,,cours ,,familier ,,de ,,litt,,rature ,,revue ,,mensuelle ,,xviii ,paris4--,typographie de ,firmin ,didot frres1 imprimeurs de l',institut et de la ,marine1 rue ,jacob1 #ef4 ,,cours ,,familier ,,de ,,litt,,rature ,,un ,,entretien ,,par ,,mois ,,par ,m4 ,a4 ,,de ,,lamartine ,,tome ,,dix-,,huiti,,me ,,paris ,,on ,s',,abonne ,,chez ,l',,auteur ,,rue ,,de ,,la ,,ville-,l',v,,que1 #dc #ahfd ,l'auteur se rserve le droit de traduction et de reproduction l'tranger4 ,,cours ,,familier ,,de ,,litt,,rature4 ,c,i,i,ie ,,entretien4 ,,aristote4 ,,traduction ,,compl,,te ,,par ,m4 ,,barth,,lemy ,,saint-,,hilaire4 7,,premi,,re ,,partie47 ,i4 ,aristote est un des grands types de l'esprit humain1 peut-tre le plus grand1 si la justesse de l'esprit fait partie de sa perfection4 ,nous allons l'tudier ensemble2 mais je dois d'abord vous dire comment j'ai pu le connatre et lui donner sa place1 la premire de toutes1 dans le catalogue des grandes et saines intelligences4 ,il lui fallait un traducteur digne de lui4 ,je ne savais du grec classique que ce que l'enfance en apprend dans les premires tudes1 et ce que l'ge mr en fait oublier4 ,j'tais incapable d'interprter sans guide et sans matre ni ,homre1 ni ,platon1 ni ,aristote4 ,je cherchais quelqu'un2 le hasard1 cette providence des hommes qui cherchent1 me le fit rencontrer au milieu des flots turbulents d'une rvolution populaire1 la tte de laquelle j'avais t jet2 voici comment3 ,,ii4 ,en #ahdh1 pendant que j'tais submerg par des masses de citoyens agits1 tantt l'htel de ville de ,paris1 tantt dans les rues ou sur les places publiques1 tantt la tribune de la chambre des dputs ou de l',assemble constituante3 #bd fvrier1 #bg fvrier1 #bh fvrier1 journe du drapeau rouge2 #af avril1 journe des grands assauts des factions combines contre les hommes d'ordre2 #ae mai1 journe o la chambre nouvelle viole est dissoute un moment par les ,polonais1 ferment ternel de l',europe2 journes dcisives de juin o nous combattmes contre les insenss frntiques de la dmagogie1 et o nous donnmes du sang au lieu de paroles notre pays3 je fus frapp par la physionomie belle1 grande1 honnte et intrpide d'un homme de bien et de vertu1 que je ne connaissais pas1 mais que j'avais eu le temps de remarquer autour de moi aux clairs de son regard4 ,ce regard d'honnte homme1 en tombant calme et serein sur les foules1 semblait les contenir1 les clairer et les calmer1 comme un beau rayon de soleil sur les vagues cumeuses d'une mer d'quinoxe4 ,je lui parlais1 il me parlait1 nous nous entendions demi-mot2 mais je n'osais pas lui demander son nom1 de peur de paratre ignorer ce qu'on devait supposer que je connaissais4 ,ce ne fut que longtemps aprs que je demandai tout bas un des tmoins de ces scnes1 qui tait cet homme si dvou et si calme1 et qu'on me rpondit3 ,c'est ,barthlemy ,saint-,hilaire1 le traducteur d',aristote4--,cela ne me surprend pas1 dis-je mon tour3 il y a du grec dans cette intelligence1 et de la philosophie dans ce courage4 ,,iii4 ,nous nous perdmes de vue pendant quelque temps2 je m'informai avec anxit de lui2 j'appris que1 retir dans un petit jardin de lgumes au milieu d'un faubourg de la banlieue de ,meaux1 rsidence de ,bossuet1 ,barthlemy ,saint-,hilaire1 aprs avoir refus ce qu'on le conjurait d'accepter comme gage de son silence1 vivait ,meaux du travail de ses mains dans une hutte de son jardin1 et nourrissait sa vieille tante de quatre-vingt-six ans des carottes et des pommes de terre cultives par lui4 ,il se rservait quelques heures du milieu du jour pour continuer religieusement sa traduction d',aristote1 commence en #ahcb4 ,cette traduction tait l'me de sa vie4 ,il venait me voir de temps en temps pendant ses courses ,paris4 ,bientt il fut nomm une place honorable et lucrative d'administrateur libre dans la ,compagnie de l',isthme de ,suez4 ,il ne l'occupa qu'un moment4 ,son extrme dlicatesse ayant cru voir dans les conditions de l'entreprise des ventualits compromettantes pour la ,compagnie ou pour le pacha d'gypte1 auquel elle lui paraissait devoir de la reconnaissance au lieu d'un procs1 il envoya la ,compagnie sa dmission1 prfrant son indigente indpendance une situation ambigu4 ,il reprit avec plus d'assiduit sa traduction d',aristote4 ,il avait les quatre conditions ncessaires pour donner l',europe ce chef-d'oeuvre si longtemps inconnu3 la philosophie pratique1 la passion de son modle1 la connaissance du grec et la vertu antique1 cette condition suprieure qui force l'homme de ressembler ce qu'il admire4 ,voil le traducteur d',aristote4 ,heureux1 dans sa mdiocrit1 de n'avoir point hsiter entre deux devoirs galement impratifs3--la libert de son travail et le remboursement d'immenses dettes dont la responsabilit pserait sur sa plume1--il est libre1 donc il est heureux4 ,la dignit de son travail est entire1 et il n'a rien demander ses amis que leur amiti4 ,quel trsor vaut celui-l8 ,il l'a mrit4 ,quand j'ai song tudier pice pice cet homme encyclopdique1 qui a laiss lui tout seul d',athnes un monument homogne plus complet et plus divin mille fois que cette encyclopdie de plusieurs mains inspire en ,france par ,voltaire1 ,diderot et leurs amis1 travaillant sans plan dtruire plus qu' difier1 je suis all d'abord chercher dans sa retraite ,barthlemy ,saint-,hilaire4 ,qu'il y avait loin de cette commotion rvolutionnaire de trois mois o nous nous tions rencontrs1 et j'oserai dire aims pour la premire fois1 au branle de la roue du temps6 ,qu'il y avait loin des orages incessants du mont ,aventin de ,paris en #ahdh1 ce cabinet recueilli1 dans une rue loigne du centre1 sans autres ornements que ses livres et ses dictionnaires1 comme la tente d'un guerrier qui n'a de parure que ses armes6 ,il tait l1 travaillant une partie du jour sa traduction d',aristote ou ses autres oeuvres scientifiques1 dans la joie d'un homme de vertu4 ,pendant l't1 il empruntait un asile champtre quelqu'un de ses amis1 fiers de garder sous leur toit un reprsentant du dsintressement antique4 ,,iv4 ,quant ,aristote1 nous connaissons assez de son histoire pour vous la redire avec les certitudes et les dtails que la distance du temps et des lieux et la clbrit de l'homme ont laisss1 de traditions en traditions1 rayonner autour de ce grand nom1 hritage de deux mondes1 le monde ancien et le monde scolastique moderne4 ,la voici1 rduite en peu de mots3 mais ces mots sont clairs1 positifs1 prcis1 et ne laissent ni ombre pour les obscurcir1 ni fables pour les dnaturer4 ,la ,providence n'a pas permis que le philosophe de la raison pure servt de texte aux erreurs de la mmoire ou aux carts de l'imagination populaire4 ,v4 ,aristote naquit1 en #cej1 ,stagire1 petite ville de la ,macdoine4 ,le pre d',aristote tait un mdecin4 ,ce mdecin tait si honor que le roi de ,macdoine1 ,philippe1 pre du grand ,alexandre1 l'appela sa cour et lui confia sa sant4 ,on sait que la ,macdoine1 cette poque1 tait une espce de ,grce monarchique1 tantt allie1 tantt ennemie du ,ploponnse4 ,le caractre belliqueux de ses habitants et l'unit du pouvoir hrditaire concentr dans la main d'un roi guerrier la rendait tantt secourable1 tantt redoutable la ,grce rpublicaine4 ,philippe tait digne par son gnie et par son caractre d'tre le pre d',alexandre4 ,il levait en lui un oppresseur des ,grecs et un conqurant des ,perses4 ,le pre d',aristote tait son ami autant que son mdecin4 ,il acquit une fortune honorable dans cette intimit1 comme on peut le conclure de son testament qui laissa son fils1 ,aristote1 dans les meilleures conditions pour un philosophe1 absorb dans les tudes universelles1 libre1 ais et dsintress de tout1 except du progrs de l'esprit humain en tous genres4 ,on a dit et crit que ,philippe1 la naissance de son fils ,alexandre1 adressa ,aristote une lettre o il se rjouissait non pas tant d'avoir un fils1 mais que ce fils ft n une poque o il pouvait lui donner pour prcepteur ,aristote4 ,cette lettre est possible1 mais peu vraisemblable4 ,la chronologie en fait douter4 ,alexandre1 dans sa premire enfance1 rclamait alors les soins des femmes sous sa mre ,olympias1 et non le lait encore lointain d'un sage instituteur4 ,il est plus probable que ,philippe crivit1 longtemps aprs1 quelque chose d'analogue au fils de son mdecin4 ,il tait digne d'avoir crit cette lettre1 comme ,aristote tait digne de l'avoir reue4 ,,vi4 l'ge de dix-sept ans ,aristote quitta la ,macdoine pour venir ,athnes1 capitale alors du gnie humain1 tudier sous les plus grands matres en tous genres de vertus1 de sciences et d'arts1 non-seulement la mdecine1 qu'il cultiva toujours comme ,hippocrate1 mais la philosophie sous ,socrate1 la posie sous les commentateurs d',homre1 la mtaphysique sous ,platon1 l'loquence sous ,dmosthne1 la politique sous ,pricls1 l'architecture et la sculpture sous ,phidias1 le drame sous ,sophocle1 ,eschyle et mme ,euripide1 toute la civilisation enfin sous le peuple athnien4 ,c'tait certainement1 en effet1 le plus tonnant spectacle que la ,providence ait jamais offert aux hommes sur un point presque imperceptible du globe1 que d'avoir non pas donn un petit peuple une telle runion de vertus1 de talents et de gnies dans ces grands hommes1 mais que d'avoir donn ces grands hommes1 dans ,athnes1 quatre cents ans avant ,jsus-,christ1 un peuple capable de les discuter et de les admirer4 ,reverra-t-on jamais une telle poque1 o tant de gnies concentrs dans une petite ville taient le premier miracle1 et o un peuple plus miraculeux tait digne de les voir1 de les entendre et de les admirer1 lors mme que ses passions civiques et religieuses pouvaient de temps en temps1 tmoin ,socrate1 tmoin ,dmosthne1 tmoin ,aristote lui-mme1 les forcer accepter ou se prparer la cigu8 ,,vii4 ,aristote1 remarqu alors pour son aptitude1 pour ses travaux et pour sa modestie1 dans l'cole de ,platon1 suivit1 pendant seize ans1 les leons de ce philosophe ou plutt de ce pote de l'immortalit4 ,mais1 quand ,platon voulut transporter sur la terre ses rves impossibles et introduire ses fantaisies dans le domaine des ralits1 ,aristote le plaignit1 repoussa modestement ses doctrines politiques1 aigrit son matre1 qui tenait plus ses chimres qu'aux vraies doctrines de ,socrate1 et s'loigna respectueusement de lui4 ,il crut qu'il ne convenait pas de donner au peuple des rves dont le rveil pourrait tre funeste4 ,il soutint que le caractre de toute vrit tait d'tre pratique1 et que la moindre dcouverte en ce genre valait mieux pour lui et pour l'tat que les plus beaux songes4 ,,viii4 ,mais cette poque de sa vie allait finir2 la ,grce allait changer4 ,rien ne dure1 surtout les prodiges4 ,la guerre aux ,perses1 mdite par ,philippe1 fanatisait le ,ploponnse2 ,dmosthne1 plus sophiste d'opposition que vritablement patriote1 tonnait contre le roi de ,macdoine2 tout tait troubles et factions dans ,athnes4 ,philippe1 dont le fils ,alexandre touchait l'ge des tudes srieuses1 rappela ,aristote sa cour pour lui confier la dernire ducation de son fils4 ,aristote1 que son devoir comme sujet macdonien forait autant que son affection pour ,philippe se consacrer ,alexandre1 se rendit aux voeux du roi et se dvoua pendant cinq ans lever le matre futur du monde4 ,ce fut alors qu'il se maria4 ,il pousa ,pythias1 jeune ,grecque qui mourut peu d'annes aprs son mariage1 et dont il n'eut qu'un fils4 ,il prit alors1 non comme femme lgitime1 mais comme concubine lgale1 ,herpyllide4 ,il en eut un fils auquel il donna le nom de ,nicomaque1 et qu'il aima tendrement comme il avait aim la mre4 ,,ix4 ,pendant ces vnements domestiques ,aristote succda ,platon1 et1 au lieu de suivre la route des chimres1 professa ,athnes la raison des choses et les ralits de la vie4 ,socrate avait ouvert le ciel2 ,aristote1 sans mconnatre le ciel1 et en plaant toujours ,dieu et la providence au-dessus des phnomnes terrestres1 professa la spiritualit de l'me comme suprme esprance de tout4 ,cet enseignement dura environ quinze ans2 il fut suivi par une foule de jeunes ,athniens2 il fit ,aristote la plus solide et la plus clatante renomme aprs celle de ,pythagore4 ,il continua1 pendant la guerre d',alexandre en ,syrie1 en gypte et en ,perse1 recevoir de lui des lettres et lui rpondre4 ,l'ducation de ce plus grand des hommes avait t l'heureux chef-d'oeuvre de sa vie4 ,alexandre avait emmen avec lui dans ses campagnes le philosophe ,callisthne1 neveu d',aristote4 ,il contribua puissamment enrichir les sciences naturelles1 dont son matre1 alors en ,perse1 lui envoyait les plus beaux modles vivants ou morts pour tre tudis1 ou dcrits1 ou dissqus1 dans son ,histoire des animaux4 ,qu'on se figure ,napolon1 dans ses campagnes d',allemagne1 d',espagne1 de ,russie1 fournissant ,cuvier1 avec lequel il aurait t en correspondance1 les dpouilles de ces provinces et les lments de ses recherches anatomiques3 tel tait ,alexandre1 en rapport journalier avec son ancien prcepteur4 ,x4 ,aristote jouissait alors ,athnes de tout le crdit que la victoire du conqurant1 son disciple1 donnait aux allis grecs du vainqueur du monde4 ,il tait puissant sur les ,athniens1 riche1 heureux1 occup de ses travaux1 couvert des reflets de la gloire de son lve4 ,mais le soleil de ,perse1 la jeunesse facilement irritable1 l'ivresse d'une constante fortune1 les femmes et le vin1 emportrent dans les derniers temps ,alexandre jusqu' des excs d'actes et de paroles qui excitaient de grands murmures parmi les ,grecs et parmi les ,macdoniens4 ,le neveu d',aristote1 le philosophe ,callisthne1 avait suivi le hros en ,perse comme conseil1 comme historien de l'expdition4 ,aprs le meurtre de ,clitus1 ,alexandre dsespr s'enferma dans sa tente et ne voulut voir personne4 ,callisthne cependant pntra prs de lui avec ,anaxarque et tcha d'abord doucement1 et selon les rgles de la morale1 de se rendre matre de sa douleur en s'insinuant peu peu auprs de lui par ses discours et en tournant adroitement tout autour1 sans toucher la plaie et sans lui rien dire qui pt rveiller son affliction4 ,mais ,anaxarque1 qui1 ds le commencement1 avait suivi dans la philosophie une route toute particulire1 et qui avait la rputation de ddaigner et de mpriser tous ses compagnons1 se mit crier ds l'entre3 ,quoi6 est-ce cet ,alexandre sur qui la terre entire a les yeux8 ,et le voil tendu sur le plancher1 fondant en larmes1 comme un vil esclave1 craignant la loi et le blme des hommes1 lui qui doit tre la loi des autres et la rgle de toute justice1 puisqu'il n'a vaincu que pour tre seigneur et matre1 et nullement pour servir et pour se soumettre une vaine opinion6--,ne savez-vous pas1 continua-t-il en s'adressant lui-mme1 ne savez-vous pas que ,jupiter a auprs de lui1 sur son trne1 d'un ct la justice et de l'autre ct ,thmis8 ,pourquoi cela1 sinon pour faire entendre que tout ce que le prince fait est toujours quitable et juste8 ,par ces discours et autres semblables1 ce philosophe allgea vritablement l'affliction du roi1 mais il le rendit plus orgueilleux et plus injuste4 ,en mme temps il s'insinua merveilleusement dans ses bonnes grces1 et lui rendit trs-insupportable et trs-odieuse la conversation de ,callisthne1 qui n'tait dj pas trop agrable1 cause de sa grande austrit4 ,,xi4 ,callisthne1 d'une humeur austre1 voyait avec peine aussi le projet d',alexandre d'aller conqurir les ,indes et de remplacer les ,macdoniens dans son arme pour fonder en ,perse un nouvel empire4 ,callisthne s'imaginait tre le dispensateur de la gloire et le seul homme capable de transmettre la postrit les hauts faits d',alexandre4 ,l'amour-propre des sophistes que ce prince avait sa suite fut irrit1 et ils n'oublirent rien pour desservir auprs de lui ,callisthne4 ,ce philosophe perdit peu peu son crdit1 et il parat que1 se voyant disgraci1 il devint le dfenseur des moeurs anciennes et des usages de ses pres1 en s'opposant aux honneurs divins qu'on voulait rendre au conqurant macdonien4 ,il ne se souvenait donc plus d'avoir promis d'accrditer par ses crits l'opinion qui faisait de ce prince un fils de ,jupiter ,ammon8 ,peut-tre s'en repentait-il1 et croyait-il qu'en changeant de langage et de conduite le philosophe ferait oublier le courtisan4 ,mais une marche si rtrograde se pardonne rarement1 et la mort en est quelquefois la punition4 ,anaxarque1 les sophistes grecs et les grands de ,perse1 de concert avec ,alexandre1 avaient rsolu de dcerner les honneurs divins ce prince4 ,la proposition en ayant t faite dans un repas1 ,callisthne pronona sur ce sujet un discours dont ,arrien nous a conserv les principales ides4 ,il ne parat pas les avoir supposes2 du moins la convenance y est parfaitement garde4 ,aprs avoir fait sentir la diffrence qu'on devait mettre entre le culte des dieux et les hommages rendus aux grands hommes1 ,callisthne dit que1 comme ,alexandre ne permettrait pas qu'on usurpt les honneurs attachs sa dignit1 de mme les dieux s'indigneraient qu'on s'arroget ceux qui leur appartenaient4 ,s'adressant ensuite ,anaxarque1 il l'engage considrer qu'une pareille proposition pouvait convenir ,cambyse ou ,xerxs1 et non au fils de ,philippe1 qui descendait d',hercule et d'acus4 ,les ,grecs1 ajouta ,callisthne1 ne dcernrent point les honneurs divins ,hercule de son vivant1 mais aprs sa mort1 lorsque l'oracle de ,delphes1 consult sur ce sujet1 l'eut ainsi ordonn4 ,faut-il donc aujourd'hui que quelques hommes1 dans un pays barbare1 pensent comme des barbares8 ,je dois1 ,alexandre1 rappeler ton souvenir la ,grce1 pour laquelle tu as entrepris cette expdition qui lui soumet l',asie4 ton retour exigeras-tu des ,grecs1 le peuple le plus libre de l'univers1 qu'ils se prosternent devant toi8 ou en seront-ils dispenss1 et les ,macdoniens subiront-ils seuls alors cette humiliation8 ou bien encore les uns et les autres ne continueront-ils t'honorer que suivant leur usage1 et comme il convient des hommes1 tandis que les barbares le feront leur manire1 etc48 ,ce discours eut l'effet qu'on devait en attendre2 les ,macdoniens ne voulurent point se prter la crmonie de l'adoration1 tandis que les ,perses s'y soumirent avec d'autant plus de facilit qu'elle tait en usage chez eux depuis le rgne des ,grecs4 ,quoique cette crmonie ne passt pas leurs yeux pour une marque d'idoltrie1 elle n'tait pas moins trangre aux moeurs des ,macdoniens1 et devait ncessairement leur paratre un acte humiliant et digne de vils esclaves4 ,mais il n'est gure possible d'accorder les crivains entre eux sur plusieurs dtails relatifs cet vnement4 ,plutarque rapporte les divers tmoignages sans rien prononcer4 ,la partialit d',arrien en faveur d',alexandre n'est au contraire que trop sensible4 ,je regarde1 dit-il1 comme juste la haine qu',alexandre avait pour ,callisthne1 cause de sa libert inconsidre et de son orgueil insens4 ,c'est pourquoi j'ajoute foi sans peine ceux qui disent que ce philosophe entra dans la conjuration des jeunes gens contre ,alexandre ou qu'il les excita la tramer4 ,quelle consquence6 ,arrien raconte ensuite cette conjuration1 dont ,hermolas1 un des pages d',alexandre1 fut l'auteur4 ,accompagnant ce prince la chasse1 il l'avait prvenu et avait tu devant lui un sanglier4 ,battu de verges et priv de son cheval cause de cette tourderie1 il en tmoigna tout son chagrin ,sostrate1 fils d',amyntas1 et le fit entrer dans ses projets de vengeance4 ,quinte-,curce dit la mme chose2 mais il ajoute plusieurs circonstances et ne manque pas de saisir cette occasion pour mettre dans la bouche d',hermolas et dans celle d',alexandre des discours o il cherche faire briller son loquence4 ,il fait surtout bien parler ,alexandre1 qui rpond l'accus avec autant de dignit que de sagesse4 ,dans tout le rcit de ,quinte-,curce on ne trouve pourtant rien la charge de ,callisthne4 ,il assure mme que ce philosophe tait innocent de l'attentat contre la personne du roi4 ,aussi1 ajoute-t-il1 nulle autre mort ne rendit ,alexandre plus odieux aux ,grecs1 parce qu'il fit prir au milieu des tourments1 et sans l'avoir entendu1 un homme trs-recommandable par ses vertus et ses talents1 qui l'avait rappel la vie lorsqu'aprs le meurtre de ,clitus il persistait vouloir se tuer4 la vrit il se ressentit de cette atrocit2 mais il n'tait plus temps4 ,quoique ,plutarque rapporte tous les faits soit la charge1 soit la dcharge de ,callisthne1 sans en discuter aucun et sans rien prononcer1 il parat nanmoins s'intresser beaucoup ce philosophe4 ,il assure qu',hermolas et ses complices1 appliqus la torture1 ne dirent pas un seul mot contre ,callisthne4 ,il cite des lettres crites par ,alexandre lui-mme ,cratre1 ,attalus et ,alctas1 qui confirment ce fait important4 ,si ,ptolme et ,aristobule avaient eu connaissance de ces lettres1 ils n'auraient pas sans doute donn un dmenti formel leur hros en avanant que les conjurs accusrent ,callisthne de les avoir engags dans leur entreprise criminelle4 ,l'envie seule de justifier ,alexandre a pu leur dicter un pareil mensonge4 ,arrien1 toujours dispos se laisser entraner par leur autorit1 ne dissimule pas qu'un grand nombre d'crivains s'taient contents de remarquer que la familiarit de ,callisthne avec ,hermolas avait fait natre des soupons que la haine de ses ennemis rigea en preuves4 ,le mme historien ajoute que quelques autres crivains prtendaient qu',hermolas1 dans son discours1 avait reproch ,alexandre la mort injuste de ,philotas1 celle plus injuste encore de ,parmnion et de ses amis1 le meurtre de ,clitus1 le changement de costume et l'habillement la manire des ,mdes1 la tentative de se faire adorer laquelle il n'avait pas renonc1 enfin ses veilles passes dans la dbauche4 ,les mmes choses se lisent dans le discours que ,quinte-,curce fait prononcer ,hermolas2 ce qui est trs-digne de remarque1 puisqu'il en rsulte que cet historien n'imaginait pas toujours les harangues dont il a rempli son ouvrage1 et qu'il ne les composait pour l'ordinaire qu'aprs en avoir trouv le sujet1 soit dans ,clitarque1 soit dans d'autres crivains qui ne sont pas parvenus jusqu' nous4 ,peut-tre verrait-on encore1 dans le dix-septime livre de ,diodore de ,sicile1 ces reproches faits par ,hermolas ,alexandre1 si la grande lacune de ce livre ne tombait pas prcisment l'endroit o il devait tre question du meurtre de ,clitus et de la conjuration qui causa la perte de ,callisthne4 ,ce philosophe fut-il condamn sans avoir t entendu1 comme il rsulte du rcit de ,quinte-,curce8 ,cette question semble d'abord tre dcide par la loi macdonienne1 d'aprs laquelle aucune peine ne pouvait tre inflige un accus sans que son procs lui et t fait dans une assemble de ,macdoniens2 mais cette loi n'tait point applicable ,callisthne4 ,dans le discours que ,quinte-,curce met dans la bouche d',alexandre1 en prsence de son arme1 ce prince s'adresse ,hermolas3 l'gard de ton ,callisthne1 aux yeux duquel tu parais un homme de coeur parce que tu as l'audace d'un brigand1 je sais pourquoi tu voulais qu'on l'introduist dans cette assemble3 c'tait pour qu'il y dbitt les mmes horreurs que tu as vomies contre moi ou celles que tu lui as ou dire4 ,s'il tait ,macdonien1 j'aurais fait entrer avec toi un matre digne de t'avoir pour disciple2 mais1 tant ,olynthien1 il n'a pas aujourd'hui un pareil droit4 ,ptolme assurait que ,callisthne avait t appliqu la torture1 ensuite mis en croix4 ,quelques-uns prtendaient que1 ayant t renferm dans une cage de fer1 on l'y laissa dvorer par les poux2 d'autres1 qu'on lui avait coup le nez1 les oreilles et d'autres membres1 supplices usits chez les ,orientaux et les nations barbares1 qui ne comptent pour rien la plus grande peine que la socit puisse infliger s'ils n'y ajoutent la dure et l'intensit de la douleur4 ,aristobule disait au contraire que ,callisthne1 charg de chanes1 avait t tran la suite de l'arme et tait mort de maladie4 ,suivant ,chars1 ce philosophe fut gard sept mois aux fers1 parce qu',alexandre avait dessein de le faire juger devant un tribunal en prsence d',aristote1 c'est--dire lorsque ce prince aurait t de retour dans la ,grce4 ,selon ce mme ,chars1 au temps o ,callisthne mourut d'inanition et de la maladie pdiculaire1 ,alexandre tait occup la guerre des ,malliens et des ,oxydraques4 ,enfin ,plutarque nous a conserv le fragment d'une lettre de ce prince ,antipater1 dans lequel on lit3 ,les jeunes gens ont t lapids4 ,je chtierai moi-mme le sophiste 7,callisthne71 les hommes qui me l'ont envoy1 et ceux qui reoivent dans leur ville des personnes qui conspirent contre moi4 ,les derniers sont videmment ,dmosthne et les autres dmagogues d',athnes1 ,aristote et les philosophes4 ,on voit ici1 d'aprs les paroles mmes d',alexandre plaidant sa propre cause devant l'assemble des ,macdoniens de son camp1 que le gouvernement reprsentatif de ,macdoine subsistait encore en ,asie dans l'arme1 et que les procs mme d'tat taient jugs avec publicit et libert par le tribunal populaire ou militaire4 ,alexandre gagna le procs contre les jeunes conspirateurs et contre ,callisthne1 leur complice4 ,il laissa excuter les conspirateurs contre sa vie2 il pargna ,callisthne1 dont la complicit n'tait que morale4 ,il ne livra pas le philosophe aux bourreaux2 il se contenta de l'emprisonner et de le rserver1 comme on le lit dans une de ses lettres ,olympias1 sa mre1 pour tre jug ,athnes par ses concitoyens1 et selon les lois de son pays4 ,cette lettre d',alexandre ,olympias subsiste1 et elle disculpe assez ,alexandre du prtendu supplice du philosophe athnien1 invent par les calomniateurs macdoniens ou grecs de l'arme4 ,callisthne mourut de sa mort naturelle1 plusieurs annes aprs le procs1 en revenant avec l'arme dans sa patrie4 ,quoi qu'il en soit1 cette querelle d',alexandre avec le neveu d',aristote1 son emprisonnement et sa mort pendant qu'on le ramenait ,olynthe pour tre jug1 affligrent et aigrirent ,aristote4 ,ses malheurs commencent l4 ,,xii4 ,il y avait en ,grce un nombreux parti populaire et soi-disant politique1 que la mort soudaine d',alexandre avait exalt1 que le retour de l'arme grecque travers l',asie ,mineure1 appele la retraite des dix mille1 animait contre la mmoire du hros4 ,ces sentiments grecs amenaient une raction ingrate et acharne parmi le peuple athnien1 le plus lger et le plus mobile de tous les peuples4 ,c'est le moment que choisirent les ennemis naturels d',alexandre pour s'lever contre sa mmoire et pour tourner contre lui des rancunes et des reproches gaux au moins l'immensit de sa gloire4 ,cette colre du bas peuple retomba sur les partisans du hros et s'attaqua surtout son prcepteur ,aristote4 ,on lui imputa tous les crimes et tous les revers de son lve1 devenu le tyran de la ,grce4 ,le parti des hirophantes1 qui accusait ,aristote de chercher la foi dans la raison pieuse1 se souvint que cette mme accusation avait fait mourir ,socrate4 ,il entreprit de la renouveler contre le disciple de ,socrate et de ,platon1 et intenta contre ,aristote une accusation insense au sujet d'un hymne que ce philosophe1 quelquefois pote1 avait adress peu de temps avant ,phormias1 un de ses amis1 qui tait alors gouverneur sous ,alexandre d'une ville de ,macdoine4 ,il l'accusait d'avoir employ dans son hymne des expressions telles qu'on ne devait les adresser qu'aux dieux4 ,cette inculpation purile servit de prtexte toutes les malveillances de la populace4 ,,xiii4 ,mais pendant qu',athnes s'insurgeait ainsi cause du philosophe de ,stagire1 l'arme d',alexandre1 irrite contre son prisonnier ,callisthne1 le fouettait et le laissait mourir en chemin1 en punition des conspirations qu'il avait ou semes ou nourries dans les derniers temps de la campagne d',alexandre contre son chef1 devenu dieu par sa mort4 ,ainsi1 soit que le peuple d',athnes l'emportt1 soit que l'arme en retraite passt l',hellespont et rentrt ,athnes1 ,aristote se trouvait galement compromis4 ,il ne lui restait d'autre parti prendre que la fuite4 ,il y a des moments1 en rvolution1 o l'on a galement redouter ses amis et ses ennemis4 ,trop indulgent pour la tyrannie ncessaire aux yeux des uns1 trop ennemi des tyrans aux yeux des autres1 on n'a plus qu' prir ou par ses premiers amis ou par ses rcents ennemis4 ,tel devait tre le destin du plus modr des hommes1 ,aristote4 ,,xiv4 ,il quitta ,athnes nuitamment1 et il se retira dans l'le d',eube1 ,chalcis1 avec sa femme et sa fille4 ,mais1 trop prs d',athnes pour chapper la perscution des ,athniens1 trop voisin de la ,macdoine pour viter la vengeance des ennemis de son neveu ,callisthne1 il reut1 selon les uns1 la cigu de ,socrate2 selon d'autres1 il la devana en la buvant de lui-mme1 dans la soixante et onzime anne de sa vie4 ,tous assurent qu'il mourut d'une mort violente1 force ou volontaire3 triste rcompense pour un homme qui avait toujours cherch tenir son destin et son me en quilibre et comme dans un juste milieu1 entre l'esprance et le dsespoir4 ,quoi qu'il en soit1 il ne mourut pas sans avoir laiss sa femme et son fils une fortune drobe ses ennemis4 ,cette fortune1 venue de son pre1 n'tait ni trop modique ni trop considrable4 ,elle leur laissa un tmoignage de sa vie1 qui leur assurait leur propre existence4 ,telle est l'histoire d',aristote1 sans autre vnement que sa mort4 ,avec lui ne mourut pas un homme1 mais une doctrine1 qui ne disparut un moment que pour faire explosion dans le monde1 lorsque plus tard ,sylla vint s'emparer d',athnes1 et qu'ayant retrouv les innombrables manuscrits d',aristote1 il les remit des collecteurs de dpouilles opimes pour les transporter ,rome et en remplir1 jusqu' nos jours1 l'univers4 ,,xv4 ,nous allons voir en quoi consistent aujourd'hui les reliques de ce puissant gnie qui attache sur sa trace1 quatre sicles avant le christianisme1 les plus fortes et les plus sages penses du monde antique et moderne4 ,les secrtaires de ,sylla ne les ont pas replaces dans leur ordre2 mais voici l'ordre que leur assignent les traducteurs et les commentateurs les plus clairs et les plus accrdits des derniers sicles3 ,politique1 ,logique1 ,physique1 ,rhtorique1 ,mtorologie1 ,morale1 ,histoire naturelle1 etc4 ,c'est dans cet ordre de composition que nous allons le parcourir avec vous4 ,depuis ,pascal jusqu' ,buffon1 nous avons dans ,aristote l'arbre encyclopdique tout entier4 ,il ne faut pas chercher en lui1 except la sagacit et la justesse d'ides1 les perfections de forme de ,platon1 de ,cicron1 d',homre1 de ,virgile1 de ,thocrite1 gnies employs fasciner les hommes par l'agrment4 ,aristote1 semblable au mathmaticien dont il parle1 ne reconnat d'autre agrment que la vrit4 ,bien que les traits numrs plus haut soient strictement enchans par l'ordre et la logique les plus rigoureux1 ces traits n'taient point des crits perfectionns avec l'intention de charmer ou de sduire les hommes4 ,tout indique et ses contemporains affirment que ses crits1 mme les plus soigns1 n'taient que les notes rflchies des discours qu'il prononait dans son cole4 ,de l1 leur grand nombre et leur diversit durant les dix-sept ans que dura son enseignement ,athnes1 pendant et aprs la disparition de ,platon4 ,ce n'est pas un homme de style1 c'est l'homme des ralits4 ,comme ,solon1 il a crit un petit nombre de posies1 dont l'une fut la cause de sa mort4 ,mais il n'estimait la posie que comme le plus beau vtement de la vrit dans le sentiment4 ,,xvi4 ,de toutes les sciences qu'il a touches1 la plus universelle est la politique4 ,c'est cause de cette universalit mme que nous allons l'tudier avec vous la premire4 ,la politique est la science du prsent4 ce titre elle intresse tout le monde4 ,mais1 avant d'examiner celle d',aristote1 et en fermant le livre dans lequel je viens de l'tudier1 une rflexion me frappe et me confond3 c'est l'antiquit prodigieuse1 ou plutt c'est la presque ternit de cette science4 ,aristote crivait1 pensait1 parlait quatre cents ans avant la naissance de ,jsus-,christ4 ,nous aimons nous figurer qu' des poques aussi recules et dans des pays aussi barbares1 la politique n'tait qu'un vague instinct de la socit humaine1 sans morale1 sans rgle1 sans dfinition1 sans dnomination1 sans tendance1 agitant confusment l'humanit au gr de la force et de la ruse1 tel1 par exemple1 que ,machiavel dans le ,prince l'entendait deux mille ans aprs4 ,j'avoue1 quant moi1 qu'en lisant la ,politique d',aristote1 je croyais lire les publicistes les plus raffins du temps prsent4 ,montesquieu1 ,j4-,j4 ,rousseau1 ,m4 de ,bonald1 ,royer-,collard1 n'emploient ni d'autres ides ni d'autres termes4 ,la monarchie mille formes1 l'aristocratie1 l'oligarchie1 la dmocratie1 la dmagogie1 l'anarchie1 la rpublique drive de la reprsentation ou des dcrets directs du peuple1 l'tat1 la souverainet de l'tat1 les changements violents ou les rvolutions lentes1 les passions du peuple ou les factions des grands1 les combinaisons varies de ces divers principes de gouvernement1 les dcadences ou les renaissances qui les prcipitent ou qui les relvent1 tout cela est crit dans la ,politique d',aristote aussi nettement que dans les cent mille brochures des doctrinaires de nos jours2 l'exception du principe de l'esclavage1 pass en loi et en morale par l'habitude1 et considr par le publiciste d',athnes comme l'oeuvre de la nature et non comme une erreur des lois1 il n'y a rien dans ,aristote qui ne soit dans les mmes termes aujourd'hui dans nos philosophes politiques4 ,o est donc le progrs de ces deux mille quatre cents ans8 ,encore une fois1 l'exception de l'esclavage1 ,mirabeau1 la tribune de l',assemble constituante1 raisonne-t-il autrement qu',aristote8 ,et1 si l'on remonte par la pense deux ou trois mille ans plus loin que sa ,politique1 ne sera-t-on pas tent de croire que le monde est n vieux et que les mmes mots ont exprim les mmes choses depuis l'origine inconnue des mots et des choses8 ,antiquit et ternit ne sont-ils pas synonymes1 et les mmes phnomnes que nous pose aujourd'hui le point d'interrogation n'taient-ils pas rsolus dans les jours infiniment plus reculs d',homre8 ,rien de nouveau sous le soleil1 pas mme les raffinements et les proverbes de la politique4 ,cela doit nous rendre modestes1 car on devait l'tre dj du temps d',aristote4 ,la terre tourne1 mais les vrits ne changent pas de place4 ,il y a dans les faits une ralit occulte qui est aux choses politiques ce que la gravitation est aux choses physiques1 et qui leur assigne leur poids et dtermine leur quilibre divin4 ,platon le rveur dans le temps d',aristote1 ,rousseau et les utopistes de nos jours1 ont prtendu s'inscrire en faux contre ce fatum des choses1 et1 quand nous voulons revenir ,dieu1 nous revenons ,aristote4 ,voici l'analyse raisonne de sa ,politique3 trouvez mieux1 et tonnez-vous que ce livre1 bien suprieur ,rousseau et ,montesquieu1 ait t recueilli il y a tant de milliers d'annes comme l'vangile infaillible de la politique4 ,,xvii4 ,tout tat est une association1 dit-il en commenant1 et1 comme les hommes ne s'associent qu'en vue de quelque bien1 il est donc vident que le plus important de tous les biens doit tre l'objet de la plus capitale des associations4 ,et celle-l1 on l'appelle prcisment tat1 ou association politique4 ,du premier mot voil la vrit qui apparat dans tout son jour4 ,qu'est-ce1 ct de cette sublime ralit1 que les sophismes antiques et modernes de ,platon ou de ,j4-,j4 ,rousseau argumentant contre l'ternelle sagesse1 et plaant l'homme sauvage au-dessus de l'homme civilis8 ,comment tout homme dou de raisonnement n'a-t-il pas conclu1 au premier coup d'oeil1 qu'il n'y a rien au-dessus de ces deux pouvoirs1 ingaux dans leur origine1 gaux dans leurs effets1 qu'on appelle commandement et obissance1 et que le phnomne qui en rsulte1 le gouvernement politique1 est le chef-d'oeuvre de l'humanit8 ,sans gouvernement point de peuple1 sans gouvernement point de volont1 sans volont point d'action6 ,le nant partout6 ,l'anarchie est la constitution de la mort6 ,un gouvernement est donc le premier cri et le dernier cri de l'homme6 ,malheur qui ne le voit pas6 ,le plus grand titre d',aristote est de l'avoir senti4 ,c'est une gloire pour un homme quelconque de l'avoir conclu1 et d'avoir sacrifi1 soit comme soldat1 soit comme magistrat1 soit comme philosophe1 une partie de lui-mme cette ncessit de tous ses semblables6 ,si les sophismes de ,platon ou de ,rousseau pouvaient tre adopts par la majorit des mortels1 la terre entire ne serait pas assez grande pour emprisonner l'humanit folle dans un ,bedlam universel6 ,quand l'homme le plus criminel paratra aprs sa mort au jugement de son crateur1 et que ,dieu l'interrogera sur ses doctrines politiques1 s'il peut lui rpondre3 ,j'ai fait tous les crimes1 mais j'ai contribu prserver le gouvernement en me sacrifiant1 ,dieu pourra lui pardonner1 car ce criminel n'aura pas pch contre le ,saint-,esprit6 ,,xviii4 ,aristote dmontre la ncessit de l'association par la nature4 ,l'homme ne peut se perptuer1 sur ce globe1 sans l'union des sexes1 car c'est un dsir naturel que de vouloir laisser aprs soi un tre fait son image4 ,la femme est plus faible1 donc elle doit tre subordonne4 ,la nature a donc dtermin la condition spciale de la femme et de l'esclave4 ,ces deux premires associations de l'poux et de la femme1 du matre et de l'esclave1 sont donc les bases de la famille4 ,hsiode l'a fort bien dit dans ce vers3 ,la maison1 puis la femme et le boeuf laboureur2 car le pauvre n'a pas d'autre esclave que le boeuf4 ,manger la mme table1 se chauffer au mme foyer1 c'est la famille6 ,plusieurs familles s'associent1 c'est le village2 ils ont suc le mme lait1 ce sont les enfants et les enfants des enfants2 le plus g est le roi4 ,l'association des villages forme l'tat1 la nation4 ,ainsi l'tat vient toujours de la nature4 ,de l cette conclusion vidente3 que celui qui se refuse aux lois naturelles de l'association est un tre dgrad4 ,on ne peut douter que l'tat ne soit naturellement au-dessus de la famille et de chaque individu2 car le tout l'emporte ncessairement sur la partie1 puisque1 le tout une fois dtruit1 il n'y a plus de partie1 plus de pieds1 plus de mains1 si ce n'est par une pure analogie de mots1 comme on dit une main de pierre2 car la main1 spare du corps1 est tout aussi peu une main relle4 ,les choses se dfinissent en gnral par les actes qu'elles accomplissent et ceux qu'elles peuvent accomplir2 ds que leur aptitude antrieure vient cesser1 on ne peut plus dire qu'elles sont les mmes3 elles sont seulement comprises sous un mme nom4 ,ce qui prouve bien la ncessit naturelle de l'tat et sa supriorit sur l'individu1 c'est que1 si on ne l'admet pas1 l'individu peut alors se suffire lui-mme dans l'isolement du tout1 ainsi que du reste des parties2 or1 celui qui ne peut vivre en socit1 et dont l'indpendance n'a pas de besoins1 celui-l ne saurait jamais tre membre de l'tat4 ,c'est une brute ou un dieu4 ,la nature pousse donc instinctivement tous les hommes l'association politique4 ,le premier qui l'institua rendit un immense service2 car1 si l'homme1 parvenu toute sa perfection1 est le premier des animaux1 il en est aussi le dernier quand il vit sans loi et sans justice4 ,il n'est rien de plus monstrueux1 en effet1 que l'injustice arme4 ,mais l'homme a reu de la nature les armes de la sagesse et de la vertu1 qu'il doit surtout employer contre ses passions mauvaises4 ,sans la vertu1 c'est l'tre le plus pervers et le plus froce2 il n'a que les emportements brutaux de l'amour et de la faim4 ,la justice est une ncessit sociale car le droit est la rgle de l'association politique1 et la drision du juste est ce qui constitue le droit4 ,,xix4 ,ici il tombe1 pour la seule fois1 de sa logique dans le sophisme d'habitude du paganisme et mme du christianisme1 la justification de l'esclavage1 instrument1 dit-il1 donn par la nature pour faciliter au matre l'usage de la proprit4 ,la nature1 dit-il1 a fait la proprit ncessaire3 donc elle a ncessairement cr l'espce d'homme ncessaire la culture de cette proprit4 ,c'est encore l'argumentation des blancs possesseurs des noirs dans nos colonies1 et il a fallu une rvolution pour saper ce faux raisonnement4 ,il cherche relever le sophisme par la raison1 mais il ne peut1 malgr son gnie1 prvaloir sur l'galit divine4 ,on peut videmment1 dit-il1 lever cette discussion avec quelque raison1 et soutenir qu'il y a des esclaves et des hommes libres par le fait de la nature2 on peut soutenir que cette distinction subsiste bien rellement toutes les fois qu'il est utile pour l'un de servir en esclave1 pour l'autre de rgner en matre2 on peut soutenir enfin qu'elle est juste et que chacun doit1 suivant le voeu de la nature1 exercer ou subir le pouvoir4 ,par suite1 l'autorit du matre sur l'esclave est galement juste et utile2 ce qui n'empche pas que l'abus de cette autorit ne puisse tre funeste tous les deux4 ,l'intrt de la partie est celui du tout2 l'intrt du corps est celui de l'me2 l'esclave est une partie du matre2 c'est comme une partie de son corps1 vivante1 bien que spare4 ,aussi1 entre le matre et l'esclave1 quand c'est la nature qui les a faits tous deux1 il existe un intrt commun1 une bienveillance rciproque2 il en est tout diffremment quand c'est la loi et la force seule qui les ont faits l'un et l'autre4 ,,xx4 ,les chapitres suivants traitent de l'conomie domestique et politique peu prs suivant les mmes principes que les conomistes d'aujourd'hui4 ,le premier de ces principes est le commerce3 la terre1 l'exploitation des bois1 des mines1 les mtiers admirablement dfinis et analyss1 la spculation sur les grains qui avait enrichi ,thals de ,milet4 ,il dfinit plus loin les trois genres d'autorit du pre de famille sur les esclaves1 la femme et les enfants1 et sur la nature des vertus ncessaires tous4 ,cette relation s'tend videmment au reste des tres2 et1 dans le plus grand nombre1 la nature a tabli le commandement et l'obissance4 ,ainsi l'homme libre commande l'esclave tout autrement que l'poux la femme et le pre l'enfant2 et pourtant les lments essentiels de l'me existent dans tous ces tres1 mais ils y sont des degrs bien divers4 ,l'esclave est absolument priv de volont1 la femme en a une1 mais en sous-ordre2 l'enfant n'en a qu'une incomplte4 ,il en est ncessairement de mme des vertus morales4 ,on doit les supposer dans tous ces tres1 mais des degrs diffrents1 et seulement dans la proportion indispensable la destination de chacun d'eux4 ,l'tre qui commande doit avoir la vertu morale dans toute sa perfection2 sa tche est absolument celle de l'architecte qui ordonne1 et l'architecte1 ici1 c'est la raison4 ,quant aux autres1 ils ne doivent avoir de vertus que suivant les fonctions qu'ils ont remplir4 ,reconnaissons donc que tous les individus dont nous venons de parler ont leur part de vertu morale1 mais que la sagesse de l'homme n'est pas celle de la femme1 que son courage1 son quit1 ne sont pas les mmes1 comme le pensait ,socrate1 et que la force de l'un est toute de commandement1 celle de l'autre1 toute de soumission4 ,et j'en dis autant de toutes leurs autres vertus2 car ceci est encore bien plus vrai1 quand on se donne la peine d'examiner les choses en dtail4 ,c'est se faire illusion soi-mme que de dire1 en se bornant des gnralits1 que la vertu est une bonne disposition de l'me1 et la pratique de la sagesse1 ou de rpter telle autre explication tout aussi vague4 de pareilles dfinitions1 je prfre beaucoup la mthode de ceux qui1 comme ,gorgias1 se sont occups de faire le dnombrement de toutes les vertus4 ,ainsi1 en rsum1 ce que dit le pote d'une des qualits fminines3 ,un modeste silence est l'honneur de la femme1 est galement juste de toutes les autres2 cette rserve ne sirait pas un homme4 ,l'enfant tant un tre incomplet1 il s'ensuit videmment que la vertu ne lui appartient pas vritablement1 mais qu'elle doit tre rapporte l'tre accompli qui le dirige4 ,le rapport est le mme du matre l'esclave4 ,nous avons tabli que l'utilit de l'esclave s'appliquait aux besoins de l'existence2 la vertu ne lui sera donc ncessaire que dans une proportion fort troite1 il n'en aura que ce qu'il en faut pour ne point ngliger ses travaux par intemprance ou paresse4 ,ceci tant admis1 pourra-t-on dire3 ,les ouvriers aussi devront donc avoir de la vertu1 puisque souvent l'intemprance les dtourne de leurs travaux8 ,mais n'y a-t-il point ici une norme diffrence8 ,l'esclave partage notre vie2 l'ouvrier1 au contraire1 vit loin de nous et ne doit avoir de vertu qu'autant prcisment qu'il a d'esclavage2 car le labeur de l'ouvrier est en quelque sorte un esclavage limit4 ,la nature fait l'esclave2 elle ne fait pas le cordonnier ou tel autre ouvrier4 ,il faut donc avouer que le matre doit tre pour l'esclave l'origine de la vertu qui lui est spciale1 bien qu'il n'ait pas1 en tant que matre1 lui communiquer l'apprentissage de ses travaux4 ,aussi est-ce bien tort que quelques personnes refusent toute raison aux esclaves et ne veulent jamais leur donner que des ordres2 il faut au contraire les reprendre avec plus d'indulgence encore que les enfants4 ,du reste1 je m'arrte ici sur ce sujet4 ,quant ce qui concerne l'poux et la femme1 le pre et les enfants1 et la vertu particulire de chacun d'eux1 les relations qui les unissent1 leur conduite bonne ou blmable1 et tous les actes qu'ils doivent rechercher comme louables ou fuir comme rprhensibles1 ce sont l des objets dont il faut ncessairement s'occuper dans les tudes politiques4 ,en effet1 tous ces individus tiennent la famille1 aussi bien que la famille tient l'tat2 or la vertu des parties doit se rapporter celle de l'ensemble2 il faut donc que l'ducation des enfants et des femmes soit en harmonie avec l'organisation politique1 s'il importe rellement que les enfants et les femmes soient bien rgls pour que l'tat le soit comme eux4 ,or c'est l ncessairement un objet de grande importance2 car les femmes composent la moiti des personnes libres1 et ce sont les enfants qui formeront un jour les membres de l'tat4 ,,xxi4 ,voici ce qu'il pense de la communaut des biens et des femmes1 promulgue par ,socrate et ,platon4 ,voyez combien de bon sens6 ,fausse galit6 fausse unit6 destruction de l'galit et de l'unit vritables6 ,car1 si la communaut des femmes1 des biens1 des enfants parat ,socrate plus utile pour l'ordre des laboureurs que pour celui des guerriers1 gardiens de l'tat1 c'est qu'elle dtruira tout accord dans cette classe1 qui ne doit songer qu' obir et non tenter des rvolutions4 ,en gnral1 cette loi de communaut produira ncessairement des effets tout opposs ceux que des lois bien faites doivent amener1 et prcisment par le motif qui inspire ,socrate ses thories sur les femmes et les enfants4 nos yeux1 le bien suprme de l'tat1 c'est l'union de ses membres1 parce qu'elle prvient toute dissension civile2 et ,socrate aussi ne se fait pas faute de vanter l'unit de l'tat1 qui nous semble1 et lui-mme l'avoue1 n'tre que le rsultat de l'union des citoyens entre eux4 ,aristophane1 dans sa discussion sur l'amour1 dit prcisment que la passion1 quand elle est violente1 nous donne le dsir de fondre notre existence dans celle de l'objet aim1 et de ne faire qu'un seul et mme tre avec lui4 ,or ici il faut de toute ncessit que les deux individualits1 ou du moins que l'une des deux disparaisse2 dans l'tat au contraire1 o cette communaut prvaudra1 elle teindra toute bienveillance rciproque2 le fils n'y pensera pas le moins du monde chercher son pre1 ni le pre chercher son fils4 ,ainsi que la douce saveur de quelques gouttes de miel disparat dans une vaste quantit d'eau1 de mme l'affection que font natre ces noms si chers se perdra dans un tat o il sera compltement inutile que le fils songe au pre1 le pre au fils1 et les enfants leurs frres4 ,l'homme a deux grands mobiles de sollicitude et d'amour1 c'est la proprit et les affections2 or il n'y a place ni pour l'un ni pour l'autre de ces sentiments dans la ,rpublique de ,platon4 ,cet change des enfants passant1 aussitt aprs leur naissance1 des mains des laboureurs et des artisans leurs pres entre celles des guerriers1 et rciproquement1 prsente encore bien des embarras dans l'excution4 ,ceux qui les porteront des uns aux autres sauront1 n'en pas douter1 quels enfants ils donnent et qui ils les donnent4 ,c'est surtout ici que se reproduiront les graves inconvnients dont j'ai parl plus haut3 ces outrages1 ces amours criminels1 ces meurtres dont les liens de parent ne sauraient plus garantir1 puisque les enfants passs dans les autres classes de citoyens ne connatront plus1 parmi les guerriers1 ni de pres1 ni de mres1 ni de frres1 et que les enfants entrs dans la classe des guerriers seront de mme dgags de tout lien envers le reste de la cit4 ,mais je m'arrte ici en ce qui concerne la communaut des femmes et des enfants4 ce premier inconvnient1 la communaut des biens en joint encore d'autres non moins grands4 ,je lui prfre de beaucoup le systme actuel complt par les moeurs publiques1 et appuy sur de bonnes lois4 ,il runit les avantages des deux autres1 je veux dire1 de la communaut et de la possession exclusive4 ,alors la proprit devient commune en quelque sorte1 tout en restant particulire2 les exploitations1 tant toutes spares1 ne donneront pas naissance des querelles2 elles prospreront davantage1 parce que chacun s'y attachera comme un intrt personnel1 et la vertu des citoyens en rglera l'emploi1 selon le proverbe3 ,entre amis tout est commun4 ,aujourd'hui mme on retrouve dans quelques cits des traces de ce systme1 qui prouvent bien qu'il n'est pas impossible2 et1 surtout dans les tats bien organiss1 o il existe en partie1 o il pourrait tre aisment complt4 ,les citoyens1 tout en y possdant personnellement1 abandonnent leurs amis ou leur empruntent l'usage commun de certains objets4 ,ainsi1 ,lacdmone1 chacun emploie les esclaves1 les chevaux et les chiens d'autrui1 comme s'ils lui appartenaient en propre2 et cette communaut s'tend jusque sur les provisions de voyage1 quand on est surpris aux champs par le besoin4 ,il est donc videmment prfrable que la proprit soit particulire et que l'usage seul la rende commune4 ,amener les esprits ce point de bienveillance regarde spcialement le lgislateur4 ,du reste1 on ne saurait dire tout ce qu'a de dlicieux l'ide et le sentiment de la proprit4 ,l'amour de soi1 que chacun de nous possde1 n'est point un sentiment rprhensible2 c'est un sentiment tout fait naturel2 ce qui n'empche pas qu'on blme bon droit l'gosme1 qui n'est plus ce sentiment lui-mme et qui n'en est qu'un coupable excs2 comme on blme l'avarice1 quoiqu'il soit naturel1 on peut dire1 tous les hommes d'aimer l'argent4 ,c'est un grand charme que d'obliger et de secourir des amis1 des htes1 des compagnons2 et ce n'est que la proprit individuelle qui nous assure ce bonheur-l4 ,on le dtruit1 quand on prtend tablir cette unit excessive de l'tat1 de mme qu'on enlve encore deux autres vertus toute occasion de s'exercer3 d'abord la continence1 car c'est une vertu que de respecter par sagesse la femme d'autrui2 et en second lieu1 la gnrosit1 qui ne va qu'avec la proprit2 car1 dans cette rpublique1 le citoyen ne peut jamais se montrer libral1 ni faire aucun acte de gnrosit1 puisque cette vertu ne peut natre que de l'emploi de ce qu'on possde4 ,le systme de ,platon a1 je l'avoue1 une apparence tout fait sduisante de philanthropie2 au premier aspect1 il charme par la merveilleuse rciprocit de bienveillance qu'il semble devoir inspirer tous les citoyens1 surtout quand on entend faire le procs aux vices des constitutions actuelles1 et les attribuer tous ce que la proprit n'est pas commune3 par exemple1 les procs que font natre les contrats1 les condamnations pour faux tmoignages1 les vils empressements auprs des gens riches2 toutes choses qui tiennent1 non point la possession individuelle des biens1 mais la perversit des hommes4 ,et1 en effet1 ne voit-on pas les associs et les propritaires communs bien plus souvent en procs entre eux que les possesseurs de biens personnels8 et encore1 le nombre de ceux qui peuvent avoir de ces querelles dans les associations est-il bien faible comparativement celui des possesseurs de proprits particulires4 ,d'un autre ct1 il serait juste d'numrer1 non pas seulement les maux1 mais aussi les avantages que la communaut dtruit2 avec elle1 l'existence me parat tout fait impraticable4 ,l'erreur de ,socrate vient de la fausset du principe d'o il part4 ,sans doute l'tat et la famille doivent avoir une sorte d'unit1 mais non point une unit absolue4 ,avec cette unit pousse un certain point1 l'tat n'existe plus2 ou1 s'il existe1 sa situation est dplorable2 car il est toujours la veille de ne plus tre4 ,autant vaudrait prtendre faire un accord avec un seul son1 un rhythme avec une seule mesure4 ,c'est par l'ducation qu'il convient de ramener la communaut et l'unit l'tat qui est multiple1 comme je l'ai dj dit2 et je m'tonne qu'en prtendant introduire l'ducation1 et1 par elle1 le bonheur dans l'tat1 on s'imagine pouvoir le rgler par de tels moyens1 plutt que par les moeurs1 la philosophie et les lois4 ,on pouvait voir qu' ,lacdmone et en ,crte le lgislateur a eu la sagesse de fonder la communaut des biens sur l'usage des repas publics4 ,on ne peut refuser non plus de tenir compte de cette longue suite de temps et d'annes1 o1 certes1 un tel systme1 s'il tait bon1 ne serait pas rest inconnu4 ,en ce genre1 tout1 on peut le dire1 a t imagin2 mais telles ides n'ont pas pu prendre1 et telles autres ne sont pas mises en usage1 bien qu'on les connaisse4 ,ce que nous disons de la ,rpublique de ,platon serait encore bien autrement vident si l'on voyait un gouvernement pareil exister en ralit4 ,on ne pourrait d'abord l'tablir qu' cette condition1 de partager et d'individualiser la proprit en en donnant une portion1 ici aux repas communs1 l l'entretien des phratries et des tribus4 ,alors toute cette lgislation n'aboutirait qu' interdire l'agriculture aux guerriers2 et c'est prcisment ce que de nos jours cherchent faire les ,lacdmoniens4 ,quant au gouvernement gnral de cette communaut1 ,socrate n'en dit mot1 et il nous serait tout aussi difficile qu' lui d'en dire davantage2 et cependant la masse de la cit se composera de cette masse de citoyens pour lesquels on n'aura rien statu4 ,pour les laboureurs1 par exemple1 la proprit sera-t-elle particulire1 ou sera-t-elle commune8 leurs femmes et leurs enfants seront-ils ou ne seront-ils pas en commun8 ,si les rgles de la communaut sont les mmes pour tous1 o sera la diffrence des laboureurs aux guerriers8 o sera pour les premiers la compensation de l'obissance qu'ils doivent aux autres8 qui leur apprendra mme obir8 moins qu'on n'emploie leur gard l'expdient des ,crtois1 qui ne dfendent que deux choses leurs esclaves1 se livrer la gymnastique1 et possder des armes4 ,si tous ces points sont rgls ici comme ils le sont dans les autres tats1 que deviendra ds lors la communaut8 ,on aura ncessairement constitu dans l'tat deux tats ennemis l'un de l'autre3 car1 des laboureurs et des artisans1 on aura fait des citoyens2 et1 des guerriers1 on aura fait des surveillants chargs de les garder perptuellement4 ,quant aux dissensions1 aux procs et aux autres vices que ,socrate reproche aux socits actuelles1 j'affirme qu'ils se retrouveront tous1 sans exception1 dans la sienne4 ,il soutient que1 grce l'ducation1 il ne faudra point dans sa ,rpublique tous ces rglements sur la police1 la tenue des marchs et autres matires aussi peu importantes2 et cependant il ne donne d'ducation qu' ses guerriers4 ,d'un autre ct1 il laisse aux laboureurs la proprit des terres1 la condition d'en livrer les produits2 mais il est fort craindre que ces propritaires-l ne soient bien autrement indociles1 bien autrement fiers que les hilotes1 les pnestes ou tant d'autres esclaves4 ,socrate1 au reste1 n'a rien dit sur l'importance relative de toutes ces choses4 ,il n'a point parl davantage de plusieurs autres qui leur tiennent de bien prs1 telles que le gouvernement1 l'ducation et les lois spciales la classe des laboureurs3 or il n'est ni plus facile ni moins important de savoir comment on l'organisera1 pour que la communaut des guerriers puisse subsister ct d'elle4 ,supposons que pour les laboureurs ait lieu la communaut des femmes avec la division des biens3 qui sera charg de l'administration1 comme les maris le sont de l'agriculture8 ,qui en sera charg1 en admettant pour les laboureurs l'gale communaut des femmes et des biens8 ,certes1 il est fort trange d'aller ici chercher une comparaison parmi les animaux1 pour soutenir que les fonctions des femmes doivent tre absolument celles des maris1 auxquels on interdit1 du reste1 toute occupation intrieure4 ,l'tablissement des autorits1 tel que le propose ,socrate1 offre encore bien des dangers3 il les veut perptuelles2 cela seul suffirait pour causer des guerres civiles1 mme chez des hommes peu jaloux de leur dignit1 plus forte raison parmi des gens belliqueux et pleins de coeur4 ,mais cette perptuit est indispensable dans la thorie de ,socrate3 ,dieu verse l'or1 non point tantt dans l'me des uns1 tantt dans l'me des autres1 mais toujours dans les mmes mes4 ,ainsi ,socrate soutient qu'au moment mme de la naissance1 ,dieu mle de l'or dans l'me de ceux-ci2 de l'argent1 dans l'me de ceux-l2 de l'airain et du fer1 dans l'me de ceux qui doivent tre artisans et laboureurs4 ,il a beau interdire tous plaisirs ses guerriers1 il n'en prtend pas moins que le devoir du lgislateur est de rendre heureux l'tat tout entier2 mais l'tat tout entier ne saurait tre heureux1 quand la plupart ou quelques-uns de ses membres1 sinon tous1 sont privs de bonheur4 ,c'est que le bonheur ne ressemble pas aux nombres pairs1 dans lesquels la somme peut avoir telle proprit que n'a aucune des parties4 ,en fait de bonheur1 il en est tout autrement2 et si les dfenseurs mmes de la cit ne sont pas heureux1 qui donc pourra prtendre l'tre8 ,ce ne sont point apparemment les artisans1 ni la masse des ouvriers attachs aux travaux mcaniques4 ,voil quelques-uns des inconvnients de la rpublique vante par ,socrate2 j'en pourrais indiquer encore plus d'un autre non moins grave4 ,,xxii4 ,il ne faut pas oublier1 quand on porte des lois semblables1 un point nglig par ,phalas et ,platon3 c'est qu'en fixant ainsi la quotit des fortunes1 il faut aussi fixer la quantit des enfants4 ,si le nombre des enfants n'est plus en rapport avec la proprit1 il faudra bientt enfreindre la loi2 et mme1 sans en venir l1 il est dangereux que tant de citoyens passent de l'aisance la misre1 parce que ce sera chose difficile1 dans ce cas1 qu'ils n'aient point le dsir des rvolutions4 ,cette influence de l'galit des biens sur l'association politique a t comprise par quelques-uns des anciens lgislateurs2 tmoin ,solon dans ses lois1 tmoin la loi qui interdit l'acquisition illimite des terres4 ,c'est d'aprs le mme principe que certaines lgislations1 comme celle de ,locres1 interdisent de vendre son bien1 moins de malheur parfaitement constat1 ou qu'elles prescrivent encore de maintenir les lots primitifs4 ,l'abrogation d'une loi de ce genre1 ,leucade1 rendit la constitution compltement dmocratique1 parce que1 ds lors1 on parvint aux magistratures sans les conditions de cens autrefois exiges4 ,mais cette galit mme1 si on la suppose tablie1 n'empche pas que la limite lgale des fortunes ne puisse tre ou trop large1 ce qui amnerait dans la cit le luxe et la mollesse2 ou trop troite1 ce qui amnerait la gne parmi les citoyens4 ,ainsi1 il ne suffit pas au lgislateur d'avoir rendu les fortunes gales1 il faut qu'il leur ait donn de justes proportions4 ,ce n'est mme avoir encore rien fait que d'avoir trouv cette mesure parfaite pour tous les citoyens2 le point important1 c'est de niveler les passions bien plutt que les proprits2 et cette galit-l ne rsulte que de l'ducation rgle par de bonnes lois4 ,phalas pourrait ici rpondre que c'est l prcisment ce qu'il a dit lui-mme3 car1 ses yeux1 les bases de tout tat sont l'galit de fortune et l'galit d'ducation4 ,mais cette ducation1 que sera-t-elle8 ,c'est l ce qu'il faut dire4 ,ce n'est rien que de l'avoir faite une et la mme pour tous4 ,elle peut tre parfaitement une et la mme pour tous les citoyens1 et tre telle cependant qu'ils n'en sortent qu'avec une insatiable avidit de richesses ou d'honneurs1 ou mme avec ces deux passions la fois4 ,de plus1 les rvolutions naissent tout aussi bien de l'ingalit des honneurs que de l'ingalit des fortunes4 ,les prtendants seuls seraient ici diffrents4 ,la foule se rvolte de l'ingalit des fortunes1 et les hommes suprieurs s'indignent de l'gale rpartition des honneurs2 c'est le mot du pote3 ,quoi6 le lche et le brave tre gaux en estime8 ,c'est que les hommes sont pousss au crime non pas seulement par le besoin du ncessaire1 que ,phalas compte apaiser avec l'galit des biens1 excellent moyen1 selon lui1 d'empcher qu'un homme n'en dtrousse un autre pour ne pas mourir de faim ou de froid2 ils y sont pousss encore par le besoin d'teindre leurs dsirs dans la jouissance4 ,si ces dsirs sont dsordonns1 les hommes auront recours au crime pour gurir le mal qui les tourmente2 et j'ajoute mme qu'ils s'y livreront non-seulement par cette raison1 mais aussi par le simple motif1 si leurs caprices les y portent1 de n'tre point troubls dans leurs jouissances4 ces trois maux1 quel sera le remde8 ,d'abord la proprit1 quelque mince qu'elle soit1 et l'habitude du travail1 puis la temprance2 et1 enfin1 pour celui qui veut trouver le bonheur en lui-mme1 le remde ne sera point chercher ailleurs que dans la philosophie3 car les plaisirs autres que les siens ne peuvent se passer de l'intermdiaire des hommes4 ,c'est le superflu et non le besoin qui fait commettre les grands crimes4 ,on n'usurpe pas la tyrannie pour se garantir de l'intemprie de l'air2 et1 par le mme motif1 les grandes distinctions sont rserves non pas au meurtrier d'un voleur1 mais au meurtrier d'un tyran4 ,ainsi l'expdient politique propos par ,phalas n'offre de garantie que contre les crimes de peu d'importance4 ,phalas a eu tort aussi d'appeler1 d'une manire gnrale1 galit des fortunes1 l'gale rpartition des terres1 laquelle il se borne2 car la fortune comprend encore les esclaves1 les troupeaux1 l'argent et toutes ces proprits qu'on nomme mobilires4 ,la loi d'galit doit tre tendue tous ces objets2 ou1 du moins1 il faut les soumettre certaines limites rgulires1 ou bien ne statuer absolument rien l'gard de la proprit4 ,sa lgislation parat1 au reste1 n'avoir en vue qu'un tat peu tendu1 puisque tous les artisans doivent y tre la proprit de l'tat1 sans y former une classe accessoire de citoyens4 ,si les ouvriers chargs de tous les travaux appartiennent l'tat1 il faut que ce soit aux conditions tablies pour ceux d'pidamne1 ou pour ceux d',athnes par ,diophante4 ,ce que nous avons dit de la constitution de ,phalas suffit pour qu'on en juge les mrites et les dfauts4 ,,xxiii4 ,aristote met en poudre dans les chapitres suivants tous les systmes de communaut1 tous les rves de ,socrate et de ,platon1 toutes les lgislations de ,crte et de ,sparte1 celle mme de ,solon faisant rgir les hommes par le hasard du sort2 il examine ensuite ce qu'est devenu le citoyen4 ,c'est1 dit-il1 l'habitant susceptible d'tre lev au pouvoir civil4 ,il passe de l l'tat lui-mme et aux diffrentes formes de constitution3 monarchie1 oligarchie1 aristocratie1 dmagogie4 ,il les analyse comme nous le faisons aujourd'hui1 il tudie les principes d'aprs lesquels on doit donner la souverainet un1 ou plusieurs1 ou tous les citoyens4 ,on voit qu'il n'est satisfait d'aucun4 coutez-le ici3 ,de plus1 comme l'galit et l'ingalit compltes sont injustes entre des individus qui ne sont gaux ou ingaux entre eux que sur un seul point1 tous les gouvernements o l'galit et l'ingalit sont tablies sur des bases de ce genre sont ncessairement corrompus4 ,nous avons dit aussi plus haut que tous les citoyens ont raison de se croire des droits1 mais que tous ont tort de se croire des droits absolus3 les riches1 parce qu'ils possdent une plus large part du territoire commun de la cit et qu'ils ont ordinairement plus de crdit dans les transactions commerciales2 les nobles et les hommes libres1 classes fort voisines l'une de l'autre1 parce que la noblesse est plus rellement citoyenne que la roture1 et que la noblesse est estime chez tous les peuples2 et de plus1 parce que des descendants vertueux doivent1 selon toute apparence1 avoir de vertueux anctres2 car la noblesse n'est qu'un mrite de race4 ,certes1 la vertu peut1 selon nous1 lever la voix non moins justement2 la vertu sociale1 c'est la justice1 et toutes les autres ne viennent ncessairement que comme des consquences aprs elle4 ,enfin la majorit aussi a des prtentions qu'elle peut opposer celles de la minorit2 car la majorit1 prise dans son ensemble1 est plus puissante1 plus riche et meilleure que le petit nombre4 ,supposons donc la runion1 dans un seul tat1 d'individus distingus1 nobles1 riches1 d'une part2 et1 de l'autre1 d'une multitude qui l'on peut accorder des droits politiques3 pourra-t-on dire sans hsitation qui doit appartenir la souverainet8 ou le doute sera-t-il encore possible8 ,dans chacune des constitutions que nous avons numres plus haut1 la question de savoir qui doit commander n'en peut faire une1 puisque leur diffrence repose prcisment sur celle du souverain4 ,ici la souverainet est aux riches2 l1 aux citoyens distingus2 et ainsi du reste4 ,voyons cependant ce que l'on doit faire quand toutes ces conditions diverses se rencontrent simultanment dans la cit4 ,en supposant que la minorit des gens de bien soit extrmement faible1 comment pourra-t-on statuer son gard8 ,regardera-t-on si1 toute faible qu'elle est1 elle peut suffire cependant gouverner l'tat1 ou mme former par elle seule une cit complte8 ,mais alors se prsente une objection qui est galement juste contre tous les prtendants au pouvoir politique1 et qui semble renverser toutes les raisons de ceux qui rclament l'autorit comme un droit de leur fortune1 aussi bien que de ceux qui la rclament comme un droit de leur naissance4 ,en adoptant le principe qu'ils allguent pour eux-mmes1 la prtendue souverainet devrait videmment passer l'individu qui serait lui seul plus riche que tous les autres ensemble2 et1 de mme1 le plus noble par sa naissance l'emporterait sur tous ceux qui ne font valoir que leur libert4 ,mme objection toute pareille contre l'aristocratie1 qui se fonde sur la vertu2 car1 si tel citoyen est suprieur en vertu tous les membres du gouvernement1 gens eux-mmes fort estimables1 le mme principe lui confre la souverainet4 ,mme objection encore contre la souverainet de la multitude1 fonde sur la supriorit de sa force relativement la minorit2 car1 si un individu par hasard ou quelques individus1 moins nombreux toutefois que la majorit1 sont plus forts qu'elle1 la souverainet leur appartiendra de prfrence plutt qu' la foule4 ,tout ceci semble dmontrer clairement qu'il n'y a de complte justice dans aucune des prrogatives1 au nom desquelles chacun rclame le pouvoir pour soi et l'asservissement pour les autres4 ,aux prtentions de ceux qui revendiquent l'autorit pour leur mrite ou pour leur fortune1 la multitude pourrait opposer d'excellentes raisons4 ,rien n'empche1 en effet1 qu'elle ne soit plus riche et plus vertueuse que la minorit1 non point individuellement1 mais en masse4 ,ceci mme rpond une objection que l'on met en avant et qu'on rpte souvent comme fort grave3 on demande si1 dans le cas que nous avons suppos1 le lgislateur qui veut tablir des lois parfaitement justes doit avoir en vue l'intrt de la multitude ou celui des citoyens distingus4 ,la justice ici1 c'est l'galit2 et cette galit de la justice se rapporte autant l'intrt gnral de l'tat qu' l'intrt individuel des citoyens4 ,or le citoyen en gnral est l'individu qui a part l'autorit et l'obissance publiques1 la condition du citoyen tant d'ailleurs variable suivant la constitution2 et1 dans la rpublique parfaite1 c'est l'individu qui peut et qui veut librement obir et gouverner tour tour1 suivant les prceptes de la vertu4 ,si dans l'tat un individu1 ou mme plusieurs individus1 trop peu nombreux toutefois pour former entre eux seuls une cit entire1 ont une telle supriorit de mrite que le mrite de tous les autres citoyens ne puisse entrer en balance1 et que l'influence politique de cet individu unique1 ou de ces individus1 soit incomparablement plus forte1 de tels hommes ne peuvent tre compris dans la cit4 ,ce sera leur faire injure que de les rduire l'galit commune1 quand leur mrite et leur importance politiques les mettent si compltement hors de comparaison2 de tels personnages sont1 on peut dire1 des dieux parmi les hommes4 ,nouvelle preuve que la lgislation ne doit ncessairement concerner que des individus gaux par leur naissance et par leurs facults4 ,mais la loi n'est point faite pour ces tres suprieurs2 ils sont eux-mmes la loi4 ,il serait ridicule de tenter de les soumettre la constitution2 car ils pourraient rpondre ce que1 suivant ,antisthne1 les lions rpondirent au dcret rendu par l'assemble des livres sur l'galit gnrale des animaux4 ,voil aussi l'origine de l'ostracisme dans les tats dmocratiques1 qui1 plus que tous les autres1 se montrent jaloux de l'galit4 ,ds qu'un citoyen semblait s'lever au-dessus de tous les autres par sa richesse1 par la foule de ses partisans1 ou par tout autre avantage politique1 l'ostracisme venait le frapper d'un exil plus ou moins long4 ,dans la mythologie1 les ,argonautes n'ont point d'autre motif pour abandonner ,hercule2 ,argo dclare qu'elle ne veut pas le porter1 parce qu'il est beaucoup plus pesant que le reste de ses compagnons4 ,aussi a-t-on bien tort de blmer d'une manire absolue la tyrannie et le conseil que ,priandre donnait ,thrasybule3 pour toute rponse l'envoy qui venait lui demander conseil1 il se contenta de niveler une certaine quantit d'pis1 en cassant ceux qui dpassaient les autres4 ,le messager ne comprit rien au motif de cette action2 mais ,thrasybule1 quand on l'en informa1 entendit fort bien qu'il devait se dfaire des citoyens puissants4 ,cet expdient n'est pas utile seulement aux tyrans2 aussi ne sont-ils pas les seuls en user4 ,on l'emploie avec un gal succs dans les oligarchies et dans les dmocraties4 ,l'ostracisme y produit peu prs les mmes rsultats1 en arrtant par l'exil la puissance des personnages qu'il frappe4 ,quand on est en mesure de le pouvoir1 on applique ce principe politique des tats1 des peuples entiers4 ,on peut voir la conduite des ,athniens l'gard des ,samiens1 des ,chiotes et des ,lesbiens4 peine leur puissance fut-elle affermie1 qu'ils eurent soin d'affaiblir leurs sujets1 en dpit de tous les traits2 et le roi des ,perses a plus d'une fois chti les ,mdes1 les ,babyloniens et d'autres peuples1 tout fiers encore des souvenirs de leur antique domination4 ,cette question intresse tous les gouvernements sans exception1 mme les bons4 ,les gouvernements corrompus emploient ces moyens-l dans un intrt particulier2 mais on ne les emploie pas moins dans les gouvernements d'intrt gnral4 ,on peut claircir ce raisonnement par une comparaison emprunte aux autres sciences1 aux autres arts4 ,le peintre ne laissera point dans son tableau un pied qui dpasserait les proportions des autres parties de la figure1 ce pied ft-il beaucoup plus beau que le reste2 le charpentier de marine ne recevra pas davantage une proue1 ou telle autre pice du btiment1 si elle est disproportionne2 et le choriste en chef n'admettra point1 dans un concert1 une voix plus forte et plus belle que toutes celles qui forment le reste du choeur4 ,rien n'empche donc les monarques de se trouver en ceci d'accord avec les tats qu'ils rgissent1 si de fait ils ne recourent cet expdient que quand la conservation de leur propre pouvoir est dans l'intrt de l'tat4 ,ainsi les principes de l'ostracisme appliqu aux supriorits bien reconnues ne sont pas dnus de toute quit politique4 ,il est certainement prfrable que la cit1 grce aux institutions primitives du lgislateur1 puisse se passer de ce remde2 mais1 si le lgislateur reoit de seconde main le gouvernail de l'tat1 il peut1 dans le besoin1 recourir ce moyen de rforme4 ,ce n'est point ainsi1 du reste1 qu'on l'a jusqu' prsent employ3 on n'a point considr le moins du monde dans l'ostracisme l'intrt vritable de la rpublique1 et l'on en a fait une simple affaire de faction4 ,pour les gouvernements corrompus1 l'ostracisme en servant un intrt particulier est aussi par cela mme videmment juste2 mais il est tout aussi vident qu'il n'est point d'une justice absolue4 ,dans la cit parfaite1 la question est bien autrement difficile4 ,la supriorit sur tout autre point que le mrite1 richesse ou influence1 ne peut causer d'embarras2 mais que faire contre la supriorit de mrite8 ,certes1 on ne dira pas qu'il faut bannir ou chasser le citoyen qu'elle distingue4 ,on ne prtendra pas davantage qu'il faut le rduire l'obissance2 car prtendre au partage du pouvoir1 ce serait donner un matre ,jupiter lui-mme4 ,le seul parti que naturellement tous les citoyens semblent devoir adopter1 est de se soumettre de leur plein gr ce grand homme1 et de le prendre pour roi durant sa vie entire4 ,,xxiv4 ,il conclut ici que la royaut ne peut tre reconnue moins que l'individu couronn ne soit videmment suprieur en talent et en vertu tous les autres4 ,la rpublique ou l'tat parfait doit participer du pouvoir absolu par la vigueur de l'autorit1 du pouvoir oligarchique par la sagesse des conseils4 ,il est cependant trs-vident que sa qualit natale de sujet d'un roi comme ,philippe1 et de prcepteur d'un hros-roi comme ,alexandre1 font garder ,aristote des mnagements discrets pour la royaut4 ,de l sa perte4 ,le philosophe parfait se retrouve dans des considrations merveilleusement sagaces sur l'ducation gnrale des citoyens3 ,l'association politique tant toujours compose de chefs et de subordonns1 je demande si l'autorit et l'obissance doivent tre alternatives ou viagres4 ,il est clair que le systme de l'ducation devra se rapporter ces grandes divisions des citoyens entre eux4 ,si quelques hommes l'emportaient sur les autres hommes autant que1 selon la croyance commune1 les dieux et les hros peuvent diffrer des mortels1 l'gard du corps qu'un seul coup d'oeil suffit pour juger1 et mme l'gard de l'me1 de telle sorte que la supriorit des chefs ft aussi incontestable et aussi vidente pour les sujets1 nul doute qu'il ne fallt prfrer la perptuit de l'obissance pour les uns1 et du pouvoir pour les autres4 ,mais ces dissemblances sont choses fort difficiles constater2 et il n'en est point du tout ici comme pour ces rois de l',inde qui1 selon ,scylax1 l'emportent si compltement sur les sujets qui leur obissent4 ,il est donc vident que1 par bien des motifs1 l'alternative de l'autorit et de la soumission doit ncessairement tre commune tous les citoyens4 ,l'galit est l'identit d'attributions entre des tres semblables1 et l'tat ne saurait vivre contre les lois de l'quit3 les factieux que le pays renferme toujours trouveraient de constants appuis dans les sujets mcontents1 et les membres du gouvernement ne sauraient jamais tre assez nombreux pour rsister tant d'ennemis runis4 ,cependant il est incontestable qu'il doit y avoir une diffrence entre les chefs et les subordonns4 ,quelle sera cette diffrence1 et quelle sera la rpartition du pouvoir8 ,telles sont les questions que doit rsoudre le lgislateur4 ,nous l'avons dj dit3 c'est la nature elle-mme qui a trac la ligne de dmarcation1 en crant dans une espce identique les classes des jeunes et des vieux1 les uns destins obir1 les autres capables de commander4 ,une autorit confre par l'ge ne peut irriter la jalousie1 ni enfler la vanit de personne1 surtout lorsque chacun est assur d'obtenir avec les annes la mme prrogative4 ,ainsi l'autorit et l'obissance doivent tre la fois perptuelles et alternatives2 et1 par suite1 l'ducation doit tre la fois pareille et diverse2 puisque1 de l'aveu de tout le monde1 l'obissance est la vritable cole du commandement4 ,,xxv4 ,on regrette de trouver ici la recommandation platonique de l'abandon des enfants difformes2 loi humaine en opposition la loi divine4 ,alexandre et t abandonn1 car il tait difforme d'une paule4 ,on a coutume de donner le nom de rpublique aux gouvernements qui inclinent la dmocratie1 et celui d'aristocratie aux gouvernements qui inclinent l'oligarchie2 c'est que le plus ordinairement les lumires et la noblesse sont le partage des riches2 ils sont combls en outre de ces avantages que d'autres achtent si souvent par le crime1 et qui assurent leurs possesseurs un renom de vertu et une haute considration4 ,comme le systme aristocratique a pour but de donner la suprmatie politique ces citoyens minents1 on a prtendu1 par suite1 que les oligarchies se composent en majorit d'hommes vertueux et estimables4 ,or il semble impossible qu'un gouvernement dirig par les meilleurs citoyens ne soit pas un excellent gouvernement1 un mauvais gouvernement ne devant peser que sur les tats rgis par des hommes corrompus4 ,et1 rciproquement1 il semble impossible que1 l o l'administration n'est pas bonne1 l'tat soit gouvern par les meilleurs citoyens4 ,mais il faut remarquer que de bonnes lois ne constituent pas elles seules un bon gouvernement1 et qu'il importe surtout que ces bonnes lois soient observes4 ,il n'y a donc de bon gouvernement d'abord que celui o l'on obit la loi1 ensuite que celui o la loi laquelle on obit est fonde sur la raison2 car on pourrait aussi obir des lois draisonnables4 ,l'excellence de la loi peut du reste s'entendre de deux faons3 la loi est1 ou la meilleure possible relativement aux circonstances1 ou la meilleure possible d'une manire gnrale et absolue4 ,le principe essentiel de l'aristocratie parat tre d'attribuer la prdominance politique la vertu2 car le caractre spcial de l'aristocratie1 c'est la vertu1 comme la richesse est celui de l'oligarchie1 et la libert1 celui de la dmocratie4 ,toutes trois admettent d'ailleurs la suprmatie de la majorit1 puisque1 dans les unes comme dans les autres1 la dcision prononce par le plus grand nombre des membres du corps politique a toujours force de loi4 ,si la plupart des gouvernements prennent le nom de rpublique1 c'est qu'ils cherchent presque tous uniquement combiner les droits des riches et des pauvres1 de la fortune et de la libert2 et la richesse semble presque partout tenir lieu de mrite et de vertu4 ,trois lments dans l'tat se disputent l'galit3 ce sont la libert1 la richesse et le mrite4 ,je ne parle pas d'un quatrime qu'on appelle la noblesse2 car il n'est qu'une consquence de deux autres1 et la noblesse n'est qu'une anciennet de richesse et de talent4 ,or la combinaison des deux premiers lments donne videmment la rpublique1 et la combinaison de tous les trois donne l'aristocratie plutt que toute autre forme4 ,je classe toujours part la vritable aristocratie dont j'ai d'abord parl4 ,ainsi nous avons dmontr qu' ct de la monarchie1 de la dmocratie et de l'oligarchie1 il existe encore d'autres systmes politiques4 ,nous avons expliqu la nature de ces systmes1 les diffrences des aristocraties entre elles1 et les diffrences des rpubliques aux aristocraties2 enfin l'on doit voir que toutes ces formes sont moins loignes qu'on ne pourrait le croire les unes des autres4 ,,xxv4 ,tout considr1 la fortune moyenne est la meilleure base du gouvernement4 ,l'indiscipline corrompt les riches1 l'indigence asservit le caractre des pauvres4 ,il est vident que l'association politique est surtout la meilleure quand elle est forme par des citoyens de fortune moyenne2 les tats bien administrs sont ceux o la classe moyenne est plus nombreuse et plus puissante que les deux autres runies1 ou du moins que chacune d'elles sparment4 ,en se rangeant de l'un ou de l'autre ct1 elle rtablit l'quilibre et empche qu'aucune prpondrance excessive ne se forme4 ,c'est donc un grand bonheur que les citoyens aient une fortune modeste1 mais suffisant tous leurs besoins4 ,partout o la fortune extrme est ct de l'extrme indigence1 ces deux excs amnent ou la dmagogie absolue1 ou l'oligarchie pure1 ou la tyrannie2 la tyrannie sort du sein d'une dmagogie effrne1 ou d'une oligarchie extrme1 bien plus souvent que du sein des classes moyennes1 et des classes voisines de celles-l4 ,plus tard1 nous dirons pourquoi1 quand nous parlerons des rvolutions4 ,un autre avantage non moins vident de la moyenne proprit1 c'est qu'elle est la seule qui ne s'insurge jamais4 ,l o les fortunes aises sont nombreuses1 il y a bien moins de mouvements et de dissensions rvolutionnaires4 ,les grandes cits ne doivent leur tranquillit qu' la prsence des fortunes moyennes1 qui y sont si nombreuses4 ,dans les petites1 au contraire1 la masse entire se divise trs-facilement en deux camps sans aucun intermdiaire1 parce que tous1 on peut dire1 y sont ou pauvres ou riches4 ,c'est aussi la moyenne proprit qui rend les dmocraties plus tranquilles et plus durables que les oligarchies1 o elle est moins rpandue1 et a moins de part au pouvoir politique1 parce que1 le nombre des pauvres venant s'accrotre1 sans que celui des fortunes moyennes s'accroisse proportionnellement1 l'tat se corrompt et arrive rapidement sa ruine4 ,il faut ajouter encore1 comme une sorte de preuve l'appui de ces principes1 que les bons lgislateurs sont sortis de la classe moyenne4 ,solon en faisait partie1 ainsi que ses vers l'attestent2 ,lycurgue appartenait cette classe1 car il n'tait pas roi2 ,charondas et tant d'autres y taient galement ns4 ,ceci doit galement nous faire comprendre pourquoi la plupart des gouvernements sont ou dmagogiques ou oligarchiques2 c'est que1 la moyenne proprit y tant le plus souvent fort rare1 et tous ceux qui y dominent1 que ce soient d'ailleurs les riches ou les pauvres1 tant toujours galement loigns du moyen terme1 ils ne s'emparent du pouvoir que pour eux seuls1 et constituent ou l'oligarchie ou la dmagogie4 ,en outre1 les sditions et les luttes tant frquentes entre les pauvres et les riches1 jamais le pouvoir1 quel que soit le parti qui triomphe de ses ennemis1 ne repose sur l'galit et sur des droits communs4 ,comme il n'est que le prix du combat1 le vainqueur qui le saisit en fait ncessairement un des deux gouvernements extrmes1 dmocratie ou oligarchie4 ,c'est ainsi que les peuples mmes qui tour tour ont eu la haute direction des affaires de la ,grce1 n'ont regard qu' leur propre constitution pour faire prdominer dans les tats soumis leur puissance1 tantt l'oligarchie1 tantt la dmocratie1 inquiets seulement de leurs intrts particuliers1 et pas le moins du monde des intrts de leurs tributaires4 ,aussi n'en a-t-on jamais vu entre ces extrmes de vraie rpublique1 ou du moins1 en a-t-on vu rarement et pour bien peu de temps4 ,il ne s'est rencontr qu'un seul homme1 parmi tous ceux qui jadis arrivrent au pouvoir1 qui ait tabli une constitution de ce genre2 et ds longtemps les hommes politiques ont renonc dans les tats chercher l'galit4 ,ou bien l'on tche de s'emparer du pouvoir2 ou bien l'on se rsigne l'obissance quand on n'est pas le plus fort4 ,ces considrations suffisent pour montrer quel est le meilleur gouvernement1 et ce qui en fait l'excellence4 ,quant aux autres constitutions1 qui sont les diverses formes de dmocraties et d'oligarchies admises par nous1 il est facile de voir dans quel ordre on doit les classer1 celle-ci la premire1 celle-l la seconde2 et ainsi de suite1 selon qu'elles sont meilleures ou moins bonnes1 comparativement au type parfait que nous avons donn4 ,ncessairement elles seront d'autant meilleures qu'elles se rapprocheront davantage du moyen terme1 d'autant moins bonnes qu'elles en seront plus loignes4 ,j'excepte toujours les cas spciaux1 et j'entends par l que telle constitution1 bien que prfrable en soi1 est cependant moins bonne que telle autre pour un peuple particulier4 ,,xxvii4 ,aristote recommande de temprer la turbulence des meilleures dmocraties par l'introduction des propritaires ruraux dans les conseils du peuple4 ,quant cette forme dernire de la dmagogie1 o l'universalit des citoyens prend part au gouvernement1 tout tat n'est pas fait pour la supporter2 et l'existence en est fort prcaire1 moins que les moeurs et les lois ne s'accordent la maintenir4 ,nous avons indiqu plus haut la plupart des causes qui ruinent cette forme politique et les autres tats rpublicains4 ,pour tablir ce genre de dmocratie et transfrer tout le pouvoir au peuple1 les meneurs tchent ordinairement d'inscrire aux rles civiques le plus de gens qu'ils peuvent2 ils n'hsitent point comprendre au nombre des citoyens non-seulement ceux qui sont dignes de ce titre1 mais aussi tous les citoyens btards1 et tous ceux qui ne le sont que d'un des deux cts3 je veux dire soit du ct du pre1 soit du ct de la mre4 ,tous ces lments sont bons pour former le gouvernement que ces hommes-l dirigent4 ,ce sont des moyens tout fait la porte des dmagogues4 ,toutefois1 qu'ils n'en fassent usage que jusqu' ce que les classes infrieures l'emportent en nombre sur les hautes classes et les classes moyennes2 qu'ils se gardent bien d'aller au del2 car1 en dpassant cette limite1 on se donne une foule indisciplinable1 et l'on exaspre les classes leves1 qui supportent si difficilement l'empire de la dmocratie4 ,la rvolution de ,cyrne n'eut point d'autres causes4 ,on ne remarque point le mal tant qu'il est lger2 mais il s'accrot1 et il frappe alors tous les yeux4 ,on peut1 dans l'intrt de cette dmocratie1 employer les moyens dont ,clisthne ft usage ,athnes pour fonder le pouvoir populaire1 et qu'appliqurent aussi les dmocrates de ,cyrne4 ,il faut crer en plus grand nombre de nouvelles phratries2 il faut substituer aux sacrifices particuliers des ftes religieuses1 peu frquentes1 mais publiques2 il faut confondre autant que possible les relations des citoyens entre eux1 en ayant soin de rompre toutes les associations antrieures4 ,toutes les ruses des tyrans peuvent mme trouver place dans cette dmocratie1 par exemple1 la dsobissance permise aux esclaves1 chose peut-tre utile jusqu' certain point1 la licence des femmes et des enfants4 ,on accordera de plus chacun la facult de vivre comme bon lui semble4 cette condition1 bien des gens ne demanderont pas mieux que de soutenir le gouvernement2 car les hommes en gnral prfrent une vie sans discipline une vie sage et rgulire4 ,il passe enfin la thorie des rvolutions1 son chef-d'oeuvre6 ,toutes les parties du sujet que nous nous proposions de traiter sont donc peu prs puises4 ,pour faire suite tout ce qui prcde1 nous allons tudier1 d'une part1 le nombre et la nature des causes qui amnent les rvolutions dans les tats1 les caractres qu'elles prennent selon les constitutions1 et les relations qu'ont le plus ordinairement les principes qu'elles quittent avec ceux qu'elles adoptent2 d'autre part1 nous rechercherons quels sont1 pour les tats en gnral1 et pour chaque tat en particulier1 les moyens de conservation2 et enfin nous verrons quelles sont les ressources spciales de chacun d'eux4 ,nous avons indiqu dj la cause premire laquelle il faut rapporter la diversit de toutes les constitutions1 la voici3 tous les systmes politiques1 quelque divers qu'ils soient1 reconnaissent des droits et une galit proportionnelle entre les citoyens1 mais tous s'en cartent dans l'application4 ,la dmagogie est ne presque toujours de ce qu'on a prtendu rendre absolue et gnrale une galit qui n'tait relle qu' certains gards4 ,parce que tous sont galement libres1 ils ont cru qu'ils devaient l'tre d'une manire absolue4 ,l'oligarchie est ne de ce qu'on a prtendu rendre absolue et gnrale une ingalit qui n'tait relle que sur quelques points1 parce que1 tout en n'tant ingaux que par la fortune1 ils ont suppos qu'ils devaient l'tre en tout et sans limite4 ,les uns1 forts de cette galit1 ont voulu que le pouvoir politique1 dans toutes ses attributions1 ft galement rparti2 les autres1 appuys sur cette ingalit1 n'ont pens qu' accrotre leurs privilges1 car les augmenter1 c'tait augmenter l'ingalit4 ,tous les systmes1 bien que justes au fond1 sont donc tous radicalement faux dans la pratique4 ,aussi1 de part et d'autre1 ds que l'on n'obtient pas en pouvoir politique tout ce que l'on croit si faussement mriter1 on a recours une rvolution4 ,certes le droit d'en faire une appartiendrait bien plus lgitimement aux citoyens d'un mrite suprieur1 quoique ceux-l n'usent jamais de ce droit2 mais1 de fait1 l'ingalit absolue n'est raisonnable que pour eux4 ,ce qui n'empche pas que bien des gens1 par cela seul que leur naissance est illustre1 c'est--dire qu'ils ont pour eux la vertu et la richesse de leurs anctres qui leur assurent leur noblesse1 se croient1 en vertu de cette seule ingalit1 fort au-dessus de l'galit commune4 ,telle est la cause gnrale1 et1 l'on peut dire1 la source des rvolutions et des troubles qu'elles amnent4 ,dans les changements qu'elles produisent1 elles procdent de deux manires4 ,tantt elles s'attaquent au principe mme du gouvernement1 afin de remplacer la constitution existante par une autre1 substituant par exemple l'oligarchie la dmocratie1 ou rciproquement2 ou bien1 la rpublique et l'aristocratie l'une et l'autre2 ou les deux premires aux deux secondes4 ,tantt la rvolution1 au lieu de s'adresser la constitution en vigueur1 la garde telle qu'elle la trouve2 mais les vainqueurs prtendent gouverner personnellement1 en observant cette constitution2 et les rvolutions de ce genre sont surtout frquentes dans les tats oligarchiques et monarchiques4 ,parfois la rvolution renforce ou amoindrit un principe4 ,ainsi1 l'oligarchie existant1 la rvolution l'augmente ou la restreint2 de mme pour la dmocratie1 qu'elle fortifie ou qu'elle affaiblit2 et pour tout autre systme1 soit qu'elle lui ajoute1 soit qu'elle lui retranche4 ,parfois enfin1 la rvolution ne veut changer qu'une partie de la constitution1 et1 par exemple1 n'a pour but que de fonder ou de renverser une certaine magistrature4 ,c'est ainsi qu' ,lacdmone1 ,lysandre1 assure-t-on1 voulut dtruire la royaut2 et ,pausanias1 l'phorie4 ,c'est ainsi qu' pidamne un seul point de la constitution fut chang1 et qu'un snat fut substitu aux chefs des tribus4 ,aujourd'hui mme1 il y suffit du dcret d'un seul magistrat pour que tous les membres du gouvernement soient tenus de se runir en assemble gnrale2 et1 dans cette constitution1 l'archonte unique est un reste d'oligarchie4 ,l'ingalit est toujours1 je le rpte1 la cause des rvolutions1 quand rien ne la compense pour ceux qu'elle atteint4 ,entre gaux1 une royaut perptuelle est une ingalit insupportable2 et c'est en gnral pour conqurir l'galit que l'on s'insurge4 ,cette galit si recherche est double4 ,elle peut s'entendre du nombre et du mrite4 ,par le nombre1 je comprends l'galit1 l'identit en multitude1 en tendue2 par le mrite1 l'galit proportionnelle4 ,ainsi1 en nombre1 trois surpasse deux comme deux surpasse un2 mais1 proportionnellement1 quatre est deux comme deux est un4 ,deux est en effet quatre dans le mme rapport qu'un est deux2 c'est la moiti de part et d'autre4 ,on peut tre d'accord sur le fond mme du droit1 et diffrer sur la proportion dans laquelle il doit tre donn4 ,je l'ai dj dit plus haut3 les uns1 gaux en un point1 se croient gaux d'une manire absolue2 les autres1 ingaux un seul gard1 veulent tre ingaux tous gards sans exception4 ,de l vient que la plupart des gouvernements sont ou oligarchiques ou dmocratiques4 ,la noblesse1 la vertu1 sont le partage du petit nombre2 et les qualits contraires1 celui de la majorit4 ,dans aucune ville1 on ne citerait cent hommes de naissance illustre1 de vertu irrprochable2 presque partout1 au contraire1 on trouvera des masses de pauvres4 ,il est dangereux de prtendre constituer l'galit relle ou proportionnelle dans toutes leurs consquences2 les faits sont l pour le prouver4 ,les gouvernements tablis sur ces bases ne sont jamais solides1 parce qu'il est impossible que1 de l'erreur qui a t primitivement commise dans le principe1 il ne sorte point la longue un rsultat vicieux4 ,le plus sage est de combiner ensemble1 et l'galit suivant le nombre1 et l'galit suivant le mrite4 ,quoi qu'il en soit1 la dmocratie est plus stable et moins sujette aux bouleversements que l'oligarchie4 ,dans les gouvernements oligarchiques1 l'insurrection peut natre de deux cts1 de la minorit qui s'insurge contre elle-mme ou contre le peuple2 dans les dmocraties1 elle n'a que la minorit oligarchique combattre4 ,le peuple ne s'insurge jamais contre lui-mme1 ou du moins les mouvements de ce genre sont sans importance4 ,la rpublique o domine la classe moyenne1 et qui se rapproche de la dmocratie plus que ne le fait l'oligarchie1 est aussi le plus stable de tous ces gouvernements4 ,,xxviii4 ,l'numration raisonne qu',aristote fait en finissant des causes des rvolutions dpasse immensment ,fnelon1 ,rousseau et ,montesquieu4 ,l'imagination n'y est pour rien1 tout est en faits4 ,sous la monarchie1 c'est l'exagration du principe d'autorit et d'unit1 aboutissant la tyrannie qui humilie les sujets2 sous l'oligarchie1 le mpris des pauvres2 sous la dmocratie1 la turbulence des multitudes1 menaant et dpouillant les riches4 ,dans la dmagogie surtout il faut empcher non-seulement qu'on en vienne au partage des biens des riches1 mais mme qu'on partage l'usufruit2 ce qui1 dans quelques tats1 a lieu par des moyens dtourns4 ,il vaut mieux aussi ne pas accorder aux riches1 mme quand ils le demandent1 le droit de subvenir aux dpenses publiques1 considrables1 mais sans utilit relle1 telles que les reprsentations thtrales1 les ftes aux flambeaux et autres dpenses du mme genre4 ,dans les oligarchies1 au contraire1 la sollicitude du gouvernement doit tre fort vive pour les pauvres2 et1 parmi les emplois1 il faut qu'on leur accorde ceux qui sont rtribus4 ,il faut punir tout outrage des riches leur gard beaucoup plus svrement que les outrages des riches entre eux4 ,enlever1 en un mot1 tout vice1 tout abus1 toute violence de toute nature de gouvernement1 c'est le moyen assur de le faire durer autant que durent les choses mortelles2 car ,aristote ne fait point d'utopie et ne se dissimule pas que tout ce qui a dur doit finir4 ,il n'en appelle pas aux chimres1 mais la conscience4 ,il revient la critique de ,socrate4 ,dans la ,rpublique1 ,socrate parle aussi des rvolutions2 mais il n'a pas fort bien trait ce sujet4 ,il n'assigne mme aucune cause spciale de rvolutions la parfaite rpublique1 au premier gouvernement4 son avis1 les rvolutions viennent de ce que rien ici-bas ne peut subsister ternellement1 et que tout doit changer dans un certain laps de temps2 et il ajoute que ces perturbations dont la racine augmente d'un tiers plus cinq donne deux harmonies1 ne commencent que lorsque le nombre a t gomtriquement lev au cube1 attendu que la nature cre alors des tres vicieux et radicalement incorrigibles4 ,cette dernire partie de son raisonnement n'est peut-tre pas fausse2 car il est des hommes naturellement incapables de recevoir de l'ducation et de devenir vertueux4 ,mais pourquoi cette rvolution dont parle ,socrate s'appliquerait-elle cette rpublique qu'il nous donne comme parfaite1 plus spcialement qu' tout autre tat1 ou tout autre objet de ce monde8 ,mais dans cet instant qu'il assigne la rvolution universelle1 mme les choses qui n'ont point commenc d'tre ensemble changeront cependant la fois6 et un tre n le premier jour de la catastrophe y sera compris comme les autres6 ,on peut demander encore pourquoi la parfaite rpublique de ,socrate passe en se changeant au systme lacdmonien4 ,son autorit se change en tyrannie1 et c'est ce qui arriva jadis la plupart des oligarchies siciliennes4 ,qu'on se souvienne qu' l'oligarchie succda la tyrannie de ,pantius ,lontium2 ,gla1 celle de ,clandre2 ,rhges1 celle d',anaxilas1 et qu'on se rappelle tant d'autres qu'on pourrait citer galement4 ,c'est encore une erreur de faire natre l'oligarchie de l'avidit et des occupations mercantiles des chefs de l'tat4 ,il faut bien plutt en demander l'origine cette opinion des hommes grandes fortunes1 qui croient que l'galit politique n'est pas juste entre ceux qui possdent et ceux qui ne possdent pas4 ,dans presque aucune oligarchie les magistrats ne peuvent se livrer au commerce1 et la loi le leur interdit4 ,bien plus1 ,carthage1 qui est un tat dmocratique1 les magistrats font le commerce2 et l'tat cependant n'a point encore prouv de rvolution4 ,il est encore fort singulier d'avancer que dans l'oligarchie l'tat est divis en deux partis1 les pauvres et les riches2 est-ce bien l une condition plus spciale de l'oligarchie que de la rpublique de ,sparte1 par exemple1 ou de tout autre gouvernement1 dans lequel les citoyens ne possdent pas tous des fortunes gales1 ou ne sont pas tous galement vertueux8 ,en supposant mme que personne ne s'appauvrisse1 l'tat n'en passe pas moins de l'oligarchie la dmagogie1 si la masse des pauvre s'accrot1 et de la dmocratie l'oligarchie1 si les riches deviennent plus puissants que le peuple1 selon que les uns se relchent et que les autres s'appliquent au travail4 ,socrate nglige toutes ces causes si diverses qui amnent les rvolutions1 pour s'attacher une seule1 attribuant exclusivement la pauvret l'inconduite et aux dettes1 comme si tous les hommes ou du moins presque tous naissaient dans l'opulence4 ,c'est une grave erreur4 ,ce qui est vrai1 c'est que les chefs de la cit peuvent1 quand ils ont perdu leur fortune1 recourir une rvolution1 et que1 quand des citoyens obscurs perdent la leur1 l'tat n'en reste pas moins fort tranquille4 ,ces rvolutions n'amnent pas non plus la dmagogie plus frquemment que tout autre systme4 ,il suffit d'une exclusion politique1 d'une injustice1 d'une insulte1 pour causer une insurrection et un bouleversement dans la constitution1 sans que les fortunes des citoyens soient en rien dlabres4 ,la rvolution n'a souvent pas d'autre motif que cette facult laisse chacun de vivre comme il lui convient1 facult dont ,socrate attribue l'origine un excs de libert4 ,enfin1 au milieu de ces espces si nombreuses d'oligarchies et de dmocraties1 ,socrate ne parle de leurs rvolutions que comme si chacune d'elles tait unique en son genre4 ,,xxix4 ,telle est la ,politique d',aristote1 le plus beau de ses traits pratiques4 l'exception de ces deux erreurs qui ne sont pas siennes1 mais celles de son temps et vieilles comme le genre humain1 l'une relative l'esclavage qu'il croit un crime de la nature1 l'autre relative aux enfants ns difformes dont il admet l'infanticide par humanit1 il n'y a pas une considration fausse dans tout le livre3 c'est le catchisme du monde social4 ,quant la forme du style de ce trait1 elle est sans dfaut2 et il n'y manque aucune perfection du style pens ou raisonn3 ordre1 liaison1 logique1 clart1 consquence du principe avec la conclusion1 cela semble crit par la logique elle-mme4 ,on dirait qu'un esprit divin1 descendu du ciel pour clairer les hommes1 a pris la plume d'or des sraphins pour rvler aux hommes de toutes les conditions1 de toutes les dates1 de toutes les professions sociales1 les moyens de perfectionner et de conserver leur gouvernement4 ,nous qui1 dans une vie dj longue1 avons pu compter dix douze rvolutions d'empires1 et qui avons mme attach involontairement notre nom la dernire de ces convulsions sociales pour la modrer en la conseillant1 il nous est impossible de ne pas nous lever la plus haute admiration en lisant ce beau livre4 ,nous dirons mme1 sans aucune flatterie1 que de tous les ouvrages politiques c'est incontestablement le plus parfait1 et qu'il rend tous les autres ou dangereux ou inutiles4 ,supprimez-y deux chapitres et vous n'avez rien ajouter1 rien retrancher pour que la ,politique d',aristote1 crite #cej ans avant ,jsus-,christ1 soit le manuel de l'homme d'tat de toutes les poques1 preuve que la vrit est ternelle et qu'il n'y a rien de nouveau sous le ciel que le mensonge et le sophisme destins soutenir toutes les tyrannies1 celle du peuple comme celle des rois4 ,allez jusqu' l'me des hommes1 vous y trouverez la conscience2 allez jusqu' la conscience1 vous y trouverez la vrit2 tout sophiste est un menteur1 parce que tout sophiste est un flatteur4 ,,lamartine4 7,la suite au prochain ,entretien47 ,c,i,ve ,,entretien4 ,,aristote4 ,,traduction ,,compl,,te ,,par ,m4 ,,barth,,lemy ,,saint-,,hilaire4 7,,deuxi,,me ,,partie47 ,,la ,,logique4 ,i4 ,le mrite d',aristote1 dans ce trait de la ,logique1 du ,syllogisme1 de la ,dialectique1 est d'avoir transport la conscience et l'esprit dans la science du raisonnement4 ,la base de toute certitude est dans le fond et non dans la forme4 ,l'homme ne remonte pas plus haut que l'instinct1 la vrit pour lui n'est qu'un invincible instinct4 ,on ne prouve pas qu'on existe1 on le sent4 ,tous les sophismes chouent devant cette certitude4 ,la forme seule de la dialectique est une science4 ,aristote part de l et il l'enseigne4 ,cette science est admirable1 mais elle est cache4 ,ce sont les mathmatiques de la parole4 ,on conoit que1 pour la dmontrer1 il faille se plonger dans les arcanes de la scolastique4 ,nous rebuterions nos lecteurs en repassant avec eux pas pas sur les traces du philosophe de ,stagire4 ,c'est un exercice de la vrit4 ,c'est une anatomie de la phrase4 ,c'est un dmembrement de la pense4 ,c'est la grammaire du raisonnement4 ,passons6 ,,ii4 ,l',hermnia1 ou le trait de la ,proposition1 commence par ces remarquables dfinitions3 ,les mots dans la parole ne sont que l'image des modifications de l'me1 et l'criture n'est que l'image des mots que la parole exprime4 ,de mme que l'criture n'est pas identique pour tous les hommes1 de mme les langues ne sont pas non plus semblables4 ,mais les modifications de l'me1 dont les mots sont les signes immdiats1 sont identiques pour tous les hommes1 comme les choses1 dont ces modifications sont la reprsentation fidle1 sont aussi les mmes pour tous4 ,le nom est un mot qui signifie une chose1 sans spcifier de temps4 ,le verbe est un mot qui embrasse l'ide de temps1 et dont aucune partie isole n'a de sens par soi-mme4 ,toute la grammaire philosophique est ainsi dfinie4 ,passons encore6 ,ou plutt passons tout1 car le tout n'est que la grammaire du raisonnement4 ,on admire ,aristote comme on admire ,euclide2 mais le suivre1 ce serait le refaire4 ,on ne peut le refaire qu'en chiffres3 les chiffres ne se dmontrent pas4 ,ils sont la sensation du vrai4 ,leur inventeur est plus qu'un homme4 ,telle est l'opinion qu'on a d',aristote aprs avoir tudi sa ,logique4 ,c'est l'chafaudage de toute vrit4 ,mais1 la vrit de la dmonstration obtenue1 on renverse l'chafaudage1 et l'on passe sur le pont que l'architecte a construit4 ,,iii4 ,les quatre volumes de la ,logique parcourue1 on s'crie avec ,voltaire3 ,quel homme qu',aristote1 qui trace les rgles de la ,tragdie de la mme main dont il a donn celles de la ,dialectique1 de la ,morale1 de la ,politique1 et dont il a lev1 autant qu'il a pu1 le grand voile de la nature6 ,peut-on s'empcher de l'admirer1 quand on voit qu'il a connu fond tous les principes de l'loquence et de la posie8 ,o est le physicien de nos jours chez qui l'on puisse apprendre composer un discours et une tragdie8 ,aristote fit voir aprs ,platon que la vritable philosophie est le guide secret de l'esprit de tous les arts4 ,les lois qu'il donne sont encore aujourd'hui celles de nos bons auteurs4 ,au dix-huitime sicle1 les plus grands et les plus exacts des historiens de la philosophie se taisent sur la ,potique d',aristote4 ,brucker et ,tennemann1 sans parler de ,tiedemann1 la passent ddaigneusement sous silence4 ,de nos jours mme1 ,m4 ,henri ,ritter ne suppose pas davantage qu'elle soit digne d'un regard4 ,on dirait vraiment que c'est la chose la plus simple du monde et la plus indiffrente qu'un philosophe lgislateur du got1 et que les exemples en sont si vulgaires1 qu'il n'est pas besoin de mentionner celui-l4 ,voltaire a pleine raison quand il tablit que c'est l'esprit philosophique qui conduit tous les arts1 guids par lui secrtement et leur insu4 ,mais on peut s'tonner que ce soit un homme de lettres qui revendique ce titre pour une science qui n'tait pas prcisment la sienne1 et qu'un tel titre ait t omis par les annalistes savants et laborieux de la philosophie4 ,ce n'est pas cependant pour la philosophie un mince honneur2 et1 toute riche qu'elle peut tre1 elle aurait bien tort de ngliger rien de ce qui tend et embellit son domaine4 ,le beau1 sous toutes ses formes1 est une des ides qu'elle approfondit et qu'elle cultive lgitimement1 et elle a le droit de suivre cette ide jusqu' un certain point dans ses applications4 ,elle n'est pas tenue sans doute d'tudier la potique comme elle tudie la psychologie1 la morale ou la mtaphysique2 mais1 quand elle traite des beaux-arts1 comme le fait ,aristote1 en posant les principes gnraux et essentiels1 c'est un service de plus qu'elle rend l'esprit humain1 et qu'elle seule est capable de lui rendre4 ,la posie1 non plus que les autres arts1 n'a pas le secret de ses propres charmes et de sa puissance4 ,bien plus1 si elle recherche ce secret1 elle s'abdique et se perd en voulant se connatre4 ,il est fort heureux qu',homre n'ait point pens se rendre compte de son gnie2 car probablement1 dtourn par ce soin1 il ne nous et point donn l',iliade2 mais il est fort heureux aussi que d'autres nous apprennent pourquoi l',iliade est si parfaite et si belle2 et cette dcouverte des principes n'appartient qu' la philosophie1 qui fonde et dirige la critique4 ,loin donc de blmer ,aristote d'avoir compos un trait de potique1 il faut l'en remercier2 car1 depuis deux mille ans passs1 ce trait a fait loi sur presque tous les points qu'il touche et qu'il a rgls dfinitivement4 ,il a beau tre inachev1 incomplet2 le texte1 que nous en a transmis une tradition trop peu attentive1 a beau tre altr de mille manires1 la pense n'en est pas moins en gnral clatante et sre4 ,elle se fait jour travers ces ruines et ces tnbres2 et1 quand on l'tudie comme elle le mrite1 elle apparat1 dans les bornes o elle se renferme1 comme le code du bon sens et du bon got4 ,aristote n'a pas tout dit certainement2 et1 depuis lui1 l'esprit humain n'a pas laiss que de marcher et de faire de grands progrs2 mais presque tout ce qu'il a dit est incontestable2 et1 comme la vrit ne change pas1 toutes celles qu'il a dcouvertes et dmontres sont de nos jours aussi jeunes1 aussi belles que de son temps4 ,voltaire ne se trompait point1 en croyant avec ,corneille qu'il commentait1 et mme avec ,lessing1 son adversaire1 que s'carter des rgles d',aristote1 c'tait courir grand risque de s'garer4 ,il est possible qu'une telle assertion1 suranne et audacieuse tout ensemble1 provoque encore plus d'un sourire l'heure qu'il est4 ,notre sicle1 il y a moins de trente ans1 a institu de grandes discussions littraires1 dont le retentissement n'a point encore tout fait cess4 ,je me garderai bien de ranimer les querelles des romantiques et des classiques1 tout en reconnaissant volontiers et en regrettant ce qu'avaient d'honorable et d'lev ces passions intellectuelles1 remplaces par de moins dignes et de moins innocentes4 ,mais1 pour tous les juges comptents1 la question a t dcide en faveur des rgles1 qu'attaquaient si violemment des esprits plus tmraires que senss4 ,on se fiait beaucoup ses forces1 sans avoir assez rflchi l'emploi qu'on en devait faire4 ,on voulait marcher par des voies nouvelles1 et l'on n'y rencontrait que des prcipices4 ,les oeuvres qu'on tentait taient monstrueuses1 au lieu d'tre parfaites2 et elles valaient moins encore1 s'il est possible1 que le systme hautain et vide qui prtendait les inspirer4 bout de faux pas1 d'expriences avortes1 il a fallu revenir ces routes qu'on trouvait si monotones et si plates2 il a fallu se soumettre ce joug qui semblait si lourd et si gnant1 parce qu'on ne savait pas le porter2 et les rgles sont sorties plus claires et plus fermes de ces conflits o on les avait tant maltraites et tant obscurcies4 ,naturellement1 ,aristote n'avait pas t plus pargn que ces rgles4 ,il passait pour en tre le pre et le rigide dfenseur4 ,il eut sa part des colres qu'elles excitaient2 et son nom1 tout vieux qu'il tait1 fut un des plus souvent invoqus par les deux camps4 ,on le citait en sens contraire1 et l'on voulait de part et d'autre s'abriter sous cette grande autorit4 ,par malheur1 on le comprenait fort mal2 et l',aristote de notre temps1 dont ,corneille1 il faut bien l'avouer1 tait bien un peu coupable1 ne ressemblait gure plus au vritable ,aristote que celui de la scolastique4 ,les trois units qu'on lui attribuait si gratuitement1 pour les lui reprocher ou pour l'en fliciter1 n'taient pas de lui4 ,d'autres principes non moins respectables qu'on lui prtait encore1 ne lui appartenaient pas davantage2 et la tradition qui se dnature si vite1 sans devenir tout fait fausse1 n'tait gure plus fidle de notre temps qu'elle ne l'avait t dans le moyen ge et la renaissance4 ,elle avait invent des axiomes en potique1 comme elle en inventait jadis en mtaphysique et en psychologie4 ,aristote en tait responsable1 bien qu'il n'y et jamais song et qu'il ft impossible de les dcouvrir dans ses crits4 ,de nos jours on connat mieux son oeuvre1 et l'on peut tre aisment plus quitable1 en mme temps qu'on est plus exact4 ,en tudiant directement ,aristote1 on ne lui fera dire que ce qu'il a dit4 ,mais on peut tre assur qu'on l'admirera tout autant4 ,rduit aux proportions qui sont les siennes1 il n'en sera pas moins grand2 il ne diminuera point1 parce qu'on lui enlvera quelques thories contestables qui ne sont pas son bien4 ,,iv4 ,en potique comme en tant d'autres sciences1 ,aristote a le privilge inou d'avoir t le plus ancien en date et d'tre rest suprieur tout ce qui l'a suivi4 ,il parat bien que c'est lui qui le premier a pens qu'on pouvait faire des principes de la posie1 dans son ensemble et dans ses genres divers1 une thorie rgulire et systmatique4 ,il a sans doute trouv bien des germes dans ,platon2 mais l1 peut-tre1 moins qu'ailleurs1 il a pu faire des emprunts son matre4 ,dans les dialogues1 ,socrate ne juge gure de la posie que comme en jugent1 dans les entretiens de chaque jour1 les socits mme les plus polies et les plus dlicates4 ,on ne disserte pas quand on cause2 on professe encore moins2 car ce serait insupportable2 et ,socrate a trop de got pour tre jamais pdant4 ,ainsi1 avant ,aristote1 bien des gens d'esprit avaient mis sur les oeuvres des potes les opinions les plus justes et les plus graves2 mais personne avant lui n'avait essay de faire de ces opinions un corps de doctrine1 et de les approfondir en remontant jusqu'aux principes sur lesquels elles s'appuient4 ct d',aristote1 il n'y a que deux noms que la gloire prononce aprs le sien3 c'est ,horace et ,boileau4 ,je ne veux les dprcier ni l'un ni l'autre2 ils ont leur grandeur1 que je ne nie point1 et qu'atteste assez le culte mrit dont ils ne cesseront d'tre l'objet4 ,mais quelle distance ne sont-ils point d',aristote8 ,d'abord1 ils n'en sont que les chos1 je ne dis pas les imitateurs2 et les prceptes qu'ils rptent aprs lui1 en leur donnant plus de grce1 ne viennent pas de leur propre gnie4 ,ils se bornent les lui emprunter en les ornant d'une forme nouvelle4 ,leurs vers gracieux ou senss en ont heureusement propag les rgles1 en faisant comme des proverbes littraires4 ,c'est beaucoup de graver dans la mmoire l'expression concise et forte de la vrit2 mais c'est plus encore de dcouvrir la vrit elle-mme et de la mettre dans tout son jour4 ,l'oeuvre d',horace1 moins complte que celle de ,boileau1 est pourtant prfrable4 ,quoiqu'on ne puisse juger d'une langue morte aussi srement que de la sienne1 le style d',horace parat non-seulement plus lgant1 mais aussi plus propre au sujet qu'il traite4 ,c'est une simple lettre en vers qu'il crit des amis2 et ce cadre1 o il peut se jouer son gr1 lui convient merveille4 ,il peut retenir quelque chose de l'abandon platonicien2 et la ngligence1 laquelle il se laisse aller si volontiers1 est une parure de plus4 ,elle voile demi des contours un peu vagues4 ,mais ,horace n'a pas la prtention d'instruire4 ,il rappelle dans une ptre nonchalante des ides cent fois rptes dans les causeries familires1 et il s'est bien gard de se faire prcepteur2 les ,pisons n'auraient point reconnu leur spirituel ami sous l'austrit d'un pdagogue4 ,boileau1 en essayant d'tre didactique1 n'a pas craint d'tre plus svre2 il a fait tout un pome en quatre chants4 ,il est vrai qu'il en donnait six au ,lutrin4 ,son oeuvre a l'ordre et la symtrie d'un trait en forme4 ,aprs les conseils les plus sages et aprs l'histoire de la posie franaise1 il dcrit1 il tudie presque1 chacun des genres1 commencer par l'idylle1 l'glogue1 l'lgie1 l'ode1 et suivre par le sonnet1 qu'il vante beaucoup trop1 l'pigramme1 le rondeau1 le madrigal1 et la satire4 ,puis1 il s'lve des sujets plus hauts1 et il traite de la tragdie1 du pome pique1 de la comdie1 pour finir par de nouveaux conseils1 que couronnent des flatteries au grand roi sous lequel il vit4 ,on a reproch ,boileau des jugements qui ne sont pas toujours dicts par la justice et le bon got3 il a mconnu le ,tasse et ,quinault2 il oublie la ,fontaine avec la fable#a4 ,on peut lui reprocher avec non moins de raison des vers trop peu chtis1 et plus d'une expression vulgaire4 ,note #a3 ,boileau rpare cet oubli1 du moins en partie1 dans sa lettre de rconciliation ,charles ,perrault2 mais il y semble encore mettre la ,fontaine sur la ligne de ,voiture et de ,sarazin4 ,mais quoi bon s'arrter ces critiques de dtail8 ,bien qu'on ait parl plus d'une fois des trois ,potiques#b1 il n'y a vritablement qu'une ,potique qui mrite ce nom3 c'est celle d',aristote4 ,les deux autres doivent trouver une place dans l'histoire de la posie3 elles n'en ont pas dans l'histoire de la science et de la philosophie4 ,aristote seul est un matre et un guide pour quiconque veut pntrer dans ces questions difficiles et charmantes4 ,note #b3 ,parfois mme1 on parle de quatre1 en y joignant celle de ,vida4 ,suivons-le donc pas pas et voyons ce qu'il nous enseigne4 ,nous sommes bien srs l'avance que nous n'aurons point regretter de nous tre mis son cole2 car il est pote aussi1 en mme temps qu'il est philosophe4 ,aristote se proposait1 ainsi qu'il l'annonce ds les premires lignes de son ouvrage1 de s'occuper de la posie en gnral1 et il comptait surtout traiter des trois genres principaux3 la tragdie1 le pome pique et la comdie1 sans oublier quelques genres secondaires1 et notamment le dithyrambe4 ,dans sa ,potique1 telle qu'elle nous est parvenue1 il n'est question que de la tragdie et du pome pique4 ,la thorie de la comdie ne s'y trouve pas1 soit que l'auteur ne l'ait point faite1 en dpit de son dessein formellement exprim1 soit que le temps ne l'ait pas laisse arriver jusqu' nous1 ce qui semble plus probable4 ,il faut se rsigner cette perte1 qui forme une lacune fcheuse dans l'ensemble des thories4 ,les gnralits par lesquelles dbute ,aristote sont assez brves2 mais elles sont justes et profondes4 ses yeux1 la posie1 ou l'art en gnral1 est une imitation1 comme le lui avait appris ,platon1 son matre4 ,en effet1 il passe d'un bond la posie1 et il en donne les rgles et les exemples4 ,du bon il va au beau4 ,le beau est l'clat du vrai4 ,le mme principe les rgit4 ,telle est l'opinion de ,barthlemy ,saint-,hilaire1 le philosophe traducteur du pre des philosophes4 ,v4 ,il ne se fait point d'illusion sur les lacunes de ce trait sommaire4--,la ,potique d',aristote1 dit-il1 est la fois mutile et trs-incomplte4 ,le temps peut-tre lui a fait une partie de ces outrages2 mais il semble assez probable aussi que c'est l'auteur lui-mme qui a laiss son oeuvre dans ce fcheux tat4 ,press par la perscution et par la mort1 volontaire ou violente1 il n'a pu mettre la dernire main ce monument1 non plus qu' tant d'autres parvenus jusqu' nous avec les traces d'un dsordre non moins vident1 qu'on ne saurait davantage attribuer aux diteurs que le hasard leur a donns4 ,de plus1 on se rappelle qu',aristote1 soit par modestie1 soit par ncessit1 ne commena que tard crire1 et qu'il ne publia presque rien de son vivant4 ,il comptait sans doute sur des annes plus longues que celles qui lui furent accordes1 et la ,potique a subi le sort commun de tout ce qu'il avait fait4 ,je m'afflige donc1 sans trop m'tonner1 des irrgularits de toute sorte qui la dparent2 mais je soutiens que1 malgr tant de lacunes1 tant d'obscurits1 tant d'insuffisances1 sans mme parler d'interpolations incontestables1 la ,potique est encore digne du gnie d',aristote4 ,il suffit de quelques morceaux du genre de ceux que je viens de discuter1 pour affirmer sans la moindre hsitation qu'ils appartiennent bien rellement celui dont ils portent le nom4 certains traits1 l'empreinte du philosophe est reconnaissable2 et il n'y a que lui dans la ,grce1 si fconde d'ailleurs en beaux esprits1 qui pt concevoir et exprimer sous cette forme de telles penses4 ,regrettons1 si nous le voulons1 de n'en avoir qu'une faible partie2 mais ne rduisons pas encore notre richesse1 en ne comprenant point assez tout ce que vaut ce trsor4 ,voil deux mille ans et plus que ces pages ont t crites2 et avec elles1 c'est la critique littraire qui est ne1 et qui1 ds ce moment1 a eu sa mthode1 son objet1 et quelques-uns de ses principes essentiels4 ,depuis lors et surtout depuis un sicle1 la critique a fait de grands progrs qu'il serait bien inutile et bien injuste de nier4 ,nous pouvons mme le prdire sans vanit3 notre sicle compte en ce genre des matres que la postrit prendra pour modles4 ,mais je crois rehausser encore le mrite de ces matres respects1 en disant qu'ils n'ont fait que renouer et continuer la tradition d',aristote4 ,certainement1 quand on voit ce qu'est devenue la critique entre les mains de ,m4 ,villemain1 on peut trouver que la distance est considrable2 la critique1 ainsi comprise1 prend place au niveau de l'histoire elle-mme1 sans cesser d'tre toujours la matresse souveraine du got4 ,la profondeur et l'tendue1 avec la haute moralit1 ne messient pas plus l'histoire des faits intellectuels qu' l'histoire des vnements militaires ou sociaux4 ,l'historien de l'esprit peut tre aussi grand que l'historien de la politique2 et ce n'est pas une faible gloire d'avoir ajout cette branche nouvelle au domaine de l'intelligence4 ,mais je dis que les germes de tout ce qui a suivi sont dj dans l'oeuvre du philosophe grec4 ,en date1 la ,potique est le premier monument2 et en mrite1 elle est un des plus importants de la critique telle que nous la pratiquons4 ,aristote ne connat que la ,grce1 c'est vrai2 aujourd'hui nous connaissons l'esprit humain entier2 et il n'est pas une oeuvre quelque peu digne d'attention qui chappe nos regards1 et que nous ne puissions tudier4 ,l',europe compte elle seule cinq ou six langues qui depuis plusieurs sicles ont produit des oeuvres considrables de tout ordre2 et nos yeux peuvent s'tendre de l',europe toutes les autres contres1 dont quelques-unes1 sans rivaliser avec elle1 valent bien du moins qu'elle les connaisse1 ne serait-ce que pour y retrouver ses propres origines4 ,la critique peut donc de nos jours user des matriaux les plus vastes2 et ses jugements peuvent tre d'autant plus justes que les comparaisons sur lesquelles ils se fondent sont plus nombreuses4 ,tous les temps1 depuis le berceau du genre humain1 toutes les nations posent devant elle2 et pour savoir ce que sont relativement leurs oeuvres1 elle n'a qu' les faire comparatre et rpondre tour tour4 ,aristote n'avait rien de pareil sa disposition2 et cette vaste exprience lui a t refuse1 la fois par l'poque o il a paru1 et par le peuple auquel il s'adressait4 ,mais il s'est trouv que ce peuple avait t si admirablement dou par la nature et tenait une telle place dans les desseins de ,dieu1 qu' lui seul et tout restreint qu'il tait1 il en a su1 dans ces dlicats mystres de l'esprit et du got1 plus que le reste du monde4 ,homre1 ,phidias1 ,platon1 ,sophocle1 ,dmosthne1 et tant d'autres1 qui les galait alors8 ,et depuis1 qui les a surpasss8 ,la varit des oeuvres n'tait pas moins grande que leur perfection2 et le philosophe n'avait pas besoin1 quand mme il l'aurait pu1 de sortir de la ,grce2 elle lui offrait en tout genre des modles accomplis1 aussi divers que parfaits4 ,s'il ne pouvait point tudier toute l'humanit1 il tudiait du moins l'humanit dans ce qu'elle a de plus beau4 ,c'est ainsi qu'on peut expliquer le prodigieux mrite des thories d',aristote2 et1 loin de le blmer d'avoir mis en maxime les pratiques des ,grecs1 il faut l'en remercier4 ,c'tait un ,grec de donner au monde le secret des chefs-d'oeuvre de la ,grce4 ,ce n'tait point assez d'avoir produit ces chefs-d'oeuvre2 il fallait encore les faire comprendre2 et au gnie spontan des potes est venu s'ajouter le gnie de la critique1 qui ne cre pas1 mais qui rflchit4 ,c'est l un immense honneur2 et dans les annales de l'esprit humain1 il n'y a qu'un peuple qui ait su le conqurir4 ,herder remarque avec raison que la philosophie des arts devait natre dans la ,grce1 parce qu'en suivant le mouvement libre de la nature et les inspirations d'un got infaillible1 les potes et les artistes de cet heureux pays ralisaient la thorie du beau1 avant que personne n'en et encore trac les lois4 ,le zle prodigieux avec lequel furent cultives l'pope1 la posie dramatique et l'loquence1 ajoute ,herder1 leva ncessairement l'analyse littraire une perfection inconnue parmi nous4 ,quelques fragments mutils et les crits d',aristote1 voil ce qui nous reste de ce genre d'crits4 ,ils suffisent pour montrer quelles taient dans l'antiquit la pntration et l'lgante dlicatesse de la critique#c4 ,ce jugement du grand historien de l'humanit serait quitable1 s'il ne rabaissait pas un peu trop les modernes devant les anciens4 ,au temps de ,herder1 la critique1 dont il tait un des plus nobles reprsentants1 n'tait pas si impuissante qu'il a l'air de le penser1 peut-tre par un scrupule de modestie4 ,mais1 quoi qu'il en soit1 ,herder a bien vu la haute importance des monuments de critique que la ,grce nous a lgus4 ,dans le mouvement gnral de l'esprit humain1 ces monuments tiendront toujours une place ncessaire1 parce qu'ils marquent et assurent les lentes conqutes de la rflexion ct et la suite des lans de l'inspiration et de la spontanit des peuples4 ,il a t donn la ,grce de runir en une harmonie et une beaut gales ces deux extrmits de l'intelligence humaine4 ,c'est un privilge dont elle seule a joui entre les nations qui ont brill l'origine des temps4 ,note #c3 ,herder1 ,ides sur la philosophie de l'histoire de l'humanit1 livre ,,xiii1 chapitre #e1 page #dij1 de la traduction de ,m4 ,edgar ,quinet4 ,on ne peut pas croire1 sans faire d'exagration sacrilge1 que la ,potique1 si le gnie d',aristote avait pu l'achever1 aurait en son genre valu l',iliade1 et que le critique se serait lev au niveau du pote2 mais on peut affirmer que les ruines informes qui sont arrives jusqu' nous sont encore si prcieuses et si clatantes que leur gloire efface tant d'autres monuments plus complets1 mais moins beaux1 qui n'ont t possibles aprs elles qu' la condition de les imiter en les perfectionnant4 ,,vi4 ,la posie1 dit ,aristote1 et il entend par l le pome pique1 la tragdie1 la comdie1 le dithyrambe1 musique et paroles1 l'lgie1 est un art d'imitation4 ,il y a dans ces paroles une grande erreur4 ,la posie a une tout autre origine que le plaisir servile produit en nous par l'imitation2 elle est ne de l'homme mme4 ,nous voudrions savoir quel est1 dans la ,marseillaise1 chant national des ,franais modernes1 le plaisir de l'imitation4 ,non2 l'origine de la ,marseillaise1 musique et paroles1 est d'une nature bien suprieure4 ,c'est l'lan de l'me du peuple attaqu dans ses droits1 qui jouit de les dfendre1 et qui chante d'avance cette jouissance et cette gloire1 par une posie intime qui lui dicte ses accents4 ,il en est ainsi de toute posie spontane1 qui n'est point un art1 mais qui est l'exubrance des forces de la nature4--,la nature chante1 voil toute la posie4 ,il divise tous les potes en deux ordres3 les potes hroques et les potes comiques4 ,il parat1 en le lisant1 qu',homre lui donne1 lui seul1 le modle des deux3 des pomes hroques dans l',iliade et l',odysse2 des pomes comiques dans son ,margits4 ,la comdie est l'imitation du vice ou du ridicule4 ,le ridicule1 en effet1 suppose toujours un certain dfaut et une difformit qui n'a rien de douloureux pour celui qui la subit4 ,c'est ainsi qu'un masque provoque le rire dans celui qui le voit1 sans que d'ailleurs ce soit un signe de souffrance4 ,elle vint de la ,sicile en ,grce4 ,l'pope tient la tragdie en ce qu'elle est comme elle1 sauf le mtre1 une imitation des actions nobles l'aide du discours4 ,mais une diffrence1 c'est que dans l'pope le mtre est toujours le mme1 et qu'elle est toujours un rcit4 ,une autre diffrence encore1 c'est l'tendue4 ,la tragdie s'efforce autant que possible de se renfermer dans une seule rvolution du soleil1 ou du moins de trs-peu sortir de ces limites2 l'pope1 au contraire1 n'a pas de limite de temps2 et c'est l une diffrence essentielle1 quoique dans le principe on se donnt cette facilit pour la tragdie aussi bien que dans la comdie4 ,la tragdie1 continue-t-il1 est selon moi l'imitation de quelque action srieuse1 noble1 complte1 ayant sa juste dimension et employant un discours relev par tous les agrments qui1 selon leur espce1 se distribuent sparment dans les diverses parties1 sous forme de drame et non de rcit1 et arrivant1 tout en excitant la piti et la terreur1 purifier en nous ces deux sentiments4 ,quand je parle d'un discours relev d'agrments1 j'entends celui qui runit le rhythme1 l'harmonie et le chant1 et quand j'ajoute3 sparment selon leur espce1 j'entends que certaines parties n'ont que des vers1 tandis que les autres se compltent aussi par le chant et la musique4 ,puisque c'est par l'action que la tragdie imite1 une premire consquence1 c'est qu'une partie de la tragdie est ncessairement la pompe du spectacle1 et que la mlope et les paroles ne viennent qu'ensuite4 ,car ce sont l les moyens d'imitation dont elle dispose4 ,j'entends par les paroles la composition des vers2 et quant la mlope1 chacun sait assez clairement tout ce qu'elle est4 ,la tragdie est donc l'imitation d'une action2 et cette action tant l'oeuvre de personnages qui agissent1 ces personnages ont ncessairement un caractre et un esprit qui les font ce qu'ils sont2 conditions qui1 d'ailleurs1 servent qualifier aussi les actes humains4 ,or il y a deux causes qui dterminent naturellement toutes nos actions3 ce sont l'esprit et le caractre1 qui1 dans la vie galement1 dcident toujours de nos succs ou de nos revers4 ,c'est la fable qui est l'imitation de l'action2 et par fable1 j'entends le tissu des faits4 ,le caractre ou les moeurs1 c'est ce qui distingue les gens qui agissent et permet de les qualifier2 et l'esprit1 c'est l'ensemble des discours par lesquels on exprime quelque chose1 ou mme on dcouvre le fond de sa pense4 ,ainsi1 l'on peut compter dans toute la tragdie six lments qui servent dterminer ce qu'elle est et ce qu'elle vaut3 ce sont la fable1 les moeurs ou caractres1 le style1 l'esprit ou les sentiments1 le spectacle et la mlope4 ,en effet1 les moyens d'imitation comprennent deux de ces lments2 la faon d'imiter en comprend un2 et ce qu'on imite comprend les trois autres4 ,en dehors de ces termes1 il n'y a plus rien4 ,d'ailleurs1 ce ne sont pas quelques potes en petit nombre et qu'on pourrait compter1 qui ont employ ces six lments2 toute pice1 sans exception1 renferme la fois spectacle1 caractres1 fable1 style1 musique et penses4 ,mettre la suite les unes des autres ces sentences n'est point la tragdie1 la fable et l'action bien tissues1 c'est bien plus2 les penses ne viennent qu'au troisime rang4 ,ce genre de posie doit finir par le malheur2 voyez ,euripide3 ,aussi1 l'on a grand tort de blmer ,euripide de suivre cette mme combinaison dans ses pices1 et de faire finir beaucoup de ses tragdies par le malheur4 ,ce dnoment est excellent1 comme j'ai essay de le faire voir2 et la meilleure preuve1 c'est que1 sur la scne et dans les concours1 ces sortes de pices1 si d'ailleurs elles sont bonnes1 paraissent les plus tragiques de toutes4 ,la terreur et la piti peuvent venir du spectacle qu'on met sous les yeux des assistants2 mais on peut faire sortir ces sentiments de l'intrigue mme du drame1 ce qui est bien prfrable et annonce un pote plus habile4 ,la fable doit tre compose de telle sorte qu'il suffise d'entendre les choses1 mme sans les voir1 pour frissonner et s'attendrir au rcit des vnements2 et c'est bien ce qu'on prouve rien qu' entendre raconter l'histoire d',oedipe4 ,chercher produire ces effets en mettant les choses sous les yeux directement1 est beaucoup moins digne de l'art1 et il n'y faut que les frais de la reprsentation4 ,quant ceux qui visent produire non la terreur par ce qu'ils font voir sur la scne1 mais une pouvante monstrueuse1 ils n'entendent rien la tragdie2 car il ne faut pas lui demander toute espce de plaisirs1 mais seulement ceux qui lui sont propres4 ,puisque le but du pote doit tre de nous procurer le plaisir qui vient de la piti et de la terreur1 il est clair qu'il faut qu'on trouve ces motions dans les choses mme que son oeuvre nous reprsente4 ,cherchons donc quels sont les objets qui excitent la terreur et la piti dans les vnements rels de la vie4 ,il faut de toute ncessit que les actions capables de les produire se passent1 ou entre des amis1 les uns l'gard des autres1 ou entre des ennemis1 ou enfin entre des gens qui ne sont ni l'un ni l'autre4 ,qu'un ennemi tue son ennemi1 il n'y a rien dans ce fait1 soit qu'on l'accomplisse1 soit qu'on le doive accomplir1 qui puisse exciter la piti1 si ce n'est la catastrophe elle-mme4 ,il n'y en a pas davantage1 si les personnes ne sont ni amies ni ennemies4 ,mais quand ces douloureux vnements arrivent entre des personnes qui s'aiment1 et que1 par exemple1 un frre tue ou doive tuer son frre1 un fils son pre1 une mre son fils1 un fils sa mre1 ou qu'il se commet d'autres malheurs de ce genre1 voil les situations qu'il faut rechercher4 ,suivent des exemples clbres et choisis dans la tragdie grecque4 ,,vii4 ,aristote passe l'pope3 ,homre1 dit-il1 est un dieu1 quand on le compare tous les autres potes4 ,il est ais de voir qu',aristote place dans sa pense ,homre au-dessus de toute comparaison avec ses successeurs2 et des rivaux1 il n'en voit pas4 ,il est ais aussi de conclure que cette ,potique n'est qu'une runion de fragments dcousus et non suffisamment rflchis1 relis aprs coup par ses disciples4 ,horace et ,boileau1 dans leur ,art potique1 sont plus parfaits1 mais moins sagaces4 ,aristote termine au hasard1 en donnant la supriorit la tragdie sur le pome pique4 ,c'est une erreur4 ,voici comment il essaye de la justifier sans y parvenir3 ,on peut1 en comparant la tragdie et l'pope1 se demander laquelle de ces deux espces d'imitations est la plus parfaite4 ,si la moins grossire est la meilleure1 et que ce soit celle qui s'adresse aux meilleurs esprits1 on ne peut nier que le genre qui prtend imiter tout sans exception ne soit aussi le plus grossier des deux4 ,quand on suppose que les gens ne vous comprendront pas1 si l'on ne prend la peine de leur tout expliquer1 on se donne beaucoup de mouvement1 comme ces mauvais mimes qui pirouettent sur eux-mmes pour imiter un disque qui tourne1 ou qui tirent eux le ,coryphe quand ils jouent1 aux sons de la flte1 la ,scylla attirant les navires sur l'cueil4 ,la tragdie est donc l'pope comme les vieux acteurs croient que les nouveaux sont leur gard4 ,myniseus traitait de singe ,callipide1 qui selon lui forait trop son jeu2 il ne pensait pas mieux de ,pindarus4 ,la tragdie n'est pas une moindre distance de l'pope que ces acteurs subalternes ne sont par rapport aux autres4 ,l'pope s'adresse aux esprits distingus qui n'ont aucun besoin de tout cet attirail extrieur1 tandis que l'art tragique ne s'adresse qu' des gens d'un got vulgaire4 ,il semblerait donc dmontr par l que l'imitation la plus matrielle est aussi la moins bonne4 ,mais une premire rponse cette objection1 c'est que cette critique ne porte pas sur la posie1 et qu'elle ne touche que l'art du comdien2 on peut exagrer les gestes1 mme en ne rcitant que de simples rapsodies1 comme faisait ,sosistrate1 et mme en chantant1 comme faisait ,mnasithe d',opunte4 ,en second lieu1 on peut dire que toutes les espces de gestes ne sont pas blmer1 par exemple la danse1 et qu'on ne doit rprouver que les gestes inconvenants4 ,c'est le sens des reproches qu'on adressait ,callipide1 et que d'autres acteurs mritent de notre temps1 pour imiter la tenue des femmes dshonntes4 ,il faut ajouter encore que la tragdie peut se passer du geste1 tout aussi bien que l'pope1 pour produire son effet propre4 ,il suffit aussi de la lire pour la comprendre parfaitement2 et si elle est suprieure sous les autres rapports1 l'accessoire de la reprsentation ne lui est pas absolument indispensable4 ,ensuite1 la tragdie peut paratre suprieure en ce qu'elle a tout ce qu'a l'pope1 dont elle emprunte mme le vers1 si elle le veut1 et qu'elle a en outre1 ce qui n'est pas un petit avantage1 la musique et le spectacle1 qui contribuent manifestement procurer de vifs plaisirs4 ,elle a de plus pour elle les jeux de scne1 qui frappent les yeux1 soit quand il s'agit d'une reconnaissance1 soit dans tout le cours de l'action4 ,elle a encore cette supriorit1 qu'elle atteint le but de son imitation avec de moindres dveloppements2 or ce qui est condens fait par cela mme plus de plaisir que ce qui est dlay dans un long espace de temps2 et par exemple1 je demande quel effet produirait l',oedipe de ,sophocle1 si on l'allongeait en autant de vers que l',iliade en compte4 ,l'pope1 quelle que soit son imitation1 est moins une que la tragdie2 et la preuve1 c'est que1 d'une seule pope1 on peut tirer plusieurs tragdies4 ,aussi1 dans le pome pique1 si l'on se borne une fable unique1 on tombera ncessairement dans un de ces deux inconvnients3 ou avec une exposition concise1 de paratre tronqu et de finir comme en queue de rat2 ou avec les dimensions ordinaires du pome pique1 de paratre diffus et dlay4 ,que si l'on prend plusieurs fables au lieu d'une1 c'est--dire si l'on combine dans son oeuvre plusieurs actions1 il n'y a plus ds lors d'unit4 ,l',iliade mme et l',odysse ont certaines parties qui1 elles seules1 ont un grand dveloppement2 cependant ces popes sont aussi parfaites que possible dans leur composition1 et l'on ne saurait pousser plus loin l'imitation d'une action unique4 ,ainsi1 la tragdie l'emporte par tous ces points1 et en outre1 par l'effet qu'elle produit dans les limites que l'art lui impose2 car l'pope et la tragdie ne sont pas faites pour procurer un plaisir quelconque1 mais seulement le plaisir que nous avons signal4 ,j'en conclus que la tragdie est videmment suprieure l'pope1 puisqu'elle atteint plus compltement le but qu'elle poursuit4 ,mais bornons-nous ce que nous venons de dire sur l'pope et la tragdie1 sur la nature de toutes deux1 sur leurs formes et sur leurs parties1 dont nous avons fix le nombre et les diffrences1 sur les causes de leurs beauts et de leurs dfauts1 et enfin sur les critiques diriges contre la posie et sur les rponses qu'on peut faire ces critiques4 ,cette comparaison de la tragdie avec l'pope manque de justesse dans le fond comme dans la forme1 car l'pope1 c'est la nature entire1 et la tragdie n'en est qu'une partie3 prenez les quatre-vingt-dix-sept tragdies d',eschyle d'un ct et l',iliade de l'autre1 vous verrez ,eschyle sombrer et ,homre grandir4 ,il ne faut pas d'autre jugement4 ,,la ,,psychologie ,d',,aristote ,,ou ,,trait ,,de ,l',,me4 ,i4 ,l'insuffisance du raisonnement purement humain se rvle tristement dans la mtaphysique de l'homme par ,aristote4 ,il veut se passer du mot mystre1 qui seul donne la clef des deux mondes1 et il reste la porte de l'un et de l'autre4 ,l'hrosme de l'esprit ne peut se passer du mystre pour l'introduire dans les vrits occultes qui dpassent les sens4 ,quand on vient de lire attentivement sa ,psychologie1 on s'attriste au lieu d'admirer4 ,on admire son loquent traducteur1 ,m4 ,barthlemy ,saint-,hilaire1 plus qu',aristote4 ,on revient ,socrate1 ce grand mtaphysicien d'action2 on revient mme ,platon1 le saint ,paul de ,socrate4 ,platon est un misrable sophiste quand il prtend faire des lois au lieu de faire des dogmes2 sublime quand il interprte les dogmes de ,socrate2 ridicule quand il donne ses rveries pour lgislation au monde grec4 ,il y avait eu toujours antipathie sourde entre ,platon et ,aristote pendant les dix-sept ans qu'ils avaient vcu et profess ensemble aprs la mort de ,socrate2 le dissentiment s'tait prononc et largi d'anne en anne depuis le dpart de ,platon4 ,il en avait rejailli un peu sur les sublimes doctrines mystrieuses de ,socrate4 ,socrate1 convaincu que plus le mystre est beau1 plus il est vrai1 avait affirm1 comme le christianisme qui approchait1 la spiritualit et l'immortalit de l'me4 ,aristote avait rejet ces dogmes divins1 mais tnbreux1 et demandait au corps et aux sens1 c'est--dire1 la mort1 le secret de l'me et de la vie ternelle4 ,cependant le respect pour les doctrines socratiques ou platoniques l'empchait de les nier d'une manire absolue1 et il s'efforait de les concilier avec une espce de matrialisme absurde1 quoique logique1 auquel la raison pt ramener la pense4 ,alors comme aujourd'hui1 il ne voulait point de mystre3 point de mystre1 c'est le matrialisme et la mort4 ,de l l'embarras de ses conclusions4 ,il y a deux mondes1 un monde visible et un monde invisible4 ,raisonner de l'un par l'autre1 c'est se tromper sur tous les deux4 ,,ii4 ,m4 ,barthlemy ,saint-,hilaire l'a parfaitement senti et merveilleusement exprim dans la belle et courageuse prface qui purifie d'avance la mtaphysique d',aristote4 ,il se socratise compltement1 mesure qu',aristote se matrialise davantage4 ,l'me est-elle distincte du corps8 ,la force que nous sentons en nous vouloir1 penser et sentir1 est-elle la mme que cette autre force qui conserve et rpare notre organisme8 ,l'intelligence et la nutrition sont-elles soumises une seule et mme puissance8 ,l'homme est-il compos de deux principes8 ,obit-il un principe unique1 et l'me se confond-elle avec le corps8 ,aujourd'hui il est permis peine de poser cette question4 ,elle fait sourire la philosophie qui l'a cent fois rsolue2 elle indigne la religion1 qui croit1 avec raison1 qu'un doute de cet ordre l'branle et la ruine2 elle tonne le sens commun1 qui ne se la fait pas1 mais qui1 lorsqu'on la lui pose1 y rpond1 comme la religion et la philosophie1 par une affirmation imperturbable3 ,oui1 l'me est distincte du corps4 ,la discussion ne reste ouverte que pour ces physiologistes en petit nombre qui ne se sont point assez rendu compte des vraies limites de leur science1 et qui1 dans l'ardeur d'une tude encore nouvelle et indcise1 ne s'aperoivent pas de ses empitements sur