,,oeuvres ,,de ,,voltaire4 ,,tome ,,xxxiii ,,de ,l' ,,imprimerie ,,de ,a4 ,,firmin ,,didot1 ,,rue ,,jacob1 ,n #bd4 ,,oeuvres ,,de ,,voltaire ,,pr,,faces1 ,,avertissements1 ,,notes1 ,,etc4 ,,par ,m4 ,,beuchot4 ,,tome ,,xxxiii4 ,,romans4 ,,tome ,i4 ,a ,,paris1 ,,chez ,,lef,,vre1 ,,libraire1 ,,rue ,,de ,l',,peron1 ,k #f4 ,,werdet ,,et ,,lequien ,,fils1 ,,rue ,,du ,,battoir1 ,n #bj4 ,,mdcccxxix4 ,,candide1 ,,ou ,l',,optimisme ,prface de l'diteur ,,chapitre ,i4 ,comment ,candide fut lev dans un beau chteau1 et comment il fut chass d'icelui4 ,,chapitre ,,ii ,ce que devint ,candide parmi les ,bulgares4 ,,chapitre ,,iii4 ,comment ,candide se sauva d'entre les ,bulgares1 et ce qu'il devint4 ,,chapitre ,,iv4 ,comment ,candide rencontra son ancien matre de philosophie1 le docteur ,pangloss1 et ce qui en advint4 ,,chapitre ,v4 ,tempte1 naufrage1 tremblement de terre1 et ce qui advint du docteur ,pangloss1 de ,candide1 et de l'anabaptiste ,jacques4 ,,chapitre ,,vi4 ,comment on fit un bel auto-da-f pour empcher les tremblements de terre1 et comment ,candide fut fess4 ,,chapitre ,,vii ,comment une vieille prit soin de ,candide1 et comment il retrouva ce qu'il aimait4 ,,chapitre ,,viii4 ,histoire de ,cungonde4 ,,chapitre ,,ix4 ,ce qui advint de ,cungonde1 de ,candide1 du grand-inquisiteur1 et d'un ,juif4 ,,chapitre ,x4 ,dans quelle dtresse ,candide1 ,cungonde1 et la vieille1 arrivent ,cadix1 et leur embarquement4 ,,chapitre ,,xi4 ,histoire de la vieille4 ,,chapitre ,,xii4 ,suite des malheurs de la vieille4 ,,chapitre ,,xiii4 ,comment ,candide fut oblig de se sparer de la belle ,cungonde et de la vieille4 ,,chapitre ,,xiv4 ,comment ,candide et ,cacambo furent reus chez les jsuites du ,paraguai4 ,,chapitre ,,xv4 ,comment ,candide tua le frre de sa chre ,cungonde4 ,,chapitre ,,xvi4 ,ce qui advint aux deux voyageurs avec deux filles1 deux singes1 et les sauvages nomms ,oreillons4 ,,chapitre ,,xvii4 ,arrive de ,candide et de son valet au pays d',eldorado1 et ce qu'ils y virent4 ,,chapitre ,,xviii ,ce qu'ils virent dans le pays d',eldorado#a4 ,,chapitre ,,xix4 ,ce qui leur arriva ,surinam1 et comment ,candide fit connaissance avec ,martin4 ,,chapitre ,,xx4 ,ce qui arriva sur mer ,candide et ,martin4 ,,chapitre ,,xxi4 ,candide et ,martin approchent des ctes de ,france1 et raisonnent4 ,,chapitre ,,xxii#a4 ,ce qui arriva en ,france ,candide et ,martin4 ,,chapitre ,,xxiii4 ,candide et ,martin vont sur les ctes d',angleterre2 ce qu'ils y voient4 ,,chapitre ,,xxiv4 ,de ,paquette1 et de frre ,girofle4 ,,chapitre ,,xxv4 ,visite chez le seigneur ,pococurante1 noble vnitien4 ,,chapitre ,,xxvi4 ,d'un souper que ,candide et ,martin firent avec six trangers1 et qui ils taient4 ,,chapitre ,,xxvii4 ,voyage de ,candide ,constantinople4 ,,chapitre ,,xxviii4 ,ce qui arriva ,candide1 ,cungonde1 ,pangloss1 ,martin1 etc4 ,,chapitre ,,xxix4 ,comment ,candide retrouva ,cungonde et la vieille4 ,,chapitre ,,xxx4 ,conclusion4 ,prface de l'diteur ,candide parut au plus tard en mars #agei4 ,le roi de ,prusse en accuse rception par sa lettre du #bh du mois d'avril4 ,voltaire en avait envoy le manuscrit la duchesse de ,la ,vallire1 qui lui fit rpondre qu'il aurait pu se passer d'y mettre tant d'indcences1 et qu'un crivain tel que lui n'avait pas besoin d'avoir recours cette ressource pour se procurer des lecteurs4 ,beaucoup d'autres personnes furent scandalises de ,candide1 et ,voltaire dsavoua cet ouvrage1 qu'il appelle lui-mme une coonnerie4 ,il ne faut pas1 au reste1 prendre la lettre son titre d'optimisme4 ,l'optimisme1 dit-il ailleurs#a1 n'est qu'une fatalit dsesprante4 #a ,homlie sur l'athisme4 ,voyez les ,mlanges1 anne #agfg2 et aussi1 tome ,,xii1 une des notes du troisime ,discours sur l'homme4 ,voltaire crivit1 sous le nom de ,mead1 une lettre relative ,candide1 qui fut insre dans le ,journal encyclopdique1 du #ae juillet #agei3 on la trouvera dans les ,mlanges1 cette date4 ,c'est ,thorel de ,campigneulles1 mort en #ahji1 qu'on attribue une ,seconde partie de ,candide1 publie en #agfa1 et plusieurs fois rimprime la suite de l'ouvrage de ,voltaire1 comme tant de lui4 ,on l'a mme admise dans une dition intitule3 ,collection complte des ,oeuvres de ,m1 de ,voltaire1 #agfd1 in-#ab4 ,l'dition de ,candide1 #aggh1 avec des figures dessines et graves par ,daniel ,chodowicky1 contient les deux parties4 ,le ,remercment de ,candide ,m4 de ,voltaire 7par ,marconnay7 est de #agfj4 ,linguet publia1 en #agff1 la ,cacomonade1 histoire politique et morale1 traduite de l'allemand1 du docteur ,pangloss1 par le docteur lui-mme1 depuis son retour de ,constantinople1 #agff1 in-#ab2 nouvelle dition1 augmente d'une lettre du mme auteur1 #agff1 in-#ab4 ,un arrt de la cour royale de ,paris1 du #af novembre #ahbb 7insr dans le ,moniteur du #bf mars #ahbe71 ordonne la destruction de la ,canonnade1 ou ,histoire du ,mal de ,naples1 par ,linguet4 ,ce n'est pas la premire fois que les ouvrages condamns sont mal dsigns dans les jugements4 ,l'arrt de la cour du parlement1 du #f aot #agfa1 ordonne de lacrer et brler le tome ,,xiii du ,commentaire de ,salmeron1 qui n'a que quatre volumes4 ,candide en ,danemarck1 ou l',optimisme des honntes gens1 est d'un auteur qu'on ne connat pas4 ,antoine ,bernard et ,rosalie1 ou le ,petit ,candide1 a paru en #agif1 un volume in-i#h4 ,le ,voyage de ,candide fils au pays d',eldorado1 vers la fin du dix-huitime sicle1 pour servir de suite aux aventures de ,m4 son pre1 an ,,xi-#ahjc1 a deux volumes in-#h4 ,le chapitre ,,xxvi de ,candide a t imit1 en #ahae1 par ,lemontey1 dans un article intitul3 ,le ,carnaval de ,vnise4 ,j'ai renonc reproduire ce petit morceau1 lorsque j'ai vu l'annonce des ,oeuvres de ,lemonley1 o sans doute on le trouvera4 ,j4-,j4 ,rousseau prtendait#b que c'est sa ,lettre sur la ,providence qui a donn naissance ,candide2 ,candide en est la rponse4 ,voltaire en avait fait une de deux pages o il bat la campagne1 et ,candide parut dix mois aprs4 #b ,lettre de ,j4 ,j4 ,rousseau au prince de ,wirtemberg1 du #aa mars #agfd4 ,ce que ,rousseau appelle sa ,lettre sur la ,providence1 est sa lettre ,voltaire du #ah aot #agef2 la rponse de ,voltaire est du #ba septembre #agff2 ,candide ne vit le jour que vingt-sept vingt-neuf mois plus tard4 ------ ,les notes sans signature1 et qui sont indiques par des lettres1 sont de ,voltaire4 ,les notes signes d'un ,k sont des diteurs de ,kehl1 ,,mm4 ,condorcet et ,decroix4 ,il est impossible de faire rigoureusement la part de chacun4 ,les additions que j'ai faites aux notes de ,voltaire ou aux notes des diteurs de ,kehl1 en sont spares par un--1 et sont1 comme mes notes1 signes de l'initiale de mon nom4 ,,beuchot4 #d octobre #ahbi4 ,,candide1 ou ,l',,optimisme1 ,,traduit ,,de ,l',,allemand ,,de ,m4 ,,le ,,docteur ,,ralph1 ,,avec ,,les ,,additions ,,qu',,on ,a ,,trouv,,es ,,dans ,,la ,,poche ,,du ,,docteur1 ,,lorsqu',,il ,,mourut ,,minden1 ,l',,an ,,de ,,gr,,ce #agei #agei ,,chapitre ,i4 ,comment ,candide fut lev dans un beau chteau1 et comment il fut chass d'icelui4 ,il y avait en ,vestphalie1 dans le chteau de ,m4 le baron de ,thunder-ten-tronckh1 un jeune garon qui la nature avait donn les moeurs les plus douces4 ,sa physionomie annonait son me4 ,il avait le jugement assez droit1 avec l'esprit le plus simple2 c'est1 je crois1 pour cette raison qu'on le nommait ,candide4 ,les anciens domestiques de la maison souponnaient qu'il tait fils de la soeur de monsieur le baron et d'un bon et honnte gentilhomme du voisinage1 que cette demoiselle ne voulut jamais pouser parce qu'il n'avait pu prouver que soixante et onze quartiers1 et que le reste de son arbre gnalogique avait t perdu par l'injure du temps4 ,monsieur le baron tait un des plus puissants seigneurs de la ,westphalie1 car son chteau avait une porte et des fentres4 ,sa grande salle mme tait orne d'une tapisserie4 ,tous les chiens de ses basses-cours composaient une meute dans le besoin2 ses palefreniers taient ses piqueurs2 le vicaire du village tait son grand-aumnier4 ,ils l'appelaient tous monseigneur1 et ils riaient quand il fesait des contes4 ,madame la baronne1 qui pesait environ trois cent cinquante livres1 s'attirait par l une trs grande considration1 et fesait les honneurs de la maison avec une dignit qui la rendait encore plus respectable4 ,sa fille ,cungonde1 ge de dix-sept ans1 tait haute en couleur1 frache1 grasse1 apptissante4 ,le fils du baron paraissait en tout digne de son pre4 ,le prcepteur ,pangloss#a tait l'oracle de la maison1 et le petit ,candide coutait ses leons avec toute la bonne foi de son ge et de son caractre4 #a ,de pan1 tout1 et glossa1 langue4 ,b4 ,pangloss enseignait la mtaphysico-thologo-cosmolonigologie4 ,il prouvait admirablement qu'il n'y a point d'effet sans cause1 et que1 dans ce meilleur des mondes possibles1 le chteau de monseigneur le baron tait le plus beau des chteaux1 et madame la meilleure des baronnes possibles4 ,il est dmontr1 disait-il1 que les choses ne peuvent tre autrement2 car tout tant fait pour une fin1 tout est ncessairement pour la meilleure fin4 ,remarquez bien que les nez ont t faits pour porter des lunettes2 aussi avons-nous des lunettes#b4 ,les jambes sont visiblement institues pour tre chausses1 et nous avons des chausses4 ,les pierres ont t formes pour tre tailles et pour en faire des chteaux2 aussi monseigneur a un trs beau chteau3 le plus grand baron de la province doit tre le mieux log2 et les cochons tant faits pour tre mangs1 nous mangeons du porc toute l'anne3 par consquent1 ceux qui ont avanc que tout est bien ont dit une sottise2 il fallait dire que tout est au mieux4 #b ,voyez tome ,,xxvii1 page #ebh2 et dans les ,mlanges1 anne #agch1 le chapitre ,,xi de la troisime partie des lments de la philosophie de ,newton2 et anne #agfh1 le chapitre ,x des ,singularits de la nature4 ,b4 ,candide coutait attentivement1 et croyait innocemment2 car il trouvait mademoiselle ,cungonde extrmement belle1 quoiqu'il ne prt jamais la hardiesse de le lui dire4 ,il concluait qu'aprs le bonheur d'tre n baron de ,thunder-ten-tronckh1 le second degr de bonheur tait d'tre mademoiselle ,cungonde2 le troisime1 de la voir tous les jours2 et le quatrime1 d'entendre matre ,pangloss1 le plus grand philosophe de la province1 et par consquent de toute la terre4 ,un jour ,cungonde1 en se promenant auprs du chteau1 dans le petit bois qu'on appelait parc1 vit entre des broussailles le docteur ,pangloss qui donnait une leon de physique exprimentale la femme de chambre de sa mre1 petite brune trs jolie et trs docile4 ,comme mademoiselle ,cungonde avait beaucoup de disposition pour les sciences1 elle observa1 sans souffler1 les expriences ritres dont elle fut tmoin2 elle vit clairement la raison suffisante du docteur1 les effets et les causes1 et s'en retourna tout agite1 toute pensive1 toute remplie du dsir d'tre savante1 songeant qu'elle pourrait bien tre la raison suffisante du jeune ,candide1 qui pouvait aussi tre la sienne4 ,elle rencontra ,candide en revenant au chteau1 et rougit3 ,candide rougit aussi4 ,elle lui dit bonjour d'une voix entrecoupe2 et ,candide lui parla sans savoir ce qu'il disait4 ,le lendemain1 aprs le dner1 comme on sortait de table1 ,cungonde et ,candide se trouvrent derrire un paravent2 ,cungonde laissa tomber son mouchoir1 ,candide le ramassa2 elle lui prit innocemment la main2 le jeune homme baisa innocemment la main de la jeune demoiselle avec une vivacit1 une sensibilit1 une grce toute particulire2 leurs bouches se rencontrrent1 leurs yeux s'enflammrent1 leurs genoux tremblrent1 leurs mains s'garrent4 ,m4 le baron de ,thunder-ten-tronckh passa auprs du paravent1 et voyant cette cause et cet effet1 chassa ,candide du chteau grands coups de pied dans le derrire4 ,cungonde s'vanouit3 elle fut soufflete par madame la baronne ds qu'elle fut revenue elle-mme2 et tout fut constern dans le plus beau et le plus agrable des chteaux possibles4 ,,chapitre ,,ii ,ce que devint ,candide parmi les ,bulgares4 ,candide1 chass du paradis terrestre1 marcha longtemps sans savoir o1 pleurant1 levant les yeux au ciel1 les tournant souvent vers le plus beau des chteaux qui renfermait la plus belle des baronnettes2 il se coucha sans souper au milieu des champs entre deux sillons2 la neige tombait gros flocons4 ,candide1 tout transi1 se trana le lendemain vers la ville voisine1 qui s'appelle ,valdberghoff-trarbk-dikdorff1 n'ayant point d'argent1 mourant de faim et de lassitude4 ,il s'arrta tristement la porte d'un cabaret4 ,deux hommes habills de bleu le remarqurent3 ,camarade1 dit l'un1 voil un jeune homme trs bien fait1 et qui a la taille requise2 ils s'avancrent vers ,candide et le prirent dner trs civilement4--,messieurs1 leur dit ,candide avec une modestie charmante1 vous me faites beaucoup d'honneur1 mais je n'ai pas de quoi payer mon cot4--,ah6 monsieur1 lui dit un des bleus1 les personnes de votre figure et de votre mrite ne paient jamais rien3 n'avez-vous pas cinq pieds cinq pouces de haut8--,oui1 messieurs1 c'est ma taille1 dit-il en fesant la rvrence4--,ah6 monsieur1 mettez-vous table2 non seulement nous vous dfraierons1 mais nous ne souffrirons jamais qu'un homme comme vous manque d'argent2 les hommes ne sont faits que pour se secourir les uns les autres4--,vous avez raison1 dit ,candide2 c'est ce que ,m4 ,pangloss m'a toujours dit1 et je vois bien que tout est au mieux4 ,on le prie d'accepter quelques cus1 il les prend et veut faire son billet2 on n'en veut point1 on se met table4 ,n'aimez-vous pas tendrement8'''4--,oh6 oui1 rpond-il1 j'aime tendrement mademoiselle ,cungonde4--,non1 dit l'un de ces messieurs1 nous vous demandons si vous n'aimez pas tendrement le roi des ,bulgares8--,point du tout1 dit-il1 car je ne l'ai jamais vu4--,comment6 c'est le plus charmant des rois1 et il faut boire sa sant4--,oh6 trs volontiers1 messieurs4 ,et il boit4 ,c'en est assez1 lui dit-on1 vous voil l'appui1 le soutien1 le dfenseur1 le hros des ,bulgares2 votre fortune est faite1 et votre gloire est assure4 ,on lui met sur-le-champ les fers aux pieds1 et on le mne au rgiment4 ,on le fait tourner droite1 gauche1 hausser la baguette1 remettre la baguette1 coucher en joue1 tirer1 doubler le pas1 et on lui donne trente coups de bton2 le lendemain1 il fait l'exercice un peu moins mal1 et il ne reoit que vingt coups2 le surlendemain1 on ne lui en donne que dix1 et il est regard par ses camarades comme un prodige4 ,candide1 tout stupfait1 ne dmlait pas encore trop bien comment il tait un hros4 ,il s'avisa un beau jour de printemps de s'aller promener1 marchant tout droit devant lui1 croyant que c'tait un privilge de l'espce humaine1 comme de l'espce animale1 de se servir de ses jambes son plaisir4 ,il n'eut pas fait deux lieues que voil quatre autres hros de six pieds qui l'atteignent1 qui le lient1 qui le mnent dans un cachot4 ,on lui demanda juridiquement ce qu'il aimait le mieux d'tre fustig trente-six fois par tout le rgiment1 ou de recevoir -la-fois douze balles de plomb dans la cervelle4 ,il eut beau dire que les volonts sont libres1 et qu'il ne voulait ni l'un ni l'autre1 il fallut faire un choix2 il se dtermina1 en vertu du don de ,dieu qu'on nomme libert1 passer trente-six fois par les baguettes2 il essuya deux promenades4 ,le rgiment tait compos de deux mille hommes2 cela lui composa quatre mille coups de baguette1 qui1 depuis la nuque du cou jusqu'au cul1 lui dcouvrirent les muscles et les nerfs4 ,comme on allait procder la troisime course1 ,candide1 n'en pouvant plus1 demanda en grce qu'on voult bien avoir la bont de lui casser la tte2 il obtint cette faveur2 on lui bande les yeux2 on le fait mettre genoux4 ,le roi des ,bulgares passe dans ce moment1 s'informe du crime du patient2 et comme ce roi avait un grand gnie1 il comprit1 par tout ce qu'il apprit de ,candide1 que c'tait un jeune mtaphysicien fort ignorant des choses de ce monde1 et il lui accorda sa grce avec une clmence qui sera loue dans tous les journaux et dans tous les sicles4 ,un brave chirurgien gurit ,candide en trois semaines avec les mollients enseigns par ,dioscoride4 ,il avait dj un peu de peau et pouvait marcher1 quand le roi des ,bulgares livra bataille au roi des ,abares4 ,,chapitre ,,iii4 ,comment ,candide se sauva d'entre les ,bulgares1 et ce qu'il devint4 ,rien n'tait si beau1 si leste1 si brillant1 si bien ordonn que les deux armes4 ,les trompettes1 les fifres1 les hautbois1 les tambours1 les canons2 formaient une harmonie telle qu'il n'y en eut jamais en enfer4 ,les canons renversrent d'abord peu prs six mille hommes de chaque ct2 ensuite la mousqueterie ta du meilleur des mondes environ neuf dix mille coquins qui en infectaient la surface4 ,la baonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d'hommes4 ,le tout pouvait bien se monter une trentaine de mille mes4 ,candide1 qui tremblait comme un philosophe1 se cacha du mieux qu'il put pendant cette boucherie hroque4 ,enfin1 tandis que les deux rois fesaient chanter des ,te ,deum1 chacun dans son camp1 il prit le parti d'aller raisonner ailleurs des effets et des causes4 ,il passa par-dessus des tas de morts et de mourants1 et gagna d'abord un village voisin2 il tait en cendres3 c'tait un village abare que les ,bulgares avaient brl1 selon les lois du droit public4 ,ici des vieillards cribls de coups regardaient mourir leurs femmes gorges1 qui tenaient leurs enfants leurs mamelles sanglantes2 l des filles ventres aprs avoir assouvi les besoins naturels de quelques hros1 rendaient les derniers soupirs2 d'autres demi brles criaient qu'on achevt de leur donner la mort4 ,des cervelles taient rpandues sur la terre ct de bras et de jambes coups4 ,candide s'enfuit au plus vite dans un autre village3 il appartenait des ,bulgares1 et les hros abares l'avaient trait de mme4 ,candide1 toujours marchant sur des membres palpitants ou travers des ruines1 arriva enfin hors du thtre de la guerre1 portant quelques petites provisions dans son bissac1 et n'oubliant jamais mademoiselle ,cungonde4 ,ses provisions lui manqurent quand il fut en ,hollande2 mais ayant entendu dire que tout le monde tait riche dans ce pays-l1 et qu'on y tait chrtien1 il ne douta pas qu'on ne le traitt aussi bien qu'il l'avait t dans le chteau de ,m4 le baron1 avant qu'il en et t chass pour les beaux yeux de mademoiselle ,cungonde4 ,il demanda l'aumne plusieurs graves personnages1 qui lui rpondirent tous que1 s'il continuait faire ce mtier1 on l'enfermerait dans une maison de correction pour lui apprendre vivre4 ,il s'adressa ensuite un homme qui venait de parler tout seul une heure de suite sur la charit dans une grande assemble4 ,cet orateur le regardant de travers lui dit3 ,que venez-vous faire ici8 y tes-vous pour la bonne cause8 ,il n'y a point d'effet sans cause1 rpondit modestement ,candide2 tout est enchan ncessairement et arrang pour le mieux4 ,il a fallu que je fusse chass d'auprs de mademoiselle ,cungonde1 que j'aie pass par les baguettes1 et il faut que je demande mon pain1 jusqu' ce que je puisse en gagner2 tout cela ne pouvait tre autrement4 ,mon ami1 lui dit l'orateur1 croyez-vous que le pape soit l'antechrist8 ,je ne l'avais pas encore entendu dire1 rpondit ,candide3 mais qu'il le soit1 ou qu'il ne le soit pas1 je manque de pain4 ,tu ne mrites pas d'en manger1 dit l'autre3 va1 coquin1 va1 misrable1 ne m'approche de ta vie4 ,la femme de l'orateur ayant mis la tte la fentre1 et avisant un homme qui doutait que le pape ft antechrist1 lui rpandit sur le chef un plein'''44 ,o ciel6 quel excs se porte le zle de la religion dans les dames6 ,un homme qui n'avait point t baptis1 un bon anabaptiste1 nomm ,jacques1 vit la manire cruelle et ignominieuse dont on traitait ainsi un de ses frres1 un tre deux pieds sans plumes1 qui avait une me2 il l'amena chez lui1 le nettoya1 lui donna du pain et de la bire1 lui fit prsent de deux florins1 et voulut mme lui apprendre travailler dans ses manufactures aux toffes de ,perse qu'on fabrique en ,hollande4 ,candide se prosternant presque devant lui1 s'criait3 ,matre ,pangloss me l'avait bien dit que tout est au mieux dans ce monde1 car je suis infiniment plus touch de votre extrme gnrosit que de la duret de ce monsieur manteau noir1 et de madame son pouse4 ,le lendemain1 en se promenant1 il rencontra un gueux tout couvert de pustules1 les yeux morts1 le bout du nez rong1 la bouche de travers1 les dents noires1 et parlant de la gorge1 tourment d'une toux violente1 et crachant une dent chaque effort4 ,,chapitre ,,iv4 ,comment ,candide rencontra son ancien matre de philosophie1 le docteur ,pangloss1 et ce qui en advint4 ,candide1 plus mu encore de compassion que d'horreur1 donna cet pouvantable gueux les deux florins qu'il avait reus de son honnte anabaptiste ,jacques4 ,le fantme le regarda fixement1 versa des larmes1 et sauta son cou4 ,candide effray recule4 ,hlas6 dit le misrable l'autre misrable1 ne reconnaissez-vous plus votre cher ,pangloss8 ,qu'entends-je8 vous1 mon cher matre6 vous1 dans cet tat horrible6 quel malheur vous est-il donc arriv8 pourquoi n'tes-vous plus dans le plus beau des chteaux8 qu'est devenue mademoiselle ,cungonde1 la perle des filles1 le chef-d'oeuvre de la nature8 ,je n'en peux plus1 dit ,pangloss4 ,aussitt ,candide le mena dans l'table de l'anabaptiste1 o il lui fit manger un peu de pain2 et quand ,pangloss fut refait3 ,eh bien6 lui dit-il1 ,cungonde8 ,elle est morte1 reprit l'autre4 ,candide s'vanouit ce mot3 son ami rappela ses sens avec un peu de mauvais vinaigre qui se trouva par hasard dans l'table4 ,candide rouvre les yeux4 ,cungonde est morte6 ,ah6 meilleur des mondes1 o tes-vous8 ,mais de quelle maladie est-elle morte8 ne serait-ce point de m'avoir vu chasser du beau chteau de monsieur son pre grands coups de pied8 ,non1 dit ,pangloss1 elle a t ventre par des soldats bulgares1 aprs avoir t viole autant qu'on peut l'tre2 ils ont cass la tte monsieur le baron qui voulait la dfendre2 madame la baronne a t coupe en morceaux2 mon pauvre pupille trait prcisment comme sa soeur2 et quant au chteau1 il n'est pas rest pierre sur pierre1 pas une grange1 pas un mouton1 pas un canard1 pas un arbre2 mais nous avons t bien vengs1 car les ,abares en ont fait autant dans une baronnie voisine qui appartenait un seigneur bulgare4 ,a ce discours1 ,candide s'vanouit encore2 mais revenu soi1 et ayant dit tout ce qu'il devait dire1 il s'enquit de la cause et de l'effet1 et de la raison suffisante qui avait mis ,pangloss dans un si piteux tat4 ,hlas6 dit l'autre1 c'est l'amour3 l'amour1 le consolateur du genre humain1 le conservateur de l'univers1 l'me de tous les tres sensibles1 le tendre amour4 ,hlas6 dit ,candide1 je l'ai connu cet amour1 ce souverain des coeurs1 cette me de notre me2 il ne m'a jamais valu qu'un baiser et vingt coups de pied au cul4 ,comment cette belle cause a-t-elle pu produire en vous un effet si abominable8 ,pangloss rpondit en ces termes3 ,o mon cher ,candide6 vous avez connu ,paquette1 cette jolie suivante de notre auguste baronne3 j'ai got dans ses bras les dlices du paradis1 qui ont produit ces tourments d'enfer dont vous me voyez dvor2 elle en tait infecte1 elle en est peut-tre morte4 ,paquette tenait ce prsent d'un cordelier trs savant qui avait remont la source1 car il l'avait eu d'une vieille comtesse1 qui l'avait reu d'un capitaine de cavalerie1 qui le devait une marquise1 qui le tenait d'un page1 qui l'avait reu d'un jsuite1 qui1 tant novice1 l'avait eu en droite ligne d'un des compagnons de ,christophe ,colomb4 ,pour moi1 je ne le donnerai personne1 car je me meurs4 ,o ,pangloss6 s'cria ,candide1 voil une trange gnalogie6 n'est-ce pas le diable qui en fut la souche8 ,point du tout1 rpliqua ce grand homme2 c'tait une chose indispensable dans le meilleur des mondes1 un ingrdient ncessaire2 car si ,colomb n'avait pas attrap dans une le de l',amrique cette maladie#a qui empoisonne la source de la gnration1 qui souvent mme empche la gnration1 et qui est videmment l'oppos du grand but de la nature1 nous n'aurions ni le chocolat ni la cochenille2 il faut encore observer que jusqu'aujourd'hui1 dans notre continent1 cette maladie nous est particulire1 comme la controverse4 ,les ,turcs1 les ,indiens1 les ,persans1 les ,chinois1 les ,siamois1 les ,japonais1 ne la connaissent pas encore2 mais il y a une raison suffisante pour qu'ils la connaissent leur tour dans quelques sicles4 ,en attendant elle a fait un merveilleux progrs parmi nous1 et surtout dans ces grandes armes composes d'honntes stipendiaires bien levs1 qui dcident du destin des tats2 on peut assurer que1 quand trente mille hommes combattent en bataille range contre des troupes gales en nombre1 il y a environ vingt mille vrols de chaque ct4 #a ,voyez tome ,,xxxi1 page #g4 ,b4 ,voil qui est admirable1 dit ,candide2 mais il faut vous faire gurir4 ,et comment le puis-je8 dit ,pangloss2 je n'ai pas le sou1 mon ami1 et dans toute l'tendue de ce globe on ne peut ni se