un homme moderne4 ,les galriens seuls se connaissent1 dit le ,tasse2 quant nous1 nous mconnaissons les autres par politesse1 afin qu'ils nous mconnaissent leur tour4 ,et voil que dans ce monde1 o rgnent les formes et le dsir de se voir mconnu1 apparaissent les mes animes par la musique4 ,dans quel but8 ,ces mes se meuvent en harmonie avec le rythme souverain et libre1 animes d'une noble loyaut1 vivifies par la passion suprieure toute personnalit1 elles brlent de l'ardeur la fois puissante et paisible de la musique1 de cette ardeur qui des profondeurs inpuisables jaillit la lumire4 ,et tout ceci1 encore une fois1 dans quel but8 ,par l'entremise de ces mes la musique exprime la volont de s'associer sa sur lgitime1 la gymnastique1 laquelle apparat comme son expression ncessaire dans le monde visible4 ,en cherchant satisfaire cette volont la musique s'rige en juge du monde des apparences tout entier1 telle que l'a fait la ralit trompeuse du prsent4 ,l'affirmation de ce phnomne est la seconde rponse de ,wagner ceux qui demandent ce que la musique signifie de nos jours4 ,aidez-moi1 dit-il1 en s'adressant tous ceux qui savent entendre1 aidez-moi dcouvrir la culture dont ma musique--expression retrouve du sentiment juste--est le prsage4 ,rflchissez ceci que l'me de la musique veut maintenant se crer un corps2 qu'elle cherche sa voie1 de telle sorte qu'elle devienne visible par l'entremise de vous tous1 dans vos mouvements1 vos actions1 vos institutions et vos murs4 ,il existe dj des hommes qui comprennent cet appel et leur nombre deviendra de plus en plus grand4 ,ils comprennent aussi1 pour la premire fois dans notre re1 ce que cela signifie de prendre la musique pour base de l',etat4 ,les anciens ,hellnes l'avaient non seulement compris mais ils s'en taient fait une loi pour eux-mmes1 et ces mmes esprits clairvoyants hsitent aussi peu condamner l',etat dans sa forme actuelle que la plupart des hommes le font ds aujourd'hui l'gard de l',eglise4 ,en nous dirigeant vers ce but singulirement nouveau1 mais qui n'a pas toujours pass pour quelque chose d'inou1 nous sommes amens comprendre en quoi consiste la lacune la plus humiliante de notre ducation et nous rendre compte de la vraie cause de son impuissance nous faire sortir de la barbarie4 ,il manque notre ducation l'me de la musique1 inspiratrice du mouvement et de la forme1 tandis que ses exigences et son organisation sont l'uvre d'une poque o n'tait pas encore ne cette musique1 laquelle nous accordons ici une confiance si particulire4 ,notre pdagogie est l'institution la plus arrire dans le temps o nous vivons2 elle est rtrograde prcisment par rapport au seul nouvel lment ducateur qui donne aux hommes d'aujourd'hui un avantage sur ceux du sicle pass1 ou qui du moins le leur donnerait s'ils consentaient ne plus vivre aveuglment dans leur temps1 en proie la fivre du moment4 ,comme jusqu' prsent l'me de la musique n'est pas encore entre en eux1 ils n'ont pas encore su deviner l'ide de la gymnastique dans le sens que les ,grecs et ,wagner attachent ce mot4 ,c'est pourquoi leurs artistes sont condamns tre privs d'esprance1 tant qu'ils ne prendront pas la musique pour guide1 quand ils voudront pntrer dans un nouveau monde des perspectives visibles4 ,le talent pourra se dvelopper son gr1 toujours il arrivera trop tard ou trop tt1 et en tous les cas mal propos1 car il est superflu et impuissant1 ce que le pass nous a lgu de plus parfait et de plus sublime1 la forme1 modle de nos artistes1 tant devenue superflue et presque impuissante ajouter une pierre nouvelle l'difice4 ,si leur imagination est incapable de leur faire distinguer les formes nouvelles qu'ils ont devant eux1 s'ils ne voient sans cesse1 derrire eux1 que les formes anciennes1 ils sont morts avant d'avoir cess de vivre4 ,mais celui qui sent en lui-mme une vie vritable et fconde1 cette vie qui ne saurait tre aujourd'hui autre chose que de la musique1 pourrait-il un seul instant cder l'illusion de fonder des esprances durables sur quelque chose qui s'puise produire des figures1 des formes et des styles4 ,il est suprieur toutes les vanits de ce genre1 et ne pense pas plus rencontrer des chefs-d'uvre plastiques en dehors de son imagination idale1 qu'il n'espre voir nos langues sniles et dcolores produire encore de grands crivains4 ,plutt que de prter l'oreille quelques consolations chimriques1 il supportera de jeter un regard profondment dcourag sur notre tat de choses moderne4 ,qu'il laisse l'amertume et la haine remplir son cur1 si ce cur n'est pas assez tendre pour la piti4 ,la mchancet mme et l'ironie valent mieux que de s'abandonner une satisfaction trompeuse et une paisible ivresse1 comme font nos amateurs d'art6 ,mais1 lors mme qu'il serait capable de faire plus que de nier et de mpriser1 s'il est capable d'aimer1 de souffrir et de travailler avec ses semblables1 il sera cependant contraint d'observer tout d'abord une attitude ngative1 pour ouvrir la voie son me gnreuse4 ,si la musique doit un jour disposer au recueillement les curs de beaucoup d'hommes et faire d'eux les confidents de ses grands desseins1 il faudra tout d'abord mettre un terme aux rapports de jouissance purement passive avec un art tel point sacr4 ,il faudra prcisment jeter l'anathme cet amateur d'art1 qui est le principal soutien de nos entreprises artistiques1 les thtres1 les muses et les concerts2 l'empressement que met le gouvernement combler les vux de l'amateur devra cesser4 ,l'opinion publique met un empressement tout particulier inculquer au citoyen le got tout spcial de l'art2 elle devra tre remplace par un jugement plus sain4 ,en attendant nous devrons considrer comme un alli vritable et utile l'ennemi dclar de l'art1 car son inimiti ne s'adresse qu' l'art tel que le conoit l'ami de l'art et il n'en connat pas d'autre4 ,qu'il soit donc libre de reprocher cet ami les sommes follement dpenses pour la construction de nos thtres et de nos monuments publics1 l'engagement des chanteurs et des comdiens clbres1 l'entretien des coles et des muses des beaux-arts1 si compltement inutiles1 sans compter les sommes importantes que chaque famille dpense en nergie1 en temps et en argent1 pour le dveloppement des intrts soi-disant artistiques4 ,il n'y a l ni faim1 ni satit1 mais seulement un jeu languissant1 avec l'apparence de l'une et de l'autre1 un jeu imagin par le vain dsir de faire de l'effet et de drouter le jugement des autres4 ,mais c'est pire encore lorsque l'on prend l'art plus ou moins au srieux1 que l'on exige de lui qu'il suscite une espce de faim et de dsir et que l'on s'imagine que c'est sa mission de produire cette excitation factice4 ,comme si l'on craignait de prir du dgot que l'on a devant soi-mme et de sa propre inertie1 on conjure tous les mauvais dmons1 pour se laisser traquer par eux comme un gibier aux abois2 on a soif de souffrance1 de colre1 de haine1 d'excitation1 de frayeur subite1 d'anxit sans trve et l'on fait appel l'artiste pour voquer cette chasse d'esprits infernaux4 ,dans l'conomie spirituelle de nos hommes cultivs1 l'art est devenu un besoin tout fait mensonger1 mprisable1 avilissant2 si ce n'est pas simplement rien1 c'est du moins quelque chose de fort mauvais4 ,l'artiste1 le meilleur et le plus rare1 ne voit rien de tout cela1 car il semble tre en proie une sorte de rve stupfiant2 il rpte en hsitant1 d'une voix mal assure1 des mots magnifiques et tranges qu'il croit percevoir dans le lointain1 mais dont il ne distingue pas clairement le sens4 ,quand1 au contraire1 il professe des tendances tout fait modernes1 l'artiste mprise chez ses nobles compagnons les ttonnements et les discours ivres de rve2 il tient en laisse toute la meute glapissante des passions et des horreurs accouples1 pour les lcher au besoin sur ses contemporains4 ,car ceux-ci prfrent se voir poursuivis1 blesss et dchirs1 plutt que d'tre contraints vivre paisiblement1 seuls avec eux-mmes4 ,seuls avec eux-mmes6 ,l'ide de cet isolement suffit plonger les mes modernes dans la peur et1 la terreur des spectres4 ,lorsque je contemple1 dans les villes populeuses1 des milliers d'individus qui passent devant moi avec un air press et hbt1 je ne cesse de me rpter que ces gens doivent tre mal l'aise4 ,pour eux1 cependant1 l'art n'existe qu' condition qu'il les rende encore plus mal l'aise1 qu'ils aient l'air encore plus hbts et plus insenss1 ou bien encore plus presss et plus avides4 ,car le sentiment faux les possde et les tourmente sans relche et ne permet pas qu'ils s'avouent leur misre eux-mmes4 ,s'ils veulent parler1 la convention leur souffle quelque chose l'oreille qui leur fait oublier ce qu'ils avaient voulu dire2 veulent-ils se concerter entre eux1 leur esprit se trouve paralys comme par enchantement1 de telle sorte qu'ils nomment bonheur ce qui est leur malheur et que c'est pour leur propre malheur qu'ils s'appliquent s'unir les uns avec les autres4 ,c'est ainsi qu'ils sont compltement dtourns d'eux-mmes et rduits au rle d'esclaves aveugles d'un sentiment fauss4 #f4 ,je ne veux montrer que par deux exemples quel point le sentiment a t perverti de nos jours et combien notre temps se rend peu compte de cette perversion4 ,autrefois on regardait de haut1 avec une honnte rserve1 les gens qui font commerce d'argent1 lors mme que l'on pouvait avoir besoin d'eux2 on se rendait compte que1 dans toute socit organise1 certains organes devaient remplir des fonctions moins nobles4 ,maintenant ces gens forment la puissance dominante dans l'me de l'humanit moderne1 car ils en sont la partie la plus avide4 ,autrefois1 ce contre quoi on mettait le plus en garde1 c'tait de prendre trop au srieux le jour ou l'instant fugitif2 on recommandait le nil admirari et le souci des choses ternelles4 ,maintenant il ne reste plus1 dans l'me moderne1 qu'une seule espce de srieux2 ce srieux s'applique aux nouvelles qu'apporte le journal ou le tlgraphe4 ,profiter du moment et le juger aussi vite que possible pour pouvoir en tirer parti6 ,on pourrait presque croire que les hommes d'aujourd'hui n'ont conserv qu'une seule vertu1 la prsence d'esprit4 ,malheureusement cette prsence d'esprit est bien plutt la prsence perptuelle d'une insatiable avidit et d'une curiosit sans bornes que l'on retrouve chez tout le monde4 ,quant savoir si l'esprit est prsent aujourd'hui1 nous laisserons aux juges de l'avenir1 qui feront passer les hommes modernes par leur crible1 le soin d'approfondir cette question4 ,pourtant cette poque-ci est vile1 on peut s'en rendre compte ds prsent1 car elle honore ce que mprisaient les nobles poques antrieures4 ,maintenant qu'elle s'est appropri tout le trsor de sagesse et d'art que nous a lgu le pass et qu'elle se pare de ce vtement somptueux1 elle fait preuve1 dans sa prsomption1 d'une inquitante vanit en n'utilisant pas ce manteau simplement pour se rchauffer1 mais pour donner le change sur elle-mme4 ,le besoin de feindre et de dissimuler lui semble plus pressant que celui de se protger du froid4 ,c'est ainsi que les savants et les philosophes d'aujourd'hui ne font pas servir la sagesse des ,hindous et des ,grecs la conqute de la sagesse et de la paix intime2 leurs travaux doivent seulement contribuer procurer notre poque un renom trompeur de sagesse4 ,ceux qui tudient l'histoire naturelle s'efforcent de dmontrer que les accs de violence bestiale1 de ruse et la vengeance brutale auxquels s'abandonnent les ,etats et les individus dans leurs rapports rciproques ne sont que d'immuables lois naturelles4 ,les historiens font des efforts craintifs pour dmontrer que chaque poque a son droit particulier et des conditions d'existence qui lui sont propres2 ils se prparent ainsi dfendre l'ide fondamentale de la procdure judiciaire qui devra tre octroye notre poque4 ,qu'elle traite de l',etat1 du peuple1 de l'conomie1 du commerce ou du droit1 la science1 sous toutes ses formes1 assume ds prsent ce caractre prparatoire et apologtique2 il semble mme que la part d'esprit reste vivace1 sans avoir perdu son action dans le mcanisme compliqu des rapports de gain et de puissance1 s'impose pour tche unique de dfendre et d'excuser le temps prsent4 ,devant quel accusateur8 ,telle est la question qu'on se pose avec stupeur4 ,devant sa propre mauvaise conscience4 ,et ici nous distinguerons tout coup la tche que se propose l'art moderne3 plonger dans l'apathie ou dans l'ivresse6 ,endormir ou tourdir6 ,pousser la conscience l'ignorance de quelque manire que ce soit6 ,aider l'me moderne se drober au sentiment de la foule sans la ramener son innocence6 ,que cela soit possible au moins pour quelques instants6 ,dfendre l'homme contre lui-mme en l'amenant imposer silence sa conscience1 ne pas couter les voix intrieures6--,les rares natures qui auront compris une seule fois tout ce qu'il y a d'humiliant dans cette tche et dans cette affreuse dgradation de l'art auront senti leur cur non seulement dborder de douleur et de piti1 mais aussi de nouveaux et d'irrsistibles dsirs4 ,celui qui voudrait dlivrer l'art et lui rendre sa saintet profane devrait d'abord se dlivrer lui-mme de l'me moderne2 ce n'est qu'aprs avoir retrouv son innocence qu'il pourra dcouvrir l'innocence de l'art2 il lui restera se soumettre deux grandes purifications et une double conscration4 ,s'il sortait vainqueur de l'preuve1 si1 du fond de son me dlivre1 il parlait aux hommes le langage de son art dlivr1 il se verrait plus que jamais expos au plus grand danger1 forc au plus rude combat2 car les hommes le rduiraient en morceaux1 lui et son art1 plutt que d'avouer quel point ils sont saisis de honte leur aspect4 ,il ne serait pas impossible que le seul rayon de lumire que pt esprer notre poque1 que la dlivrance de l'art restt un vnement rserv quelques mes solitaires1 tandis que le grand nombre supporterait indfiniment la contemplation de la lueur vacillante et enfume d'un art leur usage4 ,ils ne veulent pas la lumire1 mais l'blouissement2 ils dtestent la lumire1 lorsque c'est sur eux qu'elle jette ses rayons4 ,c'est pour cela qu'ils vitent le nouveau messager de lumire2 mais ce messager les suit1 pouss par l'amour qui l'a fait natre et il veut les soumettre4 ,il vous faut tre initi mes mystres1 leur dit-il1 vous avez besoin de leurs purifications et de leurs motions4 ,faites-en l'essai pour votre salut1 abandonnez les sombres parages de la nature et de la vie que vous semblez seuls connatre6 ,je vous conduirai dans un monde qui1 lui aussi1 est rel4 ,vous direz vous-mmes1 lorsque vous quitterez ma caverne pour retourner au grand jour qui est le vtre1 laquelle des deux existences est la plus relle1 o est en ralit le jour et o est la caverne4 ,la nature1 vue de l'intrieur1 est bien plus riche1 plus puissante1 plus dlicieuse1 plus fconde2 tel que vous vivez d'ordinaire vous ne pouvez la connatre4 ,apprenez redevenir vous-mme partie intgrante de la nature et laissez-vous ensuite transformer avec elle et par elle sous l'empire de mon incantation d'amour et de mon incantation du feu4 ,c'est l'art de ,wagner dont la voix parle ainsi aux hommes4 ,si nous autres1 enfants d'une poque misrable1 nous sommes les premiers entendre cette voix1 nous voyons en cela prcisment une preuve que cette poque est digne d'une profonde piti et que d'une faon gnrale la musique vritable participe du destin et a son origine dans une loi primordiale2 car il n'est pas possible d'expliquer par un absurde hasard qu'on l'entende prcisment aujourd'hui4 ,un ,wagner apparaissant par hasard et t cras par la prdominance de l'lment contraire o il a t jet4 ,mais sur la gense du vrai ,wagner plane une ncessit qui en est la justification et la glorification4 ,l'art de ,wagner1 considr son origine1 est le plus beau des spectacles1 quelque douloureux que pt tre cette gense1 car la raison1 l'ordre1 le but y sont partout visibles4 ,sans la joie d'un pareil spectacle1 l'observateur estimera bienheureuses les douleurs mmes de cette gestation et il se rendra compte avec joie que toutes choses contribuent ncessairement au bonheur et au profit d'une nature prdestine1 quelle que soit la dure cole qu'elle ait traverser2 il verra quel point chaque victoire augmente sa prudence1 qu'elle peut se nourrir de poison et de malheur tout en conservant sa force et sa sant4 ,la raillerie et la contradiction du monde qui l'entoure lui servent de stimulant et d'aiguillon2 si elle s'gare1 elle revient de cet garement et de ces errements charge du plus magnifique butin2 si elle dort1 son sommeil rassemble pour elle de nouvelles forces4 ,elle retrempe le corps lui-mme et le rend plus vigoureux2 elle ne consume pas la vie1 plus elle avance dans la vie2 elle rgit l'homme comme une passion aile et ne le laisse voler que quand son pied s'est fatigu dans le sable et qu'il s'est meurtri aux pierres du chemin4 ,elle ne peut rsister au dsir de partager2 chacun doit contribuer son uvre2 elle n'est pas avare de ses dons4 ,repousse1 elle donne plus largement2 abuse par les donataires1 elle offre encore1 par surcrot1 le plus prcieux trsor qui lui reste et1 si l'on en croit l'exprience la plus ancienne1 comme aussi la plus rcente1 jamais ceux qui les ont reus n'ont t absolument dignes de ses dons4 ,c'est par l qu'elle se rvle comme la nature prdestine par laquelle la musique parle au monde des apparences1 la musique qui est la chose la plus mystrieuse qui soit sous le soleil1 un abme o reposent jointes la force et la bont1 un pont jet entre le moi et le non-moi4 ,qui donc saurait dsigner clairement le but auquel elle doit servir1 lors mme qu'il verrait quelque opportunit dans la manire dont elle se dveloppe4 ,mais le plus dlicieux des pressentiments nous encourage demander3 serait-il donc vrai que ce qu'il y a de plus grand existt cause de ce qu'il y a de plus petit2 le don le plus magnifique en faveur du talent moindre1 la vertu la plus haute et la plus sacre pour l'amour des faibles8 ,la vraie musique dut-elle se faire entendre parce que les hommes la mritaient le moins1 mais en avaient le plus besoin8 ,qu'on se plonge donc en esprit dans le miracle ineffable de cette possibilit4 ,si l'on regarde ensuite en arrire1 la vie apparat resplendissante1 quelque sombre et brumeuse qu'elle part auparavant4 #g4 ,il est impossible qu'il en soit autrement3 l'observateur qui a devant les yeux une nature telle que celle de ,wagner doit faire involontairement1 de temps en temps1 un retour forc sur lui-mme1 sur sa petitesse et sa fragilit1 pour se demander ce que cette nature a faire avec lui4 ,il se dira alors3 ,pourquoi1 dans quel dessein te trouves-tu l8 ,sans doute la rponse lui fera-t-elle dfaut1 et se sentira-t-il comme embarrass et surpris en face de sa propre nature4 ,qu'il lui suffise alors d'avoir prouv ces sentiments2 puisse-t-il1 en outre1 dans le fait qu'il est devenu tranger sa propre nature1 trouver une rponse la question qu'il se posait4 ,car c'est prcisment par ce sentiment qu'il participe la puissante manifestation vitale chez ,wagner1 qu'il communie avec le centre de sa force1 cette merveilleuse transmissibilit1 cette abdication de sa propre nature1 qui peut aussi bien se communiquer d'autres qu'elle absorbe elle-mme d'autres natures et reste grande1 aussi bien en donnant qu'en acceptant4 ,tout en paraissant vaincu par la nature expansive et dbordante de ,wagner1 l'observateur a pris lui-mme sa part de cette force jaillissante et1 par elle1 il est en quelque sorte devenu puissant contre lui-mme4 ,celui qui s'examine jusqu'au fond du cur sait que1 mme pour contempler simplement un mystrieux antagonisme1 est ncessaire un antagonisme qui consiste regarder en face4 ,si l'art de ,wagner nous fait passer par tout ce qu'prouve une me qui entreprend un voyage1 qui sympathise avec d'autres mes et compatit leur sort1 qui apprend regarder le monde travers beaucoup d'yeux1 alors la distance et l'loignement nous rendent capables de voir ,wagner lui-mme1 aprs que nous l'avons nous-mme vcu4 ,nous saisissons alors avec prcision qu'en ,wagner le monde visible veut se spiritualiser1 se rendre plus intime et se retrouver lui-mme dans le royaume des sons2 de mme1 en ,wagner1 tout ce qui est perceptible par les sons veut prendre corps en se manifestant en quelque sorte comme phnomne visuel4 ,son art le conduit toujours1 par deux voies diffrentes1 du monde o dominent les sons dans un monde de spectacle visuel1 quoi le rattachent des affinits mystrieuses--et vice versa4 ,il se voit sans cesse contraint 7et l'observateur avec lui7 de retraduire le mouvement visible en le transportant sur le domaine de l'me et de la vie instinctive2 de percevoir1 en mme temps1 comme phnomne visible1 l'impulsion la plus cache de l'tre intime1 pour lui prter un corps apparent4 ,tout cela appartient en propre au dramaturge dithyrambique1 si l'on donne ce terme son acception la plus vaste1 qui embrasse la fois le comdien1 le pote et le musicien1 notion qui se dduit ncessairement d',eschyle et des artistes grecs ses contemporains1 lesquels offrirent le seul exemple parfait du dramaturge dithyrambique avant ,wagner4 ,si l'on a essay de ramener des dons particulirement grandioses de certaines natures des entraves intrieures ou des lacunes du gnie1 si1 pour ,gthe1 par exemple1 la posie ne fut qu'une sorte de palliatif pour une vocation de peintre manque1 si l'on peut dire des drames de ,schiller qu'ils sont de l'loquence populaire transpose1 si ,wagner lui-mme cherche expliquer l'encouragement de la musique par les ,allemands1 entre autres circonstances1 par le fait que ceux-ci1 privs du don sducteur d'une voix naturellement mlodieuse1 furent obligs de concevoir la musique avec le mme srieux profond que leurs rformateurs observrent la face du christianisme4 ,si l'on voulait mme tablir un rapport semblable entre le dveloppement de ,wagner et cette sorte d'entrave intrieure1 il serait permis d'admettre chez lui un don inn pour les planches1 vocation naturelle qu'il dut abandonner sans pouvoir la satisfaire sur un domaine vulgaire1 mais qu'il parvint raliser1 malgr les obstacles1 en faisant concourir tous les arts une grande ralisation thtrale4 ,mais alors il serait galement permis d'affirmer que la plus puissante nature de musicien1 dans son dsespoir d'avoir s'adresser des personnes qui ne sont musiciennes qu' moiti ou qui ne le sont pas du tout1 s'ouvrit de force un accs vers les autres arts1 pour pouvoir enfin se communiquer avec une prcision centuple et contraindre les masses le comprendre4 ,quelque ide qu'on se fasse du dveloppement de l'artiste dramatique idal1 l'poque de sa maturit1 au moment o il donne toute sa mesure1 il prsente lui-mme un ensemble exempt de toute lacune et de toute entrave2 il est le vritable artiste libre1 qui ne saurait faire autrement que de crer la fois1 dans tous les domaines de l'art1 l'interprte et le mdiateur de l'unit et de l'universalit du pouvoir crateur1 unit et universalit qui ne peuvent tre ni devines1 ni rvles1 mais que l'action seule est en mesure de dmontrer4 ,cependant1 celui en prsence duquel cette action se produira d'une faon soudaine en sera subjugu comme par un malfice tout la fois attrayant et inquitant4 ,il se trouvera soudain en face d'une puissance qui annule la rsistance de la raison et qui fait mme paratre draisonnable et incomprhensible tout ce qui jusque l faisait partie de notre existence4 ,transports hors de nous-mmes1 nous nageons dans un lment mystrieux et ardent1 nous ne nous comprenons plus nous-mmes1 nous ne connaissons plus ce que nous connaissions le mieux2 la mesure chappe de nos mains2 tout ce qui est lgitime1 tout ce qui est immobile commence s'branler2 toute chose revt de nouvelles couleurs et nous parle un nouveau langage4 ,il faut tre ,platon lui-mme pour pouvoir1 en prsence de ce mlange d'extase violente et de frayeur1 se dcider quand mme et s'adresser1 ainsi qu'il fit1 au pote dramatique pour lui dire3 ,nous voulons un homme qui1 par le moyen de sa sagesse1 puisse se transformer en toutes sortes de choses et imiter toutes choses4 ,s'il vient au milieu de nous1 il sera l'objet de notre vnration1 comme s'il tait un saint et un prodige1 nous verserons de l'huile sur sa tte1 nous le ceindrons du bandeau sacr1 mais nous chercherons le dcider se retirer dans une autre communaut4 ,il se peut que quelqu'un qui vit dans une communaut platonicienne puisse et doive s'imposer quelque chose de semblable4 ,mais nous autres1 nous qui vivons dans une communaut toute diffrente et qui sommes rgis selon d'autres rgles1 nous souhaitons et nous demandons ardemment que l'enchanteur vienne nous1 bien que nous ayons peur de lui4 ,cela nous parat ncessaire1 pour que notre communaut1 la puissance et la raison malfaisante1 dont