,la ,vie ,simple ,,par ,c4 ,,wagner ,auteur de ,jeunesse ,,douzi,,me ,,dition ,,paris ,librairie ,armand ,colin #e1 rue de ,mzires1 #e #aijh ,droits de reproduction et de traduction rservs pour tous pays4 ,,ouvrages ,,de ,c4 ,,wagner ,auprs du ,foyer 7#f;e dition74 ,un volume in-#ah jsus1 broch 7,librairie ,armand ,colin7 #c #ej ,justice4 ,huit discours 7#g;e dition74 ,un volume in-#ab1 broch 7,fischbacher7 #c #ej ,jeunesse4 ,ouvrage couronn par l',acadmie franaise 7#b;e dition74 ,un volume in-#ab1 broch 7,fischbacher7 #c #ej ,vaillance4 ,ouvrage honor d'une souscription du ,ministre de l',instruction publique 7#ah;e dition74 ,un volume in-#ab1 broch 7,fischbacher7 #c #ej ,le long du chemin 7#d;e dition74 ,un volume in-#ab1 broch 7,fischbacher7 #b ,l'vangile et la vie4 ,discours 7#d;e dition74 ,un volume in-#ab1 broch 7,fischbacher7 #c #ej ,sois un homme6 ,simples causeries sur la conduite de la vie 7#b;e dition74 ,un volume in-#ab1 br4 7,fischbacher7 #a #be ,reli #b ,l',ame des choses 7#b;e dition74 ,un volume in-#ab1 broch 7,fischbacher7 #c #ej ,l',ami4 ,dialogues intrieurs 7#c;e dition74 ,un volume in-#ab 7,fischbacher7 #c #ej ,histoires et ,farciboles1 pour les enfants4 ,un volume in-#h illustr par ,ren ,henriquez 7,fischbacher74 ,libre ,pense et ,protestantisme libral4 #d lettres de ,ferdinand ,brisson avec rponses de ,c4 ,wagner4 ,un volume in-#ab4 #ade-jh4--;,coulommiers4 ,imp4 ,paul ,,brodard4--,p#b-jh4 ,,la ,m,,moire ,,de ,,ma ,m,,re ,,pr,,face ,,de ,,la ,,neuvi,,me ,,dition ,aujourd'hui que ,la ,vie simple a t tellement rimprime que les vieux clichs sont uss et qu'il faut recomposer le texte nouveau1 il ne sera sans doute pas dpourvu d'intrt de noter ici quelques faits concernant l'origine et la destine de ce livre4 ,le lendemain d'une allocution de mariage entendue par ,m4 ,armand ,colin et traitant le sujet de la ,vie simple en son application au foyer domestique1 l'diteur parisien m'crivit3 ,faites-nous donc un livre sur la ,vie simple4 ,rien ne serait plus actuel ni plus ncessaire4 ,six mois plus tard le livre paraissait4 ,il eut une bonne presse et un meilleur public4 ,les lecteurs lui firent de l'un l'autre cette familire et solide rclame par laquelle on se recommande mutuellement ses livres comme on se prsente ses amis4 ,il fut vite connu1 et sans faire le moindre bruit se rpandit et se traduisit travers l',europe4 ,en #aija1 miss ,marie-,louise ,hendee le traduisit en lgant anglais pour la maison ,mc ,clure de ,new-,york4 ,un romancier amricain de marque1 miss ,grace ,king1 le faisait prcder d'une notice crite avec beaucoup de soin et de grce4 ,dj le livre commenait marcher d'un bon train aux tats-,unis1 lorsque le ,prsident ,roosevelt le lut et en fut particulirement frapp4 ,il crivit l'auteur3 ,je prche vos livres mes compatriotes4 ,il recommanda aux ,amricains la lecture de ,la ,vie simple dans deux discours publics retentissants1 l'un ,bangor1 l'autre ,philadelphie4 ,il invita enfin l'auteur venir en ,amrique et le #bb novembre #aijd1 au grand thtre de ,lafayette-,square ,washington1 le prsenta lui-mme au public en ouvrant son discours par ces mots3 ,ceci est la premire fois et sera en mme temps la seule et unique1 que durant ma ,prsidence je prsente un orateur un auditoire4 ,et je suis plus qu'heureux de le faire en cette occasion1 car1 s'il y a un livre que je dsire voir lire comme un tract1 et un tract intressant1 par notre peuple entier1 c'est ,la ,vie simple1 crite par ,m4 ,wagner4 ,il y a d'autres de ses livres dont nous pouvons tirer grand bien4 ,mais il n'est1 ma connaissance1 aucun ouvrage crit ces dernires annes1 ici ou l'tranger1 qui contienne autant de choses que nous autres enfants d',amrique nous devions prendre coeur1 que ,la ,vie simple4 ,dans un rcent et beau voyage aux tats-,unis1 j'ai pu me convaincre quel point l',amrique avait suivi le conseil de son ,prsident4 ,les familles1 les universits1 les hommes d'affaires1 un large public recrut dans les milieux les plus divers1 s'est mis lire le livre4 ,les journaux l'ont publi en feuilleton1 les prdicateurs en ont tir des sries de discours1 les dessinateurs des caricatures4 ,en dernier lieu les ditions populaires se criaient dans les rues par les camelots4 ,tout cela est une preuve que ce livre est venu en son temps et rpond un besoin profond de simplification au milieu de cette poque agite et complexe4 ,par un effet trs naturel1 le succs extraordinaire des traductions rejaillit aujourd'hui sur l'dition franaise et lui imprime une nergie nouvelle4 ,puissent ces pages1 en se rpandant1 ramener l'attention de beaucoup de nos contemporains sur le premier de tous les sujets3 l'emploi et l'organisation de la vie4 ,et puissions-nous en mditant sur ce problme des problmes arriver comprendre que le bonheur1 la force et la beaut de l'existence ont pour une grande part leur source dans l'esprit de ,simplicit4 ,charles ,wagner4 ,paris1 fvrier #aije4 ,,pr,,face ,,de ,,la ,,premi,,re ,,dition ,le malade min par la fivre1 dvor par la soif1 rve pendant son sommeil d'un frais ruisseau o il se baigne1 ou d'une claire fontaine o il boit grandes gorges4 ,ainsi dans l'agitation complique de l'existence moderne1 nos mes extnues rvent de simplicit4 ,ce qu'on appelle de ce beau nom1 serait-il un bien jamais disparu8 ,je ne le pense pas4 ,si la simplicit se trouvait lie quelques circonstances exceptionnelles que de rares poques ont seules connues1 il faudrait renoncer la raliser encore4 ,on ne ramne pas les civilisations vers leurs origines1 pas plus qu'on ne ramne les fleuves aux flots troubls vers le vallon tranquille o les branches des aulnes se rejoignaient sur leur source4 ,mais la simplicit ne dpend pas de telles ou telles conditions conomiques ou sociales en particulier2 c'est plutt un esprit qui peut animer et modifier des vies de genres trs diffrents4 ,loin d'en tre rduits la poursuivre de nos regrets impuissants1 nous pouvons1 je l'affirme1 en faire l'objet de nos rsolutions