,l',,illustration ,prix du ,numro3 #ge centimes4 ,,samedi #g ,f,,vrier #ahia #di;e ,anne4--,n #bejb ,illustration3 ,,charles ,,chaplin ,illustration3 ,,courrier ,,de ,,paris ,,heureux ceux qui sont ,nice et respirent l'air de la mer6 ,non pas que notre ,paris soit triste1 il y fait un temps tide1 on y joue des pices nouvelles quand la ,commune veut bien le permettre et l'on s'y prpare en famille aux ftes du carnaval4 ,dans les collges1 on ftera ce carnaval en jouant des pices de comdie au bnfice des pauvres4 ,c'est tonnant1 ce dbordement du thtre sur la vie de tous les jours4 ,je connais un tablissement d'ducation o1 sous le pristyle1 sont affichs ces deux avis3 ,d'un ct3 ,messe de la ,purification1 #h heures4 ,et de l'autre3 ,monsieur de ,pourceaugnac1 comdie en trois actes4 ,les lves de l'institution rptent en sortant de l'office4 ,et les pauvres y gagnent1 ces pauvres pauvres qui ont pass un si rude hiver4 ,mais il s'agit bien de ftes6 ,que de morts1 et de morts glorieux6 ,janvier a fini sur ces deux nouvelles1 dont l'une tait triste et l'autre joyeuse1 la mort de ,meissonier et la dmission de ,crispi4 ,ainsi il est tomb1 ,m4 ,crispi1 brusquement1 alors qu'on semblait ne s'y attendre gure4 ,l'vnement est gros de consquences2 mais il faut laisser aux politiciens le soin d'piloguer l-dessus4 ,les pertes de l'art franais1 ,meissonier1 ,chaplin1 rentrent plus directement dans l'ordre de nos causeries4 ,chaplin6 le peintre des roses et des lis4 ,un ,fragonard fin de sicle4 ,anglais d'origine aussi1 avec quelques tubes de la couleur de ,gainsborough sur sa palette4 ,il savait donner la chair fminine une transparence1 un charme exquis4 ,et quand on pense qu'il avait dbut par des paysanneries6 ,avec des paysannes en robes de bure et des rouliers ou des bergers en limousines rayes6 ,sans compter les cochons4 ,chaplin voulait1 en sa jeunesse1 se faire le peintre des cochons4 ,il leur donnait aussi de doux et jolis petits tons roses comme ,charles ,jacques4 ,animal-roi1 cher ange6 disait du cochon ,charles ,monselet le gourmand4 ,chaplin abandonna bientt le rle d'animalier et se fit le peintre des lgances1 des dcorations agrables1 des dessus de portes et des plafonds la ,boucher4 ,le boudoir de l'impratrice ,eugnie aux ,tuileries tait peint par ,chaplin4 ,une fte des yeux4 ,ah6 la coquette et sduisante bonbonnire6 ,un souvenir envol6 ,au loin la femme1 au tombeau le peintre1 en cendres le boudoir6 ,quand on lui reprochait de faire joli1 ,chaplin rpondait1 avec son lgance de gentleman3 --,ribot a bien le droit de voir noir4 ,je rclame le droit de voir rose4 ,le rose est dans la nature6 ,et il avait raison1 l'lgant et puissant artiste1 car il y a souvent plus de puissance dans le got que dans la brutalit4 ,je n'adresse pas ce dernier mot ,m4 ,ribot qui est un grand peintre4 ,j'ai dj lu que ,meissonier1 lui1 n'tait pas un grand peintre4 ,parce que ses tableaux sont petits1 on lui dnie le premier rang4 ,mais telle petite toile de ,meissonier durera plus que bien des ambitieuses machines4 ,il est des tableaux de ,meissonier qu'on admirera encore dans des sicles1 comme les ,flamands4 ,un jour1 quelqu'un lui dit3 --,savez-vous ce que j'aimerais avoir fait dans ce sicle1 en peinture8 ,ce sont vos petits bonshommes4 ,meissonier se montra froiss du mot et pourtant je ne sais pas de compliment qui dt1 en vrit1 lui tre plus profondment agrable4 ,le peintre de ces petits bonshommes tait1 comme on dit en langage d'atelier1 un grand bonhomme4 ,et bon1 et naf1 et dsintress6 --,mais chut1 disait-il un soir un ami1 j'ai revu dernirement chez ,secrtan ma ,rixe2 j'ai regard cela comme si je ne connaissais pas la toile4 ,eh bien1 c'est vraiment beau6 ,ne voyez l que l'accent de sincrit et1 disons-le1 de vrit4 ,dsintress1 ah6 certes6 ,en ces dernires annes o il passait pour vendre tout ce qu'il voulait1 pour gagner des sommes folles1 il gardait chez lui des toiles inacheves dont on lui offrait des prix considrables et qu'il ne voulait point livrer parce qu'il n'en tait pas satisfait4 ,et cependant les prix offerts eussent t les bienvenus4 --,je ne vends pas1 disait-il1 je travaille beaucoup1 je cherche1 je commence plusieurs tableaux1 j'en achve quelques-uns1 mais1 au total1 je ne vends pas6 ,et c'tait vrai4 ,ce laborieux tait inaccessible toute pense de spculation4 ,sans doute il avait des fierts lorsqu'il apprenait que ses tableaux atteignaient des prix quasi-fabuleux et il souriait alors en se souvenant qu'il avait jadis1 pour ,curmer1 fait des dessins sur bois vingt francs le dessin1 et des chefs-d'oeuvre6 --,le jour j'allais la ,bibliothque pour chercher des documents1 la nuit je ne dormais pas1 je travaillais et je tombais de fatigue1 le matin4 ,mais le dessin tait fait1 et ,curmer tait content4 ,et c'tait ,paul et ,virginie1 c'tait ,lazarille de ,tormes1 qu'il illustrait ainsi6 ,quelqu'un qui connaissait de prs ,meissonier m'a assur que le peintre crit et laisse des mmoires4 --,il m'en a lu des fragments un soir1 me dit ,m4 ,t4441 et rien n'est plus touchant que l'histoire de ses dbuts raconte par lui1 sa visite aux frres ,johannot1 ,alfred et ,tony1 qui lui mirent le pied l'trier4 ,meissonier crivain6 ,m4 ,a4 ,t444 assure que ces pages du peintre sont tout fait de premier ordre4 ,on devrait les publier4 99 99 99 ,autre mort1 ,m4 ,latour ,saint-,ybars1 l'auteur dramatique1 un mort qui tait dj un disparu4 ,et cependant il eut son heure4 ,sa tragdie de ,virginie fut un succs considrable4 ,elle servit1 avec la ,lucrce de ,ponsard1 battre en brche la citadelle romantique2 mais ces tentations de raction classique furent impuissantes et il fallait attendre le naturalisme pour voir le romantisme regard comme une vtust4 ,voil1 du reste1 bien des mots en isme4 ,latour ,saint-,ybars ne s'y arrtait pas4 ,il tait catholique convaincu et classique renforc4 ,un sous-,ponsard1 l'a-t-on appel4 ,si cet homme de talent1 ce mridional spirituel1 avait donn sa ,virginie avant ,lucrce1 c'est ,ponsard qui serait un sous-,latour4 ,autre mort1 car ils vont vite1 comme dans la ballade devenue banale4 ,c'est un romancier1 celui-l1 ,elie ,berthet1 un vieux romancier du bon temps des romans d'aventures1 des romans o les souterrains jouaient leur rle1 o il y avait1 pour mouvoir le public1 des aveugles qui recouvraient la vue1 et des muets qui retrouvaient la parole4 ,je gage que vous n'avez pas lu d'lie ,berthet les ,catacombes de ,paris8 ,moi j'ai lu cela1 et je m'y suis fort intress4 ,et le ,pacte de famine6 ,un drame rvolutionnaire1 un de ceux qu'on laissait jouer sous les tyrans4 ,elie ,berthet tait un petit homme au profil aigu et fin1 portant lunettes1 un brave et digne homme s'il en fut1 un littrateur de la vieille roche1 pur comme l'eau qui en sort4 ,il disait des romanciers dcollets de ce temps-ci3 --,ce sont des gens qui gagnent leur partie avec des cartes grasses et biseautes6 ,jadis1 il lui tait arriv une aventure des plus ironiques1 conte en quelque endroit par le marquis de ,belloy4 ,en pleine vogue de succs1 ,elie ,berthet visitait ,brest1 il y a fort longtemps4 ,les officiers de marine l'avaient fort bien reu et quelques-uns mme lui avaient offert un banquet4 ,on avait bien mang1 caus1 le tout avec bonne humeur1 lorsqu'au dessert1 brusquement1 un coup de canon retentit du ct de la rade4 ,elie ,berthet rougit un peu1 remercia1 dit3 --,c'est trop6 ,vraiment1 messieurs1 je vous suis reconnaissant1 mais c'est trop6 ,c'tait le coup de canon qui annonait la rentre des forats1 et le romancier le prenait pour lui4 ,grand pcheur la ligne1 ,elie ,berthet allait autrefois1 avant de se mettre au travail littraire1 taquiner le goujon sur une des berges de la ,seine4 ,un jour1 las de sa place habituelle1 il choisit un autre poste1 et il y tait install1 sa ligne la main1 quand un autre pcheur se prsenta et lui dit3 --,pardon1 monsieur1 mais c'est l que je pche d'habitude6 --,je n'avais vu personne1 dit ,elie ,berthet1 j'avais cru444 --,oh6 il n'y a pas grand mal1 fait le monsieur1 mais1 sans vous connatre1 je parie que vous tes rpublicain4 --,oui1 dit ,elie ,berthet1 je suis rpublicain4 ,mais pourquoi votre gageure8 --,eh6 monsieur1 fait l'autre1 tout simplement parce que vous voulez me prendre ma place6 ,c'tait un mot1 mais ce n'tait qu'un mot4 ,elie ,berthet apprit depuis que son interlocuteur tait ,m4 de ,cormenin1 si clbre son heure 7heure sonne7 sous le pseudonyme de ,timon4 ,rpublicain1 ,elie ,berthet l'avait t toute sa vie4 ,quand il tait tout jeune1 il y avait dans sa ville un vieux grognard du nom de ,fissou qui1 ne pouvant exprimer tout haut ses sentiments libraux et napoloniens 7sous les ,bourbons libral ou bonapartiste tait tout un7 n'avait qu'une joie1 une joie malicieuse1 qui consistait appeler par son nom le jeune homme quand il le rencontrait dans la rue4 ,fissou criait3 --,eh6 libert6 ,et il le criait d'autant plus fort qu'il apercevait quelque agent de l'autorit4 --,eh6 libert6 ,l'agent se retournait1 venait droit au pre ,fissou1 vieil officier de chasseurs de l'empire4 --,qu'est-ce que vous dites8 --,je ne dis rien4 --,si6 ,vous criez3 libert4 --,je crie libert8 --,en pleine rue4 ,c'est un dlit4 --,allons donc6 ,j'appelle ce jeune homme1 l-bas1 qui se promne3 ,elie ,berthet6 --,elie ,berthet8 --,oui4 ,elie ,berthet1 viens donc1 mon garon1 j'ai quelque chose te dire4 ,elie ,berthet s'avanait1 l'agent s'inclinait1 un peu ahuri4 ,et voil comment on s'amuse avec le pouvoir quand on n'a contre lui que la plaisanterie pour arme4 ,je ne parlerai pas de la pauvre ,rosine ,bloch1 ne voulant dcidment pas donner cette causerie le ton d'un glas4 ,trop de ncrologie en vrit6 ,la saison est mauvaise et le dgel me semble plus pernicieux que le froid4 ,on s'invite d'ailleurs1 on danse1 on se runit1 la vie de ,paris est brillante et la chute de ,crispi fait1 entre la poire et le fromage1 prononcer autant de paroles qu'elle fait verser d'encre aux journalistes4 --,quel bien la chute du misagallo fera-t-elle la ,france8 --,lui fera-t-elle mme du bien8 --,a ,crispi1 ,crispi et demi peut-tre4 --,une dernire larme ,crispi3 ,lacryma ,crispi4 ,on fait des mots4 ,chez nous on a toujours fait des mots ou des chansons sur toutes choses4 ,et l'on parle du ,mage4 ,et l'on discute les mrites de ,meissonier4 --,savez-vous ce qui a fait son succs8 disait un homme d'esprit4 ,c'est que ses tableaux tant petits il fallait s'approcher de trs prs pour les regarder1 qu'on faisait foule tout autour et qu'on ne pouvait pas les voir4 --,comme ,thermidor1 alors6 rpondit ,mme de ,l4444s4 ,mais il est bien question de ,thermidor6 ,a l'heure o j'cris1 l'on s'apprte jouer ,lohengrin ,rouen4 ,le tlgraphe marche4 ,on assure que les ,rouennais veulent avoir leur petite manifestation patriotico-artistique4 ,on assure qu'ils veulent siffler ,wagner4 ,le feront-ils8 ,on le saura quand paratront ces lignes4 ,mais ils sont trs fiers de pouvoir dire3 --,nous aussi nous faisons du boucan4 ,il n'y a plus de province6 ,c'est peut-tre parce qu'il y a encore une ,france6 ,et pour terminer par quelque chose de tout fait consolant1 pensons un peu cette belle soire que l',opra-,comique a organise en faveur d',hrold4 ,hrold6 un grand nom6 un grand musicien6 et qu'un de nos collaborateurs1 ,lucien ,pt1 a glorifi en des strophes vraiment mues3 ,il me fallait l'me profonde1 ,le crpe sur la cloche d'or4 ,la note qui rveille un monde1 ,au fond des coeurs o l'me dort6 ,il me fallait la posie1 ,le doux rve o le coeur se fond1 ,et tout ce qui fut l'ambroisie1 ,ce miel que les potes font4 ,c'est la ,france qui dit ces belles choses ,hrold par les lvres loquentes de ,mlle ,dudlay4 ,les musiciens6 les potes6 les artistes6 ,mon ,dieu6 comme il fait bon les aimer en cette quinzaine o la politique s'est taill une si large part6 ,rastignac4 ,,la ,,soeur ,,patrocinio ,une grande personnalit dans l'histoire contemporaine de l',espagne1 la soeur ,patrocinio1 dont l',illustration a jadis publi le portrait 7#a7 vient de mourir quelques lieues de ,madrid4 ,cette mort a rveill bien des souvenirs4 ,les journaux du pays voisin remplissent des colonnes avec la biographie de cette religieuse archi-clbre4 ,nous qui l'avons connue1 nous sommes mme de donner nos lecteurs quelques dtails assez curieux sur sa vie4 ,note #a3 ,dans son numro du #be janvier #ahfb4 ,j'ai dit grande personnalit1 je devrais ajouter tristement clbre1 car elle tait la personnification du fanatisme espagnol1 de l'ignorance du peuple exploite et mise profit par les camarillas1 le dmon de la cour6 ,elle s'appelait1 de son nom de famille1 ,maria ,rafaela ,quiroga4 ,elle tait la fille de pauvres paysans4 ,a l'ge de dix-huit ans1 vers l'anne #ahbg1 elle prit le voile1 et depuis ce moment1 ayant adopt dans le clotre le nom de ,patrocinio1 on ne la connut plus que sous ce nom-l4 ,sans tre une beaut1 elle tait assez jolie1 son air doux et bat frappait tout le monde4 ,ses yeux taient toujours levs vers le ciel4 ,on lui fit tout de suite une rputation d'illumine4 ,elle sut mettre profit la vogue dont elle jouissait et commena par placer son frre don ,manuel la ,cour d',espagne4 ,grce l'influence acquise par la soeur1 don ,manuel devint plus tard chambellan du roi don ,franois d',assise1 mari d',isabelle ,,ii4 ,son exaltation et ses extases donnrent au couvent du ,christ de la ,patience1 o elle se trouvait1 une grande clbrit2 et les personnages carlistes de l'poque dcidrent d'exploiter ses rvlations au profit de la cause du prtendant1 et contre la rgence de ,marie-,christine4 ,on la mit en rapport avec un moine capucin connu pour sa rage carliste2 ce moine s'empara de l'esprit de soeur ,patrocinio et lui apprit ce qu'elle devait faire pour influencer la foule inconsciente4 ,elle serait l'envoye de ,dieu pour favoriser la cause de don ,carlos4 ,pour cela1 il fallait faire des choses extraordinaires1 et on lana la religieuse comme on lance aujourd'hui une toile4 ,au commencement de l'anne #ahee1 une nouvelle extraordinaire se rpandit dans ,madrid4 ,soeur ,patrocinio avait t favorise par le ciel de plaies exactement pareilles celles du ,christ4 ,elle s'tait rveille un beau matin avec de fortes blessures aux mains et aux pieds1 et une autre au ct droit1 celle-ci pour rappeler le coup de lance donn au ,christ par ,longin4 ,on disait aussi que la soeur miraculeuse disparaissait pendant la nuit de son lit et qu'on la trouvait le lendemain couche et endormie sur les toits du couvent4 ,c'tait le diable qui s'amusait de la sorte avec elle4 ,pourquoi faire8 me demanderez-vous4 ,dame6 pour lui dire1 comme la soeur le dclara devant le juge d'instruction1 que la rgente ,marie-,christine tait une drlesse1 et que sa fille ,isabelle ne serait jamais reine d',espagne6 ,j'ai parl du juge d'instruction1 car vous imaginez bien que le gouvernement d'alors n'y alla pas de main morte4 ,la ville de ,madrid tait bouleverse1 le couvent du ,christ de la ,patience envahi par la foule4 ,les mres y conduisaient leurs enfants malades pour que la soeur daignt apposer ses mains sur eux1 et les curs1 les chefs carlistes1 les manolas et les aventuriers de toute espce1 entretenaient l'engouement qui devenait folie4 ,un dcret royal parut dans la ,gazette officielle1 ordonnant le procs4 ,la soeur tait poursuivie pour imposture fanatique et inculpe de crime d'tat1 pour avoir cherch dvelopper la guerre civile qui ensanglantait dj le pays4 ,la justice s'empara d'elle1 et les troupes furent consignes en vue d'viter des meutes4 ,soumise la visite des mdecins lgistes1 ceux-ci n'eurent pas de peine reconnatre que les plaies taient produites par des caustiques qu'on renouvelait chaque fois qu'elles devaient se fermer4 ,un docteur fut charg de cicatriser les blessures miraculeuses4 ,a partir de ce moment1 la soeur ,patrocinio mit des mitaines qu'elle n'a plus quittes4 ,on n'a jamais plus revu ses mains1 et pour cause4 ,la fausse sainte fut condamne l'exil quarante lieues de la capitale4 ,o alla-t-elle8 ,on l'ignore4 ,on sait seulement qu'elle passa plusieurs annes cache dans un autre couvent4 ,mais son influence