elle est l'expression1 se trouvent une fois au moins contredites4 ,une condition de l'humanit1 de la vie sociale1 des murs et de l'organisation de celle-ci1 qui pourrait se passer des artistes imitateurs1 n'est peut-tre pas compltement une impossibilit1 mais ce peut-tre est parmi les plus audacieux qu'on puisse exprimer1 il quivaut une profonde inquitude4 ,le droit d'en parler ne devrait appartenir qu' celui qui1 anticipant le moment suprme de tout ce qui est venir1 serait mme de le crer et d'en jouir1 et qui serait alors1 comme ,faust1 contraint de devenir aveugle immdiatement1 moins qu'il n'implore la ccit comme une faveur4 ,car nous autres1 nous n'avons pas droit mme cette ccit2 tandis que ,platon1 par exemple1 pouvait bon droit tre aveugle en face de toute la ralit hellnique1 aprs qu'il et jet un regard1 un seul1 sur l'idal hellnique4 ,pour ce qui est de nous1 tout au contraire1 nous avons besoin de l'art prcisment parce que l'aspect de la ralit nous a ouvert les yeux2 il nous faut le dramaturge universel pour qu'il nous dlivre1 ne ft-ce que pour quelques heures1 de la terrible tension dont souffre l'homme clairvoyant1 plac entre sa propre faiblesse et la tche qui lui est impose4 ,avec le dramaturge nous gravissons les degrs les plus levs du sentiment et c'est l seulement que nous avons l'illusion de nous voir ramens au sein de la nature illimite1 dans le royaume de la libert4 ,l seulement1 comme dans un formidable mirage1 nous nous apercevons1 nous et nos semblables1 en plein dans la lutte1 la victoire et la disparition1 comme si nous tions1 nous aussi1 quelque chose de sublime et d'important2 nous faisons nos dlices du rythme de la passion et du sacrifice que comporte la passion2 chacun des pas formidables que fait le hros1 nous entendons le sourd retentissement de la mort et dans le voisinage de la mort nous saisissons l'attrait suprme de la vie4 ,transforms de la sorte en hommes tragiques1 nous revenons la vie singulirement consols1 avec le sentiment d'une scurit nouvelle1 semblable celle que nous prouverions si1 aprs avoir couru les plus grands dangers1 aprs des carts et des extases multiples1 nous avions retrouv le chemin qui nous ramne dans un monde limit et familier4 ,un chemin qui nous ramne des sentiments d'une courtoisie suprieure et bienveillante dans nos relations et qui nous confre plus de noblesse qu'auparavant4 ,car tout ce qui parat ici srieux et ncessaire1 parce qu'il s'agit d'atteindre un but dtermin1 ne ressemble1 lorsque nous le comparons la voie que nous avons nous-mmes parcourue 7bien que seulement en rve71 qu' des fragments singulirement isols de ces vnements cosmiques dont nous ne prenons conscience qu'avec terreur4 ,nous serons mme exposs un dangereux cueil1 tents comme nous le serons de prendre la vie trop la lgre1 prcisment parce que1 dans l'art1 nous l'avons considre avec un si rare srieux4 ,nous rappelons ici une expression dont ,wagner s'est servi lorsqu'il a parl des vnements de sa propre vie4 ,car1 alors qu' nous autres1 qui prenons seulement part1 sans le crer1 un pareil art du drame dithyrambique1 le rve parat presque plus vrai que la veille et la ralit1 quel effet ce contraste ne doit-il pas produire sur l'artiste crateur6 ,le voici plac au milieu des appels bruyants et des ncessits du jour1 en proie aux exigences de la vie1 de la ,socit1 de l',etat4 ,o est-il lui-mme en face de tout cela8 ,peut-tre est-il justement le seul dont les sentiments soient vrais et rels1 au milieu des dormeurs troubls et tourments1 au milieu des malheureux en proie aux illusions et aux douleurs4 ,peut-tre sent-il parfois qu'une insomnie persistante s'empare de lui1 comme s'il devait passer dornavant son existence si lucide et si consciente au milieu de somnambules et d'tres qui jouent srieusement au fantme2 si bien que tout ceci1 qui parat pour d'autres si naturel1 le remplit d'un trouble inusit1 et qu'il n'est tent de n'opposer ce phnomne qu'un orgueilleux ddain4 ,mais quel choc trange ce sentiment ne subit-il pas quand1 la clairvoyance de son orgueil frmissant1 vient se joindre un tout autre penchant3 l'aspiration quitter les hauteurs pour les profondeurs1 le tendre dsir des choses terrestres1 du bonheur en commun444 ,puis1 lorsqu'il pense tout ce dont il est priv dans sa solitude de crateur1 il prouve l'obligation pressante de rassembler1 tel un dieu descendu sur la terre1 tout ce qui est faible1 humain1 gar1 et de le soulever dans ses bras ardents vers les cieux1 pour trouver enfin l'amour au lieu de l'adoration1 et faire abngation complte de soi-mme dans l'amour6 ,toutefois1 le choc que nous admettons ici apparat comme le miracle positif qui se produit dans l'me du dramaturge dithyrambique et1 s'il tait possible de se faire quelque part une ide claire de la nature de celui-ci1 ce devrait tre l4 ,car les moments de gnration de son art sont ceux durant lesquels il est subjugu par le choc des sentiments contraires1 lorsque le trouble et l'tonnement orgueilleux qu'il prouve en face du monde s'unit en lui au dsir ardent d'embrasser ce mme monde avec amour4 ,ds lors les regards qu'il tournera vers la terre et la vie seront toujours pareils des rayons de soleil qui attirent les vapeurs1 condensent les brouillards et rassemblent les nues orageuses4 ,discret et pntrant la fois1 exempt d'gosme et riche d'amour1 son regard s'abaisse sur toutes choses et partout o il dirige la lumire de ce double rayonnement il excite la nature1 avec une redoutable promptitude1 au dgagement de toutes ses forces1 la rvlation de ses mystres les plus profonds1 et il l'y contraint au moyen de la pudeur4 ,on peut dire sans mtaphore qu'avec ce regard il a surpris la nature1 qu'il l'a entrevue dans sa nudit4 ,elle cherche alors se voiler pudiquement de ses contrastes4 ,ce qui1 jusque l1 tait invisible1 intime1 se rfugie dans la sphre des phnomnes et devient visible2 ce qui jusque l n'tait que visible se plonge dans l'ocan mystrieux de la mlodie4 ,c'est ainsi que la nature1 tout en voulant se drober aux regards1 rvle l'essence de ses antinomies4 ,par une danse au rythme imptueux1 mais lger1 par des mouvements extatiques1 le dramaturge primitif exprime alors ce qui se passe en lui et dans la nature4 ,le dithyrambe de ses mouvements quivaut aussi bien une comprhension frmissante1 une triomphante justesse de vue qu' un rapprochement plein d'amour1 un joyeux abandon de soi4 ,la parole enivre cde l'entranement de ce rythme1 la mlodie rsonne1 unie la parole2 et de nouveau la mlodie jette au loin dans le monde des images et des ides ses notes tincelantes4 ,une vision de rve1 semblable l'image de la nature et de l'amant de la nature--semblable et pourtant dissemblable--s'approche lentement2 elle se condense pour prendre forme humaine2 elle s'largit pour donner cours une volont hroquement triomphante2 l'ivresse de la chute et de l'anantissement1 l'ivresse du non-vouloir4 ,ainsi nat la tragdie2 ainsi la vie reoit en hommage sa plus magnifique sagesse1 celle de la pense tragique2 ainsi nat1 enfin1 le plus grand enchanteur1 bienfaiteur parmi les mortels1 le dramaturge dithyrambique4 #h4 ,la vie vritable de ,wagner1 c'est--dire la lente rvlation du dramaturge dithyrambique1 fut en mme temps pour lui une lutte continuelle avec lui-mme1 en tant que ce dramaturge dithyrambique ne constituait pas l'unique lment de sa nature4 ,la lutte contre le monde qui s'opposait lui ne fut si violente et si lugubre que parce qu'il percevait au fond de son me la voix prenante de ce monde ennemi et qu'en mme temps il possdait un puissant esprit de rsistance4 ,lorsque l'ide dominante de sa vie commena prendre corps chez lui1 l'ide que c'est par le thtre que l'art peut exercer une influence incomparable1 la plus grande influence que l'art puisse exercer1 elle produisit dans tout son tre une fermentation violente4 ,ses dsirs et ses actions n'en furent pas aussitt illumins d'une vision nette et claire4 ,cette ide prit tout d'abord la forme d'un mirage tentateur1 comme si elle n'tait que l'expression d'une volont goste1 toujours avide de puissance et d'clat4 ,produire un effet1 un effet incomparable6 ,mais par quoi et sur qui8 ,ce fut1 ds lors1 la question que se posa ,wagner2 son cerveau et son cur s'appliqurent infatigablement la rsoudre4 ,il voulait vaincre et conqurir mieux qu'aucun artiste l'avait fait avant lui1 arriver1 si possible1 d'un seul coup cette toute-puissance tyrannique vers laquelle il se sentait obscurment pouss4 ,il mesurait d'un regard jaloux et inquisiteur tout ce qui obtenait quelque succs1 il observait plus attentivement encore celui sur qui devait s'exercer cette influence4 ,l'il magique du dramaturge1 qui lit dans les mes comme dans un livre familier1 lui servit tudier soigneusement le spectateur et l'auditeur2 bien que les observations qu'il faisait le remplissent souvent d'inquitude1 il ne s'empara pas moins1 sur-le-champ1 des moyens qui lui servirent les dominer4 ,ces moyens taient sa disposition2 tout ce qui agissait fortement sur lui-mme1 il tait capable de le vouloir et de l'excuter2 ses modles1 il les comprenait tous les degrs1 dans la mesure o il tait capable de les recrer lui-mme2 jamais il ne doutait de pouvoir excuter ce qui tait mme de lui plaire4 ,sur ce chapitre sa nature est peut-tre encore plus prsomptueuse que celle de ,gthe1 lequel disait de lui-mme3 ,de toutes choses je me croyais dj matre2 on aurait pu placer sur ma tte la couronne d'un roi que j'aurais trouv cela tout naturel4 ,le pouvoir d'excution de ,wagner1 son got aussi bien que ses intentions s'adaptent de tout temps l'un l'autre1 aussi exactement que la clef la serrure2 ils grandirent et s'affranchirent en mme temps4 ,mais l'poque dont nous voulons parler cette volution ne s'tait pas encore accomplie4 ,qu'importait ,wagner le sentiment faible bien qu'infiniment noble et pourtant gostement solitaire1 qu'entretenait loin de la foule quelque dilettante lev dans le culte de l'art et des lettres6 ,mais ces violentes temptes de l'me qu'engendre la foule en prsence de certains lans violents du chant dramatique1 cette ivresse des esprits qui se propage rapidement et qui reste si compltement sincre et dsintresse1 voil quel fut l'cho de ce qu'il prouvait1 de ce qu'il sentait lui-mme et il en fut anim d'un ardent espoir de puissance suprme et d'influence dcisive6 ,c'est ainsi qu'il comprit le grand opra1 moyen qui lui permit d'exprimer son ide dominante2 c'est vers le grand opra qu'il tendit toute sa volont et son regard se tourna du ct d'o venait le grand opra4 ,une longue priode de sa vie1 de mme que les changements les plus tmraires1 dans ses projets et ses tudes1 dans ses lieux d'habitation et relations1 ne peuvent s'expliquer que par ce dsir et par les rsistances extrieures que devait infailliblement rencontrer l'artiste allemand1 indigent et inquiet comme il l'tait1 et si passionnment naf4 ,comment on russit passer matre sur ce terrain1 un autre artiste le savait mieux que lui4 ,maintenant qu'on n'ignore plus par quelles ingnieuses combinaisons d'influences de toutes espces ,meyerbeer savait prparer et assurer chacune de ses grandes victoires1 qu'on sait avec quelle gradation mticuleuse les effets dans l'opra mme taient calculs1 on comprendra aussi quel point ,wagner se sentit irrit et mortifi1 lorsqu'il fut oblig de reconnatre que1 pour obtenir un succs auprs du public1 ces procds sont presque toujours indispensables4 ,je doute que l'histoire puisse mentionner un seul grand artiste qui ait dbut par une si prodigieuse erreur et qui se soit engag dans un des genres les plus rvoltants de l'art avec aussi peu de prudence et autant de sincrit2 et pourtant la faon dont il le fit n'tait pas dpourvue d'une certaine grandeur et fut1 pour cette raison1 d'une singulire fcondit4 ,car lorsque ,wagner eut reconnu son erreur1 le dsespoir lui fit comprendre de quoi est fait le succs moderne1 le public moderne et tout le systme mensonger de l'art moderne4 ,et1 tout en se faisant le critique des procds effet1 il fut saisi d'un pressentiment1 celui de sa propre puration4 ,ce fut comme si l'esprit de la musique lui et parl ds lors avec un nouveau charme intime4 ,de mme que s'il revenait au grand jour1 aprs une longue maladie1 il hsitait se fier sa propre main1 son propre coup d'il4 ,il cherchait sa route d'un pas mal assur1 de sorte que ce fut pour lui comme une merveilleuse dcouverte de se sentir encore musicien1 encore artiste1 de sentir mme qu'il venait seulement de le devenir rellement4 ,chacune des priodes successives dans le dveloppement de ,wagner est caractrise par le fait que les deux forces fondamentales de sa nature s'unissent toujours plus troitement4 ,la rpulsion qui loignait l'une de l'autre ces forces commence diminuer2 partir de ce moment le moi suprieur ne croit plus faire une grce son frre plus violent et plus terrestre en se mettant son service1 car il l'aime et ne peut plus se refuser le servir4 ,lorsqu'elles ont acquis leur plein dveloppement1 la dlicatesse et la puret les plus parfaites se retrouvent aussi dans les manifestations de la force2 l'imptueux instinct suit son cours comme auparavant1 mais dans d'autres rgions1 celles du moi suprieur et celui-ci1 son tour1 s'abaisse vers la terre et reconnat sa propre image dans tout ce qui est terrestre4 ,s'il tait possible de parler de la mme manire du but final et de l'issue de ce dveloppement1 tout en restant comprhensible1 on pourrait esprer trouver aussi l'expression image qui servirait dsigner une longue priode intermdiaire dans le dveloppement2 mais1 comme je doute de la premire possibilit1 je renonce aussi m'aventurer dans la seconde4 ,au point de vue historique1 cette priode intermdiaire peut tre isole par deux mots de la priode qui la prcde et de celle qui la suit3 ,wagner se transforma en rvolutionnaire de la socit2 il reconnat dans le peuple pote le seul artiste vritable qu'il y ait eu jusqu' prsent4 ,l'ide matresse qui s'imposa lui1 sous une forme nouvelle et plus imprieuse que jamais1 aprs le profond dsespoir et le repentir par lequel il avait pass1 le conduisit ces deux conceptions3 ,exercer de l'influence1 faire de l'effet6 ,faire de l'effet1 exercer une influence incomparable par le thtre6444 ,mais sur qui8 ,il frmissait en songeant au public sur lequel il avait voulu porter jusqu' prsent4 ,il se rappelait sa propre aventure pour comprendre toute l'indignit de la position o se trouvent l'art et les artistes2 pour comprendre comment une socit sans me ou dont l'me est endurcie1 une socit qui voudrait passer pour la bonne et qui n'est au fond que la mauvaise1 trane la suite l'art et les artistes1 pour les faire servir ses besoins factices4 ,l'art moderne est un luxe4 ,il le comprit et il comprit de mme que le sort de l'art est indissolublement li l'existence d'une socit luxueuse4 ,de mme que cette socit1 usant de son pouvoir avec une prudence impitoyable1 pour abaisser et assujettir toujours davantage le peuple1 pour le dpouiller toujours plus de ses attributs et en faire le moderne travailleur1 de mme elle a su drober au peuple tout ce qu'un profond besoin avait cr de plus pur et de plus grand1 tout ce qui permettait cet artiste1 le seul artiste vritable1 d'pancher au dehors son me gnreuse3 son mythe1 son chant1 sa danse1 son langage1 et cela pour en distiller un remde voluptueux contre l'puisement et l'ennui dont s'enveloppe son existence4 ,ce remde1 ce sont les arts modernes4 ,comment se forma cette socit2 comment elle sut puiser des forces nouvelles dans des sphres d'influences contradictoires en apparence2 comment1 par exemple1 le christianisme1 discrdit par l'hypocrisie et les demi-mesures1 servait arbitrairement consolider et protger contre le peuple cette socit et tout ce qu'elle possde2 comment la science et ses savants se plirent habilement ce servage1 ,wagner sut observer tout cela en en suivant la trace travers les sicles2 et le rsultat de ses observations fut une expression de rage et de dgot4 ,par piti pour le peuple il tait devenu rvolutionnaire6 ,a partir de ce moment-l il aima le peuple2 il se sentit attir vers lui autant qu'il tait attir vers son art2 car c'est seulement dans le peuple1 hlas6 ce peuple loign1 presque impossible deviner1 artificiellement mis l'cart1 que ,wagner vit dornavant le spectateur1 l'auditeur qui seul serait digne et capable de comprendre la puissance de l'uvre d'art qu'il rvait4 ,ses rflexions se concentrrent donc sur toute la question3 ,comment le peuple prend-il naissance8 ,comment le faire natre encore une fois8 ,il ne trouvait toujours qu'une seule rponse4 ,il se dit que1 si une collectivit souffrait du mme mal que lui1 cette collectivit serait le peuple4 ,et l o une souffrance semblable produisait une aspiration et des dsirs identiques1 on chercherait les satisfaire de la mme manire et l'on trouverait le mme bonheur dans cette satisfaction4 ,lorsqu'il se demandait alors quelle tait pour lui la meilleure consolation et le plus solide appui dans la misre1 et ce qui viendrait au-devant de sa souffrance avec le plus de sympathie1 il se rendit compte avec un bonheur infini que cela ne pouvait tre que le mythe et la musique--le mythe qu'il savait tre le produit et le langage de la souffrance du peuple2 la musique1 d'origine semblable1 quoique plus mystrieuse encore4 ,c'est dans ces deux lments qu'il plonge1 ds lors1 son me et qu'il la gurit2 c'est vers eux qu'il aspire avec le plus d'ardeur4 ,en partant de ces lments il peut se rendre compte combien sa souffrance a d'affinits avec celles que devait prouver le peuple son origine et dans quelles conditions se trouvera un jour un peuple qui devra compter au milieu de lui beaucoup d'hommes comme ,wagner lui-mme4 ,or1 comment vivaient le mythe et la musique dans notre socit moderne1 pour autant qu'ils n'avaient pas t victimes de cette socit8 ,un mme sort leur tait chu en partage1 preuve de leur troite et mystrieuse affinit3 profondment abaiss et dform1 transform en conte1 dpouill de son admirable et sainte vrit1 le mythe tait devenu l'amusement et le jouet des femmes et des enfants d'un peuple dgnr2 la musique s'tait conserve au milieu des pauvres et des simples1 au foyer des solitaires4 ,le musicien allemand n'avait point russi prendre un rang favorable dans la pratique lgante des arts1 il tait devenu lui-mme un de ces contes pleins de monstres et de mystres1 riche d'accents sincres et de touchantes promesses1 questionneur maladroit1 il tait devenu quelque chose d'enchant1 qui avait besoin d'tre dlivr du charme qui le retenait prisonnier4 ,c'est l que l'artiste entendit clairement l'ordre qui lui tait donn lui seul1 l'ordre de restituer au mythe sa nature virile1 de dlivrer la musique de son sortilge pour lui rendre la parole2 il sentit soudain que la force qui devait produire le ,drame tait dchane en lui1 que sa domination tait assure sur un royaume encore dcouvrir1 qui tiendrait le milieu entre le mythe et la musique4 ,c'est alors qu'il prsenta aux hommes sa nouvelle uvre d'art1 l'uvre o il avait concentr tout ce qu'il savait tre puissant1 saisissant1 riche en flicit1 et1 en mme temps1 il leur posait sa question grandiose et douloureusement incisive3 ,o tes-vous1 vous qui souffrez comme moi et dont les besoins sont les miens8 ,o est la collectivit que j'aspire voir un jour sous l'aspect du peuple8 ,je vous reconnatrai ceci que votre bonheur1 votre consolation seront les mmes que les miens4 ,votre joie me rvlera votre souffrance6 ,c'est par la voix de ,tannhuser et de ,lohengrin qu'il interrogeait ainsi1 qu'il se mettait en qute de ses semblables4 ,le solitaire avait soif de collectivit4 ,mais quel fut alors le sentiment qu'il prouva8 ,personne ne lui rpondit2 personne n'avait compris la question4 ,ce ne fut pas que l'on gardt le silence2 tout au contraire1 on rpondit cent questions qu'il n'avait point poses2 on dissertait sur les nouvelles productions1 comme si elles avaient t faites pour tre mises en pices par des paroles4 ,ce fut comme si la manie crivassire et jacassante1 en matire d'esthtique1 s'tait empare des ,allemands1 qui1 pris de fivre1 se jetrent indiscrtement sur ces uvres d'art et sur la personne de leur auteur1 avec ce manque de discrtion et de dlicatesse qui distingue le savant aussi bien que le journaliste allemand4 ,wagner essaya par des crits de faciliter la comprhension de son problme2 ces crits ne provoqurent qu'une nouvelle confusion et de nouveaux murmures3 un musicien qui crit et qui pense tait alors un non-sens pour tout le monde4 ,on s'cria alors qu'il n'tait qu'un thoricien qui veut transformer l'art au moyen d'ides subtiles et on le conspua444 ,wagner en fut comme tourdi4 ,le problme qu'il posait n'tait pas compris2 sa douleur laissait insensible2 son uvre s'adressait des sourds et des aveugles1 le peuple qu'il avait espr apparaissait comme une chimre6 ,il eut un vertige et se sentit vaciller4 ,la possibilit d'un complet renversement de toutes choses apparut ses yeux et il ne s'effraya plus de cette possibilit4 ,il se rendit compte qu'au del de ce bouleversement et de cette destruction il y aurait peut-tre une nouvelle esprance dresser1 mais que cette esprance mme ne serait peut-tre pas fonde et qu'alors le nant serait en tous les cas prfrable quelque chose qui inspire de la rpugnance6 ,en fort peu de temps il dut subir l'exil politique et la misre4 ,mais c'est maintenant seulement1 avec ce terrible revirement dans ses destines extrieures et intimes1 que s'ouvre le chapitre de la vie du grand homme sur lequel s'tend1 comme d'une coule d'or fondu1 l'clat d'une perfection suprme4 ,maintenant seulement le gnie du drame dithyrambique laisse tomber ses derniers voiles6 ,il est compltement isol1 le prsent lui parat mprisable1 il n'espre plus4 ,c'est alors que son vaste regard universel mesure encore une fois l'abme1 cette fois-ci jusqu'au fond4 ,il y voit la souffrance dans l'essence mme des choses1 et devenu ds lors en quelque sorte impersonnel1 il accepte sa part de souffrance avec une plus grande tranquillit4 ,son aspiration la plus haute puissance1 hritage d'tats d'me antrieurs1 se tourne exclusivement vers la production artistique4 ,par son art1 il ne parle plus un public ou un peuple1 mais seulement lui-mme1 et il s'efforce de donner cet art toute la clart et toutes les qualits ncessaires un dialogue aussi grandiose4 ,durant la priode prcdente1 il avait encore conu l'uvre d'art d'une faon diffrente2 l aussi1 quoique avec une noble rserve1 il avait tenu compte de l'effet immdiat4 ,l'uvre1 dans son esprit1 ne devait tre qu'une question pose et elle devait provoquer une rponse immdiate4 ,que de fois ,wagner voulut venir en aide ceux auxquels il s'adressait1 pour qu'ils comprissent ce qu'il leur demandait1 de telle sorte que1 pour guider leur inexprience et tre mieux compris1 il se rattachait des formes1 des expressions d'art dj connues4 ,quand il devait craindre de ne pas tre compris et de ne pas convaincre lorsqu'il parlait son propre langage1 il avait tent de convaincre et de poser son problme dans une langue qui lui tait presque trangre1 mais qui1 pour ses auditeurs1 semblait plus familire4 ,ds lors1 cependant1 il ne restait plus rien qui pt l'engager de pareilles considrations4 ,maintenant il ne voulait plus qu'une seule chose3 se mettre d'accord avec lui-mme1 traduire en action sa pense sur l'essence du monde1 exprimer sa philosophie par le moyen des sons2 tout ce qui restait en lui de prmditation se tournait vers le dernier terme de l'entendement4 ,que celui qui est digne de savoir ce qui se passait alors au fond de lui-mme1 sur quoi il confrait avec lui-mme dans les saintes profondeurs de son me--et ils ne sont pas nombreux ceux qui en sont dignes--qu'il coute1 qu'il contemple et qu'il revive ,tristan et ,iseult1 le vritable opus metaphysicum de tout art1 uvre sur quoi repose le regard bris d'un mourant1 le regard charg des dsirs dlicieusement inapaiss1 attirs vers les secrets de la nuit et de la mort1 si loign de la vie qui resplendit dans une clart effrayante et fantastique1 comme quelque chose de mauvais qui trompe et qui spare6 ,tristan et ,iseult apparat en outre comme un drame rempli de la plus austre rigueur dans la forme1 subjuguant par la simple grandeur et conforme par l au mystre dont parle le drame3 tre mort au sein de la vie1 tre uni dans la dualit4 ,et cependant1 il y a quelque chose de plus admirable encore que cette uvre1 c'est l'artiste lui-mme1 qui a pu produire ensuite1 et dans un espace de temps fort court1 un tableau de la socit d'une nuance toute diffrente1 les ,matres ,chanteurs de ,nuremberg2 l'artiste qui1 dans ces deux compositions1 semble n'avoir voulu que se reposer et se