faire saigner1 ni prendre un lavement sans payer1 ou sans qu'il y ait quelqu'un qui paie pour nous4 ,ce dernier discours dtermina ,candide2 il alla se jeter aux pieds de son charitable anabaptiste ,jacques1 et lui fit une peinture si touchante de l'tat o son ami tait rduit1 que le bon-homme n'hsita pas recueillir le docteur ,pangloss2 il le fit gurir ses dpens4 ,pangloss1 dans la cure1 ne perdit qu'un oeil et une oreille4 ,il crivait bien1 et savait parfaitement l'arithmtique4 ,l'anabaptiste ,jacques en fit son teneur de livres4 ,au bout de deux mois1 tant oblig d'aller ,lisbonne pour les affaires de son commerce1 il mena dans son vaisseau ses deux philosophes4 ,pangloss lui expliqua comment tout tait on ne peut mieux4 ,jacques n'tait pas de cet avis4 ,il faut bien1 disait-il1 que les hommes aient un peu corrompu la nature1 car ils ne sont point ns loups1 et ils sont devenus loups4 ,dieu ne leur a donn ni canons de vingt-quatre1 ni baonnettes1 et ils se sont fait des baonnettes et des canons pour se dtruire4 ,je pourrais mettre en ligne de compte les banqueroutes1 et la justice qui s'empare des biens des banqueroutiers pour en frustrer les cranciers4 ,tout cela tait indispensable1 rpliquait le docteur borgne1 et les malheurs particuliers font le bien gnral2 de sorte que plus il y a de malheurs particuliers1 et plus tout est bien4 ,tandis qu'il raisonnait1 l'air s'obscurcit1 les vents soufflrent des quatre coins du monde1 et le vaisseau fut assailli de la plus horrible tempte1 la vue du port de ,lisbonne4 ,,chapitre ,v4 ,tempte1 naufrage1 tremblement de terre1 et ce qui advint du docteur ,pangloss1 de ,candide1 et de l'anabaptiste ,jacques4 ,la moiti des passagers affaiblis1 expirants de ces angoisses inconcevables que le roulis d'un vaisseau porte dans les nerfs et dans toutes les humeurs du corps agites en sens contraires1 n'avait pas mme la force de s'inquiter du danger4 ,l'autre moiti jetait des cris et fesait des prires2 les voiles taient dchires1 les mts briss1 le vaisseau entr'ouvert4 ,travaillait qui pouvait1 personne ne s'entendait1 personne ne commandait4 ,l'anabaptiste aidait un peu la manoeuvre2 il tait sur le tillac2 un matelot furieux le frappe rudement et l'tend sur les planches2 mais du coup qu'il lui donna1 il eut lui-mme une si violente secousse1 qu'il tomba hors du vaisseau1 la tte la premire4 ,il restait suspendu et accroch une partie de mt rompu4 ,le bon ,jacques court son secours1 l'aide remonter1 et de l'effort qu'il fait1 il est prcipit dans la mer la vue du matelot1 qui le laissa prir sans daigner seulement le regarder4 ,candide approche1 voit son bienfaiteur qui reparat un moment1 et qui est englouti pour jamais4 ,il veut se jeter aprs lui dans la mer3 le philosophe ,pangloss l'en empche1 en lui prouvant que la rade de ,lisbonne avait t forme exprs pour que cet anabaptiste s'y noyt4 ,tandis qu'il le prouvait priori1 le vaisseau s'entr'ouvre1 tout prit la rserve de ,pangloss1 de ,candide1 et de ce brutal de matelot qui avait noy le vertueux anabaptiste2 le coquin nagea heureusement jusqu'au rivage1 o ,pangloss et ,candide furent ports sur une planche4 ,quand ils furent revenus un peu eux1 ils marchrent vers ,lisbonne2 il leur restait quelque argent1 avec lequel ils espraient se sauver de la faim aprs avoir chapp la tempte4 ,a peine ont-ils mis le pied dans la ville1 en pleurant la mort de leur bienfaiteur1 qu'ils sentent la terre trembler sous leurs pas#a2 la mer s'lve en bouillonnant dans le port1 et brise les vaisseaux qui sont l'ancre4 ,des tourbillons de flammes et de cendres couvrent les rues et les places publiques2 les maisons s'croulent1 les toits sont renverss sur les fondements1 et les fondements se dispersent2 trente mille habitants de tout ge et de tout sexe sont crass sous des ruines4 ,le matelot disait en sifflant et en jurant3 il y aura quelque chose gagner ici4 ,quelle peut tre la raison suffisante de ce phnomne8 disait ,pangloss4 ,voici le dernier jour du monde6 s'criait ,candide4 ,le matelot court incontinent au milieu des dbris1 affronte la mort pour trouver de l'argent1 en trouve1 s'en empare1 s'enivre1 et ayant cuv son vin1 achte les faveurs de la premire fille de bonne volont qu'il rencontre sur les ruines des maisons dtruites1 et au milieu des mourants et des morts4 ,pangloss le tirait cependant par la manche3 ,mon ami1 lui disait-il1 cela n'est pas bien1 vous manquez la raison universelle1 vous prenez mal votre temps4 ,tte et sang1 rpondit l'autre1 je suis matelot et n ,batavia2 j'ai march quatre fois sur le crucifix dans quatre voyages au ,japon#b2 tu as bien trouv ton homme avec ta raison universelle6 #a ,le tremblement de terre de ,lisbonne est du #a;er novembre #agee4 ,b4 #b ,voyez tome ,,xviii1 page #dgj4 ,b4 ,quelques clats de pierre avaient bless ,candide2 il tait tendu dans la rue et couvert de dbris4 ,il disait ,pangloss3 ,hlas6 procure-moi un peu de vin et d'huile2 je me meurs4 ,ce tremblement de terre n'est pas une chose nouvelle1 rpondit ,pangloss2 la ville de ,lima prouva les mmes secousses en ,amrique l'anne passe2 mmes causes1 mmes effets2 il y a certainement une trane de soufre sous terre depuis ,lima jusqu' ,lisbonne4 ,rien n'est plus probable1 dit ,candide2 mais1 pour ,dieu1 un peu d'huile et de vin4 ,comment probable8 rpliqua le philosophe1 je soutiens que la chose est dmontre4 ,candide perdit connaissance1 et ,pangloss lui apporta un peu d'eau d'une fontaine voisine4 ,le lendemain1 ayant trouv quelques provisions de bouche en se glissant travers des dcombres1 ils rparrent un peu leurs forces4 ,ensuite ils travaillrent comme les autres soulager les habitants chapps la mort4 ,quelques citoyens1 secourus par eux1 leur donnrent un aussi bon dner qu'on le pouvait dans un tel dsastre3 il est vrai que le repas tait triste2 les convives arrosaient leur pain de leurs larmes2 mais ,pangloss les consola1 en les assurant que les choses ne pouvaient tre autrement3 ,car1 dit-il1 tout ceci est ce qu'il y a de mieux2 car s'il y a un volcan ,lisbonne1 il ne pouvait tre ailleurs2 car il est impossible que les choses ne soient pas o elles sont1 car tout est bien4 ,un petit homme noir1 familier de l'inquisition1 lequel tait ct de lui1 prit poliment la parole et dit3 ,apparemment que monsieur ne croit pas au pch originel2 car si tout est au mieux1 il n'y a donc eu ni chute ni punition4 ,je demande trs humblement pardon votre excellence1 rpondit ,pangloss encore plus poliment1 car la chute de l'homme et la maldiction entraient ncessairement dans le meilleur des mondes possibles4 ,monsieur ne croit donc pas la libert8 dit le familier4 ,votre excellence m'excusera1 dit ,pangloss2 la libert peut subsister avec la ncessit absolue2 car il tait ncessaire que nous fussions libres2 car enfin la volont dtermine'''''' ,pangloss tait au milieu de sa phrase1 quand le familier fit un signe de tte son estafier qui lui servait boire du vin de ,porto ou d',oporto4 ,,chapitre ,,vi4 ,comment on fit un bel auto-da-f pour empcher les tremblements de terre1 et comment ,candide fut fess4 ,aprs le tremblement de terre qui avait dtruit les trois quarts de ,lisbonne1 les sages du pays n'avaient pas trouv un moyen plus efficace pour prvenir une ruine totale que de donner au peuple un bel auto-da-f#a2 il tait dcid par l'universit de ,combre que le spectacle de quelques personnes brles petit feu1 en grande crmonie1 est un secret infaillible pour empcher la terre de trembler4 #a ,aprs le tremblement de terre de ,lisbonne1 on y fit en effet un autoda-f1 le #bj juin #agef2 voyez1 tome ,,xxi1 le chapitre ,,xxxi du ,prcis du ,sicle de ,louis ,,xv4 ,b4 ,on avait en consquence saisi un ,biscayen convaincu d'avoir pous sa commre1 et deux ,portugais qui en mangeant un poulet en avaient arrach le lard3 on vint lier aprs le dner le docteur ,pangloss et son disciple ,candide1 l'un pour avoir parl1 et l'autre pour l'avoir cout avec un air d'approbation3 tous deux furent mens sparment dans des appartements d'une extrme fracheur1 dans lesquels on n'tait jamais incommod du soleil3 huit jours aprs ils furent tous deux revtus d'un san-benito1 et on orna leurs ttes de mitres de papier3 la mitre et le san-benito de ,candide taient peints de flammes renverses1 et de diables qui n'avaient ni queues ni griffes2 mais les diables de ,pangloss portaient griffes et queues1 et les flammes taient droites4 ,ils marchrent en procession ainsi vtus1 et entendirent un sermon trs pathtique1 suivi d'une belle musique en faux-bourdon4 ,candide fut fess en cadence1 pendant qu'on chantait2 le ,biscayen et les deux hommes qui n'avaient point voulu manger de lard furent brls1 et ,pangloss fut pendu1 quoique ce ne soit pas la coutume4 ,le mme jour la terre trembla de nouveau avec un fracas pouvantable4 ,candide pouvant1 interdit1 perdu1 tout sanglant1 tout palpitant1 se disait lui-mme3 ,si c'est ici le meilleur des mondes possibles1 que sont donc les autres8 passe encore si je n'tais que fess1 je l'ai t chez les ,bulgares2 mais1 mon cher ,pangloss6 le plus grand des philosophes1 faut-il vous avoir vu pendre1 sans que je sache pourquoi6 mon cher anabaptiste6 le meilleur des hommes1 faut-il que vous ayez t noy dans le port6 mademoiselle ,cungonde6 la perle des filles1 faut-il qu'on vous ait fendu le ventre6 ,il s'en retournait1 se soutenant peine1 prch1 fess1 absous1 et bni1 lorsqu'une vieille l'aborda1 et lui dit3 ,mon fils1 prenez courage1 suivez-moi4 ,,chapitre ,,vii ,comment une vieille prit soin de ,candide1 et comment il retrouva ce qu'il aimait4 ,candide ne prit point courage1 mais il suivit la vieille dans une masure3 elle lui donna un pot de pommade pour se frotter1 lui laissa manger et boire2 elle lui montra un petit lit assez propre2 il y avait auprs du lit un habit complet4 ,mangez1 buvez1 dormez1 lui dit-elle1 et que ,notre-,dame d',atocha#a1 monseigneur saint ,antoine de ,padoue1 et monseigneur saint ,jacques de ,compostelle prennent soin de vous6 je reviendrai demain4 ,candide1 toujours tonn de tout ce qu'il avait vu1 de tout ce qu'il avait souffert1 et encore plus de la charit de la vieille1 voulut lui baiser la main4 ,ce n'est pas ma main qu'il faut baiser1 dit la vieille2 je reviendrai demain4 ,frottez-vous de pommade1 mangez et dormez4 #a ,sur ,notre-,dame d',atocha1 voyez dans les ,mlanges1 anne #agfi1 une des notes de ,voltaire sur son ,extrait d'un journal 7ou ,mmoires de ,dangeau74 ,b4 ,candide1 malgr tant de malheurs1 mangea et dormit4 ,le lendemain la vieille lui apporte djeuner1 visite son dos1 le frotte elle-mme d'une autre pommade3 elle lui apporte ensuite dner3 elle revient sur le soir et apporte souper4 ,le surlendemain elle fit encore les mmes crmonies4 ,qui tes-vous8 lui disait toujours ,candide2 qui vous a inspir tant de bont8 quelles grces puis-je vous rendre8 ,la bonne femme ne rpondait jamais rien4 ,elle revint sur le soir1 et n'apporta point souper3 ,venez avec moi1 dit-elle1 et ne dites mot4 ,elle le prend sous le bras1 et marche avec lui dans la campagne environ un quart de mille3 ils arrivent une maison isole1 entoure de jardins et de canaux4 ,la vieille frappe une petite porte4 ,on ouvre2 elle mne ,candide1 par un escalier drob1 dans un cabinet dor1 le laisse sur un canap de brocart1 referme la porte1 et s'en va4 ,candide croyait rver1 et regardait toute sa vie comme un songe funeste1 et le moment prsent comme un songe agrable4 ,la vieille reparut bientt2 elle soutenait avec peine une femme tremblante1 d'une taille majestueuse1 brillante de pierreries1 et couverte d'un voile4 ,otez ce voile1 dit la vieille ,candide4 ,le jeune homme approche2 il lve le voile d'une main timide4 ,quel moment6 quelle surprise6 il croit voir mademoiselle ,cungonde2 il la voyait en effet1 c'tait elle-mme4 ,la force lui manque1 il ne peut profrer une parole1 il tombe ses pieds4 ,cungonde tombe sur le canap4 ,la vieille les accable d'eaux spiritueuses1 ils reprennent leurs sens1 ils se parlent3 ce sont d'abord des mots entrecoups1 des demandes et des rponses qui se croisent1 des soupirs1 des larmes1 des cris4 ,la vieille leur recommande de faire moins de bruit1 et les laisse en libert4 ,quoi6 c'est vous1 lui dit ,candide1 vous vivez6 je vous retrouve en ,portugal6 ,on ne vous a donc pas viole8 on ne vous a point fendu le ventre1 comme le philosophe ,pangloss me l'avait assur8 ,si fait1 dit la belle ,cungonde2 mais on ne meurt pas toujours de ces deux accidents4--,mais votre pre et votre mre ont-ils t tus8--,il n'est que trop vrai1 dit ,cungonde en pleurant4--,et votre frre8--,mon frre a t tu aussi4--,et pourquoi tes-vous en ,portugal8 et comment avez-vous su que j'y tais8 et par quelle trange aventure m'avez-vous fait conduire dans cette maison8--,je vous dirai tout cela1 rpliqua la dame2 mais il faut auparavant que vous m'appreniez tout ce qui vous est arriv depuis le baiser innocent que vous me donntes1 et les coups de pied que vous retes4 ,candide lui obit avec un profond respect2 et quoiqu'il ft interdit1 quoique sa voix ft faible et tremblante1 quoique l'chine lui ft encore un peu mal1 il lui raconta de la manire la plus nave tout ce qu'il avait prouv depuis le moment de leur sparation4 ,cungonde levait les yeux au ciel3 elle donna des larmes la mort du bon anabaptiste et de ,pangloss2 aprs quoi elle parla en ces termes ,candide1 qui ne perdait pas une parole1 et qui la dvorait des yeux4 ,,chapitre ,,viii4 ,histoire de ,cungonde4 ,j'tais dans mon lit et je dormais profondment1 quand il plut au ciel d'envoyer les ,bulgares dans notre beau chteau de ,thunder-ten-tronckh2 ils gorgrent mon pre et mon frre1 et couprent ma mre par morceaux4 ,un grand ,bulgare1 haut de six pieds1 voyant qu' ce spectacle j'avais perdu connaissance1 se mit me violer2 cela me fit revenir1 je repris mes sens1 je criai1 je me dbattis1 je mordis1 j'gratignai1 je voulais arracher les yeux ce grand ,bulgare1 ne sachant pas que tout ce qui arrivait dans le chteau de mon pre tait une chose d'usage3 le brutal me donna un coup de couteau dans le flanc gauche dont je porte encore la marque4 ,hlas6 j'espre bien la voir1 dit le naf ,candide4 ,vous la verrez1 dit ,cungonde2 mais continuons4 ,continuez1 dit ,candide4 ,elle reprit ainsi le fil de son histoire3 ,un capitaine bulgare entra1 il me vit toute sanglante1 et le soldat ne se drangeait pas4 ,le capitaine se mit en colre du peu de respect que lui tmoignait1 ce brutal1 et le tua sur mon corps4 ,ensuite il me fit panser1 et m'emmena prisonnire de guerre dans son quartier4 ,je blanchissais le peu de chemises qu'il avait1 je fesais sa cuisine2 il me trouvait fort jolie1 il faut l'avouer2 et je ne nierai pas qu'il ne ft trs bien fait1 et qu'il n'et la peau blanche et douce2 d'ailleurs peu d'esprit1 peu de philosophie3 on voyait bien qu'il n'avait pas t lev par le docteur ,pangloss4 ,au bout de trois mois1 ayant perdu tout son argent1 et s'tant dgot de moi1 il me vendit un ,juif nomm don ,issachar1 qui trafiquait en ,hollande et en ,portugal1 et qui aimait passionnment les femmes4 ,ce ,juif s'attacha beaucoup ma personne1 mais il ne pouvait en triompher2 je lui ai mieux rsist qu'au soldat bulgare3 une personne d'honneur peut tre viole une fois1 mais sa vertu s'en affermit4 ,le ,juif1 pour m'apprivoiser1 me mena dans cette maison de campagne que vous voyez4 ,j'avais cru jusque-l qu'il n'y avait rien sur la terre de si beau que le chteau de ,thunder-ten-tronckh2 j'ai t dtrompe4 ,le grand-inquisiteur m'aperut un jour la messe2 il me lorgna beaucoup1 et me fit dire qu'il avait me parler pour des affaires secrtes4 ,je fus conduite son palais2 je lui appris ma naissance2 il me reprsenta combien il tait au-dessous de mon rang d'appartenir un ,isralite4 ,on proposa de sa part don ,issachar de me cder monseigneur4 ,don ,issachar1 qui est le banquier de la cour1 et homme de crdit1 n'en voulut rien faire4 ,l'inquisiteur le menaa d'un auto-da-f4 ,enfin mon ,juif intimid conclut un march par lequel la maison et moi leur appartiendraient tous deux en commun2 que le ,juif aurait pour lui les lundis1 mercredis1 et le jour du sabbat1 et que l'inquisiteur aurait les autres jours de la semaine4 ,il y a six mois que cette convention subsiste4 ,ce n'a pas t sans querelles2 car souvent il a t indcis si la nuit du samedi au dimanche appartenait l'ancienne loi ou la nouvelle4 ,pour moi1 j'ai rsist jusqu' prsent toutes les deux2 et je crois que c'est pour cette raison que j'ai toujours t aime4 ,enfin1 pour dtourner le flau des tremblements de terre1 et pour intimider don ,issachar1 il plut monseigneur l'inquisiteur de clbrer un auto-da-f4 ,il me fit l'honneur de m'y inviter4 ,je fus trs bien place2 on servit aux dames des rafrachissements entre la messe et l'excution4 ,je fus1 la vrit1 saisie d'horreur en voyant brler ces deux ,juifs et cet honnte ,biscayen qui avait pous sa commre3 mais quelle fut ma surprise1 mon effroi1 mon trouble1 quand je vis dans un san-benito1 et sous une mitre1 une figure qui ressemblait celle de ,pangloss6 ,je me frottai les yeux1 je regardai attentivement1 je le vis pendre2 je tombai en faiblesse4 ,a peine reprenais-je mes sens1 que je vous vis dpouill tout nu2 ce fut l le comble de l'horreur1 de la consternation1 de la douleur1 du dsespoir4 ,je vous dirai1 avec vrit1 que votre peau est encore plus blanche1 et d'un incarnat plus parfait que celle de mon capitaine des ,bulgares4 ,cette vue redoubla tous les sentiments qui m'accablaient1 qui me dvoraient4 ,je m'criai1 je voulus dire1 ,arrtez1 barbares6 mais la voix me manqua1 et mes cris auraient t inutiles4 ,quand vous etes t bien fess3 ,comment se peut-il faire1 disais-je1 que l'aimable ,candide et le sage ,pangloss se trouvent ,lisbonne1 l'un pour recevoir cent coups de fouet1 et l'autre pour tre pendu par l'ordre de monseigneur l'inquisiteur1 dont je suis la bien-aime8 ,pangloss m'a donc bien cruellement trompe1 quand il me disait que tout va le mieux du monde6 ,agite1 perdue1 tantt hors de moi-mme1 et tantt prte de mourir de faiblesse1 j'avais la tte remplie du massacre de mon pre1 de ma mre1 de mon frre1 de l'insolence de mon vilain soldat bulgare1 du coup de couteau qu'il me donna1 de ma servitude1 de mon mtier de cuisinire1 de mon capitaine bulgare1 de mon vilain don ,issachar1 de mon abominable inquisiteur1 de la pendaison du docteur ,pangloss1 de ce grand miserere en faux-bourdon pendant lequel on vous fessait1 et surtout du baiser que je vous avais donn derrire un paravent1 le jour que je vous avais vu pour la dernire fois4 ,je louai ,dieu1 qui vous ramenait moi par tant d'preuves4 ,je recommandai ma vieille d'avoir soin de vous1 et de vous amener ici ds qu'elle le pourrait4 ,elle a trs bien excut ma commission2 j'ai got le plaisir inexprimable de vous revoir1 de vous entendre1 de vous parler4 ,vous devez avoir une faim dvorante2 j'ai grand apptit2 commenons par souper4 ,les voil qui se mettent tous deux table2 et1 aprs le souper1 ils se replacent sur ce beau canap dont on a dj parl2 ils y taient quand le signor don ,issachar1 l'un des matres de la maison1 arriva4 ,c'tait le jour du sabbat4 ,il venait jouir de ses droits1 et expliquer son tendre amour4 ,,chapitre ,,ix4 ,ce qui advint de ,cungonde1 de ,candide1 du grand-inquisiteur1 et d'un ,juif4 ,cet ,issachar tait le plus colrique ,hbreu qu'on et vu dans ,isral1 depuis la captivit en ,babylone4 ,quoi6 dit-il1 chienne de galilenne1 ce n'est pas assez de monsieur l'inquisiteur8 il faut que ce coquin partage aussi avec moi8 ,en disant cela il tire un long poignard dont il tait toujours pourvu1 et1 ne croyant pas que son adverse partie et des armes1 il se jette sur ,candide2 mais notre bon ,vestphalien avait reu une belle pe de la vieille avec l'habit complet4 ,il tire son pe1 quoiqu'il et les moeurs fort douces1 et vous tend l',isralite roide mort sur le carreau1 aux pieds de la belle ,cungonde4 ,sainte ,vierge6 s'cria-t-elle1 qu'allons-nous devenir8 un homme tu chez moi6 si la justice vient1 nous sommes perdus4 ,si ,pangloss n'avait pas t pendu1 dit ,candide1 il nous donnerait un bon conseil dans cette extrmit1 car c'tait un grand philosophe4 ,a son dfaut1 consultons la vieille4 ,elle tait fort prudente1 et commenait dire son avis quand une autre petite porte s'ouvrit4 ,il tait une heure aprs minuit1 c'tait le commencement du dimanche4 ,ce jour appartenait monseigneur l'inquisiteur4 ,il entre et voit le fess ,candide1 l'pe la main1 un mort tendu par terre1 ,cungonde effare1 et la vieille donnant des conseils4 ,voici dans ce moment ce qui se passa dans l'me de ,candide1 et comment il raisonna3 ,si ce saint homme appelle du secours1 il me fera infailliblement brler1 il pourra en faire autant de ,cungonde2 il m'a fait fouetter impitoyablement2 il est mon rival2 je suis en train de tuer2 il n'y a pas balancer4 ,ce raisonnement fut net et rapide2 et1 sans donner le temps l'inquisiteur de revenir de sa surprise1 il le perce d'outre en outre1 et le jette ct du ,juif4 ,en voici bien d'une autre1 dit ,cungonde2 il n'y a plus de rmission2 nous sommes excommunis1 notre dernire heure est venue6 ,comment avez-vous fait1 vous qui tes n si doux1 pour tuer en deux minutes un ,juif et un prlat8 ,ma belle demoiselle1 rpondit ,candide1 quand on est amoureux1 jaloux1 et fouett par l'inquisition1 on ne se connat plus4 ,la vieille prit alors la parole1 et dit3 ,il y a trois chevaux andalous dans l'curie1 avec leurs selles et leurs brides1 que le brave ,candide les prpare2 madame a des moyadors et des diamants1 montons vite cheval1 quoique je ne puisse me tenir que sur une fesse1 et allons ,cadix2 il fait le plus beau temps du monde1 et c'est un grand plaisir de voyager pendant la fracheur de la nuit4 ,aussitt ,candide selle les trois chevaux2 ,cungonde1 la vieille1 et lui1 font trente milles d'une traite4 ,pendant qu'ils s'loignaient1 la sainte hermandad arrive dans la maison1 on enterre monseigneur dans une belle glise1 on jette ,issachar la voirie4 ,candide1 ,cungonde1 et la vieille1 taient dj dans la petite ville d',avacna1 au milieu des montagnes de la ,sierra-,morena2 et ils parlaient ainsi dans un cabaret4 ,,chapitre ,x4 ,dans quelle dtresse ,candide1 ,cungonde1 et la vieille1 arrivent ,cadix1 et leur embarquement4 ,qui a donc pu me voler mes pistoles et mes diamants8 disait en pleurant ,cungonde2 de quoi vivrons-nous8 comment ferons-nous8 o trouver des inquisiteurs et des ,juifs qui m'en donnent d'autres8 ,hlas6 dit la vieille1 je souponne fort un rvrend pre cordelier1 qui coucha hier dans la mme auberge que nous ,badajos2 ,dieu me garde de faire un jugement tmraire6 mais il entra deux fois dans notre chambre1 et il partit long-temps avant nous4 ,hlas6 dit ,candide1 le bon ,pangloss m'avait souvent prouv que les biens de la terre sont communs tous les hommes1 que chacun y a un droit gal4 ,ce cordelier devait bien1 suivant ces principes1 nous laisser de quoi achever notre voyage4 ,il ne vous reste donc rien du tout1 ma belle ,cungonde8 ,pas un maravdis1 dit-elle4 ,quel parti prendre8 dit ,candide4 ,vendons un des chevaux1 dit la vieille2 je monterai en croupe derrire mademoiselle1 quoique je ne puisse me tenir que sur une fesse1 et nous arriverons ,cadix4 ,il y avait dans la mme htellerie un prieur de bndictins2 il acheta le cheval bon march4 ,candide1 ,cungonde1 et la vieille1 passrent par ,lucena1 par ,chillas1 par ,lebrixa1 et arrivrent enfin ,cadix4 ,on y quipait une flotte1 et on y assemblait des troupes pour mettre la raison les rvrends pres jsuites du ,paraguai1 qu'on accusait d'avoir fait rvolter une de leurs hordes contre les rois d',espagne et de ,portugal1 auprs de la ville du ,saint-,sacrement#a4 ,candide1 ayant servi chez les ,bulgares1 fit l'exercice bulgarien devant le gnral de la petite arme avec tant de grce1 de clrit1 d'adresse1 de fiert1 d'agilit1 qu'on lui donna une compagnie d'infanterie commander4 ,le voil capitaine2 il s'embarque avec mademoiselle ,cungonde1 la vieille1 deux valets1 et les deux chevaux andalous qui avaient appartenu ,m4 le grand-inquisiteur de ,portugal4 #a ,voyez tome ,,xvii1 page #dgj2 et dans les ,mlanges1 anne #agei1 la ,lettre de ,m4 ,mead aux auteurs du ,journal encyclopdique4 ,b4 ,pendant toute la traverse ils raisonnrent beaucoup sur la philosophie du pauvre ,pangloss4 ,nous allons dans un autre univers1 disait ,candide2 c'est dans celui-l1 sans doute1 que tout est bien3 car il faut avouer qu'on pourrait gmir un peu de ce qui se passe dans le ntre en physique et en morale4 ,je vous aime de tout mon coeur1 disait ,cungonde2 mais j'ai encore l'me tout effarouche de ce que j'ai vu1 de ce que j'ai prouv4 ,tout ira bien1 rpliquait ,candide2 la mer de ce nouveau monde vaut dj mieux que les mers de notre ,europe2 elle est plus calme1 les vents plus constants4 ,c'est certainement le ,nouveau-,monde qui est le meilleur des univers possibles4 ,dieu le veuille6 disait ,cungonde3 mais j'ai t si horriblement malheureuse dans le mien1 que mon