,,oeuvres ,,de ,,voltaire4 ,,tome ,,xxxiii ,,de ,l' ,,imprimerie ,,de ,a4 ,,firmin ,,didot1 ,,rue ,,jacob1 ,n #bd4 ,,oeuvres ,,de ,,voltaire ,,pr,,faces1 ,,avertissements1 ,,notes1 ,,etc4 ,,par ,m4 ,,beuchot4 ,,tome ,,xxxiii4 ,,romans4 ,,tome ,i4 ,a ,,paris1 ,,chez ,,lef,,vre1 ,,libraire1 ,,rue ,,de ,l',,peron1 ,k #f4 ,,werdet ,,et ,,lequien ,,fils1 ,,rue ,,du ,,battoir1 ,n #b,o4 ,,mdcccxxix4 ,,zadig4 ou ,,la ,,destin,e1 ,,histoire ,,orientale4 #agdg ,prface de l'diteur ,je possde un volume petit in-#h1 intitul3 ,memnon1 histoire orientale1 ,londres 7,paris71 #agdg4 ,ce volume1 rimprim sous le mme titre1 en #agdh1 contient quinze chapitres1 qui font partie de ,zadig1 ou la ,destine1 histoire orientale1 #agdh1 in-#ab4 ,zadig a de plus que ,memnon trois chapitres1 qui sont aujourd'hui les ,,xii1 ,,xiii1 et ,,xvii4 ,l'dition encadre de ,i#gge est la premire qui contienne le chapitre ,,vii4 ,deux autres chapitres1 les ,,xiv et ,,xv1 et des additions au chapitre vi1 parurent pour la premire fois dans les ditions de ,kehl4 ,colini1 secrtaire de ,voltaire en #agec1 raconte#a que les additions faites alors ,zadig1 les calomnies et les mchancets des courtisans1 la fausse interprtation donne par ceux-ci des demi-vers trouvs dans un buisson1 la disgrce du hros1 sont autant d'allgories dont l'explication se prsente naturellement4 ,cependant1 ds l'dition de #agdg1 le chapitre iv contient les demi-vers2 les chapitres ,,xiv et ,,xv n'ont t1 comme je l'ai dit1 ajouts qu'en #aghe2 les chapitres ,,xii1 ,,xiii et ,,xvii sont1 comme on l'a vu1 de #agdh4 ,ce serait donc au chapitre ,,vii que se borneraient les additions faites en #agec2 et ce chapitre n'a t publi qu'en #agge4 #a ,mon sjour auprs de ,voltaire1 page #fa4 ,a l'occasion de ,zadig1 ,longchamp raconte que ,voltaire dsirant faire imprimer ce roman pour son compte1 mais craignant que les imprimeurs n'en tirassent des exemplaires au-del du nombre convenu1 et que le livre ne ft rpandu dans le public avant que l'auteur l'et offert ses amis1 eut recours au moyen suivant1 pour parer aux inconvnients qu'il redoutait4 ,il fit venir l'imprimeur ,prault1 et lui demanda quel serait le prix d'une dition tire mille exemplaires4 ,le prix parut trop lev ,voltaire2 mais1 ds le lendemain1 ,prault vint de lui-mme proposer une diminution d'un tiers dans le prix1 et ,voltaire lui donna la premire moiti du roman de ,zadig1 qui tait crit sur des cahiers dtachs1 dont le dernier se terminait avec la fin d'un chapitre1 annonant que pendant que cette partie serait sous presse1 il reverrait l'autre4 ,voltaire fit avertir ,machuel1 libraire de ,rouen 1 momentanment ,paris1 et aprs les conventions sur le prix1 lui remit la fin de l'ouvrage1 en indiquant quelle page' il devait commencer4 ,lorsque tout fut termin1 ,voltaire fit brocher les exemplaires qu'il destinait ses amis1 en fit faire la distribution 1 et rpondit aux plaintes des imprimeurs par l'expos des craintes qu'il avait eues3 ,j'ai abrg le rcit de ,longchamp1 sans le rendre plus vrai4 ,je ne connais aucune dition de ,zadig qui le confirme1 aucune dont une feuille se termine avec la fin d'un chapitre4 ------ ,les notes sans signature1 et qui sont indiques par des lettres1 sont de ,voltaire4 ,les notes signes d'un ,k sont des diteurs de ,kehl1 ,,mm4 ,condorcet et ,decroix4 ,il est impossible de faire rigoureusement la part de chacun4 ,les additions que j'ai faites aux notes de ,voltaire ou aux notes des diteurs de ,kehl1 en sont spares par un--1 et sont1 comme mes notes1 signes de l'initiale de mon nom4 ,,beuchot4 #d octobre #ahbi4 ,,zadig4 ou ,,la ,,destin,e1 ,,histoire ,,orientale4 #agdg ,,approbation#a4 ,je soussign1 qui me suis fait passer pour savant1 et mme pour homme d'esprit1 ai lu ce manuscrit1 que j'ai trouv1 malgr moi1 curieux1 amusant1 moral1 philosophique1 digne de plaire ceux mmes qui hassent les romans4 ,ainsi je l'ai dcri1 et j'ai assur monsieur le cadi-lesquier que c'est un ouvrage dtestable4 #a ,cette plaisanterie tait dans l'dition de ,zadig de #agdh4 ,elle existait encore dans l'dition in-#d 7tome ,,xvii1 publi en #agga74 ,mais ayant t omise dans l'dition encadre de #agie1 elle ne fut pas reproduite dans les ditions de ,kehl4 ,la premire des ditions modernes o on la trouve est celle de ,m4 ,lequien1 #ahbc4 ,b4 ,,pitre ,d,,dicatoire ,,de ,,zadig ,a ,,la ,,sultane ,,sheraa1 ,,par ,,sadi4 ,le #aj du mois de schewal1 l'an #hcg de l'hgire4 ------ ,charme des prunelles1 tourment des coeurs1 lumire de l'esprit1 je ne baise point la poussire de vos pieds1 parceque vous ne marchez gure1 ou que vous marchez sur des tapis d',iran ou sur des roses4 ,je vous offre la traduction d'un livre d'un ancien sage qui1 ayant le bonheur de n'avoir rien faire1 eut celui de s'amuser crire l'histoire de ,zadig1 ouvrage qui dit plus qu'il ne semble dire4 ,je vous prie de le lire et d'en juger2 car1 quoique vous soyez dans le printemps de votre vie1 quoique tous les plaisirs vous cherchent1 quoique vous soyez belle1 et que vos talents ajoutent votre beaut2 quoiqu'on vous loue du soir au matin1 et que par toutes ces raisons vous soyez en droit de n'avoir pas le sens commun1 cependant vous avez l'esprit trs sage et le got trs fin1 et je vous ai entendue raisonner mieux que de vieux derviches longue barbe et bonnet pointu4 ,vous tes discrte et vous n'tes point dfiante2 vous tes douce sans tre faible2 vous tes bienfesante avec discernement2 vous aimez vos amis1 et vous ne vous faites point d'ennemis4 ,votre esprit n'emprunte jamais ses agrments des traits de la mdisance2 vous ne dites de mal ni n'en faites1 malgr la prodigieuse facilit que vous y auriez4 ,enfin votre me m'a toujours paru pure comme votre beaut4 ,vous avez mme un petit fonds de philosophie qui m'a fait croire que vous prendriez plus de got qu'une autre cet ouvrage d'un sage4 ,il fut crit d'abord en ancien chalden1 que ni vous ni moi n'entendons4 ,on le traduisit en arabe1 pour amuser le clbre sultan ,ouloug-beb4 ,c'tait du temps o les ,arabes et les ,persans commenaient crire des ,mille et une nuits1 des ,mille et un jours1 etc4 ,ouloug aimait mieux la lecture de ,zadig2 mais les sultanes aimaient mieux les ,mille et un4 ,comment pouvez-vous prfrer1 leur disait le sage ,ouloug1 des contes qui sont sans raison1 et qui ne signifient rien8 ,c'est prcisment pour cela que nous les aimons1 rpondaient les sultanes4 ,je me flatte que vous ne leur ressemblerez pas1 et que vous serez un vrai ,ouloug4 ,j'espre mme que1 quand vous serez lasse des conversations gnrales1 qui ressemblent assez aux ,mille et un1 cela prs qu'elles sont moins amusantes1 je pourrai trouver une minute pour avoir l'honneur de vous parler raison4 ,si vous aviez t ,thalestris du temps de ,scander1 fils de ,philippe2 si vous aviez t la reine de ,sabe du temps de ,soleiman1 c'eussent t ces rois qui auraient fait le voyage4 ,je prie les vertus clestes que vos plaisirs soient sans mlange1 votre beaut durable1 et votre bonheur sans fin4 ,,sadi4 ,,zad#a;,g1 ou ,,la ,,destin,e4 ------ ,,chapitre #a4 ,le borgne ,du temps du roi ,moabdar il y avait ,babylone un jeune homme nomm ,zadig1 n avec un beau naturel fortifi par l'ducation4 ,quoique riche et jeune1 il savait modrer ses passions2 il n'affectait rien2 il ne voulait point toujours avoir raison1 et savait respecter la faiblesse des hommes4 ,on tait tonn de voir qu'avec beaucoup d'esprit il n'insultt jamais par des railleries ces propos si vagues1 si rompus1 si tumultueux1 ces mdisances tmraires1 ces dcisions ignorantes1 ces turlupinades grossires1 ce vain bruit de paroles1 qu'on appelait conversation dans ,babylone4 ,il avait appris1 dans le premier livre de ,zoroastre1 que l'amour-propre est un ballon gonfl de vent1 dont il sort des temptes quand on lui a fait une piqre4 ,zadig surtout ne se vantait pas de mpriser les femmes et de les subjuguer4 ,il tait gnreux2 il ne craignait point d'obliger des ingrats1 suivant ce grand prcepte de ,zoroastre1 ,quand tu manges1 donne manger aux chiens1 dussent-ils te mordre4 ,il tait aussi sage qu'on peut l'tre2 car il cherchait vivre avec des sages4 ,instruit dans les sciences des anciens ,chaldens1 il n'ignorait pas les principes physiques de la nature1 tels qu'on les connaissait alors1 et savait de la mtaphysique ce qu'on en a su dans tous les ges1 c'est--dire fort peu de chose4 ,il tait fermement persuad que l'anne tait de trois cent soixante et cinq jours et un quart1 malgr la nouvelle philosophie de son temps1 et que le soleil tait au centre du monde2 et quand les principaux mages lui disaient1 avec une hauteur insultante1 qu'il avait de mauvais sentiments1 et que c'tait tre ennemi de l'tat que de croire que le soleil tournait sur lui-mme1 et que l'anne avait douze mois1 il se taisait sans colre et sans ddain4 ,zadig1 avec de grandes richesses1 et par consquent avec des amis1 ayant de la sant1 une figure aimable1 un esprit juste et modr1 un coeur sincre et noble1 crut qu'il pouvait tre heureux4 ,il devait se marier ,smire1 que sa beaut1 sa naissance et sa fortune rendaient le premier parti de ,babylone4 ,il avait pour elle un attachement solide et vertueux1 et ,smire l'aimait avec passion4 ,ils touchaient au moment fortun qui allait les unir1 lorsque1 se promenant ensemble vers une porte de ,babylone1 sous les palmiers qui ornaient le rivage de l',euphrate1 ils virent venir eux des hommes arms de sabres et de flches4 ,c'taient les satellites du jeune ,orcan1 neveu d'un ministre1 qui les courtisans de son oncle avaient fait accroire que tout lui tait permis4 ,il n'avait aucune des grces ni des vertus de ,zadig2 mais1 croyant valoir beaucoup mieux1 il tait dsespr de n'tre pas prfr4 ,cette jalousie1 qui ne venait que de sa vanit1 lui fit penser qu'il aimait perdument ,smire4 ,il voulait l'enlever4 ,les ravisseurs la saisirent1 et dans les emportements de leur violence ils la blessrent1 et firent couler le sang d'une personne dont la vue aurait attendri les tigres du mont ,imas4 ,elle perait le ciel de ses plaintes4 ,elle s'criait1 ,mon cher poux6 on m'arrache ce que j'adore4 ,elle n'tait point occupe de son danger2 elle ne pensait qu' son cher ,zadig4 ,celui-ci1 dans le mme temps1 la dfendait avec toute la force que donnent la valeur et l'amour4 ,aid seulement de deux esclaves1 il mit les ravisseurs en fuite1 et ramena chez elle ,smire vanouie et sanglante1 qui en ouvrant les yeux vit son librateur4 ,elle lui dit3 ,o ,zadig6 je vous aimais comme mon poux1 je vous aime comme celui qui je dois l'honneur et la vie4 ,jamais il n'y eut un coeur plus pntr que celui de ,smire2 jamais bouche plus ravissante n'exprima des sentiments plus touchants par ces paroles de feu qu'inspirent le sentiment du plus grand des bienfaits et le transport le plus tendre de l'amour le plus lgitime4 ,sa blessure tait lgre2 elle gurit bientt4 ,zadig tait bless plus dangereusement2 un coup de flche reu prs de l'oeil lui avait fait une plaie profonde4 ,smire ne demandait aux dieux que la gurison de son amant4 ,ses yeux taient nuit et jour baigns de larmes3 elle attendait le moment o ceux de ,zadig pourraient jouir de ses regards2 mais un abcs survenu l'oeil bless fit tout craindre4 ,on envoya jusqu' ,memphis chercher le grand mdecin ,herms1 qui vint avec un nombreux cortge4 ,il visita le malade1 et dclara qu'il perdrait l'oeil2 il prdit mme le jour et l'heure o ce funeste accident devait arriver4 ,si c'et t l'oeil droit1 dit-il1 je l'aurais guri2 mais les plaies de l'oeil gauche sont incurables4 ,tout ,babylone1 en plaignant la destine de ,zadig1 admira la profondeur de la science d',herms4 ,deux jours aprs l'abcs pera de lui-mme2 ,zadig fut guri parfaitement4 ,herms crivit un livre o il lui prouva qu'il n'avait pas d gurir4 ,zadig ne le lut point2 mais1 ds qu'il put sortir1 il se prpara rendre visite celle qui fesait l'esprance du bonheur de sa vie1 et pour qui seule il voulait avoir des yeux4 ,smire tait la campagne depuis trois jours4 ,il apprit en chemin que cette belle dame1 ayant dclar hautement qu'elle avait une aversion insurmontable pour les borgnes1 venait de se marier ,orcan la nuit mme4 ,a cette nouvelle il tomba sans connaissance2 sa douleur le mit au bord du tombeau2 il fut long-temps malade1 mais enfin la raison l'emporta sur son affliction2 et l'atrocit de ce qu'il prouvait servit mme le consoler4 ,puisque j'ai essuy1 dit-il1 un si cruel caprice d'une fille leve la cour1 il faut que j'pouse une citoyenne4 ,il choisit ,azora1 la plus sage et la mieux ne de la ville2 il l'pousa1 et vcut un mois avec elle dans les douceurs de l'union la plus tendre4 ,seulement il remarquait en elle un peu de lgret1 et beaucoup de penchant trouver toujours que les jeunes gens les mieux faits taient ceux qui avaient le plus d'esprit et de vertu4 ,,chapitre ,,ii#a4 ,le nez4 #a ,le chapitre est imit d'un conte chinois1 que ,durand a rimprim1 en #ahjc1 sons le titre de1 ,la ,matrone chinoise1 la suite de sa traduction de la ,satire de ,ptrone1 et que ,du ,halde avait dj imprim dans le tome ,,iii de sa ,description de la ,chine4 ,b4 ,un jour ,azora revint d'une promenade1 tout en colre1 et fesant de grandes exclamations4 ,qu'avez-vous1 lui dit-il1 ma chre pouse8 qui vous peut mettre ainsi hors de vous-mme8 ,hlas6 dit-elle1 vous seriez indign comme moi1 si vous aviez vu le spectacle dont je viens d'tre tmoin4 ,j'ai t consoler la jeune veuve ,cosrou1 qui vient d'lever1 depuis deux jours1 un tombeau son jeune poux auprs du ruisseau qui borde cette prairie4 ,elle a promis aux dieux1 dans sa douleur1 de demeurer auprs de ce tombeau tant que l'eau de ce ruisseau coulerait auprs4 ,eh bien6 dit ,zadig1 voil une femme estimable qui aimait vritablement son mari6 ,ah6 reprit ,azora1 si vous saviez quoi elle s'occupait quand je lui ai rendu visite6 ,a quoi donc1 belle ,azora8 ,elle fesait dtourner le ruisseau4 ,azora se rpandit en des invectives si longues1 clata en reproches si violents contre la jeune veuve1 que ce faste de vertu ne plut pas ,zadig4 ,il avait un ami1 nomm ,cador1 qui tait un de ces jeunes gens qui sa femme trouvait plus de probit et de mrite qu'aux autres3 il le mit dans sa confidence1 et s'assura1 autant qu'il le pouvait1 de sa fidlit par un prsent considrable4 ,azora ayant pass deux jours chez une de ses amies la campagne1 revint le troisime jour la maison4 ,des domestiques en pleurs lui annoncrent que son mari tait mort subitement1 la nuit mme1 qu'on n'avait pas os lui porter cette funeste nouvelle1 et qu'on venait d'ensevelir ,zadig dans le tombeau de ses pres1 au bout du jardin4 ,elle pleura1 s'arracha les cheveux1 et jura de mourir4 ,le soir1 ,cador lui demanda la permission de lui parler1 et ils pleurrent tous deux4 ,le lendemain ils pleurrent moins1 et dnrent ensemble4 ,cador lui confia que son ami lui avait laiss la plus grande partie de son bien1 et lui fit entendre qu'il mettrait son bonheur partager sa fortune avec elle4 ,la dame pleura1 se fcha1 s'adoucit2 le souper fut plus long que le dner2 on se parla avec plus de confiance4 ,azora fit l'loge du dfunt2 mais elle avoua qu'il avait des dfauts dont ,cador tait exempt4 ,au milieu du souper1 ,cador se plaignit d'un mal de rate violent2 la dame1 inquite et empresse1 fit apporter toutes les essences dont elle se parfumait1 pour essayer s'il n'y en avait pas quelqu'une qui ft bonne pour le mal de rate2 elle regretta beaucoup que le grand ,herms ne ft pas encore ,babylone2 elle daigna mme toucher le ct o ,cador sentait de si vives douleurs4 ,etes-vous sujet cette cruelle maladie8 lui dit-elle avec compassion4 ,elle me met quelquefois au bord du tombeau1 lui rpondit ,cador1 et il n'y a qu'un seul remde qui puisse me soulager3 c'est de m'appliquer sur le ct le nez d'un homme qui soit mort la veille4 ,voil un trange remde1 dit ,azora4 ,pas plus trange1 rpondit-il1 que les sachets du sieur ,arnoulta contre l'apoplexie4 ,cette raison1 jointe l'extrme mrite du jeune homme1 dtermina enfin la dame4 ,aprs tout1 dit-elle1 quand mon mari passera du monde d'hier dans le monde du lendemain sur le pont ,tchinavar1 l'ange ,asrael lui accordera-t-il moins le passage parceque son nez sera un peu moins long dans la seconde vie que dans la premire8 ,elle prit donc un rasoir2 elle alla au tombeau de son poux1 l'arrosa de ses larmes1 et s'approcha pour couper le nez ,zadig1 qu'elle trouva tout tendu dans la tombe4 ,zadig se relve en tenant son nez d'une main1 et arrtant le rasoir de l'autre4 ,madame1 lui dit-il1 ne criez plus tant contre la jeune ,cosrou2 le projet de me couper le nez vaut bien celui de dtourner un ruisseau4 a ,il y avait dans ce temps un ,babylonien1 nomm ,arnoult1 qui gurissait el prvenait toutes les apoplexies1 dans les gazettes1 avec un sachet pendu au cou4--,cette note est de #agdh2 on y lit1 ainsi que dans le texte1 ,arnou4 ,mais l'dition de #agdg1 sous le titre de ,memnon1 dont j'ai parl dans ma prface de ce volume1 porte ,arnoult1 qui est le vritable nom3 voyez tome ,,xxvi1 page #ahf4 ,b4 ,,chapitre ,,iii4 ,le chien et le cheval4 ,zadig prouva que le premier mois du mariage1 comme il est crit dans le livre du ,zend1 est la lune du miel1 et que le second est la lune de l'absinthe4 ,il fut quelque temps aprs oblig de rpudier ,azora1 qui tait devenue trop difficile vivre1 et il chercha son bonheur dans l'tude de la nature4 ,rien n'est plus heureux1 disait-il1 qu'un philosophe qui lit dans ce grand livre que ,dieu a mis sous nos yeux4 ,les vrits qu'il dcouvre sont lui3 il nourrit et il lve son me1 il vit tranquille2 il ne craint rien des hommes1 et sa tendre pouse ne vient point lui couper le nez4 ,plein de ces ides1 il se retira dans une maison de campagne sur les bords de l',euphrate4 ,l il ne s'occupait pas calculer combien de pouces d'eau coulaient en une seconde sous les arches d'un pont1 ou s'il tombait une ligne cube de pluie dans le mois de la souris plus que dans le mois du mouton4 ,il n'imaginait point de faire de la soie avec des toiles d'araigne1 ni de la porcelaine avec des bouteilles casses2 mais il tudia surtout les proprits des animaux et des plantes1 et il acquit bientt une sagacit qui lui dcouvrait mille diffrences o les autres hommes ne voient rien que d'uniforme4 #a,un jour1 se promenant auprs d'un petit bois1 il vit accourir lui un eunuque de la reine1 suivi de plusieurs officiers qui paraissaient dans la plus grande inquitude1 et qui couraient et l comme des hommes gars qui cherchent ce qu'ils ont perdu de plus prcieux4 ,jeune homme1 lui dit le premier eunuque1 n'avez-vous point vu le chien de la reine8 ,zadig rpondit modestement1 ,c'est une chienne1 et non pas un chien4 ,vous avez raison1 reprit le premier eunuque4 ,c'est une pagneule trs petite1 ajouta ,zadig2 elle a fait depuis peu des chiens2 elle boite du pied gauche de devant1 et elle a les oreilles trs longues4 ,vous l'avez donc vue8 dit le premier eunuque tout essouffl4 ,non1 rpondit ,zadig1 je ne l'ai jamais vue1 et je n'ai jamais su si la reine avait une chienne4 #a ,l',anne littraire1 #agfg1 ,i1 #ade et suiv41 reproche ,voltaire d'avoir pris l'ide de ce chapitre au chevalier de ,mailly1 auteur anonyme de ,le ,voyge et les ,aventures des trois princes de ,sarendip1 traduits du persan1 #agai 7et non #agaf71 iii-#ab4 ,b4 ,prcisment dans le mme temps1 par une bizarrerie ordinaire de la fortune1 le plus beau cheval de l'curie du roi s'tait chapp des mains d'un palefrenier dans les plaines de ,babylone4 ,le grand-veneur et tous les autres officiers couraient aprs