et le but de notre nergie pratique4 99 99 99 99 99 ,aspirer la vie simple1 c'est proprement aspirer remplir la plus haute destine humaine4 ,tous les mouvements de l'humanit vers plus de justice et plus de lumire1 ont t en mme temps des mouvements vers une vie plus simple4 ,et la simplicit antique1 dans les arts1 les moeurs1 les ides1 ne garde pour nous son prix incomparable que parce qu'elle est parvenue donner un relief puissant quelques sentiments essentiels1 quelques vrits permanentes4 ,il faut aimer cette simplicit et s'efforcer de la garder pieusement4 ,mais il n'aurait fait que la centime partie du chemin1 celui qui s'en tiendrait aux formes extrieures et qui ne chercherait pas raliser l'esprit4 ,en effet s'il nous est impossible d'tre simples dans les mmes formes que nos pres1 nous pouvons le rester ou le redevenir dans le mme esprit4 ,nous marchons sur d'autres sentiers1 mais le but de l'humanit demeure au fond le mme3 c'est toujours l'toile polaire qui dirige le marin qu'il soit embarqu sur un voilier ou sur un bateau vapeur4 ,marcher vers ce but avec les moyens dont nous disposons1 voil la chose la plus importante1 aujourd'hui comme jadis4 ,et c'est pour nous en tre souvent carts que nous avons embrouill et compliqus notre vie4 99 99 99 99 99 ,si je pouvais russir faire partager cette notion tout intrieure de la simplicit1 je n'aurais pas fait un vain effort4 ,quelques lecteurs penseront qu'une telle notion doit pntrer les moeurs et l'ducation4 ,ils commenceront par la cultiver en eux-mmes et lui feront le sacrifice de quelques-unes de ces habitudes qui nous empchent d'tre des hommes4 ,trop d'encombrantes inutilits nous sparent de l'idal de vrit1 de justice et de bont qui doit rchauffer et vivifier nos coeurs4 ,toute cette broussaille1 sous prtexte de nous abriter1 nous et notre bonheur1 a fini par nous masquer la lumire4 ,quand aurons-nous le courage d'opposer aux dcevantes tentations d'une vie aussi complique qu'infconde la rponse du sage3 te-toi de mon soleil8 ,paris1 mai #ahie4 ,i ,la vie complique4 ,chez les ,blanchard tout est sens dessus dessous1 et en vrit il y a de quoi6 ,songez donc que ,mlle ,yvonne se marie mardi et nous voici au vendredi6 ,c'est un interminable dfil de visiteurs chargs de cadeaux1 de fournisseurs ployant sous les commandes4 ,les domestiques sont sur les dents4 ,quant aux parents et aux futurs1 ils ne vivent plus1 ils n'ont plus de domicile connu4 ,le jour on est chez les couturires1 les modistes1 les tapissiers1 les bnistes1 les bijoutiers1 ou dans l'appartement livr aux peintres et aux menuisiers4 ,de l1 course rapide par les tudes des hommes d'affaires1 o l'on attend son tour en regardant les clercs grossoyer l'ombre des paperasses4 ,aprs cela1 c'est peine s'il reste le temps de courir chacun chez soi et de se parer pour la srie des dners de crmonie3 dners de fianailles1 dners de prsentations1 dner de contrat1 soires et bals4 ,autour de minuit on rentre harass1 mais c'est pour trouver au logis tous les derniers arrivages et une correspondance effrne4 ,flicitations1 compliments1 acceptations et refus de demoiselles et de garons d'honneur1 excuses de fournisseurs en retard4 ,et puis les accrocs de la dernire heure3 un deuil subit qui dsorganise le cortge1 un vilain rhume qui empche une actrice1 toile amie1 de chanter l'orgue1 etc4 ,c'est autant recommencer6 ,ces pauvres ,blanchard6 jamais ils ne seront prts1 eux qui croyaient pourtant avoir song tout1 et tout prvu4 ,et voil leur existence depuis tantt un long mois4 ,plus moyen de respirer1 de se recueillir une heure1 d'changer une parole tranquille4 ,non1 ce n'est pas une vie1 cela444 ,heureusement qu'il y a la chambre de grand'mre6 ,grand'mre touche ses quatre-vingts4 ,ayant beaucoup souffert et travaill1 elle en est arrive envisager les choses avec cette calme sret que rapportent de la vie ceux qui ont l'intelligence leve et le coeur aimant4 ,presque toujours assise dans son fauteuil1 elle adore le silence des longues heures mditatives4 ,aussi la tempte affaire qui svit par la maison s'est-elle arrte respectueuse devant sa porte4 ,au seuil de cet asile les voix s'apaisent1 les pas se font discrets4 ,et quand les jeunes fiancs veulent se mettre un instant l'abri1 ils s'enfuient chez grand'mre4 --,pauvres enfants6 leur dit-elle alors1 comme vous voil nervs6 ,reposez-vous un peu1 appartenez-vous l'un l'autre4 ,c'est le principal4 ,le reste est peu de chose1 il ne mrite pas qu'on s'y absorbe6 ,ils le sentent bien1 ces jeunes gens4 ,que de fois1 en ces semaines dernires1 leur amour n'a-t-il pas d cder le pas toutes sortes de conventions1 d'exigences1 d'inutilits6 ,ils souffrent de la fatalit1 qui ce moment dcisif de leur vie dtache sans cesse leurs esprits de la seule chose essentielle1 pour les pousser travers la multitude des proccupations secondaires4 ,et volontiers ils approuvent l'opinion de l'aeule quand elle leur dit entre une caresse et un sourire3 --,dcidment1 mes enfants1 le monde se fait trop compliqu1 et tout cela ne rend pas les gens plus heureux444 au contraire6444 99 99 99 99 99 ,je suis de l'avis de bonne maman4 ,depuis le berceau jusqu' la tombe1 dans ses besoins comme dans ses plaisirs1 dans sa conception du monde et de lui-mme1 l'homme moderne se dbat au milieu de complications sans nombre4 ,plus rien n'est simple3 ni penser1 ni agir1 ni s'amuser1 ni mme mourir4 ,nous avons1 de nos mains1 ajout l'existence une foule de difficults et retranch plusieurs agrments4 ,je suis persuad qu'il se trouve l'heure prsente des milliers de mes semblables qui souffrent des suites d'une vie trop factice4 ,ils nous sauront gr de chercher donner une expression leur malaise et de les encourager dans ce regret de la simplicit qui les travaille confusment4 numrons d'abord une srie de faits qui mettent en relief la vrit que nous dsirons faire apercevoir4 ,la complication de la vie nous apparat dans la multiplicit de nos besoins matriels4 ,un des phnomnes