,,oeuvres ,,de ,,voltaire4 ,,tome ,,xxxiii ,,de ,l' ,,imprimerie ,,de ,a4 ,,firmin ,,didot1 ,,rue ,,jacob1 ,n #bd4 ,,oeuvres ,,de ,,voltaire ,,pr,,faces1 ,,avertissements1 ,,notes1 ,,etc4 ,,par ,m4 ,,beuchot4 ,,tome ,,xxxiii4 ,,romans4 ,,tome ,i4 ,a ,,paris1 ,,chez ,,lef,,vre1 ,,libraire1 ,,rue ,,de ,l',,peron1 ,k #f4 ,,werdet ,,et ,,lequien ,,fils1 ,,rue ,,du ,,battoir1 ,n #b,o4 ,,mdcccxxix4 ,,microm,,gas1 ,,histoire ,,philosophique4 ,prface de l'diteur ,l'immense correspondance de ,voltaire ne contient pas un mot qui puisse faire connatre l'poque de la publication de ,micromgas4 ,l'dition que je crois l'originale est sans millsime et avec un titre grav4 ,l'abb ,trublet1 dans ses ,mmoires sur ,fontenelle1 n'hsite pas dire que ,micromgas est dirig contre ,fontenelle2 mais il ne parle pas de la date de sa publication4 ,j'ai donc conserv celle que donnent les ditions de ,kehl 7#ageb74 ,il existe cependant de ,micromgas une dition portant la date de #agjj4 ,cette date est-elle authentique8 je n'oserais l'affirmer2 loin de l4 ,j'ai donc suivi les ditions de ,kehl1 o ,micromgas est prcd de l',avertissement que voici3 ,ce roman peut1 tre regard comme une imitation d'un des voyages de ,gulliver4 ,,ii contient plusieurs allusions4 ,le nain d ,saturne est ,m4 de ,fontenelle4 ,malgr sa douceur1 sa circonspection1 sa philosophie1 qui devait lui faire aimer celle de ,m4 de ,voltaire1 il s'tait li avec les ennemis de ce grand homme1 et avait paru partager1 sinon leur haine1 du moins leurs prventions4 ,il fut fort bless du rle qu'il jouait dans ce roman1 et d'autant plus peut-tre que la critique tait juste1 quoique svre1 et que les loges qui s'y mlaient y donnaient encore plus de poids4 ,le mot qui termine l'ouvrage n'adoucit point la blessure1 et le bien qu'on dit du secrtaire de l'acadmie de ,paris ne consola point ,m4 de ,fontenelle des plaisanteries qu'on se permettait sur celui de l'acadmie de ,saturne4 ------ ,les notes sans signature1 et qui sont indiques par des lettres1 sont de ,voltaire4 ,les notes signes d'un ,k sont des diteurs de ,kehl1 ,,mm4 ,condorcet et ,decroix4 ,il est impossible de faire rigoureusement la part de chacun4 ,les additions que j'ai faites aux notes de ,voltaire ou aux notes des diteurs de ,kehl1 en sont spares par un --1 et sont1 comme mes notes1 signes de l'initiale de mon nom4 ,,beuchot4 #d octobre #ahbi4 ,,microm,,gas1 ,,histoire ,,philosophique4 ,,chapitre ,i4 ,voyage d'un habitant du monde de l'toile ,sirius dans la plante de ,saturne4 ,dans une de ces plantes qui tournent autour de l'toile nomme ,sirius il y avait un jeune homme de beaucoup d'esprit1 que j'ai eu l'honneur de connatre dans le dernier voyage qu'il fit sur notre petite fourmilire2 il s'appelait ,micromgas#a1 nom qui convient fort tous les grands4 ,il avait huit lieues de haut3 j'entends par huit lieues1 vingt-quatre mille pas gomtriques de cinq pieds chacun4 #a ,de micros1 petit1 et de megas1 grand4 ,b4 ,quelques gomtres#b1 gens toujours utiles au public1 prendront sur-le-champ la plume1 et trouveront que1 puisque ,m4 ,micromgas1 habitant du pays de ,sirius1 a de la tte aux pieds vingt-quatre mille pas1 qui font cent vingt mille pieds de roi1 et que nous autres citoyens de la terre nous n'avons gure que cinq pieds1 et que notre globe a neuf mille lieues de tour2 ils trouveront1 dis-je1 qu'il faut absolument que le globe qui l'a produit ait au juste vingt-un millions six cent mille fois plus de circonfrence que notre petite terre4 ,rien n'est plus simple et plus ordinaire dans la nature4 ,les tats de quelques souverains d',allemagne ou d',italie1 dont on peut faire le tour en une demi-heure1 compars l'empire de ,turquie1 de ,moscovie1 ou de la ,chine1 ne sont qu'une trs faible image des prodigieuses diffrences que la nature a mises dans tous les tres4 #b ,c'est ainsi qu'on lit dans les premires ditions4 ,d'autres1 au lieu de gomtres1 portent algbristes4 ,b4 ,la taille de son excellence tant de la hauteur que j'ai dite1 tous nos sculpteurs et tous nos peintres conviendront sans peine que sa ceinture peut avoir cinquante mille pieds de roi de tour2 ce qui fait une trs jolie proportion4 #c,son nez tant le tiers de son beau visage1 et son beau visage tant la septime partie de la hauteur de son beau corps1 il faut avouer que le nez du ,sirien a six mille trois cent trente-trois pieds de roi plus une fraction2 ce qui tait dmontrer4 #c ,je rtablis celte phrase d'aprs les premires ditions4 ,b4 ,quant son esprit1 c'est un des plus cultivs que nous ayons2 il sait beaucoup de choses2 il en a invent quelques unes3 il n'avait pas encore deux cent cinquante ans2 et il tudiait1 selon la coutume1 au collge le plus clbre#d de sa plante1 lorsqu'il devina1 par la force de son esprit1 plus de cinquante propositions d',euclide4 ,c'est dix-huit de plus que ,blaise ,pascal1 lequel1 aprs en avoir devin trente-deux en se jouant1 ce que dit sa soeur1 devint depuis un gomtre assez mdiocre#e1 et un fort mauvais mtaphysicien4 ,vers les quatre cent cinquante ans1 au sortir de l'enfance1 il dissqua beaucoup de ces petits insectes qui n'ont pas cent pieds de diamtre1 et qui se drobent aux microscopes ordinaires2 il en composa un livre fort curieux1 mais qui lui fit quelques affaires4 ,le muphti de son pays1 grand vtillard1 et fort ignorant1 trouva dans son livre des propositions suspectes1 malsonnantes1 tmraires#f1 hrtiques1 sentant l'hrsie1 et le poursuivit vivement3 il s'agissait de savoir si la forme substantielle des puces de ,sirius tait de mme nature que celle des colimaons4 ,micromgas se dfendit avec esprit2 il mit les femmes de son ct2 le procs dura