lui avec autant d'inquitude que le premier eunuque aprs la chienne4 ,le grand-veneur s'adressa ,zadig1 et lui demanda s'il n'avait point vu passer le cheval du roi4 ,c'est1 rpondit ,zadig1 le cheval qui galope le mieux2 il a cinq pieds de haut1 le sabot fort petit2 il porte une queue de trois pieds et demi de long2 les bossettes de son mors sont d'or vingt-trois carats2 ses fers sont d'argent onze deniers4 ,quel chemin a-t-il pris8 o est-il8 demanda le grand-veneur4 ,je ne l'ai point vu1 rpondit ,zadig1 et je n'en ai jamais entendu parler4 ,le grand-veneur et le premier eunuque ne doutrent pas que ,zadig n'et vol le cheval du roi et la chienne de la reine2 ils le firent conduire devant l'assemble du grand ,desterham1 qui le condamna au knout1 et passer le reste de ses jours en ,sibrie4 ,a peine le jugement fut-il rendu qu'on retrouva le cheval et la chienne4 ,les juges furent dans la douloureuse ncessit de rformer leur arrt2 mais ils condamnrent ,zadig payer quatre cents onces d'or1 pour avoir dit qu'il n'avait point vu ce qu'il avait vu4 ,il fallut d'abord payer cette amende2 aprs quoi il fut permis ,zadig de plaider sa cause au conseil du grand ,desterham2 il parla en ces termes3 toiles de justice1 abmes de science1 miroirs de vrit1 qui avez la pesanteur du plomb1 la duret du fer1 l'clat du diamant1 et beaucoup d'affinit avec l'or1 puisqu'il m'est permis de parler devant cette auguste assemble1 je vous jure par ,orosmade1 que je n'ai jamais vu la chienne respectable de la reine1 ni le cheval sacr du roi des rois4 ,voici ce qui m'est arriv3 ,je me promenais vers le petit bois o j'ai rencontr depuis le vnrable eunuque et le trs illustre grand-veneur4 ,j'ai vu sur le sable les traces d'un animal1 et j'ai jug aisment que c'taient celles d'un petit chien4 ,des sillons lgers et longs1 imprims sur de petites minences de sable entre les traces des pattes1 m'ont fait connatre que c'tait une chienne dont les mamelles taient pendantes1 et qu'ainsi elle avait fait des petits il y a peu de jours4 ,d'autres traces en un sens diffrent1 qui paraissaient toujours avoir ras la surface du sable ct des pattes de devant1 m'ont appris qu'elle avait les oreilles trs longues2 et comme j'ai remarqu que le sable tait toujours moins creus par une patte que par les trois autres1 j'ai compris que la chienne de notre auguste reine tait un peu boiteuse1 si je l'ose dire4 ,a l'gard du cheval du roi des rois1 vous saurez que1 me promenant dans les routes de ce bois1 j'ai aperu les marques des fers d'un cheval2 elles taient toutes gales distances4 ,voil1 ai-je dit1 un cheval qui a un galop parfait4 ,la poussire des arbres1 dans une route troite qui n'a que sept pieds de large1 tait un peu enleve droite et gauche1 trois pieds et demi du milieu de la route4 ,ce cheval1 ai-je dit1 a une queue de trois pieds et demi1 qui1 par ses mouvements de droite et de gauche1 a balay cette poussire4 ,j'ai vu sous les arbres qui formaient un berceau de cinq pieds de haut1 les feuilles des branches nouvellement tombes2 et j'ai connu que ce cheval y avait touch1 et qu'ainsi il avait cinq pieds de haut4 ,quant son mors1 il doit tre d'or vingt-trois carats2 car il en a frott les bossettes contre une pierre que j'ai reconnue tre une pierre de touche1 et dont j'ai fait l'essai4 ,j'ai jug enfin par les marques que ses fers ont laisses sur des cailloux1 d'une autre espce1 qu'il tait ferr d'argent onze deniers de fin4 ,tous les juges admirrent le profond et subtil discernement de ,zadig2 la nouvelle en vint jusqu'au roi et la reine4 ,on ne parlait que de ,zadig dans les antichambres1 dans la chambre1 et dans le cabinet2 et quoique plusieurs mages opinassent qu'on devait le brler comme sorcier1 le roi ordonna qu'on lui rendt l'amende des quatre cents onces d'or laquelle il avait t condamn4 ,le greffier1 les huissiers1 les procureurs1 vinrent chez lui en grand appareil lui rapporter ses quatre cents onces2 ils en retinrent seulement trois cent quatre-vingt-dix-huit pour les frais de justice1 et leurs valets demandrent des honoraires4 ,zadig vit combien il tait dangereux quelquefois d'tre trop savant1 et se promit bien1 la premire occasion1 de ne point dire ce qu'il avait vu4 ,cette occasion se trouva bientt4 ,un prisonnier d'tat s'chappa2 il passa sous les fentres de sa maison4 ,on interrogea ,zadig1 il ne rpondit rien2 mais on lui prouva qu'il avait regard par la fentre4 ,il fut condamn pour ce crime cinq cents onces d'or1 et il remercia ses juges de leur indulgence1 selon la coutume de ,babylone4 ,grand ,dieu6 dit-il en lui-mme1 qu'on est plaindre quand on se promne dans un bois o la chienne de la reine et le cheval du roi ont pass6 qu'il est dangereux de se mettre la fentre6 et qu'il est difficile d'tre heureux dans cette vie6 ,,chapitre ,,iv4 ,l'envieux4 ,zadig voulut se consoler1 par la philosophie et par l'amiti1 des maux que lui avait faits la fortune4 ,il avait1 dans un faubourg de ,babylone1 une maison orne avec got1 o il rassemblait tous les arts et tous les plaisirs dignes d'un honnte homme4 ,le matin sa bibliothque tait ouverte tous les savants2 le soir1 sa table l'tait la bonne compagnie2 mais il connut bientt combien les savants sont dangereux2 il s'leva une grande dispute sur une loi de ,zoroastre1 qui dfendait de manger du griffon4 ,comment dfendre le griffon1 disaient les uns1 si cet animal n'existe pas8 ,il faut bien qu'il existe1 disaient les autres1 puisque ,zoroastre ne veut pas qu'on en mange4 ,zadig voulut les accorder1 en leur disant1 ,s'il y a des griffons1 n'en mangeons point2 s'il n'y en a point1 nous en mangerons encore moins2 et par l nous obirons tous ,zoroastre4 ,un savant qui avait compos treize volumes sur les proprits du griffon1 et qui de plus tait grand thurgite1 se hta d'aller accuser ,zadig devant un archimage nomm ,ybor#a1 le plus sot des ,chaldens1 et partant le plus fanatique4 ,cet homme aurait fait empaler ,zadig pour la plus grande gloire du soleil1 et en aurait rcit le brviaire de ,zoroastre d'un ton plus satisfait4 ,l'ami ,cador 7un ami vaut mieux que cent prtres7 alla trouver le vieux ,ybor1 et lui dit3 ,vivent le soleil et les griffons6 gardez-vous bien de punir ,zadig3 c'est un saint2 il a des griffons dans sa basse-cour1 et il n'en mange point2 et son accusateur est un hrtique qui ose soutenir que les lapins ont le pied fendu1 et ne sont point immondes4 ,eh bien6 dit ,ybor en branlant sa tte chauve1 il faut empaler ,zadig pour avoir mal pens des griffons1 et l'autre pour avoir mal parl des lapins4 ,cador apaisa l'affaire par le moyen d'une fille d'honneur laquelle il avait fait un enfant1 et qui avait beaucoup de crdit dans le collge des mages4 ,personne ne fut empal2 de quoi plusieurs docteurs murmurrent1 et en prsagrent la dcadence de ,babylone4 ,zadig s'cria3 ,a quoi tient le bonheur6 tout me perscute dans ce monde1 jusqu'aux tres qui n'existent pas4 ,il maudit les savants1 et ne voulut plus vivre qu'en bonne compagnie4 #a ,anagramme de ,boyer1 thatin1 confesseur de dvotes titres1 vque par leurs intrigues1 qui n'avaient pu russir le faire suprieur de son couvent2 puis prcepteur du dauphin1 et enfin ministre de la feuille1 par le conseil du cardinal de ,fleury1 qui1 comme tous les hommes mdiocres1 aimait faire donner les places des hommes incapables de les remplir1 mais aussi incapables de se rendre dangereux4 ,ce ,boyer tait un fanatique imbcile qui perscuta ,m4 de ,voltaire dans plus d'une occasion4 ,k4 ,il rassemblait chez lui les plus honntes gens de ,babylone1 et les dames les plus aimables2 il donnait des soupers dlicats1 souvent prcds de concerts1 et anims par des conversations charmantes dont il avait su bannir l'empressement de montrer de l'esprit1 qui est la plus sre manire de n'en point avoir1 et de gter la socit la plus brillante4 ,ni le choix de ses amis1 ni celui des mets1 n'taient faits par la vanit2 car en tout il prfrait l'tre au paratre1 et par l il s'attirait la considration vritable1 laquelle il ne prtendait pas4 ,vis--vis sa maison demeurait ,arimaze1 personnage dont la mchante me tait peinte sur sa grossire physionomie4 ,il tait rong de fiel et bouffi d'orgueil1 et pour comble1 c'tait un bel esprit ennuyeux4 ,n'ayant jamais pu russir dans le monde1 il se vengeait par en mdire#b4 ,tout riche qu'il tait1 il avait de la peine rassembler chez lui des flatteurs4 ,le bruit des chars qui entraient le soir chez ,zadig l'importunait1 le bruit de ses louanges l'irritait davantage4 ,il allait quelquefois chez ,zadig1 et se mettait table sans tre pri3 il y corrompait toute la joie de la socit1 comme on dit que les harpies infectent les viandes qu'elles touchent4 ,il lui arriva un jour de vouloir donner une fte une dame qui1 au lieu de la recevoir1 alla souper chez ,zadig4 ,un autre jour1 causant avec lui dans le palais1 ils abordrent un ministre qui pria ,zadig souper1 et ne pria point ,arimaze4 ,les plus implacables haines n'ont pas souvent des fondements plus importants4 ,cet homme1 qu'on appelait l',envieux dans ,babylone1 voulut perdre ,zadig1 parcequ'on l'appelait l',heureux4 ,l'occasion de faire du mal se trouve cent fois par jour1 et celle de faire du bien1 une fois dans l'anne1 comme dit ,zoroastre4 #b ,imitation d'une phrase de ,montaigne1 cite p4 #aai du tome ,,xxvii4 ,b4 ,l',envieux alla chez ,zadig1 qui se promenait dans ses jardins avec deux amis et une dame laquelle il disait souvent des choses galantes1 sans autre intention que celle de les dire4 ,la conversation roulait sur une guerre que le roi venait de terminer heureusement contre le prince d',hyrcanie1 son vassal4 ,zadig1 qui avait signal son courage dans cette courte guerre1 louait beaucoup le roi1 et encore plus la dame4 ,il prit ses tablettes1 et crivit quatre vers qu'il fit sur-le-champ1 et qu'il donna lire cette belle personne4 ,ses amis le prirent de leur en faire part3 la modestie1 ou plutt un amour-propre bien entendu1 l'en empcha4 ,il savait que des vers impromptus ne sont jamais bons que pour celle en l'honneur de qui ils sont faits3 il brisa en deux la feuille des tablettes sur laquelle il venait d'crire1 et jeta les deux moitis dans un buisson de roses1 o on les chercha inutilement4 ,une petite pluie survint2 on regagna la maison4 ,l',envieux1 qui resta dans le jardin1 chercha tant1 qu'il trouva un morceau de la feuille4 ,elle avait t tellement rompue1 que chaque moiti de vers qui remplissait la ligne fesait un sens1 et mme un vers d'une plus petite mesure2 mais1 par un hasard encore plus trange1 ces petits vers se trouvaient former un sens qui contenait les injures les plus horribles contre le roi2 on y lisait3 ,par les plus grands forfaits ,sur le trne affermi1 ,dans la publique paix ,c'est le seul ennemi4 ,l',envieux fut heureux pour la premire fois de sa vie4 ,il avait entre les mains de quoi perdre un homme vertueux et aimable4 ,plein de cette cruelle joie1 il fit parvenir jusqu'au roi cette satire crite de la main de ,zadig3 on le fit mettre en prison1 lui1 ses deux amis1 et la dame4 ,son procs lui fut bientt fait1 sans qu'on daignt l'entendre4 ,lorsqu'il vint recevoir sa sentence1 l',envieux se trouva sur son passage1 et lui dit tout haut que ses vers ne valaient rien4 ,zadig ne se piquait pas d'tre bon pote2 mais il tait au dsespoir d'tre condamn comme criminel de lse-majest1 et de voir qu'on retnt en prison une belle dame et deux amis pour un crime qu'il n'avait pas fait4 ,on ne lui permit pas de parler1 parceque ses tablettes parlaient4 ,telle tait la loi de ,babylone4 ,on le fit donc aller au supplice travers une foule de curieux dont aucun n'osait le plaindre1 et qui se prcipitaient pour examiner son visage1 et pour voir s'il mourrait avec bonne grce4 ,ses parents seulement taient affligs1 car ils n'hritaient pas4 ,les trois quarts de son bien taient confisqus au profit du roi1 et l'autre quart au profit de l',envieux4 ,dans le temps qu'il se prparait la mort1 le perroquet du roi s'envola de son balcon1 et s'abattit dans le jardin de ,zadig sur un buisson de roses4 ,une pche y avait t porte d'un arbre voisin par le vent2 elle tait tombe sur un morceau de tablettes crire auquel elle s'tait colle4 ,l'oiseau enleva la pche et la tablette1 et les porta sur les genoux du monarque4 ,le prince curieux y lut des mots qui ne formaient aucun sens1 et qui paraissaient des fins de vers4 ,il aimait la posie1 et il y a toujours de la ressource avec les princes qui aiment les vers3 l'aventure de son perroquet le fit rver4 ,la reine1 qui se souvenait de ce qui avait t crit sur une pice de la tablette de ,zadig1 se la fit apporter4 ,on confronta les deux morceaux1 qui s'ajustaient ensemble parfaitement2 on lut alors les vers tels que ,zadig les avait faits3 ,par les plus grands forfaits j'ai vu troubler la terre4 ,sur le trne affermi le roi sait tout dompter4 ,dans la publique paix l'amour seul fait la guerre3 ,c'est le seul ennemi qui soit redouter4 ,le roi ordonna aussitt qu'on ft venir ,zadig devant lui1 et qu'on ft sortir de prison ses deux amis et la belle dame4 ,zadig se jeta le visage contre terre aux pieds du roi et de la reine3 il leur demanda trs humblement pardon d'avoir fait de mauvais vers3 il parla avec tant de grce1 d'esprit1 et de raison1 que le roi et la reine voulurent le revoir4 ,il revint1 et plut encore davantage4 ,on lui donna tous les biens de l',envieux1 qui l'avait injustement accus3 mais ,zadig les rendit tous2 et l',envieux ne fut touch que du plaisir de ne pas perdre son bien4 ,l'estime du roi s'accrut de jour en jour pour ,zadig4 ,il le mettait de tous ses plaisirs1 et le consultait dans toutes ses affaires4 ,la reine le regarda ds-lors avec une complaisance qui pouvait devenir dangereuse pour elle1 pour le roi son auguste poux1 pour ,zadig1 et pour le royaume4 ,zadig commenait croire qu'il n'est pas si difficile d'tre heureux4 ,,chapitre ,v4 ,les gnreux4 ,le temps arriva o l'on clbrait une grande fte qui revenait tous les cinq ans4 ,c'tait la coutume ,babylone de dclarer solennellement1 au bout de cinq annes1 celui des citoyens qui avait fait l'action la plus gnreuse4 ,les grands et les mages taient les juges4 ,le premier satrape1 charg du soin de la ville1 exposait les plus belles actions qui s'taient passes sous son gouvernement4 ,on allait aux voix3 le roi prononait le jugement4 ,on venait cette solennit des extrmits de la terre4 ,le vainqueur recevait des mains du monarque une coupe d'or garnie de pierreries1 et le roi lui disait ces paroles3 ,recevez ce prix de la gnrosit1 et puissent les dieux me donner beaucoup de sujets qui vous ressemblent6 ,ce jour mmorable venu1 le roi parut sur son trne1 environn des grands1 des mages1 et des dputs de toutes les nations1 qui venaient ces jeux o la gloire s'acqurait1 non par la lgret des chevaux1 non par la force du corps1 mais par la vertu4 ,le premier satrape rapporta haute voix les actions qui pouvaient mriter leurs auteurs ce prix inestimable4 ,il ne parla point de la grandeur d'me avec laquelle ,zadig avait rendu l',envieux toute sa fortune3 ce n'tait pas une action qui mritt de disputer le prix4 ,il prsenta d'abord un juge qui1 ayant fait perdre un procs considrable un citoyen1 par une mprise dont il n'tait pas mme responsable1 lui avait donn tout son bien1 qui tait la valeur de ce que l'autre avait perdu#a4 #a ,c'est peu prs le trait de ,des ,barreaux4 ,voyez1 tome ,,xix1 le ,catalogue des crivains1 en tte du ,sicle de ,louis ,,xiv2 et dans les ,mlanges1 anne #agfg1 la septime des ,lettres ,s4 ,a4 monseigneur le prince de9999994 ,b4 ,il produisit ensuite un jeune homme qui1 tant perdument pris d'une fille qu'il allait pouser1 l'avait cde un ami prs d'expirer d'amour pour elle1 et qui avait encore pay la dot en cdant la fille4 ,ensuite il fit paratre un soldat qui1 dans la guerre d',hyrcanie1 avait donn encore un plus grand exemple de gnrosit4 ,des soldats ennemis lui enlevaient sa matresse1 et il la dfendait contre eux3 on vint lui dire que d'autres ,hyrcaniens enlevaient sa mre quelques pas de l3 il quitta en pleurant sa matresse1 et courut dlivrer sa mre3 il retourna ensuite vers celle qu'il aimait1 et la trouva expirante4 ,il voulut se tuer2 sa mre lui remontra qu'elle n'avait que lui pour tout secours1 et il eut le courage de souffrir la vie4 ,les juges penchaient pour ce soldat4 ,le roi prit la parole1 et dit3 ,son action et celles des autres sont belles1 mais elles ne m'tonnent point2 hier ,zadig en a fait une qui m'a tonn4 ,j'avais disgraci depuis quelques jours mon ministre et mon favori ,coreb4 ,je plaignais de lui avec violence1 et tous mes courtisans m'assuraient que j'tais trop doux2 c'tait qui me dirait le plus de mal de ,coreb4 ,je demandai ,zadig ce qu'il en pensait1 et il osa en dire du bien4 ,j'avoue que j'ai vu1 dans nos histoires1 des exemples qu'on a pay de son bien une erreur1 qu'on a cd sa matresse qu'on a prfr une mre l'objet de son amour2 mais je n'ai jamais lu qu'un courtisan ait parl avantageusement d'un ministre disgraci contre qui son souverain tait en colre4 ,je donne vingt mille pices d'or chacun de ceux dont on vient de rciter les actions gnreuses2 mais je donne la coupe ,zadig4 ,sire1 lui dit-il1 c'est votre majest seule qui mrite la coupe1 c'est elle qui a fait l'action la plus inoue1 puisque tant roi vous ne vous tes point fch contre votre esclave1 lorsqu'il contredisait votre passion4 ,on admira le roi et ,zadig4 ,le juge qui avait donn son bien1 l'amant qui avait mari sa matresse son ami1 le soldat qui avait prfr le salut de sa mre celui de sa matresse1 reurent les prsents du monarque3 ils virent leurs noms crits dans le livre des gnreux4 ,zadig eut la coupe4 ,le roi acquit la rputation d'un bon prince1 qu'il ne garda pas long-temps4 ,ce jour fut consacr par des ftes plus longues que la loi ne le portait4 ,la mmoire s'en conserve encore dans l',asie4 ,zadig disait3 ,je suis donc enfin heureux6 ,mais il se trompait4 ,,chapitre ,,vi4 ,le ministre4 ,le roi avait perdu son premier ministre4 ,il choisit ,zadig pour remplir cette place4 ,toutes les belles dames de ,babylone applaudirent ce choix1 car depuis la fondation de l'empire il n'y avait jamais eu de ministre si jeune4 ,tous les courtisans furent fchs2 l',envieux en eut un crachement de sang1 et le nez lui enfla prodigieusement4 ,zadig ayant remerci le roi et la reine1 alla remercier aussi le perroquet3 ,bel oiseau1 lui dit-il1 c'est vous qui m'avez sauv la vie1 et qui m'avez fait premier ministre3 la chienne et le cheval de leurs majests m'avaient fait beaucoup de mal1 mais vous m'avez fait du bien4 ,voil donc de quoi dpendent les destins des hommes6 ,mais1 ajouta-t-il1 un bonheur si trange sera peut-tre bientt vanoui4 ,le perroquet rpondit1 ,oui4 ,ce mot frappe ,zadig4 ,cependant1 comme il tait bon physicien1 et qu'il ne croyait pas que les perroquets fussent prophtes1 il se rassura bientt2 il se mit exercer son ministre de son mieux4 ,il fit sentir tout le monde le pouvoir sacr des lois1 et ne fit sentir personne le poids de sa dignit4 ,il ne gna point les voix du divan1 et chaque vizir pouvait avoir un avis sans lui dplaire4 ,quand il jugeait une affaire1 ce n'tait pas lui qui jugeait1 c'tait la loi2 mais quand elle tait trop svre1 il la temprait2 et quand on manquait de lois1 son quit en fesait qu'on aurait prises pour celles de ,zoroastre4 ,c'est de lui que les nations tiennent ce grand principe1 ,qu'il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent4 ,il croyait que les lois