universellement constats du sicle est que nos besoins ont grandi avec nos ressources4 ,cela n'est pas un mal en soi4 ,la naissance de certains besoins marque en effet un progrs4 ,c'est un signe de supriorit que d'prouver le besoin de se laver1 de porter du linge propre1 d'habiter une demeure salubre1 de se nourrir avec un certain soin1 de cultiver son esprit4 ,mais s'il est des besoins dont la naissance est dsirable et qui ont droit la vie1 il en est d'autres qui exercent une influence funeste et s'entretiennent nos dpens comme des parasites4 ,c'est le nombre et le caractre imprieux de ceux-ci qui nous proccupent4 ,si l'on avait pu prdire nos anciens qu'un jour l'humanit aurait sa disposition tous les engins dont elle dispose maintenant pour entretenir et dfendre son existence matrielle1 ils en auraient conclu d'abord une augmentation de l'indpendance et par consquent du bonheur1 et en second lieu un grand apaisement dans les comptitions pour les biens de la vie4 ,il leur et t permis ensuite de penser que la simplification de l'existence1 rsultat de ces moyens d'action perfectionns1 permettrait de raliser une plus haute moralit4 ,rien de tout cela ne s'est produit3 ni le bonheur1 ni la paix sociale1 ni l'nergie pour le bien n'ont augment4 ,en premier lieu1 vous semble-t-il que vos concitoyens soient1 pris en masse1 plus contents que leurs anctres et plus srs du lendemain8 ,je ne demande pas s'ils auraient des raisons de l'tre1 mais s'ils le sont en effet4 les regarder vivre1 il me parat qu'ils sont en majorit mcontents de leur sort1 avant tout proccups de leurs besoins matriels et obsds par le souci du lendemain4 ,jamais la question du vivre et du couvert n'a t plus aigu ni plus exclusive que depuis qu'on est mieux nourri1 mieux vtu1 mieux log qu'autrefois4 ,celui-l se trompe qui croit que la question3 que mangerons-nous1 que boirons-nous1 de quoi serons-nous vtus8 ne se pose qu'aux pauvres gens exposs aux angoisses des lendemains sans pain et sans abri4 ,chez ceux-l elle est naturelle1 et pourtant c'est encore l qu'elle se pose le plus simplement4 ,il faut aller chez ceux qui commencent jouir d'un peu de bien-tre1 pour constater combien la satisfaction de ce qu'ils ont est trouble par le regret de ce qui leur manque4 ,et si vous voulez observer le souci de l'avenir matriel dans tout son luxueux dveloppement1 regardez les gens aiss et surtout les riches4 ,les femmes qui n'ont qu'une robe1 ne sont pas celles qui se demandent le plus comment elles se vtiront1 de mme ce ne sont pas les rationns du strict ncessaire1 qui s'interrogent le plus sur ce qu'ils mangeront demain4 ,par une consquence ncessaire de la loi que les besoins grandissent des satisfactions qu'on leur donne3 plus un homme a de bien1 plus il lui en faut4 ,plus il est assur du lendemain selon la vue ordinaire du bon sens1 plus il se condamne se proccuper de quoi il vivra1 lui et ses enfants1 comment il tablira ceux-ci et leurs descendants4 ,rien ne saurait donner une ide des craintes d'un homme tabli1 de leur nombre1 de leur porte1 de leurs nuances raffines4 ,de tout cela1 il est rsult travers les diffrentes couches sociales1 et selon les conditions1 avec une intensit variable1 une agitation gnrale1 un tat d'esprit trs complexe qui ne saurait mieux se comparer qu' l'humeur des enfants gts la fois combls et mcontents4 ,si nous ne sommes pas devenus plus heureux1 nous ne sommes pas devenus plus pacifiques et plus fraternels4 ,les enfants gts se disputent souvent et avec acharnement4 ,plus l'homme a de besoins et de dsirs1 plus il a d'occasions de conflit avec ses semblables1 et ces conflits sont d'autant plus haineux que les causes en sont moins justes4 ,que l'on se batte pour le pain1 le ncessaire1 c'est la loi naturelle4 ,elle peut sembler brutale1 mais il y a une excuse dans sa duret mme1 et en gnral elle se borne aux cruauts rudimentaires4 ,tout autre est la bataille pour le superflu1 pour l'ambition1 pour le privilge1 pour le caprice1 pour la jouissance matrielle4 ,jamais la faim n'a fait commettre l'homme les bassesses que lui font commettre l'ambition1 l'avarice1 la soif des plaisirs malsains4 ,l'gosme devient plus malfaisant mesure qu'il se raffine4 ,nous avons donc assist de ce temps une aggravation de l'esprit d'hostilit entre semblables1 et nos coeurs sont moins apaiss que jamais4 ,est-il utile de se demander aprs cela si nous sommes devenus meilleurs8 ,le nerf du bien n'est-il pas dans la capacit de l'homme d'aimer quelque chose en dehors de lui-mme8 ,et quelle place reste-t-il pour le prochain dans une vie sacrifie aux proccupations matrielles1 aux besoins en majorit factices1 la satisfaction des ambitions1 des rancunes et des fantaisies8 ,l'homme qui se met tout entier au service de ses apptits1 les fait si bien grandir et multiplier qu'ils deviennent plus forts que lui4 ,une fois qu'il est leur esclave1 il perd le sens moral et l'nergie1 et il devient incapable de distinguer le bien et de le pratiquer4 ,il est livr l'anarchie intrieure des dsirs dont nat la longue l'anarchie extrieure4 ,la vie morale consiste dans le gouvernement de soi-mme1 l'immoralit consiste dans le gouvernement de nous-mmes par nos besoins et nos passions4 ,ainsi peu peu les bases de la vie morale se dplacent et la rgle du jugement dvie4 ,pour un homme esclave de besoins nombreux et exigeants1 possder est le bien par excellence1 source de tous les autres biens4 ,il est vrai que1 dans la concurrence acharne pour la possession1 on en arrive har ceux qui possdent1 et nier le droit de proprit lorsque ce droit est entre les mains d'autrui et non entre les ntres4 ,mais l'acharnement attaquer ce que possde autrui1 est une preuve nouvelle de l'importance extraordinaire que nous attachons possder4 ,les choses et les hommes finissent par tre estims leur valeur vnale et selon le profit qu'on en peut tirer4 ,tout ce qui ne rapporte rien ne vaut rien1 et quiconque ne possde rien n'est rien4 ,la pauvret honnte risque