deux cent vingt ans4 ,enfin le muphti fit condamner le livre par des jurisconsultes qui ne l'avaient pas lu1 et l'auteur eut ordre de ne paratre la cour de huit cents annes#g4 #d ,au lieu de le plut clbre1 qu'on lit dans la premire dition1 les dilions postrieures portent3 des jsuites4 ,b4 #e ,pascal devint un trs grand gomtre1 non dans la classe de ceux qui ont contribu par de grandes dcouvertes au progrs des sciences1 comme ,descartes1 ,newton1 mais dans celle des gomtres qui ont montr par leurs ouvrages un gnie du premier ordre4 ,k4 #f ,l'dition que je crois l'originale1 porte3 tmraires1 sentant l'hrsie4 ,le texte actuel existe ds #agef4 ,b4 #g ,m4 de ,voltaire avait t perscut par le thatin ,boyer1 pour avoir dit dans ses ,lettres philosophiques que les facults de ntre ame se dveloppent en mme temps que nos organes1 de la mme manire que les facults de l'ame des animaux4 ,k4 ,il ne fut que mdiocrement afflig d'tre banni d'une cour qui n'tait remplie que de tracasseries et de petitesses4 ,il fit une chanson fort plaisante contre le muphti1 dont celui-ci ne s'embarrassa gure2 et il se mit voyager de plante en plante1 pour achever de se former l'esprit et le coeur#h1 comme l'on dit4 ,ceux qui ne voyagent qu'en chaise de poste ou en berline seront sans doute tonns des quipages de l-haut2 car nous autres1 sur notre petit tas de boue1 nous ne concevons rien au-del de nos usages4 ,notre voyageur connaissait merveilleusement les lois de la gravitation1 et toutes les forces attractives et rpulsives4 ,il s'en servait si propos1 que1 tantt l'aide d'un rayon du soleil1 tantt par la commodit d'une comte1 il allait de globe en globe lui et les siens1 comme un oiseau voltige de branche en branche4 ,il parcourut la voie lacte en peu de temps2 et je suis oblig d'avouer qu'il ne vit jamais1 travers les toiles dont elle est seme1 ce beau ciel empyre que l'illustre vicaire ,derham#i se vante d'avoir vu au bout de sa lunette4 ,ce n'est pas que je prtende que ,m4 ,derham ait mal vu1 ,dieu ne plaise6 mais ,micromgas tait sur les lieux1 c'est un bon observateur1 et je ne veux contredire personne4 ,micromgas1 aprs avoir bien tourn1 arriva dans le globe de ,saturne4 ,quelque accoutum qu'il ft voir des choses nouvelles1 il ne put d'abord1 en voyant la petitesse du globe et de ses habitants1 se dfendre de ce sourire de supriorit qui chappe quelquefois aux plus sages4 ,car enfin ,saturne n'est gure que neuf cents fois plus gros que la terre1 et les citoyens de ce pays-l sont des nains qui n'ont que mille toises de haut ou environ4 ,il s'en moqua un peu d'abord avec ses gens1 peu prs comme un musicien italien se met rire de la musique de ,lulli1 quand il vient en ,france4 ,mais1 comme le ,sirien avait un bon esprit1 il comprit bien vite qu'un tre pensant peut fort bien n'tre pas ridicule pour n'avoir que six mille pieds de haut4 ,il se familiarisa avec les ,saturniens1 aprs les avoir tonns4 ,il lia une troite amiti avec le secrtaire de l'acadmie de ,saturne1 homme de beaucoup d'esprit1 qui n'avait1 la vrit1 rien invent1 mais qui rendait un fort bon compte des inventions des autres1 et qui fesait passablement de petits vers et de grands calculs4 ,je rapporterai ici1 pour la satisfaction des lecteurs1 une conversation singulire que ,micromgas eut un jour avec ,m4 le secrtaire4 #h ,voyez ma note1 page #aaj4 ,b4 cette note1 dans ,zadig1 dit3 ,ce trait porte surtout contre ,rollin1 qui emploie souvent ces expressions dans son ,trait des tudes4 ,voltaire y revient souvent3 voyez1 dans le prsent volume1 le chapitre ,i de ,micromgas1 et dans le tome ,,xxxiv1 le chapitre ,,xi de l',homme aux quarante cus1 le chapitre ,,ix du ,taureau blanc2 et tome ,,xi1 le second vers du chant ,,viii de la ,pucelle4 ,b4 #i ,savant ,anglais1 autour de la ,thologie astronomique1 de quelques autres ouvrages qui ont pour objet de prouver l'existence de ,dieu par le dtail des merveilles de la nature3 malheureusement lui et ses imitateurs se trompent souvent dans l'exposition de ces merveilles2 ils s'extasient sur la sagesse qui se montre dans l'ordre d'un phnomne1 et on dcouvre que ce phnomne est tout diffrent de ce qu'ils ont suppos2 alors c'est ce nouvel ordre qui leur parait un chef-d'oeuvre de sagesse4 ,ce dfaut1 commun tous les ouvrages de ce genre1 les a dcrdits4 ,on sait trop d'avance que1 de quelque manire que les choses soient1 l'auteur finira toujours par les admirer4 ,k4 ,,chapitre ,,ii4 ,conversation de l'habitant de ,sirius avec celui de ,saturne4 ,aprs que son excellence se fut couche1 et que le secrtaire se fut approch de son visage1 ,il faut avouer1 dit ,micromgas1 que la nature est bien varie4 ,oui1 dit le ,saturnien1 la nature est comme un parterre dont les fleurs44444 ,ah6 dit l'autre1 laissez l votre parterre4 ,elle est1 reprit le secrtaire1 comme une assemble de blondes et de brunes1 dont les parures4444 ,eh6 qu'ai-je faire de vos brunes8 dit l'autre4 ,elle est donc comme une galerie de peintures dont les traits44444 ,eh non6 dit le voyageur1 encore une fois la nature est comme la nature4 ,pourquoi lui chercher des comparaisons8 ,pour vous plaire1 rpondit le secrtaire4 ,je ne veux point qu'on me plaise1 rpondit le voyageur2 je veux qu'on m'instruise2 commencez d'abord par me dire combien les hommes de votre globe ont de sens4 ,nous en avons soixante et douze1 dit l'acadmicien2 et nous nous plaignons tous les jours du peu4 ,notre imagination va au-del de nos besoins2 nous trouvons qu'avec nos soixante et douze sens1 notre anneau1 nos cinq lunes1 nous sommes trop borns2 et1 malgr toute notre curiosit et le nombre assez grand de passions qui rsultent de