coeur est presque ferm l'esprance4 ,vous vous plaignez1 leur dit la vieille2 hlas6 vous n'avez pas prouv des infortunes telles que les miennes4 ,cungonde se mit presque rire1 et trouva cette bonne femme fort plaisante de prtendre tre plus malheureuse qu'elle4 ,hlas6 lui dit-elle1 ma bonne1 moins que vous n'ayez t viole par deux ,bulgares1 que vous n'ayez reu deux coups de couteau dans le ventre1 qu'on n'ait dmoli deux de vos chteaux1 qu'on n'ait gorg vos yeux deux mres et deux pres1 et que vous n'ayez vu deux de vos amants fouetts dans un auto-da-f1 je ne vois pas que vous puissiez l'emporter sur moi2 ajoutez que je suis ne baronne avec soixante et douze quartiers1 et que j'ai t cuisinire4 ,mademoiselle1 rpondit la vieille1 vous ne savez pas quelle est ma naissance2 et si je vous montrais mon derrire1 vous ne parleriez pas comme vous faites1 et vous suspendriez votre jugement4 ,ce discours fit natre une extrme curiosit dans l'esprit de ,cungonde et de ,candide4 ,la vieille leur parla en ces termes4 ,,chapitre ,,xi4 ,histoire de la vieille4 ,je n'ai pas eu toujours les yeux raills et bords d'carlate2 mon nez n'a pas toujours touch mon menton1 et je n'ai pas toujours t servante4 ,je suis la fille du pape ,urbain ,x et de la princesse de ,palestrinea4 ,on m'leva jusqu' quatorze ans dans un palais auquel tous les chteaux de vos barons allemands n'auraient pas servi d'curie2 et une de mes robes valait mieux que toutes les magnificences de la ,vestphalie4 ,je croissais en beaut1 en grces1 en talents1 au milieu des plaisirs1 des respects1 et des esprances3 j'inspirais dj de l'amour2 ma gorge se formait2 et quelle gorge6 blanche1 ferme1 taille comme celle de la ,vnus de ,mdicis2 et quels yeux6 quelles paupires6 quels sourcils noirs6 quelles flammes brillaient dans mes deux prunelles1 et effaaient la scintillation des toiles6 comme me disaient les potes du quartier4 ,les femmes qui m'habillaient et qui me dshabillaient tombaient en extase en me regardant par-devant et par-derrire2 et tous les hommes auraient voulu tre leur place4 a ,voyez l'extrme discrtion de l'auteur2 il n'y eut jusqu' prsent aucun pape nomm ,urbain ,x2 il craint de donner une btarde un pape connu4 ,quelle circonspection6 quelle dlicatesse de conscience6--,cette note de ,voltaire est posthume4 ,elle n'tait mme pas dans les ditions de ,kehl4 ,je la tiens de feu ,dcrois4 ,le dernier pape du nom d',urbain est ,urbain ,,viii1 mort en #afdd4 ,b4 ,je fus fiance un prince souverain de ,massa-,carrara3 quel prince6 aussi beau que moi1 ptri de douceur et d'agrments1 brillant d'esprit et brlant d'amour2 je l'aimais comme on aime pour la premire fois1 avec idoltrie1 avec emportement4 ,les noces furent prpares3 c'tait une pompe1 une magnificence inoue2 c'taient des ftes1 des carrousels1 des opra-buffa continuels2 et toute l',italie fit pour moi des sonnets dont il n'y eut pas un seul de passable4 ,je touchais au moment de mon bonheur1 quand une vieille marquise1 qui avait t matresse de mon prince1 l'invita prendre du chocolat chez elle2 il mourut en moins de deux heures avec des convulsions pouvantables2 mais ce n'est qu'une bagatelle4 ,ma mre au dsespoir1 et bien moins afflige que moi1 voulut s'arracher pour quelque temps un sjour si funeste4 ,elle avait une trs belle terre auprs de ,gate3 nous nous embarqumes sur une galre du pays1 dore comme l'autel de ,saint-,pierre de ,rome4 ,voil qu'un corsaire de ,sal fond sur nous et nous aborde3 nos soldats se dfendirent comme des soldats du pape2 ils se mirent tous genoux en jetant leurs armes1 et en demandant au corsaire une absolution in articulo mortis4 ,aussitt on les dpouilla nus comme des singes1 et ma mre aussi1 nos filles d'honneur aussi1 et moi aussi4 ,c'est une chose admirable que la diligence avec laquelle ces messieurs dshabillent le monde2 mais ce qui me surprit davantage1 c'est qu'ils nous mirent tous le doigt dans un endroit o nous autres femmes nous ne nous laissons mettre d'ordinaire que des canules4 ,cette crmonie me paraissait bien trange3 voil comme on juge de tout quand on n'est pas sorti de son pays4 ,j'appris bientt que c'tait pour voir si nous n'avions pas cach l quelques diamants2 c'est un usage tabli de temps immmorial parmi les nations polices qui courent sur mer4 ,j'ai su que messieurs les religieux chevaliers de ,malte n'y manquent jamais quand ils prennent des ,turcs et des ,turques2 c'est une loi du droit des gens laquelle on n'a jamais drog4 ,je ne vous dirai point combien il est dur pour une jeune princesse d'tre mene esclave ,maroc avec sa mre3 vous concevez assez tout ce que nous emes souffrir dans le vaisseau corsaire4 ,ma mre tait encore trs belle3 nos filles d'honneur1 nos simples femmes de chambre avaient plus de charmes qu'on n'en peut trouver dans toute l',afrique3 pour moi1 j'tais ravissante1 j'tais la beaut1 la grce mme1 et j'tais pucelle3 je ne le fus pas long-temps2 cette fleur1 qui avait t rserve pour le beau prince de ,massa-,carrara1 me fut ravie par le capitaine corsaire2 c'tait un ngre abominable1 qui croyait encore me faire beaucoup d'honneur4 ,certes il fallait que madame la princesse de ,palestrine et moi fussions bien fortes pour rsister tout ce que nous prouvmes jusqu' notre arrive ,maroc6 ,mais passons2 ce sont des choses si communes1 qu'elles ne valent pas la peine qu'on en parle4 ,maroc nageait dans le sang quand nous arrivmes4 ,cinquante fils de l'empereur ,muley ,ismael#a avaient chacun leur parti2 ce qui produisait en effet cinquante guerres civiles1 de noirs contre noirs1 de noirs contre basans1 de basans contre basans1 de multres contre multres3 c'tait un carnage continuel dans toute l'tendue de l'empire4 #a ,sur ,muley ,ismael1 qui rgnait en #agjb1 et vcut cent cinq ans1 voyez tome ,,xvi1 page #aig2 tome ,,xviii1 page #dbj2 tome ,,xx1 le chapitre ,,xviii du ,sicle de ,louis ,,xiv2 tome ,,xxx1 page #abf4 ,b4 ,a peine fmes-nous dbarques1 que des noirs d'une faction ennemie de celle de mon corsaire se prsentrent pour lui enlever son butin4 ,nous tions1 aprs les diamants et l'or1 ce qu'il avait de plus prcieux4 ,je fus tmoin d'un combat tel que vous n'en voyez jamais dans vos climats d',europe4 ,les peuples septentrionaux n'ont pas le sang assez ardent2 ils n'ont pas la rage des femmes au point o elle est commune en ,afrique4 ,il semble que vos ,europans aient du lait dans les veines2 c'est du vitriol1 c'est du feu qui coule dans celles des habitants du mont ,atlas et des pays voisins4 ,on combattit avec la fureur des lions1 des tigres1 et des serpents de la contre1 pour savoir qui nous aurait4 ,un ,maure saisit ma mre par le bras droit1 le lieutenant de mon capitaine la retint par le bras gauche2 un soldat maure la prit par une jambe1 un de nos pirates la tenait par l'autre4 ,nos filles se trouvrent presque toutes en un moment tires ainsi quatre soldats4 ,mon capitaine me tenait cache derrire lui2 il avait le cimeterre au poing1 et tuait tout ce qui s'opposait sa rage4 ,enfin je vis toutes nos ,italiennes et ma mre dchires1 coupes1 massacres par les monstres qui se les disputaient4 ,les captifs1 mes compagnons1 ceux qui les avaient pris1 soldats1 matelots1 noirs1 basans1 blancs1 multres1 et enfin mon capitaine1 tout fut tu1 et je demeurai mourante sur un tas de morts4 ,des scnes pareilles se passaient1 comme on sait1 dans l'tendue de plus de trois cents lieues1 sans qu'on manqut aux cinq prires par jour ordonnes par ,mahomet4 ,je me dbarrassai avec beaucoup de peine de la foule de tant de cadavres sanglants entasss1 et je me tranai sous un grand oranger au bord d'un ruisseau voisin2 j'y tombai d'effroi1 de lassitude1 d'horreur1 de dsespoir1 et de faim4 ,bientt aprs mes sens accabls se livrrent un sommeil qui tenait plus de l'vanouissement que du repos4 ,j'tais dans cet tat de faiblesse et d'insensibilit1 entre la mort et la vie1 quand je me sentis presse de quelque chose qui s'agitait sur mon corps2 j'ouvris les yeux1 je vis un homme blanc et de bonne mine qui soupirait1 et qui disait entre ses dents3 ,o che sciagura d'essere senza coglioni6 ,,chapitre ,,xii4 ,suite des malheurs de la vieille4 tonne et ravie d'entendre la langue de ma patrie1 et non moins surprise des paroles que profrait cet homme1 je lui rpondis qu'il y avait de plus grands malheurs que celui dont il se plaignait2 je l'instruisis en peu de mots des horreurs que j'avais essuyes1 et je retombai en faiblesse4 ,il m'emporta dans une maison voisine1 me fit mettre au lit1 me fit donner manger1 me servit1 me consola1 me flatta1 me dit qu'il n'avait rien vu de si beau que moi1 et que jamais il n'avait tant regrett ce que personne ne pouvait lui rendre4 ,je suis n ,naples1 me dit-il2 on y chaponne deux ou trois mille enfants tous les ans2 les uns en meurent1 les autres acquirent une voix plus belle que celle des femmes1 les autres vont gouverner des tats#a4 ,on me fit cette opration avec un trs grand succs1 et j'ai t musicien de la chapelle de madame la princesse de ,palestrine4 ,de ma mre6 m'criai-je4 ,de votre mre6 s'cria-t-il en pleurant3 quoi6 vous seriez cette jeune princesse que j'ai leve jusqu' l'ge de six ans1 et qui promettait dj d'tre aussi belle que vous tes8--,c'est moi-mme2 ma mre est quatre cents pas d'ici coupe en quartiers sous un tas de morts'''44 #a ,farinelli1 chanteur italien1 n ,naples en #agje1 sans tre ministre1 gouvernait l',espagne sous ,ferdinand ,,vi2 il est mort en #aghb4 ,voltaire reparle de ce ,farinelli dans la ,conversation de l',intendant des menus en exercice3 voyez les ,mlanges1 anne #agfa4 ,b4 ,je lui contai tout ce qui m'tait arriv2 il me conta aussi ses aventures1 et m'apprit comment il avait t envoy chez le roi de ,maroc par une puissance chrtienne1 pour conclure avec ce monarque un trait par lequel on lui fournirait de la poudre1 des canons1 et des vaisseaux1 pour l'aider exterminer le commerce des autres chrtiens4 ,ma mission est faite1 dit cet honnte eunuque2 je vais m'embarquer ,ceuta1 et je vous ramnerai en ,italie4 ,ma che sciagura d'essere senza coglioni6 ,je le remerciai avec des larmes d'attendrissement2 et au lieu de me mener en ,italie1 il me conduisit ,alger1 et me vendit au dey de cette province4 ,a peine fus-je vendue1 que cette peste qui a fait le tour de l',afrique1 de l',asie1 de l',europe1 se dclara dans ,alger avec fureur4 ,vous avez vu des tremblements de terre2 mais1 mademoiselle1 avez-vous jamais eu la peste8 ,jamais1 rpondit la baronne4 ,si vous l'aviez eue1 reprit la vieille1 vous avoueriez qu'elle est bien au-dessus d'un tremblement de terre4 ,elle est fort commune en ,afrique2 j'en fus attaque4 ,figurez-vous quelle situation pour la fille d'un pape1 ge de quinze ans1 qui en trois mois de temps avait prouv la pauvret1 l'esclavage1 avait t viole presque tous les jours1 avait vu couper sa mre en quatre1 avait essuy la faim et la guerre1 et mourait pestifre dans ,alger6 ,je n'en mourus pourtant pas2 mais mon eunuque et le dey1 et presque tout le srail d',alger prirent4 ,quand les premiers ravages de cette pouvantable peste furent passs1 on vendit les esclaves du dey4 ,un marchand m'acheta1 et me mena ,tunis2 il me vendit un autre marchand qui me revendit ,tripoli2 de ,tripoli je fus revendue ,alexandrie1 d',alexandrie revendue ,smyrne2 de ,smyrne ,constantinople4 ,j'appartins enfin un aga des janissaires1 qui fut bientt command pour aller dfendre ,azof contre les ,russes qui l'assigeaient4 ,l'aga1 qui tait un trs galant homme1 mena avec lui tout son srail1 et nous logea dans un petit fort sur les ,palus-,motides1 gard par deux eunuques noirs et vingt soldats4 ,on tua prodigieusement de ,russes1 mais ils nous le rendirent bien3 ,azof fut mis feu et sang#b1 et on ne pardonna ni au sexe1 ni l'ge2 il ne resta que notre petit fort2 les ennemis voulurent nous prendre par famine4 ,les vingt janissaires avaient jur de ne se jamais rendre4 ,les extrmits de la faim o ils furent rduits les contraignirent manger nos deux eunuques1 de peur de violer leur serment4 ,au bout de quelques jours ils rsolurent de manger les femmes4 #b ,les ,russes prirent ,azof sous ,pierre-le-,grand1 en #afif1 et la rendirent la paix1 en #agaa2 la reprirent en #agci1 la fortifirent2 mais la paix de #aghi1 ils la rendirent aprs l'avoir dmantele4 ,la prise d',azof1 sous ,catherine ,,ii1 est postrieure de dix ans ,candide4 ,b4 ,nous avions un iman trs pieux et trs compatissant1 qui leur fit un beau sermon par lequel il leur persuada de ne nous pas tuer tout--fait4 ,coupez1 dit-il1 seulement une fesse chacune de ces dames1 vous ferez trs bonne chre2 s'il faut y revenir1 vous en aurez encore autant dans quelques jours2 le ciel vous saura gr d'une action si charitable1 et vous serez secourus4 ,il avait beaucoup d'loquence2 il les persuada3 on nous fit cette horrible opration2 l'iman nous appliqua le mme baume qu'on met aux enfants qu'on vient de circoncire3 nous tions toutes la mort4 ,a peine les janissaires eurent-ils fait le repas que nous leur avions fourni1 que les ,russes arrivent sur des bateaux plats2 pas un janissaire ne rchappa4 ,les ,russes ne firent aucune attention l'tat o nous tions4 ,il y a partout des chirurgiens franais3 un d'eux qui tait fort adroit prit soin de nous1 il nous gurit2 et je me souviendrai toute ma vie1 que quand mes plaies furent bien fermes1 il me fit des propositions4 ,au reste1 il nous dit toutes de nous consoler2 il nous assura que dans plusieurs siges pareille chose tait arrive1 et que c'tait la loi de la guerre4 ,ds que mes compagnes purent marcher1 on les fit aller ,moscou2 j'chus en partage un board qui me fit sa jardinire1 et qui me donnait vingt coups de fouet par jour2 mais ce seigneur ayant t rou au bout de deux ans avec une trentaine de boards pour quelque tracasserie de cour1 je profitai de cette aventure2 je m'enfuis2 je traversai toute la ,russie2 je fus long-temps servante de cabaret ,riga1 puis ,rostock1 ,vismar1 ,leipsick1 ,cassel1 ,utrecht1 ,leyde1 la ,haye1 ,rotterdam3 j'ai vieilli dans la misre et dans l'opprobre1 n'ayant que la moiti d'un derrire1 me souvenant toujours que j'tais fille d'un pape2 je voulus cent fois me tuer1 mais j'aimais encore la vie4 ,cette faiblesse ridicule est peut-tre un de nos penchants les plus funestes2 car y a-t-il rien de plus sot que de vouloir porter continuellement un fardeau qu'on veut toujours jeter par terre2 d'avoir son tre en horreur1 et de tenir son tre2 enfin de caresser le serpent qui nous dvore1 jusqu' ce qu'il nous ait mang le coeur8 ,j'ai vu dans les pays que le sort m'a fait parcourir1 et dans les cabarets o j'ai servi1 un nombre prodigieux de personnes qui avaient leur existence en excration2 mais je n'en ai vu que douze qui aient mis volontairement fin leur misre1 trois ngres1 quatre ,anglais1 quatre ,genevois1 et un professeur allemand nomm ,robeck#c4 ,j'ai fini par tre servante chez le ,juif don ,issachar2 il me mit auprs de vous1 ma belle demoiselle2 je me suis attache votre destine1 et j'ai t plus occupe de vos aventures que des miennes4 ,je ne vous aurais mme jamais parl de mes malheurs1 si vous ne m'aviez pas un peu pique1 et s'il n'tait d'usage1 dans un vaisseau1 de conter des histoires pour se dsennuyer4 ,enfin1 mademoiselle1 j'ai de l'exprience1 je connais le monde2 donnez-vous un plaisir1 engagez chaque passager vous conter son histoire1 et s'il s'en trouve un seul qui n'ait souvent maudit sa vie1 qui ne se soit souvent dit lui-mme qu'il tait le plus malheureux des hommes1 jetez-moi dans la mer la tte la premire4 #c ,robeck 7,jean71 n ,calmar en ,sude1 en #afgb1 se noya volontairement en #agci4 ,j4-,j4 ,rousseau parle de ,robeck dans sa ,nouvelle ,hlose1 lettre vingt et unime de la troisime partie4 ,b4 ,,chapitre ,,xiii4 ,comment ,candide fut oblig de se sparer de la belle ,cungonde et de la vieille4 ,la belle ,cungonde1 ayant entendu l'histoire de la vieille1 lui fit toutes les politesses qu'on devait une personne de son rang et de son mrite4 ,elle accepta la proposition2 elle engagea tous les passagers1 l'un aprs l'autre1 lui conter leurs aventures4 ,candide et elle avourent que la vieille avait raison4 ,c'est bien dommage1 disait ,candide1 que le sage ,pangloss ait t pendu contre la coutume dans un auto-da-f2 il nous dirait des choses admirables sur le mal physique et sur le mal moral qui couvrent la terre et la mer1 et je me sentirais assez de force pour oser lui faire respectueusement quelques objections4 ,a mesure que chacun racontait son histoire1 le vaisseau avanait4 ,on aborda dans ,bunos-,ayres4 ,cungonde1 le capitaine ,candide1 et la vieille1 allrent chez le gouverneur don ,fernando d',ibaraa1 y ,figueora1 y ,mascarenes1 y ,lampourdos1 y ,souza4 ,ce seigneur avait une fiert convenable un homme qui portait tant de noms4 ,il parlait aux hommes avec le ddain le plus noble1 portant le nez si haut1 levant si impitoyablement la voix1 prenant un ton si imposant1 affectant une dmarche si altire1 que tous ceux qui le saluaient taient tents de le battre4 ,il aimait les femmes la fureur4 ,cungonde lui parut ce qu'il avait jamais vu de plus beau4 ,la premire chose qu'il fit fut de demander si elle n'tait point la femme du capitaine4 ,l'air dont il fit cette question alarma ,candide3 il n'osa pas dire qu'elle tait sa femme1 parcequ'en effet elle ne l'tait point2 il n'osait pas dire que c'tait sa soeur1 parcequ'elle ne l'tait pas non plus2 et quoique ce mensonge officieux et t autrefois trs la mode chez les anciens#a1 et qu'il pt tre utile aux modernes1 son me tait trop pure pour trahir la vrit4 ,mademoiselle ,cungonde1 dit-il1 doit me faire l'honneur de m'pouser1 et nous supplions votre excellence de daigner faire notre noce4 #a ,voyez l'article ,,abraham1 tome ,,xxvi1 page #dh4 ,b4 ,don ,fernando d',ibaraa1 y ,figueora1 y ,mascarenes1 y ,lampourdos1 y ,souza1 relevant sa moustache1 sourit amrement1 et ordonna au capitaine ,candide d'aller faire la revue de sa compagnie4 ,candide obit2 le gouverneur demeura avec mademoiselle ,cungonde4 ,il lui dclara sa passion1 lui protesta que le lendemain il l'pouserait la face de l'glise1 ou autrement1 ainsi qu'il plairait ses charmes4 ,cungonde lui demanda un quart d'heure pour se recueillir1 pour consulter la vieille1 et pour se dterminer4 ,la vieille dit ,cungonde3 ,mademoiselle1 vous avez soixante et douze quartiers et pas une obole2 il ne tient qu' vous d'tre la femme du plus grand seigneur de l',amrique mridionale1 qui a une trs belle moustache2 est-ce vous de vous piquer d'une fidlit toute preuve8 ,vous avez t viole par les ,bulgares2 un ,juif et un inquisiteur ont eu vos bonnes grces3 les malheurs donnent des droits4 ,j'avoue que si j'tais votre place1 je ne ferais aucun scrupule d'pouser monsieur le gouverneur1 et de faire la fortune de monsieur le capitaine ,candide4 ,tandis que la vieille parlait avec toute la prudence que l'ge et l'exprience donnent1 on vit entrer dans le port un petit vaisseau2 il portait un alcade et des alguazils1 et voici ce qui tait arriv4 ,la vieille avait trs bien devin que ce fut un cordelier la grande manche qui vola l'argent et les bijoux de ,cungonde dans la ville de ,badajos1 lorsqu'elle fuyait en hte avec ,candide4 ,ce moine voulut vendre quelques unes des pierreries un joaillier4 ,le marchand les reconnut pour celles du grand-inquisiteur4 ,le cordelier1 avant d'tre pendu1 avoua qu'il les avait voles3 il indiqua les personnes1 et la route qu'elles prenaient4 ,la fuite de ,cungonde et de ,candide tait dj connue4 ,on les suivit ,cadix3 on envoya1 sans perdre de temps1 un vaisseau leur poursuite4 ,le vaisseau tait dj dans le port de ,bunos-,ayres4 ,le bruit se rpandit qu'un alcade allait dbarquer1 et qu'on poursuivait les meurtriers de monseigneur le grand-inquisiteur4 ,la prudente vieille vit dans l'instant tout ce qui tait faire4 ,vous ne pouvez fuir1 dit-elle ,cungonde1 et vous n'avez rien craindre2 ce n'est pas vous qui avez tu monseigneur1 et d'ailleurs le gouverneur1 qui vous aime1 ne souffrira pas qu'on vous maltraite2 demeurez4 ,elle court sur-le-champ ,candide3 ,fuyez1 dit-elle1 ou dans une heure vous allez tre brl4 ,il n'y avait pas un moment perdre2 mais comment se sparer de ,cungonde1 et o se rfugier8 ,,chapitre ,,xiv4 ,comment ,candide et ,cacambo furent reus chez les jsuites du ,paraguai4 ,candide avait amen de ,cadix un valet tel qu'on en trouve beaucoup sur les ctes d',espagne et dans les colonies4 ,c'tait un quart d',espagnol1 n d'un mtis dans le ,tucuman2 il avait t enfant de choeur1 sacristain1 matelot1 moine1 facteur1 soldat1 laquais4 ,il s'appelait ,cacambo1 et aimait fort son matre1 parceque son matre tait un fort bon homme4 ,il sella au plus vite les deux chevaux andalous4 ,allons1 mon matre1 suivons le conseil de la vieille1 partons1 et courons sans regarder derrire nous4 ,candide versa des larmes3 ,o ma chre ,cungonde6 faut-il vous abandonner dans le temps que monsieur le gouverneur va faire nos noces6 ,cungonde amene de si loin1 que deviendrez-vous8 ,elle deviendra ce qu'elle pourra1 dit ,cacambo2 les femmes ne sont jamais embarrasses d'elles2 ,dieu y pourvoit2 courons4 ,o me mnes-tu8 o allons-nous8 que ferons-nous sans ,cungonde8 disait ,candide4 ,par saint ,jacques de ,compostelle1 dit ,cacambo1 vous alliez faire la guerre aux jsuites1 allons la faire pour eux2 je sais assez les chemins1 je vous mnerai dans leur royaume1 ils seront charms d'avoir un capitaine qui fasse l'exercice la bulgare2 vous ferez une fortune prodigieuse2 quand on n'a pas son compte dans un monde1 on le trouve dans un autre4 ,c'est un trs grand plaisir de voir et de faire des choses nouvelles4 ,tu as donc t dj dans le ,paraguai8 dit ,candide4 ,eh vraiment oui6 dit ,cacambo2 j'ai t cuistre dans le collge de l',assomption1 et je connais le gouvernement de los padres comme je connais les rues de ,cadix4 ,c'est une chose admirable que ce gouvernement4 ,le royaume a dj plus de trois cents lieues de diamtre2 il est divis en trente provinces4 ,los padres y ont tout1 et les peuples rien2 c'est le chef-d'oeuvre de la raison et de la justice4 ,pour moi1 je ne vois rien de si divin que los padres1 qui font ici la guerre au roi d',espagne et au roi de ,portugal1 et qui en ,europe confessent ces rois2 qui tuent ici des ,espagnols1 et qui ,madrid les envoient au ciel2 cela me ravit2 avanons3 vous allez tre le plus heureux de tous les hommes4 ,quel plaisir auront los padres1 quand ils sauront qu'il leur vient un capitaine qui sait l'exercice bulgare6 ,ds qu'ils furent arrivs la premire barrire1 ,cacambo dit la garde avance qu'un capitaine demandait parler monseigneur le commandant4 ,on alla avertir la grande garde4 ,un officier paraguain courut aux pieds du commandant lui donner part de la nouvelle4 ,candide et ,cacambo furent d'abord dsarms2 on se saisit de leurs deux chevaux andalous4 ,les deux trangers sont introduits au milieu de deux files de soldats2 le commandant tait au bout1 le bonnet trois cornes en tte1 la robe retrousse1 l'pe au ct1 l'esponton la main4 ,il fit un signe2 aussitt vingt-quatre soldats entourent les deux nouveaux venus4 ,un sergent leur dit qu'il faut attendre1 que le commandant ne peut leur parler1 que le rvrend pre provincial ne permet pas qu'aucun ,espagnol ouvre la bouche qu'en sa prsence1 et demeure plus de trois heures dans le pays4 ,et o est le rvrend pre provincial8 dit ,cacambo4 ,il est la parade aprs avoir dit sa messe1 rpondit le sergent1 et vous ne pourrez baiser ses perons que dans trois heures4 ,mais1 dit ,cacambo1 monsieur le capitaine1 qui meurt de faim comme moi1 n'est point ,espagnol1 il est ,allemand2 ne pourrions-nous point djeuner en attendant sa rvrence8 ,le sergent alla sur-le-champ rendre compte de ce discours au commandant4 ,dieu soit bni6 dit ce seigneur1 puisqu'il est ,allemand1 je peux lui parler2 qu'on le mne dans ma feuille4 ,aussitt on conduit ,candide dans un cabinet de verdure1 orn d'une trs jolie colonnade de marbre vert et or1 et de treillages qui renfermaient des perroquets1 des colibris1 des oiseaux-mouches1 des pintades1 et tous les oiseaux les plus rares4 ,un excellent djeuner tait prpar dans des vases d'or2 et tandis que les ,paraguains mangrent du mas dans des cuelles de bois1 en plein champ1 l'ardeur du soleil1 le rvrend pre commandant entra dans la feuille4 ,c'tait un trs beau jeune homme1 le visage plein1 assez blanc1 haut en couleur1 le sourcil relev1 l'oeil vif1 l'oreille rouge1 les lvres vermeilles1 l'air fier1 mais d'une fiert qui n'tait ni celle d'un ,espagnol ni celle d'un jsuite4 ,on rendit ,candide et ,cacambo leurs armes1 qu'on leur avait saisies1 ainsi que les deux chevaux andalous2 ,cacambo leur fit manger l'avoine auprs de la feuille1 ayant toujours l'oeil sur eux1 crainte de surprise4 ,candide baisa d'abord le bas de la robe du commandant1 ensuite ils se mirent table4 ,vous tes donc ,allemand8 lui dit le jsuite en cette langue4 ,oui1 mon rvrend pre1 dit ,candide4 ,l'un et l'autre1 en prononant ces