taient faites pour secourir les citoyens autant que pour les intimider4 ,son principal talent tait de dmler la vrit1 que tous les hommes cherchent obscurcir4 ,ds les premiers jours de son administration il mit ce grand talent en usage4 ,un fameux ngociant de ,babylone tait mort aux ,indes2 il avait fait ses hritiers ses deux fils par portions gales1 aprs avoir mari leur soeur1 et il laissait un prsent de trente mille pices d'or celui de ses deux fils qui serait jug l'aimer davantage4 ,l'an lui btit un tombeau1 le second augmenta d'une partie de son hritage la dot de sa soeur2 chacun disait3 ,c'est l'an qui aime le mieux son pre1 le cadet aime mieux sa soeur2 c'est l'an qu'appartiennent les trente mille pices4 ,zadig les fit venir tous deux l'un aprs l'autre4 ,il dit l'an3 ,votre pre n'est point mort1 il est guri de sa dernire maladie1 il revient ,babylone4 ,dieu soit lou1 rpondit le jeune homme2 mais voil un tombeau qui m'a cot bien cher6 ,zadig dit ensuite la mme chose au cadet4 ,dieu soit lou6 rpondit-il1 je vais rendre mon pre tout ce que j'ai2 mais je voudrais qu'il laisst ma soeur ce que je lui ai donn4 ,vous ne rendrez rien1 dit ,zadig1 et vous aurez les trente mille pices2 c'est vous qui aimez le mieux votre pre4 ,une fille fort riche avait fait une promesse de mariage deux mages1 et1 aprs avoir reu quelques mois des instructions de l'un et de l'autre1 elle se trouva grosse4 ,ils voulaient tous deux l'pouser4 ,je prendrai pour mon mari1 dit-elle1 celui des deux qui m'a mise en tat de donner un citoyen l'empire4 ,c'est moi qui ai fait cette bonne oeuvre1 dit l'un4 ,c'est moi qui ai eu cet avantage1 dit l'autre4 ,eh bien6 rpondit-elle1 je reconnais pour pre de l'enfant celui des deux qui lui pourra donner la meilleure ducation4 ,elle accoucha d'un fils4 ,chacun des mages veut l'lever4 ,la cause est porte devant ,zadig4 ,il fait venir les deux mages4 ,qu'enseigneras-tu ton pupille8 dit-il au premier4 ,je lui apprendrai1 dit le docteur1 les huit parties d'oraison1 la dialectique1 l'astrologie1 la dmonomanie2 ce que c'est que la substance et l'accident1 l'abstrait et le concret1 les monades et l'harmonie prtablie4 ,moi1 dit le second1 je tcherai de le rendre juste et digne d'avoir des amis4 ,zadig pronona3 ,que tu sois son pre ou non1 tu pouseras sa mre4 #a;,il venait tous les jours des plaintes la cour contre l'itimadoulet de ,mdie1 nomm ,irax4 ,c'tait un grand seigneur dont le fonds n'tait pas mauvais1 mais qui tait corrompu par la vanit et par la volupt4 ,il souffrait rarement qu'on lui parlt1 et jamais qu'on l'ost contredire4 ,les paons ne sont pas plus vains1 les colombes ne sont pas plus voluptueuses1 les tortues ont moins de paresse2 il ne respirait que la fausse gloire et les faux plaisirs3 ,zadig entreprit de le corriger4 #a,toute la fin de ce chapitre a paru1 pour la premire fois dans les ditions de ,kehl4 ,b4 ,il lui envoya de la part du roi un matre de musique avec douze voix et vingt-quatre violons1 un matre-d'htel avec six cuisiniers et quatre chambellans1 qui ne devaient pas le quitter4 ,l'ordre du roi portait que l'tiquette suivante serait inviolablement observe2 et voici comme les choses se passrent4 ,le premier jour1 ds que le voluptueux ,irax fut veill1 le matre de musique entra1 suivi des voix et des violons3 on chanta une cantate qui dura deux heures1 et1 de trois minutes en trois minutes1 le refrain tait3 ,que son mrite est extrme6 ,que de grces6 que de grandeur6 ,ah6 combien monseigneur ,doit tre content de lui-mme6 ,aprs l'excution de la cantate un chambellan lui fit une harangue de trois quarts d'heure1 dans laquelle on le louait expressment de toutes les bonnes qualits qui lui manquaient4 ,la harangue finie1 on le conduisit table au son des instruments4 ,le dner dura trois heures2 ds qu'il ouvrit la bouche pour parler1 le premier chambellan dit3 ,,ii aura raison4 ,a peine eut-il prononc quatre paroles que le second chambellan s'cria3 ,,ii a raison6 ,les deux autres chambellans firent de grands clats de rire des bons mots qu',irax avait dits ou qu'il avait d dire4 ,aprs dner on lui rpta la cantate4 ,cette premire journe lui parut dlicieuse1 il crut que le roi des rois l'honorait selon ses mrites2 la seconde lui parut moins agrable2 la troisime fut gnante2 la quatrime-ft insupportable2 la cinquime fut un supplice3 enfin1 outr d'entendre toujours cbanter1 ,ah6 combien monseigneur ,doit tre content de lui-mme6 d'entendre toujours dire qu'il avait raison1 et d'tre harangu chaque jour la mme heure1 il crivit en cour pour supplier le roi qu'il daignt rappeler ses chambellans1 ses musiciens1 son matre-d'htel2 il promit d'tre dsormais moins vain et plus appliqu2 il se fit moins encenser1 eut moins de ftes1 et fut plus heureux2 car1 comme dit le ,sadder#a1 toujours du plaisir n'est pas du plaisir4 #a ,sur le ,sadder1 voyez tome ,,xv1 pages #cji-cad2 et dans les ,mlanges1 anne #aggg1 la troisime niaiserie1 fesant partie de3 ,un chrtien contre six ,juifs4 ,b4 ,,chapitre ,,vii ,les disputes et les audiences4 ,c'est ainsi que ,zadig montrait tous les jours la subtilit de son gnie et la bont de son me2 on l'admirait1 et cependant on l'aimait4 ,il passait pour le plus fortun de tous les hommes1 tout l'empire tait rempli de son nom2 toutes les femmes le lorgnaient2 tous les citoyens clbraient sa justice2 les savants le regardaient comme leur oracle2 les prtres mme avouaient qu'il en savait plus que le vieux archimage ,ybor4 ,on tait bien loin alors de lui faire des procs sur les griffons2 on ne croyait que ce qui lui semblait croyable4 ,il y avait une grande querelle dans ,babylone qui durait depuis quinze cents annes1 et qui partageait l'empire en deux sectes opinitres3 l'une prtendait qu'il ne fallait jamais entrer dans le temple de ,mithra que du pied gauche2 l'autre avait cette coutume en abomination1 et n'entrait jamais que du pied droit4 ,on attendait le jour de la fte solennelle du feu sacr pour savoir quelle secte serait favorise par ,zadig4 ,l'univers avait les yeux sur ses deux pieds1 et toute la ville tait en agitation et en suspens4 ,zadig entra dans le temple en sautant pieds joints1 et il prouva ensuite1 par un discours loquent1 que le ,dieu du ciel et de la terre1 qui n'a acception de personne1 ne fait pas plus de cas de la jambe gauche que de la jambe droite4 ,l',envieux et sa femme prtendirent que dans son discours il n'y avait pas assez de figures1 qu'il n'avait pas fait assez danser les montagnes et les collines#a4 ,il est sec et sans gnie1 disaient-ils2 on ne voit chez lui ni la mer s'enfuir#b1 ni les toiles tomber#c1 ni le soleil se fondre comme de la cire#d2 il n'a point le bon style oriental4 ,zadig se contentait d'avoir le style de la raison4 ,tout le monde fut pour lui1 non pas parcequ'il tait dans le bon chemin1 non pas parcequ'il tait raisonnable1 non pas parcequ'il tait aimable1 mais parcequ'il tait premier vizir4 #a ,allusion aux versets #d et #f du psaume ,,cxiii4 ,b4 #b ,versets #c et #e du mme psaume4 ,b4 #c ,verset #ab du chapitre ,,xiv d',isae4 ,b4 #d ,on lit dans l',exode1 ,,xvi1 #ba3 ,cumque incaluisset sol1 liquefiebat2 el dans ,judith1 ,,xvi1 #ah3 ,petrae1 sicut cera1 liquescent4 ,b4 ,il termina aussi heureusement le grand procs entre les mages blancs et les mages noirs4 ,les blancs soutenaient que c'tait une impit de se tourner1 en priant ,dieu1 vers l'orient d'hiver2 les noirs assuraient que ,dieu avait en horreur les prires des hommes qui se tournaient vers le couchant d't4 ,zadig ordonna qu'on se tournt comme on voudrait4 ,il trouva ainsi le secret d'expdier le matin les affaires particulires et les gnrales3 le reste du jour il s'occupait des embellissements de ,babylone3 il fesait reprsenter des tragdies o l'on pleurait1 et des comdies o l'on riait2 ce qui tait pass de mode depuis long-temps1 et ce qu'il fit renatre parcequ'il avait du got4 ,il ne prtendait pas en savoir plus que les artistes2 il les rcompensait par des bienfaits et des distinctions1 et n'tait point jaloux en secret de leurs talents4 ,le soir il amusait beaucoup le roi1 et surtout la reine4 ,le roi disait3 ,le grand ministre6 la reine disait3 ,l'aimable ministre6 et tous deux ajoutaient3 ,c'et t grand dommage qu'il et t pendu4 ,jamais homme en place ne fut oblig de donner tant d'audiences aux dames4 ,la plupart venaient lui parler des affaires qu'elles n'avaient point1 pour en avoir une avec lui4 ,la femme de l',envieux s'y prsenta des premires2 elle lui jura par ,mithra1 par le ,zenda-,vesta1 et par le feu sacr1 qu'elle avait dtest la conduite de son mari2 elle lui confia ensuite que ce mari tait un jaloux1 un brutal2 elle lui fit entendre que les dieux le punissaient1 en lui refusant les prcieux effets de ce feu sacr par lequel seul l'homme est semblable aux immortels3 elle finit par laisser tomber sa jarretire2 ,zadig la ramassa avec sa politesse ordinaire2 mais il ne la rattacha point au genou de la dame2 et cette petite faute1 si c'en est une1 fut la cause des plus horribles infortunes4 ,zadig n'y pensa pas1 et la femme de l',envieux y pensa beaucoup4 ,d'autres dames se prsentaient tous les jours4 ,les annales secrtes de ,babylone prtendent qu'il succomba une fois1 mais qu'il fut tout tonn de jouir sans volupt1 et d'embrasser son amante avec distraction4 ,celle qui il donna1 sans presque s'en apercevoir1 des marques de sa protection1 tait une femme de chambre de la reine ,astart4 ,cette tendre ,babylonienne se disait elle-mme pour se consoler3 ,il faut que cet homme-l ait prodigieusement d'affaires dans la tte1 puisqu'il y songe encore mme en fesant l'amour4 ,il chappa ,zadig1 dans les instants o plusieurs personnes ne disent mot1 et o d'autres ne prononcent que des paroles sacres1 de s'crier tout d'un coup4 ,la reine6 ,la ,babylonienne crut qu'enfin il tait revenu lui dans un bon moment1 et qu'il lui disait3 ,ma reine4 ,mais ,zadig1 toujours trs distrait1 pronona le nom d',astart4 ,la dame1 qui dans ces heureuses circonstances interprtait tout son avantage1 s'imagina que cela voulait dire3 ,vous tes plus belle que la reine ,astart4 ,elle sortit du srail de ,zadig avec de trs beaux prsents4 ,elle alla conter son aventure l',envieuse1 qui tait son amie intime2 celle-ci fut cruellement pique de la prfrence4 ,il n'a pas daign seulement1 dit-elle1 me rattacher cette jarretire que voici1 et dont je ne veux plus me servir4 ,oh6 oh6 dit la fortune l',envieuse1 vous portez les mmes jarretires que la reine6 ,vous les prenez donc chez la mme feseuse8 ,l',envieuse rva profondment1 ne rpondit rien1 et alla consulter son mari l',envieux4 ,cependant ,zadig s'apercevait qu'il avait toujours des distractions quand il donnait des audiences1 et quand il jugeait3 il ne savait quoi les attribuer2 c'tait l sa seule peine4 ,il eut un songe3 il lui semblait qu'il tait couch d'abord sur des herbes sches1 parmi lesquelles il y en avait quelques unes de piquantes qui l'incommodaient2 et qu'ensuite il reposait mollement sur un lit de roses1 dont il sortait un serpent qui le blessait au coeur de sa langue acre et envenime4 ,hlas6 disait-il1 j'ai t long-temps couch sur ces herbes sches et piquantes1 je suis maintenant sur le lit de roses2 mais quel sera le serpent8 ,,chapitre ,,viii4 ,la jalousie4 ,le malheur de ,zadig vint de son bonheur mme1 et surtout de son mrite4 ,il avait tous les jours des entretiens avec le roi et avec ,astart son auguste pouse4 ,les charmes de sa conversation redoublaient encore par cette envie de plaire qui est l'esprit ce que la parure est la beaut2 sa jeunesse et ses grces firent insensiblement sur ,astart une impression dont elle ne s'aperut pas d'abord4 ,sa passion croissait dans le sein de l'innocence4 ,astart se livrait sans scrupule et sans crainte au plaisir de voir et d'entendre un homme cher son poux et l'tat2 elle ne cessait de le vanter au roi2 elle en parlait ses femmes1 qui enchrissaient encore sur ses louanges2 tout servait enfoncer dans son coeur le trait qu'elle ne sentait pas4 ,elle fesait des prsents ,zadig1 dans lesquels il entrait plus de galanterie qu'elle ne pensait2 elle croyait ne lui parler qu'en reine contente de ses services1 et quelquefois ses expressions taient d'une femme sensible4 ,astart tait beaucoup plus belle que cette ,smire qui hassait tant les borgnes1 et que cette autre femme qui avait voulu couper le nez son poux4 ,la familiarit d',astart1 ses discours tendres1 dont elle commenait rougir1 ses regards1 qu'elle voulait dtourner1 et qui se fixaient sur les siens1 allumrent dans le coeur de ,zadig un feu dont il s'tonna4 ,il combattit2 il appela son secours la philosophie1 qui l'avait toujours secouru2 il n'en tira que des lumires1 et n'en reut aucun soulagement4 ,le devoir1 la reconnaissance1 la majest souveraine viole1 se prsentaient ses yeux comme des dieux vengeurs2 il combattait1 il triomphait2 mais cette victoire1 qu'il fallait remporter tout moment1 lui cotait des gmissements et des larmes4 ,il n'osait plus parler la reine avec cette douce libert qui avait eu tant de charmes pour tous deux3 ses yeux se couvraient d'un nuage2 ses discours taient contraints et sans suite3 il baissait la vue2 et quand1 malgr lui1 ses regards se tournaient vers ,astart1 ils rencontraient ceux de la reine mouills de pleurs1 dont il partait des traits de flamme2 ils semblaient se dire l'un l'autre3 ,nous nous adorons1 et nous craignons de nous aimer2 nous brlons tous deux d'un feu que nous condamnons4 ,zadig sortait d'auprs d'elle gar1 perdu1 le coeur surcharg d'un fardeau qu'il ne pouvait plus porter3 dans la violence de ses agitations1 il laissa pntrer son secret son ami ,cador1 comme un homme qui1 ayant soutenu long-temps les atteintes d'une vive douleur1 fait enfin connatre son mal par un cri qu'un redoublement aigu lui arrache1 et par la sueur froide qui coule sur son front4 ,cador lui dit3 ,j'ai dj dml les sentiments que vous vouliez vous cacher vous-mme2 les passions ont des signes auxquels on ne peut se mprendre4 ,jugez1 mon cher ,zadig1 puisque j'ai lu dans votre coeur1 si le roi n'y dcouvrira pas un sentiment qui l'offense4 ,il n'a d'autre dfaut que celui d'tre le plus jaloux des hommes4 ,vous rsistez votre passion avec plus de force que la reine ne combat la sienne1 parccque vous tes philosophe1 et parceque vous tes ,zadig4 ,astart est femme2 elle laisse parler ses regards avec d'autant plus d'imprudence qu'elle ne se croit pas encore coupable4 ,malheureusement rassure sur son innocence1 elle nglige des dehors ncessaires4 ,je tremblerai pour elle1 tant qu'elle n'aura rien se reprocher4 ,si vous tiez d'accord l'un et l'autre1 vous sauriez tromper tous les yeux3 une passion naissante et combattue clate2 un amour satisfait sait se cacher4 ,zadig frmit la proposition de trahir le roi1 son bienfaiteur2 et jamais il ne fut plus fidle son prince que quand il fut coupable envers lui d'un crime involontaire4 ,cependant la reine prononait si souvent le nom de ,zadig1 son front se couvrait de tant de rougeur en le prononant1 elle tait tantt si anime2 tantt si interdite1 quand elle lui parlait en prsence du roi2 une rverie si profonde s'emparait d'elle quand il tait sorti1 que le roi fut troubl4 ,il crut tout ce qu'il voyait1 et imagina tout ce qu'il ne voyait point4 ,il remarqua surtout que les babouches de sa femme taient bleues1 et que les babouches de ,zadig taient bleues1 que les rubans de sa femme taient jaunes1 et que le bonnet de ,zadig tait jaune2 c'taient l de terribles indices pour un prince dlicat4 ,les soupons se tournrent en certitude dans son esprit aigri4 ,tous les esclaves des rois et des reines sont autant d'espions de leurs coeurs4 ,on pntra bientt qu',astart tait tendre1 et que ,moabdar tait jaloux4 ,l',envieux engagea l',envieuse envoyer au roi sa jarretire1 qui ressemblait celle de la reine4 ,pour surcrot de malheur1 cette jarretire tait bleue4 ,le monarque ne songea plus qu' la manire de se venger4 ,il rsolut une nuit d'empoisonner la reine1 et de faire mourir ,zadig par le cordeau au point du jour4 ,l'ordre en fut donn un impitoyable eunuque1 excuteur de ses vengeances4 ,il y avait alors dans la chambre du roi un petit nain qui tait muet1 mais qui n'tait pas sourd4 ,on le souffrait toujours3 il tait tmoin de ce qui se passait de plus secret1 comme un animal domestique4 ,ce petit muet tait trs attach la reine et ,zadig4 ,il entendit1 avec autant de surprise que d'horreur1 donner l'ordre de leur mort4 ,mais comment faire pour prvenir cet ordre effroyable1 qui allait s'excuter dans peu d'heures8 ,il ne savait pas crire2 mais il avait appris peindre1 et savait surtout faire ressembler4 ,il passa une partie de la nuit crayonner ce qu'il voulait faire entendre la reine4 ,son dessin reprsentait le roi agit de fureur1 dans un coin du tableau1 donnant des ordres son eunuque2 un cordeau bleu et un vase sur une table1 avec des jarretires bleues et des rubans jaunes2 la reine1 dans le milieu du tableau1 expirante entre les bras de ses femmes2 et ,zadig trangl ses pieds4 ,l'horizon reprsentait un soleil levant pour marquer que cette horrible excution devait se faire aux premiers rayons de l'aurore4 ,ds qu'il eut fini cet ouvrage1 il courut chez une femme d',astart1 la rveilla1 et lui fit entendre qu'il fallait dans l'instant mme porter ce tableau la reine4 ,cependant1 au milieu de la nuit1 on vient frapper la porte de ,zadig2 on le rveille2 on lui donne un billet de la reine2 il doute si c'est un songe2 il ouvre la lettre d'une main tremblante4 ,quelle fut sa surprise1 et qui pourrait exprimer la consternation et le dsespoir dont il fut accabl quand il lut ces paroles3 ,fuyez dans l'instant mme1 ou l'on va vous arracher la vie6 ,fuyez1 ,zadig2 je vous l'ordonne au nom de notre amour et de mes rubans jaunes4 ,je n'tais point coupable2 mais je sens que je vais mourir criminelle4 ,zadig eut peine la force de parler4 ,il ordonna qu'on ft venir ,cador2 et1 sans lui rien dire1 il lui donna ce billet4 ,cador le fora d'obir1 et de prendre sur-le-champ la route de ,memphis4 ,si vous osez aller trouver la reine1 lui dit-il1 vous htez sa mort2 si vous parlez au roi1 vous la perdez encore4 ,je me charge de sa destine2 suivez la vtre4 ,je rpandrai le bruit que vous avez pris la route des ,indes4 ,je viendrai bientt vous trouver1 et je vous apprendrai ce qui se sera pass ,babylone4 ,cador1 dans le moment mme1 fit placer deux dromadaires des plus lgers la course vers une porte secrte du palais3 il y fit monter ,zadig1 qu'il fallut porter1 et qui tait prs de rendre l'me4 ,un seul domestique l'accompagna2 et bientt ,cador1 plong dans l'tonnement et dans la douleur1 perdit son ami de vue4 ,cet illustre fugitif1 arriv sur le bord d'une colline dont on voyait ,babylone1 tourna la vue sur le palais de la reine1 et s'vanouit2 il ne reprit ses sens que pour verser des larmes1 et pour souhaiter la mort4 ,enfin1 aprs s'tre occup de la destine dplorable de la plus aimable des femmes et de la premire reine du monde1 il fit un moment#a de retour sur lui-mme1 et s'cria3 ,qu'est-ce donc que la vie humaine8 ,o vertu6 quoi m'avez-vous servi8 ,deux femmes m'ont indignement tromp2 la troisime1 qui n'est point coupable1 et qui est plus belle que les autres1 va mourir6 ,tout ce que j'ai fait de bien a toujours t pour moi une source de maldictions1 et je n'ai t lev au comble de la grandeur que pour tomber dans le plus horrible prcipice de l'infortune4 ,si j'eusse t mchant comme tant d'autres1 je serais heureux comme