,,comte ,l,,on ,,tolstoi ,,ma ,,confession ,,traduit ,,du ,,russe ,,par ,,zoria ,,paris ,,nouvelle ,,librairie ,,parisienne ,,albert ,,savine1 ,,diteur #ah1 ,,rue ,,drouot1 #ah #ahhg ,,pr,,face ,la vive admiration que l'on manifeste ,paris pour les ouvrages de ,tolsto1 la sympathie avec laquelle on accueille chaque nouveau volume de ses uvres1 et l'intrt qu'on porte son individualit1 m'ont donn l'ide de traduire ce petit volume intitul ,ma ,confession4 ,ce livre n'a jamais t publi en ,russie4 ,confession trop franche pour tre tolre dans un pays o la pense mme est svrement contrle1 il n'a circul ds l'anne #ahhb qu'en nombreux manuscrits parmi la socit intelligente de toute la ,russie4 ,ensuite1 ,genve1 il a eu deux ditions1 dont la dernire date de #ahhf4 ,je regrette de ne l'avoir pas traduit plus tt2 il aurait d prcder ,que faire81 ,ma ,religion1 et leur servir d'introduction1 puisque c'est justement le rcit de l'volution par laquelle ,tolsto a t amen ses dernires ides4 ,or1 pour tous ceux qui s'intressent notre illustre crivain1 cette volution doit prsenter un vif intrt4 ,le psychologue1 le moraliste1 le mdecin mme y trouveront des matriaux pour leurs observations et leurs recherches1 car1 envisage sous tous ces points de vue1 la confession d'un grand crivain1 faite avec une entire franchise1 ne peut pas tre strile4 ,y lira-t-on l'explication de l'tat o se trouve actuellement ,tolsto8 ,pourra-t-on en tirer une explication pour les ides bizarres qui se sont empares de lui dans ces dernires annes8 ,je l'espre1 et j'espre surtout qu'on pourra annoncer une raction dans son esprit et une gurison complte1 si c'est une maladie4 ,qu'on me comprenne bien2 je suis loin de classer ,tolsto parmi les alins4 ,admiratrice passionne de mon cher compatriote1 j'aurais prouv trop de peine en parler1 si jamais je l'avais pens4 ,mais si j'ose exprimer mon humble opinion1 je le crois fatigu moralement1 comme du reste il le dit lui-mme3 ,je tombai malade1 plutt moralement que physiquement1 etc4#a1 ou3 ,il arriva ce qui se produit quand une maladie intrieure est sur le point de se dclarer1 etc4#b4 ,or1 on ne saurait expliquer autrement ce manque de logique dans ses raisonnements qu'on remarque aprs une critique srieuse et suivie4 ,je dis une critique suivie1 car ,tolsto possde au plus haut point ce don de captiver le lecteur ds le premier abord et de le rendre esclave souvent contre sa propre volont1 tant le choix des exemples est heureux1 le style irrsistible et la sincrit de l'auteur convaincante4 ,hlas6 c'est une triste influence que celle-ci en ,russie6444 ,son pessimisme ne pousse pas l'action1 il ne tend pas lever les malheureux jusqu' nous1 il veut que nous nous abaissions jusqu' eux4444 ,mais comme le disait ,m4 ,sarcey dans sa confrence sur ,que faire8#c1 les ides ne sont pas dangereuses en ,france4 ,effectivement1 part le charme du style bien affaibli par une traduction1 le caractre franais1 l'tat politique de la nation et bien d'autres raisons l'empchent de tomber sous l'influence des dernires ides de ,tolsto qu'il regardera plutt comme une simple curiosit4 ,,zoria4 #a 7,page #ci47 ,cherchez pour 444 consistait toujours dans la mme chose 7jusqu'7 ressources pcuniares4 #b 7,page #dc47 ,cherchez pour 444 plus impratives 7jusqu'7 444 le plus4 #c ,traduction ,marina ,polonsky et ,g4 ,debesse1 ,albert ,savine1 diteur1 #ah1 rue ,drouot4 ,,ma ,,confession ,i ,j'ai t baptis et lev selon les principes de l'glise chrtienne orthodoxe4 ,on me les enseigna ds mon enfance1 pendant toute mon adolescence et ma jeunesse4 ,mais1 dix-huit ans1 aprs une seconde anne d',universit1 je ne croyais dj plus rien de ce qu'on m'avait appris4 ,certains souvenirs me donnent mme penser que jamais je n'ai cru srieusement et que ce que je prenais pour la foi n'tait que confiance en ce que professaient les grands4 ,cette confiance elle-mme tait trs chancelante4 ,je me rappelle que1 lorsque j'avais onze ans peu prs1 nous emes1 un dimanche1 la visite de ,volodinka#a ,m41 un lve du gymnase mort depuis1 qui nous annona comme une grande nouvelle une toute rcente dcouverte faite au gymnase4 ,cette dcouverte consistait en ce que ,dieu n'existait pas et que tout ce qu'on nous enseignait n'tait que vaine invention4 ,c'tait en #ahch4 ,je me rappelle combien mes frres ans s'intressrent cette nouveaut1 en m'engageant me joindre eux4 ,nous nous animmes tous extrmement et remes cette nouvelle comme quelque chose de trs amusant et de tout fait possible4 ,je me rappelle encore que1 pendant son sjour l',universit1 mon frre an1 ,dimitri1 s'adonna tout coup la religion avec la passion qui lui tait propre4 ,lorsqu'il commena assister tous les services1 jener1 amener une vie pure et morale1 nous tous1 les plus gs mme1 nous nous moqumes de lui en le gratifiant1 ,dieu sait pourquoi1 du surnom de ,no4 ,je me souviens encore que ,m4 ,maussin-,pouchkine1 alors recteur de l',universit de ,kazan1 nous invitait parfois danser et comme mon frre refusait son invitation1 il voulut le dcider en lui disant ironiquement que ,david avait aussi dans devant l',arche4 ,je faisais chorus alors ces plaisanteries des ans et j'en tirais la conclusion qu'il fallait apprendre le catchisme et aller l'glise1 mais qu'il ne fallait pas prendre tout cela trop au srieux4 ,je me souviens aussi que1 trs jeune encore1 je lus ,voltaire1 et que ses moqueries1 loin de me rvolter1 m'amusaient beaucoup4 ,mon abandon de la foi se fit comme cela arrivait et arrive encore aux personnes de notre monde4 ,il me parat que cela se passe dans la plupart des cas ainsi3 ,les hommes vivent comme vit tout le monde1 et tout le monde base sa vie sur des principes qui non seulement n'ont rien de commun avec la religion1 mais qui1 le plus souvent1 lui sont compltement opposs4 ,l'enseignement de la ,religion n'a pas d'action sur la vie4 ,il ne rgle1 en aucune faon1 nos rapports avec les autres hommes1 et dans notre propre existence1 jamais il ne nous arrive de le consulter4 ,cet enseignement trouve son application l1 quelque part1 loin de la vie1 et indpendamment d'elle4 ,si l'on se trouve en contact avec lui1 c'est comme avec un phnomne tout extrieur1 qui n'est pas du tout li la vie4 ,par la vie de l'homme1 par ses actions1 alors comme aujourd'hui1 il est impossible de savoir s'il croit ou non4 ,s'il y a une diffrence entre celui qui professe publiquement l'orthodoxie et celui qui la nie1 ce n'est pas en faveur du premier4 ,alors comme prsent1 l'aveu et la pratique ostensible de l'orthodoxie se rencontrent1 dans la plupart des cas1 chez des personnes bornes1 cruelles1 immorales et se croyant une grande importance1 tandis que l'intelligence1 l'honntet1 la franchise1 la bienveillance et la morale se trouvent gnralement parmi les hommes qui se disent incrdules4 ,on enseigne le catchisme dans les coles et on envoie les coliers l'glise2 on exige des employs du gouvernement des certificats de communion4 ,mais l'homme de notre socit1 qui n'apprend plus et qui n'est pas au service du gouvernement1 maintenant et autrefois encore plus1 peut vivre des annes et des annes sans se rappeler une seule fois qu'il vit parmi des chrtiens et que lui-mme est considr comme pratiquant la religion chrtienne orthodoxe4 ,alors1 de mme que maintenant1 ce qui a t admis sans examen et maintenu par la pression1 fond sous l'influence du savoir et de l'exprience de la vie1 qui sont contraires la ,religion4 ,et cependant l'homme vit1 souvent trs longtemps1 en s'imaginant que la foi1 dans laquelle il a t instruit dans son enfance1 vit pleinement en lui1 tandis qu'il n'y en a plus de traces depuis longtemps4 ,s4441 un homme franc et spirituel1 m'a racont comment il cessa de croire4 ,il avait vingt-six ans1 lorsqu'un jour la chasse1 pendant l'heure du repos1 il se mit prier suivant une habitude d'enfance4 ,son frre1 qui chassait avec lui1 tait couch sur le foin et le regardait4 ,quand ,s444 eut fini sa prire et se disposa se coucher1 son frre lui dit3 --,et tu fais cela encore prsent8 ,et ils ne se dirent rien de plus4 ,mais ,s444 ne pria plus depuis ce jour1 et voici trente ans qu'il ne prie pas1 ne communie pas et ne va pas l'glise4 ,et cela1 non parce qu'il connat les convictions de son frre et qu'il les a adoptes2 non parce qu'il a dcid quelque chose dans son me1 mais seulement parce que la parole prononce par son frre a t comme la lgre pousse du doigt sur un mur prs de tomber1 entran qu'il est par son propre poids4 ,cette parole ne fit que lui montrer que l'endroit o il supposait que la ,religion rsidait1 tait une place vide depuis longtemps et qu'ainsi les paroles qu'il disait1 les croix et les saluts qu'il faisait pendant sa prire1 n'taient que des actions sans le moindre sens4 ,ayant saisi leur absurdit1 il ne put les continuer4 ,c'est ainsi que cela arrive et que cela est arriv1 je crois1 pour la majorit des hommes de notre ducation4 ,je parle des hommes sincres envers eux-mmes et non de ceux qui font de la ,religion un moyen d'atteindre n'importe quel but phmre4 ,ces gens-l sont les athes les plus authentiques1 parce que1 si la ,religion n'est pour eux qu'un moyen d'arriver quelque but mondain1 ce n'est bien sr pas la conviction qui les mne4 ,c'est comme si ces hommes avaient senti la lumire du savoir et de la vie fondre cet difice artificiel2 ils s'en sont dj aperus ou bien n'ont pas encore ouvert les yeux4 ,l'instruction religieuse que j'avais reue depuis mon enfance disparut en moi de la mme manire que chez les autres1 avec la seule diffrence que1 comme j'avais commenc lire des ouvrages de philosophie depuis l'ge de quinze ans1 c'est avec discernement et de trs bonne heure que j'abjurai ma foi premire4 ,ds l'ge de seize ans1 je ne priai plus et je n'allai plus l'glise et ne fis plus mes dvotions1 et en cela je suivais ma propre impulsion4 ,je ne croyais pas ce qu'on m'avait enseign depuis mon enfance1 mais je croyais quelque chose4 ,a quoi8 ,je ne pouvais pas le dire d'une manire prcise4 ,je croyais en ,dieu1 ou plutt je ne niais pas ,dieu1 mais quel ,dieu8 ,je ne niais pas le ,christ non plus1 ni son enseignement1 mais en quoi cet enseignement consistait-il8444 ,aujourd'hui1 en me rappelant ce temps1 je vois clairement que ma ,religion tait ce quelque chose qui1 en dehors de l'instinct purement animal1 guidait ma vie4 ,ma seule1 ma vritable croyance en ce temps-l1 tait ma foi dans le perfectionnement4 ,mais en quoi consistait le perfectionnement et quel tait son but8 ,je n'aurais pu le dire4 ,je tchais de me perfectionner spirituellement4 ,j'apprenais tout ce que je pouvais sur les horizons que m'ouvrait la vie4 ,j'essayais de dvelopper ma volont4 ,je composais des rgles que je m'efforais de suivre2 je me perfectionnais physiquement par toutes sortes d'exercices1 cultivant ma force et mon adresse et m'habituant la fatigue et la patience par toute espce de privations4 ,toutes ces rformes1 je les prenais pour du perfectionnement4 ,le commencement de tout tait certainement le perfectionnement moral2 mais bientt cela se changea en perfectionnement gnral1 c'est--dire en dsir d'tre meilleur1 non pas mes propres yeux ou ceux de ,dieu1 mais en dsir d'tre meilleur aux yeux des autres hommes4 ,et bientt cette tendance se modifia en dsir d'tre plus fort que les autres hommes1 c'est--dire plus clbre et plus riche que les autres4 #a ,diminutif caressant pour ,voldmar4 ,,ii ,je raconterai un jour l'histoire de ma vie qui fut touchante et instructive1 pendant ces dix annes de ma jeunesse4 ,je voulais de toute mon me tre bon2 mais j'tais jeune1 j'avais des passions et j'tais seul1 tout fait seul1 quand je cherchais le bien4 ,chaque fois que j'essayais de me prononcer sur cet ardent dsir que j'avais d'tre bon moralement1 je ne rencontrais que mpris et moqueries2 mais quand je m'adonnais aux vilaines passions1 on me louait1 on m'encourageait4 ,l'ambition1 la passion du pouvoir1 la cupidit1 la volupt1 l'orgueil1 la colre1 la vengeance--tout cela tait estim4 ,me livrant ces passions1 je commenais ressembler un homme et je sentais qu'on tait content de moi4 ,ma bonne tante1 chez qui je vivais et qui tait bien l'tre le plus pur du monde1 me disait toujours qu'elle ne dsirait rien tant pour moi qu'une liaison avec une femme marie3 --,rien ne forme un jeune homme comme une liaison avec une femme comme il faut1 disait-elle4 ,elle souhaitait encore un autre bonheur pour moi1 celui d'tre aide de camp1 et surtout aide de camp de l',empereur2 et1 comme comble de la flicit--que je me mariasse une jeune fille trs riche1 et que j'eusse1 par suite de ce mariage1 le plus de serfs possible4 ,je ne puis sans effroi1 sans dgot et sans souffrance de l'me1 me rappeler ces annes4 ,je tuai des hommes la guerre2 je les dfiai en duel pour les tuer2 je perdis au jeu2 je dissipai le produit des travaux des paysans2 je les punissais1 je faisais des folies1 je trompais4 ,le mensonge1 le vol1 les volupts de toutes sortes1 l'ivresse1 la violence1 le meurtre4444 ,il n'y a pas de crime que je n'aie commis1 et pour tout cela1 on me louait1 on me comptait et on me compte au nombre des hommes relativement moraux4 ,je vcus ainsi dix ans4 ,cependant1 je commenais crire par vanit1 par cupidit et par orgueil4 ,je conformais mes crits ma vie4 ,pour obtenir la gloire et l'argent pour lesquels j'crivais1 il fallait cacher le bien et montrer le mal4 ,c'est ce que je fis4 ,combien de fois me suis-je ingni cacher dans mes crits1 sous les dehors de l'indiffrence et d'une lgre moquerie1 mme ces aspirations au bien qui taient le but de ma vie6 ,j'y parvenais et on me louait4 ,a vingt-six ans1 j'arrivai ,ptersbourg1 aprs la guerre1 et je me liai avec les crivains qui me reurent comme un des leurs4 ,on me flatta1 et je n'eus pas le temps d'y penser que les opinions sur la vie1 opinions toutes spciales la caste des gens avec lequel je me liai1 s'emparrent de moi et effacrent bientt compltement tous mes prcdents efforts pour devenir meilleur4 ,ces opinions se basaient sur une thorie qui excusait tout le libertinage de ma vie4 ,le jugement que mes compagnons de lettres portaient sur la vie consistait en ce que la vie1 en gnral1 marche en progressant et que1 dans ce dveloppement1 nous prenons la part principale1 nous--les hommes de la pense4 ,l'influence prpondrante nous appartient1 nous1 artistes et potes4 ,notre vocation est d'instruire les hommes4 ,et1 pour que cette question naturelle3 que suis-je et que dois-je enseigner1 ne se prsentt pas de soi-mme1 on expliquait1 dans cette thorie1 qu'il tait inutile de savoir cela et que l'artiste ou le pote enseignent sans connaissance de cause4 ,moi1 j'tais considr comme un magnifique artiste1 un grand pote et1 par consquent1 il me fut trs naturel de m'approprier cette thorie4 ,moi1 l'artiste1 le pote--j'crivais1 j'enseignais1 je ne savais pas quoi1 moi-mme4 ,on me payait pour cela2 j'avais tout3 table magnifique1 logement1 femmes1 socit1 j'avais la gloire4 ,et1 par consquent1 ce que j'enseignais tait trs bon4 ,cette foi dans l'importance de la posie et du dveloppement de la vie tait une religion1 et moi j'tais un de ses prtres4 tre un de ses prtres tait trs agrable et trs avantageux4 ,et je vcus assez longtemps dans cette croyance1 ne doutant pas de sa vrit4 ,mais la seconde et surtout la troisime anne d'une pareille vie1 je commenai douter de l'infaillibilit de cette croyance et je me mis l'tudier4 ,le premier motif de doute fut le suivant3 ,je commenais remarquer que les prtres de notre culte n'taient pas tous d'accord entre eux4 ,les uns disaient3 --,nous1 nous enseignons ce qu'il faut1 et les autres n'enseignent pas le vrai4 ,et ils discutaient1 se querellaient1 se grondaient1 se trompaient1 s'abusaient les uns les autres4 ,il y avait1 en outre1 beaucoup d'hommes parmi nous qui ne se souciaient mme pas de savoir qui avait raison et qui avait tort1 ne poursuivant qu'un but1 celui de profiter de notre activit4 ,force me fut de douter de la vrit de notre croyance4 ,or1 ayant dout de la vrit de cette religion littraire1 je commenai observer plus attentivement ses prtres1 et je me convainquis que presque tous taient des hommes immoraux et1 pour la plupart1 des hommes mauvais1 insignifiants1 d'un caractre beaucoup plus bas que celui des hommes que j'avais rencontrs dans ma vie militaire et dbauche4 ,c'taient des hommes contents d'eux-mmes1 comme ne peuvent l'tre que les saints ou ceux qui ne savent mme pas ce que c'est que la saintet4 ,je me dgotai des hommes1 je me dgotai de moi-mme et je compris que cette croyance tait une supercherie4 ,mais l'trange1 c'est qu'ayant compris tout ce mensonge bien vite et l'ayant reni1 je ne renonai pas au titre que me donnrent ces hommes1 celui d'artiste1 de pote et de matre4 ,je m'imaginais navement que moi du moins j'tais pote1 artiste1 et que je pouvais enseigner tous1 ne sachant pas ce que j'enseignais4 ,et c'est ce que je continuai de faire4 ,de ma liaison avec ces hommes1 j'emportai un nouveau vice1 un orgueil qui se dveloppa jusqu' la maladie1 une folle assurance de me croire vou enseigner aux hommes ne sachant pas quoi moi-mme4 ,maintenant1 quand je me rappelle ce temps1 mon humeur d'alors et le caractre de ces gens1--du reste il y en a des millions qui leur ressemblent aujourd'hui1--je les plains1 j'ai honte et j'ai envie de rire la fois2 j'prouve ce sentiment qui s'empare de nous dans la maison des fous4 ,nous tions tous convaincus alors qu'il nous fallait parler et parler sans cesse1 crire1 imprimer aussi vite que possible et autant que possible2 que tout cela tait ncessaire pour le bien-tre de l'humanit4 ,et des milliers d'entre nous1 tout en se grondant et se chicanant1 imprimaient1 crivaient et prtendaient instruire les autres4 ,et1 ne remarquant pas que nous ne savions rien1 qu' la question de la vie la plus simple3 ,qu'est-ce qui est bon et qu'est-ce qui est mauvais8 nous ne savions que rpondre1 nous parlions tous ensemble1 n'coutant rien ni personne1 quelquefois admirant et louant l'un ou l'autre1 la condition d'en tre lou et admir aussi2 d'autres fois nous irritant l'un contre l'autre tout fait comme des fous dans un asile4 ,des milliers d'ouvriers travaillaient nuit et jour1 et de toutes leurs forces1 composaient1 imprimaient des milliers de mots que la poste rpandait dans toute la ,russie2 et puis nous enseignions plus longuement encore sans trouver le temps d'enseigner tout1 et nous nous fchions toujours de ce qu'on ne nous coutait pas assez4 ,ce n'est que maintenant que je comprends ce temps bien trange4 ,notre dsir le plus vrai et le plus intime tait de recevoir le plus d'argent et de louanges possible4 ,pour atteindre ce but1 nous ne pouvions rien qu'crire des livres et des journaux4 ,c'est ce que nous faisions4 ,mais pour accomplir un travail aussi inutile1 il nous fallait avoir la conviction que nous tions des hommes trs importants2 nous avions encore besoin d'un raisonnement qui pt justifier notre activit4 ,et nous avions invent le suivant3 ,tout ce qui existe est raisonnable4 ,tout ce qui existe se dveloppe l'aide de l'instruction4 ,l'instruction se mesure d'aprs la propagation des livres et des journaux1 et nous1 on nous paye et on nous estime parce que nous crivons des livres et des journaux4 ,par consquent1 nous sommes les hommes les meilleurs et les plus utiles4 ,ce raisonnement aurait t trs bon si nous eussions t tous d'accord2 mais1 comme chaque pense mise par l'un s'opposait toujours une autre diamtralement oppose1 nous fmes obligs de nous raviser4 ,mais nous ne remarquions pas cela2 on nous payait1 et les hommes de notre parti nous louaient4 ,aussi chacun de nous s'estimait-il dans le vrai4 ,je vois maintenant qu'il n'y avait aucune diffrence avec la maison des fous2 mais alors je ne souponnais ceci que vaguement1 et encore1 comme font tous les fous1 j'appelais chacun fou1 except moi-mme4 ,,iii ,je vcus ainsi1 m'adonnant cette folie jusqu' mon mariage4 ,je partis d'abord pour l'tranger4 ,la vie en ,europe et mes rapports avec les hommes du progrs