n'avait pas disparu4 ,bien que cette femme diabolique ait t1 au dbut1 carliste effrne1 elle avait pris de l'influence sur le coeur et l'esprit d',isabelle ,,ii2 et quand la ,rgence finit et que la reine monta sur le trne1 la soeur ,patrocinio reparut4 ,son frre1 comme je l'ai dit plus haut1 tait parvenu s'emparer de don ,franois d',assise4 ,don ,manuel fut nomm chef de la maison du roi consort1 la soeur ,patrocinio revint ,madrid et prit la direction du couvent de ,jsus4 ,elle y tablit un foyer de conspiration perptuelle contre tout ce qui relevait du ministre et du gouvernement4 ,l'tat1 c'tait elle6 ,la reine et son mari allaient souvent au couvent1 et1 plus forte que tous les jsuites du monde1 soeur ,patrocinio russit s'emparer1 en matresse absolue1 de la volont de la souveraine4 ,la voix publique dit que la reine lui envoyait son linge pour qu'elle le mt quelques heures avant elle2 l'odeur de saintet devait y rester6 ,avec son frre et le pre ,fulgencio1 confesseur du roi1 la soeur organisa la clbre ,camarilla qui a cot tant de sang l',espagne1 et dont le fanatisme empcha tous les progrs4 ,on fit croire au roi don ,franois que le ciel lui rservait un grand rle en ,espagne4 ,il tait le mari de la reine1 c'tait lui qui devait gouverner4 ,et puisque ,dieu le voulait ainsi1 don ,franois se laissa faire1 communiqua la volont divine sa royale pouse1 et celle-ci1 sans aucun motif constitutionnel1 renvoya le ministre ,narvaez4 ,narvaez6 ,il faut se rappeler sa force et son caractre nergique pour se faire une ide de la hardiesse qu'il fallut ,isabelle ,,ii pour commettre un acte si violent4 ,la soeur et son frre dictrent les noms des nouveaux ministres1 tous ractionnaires4 ,ce fut ce que l'on appela en ,espagne le ministre clair4 ,les ministres prtrent serment trois heures de l'aprs-midi1 et furent renvoys dix heures du soir4 ,c'est assez vous dire quel tait l'tat des esprits1 et si la mesure fut vite rapporte4 ,narvaez1 press de reprendre le pouvoir1 rsista d'abord4 ,la reine pleura4 ,a la fin1 il cda4 ,c'est entendu1 dit le marchal1 mais je n'attendrai pas demain pour me dbarrasser de ces gens-l4 ,a minuit1 le pre ,fulgence tait amen devant le marchal entre deux gendarmes4 ,sans l'intervention du marquis de ,miraflors1 qui tait prsent1 il l'aurait fait jeter par la fentre4 ,ordre fut donn de le conduire en exil sance tenante4 ,en mme temps1 le chef de la ,sret se faisait ouvrir les portes du couvent de ,jsus4 ,la soeur se prsenta suivie de trente religieuses portant des cierges1 elle-mme tenant la main une image de la ,vierge4 --,allons1 allons1 pas de comdie1 au nom de la reine1 je vous arrte6 ,la soeur lui rpondit par des mots nigmatiques1 pendant que les autres religieuses pleuraient et se tordaient de dsespoir2 mais rien n'y fit4 ,la clbre mystificatrice fut place dans une chaise de poste et conduite ,talavera2 son frre fut chass du palais444 on respira6 ,cela ne devait pas durer longtemps4 ,six mois aprs1 don ,franois annonait son intention de divorcer si la soeur et ses amis ne rentraient pas en grce4 ,la peur du scandale fut telle que le ministre ,bravo ,murillo transigea avec cette bande de corbeaux et soeur ,patrocinio rentra ,madrid4 ,de l1 elle se rendit ,rome2 ,pie ,,ix la reut comme une souveraine1 lui donna sa bndiction1 et la redoutable intrigante retourna dans sa patrie o elle fonda le couvent d',aranjuez et vingt autres dans les provinces4 ,elle tait riche1 elle triomphait1 et dans ses mains1 couvertes des clbres mitaines1 elle tenait et serrait la malheureuse ,espagne444 ,la rvolution de #ahfh vint la surprendre dans ses dlices d',aranjuez o elle vivait entoure de faste4 ,elle savait bien que la chute du trne pouvait tre terrible pour elle1 et quand le peuple envahit le couvent1 il n'y trouva pas son ennemie4 ,elle avait de nouveau disparu6 ,cette fois1 la soeur ,patrocinio s'en alla l'tranger1 vint ,paris1 laissa de ct ses habits de religieuse et s'habilla en dame4 ,un soir1 en #ahfi1 on jouait au ,chtelet une revue de l'anne4 ,cline ,montaland tenait le rle de la reine d',espagne4 ,nous tions trois amis1 l'orchestre1 quand nous entendmes des commentaires en espagnol1 dans une baignoire ct de nous4 ,je tourne la tte et m'crie3 ,c'est la soeur ,patrocinio6 --,pas possible1 dirent mes amis4 --,mais si1 voyez ses mains1 ses mitaines6444 ,elle me regarda avec des yeux de panthre1 et1 s'adressant la dame qui l'accompagnait1 dit en se levant3 --,allons-nous-en1 allons-nous-en vite6 99 99 99 ,qu'est-elle devenue de #ahfh #ahgb8 ,personne ne le sait4 ,avec son adresse habituelle1 elle fit annoncer sa mort dans un couvent de ,pau4 ,la nouvelle fut tlgraphie ,madrid1 et tout le monde le crut4 ,mais1 au lendemain de la ,restauration1 on la vit reparatre4 ,rendons justice l'esprit libral de feu ,alphonse ,,xii4 ,il ne voulut pas la voir et il est mort sans la connatre4 ,la soeur ,patrocinio fonda encore un couvent4 ,elle en a fond tant6 ,ce dernier s'appelle le couvent des ,religieuses de la ,conception1 et se trouve ,guadalajara1 capitale de la province du mme nom4 ,suivant son habitude1 la soeur1 qui en tait naturellement la suprieure1 fit les choses en grand2 c'est dans ce clotre richement install qu'elle a pass les dernires annes de sa vie1 correspondant avec trente ou quarante maisons de religieuses fondes par elle4 ,eloigne de la politique1 elle recevait une correspondance quotidienne trs volumineuse4 ,on ignorait avec qui elle entretenait cette correspondance et quel sujet4 ,cette femme a toujours vcu enveloppe du plus grand mystre4 ,atteinte d'une maladie de coeur1 elle s'est teinte l'ge de quatre-vingt-douze ans4 ,sa mort a t1 d'aprs ce que disent les religieuses1 extrmement douce4 ,les soeurs qui la veillaient la croyaient endormie1 elle tait morte4 ,elle ne voulait pas mourir encore nanmoins4 ,huit jours auparavant1 on lui parla d'extrme-onction4 ,avec un accent impratif elle dit3 ,non1 pas encore6 ,le pape lui a envoy sa bndiction4 ,le peuple de ,guadalajara voulait la voir1 mais1 pour viter des manifestations1 son corps n'a pas t expos dans l'glise4 ,on l'a enterre avec ses mitaines444 ,eusebio ,blasco4 ,illustration3 ,,les ,,fun,,railles ,,du ,,prince ,,baudouin1 ,a ,,bruxelles4--,le cortge funbre traversant la place ,royale4 ,illustration3 ,en #ahei4 ,meissonier son dpart pour l'arme d',italie4 ,illustration3 ,la villa de ,poissy4 ,illustration3 ,en #ahgj4 ,meissonier1 colonel de la garde nationale4 ,illustration3 ,meissonier1 membre de l'institut4 ,illustration3 ,en promenade4 ,illustration3 ,meissonier modelant un cheval4 ,illustration3 ,au travail4 ,illustration3 ,l'htel du boulevard ,malesherbes4 ,,meissonier4--,l'homme et l'artiste diffrentes poques de sa vie4--,d'aprs des photographies de la maison ,lecadre4 ,,la ,,censure ,thermidor vient de remettre sur le tapis la question de la censure4 ,on a beaucoup dit et crit propos de cette institution4 ,bien des lances ont t rompues sur ce terrain1 toujours brlant d'actualit1 sans que jamais1 malgr les victoires remportes1 alternativement de part et d'autre1 les rsultats successifs de la lutte aient paru donner l'opinion publique une satisfaction complte et dfinitive2 maintenue ou supprime une fois de plus1 la question de la censure n'en sera pas rsolue tout jamais pour cela1 car sa discussion nat de nos passions1 ce qui lui assure une mise l'ordre du jour ternelle4 ,si nous prenons la parole aujourd'hui sur le sujet1 ce n'est pas--rassurez-vous1 lecteurs--pour ou contre2 non1 c'est pour parler ct1 notre but trs modeste est de vous initier au fonctionnement de la censure1 de vous en faire connatre ce qu'on appelle vulgairement la cuisine4 ,nous ne nous occuperons naturellement que de la censure dramatique1 puisque la censure des crits a t supprime par la loi du #bi juillet #ahha qui proclama la libert de la presse4 ,illustration3 ,m4 ,,paul ,,bourdon ,sans vouloir remonter jusqu' ,platon qui1 le premier1 rclama dans sa ,rpublique la ncessit d'une loi qui rfrnt la licence apporte sur la scne par ,aristophane1 le prcurseur de notre ,thtre-,libre1 je vous dirai succinctement que c'est sous ,louis ,,xiv1 en #agjf1 que fut organise rgulirement la censure4 ,pendant la ,rvolution elle fut supprime1 rtablie1 supprime de nouveau4 ,remise en vigueur par le ,directoire1 rgularise en #ahjf par ,napolon ,ier1 abolie en #ahcj1 elle renat peu aprs1 pour succomber de nouveau en #ahdh1 jusqu' la loi du #cj juillet #ahej qui la rtablit par des dispositions temporaires rendues dfinitives par le dcret du #cj dcembre #aheb4 ,l'observation qui se dgagerait de ces nombreuses fluctuations pourrait tre celle-ci3 chaque fois que la censure a t remise en vigueur1 on en a demand l'abolition2 le rtablissement chaque fois qu'elle a t abolie4 ,ce qui tendrait donner raison ce vieux dicton qui prtend dans sa philosophie mlancolique que plus a change1 plus c'est la mme chose4 ,mais je ne suis pas ici pour philosopher et je reviens mon sujet c'est--dire au fonctionnement de la censure1 ou plutt de l'inspection des thtres1 pour lui donner1 en passant1 son titre officiel actuel4 ,illustration3 ,m4 ,,philippe ,,de ,,forges ,la ,censure peut tre prventive1 rpressive ou facultative4 ,le rle prventif est celui qui lui a t gnralement attribu1 et c'est celui qu'elle exerce aujourd'hui4 ,il a cet avantage d'offrir aux auteurs et aux directeurs1 grce au visa pralable1 une garantie contre les poursuites en cas de dsordre ou de scandale4 ,la pice qui l'occasionne est suspendue et l'auteur et le directeur en sont simplement pour leurs frais4 ,ce n'est pas bien gai1 j'en conviens1 mais peut-tre est-ce prfrable au rgime de la censure rpressive qui vous accordait--avant1 la libert de jouer ce que vous vouliez1 sous peine d'en ptir--aprs4 ,et l'oeuvre incrimine entranait quelquefois la prison pour l'auteur et le directeur1 quand les choses n'allaient pas plus loin1 comme sous ,louis ,,xii o la libert la plus absolue tait accorde aux auteurs sous la seule obligation de respecter les dames1 sous peine de pendaison4 ,il n'y allait pas de main morte1 le ,pre du peuple1 et dire que c'est ,henri ,,iv qu'on a attribu le surnom de ,roi galant6 ,la censure facultative laissait aux auteurs et directeurs la libert de soumettre la pice l'examen ou de s'affranchir de cette formalit4 ,dans le premier cas1 ils n'taient pas responsables s'il se produisait du dsordre2 dans le second cas1 ils demeuraient passibles du code pnal4 ,la censure1 compose actuellement de quatre inspecteurs1 ,,mm4 ,philippe de ,forges1 ,paul ,bourdon1 ,georges ,gaun et ,adrien ,bernheim1 ressort1 comme on sait1 du ministre de l'instruction publique et des beaux-arts4 ,ses fonctions sont essentiellement consultatives et nous allons voir comment elles s'exercent4 ,illustration3 ,m4 ,,adrien ,,bernheim ,pour en faire mieux saisir le mcanisme1 prenons1 si vous le voulez bien1 une pice depuis le moment o elle est soumise l'examen de la censure jusqu'au soir de la premire reprsentation4 ,un jour1 un auteur s'crie3 --,enfin1 ma pice est reue6 ,inutile d'ajouter que1 si c'est un jeune auteur1 il pousse ce cri quelque cinq1 dix ou quinze ans aprs la prsentation de sa pice un directeur de thtre4 ,enfin sa pice est reue1 c'est l'important4 ,les rles sont distribus1 la lecture faite aux artistes1 les rptitions commencent4 ,de la censure1 jusque-l1 il n'est pas question2 on ne s'en occupe que huit ou dix jours avant la premire reprsentation4 ,le manuscrit est alors envoy au ministre des beaux-arts1 rue de ,valois1 non par l'auteur1 mais par le directeur1 avec cette mention en tte de l'ouvrage3 ,pour tre reprsent sur le thtre de 9999994 ,et le rle de la censure commence4 ,la pice1 inscrite son arrive sur un registre ad hoc1 est confie l'un des censeurs pour qu'il en prenne connaissance et qu'il examine si elle ne porte atteinte ni la morale ni la religion1 si elle ne touche pas la politique1 si elle ne contient rien qui puisse--a1 c'est le ct diplomatique--nous susciter des ennuis avec les puissances trangres4 --,voil bien des choses pour un seul homme6 me direz-vous4 ,sans doute1 mais d'abord ils sont quatre1 qui peuvent s'entraider1 et puis le genre de la pice qui leur est soumise1 le thtre qui doit la jouer1 le nom de l'auteur1 leur sont dj des indices qui simplifient la besogne4 ,il est bien vident1 par exemple1 qu'aprs quelques pages de la ,cagnotte1 le censeur charg de lire la pice a d tre vite rassur sur les dangers politiques ou diplomatiques qu'elle tait capable de soulever4 ,illustration3 ,m4 ,,georges ,,gaun ,la pice lue1 le censeur fait un rapport qui est3 favorable1 dfavorable ou entre les deux4 ,prenons le favorable4 ,dans ce cas le visa est appos sur le manuscrit1 celui-ci rendu au thtre qui peut1 ds lors1 faire afficher la pice et la jouer4 ,il y a encore la rptition gnrale1 mais nous en reparlerons plus loin4 ,en cas de rapport entre les deux1 c'est--dire lorsqu'une pice1 admise dans son ensemble1 contient des passages qui semblent dangereux au censeur1 il prend1 non pas des ciseaux--les lgendaires ciseaux6--mais un crayon1 et il indique en marge du manuscrit les passages incrimins4 ,c'est ce moment que l'auteur entre en scne1 il se rend prs du censeur pour dfendre son texte1 l'expliquer au besoin4 ,et comme auteurs et censeurs finissent forcment par se connatre1 l'entrevue n'a rien de solennel4 ,le censeur s'excuse des quelques petites corrections insignifiantes qu'il croit devoir demander4 ,l'auteur se dclare prt modifier tout ce qu'on voudra4 ,tout cela est du dernier galant1 jusqu'au moment o l'on en vient aux mains4 ,alors changement de tableau6 ,les corrections insignifiantes deviennent un vrai massacre1 et le tout ce qu'on voudra se change en3 je ne changerai pas un mot6 ,puis l'apaisement1 les raisonnements1 sinon la raison1 une bonne volont de part et d'autre1 une premire concession1 un passage attnu1 un mot restitu1 la morale finit par se dclarer contente1 la politique satisfaite1 et le visa est accord4 ,je dois ajouter que les choses ne se passent pas toujours aussi bien entre auteurs et censeurs4 ,quand ils n'arrivent pas tomber d'accord1 que les modifications demandes ne sont pas consenties1 le censeur1 que son caractre de consultatif empche de trancher le diffrend1 fait sur la pice un rapport concluant sa non-autorisation telle quelle4 ,ce rapport est remis au directeur des ,beaux-,arts1 qui met son avis1 et enfin au ministre1 qui seul a voix dlibrative4 ,il approuve les conclusions du censeur ou passe outre s'il le juge convenable4 ,il ressort de l qu'une oeuvre1 autorise ou interdite par la censure1 comme on dit couramment1 l'est en ralit par le ministre qui a seul qualit pour prendre une dcision4 ,il peut mme arriver qu'une pice soit autorise sans passer par la censure1 si le ministre1 connaissant l'oeuvre1 en autorise la reprsentation sans demander de rapport l'inspection des thtres4 ,nous avons dit qu'une fois la pice vise1 elle pouvait tre joue4 ,ce n'est pas tout fait exact1 car il y a encore la rptition gnrale dont j'ai parl plus haut4 ,la censure y est convoque1 afin de se rendre compte que l'interprtation ne donne pas la pice une physionomie nouvelle qui aurait pu chapper la lecture1 sans compter les costumes qui sont l'objet d'un examen assez dlicat1 surtout quand il s'agit de revues1 de ballets1 et de certaines pices des thtres de troisime ordre1 dont le souci littraire s'attache moins dvoiler sur la scne les travers de nos contemporains que les bras et les jambes de nos contemporaines4 ,alors le censeur se voit dans la ncessit--bien cruelle souvent--de signaler un dcolletage trop bas1 une jupe trop courte1 et1 faisant tort sa rputation de coupe-toujours1 c'est lui1 au contraire1 qui demande qu'on ajoute et qu'on allonge6 ,enfin1 le jour de la premire reprsentation1 la censure est galement prsente4 ,elle constate ainsi que la pice est bien joue conformment au texte vis et qu'aucune surprise n'a t rserve pour ce jour-l4 ,c'est ce qui eut lieu pour ,vautrin de ,balzac o1 dans la scne du galrien