nos soixante et douze sens1 nous avons tout le temps de nous ennuyer4 ,je le crois bien1 dit ,micromgas2 car dans notre globe nous avons prs de mille sens2 et il nous reste encore je ne sais quel dsir vague1 je ne sais quelle inquitude1 qui nous avertit sans cesse que nous sommes peu de chose1 et qu'il y a des tres beaucoup plus parfaits4 ,j'ai un peu voyag2 j'ai vu des mortels fort au-dessous de nous2 j'en ai vu de fort suprieurs3 mais je n'en ai vu aucuns qui n'aient plus de dsirs que de vrais besoins1 et plus de besoins que de satisfaction4 ,j'arriverai peut-tre un jour au pays o il ne manque rien2 mais jusqu' prsent personne ne m'a donn de nouvelles positives de ce pays-l4 ,le ,saturnien et le ,sirien s'puisrent alors en conjectures2 mais1 aprs beaucoup de raisonnements fort ingnieux et fort incertains1 il en fallut revenir aux faits4 ,combien de temps vivez-vous8 dit le ,sirien4 ,ah6 bien peu1 rpliqua le petit homme de ,saturne4 ,c'est tout comme chez nous1 dit le ,sirien3 nous nous plaignons toujours du peu4 ,il faut que ce soit une loi universelle de la nature4 ,hlas6 nous ne vivons1 dit le ,saturnien1 que cinq cents grandes rvolutions du soleil4 7,cela revient quinze mille ans ou environ1 compter notre manire47 ,vous voyez bien que c'est mourir presque au moment que l'on est n2 notre existence est un point1 notre dure un instant1 notre globe un atome4 ,a peine a-t-on commenc s'instruire un peu que la mort arrive avant qu'on ait de l'exprience4 ,pour moi1 je n'ose faire aucuns projets2 je me trouve comme une goutte d'eau dans un ocan immense4 ,je suis honteux1 surtout devant vous1 de la figure ridicule que je fais dans ce monde4 ,micromgas lui repartit3 ,si vous n'tiez pas philosophe1 je craindrais de vous affliger en vous apprenant que notre vie est sept cents fois plus longue que la vtre2 mais vous savez trop bien que quand il faut rendre son corps aux lments1 et ranimer la nature sous une autre forme1 ce qui s'appelle mourir2 quand ce moment de mtamorphose est venu1 avoir vcu une ternit1 ou avoir vcu un jour1 c'est prcisment la mme chose4 ,j'ai t dans des pays o l'on vit mille fois plus long-temps que chez moi1 et j'ai trouv qu'on y murmurait encore4 ,mais il y a partout des gens de bon sens qui savent prendre leur parti et remercier l',auteur de la nature4 ,il a rpandu sur cet univers une profusion de varits avec une espce d'uniformit admirable4 ,par exemple tous les tres pensants sont diffrents1 et tous se ressemblent au fond par le don de la pense et des dsirs4 ,la matire est partout tendue2 mais elle a dans chaque globe des proprits diverses4 ,combien comptez-vous de ces proprits diverses dans votre matire8 ,si vous parlez de ces proprits1 dit le ,saturnien1 sans lesquelles nous croyons que ce globe ne pourrait subsister tel qu'il est1 nous en comptons trois cents1 comme l'tendue1 l'impntrabilit1 la mobilit1 la gravitation1 la divisibilit1 et le reste4 ,apparemment1 rpliqua le voyageur1 que ce petit nombre suffit aux vues que le ,crateur avait sur votre petite habitation4 ,j'admire en tout sa sagesse2 je vois partout des diffrences1 mais aussi partout des proportions4 ,votre globe est petit1 vos habitants le sont aussi2 vous avez peu de sensations2 votre matire a peu de proprits2 tout cela est l'ouvrage de la ,providence4 ,de quelle couleur est votre soleil bien examin8 ,d'un blanc fort jauntre1 dit le ,saturnien2 et quand nous divisons un de ses rayons1 nous trouvons qu'il contient sept couleurs4 ,notre soleil tire sur le rouge1 dit le ,sirien1 et nous avons trente-neuf couleurs primitives4 ,il n'y a pas un soleil1 parmi tous ceux dont j'ai approch1 qui se ressemble1 comme chez vous il n'y a pas un visage qui ne soit diffrent de tous les autres4 ,aprs plusieurs questions de cette nature1 il s'informa combien de substances essentiellement diffrentes on comptait dans ,saturne4 ,il apprit qu'on n'en comptait qu'une trentaine1 comme ,dieu1 l'espace1 la matire1 les tres tendus qui sentent1 les tres tendus qui sentent et qui pensent1 les tres pensants qui n'ont point d'tendue2 ceux qui se pntrent1 ceux qui ne se pntrent pas1 et le reste4 ,le ,sirien1 chez qui on en comptait trois cents et qui en avait dcouvert trois mille autres dans ses voyages1 tonna prodigieusement le philosophe de ,saturne4 ,enfin1 aprs s'tre communiqu l'un l'autre un peu de ce qu'ils savaient et beaucoup de ce qu'ils ne savaient pas1 aprs avoir raisonn pendant une rvolution du soleil1 ils rsolurent de faire ensemble un petit voyage philosophique4 ,,chapitre ,,iii4 ,voyage des deux habitants de ,sirius et de ,saturne4 ,nos deux philosophes taient prts s'embarquer dans l'atmosphre de ,saturne avec une fort jolie provision d'instruments de mathmatiques1 lorsque la matresse du ,saturnien1 qui en eut des nouvelles1 vint en larmes faire ses remontrances4 ,c'tait une jolie petite brune qui n'avait que six cent soixante toises1 mais qui rparait par bien des agrments la petitesse de sa taille4 ,ah6 cruel6 s'cria-t-elle1 aprs t'avoir rsist quinze cents ans1 lorsque enfin je commenais me rendre1 quand j'ai peine pass cent#a ans entre tes bras1 tu me quittes pour aller voyager avec un gant d'un autre monde2 va1 tu n'es qu'un curieux1 tu n'as jamais eu d'amour3 si tu tais un vrai ,saturnien1 tu serais fidle4 ,o vas-tu courir8 que veux-tu8 nos cinq lunes sont moins errantes que toi1 notre anneau est moins changeant4 ,voil qui est fait1 je n'aimerai jamais plus personne4 ,le philosophe l'embrassa1 pleura avec elle1 tout philosophe qu'il tait2 et la dame1 aprs s'tre pme1 alla se consoler avec un petit-matre du pays4 #a ,l'dition de #aggc est la premire