et les savants europens m'affermirent de plus en plus dans ma foi au perfectionnement en gnral1 puisque cette-mme croyance je la trouvais chez eux aussi4 ,cette croyance prit en moi la forme habituelle1 celle qu'elle a chez la majorit des hommes instruits de notre temps4 ,elle s'exprimait par le mot progrs4 ,il me semblait alors que ce mot exprimait quelque chose4 ,je ne comprenais pas encore que1 tourment comme tout homme vivant par cette question3 ,comment faire pour mieux vivre en accord avec le progrs8 je rpondais justement ce que l'homme dont la barque est entrane par les vagues et le vent rpondrait l'unique question qui existe encore pour lui3 ,quelle est la route du salut8 ,comme lui1 en effet1 je disais3 ,o la fortune nous porte4 ,alors je ne remarquais pas cela4 ,de temps autre1 pourtant1 mon sentiment--je ne dis pas mon esprit--se rvoltait contre ce prjug gnral de notre temps1 derrire lequel les hommes se retranchent quand ils ne peuvent pas donner d'explication la vie4 ,ainsi1 pendant mon sjour ,paris1 la vue d'une excution capitale suffit me montrer la fragilit de ma confiance dans le progrs4 ,quand je vis la tte se dtacher du corps et tomber avec un bruit lugubre dans le fond du panier1 je compris1 non pas par l'esprit1 mais par tout mon tre1 qu'aucune thorie de la raison du progrs ne pouvait justifier cette action4 ,quand mme l'humanit1 s'appuyant sur n'importe quelle thorie1 aurait trouv depuis le commencement du monde et trouverait encore ce chtiment ncessaire1 moi1 je sais qu'il ne l'est pas et que mme c'est une action mauvaise4 ,et quand mme les hommes et le progrs voudraient me dmontrer que ce chtiment est salutaire et ncessaire1 mon cur moi en est le juge et le niera toujours4 ,une autre circonstance vint me prouver la nullit de la foi dans le progrs3 ce fut la mort de mon frre4 ,spirituel1 bon1 srieux1 il tomba malade1 tant tout jeune encore4 ,il souffrit plus d'un an et mourut douloureusement sans avoir compris pourquoi il avait vcu et encore moins pourquoi il mourait4 ,aucune thorie ne put venir l'aide ni ses questions ni aux miennes pendant sa lente et cruelle agonie4 ,mais ceci n'tait que de rares occasions de doute4 ,en ralit je continuais vivre1 pratiquant seulement la foi dans le progrs4 --,tout se dveloppe et je me dveloppe2 mais pourquoi je me dveloppe avec tous les autres1 nous le verrons plus tard4 ,c'est ainsi que j'aurais d alors formuler ma croyance4 ,revenu de l'tranger1 je m'tablis la campagne et voulus m'occuper des coles de paysans4 ,cette occupation m'tait surtout agrable1 puisqu'il n'y avait pas en elle ce mensonge vident qui m'avait saut aux yeux dans le cours de mon enseignement littraire2 ici aussi j'agissais au nom du progrs1 mais je me comportais dj en critique envers ce progrs4 ,je me disais que certains phnomnes du progrs ont une marche bizarre1 irrgulire1 et qu'il fallait se comporter avec une grande libralit envers des gens primitifs1 comme taient les enfants des paysans1 et que mme il fallait leur laisser choisir la voie qu'ils voudraient pour aller vers le progrs4 ,en ralit1 je tournais toujours autour de ce mme et insoluble problme qui consistait enseigner sans savoir quoi4 ,dans les hautes sphres du travail littraire1 je comprenais qu'on ne pouvait instruire1 car je voyais que tous enseignaient diffremment et seulement par des discussions et tout en se cachant mutuellement leur ignorance2 mais ici1 avec les enfants des paysans1 je croyais qu'on pouvait tourner cette difficult en laissant les enfants apprendre ce qu'ils voulaient4 ,je ris de moi-mme maintenant en me rappelant comment je biaisais pour accomplir mon dsir--enseigner1--quoique je susse trs bien au fond de mon me que je ne pouvais rien enseigner de ce qui pouvait tre ncessaire1 ne sachant pas moi-mme ce qu'il fallait entendre par l4 ,aprs un an pass dans ces organisations d'coles1 je partis encore une fois pour l'tranger1 afin d'apprendre comment faire pour savoir enseigner aux autres1 ne sachant rien soi-mme4 ,et il me parut que j'avais appris cela l'tranger1 car1 arm de toute cette grande sagesse1 l'anne de l'mancipation des serfs1 je rentrai en ,russie o1 ayant occup le poste de juge de paix1 je commenai enseigner1 au peuple ignorant dans les coles1 et au peuple instruit dans le journal que je me mis diter4 ,tout paraissait bien marcher1 mais je sentais que je n'tais pas tout fait sain d'esprit et que cela ne pourrait pas se prolonger longtemps4 ,j'en serais venu peut-tre alors dj ce dsespoir auquel j'arrivai quinze ans plus tard1 si je n'avais pas envisag un autre ct de la vie que je n'avais pas encore prouv et qui me promettait le bonheur3 c'tait la vie de famille4 ,pendant une anne1 je rendis la justice1 je m'occupai d'coles et de journalisme1 et je fus bientt accabl de fatigue4 ,si insupportable devint la lutte pour la conciliation1 si vaguement se manifesta mon activit dans les coles1 si rpugnant m'tait devenu mon chappatoire dans le journal1 laquelle consistait toujours dans la mme chose1 dans le dsir d'instruire et de cacher que je ne savais rien1 que je tombai malade1 plutt moralement que physiquement4 ,alors j'abandonnai tout et je partis pour le dsert1 chez les ,bashkirs1 respirer l'air1 boire le koumyss et vivre de la vie animale4444 ,quand je revins1 je me mariai4 ,l'influence d'une vie de famille heureuse me dtourna de toute recherche du sens gnral de la vie4 ,toute ma vie en ce temps-l se concentra sur ma famille1 sur ma femme1 sur mes enfants4 ,ainsi1 par consquence1 grandit aussi le souci d'augmenter nos ressources pcuniaires4 ,ma premire aspiration1 celle de me rendre moi-mme meilleur1 avait fait place dj auparavant celle de concourir au progrs gnral2 et maintenant je ne pensais plus qu' ce qui serait le meilleur pour moi et ma famille4 ,ainsi passrent quinze ans encore4 ,bien que je me rendisse compte du vide de la littrature actuelle1 je continuais nanmoins crire pendant ces quinze ans4 ,je connaissais dj l'attraction qu'exercent les lettres2 j'avais got au plaisir de voir un mince travail si largement rcompens par l'argent et les applaudissements2 de nouveau je subis la tentation et je m'y adonnai comme un moyen d'amliorer ma position matrielle et d'assoupir dans mon me toutes les questions sur le sens de ma vie moi et de la vie en gnral4 ,j'crivais1 enseignant ce qui tait pour moi la seule vrit3 qu'il fallait vivre de manire se rendre soi-mme et sa famille le plus heureux possible4 ,ainsi je vcus1 mais il y a cinq ans que quelque chose d'trange se manifesta en moi4 ,d'abord ce furent des moments de perplexit1 d'arrt de la vie1 comme si je ne savais pas comment vivre1 quoi faire1 et je me sentis perdu et je tombai dans l'abattement4 ,mais cela passait et je continuais vivre comme auparavant4 ,ensuite ces moments de perplexit se renouvelrent toujours plus frquemment sous la mme forme4 ,ces arrts de vie se manifestaient toujours par les mmes questions3 --,pourquoi8 --,et quoi aprs8 ,il me sembla tout d'abord que ces questions venaient sans but et sans -propos4 ,il me parut qu'elles taient dj connues et que1 si je voulais un jour m'occuper de leur solution1 cela me serait trs facile1 que le temps seul me manquait pour le faire et qu'aussitt que je le voudrais j'tais sr de trouver les rponses4 ,mais les questions commencrent se rpter toujours plus souvent2 elles furent de plus en plus impratives4 ,les rponses taient exiges et ces questions sans rponses tombant comme des points toujours sur la mme place1 s'accumulrent en une grande tache noire4 ,il arriva ce qui se produit quand une maladie intrieure est sur le point de se dclarer4 ,d'abord paraissent des symptmes insignifiants1 des malaises auxquels le malade ne pas fait attention2 ensuite ces symptmes se rptent de plus en plus souvent et finalement se rsument en une souffrance unique et continue4 ,la souffrance crot1 et avant que le malade ait le temps de se reconnatre1 il comprend que ce qu'il prenait pour un malaise est ce qui pour lui a le plus d'importance au monde1 la ,mort4 ,la mme chose m'arriva4 ,je compris que ce n'tait pas un malaise accidentel1 mais quelque chose de trs grave et que1 si les mmes questions se rptaient toujours1 c'tait qu'il fallait y rpondre4 ,et j'essayais de le faire4 ,les questions paraissaient d'abord si absurdes1 si simples1 si enfantines4 ,mais du moment que j'y touchai et que j'essayai de les rsoudre1 je fus instantanment convaincu que1 premirement ce n'taient pas des questions enfantines ou imbciles1 mais que c'taient les questions les plus graves et les plus profondes de la vie2 et1 secondement1 que je ne pouvais1 que j'aurais beau y penser1 qu'il me serait impossible de les rsoudre4 ,avant de m'occuper de ma terre de ,samara1 de l'instruction de mon fils1 de la rdaction d'un livre1 il fallait que je susse pourquoi je le ferais4 ,tant que je ne saurais pas pourquoi1 je ne pouvais rien faire1 je ne pouvais pas vivre4 ,au milieu de mes penses domestiques qui m'intressaient beaucoup alors1 tout coup il me venait dans la tte la question3 --,c'est bien1 tu auras six mille deciatines dans le gouvernement de ,samara1--trois cents ttes de chevaux4444 ,et aprs8 ,et j'tais compltement dconcert et ne savais plus que penser4 ,ou bien1 rflchissant la manire dont j'lverais mes enfants1 je me disais3 --,pourquoi8 ,ou bien1 supputant les moyens par lesquels le peuple pouvait arriver au bien-tre1 je me disais brusquement3 --,et qu'est-ce que cela me fait8 ,ou bien1 pensant la gloire que mes ouvrages me procureront1 je me disais3 --,c'est bien3 tu seras plus clbre que ,gogol1 ,pouchkine1 ,shakespeare1 ,molire et que tous les auteurs du monde4444 ,et aprs8444 ,et je ne pouvais rien et rien rpondre4 ,ces questions n'attendent pas3 il faut y rpondre tout de suite2 si on ne rpond pas1 on ne peut pas vivre4 ,et il n'y a pas de rponse4 ,je sentis que ce quelque chose sur quoi la vie repose se brisait1 qu'il n'y avait plus rien o je pusse me retenir2 que ce dont je vivais n'tait dj plus2 que moralement je ne pouvais plus vivre4 ,,iv ,ma vie s'arrta4 ,je pouvais respirer1 manger1 boire1 dormir1 car je ne pouvais pas ne pas manger1 ne pas boire1 ne pas dormir2 mais la vie ne se manifestait pas en moi1 puisque je ne sentais pas la raison de mes dsirs ni la satisfaction de les voir accomplis4 ,si je voulais quelque chose1 je savais d'avance que1 mon dsir ft-il ralis ou non1 rien n'en rsulterait4 ,si une fe tait venue et m'avait propos d'accomplir mes vux1 je n'aurais su que dire4 ,si parfois1 dans un moment d'ivresse de la pense1 il me venait comme une rminiscence de mes anciennes aspirations1 je savais que ce n'tait que supercherie1 que je ne devais rien en attendre4 ,je ne pouvais mme pas souhaiter de connatre la vrit1 puisque je devinais dj en quoi elle consistait4 ,la vrit est que la vie est un non-sens4 ,j'avais vcu1 travaill1 march en avant et j'tais arriv un abme1 et il n'y avait rien devant moi except la ruine4 ,et cependant je ne pouvais ni m'arrter1 ni revenir sur mes pas1 ni fermer les yeux pour ne pas voir qu'en dehors des souffrances et de la mort absolue1 c'tait le vide1 l'anantissement complet4 ,il arriva que moi1 homme bien portant et heureux1 je sentis que je ne pouvais plus vivre4 ,une invincible force m'entranait me dbarrasser de la vie d'une manire ou d'une autre4 ,on ne peut pas dire que je voulusse me tuer4 ,la force qui m'entranait hors de la vie tait plus puissante1 plus pleine1 plus gnrale que le dsir que j'en pouvais avoir4 ,c'tait une force semblable celle de mon ancienne aspiration la vie2 seulement elle se produisait en sens inverse4 ,j'aspirais de toutes mes forces me dfaire de la vie4 ,l'ide du suicide me vint tout aussi naturellement que prcdemment les ides de l'amlioration de la vie4 ,cette ide tait si tentante que je devais user de ruse envers moi-mme pour ne pas l'accomplir trop prcipitamment4 ,je ne voulais pas me hter1 uniquement parce que je voulais voir clair en moi2 si j'y parvenais1 il serait toujours temps4 ,et voil que moi1 homme heureux1 je me cachais la corde pour ne pas me pendre la solive1 entre les armoires de la chambre1 o chaque soir j'tais seul en me couchant1 et je n'allai plus la chasse avec mon fusil1 pour ne pas tre tent par ce moyen trop facile de me dfaire de la vie4 ,je ne savais pas moi-mme ce que je voulais3 j'avais peur de la vie1 je tendais en sortir1 et malgr cela j'esprais d'elle encore quelque chose4 ,cela se passait dans un moment o toutes choses taient pour moi ce qui peut tre considr comme le bonheur complet2 je n'avais pas encore cinquante ans2 j'avais une pouse1 bonne1 aimante et aime2 de bons enfants1 un grand bien qui s'accroissait sans aucune peine de ma part4 ,j'tais respect de mes proches et de mes connaissances plus que jamais je ne l'avais t2 j'tais combl d'loges par les trangers et je pouvais croire sans exagration mon nom clbre4 ,avec cela je n'tais pas fou1 ou malade psychiquement4 ,au contraire1 je jouissais d'une force morale et physique1 que j'ai rarement rencontre parmi les personnes de mon ge4 ,physiquement je pouvais faucher tout aussi bien que les paysans4 ,intellectuellement je pouvais travailler huit heures de suite sans prouver aucune consquence fcheuse d'un pareil effort4 ,et c'est dans cet tat que j'arrivai ne pouvoir pas vivre2 et1 ayant peur de la mort1 je devais employer des ruses pour ne pas me tuer4 ,cet tat de mon me se traduisait ainsi3 --,ma vie est quelque mchante et stupide plaisanterie qui m'est joue par quelqu'un4 ,bien que je ne reconnusse aucun quelqu'un qui m'et cr1 cette ide que quelqu'un s'tait moqu de moi sottement et mchamment en me produisant au monde1 tait la forme la plus ordinaire sous laquelle mes inquitudes se manifestaient4 ,il me semblait involontairement que l1 quelque part1 il y avait ce quelqu'un1 qui s'amusait maintenant me regarder6 ,j'avais vcu trente ou quarante ans en apprenant1 en me dveloppant1 en grandissant de corps et d'esprit1 et maintenant que je m'tais tout fait fortifi l'esprit1 que j'tais arriv au sommet de la vie1 ce point1 o elle s'ouvre entirement1 je me tenais comme un crtin sur ce sommet1 comprenant clairement qu'il n'y avait rien dans la vie1 qu'il n'y a jamais eu et qu'il n'y aura jamais rien4 --,et lui de se moquer de moi6 ,mais s'il est ou s'il n'est pas ce quelqu'un qui se moque de moi1 cela ne me soulage pas4 ,je ne pouvais donner aucun sens raisonnable aucune action de ma vie4 ,je m'tonnais seulement comment j'avais pu ne pas comprendre cela ds le commencement4 ,tout cela1 me disais-je1 est depuis si longtemps connu de tout le monde6 ,si ce n'est aujourd'hui1 ce sera demain que viendront les maladies1 la mort1--et elles sont dj venues1--pour les personnes aimes1 pour moi1 et il ne restera rien1 except la pourriture et les vers4 ,mes actions1 quelles qu'elles soient1 seront oublies tt ou tard et moi je ne serai plus4 ,pourquoi donc prendre du souci8 ,comment l'homme peut-il ne pas voir cela et vivre1 voil ce qui est tonnant4 ,on peut vivre seulement pendant qu'on est ivre de la vie2 mais lorsqu'on se dgrise1 on ne peut pas ne pas voir que tout cela n'est qu'une supercherie et une supercherie stupide4 ,ce qui est dj bien vrai1 c'est qu'il n'y a mme rien de risible ou d'ingnieux en cela2 ce n'est que cruel et stupide1 tout simplement4 ,la fable orientale du voyageur surpris dans le dsert par un animal furieux1 est bien vieille4 ,se sauvant d'une bte froce1 le voyageur saute dans un puits sans eau2 mais au fond de ce puits1 il voit un dragon1 la gueule ouverte pour le dvorer4 ,et le malheureux1 n'osant sortir de peur d'tre la proie de la bte froce1 n'osant pas sauter au fond pour ne pas tre dvor par le dragon1 s'attache aux branches d'un buisson sauvage qui crot dans la fente du puits4 ,ses mains faiblissent et il sent que bientt il devra s'abandonner une perte certaine2 mais il se cramponne toujours et voit que deux souris1 l'une noire1 l'autre blanche1 faisant galement le tour du buisson auquel il est suspendu1 le rongent par dessous4 ,le voyageur voit cela et sait qu'il prira invitablement2 mais1 pendant qu'il est ainsi suspendu1 il cherche autour de lui et il trouve sur les feuilles du buisson quelques gouttes de miel2 il les atteint avec la langue et les suce avec volupt4 ,c'est ainsi que je me tiens sur les branches de la vie1 sachant que le dragon de la mort m'attend invitablement1 prt me dchirer1 et je ne puis comprendre pourquoi je suis martyris de la sorte4 ,j'essaye de sucer ce miel qui me consolait autrefois2 mais ce miel ne me rjouit plus et la souris blanche ainsi que la souris noire rongent jour et nuit la branche laquelle je me tiens4 ,je ne vois qu'une seule chose3 l'invitable dragon et les souris--et je ne puis dtourner d'eux mon regard4 ,ceci ce n'est pas une fable1 mais c'est la pure1 l'incontestable vrit1 comprhensible pour tous4 ,la supercherie des jouissances de la vie passe1 qui touffaient l'horreur du dragon1 ne m'abuse plus4 ,on a beau me dire3 --,tu ne peux pas comprendre le sens de la vie2 ne pense pas1 vis6 ,je ne puis pas faire cela1 parce que je l'ai fait trop longtemps dj4 ,je ne puis pas ne pas voir maintenant le jour et la nuit qui courent et me mnent la mort4 ,je ne vois que cela puisque c'est la seule vrit4 ,tout le reste est mensonge4 ,ces deux gouttes de miel qui1 plus longtemps que les autres1 me dtournaient les yeux de la cruelle vrit1--l'amour pour ma famille et pour les lettres1 que je nommais art1--n'avaient plus de douceur pour moi4 --,la famille 444 me disais-je2--mais la famille--pouse1 enfants1 ils sont donc aussi des hommes4 ,ils se trouvent dans les mmes conditions que moi3 ils doivent ou vivre dans le mensonge1 ou bien voir l'affreuse vrit4444 ,pourquoi donc doivent-ils vivre8 ,pourquoi les aimerais-je1 les protgerais-je1 veillerais-je sur eux8 ,pour qu'ils connaissent le mme dsespoir qui est en moi ou pour qu'ils vivent en tres stupides8 ,les aimant1 je ne puis leur cacher la vrit2 chaque pas dans le savoir mne vers cette vrit4 ,et la vrit1 c'est la mort4 ,l'art1 la posie4444 ,longtemps sous l'influence du succs et des louanges des hommes1 je me persuadais que c'tait l un travail qu'on pouvait faire malgr la mort qui dtruira tout3 mes actions et jusqu' leur souvenir4 ,je voyais clairement que l'art est un ornement de la vie1 un attrait de la vie4 ,mais la vie ayant perdu pour moi son attrait1 comment pouvais-je y attirer les autres8 ,tant que j'ai vcu1 sans me rendre compte de ma propre vie1 influenc que j'tais par la vie des autres1 tant que j'ai pens que la vie avait un sens1 bien que je ne pusse pas le dfinir1 le reflet de la vie dans la posie et dans les arts me faisait plaisir et je m'amusais la regarder dans ce petit miroir de l'art4 ,mais lorsque je m'efforai de trouver le sens de la vie1 lorsque je sentis la ncessit de vivre moi-mme1--ce petit miroir me devint inutile1 superflu1 la fois-drle et pnible4 ,il m'tait dj impossible de me consoler en voyant dans ce miroir que ma situation tait stupide et dsesprante4 ,c'tait bien de m'en rjouir quand je croyais au fond de mon me que ma vie avait du sens4 ,alors ce jeu des lumires de la vie--comique1 tragique1 touchante1 belle1 affreuse--m'amusait4 ,mais lorsque je sus que la vie est horrible et n'est qu'un non-sens1 le jeu du petit miroir ne pouvait plus me divertir4 ,le miel avait perdu pour moi toute douceur1 car je voyais le dragon et les souris ronger mon appui4 ,mais ce n'est pas tout encore4 ,si j'eusse simplement compris que la vie n'a pas de sens1 j'aurais pu le savoir tranquillement1 j'aurais pu savoir que tel est mon sort4 ,mais je ne pouvais pas me tranquilliser par l4 ,si j'avais t comme un homme dans une fort qu'il sait sans issue1 j'aurais pu vivre2 mais j'tais comme un homme gar dans la fort et qui court de tous cts pour trouver la sortie3 il sait que chaque pas l'gare davantage et pourtant il ne peut se dfendre de se jeter de tous cts4 ,voil ce qui tait affreux6 ,et pour me dbarrasser de cet effroi