fort de passer pour une honte1 et l'argent1 mme malpropre1 n'a pas trop de difficult compter pour du mrite444--,alors1 nous objectera-t-on1 vous condamnez le progrs moderne en bloc et vous voudriez nous ramener au bon vieux temps1 l'actisme peut-tre8--,pas le moins du monde4 ,c'est la plus strile et la plus dangereuse des utopies que de vouloir ressusciter le pass1 et l'art de bien vivre ne consiste pas se retirer de la vie4 ,mais nous cherchons mettre en lumire1 afin de lui trouver un remde1 une des erreurs qui psent le plus lourdement sur le progrs social1 savoir que l'homme devient plus heureux et meilleur par l'augmentation du bien-tre extrieur4 ,rien n'est plus faux que ce prtendu axiome social4 ,au contraire1 la diminution de la capacit d'tre heureux et l'avilissement des caractres par le bien-tre matriel sans contrepoids1 est un fait que mille exemples sont l pour tablir4 ,une civilisation vaut ce que vaut l'homme install son centre4 ,quand cet homme manque de direction morale1 tout progrs n'aboutit qu' empirer le mal et embrouiller davantage les problmes sociaux4 99 99 99 99 99 ,ce principe peut se vrifier dans d'autres domaines que celui du bien-tre4 ,ne mentionnons que ceux de l'instruction et de la libert4 ,on se rappelle le temps o des prophtes couts annonaient que1 pour transformer la terre mauvaise en un sjour des dieux1 il suffisait d'abattre ces trois vieilles puissances coalises3 la misre1 l'ignorance et la tyrannie4 ,d'autres prophtes reprennent aujourd'hui les mmes prdictions4 ,nous venons de voir que l'vidente diminution de la misre n'a rendu l'homme ni meilleur ni plus heureux4 ,ce rsultat a-t-il t atteint dans une certaine mesure par le soin louable apport l'instruction8 ,il n'y parat pas l'heure prsente1 et c'est bien l le souci1 l'angoisse de ceux qui se consacrent l'ducation nationale4--,alors il faut abtir le peuple1 supprimer l'instruction universelle1 fermer les coles4 ,nullement3 mais l'instruction1 de mme que l'ensemble des engins de notre civilisation1 n'est aprs tout qu'un outillage4 ,tout dpend de l'ouvrier qui s'en sert4 ,de mme pour la libert3 elle est funeste ou salutaire suivant l'emploi qu'on en fait4 ,reste-t-elle la libert lorsqu'elle appartient aux malfaiteurs ou mme l'homme brouillon1 capricieux1 irrespectueux8 ,la libert est une atmosphre de vie suprieure qu'on devient capable de respirer par une lente et patiente transformation intrieure4 ,il faut une loi toute vie1 celle de l'homme bien plus encore qu' celle des tres infrieurs1 car la vie de l'homme et des socits est plus prcieuse et plus dlicate que celle des plantes et des animaux4 ,cette loi pour l'homme est d'abord extrieure1 mais elle peut devenir intrieure4 ,aussitt que l'homme a reconnu la loi intrieure et s'est inclin devant elle1 il est mr pour la libert1 par le respect et l'obissance volontaire4 ,tant qu'il n'a pas de loi intrieure forte et souveraine1 il est incapable de respirer l'air de la libert4 ,cet air le grise1 l'affole1 le tue moralement4 ,un homme qui se dirige selon la loi intrieure1 ne peut pas plus vivre sous celle de l'autorit extrieure1 qu'un oiseau adulte ne peut vivre enferm dans la coquille de l'oeuf2 mais un homme qui n'a pas encore atteint le point moral o il se gouverne lui-mme1 ne peut pas plus vivre sous le rgime de la libert qu'un embryon d'oiseau priv de la coquille protectrice4 ,ces choses sont terriblement simples1 et la srie de leurs preuves anciennes et nouvelles ne cesse de s'accrotre sous nos yeux4 ,et pourtant nous en sommes toujours encore mconnatre les lments mmes d'une loi si importante4 ,dans notre dmocratie1 combien sont-ils1 grands et petits1 qui ont compris1 pour l'avoir vrifie1 vcue et quelquefois subie1 cette vrit sans laquelle un peuple est incapable de se gouverner lui-mme8 ,la libert c'est le respect2 la libert1 c'est l'obissance la loi intrieure1 et cette loi n'est ni le bon plaisir des puissants1 ni le caprice des foules1 mais la rgle impersonnelle et suprieure devant laquelle ceux qui commandent courbent la tte les premiers4 ,dirons-nous alors qu'il faut supprimer la libert8 ,non1 mais il faut nous en rendre capables et dignes1 autrement la vie publique devient impossible1 et une nation s'achemine1 travers la licence et le manque de discipline1 aux inextricables complications de la dmagogie4 99 99 99 99 99 ,quand on passe en revue les causes particulires qui troublent et compliquent notre vie sociale1 de quelque nom qu'on puisse les dsigner1 et l'numration en serait longue1 elles se ramnent toutes une cause gnrale qui est celle-ci3 la confusion de l'accessoire avec l'essentiel4 ,le bien-tre1 l'instruction1 la libert1 tout l'ensemble de la civilisation1 constituent le cadre du tableau1 mais le cadre ne fait pas le tableau pas plus que l'habit ne fait le moine1 et l'uniforme le soldat4 ,le tableau ici c'est l'homme1 et l'homme avec ce qu'il a de plus intime1 sa conscience1 son caractre1 sa volont4 ,et tandis qu'on soignait et embellissait le cadre1 on a oubli1 nglig1 endommag le tableau4 ,aussi nous sommes combls de biens extrieurs et misrables en vie spirituelle4 ,nous avons en abondance des biens1 dont la rigueur on pourrait se passer1 et nous sommes infiniment pauvres de la seule chose ncessaire4 ,et lorsque notre tre profond se rveille1 avec son besoin d'aimer1 d'esprer1 de raliser sa destine1 il prouve comme l'angoisse d'un vivant qu'on vient d'ensevelir1 il touffe sous l'amoncellement des choses secondaires qui psent sur lui et le privent d'air et de lumire4 ,il faut dgager1 librer1 remettre en honneur la vraie vie1 placer toute chose son rang et se souvenir que le centre du progrs humain est dans la culture morale4 ,qu'est-ce qu'une bonne lampe8 ,ce n'est pas la plus orne1 la mieux cisele1 celle qui est faite du mtal le plus prcieux4 ,une bonne lampe est une lampe qui claire bien4 ,et de mme on est un homme et un citoyen1 ni par le nombre des biens et des plaisirs qu'on s'accorde1 ni