qui porte cent2 toutes les ditions prcdentes portent3 deux cents4 ,b4 ,cependant nos deux curieux partirent2 ils sautrent d'abord sur l'anneau1 qu'ils trouvrent assez plat1 comme l'a fort bien devin un illustre habitant de notre petit globe#b2 de l ils allrent aisment de lune en lune4 ,une comte passait tout auprs de la dernire2 ils s'lancrent sur elle avec leurs domestiques et leurs instruments4 ,quand ils eurent fait environ cent cinquante millions de lieues1 ils rencontrrent les satellites de ,jupiter4 ,ils passrent dans ,jupiter mme1 et y restrent une anne1 pendant laquelle ils apprirent de fort beaux secrets qui seraient actuellement sous presse sans messieurs les inquisiteurs1 qui ont trouv quelques propositions un peu dures4 ,mais j'en ai lu le manuscrit dans la bibliothque de l'illustre archevque de44441 qui m'a laiss voir ses livres avec cette gnrosit et cette bont qu'on ne saurait assez louer4 ,aussi je lui promets un long article dans la premire dition qu'on fera de ,morri1 et je n'oublierai pas surtout messieurs ses enfants1 qui donnent une si grande esprance de perptuer la race de leur illustre pre4 #b ,huygens4 ,voyez4 tome ,,xxvi1 page #cih4 ,b4 ,mais revenons nos voyageurs4 ,en sortant de ,jupiter1 ils traversrent un espace d'environ cent millions de lieues1 et ils ctoyrent la plante de ,mars1 qui1 comme on sait1 est cinq fois plus petite que notre petit globe2 ils virent deux lunes qui servent cette plante1 et qui ont chapp aux regards de nos astronomes4 ,je sais bien que le pre ,castel crira1 et mme assez plaisamment1 contre l'existence de ces deux lunes2 mais je m'en rapporte ceux qui raisonnent par analogie4 ,ces bons philosophes-l savent combien il serait difficile que ,mars1 qui est si loin du soleil1 se passt moins de deux lunes4 ,quoi qu'il en soit1 nos gens trouvrent cela si petit1 qu'ils craignirent de n'y pas trouver de quoi coucher1 et ils passrent leur chemin comme deux voyageurs qui ddaignent un mauvais cabaret de village1 et poussent jusqu' la ville voisine4 ,mais le ,sirien et son compagnon se repentirent bientt4 ,ils allrent long-temps1 et ne trouvrent rien4 ,enfin ils aperurent une petite lueur1 c'tait la terre2 cela fit piti des gens qui venaient de ,jupiter4 ,cependant1 de peur de se repentir une seconde fois1 ils rsolurent de dbarquer4 ,ils passrent sur la queue de la comte1 et1 trouvant une aurore borale toute prte1 ils se mirent dedans1 et arrivrent terre sur le bord septentrional de la mer ,baltique1 le cinq juillet mil sept cent trente-sept1 nouveau style4 ,,chapttre ,,iv4 ,ce qui leur arrive sur le globe de la terre4 ,aprs s'tre reposs quelque temps1 ils mangrent leur djeuner deux montagnes1 que leurs gens leur apprtrent assez proprement4 ,ensuite ils voulurent reconnatre le petit pays o ils taient4 ,ils allrent d'abord du nord au sud4 ,les pas ordinaires du ,sirien et de ses gens taient d'environ trente mille pieds de roi2 le nain de ,saturne1 dont la taille n'tait que de mille toises1 suivait de loin en haletant2 or il fallait qu'il ft environ douze pas1 quand l'autre fesait une enjambe3 figurez-vous 7 s'il est permis de faire de telles comparaisons7 un trs petit chien de manchon qui suivrait un capitaine des gardes du roi de ,prusse4 ,comme ces trangers-l vont assez vite1 ils eurent fait le tour du globe en trente-six heures2 le soleil1 la vrit1 ou plutt la terre1 fait un pareil voyage en une journe2 mais il faut songer qu'on va bien plus son aise quand on tourne sur son axe que quand on marche sur ses pieds4 ,les voil donc revenus d'o ils taient partis1 aprs avoir vu cette mare1 presque imperceptible pour eux1 qu'on nomme la ,mditerrane1 et cet autre petit tang qui1 sous le nom du grand ,ocan1 entoure la taupinire4 ,le nain n'en avait eu jamais qu' mi-jambe1 et peine l'autre avait-il mouill son talon4 ,ils firent tout ce qu'ils purent en allant et en revenant dessus et dessous pour tcher d'apercevoir si ce globe tait habit ou non4 ,ils se baissrent1 ils se couchrent1 ils ttrent partout2 mais leurs yeux et leurs mains n'tant point proportionns aux petits tres qui rampent ici1 ils ne reurent pas la moindre sensation qui pt leur faire souponner que nous et nos confrres les autres habitants de ce globe avons l'honneur d'exister4 ,le nain1 qui jugeait quelquefois un peu trop vite1 dcida d'abord qu'il n'y avait personne sur la terre4 ,sa premire raison tait qu'il n'avait vu personne4 ,micromgas lui fit sentir poliment que c'tait raisonner assez mal3 car1 disait-il1 vous ne voyez pas avec vos petits yeux certaines toiles de la cinquantime grandeur que j'aperois trs distinctement2 concluez-vous de l que ces toiles n'existent pas8 ,mais1 dit le nain1 j'ai bien tt4 ,mais1 rpondit l'autre1 vous avez mal senti4 ,mais1 dit le nain1 ce globe-ci est si mal construit1 cela est si irrgulier et d'une forme qui me parat si ridicule6 tout semble tre ici dans le chaos3 voyez-vous ces petits ruisseaux dont aucun ne va de droit fil1 ces tangs qui ne sont ni ronds1 ni carrs1 ni ovales1 ni sous aucune forme rgulire2 tous ces petits grains pointus dont ce globe est hriss1 et qui m'ont corch les pieds8 7 ,il voulait parler des montagnes47 ,remarquez-vous encore la forme de tout le globe1 comme il est plat aux ples1 comme il tourne autour du soleil d'une manire gauche1 de faon que les climats des ples sont ncessairement incultes8 ,en vrit1 ce qui fait que je pense qu'il n'y a ici personne1 c'est qu'il me parat que des gens de bon sens ne voudraient pas y demeurer4 ,eh bien6 dit ,micromgas1 ce ne sont peut-tre pas non plus des gens de bon sens qui l'habitent4 ,mais enfin il y a quelque apparence