je voulais me tuer3 j'prouvais l'horreur de ce qui m'attendait1 je savais que cette horreur est encore plus terrible que la situation mme1 mais je ne pouvais pas attendre la fin patiemment4 ,malgr toute la force de cet argument3 quelque vaisseau se rompra dans le cur ou quelque chose clatera et tout sera fini1 je ne pouvais pas attendre la fin avec patience4 ,la terreur de l'obscurit tait trop forte1 et je voulais plus vite1 plus vite1 m'en dbarrasser l'aide d'une corde ou d'une balle4 ,v ,c'est surtout ce sentiment qui m'attirait au suicide4 ,mais1 peut-tre1 n'ai-je pas remarqu ou n'ai-je pas compris quelque chose8--me disais-je souvent4 ,il n'est pas possible que cet tat de dsespoir soit naturel aux hommes4 ,et je cherchais une explication toutes ces questions dans toutes ces connaissances acquises par les hommes4 ,et je cherchais douloureusement et longtemps1 et non par curiosit oisive2 je ne cherchais pas avec indolence1 mais je cherchais pniblement1 obstinment1 des journes et des nuits entires2 je cherchais comme un homme qui se perd et cherche se sauver2 et je ne trouvais rien4 ,je cherchais dans toutes les sciences et non seulement je ne trouvais pas1 mais je fus convaincu que tous ceux qui ont cherch comme moi dans la science n'ont rien trouv non plus4 ,et non seulement ils n'ont rien trouv1 mais ils ont reconnu clairement que la mme chose1 qui me menait au dsespoir--l'absurdit de la vie--est le seul1 l'incontestable savoir accessible l'homme4 ,je cherchais partout et1 grce ma vie passe dans l'tude et aussi cause de mes relations avec le monde des savants1 les savants de toutes sciences m'accueillirent et ne refusrent pas de m'ouvrir toutes leurs connaissances1 non pas par les livres seulement1 mais par des conversations2 et ainsi je compris tout ce que la science rpond la question de la vie4 ,longtemps je ne pus croire que la science ne rponde rien de plus que ce qu'elle rpond4 ,pendant bien longtemps1 en considrant le ton grave et srieux des sciences exactes1 qui ne s'occupent gure du problme de la vie humaine1 il me paraissait qu'elles renfermaient quelque chose que je ne comprenais pas4 ,pendant longtemps je m'inclinais devant le savoir et je pensais que si les rponses n'taient pas conformes mes questions1 ce n'tait pas la faute de la science1 mais celle de mon ignorance4 ,ce n'tait pas une affaire de plaisanterie pour moi1 mais la chose srieuse de toute ma vie et1 que je le voulusse ou non1 je fus amen la conviction que mes questions ne sont que des questions lgitimes1 qui servent de base tout savoir et que ce ne sont pas elles1 non plus que moi1 qui sont fautifs1 mais la science1 si elle a la prtention d'y rpondre4 ,ma question1 celle qui1 cinquante ans1 me conduisait au suicide1 tait des plus simples3 elle est dans l'me de tout homme1 depuis l'enfant stupide jusqu'au plus sage vieillard2 sans elle1 la vie est impossible1 comme je l'ai prouv moi-mme4 ,voici en quoi elle consistait3 --,qu'est-ce qui sortira de ce que je fais aujourd'hui8 de ce que je ferai demain8 ,qu'est-ce qui sortira de toute ma vie8 ,on peut encore la formuler ainsi3 --,pourquoi dois-je vivre8 pourquoi dois-je faire quelque chose8 ,ou encore autrement3 --,y a-t-il dans la vie un but qui ne se dtruise pas par la mort invitable qui m'attend8 ,a cette mme question diversement exprime1 je cherchai une rponse dans le savoir de l'homme4 ,et j'ai trouv que1 relativement cette question1 toutes les sciences de l'humanit se divisent1 pour ainsi dire1 en deux hmisphres aux deux extrmits opposes desquelles se trouvent deux ples3 l'un ngatif1 l'autre positif2 mais que ni l'un1 ni l'autre ple1 il n'y a de rponse aux questions de la vie4 ,toute une srie de sciences semblent mme ne pas admettre cette question1 bien qu'elles rpondent clairement et prcisment leurs propres objections3 ce sont une srie de connaissances exprimentes1 et au point culminant se trouvent les mathmatiques4 ,une autre srie de connaissances admettent la question1 mais n'y rpondent pas3 ce sont une srie de sciences thoriques1 et leur point culminant se tient la mtaphysique4 ,depuis ma premire jeunesse1 les sciences mtaphysiques m'intressaient beaucoup4 ,dans la suite1 les sciences mathmatiques et naturelles m'attirrent aussi1 et jusqu'au moment o cette question se posa clairement devant moi1 grandissant toujours et exigeant imprieusement une solution1 jusqu' ce temps je me contentais de ce semblant de rponse que la science peut donner4 ,ou bien dans le domaine des sciences positives1 je me disais3 --,tout se dveloppe1 se diffrencie1 marche vers la complication et l'amlioration1 et il y a des lois qui guident cette marche4 ,toi1 tu es une partie de l'entier4 ,ayant compris l'entier autant que possible et ayant compris la loi du dveloppement1 tu comprendras aussi ta place dans cet entier1 tu te comprendras toi-mme4 ,malgr toute la honte que me cote cet aveu1 il y a eu un temps o j'avais l'air de me contenter de cela4 ,mes muscles grandissaient et se fortifiaient4 ,ma mmoire s'enrichissait4 ,la capacit de la pense et de la comprhension s'augmentait4 ,je croissais et me dveloppais1 et1 sentant cette croissance en moi-mme1 il tait tout naturel pour moi de croire que c'tait justement dans la loi de tout l'univers que je trouverais la solution de ce problme de ma vie4 ,mais le temps est venu o ma croissance s'est arrte4 ,je sens que je ne me dveloppe plus et mme que je me rtrcis4 ,mes muscles s'affaiblissent4 ,mes dents tombent1 et je sens que cette loi1 non seulement ne m'explique rien1 mais qu'il n'y a jamais eu et qu'il n'a pu exister pareille loi1 et que j'avais pris pour une loi ce que j'avais trouv en moi-mme pendant un certain temps de ma vie4 ,je me reportai alors plus svrement la dfinition de cette loi1 et je compris clairement que des lois du dveloppement en gnral ne pouvaient pas exister4 ,je compris clairement que dire ,dans l'espace et le temps infini1 tout se dveloppe1 s'amliore1 se complique1 se diffrencie1 c'tait ne rien dire4 ,tout cela ne sont que des mots sans porte1 puisque1 dans l'infini1 il n'y a ni complication1 ni simplicit1 ni avant1 ni aprs1 ni pire1 ni mieux4 ,mais le principal est que la question qui m'tait personnelle3 que suis-je avec mes dsirs8 restait toujours et absolument sans rponse4 ,et je compris que ces connaissances sont trs intressantes1 trs attrayantes1 mais qu'elles sont prcises et claires en proportions inverses de leur application aux problmes de la vie4 ,moins elles sont applicables aux questions de la vie1 plus elles sont prcises et claires4 ,plus elles tendent donner des solutions aux questions de la vie1 moins elles sont claires ou attrayantes4 ,si l'on se tourne vers les sciences qui tendent conclure sur les grandes questions de la vie1--vers la physiologie1 la psychologie1 la biologie1 la sociologie1--on y trouve une pauvret d'esprit stupfiante1 une prtention non justifie rsoudre des questions sur lesquelles elles ne sont pas comptentes4 ,elles n'aboutissent qu' mettre le penseur en contradiction perptuelle avec les autres penseurs et souvent avec lui-mme4 ,si l'on s'adresse aux sciences qui ne s'occupent pas de la solution des questions de la vie1 mais qui rpondent ses questions scientifiques et spciales1 alors1 on s'merveille de la force de l'esprit humain1 tout en sachant d'avance qu'il n'a rien rpondre aux questions de la vie4 ,ces sciences ignorent ouvertement la question de la vie4 ,elles disent3 --,a ce que tu es1 et pourquoi tu vis1 nous n'avons pas de rponses et nous ne nous en occupons pas2 mais si tu as besoin de connatre les lois de la lumire et des compositions chimiques1 les lois du dveloppement des organismes1 si tu as besoin de connatre les lois des corps1 leur forme et la relation des chiffres et des grandeurs1 si tu as besoin de connatre les lois de ton esprit1 alors1 pour tout cela1 nous avons des rponses claires1 prcises et incontestables4 ,en gnral1 le rapport des sciences exprimentales la question de la vie peut tre exprime ainsi3 ,,question3 ,pourquoi est-ce que je vis8 ,r,,ponse3 ,dans l'espace infiniment grand1 dans le temps infiniment long1 les portions infiniment petites changent de pbases dans la complication infinie1 et lorsque tu comprendras les lois de ces changements tu comprendras pourquoi tu vis4 ,ou bien dans le domaine thorique1 je me disais3 --,toute l'humanit vit et se dveloppe d'aprs les principes spirituels de l'idal qui la guident4 ,l'idal s'exprime dans la religion1 dans la science1 dans l'art1 dans la forme du gouvernement4 ,cet idal devient plus beau et plus lev2 l'humanit marche vers les rgions suprieures4 ,moi1 je suis une partie de l'humanit et1 par consquent1 ma vocation consiste cooprer la connaissance et la ralisation de ce qui est l'idal pour l'humanit4 ,et tant que dura l'affaiblissement de mon esprit1 je me contentai de cette rponse2 mais1 ds que la question de la vie s'leva clairement en moi1 toute cette thorie s'croula du coup4 ,sans tenir compte du manque de prcision inconsciente1 grce auquel les rsultats obtenus par l'tude sur une petite partie de l'humanit passent pour des principes gnraux1 sans tenir compte des contradictions flagrantes entre les partisans d'opinions diffrentes sur l'idal de l'humanit1 la bizarrerie1 pour ne pas dire la sottise de cette opinion1 consiste en ce que1 pour rpondre la question qui se pose devant chaque homme3 ,que suis-je8--ou3 ,pourquoi est-ce que je vis8--ou3 ,que dois-je faire8--l'homme doit avant tout rpondre cette question3 ,qu'est-ce que la vie de toute l'humanit8 ,or1 cette humanit lui est inconnue4 ,il n'en connat qu'une toute petite partie1 limite une toute petite priode de temps4 ,pour pouvoir comprendre ce qu'il est1 l'homme doit comprendre avant tout ce qu'est cette mystrieuse humanit faite d'individus tout pareils lui1 quoique ne se comprenant pas eux-mmes4 ,je dois avouer qu'il y eut un temps o je croyais ce principe4 ,c'tait le temps o je poursuivais un idal favori qui justifit mes caprices4 ,a cet effet1 je m'efforais d'inventer une thorie telle que je pusse envisager ces caprices comme une loi de l'humanit4 ,mais1 du moment o la question de la vie se souleva en moi1 dans toute sa clart1 la vrit de cette rponse se dissipa comme une vapeur dans les airs4 ,et je compris que1 de mme que dans les sciences positives1 il y a des sciences vraies et des demi-sciences1 qui tendent fournir des rponses aux questions qui ne leur sont pas proposes2--je compris aussi que dans ce domaine il y a tout une srie de connaissances plus dtailles qui tchent de rpondre aux questions qui ne relvent pas d'elles4 ,les demi-sciences de ce domaine1 les sciences juridiques1 historiques1 sociales1 qui tendent rsoudre la question de l'humanit1 le font de pure imagination1 d'une faon fantaisiste et chacune sa manire4 ,mais1 de mme que dans le domaine des sciences positives l'homme qui demande sincrement3 ,comment dois-je vivre8 ne peut pas se contenter de la rponse3 ,etudie dans l'espace infini les changements infinis d'aprs le temps et la complication des parties infiniment petites1 et alors tu comprendras ta vie2 de mme un homme sincre ne peut non plus se contenter de la rponse3 ,etudie la vie de toute l'humanit1 dont nous ne pouvons connatre ni le commencement ni la fin et dont la plus grande partie est inconnue2 alors tu comprendras ta vie4 ,il en est de mme dans les demi-sciences exprimentales4 ,et plus ces demi-sciences s'loignent de leur enseignement propre1 plus elles sont pleines d'obscurit et d'indcision1 de sottise et de contradiction4 ,le problme d'une science positive est une succession de causes1 de phnomnes matriels4 ,la science exprimentale n'a qu' introduire la question de la cause finale et il en sort--une absurdit4 ,le problme de la science thorique est d'essayer de comprendre l'essence de la vie sans en envisager les causes4 ,mais il n'y a qu' pousser l'investigation jusqu'aux phnomnes de cause considrs comme phnomnes sociaux1 historiques1 et on n'obtient qu'une absurdit4 ,la science exprimentale ne donne une signification positive et ne montre la grandeur de l'esprit humain que lorsqu'elle n'introduit pas dans ses investigations la cause finale4 ,et1 au rebours1 la science thorique n'est une science et ne montre la grandeur de l'esprit humain que lorsqu'elle carte compltement les questions du rituel des phnomnes de causes et lorsqu'elle n'envisage l'homme que par rapport la cause finale4 ,cette science dans ce domaine dont elle est le ple--est la mtaphysique ou philosophie4 ,cette science pose nettement la question3 --,que suis-je1 et qu'est l'univers8 ,et pourquoi suis-je et pourquoi est tout l'univers8 ,et1 depuis qu'elle existe1 elle rpond toujours de la mme manire4 ,que ce soit l'ide1 la substance1 l'esprit1 ou la volont que la philosophie dsigne par le nom essence--essence de la vie qui est en moi et dans tout ce qui existe1--le philosophe rpte toujours que l'essence est1--et que moi--je suis justement cette essence2 mais pourquoi elle est1 il ne le sait pas et ne rpond pas s'il est un penseur sincre4 ,je demande3 --,pourquoi cette essence est8 ,que sortira-t-il de ce qu'elle est ou de ce qu'elle sera8444 ,et la philosophie1 non seulement ne rpond pas1 mais c'est justement cela qu'elle-mme demande4 ,si elle est la vraie philosophie1 tout son travail ne consiste qu' poser clairement cette question4 ,et si elle tient fermement son problme1 elle ne peut rpondre autrement qu' la question3 que suis-je et qu'est tout le monde8--tout et rien--et la question3 pourquoi8--je ne sais pas4 ,ainsi j'aurai beau tourner et retourner les questions thoriques de la philosophie1 je ne recevrai pas mme un semblant de rponse1 non pas que1 dans une sphre nette et exprimente comme l'est la sienne1 la rponse ne puisse se rapporter ma question4 ,au contraire1 le travail spirituel qui est son objet la porte justement vers ma question2 mais il n'y a pas de rponse1 si ce n'est la mme question prsente sous une forme beaucoup plus complique4 ,,vi ,pendant que je cherchais la rponse la question de la vie1 j'prouvais tout fait le mme sentiment qu'prouve l'homme qui s'est gar dans la fort4 ,ayant dbouch sur une clairire1 il grimpa sur un arbre et vit clairement des espaces illimits1 mais pas une seule maison2 et il comprit qu'il ne pouvait s'en trouver4 ,il alla alors dans l'paisseur du bois1 dans les tnbres2 mais1 l encore1 nulle trace de refuge6 ,j'errais ainsi dans la fort des connaissances humaines1 parmi les lueurs des sciences mathmatiques et exprimentales1 qui1 tout en me dcouvrant des horizons lumineux1 ne pouvaient me fournir aucun abri4 ,je vaguais au milieu de l'obscurit des connaissances thoriques1 toujours plus sombres mesure que je m'y enfonais1 jusqu' ce que je fusse enfin persuad qu'il n'y avait et qu'il ne pouvait pas y avoir d'issue4 ,en tudiant les cts positifs de la science1 j'avais compris que je ne faisais que dtourner mes yeux de la question4 ,malgr tout l'attrait et la clart des horizons qui s'ouvraient devant moi1 malgr tout le charme qu'il y a se plonger dans l'infini de ces connaissances1 je compris dsormais que ces connaissances m'taient d'autant plus claires qu'elles m'taient moins ncessaires et utiles la solution du problme que je poursuivais4 --,eh bien1--me disais-je1--je sais tout ce que la science veut savoir si obstinment2 mais sur ce chemin il n'y a pas de rponse la question du sens de ma vie4 ,d'autre part1 dans le domaine thorique1--malgr1 ou justement parce que son objet est strictement dirig vers la rponse ma question1--il n'y a pas d'autre rponse que celle que je me donnais moi-mme3 --,quel est le sens de ma vie8--,nul2 ou3 --,qu'est-ce qui sortira de ma vie8--,rien1 ou3 --,pourquoi existe tout ce qui existe et pourquoi est-ce que j'existe8--,parce que tu existes4 ,m'adressant un ct des connaissances humaines1 je recevais une quantit infinie de rponses prcises sur ce que je ne demandais pas3 sur la composition chimique des toiles1 sur le mouvement du soleil vers la constellation d',hercule1 sur l'volution des espces et de l'homme1 sur les formes infiniment petites1 impondrables parties de l'ther2 mais ma question3 ,quel est le sens de la vie8 je recevais pour toute rponse dans ce domaine de la science3 ,tu es ce qui s'appelle la vie2 tu es une agrgation accidentelle de molcules4 ,la transformation de ces parties et leur influence mutuelle s'appelle la vie4 ,cette agrgation tiendra quelque temps1 puis l'action rciproque de ces parties cessera3 et ce que tu appelles vie cessera galement1 comme aussi toutes les questions que tu te poses--tu es une petite boule de quelque chose qui s'est accidentellement amass4 ,la petite boule se consume en fermentant1 et cette fermentation de petites boules s'appelle la vie4 ,la boule clatera--et la fermentation finira de mme que toutes les questions4 ,c'est ainsi que rpondent les sciences positives et elles ne peuvent rpondre autrement si elles restent logiques avec leur point de dpart4 ,il est vident qu'une telle rponse n'en est pas une1 eu gard ma question4 ,j'ai besoin de savoir le sens de ma vie4 ,m'expliquer qu'elle est une petite partie de l'infini1 au lieu de lui donner un sens1 c'est en dtruire tout sens possible4 ,ce compromis entre le savoir exprimental et la thorie pure1 d'aprs lequel le sens de la vie consisterait dans le dveloppement et la coopration ce dveloppement1 ce compromis ne peut1 pour cause d'inexactitude et d'obscurit1 tre compt comme une rponse4 ,l'autre ct du savoir1 le ct thorique1 lorsqu'il serre de prs sa propre logique1 donne et a toujours donn pour rponse directe ma question3 --,le monde est quelque chose d'infini et d'incomprhensible4 ,la vie humaine est une partie incomprhensible de cet incomprhensible tout4 ,je ne veux pas parler de tous ces accommodements entre les sciences thoriques et les sciences exprimentales1 lesquels forment tout le bagage des demi-sciences qu'on nomme juridiques1 politiques1 historiques4 ,dans ces sciences galement1 on introduit irrgulirement des ides1 des dveloppements1 des perfectionnements1 avec cette diffrence que tout l'heure il tait question du dveloppement du tout en gnral1 et qu'ici il ne s'agit que de la vie humaine4 ,l'irrgularit est la mme3 le dveloppement1 la perfection dans l'infini ne peut avoir ni but1 ni direction1 et ne rpond rien ma question4 ,l o la science thorique est prcise1 dans la vraie philosophie--et non pas dans la philosophie que ,schopenhauer nomme la philosophie de profession1 laquelle ne sert qu' classifier tous les phnomnes existants d'aprs de nouvelles bases philosophiques et les nommer par de nouveaux noms1--l o le philosophe ne perd pas de vue la question essentielle1 la rponse est toujours la mme1--rponse donne par ,socrate1 ,schopenhauer1 ,salomon1 ,bouddha4 ,nous ne nous rapprocherons de la vrit qu'autant que nous nous loignerons de la vie1 dit ,socrate se prparant mourir4 ,pourquoi nous1 qui aimons la vrit1 nous prcipitons-nous vers la vie8--,pour nous dbarrasser du corps et de tout le mal qui sort de la vie du corps4 ,si c'est ainsi1 comment donc ne pas nous rjouir quand la mort vient nous8 ,le sage cherche la mort toute sa vie4 ,c'est pourquoi la mort ne l'effraye pas4 ,et voici ce que dit ,schopenhauer3 ,ayant compris l'essence intime du monde comme une volont et n'ayant reu que l'abjection de cette volont depuis l'incontestable prcipitation des forces obscures de la nature jusqu' l'activit pleine de la conscience de l'homme1 nous ne pourrons absolument pas viter la consquence suivante4 ,avec la libre ngation de sa propre volont1 disparatront aussi tous ces phnomnes1 cette prcipitation continuelle et cette traction sans but ni repos par tous les degrs de l'abjection1 dans laquelle et l'aide de laquelle existe l'univers4 ,la variation des formes successives disparatra4 ,disparatront aussi avec la forme tous ces phnomnes avec leurs formes gnrales1 l'espace et le temps1 et finalement la dernire forme fondamentale--le sujet et l'objet4 ,s'il n'y a pas de volont1 s'il n'y a pas de figuration1 il n'y a pas d'univers non plus4 ,certainement il ne reste devant nous que le nant4 ,mais ce qui s'oppose cette transition au nant--notre nature--n'est donc que cette mme volont de l'existence 7,wille zum ,leben71 de laquelle nous consistons ainsi que notre monde4 ,notre horreur du nant ou bien cette volont que nous avons tous de vivre veut dire seulement que nous-mme nous ne sommes que ce dsir de vivre et ne connaissons rien d'autre que ce dsir4 ,c'est pourquoi pour nous1 qui sommes pleins de volont1 aprs la destruction complte de la volont1 il ne reste que le nant2 mais1 au rebours aussi1 pour cent chez qui la volont s'est change et s'est nie elle-mme1 pour ceux-l notre monde1 si rel avec tous ses soleils et ses voies lactes1 n'est aussi que le nant4 ,vanit des vanits1--dit ,salomon1--vanit des vanits1 tout est vanit6 ,quel avantage l'homme tire-t-il de tout le travail qu'il fait sous le soleil8 ,une gnration passe et une autre gnration vient2 mais la terre demeure toujours ferme et ce qui a t est ce qui sera2 ce qui a t fait est ce qui se fera1 et il n'y a rien de nouveau sous le soleil4 ,y a-t-il quelque chose dont on puisse dire3 ,regarde1 cela est nouveau8 ,cela a dj t dans les sicles qui ont t avant nous4 ,on ne se souvient plus des choses qui ont prcd2 de mme1 parmi ceux qui viendront l'avenir1 on ne se souviendra point des choses qui seront ci-aprs4 ,moi1 l',ecclsiaste1 j'ai t roi sur ,isral1 ,jrusalem1 et j'ai appliqu mon cur rechercher et sonder avec sagesse tout ce qui se faisait sous les cieux1 ce qui est une occupation fcheuse que ,dieu a donne aux hommes afin qu'ils s'y occupent4 ,j'ai regard tout ce qui se fait sous le soleil1 et voil3 tout est vanit et tourment d'esprit4 ,j'ai parl en mon cur1 et j'ai dit3 ,voici1 j'ai grandi et cr en sagesse par-dessus tous ceux qui ont t avant moi sur ,jrusalem et mon cur a vu beaucoup de sagesse et de science2 et j'ai appliqu mon cur connatre la sagesse et connatre les erreurs et la folie2 mais j'ai connu que cela tait aussi un tourment d'esprit2 car o il y a abondance de science1 il y a abondance de chagrin2 et celui qui s'accrot de la science s'accrot de la douleur4 ,j'ai dit en mon cur3--,allons1 que je t'prouve maintenant par la joie et jouis du bien2 mais voil1 cela aussi est vanit4 ,j'ai dit touchant le ris3--,il est insens1 et touchant la joie3--,de quoi sert-elle8 ,j'ai recherch en mon cur le moyen de me traiter dlicatement1 et que cependant mon cur s'appliqut la sagesse et comprt ce que c'est que la folie1 jusqu' ce que je visse ce qu'il est bon aux hommes de faire sous les cieux pendant les jours de leur vie4 ,je me suis fait des choses magnifiques4 ,je me suis bti des maisons2 je me suis plant des vignes2 je me suis fait des jardins et des vergers1 et j'y ai plant toutes sortes d'arbres fruitiers2 je me suis fait des rservoirs d'eau pour en arroser le parc plant d'arbres4 ,j'ai acquis des serviteurs et des servantes1 et j'ai eu des serviteurs ns en ma maison1 et j'ai eu plus de gros et de menu btail que tous ceux qui ont t avant moi ,jrusalem4 ,je me suis amass de l'argent et de l'or et les plus prcieux joyaux des rois et des provinces4 ,je me suis acquis des chanteurs et des chanteuses1 et les dlices des hommes1 une harmonie d'instruments de musique1 mme plusieurs harmonies de toutes sortes d'instruments4 ,je me suis agrandi et je me suis accru plus que tous ceux qui ont t avant moi ,jrusalem1 et avec cela ma sagesse est demeure avec moi4 ,enfin1 je n'ai rien refus mes yeux de tout ce qu'ils ont demand1 et je n'ai pargn aucune joie mon cur2 car mon cur s'est rjoui de tout mon travail1 et 'a t tout ce que j'ai eu de tout mon travail4 ,mais ayant considr tous les ouvrages que mes mains avaient faits et tout le travail auquel je m'tais occup pour le faire1 voil3 tout tait vanit et tourment d'esprit2 de sorte que l'homme n'a aucun avantage de ce qui est sous le soleil4 ,puis je me suis mis considrer aussi bien la sagesse que les sottises et la folie1 car quel est l'homme qui pourrait suivre un roi en ce qui a dj t fait8 ,je reconnus qu'elles toutes ont le mme sort4 ,c'est pourquoi j'ai dit en mon cur4 ,il m'arrivera comme l'insens4 ,pourquoi donc ai-je t plus sage alors8 ,c'est pourquoi j'ai dit en mon cur que cela aussi tait une vanit4 ,la mmoire du sage ne sera point ternelle1 non plus que celle de l'insens1 parce que dans les jours venir tout sera dj oubli4 ,et pourquoi le sage meurt-il de mme que l'insens8 ,c'est pourquoi j'ai ha cette vie1 parce que les choses qui se sont faites sous le soleil m'ont dplu1 parce que tout est vanit et tourment d'esprit4 ,j'ai aussi ha tout mon travail qui a t fait sous le soleil1 parce que je le laisserai l'homme qui sera aprs moi4 ,car qu'est-ce que l'homme a de tout son travail et du tourment de son cur dont il se fatigue sous le soleil8 ,car tous ses jours ne sont que douleurs1 et son occupation n'est que chagrin2 mme la nuit son cur ne repose pas4 ,cela aussi est une vanit4 ,n'est-ce donc pas le bien de l'homme qu'il mange et qu'il boive1 et qu'il fasse que son me jouisse du fruit de son travail8 ,j'ai vu aussi que cela vient de la main de ,dieu4 ,pour tout et pour tous la mme chose2 le mme sort au juste et l'impie1 au bon et au mchant1 l'homme honnte et l'homme malhonnte1 celui qui fait des sacrifices et celui qui n'en fait pas4 ,comme au bienfaiteur1 ainsi au pcheur2 comme celui qui jure1 ainsi celui qui a peur de la maldiction4 ,ce qui est mauvais en tout ce qui se fait sous le soleil1 c'est qu'il n'y a qu'un sort pour tous et le cur des fils des hommes est plein de mchancet4 ,la folie est au fond de leur cur1 de leur vie4 ,aprs quoi ils s'en vont chez les morts4 ,pour celui qui se trouve parmi les vivants il y a encore de l'espoir2 de mme qu'un chien vivant est plus heureux qu'un lion mort4 ,les vivants savent qu'ils mourront et les morts ne savent rien4 ,il n'y a plus de rmunration pour eux1 parce que leur souvenir est livr l'oubli2 et leur amour1 et leur haine1 et leur jalousie sont dj disparus et il n'y a plus d'honneur pour eux en rien de ce qui se fait sous le soleil4 ,c'est ainsi que parle ,salomon ou celui qui a crit ces paroles4 ,et voici ce que dit la ,sagesse indienne3 akia-,mouni1 un jeune prince heureux qui on avait cach les maladies1 la vieillesse et la mort1 va la promenade et voit un vieillard affreux1 dent1 l'aspect repoussant4 ,le prince1 qui ne connaissait pas la vieillesse1 s'tonne et demande ce que c'est et pourquoi cet homme est arriv une situation si pitoyable1 si dgotante et si hideuse4 ,et lorsqu'il entend que c'est le sort de tous1 que lui1 jeune prince1 est invitablement menac de la mme dcrpitude1 il ne peut plus aller se promener et retourne son palais pour rflchir sur ce sujet4 ,et le voil enferm tout seul et songeant6 ,probablement il se cre quelque consolation1 puisque gai et heureux il sort de nouveau4 ,mais1 cette fois-ci1 il rencontre un malade4 ,il voit un homme puis1 devenu bleutre1 tremblant1 ayant des yeux troubles4 ,le prince1 qui on avait cach la maladie1 s'arrte et demande ce que c'est4 ,et lorsqu'il apprend que c'est la maladie1 laquelle sont sujets tous les hommes et que lui-mme1 prince bien portant et heureux1 peut1 ds demain1 tomber malade de la mme manire1 il sent sa disposition se divertir lui manquer de nouveau4 ,il ordonne de revenir et cherche la tranquillit4 ,il la trouve probablement1 puisqu'il va se promener pour la troisime fois4 ,mais1 cette fois-ci1 un nouveau spectacle s'offre encore lui3 il voit qu'on porte quelque chose4 --,qu'est-ce8 --,un homme mort4 -,que veut dire mort8 demande le prince4 ,on lui dit que mourir veut dire tre ce qu'est devenu cet homme4 ,le prince s'approche du mort1 ouvre le cercueil et le regarde4 --,qu'est-ce qu'il en sortira aprs8 demande le prince4 ,on lui dit qu'on le dposera dans la terre4 --,pourquoi8 --,parce qu'il sera sr qu'il ne sera plus jamais vivant et il ne sortira de lui que vers et puanteur4 --,et c'est le partage de tous les hommes8 ,sera-ce la mme chose avec moi8 ,m'enterrera-t-on et n'y aura-t-il de moi que la puanteur et des vers qui me mangeront6 --,oui4 --,arrire6 je ne vais pas me promener et je n'irai plus jamais4 ,et akia ,mouni ne peut trouver de consolation dans la vie et il dcide que la vie est un norme mal4 ,il emploie toutes les forces de son me s'en librer et en librer les autres1 de telle sorte qu'aprs la mort la vie ne se renouvelt pas de quelque manire que ce ft1 pour exterminer la vie dans sa racine mme4 ,voil ce que proclame la sagesse indienne tout entire4 ,voici ce que dit encore la sagesse humaine lorsqu'elle rpond sans dtour la question de la vie4 ,la vie du corps est un mal et un mensonge4 ,c'est pourquoi l'abolition de cette vie du corps est un bien et pour cela nous devons le dsirer1 dit ,socrate4 ,la vie est ce qui ne doit pas tre1 c'est un mal2 et le passage au nant est le seul bien de la vie1 dit ,schopenhauer4 ,tout au monde3 sottise1 sagesse1 richesse1 misre1 gaiet1 chagrin1 tout est vanit et sottise4 ,l'homme mourra et il n'en restera rien4 ,et cela est sot1 dit ,salomon4 ,vivre avec la conscience de l'invitabilit des souffrances1 de l'affaiblissement et de la mort est impossible4444 ,il faut se dlivrer de la vie1 de toute possibilit de la vie1 dit ,bouddha4 ,ce qu'ont dit ces esprits forts1 des millions d'hommes semblables eux l'ont dit1 l'ont pens1 l'ont senti4 ,et c'est ce que je pense et ce que je sens moi-mme4 ,c'est ainsi que mes incursions dans le domaine des sciences1 non seulement ne me dbarrassrent pas de mon dsespoir1 mais l'augmentrent encore4 ,l'une ne rpondait pas aux questions de la vie4 ,l'autre rpondait directement1 confirmant mon dsespoir et montrant que la situation laquelle j'tais arriv n'tait pas le fruit de mon erreur1 de l'tat maladif de mon esprit4 ,au contraire1 elle me dmontrait que je pensais correctement et que je tombais d'accord avec les plus forts esprits de l'humanit4 ,il n'y a pas s'y tromper3 tout est vanit6 ,heureux celui qui ne fut jamais n4 ,la mort vaut mieux que la vie1 dont il faut se dfaire4 ,,vii ,n'ayant pas trouv d'explication dans la science1 je commenai chercher cette explication dans la vie1 esprant la trouver chez les hommes qui m'entouraient2 je commenai observer mes semblables1 tudier leur vie et leur manire d'envisager cette question qui m'avait amen ce dsespoir4 ,et voici ce que j'ai trouv chez les hommes qui sont mes gaux par leur instruction et leur faon de vivre4 ,j'ai trouv que pour les hommes de mon monde il y a quatre issues cette affreuse situation dans laquelle nous nous trouvons tous4 ,la premire est celle de l'ignorance4 ,elle consiste ne pas savoir1 ne pas comprendre que la vie est un mal et un non-sens4 ,les personnes qui appartiennent cette catgorie1--des femmes pour la plupart ou bien des hommes trs jeunes ou peu intelligents1--n'ont pas encore compris cette question de la vie qui se prsenta ,schopenhauer1 ,salomon1 ,bouddha4 ,ils ne voient ni le dragon qui les attend1 ni les souris qui rongent les buissons auxquels ils se tiennent1 et ils continuent de sucer les gouttes de miel4 ,mais leur quitude ne durera que jusqu'au moment o quelque chose dirigera leur attention vers le dragon et les souris et ce sera la fin de leur plaisir4 ,je n'ai rien apprendre d'eux et ne puis cesser de savoir ce que je sais dj4 ,la seconde issue1 c'est l'issue picurienne4 ,elle consiste profiter des biens qui s'offrent nous2 et1 sachant que la vie est sans espoir1 ne regarder ni le dragon1 ni les souris1 mais sucer le miel de la faon la plus agrable possible1 surtout s'il y en a beaucoup4 ,salomon exprime ainsi cette ide3 ,et je louai la gaiet1 puisqu'il n'y a rien de meilleur pour l'homme1 que de manger2 de boire et de se divertir2 cela la rcre dans les travaux journaliers que lui donne ,dieu ici-bas4 ,et ainsi1 va1 mange ton pain avec gaiet et bois ton vin dans la joie4444 ,jouis de la vie avec la femme que tu aimes1 dans tous les jours de ta vie vaniteuse1 dans tous tes jours vaniteux1 puisque c'est ta part dans la vie et les travaux que tu fais sous le soleil4444 ,tout ce qui est de la force de ta main1 fais-le1 puisque1 dans le tombeau qui t'attend1 il n'y a ni travail1 ni rflexion1 ni savoir1 ni sagesse4 ,c'est par de telles rflexions que la majorit des personnes de notre monde entend la possibilit de vivre4 ,les conditions dans lesquelles elles se trouvent font qu'elles ont plus de biens que de maux1 et la stupidit morale leur donne la possibilit d'oublier que le profit de leur situation est occasionnel1 que tout le monde ne peut pas avoir mille femmes et des palais1 comme ,salomon2 que pour chaque homme ayant mille femmes il y a mille hommes sans femmes et que pour chaque palais il y a mille hommes qui le btissent la sueur de leur front et que cet accident qui m'a fait ,salomon aujourd'hui peut me faire le serf de ,salomon demain4 ,la stupidit de l'imagination de ces gens leur donne la possibilit d'oublier ce qui ne laisse pas de repos ,bouddha3 l'imminence de la maladie1 de la vieillesse et de la mort1 qui1 si ce n'est aujourd'hui1 fera crouler demain tous ces plaisirs4 ,c'est ainsi que pensent et que sentent la plupart des hommes de notre temps et de notre monde4 ,quoique quelques-uns de ces gens affirment que la stupidit de leur imagination est de la philosophie1 qu'ils nomment positive1 ils ne se distinguent pas1 mon avis1 de la catgorie de ceux qui sucent le miel pour ne pas voir4 ,je ne pouvais pas imiter ces gens-l3 n'ayant pas leur stupidit d'imagination1 je ne pouvais pas la produire en moi artificiellement4 ,je ne pouvais1 pas plus qu'aucun autre homme vivant1 arracher les yeux des souris et du dragon aprs les avoir vus une fois4 ,la troisime issue est celle de la force et de l'nergie4 ,elle consiste dtruire la vie1 aprs avoir compris qu'elle est un mal et un non-sens4 ,c'est ainsi qu'agissent les rares hommes forts et logiques4 ,ayant compris toute la sottise de la plaisanterie qui nous est joue1 ayant compris aussi que le bien des morts est suprieur aux biens des vivants et que le mieux est de ne pas tre1 ils agissent en consquence et terminent d'un seul coup cette stupide plaisanterie par les divers moyens leur porte3 une corde au cou1 l'eau1 le couteau pour se l'enfoncer dans le cur1 les roues d'une locomotive4 ,le nombre des personnes de notre socit qui agissent de la sorte devient de plus en plus grand1 et c'est surtout la meilleure priode de leur vie qu'elles s'y dcident1 lorsque les forces de l'me sont dans tout leur panouissement et qu'elles ne se sont pas encore familiarises avec les habitudes dgradantes4 ,il me semblait que cette fin tait la plus digne et je voulais agir de la sorte4 ,la quatrime issue est la faiblesse4 ,elle consiste continuer traner la vie tout en en comprenant le mal et le non-sens et en sachant d'avance que rien n'en peut rsulter4 ,les hommes de cette espce savent que la mort est meilleure que la vie2 mais n'ayant pas la force d'agir raisonnablement1 de mettre fin au plus vite cette supercherie et de se tuer1 ils ont l'air d'attendre quelque chose4 ,c'est l l'issue de la faiblesse2 car1 connaissant le mieux et le pouvant1 pourquoi ne pas s'y abandonner8444 ,je me tranais dans cette catgorie4 ,c'est ainsi que les hommes de ma qualit se sauvent par quatre chemins de l'horrible contradiction4 ,j'ai eu beau exercer toute la force de mon esprit1 je n'ai pas trouv d'autres issues que ces quatre4 ,l'une est de ne pas comprendre que la vie est un non-sens1 une vanit et un mal1 et qu'il vaut mieux ne pas vivre4 ,je ne pouvais pas ne pas savoir cela1 et le sachant1 je ne pouvais plus fermer les yeux sur la vrit4 ,la deuxime consiste profiter de la vie telle qu'elle est1 sans penser l'avenir4 ,et je ne pouvais faire cela4 ,moi1 comme akia-,mouni1 je ne pouvais pas aller la chasse quand je savais que j'entranais sur mes pas la vieillesse1 les souffrances et la mort4 ,mon imagination tait trop vive4 ,en outre1 je ne pouvais pas goter les jouissances qui s'offraient moi accidentellement et pour un moment4 ,la troisime issue est celle-ci3 aprs avoir compris que la vie est un mal et une sottise1 en finir1 se tuer4 ,or je comprenais bien la vie comme cela1 mais pour certaines raisons1 je ne me tuai pas4 ,la quatrime issue--vivre comme ,salomon ou ,schopenhauer1--savoir que la vie est une sotte plaisanterie qui m'a t joue et vivre malgr cela1 s'habiller1 crire1 parler et mme crire des livres4 ,cela m'tait pnible1 me rpugnait mme et cependant je restais dans cette situation4 ,voici exactement quel tait l'tat de mon me4 ,mon intelligence m'avait fait reconnatre que la vie n'est pas raisonnable4 ,s'il n'y a pas de raison suprme1--et il n'y en a pas1 rien ne peut prouver qu'elle est1--alors la raison est la cratrice de la vie pour moi4 ,s'il n'y avait pas de raison1 il n'y aurait donc pas de vie4 ,comment donc cette raison nie-t-elle la vie1 tant son auteur4 ,mais1 d'un autre ct1 s'il n'y avait pas de vie1 ma raison n'existerait pas non plus2 par consquent la raison est fille de la vie4 ,la vie est tout4 ,la raison est le fruit de la vie et cette raison nie la vie mme4 ,je sentais que dans tout cela quelque chose n'tait pas juste4 ,la vie est un mal dpourvu de sens1 c'est certain1 me disais-je4 ,mais je vivais1 je vis encore et toute l'humanit a vcu et vit toujours4 ,comment cela8 ,pourquoi vit-elle donc1 quand elle pourrait ne pas vivre8 ,suis-je donc1 tout seul avec ,schopenhauer1 assez intelligent pour comprendre l'absurdit et le mal de la vie8 ,les considrations sur la vanit de la vie ne sont pas si ingnieuses et elles ont t faites depuis bien longtemps par les hommes les plus simples4 ,malgr tout cela on a vcu et on vit encore4 ,pourquoi donc les autres vivent-ils et ne pensent-ils mme jamais au sens de la vie8 ,mon savoir1 confirm par la sagesse des sages1 m'a montr que tout au monde--d'ordre organique et inorganique--tout est arrang avec une intelligence extraordinaire1 et que ma situation seule est bte4 ,et ces masses stupides et normes de gens simples qui ne savent rien de ce qui est monde organis ou non1 elles vivent toujours et croient que leur vie est trs raisonnable6444 ,et il me passait par la tte3 ,peut-tre y a-t-il encore quelque chose que je ne sais pas8 ,l'ignorance agit bien toujours de la sorte4 ,lorsqu'elle se bute quelque chose1 elle prtend que ce qu'elle ignore est stupide4 ,la ralit est qu'une humanit entire a vcu et vit1 ayant l'air d'avoir saisi le sens de son existence1 parce que1 sans le comprendre1 elle n'aurait pas pu vivre4 ,moi1 je dis que toute cette vie est un non-sens et je ne puis vivre4 ,personne ne nous empche de nier la vie par le suicide4 ,mais alors tue-toi et tu ne raisonneras plus4 ,la vie ne te plat pas1 tue-toi4 ,et si tu vis et ne peux pas comprendre le sens de ta vie1 alors finis-la et ne tourne pas dans cette vie en dcrivant et en racontant que tu ne la comprends pas4 ,tu es venu au milieu d'une compagnie joyeuse1 tous s'y trouvent trs bien1 tous savent ce qu'ils font et toi tu t'ennuies1 ce spectacle te rpugne1 eh bien1 alors1 va-t'en6 ,nous qui sommes persuads de la ncessit absolue du suicide et ne nous dcidons pas l'accomplir1 ne sommes-nous pas vritablement des esprits faibles1 sans suite1--tranchons le mot1--des sots qui nous enorgueillissons de notre sottise comme un crtin de sa musette8 ,notre sagesse1 malgr son incontestable justesse1 ne nous a pas donn le savoir du sens de notre vie2 tandis que toute l'humanit qui fait la vie ne doute pas de son sens4 ,vraiment depuis ce long1 long temps que la vie1 dont je sais quelque petite chose1 existe1 les hommes ont vcu1 tout en connaissant le raisonnement de l'inutilit de la vie1 raisonnement qui fit conclure son non-sens1 et ils ont vcu tout de mme1 lui attribuant un sens quelconque4 ,ds que la vie se fut manifeste chez les hommes1 ils lui ont compris ce sens1 et cependant ils l'ont supporte1 