rafrachir1 pour terminer loisir le gigantesque difice quatre degrs1 bauch et commenc bien plus tt1 le but de toutes ses penses pendant vingt ans1 son uvre de ,bayreuth1 l',anneau du ,niebelung6 ,ceux qui peuvent s'tonner du voisinage de ,tristan et des ,matres ,chanteurs n'ont pas compris un point essentiel dans la vie et la nature de tous les ,allemands vritablement grands2 ils ne connaissent pas le terrain sur lequel seul peut se dvelopper cette gaiet si essentiellement allemande1 celle de ,luther1 de ,beethoven1 de ,wagner1 qui n'est pas comprise des autres peuples et que les ,allemands d'aujourd'hui semblent avoir dsapprise2 ce parfait mlange de simplicit1 de comprhension aimante1 d'esprit contemplatif et de fine malice que ,wagner verse comme un breuvage dlicieux tous ceux qui ont profondment souffert de la vie et qui se tournent vers lui avec le sourire plein de gratitude des convalescents4 ,et1 tandis que lui-mme regardait le monde d'un regard plus apais1 tandis que la colre et le dgot s'emparaient de lui plus rarement1 et qu'il renonait la puissance avec tristesse et amour plutt qu'avec effroi1 tandis que sa grande uvre se dveloppait dans le silence et qu'il ajoutait chaque jour les partitions aux partitions1 il se passa enfin quelque chose qui lui fit prter l'oreille3 les amis vinrent lui1 lui annonant un mouvement souterrain qui remuait de nombreux esprits4 ,ce n'tait pas encore le peuple en mouvement qui annonait sa venue1 c'en tait peut-tre le germe1 la premire tincelle de vie d'une socit vraiment humaine destine la perfection dans un avenir lointain4 ,il n'y avait l encore qu'une garantie que son uvre magistrale pourrait tre confie un jour des mains fidles qui sauraient y veiller et qui seraient dignes de transmettre la postrit ce glorieux hritage4 ,transfigurs par l'amiti1 ses jours se colorrent ds lors d'une lumire plus vive et plus chaude4 ,il ne fut plus seul nourrir son plus noble espoir1 celui d'arriver au but avant la fin du jour et de trouver pour son uvre un refuge hospitalier4 ,c'est alors qu'eut lieu un vnement qu'il ne pouvait interprter que dans un sens symbolique et qui fut pour lui une nouvelle consolation1 un prsage favorable4 ,une grande guerre faite par les ,allemands le fora lever les yeux2 une guerre faite par ces mmes ,allemands qu'il savait si dgnrs1 si dchus de l'ancien esprit suprieur allemand1 tel qu'il l'avait observ et reconnu consciencieusement aussi bien sur lui-mme que chez d'autres grands ,allemands clbres dans l'histoire4 ,il vit ces ,allemands faire preuve1 dans des situations exceptionnelles1 de deux vertus relles1 la prudence et la simple bravoure2 il commena ds lors croire qu'il n'tait peut-tre pas le dernier ,allemand et qu'un jour il verrait peut-tre se ranger autour de son uvre une puissance plus efficace que le dvouement sincre1 mais limit de ses quelques rares amis1 une puissance capable de protger son uvre jusqu'au moment o1 dans un lointain avenir1 celle-ci serait vritablement considre comme l'uvre d'art de cet avenir4 ,peut-tre que cette conviction ne sut pas toujours le prserver du doute1 surtout lorsqu'il chercha raliser des esprances immdiates4 ,quoi qu'il en soit1 il reut une impulsion assez puissante pour qu'il songet imprieusement un devoir souverain qui lui restait accomplir4 ,son uvre n'et pas t termine1 il ne l'et pas accomplie jusqu'au bout1 si elle tait reste une partition muette confie la postrit2 il lui fallut dmontrer et enseigner publiquement ce que personne ne pouvait deviner1 ce qui lui tait exclusivement rserv1 le nouveau style dans l'excution et la reprsentation1 afin de donner un exemple qu'aucun autre ne pouvait donner1 et de fonder une tradition du style qui ne ft pas inscrite simplement par des signes sur un fragile papier1 mais qui et produit des impressions sur des mes humaines4 ,ce fut pour lui un devoir d'autant plus urgent que ses autres compositions avaient subi1 prcisment en ce qui concerne le style dans l'excution1 le sort le plus absurde et le plus intolrable4 ,elles taient clbres et admires1 elles taient 444 maltraites et personne n'en paraissait indign4 ,le fait peut paratre trange3 tandis qu'il renonait pourtant toujours davantage1 par principe et par une intelligente apprciation de ses compositions1 toute espce de succs auprs de ses contemporains1 ainsi qu' toute ide d'influence1 le succs et l'influence vinrent lui4 ,c'est du moins ce qu'on lui assurait de tous cts4 ,vainement essaya-t-il de montrer de la faon la plus premptoire ce qu'il y avait pour lui d'quivoque et mme d'humiliant pour lui dans ce succs2 on tait si peu habitu voir un artiste distinguer entre la nature de ces diffrentes influences1 qu'on n'ajoutait pas foi mme ses protestations les plus solennelles4 ,ds qu'il eut compris le rapport qui existe actuellement entre le monde des thtres1 le succs scnique et le caractre de l'homme d'aujourd'hui1 son me ne voulut plus rien avoir de commun avec ce genre de thtre4 ,il n'attachait plus aucun prix l'enthousiasme esthtique et aux acclamations des foules agites1 il ne pouvait mme faire autrement que de s'indigner en voyant son art englouti sans discernement par le gouffre bant de l'insatiable ennui et de la chasse aux distractions4 ,combien chaque effet obtenu devrait ncessairement tre sans profondeur et sans ides1 quel point il s'agissait plutt de satisfaire l'avidit d'un insatiable que de nourrir un affam1 il pouvait s'en rendre compte d'aprs un phnomne qui se rptait rgulirement3 partout1 mme parmi les excutants et les virtuoses1 ses compositions taient traites comme toute musique de scne1 conformment aux formules vulgaires et traditionnelles du style d'opra4 ,grce la complaisance de chefs d'orchestre styls1 l'aide de coupures et de suppressions arbitraires1 on tailla les uvres wagnriennes la mesure de l'opra1 tel que le chanteur croyait pouvoir l'aborder1 aprs en avoir soigneusement extirp l'essence4 ,alors mme que l'on voulait agir pour le mieux1 on suivait les instructions de ,wagner avec tant de maladresse et de pusillanimit qu'on aurait tout aussi bien fait de remplacer par une figuration de ballet l'meute nocturne dans les rues de ,nuremberg1 telle qu'elle est indique au deuxime acte des ,matres chanteurs4 ,et dans tout ceci on semblait agir de bonne foi1 sans aucune intention malhonnte4 ,les tentatives gnreuses de ,wagner pour donner au moins l'exemple d'une excution simplement correcte et intgre et pour initier individuellement certains chanteurs au style tout nouveau de la diction musicale avaient toujours t touffes par le limon de la traditionnelle tourderie et des mauvaises habitudes4 ,ces tentatives l'avaient1 en outre1 toujours oblig de s'occuper de ces questions de thtre dont l'ensemble lui inspirait le plus profond dgot4 ,gthe lui-mme n'avait-il pas perdu toute envie d'assister aux reprsentations de son ,iphignie6 ,je souffre normment1 avait-il dit1 lorsque je suis oblig de me dbattre avec des fantmes que je ne russis pas faire apparatre comme ils le devraient4 ,avec cela le succs allait toujours en augmentant ce thtre qui tait devenu pour lui un vritable supplice2 il augmentait mme au point que les grandes scnes elles-mmes finirent par vivre presque exclusivement des copieuses recettes que leur procurait l'art de ,wagner travesti en art d'opra4 ,la confusion ne de l'engouement croissant dans le public trouva mme accs auprs de certains amis de ,wagner1 et lui1 qui avait tout souffert1 dut souffrir de voir ses amis enivrs de succs et de victoire1 prcisment alors qu'il voyait sa suprme pense dfigure et renie4 ,on et pu croire qu'un peuple1 srieux beaucoup d'gards1 un peuple lourd1 voult garder vis--vis de son artiste le plus srieux le privilge d'une lgret systmatique1 qu'il voult dcharger sur lui tout ce qu'il y a de vulgaire et d'irrflchi1 de maladroit et de mchant dans la nature allemande4 ,quand enfin1 pendant la guerre allemande1 un courant d'ides plus larges et plus librales sembla s'emparer des esprits1 ,wagner se rappela son devoir de fidlit1 qui lui commandait de sauver au moins son ouvrage capital des outrages que lui infligeaient ces succs faux et de restituer cet ouvrage dans les rythmes qui lui sont propres1 comme un exemple pour tous les temps4 ,c'est ainsi que naquit l'ide de ,bayreuth4 ,comme consquence de ce nouveau mouvement des esprits1 il crut aussi pouvoir discerner1 parmi ceux auxquels il voulait confier son trsor1 le rveil du sentiment plus vif du devoir4 ,de l'association de ces espces de devoirs naquit l'vnement qui rpand une trange clart sur les annes qui viennent de s'couler comme sur les annes venir4 ,imagin pour le bien d'un avenir lointain1 le seul avenir possible1 mais encore incertain1 ce n'est gure qu'une nigme et un scandale pour le prsent2 pour le petit nombre de ceux qui peuvent y prendre part1 c'est l'anticipation d'une jouissance1 une prvision de l'ordre le plus lev1 au moyen de quoi1 bien au del d'un prsent fugitif1 ce petit nombre sent qu'il est bienheureux et fcond et qu'il rend bienheureux2 mais pour ,wagner lui-mme c'est un nuage de plus1 un nuage plein de difficults1 de soucis1 de mditations1 de chagrins1 un nouvel assaut des lments hostiles1 tout cela cependant illumin par le rayonnement de la fidlit altruiste1 transform par la lumire en un bonheur ineffable6 ,il est peine besoin de le dire3 le souffle tragique a pass sur cette existence4 ,et celui dont l'me peut en deviner quelque chose1 celui pour qui l'illusion tragique sur le but de la vie1 la dviation et l'arrt des aspirations1 le renoncement et la purification par l'amour1 ne sont pas des notions tout fait trangres1 sentira ncessairement1 dans ce que ,wagner affirme par son uvre d'art1 revivre le souvenir effac de sa propre existence hroque1 celle du grand homme qu'il et pu tre4 ,nous croirons entendre dans un lointain mystrieux ,siegfried racontant ses exploits3 le deuil profond de l'automne se mle la joie du plus touchant souvenir et toute la nature se repose paisiblement dans un crpuscule dor4 #i4 ,rflchir ce qu'est ,wagner en tant qu'artiste et considrer le spectacle qu'offrent chez lui des facults et des ncessits vritablement libres1 chacun de ceux qui ont souffert en examinant comment s'est form l'homme dans ,wagner devra s'y astreindre pour retrouver l'quilibre et la sant4 ,si l'art n'est1 d'une faon gnrale1 que le pouvoir de communiquer d'autres ce que l'on a soi-mme senti1 si l'uvre d'art est en contradiction avec elle-mme lorsqu'elle ne peut se faire comprendre1 la grandeur de ,wagner1 en tant qu'artiste1 doit consister prcisment en ceci que son gnie est dou d'une communicabilit surhumaine et parle un langage accessible tous quand il rvle avec une suprme clart ses sensations les plus intimes et les plus personnelles4 ,son apparition dans l'histoire des arts ressemble l'ruption volcanique de l'ensemble des facults artistiques dont la nature elle-mme est doue1 alors que l'humanit avait t habitue jusqu' prsent1 comme une rgle1 ne voir les actes qu'isolment4 ,on ne peut donc hsiter lui donner un nom et se demander s'il faut l'appeler pote1 musicien ou statuaire1 en donnant chacun de ces termes son sens le plus large1 ou bien s'il vaut mieux crer pour lui une dnomination nouvelle4 ,la facult potique de ,wagner s'affirme en ceci qu'il imagine des phnomnes visibles et sensibles et non pas des ides abstraites1 ce qui quivaut dire qu'il pense d'une faon mythique1 comme le peuple a pens de tous temps4 ,le mythe n'a pas pour base une ide1 ainsi que se l'imaginent les enfants d'une civilisation raffine2 le mythe c'est l'ide mme1 il communique une notion du monde1 en voquant une succession de phnomnes1 d'actions et de souffrances4 ,l',anneau du ,niebelung est un immense systme de penses1 mais sans la forme spculative de la pense4--,un philosophe pourrait peut-tre mettre en parallle une uvre correspondante qui serait compltement dpourvue d'images et d'action et ne s'adresserait nous que par des ides abstraites4 ,on aurait alors reprsent le mme sujet dans deux sphres diffrentes1 une fois pour le peuple et une fois pour l'antipode du peuple1 l'homme thorique4 ,wagner ne s'adresse donc pas celui-ci1 car l'homme thorique entend ce qui est essentiellement potique1 le mythe1 peu prs comme le sourd entend la musique2 ils voient tous deux des mouvements dsordonns qui leur paraissent dpourvus de sens4 ,de l'une de ces sphres disparates il n'est pas possible de voir ce qui se passe dans l'autre4 ,tant qu'on se trouve dans le domaine du pote on pense avec lui1 comme si l'on n'tait qu'un tre qui sent1 qui voit et qui entend2 les conclusions que l'on tire sont des enchanements des phnomnes que l'on peroit1 par consquent1 des causalits de faits et non des causalits de paroles4 ,lorsque les hros et les dieux de ces drames mythiques tels que ,wagner les cre doivent se rendre intelligibles par des paroles1 il y a tout craindre que ce langage parl n'veille en nous l'homme thorique et ne nous fasse passer dans une autre sphre1 qui n'a rien de mythique2 si bien qu'en fin de compte la parole n'aurait pas servi nous faire mieux comprendre ce qui se passait devant nous1 mais que nous n'aurions rien compris du tout4 ,c'est pourquoi ,wagner fit rtrograder le langage jusqu' un tat primitif1 o il ne sert pas encore exprimer des ides1 mais o il n'est encore lui-mme que posie1 image et sentiment4 ,l'intrpidit que ,wagner mit entreprendre cette tche effrayante dmontre avec quelle force il tait pouss par l'inspiration potique1 quel point il se voyait contraint de suivre la voie que lui prescrivait son guide fantastique4 ,chacune des paroles de ces drames devait pouvoir tre chante1 pouvoir passer par la bouche des dieux et des hros3 telle tait la tche formidable que s'imposait l'imagination linguistique de ,wagner6 ,tout autre que lui se ft dcourag1 car notre langue parat presque trop vieille et trop use pour que l'on puisse exiger d'elle ce que ,wagner lui demanda4 ,et cependant la verge dont il frappa les rochers en fit jaillir une source abondante4 ,parce que ,wagner aimait cette langue1 plus qu'aucun autre ,allemand et qu'il exigeait d'elle plus que tout autre1 il souffrit davantage de sa dgnrescence et de son affaiblissement1 c'est--dire des nombreuses dperditions et mutilations que ses formes avaient subies au cours des temps1 des embarrassantes particules de notre syntaxe et de nos verbes auxiliaires inchantables4 ,mais tout cela n'avait pu s'introduire dans notre langue qu' la suite d'une srie d'abus et de ngligences4 ,d'autre part1 ,wagner tait fier bon droit de ce qui reste cette langue de primesautier et d'inpuisable1 de puissance sonore dans les racines des mots4 ,cette puissance parat prdestiner la langue allemande1 au contraire des langues drives et d'une rhtorique artificielle en usage chez les nations romanes1 se prter merveilleusement la vraie musique4 ,la posie de ,wagner est remplie d'un amour pour la langue allemande1 d'une cordialit et d'une sincrit dans les rapports qu'il a avec elle1 qu'on ne retrouve1 except chez ,gthe1 dans l'uvre d'aucun ,allemand4 ,volume de l'expression1 concision hardie2 vigueur et diversit du rythme2 richesse singulire d'expressions fortes et prcises2 simplification dans l'enchanement des priodes2 fertilit presque unique dans les trouvailles d'expressions propres exprimer la fluctuation des sentiments et des pressentiments2 source abondante et parfois trs pure de locutions populaires et proverbiales3 si l'on se contentait d'numrer toutes ces qualits1 on ne manquerait pas d'oublier toujours les plus puissantes et les plus admirables4 ,celui qui lit successivement deux pomes1 tels que ,tristan et les ,matres ,chanteurs1 est pris du mme doute1 du mme tonnement devant la langue parle que devant la musique et il se demande comment il a t possible de dominer dans la cration deux domaines aussi diffrents dans leur forme1 leur couleur1 leur agencement1 que dans leur caractre4 ,c'est l ce qu'il y a de plus puissant dans le gnie de ,wagner et le grand matre est seul pouvoir l'accomplir4 ,pour chaque uvre il improvise une langue nouvelle1 chaque sentiment nouveau il donne une forme nouvelle et un nouvel accent4 ,en face des manifestations d'une facult aussi rare1 le blme restera toujours mesquin et impuissant1 ds qu'il ne s'attaquera qu' quelques dtails extravagants et originaux1 ou qu'il ne touchera qu' de frquentes obscurits dans l'expression1 certains voiles enveloppant la pense4 ,au reste1 ce qui choquait le plus ceux qui ont manifest leur blme le plus bruyamment1 ce qui leur paraissait le plus inou1 ce n'tait pas tant le langage de ,wagner que l'me du musicien et toute sa faon de sentir et de souffrir4 ,attendons que ces dnigreurs aient eux-mmes une autre me2 ils parleront alors une autre langue et1 tout prendre1 les choses n'en iront que mieux pour la langue allemande4 ,mais1 avant tout1 quand on voudra mditer sur ,wagner pote et rformateur de la langue1 il ne faudra pas oublier qu'aucun des drames de ,wagner n'est destin tre lu et qu'on ne peut1 en consquence1 exiger ce que l'on serait en droit d'attendre d'une uvre purement littraire4 ,celle-ci n'entend agir sur le sentiment que par le seul moyen des ides et des mots2 cette destination la soumet aux lois de la rhtorique4 ,mais1 dans la vie relle1 la passion est rarement loquente2 dans le drame littraire1 il faut qu'elle le soit1 car elle ne dispose pas d'autres moyens pour se manifester4 ,quand le langage d'un peuple est dj tomb l'tat de dcadence et d'usure1 l'auteur dramatique prouve le besoin de colorer et de faonner la langue par des procds extraordinaires2 il veut relever la langue1 pour qu' son tour elle fasse ressortir l'lvation du sentiment1 et il s'expose ainsi ne pas tre compris du tout4 ,il cherche de mme rehausser la passion par des sentences et des inventions sublimes1 et tombe par l dans un autre travers1 il parat invraisemblable et artificiel4 ,car dans la vie relle la passion vritable ne s'exprime pas par des sentences et1 quand la passion s'tale dans la posie1 on doute de sa sincrit1 ds qu'elle s'loigne de la ralit4 ,par contre1 ,wagner1 qui fut le premier reconnatre les dfauts du drame parl1 rend chaque action dramatique intelligible de trois manires diffrentes3 par la parole1 le geste et la musique2 de telle sorte que la musique fait passer immdiatement les sentiments qui animent les acteurs du drame dans l'me des auditeurs1 lesquels voient alors dans les gestes de ces comdiens la premire manifestation visible de ces phnomnes intrieurs4 ,dans les paroles ils en peroivent en outre une seconde image plus affaiblie1 traduite en une volont rflchie4 ,tous ces effets se produisent simultanment et sans se nuire rciproquement4 ,ils forcent celui devant lequel un pareil drame est reprsent une comprhension toute nouvelle1 une vivante sympathie1 de telle sorte que ses sens apparaissent spiritualiss et que son esprit devient plus sensible1 comme si tout ce qui cherche s'pancher au dehors de l'homme1 tout ce qui est avide de la connaissance se sentait maintenant heureux et libre dans une allgresse de perception4 ,chaque priptie d'un drame de ,wagner se communiquant au spectateur avec une clart parfaite1 illumine et transfigure par la musique comme par un feu intrieur1 l'auteur put se passer de tous les expdients dont le pote qui ne se sert que de moyens verbaux a besoin pour prter ses pisodes la chaleur et l'clat ncessaires4 ,toute l'conomie du drame put de nouveau affirmer son got pour la mesure dans les proportions grandioses de l'difice1 car il ne lui restait plus aucun prtexte pour recourir ces complications prmdites1 cette multiplicit droutante dans le style de l'difice1 au moyen desquels le pote dramatique cherche soulever en faveur de son uvre un vif sentiment d'intrt et d'tonnement1 sentiment qui se hausse ensuite jusqu' une stupfaction bienheureuse4 ,l'impression de lointain et d'lvation idale ne devait pas tre obtenue l'aide des procds artificiels4 ,la langue1 se dpouillant de l'ampleur rhtorique1 revenait la concision expressive du sentiment4 ,bien que l'interprte parlt beaucoup moins qu'autrefois de tout ce qu'il faisait et prouvait pendant les pripties du drame1 des circonstances intimes1 que le pote dramatique avait jusqu'alors exclues de la scne comme peu dramatiques1 forcrent maintenant le spectateur une participation passionne1 alors que le langage des gestes peut tre rduit aux plus dlicates modulations4 ,or1 la passion chante a gnralement besoin de plus de temps pour s'exprimer que la passion parle2 la musique produit1 si l'on peut ainsi parler1 une extension du sentiment2 il s'en suit gnralement que l'interprte qui est en mme temps chanteur se voit contraint de matriser l'animation trop peu plastique des mouvements1 laquelle constitue une des difficults du drame parl4 ,l'artiste se sent d'autant plus entran donner plus de noblesse tous ses gestes que la musique a plong son motion dans une atmosphre plus pure et plus thre1 et l'a de la sorte rapproche de l'idal de la beaut4 ,la tche peu commune que ,wagner a impose aux comdiens et aux chanteurs ne manquera pas de susciter parmi eux1 et cela pour des gnrations entires1 une noble mulation1 de telle sorte qu'ils devront arriver enfin personnifier l'image du hros wagnrien avec une vivante perfection1 la musique du drame offrant dj le prototype de cette incarnation parfaite4 ,guid par un tel matre1 l'il de l'artiste plastique finira par percevoir les merveilles d'un nouveau monde des phnomnes1 telles qu'avant lui seul le crateur d'uvres comme l',anneau du ,niebelung aura pu les contempler pour la premire fois1 car il est un formateur de la plus haute espce1 qui1 pareil ,eschyle1 montre la voie un art futur4 ,l'mulation ne fera-t-elle pas forcment natre de grands talents si l'artiste plastique compare l'effet produit par son art avec celui d'une musique semblable celle de ,wagner8 ,c'est une musique qui provoque un bonheur lumineux et sans mlange1 si bien qu'il semble celui qui l'coute que presque toute la musique prcdente n'ait parl qu'un langage embarrass1 contraint et tout extrieur1 comme si jusqu'alors elle n'avait servi qu' jouer devant ceux qui n'taient pas dignes du srieux1 ou encore d'enseignement et de dmonstration pour ceux qui ne sont pas mme dignes du jeu4 ,cette musique antrieure ne vous pntre que pendant quelques heures fugitives de ce bonheur que nous prouvons toujours quand nous coutons la musique wagnrienne2 on la dirait sous l'influence de quelques rares moments d'oubli1 durant lesquels elle se parle elle-mme et1 comme la ,sainte-,ccile de ,raphal1 tourne son regard vers le ciel1 loin de ceux qui coutent et qui lui demandent de les distraire1 de les amuser ou de les instruire4 ,de ,wagner1 le musicien1 on pourrait dire d'une faon gnrale qu'il a prt des accents tout ce qui jusqu' prsent ne savait s'exprimer dans la nature2 il ne croit pas qu'il doive exister ncessairement quelque chose de muet4 ,son gnie pntre l'aurore1 la fort1 la brume1 l'abme aussi bien que le sommet1 l'horreur obscure1 aussi bien que la srnit lunaire de la nuit1 et partout il pntre leur dsir secret3 eux aussi veulent faire entendre leur voix dans le concert universel4 ,quand le philosophe dit qu'il existe une ,volont qui1 dans la nature anime1 comme dans la nature inanime1 a soif de l'tre1 le musicien ajoute que cette ,volont veut1 tous les degrs1 une existence dans le domaine des sons4 ,avant ,wagner1 la musique se mouvait dans des limites gnralement troites4 ,elle s'appliquait des tats permanents de l'homme1 ce que les ,grecs appelaient thos2 ce n'est qu'avec ,beethoven qu'elle avait commenc essayer le langage du pathos1 c'est--dire de la volont passionne1 des phnomnes dramatiques qui se succdent dans le cur de l'homme4 ,prcdemment1 c'tait un tat d'me1 une disposition particulire1 soit au calme1 soit la gat1 soit au recueillement1 soit au repentir qui devaient tre exprims par les sons2 l'aide d'un certain accord dans la forme et de la dure de cet accord1 on voulait frapper l'auditeur1 le contraindre interprter la signification de cette musique1 et enfin le placer dans un tat d'me semblable4 ,pour reprsenter toutes ces dispositions et ces tats d'me1 certaines formes particulires taient ncessaires2 d'autres furent introduites par la convention4 ,quant la longueur des compositions1 elle fut fixe par la prudence du musicien1 qui voulait bien faire natre certains sentiments chez son auditeur1 mais non le fatiguer par la dure prolonge de cette sensation4 ,on fit un pas de plus lorsqu'on esquissa successivement les images de sentiments opposs et qu'on dcouvrit le charme des contrastes2 on fit un autre pas en