paroles1 se regardaient avec une extrme surprise1 et une motion dont ils n'taient pas les matres4 ,et de quel pays d',allemagne tes-vous8 dit le jsuite4 ,de la sale province de ,vestphalie1 dit ,candide3 je suis n dans le chteau de ,thunder-ten-tronckh4 ,o ciel6 est-il possible6 s'cria le commandant4 ,quel miracle6 s'cria ,candide4 ,serait-ce vous8 dit le commandant4 ,cela n'est pas possible1 dit ,candide4 ,ils se laissent tomber tous deux la renverse1 ils s'embrassent1 ils versent des ruisseaux de larmes4 ,quoi6 serait-ce vous1 mon rvrend pre8 vous1 le frre de la belle ,cungonde6 vous qui ftes tu par les ,bulgares6 vous le fils de monsieur le baron6 vous jsuite au ,paraguai6 ,il faut avouer que ce monde est une trange chose4 ,o ,pangloss6 ,pangloss6 que vous sriez aise si vous n'aviez pas t pendu6 ,le commandant fit retirer les esclaves ngres et les ,paraguains qui servaient boire dans des gobelets de cristal de roche4 ,il remercia ,dieu et saint ,ignace mille fois2 il serrait ,candide entre ses bras1 leurs visages taient baigns de pleurs4 ,vous seriez bien plus tonn1 plus attendri1 plus hors de vous-mme1 dit ,candide1 si je vous disais que mademoiselle ,cungonde1 votre soeur1 que vous avez crue ventre1 est pleine de sant4--,o8--,dans votre voisinage1 chez ,m4 le gouverneur de ,bunos-,ayres2 et je venais pour vous faire la guerre4 ,chaque mot qu'ils prononcrent dans cette longue conversation accumulait prodige sur prodige4 ,leur me tout entire volait sur leur langue1 tait attentive dans leurs oreilles1 et tincelante dans leurs yeux4 ,comme ils taient ,allemands1 ils tinrent table long-temps1 en attendant le rvrend pre provincial2 et le commandant parla ainsi son cher ,candide4 ,,chapitre ,,xv4 ,comment ,candide tua le frre de sa chre ,cungonde4 ,j'aurai toute ma vie prsent la mmoire le jour horrible o je vis tuer mon pre et ma mre1 et violer ma soeur4 ,quand les ,bulgares furent retirs1 on ne trouva point cette soeur adorable1 et on mit dans une charrette ma mre1 mon pre1 et moi1 deux servantes et trois petits garons gorgs1 pour nous aller enterrer dans une chapelle de jsuites1 deux lieues du chteau de mes pres4 ,un jsuite nous jeta de l'eau bnite2 elle tait horriblement sale2 il en entra quelques gouttes dans mes yeux3 le pre s'aperut que ma paupire fesait un petit mouvement3 il mit la main sur mon coeur1 et le sentit palpiter2 je fus secouru1 et au bout de trois semaines il n'y paraissait pas4 ,vous savez1 mon cher ,candide1 que j'tais fort joli2 je le devins encore davantage2 aussi le rvrend pre ,croust#a1 suprieur de la maison1 prit pour moi la plus tendre amiti3 il me donna l'habit de novice3 quelque temps aprs je fus envoy ,rome4 ,le pre gnral avait besoin d'une recrue de jeunes jsuites allemands4 ,les souverains du ,paraguai reoivent le moins qu'ils peuvent de jsuites espagnols2 ils aiment mieux les trangers1 dont ils se croient plus matres4 ,je fus jug propre par le rvrend pre gnral pour aller travailler dans cette vigne4 ,nous partmes1 un ,polonais1 un ,tyrolien1 et moi4 ,je fus honor1 en arrivant1 du sous-diaconat et d'une lieutenance3 je suis aujourd'hui colonel et prtre4 ,nous recevrons vigoureusement les troupes du roi d',espagne2 je vous rponds qu'elles seront excommunies et battues4 ,la ,providence vous envoie ici pour nous seconder4 ,mais est-il bien vrai que ma chre soeur ,cungonde soit dans le voisinage1 chez le gouverneur de ,bunos-,ayres8 ,candide l'assura par serment que rien n'tait plus vrai4 ,leurs larmes recommencrent couler4 #a ,dans les premires ditions1 au lieu de ,croust1 on lit3 ,didrie4 ,mais l'dition fesant partie du volume intitul3 ,seconde suite des ,mlanges1 #agfa1 porte dj ,croust4 ,il est question du rvrend ,p4 ,croust1 le plus brutal de la socit1 dans le tome ,,xxx1 page #dbi4 ,b4 ,le baron ne pouvait se lasser d'embrasser ,candide2 il l'appelait son frre1 son sauveur4 ,ah6 peut-tre1 lui dit-il1 nous pourrons ensemble1 mon cher ,candide1 entrer en vainqueurs dans la ville1 et reprendre ma soeur ,cungonde4 ,c'est tout ce que je souhaite1 dit ,candide2 car je comptais l'pouser1 et je l'espre encore4 ,vous1 insolent6 rpondit le baron1 vous auriez l'impudence d'pouser ma soeur qui a soixante et douze quartiers6 ,je vous trouve bien effront d'oser me parler d'un dessein si tmraire6 ,candide1 ptrifi d'un tel discours1 lui rpondit3 ,mon rvrend pre1 tous les quartiers du monde n'y font rien2 j'ai tir votre soeur des bras d'un ,juif et d'un inquisiteur2 elle m'a assez d'obligations1 elle veut m'pouser4 ,matre ,pangloss m'a toujours dit que les hommes sont gaux2 et assurment je l'pouserai4 ,c'est ce que nous verrons1 coquin6 dit le jsuite baron de ,thunder-ten-tronckh2 et en mme temps il lui donna un grand coup du plat de son pe sur le visage4 ,candide dans l'instant tire la sienne1 et l'enfonce jusqu' la garde dans le ventre du baron jsuite2 mais en la retirant toute fumante1 il se mit pleurer3 ,hlas6 mon ,dieu6 dit-il1 j'ai tu mon ancien matre1 mon ami1 mon beau-frre2 je suis le meilleur homme du monde1 et voil dj trois hommes que je tue2 et dans ces trois il y a deux prtres4 ,cacambo1 qui fesait sentinelle la porte de la feuille1 accourut4 ,il ne nous reste qu' vendre cher notre vie1 lui dit son matre2 on va1 sans doute1 entrer dans la feuille2 il faut mourir les armes la main4 ,cacambo1 qui en avait bien vu d'autres1 ne perdit point la tte2 il prit la robe de jsuite que portait le baron1 la mit sur le corps de ,candide1 lui donna le bonnet carr du mort1 et le fit monter cheval4 ,tout cela se fit en un clin d'oeil4 ,galopons1 mon matre2 tout le monde vous prendra pour un jsuite qui va donner des ordres2 et nous aurons pass les frontires avant qu'on puisse courir aprs nous4 ,il volait dj en prononant ces paroles1 et en criant en espagnol3 ,place1 place pour le rvrend pre colonel6 ,,chapitre ,,xvi4 ,ce qui advint aux deux voyageurs avec deux filles1 deux singes1 et les sauvages nomms ,oreillons4 ,candide et son valet furent au-del des barrires1 et personne ne savait encore dans le camp la mort du jsuite allemand4 ,le vigilant ,cacambo avait eu soin de remplir sa valise de pain1 de chocolat1 de jambon1 de fruits1 et de quelques mesures de vin4 ,ils s'enfoncrent avec leurs chevaux andalous dans un pays inconnu o ils ne dcouvrirent aucune route4 ,enfin une belle prairie entrecoupe de ruisseaux se prsenta devant eux4 ,nos deux voyageurs font repatre leurs montures4 ,cacambo propose son matre de manger1 et lui en donne l'exemple4 ,comment veux-tu1 disait ,candide1 que je mange du jambon1 quand j'ai tu le fils de monsieur le baron1 et que je me vois condamn ne revoir la belle ,cungonde de ma vie8 quoi me servira de prolonger mes misrables jours1 puisque je dois les traner loin d'elle dans les remords et dans le dsespoir8 et que dira le ,journal de ,trvoux#a8 #a ,l'ouvrage cit sous le titre de ,journal de ,trvoux1 du nom de la ville o il s'imprima1 est intitul3 ,mmoires pour servir l'histoire des sciences et des beaux-arts4 ,ce titre a subi plusieurs changements4 ,b4 ,en parlant ainsi1 il ne laissa pas de manger4 ,le soleil se couchait4 ,les deux gars entendirent quelques petits cris qui paraissaient pousss par des femmes4 ,ils ne savaient si ces cris taient de douleur ou de joie2 mais ils se levrent prcipitamment avec cette inquitude et cette alarme que tout inspire dans un pays inconnu4 ,ces clameurs partaient de deux filles toutes nues qui couraient lgrement au bord de la prairie1 tandis que deux singes les suivaient en leur mordant les fesses4 ,candide fut touch de piti2 il avait appris tirer chez les ,bulgares1 et il aurait abattu une noisette dans un buisson sans toucher aux feuilles4 ,il prend son fusil espagnol deux coups1 tire1 et tue les deux singes4 ,dieu soit lou1 mon cher ,cacambo6 j'ai dlivr d'un grand pril ces deux pauvres cratures3 si j'ai commis un pch en tuant un inquisiteur et un jsuite1 je l'ai bien rpar en sauvant la vie deux filles4 ,ce sont peut-tre deux demoiselles de condition1 et cette aventure nous peut procurer de trs grands avantages dans le pays4 ,il allait continuer1 mais sa langue devint percluse quand il vit ces deux filles embrasser tendrement les deux singes1 fondre en larmes sur leurs corps1 et remplir l'air des cris les plus douloureux4 ,je ne m'attendais pas tant de bont d'me1 dit-il enfin ,cacambo2 lequel lui rpliqua3 ,vous avez fait l un beau chef d'oeuvre1 mon matre2 vous avez tu les deux amants de ces demoiselles4 ,leurs amants6 serait-il possible8 vous vous moquez de moi1 ,cacambo2 le moyen de vous croire8 ,mon cher matre1 repartit ,cacambo1 vous tes toujours tonn de tout2 pourquoi trouvez-vous si trange que dans quelques pays il y ait des singes qui obtiennent les bonnes grces des dames8 ils sont des quarts d'homme1 comme je suis un quart d',espagnol4 ,hlas6 reprit ,candide1 je me souviens d'avoir entendu dire matre ,pangloss qu'autrefois pareils accidents taient arrivs1 et que ces mlanges avaient produit des gypans1 des faunes1 des satyres2 que plusieurs grands personnages de l'antiquit en avaient vu2 mais je prenais cela pour des fables4 ,vous devez tre convaincu prsent1 dit ,cacambo1 que c'est une vrit1 et vous voyez comment en usent les personnes qui n'ont pas reu une certaine ducation2 tout ce que je crains1 c'est que ces dames ne nous fassent quelque mchante affaire4 ,ces rflexions solides engagrent ,candide quitter la prairie1 et s'enfoncer dans un bois4 ,il y soupa avec ,cacambo2 et tous deux1 aprs avoir maudit l'inquisiteur de ,portugal1 le gouverneur de ,bunos-,ayres1 et le baron1 s'endormirent sur de la mousse4 ,a leur rveil1 ils sentirent qu'ils ne pouvaient remuer2 la raison en tait que pendant la nuit les ,oreillons1 habitants du pays1 qui les deux dames les avaient dnoncs1 les avaient garrotts avec des cordes d'corces d'arbre4 ,ils taient entours d'une cinquantaine d',oreillons tout nus1 arms de flches1 de massues1 et de haches de caillou3 les uns fesaient bouillir une grande chaudire2 les autres prparaient des broches1 et tous criaient3 ,c'est un jsuite1 c'est un jsuite6 nous serons vengs1 et nous ferons bonne chre2 mangeons du jsuite1 mangeons du jsuite6 ,je vous l'avais bien dit1 mon cher matre1 s'cria tristement ,cacambo1 que ces deux filles nous joueraient d'un mauvais tour4 ,candide apercevant la chaudire et les broches s'cria3 ,nous allons certainement tre rtis ou bouillis4 ,ah6 que dirait matre ,pangloss1 s'il voyait comme la pure nature est faite8 ,tout est bien2 soit1 mais j'avoue qu'il est bien cruel1 d'avoir perdu mademoiselle ,cungonde1 et d'tre mis la broche par des ,oreillons4 ,cacambo ne perdait jamais la tte4 ,ne dsesprez de rien1 dit-il au dsol ,candide2 j'entends un peu le jargon de ces peuples1 je vais leur parler4 ,ne manquez pas1 dit ,candide1 de leur reprsenter quelle est l'inhumanit affreuse de faire cuire des hommes1 et combien cela est peu chrtien4 ,messieurs1 dit ,cacambo1 vous comptez donc manger aujourd'hui un jsuite8 c'est trs bien fait2 rien n'est plus juste que de traiter ainsi ses ennemis4 ,en effet le droit naturel nous enseigne tuer notre prochain1 et c'est ainsi qu'on en agit dans toute la terre4 ,si nous n'usons pas du droit de le manger1 c'est que nous avons d'ailleurs de quoi faire bonne chre2 mais vous n'avez pas les mmes ressources que nous3 certainement il vaut mieux manger ses ennemis que d'abandonner aux corbeaux et aux corneilles le fruit de sa victoire4 ,mais1 messieurs1 vous ne voudriez pas manger vos amis4 ,vous croyez aller mettre un jsuite en broche1 et c'est votre dfenseur1 c'est l'ennemi de vos ennemis que vous allez rtir4 ,pour moi1 je suis n dans votre pays2 monsieur que vous voyez est mon matre1 et bien loin d'tre jsuite1 il vient de tuer un jsuite1 il en porte les dpouilles2 voil le sujet de votre mprise4 ,pour vrifier ce que je vous dis1 prenez sa robe1 portez-la la premire barrire du royaume de los padres2 informez-vous si mon matre n'a pas tu un officier jsuite4 ,il vous faudra peu de temps2 vous pourrez toujours nous manger1 si vous trouvez que je vous ai menti4 ,mais1 si je vous ai dit la vrit1 vous connaissez trop les principes du droit public1 les moeurs1 et les lois1 pour ne nous pas faire grce4 ,les ,oreillons trouvrent ce discours trs raisonnable2 ils dputrent deux notables pour aller en diligence s'informer de la vrit2 les deux dputs s'acquittrent de leur commission en gens d'esprit1 et revinrent bientt apporter de bonnes nouvelles4 ,les ,oreillons dlirent leurs deux prisonniers1 leur firent toutes sortes de civilits1 leur offrirent des filles1 leur donnrent des rafrachissements1 et les reconduisirent jusqu'aux confins de leurs tats1 en criant avec allgresse3 ,il n'est point jsuite1 il n'est point jsuite6 ,candide ne se lassait point d'admirer le sujet de sa dlivrance4 ,quel peuple6 disait-il1 quels hommes6 quelles moeurs6 si je n'avais pas eu le bonheur de donner un grand coup d'pe au travers du corps du frre de mademoiselle ,cungonde1 j'tais mang sans rmission4 ,mais1 aprs tout1 la pure nature est bonne1 puisque ces gens-ci1 au lieu de me manger1 m'ont fait mille honntets1 ds qu'ils ont su que je n'tais pas jsuite4 ,,chapitre ,,xvii4 ,arrive de ,candide et de son valet au pays d',eldorado1 et ce qu'ils y virent4 ,quand ils furent aux frontires des ,oreillons3 ,vous voyez1 dit ,cacambo ,candide1 que cet hmisphre-ci ne vaut pas mieux que l'autre2 croyez-moi1 retournons en ,europe par le plus court chemin4 ,comment y retourner1 dit ,candide2 et o aller8 ,si je vais dans mon pays1 les ,bulgares et les ,abares y gorgent tout2 si je retourne en ,portugal1 j'y suis brl2 si nous restons dans ce pays-ci1 nous risquons tout moment d'tre mis en broche4 ,mais comment se rsoudre quitter la partie du monde que mademoiselle ,cungonde habite8 --,tournons vers la ,cayenne1 dit ,cacambo1 nous y trouverons des ,franais qui vont par tout le monde2 ils pourront nous aider4 ,dieu aura peut-tre piti de nous4 ,il n'tait pas facile d'aller la ,cayenne3 ils savaient bien peu prs de quel ct il fallait marcher2 mais des montagnes1 des fleuves1 des prcipices1 des brigands1 des sauvages1 taient partout de terribles obstacles4 ,leurs chevaux moururent de fatigue2 leurs provisions furent consumes2 ils se nourrirent un mois entier de fruits sauvages1 et se trouvrent enfin auprs d'une petite rivire borde de cocotiers qui soutinrent leur vie et leurs esprances4 ,cacambo1 qui donnait toujours d'aussi bons conseils que la vieille1 dit ,candide3 ,nous n'en pouvons plus1 nous avons assez march2 j'aperois un canot vide sur le rivage1 emplissons-le de cocos1 jetons-nous dans cette petite barque1 laissons-nous aller au courant2 une rivire mne toujours quelque endroit habit4 ,si nous ne trouvons pas des choses agrables1 nous trouverons du moins des choses nouvelles4 ,allons1 dit ,candide1 recommandons-nous la ,providence4 ,ils vogurent quelques lieues entre des bords1 tantt fleuris1 tantt arides1 tantt unis1 tantt escarps4 ,la rivire s'largissait toujours2 enfin elle se perdait sous une vote de rochers pouvantables qui s'levaient jusqu'au ciel4 ,les deux voyageurs eurent la hardiesse de s'abandonner aux flots sous cette vote4 ,le fleuve resserr en cet endroit les porta avec une rapidit et un bruit horrible4 ,au bout de vingt-quatre heures ils revirent le jour2 mais leur canot se fracassa contre les cueils2 il fallut se traner de rocher en rocher pendant une lieue entire2 enfin ils dcouvrirent un horizon immense1 bord de montagnes inaccessibles4 ,le pays tait cultiv pour le plaisir comme pour le besoin2 partout l'utile tait agrable#a3 les chemins taient couverts ou plutt orns de voitures d'une forme et d'une matire brillante1 portant des hommes et des femmes d'une beaut singulire1 trans rapidement par de gros moutons rouges qui surpassaient en vitesse les plus beaux chevaux d',andalousie1 de ,ttuan1 et de ,mquinez4 #a ,tel est le texte de toutes les ditions donnes du vivant de l'auteur1 et mme des ditions de ,kehl4 ,quelques diteurs rcents ont mis3 l'utile tait joint l'agrable4 ,b4 ,voil pourtant1 dit ,candide1 un pays qui vaut mieux que la ,vestphalie4 ,il mit pied terre avec ,cacambo auprs du premier village qu'il rencontra4 ,quelques enfants du village1 couverts de brocarts d'or tout dchirs1 jouaient au palet l'entre du bourg2 nos deux hommes de l'autre monde s'amusrent les regarder3 leurs palets taient d'assez larges pices rondes1 jaunes1 rouges1 vertes1 qui jetaient un clat singulier4 ,il prit envie aux voyageurs d'en ramasser quelques uns2 c'tait de l'or1 c'tait des meraudes1 des rubis1 dont le moindre aurait t le plus grand ornement du trne du ,mogol4 ,sans doute1 dit ,cacambo1 ces enfants sont les fils du roi du pays qui jouent au petit palet4 ,le magister du village parut dans ce moment pour les faire rentrer l'cole4 ,voil1 dit ,candide1 le prcepteur de la famille royale4 ,les petits gueux quittrent aussitt le jeu1 en laissant terre leurs palets1 et tout ce qui avait servi leurs divertissements4 ,candide les ramasse1 court au prcepteur et les lui prsente humblement1 lui fesant entendre par signes que leurs altesses royales avaient oubli leur or et leurs pierreries4 ,le magister du village1 en souriant1 les jeta par terre1 regarda un moment la figure de ,candide avec beaucoup de surprise1 et continua son chemin4 ,les voyageurs ne manqurent pas de ramasser l'or1 les rubis1 et les meraudes4 ,o sommes-nous8 s'cria ,candide4 ,il faut que les enfants des rois de ce pays soient bien levs1 puisqu'on leur apprend mpriser l'or et les pierreries4 ,cacambo tait aussi surpris que ,candide4 ,ils approchrent enfin de la premire maison du village2 elle tait btie comme un palais d',europe4 ,une foule de monde s'empressait la porte1 et encore plus dans le logis2 une musique trs agrable se fesait entendre1 et une odeur dlicieuse de cuisine se fesait sentir4 ,cacambo s'approcha de la porte1 et entendit qu'on parlait pruvien2 c'tait sa langue maternelle2 car tout le monde sait que ,cacambo tait n au ,tucuman1 dans un village o l'on ne connaissait que cette langue4 ,je vous servirai d'interprte1 dit-il ,candide2 entrons1 c'est ici un cabaret4 ,aussitt deux garons et deux filles de l'htellerie1 vtus de drap d'or1 et les cheveux renous avec des rubans1 les invitent se mettre la table de l'hte4 ,on servit quatre potages garnis chacun de deux perroquets1 un contour bouilli qui pesait deux cents livres1 deux singes rtis d'un got excellent1 trois cents colibris dans un plat1 et six cents oiseaux-mouches dans un autre2 des ragots exquis1 des ptisseries dlicieuses2 le tout dans des plats d'une espce de cristal de roche4 ,les garons et les filles de l'htellerie versaient plusieurs liqueurs faites de cannes de sucre4 ,les convives taient pour la plupart des marchands et des voituriers1 tous d'une politesse extrme1 qui firent quelques questions ,cacambo avec la discrtion la plus circonspecte1 et qui rpondirent aux siennes d'une manire le satisfaire4 ,quand le repas fut fini1 ,cacambo crut1 ainsi que ,candide1 bien payer son cot1 en jetant sur la table de l'hte deux de ces larges pices d'or qu'il avait ramasses2 l'hte et l'htesse clatrent de rire1 et se tinrent long-temps les cts4 ,enfin ils se remirent4 ,messieurs1 dit l'hte1 nous voyons bien que vous tes des trangers2 nous ne sommes pas accoutums en voir4 ,pardonnez-nous si nous nous sommes mis rire quand vous nous avez offert en paiement les cailloux de nos grands chemins4 ,vous n'avez pas sans doute de la monnaie du pays1 mais il n'est pas ncessaire d'en avoir pour dner ici4 ,toutes les htelleries tablies pour la commodit du commerce sont payes par le gouvernement4 ,vous avez fait mauvaise chre ici1 parceque c'est un pauvre village1 mais partout ailleurs vous serez reus comme vous mritez de l'tre4 ,cacambo expliquait ,candide tous les discours de l'hte1 et ,candide les coutait avec la mme admiration et le mme garement que son ami ,cacambo les rendait4 ,quel est donc ce pays1 disaient-ils l'un et l'autre1 inconnu tout le reste de la terre1 et o toute la nature est d'une espce si diffrente de la ntre8 ,c'est probablement le pays o tout va bien2 car il faut absolument qu'il y en ait un de cette espce4 ,et1 quoi qu'en dt matre ,pangloss1 je me suis souvent aperu que tout allait assez mal en ,vestphalie4 ,,chapitre ,,xviii ,ce qu'ils virent dans le pays d',eldorado#a4 #a ,sur le pays d',eldorado1 voyez tome ,,xvii1 page #dcf4 ,b4 ,cacambo tmoigna son hte toute sa curiosit2 l'hte lui dit3 ,je suis fort ignorant1 et je m'en trouve bien2 mais nous avons ici un vieillard retir de la cour qui est le plus savant homme du royaume1 et le plus communicatif4 ,aussitt il mne ,cacambo chez le vieillard4 ,candide ne jouait plus que le second personnage1 et accompagnait son valet4 ,ils entrrent dans une maison fort simple1 car la porte n'tait que d'argent1 et les lambris des appartements n'taient que d'or1 mais travaills avec tant de got1 que les plus riches lambris ne l'effaaient pas4 ,l'antichambre n'tait la vrit incruste que de rubis et d'meraudes2 mais l'ordre dans lequel tout tait arrang rparait bien cette extrme simplicit4 ,le vieillard reut les deux trangers sur un sofa matelass de plumes de colibri1 et leur fit prsenter des liqueurs dans des vases de diamant2 aprs quoi il satisfit leur curiosit en ces termes3 ,je suis g de cent soixante et douze ans1 et j'ai appris de feu mon pre1 cuyer du roi1 les tonnantes rvolutions du ,prou dont il avait t tmoin4 ,le royaume o nous sommes est l'ancienne patrie des incas1 qui en sortirent trs imprudemment pour aller subjuguer une partie du monde1 et qui furent enfin dtruits par les ,espagnols4 ,les princes de leur famille qui restrent dans leur pays natal furent plus sages2 ils ordonnrent1 du consentement de la nation1 qu'aucun habitant ne sortirait jamais de notre petit royaume2 et c'est ce qui nous a conserv notre innocence et notre flicit4 ,les ,espagnols ont eu une connaissance confuse de ce pays1 ils l'ont appel ,eldorado2 et un ,anglais1 nomm le chevalier ,raleigh1 en a mme approch il y a environ cent annes2 mais1 comme nous sommes entours de rochers inabordables et de prcipices1 nous avons toujours t jusqu' prsent l'abri de la rapacit des nations de l',europe1 qui ont une fureur inconcevable pour les cailloux et pour la fange de notre terre1 et qui1 pour en avoir1 nous tueraient tous jusqu'au dernier4 ,la conversation fut longue2 elle roula sur la forme du gouvernement1 sur les moeurs1 sur les femmes1 sur les spectacles publics1 sur les arts4 ,enfin ,candide1 qui avait toujours du got pour la mtaphysique1 fit demander par ,cacambo si dans le pays il y avait une religion4 ,le vieillard rougit un peu4 ,comment donc6 dit-il1 en pouvez-vous douter8 ,est-ce que vous nous prenez pour des ingrats8 ,cacambo demanda humblement quelle tait la religion d',eldorado4 ,le vieillard rougit encore3 ,est-ce qu'il peut y avoir deux religions8 dit-il4 ,nous avons1 je crois1 la religion de tout le monde2 nous adorons ,dieu du soir jusqu'au matin4 ,n'adorez vous qu'un seul ,dieu8 dit ,cacambo1 qui servait toujours d'interprte aux doutes de ,candide4 ,apparemment1 dit le vieillard1 qu'il n'y en a ni deux1 ni trois1 ni quatre4 ,je vous avoue que les gens de votre monde font des questions bien singulires4 ,candide ne se lassait pas de faire interroger ce bon vieillard2 il voulut savoir comment on priait ,dieu dans ,eldorado4 ,nous ne le prions point1 dit le bon et respectable sage2 nous n'avons rien lui demander1 il nous a donn tout ce qu'il nous faut2 nous le remercions sans cesse4 ,candide eut la curiosit de voir des prtres2 il fit demander o ils taient4 ,le bon vieillard sourit4 ,mes amis1 dit-il1 nous sommes tous prtres2 le roi et tous les chefs de famille chantent des cantiques d'actions de grces solennellement tous les matins1 et cinq ou six mille musiciens les accompagnent4--,quoi6 vous n'avez point de moines qui enseignent1 qui disputent1 qui gouvernent1 qui cabalent1 et qui font brler les gens qui ne sont pas de leur avis8--,il faudrait que nous fussions fous1 dit le vieillard2 nous sommes tous ici du mme avis1 et nous n'entendons pas ce que vous voulez dire avec vos moines4 ,candide tous ces discours demeurait en extase1 et disait en lui-mme3 ,ceci est bien diffrent de la ,vestphalie et du chteau de monsieur le baron3 si notre ami ,pangloss avait vu ,eldorado1 il n'aurait plus dit que le chteau de ,thunder-ten-tronckh tait ce qu'il y avait de mieux sur la terre2 il est certain qu'il faut voyager4 ,aprs cette longue conversation1 le bon vieillard fit atteler un carrosse six moutons1 et donna douze de ses domestiques aux deux voyageurs pour les conduire la cour4 ,excusez-moi1 leur dit-il1 si mon ge me prive de l'honneur de vous accompagner4 ,le roi vous recevra d'une manire dont vous ne serez pas mcontents1 et vous pardonnerez sans doute aux usages du pays1 s'il y en a quelques uns qui vous dplaisent4 ,candide et ,cacambo montent en