et elle est arrive jusqu' moi4 ,tout ce qu'il y a en moi et prs de moi1 matriel ou immatriel1 tout est le fruit de leur savoir4 ,les instruments mmes de la pense l'aide desquels je dlibre sur cette vie et la blme1--tout cela est fait par eux et non par moi4 ,moi-mme je suis n1 j'ai t lev1 j'ai grandi grce eux4 ,ce sont eux qui ont extrait le fer de la terre1 qui ont commenc couper la fort et ensemencer la terre1 qui ont apprivois les bufs1 les chevaux1 qui nous ont enseign vivre ensemble1 qui ont organis notre vie2 ce sont eux qui m'ont appris penser1 parler4 ,et moi1 leur uvre1 nourri et abreuv par eux1 instruit par eux1 je leur ai prouv par leurs propres mots et leurs propres penses qu'ils sont un non-sens4 --,dans tout cela quelque chose n'est pas juste1 me disais-je4 ,je me suis tromp quelque part4 ,mais cette faute1 je ne pouvais absolument pas la trouver4 ,,viii ,tous ces doutes1 que je suis plus ou moins en tat de rpter aujourd'hui1 je n'aurais pu les formuler alors4 ,je sentais seulement que1 malgr toute la logique de mes conclusions1 confirmes par les plus grands penseurs1 sur l'inutilit de la vie1 quelque chose de faux s'y tait gliss4 tait-ce dans le raisonnement mme1 dans la forme de la question8 ,je ne le savais pas2 je sentais seulement que ma conviction intelligente tait complte1 mais qu'elle ne suffisait pas4 ,tous ces rsultats ne purent me convaincre assez pour me faire faire ce qui ressortait de mes mditations1 c'est--dire pour me tuer4 ,je ne dirais pas toute la vrit en affirmant que la somme entire du travail de mon intelligence m'ait amen cette conclusion4 ,mon intelligence travaillait1 mais autre chose aussi--que je ne puis dsigner que par les mots3 conscience de la vie4 ,c'tait comme une force qui obligeait mon intelligence se fixer dans une tout autre direction et me tirer de ma situation dsespre4 ,cette force m'obligeait considrer ce fait que1 moi et quelques centaines de mes pareils1 nous ne composions pas toute l'humanit et que la vie de l'humanit ne m'tait pas encore connue4 ,en jetant les yeux sur le cercle trs restreint des hommes de mon ge1 j'en voyais que la question de la vie n'intressait pas4 ,d'autres comprenaient comme moi cette question1 mais l'touffaient dans l'ivresse de la vie2 quelques-uns1 pleinement convaincus1 y mettaient un terme4 ,d'autres enfin l'avaient comprise1 mais par faiblesse continuaient cette existence dsespre4 ,et mes regards n'allaient pas au del4 ,il me paraissait que ce petit nombre d'hommes savants1 riches et oisifs1 dont j'tais1 composaient toute l'humanit1 et que ces milliards d'hommes qui avaient vcu et vivaient encore1 n'taient pas en ralit des hommes4 ,malgr toute la singularit1 toute l'incomprhensibilit de ce fait qui me frappe aujourd'hui1--d'avoir pu dlibrer sur la vie sans voir la vie qui m'entourait de tous cts1 la vie de l'humanit1--la pense que j'aie pu tre tel point dans l'erreur et croire que ma vie1 celle des ,salomon et des ,schopenhauer1 taient la vie vritable et normale1 tandis que la vie des masses n'tait qu'une circonstance d'aucune importance--tout trange que cela me parat maintenant1 il en a pourtant t ainsi4 ,dans l'orgueil de mon esprit1 il me semblait incontestable que moi1 avec ,salomon et ,schopenhauer1 j'avais pos la question avec une si grande vrit et une telle prcision qu'on ne pouvait mieux la formuler4 ,si incontestable me paraissait l'ide que tous ces milliards de cratures n'taient pas encore arrivs concevoir toute la profondeur de la question1 que je cherchais le sens de ma vie sans penser une seule fois3 --,mais quel sens donc lui donnent et donnaient tous les milliards d'tres qui vivent et ont vcu sur la terre8 ,je me dbattis longtemps dans cette folie qui nous est surtout propre nous hommes libraux et instruits4 ,c'est peut-tre grce cet trange amour que j'ai pour le vrai peuple des travailleurs1 que je fus oblig comprendre et voir que ce peuple n'est pas si bte que nous le pensons2 ou bien c'est grce la sincrit de ma conviction que la meilleure chose que je pusse faire tait de me pendre1 que je sentis que1 si je voulais vivre et comprendre le sens de la vie1 il fallait chercher ce sens1 non pas chez ceux qui l'avaient dj perdu et qui voulaient se tuer1 mais chez ces millions d'hommes qui ont vcu et vivent1 en organisant leur vie et la ntre et en en subissant les consquences4 ,et alors je considrais l'norme masse d'hommes simples1 ignorants et peu fortuns1 qui vivent et ont vcu--et je constatai tout autre chose4 ,je vis que tous ces milliards d'hommes qui ont fini de vivre ou qui vivent encore1 je vis que tous1 de rares exceptions prs1 ne pouvaient tre rangs parmi ceux dont je viens dparier2 il m'tait impossible de les considrer comme ne comprenant pas la question1 puisqu'ils la posent et y rpondent avec une clart tonnante4 ,je ne pouvais non plus les classer parmi les picuriens1 parce que leur vie se compose de privations et de souffrances bien plus que de jouissances4 ,encore moins pouvais-je les considrer comme vivant stupidement jusqu' la fin de leurs jours1 puisqu'ils s'expliquent chaque action de leur vie et la mort elle-mme4 ,ils tiennent le suicide pour un norme mal4 ,il s'ensuivait1 dans mon esprit1 que toute l'humanit avait une connaissance quelconque du sens de la vie que je n'admettais pas et que je mprisais4444 ,il s'ensuivait que1 puisque la science raisonne non seulement ne me donnait pas le sens de la vie1 mais l'excluait1 tandis que des milliards d'hommes lui en attribuaient un1 il s'ensuivait que toute l'humanit tait fonde sur quelque savoir faux et mprisable4 --,ainsi1 me disais-je1 le raisonnement1 en la personne des savants et des sages1 nie le sens de la vie2 tandis que les normes masses d'hommes1--toute l'humanit--lui reconnaissent ce sens dans un savoir absurde4 ,et ce savoir absurde repose sur cette mme croyance que je ne puis pas ne pas rejeter3 ,dieu un et trois1 la cration en six jours1 les dmons et les anges et tout ce que je ne peux pas reconnatre moins d'tre fou6 ,ma position tait affreuse4 ,je savais que je ne trouverais rien sur le chemin de la science raisonne1 except la ngation de la vie2 rien non plus dans la croyance1 except la ngation de la raison1 moins possible encore que celle de la vie4 ,du savoir intelligent il ressortait que la vie est un mal3 --,les hommes le savent donc1 il dpend d'eux de ne pas vivre1 et cependant ils ont vcu1 ils vivent et je vis moi-mme1 bien que je sache depuis longtemps que la vie est un non-sens1 qu'elle est un mal4 ,or1 la foi me dit que pour comprendre le sens de la vie1 je dois renoncer la raison1 cette mme raison1 pour laquelle le sens est ncessaire4 ,,ix ,de tout cela il naissait une contradiction laquelle il n'y avait que deux issues3 ou ce que j'appelais raisonnable ne l'tait pas autant que je le pensais1 ou ce qui me paraissait draisonnable ne l'tait pas autant que je le croyais4 ,et je commenai raisonner l'enchanement de mes rflexions que je trouvai tout fait correct4 ,la conclusion que la vie n'est rien tait invitable2 mais bientt je m'aperus d'une erreur3 elle consistait en ce que j'avais raisonn sans me conformer la question que j'avais pose4 --,pourquoi dois-je vivre1 c'est--dire quel sera le rsultat vrai1 indestructible de ma vie phmre et destructible8 ,quel sens a mon existence limite dans cet univers infini8 ,et pour rpondre cette question j'tudiais la vie4 videmment1 les solutions de toutes les questions possibles de la vie ne pouvaient pas me contenter1 parce que ma question1 malgr toute sa simplicit au premier abord1 exige l'explication de l'infini par le fini1 et au rebours4 ,en effet1 lorsque ma question tait3 --,quel est le sens de ma vie temporaire1 en dehors de toute cause extraterrestre8 ,je rpondais comme si la question avait t3 --,quel est le sens de ma vie temporaire1 envisage au point de vue de la cause et de son existence terrestre8444 ,et aprs un long travail de mon esprit1 je rpondis3 ,nul4 ,dans mes raisonnements j'associais constamment--ne pouvant agir autrement--le fini au fini et l'infini l'infini4 ,tout cela aboutissait ceci3 la force est la force1 la substance est la substance1 la volont est la volont1 l'infini est l'infini1 le nant est le nant et--c'tait tout4 ,c'tait quelque chose d'analogue ce qui arrive en mathmatiques1 lorsque1 croyant rsoudre l'quation1 on trouve l'identit4 ,le cours de la rflexion est correct1 mais le rsultat se formule par3 ,a ,a ou ,x ,x1 ou ,o ,o4 ,il en advint de mme de mes rflexions sur la signification de ma vie4 ,les rponses donnes par toutes les sciences cette question ne sont que des identits4 ,et1 vraiment1 le savoir strictement intellectuel qui1 comme l'a fait ,descartes1 commence par le doute total sur tout1 qui rejette tout savoir bas sur la foi et btit neuf sur les lois de la raison et de l'exprience1 ce savoir ne peut donner d'autre rponse la question de la vie que celle que j'ai reue4 ,si tout d'abord il m'avait sembl que le savoir donnait une rponse positive1--la rponse de ,schopenhauer1 la vie n'a pas de sens1 elle est un mal1 je compris maintenant1 aprs avoir mieux examin l'affaire1 que la rponse n'tait pas positive1 que ce n'tait que le sentiment qui la fournissait4 ,la rponse nettement exprime1 comme elle l'est par les ,bramines1 par ,salomon et par ,schopenhauer1 n'est qu'une rponse vague ou une identit3 ,o ,o1 la vie est une nullit4 ,ainsi la science philosophique ne nie rien et rpond seulement qu'elle ne peut pas dcider cette question qui pour elle reste un infini4 ,ayant compris cela1 je compris aussi qu'on ne pouvait pas chercher dans le raisonnement intellectuel une rponse ma question et que la rponse donne par ce raisonnement n'est que l'indication que la rponse ne peut tre obtenue qu' l'aide d'une autre donne de la question1 c'est--dire alors seulement que la relation du fini l'infini sera introduite dans la question4 ,je compris enfin que1 malgr toute l'absurdit et la monstruosit des rponses fournies par la foi1 elles ont le privilge d'introduire dans chaque rponse la relation du fini l'infini1 sans laquelle la rponse ne peut exister4 ,de quelque manire que je me pose la question3 ,comment dois-je vivre8 la rponse est3 par la loi de ,dieu4--,que sortira-t-il de vrai de ma vie8--,des souffrances ternelles ou la batitude ternelle4444--,quel sens n'est pas dtruit par la mort8--,l'union avec le ,dieu infini1 le paradis4 ,ainsi1 j'tais invitablement amen reconnatre que1 indpendamment du savoir intelligent qui autrefois me paraissait unique1 toute l'humanit possdait encore une autre connaissance1 irraisonne celle-l3 la foi1 qui donne la possibilit de vivre4 ,toute la sottise de la foi restait pour moi la mme qu'auparavant1 mais je ne pouvais pas ne pas reconnatre qu'elle seule fournissait l'humanit les rponses aux questions de la vie et1 par consquent1 la possibilit de vivre4 ,le raisonnement m'avait amen l'aveu du non-sens de la vie qui1 ds lors1 n'avait plus de raison d'tre1 et je voulais me dtruire4 ,ayant considr toute l'humanit1 je vis que les hommes vivaient en affirmant qu'ils connaissaient le sens de la vie4 ,je rentrai alors en moi-mme4 ,moi aussi1 j'avais vcu jusqu'au moment o je m'tais inquit du sens de la vie4 ,ainsi qu'aux autres hommes1 la vie et la possibilit de la vie m'taient offertes par la foi4 ,ayant jet les yeux plus loin1 sur les hommes des autres pays1 sur mes contemporains et sur ceux qui avaient vcu1 je vis toujours la mme chose4 ,l o est la vie1 l1 depuis que l'humanit existe1 est la foi qui donne la possibilit de vivre1 et les caractres principaux de la foi sont les mmes partout et toujours4 ,quelle qu'elle soit1 la foi rpond tous que la vie1 quoique mortelle1 est infinie1 et que1 ni les souffrances1 ni les privations1 ni la mort ne peuvent la dtruire4 ,cela veut dire que ce n'est que dans la foi qu'on peut trouver le sens et la possibilit de la vie4 ,qu'est-ce donc que la foi8 ,et je compris que la foi n'est pas seulement la conviction l'existence des choses invisibles1 etc41 n'en est pas la rvlation 7ce n'est l que la description d'un des indices de la foi72 elle n'est pas la relation de l'homme ,dieu1--il faut dfinir la foi et puis ,dieu1 et non pas dfinir la foi par ,dieu2--elle n'est pas non plus le simple consentement de l'homme croire ce qu'on lui a dit1 ainsi que la foi est le plus souvent comprise4 ,la foi est la connaissance du sens de la vie humaine1 connaissance qui fait que l'homme ne se dtruit pas1 mais vit4 ,la foi est la force de la vie4 ,si l'homme vit1 c'est qu'il croit en quelque chose4 ,s'il ne croyait pas qu'il faut vivre pour quelque chose1 il ne vivrait pas4 ,puisqu'il ne voit et ne comprend pas le fantme du fini1 il faut qu'il croie l'infini4 ,sans foi on ne peut pas vivre4 ,et je me rappelai tout le travail intrieur auquel je m'tais livr1 et je fus terrifi4 ,il tait clair pour moi maintenant que pour que l'homme puisse vivre1 il doit ou ne pas voir l'infini ou avoir une telle explication du sens de la vie1 que le fini soit gal l'infini4 ,je connaissais cette explication1 mais je n'en avais pas eu besoin tant que j'avais cru la possibilit de la justifier par mon intelligence4 ,mais1 en lui opposant la lumire de la raison1 toute l'explication prcdente s'croule4 ,un temps vint o je ne crus plus au fini4 ,et alors je commenai btir sur les bases de la raison une explication qui me donnt le sens de vie1 mais je ne pus rien construire de solide4 ,avec les meilleurs esprits de l'humanit1 je sentis que ,o gale ,o1 et je fus trs tonn d'avoir reu une pareille solution1 alors pourtant qu'il n'en pouvait rsulter aucune autre4 ,que faisais-je lorsque je cherchais une rponse dans les sciences exprimentales8 ,je voulais arriver savoir pourquoi je vivais et pour cela j'tudiais tout ce qui tait hors de ma vie4 ,il est clair que j'ai pu apprendre beaucoup de choses1 mais rien de ce qui m'tait ncessaire4 ,que faisais-je1 quand je cherchais une rponse dans les sciences philosophiques8 ,j'tudiais les ides des tres qui s'taient trouvs dans la mme situation que moi1 qui n'avaient pas trouv de rponse la question3 ,pourquoi est-ce que je vis8 ,il est clair que je ne pouvais apprendre autre chose que ce que je savais dj3 qu'on ne pouvait rien savoir4 ,que suis-je8 ,une partie de l'infini4 ,mais c'est encore dans ces deux mots qu'est tout le problme4 ,est-il possible que l'humanit ne se soit pos cette question que d'hier8 ,est-il possible que1 jusqu' moi1 personne ne se soit fait cette question1--question si simple qu'elle vient aux lvres de tout enfant intelligent8 ,cette question a donc d tre pose depuis qu'il y a des hommes et il est clair aussi que1 depuis qu'il y a des hommes1 il n'a pas suffi1 pour la rsoudre1 de mettre le mortel en face du mortel et l'infini en face de l'infini4 ,mais c'est aussi depuis que l'humanit existe que les rapports du mortel l'infini ont t trouvs et exprims4 ,tous ces principes qui fournissent un sens la vie et des ides sur ,dieu1 la libert et le bien1 nous les soumettons une analyse base sur la logique1 tandis qu'ils ne supportent pas la critique de la raison4 ,si ce n'tait pas si affreux1 ce serait ridicule4 ,l'orgueil1 le contentement de soi-mme nous rendent semblables des enfants4 ,nous dmontons1 nous dtraquons la montre1 nous en enlevons le mouvement2 nous en faisons un joujou et nous nous tonnons ensuite que la montre ne marche plus4 ,lever la contradiction qui existe entre le fini et l'infini est ncessaire et prcieux4 ,cela est aussi ncessaire que la rponse la question du sens de la vie qui fournit la possibilit de vivre4 ,et cette seule solution que nous trouvons partout1 toujours et chez tous les peuples--solution qui vient du temps o pour nous se perd mme la vie des hommes1 solution si difficile que nous ne pouvons rien trouver de pareil1 cette mme solution est dtruite par nous la lgre1 pour faire place cette mme question propre chacun et laquelle nous n'avons pas de rponse4 ,l'ide d'un ,dieu infini1 de la divinit de l'me1 de l'union des actions des hommes avec ,dieu1 de l'unit de l'essence de l'me1 de l'ide humaine du bien et du mal moral--sont des ides labores dans l'infini de la pense humaine qui se cache4 ,ce sont des ides sans lesquelles il n'y aurait pas de vie1 et moi-mme je ne serais pas4 ,rejetant ce travail de toute l'humanit1 je voulais faire tout moi-mme1 d'aprs une nouvelle manire et d'aprs moi seul4 ,alors je ne pensais pas ainsi2 mais les germes de ces ides taient dj en moi4 ,je comprenais3 #a ,que ma position1 celle de ,schopenhauer et de ,salomon1 tait stupide malgr toute notre sagesse4 ,nous comprenons que la vie est un mal et nous vivons quand mme4 ,c'est videmment absurde1 parce que1 si la vie est une stupidit 7et j'aime par-dessus tout ce qui est intelligent7 il faut dtruire la vie1 personne ne le niera4 #b ,je comprenais que toutes nos rflexions tournaient dans un cercle magique1 comme une roue qui ne s'engrne pas aux autres rouages4 ,nous avions beau raisonner et mditer1 nous ne pouvions pas recevoir de rponse la question1 car toujours #j gale #j2 c'est l probablement la raison pour laquelle notre chemin n'tait pas le bon4 #c ,je commenais comprendre que1 dans les rponses donnes par la foi1 gisait une profonde sagesse humaine1 que je n'avais pas le droit de nier ces rponses1 en me basant sur la raison1 et qu'enfin ces rponses capitales taient les seules qui rpondissent la question de la vie4 ,x ,je comprenais cela1 mais cela ne me soulageait pas4 ,j'tais prt recevoir maintenant toute croyance1 la condition qu'elle n'exigerait pas de moi la ngation directe de la raison1 ce qui aurait t un mensonge4 ,et j'tudiai le bouddhisme et le mahomtisme1 d'aprs leurs livres1 et surtout le christianisme par les livres aussi bien que par les hommes vivants qui m'entouraient4 ,je m'adressai naturellement aux hommes croyants de mon entourage et surtout aux personnes instruites1 aux thologiens grecs du nouveau mode et mme aux nouveaux chrtiens1 ceux qui confessent le salut par la croyance la ,rdemption4 ,et je m'attachai ces croyants et je leur demandai comment ils croyaient et en quoi ils voyaient le sens de la vie4 ,malgr toutes les concessions possibles que je faisais1 toutes les discussions que j'vitais1 je ne pus partager la foi de ces gens1--je voyais que ce qu'ils faisaient passer pour la foi1 n'tait pas l'explication1 mais l'obscurcissement du sens de la vie1 et qu'eux-mmes n'affirmaient pas la foi pour rpondre cette question de la vie qui m'avait amen la foi2 s'ils croyaient1 c'tait dans un but qui m'tait tranger4 ,je me rappelle le douloureux sentiment de terreur que j'prouvai la suite de mes rapports avec ces personnes1 la terreur de retourner au dsespoir aprs l'esprance que j'avais eue4 ,plus ils m'exposaient en dtail leur enseignement de la foi1 plus clairement je voyais leur erreur et plus je sentais se perdre mon espoir de trouver dans leur foi une explication au sens de la vie4 ,ce n'est pas que dans l'exposition de leur enseignement ils aient ajout beaucoup de choses inutiles aux vrits chrtiennes qui m'ont toujours t chres4 ,ce n'tait pas cela qui me repoussait2 mais c'tait la vie de ces hommes1 laquelle tait semblable la mienne1 avec cette diffrence qu'elle ne correspondait pas ces mmes principes qu'ils dveloppaient dans leur enseignement4 ,je sentais clairement qu'ils se trompaient eux-mmes et qu'eux1 comme moi1 ne voyaient pas d'autre sens la vie que celui de vivre tant que plus et d'en jouir aussi bien que possible4 ,je voyais cela1 parce que1 s'ils avaient donn une autre signification la vie1 signification qui dtruit la peur des privations1 des souffrances et de la mort1 ils n'auraient pas eu prcisment si grande peur de ces accidents4 ,car ces croyants de notre monde1 qui vivaient1 comme moi1 dans l'aisance et le superflu en s'efforant de l'augmenter et de le conserver1 avaient peur des privations1 des souffrances1 de la mort1 tandis que1 comme moi et comme nous tous1 ils vivaient dans l'incrdulit1 