avant en runissant dans le mme morceau le contraire de l'thos1 opposant1 par exemple1 l'un l'autre un thme masculin et un thme fminin4 ,mais ce ne sont l que des stades encore grossiers et primitifs de la musique4 ,la peur de la passion dictait une partie de ces rgles1 la peur de l'ennui faisait natre les autres4 ,toute recherche dans le sentiment1 tous les excs taient considrs comme contraires aux rgles de l'thique4 ,mais1 aprs que l'art de l'thos eut reprsent ces dispositions et ces tats d'me habituels dans des rpliques innombrables et toujours pareilles1 il tomba dans une sorte d'puisement1 malgr la merveilleuse imagination de ses matres4 ,beethoven1 le premier1 fit parler la musique un langage nouveau1 interdit jusque-l1 le langage de la passion4 ,mais son art tant sorti des lois et des conventions de l'art tel que l'avait cr l'thos1 il fut en quelque sorte oblig de tenter une justification vis--vis de celui-ci4 ,c'est pourquoi son dveloppement artistique conserva des traces des difficults particulires qu'il rencontra et il rsulta de ce fait une singulire confusion4 ,une action dramatique intime--et toute passion se dveloppe sous une forme dramatique--cherchait pniblement revtir un aspect nouveau1 mais le plan rationnel de la musique de sentiment s'y opposait et prenait presque l'air et le ton de la moralit offense vis--vis d'une innovation immorale4 ,il semble parfois que ,beethoven se soit impos la tche si pleine de contradictions de faire parler le pathos avec les seules ressources de l'thos4 ,mais cette supposition ne suffirait pas expliquer les dernires uvres de ,beethoven1 les plus considrables4 ,et vritablement1 pour dcrire la grande courbe de la passion1 il trouva un moyen nouveau2 il choisit sur l'ensemble du trac certains points dtermins qu'il accentua avec une minutieuse prcision1 de telle sorte qu'ils puissent servir de points de repre l'auditeur1 pour deviner la direction gnrale de la ligne4 ,a premire vue1 cette nouvelle forme faisait l'effet d'un assemblage de plusieurs pices de musique1 dont chacune1 prise isolment1 reprsentait1 en apparence1 un tat d'me constant1 mais qui n'tait1 en ralit1 qu'un moment passager dans le cours dramatique de la passion4 ,l'auditeur pouvait s'imaginer qu'il n'entendait que d'ancienne musique1 exprimant des tats d'me1 avec la seule diffrence que le rapport entre les diverses parties constituantes tait devenu pour lui incomprhensible1 et ne pouvait plus s'exprimer que par la loi des contrastes4 ,les musiciens de second ordre eux-mmes commencrent mpriser l'obligation de faire de toute composition artistique un difice complet2 dans leurs uvres1 la succession des diffrentes parties prit un caractre arbitraire4 ,l'invention d'une expression large de la passion fut si mal comprise qu'elle ramena le compositeur l'ancienne phrase musicale dtache de l'ensemble et voquant un sujet quelconque1 et la tension rciproque des diffrentes parties disparut compltement4 ,voil pourquoi la symphonie ne fut plus1 aprs ,beethoven1 qu'une cration si singulirement confuse1 surtout lorsqu'elle s'efforait encore par moments de bgayer le langage pathtique de ,beethoven4 ,les moyens ne sont pas en rapport avec l'intention1 et l'intention1 tout prendre1 n'est pas claire pour l'auditeur1 parce qu'elle a toujours t dpourvue de clart pour le cerveau mme o elle a pris naissance4 ,cependant1 plus un genre de composition est lev1 difficile et plein d'exigences1 plus il est indispensable que l'on ait dire quelque chose de bien dtermin et qu'on l'exprime de la faon la plus claire4 ,c'est pour cette raison que les efforts constants de ,wagner tendaient dcouvrir tous les moyens capables de favoriser la clart4 ,il lui fallait avant tout se dtacher des contraintes et des prtentions de l'ancienne musique des tats d'me et faire parler sa musique1 processus mlodieux du sentiment et de la passion1 un langage qui ne pt donner lieu aucune quivoque4 ,si nous considrons ce qu'il est parvenu accomplir1 il nous semble que ce qu'il a ralis dans le domaine de la musique correspond ce qu'a fait dans le domaine de l'art plastique l'inventeur du groupe dtach4 ,compare celle de ,wagner1 toute la musique antrieure parat contrainte et timide1 comme si elle ne pouvait se montrer sous toutes ses faces et qu'elle ft prise d'une sorte de honte4 ,wagner saisit chaque degr et chaque nuance du sentiment avec la plus sre prcision4 ,sans crainte qu'elle lui chappe1 il prend en main l'motion la plus dlicate1 la plus lointaine et la plus subtile et il sait la retenir1 comme si elle avait pris corps1 tandis que tout autre que lui n'y verrait qu'un phmre papillon que fltrit le moindre attouchement4 ,sa musique n'est jamais indtermine1 jamais fugace2 tout ce qui parle par sa voix1 que ce soit l'homme ou la nature1 est anim d'une passion rigoureusement individualise2 la tempte et la flamme elles-mmes revtent chez lui la force irrsistible d'une volont personnelle4 ,au-dessus de ces tres qui font entendre leur voix1 au-dessus de la lutte des passions qui les agitent1 au-dessus du tourbillon des contradictions1 plane une puissante intelligence symphonique1 inspire par une raison suprieure1 qui1 du sein de la guerre1 fait natre sans cesse la concorde4 ,la musique de ,wagner1 dans son ensemble1 est une image du monde tel que le concevait le grand philosophe d',ephse1 harmonie engendre par la lutte1 union de la justice et de l'inimiti4 ,j'admire la facult de calculer la ligne majeure de passions individuelles qui toutes suivent une courbe diffrente2 et je vois la preuve de cette facult dans chaque acte des drames de ,wagner1 qui raconte cte cte l'histoire particulire d'individus diffrents et celle qui leur est commune tous4 ,ds le dbut nous sentons que nous sommes en prsence de courants opposs1 mais aussi d'un fleuve puissant qui les domine tous4 ,ce fleuve coule tout d'abord irrgulirement sur des cueils invisibles2 parfois ses ondes semblent vouloir se sparer violemment et suivre des directions diffrentes4 ,peu peu nous voyons leur mouvement devenir plus fort et plus rapide2 l'agitation tumultueuse a pass au calme imposant d'un large mouvement vers un but encore inconnu2 et soudain1 lorsque le dnouement est proche1 le flot se prcipite de toute sa masse vers l'abme1 avec un dsir fatal du gouffre et de ses fureurs4 ,jamais ,wagner n'est davantage lui-mme que lorsque les difficults s'accumulent et qu'il peut agir dans des conditions tout fait grandioses avec l'allgresse du lgislateur4 ,transformer en rythmes d'une grande simplicit des lments drgls et rebelles1 raliser une volont unique au milieu d'une multiplicit droutante de prtentions et d'exigences--tels sont les devoirs pour lesquels il se sent n1 dans l'exercice desquels il a la conscience de sa libert4 ,pour ces devoirs jamais les forces ne lui manquent1 jamais il ne perd le souffle avant d'arriver son but4 ,il s'est efforc de s'imposer les rgles les plus rigoureuses avec la mme persvrance que d'autres mettent allger leur fardeau4 ,la vie et l'art lui psent1 lorsqu'il ne peut pas jouer loisir avec leurs problmes les plus ardus4 ,qu'on considre seulement le rapport de la mlodie chante avec la mlodie de la langue parle et comme ,wagner considre l'lvation1 la force et la mesure du langage humain1 lorsque l'homme parle avec passion1 comme le modle naturel qu'il s'applique transformer en art4 ,qu'on considre ensuite l'adaptation d'une telle passion mlodieuse l'ensemble symphonique de la musique et l'on pourra se rendre compte des difficults extraordinaires que ,wagner a d vaincre4 ,sa fertilit d'invention dans les grandes et les petites choses1 l'omniprsence de son intelligence et de son application sont telles que l'on pourrait croire1 en parcourant une partition de ,wagner1 qu'il n'y avait jamais eu1 avant lui1 de vrai travail et de vritable effort4 ,il semble que1 pour le dramaturge1 la vertu par excellence est le renoncement soi-mme4 ,mais il pourra probablement objecter que ceux-l seuls sont affligs de peines qui ne sont pas encore librs4 ,la vertu et le bien sont faciles4 ,considr dans son ensemble comme artiste1 ,wagner1 si l'on veut le rapprocher d'un type connu1 a quelque chose de ,dmosthne4 ,le terrible srieux qu'il met au service de sa cause1 la sret avec laquelle il s'empare chaque fois de cette cause1 alors que sa main s'en saisit et la retient comme si elle tait de fer1 voil des qualits de ,dmosthne6 ,et comme ,dmosthne encore1 ,wagner cache son art ou le fait oublier1 en nous contraignant penser la cause qu'il dfend2 et pourtant il est1 lui aussi1 la dernire et la plus haute manifestation mettant fin toute une srie de puissants gnies artistiques et il aurait par consquent plus cacher que ceux qui sont venus les premiers dans la srie4 ,son art agit comme la nature1 comme s'il tait la nature restaure et retrouve4 ,il n'y a chez lui rien de pompeux1 alors que tous les musiciens qui l'ont prcd aimaient l'occasion jouer de leur art et faire parade de leur virtuosit4 ,en face de l'uvre wagnrienne1 on ne songe ni ce qui est intressant1 ni ce qui est divertissant1 ni ,wagner lui-mme1 ni l'art en gnral2 on sent seulement ce que cet art a de ncessaire4 ,personne ne pourra jamais calculer de quelle abngation1 de quelle rigueur1 de quelle unit de volont l'artiste eut besoin au moment o son gnie tait encore en plein dveloppement1 pour tre mme de faire ensuite1 l'poque de sa pleine maturit1 ce qui tait ncessaire qu'il ft1 et de le faire avec une joyeuse libert1 chaque moment de son inspiration4 ,il suffit que nous sentions1 dans certains cas particuliers1 combien sa musique se soumet1 avec une rsolution presque impitoyable1 aux pripties du drame1 qui apparaissent elles-mmes inflexibles comme le destin1 tandis que l'me ardente qui remplit ce drame brle du dsir d'errer parfois sans entrave dans le chaos et dans le libre espace4 #aj4 ,un artiste qui possde un tel empire sur lui-mme se soumet1 sans le vouloir1 tous les autres artistes4 ,pour lui seul aussi ceux qu'il a soumis1 ses amis et ses partisans1 ne constituent ni un danger1 ni un obstacle1 tandis que des caractres plus faibles perdent gnralement leur indpendance en cherchant s'appuyer sur leurs amis4 ,il est singulier de pouvoir constater quel point1 durant toute sa vie1 ,wagner s'est tenu l'cart de toute organisation de parti1 mais chaque phase nouvelle de son art lui constituait un cercle de partisans1 qui semblait n'avoir d'autre but que de le retenir dans cette phase4 ,mais il passa toujours au milieu de ses partisans sans se laisser retenir2 de plus1 sa carrire fut trop longue pour que quelqu'un d'autre que lui ait pu la suivre ds le dbut1 elle fut aussi trop extraordinaire et trop hrisse d'obstacles pour que1 mme le plus fidle1 perdant le souffle1 ne restt en route4 ,presque toutes les poques de sa vie1 ,wagner se trouva en prsence d'amis qui l'eussent volontiers rig en dogme2 il en fut de mme1 pour d'autres raisons1 de ses ennemis4 ,pour peu que la puret de son caractre artistique et t moins prononce1 rien n'et t plus facile pour lui que de devenir plus tt l'arbitre des questions littraires et artistiques de notre poque--ce qu'il a fini par devenir aujourd'hui1 mais dans un sens beaucoup plus lev1 au point que tout ce qui se passe1 dans un domaine quelconque de l'art1 se voit involontairement traduit devant le tribunal de ses conceptions artistiques et de sa probit intellectuelle4 ,il a subjugu les volonts les plus antipathiques2 il n'y a plus un seul musicien de talent qui ne lui prte l'oreille dans son for intrieur et qui ne le juge plus digne d'tre cout que lui-mme et tout le reste de ce qui s'appelle musique4 ,quelques-uns de ceux qui veulent tout prix signifier quelque chose par eux-mmes luttent vraiment contre ce charme intrieur qui les subjugue2 ils se retranchent avec une application anxieuse dans le camp des anciens matres et prfrent appuyer leur indpendance sur ,schubert ou sur ,hndel que sur ,wagner4 ,vain effort6 ,en s'levant contre leurs sentiments les plus forts ils s'amoindrissent et se rapetissent en tant qu'artistes2 contraints d'accepter de mauvais allis et de mauvais amis1 ils altrent leur propre caractre4 ,quand ils sont au bout de tous ces sacrifices1 il leur arrive malgr tout1 peut-tre dans un rve1 de tourner leur oreille vers ,wagner4 ,ces adversaires sont plaindre2 ils s'imaginent qu'ils perdent beaucoup quand ils renoncent eux-mmes et ils sont dans l'erreur4 ,or1 il est certain que ,wagner se soucie peu de savoir si les musiciens vont se mettre composer dans sa manire1 ou s'ils composent en gnral3 il fait mme tout ce qu'il peut pour dtruire la fcheuse opinion qu'une nouvelle cole de compositeurs devrait se rattacher lui4 ,pour autant qu'il exerce une influence directe sur les musiciens1 il cherche les instruire dans la science de la grande dclamation2 il estime que1 dans l'volution de l'art1 le moment est venu o le dsir sincre de passer matre dans l'excution est beaucoup plus estimable que le dsir de produire soi-mme tout prix4 ,car1 au point o en est l'art aujourd'hui1 la consquence fatale de cette production est d'aplatir les effets de ce qui est vritablement grand1 en produisant tant bien que mal1 le plus possible et en moussant par un usage journalier les moyens et les procds du gnie4 ,mme ce qui est simplement bien en art est superflu et nuisible1 quand ce n'est que le rsultat de l'imitation de ce qu'il y a de meilleur4 ,les buts et les moyens de ,wagner ne font qu'un2 pour s'en rendre compte1 il ne faut que de la loyaut artistique2 et c'est tre dloyal que de s'approprier ses moyens et de les faire servir des buts diminus et diffrents4 ,si ,wagner se refuse donc tre confondu avec une foule de musiciens qui composent en s'inspirant de sa manire1 il impose avec d'autant plus d'insistance tous les talents la tche nouvelle de dcouvrir1 d'un commun accord avec lui1 les lois du style pour la diction dramatique4 ,il est pouss par la ncessit pressante de fonder1 pour son art1 la tradition d'un style1 une tradition au moyen de laquelle son uvre pourrait passer1 d'une poque l'autre1 sans que sa forme en soit altre1 jusqu' ce qu'elle ait atteint cet avenir en vue duquel son crateur l'avait imagine4 ,wagner est anim d'une ardeur infatigable pour communiquer autour de lui tout ce qui se rapporte cette fondation du style et1 par consquent1 la prennit de son art4 ,faire de son uvre1 vritable dpt sacr--pour parler avec ,schopenhauer1--fruit essentiel de son existence1 une proprit commune de toute l'humanit1 la mettre part pour une postrit qui la jugera mieux1 tel fut pour lui le but qui passe avant tous les autres buts1 et pour lequel il porte la couronne d'pines qui reverdira plus tard en couronne de lauriers4 ,il voulut aussi prendre des dispositions efficaces pour assurer la scurit future de son uvre1 imitant ainsi la prvoyance de l'insecte sa dernire mtamorphose1 qui met l'abri ses ufs pour se prparer une progniture qu'il ne verra jamais natre4 ,l'insecte dpose ses ufs en un endroit o ils trouveront1 un jour1 vie et subsistance1 et il meurt rassur sur l'avenir4 ,ce but1 qui passe avant tous les autres1 le pousse des innovations toujours nouvelles2 il en puise d'autant plus la source de sa communicativit surhumaine1 qu'il se sent en lutte avec le sicle qui se dtourne de lui1 faisant preuve de tant de mauvaise volont son gard4 ,cependant1 peu peu1 ce sicle lui-mme commence cder ses infatigables tentatives1 ses souples assauts1 et il prte l'oreille4 ,chaque fois que se montrait de loin une occasion plus ou moins importante d'expliquer ses ides par un exemple1 ,wagner tait prt le faire2 il remaniait ses ides en les adaptant aux circonstances et il trouvait moyen de les faire entendre travers l'interprtation la plus insuffisante4 ,chaque fois qu'une me demi capable de le comprendre s'ouvrait lui1 il y laissait tomber la semence de sa pense4 ,il rattache des esprances l o l'observateur de sang-froid ne fait que hausser les paules2 il se trompe cent fois pour l'emporter une seule fois sur cet observateur4 ,de mme que le sage n'a coutume de frquenter les hommes vivants qu'autant qu'il croit pouvoir augmenter par eux le trsor de son exprience1 de mme il semble que l'artiste ne puisse plus avoir de rapports avec les hommes de son temps1 lorsqu'ils ne concourent pas immortaliser son uvre4 ,on ne peut l'aimer lui-mme qu'en aimant cette immortalisation1 de mme que1 parmi les haines qu'on lui tmoigne1 il n'en ressent qu'une seule espce3 la haine1 qui voudrait rompre les ponts menant cet avenir de son art4 ,les disciples que ,wagner a duqus1 les musiciens et les interprtes auxquels il fit une seule observation1 auxquels il enseigna un seul geste1 les orchestres petits et grands qu'il dirigea1 les villes qui le virent dans toute l'ardeur de son activit1 les princes et les femmes qui prirent part ses projets1 moiti avec crainte1 moiti avec amour1 les diffrents pays de l',europe auxquels il appartint temporairement et o il fut pour les arts un juge et une conscience3 tout cela se transforma peu peu en un cho de sa pense et de ses efforts incessants vers une production future4 ,et quoique cet chec lui revnt souvent sous une forme confuse et dnature1 la force prpondrante de la voix formidable qu'il fit rsonner tant de fois dans le monde doit pourtant finir par provoquer un retentissement d'une puissance gale1 de telle sorte qu'il ne sera bientt plus possible de ne pas l'entendre ou de le mal comprendre4 ,maintenant dj ce retentissement branle les fondements des institutions artistiques de la socit moderne2 chaque fois que le souffle de son esprit passait sur ces plantations1 tout tait branl de ce qui tait dessch et ne pouvait rsister au vent4 ,mais il y a quelque chose qui parle un langage encore plus loquent que cette inquitude1 c'est le doute qui commence natre partout3 personne ne saurait dire ni o ni quand l'influence de ,wagner pourra inopinment se faire jour4 ,wagner est tout fait incapable de considrer le salut de l'art en le dtachant de toute autre circonstance1 en bien ou en mal2 partout o l'esprit moderne recle un danger quelconque1 sa clairvoyante mfiance y dcouvre aussi un danger pour l'art4 ,son imagination dcompose pice par pice l'difice de notre civilisation et rien ne lui chappe de ce qui est vermoulu ou construit la lgre2 si1 ce faisant1 il dcouvre des murs solides ou s'il tombe sur des fondations durables1 il songe aussitt en tirer parti pour son art1 les utilisant comme bastions ou comme abris protecteurs4 ,pareil un rfugi1 il cherche prserver1 non pas lui-mme1 mais un secret prcieux1 comme une femme malheureuse qui veut sauver la vie de l'enfant qu'elle porte dans son sein et non pas la sienne propre2 semblable ,sieglinde1 il vit pour l'amour de l',amour4 ,car c'est bien une vie de tourments et de honte que d'tre errant et tranger dans un monde comme le ntre et pourtant oblig de lui adresser la parole et de lui demander quelque chose1 de le mpriser et de ne pouvoir se passer de ce que l'on mprise4 ,c'est la misre particulire de l'artiste de l'avenir1 de celui qui ne peut pas1 comme le philosophe1 s'adonner seul1 dans une sombre retraite1 la recherche de la connaissance1 car il a besoin d'mes humaines comme mdiatrices entre lui et l'avenir1 il a besoin d'institutions publiques comme garanties de cet avenir1 comme ponts entre maintenant et plus tard4 ,son art ne peut pas tre confi1 comme celui des philosophes1 au vhicule de l'annotation crite2 l'art veut tre transmis par des facults vivantes et non par des signes et des notes4 ,pendant des priodes entires de la vie de ,wagner retentit cette crainte de ne pouvoir s'emparer des facults vivantes1 de se voir forcment rduit aux indications crites1 dfaut de l'exemple qu'il aurait voulu donner1 rduit montrer le ple reflet de l'action ceux qui lisent les livres1 ce qui quivaut en somme dire3 ceux qui ne sont pas des artistes4 ,wagner1 en tant qu'crivain1 subit la contrainte d'un homme courageux auquel on aurait coup la main droite et qui continue se battre de la main gauche2 il souffre toujours lorsqu'il crit1 car il est priv1 par une ncessit temporairement invincible1 de son vritable moyen de communication1 qu'il trouverait dans un exemple clatant et souverain4 ,ses crits n'ont rien de canonique1 rien de svre2 le canon1 il l'a dpos dans ses uvres d'art4 ,ils sont le rsultat de l'effort qu'il fait pour comprendre l'instinct qui l'a pouss composer les uvres1 des tentatives qu'il fait pour se regarder soi-mme en face4 ,ds qu'il est parvenu transformer son instinct en connaissance1 il espre que l'opration inverse se fera dans l'me de ses lecteurs4 ,c'est avec cette intention qu'il crit4 ,si par hasard le rsultat obtenu devait dmontrer qu'il a entrepris l quelque chose d'impossible1 ,wagner ne ferait que partager le sort de tous ceux qui ont rflchi sur l'art2 et il a sur la plupart d'entre eux l'avantage qu'en lui rside le puissant instinct de l'art total4 ,je ne connais pas d'crits esthtiques qui prodiguent plus de lumire que ceux de ,wagner2 tout ce qu'il est possible d'apprendre sur l'origine des uvres d'art c'est l qu'on le trouve4 ,c'est un gnie de premier ordre qui se dresse ici comme tmoin et qui1 travers une longue srie d'annes1 s'efforce de rendre son tmoignage toujours meilleur1 toujours plus clair1 plus indpendant1 plus dgag de l'imprcision2 mme lorsqu'un homme qui cherche la connaissance fait un faux pas1 l'tincelle jaillit du sol4 ,certains de ses crits1 comme ,beethoven1 ,de l',art de diriger1 ,comdiens et ,chanteurs1 ,etat et ,religion1 font taire toutes les vellits de contradiction et imposent au lecteur une mditation silencieuse1 profonde et recueillie1 comme il convient en prsence d'un prcieux reliquaire4 ,d'autres uvres1 particulirement celles de la premire priode1 sans en excepter ,opra et ,drame1 inquitent et agitent l'esprit4 ,il y rgne une irrgularit dans le rythme qui1 quand il s'agit de prose1 a quelque chose d'inquitant4 ,la dialectique y est souvent brise1 l'exposition est plutt entrave qu'acclre par des carts de sentiments2 une sorte de rpugnance crire pse sur ces pages comme une ombre1 tel point que l'on pourrait croire que la dmonstration spculative rpugne l'artiste4 ,ce qui gne peut-tre le plus celui qui n'est pas tout fait initi1 c'est un ton de dignit autoritaire difficile dfinir et qui n'appartient qu' ,wagner4 ,j'ai l'impression que1 quand ,wagner crit1 il croit parler devant des ennemis--car tous ses crits sont rdigs dans une langue parle et non pas dans une langue crite1 de sorte qu'ils paratront beaucoup plus clairs ds qu'on les entendra lire haute voix--devant des ennemis avec lesquels il ne va pas changer des familiarits1 en raison de quoi il les tient distance et se montre rserv4 ,or1 souvent1 l'ardeur entranante de ses sentiments n'en perce pas moins travers les plis de ce dguisement2 alors la priode artificielle1 lourde1 surcharge d'pithtes accessoires disparat et sa plume laisse chapper des phrases1 des pages entires qui peuvent tre comptes parmi les plus belles de la prose allemande4 ,cependant1 en admettant mme que dans ces passages de ses crits il s'adresse des amis et que le spectre de son adversaire ne surgit plus ses cts1 il faut avouer que les amis et les ennemis avec lesquels ,wagner s'explique en tant qu'crivain ont certains traits qui leur sont communs et qui les sparent essentiellement de ce peuple pour lequel ,wagner travaille en tant qu'artiste4 ,par le raffinement et la strilit de leur culture ils sont tous les points de vue l'oppos du peuple1 et celui qui veut tre compris par eux est forc de parler d'une manire impopulaire1 ainsi que l'ont fait nos meilleurs prosateurs1 ainsi que le fait ,wagner lui-mme4 ,on peut deviner quel point il a d se faire violence4 ,mais la force de cet instinct de prvoyance presque maternel1 pour lequel aucun sacrifice ne lui cote1 le fait rentrer dans cette atmosphre de savants et d'hommes cultivs que sa qualit de gnie crateur l'avait fait abandonner jamais4 ,il se soumet au langage de la culture et toutes les rgles de ses moyens de communication1 bien qu'il et t le premier sentir la profonde insuffisance de ces moyens4 ,car1 s'il y a quelque chose qui distingue son art de l'art des temps modernes1 c'est bien ceci qu'il ne parle plus le langage cultiv d'une caste particulire et qu'en gnral il ne connat plus de contraste entre les lettrs et les illettrs4 ,par l1 il se place en opposition directe avec toute la civilisation de la ,renaissance1 laquelle nous a envelopps jusqu' prsent1 nous autres hommes modernes1 de ses lumires et de ses ombres4 ,l'art de ,wagner1 en nous transportant par moments en dehors de cette