carrosse2 les six moutons volaient1 et en moins de quatre heures on arriva au palais du roi1 situ un bout de la capitale4 ,le portail tait de deux cent vingt pieds de haut1 et de cent de large2 il est impossible d'exprimer quelle en tait la matire4 ,on voit assez quelle supriorit prodigieuse elle devait avoir sur ces cailloux et sur ce sable que nous nommons or et pierreries4 ,vingt belles filles de la garde reurent ,candide et ,cacambo la descente du carrosse1 les conduisirent aux bains1 les vtirent de robes d'un tissu de duvet de colibri2 aprs quoi les grands officiers et les grandes officires de la couronne les menrent l'appartement de sa majest au milieu de deux files1 chacune de mille musiciens1 selon l'usage ordinaire4 ,quand ils approchrent de la salle du trne1 ,cacambo demanda un grand officier comment il fallait s'y prendre pour saluer sa majest3 si on se jetait genoux ou ventre terre2 si on mettait les mains sur la tte ou sur le derrire2 si on lchait la poussire de la salle3 en un mot1 quelle tait la crmonie4 ,l'usage1 dit le grand-officier1 est d'embrasser le roi et de le baiser des deux cts4 ,candide et ,cacambo sautrent au cou de sa majest1 qui les reut avec toute la grce imaginable1 et qui les pria poliment souper4 ,en attendant1 on leur fit voir la ville1 les difices publics levs jusqu'aux nues1 les marchs orns de mille colonnes1 les fontaines d'eau pure1 les fontaines d'eau-rose1 celles de liqueurs de cannes de sucre qui coulaient continuellement dans de grandes places paves d'une espce de pierreries qui rpandaient une odeur semblable celle du girofle et de la cannelle4 ,candide demanda voir la cour de justice1 le parlement2 on lui dit qu'il n'y en avait point1 et qu'on ne plaidait jamais4 ,il s'informa s'il y avait des prisons1 et on lui dit que non4 ,ce qui le surprit davantage1 et qui lui fit le plus de plaisir1 ce fut le palais des sciences1 dans lequel il vit une galerie de deux mille pas1 toute pleine d'instruments de mathmatiques et de physique4 ,aprs avoir parcouru toute l'aprs-dine peu prs la millime partie de la ville1 on les remena chez le roi4 ,candide se mit table entre sa majest1 son valet ,cacambo1 et plusieurs dames4 ,jamais on ne fit meilleure chre1 et jamais on n'eut plus d'esprit souper qu'en eut sa majest4 ,cacambo expliquait les bons mots du roi ,candide1 et quoique traduits1 ils paraissaient toujours des bons mots4 ,de tout ce qui tonnait ,candide1 ce n'tait pas ce qui l'tonna le moins4 ,ils passrent un mois dans cet hospice4 ,candide ne cessait de dire ,cacambo3 ,il est vrai1 mon ami1 encore une fois1 que le chteau o je suis n ne vaut pas le pays o nous sommes2 mais enfin mademoiselle ,cungonde n'y est pas1 et vous avez sans doute quelque matresse en ,europe4 ,si nous restons ici1 nous n'y serons que comme les autres2 au lieu que si nous retournons dans notre monde1 seulement avec douze moutons chargs de cailloux d',eldorado1 nous serons plus riches que tous les rois ensemble1 nous n'aurons plus d'inquisiteurs craindre1 et nous pourrons aisment reprendre mademoiselle ,cungonde4 ,ce discours plut ,cacambo2 on aime tant courir1 se faire valoir chez les siens1 faire parade de ce qu'on a vu dans ses voyages1 que les deux heureux rsolurent de ne plus l'tre1 et de demander leur cong sa majest4 ,vous faites une sottise1 leur dit le roi3 je sais bien que mon pays est peu de chose2 mais1 quand on est passablement quelque part1 il faut y rester4 ,je n'ai pas assurment le droit de retenir des trangers2 c'est une tyrannie qui n'est ni dans nos moeurs ni dans nos lois2 tous les hommes sont libres2 partez quand vous voudrez1 mais la sortie est bien difficile4 ,il est impossible de remonter la rivire rapide sur laquelle vous tes arrivs par miracle1 et qui court sous des votes de rochers4 ,les montagnes qui entourent tout mon royaume ont dix mille pieds de hauteur1 et sont droites comme des murailles3 elles occupent chacune en largeur un espace de plus de dix lieues2 on ne peut en descendre que par des prcipices4 ,cependant1 puisque vous voulez absolument partir1 je vais donner ordre aux intendants des machines d'en faire une qui puisse vous transporter commodment4 ,quand on vous aura conduits au revers des montagnes1 personne ne pourra vous accompagner2 car mes sujets ont fait voeu de ne jamais sortir de leur enceinte1 et ils sont trop sages pour rompre leur voeu4 ,demandez-moi d'ailleurs tout ce qu'il vous plaira4 ,nous ne demandons votre majest1 dit ,cacambo1 que quelques moutons chargs de vivres1 de cailloux1 et de la boue du pays4 ,le roi rit3 ,je ne conois pas1 dit-il1 quel got vos gens d',europe ont pour notre boue jaune3 mais emportez-en tant que vous voudrez1 et grand bien vous fasse4 ,il donna l'ordre sur-le-champ ses ingnieurs de faire une machine pour guinder ces deux hommes extraordinaires hors du royaume4 ,trois mille bons physiciens y travaillrent2 elle fut prte au bout de quinze jours1 et ne cota pas plus de vingt millions de livres sterling1 monnaie du pays4 ,on mit sur la machine ,candide et ,cacambo2 il y avait deux grands moutons rouges sells et brids pour leur servir de monture quand ils auraient franchi les montagnes1 vingt moutons de bt chargs de vivres1 trente qui portaient des prsents de ce que le pays a de plus curieux1 et cinquante chargs d'or1 de pierreries1 et de diamants4 ,le roi embrassa tendrement les deux vagabonds4 ,ce fut un beau spectacle que leur dpart1 et la manire ingnieuse dont ils furent hisss eux et leurs moutons au haut des montagnes4 ,les physiciens prirent cong d'eux aprs les avoir mis en sret1 et ,candide n'eut plus d'autre dsir et d'autre objet que d'aller prsenter ses moutons mademoiselle ,cungonde4 ,nous avons1 dit-il1 de quoi payer le gouverneur de ,bunos-,ayres1 si mademoiselle ,cungonde peut tre mise prix4 ,marchons vers la ,cayenne1 embarquons-nous1 et nous verrons ensuite quel royaume nous pourrons acheter4 ,,chapitre ,,xix4 ,ce qui leur arriva ,surinam1 et comment ,candide fit connaissance avec ,martin4 ,la premire journe de nos deux voyageurs fut assez agrable4 ,ils taient encourags par l'ide de se voir possesseurs de plus de trsors que l',asie1 l',europe1 et l',afrique1 n'en pouvaient rassembler4 ,candide transport crivit le nom de ,cungonde sur les arbres4 ,a la seconde journe deux de leurs moutons s'enfoncrent dans des marais1 et y furent abms avec leurs charges2 deux autres moutons moururent de fatigue quelques jours aprs2 sept ou huit prirent ensuite de faim dans un dsert2 d'autres tombrent au bout de quelques jours dans des prcipices4 ,enfin1 aprs cent jours de marche1 il ne leur resta que deux moutons4 ,candide dit ,cacambo3 ,mon ami1 vous voyez comme les richesses de ce monde sont prissables2 il n'y a rien de solide que la vertu et le bonheur de revoir mademoiselle ,cungonde4 ,je l'avoue1 dit ,cacambo2 mais il nous reste encore deux moutons avec plus de trsors que n'en aura jamais le roi d',espagne2 et je vois bien de loin une ville que je souponne tre ,surinam1 appartenante aux ,hollandais4 ,nous sommes au bout de nos peines et au commencement de notre flicit4 ,en approchant de la ville1 ils rencontrrent un ngre tendu par terre1 n'ayant plus que la moiti de son habit1 c'est--dire d'un caleon de toile bleue2 il manquait ce pauvre homme la jambe gauche et la main droite4 ,eh6 mon ,dieu6 lui dit ,candide en hollandais1 que fais-tu l1 mon ami1 dans l'tat horrible o je te vois8 ,j'attends mon matre1 ,m4 ,vanderdendur1 le fameux ngociant1 rpondit le ngre4 ,est-ce ,m4 ,vanderdendur1 dit ,candide1 qui t'a trait ainsi8 ,oui1 monsieur1 dit le ngre1 c'est l'usage4 ,on nous donne un caleon de toile pour tout vtement deux fois l'anne4 ,quand nous travaillons aux sucreries1 et que la meule nous attrape le doigt1 on nous coupe la main3 quand nous voulons nous enfuir1 on nous coupe la jambe3 je me suis trouv dans les deux cas4 ,c'est ce prix que vous mangez du sucre en ,europe4 ,cependant1 lorsque ma mre me vendit dix cus patagons sur la cte de ,guine1 elle me disait3 ,mon cher enfant1 bnis nos ftiches1 adore-les toujours1 ils te feront vivre heureux2 tu as l'honneur d'tre esclave de nos seigneurs les blancs1 et tu fais par l la fortune de ton pre et de ta mre4 ,hlas6 je ne sais pas si j'ai fait leur fortune1 mais ils n'ont pas fait la mienne4 ,les chiens1 les singes1 et les perroquets1 sont mille fois moins malheureux que nous3 les ftiches hollandais qui m'ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d',adam1 blancs et noirs4 ,je ne suis pas gnalogiste2 mais si ces prcheurs disent vrai1 nous sommes tous cousins issus de germain4 ,or vous m'avouerez qu'on ne peut pas en user avec ses parents d'une manire plus horrible4 ,o ,pangloss6 s'cria ,candide1 tu n'avais pas devin cette abomination2 c'en est fait1 il faudra qu' la fin je renonce ton optimisme4 ,qu'est-ce qu'optimisme8 disait ,cacambo4 ,hlas6 dit ,candide1 c'est la rage de soutenir que tout est bien quand on est mal2 et il versait des larmes en regardant son ngre2 et en pleurant1 il entra dans ,surinam4 ,la premire chose dont ils s'informent1 c'est s'il n'y a point au port quelque vaisseau qu'on pt envoyer ,bunos-,ayres4 ,celui qui ils s'adressrent tait justement un patron espagnol qui s'offrit faire avec eux un march honnte4 ,il leur donna rendez-vous dans un cabaret4 ,candide et le fidle ,cacambo allrent l'y attendre avec leurs deux moutons4 ,candide1 qui avait le coeur sur les lvres1 conta l',espagnol toutes ses aventures1 et lui avoua qu'il voulait enlever mademoiselle ,cungonde4 ,je me garderai bien de vous passer ,bunos-,ayres1 dit le patron3 je serais pendu1 et vous aussi2 la belle ,cungonde est la matresse favorite de monseigneur4 ,ce fut un coup de foudre pour ,candide1 il pleura longtemps2 enfin il tira part ,cacambo4 ,voici1 mon cher ami1 lui dit-il1 ce qu'il faut que tu fasses4 ,nous avons chacun dans nos poches pour cinq ou six millions de diamants1 tu es plus habile que moi2 va prendre mademoiselle ,cungonde ,bunos-,ayres4 ,si le gouverneur fait quelque difficult1 donne-lui un million3 s'il ne se rend pas1 donne-lui-en deux2 tu n'as point tu d'inquisiteur1 on ne se dfiera point de toi4 ,j'quiperai un autre vaisseau1 j'irai t'attendre ,venise3 c'est un pays libre o l'on n'a rien craindre ni des ,bulgares1 ni des ,abares1 ni des ,juifs1 ni des inquisiteurs4 ,cacambo applaudit1 cette sage rsolution4 ,il tait au dsespoir de se sparer d'un bon matre devenu son ami intime2 mais le plaisir de lui tre utile l'emporta sur la douleur de le quitter4 ,ils s'embrassrent en versant des larmes3 ,candide lui recommanda de ne point oublier la bonne vieille4 ,cacambo partit ds le jour mme3 c'tait un trs bon homme que ce ,cacambo4 ,candide resta encore quelque temps ,surinam1 et attendit qu'un autre patron voult le mener en ,italie lui et les deux moutons qui lui restaient4 ,il prit des domestiques1 et acheta tout ce qui lui tait ncessaire pour un long voyage2 enfin ,m4 ,vanderdendur1 matre d'un gros vaisseau1 vint se prsenter lui4 ,combien voulez-vous1 demanda-t-il cet homme1 pour me mener en droiture ,venise1 moi1 mes gens1 mon bagage1 et les deux moutons que voil8 ,le patron s'accorda dix mille piastres3 ,candide n'hsita pas4 ,oh6 oh6 dit part soi le prudent ,vanderdendur1 cet tranger donne dix mille piastres tout d'un coup6 il faut qu'il soit bien riche4 ,puis revenant un moment aprs1 il signifia qu'il ne pouvait partir moins de vingt mille4 ,eh bien6 vous les aurez1 dit ,candide4 ,ouais1 se dit tout bas le marchand1 cet homme donne vingt mille piastres aussi aisment que dix mille4 ,il revint encore1 et dit qu'il ne pouvait le conduire ,venise moins de trente mille piastres4 ,vous en aurez donc trente mille1 rpondit ,candide4 ,oh6 oh6 se dit encore le marchand hollandais1 trente mille piastres ne cotent rien cet homme-ci2 sans doute les deux moutons portent des trsors immenses2 n'insistons pas davantage3 faisons-nous d'abord payer les trente mille piastres1 et puis nous verrons4 ,candide1 vendit deux petits diamants1 dont le moindre valait plus que tout l'argent que demandait le patron4 ,il le paya d'avance4 ,les deux moutons furent embarqus4 ,candide suivait dans un petit bateau pour joindre le vaisseau la rade2 le patron prend son temps1 met la voile1 dmarre2 le vent le favorise4 ,candide perdu et stupfait le perd bientt de vue4 ,hlas6 cria-t-il1 voil un tour digne de l',ancien ,monde4 ,il retourne au rivage1 abm dans la douleur2 car enfin il avait perdu de quoi faire la fortune de vingt monarques4 ,il se transporte chez le juge hollandais2 et1 comme il tait un peu troubl1 il frappe rudement la porte2 il entre1 expose son aventure1 et crie un peu plus haut qu'il ne convenait4 ,le juge commena par lui faire payer dix mille piastres pour le bruit qu'il avait fait3 ensuite il l'couta patiemment1 lui promit d'examiner son affaire sitt que le marchand serait revenu1 et se fit payer dix mille autres piastres pour les frais de l'audience4 ,ce procd acheva de dsesprer ,candide2 il avait la vrit essuy des malheurs mille fois plus douloureux2 mais le sang froid du juge1 et celui du patron dont il tait vol1 alluma sa bile1 et le plongea dans une noire mlancolie4 ,la mchancet des hommes se prsentait son esprit dans toute sa laideur1 il ne se nourrissait que d'ides tristes4 ,enfin un vaisseau franais tant sur le point de partir pour ,bordeaux1 comme il n'avait plus de moutons chargs de diamants embarquer1 il loua une chambre du vaisseau juste prix1 et fit signifier dans la ville qu'il paierait le passage1 la nourriture1 et donnerait deux mille piastres un honnte homme qui voudrait faire le voyage avec lui1 condition que cet homme serait le plus dgot de son tat1 et le plus malheureux de la province4 ,il se prsenta une foule de prtendants qu'une flotte n'aurait pu contenir4 ,candide1 voulant choisir entre les plus apparents1 il distingua une vingtaine de personnes qui lui paraissaient sociables1 et qui toutes prtendaient mriter la prfrence4 ,il les assembla dans son cabaret1 et leur donna souper1 condition que chacun ferait serment de raconter fidlement son histoire1 promettant de choisir celui qui lui paratrait le plus plaindre et le plus mcontent de son tat1 plus juste titre1 et de donner aux autres quelques gratifications4 ,la sance dura jusqu' quatre heures du matin4 ,candide1 en coutant toutes leurs aventures1 se ressouvenait de ce que lui avait dit la vieille en allant ,bunos-,ayres1 et de la gageure qu'elle avait faite1 qu'il n'y avait personne sur le vaisseau qui il ne ft arriv de trs grands malheurs4 ,il songeait ,pangloss chaque aventure qu'on lui contait4 ,ce ,pangloss1 disait-il1 serait bien embarrass dmontrer son systme4 ,je voudrais qu'il ft ici4 ,certainement si tout va bien1 c'est dans ,eldorado1 et non pas dans le reste de la terre4 ,enfin il se dtermina en faveur d'un pauvre savant qui avait travaill dix ans pour les libraires ,amsterdam4 ,il jugea qu'il n'y avait point de mtier au monde dont on dt tre plus dgot4 ,ce savant1 qui tait d'ailleurs un bon-homme1 avait t vol par sa femme1 battu par son fils1 et abandonn de sa fille1 qui s'tait fait enlever par un ,portugais4 ,il venait d'tre priv d'un petit emploi duquel il subsistait2 et les prdicants de ,surinam le perscutaient1 parcequ'ils le prenaient pour un socinien4 ,il faut avouer que les autres taient pour le moins aussi malheureux que lui2 mais ,candide esprait que le savant le dsennuierait dans le voyage4 ,tous ses autres rivaux trouvrent que ,candide leur fesait une grande injustice2 mais il les apaisa en leur donnant chacun cent piastres4 ,,chapitre ,,xx4 ,ce qui arriva sur mer ,candide et ,martin4 ,le vieux savant1 qui s'appelait ,martin1 s'embarqua donc pour ,bordeaux avec ,candide4 ,l'un et l'autre avaient beaucoup vu et beaucoup souffert2 et quand le vaisseau aurait d faire voile de ,surinam au ,japon par le cap de ,bonne-,esprance1 ils auraient eu de quoi s'entretenir du mal moral et du mal physique pendant tout le voyage4 ,cependant ,candide avait un grand avantage sur ,martin1 c'est qu'il esprait toujours revoir mademoiselle ,cungonde1 et que ,martin n'avait rien esprer2 de plus il avait de l'or et des diamants2 et1 quoiqu'il et perdu cent gros moutons rouges chargs des plus grands trsors de la terre1 quoiqu'il et toujours sur le coeur la friponnerie du patron hollandais2 cependant quand il songeait ce qui lui restait dans ses poches1 et quand il parlait de ,cungonde1 surtout la fin du repas1 il penchait alors pour le systme de ,pangloss4 ,mais vous1 monsieur ,martin1 dit-il au savant1 que pensez-vous de tout cela8 quelle est votre ide sur le mal moral et le mal physique8 ,monsieur1 rpondit ,martin1 mes prtres m'ont accus d'tre socinien#a2 mais la vrit du fait est que je suis manichen#b4 ,vous vous moquez de moi1 dit ,candide2 il n'y a plus de manichens dans le monde4 ,il y a moi1 dit ,martin3 je ne sais qu'y faire2 mais je ne peux penser autrement4 ,il faut que vous ayez le diable au corps1 dit ,candide4 ,il se mle si fort des affaires de ce monde1 dit ,martin1 qu'il pourrait bien tre dans mon corps1 comme partout ailleurs3 mais je vous avoue qu'en jetant la vue sur ce globe1 ou plutt sur ce globule1 je pense que ,dieu l'a abandonn quelque tre malfaisant2 j'en excepte toujours ,eldorado4 ,je n'ai gure vu de ville qui ne dsirt la ruine de la ville voisine1 point de famille qui ne voult exterminer quelque autre famille4 ,partout les faibles ont en excration les puissants devant lesquels ils rampent1 et les puissants les traitent comme des troupeaux dont on vend la laine et la chair4 ,un million d'assassins enrgiments1 courant d'un bout de l',europe l'autre1 exerce le meurtre et le brigandage avec discipline pour gagner son pain1 parcequ'il n'a pas de mtier plus honnte2 et dans les villes qui paraissent jouir de la paix1 et o les arts fleurissent1 les hommes sont dvors de plus d'envie1 de soins1 et d'inquitudes1 qu'une ville assige n'prouve de flaux4 ,les chagrins secrets sont encore plus cruels que les misres publiques4 ,en un mot j'en ai tant vu et tant prouv1 que je suis manichen4 #a ,les sociniens rejettent les mystres et n'admettent que l'vidence3 voyez tome ,,xxviii1 page #dce4 ,b4 #b ,les manichens admettent un bon et un mauvais principe3 voyez tome ,,xv1 pages #bg1 #cad-cae4 ,b4 ,il y a pourtant du bon1 rpliquait ,candide4 ,cela peut tre1 disait ,martin2 mais je ne le connais pas4 ,au milieu de cette dispute1 on entendit un bruit de canon4 ,le bruit redouble de moment en moment4 ,chacun prend sa lunette4 ,on aperoit deux vaisseaux qui combattaient la distance d'environ trois milles3 le vent les amena l'un et l'autre si prs du vaisseau franais1 qu'on eut le plaisir de voir le combat tout son aise4 ,enfin l'un des deux vaisseaux lcha l'autre une borde si bas et si juste1 qu'il le coula fond4 ,candide et ,martin aperurent distinctement une centaine d'hommes sur le tillac du vaisseau qui s'enfonait2 ils levaient tous les mains au ciel1 et jetaient des clameurs effroyables3 en un moment tout fut englouti4 ,eh bien6 dit ,martin1 voil comme les hommes se traitent les uns les autres4 ,il est vrai1 dit ,candide1 qu'il y a quelque chose de diabolique dans cette affaire4 ,en parlant ainsi1 il aperut je ne sais quoi d'un rouge clatant1 qui nageait auprs de son vaisseau4 ,on dtacha la chaloupe pour voir ce que ce pouvait tre2 c'tait un de ses moutons4 ,candide eut plus de joie de retrouver ce mouton1 qu'il n'avait t afflig d'en perdre cent tous chargs de gros diamants d',eldorado4 ,le capitaine franais aperut bientt que le capitaine du vaisseau submergeant tait espagnol1 et que celui du vaisseau submerg tait un pirate hollandais2 c'tait celui-l mme qui avait vol ,candide4 ,les richesses immenses dont ce sclrat s'tait empar furent ensevelies avec lui dans la mer1 et il n'y eut qu'un mouton de sauv4 ,vous voyez1 dit ,candide ,martin1 que le crime est puni quelquefois2 ce coquin de patron hollandais a eu le sort qu'il mritait4 ,oui1 dit ,martin2 mais fallait-il que les passagers qui taient sur son vaisseau prissent aussi8 ,dieu a puni ce fripon1 le diable a noy les autres4 ,cependant le vaisseau franais et l'espagnol continurent leur route1 et ,candide continua ses conversations avec ,martin4 ,ils disputrent quinze jours de suite1 et au bout de quinze jours ils taient aussi avancs que le premier4 ,mais enfin ils parlaient1 ils se communiquaient des ides1 ils se consolaient4 ,candide caressait son mouton4 ,puisque je t'ai retrouv1 dit-il1 je pourrai bien retrouver ,cungonde4 ,,chapitre ,,xxi4 ,candide et ,martin approchent des ctes de ,france1 et raisonnent4 ,on aperut enfin les ctes de ,france4 ,avez-vous jamais t en ,france1 monsieur ,martin8 dit ,candide4 ,oui1 dit ,martin1 j'ai parcouru plusieurs provinces4 ,il y en a o la moiti des habitants est folle1 quelques unes o l'on est trop rus1 d'autres o l'on est communment assez doux et assez bte3 d'autres o l'on fait le bel esprit2 et1 dans toutes1 la principale occupation est l'amour2 la seconde1 de mdire2 et la troisime1 de dire des sottises4 ,mais1 monsieur ,martin1 avez-vous vu ,paris8 ,oui1 j'ai vu ,paris2 il tient de toutes ces espces-l2 c'est un chaos1 c'est une presse dans laquelle tout le monde cherche le plaisir1 et o presque personne ne le trouve1 du moins ce qu'il m'a paru4 ,j'y ai sjourn peu2 j'y fus vol1 en arrivant1 de tout ce que j'avais1 par des filous1 la foire ,saint-,germain2 on me prit moi-mme pour un voleur1 et je fus huit jours en prison2 aprs quoi je me fis correcteur d'imprimerie pour gagner de quoi retourner pied en ,hollande4 ,je connus la canaille crivante1 la canaille cabalante1 et la canaille convulsionnaire4 ,on dit qu'il y a des gens fort polis dans cette ville-l3 je le veux croire4 ,pour moi1 je n'ai nulle curiosit de voir la ,france1 dit ,candide2 vous devinez aisment que quand on a pass un mois dans ,eldorado1 on ne se soucie plus de rien voir sur la terre que mademoiselle ,cungonde3 je vais l'attendre ,venise2 nous traverserons la ,france pour aller en ,italie2 ne m'accompagnerez-vous pas8 ,trs volontiers1 dit ,martin3 on dit que ,venise n'est bonne que pour les nobles vnitiens1 mais que cependant on y reoit trs bien les trangers quand ils ont beaucoup d'argent2 je n'en ai point2 vous en avez1 je vous suivrai partout4 ,a propos1 dit ,candide1 pensez-vous que la terre ait t originairement une mer1 comme on l'assure dans ce gros livre qui appartient au capitaine du vaisseau#a8 ,je n'en crois rien du tout1 dit ,martin1 non plus que de toutes les rveries qu'on nous dbite depuis quelque temps4 ,mais quelle fin ce monde a-t-il donc t form8 dit ,candide4 ,pour nous faire enrager1 rpondit ,martin4 ,n'tes-vous pas bien tonn1 continua ,candide1 de l'amour que ces deux filles du pays des ,oreillons avaient pour ces deux singes1 et dont je vous ai cont l'aventure8 ,point du tout1 dit ,martin1 je ne vois pas ce que cette passion a d'trange2 j'ai tant vu de choses extraordinaires1 qu'il n'y a plus rien d'extraordinaire pour moi4 ,croyez-vous1 dit ,candide1 que les hommes se soient toujours mutuellement massacrs comme ils font aujourd'hui8 qu'ils aient toujours t menteurs1 fourbes1 perfides1 ingrats1 brigands1 faibles1 volages1 lches1 envieux1 gourmands1 ivrognes1 avares1 ambitieux1 sanguinaires1 calomniateurs1 dbauchs1 fanatiques1 hypocrites1 et sots8 ,croyez-vous1 dit ,martin1 que les perviers aient toujours mang des pigeons quand ils en ont trouv8 ,oui1 sans doute1 dit ,candide4 ,eh bien6 dit ,martin1 si les perviers ont toujours eu le mme caractre1 pourquoi voulez-vous que les hommes aient chang le leur8 ,oh6 dit ,candide1 il y a bien de la diffrence1 car le libre arbitre'''4 ,en raisonnant ainsi1 ils arrivrent ,bordeaux4 #a ,la ,bible4 ,on lit dans la ,gense1 chapitre ,ier1 verset #b3 ,tenebrae erant super faciem abyssi1 paroles que ,de ,maillet donne comme prsentant la mme ide que ce vers d',ovide 7,mtam41 #a1 #ae73 ,quaque erat et tellus1 illic et pontus et aer4 ,voyez la premire journe de ,telliamed1 o il est dit que la mer a t suprieure d'an grand nombre de coudes la plus haute de toutes nos montagnes4 ,voltaire parle souvent de ,de ,maillet et de son ,telliamed4 ,voyez entre autres1 dans les ,mlanges1 anne #agfh1 le chapitre ,,xviii des ,singularits de la nature2 et anne #aggg1 le onzime des ,dialogues d',evhmre4 ,b4 ,,chapitre ,,xxii#a4 ,ce qui arriva en ,france ,candide et ,martin4 #a ,ce chapitre ,,xxii a t beaucoup augment en #agfa2 voyez ma note1 plus en bas4 ,b4 ,candide ne s'arrta dans ,bordeaux qu'autant de temps qu'il en fallait pour vendre quelques cailloux du ,dorado1 et pour s'accommoder d'une bonne chaise deux places2 car il ne pouvait plus se passer de son philosophe ,martin2 il fut seulement trs fch de se sparer de son mouton1 qu'il laissa l'acadmie des sciences de ,bordeaux1 laquelle proposa pour le sujet du prix de cette anne de trouver pourquoi la laine de ce mouton tait rouge2 et le prix