arrivant en gnral mexicain1 ,frdrick ,lemaitre s'tait fait la tte de ,louis-,philippe4 ,on voit l'effet6 ,et bien inattendu1 car il tait assez difficile de le prvoir la lecture du manuscrit4 ,aprs la premire reprsentation1 le rle de la censure se trouve termin1 ou peu prs1 car il lui reste toujours le soin de veiller ce que le texte de la pice soit respect pendant toute la dure des reprsentations4 ,c'est l un soin dont elle n'abuse pas4 ,je n'oserais mme pas affirmer qu'elle en use4 ,il suffit d'ailleurs de voir une pice la centime pour juger de la part de collaboration que prennent peu peu les artistes l'oeuvre de l'auteur4 ,collaboration qui chappe ncessairement aux censeurs1 moins que l'un d'eux ne se trouve1 par hasard1 dans la salle et ne fasse des observations4 ,tels sont les attributions et le fonctionnement de la censure dramatique ,paris4 ,voici maintenant quelques dtails relatifs la province4 ,il n'y a pas1 proprement parler1 de censure en province2 le besoin s'en fait moins sentir1 puisque l'autorisation de reprsentation d'une pice ,paris entrane par cela mme l'autorisation pour toute la ,france4 ,il en est de mme pour l'interdiction1 elle s'tend tous les dpartements lorsqu'elle a t prononce ,paris4 ,il arrive cependant1 surtout depuis l'lan donn la dcentralisation dramatique1 que des oeuvres indites soient reprsentes en province4 ,dans ces cas1 la pice est soumise pralablement au prfet du dpartement dans lequel elle doit tre joue et c'est le prfet qui autorise ou interdit4 ,a propos du ,thtre-,libre1 bien souvent nous avons entendu des gens s'tonner que la censure y autorist toutes les pices4 ,la censure n'a pas se prononcer dans la circonstance4 ,le ,thtre-,libre est une entreprise prive1 ferme1 sans reprsentations payantes1 au vrai sens du mot1 c'est--dire1 sans guichets ouverts au public4 ,il rentre dans la catgorie des cercles et des associations particulires organisant1 comme le cercle ,pigalle1 entre autres1 pour leur plaisir et celui de leurs amis1 des reprsentations o la censure n'a rien voir1 puisque sa mission est de prvenir ce qui peut froisser le sentiment public4 ,ce n'est pas le cas dans l'espce4 ,mais qu'une des pices joues dans l'intimit de ces associations soit reprise par un thtre ordinaire1 elle relve alors de la censure qui reprend sur elle tous ses droits d'examen4 99 99 99 ,outre la surveillance des thtres1 la censure est charge aussi de celle des cafs-concerts4 ,et ce n'est pas le moindre de ses soucis si l'on rflchit qu'il existe ,paris plus de cinquante cafs-concerts permanents et deux fois autant d'hebdomadaires4 ,ce qui se traduit par le chiffre respectable de sept huit cents chansons soumises par mois au visa de la censure4 ,on comprend que chacune de ces chansons n'entrane pas les mmes formalits imposes aux pices4 ,c'est tout autre chose1 et si l'tude du fonctionnement de la censure au point de vue du thtre ne nous avait pas entran aussi loin1 nous nous serions fait un plaisir de vous faire entrer dans la cuisine des cafs-concerts4 ,il nous faut y renoncer pour aujourd'hui et nous attendrons1 pour y revenir1 que l'actualit nous y ramne4 ,je veux cependant vous conter une anecdote qui a trait la censure des cafs-concerts4 ,un jour on soumet son visa une chanson intitule1 je crois1 l',avancement du petit ,augustin4 ,c'tait l'histoire1 bien vieille et bien use1 de l'employ pour qui chaque visite de sa femme au ministre se traduit par un avancement4 ,il finissait1 au dernier couplet1 par tre nomm chef de division4 ,la censure n'y vit pas malice et autorisa la chanson4 ,elle se chantait depuis deux ans dj lorsqu'une plainte1 signe d'une main ministrielle1 signala l',inspection des ,thtres l'inconvenance de l',avancement du petit ,augustin et en rclamait l'interdiction immdiate4 ,or1 savez-vous le vrai motif de cette rclamation8 ,il y avait alors quelque part un chef de division qui--par hasard--s'appelait ,augustin2 qui1 par hasard aussi1 tait petit1 mari1 et qui--comble de hasard--devait1 parat-il1 son avancement l'amiti du ministre pour sa femme6 ,un sous-ordre de ce fonctionnaire avait entendu la chanson1 s'en tait mu1 avait rdig une lettre de rclamation1 et le piquant de l'anecdote est que la lettre fut soumise la signature du ministre par le chef de division lui-mme--naturellement6 ,paul ,bilhaud4 ,,uranie ,par ,,camille ,,flammarion ,edition nouvelle orne de nombreuses illustrations4 ,on sait quel beau succs accueillit l'an dernier le roman astronomique de ,m4 ,flammarion4 ,l'dition nouvelle qui parat aujourd'hui1 illustre par ,emile ,bayard1 ,bider1 ,falero1 ,gambard1 ,myrbach et ,riou1 ne peut manquer de le lui renouveler4 ,nous n'entreprendrons pas d'analyser ce livre4 ,laissez-vous1 dirons-nous au lecteur1 guider par ,uranie elle-mme1 la sduisante muse du ciel1 laissez-vous initier par elle aux grands problmes de l'immensit1 puisqu'elle ne se refuse pas1 ,m4 ,flammarion aidant1 nous prendre1 pauvres profanes1 sur ses ailes de flamme et nous emporter dans les sphres4 ,et pour cela1 coutez son conseil3 ,il faut se dgager entirement des sensations et des ides terrestres pour tre en situation de comprendre la diversit infinie manifeste par les diffrentes formes de la cration4 ,de mme que sur votre plante les espces ont chang d'ge en ge1 depuis les tres si bizarres des premires poques1 poques gologiques1 jusqu' l'apparition de l'humanit1 de mme que maintenant encore la population animale et vgtale de la terre est compose des formes les plus diverses1 depuis l'homme jusqu'au corail1 depuis l'oiseau jusqu'au poisson1 depuis l'lphant jusqu'au papillon2 de mme1 et sur une tendue incomparablement plus vaste1 parmi les innombrables terres du ciel1 les forces de la nature ont donn naissance une diversit infinie d'tres et de choses444 ,les formes1 les organes1 le nombre des sens1 dpendent des conditions vitales de chaque sphre2 la vie est terrestre sur la terre1 martienne sur ,mars1 saturnienne sur ,saturne1 neptunienne sur ,neptune1 c'est--dire approprie chaque sjour1 produite et dveloppe par chaque monde selon son tat organique et suivant une loi primordiale laquelle obit la nature entire3 la loi du progrs4 ,ainsi parle ,uranie1 et vous pensez bien qu'en parlant ainsi1 elle franchit tire d'aile des millions1 des billions et des trillions de lieues4 ,malgr cela1 le voyage n'est pas long1 il ne le parat pas du moins1 et laisse le temps aux illustrateurs de prendre en route de charmants croquis de toutes les flores de tous les paysages que l'on voit sur la route4 ,illustration4 ,,notes ,,et ,,impressions ,o l'heureux temps que celui o chacun peut penser ce qu'il veut et dire ce qu'il pense6 ,tacite4 99 99 99 ,la misre a du bon3 c'est la nourrice des artistes4 ,charles ,chaplin4 99 99 99 ,j'ai souvent t tent d'crire ce paradoxe3 l'histoire que l'on connat le moins est celle qu'on a vue4 ,jules ,simon4 99 99 99 ,un ,parisien--nous ne parlons pas des ,parisiennes--s'imagine agrablement avoir tout l'esprit qui circule autour de lui1 et il se dispense souvent d'y mettre du sien4 ,o4 ,feuillet4 99 99 99 ,on pense trop soi dans les grandes villes2 dans les petites1 on s'occupe trop des autres4 ,e4 ,dubay4 99 99 99 ,pour pardonner1 il faut avoir souffert4 ,lon ,tolsto4 99 99 99 ,la meilleure punition de la fausse modestie1 c'est d'tre prise au mot4 ,a4 ,dufresne4 99 99 99 ,le jeune fou augmente son entourage1 le vieux sage l'pure4 ,edm4 ,thiaudire4 99 99 99 ,la vertu est1 comme la sant1 un quilibre instable entre les forces contraires dont le jeu constitue la vie4 99 99 99 ,il est cruel de reprocher aux gens les dfauts ou les infirmits dont ils sont les premiers s'apercevoir et souffrir4 ,g4-,m4 ,valtour4 ,illustration3 ,,meissonier ,,manquant ,a ,l',,appel ,i ,,le soleil disparat au couchant1 dans un flamboiement d'or qui met une gloire la cime des montagnes4 ,sous la caresse de son dernier baiser1 les eaux limpides de la rivire s'allument1 la surface1 de fugitives tincelles2 un suprme rayonnement anime les dtails du paysage1 qu'un court crpuscule va rapidement assombrir et que les tnbres s'apprtent effacer4 ,le vent du soir1 imprgn de balsamiques parfums1 courbe les minces roseaux frissonnants1 tout le long des rives abruptes o l'argile se montre par places1 comme la peau sous un haillon effiloch4 ,au ciel1 du ct de l'occident1 quelques lgers nuages planent1 floconneux1 et refltent eux aussi1 par une dlicate teinte rose jete sur leurs contours1 l'clat mourant de l'astre rfract4 ,de la valle1 avec les tides exhalaisons d'un sol surchauff1 monte vers les sommets une rumeur confuse faite de mille bruits divers2 mais1 si la varit des sons frappe nettement l'oreille1 celle-ci1 du moins1 n'en conserve pas l'impression3 tout se fond en une seule harmonie trs douce1 puissamment mlancolique4 ,la chanson du crpuscule n'est plus1 comme dans nos pays temprs1 un murmure apais1 reposant3 c'est une plaintive mlope1 une sorte de lamentation de l'au-del1 de chant funraire entendu travers les planches du cercueil444 ,cependant1 les lueurs flottantes ont disparu4 ,au znith1 une une1 les toiles dispersent leurs scintillantes paillettes1 les nbuleuses sment leurs fines poussires lactes4 ,la lune1 nouvelle1 laisse le champ libre ces peu redoutables concurrentes dont elle ne saurait jalouser le timide clat4 ,et voil que1 d'un enfoncement de la rive o les roseaux1 violemment carts1 abandonnent au fil de l'eau leurs tiges demi-brises1 une embarcation se lance en plein courant1 si petite qu'elle fait peine une tache plus sombre la surface entnbre du fleuve4 ,c'est un de ces canots lgers en rotin tress qui servent aux ,annamites du haut pays pour la navigation locale1 et dont l'instabilit est telle que le moindre mouvement du rameur se traduit immdiatement par une srie d'oscillations aussi dsagrables qu'inquitantes4 ,et1 s'il nous tait donn de percer le manteau d'ombre couvrant la rivire1 nous verrions1 accroupi au fond de ce canot-fantme1 le fusil barrant les genoux1 l'oeil aux aguets1 un ,europen1 un soldat qui1 la main sur un gouvernail improvis1 dirige tant bien que mal la prilleuse descente4 ,,ii ,ce fait s'est produit au cours de toutes les guerres1 en ,annam comme ailleurs4 ,le combat termin1 quand on se compte1 il vient se placer1 ct des morts et des blesss reconnus1 une catgorie d'hommes dont la situation ne peut tre nettement dfinie4 ,personne ne les a vus tomber2 nul ne les a ramasss sur le champ de bataille3 ce sont des manquants l'appel1 des disparus4 ,dans nos luttes europennes1 cette mention est une esprance aux coeurs de ceux qui attendent4 ,l-bas1 dans les campagnes coloniales1 c'est au contraire1 le plus souvent1 l'cho d'une douloureuse agonie prcde d'innommables tortures444 ,les clairons sonnent la charge4 ,le long des pentes ravines dont les bandes annamites garnissent les crtes1 l compagnie dploye monte1 haletante4 ,des balles1 elle ne se soucie gure4 ,mais voici que d'en haut1 soudain1 une trombe mugissante s'abat1 faite de pierres normes arraches au sol et qui1 tournoyant en bonds gigantesques1 passent la vole avec de grands souffles4 ,l'assaut subit un temps d'arrt3 chacun se gare1 l'chine courbe4 ,cependant1 sur la ligne irrgulire trace par les tirailleurs1 un homme est tomb1 fauch par un clat1 et roule demi-assomm1 inconscient1 vanoui4 ,un trou herbu est l1 profond1 qui le recueille3 le voile de feuilles mouvantes1 un instant dchir1 se referme444 et1 le soir venu1 la bataille finie1 on recherchera vainement celui qui manque l'appel444 'avait t le cas du caporal ,munier4 ,,iii ,revenu de sa syncope1 celui-ci rassembla d'abord ses souvenirs2 puis il se mit debout et constata1 par le jeu de ses articulations1 que1 sauf quelques ctes un peu durement froisses et une lgre coupure l'paule1 sa personne tait en parfait tat4 ,il fut plus longtemps se rendre un compte exact de sa situation1 l'obscurit complte au milieu de laquelle il se dmenait ne facilitant gure son examen4 ,nanmoins il russit se tirer du puits touffant qui lui avait la fois si fort propos et si malencontreusement servi de cachette1 et1 mergeant des vgtations enchevtres qui jaillissaient des parois jusqu' l'orifice1 il se trouva bientt en plein air4 ,a ce moment1 une atmosphre orageuse limitait l'infini des espaces l'immobile entassement de sombres vapeurs1 satures d'lectricit1 qui suspendaient devant le rayonnement des mondes extra-terrestres un cran progressivement paissi4 ,a la surface du sol1 des exhalaisons chaudes stagnaient1 comme l'eau visqueuse d'un marcage dont elles avaient les putrides effluves4 ,un malaise gnral1 prcurseur ordinaire de ces mouvements mtorologiques1 pesait sur la nature entire1 crase dans l'attente de la premire rafale et du premier coup de foudre3 'allait tre1 sans nul doute1 une mauvaise fin de nuit4 ,le caporal ,munier accorda peu d'attention ces menaants symptmes4 ,il commena par s'inspecter des pieds la tte1 et1 lorsqu'il se fut assur que ses cartouchires taient toujours garnies1 que son fusil n'avait subi aucune dtrioration1 que son lger bagage restait intact2 lorsqu'il eut sond les tnbres1 prt l'oreille aux bruits indistincts de l'tendue1 il s'assit au bord du trou et tint conseil avec lui-mme4 ,le rsultat de cette mditation fut que de son activit dpendait son salut4 ,en effet1 l'engagement termin1 la compagnie avait d organiser son cantonnement sur les berges de la rivire1 en amont ou en aval1 mais videmment courte distance du terrain de la lutte4 ,les camarades ne pouvaient tre bien loin3 un ou deux kilomtres au plus de cette sorte de cap rocheux que la chane des collines projetait droit dans le fleuve4 ,les devancer1 pour se faire recueillir au passage1 tel tait le but atteindre4 ,ceci pos1 il fallait agir4 ,le caporal ,munier possdait un caractre nergique et rsolu4 ,les dangers de sa situation ne l'effrayaient point3 ils constituaient plutt un stimulant son courage et ses facults natives4 ,son cas exceptionnel lui apparaissait comme une de ces particularits qui sortent quelqu'un de la foule pour le porter en pleine lumire4 ,ce n'tait pas banal de se trouver l1 seul en pays hostile1 au milieu d'ennemis dont la cruaut galait la perfidie1 paisiblement occup discuter les moyens de mettre hors de pril la vie d'un homme qui avait failli tre cras et se rveillait1 sain mais non sauf1 d'une syncope de plusieurs heures4 --,on n'y voudra pas croire6 murmura-t-il tout haut4 ,cependant1 il convenait de ne pas s'attarder1 de profiter du reste de la nuit1 bien avance dj1 pour faire1 sans crainte de fcheuses rencontres1 le plus de chemin possible4 ,le caporal se leva4 ,toutefois1 au lieu de reprendre l'ascension directe qui et t trop fatigante1 le disparu contourna le flanc dnud du mamelon1 du ct de la rivire dont il atteignit bientt les bords4 ,malheureusement1 en cet endroit1 la dclivit tait si prononce qu'il lui fallut de grands efforts pour se maintenir sur les roches glissantes1 en s'aidant des moindres asprits du sol4 ,a franchir cet peron granitique contre lequel le courant se brisait avec un vritable ressac1 il perdit ainsi un temps prcieux1 se froissant aux angles des pierres1 se dchirant aux ronces1 risquant chaque pas de se rompre le cou4 ,et quand enfin1 puis1 bout de souffle1 il se retrouva en terrain peu prs horizontal1 le ciel s'ouvrit brusquement3 un clair fulgurait1 illuminant le fleuve1 les montagnes1 les noires vapeurs planantes1 qu'il stria d'un zigzag de flammes444 ,alors seulement ,munier aperut devant lui1 trs prs1 un large arroyo dont l'eau calme1 une seconde1 tincela4 ,la route tait barre4 ,,iv ,devancer la colonne1 ou mme simplement la rejoindre1 devenait ds lors impossible3 l'obstacle qui surgissait si mal propos modifiait compltement le plan primitif2 les chances de salut diminuaient4 ,munier le reconnut sans s'en mouvoir4 ,il appartenait cette race de gens qui ne sauraient faire le sacrifice de leur vie1 pour le bon motif que celle-ci ne leur parat jamais menace4 ,une difficult se prsentait1 la premire d'une longue srie peut-tre4 ,il fallait la vaincre1 et1 aprs celle-l1 