eux4 ,accabl de ces rflexions funestes1 les yeux chargs du voile de la douleur1 la pleur de la mort sur le visage1 et l'me abme dans l'excs d'un sombre dsespoir1 il continuait son voyage vers l',egypte4 #a ,l'erratum de l'dition de ,kehl dit de mettre1 un mouvement de retour4 ,j'ai suivi le texte de #agdg1agdh1 etc4 ,b4 ,,chapitre ,,ix4 ,la femme battue4 ,zadig dirigeait sa route sur les toiles4 ,la constellation d',orion et le brillant astre de ,sirius le guidaient vers le port#a de ,canope4 ,il admirait ces vastes globes de lumire qui ne paraissent que de faibles tincelles nos yeux1 tandis que la terre1 qui n'est en effet qu'un point imperceptible dans la nature1 parat notre cupidit quelque chose de si grand et de si noble4 ,il se figurait alors les hommes tels qu'ils sont en effet1 des insectes se dvorant les uns les autres sur un petit atome de boue4 ,cette image vraie semblait anantir ses malheurs1 en lui retraant le nant de son tre et celui de ,babylone4 ,son me s'lanait jusque dans l'infini1 et contemplait1 dtache de ses sens1 l'ordre immuable de l'univers4 ,mais lorsque ensuite1 rendu lui-mme et rentrant dans son coeur1 il pensait qu',astart tait peut-tre morte pour lui1 l'univers disparaissait ses yeux1 et il ne voyait dans la nature entire qu',astart mourante et ,zadig infortun4 ,comme il se livrait ce flux et ce reflux de philosophie sublime et de douleur accablante1 il avanait vers les frontires de l',egypte2 et dj son domestique fidle tait dans la premire bourgade1 o il lui cherchait un logement4 ,zadig cependant se promenait vers les jardins qui bordaient ce village4 ,il vit1 non loin du grand chemin1 une femme plore qui appelait le ciel et la terre son secours1 et un homme furieux qui la suivait4 ,elle tait dj atteinte par lui1 elle embrassait ses genoux4 ,cet homme l'accablait de coups et de reproches4 ,il jugea1 la violence de l',egyptien et aux pardons ritrs que lui demandait la dame1 que l'un tait un jaloux1 et l'autre une infidle2 mais quand il eut considr cette femme1 qui tait d'une beaut touchante1 et qui mme ressemblait un peu la malheureuse ,astart1 il se sentit pntr de compassion pour elle1 et d'horreur pour l'gyptien4 ,secourez-moi1 s'cria-t-elle ,zadig avec des sanglots2 tirez-moi des mains du plus barbare des hommes1 sauvez-moi la vie6 ,a ces cris1 ,zadig courut se jeter entre elle et ce barbare4 ,il avait quelque connaissance de la langue gyptienne4 ,il lui dit en cette langue3 ,si vous avez quelque humanit1 je vous conjure de respecter la beaut et la faiblesse4 ,pouvez-vous outrager ainsi un chef-d'oeuvre de la nature1 qui est vos pieds1 et qui n'a pour sa dfense que des larmes8 ,ah6 ah6 lui dit cet emport1 tu l'aimes donc aussi6 et c'est de toi qu'il faut que je me venge4 ,en disant ces paroles1 il laisse la dame1 qu'il tenait d'une main par les cheveux1 et1 prenant sa lance1 il veut en percer l'tranger4 ,celui-ci1 qui tait de sang-froid1 vita aisment le coup d'un furieux4 ,il se saisit de la lance prs du fer dont elle est arme4 ,l'un veut la retirer1 l'autre l'arracher4 ,elle se brise entre leurs mains4 ,l'gyptien tire son pe2 ,zadig s'arme de la sienne4 ,ils s'attaquent l'un l'autre4 ,celui-l porte cent coups prcipits2 celui-ci les pare avec adresse4 ,la dame1 assise sur un gazon1 rajuste sa coiffure1 et les regarde4 ,l',egyptien tait plus robuste que son adversaire1 ,zadig tait plus adroit4 ,celui-ci se battait en homme dont la tte conduisait le bras1 et celui-l comme un emport dont une colre aveugle guidait les mouvements au hasard4 ,zadig passe lui1 et le dsarme2 et tandis que l',egyptien1 devenu plus furieux1 veut se jeter sur lui1 il le saisit1 le presse1 le fait tomber en lui tenant l'pe sur la poitrine2 il lui offre de lui donner la vie4 ,l',egyptien hors de lui tire son poignard2 il en blesse ,zadig dans le temps mme que le vainqueur lui pardonnait4 ,zadig indign lui plonge son pe dans le sein4 ,l',egyptien jette un cri horrible1 et meurt en se dbattant4 ,zadig alors s'avana vers la dame1 et lui dit d'une voix soumise3 ,il m'a forc de le tuer3 je vous ai venge2 vous tes dlivre de l'homme le plus violent que j'aie jamais vu4 ,que voulez-vous maintenant de moi1 madame8 ,que tu meures1 sclrat1 lui rpondit-elle2 que tu meures6 tu as tu mon amant2 je voudrais pouvoir dchirer ton coeur4 ,en vrit1 madame1 vous aviez l un trange homme pour amant1 lui rpondit ,zadig2 il vous battait de toutes ses forces1 et il voulait m'arracher la vie parceque vous m'avez conjur de vous secourir4 ,je voudrais qu'il me battt encore1 reprit la dame en poussant des cris4 ,je le mritais bien1 je lui avais donn de la jalousie4 ,plt au ciel qu'il me battt1 et que tu fusses sa place6 ,zadig1 plus surpris et plus en colre qu'il ne l'avait t de sa vie1 lui dit3 ,madame1 toute belle que vous tes1 vous mriteriez que je vous battisse mon tour1 tant vous tes extravagante2 mais je n'en prendrai pas la peine4 ,l-dessus il remonta sur son chameau1 et avana vers le bourg4 ,a peine avait-il fait quelques pas qu'il se retourne au bruit que fesaient quatre courriers de ,babylone4 ,ils venaient toute bride4 ,l'un d'eux1 en voyant cette femme1 s'cria3 ,c'est elle-mme6 elle ressemble au portrait qu'on nous en a fait4 ,ils ne s'embarrassrent pas du mort1 et se saisirent incontinent de la dame4 ,elle ne cessait de crier ,zadig3 ,secourez-moi encore une fois1 tranger gnreux6 je vous demande pardon de m'tre plainte de vous3 secourez-moi1 et je suis vous jusqu'au tombeau6 ,l'envie avait pass ,zadig de se battre dsormais pour elle4 ,a d'autres1 rpond-il2 vous ne m'y attraperez plus4 ,d'ailleurs il tait bless1 son sang coulait1 il avait besoin de secours2 et la vue des quatre ,babyloniens1 probablement envoys par le roi ,moabdar1 le remplissait d'inquitude4 ,il s'avance en hte vers le village1 n'imaginant pas pourquoi quatre courriers de ,babylone venaient prendre cette ,egyptienne1 mais encore plus tonn du caractre de cette dame4 #a ,c'est d'aprs un erratum manuscrit de feu ,decroix que j'ai mis port4 ,les ditions que j'ai vues portent toutes1 sans exception1 le ple de ,canope4 ,voltaire a dit1 dans le chapitre ,v du ,taureau blanc 7tome ,,xxxiv73 ,je m'en vais auprs du lac de ,sirbon1 par ,canope4 ,b4 ,,chapitre ,x4 ,l'esclavage4 ,comme il entrait dans la bourgade gyptienne1 il se vit entour par le peuple4 ,chacun criait3 ,voil celui qui a enlev la belle ,missouf1 et qui vient d'assassiner ,cltofis6 ,messieurs1 dit-il1 ,dieu me prserve d'enlever jamais votre belle ,missouf6 elle est trop capricieuse2 et1 l'gard de ,cltofis1 je ne l'ai point assassin2 je me suis dfendu seulement contre lui4 ,il voulait me tuer1 parceque je lui avais demand trs humblement grce pour la belle ,missouf1 qu'il battait impitoyablement4 ,je suis un tranger qui vient chercher un asile dans l',egypte2 et il n'y a pas d'apparence qu'en venant demander votre protection1 j'aie commenc par enlever une femme1 et par assassiner un homme4 ,les ,egyptiens taient alors justes et humains4 ,le peuple conduisit ,zadig la maison de ville4 ,on commena par le faire panser de sa blessure1 et ensuite on l'interrogea1 lui et son domestique sparment1 pour savoir la vrit4 ,on reconnut que ,zadig n'tait point un assassin2 mais il tait coupable du sang d'un homme3 la loi le condamnait tre esclave4 ,on vendit au profit de la bourgade ses deux chameaux2 on distribua aux habitants tout l'or qu'il avait apport2 sa personne fut expose en vente dans la place publique1 ainsi que celle de son compagnon de voyage4 ,un marchand arabe1 nomm ,stoc1 y mit l'enchre2 mais le valet1 plus propre la fatigue1 fut vendu bien plus chrement que le matre4 ,on ne fesait pas de comparaison entre ces deux hommes4 ,zadig fut donc esclave subordonn son valet3 on les attacha ensemble avec une chane qu'on leur passa aux pieds1 et en cet tat ils suivirent le marchand arabe dans sa maison4 ,zadig1 en chemin1 consolait son domestique1 et l'exhortait la patience2 mais1 selon sa coutume1 il fesait des rflexions sur la vie humaine4 ,je vois1 lui disait-il1 que les malheurs de ma destine se rpandent sur la tienne4 ,tout m'a tourn jusqu'ici d'une faon bien trange4 ,j'ai t condamn l'amende pour avoir vu passer une chienne2 j'ai pens tre empal pour un griffon2 j'ai t envoy au supplice parceque j'avais fait des vers la louange du roi2 j'ai t sur le point d'tre trangl parceque la reine avait des rubans jaunes1 et me voici esclave avec toi parcequ'un brutal a battu sa matresse4 ,allons1 ne perdons point courage2 tout ceci finira peut-tre2 il faut bien que les marchands arabes aient des esclaves2 et pourquoi ne le serais-je pas comme un autre1 puisque je suis homme comme un autre8 ,ce marchand ne sera pas impitoyable2 il faut qu'il traite bien ses esclaves1 s'il en veut tirer des services4 ,il parlait ainsi1 et dans le fond de son coeur il tait occup du sort de la reine de ,babylone4 ,stoc1 le marchand1 partit deux jours aprs pour l',arabie dserte avec ses esclaves et ses chameaux4 ,sa tribu habitait vers le dsert d',horeb4 ,le chemin fut long et pnible4 ,stoc1 dans la route1 fesait bien plus de cas du valet que du matre1 parceque le premier chargeait bien mieux les chameaux2 et toutes les petites distinctions furent pour lui4 ,un chameau mourut deux journes d',horeb3 on rpartit sa charge sur le dos de chacun des serviteurs2 ,zadig en eut sa part4 ,stoc se mit rire en voyant tous ses esclaves marcher courbs4 ,zadig prit la libert de lui en expliquer la raison1 et lui apprit les lois de l'quilibre4 ,le marchand tonn commena le regarder d'un autre oeil4 ,zadig1 voyant qu'il avait excit sa curiosit1 la redoubla en lui apprenant beaucoup de choses qui n'taient point trangres son commerce2 les pesanteurs spcifiques des mtaux et des denres sous un volume gal2 les proprits de plusieurs animaux utiles2 le moyen de rendre tels ceux qui ne l'taient pas2 enfin il lui parut un sage4 ,stoc lui donna la prfrence sur son camarade1 qu'il avait tant estim4 ,il le traita bien1 et n'eut pas sujet de s'en repentir4 ,arriv dans sa tribu1 ,stoc commena par redemander cinq cents onces d'argent un ,hbreu auquel il les avait prtes en prsence de deux tmoins2 mais ces deux tmoins taient morts1 et l',hbreu1 ne pouvant tre convaincu1 s'appropriait l'argent du marchand1 en remerciant ,dieu de ce qu'il lui avait donn le moyen de tromper un ,arabe4 ,stoc confia sa peine ,zadig1 qui tait devenu son conseil4 ,en quel endroit1 demanda ,zadig1 prttes-vous vos cinq cents onces cet infidle8 ,sur une large pierre1 rpondit le marchand1 qui est auprs du mont ,horeb4 ,quel est le caractre de votre dbiteur8 dit ,zadig4 ,celui d'un fripon1 reprit ,stoc4 ,mais je vous demande si c'est un homme vif ou flegmatique1 avis ou imprudent4 ,c'est de tous les mauvais payeurs1 dit ,stoc1 le plus vif que je connaisse4 ,eh bien6 insista ,zadig1 permettez que je plaide votre cause devant le juge4 ,en effet il cita l',hbreu au tribunal1 et il parla ainsi au juge3 ,oreiller du trne d'quit1 je viens redemander cet homme1 au nom de mon matre1 cinq cents onces d'argent qu'il ne veut pas rendre4 ,avez-vous des tmoins8 dit le juge4 ,non1 ils sont morts2 mais il reste une large pierre sur laquelle l'argent fut compt2 et s'il plat votre grandeur d'ordonner qu'on aille chercher la pierre1 j'espre qu'elle portera tmoignage2 nous resterons ici l',hbreu et moi1 en attendant que la pierre vienne2 je l'enverrai chercher aux dpens de ,stoc1 mon matre4 ,trs volontiers1 rpondit le juge2 et il se mit expdier d'autres affaires4 ,a la fin de l'audience3 ,eh bien6 dit-il ,zadig1 votre pierre n'est pas encore venue8 ,l',hbreu1 en riant1 rpondit3 ,votre grandeur resterait ici jusqu' demain que la pierre ne serait pas encore arrive2 elle est plus de six milles d'ici1 et il faudrait quinze hommes pour la remuer4 ,eh bien6 s'cria ,zadig1 je vous avais bien dit que la pierre porterait tmoignage2 puisque cet homme sait o elle est1 il avoue donc que c'est sur elle que l'argent fut compt4 ,l',hbreu dconcert fut bientt contraint de tout avouer4 ,le juge ordonna qu'il serait li la pierre1 sans boire ni manger1 jusqu' ce qu'il et rendu les cinq cents onces1 qui furent bientt payes4 ,l'esclave ,zadig et la pierre furent en grande recommandation dans l',arabie4 ,,chapitre ,,xi4 ,le bcher4 ,stoc enchant fit de son esclave son ami intime4 ,il ne pouvait pas plus se passer de lui qu'avait fait le roi de ,babylone2 et ,zadig fut heureux que ,stoc n'et point de femme4 ,il dcouvrait dans son matre un naturel port au bien1 beaucoup de droiture et de bon sens4 ,il fut fch de voir qu'il adorait l'arme cleste1 c'est--dire le soleil1 la lune1 et les toiles1 selon l'ancien usage d',arabie4 ,il lui en parlait quelquefois avec beaucoup de discrtion4 ,enfin il lui dit que c'taient des corps comme les autres1 qui ne mritaient pas plus son hommage qu'un arbre ou un rocher4 ,mais1 disait ,stoc1 ce sont des tres ternels dont nous tirons tous nos avantages2 ils animent la nature2 ils rglent les saisons2 ils sont d'ailleurs si loin de nous qu'on ne peut pas s'empcher de les rvrer4 ,vous recevez plus d'avantages1 rpondit ,zadig1 des eaux de la mer ,rouge1 qui porte vos marchandises aux ,indes4 ,pourquoi ne serait-elle pas aussi ancienne que les toiles8 ,et si vous adorez ce qui est loign de vous1 vous devez adorer la terre des ,gangarides1 qui est aux extrmits du monde4 ,non1 disait ,stoc1 les toiles sont trop brillantes pour que je ne les adore pas4 ,le soir venu1 ,zadig alluma un grand nombre de flambeaux dans la tente o il devait souper avec ,stoc2 et ds que son patron parut1 il se jeta genoux devant ces cires allumes1 et leur dit3 ternelles et brillantes clarts1 soyez-moi toujours propices6 ,ayant profr ces paroles1 il se mit table sans regarder ,stoc4 ,que faites-vous donc8 lui dit ,stoc tonn4 ,je fais comme vous1 rpondit ,zadig2 j'adore ces chandelles1 et je nglige leur matre et le mien4 ,stoc comprit le sens profond de cet apologue4 ,la sagesse de son esclave entra dans son me2 il ne prodigua plus son encens aux cratures1 et adora l',etre ternel qui les a faites4 ,il y avait alors dans l',arabie une coutume affreuse1 venue originairement de ,scythie1 et qui1 s'tant tablie dans les ,indes par le crdit des brachmanes1 menaait d'envahir tout l'orient4 ,lorsqu'un homme mari tait mort1 et que sa femme bien-aime voulait tre sainte1 elle se brlait en public sur le corps de son mari4 ,c'tait une fte solennelle qui s'appelait le bcher du veuvage4 ,la tribu dans laquelle il y avait eu le plus de femmes brles tait la plus considre4 ,un ,arabe de la tribu de ,stoc tant mort1 sa veuve1 nomme ,almona1 qui tait fort dvote1 fit savoir le jour et l'heure o elle se jetterait dans le feu au son des tambours et des trompettes4 ,zadig remontra ,stoc combien cette horrible coutume tait contraire au bien du genre humain2 qu'on laissait brler tous les jours de jeunes veuves qui pouvaient donner des enfants l'tat1 ou du moins lever les leurs2 et il le fit convenir qu'il fallait1 si on pouvait1 abolir un usage si barbare4 ,stoc rpondit3 ,il y a plus de mille ans que les femmes sont en possession de se brler4 ,qui de nous osera changer une loi que le temps a consacre8 ,y a-t-il rien de plus respectable qu'un ancien abus8 ,la raison est plus ancienne1 reprit ,zadig4 ,parlez aux chefs des tribus1 et je vais trouver la jeune veuve4 ,il se fit prsenter elle2 et aprs s'tre insinu dans son esprit par des louanges sur sa beaut1 aprs lui avoir dit combien c'tait dommage de mettre au feu tant de charmes1 il la loua encore sur sa constance et sur son courage4 ,vous aimiez donc prodigieusement votre mari8 lui dit-il4 ,moi8 point du tout1 rpondit la dame arabe4 ,c'tait un brutal1 un jaloux1 un homme insupportable2 mais je suis fermement rsolue de me jeter sur son bcher4 ,il faut1 dit ,zadig1 qu'il y ait apparemment un plaisir bien dlicieux tre brle vive4 ,ah6 cela fait frmir la nature1 dit la dame2 mais il faut en passer par l4 ,je suis dvote2 je serais perdue de rputation1 et tout le monde se moquerait de moi si je ne me brlais pas4 ,zadig1 l'ayant fait convenir qu'elle se brlait pour les autres et par vanit1 lui parla long-temps d'une manire lui faire aimer un peu la vie1 et parvint mme lui inspirer quelque bienveillance pour celui qui lui parlait4 ,que feriez-vous enfin1 lui dit-il1 si la vanit de vous brler ne vous tenait pas8 ,hlas6 dit la dame1 je crois que je vous prierais de m'pouser4 ,zadig tait trop rempli de l'ide d',astart pour ne pas luder cette dclaration2 mais il alla dans l'instant trouver les chefs des tribus1 leur dit ce qui s'tait pass1 et leur conseilla de faire une loi par laquelle il ne serait permis une veuve de se brler qu'aprs avoir entretenu un jeune homme tte tte pendant une heure entire4 ,depuis ce temps1 aucune dame ne se brla en ,arabie4 ,on eut au seul ,zadig l'obligation d'avoir dtruit en un jour une coutume si cruelle1 qui durait depuis tant de sicles4 ,il tait donc le bienfaiteur de l',arabie4 ,,chapitre ,,xii4 ,le souper4 ,stoc1 qui ne pouvait se sparer de cet homme en qui habitait la sagesse1 le mena la grande foire de ,bassora1 o devaient se rendre les plus grands ngociants de la terre habitable4 ,ce fut pour ,zadig une consolation sensible de voir tant d'hommes de diverses contres runis dans la mme place4 ,il lui paraissait que l'univers tait une grande famille qui se rassemblait ,bassora4 ,il se trouva table ds le second jour avec un ,egyptien1 un ,indien gangaride1 un habitant du ,cathay1 un ,grec1 un ,celte1 et plusieurs autres trangers qui1 dans leurs frquents voyages vers le golfe ,arabique1 avaient appris assez d'arabe pour se faire entendre4 ,l',egyptien paraissait fort en colre4 ,quel abominable pays que ,bassora6 disait-il2 on m'y refuse mille onces d'or sur le meilleur effet du monde4 ,comment donc1 dit ,stoc1 sur quel effet vous a-t-on refus cette somme8 ,sur le corps de ma tante1 rpondit l'gyptien2 c'tait la plus brave femme d',egypte4 ,elle m'accompagnait toujours2 elle est morte en chemin2 j'en ai fait une des plus belles momies que nous ayons2 et je trouverais dans mon pays tout ce que je voudrais en la mettant en gage4 ,il est bien trange qu'on ne veuille pas seulement me donner ici mille onces d'or sur un effet si solide4 ,tout en se courrouant1 il tait prt de manger d'une excellente poule bouillie1 quand l',indien1 le prenant par la main1 s'cria avec douleur3 ,ah6 qu'allez-vous faire8 ,manger de cette poule1 dit l'homme la momie4 ,gardez-vous-en bien1 dit le ,gangaride2 il se pourrait faire que l'me de la dfunte ft passe dans le corps de cette poule1 et vous ne voudriez pas vous exposer manger votre tante4 ,faire cuire des poules1 c'est outrager manifestement la nature4 ,que voulez-vous dire avec votre nature et vos poules8 reprit le colrique ,egyptien2 nous adorons un boeuf1 et nous en mangeons bien4 ,vous adorez un boeuf6 est-il possible8 dit l'homme du ,gange4 ,il n'y a rien de si possible1 repartit l'autre2 il y a cent trente-cinq mille ans que nous en usons ainsi1 et personne parmi nous n'y trouve redire4 ,ah6 cent trente-cinq mille ans6 dit l',indien1 ce compte est un peu exagr2 il n'y en a que quatre-vingt mille que l',inde est peuple1 et assurment nous sommes vos anciens2 et ,brama nous avait dfendu de manger des boeufs avant que vous vous fussiez aviss de les mettre sur les autels et la broche4 ,voil un plaisant animal que votre ,brama1 pour le comparer ,apis6 dit l',egyptien2 qu'a donc fait votre ,brama de si beau8 ,le bramin rpondit3 ,c'est lui qui a appris aux hommes lire et crire1 et qui toute la terre doit le jeu des checs4 ,vous vous trompez1 dit un ,chalden qui tait auprs de lui2 c'est le poisson ,oanns qui on doit de si grands bienfaits1 et il est juste de ne rendre qu' lui ses hommages4 ,tout le monde vous dira que c'tait un tre divin1 qu'il avait la queue dore1 avec une belle tte d'homme1 et qu'il sortait de l'eau pour venir prcher terre trois heures par jour4 ,il eut plusieurs enfants qui furent tous rois1 comme chacun sait4 ,j'ai son portrait chez moi1 que je rvre comme je le dois4 ,on peut manger du boeuf tant qu'on veut2 mais c'est assurment une trs grande impit de faire cuire du poisson2 d'ailleurs vous tes tous deux d'une origine trop peu noble et trop rcente pour me rien disputer4 ,la nation gyptienne ne compte que cent trente-cinq mille ans1 et les ,indiens ne se vantent que de quatre-vingt mille1 tandis que nous avons des almanachs de quatre mille sicles4 ,croyez-moi1 renoncez vos folies1 et je vous donnerai chacun un beau portrait d',oanns4 ,l'homme de ,cambalu1 prenant la parole1 dit3 ,je respecte fort les ,egyptiens1 les ,chaldens1 les ,grecs1 les ,celtes1 ,brama1 le boeuf ,apis1 le beau poisson ,oanns2 mais peut-tre que le ,li ou le ,tiena1 comme on voudra l'appeler1 vaut bien les boeufs et les poissons4 ,je ne dirai rien de mon pays2 il est aussi grand que la terre d',egypte1 la ,chalde1 et les ,indes ensemble4 ,je ne dispute pas d'antiquit1 parcequ'il suffit d'tre heureux1 et que c'est fort peu de chose d'tre ancien2 mais1 s'il fallait parler d'almanachs1 je dirais que toute l',asie prend les ntres1 et que nous en avions de fort bons avant qu'on st l'arithmtique en ,chalde4 a ,mots chinois qui signifient proprement3 li1 la lumire naturelle1 la raison2 et tien1 le ciel2 et qui signifient aussi ,dieu4 ,vous tes de grands ignorants tous tant que vous tes6 s'cria le ,grec3 est-ce que vous ne savez pas que le chaos est le pre de tout1 et que la forme et la matire ont mis le monde dans l'tat o il est8 ,ce ,grec parla long-temps2 mais il fut enfin interrompu par le ,celte1 qui1 ayant beaucoup bu pendant qu'on disputait1 se crut alors plus savant que tous les autres1 et dit en jurant qu'il n'y avait que ,teutath et le gui de chne qui valussent la peine qu'on en parlt2 que1 pour lui1 il avait toujours du gui dans sa poche2 que les ,scythes1 ses anctres1 taient les seules gens de bien qui eussent jamais t au monde2 qu'ils avaient1 la vrit1 quelquefois mang des hommes1 mais que cela n'empchait pas qu'on ne dt avoir beaucoup de respect pour sa nation2 et qu'enfin1 si quelqu'un parlait mal de ,teutath1 il lui apprendrait vivre4 ,la querelle s'chauffa pour lors1 et ,stoc vit le moment o la table allait tre ensanglante4 ,zadig1 qui avait gard le silence pendant toute la dispute1 se leva enfin3 il s'adressa d'abord au ,celte1 comme au plus furieux2 il lui dit qu'il avait raison1 et lui demanda du gui2 il loua le ,grec sur son loquence1 et adoucit tous les esprits chauffs4 ,il ne dit que trs peu de chose l'homme du ,cathay1 parcequ'il avait t le plus raisonnable de tous4 ,ensuite il leur dit3 ,mes amis1 vous alliez vous quereller pour rien1 car vous tes tous du mme avis4 ,a ce mot1 ils se rcrirent tous4 ,n'est-il pas vrai1 dit-il au ,celte1 que vous n'adorez pas ce gui1 mais celui qui a fait le gui et le chne8 ,assurment1 rpondit le ,celte4 ,et vous1 monsieur l',egyptien1 vous rvrez apparemment dans un certain boeuf celui qui vous a donn les boeufs8 ,oui1 dit l',egyptien4 ,le poisson ,oanns1 continua-t-il1 doit cder celui qui a fait la mer et les poissons4 ,d'accord1 dit le ,chalden4 ,l',indien1 ajouta-t-il1 et le ,cathayen1 reconnaissent comme vous un premier principe2 je n'ai pas trop bien compris les choses admirables que le ,grec a dites1 mais je suis sr qu'il admet aussi un ,etre suprieur1 de qui la forme et la matire dpendent4 ,le ,grec qu'on admirait1 dit que ,zadig avait trs bien pris sa pense4 ,vous tes donc tous de mme avis1 rpliqua ,zadig1 et il n'y a pas l de quoi se quereller4 ,tout le monde l'embrassa4 ,stoc1 aprs avoir vendu fort cher ses denres1 reconduisit son ami ,zadig dans sa tribu4 ,zadig apprit en arrivant qu'on lui avait fait son procs en son absence1 et qu'il allait tre brl petit feu4 ,,chapitre ,,xiii4 ,le rendez-vous4 ,pendant son voyage ,bassora1 les prtres des toiles avaient rsolu de le punir4 ,les pierreries et les ornements des jeunes veuves qu'ils envoyaient au bcher leur appartenaient de droit2 c'tait bien le moins qu'ils fissent brler ,zadig pour le mauvais tour qu'il leur avait jou4 ,ils accusrent donc ,zadig d'avoir des sentiments errons sur l'arme cleste2 ils dposrent contre lui1 et jurrent qu'ils lui avaient entendu dire que les toiles ne se couchaient pas dans la mer4 ,ce blasphme effroyable fit frmir les juges2 ils furent prts de dchirer leurs vtements1 quand ils ourent ces paroles impies1 et ils l'auraient fait1 sans doute1 si ,zadig avait eu de quoi les payer2 mais1 dans l'excs de leur douleur1 ils se contentrent de le condamner tre brl petit feu4 ,stoc1 dsespr1 employa en vain son crdit pour sauver son ami2 il fut bientt oblig de se taire4 ,la jeune veuve ,almona1 qui avait pris beaucoup de got la vie1 et qui en avait obligation ,zadig1 rsolut de le tirer du bcher1 dont il lui avait fait connatre l'abus4 ,elle roula son dessein dans sa tte1 sans en parler personne4 ,zadig devait tre excut le lendemain2 elle n'avait que la nuit pour le sauver3 voici comme elle s'y prit en femme charitable et prudente4 ,elle se parfuma2 elle releva sa beaut par l'ajustement le plus riche et le plus galant1 et alla demander une audience secrte au chef des prtres des toiles4 ,quand elle fut devant ce vieillard vnrable1 elle lui parla en ces termes3 ,fils an de la grande ,ourse1 frre du ,taureau1 cousin du grand ,chien 7c'taient les titres de ce pontife71 je viens vous confier mes scrupules4 ,j'ai bien peur d'avoir commis un pch norme1 en ne me brlant pas dans le bcher de mon cher mari4 ,en effet qu'avais-je conserver8 une chair prissable1 et qui est dj toute fltrie4 ,en disant ces paroles elle tira de ses longues manches de soie1 ses bras nus d'une forme admirable et d'une blancheur blouissante4 ,vous voyez1 dit-elle1 le peu que cela vaut4 ,le pontife trouva dans son coeur que cela valait beaucoup4 ,ses yeux le dirent1 et sa bouche le confirma2 il jura qu'il n'avait vu de sa vie de si beaux bras4 ,hlas6 lui dit la veuve1 les bras peuvent tre un peu moins mal que le reste2 mais vous m'avouerez que la gorge n'tait pas digne de mes attentions4 ,alors elle laissa voir le sein le plus charmant que la nature et jamais form4 ,un bouton de rose sur une pomme d'ivoire n'et paru auprs que de la garance sur du buis1 et les agneaux sortant du lavoir auraient sembl d'un jaune brun4 ,cette gorge1 ses grands yeux noirs qui languissaient en brillant doucement d'un feu tendre1 ses joues animes de la plus belle pourpre mle au blanc de lait le plus pur2 son nez1 qui n'tait pas comme la tour du mont ,liban2 ses lvres1 qui taient comme deux bordures de corail renfermant les plus belles perles de la mer d',arabie1 tout cela ensemble fit croire au vieillard qu'il avait vingt ans4 ,il fit en bgayant une dclaration tendre4 ,almona le voyant enflamm lui demanda la grce de ,zadig4 ,hlas6 dit-il1 ma belle dame1 quand je vous accorderais sa grce1 mon indulgence ne servirait de rien2 il faut qu'elle soit signe de trois autres de mes confrres4 ,signez toujours1 dit ,almona4 ,volontiers1 dit le prtre1 condition que vos faveurs seront le prix de ma facilit4 ,vous me faites trop d'honneur1 dit ,almona2 ayez seulement pour agrable de venir dans ma chambre aprs que le soleil sera couch1 et ds que la brillante toile ,sheat sera sur l'horizon1 vous me trouverez sur un sofa couleur de rose1 et vous en userez comme vous pourrez avec votre servante4 ,elle sortit alors1 emportant avec elle la signature1 et laissa le vieillard plein d'amour et de dfiance de ses forces4 ,il employa le reste du jour se baigner2 il but une liqueur compose de la cannelle de ,ceylan1 et des prcieuses pices de ,tidor et de ,ternate1 et attendit avec impatience que l'toile ,sheat vnt paratre4 ,cependant la belle ,almona alla trouver le second pontife4 ,celui-ci l'assura que le soleil1 la lune1 et tous les feux du firmament1 n'taient que des feux follets en comparaison de ses charmes4 ,elle lui demanda la mme grce1 et on lui proposa d'en donner le prix4 ,elle se laissa vaincre1 et donna rendez-vous au second pontife au lever de l'toile ,algnib4 ,de l elle passa chez le troisime et chez le quatrime prtre1 prenant toujours une signature1 et donnant un rendez-vous d'toile en toile4 ,alors elle fit avertir les juges de venir chez elle pour une affaire importante4 ,ils s'y rendirent3 elle leur montra les quatre noms1 et leur dit quel prix les prtres avaient vendu la grce de ,zadig4 ,chacun d'eux arriva l'heure prescrite2 chacun fut bien tonn d'y trouver ses confrres1 et plus encore d'y trouver les juges devant qui leur honte fut manifeste4 ,zadig fut sauv4 ,stoc fut si charm de l'habilet d',almona1 qu'il en fit sa femme #a4 #a ,dans l'dition de #agdh et dans toutes celles qui l'ont suivie1 jusques l'dition de ,kehl exclusivement1 ce chapitre se terminait ainsi3 ,zadig partit aprs s'tre jet aux pieds de sa belle libratrice4 ,stoc et lui se quittrent en pleurant1 en se jurant une amiti ternelle1 et en se promettant que le premier des deux qui ferait une grande fortune en ferait part l'autre4 ,zadig marcha du ct de la ,syrie1 toujours pensant la malheureuse ,astart1et toujours rflchissant sur le sort qui s'obstinait se jouer de lui et le perscuter4 ,quoi6 disait-il1 quatre cents onces d'or pour avoir vu passer une chienne6 condamn tre dcapit pour quatre mauvais vers la louange du roi6 prt tre trangl parceque la reine avait des babouches de la couleur de mon bonnet6 rduit en esclavage pour avoir secouru une femme qu'on battait2 et sur le point d'tre brl pour avoir sauv la vie toutes les jeunes veuves arabes6 ,venait ensuite ce qui forme aujourd'hui le chapitre ,,xvi4 ,b4 ,,chapitre ,,xiv4 ,la danse4 ,stoc devait aller1 pour les affaires de son commerce1 dans l'le de ,serendib2 mais le premier mois de son mariage1 qui est1 comme on sait1 la lune du ,miel1 ne lui permettait ni de quitter sa femme1 ni de croire qu'il pt jamais la quitter3 il pria son ami ,zadig de faire pour lui le voyage4 ,hlas6 disait ,zadig1 faut-il que je mette encore un plus vaste espace entre la belle ,astart et moi8 mais il faut servir mes bienfaiteurs3 il dit1 il pleura2 et il partit4 ,il ne fut pas long-temps dans l'le de ,serendib1 sans y tre regard comme un homme extraordinaire4 ,il devint l'arbitre de tous les diffrents entre les ngociants1 l'ami des sages1 le conseil du petit nombre de gens qui prennent conseil4 ,le roi voulut le voir et l'entendre4 ,il connut bientt tout ce que valait ,zadig2 il eut confiance en sa sagesse1 et en fit son ami4 ,la familiarit et l'estime du roi fit trembler ,zadig4 ,il tait nuit et jour pntr du malheur que lui avaient attir les bonts de ,moabdar4 ,je plais au roi1 disait-il1 ne serai-je pas perdu8 ,cependant il ne pouvait se drober aux caresses de sa majest2 car il faut avouer que ,nabussan1 roi de ,serendib1 fils de ,nussanab1 fils de ,nabassun1 fils de ,sanbusna1 tait un des meilleurs princes de l',asie2 et quand on lui parlait il tait difficile de ne le pas aimer4 ,ce bon prince tait toujours lou1 tromp1 et vol3 c'tait qui pillerait ses trsors4 ,le receveur-gnral de l'le de ,serendib donnait toujours cet exemple fidlement suivi par les autres4 ,le roi le savait2 il avait chang de trsorier plusieurs fois2 mais il n'avait pu changer la mode tablie de partager les revenus du roi en deux moitis ingales1 dont la plus petite revenait toujours sa majest1 et la plus grosse aux administrateurs4 ,le roi ,nabussan confia sa peine au sage ,zadig4 ,vous qui savez tant de belles choses1 lui dit-il1 ne sauriez-vous pas le moyen de me faire trouver un trsorier qui ne me vole point8 ,assurment1 rpondit ,zadig1 je sais une faon infaillible de vous donner un homme qui ait les mains nettes4 ,le roi charm lui demanda1 en l'embrassant1 comment il fallait s'y prendre4 ,il n'y a1 dit ,zadig1 qu' faire danser tous ceux qui se prsenteront pour la dignit de trsorier1 et celui qui dansera avec le plus de lgret sera infailliblement le plus honnte homme4 ,vous vous moquez1 dit le roi2 voil une plaisante faon de choisir un receveur de mes finances6 ,quoi6 vous prtendez que celui qui fera le mieux un entrechat sera le financier le plus intgre et le plus habile6 ,je ne vous rponds pas qu'il sera le plus habile1 repartit ,zadig2 mais je vous assure que ce sera indubitablement le plus honnte homme4 ,zadig parlait avec tant de confiance1 que le roi crut qu'il avait quelque secret surnaturel pour connatre les financiers4 ,je n'aime pas le surnaturel1 dit ,zadig2 les gens et les livres prodiges m'ont toujours dplu3 si votre majest veut me laisser faire l'preuve que je lui propose1 elle sera bien convaincue que mon secret est la chose la plus simple et la plus aise4 ,nabussan1 roi de ,serendib1 fut bien plus tonn d'entendre que ce secret tait simple1 que si on le lui avait donn pour un miracle3 ,or bien1 dit-il1 faites comme vous l'entendrez4 ,laissez-moi faire1 dit ,zadig1 vous gagnerez cette preuve plus que vous ne pensez4 ,le jour mme il fit publier1 au nom du roi1 que tous ceux qui prtendaient l'emploi de haut receveur des deniers de sa gracieuse majest ,nabussan1 fils de ,nussanab1 eussent se rendre1 en habits de soie lgre1 le premier de la lune du ,crocodile1 dans l'antichambre du roi4 ,ils s'y rendirent au nombre de soixante et quatre4 ,on avait fait venir des violons dans un salon voisin2 tout tait prpar pour le bal2 mais la porte de ce salon tait ferme1 et il fallait1 pour y entrer1 passer par une petite galerie assez obscure4 ,un huissier vint chercher et introduire chaque candidat1 l'un aprs l'autre1 par ce passage dans lequel on le laissait seul quelques minutes4 ,le roi1 qui avait le mot1 avait tal tous ses trsors dans cette galerie4 ,lorsque tous les prtendants furent arrivs dans le salon1 sa majest ordonna qu'on les ft danser4 ,jamais on ne dansa plus pesamment et avec moins de grce2 ils avaient tous la tte baisse1 les reins courbs1 les mains colles leurs cts8 ,quels fripons6 disait tout bas ,zadig4 ,un seul d'entre eux formait des pas avec agilit1 la tte haute1 le regard assur1 les bras tendus1 le corps droit1 le jarret ferme4 ,ah6 l'honnte homme6 le brave homme6 disait ,zadig4 ,le roi embrassa ce bon danseur1 le dclara trsorier1 et tous les autres furent punis et taxs avec la plus grande justice du monde2 car chacun1 dans le temps qu'il avait t dans la galerie1 avait rempli ses poches1 et pouvait peine marcher4 ,le roi fut fch pour la nature humaine que de ces soixante et quatre danseurs il y et soixante et trois filous4 ,la galerie obscure fut appele le corridor de la ,tentation4 ,on aurait en ,perse empal ces soixante et trois seigneurs2 en d'autres pays on et fait une chambre de justice qui et consomm en frais le triple de l'argent vol1 et qui n'et rien remis dans les coffres du souverain2 dans un autre royaume1 ils se seraient pleinement justifis1 et auraient fait disgracier ce danseur si lger3 ,serendib1 ils ne furent condamns qu' augmenter le trsor public1 car ,nabussan tait fort indulgent4 ,il tait aussi fort reconnaissant2 il donna ,zadig une somme d'argent plus considrable qu'aucun trsorier n'en avait jamais vol au roi son matre4 ,zadig s'en servit pour envoyer des exprs ,babylone1 qui devaient l'informer de la destine d',astart4 ,sa voix trembla en donnant cet ordre1 son sang reflua vers son coeur1 ses yeux se couvrirent de tnbres1 son me fut prte l'abandonner4 ,le courrier partit1 ,zadig le vit embarquer2 il rentra chez le roi1 ne voyant personne1 croyant tre dans sa chambre1 et prononant le nom d'amour4 ,ah6 l'amour1 dit le roi2 c'est prcisment ce dont il s'agit2 vous avez devin ce qui fait ma peine4 ,que vous tes un grand homme6 j'espre que vous m'apprendrez connatre une femme toute preuve1 comme vous m'avez fait trouver un trsorier dsintress4 ,zadig1 ayant repris ses sens1 lui promit de le servir en amour comme en finance1 quoique la chose part plus difficile encore4 ,,chapitre ,,xv4 ,les yeux bleus4 ,le corps et le coeur1 dit le roi ,zadig4444 ,a ces mots le ,babylonien ne put s'empcher d'interrompre sa majest4 ,que je vous sais bon gr1 dit-il1 de n'avoir point dit l'esprit et le coeur6 car on n'entend que ces mots dans les conversations de ,babylone3 on ne voit que des livres o il est question du coeur et de l'esprit#a1 composs par des gens qui n'ont ni de l'un ni de l'autre2 mais1 de grce1 sire1 poursuivez4 ,nabussan continua ainsi3 ,le corps et le coeur sont chez moi destins aimer2 la premire de ces deux puissances a tout lieu d'tre satisfaite4 ,j'ai ici cent femmes mon service1 toutes belles1 complaisantes1 prvenantes1 voluptueuses mme1 ou feignant de l'tre avec moi4 ,mon coeur n'est pas beaucoup prs si heureux4 ,je n'ai que trop prouv qu'on caresse beaucoup le roi de ,serendib1 et qu'on se soucie fort peu de ,nabussan4 ,ce n'est pas que je croie mes femmes infidles2 mais je voudrais trouver une me qui ft moi2 je donnerais pour un pareil trsor les cent beauts dont je possde les charmes3 voyez si1 sur ces cent sultanes1 vous pouvez m'en trouver une dont je sois sr d'tre aim4 #a ,ce trait porte surtout contre ,rollin1 qui emploie souvent ces expressions dans son ,trait des tudes4 ,voltaire y revient souvent3 voyez1 dans le prsent volume1 le chapitre ,i de ,micromgas1 et dans le tome ,,xxxiv1 le chapitre ,,xi de l',homme aux quarante cus1 le chapitre ,,ix du ,taureau blanc2 et tome ,,xi1 le second vers du chant ,,viii de la ,pucelle4 ,b4 ,zadig lui rpondit comme il avait fait sur l'article des financiers3 ,sire1 laissez-moi faire2 mais permettez d'abord que je dispose de ce que vous aviez tal dans la galerie de la ,tentation2 je vous en rendrai bon compte1 et vous n'y perdrez rien4 ,le roi le laissa le matre absolu4 ,il choisit dans ,serendib trente-trois petits bossus des plus vilains qu'il put trouver1 trente-trois pages des plus beaux1 et trente-trois bonzes des plus loquents et des plus robustes4 ,il leur laissa tous la libert d'entrer dans les cellules des sultanes2 chaque petit bossu eut quatre mille pices d'or donner2 et ds le premier jour tous les bossus furent heureux4 ,les pages1 qui n'avaient rien donner qu'eux-mmes1 ne triomphrent qu'au bout de deux ou trois jours4 ,les bonzes eurent un peu plus de peine2 mais enfin trente-trois dvotes se rendirent eux4 ,le roi1 par des jalousies qui avaient vue sur toutes les cellules1 vit toutes ces preuves1 et fut merveill4 ,de ses cent femmes1 quatre-vingt-dix-neuf succombrent ses yeux4 ,il en restait une toute jeune1 toute neuve1 de qui sa majest n'avait jamais approch4 ,on lui dtacha un1 deux1 trois bossus1 qui lui offrirent jusqu' vingt mille pices2 elle fut incorruptible1 et ne put s'empcher de rire de l'ide qu'avaient ces bossus de croire que de l'argent les rendrait mieux faits4 ,on lui prsenta les deux plus beaux pages2 elle dit qu'elle trouvait le roi encore plus beau4 ,on lui lcha le plus loquent des bonzes1 et ensuite le plus intrpide2 elle trouva le premier un bavard1 et ne daigna pas mme souponner le mrite du second4 ,le