satisfaisaient leurs dsirs1 bref vivaient tout aussi mal1 sinon plus mal encore que les incrdules4 ,aucun raisonnement ne put me convaincre de la vrit de leur foi4 ,si par leurs actions ils m'avaient dmontr qu'ils possdaient le sens de la vie sans que la misre1 la maladie et la mort1 dont j'avais peur1 les effrayassent1 ils auraient pu me convaincre4 ,mais je ne vis pas d'actions conformes cette supposition dans la varit des croyants de notre monde4 ,au contraire1 je voyais ces actions-l chez les hommes de notre monde les plus incrdules1 jamais parmi ceux qu'on nommait les croyants4 ,je compris que la foi de ces gens n'tait pas la foi que je cherchais2 que leur foi n'tait pas une foi1 mais rien qu'une des consolations picuriennes de la vie4 ,je compris que cette foi tait bonne peut-tre1 sinon comme consolation1 du moins comme distraction pour un ,salomon se repentant sur son lit de mort2 mais elle ne saurait convenir l'norme majorit des hommes qui ne sont pas destins s'amuser et profiter des travaux des autres1 mais qui sont vous contribuer leur vie4 ,pour que toute l'humanit puisse vivre1 pour qu'elle continue la vie1 en lui donnant un sens--eux1 ces milliards d'humains doivent connatre une autre et relle signification de la foi4 ,ce n'est pas parce que ni moi1 ni ,salomon1 ni ,schopenhauer nous ne nous tuons pas1 ce n'est pas cela qui peut me convaincre de l'existence de la foi2 niais c'est que ces milliards de cratures vivaient et vivent1 et qu'ils nous avaient entrans avec les ,salomons sur l'ocan de la vie4 ,je commenai alors me rapprocher des croyants parmi le peuple1 hommes simples et ignorants1 pauvres plerins1 moines1 sectaires1 paysans4 ,la foi de ces gens tait aussi la foi chrtienne1 c'tait le mme enseignement que celui des croyants imaginaires de notre cercle4 ,bien des superstitions taient aussi mles aux vrits chrtiennes1 mais avec cette diffrence que les superstitions des croyants de notre monde ne leur taient pas du tout ncessaires1 ne rpondaient pas leur vie1 qu'ils n'taient en un mot que des amusements picuriens d'un certain genre1 tandis que les superstitions chez les croyants du peuple des travailleurs taient jusqu' un certain point si troitement unies leur vie1 qu'on ne pouvait pas s'imaginer leur vie sans ces superstitions4 ,elles taient une condition indispensable de cette vie4 ,toute la vie des croyants de notre monde tait en contradiction avec leur foi1 et toute la vie des hommes croyants et travailleurs tait une confirmation de ce sens de la vie que donnait la connaissance de la foi4 ,je me mis donc examiner la vie de ces gens1 et plus je l'examinai1 plus je me convainquis qu'ils avaient une vritable foi1 que leur foi leur tait ncessaire1 et que c'tait elle seule qui leur donnait le sens et la possibilit de la vie4 ,par opposition ce que je voyais dans notre cercle1 o la vie sans foi est possible et o je doute que sur mille un seul s'avoue croyant1 je pense que dans le peuple il n'y a pas un seul incrdule sur plusieurs milliers de croyants4 ,au rebours de ce que je voyais dans notre cercle o toute la vie s'coule dans l'oisivet1 dans les amusements et dans le mcontentement de la vie1 je voyais que toute la vie de ces hommes se passait dans un dur labeur et ils taient contents de la vie4 ,contrairement aux hommes de notre monde qui protestaient contre le destin et s'indignaient de ces rigueurs1 ces gens recevaient les maladies et les chagrins1 sans aucune rvolte1 sans opposition1 mais avec une confiance ferme et tranquille en ce que tout cela devait tre ainsi1 ne pouvait tre autrement et que tout cela tait bien4 ,plus nous vivons par l'esprit1 moins nous comprenons le sens de la vie2 nous ne voyons qu'une mchante plaisanterie dans les souffrances et la mort1 tandis que ces gens vivent1 souffrent et approchent de la mort avec tranquillit et le plus souvent avec joie4 ,si une mort tranquille1 sans terreur ni dsespoir1 est une exception des plus rares dans notre monde1 la mort avec rvolte ou dsolation est une exception fort rare dans le peuple4 ,et il y a des masses normes d'hommes qui sont heureux du plus grand bonheur1 bien qu'ils soient privs de tout ce qui pour nous1 selon ,salomon1 est le seul bien de la vie4 ,je regardai autour de moi dans un rayon plus tendu4 ,j'examinai la vie des masses d'hommes passs et celle de mes contemporains4 ,et je vis que ceux qui avaient compris le sens de la vie et qui savaient vivre et mourir n'taient pas au nombre de deux1 trois1 dix1 mais qu'ils taient des centaines1 de milliers1 des millions4 ,et tous1 infiniment divers par leur caractre1 leur intelligence1 leur ducation1 leur position1 tous connaissaient le sens de la vie et de la mort de la mme manire1 manire tout oppose mon ignorance4 ,ils travaillaient tranquillement1 enduraient les privations et les souffrances1 vivaient et mouraient1 et dans tout cela voyaient le bien1 sans voir la vanit4 ,et j'aimai ces gens4 ,plus j'approfondissais leur vie1 aussi bien celle des vivants que celle des morts1 soit que je la connusse par ce que je lisais ou par ce que j'en entendais dire1 plus je les aimais et plus il me devenait possible de vivre aussi4 ,je vcus ainsi deux annes peu prs pendant lesquelles il se fit en moi un changement1 qui se prparait depuis longtemps et pour lequel j'avais toujours eu des dispositions4 ,il m'arriva1 que non seulement la vie de notre monde--des savants1 des riches1 me dgota1 mais aussi qu'elle perdit tout sens mes yeux4 ,toutes nos actions1 nos dlibrations1 nos sciences1 nos arts1 tout m'apparut avec une nouvelle signification4 ,je compris que toutes ces choses taient de charmants passe-temps1 mais qu'on ne pouvait y chercher du sens profond1 tandis que la vie de tout le peuple qui travaille1 la vie de toute l'humanit qui contribue l'existence1 m'apparut dans sa vritable acception4 ,je compris que c'est l vritablement la vie1 que le sens qu'on donne cette vie est la vrit et je l'acceptai4 ,,xi ,je me rappelais combien ces mmes croyances m'avaient repouss et m'avaient paru absurdes1 lorsqu'elles taient confesses par des gens qui vivaient contrairement ces croyances1 et comme elles m'attirrent et me parurent raisonnables lorsque je vis que les hommes tablissaient leur vie sur elles4 ,je compris pourquoi j'avais rejet alors ces croyances et pourquoi je les avais trouves absurdes1 tandis que maintenant elles me semblaient pleines de raison4 ,je compris mon garement et la manire dont il s'tait produit4 ,je m'tais gar1 non pas pour avoir jug faussement1 mais pour avoir mal vcu4 ,je compris que la vrit m'avait t cache1 non pas tant par l'erreur de mes penses que par celle de ma propre vie qui s'tait coule satisfaire mes dsirs1 suivre mon penchant picurien4 ,je compris que la question de ce qu'tait ma vie et la rponse3 le mal1--taient parfaitement correctes4 ,ce qui n'tait pas correct1 c'tait que la rponse qui ne s'adressait qu' moi1 je l'avais attribue la vie en gnral4 ,je me demandais ce qu'tait ma vie et je recevais pour rponse3 un mal et un non-sens4 ,et vraiment ma vie--vie d'hypocrisie1 de concupiscence1 tait absurde et mchante et c'est pourquoi la rponse3 la vie est mchante et absurde1--ne se rapportait qu' ma vie seule et non pas la vie humaine en gnral4 ,je compris cette vrit1 trouve plus tard dans l',evangile1 que les hommes prfrrent l'obscurit la lumire quand leurs actions furent mauvaises4 ,celui qui fait de mauvaises actions dteste la lumire et ne marche pas dans la lumire pour ne pas dnoncer ses actions4 ,je compris que1 pour saisir le sens de la vie1 il fallait avant tout que la vie ne ft pas absurde1 ni mchante1 et que l'intelligence ne devait venir qu'aprs4 ,je compris pourquoi j'avais tourn si longtemps autour d'une vrit si vidente1 et que1 si je voulais penser et parler de la vie de l'humanit1 je devais envisager l'humanit en gnral et non quelques parasites de la vie4 ,cette vrit a toujours t aussi incontestable que #b et #b font #d2 mais je ne la reconnaissais pas1 puisqu'en reconnaissant que #b et #b font #d1 j'aurais d reconnatre aussi que j'tais un mchant4 ,or il tait d'une ncessit plus absolue pour moi de me trouver bon1 que de reconnatre que #b et #b font #d1 car j'aimais les hommes bons4 ,je me dtestai donc et je reconnus la vrit4 ,a partir de ce moment tout devint clair pour moi4 ,eh quoi6 si le bourreau qui passe sa vie martyriser et couper les ttes1 si un ivrogne1 si un fou confin pour toute sa vie dans un sombre et triste cabanon dont il s'imagine ne pouvoir sortir que par la mort1 si de telles gens se demandent ce qu'est la vie1 ils ne pourront videmment pas se faire d'autre rponse que celle-ci3 la vie est un immense mal et cette rponse du fou ou du bourreau serait parfaitement correcte1 mais rien que pour eux4 ,suis-je donc semblable ce fou8 ,et nous tous1 hommes riches et oisifs1 sommes-nous donc des fous aussi8444 ,et je compris que nous sommes vraiment des fous3 moi1 srement1 j'en tais un4 ,l'oiseau existe pour voler1 amasser sa nourriture1 btir son nid2 et1 lorsque je le vois occup de ces soins1 je me rjouis avec lui4 ,la chvre1 le livre1 le loup existent pour se nourrir1 se multiplier1 lever leur famille1 et lorsqu'ils font cela1 je suis sr qu'ils sont heureux et que leur vie est raisonnable4 ,que doit donc faire l'homme8 ,il doit1 comme les animaux1 se proccuper des besoins matriels de la vie1 avec cette diffrence qu'il ne doit pas travailler pour lui seul1 mais tendre l'influence de son travail sur ses semblables4 ,et lorsqu'il fait cela1 je crois fermement qu'il est heureux et que sa vie est raisonnable4 ,qu'avais-je donc fait pendant toute ma vie--pendant trente ans8 ,non seulement je n'avais rien fait pour les autres1 mais je n'avais rien produit pour moi-mme4 ,je vivais en parasite1 et m'tant demand pourquoi je vivais1 je recevais en rponse3 pour rien4 ,si le sens de la vie humaine est dans la participation la vie commune1 comment donc moi1 qui m'tais occup pendant trente ans la dtruire en moi et chez les autres1 comment pouvais-je recevoir une autre rponse que celle que ma vie tait un non-sens et un mal8 ,c'est qu'elle tait rellement absurde et mchante4 ,dans l'univers tout arrive par la volont de quelqu'un1 qui fait servir nos vies la ralisation d'un but qui nous est inconnu4 ,pour avoir l'espoir de comprendre le sens de cette volont1 il faut avant tout l'excuter1 faire ce qu'on exige de nous4 ,si je me refuse ce qu'on attend de moi1 je ne comprendrai jamais ce qu'on me demande1 et encore moins ce qu'on veut obtenir de tous et de tout le monde4 ,je suppose que l'on prenne un mendiant nu et affam1 qu'on l'amne une place o s'lve un magnifique btiment4 ,aprs l'avoir nourri et vtu1 on lui fait mouvoir de haut en bas une tige de bois qu'on lui dsigne4 ,avant de chercher pourquoi on l'a recueilli1 nourri1 vtu2 avant d'examiner si le btiment est beau et bien construit1 le mendiant devra agiter ce bton4 ,il comprendra alors que ce mouvement fait monter dans la pompe l'eau qui se rpandra ensuite dans les jardins et rafrachira les parterres4 ,une autre occupation suivra celle-ci3 il sera charg de rcolter les fruits et prendra sa part de la joie de son matre si la rcolte est bonne4 ,passant ainsi d'un travail bas un autre plus lev1 il comprendra de mieux en mieux tout l'arrangement de l'tablissement et1 en y prenant part1 il ne pensera plus demander pourquoi il est l2 jamais aussi l'ide ne lui viendra d'adresser un reproche son matre4 ,c'est ainsi que ceux qui font la volont de leur matre ne lui reprochent rien1 et ceux-l sont les hommes simples1 travailleurs1 ignorants1 ce sont ceux-l enfin que nous estimons l'gal des bestiaux4 ,nous1 les savants1 nous mangeons tout ce qui appartient au matre2 mais1 quant sa volont1 loin de faire ce qu'il attend de nous et d'agir1 nous nous asseyons en rond et nous dlibrons sur cette proposition3 --,pourquoi donc agiter le bras de la pompe8 --,c'est stupide4 ,et voil tout ce que notre raisonnement a trouv4 ,nous avons fini par dcider que le matre est dpourvu de raison ou qu'il n'existe pas et que nous seuls possdons l'intelligence4 ,seulement1 nous sentons que nous ne sommes bons rien et qu'il faut d'une manire ou d'une autre nous dbarrasser de nous-mmes4 ,,xii ,la conscience que j'acquis de l'erreur dans laquelle tait tombe ma raison m'aida me dlivrer de la tentation des mditations creuses4 ,la conviction que la science de la vrit ne pouvait tre trouve que dans la vie m'avait port douter si ma manire de vivre tait la bonne2 mais je fus sauv parce que j'eus le temps de m'arracher cette situation exclusive o je me trouvais1 parce que je pus voir la vritable vie du peuple travailleur et comprendre que l seulement tait la vritable vie4 ,je sentis que si je voulais comprendre la vie1 je devais vivre1 non pas de la vie du parasite1 mais de la vie vritable4 ,aprs avoir ainsi accept le sens donn la vie par la vraie humanit1 dans laquelle je me confondais dsormais1 je devais aussi vrifier ce sens par moi-mme4 ,en ce mme temps1 il m'arriva ce qui suit4 ,pendant toute la dure de cette anne1 lorsque je me demandais presque sans cesse comment finir1 par une corde ou par une balle1 pendant tout ce temps1 ct de ces mouvements d'ides et d'observations dont je viens de parler1 mon cur languissait d'un douloureux sentiment4 ,je ne puis appeler ce sentiment autrement que la recherche de ,dieu4 ,je dis que cette recherche de ,dieu n'tait pas un raisonnement1 mais un sentiment1 parce que cette recherche ne provenait pas du mouvement de mes ides1--elle leur tait mme directement contraire1--mais elle sortait du cur4 ,c'tait comme un sentiment de crainte qui me faisait semblable un orphelin et comme isol au milieu de choses qui m'taient trangres2 toutefois ce sentiment de crainte tait mitig par l'espoir de trouver l'assistance de quelqu'un4 ,cependant1 j'tais pleinement convaincu de l'impossibilit de prouver l'existence de ,dieu4 ,j'avais compris avec ,kant qu'on ne le peut4 ,je cherchais ,dieu quand mme4 ,j'esprais le trouver et1 par une vieille habitude1 j'adressais pour m'y aider une prire celui que je cherchais et ne trouvais pas4 ,tantt je rptais dans mon esprit les arguments de ,kant et de ,schopenhauer sur l'impossibilit de prouver l'existence de ,dieu1 tantt je mditais ces arguments et les rfutais4 ,je me disais3 --,si je suis1 la cause de ce que je suis existe aussi1 ainsi que la cause de toutes les causes4 ,et cette cause originale est ce qu'on appelle ,dieu4 ,je m'arrtais sur cette pense1 et m'efforais de concevoir la prsence de cette cause4 ,du moment que je concevais qu'il y avait une force au pouvoir de laquelle je me trouvais1 je sentais immdiatement la possibilit de vivre4 ,mais je me demandais3 --,qu'est-ce donc que cette cause1 cette force8 ,que dois-je penser d'elle1 comment me comporter vis--vis de ce qu'on appelle ,dieu8 ,et ce n'tait que des rponses connues qui me venaient dans la tte4 --,il est le ,crateur1 le dispensateur de tous les biens4 ,ces rponses ne me contentaient pas et je sentais que ce dont j'avais besoin pour la vie1 se perdait en moi4 ,je tombais dans la terreur et je commenais prier celui que je cherchais1 l'implorant de m'aider4 ,plus je le priais1 plus il m'tait vident qu'il ne m'entendait pas et qu'il n'y avait personne qui l'on pt s'adresser4 ,et1 le dsespoir au cur de ce qu'il n'y et pas de ,dieu1 je disais3 --,seigneur1 pardonne-moi et sauve-moi6 ,seigneur1 enseigne-moi1 mon ,dieu4 ,mais personne ne me faisait cette grce et je sentais que ma vie morale s'arrtait4 ,mais revenant sans cesse ce problme1 ma conscience me disait que je ne pouvais tre au monde sans une raison1 un sens ou une cause2 que je ne pouvais tre comme le pauvre oiseau tomb du nid1 auquel cependant je me comparais4 ,il est l couch sur le dos et criant dans les hautes herbes1 appelant sa mre parce qu'il sait que sa mre l'a port en elle1 l'a couv1 l'a chauff1 l'a nourri1 l'a aim4 ,o est-elle donc1 cette mre8 ,et1 si comme l'oiseau1 je suis abandonn1 qui donc m'a abandonn8 ,je ne puis me dissimuler que quelqu'un m'a fait natre en m'aimant8 ,qui est donc ce quelqu'un8 ,dieu encore4 ,il sait et il voit ma perplexit1 mon dsespoir1 ma lutte4 --,il est1 me disais-je4 ,et je n'avais qu' reconnatre cela pour un moment et immdiatement la vie s'levait en moi et je sentais la possibilit de vivre et la joie de l'existence4 ,mais de nouveau je passais de l'aveu de l'existence de ,dieu la relation qui devait exister entre lui et moi4 ,alors de nouveau ce ,dieu se prsentait moi sous la forme de trois personnes2 lui1 le ,crateur1 il a envoy son fils--le ,rdempteur4 ,et ce ,dieu en dehors du monde et de moi se fondait comme une glace1 s'vanouissait mes yeux et rien ne subsistait et1 de nouveau1 la source de ma vie se schait2 je retombais dans le dsespoir et je sentais que je ne pouvais faire autre chose que me tuer4 ,ce qui tait le pire de tout1 c'est que je sentais que je ne pouvais pas mme faire cela4 ,bien des fois je passais ainsi d'un accs de joie et d'animation au dsespoir et au sentiment de ne pouvoir vivre4 ,je me rappelle qu'un jour de printemps prcoce1 j'tais seul dans la fort1 prtant l'oreille ses bruits mystrieux4 ,j'coutais et ma pense se reportait comme toujours ce qui l'occupait sans cesse depuis ces trois dernires annes3 la recherche de ,dieu4 --,c'est bien1 il n'y a aucun ,dieu qui ne soit une abstraction1 au lieu d'tre une ralit comme l'est toute ma vie4 ,et rien1 aucun miracle ne peut me prouver qu'il en existe un semblable1 parce que les miracles ne seront que dans mon imagination4 --,mais l'ide du ,dieu dont je suis en qute8 me demandais-je4 ,d'o est donc ne cette ide8 ,et de nouveau s'levrent en moi1 avec cette pense1 des aspirations joyeuses vers la vie4 ,tout en moi s'veilla1 reut un sens4 ,mais ma joie ne se soutint pas longtemps4 ,l'esprit continuait son travail4 --,l'ide de ,dieu n'est pas ,dieu1 me disais-je4 ,l'ide est ce qui se passe en moi1 l'ide de ,dieu est un sentiment que je puis rveiller ou non en moi4 ,ce n'est pas ce que je cherche4 ,je cherche ce sans quoi la vie n'aurait pu tre4 ,et de nouveau tout commena mourir autour de moi et en moi et je voulus de nouveau me tuer4 ,mais ici je rentrai en moi-mme1 rflchissant ce qui se passait en moi1 et je me rappelai ces lans et ces dcouragements qui s'taient succd tant de fois en moi4 ,alors1 comme maintenant1 ds que je concevais ,dieu1 tout s'animait en moi2 et si je l'oubliais1 si je me refusais croire en lui1 la vie de mon me s'arrtait4 ,qu'est-ce donc que ces sentiments si opposs8 ,je ne vis donc pas lorsque je perds la foi en l'existence de ,dieu2 je me serais donc tu depuis longtemps1 si je n'avais pas un vague espoir de le trouver4 ,je ne vis donc vritablement que lorsque je le cherche et le sens4 --,qu'est-ce que je cherche donc encore8--s'criait une voix en moi4 ,le voil donc3 ,lui--c'est ce sans quoi on ne peut pas vivre4 ,or1 connatre ,dieu et vivre1 c'est la mme chose4 ,dieu est donc la vie4 --,eh bien6 ,vis1 cherche ,dieu1 et il n'y aura pas de vie sans ,dieu4 ,ds lors1 mieux que jamais1 tout s'claira en moi et autour de moi1 et cette lumire ne m'abandonne plus4 ,j'tais sauv du suicide4 ,quand et comment se passa en moi ce changement8 ,je n'aurais pu le dire4 ,aussi insensiblement et graduellement que s'tait dtruite en moi la force de la vie et que j'tais arriv l'impossibilit de vivre1 la ncessit du suicide1 l'agonie morale1 tout aussi graduellement et imperceptiblement me revint cette force de la vie4 ,et1 ce qu'il y a d'trange1 c'est que cette force de la vie qui me revenait1 n'tait pas nouvelle4 ,elle tait cette force ancienne1 qui m'avait entran autrefois et c'est avec un sentiment tout juvnile que je revenais la foi1 cette volont qui m'avait produit et qui voulait quelque chose de moi2 je revenais la croyance que le but principal et unique de ma vie tait d'tre meilleur1 c'est--dire de vivre plus en accord avec cette volont2 je revenais la conscience que l'expression de cette volont1 je pouvais