civilisation1 nous permet de jeter un coup d'il d'ensemble sur son caractre uniforme4 ,alors nous voyons en ,gthe et en ,leopardi les derniers grands reprsentants attards des potes-philologues italiens1 en ,faust l'exposition du problme le plus antipopulaire que se soient pos les temps modernes1 sous la forme de l'homme thorique avide de connatre la vie4 ,le lied mme de ,gthe est imit de la chanson populaire et il ne saurait servir de modle celle-ci4 ,c'est donc avec le plus grand srieux que le pote pouvait offrir cette boutade aux mditations d'un de ses admirateurs3 ,mes compositions ne peuvent pas devenir populaires2 celui qui voudrait y songer et s'y appliquer serait dans l'erreur4 ,que1 d'une faon gnrale1 il puisse exister un art assez lumineux pour clairer les petits et les pauvres d'esprit1 en mme temps que ses rayons seraient assez chauds pour faire fondre l'orgueil des savants1 cela1 on ne pouvait pas le deviner1 il fallait en faire l'exprience4 ,mais dans l'esprit de tous ceux qui s'en rendent compte aujourd'hui1 toutes les notions d'ducation et de culture doivent tre bouleverses2 ils croiront voir s'carter le rideau qui leur cachait un avenir o il n'y aura plus de biens et de flicits suprmes qui ne soient communs tous4 ,et alors la honte qui s'attache au mot commun lui sera te4 ,si l'esprit se hasarde ainsi deviner le lointain avenir1 le regard clairvoyant se tournera vers l'inquitante incertitude sociale du prsent1 et ne se fera pas illusion sur les dangers que court un art qui semble n'avoir de racines que dans ce lointain avenir et qui nous laisse apercevoir plutt ses rameaux chargs de fleurs que le sol d'o il jaillit4 ,comment ferons-nous donc pour sauvegarder cet art sans patrie et pour le transmettre intact jusqu' cet avenir8 ,quelle digue opposerons-nous au flot de la rvolution1 qui semble partout invitable1 afin que la bienheureuse anticipation et la garantie d'un avenir meilleur1 d'une humanit plus libre1 ne soient pas entranes avec la masse de ce qui est destin prir et qui mrite de prir8 ,celui qui se pose cette question et qui est agit par ce souci a pris part aux inquitudes de ,wagner2 il se sentira pouss comme ,wagner rechercher1 parmi les puissances tablies1 celles qui sont animes de la bonne volont d'tre1 aux poques de bouleversements et de rvolutions1 les gnies protecteurs des plus nobles possessions de l'humanit4 ,c'est uniquement dans ce sens que ,wagner1 par ses crits1 s'adressa aux hommes cultivs pour leur demander de mettre en sret1 parmi les trsors qu'ils entendent garder1 le prcieux ,anneau de son art4 ,la grande confiance dont ,wagner a fait preuve jusque dans ses desseins politiques vis--vis de l'esprit allemand semble mme provenir mes yeux de ceci qu'il croit le peuple de la ,rforme capable de la force1 de la douceur1 de la bravoure qui sont ncessaires pour endiguer la mer de la rvolution dans le lit du fleuve paisible de l'humanit4 ,je serais mme tent de croire que c'est cela et non point autre chose qu'il a voulu exprimer par le symbolisme de sa ,marche ,impriale4 ,cependant1 l'aspiration gnreuse de l'artiste crateur est gnralement trop ardente1 l'horizon de sa philanthropie trop vaste pour que son regard puisse tre arrt par les barrires des nationalits4 ,comme celles de chaque bon1 de chaque grand ,allemand1 ses ides sont suprmement allemandes1 et le langage que parle son art ne s'adresse pas des nations1 mais des hommes4 ,ces hommes sont les hommes de l'avenir4 ,c'est l la foi qui lui est propre1 c'est l sa souffrance et son honneur4 ,a quelque tradition qu'il appartnt1 aucun artiste ne reut jamais de son gnie un don si extraordinaire en partage2 personne1 si ce n'est lui1 n'eut mler un breuvage d'une telle amertume au nectar divin que lui versait l'enthousiasme4 ,ce n'est pas1 comme on pourrait le croire1 l'artiste mconnu1 maltrait1 errant en quelque sorte au milieu de son poque qui sut adopter cette foi pour s'en revtir comme d'une armure pour sa dfense2 ni le succs1 ni l'insuccs auprs de ses contemporains ne parvinrent soit branler1 soit affirmer cette foi dans son me4 ,qu'elle l'exalte ou le rejette1 il n'appartient pas cette gnration4 ,il en juge lui-mme ainsi conformment son instinct2 et quant savoir s'il se trouvera jamais une gnration qui soit la sienne1 c'est quelque chose dont on ne saurait persuader celui qui ne veut pas y croire4 ,mais il se pourrait bien que ce mme incrdule se demandt de quelle nature devrait tre une gnration dans laquelle ,wagner reconnatrait son peuple1 une gnration qui incarnerait tous ceux qui prouvent une souffrance commune et qui veulent s'en dlivrer par un art commun tous4 ,schiller1 vrai dire1 tait anim de plus de foi et avait plus d'esprance4 ,il n'a pas demand quel pourrait tre l'aspect d'un avenir1 si l'instinct de l'artiste qui prdit cet avenir venait vrifier sa prdiction1 mais il a exig des artistes3 ,elevez-vous d'un vol hardi ,bien au-dessus de votre temps6 ,que vos crits soient un reflet ,de l'avenir dans le prsent6 #aa4 ,que la saine raison nous prserve de croire que l'humanit puisse trouver un jour un ordre de choses idal et dfinitif1 et qu'alors1 semblable au soleil des rgions tropicales1 le bonheur viendra faire tomber ses rayons d'un clat uniforme sur tous ceux qui vivraient ainsi sous l'ordre nouveau4 ,wagner n'a rien de commun avec de pareilles ides2 il n'est pas utopiste4 ,s'il ne peut pas se passer de sa foi en l'avenir1 cela signifie simplement qu'il discerne chez les hommes d'aujourd'hui certaines proprits qui n'appartiennent pas au caractre et a l'ossature immuable de l'espce humaine1 mais qui se montrent variables et mme prissables2 or1 c'est prcisment cause de ces proprits que l'art est aujourd'hui sans patrie et que ,wagner lui-mme doit tre le prcurseur et l'annonciateur d'une autre poque4 ,ce ne sera ni l'ge d'or1 ni un ciel sans nuages que trouveront ces gnrations venir que son instinct fait esprer ,wagner et dont les linaments approximatifs peuvent tre dduits du langage mystrieux de l'art wagnrien2 pour autant qu'il est possible de dduire d'un mode de satisfaction un genre de souffrance4 ,la bont surhumaine et la justice parfaite ne s'tendront pas non plus comme un arc-en-ciel immobile au-dessus des plaines de cet avenir4 ,il se pourrait mme que cette gnration venir part plus mauvaise que la ntre1 car1 dans le bien comme dans le mal1 elle sera plus ouverte4 ,peut-tre encore que l'me de cette gnration1 si elle s'exprimait une fois par des accords complets et libres1 branlerait et effrayerait nos mes1 comme si la voix d'un esprit malin1 jusque l invisible1 venait se faire entendre4 ,ecoutons plutt des propositions comme celle-ci3 la passion vaut mieux que le stocisme et l'hypocrisie2 tre honnte1 mme dans le mal1 vaut mieux que de se perdre soi-mme par gard pour la moralit reue2 l'homme libre peut aussi bien tre bon que mchant1 mais l'homme non affranchi est une honte de la nature et ne saurait avoir part ni la consolation cleste1 ni la consolation terrestre2 enfin1 celui qui veut tre libre doit le devenir par lui-mme1 car la libert n'est pour personne un don miraculeux qui tombe sans effort de la main des dieux4 ,quelque tranchants et peu rassurants que puissent paratre ces axiomes1 ils n'en sont pas moins des chos de ce monde futur qui aura vraiment besoin de l'art et qui pourra aussi en attendre de vritables satisfactions4 ,c'est le langage de la nature rintgre dans ses droits1 mme pour ce qui est de l'homme1 et c'est exactement ce que j'ai appel plus haut le sentiment vrai1 par opposition avec le sentiment fauss qui rgne aujourd'hui4 ,or1 pour la nature seule1 et non pas pour le sentiment faux et la nature dnature1 il est des satisfactions et des dlivrances vritables4 ,lorsque la nature dnature a fini par prendre conscience d'elle-mme1 il ne lui reste plus qu' dsirer le nant1 tandis que la nature vraie aspire la transformation par l'amour3 celle-l ne veut plus tre1 celle-ci veut devenir diffrente d'elle-mme4 ,que celui qui a pris conscience de cela fasse passer devant lui1 dans le silence de son me1 les simples motifs de l'art wagnrien et qu'il se demande part lui si c'est la vraie nature dnature qui se sert de ces motifs pour atteindre les fins que nous venons de dcrire4 ,l'errant dsespr trouve la dlivrance de son tourment dans l'amour compatissant d'une femme qui prfre mourir que de lui tre infidle3 c'est le motif du ,vaisseau fantme4--,la femme amoureuse1 renonant tout bonheur personnel1 devient une sainte par la divine transformation de l',amour en ,charit1 et sauve ainsi l'me de l'aim3 c'est le motif de ,tannhuser4 ,ce qu'il y a de plus magnifique et de plus sublime descend plein de sympathie parmi les hommes et ne veut pas qu'on lui demande son origine2 et lorsque la question fatale lui est pose1 il retourne avec un douloureux effort son existence suprieure2 c'est le motif de ,lohengrin4--,l'me aimante de la femme1 de mme que le peuple accueillent avec joie le gnie bienfaisant et novateur1 quoique les gardiens de la tradition et de la routine le repoussent et le calomnient3 c'est le motif des ,matres ,chanteurs4--,deux tres aimants1 sans connatre leur amour rciproque1 se croyant au contraire profondment blesss et mpriss1 exigent l'un de l'autre un philtre mortel1 soi-disant pour expier l'offense1 en ralit par une impulsion dont ils ne se rendent pas compte2 ils veulent1 par la mort1 tre dlivrs de toute sparation1 de toute dissimulation4 ,l'approche de la mort1 laquelle ils croient1 libre leur me et les entrane une flicit brve et pleine d'effroi1 comme s'ils avaient rellement chapp la clart du jour1 l'illusion1 la vie elle-mme3 c'est le motif de ,tristan et ,yseult4 ,dans l',anneau du ,niebelung le hros tragique est un dieu dont l'esprit est altr de puissance et qui1 en suivant toutes les voies qui y conduisent1 se lie par des contrats1 perd la libert et se trouve envelopp par la maldiction qui pse sur la puissance4 ,la perte de sa libert lui est dmontre prcisment par ceci qu'il ne lui reste plus aucun moyen de s'emparer de l',anneau d'or1 symbole de la toute-puissance terrestre et1 la fois1 incarnation des plus grands dangers pour lui-mme1 tant que cet anneau est entre les mains de ses ennemis4 ,la crainte de la fin et du crpuscule de tous les dieux s'empare de lui1 et aussi le dsespoir de devoir attendre cette fin sans pouvoir s'y opposer4 ,il a besoin de l'homme libre et sans crainte1 de l'homme qui puisse1 sans son conseil et son assistance1 en se rvoltant mme contre l'ordre divin1 accomplir de son propre mouvement l'action hroque interdite au dieu2 il ne le voit point paratre et il se trouve forc de se soumettre aux consquences de l'engagement qu'il a pris1 au moment mme o vient de joindre une nouvelle esprance4 ,c'est par sa main que doit prir ce qu'il a de plus cher2 la piti la plus pure doit tre punie par sa souffrance4 ,c'est alors qu'il a enfin horreur de la puissance qui n'enfante que le mal et l'esclavage2 sa volont brise se soumet et il dsire lui-mme cette fin qui le menace de loin4 ,mais c'est maintenant seulement que se ralise ce qu'il avait le plus dsir prcdemment3 l'homme libre et sans peur apparat2 sa naissance fut un dfi toutes les coutumes tablies2 ses parents portent la peine d'avoir t unis par un lien contraire l'ordre de la nature et la coutume4 ,ils prissent1 mais ,siegfried vit4 ,a la vue de son magnifique dveloppement et de son splendide panouissement le flot de dgot se retire peu peu de l'me de ,wotan4 ,il suit des yeux les destines du hros1 avec un amour et une sollicitude paternels4 ,comment ,siegfried forge son pe1 tue le dragon1 s'empare de l',anneau1 chappe la ruse la plus raffine et rveille ,brunehilde2 comment la maldiction qui pse sur l',anneau ne le mnage pas plus que les autres1 et l'enserre de plus en plus prs2 comment1 fidle dans l'infidlit1 blessant par amour ce qu'il aime le plus1 il est envahi par les ombres et les brumes du crime1 mais finit par s'en dgager1 resplendissant1 tel le soleil1 pour disparatre et mourir1 en allumant dans le ciel un immense et radieux incendie qui purifie le monde de la maldiction 444 le dieu voit tout cela1 lui dont la lance souveraine s'est brise dans la lutte avec le plus libre des hommes et qui s'est vu ravir sa puissance2 il le voit et son cur se remplit de joie cause de sa propre dfaite1 de sympathie pour le triomphe et la souffrance de son vainqueur4 ,son regard embrasse les derniers vnements avec un bonheur douloureux1 il est devenu libre par amour et il s'est dlivr de lui-mme4 ,et maintenant1 interrogez votre conscience1 homme d'aujourd'hui6 ,ce pome a-t-il t compos pour vous8 ,vous sentez-vous le courage d'tendre la main vers les toiles de ce firmament de beaut et de bont pour vous crier3 ,c'est notre vie que ,wagner a ainsi transporte dans les cieux6 ,o sont1 parmi vous1 les hommes qui sont capables d'interprter d'aprs leur propre vie l'image de ,wotan et qui grandissent toujours davantage eux-mmes plus ils s'effacent comme lui8 ,qui d'entre vous1 sachant et se rendant compte que la puissance est mauvaise1 serait prt renoncer la puissance8 ,o sont ceux qui1 comme ,brunehilde1 sacrifieraient leur science leur amour1 pour finir cependant par puiser dans leur vie la science suprme8 ,le deuil profond de l'amour afflig m'ouvrit les yeux4 ,et ceux qui sont libres et sans crainte1 croissant et s'panouissant en eux-mmes dans une innocente spontanit1 o sont les ,siegfried parmi vous8 ,celui qui pose cette question et la pose en vain sera forc de tourner ses regards vers l'avenir2 et s'il devait dcouvrir dans un lointain quelconque ce peuple qui serait en droit de lire sa propre histoire dans les traits caractristiques de l'art wagnrien1 il finirait par comprendre aussi ce que ,wagner sera pour ce peuple 444 quelque chose qu'il ne peut tre pour aucun de nous1 non point prophte d'un lointain avenir1 comme nous pourrions tre tents de le croire1 mais l'interprte et le glorificateur d'un pass4 ,,appendice ,r,,flexions ,,sur ,,richard ,,wagner 7,,janvier #ahgd7 ,a quel moment de sa vie ,nietzsche a-t-il cess d'tre l'admirateur et le disciple de ,richard ,wagner8 ,on sait que l'auteur de ,zarathoustra1 douze ans aprs avoir publi ,richard ,wagner ,bayreuth1 opuscule laudatif qui fut salu en #ahgf par les adeptes du matre comme l'vangile de la philosophie wagnrienne1 lana dans le monde ce pamphlet ironique et svre1 dont le titre seul suffit indiquer les tendances4 ,le ,cas ,wagner suscita la colre du cnacle de ,bayreuth4 ,mais du moins rappela-t-il aux wagnriens que ,nietzsche existait encore et que son uvre tait moins ngligeable qu'ils avaient prtendu l'affirmer quand parut ,humain1 trop ,humain4 ,froissement de vanit1 folie des grandeurs1 dclarrent-ils premptoirement1 sans prendre la peine de s'enqurir des origines d'un sentiment qui1 chez ,nietzsche1 tait antrieur au triomphe de ,wagner4 ,disciple du musicien-pote1 vrai dire1 ,nietzsche ne le fut jamais et son admiration se tempra toujours d'importantes rserves que lui dictait sa clairvoyance4 ,mais1 faisant taire ses scrupules1 il se donna sans rserve l'uvre wagnrienne1 parce qu'il y trouvait la possibilit de raliser ce qui1 aux environs de #ahgj1 lui importait plus que toute autre chose1 la rgnration de la culture allemande4 ,et enfin1 par-dessus tout1 il aimait ,wagner et ne cessa jamais de l'aimer4 ,le jeune professeur de philologie classique l',universit de ,ble avait trouv1 l'ermitage de ,trebschen1 prs de ,zurich1 un accueil chaleureux et une cordialit qu'il avait ignors jusqu' ce jour4 ,pour la premire fois1 il entrait en contact intime avec un milieu vritablement suprieur et les ides de ,wagner1 dveloppes au cours de longues conversations1 ouvraient sa juvnile intelligence des horizons peine entrevus jusque l4 ,d'autre part1 ,mme ,cosima ,wagner1 la premire femme de grand style qu'il et rencontre1 rvlait au savant1 confin dans ses tudes1--il avait vingt-quatre ans lorsqu'il fut nomm ,ble en #ahfi--;de nouvelles faons de sentir et lui faisait connatre ces moralistes franais dont il devait s'inspirer plus tard pour raliser une uvre si contraire aux doctrines wagnriennes4 ,entre #ahfi et #ahgc1 ,nietzsche fut souvent l'hte assidu et choy de ,trebschen4 ,de nombreux tmoignages datant de cette poque font preuve1 de part et d'autre1 d'un attachement sincre4 ,quand l'uvre de ,bayreuth commena prendre forme1 ,nietzsche s'y dvoua corps et me4 ,il fut de toutes les runions prparatoires1 de tous les comits d'organisation et peu s'en fallut qu'il n'abandonnt la carrire universitaire pour s'improviser confrencier et collecteur1 parcourant les pays allemands pour recueillir des fonds destins raliser le thtre de l'avenir4 ,mais la propagande n'excluait pas la clairvoyance4 ,dj ,nietzsche jugeait froidement l'homme qu'il vnrait plus que tout autre4 ,l'intimit de tous les jours lui avait rvl les petitesses dont le gnie mme le plus pur est rarement exempt4 ,doutait-il dj de la grandeur de l'uvre8 ,le certain est que1 dans les moments o il se livrait un svre examen de conscience1 il se demandait si l'art wagnrien1 dont il connaissait maintenant tous les dtours1 parviendrait jamais raliser les hautes esprances qu'il avait places en lui4 ,et la mission de ,wagner1 laquelle il croyait encore avec ferveur1 lui semblait parfois s'garer vers des considrations singulirement terre terre4 ,au commencement de #ahgd1 l'uvre de ,bayreuth parut soudain irrmdiablement compromise4 ,wagner s'tait install avec toute sa famille dans la petite ville bavaroise4 ,le thtre-modle tait presque termin1 mais l'argent manquait pour parachever son amnagement intrieur et mettre en place la machinerie complique de la scne4 ,ce fut parmi les amis du compositeur une vritable consternation4 ,j'ai contract une alliance avec ,wagner1 avait crit ,nietzsche4 ,mais que devenait cette alliance si le rve commun de tant d'annes allait ne pas se raliser8 ,nietzsche se pose brusquement la question et1 au fond de lui-mme1 il trouve aussitt la rponse3 ,qu'importe ,bayreuth6 ,souffrit-il1 quand cette exclamation lui vint sur les lvres8 ,sans doute1 mais son instinct de vracit tait plus fort que son sentiment d'attachement pour ,wagner4 ,c'est alors qu'il note sur son calepin1 rapidement et d'un seul jet1 les rflexions dont nous publions plus loin la traduction4 ,avec une cruelle lucidit il juge l'uvre du matre vnr et1 en mme temps1 il apprcie leur juste valeur les hsitations du public1 rbarbatif la musique de l'avenir4 ,toutes les rserves qu'il avait faites1 part lui1 lui reviennent la mmoire et il les note avec une hte fbrile4 ,c'est1 malgr certains flottements dans l'expression1 malgr certaines obscurits1 une analyse rigoureuse de la maladie wagnrienne1 o nous sont rvles1 en quelque sorte avant la lettre1 toutes les qualits qui prteront plus tard un accent original au moindre aphorisme du philosophe de ,par del le bien et le mal4 ,nietzsche1 pour la premire fois1 prend conscience de ce qui le spare de ,wagner et son opposition avec l'art wagnrien s'affirme sous une forme concrte4 ,quelques semaines plus tard1 on apprend soudain que l'inquitude des amis de ,bayreuth n'avait pas t justifie4 ,louis ,,ii de ,bavire venait1 en effet1 de mettre #cjj4jjj thalers 7#cge4jjj francs7 la disposition de ,wagner et le thtre de l'avenir pouvait enfin s'achever4 ,la joie est grande parmi les partisans du matre et ,nietzsche partage cette joie6 ,les ,rflexions sur ,wagner1 restes l'tat de notes intimes1 sont enfouies au fond d'un tiroir et le jeune disciple s'apprte faire son premier plerinage ,bayreuth444 ,de nouveau la lgende de ,wagner reprend le dessus dans les proccupations de ,nietzsche et le vrai ,wagner1 dont il vient d'esquisser les traits1 s'efface dans sa mmoire4 ,peut-tre estima-t-il aussi que la cause du musicien tait d'importance plus haute que la personne du musicien4 ,la possibilit d'une culture allemande1 qu'il rattache directement l'horizon de ,bayreuth1 revient au premier plan de ses proccupations1 et quand1 enfin1 deux ans plus tard1 en #ahgf1 le ,festspielhaus allait enfin tre ouvert au public1 il fait taire toutes les objections1 pour pouvoir offrir aux plerins de la nouvelle ,jrusalem l'loquent brviaire de ,richard ,wagner ,bayreuth4 ,en crivant ainsi l'apologie du musicien1 ,nietzsche prend cong du matre de sa jeunesse4 ,par un suprme effort de sa volont 7les brouillons qui ont t conservs dmontrent son point de vue ngatif71 il dresse un monument de pit et d'admiration celui qu'il a dj cess d'estimer4 ,ce dcompte avec le pass est une vritable uvre de libration4 ,l'artiste1 quand il idalise sa souffrance1 se dbarrasse des liens d'une passion malheureuse4 ,ainsi ,nietzsche idalisa ,wagner1 pour oublier que l'homme qui avait t le plus grand bonheur de sa vie fut aussi celui qui le dut le plus cruellement4 ,oublier1 le put-il jamais compltement8 ,il devait au contraire penser sans cesse cette amiti qui lui avait procur les fortes motions de sa vie4 ,et quand1 plus tard1 dix ans aprs la brouille dfinitive1 il crivit le ,cas ,wagner1 le mot amiti revient encore et sans cesse sous sa plume4 ,j'ai aim et vnr ,wagner plus qu'il ne le fut jamais1 crit le philosophe en #ahhh4 ,faut-il un autre commentaire ces quelques notes de svre critique que l'on va lire1 au cours desquelles ,nietzsche1 par amour de la vrit1 dmolit l'idal de sa jeunesse8--,h4 ,a4 #a4 ,wagner tente de renouveler l'art en s'appuyant sur la seule base qui existe encore1 sur le thtre3 l les masses sont encore vritablement mues et ne s'en font pas accroire comme dans les muses et les concerts4 ,a vrai dire1 il s'agit de masses grossires1 et toute tentative de dominer de nouveau la thtrocratie est apparue jusqu' prsent comme vaine4 ,problme3 l'art doit-il continuer tre l'apanage d'une secte et vivre dans l'isolement8 ,est-il possible de l'amener la domination8 ,c'est l qu'il faut chercher la signification de ,wagner2 il essaie de se procurer la tyrannie l'aide des masses thtrales4 ,sans doute1 si ,wagner avait t ,italien1 serait-il parvenu atteindre son but4 ,l',allemand n'a aucune estime pour l'opra1 qu'il considre toujours comme quelque chose d'import1 comme quelque chose qui n'est pas de chez lui4 ,on peut mme dire qu'il ne prend pas au srieux tout ce qui touche le thtre4 #b4 ,il y a quelque chose de comique dans ceci3 ,wagner ne parvient pas convaincre les ,allemands qu'il faut prendre le thtre au srieux4 ,en face de ses tentatives1 ils demeurent froids et bonasses2 alors ,wagner s'chauffe1 comme si le salut de l',allemagne dpendait de lui4 ,maintenant surtout1 les ,allemands s'imaginent avoir des occupations plus srieuses et cela leur apparat comme une joyeuse fantaisie que quelqu'un se tourne vers l'art d'une faon si solennelle4 ,rformateur1 ,wagner ne l'est pas1 car1 jusqu' prsent1 tout est rest dans le mme tat que par le pass4 ,en ,allemagne tout le monde prend ses affaires au srieux2 alors on rit de celui qui a la prtention d'accaparer pour son compte toute l'attention que l'on porte aux choses srieuses4 ,il faut considrer3 l'influence de la crise financire2 l'incertitude gnrale de la situation politique2 les doutes qui s'lvent sur la direction rflchie des destines allemandes4 ,le temps o l'on se passionnait pour les choses de l'art 7,liszt1 etc47 est pass4 ,une nation srieuse ne veut pas que les quelques rares choses qu'elle prend la lgre dgnrent2 il en est ainsi pour les ,allemands des arts du thtre4 ,cause dterminante3 l'importance de l'art1 telle que le conoit ,wagner1 ne cadre pas avec nos conditions sociales et le dveloppement qu'a pris le travail4 ,de l la rpulsion instinctive contre ce qui apparat comme mal appropri4 #c4 ,l'importance que ,wagner prte l'art n'a rien d'allemand4 ,ici nous manquons mme d'un art dcoratif4 ,tout intrt public pour l'art fait dfaut4 ,ou bien il est savant1 ou bien tout fait vulgaire4 ,de-ci de-l1 on rencontre l'aspiration isole vers le beau4 ,la musique occupe une situation spciale1 mais la musique elle-mme n'est pas parvenue crer une organisation1 empcher l'importation de la musique thtrale4 --,celui qui aujourd'hui applaudit au thtre rougit le lendemain de son geste3 nous avons nos autels du foyer domestique3 ,beethoven1 ,bach--alors le souvenir se prend plir4 #d4 ,wagner s'est trouv en face d'un public d'ducation trs varie2 la rceptivit n'tait pas la mme pour l'uvre et pour la musique4 ,il a pris le public pour une unit et a cru que les accs de sympathie jaillissaient du mme fond1 c'est--dire qu'il considrait comme certain que l'effet d'ensemble n'tait qu'une addition des effets de dtail uniformment distribus4 ,il y avait1 selon lui1 une somme dtermine