coeur fait tout1 disait-elle2 je ne cderai jamais ni l'or d'un bossu1 ni aux grces d'un jeune homme1 ni aux sductions d'un bonze3 j'aimerai uniquement ,nabussan1 fils de ,nussanab1 et j'attendrai qu'il daigne m'aimer4 ,le roi fut transport de joie1 d'tonnement1 et de tendresse4 ,il reprit tout l'argent qui avait fait russir les bossus1 et en fit prsent la belle ,falide2 c'tait le nom de cette jeune personne4 ,il lui donna son coeur3 elle le mritait bien4 ,jamais la fleur de la jeunesse ne fut si brillante2 jamais les charmes de la beaut ne furent si enchanteurs4 ,la vrit de l'histoire ne permet pas de taire qu'elle fesait mal la rvrence1 mais elle dansait comme les fes1 chantait comme les sirnes1 et parlait comme les ,grces3 elle tait pleine de talents et de vertus4 ,nabussan aim l'adora3 mais elle avait les yeux bleus1 et ce fut la source des plus grands malheurs4 ,il y avait une ancienne loi qui dfendait aux rois d'aimer une de ces femmes que les ,grecs ont appeles depuis boopis4 ,le chef des bonzes avait tabli cette loi il y avait plus de cinq mille ans2 c'tait pour s'approprier la matresse du premier roi de l'le de ,serendib que ce premier bonze avait fait passer l'anathme des yeux bleus en constitution fondamentale d'tat4 ,tous les ordres de l'empire vinrent faire ,nabussan des remontrances4 ,on disait publiquement que les derniers jours du royaume taient arrivs1 que l'abomination tait son comble1 que toute la nature tait menace d'un vnement sinistre2 qu'en un mot ,nabussan1 fils de ,nussanab1 aimait deux grands yeux bleus4 ,les bossus1 les financiers1 les bonzes1 et les brunes1 remplirent le royaume de leurs plaintes4 ,les peuples sauvages qui habitent le nord de ,serendib profitrent de ce mcontentement gnral4 ,ils firent une irruption dans les tats du bon ,nabussan4 ,il demanda des subsides ses sujets2 les bonzes1 qui possdaient la moiti des revenus de l'tat1 se contentrent de lever les mains au ciel1 et refusrent de les mettre dans leurs coffres pour aider le roi4 ,ils firent de belles prires en musique1 et laissrent l'tat en proie aux barbares4 ,o mon cher ,zadig1 me tireras-tu encore de cet horrible embarras8 s'cria douloureusement ,nabussan4 ,trs volontiers1 rpondit ,zadig2 vous aurez de l'argent des bonzes tant que vous en voudrez4 ,laissez l'abandon les terres o sont situs leurs chteaux1 et dfendez seulement les vtres4 ,nabussan n'y manqua pas3 les bonzes vinrent se jeter aux pieds du roi1 et implorer son assistance4 ,le roi leur rpondit par une belle musique dont les paroles taient des prires au ciel pour la conservation de leurs terres4 ,les bonzes enfin donnrent de l'argent1 et le roi finit heureusement la guerre4 ,ainsi ,zadig1 par ses conseils sages et heureux1 et par les plus grands services1 s'tait attir l'irrconciliable inimiti des hommes les plus puissants de l'tat2 les bonzes et les brunes jurrent sa perte2 les financiers et les bossus ne l'pargnrent pas2 on le rendit suspect au bon ,nabussan4 ,les services rendus restent souvent dans l'antichambre1 et les soupons entrent dans le cabinet1 selon la sentence de ,zoroastre3 c'tait tous les jours de nouvelles accusations2 la premire est repousse1 la seconde effleure1 la troisime blesse1 la quatrime tue4 ,zadig intimid1 qui avait bien fait les affaires de son ami ,stoc1 et qui lui avait fait tenir son argent1 ne songea plus qu' partir de l'le1 et rsolut d'aller lui-mme chercher des nouvelles d',astart2 car1 disait-il1 si je reste dans ,serendib1 les bonzes me feront empaler2 mais o aller8 je serai esclave en ,egypte1 brl selon toutes les apparences en ,arabie1 trangl ,babylone4 ,cependant il faut savoir ce qu',astart est devenue3 partons1 et voyons quoi me rserve ma triste destine4 ,,chapitre ,,xvi4 ,le brigand4 ,en arrivant aux frontires qui sparent l',arabie ptre de la ,syrie1 comme il passait prs d'un chteau assez fort1 des ,arabes arms en sortirent4 ,il se vit entour2 on lui criait3 ,tout ce que vous avez nous appartient1 et votre personne appartient notre matre4 ,zadig1 pour rponse1 tira son pe2 son valet1 qui avait du courage1 en fit autant4 ,ils renversrent morts les premiers ,arabes qui mirent la main sur eux2 le nombre redoubla2 ils ne s'tonnrent point1 et rsolurent de prir en combattant4 ,on voyait deux hommes se dfendre contre une multitude2 un tel combat ne pouvait durer long-temps4 ,le matre du chteau1 nomm ,arbogad1 ayant vu d'une fentre les prodiges de valeur que fesait ,zadig1 conut de l'estime pour lui4 ,il descendit en hte1 et vint lui-mme carter ses gens1 et dlivrer les deux voyageurs4 ,tout ce qui passe sur mes terres est moi1 dit-il1 aussi bien que ce que je trouve sur les terres des autres2 mais vous me paraissez un si brave homme1 que je vous exempte de la loi commune4 ,il le fit entrer dans son chteau1 ordonnant ses gens de le bien traiter2 et le soir ,arbogad voulut souper avec ,zadig4 ,le seigneur du chteau tait un de ces ,arabes qu'on appelle voleurs2 mais il fesait quelquefois de bonnes actions parmi une foule de mauvaises2 il volait avec une rapacit furieuse1 et donnait libralement3 intrpide dans l'action1 assez doux dans le commerce1 dbauch table1 gai dans la dbauche1 et surtout plein de franchise4 ,zadig lui plut beaucoup2 sa conversation1 qui s'anima1 fit durer le repas3 enfin ,arbogad lui dit3 ,je vous conseille de vous enrler sous moi1 vous ne sauriez mieux faire2 ce mtier-ci n'est pas mauvais2 vous pourrez un jour devenir ce que je suis4 ,puis-je vous demander1 dit ,zadig1 depuis quel temps vous exercez cette noble profession8 ,ds ma plus tendre jeunesse1 reprit le seigneur4 ,j'tais valet d'un ,arabe assez habile2 ma situation m'tait insupportable4 ,j'tais au dsespoir de voir que1 dans toute la terre qui appartient galement aux hommes1 la destine ne m'et pas rserv ma portion4 ,je confiai mes peines un vieil ,arabe qui me dit3 ,mon fils1 ne dsesprez pas2 il y avait autrefois un grain de sable qui se lamentait d'tre un atome ignor dans les dserts2 au bout de quelques annes il devint diamant1 et il est prsent le plus bel ornement de la couronne du roi des ,indes4 ,ce discours me fit impression2 j'tais le grain de sable1 je rsolus de devenir diamant4 ,je commenai par voler deux chevaux2 je m'associai des camarades2 je me mis en tat de voler de petites caravanes3 ainsi je fis cesser peu--peu la disproportion qui tait d'abord entre les hommes et moi4 ,j'eus ma part aux biens de ce monde1 et je fus mme ddommag avec usure3 on me considra beaucoup2 je devins seigneur brigand2 j'acquis ce chteau par voie de fait4 ,le satrape de ,syrie voulut m'en dpossder2 mais j'tais dj trop riche pour avoir rien craindre2 je donnai de l'argent au satrape1 moyennant quoi je conservai ce chteau1 et j'agrandis mes domaines2 il me nomma mme trsorier des tributs que l',arabie ptre payait au roi des rois4 ,je fis ma charge de receveur1 et point du tout celle de payeur4 ,le grand desterham de ,babylone envoya ici1 au nom du roi ,moabdar1 un petit satrape1 pour me faire trangler4 ,cet homme arriva avec son ordre3 j'tais instruit de tout2 je fis trangler en sa prsence les quatre personnes qu'il avait amenes avec lui pour serrer le lacet2 aprs quoi je lui demandai ce que pouvait lui valoir la commission de m'trangler4 ,il me rpondit que ses honoraires pouvaient aller trois cents pices d'or4 ,je lui fis voir clair qu'il y aurait plus gagner avec moi4 ,je le fis sous-brigand2 il est aujourd'hui un de mes meilleurs officiers1 et des plus riches4 ,si vous m'en croyez1 vous russirez comme lui4 ,jamais la saison de voler n'a t meilleure1 depuis que ,moabdar est tu1 et que tout est en confusion dans ,babylone4 ,moabdar est tu6 dit ,zadig2 et qu'est devenue la reine ,astart8 ,je n'en sais rien1 reprit ,arbogad2 tout ce que je sais1 c'est que ,moabdar est devenu fou1 qu'il a t tu1 que ,babylone est un grand coupe-gorge1 que tout l'empire est dsol1 qu'il y a de beaux coups faire encore1 et que pour ma part j'en ai fait d'admirables4 ,mais la reine1 dit ,zadig2 de grce1 ne savez-vous rien de la destine de la reine8 ,on m'a parl d'un prince d',hyrcanie1 reprit-il2 elle est probablement parmi ses concubines1 si elle n'a pas t tue dans le tumulte2 mais je suis plus curieux de butin que de nouvelles4 ,j'ai pris plusieurs femmes dans mes courses1 je n'en garde aucune2 je les vends cher quand elles sont belles1 sans m'informer de ce qu'elles sont4 ,on n'achte point le rang2 une reine qui serait laide ne trouverait pas marchand2 peut-tre ai-je vendu la reine ,astart1 peut-tre est-elle morte2 mais peu m'importe1 et je pense que vous ne devez pas vous en soucier plus que moi4 ,en parlant ainsi il buvait avec tant de courage1 il confondait tellement toutes les ides1 que ,zadig n'en put tirer aucun claircissement4 ,il restait interdit1 accabl1 immobile4 ,arbogad buvait toujours1 fesait des contes1 rptait sans cesse qu'il tait le plus heureux de tous les hommes1 exhortant ,zadig se rendre aussi heureux que lui4 ,enfin doucement assoupi par les fumes du vin1 il alla dormir d'un sommeil tranquille4 ,zadig passa la nuit dans l'agitation la plus violente4 ,quoi1 disait-il1 le roi est devenu fou6 il est tu6 ,je ne puis m'empcher de le plaindre4 ,l'empire est dchir1 et ce brigand est heureux3 fortune6 destine6 un voleur est heureux1 et ce que la nature a fait de plus aimable a pri peut-tre d'une manire affreuse1 ou vit dans un tat pire que la mort4 ,o ,astart6 qu'tes-vous devenue8 ,ds le point du jour il interrogea tous ceux qu'il rencontrait dans le chteau2 mais tout le monde tait occup1 personne ne lui rpondit3 on avait fait pendant la nuit de nouvelles conqutes1 on partageait les dpouilles4 ,tout ce qu'il put obtenir dans cette confusion tumultueuse1 ce fut la permission de partir4 ,il en profita sans tarder1 plus abm que jamais dans ses rflexions douloureuses4 ,zadig marchait inquiet1 agit1 l'esprit tout occup de la malheureuse ,astart1 du roi de ,babylone1 de son fidle ,cador1 de l'heureux brigand ,arbogad1 de cette femme si capricieuse que des ,babyloniens avaient enleve sur les confins de l',egypte1 enfin de tous les contre-temps et de toutes les infortunes qu'il avait prouves4 ,,chapitre ,,xvii4 ,le pcheur4 ,a quelques lieues du chteau d',arbogad1 il se trouva sur le bord d'une petite rivire1 toujours dplorant sa destine1 et se regardant comme le modle du malheur4 ,il vit un pcheur couch sur la rive1 tenant peine d'une main languissante son filet1 qu'il semblait abandonner1 et levant les yeux vers le ciel4 ,je suis certainement le plus malheureux de tous les hommes1 disait le pcheur4 ,j'ai t1 de l'aveu de tout le monde1 le plus clbre marchand de fromages la crme dans ,babylone1 et j'ai t ruin4 ,j'avais la plus jolie femme qu'homme pt possder1 et j'en ai t trahi4 ,il me restait une chtive maison1 je l'ai vue pille et dtruite4 ,rfugi dans une cabane1 je n'ai de ressource que ma pche1 et je ne prends pas un poisson4 ,o mon filet6 je ne te jetterai plus dans l'eau1 c'est moi de m'y jeter4 ,en disant ces mots il se lve1 et s'avance dans l'attitude d'un homme qui allait se prcipiter et finir sa vie4 ,eh quoi6 se dit ,zadig lui-mme1 il y a donc des hommes aussi malheureux que moi6 ,l'ardeur de sauver la vie au pcheur fut aussi prompte que cette rflexion4 ,il court lui1 il l'arrte1 il l'interroge d'un air attendri et consolant4 ,on prtend qu'on en est moins malheureux quand on ne l'est pas seul3 mais1 selon ,zoroastre1 ce n'est pas par malignit1 c'est par besoin4 ,on se sent alors entran vers un infortun comme vers son semblable4 ,la joie d'un homme heureux serait une insulte2 mais deux malheureux sont comme deux arbrisseaux faibles qui1 s'appuyant l'un sur l'autre1 se fortifient contre l'orage4 ,pourquoi succombez-vous vos malheurs8 dit ,zadig au pcheur4 ,c'est1 rpondit-il1 parceque je n'y vois pas de ressource4 ,j'ai t le plus considr du village de ,derlback auprs de ,babylone1 et je fesais1 avec l'aide de ma femme1 les meilleurs fromages la crme de l'empire4 ,la reine ,astart et le fameux ministre ,zadig les aimaient passionnment4 ,j'avais fourni leurs maisons six cents fromages4 ,j'allai un jour la ville pour tre pay2 j'appris en arrivant dans ,babylone que la reine et ,zadig avaient disparu4 ,je courus chez le seigneur ,zadig1 que je n'avais jamais vu2 je trouvai les archers du grand desterham1 qui1 munis d'un papier royal1 pillaient sa maison loyalement et avec ordre4 ,je volai aux cuisines de la reine2 quelques uns des seigneurs de la bouche me dirent qu'elle tait morte2 d'autres dirent qu'elle tait en prison2 d'autres prtendirent qu'elle avait pris la fuite2 mais tous m'assurrent qu'on ne me paierait point mes fromages4 ,j'allai avec ma femme chez le seigneur ,orcan1 qui tait une de mes pratiques3 nous lui demandmes sa protection dans notre disgrce4 ,il l'accorda ma femme1 et me la refusa4 ,elle tait plus blanche que ces fromages la crme qui commencrent mon malheur2 et l'clat de la pourpre de ,tyr n'tait pas plus brillant que l'incarnat qui animait cette blancheur4 ,c'est ce qui fit qu',orcan la retint1 et me chassa de sa maison4 ,j'crivis ma chre femme la lettre d'un dsespr4 ,elle dit au porteur3 ,ah1 ah6 oui6 je sais quel est l'homme qui m'crit1 j'en ai entendu parler3 on dit qu'il fait des fromages la crme excellents2 qu'on m'en apporte1 et qu'on les lui paie4 ,dans mon malheur1 je voulus m'adresser la justice4 ,il me restait six onces d'or3 il fallut en donner deux onces l'homme de loi que je consultai1 deux au procureur qui entreprit mon affaire1 deux au secrtaire du premier juge4 ,quand tout cela fut fait1 mon procs n'tait pas encore commenc1 et j'avais dj dpens plus d'argent que mes fromages et ma femme ne valaient4 ,je retournai mon village dans l'intention de vendre ma maison pour avoir ma femme4 ,ma maison valait bien soixante onces d'or2 mais on me voyait pauvre et press de vendre4 ,le premier qui je m'adressai m'en offrit trente onces2 le second1 vingt2 et le troisime1 dix4 ,j'tais prt enfin de conclure1 tant j'tais aveugl1 lorsqu'un prince d',hyrcanie vint ,babylone1 et ravagea tout sur son passage4 ,ma maison fut d'abord saccage1 et ensuite brle4 ,ayant ainsi perdu mon argent1 ma femme1 et ma maison1 je me suis retir dans ce pays o vous me voyez2 j'ai tch de subsister du mtier de pcheur4 ,les poissons se moquent de moi comme les hommes2 je ne prends rien1 je meurs de faim2 et sans vous1 auguste consolateur1 j'allais mourir dans la rivire4 ,le pcheur ne fit point ce rcit tout de suite2 car tout moment ,zadig mu et transport lui disait3 ,quoi6 vous ne savez rien de la destine de la reine8 ,non1 seigneur1 rpondait le pcheur2 mais je sais que la reine et ,zadig ne m'ont point pay mes fromages la crme1 qu'on a pris ma femme1 et que je suis au dsespoir4 ,je me flatte1 dit ,zadig1 que vous ne perdrez pas tout votre argent4 ,j'ai entendu parler de ce ,zadig2 il est honnte homme2 et s'il retourne ,babylone1 comme il l'espre1 il vous donnera plus qu'il ne vous doit2 mais pour votre femme1 qui n'est pas si honnte1 je vous conseille de ne pas chercher la reprendre4 ,croyez-moi1 allez ,babylone2 j'y serai avant vous1 parceque je suis cheval1 et que vous tes pied4 ,adressez-vous l'illustre ,cador2 dites-lui que vous avez rencontr son ami2 attendez-moi chez lui2 allez2 peut-tre ne serez-vous pas toujours malheureux4 ,o puissant ,orosmade6 continua-t-il1 vous vous servez de moi pour consoler cet homme2 de qui vous servirez-vous pour me consoler8 ,en parlant ainsi il donnait au pcheur la moiti de tout l'argent qu'il avait apport d',arabie1 et le pcheur1 confondu et ravi1 baisait les pieds de l'ami de ,cador1 et disait3 ,vous tes un ange sauveur4 ,cependant ,zadig demandait toujours des nouvelles1 et versait des larmes4 ,quoi6 seigneur1 s'cria le pcheur1 vous seriez donc aussi malheureux1 vous qui faites du bien8 ,plus malheureux que toi cent fois1 rpondait ,zadig4 ,mais comment se peut-il faire1 disait le bonhomme1 que celui qui donne soit plus plaindre que celui qui reoit8 ,c'est que ton plus grand malheur1 reprit ,zadig1 tait le besoin1 et que je suis infortun par le coeur4 ,orcan vous aurait-il pris votre femme8 dit le pcheur4 ,ce mot rappela dans l'esprit de ,zadig toutes ses aventures2 il rptait la liste de ses infortunes1 commencer depuis la chienne de la reine jusqu' son arrive chez le brigand ,arbogad4 ,ah6 dit-il au pcheur1 ,orcan mrite d'tre puni4 ,mais d'ordinaire ce sont ces gens-l qui sont les favoris de la destine4 ,quoi qu'il en soit1 va chez le seigneur ,cador1 et attends-moi4 ,ils se sparrent3 le pcheur marcha en remerciant son destin1 et ,zadig courut en accusant toujours le sien4 ,,chapitre ,,xviii4 ,le basilic4 ,arriv dans une belle prairie1 il y vit plusieurs femmes qui cherchaient quelque chose avec beaucoup d'application4 ,il prit la libert de s'approcher de l'une d'elles1 et de lui demander s'il pouvait avoir l'honneur de les aider dans leurs recherches4 ,gardez-vous-en bien1 rpondit la ,syrienne2 ce que nous cherchons ne peut tre touch que par des femmes4 ,voil qui est bien trange1 dit ,zadig2 oserai-je vous prier de m'apprendre ce que c'est qu'il n'est permis qu'aux femmes de toucher8 ,c'est un basilic1 dit-elle4 ,un basilic1 madame6 et pour quelle raison1 s'il vous plat1 cherchez-vous un basilic8 ,c'est pour notre seigneur et matre ,ogul1 dont vous voyez le chteau sur le bord de cette rivire1 au bout de la prairie4 ,nous sommes ses trs humbles esclaves2 le seigneur ,ogul est malade2 son mdecin lui a ordonn de manger un basilic cuit dans l'eau rose2 et comme c'est un animal fort rare1 et qui ne se laisse jamais prendre que par des femmes1 le seigneur ,ogul a promis de choisir pour sa femme bien-aime celle de nous qui lui apporterait un basilic3 laissez-moi chercher1 s'il vous plat3 car vous voyez ce qu'il m'en coterait si j'tais prvenue par mes compagnes4 ,zadig laissa cette ,syrienne et les autres chercher leur basilic1 et continua de marcher dans la prairie4 ,quand il fut au bord d'un petit ruisseau1 il y trouva une autre dame couche sur le gazon1 et qui ne cherchait rien4 ,sa taille paraissait majestueuse1 mais son visage tait couvert d'un voile4 ,elle tait penche vers le ruisseau2 de profonds soupirs sortaient de sa bouche4 ,elle tenait en main une petite baguette1 avec laquelle elle traait des caractres sur un sable fin qui se trouvait entre le gazon et le ruisseau4 ,zadig eut la curiosit de voir ce que cette femme crivait2 il s'approcha1 il vit la lettre ,z1 puis un ,a2 il fut tonn2 puis parut un ,d2 il tressaillit4 ,jamais surprise ne fut gale la sienne1 quand il vit les deux dernires lettres de son nom4 ,il demeura quelque temps immobile3 enfin rompant le silence d'une voix entrecoupe3 ,o gnreuse dame6 pardonnez un tranger1 un infortun1 d'oser vous demander par quelle aventure tonnante je trouve ici le nom de ,,zadig trac de votre main divine8 ,a cette voix1 ces paroles1 la dame releva son voile d'une main tremblante1 regarda ,zadig1 jeta un cri d'attendrissement1 de surprise1 et de joie1 et succombant sous tous les mouvements divers qui assaillaient -la-fois son me1 elle tomba vanouie entre ses bras4 ,c'tait ,astart elle-mme1 c'tait la reine de ,babylone1 c'tait celle que ,zadig adorait1 et qu'il se reprochait d'adorer2 c'tait celle dont il avait tant pleur et tant craint la destine4 ,il fut un moment priv de l'usage de ses sens2 et quand il eut attach ses regards sur les yeux d',astart1 qui se rouvraient avec une langueur mle de confusion et de tendresse3 ,o puissances immortelles6 s'cria-t-il1 qui prsidez aux destins des faibles humains1 me rendez-vous ,astart8 ,en quel temps1 en quels lieux1 en quel tat la revois-je8 ,il se jeta genoux devant ,astart1 et il attacha son front la poussire de ses pieds4 ,la reine de ,babylone le relve1 et le fait asseoir auprs d'elle sur le bord de ce ruisseau2 elle essuyait plusieurs reprises ses yeux dont les larmes recommenaient toujours couler4 ,elle reprenait vingt fois des discours que ses gmissements interrompaient2 elle l'interrogeait sur le hasard qui les rassemblait1 et prvenait soudain ses rponses par d'autres questions4 ,elle entamait le rcit de ses malheurs1 et voulait savoir ceux de ,zadig4 ,enfin tous deux ayant un peu apais le tumulte de leurs mes1 ,zadig lui conta en peu de mots par quelle aventure il se trouvait dans cette prairie4 ,mais1 malheureuse et respectable reine6 comment vous retrouv-je en ce lieu cart1 vtue en esclave1 et accompagne d'autres femmes esclaves qui cherchent un basilic pour le faire cuire dans de l'eau rose par ordonnance du mdecin8 ,pendant qu'elles cherchent leur basilic1 dit la belle ,astart1 je vais vous apprendre tout ce que j'ai souffert1 et tout ce que je pardonne au ciel depuis que je vous revois4 ,vous savez que le roi mon mari trouva mauvais que vous fussiez le plus aimable de tous les hommes2 et ce fut pour cette raison qu'il prit une nuit la rsolution de vous faire trangler et de m'empoisonner4 ,vous savez comme le ciel permit que mon petit muet m'avertt de l'ordre de sa sublime majest4 ,a peine le fidle ,cador vous eut-il forc de m'obir et de partir1 qu'il osa entrer chez moi au milieu de la nuit par une issue secrte4 ,il m'enleva1 et me conduisit dans le temple d',orosmade1 o le mage1 son frre1 m'enferma dans une statue colossale dont la base touche aux fondements du temple1 et dont la tte atteint la vote4 ,je fus l comme ensevelie1 mais servie par le mage1 et ne manquant d'aucune chose ncessaire4 ,cependant au point du jour l'apothicaire de sa majest entra dans ma chambre avec une potion mle de jusquiame1 d'opium1 de cigu1 d'ellbore noir1 et d'aconit2 et un autre officier alla chez vous avec un lacet de soie bleue4 ,on ne trouva personne4 ,cador1 pour mieux tromper le roi1 feignit de venir nous accuser tous deux4 ,il dit que vous aviez pris la route des ,indes1 et moi celle de ,memphis3 on envoya des satellites aprs vous et aprs moi4 ,les courriers qui me cherchaient ne me connaissaient pas4 ,je n'avais presque jamais montr mon visage qu' vous seul1 en prsence et par ordre de mon poux4 ,ils coururent ma poursuite1 sur le portrait qu'on leur fesait de ma personne3 une femme de la mme taille que moi1 et qui peut-tre avait plus de charmes1 s'offrit leurs regards sur les frontires de l',egypte4 ,elle tait plore1 errante2 ils ne doutrent pas que cette femme ne ft la reine de ,babylone2 ils la menrent ,moabdar4 ,leur mprise fit entrer d'abord le roi dans une violente colre2 mais bientt ayant considr de plus prs cette femme1 il la trouva trs belle1 et fut consol4 ,on l'appelait ,missouf4 ,on m'a dit depuis que ce nom signifie en langue gyptienne la belle capricieuse4 ,elle l'tait en effet2 mais elle avait autant d'art que de caprice4 ,elle plut ,moabdar4 ,elle le subjugua au point de se faire dclarer sa femme4 ,alors son caractre se dveloppa tout entier3 elle se livra sans crainte toutes les folies de son imagination4 ,elle voulut obliger le chef des mages1 qui tait vieux et goutteux1 de danser devant elle2 et sur le refus du mage1 elle le perscuta violemment4 ,elle ordonna son grand-cuyer de lui faire une tourte de confitures4 ,le grand-cuyer eut beau lui reprsenter qu'il n'tait point ptissier1 il fallut qu'il ft la tourte2 et on le chassa1 parcequ'elle tait trop brle4 ,elle donna la charge de grand-cuyer son nain1 et la place de chancelier un page4 ,c'est ainsi qu'elle gouverna ,babylone4 ,tout le monde me regrettait4 ,le roi1 qui avait t assez honnte homme jusqu'au moment o il avait voulu m'empoisonner et vous faire trangler1 semblait avoir noy ses vertus dans l'amour prodigieux qu'il avait pour la belle capricieuse4 ,il vint au temple le grand jour du feu sacr4 ,je le vis implorer les dieux pour ,missouf aux pieds de la statue o j'tais renferme4 ,j'levai la voix2 je lui criai3 ,les dieux refusent les voeux d'un roi devenu tyran1 qui a voulu faire mourir une femme raisonnable pour pouser une extravagante4 ,moabdar fut confondu de ces paroles au point que sa tte se troubla4 ,l'oracle que j'avais rendu1 et la tyrannie de ,missouf1 suffisaient pour lui faire perdre le jugement4 ,il devint fou en peu de jours4 ,sa folie1 qui parut un chtiment du ciel1 fut le signal de la rvolte4 ,on se souleva1 on courut aux armes4 ,babylone1 si long-temps plonge dans une mollesse oisive1 devint le thtre d'une guerre civile affreuse4 ,on me tira du creux de ma statue1 et on me mit la tte d'un parti4 ,cador courut ,memphis1 pour vous ramener ,babylone4 ,le prince d',hyrcanie1 apprenant ces funestes nouvelles1 revint avec son arme faire un troisime parti dans la ,chalde4 ,il attaqua le roi1 qui courut au-devant de lui avec son extravagante ,egyptienne4 ,moabdar mourut perc de coups4 ,missouf tomba aux mains du vainqueur4 ,mon malheur voulut que je fusse prise moi-mme par un parti hyrcanien1 et qu'on me ment devant le prince prcisment dans le temps qu'on lui amenait ,missouf4 ,vous serez flatt1 sans doute1 en apprenant que le prince me trouva plus belle que l'gyptienne2 mais vous serez fch d'apprendre qu'il me destina son srail4 ,il me dit fort rsolument que1 ds qu'il aurait fini une expdition militaire qu'il allait excuter1 il viendrait moi4 ,jugez de ma douleur4 ,mes liens avec ,moabdar taient rompus1 je pouvais tre ,zadig2 et je tombais dans les chanes de ce barbare6 ,je lui rpondis avec toute la fiert que me donnaient mon rang et mes sentiments4 ,j'avais toujours entendu dire que le ciel attachait aux personnes de ma sorte un caractre de grandeur qui d'un mot et d'un coup d'oeil fesait rentrer dans l'abaissement du plus profond respect les tmraires qui osaient s'en carter4 ,je parlai en reine1 mais je fus traite en demoiselle suivante4 ,l',hyrcanien1 sans daigner seulement m'adresser la parole1 dit son eunuque noir que j'tais une impertinente1 mais qu'il me trouvait jolie4 ,il lui ordonna d'avoir soin de moi et de me mettre au rgime des favorites1 afin de me rafrachir le teint1 et de me rendre plus digne de ses faveurs1 pour le jour o il aurait la commodit de m'en honorer4 ,je lui dis que je me tuerais3 il rpliqua1 en riant1 qu'on ne se tuait point1 qu'il tait fait ces faons-l1 et me quitta comme un homme qui vient de mettre un perroquet dans sa mnagerie4 ,quel tat pour la premire reine de l'univers1 et1 je dirai plus1 pour un coeur qui tait ,zadig6 ,a ces paroles il se jeta ses genoux1 et les baigna de larmes4 ,astart le releva tendrement1 et elle continua ainsi3 ,je me voyais au pouvoir d'un barbare1 et rivale d'une folle avec qui j'tais renferme4 ,elle me raconta son aventure d',egypte4 ,je jugeai par les traits dont elle vous peignait1 par le temps1 par le dromadaire sur lequel vous tiez mont1 par toutes les circonstances1 que c'tait ,zadig qui avait combattu pour elle4 ,je ne doutai pas que vous ne fussiez ,memphis2 je pris la rsolution de m'y retirer4 ,belle ,missouf1 lui dis-je1 vous tes beaucoup plus plaisante que moi1 vous divertirez bien mieux que moi le prince d',hyrcanie4 ,facilitez-moi les moyens de me sauver2 vous rgnerez seule2 vous me rendrez heureuse1 en vous dbarrassant d'une rivale4 ,missouf concerta avec moi les moyens de ma fuite4 ,je partis donc secrtement avec une esclave gyptienne4 ,j'tais dj prs de l',arabie1 lorsqu'un fameux voleur1 nomm ,arbogad1 m'enleva1 et me vendit des marchands qui m'ont amene dans ce chteau1 o demeure le seigneur ,ogul4 ,il m'a achete sans savoir qui j'tais4 ,c'est un homme voluptueux qui ne cherche qu' faire grande chre1 et qui croit que ,dieu l'a mis au monde pour tenir table4 ,il est d'un embonpoint excessif1 qui est toujours prt le suffoquer4 ,son mdecin1 qui n'a que peu de crdit auprs de lui quand il digre bien1 le gouverne despotiquement quand il a trop mang4 ,il lui a persuad qu'il le gurirait avec un basilic cuit dans de l'eau rose4 ,le seigneur ,ogul a promis sa main celle de ses esclaves qui lui apporterait un basilic4 ,vous voyez que je les laisse s'empresser mriter cet honneur1 et je n'ai jamais eu moins d'envie de trouver ce basilic que depuis que le ciel a permis que je vous revisse4 ,alors ,astart et ,zadig se dirent tout ce que des sentiments long-temps retenus1 tout ce que leurs malheurs et leurs amours pouvaient inspirer aux coeurs les plus nobles et les plus passionns2 et les gnies qui prsident l'amour portrent leurs paroles jusqu' la sphre de ,vnus4 ,les femmes rentrrent chez ,ogul sans avoir rien trouv4 ,zadig se fit prsenter lui1 et lui parla en ces termes3 ,que la sant immortelle descende du ciel pour avoir soin de tous vos jours6 ,je suis mdecin1 j'ai accouru vers vous sur le bruit de votre maladie1 et je vous ai apport un basilic cuit dans de l'eau rose4 ,ce n'est pas que je prtende vous pouser3 je ne vous demande que la libert d'une jeune esclave de ,babylone que vous avez depuis quelques jours2 et je consens de rester en esclavage sa place1 si je n'ai pas le bonheur de gurir le magnifique seigneur ,ogul4 ,la proposition fut accepte4 ,astart partit pour ,babylone avec le domestique de ,zadig1 en lui promettant de lui envoyer incessamment un courrier1 pour l'instruire de tout ce qui se serait pass4 ,leurs adieux furent aussi tendres que l'avait t leur reconnaissance4 ,le moment o l'on se retrouve1 et celui o l'on se spare1 sont les deux plus grandes poques de la vie1 comme dit le grand livre du ,zend4 ,zadig aimait la reine autant qu'il le jurait1 et la reine aimait ,zadig plus qu'elle ne le lui disait4 ,cependant ,zadig parla ainsi ,ogul3 ,seigneur1 on ne mange point mon basilic1 toute sa vertu doit entrer chez vous par les pores4 ,je l'ai mis dans une petite outre bien enfle et couverte d'une peau fine3 il faut que vous poussiez cette outre de toute votre force1 et que je vous la renvoie plusieurs reprises2 et en peu de jours de rgime vous verrez ce que peut mon art4 ,ogul ds le premier jour fut tout essouffl1 et crut qu'il mourrait de fatigue4 ,le second il fut moins fatigu1 et dormit mieux4 ,en huit jours il recouvra toute la force1 la sant1 la lgret1 et la gaiet de ses plus brillantes annes4 ,vous avez jou au ballon1 et vous avez t sobre1 lui dit ,zadig3 apprenez qu'il n'y a point de basilic dans la nature1 qu'on se porte toujours bien avec de la sobrit et de l'exercice1 et que l'art de faire subsister ensemble l'intemprance et la sant est un art aussi chimrique que la pierre philosophale1 l'astrologie judiciaire1 et la thologie des mages4 ,le premier mdecin d',ogul1 sentant combien cet homme tait dangereux pour la mdecine1 s'unit avec l'apothicaire du corps pour envoyer ,zadig chercher des basilics dans l'autre monde4 ,ainsi1 aprs avoir t toujours puni pour avoir bien fait1 il tait prs de prir pour avoir guri un seigneur gourmand4 ,on l'invita un excellent dner4 ,il devait tre empoisonn au second service2 mais il reut un courrier de la belle ,astart au premier4 ,il quitta la table1 et partit4 ,quand on est aim d'une belle femme1 dit le grand ,zoroastre1 on se tire toujours d'affaire dans ce monde4 ,,chapitre ,,xix4 ,les combats4 ,la reine avait t reue ,babylone avec les transports qu'on a toujours pour une belle princesse qui a t malheureuse4 ,babylone alors paraissait tre plus tranquille4 ,le prince d',hyrcanie avait t tu dans un combat4 ,les ,babyloniens vainqueurs dclarrent qu',astart pouserait celui qu'on choisirait pour souverain4 ,on ne voulut point que la premire place du monde1 qui serait celle de mari d',astart et de roi de ,babylone1 dpendt des intrigues et des cabales4 ,on jura de reconnatre pour roi le plus vaillant et le plus sage4 ,une grande lice1 borde d'amphithtres magnifiquement orns1 fut forme quelques lieues de la ville4 ,les combattants devaient s'y rendre arms de toutes pices4 ,chacun d'eux avait derrire les amphithtres un appartement spar1 o il ne devait tre vu ni connu de personne4 ,il fallait courir quatre lances4 ,ceux qui seraient assez heureux pour vaincre quatre chevaliers devaient combattre ensuite les uns contre les autres2 de faon que celui qui resterait le dernier matre du camp serait proclam le vainqueur des jeux4 ,il devait revenir quatre jours aprs avec les mmes armes1 et expliquer les nigmes proposes par les mages4 ,s'il n'expliquait point les nigmes1 il n'tait point roi1 et il fallait recommencer courir des lances1 jusqu' ce qu'on trouvt un homme qui ft vainqueur dans ces deux combats2 car on voulait absolument pour roi le plus vaillant et le plus sage4 ,la reine1 pendant tout ce temps1 devait tre troitement garde3 on lui permettait seulement d'assister aux jeux1 couverte d'un voile2 mais on ne souffrait pas qu'elle parlt aucun des prtendants1 afin qu'il n'y et ni faveur ni injustice4 ,voil ce qu',astart fesait savoir son amant1 esprant qu'il montrerait pour elle plus de valeur et d'esprit que personne4 ,il partit1 et pria ,vnus de fortifier son courage et d'clairer son esprit4 ,il arriva sur le rivage de l',euphrate1 la veille de ce grand jour4 ,il fit inscrire sa devise parmi celles des combattants1 en cachant son visage et son nom1 comme la loi l'ordonnait1 et alla se reposer dans l'appartement qui lui chut par le sort4 ,son ami ,cador1 qui tait revenu ,babylone1 aprs l'avoir inutilement cherch en ,egypte1 fit porter dans sa loge une armure complte que la reine lui envoyait4 ,il lui fit amener aussi de sa part le plus beau cheval de ,perse4 ,zadig reconnut ,astart ces prsents3 son courage et son amour en prirent de nouvelles forces et de nouvelles esprances4 ,le lendemain la reine tant venue se placer sous un dais de pierreries1 et les amphithtres tant remplis de toutes les dames et de tous les ordres de ,babylone1 les combattants parurent dans le cirque4 ,chacun d'eux vint mettre sa devise aux pieds du grand-mage4 ,on tira au sort les devises2 celle de ,zadig fut la dernire4 ,le premier qui s'avana tait un seigneur trs riche1 nomm ,itobad1 fort vain1 peu courageux1 trs maladroit1 et sans esprit4 ,ses domestiques l'avaient persuad qu'un homme comme lui devait tre roi2 il leur avait rpondu3 ,un homme comme moi doit rgner2 ainsi on l'avait arm de pied en cap4 ,il portait une armure d'or maille de vert1 un panache vert1 une lance orne de rubans verts4 ,on s'aperut d'abord1 la manire dont ,itobad gouvernait son cheval1 que ce n'tait pas un homme comme lui qui le ciel rservait le sceptre de ,babylone4 ,le premier chevalier qui courut contre lui le dsaronna2 le second le renversa sur la croupe de son cheval1 les deux jambes en l'air et les bras tendus4 ,itobad se remit1 mais de si mauvaise grce que tout l'amphithtre se mit rire4 ,un troisime ne daigna pas se servir de sa lance2 mais en lui fesant une passe1 il le prit par la jambe droite1 et lui fesant faire un demitour1 il le fit tomber sur le sable3 les cuyers des jeux accoururent lui en riant1 et le remirent en selle4 ,le quatrime combattant le prend par la jambe gauche1 et le fait tomber de l'autre ct4 ,on le conduisit avec des hues sa loge1 o il devait passer la nuit selon la loi2 et il disait en marchant peine3 ,quelle aventure pour un homme comme moi6 ,les autres chevaliers s'acquittrent mieux de leur devoir4 ,il y en eut qui vainquirent deux combattants de suite2 quelques uns allrent jusqu' trois4 ,il n'y eut que le prince ,otame qui en vainquit quatre4 ,enfin ,zadig combattit son tour3 il dsaronna quatre cavaliers de suite avec toute la grce possible4 ,il fallut donc voir qui serait vainqueur d',otame ou de ,zadig4 ,le premier portait des armes bleues et or1 avec un panache de mme2 celles de ,zadig taient blanches4 ,tous les voeux se partageaient entre le chevalier bleu et le chevalier blanc4 ,la reine1 qui le coeur palpitait1 fesait des prires au ciel pour la couleur blanche4 ,les deux champions firent des passes et des voltes avec tant d'agilit1 ils se donnrent de si beaux coups de lance1 ils taient si fermes sur leurs arons1 que tout le monde1 hors la reine1 souhaitait qu'il y et deux rois dans ,babylone4 ,enfin1 leurs chevaux tant lasss et leurs lances rompues1 ,zadig usa de cette adresse3 il passe derrire le prince bleu1 s'lance sur la croupe de son cheval1 le prend par le milieu du corps1 le jette terre1 se met en selle sa place1 et caracole autour d',otame tendu sur la place4 ,tout l'amphithtre crie3 ,victoire au chevalier blanc6 ,otame indign se relve1 tire son pe2 ,zadig saute de cheval1 le sabre la main4 ,les voil tous deux sur l'arne1 livrant un nouveau combat1 o la force et l'agilit triomphent tour--tour4 ,les plumes de leur casque1 les clous de leurs brassards1 les mailles de leur armure sautent au loin sous mille coups prcipits4 ,ils frappent de pointe et de taille1 droite1 gauche1 sur la tte1 sur la poitrine2 ils reculent1 ils avancent1 ils se mesurent1 ils se rejoignent1 ils se saisissent1 ils se replient comme des serpents1 ils s'attaquent comme des lions2 le feu jaillit tout moment des coups qu'ils se portent4 ,enfin ,zadig ayant un moment repris ses esprits s'arrte1 fait une feinte1 passe sur ,otame1 le fait tomber1 le dsarme1 et ,otame s'crie3 ,o chevalier blanc6 c'est vous qui devez rgner sur ,babylone4 ,la reine tait au comble de la joie4 ,on reconduisit le chevalier bleu et le chevalier blanc chacun leur loge1 ainsi que tous les autres1 selon ce qui tait port par la loi4 ,des muets vinrent les servir et leur apporter manger4 ,on peut juger si le petit muet de la reine ne fut pas celui qui servit ,zadig4 ,ensuite on les laissa dormir seuls jusqu'au lendemain matin1 temps o le vainqueur devait apporter sa devise au grand-mage1 pour la confronter et se faire reconnatre4 ,zadig dormit1 quoique amoureux1 tant il tait fatigu4 ,itobad1 qui tait couch auprs de lui1 ne dormit point4 ,il se leva pendant la nuit1 entra dans sa loge1 prit les armes blanches de ,zadig avec sa devise1 et mit son armure verte la place4 ,le point du jour tant venu1 il alla firement au grand-mage1 dclarer qu'un homme comme lui tait vainqueur4 ,on ne s'y attendait pas2 mais il fut proclam pendant que ,zadig dormait encore4 ,astart surprise1 et le dsespoir dans le coeur1 s'en retourna dans ,babylone4 ,tout l'amphithtre tait dj presque vide1 lorsque ,zadig s'veilla2 il chercha ses armes1 et ne trouva que cette armure verte4 ,il tait oblig de s'en couvrir1 n'ayant rien autre chose auprs de lui4 ,etonn et indign1 il les endosse avec fureur1 il avance dans cet quipage4 ,tout ce qui tait encore sur l'amphithtre et dans le cirque le reut avec des hues4 ,on l'entourait2 on lui insultait en face4 ,jamais homme n'essuya des mortifications si humiliantes4 ,la patience lui chappa2 il carta coups de sabre la populace qui osait l'outrager2 mais il ne savait quel parti prendre4 ,il ne pouvait voir la reine2 il ne pouvait rclamer l'armure blanche qu'elle lui avait envoye2 c'et t la compromettre3 ainsi1 tandis qu'elle tait plonge dans la douleur1 il tait pntr de fureur et d'inquitude4 ,il se promenait sur les bords de l',euphrate1 persuad que son toile le destinait tre malheureux sans ressource1 repassant dans son esprit toutes ses disgrces depuis l'aventure de la femme qui