que ceci n'est pas fait pour rien4 ,tout vous parat irrgulier ici1 dites-vous1 parceque tout est tir au cordeau dans ,saturne et dans ,jupiter4 ,eh6 c'est peut-tre pour#a cette raison-l mme qu'il y a ici un peu de confusion4 ,ne vous ai-je pas dit que dans mes voyages j'avais toujours remarqu de la varit8 ,le ,saturnien rpliqua toutes ces raisons4 ,la dispute n'et jamais fini1 si par bonheur ,micromgas1 en s'chauffant parler1 n'et cass le fil de son collier de diamants4 ,les diamants tombrent2 c'taient de jolis petits carats assez ingaux1 dont les plus gros pesaient quatre cents livres1 et les plus petits cinquante4 ,le nain en ramassa quelques uns2 il s'aperut1 en les approchant de ses yeux1 que ces diamants1 de la faon dont ils taient taills1 taient d'excellents microscopes4 ,il prit donc un petit microscope de cent soixante pieds de diamtre1 qu'il appliqua sa prunelle2 et ,micromgas en choisit un de deux mille cinq cents pieds4 ,ils taient excellents2 mais d'abord on ne vit rien par leur secours1 il fallait s'ajuster4 ,enfin l'habitant de ,saturne vit quelque chose d'imperceptible qui remuait entre deux eaux dans la mer ,baltique3 c'tait une baleine4 ,il la prit avec le petit doigt fort adroitement2 et la mettant sur l'ongle de son pouce1 il la fit voir au ,sirien1 qui se mit rire pour la seconde fois de l'excs de petitesse dont taient les habitants de notre globe4 ,le ,saturnien1 convaincu que notre monde est habit1 s'imagina bien vite qu'il ne l'tait que par des baleines2 et comme il tait grand raisonneur1 il voulut deviner d'o un si petit atome tirait son origine1 son mouvement1 s'il avait des ides1 une volont1 une libert4 ,micromgas y fut fort embarrass2 il examina l'animal fort patiemment1 et le rsultat de l'examen fut qu'il n'y avait pas moyen de croire qu'une me ft loge l4 ,les deux voyageurs inclinaient donc penser qu'il n'y a point d'esprit dans notre habitation1 lorsqu' l'aide du microscope ils aperurent quelque chose d'aussi gros qu'une baleine qui flottait sur la mer ,baltique4 ,on sait que dans ce temps-l mme une vole de philosophes revenait du cercle polaire1 sous lequel ils avaient t faire des observations1 dont personne ne s'tait avis jusqu'alors4 ,les gazettes dirent que leur vaisseau choua aux ctes de ,bothnie1 et qu'ils eurent bien de la peine se sauver3 mais on ne sait jamais dans ce monde le dessous des cartes4 ,je vais raconter ingnument comme la chose se passa1 sans y rien mettre du mien2 ce qui n'est pas un petit effort pour un historien4 #a ,toutes les ditions qui ont prcd celles de ,kehl1 portent3 par4 ,b4 ,,chapitre ,v4 ,expriences et raisonnements des deux voyageurs4 ,micromgas tendit la main tout doucement vers l'endroit o l'objet paraissait1 et avanant deux doigts1 et les retirant par la crainte de se tromper1 puis les ouvrant et les serrant1 il saisit fort adroitement le vaisseau qui portait ces messieurs1 et le mit encore sur son ongle1 sans le trop presser1 de peur de l'craser4 ,voici un animal bien diffrent du premier1 dit le nain de ,saturne2 le ,sirien mit le prtendu animal dans le creux de sa main4 ,les passagers et les gens de l'quipage1 qui s'taient crus enlevs par un ouragan1 et qui se croyaient sur une espce de rocher1 se mettent tous en mouvement2 les matelots prennent des tonneaux de vin1 les jettent sur la main de ,micromgas1 et se prcipitent aprs4 ,les gomtres prennent leurs quarts de cercle1 leurs secteurs1 deux filles laponnes#a1 et descendent sur les doigts du ,sirien4 ,ils en firent tant1 qu'il sentit enfin remuer quelque chose qui lui chatouillait les doigts2 c'tait un bton ferr qu'on lui enfonait d'un pied dans l'index3 il jugea1 par ce picotement1 qu'il tait sorti quelque chose du petit animal qu'il tenait2 mais il n'en souponna pas d'abord davantage4 ,le microscope1 qui fesait peine discerner une baleine et un vaisseau1 n'avait point de prise sur un tre aussi imperceptible que des hommes4 ,je ne prtends choquer ici la vanit de personne1 mais je suis oblig de prier les importants de faire ici une petite remarque avec moi2 c'est qu'en prenant la taille des hommes d'environ cinq pieds1 nous ne fesons pas sur la terre une plus grande figure qu'en ferait sur une boule de dix pieds de tour un animal qui aurait peu prs la six cent millime#b partie d'un pouce en hauteur4 ,figurez-vous une substance qui pourrait tenir la terre dans sa main1 et qui aurait des organes en proportion des ntres2 et il se peut trs bien faire1 qu'il y ait un grand nombre de ces substances3 or concevez1 je vous prie1 ce qu'elles penseraient de ces batailles qui font gagner au vainqueur un village pour le perdre ensuite4 #a ,voyez les notes du discours en vers sur la ,modration 7volume ,,xii71 et celles du ,russe ,paris 7volume ,,xiv74 ,k4 #b ,l'dition que je crois l'originale1 porte3 soixante millime4 ,b4 ,je ne doute pas que si quelque capitaine des grands grenadiers lit jamais cet ouvrage1 il ne hausse de deux grands pieds au moins les bonnets de sa troupe2 mais je l'avertis qu'il aura beau faire1 que lui et les siens ne seront jamais que des infiniment petits4 ,quelle adresse merveilleuse ne fallut-il donc pas notre philosophe de ,sirius1 pour apercevoir les atomes dont je viens de parler8 ,quand ,leuwenhoek et ,hartsoker virent les premiers ou crurent voir la graine dont nous sommes forms1 ils ne firent pas1 beaucoup prs1 une si tonnante dcouverte4 ,quel plaisir sentit ,micromgas en voyant remuer ces petites machines1 en examinant tous leurs tours1 en les suivant dans toutes leurs oprations6 comme il s'cria6 comme il mit avec joie un de ses microscopes dans les mains de son compagnon