par la culture intellectuelle et artistique1 ni par les honneurs ou l'indpendance dont on jouit1 mais par la solidit de sa fibre morale4 ,et ceci aprs tout n'est pas une vrit d'aujourd'hui1 mais une vrit de tous les temps4 aucune poque1 les conditions extrieures qu'il avait ralises par son industrie ou son savoir1 n'ont pu dispenser l'homme de se soucier de l'tat de sa vie intrieure4 ,la figure du monde change autour de nous1 les facteurs intellectuels et matriels de l'existence se modifient4 ,nul ne peut s'opposer ce changement dont le caractre brusque ne laisse pas d'tre parfois prilleux4 ,mais la grande affaire est que1 au sein des circonstances modifies1 l'homme demeure un homme1 vive sa vie marche vers son but4 ,or quelle que soit la route parcourir1 pour marcher vers son but1 il faut que le voyageur ne se perde pas dans les chemins de traverse et ne s'embarrasse pas de fardeaux inutiles4 ,qu'il veille sur sa direction1 sur ses forces1 sur son honneur et que pour mieux se consacrer l'essentiel qui est de progresser1 il simplifie son bagage1 ft-ce mme au prix de quelques sacrifices4 ,,ii ,l'esprit de simplicit4 ,avant de pouvoir exposer en quoi consisterait1 dans la pratique1 le retour la simplicit auquel nous aspirons1 il est ncessaire de dfinir la simplicit dans son principe mme4 ,car l'on commet son endroit la mme erreur que nous venons de dnoncer et qui consiste confondre l'accessoire avec l'essentiel1 le fond avec la forme4 ,on est tent de croire que la simplicit prsente certains caractres extrieurs auxquels elle se reconnat1 et dans lesquels elle consiste4 ,simplicit et condition simple1 vtements modestes1 demeure sans faste1 mdiocrit1 pauvret1 ces choses semblent marcher ensemble4 ,tel n'est pas le cas cependant4 ,des trois hommes que je viens de rencontrer sur ma route1 l'un allait en quipage1 l'autre pied1 le troisime nu-pieds4 ,ce dernier n'est pas ncessairement le plus simple des trois4 ,il se peut en effet que celui qui passe en voiture soit simple malgr sa grande situation et ne soit pas l'esclave de sa richesse2 il se peut de mme que l'homme en souliers n'envie pas celui qui passe en quipage1 et ne mprise pas celui qui va sans chaussures1 et enfin il est possible que1 sous ses haillons et les pieds dans la poussire1 le troisime ait la haine de la simplicit1 du travail1 de la sobrit et ne rve que vie facile1 jouissances1 dsoeuvrement4 ,parmi les moins simples des hommes il faut compter les mendiants de profession1 les chevaliers d'industrie1 les parasites1 tout le troupeau des obsquieux ou des envieux dont les aspirations se rsument en ceci3 arriver saisir un lambeau1 le plus gros possible1 de cette proie que consomment les heureux de la terre4 ,et dans cette mme catgorie1 rangeons1 peu importe quel milieu ils appartiennent1 les ambitieux1 les rous1 les effmins1 les avares1 les orgueilleux1 les raffins4 ,la livre n'y fait rien1 il faut voir le coeur4 ,aucune classe n'a le privilge de la simplicit1 aucun costume1 quelque humble qu'il paraisse1 n'en est le signe assur4 ,sa demeure n'est1 ncessairement1 ni la mansarde1 ni la chaumire1 ni la cellule de l'ascte1 ni la barque du plus pauvre des pcheurs4 ,sous toutes les formes que revt la vie1 dans toutes les positions sociales1 en bas comme au sommet de l'chelle1 il y a des tres qui sont simples et d'autres qui ne le sont pas4 ,nous ne voulons pas dire par l que la simplicit ne se traduise par aucun indice extrieur1 qu'elle n'ait pas ses allures particulires1 ses gots propres1 ses moeurs2 mais il ne faut pas confondre ces formes qu'on peut la rigueur lui emprunter1 avec son essence mme et sa source profonde4 ,cette source est tout intrieure4 ,la simplicit est un tat d'esprit4 ,elle rside dans l'intention centrale qui nous anime4 ,un homme est simple lorsque sa plus haute proccupation consiste vouloir tre ce qu'il doit tre1 c est--dire un homme tout bonnement4 ,cela n'est ni aussi facile ni aussi impossible qu'on pourrait se l'imaginer4 ,au fond cela consiste mettre ses aspirations et ses actes d'accord avec la loi mme de notre tre et par consquent avec l'intention ternelle qui a voulu que nous soyons4 ,qu'une fleur soit une fleur1 une hirondelle une hirondelle1 un rocher un rocher et qu'un homme soit un homme et non un renard1 un livre1 un oiseau de proie ou un pourceau1 tout est l4 ,nous voici donc amens formuler l'idal pratique de l'homme4 ,dans toute vie nous observons une certaine quantit de forces et de substances associes pour un but4 ,des matriaux plus ou moins bruts y sont transforms et ports un degr suprieur d'organisation4 ,il n'en est pas autrement pour la vie des hommes4 ,l'idal humain consisterait ainsi transformer la vie en biens plus grands qu'elle-mme4 ,on peut comparer l'existence une matire premire4 ,ce qu'elle est1 importe moins que ce qu'on en tire4 ,comme dans une oeuvre d'art1 ce qu'on doit y apprcier1 c'est ce que l'ouvrier a su y mettre4 ,nous apportons en naissant1 des dons diffrents4 ,l'un a reu de l'or1 l'autre du granit1 un troisime du marbre et la plupart du bois ou de l'argile4 ,notre tche consiste faonner ces matires4 ,chacun sait qu'on peut gter la substance la plus prcieuse1 mais aussi qu'on peut tirer une oeuvre immortelle d'une matire sans valeur4 ,l'art consiste raliser une ide permanente1 dans une forme phmre4 ,la vie vraie consiste raliser les biens suprieurs qui sont la justice1 l'amour1 la vrit1 la libert1 l'nergie morale dans notre activit journalire1 quel qu'en soit d'ailleurs le lieu ou la forme extrieure4 ,et cette vie est possible dans les conditions sociales les plus diverses1 et avec les dons naturels les plus ingaux4 ,ce n'est pas la fortune ou les avantages personnels1 mais le parti que nous en tirons qui constitue la valeur de la vie4 ,l'clat n'y fait pas plus que la longueur3 la qualit1 voil le principal4 ,est-il ncessaire de dire qu'on ne s'lve pas ce point de vue1 sans effort et sans lutte8 ,l'esprit de simplicit n'est pas un bien