le domaine d'tudes voisines1 mais diffrentes4 ,depuis ,descartes1 il n'est pas un philosophe qui puisse ignorer ni le chemin infaillible qui conduit cette distinction capitale de l'me et du corps1 ni les consquences1 ou plutt les dogmes1 qui en sortent4 ,mais quand la philosophie commenait bgayer en ,grce1 il y a prs de trois mille ans1 la question n'tait ni aussi simple1 ni mme aussi grave4 ,les coles qui prcdrent ,platon n'en comprenaient point toute l'tendue ni toute la porte4 ,platon seul a su montrer tout ce qu'elle renfermait d'essentiel1 et pour l'explication de la nature de l'homme et pour ses destines4 ,la vrit n'avait jamais t prsente sous des formes aussi belles1 appuye d'arguments aussi invincibles1 conquise par une mthode plus irrprochable4 ,les sicles ont adopt la solution platonicienne2 ils l'ont approfondie1 ils ne l'ont pas change4 ,mais1 au temps mme de ,platon1 la victoire ne pouvait tre aussi facile4 ,la vrit1 que l'homme n'acquiert qu'au prix de labeurs si longs1 ne rgne pas en un jour4 ,la dcouvrir a cot bien des peines1 l'tablir n'en cote pas moins4 ,il est bon que des protestations nombreuses1 mme celles du gnie qui s'gare en se rvoltant contre elle1 viennent l'affermir en cherchant vainement l'branler4 ,son triomphe serait moins sr s'il tait plus rapide4 ,la libert d'ailleurs rserve toujours ses droits1 plus imprescriptibles encore que ceux de la vrit4 ,c'est la grandeur de l'esprit humain de n'accepter qu'aprs bien des combats l'empire mme du vrai1 et de ne jamais vouloir en subir le despotisme4 ,la distinction de l'me et du corps1 dmontre par ,platon1 et surtout par ,descartes1 n'en sera pas moins toujours conteste1 comme toutes les grandes vrits desquelles relve le destin de l'homme4 ,ces vrits n'ont de valeur qu'autant qu'elles sont discutables2 elles ne s'imposent pas nos raisons comme les axiomes de la gomtrie2 elles ne peuvent sauver l'homme1 ou le perdre1 que parce qu'elles peuvent tre toujours1 ou librement admises1 ou librement rejetes4 ,les contradicteurs n'ont donc pas manqu ,platon2 et le plus illustre1 comme le plus redoutable1 fut son grand disciple4 ,aristote avait toutes les armes ncessaires pour soutenir la lutte3 le gnie d'abord1 hautement reconnu1 et dvelopp mme par son matre2 les vastes connaissances2 les enseignements de la philosophie antrieure1 et les discussions prolonges vingt ans au sein de l'cole qu'il devait combattre1 sans compter les trsors d'un roi capable de comprendre ses tudes en les favorisant4 ,ce serait beaucoup exagrer que de croire qu',aristote a confondu l'me et le corps1 comme l'ont fait plus tard de grossiers systmes4 ,les erreurs de ces hautes intelligences diffrent au moins par la forme de celles du vulgaire1 quoiqu'elles portent les mmes consquences1 avoues ou incertaines4 ,elles ont mme ceci de plus dangereux1 qu'elles se dissimulent sous des dehors admirables1 et qu'elles se cachent des profondeurs o les yeux les plus sagaces ne savent pas toujours les discerner4 ,on a disput longtemps1 dans l'antiquit1 au moyen ge surtout1 on peut encore disputer de nos jours1 pour savoir ce qu',aristote a pens de l'avenir de l'me4 ,des passages quivoques ont rpondu dans l'un et l'autre sens1 au gr des prjugs religieux ou philosophiques de ceux qui les interrogeaient4 ,susciter de pareilles controverses n'est pas absolument1 comme on pourrait le croire1 un privilge du gnie4 ,c'est plutt la marque d'une de ses faiblesses4 ,on ne discute point ce qui est vident2 et si ,aristote s'tait prononc plus nettement1 si ses opinions eussent t plus arrtes et plus fermes1 elles n'eussent pas fourni matire des interprtations si diverses4 ,qui a jamais demand ,platon ce qu'il pensait de l'immortalit de l'me8 ,qui a jamais demand ,aristote lui-mme ce qu'il pensait de l'ternit du monde8 ,on n'interroge que lorsqu'on doute4 ,mais s'il est des questions qu'on peut laisser dans l'ombre1 soit qu'on les ddaigne1 soit qu'on les oublie1 ce ne doit jamais tre que des questions secondaires4 ,sur les questions essentielles1 il ne doit y avoir ni oubli ni obscurit4 ,les laisser douteuses1 c'est ne pas les comprendre assez4 ,l'opinion d',aristote sur la distinction de l'me et du corps ne nous apparatra donc point avec une entire nettet4 ,mais en interrogeant d'abord sa doctrine sur ce point spcial1 puis surtout en interrogeant son systme sur les consquences qui dcoulent infailliblement de ce principe1 selon qu'on l'affirme ou qu'on le nie1 nous saurons quoi nous en tenir2 et l'accusation1 puisqu'il faut nous rsoudre en lever une contre lui1 reposera1 nous le tcherons du moins1 sur des bases quitables4 ,voici d'abord sa thorie3 ,l'histoire de l'me1 pour reproduire l'expression mme dont il se sert1 est l'une des tudes les plus graves que puisse entreprendre la philosophie4 ,elle exige des recherches profondes et difficiles1 et l'objet qu'elle traite est grand et admirable4 ,ainsi1 ,aristote s'avoue toute l'importance des investigations auxquelles il va se livrer4 ,peut-tre mme il l'exagre un peu1 ou du moins il la dplace2 car il affirme qu'on ne peut bien connatre la nature si l'on ne connat l'me1 qui est1 selon lui1 le principe des tres anims1 la partie principale des tres vivants4 ,il se propose donc de rechercher et quelle est l'essence de l'me1 et quelles sont ses qualits4 ,mais il ne veut pas se borner1 comme on l'a fait avant lui1 tudier l'me de l'homme2 ce n'est point un champ assez large2 c'est l'ensemble des tres organiss1 depuis le vgtal jusqu'aux animaux les plus levs dans l'chelle de la vie1 qu'il demandera les faits qui doivent fonder son systme4 ,qu'on s'arrte avec quelque attention sur ce premier principe2 car c'est de l que sont sorties toutes les erreurs d',aristote4 ,si l'me de l'homme ne circonscrit pas nos tudes1 si l'on sort de la nature humaine pour interroger l'univers1 ce n'est plus de la psychologie qu'on fait1 c'est de la physiologie gnrale4 ,la question est certainement agrandie2 mais elle est tout autre4 ,elle devient en outre tellement vaste que le gnie mme court risque de s'y perdre4 ,bientt la physiologie ne suffira pas plus que n'a suffi la psychologie2 et1 en ddaignant d'tudier l'me seule de l'homme1 on sera bien prs d'tudier l'me du monde1 et de tomber dans les abmes o s'est gar ,time1 que l'on a critiqu avec tant de raison et de svrit4 ,l'histoire de l'me ainsi entendue est un prliminaire de l'histoire des animaux4 ,aussi les commentateurs n'ont pas manqu de mettre le ,trait de l'me en tte de ces admirables et nombreux ouvrages qui composent l'histoire naturelle dans l'encyclopdie d',aristote4 ,les commentateurs ont bien fait et ils ont obi une tradition chre au ,pripattisme4 ,mais1 il faut bien le remarquer3 on a beau prtendre traiter de l'me en gnral1 c'est surtout de l'me humaine qu'on s'occupera4 ,et la raison en est toute simple3 c'est que l'me de l'homme est celle qui est le mieux connue l'homme4 ,les autres1 ou lui chappent1 ou du moins restent obscures pour lui4 ,aristote ne fera donc pas prcisment ce qu'il dsire2 quoi qu'il en dise1 il sortira trs-peu de l'homme2 et les faits trangers qu'il viendra joindre aux faits purement humains1 pourront bien faire briller son immense savoir2 mais1 loin d'claircir la question1 ils ne feront que l'embarrasser4 ,certainement il est de frappants et intimes rapports entre l'homme et les tres qui l'entourent3 il se nourrit comme eux2 quelques-uns sentent peu prs comme lui4 ,mais n'est-ce pas assembler les choses les plus disparates que de confondre dans une seule tude les plantes1 qui se nourrissent et ne sentent pas2 les animaux1 qui se nourrissent et qui sentent1 mais qui ne pensent pas2 et enfin1 l'homme1 qui a seul le privilge de l'entendement1 de cet entendement dont ,aristote a fait la partie suprieure de l'me8 ,n'est-ce pas s'exposer des confusions fatales8 ,et une sage mthode ne s'en tiendrait-elle pas ici1 bien plus encore que dans la politique1 ce prcepte donn par le philosophe lui-mme3 ,quand on veut tudier la nature1 c'est aux tres complets qu'il convient de s'adresser1 ce n'est point aux tres infrieurs8 7,voir la ,politique1 liv4 ,i1 ch4 ,,ii1 #aj47 ,mais passons4 ,aprs avoir montr tout ce qu'a d'important l'tude de l'me1 ,aristote indique1 avec sa concision habituelle et avec la sret de son coup d'oeil1 les questions principales qu'il convient d'agiter4 ,l'me est-elle une substance8 ,n'est-elle qu'une qualit8 ,est-elle simplement en puissance8 ou est-elle une ralit complte8 ,plus tard1 il soutiendra qu'elle est une substance1 qu'elle est en acte et non pas seulement en puissance2 mais nous verrons en quel sens il prte l'me la substantialit et l'nergie4 ,puis il se demande si l'me possde quelque affection qui lui soit propre1 ou si plutt toutes ses affections ne lui sont pas communes avec le corps4 ,la sensation a besoin du corps videmment2 la pense n'en a pas moins besoin1 bien qu'elle semble plus propre l'me que la sensibilit4 ,l'me est donc indissolublement unie au corps3 elle ne peut pas plus tre spare de lui qu'on ne peut sparer d'un objet quelconque la forme qui le limite et le dtermine4 ,les passions de l'me1 ,aristote le remarque avec toute raison1 sont toujours accompagnes de certaines modifications du corps2 et de cette observation1 qui est vraie et qu'et approuve ,descartes1 mais qui est incomplte1 puisqu'il y a dans l'me autre chose que des passions1 que conclut ,aristote8 ,que l'tude de l'me appartient exclusivement au naturaliste1 ou1 comme nous le dirions aujourd'hui1 au physiologiste4 ,et de peur qu'on ne s'y mprenne1 ,aristote explique ce qu'il entend par le naturaliste1 et1 pour parler grec1 le physicien3 c'est celui qui tudie les phnomnes en tant qu'ils sont unis la matire2 c'est celui qui1 en tudiant l'me par exemple1 ne la spare point du corps auquel elle est jointe4 ,le physicien est1 cet gard1 au-dessous mme de quelques artistes1 de l'architecte1 du mdecin1 qui tudient certaines modifications de la matire1 indpendamment de la matire mme2 au-dessous du mathmaticien1 qui tudie abstraitement d'autres modifications2 fort au-dessous1 par consquent1 du mtaphysicien1 qui tudie plus abstraitement encore les proprits gnrales de l'tre4 ,sur ce point1 il est impossible d'tre plus clair que ne l'est ,aristote4 ,suivant lui1 l'tude de l'me n'est qu'une partie de l'histoire naturelle2 elle n'appartient en rien la mtaphysique1 la philosophie premire4 ,ceci est une consquence parfaitement rigoureuse de la dfinition pose ds le dbut4 ,si l'me est le principe des tres vivants1 il faut l'tudier dans les tres vivants2 l'homme apparemment n'est pas le seul tre qui vive1 le seul tre anim et organis4 ,adjugeons donc la science qui tudie l'organisation des tres l'tude du principe sans lequel les tres ne seraient pas4 ,mais ici admirons ,aristote3 il vient de montrer toute l tendue de son sujet2 il en a fix les dtails et les limites2 il en a dtermin la mthode1 par la nature mme de la science laquelle il l'attribue4 ,cette science1 l'histoire naturelle1 il la possde comme personne ne l'a possde avant lui1 comme depuis lors personne peut-tre ne l'a possde4 ,il est aussi parfaitement sr de ses forces que du chemin dans lequel il doit marcher1 et pourtant il ne veut pas s'en remettre lui seul4 ,d'autres avant lui ont parcouru la mme carrire#d2 il les interrogera1 la fois pour leur emprunter loyalement la vrit1 s'ils l'ont dcouverte1 et pour viter prudemment leurs erreurs1 s'ils en ont commis4 ,rserve bien rare dans le gnie1 qui croit en gnral immodrment lui-mme1 et qui serait cependant bien plus puissant encore1 s'il tait plus modeste et s'il s'appuyait sur la tradition6 ,aristote s'adresse donc ses devanciers1 et s'il les combat1 ce n'est qu'aprs les avoir longuement consults3 il se spare d'eux1 mais il ne les omet pas4 ,depuis ,thals jusqu' ,time1 ,platon1 ,xnocrate1 il tudie et critique ses prdcesseurs1 ses matres1 ses condisciples4 ,deux facults de l'me ont surtout attir leur attention3 la sensibilit et le mouvement4 ,mais ,aristote trouve qu'ils ne les ont bien expliques ni l'une ni l'autre4 ,ces philosophes1 trop peu instruits1 ont cherch dfinir le mouvement dans l'me1 comme ils le dfinissaient dans l'univers1 ne voyant pas que dans l'me 7l'me humaine sans doute1 malgr ce qu'en a dit plus haut ,aristote71 le mouvement tient surtout cette force qu'on appelle la volont et la pense4 ,en outre1 ils ont pris les modifications de l'me pour des mouvements en elle3 sentir1 penser mme1 s'attrister1 se rjouir1 esprer1 craindre1 s'indigner1 ce ne sont pas des mouvements de l'me2 ce sont des mouvements qui n'appartiennent qu'au corps1 se dveloppant avec lui1 se fltrissant et mourant avec lui4 ,quant l'intelligence proprement dite1 elle donne si peu le mouvement1 qu'elle est un principe impassible1 tout divin1 tout indestructible qu'il est4 ,l'intelligence mme ne pense1 ne sent1 n'aime1 ne se souvient1 qu'en compagnie du corps4 ,les modifications de l'me1 qu'on prend pour des mouvements1 ne sont donc pas proprement elle4 ,si les philosophes antrieurs ont commis cette erreur1 c'est qu'ils n'avaient pas assez tudi le corps2 ils ne s'taient pas assez rendu compte des conditions qu'il doit remplir pour tre uni l'me4 ,ils n'ont pas mieux compris la sensibilit4 ,l'me1 pour connatre les choses1 n'a pas besoin d'tre semblable aux choses1 ni surtout1 comme l'ont imagin quelques esprits grossiers1 d'tre les choses mmes4 ,il n'y a point entre l'me et les tres qu'elle connat cette insoutenable identit4 ,de plus1 ,aristote1 comme son matre dans le ,phdon1 fait justice de cette opinion que l'me est l'harmonie du corps1 mtaphore inexacte donne pour une explication scientifique4 ,il n'est pas moins svre pour cette autre mtaphore plus vide encore1 qui fait de l'me un nombre qui se meut lui-mme4 ,enfin1 il termine cet examen rapide des thories qui ont prcd la sienne1 en les accusant d'tre incompltes1 parce qu'elles n'ont pas tudi l'me dans toute sa gnralit4 ,la sensibilit1 le mouvement1 n'puisent pas les facults de l'me4 ,la plante a une me puisqu'elle se nourrit1 et pourtant elle ne sent ni ne se meut4 ,certains animaux1 qui sentent1 sont immobiles4 ,leur refusera-t-on une me8 ,et s'ils en ont une1 pourquoi l'a-t-on oublie dans des systmes qui ont la prtention d'expliquer l'me tout entire8 ,note #d3 ,barthlemy ,saint-,hilaire4 ces thories insuffisantes il faut en substituer une plus vaste et plus exacte4 ,et1 d'abord1 ,aristote s'occupe de donner la dfinition de l'me4 ,quelle est cette dfinition8 ,on peut1 d'aprs ce qui prcde1 le deviner presque sans peine4 ,tout tre1 toute substance se compose de trois lments1 qu'y peut distinguer la raison3 la matire d'abord1 qui n'est par elle-mme rien de dtermin1 et n'est qu'une simple puissance2 la forme1 qui dtermine l'tre1 lui donne un nom1 le fait ce qu'il est2 puis1 en troisime lieu1 l'tre lui-mme1 compos de la matire et de la forme1 l'tre tel que nos sens nous le montrent4 ,que peut donc tre l'me8 videmment elle ne peut tre que la forme du corps1 non pas du premier corps venu1 comme l'ont dit les ,pythagoriciens et quelques autres1 mais d'un corps form par la nature1 et dou par elle d'organes qui le rendent capable de vivre4 ,l'me1 en venant se joindre la matire organise1 lui apporte donc actuellement la vie4 ,de la simple puissance1 elle la fait passer la ralit entire et complte4 ,l'me est donc l'achvement du corps1 sa perfection1 son acte1 et1 pour parler la langue aristotlique1 son entlchie#e4 ,de l il rsulte que l'me ne se confond pas plus avec le corps1 que la cire ne se confond avec l'empreinte qu'elle reoit1 pas plus que la matire d'une chose quelconque ne se confond avec cette mme chose4 ,l'me est l'essence du corps qui sans elle n'est plus ce qu'il est1 tout comme un oeil de pierre1 un oeil en peinture n'est pas un oeil vritable4 ,l'me n'est pas tout fait le corps2 elle est quelque chose du corps2 mais elle n'en peut tre spare1 et ,aristote n'ose mme pas dire qu'elle y soit distinctement1 comme le marin est dans le vaisseau qu'il gouverne4 ,note #e3 ,barthlemy ,saint-,hilaire4 ,voil donc la dfinition de l'me2 et le philosophe qui a fait sur la dfinition en gnral la grande thorie dpose dans les ,analytiques veut prouver que celle-ci est irrprochable4 ses yeux1 elle remplit la condition essentielle de toute bonne dfinition3 elle contient la cause4 ,l'me ainsi comprise est la cause du corps vivant2 c'est elle qui1 en lui donnant la vie1 le fait ce qu'il est4 ,elle la lui donne par quatre facults diverses3 la nutrition1 la sensibilit1 l'intelligence1 la locomotion4 ,partout o l'on voit l'une de ces facults1 on peut affirmer qu'il y a vie1 qu'il y a une me4 ,ces facults1 du reste1 se rpartissent trs-ingalement entre les tres vivants4 ,les uns n'en ont qu'une3 ainsi1 les plantes n'ont que la facult de nutrition1 n'ont que l'me nutritive2 d'autres tres jouissent de toutes les facults runies3 tel est l'homme4 ,ajoutez que ces facults se subordonnent entre elles dans une srie parfaitement rgulire4 ,la nutrition peut tre isole de toutes les autres2 mais la sensibilit1 qui est le caractre propre et premier de l'animal1 ne va jamais sans la nutrition2 la locomotion suppose ncessairement la sensibilit1 comme celle-ci suppose la nutrition4 ,enfin1 l'intelligence implique toutes les facults infrieures4 ,je n'insiste pas sur la grandeur et la vrit de ces considrations physiologiques4 ,on sait assez ce qu'on peut attendre de l'auteur de l',histoire des animaux4 ,tout ce qu'il convient de remarquer ici1 c'est qu',aristote fait de l'me la cause directe de la nutrition et de la gnration1 destines1 l'une conserver l'individu1 l'autre perptuer la race4 ,il rfute les philosophes qui ont attribu au seul lment du feu ce grand acte de la nutrition4 ,certainement1 sans la chaleur1 la nutrition n'est pas possible2 et voil pourquoi tous les tres vivants sont pourvus d'une certaine chaleur4 ,mais c'est l'me qui est la cause absolue de la nutrition4 ,c'est elle qui nourrit le corps au moyen des aliments qu'elle lui assimile4 ,c'est elle qui1 tout en le dveloppant1 lui conserve nanmoins sa figure1 tandis que le feu1 s'il tait seul charg de cette fonction1 accrotrait cette figure sans rgle et sans limites4 ,aprs la thorie de la nutrition vient la thorie de la sensibilit4 ,,iii4 ,il rsulte de l que la conscience est supprime et que ,dieu lui-mme est omis4 ,l'immortalit de l'me redevient problme4 quoi tiennent tant de lacunes et tant d'erreurs8 continue ,m4 ,barthlemy ,saint-,hilaire4 ,aristote n'a pas fait de l'me une substance1 c'est--dire une force libre et distincte de toutes les autres2 ,il n'a point rattach l'me les facults morales dont l'homme est dou2 ,il n'a pas cru l'immortalit de l'me2 ,enfin1 il n'a pas montr dans l'me le fondement mme de toute philosophie et de toute science4 quoi tiennent des erreurs si profondes et si diverses8 quelle cause convient-il de les rapporter8 une seule1 qui les explique toutes1 si elle ne les justifie4 ,aristote n'a pas su distinguer assez compltement l'me et le corps4 ,il les a confondus1 en attribuant l'une des fonctions qui manifestement appartiennent l'autre4 ,il a rduit l'homme un principe unique1 tandis que l'homme est videmment compos de deux principes1 que sa raison distingue parfaitement1 si d'ailleurs elle ne les voit jamais matriellement spars4 ,quand l'me a su donner cette interrogation intrieure l'attention et la persvrance qu'exigent de si dlicates tudes1 elle se discerne elle-mme avec une vidence que rien n'gale4 ,l'homme s'aperoit alors avec le caractre minent qui lui est propre1 avec le caractre unique de la pense4 ,il ne nie rien du corps auquel son me est attache dans cette vie4 ,mais il reconnat que le corps n'est pas lui1 prcisment parce que le corps est lui1 et que ce qui possde est distinct de ce qui est possd#f4 ,il ne sait point si l'me est la forme du corps4 ,mais ce que l'me sait1 quand elle en est arrive se saisir ainsi elle-mme1 c'est qu'elle est la souveraine et la dominatrice de la matire laquelle elle est unie1 et que cette matire est son instrument et son compagnon subordonn1 quoique trop souvent indocile4 ,l'me ne se comprend elle-mme que sous la condition de la pense1 sans laquelle elle ne serait pas3 elle n'a pas besoin de la condition du corps1 sans lequel elle pourrait tre1 bien qu'elle ne soit jamais sans lui4 ,la pense seule lui est donc essentielle4 ,note #f3 ,le corps est un instrument dont l'me se sert sa volont444 ,de l444 l'extrme diffrence du corps et de l'me1 parce qu'il n'y a rien de plus diffrent de celui qui se sert de quelque chose1 que la chose mme dont il se sert4 ,bossuet1 ,connaissance de ,dieu et de soi-mme1 page #gc1 a1 d4 de #ahcf4 ,voil ce que ,descartes enseigne divinement2 voil ce que ,descartes enseigne avec une clart qui ne laisse plus aucun nuage1 avec cette autorit qui n'appartient qu'au vrai1 et qui ne souffre plus de controverse4 ,mais est-il quitable de juger ,aristote par ,descartes1 et de mesurer ces antiques thories des thories venues deux mille ans plus tard8 ,est-il quitable de demander au sicle d',alexandre tout ce qu'a pu tenir le dix-septime sicle1 tout ce que le ntre pourrait donner8 ,sans doute la nature et la ralit ne changent pas2 et le gnie1 quand il applique sa puissance les observer1 peut d'un premier effort les pntrer et les comprendre tout entires4 ,aristote a rencontr parfois ce bonheur2 et la logique1 par exemple1 a t construite de toutes pices par ses seules mains1 sans que ce prodigieux difice et t prpar par des travaux antrieurs1 sans qu'il ait t agrandi ou chang par les travaux qui ont suivi4 ,mais ce sont l de bien rares fortunes2 et quoique ,aristote en ait eu encore une autre presque aussi belle dans l',histoire des animaux1 il serait excessif d'attendre toujours1 mme de lui1 des oeuvres aussi acheves4 ,c'est qu' ct de la puissance du gnie1 qui est individuel1 il y a cette autre puissance de l'esprit humain qui grandit de sicle en sicle1 et dpasse par des labeurs incessamment accumuls les lans du gnie lui-mme1 admirables1 mais passagers4 ,on a souvent commis cette iniquit de soumettre les grands hommes du pass la mesure du prsent1 et il a t facile de les convaincre d'erreur et de faiblesse4 ,mais c'est bien mal comprendre la loi qui prside au dveloppement de l'intelligence humaine4 ,c'est exiger de l'enfance ce qu'on ne doit demander qu' la virilit4 ,aujourd'hui1 moins que jamais1 une apprciation aussi injuste ne doit tre permise4 ,elle serait impardonnable1 en prsence de tous les enseignements qu'ont d nous donner et la philosophie de l'histoire et l'histoire mme de la philosophie4 ,ne jugeons donc pas ,aristote par ,descartes2 et puisqu'un heureux hasard nous permet de comparer les thories du disciple celles de son matre1 jugeons ,aristote par ,platon2 ,aristote a vingt ans tudi cette cole4 ,il y aura de plus cet avantage que1 si la sentence porte au nom de ,platon est toute pareille celle que nous eussions porte au nom de ,descartes1 le jugement pourra passer pour infaillible2 ce sera l'expression mme de la vrit1 dcouverte d'abord par le gnie1 et confirme par le tmoignage des temps4 ,voyons ce que ,platon enseigne sur l'me4 ,l'a-t-il distingue parfaitement du corps8 ,en a-t-il fait une substance8 ,l'a-t-il crue immortelle8 ,a-t-il su trouver dans l'me et dans la rflexion le principe de la vritable mthode8 ,mais1 en cherchant une rponse ces questions1 gardons-nous de sparer ,platon de ,socrate1 puisque le pieux disciple a voulu que la postrit ne l'coutt jamais que par l'intermdiaire et sous la garantie de son incomparable matre4 ,socrate vient d'exposer ses amis cette thorie de l'immortalit de l'me qui remplit le ,phdon2 il va boire le poison dans la coupe que lui prsentera le serviteur des ,onze4 ,mais1 avant de mourir1 il veut se baigner1 afin d'pargner aux femmes la peine de laver un cadavre4 ,alors ,criton prenant la parole3 ,socrate1 lui dit-il1 n'as-tu rien nous recommander1 moi et aux autres1 sur tes enfants ou sur toute autre chose o nous pourrions te rendre service8 --,ce que je vous ai toujours recommand1 ,criton2 rien de plus2 ayez soin de vous2 ainsi1 vous me rendrez service moi1 ma famille1 vous-mme1 alors mme que vous ne me promettriez rien prsentement2 au lieu que si vous vous ngligez vous-mme1 et si vous ne voulez pas suivre1 comme la trace1 ce que nous venons de dire1 ce que nous avons dit il y a longtemps1 me fissiez-vous aujourd'hui les promesses les plus vives1 tout cela ne servira pas grand'chose4 --,nous ferons tous nos efforts1 rpondit ,criton1 pour nous conduire ainsi4 ,mais comment t'ensevelirons-nous8 --,tout comme il vous plaira1 dit-il1 si toutefois vous pouvez me saisir et que je ne vous chappe pas4 ,puis1 en mme temps1 nous regardant avec un sourire plein de douceur3 ,je ne saurais venir bout1 mes amis1 de persuader ,criton que je suis le ,socrate qui s'entretient avec vous1 et qui ordonne toutes les parties de son discours4 ,il s'imagine toujours que je suis celui qu'il va voir mort tout l'heure1 et me demande comment il m'ensevelira2 et tout ce long discours que je viens de faire pour prouver que1 ds que j'aurai aval le poison1 je ne demeurerai plus avec vous1 mais que je vous quitterai1 et irai jouir de flicits ineffables1 il me parat que j'ai dit tout cela en pure perte pour lui1 comme si je n'eusse voulu que vous consoler et me consoler moi-mme4 ,soyez donc mes cautions auprs de ,criton1 mais d'une manire toute contraire celle dont il a voulu tre la mienne auprs de mes juges2 car il a rpondu pour moi que je ne m'en irais point2 vous1 au contraire1 rpondez pour moi que je ne serai pas plutt mort que je m'en irai2 afin que le pauvre ,criton prenne les choses plus doucement1 et qu'en voyant brler mon corps ou le mettre en terre1 il ne s'afflige pas sur moi1 comme si je souffrais de grands maux1 et qu'il ne dise pas mes funrailles qu'il expose ,socrate1 qu'il l'emporte1 qu'il l'enterre2 car il faut que tu saches1 mon cher ,criton1 lui dit-il1 que parler improprement1 ce n'est pas seulement une faute envers les choses1 mais c'est un mal que l'on fait aux mes4 ,il faut avoir plus de courage1 et dire que c'est mon corps que tu enterres2 et enterre-le comme il te plaira1 et de la manire qui te paratra la plus conforme aux lois4 7,traduction de ,m4 ,cousin1 p4 #cae47 ,sous l'impression d'exemples si frappants1 devant de si vives leons1 dont la vrit d'ailleurs pouvait tre tout instant contrle par l'observation mme des faits1 on comprend sans peine que la distinction de l'me et du corps dut apparatre ,platon comme une sorte d'axiome incontestable4 ,aussi1 sans s'expliquer avec autant de nettet que1 plus tard1 ,descartes a pu le faire1 ,platon a-t-il pris1 comme lui1 l'me rduite la seule pense pour le principe suprme de toute philosophie4 ,quel est le devoir du philosophe8 ,c'est de s'examiner soi-mme2 c'est de conserver pure de toute souillure cette partie de son tre qui comprend le juste et l'injuste2 c'est de la perfectionner au pril mme de sa vie4 ,mais le premier obstacle que le philosophe rencontre1 c'est le corps qui l'empche d'arriver au vrai et au bien4 ,les besoins du corps1 ses passions1 ses faiblesses1 ses plaisirs et ses douleurs sont comme autant de clous par lesquels l'me lui est rive2 c'est par le corps qu'elle est entrane dans ces rgions infrieures et obscures o elle est en proie au vice et l'erreur4 ,il faut donc que le philosophe1 s'il veut atteindre la vertu et la vrit1 spare son me du corps2 il faut qu'il la dlivre du lien des sens dont elle se sert1 et lui apprenne1 ds cette vie1 mourir1 en quelque sorte1 si la mort est la sparation du corps et de l'me4 ,la philosophie sera donc comme un apprentissage et comme une anticipation de la mort vritable4 ,cette vie nouvelle de l'me est la seule vie relle1 la seule vraiment digne de l'homme4 ,l'me recueillie en elle-mme1 au-dessus des troubles et des vertiges que le corps lui donne1 quand elle reste unie lui1 se reconnat alors pour un principe divin1 immortel1 intelligent1 simple1 indissoluble4 ,elle est invisible et immatrielle4 ,il n'y a que le corps qui puisse tre peru par les sens4 ,mais si l'me chappe la prise des sens1 s'ils ne peuvent ni la voir ni la toucher1 l'me se voit et se touche elle-mme4 ,elle se confond si peu avec le corps qu'elle se sent faite pour lui commander1 le combattre1 et1 au besoin1 l'anantir4 ,c'est elle qui anime le corps et qui le fait ce qu'il est2 car sans elle il n'est plus qu'un cadavre2 sans elle il se corrompt2 et l'homme a beau vouloir conserver cette vaine dpouille1 tout l'art des gyptiens n'y peut rien2 le corps tombe bientt en dissolution1 tandis que l'me se sent rserve des destines toutes diffrentes#g4 ,note #g3 ,barthlemy ,saint-,hilaire4 ,cette vie de l'intelligence et de la sagesse que la philosophie assure l'me1 on sait assez ce qu'elle est dans le systme de ,platon4 ,l'me est alors en rapport avec les ,ides1 c'est--dire1 avec les notions gnrales et universelles1 dont elle ne voit dans le monde des sens que des cas particuliers et des ombres4 ,aristote a beaucoup combattu la thorie des ,ides2 et je ne veux pas dire qu'elle soit inattaquable de tous points4 ,mais s'il a ni surtout que les ,ides pussent exister part et indpendamment des tres que nos sens nous rvlent1 il n'a jamais ni qu'elles existassent4 ,comment1 en effet1 aurait-il pu le nier8 ,sa thorie de l'entendement n'est point autre cet gard que la thorie mme de son matre4 ,l'universel est le seul objet de la science pour ,aristote aussi bien que pour ,platon4 ,mais1 selon ,aristote1 les sens et le corps sont indispensables pour former l'universel1 collection de ce qu'il y a de commun dans chacun des phnomnes4 ,suivant ,platon1 au contraire1 le tmoignage des sens n'est pour l'me qu'une occasion de s'lever la notion universelle qu'elle porte en elle1 et qu'elle y doit retrouver1 quand elle sait rentrer en soi sous la conduite de la philosophie4 ,aprs l'excitation toute passagre par laquelle le corps a provoqu l'me1 il n'a donc plus rien faire dans le monde de l'intelligence4 ,l'me y est seule avec les ,ides qu'elle comprend et qu'elle contemple1 mais qu'elle ne fait pas1 comme ,aristote l'a pens4 ,,iv4 ,on le voit3 si1 dans l'ordre actuel des choses1 l'me est unie au corps1 si elle n'en peut tre matriellement spare1 elle peut du moins1 selon ,platon1 se distinguer si parfaitement de lui qu'elle se fait une existence dans laquelle le corps n'est plus rellement pour rien4 ,l'me en est donc profondment distincte4 ,et notez bien qu'il ne s'est agi jusqu'ici dans les thories de ,platon que de faits rels1 tous vrifiables la plus scrupuleuse analyse1 et non point de ces hypothses qui confirment la distinction de l'me et du corps1 qui en sont des consquences plus ou moins certaines1 mais qui ne la dmontrent pas4 ,je veux parler de cette ternit que ,platon attribue l'me1 de cette vie antrieure o l'me sans le corps a connu directement les ,ides dont elle ne fait que se souvenir ici-bas1 de ces existences successives par lesquelles l'me doit passer pour recouvrer sa puret premire1 de ces rcompenses et de ces peines que lui rserve la justice des dieux1 selon qu'elle aura bien ou mal vcu4 ,ces croyances1 qui sont le fond du ,platonisme1 ont sans doute une immense importance4 ,mais mme en les ngligeant1 on peut affirmer1 sans la moindre hsitation1 que ,platon a procd comme ,descartes dans cette grande distinction de l'me et du corps1 et que sa thorie a la mme vrit1 si d'ailleurs elle prsente aussi les mmes prils4 ,mais ,platon est all plus loin que ,descartes1 en insistant encore plus que lui sur les moyens qu'il convient d'employer pour bien discerner l'me du corps4 ,il a mme indiqu les causes qui le plus ordinairement empchent les hommes de pouvoir faire cette distinction1 et de se bien connatre eux-mmes4 ,descartes prvoyait1 en terminant ses principes 7#d;e partie1 #bja1 d4 de ,m4 ,cousin71 qu'il ne serait pas approuv par ceux qui prennent leurs sens pour la mesure des choses qui se peuvent connatre4 ,et il ajoutait qu' son avis1 c'tait faire grand tort au raisonnement humain que de ne vouloir pas qu'il allt au-del des yeux4 ,platon a vingt fois rpt que1 pour bien connatre la vritable nature de l'me1 on ne doit pas la considrer dans l'tat de dgradation o la mettent son union avec le corps et d'autres maux2 et qu'il faut la contempler attentivement1 des yeux de l'esprit1 telle qu'elle est en elle-mme1 dgage de tout ce qui lui est tranger4 ,ceux qui verraient ,glaucus le marin1 disait-il encore1 auraient peine reconnatre sa premire forme1 parce que les anciennes parties de son corps ont t1 les unes brises1 les autres uses et totalement dfigures par les flots1 et qu'il s'en est form de nouvelles de coquillages1 d'herbes marines et de cailloux1 de sorte qu'il ressemble plutt un monstre qu' un homme tel qu'il tait auparavant4 ,ainsi1 l'me s'offre nos regards dfigure par mille maux4 ,mais voici par quel endroit il convient de la regarder4 ,c'est par son got pour la vrit4 ,considrons quelles choses elle s'attache1 quel commerce elle recherche1 comme tant par sa nature de la mme famille que ce qui est divin1 immortel1 imprissable4 ,considrons ce qu'elle peut devenir1 lorsque1 se livrant tout entire cette poursuite1 elle s'lve par ce noble lan du fond des flots qui la couvrent aujourd'hui1 et qu'elle se dbarrasse des cailloux et des coquillages qu'amasse autour d'elle la vase dont elle se nourrit1 crote paisse et grossire de terre et de sable4 7,rpublique1 liv4 ,x1 p4 #bgc1 trad4 de ,m4 ,cousin47 ,puis1 dans cette sage conciliation que ,platon a tente entre le sensualisme ionien et l'idalisme de ,mgare1 il employait la douce ironie qu'il avait apprise de ,socrate1 se moquer de ces hommes sems par ,cadmus1 de ces vrais fils de la terre1 qui soutiennent hardiment que tout ce qu'ils ne peuvent pas palper n'existe en aucune manire2 de ces terribles gens qui voudraient saisir l'me1 la justice1 la sagesse1 ou leurs contraires1 comme ils saisissent pleines mains les pierres et les arbres qu'ils rencontrent1 et qui n'ont que du mpris1 et n'en veulent pas entendre davantage1 quand on vient leur dire qu'il y a quelque chose d'incorporel4 7,sophiste1 p4 #beb1 trad4 de ,m4 ,cousin47 ,platon n'est pas parvenu convaincre tous ces profanes1 comme il les appelait encore2 ,descartes n'a pas davantage persuad tous les profanes de son temps4 ,mais ,platon et ,descartes ont montr la route2 les esprits attentifs et srieux n'ont plus qu' les y suivre4 ,maintenant est-il besoin de dire que ,platon a fait de l'me une substance1 au sens le plus rigoureux de ce mot8 ,tout ce que l'on vient de voir ne le prouve-t-il pas assez8 ,et pour l'immortalit1 que dire encore1 que tout le monde ne sache8 ,disons toutefois que dans la philosophie de ,platon1 ce dogme a une importance et un caractre qu'il n'a point ailleurs4 ,les religions1 mme les plus positives et les plus claires1 se contentent d'affirmer que l'me est immortelle1 tout comme elles affirment que ,dieu est4 ,la philosophie va beaucoup plus loin3 elle ne se contente pas d'affirmer1 elle dmontre4 ,elle cherche des preuves1 les classe1 les discute1 pour en faire ressortir1 avec d'autant plus d'vidence1 la vrit que doit accepter la raison aprs l'avoir soumise librement son examen4 ,depuis le ,phdon1 la ,rpublique et les ,lois1 l'esprit humain a-t-il trouv des arguments nouveaux8 en a-t-il trouv de plus solides8 ,et est-il personne qui ne puisse adopter ceux qui donnrent ,socrate son imperturbable foi devant une mort inique et cruelle8 ,quel immense intrt s'attachait donc1 pour ,platon1 cette question qui achve et comprend toutes les autres8 ,la vie de l'homme1 telle qu'elle nous est faite ici-bas1 lui apparut comme une nigme indchiffrable1 et digne de piti plutt que d'tude1 si rien ne la suit4 ,l'homme1 s'il ne se rattache rien de suprieur1 s'il ne se rattache point ,dieu1 lui apparut comme un tre inexplicable et monstrueux4 ,de l1 dans son systme1 cette grande croyance de l'immortalit1 qui fait du ,platonisme une sorte de religion tout aussi inbranlable1 et1 sur quelques points1 beaucoup plus complte que toute autre4 ,en un mot1 aprs ,socrate et ,platon1 les sicles n'ont eu1 sur ce dogme1 absolument rien faire1 ils n'ont eu qu' le sanctionner4 ,ceci nous explique sans la moindre peine pourquoi la morale de ,platon est la fois si vraie et si sublime1 si profonde et si pratique4 ,c'est une consquence1 quand une fois on a compris la vraie destine de l'me1 de comprendre aussi1 dans toute son tendue1 la loi qui lui est impose4 ,le philosophe n'a plus1 comme le vulgaire1 qu' interroger sa conscience2 il y trouve la voix intrieure qui parlait si haut ,socrate1 et que tout homme porte en lui1 si d'ailleurs tout homme ne sait pas l'entendre aussi bien1 et la suivre aussi docilement4 ,le philosophe n'a donc qu' recueillir ces infaillibles oracles2 et mieux il les aura couts1 plus son langage prendra de grandeur et d'autorit4 ,si ,platon a mieux parl de la morale que ne l'a fait ,aristote1 si surtout il a su l'inspirer mieux que son disciple1 n'en cherchons pas d'autre cause4 ,platon a mieux compris la nature de l'me1 parce qu'en ne voyant en elle que la pense1 il l'a prise par son essence1 et ne l'a point dnature en lui prtant des facults qu'elle n'a point4 ,platon mme en ceci est bien plus grand que ,descartes3 parti d'un principe identique1 il en tire des consquences morales que le philosophe moderne a passes sous silence1 consquences qui n'avaient plus1 il est vrai1 au dix-septime sicle1 la mme importance qu'au sein du paganisme1 mais que la science du moins rclamait comme un indispensable complment#h4 ,note #h3 ,barthlemy ,saint-,hilaire4 ,v4 ,ainsi1 conduit par une exacte analyse des faits1 ,platon a pos d'abord la distinction de l'me et du corps et la substantialit de l'me2 il a pos son immortalit vritable avec le cortge oblig des rcompenses et des peines2 il a dcouvert la loi morale et l'a montre1 dans toute sa puissance et sa puret1 au fond de la conscience humaine4 ,sur ces divers points1 nous avions trouv ,aristote1 ou peu prs muet1 ou tout au moins obscur2 ,platon1 au contraire1 a rpondu avec une clart et une assurance admirables4 ,en sera-t-il de mme sur la question de la mthode8 ,oui1 sans doute2 et en ceci la solution de ,platon n'a t ni moins complte1 ni moins sre4 ,on peut dj facilement pressentir ce qu'elle doit tre4 ,il est impossible l'me de se placer en face d'elle-mme1 sans reconnatre bientt cette vidence suprme qui accompagne tout acte de conscience1 et qui de l se rpand sur toutes les notions que l'me peut saisir directement en elle4 ,or ces notions ne concernent pas l'me toute seule2 elles s'appliquent aussi au monde extrieur1 aux tres1 aux phnomnes qui1 sans elles1 demeureraient parfaitement incomprhensibles l'intelligence1 parce qu'ils seraient sans lois4 ,il faudra donc que l'me rentre en elle-mme1 non pas seulement pour se comprendre1 mais aussi pour comprendre tout ce qui n'est pas elle4 ,de l1 la dialectique1 science toute rationnelle qui1 sans invention des sens1 s'lve l'essence des choses1 et les entend aussi parfaitement qu'il est donn l'homme de les entendre3 science suprieure toutes les sciences physiques1 suprieure mme toutes les sciences intelligibles1 parce que c'est elle seule qui a le secret de toutes les autres et connat leurs limites et leurs rapports4 ,on peut dire que la dialectique est l'air dont les autres sciences ne sont qu'un vain prlude4 ,elle est la plus vraie de toutes1 parce qu'elle ne s'occupe que de ce qui ne passe point1 et que la vrit ne se fonde que sur ce qui est4 ,on a souvent reprsent la dialectique platonicienne comme la mthode qui1 des ides particulires1 s'lve de degr en degr des notions de plus en plus gnrales1 pour aboutir par toutes les voies cette ide suprme et universelle du bien1 qui illumine le monde intelligible1 comme le soleil claire le monde des sens4 ,la dialectique est bien cela sans doute2 mais elle est plus encore3 elle est la mthode unique1 applicable tous les cas1 aux plus humbles comme aux plus relevs3 en un mot1 elle est la mthode1 au sens mme o ,descartes l'a plus tard entendu4 ,de l vient que ,platon dclare que le philosophe est le seul possder la dialectique1 tout comme ,descartes n'a demand la mthode qu' la seule philosophie4 ,de l vient encore que ,platon interdit la dialectique la jeunesse1 et qu'il veut qu'elle couronne1 et non qu'elle prcde la culture des sciences particulires4 ,c'est qu'en effet1 pour bien connatre et montrer le chemin1 il faut d'abord l'avoir parcouru4 ,telle est la porte vritable de la dialectique platonicienne2 c'est l ce qui lui assigne le grand rle qu'elle joue dans l'histoire de la philosophie4 ,elle est l'antcdent direct de la mthode cartsienne1 laquelle est le fondement de toute la philosophie moderne4 ,comprendre autrement la dialectique de ,platon1 c'est la mconnatre4 ,aristote le premier l'a entirement mconnue2 et1 si l'on a bien compris pourquoi le systme pripatticien est sans mthode et sans base1 on voit tout aussi clairement pourquoi le disciple n'a point accept la mthode du matre3 c'est qu',aristote n'a point constat dans l'me ce grand fait de la rflexion sur lequel ,platon a tant insist4 ,aristote a rabaiss la dialectique presque au niveau de l'art des sophistes2 et bien d'autres aprs lui ont rpt cet anathme4 ,peut-tre la dialectique vulgaire de son temps ne valait-elle pas davantage2 peut-tre mme celle que ,kant a voulu ressusciter ne vaut-elle pas beaucoup mieux2 mais on peut l'affirmer contre ,aristote et contre ,kant1 ce n'est pas l la dialectique de ,platon4 ,certes1 je ne veux pas dire que la mthode platonicienne soit l'abri de toute critique1 ni qu'elle soit sans danger4 ,le demi-scepticisme des cinq ,acadmies qui se sont succd est un fcheux symptme4 ,le mysticisme des ,alexandrins est encore plus dplorable1 ainsi que l'idalisme sorti de l'cole cartsienne2 mais ce sont l des aberrations et des consquences immodres de la mthode2 ce n'en sont pas de lgitimes applications4 ,il faut donc rpter que la mthode de ,platon est la vraie mthode1 et que qui ne l'adopte pas court le risque de ne point s'entendre compltement avec soi-mme1 et de parcourir la carrire sans la bien connatre1 quel que soit d'ailleurs son gnie4 ,aristote aurait donc pu apprendre de ,platon d'abord ce qu'est la mthode philosophique1 et de quelle facult de l'me elle ressort2 il aurait pu apprendre de lui quel est le vrai fondement de la morale2 il aurait pu apprendre de quelle importance est le dogme de l'immortalit1 appuye sur l'tude de la conscience humaine2 enfin1 il aurait pu apprendre que ce dogme1 cette morale et cette mthode reposent uniquement sur cette essentielle distinction de l'me et du corps4 ,mais1 certes1 ,aristote n'a rien ignor de ce qu'enseignait ,platon2 et s'il s'est dcid pour des solutions contraires1 c'est parfait escient4 ,malheureusement les sicles ont prononc dans ces grandes controverses1 et c'est ,platon qu'ils ont donn raison4 ,le tmoignage mme des sicles ne serait rien2 mais l'observation attentive des faits s'lve contre ,aristote1 et c'est la vrit qui dpose contre lui4 ,il faut le dclarer1 quoi qu'il en cote3 ,aristote1 en contredisant ,platon1 a rtrograd vers le pass2 il a rebrouss chemin peu prs jusqu' l',ionisme2 et malgr la sagacit des dveloppements nouveaux qu'il a donns des principes suranns1 le germe que contenaient ces principes n'a pas tarde reparatre3 si le matre lui-mme a su chapper au sensualisme1 son cole presque tout entire y est fatalement tombe4 ,c'est donc une condamnation presque absolue d',aristote que nous sommes arrivs en le comparant ,platon4 ,le jugement et t le mme si nous en avions appel ,descartes2 la rponse n'aurait pas chang pour tre donne deux mille ans de distance1 parce que la vrit ne change point4 ,voil1 ce semble1 ce grand ,trait de l'me bien abaiss2 voil d'immenses erreurs et des lacunes non moins immenses4 ,par quels mrites se relvera-t-il donc nos yeux8 ,ces mrites1 les voici2 et s'ils sont moins levs que nous ne l'eussions dsir1 ils le sont bien assez encore pour justifier toute la gloire du pripattisme4 ,rendons d'abord toute justice la forme mme de l'ouvrage et sa composition4 ,de toutes les oeuvres d',aristote1 sans en excepter mme la ,logique ni l',histoire des animaux1 celle-ci est certainement la plus accomplie4 ,le plan est1 comme on l'a vu plus haut1 parfaitement simple et parfaitement suivi4 ,aprs une vue gnrale et rapide des parties principales de son sujet1 ,aristote s'enquiert de la tradition1 qu'il examine assez longuement2 puis1 traitant la question du point de vue qui lui est propre1 il tudie l'une aprs l'autre les quatre grandes facults qu'il reconnat l'me2 et il termine par des gnralits qui rsument ce qui prcde4 ,la plupart des ouvrages aristotliques ne nous sont arrivs que dans un tat de dsordre et de mutilation qui permet rarement d'en juger l'ensemble4 ,jusqu' prsent la sagacit des rudits a chou devant la ,mtaphysique1 que personne n'a pu restituer lgitimement4 ,on sait quelle est l'interversion des livres de la ,politique4 ,on sait les lacunes de la ,potique1 les doubles et triples rdactions de la ,rhtorique et de la ,morale4 ,l',histoire mme des animaux n'est point termine2 et le dixime et dernier livre1 qui n'appartient point ,aristote1 ne nous donne pas1 et nous ne trouvons point ailleurs1 le grand rsum qui devrait complter des thories aussi vastes et les relier entre elles4 ,la ,physique n'est pas davantage l'abri de toute critique4 ,la ,logique mme1 tout admirable qu'en est la composition1 prsente quelques taches3 les parties diverses de cette construction colossale ne se tiennent pas assez entre elles2 et1 bien que les rapports de subordination qui les unissent incontestablement se rvlent une tude patiente1 les meilleurs esprits ont pu s'y tromper1 dans l'antiquit comme dans les temps modernes4 ,la biographie d',aristote1 on le sait1 peut nous expliquer fort bien les dfauts qui nous choquent dans ses oeuvres4 lve de ,platon jusqu' l'ge de quarante ans peu prs1 plus tard ml aux affaires politiques de l',asie ,mineure et de la ,macdoine1 prcepteur d',alexandre1 ,aristote1 selon toute apparence1 ne publia pas un seul de ses ouvrages avant cinquante ans4 cette poque mme1 livr tout entier l'enseignement d'une nombreuse cole1 il ne parat pas qu'il ait pu donner cette publication tous les soins ncessaires4 ,l'exil et la mort vinrent le surprendre soixante-deux ans1 avant qu'il et pu mettre la dernire main aucun de ses travaux2 et ses manuscrits1 confus et inachevs1 devinrent l'hritage d'un lve bien capable de les comprendre1 mais qui ne prit pas la peine de les classer1 laissant ce soin pieux des mains moins habiles et moins claires4 ,par une exception peut-tre unique1 le ,trait de l'me1 s'il n'a pas reu toute la perfection qu'un auteur plus minutieux pourrait donner ses crits1 a reu cependant toute cette perfection qu',aristote prtendait1 ce qu'il semble1 donner aux siens4 ,c'est dans le ,trait de l'me1 plus que partout ailleurs1 qu'on peut bien voir ce qu'est toute sa manire1 cette ordonnance grandiose et lucide des penses1 ce style concis et ferme jusqu' l'obscurit et la scheresse axiomatiques1 sans ornements d'aucun genre qu'une admirable justesse1 une incomparable proprit d'expressions1 une vigueur sans gale1 et1 au milieu d'une apparente et relle ngligence1 des allures o clate toujours la puissance du gnie4 ,ce sont l les qualits extrieures du style aristotlique2 il en a d'autres plus profondes1 dont la philosophie lui doit plus particulirement tenir compte4 ,la forme que la science y revt est celle mme qu'elle a depuis lors conserve1 et qu'elle ne changera point4 ,nous ne savons pas au juste ce qu'tait la forme adopte par la philosophie antrieurement ,platon4 ,je ne parle pas de cette philosophie qui crivait en vers et conservait1 au grand prjudice de la pense1 les indcisions de la posie1 sans en garder les grces4 ,mais les ouvrages de ,dmocrite1 dont le gnie a tant de rapport avec celui d',aristote1 ne sont point parvenus jusqu' nous2 et les rares fragments qui nous en restent ne permettent pas d'en porter un jugement bien prcis4 ,les ,sophistes n'ont pu rien faire pour la science1 parce qu'ils ne la prenaient point au srieux4 ,quant la forme du dialogue adopte par ,platon1 c'est une exception absolument inimitable1 d'abord par la perfection o ,platon a su le porter1 et ensuite par l'insuffisance mme du procd4 ,on peut voir ce que le dialogue a fourni ,leibniz et mme ,malebranche4 ,entre les mains du disciple de ,socrate1 il a produit des chefs-d'oeuvre qu',aristote avait essay d'imiter1 bien vainement sans doute4 ,platon non plus1 tout grand artiste qu'il est1 n'aurait certainement pas choisi de lui-mme une telle forme1 et son gnie livr lui seul n'en et pas tir un tel parti4 ,mais ,socrate avait pos trente ans devant lui4 ,le dialogue1 la discussion1 avait t toute sa puissance et tout son enseignement4 ,en voulant reproduire l'esprit1 si ce n'est tout fait les doctrines de ,socrate1 ,platon n'avait pas choisir4 ,le rcit aurait glac ces vivantes dmonstrations2 et cela est si vrai1 bien que ,xnophon ne s'en soit pas aperu1 que ,platon n'a t ni le seul1 ni mme le premier reproduire ces conversations qui avaient instruit ,athnes1 et l'avaient charme tout en l'irritant4 ,que devenaient ces conversations1 du moment que ,socrate cessait d'y figurer en personne8 ,l'art a fait beaucoup sans doute pour les dialogues de ,platon1 mais la ralit a fait encore plus4 ,si les ,platons sont bien rares1 les ,socrates le sont davantage4 ,le dialogue platonicien ne serait dsormais possible qu' la condition d'un nouveau personnage aussi merveilleux1 et peut-tre mme la condition d'une catastrophe aussi lamentable4 ,la philosophie s'interdira donc jamais le dialogue1 sous peine de se laisser entraner une imitation vaine4 ,que le dialogue reste le monopole ternel de ,platon1 puisqu'il n'a t donn qu' lui seul d'avoir un ,socrate pour matre4 ,que ce soit pour lui un titre de gloire aussi incontestable1 s'il est moins grand1 que la thorie des ,ides4 ,mais le dialogue ne peut tre la forme vraie de la science1 malgr les services qu'il lui a rendus une fois4 ,aristote peut donc lgitimement passer nos yeux pour avoir donn la philosophie la forme qui lui est propre4 ,il semble bien que d'autres sciences1 la mdecine1 par exemple1 avaient dj trouv la leur4 ,mais la philosophie s'ignorait encore4 ,aristote le premier lui fit tenir le langage qui lui convient2 et le ,trait de l'me est son chef-d'oeuvre1 de mme qu'avec la ,mtaphysique1 il renferme ses thories les plus importantes4 ,,vi4 ,barthlemy ,saint-,hilaire ose conclure1 avec une haute probit philosophique1 contre son matre1 de mme qu',aristote avait os conclure contre son matre ,platon4 ,les mrites de ce ,trait de l'me1 s'crie-t-il en finissant1 sont grands1 mais ils ne peuvent point racheter les erreurs que1 dans l'intrt de la vrit1 nous avons d signaler et combattre4 ,sans doute1 c'est une grande chose de fonder la science1 de lui assurer le caractre qui lui est propre1 de l'ordonner dans ses parties principales1 de dcrire exactement quelques-uns des faits qui la doivent composer2 et ce serait de l'ingratitude que d'oublier de tels services4 ,mais1 je le dclare1 si ces travaux1 tout admirables qu'ils peuvent tre1 n'aboutissent qu' satisfaire une curiosit vaine2 si les doctrines auxquelles ils doivent conduire sont obscures ou fausses2 si en traitant longuement des facults et des actions de l'me1 on oublie de se prononcer sur ses destines1 la science peut encore applaudir2 mais la philosophie n'obtient pas ce qu'elle demande3 elle a manqu le but qu'elle doit poursuivre4 ,il faut le rpter hautement3 toute l'erreur d',aristote vient de ce qu'il n'a pas assez vu1 malgr les conseils de ,platon1 que l'me n'est observable que par l'me elle-mme4 ,en attribuer l'tude la physiologie1 c'est la perdre2 chercher comprendre l'me de l'homme en observant les plantes et les animaux1 c'est s'exposer aux plus tristes mcomptes4 ,l'exemple d',aristote doit nous instruire2 et son naufrage doit nous apprendre viter les cueils sur lesquels il s'est bris4 ,platon avait dit que l'me ne peut tre aperue que des yeux de l'esprit4 ,aristote1 sans engager une polmique directe1 avait essay d'tudier l'me surtout par l'observation ordinaire et le tmoignage des sens1 comme tout autre objet extrieur4 ,les deux points de vue taient diamtralement opposs4 ,je ne sais si ,platon a bien connu la pense de son disciple1 et s'il y a fait quelque allusion en rfutant les philosophes ioniens4 ,mais ,aristote1 qui a certainement connu celle de son matre1 ne semble pas en avoir tenu le moindre compte4 ,soit ddain1 soit inattention1 il prit une route contraire1 et1 redisons-le1 une route absolument fausse2 nous en avons pour garants1 avec ,platon et ,descartes1 les faits eux-mmes4 ,,vii4 ,il termine par cette magnifique profession de foi1 si claire1 si ferme et si rsolue dans un temps o l'on ose tout dire1 except le vrai3 ,quand l'homme s'est compris lui-mme2 quand1 disciple fidle de cette sagesse immuable dont ,platon et ,descartes sont les plus clairs interprtes1 il a compris ce qu'est en lui la pense1 il affirme1 avec une certitude dsormais inbranlable1 que son intelligence1 qui ne s'est point faite elle-mme1 vient d'une intelligence suprieure elle2 il affirme que son intelligence agit sous l'oeil de son crateur1 et qu'elle doit le retrouver infailliblement au-del de cette vie4 ,l'homme n'est point gar en ce monde4 ,sa destine peut y tre douloureuse1 intolrable mme2 mais ds lors elle n'est plus obscure pour lui4 ,sa faiblesse peut quelquefois en gmir2 mais il la comprend1 et il sait en outre qu'il en dispose1 au moins dans une certaine mesure4 ,il n'en faut pas davantage l'homme4 ,savoir d'o il vient1 savoir ce qu'il est1 savoir o il va1 que demanderait-il encore8 ,tout le reste n'est qu'un facile dveloppement de ces fconds principes2 et l'homme intelligent et libre1 s'il a tout craindre encore des abus de sa libert1 peut se reposer avec une scurit imperturbable sur la bont1 la justice et la puissance de ,dieu4 ,fonder mthodiquement ces grandes croyances1 sous l'autorit seule de la raison1 les clairer de cette lumire incomparable qui n'appartient qu'aux faits de conscience1 en dduire les consquences rigoureuses et leur soumettre la pratique de la vie1 tel est le devoir de la philosophie2 telle est1 qu'on le sache bien1 la cause de cette suprme estime o l'esprit humain l'a toujours tenue et la tiendra toujours4 ,la philosophie n'impose point de symbole personne1 parce qu'avant tout elle respecte la libert1 sans laquelle l'homme n'est point2 elle ne donne personne des croyances toutes faites2 mais tous ceux qui la suivent1 elle apprend s'en faire2 et elle ne peut que plaindre ceux que ne touche pas la foi d'un ,socrate4 ,la philosophie n'est donc point impuissante1 comme le rpte la thologie2 elle n'est point vaine1 comme le croit la physiologie4 ,la philosophie a su dmontrer l o d'autres nient ou affirment sans preuves2 elle a connu et satisfait le coeur de l'homme que d'autres ignorent et mutilent2 et ce n'est pas sa faute si ceux-ci restent dans leurs tnbres1 et ceux-l dans leur injuste ddain4 ,maintenant1 je le demande1 si former ces croyances dans l'esprit humain1 qui ne doit point vivre sans elles1 c'est l'objet vritable de la philosophie2 si ces croyances sont bien le but suprieur que poursuit la pense humaine1 quelle valeur aura l'tude des faits de l'me8 videmment les faits ne vaudront qu'autant qu'ils contribueront ce rsultat dcisif4 ,ces faits1 prcisment parce qu'ils appartiennent l'me1 ne peuvent se suffire eux-mmes2 ce ne sont que les matriaux d'un plus noble difice4 ,jusqu' un certain point1 l'homme peut se passer de connatre les faits du dehors2 mais1 quant aux faits qui lui sont propres1 il ne peut les ignorer qu'au risque d'touffer en lui les plus lgitimes rclamations de sa nature4 ,par l1 nous aurons la mesure de ces doctrines qui1 en tudiant l'me de l'homme1 se bornent constater des phnomnes1 et qui se croient prudentes parce qu'elles n'osent prononcer sur les questions que ces phnomnes doivent aider rsoudre2 par l1 nous aurons la mesure de la doctrine de nos physiologistes modernes2 nous aurons surtout la mesure de la doctrine antique1 dont la leur n'est qu'un cho4 ,nous admirerons la science d',aristote et son prodigieux gnie1 mais nous ne le suivrons pas1 ou plutt1 en acceptant quelques-unes de ses thories1 nous dplorerons que ces thories n'aboutissent aucune croyance claire et prcise4 ,nous voudrions que1 dans cet essentiel sujet1 le philosophe se ft prononc plus rsolment1 et n'et pas laiss d'autres le soin prilleux de dvelopper sa vraie pense4 ,je ne crois pas avoir calomni ,aristote#i en lui prtant les principes que j'ai d rfuter4 ,mais ces principes n'ont pas toujours t reconnus pour les siens2 on lui en a prt mme de tout contraires4 ,certes1 je serais heureux de m'tre tromp2 mais j'ai fait tout ce qu'il a dpendu de moi pour me dfendre de toute prvention et de toute erreur2 et je crois pouvoir affirmer1 en rsumant cette longue et pnible discussion1 que si1 dans la question de l'me1 ,aristote s'est loign beaucoup de son matre1 il ne s'loigne pas moins de la vrit4 ,note #i3 ,barthlemy ,saint-,hilaire4 ,,viii4 ,honorons ce grand traducteur1 non-seulement pour avoir compris1 mais pour avoir combattu son modle1 et flicitons notre sicle d'avoir fait natre une intelligence et une vertu dignes de nous avoir rendu1 dans ,aristote1 non pas un philosophe infaillible1 mais le plus grand des philosophes de l'antiquit4--,c'est ,barthlemy ,saint-,hilaire6 ,gloire lui6 ,un volume d'opuscules d',aristote1 traduit pour la premire fois1 complte ce volume sur l'me et lui est suprieur en vrit4 ,il contient un trait de la ,sensation1 un trait de la ,mmoire1 un trait du ,sommeil et de la ,veille1 des ,rves1 un trait de la ,longvit et de la ,brivet de la vie1 de la ,jeunesse et de la ,vieillesse1 de la ,vie et de la ,mort1 de la ,respiration4 ,ce sont videmment des matriaux prpars pour son ,histoire naturelle ou ,histoire des animaux4 ,le philosophe nous quitte et le matrialiste nous envahit2 mais quel matrialiste6 ,un homme trs-suprieur ,pline1 trs-suprieur ,buffon1 gal ,cuvier2 une intelligence presque divine applique la nature organise2 l'homme tudiant l'homme1 et la vie dcrivant la vie avec le regard d'un ,dieu6 ,,lamartine4 7,la suite au prochain entretien47 ,c,ve ,,entretien4 ,,aristote4 ,,traduction ,,compl,,te ,,par ,m4 ,,barth,,lemy ,,saint-,,hilaire4 7,,troisi,,me ,,partie47 ,,physique1 ,m,t,,orologie4 ,i4 ,la ,mtorologie n'est qu'un fragment des tudes qui composent le ,cosmos4 ,la ,physique en deux volumes1 souvent mle de mtaphysique transcendante1 tient plus la haute philosophie4 ,c'est l'chelon par lequel il y monte4 ,bien diffrent de quelques-uns des physiciens de notre sicle1 qui sparent la cause de l'effet1 il remonte ,dieu toutes les fois qu'il faut dcouvrir un principe4 ,ainsi nulle cause n'est cache2 le mystre de la volont divine rend raison de tout4 ,le mouvement est la cl du ,cosmos4 ,la plus magnifique tude sur le mouvement1 point par lequel la matire touche sa cause1 ,dieu1 est le texte de la ,physique d',aristote2 c'est la dynamique divine4 ,ici il touche ,platon ou plutt ,socrate4 ,quelle est l'origine du mouvement8 ,sur la cause premire du mouvement1 l'opinion de ,platon est aussi arrte qu'il se peut1 et il ne balance pas rapporter ,dieu le mouvement qui se montre partout dans l'univers et qui le vivifie4 ,c'est ,dieu qui a tir des profondeurs de son tre le mouvement qu'il a communiqu tout le reste des choses2 sans lui1 le mouvement ne serait pas n1 et il ne continuerait point4 ,dieu est comme l'me du monde2 l'me1 qui est le plus ancien de tous les tres1 et qui est pour le vaste ensemble de l'univers le principe du mouvement1 ainsi qu'elle l'est pour les tres particuliers1 animant la matire inerte laquelle elle est jointe4 ,c'est ,dieu qui a cr les grands corps qui roulent sur nos ttes dans les espaces clestes1 et c'est lui qui maintient la rgularit ternelle de leurs rvolutions1 de mme qu'il leur a imprim l'impulsion primitive qui les a lancs dans le ciel4 ,dieu est donc le pre du mouvement1 soit que nous considrions le mouvement la surface de notre terre et dans les phnomnes les plus habituels1 soit qu'levant nos yeux nous le contemplions dans l'infinit de l'tendue et dans l'harmonie des sphres4 ,platon attache la plus haute importance ces opinions1 qui font partie de sa foi religieuse1 et il s'lve avec indignation contre l'impit trop frquente des naturalistes1 qui croient trouver dans la matire rduite ses propres forces une explication suffisante4 ,s'en tenir uniquement aux faits sensibles qui tombent sous notre observation1 et ne pas remonter plus haut pour les mieux comprendre1 lui semble une aberration et presque un sacrilge4 ,c'est mconnatre la ,providence1 qui rgit et gouverne toutes choses avec autant de bont que de sagesse1 et c'est risquer de l'offenser que de ne pas voir assez clairement la trace qu'elle a laisse dans ses oeuvres1 et dans ce grand fait du mouvement1 qui doit la manifester tous les yeux4 ,platon ne dit pas en propres termes que ,dieu est le premier moteur1 et c'est ,aristote qui plus tard trouvera cette formule2 mais la pense1 si ce n'est l'expression1 est de lui2 et le disciple1 sous ce rapport comme sous bien d'autres1 n'a t que l'cho de son matre4 ,seulement1 ,aristote a pouss beaucoup plus loin les dductions svres de la science2 et il a substitu un systme profond et solide des vues restes un peu indcises1 toutes grandes qu'elles taient4 ,d'ailleurs1 ,platon ne s'en tient pas cette indication gnrale2 et1 aprs avoir montr d'o vient le mouvement1 il veut expliquer aussi avec plus de dtails les apparences diverses qu'il nous offre4 ,il distingue donc plusieurs espces de mouvements1 et il en porte le nombre tantt dix1 tantt sept1 sans les sparer toujours bien nettement entre elles4 ,le mouvement a lieu1 soit en avant1 soit en arrire1 en haut et en bas1 droite et gauche2 joignez ces six mouvements que chacun connat le mouvement circulaire1 et vous aurez les sept mouvements principaux4 ,d'autres fois ,platon change cette numration1 et il distingue les mouvements de composition et de division1 ceux d'augmentation et de diminution1 et ceux de gnration et de destruction4 ,il y ajoute le mouvement de translation1 soit que le corps se dplace dans l'espace et change de lieu1 soit qu'il fasse une rvolution sur lui-mme et reste en place4 ,il met au neuvime rang le mouvement qui1 venant d'une cause extrieure1 est reu du dehors et est communiqu2 et enfin1 au dixime rang1 il met le mouvement spontan1 qui n'a pas d'autre cause que lui-mme1 et qui produit tous les changements et tous les mouvements secondaires que l'univers nous prsente4 ,d'autres fois1 encore1 abandonnant ces classifications1 ,platon rduit tous les mouvements deux1 le changement de lieu et l'altration1 comme il le fait dans le ,parmnide2 ou bien ces deux mouvements ne sont plus1 comme dans d'autres passages du ,time1 que la rotation sur soi-mme1 donne par ,dieu au monde1 l'exclusion de tout autre mouvement1 et l'impulsion en avant1 matrise par le mouvement du mme et du semblable1 qui ramne sans cesse au centre le corps prt s'garer4 ,mais s'il y a quelque confusion dans ces opinions de ,platon1 un axiome sur lequel il ne varie pas plus que sur l'origine du mouvement1 c'est qu'il n'y a point de hasard dans la nature1 et que le mouvement1 qui en est le phnomne principal1 y a ses lois comme tout le reste4 ,le systme du hasard n'explique rien1 et il a ce trs-grand danger de porter les mes l'irrligion1 mal social qui perd les individus et que le lgislateur doit nergiquement combattre4 ,platon fltrit avec insistance ce systme1 qui est aussi pernicieux qu'il est vain1 et il ne serait pas loin de porter des peines contre les naturalistes qui y croient et s'en font les aptres4 ,c'est l un germe qu'a recueilli ,aristote1 et qu'il a dvelopp non moins heureusement que son matre1 bien qu' un tout autre point de vue4 ,ce n'est pas l'impit de cette doctrine qui a rvolt ,aristote2 mais c'est sa fausset grossire en prsence de l'admirable spectacle que l'ordre universel tale sans cesse sous nos regards1 pour peu que nous voulions l'observer4 ,,ii4 ,l'espace et le temps sont aussi dfinis par les principes de ,socrate plus que par ceux d',aristote4 ,barthlemy ,saint-,hilaire est ici un sublime critique de son auteur4 ,qu'est-ce que l'espace8 ,qu'est-ce que le temps8 ,platon s'arrte peu ces deux ides4 ,mais il a sur le temps1 indispensable la ralit et la conception mme du mouvement1 une thorie qu',aristote a cru devoir rfuter1 et qui cependant est profondment vraie4 ,platon soutient que le temps a commenc1 et que1 par consquent1 il peut finir4 ,aristote trouve cette opinion fort singulire1 et il signale ,platon comme le seul parmi les philosophes qui l'ait adopte4 ,je crois qu',aristote n'a pas examin d'assez prs la pense de son matre4 ,platon distingue deux choses qu'en effet il faut se bien garder de confondre3 l'ternit et le temps1 qu',aristote a eu quelquefois le tort de prendre l'une pour l'autre4 ,le temps n'est1 suivant la grande parole de ,time1 qu'une image mobile de l'ternit4 ,tout ce qu'on peut dire de l'ternit1 c'est qu'elle est2 il n'y a pour elle ni pass ni futur2 elle est un perptuel et insaisissable prsent4 ,le pass et l'avenir ne conviennent qu' la gnration qui se succde dans le temps1 et ils sont le domaine du mouvement4 ,mais quant l'ternit1 immobile comme elle l'est1 rien ne la mesure ni ne l'puise4 ,le temps1 au contraire1 a commenc avec le monde1 quand ,dieu l'a cr et y a mis un ordre merveilleux4 ,c'est l'observation du jour et de la nuit2 ce sont les rvolutions des mois et des annes qui ont produit le nombre1 fourni la notion du temps et rendu possible l'tude de l'univers4 ,le temps n'est donc qu'une portion de l'ternit1 que nous en dtachons notre usage4 ,mais dans l'ternit elle-mme il n'y a plus de temps2 car le temps n'est pas identique avec elle1 tandis que l'ternit est en quelque sorte identique ,dieu4 ,c'est qu'en effet1 comme devait le dire admirablement ,newton1 ,dieu n'est pas l'ternit plus qu'il n'est l'infinitude2 mais il est ternel et infini4 ,le temps n'existe pas pour lui2 le temps n'existe que pour nous4 ,l'ternit est divine2 le temps est purement humain4 ,il ne convient qu' ce qui a eu un commencement et peut avoir une fin4 ,l'ternit n'a point commenc1 et elle ne peut finir4 ,,iii4 ,il prouve l'infini par la divisibilit sans fin de la matire4 ,il prouve l'espace par l'indivisible succession des objets qui peuvent le remplir4 ,il prouve le temps parce qu'il est la mesure de tout mouvement4 ,de l'ternit du mouvement1 il conclut l'ternit du grand moteur1 ,dieu2 car comment la pluralit des deux moteurs pourrait-elle s'accorder avec l'infini du moteur immobile8 ,une fois ces objections cartes1 ,aristote revient son sujet1 et il recherche comment on peut concevoir qu'un mouvement soit ternel4 ,il s'appuie d'abord sur ce fait d'observation vidente1 savoir qu'il y a dans le monde des choses qui se meuvent et d'autres qui ne se meuvent pas4 ,comment celles qui se meuvent reoivent-elles le mouvement8 ,aristote prend un exemple des plus ordinaires2 et1 considrant que1 quand une pierre est mue par un bton1 c'est la main qui meut le bton et l'homme qui meut la main1 il en conclut que1 dans tout mouvement1 il faut toujours remonter un premier moteur1 lequel est lui-mme ncessairement immobile1 tout en communiquant au dehors le mouvement qu'il possde et qu'il cre4 cette occasion1 ,aristote loue ,anaxagore d'avoir considr l',intelligence1 dont il fait le principe du mouvement1 comme absolument impassible et absolument pure1 l'abri de toute affection et de tout mlange2 car c'est seulement ainsi qu'tant immobile1 elle peut crer le mouvement1 et qu'elle peut dominer le reste du monde en ne s'y mlant point4 ,mais le moteur tant immobile1 comment peut-il produire en lui-mme le mouvement qui se communique au dehors1 et qui1 se transmettant de proche en proche1 atteint jusqu'au mobile le plus loign1 travers une foule d'intermdiaires8 ,que se passe-t-il dans les profondeurs du moteur premier1 et de quelle faon le mouvement peut-il y natre8 ,aristote s'enfonce ainsi au coeur mme de la question du mouvement1 et il rsout ce problme si obscur par les principes qu'il a poss antrieurement et qu'il regarde comme indubitables4 ,or il a dmontr jusqu' prsent que tout mobile est m par un moteur qui lui est tranger4 ,mais1 parvenu au premier moteur1 il sent bien qu'on ne peut plus rien chercher en dehors de lui2 car ce serait se perdre dans l'infini4 ,dans ce moteur initial1 source et principe de tous les mouvements dans l'univers1 il retrouvera donc encore les mmes lments qu'il a dj constats4 ,il y aura dans le premier moteur deux parties3 l'une1 qui meut sans tre mue elle-mme2 l'autre1 qui est mue et meut son tour2 la premire1 qui cre le mouvement2 la seconde1 qui le reoit et le transmet4 ,le moteur tout entier reste immobile2 mais les deux parties dans lesquelles il se dcompose ne le sont pas tout fait comme lui2 l'une est absolument immobile comme il l'est lui-mme2 l'autre reoit l'impulsion1 et elle peut la communiquer mdiatement au reste