hassait les borgnes1 jusqu' celle de son armure4 ,voil ce que c'est1 disait-il1 de m'tre veill trop tard2 si j'avais moins dormi1 je serais roi de ,babylone1 je possderais ,astart4 ,les sciences1 les moeurs1 le courage1 n'ont donc jamais servi qu' mon infortune4 ,il lui chappa enfin de murmurer contre la ,providence1 et il fut tent de croire que tout tait gouvern par une destine cruelle qui opprimait les bons et qui fesait prosprer les chevaliers verts4 ,un de ses chagrins tait de porter cette armure verte qui lui avait attir tant de hues4 ,un marchand passa1 il la lui vendit vil prix1 et prit du marchand une robe et un bonnet long4 ,dans cet quipage1 il ctoyait l',euphrate1 rempli de dsespoir1 et accusant en secret la ,providence qui le perscutait toujours4 ,,chapitre ,,xx4 ,l'ermite#a4 #a ,frron 7,anne littraire1 #agfg1;,i1 #cj et suiv471 reproche ,voltaire d'avoir tir presque mot pour mot ce chapitre d'une pice de cent cinquante vers1 intitule ,the hermite 7l'ermite71 par ,th4 ,parnell4 ,avant ,parnell1 plusieurs auteurs avaient trait le mme sujet1 et entre autres l'auteur franais1 ,bluel d',arbres1 comte de ,permission1 dans le livre ,,cv de ses ,oeuvres2 c'est en #afjd qu'avaient paru les livres ,,civ et ,,cxiii1 dont on ne connat encore qu'un seul exemplaire1 dcouvert en #ahbd4 ,b4 ,il rencontra en marchant un ermite1 dont la barbe blanche et vnrable lui descendait jusqu' la ceinture4 ,il tenait en main un livre qu'il lisait attentivement4 ,zadig s'arrta1 et lui fit une profonde inclination4 ,l'ermite le salua d'un air si noble et si doux1 que ,zadig eut la curiosit de l'entretenir4 ,il lui demanda quel livre il lisait4 ,c'est le livre des destines1 dit l'ermite2 voulez-vous en lire quelque chose8 ,il mit le livre dans les mains de ,zadig1 qui1 tout instruit qu'il tait dans plusieurs langues1 ne put dchiffrer un seul caractre du livre4 ,cela redoubla encore sa curiosit4 ,vous me paraissez bien chagrin1 lui dit ce bon pre4 ,hlas6 que j'en ai sujet6 dit ,zadig4 ,si vous permettez que je vous accompagne1 repartit le vieillard1 peut-tre vous serai-je utile3 j'ai quelquefois rpandu des sentiments de consolation dans l'me des malheureux4 ,zadig se sentit du respect pour l'air1 pour la barbe1 et pour le livre de l'ermite4 ,il lui trouva dans la conversation des lumires suprieures4 ,l'ermite parlait de la destine1 de la justice1 de la morale1 du souverain bien1 de la faiblesse humaine1 des vertus1 et des vices1 avec une loquence si vive et si touchante1 que ,zadig se sentit entran vers lui par un charme invincible4,il le pria avec instance de ne le point quitter1 jusqu' ce qu'ils fussent de retour ,babylone4 ,je vous demande moi-mme cette grce1 lui dit le vieillard2 jurez-moi par ,orosmade que vous ne vous sparerez point de moi d'ici quelques jours1 quelque chose que je fasse4 ,zadig jura1 et ils partirent ensemble4 ,les deux voyageurs arrivrent le soir un chteau superbe4 ,l'ermite demanda l'hospitalit pour lui et pour le jeune homme qui l'accompagnait4 ,le portier1 qu'on aurait pris pour un grand seigneur1 les introduisit avec une espce de bont ddaigneuse4 ,on les prsenta un principal domestique1 qui leur fit voir les appartements magnifiques du matre4 ,ils furent admis sa table au bas bout1 sans que le seigneur du chteau les honort d'un regard2 mais ils furent servis comme les autres avec dlicatesse et profusion4 ,on leur donna ensuite laver dans un bassin d'or garni d'meraudes et de rubis4 ,on les mena coucher dans un bel appartement1 et le lendemain matin un domestique leur apporta chacun une pice d'or1 aprs quoi on les congdia4 ,le matre de la maison1 dit ,zadig en chemin1 me parat tre un homme gnreux1 quoique un peu fier2 il exerce noblement l'hospitalit4 ,en disant ces paroles1 il aperut qu'une espce de poche trs large que portait l'ermite paraissait tendue et enfle3 il y vit le bassin d'or garni de pierreries1 que celui-ci avait vol4 ,il n'osa d'abord en rien tmoigner2 mais il tait dans une trange surprise4 ,vers le midi1 l'ermite se prsenta la porte d'une maison trs petite1 o logeait un riche avare2 il y demanda l'hospitalit pour quelques heures4 ,un vieux valet mal habill le reut d'un ton rude1 et fit entrer l'ermite et ,zadig dans l'curie1 o on leur donna quelques olives pourries1 de mauvais pain1 et de la bire gte4 ,l'ermite but et mangea d'un air aussi content que la veille2 puis s'adressant ce vieux valet qui les observait tous deux pour voir s'ils ne volaient rien1 et qui les pressait de partir1 il lui donna les deux pices d'or qu'il avait reues le matin1 et le remercia de toutes ses attentions4 ,je vous prie1 ajouta-t-il1 faites-moi parler votre matre4 ,le valet tonn introduisit les deux voyageurs3 ,magnifique seigneur1 dit l'ermite1 je ne puis que vous rendre de trs humbles grces de la manire noble dont vous nous avez reus3 daignez accepter ce bassin d'or comme un faible gage de ma reconnaissance4 ,l'avare fut prs de tomber la renverse4 ,l'ermite ne lui donna pas le temps de revenir de son saisissement1 il partit au plus vite avec son jeune voyageur4 ,mon pre1 lui dit ,zadig1 qu'est-ce que tout ce que je vois8 ,vous ne me paraissez ressembler en rien aux autres hommes3 vous volez un bassin d'or garni de pierreries un seigneur qui vous reoit magnifiquement1 et vous le donnez un avare1 qui vous traite avec indignit4 ,mon fils1 rpondit le vieillard1 cet homme magnifique1 qui ne reoit les trangers que par vanit1 et pour faire admirer ses richesses1 deviendra plus sage2 l'avare apprendra exercer l'hospitalit3 ne vous tonnez de rien1 et suivez-moi4 ,zadig ne savait encore s'il avait affaire au plus fou ou au plus sage de tous les hommes2 mais l'ermite parlait avec tant d'ascendant1 que ,zadig1 li d'ailleurs par son serment1 ne put s'empcher de le suivre4 ,ils arrivrent le soir une maison agrablement btie1 mais simple1 o rien ne sentait ni la prodigalit ni l'avarice4 ,le matre tait un philosophe retir du monde1 qui cultivait en paix la sagesse et la vertu1 et qui cependant ne s'ennuyait pas4 ,il s'tait plu btir cette retraite dans laquelle il recevait les trangers avec une noblesse qui n'avait rien de l'ostentation4 ,il alla lui-mme au-devant des deux voyageurs1 qu'il fit reposer d'abord dans un appartement commode4 ,quelque temps aprs1 il les vint prendre lui-mme pour les inviter un repas propre et bien entendu1 pendant lequel il parla avec discrtion des dernires rvolutions de ,babylone4 ,il parut sincrement attach la reine1 et souhaita que ,zadig et paru dans la lice pour disputer la couronne2 mais les hommes1 ajouta-t-il1 ne mritent pas d'avoir un roi comme ,zadig4 ,celui-ci rougissait1 et sentait redoubler ses douleurs4 ,on convint dans la conversation que les choses de ce monde n'allaient pas toujours au gr des plus sages4 ,l'ermite soutint toujours qu'on ne connaissait pas les voies de la ,providence1 et que les hommes avaient tort de juger d'un tout dont ils n'apercevaient que la plus petite partie4 ,on parla des passions4 ,ah6 qu'elles sont funestes6 disait ,zadig4 ,ce sont les vents qui enflent les voiles du vaisseau1 repartit l'ermite3 elles le submergent quelquefois2 mais sans elles il ne pourrait voguer4 ,la bile rend colre et malade2 mais sans la bile l'homme ne saurait vivre4 ,tout est dangereux ici-bas1 et tout est ncessaire4 ,on parla de plaisir1 et l'ermite prouva que c'est un prsent de la ,divinit2 car1 dit-il1 l'homme ne peut se donner ni sensation ni ides1 il reoit tout2 la peine et le plaisir lui viennent d'ailleurs comme son tre4 ,zadig admirait comment un homme qui avait fait des choses si extravagantes pouvait raisonner si bien4 ,enfin1 aprs un entretien aussi instructif qu'agrable1 l'hte reconduisit ses deux voyageurs dans leur appartement1 en bnissant le ciel qui lui avait envoy deux hommes si sages et si vertueux4 ,il leur offrit de l'argent d'une manire aise et noble qui ne pouvait dplaire4 ,l'ermite le refusa1 et lui dit qu'il prenait cong de lui1 comptant partir pour ,babylone avant le jour4 ,leur sparation fut tendre1 ,zadig surtout se sentait plein d'estime et d'inclination pour un homme si aimable4 ,quand l'ermite et lui furent dans leur appartement1 ils firent long-temps l'loge de leur hte4 ,le vieillard au point du jour veilla son camarade4 ,il faut partir1 dit-il2 mais tandis que tout le monde dort encore1 je veux laisser cet homme un tmoignage de mon estime et de mon affection4 ,en disant ces mots1 il prit un flambeau1 et mit le feu la maison4 ,zadig pouvant jeta des cris1 et voulut l'empcher de commettre une action si affreuse4 ,l'ermite l'entranait par une force suprieure2 la maison tait enflamme4 ,l'ermite1 qui tait dj assez loin avec son compagnon1 la regardait brler tranquillement4 ,dieu merci6 dit-il1 voil la maison de mon cher hte dtruite de fond en comble6 ,l'heureux homme6 ,a ces mots ,zadig fut tent -la-fois d'clater de rire1 de dire des injures au rvrend pre1 de le battre1 et de s'enfuir2 mais il ne fit rien de tout cela1 et toujours subjugu par l'ascendant de l'ermite1 il le suivit malgr lui la dernire couche4 ,ce fut chez une veuve charitable et vertueuse qui avait un neveu de quatorze ans1 plein d'agrments et son unique esprance4 ,elle fit du mieux qu'elle put les honneurs de sa maison4 ,le lendemain1 elle ordonna son neveu d'accompagner les voyageurs jusqu' un pont qui1 tant rompu depuis peu1 tait devenu un passage dangereux4 ,le jeune homme empress marche au-devant d'eux4 ,quand ils furent sur le pont3 ,venez1 dit l'ermite au jeune homme1 il faut que je marque ma reconnaissance votre tante4 ,il le prend alors par les cheveux1 et le jette dans la rivire4 ,l'enfant tombe1 reparat un moment sur l'eau1 et est engouffr dans le torrent4 ,o monstre6 le plus sclrat de tous les hommes6 s'cria ,zadig4 ,vous m'aviez promis plus de patience1 lui dit l'ermite en l'interrompant3 apprenez que sous les ruines de cette maison o la ,providence a mis le feu1 le matre a trouv un trsor immense3 apprenez que ce jeune homme dont la ,providence a tordu le cou aurait assassin sa tante dans un an1 et vous dans deux4 ,qui te l'a dit1 barbare8 cria ,zadig2 et quand tu aurais lu cet vnement dans ton livre des destines1 t'est-il permis de noyer un enfant qui ne t'a point fait de mal8 ,tandis que le ,babylonien parlait1 il aperut que le vieillard n'avait plus de barbe1 que son visage prenait les traits de la jeunesse4 ,son habit d'ermite disparut2 quatre belles ailes couvraient un corps majestueux et resplendissant de lumire4 ,o envoy du ciel6 ange divin6 s'cria ,zadig en se prosternant1 tu es donc descendu de l'empyre pour apprendre un faible mortel se soumettre aux ordres ternels8 ,les hommes1 dit l'ange ,jesrad1 jugent de tout sans rien connatre3 tu tais celui de tous les hommes qui mritait le plus d'tre clair4 ,zadig lui demanda la permission de parler4 ,je me dfie de moi-mme1 dit-il2 mais oserai-je te prier de m'claircir un doute3 ne vaudrait-il pas mieux avoir corrig cet enfant1 et l'avoir rendu vertueux1 que de le noyer8 ,jesrad reprit3 ,s'il avait t vertueux1 et s'il et vcu1 son destin tait d'tre assassin lui-mme avec la femme qu'il devait pouser1 et le fils qui en devait natre4 ,mais quoi6 dit ,zadig1 il est donc ncessaire qu'il y ait des crimes et des malheurs8 et les malheurs tombent sur les gens de bien6 ,les mchants1 rpondit ,jesrad1 sont toujours malheureux3 ils servent prouver un petit nombre de justes rpandus sur la terre1 et il n'y a point de mal dont il ne naisse un bien4 ,mais1 dit ,zadig1 s'il n'y avait que du bien1 et point de mal8 ,alors1 reprit ,jesrad1 cette terre serait une autre terre1 l'enchanement des vnements serait un autre ordre de sagesse2 et cet ordre1 qui serait parfait1 ne peut tre que dans la demeure ternelle de l'tre suprme1 de qui le mal ne peut approcher4 ,il a cr des millions de mondes1 dont aucun ne peut ressembler l'autre4 ,cette immense varit est un attribut de sa puissance immense4 ,il n'y a ni deux feuilles d'arbre sur la terre1 ni deux globes dans les champs infinis du ciel1 qui soient semblables1 et tout ce que tu vois sur le petit atome o tu es n devait tre dans sa place et dans son temps fixe1 selon les ordres immuables de celui qui embrasse tout4 ,les hommes pensent que cet enfant qui vient de prir est tomb dans l'eau par hasard1 que c'est par un mme hasard que cette maison est brle3 mais il n'y a point de hasard2 tout est preuve1 ou punition1 ou rcompense1 ou prvoyance4 ,souviens-toi de ce pcheur qui se croyait le plus malheureux de tous les hommes4 ,orosmade t'a envoy pour changer sa destine4 ,faible mortel6 cesse de disputer contre ce qu'il faut adorer4 ,mais1 dit ,zadig4444 ,comme il disait mais1 l'ange prenait dj son vol vers la dixime sphre4 ,zadig genoux adora la ,providence1 et se soumit4 ,l'ange lui cria du haut des airs3 ,prends ton chemin vers ,babylone4 ,,chapitre ,,xxi4 ,les nigmes4 ,zadig hors de lui-mme1 et comme un homme auprs de qui est tomb le tonnerre1 marchait au hasard4 ,il entra dans ,babylone le jour o ceux qui avaient combattu dans la lice taient dj assembls dans le grand vestibule du palais pour expliquer les nigmes1 et pour rpondre aux questions du grand-mage4 ,tous les chevaliers taient arrivs1 except l'armure verte4 ,ds que ,zadig parut dans la ville1 le peuple s'assembla autour de lui2 les yeux ne se rassasiaient point de le voir1 les bouches de le bnir1 les coeurs de lui souhaiter l'empire4 ,l',envieux le vit passer1 frmit1 et se dtourna2 le peuple le porta jusqu'au lieu de l'assemble4 ,la reine1 qui on apprit son arrive1 fut en proie l'agitation de la crainte et de l'esprance2 l'inquitude la dvorait3 elle ne pouvait comprendre1 ni pourquoi ,zadig tait sans armes1 ni comment ,itobad portait l'armure blanche4 ,un murmure confus s'leva la vue de ,zadig4 ,on tait surpris et charm de le revoir2 mais il n'tait permis qu'aux chevaliers qui avaient combattu de paratre dans l'assemble4 ,j'ai combattu comme un autre1 dit-il2 mais un autre porte ici mes armes2 et en attendant que j'aie l'honneur de le prouver1 je demande la permission de me prsenter pour expliquer les nigmes4 ,on alla aux voix3 sa rputation de probit tait encore si fortement imprime dans les esprits1 qu'on ne balana pas l'admettre4 ,le grand-mage proposa d'abord cette question3 ,quelle est de toutes les choses du monde la plus longue et la plus courte1 la plus prompte et la plus lente1 la plus divisible et la plus tendue1 la plus nglige et la plus regrette1 sans qui rien ne se peut faire1 qui dvore tout ce qui est petit1 et qui vivifie tout ce qui est grand8 ,c'tait ,itobad parler4 ,il rpondit qu'un homme comme lui n'entendait rien aux nigmes1 et qu'il lui suffisait d'avoir vaincu grands coups de lance4 ,les uns dirent que le mot de l'nigme tait la fortune1 d'autres la terre1 d'autres la lumire4 ,zadig dit que c'tait le temps3 ,rien n'est plus long1 ajouta-t-il1 puisqu'il est la mesure de l'ternit2 rien n'est plus court1 puisqu'il manque tous nos projets2 rien n'est plus lent pour qui attend2 rien de plus rapide pour qui jouit2 il s'tend jusqu' l'infini en grand2 il se divise jusque dans l'infini en petit2 tous les hommes le ngligent1 tous en regrettent la perte2 rien ne se fait sans lui2 il fait oublier tout ce qui est indigne de la postrit1 et il immortalise les grandes choses4 ,l'assemble convint que ,zadig avait raison4 ,on demanda ensuite3 ,quelle est la chose qu'on reoit sans remercier1 dont on jouit sans savoir comment1 qu'on donne aux autres quand on ne sait o l'on en est1 et qu'on perd sans s'en apercevoir8 ,chacun dit son mot3 ,zadig devina seul que c'tait la vie4 ,il expliqua toutes les autres nigmes avec la mme facilit4 ,itobad disait toujours que rien n'tait plus ais1 et qu'il en serait venu bout tout aussi facilement1 s'il avait voulu s'en donner la peine4 ,on proposa des questions sur la justice1 sur le souverain bien1 sur l'art de rgner4 ,les rponses de ,zadig furent juges les plus solides4 ,c'est bien dommage1 disait-on1 qu'un si bon esprit soit un si mauvais cavalier4 ,illustres seigneurs1 dit ,zadig1 j'ai eu l'honneur de vaincre dans la lice4 ,c'est moi qu'appartient l'armure blanche4 ,le seigneur ,itobad s'en empara pendant mon sommeil3 il jugea apparemment qu'elle lui sirait mieux que la verte4 ,je suis prt lui prouver d'abord devant vous1 avec ma robe et mon pe1 contre toute cette belle armure blanche qu'il m'a prise1 que c'est moi qui ai eu l'honneur de vaincre le brave ,otame4 ,itobad accepta le dfi avec la plus grande confiance4 ,il ne doutait pas qu'tant casqu1 cuirass1 brassard1 il ne vnt aisment bout d'un champion en bonnet de nuit et en robe de chambre4 ,zadig tira son pe1 en saluant la reine qui le regardait1 pntre de joie et de crainte4 ,itobad tira la sienne1 en ne saluant personne4 ,il s'avana sur ,zadig comme un homme qui n'avait rien craindre4 ,il tait prt lui fendre la tte3 ,zadig sut parer le coup1 en opposant ce qu'on appelle le fort de l'pe au faible de son adversaire1 de faon que l'pe d',itobad se rompit4 ,alors ,zadig saisissant son ennemi au corps le renversa par terre2 et lui portant la pointe de son pe au dfaut de la cuirasse3 ,laissez-vous dsarmer1 dit-il1 ou je vous tue4 ,itobad1 toujours surpris des disgrces qui arrivaient un homme comme lui1 laissa faire ,zadig1 qui lui ta paisiblement son magnifique casque1 sa superbe cuirasse1 ses beaux brassards1 ses brillants cuissards2 s'en revtit1 et courut dans cet quipage se jeter aux genoux d',astart4 ,cador prouva aisment que l'armure appartenait ,zadig4 ,il fut reconnu roi d'un consentement unanime1 et surtout de celui d',astart1 qui gotait1 aprs tant d'adversits1 la douceur de voir son amant digne aux yeux de l'univers d'tre son poux4 ,itobad alla se faire appeler monseigneur dans sa maison4 ,zadig fut roi1 et fut heureux4 ,il avait prsent l'esprit ce que lui avait dit l'ange ,jesrad4 ,il se souvenait mme du grain de sable devenu diamant4 ,la reine et lui adorrent la ,providence4 ,zadig laissa la belle capricieuse ,missouf courir le monde4 ,il envoya chercher le brigand ,arbogad1 auquel il donna un grade honorable dans son arme1 avec promesse de l'avancer aux premires dignits s'il se comportait en vrai guerrier1 et de le faire pendre s'il fesait le mtier de brigand4 ,stoc fut appel du fond de l',arabie1 avec la belle ,almona1 pour tre la tte du commerce de ,babylone4 ,cador fut plac et chri selon ses services2 il fut l'ami du roi1 et le roi fut alors le seul monarque de la terre qui et un ami4 ,le petit muet ne fut pas oubli4 ,on donna une belle maison au pcheur4 ,orcan fut condamn lui payer une grosse somme1 et lui rendre sa femme2 mais le pcheur1 devenu sage1 ne prit que l'argent4 ,ni la belle ,smire ne se consolait d'avoir cru que ,zadig serait borgne1 ni ,azora ne cessait de pleurer d'avoir voulu lui couper le nez4 ,il adoucit leurs douleurs par des prsents4 ,l',envieux mourut de rage et de honte4 ,l'empire jouit de la paix1 de la gloire1 et de l'abondance3 ce fut le plus beau sicle de la terre2 elle tait gouverne par la justice et par l'amour4 ,on bnissait ,zadig1 et ,zadig bnissait le ciela4 a ,c'est-ici que finit le manuscrit qu'on a retrouv de l'histoire de ,zadig4 ,on sait qu'il a essuy bien d'autres aventures qui ont t fidlement crites4 ,on prie messieurs les interprtes des langues orientales de les communiquer1 si elles parviennent jusqu' eux4--,cette note de ,voltaire parut pour la premire fois dans les ditions de ,kehl4 ,b4 ,,fin ,,de ,l',,histoire ,,de ,,zadig4