dont on hrite1 mais le rsultat d'une conqute laborieuse4 ,bien vivre1 comme bien penser1 c'est simplifier4 ,chacun sait que la science consiste faire sortir de la somme touffue des cas divers quelques rgles gnrales4 ,mais que d'obscurits et de ttonnements pour aboutir la dcouverte de ces rgles6 ,des sicles de recherche viennent souvent se condenser en un principe qui tient dans une ligne4 ,la vie morale en ce point prsente une grande analogie avec la vie scientifique4 ,elle aussi commence dans une certaine confusion1 s'essaie1 se cherche elle-mme et souvent se trompe4 ,mais force d'agir et de se rendre compte de ses actes avec sincrit1 l'homme arrive mieux savoir la vie4 ,la loi lui apparat1 et cette loi1 la voici3 ,accomplir sa mission4 ,celui qui s'applique autre chose qu' la ralisation de ce but1 perd en vivant la raison d'tre de la vie4 ,ainsi font les gostes1 les jouisseurs1 les ambitieux4 ,ils consomment l'existence1 comme on mange son bl en herbe4 ,ils l'empchent de porter son fruit4 ,leurs vies sont des vies perdues4 ,au contraire celui qui fait servir la vie un bien suprieur1 la sauve en la donnant4 ,les prceptes de morale1 qui paraissent arbitraires aux regards superficiels et semblent faits pour contrarier notre ardeur de vie1 n'ont en somme qu'un objectif3 nous prserver du malheur d'avoir vcu inutilement4 ,c'est pour cela qu'ils nous ramnent constamment la mme direction et qu'ils ont tous le mme sens3 ne gaspille pas ta vie2 fais-la fructifier6 ,sache la donner pour l'empcher de se perdre4 ,en cela se rsume l'exprience de l'humanit4 ,cette exprience1 que chaque homme est oblig de refaire pour son compte1 lui devient d'autant plus prcieuse qu'elle lui a cot plus cher4 claire par elle1 sa dmarche morale devient plus sre1 il a ses moyens d'orientation1 sa norme intrieure laquelle il peut tout ramener1 et d'incertain1 confus et compliqu qu'il tait1 il devient simple4 ,par l'influence constante de cette mme loi qui grandit en lui et se vrifie tous les jours dans les faits1 il se produit une transformation dans ses jugements et ses habitudes4 ,une fois saisi par la beaut et la grandeur de la vie vraie1 par ce qu'il y a de saint et de touchant dans cette lutte de l'humanit pour la vrit1 pour la justice1 pour la bont1 il en garde au coeur la fascination4 ,et tout vient se subordonner naturellement cette proccupation puissante et persistante4 ,la hirarchie ncessaire des pouvoirs et des forces s'organise en lui4 ,l'essentiel commande1 l'accessoire obit1 et l'ordre nat de la simplicit4 ,on peut comparer le mcanisme de la vie intrieure celui d'une arme4 ,une arme est forte par la discipline1 et la discipline consiste dans le respect de l'infrieur pour le suprieur1 et dans la concentration de toutes les nergies vers un mme but4 ,aussitt que la discipline se relche1 l'arme souffre4 ,il ne faut pas que le caporal commande au gnral4 ,examinez avec soin votre vie et celle des autres1 celle de la socit4 ,chaque fois que quelque chose cloche ou grince et qu'il nat des complications ou du dsordre1 c'est parce que le caporal a command au gnral4 ,l o la loi de simplicit pntre dans les coeurs le dsordre disparat4 ,je dsespre de jamais dcrire la simplicit d'une faon digne d'elle4 ,toute la force du monde et toute sa beaut1 toute la joie vritable1 tout ce qui console et augmente l'esprance1 tout ce qui met un peu de lumire sur nos sentiers obscurs1 tout ce qui nous fait prvoir travers nos pauvres vies quelque but sublime et quelque avenir immense1 nous vient des tres simples qui ont assign un autre objet leurs dsirs que les satisfactions passagres de l'gosme et de la vanit et qui ont compris que la science de la vie consistait savoir donner sa vie4 ,,iii ,la pense simple4 ,ce n'est pas notre vie seulement dans ses manifestations pratiques1 mais aussi le domaine de nos ides qui a besoin d'tre dblay4 ,l'anarchie rgne dans la pense humaine2 nous marchons en pleines broussailles1 perdus dans le dtail infini1 sans orientation et sans direction4 ,ds que l'homme a reconnu qu'il a son but1 que ce but est d'tre un homme1 il organise sa pense en consquence4 ,toute faon de penser1 de comprendre ou de juger qui ne le rend pas meilleur et plus fort1 il la rejette comme malsaine4 ,et tout d'abord1 il fuit le travers trop commun qui consiste s'amuser de sa pense4 ,la pense est un outil srieux qui a sa fonction dans l'ensemble3 ce n'est pas un joujou4 ,prenons un exemple3 voici un atelier de peintre4 ,les outils sont leur place4 ,tout indique que cet ensemble de moyens est dispos en vue d'un but atteindre4 ,ouvrez la porte des singes4 ,ils grimperont sur les tablis1 se suspendront aux cordes1 se draperont dans les toffes1 se coifferont avec des pantoufles1 jongleront avec les pinceaux1 goteront aux couleurs1 et perceront les toiles pour voir ce que les portraits ont dans le ventre4 ,je ne doute pas de leur plaisir1 il est certain qu'ils doivent trouver ce genre d'exercice fort intressant4 ,mais un atelier n'est pas fait pour y lcher des singes4 ,de mme la pense n'est pas un terrain d'volutions acrobatiques4 ,un homme digne de ce nom pense comme il est et comme il aime2 il y va de tout son coeur et non avec cette curiosit dtache et strile qui1 sous prtexte de tout voir et tout connatre1 s'expose ne jamais prouver une saine et profonde motion et ne jamais produire un acte vritable4 ,une autre habitude dont il est urgent de se corriger1 acolyte ordinaire de la vie factice1 c'est la manie de s'examiner et de s'analyser tout propos4 ,je n'engage pas l'homme se dsintresser de l'observation intrieure et de l'examen de conscience4 ,essayer d'y voir clair dans son esprit et dans ses motifs de conduite est un lment essentiel de la bonne vie4 ,mais autre chose est la vigilance1 autre chose cette application incessante se regarder vivre et penser1 se dmonter soi-mme comme une mcanique4 ,c'est perdre son temps et se dtraquer4 ,l'homme qui1 pour se mieux prparer la marche1 voudrait