des choses4 ,il serait sans doute tmraire d'affirmer qu',aristote a port dfinitivement la lumire dans ces tnbres2 et il n'est pas donn des regards humains de voir ce qui se passe dans le sein mme de ,dieu4 ,mais on peut croire1 la louange d',aristote1 qu'il n'est point rest trop au-dessous de cet ineffable sujet1 ni au-dessous du ,time de ,platon4 ,il a bien vu le mystre dans toute sa grandeur1 et il a eu le courage d'en chercher l'explication1 si d'ailleurs il n'a pas eu plus qu'un autre le bonheur de la rencontrer4 ,il proclame l'existence ncessaire d'un premier moteur sans lequel le mouvement ne pourrait se produire ni durer sous aucune forme dans l'univers1 et il sonde l'abme avec une sagacit et une nergie dignes d'en dcouvrir le fond4 ,il semble cependant qu'ici il commet une erreur assez grave2 et que c'est tort que de l'ternit du mouvement1 telle qu'il l'a tablie1 il conclut l'ternit du premier moteur4 ,le mouvement tant ternel selon ,aristote1 le premier moteur doit tre ternel comme le mouvement mme qu'il produit ternellement4 ,en dpit du respect que je porte au philosophe1 il me parat que c'est absolument tout l'oppos1 et que c'est du moteur qu'il faut conclure le mouvement1 loin de conclure de l'existence du mouvement l'existence du moteur4 ,mais je ne voudrais pas trop insister sur cette critique1 et il est bien possible qu'il n'y ait l qu'une diffrence de mots4 ,le moteur doit tre de toute ncessit antrieur sa propre action2 et ce n'est peut-tre que par le besoin d'une dduction purement logique1 et en partant de l'observation sensible1 qu',aristote parat n'assigner au moteur que la seconde place4 ,mais1 en se mettant au point de vue de la seule raison1 il est plus conforme ses lois de concevoir le moteur avant le mouvement2 car1 moins d'acquiescer ces systmes qu',aristote a cru devoir combattre1 et qui expliquent tout par les seules forces de la matire1 il faut bien admettre que les choses n'ont pu tre mues que par un moteur prexistant4 ,sans le moteur1 le mouvement est logiquement incomprhensible4 ,c'est bien1 si l'on veut1 le mouvement1 observ par nous1 qui rvle le moteur2 mais il ne le fait pas1 tandis qu'au contraire c'est le moteur qui fait le mouvement1 et l'on ne peut les prendre indiffremment l'un pour l'autre4 ,,iv4 ,mais1 dit le commentateur ,barthlemy ,saint-,hilaire1 voil dj bien des notions sur le premier moteur immobile2 car nous savons qu'il est un et ternel1 et que le mouvement qu'il cre est le mouvement circulaire1 le seul de tous les mouvements qui puisse tre un1 ternel1 continu1 rgulier et uniforme4 ,aristote ajoute sur le moteur premier deux autres considrations non moins profondes et non moins vraies1 par lesquelles il achve sa ,physique1 ou plutt la thorie du mouvement4 ,le premier moteur est ncessairement indivisible1 et il est sans grandeur quelconque4 ,s'il avait une grandeur quelle qu'elle ft1 il serait fini2 et une grandeur finie ne peut jamais produire un mouvement infini et ternel1 pas plus qu'elle ne peut avoir une puissance infinie4 ,immobile et immuable1 il a ternellement la force de produire le mouvement sans fatigue et sans peine2 et son action ne s'puise jamais1 toujours uniforme1 gale et identique1 d'abord en lui-mme1 et ensuite dans le mobile1 sur lequel elle s'exerce4 ,enfin1 o placer dans l'univers le premier moteur8 ,en quel lieu rside-t-il1 si toutefois on peut1 sur l'infini et l'ternel1 lever une telle question8 ,est-ce au centre8 ,ou n'est-ce pas plutt la circonfrence1 puisque c'est la circonfrence que les mouvements sont les plus rapides1 et que ce sont les parties les plus rapproches du moteur qui sont mues avec le plus de rapidit8 ,tel est le systme du monde1 m durant l'ternit par le premier moteur1 qui n'a lui-mme1 dans son unit1 dans son infinitude et dans son immobilit1 ni parties ni aucune espce de grandeur possible4 ,voil les derniers mots et les dernires ides de la ,physique d',aristote1 terminant cette vaste tude par une thorie de l'action de ,dieu sur le monde4 ,v4 ,les pres de la physique moderne1 ,descartes1 ,bacon1 ,newton1 ,leibniz1 ,laplace1 se rapprochent d',aristote toutes les fois qu'ils s'approchent de la vrit4 ,newton est parvenu au terme de la carrire qu'il avait fournir2 mais1 avant de la clore1 il veut embrasser d'un coup d'oeil tout l'espace qu'il a parcouru2 et l1 comme jadis ,aristote1 il veut se recueillir pour remonter1 autant qu'il est permis l'homme1 jusqu' la cause premire et au premier moteur4 ,c'est le fameux ,scholie gnral4 ,aprs quelques mots contre le systme des tourbillons1 auquel il ne rend peut-tre pas assez de justice1 le mathmaticien fait place au philosophe2 et1 sans rien retrancher la solidit des thories qu'il a tablies par le secours du calcul et de la gomtrie1 ,newton s'avoue qu'il leur manque encore quelque chose4 ,les grands corps qu'il a si doctement tudis se meuvent librement dans des espaces incommensurables1 qui sont vides d'air1 comme la machine ingnieuse de ,boyle1 et o rien ne gne ni n'entrave leurs immuables et ternelles rvolutions4 ,mais les lois du mouvement1 quelque exactes qu'elles soient1 ne rendent pas raison de tout4 ,les orbes clestes y obissent et les suivent dans leur marche2 mais la position primitive et rgulire de ces orbes ne dpend plus de ces lois merveilleuses4 ,les mouvements uniformes des plantes et les mouvements des comtes ne peuvent avoir des causes mcaniques1 puisque les comtes se meuvent dans des orbes fort excentriques1 et qu'elles parcourent toutes les parties du ciel4 ,newton en conclut que cet admirable arrangement du soleil1 des plantes et des comtes ne peut tre que l'ouvrage d'un tre tout-puissant et intelligent2 et1 comme le monde porte l'empreinte d'un seul dessein1 il doit tre soumis un seul et mme tre4 ,cet tre unique et infini1 c'est ,dieu1 qui n'est pas l'me du monde1 mais qui est le seigneur de toutes choses1 parce qu'il rgne sur des tres pensants1 qui lui sont soumis dans leur adoration et leur libert4 ,dieu ne rgne pas seulement sur des tres matriels2 et c'est prcisment la domination d'un tre spirituel qui le constitue ce qu'il est4 ,dieu est donc ternel1 infini1 parfait1 vivant1 tout-puissant2 il sait tout2 il est partout4 ,il n'est pas l'ternit et l'infinitude1 mais il est ternel et infini2 il n'est pas la dure et l'espace1 mais il dure et il est prsent en tous lieux2 il est partout substantiellement2 car on n'agit pas l o l'on n'est pas4 ,tout est m par lui et contenu en lui2 il agit sur tous les tres1 sans qu'aucun d'eux puisse jamais agir sur lui son tour4 ,l'homme1 malgr son infimit1 peut se faire quelque ide de ,dieu1 d'aprs la personnalit dont il a t dou lui-mme par son crateur4 ,la personne humaine n'a ni parties successives ni parties coexistantes dans son principe pensant2 plus forte raison n'y a-t-il ni succession ni coexistence de parties diverses dans la substance pensante de ,dieu4 ,mais si nos regards blouis ne peuvent soutenir l'clat de la substance divine1 si l'on ne doit l'adorer sous aucune forme sensible1 parce qu'il est tout esprit1 nous pouvons du moins apprendre connatre ,dieu par quelques-uns de ses attributs4 ,un ,dieu sans providence1 sans empire et sans causes finales1 n'est autre chose que le destin et la ncessit4 ,mais la ncessit mtaphysique ne peut produire aucune diversit2 et la diversit qui rgne en tout quant aux temps et quant aux lieux1 ne peut venir que de la volont et de la sagesse d'un tre qui existe ncessairement1 c'est--dire ,dieu1 dont il appartient la philosophie naturelle d'examiner les oeuvres1 sans avoir l'orgueil de les rectifier par de vaines hypothses4 ,voil les grandes ides sur lesquelles s'arrte ,newton en achevant son livre1 et auxquelles il se fie plus encore qu' ses mathmatiques4 ,ce sont les mmes accents que ceux de ,platon dans le ,time1 d',aristote dans la ,physique et la ,mtaphysique1 de ,descartes dans les ,principes de la philosophie4 ,je ne sais pourquoi la science contemporaine s'est plu souvent rpudier ces nobles exemples1 et pourquoi elle s'est fait comme une gloire1 et parfois mme un jeu1 d'exiler ,dieu de ses recherches les plus hautes4 ,on ne voit pas trop ce qu'elle y a gagn2 mais on voit trs-clairement ce qu'y a perdu la vrit et le coeur de l'homme4 ,,vi4 ,laplace est venu accomplir ce que ,newton avait commenc4 ,la ,mcanique cleste est un dveloppement systmatique et rgulier des principes newtoniens2 elle est un chef-d'oeuvre du gnie mathmatique2 mais elle ne fait qu'exposer1 avec toutes les ressources de l'analyse la plus tendue et la plus exacte1 les lois qu'un autre avait rvles sur le vritable systme du monde4 ,c'est un prodigieux ouvrage2 mais l'invention consiste dans les formules et les dmonstrations1 plutt que dans le fond mme des choses4 ,c'est la loi de la pesanteur universelle poursuivie sous toutes ses faces dans les corps innombrables qui peuplent l'espace1 et dont les principaux sont accessibles notre observation et soumis nos calculs4 ,laplace lui-mme ne s'est pas flatt de faire davantage2 mais il y a port une telle puissance et une telle fcondit d'analyse qu'en y dmontrant tout1 il a sembl tout produire1 bien qu'il se bornt tout organiser et mettre tout en ordre4 ,je n'ai point rsumer ici la ,mcanique cleste1 et je remarque seulement qu'elle dbute par un premier livre sur les lois gnrales de l'quilibre et du mouvement4 ,c'est ce que ,newton1 ,descartes et ,aristote avaient aussi tch de faire4 ,j'ajoute que la ,mcanique cleste a donn son nom toute une science qui date vritablement de ,laplace1 non pas qu'il en soit absolument le pre1 mais parce qu'il en est le premier et le plus sr lgislateur4 ,aprs les dcouvertes primordiales1 c'est l encore un bien grand mrite2 et la gloire de ,laplace est peine infrieure celle de ,newton4 ,je laisse de ct la science contemporaine dont ,laplace est certainement le plus illustre reprsentant1 et je me hte d'arriver au terme que je me suis prescrit4 ,il ne me reste plus qu' comparer ,aristote ses trois mules1 ,descartes1 ,newton et ,laplace1 comme je l'ai dj compar son matre4 ,par l j'indiquerai clairement le rang que je lui donne1 et qu'il doit tenir dsormais dans la famille des physiciens philosophes4 ,je ne veux pas exagrer sa gloire2 mais je ne voudrais pas non plus qu'on la rduist injustement4 ,je m'efforcerai donc d'tre impartial dans l'apprciation rsume que je vais en prsenter avant de clore cette longue prface4 ,d'abord1 je ne crois pas m'tre tromp en mettant ,aristote dans la compagnie de ,descartes1 de ,newton et de ,laplace4 ,je ne parle pas de son gnie en gnral1 c'est trop vident2 je ne parle que de sa ,physique en particulier1 et je pense que la thorie du mouvement1 telle qu'elle s'y prsente1 est le point de dpart de toutes les thories qui ont suivi sur le mme sujet4 ,plus haut1 j'ai dj indiqu ce rapprochement2 mais maintenant que j'ai tch de le justifier par l'histoire1 il me parat tout fait incontestable4 ,entre la ,physique d',aristote1 les ,principes de ,descartes et les ,principes mathmatiques de ,newton1 il y a1 malgr l'intervalle des ges1 une succession manifeste et comme une solidarit4 ,l'objet est le mme1 et sur bien des points les doctrines sont identiques4 ,le philosophe grec1 quatre sicles avant notre re1 a vu tout aussi bien que les deux mathmaticiens du dix-septime sicle1 que c'est par l'tude du mouvement qu'il convient d'expliquer le systme du monde4 ,sans doute il l'a compris beaucoup moins que ,descartes et surtout que ,newton2 mais il est sur la mme voie que l'un et l'autre4 ,la seule diffrence qu'il y ait entre eux et lui1 c'est qu'il fait les premiers pas dans la carrire1 sans pouvoir s'appuyer sur les mathmatiques1 qui sont encore dans l'enfance1 tandis que ,descartes et ,newton1 placs bien plus avant sur le chemin1 ont leur disposition des mathmatiques toutes-puissantes1 avec des observations presque innombrables de phnomnes1 et des expriences de tout genre4 ,entre la science grecque et la science moderne1 il y a bien une diffrence de degr2 mais il n'y a pas une diffrence de nature2 et1 pour rappeler une trs-quitable opinion de ,leibniz1 ,aristote n'est pas du tout inconciliable avec des successeurs dont les travaux n'eussent peut-tre point t aussi heureux1 si les siens ne les eussent prcds4 ,il est mme un point sur lequel il convient de lui accorder hautement la supriorit1 c'est la mtaphysique4 ,descartes mme ne l'gale point1 et ,newton est rest trs-infrieur4 ,il n'y a pas prtendre que la mtaphysique n'est point de mise dans une telle matire2 car ,descartes1 ,newton et mme ,laplace ont d sortir du domaine propre des mathmatiques4 ,pour comprendre et expliquer le mouvement1 ils ont d tenter de se rendre compte des ides de l'espace1 du temps1 de l'infini et de la nature du mouvement lui-mme4 considrer les analyses qu'a faites ,aristote de ces ides essentielles1 je n'hsite pas lui donner la prfrence2 et j'ajoute mme que1 dans toute l'histoire de la philosophie1 je n'aperois rien d'gal4 ,nul autre aprs lui n'a repris l'tude de ces ides ni avec plus d'originalit1 ni avec plus de profondeur1 ni avec plus de dlicatesse4 ,ces notions fondamentales de temps1 d'espace1 de lieu1 d'infini1 posent sans cesse devant l'esprit humain2 elles le sollicitent tout instant et sous toutes les formes2 et depuis vingt-deux sicles1 personne n'en a mieux parl que le disciple de ,platon et l'instituteur d',alexandre4 ,aujourd'hui mme1 on ne saurait le dpasser qu'en commenant par se mettre son cole4 ,je ne dis pas certainement que ,descartes ou ,newton y eussent rien appris2 mais1 en coutant un moment ces leons de l'antique sagesse1 ils se seraient aperus combien de choses ils avaient eux-mmes omises1 les supposant probablement assez connues1 ou trop claires pour qu'il ft ncessaire de les rappeler4 ,mais ce n'est pas tout fait ainsi que procde l'esprit humain4 ,la mtaphysique est1 dans une certaine mesure1 un antcdent oblig de la science du mouvement1 et si l'on ne sait pas d'abord ce que c'est que l'infini1 le temps et l'espace1 il est bien peu prs impossible de savoir ce que c'est que le mouvement1 et quelles conditions il s'accomplit dans le monde4 ,ainsi chaque philosophe qui tudie cette question devrait remonter aux principes mtaphysiques qu'elle sous-entend4 ,mais l'individu1 quel que soit son gnie1 ne peut gure se flatter de faire son tour la science complte2 il en achve quelques parties1 il en bauche quelques autres1 il en nglige plusieurs1 et c'est la ranon de son invitable faiblesse4 ,quant l'esprit humain1 il n'a point de ces lacunes dans le vaste ensemble de son histoire1 et la science du mouvement en particulier ne prsente pas d'interruptions ni de solutions de continuit4 ,aristote en a pos les fondements mtaphysiques1 et l'on peut douter que1 sans ces premires et indestructibles assises1 le reste de l'difice et pu s'lever aussi solide et aussi beau4 ,l'esprit humain les a en quelque sorte prouves pendant de longs sicles1 puisque d',aristote ,galile c'est le ,pripattisme seul qui lui a suffi4 ,mais quand les temps nouveaux sont arrivs1 se sparant du pass avec autant d'ingratitude que de violence1 le pass avait fait son oeuvre1 et1 ce germe fcond1 l'on peut dire1 par cette lente incubation1 allait se dvelopper par un progrs irrsistible et sr4 ,je n'hsite donc pas1 pour ma part1 louer ,aristote de sa mtaphysique applique la science du mouvement2 et cette mthode est un service de plus dont nous sommes redevables la ,grce4 ,oui1 avant d'tudier le mouvement1 il fallait le dfinir2 oui1 avant de scruter les faits1 il tait ncessaire de prciser la notion sous laquelle ils apparaissent d'abord notre intelligence4 ,il est bien clair que le phnomne a prcd la notion1 et si le philosophe n'avait mille fois senti le mouvement dans le monde extrieur1 il est croire qu'il n'aurait jamais song l'analyse d'une notion qu'il n'et point possde4 ,aristote ne se fait pas faute de le dire bien souvent dans ses rfutations contre l'cole d'le1 et il se glorifie1 en combattant des paradoxes absurdes1 de s'en rapporter aux tmoignages des sens1 qui nous attestent l'vidence irrcusable du mouvement4 ,mais1 une fois ce grand fait admis1 il faut l'claircir par l'analyse psychologique et en considrer tous les lments rationnels4 ,c'est alors que la mtaphysique intervient1 et qu'elle remplit son vritable rle4 ,elle part d'un fait vident1 et elle projette sa clart suprieure dans ces tnbres dont la sensibilit est toujours couverte4 ,ses abstractions1 loin d'tre vaines1 comme on le croit vulgairement1 sont la forme vraie sous laquelle la raison se comprend elle-mme2 et1 moins qu'elle ne veuille se contenter d'une simple collection de phnomnes inintelligibles1 il faut bien quelle remonte des causes et des lois1 avec l'aide des principes essentiels qu'elle porte dans son sein et qui la font ce qu'elle est4 ,c'est ce besoin instinctif et si rel qu',aristote a obi2 il a satisfait l'esprit humain dans la mesure de son gnie et de son temps4 ,loin de l'garer1 ainsi qu'on le lui a si souvent reproch1 il l'a profondment instruit2 et les prtendues subtilits qu'on lui impute s'vanouissent1 quand on les mdite assez attentivement pour en pntrer la signification si prcise et si fine4 ,aristote renatrait aujourd'hui qu'il referait encore pour nous la mtaphysique du mouvement1 si quelque autre ne lui et pargn cette peine en la prenant avant lui4 ,il n'accepterait point le systme actuellement en vogue auprs de quelques savants1 qui proscrit la mtaphysique1 et la relgue parmi les hochets dont s'amuse la science ses premiers pas4 ,la mtaphysique1 loin d'tre le bgayement de l'intelligence humaine1 en est au contraire la parole la plus nette et la plus haute4 ,ce n'est pas toujours du premier coup que la science la prononce1 comme ,aristote l'a fait pour la thorie du mouvement2 mais un peu plus tt1 un peu plus tard1 il faut bien en arriver cette explication dernire des choses1 ou renoncer les savoir jamais4 mon sens1 c'est un grand avantage pour la science quand elle peut dbuter par l4 ,je me rsume donc en rptant qu',aristote a eu la gloire de fonder la science du mouvement4 ,que si l'on s'tonnait qu'il ne l'ait point acheve et faite tout entire lui seul1 je rappellerais l'aveu modeste et fier par lequel il termine sa ,logique3 ,si1 aprs avoir examin nos travaux1 dit le philosophe1 il vous parat que cette science1 dnue avant nous de tous antcdents1 n'est pas trop infrieure aux autres sciences qu'ont accrues les labeurs de gnrations successives1 il ne vous restera plus1 vous tous qui avez suivi ces leons1 qu' montrer de l'indulgence pour les lacunes de cet ouvrage1 et de la reconnaissance pour toutes les dcouvertes qui y ont t faites4 ,,histoire ,,des ,,animaux ,,par ,,aristote4 ,,vii4 ,m4 ,barthlemy ,saint-,hilaire nous manque ici2 mais il a bien voulu nous indiquer lui-mme1 pour le suppler1 la traduction trs-consciencieuse et trs-remarquable de l',histoire des ,animaux1 que ,m4 ,camus1 avocat au parlement de ,paris1 censeur royal1 publia en #aggc1 et qui est reste jusqu'ici le chef-d'oeuvre de ce genre de travail4 ,le plan de l',histoire des ,animaux1 dit ,m4 ,camus1 est grand et vaste4 ,ce sont tous les animaux3 hommes1 quadrupdes1 poissons1 amphibies1 oiseaux1 insectes1 qu',aristote rassemble sous les yeux de son lecteur4 ,il ne considre point chacun de ces animaux ou sparment ou dans des classes dans lesquelles il les a rangs2 le rgne animal entier n'est pour lui qu'un point unique3 c'est l'animal en gnral dont il fait l'histoire1 et s'il rapporte telle observation particulire tel ou tel animal1 ce n'est que1 ou pour servir de preuve une proposition gnrale qu'il a avance1 ou pour justifier une exception dont il avertit4 ,ainsi ,aristote1 voulant faire connatre la nature des animaux1 se propose d'abord l'examen des parties de leur corps1 comme le premier objet qui frappe la vue3 et1 aprs avoir donn des dfinitions gnrales de ces parties1 aprs avoir distingu diffrentes espces parmi les animaux1 raison de la varit de leurs formes extrieures1 il expose dans les quatre premiers livres tout le dtail des parties de leur corps4 ,le cinquime1 le sixime et le septime livres sont destins expliquer de quelle manire l'animal nat2 le temps o il commence se reproduire1 celui o il cesse de le pouvoir faire et la dure totale de sa vie4 ,on connat par la lecture des sept premiers livres comment le corps de l'animal existe et comment il se multiplie2 les deux derniers apprennent comment l'animal vit et comment il se conserve4 ,l'objet du huitime est sa nourriture et les lieux qu'il habite2 le neuvime traite de ses moeurs1 s'il est possible d'user de cette expression2 ,aristote y dit quelles sont les habitudes des diffrents animaux2 avec qui d'entre eux ils vivent rciproquement1 soit en socit1 soit en guerre2 comment ils pourvoient leur conservation et leur dfense4 ,une pareille histoire n'est-elle pas infiniment prfrable de sches nomenclatures1 quelque bien ranges qu'on les suppose1 par ordres1 classes et genres8 ,l'tendue du gnie d',aristote se montre par la gnralit de ses vues2 celle de ses connaissances1 par la multiplicit des exemples qu'il rapporte successivement4 ,l'histoire de l'homme considr simplement comme animal est complte dans son ouvrage2 et1 dans le nombre des animaux de l'ancien monde1 il n'en est presque aucun1 depuis le ctac jusqu' l'insecte1 soit qu'il se meuve sur la terre1 qu'il s'lve dans les airs1 ou qu'il demeure enseveli sous les eaux1 dont ,aristote ne nous apprenne quelque particularit4 ,tout ce que nos yeux peuvent dcouvrir lui semble connu3 et l'lphant qu'il a dissqu1 et cet animal imperceptible qu'on voit peine natre dans la pourriture et la poussire4 ,le style de l',histoire des animaux est aussi abondant que les choses2 il est pur1 coulant1 et son plus grand ornement est la proprit des expressions et la clart4 ,,viii4 ,pline1 le naturaliste romain1 n'a gure fait que copier ,aristote4 l'exception de ,cuvier1 les naturalistes franais n'ont fait que des modles de style1 des hypothses et des systmes4 ,aristote a t le premier qui se soit occup des faits4 ,il en avait recueilli une foule dans la bibliothque particulire qu'il s'tait forme ,athnes4 ,il en avait vraisemblablement hrit d',hippocrate1 son aeul1 le premier mdecin du monde2 mais de plus il eut le bonheur d'avoir pour collaborateur le plus vaste des conqurants1 ,alexandre4 ,ce grand homme1 qui voulait conqurir l'univers asiatique non-seulement pour sa gloire1 mais pour la gloire de la civilisation1 mit quelques milliers d'hommes arms la disposition de son ancien matre1 uniquement employs lui fournir et lui amener ,athnes des animaux de toute espce1 pour servir de texte ses observations4 ,athne raconte que les dpenses occasionnes ,alexandre par cette enqute universelle ne s'levrent pas moins de #hjj talents4 ,,ix4 ,nous avons dit en commenant que tous les manuscrits originaux d',aristote1 recueillis ,athnes par ,sylla1 furent emports par lui ,rome4 la chute de l'empire romain1 tout fut dispers et oubli4 ,les moines1 au treizime sicle1 les recherchrent et les traduisirent4 ,l',histoire des animaux fut ravive par un bndictin du ,brabant1 ,thomas de ,cantimpr4 ,georges de ,trbizonde et ,thodore de ,gaza la retraduisirent au quinzime sicle4 ,le premier livre de l',histoire des animaux commence par une belle et savante anatomie de l'homme1 destin servir de type la construction des animaux infrieurs l'homme4 ,on voit que la science mdicale moderne ne dpasse pas les lments qu',hippocrate avait laisss ses descendants2 c'est une folie d'imaginer que la science anatomique de l'homme ait attendu des milliers d'annes pour clairer la pratique des mdecins2 la vie a toujours cherch dans la mort son secret3 le progrs n'est ni aussi lent ni aussi ignorant qu'on le dit4 ,x4 ,nous ne donnons pour chantillon de son style que ces fragments sur les abeilles4 ,le miel du mont ,hymette les rendait chres aux ,athniens3 ,on distingue plusieurs espces d'abeilles3 la meilleure est petite1 ronde et de plusieurs couleurs2 la seconde est allonge et semblable au frelon2 la troisime est l'abeille qu'on nomme voleuse3 sa couleur est noire1 son ventre large2 la quatrime espce est celle du bourdon3 il est plus grand que les abeilles des trois premires espces4 ,il n'a point d'aiguillon et il est paresseux4 ,en consquence de cette observation1 quelques personnes entrelacent le bas de la ruche1 de manire que les abeilles seules puissent y entrer1 tandis que les bourdons sont arrts par leur grosseur4 ,j'ai dit qu'il y avait deux sortes de rois4 ,dans chaque ruche il y a plusieurs rois et non un seul roi4 ,la ruche prit si elle n'a pas des rois suffisants4 ,ce n'est pas tant parce que la ruche manque alors de chefs pour la gouverner que parce qu'ils contribuent1 dit-on1 la reproduction des mouches4 ,si cependant il y a un grand nombre de rois1 la division se met dans la ruche4 ,les abeilles multiplient peu quand le printemps est tardif et que la saison est sche et aride3 elles font plus de miel dans les temps secs1 mais les essaims multiplient davantage dans les temps de pluie2 et c'est l ce qui fait que les oliviers et les essaims produisent beaucoup dans les mmes annes4 ,les abeilles forment d'abord le gteau de cire3 ensuite elles y jettent la semence qui doit reproduire les essaims4 ,elles la jettent par la bouche1 disent ceux qui prtendent qu'elles l'apportent de dehors dans leurs ruches4 ,en troisime lieu1 elles jettent galement par la bouche le miel qui leur doit servir de nourriture1 partie l't1 partie l'automne4 ,le miel d'automne est le meilleur4 ,les abeilles recueillent la cire sur les fleurs3 elles tirent la propolis des fleurs des arbres4 ,pour le miel1 il tombe de l'air1 principalement dans le temps du lever des constellations1 et lorsque l'arc en ciel s'tend sur la terre4 ,il n'y a jamais de miel nouveau avant le lever des ,pliades4 ,l'abeille prpare donc la cire avec des fleurs comme je l'ai dit1 mais une preuve qu'elle ne compose point le miel1 et qu'elle recueille celui qui tombe1 c'est que ceux qui ont des ruches les trouvent pleines de miel en un jour ou deux1 et que d'ailleurs1 quand on leur a t leur miel en automne1 elles n'en font plus de nouveau quoiqu'il y ait encore des fleurs4 ,cependant1 n'ayant plus de nourriture1 puisqu'on leur a t leur miel1 ou n'en ayant qu'une petite quantit1 elles ne manqueraient pas de faire de nouveau miel si elles le composaient du suc des fleurs4 ,le miel prend de la consistance en se mrissant1 si l'on peut parler ainsi4 ,il est d'abord comme de l'eau1 et il demeure liquide pendant quelques jours4 ,si on l'te alors de la ruche1 il n'a point de consistance4 ,il faut ordinairement vingt jours pour l'paissir4 ,le mrite du miel se reconnat aisment au got3 car les diffrents miels ont plus ou moins de douceur1 de mme qu'ils ont plus ou moins de consistance4 ,l'abeille fait sa rcolte sur les fleurs qui sont en calice1 et en gnral sur toutes celles qui ont un suc doux4 ,elle ne fait aucun tort au fruit4 ,un organe semblable la langue lui sert rassembler les sucs de ces fleurs et elle les emporte4 ,on taille les ruches lorsque les figues sauvages commencent tre mres4 ,les nouveaux essaims qui russissent le mieux sont ceux qui viennent dans le temps o les abeilles travaillent le miel4 ,elles portent la cire et l'rithaque avec leurs cuisses3 pour le miel1 elles le jettent par la bouche dans les cellules4 ,lorsque les abeilles ont dpos la semence qui doit les reproduire1 elles couvent comme les oiseaux4 ,le ver de l'abeille1 tant encore petit1 est d'abord couch en travers dans l'alvole3 aprs cela il se relve de lui-mme et prend de la nourriture4 ,il est attach l'alvole1 de sorte qu'on croirait qu'il en fait partie4 ,la semence qui sert la reproduction1 soit des abeilles1 soit des bourdons1 est galement blanche4 ,il en nat de petits vers qui croissent et deviennent abeilles et bourdons3 mais la semence d'o naissent les rois est rousstre1 elle a plus de consistance que le miel paissi1 et ds les premiers instants elle est d'un volume qui rpond celui du roi qu'elle produira4 ,le roi ne passe point par l'tat de ver3 il devient abeille tout d'abord4 ,la semence tant dpose dans l'alvole1 l'abeille place du miel vis--vis4 ,les pieds et les ailes de l'embryon de l'abeille se produisent pendant qu'il est enferm3 lorsqu'il a acquis sa perfection1 il rompt la membrane qui l'enfermait et s'envole4 ,tant que l'abeille est dans l'tat de ver1 elle rend des excrments1 mais aprs cela elle n'en rend plus1 moins qu'elle ne soit pas encore sortie de son enveloppe1 comme je l'ai dj observ4 ,si l'on te la tte un embryon d'abeille1 avant qu'il ait acquis des ailes1 les abeilles mangent le reste du corps1 et si1 aprs avoir t les ailes un bourdon1 on le jette dans la ruche1 les abeilles mangent aussi les ailes des autres bourdons4 ,les abeilles vivent six ans2 quelques-unes vont jusqu' sept3 on regarde comme heureux qu'une ruche dure neuf ou dix ans4 ,dans le nombre des quadrupdes sauvages1 la biche n'est pas un des moins remarquables par sa prudence3 soit lorsqu'elle dpose ses petits auprs des chemins1 parce que les hommes qui les frquentent en cartent les animaux froces1 soit lorsqu'elle dvore les enveloppes de ses petits aussitt aprs les avoir mis bas1 qu'elle court au ssli1 en mange1 puis revient eux4 ,la biche mne ses faons dans les forts pour les accoutumer connatre les endroits o il faudra qu'ils se mettent en sret3 c'est une roche escarpe qui n'a d'accs que d'un ct4 ,la biche s'y arrte1 et s'y met1 dit-on1 en dfense4 ,le cerf devenu trop pais1 ce qui lui arrive en automne o il engraisse beaucoup1 ne se montre plus nulle part4 ,il change de retraite3 on dirait qu'il sait qu'on le forcera plus facilement cause de sa graisse4 ,les cerfs jettent leur bois dans des lieux o l'on ne pntre pas aisment et qui sont difficiles reconnatre4 ,de l le proverbe3 ,o les cerfs ont jet leur bois4 ,ils ne se laissent plus voir1 comme n'tant plus en tat de dfense4 ,on prtend qu'on n'a jamais trouv la partie gauche du bois d'un cerf1 et qu'il la cache comme ayant quelque vertu4 ,les cerfs d'un an n'ont pas encore de bois3 ils en ont seulement une petite naissance qui en est comme la marque2 ce bois naissant est court et velu4 leur seconde anne1 leur bois s'allonge droit comme un piquet2 aussi leur donne-t-on alors le nom de piquets4 ,la troisime anne il a deux branches2 la quatrime il est plus ingal1 et il augmente de mme chaque anne jusqu' ce que l'animal ait atteint six ans4 ,aprs cette poque1 la tte du cerf se refait toujours la mme1 et on ne peut plus connatre son ge par son bois4 ,les vieux cerfs se reconnaissent deux autres marques3 ou ils n'ont plus de dents1 ou elles sont petites1 et la partie de leur bois qu'on appelle les dfenses ne renat plus4 ,ce sont ces cornichons qui viennent en devant du bois1 et dont le cerf se sert pour se dfendre3 quand il est vieux il ne les a plus1 son bois monte droit4 ,le bois du cerf tombe chaque anne vers le mois d'avril4 ,le cerf qui ne l'a plus se cache1 comme je l'ai dit1 pendant le jour1 et se retire dans les bois pais pour y tre l'abri des mouches4 ,il ne va au viandis que la nuit et dans des lieux couverts1 jusqu' ce qu'il ait refait sa tte4 ,le nouveau bois pousse d'abord comme envelopp d'une peau3 il est mme couvert de poil4 ,quand il a pris sa croissance1 le cerf l'expose au soleil afin de le mrir et de le scher1 et1 lorsqu'il ne ressent plus de douleur en frottant son bois contre les arbres1 il quitte les lieux o il s'tait retir2 il est rassur1 parce qu'il a des armes pour se dfendre4 ,on a pris un cerf dont le bois tait charg de lierre vert qui y tait attach2 il fallait qu'il y ft venu comme sur un arbre vert1 tandis que le bois tait tendre4 ,un cerf qui se sent mordu par une phalange ou par quelque autre insecte semblable1 ramasse des cancres et les mange4 ,un breuvage fait avec des cancres pourrait tre bon pour les hommes en pareil cas1 mais il est de mauvais got4 ,les biches mangent les enveloppes de leurs petits aussitt qu'elles ont mis bas3 elles ne les laissent pas mme tomber terre1 de sorte qu'il n'est pas possible de s'en saisir3 vraisemblablement elles contiennent quelque vertu4 ,les chasseurs prennent les biches en chantant ou en jouant de la flte2 elles se laissent charmer par le plaisir de les entendre4 ,deux personnes vont ensemble3 l'une se montre et chante ou joue de la flte2 l'autre se tient en arrire et tire la flche au signal que le premier lui donne4 ,tant que la biche tient les oreilles droites1 elle entend le moindre bruit1 et il est difficile de n'tre pas dcouvert2 quand elle les a baisses1 on la tire sans qu'elle s'en aperoive4 ,telle est l',histoire des animaux par ,aristote3 c'est le chef-d'oeuvre du laconisme pittoresque4 ,tout y est1 et tout est intressant4 ,pline lui-mme est infrieur4 ,c'est le catchisme de la nature4 ,on n'y regrette que deux choses3 la premire1 c'est qu'elle ait t tronque par le temps2 la seconde1 c'est qu'un crivain aussi consomm n'ait pas suffisamment insist dans sa description des animaux sur la partie intellectuelle de leurs moeurs4 ,cette partie jusqu'ici nglige manque ,aristote comme ,buffon4 ,ils n'ont peint que le corps1 ils ont dchir une des plus belles pages de l'oeuvre de ,dieu dans sa nature anime2 ils ont ainsi priv le ,crateur d'une partie de sa gloire4 ,,xi4 ,si nous avions le talent1 l'ge1 le loisir et un pourvoyeur comme ,alexandre1 mettant des milliers d'hommes notre disposition pour tudier partout les formes et les moeurs de tous les animaux dans l'univers connu1 nous oserions entreprendre cette oeuvre et chanter ainsi le cantique plus complet de la cration1 le spiritualisme de l'histoire naturelle4 ,depuis l'ami de l'homme1 le chien1 avec lequel nous avons pass une partie essentielle de l'espace de temps qui nous a t assign dans la vie1 et dont aucune pense ne nous est mystre1 jusqu'au chat mlancolique qui s'attache la femme et qui meurt quand elle meurt1 jusqu' la cigogne dont le pre1 la mre et les petits semblent descendre du ciel pour nous donner l'ide et le modle des trois amours de la vie de famille1 jusqu' l'innocente brebis1 ce champ ambulant et fertile qui nous livre avec son lait la tide toison qui nous abrite l'hiver1 jusqu' l'lphant1 militaire et politique1 qui combat pour nous et qui se soumet aux lois volontaires de la discipline pour honorer les rois ou les chefs arms des nations1 nous aurions pass en revue ce monde anim et infrieur cr pour nous aimer et nous aider2 nous aurions cherch et trouv dans leurs instincts les plus secrets les mystres de leurs moeurs1 et1 disons le mot1 de leurs vertus4 ,combien de fois ne les avons-nous pas vus dlibrer entre leur penchant naturel et leur devoir pour s'attacher leur devoir1 en surmontant pniblement leur penchant6 ,n'est-ce pas l la vertu dans sa force et1 par consquent1 dans son mrite8 ,pouvons-nous douter1 quand le chien de l'infirme1 du bless1 du noy1 du misrable1 meurt volontairement pour son matre1 qu'un pressentiment ne lui donne la foi dans la rcompense que la nature prpare son dvouement8 ,la nature est pleine de ces dvouements qui seraient des sarcasmes du destin s'ils n'taient des augures d'un autre monde4 ,quant moi1 je n'ai jamais foul d'un pied indiffrent le moindre insecte visible1 sans croire que la vie que je sauvais ainsi emporterait ma mmoire dans l'ternit1 et que je me prparais des amis dans l'inconnu4 ,je n'ai jamais feuillet sans mpris et sans regret les crivains qui1 en dcrivant les corps1 ne voient dans la machine animale que le mcanisme1 et proclament l'athisme1 non de ,dieu1 mais des sentiments et des ides2 j'ai toujours fait des voeux ardents pour que la ,providence fit natre enfin un gnie contemplateur1 un prophte du monde anim qui nous rvlt l'harmonie divine dans l'me comme dans les organes des animaux4 ,ce jour viendra et glorifiera le ,crateur4 ,les besoins de l'humanit sont des prophties1 peut-tre cet homme est-il n4 ,aristote tait digne de l'tre1 s'il et t aussi philosophe que mdecin4 ,mais il n'avait que la justesse de l'esprit1 il n'en avait pas assez l'tendue ni surtout l'lvation4 ,voil toute l'oeuvre de lui que nous a lgue le temps et que ,m4 ,barthlemy ,saint-,hilaire nous a si magnifiquement traduite et commente4 ,faut-il dire toute ma pense8 ,j'ai t plus ravi encore de l'oeuvre de ,barthlemy ,saint-,hilaire que de celle d',aristote4 ,il est plus beau en rsumant ,socrate qu'en rsumant ,aristote4 ,on sent qu'il regrette chaque instant le spiritualisme du ,phdon dans le sensualisme de l',histoire des animaux1 dans la ,morale1 dans la ,physique1 dans la ,politique1 dans le ,trait sur l'me1 qui ne sont que des prfaces aux considrations surhumaines du platonisme4 ,aristote1 en effet1 est un esprit juste 7mrite immense72 mais ce n'est pas un esprit haut4 ,l'lvation fait partie de l'tendue dans le cube de nos facults4 ,aspirer monter toujours plus haut1 et enfin jusqu' ,dieu1 c'est la loi la plus pieuse de notre nature4 ,aristote n'y monte pas assez2 c'est sa faiblesse4 ,c'est l'aigle des rgions moyennes1 mais ce n'est point l'aigle de ,pathmos4 ,on voit que son traducteur1 qui aimerait le suivre au septime ciel1 souffre1 tout en l'excusant1 de cette philosophie un peu trop terrestre4 ,lisez ces regrets4 ,la loi qui parle dans la conscience de l'homme et sa raison1 voil le principe suprieur et surhumain2 la volont libre qui observe ou qui viole cette loi1 voil le principe humain et subordonn4 eux deux1 ils sont la source et la cl de toute la morale4 ,l'homme porte donc en lui une lgislation1 et en quelque sorte un tribunal1 qui l'absout ou le condamne selon les cas1 et qui a pour sanction1 ou la satisfaction dlicate d'avoir bien fait1 ou le regret et le remords d'avoir fait mal4 ,l'homme se sent le sujet d'une puissance qui est au-dessus de lui1 bienfaisante et douce s'il l'coute1 implacable s'il lui rsiste1 et1 quand la justice l'exige1 anticipant le chtiment du dehors par ses tortures invisibles1 dont le coupable a le douloureux secret1 mme quand il chappe la vindicte sociale4 ,ces deux grands faits de la loi morale et de la libert sont au-dessus de toute contestation possible4 ,qui les nie1 abdique son titre d'homme1 et se ravale1 qu'il le sache ou qu'il l'ignore1 au-dessous mme de la brute2 plus intelligent qu'elle sans doute1 mais dprav1 tandis que la brute ne l'est pas4 ,les consquences ne sont point ici moins claires ni moins admirables que les principes4 ,l'homme1 en acceptant de sa libre volont le joug de la loi1 s'ennoblit loin de s'abaisser4 ,par sa soumission volontaire1 il s'associe de son plein gr quelque chose de plus grand que lui2 il se sent rattach un ordre de choses qui le dpasse et qui le fortifie4 ,loin de perdre l'obissance1 il y gagne une grandeur et une dignit que sans elle il n'a pas4 ,le monde moral o il entre par cette dpendance claire de sa libert1 est le vrai monde o son me doit vivre1 tandis que son corps vit dans un monde tout diffrent1 o la libert n'a presque plus rien faire4 ,c'est une sphre de puret et de paix1 o il n'y a de souillures et de temptes que celles qu'il veut bien y laisser pntrer4 ,le calme et la lumire n'y dpendent que de lui seul2 et1 quand il sait le vouloir1 il peut tablir dans ce ciel intrieur une inaltrable srnit4 ,sa raison de plus en plus soumise devient de plus en plus forte1 et le terrain sur lequel elle s'appuie1 de plus en plus inbranlable et fcond4 ,les convictions de la conscience s'affermissent mesure qu'elles s'exercent2 et1 dans cet change d'obissance consentie d'une part1 et de force communique de l'autre1 l'homme prend ses propres yeux une valeur qu'il ne se connaissait pas1 et que son humilit la plus sincre peut accepter1 parce qu'il en place l'origine au-dessus de lui4 ,c'est l qu'il puise ce sentiment trange et noble qui se nomme le respect de soi1 gage assur du respect que lui devront et que lui donneront ses semblables et qu'il leur rendra4 ,en comparaison de ces biens intrieurs et sans prix1 de ces biens divins1 comme disait ,platon1 les biens du dehors sont assez peu estimables4 ,ils sont sacrifier sans hsitation1 si ce n'est sans douleur1 des biens qu'ils ne valent pas4 ,la fortune1 la sant1 les affections1 la vie mme ne tiennent point3 on les immole1 s'il le faut1 pour conserver ce qui est au-dessus d'elles4 ,on ne peut pas les prfrer ce qui seul leur confre quelque prix3 ,nec propter vitam vivendi perdere causas4 ,pour une me claire et suffisamment nergique1 tous les biens se subordonnent dans cette proportion et ce rapport2 et1 quand le moment de la dcision arrive1 elle est dj toute prise1 parce qu'elle est indubitable4 ,ce n'est gure qu'un calcul dont le rsultat est prvu et infaillible4 ,seulement1 c'est un calcul en sens inverse des calculs vulgaires2 on perd tout au dehors pour tout gagner au dedans2 et1 quand l'preuve est bien tout ce qu'elle doit tre1 on se trouve avoir gagn beaucoup plus encore qu'on n'a perdu1 jusqu'au sacrifice dernier ou l'existence peut tre mise en jeu4 ,c'est que la loi morale1 en mme temps qu'elle fait tout l'honneur de l'homme1 est aussi la rgle de sa vie4 ,elle ne dirige pas seulement les penses1 elle gouverne les actes2 elle prononce dans les conflits qu'elle tranche souverainement2 et dans l'chelle des biens divers1 c'est elle qui assigne et maintient les rangs4 ,il serait draisonnable de ddaigner les biens extrieurs1 en tant que biens2 ils ont leur utilit2 mais ce ne sont que des instruments pour un but plus haut2 et quelque valeur qu'ils aient en eux-mmes1 ils la perdent du moment qu'on les met en balance avec ce qui pse davantage4 ,mais la loi morale n'est pas une loi individuelle1 c'est une loi commune4 ,elle peut tre plus puissante et plus claire dans telle conscience que dans telle autre2 mais elle est dans toutes un degr plus ou moins fort4 ,elle parle tous les hommes le mme langage1 quoique tous ne l'entendent pas galement4 ,il suit de l que la loi morale n'est pas uniquement la rgle de l'individu2 c'est elle encore qui fait elle seule les vritables liens qui l'associent ses semblables4 ,si les besoins rapprochent les hommes1 les intrts les sparent1 quand ils ne les arment pas les uns contre les autres2 et la socit qui ne s'appuierait que sur des besoins et des intrts1 serait bientt dtruite4 ,les affections mmes de la famille1 qui suffiraient la commencer1 ne suffiraient point la maintenir4 ,sans la communion morale1 la socit humaine serait impossible4 ,peut-tre les hommes vivraient-ils en troupes comme quelques autres espces d'animaux2 mais ils ne pourraient jamais avoir entre eux ces rapports et ces liens durables qui forment les peuples et les nations1 avec les gouvernements plus ou moins parfaits qu'ils se donnent et qui subsistent des sicles4 ,c'est parce que l'homme sent ou se dit que les autres hommes comprennent aussi la loi morale1 laquelle il est soumis lui-mme1 qu'il peut traiter avec eux4 ,si des deux parts on ne la comprenait pas1 il n'y aurait point de liaisons ni de contrats possibles4 ,de l cette sympathie instinctive qui rassemble les hommes1 et donne tant de charmes la vie commune1 mme dans le large cercle d'une nationalit2 de l aussi cette sympathie bien autrement vive1 parce qu'elle est plus claire1 qui forme ces liens particuliers qu'on appelle des amitis4 ,sans l'estime mutuelle que deux coeurs se portent1 parce qu'ils obissent avec une gale vertu une loi pareille1 l'amiti n'est pas2 et elle a besoin1 pour tre srieuse et durable1 de la loi morale1 tout autant qu'en a besoin la socit4 ,de l enfin cette sympathie qui runit deux tres de sexes diffrents1 et qui constitue leur relle union1 que l'amour mme serait impuissant cimenter assez solidement4 ,c'est parce que l'homme aime la loi morale laquelle il doit obir1 qu'il aime tous ceux1 qui de plus prs ou de plus loin la pratiquent avec lui1 dans la mesure o il nous est donn de pouvoir la pratiquer4 ,je viens de parcourir en quelques mots le cercle peu prs entier de la science morale1 depuis la conscience individuelle1 o clate la loi qui rgit l'me humaine1 jusqu' ces grandes agglomrations d'individus qui forment les socits4 ,mais ce serait se tromper que de croire que la science morale ne s'tend pas encore au del4 ,elle va plus haut2 et la raison se manquerait elle-mme1 si elle s'arrtait moiti chemin4 ,une loi suppose de toute ncessit un lgislateur qui l'a faite2 l'obissance suppose ncessairement l'empire2 et la raison n'a pas de route plus assure1 si elle en a de plus profondes1 pour arriver ,dieu1 le connatre et l'aimer4 ,les lois humaines ne peuvent tre le fondement de la loi morale2 car c'est elle qui les inspire1 qui les juge et les condamne1 quand elles s'cartent de ses ordres lgitimes4 ,l'ducation1 invoque par quelques philosophes1 n'explique pas plus la loi morale qui la domine que les lois publiques4 ,au fond1 l'ducation1 quelque particulire qu'elle puisse tre1 n'est sous une autre forme qu'une lgislation1 impose l'enfant au lieu de l'tre des hommes2 et cette lgislation restreinte n'a pas d'autres bases que les lgislations civiles4 ,la loi morale1 de quelque ct qu'on l'envisage1 n'a donc rien d'humain quant son origine4 ,elle gouverne l'homme prcisment parce qu'elle ne vient pas de lui2 et quand il veut tudier en elle les voies de ,dieu1 il en reconnat avec une entire vidence la puissance et la douceur4 ,dans le monde matriel tout entier1 quelque beau1 quelque rgulier qu'il soit1 l'observation la plus attentive ne rencontre rien qui puisse nous donner la moindre ide de la loi morale4 ,les traces que parfois nous croyons en dcouvrir dans les animaux les mieux organiss1 ne sont que des illusions4 ,nous leur prtons alors ce que nous sommes2 nous leur supposons notre nature1 soit par une ignorance qui peut tre coupable quand elle tend nous rabaisser leur niveau1 soit mme par une sorte de sympathie assez purile4 ,mais1 au vrai1 il n'y a de loi morale que dans le coeur de l'homme2 et celui qui a cr les mondes avec les lois ternelles qui les rgissent1 n'a rien fait d'aussi grand que notre conscience4 ,la libert1 mme avec toutes ses faiblesses1 vaut mieux que la nature avec son immuable constance2 et pour une intelligence qui se comprend elle-mme1 la comparaison n'est pas mme possible1 parce qu'elle est absurde1 et que la supriorit du monde moral est absolument incommensurable4 ,la puissance de ,dieu se manifeste donc au-dedans de nous bien plus vivement qu'au dehors2 et prouver l'existence de ,dieu par cette loi que nous portons dans nos coeurs et que confesse notre raison1 c'est en donner une des preuves les plus frappantes et les plus dlicates4 ,mais la mansutude de ,dieu gale au moins sa puissance4 ,dans ces lgislations imparfaites que les hommes sont obligs de faire leur usage1 il y a toujours dans leurs injonctions et dans leurs chtiments quelque chose de grossier et de brutal1 mme quand elles sont les plus justes4 ,la peine qui frappe le coupable peut le dtruire1 mais elle ne le touche pas2 elle l'effraye sans le corriger4 ,la menace le dtourne sans l'amliorer4 ,ici rien de pareil4 ,dans la lgislation de ,dieu1 l'homme est son propre juge1 provisoirement du moins2 et c'est parce qu'il peut se juger lui-mme qu'il peut aussi viter la faute dont il sent l'normit4 ,la voix qui parle en lui l'a d'abord averti2 elle lui adresse des conseils avant de lui adresser des reproches2 et c'est quand il est rest sourd qu'elle svit4 ,il impliquerait contradiction que1 pour se faire obir1 la loi morale employt des moyens qui ne seraient pas purement moraux4 ,aussi1 dans cette rpression1 que de mnagements pour le coupable6 ,que d'efforts dont lui seul a conscience1 et que rien ne divulgue au dehors1 pour le ramener au bien6 ,quelle rserve et quelle discrtion6 ,l'homme abuse sans doute plus d'une fois de cette clmence2 mais ce serait joindre l'ingratitude la perversit que de s'en plaindre4 ,c'est bien assez de la ddaigner1 en n'en profitant pas2 il n'y a pas de coeur1 mme le plus endurci1 qui ne doive l'admirer1 et remercier le lgislateur suprme de tant de bienveillance ct de tant de pouvoir4 ,une autre consquence non moins certaine et non moins grave de ce mcanisme divin1 c'est que l'homme1 se sentant libre d'obir ou de rsister la loi de la raison1 se sent par cela mme responsable de ses actes devant l'auteur tout-puissant de cette loi et de sa libert4 ,il n'a point le craindre de cette crainte qui ne convient qu' l'esclave1 puisque1 par sa soumission1 il peut s'associer un pre plutt qu' un matre4 ,mais il doit craindre de l'offenser1 en violant la loi dont il reconnat lui-mme toute l'quit4 ,si l'homme s'indigne en son coeur contre la faute laquelle il succombe1 bien plus forte raison doit-il croire que le lgislateur s'indigne contre celui qui1 pouvant viter cette faute1 l'a cependant commise4 ,l'homme qui1 par la loi morale1 a dans ce monde une destine privilgie1 a donc rendre un compte de l'emploi qu'il aura fait de cette destine4 ,ce n'est pas ses semblables qu'il le doit2 car ils peuvent tout au plus connatre de ses actes1 qu'ils chtient quelquefois4 ,comme ils sont des sujets ainsi que lui1 ils ne sont que ses gaux2 ils ne peuvent tre ses vrais juges4 ,les intentions1 les penses1 mobiles invisibles de tous les actes1 leur chappent absolument2 et ce sont cependant les penses et les intentions1 en un mot1 tout ce qui se drobe ncessairement aux justices humaines1 qu'il s'agit de juger4 ,ou il faut nier la loi morale1 la libert de l'homme et sa responsabilit1 ou il faut admettre1 comme consquence invitable1 une autre vie la suite de celle-ci1 o ,dieu saura distribuer les rcompenses et les peines4 ,ce qu'elles seront1 c'est lui seul qui en a l'inviolable secret2 mais la science morale ne dpasse pas ses justes bornes en affirmant que cette justice dfinitive est indispensable1 et que la vie de l'homme ici-bas ne peut se comprendre sans ce complment qui doit la suivre4 ,ce n'est pas1 comme on l'a dit1 et ,kant en particulier1 qu'il y ait en ce monde un dsaccord inique entre la vertu et le bonheur4 ,ce monde1 tel qu'il est fait1 est en gnral assez quitable2 et il est prsumer que c'est la faiblesse de l'homme plutt que sa raison qui en murmure4 ,il n'y a donc point rtablir un quilibre qui n'est pas rompu1 comme on se plat le rpter2 et il ne faut pas que la vertu1 si elle veut rester pure1 pense trop un salaire dont la proccupation suffirait la fltrir4 ,d'ailleurs1 en observant bien ce monde1 il est facile de voir que le bonheur y dpend presque entirement de nous2 il est le plus souvent le rsultat de notre conduite1 et il manque bien rarement qui sait le chercher l o il est4 ,les mes vertueuses sont en gnral fort rsignes4 ,il n'y a gure que le vice qui se rvolte4 ,kant1 tout en parlant de l'quilibre ncessaire1 qu'il ne voit que dans la vie future1 ne s'est pas trouv1 j'en suis sr1 trop malheureux dans celle-ci4 ,socrate1 malgr sa catastrophe1 n'a pas gmi sur son sort2 et il n'a pas dout de la justice de ,dieu1 mme en ce monde1 parce qu'il y a fini par la cigu4 ,mais si le rapport du bonheur et de la vertu est suffisant ds ici-bas1 ce qui ne l'est point1 c'est le rapport moral de l'me ,dieu4 ,indpendamment des lois extrieures1 l'homme avait une loi tout intrieure observer4 ,jusqu' quel point y est-il rest fidle8 ,lui-mme1 tout sincre qu'il peut tre avec sa propre conscience1 ne le sait pas4 ,le souvenir de la plupart de ses penses et de ses intentions1 mme les plus vives1 prit chaque instant en lui4 ,il voudrait juger sa propre vie avec la plus stricte impartialit qu'il ne le pourrait point4 ,il faut bien cependant quelqu'un qui la juge2 car autrement elle serait une nigme sans mot1 et l'homme ne serait gure qu'un monstre4 ,ainsi la science morale1 dpassant cette existence terrestre1 pntre de l'homme d'o elle part jusqu' ,dieu2 et elle affirme la vie future avec les rcompenses et les peines1 aussi rsolument qu'elle affirme la vie prsente4 ,ce ne sont pas l des hypothses gratuites2 ce ne sont pas mme des postulats de la raison pratique1 comme disait ,kant en son bizarre langage4 ,mais ce sont des consquences aussi certaines que les faits incontestables d'o la raison les tire4 ,on peut mme ajouter que ces thories sont en parfait accord avec les croyances instinctives du genre humain1 et que les religions les plus claires les sanctionnent1 en mme temps que la philosophie les dmontre4 ,arrive l1 la science morale a puis la meilleure part de son domaine2 elle a rempli sa tche presque entire4 ,il ne lui reste plus qu' montrer comment l'homme1 soumis une loi si sainte et si douce1 la viole cependant1 et expliquer d'o vient en lui cette lutte1 o il est si souvent vaincu1 et cette rvolte qui le perd4 ,la raison voit et comprend le bien2 la libert fait souvent le mal4 ,comment cette chute est-elle possible8 ,la cause en est assez manifeste1 et l'homme n'a pas besoin de s'tudier bien longtemps pour la dcouvrir4 ,c'est de son corps1 de ses passions et de ses besoins diversifis l'infini1 que lui viennent ces assauts d'o il sort si rarement victorieux2 c'est d'un principe contraire celui de son me que lui viennent ces combats1 termins le plus ordinairement par des dfaites4 ,ce serait exagrer que de croire que le vice tout entier vient du corps1 et que l'me n'a pas ses passions propres qui la ruinent1 quand elles sont mauvaises1 comme celles que le corps lui suggre4 ,mais on peut dire sans injustice que la grande provocation au mal1 dans l'me de l'homme1 lui vient du corps auquel elle est jointe1 qu'elle peut dominer sans doute1 puisqu'elle va quand elle veut jusqu' l'anantir1 mais qui1 dans bien des cas1 la domine elle-mme et la souille par les insinuations les plus caches et les plus sres4 ,modrer le corps1 le dompter dans une certaine mesure1 lui faire la part de ses justes besoins1 lui rsister dans tout ce qui les dpasse1 en un mot faire du corps un instrument docile et un serviteur soumis1 voil l'une des rgles essentielles de la vie morale1 et par consquent1 une des parties considrables de la science4 ,l'union de l'me et du corps1 c'est--dire de l'esprit et de la matire1 est un mystre dont elle n'agite point la solution1 qui appartient la mtaphysique4 ,mais il est de son devoir de rechercher les conditions de cette union1 et de les expliquer la lumire de la loi4 ,c'est un fait qu'elle tudie comme les faits de conscience1 et qui n'est pas moins important4 ,l'omettre serait une grave lacune2 et l'on risquerait1 en le supprimant1 de ne pas comprendre assez clairement la vie morale1 qui1 au fond1 n'est qu'une sorte de duel entre ces deux principes opposs4 ,il semblerait rsulter de cet antagonisme que l'ennemi de l'homme1 c'est son corps1 qui sert tout au moins d'intermdiaire au vice1 quand il n'en est pas directement la cause4 ,cependant cet ennemi1 sans tre nous prcisment1 est une partie indispensable de nous4 ,c'est un compagnon ncessaire1 quoique dangereux2 et durant cette vie1 nous ne pouvons pas nous en sparer un seul instant1 puisque1 sans lui1 notre destine morale n'est pas mme possible4 ,il y a donc le mnager1 tout en le combattant2 il faut s'en servir en le surveillant1 et s'en dfier en le conservant avec le soin oblig4 ,la limite est des plus dlicates tracer1 et il faut prendre garde d'outrer l'indulgence ou la svrit4 ,mais comme l'indulgence est notre pente naturelle1 il est bon que la science morale incline plutt en sens contraire1 et elle n'est pas assez sage quand elle n'est pas austre4 ,de l1 dans tous les systmes de morale dignes des regards de la postrit1 tant de rgles sur la temprance et sur l'ducation4 ,l'homme aurait d'ailleurs grand tort de se plaindre de cette union de l'esprit et de la matire en lui1 redoutable seulement quand il ne sait point en user4 ,elle est d'abord la condition essentielle de la vertu1 le prix dernier de la vie morale et son trsor4 ,sans combats1 la vertu n'est point2 car il est par trop vident que1 sans lutte1 il n'y a point de triomphe4 ,de plus1 l'homme clair par l'exprience et sincrement ami du bien peut faire tourner son profit cette influence possible du physique sur le moral4 ,en rglant le corps de certaine faon1 on tempre les passions de l'me2 et1 par un rgime bien entendu1 on tire1 en partie du moins1 la sant de l'me de la sant du corps3 ,mens sana in corpore sano4 ,c'est l'me qui d'abord a rgl le corps2 c'est elle qui l'a soumis au gouvernement convenable1 et qui l'a restreint dans ses vraies limites4 ,mais1 par un retour inexplicable1 le corps rend l'me ce qu'il en a reu2 et1 loin de la troubler dsormais1 il lui transmet un calme et une paix qu'elle emploie mieux comprendre le devoir et le mieux accomplir4 ,l'union de l'me et du corps est donc un bienfait1 et ce n'est pas assez le reconnatre que d'en gmir1 comme le font quelquefois les coeurs les plus purs1 et d'anticiper la dissolution du pacte1 soit par des voeux tmraires1 soit par un asctisme exagr4 ,tel est peu prs l'ensemble de la science morale et des questions qu'elle doit tudier dans tous leurs dtails1 sous toutes leurs faces4 ,elle apprend l'homme o est en lui la source du bien et la source du mal2 elle le rattache lui-mme1 ses semblables et ,dieu par des liens indissolubles1 et sa mission est remplie quand elle lui a enseign1 non pas prcisment la vertu1 mais ce qu'est la vertu et quelles conditions elle s'acquiert4 ,la vertu ne rsulte que de l'accomplissement rel du devoir4 ,on n'est pas vertueux parce qu'on sait ce qu'on doit faire2 on l'est parce qu'on a fait ce qu'on doit1 en sachant1 titre de crature raisonnable1 pourquoi l'on agit de telle faon et non point de telle autre4 ,mais clairer l'humanit sur les caractres de la vertu1 lui montrer avec pleine lumire la fin obligatoire de toutes les actions humaines1 et lui indiquer les voies qui mnent cette fin1 c'est un immense service2 et l'on n'a point s'tonner de l'estime et de la gloire qui le rcompensent4 ,sur la scne du monde1 o ce sont cependant les mmes principes qui s'agitent et qui se combattent1 il est bien plus difficile de les discerner2 ils y sont le plus souvent obscurs et douteux1 mme pour les yeux les plus attentifs4 ,sur le thtre de la conscience1 ils brillent d'un clat splendide1 o rien ne les ternit que l'ignorance intresse d'un coeur pervers4 ,le point essentiel et le plus pratique de la science1 c'est donc de dmontrer irrvocablement l'homme que sa loi est toujours de faire le bien1 quelles que soient les complications que le jeu des choses humaines puisse amener2 et que faire le bien1 c'est obir sans rserve1 sans murmure1 avec rsignation et1 quand il le faut1 avec une fermet hroque1 aux dcrets de la raison1 promulgus dans la conscience1 accepts par une volont soumise autant qu'intelligente1 et qui peuvent passer dans le for individuel pour les dcrets mmes de ,dieu4 ,c'est l le centre de la vie1 comme c'est le centre de la science2 mais c'est l aussi que se livrent1 dans la thorie et dans la pratique1 les grands combats4 ,en gnral1 c'est par inattention ou par ignorance que l'individu fait le mal1 et ce n'est presque jamais de propos dlibr qu'il commet la faute1 en sachant qu'il la commet1 bien qu'il y ait des natures assez malheureuses pour qu'en elles les dons les plus beaux ne servent qu'au vice4 ,mais dans la science1 l'ignorance et l'inattention ne sont pas permises2 et si1 dans le cours de la vie1 il faut beaucoup d'indulgence1 mme avec les coupables1 il n'en faut avoir aucune envers les fausses thories4 ,on doit les fltrir sans piti et en faire ressortir l'erreur pour les rendre moins dangereuses2 on doit les traner devant le tribunal incorruptible de la conscience et les y condamner sans appel4 ,or1 ct de la thorie du bien1 seul devoir de l'homme1 il n'y a qu'une solution possible3 c'est la thorie de l'intrt1 avec les replis et les ddales o elle se diversifie et s'gare4 ,l'intrt peut se prsenter sous plusieurs formes3 d'abord assez grossier1 et c'est alors la fortune1 avec tous les biens secondaires qui la constituent2 puis un peu plus raffin1 sous l'aspect du plaisir1 avec ses sductions et ses attraits trop souvent irrsistibles2 et enfin1 moins dtermin et plus acceptable1 sous le spcieux prtexte du bonheur4 ,la loi morale1 et par consquent aussi la science1 doit repousser et combattre l'intrt1 sous quelque masque qu'il se dissimule2 fortune1 plaisir1 bonheur mme1 elle ne peut accepter aucun de ces mobiles pour la conduite de l'homme4 ,ce sont eux1 sans doute1 qui le gouvernent le plus frquemment dans la ralit2 et l'on peut mme accorder que1 dans une certaine mesure1 il est bon qu'ils le gouvernent4 ,mais pas un d'eux n'a le droit de prtendre l'empire1 ni de se substituer par une usurpation menteuse l'exclusive souverainet du bien4 ,la loi morale1 que les coeurs ignorants ou faibles se reprsentent sous des couleurs si svres1 afin de la mieux luder1 n'interdit l'homme ni la richesse1 fruit ordinaire et mrit de son labeur1 ni le plaisir1 besoin de sa nature1 ni le bonheur1 tendance spontane et constante de tous ses efforts4 ,mais elle lui dit1 sans qu'il puisse se mprendre la sagesse obligatoire de ces conseils1 qu'il doit dans certains cas1 assez rares d'ailleurs1 sacrifier au bien fortune1 plaisirs1 bonheur1 vie mme2 et que s'il ne sait pas accomplir ce sacrifice1 ce sont des idoles qu'il adore1 et non le vrai ,dieu4 ,ces immolations1 toutes rares qu'elles sont1 suffisent qui sait les comprendre pour rvler dans sa splendeur suprme la loi du bien2 et puisque c'est prcisment dans les rencontres les plus grandes et les plus solennelles que le bien l'emporte1 c'est que le bien est le matre vritable de l'homme1 et que tous les autres mobiles1 issus diffrents degrs de l'intrt1 fortune1 plaisir1 bonheur1 ne sont que ses tyrans4 ,il n'y a donc point d'excuses dans la science morale pour ces thories relches1 toutes sduisantes qu'elles peuvent tre1 qui mettent l'intrt au-dessus du bien4 ,il ne doit point y en avoir davantage pour les autres thories1 moins coupables1 qui tentent un compromis1 et qui veulent accoupler le bien avec ce qu'elles appellent l'intrt bien entendu4 ,si l'intrt bien entendu est le bien1 tel qu'on vient de le dfinir1 quoi bon substituer un mot obscur1 et tout au moins quivoque1 un mot si simple et si clair8 ,il y a danger1 comme ,cicron le remarquait1 voil prs de deux mille ans1 dans ces variations arbitraires de langage2 l'intrt bien entendu n'en est pas moins l'intrt2 et l'interprtation peut changer perptuellement1 non pas seulement d'un individu un autre1 mais dans le mme individu1 qui n'a pas toujours de son intrt1 mme en tchant de le bien entendre1 des notions pareilles et immuables4 ,si l'intrt bien entendu est autre chose que le bien1 il est alors proscrire1 ou du moins subordonner4 ,ainsi1 l'intrt bien entendu ne peut pas plus prtendre dominer l'homme que l'intrt dans son acception la plus vulgaire et la moins calcule4 ,je dis que la science morale1 comprise comme je viens de le faire1 est la seule vraie1 et que tout ce qui s'loigne de ce type est faux4 ,elle suffit expliquer et conduire l'homme4 ,elle le place sa vritable hauteur1 au-dessus de tous les autres tres qui l'entourent1 mais au-dessous de ,dieu2 elle ne l'exalte pas1 mais elle est loin aussi de le ravilir2 elle le soumet une loi bienfaisante et sage1 tout en reconnaissant sa libert1 si ce n'est son indpendance4 ,en un mot1 elle peut le sauver1 s'il consent la suivre4 ,mais la science ne se fait pas illusion4 ,si elle sent son importance1 elle sent non moins vivement ses bornes2 et comme elle peut peine clairer quelques individus1 elle ne se flatte pas de l'orgueilleuse prtention de gouverner les peuples4 ,cependant il ne peut y avoir deux lois morales1 et il est bien vident que la politique est soumise aux mmes conditions que la morale individuelle2 les principes ne changent pas pour s'appliquer une nation4 ,mais dans ces grands corps1 qui renferment des multitudes innombrables1 et qui ont des ressorts si compliqus1 la vie morale est bien plus confuse et bien plus difficile que sur cette scne troite de la conscience4 ,la politique ne s'est gure leve jusqu' prsent au-dessus de l'intrt1 et elle n'a presque jamais port ses regards dans une rgion plus haute4 ,servir tout prix1 mme au prix de la justice et du bien1 la nation qu'on commande1 c'est--dire accrotre sa force1 sa puissance1 sa richesse1 sa scurit1 son honneur1 tel est le but habituel des hommes d'tat4 ,c'est l'atteindre qu'ils consacrent leur gnie et qu'ils attachent leur gloire4 ,les moyens qu'ils mettent en usage varient avec les temps1 et ce serait tre injuste envers la civilisation que de ne point avouer qu'ils s'amliorent4 ,mais quelle distance encore la politique n'est-elle pas de cette notion du bien1 telle que la loi morale nous la donne6 ,quel espace presque infranchissable n'a-t-elle point parcourir6 ,que de progrs n'a-t-elle point faire1 pour que la science reconnaisse en elle sa fille lgitime6 ,que de vices1 que d'erreurs dtruire6 ,la science morale ne peut gure aujourd'hui1 comme au temps de ,platon1 qu'en dtourner les yeux1 tout en plaignant les hommes d'tat plus encore qu'elle ne les blme4 ,s'il n'est pas facile dj de faire parler la raison au coeur de l'homme1 c'est une tche bien autrement ardue de la faire parler au coeur des peuples1 en supposant qu'on ait soi-mme le bonheur de l'entendre4 ,la philosophie en est toujours rduite au voeu strile du disciple de ,socrate2 et elle n'a pour toute consolation que les utopies non moins vaines dont elle se berce quelquefois4 ,ce qu'elle a de mieux faire1 sans cesser d'ailleurs ses enseignements1 c'est de s'en remettre la ,providence1 dont la part est bien plus grande encore dans le destin des empires que dans le destin des individus4 ,mais la science morale serait coupable envers l'humanit si elle abdiquait en faveur de la politique1 comme on le lui a plus d'une fois conseill4 ,l'honneur vrai de la politique1 c'est de se conformer le plus qu'elle peut la morale ternelle1 et de diminuer chaque jour1 en montant jusqu' elle1 l'intervalle qui les spare4 ,mais la politique1 son tour1 peut rcriminer contre la morale1 et lui dire que le gouvernement des socits serait bien autrement facile et rgulier1 si tous les membres qui les composent taient vertueux autant qu'ils doivent l'tre4 ,il est ais des sages d'tre de dociles et bons citoyens4 ,mais apparemment1 ce n'est pas la politique de faire les sages2 c'est elle seulement de s'en servir1 pour les fins qui lui sont propres4 ,en traant grands traits cette rapide esquisse de la science morale1 je ne me dissimule pas que ces traits ne m'appartiennent point1 et que je les ai emprunts1 pour la plupart du moins1 des tudes qui ont prcd et facilit les miennes4 ,je les ai demands l'observation directe de la conscience1 mais je les ai reus aussi de la tradition2 et en prenant la morale au point o je la trouve1 dans notre sicle1 au fond de tous les coeurs honntes1 je sais bien que1 eux non plus1 ne l'ont pas faite eux seuls1 et qu'ils doivent beaucoup de ce noble hritage aux sicles qui nous l'ont transmis4 ,je crois donc qu' cette mesure on peut juger quitablement les divers systmes qui se montrent nous dans l'histoire de la philosophie1 et qu'en les comparant cet idal de la science1 tout incomplet qu'il est1 on peut voir avec assez d'exactitude et de justice ce qu'ils valent4 ,ils ont contribu tous amener la science o elle en est2 et ce n'est qu'un acte de gratitude que d'assigner chacun la part qui leur revient dans cette oeuvre commune4 ,il suffira d'en prendre quelques-uns1 ,platon1 ,aristote et ,kant4 ,ce sont les plus grands4 ,j'y joindrai aussi le ,stocisme qui peut marcher de pair avec eux1 quand il ne les devance pas1 mais qui1 n'tant point individuel1 n'a pas la mme rigueur scientifique4 ,sur quatre doctrines1 la ,grce nous en offrira donc trois elle seule2 les temps modernes ne nous en fourniront qu'une4 ,qu'on ne s'en tonne pas4 ,dans les choses de cet ordre1 c'est le privilge de l'esprit grec que d'avoir surpass le ntre et de l'avoir instruit4 ,acceptons ce bienfait avec tant d'autres en fils reconnaissants1 et sachons en profiter sans jalousie contre notre mre4 ,ces quatre systmes sont tous conformes1 dans des proportions diverses1 la loi morale1 telle que je viens de l'esquisser4 ,,xii4 ,aprs l'expos du systme de ,platon1 ,m4 ,barthlemy ,saint-,hilaire passe celui d',aristote4 ,nous entrons avec lui dans un tout autre monde1 et1 bien que nous restions encore dans une sphre trs-leve1 nous aurons beaucoup descendre4 ,l'esprit grec est son apoge avant ,philippe et ,alexandre2 et la ,grce1 qui est sur le point de perdre sa libert1 va commencer cette longue dcadence qui1 de chute en chute1 durera encore plus de mille ans1 et toujours au grand profit de l'intelligence humaine4 ,je ne dis pas qu',aristote soit dj sur la pente fatale2 et1 bien des gards1 son vaste gnie n'a pas de suprieurs1 si mme il a des gaux4 ,mais1 en morale1 il est bien loin de son matre2 et il est sorti de ces rgions sereines o pendant vingt ans il avait pu tre guid par lui4 ,il connat profondment la vie1 et les tableaux qu'il en trace sont de la plus rare exactitude4 ,mais il ne s'lve point assez au-dessus d'elle4 ,on dirait qu'il croit suffisant de la peindre1 sans chercher la juger et surtout la conduire4 ,il oublie trop souvent1 malgr des prtentions contraires1 que le moraliste doit tre un conseiller et non un historien4 ,sans doute1 l'exprience est une chose trs-prcieuse1 et il est bon qu'en morale