de plaisir produite par la musique1 une somme gale produite par l'excution thtrale et enfin la mme somme par le plaisir que suscite le drame4 ,maintenant il a appris ses dpens qu'une grande comdienne est dans le cas de lui brouiller son calcul4 ,mais alors son idal s'intensifie4 ,combien suprieur sera l'effet produit si la musique1 l'excution1 etc41 allaient de pair avec le talent de la comdienne6 #e4 ,le premier problme que se pose ,wagner est le suivant3 ,pourquoi ne parviens-je pas raliser un effet au dehors1 du moment que moi je ressens cet effet8 ,cette question le pousse une critique du public1 de l',etat1 de la socit4 ,il tablit entre l'artiste et le public le rapport du sujet l'objet 444 et il le fait navement4 #f4 ,wagner est une nature de lgislateur3 il nglige beaucoup de relations et ne s'emptre pas dans les petites choses2 il coordonne tout en grand et ne peut tre jug par les dtails pris isolment3 la ,musique1 le ,drame1 la ,posie1 l',etat1 l',art1 etc4 ,la musique ne vaut pas grand'chose1 la posie non plus1 le drame non plus1 l'art thtral n'est souvent que de la rhtorique--mais tout cela1 quand on voit grand1 a son unit et se trouve au mme niveau4 #g4 ,le gnie de ,wagner est une fort qui se dveloppe2 on ne saurait le comparer un arbre4 #h4 ,la srnit de ,wagner est pareille au sentiment de scurit qu'prouve celui qui sort des plus grands dangers1 des excs les plus graves1 pour rentrer dans ce qui est limit et intime2 tous les hommes avec qui il est en relations apparaissent comme des priodes dtermines de sa propre carrire 7du moins ne comptent-ils pas autrement pour lui71 c'est pourquoi il peut maintenant tre gai et suprieur1 car il peut se jouer de toutes les difficults1 de toutes les objections4 #i4 ,l'une des qualits de ,wagner1 c'est qu'il ne connat ni frein ni mesure1 il monte jusqu'au dernier degr de sa force1 de son sentiment4 ,l'autre qualit1 c'est son suprme don de comdien1 transpos dans un autre domaine et qui abandonne la voie la plus proche pour prendre possession d'un terrain nouveau4 ,pour se raliser directement il lui manque la taille1 la voix1 et la modration qu'il faudrait4 #aj4 ,wagner est un comdien n1 mais il se trouve1 en quelque sorte1 dans la situation de ,gthe1 qui tait peintre sans avoir les mains d'un peintre4 ,son talent cherche des chappatoires et il les trouve4 ,or il faut imaginer ce que peuvent devenir tous ces instincts en dfaut lorsqu'ils agissent d'un commun accord4 #aa4 ,si ,gthe est un peintre dvoy1 ,schiller un orateur dvoy1 ,wagner est un comdien dvoy4 ,il ajoute ses talents la musique4 #ab4 ,wagner se trouve en face de la musique dans la situation d'un comdien3 c'est pourquoi il est capable de faire parler l'me de musiciens dissemblables et de placer cte cte des univers diffrents 7,tristan1 les ,matres chanteurs74 #ac4 ,la simplicit dans la conception des drames est l'indice du comdien4 --,wagner apprcie ce qui est simple dans la construction dramatique1 parce que c'est ce qui fait le plus d'effet4 ,il rassemble tous les lments effet1 une poque qui a besoin de moyens trs vulgaires et trs violents1 cause de l'tat d'hbtement o elle se trouve4 ,ce qui est magnifique1 enivrant1 droutant1 grandiose1 terrible1 bruyant1 laid1 extasiant1 nerveux1--tout cela a droit de cit4 ,dimensions normes1 moyens normes4 ,l'irrgularit1 la splendeur surcharge et l'abondance des ornements produit l'impression de la richesse et de l'abondance4 ,il sait ce qui agit encore sur nos hommes2 nos hommes6 il les idalise encore et il les place trs haut4 #ad4 ,en tant que comdien1 il tendait n'imiter l'homme qu'agissant et vritable1 agit par les passions les plus hautes4 ,car sa nature extrme voyait1 dans toutes les autres conditions1 faiblesse et dfaut de vrit4 ,lorsque l'artiste dpeint des passions1 il s'expose aux dangers les plus extraordinaires4 ,se proccuper de ce qui enivre1 de ce qui est sensuel1 extatique1 soudain1 de ce qui veut tre en mouvement tout prix--abominables tendances6 #ae4 ,son retour la nature1 c'est--dire la passion1 est suspect1 parce que c'est de la passion que l'on parvient tirer le plus d'effets4 ,on ne saurait imaginer la possibilit d'un art qui serait de pure improvisation2 vis--vis de la musique allemande ce point de vue est des plus nafs4 ,l'unit organique de ,wagner est dans le drame1 mais c'est pour cela qu'elle ne parvient pas 7souvent pas7 pntrer la musique1 pas plus qu'elle ne pntre le texte4 ,celui-ci laisse l'impression de l'improvisation4 7,l'improvisation n'est bonne que chez les artistes parfaits1 et non pas chez ceux qui sont dans leur devenir2 mais elle trompe toujours et produit une impression factice de richesse47 #af4 ,l'intemprance et l'imagination sans bornes taient sans doute chez lui une seconde nature4 #ag4 ,il ne veut pas tre injuste et demander un artiste la puret et le dsintressement1 tels que les possdaient1 par exemple1 ,luther1 etc4 ,mais en ,bach et en ,beethoven nous apparat une nature plus pure4 ,l'extase chez ,wagner est souvent force et pas assez nave2 de plus1 par des contrastes trop violents1 il en accentue les effets4 #ah4 ,le dsir du repos1 de la fidlit--aprs que les passions ont t dchanes sans mesure--dans le ,hollandais volant4--,dans ,tannhuser il cherche motiver une srie d'tats extatiques chez un mme individu2 il semble croire que c'est seulement dans ces tats que s'affirme l'homme naturel4 ,dans les ,matres chanteurs et dans certaines parties de ses ,niebelungen il revient la domination de soi2 il y est plus grand que dans les abandons extatiques4 ,la limitation lui sied bien4 ,il apparat comme un homme disciplin par ses instincts artistiques4 #ai4 ,dangers de la musique dramatique1 pour la musique4 ,dangers du drame musical pour le pote dramatique4 ,dangers pour le chanteur4 #bj4 ,entre la musique et les paroles il y a la possibilit d'un lien vritablement organique3 dans le lied4 ,souvent aussi dans des scnes tout entires4 ,il existe un idal qui consiste amalgamer le drame et la musique dans un semblable rapport2 le modle se trouve dans la danse du chur antique4 ,mais aussitt le but apparat comme plac trop haut1 car nous ne possdons pas encore le style du mouvement2 pas encore de dveloppement aussi savant dans l'orchestration que l'est celui de notre musique4 ,or1 contraindre la musique se placer au service d'une violence naturaliste1 c'est la diminuer et y mettre de la confusion1 pour la rendre ensuite incapable d'accomplir la tche commune4 ,qu'un art comme celui de ,wagner nous plaise infiniment1 qu'il offre un horizon infini de dveloppement artistique1 il n'y a cela aucun doute4 ,mais le sens des pomes6 ,pourvu que la musique ne devienne pas mauvaise et que la forme ne fasse pas dfaut6 ,au service des gesticulations dans ,hans ,sachs 7,beckmesser7 la forme dgnre invitablement4 --,la musique pour le personnage de ,beckmesser atteint le superlatif2 elle ne saurait exprimer quelqu'un qui est battu davantage et davantage maltrait4 ,on a vritablement piti1 comme quand on voit qu'un bossu est raill4 #ba4 ,on ne peut sauter le degr qui mne de la danse la symphonie4 ,que reste-il1 sinon la contre-partie naturaliste de la passion vritable et sans rythme8 ,mais l'art ne peut venir bout de la nature sans style4 ,il y a des excs de l'espce la plus douteuse dans ,tristan1 par exemple les explosions la fin du second acte4 ,le drglement dans la scne du pugilat des ,matres chanteurs1 ,wagner sent que1 pour ce qui touche la forme1 il a toute la rudesse des ,allemands et prfre s'enrler sous la bannire de ,hans ,sachs que sous celle des ,franais ou des ,grecs4 ,pourtant1 notre musique allemande 7,mozart1 ,beethoven7 s'est assimil la forme italienne1 comme c'est le cas de notre chanson populaire1 et c'est pourquoi1 avec la richesse nuance de ces lignes1 elle ne correspond plus la grossiret paysanne et bourgeoise4 #bb4 ,la langue se hausse jusqu' l'expression la plus forte--l'allitration4 ,l'orchestre aussi4 ,la justesse d'expression n'apparat pas comme ce qu'il y a de plus important1 mais la force enivrante du pressentiment4 #bc4 ,dans le sublime1 ,wagner se conforme la rgle et au rythme2 dans les dtails1 il est souvent violent et sans rythme4 #bd4 ,l'interruption des grandes priodes rythmiques1 le perptuel enjambement de la phrase sur la mesure produit1 en effet1 l'impression de l'infini1 de la mer2 mais c'est l un procd d'art et non pas une loi rgulire1 malgr l'effort que fait ,wagner pour lui en donner l'estampille4 ,nous nous y prcipitons d'abord littralement1 nous cherchons des priodes1 pour tre dsillusionns1 et finalement nous nous noyons dans les flots4 #be4 ,dans certaines harmonies1 il a quelque chose d'agrable et de rsistant tout la fois1 comme quand on fait jouer une clef dans une serrure complique4 #bf4 ,pourrait-on parler chez ,wagner de superbe musique toute nue8 ,il a devant l'esprit l'image de l'tre intime devenu visible1 d'un processus de sentiment qui prend aspect de mouvement--c'est cela qu'il s'applique rendre et c'est du suprme ,schopenhauer de vouloir saisir directement la volont4 ,la musique comme image d'une existence1 par la succession4 #bg4 ,il y a danger en ceci que dans le mouvement et l'action du drame rsident les motifs pour le mouvement de la musique1 de telle sorte que la musique se trouve dirige par ces mouvements4 ,il n'est pas ncessaire que l'un des deux prenne la direction de l'autre4 ,dans l'uvre d'art complte1 nous avons le sentiment de la simultanit conditionne4 #bh4 ,wagner considre comme une erreur d'envisager1 dans l'uvre d'art de l',opra1 un moyen d'expression--la musique--comme but1 le but de l'expression tant considr comme moyen4 ,par consquent1 c'est la musique qui est considre par lui comme moyen d'expression--ce qui est caractristique pour le comdien4 ,pour une symphonie1 il y a donc lieu de demander ds lors3 si c'est la musique qui est ici le moyen d'expression1 qu'est-ce qui en est le but8 ,le but ne saurait donc rsider dans la musique2 ce qui par essence est moyen d'expression doit avoir quelque chose exprimer4 ,wagner estime que c'est le drame4 ,sans le drame1 il considre la musique seule comme un non-sens4 ,alors on peut se poser cette question3 pourquoi tant de bruit8 ,en vertu de ce principe ,wagner considrait la ,neuvime ,symphonie comme l'uvre par excellence de ,beethoven1 parce que1 par l'adjonction de la parole1 le compositeur donnait la musique sa signification1 faisant d'elle un simple moyen d'expression4 ,moyen et but--,musique et ,drame--doctrine ancienne4 ,gnralit et exemple--,musique et ,drame--doctrine nouvelle4 ,si cette dernire doctrine est la vraie1 la gnralit ne peut1 en aucune faon1 tre dpendante de l'exemple1 en d'autres termes3 la musique absolue est dans son droit et la musique du drame doit tre1 elle aussi1 une musique absolue4 ,pourtant il ne faut envisager tout cela que comme symbole et image--il n'est pas rigoureusement exact que le drame n'est qu'un exemple pour la gnralit de la musique4 ,en quoi y a-t-il espce et exemple8 ,dans les mouvements des attitudes 7pour ne parler ici que du drame mimique74 ,or1 les mouvements d'une figure peuvent signifier1 eux aussi1 la gnralit1 car ils expriment des tats d'me intimes qui sont beaucoup plus abondants et plus nuancs que leur rsultante sous forme de mouvements excuts par l'homme intrieur4 ,c'est pourquoi une attitude est souvent mal interprte4 ,de plus1 il y a quelque chose d'infiniment conventionnel dans tous les gestes3 l'homme absolument libre est une image trompeuse4 ,mais1 si l'on abandonne le mouvement de la figure pour ne plus parler que de l'motion qui l'agite1 la musique devrait tre la gnralit1 l'motion de telle ou telle personne1 le particulier4 ,or1 la musique est prcisment l'motion du musicien exprime en sons1 donc en tous les cas celle d'un individu4 ,et il en a toujours t ainsi 7si l'on fait abstraction de la doctrine purement formaliste de l'arabesque des sons74 ,on se trouvait donc en prsence d'une contradiction absolue3 une expression tout fait dtermine du sentiment jaillissant sous forme de musique 7absolument prcis7--et1 ct1 le drame1 cte cte d'expressions de sentiments tout fait dtermins par des paroles et des gestes4 ,comment ceux-ci peuvent-ils s'identifier8 ,le musicien peut1 vrai dire1 ressentir1 dans son for intrieur1 toutes les pripties du drame et les rendre sous forme de musique pure 7l'ouverture de ,coriolan74 ,cette reproduction prend alors1 en face du drame lui-mme1 le sens d'une gnralisation2 les motifs politiques1 les arguments sont ngligs et seule parle l'absurde volont4 ,dans toute autre acception1 la musique dramatique est une mauvaise musique4 ,que deviennent cependant la prtendue simultanit et le paralllisme absolu1 dans l'ensemble de l'action1 chez le musicien et dans le drame8 ,la musique ne fait que dranger l'auteur dramatique1 car pour exprimer quelque chose il lui faut du temps1 souvent pour une seule motion du drame toute une symphonie4 ,que devient1 pendant ce temps1 le drame8 ,wagner utilise1 pour remplir ces intervalles1 le dialogue1 d'une faon gnrale les paroles4 ,il faut alors ajouter une nouvelle puissance et une nouvelle difficult3 la langue4 ,celle-ci s'exprime en conceptions abstraites4 ,les conceptions abstraites sont soumises1 elles aussi1 des rgles du temps qui leur sont propres4 ,la mimique1 le monde des conceptions abstraites1 la musique1 chacun de ces lments exprime dans une chronomtrie diffrente le sentiment qui est sa base4 ,dans le drame parl rgne une puissance qui1 pour s'affirmer1 a besoin du temps le plus considrable1 la conception abstraite4 ,c'est pourquoi l'action est souvent un repos qui prend des formes plastiques et se manifeste par des groupes4 ,surtout dans l'antiquit3 l'art plastique au repos exprime un tat d'me dtermin4 ,la mimique se trouve donc dans une dpendance directe avec le drame parl4 ,or1 le musicien a besoin de temps tout fait diffrents1 et1 au fond1 on ne saurait lui imposer aucune loi3 un sentiment entam peut se prolonger longtemps chez un musicien et tre bref chez un autre4 ,quelle exigence1 donc1 de vouloir que le langage des ides et le langage des sons aillent de pair6 ,pourtant1 la parole elle-mme soutient un lment musical4 ,la phrase violemment sentie possde une mlodie qui est aussi l'image d'une forte motion de la volont4 ,cette mlodie peut tre utilise au point de vue artistique et on peut l'interprter l'infini4 ,l'assemblage de tous ces facteurs parat irralisable2 tel musicien rendra certaines motions que suscitent chez lui le drame et ne saura rien faire de la plus grande partie de ce drame1 de l probablement le rcitatif et la rhtorique4 ,le pote ne parviendra pas venir en aide au musicien et1 par le fait1 ne pourra lui-mme se tirer d'affaire2 il souhaite de ne versifier qu'autant de texte qu'on peut en chanter4 ,mais de cela il ne possde que la conscience thorique et non pas la conscience intime4 ,l'acteur1 d'autre part1 en tant que chanteur1 devra faire une foule de choses qui ne sont pas dramatiques1 ouvrir par exemple la bouche1 etc42 il lui faut adopter des manires conventionnelles4 ,or1 tout cela serait chang1 s'il arrivait une fois au comdien d'tre la fois musicien et pote4 ,wagner utilise le geste1 le langage1 la mlodie de la parole et1 en outre1 les symboles reconnus de l'expression musicale4 ,il suppose1 comme condition1 une musique trs dveloppe qui a dj conquis l'expression dtermine1 reconnaissable et revenant toujours nouveau1 pour reproduire une infinit d'motions4 ,par ces citations musicales il rappelle l'auditeur un tat d'me particulier1 o l'interprte veut qu'on le situe4 ,ds lors1 la musique est devenue vritablement un moyen d'expression1 et c'est pourquoi1 au point de vue artistique1 elle se trouve un degr infrieur1 car elle n'est plus organique par elle-mme4 ,maintenant le matre musicien parviendra encore combiner les symboles de la faon la plus ingnieuse2 mais la connexion et le plan se trouvant au del et en dehors de la musique1 celle-ci ne saurait tre organique4 ,pourtant1 il serait injuste de reprocher cela l'auteur dramatique4 ,il a le droit d'utiliser la musique comme moyen en vue du drame1 de mme qu'il utilise la peinture comme un moyen4 ,une pareille musique1 si on la prend telle qu'elle est1 peut tre compare l'allgorie peinte2 le sens propre ne se trouve pas dans l'image que l'on voit1 c'est pourquoi cette image peut tre trs belle4 #bi4 ,tout ce qui est grand1 surtout quand cela est nouveau1 est dangereux2 la plupart du temps on le voit s'imposer comme s'il n'y avait rien d'autre qui ft justifi4 #cj4 ,gthe ne doutait pas non plus qu'il ft capable de faire ce qui lui plaisait4 ,son got et sa facult de ralisation marchaient de pair4 ,la prsomption4 ,tout ce qui agissait fortement sur ,wagner1 il prtendait le raliser4 ,il ne comprenait chez ses modles que ce qu'il pouvait imiter4 ,nature la ,schopenhauer4 #ca4 ,wagner est une nature dominante4 ,il ne se trouve dans son lment que lorsqu'il peut dominer1 alors seulement il est modr et solide4 ,l'entrave mise son instinct de domination le rend excessif1 excentrique et rbarbatif4 #ca bis4 ,wagner est trop immodeste pour un ,allemand2 que l'on songe donc ,luther1 notre chef de file4 #cb4 ,l'homme qui se sent capable de ces extases dmesures1 de ces formidables alinations de soi conserve rarement sa modestie1 car seul celui qui sait se sent pouss la modestie2 l'enthousiaste qui ignore est sans limites4 ,il faut ajouter cela le culte du gnie nourri par ,schopenhauer4 #cc4 ,wagner est homme moderne et ne sait pas se donner du courage et s'affermir par la foi en ,dieu4 ,il ne croit pas tre dans la main d'un tre de bont1 mais il croit en lui-mme4 ,personne n'est plus tout fait honnte vis--vis de soi-mme quand il n'a foi qu'en soi4 ,wagner met de ct toutes ses faiblesses par le fait qu'il les met au compte de notre poque et de ses adversaires4 #cd4 ,il se dcharge de ses faiblesses par le fait qu'il les met au compte des temps modernes4 ,il a une foi naturelle en la bont de la nature lorsque celle-ci agit librement4 ,il value tout1 l',etat1 la socit1 la vertu la mesure de son art1 et1 se trouvant dans un tat de mcontentement1 il souhaite que le monde soit ananti4 ,se dbarrassant des remords et des torts1 parce qu'il se sent grandir1 sans cesse1 il oublie vite l'injustice2 lev sur un degr nouveau1 celle-ci lui apparat dj de mince importance1 comme si elle tait cicatrise4 ,il sait se consoler de tout1 comme ,schopenhauer4 #ce4 ,la facult artistique ennoblit l'instinct effrn et lui impose des limites1 le concentre 7vers le dsir de rendre l'uvre aussi parfaite74 ,c'est ce pouvoir qui ennoblit toute la nature de ,wagner4 ,toujours il se dresse vers des buts plus levs1 aussi levs qu'il peut les apercevoir2 ces buts deviennent toujours meilleurs et enfin ils apparaissent de plus en plus dtermins et par cela mme plus prs4 ,c'est ainsi que le ,wagner actuel ne semble plus correspondre au ,wagner d',opra et ,drame1 socialiste2 le but d'autrefois parat plus noble1 mais il est seulement plus lointain et plus indtermin4 ,sa conception actuelle de l'univers1 de l',allemagne1 etc41 est plus profonde1 bien qu'elle soit d'essence plus conservatrice4 #cf4 ,il est heureux que ,wagner ne soit pas n dans une classe plus leve de l'chelle sociale1 qu'il ne soit pas n noble et que son activit ne se soit pas exerce dans une sphre politique4 ,il ne s'est pas abstenu de rflchir des possibilits politiques2 pour son malheur il ne l'a pas fait en prsence du roi de ,bavire1 lequel1 tout d'abord1 ne lui a pas reprsent son uvre2 en second lieu1 l'a moiti sacrifi par des reprsentations provisoires et1 enfin1 qui lui a fait une rputation trs impopulaire1 parce que c'est l'influence de ,wagner que l'on attribuait les excentricits de ce prince4 ,il s'est tout aussi malheureusement compromis avec la rvolution2 il perdit les protecteurs fortuns1 veilla la crainte et apparut finalement aux partis socialistes comme rengat2 tout cela sans aucun avantage pour son art et sans aucune ncessit suprieure4 ,c'est enfin un indice de sa maladresse1 car il ne sut nullement deviner la situation de #ahdh4 ,en dernier lieu1 il offensa les ,juifs1 qui ont maintenant le plus d'argent en ,allemagne et qui dtiennent la presse4 ,lorsqu'il le fit1 ce ne fut pas parce qu'une vocation l'y pressait1 plus tard ce fut de la vengeance4 ,s'il a eu raison avec la confiance extrme qu'il place en ,bismarck1 un avenir qui n'est pas trs loign nous l'apprendra4 #cg4 ,la jeunesse de ,wagner est celle d'un dilettante avec des talents multiples qui n'arrive rien4 #ch4 ,il se sauva de son emploi parce qu'il ne voulait plus servir4 #ci4 ,j'ai souvent absurdement dout du don musical chez ,wagner4 #dj4 ,aucun de nos grands musiciens n'a t un aussi mauvais musicien que ,wagner l'tait encore dans sa vingt-huitime anne4 #da4 ,sa nature se divise peu peu3 ct de ,siegfried-,walther-,tannhuser se place ,hans ,sachs-,wotan4 ,il apprend trs tard comprendre l'homme4 ,tannhuser et ,lohengrin sont les chimres d'un adolescent4 #db4 ,wagner s'est tellement habitu sentir en mme temps dans des arts diffrents qu'il est devenu compltement insensible la musique nouvelle1 cela au point qu'il la rejette thoriquement4 ,il en est de mme pour les uvres potiques4 ,de l ses nombreux diffrends avec des contemporains4 #dc4 ,aucune pit ne vient au-devant de lui1 le musicien le considre comme un intrus1 comme illgitime4 #dd4 ,la fausse toute-puissance dveloppe chez ,wagner quelque chose de tyrannique4 ,il a le sentiment qu'il est sans hritiers--c'est pourquoi il cherche donner ses ides rformatrices une base aussi large que possible pour les transmettre en quelque sorte par adoption4 ,l'aspiration la lgitimit4 ,le tyran ne permet aucune individualit de subsister ct de la sienne et celle de ses confidents4 ,le danger pour ,wagner est grand s'il n'accorde pas leur place ,brahms1 etc42 ou bien aux ,juifs4 #de4 ,ses dons de comdien s'affirment en ceci qu'il n'est jamais comdien dans sa propre vie4 ,en tant qu'crivain il est rhteur1 sans la force de persuader4 #df4 ,dans son valuation des grands musiciens1 il emploie des expressions trop fortes1 c'est ainsi qu'il appelle par exemple ,beethoven un saint4 ,prsenter l'adjonction des paroles dans la ,neuvime ,symphonie comme une action capitale1 il faut avouer que c'est un peu fort6 ,il veille la mfiance par ses loges aussi bien que par ses critiques4 ,le gracieux et l'agrable aussi bien que la beaut pure1 le reflet d'une me parfaitement quilibre lui chappent1 aussi cherche-t-il les dprcier4 #dg4 ,placer ,shakespeare et ,beethoven cte cte1 c'est l l'ide la plus audacieuse1 la plus folle que l'on puisse imaginer4 #dh4 ,wagner1 en tant qu'crivain1 ne reproduit pas l'image fidle de ce qu'il est vritablement4 ,il ne sait pas composer3 l'ensemble ne prend pas de relief1 dans les dtails il fait des digressions1 il est obscur1 il n'est pas insouciant et suprieur4 ,il est dpourvu d'une sereine arrogance4 ,tout ce qui est agrable et gracieux lui fait dfaut et aussi la prcision dialectique4 #di4 ,une forme particulire de l'orgueil de ,wagner ce fut de se comparer aux grands hommes du pass3 ,schiller1 ,gthe1 ,beethoven1 ,luther1 la tragdie grecque1 ,shakespeare1 ,bismarck4 ,c'est seulement avec l'poque de la ,renaissance qu'il n'a pas trouv de terme de comparaison2 mais il a invent l'esprit allemand par opposition avec l'esprit latin4 ,il y aurait une intressante caractristique de l'esprit allemand faire d'aprs son modle4 #ej4 ,wagner est certainement l'homme qui gote actuellement avec le moins de prventions les petites vertus allemandes et l'troitesse d'esprit1 car il les voit succomber et il conspire avec elles contre ce qui triomphe maintenant4 #ea4 ,comment ,wagner a-t-il recrut ses adhrents8 ,des chanteurs qui1 en tant qu'acteurs du drame1 devenaient intressants et auxquels il offrait une nouvelle possibilit d'agir1 peut-tre avec une voix mdiocre4 ,des musiciens qui se faisaient instruire par le matre de la diction musicale2 la diction musicale doit tre si gniale que l'on ne saurait arriver la conscience de l'uvre elle-mme4 ,des musiciens d'orchestre qui autrefois s'ennuyaient au thtre4 ,des musiciens qui s'appliquaient enivrer et fasciner le public par des moyens directs et qui apprirent les effets du coloris de l'orchestration wagnrienne4 ,toutes les catgories de mcontents1 qui de n'importe quel bouleversement espraient gagner quelque chose pour eux-mmes4 ,des hommes qui prennent feu et flamme pour toute espce de progrs4 ,ceux qui s'ennuyaient en coutant la musique que l'on faisait jusqu' prsent et qui trouvaient maintenant que leurs nerfs taient plus