d'abord se livrer un minutieux examen anatomique de ses moyens de locomotion risquerait de se disloquer avant d'avoir fait un seul pas4 ,tu as ce qu'il te faut pour marcher1 donc en avant6 ,prends garde de tomber et use de ta force avec discernement4 ,les chercheurs de petites btes et les marchands de scrupules se rduisent l'inaction4 ,il suffit d'une lueur de bon sens pour se rendre compte que l'homme n'est pas fait pour se regarder le nombril4 ,le bon sens1 ne trouvez-vous pas que ce qu'on dsigne par ce mot se fait aussi rare que les bonnes coutumes d'autrefois8 ,le bon sens c'est vieux jeu4 ,il faut autre chose2 et l'on cherche midi quatorze heures4 ,car c'est l un raffinement que le vulgaire ne saurait se payer1 et il est si agrable de se distinguer6 ,au lieu de se comporter comme une personne naturelle qui se sert des moyens tout indiqus dont elle dispose1 nous arrivons force de gnie aux plus tonnantes singularits4 ,plutt drailler que de suivre la ligne simple6 ,toutes les dviations et toutes les difformits corporelles que soigne l'orthopdie1 ne donnent qu'une faible ide des bosses1 des torsions1 des dhanchements1 que nous nous sommes infligs pour sortir du droit bon sens4 ,et nous apprenons nos dpens qu'on ne se dforme pas impunment4 ,la nouveaut aprs tout est phmre4 ,il n'y a de durable que les immortelles banalits et si l'on s'en carte c'est pour courir les plus prilleuses aventures4 ,heureux celui qui en revient1 qui sait redevenir simple4 ,le simple bon sens n'est pas1 comme plusieurs peuvent se l'imaginer1 la proprit inne du premier venu1 bagage vulgaire et trivial qui n'a cot de peine personne4 ,je le compare ces vieilles chansons populaires1 anonymes et imprissables1 qui semblent tre sorties du coeur mme des foules4 ,le bon sens est le capital lentement et pniblement accumul par le labeur des sicles4 ,c'est un pur trsor1 dont celui-l seul comprend la valeur1 qui l'a perdu ou qui voit vivre les gens qui n'en ont plus4 ,pour ma part je pense qu'aucune peine n'est trop grande pour acqurir et garder le bon sens1 pour maintenir ses yeux clairvoyants1 son jugement droit4 ,on prend bien garde son pe1 de peur de la fausser ou de la laisser ronger par la rouille4 plus forte raison faut-il prendre soin de sa pense4 ,mais il faut bien comprendre ceci4 ,un appel au bon sens n'est pas un appel la pense terre terre1 un positivisme troit qui nie tout ce qu'il ne peut ni voir ni toucher4 ,car cela aussi est un manque de bon sens que de vouloir absorber l'homme dans sa sensation matrielle et d'oublier les hautes ralits du monde intrieur4 ,nous touchons ici un point douloureux1 autour duquel s'agitent les plus grands problmes de l'humanit4 ,nous luttons en effet pour atteindre une conception de la vie1 nous la cherchons travers mille obscurits et mille douleurs2 et tout ce qui touche aux ralits spirituelles devient de jour en jour plus angoissant4 ,au milieu des graves embarras et du dsordre momentan qui accompagne les grandes crises de la pense1 il semble plus que jamais difficile de se tirer d'affaire avec quelques principes simples4 ,pourtant la ncessit mme nous vient en aide1 comme elle l'a fait pour les hommes de tous les temps4 ,le programme de la vie est terriblement simple aprs tout1 et par cela mme que l'existence est si pressante et qu'elle s'impose1 elle nous avertit qu'elle prcde l'ide que nous pouvons nous en faire et que nul ne peut attendre pour vivre qu'il ait d'abord compris4 ,nous sommes partout en face du fait accompli avec nos philosophies1 nos explications1 nos croyances1 et c'est ce fait accompli1 prodigieux1 irrfutable qui nous rappelle l'ordre lorsque nous voulons dduire la vie de nos raisonnements et attendre pour agir que nous ayons fini de philosopher4 ,voil l'heureuse ncessit qui empche le monde de s'arrter lorsque l'homme doute de son chemin4 ,voyageurs d'un jour1 nous sommes emports dans un vaste mouvement auquel nous sommes appels contribuer1 mais que nous n'avons ni prvu1 ni embrass dans son ensemble1 ni sond dans ses fins dernires4 ,notre part consiste remplir fidlement le rle de simple soldat qui nous est dvolu1 et notre pense doit s'adapter cette situation4 ,ne disons pas que les temps sont plus difficiles pour nous que pour nos aeux1 car ce qui se voit de loin se voit souvent mal1 et il y a d'ailleurs de la mauvaise grce se plaindre de n'tre pas n du temps de son grand-pre4 ,ce qu'on peut penser de moins contestable sur ce sujet1 le voici3 depuis que le monde existe il est malais d'y voir clair4 ,partout et toujours1 penser juste a t difficile4 ,les anciens n'ont aucun privilge en cela sur les modernes4 ,et on peut ajouter qu'il n'y a aucune diffrence entre les hommes quand on en arrive les considrer sous ce point de vue4 ,que l'homme obisse ou commande1 enseigne ou apprenne1 tienne une plume ou un marteau1 il lui en cote galement de bien discerner la vrit4 ,les quelques lumires que l'humanit acquiert en avanant lui sont sans doute d'une extrme utilit2 mais elles agrandissent aussi le nombre et la porte des problmes4 ,la difficult n'est jamais leve1 toujours l'intelligence rencontre l'obstacle4 ,l'inconnu nous domine et nous treint de toutes parts4 ,mais de mme qu'on n'a pas besoin d'puiser toute l'eau des sources pour tancher sa soif1 on n'a pas besoin de tout savoir pour vivre4 ,l'humanit vit et a toujours vcu sur quelques provisions lmentaires4 ,nous essayerons de les indiquer3 tout d'abord l'humanit vit par la confiance4 ,par l elle ne fait que reflter1 dans la mesure de sa pense consciente1 ce qui est le fond obscur de tous les tres4 ,une foi imperturbable la solidit de l'univers1 son agencement intelligent1 sommeille dans tout ce qui existe4 ,les fleurs1 les arbres1 les btes1 vivent avec un calme puissant1 une scurit entire4 ,il y a de la confiance dans la pluie qui tombe1 dans le matin qui s'veille1 dans le ruisseau qui court la mer4 ,tout ce qui est1 semble dire3 ,je suis1 donc je dois tre2 il y a de bonnes