toutes les autres4 ,un bon nageur comme notre caporal devait aisment la surmonter4 ,ce fut l'affaire de la nuit qui suivit4 ,mais les cours d'eau ne sont pas rares en ,indochine2 pareil obstacle se rencontrerait plus d'une fois encore4 ,d'ailleurs1 la route de terre tait incommode1 prilleuse1 seme d'embches et de surprises4 ,munier se le disait et pensait au fleuve1 dont le courant irrgulier pouvait le rendre1 sans fatigue sinon sans danger1 presque destination4 ,cependant1 pour utiliser celui-ci1 il importait de trouver une jonque1 un radeau1 une chose flottante quelconque4 ,cette recherche demanda du temps1 de la patience et de l'audace1 mais enfin aboutit4 ,a partir de ce moment1 le voyage se poursuivit dans des conditions de clrit et de bien-tre relatifs4 ,dormant le jour au milieu des roseaux ou en un creux de roche1 ,munier reprenait le soir sa course solitaire1 l'oeil scrutateur1 l'arme charge1 attentif au moindre bruit manant de l'une ou l'autre rive4 ,vingt fois1 entran par les remous1 le lger sampan faillit sombrer2 vingt fois des bancs de sable l'arrtrent4 ,une nuit1 en essayant de se ravitailler aux dpens d'une case vide d'indignes1 le fugitif fut surpris et dut lestement battre en retraite4 ,le lendemain1 c'tait1 l'aube1 un convoi qu'il croisait dans la brume et qu'il n'vitait que grce la complicit du brouillard4 ,il en tait mme venu ne plus oser se livrer au sommeil1 ayant t dsagrablement rveill1 certain soir1 par le froissement des bambous qui lui servaient d'asile et entre lesquels apparaissait1 menaant1 le mufle d'un tigre press de se dsaltrer la rivire4 ,aussi le double piton couronn d'un vieux fort branlant qui garde le bac de la route royale fut-il salu1 par le pauvre diable1 d'un vritable cri d'allgresse4 ,cette montagne1 ce fort dont la silhouette grise se dessinait confusment sous la lumire blanchissante du matin1 c'tait trois kilomtres peine qui le sparaient de la ville occupe par nos troupes3 c'tait le salut6444 ,un instant1 se dpartissant en cela de sa prudence habituelle1 ,munier eut la tentation de terminer son voyage en plein jour2 mais un souvenir le retint4 ,trois mois auparavant1 le sergent-major de sa compagnie avait voulu1 seul et sans armes1 faire une excursion cette ruine poudreuse juche sur la hauteur4 ,le soir mme1 l'appel1 on constatait son absence1 et1 le lendemain1 une patrouille fouillant les alentours rapportait son cadavre--dcapit1 dvtu1 mutil1 horrible6 ,non6 c'et t trop absurde d'avoir travers quarante lieues de pays ennemi1 d'avoir chapp aux hommes1 aux fauves1 au fleuve1 pour finir ainsi btement1 assassin sur le grand chemin1 en vue du pavillon franais1 porte du canon de la citadelle6444 ,non1 non6 un peu de patience encore6 ,la journe serait vite passe1 aprs tout2 et d'ailleurs le caporal se sentait rompu de fatigue1 pris d'un irrsistible besoin de sommeil4 ,dix jours s'taient couls depuis le dbut de cette aventureuse odysse3 la bte humaine1 surmene1 bout de forces1 rclamait4 ,abandonnant donc l'embarcation au caprice des eaux--alors houleuses et agites sous la pression d'un furieux vent d'est soufflant en tempte--,munier escalada la berge et se rfugia au plus profond du bois sacr qui faisait une petite pagode dlabre un funbre linceul d'ombre4 ,l'horizon s'clairait rapidement de lueurs blmes dont les bandes s'tendaient progressivement vers le znith1 comme si elles eussent march de concert avec les nuages2 pourtant1 autour des murailles le feuillage tait tellement pais qu'on n'y voyait pas encore4 ,par moments des gouttes tombaient1 cinglant les feuilles la cime1 mais ne touchant pas le sol4 ,la journe s'annonait mal et paraissait devoir tre peu propice une sieste en plein air4 ,sans hsiter1 le caporal franchit l'entre du temple et se hissa jusqu'au sanctuaire o il prit la place de la divinit absente4 ,le lieu tait bien choisi2 aussi1 berc par l'ouragan qui faisait craquer1 l'intrieur1 les boiseries vermoulues1 et brisait au dehors les hautes branches trop ployes1 ne tarda-t-il pas s'endormir4 ,quand il rouvrit les yeux1 la nuit tait venue4 ,au ciel1 un peu nettoy1 la lune1 presque dans son plein1 brillait de longs intervalles entre les nues moins presses4 ,il ne pleuvait plus1 nanmoins le vent soufflait toujours avec une excessive violence4 ,aprs avoir jet sur la campagne ce regard circulaire qui prcdait d'habitude ses dparts1 le fugitif se remit en marche1 les membres endoloris1 il est vrai1 mais l'esprit dispos et l'me joyeuse4 ,la route mandarine droulait alors sous ses pas1 au milieu des rizires inondes et des touffes de bambous pineux1 son large ruban d'argile dj sec4 ,en avant1 sur la droite1 les vastes btiments et les murs levs du relai royal crasaient la plaine de leur architecture massive2 gauche1 une pagode se distinguait nettement1 grce sa blancheur1 qu'avivait encore la demi-clart tombant des nuages444 ,aucun bruit1 sauf celui de la tempte balayant l'tendue444 ,et1 tout en cheminant sur ce sol battu qui ne gardait mme pas l'cho de sa course1 le caporal ,munier songeait au but atteint1 aux dangers finis1 aux camarades retrouvs1 la rception tonne et cordiale qui l'attendait1 l-bas1 au seuil du grand magasin riz transform en caserne4 ,peut-tre l'avait-on dj ray des contrles1 le croyant mort1 chose vraisemblable1 il le reconnaissait4 ,et cette pense le faisait rire discrtement1 comme en lui-mme4 ,il allait falloir le ressusciter aujourd'hui2 il serait la cause d'critures dmesures1 de rapports interminables1 de conversations jamais puises2 la paperasserie administrative marcherait3 de ,thuan-,an ,hano1 d',hano la portion centrale1 de la portion centrale au ministre444 ,sa disparition le posait1 le mettait en relief1 le signalait l'attention et la bienveillance gnrales4 ,on avait vu des grads obtenir la mdaille militaire pour moins que cela6 ,et il restait volontiers sur cette vision de ruban jaune o pendait une effigie d'argent1 battant sa vareuse4 ,cependant1 inconsciemment1 il pressait le pas4 ,devant lui s'tendait maintenant le faubourg de la vieille cit annamite4 ,des chiens aboyaient1 flairant l'tranger2 des chuchotements couraient sous les paillottes1 entre les cloisons desquelles1 parfois1 un rais de lumire glissait1 pour s'teindre aussitt4 ,mais voici l'enceinte extrieure1 avec son parapet de terres gazonnes trou d'une porte hermtiquement close4 ,un bon coup de jarret1 et le talus est franchi4 ,le caporal ,munier suit en ce moment la principale rue de la ville1 toujours signal au passage par les aboiements rageurs qu'entrane l'ouragan4 ,a l'angle du quartier chinois1 un veilleur indigne1 surpris par l'approche inattendue de l',europen1 abandonne son tam-tam et dtale toute vitesse3 les ,clestes peuvent dormir en paix1 leur repos est bien gard6 ,quelques enjambes de plus1 et le caporal dbouche sur l'esplanade4 ,sous son regard ravi se dveloppe prsent un svre profil de noires murailles surmontes1 a et l1 de miradors aux toits tags1 que domine un mt gigantesque4 --,la citadelle6444 ,v ,le long de la courtine sud1 entre les deux bastions1 la sentinelle oscille de son pas rgulier1 coup de haltes frquentes444 ,depuis plusieurs nuits1 des bandes de pillards dvastent les environs du chef-lieu1 ranonnant les habitants1 brlant les villages1 terrorisant la contre et poussant des pointes audacieuses jusqu'au primtre des faubourgs4 ,la petite garnison1 trop affaiblie par les colonnes oprant au loin1 ne suffit qu' grand'peine la protection immdiate de la ville3 encore n'est-ce qu'au prix d'une vigilance incessante de la part des hommes de garde4 ,le factionnaire1 que sa promenade limite a ramen prs du mirador1 vient de s'arrter net4 ,l'arme haute1 le corps brusquement ploy sur le revtement de pierre1 anxieux1 il observe4 ,par-del le pont franchissant le large foss tout rempli d'une plantureuse vgtation aquatique1 au saillant du triangle formant demi-lune destin en couvrir les abords1 une ombre suspecte s'est montre1 indistincte1 indfinissable1 parfaitement visible1 pourtant1 dans son mouvement de progression rapide et continu vers la citadelle4 --,halte-l6444 qui vive8 crie le soldat4 ,l'ombre touche la contrescarpe444 --,qui vive8 ,elle s'engage sur le pont444 ,dans la nuit1 la tempte hurle et siffle plus horriblement que jamais1 dominant la voix1 fauchant les paroles aux lvres444 --,qui vive8 ,une dtonation courte clate1 cueillie aussitt et emporte par le vent444 --,aux armes6444 ,le poste entier garnit le parapet1 au milieu d'un grand bruit d'aciers cliquetants et d'ordres prcits4 ,promptement1 avec l'habitude de gens rompus aux alertes1 les hommes s'chelonnent1 prennent leurs emplacements de combat4 ,sous le mirador1 par la brche du crneau qu'une inoffensive couleuvrine occupe en partie1 le sergent et la sentinelle regardent de tous leurs yeux444 ,cependant1 en haut1 une claircie a dchir le voile de lourdes vapeurs fuyant devant la tourmente2 et la lune1 dont la tranquille clart s'pand au loin sur la campagne assoupie1 dcouvre maintenant l'entre du pont un corps tendu1 immobile444 ,il y aura toujours1 le lendemain1 des conversations la chambre et un rapport au commandant d'armes2 mais le caporal ,munier ne manquera plus l'appel4 ,l4 ,huguet4 ,,questionnaire ,n #af4--,paris et ,province4 ,quels sont les ,avantages et les ,inconvnients de la ,vie de ,paris et de la ,vie de province8 7#ad ,juin #ahij47 ,r,,ponses 7suite7 ,ce que j'aime voir1 en ,province1 ce sont les vieilles maisons4 ,ces demeures sont simples1 elles parlent l'esprit et au coeur1 elles rafrachissent l'imagination fatigue par les admirations saugrenues pour les embellissements4 ,elles donnent une ide exacte de la vie sociale de nos pres et rappellent cette rflexion d'un philosophe3 ,nous ne voyons1 dans l'histoire comme elle est faite1 que les grands hommes1 les rois1 les ministres tout au plus2 ce que nous ignorons et ce qu'il y a plaisir connatre1 c'est la condition mdiocre1 l'existence moyenne des bonnes gens de chaque temps4--,charles ,d4 ,c'est avec des faits divers1 des anecdotes et des commrages1 qu'il faudrait crire l'histoire1 la seule vraie1 la manire des ,mmoires de ,saint-,simon pour nuire 444 son temps1 des ,lettres de ,mme de ,svign1 cette ,fleur-de-,potin du dix-septime sicle1 qui se savait lue comme une ,gazette1 et de la ,correspondance de ,diderot avec ,mlle ,rolland1 qui est le ,tableau du dix-huitime sicle4--,kan dit ,raton4 ,en dehors de ,paris1 il n'y a pas que des villages1 il y a d'autres villes1 de grandes villes1 de belles villes2 mais j'ai beau faire1 je ne vois partout que ,royaumes de l'ennui1 et je donnerais toutes les plus belles choses du monde pour jeter un seul coup d'oeil sur le bien-aim ,paris4 ,plus j'ai vu les pays trangers1 plus j'ai aim la ,france1 et plus j'ai habit la ,province1 plus j'ai aim ,paris4--,si on n'y est pas toujours heureux1 on y trouve du moins des armes contre le malheur4 ,paris a une me qui se met au diapason de l'me humaine1 et quand on l'aime bien1 on ne peut lui tre infidle qu'un moment1 par contraste1 et pour lui revenir4--,viator4 ,paris est la seule ville hospitalire aux parias intelligents qui lui apportent leurs cerveaux pour alimenter sa fournaise4 ,elle dvore1 mais quelles heures6 ,a ,paris une semaine est plus pleine qu'une anne de ,province1 et toutes les cordes du clavier humain vibrent harmonieuses4 ,quand on vit par l'intelligence et par le coeur1 la ,province est comme la cloche d'une machine pneumatique o la respiration s'arrte4 ,c'est le vide1 le nant1 l'absolu malheur4--,un ,lecteur4 ,a ,paris1 on a son individualit1 sa physionomie1 son caractre1 ses ides1 ses opinions1 ses sentiments4 ,en ,province1 il est dfendu d'en avoir1 ou du moins d'en montrer2 tout est coul dans le mme moule1 tout est de convention4 ,le grand art1 unique1 qui rsume tout le secret de la vie en province1 c'est l'abstraction complte de la personnalit2 ces gens si curieux et si bien informs ne donnent jamais leur avis sur rien et sur personne4 ,cet art se rsume dans la formule de ,figaro1 qui avait le droit de parler de tout sans en rien dire4 ,le ,normand3 ,pour une anne o il y a des pommes1 il n'y a pas de pommes2 mais1 pour une anne o il n'y a pas de pommes1 il y a des pommes4 ,le ,breton3 ,peut-tre bien4 ,le ,franc-,comtois3 ,voil4--,le ,chardon4 ,on rencontre en ,province des hommes suprieurs2 mais ils ne sont pas dans un milieu favorable la culture et au dveloppement des grandes conceptions4 ,tous ceux qui croient avoir une ide nouvelle ou le secret d'une dcouverte sont exposs rinventer ce qui est dj trouv et connu2 aussi les voit-on dserter la ,province et fixer toujours les yeux sur ,paris1 comme l'aiguille aimante vire au ple3 ,paris1 c'est la patrie la ,province1 c'est l'exil4--,emile ,t4 ,si l'homme est n laboureur1 chasseur1 artisan1 marin et soldat1 s'il a des besoins matriels1 il a aussi les aspirations de l'me et de l'intelligence4 ,mon rve1 moi1 ce serait ce sjour idal de bonheur que ,diderot appelle ,le ,petit ,chteau1 et qui n'est pas en ,espagne3 vivre en famille1 dans une belle aisance1 cinq mois ,paris et le reste du temps partag entre la campagne1 la mer1 la montagne et les voyages4 ,toute proportion garde1 c'est l une vie royale1 moins les ennuis de l'tiquette et les soucis de la couronne4--,sans-,souci4 ,la vie de ,paris enfante les fivres et les passions1 comme le soleil de l',inde fait clore les piments et les fleurs empoisonnes2 mais la contagion est limite1 il y a des corps et des mes rfractaires4 ,on calomnie ,paris4 ,ses ennemis l'appellent la ,capoue de l',europe1 ses envieux l',auberge du ,monde1 les tres prosaques la ,gare de l',univers1 mais les potes l'ont surnomme la ,ville sainte4 ,la ,france est la ,reine de la pense1 et ,paris la ,grande ,horloge de l'humanit1 la ville de feu4 ,cet ,enfer a ses anges2 ,paris est aussi la ,capitale de la ,sagesse1 de la ,vertu et du ,pot-au-feu4 ,paris est un dsert peupl d'gostes1 mais il a ses oasis3 ,ainsi l'on peut trouver au sein des multitudes ,le mme isolement qu'au fond des solitudes4 ,que les esprits moroses1 les censeurs atrabilaires1 gmissent sur la ,babylone moderne1 c'est leur droit incontestable2 ils prcheront longtemps dans le dsert1 et mme au milieu des foules1 avant que ,paris devienne la ,capitale de la ,morale en action4 ,assurment1 dirait ,priandre1 tyran de ,corinthe1 il se commettrait moins de crimes1 si tous les hommes taient vertueux1 et on n'assisterait pas au spectacle de l'injustice et de l'affliction perptuelle des nobles cratures qui honorent et relvent l'humanit4 ,la ,grce levait les courtisanes la dignit de prtresses2 les vrais philosophes ddaignent les jrmiades et la question est tranche d'un seul mot4 ,il en faut4 ,les naturalistes1 sans jeu de mots1 ne songent pas s'tonner que les reptiles empoisonneurs aient des reflets chatoyants et que les fleurs vnneuses soient riches en couleurs et en parfums4 ,quant au peintre de moeurs1 ce n'est pas lui qui est immoral1 c'est le monde qui lui sert de modle et qui ne le paie pas pour le flatter4--,un ,athnien de ,paris4 ,charles ,joliet4 ,illustration3 ,,les ,,obs,,ques ,,de ,,meissonier4--,le cortge funbre l'glise de la ,madeleine4 ,illustration3 ,,les ,,obs,,ques ,,de ,,meissonier4--,le fourgon funbre traversant la fort de ,saint-,germain4--,arrive du corps au cimetire de ,poissy4 ,illustration3 ,,histoire ,,de ,,la ,,semaine4 ,la semaine parlementaire4--,l'interdiction de la pice de ,m4 ,sardou1 ,thermidor1 a t1 comme il fallait s'y attendre1 l'objet d'une discussion trs vive la ,chambre4 ,m4 ,fouquier qui1 dans tous ses crits1 et avec un talent auquel tout le monde rend hommage1 dfend la cause de la tolrance1 a dpos une demande d'interpellation1 de concert avec ,m4 ,charmes et ,m4 ,reinach1 sur les mesures que comptait prendre le gouvernement pour assurer le maintien de l'ordre et la libert de l'art dramatique4 ,il a dfendu sa thse avec l'esprit qu'on lui connat1 et1 en somme1 la ,chambre tait trs hsitante1 car si d'une part la majorit avait quelque peine blmer un ministre qui a sa confiance1 