elle tienne sa place4 ,mais il ne faut jamais lui accorder qu'une place secondaire2 et quand l'homme doit prendre une grande dcision1 il vaut mieux qu'il sache ce qu'il doit faire que de savoir ce que l'on fait4 ,la conscience l'inspirera toujours mieux que la pratique la plus consomme de la vie4 ,c'est qu',aristote s'attache un peu trop aux faits1 et qu'il ne s'attache point assez aux ides4 ,dans toutes les branches de la science1 c'est l une mthode peu sre1 malgr ce qu'on en croit ordinairement4 ,en morale1 c'est une mthode fausse1 parce que1 dans le domaine de la libert1 les faits ne sont que ce que nous voulons qu'ils soient1 et qu'ils importent beaucoup moins que les principes et les intentions qui les produisent4 ,cependant1 tout diffrent qu',aristote est de ,platon1 il n'a pour ainsi dire point une seule thorie qu'il ne lui emprunte4 ,toutes celles qu'il expose1 il les lui a prises1 en les transformant4 ,le caractre gnral de sa morale est tout autre1 mais les doctrines particulires sont au fond les mmes4 ,cela se comprend sans peine4 ,on ne peut pas tre si longtemps le disciple d'un tel matre sans recevoir beaucoup de lui1 quelque indpendant et quelque fort qu'on puisse tre par soi-mme4 ,on peut bien combattre quelques-uns des enseignements qu'on a entendus1 comme ,aristote a combattu le systme des ,ides1 avec plus de svrit souvent que de justesse2 mais1 tout en se faisant un adversaire1 on ne reste bien des fois qu'un cho1 et1 en dsapprouvant l'ensemble de la doctrine1 on reproduit1 son insu1 une foule de dtails qu'on en tire1 sans mme les reconnatre4 ,ce n'est point tre injuste envers ,aristote que de douter qu'il et fait jamais sa ,morale1 s'il n'et t l'cole de ,platon4 ,c'est l qu'il a trouv tous les germes de ses grandes thories sur le bien1 sur la vertu1 sur la temprance et le milieu1 sur le courage1 sur l'amiti1 etc4 ,voil d'o viennent les ressemblances4 ,la diffrence radicale s'explique encore mieux1 s'il est possible4 ,on a vu dans ,platon quelle tait sa doctrine psychologique1 et la dmarcation profonde qu'il tablissait entre l'me et le corps2 il faudrait dire plutt1 l'intervalle infranchissable qu'il met entre les deux principes dont l'homme est compos1 comme l'attestent hautement le tmoignage de la conscience et la voix du genre humain4 ,l'me est1 pour ,platon1 l'lment suprieur et distinct1 qui a sa nature et ses destines propres2 et1 lorsque ,criton dsol demande ,socrate qui va boire le poison3 ,socrate1 comment t'ensevelirons-nous8 ,socrate lui rpond3 ,tout comme il vous plaira1 si toutefois vous pouvez me saisir et que je ne vous chappe pas4 ,puis1 regardant avec un sourire plein de douceur ses disciples tout en larmes3 ,mes amis1 ajouta-t-il1 soyez donc mes cautions auprs de ,criton1 mais d'une manire toute contraire celle dont il a voulu me cautionner auprs des juges4 ,il rpondait pour moi que je ne m'en irais pas4 ,vous1 au contraire1 rpondez pour moi que je ne serai pas plutt mort que je m'en irai jouir de flicits ineffables1 afin que le pauvre ,criton prenne les choses plus doucement1 et qu'en voyant brler mon corps ou le mettre en terre1 il ne s'afflige pas sur moi1 comme si je souffrais de grands maux1 et qu'il ne dise pas mes funrailles qu'il expose ,socrate1 qu'il le porte1 qu'il l'enterre4 ,car il faut que tu saches1 mon cher ,criton1 lui dit-il1 que parler improprement1 ce n'est pas seulement une faute envers les choses2 mais c'est aussi un mal que l'on fait aux mes4 ,il faut avoir plus de courage et dire que c'est mon corps que tu enterres2 enterre-le donc comme il te plaira1 et de la manire qui te paratra la plus conforme aux lois4 ,aristote n'a pas profit de cet avertissement suprme2 et il est difficile de parler de l'me plus improprement qu'il ne l'a fait4 ,il l'a confondue avec le corps1 auquel elle est jointe1 et dont elle n'est selon lui que l'achvement1 ou1 pour prendre son langage1 l',entlchie4 ,plus coupable que ,criton1 ce n'est pas sous le coup de la douleur qu'il commet cette confusion dplorable2 c'est dans un de ses ouvrages les plus labors et les plus approfondis1 le ,trait de l'me4 ,il parcourt la nature entire pour dmontrer que le principe qui sent et pense en nous1 est le mme qui nourrit notre corps et qui fait vgter la plante4 ,l'me n'a donc point d'existence propre2 elle est toute corporelle2 et ,aristote1 par un silence assez peu philosophique1 en ce qu'il est peu courageux1 ne dit pas un mot de l'immortalit de l'me1 que tend nier toute sa doctrine unitaire et matrialiste4 ,ainsi ,platon1 distinguant l'esprit et la matire1 a sans cesse les yeux fixs sur la vie future1 qui complte et qui explique celle-ci4 ,aristote1 au contraire1 ne s'inquite en rien de la vie future1 parce qu'il n'y croit pas1 non plus qu' une me immatrielle4 ,de l1 toute la diffrence des deux systmes1 spars de la distance d'opinions diamtralement opposes4 ,,xiii4 ,telles sont les oeuvres d',aristote4 ,nous sommes1 en finissant1 de l'avis de son traducteur4 ,ce n'est pas l'apoge1 c'est la moyenne parfaite de la philosophie hellnique de cette poque2 l'encyclopdie du vulgaire1 distingue de la science de ses contemporains2 c'est toute l'intelligence de la ,grce1 mais ce n'est pas son me4 ,l'me de la ,grce est dans ,socrate4 ,platon lui fit un magnifique commentaire4 ,aussi ,aristote eut une mort humaine qui n'intressa pas le sort futur de l'me ni le ,dieu de l'univers4 ,autant qu'on peut discerner de telles distances les causes de cette mort1 on les retrouve aisment dans la politique de son pays et dans les passions des hommes1 bonnes ou mauvaises4 ,la premire cause de cette impopularit qui livra le philosophe de ,stagyre la rancune des ,athniens fut sans aucun doute le ressentiment des hommes qui l'avaient vu attaquer ,socrate et ,platon1 dont il avait t le disciple1 puis le schismatique4 ,ils l'abandonnrent quand la mort de son patron ,alexandre le ,grand le livra leur vengeance4 ,la seconde cause de son malheur et de son dsespoir fut la haine stupide de la multitude qui voyait en lui un ,macdonien4 ,le titre de ,macdonien fut un crime et une injure quand ,athnes sentit que la mort d',alexandre1 ,babylone1 dlivrait la ,grce de ce hros devenu son tyran4 ,la raction fut rapide et terrible contre les amis d',alexandre4 ,elle se tourna l'instant contre ,aristote2 il sentit qu'il fallait fuir aux frontires de la ,grce pour y chapper4 ,il emporta prudemment avec lui le reste de la cigu de ,socrate1 et il la but par dfiance des hommes1 non par foi dans le ,dieu unique et immortel du ,phdon4 ,la troisime fut une stupide accusation populaire1 qui1 pour un hymne familier un de ses amis de ,macdoine1 inculpa ,aristote d'impit et lui attribua la pense de donner un homme des qualits divines4 cette stupidit il reconnut les successeurs d',anytus1 et il sentit qu'il fallait mourir4--,il mourut1 les uns disent de sa propre main1 les autres par la violence de ses ennemis4 ,mais il laissa ses richesses sa femme et sa bibliothque son fils4 ,ainsi finit ce grand homme2 combien ne serait-il pas mort plus dignement s'il tait mort comme ,socrate1 non pour chapper ses ennemis1 mais pour ,dieu6 ,il eut toute l'intelligence que le monde antique pouvait lguer au monde venir1 mais l'me lui manqua3 il fut le premier des savants1 le moindre des philosophes4 ,,lamartine4 ,,fin4 ,c,v,ie ,,entretien4 ,,balzac ,,et ,,ses ,,oeuvres4 7,,premi,,re ,,partie47 ,i4 ,balzac6--,voil un nom de vrai grand homme6--,un grand homme fait par la nature1 et non par la volont6--,je suis un homme1 disait-il1 je puis avoir un jour autre chose que l'illustration littraire3 ajouter au titre de grand crivain celui de grand citoyen1 est une ambition qui peut tenter aussi6444 7,lettre sa soeur et confidente1 ,mme de ,surville1 en #ahbj47 ,balzac tait digne de se comprendre ainsi lui-mme et de se mesurer tout entier devant ,dieu et devant sa soeur en #ahbj2 il avait tout en lui3 grandeur de gnie et grandeur morale1 immense aristocratie de talent1 immense varit d'aptitudes1 universalit de sentiment de soi-mme1 exquise dlicatesse d'impressions1 bont de femme1 vertu mle dans l'imagination1 rves d'un dieu toujours prts dcevoir l'homme44444 tout enfin1 except la proportion de l'idal au rel6 ,tous ses malheurs1 et ils furent grands comme son caractre1 ont tenu cet excs de grandeur dans son gnie2 ils dpassaient1 non pas son esprit infini et universel1 mais ils dpassaient le possible ici-bas3 voil la cause fatale et organique de ses coups d'ailes et de ses chutes4 ,c'tait un aigle qui n'avait pas dans sa prunelle la mesure de son vol4 ,mettez la fortune de ,bonaparte dans la destine de ,balzac1 il et t complet2 car il aurait pu ce qu'il imaginait6 ,le rel est troit1 le possible est immense6 ai-je dit moi-mme dans un autre temps4 ,un esprit gigantesque contrari et taquin par une mesquine fortune1 voil l'exacte dfinition de ce malheureux grand homme4 ,c'est nous d'oser le dire1 nous qui avons eu le bonheur triste de vivre cte cte avec lui de son temps1 et qui ne devons pas avoir la lchet d'attribuer cet homme unique les torts de la fortune4 ,ce n'est pas de l'auteur que je parle ainsi1 c'est de l'homme3 l'homme en lui tait mille fois plus vaste que l'crivain4 ,l'crivain crit1 l'homme sent et pense4 ,c'est par ce qu'il a senti et pens que j'ai toujours jug ,balzac4 ,,ii4 ,la premire fois que je le vis1 c'tait en #ahcc2 j'avais presque toujours vcu hors de ,france2 et encore plus loin de ce monde 7du demi-monde littraire dont parle le grand fils du grand ,alexandre ,dumas74 ,je ne connaissais que les noms classiques de notre littrature1 et encore trs-peu1 except ,hugo1 ,sainte-,beuve1 ,chateaubriand1 ,lamennais1 ,nodier1 et en grands orateurs1 ,lain1 ,royer-,collard2 toutes les pripties des demi-fortunes qui s'agitaient dans la rgion militante1 thtrale ou romanesque de ,paris1 m'taient trangres3 je n'avais pas approch une coulisse1 je n'avais pas lu un roman except ,notre-,dame de ,paris4 ,je savais seulement qu'il existait un jeune crivain du nom de ,balzac2 qu'il annonait une originalit saine2 qu'il lutterait bientt avec l'abb ,prvt1 l'auteur des ,mmoires d'un homme de qualit1 du ,doyen de ,killerine et de ,manon ,lescaut1 ce roman de mauvais aloi dont les critiques du moment rchauffaient la verve suspecte4 ,effacer de l'me humaine l'honneur et la vertu1 comme dans le chevalier ,des ,grieux1 ce n'est pas lever le monde et l'amour1 c'est les abaisser et les rtrcir2 ,manon ,lescaut1 malgr l'engouement de ses jeunes enthousiastes1 vrais ou faux1 ne me paraissait qu'un ,manuel de courtisane1 et son amant qu'un monomane de dbauche qu'on ne peut plaindre qu'en consentant le mpriser4 ,cependant il m'tait tomb par aventure sous la main une page ou deux de ,balzac1 o l'nergie de la vrit et la grandeur de l'accent m'avaient mu fortement4 ,je m'tais dit3 ,un homme est n2 si l'opinion le comprend1 et si l'adversit ne l'effeuille pas dans le ruisseau de la rue de ,paris1 ce sera un jour un grand homme6 ,,iii4 ,peu de temps aprs1 je le rencontrai dner1 en trs-petit comit1 dans une de ces maisons neutres de ,paris1 o se rencontraient alors1 comme dans un lieu d'asile de l'antiquit1 les esprits indpendants de toute nuance4 ,c'tait chez un homme de ce caractre qui crait en ce temps-l la ,presse4 ,la ,presse1 oeuvre de ,m4 mile de ,girardin1 en se moquant avec un immense talent des fausses passions et des lieux communs d'opposition banale1 promettait un nouvel organe o ,m4 mile de ,girardin en politique1 ,mme mile de ,girardin en sel attique1 donnaient ce journal un double succs d'enthousiasme4 ,ils craient eux deux l'individualit1 cette force inconnue dont se composent1 au bout d'un certain temps1 toutes les forces collectives d'un pays1 force qu'on commence par railler et qu'on finit par subir4 ,il y faut1 il est vrai1 un grand et double talent1 une audace intrpide dans l'homme1 une originalit blouissante dans la femme4 ,comment ce jeune homme et cette jeune femme s'taient-ils rencontrs et s'taient-ils unis pour cette oeuvre8 ,c'tait un miracle de l'amour1 du hasard et du destin4 ,ce miracle tait accompli1 et triomphait sans contestation dans l'homme et dans la femme4 ,je l'avais vu natre quelques annes avant1 dans un petit entresol de la rue ,gaillon4 ,je l'avais vu crotre1 puis je l'avais vu s'accomplir4 ,rentr en ,france quelques annes aprs1 j'en jouissais par une vive et sincre amiti pour le mari et pour la femme4 ,l'esprit chez tous les deux tait hrditaire3 le pre de ,m4 de ,girardin tait l'excentricit transcendante1 le gentilhomme grandes ides et grands projets tout prix1 le radical de l'imagination4 ,j'ai t trs-li avec lui1 sans piti pour son radicalisme1 qui n'est pas de ce monde1 et qui n'est bon qu'en songe sur cette terre des ralits4 ,il me faisait admirer et sourire4 ,dans les premiers mois de la rpublique1 il m'apportait plus de plans de finances qu'un gouvernement en fusion ne pouvait en entendre et en carter4 ,il faut du loisir et de la scurit longue chance pour jouer avec les rves4 ,entre deux rves on jette son pays dans l'abme ou dans le problme qu'on n'a pas le temps de rsoudre4 ,il y a un peu de cela de temps en temps dans le fils1 sauf le talent1 qui est neuf et immense4 ,mais celui qui n'a pas connu le pre ne peut pas comprendre le fils4 ,il lui fallait1 pour comprendre sa valeur1 un gouvernement dictatorial assis sur la popularit d'un nom indiscutable1 et pouvant tout oser4 ,mme mile de ,girardin1 fille de ,mme ,gay1 qui l'avait leve pour lui succder sur deux trnes1 l'un de beaut1 l'autre d'esprit1 avait hrit1 de plus1 de la bont qui fait aimer ce qu'on admire4 ,ces trois dons1 beaut1 esprit1 bont1 en avaient fait la reine du sicle4 ,on pouvait l'admirer plus ou moins comme pote1 mais1 si on la connaissait fond1 il tait impossible de ne pas l'aimer comme femme4 ,elle a eu de la passion1 mais point de haine4 ,ses foudres n'taient que de l'lectricit2 ses imprcations contre les ennemis de son mari n'taient que de la colre2 cela passait avec l'orage4 ,il faisait toujours beau dans sa belle me1 ses jours de haine n'avaient point de lendemain4 ,elle avait des soeurs tout aussi distingues1 quoique moins clbres1 qui avaient moins de posie1 mais autant d'esprit anecdotique qu'elle-mme4 ,l'une d'entre elles1 ,mme ,o',donnel1 passait pour lui fournir son rpertoire le plus piquant1 quand elle entreprit son chef-d'oeuvre de prose1 le feuilleton de la ,presse1 qui contribua tant sa popularit4 ,avant1 pendant1 aprs1 j'tais rest son ami quand mme1 je lui devais bien cette constance d'affection1 et celle qu'elle avait pour moi1 bien que dsintresse1 mritait l'immutabilit d'une reconnaissance surnaturelle4 ,tous les jours1 quand je passe triste devant cette place vide des ,champs-lyses1 o fut sa maison1 plus semblable un temple dmoli par la mort1 je plis1 et mes regards s'lvent en haut4 ,on ne rencontre pas souvent ici-bas un coeur si bon et une intelligence si vaste4 ,elle savait mon dsir de connatre ,balzac4 ,elle l'aimait1 comme j'tais dispos l'aimer moi-mme4 ,nul coeur et nul esprit n'tait plus faonn pour lui plaire4 ,elle se sentait l'unisson avec lui1 soit par la gaiet avec sa jovialit1 soit par le srieux avec sa tristesse1 soit par l'imagination avec son talent4 ,lui aussi sentait en elle une crature de grande race1 auprs de laquelle il oubliait toutes les mesquineries de sa condition misrable4 ,,iv4 ,quand j'arrivai trs-tard1 retenu que j'avais t par une discussion la chambre1 j'oubliai tout moi-mme pour contempler ,balzac4 ,il n'avait rien d'un homme de ce sicle4 ,on aurait cru en le voyant qu'on avait chang d'poque et qu'on tait introduit dans la socit d'un de ces deux ou trois hommes naturellement immortels1 dont ,louis ,,xiv tait le centre1 et qui se trouvaient chez lui comme chez eux1 son niveau1 quoique sans s'lever ou sans s'abaisser du leur3--la ,bruyre1--,boileau1--la ,rochefoucauld1--,racine1--et surtout ,molire2--il portait son gnie si simplement qu'il ne le sentait pas4 ,mon premier coup d'oeil sur lui me reporta ces hommes4 ,je me dis3 ,voil un homme n il y a deux sicles2--examinons-le bien4 ,v4 ,balzac tait debout devant la chemine de marbre de ce cher salon1 o j'avais vu passer et poser tant d'hommes ou de femmes remarquables4 ,il n'tait pas grand1 bien que le rayonnement de son visage et la mobilit de sa stature empchaient de s'apercevoir de sa taille2 mais cette taille ondoyait comme sa pense2 entre le sol et lui il semblait y avoir de la marge2 tantt il se baissait jusqu' terre comme pour ramasser une gerbe d'ides1 tantt il se redressait sur la pointe des pieds pour suivre le vol de sa pense jusqu' l'infini4 ,il ne s'interrompit pas plus d'une minute pour moi2 il tait emport par sa conversation avec ,m4 et ,mme de ,girardin4 ,il me jeta un regard vif1 press1 gracieux1 d'une extrme bienveillance4 ,je m'approchai pour lui serrer la main1 je vis que nous nous comprenions sans phrase1 et tout fut dit entre nous2 il tait lanc1 il n'avait pas le temps de s'arrter4 ,je m'assis1 et il continua son monologue comme si ma prsence l'et ranim au lieu de l'interrompre4 ,l'attention que je prtais sa parole me donnait le temps d'observer sa personne dans son ternelle ondulation4 ,il tait gros1 pais1 carr par la base et les paules2 le cou1 la poitrine1 le corps1 les cuisses1 les membres puissants2 beaucoup de l'ampleur de ,mirabeau1 mais nulle lourdeur2 il y avait tant d'me qu'elle portait tout cela lgrement1 gaiement1 comme une enveloppe souple1 et nullement comme un fardeau2 ce poids semblait lui donner de la force et non lui en retirer4 ,ses bras courts gesticulaient avec aisance1 il causait comme un orateur parle4 ,sa voix tait retentissante de l'nergie un peu sauvage de ses poumons1 mais elle n'avait ni rudesse1 ni ironie1 ni colre2 ses jambes1 sur lesquelles il se dandinait un peu1 portaient lestement son buste2 ses mains grasses et larges exprimaient en s'agitant toute sa pense4 ,tel tait l'homme dans sa robuste charpente4 ,mais en face du visage on ne pensait plus la charpente4 ,cette parlante figure1 dont on ne pouvait dtacher ses regards1 vous charmait et vous fascinait tout entier4 ,les cheveux flottaient sur ce front en grandes boucles1 les yeux noirs peraient comme des dards mousss par la bienveillance2 ils entraient en confidence dans les vtres comme des amis2 les joues taient pleines1 roses1 d'un teint fortement color2 le nez bien model1 quoique un peu long2 les lvres dcoupes avec grce1 mais amples1 releves par les coins2 les dents ingales1 brches1 noircies par la fume du cigare2 la tte souvent penche de ct sur le cou1 et se relevant avec une fiert hroque en s'animant dans le discours4 ,mais le trait dominant du visage1 plus mme que l'intelligence1 tait la bont communicative4 ,il vous ravissait l'esprit quand il parlait1 mme en se taisant il vous ravissait le coeur4 ,aucune passion de haine ou d'envie n'aurait pu tre exprime par cette physionomie3 il lui aurait t impossible de n'tre pas bon4 ,mais ce n'tait pas une bont d'indiffrence ou d'insouciance1 comme dans le visage picurien de la ,fontaine1 c'tait une bont aimante1 charmante1 intelligente d'elle-mme et des autres1 qui inspirait la reconnaissance et l'panchement du coeur devant lui1 et qui dfiait de ne pas l'aimer4 ,tel tait exactement ,balzac4 ,je l'aimais dj quand nous nous mmes table4 ,il me sembla que je le connaissais depuis mon enfance3 il me rappelait ces aimables curs de campagne de l'ancien rgime1 avec quelques boucles de cheveux sur le cou1 et toute la charit joviale du christianisme sur les lvres4 ,un enfantillage rjoui1 c'tait le caractre de cette figure2 une me en vacances1 quand il laissait la plume pour s'oublier avec ses amis2 il tait impossible de n'tre pas gai avec lui4 ,sa srnit enfantine regardait le monde de si haut qu'il ne lui paraissait plus qu'un badinage1 une bulle de savon1 cause par la fantaisie d'un enfant4 ,,vi4 ,mais je vis1 quelques annes plus tard1 dans une autre maison1 et dans une autre circonstance1 combien ce qui tait srieux lui inspirait de gravit1 et combien sa conscience lui inspirait de rpulsion contre le mal4 ,c'tait un de ces moments o les partis politiques1 exasprs par la lutte1 se demandent s'ils peuvent en conscience rpondre aux partis contraires par les armes qu'on emploie contre eux1 et profiter de leur victoire pour tuer ceux qui les tuent4 ,nous n'tions qu'un cnacle compos de sept ou huit personnes4 ,la colre emporta la majorit jeter un voile sur les scrupules d'humanit et laisser condamner sans merci ceux que la victoire aurait livrs notre juste vengeance4 ,la doctrine de l'implacabilit du salut public paraissait prte triompher4 ,balzac coutait d'un air attrist4 ,les hommes lgers affectaient l'indiffrence2 des gestes tranchants et superbes ddaignaient ces faiblesses2 le silence des autres trahissait la complicit de la peur4 ,il y avait l ,balzac1 tranger ces sortes d'entretiens1 ,girardin1 ,hugo4 ,personne ne demandant immdiatement la parole1 ,balzac la prit avec la physionomie d'une timidit honnte et rsolue qui impressionna tout le monde4 ,il parla en homme ferme1 gnreux1 convaincu1 contre les propos lgers qu'il venait d'entendre2 il refoula loquemment ces mauvaises penses dans la bouche de ceux qui venaient de les laisser chapper4 ,je pris la parole aprs lui2 ,girardin1 qui n'a jamais eu de radicalisme contre la clmence1 nous appuya2 ,hugo lui-mme1 il faut le dire1 soutint en termes trs-loquents que la vrit et le gnie ne devaient se dfendre que par leur innocence4 ,mais ,hugo1 ,girardin1 moi1 nous tions des orateurs politiques accoutums ces sortes de discussion2 ,balzac y tait neuf1 il pouvait se croire seul et abandonn2 il n'couta que sa conscience et parla en homme de bien quand mme4 ,son langage mu nous mut tous et nous ne fmes1 nous1 qu'applaudir et confirmer ses raisons3 ,que m'importe ce que vous penserez de moi6 nous dit-il2 la cause de la vie des hommes est une cause surhumaine4 ,c'est ,dieu qui juge1 son jugement n'est pas remis nos passions2 vous le savez1 vous qui avez proclam et dcrt vous-mmes1 le #a;er juin1 l'abolition de l'chafaud politique1 dcrterez-vous aujourd'hui la lgitimit de la vengeance populaire8 ,tout le monde finit par tre de son avis3 la conscience d'un crivain de gnie intimide les sots1 foudroie les mchants1 rassure les lches2 c'est ce que ,balzac trahit mes yeux4 ,combien de jovialit apparente cachait de srieuses et difficiles vertus6 ,il faut se dfier des hommes de conscience4 ,,vii4 ,le sculpteur ,david1 homme de grande main1 mais d'intelligence systmatique1 avait fait de moi-mme un magnifique buste1 possd depuis par ,m4 ,millaud2 il dcore un de ses salons4 ,david fit plus tard un buste de ,balzac4 ,mais ce sculpteur1 cette seconde poque1 avait confondu dans ses oeuvres la matire avec l'me4 ,il cherchait dans la masse corporelle le symptme et l'indice de l'intelligence4 ,il grossissait l'homme au lieu de le grandir4 ,la proportion et l'harmonie sont les signes de la vraie supriorit2 ,goethe1 ,chateaubriand1 ,hugo1 ,balzac1 devenaient sous le ciseau de ,david des lphants humains dignes de l',inde2 la finesse et la dlicatesse des lignes disparaissaient sous cette exagration colossale4 ,chaque ride de la figure tait un abme creus par la pense4 ,ce matrialisme des lignes nuisait la vrit et la ressemblance4 ,les ttes de taureaux ne sont pas des ttes d'aigles4 ,voyez le crne de ,raphal dans le moyen ge2 voyez le crne exquis mais troit de ,voltaire dans le dernier sicle2 ces deux hommes1 dous des plus merveilleuses facults de l'intelligence1 seraient des idiots si vous compariez la petitesse de l'organe de leur pense la masse tudesque des ttes de ,david4 ,la lourdeur allemande des cerveaux indique la pesanteur et nullement la perfection de la pense4 ,le matrialisme de son procd a tromp en ceci le sculpteur1 comme il trompe aujourd'hui ses imitateurs4 ,heureusement il ne l'avait pas encore invent quand il baucha1 en #ahba1 ma figure4 ,,viii4 ,la soeur de ,balzac parle ainsi3 ,on le trouvait toujours chez lui vtu d'une large robe de chambre de cachemire blanc double de soie blanche1 taille comme celle d'un moine1 attache par une cordelire de soie1 la tte couverte de cette calotte dantesque de velours noir adopte dans sa mansarde1 qu'il porta toujours depuis et que ma mre seule lui faisait4 ,selon les heures o il sortait1 sa mise tait fort nglige ou fort soigne4 ,si on le rencontrait le matin1 fatigu par douze heures de travail1 courant aux imprimeries1 un vieux chapeau rabattu sur les yeux1 ses admirables mains caches sous des gants grossiers1 les pieds chausss de souliers hauts quartiers passs sur un large pantalon plis et pieds1 il pouvait tre confondu dans la foule2 mais s'il dcouvrait son front1 vous regardait ou vous parlait1 l'homme le plus vulgaire se souvenait de lui4 ,son intelligence1 si constamment exerce1 avait encore dvelopp ce front naturellement vaste1 qui recevait tant de lumires6 cette intelligence se trahissait ses premiers mots et jusque dans ses gestes6 ,un peintre aurait pu tudier sur ce visage si mobile les expressions de tous les sentiments3 joie1 peine1 nergie1 dcouragement1 ironie1 esprances ou dceptions1 il refltait toutes les situations de l'me4 ,il triomphait de la vulgarit que donne l'embonpoint par des manires et des gestes empreints d'une grce et d'une distinction natives4 ,sa chevelure1 dont il variait souvent l'arrangement1 tait toujours artistique1 de quelque manire qu'il la portt4 ,un ciseau immortel a laiss ses traits la postrit4 ,le buste que ,david a fait de mon frre1 alors g de quarante-quatre ans1 a reproduit fidlement son beau front1 cette magnifique chevelure1 indice de sa force physique gale sa force morale1 l'enchssement merveilleux de ses yeux1 les lignes si fines de ce nez carr1 de cette bouche aux contours sinueux o la bonhomie s'alliait la raillerie1 ce menton qui achevait l'ovale si pur de son visage avant que l'embonpoint en et altr l'harmonie4 ,mais le marbre n'a pu malheureusement conserver le feu de ces flambeaux de l'intelligence1 de ces yeux aux prunelles brunes pailletes d'or comme celle du lynx4 ,ces yeux interrogeaient et rpondaient sans le secours de la parole1 voyaient les ides1 les sentiments1 et lanaient des jets qui semblaient sortir d'un foyer intrieur et renvoyer au jour la lumire au lieu de la recevoir4 ,les amis de ,balzac reconnatront la vrit de ces lignes1 que ceux qui ne l'auront pas connu pourront taxer d'exagration4 ,,ix4 tudions l'homme dans sa vie3 ,il tait n ,tours en #agii4 ,on le mit en nourrice chez une paysanne aux environs de la ville4 ,la maison paternelle ne le rappela que quatre ans aprs4 ,il y revint fortement enracin dans la vie4 ,c'tait un charmant enfant1 dit sa soeur2 sa joyeuse humeur1 sa bouche bien dessine et souriante1 ses grands yeux bruns1 la fois brillants et doux1 son front lev1 sa riche chevelure noire1 le faisaient remarquer dans les promenades o l'on nous conduisait tous les deux4 ,la famille ragit tellement sur le caractre des enfants et exerce de si grandes influences sur leur sort1 que quelques dtails sur nos parents me paraissent ici ncessaires2 ils expliqueront d'ailleurs les premiers vnements de la jeunesse de mon frre4 ,mme de ,surville parle ainsi de son pre3 ,mon pre1 n en ,languedoc en #agdf1 tait avocat au conseil sous ,louis ,,xvi4 ,sa profession le mit en relation avec les notabilits d'alors et avec des hommes que la ,rvolution fit surgir et rendit clbres4 ,ces circonstances lui permirent1 en #agic1 de sauver plus d'un de ses anciens protecteurs et de ses anciens amis4 ,ces services dangereux l'exposrent1 et un conventionnel trs-influent1 qui s'intressait au citoyen ,balzac1 se hta de l'loigner du souvenir de ,robespierre en l'envoyant dans le ,nord organiser le service des vivres de l'arme4 ,ainsi jet dans l'administration de la guerre1 mon pre y resta1 et il tait charg des subsistances de la vingt-deuxime division militaire1 lorsqu'il pousa ,paris1 en #agig1 la fille d'un de ses chefs1 en mme temps directeur des hpitaux de ,paris4 ,mon pre vcut dix-neuf ans ,tours1 o il acheta une maison et des proprits prs de la ville4 ,aprs dix ans de sjour1 on parla de le nommer maire1 mais il refusa cet honneur pour ne pas abandonner la direction du grand hpital dont il s'tait charg4 ,il craignit de manquer de temps pour bien remplir ces triples fonctions4 ,mon pre tenait la fois de ,montaigne1 de ,rabelais et de l'oncle ,toby par sa philosophie1 son originalit et sa bont4 ,comme l'oncle ,toby1 il avait aussi une ide prdominante4 ,cette ide chez lui tait la sant4 ,il s'arrangeait si bien de l'existence qu'il voulait vivre le plus longtemps possible4 ,il avait calcul1 d'aprs les annes qu'il faut l'homme pour arriver l'tat parfait1 que sa vie devait aller cent ans et plus2 pour atteindre le plus1 il prenait des soins extraordinaires et veillait sans cesse tablir ce qu'il appelait l'quilibre des forces vitales4 ,grand travail1 vraiment6444 ,sa tendresse paternelle augmentait encore ce dsir de longvit4 quarante-cinq ans1 n'tant pas mari et ne comptant pas se marier1 il avait plac une bonne partie de sa fortune en viager1 moiti sur le grand-livre1 moiti sur la caisse ,lafarge1 qu'on fondait alors et dont il tait un des plus forts actionnaires4 7,il touchait en #ahbi1 quand il mourut par accident1 l'ge de quatre-vingt-trois ans1 douze mille francs d'intrt47 ,la rduction des rentes1 les gaspillages qui eurent lieu dans l'administration de la tontine1 diminurent ses revenus2 mais sa belle et verte vieillesse lui donna l'espoir de partager un jour avec l'tat1 l'extinction des concurrents de sa classe1 l'immense capital de la tontine2 ce qui et grandement rpar le tort qu'il avait fait sa famille4 ,cet espoir passa tellement chez lui l'tat de conviction1 qu'il recommandait sans cesse aux siens de conserver leur sant pour jouir des millions qu'il leur laisserait4 ,cette conviction1 que chacun entretenait1 le rendait heureux et le consola dans les revers de fortune qui l'atteignirent la fin de sa vie4 --,lafarge rparera tout un jour1 disait-il4 ,son originalit1 devenue proverbiale ,tours1 se manifestait aussi bien dans ses discours que dans ses actions2 il ne faisait et ne disait rien comme un autre2 ,hoffmann en et fait un personnage de ses crations fantastiques4 ,mon pre se moquait souvent des hommes1 qu'il accusait de travailler sans cesse leur malheur2 il ne pouvait rencontrer un tre disgraci sans s'indigner contre les parents et surtout contre les gouvernants qui n'apportaient pas autant de soins l'amlioration de la race humaine qu' celle des animaux4 ,il avait1 sur ce sujet fort scabreux1 de singulires thories qu'il dduisait non moins singulirement4444 --,mais quoi bon publier ces ides8 disait-il en se promenant par la chambre dans sa douillette de soie puce1 et la tte enfonce dans la grosse cravate qu'il avait conserve de la mode du ,directoire2 on m'appellerait encore original 7ce titre le courrouait71 et il n'y aurait pas un tre tiol ni un rachitique de moins6 ,except ,cervantes1 qui donna le coup de grce la chevalerie errante1 quel philosophe a jamais corrig l'humanit1 cette patraque toujours jeune1 toujours vieille1 qui va toujours444 heureusement pour nous et nos successeurs6 ajoutait-il en souriant4 ,il ne raillait toutefois l'humanit que lorsqu'il ne pouvait lui venir en aide1 il le prouva en mainte occasion4 ,des pidmies se dclarrent plusieurs reprises l'hospice1 notamment lorsque les soldats l'encombrrent en revenant d',espagne3 mon pre s'installait alors dans l'hpital1 et1 oubliant sa sant pour veiller au salut de tous1 il dployait un zle qui tait pour lui du dvouement4 ,il dtruisit beaucoup d'abus sans redouter les inimitis que ce genre de courage attire1 et introduisit de grandes amliorations dans cet hpital1 entre autres des ateliers de travail pour les vieillards valides qui il fit allouer un salaire4 ,sa mmoire1 son esprit d'observation et de repartie1 n'taient pas moins remarquables que son originalit2 il se souvenait1 vingt ans de distance1 de paroles qu'on lui avait dites4 soixante-dix ans1 rencontrant inopinment un ami d'enfance1 il s'entretint avec lui1 sans aucune hsitation1 dans l'idiome de son pays1 o il n'tait pas retourn depuis l'ge de quatorze ans6 ,ses fines remarques lui firent plus d'une fois prdire les succs ou les dsastres de gens qu'on apprciait bien autrement qu'il ne les jugeait2 le temps lui donna souvent raison dans ses prophties6 ,les rpliques1 enfin1 ne lui faisaient jamais dfaut en aucune occurrence4 ,un jour qu'on lisait dans un journal un article sur un centenaire 7article qu'on ne passait pas1 comme on peut croire71 contre son habitude1 il interrompit le lecteur pour dire avec enthousiasme3 --,celui-l a vcu sagement et n'a pas gaspill ses forces en toute sorte d'excs1 comme le fait l'imprudente jeunesse444 ,il se trouva que ce sage se grisait souvent1 au contraire1 et soupait tous les soirs1 une des plus grandes normits que l'on pt commettre contre sa sant 7selon mon pre74 --,eh bien6 reprit-il sans s'mouvoir1 cet homme a abrg sa vie1 voil tout6444 ,quand ,honor fut d'ge comprendre et apprcier son pre1 c'tait un beau vieillard1 fort nergique encore1 aux manires courtoises1 parlant peu et rarement de lui1 indulgent pour la jeunesse qui lui tait sympathique1 laissant tous une libert qu'il voulait pour lui1 d'un jugement sain et droit1 malgr ses excentricits1 d'une humeur si gale et d'un caractre si doux qu'il rendait heureux tous ceux qui l'entouraient4 ,sa haute instruction lui faisait suivre avec bonheur les progrs des sciences et les amliorations sociales1 dont1 leur dbut1 il comprenait l'avenir6 ,ses graves entretiens1 ses curieux rcits1 avancrent son fils dans la science de la vie et lui fournirent le sujet de plus d'un de ses livres4 ,ma mre1 riche1 belle1 et beaucoup plus jeune que son mari1 avait une rare vivacit d'esprit et d'imagination1 une activit infatigable1 une grande fermet de dcision et un dvouement sans bornes pour les siens4 ,son amour pour ses enfants planait sans cesse sur eux1 mais elle l'exprimait plutt par des actions que par des paroles4 ,sa vie entire prouva cet amour2 elle s'oublia sans cesse pour nous1 et cet oubli lui fit connatre l'infortune1 qu'elle supporta courageusement4 ,sa dernire et plus cruelle preuve fut1 l'ge de soixante-douze ans1 de survivre son glorieux fils et de l'assister dans ses derniers moments2 elle pria pour lui son lit de mort1 soutenue par la foi religieuse qui remplaait toutes ses esprances terrestres par celles du ciel4 ,ceux qui ont connu mon pre et ma mre attesteront la fidlit de ces esquisses4 ,les qualits de l'auteur de ,,la ,,com,,die ,,humaine sont certainement la consquence logique de celles de ses parents2 il avait l'originalit1 la mmoire1 l'esprit d'observation et le jugement de son pre1 l'imagination1 l'activit de sa mre1 de tous les deux1 enfin1 l'nergie et la bont4 ,honor tait l'an de deux soeurs et d'un frre4 ,notre soeur cadette mourut jeune1 aprs cinq annes de mariage4 ,notre frre partit pour les colonies1 o il se maria et resta4 la naissance d',honor1 tout faisait prsager pour lui un bel avenir4 ,la fortune de notre mre1 celle de notre aeule maternelle qui vint vivre avec sa fille ds qu'elle fut veuve1 les moluments et les rentes viagres de mon pre composaient une grande existence notre famille4 ,ma mre se consacra exclusivement notre ducation et se crut oblige d'user de svrit envers nous pour neutraliser les effets de l'indulgence de notre pre et de notre aeule4 ,cette svrit comprima les tendres expansions d',honor1 qui l'ge et la gravit de son pre inspiraient aussi la rserve4 ,cet tat de choses tourna au profit de l'affection fraternelle2 ce fut certainement le premier sentiment qui s'panouit et fleurit dans son coeur4 ,j'tais de deux ans seulement plus jeune qu',honor1 et dans la mme situation que lui vis--vis de nos parents2 levs ensemble1 nous nous aimmes tendrement2 les souvenirs de sa tendresse datent de loin4 ,je n'ai pas oubli avec quelle vlocit il accourait moi pour m'viter de rouler les trois marches hautes1 ingales et sans rampes qui conduisaient de la chambre de notre nourrice dans le jardin6 ,sa touchante protection continua au logis paternel1 o plus d'une fois il se laissa punir pour moi1 sans trahir ma culpabilit4 ,quand j'arrivais temps pour m'accuser3 ,n'avoue donc rien une autre fois1 me disait-il1 j'aime tre grond pour toi6 ,on se souvient toujours de ces nafs dvouements4 ,d'heureuses circonstances protgrent encore notre affection4 ,nous vcmes toujours l'un prs de l'autre dans une intimit et une confiance sans bornes4 ,je connus donc en tout temps les joies et les peines de mon frre1 et j'eus toujours le doux privilge de le consoler2 certitude qui fait aujourd'hui ma joie4 ,le plus grand vnement de son enfance fut un voyage ,paris1 o ma mre le conduisit1 en #ahjd1 pour le prsenter ses grands parents4 ,ils raffolrent de leur joli petit-fils1 qu'ils comblrent de caresses et de prsents4 ,peu habitu tre ft ainsi1 ,honor revint ,tours la tte pleine de joyeux souvenirs1 le coeur rempli d'affection pour ces chers grands parents dont il me parlait sans cesse1 les dcrivant de son mieux1 ainsi que leur maison1 leur beau jardin1 sans oublier ,mouche1 le gros chien de garde avec lequel il s'tait li intimement4 ,ce sjour ,paris servit longtemps d'aliment son imagination4 ,notre grand'mre aimait raconter les faits et gestes de son petit-fils chez elle1 et rptait volontiers cette petite scne3 ,un soir qu'elle avait fait venir pour lui la lanterne magique1 ,honor n'apercevant pas parmi les spectateurs son ami ,mouche1 se lve en criant d'un ton d'autorit3 ,attendez6444 7,il se savait le matre chez son grand-pre47 ,il sort du salon et rentre tranant le bon chien1 qui il dit3 ,assieds-toi l1 ,mouche1 et regarde2 a ne te cotera rien1 c'est bon papa qui paye6 ,quelques mois aprs ce voyage1 on changeait la veste de soie brune et la belle ceinture bleue du petit ,honor pour des vtements de deuil4 ,son cher grand-pre venait de mourir1 frapp par une apoplexie foudroyante4 ,ce fut son premier chagrin2 il pleura bien fort quand on lui dit qu'il ne verrait plus son aeul1 et son souvenir lui resta tellement l'esprit que1 longtemps aprs ce jour nfaste1 me voyant prise d'un malencontreux fou rire pendant une rprimande de notre mre1 il s'approche de moi1 et pour arrter cette gaiet intempestive qui menaait de tourner mal1 me dit l'oreille d'un ton tragique3 --,pense la mort de ton grand-papa6 ,secours inefficace1 hlas6 car je ne l'avais pas connu et ne comprenais pas encore la mort6 ,on le voit1 les seules paroles qu'on a retenues des premires annes d',honor rvlaient plutt la bont que l'esprit4 ,je me souviens nanmoins qu'il montrait dj son imagination dans ces jeux de l'enfance que ,george ,sand a si bien dcrits dans ses ,mmoires4 ,mon frre improvisait de petites comdies qui nous amusaient 7succs que n'ont pas toujours les grandes72 il corchait pendant des heures entires les cordes d'un petit violon rouge1 et sa physionomie radieuse prouvait qu'il croyait couter des mlodies4 ,aussi tait-il fort tonn quand je le suppliais de finir cette musique1 qui et fait hurler l'ami ,mouche4 --,tu n'entends donc pas comme c'est joli8 me disait-il4 ,il lisait enfin avec passion1 comme la plupart des enfants1 toutes ces feries dont les catastrophes1 plus ou moins dramatiques1 les font tant pleurer6 ,elles lui inspiraient sans doute d'autres contes1 car des babillages tourdissants succdaient quelquefois des silences qu'on n'expliquait que par la fatigue1 mais qui pouvaient bien tre dj des rveries dans des mondes imaginaires4 ,x4 ,aprs un long sjour1 sans vacance1 dans un collge svre et presque monastique o il ne se distingua que par sa paresse et son tourderie1 il fut renvoy sans espoir chez son pre4 ,sa mre s'en chargea4 ,elle lui fit faire dans ce beau pays des promenades de sant qui lui profitrent2 la cathdrale gothique de ,saint-,gatien rendit son imagination pittoresque4 ,sa mmoire le rendit religieux2 la mmoire des enfants n'est qu'image4 ,il redoutait son pre comme un implacable censeur tranger ses impressions4 ,il aimait1 mais il craignait sa mre comme une justice rigoureuse2 il ne se rvlait aucun des deux4 la fin de #ahad1 le pre de ,balzac fut nomm directeur des vivres ,paris4 ,son fils acheva de mdiocres tudes dans un pensionnat de la rue ,saint-,louis au ,marais4 ,deux ans aprs il rentra dfinitivement dans la maison paternelle4 ,il suivit les cours de ,sorbonne4 ,,mm4 ,villemain et ,cousin lui inspirrent ses premires admirations4 ,il prit sous eux le got des livres4 ,il commena en recueillir sur les quais4 ,,xi4 ,mon frre tait fort occup cette poque1 dit ,mme de ,surville1 car1 indpendamment de son cours de droit et des travaux dont le chargeaient ses patrons1 il avait encore se prparer pour ses examens successifs2 mais son activit1 sa mmoire1 sa facilit1 taient telles qu'il trouvait encore le temps d'achever ses soires la table de boston ou de whist de ma grand'mre1 o cette douce et aimable femme lui faisait gagner1 force d'imprudences ou de distractions volontaires1 l'argent qu'il consacrait l'acquisition de ses livres4 ,il aima toujours ces jeux en mmoire d'elle2 il s'y rappelait ses paroles1 et un de ses gestes retrouv lui semblait un bonheur arrach la tombe6 ,mon frre nous accompagnait aussi quelquefois au bal2 mais1 s'y tant laiss tomber malencontreusement1 malgr les leons qu'il recevait d'un matre de danse de l',opra1 il renona la danse1 tant le sourire des femmes qui suivit sa chute lui resta sur le coeur2 il se promit alors de dominer la socit autrement que par des grces et des talents de salon1 et devint seulement spectateur de ces ftes dont plus tard il utilisa les souvenirs4 vingt et un ans1 il avait termin son droit et pass ses examens4 ,mon pre lui confia les projets qu'il avait pour son avenir et qui eussent conduit ,honor la fortune2 mais la fortune tait alors le moindre de ses soucis4 ,mon pre avait protg jadis un homme qu'il avait retrouv1 en #ahad1 notaire ,paris4 ,celui-ci1 reconnaissant et pour rendre au fils le service qu'il avait reu du pre1 offrait de prendre ,honor dans son tude et de la lui laisser aprs quelques annes de stage2 la caution de mon pre pour une partie de la charge1 un beau mariage1 des prlvements successifs sur les brillants revenus de l'tude1 auraient acquitt mon frre en peu d'annes4 ,mais ,balzac1 courb dix ans1 peut-tre1 sur des contrats de vente1 des contrats de mariage ou sur des inventaires6444 lui qui aspirait secrtement la gloire littraire6 ,sa stupfaction fut grande cette rvlation2 il dclara nettement ses dsirs1 et ce fut au tour de notre pre d'tre stupfait4 ,une vive discussion suivit4 ,honor combattit loquemment les puissantes raisons qu'on lui donnait1 et ses regards1 ses paroles1 son accent1 rvlaient une telle vocation que mon pre lui accorda deux ans pour faire ses preuves de talent4 ,cette belle chance perdue explique la svrit dont on usa envers lui et la rancune qu'il conserva contre le notariat1 rancune qui perce dans quelques-unes de ses oeuvres4 ,mon pre ne cda pas1 toutefois1 aux dsirs d',honor sans regrets2 des vnements fcheux les augmentaient encore4 ,il venait d'tre mis la retraite et de subir des pertes d'argent dans deux entreprises4 ,enfin nous allions vivre dans une maison de campagne qu'il venait d'acheter six lieues de ,paris4 ,les chefs de famille comprendront les inquitudes de nos parents en cette circonstance4 ,mon frre n'avait encore donn aucune preuve de talent littraire1 et il avait sa fortune faire2 il tait donc rationnel de dsirer pour lui un tat moins problmatique que celui de littrateur6 ,pour une vocation telle que celle d',honor1 vocation qu'il justifia si grandement1 que de mdiocrits ont t jetes en des voies malheureuses par une semblable condescendance6 ,aussi celle de mon pre envers son fils fut-elle traite de faiblesse et gnralement blme par tous ceux qui s'intressaient nous4 ,on allait faire perdre mon frre un temps prcieux2 l'tat de littrateur pouvait-il1 en aucun cas1 mener la fortune8 ,honor avait-il l'toffe d'un homme de gnie8 ,tous en doutaient444 ,qu'et-on dit mon pre1 s'il et mis ses amis dans la confidence des offres qui lui avaient t faites8 ,un intime1 un peu brusque et fort absolu1 dclara que1 pour lui1 ,honor n'tait bon qu' faire un expditionnaire6 ,le malheureux avait une belle main1 selon l'expression du matre d'criture qu'on lui avait donn sa sortie du collge4 -- votre place1 ajouta cet ami1 je n'hsiterais pas mettre ,honor dans quelque administration o1 avec votre protection1 il arriverait promptement se suffire4 ,mon pre jugeait alors son fils autrement que cet intime1 et1 ses thories aidant1 il croyait l'intelligence de ses enfants2 il se contenta donc de sourire cette sortie1 tint bon et passa outre4 ,il est prsumer que ses amis se sparrent1 ce soir-l1 en dplorant entre eux l'aveuglement paternel444 ,ma mre1 moins confiante que son mari1 pensa qu'un peu de misre ramnerait promptement ,honor la soumission4 ,elle l'installa donc1 avant notre dpart de ,paris1 dans une mansarde qu'il choisit prs de la bibliothque de l',arsenal1 la seule qu'il ne connt pas et o il se proposait d'aller travailler2 elle meubla strictement sa chambre d'un lit1 d'une table et de quelques chaises1 et la pension qu'elle lui alloua pour y vivre n'et certainement pas suffi ses besoins les plus rigoureux1 si notre mre n'et pas laiss ,paris une vieille femme1 attache depuis vingt ans au service de la famille1 qu'elle chargea de veiller sur lui4 ,c'est cette femme qu'il appelle1 dans ses lettres1 l',iris messagre4 ,passer subitement de l'intrieur d'une maison o il trouvait l'abondance la solitude d'un grenier o tout bien-tre lui manquait1 certes la transition tait dure6 ,il ne se plaignit pas toutefois dans ce rduit1 o il trouvait la libert et portait de belles esprances que ses premires dceptions littraires ne purent teindre4 ,c'est alors que commence cette correspondance conserve par tendresse et qui devint sitt de chers et de prcieux souvenirs4 ,je demande grce pour les badinages familiers que contiennent les premiers fragments que je vais citer4 ,leur caractre intime appelle naturellement l'indulgence4 ,je n'ose les supprimer1 parce qu'ils peignent merveilleusement le caractre primordial de mon frre1 et que le dveloppement successif d'une telle intelligence me semble intressant suivre4 ,dans sa premire lettre1 aprs avoir numr ses frais d'emmnagement 7dtails qui n'taient autres fins que de prouver notre mre qu'il manquait dj d'argent71 il me confie qu'il a pris un domestique4 --,un domestique6444 y penses-tu1 mon frre8 --,oui1 un domestique4 ,il a un nom aussi drle que celui du docteur4 ,le sien s'appelle ,tranquille1 le mien s'appelle ,moi-mme4 ,mauvaise emplette1 vraiment6444 ,moi-mme est paresseux1 maladroit1 imprvoyant4 ,son matre a faim1 a soif2 il n'a quelquefois ni pain ni eau lui offrir2 il ne sait pas mme le garantir contre le vent qui souffle travers sa porte et sa fentre1 comme ,tulou dans sa flte1 mais moins agrablement4 ,suivent les rprimandes du matre au serviteur3 --,moi-mme8444 --,plat-il1 monsieur8 --,regardez cette toile d'araigne o cette grosse mouche pousse des cris m'tourdir8 ,ces moutons qui se promnent sous le lit1 cette poussire sur les vitres qui m'aveugle8444 ,le paresseux regarde et ne bouge pas6 et1 malgr tous ses dfauts1 je ne puis me sparer de cet inintelligent ,moi-mme6444 ,dans sa seconde lettre1 il s'excuse de la premire1 que notre mre avait trouve fort nglige4 ,dis maman que je travaille tant1 que vous crire est mon dlassement6 ,alors1 sauf vot' respect et le mien1 je vais1 comme l'ne de ,sancho1 par les chemins broutant tout ce que je rencontre4 ,je ne fais pas de brouillon 7fi donc6 le coeur ne connat pas les brouillons74 ,si je ne ponctue pas1 si je ne relis pas1 c'est pour que vous me relisiez et pensiez plus longtemps moi6 ,je jette ma plume aux btes1 si ce n'est pas l une finesse de femme6444 ,vous saurez1 mademoiselle1 qu'on conomise pour avoir ici un piano2 quand ma mre et toi vous viendrez me voir1 vous en trouverez un4 ,j'ai pris mes mesures1 en reculant les murs il tiendra1 et si mon propritaire ne veut pas entendre cette petite dpense1 je l'ajouterai l'acquisition du piano1 et le ,songe de ,rousseau 7morceau de ,cramer fort la mode alors7 retentira dans ma mansarde1 o le besoin de songes se fait gnralement sentir4 ,que de travaux il mdite6444 des romans1 des comdies1 des opras-comiques1 des tragdies1 sont sur la liste d'ouvrages faire4 ,il ressemble l'enfant qui a tant de paroles dire qu'il ne sait par o commencer4 ,c'est d'abord ,stella et ,coqsigrue1 deux livres qui ne virent jamais le jour6 ,de tous ses projets de comdie de ce temps1 je me souviens des ,deux ,philosophes1 qu'il et certainement repris ses loisirs4 ,ces prtendus philosophes se moquaient l'un de l'autre1 se querellaient sans cesse1 comme des amis 7disait mon frre en racontant cette pice74 ,ces philosophes1 tout en mprisant les hochets de ce monde1 se les disputaient sans pouvoir les obtenir1 insuccs final qui les raccommodait et leur faisait maudire en commun la dtestable engeance humaine6 ,pour laquelle de ces oeuvres lui faut-il le ,tacite de notre pre1 dont l'dition manque dans la bibliothque de l',arsenal8 ,ce dsir fait le sujet de sa troisime lettre4 ,il me faut absolument le ,tacite de mon pre2 il n'en a pas besoin1 maintenant qu'il est dans la ,chine ou dans la ,bible6444 ,mon pre1 enthousiasm des ,chinois 7peut-tre cause de leur longvit comme peuple71 lisait alors les gros livres des jsuites missionnaires qui ont dcrit la ,chine les premiers2 il annotait aussi de prcieuses ditions de la ,bible qu'il possdait1 livre qui1 en tout temps1 causa son admiration4 ,il ne te faut pas longtemps pour savoir o est la clef de la bibliothque6 ,papa n'est pas toujours chez lui1 il se promne tous les jours6 et le farinier ,godard est l pour m'apporter le ,tacite6 propos1 ,coqsigrue dpasse prsentement mes forces1 il faut le ruminer et attendre pour l'crire4 ,je n'aime pas1 ma chre1 tes travaux historiques et tes tableaux sicle par sicle4 ,pourquoi t'amuser 7et le mot est mal choisi7 refaire l'ouvrage de ,blair8 ,prends-le dans la bibliothque1 il ne doit pas tre loin du ,tacite1 et apprends-le par coeur2 mais quoi bon8 ,une jeune fille en sait assez quand elle ne fricasse pas ,annibal avec ,csar1 ne prend pas le ,trasimne pour un gnral d'arme1 et ,pharsale pour une dame romaine2 lis ,plutarque et deux ou trois livres de ce calibre-l1 et tu seras cale pour toute ta vie1 sans droger ton titre charmant de femme4 ,veux-tu donc devenir une savante8 ,fi6444 fi6444 ,j'ai fait cette nuit un rve dlicieux2 je lisais ,tacite que tu m'avais envoy6444 ,talma joue maintenant ,auguste dans ,cinna4 ,j'ai grand'peur de ne pouvoir rsister l'aller voir2 mais quelle folie6444 mon estomac en tremble6444 ,les nouvelles de mon mnage sont dsastreuses1 les travaux nuisent la propret4 ,ce coquin de ,moi-mme se nglige de plus en plus4 ,il ne descend que tous les trois ou quatre jours pour les achats1 va chez les marchands les plus voisins et les plus mal approvisionns du quartier2 les autres sont trop loin1 et le garon conomise au moins ses pas2 de sorte que ton frre 7destin tant de clbrit7 est dj nourri absolument comme un grand homme1 c'est--dire qu'il meurt de faim6 ,autre sinistre3 le caf fait d'affreux gribouillis par terre2 il faut beaucoup d'eau pour rparer le dgt2 or1 l'eau ne montant pas naturellement dans ma cleste mansarde 7elle y descend seulement les jours d'orage71 il faudra aviser1 aprs l'achat du piano1 l'tablissement d'une machine hydraulique1 si le caf continue s'enfuir1 pendant que matre et serviteur bayent aux corneilles4 ,avec le ,tacite1 n'oublie pas de m'envoyer un couvre-pied2 si tu pouvais y joindre quelque vieillissime chle1 il me serait bien utile4 ,tu ris8 ,c'est ce qui me manque dans mon costume nocturne4 ,il a fallu d'abord penser aux jambes1 qui souffrent le plus du froid2 je les enveloppe du carrick tourangeau que ,grogniart1 de boustiquante mmoire1 cousillonna4 7,grogniart tait un petit tailleur de ,tours1 charg jadis d'ajuster la taille du fils les habits du pre1 et qui ne s'acquittait pas de ce travail la satisfaction d',honor47 ,le susdit carrick n'arrivant qu' mi-corps1 reste le haut1 mal dfendu contre la gele1 qui n'a que le toit et ma veste de molleton traverser pour arriver ma peau fraternelle1 trop tendre1 hlas6 pour le supporter2 de sorte que le froid me pipe4 ,quant la tte1 je compte sur une calotte dantesque1 pour qu'elle puisse braver aussi l'aquilon4 ,ainsi quip1 j'habiterai fort agrablement mon palais6444 ,je finis cette lettre comme ,caton finissait ses discours2 il disait3 ,que ,carthage soit dtruite6 ,moi1 je dis3 ,que le ,tacite soit pris6 et je suis1 chre historienne1 de vos quatre pieds huit pouces1 le trs-humble serviteur4 ,voici une lettre 7d'aot #ahai7 que je copie tout entire1 aprs avoir pralablement donn les explications ncessaires pour la rendre intelligible4 ,mon pre1 pour pargner son fils des froissements d'amour-propre en cas du non-succs de ses esprances1 le disait absent de ,paris4 ,c'tait d'ailleurs un moyen de le prserver de toute tentation mondaine4 ,m4 de ,villers1 dont il parle dans cette lettre1 tait un vieil ami de la famille1 ancien abb et comte de ,lyon1 retir ,nogent1 petit village situ prs de l',isle-,adam4 ,mon frre avait dj fait plusieurs sjours chez lui2 la spirituelle conversation de ce bon vieillard1 ses curieuses anecdotes sur l'ancienne cour1 o il avait obtenu de grands succs1 les encouragements qu'il donnait mon frre1 dont il tait le confident1 avaient fait natre une telle affection entre eux qu',honor appelait plus tard l',isle-,adam son paradis inspirateur4 ,tu veux des nouvelles1 il faut que je les fasse2 personne ne passe dans mon grenier1 je ne peux donc te parler que de moi et t'envoyer autre chose que des fariboles2 exemple3 ,le feu a pris rue ,lesdiguires1 n #i1 la tte d'un pauvre garon1 et les pompiers n'ont pu l'teindre4 ,il a t mis par une belle femme qu'il ne connat pas3 on dit qu'elle demeure aux ,quatre-,nations1 au bout du pont des ,arts2 elle s'appelle la ,gloire4 ,le malheur est que le brl raisonne1 et il se dit3 ,que j'aie ou non du gnie1 je me prpare dans les deux cas bien des chagrins6 ,sans gnie1 je suis flamb6 il faudra passer la vie sentir des dsirs non satisfaits1 de misrables jalousies1 tristes peines6 ,si j'ai du gnie1 je serai perscut1 calomni2 je sais bien qu'alors ,mlle la ,gloire essuiera bien des pleurs6444 ,il serait temps encore de faire partie nulle et de devenir un ,m4 9999991 qui juge tranquillement les autres sans les connatre1 qui jure aprs les hommes d'tat sans les comprendre1 qui gagne au jeu1 mme en cartant les atouts1 l'heureux homme6 et qui pourra bien un jour devenir dput1 parce qu'il est riche1 l'homme parfait6 ,si je gagnais demain un quine la loterie1 j'aurais raison comme lui1 quoi que je fasse ou dise2 mais1 n'ayant pas d'argent pour acheter cette esprance1 je n'ai pas cette merveilleuse chance pour en imposer aux sots6444 ,patraque d'humanit6444 ,parlons plutt de mes plaisirs6 ,j'ai fait hier un boston chez mes propritaires1 o1 aprs avoir entass misres sur piccolos et avoir eu des chances d'innocent 7j'avais peut-tre song ,m4 99999971 j'ai gagn444 trois sols6444 ,maman va dire3 ,allons1 ,honor va devenir joueur6 ,point1 mre1 je veille sur mes passions4 ,j'ai song qu'aprs l'hiver laborieux que je viens de passer1 quelques jours de campagne me seraient bien ncessaires6444 ,non1 maman1 ce n'est pas pour fuir ma bonne vache enrage3 j'aime ma vache2 mais quelqu'un prs de vous vous dira que l'exercice et le grand air sont bien utiles la sant de l'homme6 ,or donc1 comme ,honor ne peut se montrer chez son pre1 pourquoi n'irait-il pas chez le bon ,m4 de ,villers1 qui l'aime jusqu' soutenir le pauvre rebelle8 ,une ide1 mre6 si vous lui criviez pour arranger ce voyage8 ,allons1 c'est comme si c'tait fait2 vous avez beau prendre votre air svre1 on sait que vous tes bonne au fond1 et l'on ne vous craint qu' demi6 ,quand viendrez-vous me voir8 boire mon caf1 manger des oeufs brouills1 raccommods sur un plat que vous m'apporterez8 car si je succombe ,cinna1 il faudra renoncer monter mon mnage et peut-tre mme au piano et la machine hydraulique4 ,l',iris messagre ne vient pas6 ,j'achverai demain cette lettre4 ,,demain4 ,pas d',iris encore6 ,se drangerait-elle8444 7,elle avait soixante-dix ans47 ,je ne la vois jamais qu' la vole et toujours si essouffle qu'elle peut peine me rendre compte du quart de ce que je voudrais savoir4 ,pensez-vous moi autant que je pense vous8 ,criez-vous quelquefois au whist ou au boston3 ,honor1 o es-tu8 ,je ne t'ai pas dit qu'avec l'incendie j'ai eu aussi d'affreuses rages de dents4 ,elles ont t suivies d'une fluxion qui me rend prsentement hideux4 ,qui dit3 ,fais arracher8 ,que diable6 on tient ses dents1 et il faut mordre1 d'ailleurs1 quelquefois dans mon tat1 quand ce ne serait qu'au travail6 ,j'entends le souffle de la desse4 ,,xii4 ,son pre alors avait perdu son emploi officiel2 il n'avait de ressources que dans ses esprances2 ses esprances problmatiques ne reposaient que sur l'entreprise alatoire et longue chance de la tontine ,lafarge dont il tait directeur4 ,il s'tait retir1 aprs de longues et dlicates contestations1 dans une petite maison de campagne achete non loin de ,paris4 ,balzac commenait la vie par ce qu'il y a de plus difficile1 gagner le moyen de vivre4 ,il avait quitt l'avou et le notaire chez lesquels on l'avait plac3 il n'y avait gagn que les connaissances techniques de lgislation pratique qui lui furent utiles plus tard dans ses ouvrages1 et le profond dgot de ces occupations mercenaires que sa belle imagination ddaignait2 il commenait penser la gloire1 premier et dernier rve des grands coeurs4 ,,xiii4 ,il conut dans son grenier une tragdie de ,cromwell2 mais il n'tait pas n pote1 le vers l'embarrassait3 il succomba sous l'effort4 ,ah6 soeur1 crit-il1 aprs l'preuve d'une lecture sans succs1 que j'ai de tourments6 ,je ferai une ptition au pape pour la premire niche de martyr vacante6 ,je viens de dcouvrir mon rgicide un dfaut de conformation et il fourmille de mauvais vers6 ,je suis aujourd'hui un vrai ,pater dolorosa4 ,si je suis un misrable rimailleur1 il faut se pendre4 ,je ressemble1 avec ma pauvre tragdie1 ,perrette au pot au lait1 et ma comparaison ne sera peut-tre que trop relle6444 ,il faut pourtant russir cette oeuvre1 et1 cote que cote1 avoir quelque chose de fini quand maman me demandera compte de mon temps6 ,je passe les nuits au travail2 ne lui en dis rien1 car elle s'inquiterait4 ,quelles peines donne l'amour de la gloire6 ,vivent les piciers1 morbleu6 ils vendent tout le jour1 comptent le soir leur gain1 se dlectent de temps autre quelque affreux mlodrame1 et les voil heureux6444 ,oui1 mais ils passent leur temps entre le gruyre et le savon4 ,vivent plutt les gens de lettres2 oui1 mais ils sont tous gueux d'argent et seulement riches de morgue4 ,bah6 laissons faire les uns et les autres1 et vive tout le monde6 ,,xiv4 ,il se plaint sa soeur de ce que l'huile de sa lampe lui cote plus cher que son morceau de pain4 ,mais il aime toujours sa mansarde3 ,le temps que j'y passerai sera pour moi une source de doux souvenirs4 ,vivre ma fantaisie1 travailler selon mon got et ma guise1 ne rien faire de srieux1 m'endormir sur l'avenir que je me fais beau1 penser vous en vous sachant heureuses1 avoir pour matresse la ,julie de ,rousseau1 la ,fontaine et ,molire pour amis1 ,racine pour matre1 le cimetire du ,pre ,lachaise pour promenade6444 ah6 si cela pouvait durer toujours8 ,je suis plus engou que jamais de ma carrire par une foule de raisons dont je ne dduirai que celles que tu n'aperois peut-tre pas4 ,nos rvolutions sont loin d'tre termines2 la manire dont les choses s'agitent1 je prvois encore bien des orages4 ,bon ou mauvais1 le systme reprsentatif exige d'immenses talents1 les grands crivains seront ncessairement recherchs dans les crises politiques2 ne runissent-ils pas la science1 l'esprit d'observation et la profonde connaissance du coeur humain8 ,si je suis un gaillard 7c'est ce que nous ne savons pas encore1 il est vrai71 je puis avoir un jour autre chose que l'illustration littraire2 et ajouter au titre de grand crivain celui de grand citoyen1 est une ambition qui peut tenter aussi6444 ,,xv4 ,la triste preuve de sa tragdie faite et accepte1 il tombe nerv1 dcourag1 maigri1 chez sa mre1 elle le garda quatre ans1 mais non oisif4 ,ce fut alors qu'il fit seulement sa grande faute1 pour vivre et donner leur insu quelque aisance ses parents4 ,il se lia avec des libraires1 et sacrifia quelque temps sa conscience ses besoins4 ,il crivit ses ,contes drolatiques1 ouvrage de mosaque trs-habilement conu et excut1 qui lui firent une rputation de mauvais aloi et quelque argent4 ,comme langue1 rien ne contribua plus le former au travail difficile de parodier un sicle dans un autre sicle4 ,c'tait une gaiet triste au fond1 un dsespoir de verve qui lui donnait la conscience de son prodigieux talent1 mais le repentir de l'usage qu'il en faisait4 ,il faut1 comme lui1 glisser sur cette jeunesse qui passe comme un orage du matin4 ,ne reprochons pas l'homme ce qu'il se reproche le premier1 le prix un peu honteux que la vie lui cote1 prix d'autant plus cher qu'il est plus prt le regretter4 ,en lisant ses ,contes drolatiques1 on se souvient de ,mirabeau crivant1 ,vincennes1 des romans orduriers pour envoyer une femme purement adore le prix du vice qui le rendait indigne d'elle4 ,,xvi4 ,sa soeur s'tait marie un homme distingu en ,normandie1 ,m4 de ,surville4 ,il lui crit demi son mpris pour lui-mme pendant qu'on imprime ses ,contes ,paris4 ,tu me demandes des dtails des ftes1 et je n'ai aujourd'hui que des tristesses au coeur6 ,je me trouve le plus malheureux des malheureux qui vivotent sous cette belle calotte cleste que l'ternel a brillante de ses mains puissantes6 ,des ftes6444c'est une triste litanie que j'ai t'envoyer4 ,mon pre1 en revenant du mariage de ,laurence 7il avait t clbr ,paris71 a eu dans sa voiture l'oeil gauche dchir par le fouet de ,louis1 triste prsage444 ,le fouet de ,louis toucher cette belle vieillesse1 notre joie et notre orgueil tous6 ,le coeur saigne6 ,on a cru d'abord le mal plus grand qu'il n'est1 heureusement6 ,le calme apparent de mon pre me faisait peine1 j'aurais prfr des plaintes1 je me serais figur que des plaintes l'auraient soulag6 mais il est si fier1 bon droit1 de sa force morale1 que je n'osais mme le consoler1 et la douleur du vieillard fait autant souffrir que celle d'une femme6 ,je ne pouvais ni penser ni travailler2 il faut pourtant crire1 crire tous les jours pour conqurir l'indpendance qu'on me refuse6 ,essayer de devenir libre coups de romans1 et quels romans6 ,ah6 ,laure1 quelle chute de mes projets de gloire6 ,avec quinze cents francs de rente assurs1 je pourrais travailler ma clbrit1 mais il faut le temps pour de pareils travaux1 et il faut vivre d'abord6 ,je n'ai donc que cet ignoble moyen pour m'indpendantiser6 ,fais donc gmir la presse1 mauvais auteur 7et le mot n'a jamais t si vrai76 ,si je ne gagne pas promptement de l'argent1 le spectre de la place reparatra1 je ne serai pas notaire toutefois1 car ,m4 ,t444 vient de mourir4 ,mais je crois que ,m4 999999 me cherche sourdement une place3 quel terrible homme6 ,comptez-moi pour mort si on me coiffe de cet teignoir3 je deviendrai un cheval de mange qui fait ses trente ou quarante tours l'heure1 mange1 boit1 dort des instants rgls d'avance4 ,et l'on appelle vivre cette rotation machinale1 ce perptuel retour des mmes choses6444 ,encore si quelqu'un jetait un charme quelconque sur ma froide existence6 ,je n'ai pas les fleurs de la vie et je suis pourtant dans la saison o elles s'panouissent6 quoi bon la fortune et les jouissances quand ma jeunesse sera passe8 ,qu'importe des habits d'acteur si l'on ne joue plus de rle8 ,le vieillard est un homme qui a dn et qui regarde les autres manger1 et moi1 jeune1 mon assiette est vide et j'ai faim6 ,laure1 ,laure1 mes deux seuls et immenses dsirs1 tre clbre et tre aim1 seront-ils jamais satisfaits8444 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,je t'envoie deux nouveaux ouvrages2 ils sont encore fort mauvais et fort peu littraires surtout6 ,tu trouveras dans l'un des deux quelques plaisanteries assez drles et des espces de caractres1 mais un plan dtestable4 ,le voile ne tombe1 malheureusement1 qu'aprs l'impression1 et1 quant aux corrections1 il n'y faut pas songer1 elles coteraient plus que le livre4 ,le seul mrite de ces deux romans1 ma chre1 est le millier de francs qu'ils me rapportent1 mais la somme n'a t rgle qu'en billets longues chances8 ,seront-ils pays8 ,je commence1 toutefois1 tter et reconnatre mes forces2 sentir ce que je vaux et sacrifier la fleur de ses ides de pareilles inepties6 ,il y a de quoi pleurer4 ,ah6 si j'avais ma pte1 j'aurais bien vite ma niche et j'crirais des livres qui resteraient peut-tre6 ,mes ides changent tellement que le faire changerait bientt6 ,encore quelque temps1 et il y aura entre le moi d'aujourd'hui et le moi de demain la diffrence qui existe entre le jeune homme de vingt ans et l'homme de trente6 ,je rflchis1 mes ides mrissent1 je reconnais que la nature m'a trait favorablement en me donnant mon coeur et ma tte4 ,crois-moi1 chre soeur1 car j'ai besoin d'une croyante1 je ne dsespre pas d'tre un jour quelque chose2 car je vois aujourd'hui que ,cromwell n'avait pas mme le mrite d'tre un embryon2 quant mes romans1 ils ne valent pas le diable1 mais ils ne sont pas si tentateurs4 ,,xvii4 ,il va ,bayeux chez son beau-frre4 ,la misre l'y suit4 ,il veut tenter la fortune par une grande entreprise4 ,il s'associe un vieil ami pour diter des livres4 ,il choue et perd les deux fortunes4 ,sa double dette l'crase2 il veut persvrer2 sa famille lui donne par anticipation de quoi payer son brevet d'imprimeur4 ,il choue plus irrmdiablement une seconde fois4 ,on le console en le relguant dans les ouvrages lgers4 ,ce mpris l'irrite3 ,il faudra que je meure1 crit-il1 pour qu'on sache ce que je vaux6 ,il tombe dans le dcouragement1 non de lui-mme1 mais de la fortune4 ,il nglige d'aller voir ses parents4 ,voici comment il s'excuse devant sa soeur3 ,ta lettre m'a donn deux dtestables jours et deux dtestables nuits4 ,je ruminais ma justification de point en point1 comme le mmoire de ,mirabeau son pre1 et je m'enflammais dj ce travail2 mais je renonce l'crire1 je n'ai pas le temps1 ma soeur1 et je ne me sens d'ailleurs aucun tort6444 ,on me reproche l'arrangement de ma chambre2 mais les meubles qui y sont m'appartenaient avant ma catastrophe6 ,je n'en ai pas achet un seul6 ,cette tenture de percale bleue qui fait tant crier tait dans ma chambre l'imprimerie4 ,c'est ,latouche et moi qui l'avons cloue sur un affreux papier qu'il et fallu changer6 ,mes livres sont mes outils1 je ne puis les vendre2 le got1 qui met tout chez moi en harmonie1 ne s'achte pas 7malheureusement pour les riches72 je tiens1 au surplus1 si peu toutes ces choses1 que si l'un de mes cranciers veut me faire mettre secrtement ,sainte-,plagie1 j'y serai plus heureux1 ma vie ne me cotera rien1 et je ne serai pas plus prisonnier que le travail ne me tient captif chez moi4 ,un port de lettre1 un omnibus1 sont des dpenses que je ne puis me permettre1 et je ne sors pas pour ne pas user d'habits6 ,ceci est-il clair8 ,ne me contraignez donc plus des voyages1 des dmarches1 des visites qui me sont impossibles1 n'oubliez pas que je n'ai plus que le temps et le travail pour richesse1 et que je n'ai pas de quoi faire face aux dpenses les plus minimes4 ,si vous songiez aussi que je tiens toujours forcment la plume1 vous n'auriez pas le courage d'exiger des correspondances6 crire quand on a le cerveau fatigu et l'me remplie de tourments6 ,je ne pourrais que vous affliger2 quoi bon8444 ,vous ne comprenez donc pas qu'avant de me mettre au travail1 j'ai quelquefois rpondre sept ou huit lettres d'affaires8 ,j'ai encore une quinzaine de jours passer sur les ,chouans2 jusque-l1 pas d',honor2 autant vaudrait dranger le fondeur pendant la coule4 ,ne me crois aucun tort1 chre soeur2 si tu me donnais cette ide1 j'en perdrais la cervelle4 ,si mon pre tait malade1 tu m'avertirais1 n'est-ce pas8 ,tu sais bien qu'alors aucune considration humaine ne m'empcherait de me rendre prs de lui4 ,il faut que je vive1 ma soeur1 sans jamais rien demander personne2 il faut que je vive pour travailler afin de m'acquitter envers tous6 ,mes ,chouans termins1 je vous les porterai2 mais je ne veux en entendre parler ni en bien ni en mal2 une famille1 des amis1 sont incapables de juger l'auteur4 ,merci1 cher champion dont la voix gnreuse dfend mes intentions4 ,vivrai-je assez pour payer aussi mes dettes de coeur8444 ,,xviii4 ,il vcut 7si c'est l vivre7 de cette misre jusqu'en #ahcc4 ,de #ahcc #ahdh1 c'est sa moisson2 retir tantt dans une solitude anonyme de ,paris ou des environs1 affectant quelquefois un certain luxe pour imiter ,walter ,scott1 et doubler ainsi l'oeil le prix de ses propres oeuvres1 il se btit ,ville-d',avray une maison en apparence idale1 qui s'croule bientt aprs comme un rve4 ,mais son talent grandit4 ,la liste de ses livres pendant