fut adjug un savant du ,nord1 qui dmontra par ,a1 plus ,b1 moins ,c divis par ,z1 que le mouton devait tre rouge1 et mourir de la clavele#b4 #b ,quelques progrs que les sciences aient faits1 il est impossible que1 sur dix mille hommes qui les cultivent en ,europe1 et sur trois cents acadmies qui y sont tablies1 il ne se trouve point quelque acadmie qui propose des prix ridicules1 et quelques savants qui fassent d'tranges applications des sciences les plus utiles4 ,ce ridicule avait frapp ,m4 de ,voltaire dans son sjour ,berlin4 ,les savants du ,nord conservaient encore cette poque quelques restes de l'ancienne barbarie scolastique2 et la philosophie hardie1 mais hypothtique et absurde de ,leibnitz1 n'avait pas contribu les en dpouiller4 ,k4 ,cependant tous les voyageurs que ,candide rencontra dans les cabarets de la route lui disaient3 ,nous allons ,paris4 ,cet empressement gnral lui donna enfin l'envie de voir cette capitale2 ce n'tait pas beaucoup se dtourner du chemin de ,venise4 ,il entra par le faubourg ,saint-,marceau1 et crut tre dans le plus vilain village de la ,vestphalie4 ,a peine ,candide fut-il dans son auberge1 qu'il fut attaqu d'une maladie lgre1 cause par ses fatigues4 ,comme il avait au doigt un diamant norme1 et qu'on avait aperu dans son quipage une cassette prodigieusement pesante1 il eut aussitt auprs de lui deux mdecins qu'il n'avait pas mands1 quelques amis intimes qui ne le quittrent pas1 et deux dvotes qui fesaient chauffer ses bouillons4 ,martin disait3 ,je me souviens d'avoir t malade aussi ,paris dans mon premier voyage2 j'tais fort pauvre3 aussi n'eus-je ni amis1 ni dvotes1 ni mdecins1 et je guris4 ,cependant1 force de mdecines et de saignes1 la maladie de ,candide devint srieuse4 ,un habitu du quartier vint avec douceur lui demander un billet payable au porteur pour l'autre monde3 ,candide n'en voulut rien faire2 les dvotes l'assurrent que c'tait une nouvelle mode3 ,candide rpondit qu'il n'tait point homme la mode4 ,martin voulut jeter l'habitu par les fentres4 ,le clerc jura qu'on n'enterrerait point ,candide4 ,martin jura qu'il enterrerait le clerc1 s'il continuait les importuner4 ,la querelle s'chauffa3 ,martin le prit par les paules1 et le chassa rudement2 ce qui causa un grand scandale1 dont on fit un procs-verbal4 ,candide gurit2 et pendant sa convalescence il eut trs bonne compagnie souper chez lui4 ,on jouait gros jeu4 ,candide tait tout tonn que jamais les as ne lui vinssent2 et ,martin ne s'en tonnait pas4 ,parmi ceux qui lui fesaient les honneurs de la ville1 il y avait un petit abb prigourdin1 l'un de ces gens empresss1 toujours alertes1 toujours serviables1 effronts1 caressants1 accommodants1 qui guettent les trangers leur passage1 leur content l'histoire scandaleuse de la ville1 et leur offrent des plaisirs tout prix4 ,celui-ci mena d'abord ,candide et ,martin la comdie4 ,on y jouait une tragdie nouvelle4 ,candide se trouva plac auprs de quelques beaux esprits4 ,cela ne l'empcha pas de pleurer des scnes joues parfaitement4 ,un des raisonneurs qui taient ses cts lui dit dans un entr'acte3 ,vous avez grand tort de pleurer1 cette actrice est fort mauvaise2 l'acteur qui joue avec elle est plus mauvais acteur encore2 la pice est encore plus mauvaise que les acteurs2 l'auteur ne sait pas un mot d'arabe1 et cependant la scne est en ,arabie#c2 et1 de plus1 c'est un homme qui ne croit pas aux ides innes2 je vous apporterai demain vingt brochures contre lui#d4 ,monsieur1 combien avez-vous de pices de thtre en ,france8 dit ,candide l'abb2 lequel rpondit3 ,cinq ou six mille4 ,c'est beaucoup1 dit ,candide3 combien y en a-t-il de bonnes8 ,quinze ou seize1 rpliqua l'autre4 ,c'est beaucoup1 dit ,martin4 #c ,la ,grange ,chancel adressa ,voltaire1 en #agah1 une pitre ,m4 ,arouet de ,voltaire1 dans laquelle on trouve ces vers3 ,que ton exactitude dpeindre les moeurs ,s'tende jusqu'aux noms de tes moindres acteurs1 ,et qu'en les prononant ils nous fassent connatre ,les pays et les temps o tu les fais renatre4 ,je vois avec dpit1 pour ne produire rien1 ,chez le ,thbain ,oedipe1 ,hidaspe l',indien4 ,voltaire profita de la critique1 et mit ,araspe au lieu de ,hidaspe4 ,c'est peut-tre ces vers de ,la ,grange ,chancel que ,voltaire fait ici allusion4 ,b4 #d ,dans l'dition de #agei1 on lit3 ''' contre lui4 ,monsieur1 lui dit l'abb prigourdin1 avez-vous remarqu cette jeune personne qui a un visage si piquant et une taille si fine8 ,il ne vous en cotera que dix mille francs par mois1 et pour cinquante mille cus de diamants4 ,je n'ai qu'un jour ou deux lui donner1 rpondit ,candide1 parceque j'ai un rendez-vous ,venise1 qui presse4 ,le soir1 aprs souper1 l'insinuant ,prigourdin redoubla de politesses et d'attentions4 ,vous avez donc1 monsieur1 lui dit-il1 un rendez-vous ,venise1 etc4 7,voyez page #cjf47 ,le texte actuel existe ds #agfa4 ,b4 ,candide fut trs content d'une actrice qui fesait la reine lizabeth1 dans une assez plate tragdie#e1 que l'on joue quelquefois4 ,cette actrice1 dit-il ,martin1 me plat beaucoup2 elle a un faux air de mademoiselle ,cungonde2 je serais bien aise de la saluer4 ,l'abb prigourdin s'offrit l'introduire chez elle4 ,candide1 lev en ,allemagne1 demanda quelle tait l'tiquette1 et comment on traitait en ,france les reines d',angleterre4 ,il faut distinguer1 dit l'abb3 en province1 on les mne au cabaret2 ,paris1 on les respecte quand elles sont belles1 et on les jette la voirie quand elles sont mortes4 ,des reines la voirie6 dit ,candide4 ,oui vraiment1 dit ,martin2 monsieur l'abb a raison2 j'tais ,paris quand mademoiselle ,monime#f passa1 comme on dit1 de cette vie l'autre2 on lui refusa1 ce que ces gens-ci appellent les honneurs de la spulture1 c'est--dire de pourrir avec tous les gueux du quartier dans un vilain cimetire2 elle fut enterre toute seule de sa bande au coin de la rue de ,bourgogne2 ce qui dut lui faire une peine extrme1 car elle pensait trs noblement4 ,cela est bien impoli1 dit ,candide4 ,que voulez-vous8 dit ,martin2 ces gens-ci sont ainsi faits4 ,imaginez toutes les contradictions1 toutes les incompatibilits possibles1 vous les verrez dans le gouvernement1 dans les tribunaux1 dans les glises1 dans les spectacles de cette drle de nation4 ,est-il vrai qu'on rit toujours ,paris8 dit ,candide4 ,oui1 dit l'abb1 mais c'est en enrageant2 car on s'y plaint de tout avec de grands clats de rire2 mme#g on y fait en riant les actions les plus dtestables4 #e ,c'est probablement le ,comte d',essex1 tragdie de ,thomas ,corneille4 7,note de ,m4 ,decroix47 #f ,mademoiselle ,lecouvreur4--,sur le refus de spulture mademoiselle ,lecouvreur1 en #agcj1 voyez1 tome ,,xii1 la pice intitule3 ,la ,mort de mademoiselle ,lecouvreur4 ,b4 #g ,feu ,decroix proposait1 au lieu de mme1 de mettre ici comme4 ,je n'ai trouv cette version dans aucune dition4 ,b4 ,quel est1 dit ,candide1 ce gros cochon qui me disait tant de mal de la pice o j'ai tant pleur1 et des acteurs qui m'ont fait tant de plaisir8 ,c'est un mal-vivant1 rpondit l'abb1 qui gagne sa vie dire du mal de toutes les pices et de tous les livres2 il hait quiconque russit1 comme les eunuques hassent les jouissants2 c'est un de ces serpents de la littrature qui se nourrissent de fange et de venin2 c'est un folliculaire4 ,qu'appelez-vous folliculaire8 dit ,candide4 ,c'est1 dit l'abb1 un feseur de feuilles1 un ,frron4 ,c'est ainsi que ,candide1 ,martin1 et le ,prigourdin1 raisonnaient sur l'escalier1 en voyant dfiler le monde au sortir de la pice4 ,quoique je sois trs empress de revoir mademoiselle ,cungonde1 dit ,candide1 je voudrais pourtant souper avec mademoiselle ,clairon1 car elle m'a paru admirable4 ,l'abb n'tait pas homme approcher de mademoiselle ,clairon1 qui ne voyait que bonne compagnie4 ,elle est engage pour ce soir1 dit-il2 mais j'aurai l'honneur de vous mener chez une dame de qualit1 et l vous connatrez ,paris comme si vous y aviez t quatre ans4 ,candide1 qui tait naturellement curieux1 se laissa mener chez la dame1 au fond du faubourg ,saint-,honor2 on y tait occup d'un pharaon2 douze tristes pontes tenaient chacun en main un petit livre de cartes1 registre cornu de leurs infortunes4 ,un profond silence rgnait1 la pleur tait sur le front des pontes1 l'inquitude sur celui du banquier2 et la dame du logis1 assise auprs de ce banquier impitoyable1 remarquait avec des yeux de lynx tous les parolis1 tous les sept-et-le-va de campagne1 dont chaque joueur cornait ses cartes2 elle les fesait dcorner avec une attention svre1 mais polie1 et ne se fchait point1 de peur de perdre ses pratiques4 ,la dame se fesait appeler la marquise de ,parolignac4 ,sa fille1 ge de quinze ans1 tait au nombre des pontes1 et avertissait d'un clin d'oeil des friponneries de ces pauvres gens qui tchaient de rparer les cruauts du sort4 ,l'abb prigourdin1 ,candide1 et ,martin1 entrrent2 personne ne se leva1 ni les salua1 ni les regarda2 tous taient profondment occups de leurs cartes4 ,madame la baronne de ,thunder-ten-tronckh tait plus civile1 dit ,candide4 ,cependant l'abb s'approcha de l'oreille de la marquise1 qui se leva moiti1 honora ,candide d'un sourire gracieux1 et ,martin d'un air de tte tout--fait noble2 elle fit donner un sige et un jeu de cartes ,candide1 qui perdit cinquante mille francs en deux tailles3 aprs quoi on soupa trs gaiement2 et tout le monde tait tonn que ,candide ne ft pas mu de sa perte2 les laquais disaient entre eux1 dans leur langage de laquais3 ,il faut que ce soit quelque milord anglais4 ,le souper fut comme la plupart des soupers de ,paris1 d'abord du silence1 ensuite un bruit de paroles qu'on ne distingue point1 puis des plaisanteries dont la plupart sont insipides1 de fausses nouvelles1 de mauvais raisonnements1 un peu de politique1 et beaucoup de mdisance2 on parla mme de livres nouveaux4 ,avez-vous vu1 dit l'abb prigourdin1 le roman du sieur ,gauchat1 docteur en thologie8 ,oui1 rpondit un des convives1 mais je n'ai pu l'achever4 ,nous avons une foule d'crits impertinents2 mais tous ensemble n'approchent pas de l'impertinence de ,gauchat1 docteur en thologie#h2 je suis si rassasi de cette immensit de dtestables livres qui nous inondent1 que je me suis mis ponter au pharaon4 ,et les ,mlanges de l'archidiacre ,trublet1 qu'en dites-vous8 dit l'abb4 ,ah6 dit madame de ,parolignac1 l'ennuyeux mortel6 comme il vous dit curieusement ce que tout le monde sait6 comme il discute pesamment ce qui ne vaut pas la peine d'tre remarqu lgrement6 comme il s'approprie1 sans esprit1 l'esprit des autres6 comme il gte ce qu'il pille6 comme il me dgote6 mais il ne me dgotera plus2 c'est assez d'avoir lu quelques pages de l'archidiacre4 #h ,il fesait un mauvais ouvrage intitul3 ,lettres sur quelques crits de ce temps4 ,on lui donna une abbaye1 et il fut plus richement rcompens que s'il avait fait ,l',esprit des ,lois1 et rsolu le problme de la prcession des quinoxes4 ,k4--,c'est ,d',alembert qui a rsolu le problme de la prcession des quinoxes3 voyez1 tome ,,xxi1 la note des diteurs sur le chapitre ,,xliii du ,prcis du ,sicle de ,louis ,,xv4 ,b4 ,il y avait table un homme savant et de got qui appuya ce que disait la marquise4 ,on parla ensuite de tragdies2 la dame demanda pourquoi il y avait des tragdies qu'on jouait quelquefois1 et qu'on ne pouvait lire4 ,l'homme de got expliqua trs bien comment une pice pouvait avoir quelque intrt1 et n'avoir presque aucun mrite2 il prouva en peu de mots que ce n'tait pas assez d'amener une ou deux de ces situations qu'on trouve dans tous les romans1 et qui sduisent toujours les spectateurs2 mais qu'il faut tre neuf sans tre bizarre1 souvent sublime et toujours naturel1 connatre le coeur humain et le faire parler2 tre grand pote1 sans que jamais aucun personnage de la pice paraisse pote2 savoir parfaitement sa langue1 la parler avec puret1 avec une harmonie continue1 sans que jamais la rime cote rien au sens4 ,quiconque1 ajouta-t-il1 n'observe pas toutes ces rgles1 peut faire une ou deux tragdies applaudies au thtre1 mais il ne sera jamais compt au rang des bons crivains2 il y a trs peu de bonnes tragdies3 les unes sont des idylles en dialogues bien crits et bien rims2 les autres1 des raisonnements politiques qui endorment1 ou des amplifications qui rebutent2 les autres1 des rves d'nergumne1 en style barbare1 des propos interrompus1 de longues apostrophes aux dieux1 parcequ'on ne sait point parler aux hommes1 des maximes fausses1 des lieux communs ampouls4 ,candide couta ce propos avec attention1 et conut une grande ide du discoureur2 et1 comme la marquise avait eu soin de le placer ct d'elle1 il s'approcha de son oreille1 et prit la libert de lui demander qui tait cet homme qui parlait si bien4 ,c'est un savant1 dit la dame1 qui ne ponte point1 et que l'abb m'amne quelquefois souper2 il se connat parfaitement en tragdies et en livres1 et il a fait une tragdie siffle1 et un livre dont on n'a jamais vu hors de la boutique de son libraire qu'un exemplaire qu'il m'a ddi4 ,le grand homme6 dit ,candide1 c'est un autre ,pangloss4 ,alors se tournant vers lui1 il lui dit3 ,monsieur1 vous pensez1 sans doute1 que tout est au mieux dans le monde physique et dans le moral1 et que rien ne pouvait tre autrement8 ,moi1 monsieur1 lui rpondit le savant1 je ne pense rien de tout cela2 je trouve que tout va de travers chez nous2 que personne ne sait ni quel est son rang1 ni quelle est sa charge1 ni ce qu'il fait1 ni ce qu'il doit faire1 et qu'except le souper1 qui est assez gai1 et o il parat assez d'union1 tout le reste du temps se passe en querelles impertinentes2 jansnistes contre molinistes1 gens du parlement contre gens d'glise1 gens de lettres contre gens de lettres1 courtisans contre courtisans1 financiers contre le peuple1 femmes contre maris1 parents contre parents2 c'est une guerre ternelle4 ,candide lui rpliqua3 ,j'ai vu pis2 mais un sage1 qui depuis a eu le malheur d'tre pendu1 m'apprit que tout cela est merveille2 ce sont des ombres un beau tableau4 ,votre pendu se moquait du monde1 dit ,martin2 vos ombres sont des taches horribles4 ,ce sont les hommes qui font les taches1 dit ,candide1 et ils ne peuvent pas s'en dispenser4 ,ce n'est donc pas leur faute1 dit ,martin4 ,la plupart des pontes1 qui n'entendaient rien ce langage1 buvaient2 et ,martin raisonna avec le savant1 et ,candide raconta une partie de ses aventures la dame du logis4 ,aprs souper1 la marquise mena ,candide dans son cabinet1 et le fit asseoir sur un canap4 ,eh bien6 lui dit-elle1 vous aimez donc toujours perdument mademoiselle ,cungonde de ,thunder-ten-tronckh8 ,oui1 madame1 rpondit ,candide4 ,la marquise lui rpliqua avec un souris tendre3 ,vous me rpondez comme un jeune homme de ,vestphalie2 un ,franais m'aurait dit3 ,il est vrai que j'ai aim mademoiselle ,cungonde2 mais en vous voyant1 madame1 je crains de ne la plus aimer4 ,hlas6 madame1 dit ,candide1 je rpondrai comme vous voudrez4 ,votre passion pour elle1 dit la marquise1 a commenc en ramassant son mouchoir2 je veux que vous ramassiez ma jarretire4 ,de tout mon coeur1 dit ,candide2 et il la ramassa4 ,mais je veux que vous me la remettiez1 dit la dame2 et ,candide la lui remit4 ,voyez-vous1 dit la dame1 vous tes tranger2 je fais quelquefois languir mes amants de ,paris quinze jours1 mais je me rends vous ds la premire nuit1 parcequ'il faut faire les honneurs de son pays un jeune homme de ,vestphalie4 ,la belle ayant aperu deux normes diamants aux deux mains de son jeune tranger1 les loua de si bonne foi1 que des doigts de ,candide ils passrent aux doigts de la marquise4 ,candide1 en s'en retournant avec son abb prigourdin1 sentit quelques remords d'avoir fait une infidlit mademoiselle ,cungonde4 ,m4 l'abb entra dans sa peine2 il n'avait qu'une lgre part aux cinquante mille livres perdues au jeu par ,candide1 et la valeur des deux brillants moiti donns1 moiti extorqus4 ,son dessein tait de profiter1 autant qu'il le pourrait1 des avantages que la connaissance de ,candide pouvait lui procurer4 ,il lui parla beaucoup de ,cungonde2 et ,candide lui dit qu'il demanderait bien pardon cette belle de son infidlit1 quand il la verrait ,venise4 ,le ,prigourdin redoublait de politesses et d'attentions1 et prenait un intrt tendre tout ce que ,candide disait1 tout ce qu'il fesait1 tout ce qu'il voulait faire4 ,vous avez donc1 monsieur1 lui dit-il1 un rendez-vous ,venise8 ,oui1 monsieur l'abb1 dit ,candide2 il faut absolument que j'aille trouver mademoiselle ,cungonde4 ,alors1 engag par le plaisir de parler de ce qu'il aimait1 il conta1 selon son usage1 une partie de ses aventures avec cette illustre ,vestphalienne4 ,je crois1 dit l'abb1 que mademoiselle ,cungonde a bien de l'esprit1 et qu'elle crit des lettres charmantes4 ,je n'en ai jamais reu1 dit ,candide2 car1 figurez-vous qu'ayant t chass du chteau pour l'amour d'elle1 je ne pus lui crire2 que bientt aprs j'appris qu'elle tait morte1 qu'ensuite je la retrouvai1 et que je la perdis1 et que je lui ai envoy deux mille cinq cents lieues d'ici un exprs dont j'attends la rponse4 ,l'abb coutait attentivement1 et paraissait un peu rveur4 ,il prit bientt cong des deux trangers1 aprs les avoir tendrement embrasss4 ,le lendemain ,candide reut son rveil une lettre conue en ces termes3 ,monsieur mon trs cher amant1 il y a huit jours que je suis malade en cette ville2 j'apprends que vous y tes4 ,je volerais dans vos bras si je pouvais remuer4 ,j'ai su votre passage ,bordeaux2 j'y ai laiss le fidle ,cacambo et la vieille1 qui doivent bientt me suivre4 ,le gouverneur de ,bunos-,ayres a tout pris1 mais il me reste votre coeur4 ,venez2 votre prsence me rendra la vie ou me fera mourir de plaisir4 ,cette lettre charmante1 cette lettre inespre1 transporta ,candide d'une joie inexprimable2 et la maladie de sa chre ,cungonde l'accabla de douleur4 ,partag entre ces deux sentiments1 il prend son or et ses diamants1 et se fait conduire avec ,martin l'htel o mademoiselle ,cungonde demeurait4 ,il entre en tremblant d'motion1 son coeur palpite1 sa voix sanglote2 il veut ouvrir les rideaux du lit2 il veut faire apporter de la lumire4 ,gardez-vous-en bien1 lui dit la suivante2 la lumire la tue2 et soudain elle referme le rideau4 ,ma chre ,cungonde1 dit ,candide en pleurant1 comment vous portez-vous8 si vous ne pouvez me voir1 parlez-moi du moins4 ,elle ne peut parler1 dit la suivante1 la dame alors tire du lit une main potele que ,candide arrose long-temps de ses larmes1 et qu'il remplit ensuite de diamants1 en laissant un sac plein d'or sur le fauteuil4 ,au milieu de ses transports arrive un exempt suivi de l'abb prigourdin et d'une escouade4 ,voil donc1 dit-il1 ces deux trangers suspects8 ,il les fait incontinent saisir1 et ordonne ses braves de les traner en prison4 ,ce n'est pas ainsi qu'on traite les voyageurs dans ,eldorado1 dit ,candide4 ,je suis plus manichen que jamais1 dit ,martin4 ,mais1 monsieur1 o nous menez-vous8 dit ,candide4 ,dans un cul de basse-fosse1 dit l'exempt4 ,martin1 ayant repris son sang froid1 jugea que la dame qui se prtendait ,cungonde tait une friponne1 monsieur l'abb prigourdin un fripon1 qui avait abus au plus vite de l'innocence de ,candide1 et l'exempt un autre fripon dont on pouvait aisment se dbarrasser4 ,plutt que de s'exposer aux procdures de la justice1 ,candide1 clair par son conseil1 et d'ailleurs toujours impatient de revoir la vritable ,cungonde1 propose l'exempt trois petits diamants d'environ trois mille pistoles chacun4 ,ah6 monsieur1 lui dit l'homme au bton d'ivoire1 eussiez-vous commis tous les crimes imaginables1 vous tes le plus honnte homme du monde2 trois diamants6 chacun de trois mille pistoles6 ,monsieur6 je me ferais tuer pour vous1 au lieu de vous mener dans un cachot4 ,on arrte tous les trangers1 mais laissez-moi faire2 j'ai un frre ,dieppe en ,normandie2 je vais vous y mener2 et si vous avez quelque diamant lui donner1 il aura soin de vous comme moi-mme4 ,et pourquoi arrte-t-on tous les trangers8 dit ,candide4 ,l'abb prigourdin prit alors la parole1 et dit3 ,c'est parcequ'un gueux du pays d',atrbatie#i a entendu dire des sottises2 cela seul lui a fait commettre un parricide1 non pas tel que celui de #afaj au mois de mai#aj1 mais tel que celui de #aeid au mois de dcembre#aa1 et tel que plusieurs autres commis dans d'autres annes et dans d'autres mois par d'autres gueux qui avaient entendu dire des sottises4 #i ,artois4 ,damiens tait n ,arras1 capitale de l',artois4 ,k4 --,l'attentat de ,damiens est du #e janvier #ageg3 voyez1 tome ,,xxi1 le chapitre ,,xxxvii du ,prcis du ,sicle de ,louis ,,xv2 et tome ,,xxii1 page #cci4 ,b4 #aj ,le #ad mai #afaj est le jour de l'assassinat de ,henri ,,iv par ,ravaillac3 voyez tome ,,xviii1 page #aeb4 ,b4 #aa ,le #bg dcembre #aeid1 ,jean ,chtel1 lve des jsuites1 donna un coup de couteau ,henri ,,iv3 voyez tome ,,xviii1 page #adg4 ,b4 ,l'exempt alors expliqua de quoi il s'agissait4 ,ah6 les monstres6 s'cria ,candide2 quoi6 de telles horreurs chez un peuple qui danse et qui chante6 ,ne pourrai-je sortir au plus vite de ce pays o des singes agacent des tigres8 ,j'ai vu des ours dans mon pays2 je n'ai vu des hommes que dans le ,dorado4 ,au nom de ,dieu1 monsieur l'exempt1 menez-moi ,venise1 o je dois attendre mademoiselle ,cungonde4 ,je ne peux vous mener qu'en ,basse-,normandie1 dit le barigel#ab4 ,aussitt il lui fait ter ses fers1 dit qu'il s'est mpris1 renvoie ses gens1 emmne ,dieppe ,candide et ,martin1 et les laisse entre les mains de son frre4 ,il y avait un petit vaisseau hollandais la rade4 ,le ,normand1 l'aide de trois autres diamants1 devenu le plus serviable des hommes1 embarque ,candide et ses gens dans le vaisseau qui allait faire voile pour ,portsmouth en ,angleterre4 ,ce n'tait pas le chemin de ,venise2 mais ,candide croyait tre dlivr de l'enfer2 et il comptait bien reprendre la route de ,venise la premire occasion4 #ab ,chef de sbires4 ,b4 ,,chapitre ,,xxiii4 ,candide et ,martin vont sur les ctes d',angleterre2 ce qu'ils y voient4 ,ah6 ,pangloss6 ,pangloss6 ,ah6 ,martin6 ,martin6 ,ah6 ma chre ,cungonde6 qu'est-ce que ce monde-ci8 disait ,candide sur le vaisseau hollandais4 ,quelque chose de bien fou et de bien abominable1 rpondait ,martin4--,vous connaissez l',angleterre2 y est-on aussi fou qu'en ,france8 ,c'est une autre espce de folie1 dit ,martin4 ,vous savez que ces deux nations sont en guerre pour quelques arpents de neige vers le ,canada#a1 et qu'elles dpensent pour cette belle guerre beaucoup plus que tout le ,canada ne vaut4 ,de vous dire prcisment s'il y a plus de gens lier dans un pays que dans un autre1 c'est ce que mes faibles lumires ne me permettent pas2 je sais seulement qu'en gnral les gens que nous allons voir sont fort atrabilaires4 #a ,voyez1 tome ,,xxi1 ,le prcis du ,sicle de ,louis ,,xv1 chapitre ,,xxxv4 ,b4 ,en causant ainsi ils abordrent ,portsmouth2 une multitude de peuple couvrait le rivage1 et regardait attentivement un assez gros homme qui tait genoux1 les yeux bands1 sur le tillac d'un des vaisseaux de la flotte2 quatre soldats1 posts vis--vis de cet homme1 lui tirrent chacun trois balles dans le crne1 le plus paisiblement du monde2 et toute l'assemble s'en retourna extrmement satisfaite#b4 ,qu'est-ce donc que tout ceci8 dit ,candide2 et quel dmon exerce partout son empire8 ,il demanda qui tait ce gros homme qu'on venait de tuer en crmonie4 ,c'est un amiral1 lui rpondit-on4 ,et pourquoi tuer cet amiral8 ,c'est1 lui dit-on1 parcequ'il n'a pas fait tuer assez de monde2 il a livr un combat un amiral franais1 et on a trouv qu'il n'tait pas assez prs de lui4 ,mais1 dit ,candide1 l'amiral franais tait aussi loin de l'amiral anglais que celui-ci l'tait de l'autre6 ,cela est incontestable1 lui rpliqua-t-on2 mais dans ce pays-ci il est bon de tuer de temps en temps un amiral pour encourager les autres4 #b ,l'amiral ,byng4 ,m4 de ,voltaire ne le connaissait pas1 et fit des efforts pour le sauver4 ,il n'abhorrait pas moins les atrocits politiques que les atrocits thologiques2 et il savait que ,byng tait une victime que les ministres anglais sacrifiaient l'ambition de garder leurs places4 ,k4--,l'amiral ,byng fut excut le #ad mars #ageg3 voyez1 tome ,,xxi1 le chapitre ,,xxxi du ,prcis du ,sicle de ,louis ,,xv4 ,b4 ,candide fut si tourdi et si choqu de ce qu'il voyait et de ce qu'il entendait1 qu'il ne voulut pas seulement mettre pied terre1 et qu'il fit son march avec le patron hollandais 7dt-il le voler comme celui de ,surinam71 pour le conduire sans dlai ,venise4 ,le patron fut prt au bout de deux jours4 ,on ctoya la ,france2 on passa la vue de ,lisbonne1 et ,candide frmit4 ,on entra dans le dtroit et dans la ,mditerrane1 enfin on aborda ,venise4 ,dieu soit lou6 dit ,candide1 en embrassant ,martin2 c'est ici que je reverrai la belle ,cungonde4 ,je compte sur ,cacambo comme sur moi-mme4 ,tout est bien1 tout va bien1 tout va le mieux qu'il soit possible4 ,,chapitre ,,xxiv4 ,de ,paquette1 et de frre ,girofle4 ,ds qu'il fut ,venise1 