de l'autre1 beaucoup de dputs1 mme ministriels1 regrettaient qu'on et interdit une pice1 accepte par la censure1 uniquement parce qu'il avait plu quelques individus isols d'en empcher la reprsentation4 ,m4 ,constans1 ministre de l'intrieur1 est mont la tribune et a expliqu que les incidents de la seconde reprsentation de ,thermidor et les renseignements parvenus depuis au ministre ne laissaient aucun doute sur les dsordres qui allaient se produire aux reprsentations suivantes1 soit dans la salle1 soit dans la rue4 ,le devoir du gouvernement1 a ajout le ministre1 tait de les prvenir par une dcision rapide4 ,il l'a fait1 et il aurait t coupable s'il ne l'avait pas fait4 ,pendant toute cette discussion la ,chambre s'est montre visiblement agite1 au point que les orateurs ne russissaient pas retenir l'attention4 ,tour tour1 ,m4 ,pichon1 ,m4 ,emmanuel ,arne1 ,m4 ,reinach1 prennent la parole sans parvenir se faire couter1 en sorte que ,m4 ,constans a pu faire cette observation1 que le dsordre auquel la ,chambre paraissait en proie pouvait faire prsager ce qui se serait pass au thtre si les reprsentations avaient continu4 ,bref1 on ne savait ce qui pouvait rsulter de cette discussion1 lorsque ,m4 ,clmenceau a demand la parole1 et du premier coup a port la question sur un terrain tout nouveau1 car aprs son discours1 chose inattendue1 la ,chambre a t appele se prononcer1 non sur l'interdiction de ,thermidor1 mais sur la rvolution elle-mme1 et sur la faon de grer l'hritage qu'elle a laiss au parti rpublicain4 ,qu'on le veuille ou non1 a dit ,m4 ,clmenceau1 la rvolution franaise forme un bloc dont il est impossible de rien distraire444 ,les temps ne sont pas si changs qu'on le pense4 ,avez-vous oubli l'insurrection royaliste de la ,vende1 les migrs servant la frontire dans les rangs des ,prussiens et des ,autrichiens8 ,avez-vous oubli la terreur blanche8 ,les petits-fils des ,vendens et les petits-fils des bleus sont toujours en face les uns des autres444 ,la rvolution n'est pas finie4 ,ce que nos pres ont voulu1 nous le voulons aussi4 ,voil pourquoi la lutte durera tant qu'un des deux partis ne sera pas victorieux4 ,et voil pourquoi1 si le gouvernement ne faisait pas son devoir1 les citoyens feraient le leur4 ,m4 le comte de ,mun1 au nom de la droite1 a accept la discussion dans les termes o la posait ,m4 ,clmenceau1 en sorte que1 pour faire suite au centenaire de #ahhi1 nous avons eu ce spectacle significatif des deux partis se dressant l'un en face de l'autre comme si un sicle ne s'tait pas coul depuis le jour o ils taient aux prises4 ,mis en demeure de se prononcer1 ,m4 de ,freycinet1 tout en protestant contre ceux qui voquaient le fantme de la terreur1 a dclar que le gouvernement se considrait comme le dpositaire des conqutes de la ,rvolution et qu'il les gardera et avec ceux qui partagent ses sentiments et ses ides4 ,sur ce1 on est pass au vote et l'ordre du jour pur et simple accept par le gouvernement a t vot par #bae voix contre #aib4 ,cependant la question de ,thermidor n'est pas puise4 ,elle reviendra forcment devant la ,chambre1 car ,m4 ,antonin ,proust et ,m4 ,le ,senne ont dpos chacun une proposition de loi qui tend au mme but1 la suppression de la ,censure4 ,on se demande1 en effet1 quoi sert cette institution1 si1 aprs qu'elle a donn son visa une pice1 on regarde comme justifies les protestations de ceux qui en empchent la reprsentation1 sous prtexte qu'elle contient un outrage au rgime que le pays s'est donn8 ,il sera curieux de voir comment1 aprs son vote sur l'interpellation de ,m4 ,fouquier1 la ,chambre tranchera cette dlicate question4 --,les sances suivantes ont t consacres la discussion de la loi sur le travail des femmes et des enfants dans les manufactures1 loi vote par le ,snat4 ,italie3 la chute de ,m4 ,crispi4--,lorsqu'aux lections gnrales de novembre dernier1 ,m4 ,crispi remporta la victoire que l'on sait1 nous faisions remarquer que cependant l'opposition avait gagn partout du terrain4 ,certes1 il tait difficile de prvoir alors que le triomphateur du jour tait aussi prs de sa perte1 mais on pouvait avoir le pressentiment des difficults qu'il allait rencontrer4 ,ces difficults1 qui sont surtout d'ordre conomique et financier1 ont t exposes1 il y a peu de jours1 par le ministre des finances1 ,m4 ,grimaldi1 qui1 sans pousser les choses au noir1 a cru cependant devoir faire connatre l'tat des ressources de son pays4 ,or1 ,m4 ,grimaldi accuse #ge millions de dficit pour l'exercice #ahhh-hi1 autant pour #ahhi-ij1 #ej millions pour #ahij-ia et mme somme pour l'exercice qui commence4 ,ce sont l des chiffres officiels et1 ce titre1 suspects d'tre quelque peu optimistes1 si ce mot est de mise en cette circonstance4 ,m4 ,grimaldi a reconnu1 en outre1 que l',italie subissait une crise srieuse qui l'atteignait la fois dans ses intrts agricoles et industriels4 ,c'est qu'en effet les charges militaires1 qui psent sur toutes les nations qui ont le triste privilge de jouer un rle en ,europe1 sont particulirement lourdes pour l',italie qui voit les impts s'accrotre constamment sans rsultats apprciables pour sa gloire4 ,aussi quand est venue la discussion sur les remaniements de taxes1 ce qui1 dans tous les pays du monde1 veut dire augmentation d'impts1 ceux-l mmes parmi les dputs qui avaient t lus avec l'appui du gouvernement se sont-ils sentis mal l'aise4 ,ils savent que le pays a dj grand'peine supporter les taxes anciennes et auxquelles ils s'est dj difficilement rsign2 comment lui en imposer de nouvelles8 ,la majorit tait donc impatiente1 nerveuse4 ,m4 ,luzzati1 rapporteur du projet de loi prsent par le ministre1 a commenc par le dfendre4 ,m4 di ,rudini l'a soutenu1 au nom de ses amis de la majorit1 tandis que ,nicotera et ,m4 ,imbriani l'ont attaqu avec violence4 ,m4 ,crispi est alors mont lui-mme la tribune pour faire l'apologie de sa politique4 ,mais il ne s'en est pas tenu l1 et dans un mouvement oratoire1 dont il n'a peut-tre pas calcul l'effet--malgr ce qu'on en a dit-il s'est emport contre la politique suivie1 avant son arrive au pouvoir1 non seulement par ceux qui avaient t ses adversaires1 mais mme par ceux qui avaient t ses amis4 ,m4 ,finali1 ministre des travaux publics1 s'est senti particulirement atteint et ce moment il a quitt1 trs irrit1 le banc des ministres4 ,quant ,m4 ,luzzati1 changeant immdiatement de tactique1 il dclara qu'il voterait contre le projet4 ,c'est dans ces conditions qu'on est pass au vote et #ahf voix contre #abc se sont prononces contre le ministre4 ,m4 ,crispi a aussitt pri le prsident de lever la sance et il s'est rendu au palais pour remettre sa dmission au roi4 ,cela veut-il dire que la politique suivie jusqu'ici par l',italie va tre modifie8 ,la chose n'est pas probable4 ,ce n'est pas ,m4 ,crispi qui a fait la triple alliance1 la triple alliance lui survivra4 ,ce sera le mme air chant autrement2 nous y gagnerons toujours quelque chose1 car la voix de ,m4 ,crispi commenait tre fort dsagrable aux oreilles franaises4 ,en rsum1 si la dmission du prsident du ,conseil italien fait avec raison quelque bruit1 rien ne dit que ce soit un gros vnement par ses consquences4 ,la politique que suivait ,m4 ,crispi tait1 en somme1 celle du roi1 et si ,m4 ,crispi1 qui a peut-tre voulu avoir ce dernier point de ressemblance avec ,m4 de ,bismarck1 est condamn la retraite1 le roi n'a pas abdiqu4 ,le ,soudan franais4--,l'expdition entreprise par le commandant ,archinard1 et dont nous avons donn les rsultats1 semble avoir eu les consquences les plus heureuses4 ,depuis1 le commandant ,ruault a dispers dans le ,goudioum le dernier rassemblement des dbris de l'arme d',ahmadou et il a fait #hjj prisonniers4 ,les soumissions affluent et ,ahmadou a pris la fuite dans la direction du dsert4 ,on peut donc considrer la campagne comme peu prs termine4 ,toutefois on continuera se tenir en garde contre les retours offensifs des partisans d',ahmadou1 car1 tant que l'ex-sultan de ,segou ne sera pas entre nos mains1 il ne dsesprera pas compltement de la fortune et cherchera nous crer des embarras4 ,six heures de rvolution ,oporto4--,une rvolution qui clate1 triomphe et se laisse rprimer en une demi-journe1 mrite d'tre signale au passage1 alors mme qu'elle n'a pas laiss de traces durables dans le pays o elle s'est produite4 ,le #ca janvier1 on apprenait par dpche qu'un certain nombre de soldats de la garnison d',oporto s'taient insurgs et qu'aprs avoir livr plusieurs escarmouches aux troupes restes fidles1 ils s'taient empars de l',htel-de-,ville o ils avaient constitu un gouvernement provisoire1 compos de cinq membres directeurs1 lesquels1 entre parenthses1 ne se trouvaient mme pas dans l'difice municipal au moment o ils taient ainsi investis du pouvoir suprme4 ,mais les insurgs taient en trs petit nombre et ne possdaient que fort peu de munitions1 en sorte qu'ils ne purent soutenir longtemps l'assaut que leur livra la troupe et force leur fut de se rendre4 ,le nombre des insurgs arrts ds l'abord est de #ed1 sur lesquels #aa civils4 ,d'autres se sont livrs eux-mmes la police4 ,on compte #cj tus dont #c militaires et une femme4 ,il y a eu #aj civils et #cf militaires blesss4 ,le #a;er fvrier1 une autre dpche annonait que tout tait rentr dans l'ordre4 ,on assure que ce mouvement avait t combin pour clater simultanment ,lisbonne1 ,oporto et d'autres villes dont les garnisons eussent t secondes par les rpublicains4 ,mais les meneurs d',oporto auraient devanc la date parce qu'ils se croyaient dcouverts4 ,les ,rpubliques ,amricaines4--,les vnements du ,chili4--,la situation au ,chili est toujours grave4 ,les insurgs ont gagn du terrain1 et1 depuis le commencement des hostilits1 ils ont reu chaque jour de nombreuses adhsions4 ,en mme temps1 on signale un mcontentement extrme parmi les troupes restes fidles au gouvernement et on pense qu'elles se rvolteront1 si les pourparlers1 engags en vue d'un accord entre le prsident ,balmuceda et le ,congrs1 n'aboutissent pas4 ,or1 tout fait supposer que les ngociateurs qui se sont chargs de cette oeuvre de conciliation ne russiront pas4 ,les reprsentants des insurgs font remarquer d'ailleurs que la responsabilit des vnements retombe sur le prsident1 qui1 ainsi que nous l'avons racont1 s'est refus accepter les rsolutions votes par les ,chambres1 et ils dclarent qu'il est le seul auteur de l'insurrection puisqu'il s'est mis en rvolte ouverte contre la ,constitution4 ,d'aprs une correspondance adresse au ,times1 on le tient pour personnellement responsable des fonds publics actuellement dpenss1 et cela en raison de la dcision qu'il a prise de dcrter ces dpenses de son autorit prive1 alors que les ,chambres avaient refus le vote du budget4 ,le directeur gnral du ,trsor ,santiago aurait fait savoir1 en effet1 au prsident ,balmuceda1 que1 dans les circonstances prsentes1 il ne reconnaissait plus la qualit lgale aux mandats du gouvernement4 ,le prsident a concentr ,santiago et ,valparaiso les troupes qui lui sont restes fidles et on s'attend d'un moment l'autre une bataille dcisive4 ,guatemala et ,san-,salvador4--,les choses se gtent de nouveau dans l',amrique centrale4 ,d'aprs des nouvelles de ,mexico1 le ,guatemala quiperait1 en ce moment1 une arme de #be1jjj hommes1 dans le but de dclarer la guerre au ,salvador1 dans la deuxime quinzaine de fvrier4 ,le ,honduras serait rsolu empcher les rpubliques de ,costa-,rica et du ,nicaragua d'intervenir4 ,dans le cas de non-intervention de ces tats1 le ,honduras attaquerait galement le ,salvador4 ,tribunaux4--,la fuite de ,padlewski4--,on se rappelle que1 sur l'appel interjet par ,m4 de ,labruyre1 la ,cour1 infirmant le jugement du tribunal correctionnel1 pronona l'acquittement pur et simple1 par le motif qu'il n'tait pas prouv que l'individu conduit la frontire sous le nom de ,wolf ft rellement ,padlewski4 ,a la suite de cet arrt1 l'affaire de ,m4 ,grgoire et de ,mme ,duc-,quercy1 condamns aussi pour avoir coopr l'vasion du meurtrier du gnral ,seliverstof1 est venue galement devant la ,cour1 qui cette fois a confirm le jugement de condamnation4 ,il y a l une contradiction faite pour drouter les esprits et pour ajouter la confusion qui rgne sur toute cette affaire1 dont on ne connatra le fin mot que lorsque ,padlewski1 couvert par la prescription1 voudra bien faire savoir lui-mme les dtails de son incroyable vasion4 ,excution d',eyraud4--,on s'tait trop ht d'annoncer que le prsident de la ,rpublique tait dcid accorder la grce de l'assassin de ,gouff4 ,la commission des grces s'est prononce contre cette mesure de clmence et ,m4 ,carnot1 se conformant son avis1 a laiss la justice suivre son cours4 ,eyraud a t excut mardi matin4 ,ncrologie4--,le peintre ,meissonier4 ,le peintre ,charles ,chaplin4 ,charles ,bradlaugh1 membre de la ,chambre des communes1 clbre par sa propagande anti-religieuse4 ,le gnral ,ibanez de ,ibanez de ,ibero1 grand d',espagne1 grand-officier de la ,lgion d'honneur1 prsident de la commission internationale du mtre4 ,m4 ,galini1 bibliothcaire la ,sorbonne4 ,mme ,raynouard1 belle-mre du gnral ,boulanger4 ,m4 de ,maigret1 intendant militaire en retraite4 ,m4 ,latour ,saint-,ybars1 auteur dramatique4 ,le colonel du gnie en retraite ,charles ,paulin ,elie ,berthet1 romancier1 membre du comit de la ,socit des gens de lettres4 ,m4 le vice-amiral ,conrad4 ,le peintre ,paul ,audra4 ,le docteur ,souverbie1 directeur du ,musum d'histoire naturelle de ,bordeaux4 ,,les ,,th,,tres ,thtre du ,chtelet3,jeanne d',arc1 par ,joseph ,fabre1 musique de ,m4 ,benjamin ,godard4 ,aprs la ,jeanne d',arc de la ,porte-,saint-,martin joue il y a un an1 aprs la ,jeanne d',arc que l',hippodrome nous a donne cet t1 voici une ,jeanne d',arc nouvelle qui parat au ,chtelet4 ,est-elle bien nouvelle8 ,mon ,dieu1 non4 ,et je n'en puis savoir mauvais gr l'auteur1 ,m4 ,joseph ,fabre4 ,m4 ,joseph ,fabre a crit sur la ,pucelle un excellent livre qui rsume1 en les compltant1 les tudes faites jusqu' cette heure sur l'hrone d',orlans4 ,aprs s'tre fait historien1 il a song devenir auteur dramatique et transporter du volume la scne l'pope par laquelle devait se proclamer la dlivrance dfinitive du pays de ,france4 ,rien de mieux1 et je trouve pour ma part que ce thtre appartient aux apothoses historiques et aux glorifications de la patrie4 ,aussi je m'inquite peu de savoir si nous sommes plus ou moins dans la vrit2 je n'ai nul souci de discuter l'auteur tel ou tel point1 telle ou telle date4 ,je lui fais crdit de tous ces dtails1 mme noncs1 pourvu que nous obtenions un effet d'ensemble et que la salle applaudisse la chute du rideau4 ,le reste est l'affaire de la critique historique1 laquelle par le temps qui court1 ne s'pargne point4 ,nous avons pour cela des gens qui ne laissent rien passer et qui ne pardonnent aucune faute4 ,pour nous la chose est indiffrente et l'crivain dramatique peut tout oser4 ,je n'ai donc aucune objection soulever contre la ,jeanne d',arc du ,chtelet et je ne tourmenterai pas ,m4 ,joseph ,fabre sur son pome4 ,tel qu'il est je l'accepte4 ,nous voici donc1 avec le premier tableau1 ,domrmy1 la population lorraine est en fte1 aux premiers jours du mois de mai1 dans la prairie du ,bois-,chenu1 prs de l'arbre des ,fes4 ,jeanne seule est rveuse au milieu de toute cette agitation du village4 ,les chants de ses compagnes la laissent indiffrente1 elle n'entend que les clameurs qui lui parlent de l'envahisseur tranger4 ,son me souffre les maux soufferts par le pays de ,france1 et lorsqu'elle reste seule1 ,mgr ,saint-,michel lui parle1 elle coute1 elle lui obit et sa mission sainte a commenc4 ,pourquoi l'archange ,michel s'est-il substitu aux saintes lgendaires8 ,voil ce que je ne cherche mme pas m'expliquer2 c'est ainsi parce que c'est ainsi4 ,au deuxime acte nous sommes la capitainerie de ,vaucouleurs1 on y parle longuement des malheurs qui frappent le royaume et qui menacent1 plus effroyables encore1 le jeune ,dauphin ,charles4 ,m4 ,joseph ,fabre a oubli l'abbaye de ,fierbois o ,jeanne trouva l'pe son amie qui attendait sa venue4 ,la chose