la trouver dans le formulaire que l'humanit s'est cr en dehors de moi2 c'est--dire je revenais la croyance en ,dieu1 l'amlioration morale et la tradition qui transmet le sens de la vie4 ,la seule diffrence tait qu'alors tout cela avait t reu sans connaissance de cause1 tandis que maintenant je savais que je ne pouvais pas vivre sans cela4 ,il me semblait qu'un jour1 je ne me rappelais pas quand1 on avait d me faire asseoir dans une barque2 on m'avait repouss de quelque rivage inconnu1 en me dsignant la direction suivre pour arriver l'autre bord2 on avait mis les rames dans mes mains inexprimentes et on m'avait laiss seul4 ,je ramais comme je pouvais et je voguais4 ,mais plus je flottais vers le milieu1 plus s'accentuait le courant qui me portait hors de ma route et plus je rencontrais de navigateurs emports comme moi par ce courant4 ,les uns taient seuls et continuaient de ramer toujours2 d'autres avaient jet les rames2 il y avait de grandes barques1 d'normes vaisseaux remplis de monde2 les uns luttaient contre le courant1 les autres s'y abandonnaient4 ,plus je flottais1 en regardant au loin1 dans la direction du torrent et en suivant de l'il tous les navigateurs1 plus je perdais la direction qui m'avait t donne4 ,lorsque je fus juste au milieu du torrent1 dans la passe troite que laissaient les canots et les vaisseaux qui se prcipitaient en bas1 je perdis la direction si compltement1 que moi aussi je jetai les rames4 ,de toutes parts1 avec joie et allgresse1 se prcipitaient autour de moi des navigateurs dans des bateaux voiles et rames et tous m'assuraient et assuraient aux autres qu'il ne pouvait y avoir d'autre direction4 ,je les crus et je naviguai avec eux4 ,mais voil que je fus emport loin1 si loin que j'entendis le bruit de la cataracte dans laquelle je devais aller me briser1 et je vis des chaloupes qui y disparaissaient4 ,longtemps je ne pus comprendre ce qui m'tait arriv4 ,je voyais la ruine devant moi1 je la redoutais et j'y courais4 ,je ne voyais nulle part de secours et je ne savais que faire2 mais en me retournant en arrire1 je vis une innombrable quantit de chaloupes qui luttaient contre le courant sans s'arrter1 sans perdre courage4 ,je me souvins de la rive qu'on m'avait montre1 de la direction qu'on m'avait indique et des rames qu'on m'avait mises entre les mains et je fis tous mes efforts pour sortir d'o j'tais en ramant en arrire1 contre le courant et vers le rivage dsign4 ,ce rivage c'tait ,dieu2 la direction c'tait la tradition2 ces rames m'taient donnes pour voguer librement vers le bord1 pour m'unir ,dieu4 ,,xiii ,c'est ainsi que la force de la vie se renouvela en moi et que je recommenai vivre4 ,je renonai la vie du monde ayant reconnu que ce n'tait pas la vie1 mais seulement une parodie de la vie et que les conditions de superflu dans lesquelles nous vivons nous empchent de comprendre la vie4 ,en effet1 je dois ne pas m'attacher aux exceptions1 aux parasites de la vie1 mais la vie du peuple travailleur1 de ceux qui produisent la vie et lui donnent un sens4 ,le simple peuple1 les travailleurs qui m'entouraient1 c'tait le peuple russe et je m'adressai lui4 ,le sens qu'il me donna de la vie1 s'il peut tre exprim1 est le suivant3 --,chaque homme vient en ce monde par la volont de ,dieu4 ,dieu cra l'homme de telle sorte1 que chaque homme peut perdre son me ou bien la sauver4 ,le but de l'homme dans la vie est de faire son salut2 pour cela il faut vivre en ,dieu et pour vivre en ,dieu il faut renoncer toutes les jouissances de la vie1 travailler1 s'humilier1 souffrir et tre charitable4 ,ce sens-l1 le peuple le puise dans la foi1 qui lui a t et qui lui est transmise par les prtres et la tradition4 ,ce sens m'tait clair et il tait cher mon cur4 ,mais avec lui1 et indissolublement li lui chez notre peuple orthodoxe1 au milieu duquel je vivais1 se trouvaient bien des choses qui me repoussaient1 me paraissaient inexplicables3 les sacrements1 les services de l'glise1 les carmes1 l'adoration des reliques et des images4 ,le peuple ne peut pas sparer l'une de l'autre toutes ces choses et je ne le pouvais non plus4 ,tout tranges qu'elles me semblaient1 je les acceptai toutes1 j'allai aux services1 je fis matin et soir ma prire1 je jenai1 j'accomplis mes dvotions et tout d'abord mon intelligence ne s'y opposa pas4 ,ce qui m'avait paru impossible n'excitait maintenant en moi aucune opposition4 ,ce que la foi m'avait inspir jadis tait bien diffrent de ce qu'elle m'inspirait maintenant4 ,autrefois la vie mme me paraissait pleine de sens et la foi me semblait tre une confirmation arbitraire de quelques arguments tout fait inutiles1 draisonnables et indpendants de la vie4 ,je m'tais demand alors quel sens avaient ces arguments1 et1 m'tant convaincu qu'ils n'en avaient pas1 je les avais rejets4 ,maintenant1 au contraire1 je savais que ma vie n'avait pas et ne pouvait pas avoir de sens4 ,les arguments de la foi non seulement ne me paraissaient plus inutiles1 mais encore j'tais amen1 par l'indubitable exprience1 la conviction que ces arguments de la foi donnaient seuls le sens de la vie4 ,je les regardais auparavant comme des dcrets compltement inutiles et indchiffrables1 tandis que maintenant1 si mme je ne les comprenais pas1 je savais qu'ils contenaient un sens et je me disais qu'il fallait apprendre les comprendre4 ,je faisais le raisonnement suivant3 ,la connaissance de la foi prend sa source1 ainsi que toute l'intelligence humaine1 dans une origine mystrieuse4 ,cette origine est ,dieu1 origine du corps humain aussi bien que de son intelligence4 ,de mme que le corps que j'habite est venu par hritages successifs jusqu' moi1 de mme m'arrivrent mon intelligence et ma comprhension de la vie2 et c'est pour cela que toutes les gradations du dveloppement de cette comprhension de la vie ne peuvent tre fausses1 tout ce en quoi les hommes croient vritablement doit tre la vrit4 ,elle peut tre diversement exprime1 mais elle ne peut tre un mensonge1 et si elle me parait tre un mensonge1 cela veut dire seulement que je ne la comprends pas4 ,je me disais encore3 ,la substance de chaque croyance consiste en ce qu'elle donne tel sens de la vie qui n'est pas dtruit par la mort4 ,il est naturel que1 pour que la foi puisse rpondre la question d'un roi mourant dans le luxe1 d'un vieux serf puis par un travail sans repos1 d'un enfant inconscient1 d'un sage vieillard1 d'une vieille demi prive de raison1 d'une femme jeune et heureuse1 d'un adolescent s'abandonnant aux passions1 de tous les gens de conditions et d'ducations diverses1 il est naturel que s'il y a une rponse cette ternelle question de la vie3 --,pourquoi est-ce que je vis8--,qu'est-ce qui rsultera de ma vie8 cette rponse1 malgr son unit comme substance1 doit tre infiniment varie dans ses manifestations4 ,plus elle est vraie1 unique et profonde1 plus trange et monstrueuse elle doit paratre en cherchant s'exprimer conformment l'ducation et la position de chacun4 ,mais ces raisonnements qui justifiaient pour moi l'tranget de la partie officielle de la foi taient quand mme insuffisants pour me permettre d'accomplir avec la foi1 qui tait l'unique affaire de ma vie1 des actions dont je doutais4 ,je dsirais de toutes les forces de mon me tre en tat de m'unir au peuple pour les crmonies de sa foi1 mais je ne pouvais pas faire cela4 ,je sentais que je mentirais moi-mme1 que je me moquerais de ce qui m'tait sacr1 si je le faisais4 ,c'est ici que me vinrent en aide nos rcents ouvrages thologiques russes4 ,suivant ces thologiens1 le dogme fondamental de la foi est l'infaillibilit de l'glise4 ,la vrit de tout ce que confesse l'glise est la consquence invitable de la reconnaissance de ce dogme4 ,l'glise1 comme l'ensemble des croyants runis par l'amour1 et pour cela mme possdant la science vritable1 cette glise devint la base de ma foi4 ,je me disais que la vrit divine ne pouvait pas tre accessible un homme3 elle ne s'ouvre qu' l'ensemble des hommes unis par l'amour4 ,pour concevoir la vrit1 il faut ne pas se sparer2 et pour ne pas se sparer1 il faut aimer ceux-l mme avec lesquels on n'est pas d'accord et se rconcilier avec eux4 ,la vrit s'ouvrira l'amour et1 pour cela1 si tu ne te soumets pas aux crmonies de l'glise1 tu violes l'amour et1 violant l'amour1 tu te prives de la possibilit de connatre la vrit4 ,je ne voyais pas alors le sophisme qui se trouve dans ce raisonnement4 ,je ne voyais pas alors que l'unit dans l'amour peut donner la plus grande somme d'amour2 mais d'aucune manire la vrit divine exprime par des mots exacts dans le symbole de ,nice4 ,je ne voyais pas non plus que l'amour ne peut nullement rendre une certaine expression de la vrit obligatoire pour l'union4 ,je ne voyais pas alors le dfaut de ce raisonnement1 et grce lui je pus participer toutes les crmonies de l'glise grecque1 sans en comprendre la plus grande partie4 ,je tchais alors de toute mon me d'viter tout raisonnement contradictoire et j'essayais d'expliquer aussi sensment que possible ces thses de l'glise avec lesquelles je me trouvais en contact4 ,en accomplissant les crmonies de l'glise1 je domptais mon intelligence et je me soumettais la tradition laquelle tenait toute l'humanit2 je m'unissais mes anctres1 ceux que j'aimais1 mon pre1 ma mre4 ,eux et tous ceux qui avaient vcu auparavant croyaient et vivaient1 et m'avaient engendr4 ,je me runissais aussi tous ces millions d'hommes du peuple que je respectais4 ,et puis ces actions n'avaient rien de mauvais en elles-mmes4 ,ce que je trouvais mauvais1 c'taient les mauvais penchants de se laisser aller tous les dsirs4 ,me levant de grand matin pour les services de l'glise1 je savais que je faisais bien par cela seul que1 pour humilier l'orgueil de mon esprit1 pour me rapprocher de mes anctres1 de mes contemporains1 je sacrifiais ma tranquillit physique4 ,je m'approuvais de mme en faisant mes dvotions1 en m'astreignant la lecture quotidienne des prires avec les saluts et en observant tous les carmes4 ,tout insignifiants qu'taient ces sacrifices1 ils taient faits au nom du bien4 ,je faisais mes dvotions1 je jenais1 j'observais les prires indiques selon le temps1 la maison et l'glise4 ,pendant le service de l'glise1 j'applaudissais chaque mot et lui donnais un sens lorsque je le pouvais4 ,a la messe1 les paroles les plus graves taient pour moi3 ,aimons-nous les uns les autres et soyons unis dans une mme foi4 ,mais plus loin1 les mots et confessons uniquement le ,pre et le ,fils et le ,saint-,esprit1 je les omettais1 car je ne pouvais pas les comprendre4 ,,xiv ,il m'tait devenu si indispensable de croire pour vivre que1 sans m'en rendre compte1 je me cachais moi-mme les contradictions et les obscurits de l'enseignement de la foi4 ,mais ma bonne volont trouver un sens aux crmonies de l'glise avait une limite4 ,si la prire liturgique devenait de plus en plus claire pour moi dans ses paroles principales1 si je m'expliquais tant bien que mal les mots3 ,et ,notre ,dame la ,trs ,sainte ,vierge ,marie1 ne l'oublions pas dans nos prires1 ainsi que tous les ,saints2 si je m'expliquais la rptition perptuelle des prires pour le ,tzar et ses parents parce qu'ils sont plus sujets la tentation que les autres et ainsi ont besoin de plus de prires2 si je m'expliquais les prires pour obtenir la soumission de l'ennemi parce que l'ennemi est un mal1 si je m'expliquais ces prires et d'autres comme celles des chrubins et de tout l'offertoire1 etc41 par contre presque les deux tiers de tous les offices1 ou ne m'offraient pas d'explication du tout1 ou si j'y introduisais des explications1 je mentais et par l je dtruisais compltement mon union avec ,dieu1 en perdant toute possibilit de la foi4 ,j'prouvais la mme chose pendant la clbration des principales ftes4 ,se rappeler le jour du sabbat1 c'est--dire consacrer un jour s'adresser ,dieu1 m'tait comprhensible4 ,mais la grande fte en souvenir de la ,rsurrection1 dont je ne pouvais pas me reprsenter l'authenticit1 je ne pouvais pas la comprendre4 ,or1 c'est par ce mot de rsurrection prcisment que les ,russes dsignent le jour consacr de chaque semaine4 ,et ces jours-l les fidles prenaient part au sacrement de l',eucharistie qui m'tait tout fait incomprhensible4 ,toutes les autres douze ftes1 ,nol except1 taient comme les souvenirs des miracles auxquels je tchais de ne pas penser pour ne pas nier3 l',ascension1 la ,pentecte1 l',epiphanie1 l',intercession de la ,sainte ,vierge1 etc4 ,a la clbration de ces ftes1 sentant qu'on attribuait de l'importance ce qui justement pour moi n'en avait pas du tout1 j'inventais des explications qui me tranquillisaient1 ou je fermais les yeux pour ne pas voir ce qui me scandalisait4 ,je ressentais cela d'une faon plus sensible encore1 lorsque j'assistais aux sacrements les plus ordinaires et qui taient estims comme les plus importants3 le baptme et la communion4 ,ici je me trouvais en prsence d'actions non seulement totalement incomprhensibles1 mais absolument scandaleuses mes yeux2 j'tais amen au dilemme--ou de mentir ou de les rejeter4 ,je n'oublierai jamais le sentiment douloureux que j'prouvai le jour o je communiai pour la premire fois depuis bien des annes4 ,les services1 la confession1 les rglements1 tout cela m'tait comprhensible et produisait en moi la conscience joyeuse que le sens de la vie s'entr'ouvrait pour moi4 ,j'expliquais mme la communion comme une action accomplie en souvenir du ,christ et indiquant la purification de tout pch et l'acceptation complte de l'enseignement du ,christ4 ,que cette explication ft artificieuse1 je ne le remarquais pas4 ,j'tais si joyeux de m'humilier et de m'abaisser devant mon confesseur1 prtre simple et timide2 de dpouiller mon me de toutes ses impurets1 en me repentant de mes vices2 j'tais si heureux de m'exercer d'une faon idale l'humilit des pres qui avaient crit les prires du canon2 j'tais si joyeux de l'union avec tous ceux qui croient ou qui avaient cru que je ne sentais nullement l'artifice de mon explication4 ,mais lorsque je m'approchai des zarsky vorota#a et que le prtre m'obligea de rpter que je croyais que ce que j'allais avaler tait le vrai ,corps et le vrai ,sang du ,christ1 quelque chose me frappa au cur2 c'est peu de dire que je voyais l une note fausse4 ,c'tait une exigence cruelle1 impose par quelqu'un qui n'avait videmment jamais su lui-mme ce que c'tait que la foi4 ,j'ose dire maintenant que c'tait une exigence cruelle2 mais alors je n'y pensai mme pas1 je ne sentis qu'une inexprimable douleur4 ,je ne me trouvais plus dans la mme position que dans ma jeunesse1 quand je ne voyais que la clart de la vie2 j'tais venu la foi parce que1 en dehors d'elle1 je n'avais rien trouv dans la vie1 rien absolument1 except la ruine2 c'est pourquoi aussi il m'tait impossible de rejeter cette foi4 ,et je me soumis4 ,je trouvais un sentiment dans mon me1 qui m'aida supporter cela2 c'tait l'humiliation de moi-mme4 ,je me suis donc humili1 j'ai aval ce ,sang et ce ,corps sans aucun sentiment de raillerie1 avec le dsir de croire4 ,mais le coup tait port2 et1 sachant d'avance ce qui m'attendait1 je ne pouvais plus une seconde fois me prsenter la communion4 ,je continuais participer aux crmonies de l'glise comme auparavant1 car je croyais toujours que dans cette foi que je suivais tait la vrit4 ,or1 il m'arriva quelque chose qui m'est clair maintenant1 mais qui alors me paraissait trange4 ,j'coutais la conversation du paysan ignorant1 du plerin1 leur discussion sur ,dieu1 sur la foi1 sur la vie1 sur le salut1 et pendant qu'ils parlaient1 la connaissance de la foi s'entr'ouvrait pour moi4 ,je me rapprochais du peuple1 coutant ses raisonnements sur la vie et la foi1 et de plus en plus je comprenais la vrit4 ,la mme chose m'arrivait pendant la lecture des ,tchti ,minei#b et des ,prologues1 cela devint ma lecture favorite4 ,excluant les miracles1 les envisageant comme un apologue qui exprime une pense1 cette lecture m'ouvrait le sens de la vie4 ,il y avait les vies de ,macaire le ,grand1 de ,josaphat le ,prince 7l'histoire de ,bouddha72 il y avait encore les paraboles de ,jean ,chrysostome1 celles des voyageurs tombant dans le puits1 du moine qui avait trouv de l'or1 de ,pierre le ,plerin1 et partout les histoires des martyrs1 qui proclamaient tous la mme chose--que la mort n'excepte pas la vie2 plus loin les histoires des ignorants sauvs1 des simples d'esprit et de ceux qui ne savent rien de l'enseignement de l'glise4 ,mais je n'avais qu' me joindre aux sages croyants et prendre leurs livres1 qu'aussitt quelque doute sur moi-mme1 quelque mcontentement1 quelque discussion irritante s'levaient en moi2 et je sentais que1 plus j'approfondissais leurs discours1 plus je m'loignais de la vrit et plus vite j'allais vers l'abme4 #a ,le grand portail menant au sanctuaire de l'glise grecque4 #b ,martyrologes4 ,,xv ,combien de fois j'enviais aux paysans leur ignorance et leur simplicit6 ,dans ces thses qui ne m'offraient que des non-sens vidents1 il n'y avait rien de faux pour eux2 ils pouvaient les admettre et croire leur vrit1 cette vrit laquelle je croyais aussi4 ,seulement moi1 malheureux1 il tait clair que la vrit tait entremle des fils les plus fins du mensonge et que je ne pouvais accepter la vrit sous une telle forme4 ,ainsi1 je vcus trois ans peu prs4 ,d'abord1 quand comme un catchumne je pntrais peu peu la vrit1 guid seulement par l'instinct et marchant vers ce qui me paraissait tre le plus clair1 ce mlange de vrai et de faux ne m'tonnait pas autant4 ,si je ne comprenais pas quelque chose1 je me disais3 --,je suis fautif1 je suis mauvais4 ,mais plus je me pntrais de ces vrits que j'apprenais et plus elles me paraissaient la base de la vie2 plus pnibles aussi et plus frappantes devinrent pour moi ces arrts1 ces chocs2 plus il tait difficile pour moi de tracer cette dmarcation qui se trouve entre ce que je ne comprenais pas1 parce que je ne savais pas comprendre1 et entre ce qu'on ne pouvait comprendre autrement qu'en se mentant soi-mme4 ,malgr ces doutes et ces souffrances je tenais encore l'orthodoxie4 ,mais les problmes de la vie se prsentrent alors tout vivaces mon esprit1 et il fallait les rsoudre4 ,la solution que donne l'glise tant contraire aux bases mmes de la foi dans laquelle je vivais1 je fus oblig de renoncer tout fait la possibilit de la communion des ides avec l'orthodoxie4 ,ces problmes taient3 premirement le rapport de l'glise orthodoxe avec les autres glises1 avec le catholicisme et les autres1 que l'orthodoxie appelle schismatiques4 ,entre temps l'intrt que je portais la foi me rapprochait des croyants de diverses religions3 des catholiques1 des protestants1 des vieux croyants1 des molokanes et autres4 ,je rencontrais parmi eux beaucoup de gens moralement levs et vritablement croyants4 ,je dsirais tre leur frre4 ,eh quoi6 ,cet enseignement orthodoxe qui me promettait de nous unir tous par la foi unique et dans un seul amour1 ce mme enseignement1 par la bouche de ses meilleurs reprsentants1 me dclarait que tous ces autres hommes se trouvaient dans le mensonge1 que ce qui leur donnait la force de la vie n'tait que la tentation du diable et il n'y avait que nous qui fussions en possession de la seule vrit possible4 ,et je vis que les orthodoxes comptaient pour hrtiques tous ceux qui ne confessaient pas la foi de la mme manire qu'eux4 ,il en est de mme1 du reste1 des catholiques qui considrent l'orthodoxie comme une hrsie4 ,je vis aussi que l'orthodoxie se conduisait vis--vis de ceux qui ne confessent pas la foi de la mme faon qu'elle1--en symboles extrieurs et en paroles1--avec un emportement qu'elle s'efforce de cacher1 mais qui n'est que trop naturel1 premirement1 parce que1 affirmer que tu es dans le mensonge tandis que je suis dans la vrit1 est le mot le plus cruel qu'un homme puisse dire un autre1 et secondement parce que l'homme qui aime ses enfants et ses frres ne peut pas ne pas s'emporter contre les gens qui ne veulent convertir ses enfants et ses frres une foi errone4 ,et cette