il fit chercher ,cacambo dans tous les cabarets1 dans tous les cafs1 chez toutes les filles de joie1 et ne le trouva point4 ,il envoyait tous les jours la dcouverte de tous les vaisseaux et de toutes les barques3 nulles nouvelles de ,cacambo4 ,quoi6 disait-il ,martin1 j'ai eu le temps de passer de ,surinam ,bordeaux1 d'aller de ,bordeaux ,paris1 de ,paris ,dieppe1 de ,dieppe ,portsmouth1 de ctoyer le ,portugal et l',espagne1 de traverser toute la ,mditerrane1 de passer quelques mois ,venise2 et la belle ,cungonde n'est point venue6 ,je n'ai rencontr au lieu d'elle qu'une drlesse et un abb prigourdin6 ,cungonde est morte1 sans doute2 je n'ai plus qu' mourir4 ,ah6 il valait mieux rester dans le paradis du ,dorado que de revenir dans cette maudite ,europe4 ,que vous avez raison1 mon cher ,martin6 tout n'est qu'illusion et calamit4 ,il tomba dans une mlancolie noire1 et ne prit aucune part l'opra alla moda1 ni aux autres divertissements du carnaval2 pas une dame ne lui donna la moindre tentation4 ,martin lui dit3 ,vous tes bien simple1 en vrit1 de vous figurer qu'un valet mtis1 qui a cinq ou six millions dans ses poches1 ira chercher votre matresse au bout du monde1 et vous l'amnera ,venise4 ,il la prendra pour lui1 s'il la trouve2 s'il ne la trouve pas1 il en prendra une autre3 je vous conseille d'oublier votre valet ,cacambo et votre matresse ,cungonde4 ,martin n'tait pas consolant4 ,la mlancolie de ,candide augmenta1 et ,martin ne cessait de lui prouver qu'il y avait peu de vertu et peu de bonheur sur la terre2 except peut-tre dans ,eldorado#a1 o personne ne pouvait aller4 #a ,voyez chapitre ,,xviii4 ,b4 ,en disputant sur cette matire importante1 et en attendant ,cungonde1 ,candide aperut un jeune thatin dans la place ,saint-,marc1 qui tenait sous le bras une fille4 ,le thatin paraissait frais1 potel1 vigoureux2 ses yeux taient brillants1 son air assur1 sa mine haute1 sa dmarche fire4 ,la fille tait trs jolie1 et chantait2 elle regardait amoureusement son thatin1 et de temps en temps lui pinait ses grosses joues4 ,vous m'avouerez du moins1 dit ,candide ,martin1 que ces gens-ci sont heureux4 ,je n'ai trouv jusqu' prsent dans toute la terre habitable1 except dans ,eldorado1 que des infortuns2 mais pour cette fille et ce thatin1 je gage que ce sont des cratures trs heureuses4 ,je gage que non1 dit ,martin4 ,il n'y a qu' les prier dner1 dit ,candide1 et vous verrez si je me trompe4 ,aussitt il les aborde1 il leur fait son compliment1 et les invite venir son htellerie manger des macaronis1 des perdrix de ,lombardie1 des oeufs d'esturgeon1 et boire du vin de ,montepulciano1 du lacryma-christi1 du chypre1 et du samos4 ,la demoiselle rougit1 le thatin accepta la partie1 et la fille le suivit en regardant ,candide avec des yeux de surprise et de confusion1 qui furent obscurcis de quelques larmes4 ,a peine fut-elle entre dans la chambre de ,candide1 qu'elle lui dit3 ,eh quoi6 monsieur ,candide ne reconnat plus ,paquette6 ,a ces mots ,candide1 qui ne l'avait pas considre jusque-l avec attention1 parcequ'il n'tait occup que de ,cungonde1 lui dit3 ,hlas6 ma pauvre enfant1 c'est donc vous qui avez mis le docteur ,pangloss dans le bel tat o je l'ai vu8 ,hlas6 monsieur1 c'est moi-mme1 dit ,paquette2 je vois que vous tes instruit de tout4 ,j'ai su les malheurs pouvantables arrivs toute la maison de madame la baronne et la belle ,cungonde4 ,je vous jure que ma destine n'a gure t moins triste4 ,j'tais fort innocente quand vous m'avez vue4 ,un cordelier1 qui tait mon confesseur1 me sduisit aisment4 ,les suites en furent affreuses2 je fus oblige de sortir du chteau quelque temps aprs que ,m4 le baron vous eut renvoy grands coups de pied dans le derrire4 ,si un fameux mdecin n'avait pas pris piti de moi1 j'tais morte4 ,je fus quelque temps par reconnaissance la matresse de ce mdecin4 ,sa femme1 qui tait jalouse la rage1 me battait tous les jours impitoyablement2 c'tait une furie4 ,ce mdecin tait le plus laid de tous les hommes1 et moi la plus malheureuse de toutes les cratures d'tre battue continuellement pour un homme que je n'aimais pas4 ,vous savez1 monsieur1 combien il est dangereux pour une femme acaritre d'tre l'pouse d'un mdecin4 ,celui-ci1 outr des procds de sa femme1 lui donna un jour1 pour la gurir d'un petit rhume1 une mdecine si efficace1 qu'elle en mourut en deux heures de temps dans des convulsions horribles4 ,les parents de madame intentrent monsieur un procs criminel2 il prit la fuite1 et moi je fus mise en prison4 ,mon innocence ne m'aurait pas sauve1 si je n'avais t un peu jolie4 ,le juge m'largit condition qu'il succderait au mdecin4 ,je fus bientt supplante par une rivale1 chasse sans rcompense1 et oblige de continuer ce mtier abominable qui vous parat si plaisant vous autres hommes1 et qui n'est pour nous qu'un abme de misre4 ,j'allai exercer la profession ,venise4 ,ah6 monsieur1 si vous pouviez vous imaginer ce que c'est que d'tre oblige de caresser indiffremment un vieux marchand1 un avocat1 un moine1 un gondolier1 un abb2 d'tre expose toutes les insultes1 toutes les avanies2 d'tre souvent rduite emprunter une jupe pour aller se la faire lever par un homme dgotant2 d'tre vole par l'un de ce qu'on a gagn avec l'autre2 d'tre ranonne par les officiers de justice1 et de n'avoir en perspective qu'une vieillesse affreuse1 un hpital1 et un fumier1 vous concluriez que je suis une des plus malheureuses cratures du monde4 ,paquette ouvrait ainsi son coeur au bon ,candide1 dans un cabinet1 en prsence de ,martin1 qui disait ,candide3 ,vous voyez que j'ai dj gagn la moiti de la gageure4 ,frre ,girofle tait rest dans la salle manger1 et buvait un coup en attendant le dner4 ,mais1 dit ,candide ,paquette1 vous aviez l'air si gai1 si content1 quand je vous ai rencontre2 vous chantiez1 vous caressiez le thatin avec une complaisance naturelle2 vous m'avez paru aussi heureuse que vous prtendez tre infortune4 ,ah6 monsieur1 rpondit ,paquette1 c'est encore l une des misres du mtier4 ,j'ai t hier vole et battue par un officier1 et il faut aujourd'hui que je paraisse de bonne humeur pour plaire un moine4 ,candide n'en voulut pas davantage2 il avoua que ,martin avait raison4 ,on se mit table avec ,paquette et le thatin2 le repas fut assez amusant1 et sur la fin on se parla avec quelque confiance4 ,mon pre1 dit ,candide au moine1 vous me paraissez jouir d'une destine que tout le monde doit envier2 la fleur de la sant brille sur votre visage1 votre physionomie annonce le bonheur2 vous avez une trs jolie fille pour votre rcration1 et vous paraissez trs content de votre tat de thatin4 ,ma foi1 monsieur1 dit frre ,girofle1 je voudrais que tous les thatins fussent au fond de la mer4 ,j'ai t tent cent fois de mettre le feu au couvent1 et d'aller me faire turc4 ,mes parents me forcrent1 l'ge de quinze ans1 d'endosser cette dtestable robe1 pour laisser plus de fortune un maudit frre an1 que ,dieu confonde6 ,la jalousie1 la discorde1 la rage1 habitent dans le couvent4 ,il est vrai que j'ai prch quelques mauvais sermons qui m'ont valu un peu d'argent dont le prieur me vole la moiti2 le reste me sert entretenir des filles3 mais quand je rentre le soir dans le monastre1 je suis prt me casser la tte contre les murs du dortoir2 et tous mes confrres sont dans le mme cas4 ,martin se tournant vers ,candide avec son sang froid ordinaire3 ,eh bien6 lui dit-il1 n'ai-je pas gagn la gageure tout entire8 ,candide donna deux mille piastres ,paquette1 et mille piastres frre ,girofle4 ,je vous rponds1 dit-il1 qu'avec cela ils seront heureux4 ,je n'en crois rien du tout1 dit ,martin2 vous les rendrez peut-tre avec ces piastres beaucoup plus malheureux encore4 ,il en sera ce qui pourra1 dit ,candide3 mais une chose me console1 je vois qu'on retrouve souvent les gens qu'on ne croyait jamais retrouver2 il se pourra bien faire qu'ayant rencontr mon mouton rouge et ,paquette1 je rencontre aussi ,cungonde4 ,je souhaite1 dit ,martin1 qu'elle fasse un jour votre bonheur2 mais c'est de quoi je doute fort4 ,vous tes bien dur1 dit ,candide4 ,c'est que j'ai vcu1 dit ,martin4 ,mais regardez ces gondoliers1 dit ,candide3 ne chantent-ils pas sans cesse8 ,vous ne les voyez pas dans leur mnage1 avec leurs femmes et leurs marmots d'enfants1 dit ,martin4 ,le doge a ses chagrins1 les gondoliers ont les leurs4 ,il est vrai qu' tout prendre le sort d'un gondolier est prfrable celui d'un doge2 mais je crois la diffrence si mdiocre1 que cela ne vaut pas la peine d'tre examin4 ,on parle1 dit ,candide1 du snateur ,pococurante1 qui demeure dans ce beau palais sur la ,brenta1 et qui reoit assez bien les trangers4 ,on prtend que c'est un homme qui n'a jamais eu de chagrin4 ,je voudrais voir une espce si rare1 dit ,martin4 ,candide aussitt fit demander au seigneur ,pococurante la permission de venir le voir le lendemain4 ,,chapitre ,,xxv4 ,visite chez le seigneur ,pococurante1 noble vnitien4 ,candide et ,martin allrent en gondole sur la ,brenta1 et arrivrent au palais du noble ,pococurante4 ,les jardins taient bien entendus1 et orns de belles statues de marbre2 le palais d'une belle architecture4 ,le matre du logis1 homme de soixante ans1 fort riche1 reut trs poliment les deux curieux1 mais avec trs peu d'empressement1 ce qui dconcerta ,candide1 et ne dplut point ,martin4 ,d'abord deux filles jolies et proprement mises servirent du chocolat1 qu'elles firent trs bien mousser4 ,candide ne put s'empcher de les louer sur leur beaut1 sur leur bonne grce1 et sur leur adresse4 ,ce sont d'assez bonnes cratures1 dit le snateur ,pococurante2 je les fais quelquefois coucher dans mon lit2 car je suis bien las des dames de la ville1 de leurs coquetteries1 de leurs jalousies1 de leurs querelles1 de leurs humeurs1 de leurs petitesses1 de leur orgueil1 de leurs sottises1 et des sonnets qu'il faut faire ou commander pour elles2 mais1 aprs tout1 ces deux filles commencent fort m'ennuyer4 ,candide1 aprs le djeuner1 se promenant dans une longue galerie1 fut surpris de la beaut des tableaux4 ,il demanda de quel matre taient les deux premiers4 ,ils sont de ,raphal1 dit le snateur2 je les achetai fort cher par vanit1 il y a quelques annes2 on dit que c'est ce qu'il y a de plus beau en ,italie1 mais ils ne me plaisent point du tout3 la couleur en est trs rembrunie1 les figures ne sont pas assez arrondies1 et ne sortent point assez2 les draperies ne ressemblent en rien une toffe3 en un mot1 quoi qu'on en dise1 je ne trouve point l une imitation vraie de la nature4 ,je n'aimerai un tableau que quand je croirai voir la nature elle-mme3 il n'y en a point de cette espce4 ,j'ai beaucoup de tableaux1 mais je ne les regarde plus4 ,pococurante1 en attendant le dner1 se fit donner un concerto4 ,candide trouva la musique dlicieuse4 ,ce bruit1 dit ,pococurante1 peut amuser une demi-heure2 mais s'il dure plus long-temps1 il fatigue tout le monde1 quoique personne n'ose l'avouer4 ,la musique aujourd'hui n'est plus que l'art d'excuter des choses difficiles1 et ce qui n'est que difficile ne plat point la longue4 ,j'aimerais peut tre mieux l'opra1 si on n'avait pas trouv le secret d'en faire un monstre qui me rvolte4 ,ira voir qui voudra de mauvaises tragdies en musique1 o les scnes ne sont faites que pour amener trs mal propos deux ou trois chansons ridicules qui font valoir le gosier d'une actrice2 se pmera de plaisir qui voudra ou qui pourra1 en voyant un chtr fredonner le rle de ,csar et de ,caton1 et se promener d'un air gauche sur des planches3 pour moi1 il y a long-temps que j'ai renonc ces pauvrets qui font aujourd'hui la gloire de l',italie1 et que des souverains paient si chrement4 ,candide disputa un peu1 mais avec discrtion4 ,martin fut entirement de l'avis du snateur4 ,on se mit table2 et1 aprs un excellent dner1 on entra dans la bibliothque4 ,candide1 en voyant un ,homre magnifiquement reli1 loua l'illustrissime sur son bon got4 ,voil1 dit-il1 un livre qui fesait les dlices du grand ,pangloss1 le meilleur philosophe de l',allemagne4 ,il ne fait pas les miennes1 dit froidement ,pococurante3 on me fit accroire autrefois que j'avais du plaisir en le lisant2 mais cette rptition continuelle de combats qui se ressemblent tous1 ces dieux qui agissent toujours pour ne rien faire de dcisif1 cette ,hlne qui est le sujet de la guerre1 et qui peine est une actrice de la pice2 cette ,troie qu'on assige et qu'on ne prend point2 tout cela me causait le plus mortel ennui4 ,j'ai demand quelquefois des savants s'ils s'ennuyaient autant que moi cette lecture3 tous les gens sincres m'ont avou que le livre leur tombait des mains1 mais qu'il fallait toujours l'avoir dans sa bibliothque1 comme un monument de l'antiquit1 et comme ces mdailles rouilles qui ne peuvent tre de commerce4 ,votre excellence ne pense pas ainsi de ,virgile8 dit ,candide4 ,je conviens1 dit ,pococurante1 que le second1 le quatrime1 et le sixime livre de son nide1 sont excellents2 mais pour son pieux ne1 et le fort ,cloanthe1 et l'ami ,achates1 et le petit ,ascanius1 et l'imbcile roi ,latinus1 et la bourgeoise ,amata1 et l'insipide ,lavinia1 je ne crois pas qu'il y ait rien de si froid et de plus dsagrable4 ,j'aime mieux le ,tasse et les contes dormir debout de l',arioste4 ,oserais-je vous demander1 monsieur1 dit ,candide1 si vous n'avez pas un grand plaisir lire ,horace8 ,il y a des maximes1 dit ,pococurante1 dont un homme du monde peut faire son profit1 et qui1 tant resserres dans des vers nergiques1 se gravent plus aisment dans la mmoire3 mais je me soucie fort peu de son voyage ,brindes1 et de sa description d'un mauvais dner1 et de la querelle de crocheteurs entre je ne sais quel ,pupilus#a dont les paroles1 dit-il1 taient pleines de pus1 et un autre dont les paroles taient du vinaigre#b4 ,je n'ai lu qu'avec un extrme dgot ses vers grossiers contre des vieilles et contre des sorcires2 et je ne vois pas quel mrite il peut y avoir dire son ami ,mecenas que1 s'il est mis par lui au rang des potes lyriques1 il frappera les astres de son front sublime#c4 ,les sots admirent tout dans un auteur estim4 ,je ne lis que pour moi2 je n'aime que ce qui est mon usage4 ,candide1 qui avait t lev ne jamais juger de rien par lui-mme1 tait fort tonn de ce qu'il entendait2 et ,martin trouvait la faon de penser de ,pococurante assez raisonnable4 #a ,ce n'est pas ,pupilus1 mais ,rupilius1 que nomme ,horace1 livre ,ier1 satire ,,vii1 vers ,i3 ,rupili pus atque venenum4 ,b4 #b ,italo perfusus aceto1 dit ,horace1 dans la mme pice1 vers #cb4 ,b4 #c ,horace1 odes1 ,i1 ,i4 ,b4 ,oh6 voici un ,cicron1 dit ,candide3 pour ce grand homme-l1 je pense que vous ne vous lassez point de le lire4 ,je ne le lis jamais1 rpondit le ,vnitien4 ,que m'importe qu'il ait plaid pour ,rabirius ou pour ,cluentius8 ,j'ai bien assez des procs que je juge2 je me serais mieux accommod de ses oeuvres philosophiques2 mais quand j'ai vu qu'il doutait de tout1 j'ai conclu que j'en savais autant que lui1 et que je n'avais besoin de personne pour tre ignorant4 ,ah6 voil quatre-vingts volumes de recueils d'une acadmie des sciences1 s'cria ,martin2 il se peut qu'il y ait l du bon4 ,il y en aurait1 dit ,pococurante1 si un seul des auteurs de ces fatras avait invent seulement l'art de faire des pingles2 mais il n'y a dans tous ces livres que de vains systmes1 et pas une seule chose utile4 ,que de pices de thtre je vois l1 dit ,candide1 en italien1 en espagnol1 en franais6 ,oui1 dit le snateur1 il y en a trois mille1 et pas trois douzaines de bonnes4 ,pour ces recueils de sermons1 qui tous ensemble ne valent pas une page de ,snque1 et tous ces gros volumes de thologie1 vous pensez bien que je ne les ouvre jamais1 ni moi1 ni personne4 ,martin aperut des rayons chargs de livres anglais4 ,je crois1 dit-il1 qu'un rpublicain doit se plaire la plupart de ces ouvrages crits si librement4 ,oui1 rpondit ,pococurante1 il est beau d'crire ce qu'on pense2 c'est le privilge de l'homme4 ,dans toute notre ,italie1 on n'crit que ce qu'on ne pense pas2 ceux qui habitent la patrie des ,csars et des ,antonins n'osent avoir une ide sans la permission d'un jacobin4 ,je serais content de la libert qui inspire les gnies anglais1 si la passion et l'esprit de parti ne corrompaient pas tout ce que cette prcieuse libert a d'estimable4 ,candide apercevant un ,milton1 lui demanda s'il ne regardait pas cet auteur comme un grand homme4 ,qui8 dit ,pococurante1 ce barbare1 qui fait un long commentaire du premier chapitre de la ,gense1 en dix livres de vers durs8 ce grossier imitateur des ,grecs1 qui dfigure la cration1 et qui1 tandis que ,mose reprsente l',etre ternel produisant le monde par la parole1 fait prendre un grand compas par le ,messiah dans une armoire du ciel pour tracer son ouvrage8 ,moi1 j'estimerais celui qui a gt l'enfer et le diable du ,tasse2 qui dguise ,lucifer tantt en crapaud1 tantt en pygme2 qui lui fait rebattre cent fois les mmes discours2 qui le fait disputer sur la thologie2 qui1 en imitant srieusement l'invention comique des armes feu de l',arioste1 fait tirer le canon dans le ciel par les diables8 ,ni moi ni personne en ,italie n'a pu se plaire toutes ces tristes extravagances4 ,le ,mariage du ,pch et de la ,mort1 et les couleuvres dont le ,pch accouche1 font vomir tout homme qui a le got un peu dlicat2 et sa longue description d'un hpital n'est bonne que pour un fossoyeur4 ,ce pome obscur1 bizarre1 et dgotant1 fut mpris sa naissance2 je le traite aujourd'hui comme il fut trait dans sa patrie par les contemporains#d4 ,au reste je dis ce que je pense1 et je me soucie fort peu que les autres pensent comme moi4 ,candide tait afflig de ces discours2 il respectait ,homre1 il aimait un peu ,milton4 ,hlas6 dit-il tout bas ,martin1 j'ai bien peur que cet homme-ci n'ait un souverain mpris pour nos potes allemands4 ,il n'y aurait pas grand mal cela1 dit ,martin4 ,oh6 quel homme suprieur6 disait encore ,candide entre ses dents1 quel grand gnie que ce ,pococurante6 rien ne peut lui plaire4 #d ,voyez ce que ,voltaire dit du ,paradis perdu de ,milton1 dans le chapitre ,,ix de l' ,essai sur la posie pique1 imprim dans le tome ,x1 la suite de la ,henriade4 ,b4 ,aprs avoir fait ainsi la revue de tous les livres1 ils descendirent dans le jardin4 ,candide en loua toutes les beauts4 ,je ne sais rien de si mauvais got1 dit le matre2 nous n'avons ici que des colifichets3 mais je vais ds demain en faire planter un d'un dessin plus noble4 ,quand les deux curieux eurent pris cong de son excellence3 ,or 1 dit ,candide ,martin1 vous conviendrez que voil le plus heureux de tous les hommes1 car il est au-dessus de tout ce qu'il possde4 ,ne voyez-vous pas1 dit ,martin1 qu'il est dgot de tout ce qu'il possde8 ,platon a dit1 il y a long-temps1 que les meilleurs estomacs ne sont pas ceux qui rebutent tous les aliments4 ,mais1 dit ,candide1 n'y a-t-il pas du plaisir tout critiquer1 sentir des dfauts o les autres hommes croient voir des beauts8 ,c'est--dire1 reprit ,martin1 qu'il y a du plaisir n'avoir pas de plaisir8 ,oh bien6 dit ,candide1 il n'y a donc d'heureux que moi1 quand je reverrai mademoiselle ,cungonde4 ,c'est toujours bien fait d'esprer1 dit ,martin4 ,cependant les jours1 les semaines1 s'coulaient2 ,cacambo ne revenait point1 et ,candide tait si abm dans sa douleur1 qu'il ne fit pas mme rflexion que ,paquette et frre ,girofle n'taient pas venus seulement le remercier4 ,,chapitre ,,xxvi4 ,d'un souper que ,candide et ,martin firent avec six trangers1 et qui ils taient4 ,un soir que ,candide1 suivi de ,martin1 allait se mettre table avec les trangers qui logeaient dans la mme htellerie1 un homme visage couleur de suie l'aborda par derrire1 et1 le prenant par le bras1 lui dit3 ,soyez prt partir avec nous1 n'y manquez pas4 ,il se retourne1 et voit ,cacambo4 ,il n'y avait que la vue de ,cungonde qui pt l'tonner et lui plaire davantage4 ,il fut sur le point de devenir fou de joie4 ,il embrasse son cher ami4 ,cungonde est ici1 sans doute8 o est-elle8 ,mne-moi vers elle1 que je meure de joie avec elle4 ,cungonde n'est point ici1 dit ,cacambo1 elle est ,constantinople4 ,ah ciel6 ,constantinople6 mais ft-elle la ,chine1 j'y vole1 partons4 ,nous partirons aprs souper1 reprit ,cacambo2 je ne peux vous en dire davantage2 je suis esclave1 mon matre m'attend2 il faut que j'aille le servir table3 ne dites mot1 soupez1 et tenez-vous prt4 ,candide1 partag entre la joie et la douleur1 charm d'avoir revu son agent fidle1 tonn de le voir esclave1 plein de l'ide de retrouver sa matresse1 le coeur agit1 l'esprit boulevers1 se mit table avec ,martin1 qui voyait de sang froid toutes ces aventures1 et avec six trangers1 qui taient venus passer le carnaval ,venise4 ,cacambo1 qui versait boire l'un de ces six trangers1 s'approcha de l'oreille de son matre1 sur la fin du repas1 et lui dit3 ,sire1 votre majest partira quand elle voudra1 le vaisseau est prt4 ,ayant dit ces mots1 il sortit4 ,les convives tonns se regardaient sans profrer une seule parole1 lorsqu'un autre domestique s'approchant de son matre1 lui dit3 ,sire1 la chaise de votre majest est ,padoue1 et la barque est prte4 ,le matre fit un signe1 et le domestique partit4 ,tous les convives se regardrent encore1 et la surprise commune redoubla4 ,un troisime valet s'approchant aussi d'un troisime tranger1 lui dit3 ,sire1 croyez-moi1 votre majest ne doit pas rester ici plus long-temps1 je vais tout prparer2 et aussitt il disparut4 ,candide et ,martin ne doutrent pas alors que ce ne ft une mascarade du carnaval4 ,un quatrime domestique dit au quatrime matre3 ,votre majest partira quand elle voudra1 et sortit comme les autres4 ,le cinquime valet en dit autant au cinquime matre4 ,mais le sixime valet parla diffremment au sixime tranger qui tait auprs de ,candide2 il lui dit3 ,ma foi1 sire1 on ne veut plus faire crdit votre majest ni moi non plus1 et nous pourrions bien tre coffrs cette nuit vous et moi2 je vais pourvoir mes affaires3 adieu4 ,tous les domestiques ayant disparu1 les six trangers1 ,candide1 et ,martin1 demeurrent dans un profond silence4 ,enfin ,candide le rompit3 ,messieurs1 dit-il1 voil une singulire plaisanterie4 ,pourquoi tes-vous tous rois8 pour moi1 je vous avoue que ni moi ni ,martin nous ne le sommes4 ,le matre de ,cacambo prit alors gravement la parole1 et dit en italien3 ,je ne suis point plaisant1 je m'appelle ,achmet ,,iii#a2 j'ai t grand-sultan plusieurs annes2 je dtrnai mon frre2 mon neveu m'a dtrn2 on a coup le cou mes vizirs2 j'achve ma vie dans le vieux srail2 mon neveu le grand-sultan ,mahmoud me permet de voyager quelquefois pour ma sant2 et je suis venu passer le carnaval ,venise4 #a ,achmet ,,iii1 dont il est parl dans l',histoire de ,charles ,,xii et dans l',histoire de ,russie sous ,pierre-le-,grand1 avait t dpos en #agcj2 il est mort en #agcf4 ,b4 ,un jeune homme qui tait auprs d',achmet parla aprs lui1 et dit3 ,je m'appelle ,ivan#b2 j'ai t empereur de toutes les ,russies2 j'ai t dtrn au berceau2 mon pre et ma mre ont t enferms2 on m'a lev en prison2 j'ai quelquefois la permission de voyager1 accompagn de ceux qui me gardent2 et je suis venu passer le carnaval ,venise4 #b ,ivan1 n en #agcj1 dtrn la mme anne1 emprisonn1 et enfin poignard en #agfb4 ,b1 ,le troisime dit3 ,je suis ,charles-douard#c1 roi d',angleterre2 mon pre m'a cd ses droits au royaume2 j'ai combattu pour les soutenir2 on a arrach le coeur huit cents de mes partisans1 et on leur en a battu les joues2 j'ai t mis en prison2 je vais ,rome faire une visite au roi mon pre1 dtrn ainsi que moi et mon grand-pre2 et je suis venu passer le carnaval ,venise4 #c ,sur ,charles-douard1 voyez1 tome ,,xxi1 le chapitre ,,xxxv du ,prcis du ,sicle de ,louis ,,xv4 ,b4 ,le quatrime prit alors la parole et dit3 ,je suis roi des ,polaques2 le sort de la guerre m'a priv de mes tats hrditaires#d2 mon pre a prouv les mmes revers2 je me rsigne la ,providence comme le sultan ,achmet1 l'empereur ,ivan1 et le roi ,charles-douard1 qui ,dieu donne une longue vie2 et je suis venu passer le carnaval ,venise4 #d ,auguste1 lecteur de ,saxe et roi de ,pologne1 chass de ses tats hrditaires pendant la guerre de #agef1 se rfugia en ,pologne3 voyez1 tome ,,xxi1 le chapitre ,,xxxii du ,prcis du ,sicle de ,louis ,,xv2 il est mort en #agfc4 ,b4 ,le cinquime dit2 ,je suis aussi roi des ,polaques#e2 j'ai perdu mon royaume deux fois2 mais la ,providence m'a donn un autre tat dans lequel j'ai fait plus de bien que tous les rois des ,sarmates ensemble n'en ont jamais pu faire sur les bords de la ,vistule4 ,je me rsigne aussi la ,providence2 et je suis venu passer le carnaval ,venise4 #e ,stanislas ,leczinski1 beau-pre de ,louis ,,xv3 voyez1 tome ,,xxi1 le chapitre ,,iv du ,prcis du ,sicle de ,louis ,,xv2 il est mort en #agfc4 ,b4 ,il restait au sixime monarque parler4 ,messieurs1 dit-il1 je ne suis pas si grand seigneur que vous2 mais enfin j'ai t roi tout comme un autre2 je suis ,thodore#f2 on m'a lu roi en ,corse2 on m'a appel ,votre ,majest1 