ces fcondes annes est longue4 ,tout est crit de sa main1 et recorrig deux fois sous la main de l'imprimeur4 ,cela suppose un travail qui fait reculer le calcul4 ,il s'isole1 il se drobe1 il crit sa soeur qui s'en plaint1 il fuit quelquefois la campagne auprs de ,tours1 chez des amis4 ,il y compose ses meilleurs volumes4 ,il s'y apaise1 il y respire1 il y crit sa soeur3 ,merci1 ma soeur2 le dvouement des coeurs aims nous fait tant de bien6 ,tu m'as rendu cette nergie qui m'a fait surmonter jusqu'ici les difficults de ma vie6 ,oui1 tu as raison1 je ne m'arrterai pas1 j'avancerai1 j'atteindrai le but1 et tu me verras un jour compt parmi les grandes intelligences de mon pays6 ,mais quels efforts pour arriver l6 ils brisent le corps1 et1 la fatigue venue1 le dcouragement suit6 ,louis ,lambert m'a cot tant de travaux6 ,que d'ouvrages il m'a fallu relire pour crire ce livre6 ,il jettera peut-tre un jour ou l'autre la science dans des voies nouvelles4 ,si j'en avais fait une oeuvre purement savante1 il et attir l'attention des penseurs qui n'y jetteront pas les yeux4 ,mais si le hasard met1 un jour ou l'autre1 ,louis ,lambert entre leurs mains1 ils en parleront peut-tre6444 ,je crois ,louis ,lambert un beau livre6 ,nos amis l'ont admir ici1 et tu sais qu'ils ne me trompent pas6 ,pourquoi revenir sur sa terminaison8 ,tu connais la raison qui me l'a fait choisir6 ,tu as toujours peur4 ,cette fin est probable1 et de tristes exemples ne la justifient que trop3 le docteur n'a-t-il pas dit que la folie est toujours la porte des grandes intelligences qui fonctionnent trop8444 ,encore merci de ta lettre1 et pardonne au pauvre artiste le dcouragement qui l'a rendue ncessaire4 ,la partie engage1 je joue si gros jeu6 ,il faut toujours progresser4 ,mes livres sont les seules rponses que je veuille jamais faire ceux qui commencent m'attaquer4 ,que leurs critiques ne te proccupent pas trop2 elles sont de bons pronostics3 on ne discute pas la mdiocrit6444 ,oui1 tu as raison1 mes progrs sont rels1 et mon courage infernal sera rcompens4 ,persuade-le aussi ma mre1 chre soeur1 dis-lui de me faire l'aumne de sa patience2 ses dvouements lui seront compts6 ,un jour1 je l'espre1--un peu de gloire lui payera tout6 ,pauvre mre6 cette imagination qu'elle m'a donne la jette perptuellement du nord au midi et du midi au nord3 de tels voyages fatiguent2 je le sais aussi1 moi6 ,dis ma mre que je l'aime comme lorsque j'tais enfant4 ,des larmes me gagnent en t'crivant ces lignes1 larmes de tendresse et de dsespoir1 car je sens l'avenir1 et il me faut cette mre dvoue au jour du triomphe6 ,quand l'atteindrai-je8 ,soigne bien notre mre1 ,laure1 pour le prsent et pour l'avenir4 ,quant toi et ton mari1 ne doutez jamais de mon coeur2 si je ne puis vous crire1 que votre tendresse soit indulgente1 n'incriminez jamais mon silence2 dites-vous3 ,il pense nous1 il nous parle2 entendez-moi1 mes bons amis1 vous1 mes plus vieilles et mes plus sres affections6 ,en sortant de mes longues mditations1 de mes travaux accablants1 je me repose dans vos coeurs comme dans un lieu dlicieux o rien ne me blesse6 ,quelque jour1 quand mes oeuvres seront dveloppes1 vous verrez qu'il a fallu bien des heures pour avoir pens et crit tant de choses2 vous m'absoudrez alors de tout ce qui vous aura dplu1 et vous pardonnerez1 non l'gosme de l'homme 7l'homme n'en a pas71 mais l'gosme du penseur et du travailleur4 ,je t'embrasse1 chre consolatrice qui m'apportes l'esprance1 baiser de tendre reconnaissance2 ta lettre m'a ranim2 aprs sa lecture1 j'ai pouss un hourra joyeux4 99 99 99 99 99 ,la liste de ses ouvrages1 avec la date qu'il leur assigna aprs les avoir remanis1 peut seule faire comprendre la valeur de ses travaux1 car peu de lecteurs ignorent l'importance de ces livres4 #ahbg4 7,fin de7 ,les ,chouans4 #ahbh4 ,catherine de ,mdicis4 #ahbi4 ,la ,physiologie du mariage1 ,gloire et malheur1 le ,bal de ,sceaux1 il ,vertugo1 la ,paix du mnage4 #ahcj4 ,la ,vendetta1 une ,double ,famille1 tude de femme1 ,gobseck1 autre tude de femme1 la ,grande ,bretche1 ,adieu1 l'lixir de longue vie1 ,sarrazine1 la ,peau de chagrin4 #ahca4 ,madame ,firmiani1 le ,rquisitionnaire1 l',auberge rouge1 ,matre ,cornlius1 les ,proscrits1 un pisode sous la ,terreur1 ,jsus-,christ en ,flandre4 #ahcb4 ,la ,bourse1 la ,femme abandonne1 la ,grenadire1 le ,message1 les ,marana1 ,louis ,lambert1 l',illustre ,gaudissart1 le colonel ,chabert1 une ,passion dans le ,dsert1 le ,chef-d'oeuvre inconnu1 le ,cur de ,tours4 #ahcc4 ,sraphita1 ,eugnie ,grandet1 ,ferragus1 le ,mdecin de campagne4 #ahcd4 ,un ,drame au bord de la mer1 la ,duchesse de ,langeais1 la ,fille aux yeux d'or1 le ,pre ,goriot1 la ,recherche de l'absolu4 #ahce4 ,le ,contrat de mariage1 la ,femme de trente ans1 le ,lis dans la ,valle1 ,melmoth rconcili4 #ahcf4 ,la ,vieille ,fille1 l',enfant maudit1 ,facino ,cane1 la ,messe de l',athe1 l',interdiction4 #ahcg4 ,le ,cabinet des antiques1 la maison ,nucingen1 ,gambara1 ,csar ,birotteau4 #ahch4 ,une ,fille d've1 les ,employs1 ou la ,femme suprieure4 #ahci4 ,pierre ,grassou1 les ,secrets de la princesse de ,cadignan1 ,massimila ,doni1 ,pierrette4 #ahdj4 ,z4 ,marcas1 la ,revue parisienne4 #ahda4 ,mmoires de deux jeunes maries1 ,ursule ,mirouet1 une ,tnbreuse ,affaire4 #ahdb4 ,la ,fausse ,matresse1 ,albert ,savarus1 un ,dbut dans la vie1 un ,mnage de garon1 ou les ,deux ,frres4 #ahdc4 ,honorine1 ,splendeurs et ,misres des courtisanes1 ,illusions perdues4 #ahdd4 ,batrix1 ,modeste ,mignon1 ,gaudissart ,,ii4 #ahde4 ,un ,prince de la ,bohme1 ,esquisse d'homme d'affaires1 ,envers de l'histoire contemporaine1 le ,cur de village4 ,il voyage deux fois en ,italie et en ,sardaigne pour une spculation colossale sur les scories des mines antiques mal exploites par les ,romains4 ,il croit tenir la richesse2 on la lui drobe4 ,,xix4 ,enfin il pense renouer ses oeuvres immortelles par un lien qui leur donne l'unit4 ,il conoit la ,comdie humaine1 sujet que nous avons tous conu1 le pome pique universel sous forme de romans successifs4 ,il s'y dvoue1 il s'y absorbe1 il expire sans l'avoir termin4 ,je suis si triste aujourd'hui1 qu'il doit y avoir quelque sympathie sous cette tristesse4 ,quelqu'un de ceux que j'aime serait-il malheureux8 ,ma mre est-elle souffrante8 ,o est mon bon ,surville8 est-il bien de corps et d'me8 ,avez-vous des nouvelles de ,henri8 sont-elles bonnes8 ,toi ou tes petites1 seriez-vous malades8 ,rassurez-moi vite sur tous ces chers sujets4 ,mes essais de thtre vont mal1 il faut y renoncer pour le moment4 ,le drame historique exige de grands effets de scne que je ne connais pas et qu'on ne trouve peut-tre que sur place1 avec des acteurs intelligents4 ,quant la comdie1 ,molire1 que je veux suivre1 est un matre dsesprant2 il faut des jours sur des jours pour arriver quelque chose de bien en ce genre1 et c'est toujours le temps qui me manque4 ,il y a d'ailleurs d'innombrables difficults vaincre pour aborder n'importe quelle scne1 et je n'ai pas le loisir de jouer des jambes et des coudes2 un chef-d'oeuvre seul1 et mon nom m'en ouvriraient les portes2 mais je n'en suis pas encore aux chefs-d'oeuvre4 ,ne pouvant compromettre ma rputation1 il faudrait trouver des prte-noms2 c'est du temps perdre1 et le fcheux1 c'est que je n'ai pas le moyen d'en perdre6 ,je le regrette2 ces travaux1 plus productifs que mes livres1 m'auraient plus promptement tir de peine4 ,mais il y a longtemps que les angoisses et moi nous nous sommes mesurs1 je les ai domptes1 je les dompterai encore4 ,si je succombe1 c'est le ciel qui l'aura voulu1 et non pas moi4 ,la vivacit d'impression que mes chagrins te causent devrait m'interdire de t'en parler1 mais le moyen de ne pas pancher mon coeur trop plein prs de toi8 ,c'est mal1 cependant2 il faut une organisation robuste qui vous manque1 vous autres femmes1 pour supporter les tourments de la vie de l'crivain4 ,je travaille plus que je ne le voulais1 que veux-tu8 ,quand je travaille1 j'oublie mes peines1 c'est ce qui me sauve2 mais toi1 tu n'oublies rien6 ,il y a des gens qui s'offensent de cette facult1 ils redoublent mes tourments en ne me comprenant pas6 ,je devrais faire assurer ma vie pour laisser1 en cas de mort1 une petite fortune ma mre2 toutes dettes payes1 pourrais-je supporter ces frais8 je verrai cela mon retour4 ,le temps que durait jadis l'inspiration produite par le caf diminue2 il ne donne plus maintenant que quinze jours d'excitation mon cerveau1 excitation fatale1 car elle me cause d'horribles douleurs d'estomac4 ,c'est au surplus le temps que ,rossini lui assigne pour son compte4 ,laure1 je fatiguerai tout le monde autour de moi et ne m'en tonnerai pas4 ,quelle existence d'auteur a t autrement8 mais j'ai aujourd'hui la conscience de ce que je suis et de ce que je serai6 ,quelle nergie ne faut-il pas pour garder sa tte saine quand le coeur souffre autant6 ,travailler nuit et jour1 se voir sans cesse attaqu quand il me faudrait la tranquillit du clotre pour mes travaux6 ,quand l'aurai-je8 l'aurai-je un seul jour6 que dans la tombe peut-tre6444 on me rendra justice alors1 je veux l'esprer6444 ,mes meilleures inspirations ont toujours brill1 au surplus1 aux heures d'extrmes angoisses2 elles vont donc luire encore6444 ,je m'arrte1 je suis trop triste2 le ciel devait un frre plus heureux une soeur si affectionne6444 ,mon frre tait alors accabl par un grand chagrin de coeur2 je ne peux publier de sa volumineuse correspondance que ce qui a rapport lui ou ses oeuvres1 et le montrer que sous l'aspect de fils ou de frre2 ces restrictions privent le public de quelques pages intressantes1 notamment de celles qu'il m'adressa aprs la mort d'une personne bien chre4 ,c'est ce que j'ai lu de plus loquent dans l'expression de la douleur4 ,,xx4 ,c'est vers ce temps qu'il imagina de prendre son rang1 la gloire et la fortune d'assaut par un coup de main4 ,il crivit deux drames3 ,vautrin et ,mercadet4 ,deux pices de ,figaro4 ,l'une choua comme scandale2 l'autre expira de langueur4 ,il croyait fermement que ,mercadet1 pris dans la passion industrielle de la bourgeoisie1 serait le ,figaro du sicle4 ,je me souviens qu'il vint plusieurs fois ayant la fivre de son succs chez moi pour me conjurer de l'entendre1 de le voir1 d'assister aux rptitions4 ,je consentis2 j'allai aux rptitions4 ,je fus peu touch4 ,rien ne put le dsenchanter de son illusion2 on le joua sans succs4 ,il tait comme moi-mme1 mal n pour la scne3 il n'y avait pas assez d'espace pour ses conceptions4 ,,xxi4 ,c'est peu de temps avant cette poque que la beaut1 l'amour1 l'esprit et la fortune parurent d'un seul coup vouloir dpasser par la ralit tous les rves de son pass4 ,une jeune et aimable trangre1 une de ces femmes dont l'imagination est une puissance1 conut pour lui une ardente passion4 ,c'tait une ,polonaise1 une ,orientale1 une personne attache1 dit-on1 par devoir un vieil poux dont la sant expirante devait assurer bientt la libert4 ,elle adorait ,balzac1 comme crivain4 ,elle lui confirma par lettres le penchant de son coeur2 il fut fascin et enivr par une amiti qui ne cotait rien la vertu4 ,j'ignore le lieu o ils se rencontrrent4 tait-ce ,milan8 tait-ce en ,pologne ou en ,russie8 ,rien n'est plus difficile que de percer le mystre des voyages de ,balzac2 ce que j'en sais1 je ne le sais que de lui-mme1 longtemps avant l'vnement qui dnoua par un trop court mariage le noeud de sa vie4 ,je le rencontrai un jour dans une des sombres alles d'arbres qui s'tendent solitaires entre la ,chambre des dputs et le palais des ,invalides4 ,il m'aborda avec l'empressement d'un homme heureux qui brle de faire partager son bonheur encore cach un ami4--,que faites-vous8 lui dis-je4 ,j'attends1 me rpondit-il1 la flicit des anges ici-bas4 ,j'aime1 je suis aim par la plus charmante femme inconnue qui soit sur la terre4 ,elle est jeune1 elle est libre1 elle a une fortune indpendante qui ne se calcule que par millions de revenu4 ,de courtes convenances l'empchent seules de me donner sa main2 mais dans peu de mois elle en est affranchie1 et je suis aussi sr de mon bonheur que de son amour6 ,voil1 mon cher ,lamartine1 l'tat o je vis en ce moment2 j'ai d vous le cacher jusqu' ce jour1 mais maintenant rien ne m'empche de me confier votre amiti2 vous voyez en moi le plus heureux des hommes6 ,j'avoue que je crus un de ces songes qu'il avait si longtemps poursuivis1 et que je me sparai de lui incrdule1 mais sans lui tmoigner mon incrdulit4 ,c'tait moi qui me trompais4 ,peu de mois aprs ce jour1 j'appris que ,balzac tait parti pour un voyage nigmatique1 et qu'il tait mari4 son retour1 il vint me voir4 ,j'allai lui rendre visite dans le magnifique htel du quartier ,beaujon1 o sa femme avait recueilli ce chevalier errant de tous les songes4 ,il n'tait pas chez lui4 ,mais le luxe de l'ameublement1 des jardins1 des antichambres1 attestait la ralit de ce qu'il m'avait confi quelques mois avant4 ,je me rjouis de ce miracle de l'amour4 ,hlas6 comme tous les miracles1 il ne devait durer qu'un moment4 ,le bonheur de ,balzac fut un clair2 son travail assidu l'avait us2 un rve lui enleva ce que tant de rves lui avaient cot4 ,il n'eut que la perspective du repos dans la gloire4 ,une maladie de coeur l'emporta4 ,il mourut au milieu des dlices et des splendeurs auxquelles il avait aspir4 ,homme d'imagination1 rcompens en imagination4 ,mais au moins il ne mourut pas dans les angoisses qui avaient consum sa vie4 ,sa veuve avait achet sur la route de ,fontainebleau une belle colline boise ,villeneuve-le-,roi1 au sommet de laquelle elle habite avec l'ombre de son mari1 un grand nom qui grandira sans cesse4 ,,xxii4 ,voil l'homme dans ,balzac4 ,il avait eu1 au milieu de beaucoup de chimres1 un rare bon sens1 celui de rduire son ambition politique sa juste valeur et de renoncer de bonne heure cet axiome faux3 ,j'ajouterai peut-tre le titre de grand citoyen au titre d'homme littraire4 ,il avait espr un moment que l'estime de ses compatriotes le porterait la dputation3 il n'en fut rien2 on reconnut promptement que son loquence1 toute de coeur1 ne convenait pas au rgime parlementaire1 qui vit de parti et non de vrit4 ,je l'ai entendu souvent1 chez madame de ,girardin1 s'abandonner au torrent de sa belle et fougueuse indignation contre ces fausses fureurs et ces fausses promesses des oppositions aux gouvernements qui n'avaient d'autres crimes que de n'tre pas aims4 ,quant lui1 il tait ais de voir qu'il tait de race et de sang lgitimistes1 c'est--dire qu'il croyait la puissance de la tradition et des moeurs avant tout2 le commandement et l'obissance par l'habitude1 c'tait pour lui tout le gouvernement4 ,les thories1 les systmes1 les socialismes1 n'taient rien pour lui2 des expriences hasardes sur des millions d'hommes ignorants ou passionns lui paraissaient des btises ou des crimes4 ,laissez cela faire aux avocats et prconiser aux journalistes1 deux espces de publicistes pour lesquels il ne dissimulait pas son ddain4--,le gouvernement parlementaire1 disait-il avec l'ironie profonde de sa bonne foi1 est le rgime des sophistes ou des bavards4 ,dieu n'a cr qu'une forme et qu'un moyen de volont1 c'est l'unit4 ,la divergence des volonts1 en effet1 c'est l'immobilit ou l'anarchie4 ,l'anarchie1 c'est la mort violente de l'espce humaine4 ,l'immobilit1 c'est sa mort lente4 ,si l'homme tait capable de profiter de l'exprience1 il reconnatrait que le gouvernement parlementaire n'est bon qu' renverser successivement tous les rgimes qui l'admettent4 ,en #aghi1 le jour o ,mirabeau l'introduisit par sa phrase fameuse ,m4 de ,brz3 ,allez dire votre matre que nous sommes ici par la volont du peuple1 et que nous n'en sortirons que par la force des baonnettes1 la rvolution est faite2 ,mirabeau se dshonore et se dpopularise en essayant de la diriger en sens inverse4 ,louis ,,xvi tombe sous ses fureurs2 les ,girondins prissent pour avoir voulu la modrer2 ,vergniaud1 ,marat1 ,danton1 ,camille ,desmoulins1 ,robespierre lui-mme1 sont dvors par le rgime qu'ils ont cr2 la ,convention est dcime par sa propre nature2 le ,directoire excutif tente vainement ses coups d'tat contre le gouvernement parlementaire1 ,bonaparte le renverse du vent de son pe2 il renverse lui-mme ,bonaparte en #ahad4 ,les ,bourbons reviennent1 le gouvernement parlementaire les laisse tomber et fuir jusqu' ,gand2 ,waterloo les rend ncessaires pour sauver la nation2 le gouvernement parlementaire abandonne ,bonaparte ,sainte-,hlne2 il fait du gouvernement de ,louis ,,xviii un tiraillement sans repos pendant tout son rgne4 ,le gouvernement parlementaire provoque la lutte avec ,charles ,x2 le gouvernement parlementaire triomphe et renvoie le roi l'exil4 ,le duc d',orlans s'offre ce rgime1 il est accept avec enthousiasme2 dix-huit ans aprs il est congdi avec plus d'enthousiasme encore2 la rpublique de ncessit sauve la ,france2 le gouvernement parlementaire se hte de choisir parmi les candidats celui qui doit le renverser4 ,la ,france redevint militaire et calme1 sous un despotisme intelligent et modr2 le gouvernement parlementaire recommence poindre dans les coalitions d'opinions incompatibles4 ,dix gouvernements renverss en un demi-sicle attestent en vain que ce gouvernement ne sait ni se fonder ni se dfendre4 ,proclamez maintenant la perfection et la permanence d'un gouvernement qui ne sait ni s'tablir ni durer6 ,voil son histoire6 ,jugez-le par ses oeuvres4 ,,xxiii4 ,mais jugez-le aussi par sa nature1 continuait-il4 ,quand une nation va prir et qu'elle le sent1 que fait-elle8 ,elle invoque le remde1 le pouvoir une seule tte1 la dictature4 ,l'arme1 ou la volont active de la nation1 se donne un dictateur2 il frappe droite et gauche1 il se dfait des gouvernements parlementaires1 obstacle tout1 au bien comme au mal4 ,il rgne3 si c'est avec folie1 il tombe entranant avec lui arme et nation2 si c'est avec rflexion et mesure1 il continue ou perptue son rgne1 il peut mme fonder une dynastie ou une monarchie hrditaire4 ,que lui faut-il pour cela8--,un conseil d'tat nomm par lui et une arme chez un peuple militaire4 ,mais1 le jour o il fonderait un gouvernement deux ou trois ttes1 un gouvernement parlementaire dans l'lection duquel il n'interviendrait pas1 il pourrait mesurer sa dchance au progrs fait par ce gouvernement4 ,le jour o le gouvernement parlementaire serait achev1 il crerait de nouveau la force contre la force1 c'est--dire le gouvernement de quelques-uns contre un4 ,la rvolution serait faite6 ,l'unit de volont est ncessaire mme dans la rpublique4 ,le premier magistrat d'une rpublique doit tre un dictateur temps2 sans quoi il n'est rien4 ,voyez l'arme6 ,qui fait sa force8 ,c'est son gnral1 soit pour un jour1 soit pour un temps4 ,mettez deux chefs ou dix chefs avec des droits gaux la tte de votre arme3 elle cesse d'exister2 elle a deux esprits ou dix volonts1 c'est--dire pas une4 ,voil pourquoi les gouvernements parlementaires les plus libres n'ont jamais reconnu l'arme sous les armes le droit lectoral4 ,je me trompe2 le gouvernement parlementaire de #ahdi a nomm une fois deux chefs et deux armes3 l'un de la rive gauche de la ,seine sous le parlement1 l'autre de la rive droite sous le prsident de la rpublique4 ,quinze jours aprs1 le gouvernement n'existait plus4 ,le coup d'tat tait devenu invitable1 le pouvoir parlementaire s'tait suicid6 ,je l'avais prdit6 ,qu'on lise mon avant-dernier numro de mes ,conseils au peuple6 ,le gouvernement est un monologue1 pendant qu'il gouverne toute anarchie est un dialogue4 ,on dlibre avec un dialogue1 on ne gouverne pas4--,mais1 dit-on1 la majorit sans cesse dplace par un discours ou par une intrigue fait la loi8--,voyez la ,belgique1 o ni majorit ni minorit ne peuvent en sortir4 ,le gouvernement parlementaire refuse de gouverner3 la volont nationale est paralyse par la nation elle-mme4 ,qu'adviendra-t-il8 ou un coup d'tat ou une rvolution4 ,voil le gouvernement parlementaire ou le gouvernement des factions4--,la responsabilit n'est nulle part1 et chaque faction dit3--,ce n'est pas moi6-- ,et voyez l',amrique6--,nous ne pouvons pas nous gouverner8--,exterminons-nous6 ,quoi6 un tel tat serait le dernier mot de la sagesse humaine8--,non1 ,dieu a donn par la nature des choses des rgles instinctives aux peuples comme aux individus4--,cette rgle est l'unit de la volont pour qu'elle soit obie2--monarchie et rpublique ont besoin de cette unit4 ,unit permanente3--,monarchie6 ,unit temporaire3--,rpublique6 ,peu importe1 pourvu que le monde puisse se gouverner4 ,le gouvernement1 ce n'est pas seulement la forme1 c'est la vie des nations4 ,le gouvernement des factions ou le gouvernement des intrigues1 c'est le gouvernement parlementaire6 ,essayez-en cinquante fois4 ,cinquante fois il vous trompe encore4 ,on ne varie pas le thme divin4 ,le thme divin1 c'est l'unit4 ,voil ce que disait plus loquemment ,balzac2 je ne pouvais qu'applaudir son discours1 quoique alors j'eusse fait la rpublique pour dtruire le gouvernement parlementaire4 ,je sentais la force de ses considrations et je me taisais1 plus convaincu que lui que ,dieu seul gouvernait les hommes1 et qu'il les gouvernait par l'unit4 ,,xxiv4 ,on sentait dans ces paroles hardies et convaincues un grand fonds de foi dans l'ternelle sagesse1 qui s'ajourne quelquefois1 mais qui ne se dment jamais4 ,on ne voudrait pas m'entendre aujourd'hui1 nous disait-il encore1 mais le moment n'est pas loin o l'on m'entendra2 car les nations se sauvent toujours et se perdent toujours1 et quand elles veulent dcidment se sauver elles remontent aux lois de ,dieu6 ,ces lois de ,dieu1 c'est moi qui les sais1 ajoutait ,balzac2 sous un rgime ou sous un autre1 vous reviendrez la loi des lois1 l'unit de volont6 ,sa figure s'illuminait alors d'un clat divin4 ,on souriait1 mais on l'coutait1 et on devait finir par le croire4 ,il avait pch dans sa jeunesse malheureuse contre les moeurs1 mais jamais contre le bon sens et moins encore contre ,dieu4 ,il tait religieux comme sa mre et sa soeur2 la solitude et le bonheur le ramenaient ,dieu4--,lisons maintenant ce grand moraliste4 ,,lamartine4 7,la suite au prochain entretien47 ,c,v,i,ie ,,entretien4 ,,balzac ,,et ,,ses ,,oeuvres4 7,,deuxi,,me ,,partie47 ,i4 ,les trois caractres dominants du talent de ,balzac sont la vrit1 le pathtique et la moralit4 ,il faut y ajouter l'invention dramatique1 qui le rend en prose gal et souvent suprieur ,molire4 ,je sais qu' ce mot1 un cri de scandale et de sacrilge va s'lever de toute la ,france2 mais1 sans rien enlever l'auteur du ,misanthrope de ce que la perfection de son vers ajoute l'originalit de son talent1 et en le proclamant1 comme tout le monde1 l'incomparable et l'inimitable1 mon enthousiasme pour le grand comique du sicle de ,louis ,,xiv ne me rendra jamais injuste ni ingrat envers un autre homme infrieur en diction1 gal1 si ce n'est suprieur1 en conception1 incomparable aussi en fcondit3 ,balzac6 ,combien de fois1 en le lisant et en droulant avec lui les miraculeux et inpuisables mandres de son invention1 ne me suis-je cri tout bas3 ,la ,france a deux ,molires1 le ,molire en vers et le ,molire en prose6 ,je le dis1 je le pense1 ouvrons-le3 c'est lui de le prouver4 ,je commence par son chef-d'oeuvre1 ,eugnie ,grandet4 ,daignez me suivre4 ,,ii4 ,eugnie ,grandet est la peinture d'un vice1 d'un vice froid1 personnel1 implacable1 qui1 sans prsenter au dehors ces frocits dramatiques dont le sclrat passionne ses actes1 lui fait commettre dans son intrieur ces cruauts lentes et silencieuses qui lui mritent bon droit le titre de sclrat4 ,tel est ,m4 ,grandet1 le pre d',eugnie ,grandet1 qui1 aprs sa femme1 fait de sa fille unique sa premire victime4 ,balzac est avant tout le grand gographe des passions4 ,je ne sais quel instinct rvlateur et observateur lui a appris que les lieux et les hommes se tiennent par des rapports secrets2 que tel site est une ide1 que telle muraille est un caractre1 et que pour bien saisir un portrait il faut bien peindre un intrieur4 ,cette analogie et cette fidlit sont ses romans ce que le paysage est aux grandes scnes du drame4 ,les imbciles se plaignent de cette minutie apparente de descriptions1 les hommes de haute et profonde intelligence l'admirent4 ,tout commence chez lui par ce milieu de ses personnages1 prface de l'homme4 ,c'est mme l qu'il dploie le plus de verve4 ,voyez le dbut d',eugnie ,grandet4 ,portrait de l'homme4-- ,portrait du lieu4-- ,,iii4 ,il se trouve dans certaines villes de province des maisons dont la vue inspire une mlancolie gale celle que provoquent les clotres les plus sombres1 les landes les plus ternes ou les ruines les plus tristes4 ,peut-tre y a-t-il la fois dans ces maisons et le silence du clotre1 et l'aridit des landes1 et les ossements des ruines3 la vie et le mouvement y sont si tranquilles qu'un tranger les croirait inhabites1 s'il ne rencontrait tout coup le regard ple et froid d'une personne immobile1 dont la figure demi monastique dpasse l'appui de la croise au bruit d'un pas inconnu4 ,ces principes de mlancolie existent dans la physionomie d'un logis situ ,saumur1 au bout de la rue montueuse qui mne au chteau1 par le haut de la ville4 ,cette rue1 maintenant peu frquente1 chaude en t1 froide en hiver1 obscure en quelques endroits1 est remarquable par la sonorit de son petit pav caillouteux1 toujours propre et sec1 par l'troitesse de sa voie tortueuse1 par la paix de ses maisons1 qui appartiennent la vieille ville et que dominent les remparts4 ,des habitations trois fois sculaires y sont encore solides1 quoique construites en bois1 et leurs divers aspects contribuent l'originalit qui recommande cette partie de ,saumur l'attention des antiquaires et des artistes4 ,il est difficile de passer devant ces maisons sans admirer les normes madriers dont les bouts sont taills en figures bizarres1 et qui couronnent d'un bas-relief noir le rez-de-chausse de la plupart d'entre elles4 ,ici1 des pices de bois transversales sont couvertes en ardoises1 et dessinent des lignes bleues sur les frles murailles d'un logis termin par un toit en colombage que les ans ont fait plier1 dont les bardeaux pourris ont t tordus par l'action alternative de la pluie et du soleil4 ,l se prsentent des appuis de fentre uss1 noircis1 dont les dlicates sculptures se voient peine1 et qui semblent trop lgers pour le pot d'argile brune d'o s'lancent les oeillets ou les rosiers d'une pauvre ouvrire4 ,plus loin1 ce sont des portes garnies de clous normes1 o le gnie de nos anctres a trac des hiroglyphes domestiques dont le sens ne se retrouvera jamais4 ,tantt un protestant y a sign sa foi1 tantt un ligueur y a maudit ,henri ,,iv4 ,quelque bourgeois y a grav les insignes de sa noblesse de cloches1 la gloire de son chevinage oubli4 ,l'histoire de ,france est l tout entire4 ct de la tremblante maison pans hourds o l'artisan a difi son rabot1 s'lve l'htel d'un gentilhomme1 o sur le plein-cintre de la porte en pierre se voient encore quelques vestiges de ses armes1 brises par les diverses rvolutions qui depuis #aghi ont agit le pays4 ,dans cette rue1 les rez-de-chausse commerants ne sont ni des boutiques ni des magasins2 les amis du moyen ge y retrouveraient l'ouvroure de nos pres en toute sa nave simplicit4 ,ces salles basses1 qui n'ont ni devanture1 ni montre1 ni vitrages1 sont profondes1 obscures et sans ornements extrieurs ou intrieurs4 ,leur porte est ouverte en deux parties pleines1 grossirement ferres1 dont la suprieure se replie intrieurement1 et dont l'infrieure1 arme d'une sonnette ressort1 va et vient constamment4 ,l'air et le jour arrivent cette espce d'antre humide1 ou par le haut de la porte1 ou par l'espace qui se trouve entre la vote1 le plancher et le petit mur hauteur d'appui dans lequel s'encastrent de solides volets1 ts le matin1 remis et maintenus le soir avec des bandes de fer boulonnes4 ,ce mur sert taler les marchandises du ngociant4 ,l1 nul charlatanisme4 ,suivant la nature du commerce1 les chantillons consistent en deux ou trois baquets pleins de sel et de morue1 en quelques paquets de toile voile1 des cordages1 du laiton pendu aux solives du plancher1 des cercles le long des murs1 ou quelques pices de drap sur des rayons4 ,entrez4 ,une fille propre1 pimpante de jeunesse1 au blanc fichu1 aux bras rouges1 quitte son tricot1 appelle son pre ou sa mre qui vient et vous vend vos souhaits1 flegmatiquement1 complaisamment1 arrogamment1 selon son caractre1 soit pour deux sous1 soit pour vingt mille francs de marchandise4 ,vous verrez un marchand de merrain assis sa porte1 et qui tourne ses pouces en causant avec un voisin3 il ne possde en apparence que de mauvaises planches bouteilles et deux ou trois paquets de lattes2 mais sur le port son chantier plein fournit tous les tonneliers de l',anjou2 il sait1 une planche prs1 combien il peut de tonneaux si la rcolte est bonne2 un coup de soleil l'enrichit1 un temps de pluie le ruine3 en une seule matine1 les poinons valent onze francs ou tombent six livres4 ,dans ce pays1 comme en ,touraine1 les vicissitudes de l'atmosphre dominent la vie commerciale4 ,vignerons1 propritaires1 marchands de bois1 tonneliers1 aubergistes1 mariniers1 sont tous l'afft d'un rayon de soleil2 ils tremblent en se couchant le soir d'apprendre le lendemain matin qu'il a gel pendant la nuit2 ils redoutent la pluie1 le vent1 la scheresse1 et veulent de l'eau1 du chaud1 des nuages1 leur fantaisie4 ,il y a un duel constant entre le ciel et les intrts terrestres4 ,le baromtre attriste1 dride1 gaye tour tour les physionomies4 ,d'un bout l'autre de cette rue1 l'ancienne grand'rue de ,saumur1 ces mots3 ,voil un temps d'or6 se chiffrent de porte en porte4 ,aussi chacun rpond-il au voisin3 ,il pleut des louis1 en sachant ce qu'un rayon de soleil1 ce qu'une pluie opportune lui en apporte4 ,le samedi1 vers midi1 dans la belle saison1 vous n'obtiendrez pas pour un sou de marchandise chez ces braves industriels4 ,chacun a sa vigne1 sa closerie1 et va passer deux jours la campagne4 ,l1 tout tant prvu1 l'achat1 la vente1 le profit1 les commerants se trouvent avoir dix heures sur douze employer en joyeuses parties1 en observations1 commentaires1 espionnages continuels4 ,une mnagre n'achte pas une perdrix sans que les voisins demandent au mari si elle tait cuite point4 ,une jeune fille ne met pas la tte sa fentre sans y tre vue par tous les groupes inoccups4 ,l donc les consciences sont jour1 de mme que ces maisons impntrables1 noires et silencieuses1 n'ont point de mystres4 ,la vie est presque toujours en plein air3 chaque mnage s'assied sa porte1 y djeune1 y dne1 s'y dispute4 ,il ne passe personne dans la rue qui ne soit tudi4 ,aussi1 jadis1 quand un tranger arrivait dans une ville de province1 tait-il gauss de porte en porte4 ,de l les bons contes1 de l le surnom de copieux donn aux habitants d',angers1 qui excellaient ces railleries urbaines4 ,les anciens htels de la vieille ville sont situs en haut de cette rue jadis habite par les gentilshommes du pays4 ,la maison pleine de mlancolie o se sont accomplis les vnements de cette histoire tait prcisment un de ces logis1 restes vnrables d'un sicle o les choses et les hommes avaient ce caractre de simplicit que les moeurs franaises perdent de jour en jour4 ,aprs avoir suivi les dtours de ce chemin pittoresque dont les moindres accidents rveillent des souvenirs et dont l'effet gnral tend plonger dans une sorte de rverie machinale1 vous apercevez un renfoncement assez sombre1 au centre duquel est cache la porte de la maison ,m4 ,grandet4 ,il est impossible de comprendre la valeur de cette expression provinciale sans donner la biographie de ,m4 ,grandet4 ,m4 ,grandet jouissait ,saumur d'une rputation dont les causes et les effets ne seront pas entirement compris par les personnes qui n'ont point vcu en province4 ,m4 ,grandet1 encore nomm par certaines gens le pre ,grandet1 mais le nombre de ces vieillards diminuait sensiblement1 tait en #aghi un matre tonnelier fort son aise1 sachant lire1 crire et compter4 ,ds que la ,rpublique franaise mit en vente1 dans l'arrondissement de ,saumur1 les biens du clerg1 le tonnelier1 alors g de quarante ans1 venait d'pouser la fille d'un riche marchand de planches4 ,grandet alla1 muni de sa fortune liquide et de la dot1 muni de deux mille louis d'or1 au district1 o1 moyennant deux cents doubles louis offerts par son beau-pre au farouche rpublicain qui surveillait la vente des domaines nationaux1 il eut pour un morceau de pain1 lgalement1 sinon lgitimement1 les plus beaux vignobles de l'arrondissement1 une vieille abbaye et quelques mtairies4 ,les habitants de ,saumur tant peu rvolutionnaires1 le pre ,grandet passa pour un homme hardi1 un rpublicain1 un patriote1 pour un esprit qui donnait dans les nouvelles ides1 tandis que le tonnelier donnait tout bonnement dans les vignes4 ,il fut nomm membre de l'administration du district de ,saumur1 et son influence pacifique s'y fit sentir politiquement et commercialement4 ,politiquement1 il protgea les ci-devant et empcha de tout son pouvoir la vente des biens des migrs2 commercialement1 il fournit aux armes rpublicaines un ou deux milliers de pices de vin blanc1 et se fit payer en superbes prairies dpendant d'une communaut de femmes1 que l'on avait rserves pour un dernier lot4 ,sous le ,consulat1 le bonhomme ,grandet devint maire1 administra sagement1 vendangea mieux encore2 sous l',empire1 il fut ,m4 ,grandet4 ,napolon n'aimait pas les rpublicains3 il remplaa ,m4 ,grandet1 qui passait pour avoir port le bonnet rouge1 par un grand propritaire1 un homme particule1 un futur baron de l',empire4 ,m4 ,grandet quitta les honneurs municipaux sans aucun regret4 ,il avait fait faire1 dans l'intrt de la ville1 d'excellents chemins qui menaient ses proprits4 ,sa maison et ses biens1 trs-avantageusement cadastrs1 payaient des impts modrs4 ,depuis le classement de ses diffrents clos1 ses vignes1 grce des soins constants1 taient devenues la tte du pays1 mot technique en usage pour indiquer les vignobles qui produisent la premire qualit de vin4 ,il aurait pu demander la croix de la ,lgion d'honneur4 ,cet vnement eut lieu en #ahjf4 ,m4 ,grandet avait alors cinquante-sept ans1 et sa femme environ trente-six4 ,une fille unique1 fruit de leurs lgitimes amours1 tait ge de dix ans4 ,m4 ,grandet1 que la ,providence voulut sans doute consoler de sa disgrce administrative1 hrita successivement1 pendant cette anne1 de ,mme de ,la ,gaudinire1 ne de ,la ,bertellire1 mre de ,mme ,grandet2 puis du vieux ,m4 ,la ,bertellire1 pre de la dfunte2 et encore de ,mme ,gentillet1 grand'mre du ct maternel3 trois successions dont l'importance ne fut connue de personne4 ,l'avarice de ces trois vieillards tait si passionne1 que depuis longtemps ils entassaient leur argent pour pouvoir le contempler secrtement4 ,le vieux ,m4 ,la ,bertellire appelait un placement une prodigalit1 trouvant de plus gros intrts dans l'aspect de l'or que dans les bnfices de l'usure4 ,la ville de ,saumur prsuma donc la valeur des conomies d'aprs les revenus des biens au soleil4 ,m4 ,grandet obtint alors le nouveau titre de noblesse que notre manie d'galit n'effacera jamais3 il devint le plus impos de l'arrondissement4 ,il exploitait cent arpents de vignes1 qui1 dans les annes plantureuses1 lui donnaient sept huit cents poinons de vin4 ,il possdait treize mtairies1 une vieille abbaye1 o1 par conomie1 il avait mur les croises1 les ogives1 les vitraux1 ce qui les conserva2 et cent vingt-sept arpents de prairies1 o croissaient et grossissaient trois mille peupliers plants en #agic4 ,enfin1 la maison dans laquelle il demeurait tait la sienne4 ,ainsi tablissait-on sa fortune visible4 ,quant ses capitaux1 deux seules personnes pouvaient vaguement en prsumer l'importance3 l'une tait ,m4 ,cruchot1 notaire charg des placements usuraires de ,m4 ,grandet2 l'autre1 ,m4 des ,grassins1 le plus riche banquier de ,saumur1 aux bnfices duquel le vigneron participait sa convenance et secrtement4 ,quoique le vieux ,cruchot et ,m4 des ,grassins possdassent cette profonde discrtion qui engendre en province la confiance et la fortune1 ils tmoignaient publiquement ,m4 ,grandet un si grand respect1 que les observateurs pouvaient mesurer l'tendue des capitaux de l'ancien maire d'aprs la porte de l'obsquieuse considration dont il tait l'objet4 ,il n'y avait dans ,saumur personne qui ne ft persuad que ,m4 ,grandet n'et un trsor particulier1 une cachette pleine de louis1 et ne se donnt nuitamment les ineffables jouissances que procure la vue d'une grande masse d'or4 ,les avaricieux en avaient une sorte de certitude en voyant les yeux du bonhomme1 auxquels le mtal jaune semblait avoir communiqu ses teintes4 ,le regard d'un homme accoutum tirer de ses capitaux un intrt norme contracte ncessairement1 comme celui du voluptueux1 du joueur ou du courtisan1 certaines habitudes indfinissables1 des mouvements furtifs1 avides1 mystrieux1 qui n'chappent point ses coreligionnaires4 ,ce langage secret forme en quelque sorte la franc-maonnerie des passions4 ,m4 ,grandet inspirait donc l'estime respectueuse laquelle avait droit un homme qui ne devait jamais rien personne1 qui1 vieux tonnelier1 vieux vigneron1 devinait avec la prcision d'un astronome quand il fallait fabriquer pour sa rcolte mille poinons ou seulement cinq cents2 qui ne manquait pas une seule spculation1 avait toujours des tonneaux vendre alors que le tonneau valait plus cher que la denre recueillir1 pouvait mettre sa vendange dans ses celliers et attendre le moment de livrer son poinon deux cents francs1 quand les petits propritaires donnaient le leur cinq louis4 ,sa fameuse rcolte de #ahaa1 sagement serre1 lentement vendue1 lui avait rapport plus de deux cent quarante mille livres4 ,financirement parlant1 ,m4 ,grandet tenait du tigre et du boa3 il savait se coucher1 se blottir1 envisager longtemps sa proie1 sauter dessus2 puis il ouvrait la gueule de sa bourse1 y engloutissait une charge d'cus1 et se couchait tranquillement1 comme le serpent qui digre1 impassible1 froid1 mthodique4 ,personne ne le voyait passer sans prouver un sentiment d'admiration mlang de respect et de terreur4 ,chacun dans ,saumur n'avait-il pas senti le dchirement poli de ses griffes d'acier8 celui-ci1 matre ,cruchot avait procur l'argent ncessaire l'achat d'un domaine1 mais onze pour cent2 celui-l1 ,m4 des ,grassins avait escompt des traites1 mais avec un effroyable prlvement d'intrts4 ,il s'coulait peu de jours sans que le nom de ,m4 ,grandet ft prononc1 soit au march1 soit pendant les soires dans les conversations de la ville4 ,pour quelques personnes1 la fortune du vieux vigneron tait l'objet d'un orgueil patriotique4 ,aussi plus d'un ngociant1 plus d'un aubergiste1 disait-il aux trangers avec un certain contentement3 ,monsieur1 nous avons ici deux ou trois maisons millionnaires2 mais1 quant ,m4 ,grandet1 il ne connat pas lui-mme sa fortune6 ,en #ahaf1 les plus habiles calculateurs de ,saumur estimaient les biens territoriaux du bonhomme prs de quatre millions2 mais comme1 terme moyen1 il avait d tirer par an1 depuis #agic jusqu'en #ahag1 cent mille francs de ses proprits1 il tait prsumable qu'il possdait en argent une somme presque gale celle de ses biens-fonds4 ,aussi1 lorsqu'aprs une partie de boston1 ou quelque entretien sur les vignes1 on venait parler de ,m4 ,grandet1 les gens capables disaient-ils3 ,le pre ,grandet8 le pre ,grandet doit avoir cinq ou six millions4--,vous tes plus habile que je ne le suis1 je n'ai jamais pu savoir le total1 rpondaient ,m4 ,cruchot ou ,m4 des ,grassins1 s'ils entendaient le propos4 ,quelque ,parisien parlait-il des ,rothschild ou de ,m4 ,laffitte1 les gens de ,saumur demandaient s'ils taient aussi riches que ,m4 ,grandet4 ,si le ,parisien leur jetait en souriant une ddaigneuse affirmation1 ils se regardaient en hochant la tte d'un air d'incrdulit4 ,une si grande fortune couvrait d'un manteau d'or toutes les actions de cet homme4 ,si d'abord quelques particularits de sa vie donnrent prise au ridicule et la moquerie1 la moquerie et le ridicule s'taient uss4 ,en ses moindres actes1 ,m4 ,grandet avait pour lui l'autorit de la chose juge4 ,sa parole1 son vtement1 ses gestes1 le clignement de ses yeux1 faisaient loi dans le pays1 o chacun1 aprs l'avoir tudi comme un naturaliste tudie les effets de l'instinct chez les animaux1 avait pu reconnatre la profonde et muette sagesse de ses plus lgers mouvements4 ,l'hiver sera rude1 disait-on1 le pre ,grandet a mis ses gants fourrs3 il faut vendanger4--,le pre ,grandet prend beaucoup de merrain1 il y aura du vin cette anne4 ,m4 ,grandet n'achetait jamais ni viande ni pain4 ,ses fermiers lui apportaient par semaine une provision suffisante de chapons1 de poulets1 d'oeufs1 de beurre et de bl de rente4 ,il possdait un moulin dont le locataire devait1 en sus du bail1 venir chercher une certaine quantit de grains et lui en rapporter le son et la farine4 ,la grande ,nanon1 son unique servante1 quoiqu'elle ne ft plus jeune1 boulangeait elle-mme tous les samedis le pain de la maison4 ,m4 ,grandet s'tait arrang avec les marachers1 ses locataires1 pour qu'ils le fournissent de lgumes4 ,quant aux fruits1 il en rcoltait une telle quantit qu'il en faisait vendre une grande partie au march4 ,son bois de chauffage tait coup dans ses haies ou pris dans les vieilles truisses moiti pourries qu'il enlevait au bord de ses champs1 et ses fermiers le lui charroyaient en ville tout dbit1 le rangeaient par complaisance dans son bcher1 et recevaient ses remercments4 ,ses seules dpenses connues taient le pain bnit1 la toilette de sa femme1 celle de sa fille1 et le payement de leurs chaises l'glise1 la lumire1 les gages de la grande ,nanon1 l'tamage de ses casseroles1 l'acquittement des impositions1 les rparations de ses btiments et les frais de ses exploitations4 ,il avait six cents arpents de bois rcemment achets qu'il faisait surveiller par le garde d'un voisin1 auquel il promettait une indemnit4 ,depuis cette acquisition seulement1 il mangeait du gibier4 ,les manires de cet homme taient fort simples4 ,il parlait peu4 ,gnralement il exprimait ses ides par de petites phrases sentencieuses et dites d'une voix douce4 ,depuis la ,rvolution1 poque laquelle il attira les regards1 le bonhomme bgayait d'une manire fatigante aussitt qu'il avait discourir longuement ou soutenir une discussion4 ,ce bredouillement1 l'incohrence de ses paroles1 le flux de mots o il noyait sa pense1 son manque apparent de logique1 attribus un dfaut d'ducation1 taient affects1 et seront suffisamment expliqus par quelques vnements de cette histoire4 ,d'ailleurs1 quatre phrases1 exactes autant que des formules algbriques1 lui servaient habituellement embrasser1 rsoudre toutes les difficults de la vie et du commerce3 ,je ne sais pas1 je ne puis pas1 je ne veux pas1 nous verrons cela4 ,il ne disait jamais ni oui ni non1 et n'crivait point4 ,lui parlait-on8 il coutait froidement1 se tenait le menton dans la main droite en appuyant son coude droit sur le revers de la main gauche1 et se formait en toute affaire des opinions desquelles il ne revenait point4 ,il mditait longuement les moindres marchs4 ,quand1 aprs une savante conversation1 son adversaire lui avait livr le secret de ses prtentions en croyant le tenir1 il lui rpondait3 ,je ne puis rien conclure sans avoir consult ma femme4 ,sa femme1 qu'il avait rduite un ilotisme complet1 tait en affaires son paravent le plus commode4 ,il n'allait jamais chez personne1 ne voulait ni recevoir ni donner dner2 il ne faisait jamais de bruit1 et semblait conomiser tout1 mme le mouvement4 ,il ne drangeait rien chez les autres1 par un respect constant de la proprit4 ,nanmoins1 malgr la douceur de sa voix1 malgr sa tenue circonspecte1 le langage et les habitudes du tonnelier peraient1 surtout quand il tait au logis1 o il se contraignait moins que partout ailleurs4 ,au physique1 ,grandet tait un homme de cinq pieds1 trapu1 carr1 ayant des mollets de douze pouces de circonfrence1 des rotules noueuses et de larges paules2 son visage tait rond1 tann1 marqu de petite vrole2 son menton tait droit1 ses lvres n'offraient aucune sinuosit1 et ses dents taient blanches2 ses yeux avaient l'expression calme et dvoratrice que le peuple accorde au basilic2 son front1 plein de rides transversales1 ne manquait pas de protubrances significatives2 ses cheveux jauntres et grisonnants taient blanc et or1 disaient quelques jeunes gens qui ne connaissaient pas la gravit d'une plaisanterie faite sur ,m4 ,grandet4 ,son nez1 gros par le bout1 supportait une loupe veine1 que le vulgaire disait1 non sans raison1 pleine de malice4 ,cette figure annonait une finesse dangereuse1 une probit sans chaleur1 l'gosme d'un homme habitu concentrer ses sentiments dans la jouissance de l'avarice et sur le seul tre qui lui ft rellement de quelque chose1 sa fille ,eugnie1 sa seule hritire4 ,attitude1 manires1 dmarche1 tout en lui1 d'ailleurs1 attestait cette croyance en soi que donne l'habitude d'avoir toujours russi dans ses entreprises4 ,aussi1 quoique de moeurs faciles et molles en apparence1 ,m4 ,grandet avait-il un caractre de bronze4 ,toujours vtu de la mme manire1 qui le voyait aujourd'hui le voyait tel qu'il tait depuis #agia4 ,ses forts souliers se nouaient avec des cordons de cuir2 il portait en tout temps des bas de laine draps1 une culotte courte de gros drap marron boucles d'argent1 un gilet de velours raies alternativement jaunes et puce1 boutonn carrment1 un large habit marron grands pans1 une cravate noire et un chapeau de quaker4 ,ses gants1 aussi solides que ceux des gendarmes1 lui duraient vingt mois1 et1 pour les conserver propres1 il les posait sur le bord de son chapeau la mme place1 par un geste mthodique4 ,saumur ne savait rien de plus sur ce personnage4 ,,iv4 ,voici maintenant la maison1 le lieu du supplice1 ,la maison ,m4 ,grandet1 cette maison ple1 froide1 silencieuse1 situe en haut de la ville et abrite par les ruines des remparts4 ,les deux piliers et la vote formant la baie de la porte avaient t1 comme la maison1 construits en tuffeau1 pierre blanche particulire au littoral de la ,loire1 et si molle que sa dure moyenne est peine de deux cents ans4 ,les trous ingaux et nombreux que les intempries du climat y avaient bizarrement pratiqus donnaient au cintre et aux jambages de la baie l'apparence des pierres vermicules de l'architecture franaise1 et quelque ressemblance avec le porche d'une gele4 ,au-dessus du cintre rgnait un long bas-relief de pierre dure sculpte reprsentant les quatre saisons1 figures dj ronges et toutes noires4 ,ce bas-relief tait surmont d'une plinthe saillante1 sur laquelle s'levaient plusieurs de ces vgtations dues au hasard1 des paritaires jaunes1 des liserons1 des convolvulus1 du plantain et un petit cerisier assez haut dj4 ,la porte1 en chne massif1 brune1 dessche1 fendue de toutes parts1 frle en apparence1 tait solidement maintenue par le systme de ses boulons1 qui figuraient des dessins symtriques4 ,une grille carre1 petite1 mais barreaux serrs et rouges de rouille1 occupait le milieu de la porte btarde et servait1 pour ainsi dire1 de motif un marteau qui s'y rattachait par un anneau et frappait sur la tte grimaante d'un matre clou4 ,ce marteau1 de forme oblongue et du genre de ceux que nos anctres nommaient jaquemart1 ressemblait un gros point d'admiration2 en l'examinant avec attention1 un antiquaire y aurait retrouv quelques indices de la figure essentiellement bouffonne qu'il reprsentait jadis1 et qu'un long usage avait efface4 ,par la petite grille1 destine reconnatre les amis au temps des guerres civiles1 les curieux pouvaient apercevoir1 au fond d'une vote obscure et verdtre1 quelques marches dgrades par lesquelles on montait dans un jardin que bornaient pittoresquement des murs pais1 humides1 pleins de suintements et de touffes d'arbustes malingres4 ,ces murs taient ceux du rempart1 sur lequel s'levaient les jardins de quelques maisons voisines4 ,au rez-de-chausse de la maison1 la pice la plus considrable tait une salle dont l'entre se trouvait sous la vote de la porte cochre4 ,peu de personnes connaissent l'importance d'une salle dans les petites villes de l',anjou1 de la ,touraine et du ,berry4 ,la salle est la fois l'antichambre1 le salon1 le cabinet1 le boudoir1 la salle manger2 elle est le thtre de la vie domestique1 le foyer commun2 l le coiffeur du quartier venait couper deux fois l'an les cheveux de ,m4 ,grandet2 l entraient les fermiers1 le cur1 le sous-prfet1 le garon meunier4 ,cette pice1 dont les deux croises donnaient sur la rue1 tait planchie2 des panneaux gris1 moulures antiques1 la boisaient de haut en bas2 son plafond se composait de poutres apparentes1 galement peintes en gris1 dont les entre-deux taient remplis de blanc en bourre qui avait jauni4 ,un vieux cartel de cuivre1 incrust d'arabesques en caille1 ornait le manteau de la chemine en pierre blanche1 mal sculpt1 sur lequel tait une glace verdtre1 dont les cts1 coups en biseau pour en montrer l'paisseur1 refltaient un filet de lumire le long d'un trumeau gothique en acier damasquin4 ,les deux girandoles de cuivre dor qui dcoraient chacun des coins de la chemine taient deux fins3 en enlevant les roses qui leur servaient de bobches1 et dont la matresse branche s'adaptait au pidestal de marbre bleutre agenc de vieux cuivre1 ce pidestal formait un chandelier pour les petits jours4 ,les siges1 de forme antique1 taient garnis en tapisseries reprsentant les fables de la ,fontaine2 mais il fallait le savoir pour en reconnatre les sujets1 tant les couleurs passes et les figures cribles de reprises se voyaient difficilement4 ,aux quatre angles de cette salle se trouvaient des encoignures1 espces de buffets termins par de crasseuses tagres4 ,une vieille table jouer en marqueterie1 dont le dessus faisait chiquier1 tait place dans le tableau qui sparait les deux fentres4 ,au-dessus de cette table1 il y avait un baromtre ovale1 bordure noire1 enjoliv par des rubans de bois dor1 o les mouches avaient si licencieusement foltr que la dorure en tait un problme4 ,sur la paroi oppose la chemine1 deux portraits au pastel taient censs reprsenter l'aeul de ,mme ,grandet1 le vieux ,m4 de ,la ,bertellire1 en lieutenant des gardes franaises1 et dfunte ,mme ,gentillet1 en bergre4 ,aux deux fentres taient draps des rideaux en gros de ,tours rouge1 relevs par des cordons de soie glands d'glise4 ,cette luxueuse dcoration1 si peu en harmonie avec les habitudes de ,grandet1 avait t comprise dans l'achat de la maison1 ainsi que le trumeau1 le cartel1 le meuble en tapisserie et les encoignures en bois de rose4 ,dans la croise la plus rapproche de la porte1 se trouvait une chaise de paille dont les pieds taient monts sur des patins1 afin d'lever ,mme ,grandet une hauteur qui lui permt de voir les passants4 ,une travailleuse en bois de merisier dteint remplissait l'embrasure1 et le petit fauteuil d',eugnie ,grandet tait plac tout auprs4 ,depuis quinze ans1 toutes les journes de la mre et de la fille s'taient paisiblement coules cette place1 dans un travail constant1 compter du mois d'avril jusqu'au mois de novembre4 ,le premier de ce dernier mois1 elles pouvaient prendre leur station d'hiver la chemine4 ,ce jour-l seulement ,grandet permettait qu'on allumt le feu dans la salle1 et il le faisait teindre le trente et un mars1 sans avoir gard ni aux premiers froids du printemps ni ceux de l'automne4 ,une chaufferette1 entretenue avec la braise provenant du feu de la cuisine1 que la grande ,nanon leur rservait en usant d'adresse1 aidait ,mme et ,melle ,grandet passer les matines ou les soires les plus fraches des mois d'avril et d'octobre4 ,la mre et la fille entretenaient tout le linge de la maison1 et employaient si consciencieusement leurs journes ce vritable labeur d'ouvrire1 que1 si ,eugnie voulait broder une collerette sa mre1 elle tait force de prendre sur ses heures de sommeil en trompant son pre pour avoir de la lumire4 ,depuis longtemps l'avare distribuait la chandelle sa fille et la grande ,nanon1 de mme qu'il distribuait ds le matin le pain et les denres ncessaires la consommation journalire4 ,la grande ,nanon tait peut-tre la seule crature humaine capable d'accepter le despotisme de son matre4 ,toute la ville l'enviait ,m4 et ,mme ,grandet4 ,la grande ,nanon1 ainsi nomme cause de sa taille haute de cinq pieds huit pouces1 appartenait ,grandet depuis trente-cinq ans4 ,quoiqu'elle n'et que soixante livres de gages1 elle passait pour une des plus riches servantes de ,saumur4 ,ces soixante livres1 accumules depuis trente-cinq ans1 lui avaient permis de placer rcemment quatre mille livres en viager chez matre ,cruchot4 ,ce rsultat des longues et persistantes conomies de la grande ,nanon parut gigantesque4 ,chaque servante1 voyant la pauvre sexagnaire du pain pour ses vieux jours1 tait jalouse d'elle1 sans penser au dur servage par lequel il avait t acquis4 l'ge de vingt-deux ans1 la pauvre fille n'avait pu se placer chez personne1 tant sa figure semblait repoussante2 et certes ce sentiment tait bien injuste3 sa figure et t fort admire sur les paules d'un grenadier de la garde2 mais en tout il faut1 dit-on1 l'-propos4 ,force de quitter une ferme incendie o elle gardait les vaches1 elle vint ,saumur1 o elle chercha du service1 anime de ce robuste courage qui ne se refuse rien4 ,le pre ,grandet pensait alors se marier1 et voulait dj monter son mnage4 ,il avisa cette fille rebute de porte en porte4 ,juge de la force corporelle en sa qualit de tonnelier1 il devina le parti qu'on pouvait tirer d'une crature femelle taille en ,hercule1 plante sur ses pieds comme un chne de soixante ans sur ses racines1 forte des hanches1 carre du dos1 ayant des mains de charretier et une probit vigoureuse comme l'tait son intacte vertu4 ,ni les verrues qui ornaient ce visage martial1 ni le teint de brique1 ni les bras nerveux1 ni les haillons de la ,nanon n'pouvantrent le tonnelier1 qui se trouvait encore dans l'ge o le coeur tressaille4 ,il vtit alors1 chaussa1 nourrit la pauvre fille1 lui donna des gages1 et l'employa sans trop la rudoyer4 ,en se voyant ainsi accueillie1 la grande ,nanon pleura secrtement de joie1 et s'attacha sincrement au tonnelier1 qui d'ailleurs l'exploita fodalement4 ,nanon faisait tout3 elle faisait la cuisine1 elle faisait les bues1 elle allait laver le linge la ,loire1 le rapportait sur ses paules2 elle se levait au jour1 se couchait tard2 faisait manger tous les vendangeurs pendant les rcoltes1 surveillait les halleboteurs2 dfendait1 comme un chien fidle1 le bien de son matre2 enfin1 pleine d'une confiance aveugle en lui1 elle obissait sans murmure ses fantaisies les plus saugrenues4 ,lors de la fameuse anne #ahaa1 dont la rcolte cota des peines inoues1 aprs vingt ans de service1 ,grandet rsolut de donner sa vieille montre ,nanon1 seul prsent qu'elle reut jamais de lui4 ,quoiqu'il lui abandonnt ses vieux souliers 7elle pouvait les mettre71 il est impossible de considrer le profit trimestriel des souliers de ,grandet comme un cadeau1 tant ils taient uss4 ,la ncessit rendit cette pauvre fille si avare que ,grandet avait fini par l'aimer comme on aime un chien1 et ,nanon s'tait laiss mettre au cou un collier garni de pointes dont les piqres ne la piquaient plus4 ,si ,grandet coupait le pain avec un peu trop de parcimonie1 elle ne s'en plaignait pas2 elle participait gaiement aux profits hyginiques que procurait le rgime svre de la maison1 o jamais personne n'tait malade4 ,puis la ,nanon faisait partie de la famille3 elle riait quand riait ,grandet1 s'attristait1 gelait1 se chauffait1 travaillait avec lui4 ,combien de douces compensations dans cette galit6 ,jamais le matre n'avait reproch la servante ni l'alberge ou la pche de vigne1 ni les prunes ou les brugnons mangs sous l'arbre4 ,allons1 rgale-toi1 ,nanon1 lui disait-il dans les annes o les branches pliaient sous les fruits que les fermiers taient obligs de donner aux cochons4 ,pour une fille des champs qui dans sa jeunesse n'avait rcolt que de mauvais traitements1 pour une pauvresse recueillie par charit1 le rire quivoque du pre ,grandet tait un vrai rayon de soleil4 ,d'ailleurs le coeur simple1 la tte troite de ,nanon ne pouvait contenir qu'un sentiment et une ide4 ,depuis trente-cinq ans1 elle se voyait toujours arrivant devant le chantier du pre ,grandet1 pieds nus1 en haillons1 et entendait toujours le tonnelier lui disant3 ,que voulez-vous1 ma mignonne8 ,et sa reconnaissance tait toujours jeune4 ,quelquefois ,grandet1 songeant que cette pauvre crature n'avait jamais entendu le moindre mot flatteur1 qu'elle ignorait tous les sentiments doux que la femme inspire1 et pouvait comparatre un jour devant ,dieu1 plus chaste que ne l'tait la vierge ,marie elle-mme1 ,grandet1 saisi de piti1 disait en la regardant3 ,cette pauvre ,nanon6 ,son exclamation tait toujours suivie d'un regard indfinissable que lui jetait la vieille servante4 ,ce mot1 dit de temps autre1 formait depuis longtemps une chane d'amiti non interrompue1 et laquelle chaque exclamation ajoutait un chanon4 ,cette piti1 place au coeur de ,grandet et prise tout en gr pour la vieille fille1 avait je ne sais quoi d'horrible4 ,cette atroce piti d'avare1 qui rveillait mille plaisirs au coeur du vieux tonnelier1 tait pour ,nanon sa somme de bonheur4 ,qui ne dira pas aussi3 ,pauvre ,nanon6 ,dieu reconnatra ses anges aux inflexions de leur voix et de leurs mystrieux regrets4 ,il y avait dans ,saumur une grande quantit de mnages o les domestiques taient mieux traits1 mais o les matres n'en recevaient nanmoins aucun contentement4 ,de l cette autre phrase3 ,qu'est-ce que les ,grandet font donc leur grande ,nanon pour qu'elle leur soit si attache8 ,elle passerait dans le feu pour eux6 ,sa cuisine1 dont les fentres grilles donnaient dans la cour1 tait toujours propre1 nette1 froide1 vritable cuisine d'avare1 o rien ne devait se perdre4 ,quand ,nanon avait lav sa vaisselle1 serr les restes du dner1 teint son feu1 elle quittait sa cuisine1 spare de la salle par un couloir1 et venait filer du chanvre auprs de ses matres4 ,une seule chandelle suffisait la famille pour la soire4 ,la servante couchait au fond de ce couloir1 dans un bouge clair par un jour de souffrance4 ,sa robuste sant lui permettait d'habiter impunment cette espce de trou1 d'o elle pouvait entendre le moindre bruit par le silence profond qui rgnait nuit et jour dans la maison4 ,elle devait1 comme un dogue charg de la police1 ne dormir que d'une oreille et se reposer en veillant4 ,v4 ,le jour de la fte de sa fille ,eugnie1 les amis de ,grandet se runissaient pour lui apporter des voeux et des fleurs1 et aussi pour se mettre sur les rangs afin de prendre date pour leurs enfants comme candidats la main de sa fille4 ,,vi4 ce moment on sonne la porte1 c'est un de ses neveux1 beau jeune homme de ,paris1 son neveu1 fils de son frre ,victor ,grandet1 qui vient1 sur le conseil de son pre1 passer quelques jours avec lui4 ,m4 ,charles ,grandet1 beau jeune homme de vingt-deux ans1 produisait en ce moment un singulier contraste avec les bons provinciaux que dj ses manires aristocratiques rvoltaient passablement1 et que tous tudiaient pour se moquer de lui4 ,ceci veut une explication4 vingt-deux ans1 les jeunes gens sont encore assez voisins de l'enfance pour se laisser aller des enfantillages4 ,aussi1 peut-tre1 sur cent d'entre eux1 s'en rencontrerait-il bien quatre-vingt-dix-neuf qui se seraient conduits comme se conduisait ,charles ,grandet4 ,quelques jours avant cette soire1 son pre lui avait dit d'aller pour quelques mois chez son frre de ,saumur4 ,peut-tre ,m4 ,grandet de ,paris pensait-il ,eugnie4 ,charles1 qui tombait en province pour la premire fois1 eut la pense d'y paratre avec supriorit4 ,une cargaison de futilits parisiennes aussi complte qu'il tait possible de la faire1 et o1 depuis la cravache qui sert commencer un duel jusqu'aux beaux pistolets cisels qui le terminent1 se trouvaient tous les instruments aratoires dont se sert un jeune oisif pour labourer la vie4 ,son pre lui ayant dit de voyager seul et modestement1 il tait venu dans le coup de la diligence retenu pour lui seul1 assez content de ne pas gter une dlicieuse voiture de voyage commande pour aller au-devant de son ,annette1 la grande dame que4444 etc41 et qu'il devait rejoindre en juin prochain aux eaux de ,baden4 ,charles comptait rencontrer cent personnes chez son oncle1 chasser courre dans les forts de son oncle1 y vivre enfin de la vie de chteau2 il ne savait pas le trouver ,saumur1 o il ne s'tait inform de lui que pour demander le chemin de ,froidfond2 mais1 en le sachant en ville1 il crut l'y voir dans un grand htel4 ,afin de dbuter convenablement chez son oncle1 soit ,saumur1 soit ,froidfond1 il avait fait la toilette de voyage la plus coquette1 la plus simplement recherche1 la plus adorable1 pour employer le mot qui1 dans ce temps1 rsumait les perfections spciales d'une chose ou d'un homme4 ,tours1 un coiffeur venait de lui refriser ses beaux cheveux chtains2 il y avait chang de linge et mis une cravate de satin noir combine avec un col rond1 de manire encadrer agrablement sa blanche et rieuse figure4 ,une redingote de voyage demi boutonne lui pinait la taille et laissait voir un gilet de cachemire chle sous lequel tait un second gilet blanc4 ,sa montre1 ngligemment abandonne au hasard dans une poche1 se rattachait par une courte chane d'or l'une des boutonnires4 ,son pantalon gris se boutonnait sur les cts1 o des dessins brods en soie noire enjolivaient les coutures4 ,il maniait agrablement une canne dont la pomme d'or sculpte n'altrait point la fracheur de ses gants gris4 ,enfin1 sa casquette tait d'un got excellent4 ,un ,parisien1 un ,parisien de la sphre la plus leve1 pouvait seul s'agencer ainsi sans paratre ridicule1 et donner une harmonie de fatuit toutes ces niaiseries1 que soutenait d'ailleurs un air brave1 l'air d'un jeune homme qui a de beaux pistolets1 le coup sr et ,annette4 ,,vii4 ,la vue inattendue de ce beau jeune homme1 son cousin1 contraste avec la vieille et vulgaire socit de son pre2 elle inspire la jeune personne un sentiment qui n'est pas encore de l'amour1 mais qui anime l'indiffrence4 ,elle invente1 avec sa mre et ,nanon1 tous les moyens de dguiser la parcimonie de son pre et la nudit de la maison4 ,ce sont l de ces jeux de comdie domestique trouvs par un sentiment naf et touchant qui intressent vivement le lecteur4 ,mais1 le soir1 un vnement tragique vint compliquer la situation et dvelopper admirablement le caractre du pre ,grandet4 ,pendant que ses amis sont l1 il reoit une lettre de son frre de ,paris1 qui lui apprend qu'il a fait faillite et qu'il va se tuer2 il lui recommande sa femme et son fils4 ,cette lettre arracherait des larmes un rocher3 le pre ,grandet la lit tout bas sans donner aucun signe d'motion4 ,il replie le papier sous le mme pli et le met dans sa poche1 puis il attend que la socit prenne cong4 ,il conduit son neveu dans sa chambre4 ,il revient aprs cela raconter sa femme et sa fille le malheur du jeune cousin4 ,le lendemain1 il l'informe froidement lui-mme et le laisse dans le dsespoir et dans les larmes2 puis il va tranquillement acheter des prairies sur la ,loire1 et fait le compte minutieux de ce qu'il gagnera en plantant des peupliers sur le bord de la rivire et en les faisant crotre aux frais du gouvernement2 il rentre1 heureux d'un march qui lui assure un norme bnfice4 ,pendant ce temps-l1 sa fille ,eugnie descend au jardin et rve la fois d'amour et de piti pour le jeune homme enferm dans sa douleur4 ,la description de ce sauvage jardin est digne de ,paul et ,virginie4 ,dans la vie chaste et monotone des jeunes filles1 il vient une heure dlicieuse o le soleil pur panche ses rayons dans l'me1 o la fleur exprime ses penses1 o les palpitations du coeur communiquent au cerveau leur chaude fcondance1 et fondent les ides en un vague dsir2 jour d'innocente mlancolie et de suaves joyeusets4 ,quand les enfants commencent voir1 ils sourient2 quand une fille entrevoit le sentiment dans la nature1 elle sourit comme elle souriait enfant4 ,si la lumire est le premier amour de la vie1 l'amour n'est-il pas la lumire du coeur8 ,le moment de voir clair aux choses d'ici-bas tait arriv pour ,eugnie4 ,matinale comme toutes les filles de province1 elle se leva de bonne heure1 fit sa prire1 et commena l'oeuvre de sa toilette1 occupation qui dsormais allait avoir un sens4 ,elle lissa d'abord ses cheveux chtains1 tordit leurs grosses nattes au-dessus de sa tte avec le plus grand soin1 en vitant que les cheveux ne s'chappassent de leurs tresses1 et introduisit dans sa coiffure une symtrie qui rehaussa la timide candeur de son visage1 en accordant la simplicit des accessoires la navet des lignes4 ,en se lavant plusieurs fois les mains dans de l'eau pure qui lui durcissait et rougissait la peau1 elle regarda ses beaux bras ronds1 et se demanda ce que faisait son cousin pour avoir les mains si mollement blanches1 les ongles si bien faonns4 ,elle mit des bas neufs et ses plus jolis souliers4 ,elle se laa droit1 sans passer d'oeillets4 ,enfin1 souhaitant1 pour la premire fois de sa vie1 de paratre son avantage1 elle connut le bonheur d'avoir une robe frache1 bien faite1 et qui la rendait attrayante4 ,quand sa toilette fut acheve1 elle entendit sonner l'horloge de la paroisse1 et s'tonna de ne compter que sept heures4 ,le dsir d'avoir tout le temps ncessaire pour se bien habiller l'avait fait lever trop tt4 ,ignorant l'art de remanier dix fois une boucle de cheveux et d'en tudier l'effet1 ,eugnie se croisa tout bonnement les bras1 s'assit sa fentre1 contempla la cour1 le jardin troit et les hautes terrasses qui le dominaient2 vue mlancolique1 borne1 mais qui n'tait pas dpourvue des mystrieuses beauts particulires aux endroits solitaires ou la nature inculte4 ,auprs de la cuisine se trouvait un puits entour d'une margelle1 et poulie maintenue dans une branche de fer courbe1 qu'embrassait une vigne aux pampres fltris1 rougis1 brouis par la saison4 ,de l1 le tortueux sarment gagnait le mur1 s'y attachait1 courait le long de la maison1 et finissait sur un bcher o le bois tait rang avec autant d'exactitude que peuvent l'tre les livres d'un bibliophile4 ,le pav de la cour offrait ces teintes noirtres produites avec le temps par les mousses1 par les herbes1 par le dfaut de mouvement4 ,les murs pais prsentaient leur chemise verte1 onde de longues traces brunes4 ,enfin les huit marches qui rgnaient au fond de la cour et menaient la porte du jardin taient disjointes et ensevelies sous de hautes plantes comme le tombeau d'un chevalier enterr par sa veuve au temps des croisades4 ,au-dessus d'une assise de pierres toutes ronges s'levait une grille de bois pourri1 moiti tombe de vtust1 mais laquelle se mariaient leur gr des plantes grimpantes4 ,de chaque ct de la porte claire-voie s'avanaient les rameaux tortus de deux pommiers rabougris4 ,trois alles parallles1 sables et spares par des carrs dont les terres taient maintenues au moyen d'une bordure en buis1 composait ce jardin que terminait1 au bas de la terrasse1 un couvert de tilleuls4 un bout1 des framboisiers2 l'autre1 un immense noyer qui inclinait ses branches jusque sur le cabinet du tonnelier4 ,un jour pur et le beau soleil des automnes naturels aux rives de la ,loire commenaient dissiper le glacis imprim par la nuit aux pittoresques objets1 aux murs1 aux plantes qui meublaient ce jardin et la cour4 ,eugnie trouva des charmes tout nouveaux dans l'aspect de ces choses1 auparavant si ordinaires pour elle4 ,mille penses confuses naissaient dans son me et y croissaient mesure que croissaient au dehors les rayons du soleil4 ,elle eut enfin ce mouvement de plaisir vague1 inexplicable1 qui enveloppe l'tre moral1 comme un nuage envelopperait l'tre physique4 ,ses rflexions s'accordaient avec les dtails de ce singulier paysage1 et les harmonies de son coeur firent alliance avec les harmonies de la nature4 ,quand le soleil atteignit un pan de mur1 d'o tombaient des cheveux de ,vnus aux feuilles paisses couleurs changeantes comme la gorge des pigeons1 de clestes rayons d'esprance illuminrent l'avenir pour ,eugnie1 qui dsormais se plut regarder ce pan de mur1 ses fleurs ples1 ses clochettes bleues et ces herbes fanes1 auxquelles se mla un souvenir gracieux comme ceux de l'enfance4 ,le bruit que chaque feuille produisait dans cette cour sonore1 en se dtachant de son rameau1 donnait une rponse aux secrtes interrogations de la jeune fille1 qui serait reste l pendant toute la journe sans s'apercevoir de la fuite des heures4 ,puis vinrent de tumultueux mouvements d'me4 ,elle se leva frquemment1 se mit devant son miroir1 et s'y regarda comme un auteur de bonne foi contemple son oeuvre pour se critiquer et se dire des injures lui-mme4 ,je ne suis pas assez belle pour lui4 ,telle tait la pense d',eugnie1 pense humble et fertile en souffrances4 ,la pauvre fille ne se rendait pas justice2 mais la modestie1 ou mieux la crainte1 est une des premires vertus de l'amour4 ,eugnie appartenait bien ce type d'enfants fortement constitus1 comme ils le sont dans la petite bourgeoisie1 et dont les beauts paraissent vulgaires2 mais1 si elle ressemblait ,vnus de ,milo1 ses formes taient ennoblies par cette suavit du sentiment chrtien1 qui purifie la femme et lui donne une distinction inconnue aux sculpteurs anciens4 ,elle avait une tte norme1 le front masculin1 