hostilit augmente mesure qu'on pntre plus avant dans la science de la foi4 ,et moi1 qui croyais voir la vrit dans l'unit de l'amour1 je fus frapp de voir que l'enseignement de la foi lui-mme dtruit ce qu'il aurait d faire natre4 ,ce fait est surtout bien vident pour nous autres hommes instruits qui avons vcu dans des pays o l'on confesse tant de religions diffrentes et qui avons vu cette ngation ddaigneuse jointe cette confiance inbranlable en soi-mme1 avec laquelle le catholique se comporte vis--vis de l'orthodoxe et du protestant1 l'orthodoxe vis--vis du catholique et du protestant1 et le protestant vis--vis des deux autres2 ces rapports sont encore les mmes quand il s'agit du vieux croyant pashkonetz1 du sheker et de toutes les religions4 ,on se dit3 ,il n'est pas possible que1 malgr toute leur simplicit1 les hommes ne voient pas que1 si deux institutions se nient l'une l'autre1 c'est qu'il n'y a ni dans l'une1 ni dans l'autre1 cette vrit unique1 qui doit constituer la foi4 ,il y a donc l quelque chose1 quelque explication trouver2 je le croyais1 du moins1 et je cherchais cette explication4 ,je lisais tout ce que je pouvais sur ce sujet et je consultais tous ceux que je pouvais4 ,mais je ne reus aucune explication1 si ce n'est celle des hussards de ,soumma qui croient que le premier rgiment du monde est le rgiment des hussards de ,soumma1 tout comme les lanciers jaunes croient que le premier rgiment du monde est celui des lanciers jaunes4 ,les prtres des diverses confessions1 leurs meilleurs reprsentants1 ne purent me dire qu'une chose1 c'est qu'ils croyaient tre dans la vrit1 et que les autres taient dans l'erreur2 tout ce qu'ils pouvaient tait de prier pour eux4 ,j'allais chez les archimandrites1 chez les archirs1 chez les vieillards1 chez les asctes1 et je les questionnais2 mais aucun d'eux ne se donnait la moindre peine pour m'expliquer cette situation4 ,un seul m'expliqua tout1 mais d'une telle manire que je ne demandai plus rien personne4 ,je leur parlais de ce qu' tout incrdule qui s'adresse la foi 7et toute notre jeune gnration en est l71 cette question se prsente la premire3 pourquoi la vrit n'est-elle pas dans le luthranisme1 dans le catholicisme1 mais seulement dans l'orthodoxie8 ,on lui apprend au gymnase1 car il ne peut pas l'ignorer comme le paysan1 que le protestant et le catholique affirment de la mme manire la vrit unique de leur foi4 ,les preuves historiques que chacune de ces confessions voque pour s'attribuer la suprmatie1 sont insuffisantes4 ,ne peut-on pas1 disais-je plus haut1--comprendre l'enseignement de faon dgager la doctrine fondamentale des divergences d'opinions1 de mme que ces divergences disparaissent pour le vrai croyant8 ,ne peut-on pas aller plus loin dans la voie qui nous a rconcilis avec les vieux croyants8 ,ils affirmaient que la croix1 les alleluias et la faon de marcher autour de l'autel sont autres chez nous4 ,nous leur avons dit3 ,vous croyez au symbole de ,nice1 aux sept sacrements et nous y croyons aussi4 ,tenons-nous donc cela et pour le reste1 faites comme vous voudrez4 ,nous nous sommes runis eux parce que nous avons plac ce qu'il y a d'essentiel dans la foi plus haut que tout le reste4 ,ne peut-on pas dire de mme aux catholiques3 nous croyons comme vous ceci et cela1 au principal2 quant au ,filioque et au pape1 faites comme vous voudrez4 ,ne peut-on donc plus s'adresser de mme aux protestants8 ,mon interlocuteur fut d'accord avec moi quant au fond2 mais il ajouta que de telles concessions donneraient lieu des reproches envers l'autorit ecclsiastique qu'on ne manquerait pas d'accuser de s'carter de la religion de ses anctres1 qu'il y aurait schisme1 tandis que le devoir de l'autorit ecclsiastique tait de conserver dans toute sa puret la religion orthodoxe grco-russe1 qui lui a t transmise par ses anctres4 ,et je compris tout4 ,je cherche la foi1 la force de la vie1 et eux1 ils cherchent le meilleur moyen d'accomplir devant les hommes certaines obligations humaines4 ,ces actions humaines1 ils les accomplissent avec toutes les faiblesses de leur nature humaine4 ,ils ont beau parler de leur piti pour les frres gars1 des prires qu'ils adressent pour eux au trne du ,tout-,puissant1--il faut toujours user de violence pour accomplir des actions humaines et dans ces conjonctures la violence a toujours t1 est encore et sera toujours applique4 ,si deux religions se croient dans le vrai et se tiennent rciproquement pour fausses1 ils voudront attirer leurs frres vers la vrit en prchant leur doctrine4 ,et1 si la doctrine fausse est prche aux fils inexpriments de l'glise qui se croit dans la vrit1 alors1 cette glise ne peut pas ne pas loigner l'homme qui tente ses fils4 ,que faut-il donc faire de ce sectateur qui1 d'aprs l'opinion de l'orthodoxie1 se consume dans une foi errone1 et qui dans ce qu'il y a de plus grave dans la vie--dans la religion--tente les fils de l'glise8 ,que faire1 de lui1 si ce n'est lui couper la tte ou l'enfermer8 ,pendant le rgne d',alexis ,mikhailowitch on brlait ces hommes sur des bchers1 c'est--dire on leur appliquait le plus grand chtiment de cette poque4 ,de nos jours on leur applique aussi la mesure la plus svre--on les enferme1 on les chtie par la prison cellulaire4 ,et je portai mon attention sur ce qui se fait au nom de la religion2 je demeurai terrifi1 et renonai presque tout fait l'orthodoxie4 ,le second rapport qu'on doit tablir entre l'glise et les questions de la vie c'est le rapport qu'il y a entre elle et la guerre ou les excutions4 ,a cette poque prcisment1 la ,russie tait implique dans une guerre4 ,et voil que les ,russes1 au nom de l'amour chrtien1 se mirent tuer leurs frres4 ,il tait impossible de ne pas penser cela4 ,ne pas voir que le meurtre est un mal contraire aux bases premires de toute religion1 tait impossible4 ,et1 en mme temps1 on priait dans les glises pour le succs de nos armes1 et les docteurs de la religion reconnaissaient ce meurtre comme une affaire connexe la religion4 ,non seulement pendant que se commettaient ces meurtres au nom de la guerre1 mais encore pendant les meutes qui la suivirent1 je vis des dignitaires de l'glise1 des professeurs de thologie1 des moines1 des asctes1 qui approuvaient l'excution de ces jeunes gens gars et dlaisss4 ,et je portai mon attention sur tout ce qui se faisait par ces gens qui pratiquaient le christianisme1 et je fus terrifi4 ,,xvi ,je cessai de douter1 et je fus compltement convaincu que dans la doctrine de cette foi laquelle je m'tais ralli1 tout n'tait pas vrit4 ,auparavant j'aurais dit que tout l'enseignement tait faux1 mais maintenant je ne le pouvais plus4 ,tout le peuple avait la connaissance de la vrit1 c'tait indubitable1 puisque autrement il n'aurait pas pu vivre4 ,en outre1 cette connaissance de la vrit m'tait dornavant accessible1 j'en vivais dj et j'en sentais toute la vrit2 mais dans ce savoir il y avait aussi du mensonge4 ,et je n'en pouvais douter4 ,tout ce qui m'avait repouss autrefois se prsentait maintenant vivement devant moi4 ,bien que je visse que dans le peuple tout entier il y avait moins de cet alliage trompeur que dans les doctrines des reprsentants de l'glise1 je voyais nanmoins qu'aux croyances du peuple le mensonge tait aussi ml4 ,mais d'o venait le mensonge et d'o venait la vrit8 ,le mensonge ainsi que la vrit sont transmis par ce qu'on appelle l'glise4 ,le mensonge ainsi que la vrit sont contenus dans la tradition1 dans celle qu'on nomme la sainte tradition1 et dans l',ecriture4 ,et malgr moi je fus amen l'tude1 l'investigation de cette ,ecriture1 l'investigation dont j'avais eu grand'peur jusqu' prsent4 ,et je m'adressai l'tude de cette mme thologie1 que j'avais rejete une fois avec tant de mpris comme vaine4 ,alors elle me paraissait tre une srie de non-sens inutiles2 alors1 j'tais entour de tous cts par les phnomnes de la vie1 qui me paraissaient clairs et pleins de sens2 tandis que maintenant je serais content de rejeter ce qui n'entre pas dans ma tte robuste2 mais je ne sais o aller4 ,c'est cette doctrine que se rattache et qu'est indissolublement li ce seul savoir de la vie qui me ft ouvert4 ,malgr toute la singularit dont se frappe ces mots mon esprit vieux et ferme1 c'est le seul espoir d'tre sauv4 ,il faut l'examiner avec prcaution et attention pour le comprendre mme moins bien que je ne comprenais les thses de la science4 ,je ne cherche pas comprendre aussi parfaitement et je ne puis le chercher1 sachant la bizarrerie du savoir de la religion4 ,je ne chercherai pas l'explication de toutes choses2 je sais que l'explication du tout1 ainsi que le commencement du tout1 doit se cacher dans l'infini4 ,mais je veux comprendre de telle sorte que je sois amen ce qui est absolument inexprimable2 je veux que tout ce qui est inexprimable le demeure1 non pas parce que les exigences de mon esprit ne sont pas justifies 7elles sont justifies et je ne puis rien comprendre en dehors d'elles71 mais parce que je vois les limites de mon esprit4 ,je veux comprendre de faon que chaque thse inexplicable se prsente moi comme une ncessit absolue de ma raison mme1 et non pas comme une obligation de croire4 ,que la vrit soit dans la doctrine1 je n'en doute point2 mais il est indubitable aussi qu'il y a du mensonge1 et je dois trouver le vrai et le faux et sparer l'un de l'autre4 ,et voil la tche que j'entreprends4 ,ce que j'ai trouv de faux dans cette doctrine1 ce que j'y ai trouv de vrai et quels rsultats je suis arriv1 voil ce que diront les autres parties de cet ouvrage1 qui sera imprim probablement par celui qui le croira ncessaire et qui jugera que l'ouvrage en vaut la peine4 #ahgi4 ,les pages prcdentes ont t crites par moi il y a trois ans4 ,je revois maintenant cette partie imprime et je reviens aujourd'hui au chemin que ma pense a alors parcouru et ces sentiments qui s'agitaient alors en moi si douloureusement4 ,dans ces derniers temps j'eus un rve4 ,ce rve m'exprima dans une image brve tout ce que j'ai ressenti et dcrit2 c'est pourquoi je pense que cette description rafrachira la mmoire de ceux qui m'ont compris1 claircira et runira en un tout ce que ces pages racontent d'une manire si longue4 ,voici ce rve3 ,je suis couch sur un lit1 je ne m'y sens ni bien ni mal2 je suis couch sur le dos4 ,mais je commence me demander si je suis bien couch2 et voil que quelque chose me parat incommode aux pieds3 ou ma couche est trop courte1 ou elle est ingale1 je ne saurais le dire2 mais ce n'est pas bien2 je remue les pieds4 ,en mme temps je commence examiner sur quoi je suis couch1 ce qui ne m'tait jamais venu l'esprit jusqu'alors4 ,en examinant mon lit1 je vois que je suis couch sur des lisires en fines cordes tresses1 qui sont assujetties aux cts du lit4 ,la plante de mes pieds pose sur une de ces lisires2 les jambes sur une autre2 et je sens qu'aux pieds il y a quelque chose d'incommode4 ,je sais qu'on peut remuer ces lisires4 ,par un mouvement des pieds1 je repousse la dernire lisire et il me semble que je vais tre mieux ainsi4 ,mais je l'ai repousse trop loin1 je veux la ressaisir avec les pieds2 mais ce mouvement fait glisser de dessous mes pieds l'autre lisire et voil que mes pieds restent suspendus4 ,je fais un mouvement de tout mon corps pour en venir bout1 persuad que je m'arrangerai tout de suite2 mais ce mouvement fait glisser et s'entremler sous moi encore d'autres lisires1 et je vois que l'affaire va de mal en pis1 que mes membres infrieurs descendent et restent penchs1 tandis que les pieds n'arrivent pas jusqu' terre4 ,je me soutiens par le haut du dos seulement et1 outre son incommodit1 cette position me devient pnible1 ,dieu sait pourquoi4 ,ce n'est qu'ici que je me demande ce qui avant ne m'tait mme pas venu la tte4 ,je me demande3 o suis-je1 et sur quoi suis-je couch8 ,et je commence me retourner2 avant tout je regarde en bas1 l o est pench mon corps et o je sens que je dois tomber tout de suite2 je regarde en bas et je ne puis en croire mes propres yeux4 ,ce n'est pas que je sois sur une hauteur pareille la plus haute tour ou la plus haute montagne du monde1 mais je suis sur une hauteur comme je n'aurais jamais pu me l'imaginer4 ,je ne puis mme pas me rendre compte si vritablement je vois quelque chose en bas dans ce prcipice sans fond sur lequel je suis suspendu et qui m'attire4 ,mon cur se serre et la terreur m'envahit4 ,c'est affreux de regarder en bas4 ,je sens que si je regardais1 je glisserais tout de suite de la dernire lisire et je prirais4 ,je ne regarde pas4 ,mais ne pas regarder est pire encore1 puisque je pense ce qui m'arrivera tout l'heure quand j'aurai t arrach de la dernire lisire4 ,et je sens que par suite de ma terreur je perds mon dernier appui et que je glisse lentement sur le dos toujours plus bas et plus bas4 ,encore un moment et je serai prcipit4 ,et voil qu'il me vient l'ide que cela ne peut pas tre vrai4 ,c'est un rve4 ,rveille-toi4 ,j'essaye de me rveiller et je ne le puis pas4 --,que faire1 que faire8 me demandai-je en jetant un coup d'oeil en haut4 ,l-haut1 c'est aussi l'abme4 ,je regarde cet abme cleste et je m'efforce d'oublier l'abme d'en bas2 et vraiment je l'oublie4 ,l'infini d'en bas me repousse et me terrifie2 l'infini d'en haut m'attire et m'affermit4 ,je suis suspendu au-dessus de l'abme sur la dernire lisire qui n'ait pas encore gliss2 je sens que je suis suspendu1 mais en regardant en haut mon effroi disparat4 ,comme il arrive souvent dans les rves1 une voix me dit3 --,fais attention6 le voici6 ,et je regarde toujours1 pendant bien1 bien longtemps1 l'infini cleste et je sens qu'en me calmant je commence me rappeler tout ce qui a t1 et je me souviens comment tout est arriv3 comment j'ai remu des pieds1 comment je fus suspendu1 comment je fus terrifi et comment je me suis sauv de l'effroi parce que j'ai regard en haut4 ,je me demande3 --,eh bien6 ,maintenant est-ce toujours la mme chose8 ,ce n'est pas que je me retourne1 mais je sens de tout mon corps ce point d'appui sur lequel je me tiens4 ,et voil que je commence voir1 que je ne suis dj plus suspendu et que je ne tombe pas1 mais que je me tiens fermement4 ,je me demande comment je me tiens1 je ttonne1 je me retourne et je vois que sous moi1 juste au milieu1 se trouve une lisire et que1 tout en regardant en haut1 je suis couch sur elle dans l'quilibre le plus stable et que ce n'est qu'elle seule qui me tient4 ,et1 comme cela arrive dans le sommeil1 tout le mcanisme1 l'aide duquel je me tiens1 se reprsente moi trs naturellement1 comprhensiblement et indubitablement1 bien qu'en ralit ce mcanisme n'ait pas le moindre sens4 ,je m'tonne mme1 tout en dormant1 que je n'aie pas compris avant que1 sur ma tte1 il y avait une tour dont la solidit est incontestable1 quoique cette tour n'ait pas de base4 ,puis de la tour une corde est tendue1 ,dieu sait comment1 mais en tout cas d'une manire trs ingnieuse et fort simple en mme temps4 ,si l'on est couch sur cette corde par le milieu du corps1 et si l'on regarde en haut1 il ne parat mme pas qu'il puisse tre question d'une chute4 ,tout cela m'apparat clairement et je suis content et tranquille4 ,puis quelqu'un me dit3 --,prends garde2 rappelle-toi4 ,et je me rveillai4 #ahhb4 ,,fin4 ,,table ,,pr,,face ,i4--,croyances de jeunesse4--,scepticisme prcoce4--,l'athisme au gymnase4--,mysticisme de ,dimitri ,tolsto4--,comment on cesse de croire4--,l'orthodoxie n'est point un garant de la vertu4 --,histoire de ,s4--,la foi dans le perfectionnement ,,ii4--,les passions de la jeunesse4--,l'auteur commence crire4 --,thories du milieu artiste sur la vie4--,la vocation des artistes1 tres prpondrants1 est d'instruire les hommes4 --,l'auteur se refuse admettre cette foi4--,le vrai dsir de ses aptres est de recevoir le plus d'argent et de louanges possible ,,iii4--,l'auteur voyage4--,sa foi dans le perfectionnement grandit au contact de la civilisation europenne4--,fragilit de cette confiance prouve par la vue d'une excution capitale ,paris4--,mort du frre de l'auteur4--,l'auteur organise des coles paysannes4--,nouveaux voyages l'tranger4--,arbitrage1 enseignement et journalisme4--,maladie morale4--,dpart pour le dsert4--,mariage4--,influence de la vie de famille4--,l'auteur continue crire4--,crise4--,la vie n'a plus de joies si on en ignore le pourquoi4--,moralement l'auteur ne peut plus vivre ,,iv4--,la vie est un non-sens4--,ide du suicide4--,le bonheur de l'auteur est cependant complet1 sa sant parfaite4--,la vie est une mchante plaisanterie joue par quelqu'un4--,il n'y a rien1 il n'y a rien eu1 il n'y aura jamais rien dans la vie4 --,fable orientale4--,impossibilit de ne pas penser4--,terreur de l'obscurit3 la mort immdiate vaut mieux ,v4--,recherches du secret de la vie4--,les sciences exactes4 --,les sciences thoriques4--,arrt du dveloppement4--,les sciences ignorent la question de la vie4--,a la recherche d'une thorie4--,nant de la philosophie ,,vi4--,l'homme gar4--,quel est le sens de la vie8--,socrate4 --,schopenhauer4--,salomon4--,bouddha4-- ,l',ecclsiaste et akia-,monni4--,la mort vaut mieux que la vie dont il faut se dfaire ,,vii4--,les quatre issues3 ,l'ignorance4--,l'picurisme4--,la force4--,la faiblesse4--,ne pas comprendre que la vie est un non-sens4--,profiter de la vie telle qu'elle est sans penser l'avenir4--,comprenant que la vie est un mal1 se tuer4--,savoir que la vie est un mal et vivre malgr cela4--,l'auteur se demande s'il y a encore quelque chose qu'il ne sait pas ou quelque erreur dans son raisonnement ,,viii4--,o est l'erreur8--,l'auteur n'avait considr que la vie factice des hommes de sa socit4--,il croyait que la vie des masses n'tait qu'une circonstance sans importance4--,les masses1 loin de ne pas comprendre la question de la vie1 la posent et la rsolvent avec une clart tonnante4--,mais leur rponse est base sur une foi que n'a plus l'auteur4--,dilemme terrible ,,ix4--,l'erreur de l'auteur4 ,il a toujours rpondu non la question de la vie1 mais la question de sa vie4 ,c'est la foi qui donne la possibilit de vivre4--,sans foi on ne peut pas vivre4--,dans les rponses fournies par la foi il y a une profonde sagesse humaine ,x4--,l'auteur tudie les religions4--,il frquente les croyants et les thologiens4--,l'auteur est effray de se sentir retourner au dsespoir4--,la vie d'aucun de ces hommes ne correspond leurs principes4--,la foi de ces gens n'est pas celle qu'il cherche4--,il se rapproche des croyants du peuple et des sectaires4--,ici il trouve une vraie foi4--,l'auteur comprend qu'ils ont le sens de la vie ,,xi4--,tout s'claire4--,les hommes sont des fous4--,qu'a fait l'auteur pendant trente ans8--,pour comprendre la volont du ,rgulateur de l'univers1 il faut l'excuter4--,les savants et les simples ,,xii4--,il faut vivre non pas de la vie du parasite1 mais de la vie vritable4--,la recherche de ,dieu4--,si ,dieu1 cause de toutes les causes1 existe1 on peut vivre4--,le problme demeure insoluble4--,l'oiseau tomb du nid4--,il est cependant4--,aspirations la vie4--,dsespoirs4--,la ,barque4--,dieu1 c'est le rivage ,,xiii4--,la vie du monde est une parodie de la vie4--,pour comprendre la vie1 il faut s'adresser ceux qui la produisent et lui donnent un sens4--,l'auteur accepte tous les rites lis la foi4--,les raisons de sa conduite4--,raisonnements des thologiens russes4--,les rticences de la foi de l'auteur ,,xiv4--,le rituel incompris4--,ce que l'auteur rejetait de sa foi4--,les ides religieuses du peuple4--,lectures des ,vies des ,saints et des ,martyrologues ,,xv4--,l'auteur envie la simplicit des croyants du peuple4--,l'orthodoxie4--,nouveaux problmes4--,l'glise orthodoxe et les autres glises4--,les hommes des diverses fois se traitent mutuellement d'hrtiques4--,l'auteur essaie de concilier les diverses communions chrtiennes4 --,rponse d'un prtre russe4--,l'auteur renonce l'orthodoxie4 --,l'glise orthodoxe et la guerre ,,xvi4--,il y a du mensonge dans la foi4--,l'auteur tudie les critures4--,le fruit de ses tudes formera un livre3 ,ma ,religion ,,conclusion