lui aura peut-tre paru pas trop miraculeuse4 ,je le veux bien2 mais1 du moment o nous sommes dans la miraculeuse pope1 je crois qu'il faut l'accepter tout entire4 ,au tableau suivant1 c'est le chteau de ,chinon avec ,charles reconnu par ,jeanne malgr son dguisement2 avec ,agns ,sorel1 un anachronisme1 dit la critique4 ,mais les drames historiques ne vivent que d'anachronismes1 acceptons donc ,agns ,sorel2 mais ce que je ne puis accorder l'auteur1 c'est le personnage de la reine ,isabeau4 ,non parce qu'elle avait alors reni son fils le ,dauphin1 il s'tait associ aux ,anglais1 mais parce qu'elle tient ,charles un discours abominable en lui disant en pleine figure qu'il n'est pas le fils du roi et qu'tant btard il n'a aucun droit sur la couronne4 ,l et au seul point de vue scnique1 ,m4 ,joseph ,fabre s'est absolument tromp1 cette reine en furie1 cette mre si peu rserve dans ses aveux a singulirement irrit la salle4 ,chose trange6 le drame suit sa route et nous tournons ,orlans dont ne nous voyons pas le sige4 ,la ,pucelle sans ,orlans6 cela laisse quelque peu dsirer4 ,nous assistons pourtant aux batailles1 ,patay4 ,nous arrivons ,reims3 nous assistons au sacre1 un des plus superbes tableaux qu'il nous ait t donn de voir depuis longtemps au thtre4 ,nous ne serions pas tonn qu'il ament le public au ,chtelet4 ,du combat de ,compigne1 de la prise de la ,pucelle1 il en est parl1 mais il en est dit juste ce qu'il faut pour suivre les vnements4 ,enfin ,jeanne est aux mains des ,anglais1 en prison1 elle subit cet interrogatoire1 que la sainte fille rfute par des rponses qui sont une des merveilles de cette merveilleuse histoire4 ,tout cela jusqu'au dernier tableau est tudi1 et mme avec une scrupuleuse exactitude1 et1 malgr tout1 le public m'a paru un peu froid ce spectacle4 ,j'ai fait du reste la mme remarque toutes les ,jeanne d',arc que j'ai entendues1 c'est qu'en vrit les vnements sont peu de chose4 ,ce qui domine tout1 dans cette pope qui trouble la raison1 la logique humaines1 c'est l'me de cette admirable fille1 inspire1 vibrante de l'amour1 de la passion de la patrie1 c'est elle qu'il faut chercher1 dont il faut rendre avant tout la mystrieuse puissance1 elle chappe au drame1 elle relve du pome4 ,mme ,second-,weber n'a pas obtenu dans le rle de ,jeanne d',arc le succs que nous aurions dsir pour elle4 ,la salle du ,chtelet est trop grande pour cette tragdienne dont la voix perd dans un trop grand effort sa justesse et sa sret4 ,m4 ,brimond est excellent dans ,frre ,richard4 ,m4 ,deshayes joue ,lahire2 ,m4 ,bouyer1 ,talbot3 ,mmes ,cog et de ,pontry mritent des loges dans le rle d',agns et d',isabeau4 ,m4 ,gounod avait crit la musique de la ,jeanne d',arc de ,m4 ,barbier1 ,m4 ,benjamin ,godard a introduit dans le drame de ,m4 ,joseph ,fabre trois morceaux2 une partition4 ,le morceau capital de cette oeuvre musicale m'a paru tre l'anglus du premier acte1 d'un effet ravissant avec la note persistante des cloches2 une chanson du second acte1 la ,guerre1 a t trs applaudie et mritait de l'tre4 ,la prire du troisime acte et le chant de guerre qui la suit ont eu les honneurs de cette soire qui marque un succs de plus pour le compositeur du ,tasse1 de ,jocelyn et de ,dante4 ,savigny4 ,,nos ,,gravures ,,charles ,,chaplin ,nous publiions1 il y a moins d'un an1 sous ce titre4 ,roses d',amrique1 la reproduction d'un dlicieux portrait de jeune fille de ,charles ,chaplin1 et nous disions alors toute l'admiration que nous prouvions pour le talent du matre minent4 ,aujourd'hui1 cette prcieuse carrire est termine4 ,l'artiste admirable n'est plus1 en effet1 qui avait1 durant de longues annes1 rpandu dans le monde une vision nouvelle de la grce fminine1 et qui avait su enrichir1 en quelque sorte1 cette grce fminine d'un charme de rve aux harmonieuses nuances roses et ples4 ,charles ,chaplin1 n en #ahbe aux ,andelys 7,eure7 de parents anglais1 naturalis franais peu aprs la guerre1 avait eu des dbuts assez difficiles4 ,ce fut d'abord la gravure qu'il s'adonna4 ,il laisse un grand nombre de lithographies et d'eaux-fortes1 et1 parmi ces dernires1 un ,embarquement pour ,cythre1 d'aprs ,watteau1 qui est fort remarquable4 ,puis1 s'affranchissant peu peu de la gravure1 il commena peindre4 ,on connat ses premires toiles1 et on sait notamment qu'il est arriv l'une d'elles d'avoir t attribue ,j4-,f4 ,millet et frauduleusement signe de ce nom illustre4 ,cet incident a fait du bruit il y a quelques annes4 ,mais ,chaplin ne laissa pas longtemps aux falsificateurs de signatures l'occasion de le confondre avec ,millet4 ,bientt1 sa personnalit s'affirma dans quelques portraits de femme qu'on a revus l',exposition universelle1 et qu'on a trs justement admirs1 au milieu des plus belles oeuvres du sicle4 ,artiste d'une distinction exquise1 il avait plus que tout autre le sens de l'lgance et de l'aristocratie des femmes4 ,il les peignait avec joie1 avec passion4 ,et dans cette recherche de la vrit1 telle qu'il la comprenait1 telle qu'il la voyait1 il rivalisait avec la nature de finesse et de sensibilit4 ,chaplin avait eu de nombreux succs aux expositions annuelles de peinture4 ,il avait t mdaill en #ahea1 en #aheb et en #ahfe4 ,nomm chevalier de la ,lgion d'honneur en #ahfe1 il fut promu officier en #ahgg4 ,,les ,,fun,,railles ,,du ,,prince ,,baudouin ,c'est le jeudi #bi janvier dernier1 #aa heures du matin1 en l'glise collgiale des ,saints ,michel et ,gudule1 qu'ont t clbres les obsques solennelles du prince ,baudouin de ,belgique1 dont nous avons publi le portrait dans notre prcdent numro4 ,une foule norme et profondment recueillie a encadr le cortge funbre depuis le palais du comte de ,flandre jusqu' l'glise de la rsidence royale de ,laeken1 dans la crypte de laquelle la dpouille mortelle a t descendue4 ,a #aj heures et demie1 le cortge funbre a franchi le seuil du palais du comte de ,flandre1 plusieurs escadrons de gendarmes et de gardes civiques cheval prcdent le cercueil4 ,celui-ci est recouvert de l'uniforme de capitaine des carabiniers et des dcorations du prince1 et port par dix sous-officiers4 ,les ministres et les prsidents de la ,chambre et du ,snat tiennent les cordons du pole4 ,devant marchent le colonel ,donny1 aide-de-camp du prince ,baudouin1 le capitaine ,terlinden1 son officier d'ordonnance1 et ,m4 ,bosmans1 secrtaire des commandements4 ,immdiatement derrire la bire viennent1 pied1 le roi ,lopold ,,ii ayant sa droite le frre de l'empereur d',allemagne1 le prince ,henri de ,prusse1 en grand uniforme de contre-amiral1 et sa gauche le comte de ,flandre aux cts duquel marche le prince ,albert1 frre du prince dfunt4 ,puis les princes trangers1 le duc ,philippe de ,saxe-,cobourg1 gendre du roi ,lopold ,,ii1 le prince de ,battenberg1 prince de ,hohenzollern1 etc41 et aussi les reprsentants des souverains trangers et des puissances4 ,immdiatement aprs suivent les snateurs et les dputs de ,belgique4 ,enfin les quipages de la cour1 en deuil1 et le char funbre1 de forme pyramidale1 drap entirement d'toffes noires1 surmont du catafalque et presque littralement recouvert par des fleurs et des couronnes4 ,notre dessin reprsente le passage du cortge sur la place ,royale1 au moment o il vient de quitter le palais du comte de ,flandre1 devant la haie forme par le rgiment des carabiniers1 le drapeau voil de crpe4 ,georges du ,bosch4 ,,meissonier ,ce n'est pas seulement l'artiste le plus renomm de notre temps1 de l'cole franaise et de toutes les coles1 qui disparat avec ,meissonier1 c'est aussi le plus noble reprsentant de la conscience en art1 de la dignit professionnelle de l'artiste4 ,meissonier1 grand seigneur dans sa vie1 grand dpensier1 ne fut jamais un homme d'argent2 il jeta au feu ou effaa sans hsiter des toiles qu'on voulait couvrir d'or4 ,tant qu'il ne se dclarait pas satisfait de son oeuvre1 l'acheteur1 prince ou marchand1 suppliait en vain1 le matre restait inflexible4 ,conscience admirable1 mais1 il faut le dire1 parfois funeste l'oeuvre mme1 car l'artiste n'est pas toujours le meilleur juge de ce qu'il fait2 et il lui arrive parfois de dtruire1 alors qu'il croit ajouter ses crations4 ,l'heure de la suprme beaut d'une peinture concide rarement avec celle du parfait fini2 il y a l un moment psychologique saisir que celui-l qui peine la tche est impuissant dterminer4 ,meissonier laisse d'admirables tableaux1 il laisse de plus admirables tudes2 on le verra bien quand aura lieu son exposition posthume1 c'est--dire sous peu4 ,jean-,louis-,ernest ,meissonier naquit ,lyon1 le #ba fvrier #ahaa4 ,comme la plupart des peintres illustres1 il manifesta ds le collge un got vif pour le dessin2 ses premires leons lui furent donnes par un ,m4 ,fviot1 professeur ,grenoble4 ,le pre1 cependant1 tait picier2 il se fit un peu tirer l'oreille avant de laisser son fils s'engager dans une carrire aussi incertaine que celle d'artiste4 ,entr dans l'atelier de ,lon ,cogniet1 le jeune homme connut des jours difficiles2 la subvention paternelle tant insuffisante1 il chercha y suppler par des travaux d'illustration1 en attendant que la peinture le fit vivre4 ,aprs un court voyage en ,suisse et ,rome1 il envoya au ,salon de #ahca les ,bourgeois flamands1 ce tableau1 connu aussi sous le nom de ,visite chez le ,bourgmestre1 fait partie de la collection laisse par sir ,richard ,wallace4 ,meissonier avait vingt-trois ans quand il dbuta dans la peinture2 la mort vient de nous l'enlever ayant1 quelques jours prs1 accompli sa quatre-vingtime anne3 c'est donc une carrire artistique de cinquante-sept ans qui a t fournie par lui1 avec une vaillance incomparable et qui ne s'est pas dmentie jusqu'au dernier jour1 car sa main tait aussi ferme que jamais1 comme en tmoigne son oeuvre capitale dernire1 le magnifique octobre #ahjf qui fut l'honneur de l',exposition universelle de #ahhi4 ,que de chefs-d'oeuvre accumuls par un seul homme dans cet espace d'un demi-sicle6 ,ds son dbut1 ,meissonier fit pressentir l'artiste qu'il devait tre2 dans les ,bourgeois ,flamands le dessin n'a pas encore le mordant des oeuvres de sa maturit1 mais dj il affirme son got de parfaire tout ce qu'il touche et sa prdilection pour les petits tableaux444 ,qu'il fera tout petits1 pour les faire avec soin4 ,les rvolutions esthtiques passent sans branler ses convictions2 il poursuit paisiblement le rve de sa jeunesse1 qui est de produire des oeuvres impeccables1 au point de vue de sa conscience d'artiste comme celui de la vue exceptionnelle qu'il avait reue de la nature4 ,il est permis de trouver que l'idal de ,meissonier n'a pas grande envergure1 mais au moins lui resta-t-il fidle et l'leva-t-il par son prodigieux talent des hauteurs que nul autre1 dans le mme genre1 n'a pu atteindre4 ,que l'on prenne la srie des ,liseurs1 des ,joueurs1 des ,collectionneurs1 des ,buveurs de bire1 des ,gentilshommes ,louis ,,xiii1 des ,hommes d'armes1 on y trouvera sans peine vingt oeuvres hors de pair1 d'une idale perfection de composition et de rendu4 ,chose remarquable1 ce peintre d'oeil1 esclave du modle1 et qui semblerait incapable d'imaginer1 avait un don merveilleux de reconstitution des physionomies d'autrefois2 il trouvait l'homme de ses costumes et de ses armures2 ses peintures semblaient de l'poque2 jamais on n'y rencontre ces grossiers anachronismes de caractre et d'expression typique qui dshonorent les toiles de la plupart de nos peintres d'histoire1 petite ou grande4 ,les vues d'intrieur lui sont d'ailleurs plus favorables que celles de plein-air2 il joue en matre de la lumire quand1 prise entre quatre murs1 elle est1 pour ainsi dire1 force de poser devant lui2 mais la mobilit des rayons extrieurs dconcerte sa main avide de ce qui est dtermin1 dfinitif4 ,a ct de ces dlicieux tableaux d'intrieur ou de scnes familires o se jouent des pisodes de la vie ordinaire qui empruntent tout leur intrt au talent de composition1 de fine observation1 et la merveilleuse excution du matre1 se placent une srie d'oeuvres de porte plus haute4 ,nous voulons parler de ces peintures fameuses3 #ahjf1 #ahjg et #ahad1 o il a retrac les phases caractristiques de l'pope impriale4 ,tout a t dit au sujet de ces peintures3 elles sont clbres dans le monde entier et l'on ne trouve plus assez d'or pour les payer4 ,faut-il rappeler que ,m4 ,chauchard a achet le dernier de ces tableaux au prix de #hej1jjj francs6--,certes la haute valeur artistique de cette partie de l'oeuvre de ,meissonier est indiscutable2 cependant nous pensons qu'elle n'gale pas la premire4 ,on ne peut demander un arbre de produire d'autres fruits que les siens3 ,meissonier1 peintre d'intrieur1 de scnes tudies loisir1 o le moindre dtail a une importance pittoresque d'avance rgle et qui joue sa partie dans la symphonie lumineuse1 s'tait fait une excution approprie au but qu'il poursuivait et qu'il a si bien atteint2 quand il s'est agi de peindre les mouvements passionnels d'une foule1 la furie du combat1 le drame de la guerre1 son esthtique s'est trouve en absolue contradiction avec le but qu'il poursuivait3 les cavaliers et leurs montures si beaux de formes et de mouvement indiqu semblent figs sur place comme si la vie s'tait tout coup retire d'eux4 ,il semble qu'une fe les ait touchs de sa baguette1 et c'est en effet la fe de ,meissonier1 celle qui l'a dou sa naissance de cette vue extraordinairement perante qui rapproche les distances et saisit au passage les moindres dtails1 c'est elle qui lui joue ce mauvais tour renouvel du miracle de la ,belle au bois dormant4 ,les personnages impressionnent au premier aspect par la nettet de la silhouette1 la vrit du geste1 l'aisance de la pose et leur franche allure militaire3 mais cette impression s'envole rapidement3 l'on se prend les admirer un un1 merveill de dcouvrir boutons1 passepoils1 aiguillettes1 dragonnes4 ,ces minuties1 incontestablement rendues prcieuses par l'extraordinaire adresse de l'excution1 ont le tort grave de dplacer l'attention au grand dtriment de l'action principale4 ,on doit la vrit aux morts1 et d'ailleurs la gloire de ,meissonier est telle qu'elle ne saurait tre effleure par quelques critiques4 ,nous avons indiqu respectueusement que ses admirables qualits l'avaient parfois desservi2 il suffit qu'elles l'aient1 dans d'autres circonstances1 conduit produire des oeuvres parfaites pour que sa place soit marque au rang des matres de tous les temps4 ,comme peintre de genre1 il ne craint aucune rivalit4 ,s'il n'a pas le charme onctueux1 l'enveloppe chaude1 des grands ,hollandais1 les ,terburg1 les ,metzu et les ,van der ,meer1 l'lgance et la sret de son dessin1 l'ordonnance parfaite de ses compositions1 la fermet de sa touche1 lui constituent une matrise gale4 ,l'homme1 nerveux l'excs1 autoritaire et sensible aux moindres gratignures de la critique1 avait refroidi bien des sympathies1 mais on le savait gnreux et loyal1 tout entier vou son art1 et1 sincre dans les admirations ou les rpugnances que lui inspirait la peinture de ses contemporains4 ,il tait de ceux qui leur mrite personnel et le sentiment de la gloire qu'ils rpandent sur leur pays font tout pardonner4 ,son pays1 d'ailleurs1 il l'aimait profondment3 ce fut un bon patriote2 aux jours calmes1 il clbra dans ses oeuvres les gloires nationales1 et quand vint l'adversit1 il sut faire son devoir d'homme devant l'ennemi4 ,comme ,m4 ,thiers1 dont il fit un portrait posthume1 son ardeur l'entrana mme s'exagrer la porte des facults qu'il pouvait mettre au service de son pays4 ,ne l'a-t-on pas vu1 en #ahgj1 s'offrir ,gambetta pour aller remplir les fonctions de prfet ,metz6 ,il aima passionnment l'arme2 il l'aima pour elle-mme1 pour la noblesse de son rle dans la nation et aussi pour l'uniforme4 ,nos gnraux l'entouraient de respects et d'attentions de toute sorte2 on faisait manoeuvrer les troupes devant lui et il eut l'honneur de commander une charge de cavalerie4 ,le portrait de ,meissonier est bien connu2 il est peine besoin d'en rappeler les traits principaux1 tout petit1 la tte nergique et belle avec une barbe dont les boucles longues et soyeuses le