de voyage6 ,je les vois1 disaient-ils tous deux -la-fois2 ne les voyez-vous pas qui portent des fardeaux1 qui se baissent1 qui se relvent4 ,en parlant ainsi1 les mains leur tremblaient1 par le plaisir de voir des objets si nouveaux1 et par la crainte de les perdre4 ,le ,saturnien1 passant d'un excs de dfiance un excs de crdulit1 crut apercevoir qu'ils travaillaient la propagation4 ,ah6 disait-il1 j'ai pris la nature sur le fait#a4 ,mais il se trompait sur les apparences2 ce qui n'arrive que trop1 soit qu'on se serve ou non du microscope4 #a ,expression heureuse el plaisante de ,fontenelle1 en rendant compte de quelques observations d'histoire naturelle4 ,k4 ,,chapitre ,,vi4 ,ce qui leur arriva avec les hommes4 ,micromgas1 bien meilleur observateur que son nain1 vit clairement que les atomes se parlaient2 et il le fit remarquer son compagnon1 qui1 honteux de s'tre mpris sur l'article de la gnration1 ne voulut point croire que de pareilles espces pussent se communiquer des ides4 ,il avait le don des langues aussi bien que le ,sirien2 il n'entendait point parler nos atomes1 et il supposait qu'ils ne parlaient pas3 d'ailleurs comment ces tres imperceptibles auraient-ils les organes de la voix1 et qu'auraient-ils dire8 ,pour parler1 il faut penser1 ou peu prs2 mais s'ils pensaient1 ils auraient donc l'quivalent d'une me3 or1 attribuer l'quivalent d'une me cette espce1 cela lui paraissait absurde4 ,mais1 dit le ,sirien1 vous avez cru tout--l'heure qu'ils fesaient l'amour2 est-ce que vous croyez qu'on puisse faire l'amour sans penser et sans profrer quelque parole1 ou du moins sans se faire entendre8 ,supposez-vous d'ailleurs qu'il soit plus difficile de produire un argument qu'un enfant8 ,pour moi l'un et l'autre me paraissent de grands mystres3 je n'ose plus ni croire ni nier1 dit le nain2 je n'ai plus d'opinion2 il faut tcher d'examiner ces insectes1 nous raisonnerons aprs4 ,c'est fort bien dit1 reprit ,micromgas2 et aussitt il tira une paire de ciseaux dont il se coupa les ongles1 et d'une rognure de l'ongle de son pouce il fit sur-le-champ une espce de grande trompette parlante1 comme un vaste entonnoir1 dont il mit le tuyau dans son oreille4 ,la circonfrence de l'entonnoir enveloppait le vaisseau et tout l'quipage4 ,la voix la plus faible entrait dans les fibres circulaires de l'ongle2 de sorte que1 grce son industrie1 le philosophe de l-haut entendit parfaitement le bourdonnement de nos insectes de l-bas4 ,en peu d'heures il parvint distinguer les paroles1 et enfin entendre le franais4 ,le nain en fit autant1 quoique avec plus de difficult4 ,l'tonnement des voyageurs redoublait chaque instant4 ,ils entendaient des mites parler d'assez bon sens3 ce jeu de la nature leur paraissait inexplicable4 ,vous croyez bien que le ,sirien et son nain brlaient d'impatience de lier conversation avec les atomes2 le nain craignait que sa voix de tonnerre1 et surtout celle de ,micromgas1 n'assourdt les mites sans en tre entendue4 ,il fallait en diminuer la force4 ,ils se mirent dans la bouche des espces de petits cure-dents1 dont le bout fort effil venait donner auprs du vaisseau4 ,le ,sirien tenait le nain sur ses genoux1 et le vaisseau avec l'quipage sur un ongle2 il baissait la tte et parlait bas4 ,enfin1 moyennant toutes ces prcautions et bien d'autres encore1 il commena ainsi son discours3 ,insectes invisibles1 que la main du ,crateur s'est plu faire natre dans l'abme de l'infiniment petit1 je le remercie de ce qu'il a daign me dcouvrir des secrets qui semblaient impntrables4 ,peut-tre ne daignerait-on pas vous regarder ma cour2 mais je ne mprise personne1 et je vous offre ma protection4 ,si jamais il y eut quelqu'un d'tonn1 ce furent les gens qui entendirent ces paroles4 ,ils ne pouvaient deviner d'o elles partaient4 ,l'aumnier du vaisseau rcita les prires des exorcismes1 les matelots jurrent1 et les philosophes du vaisseau firent des systmes2 mais quelque systme qu'ils fissent1 ils ne purent jamais deviner qui leur parlait4 ,le nain de ,saturne1 qui avait la voix plus douce que ,micromgas1 leur apprit alors en peu de mots quelles espces ils avaient affaire4 ,il leur raconta le voyage de ,saturne1 les mit au fait de ce qu'tait ,m4 ,micromgas2 et aprs les avoir plaints d'tre si petits1 il leur demanda s'ils avaient toujours t dans ce misrable tat si voisin de l'anantissement1 ce qu'ils fesaient dans un globe qui paraissait appartenir des baleines1 s'ils taient heureux1 s'ils multipliaient1 s'ils avaient une me1 et cent autres questions de cette nature4 ,un raisonneur de la troupe1 plus hardi que les autres1 et choqu de ce qu'on doutait de son me1 observa l'interlocuteur avec des pinnules braques sur un quart de cercle1 fit deux stations1 et la troisime il parla ainsi3 ,vous croyez donc1 monsieur1 parceque vous avez mille toises depuis la tte jusqu'aux pieds1 que vous tes un44444 ,mille toises6 s'cria le nain3 juste ciel6 d'o peut-il savoir ma hauteur8 mille toises6 il ne se trompe pas d'un pouce3 quoi6 cet atome m'a mesur6 il est gomtre1 il connat ma grandeur2 et moi1 qui ne le vois qu' travers un microscope1 je ne connais pas encore la sienne6 ,oui1 je vous ai mesur1 dit le physicien1 et je mesurerai bien encore votre grand compagnon4 ,la proposition fut accepte2 son excellence se coucha de son long2 car1 s'il se ft tenu debout1 sa tte et t trop au-dessus des nuages4 ,nos philosophes lui plantrent un grand arbre1 dans un endroit que le docteur ,swift nommerait1 mais que je me garderai bien d'appeler par son nom1 cause de mon grand respect pour les dames4 ,puis1 par une suite de triangles lis ensemble1 ils conclurent que ce