mais dlicat1 du ,jupiter de ,phidias1 et des yeux gris auxquels sa chaste vie1 en s'y portant tout entire1 imprimait une lumire jaillissante4 ,les traits de son visage rond1 jadis frais et rose1 avaient t grossis par une petite vrole assez clmente pour n'y point laisser de traces1 mais qui avait dtruit le velout de la peau1 nanmoins si douce et si fine encore que le pur baiser de sa mre y traait passagrement une marque rouge4 ,son nez tait un peu trop fort1 mais il s'harmoniait avec une bouche d'un rouge de minium1 dont les lvres mille raies taient pleines d'amour et de bont4 ,le col avait une rondeur parfaite4 ,le corsage bomb1 soigneusement voil1 attirait le regard et faisait rver2 il manquait sans doute un peu de la grce due la toilette2 mais1 pour les connaisseurs1 la non-flexibilit de cette haute taille devait tre un charme4 ,eugnie1 grande et forte1 n'avait donc rien du joli qui plat aux masses2 mais elle tait belle de cette beaut si facile reconnatre1 et dont s'prennent seulement les artistes4 ,le peintre qui cherche ici-bas un type la cleste puret de ,marie1 qui demande toute la nature fminine ces yeux modestement fiers devins par ,raphal1 ces lignes vierges1 souvent dues aux hasards de la conception1 mais qu'une vie chrtienne et pudique peut seule conserver ou faire acqurir2 ce peintre1 amoureux d'un si rare modle1 et trouv tout coup dans le visage d',eugnie la noblesse inne qui s'ignore2 il et vu sous un front calme un monde d'amour1 et1 dans la coupe des yeux1 dans l'habitude des paupires1 le je ne sais quoi divin4 ,ses traits1 les contours de sa tte1 que l'expression du plaisir n'avait jamais ni altrs ni fatigus1 ressemblaient aux lignes d'horizon si doucement tranches dans le lointain des lacs tranquilles4 ,cette physionomie calme1 colore1 borde de lueur comme une jolie fleur close1 reposait l'me1 communiquait le charme de la conscience qui s'y refltait1 et commandait le regard4 ,eugnie tait encore sur la rive de la vie o fleurissent les illusions enfantines1 o se cueillent les marguerites avec des dlices plus tard inconnues4 ,aussi se dit-elle en se mirant1 sans savoir encore ce qu'tait l'amour3 ,je suis trop laide1 il ne fera pas attention moi4 ,puis elle ouvrit la porte de sa chambre qui donnait sur l'escalier1 et tendit le cou pour couter les bruits de la maison4 ,il ne se lve pas1 pensa-t-elle en entendant la tousserie matinale de ,nanon1 et la bonne fille allant1 venant1 balayant la salle1 allumant son feu1 enchanant le chien et parlant ses btes dans l'curie4 ,aussitt ,eugnie descendit1 et courut ,nanon qui trayait la vache4 ,nanon1 ma bonne ,nanon1 fais donc de la crme pour le caf de mon cousin4 --,mais1 mademoiselle1 il aurait fallu s'y prendre hier1 dit ,nanon1 qui partit d'un gros clat de rire4 ,je ne peux pas faire de la crme4 ,votre cousin est mignon1 mignon1 mais vraiment mignon4 ,vous ne l'avez pas vu dans sa chambrelouque de soie et d'or4 ,je l'ai vu1 moi4 ,il porte du linge fin comme celui du surplis de ,m4 le cur4 --,nanon1 fais-nous donc de la galette4 --,et qui me donnera du bois pour le four1 et de la farine1 et du beurre8 dit ,nanon1 laquelle1 en sa qualit de premier ministre de ,grandet1 prenait parfois une importance norme aux yeux d',eugnie et de sa mre4 ,faut-il pas le voler1 cet homme1 pour fter votre cousin8 ,demandez-lui du beurre1 de la farine1 du bois2 il est votre pre1 il peut vous en donner4 ,tenez1 le voil qui descend pour voir aux provisions444 ,eugnie se sauva dans le jardin1 tout pouvante en entendant trembler l'escalier sous le pas de son pre4 ,elle prouvait dj les effets de cette profonde pudeur et de cette conscience particulire de notre bonheur qui nous fait croire1 non sans raison peut-tre1 que nos penses sont graves sur notre front et sautent aux yeux d'autrui4 ,en s'apercevant enfin du froid dnment de la maison paternelle1 la pauvre fille concevait une sorte de dpit de ne pouvoir la mettre en harmonie avec l'lgance de son cousin4 ,elle prouva un besoin passionn de faire quelque chose pour lui3 quoi8 elle n'en savait rien4 ,nave et vraie1 elle se laissait aller sa nature anglique sans se dfier ni de ses impressions ni de ses sentiments4 ,le seul aspect de son cousin avait veill chez elle les penchants naturels de la femme1 et ils durent se dployer d'autant plus vivement qu'ayant atteint sa vingt-troisime anne1 elle se trouvait dans la plnitude de son intelligence et de ses dsirs4 ,pour la premire fois1 elle eut dans le coeur de la terreur l'aspect de son pre1 vit en lui le matre de son sort1 et se crut coupable d'une faute en lui taisant quelques penses4 ,elle se mit marcher pas prcipits1 en s'tonnant de respirer un air plus pur1 de sentir les rayons du soleil plus vivifiants1 et d'y puiser une chaleur morale1 une vie nouvelle4 ,pendant qu'elle cherchait un artifice pour obtenir la galette1 il s'levait entre la grande ,nanon et ,grandet une de ces querelles aussi rares entre eux que le sont les hirondelles en hiver4 ,muni de ses clefs1 le bonhomme tait venu pour mesurer les vivres ncessaires la consommation de la journe4 ,reste-t-il du pain d'hier8 dit-il ,nanon4 ,grandet sort et vend pour #bjj1jjj francs de ses vins en se promenant sur la place devant le caf2 et les deux femmes vont par piti et les pieds nus couter la porte du cousin les gmissements de sa douleur4 ,eugnie s'enhardit entrer un de ses sanglots2 elle le voit dans son dsespoir et se retire plus attendrie que jamais4 ,que fait-il8 dit ,grandet la servante ,nanon4 --,il dort4 --,tant mieux1 il n'a pas besoin de bougie4 ,il veut profiter de l'occasion pour un double coup d'avare4 ,il fait venir un de ses confidents de ,saumur1 le charge d'aller ,paris ngocier un accommodement avec les cranciers de son frre mort4 ,il lui donne #ejj1jjj francs pour les dsintresser2 mais1 pour gagner plus encore sur cette opration1 il rassemble tout son or cercl en barils1 et va dans la nuit les changer en effets ,nantes1 de faon bnficier encore #dj1jjj francs sur le prix de l'or4 ,puis1 la rente sur l'tat tant #ij alors1 il place un million sur la rente1 revenu net sans impts1 et le confie le matin son fond de pouvoirs4 ,l'amour naissant continuait clore2 le matin1 le neveu et la cousine causaient ensemble dans le petit jardin1 l'ombre du noyer4 ,ils avaient chang en secret un somptueux ncessaire de voyage qui lui venait de sa mre contre des pices d'or rares recueillies par le pre ,grandet1 et dont il faisait de temps en temps cadeau sa fille pour les lui redemander quand il voulait les contempler ou en jouir4 ,c'tait une grande imprudence ,eugnie4--,c'est ainsi que l'amour naissait4 ,n'y a-t-il pas1 dit ,balzac1 de gracieuses similitudes entre les commencements de l'amour et ceux de la vie1 et ne berce-t-on pas l'enfant par de doux chants et d'aimables regards8 ,ne lui dit-on pas de merveilleuses histoires qui lui dorent l'avenir8 ,pour lui1 l'esprance ne dploie-t-elle pas incessamment ses ailes radieuses8 ,ne verse-t-il pas tour tour des larmes de joie et de douleur8 ,ne se querelle-t-il pas pour des riens1 pour des cailloux avec lesquels il essaye de se btir un mobile palais1 pour des bouquets aussitt oublis que coups8 ,n'est-il pas avide de saisir le temps1 d'avancer dans la vie8 ,l'amour est notre seconde transformation4 ,l'enfance et l'amour furent mme chose entre ,eugnie et ,charles3 ce fut la passion premire avec tous ses enfantillages1 d'autant plus caressants pour leurs coeurs qu'ils taient envelopps de mlancolie4 ,en se dbattant1 sa naissance1 sous les crpes du deuil1 cet amour n'en tait d'ailleurs que mieux en harmonie avec la simplicit provinciale de cette maison en ruine4 ,en changeant quelques mots avec sa cousine au bord du puits1 dans cette cour muette2 en restant dans ce jardinet1 assis sur un banc moussu jusqu' l'heure o le soleil se couchait1 occups se dire de grands riens ou recueillis dans le calme qui rgnait entre le rempart et la maison1 comme on l'est sous les arcades d'une glise1 ,charles comprit la saintet de l'amour4 ,,viii4 ,le pre ,grandet s'tait dcid payer le voyage de son neveu pour les ,indes jusqu' l'embarquement ,nantes4 ,le neveu1 de son ct1 avait crit ,paris de vendre tous ses objets personnels2 il en avait reu un peu d'argent2 il montra de plus son oncle des bijoux4 ,l'oncle lui proposa d'aller les vendre pour lui dans la ville1 en retenant un certain bnfice4 ,charles1 son neveu1 donna en souvenirs quelques petits bijoux sa tante1 son oncle et sa cousine4 ,il donna ,eugnie et il en reut le premier baiser furtif1 dans le couloir1 entre deux portes3 ,chre ,eugnie1 lui murmura-t-il1 un cousin est mieux qu'un frre1 il peut t'pouser6 --,ainsi soit-il1 dit ,nanon4 ,enfin ils se jurrent mariage et ternel amour au moment o ,charles lui remit sa cassette en secret4 ,charles partit4 ,tout tait en larmes4 --,bon voyage6 s'cria l'oncle dlivr du fardeau des convenances4 ,,ix4 ,l'oncle rvisa sa fortune4 ,il obtint aisment le dsistement des cranciers de son frre #dg pour #ajj4 ,sa richesse lui s'levait alors une inscription de cent mille livres de rente ,paris1 deux millions quatre cent mille francs en or2 la terre de ,froidfond et tous ses biens autour de ,saumur3 le tout approchant de dix-sept millions4 ,sa parcimonie et ses ruses ne faisaient que crotre4 ,eugnie1 pendant ce temps-l1 priait pour ,charles4 ,cependant le jour de l'preuve tait arriv2 une angoisse terrible pesait sur la mre et la fille4 ,elles firent tout pour distraire le pre ,grandet1 tout fut inutile4 ,pour ,charles1 se disait ,eugnie1 je souffrirais mille morts6 ,je n'avouerai rien6 cette pense1 elle jetait sa mre des regards flamboyants de courage4 te tout cela1 dit ,grandet ,nanon1 quand1 vers onze heures1 le djeuner fut achev2 mais laisse-nous la table4 ,nous serons plus l'aise pour voir ton petit trsor1 dit-il en regardant ,eugnie4 ,petit6 ma foi1 non4 ,tu possdes1 valeur intrinsque1 cinq mille neuf cent cinquante-neuf francs1 et quarante de ce matin1 cela fait six mille francs moins un4 ,eh bien6 je te donnerai1 moi1 ce franc pour complter la somme1 parce que1 vois-tu1 fifille4444 ,eh bien6 pourquoi nous coutes-tu8 ,montre-moi tes talons1 ,nanon1 et va faire ton ouvrage1 dit le bonhomme4 ,nanon disparut4 coute1 ,eugnie1 il faut que tu me donnes ton or4 ,tu ne le refuseras pas ton ppre1 ma petite fifille1 hein8 ,les deux femmes taient muettes4 ,je n'ai plus d'or1 moi4 ,j'en avais1 je n'en ai plus4 ,je te rendrai six mille francs en livres1 et tu vas les placer comme je vais te le dire4 ,il ne faut plus penser au douzain4 ,quand je te marierai1 ce qui sera bientt1 je te trouverai un futur qui pourra t'offrir le plus beau douzain dont on aura jamais parl dans la province4 coute donc1 fifille4 ,il se prsente une belle occasion3 tu peux mettre tes six mille francs dans le gouvernement1 et tu en auras tous les six mois prs de deux cents francs d'intrts1 sans impts1 ni rparations1 ni grle1 ni gele1 ni mare1 ni rien de ce qui tracasse les revenus4 ,tu rpugnes peut-tre te sparer de ton or1 hein1 fifille8 ,apporte-le-moi tout de mme4 ,je te ramasserai des pices d'or1 des hollandaises1 des portugaises1 des roupies du ,mogol1 des gnovines2 et1 avec celles que je te donnerai tes ftes1 en trois ans tu auras rtabli la moiti de ton joli petit trsor en or4 ,que dis-tu1 fifille8 ,lve donc le nez4 ,allons1 va le chercher1 le mignon4 ,tu devrais me baiser sur les yeux pour te dire ainsi des secrets et des mystres de vie et de mort pour les cus4 ,vraiment les cus vivent et grouillent comme des hommes3 a va1 a vient1 a sue1 a produit4 ,eugnie se leva2 mais1 aprs avoir fait quelques pas vers la porte1 elle se retourna brusquement1 regarda son pre en face et lui dit3 ,je n'ai plus mon or4 --,tu n'as plus ton or6 s'cria ,grandet en se redressant sur ses jarrets comme un cheval qui entend tirer le canon dix pas de lui4 --,non1 je ne l'ai plus4 --,tu te trompes1 ,eugnie4 --,non4 --,par la serpette de mon pre6 ,quand le tonnelier jurait ainsi1 les planchers tremblaient4 ,bon saint bon ,dieu6 voil madame qui plit1 cria ,nanon4 --,grandet1 ta colre me fera mourir1 dit la pauvre femme4 --,ta1 ta1 ta1 ta1 vous autres1 vous ne mourez jamais dans votre famille6 ,eugnie1 qu'avez-vous fait de vos pices8 cria-t-il en fondant sur elle4 --,monsieur1 dit la fille aux genoux de ,mme ,grandet1 ma mre souffre beaucoup4 ,voyez1 ne la tuez pas4 ,grandet fut pouvant de la pleur rpandue sur le teint de sa femme1 nagure si jaune4 ,nanon1 venez m'aider me coucher1 dit la mre d'une voix faible4 ,je meurs4 ,aussitt ,nanon donna le bras sa matresse2 autant en fit ,eugnie1 et ce ne fut pas sans des peines infinies qu'elles purent la monter chez elle1 car elle tombait en dfaillance de marche en marche4 ,grandet resta seul4 ,nanmoins1 quelques moments aprs1 il monta sept ou huit marches1 et cria3 ,eugnie1 quand votre mre sera couche1 vous descendrez4 --,oui1 mon pre4 ,elle ne tarda pas venir1 aprs avoir rassur sa mre4 ,ma fille1 lui dit ,grandet1 vous allez me dire o est votre trsor4 --,mon pre1 si vous me faites des prsents dont je ne sois pas entirement matresse1 reprenez-les1 rpondit froidement ,eugnie en cherchant le napolon sur la chemine et le lui prsentant4 ,grandet saisit vivement le napolon et le coula dans son gousset4 ,je crois bien que je ne te donnerai plus rien4 ,pas seulement a6 dit-il en faisant claquer l'ongle de son pouce sous sa matresse dent4 ,vous mprisez donc votre pre1 vous n'avez donc pas confiance en lui1 vous ne savez donc pas ce que c'est qu'un pre8 ,s'il n'est pas tout pour vous1 il n'est rien4 ,o est votre or8 --,mon pre1 je vous aime et vous respecte1 malgr votre colre2 mais je vous ferai fort humblement observer que j'ai vingt-deux ans4 ,vous m'avez assez souvent dit que je suis majeure1 pour que je le sache4 ,j'ai fait de mon argent ce qu'il m'a plu d'en faire1 et soyez sr qu'il est bien plac4444 --,o8 --,c'est un secret inviolable1 dit-elle4 ,n'avez-vous pas vos secrets8 --,ne suis-je pas le chef de ma famille8 ne puis-je avoir mes affaires8 --,c'est aussi mon affaire4 --,cette affaire doit tre mauvaise1 si vous ne pouvez pas la dire votre pre1 mademoiselle ,grandet4 --,elle est excellente1 et je ne puis pas la dire mon pre4 --,au moins1 quand avez-vous donn votre or8 ,eugnie fit un signe de tte ngatif4 ,vous l'aviez encore le jour de votre fte1 hein8 ,eugnie1 devenue aussi ruse par amour que son pre l'tait par avarice1 ritra le mme signe de tte4 ,mais on n'a jamais vu pareil enttement1 ni vol pareil1 dit ,grandet d'une voix qui alla crescendo et qui fit graduellement retentir la maison4 ,comment6 ici1 dans ma propre maison1 chez moi1 quelqu'un aura pris ton or6 le seul or qu'il y avait6 et je ne saurai pas qui6 ,l'or est une chose chre4 ,les plus honntes filles peuvent faire des fautes1 donner je ne sais quoi3 cela se voit chez les grands seigneurs et mme chez les bourgeois2 mais donner de l'or1 car vous l'avez donn quelqu'un1 hein8 ,eugnie fut impassible4 ,a-t-on vu pareille fille6 ,est-ce moi qui suis votre pre8 ,si vous l'avez plac1 vous en avez un reu4444 --tais-je libre1 oui ou non1 d'en faire ce que bon me semblait8 tait-ce moi8 --,mais tu es un enfant4 --,majeure4 ,abasourdi par la logique de sa fille1 ,grandet plit1 trpigna1 jura2 puis trouvant enfin des paroles1 il cria3 ,maudit serpent de fille6 ,ah6 mauvaise graine1 tu sais bien que je t'aime1 et tu en abuses4 ,elle gorge son pre6 ,pardieu1 tu auras jet notre fortune aux pieds de ce va-nu-pieds qui a des bottes de maroquin4 ,par la serpette de mon pre6 je ne peux pas te dshriter1 nom d'un tonneau6 mais je te maudis1 toi1 ton cousin et tes enfants6 ,tu ne verras rien arriver de bon de tout cela1 entends-tu8 ,si c'tait ,charles que4444 ,mais1 non ce n'est pas possible4 ,quoi6 ce mchant mirliflor m'aurait dvalis4444 ,il regarda sa fille qui restait muette et froide4 ,elle ne bougera pas1 elle ne sourcillera pas1 elle est plus ,grandet que je ne suis ,grandet4 ,tu n'as pas donn ton or pour rien1 au moins8 ,voyons1 dis4 ,eugnie regarda son pre1 en lui jetant un regard ironique qui l'offensa4 ,eugnie1 vous tes chez moi1 chez votre pre4 ,vous devez1 pour y rester1 vous soumettre ses ordres4 ,les prtres vous ordonnent de m'obir4 ,eugnie baissa la tte4 ,vous m'offensez dans ce que j'ai de plus cher1 reprit-il1 je ne veux vous voir que soumise4 ,allez dans votre chambre4 ,vous y demeurerez jusqu' ce que je vous permette d'en sortir4 ,nanon vous y portera du pain et de l'eau4 ,vous m'avez entendu1 marchez6 ,x4 ,cette rclusion inexplique et prolonge fit beaucoup de tort l'avare4 ,son notaire et ami ,cruchot fora la porte et lui rvla que ses svices pouvaient contraindre sa fille1 dsormais majeure1 demander la licitation de ses biens4 ,il frmit et se disposait changer quand1 pendant une de ses absences1 ,eugnie apporta secrtement la cassette de ,charles sur le lit de sa mre et que les deux victimes se mirent l'examiner4 ,elles tenaient en main le portrait3 ,c'est tout fait son front et sa bouche6 disait ,eugnie au moment o le vigneron ouvrit la porte4 ,au regard que jeta son mari sur l'or1 ,mme ,grandet cria3 ,mon ,dieu1 ayez piti de nous6 ,le bonhomme sauta sur le ncessaire comme un tigre fond sur un enfant endormi4 ,qu'est-ce que c'est que cela8 dit-il en emportant le trsor et allant se placer la fentre4 ,du bon or6 de l'or6 s'cria-t-il4 ,beaucoup d'or6 a pse deux livres4 ,ah6 ah6 ,charles t'a donn cela contre tes belles pices4 ,hein6 pourquoi ne me l'avoir pas dit8 ,c'est une bonne affaire1 fifille6 ,tu es ma fille1 je te reconnais4 ,eugnie tremblait de tous ses membres4,n'est-ce pas1 ceci est ,charles8 reprit le bonhomme4 --,oui1 mon pre1 ce n'est pas moi4 ,ce meuble est un dpt sacr4 --,ta1 ta1 ta1 il a pris ta fortune1 faut te rtablir ton petit trsor4 --,mon pre6444 ,le bonhomme voulut prendre son couteau pour faire sauter une plaque d'or1 et fut oblig de poser le ncessaire sur une chaise4 ,eugnie s'lana pour le ressaisir2 mais le tonnelier1 qui avait tout la fois l'oeil sa fille et au coffret1 la repoussa si violemment en tendant le bras1 qu'elle alla tomber sur le lit de sa mre4 ,monsieur1 monsieur6 cria la mre en se dressant sur son lit4 ,grandet avait tir son couteau et s'apprtait soulever l'or4 ,mon pre1 cria ,eugnie en se jetant genoux et marchant ainsi pour arriver plus prs du bonhomme et lever les mains vers lui1 mon pre1 au nom de tous les saints et de la ,vierge1 au nom du ,christ1 qui est mort sur la croix1 au nom de votre salut ternel1 mon pre1 au nom de ma vie1 ne touchez pas ceci6 ,cette toilette n'est ni vous ni moi2 elle est un malheureux parent qui me l'a confie1 et je dois la lui rendre intacte4 --,pourquoi la regardais-tu1 si c'est un dpt8 ,voir1 c'est pis que toucher4 --,mon pre1 ne la dtruisez pas1 ou vous me dshonorez4 ,mon pre1 entendez-vous8 --,monsieur1 grce6 dit la mre4 --,mon pre6 cria ,eugnie d'une voix si clatante que ,nanon effraye monta4 ,eugnie sauta sur un couteau qui tait sa porte et s'en arma4 --,eh bien6 lui dit froidement ,grandet en souriant froid4 --,monsieur1 monsieur1 vous m'assassinez6 dit la mre4 --,mon pre1 si votre couteau entame seulement une parcelle de cet or1 je me perce de celui-ci4 ,vous avez dj rendu ma mre mortellement malade2 vous tuerez encore votre fille4 ,allez maintenant2 blessure pour blessure6 ,grandet tint son couteau sur le ncessaire1 et regarda sa fille en hsitant4 ,en serais-tu donc capable1 ,eugnie8 dit-il4 --,oui1 monsieur1 dit la mre4 --,elle le ferait comme elle le dit1 cria ,nanon4 ,soyez donc raisonnable1 monsieur1 une fois dans votre vie4 ,le tonnelier regarda l'or et sa fille alternativement pendant un instant4 ,mme ,grandet s'vanouit4 ,l1 voyez-vous1 mon cher monsieur8 madame se meurt1 cria ,nanon4 --,tiens1 ma fille1 ne nous brouillons pas pour un coffre4 ,prends donc6 s'cria vivement le tonnelier en jetant la toilette sur le lit4 ,toi1 ,nanon1 va chercher ,m4 ,bergerin4 ,allons1 la mre1 dit-il en baisant la main de sa femme1 ce n'est rien1 va3 nous avons fait la paix4 ,pas vrai1 fifille8 ,plus de pain sec1 tu mangeras tout ce que tu voudras4 ,ah6 elle ouvre les yeux4 ,eh bien6 la mre1 mmre1 timre1 allons donc6 ,tiens1 vois1 j'embrasse ,eugnie4 ,elle aime son cousin1 elle l'pousera si elle veut1 elle lui gardera le petit coffre4 ,mais vis longtemps1 ma pauvre femme4 ,allons1 remue donc6 coute1 tu auras le plus beau reposoir qui se soit jamais fait ,saumur4 --,mon ,dieu1 pouvez-vous traiter ainsi votre femme et votre enfant8 dit d'une voix faible ,mme ,grandet4 --,je ne le ferai plus1 plus1 cria le tonnelier4 ,tu vas voir1 ma pauvre femme4 ,il alla son cabinet1 et revint avec une poigne de louis qu'il parpilla sur le lit4 ,tiens1 ,eugnie1 tiens1 ma femme1 voil pour vous1 dit-il en maniant les louis4 ,allons1 gaye-toi1 ma femme2 porte-toi bien2 tu ne manqueras de rien1 ni ,eugnie non plus4 ,voil cent louis d'or pour elle4 ,tu ne les donneras pas1 ,eugnie1 ceux-l1 hein8 ,mme ,grandet et sa fille se regardrent tonnes4 ,reprenez-les1 mon pre2 nous n'avons besoin que de votre tendresse4 --,eh bien6 c'est a1 dit-il en empochant les louis2 vivons comme de bons amis4 ,descendons tous dans la salle pour dner1 pour jouer au loto tous les soirs deux sous4 ,faites vos farces6 ,hein1 ma femme8 --,hlas6 je le voudrais bien1 puisque cela peut vous tre agrable1 dit la mourante2 mais je ne saurais me lever4 --,pauvre mre1 dit le tonnelier1 tu ne sais pas combien je t'aime4 ,et toi1 ma fille6 ,il la serra1 l'embrassa4 ,oh6 comme c'est bon d'embrasser sa fille aprs une brouille6 ma fifille6 ,tiens1 vois-tu1 mmre1 nous ne faisons qu'un maintenant4 ,va donc serrer cela1 dit-il ,eugnie en lui montrant le coffret4 ,va1 ne crains rien4 ,je ne t'en parlerai plus1 jamais4 ,m4 ,bergerin1 le plus clbre mdecin de ,saumur1 arriva bientt4 ,la consultation finie1 il dclara positivement ,grandet que sa femme tait bien mal1 mais qu'un grand calme d'esprit1 un rgime doux et des soins minutieux pourraient reculer l'poque de sa mort vers la fin de l'automne4 a cotera-t-il cher8 dit le bonhomme2 faut-il des drogues8 --,peu de drogues1 mais beaucoup de soins1 rpondit le mdecin1 qui ne put retenir un sourire4 --,enfin1 monsieur ,bergerin1 rpondit ,grandet1 vous tes un homme d'honneur1 pas vrai8 ,je me fie vous1 venez voir ma femme toutes et quantes fois vous le jugerez convenable4 ,conservez-moi ma bonne femme2 je l'aime beaucoup1 voyez-vous1 sans que a paraisse1 parce que1 chez moi1 tout se passe en dedans et me trifouille l'me4 ,j'ai du chagrin4 ,le chagrin est entr chez moi avec la mort de mon frre1 pour lequel je dpense1 ,paris1 des sommes444 les yeux de la tte1 enfin6 et cela ne finit point4 ,adieu1 monsieur2 si l'on peut sauver ma femme1 sauvez-la1 quand mme il faudrait dpenser pour a cent ou deux cents francs4 ,,xi4 ,mme ,grandet expira de ce dernier coup4 ,eugnie et son pre restrent seuls dans la maison4 ,le pre ne songea qu' se prmunir contre la fille2 il lui soutira une renonciation de tous les biens maternels1 et lui promit une pension de #a1bjj francs4 ,cela dura cinq ans4 ,en #ahbg1 le vieillard mourut la porte de son cabinet plein d'or4 ,eugnie fut reconnue possder trois cent mille livres de rente dans l'arrondissement de ,saumur1 six millions taient placs en rentes1 deux millions en or1 et la totalit passait dix-huit millions6 --,o donc est mon cousin8 dit-elle4 trente ans1 ,eugnie ne connaissait encore aucune des flicits de la vie4 ,sa ple et triste enfance s'tait coule auprs d'une mre dont le coeur mconnu1 froiss1 avait toujours souffert4 ,en quittant avec joie l'existence1 cette mre plaignit sa fille d'avoir vivre1 et lui laissa dans l'me de lgers remords et d'ternels regrets4 ,le premier1 le seul amour d',eugnie1 tait pour elle un principe de mlancolie4 ,aprs avoir entrevu son amant pendant quelques jours1 elle lui avait donn son coeur entre deux baisers furtivement accepts et reus2 puis il tait parti1 mettant tout un monde entre elle et lui4 ,cet amour1 maudit par son pre1 lui avait presque cot sa mre1 et ne lui causait que des douleurs mles de frles esprances4 ,ainsi1 jusqu'alors1 elle s'tait lance vers le bonheur en perdant ses forces1 sans les changer4 ,dans la vie morale1 aussi bien que dans la vie physique1 il existe une aspiration et une respiration3 l'me a besoin d'absorber les sentiments d'une autre me1 de se les assimiler pour les lui restituer plus riches4 ,sans ce beau phnomne humain1 point de vie au coeur2 l'air lui manque alors1 il souffre et dprit4 ,eugnie commenait souffrir4 ,pour elle1 la fortune n'tait ni un pouvoir ni une consolation2 elle ne pouvait exister que par l'amour1 par la religion1 par la foi dans l'avenir4 ,l'amour lui expliquait l'ternit4 ,son coeur et l'vangile lui signalaient deux mondes attendre4 ,elle se plongeait nuit et jour au sein de deux penses infinies1 qui pour elle peut-tre n'en faisaient qu'une seule4 ,elle se retirait en elle-mme1 aimant et se croyant aime4 ,depuis sept ans1 sa passion avait tout envahi4 ,ses trsors n'taient pas les millions dont les revenus s'entassaient1 mais le coffret de ,charles1 mais les deux portraits suspendus son lit1 mais les bijoux rachets son pre1 tals orgueilleusement sur une couche de ouate dans un tiroir du bahut2 mais le d de sa tante1 duquel s'tait servie sa mre1 et que tous les jours elle prenait religieusement pour travailler une broderie1 ouvrage de ,pnlope1 entrepris seulement pour mettre son doigt cet or plein de souvenirs4 ,il ne paraissait pas vraisemblable que ,mlle ,grandet voult se marier durant son deuil4 ,sa pit vraie tait connue4 ,aussi la famille ,cruchot1 dont la politique tait sagement dirige par le vieil abb1 se contenta-t-elle de cerner l'hritire en l'entourant des soins les plus affectueux4 ,chez elle1 tous les soirs1 la salle se remplissait d'une socit compose des plus chauds et des plus dvous ,cruchotins du pays1 qui s'efforaient de chanter les louanges de la matresse du logis sur tous les tons4 ,elle avait le mdecin ordinaire de sa chambre1 son grand aumnier1 son chambellan1 sa premire dame d'atours1 son premier ministre1 son chancelier surtout1 un chancelier qui voulait lui tout dire4 ,l'hritire eut-elle dsir un porte-queue1 on lui en aurait trouv un4 ,c'tait une reine1 et la plus habilement adule de toutes les reines4 ,la flatterie n'mane jamais des grandes mes2 elle est l'apanage des petits esprits1 qui russissent se rapetisser encore pour mieux entrer dans la sphre vitale de la personne autour de laquelle ils gravitent4 ,la flatterie sous-entend un intrt4 ,aussi les personnes qui venaient meubler tous les soirs la salle de ,mlle ,grandet1 nomme par elles ,mlle de ,froidfond1 russissaient-elles merveilleusement l'accabler de louanges4 ,ce concert d'loges1 nouveau pour ,eugnie1 la fit d'abord rougir2 mais insensiblement1 et quelque grossiers que fussent les compliments1 son oreille s'accoutuma si bien entendre vanter sa beaut1 que si quelque nouveau venu l'et trouve laide1 ce reproche lui aurait t plus sensible alors que huit ans auparavant4 ,puis elle finit par aimer des douceurs qu'elle mettait secrtement aux pieds de son idole4 ,elle s'habitua donc par degrs se laisser traiter en souveraine et voir sa cour pleine tous les soirs4 ,m4 le prsident de ,bonfons tait le hros de ce petit cercle1 o son esprit1 sa personne1 son instruction1 son amabilit1 sans cesse taient vants4 ,l'un faisait observer que1 depuis sept ans1 il avait beaucoup augment sa fortune2 que ,bonfons valait au moins dix mille francs de rente et se trouvait enclav1 comme tous les biens des ,cruchot1 dans les vastes domaines de l'hritire4 ,savez-vous1 mademoiselle1 disait un habitu1 que les ,cruchot ont eux quarante mille livres de rente8--,et leurs conomies1 reprenait une vieille ,cruchotine1 ,mlle de ,gribeaucourt4 ,un monsieur de ,paris est venu dernirement offrir ,m4 ,cruchot deux cent mille francs de son tude4 ,il doit la vendre1 s'il peut tre nomm juge de paix4--,il veut succder ,m4 de ,bonfons dans la prsidence du tribunal1 et prend ses prcautions1 rpondit ,mme d',orsonval2 car ,m4 le prsident deviendra conseiller1 puis prsident la cour1 il a trop de moyens pour ne pas arriver4--,oui1 c'est un homme bien distingu1 disait un autre4 ,ne trouvez-vous pas1 mademoiselle8 ,m4 le prsident avait tch de se mettre en harmonie avec le rle qu'il voulait jouer4 ,malgr ses quarante ans1 malgr sa figure brune et rbarbative1 fltrie comme le sont presque toutes les physionomies judiciaires1 il se mettait en jeune homme1 badinait avec un jonc1 ne prenait point de tabac chez ,mlle de ,froidfond1 y arrivait toujours en cravate blanche et en chemise dont le jabot gros plis lui donnait un air de famille avec les individus du genre dindon4 ,il parlait familirement la belle hritire1 et lui disait3 ,notre chre ,eugnie6 ,enfin1 hormis le nombre des personnages1 en remplaant le loto par le whist et en supprimant les figures de ,m4 et de ,mme ,grandet1 la scne par laquelle commence cette histoire tait peu prs la mme que par le pass4 ,la meute poursuivait toujours ,eugnie et ses millions2 mais la meute plus nombreuse aboyait mieux1 et cernait sa proie avec ensemble4 ,si ,charles ft arriv du fond des ,indes1 il et donc retrouv les mmes personnages et les mmes intrts4 ,mme des ,grassins1 pour laquelle ,eugnie tait parfaite de grce et de bont1 persistait tourmenter les ,cruchot4 ,mais alors1 comme autrefois1 la figure d',eugnie et domin le tableau2 comme autrefois1 ,charles et encore t l le souverain4 ,nanmoins il y avait un progrs4 ,le bouquet prsent jadis ,eugnie au jour de sa fte par le prsident tait devenu priodique4 ,tous les soirs il apportait la riche hritire un gros et magnifique bouquet que ,mme ,cornoiller mettait ostensiblement dans un bocal1 et jetait secrtement dans un coin de la cour1 aussitt les visiteurs partis4 ,au commencement du printemps1 ,mme des ,grassins essaya de troubler le bonheur des ,cruchotins en parlant ,eugnie du marquis de ,froidfond1 dont la maison ruine pouvait se relever si l'hritire voulait lui rendre sa terre par contrat de mariage4 ,mme des ,grassins faisait sonner haut la pairie1 le titre de marquise1 et1 prenant le sourire de ddain d',eugnie pour une approbation1 elle allait disant que le mariage de ,m4 le prsident ,cruchot n'tait pas aussi avanc qu'on le croyait4 ,quoique ,m4 de ,froidfond ait cinquante ans1 disait elle1 il ne parat pas plus g que ne l'est ,m4 ,cruchot2 il est veuf1 il a des enfants1 c'est vrai2 mais il est marquis1 il sera pair de ,france1 et1 par le temps qui court1 trouvez donc des mariages de cet acabit4 ,je sais de science certaine que le pre ,grandet1 en runissant tous ses biens la terre de ,froidfond1 avait l'intention de s'enter sur les ,froidfond4 ,il me l'a souvent dit4 ,il tait malin1 le bonhomme6 --,comment1 ,nanon1 dit un soir ,eugnie en se couchant1 il ne m'crira pas une fois en sept ans8444 ,,xiii4 ,balzac conduit ce roman1 ou plutt cette histoire jusqu' la dernire ironie de la destine4 ,eugnie reoit une lettre de son cousin qui lui annonce sa fortune faite et son retour prochain4 ,elle se dispose l'pouser4 ,mais1 en route1 il trouve une famille d'migrs qui ramne une jeune personne dont le pre1 aim de ,charles ,x1 peut leur promettre la faveur du roi4 ,il s'y attache1 et aprs quelques semaines de sjour ,paris1 il crit une honnte dfaite sa cousine en lui renvoyant les dix mille francs qu'elle lui a prts et en lui redemandant sa cassette4 ,eugnie dvore ses larmes1 et le roman du coeur finit avec le roman d'amour4 ,elle pouse sans got ,m4 le prsident de ,bonfons1 parce qu'il dirige ses affaires2 et vit chastement avec lui comme une douairire de province1 ensevelie dans ses inutiles trsors4 ,voil ,eugnie ,grandet1 visite un jour par un prcoce rayon d'amour1 expiant1 pendant le reste de sa vie1 la frocit de son pre4 ,voil l'avare6 bien autrement conu que celui de ,plaute1 de ,trence ou de ,molire4 ,la comdie de caractre va jusqu'au rire dans les caricatures de ces grands comiques4 ,chez ,balzac elle va jusqu'aux larmes4 ,les uns se moquent ridiculement de l'avare dans le mot fameux3 ,qu'allait-il faire dans cette galre8 ,l'autre fait dtester le vice et har le vicieux4 ,mais ils crivent en vers immortels1 et ,balzac n'crit qu'en prose modele sur le coeur humain6 ,je le rpte avec conviction3 il a dans ses innombrables romans cent fois dpass en invention l'incomparable ,molire4 ,on ne peut pas le louer plus haut1 ce mot suffirait pour sa gloire4 ,,lamartine4 7,la suite au prochain entretien47 ,c,v,i,i,ie ,,entretien4 ,,balzac ,,et ,,ses ,,oeuvres4 7,,troisi,,me ,,partie47 ,i4 ,si nous descendons plus bas dans les formules du style et dans la combinaison bourgeoise de ses romans1 nous arrivons la faute vulgaire du ,pre ,goriot et de ses deux filles4 ,on ne peint pas en couleurs plus fortes les faiblesses coupables d'un pre et les ingratitudes de ses enfants4 ,ni ,plaute1 ni ,trence1 ni ,aristophane1 ni ,molire1 ne sont descendus jusqu' ces profondeurs d'analyse d'un vice1 et n'ont pass par le burlesque pour arriver au tragique4 ,shakspeare seul l'aurait pu1 mais il ne l'a pas fait4 ,lisons rapidement le roman du ,pre ,goriot4 ,,ii4 ,madame ,vauquer1 ne de ,conflans1 est une vieille femme qui1 depuis quarante ans1 tient ,paris une pension bourgeoise tablie rue ,neuve-,sainte-,genevive1 entre le quartier latin et le faubourg ,saint-,marceau4 ,cette pension1 connue sous le nom de la ,maison ,vauquer1 admet galement des hommes et des femmes1 des jeunes gens et des vieillards1 sans que jamais la mdisance ait attaqu les moeurs de ce respectable tablissement4 ,mais aussi depuis trente ans ne s'y tait-il jamais vu de jeune personne1 et1 pour qu'un jeune homme y demeure1 sa famille doit-elle lui faire une bien maigre pension4 ,nanmoins1 en #ahai1 poque laquelle ce drame commence1 il s'y trouvait une pauvre jeune fille4 ,en quelque discrdit que soit tomb le mot drame par la manire abusive et tortionnaire dont il a t prodigu dans ces temps de douloureuse littrature1 il est ncessaire de l'employer ici2 non que cette histoire soit dramatique dans le sens vrai du mot1 mais1 l'oeuvre accomplie1 peut-tre aura-t-on vers quelques larmes intra muros et extra4 ,sera-t-elle comprise au-del de ,paris8 le doute est permis4 ,les particularits de cette scne pleine d'observations et de couleurs locales ne peuvent tre apprcies qu'entre les buttes de ,montmartre et les hauteurs de ,montrouge1 dans cette illustre valle de pltras incessamment prs de tomber1 et de ruisseaux noirs de boue2 valle remplie de souffrances relles1 de joies souvent fausses1 et si terriblement agite1 qu'il faut je ne sais quoi d'exorbitant pour y produire une sensation de quelque dure4 ,cependant il s'y rencontre et l des douleurs que l'agglomration des vices et des vertus rend grandes et solennelles2 leur aspect1 les gosmes1 les intrts1 s'arrtent et s'apitoient2 mais l'impression qu'ils en reoivent est comme un fruit savoureux promptement dvor4 ,le char de la civilisation1 semblable celui de l'idole de ,jaggernat1 peine retard par un coeur moins facile broyer que les autres et qui enraye sa roue1 l'a bris bientt et continue sa marche glorieuse4 ,ainsi ferez-vous1 vous qui tenez ce livre d'une main blanche1 vous qui vous enfoncez dans un moelleux fauteuil en vous disant3 ,peut-tre ceci va-t-il m'amuser4 ,aprs avoir lu les secrtes infortunes du pre ,goriot1 vous dnerez avec apptit en mettant votre insensibilit sur le compte de l'auteur1 en le taxant d'exagration1 en l'accusant de posie4 ,ah6 sachez-le3 ce drame n'est ni une fiction1 ni un roman4 ,all is true2 il est si vritable que chacun peut en reconnatre les lments chez soi1 dans son coeur peut-tre4 ,la maison o s'exploite la pension bourgeoise appartient ,mme ,vauquer4 ,elle est situe dans le bas de la rue ,neuve-,sainte-,genevive1 l'endroit o le terrain s'abaisse vers la rue de l',arbalte par une pente si brusque et si rude que les chevaux la montent ou la descendent rarement4 ,cette circonstance est favorable au silence qui rgne dans ces rues serres entre le dme du ,val-de-,grce et le dme du ,panthon1 deux monuments qui changent les conditions de l'atmosphre en y jetant des tons jaunes1 en y assombrissant tout par les teintes svres que projettent leurs coupoles4 ,l1 les pavs sont secs1 les ruisseaux n'ont ni boue ni eau1 l'herbe crot le long des murs4 ,l'homme le plus insouciant s'y attriste comme tous les passants1 le bruit d'une voiture y devient un vnement1 les maisons y sont mornes1 les murailles y sentent la prison4 ,un ,parisien gar ne verrait l que des pensions bourgeoises ou des ,institutions1 de la misre ou de l'ennui1 de la vieillesse qui meurt1 de la joyeuse jeunesse contrainte travailler4 ,nul quartier de ,paris n'est plus horrible1 ni1 disons-le1 plus inconnu4 ,la rue ,neuve-,sainte-,genevive surtout est comme un cadre de bronze1 le seul qui convienne ce rcit1 auquel on ne saurait trop prparer l'intelligence par des couleurs brunes1 par des ides graves2 ainsi que1 de marche en marche1 le jour diminue et le chant du conducteur se creuse1 alors que le voyageur descend aux ,catacombes4 ,comparaison vraie6 ,qui dcidera ce qui est plus horrible voir1 ou des coeurs desschs1 ou des crnes vides8 ,la faade de la pension donne sur un jardinet1 en sorte que la maison tombe angle droit sur la rue ,neuve-,sainte-,genevive1 o vous la voyez coupe dans sa profondeur4 ,le long de cette faade1 entre la maison et le jardinet1 rgne un cailloutis en cuvette1 large d'une toise1 devant lequel est une alle sable1 borde de graniums1 de lauriers-roses et de grenadiers plants dans de grands vases en faence bleue et blanche4 ,on entre dans cette alle par une porte btarde1 surmonte d'un criteau sur lequel est crit3 ,,maison ,,vauquer1 et dessous3 ,pension bourgeoise des deux sexes et autres4 ,pendant le jour1 une porte claire-voie1 arme d'une sonnette criarde1 laisse apercevoir au bout du petit pav1 sur le mur oppos la rue1 une arcade peinte en marbre vert par un artiste du quartier4 ,sous le renfoncement que simule cette peinture1 s'lve une statue reprsentant l',amour4 voir le vernis caill qui la couvre1 les amateurs de symboles y dcouvriraient peut-tre un mythe de l'amour parisien1 qu'on gurit quelques pas de l4 ,sous le socle1 cette inscription demi efface rappelle le temps auquel remonte cet ornement par l'enthousiasme dont il tmoigne pour ,voltaire1 rentr dans ,paris en #aggg3 ,qui que tu sois1 voici ton matre1 ,il l'est1 le fut1 ou le doit tre4 la nuit tombante1 la porte claire-voie est remplace par une porte pleine4 ,le jardinet aussi large que la faade est longue1 se trouve encaiss par le mur de la rue et par le mur mitoyen de la maison voisine1 le long de laquelle pend un manteau de lierre qui la cache entirement1 et attire les yeux des passants par un effet pittoresque dans ,paris4 ,chacun de ses murs est tapiss d'espaliers et de vignes dont les fructifications grles et poudreuses sont l'objet des craintes annuelles de ,mme ,vauquer et de ses conversations avec les pensionnaires4 ,le long de chaque muraille rgne une troite alle qui mne un couvert de tilleuls1 mot que ,mme ,vauquer1 quoique ne de ,conflans1 prononce obstinment tieuilles1 malgr les observations grammaticales de ses htes4 ,entre les deux alles latrales est un carr d'artichauts flanqu d'arbres fruitiers en quenouille1 et bord d'oseille1 de laitue ou de persil4 ,sous le couvert de tilleuls est plante une table ronde peinte en vert1 et entoure de siges4 ,l1 durant les jours caniculaires1 les convives assez riches pour se permettre de prendre du caf1 viennent le savourer par une chaleur capable de faire clore des oeufs4 ,la faade1 leve de trois tages et surmonte de mansardes1 est btie en moellons et badigeonne avec cette couleur jaune qui donne un caractre ignoble presque toutes les maisons de ,paris4 ,les cinq croises perces chaque tage ont de petits carreaux et sont garnies de jalousies dont aucune n'est releve de la mme manire1 en sorte que toutes leurs lignes jurent entre elles4 ,la profondeur de cette maison comporte deux croises1 qui1 au rez-de-chausse1 ont pour ornement des barreaux de fer1 grillags4 ,derrire le btiment est une cour large d'environ vingt pieds1 o vivent en bonne intelligence des cochons1 des poules1 des lapins1 et au fond de laquelle s'lve un hangar serrer le bois4 ,entre ce hangar et la fentre de la cuisine se suspend le garde-manger1 au-dessous duquel tombent les eaux grasses de l'vier4 ,cette cour a sur la rue ,neuve-,sainte-,genevive une porte troite par o la cuisinire chasse les ordures de la maison en nettoyant cette sentine grand renfort d'eau1 sous peine de pestilence4 ,naturellement destin l'exploitation de la pension bourgeoise1 le rez-de-chausse se compose d'une premire pice claire par les deux croises de la rue1 et o l'on entre par une porte-fentre4 ,ce salon communique une salle manger qui est spare de la cuisine par la cage d'un escalier dont les marches sont en bois et en carreaux mis en couleur et frotts4 ,rien n'est plus triste voir que ce salon meubl de fauteuils et de chaises en toffe de crin raies alternativement mates et luisantes4 ,au milieu se trouve une table ronde dessus de marbre ,sainte-,anne1 dcore de ce cabaret en porcelaine blanche orne de filets d'or effacs demi1 que l'on rencontre partout aujourd'hui4 ,cette pice1 assez mal planchie1 est lambrisse hauteur d'appui4 ,le surplus des parois est tendu d'un papier verni reprsentant les principales scnes de ,tlmaque1 et dont les classiques personnages sont coloris4 ,le panneau d'entre les croises grillages offre aux pensionnaires le tableau du festin donn au fils d',ulysse par ,calypso4 ,depuis quarante ans cette peinture excite les plaisanteries des jeunes pensionnaires1 qui se croient suprieurs leur position en se moquant du dner auquel la misre les condamne4 ,la chemine en pierre1 dont le foyer toujours propre atteste qu'il ne s'y fait de feu que dans les grandes occasions1 est orne de deux vases pleins de fleurs artificielles1 vieillies et encages1 qui accompagnent une pendule en marbre bleutre du plus mauvais got4 ,cette premire pice exhale une odeur sans nom dans la langue1 et qu'il faudrait appeler l'odeur de pension4 ,elle sent le renferm1 le moisi1 le rance2 elle donne froid1 elle est humide au nez1 elle pntre les vtements2 elle a le got d'une salle o l'on a dn2 elle pue le service1 l'office1 l'hospice4 ,peut-tre pourrait-elle se dcrire si l'on inventait un procd pour valuer les quantits lmentaires et nausabondes qu'y jettent les atmosphres catarrhales et sui generis de chaque pensionnaire1 jeune ou vieux4 ,eh bien1 malgr ces plates horreurs1 si vous le compariez la salle manger1 qui lui est contigu1 vous trouveriez ce salon lgant et parfum comme doit l'tre un boudoir4 ,cette salle1 entirement boise1 fut jadis peinte en une couleur indistincte aujourd'hui1 qui forme un fond sur lequel la crasse a imprim ses couches de manire y dessiner des figures bizarres4 ,elle est plaque de buffets gluants sur lesquels sont des carafes chancres1 ternies1 des ronds de moir mtallique1 des piles d'assiettes en porcelaine paisse1 bords bleus1 fabriques ,tournai4 ,dans un angle est place une bote cases numrotes qui sert garder les serviettes1 ou taches ou vineuses1 de chaque pensionnaire4 ,il s'y rencontre de ces meubles indestructibles1 proscrits partout1 mais placs l comme le sont les dbris de la civilisation aux ,incurables4 ,vous y verriez un baromtre capucin qui sort quand il pleut1 des gravures excrables qui tent l'apptit1 toutes encadres en bois noir verni filets dors2 un cartel en caille incruste de cuivre2 un pole vert1 des quinquets d',argand o la poussire se combine avec l'huile1 une longue table couverte en toile cire1 assez grasse pour qu'un factieux externe y crive son nom en se servant de son doigt comme de style1 des chaises estropies1 de petits paillassons piteux en sparterie qui se droule toujours sans se perdre jamais1 puis des chaufferettes misrables trous casss1 charnires dfaites1 dont le bois se carbonise4 ,pour expliquer combien ce mobilier est vieux1 crevass1 pourri1 tremblant1 rong1 manchot1 borgne1 invalide1 expirant1 il faudrait en faire une description qui retarderait trop l'intrt de cette histoire1 et que les gens presss ne pardonneraient pas4 ,le carreau rouge est plein de valles produites par le frottement ou par les mises en couleur4 ,enfin1 l rgne la misre sans posie2 une misre conome1 concentre1 rpe4 ,si elle n'a pas de fange encore1 elle a des taches2 si elle n'a ni trous ni haillons1 elle va tomber en pourriture4 ,cette pice est dans tout son lustre au moment o1 vers sept heures du matin1 le chat de ,mme ,vauquer prcde sa matresse1 saute sur les buffets1 y flaire le lait que contiennent plusieurs jattes couvertes d'assiettes1 et fait entendre son ronron matinal4 ,bientt la veuve se montre1 attife de son bonnet de tulle1 sous lequel pend un tour de faux cheveux mal mis2 elle marche en tranassant ses pantoufles grimaces4 ,sa face vieillotte1 grassouillette1 du milieu de laquelle sort un nez bec de perroquet2 ses petites mains poteles1 sa personne dodue comme un rat d'glise1 son corsage trop plein et qui flotte1 sont en harmonie avec cette salle o suinte le malheur1 o s'est blottie la spculation1 et dont ,mme ,vauquer respire l'air chaudement ftide sans en tre coeure4 ,sa figure frache comme une premire gele d'automne1 ses yeux rids1 dont l'expression passe du sourire prescrit aux danseuses l'amer renfrognement de l'escompteur1 enfin toute sa personne explique la pension1 comme la pension implique sa personne4 ,le bagne ne va pas sans l'argousin1 vous n'imagineriez pas l'un sans l'autre4 ,l'embonpoint blafard de cette petite femme est le produit de cette vie1 comme le typhus est la consquence des exhalaisons d'un hpital4 ,son jupon de laine tricote1 qui dpasse sa premire jupe faite avec une vieille robe1 et dont la ouate s'chappe par les fentes de l'toffe lzarde1 rsume le salon1 la salle manger1 le jardinet1 annonce la cuisine et fait pressentir les pensionnaires4 ,quand elle est l1 ce spectacle est complet4 ,age d'environ cinquante ans1 ,mme ,vauquer ressemble toutes les femmes qui ont eu des malheurs4 ,elle a l'oeil vitreux1 l'air innocent d'une entremetteuse qui va se gendarmer pour se faire payer plus cher1 mais d'ailleurs prte tout pour adoucir son sort1 livrer ,georges ou ,pichegru1 si ,georges ou ,pichegru taient encore livrer4 ,nanmoins elle est bonne femme au fond1 disent les pensionnaires1 qui la croient sans fortune en l'entendant geindre et tousser comme eux4 ,qu'avait t ,m4 ,vauquer8 ,elle ne s'expliquait jamais sur le dfunt4 ,comment avait-il perdu sa fortune8 ,dans les malheurs1 rpondait-elle4 ,il s'tait mal conduit envers elle1 ne lui avait laiss que les yeux pour pleurer1 cette maison pour vivre1 et le droit de ne compatir aucune infortune1 parce que1 disait-elle1 elle avait souffert tout ce qu'il est possible de souffrir4 ,en entendant trottiner sa matresse1 la grosse ,sylvie1 la cuisinire1 s'empressait de servir le djeuner des pensionnaires internes4 ,gnralement les pensionnaires externes ne s'abonnaient qu'au dner1 qui cotait trente francs par mois4 l'poque o cette histoire commence1 les internes taient au nombre de sept4 ,le premier tage contenait les deux meilleurs appartements de la maison4 ,mme ,vauquer habitait le moins considrable1 et l'autre appartenait ,mme ,couture1 veuve d'un commissaire ordonnateur de la ,rpublique franaise4 ,elle avait avec elle une trs-jeune personne1 nomme ,victorine ,taillefer1 qui elle servait de mre4 ,la pension de ces deux dames montait dix-huit cents francs4 ,les deux appartements du second taient occups1 l'un par un vieillard nomm ,poiret2 l'autre1 par un homme g d'environ quarante ans1 qui portait une perruque noire1 se teignait les favoris1 se disait ancien ngociant1 et s'appelait monsieur ,vautrin4 ,le troisime tage se composait de quatre chambres1 dont deux taient loues1 l'une par une vieille fille nomme mademoiselle ,michonneau2 l'autre1 par un ancien fabricant de vermicelles1 de ptes d',italie et d'amidon1 qui se laissait nommer le pre ,goriot4 ,les deux autres chambres taient destines aux oiseaux de passage1 ces infortuns tudiants qui1 comme le pre ,goriot et ,mlle ,michonneau1 ne pouvaient mettre que quarante-cinq francs par mois leur nourriture et leur logement2 mais ,mme ,vauquer souhaitait peu leur prsence et ne les prenait que quand elle ne trouvait pas mieux3 ils mangeaient trop de pain4 ,,iii4 ,tel est le prambule de cette admirable tragdie du ,pre ,goriot2 puis vient1 avant l'action1 le catalogue raisonn ou peint des personnages que ,balzac met en scne4 ,mlle ,michonneau1 aux yeux protgs par un abat-jour vert garni d'un fil d'archal1 la voix clairette d'une cigale criant dans un buisson l'approche de l'hiver4 ,m4 ,poiret1 vieillard plus semblable une ombre1 dont la canne pomme d'ivoire jauni dans sa main soutenait mal les jambes grles chausses de bas bleus4 ,en cherchant son origine1 on le souponnait d'avoir pu tre un des employs infrieurs du ministre de la ,justice charg de pourvoir aux excutions4 ,mlle ,victorine ,taillefer1 jeune personne plie par l'infortune1 car le bonheur est la posie des femmes1 comme la toilette en est le fond4 ,elle tait pieusement leve l par sa mre1 veuve d'un commissaire des guerres4 ,le pre refusait de la reconnatre4 ,mme ,couture et ,mme ,vauquer maudissaient cet infme millionnaire4 ,mais la pauvre ,victorine1 au lieu de se joindre leurs maldictions1 faisait entendre de douces paroles1 alors semblables au chant du ramier bless et dont le cri de douleur exprime encore l'amour4 ,eugne de ,rastignac1 jeune homme pauvre1 de famille noble1 que l'ambition naissante poussait l'tude et l'intrigue4 ,vautrin1 homme tout faire1 que l'nergie de sa charpente et de ses favoris peints signalaient comme un aventurier quivoque1 inconnu mais serviable4 ,mlle ,victorine flottait entre le beau ,rastignac et le vigoureux ,vautrin4 ,toutes les autres femmes de cette runion de hasard avaient les unes envers les autres une froide indiffrence mle de dfiance4 ,il manquait ces dix-huit pensionnaires un souffre-douleur4 ,il se rencontra dans un ancien fabricant de vermicelle nomm le pre ,goriot4 ,le pre ,goriot1 vieillard de soixante-neuf ans environ1 s'tait retir chez ,mme ,vauquer1 en #ahac1 aprs avoir quitt les affaires4 ,il y avait d'abord pris l'appartement occup par ,mme ,couture1 et donnait alors douze cents francs de pension1 en homme pour qui cinq louis de plus ou de moins taient une bagatelle4 ,mme ,vauquer avait rafrachi les trois chambres de cet appartement moyennant une indemnit pralable qui paya1 dit-on1 la valeur d'un mchant ameublement compos de rideaux en calicot jaune1 de fauteuils en bois verni couverts en velours d',utrecht1 de quelques peintures la colle1 et de papiers que refusaient les cabarets de la banlieue4 ,peut-tre l'insouciante gnrosit que mit se laisser attraper le pre ,goriot1 qui vers cette poque tait respectueusement nomm ,m4 ,goriot1 le fit-elle considrer comme un imbcile qui ne connaissait rien aux affaires4 ,goriot vint muni d'une garde-robe bien fournie1 le trousseau magnifique du ngociant qui ne se refuse rien en se retirant du commerce4 ,mme ,vauquer avait admir dix-huit chemises de demi-hollande1 dont la finesse tait d'autant plus remarquable que le vermicellier portait sur son jabot dormant deux pingles unies par une chanette1 et dont chacune tait monte d'un gros diamant4 ,habituellement vtu d'un habit bleu-barbeau1 il prenait chaque jour un gilet de piqu blanc1 sous lequel fluctuait son ventre prominent1 qui faisait rebondir une lourde chane d'or garnie de breloques4 ,sa tabatire1 galement en or1 contenait un mdaillon plein de cheveux qui le rendaient en apparence coupable de quelques bonnes fortunes4 ,ses ormoires 7il prononait ce mot la manire du menu peuple7 furent remplies par la nombreuse argenterie de son mnage4 ,les yeux de la veuve s'allumrent quand elle l'aida complaisamment dballer et ranger les louches1 les cuillers ragot1 les couverts1 les huiliers1 les saucires1 plusieurs plats1 des djeuners en vermeil1 enfin des pices plus ou moins belles1 pesant un certain nombre de marcs1 et dont il ne voulait pas se dfaire4 ,ces cadeaux lui rappelaient les solennits de sa vie domestique4 ,ceci1 dit-il ,mme ,vauquer1 en serrant un plat et une petite cuelle dont le couvercle reprsentait deux tourterelles qui se becquetaient1 est le premier prsent que m'a fait ma femme1 le jour de notre anniversaire4 ,pauvre bonne6 elle y avait consacr ses conomies de demoiselle4 ,voyez-vous1 madame8 j'aimerais mieux gratter la terre avec mes ongles que de me sparer de cela4 ,dieu merci6 je pourrai prendre dans cette cuelle mon caf tous les matins durant le reste de mes jours4 ,je ne suis pas plaindre1 j'ai sur la planche du pain de cuit pour longtemps4 ,enfin1 ,mme ,vauquer avait bien vu1 de son oeil de pie1 quelques inscriptions sur le grand-livre qui1 vaguement additionnes1 pouvaient faire cet excellent ,goriot un revenu d'environ huit dix mille francs4 ,ds ce jour1 ,mme ,vauquer1 ne de ,conflans1 qui avait alors quarante-huit ans effectifs et n'en acceptait que trente-neuf1 eut des ides4 ,quoique le larmier des yeux de ,goriot ft retourn1 gonfl1 pendant1 ce qui l'obligeait les essuyer assez frquemment1 elle lui trouva l'air agrable et comme il faut4 ,d'ailleurs son mollet charnu1 saillant1 pronostiquait autant que son long nez carr1 des qualits morales auxquelles paraissait tenir la veuve1 et que confirmait la face lunaire et navement niaise du bonhomme4 ,ce devait tre une bte solidement btie1 capable de dpenser tout son esprit en sentiment4 ,ses cheveux en ailes de pigeon1 que le coiffeur de l'cole polytechnique vint lui poudrer tous les matins1 dessinaient cinq pointes sur son front bas1 et dcoraient bien sa figure4 ,quoique un peu rustaud1 il tait si bien tir quatre pingles1 il prenait si richement son tabac1 il le humait en homme si sr de toujours avoir sa tabatire pleine de macouba1 que1 le jour o ,m4 ,goriot s'installa chez elle1 ,mme ,vauquer se coucha le soir en rtissant1 comme une perdrix dans sa barde1 au feu du dsir qui la saisit de quitter le suaire du ,vauquer pour renatre en ,goriot4 ,se marier1 vendre sa pension1 donner le bras cette fine fleur de bourgeoisie1 devenir une dame notable dans le quartier1 y quter pour les indigents1 faire de petites parties le dimanche ,choisy1 ,soissy1 ,gentilly2 aller au spectacle sa guise1 en loge1 sans attendre les billets d'auteur que lui donnaient quelques-uns de ses pensionnaires1 au mois de juillet2 elle rva tout l',eldorado des petits mnages parisiens4 ,elle n'avait avou personne qu'elle possdait quarante mille francs amasss sou sou4 ,certes elle se croyait1 sous le rapport de la fortune1 un parti sortable4 ,quant au reste1 je vaux bien le bonhomme6 se dit-elle en se retournant dans son lit1 comme pour s'attester elle-mme des charmes que la grosse ,sylvie trouvait chaque matin mouls en creux4 ,ds ce jour1 pendant environ trois mois1 la veuve ,vauquer profita du coiffeur de ,m4 ,goriot1 et fit quelques frais de toilette1 excuss par la ncessit de donner sa maison un certain dcorum en harmonie avec les personnes honorables qui la frquentaient4 ,elle s'intrigua beaucoup pour changer le personnel de ses pensionnaires1 en affichant la prtention de n'accepter dsormais que les gens les plus distingus sous tous les rapports4 ,un tranger se prsentait-il1 elle lui vantait la prfrence que ,m4 ,goriot1 un des ngociants les plus notables et les plus respectables de ,paris1 lui avait accorde4 ,elle distribua des prospectus en tte desquels se lisait3 ,,maison ,,vauquer4 ,c'tait1 disait-elle1 une des plus anciennes et des plus estimes pensions bourgeoises du pays latin4 ,il y existait une vue des plus agrables sur la valle des ,gobelins 7on l'apercevait du troisime tage71 et un joli jardin1 au bout duquel ,s',,tendait une ,,all,e de tilleuls4 ,elle y parlait du bon air et de la solitude4 ,ce prospectus lui amena ,mme la comtesse de l',ambermesnil1 femme de trente-six ans1 qui attendait la fin de la liquidation et le rglement d'une pension qui lui tait due1 en qualit de veuve d'un gnral mort sur les champs de bataille4 ,mme ,vauquer soigna sa table1 fit du feu dans les salons pendant prs de six mois1 et tint si bien les promesses de son prospectus qu'elle y mit du sien4 ,aussi la comtesse disait-elle ,mme ,vauquer1 en l'appelant chre amie1 qu'elle lui procurerait la baronne de ,vaumerland et la veuve du colonel comte ,picquoiseau1 deux de ses amies1 qui achevaient au ,marais leur terme dans une pension plus coteuse que ne l'tait la maison ,vauquer4 ,ces dames seraient d'ailleurs fort leur aise quand les bureaux de la guerre auraient fini leur travail4 ,mais1 disait-elle1 les bureaux ne terminent rien4 ,les deux veuves montaient ensemble aprs le dner dans la chambre de ,mme ,vauquer1 et y faisaient de petites causettes en buvant du cassis et en mangeant des friandises rserves pour la bouche de la matresse4 ,mme de l',ambermesnil approuva beaucoup les vues de son htesse sur le ,goriot1 vues excellentes1 qu'elle avait d'ailleurs devines ds le premier jour2 elle le trouvait un homme parfait4 ,,iv4 ,le drame du pre ,goriot commence avec une hideuse vrit1 et finit avec une odieuse invraisemblance4 ,c'est le roman de la canaille1 depuis le forat ,vautrin1 qui professe en paroles et en actions le cynisme du crime1 et qui tue de sang-froid pour enrichir ,eugne de ,rastignac1 jusqu'au pre ,goriot qui meurt pour favoriser le dsordre de ses deux filles1 et qui les tend lui-mme1 comme des victimes1 sur le bcher des prostitutions4 ,il peut exister de tels pres1 me dira-t-on4 ,je rponds3 ,non6 de tels pres ne seraient plus des pres1 leur paternit ne produirait plus le respect1 mais la honte6 ,on ne s'intresse plus du moment qu'on mprise2 ce serait le miracle de l'infamie2 or il n'est pas permis au romancier de faire des miracles4 ,ce roman se gte en ce moment-l4 ,le livre tombe des mains honntes4 ,voici le dbut du drame3 ,v4 ,les pensionnaires accusaient le pre ,goriot d'un honteux libertinage4 ,une belle personne en robe de soie vient le matin lui faire visite1 la servante s'tonne et la suit son dpart4 --,figurez-vous1 madame1 qu'au coin de l',estrapade il y avait un magnifique quipage dans lequel elle est monte4 dner on raille le pre ,goriot4--,c'tait ma fille1 dit-il1 avec orgueil et simplicit4--,quelques jours aprs une seconde visite1 d'une seconde beaut1 est remarque4 ,mme remarque la table d'hte4 ,il rduit le prix de sa pension4 ,sa considration dcrot4 ,eugne de ,rastignac1 qui avait t passer les vacances dans son humble famille1 revient affam d'ambition la pension ,vauquer4 ,eugne de ,rastignac tait revenu dans une disposition d'esprit que doivent avoir connue les jeunes gens suprieurs1 ou ceux auxquels une position difficile communique momentanment les qualits des hommes d'lite4 ,pendant sa premire anne de sjour ,paris1 le peu de travail que veulent les premiers grades prendre dans la ,facult l'avait laiss libre de goter les dlices visibles du ,paris matriel4 ,un tudiant n'a pas trop de temps s'il veut connatre le rpertoire de chaque thtre1 tudier les issues du labyrinthe parisien1 savoir les usages1 apprendre la langue et s'habituer aux plaisirs particuliers de la capitale2 fouiller les bons et les mauvais endroits1 suivre les cours qui amusent1 inventorier les richesses des muses4 ,un tudiant se passionne alors pour des niaiseries qui lui paraissent grandioses4 ,il a son grand homme1 un professeur du collge de ,france1 pay pour se tenir la hauteur de son auditoire4 ,il rehausse sa cravate et se pose pour la femme des premires galeries de l',opra-,comique4 ,dans ces initiations successives1 il se dpouille de son aubier1 agrandit l'horizon de sa vie1 et finit par concevoir la superposition des couches humaines qui composent la socit4 ,s'il a commenc par admirer les voitures au dfil des ,champs-lyses par un beau soleil1 il arrive bientt les envier4 ,eugne avait subi cet apprentissage son insu1 quand il partit en vacances1 aprs avoir t reu bachelier s lettres et bachelier en droit4 ,ses illusions d'enfance1 ses ides de province avaient disparu4 ,son intelligence modifie1 son ambition exalte1 lui firent voir juste au milieu du manoir paternel1 au sein de la famille4 ,son pre1 sa mre1 ses deux frres1 ses deux soeurs1 et une tante dont la fortune consistait en pensions1 vivaient sur la petite terre de ,rastignac4 ,ce domaine d'un revenu d'environ trois mille francs tait soumis l'incertitude qui rgit le produit tout industriel de la vigne1 et nanmoins il fallait en extraire chaque anne douze cents francs pour lui4 ,l'aspect de cette constante dtresse qui lui tait gnreusement cache1 la comparaison qu'il fut forc d'tablir entre ses soeurs1 qui lui semblaient si belles dans son enfance1 et les femmes de ,paris1 qui lui avaient ralis le type d'une beaut rve1 l'avenir incertain de cette nombreuse famille qui reposait sur lui1 la parcimonieuse attention avec laquelle il vit serrer les plus minces productions1 la boisson faite pour sa famille avec les marcs du pressoir1 enfin une foule de circonstances inutiles consigner ici1 dcuplrent son dsir de parvenir et lui donnrent soif des distinctions4 ,comme il arrive aux mes grandes1 il voulut ne rien devoir qu' son mrite4 ,mais son esprit tait minemment mridional2 l'excution1 ses dterminations devaient donc tre frappes des hsitations qui saisissent les jeunes gens quand ils se trouvent en pleine mer1 sans savoir ni de quel ct diriger leurs forces1 ni sous quel angle enfler leurs voiles4 ,si d'abord il voulut se jeter corps perdu dans le travail1 sduit bientt par la ncessit de se crer des relations1 il remarqua combien les femmes ont d'influence sur la vie sociale1 et avisa soudain se lancer dans le monde1 afin d'y conqurir des protectrices3 devaient-elles manquer un jeune homme ardent et spirituel1 dont l'esprit et l'ardeur taient rehausss par une tournure lgante et par une sorte de beaut nerveuse laquelle les femmes se laissent prendre volontiers8 ,ces ides l'assaillirent au milieu des champs1 pendant les promenades que jadis il faisait gaiement avec ses soeurs1 qui le trouvrent bien chang4 ,sa tante1 ,mme de ,marcillac1 autrefois prsente la cour1 y avait connu les sommits aristocratiques4 ,tout coup le jeune ambitieux reconnut1 dans les souvenirs dont sa tante l'avait si souvent berc1 les lments de plusieurs conqutes sociales1 au moins aussi importantes que celles qu'il entreprenait l'cole de droit2 il la questionna sur les liens de parent qui pouvaient encore se renouer4 ,aprs avoir secou les branches de l'arbre gnalogique1 la vieille dame estima que1 de toutes les personnes qui pouvaient servir son neveu parmi la gent goste des parents riches1 ,mme la vicomtesse de ,beausant serait la moins rcalcitrante4 ,elle crivit cette jeune femme une lettre dans l'ancien style1 et la remit ,eugne1 en lui disant que1 s'il russissait auprs de la vicomtesse1 elle lui ferait retrouver ses autres parents4 ,quelques jours aprs son arrive1 ,rastignac envoya la lettre de sa tante ,mme de ,beausant4 ,la vicomtesse rpondit par une invitation de bal pour le lendemain4 ,,vi4 ,rastignac se lie au bal avec la comtesse de ,restaud et rentre perdu dans sa pension4 la lueur de la lumire qui passe sous la porte il entrevoit le vieillard faisant un paquet avec son linge et son argenterie de rserve1 et allant le vendre un usurier juif du quartier4 ,le djeuner est retard par l'paisseur du brouillard4 ,vautrin entre le premier dans la salle en chantonnant un couplet d'opra-comique4--,le pre ,goriot1 dit-il ,mme ,vauquer1 en la lutinant1 tait huit heures rue ,dauphine2 il a vendu une bonne pacotille d'argenterie4--,mlle ,taillefer et sa maman1 ,mme ,cantin1 entrent4--,d'o venez-vous si matin8--,de faire nos dvotions ,saint-tienne-du-,mont1 rpond ,mme ,cantin2 ne devons-nous pas aller chez ,m4 ,taillefer1 et prier ,dieu d'attendrir le coeur de son pre8 --,femmes innocentes1 malheureuses et perscutes1 dit en plaisantant ,vautrin1 d'ici peu de jours je me mlerai de vos affaires1 et tout ira bien6 ,,vii4 ,la jeune personne vertueuse1 ,sylvie1 va voir son pre qui la congdie comme une trangre4--,m4 de ,rastignac est mal accueilli par ,mme de ,restaud4--,il va chez ,mme de ,beausant1 sa cousine1 il est bloui2 il commet une gaucherie en lui faisant connatre le prochain mariage de ,m4 d',ajuda ,pinto1 jeune et beau ,portugais qu'elle adore4 ,il jette la discorde dans le coeur de ,mme de ,nucingen et de ,mme de ,restaud1 en disant qu'il connat leur pre1 un vieillard nomm ,goriot4 ,il rentre confondu la pension1 raconte ses dsastres ,vautrin1 qui le raille et qui tche de le pervertir4 ,il crit sa mre et ses soeurs pour leur demander une somme ncessaire pour son avancement dans le monde4--,il apprend en dtail la ,vie du pre ,goriot4 ,jean-,joachim ,goriot tait1 avant la rvolution1 un simple ouvrier vermicellier1 habile1 conome1 et assez entreprenant pour avoir achet le fonds de son matre1 que le hasard rendit victime du premier soulvement de #aghi4 ,il s'tait tabli rue de la ,jussienne1 prs de la ,halle-aux-,bls1 et avait eu le gros bon sens d'accepter la prsidence de sa section1 afin de faire protger son commerce par les personnages les plus influents de cette dangereuse poque4 ,cette sagesse avait t l'origine de sa fortune qui commena dans la disette1 fausse ou vraie1 par suite de laquelle les grains acquirent un prix norme ,paris4 ,le peuple se tuait la porte des boulangers1 tandis que certaines personnes allaient chercher sans meute des ptes d',italie chez les piciers4 ,pendant cette anne1 le citoyen ,goriot amassa les capitaux qui plus tard lui servirent faire son commerce avec toute la supriorit que donne une grande masse d'argent celui qui la possde4 ,il lui arriva ce qui arrive tous les hommes qui n'ont qu'une capacit relative4 ,sa mdiocrit le sauva4 ,d'ailleurs1 sa fortune n'tant connue qu'au moment o il n'y avait plus de danger tre riche1 il n'excita l'envie de personne4 ,le commerce de grains semblait avoir absorb toute son intelligence4 ,s'agissait-il de bls1 de farines1 de grenailles1 de reconnatre leurs qualits1 leurs provenances1 de veiller leur conservation1 de prvoir les cours1 de prophtiser l'abondance ou la pnurie des rcoltes1 de se procurer les crales bon march1 de s'en approvisionner en ,sicile1 en ,ukraine1 ,goriot n'avait pas son second4 lui voir conduire ses affaires1 expliquer les lois sur l'exportation1 sur l'importation des grains1 tudier leur esprit1 saisir leurs dfauts1 un homme l'et jug capable d'tre ministre d'tat4 ,patient1 actif1 nergique1 constant1 rapide dans ses expditions1 il avait un coup d'oeil d'aigle1 il devanait tout1 prvoyait tout1 savait tout1 cachait tout2 diplomate pour concevoir1 soldat pour marcher4 ,sorti de sa spcialit1 de sa simple et obscure boutique sur le pas de laquelle il demeurait pendant ses heures d'oisivet1 l'paule appuye au montant de la porte1 il redevenait l'ouvrier stupide et grossier1 l'homme incapable de comprendre un raisonnement1 insensible tous les plaisirs de l'esprit1 l'homme qui s'endormait au spectacle1 un de ces ,dolibans parisiens1 forts seulement en btise4 ,ces natures se ressemblent presque toutes4 presque toutes1 vous trouveriez un sentiment sublime au coeur4 ,deux sentiments exclusifs avaient rempli le coeur du vermicellier1 en avaient absorb l'humide1 comme le commerce des grains employait toute l'intelligence de sa cervelle4 ,sa femme1 fille unique d'un riche fermier de la ,brie1 fut pour lui l'objet d'une admiration religieuse1 d'un amour sans bornes4 ,goriot avait admir en elle une nature frle et forte1 sensible et jolie1 qui contrastait singulirement avec la sienne4 ,s'il est un sentiment inn dans le coeur de l'homme1 n'est-ce pas l'orgueil de la protection exerce tout moment en faveur d'un tre faible8 ,joignez-y l'amour1 cette reconnaissance vive de toutes les mes franches pour le principe de leurs plaisirs1 et vous comprendrez une foule de bizarreries morales4 ,aprs sept ans de bonheur sans nuages1 ,goriot1 malheureusement pour lui1 perdit sa femme3 elle commenait prendre de l'empire sur lui1 en dehors de la sphre des sentiments4 ,peut-tre et-elle cultiv cette nature inerte1 peut-tre y et-elle jet l'intelligence des choses du monde et de la vie4 ,dans cette situation1 le sentiment de la paternit se dveloppa chez ,goriot jusqu' la draison2 il reporta ses affections trompes par la mort sur ses deux filles1 qui1 d'abord1 satisfirent pleinement tous ses sentiments4 ,quelque brillantes que fussent les propositions qui lui furent faites par des ngociants ou des fermiers jaloux de lui donner leurs filles1 il voulut rester veuf4 ,son beau-pre1 le seul homme pour lequel il avait eu du penchant1 prtendait savoir pertinemment que ,goriot avait jur de ne pas faire d'infidlit sa femme1 quoique morte4 ,les gens de la halle1 incapables de comprendre cette sublime folie1 en plaisantrent1 et donnrent ,goriot quelque grotesque sobriquet4 ,le premier d'entre eux qui1 en buvant le vin d'un march1 s'avisa de le prononcer1 reut du vermicellier un coup de poing sur l'paule qui l'envoya1 la tte la premire1 sur une borne de la rue ,oblin4 ,le dvouement irrflchi1 l'amour ombrageux et dlicat que portait ,goriot ses filles tait si connu1 qu'un jour un de ses concurrents1 