couvraient tout entier1 il marchait le front haut1 conscient de sa force et fier de sa gloire4 ,les annes ne semblaient avoir aucune prise sur sa robuste constitution3 cependant1 la maladie a eu raison de lui en quelques heures3 il est mort dans la matine du #ca janvier1 des suites d'un refroidissement4 ,meissonier lgue l'tat deux petites toiles dont il n'avait jamais voulu se sparer3 l',attente--un homme en bras de chemise1 la fentre--et le ,graveur l'eau forte3 ce sont1 avec la ,rixe et ,solfrino1 les chefs-d'oeuvre du matre1 s'il est permis de se prononcer entre tant d'oeuvres parfaites4 ,la ,france a largement pay sa dette l'illustre artiste qui l'a tant honore4 ,meissonier avait trois fois obtenu la mdaille d'honneur aux trois ,expositions universelle de #ahee1 #ahfg1ahgh2 il fut promu grand-croix de la ,lgion d'honneur aprs celle de #ahhi1 dont il organisa la section artistique1 de concert avec ,m4 ,antonin ,proust2 le jury international des artistes l'avait choisi pour prsider ses travaux4 ,ses obsques1 clbres la ,madeleine et dans sa rsidence de ,poissy1 ont t magnifiques4 ,m4 ,puvis de ,chavannes a pris la parole pour lui rendre un dernier hommage1 au nom des artistes1 et il tait impossible d'imaginer un contraste plus saisissant que celui existant entre ces deux hommes1 le mort et le vivant2 l'un vou au culte passionn de la vrit objective1 l'autre tenant pour rien l'exactitude des caractres extrieurs1 et cherchant dgager des formes bauches la posie latente de la vie immatrielle4 ,alfred de ,lostalot ,,les ,,obs,,ques ,,de ,,meissonier ,les obsques de ,m4 ,meissonier ont t clbres mardi dernier4 ,bien avant la leve du corps une foule considrable se pressait aux abords de l'htel du boulevard ,malesherbes devant lequel s'taient masses les troupes venues pour rendre les derniers devoirs au dfunt4 ,tout ce que ,paris compte d'illustrations dans le monde politique ou littraire s'tait donn rendez-vous pour assister aux funrailles4 ,a #aj heures et demie le cortge se met en marche et arrive l'glise de la ,madeleine4 ,sur la place1 difficilement contenus par les agents de l'autorit des milliers de curieux se pressent pour voir le corbillard qui disparait sous les couronnes de fleurs4 ,sous le pristyle de l'glise1 sous les colonnades1 sur les marches qui mnent au grand portique1 une foule recueillie se dcouvre avec respect quand le corps port bras par les employs des pompes funbres fait son entre dans la ,madeleine4 ,immdiatement derrire suivent le fils du dfunt et ,mme ,meissonier qui sanglote sous son long voile de veuve4 ,aprs la crmonie religieuse1 le cercueil1 plac dans un fourgon1 est transport ,poissy o a lieu l'inhumation4 ,notre correspondant qui a suivi le corps est le seul qui ait pu voir et reproduire fidlement le tableau si saisissant de ce corbillard1--derrire lequel tout l'heure encore se pressaient une foule de dix mille personnes1--traversant sous un ciel gris les froides solitudes de la fort ,saint-,germain4 ,l1 pas un tre vivant pour saluer au passage la dpouille mortelle du matre1 rien que l'abandon et le silence4 ,enfin apparat la grille de ,poissy3 le fourgon fait son entre dans la ville1 et devant la porte du cimetire1 le clerg de la paroisse1 la famille du dfunt1 le maire de la ville sont prsents pour recevoir le corps4 ,a ce moment1 une dlgation de jeunes enfants appartenant l'cole du pays vient se ranger de chaque ct du fourgon qu'entourent un grand nombre d'habitants de la localit4 ,m4 ,dubois1 cur de l'glise de ,poissy1 procde une premire bndiction du corps1 qui est inhum dans un caveau de famille4 ,illustration4 ,,aux ,,petites ,,soeurs ,,nouvelle ,par ,,ren ,,bazin ,illustrations de ,,jankowski ,voir notre dernier numro4 ,,iii ,c'taient bien des ruines1 en effet1 ces pensionnaires de ,jeanne ,jughan1 ruines de toutes sortes et de toutes provenances4 ,les uns avaient toute leur vie misr1 les autres taient dchus d'une petite aisance ou mme d'une fortune4 ,les causes qui les avaient amens l1 dans cet abri o la charit se faisait aveugle pour les recevoir1 variaient peu1 c'tait le malheur pour quelques-uns1 l'inconduite pour beaucoup4 ,certains avaient us vingt professions1 couru l',europe et l',amrique1 photographi des noces de boutiquiers ,paris1 ramass des escargots pour les restaurants1 cueilli de la mousse pour les fleuristes dans les bois de ,viroflay et lac des boeufs sauvages dans les prairies de la ,plata2 ils avaient essay de tout1 n'avaient pris pied nulle part1 et1 traqus par la faim1 ne s'taient remiss chez les ,petites ,soeurs qu'avec l'espoir secret d'en sortir encore4 ,tous ils vivaient de la vie commune1 mais non pas de la mme manire4 ,des rencontres de gots et d'origine1 des similitudes de mtiers ou de souffrances mme1 les groupaient en petites compagnies1 pour la promenade ou le travail4 ,car on travaillait1 l'hospice1 oh6 pour rire1 des travaux d'enfants qui1 laisss au caprice de chacun1 ne duraient gure1 et ne rapportaient rien4 ,d'aucuns1 tisserands1 dans une salle basse1 poussaient la chsse une heure ou deux2 une demi-douzaine de tailleurs passaient des fils dans des dchirures d'habits dj repriss2 des campagnards soignaient les vaches et le cheval1 coupaient de l'herbe ou tressaient des paniers2 au beau temps1 la fenaison runissait les plus valides1 pendant huit jours1 dans un petit pr2 d'un bout de l'anne l'autre1 ceux qui pouvaient tenir une bche remuaient un demi-mtre de terre ou coupaient une mauvaise herbe dans un jardinet qui leur est concd en propre1 et dont ils amnageaient la culture au gr de leur esprit1 celui-ci en potager1 celui-l en verger minuscule1 l'autre en parterre fleuri4 ,il y avait aussi des paresseux incorrigibles ou des impotents qui ne faisaient rien4 ,autour d'eux1 pour eux1 la charit veillait1 peinait et souriait4 ,afin qu'ils pussent se reposer pleinement1 elle ne prenait pas de repos4 ,on l'et dite riche1 tant elle trouvait de moyens d'tre aimable et secourable4 ,sa patience n'avait presque point de limite4 ,elle pratiquait l'art ingrat d'tre maternelle avec les vieux4 ,le ,bolloche eut rapidement son groupe4 ,c'taient tous les anciens soldats1 pars jusque-l et flottants dans la population de l'hospice4 ,l'loquence du vieux sous-officier1 sa prestance1 l'clat magique des galons dont ils voyaient le rayon d'or sur sa manche d'invalide1 les avaient attirs4 ,ils l'coutaient volontiers4 ,au milieu d'eux1 ,le ,bolloche retrouvait l'illusion de la caserne et du commandement4 ,bataillon trs ml sans doute1 o toutes les armes se confondaient et dont plusieurs dignitaires arrivaient des compagnies de discipline4 ,mais qu'importait8 ,ils taient du mtier4 ,on mettait les campagnes en commun4 ,chacun disait la sienne1 souvent la mme1 et jamais de la mme faon4 ,ils avaient une manire eux de parler de la guerre4 ,chacun n'avait vu qu'un petit coin du champ de bataille4 ,beaucoup taient rests l'arme au pied une demi-journe sous la pluie des obus clatant4 ,leurs rcits donnaient une ide mesquine et tronque des choses militaires4 ,ils s'y complaisaient pourtant1 et y revenaient sans cesse1 propos d'un dtail qu'ils ne se souvenaient pas d'avoir dit4 ,les jours de sortie1 ceux qui rentraient de la ville avec un journal lisaient aux autres des nouvelles merveilleuses4 ,on s'chauffait propos des armements prodigieux de la ,russie ou de l',allemagne1 des fusils capables de percer des troncs de chne de cinquante centimtres1 d'une poudre sans fume1 d'un bateau sous-marin1 d'une exprience de torpilles4 ,les plus chauvins donnaient le ton1 les vieux redevenaient jeunes1 un ferment des anciennes fivres glorieuses leur courait dans le sang4 ,alors1 c'taient des dfis tous les peuples ennemis1 des jurons d'amour pour la patrie franaise1 des prdictions de victoires4 ,tous ils voyaient l'arme victorieuse passant la frontire1 et se ruant sur les villages du ,rhin2 ils croyaient en tre1 ils pillaient1 ils tuaient1 ils s'enivraient1 et s'endormaient dans les petits draps blancs des vaincus4 ,dans ces moments-l1 ,le ,bolloche tait superbe4 ,il les empoignait tous1 avec sa voix encore frappe au timbre des alcools de cantine4 ,le pas s'acclrait1 les cannes se levaient1 les bras rhumatisants s'tendaient en avant4 ,pauvres bonshommes6 leurs coeurs de troupiers franais n'avaient pas vieilli6 ,d'habitude1 ils causaient de ces sujets passionnants autour du seigle1 dont les pis commenaient montrer le nez4 ,et l-haut1 sur la terrasse de l'hospice1 quand une soeur passait1 tonne de tant d'animation1 elle s'arrtait un moment4 ,d'un oeil tranquille elle suivait ces guerriers et les comptait1 craignant toujours que le compte n'y ft pas4 ,voil nos petits vieux qui parlent de la guerre1 pensait-elle4 ,le genre de plaisir qu'ils y prenaient lui tait compltement tranger4 ,mais elle n'tait pas fche de les voir si martiaux4 ,cela lui faisait l'impression que font aux mres les garons qui jouent aux soldats de plomb1 tapageusement4 ,puis1 satisfaite de son inspection1 la cornette blanche s'en allait4 ,les petits vieux ne l'avaient pas aperue4 ,le rgime n'tait pas dur4 ,le ,bolloche avouait mme qu'il ne lui dplaisait point4 ,il avait l'illusion de l'activit et la ralit du repos4 ,ses compagnons donnaient pleine satisfaction son got de gloriole4 ,il mangeait bien1 souffrait peu de sa jambe1 respirait huit heures par jour l'air des collines que vivifiait le cours prochain d'une grande rivire1 tendue et ramifie l'infini dans la campagne verte1 comme la nervure bleue d'une feuille de chardon4 ,et cependant il dprissait4 ,les rides creuses de ses joues se creusaient encore4 ,il avait des moments de mutisme et de sauvagerie auxquels les soeurs ne se trompaient pas4 ,soeur ,dorothe avait essay d'une ration supplmentaire de tabac1 un moyen pourtant bien efficace4 ,le ,bolloche avait pris1 remerci1 fum2 il ne s'tait pas ragaillardi4 ,peut-tre qu'il voudrait voir sa femme plus souvent1 avait song la soeur4 ,et1 au lieu de deux fois par semaine1 ,le ,bolloche s'tait rencontr chaque jour1 dans un corridor de l'hospice1 avec sa femme1 trs bien habitue1 elle1 trs douce et efface1 l comme ailleurs1 ils causaient un peu4 ,mais ils n'avaient pas grand chose se dire1 n'ayant jamais eu la mme humeur1 et n'ayant plus la mme vie4 ,le bonhomme ne revenait pas plus gai de ces visites de faveur4 ,a force d'y songer1 soeur ,dorothe eut une inspiration4 ,l'ayant aperu qui1 au milieu de son parterre1 le pied sur sa pelle1 immobile1 regardait obstinment la partie basse de la ville1 les horizons voils o les maisons1 les rues1 les jardins1 n'ont plus de forme arrte1 et ne sont plus que des nuances dans la gamme adoucie des lointains1 elle devina sa pense4 --,c'est votre fille qui vous manque8 dit-elle4 ,le ,bolloche1 qui n'avait pas vu la soeur1 tressaillit ce mot4 ,son vieux visage devint dur1 ses yeux s'emplirent d'un feu sombre1 il n'aimait pas qu'on st ses affaires1 et la dcouverte d'un chagrin qu'il tait trop fier pour confier personne le blessait comme une indiscrtion4 ,mais bientt1 l'motion que ce nom lui avait cause1 votre fille1 fut la plus forte4 ,il ne fut point matre de s'y abandonner2 elle l'emporta tout entier1 elle le changea4 ,ses traits se dtendirent1 et humblement1 doucement1 d'un ton o perait l'aveu de sa longue souffrance1 il rpondit4 --,c'est vrai4 --,pourquoi ne l'avoir pas dit plus tt8 reprit la soeur4 ,depuis cinq semaines que vous tes ici1 vous ne l'avez pas vue8 --,non4 --,voulez-vous que je lui crive de venir8 --,oh6 oui6 --,vous l'aimez bien1 cette ,dsire8 ,il n'eut pas la force de rpondre4 ,ses mains tremblaient sur le manche de sa pelle1 et ses yeux1 qu'il avait dtourns1 voyaient sans doute en songe1 debout dans l'herbe du pr1 l'enfant qui venait lui4 ,le soir1 quand soeur ,dorothe demanda la suprieure la permission d'crire1 elle ajouta4 --,ce petit vieux est incroyable1 on dirait que c'est lui qui est la mre4 ,et1 ayant couvert une feuille de papier d'une criture ingale et htive1 elle la mit la poste1 l'adresse de ,dsire4 ,,iv ,si la jeune fille n'avait point encore visit ses parents1 ce n'avait pas t faute d'y songer4 ,mais l'aeule tait tombe malade assez gravement1 et1 malade1 elle tait1 comme beaucoup d'infirmes1 d'une exigence extrme4 ,la solitude lui faisait horreur4 ,il avait fallu la soigner1 la veiller1 ne jamais la quitter4 ,a peine laissait-elle ,dsire sortir le temps d'aller acheter des provisions1 un peu au-del de l'octroi4 ,comment et-elle permis une course l'hospice qui1 vu la longue distance1 et pris toute une matine8 ,dsire avait d attendre1 et les semaines avaient coul4 ,la lettre de soeur ,dorothe arriva en pleine connaissance de la malade1 et ces deux causes combines1 instances d'un ct1 sant renaissante de l'autre1 dcidrent l'aeule4 --,va1 ma petite1 dit-elle4 ,sois le moins longtemps possible4 ,tu me rapporteras des nouvelles d'tienne4 ,elle ne pensait gure sa bru1 ni autrefois1 ni prsent4 tienne seul l'occupait4 ,dsire partit aussitt4 ,elle tait contente la pense de revoir les siens1 contente aussi d'tre libre et de la beaut du jour4 ,il faisait un temps gris-perle si lger que tous les rayons le traversaient1 un de ces ciels de fin de mai qui habituent les fleurs au grand soleil d't4 ,les stellaires toilaient les talus de la banlieue4 ,des deux cts de la route1 quand ,dsire passait1 des moineaux perchs sur les toits1 sur les vieux murs1 s'envolaient en troupes1 avec un petit cri d'appel si gai1 si vif1 qu'il semblait ,dsire que son coeur s'envolait aussi4 ,il n'allait pas d'ailleurs bien loin1 pas plus qu'eux4 ,sa nature n'tait pas rveuse1 mais plutt agissante et vaillante4 ,elle songeait des commandes qu'il fallait livrer dans la semaine1 une lessive qu'elle aurait bientt1 un semis de volubilis qu'elle avait fait le long de la maison1 et qui commenait lever1 mais surtout au moyen d'apprendre tresser le rotin et l'osier1 maintenant que son mtier d'enfance prissait4 ,elle avait mis sa robe bleue1 un col blanc attach par une broche de cornaline et un chapeau1--pour un si long voyage6--compos d'un seul ruban bleu chiffonn sur du tulle noir4 ,c'tait ce qu'elle avait de plus beau4 ,d'autres qu'elles eussent trouv la toilette bien pauvre4 ,mais elle s'en inquitait peu1 n'ayant souci1 pour le moment1 que de plaire ceux qu'elle allait voir4 ,elle tait sre d'y russir4 ,et ainsi faite1 songeant1 pour le rsoudre1 au problme toujours compliqu de sa vie de travail1 elle marchait sans se presser sur la route o des brises folles1 soufflant au travers des haies1 s'amusaient faire tourner des pinces de poussire4 ,avant d'entrer l'hospice1 ,dsire s'arrta devant le moulin1 un peu lasse1 un peu rouge1 afin de reprendre haleine et de relever ses cheveux dont la masse trop lourde1 dtache par la marche1 lui tombait sur la nuque4 ,la route1 quelques pas de l1 finissait4 ,un tertre au gazon pel par le pied des mulets portait le moulin blanc4 ,les quatre ailes viraient d'un mouvement puissant1 avec un doux gmissement de bois qui plie1 comme il en sort des mts de navires ou du joug des boeufs en labour4 ,le vent montait de la rivire4 ,et ,dsire tait charmante1 tte nue1 la taille cambre1 les bras carts pour nouer ses cheveux d'or4 ,c'est prcisment quoi rflchissait un jeune meunier qui1 sans quelle l'apert1 s'tait accoud la lucarne du moulin4 ,de tout temps les meuniers ont pass pour philosophes et mditatifs4 ,je parle de ceux des hauteurs1 leur mtier les y porte4 ,ils tiennent de l'ermite et du guetteur de phare4 ,une partie de leur vie se passe attendre1 l'autre laisser travailler le vent4 ,ils voient de grands horizons1 et les choses petites en-dessous d'eux4 ,quand leur nature n'y est point rebelle1 les meuniers ont beau jeu pour songer4 ,celui-l ne sortait pas de la tradition4 ,son large feutre enfarin coiffai une assez belle tte de garon1 un peu molle1 mais intelligente1 des yeux bruns1 des joues sans teint et une bouche lgrement releve1 dont tout le visage prenait un air de goguenardise1 signe distinctif de l'espce4 ,il s'avana encore un peu dans la lucarne1 et dit4 --,vous n'avez pas l'air