qu'ils voyaient tait en effet un jeune homme de cent vingt mille pieds de roi4 #a ,l'dition que je crois l'originale1 porte3 un beau jeune444 de cent vingt mille pieds de roi4 ,b4 ,alors ,micromgas pronona ces paroles3 ,je vois plus que jamais qu'il ne faut juger de rien sur sa grandeur apparente4 ,o ,dieu6 qui avez donn une intelligence des substances qui paraissent si mprisables1 l'infiniment petit vous cote aussi peu que l'infiniment grand2 et s'il est possible qu'il y ait des tres plus petits que ceux-ci1 ils peuvent encore avoir un esprit suprieur ceux de ces superbes animaux que j'ai vus dans le ciel1 dont le pied seul couvrirait le globe o je suis descendu4 ,un des philosophes lui rpondit qu'il pouvait en toute sret croire qu'il est en effet des tres intelligents beaucoup plus petits que l'homme4 ,il lui conta1 non pas tout ce que ,virgile a dit de fabuleux sur les abeilles1 mais ce que ,swammerdam a dcouvert1 et ce que ,raumur a dissqu4 ,il lui apprit enfin qu'il y a des animaux qui sont pour les abeilles ce que les abeilles sont pour l'homme1 ce que le ,sirien lui-mme tait pour ces animaux si vastes dont il parlait1 et ce que ces grands animaux sont pour d'autres substances devant lesquelles ils ne paraissent que comme des atomes4 ,peu--peu la conversation devint intressante1 et ,micromgas parla ainsi3 ,,chapitre ,,vii4 ,conversation avec les hommes4 ,o atomes intelligents1 dans qui l',etre ternel s'est plu manifester son adresse et sa puissance1 vous devez1 sans doute1 goter des joies bien pures sur votre globe2 car ayant si peu de matire1 et paraissant tout esprit1 vous devez passer votre vie aimer et penser2 c'est la vritable vie des esprits4 ,je n'ai vu nulle part le vrai bonheur1 mais il est ici1 sans doute4 ,a ce discours1 tous les philosophes secourent la tte2 et l'un d'eux1 plus franc que les autres1 avoua de bonne foi que1 si l'on en excepte un petit nombre d'habitants fort peu considrs1 tout le reste est un assemblage de fous1 de mchants1 et de malheureux4 ,nous avons plus de matire qu'il ne nous en faut1 dit-il1 pour faire beaucoup de mal1 si le mal vient de la matire2 et trop d'esprit1 si le mal vient de l'esprit4 ,savez-vous bien1 par exemple1 qu' l'heure que je vous parle#a1 il y a cent mille fous de notre espce1 couverts de chapeaux1 qui tuent cent mille autres animaux couverts d'un turban1 ou qui sont massacrs par eux1 et que1 presque par toute la terre1 c'est ainsi qu'on en use de temps immmorial8 ,le ,sirien frmit1 et demanda quel pouvait tre le sujet de ces horribles querelles entre de si chtifs animaux4 ,il s'agit1 dit le philosophe1 de quelque tas de boue#b grand comme votre talon4 ,ce n'est pas qu'aucun de ces millions d'hommes qui se font gorger prtende un ftu sur ce tas de boue4 ,il ne s'agit que de savoir s'il appartiendra un certain homme qu'on nomme ,sultan1 ou un autre qu'on nomme1 je ne sais pourquoi1 ,csar4 ,ni l'un ni l'autre n'a jamais vu ni ne verra jamais le petit coin de terre dont il s'agit2 et presque aucun de ces animaux1 qui s'gorgent mutuellement1 n'a jamais vu l'animal pour lequel il s'gorge4 #a ,ou a vu1 la fin du chapitre ,,iii1 que la scne se passait en #agcg4 ,il s'agit ici de la guerre des ,turcs et des ,russes1 de #agcf #agci4 ,b4 #b ,la ,crime1 qui toutefois n'a t runie la ,russie qu'en #aghc4 ,b4 ,ah6 malheureux6 s'cria le ,sirien avec indignation1 peut-on concevoir cet excs de rage forcene6 ,il me prend envie de faire trois pas1 et d'craser de trois coups de pied toute cette fourmilire d'assassins ridicules4 ,ne vous en donnez pas la peine1 lui rpondit-on2 ils travaillent assez leur ruine4 ,sachez qu'au bout de dix ans1 il ne reste jamais la centime partie de ces misrables2 sachez que1 quand mme ils n'auraient pas tir l'pe1 la faim1 la fatigue1 ou l'intemprance1 les emportent presque tous4 ,d'ailleurs1 ce n'est pas eux qu'il faut punir1 ce sont ces barbares sdentaires qui du fond de leur cabinet ordonnent1 dans le temps de leur digestion1 le massacre d'un million d'hommes1 et qui ensuite en font remercier ,dieu solennellement4 ,le voyageur se sentait mu de piti pour la petite race humaine1 dans laquelle il dcouvrait de si tonnants contrastes4 ,puisque vous tes du petit nombre des sages1 dit-il ces messieurs1 et qu'apparemment vous ne tuez personne pour de l'argent1 dites-moi1 je vous en prie1 quoi vous vous occupez4 ,nous dissquons des mouches1 dit le philosophe1 nous mesurons des lignes1 nous assemblons des nombres2 nous sommes d'accord sur deux ou trois points que nous entendons1 et nous disputons sur deux ou trois mille que nous n'entendons pas4 ,il prit aussitt fantaisie au ,sirien et au ,saturnien d'interroger ces atomes pensants1 pour savoir les choses dont ils convenaient4 ,combien comptez-vous1 dit celui-ci1 de l'toile de la ,canicule la grande toile des ,gmeaux8 ,ils rpondirent tous -la-fois1 ,trente-deux degrs et demi4 ,combien comptez-vous d'ici la lune8 ,soixante demi-diamtres de la terre en nombre rond4 ,combien pse votre air8 ,il croyait les attraper#c1 mais tous lui dirent que l'air pse environ neuf cents fois moins qu'un pareil volume de l'eau la plus lgre1 et dix-neuf mille fois moins que l'or de ducat4 ,le petit nain de ,saturne1 tonn de leurs rponses1 fut tent de prendre pour des sorciers ces mmes gens auxquels il avait refus une me un quart d'heure auparavant4 #c ,l'dition que je crois l'originale1 porte3 effrayer1 au lieu de3 attraper4 ,b4 ,enfin ,micromgas leur dit3 ,puisque vous savez si bien ce qui est hors de vous1 sans doute vous savez encore mieux ce qui est en-dedans4 ,dites-moi ce que c'est que votre me1 et comment vous formez vos