vigoureusement secous4 ,des hommes qui se laissent entraner par tout ce qui est tmraire et audacieux4--,il eut bientt pour lui les virtuoses1 bientt une partie des compositeurs2 peine si l'un ou l'autre peut se passer de lui4 ,des littrateurs avec tous les obscurs besoins de rforme4 ,des artistes qui admirent sa faon de vivre indpendant4 #eb4 ,wagner1 en tant que penseur1 est au mme niveau que ,wagner en tant que musicien et pote4 #ec4 ,l'art rassemble une fois toutes les qualits excitantes qu'il possde encore pour agir sur les ,allemands modernes444 ,le caractre1 le savoir1 tout est runi4 ,un formidable effort pour se maintenir et dominer1 et cela dans une poque qui est rbarbative l'art4 ,poison contre poison4 ,toutes les exaltations se tournent1 en utilisant la polmique1 contre des forces considrables rbarbatives l'art4 ,on attire soi des lments religieux et philosophiques1 l'aspiration vers l'idylle1 tout1 tout6 #ed4 ,il faut songer quelle est l'poque qui ici se cre un art3 une poque dchane1 haletante1 sans piti1 avide de gain1 informe1 incertaine dans ses fondements1 presque dsespre1 dpourvue de navet1 consciente de part en part1 sans noblesse1 violente1 lche4 #ee4 ,par l'chec il ne faudrait pas irriter ,wagner davantage1 on finirait par le rendre trop furibond4 #ef4 ,une sorte de contre-rformation2 la contemplation transcendantale a t affaiblie l'extrme2 la beaut1 l'art1 l'amour de la vie ont t fortement vulgariss1 sous le contre-coup de l'esprit protestant4 ,christianisme idalis d'essence catholique4 #eg4 ,l'art de ,wagner plane au-dessus des sommets1 il est transcendantal2 que doit en faire notre pauvre bassesse allemande8 ,il vous a un aspect de fuite hors de ce monde2 il est la ngation de ce monde1 il ne transfigure pas4 ,c'est pourquoi il n'agit pas directement comme moralisateur1 indirectement d'une faon quitiste4 ,nous ne voyons ,wagner proccup que d'une chose1 procurer son art un asile en ce monde2 mais que nous importe un ,tannhuser1 un ,lohengrin1 un ,tristan1 un ,siegfried6 ,il semble pourtant que ce soit la destine de l'art1 une poque comme la ntre1 d'enlever la religion agonisante une partie de sa force4 ,de l l'alliance de ,wagner avec ,schopenhauer4 ,on devine que peut-tre bientt la civilisation n'existera plus que sous forme de sectes1 menant une existence claustrale et se sparant du monde qui les entoure4 ,le vouloir-vivre de ,schopenhauer trouve ici son expression artistique3 quelle sourde agitation sans but6 quelles extases6 quels dsespoirs6 quels accents de souffrance et de dsir6 quels cris d'amour et d'ardeur6 ,rarement un gai rayon de soleil mais beaucoup de fantasmagories dans les clairages6 ,dans une semblable position rside pour l'art sa force et sa faiblesse2 il est bien difficile de revenir de l-bas vers la vie simple4 ,ce n'est plus de rendre la ralit meilleure qui est le but1 mais de l'anantir1 de la faire s'vanouir sous le charme4 ,la force rside dans le caractre sectaire3 cet art est extrme et exige de l'homme une acceptation absolue4--,un homme est-il capable de devenir meilleur sous l'influence de cet art et de la philosophie de ,schopenhauer8 ,certainement1 pour ce qui est de la vracit4 ,si1 du moins1 une poque o le mensonge et les conventions sont si ennuyeux et si dpourvus d'intrt1 la vracit n'tait pas si intressante6 ,si divertissante6 ,si pleine de charme esthtique6 #eh4 ,ne pas oublier que c'est une langue de thtre que parle l'art wagnrien2 il n'a pas sa place au foyer familial1 dans la camera4 ,cette langue ressemble celle d'un discours populaire qu'on ne saurait imaginer sans une forte exagration mme de ses passages les plus nobles4 ,elle doit exercer son action dans le lointain et donner une forme au chaos populaire1 par exemple le ,kaisermarsch4 ,beaucoup d'erreurs naissent du fait que celui qui juge prend pour point de dpart un art partiel 7l'art du foyer74 #ei4 ,il est trs possible que ,wagner fasse perdre aux ,allemands le got de s'occuper des arts distincts4 ,peut-tre mme pourrait-on tirer de l'influence qu'il exercera plus tard l'image d'une culture unitaire qu'on ne saurait raliser en additionnant des aptitudes et des connaissances spciales4 #fj4 ,il possde le sentiment de l'utilit dans la diversit1 c'est pourquoi je le tiens pour un reprsentant de la culture4 ,,notes ,,pour ,,le ,,cas ,,wagner 7#ahhe-ahhh7 ,le problme ,wagner ne cessa d'intresser ,nietzsche pendant les dernires annes de sa vie intellectuelle4 ,il le confondait avec le problme de la modernit1 un de ceux auxquels il a le plus rflchi1 et comme son amiti pour le gnial compositeur resta1 malgr la sparation1 l'vnement important de toute son existence1 ce fut sur la personne de l'uvre et sur ,wagner qu'il exera le plus volontiers ses facults critiques4 ,nous l'avons vu juger svrement le musicien1 avant mme que d'crire son apologie4 ,spar de ,wagner1 quand la publication d',humain1 trop humain eut rendu toute communion impossible1 il n'en resta pas moins proccup sans cesse de ce qui touchait aux ides du matre4 ,n'appartenaient-ils pas tous deux la mme sphre intellectuelle1 n'avaient-ils pas les mmes amis1 les mmes disciples8 ,ce fut1 entre les deux hommes1 pendant quelques annes1 une vritable lutte d'influences1 o celle de ,wagner devait finir par triompher4 ,par toutes les fibres de son cur1 nonobstant les rserves que lui commandait son intelligence1 ,nietzsche tenait ,bayreuth4 ,il avait trop sacrifi au culte qu'il poursuivait maintenant de sa haine pour n'en pas conserver une profonde1 une ingurissable blessure4 ,le romantisme1 le christianisme1 ces deux maladies dont souffre l'homme moderne1 il avait pu en faire le diagnostic en s'tudiant lui-mme1 avant d'tudier ,wagner4 ,dans la fureur qu'il mit les combattre1 on devine une secrte affinit dont sa ngation mme affirme la puissance4 ,nietzsche avait pu renier ,wagner1 mais le problme ,wagner resta pour lui le plus intressant des problmes4 ,zarathoustra fourmille de passages o le philosophe chante sa libration1 et dans tous les volumes d'aphorismes on retrouvera des allusions ,wagner4 ,quand ,parsifal fut excut pour la premire fois ,bayreuth en #ahhb1 ,nietzsche sjournait non loin de l1 ,trautenburg4 ,fut-il tent de refaire le plerinage qui en #ahgf lui avait procur une si amre dsillusion8 ,en tous les cas1 il s'intressa la reprsentation et trouva tout naturel que sa sur voult y assister4 ,le #be juillet il crivait son ami le musicien ,peter ,gast3 ,dimanche j'ai t ,nauenbourg pour prparer un peu ma sur l'audition de ,parsifal4444 ,et1 tandis qu'il travaille la partition1 des rminiscences lui viennent4 ,j'avoue qu'avec une vritable terreur je me suis de nouveau rendu compte quel point je suis parent de ,wagner444 ,vous entendez bien1 cher ami1 que1 par l je ne veux pas louer ,parsifal6 ,quelle soudaine dcadence6 ,quels tours la ,cagliostro6 99 99 99 99 99 ,mais ,nietzsche ne pouvait se drober compltement au charme de la musique wagnrienne4 ,adversaire par principe des ides de ,wagner1 il reste l'admirateur du grand artiste qu'il avait aim4 ,il chappe aux sductions de ,kundry1 mais le magicien ,wagner captive encore ses sens4 ,une curieuse lettre crite de ,nice1 en date du #ba janvier #ahhg1 au mme ,peter ,gast1 enregistre cette impression3 ,dernirement j'ai entendu pour la premire fois 7 ,monte-,carlo7 le prlude de ,parsifal4 ,quand je vous reverrai je veux vous dire exactement ce que j'ai compris4 ,en faisant abstraction de toutes les questions dplaces 7 quoi peut servir une pareille musique1 quoi elle doit servir71 et si l'on se place un point de vue purement esthtique1 on ne peut se demander si ,wagner a jamais fait quelque chose de meilleur4 ,la plus haute conscience psychologique1 par rapport ce qui doit tre dit1 se trouve exprime et communique ici2 la forme la plus brve et la plus directe de cette conception2 chaque nuance du sentiment pousse jusqu' l'pigramme2 une prcision de la musique1 en tant qu'art descriptif1 qui fait songer un cusson travaill en relief2 et1 en fin de compte1 un sentiment sublime et extraordinaire1 un vnement de l'me plac au fond de la musique dont ,wagner peut tirer le plus grand honneur2 une synthse d'motions qui pour beaucoup d'hommes1 mme d'hommes suprieurs1 pourraient sembler incompatibles2 une svrit justiciaire1 une lvation au sens effrayant du mot1 une comprhension et une pntration qui sectionne l'me comme avec un couteau--et encore3 de la compassion avec ce que l'artiste aperoit et juge4 ,il y a des choses semblables chez le ,dante et nulle part ailleurs4 ,un peintre a-t-il jamais peint un regard d'amour aussi mlancolique que ,wagner1 avec les derniers accents de son prlude#b8 ,les deux fragments dont nous donnons plus loin la traduction sont des notes prparatoires pour le ,cas ,wagner1 mais leur texte n'a pas t utilis pour la rdaction dfinitive de cet opuscule4 ,ils serviront en tous cas prciser davantage les relations entre deux hommes dont les univers intellectuels se confondent si souvent pour aboutir des voies diffrentes4 ,en condamnant ,wagner1 ,nietzsche lui a rendu le plus magnifique hommage4 ,il a tenu prciser cet hommage dans un chapitre d',ecce homo3 ,je crois que je sais mieux que n'importe qui de quels prodiges ,wagner est capable3 l'vocation de cinquante univers de ravissements tranges que personne d'autre que lui ne peut atteindre tire d'ailes4 ,et1 tel que je suis1 assez fort pour faire tourner mon avantage ce qu'il y a de plus problmatique et de plus dangereux afin de devenir plus fort encore1 j'appelle ,wagner le plus grand bienfait de ma vie4 ,ce qui nous nuit1 c'est que nous avons profondment souffert1 aussi l'un par l'autre1 plus que les hommes de ce sicle seraient capables de souffrir4 ,cette alliance associe ternellement nos noms dans l'avenir4--,h4 ,a4 ,i #a4 ,aujourd'hui1 en ,allemagne1 le malentendu au sujet de ,richard ,wagner est norme1 et comme j'ai contribu l'augmenter1 je veux payer ma dette en essayant de l'amoindrir444 #b4 ,ce que j'ai crit moi-mme1 autrefois1 dans mes jeunes annes1 au sujet de ,schopenhauer et de ,wagner--et1 plutt que de l'crire1 je l'ai peint1 peut-tre en fresques trop audacieuses1 exubrantes1 trop juvniles1--je ne veux du moins pas l'examiner ici1 dans ses dtails1 pour dterminer jusqu' quel point ce fut vrai ou faux4 ,en admettant cependant que je me fusse alors tromp1 mon erreur ne constituerait un dshonneur ni pour ceux que j'ai nomms1 ni pour moi-mme4 ,c'est quelque chose de se tromper ainsi2 c'est quelque chose aussi d'induire ce point en erreur quelqu'un de mon espce2 ce fut1 de toute faon1 pour moi un inapprciable bienfait1 lorsque je dcidai de peindre le philosophe et l'artiste1 qui sont en quelque sorte mon propre impratif catgorique1 de ne pas utiliser mes couleurs nouvelles pour quelque chose d'imaginaire1 mais de pouvoir poser mes touches en quelque sorte sur un dessin prpar d'avance4 ,sans le savoir1 je ne parlai que pour moi et au fond seulement de moi-mme4 ,cependant1 tout ce que j'ai alors vcu1 j'y vis pour une catgorie particulire d'hommes des expriences typiques qu'il me parut tre mon devoir d'exprimer4 ,et celui qui lit ces crits1 d'une me jeune et fougueuse1 devinera peut-tre les vux difficiles par lesquels je m'engageai alors pour la vie1 par lesquels je me dcidai vivre ma vie2 puisse-t-il tre du petit nombre de ceux qui ont le droit de s'engager dans une voie semblable et de faire des vux identiques6 #c4 ,il y eut une poque o1 secrtement1 je commenai rire de ,richard ,wagner2 ce fut au moment o il se prparait jouer son dernier rle pour se prsenter devant ces bons ,allemands avec les attitudes d'un faiseur de miracles1 d'un sauveur1 d'un prophte et mme d'un philosophe4 ,et comme je n'avais pas encore cess de l'aimer1 mon propre rire me mordit au cur1 ainsi qu'il arrive chacun de ceux qui se sparent de leur matre pour trouver enfin1 leur propre chemin4 ,c'est vers cette poque que fut crite l'tude un peu vive qu'on lira plus loin et dont il me semble que bien des jeunes ,allemands pourront encore tirer profit4 ,moi-mme1 tel que je suis dispos aujourd'hui1 je souhaiterais que tout cela ft dit d'une faon plus patiente et aussi plus cordiale et plus dlicate4 ,dans l'intervalle1 j'ai trop devin la douloureuse et pouvantable tragdie cache derrire la vie de l'homme qu'tait ,richard ,wagner4 #d4 ,ngligeons momentanment la question de savoir quelle valeur ,richard ,wagner peut avoir et aura encore pour celui qui n'est pas musicien4 ,incontestablement ,wagner a donn aux ,allemands de cette poque l'ide la plus large de ce que pourrait tre un artiste3 le respect que l'on doit l'artiste a grandi soudain jusqu' des proportions dmesures2 partout il a soulev de nouvelles valuations1 de nouveaux dsirs1 de nouveaux espoirs2 le caractre mme de son uvre d'art1 seulement promis1 incomplte et imparfaite1 n'y eut peut-tre pas la moindre part4 ,qui donc n'a pas appris son cole8 ,non pas directement1 ainsi qu'ont fait les excutants et les hommes attitudes1 de toutes espces1 mais indirectement1 l'occasion de ,richard ,wagner1 comme on pourrait dire4 ,mme les problmes de la connaissance philosophique ont t puissamment influencs par son uvre1 il n'y a cela aucun doute4 ,il y a aujourd'hui une foule de questions esthtiques dont avant ,wagner mme les gens les plus subtils n'avaient pas le flair--avant tout le problme du comdien et des rapports de celui-ci avec les diffrents arts1 pour ne point parler des problmes psychologiques1 tels que le caractre et l'art de ,wagner les font natre en quantit4 ,il faut concder cependant que1 pour autant qu'il s'aventure lui-mme sur le terrain de la connaissance1 loin de mriter des loges1 il est digne de la rprobation la plus absolue2 c'est en intrus aussi immodeste et maladroit qu'il pntre dans les jardins de la science1 et la faon dont ,wagner se met philosopher apparat comme du dilettantisme de l'ordre le plus rprhensible2 qu'on n'ait mme pas su en rire1 cela peut paratre foncirement allemand et fait partie du vieil et trs germanique culte de l'obscurit4 ,mais si l'on veut tout prix lui rendre aussi des honneurs et lui lever des statues comme un ,penseur--la bonne volont1 la soumission de ses partisans ne sauraient y manquer--eh bien1 je prconiserais de le reprsenter comme le gnie de l'obscurit allemande en personne1 tenant un flambeau d'o se dgagerait une paisse fume1 enthousiasm et trbuchant par-dessus une pierre4 ,quand ,wagner pense1 il trbuche6444 #e4 ,mais le musicien ,richard ,wagner8--,wagner et encore ,wagner1 c'est aujourd'hui la devise444 #f4 ,avec tout cela1 nous autres amis de la musique1 nous sommes bout de patience4 ,nous avons si longtemps fait la meilleure mine au mauvais jeu de la wagnrie6 ,a l'aide de toutes les vertus et de toutes les esthtiques nous nous sommes convaincus et persuads1 durant un interminable jour de pluie1 que le plus mauvais temps peut tre du beau temps4 ,combien de charme1 nous sommes-nous dit1 se trouve cach dans l'orage et dans les noirs nuages menaants6 ,comme la pluie s'entend tomber sur la mlodie infinie6 ,quel incomparable spectacle est celui d'un coup de foudre au milieu de l'interminable et grise tristesse6 ,et le tonnerre donc6 ,mais1 enfin1 nous voulons voir de nouveau le ciel se dgager et1 pour le moins1 le beau soir que nous avons bien mrit1 aprs une journe si vertueuse1 mais si mauvaise6--,vraiment8 ,est-ce le soir8 ,dj le soir tombe-t-il8 ,votre meilleur art1 la musique1 est-il1 lui aussi1 son dclin8444 ,mes amis1 voici quelqu'un qui n'y croit plus4 ,nous sommes encore bien loigns du dclin1 et l'art de ,wagner ne correspond ni au midi ni au couchant de notre art2 il n'est qu'un dangereux accident1 une exception et un problme par quoi toutes les svres consciences d'artistes ont t mises l'preuve6 ,nous avons appris dire non au bon moment2 tout musicien sincre et profond dit aujourd'hui non en face de ,wagner et de lui-mme1 dans la mesure o il wagnrise encore1--et il le fera avec d'autant plus d'nergie qu'il aura t l'cole de ,wagner et que ,wagner lui aura appris quelque chose4 #g4 ,il se peut que les musiciens mal dous1 avides d'argent et d'honneur1 soient aujourd'hui en mauvaise posture2 prcisment pour eux il y a1 dans la faon dont ,wagner fait de la musique1 un attrait raffin4 ,car il est facile de composer avec les procds et les artifices de ,wagner2 il se peut aussi1 tant donn le besoin dmagogique d'exciter les masses1 qui est propre nos artistes d'aujourd'hui1 que cela soit rmunrateur1 c'est--dire d'un effet plus considrable1 plus crasant1 plus frappant1 plus saisissant et quelles que soient les pithtes favorites et tratresses de la populace thtrale et des dilettantes enthousiasms4 ,mais1 que signifient1 en fin de compte1 en matire d'art1 le bruit et l'enthousiasme des masses8 ,la bonne musique n'a jamais de public2 elle n'est et ne saurait tre ouverte tous1 elle appartient aux tres de choix1 elle doit exister1 toujours et exclusivement--pour parler en image--pour la camera4 ,les masses devinent celui qui s'entend le mieux les flatter2 elles tmoignent1 leur faon1 de la reconnaissance tous les talents dmagogiques et elles leur rendent la pareille aussi bien qu'elles peuvent4 7,comment les masses s'entendent tmoigner de la reconnaissance1 et avec quel esprit1 quel got1 la mort de ,victor ,hugo en a fourni un tmoignage instructif47 ,au cours de tous les sicles franais1 a-t-on jamais imprim et dit en ,france tant de sottises qui dshonorent qu' cette occasion8 ,mais aux obsques de ,richard ,wagner les flatteries de la reconnaissance s'garrent jusqu' profrer le pieux souhait3 le salut pour le sauveur6 #h4 ,il est incontestable que l'art wagnrien agit aujourd'hui sur les masses4 ,ne trouvons-nous pas l une indication prcisment pour ce qui concerne cet art8 ,il y a trois bonnes choses dans l'art1 trois choses dont les masses n'ont jamais eu le sens3 la noblesse1 la logique et la beaut--pulchrum est paucorum hominum--pour ne point parler d'une chose meilleure encore1 le grand style4 ,c'est du grand style que ,wagner se trouve le plus loign2 ce que ses procds ont de dmesur et d'hroquement fanfaron est l'oppos mme de ce qu'il y a dans son art de tendre sduction1 de charmes multiples1 d'inquiet1 d'incertain1 de captivant1 de momentan1 de secrte exaltation1 de toute cette mascarade supra-sensible des sens malades et quel que puisse tre le nom que l'on donne tout ce qui est typiquement wagnrien4 ,d'abord et avant tout l'attitude saisissante6 ,quelque chose qui renverse et fait frissonner6 ,qu'importe la raison suffisante6 ,une sorte d'ambigut1 mme dans le rythme de la phrase1 fait partie de ses procds favoris1 une sorte d'ivresse et de somnambulisme qui ne sait plus dduire logiquement et qui pousse une volont dangereuse obir et cder aveuglment4 ,il y a quelque chose de trs sduisant dans l'illogique1 dans le demi-logique--,wagner s'en est rendu compte fond1--surtout pour les ,allemands qui prennent le manque de clart pour de la profondeur4 ,la virilit et la svrit d'un dveloppement logique lui sont restes fermes1 mais il trouva quelque chose qui pourrait faire plus d'effet4 ,la musique1 a-t-il crit1 n'est toujours qu'un moyen1 le but c'est le drame4 ,le drame8 ,au fond1 ce n'tait autre chose que l'attitude6 ,c'est ainsi du moins que ,wagner le comprit pour lui-mme4 #i4 ,que l'on observe donc nos femmes1 quand elles sont wagnrises3 quelle absence de libre-arbitre6 ,quel fatalisme dans le regard mourant6 ,quelle soumission6 ,quelle rsignation6 ,peut-tre se doutent-elles mme que1 dans cet tat de volont suspendue1 elles ont un charme et un attrait de plus pour certaines espces d'hommes6 ,quelle autre raison leur faudrait-il encore pour adorer leur ,cagliostro1 leur faiseur de miracles8 ,chez les vritables mnades de l'adoration wagnrienne on peut mme conclure sans hsitation de l'hystrie1 de la maladie4 ,il y a quelque chose qui n'est pas normal dans leur sexualit2 ou bien ce sont les enfants qui manquent1 ou bien1 au meilleur cas1 les hommes4 #aj4 ,il se peut qu'il en soit autrement des jeunes gens wagnriens4 ,c'est peut-tre prcisment le libre arbitre1 la libert de la volont chez ,wagner que ces jeunes gens dcouvrent dans son art insidieux4 ,d'une faon gnrale1 ce fut certainement la mme chose que1 vers #ahbh1 les disciples passionns de ,victor ,hugo vnrrent chez leur idole4 ,ces jeunes gens wagnriens1 dont le lustre et les vertus juvniles refltent encore pour le moment l'image de ,richard ,wagner1 vnrent en lui le ,matre des grands mots et des grandes attitudes--la musique de ,wagner est toujours attitude1--l'avocat de tous les sentiments enfls1 de tous les dsirs sublimes2 ensuite le novateur et le briseur d'entraves dans la lutte contre la discipline artistique ancienne1 plus svre et peut-tre plus limite1 le pionnier de nouveaux accs1 de nouveaux points de vue1 de nouveaux lointains1 de nouvelles profondeurs1 de nouvelles altitudes de l'art2 enfin1 et ce n'est pas l l'argument le moins ngligeable1 ces jeunes ,allemands vnrent en ,wagner un chef1 quelqu'un qui est capable de commander1 de se reposer sur lui seul1 de renvoyer toujours lui-mme1 de s'affirmer avec opinitret et toujours au nom du peuple lu1 des ,allemands6 ,bref1 ce qui sduit c'est le caractre de tribun populaire et de dmagogue de cet artiste1 car ,wagner lui aussi fait partie des dmagogues de l'art qui savent agir sur l'instinct des masses et qui1 par l mme1 subordonnent les instincts de ces jeunes gens dont les dsirs vont la puissance4 ,de quel got abominable est1 chez ,wagner1 cette mise en scne de soi-mme1 ces jeunes gens enthousiastes ne s'en sont pas encore aperus4 ,la jeunesse a droit au mauvais got1 c'est son droit elle4 ,mais si l'on veut savoir o un vieux preneur de rats rou peut mener l'innocence et l'empressement inconsidr des jeunes gens1 jusqu'o va sa sduction1 qu'on jette un regard sur ces marcages littraires du fond desquels1 dans ces dernires annes1 le matre vieilli1 en compagnie de ces jeunes1 aimait chanter 7chanter est-ce bien l le vrai mot87--je veux parler des ,feuilles de ,bayreuth si mal fames6 ,c'est l vritablement un marcage3 de l'arrogance1 du germanisme1 et de la confusion dans les ides1 en un triste ple-mle1 un intolrable sirop1 sucr de compassion1 coul par l-dessus2 ml tout cela un penchant purement thorique pour les lgumes verts et une larmoyante sympathie pour les btes2 tout ct une haine sans fard de la science1 une haine vritable et foncire qui n'a rien de thorique et1 en gnral1 le persiflage et la calomnie de tout ce qui bouchait et bouche encore la route de ,wagner 7combien le gnaient la nature noble de ,mendelssohn et la nature pure de ,schumann672 avec cela une habile recherche des troupes d'appui1 des avances faites aux partis puissants1 par exemple le jeu malpropre des regards tourns vers les symboles chrtiens 7,wagner1 le vieil athe1 l'antinomiste et l'immoraliste1 plein d'onction1 fait mme une fois appel au sang du ,sauveur672 dans l'ensemble l'immodestie d'un pontif encens lourdement qui profre1 comme des rvlations1 ses sentiments obscurs au sujet de tous les domaines imaginables1 de penses qui lui chappent compltement et lui sont interdites2 et tout cela enfin dans un langage qui est vritablement1 par son obscurit et son exagration1 un allemand de marcage1 tel que mme les disciples les plus anti-allemands de ,hegel n'auraient pu l'crire4 ,mais1 pour ce qui est de la musique qu'il faut pour cette langue1 la musique de ,wagner dernire manire1 quelques rimes rvleront ce qu'il y a de dangereux dans cette musique de ,parsifal4 --,est ce encore allemand8-- ,c'est des curs allemands qu'est venu ce lourd hurlement8 ,et ce sont les corps allemands qui se mortifient ainsi8 ,allemandes sont ces mains tendues de prtres bnissants1 ,ces excitations des sens l'odeur d'encens6 ,et allemands ces heurts1 ces chutes et ces vacillements1 ,ces incertains bourdonnements8 ,ces illades de nonnes1 ces ,ave1 ces bim-bams6 ,ces extases clestes1 ces faux ravissements1 --,est-ce encore allemand8-- ,songez-y6 vous tes encore la porte3 ,car ce que vous entendez1 c'est ,rome1 ,la foi de ,rome sans paroles#c6 #aa4 --,ce ,wagner1 dernire manire1 est au fond un homme bris et vaincu1 mais qui poussa sa dernire limite son grand art de comdien4 ,ce ,wagner qui finit mme encore par parler des ravissements qu'il tirait de sa sainte communion protestante1 tandis que1 dans le mme temps1 avec sa musique de ,parsifal1 il tendait les bras tout ce qui est romain1 ce flatteur de toutes les vanits1 de toutes les obscurits1 de toutes les prtentions allemandes qui allait s'offrir partout1--ce ,wagner dernire manire serait-il le dernier et le plus haut sommet