bien presse1 mademoiselle8 ,ce sont l de ces phrases banales par lesquelles1 dans le peuple1 les inconnus se ttent1 et manifestent l'intention d'engager un brin de causerie4 ,elle le regarda1 surprise1 et1 ne lui trouvant pas les yeux trop hardis1 rpliqua3 --,ni vous non plus1 ce que je vois4 --,que voulez-vous6 reprit-il1 quand le moulin va1 les meuniers n'ont rien de mieux faire que de regarder les filles qui passent2 c'est un joli mtier2 mme quand a va le mieux1 on a de la libert4 --,tous les mtiers ne sont pas de mme1 fit ,dsire en soupirant4 ,elle renoua la bride fane de son chapeau1 et se dtourna pour s'en aller4 ,mais elle lui plaisait videmment1 car il la retint en demandant3 --,que faites-vous don8 --,pailleuse de chaises1 rpondit-elle4 ,autrefois c'tait bon4 ,nous gagnions notre vie4 ,et puis a s'est perdu4 ,mon pre a t oblig de se mettre l'hospice4 ,un bon travailleur1 pourtant1 je vous assure1 jamais en retard1 point dpensier3 tout le monde l'aimait4 --,il est ,jeanne ,jughan8 --,oui1 et ma mre aussi2 je vais les voir4 --,alors1 vous tes comme orpheline chez vous1 mademoiselle ,rose8 --,non1 pas ,rose1 dit-elle en riant4 ,dsire4 ,ils se regardrent un moment1 riant tous deux de la faon drle dont il lui avait demand son nom4 ,elle ajouta4 --,je ne suis pas si seule que vous croyez2 j'ai ma grand'mre avec moi4 --,vous habitez loin8 --,de l'autre ct de la ville1 proche l'octroi4 ,grand'mre est aveugle4 --,aveugle6 rpta le jeune homme1 ce ne doit pas tre gai pour vous8 --,c'est surtout triste pour elle4 --,mais alors vous ne sortez gure --,presque pas4 --,le dimanche1 n'est-ce pas1 un tour la foire ou bien dans les assembles8 --,jamais1 fit ,dsire1 comme si cette supposition l'et offense1 je n'y vais jamais6 ,elle se mit rougir1 subitement devenue confuse du tour intime que prenait la causerie4 ,lui1 au contraire1 montrait ses dents blanches4 ,il avait l'air tout content4 --,je vous crois1 mademoiselle ,dsire1 et a se voit bien sans que vous le disiez4 ,au revoir donc6 --,bonsoir1 monsieur6 ,a peine eut-elle tourn le coin de la haie1 qu'elle se sentit toute dpite4 ,s'arrter ainsi causer sur les chemins6 ,comment avait-elle fait cela8 ,et que de choses elle avait racontes en peu de temps1 son pre1 sa mre1 l'aeule1 la vie qu'on menait la maison6 il lui faisait dire tout ce qu'il voulait4 ,et lui1 prudemment1 savait se taire4 ,comme il tait adroit pour enjler les filles1 ce garon6 ,avant de pntrer dans la cour1 comme elle tait cache par le mur1 elle retourna la tte rapidement1 et jeta un coup d'oeil du ct du moulin4 ,la lucarne tait vide1 toute noire sur le mur blanc4 ,heureusement1 pensa ,dsire1 qu'il avait l'air honnte et que personne ne m'a vue4 ,elle monta les marches du perron1 et demanda son pre4 ,le ,bolloche tait dehors1 au milieu d'un espace dcouvert et sabl1 qui s'tendait au bas du champ de seigle4 ,on l'avait pris pour arbitre d'un coup de boule douteux1 et1 courb1 il mesurait avec sa canne la distance conteste4 ,une dizaine de joueurs1 ses compagnons1 penchs en cercle1 taient absorbs par l'attrait de cette vrification4 ,ils se relevrent tous ensemble1 et ,le ,bolloche aperut ,dsire qui dvalait le long du champ1 sa robe bleue frlant les pommiers nains et la bordure de fraisiers hardiment fleurie par dessous4 --,ma fille6 dit-il4 ,c'tait un vnement1 ces vingt ans dans un asile de vieillards1 cette sant rayonnante au milieu de toutes les dcrpitudes humaines4 ,les camarades de ,le ,bolloche1 leurs boules la main1 regardaient venir la jeune fille4 ,presque tous sans famille1 ayant roul partout sans s'attacher nulle part1 isols d'ailleurs par leur ge et enserrs dj dans cette demi-mort du refuge que la charit ne peut dguiser compltement1 ils respiraient comme un parfum cette apparition qui s'avanait4 ,tous en taient rjouis4 ,elle rappelait chacun quelque souvenir cher4 --,elle ressemble une belle cantinire que j'aie connue1 dit l'un4 --,si elle avait des cheveux sur le front1 ne jurerait-on pas une actrice du caf du cours ,dajo8 reprit un autre1 un ancien marin dont la mmoire refluait trs loin en arrire1 la vue de ,dsire4 ,un troisime murmura un nom que personne n'entendit4 ,sa tte1 branlant par saccades1 s'abaissa vers sa poitrine1 deux larmes tombrent sur les chiffons de laine dont ses pieds malades taient envelopps1 et nul ne sut quelle image lointaine de femme ou de jeune fille saluait1 travers les temps1 l'motion de cet abandonn4 ,ils virent ,le ,bolloche s'avancer vers ,dsire1 passer son bras sous le sien1 et s'enfoncer dans l'alle qui coupait les champs mi-cte4 ,tirs de leur extase1 ils s'entreregardrent alors les uns les autres d'un air dur4 ,ils taient jaloux de l'ancien sergent4 ,personne ne venait ainsi pour eux4 ,la partie de boules fut laisse l4 ,le ,bolloche et sa fille se promenrent d'abord tous deux dans l'alle4 ,il tait rayonnant4 ,son bonheur se doublait de la fiert de marcher prs d'elle4 ,il jouissait des tonnements qu'elle provoquait4 ,il la considrait1 comme pour rhabituer ses yeux chacun des traits de son enfant4 ,ah6 petite1 disait-il1 petite1 que je suis content6 ,je ne puis vivre sans te voir6 ,il ne pouvait dire autre chose4 ,puis la mre ,le ,bolloche vint les retrouver4 ,on monta vers l'hospice dont il fallut faire le tour1 vers le grand verger entour de murs qui ne s'ouvrait que par faveur aux parents en visite4 ,et alors la conversation s'engagea4 ,dsire avait d se mettre entre les deux vieux4 ,ils lui parlaient en mme temps1 chacun de ce qui l'intressait4 ,les moindres choses du domaine revivaient dans leur souvenir avec une merveilleuse intensit de tendresse et de regret4 ,c'est incroyable tout ce qu'un pr1 une maison et une pauvre aeule qu'on a laisss peuvent fournir de questions4 ,dsire rpondait de son mieux4 ,la joie des siens l'panouissait aussi4 ,elle n'avait pas le temps de penser elle-mme4 ,et cependant1 chaque fois qu'elle arrivait au dtour d'une certaine alle1 l'ombre des ailes du moulin1 franchissant les murs1 accourait au-devant d'elle1 l'enveloppait1 semblait vouloir l'enlever au passage4 ,dsire en prouvait un petit frisson4 ,elle s'imaginait1 bien tort peut-tre1 et sans avoir la libert d'y penser1 d'ailleurs1 que ces grands bras d'ombre l'appelaient2 et qu'il y avait l-bas1 par une fente ignore du moulin1 deux yeux bruns qui la suivaient4 ,v ,de retour chez elle1 ,dsire trouva l'aeule moins inquite qu'elle ne supposait1 heureuse de lui annoncer4 --,petite1 il est venu pendant ton absence une belle commande1 douze chaises rempailler finement1 en blanc et noir1 on dirait que le mtier veut reprendre4 ,dsire ne se faisait pas d'illusion ce sujet1 mais l'occasion n'en tait pas moins bonne4 ,ds le lendemain elle se mit au travail1 toute repose et comme renouvele par cette aprs-midi de la veille4 ,elle dut sortir de l'apentis les gerbes de seigle tri qu'un trop long sjour l'ombre avait rendues humides1 les dlier et les tendre sur un coin fauch du pr1 par jonches rgulires4 ,et1 tandis que le soleil et l'air les schaient1 elle s'occupa enlever les garnitures uses des chaises1 consolider les barreaux1 teindre quelques poignes de tiges qui feraient1 sur les siges nouveaux1 des mouchetures rgulires1 comme des queues d'hermine sur une pelleterie claire4 ,cela lui prit deux jours4 ,pendant ce temps1 elle songea bien1 plusieurs fois1 la rencontre qu'elle avait faite de ce meunier1 sans dplaisir1 mais sans trouble non plus1 ainsi que nous pensons aux choses qui n'auront pas de suite4 ,de la cte de l'octroi1 en allant acheter ses provisions1 elle chercha les ailes du moulin l'horizon1 et elle les aperut qui tournaient1 toutes petites1 comme un jouet d'enfant4 ,le troisime jour au soir1 voyant que la paille tait sche et qu'elle avait repris sa belle teinte d'or ple1 elle jugea qu'il tait temps de la rassembler4 ,par javelles minces1 soigneusement pour ne pas froisser les tuyaux droits du seigle1 elle la relevait1 et la portait sous l'appentis4 ,on et dit une moissonneuse4 ,elle aimait manier cette matire souple et frmissante que chaque pas faisait trembler sur son bras2 il lui plaisait de courir ainsi dans la longueur du pr1 dans l'herbe encore chaude de l'ardente raye qu'elle avait bue4 ,la moindre circonstance qui la tirait du logis semblait une distraction cette fille laborieuse4 ,au moment o elle ramassait les dernires brasses de paille1 le soleil tait depuis longtemps couch1 le crpuscule envahissait le faubourg4 ,et voil qu'en se redressant1 ,dsire vit la forme d'une tte d'homme au-dessus du mur qui se dessinait comme un ruban brun sur le couchant4 ,elle n'hsita pas une seconde1 c'tait lui4 ,une rougeur lui monta au visage4 ,elle se baissa vivement1 saisit le reste de sa paille1 et1 sans se dtourner vers la route1 rentra dans l'appentis4 ,quand elle en sortit1 le jeune homme1 ou cette forme qu'elle avait prise pour lui1 s'tait effac4 ,que venait-il faire8 ,depuis combien de temps la regardait-il8 ,oh6 ceci tait une chose grave4 ,pourquoi lui1 qui l'avait appele le premier jour par la fentre de son moulin1 avait-il peur d'elle prsent8 ,car il avait disparu sitt qu'elle l'avait regard4 ,disparu8 ,peut-tre s'tait-il cach8 ,toutes ces questions se pressaient dans l'esprit de ,dsire4 ,aprs tout1 se dit-elle1 ce garon ne peut me vouloir de mal4 ,je veux savoir ce qu'il est devenu1 et j'irai voir4 ,elle remonta le pr dans le foin haut1 longea le mur1 et bravement1 l'endroit o l'apparition s'tait vanouie1 posant le pied sur une pierre en saillie1 elle se haussa jusqu' dpasser le mur de la moiti de son corps4 ,la route fuyait1 floconneuse et grise4 ,personne qu'un paysan qui descendait la cte au trot de sa carriole4 ,pourtant elle ne s'tait pas trompe4 ,elle considra le sommet du mur1 les barbes des mousses qui le couvraient1 les rameaux toils d'une plante jaune qui y fleurissait1 taient couchs par place4 ,quelqu'un s'tait appuy l4 ,elle chercha encore1 et1 sur une ardoise nue1 dchausse de la muraille1 au dernier rayon du jour1 elle reconnut vaguement que des lettres avaient t traces4 ,elle enleva la pierre1 la tourna vers le couchant que bordait une dernire frange d'or ple1 et lut4 ,dsire4 ,quel autre que lui avait pu crire ce nom-l8 ,la rose d'une seule nuit et suffi effacer les caractres tracs la pointe du couteau1 tandis qu'au contraire1 sur le bord de chaque trait1 un duvet de poussire enlev par l'entaille restait encore4 ,c'tait donc lui qui1 tout l'heure1 l'avait regarde lever ses javelles de seigle1 et1 pour lui faire entendre ce qu'il n'osait lui dire1 pour lui montrer qu'il songeait elle1 avait crit4 ,dsire4 ,ce mot-l1 c'tait une lettre1 en somme4 ,une lettre d'amour4 ,qu'est-ce que cela signifiait1 ,dsire1 sinon4 ,je vous aime6 ,il l'aimait donc8 ,la jeune fille emporta l'ardoise1 et rentra4 ,la grand'mre attendait4 --,tu as t bien longtemps1 dit-elle4 ,l'anglus a sonn aux deux paroisses444 ,dsire lisait pour la dixime fois1 la lumire d'une bougie1 le mot crit sur la pierre4 --,tu avais donc bonne envie de travailler ce soir8 reprenait l'aeule444 ,allons1 mange un peu444 ,pourquoi ne rponds-tu pas8 ,tu es lasse8444 ,mais elle ne rpondait que des mots distraits4 ,et l'aeule1 au son un peu altr de la voix de sa petite-fille1 se confirmant dans la pense que l'enfant s'tait surmene1 disait amicalement3 --,tu te donnes trop de tourment1 ma pauvre petite1 tu veilles trop tard dans l'appentis1 et cela te change la voix4 ,dsire dclara qu'elle tait lasse1 en effet1 et la grand'mre fit semblant d'avoir sommeil plus tt que de coutume ce soir-l4 ,illustration4 ,alors1 libre de songer1 d'tudier ce qui tait arriv et ce qu'elle prouvait en elle-mme1 la jeune fille se laissa emporter par le rve4 ,elle tait donc aime6 ,cela lui semblait trs sr et trs doux4 ,le soupon ne lui vint pas mme qu'il et voulu plaisanter4 ,le premier mot d'amour1 incertain et voil1 le premier hommage rendu son charme de jeune fille1 avait atteint le fond de cette nature primitive4 ,elle y rpondait dj par de grands lans de coeur qui la surprenaient elle-mme4 ,et peu peu elle vint songer que ces ides qui la remplissaient maintenant taient nes du jour mme o elle avait rencontr ce garon4 ,un trouble profond et dlicieux s'ensuivit4 ,demain1 l'avenir1 se marier1 tre heureuse1 elle tait remue par ces lointains magiques et vagues1 comme ces petites rivires aux bords pleins d'ombre1 qui ressentent jusqu' leur source la pousse de la mer invisible4 ,tous les dtails de leur courte entrevue lui redevenaient prsents4 ,elle se rappelait les questions qu'il lui avait faites1 les moindres paroles qu'il lui avait dites1 afin d'y dcouvrir aussi un sens nouveau4 ,elle n'y russit que trop4 ,l'une d'elles1 que ,dsir n'avait point remarque d'abord1 commena a l'inquiter4 ,quand elle avait rpondu qu'elle n'allait jamais aux assembles4 ,je vous crois1 avait-il dit en riant1 cela se voit bien sans que vous le disiez4 ,a quoi donc l'avait-il devin8 ,sans doute il la trouvait trop pauvre et trop mal habille8 ,les filles qui vont le dimanche en promenade1 celles qui peuvent prtendre plaire1 sont autrement vtues4 ,il l'en avait avertie4 ,on voit bien que vous n'avez pas de belles faons1 et que vous ne savez pas vous mettre4 ,oui1 voil ce que signifiait la phrase et le sourire qui l'accompagnait4 ,s'il la retrouvait ainsi1 quand elle retournerait voir son pre et passerait prs du moulin blanc1 le caprice passager qu'elle avait pu lui inspirer disparatrait4 ,dsire ,le ,bolloche n'tait pas assez bien habille1 pas assez coquette1 non srement1 pour qu'un homme fut fier de la promener son bras4 ,lui surtout1 car il devait tre riche2 il devait aimer les jolies robes1 les gants1 les plumes au chapeau1 les petits souliers mordors que portent les ouvrires de la ville1 et mme les jeunes laitires de la campagne4 ,tandis qu'elle6 oh6 la pauvret dure6 oh6 le bonheur de celles qui ont un peu d'argent pour se faire plus belles6 ,illustration4 ,cette pense triste remplaa bientt toutes les autres4 ,la chanson d'amour peine commence dgnrait en plainte4 ,dsire demeura veille une partie de la nuit4 ,puis1 lentement1 un projet lui vint4 ,elle hsita1 le repoussa1 le reprit444 ,le lendemain1 avant le jour1 elle tait au travail4 ,elle se htait si fivreusement que jamais elle n'avait travaill de la sorte4 ,en moins de temps qu'on ne lui en avait accord1 les douze chaises purent tre livres et payes4 ,dsire1 en rapportant l'argent1 dit l'aeule4 --,grand'mre1 si tu voulais bien1 j'irais demain ,jeanne ,jughan4 --,demain1 petite1 c'est bien tt4 ,il n'y a pas dix jours que tu ne les as vus6 --,grand'mre1 j'ai fini l'ouvrage1 laisse-moi aller4 ,l'aeule rpondit aprs un moment2 --,je vois bien que tu ne te plais plus ici1 ma petite4 ,je suis trop vieille1 et tu es trop jeune4 ,je le savais bien quand ton pre est parti4 ,va donc comme il te plaira4 ,et ni l'une ni l'autre ne causrent plus de cette absence du lendemain4 ,dsire tcha d'tre douce et prvenante4 ,elle aida la grand'mre se dshabiller1 et1 assise prs de la table1 prtextant un ouvrage de couture terminer1 elle attendit4 7,a suivre47 ,ren ,bazin4 ,illustration4 ,,suppl,,ment ,l',,illustration ,,du #g ,f,,vrier #ahia ,d'aprs les photographies de la maison ,lecadre4 ,l',,oeuvre ,,de ,,meissonier ,illustration3 ,l',empereur ,solfrino4 ,illustration3 ,l',attente 7lgue au ,louvre74 ,illustration3 ,le ,joueur de flte4 ,illustration3 ,le ,graveur 7lgue au ,louvre74 ,illustration3 ,les ,bravi4 ,illustration3 ,les deux ,amis4 ,illustration3 #ahad4 ,illustration3 ,un ,incroyable4 ,illustration3 ,les ,amateurs4 ,illustration3 ,joueurs de boules4 ,illustration3 ,a l',auberge4 ,illustration3 ,une ,lecture chez ,diderot4 ,illustration3 ,le ,peintre d'enseignes4 ,illustration3 #ahjg4 ,illustration3 ,les ,joueurs d'checs4 ,illustration3 ,l',amateur de gravures4 ,illustration3 ,moreau et ,dessoles4 ,illustration3 ,le ,portrait du sergent4 ,illustration3 ,la ,partie de piquet4 ,illustration3 #ahje4 ,illustration3 ,la ,rixe4 ,illustration3 ,m4 ,vanderbilt4 ,illustration3 ,autographe de ,meissonier4 ,illustration3 ,la ,confidence4