et prsent peine m'appelle-t-on ,monsieur2 j'ai fait frapper de la monnaie1 et je ne possde pas un denier2 j'ai eu deux secrtaires d'tat1 et j'ai peine un valet2 je me suis vu sur un trne1 et j'ai long-temps t ,londres en prison sur la paille2 j'ai bien peur d'tre trait de mme ici1 quoique je sois venu1 comme vos majests1 passer le carnaval ,venise4 #f ,sur le roi de ,corse1 ,thodore1 mort le #b dcembre #agef1 voyez tome ,,xxi1 le chapitre ,,xl du ,prcis du ,sicle de ,louis ,,xv4 ,b4 ,les cinq autres rois coutrent ce discours avec une noble compassion4 ,chacun d'eux donna vingt sequins au roi ,thodore pour avoir des habits et des chemises2 ,candide lui fit prsent d'un diamant de deux mille sequins4 ,quel est donc1 disaient les cinq rois1 cet homme qui est en tat de donner cent fois autant que chacun de nous1 et qui le donne8 ,etes-vous roi aussi1 monsieur8--,non1 messieurs1 et n'en ai nulle envie4 ,dans l'instant qu'on sortait de table1 il arriva dans la mme htellerie quatre altesses srnissimes qui avaient aussi perdu leurs tats par le sort de la guerre1 et qui venaient passer le reste du carnaval ,venise2 mais ,candide ne prit pas seulement garde ces nouveaux venus4 ,il n'tait occup que d'aller trouver sa chre ,cungonde ,constantinople4 ,,chapitre ,,xxvii4 ,voyage de ,candide ,constantinople4 ,le fidle ,cacambo avait dj obtenu du patron turc qui allait reconduire le sultan ,achmet ,constantinople qu'il recevrait ,candide et ,martin sur son bord4 ,l'un et l'autre s'y rendirent aprs s'tre prosterns devant sa misrable hautesse4 ,candide1 chemin fesant1 disait ,martin3 ,voil pourtant six rois dtrns avec qui nous avons soup6 et encore dans ces six rois il y en a un qui j'ai fait l'aumne4 ,peut-tre y a-t-il beaucoup d'autres princes plus infortuns4 ,pour moi1 je n'ai perdu que cent moutons1 et je vole dans les bras de ,cungonde4 ,mon cher ,martin1 encore une fois1 ,pangloss avait raison1 tout est bien4 ,je le souhaite1 dit ,martin4 ,mais1 dit ,candide1 voil une aventure bien peu vraisemblable que nous avons eue ,venise4 ,on n'avait jamais vu ni ou conter que six rois dtrns soupassent ensemble au cabaret4 ,cela n'est pas plus extraordinaire1 dit ,martin1 que la plupart des choses qui nous sont arrives4 ,il est trs commun que des rois soient dtrns2 et l'gard de l'honneur que nous avons eu de souper avec eux1 c'est une bagatelle qui ne mrite pas notre attention4 ,qu'import avec qui l'on soupe1 pourvu qu'on fasse bonne chre8 ,a peine ,candide fut-il dans le vaisseau1 qu'il sauta au cou de son ancien valet1 de son ami ,cacambo4 ,eh bien6 lui dit-il1 que fait ,cungonde8 est-elle toujours un prodige de beaut8 m'aime-t-elle toujours8 comment se porte-t-elle8 ,tu lui as1 sans doute1 achet un palais ,constantinople8 ,mon cher matre1 rpondit ,cacambo1 ,cungonde lave les cuelles sur le bord de la ,propontide1 chez un prince qui a trs peu d'cuelles2 elle est esclave dans la maison d'un ancien souverain1 nomm ,ragotski#a1 qui le ,grand-,turc donne trois cus par jour dans son asile2 mais1 ce qui est bien plus triste1 c'est qu'elle a perdu sa beaut1 et qu'elle est devenue horriblement laide4 ,ah6 belle ou laide1 dit ,candide1 je suis honnte homme1 et mon devoir est de l'aimer toujours4 ,mais comment peut-elle tre rduite un tat si abject avec les cinq ou six millions que tu avais emports8 ,bon1 dit ,cacambo1 ne m'en a-t-il pas fallu donner deux au senor don ,fernando d',ibaraa1 y ,figueora1 y ,mascarens1 y ,lampourdos1 y ,souza1 gouverneur de ,bunos-,ayres1 pour avoir la permission de reprendre mademoiselle ,cungonde8 et un pirate ne nous a-t-il pas bravement dpouills de tout le reste8 ,ce pirate ne nous a-t-il pas mens au cap de ,matapan1 ,milo1 ,nicarie1 ,samos1 ,petra1 aux ,dardanelles1 ,marmara1 ,scutari8 ,cungonde et la vieille servent chez ce prince dont je vous ai parl1 et moi je suis esclave du sultan dtrn4 ,que d'pouvantables calamits enchanes les unes aux autres6 dit ,candide4 ,mais1 aprs tout1 j'ai encore quelques diamants2 je dlivrerai aisment ,cungonde4 ,c'est bien dommage qu'elle soit devenue si laide4 #a ,voltaire a parl de ,ragotski dans le chap4 ,,xxii du ,sicle de ,louis ,,xiv2 voyez tome ,,xx4 ,ragotski est mort en #aghe4 ,b4 ,ensuite1 se tournant vers ,martin3 ,que pensez-vous1 dit-il1 qui soit le plus plaindre1 de l'empereur ,achmet1 de l'empereur ,ivan1 du roi ,charles-douard1 ou de moi8 ,je n'en sais rien1 dit ,martin2 il faudrait que je fusse dans vos coeurs pour le savoir4 ,ah6 dit ,candide1 si ,pangloss tait ici1 il le saurait1 et nous l'apprendrait4 ,je ne sais1 dit ,martin1 avec quelles balances votre ,pangloss aurait pu peser les infortunes des hommes1 et apprcier leurs douleurs4 ,tout ce que je prsume c'est qu'il y a des millions d'hommes sur la terre cent fois plus plaindre que le roi ,charles-douard1 l'empereur ,ivan1 et le sultan ,achmet4 ,cela pourrait bien tre1 dit ,candide4 ,on arriva en peu de jours sur le canal de la mer ,noire4 ,candide commena par racheter ,cacambo fort cher2 et1 sans perdre de temps1 il se jeta dans une galre1 avec ses compagnons1 pour aller sur le rivage de la ,propontide chercher ,cungonde1 quelque laide qu'elle pt tre4 ,il y avait dans la chiourme deux forats qui ramaient fort mal1 et qui le levanti patron appliquait de temps en temps quelques coups de nerf de boeuf sur leurs paules nues2 ,candide1 par un mouvement naturel1 les regarda plus attentivement que les autres galriens1 et s'approcha d'eux avec piti4 ,quelques traits de leurs visages dfigurs lui parurent avoir un peu de ressemblance avec ,pangloss et avec ce malheureux jsuite1 ce baron1 ce frre de mademoiselle ,cungonde4 ,cette ide l'mut et l'attrista4 ,il les considra encore plus attentivement4 ,en vrit1 dit-il ,cacambo1 si je n'avais pas vu pendre matre ,pangloss1 et si je n'avais pas eu le malheur de tuer le baron1 je croirais que ce sont eux qui rament dans cette galre4 ,au nom du baron et de ,pangloss les deux forats poussrent un grand cri1 s'arrtrent sur leur banc1 et laissrent tomber leurs rames4 ,le levanti patron accourait sur eux1 et les coups de nerf de boeuf redoublaient4 ,arrtez6 arrtez6 seigneur1 s'cria ,candide2 je vous donnerai tant1 d'argent que vous voudrez4 ,quoi6 c'est ,candide6 disait l'un des forats2 quoi6 c'est ,candide6 disait l'autre4 ,est-ce un songe8 dit ,candide2 veille-je8 suis-je dans cette galre8 ,est-ce l monsieur le baron1 que j'ai tu8 est-ce l matre ,pangloss1 que j'ai vu pendre8 ,c'est nous-mmes1 c'est nous-mmes1 rpondaient-ils4 ,quoi6 c'est l ce grand philosophe8 disait ,martin4 ,eh6 monsieur le levanti patron1 dit ,candide1 combien voulez-vous d'argent pour la ranon de ,m4 de ,thunder-ten-tronckh1 un des premiers barons de l'empire1 et de ,m4 ,pangloss1 le plus profond mtaphysicien d',allemagne8 ,chien de chrtien1 rpondit le levanti patron1 puisque ces deux chiens de forats chrtiens sont des barons et des mtaphysiciens1 ce qui est sans doute une grande dignit dans leur pays1 tu m'en donneras cinquante mille sequins4 ,vous les aurez1 monsieur2 remenez-moi comme un clair ,constantinople1 et vous serez pay sur-le-champ4 ,mais non1 menez-moi chez mademoiselle ,cungonde4 ,le levanti patron1 sur la premire offre de ,candide1 avait dj tourn la proue vers la ville1 et il fesait ramer plus vite qu'un oiseau ne fend les airs4 ,candide embrassa cent fois le baron et ,pangloss4 ,et comment ne vous ai-je pas tu1 mon cher baron8 et mon cher ,pangloss1 comment tes-vous en vie1 aprs avoir t pendu8 et pourquoi tes-vous tous deux aux galres en ,turquie8 ,est-il bien vrai que ma chre soeur soit dans ce pays8 disait le baron4 ,oui1 rpondait ,cacambo4 ,je revois donc mon cher ,candide6 s'criait ,pangloss4 ,candide leur prsentait ,martin et ,cacambo4 ,ils s'embrassaient tous2 ils parlaient tous -la-fois4 ,la galre volait1 ils taient dj dans le port4 ,on fit venir un ,juif1 qui ,candide vendit pour cinquante mille sequins un diamant de la valeur de cent mille1 et qui lui jura par ,abraham qu'il n'en pouvait donner davantage4 ,il paya incontinent la ranon du baron et de ,pangloss4 ,celui-ci se jeta aux pieds de son librateur1 et les baigna de larmes2 l'autre le remercia par un signe de tte1 et lui promit de lui rendre cet argent la premire occasion4 ,mais est-il bien possible que ma soeur soit en ,turquie8 disait-il4 ,rien n'est si possible1 reprit ,cacambo1 puisqu'elle cure la vaisselle chez un prince de ,transylvanie4 ,on fit aussitt venir deux ,juifs2 ,candide vendit encore des diamants2 et ils repartirent tous dans une autre galre pour aller dlivrer ,cungonde4 ,,chapitre ,,xxviii4 ,ce qui arriva ,candide1 ,cungonde1 ,pangloss1 ,martin1 etc4 ,pardon1 encore une fois1 dit ,candide au baron2 pardon1 mon rvrend pre1 de vous avoir donn un grand coup d'pe au travers du corps4 ,n'en parlons plus1 dit le baron2 je fus un peu trop vif1 je l'avoue2 mais puisque vous voulez savoir par quel hasard vous m'avez vu aux galres1 je vous dirai qu'aprs avoir t guri de ma blessure par le frre apothicaire du collge1 je fus attaqu et enlev par un parti espagnol2 on me mit en prison ,bunos-,ayres dans le temps que ma soeur venait d'en partir4 ,je demandai retourner ,rome auprs du pre gnral4 ,je fus nomm pour aller servir d'aumnier ,constantinople auprs de monsieur l'ambassadeur de ,france4 ,il n'y avait pas huit jours que j'tais entr en fonction1 quand je trouvai sur le soir un jeune icoglan trs bien fait4 ,il fesait fort chaud3 le jeune homme voulut se baigner2 je pris cette occasion de me baigner aussi4 ,je ne savais pas que ce ft un crime capital pour un chrtien d'tre trouv tout nu avec un jeune musulman4 ,un cadi me fit donner cent coups de bton sous la plante des pieds1 et me condamna aux galres4 ,je ne crois pas qu'on ait fait une plus horrible injustice4 ,mais je voudrais bien savoir pourquoi ma soeur est dans la cuisine d'un souverain de ,transylvanie rfugi chez les ,turcs4 ,mais vous1 mon cher ,pangloss1 dit ,candide1 comment se peut-il que je vous revoie8 ,il est vrai1 dit ,pangloss1 que vous m'avez vu pendre2 je devais naturellement tre brl mais vous vous souvenez qu'il plut verse lorsqu'on allait me cuire3 l'orage fut si violent qu'on dsespra d'allumer le feu2 je fus pendu1 parcequ'on ne put mieux faire3 un chirurgien acheta mon corps1 m'emporta chez lui1 et me dissqua4 ,il me fit d'abord une incision cruciale depuis le nombril jusqu' la clavicule4 ,on ne pouvait pas avoir t plus mal pendu que je l'avais t4 ,l'excuteur des hautes oeuvres de la sainte inquisition1 lequel tait sous-diacre1 brlait la vrit les gens merveille1 mais il n'tait pas accoutum pendre3 la corde tait mouille et glissa mal1 elle fut mal noue2 enfin je respirais encore3 l'incision cruciale me fit jeter un si grand cri1 que mon chirurgien tomba la renverse2 et croyant qu'il dissquait le diable1 il s'enfuit en mourant de peur1 et tomba encore sur l'escalier en fuyant4 ,sa femme accourut au bruit d'un cabinet voisin3 elle me vit sur la table tendu avec mon incision cruciale2 elle eut encore plus de peur que son mari1 s'enfuit1 et tomba sur lui4 ,quand ils furent un peu revenus eux1 j'entendis la chirurgienne qui disait au chirurgien3 ,mon bon1 de quoi vous avisez-vous aussi de dissquer un hrtique8 ne savez-vous pas que le diable est toujours dans le corps de ces gens-l8 je vais vite chercher un prtre pour l'exorciser4 ,je frmis ce propos1 et je ramassai le peu de forces qui me restaient pour crier3 ,ayez piti de moi6 ,enfin le barbier portugais s'enhardit3 il recousit ma peau2 sa femme mme eut soin de moi2 je fus sur pied au bout de quinze jours4 ,le barbier me trouva une condition1 et me fit laquais d'un chevalier de ,malte qui allait ,venise3 mais mon matre n'ayant pas de quoi me payer1 je me mis au service d'un marchand vnitien1 et je le suivis ,constantinople4 ,un jour il me prit fantaisie d'entrer dans une mosque2 il n'y avait qu'un vieux iman et une jeune dvote trs jolie qui disait ses patentres2 sa gorge tait toute dcouverte3 elle avait entre ses deux ttons un beau bouquet de tulipes1 de roses1 d'anmones1 de renoncules1 d'hyacinthes1 et d'oreilles d'ours3 elle laissa tomber son bouquet2 je le ramassai1 et je le lui remis avec un empressement trs respectueux4 ,je fus si long-temps le lui remettre1 que l'iman se mit en colre1 et voyant que j'tais chrtien1 il cria l'aide4 ,on me mena chez le cadi1 qui me fit donner cent coups de latte sous la plante des pieds1 et m'envoya aux galres4 ,je fus enchan prcisment dans la mme galre et au mme banc que monsieur le baron4 ,il y avait dans cette galre quatre jeunes gens de ,marseille1 cinq prtres napolitains1 et deux moines de ,corfou1 qui nous dirent que de pareilles aventures arrivaient tous les jours4 ,monsieur le baron prtendait qu'il avait essuy une plus grande injustice que moi3 je prtendais1 moi1 qu'il tait beaucoup plus permis de remettre un bouquet sur la gorge d'une femme que d'tre tout nu avec un icoglan4 ,nous disputions sans cesse1 et nous recevions vingt coups de nerf de boeuf par jour1 lorsque l'enchanement des vnements de cet univers vous a conduit dans notre galre1 et que vous nous avez rachets4 ,eh bien6 mon cher ,pangloss1 lui dit ,candide1 quand vous avez t pendu1 dissqu1 rou de coups1 et que vous avez ram aux galres1 avez-vous toujours pens que tout allait le mieux du monde8 ,je suis toujours de mon premier sentiment1 rpondit ,pangloss2 car enfin je suis philosophe2 il ne me convient pas de me ddire1 ,leibnitz ne pouvant pas avoir tort1 et l'harmonie prtablie tant d'ailleurs la plus belle chose du monde1 aussi bien que le plein et la matire subtile4 ,,chapitre ,,xxix4 ,comment ,candide retrouva ,cungonde et la vieille4 ,pendant que ,candide1 le baron1 ,pangloss1 ,martin1 et ,cacambo1 contaient leurs aventures1 qu'ils raisonnaient sur les vnements contingents ou non contingents de cet univers1 qu'ils disputaient sur les effets et les causes1 sur le mal moral et sur le mal physique1 sur la libert et la ncessit1 sur les consolations que l'on peut prouver lorsqu'on est aux galres en ,turquie1 ils abordrent sur le rivage de la ,propontide1 la maison du prince de ,transylvanie4 ,les premiers objets qui se prsentrent furent ,cungonde et la vieille1 qui tendaient des serviettes sur des ficelles pour les faire scher4 ,le baron plit cette vue4 ,le tendre amant ,candide en voyant sa belle ,cungonde rembrunie1 les yeux raills1 la gorge sche1 les joues rides1 les bras rouges et caills1 recula trois pas1 saisi d'horreur1 et avana ensuite par bon procd4 ,elle embrassa ,candide et son frre3 on embrassa la vieille3 ,candide les racheta toutes deux4 ,il y avait une petite mtairie dans le voisinage2 la vieille proposa ,candide de s'en accommoder1 en attendant que toute la troupe et une meilleure destine4 ,cungonde ne savait pas qu'elle tait enlaidie1 personne ne l'en avait avertie3 elle fit souvenir ,candide de ses promesses avec un ton si absolu1 que le bon ,candide n'osa pas la refuser4 ,il signifia donc au baron qu'il allait se marier avec sa soeur4 ,je ne souffrirai jamais1 dit le baron1 une telle bassesse de sa part1 et une telle insolence de la vtre2 cette infamie ne me sera jamais reproche3 les enfants de ma soeur ne pourraient entrer dans les chapitres d',allemagne4 ,non1 jamais ma soeur n'pousera qu'un baron de l'empire4 ,cungonde se jeta ses pieds1 et les baigna de larmes2 il fut inflexible4 ,matre fou1 lui dit ,candide1 je t'ai rchapp des galres1 j'ai pay ta ranon1 j'ai pay celle de ta soeur2 elle lavait ici des cuelles1 elle est laide1 j'ai la bont d'en faire ma femme2 et tu prtends encore t'y opposer6 je te retuerais si j'en croyais ma colre4 ,tu peux me tuer encore1 dit le baron1 mais tu n'pouseras pas ma soeur de mon vivant4 ,,chapitre ,,xxx4 ,conclusion4 ,candide1 dans le fond de son coeur1 n'avait aucune envie d'pouser ,cungonde2 mais l'impertinence extrme du baron le dterminait conclure le mariage2 et ,cungonde le pressait si vivement qu'il ne pouvait s'en ddire4 ,il consulta ,pangloss1 ,martin1 et le fidle ,cacambo4 ,pangloss fit un beau mmoire par lequel il prouvait que le baron n'avait nul droit sur sa soeur1 et qu'elle pouvait1 selon toutes les lois de l'empire1 pouser ,candide de la main gauche4 ,martin conclut jeter le baron dans la mer2 ,cacambo dcida qu'il fallait le rendre au levanti patron1 et le remettre aux galres1 aprs quoi on l'enverrait ,rome au pre gnral par le premier vaisseau4 ,l'avis fut trouv fort bon2 la vieille l'approuva2 on n'en dit rien sa soeur2 la chose fut excute pour quelque argent1 et on eut le plaisir d'attraper un jsuite1 et de punir l'orgueil d'un baron allemand4 ,il tait tout naturel d'imaginer qu'aprs tant de dsastres1 ,candide mari avec sa matresse1 et vivant avec le philosophe ,pangloss1 le philosophe ,martin1 le prudent ,cacambo1 et la vieille1 ayant d'ailleurs rapport tant de diamants de la patrie des anciens ,incas1 mnerait la vie du monde la plus agrable2 mais il fut tant friponn par les ,juifs1 qu'il ne lui resta plus rien que sa petite mtairie2 sa femme devenant tous les jours plus laide devint acaritre et insupportable3 la vieille tait infirme1 et fut encore de plus mauvaise humeur que ,cungonde4 ,cacambo1 qui travaillait au jardin1 et qui allait vendre des lgumes ,constantinople1 tait excd de travail1 et maudissait sa destine4 ,pangloss tait au dsespoir de ne pas briller dans quelque universit d',allemagne4 ,pour ,martin1 il tait fermement persuad qu'on est galement mal partout2 il prenait les choses en patience4 ,candide1 ,martin1 et ,pangloss1 disputaient quelquefois de mtaphysique et de morale4 ,on voyait souvent passer sous les fentres de la mtairie des bateaux chargs d'effendis1 de bachas1 de cadis1 qu'on envoyait en exil ,lemnos1 ,mytilne1 ,erzeroum3 on voyait venir d'autres cadis1 d'autres bachas1 d'autres effendis1 qui prenaient la place des expulss1 et qui taient expulss leur tour3 on voyait des ttes proprement empailles qu'on allait prsenter la sublime ,porte4 ,ces spectacles fesaient redoubler les dissertations2 et quand on ne disputait pas1 l'ennui tait si excessif1 que la vieille osa un jour leur dire3 ,je voudrais savoir lequel est le pire1 ou d'tre viole cent fois par des pirates ngres1 d'avoir une fesse coupe1 de passer par les baguettes chez les ,bulgares1 d'tre fouett et pendu dans un auto-da-f1 d'tre dissqu1 de ramer en galre1 d'prouver enfin toutes les misres par lesquelles nous avons tous pass1 ou bien de rester ici ne rien faire8 ,c'est une grande question1 dit ,candide4 ,ce discours fit natre de nouvelles rflexions1 et ,martin surtout conclut que l'homme tait n pour vivre dans les convulsions de l'inquitude1 ou dans la lthargie de l'ennui4 ,candide n'en convenait pas1 mais il n'assurait rien4 ,pangloss avouait qu'il avait toujours horriblement souffert2 mais ayant soutenu une fois que tout allait merveille1 il le soutenait toujours1 et n'en croyait rien4 ,une chose acheva de confirmer ,martin dans ses dtestables principes1 de faire hsiter plus que jamais ,candide et d'embarrasser ,pangloss4 ,c'est qu'ils virent un jour aborder dans leur mtairie ,paquette et le frre ,girofle1 qui taient dans la plus extrme misre2 ils avaient bien vite mang leurs trois mille piastres1 s'taient quitts1 s'taient raccommods1 s'taient brouills1 avaient t mis en prison2 s'taient enfuis1 et enfin frre ,girofle s'tait fait turc4 ,paquette continuait son mtier partout1 et n'y gagnait plus rien4 ,je l'avais bien prvu1 dit ,martin ,candide1 que vos prsents seraient bientt dissips1 et ne les rendraient que plus misrables4 ,vous avez regorg de millions de piastres1 vous et ,cacambo1 et vous n'tes pas plus heureux que frre ,girofle et ,paquette4 ,ah6 ah6 dit ,pangloss ,paquette1 le ciel vous ramne donc ici parmi nous4 ,ma pauvre enfant6 savez-vous bien que vous m'avez cot le bout du nez1 un oeil1 et une oreille8 ,comme vous voil faite6 eh6 qu'est-ce que ce monde6 ,cette nouvelle aventure les engagea philosopher plus que jamais4 ,il y avait dans le voisinage un derviche trs fameux qui passait pour le meilleur philosophe de la ,turquie2 ils allrent le consulter2 ,pangloss porta la parole1 et lui dit3 ,matre1 nous venons vous prier de nous dire pourquoi un aussi trange animal que l'homme a t form4 ,de quoi te mles-tu8 lui dit le derviche2 est-ce l ton affaire8 ,mais1 mon rvrend pre1 dit ,candide1 il y a horriblement de mal sur la terre4 ,qu'import1 dit le derviche1 qu'il y ait du mal ou du bien8 quand sa hautesse envoie un vaisseau en gypte1 s'embarrasse-t-elle si les souris qui sont dans le vaisseau sont leur aise ou non8 ,que faut-il donc faire8 dit ,pangloss4 ,te taire1 dit le derviche4 ,je me flattais1 dit ,pangloss1 de raisonner un peu avec vous des effets et des causes1 du meilleur des mondes possibles1 de l'origine du mal1 de la nature de l'me1 et de l'harmonie prtablie4 ,le derviche1 ces mots1 leur ferma la porte au nez4 ,pendant cette conversation1 la nouvelle s'tait rpandue qu'on venait d'trangler ,constantinople deux vizirs du banc et le muphti1 et qu'on avait empal plusieurs de leurs amis4 ,cette catastrophe fesait partout un grand bruit pendant quelques heures4 ,pangloss1 ,candide1 et ,martin1 en retournant la petite mtairie1 rencontrrent un bon vieillard qui prenait le frais sa porte sous un berceau d'orangers4 ,pangloss1 qui tait aussi curieux que raisonneur1 lui demanda comment se nommait le muphti qu'on venait d'trangler4 ,je n'en sais rien1 rpondit le bon-homme1 et je n'ai jamais su le nom d'aucun muphti ni d'aucun vizir4 ,j'ignore absolument l'aventure dont vous me parlez2 je prsume qu'en gnral ceux qui se mlent des affaires publiques prissent quelquefois misrablement1 et qu'ils le mritent2 mais je ne m'informe jamais de ce qu'on fait ,constantinople2 je me contente d'y envoyer vendre les fruits du jardin que je cultive4 ,ayant dit ces mots1 il fit entrer les trangers dans sa maison2 ses deux filles et ses deux fils leur prsentrent plusieurs sortes de sorbets qu'ils fesaient eux-mmes1 du kamak piqu d'corces de cdrat confit1 des oranges1 des citrons1 des limons1 des ananas1 des dattes1 des pistaches1 du caf de ,moka qui n'tait point ml avec le mauvais caf de ,batavia et des les4 ,aprs quoi les deux filles de ce bon musulman parfumrent les barbes de ,candide1 de ,pangloss1 et de ,martin4 ,vous devez avoir1 dit ,candide au ,turc1 une vaste et magnifique terre8 ,je n'ai que vingt arpents1 rpondit le ,turc2 je les cultive avec mes enfants2 le travail loigne de nous trois grands maux1 l'ennui1 le vice1 et le besoin4 ,candide en retournant dans sa mtairie fit de profondes rflexions sur le discours du ,turc4 ,il dit ,pangloss et ,martin3 ,ce bon vieillard me parat s'tre fait un sort bien prfrable celui des six rois avec qui nous avons eu l'honneur de souper4 ,les grandeurs1 dit ,pangloss1 sont fort dangereuses1 selon le rapport de tous les philosophes2 car enfin glon1 roi des ,moabites1 fut assassin par ,aod2 ,absalon fut pendu par les cheveux et perc de trois dards2 le roi ,nadab1 fils de ,jroboam1 fut tu par ,baasa2 le roi la1 par ,zambri2 ,ochosias1 par ,jhu2 ,athalie1 par ,joada2 les rois ,joachim1 ,jchonias1 ,sdcias1 furent esclaves4 ,vous savez comment prirent ,crsus1 ,astyage1 ,darius1 ,denys de ,syracuse1 ,pyrrhus1 ,perse1 ,annibal1 ,jugurtha1 ,arioviste1 ,csar1 ,pompe1 ,nron1 ,othon1 ,vitellius1 ,domitien1 ,richard ,,ii d',angleterre1 douard ,,ii1 ,henri ,,vi1 ,richard ,,iii1 ,marie ,stuart1 ,charles ,ier1 les trois ,henri de ,france1 l'empereur ,henri ,,iv8 ,vous savez'''44 ,je sais aussi1 dit ,candide1 qu'il faut cultiver notre jardin4 ,vous avez raison1 dit ,pangloss2 car1 quand l'homme fut mis dans le jardin d'den1 il y fut mis ut operaretur eum1 pour qu'il travaillt2 ce qui prouve que l'homme n'est pas n pour le repos4 ,travaillons sans raisonner1 dit ,martin1 c'est le seul moyen de rendre la vie supportable4 ,toute la petite socit entra dans ce louable dessein2 chacun se mit exercer ses talents4 ,la petite terre rapporta beaucoup4 ,cungonde tait1 la vrit1 bien laide2 mais elle devint une excellente ptissire2 ,paquette broda2 la vieille eut soin du linge4 ,il n'y eut pas jusqu' frre ,girofle qui ne rendt service2 il fut un trs bon menuisier1 et mme devint honnte homme3 et ,pangloss disait quelquefois ,candide3 ,tous les vnements sont enchans dans le meilleur des mondes possibles2 car enfin si vous n'aviez pas t chass d'un beau chteau grands coups de pied dans le derrire pour l'amour de mademoiselle ,cungonde1 si vous n'aviez pas t mis l'inquisition1 si vous n'aviez pas couru l',amrique pied1 si vous n'aviez pas donn un bon coup d'pe au baron1 si vous n'aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d',eldorado1 vous ne mangeriez pas ici des cdrats confits et des pistaches4 ,cela est bien dit1 rpondit ,candide1 mais il faut cultiver notre jardin#a4 #a ,voyez1 dans les ,mlanges1 anne #agei1 la ,lettre aux auteurs du ,journal encyclopdique1 date du ,ier avril4 ,b4 ,,fin ,,de ,,candide4