de notre musique et l'expression de la synthse enfin ralise de l'me allemande1 l',allemand par excellence8--,ce fut au cours de l't #ahgf qu' part moi j'ai abjur cette croyance2 et c'est ce moment que commena ce mouvement de la conscience allemande dont on dcouvre aujourd'hui des signes toujours plus srieux1 toujours plus prcis1 ce moment que commena la dcadence de la wagnrie4 #ab4 ,,pour ,,la ,,hi,,rarchie4--,peut-tre est-il possible de rvler aujourd'hui dj quelle place doit tre mis ,wagner2 je veux dire qu'il n'appartient pas la grande ligne des esprits originaux et vritables du plus haut rang1 non ce sanctuaire des sanctuaires olympien1 d'o l'on voit1 avec tonnement et avec une froideur sereine1 livrer assaut de pareils plbiens ambitieux et suants1 lesquels semblent croire que la bonne volont et cette sueur devant la vertu1 dont a parl avec un mauvais got rural le paysan et pote grec ,hsiode1 suffisent renverser l'ternelle et immuable hirarchie des mes1 ou bien qu'il n'est mme besoin que de l'esprit mcontent qui vise sans cesse du nouveau1 dont ,wagner a voulu faire son propre dmon4 ,par contre1 ,wagner appartient un tout autre rang et un tout autre honneur et1 de fait1 ce n'est ni un rang infrieur ni un mince honneur4 ,wagner est un des trois gnies de comdiens1 en art par qui la foule1 au cours de ce sicle 7et ne sommes-nous pas au sicle des masses87 apprit connatre l'ide de l'artiste4 ,je veux parler de ces trois hommes singuliers et dangereux3 ,paganini1 ,liszt et ,wagner4 ,celui-ci tait prdestin autant l'imitation qu' l'invention1 prdestin crer dans l'art mme de la contrefaon2 son instinct a devin tout ce qui peut tre exploit et utilis en vue de la diction musicale1 de l'expression1 de l'effet1 de la fascination1 de la sduction4 ,mdiateurs dmoniaques et interprtes artistiques1 tous trois devinrent et sont encore aujourd'hui les matres de tous les artistes excutants4 ,tous ces artistes sont alls leur cole1 c'est donc chez les comdiens et les musiciens de toute espce qu'il faudra chercher le foyer et aussi l'origine du vritable culte wagnrien4 ,si l'on fait cependant abstraction de ces milieux qui l'on peut concder un droit leur croyance et leur superstition1 et si l'on envisage l'aspect gnral de ces trois gnies de comdiens et leur signification la plus secrte1 je ne puis m'empcher de soulever toujours la mme question3 ,ce qui1 chez tous trois1 semble s'exprimer sous une forme nouvelle1 n'est-ce pas peut-tre simplement le vieil et ternel ,cagliostro1 sous un dguisement nouveau1 mis en scne encore une fois1 mis en musique1 mis en religion1--conformment au got du nouveau sicle 7du sicle de la foule1 comme je l'ai dit78 ,ce n'est donc plus le ,cagliostro du sicle pass1 sducteur d'une civilisation noble et fatigue1 c'est le ,cagliostro dmagogique4 ,et notre musique1 au moyen de laquelle on fait ici des tours de magie1 que signifie1 je vous prie de me le dire1 cette musique8 ,,ii #a4 --,donc1 mon ami1 il faut convenir1 d'aprs son jugement1 lors mme qu'on ne l'approuverait pas1 qu'il a beaucoup aim ,wagner1 car un adversaire ne va jamais aussi profondment au fond de son sujet4 ,il n'y a aucun doute1 tandis que ,wagner le fait souffrir1 il souffre aussi avec ,wagner4 #b4 ,je me suis longtemps efforc de mon mieux pour voir en ,richard ,wagner une sorte de ,cagliostro4 ,qu'on me pardonne cette ide hasardeuse qui a du moins l'avantage de ne pas tre inspire par la haine et l'aversion1 mais par la magie que cet homme incomparable a exerce sur moi1 comme sur les autres1 sans oublier que1 d'aprs mes observations1 les gnies vritables1 ceux du plus haut rang1 quels qu'ils soient1 ne fascinent pas au mme titre1 de sorte que l'ide du gnie1 elle seule1 ne me semble pas suffire expliquer cette influence mystrieuse4 #c4 ,qu'on veuille donc bien avouer combien de traits wagnriens il y a dans le romantisme franais6 ,ces tendances l'hystrie rotique chez la femme que ,wagner aimait particulirement et a mise en musique se retrouvent surtout ,paris4 ,qu'on questionne donc ce sujet les alinistes6 ,nulle part les passes magntiques et les manuvres hypnotiques1 au moyen desquelles notre mage musical1 notre ,cagliostro pousse et incite ses petites femmes au somnambulisme avec les yeux ouverts et l'esprit ferm1 ne sont aussi bien comprises que parmi les ,parisiennes4 ,le voisinage des dsirs maladifs1 l'ardeur des sens exasprs1 quand le regard est dangereusement voil par des manations du supra-sensible1 o donc faut-il placer tout cela si ce n'est dans le romantisme de l'me franaise8 ,un charme agit ici qui1 invitablement1 convertira un jour les ,parisiens la religion de ,wagner4 ,or1 il faut que ,wagner soit tout prix l'artiste allemand par excellence4 ,c'est ce que l'on dcrte aujourd'hui en ,allemagne1 c'est ainsi que l'on vnre ,wagner en un temps qui porte de nouveau au pinacle la vantardise germanique4 ,ce ,wagner essentiellement allemand n'excite pas du tout4 ,je suppose qu'il est la chimre de trs obscurs jeunes gens et jeunes filles d',allemagne qui1 par ce dcret1 voudraient se glorifier eux-mmes4 ,qu'il y ait quelque chose d'allemand en ,wagner1 c'est probable2 mais quoi8 ,peut-tre seulement le degr et non la qualit de ses dons8 ,peut-tre seulement ceci que1 dans son uvre1 tout est plus fort1 plus abondant1 plus audacieux1 plus dur que n'aurait pu le faire un ,franais du dix-neuvime sicle8 ,qu'il ait t plus svre pour lui-mme et que durant une grande partie de sa vie1 il ait vcu sa manire1 en athe antinomiste et immoraliste8 ,qu'il ait invent le personnage d'un homme trs libre1 ,siegfried1 lequel peut sans doute paratre trop libre1 trop dur1 trop joyeux1 trop anti-chrtien pour le got latin8--,il est vrai qu'il a su rparer en fin de compte ce pch contre le romantisme franais4 ,le ,wagner de la dernire manire1 dans ses vieux jours1 avec sa caricature de ,siegfried1 je veux dire son ,parsifal1 est venu au devant non seulement du got latin1 mais encore1 littralement1 du got catholique-romain1 jusqu' ce qu'il ait fini par prendre cong en pliant le genou devant la croix1 affirmant1 non sans loquence1 la soif qu'il avait du sang du ,sauveur4 ,il a pris cong de lui-mme aussi6 ,car c'est chez lus romantiques vieillis une rgle funeste de terminer leur vie en se reniant et en se mconnaissant eux-mmes de faon effacer leur vie6 #d4 ,la dduction de l'uvre son crateur2 la terrible question de savoir si c'est l'abondance ou les privations1 la folie de la privation qui pousse crer2 la comprhension soudaine que tout idal romantique est une fuite devant soi-mme1 la condamnation de soi et le mpris de soi chez celui qui l'a invent444 ,c'est1 en fin de compte1 une question de force3 cet art romantique tout entier pourrait tre transform1 par un artiste abondant et matre de sa volont1 en son contraire1 en un art anti-romantique1 ou bien--pour employer ma formule--en un art dionysien2 de mme que toute espce de pessimisme et de nihilisme1 dans la main du plus fort1 ne devient qu'un marteau et un instrument de plus1 au moyen desquels s'difie un nouveau degr vers le bonheur4 ,je reconnais d'un seul regard que ,wagner1 s'il a atteint son but1 l'a fait de la mme faon que ,napolon a atteint ,moscou4 ,a chaque tape il avait perdu tant de choses qui n'taient pas remplaables qu' la fin de la marche et au moment de la victoire apparente le sort tait dj dcid4 ,les derniers vers de ,brunehilde 7deuxime variante7 sont dsastreux#d4 ,c'est ainsi que ,napolon parvint ,moscou1 ,richard ,wagner ,bayreuth4 ,il ne faut jamais s'allier une puissance maladive qui est vaincue d'avance6 ,que n'ai-je eu davantage confiance en moi-mme6 ,l'incapacit de ,wagner marcher m'a toujours fait de la peine 7plus encore son incapacit danser--et sans la danse il n'y a pour moi ni lvation1 ni flicit74 ,la revendication des passions compltes est rvlatrice3 celui qui en est capable appelle le charme du contraire1 je veux dire du scepticisme4 #e4 ,j'ai aim et vnr ,richard ,wagner plus qu'il ne le fut jamais4 ,s'il n'avait pas fini par avoir le mauvais got 7ou la triste obligation7 de faire cause commune avec des esprits d'une qualit impossible1 avec ses adhrents1 les wagnriens1 je n'aurais eu aucune raison de prendre dj cong de lui de son vivant1 de lui1 le plus profond et le plus audacieux et aussi le plus mconnu parmi ceux qui sont aujourd'hui difficiles connatre1 parmi ceux dont la rencontre a contribu1 plus que toute autre1 dvelopper chez moi la ,connaissance1 en faisant cependant la rserve que sa cause et ma cause ne voulaient pas tre confondues et qu'il a fallu une bonne dose de matrise de soi avant que j'apprisse sparer le sien et le mien par le sectionnement qui convenait4 ,que j'aie pris conscience des problmes du comdien 7un problme qui est peut-tre plus loin de moi que tout autre1 et cela pour une raison difficile exprimer71 que j'aie dcouvert et reconnu le comdien au fond de chaque artiste1 le type spcifiquement artistique1 c'est au contact avec cet homme que j'en suis redevable4 ,il me semble que j'ai des artistes et des comdiens une ide pire que celle que se faisaient les philosophes qui m'ont prcd4 ,l'amlioration du thtre m'importe peu1 encore moins sa clricalisation2 la vritable musique wagnrienne ne m'appartient pas assez2 pour mon bonheur et pour ma sant je pourrais mme m'en passer 7quod erat demonstrandum et demonstratum74 #f4 ,une poque de dmocratie fait monter le comdien au pinacle1 ,athnes comme aujourd'hui chez nous4 ,en cela ,wagner a dpass jusqu' prsent tout ce que l'on peut imaginer et il a fait natre une conception suprieure du comdien qui peut faire frmir4 ,musique1 posie1 religion1 culture1 littrature1 famille1 patrie1 relations--tout cela cde le pas l'art1 je veux dire aux attitudes de thtre4 #g4 ,la peinture en lieu et place de la logique1 l'observation de dtail1 le canevas1 la prdominance du premier plan et de mille dtails--tout cela rpond aux besoins des hommes nerveux1 chez ,wagner comme chez les ,goncourt4 ,richard ,wagner appartient au mouvement franais3 des hros et des monstres1 des passions pousses l'extrme et1 avec cela1 rien que des dtails1 un frisson momentan4 #h4 ,voici les deux formules qui me font comprendre le phnomne ,wagner4 ,l'une d'elles est la suivante3 ,les principes et les pratiques de ,wagner1 dans leur ensemble1 se rduisent des calamits physiologiques dont ils sont l'expression 7l'hystrisme sous forme de musique74 ,l'autre se prsente ainsi3 ,l'effet nocif de l'art wagnrien est la preuve de sa corruption4 ,ce qui est parfait gurit1 ce qui est morbide rend malade4 ,les calamits physiologiques que ,wagner provoque chez ses auditeurs 7respiration irrgulire1 troubles de la circulation1 irritabilit extrme avec brusque coma7 sont la rfutation de son art4 ,avec ces deux formules je ne fais que tirer la consquence de ce principe gnral qui m'apparat comme le fondement de toute esthtique3 savoir que les valeurs esthtiques reposent sur des valeurs biologiques1 que les sensations de bien-tre esthtique sont des sensations de bien-tre biologique4 #i4 ,wagner1 sous la contrainte d'une incroyable sexualit maladive1 ne savait que trop bien ce que perd un artiste en perdant la libert et l'estime de soi-mme4 ,il est condamn a tre comdien4 ,son art lui-mme devient pour lui une perptuelle tentation de fuite1 un moyen de s'oublier1 de se stupfier4 ,ce moyen transforme et dtermine1 en fin de compte1 le caractre de son art4 ,celui qui1 ce point1 n'est pas libre a besoin d'un monde de haschich1 de vapeurs tranges1 lourdes et enveloppantes1 de toute espce d'exotisme et de symbolisme de l'idal1 ne ft-ce que pour se dbarrasser une fois de sa ralit444 ,il a besoin de la musique wagnrienne444 ,une certaine catholicit de l'idal est1 avant tout1 chez un artiste1 presque la preuve certaine du mpris de soi1 du marcage3 le cas de ,baudelaire en ,france1 le cas d',edgar ,allan ,po en ,amrique1 le cas de ,wagner en ,allemagne4--,me faut-il encore dire que ,wagner doit aussi son succs sa sensualit8 que la musique convertit soi1 ,wagner1 les instincts les plus bas8 que cette atmosphre d'idal sacr1 de catholicisme aux trois huitimes1 est un art de sduction de plus8 7,il permet d'une faon ignorante1 innocente1 chrtienne de laisser agir l'enchantement sur soi4447 ,qui donc hasardera le terme1 le terme vritable1 pour les ardeurs#e de la musique de ,tristan8 ,je mets des gants quand je lis la partition de ,tristan444 ,la wagnrie qui tend ses ravages est une lgre pidmie de sensualit qui s'ignore2 l'gard de la musique de ,wagner1 toutes les prcautions s'imposent4 #aj4 ,la femme hystrico-hroque que ,richard ,wagner a invente et mise en musique est une hybride d'un got douteux4 ,que ce type n'ait pas compltement dgot1 mme en ,allemagne1 cela tient ceci 7et nullement bon droit7 qu'un pote infiniment plus grand que ,wagner1 le noble ,henri de ,kleist1 a fait en sa faveur le plaidoyer du gnie4 ,je suis bien loign de croire que ,wagner s'est inspir de ,kleist4 ,elsa1 ,senta1 ,isolde1 ,brunehilde1 ,kundry sont1 au contraire1 les enfants du romantisme franais4 #aa4 ,les hros de ,wagner sont les types tout fait modernes de la dgnrescence3 ses hrones sont des phnomnes hystro-hypnotiques4 ,wagner peint ici sur le vif1 il se conforme la nature jusqu' la minutie4 ,la musique est avant tout l'analyse psycho-physiologique d'tats morbides et1 pour les psychologues de l'avenir1 elle peut tre plus intressante au point de vue clinique qu'au point de vue musical4 ,que ces braves ,allemands1 en l'coutant1 se plaisent divaguer sur les sentiments primitifs de la vertu et de la force germanique1 c'est l un des indices les plus douloureux de l'tat infrieur de la culture psychologique en ,allemagne4 ,nous autres1 quand nous entendons de la musique de ,wagner1 nous sommes l'hpital1 et1 pour le dire encore une fois1 cela nous intresse beaucoup4 #ab4 ,de cette musique1 qui est la plus mauvaise de toutes les mauvaises musiques1 avec son inquitude et son chaos qui s'avance l'aventure1 de mesure en mesure1 de cette musique qui veut signifier la passion et qui est en vrit au degr le plus bas de la dpravation esthtique1 je n'ai nulle piti4 ,ici il faut faire une fin4 #ac4 ,,entre ,,musiciens4--,nous sommes des musiciens tardifs4 ,un norme pass nous est chu en hritage4 ,notre mmoire ne fait que citer perptuellement4 ,entre nous1 nous pouvons faire des allusions presque savantes3 nous nous comprenons dj4 ,nos auditeurs1 eux aussi1 aiment nous entendre faire des allusions2 ils sont flatts et ont l'impression d'tre1 eux aussi1 des savants4 #ad4 ,,le ,,manque ,,de ,,caract,,re ,,intellectuel4--,lorsque ,richard ,wagner se mit me parler de la jouissance que lui procurait la communion chrtienne 7la sainte ,cne protestante71 c'en fut fini de ma patience4 ,il tait un grand comdien1 mais sans aucun soutien1 et son me tait la proie de tous les stupfiants violents4 ,il a travers toutes les volutions par lesquelles ont pass ces bons ,allemands1 depuis les jours du ,romantisme3 ,gorge aux ,loups et ,euryanthe1 frisson la ,hoffmann1 puis mancipation de la chair et soif de ,paris2 ensuite le got du grand opra1 la musique de ,meyerbeer et de ,bellini1 le tribun populaire1 plus tard ,feuerbach et ,hegel 7la musique devait sortir de l'inconscient71 puis la ,rvolution1 puis la dception et ,schopenhauer1 et le rapprochement avec les princes allemands2 puis les hommages rendus l'empereur1 l'empire et l'arme et aussi au christianisme 7lequel1 depuis la dernire guerre et ses nombreux sacrifices humains1 fait de nouveau partie du bon got en ,allemagne71 avec des maldictions profres contre la science4 #ae4 ,vers la fin de sa vie1 ,wagner s'est effac2 involontairement il avoua qu'il dsesprait et qu'il s'affaissait devant le christianisme4 ,c'est un vaincu1 et il est heureux qu'il en soit ainsi1 car autrement quelle confusion aurait encore engendr son idal6 ,sa position vis--vis du christianisme me dcida1 en mme temps que je me dcidai au sujet du schopenhaurisme et du christianisme4 ,wagner a tout fait raison de plier le genou devant tous les chrtiens profonds1 mais qu'il ne s'avise pas d'abaisser ses attitudes les natures plus leves qui lui sont suprieures4 ,son intellect1 sans svrit et sans discipline1 tait li servilement ,schopenhauer4 ,tant mieux6 #af4 ,pour ce qui est de ,wagner1 il y a un moment dans ma vie o je le repoussai avec violence4 ,eloigne-toi de moi6 me suis-je mis crier4 ,cette sorte d'artistes est peu sre1 prcisment l o je n'admets pas la plaisanterie4 ,il essaya de s'arranger avec le christianisme existant1 en tendant sa main gauche vers la ,communion protestante 7--il m'a parl des ravissements que lui a procurs ce repas--7 et la main droite vers l',eglise catholique4 ,il offrit son ,parsifal et se fit reconnatre1 par tous ceux qui ont des oreilles pour entendre1 comme un romain in partibus infidelium4 #ag4 ,ce que les crits des esprits obscurs1 mal disciplins et dpourvus de philologie ont de plus dsagrable1 ce n'est pas leur argumentation vicieuse et la marche incertaine et vacillante de leur logique1 ainsi qu'on en trouve1 par exemple1 les traces chez ,richard ,wagner1 chez ,victor ,hugo1 ou chez ,george ,sand4 ,c'est le vague des ides mmes qu'ils expriment par des mots4 ,cette sorte de gens n'a dans le cerveau que d'informes pts de notions confuses4--,le bon auteur se distingue non seulement par la force et la brivet de sa phrase2 on devine1 on flaire encore chez lui1 si l'on est dou de narines subtiles1 qu'il se matrise et qu'il s'exerce sans cesse fixer et affermir ses ides de la manire la plus svre 7c'est--dire de rendre par ses expressions des ides claires et dtermines7 et qu'avant qu'il ne l'ait fait il ne se rsout pas crire4--,au reste1 il y a maint charme aussi dans l'incertain1 dans le crpusculaire1 dans les demi-teintes4 ,c'est ainsi que ,hegel agissait peut-tre surtout l'tranger par son art de parler des choses les plus raisonnables et les plus froides la faon d'un homme ivre4 ,dans le vaste royaume de la contemplation1 ce fut l une des manires les plus tranges qui aient jamais t inventes2 on peut la considrer comme l'affaire propre de la gnralit allemande4 ,car1 partout o ont pntr les ,allemands et les vertus allemandes1 nous avons apport aussi le got des alcools subtils et grossiers4 ,peut-tre faut-il trouver1 l aussi1 la cause de la puissance fascinatrice de notre musique allemande4 #ah4 ,le style de ,wagner a contamin aussi ses disciples4 ,la langue allemande des wagnriens est l'absurdit la plus fleurie que l'on ait crite depuis l'poque de ,schelling4 ,wagner1 en tant que styliste1 appartient encore cette cole contre laquelle ,schopenhauer a dvers sa colre1 et l'humour arrive son comble quand1 sauveur de la langue allemande1 il s'lve contre les ,juifs4--,pour caractriser le got de ces jeunes gens1 je prends la libert de donner un seul exemple4 ,le roi de ,bavire disait un jour ,wagner3 ,donc1 vous n'aimez pas non plus les femmes8--,elles sont si ennuyeuses6 ,nohl 7l'auteur d'une ,vie de ,wagner traduite en six langues7 trouve dans cette opinion l'expression d'un juvnile embarras4 #ai4 ,f4-,a4 ,lange crit3 ,la comprhensibilit des choses se trouve-t-elle peut-tre en ceci que l'en ne fait de son intelligence qu'un emploi mdiocre8 7,contre les gens de ,bayreuth47 #bj4 ,si l'on enlve de la musique la musique dramatique il reste encore assez de choses pour la bonne musique4 #ba4 ,il faut faire avant tout des coupures nergiques dans l'uvre de ,wagner1 de sorte qu'il n'en reste plus que les trois quarts3 d'abord son rcitatif1 qui met les plus patients au dsespoir444 ,ce n'est chez ,wagner qu'un effet de sa vanit s'il veut conserver jusque dans ses plus petits dtails l'enseignement de son uvre444 ,le contraire serait plus juste6444 ,il lui manque la facilit de prsenter ce qui est ncessaire1 comment saurait-il nous imposer la ncessit8 #bb4 ,qu'est-ce qui pourra seul nous rtablir8--,l'aspect de la perfection6 ,,notes3 #b ,le prlude de ,parsifal n'a pas de conclusion4 ,au concert l'excution se termine par un rappel du motif de la foi emprunte au premier acte4--,h4 ,a4 #c ,ces vers ont t placs plus tard par ,nietzsche la fin de l'aphorisme #bef de ,par del le ,bien et le ,mal4 #d ,nietzsche cite ces vers des ,nibelungen qui lui semblaient particulirement caractristiques dans un aphorisme sur la religion qui porte le n #gdc1 au ,x,i,ie volume de ses uvres compltes 7uvres posthumes contemporaines de la ,volont de ,puissance47 #e ,ardeurs1 en franais dans le texte4 ,,notes ,la troisime ,considration inactuelle fut compose ,ble de mars juillet #ahgd1 puis ,bergn 7,grisons7 de la mi-juillet au dbut d'aot de la mme anne2 elle fut acheve ,ble en septembre et entirement imprime dans le mme mois 7chez ,c4 ,g4 ,naumann1 ,leipzig74 ,la publication eut lieu en octobre1 ,chemnitz1 chez ,e4 ,schmeitzner1 qui avait en mme temps acquis de ,e4 ,w4 ,fritsch l'dition des deux premires ,inactuelles4 ,a dater de #ahhf la premire dition des trois premires parties retourna chez ,e4 ,w4 ,fritsch ,leipzig 7sans date74 ,la seconde dition parut en octobre #ahib chez ,c4 ,g4 ,naumann ,leipzig 7,unzeitgemsse ,betrachtungen1 ,i,iter ,band1 #ahic74 ,la prsente traduction de ,schopenhauer ducateur a t faite sur le premier volume des uvres compltes de ,frdric ,nietzsche1 7p4 #che-did71 publi en #ahie par le ,nietzsche-,archiv41 chez ,c4 ,g4 ,naumann ,leipzig4 ,la quatrime ,considration inactuelle fut commence ,ble en fvrier #ahge et la rdaction en fut continue jusqu'en mai1 reprise en septembre et pousse1 en octobre1 jusqu'au chapitre ,,ix4 ,en mai #ahgf ,nietzsche se dcida publier les huit premiers chapitres l'occasion des ftes de ,bayreuth4 ,au cours de l'impression il crivit encore trois chapitres1 le #ag et le #ah juin1 ,badenweiler 7,bade7 et les publia avec les huit premiers la mi-juillet1 immdiatement avant les reprsentations de l',anneau du ,niebelung1 chez ,e4 ,schmeitzner1 ,chemnitz4 ,une seconde dition parut en juillet #ahhf 7sans date7 chez ,e4 ,w4 ,fritsch1 ,leipzig4 ,l'uvre fut rimprime par ,c4 ,g4 ,naumann et incorpore au tome ,,ii des ,considrations inactuelles1 publi en #ahic4 ,la prsente traduction de ,richard ,wagner ,bayreuth a t faite sur le premier volume des uvres compltes de ,frdric ,nietzsche 7p4 #die-ehi71 publi en #ahie par le ,nietzsche-,archiv1 chez ,c4 ,g4 ,naumann ,leipzig4 ,les ,rflexions sur ,richard ,wagner 7janvier #ahgd7 ont t traduites sur le dixime volume des uvres compltes 7uvres posthumes1 tome ,x7 de ,frdric ,nietzsche 7p4 #dbg-dej71 publi en deuxime dition en #aijc par le ,nietzsche-,archiv41 chez ,c4 ,g4 ,naumann ,leipzig4 ,les ,notes pour le ,cas ,wagner 7#ahhe-ahhh7 ont t traduites sur le quatorzime volume des uvres compltes 7uvres posthumes1 tome ,,vi7 de ,frdric ,nietzsche 7p4 #adi-aga71 publi en #aijd par le ,nietzsche-,archiv1 chez ,c4 ,g4 ,naumann ,leipzig4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,,schopenhauer ,,ducateur 7#ahgd7 #e ,,richard ,,wagner ,a ,,bayreuth 7#ahgf7 #abi ,,appendice ,r,,flexions ,,sur ,,richard ,,wagner 7janvier #ahgd7 #bcg ,,notes ,,pour ,,le ,,cas ,,wagner 7#ahhe-ahhh7 #bfb ,,notes #bhe ,,achev ,d',,imprimer le vingt deux juin mil neuf cent vingt-deux ,,par ,,marc ,,texier ,a ,,poitiers pour le ,,mercvre ,,de ,,france ,corrections4 ,la premire ligne indique l'original1 la seconde la correction3 p4 #cd3 inverseement1 il te suffira inversement1 il te suffira p4 #dh3 qui ne se sont jamais recontrs qui ne se sont jamais rencontrs p4 #di3 donc prtera la nature humanine1 donc prtera la nature humaine1 p4 #eg3 vers les fanstamagories qui se jouent vers les fantasmagories qui se jouent p4 #ia3 ce qui est une consquense de sa formation1 ce qui est une consquence de sa formation1 p4 #abc3 ,l'antiquit indienne ouvre ses porte ,l'antiquit indienne ouvre ses portes p4 #acf3 ,a partir de l ils se dbarrasse ,a partir de l il se dbarrasse p4 #adg3 celle de ,gthe receuille celle de ,gthe recueille p4 #aha3 chercherons le dicder chercherons le dcider p4 #ahd3 ,puis1 lorqu'il ,puis1 lorsqu'il p4 #bjh3 il parat invraisemblabe et artificiel il parat invraisemblable et artificiel p4 #baf3 au milieu d'une mutiplicit au milieu d'une multiplicit p4 #bah3 une rsolution presque impitoyale une rsolution presque impitoyable p4 #bbg3 d'une caste paticulire d'une caste particulire p4 #bcd3 cette fin sons pouvoir cette fin sans pouvoir p'engagement l'engagement p4 #bda3 froids et bonnasses2 froids et bonasses2 p4 #bed3 ,c'est ce pouvoir qui ennoblit tout la nature ,c'est ce pouvoir qui ennoblit toute la nature p4 #bga3 de s'affirmer avec opintret de s'affirmer avec opinitret p4 #bgb3 d'un pontif encens d'un pontife encens