ides4 ,les philosophes parlrent tous -la-fois comme auparavant2 mais ils furent tous de diffrents avis4 ,le plus vieux citait ,aristote1 l'autre prononait le nom de ,descartes2 celui-ci1 de ,malebranche2 cet autre1 de ,leibnitz2 cet autre1 de ,locke4 ,un vieux pripatticien dit tout haut avec confiance3 ,l'me est une entlchie1 et une raison par qui elle a la puissance d'tre ce qu'elle est4 ,c'est ce que dclare expressment ,aristote1 page #fcc de l'dition du ,louvre4 ,il cita le passage#d4 ,je n'entends pas trop bien le grec1 dit le gant4 ,ni moi non plus1 dit la mite philosophique4 ,pourquoi donc1 reprit le ,sirien1 citez-vous un certain ,aristote en grec8 ,c'est1 rpliqua le savant1 qu'il faut bien citer ce qu'on ne comprend point du tout dans la langue qu'on entend le moins4 #d ,voici ce passage tel qu'il est transcrit dans l'dition date de #agej3 ,entele'xeia' tis esi kai lo'gos tou dy'namin e'xontos toude ei'nai4 ,ce passage d',aristote1 de l',ame1 livre ,,ii1 chapitre ,,ii1 est ainsi traduit par ,casaubon3 ,anima quaedam perfectio et actus ac ratio est quod potentiam habet ut ejusmodi sit4 ,b4 ,le cartsien prit la parole1 et dit3 ,l'me est un esprit pur qui a reu dans le ventre de sa mre toutes les ides mtaphysiques1 et qui1 en sortant de l1 est oblige d'aller l'cole1 et d'apprendre tout de nouveau ce qu'elle a si bien su1 et qu'elle ne saura plus4 ,ce n'tait donc pas la peine1 rpondit l'animal de huit lieues1 que ton me ft si savante dans le ventre de ta mre1 pour tre si ignorante quand tu aurais de la barbe au menton4 ,mais qu'entends-tu par esprit8 ,que me demandez-vous l8 dit le raisonneur2 je n'en ai point d'ide2 on dit que ce n'est pas la matire4 -- ,mais sais-tu au moins ce que c'est que la matire8 ,trs bien1 lui rpondit l'homme4 ,par exemple cette pierre est grise1 est d'une telle forme1 a ses trois dimensions1 elle est pesante et divisible4 ,eh bien6 dit le ,sirien1 cette chose qui te parat tre divisible1 pesante1 et grise1 me diras-tu bien ce que c'est8 ,tu vois quelques attributs2 mais le fond de la chose1 le connais-tu8 ,non1 dit l'autre4--,tu ne sais donc point ce que c'est que la matire4 ,alors ,m4 ,micromgas1 adressant la parole un autre sage qu'il tenait sur son pouce1 lui demanda ce que c'tait que son me1 et ce qu'elle fesait4 ,rien du tout1 dit le philosophe malebranchiste#e2 c'est ,dieu qui fait tout pour moi2 je vois tout en lui1 je fais tout en lui2 c'est lui qui fait tout sans que je m'en mle4 ,autant vaudrait ne pas tre1 reprit le sage de ,sirius4 ,et toi1 mon ami1 dit-il un ,leibnitzien qui tait l1 qu'est-ce que ton me8 ,c'est1 rpondit le ,leibnitzien1 une aiguille qui montre les heures pendant que mon corps carillonne2 ou bien1 si vous voulez1 c'est elle qui carillonne pendant que mon corps montre l'heure2 ou bien mon me est le miroir de l'univers1 et mon corps est la bordure du miroir3 tout cela est clair4 #e ,voyez dans les ,mlanges1 anne #agfi1 l'opuscule intitul3 ,tout en ,dieu4 ,b1 ,un petit partisan de ,locke tait l tout auprs2 et quand on lui eut enfin adress la parole3 ,je ne sais pas1 dit-il1 comment je pense1 mais je sais que je n'ai jamais pens qu' l'occasion de mes sens4 ,qu'il y ait des substances immatrielles et intelligentes1 c'est de quoi je ne doute pas3 mais qu'il soit impossible ,dieu de communiquer la pense la matire1 c'est de quoi je doute fort4 ,je rvre la puissance ternelle2 il ne m'appartient pas de la borner3 je n'affirme rien2 je me contente de croire qu'il y a plus de choses possibles qu'on ne pense4 ,l'animal de ,sirius sourit3 il ne trouva pas celui-l le moins sage2 et le nain de ,saturne aurait embrass le sectateur de ,locke sans l'extrme disproportion4 ,mais il y avait l1 par malheur1 un petit animalcule en bonnet carr qui coupa la parole tous les autres animalcules philosophes2 il dit qu'il savait tout le secret1 que tout cela se trouvait dans la ,somme de saint ,thomas2 il regarda de haut en bas les deux habitants clestes2 il leur soutint que leurs personnes1 leurs mondes1 leurs soleils1 leurs toiles1 tout tait fait uniquement pour l'homme4 ,a ce discours1 nos deux voyageurs se laissrent aller l'un sur l'autre en touffant de ce rire inextinguible qui1 selon ,homre#f1 est le partage des dieux2 leurs paules et leurs ventres allaient et venaient1 et dans ces convulsions le vaisseau que le ,sirien avait sur son ongle tomba dans une poche de la culotte du ,saturnien4 ,ces deux bonnes gens le cherchrent long-temps2 enfin ils retrouvrent l'quipage1 et le rajustrent fort proprement4 ,le ,sirien reprit les petites mites2 il leur parla encore avec beaucoup de bont1 quoiqu'il ft un peu fch dans le fond du coeur de voir que les infiniment petits eussent un orgueil presque infiniment grand4 ,il leur promit de leur faire un beau livre de philosophie#g1 crit fort menu pour leur usage1 et que1 dans ce livre1 ils verraient le bout des choses4 ,effectivement1 il leur donna ce volume avant son dpart3 on le porta ,paris l'acadmie des sciences2 mais1 quand le#h vieux secrtaire l'eut ouvert1 il ne vit rien qu'un livre tout blanc3 ,ah6 dit-il1 je m'en tais bien dout4 #f ,iliade1 ,i1 #eii4 ,b4 #g ,l'dition que je crois l'originale1 et celle qui est date de #agej1 portent3 livre de philosophie1 qui leur apprendrait des choses admirables1 et qui leur montrerait le bon des choses4 ,b4 #h ,quoique la scne se passe en #agcg1 comme on l'a vu pages #agg et #ahh1 on pouvait donner l'pithle de vieux ,fontenelle1 qui avait alors quatre-vingts ans1 et qui mourut vingt ans aprs4 ,il s'tait dmis1 en #agdj1 de la place de secrtaire perptuel4 ,b4 ,,fin ,,de ,l',,histoire ,,de ,,microm,,gas4