voulant le faire partir du march pour rester matre du cours1 lui dit que ,delphine venait d'tre renverse par un cabriolet4 ,le vermicellier1 ple et blme1 quitta aussitt la halle4 ,il fut malade pendant plusieurs jours par suite de la raction des sentiments contraires auxquels le livra cette fausse alarme4 ,s'il n'appliqua pas sa tape meurtrire sur l'paule de cet homme1 il le chassa de la halle en le forant1 dans une circonstance critique1 faire faillite4 ,l'ducation de ses deux filles fut naturellement draisonnable4 ,riche de plus de soixante mille livres de rente1 et ne dpensant pas douze cents francs pour lui1 le bonheur de ,goriot tait de satisfaire les fantaisies de ses filles3 les plus excellents matres furent chargs de les douer des talents qui signalent une bonne ducation2 elles eurent une demoiselle de compagnie2 heureusement pour elles1 ce fut une femme d'esprit et de got2 elles allaient cheval1 elles avaient voiture1 elles vivaient comme auraient vcu les matresses d'un vieux seigneur riche2 il leur suffisait d'exprimer les plus coteux dsirs pour voir leur pre s'empressant de les combler2 il ne demandait qu'une caresse en retour de ses offrandes4 ,goriot mettait ses filles au rang des anges1 et ncessairement au-dessus de lui1 le pauvre homme6 il aimait jusqu'au mal qu'elles lui faisaient4 ,quand ses filles furent en ge d'tre maries1 elles purent choisir leurs maris suivant leurs gots3 chacune d'elles devait avoir en dot la moiti de la fortune de son pre4 ,courtise pour sa beaut par le comte de ,restaud1 ,anastasie avait des penchants aristocratiques qui la portrent quitter la maison paternelle pour s'lancer dans les hautes sphres sociales4 ,delphine aimait l'argent3 elle pousa ,nucingen1 banquier d'origine allemande qui devint baron du ,saint-,empire4 ,goriot resta vermicellier4 ,ses filles et ses gendres se choqurent bientt de lui voir continuer ce commerce1 quoique ce ft toute sa vie4 ,aprs avoir subi pendant cinq ans leurs instances1 il consentit se retirer avec le produit de son fonds1 et les bnfices de ces dernires annes2 capital que ,mme ,vauquer1 chez laquelle il tait venu s'tablir1 avait estim rapporter de huit dix mille livres de rente4 ,il se jeta dans cette pension par suite du dsespoir qui l'avait saisi en voyant ses deux filles obliges par leurs maris de refuser non-seulement de le prendre chez elles1 mais encore de l'y recevoir ostensiblement4 ,ces renseignements taient tout ce que savait un monsieur ,muret sur le compte du pre ,goriot1 dont il avait achet le fonds4 ,les suppositions que ,rastignac avait entendu faire par la duchesse de ,langeais se trouvaient ainsi confirmes4 ,ici se termine l'exposition de cette obscure1 mais effroyable tragdie parisienne4 ,vers la fin de cette premire semaine du mois de dcembre1 ,rastignac reut deux lettres1 l'une de sa mre1 l'autre de sa soeur ane4 ,ces critures si connues le firent la fois palpiter d'aise et trembler de terreur4 ,ces deux frles papiers contenaient un arrt de vie ou de mort sur ses esprances4 ,s'il concevait quelque terreur en se rappelant la dtresse de ses parents1 il avait trop bien prouv leur prdilection pour ne pas craindre d'avoir aspir leurs dernires gouttes de sang4 ,vautrin lui conseille d'pouser ,mlle ,taillefer et lui promet que son frre sera tu en duel1 et qu'elle hritera des trois millions de la fortune de son pre4 ,rastignac rougit et s'indigne4 ,le pre ,goriot apprend que ,rastignac1 enrichi par la tendresse de sa mre1 doit aller au bal chez ,mme de ,restaud1 sa fille ,anastasie4 ,il lui confie ses faiblesses paternelles4 --,mon cher monsieur1 lui avait-il dit le lendemain1 comment avez-vous pu croire que ,mme de ,restaud vous en ait voulu d'avoir prononc mon nom8 ,mes deux filles m'aiment bien4 ,je suis un heureux pre4 ,seulement1 mes deux gendres se sont mal conduits envers moi4 ,je n'ai pas voulu faire souffrir ces chres cratures de mes dissensions avec leurs maris1 et j'ai prfr les voir en secret4 ,ce mystre me donne mille jouissances que ne comprennent pas les autres pres qui peuvent voir leurs filles quand ils veulent4 ,moi1 je ne le peux pas1 comprenez-vous8 ,alors je vais1 quand il fait beau1 dans les ,champs-lyses1 aprs avoir demand aux femmes de chambre si mes filles sortent4 ,je les attends au passage1 le coeur me bat quand les voitures arrivent1 je les admire dans leur toilette1 elles me jettent en passant un petit rire qui me dore la nature comme s'il y tombait un rayon de quelque beau soleil4 ,et je reste1 elles doivent revenir4 ,je les vois encore6 l'air leur a fait du bien1 elles sont roses4 ,j'entends dire autour de moi3 ,voil une belle femme6 a me rjouit le coeur4 ,n'est-ce pas mon sang6 ,j'aime les chevaux qui les tranent1 et je voudrais tre le petit chien qu'elles ont sur leurs genoux4 ,je vis de leurs plaisirs4 ,chacun a sa faon d'aimer1 la mienne ne fait pourtant de mal personne1 pourquoi le monde s'occupe-t-il de moi8 ,je suis heureux ma manire4 ,est-ce contre les lois que j'aille voir mes filles1 le soir1 au moment o elles sortent de leurs maisons pour se rendre au bal8 ,quel chagrin pour moi si j'arrive trop tard1 et qu'on me dise3 ,madame est sortie6 ,un soir j'ai attendu jusqu' trois heures du matin pour voir ,nasie1 que je n'avais pas vue depuis deux jours4 ,j'ai manqu crever d'aise6 ,je vous en prie1 ne parlez de moi que pour dire combien mes filles sont bonnes4 ,elles veulent me combler de toutes sortes de cadeaux2 je les en empche1 je leur dis3 ,gardez donc votre argent6 ,que voulez-vous que j'en fasse8 ,il ne me faut rien4 ,en effet1 mon cher monsieur1 que suis-je8 un mchant cadavre dont l'me est partout o sont mes filles4 ,quand vous aurez vu ,mme de ,nucingen1 vous me direz celle des deux que vous prfrez1 dit le bonhomme aprs un moment de silence en voyant ,eugne qui se disposait partir pour aller aux ,tuileries en attendant l'heure de se prsenter chez ,mme de ,beausant4 ,mme de ,restaud l'invite dner pour le lendemain4 ,le lendemain il y dne en effet1 tte tte avec ,mme de ,restaud4 ,ils vont ensuite aux ,italiens4 ,il aperoit dans une loge en face l'autre fille du pre ,goriot1 la baronne de ,nucingen1 clatante de luxe et de beaut4 ,m4 d',ajuda ,pinto le prsente elle4 ,ils s'amorcent mutuellement par des galanteries de paroles qui sont des trahisons pour la plus jeune des deux soeurs1 des serments pour la plus ge4 son retour la pension1 le pre ,goriot l'attend et s'enivre de ses confidences4 --,ma foi6 dit-il d'un air en apparence insouciant1 quoi cela me servirait-il d'tre mieux8 ,je ne puis gure vous expliquer ces choses-l2 je ne sais pas dire deux paroles de suite comme il faut4 ,tout est l1 ajouta-t-il en se frappant le coeur4 ,ma vie1 moi1 est dans mes deux filles4 ,si elles s'amusent1 si elles sont heureuses1 bravement mises1 si elles marchent sur des tapis1 qu'importe de quel drap je sois vtu et comment est l'endroit o je me couche8 ,je n'ai point froid si elles ont chaud1 je ne m'ennuie jamais si elles rient4 ,je n'ai de chagrins que les leurs4 ,quand vous serez pre1 quand vous direz1 en oyant gazouiller vos enfants3 ,c'est sorti de moi6 que vous sentirez ces petites cratures tenir chaque goutte de votre sang1 dont elles ont t la fine fleur1 car c'est a6 vous vous croirez attach leur peau1 vous croirez tre agit vous-mme par leur marche4 ,leur voix me rpond partout4 ,un regard d'elles1 quand il est triste1 me fige le sang4 ,un jour vous saurez que l'on est bien plus heureux de leur bonheur que du sien propre4 ,je ne peux pas vous expliquer a3 c'est des mouvements intrieurs qui rpandent l'aise partout4 ,enfin1 je vis trois fois4 ,voulez-vous que je vous dise une drle de chose8 ,eh bien1 quand j'ai t pre1 j'ai compris ,dieu4 ,il est tout entier partout1 puisque la cration est sortie de lui4 ,monsieur1 je suis ainsi avec mes filles4 ,seulement j'aime mieux mes filles que ,dieu n'aime le monde1 parce que le monde n'est pas si beau que ,dieu1 et que mes filles sont plus belles que moi4 ,elles me tiennent si bien l'me1 que j'avais ide que vous les verriez ce soir4 ,mon ,dieu6 un homme qui rendrait ma petite ,delphine aussi heureuse qu'une femme l'est quand elle est bien aime1 mais je lui cirerais ses bottes1 je lui ferais ses commissions4 ,j'ai su par sa femme de chambre que ce petit monsieur de ,marsay est un mauvais chien4 ,il m'a pris des envies de lui tordre le cou4 ,ne pas aimer un bijou de femme1 une voix de rossignol1 et faite comme un modle6 ,o a-t-elle eu les yeux1 d'pouser cette grosse souche d',alsacien8 ,il leur fallait toutes deux de jolis jeunes gens bien aimables4 ,enfin1 elles ont fait leur fantaisie4 ,,viii4 ,en sortant de cet entretien1 ,rastignac va son cours2 il rencontre1 dans le jardin du ,luxembourg1 son camarade de pension ,bianchon1 lve en mdecine4 ,bianchon est commun1 mais il est honnte et modr4 --,ma foi6 rpond-il ,rastignac1 que de succs et d'avenir6 ,tu poses la question qui se trouve l'entre de la vie pour tout le monde1 et tu veux couper le noeud gordien avec l'pe4 ,pour agir ainsi1 mon cher1 il faut tre ,alexandre1 sinon on va au bagne4 ,moi1 je suis heureux de la petite existence que je me crerai en province1 o je succderai tout btement mon pre4 ,les affections de l'homme se satisfont dans le plus petit cercle aussi pleinement que dans une immense circonfrence4 ,napolon ne dnait pas deux fois1 et ne pouvait pas avoir plus de matresses qu'en prend un tudiant en mdecine quand il est interne aux ,capucins4 ,notre bonheur1 mon cher1 tiendra toujours entre la plante de nos pieds et notre occiput2 et qu'il cote un million par an ou cent louis1 la perception intrinsque en est la mme au-dedans de nous4 ,je conclus la vie du ,chinois4 --,merci1 tu m'as fait du bien1 ,bianchon6 ,nous serons toujours amis4 ,rastignac est tent1 mais non corrompu encore4 ,la noblesse du sang lutte en lui contre l'influence de ,vautrin4 ,mme de ,nucingen1 gne dans ses dpenses par son mari1 lui fait d'amres confidences et lui persuade d'aller jouer pour elle ses derniers cent francs la roulette4 ,il gagne trente-six fois sa mise et rapporte #g1jjj francs ,mme de ,nucingen4 ,vautrin le ressaisit et lui conseille de dclarer son amour ,mlle ,taillefer4 ,rastignac s'en laisse aimer4 ,quand ,vautrin voit ,rastignac engag1 il cherche une querelle au frre unique de la jeune fille et le tue d'un coup d'pe au front1 sous le nom du colonel ,franceschini4 ,la nouvelle se rpand4 ,rastignac souponne ,lucile du meurtre4 ,il jure qu'il n'pousera jamais ,mlle ,taillefer4 ,vautrin invite toute la pension au spectacle4 ,au retour il est arrt comme forat libr4 ,goriot vend jusqu' ses derniers couverts d'argent pour complaire ses filles1 et il expire pendant qu'elles vont au bal4 ,la scne est horrible1 mais invraisemblable1 comme toute la fin du roman4 ,on voit que l'auteur se trouble et se corrompt lui-mme4 ,ce livre1 qui commence avec un inimitable talent1 finit comme un mauvais mlodrame4 ,voil le ,pre ,goriot4 ,l'impression est funbre1 on ne s'en sauve que par l'incrdulit4 ,,ix4 ,,le ,,lis ,,dans ,,la ,,vall,e4 ,c'est une oasis dans les oeuvres de ,balzac4 ,il est las de cynisme et d'horreur4 ,il se retire la campagne1 en ,touraine1 et s'abandonne au courant d'amour qui l'emporte ses rveries4 ,il rve beau4 ,voici le ,lis4 ,il commence par une espce de prface4 ,,madame ,,la ,,comtesse ,,nathalie ,,de ,,manerville4 ,je cde ton dsir4 ,le privilge de la femme que nous aimons plus qu'elle ne nous aime est de nous faire oublier tout propos les rgles du bon sens4 ,pour ne pas voir un pli se former sur vos fronts1 pour dissiper la boudeuse expression de vos lvres que le moindre refus attriste1 nous franchissons miraculeusement les distances1 nous donnons notre sang1 nous dpensons l'avenir4 ,aujourd'hui tu veux mon pass1 le voici4 ,seulement1 sache-le bien1 ,nathalie3 en t'obissant1 j'ai d fouler aux pieds des rpugnances invioles4 ,mais pourquoi suspecter les soudaines et longues rveries qui me saisissent parfois en plein bonheur8 pourquoi ta jolie colre de femme aime1 propos d'un silence8 ,ne pouvais-tu jouer avec les contrastes de mon caractre sans en demander les causes8 ,as-tu dans le coeur des secrets qui1 pour se faire absoudre1 aient besoin des miens8 ,enfin1 tu l'as devin1 ,nathalie1 et peut-tre vaut-il mieux que tu saches tout3 oui1 ma vie est domine par un fantme1 il se dessine vaguement au moindre mot qui le provoque1 il s'agite souvent de lui-mme au-dessus de moi4 ,j'ai d'imposants souvenirs ensevelis au fond de mon me1 comme ces productions marines qui s'aperoivent par les temps calmes1 et que les flots de la tempte jettent par fragments sur la grve4 ,quoique le travail que ncessitent les ides pour tre exprimes ait contenu ces anciennes motions qui me font tant de mal quand elles se rveillent trop soudainement1 s'il y avait dans cette confession des clats qui te blessassent1 souviens-toi que tu m'as menac si je ne t'obissais pas2 ne me punis donc pas de t'avoir obi4 ,je voudrais que ma confidence redoublt ta tendresse4 ce soir4 ,f,,lix4 quel talent nourri de larmes devrons-nous un jour la plus mouvante lgie1 la peinture des tourments subis en silence par les mes dont les racines tendres encore ne rencontrent que de durs cailloux dans le sol domestique1 dont les premires floraisons sont dchires par des mains haineuses1 dont les fleurs sont atteintes par la gele au moment o elles s'ouvrent8 ,quel pote nous dira les douleurs de l'enfant dont les lvres sucent un sein amer1 et dont les sourires sont rprims par le feu dvorant d'un oeil svre8 ,la fiction qui reprsenterait ces pauvres coeurs opprims par les tres placs autour d'eux pour favoriser les dveloppements de leur sensibilit serait la vritable histoire de ma jeunesse4 ,quelle vanit pouvais-je blesser1 moi1 nouveau-n8 quelle disgrce physique ou morale me valait la froideur de ma mre8 tais-je donc l'enfant du devoir1 celui dont la naissance est fortuite1 ou celui dont la vie est un reproche8 ,mis en nourrice la campagne1 oubli par ma famille pendant trois ans1 quand je revins la maison paternelle1 je comptais pour si peu de chose que j'y subissais la compassion des gens4 ,je ne connais ni le sentiment ni l'heureux hasard l'aide desquels j'ai pu me relever de cette premire dchance3 chez moi l'enfant ignore1 et l'homme ne sait rien4 ,loin d'adoucir mon sort1 mon frre et mes deux soeurs s'amusrent me faire souffrir4 ,le pacte en vertu duquel les enfants cachent leurs peccadilles1 et qui leur apprend dj l'honneur1 fut nul mon gard2 bien plus1 je me vis souvent puni pour les fautes de mon frre1 sans pouvoir rclamer contre cette injustice2 la courtisanerie1 en germe chez les enfants1 leur conseillait-elle de contribuer aux perscutions qui m'affligeaient1 pour se mnager les bonnes grces d'une mre galement redoute par eux8 tait-ce un effet de leur penchant l'imitation8 tait-ce besoin d'essayer leurs forces1 ou manque de piti8 ,peut-tre ces causes runies me privrent-elles de la douceur de la fraternit4 ,dj dshrit de toute affection1 je ne pouvais rien aimer1 et la nature m'avait fait aimant6 ,un ange recueille-t-il les soupirs de cette sensibilit sans cesse rebute8 ,si dans quelques mes les sentiments mconnus tournent en haine1 dans la mienne ils se concentrrent et s'y creusrent un lit d'o1 plus tard1 ils jaillirent sur ma vie4 ,suivant les caractres1 l'habitude de trembler relche les fibres1 engendre la crainte2 et la crainte oblige toujours cder4 ,de l vient une faiblesse qui abtardit l'homme et lui communique je ne sais quoi d'esclave4 ,mais ces continuelles tourmentes m'habiturent dployer une force qui s'accrut par son exercice et prdisposa mon me aux rsistances morales4 ,attendant toujours une douleur nouvelle1 comme les martyrs attendaient un nouveau coup1 tout mon tre dut exprimer une rsignation morne sous laquelle les grces et les mouvements de l'enfance furent touffs1 attitude qui passa pour un symptme d'idiotie et justifia les sinistres pronostics de ma mre4 ,la certitude de ces injustices excita prmaturment dans mon me la fiert1 ce fruit de la raison1 qui sans doute arrta les mauvais penchants qu'une semblable ducation encourageait4 ,quoique dlaiss par ma mre1 j'tais parfois l'objet de ses scrupules1 parfois elle parlait de mon instruction et manifestait le dsir de s'en occuper2 il me passait alors des frissons horribles en songeant aux dchirements que me causerait un contact journalier avec elle4 ,je bnissais mon abandon1 et me trouvais heureux de pouvoir rester dans le jardin jouer avec des cailloux1 observer des insectes1 regarder le bleu du firmament4 ,quoique l'isolement dt me porter la rverie1 mon got pour les contemplations vint d'une aventure qui vous peindra mes premiers malheurs4 ,il tait si peu question de moi que souvent la gouvernante oubliait de me faire coucher4 ,un soir1 tranquillement blotti sous un figuier1 je regardais une toile avec cette passion curieuse qui saisit les enfants1 et laquelle ma prcoce mlancolie ajoutait une sorte d'intelligence sentimentale4 ,mes soeurs s'amusaient et criaient2 j'entendais leur lointain tapage comme un accompagnement mes ides4 ,le bruit cessa1 la nuit vint4 ,par hasard1 ma mre s'aperut de mon absence4 ,pour viter un reproche1 notre gouvernante1 une terrible ,mlle ,caroline1 lgitima les fausses apprhensions de ma mre en prtendant que j'avais la maison en horreur2 que si elle n'et pas attentivement veill sur moi1 je me serais enfui dj2 je n'tais pas imbcile1 mais sournois2 parmi tous les enfants soumis ses soins1 elle n'en avait jamais rencontr dont les dispositions fussent aussi mauvaises que les miennes4 ,elle feignit de me chercher et m'appela1 je rpondis2 elle vint au figuier o elle savait que j'tais4--,que faisiez-vous donc l8 me dit-elle4--,je regardais une toile4--,vous ne regardiez pas une toile1 dit ma mre qui nous coutait du haut de son balcon2 connat-on l'astronomie votre ge8--,ah6 madame1 s'cria ,mlle ,caroline1 il a lch le robinet du rservoir1 le jardin est inond4 ,ce fut une rumeur gnrale4 ,mes soeurs s'taient amuses tourner ce robinet pour voir couler l'eau2 mais1 surprises par l'cartement d'une gerbe qui les avait arroses de toutes parts1 elles avaient perdu la tte et s'taient enfuies sans avoir pu fermer le robinet4 ,atteint et convaincu d'avoir imagin cette espiglerie1 accus de mensonge quand j'affirmais mon innocence1 je fus svrement puni4 ,mais1 chtiment horrible6 je fus persifl sur mon amour pour les toiles1 et ma mre me dfendit de rester au jardin le soir4 ,les dfenses tyranniques aiguisent encore plus une passion chez les enfants que chez les hommes2 les enfants ont sur eux l'avantage de ne penser qu' la chose dfendue1 qui leur offre des attraits irrsistibles4 ,j'eus donc souvent le fouet pour mon toile4 ,ne pouvant me confier personne1 je lui disais mon chagrin dans ce dlicieux ramage intrieur par lequel un enfant bgaye ses premires ides1 comme nagure il a bgay ses premires paroles4 l'ge de douze ans1 au collge1 je la contemplais encore en prouvant d'indicibles dlices1 tant les impressions reues au matin de la vie laissent de profondes traces au coeur4 ,de cinq ans plus g que moi1 ,charles fut aussi bel enfant qu'il est bel homme2 il tait le privilgi de mon pre1 l'amour de ma mre1 l'espoir de ma famille1 partant le roi de la maison4 ,bien fait et robuste1 il avait un prcepteur4 ,moi1 chtif et malingre1 cinq ans je fus envoy comme externe dans une pension de la ville1 conduit le matin et ramen le soir par le valet de chambre de mon pre4 ,je partais en emportant un panier peu fourni1 tandis que mes camarades apportaient d'abondantes provisions4 ,ce contraste entre mon dnment et leur richesse engendra mille souffrances4 ,les clbres rillettes et rillons de ,tours formaient l'lment principal du repas que nous faisions au milieu de la journe1 entre le djeuner du matin et le dner de la maison1 dont l'heure concidait avec notre rentre4 ,cette prparation1 si prise par quelques gourmets1 parat rarement ,tours sur les tables aristocratiques2 si j'en entendis parler avant d'tre mis en pension1 je n'avais jamais eu le bonheur de voir tendre pour moi cette brune confiture sur une tartine de pain2 mais elle n'aurait pas t de mode la pension1 mon envie n'en et pas t moins vive1 car elle tait devenue comme une ide fixe1 semblable au dsir qu'inspiraient l'une des plus lgantes duchesses de ,paris les ragots cuisins par les portires1 et qu'en sa qualit de femme1 elle satisfit4 ,les enfants devinent la convoitise dans les regards aussi bien que vous y lisez l'amour3 je devins alors un excellent sujet de moquerie4 ,mes camarades1 qui presque tous appartenaient la petite bourgeoisie1 venaient me prsenter leurs excellentes rillettes en me demandant si je savais comme elles se faisaient1 o elles se vendaient1 pourquoi je n'en avais pas4 ,ils se pourlchaient en vantant les rillons1 ces rsidus de porc sauts dans sa graisse et qui ressemblent des truffes cuites2 ils douanaient mon panier1 n'y trouvaient que des fromages d',olivet1 ou des fruits secs1 et m'assassinaient d'un3--,tu n'as donc pas de quoi8 qui m'apprit mesurer la diffrence mise entre mon frre et moi4 ,ce contraste entre mon abandon et le bonheur des autres a souill les roses de mon enfance1 et fltri ma verdoyante jeunesse4 ,la premire fois que1 dupe d'un sentiment gnreux1 j'avanai la main pour accepter la friandise tant souhaite qui me fut offerte d'un air hypocrite1 mon mystificateur retira sa tartine aux rires des camarades prvenus de ce dnouement4 ,si les esprits les plus distingus sont accessibles la vanit1 comment ne pas absoudre l'enfant qui pleure de se voir mpris1 goguenard6 ce jeu1 combien d'enfants seraient devenus gourmands1 quteurs1 lches6 ,pour viter les perscutions1 je me battis4 ,le courage du dsespoir me rendit redoutable1 mais je fus un objet de haine1 et restai sans ressources contre les tratrises4 ,un soir1 en sortant1 je reus dans le dos un coup de mouchoir roul1 plein de cailloux4 ,quand le valet de chambre1 qui me vengea rudement1 apprit cet vnement ma mre1 elle s'cria3--,ce maudit enfant ne nous donnera que des chagrins6 ,j'entrai dans une horrible dfiance de moi-mme1 en trouvant l les rpulsions que j'inspirais en famille4 ,l1 comme la maison1 je me repliai sur moi-mme4 ,une seconde tombe de neige retarda la floraison des germes sems en mon me4 ,ceux que je voyais aims taient de francs polissons1 ma fiert s'appuya sur cette observation1 je demeurai seul4 ,ainsi se continua l'impossibilit d'pancher les sentiments dont mon coeur tait gros4 ,en me voyant toujours assombri1 ha1 solitaire1 le matre confirma les soupons errons que ma famille avait de ma mauvaise nature4 ,ds que je sus crire et lire1 ma mre me fit exporter ,pont-,levoy1 collge dirig par les ,oratoriens1 qui recevaient les enfants de mon ge dans une classe nomme la classe des ,pas latins1 o restaient aussi les coliers de qui l'intelligence tardive se refusait au rudiment4 ,je demeurai l huit ans1 sans voir personne1 et menant une vie de paria4 ,voici comment et pourquoi4 ,je n'avais que trois francs par mois pour mes menus plaisirs1 somme qui suffisait peine aux plumes1 canifs1 rgles1 encre et papier dont il fallait nous pourvoir4 ,ainsi1 ne pouvant acheter ni les chasses1 ni les cordes1 ni aucune des choses ncessaires aux amusements du collge1 j'tais banni des jeux2 pour y tre admis1 j'aurais d flagorner les riches ou flatter les forts de ma division4 ,la moindre de ces lchets1 que se permettent si facilement les enfants1 me faisait bondir le coeur4 ,je sjournais sous un arbre1 perdu dans de plaintives rveries1 je lisais l les livres que nous distribuait mensuellement le bibliothcaire4 ,combien de douleurs taient caches au fond de cette solitude monstrueuse6 quelles angoisses engendrait mon abandon6 ,imaginez ce que mon me tendre dut ressentir la premire distribution de prix o j'obtins les deux plus estims1 le prix de thme et celui de version6 ,en venant les recevoir sur le thtre au milieu des acclamations et des fanfares1 je n'eus ni mon pre ni ma mre pour me fter1 alors que le parterre tait rempli par les parents de tous mes camarades4 ,au lieu de baiser le distributeur1 suivant l'usage1 je me prcipitai dans son sein et j'y fondis en larmes4 ,le soir1 je brlai mes couronnes dans le pole4 ,les parents demeuraient en ville pendant la semaine employe par les exercices qui prcdaient la distribution des prix1 ainsi mes camarades dcampaient tous joyeusement le matin2 tandis que moi1 de qui les parents taient quelques lieues de l1 je restais dans les cours avec les outre-mer1 nom donn aux coliers dont les familles se trouvaient aux les ou l'tranger4 ,le soir1 durant la prire1 les barbares nous vantaient les bons dners faits avec leurs parents4 ,vous verrez toujours mon malheur s'agrandissant en raison de la circonfrence des sphres sociales o j'entrerai4 ,combien d'efforts n'ai-je pas tents pour infirmer l'arrt qui me condamnait ne vivre qu'en moi6 ,combien d'esprances longtemps conues avec mille lancements d'me et dtruites en un jour6 ,pour dcider mes parents venir au collge1 je leur crivais des ptres pleines de sentiments1 peut-tre emphatiquement exprims1 mais ces lettres auraient-elles d m'attirer les reproches de ma mre qui me rprimandait avec ironie sur mon style8 ,sans me dcourager1 je promettais de remplir les conditions que ma mre et mon pre mettaient leur arrive1 j'implorais l'assistance de mes soeurs qui j'crivais aux jours de leur fte et de leur naissance1 avec l'exactitude des pauvres enfants dlaisss1 mais avec une vaine persistance4 ,aux approches de la distribution des prix1 je redoublais mes prires1 je parlais de triomphes pressentis4 ,tromp par le silence de mes parents1 je les attendais en m'exaltant le coeur1 je les annonais mes camarades2 et quand1 l'arrive des familles1 le pas du vieux portier qui appelait les coliers retentissait dans les cours1 j'prouvais alors des palpitations maladives4 ,jamais ce vieillard ne pronona mon nom4 ,le jour o je m'accusai d'avoir maudit l'existence1 mon confesseur me montra le ciel o fleurissait la palme promise pour les ,beati qui lugent6 du ,sauveur4 ,lors de ma premire communion1 je me jetai donc dans les mystrieuses profondeurs de la prire1 sduit par les ides religieuses dont les feries morales enchantent les jeunes esprits4 ,anim d'une ardente foi1 je priais ,dieu de renouveler en ma faveur les miracles fascinateurs que je lisais dans le ,martyrologe4 cinq ans je m'envolais dans une toile1 douze ans j'allais frapper aux portes du sanctuaire4 ,mon extase fit clore en moi des songes innarrables qui meublrent mon imagination1 enrichirent ma tendresse et fortifirent mes facults pensantes4 ,j'ai souvent attribu ces sublimes visions des anges chargs de faonner mon me de divines destines2 elles ont dou mes veux de la facult de voir l'esprit intime des choses2 elles ont prpar mon coeur aux magies qui font le pote malheureux1 quand il a le fatal pouvoir de comparer ce qu'il sent ce qui est1 les grandes choses voulues au peu qu'il obtient2 elles ont crit dans ma tte un livre o j'ai pu lire ce que je devais exprimer1 elles ont mis sur mes lvres le charbon de l'improvisateur4 ,mon pre conut quelques doutes sur la porte de l'enseignement oratorien1 et vint m'enlever de ,pont-,levoy pour me mettre ,paris dans une institution situe au ,marais4 ,j'avais quinze ans4 ,examen fait de ma capacit1 le rhtoricien de ,pont-,levoy fut jug digne d'tre en troisime4 ,les douleurs que j'avais prouves en famille1 l'cole1 au collge1 je les retrouvais sous une nouvelle forme pendant mon sjour la pension ,leptre4 ,mon pre ne m'avait point donn d'argent4 ,quand mes parents savaient que je pouvais tre nourri1 vtu1 gorg de latin1 bourr de grec1 tout tait rsolu4 ,durant le cours de ma vie collgiale1 j'ai connu mille camarades environ1 et n'ai rencontr chez aucun l'exemple d'une pareille indiffrence4 ,attach fanatiquement aux ,bourbons1 ,m4 ,leptre avait eu des relations avec mon pre l'poque o des royalistes dvous essayrent d'enlever au ,temple la reine ,marie-,antoinette2 ils avaient renouvel connaissance2 ,m4 ,leptre se crut donc oblig de rparer l'oubli de mon pre2 mais la somme qu'il me donna mensuellement fut mdiocre1 car il ignorait les intentions de ma famille4 ,la pension tait installe l'ancien htel ,joyeuse1 o1 comme dans toutes les anciennes demeures seigneuriales1 il se trouvait une loge de suisse4 ,pendant la rcration qui prcdait l'heure o le gcheux nous conduisait au lyce ,charlemagne1 les camarades opulents allaient djeuner chez notre portier1 nomm ,doisy4 ,m4 ,leptre ignorait ou souffrait le commerce de ,doisy1 vritable contrebandier que les lves avaient intrt choyer2 il tait le secret chaperon de nos carts1 le confident des rentres tardives1 notre intermdiaire entre les loueurs de livres dfendus4 ,djeuner avec une tasse de caf au lait tait un got aristocratique1 expliqu par le prix excessif auquel montrent les denres coloniales sous ,napolon4 ,si l'usage du sucre et du caf constituait un luxe chez les parents1 il annonait parmi nous une supriorit vaniteuse qui aurait engendr notre passion1 si la pente l'imitation1 si la gourmandise1 si la contagion de la mode n'eussent pas suffi4 ,doisy nous faisait crdit1 il nous supposait tous des soeurs ou des tantes qui approuvent le point d'honneur des coliers et payent leurs dettes4 ,je rsistai longtemps aux blandices de la buvette4 ,si mes juges eussent connu la force des sductions1 les hroques aspirations de mon me vers le stocisme1 les rages contenues pendant ma longue rsistance1 ils eussent essuy mes pleurs au lieu de les faire couler4 ,mais1 enfant1 pouvais-je avoir cette grandeur d'me qui fait mpriser le mpris d'autrui8 ,on retrouve dans cette ptre la plupart des circonstances racontes par sa soeur dans le commencement de cet entretien4 ,ce sont des pages des ,confessions de ,j4-,j4 ,rousseau1 la dclamation prs4 ,x4 ,ce style consacr continue ainsi jusqu'au retour de ,balzac en ,touraine1 o ses parents le ramnent aprs le retour de ,napolon de l'le d',elbe en #ahae4 ,sa famille1 royaliste1 exige qu'il aille la reprsenter au bal que la bourgeoisie de ,tours offre au duc d',angoulme4 ,il y va2 il y aperoit une femme miraculeuse de beaut1 qui s'assied ct de lui pendant le tumulte de la fte4 ,elle le fascine tellement qu'il effleure involontairement d'un mouvement de tte ses blanches paules4 ,elle se lve et s'loigne avec un mouvement d'indignation concentre4 ,quelque temps aprs un ami de sa famille lui propose de visiter avec lui les bords de la rivire4 ,voici cette dlicieuse description qui le ramne son idal4 ,ni ,rousseau1 ni ,chateaubriand1 ni ,byron1 ni ,gothe1 ne le dpassent4 ,lisez-la tout entire4 ,donc1 un jeudi matin je partis de ,tours par la barrire ,saint-loy1 je traversai les ponts ,saint-,sauveur1 j'arrivai dans ,poncher en levant le nez chaque maison1 et gagnai la route de ,chinon4 ,pour la premire fois de ma vie1 je pouvais m'arrter sous un arbre1 marcher lentement ou vite mon gr sans tre questionn par personne4 ,pour un pauvre tre cras par les diffrents despotismes qui1 peu ou prou1 psent sur toutes les jeunesses1 le premier usage du libre arbitre1 exerc mme sur des riens1 apportait l'me je ne sais quel panouissement4 ,beaucoup de raisons se runirent pour faire de ce jour une fte pleine d'enchantements4 ,dans mon enfance mes promenades ne m'avaient pas conduit plus d'une lieue hors la ville4 ,mes courses aux environs de ,pont-,levoy1 ni celles que je fis dans ,paris1 ne m'avaient point gt sur les beauts de la nature champtre4 ,nanmoins il me restait1 des premiers souvenirs de ma vie1 le sentiment du beau qui respire dans le paysage de ,tours avec lequel je m'tais familiaris4 ,quoique compltement neuf la posie des sites1 j'tais donc exigeant mon insu1 comme ceux qui1 sans avoir la pratique d'un art1 en imaginent tout d'abord l'idal4 ,pour aller au chteau de ,frapesle1 les gens pied ou cheval abrgent la route en passant par les landes dites de ,charlemagne1 terres en friche1 situes au sommet du plateau qui spare le bassin du ,cher et celui de l',indre1 et o mne un chemin de traverse que l'on prend ,champy4 ,ces landes plates et sablonneuses1 qui vous attristent durant une lieue environ1 joignent par un bouquet de bois le chemin de ,sach1 nom de la commune d'o dpend ,frapesle4 ,ce chemin1 qui dbouche sur la route de ,chinon1 bien au-del de ,ballan1 longe une plaine ondule sans accidents remarquables1 jusqu'au petit pays d',artanne4 ,l se dcouvre une valle qui commence ,montbazon1 finit la ,loire1 et semble bondir sous les chteaux poss sur ces doubles collines1 une magnifique coupe d'meraude au fond de laquelle l',indre se roule par des mouvements de serpent4 cet aspect1 je fus saisi d'un tonnement voluptueux que l'ennui des landes ou la fatigue du chemin avait prpar4--,si cette femme1 la fleur de son sexe1 habite un lieu dans le monde1 ce lieu1 le voici6 cette pense je m'appuyai contre un noyer sous lequel1 depuis ce jour1 je me repose toutes les fois que je reviens dans ma chre valle4 ,sous cet arbre1 confident de mes penses1 je m'interroge sur les changements que j'ai subis pendant le temps qui s'est coul depuis le dernier jour o j'en suis parti4 ,elle demeurait l1 mon coeur ne me trompait point3 le premier castel que je vis au penchant d'une lande tait son habitation4 ,quand je m'assis sous mon noyer1 le soleil de midi faisait ptiller les ardoises de son toit et les vitres de ses fentres4 ,sa robe de percale produisait le point blanc que je remarquai dans ses vignes sous un hallebergier4 ,elle tait1 comme vous le savez dj1 sans rien savoir encore1 ,,le ,,lis ,,de ,,cette ,,vall,e o elle croissait pour le ciel1 en la remplissant du parfum de ses vertus4 ,l'amour infini1 sans autre aliment qu'un objet peine entrevu dont mon me tait remplie1 je le trouvais exprim par ce long ruban d'eau qui ruisselle au soleil entre deux rives vertes1 par ces lignes de peupliers qui parent de leurs dentelles mobiles ce val d'amour1 par les bois de chnes qui s'avancent entre les vignobles sur des coteaux que la rivire arrondit toujours diffremment1 et par ces horizons estomps qui fuient en se contrariant4 ,si vous voulez voir la nature belle et vierge comme une fiance1 allez l par un jour de printemps2 si vous voulez calmer les plaies saignantes de votre coeur1 revenez-y par les derniers jours de l'automne3 au printemps1 l'amour y bat des ailes plein ciel2 en automne on y songe ceux qui ne sont plus4 ,le poumon malade y respire une bienfaisante fracheur1 la vue s'y repose sur des touffes dores qui communiquent l'me leurs paisibles douceurs4 ,en ce moment1 les moulins situs sur les chutes de l',indre donnaient une voix cette valle frmissante1 les peupliers se balanaient en riant1 pas un nuage au ciel1 les oiseaux chantaient1 les cigales criaient1 tout y tait mlodie4 ,ne me demandez plus pourquoi j'aime la ,touraine3 je ne l'aime ni comme on aime son berceau1 ni comme on aime une oasis dans le dsert2 je l'aime comme un artiste aime l'art2 je l'aime moins que je ne vous aime2 mais sans la ,touraine1 peut-tre ne vivrais-je plus4 ,sans savoir pourquoi1 mes yeux revenaient au point blanc1 la femme qui brillait dans ce jardin comme au milieu des buissons clatait la clochette d'un convolvulus1 fltrie si l'on y touche4 ,je descendis1 l'me mue1 au fond de cette corbeille1 et vis bientt un village que la posie qui surabondait en moi me fit trouver sans pareil4 ,figurez-vous trois moulins poss parmi des les gracieusement dcoupes1 couronnes de quelques bouquets d'arbres au milieu d'une prairie d'eau2 quel autre nom donner ces vgtations aquatiques1 si vivaces1 si bien colores1 qui tapissent la rivire1 surgissent au-dessus1 ondulent avec elle1 se laissent aller ses caprices et se plient aux temptes de la rivire fouette par la roue des moulins8 et l1 s'lvent des masses de gravier sur lesquelles l'eau se brise en y formant des franges o reluit le soleil4 ,les amaryllis1 le nnufar1 le lis d'eau1 les joncs1 les flox1 dcorent les rives de leurs magnifiques tapisseries4 ,un pont tremblant compos de poutrelles pourries1 dont les piles sont couvertes de fleurs1 dont les garde-fous1 plants d'herbes vivaces et de mousses veloutes1 se penchent sur la rivire et ne tombent point2 des barques uses1 des filets de pcheurs1 le chant monotone d'un berger1 les canards qui voguaient entre les les ou s'pluchaient sur le jard1 nom du gros sable que charrie la ,loire2 des garons meuniers1 le bonnet sur l'oreille1 occups charger leurs mulets2 chacun de ces dtails rendait cette scne d'une navet surprenante4 ,imaginez au-del du pont deux ou trois fermes1 un colombier1 des tourterelles1 une trentaine de masures spares par des jardins1 par des haies de chvrefeuilles1 de jasmins et de clmatites2 puis du fumier fleuri devant toutes les portes1 des poules et des coqs par les chemins3 voil le village du ,pont-du-,ruan1 joli village surmont d'une vieille glise pleine de caractre1 une glise du temps des croisades1 et comme les peintres en cherchent pour leurs tableaux4 ,encadrez le tout de noyers antiques1 de jeunes peupliers aux feuilles d'or ple1 mettez de gracieuses fabriques au milieu de longues prairies o l'oeil se perd sous un ciel chaud et vaporeux1 vous aurez une ide d'un des mille points de vue de ce beau pays4 ,je suivis le chemin de ,sach sur la gauche de la rivire1 en observant les dtails des collines qui meublent la rive oppose4 ,puis enfin j'atteignis un parc orn d'arbres centenaires qui m'indiqua le chteau de ,frapesle4 ,j'arrivai prcisment l'heure o la cloche annonait le djeuner4 ,aprs le repas1 mon hte1 ne souponnant pas que j'tais venu de ,tours pied1 me fit parcourir les alentours de sa terre o de toutes parts je vis la valle sous toutes ses formes3 ici par une chappe1 l tout entire2 souvent mes yeux furent attirs l'horizon par la belle lame d'or de la ,loire o1 parmi les roules1 les voiles dessinaient de fantasques figures qui fuyaient emportes par le vent4 ,en gravissant une crte1 j'admirai pour la premire fois le chteau d',azay1 diamant taill facettes1 serti par l',indre1 mont sur des pilotis masqus de fleurs4 ,puis je vis dans un fond les masses romantiques du chteau de ,sach1 mlancolique sjour plein d'harmonies1 trop graves pour les gens superficiels1 chres aux potes dont l'me est endolorie4 ,aussi1 plus tard1 en aimai-je le silence1 les grands arbres chenus1 et ce je ne sais quoi mystrieux pandu dans son vallon solitaire6 ,mais chaque fois que je retrouvais au penchant de la cte voisine le mignon castel aperu1 choisi par mon premier regard1 je m'y arrtais complaisamment4 --,h6 me dit mon hte en lisant dans mes yeux l'un de ces ptillants dsirs toujours si navement exprims mon ge1 vous sentez de loin une jolie femme comme un chien flaire le gibier4 ,je n'aimai pas ce dernier mot1 mais je demandai le nom du castel et celui du propritaire4 --,ceci est ,clochegourde1 me dit-il1 une jolie maison appartenant au comte de ,mortsauf1 le reprsentant d'une famille historique en ,touraine1 dont la fortune date de ,louis ,,xi1 et dont le nom indique l'aventure laquelle il doit et ses armes et son illustration4 ,il descend d'un homme qui survcut la potence4 ,aussi les ,mortsauf portent-ils d'or1 la croix de sable aleze potence et contre-potence1 charge en coeur d'une fleur de lys d'or au pied nourri1 avec3 ,dieu saulve le ,roi notre ,sire1 pour devise4 ,le comte est venu s'tablir sur ce domaine au retour de l'migration4 ,ce bien est sa femme1 une demoiselle de ,lenoncourt1 de la maison de ,lenoncourt-,givry qui va s'teindre3 madame de ,mortsauf est fille unique4 ,le peu de fortune de cette famille contraste si singulirement avec l'illustration des noms1 que1 par orgueil ou par ncessit peut-tre1 ils restent toujours ,clochegourde et n'y voient personne4 ,jusqu' prsent leur attachement aux ,bourbons pouvait justifier leur solitude2 mais je doute que le retour du roi change leur manire de vivre4 ,en venant m'tablir ici1 l'anne dernire1 je suis all leur faire une visite de politesse2 ils me l'ont rendue et nous ont invits dner2 l'hiver nous a spars pour quelques mois2 puis les vnements politiques ont retard notre retour1 car je ne suis ,frapesle que depuis peu de temps4 ,madame de ,mortsauf est une femme qui pourrait occuper partout la premire place4 --,vient-elle souvent ,tours8 --,elle n'y va jamais4 ,mais1 dit-il en se reprenant1 elle y est alle dernirement1 au passage du duc d',angoulme qui s'est montr fort gracieux pour monsieur de ,mortsauf4 --,c'est elle6 m'criai-je4 --,qui1 elle8 --,une femme qui a de belles paules4 --,vous rencontrerez en ,touraine beaucoup de femmes qui ont de belles paules1 dit-il en riant4 ,mais si vous n'tes pas fatigu1 nous pouvons passer la rivire1 et monter ,clochegourde1 o vous aviserez reconnatre vos paules4 ,j'acceptai1 non sans rougir de plaisir et de honte4 ,vers quatre heures nous arrivmes au petit chteau que mes yeux caressaient depuis longtemps4 ,cette habitation1 qui fait un bel effet dans le paysage1 est en ralit modeste4 ,elle a cinq fentres de face2 chacune de celles qui terminent la faade expose au midi s'avance d'environ deux toises1 artifice d'architecture qui simule deux pavillons et donne de la grce au logis2 celle du milieu sert de porte1 et on en descend par un double perron dans des jardins tags qui atteignent une troite prairie situe le long de l',indre4 ,quoiqu'un chemin communal spare cette prairie de la dernire terrasse ombrage par une alle d'acacias et de vernis du ,japon1 elle semble faire partie des jardins2 car le chemin est creux1 encaiss d'un ct par la terrasse1 et bord de l'autre par une haie normande4 ,les pentes bien mnages mettent assez de distance entre l'habitation et la rivire pour sauver les inconvnients du voisinage des eaux sans en ter l'agrment4 ,sous la maison se trouvent des remises1 des curies1 des resserres1 des cuisines1 dont les diverses ouvertures dessinent des arcades4 ,les toits sont gracieusement contourns aux angles1 dcors de mansardes croisillons sculpts et de bouquets en plomb sur les pignons4 ,la toiture1 sans doute nglige pendant la rvolution1 est charge de cette rouille produite par les mousses plates et rougetres qui croissent sur les maisons exposes au midi4 ,la porte-fentre du perron est surmonte d'un campanile o reste sculpt l'cusson des ,blamont-,chauvry3 cartel de gueules un pal de vair1 flanqu de deux mains appaumes de carnation et d'or deux lances de sable mises en chevron4 ,la devise3 ,voyez tous1 nul ne touche6 me frappa vivement4 ,les supports1 qui sont un griffon et un dragon de gueules enchanes d'or1 faisaient un joli effet sculpts4 ,la ,rvolution avait endommag la couronne ducale et le cimier1 qui se compose d'un palmier de sinople fruit d'or4 ,senart1 secrtaire du comit du salut public1 tait bailli de ,sach avant #agha1 ce qui explique ces dvastations4 ,ces dispositions donnent une lgante physionomie ce castel ouvrag comme une fleur1 et qui semble ne pas peser sur le sol4 ,vu de la valle1 le rez-de-chausse semble tre au premier tage2 mais1 du ct de la cour1 il est de plain-pied avec une large alle sable donnant sur un boulingrin anim par plusieurs corbeilles de fleur4 droite et gauche1 les clos de vignes1 les vergers et quelques pices de terres labourables plantes de noyers1 descendent rapidement1 enveloppent la maison de leurs massifs1 et atteignent les bords de l',indre1 que garnissent en cet endroit des touffes d'arbres dont les verts ont t nuancs par la nature elle-mme4 ,en montant le chemin qui ctoie ,clochegourde1 j'admirais ces masses si bien disposes1 j'y respirais un air charg de bonheur4 ,la nature morale a-t-elle donc1 comme la nature physique1 ses communications lectriques et ses rapides changements de temprature8 ,mon coeur palpitait l'approche des vnements secrets qui devaient le modifier jamais1 comme les animaux s'gayent en prvoyant un beau temps4 ,ce jour si marquant dans ma vie ne fut dnu d'aucune des circonstances qui pouvaient le solenniser4 ,la nature s'tait pare comme une femme allant la rencontre du bien-aim1 mon me avait pour la premire fois entendu sa voix1 mes yeux l'avaient admire aussi fconde1 aussi varie que mon imagination me la reprsentait dans mes rves de collge dont je vous ai dit quelques mots1 inhabiles vous en expliquer l'influence1 car ils ont t comme une ,apocalypse o ma vie me fut figurativement prdite3 chaque vnement heureux ou malheureux s'y rattache par des images bizarres1 liens visibles aux yeux de l'me seulement4 ,nous traversmes une premire cour entoure des btiments ncessaires aux exploitations rurales1 une grange1 un pressoir1 des tables1 des curies4 ,averti par les aboiements du chien de garde1 un domestique vint notre rencontre1 et nous dit que monsieur le comte1 parti pour ,azay ds le matin1 allait sans doute revenir1 et que madame la comtesse tait au logis4 ,mon hte me regarda4 ,je tremblais qu'il ne voult pas voir madame de ,mortsauf en l'absence de son mari1 mais il dit au domestique de nous annoncer4 ,pouss par une avidit d'enfant1 je me prcipitai dans la longue antichambre qui traverse la maison4 --,entrez donc1 ,messieurs1 dit alors une voix d'or4 ,quoique madame de ,mortsauf n'et prononc qu'un mot au bal1 je reconnus sa voix qui pntra mon me et la remplit comme un rayon de soleil remplit et dore le cachot d'un prisonnier4 ,en pensant qu'elle pouvait se rappeler ma figure1 je voulus m'enfuir2 il n'tait plus temps1 elle apparut sur le seuil de la porte1 nos yeux se rencontrrent4 ,je ne sais qui d'elle ou de moi rougit le plus fortement4 ,assez interdite pour ne rien dire1 elle revint s'asseoir sa place devant un mtier tapisserie1 aprs que le domestique eut approch deux fauteuils2 elle acheva de tirer son aiguille afin de donner un prtexte son silence1 compta quelques points et releva la tte1 la fois douce et altire1 vers monsieur de ,chessel en lui demandant quelle heureuse circonstance elle devait sa visite4 ,quoique curieuse de savoir la vrit sur mon apparition1 elle ne nous regarda ni l'un ni l'autre2 ses yeux furent constamment attachs sur la rivire2 mais la manire dont elle coutait1 vous eussiez dit que1 semblable aux aveugles1 elle savait reconnatre les agitations de l'me dans les imperceptibles accents de la parole4 ,et cela tait vrai4 ,monsieur de ,chessel dit mon nom et fit ma biographie4 ,j'tais arriv depuis quelques mois ,tours1 o mes parents m'avaient ramen chez eux quand la guerre avait menac ,paris4 ,enfant de la ,touraine qui la ,touraine tait inconnue1 elle voyait en moi un jeune homme affaibli par des travaux immodrs1 envoy ,frapesle pour s'y divertir1 et auquel il avait montr sa terre1 o je venais pour la premire fois4 ,au bas du coteau seulement1 je lui avais appris ma course de ,tours ,frapesle1 et craignant pour ma sant dj si faible1 il s'tait avis d'entrer ,clochegourde en pensant qu'elle me permettrait de m'y reposer4 ,m4 de ,chessel disait la vrit1 mais un hasard heureux semble si fort cherch que madame de ,mortsauf garda quelque dfiance2 elle tourna sur moi des yeux froids et svres qui me firent baisser les paupires1 autant par je ne sais quel sentiment d'humiliation que pour cacher des larmes que je retins entre mes cils4 ,l'imposante chtelaine me vit le front en sueur2 peut-tre aussi devina-t-elle les larmes1 car elle m'offrit ce dont je pouvais avoir besoin1 en exprimant une bont consolante qui me rendit la parole4 ,je rougissais comme une jeune fille en faute1 et d'une voix chevrotante comme celle d'un vieillard1 je rpondis par un remercment ngatif4 --,tout ce que je souhaite1 lui dis-je en levant les yeux sur les siens que je rencontrai pour la seconde fois1 mais pendant un moment aussi rapide qu'un clair1 c'est de n'tre pas renvoy d'ici2 je suis tellement engourdi par la fatigue1 que je ne pourrais marcher4 --,pourquoi suspectez-vous l'hospitalit de notre beau pays8 me dit-elle4 ,vous nous accorderez sans doute le plaisir de dner ,clochegourde8 ajouta-t-elle en se tournant vers son voisin4 ,je jetai sur mon protecteur un regard o clatrent tant de prires qu'il se mit en mesure d'accepter cette proposition1 dont la formule voulait un refus4 ,si l'habitude du monde permettait ,m4 de ,chessel de distinguer ces nuances1 un jeune homme sans exprience croit si fermement l'union de la parole et de la pense chez une belle femme1 que je fus bien tonn quand1 en revenant le soir1 mon hte me dit3--,je suis rest1 parce que vous en mouriez d'envie2 mais si vous ne raccommodez pas les choses1 je suis brouill peut-tre avec mes voisins4 ,ce si vous ne raccommodez pas les choses me fit longtemps rver4 ,si je plaisais ,mme de ,mortsauf1 elle ne pourrait pas en vouloir celui qui m'avait introduit chez elle4 ,m4 de ,chessel me supposait donc le pouvoir de l'intresser1 n'tait-ce pas me le donner8 ,cette explication corrobora mon espoir en un moment o j'avais besoin de secours4 --,ceci me semble difficile1 rpondit-il1 ,mme de ,chessel nous attend4 --,elle vous a tous les jours1 reprit la comtesse1 et nous pouvons l'avertir4 ,est-elle seule8 --,elle a ,m4 l'abb de ,qulus4 --,eh bien1 dit-elle en se levant pour sonner1 vous dnez avec nous4 ,cette fois ,m4 de ,chessel la crut franche et me jeta des regards complimenteurs4 ,ds que je fus certain de rester pendant une soire sous ce toit1 j'eus moi comme une ternit4 ,pour beaucoup d'tres malheureux1 demain est un mot vide de sens1 et j'tais alors au nombre de ceux qui n'ont aucune foi dans le lendemain2 quand j'avais quelques heures moi1 j'y faisais tenir toute une vie de volupts4 ,mme de ,mortsauf entama sur le pays1 sur les rcoltes1 sur les vignes1 une conversation laquelle j'tais tranger4 ,chez une matresse de maison1 cette faon d'agir atteste un manque d'ducation ou son mpris pour celui qu'elle met ainsi comme la porte du discours2 mais ce fut embarras chez la comtesse4 ,si d'abord je crus qu'elle affectait de me traiter en enfant1 si j'enviai le privilge des hommes de trente ans qui permettait ,m4 de ,chessel d'entretenir sa voisine de sujets aussi graves auxquels je ne comprenais rien1 si je me dpitai en me disant que tout tait pour lui2 quelques mois de l1 je sus combien est significatif le silence d'une femme1 et combien de penses couvre une diffuse conversation4 ,d'abord j'essayai de me mettre mon aise dans mon fauteuil1 puis je reconnus les avantages de ma position en me laissant aller au charme d'entendre la voix de la comtesse4 ,le souffle de son me se dployait dans les replis des syllabes1 comme le son se divise sous les clefs d'une flte2 il expirait onduleusement l'oreille d'o il prcipitait l'action du sang4 ,sa faon de dire les terminaisons en i faisait croire quelque chant d'oiseau2 le ch prononc par elle tait comme une caresse1 et la manire dont elle attaquait le t accusait le despotisme du coeur4 ,elle tendait ainsi1 sans le savoir1 le sens des mots1 et vous entranait l'me dans un monde surhumain4 ,combien de fois n'ai-je pas laiss continuer une discussion que je pouvais finir1 combien de fois ne me suis-je pas fait injustement gronder pour couter ces concerts de voix humaine1 pour aspirer l'air qui sortait de sa lvre charge de son me1 pour treindre cette lumire parle avec l'ardeur que j'aurais mise serrer la comtesse sur mon sein6 ,quel chant d'hirondelle joyeuse1 quand elle pouvait rire6 mais quelle voix de cygne appelant ses compagnes1 quand elle parlait de ses chagrins6 ,l'inattention de la comtesse me permit de l'examiner4 ,mon regard se rgalait en glissant sur la belle parleuse1 il pressait sa taille1 baisait ses pieds1 et se jouait dans les boucles de sa chevelure4 ,cependant j'tais en proie une terreur que comprendront ceux qui1 dans leur vie1 ont prouv les joies illimites d'une passion vraie4 ,j'avais peur qu'elle ne me surprt les yeux attachs la place de ses paules que j'avais si ardemment embrasses4 ,cette crainte avivait la tentation1 et j'y succombais1 je les regardais6 mon oeil dchirait l'toffe1 je revoyais la lentille qui marquait la naissance de la jolie raie par laquelle son dos tait partag1 mouche perdue dans du lait1 et qui depuis le bal flamboyait toujours le soir dans ces tnbres o semble ruisseler le sommeil des jeunes gens dont l'imagination est ardente1 dont la vie est chaste4 ,je puis vous crayonner les traits principaux qui partout eussent signal la comtesse aux regards2 mais le dessin le plus correct1 la couleur la plus chaude n'en exprimeraient rien encore4 ,sa figure est une de celles dont la ressemblance exige l'introuvable artiste de qui la main sait peindre le reflet des feux intrieurs1 et sait rendre cette vapeur lumineuse que nie la science1 que la parole ne traduit pas1 mais que voit un amant4 ,ses cheveux fins et cendrs la faisaient souvent souffrir1 et ces souffrances taient sans doute causes par de subites ractions du sang vers la tte4 ,son front arrondi1 prominent comme celui de la ,joconde1 paraissait plein d'ides inexprimes1 de sentiments contenus1 de fleurs noyes dans des eaux amres4 ,ses yeux verdtres1 sems de points bruns1 taient toujours ples2 mais s'il s'agissait de ses enfants1 s'il lui chappait de ces vives effusions de joie ou de douleur1 rares dans la vie des femmes rsignes1 son oeil lanait alors une lueur subtile qui semblait s'enflammer aux sources de la vie et devait les tarir2 clair qui m'avait arrach des larmes quand elle me couvrit de son ddain formidable et qui lui suffisait pour abaisser les paupires aux plus hardis4 ,un nez grec1 comme dessin par ,phidias et runi par un double arc des lvres lgamment sinueuses1 spiritualisait son visage de forme ovale1 et dont le teint1 comparable au tissu des camlias blancs1 se rougissait aux joues par de jolis tons roses4 ,son embonpoint ne dtruisait ni la grce de sa taille1 ni la rondeur voulue pour que ses formes demeurassent belles quoique dveloppes4 ,vous comprendrez soudain ce genre de perfection1 lorsque vous saurez qu'en s'unissant l'avant-bras les blouissants trsors qui m'avaient fascin paraissaient ne devoir former aucun pli4 ,le bas de sa tte n'offrait point ces creux qui font ressembler la tte de certaines femmes des troncs d'arbres1 ses muscles n'y dessinaient point de cordes1 et partout les lignes s'arrondissaient en flexuosits dsesprantes pour le regard comme pour le pinceau4 ,un duvet follet se mourait le long de ses joues1 dans les mplats du col1 en y retenant la lumire qui s'y faisait soyeuse4 ,ses oreilles petites et bien contournes taient1 suivant son expression1 des oreilles d'esclave et de mre4 ,plus tard1 quand j'habitai son coeur1 elle me disait3 ,voici ,m4 de ,mortsauf6 et avait raison1 tandis que je n'entendais rien encore1 moi dont l'oue possde une remarquable tendue4 ,ses bras taient beaux1 sa main aux doigts recourbs tait longue1 et1 comme dans les statues antiques1 la chair dpassait ses ongles fines ctes4 ,je vous dplairais en donnant aux tailles plates l'avantage sur les tailles rondes1 si vous n'tiez pas une exception4 ,la taille ronde est un signe de force1 mais les femmes ainsi construites sont imprieuses1 volontaires1 plus voluptueuses que tendres4 ,au contraire1 les femmes taille plate sont dvoues1 pleines de finesse1 enclines la mlancolie2 elles sont mieux femmes que les autres4 ,la taille plate est souple et molle1 la taille ronde est inflexible et jalouse4 ,vous savez1 maintenant comment elle tait faite4 ,elle avait le pied d'une femme comme il faut1 ce pied qui marche peu1 se fatigue promptement et rjouit la vue quand il dpasse la robe4 ,quoiqu'elle ft mre de deux enfants1 je n'ai jamais rencontr dans son sexe personne de plus jeune fille qu'elle4 ,son air exprimait une simplesse1 jointe je ne sais quoi d'interdit et de songeur qui ramenait elle comme le peintre ramne la figure o son gnie a traduit un monde de sentiments4 ,ses qualits visibles ne peuvent d'ailleurs s'exprimer que par des comparaisons4 ,rappelez-vous le parfum chaste et sauvage de cette bruyre que nous avons cueillie en revenant de la villa ,diodati1 cette fleur dont vous avez tant lou le noir et le rose2 vous devinerez comment cette femme pouvait tre lgante loin du monde1 naturelle dans ses expressions1 recherche dans les choses qui devenaient siennes1 la fois rose et noire4 ,son corps avait la verdeur que nous admirons dans les feuilles nouvellement dplies1 son esprit avait la profonde concision du sauvage1 elle tait enfant par le sentiment1 grave par la souffrance1 chtelaine et bachelette4 ,aussi plaisait-elle sans artifice1 par sa manire de s'asseoir1 de se lever1 de se taire ou de jeter un mot4 ,habituellement recueillie1 attentive comme la sentinelle sur qui repose le salut de tous et qui pie le malheur1 il lui chappait parfois des sourires qui trahissaient en elle un naturel rieur enseveli sous le maintien exig par sa vie4 ,sa coquetterie tait devenue un mystre1 elle faisait rver au lieu d'inspirer l'attention galante que sollicitent les femmes1 et laissait apercevoir sa premire nature de flamme vive1 ses premiers rves bleus1 comme on voit le ciel par des claircies de nuages4 ,cette rvlation involontaire rendait pensifs ceux qui ne sentaient pas une larme intrieure sche par le feu des dsirs4 ,la raret de ses gestes1 et surtout celle de ses regards 7except ses enfants1 elle ne regardait personne71 donnait une incroyable solennit ce qu'elle faisait ou disait1 quand elle faisait ou disait une chose avec cet air que savent prendre les femmes au moment o elles compromettent leur dignit par un aveu4 ,ce jour-l ,mme de ,mortsauf avait une robe rose mille raies1 une collerette large ourlet1 une ceinture noire et des brodequins de mme couleur4 ,ses cheveux simplement tordus sur sa tte taient retenus par un peigne d'caille4 ,telle tait l'imparfaite esquisse promise4 ,mais la constante manation de son me sur les siens1 cette essence nourrissante pandue flots comme le soleil met sa lumire2 mais sa nature intime1 son attitude aux heures sereines1 sa rsignation aux heures nuageuses2 tous ces tournoiements de la vie o le caractre se dploie1 tiennent1 comme les effets du ciel1 des circonstances inattendues et fugitives qui ne se ressemblent entre elles que par le fond d'o elles dtachent1 et dont la peinture sera ncessairement mle aux vnements de cette histoire2 vritable pope domestique1 aussi grande aux yeux du sage que le sont les tragdies aux yeux de la foule1 et dont le rcit vous attachera autant pour la part que j'y ai prise1 que par sa similitude avec un grand nombre de destines fminines4 ,tout ,clochegourde portait le cachet d'une propret vraiment anglaise4 ,le salon o restait la comtesse tait entirement bois1 peint en gris de deux nuances4 ,la chemine avait pour ornement une pendule contenue dans un bloc d'acajou surmont d'une coupe1 et deux grands vases en porcelaine blanche filets d'or1 d'o s'levaient des bruyres du ,cap4 ,une lampe tait sur la console4 ,il y avait un trictrac en face de la chemine4 ,deux larges embrasses en coton retenaient les rideaux de percale blanche1 sans franges4 ,des housses grises1 bordes d'un galon vert1 recouvraient les siges1 et la tapisserie tendue sur le mtier de la comtesse disait assez pourquoi son meuble tait ainsi cach4 ,cette simplicit arrivait la grandeur4 ,aucun appartement1 parmi ceux que j'ai vus depuis1 ne m'a caus des impressions aussi fertiles1 aussi touffues que celles dont j'tais saisi1 dans ce salon de ,clochegourde1 calme et recueilli comme la vie de la comtesse1 et o l'on devinait la rgularit conventuelle de ses occupations4 ,la plupart de mes ides1 et mme les plus audacieuses en science ou en politique1 sont nes l1 comme les parfums manent des fleurs2 mais l verdoyait la plante inconnue qui jeta sur mon me sa fconde poussire2 l brillait la chaleur solaire qui dveloppa mes bonnes et desscha mes mauvaises qualits4 ,de la fentre1 l'oeil embrassait la valle depuis la colline o s'tale ,pont-de-,ruan1 jusqu'au chteau d',azay1 en suivant les sinuosits de la cte oppose que varient les tours de ,frapesle1 puis l'glise1 le bourg et le vieux manoir de ,sach1 dont les masses dominent la prairie4 ,en harmonie avec cette vie repose et sans autres motions que celles donnes par la famille1 ces lieux communiquaient l'me leur srnit4 ,si je l'avais rencontre l pour la premire fois1 entre le comte et ses deux enfants1 au lieu de la trouver splendide dans sa robe de bal1 je ne lui aurais pas ravi ce dlirant baiser dont j'eus alors des remords en croyant qu'il dtruirait l'avenir de mon amour6 ,non1 dans les noires dispositions o me mettait le malheur1 j'aurais pli le genou1 j'aurais bais ses brodequins1 j'y aurais laiss quelques larmes1 et je serais all me jeter dans l',indre4 ,mais aprs avoir effleur le frais jasmin de sa peau et bu le lait de cette coupe pleine d'amour1 j'avais dans l'me le got et l'esprance de volupts humaines2 je voulais vivre et attendre l'heure du plaisir comme le sauvage pie l'heure de la vengeance2 je voulais me suspendre aux arbres1 ramper dans les vignes1 me tapir dans l'herbe2 je voulais avoir pour complices le silence de la nuit1 la lassitude de la vie1 la chaleur du soleil1 afin d'achever la pomme dlicieuse o j'avais dj mordu4 ,m'et-elle demand la fleur qui chante ou les richesses enfouies par les compagnons de ,morgan l'exterminateur1 je les lui aurais apportes1 afin d'obtenir les richesses certaines et la fleur muette que je souhaitais6 ,quand cessa le rve o m'avait plong la longue contemplation de mon idole1 et pendant lequel un domestique vint et lui parla1 je l'entendis causant du comte4 ,je pensai seulement alors qu'une femme devait appartenir son mari4 ,cette pense me donna des vertiges4 ,puis j'eus une rageuse et sombre curiosit de voir le possesseur de ce trsor4 ,deux sentiments me dominrent1 la haine et la peur3 une haine qui ne connaissait aucun obstacle et les mesurait tous sans les craindre2 une peur vague1 mais relle du combat1 de son issue1 et d',,elle surtout4 ,en proie d'indicibles pressentiments1 je redoutais ces poignes de main qui dshonorent1 j'entrevoyais les difficults lastiques o se heurtent les plus rudes volonts et o elles s'moussent2 je craignais cette force d'inertie qui dpouille aujourd'hui la vie sociale des dnoments que recherchent les mes passionnes4 ,la premire entrevue avec ,mme de ,warens et la premire journe des ,charmettes n'ont pas ce fini de description4 ,le sicle a fait des pas4 ,il a autant de charmes1 et plus de pudeur4 ,,xi4 ,on dne1 et on se spare4 ,le contentement qui enflait toutes mes voiles m'empcha de voir les inextricables difficults mises entre elle et moi par la vie si cohrente de la solitude de la campagne4 ,j'tais prs d'elle1 sa droite1 je lui servais boire4 ,oui1 bonheur inespr6 je frlais sa robe1 je mangeais son pain4 ,au bout de trois heures1 ma vie se mlait sa vie6 ,enfin1 nous tions lis par ce terrible baiser1 espce de secret qui nous inspirait une honte mutuelle4 ,je fus d'une lchet glorieuse3 je m'tudiais plaire au comte1 qui se prtait toutes mes courtisaneries2 j'aurais caress le chien1 j'aurais fait la cour aux moindres dsirs des enfants2 je leur aurais apport des cerceaux1 des billes d'agate2 je leur aurais servi de cheval1 je leur en voulais de ne pas s'emparer dj de moi comme d'une chose eux4 ,l'amour a ses intuitions comme le gnie a les siennes1 et je voyais confusment que la violence1 la maussaderie1 l'hostilit1 ruineraient mes esprances4 ,,xii4 ,balzac accepte l'hospitalit d'un chteau voisin d'o il voit de prs ,clochegourde4 ,il se promne1 rencontre ,m4 de ,mortsauf1 se lie avec lui et acquiert son amiti4 ,les scnes douces et amres qui suivent ce moment sont remarquablement crites1 mais ressemblent toutes4 ,on peut dire que le chef-d'oeuvre finit l4 ,le reste est beau1 mais vulgaire2 la femme n'a ni assez de vertu pour congdier l'amant1 ni assez d'amour pour s'y livrer tout entire4 ,cela n'est plus chaud1 cela devient tide2 la tideur amne la froideur1 et la dernire partie du roman fait douter de la premire4 videmment cela me ressemble1 quand1 voulant associer l'hypocrisie du monde au dlire de la passion1 j'crivis ce livre1 moiti vrai1 moiti faux1 intitul ,raphal4 ,le public se sentit tromp et m'abandonna4 ,je l'avais mrit2 la passion est belle1 mais c'est condition d'tre sincre4 ,il en est ainsi du ,lis dans la valle4 ,o renoncez peindre l'amour1 ou sacrifiez-le la vertu4 ,ces caractres hermaphrodites commencent par le charme et finissent par le dgot4 ,mais la premire moiti du ,lis dans la valle ressemble au ,cantique des ,cantiques termin par une homlie de courtisans ambitieux de la cour de ,charles ,x4 ,on ne s'intresse plus personne2 et on sent que l'auteur se dsintresse la fin de lui-mme4 ,,xiii4 ,balzac revint enfin son vritable type3 la vrit4 ,il crivit le chapitre le plus vaste1 le plus divers et le plus vridique de sa ,comdie humaine1 les ,parents pauvres4 ,ce fut son oeuvre capitale1 hlas6 interrompue par la mort4 ,c'tait un homme de la race de ,shakspeare1 dont la sve tait varie1 large et profonde comme le monde4 ,il mourut1 comme lui1 entre cinquante et soixante ans1 heureux la fin de sa carrire1 retir du monde dans son repos1 soign par une femme aime1 et ne regrettant rien que ses rves4 ,on fut longtemps le juger1 il tait trop au-dessus de ses juges4 ,en laissant de ct ces livres futiles et un peu cyniques1 les ,contes drolatiques1 crits dans le commencement de sa vie pour avoir du pain et un habit1 qu'il ne faut pas compter pour des monuments1 mais excuser comme des haillons de misre1 son caractre tait probe et religieux au fond1 comme les leons de sa mre et les souvenirs de sa soeur4 ,on sentait en lui l'homme de bonne maison1 incapable de s'avilir1 si ce n'est par plaisanterie passagre4 ,il aimait les ,bourbons et l'aristocratie de la ,restauration par tradition paternelle4 ,la dmagogie lui soulevait le coeur4 ,on n'en voit pas trace dans ses innombrables livres4 ,il tait gentilhomme de coeur1 incapable de flatter une populace ou une cour4 ,il aurait eu plutt des indulgences et des faiblesses pour les vices d'en haut2 car il tait pdant par la grandeur et jamais par la bassesse4 ,je l'ai vu plusieurs fois professer ces doctrines1 mme contre sa popularit4 ,il renonait tre populaire pour rester juste et honorable4 ,l'incorruptibilit tait son essence2 crivain lger et trop indulgent pour lui-mme en matire lgre1 mais au fond un honnte homme4 ,il concdait beaucoup au mtier1 rien l'honneur4 ,tel tait ,balzac4 ,,xiv4 ,quant son talent1 il est incomparable4 ,les romanciers franais n'ont pas une sphre bien arrte dans laquelle on puisse dlimiter l'action de leur plume4 ,les uns1 tels que les romanciers du sicle de ,louis ,,xiv1 ,tlmaque1 les oeuvres de ,mlle de ,scudry1 la ,princesse de ,clves1 etc41 dbordent dans le large lit des aventures fabuleuses et des pomes piques4 ,les autres1 tels que l'abb ,prvost1 serrent de plus prs la ralit et la nature2 ils crivent les mmoires imaginaires d'un ,homme de qualit1 le ,doyen de ,killerine1 ou les amours beaucoup trop cyniques de ,manon ,lescaut et du ,chevalier des ,grieux2 d'autres1 tels que ,j4-,j4 ,rousseau1 ,chateaubriand dans ,atala ou ,ren1 et1 de nos jours1 ,mme ,sand1 se livrent1 sous la forme de roman1 au lyrisme le plus transcendant de leur gnie1 et1 pour flatter tantt l'aristocratie1 tantt la religion1 tantt la dmocratie du temps1 chantent depuis les licencieuses amours de la ,nouvelle ,hlose ou depuis les ridicules systmes d'ducation de l'mile1 minemment propre former un peuple de marquis1 jusqu'aux rveries grotesques et froces d'un socialisme et d'un communisme qui nient la nature1 et qui prtendent refaire le monde mieux que le ,crateur4 ,admirables prosateurs1 dtestables philosophes1 prparant1 pour dsaltrer le peuple1 non de l'eau salubre1 mais de l'opium ivre de rves et de convulsions6 ,ainsi1 l'exception de l'abb ,prvost qui n'eut d'autre modle que la nature1 et de ,chateaubriand1 dans ,ren1 qui n'eut d'ivresse que celle du sentiment1 presque tous les romanciers franais suivirent servilement les moeurs de l'poque et n'crivirent que pour un jour4 ,prenez le premier de ces romans1 ,tlmaque1 justement ha de ,louis ,,xiv1 et essayez de construire sur ce modle une socit politique qui se tienne debout6 ,,xv4 ,balzac naquit1 et1 dou par la nature d'un talent immense et d'un esprit juste1 il secoua ces haillons de la pense dont on avait voulu faire un costume national1 il rentra dans la voie droite de l'abb ,prvost1 et n'aspira qu' un seul titre1 celui d'historiographe de la nature et de la socit4 ,il le poursuivit laborieusement1 passant avec un gal succs de la peinture la plus hideuse du vice jusqu' la ,recherche de l'absolu1 cette pierre philosophale de la philosophie1 jusqu'au ,lis dans la valle1 cette perle de l'amour pur4 ,parcourez ces cent volumes de ses oeuvres jets avec profusion de sa main jamais lasse1 et concluez avec moi qu'un seul homme en ,france tait capable d'excuter ce qu'il avait conu1 la ,comdie humaine1 ce pome pique de la vrit6 ,on dit1 je le sais1 et je me le suis dit moi-mme en finissant la lecture de ce merveilleux artiste3 ,il est parfait1 mais il est triste2 on sort1 avec des larmes dans les yeux1 de cette lecture4--,balzac est triste1 c'est vrai2 mais il est profond4--,est-ce que le monde est gai8 ,molire tait triste1 et c'est pourquoi il fut ,molire4 ,,lamartine ,,fin ,,du ,,tome ,,dix-,,huiti,,me4 ,paris4--,typographie de ,firmin ,didot frres1 imprimeurs de l',institut et de la ,marine1 #ef1 rue ,jacob4