raisons pour cela1 soyons tranquille4 ,et de mme l'humanit vit de confiance4 ,par cela mme qu'elle est1 elle porte en elle la raison suffisante de son tre1 un gage d'assurance4 ,elle se repose dans la volont qui a voulu qu'elle ft4 ,c'est garder cette confiance et ne la laisser dconcerter par rien1 la cultiver au contraire et la rendre plus personnelle et plus vidente que doit tendre le premier effort de notre pense4 ,tout ce qui augmente en nous la confiance est bon4 ,parce que de l nat l'nergie tranquille1 l'action repose1 l'amour de la vie et du labeur fcond4 ,la confiance fondamentale est le ressort mystrieux qui met en mouvement tout ce qu'il y a de forces en nous4 ,elle nous nourrit4 ,c'est par elle que l'homme vit1 bien plus que par le pain qu'il mange4 ,ainsi tout ce qui branle cette confiance est mauvais1 c'est du poison1 non de la nourriture4 ,est malsain tout systme de pense qui s'attaque au fait mme de la vie1 pour le dclarer mauvais4 ,on a trop de fois mal pens de la vie en ce sicle4 ,quoi d'tonnant que l'arbre se fltrisse quand vous en arrosez les racines de substances corrosives8 ,il y aurait cependant une bien simple rflexion opposer toute cette philosophie de nant3 vous dclarez la vie mauvaise8 ,bon4 ,quel remde allez-vous nous offrir contre elle8 ,pouvez-vous la combattre1 la supprimer8 ,je ne vous demande pas de supprimer votre vie1 de vous suicider1 quoi cela nous avancerait-il8 mais de supprimer la vie1 non seulement la vie humaine1 mais sa base obscure et infrieure1 toute cette pousse d'existence qui monte vers la lumire et selon vous se rue vers le malheur2 je vous demande de supprimer la volont de vivre qui tressaille travers l'immensit1 de supprimer enfin la source de la vie4 ,le pouvez-vous8 ,non4 ,alors laissez-nous en paix4 ,puisque personne ne peut mettre un frein la vie1 ne vaut-il pas mieux apprendre l'estimer et l'employer qu'en dgoter les gens8--,quand on sait qu'un mets est dangereux pour la sant1 on n'en mange pas4 ,et quand une certaine faon de penser nous te la confiance1 la joie et la force1 il faut la rejeter1 certains que non seulement elle est une nourriture dtestable pour l'esprit1 mais qu'elle est fausse4 ,il n'y a de vrai pour les hommes que les penses humaines1 et le pessimisme est inhumain4 ,d'ailleurs il manque autant de modestie que de logique4 ,pour se permettre de trouver mauvaise cette chose prodigieuse qui se nomme la vie il faudrait en avoir vu le fond1 et presque l'avoir faite4 ,quelle singulire attitude que celle de certains grands penseurs de ce temps6 ,en vrit1 ils se comportent comme s'ils avaient cr le monde dans leur jeunesse1 il y a de cela trs longtemps2 mais ils en sont bien revenus et dcidment c'tait une faute4 ,nourrissons-nous d'autres mets1 fortifions nos mes par des penses rconfortantes4 ,pour l'homme1 ce qu'il y a de plus vrai c'est ce qui le fortifie le mieux4 99 99 99 99 99 ,si l'humanit vit de confiance1 elle vit aussi d'esprance4 ,l'esprance est cette forme de la confiance qui se tourne vers l'avenir4 ,toute vie est un rsultat et une aspiration4 ,tout ce qui est1 suppose un point de dpart et tend vers un point d'arrive4 ,vivre c'est devenir1 devenir c'est aspirer4 ,l'immense devenir c'est l'esprance infinie4 ,il y de l'esprance au fond des choses et il faut que cette esprance se reflte dans le coeur de l'homme4 ,sans esprance pas de vie4 ,la mme puissance qui nous fait tre1 nous incite monter plus haut4 ,quel est le sens de cet instinct tenace qui nous pousse progresser8 ,le sens vrai c'est qu'il doit rsulter quelque chose de la vie1 qu'il s'y labore un bien1 plus grand qu'elle-mme1 vers lequel elle se meut lentement1 et que ce douloureux semeur qui s'appelle l'homme a besoin1 comme tout semeur1 de compter sur le lendemain4 ,l'histoire de l'humanit est celle de l'invincible esprance4 ,autrement il y a longtemps que tout serait fini4 ,pour marcher sous ses fardeaux1 pour se guider dans la nuit1 pour se relever de ses chutes et de ses ruines1 pour ne point s'abandonner dans la mort mme1 l'humanit a eu besoin d'esprer toujours et quelquefois contre tout espoir4 ,voil le cordial qui la soutient4 ,si nous n'avions que la logique nous aurions depuis longtemps tir cette conclusion3 ,le dernier mot est partout la mort2 et nous serions morts de cette pense4 ,mais nous avons l'esprance1 et c'est pour cela que nous vivons et que nous croyons la vie4 ,suso1 le grand moine mystique1 un des hommes les plus simples et les meilleurs qui aient jamais vcu1 avait une habitude touchante3 chaque fois qu'il rencontrait une femme1 la plus pauvre et la plus vieille1 il s'cartait respectueusement de son chemin1 dt-il pour cela se mettre les pieds dans les pines ou dans une ornire boueuse4 ,je fais cela1 disait-il1 pour rendre hommage notre sainte dame la ,vierge ,marie4 ,rendons l'esprance un hommage semblable3 quand nous la rencontrons sous la forme du brin de bl qui perce le sillon1 de l'oiseau qui couve et nourrit sa niche1 d'une pauvre bte blesse qui se ramasse1 se relve et continue son chemin1 d'un paysan qui laboure et ensemence un champ ravag par l'inondation ou la grle1 d'une nation qui lentement rpare ses pertes et panse ses blessures1 sous n'importe quel extrieur humble et souffreteux1 saluons-la6 ,quand nous la rencontrons dans les lgendes1 dans les chants nafs1 dans les simples croyances1 saluons-la encore6 car c'est la mme toujours1 l'indestructible1 la fille immortelle de ,dieu4 ,nous osons trop peu esprer4 ,l'homme de ce temps a contract des timidits tranges4 ,la crainte que le ciel ne tombe1 ce comble de l'absurdit dans la peur1 selon nos anctres gaulois1 est entre dans nos coeurs4 ,la goutte d'eau doute-t-elle de l',ocan8 le rayon doute-t-il du soleil8 ,notre sagesse snile a ralis ce prodige4 ,elle ressemble ces vieux pdagogues grognons1 dont l'office principal consiste rabrouer les joyeuses espigleries ou les enthousiasmes juvniles de leurs jeunes lves4 ,il est temps de redevenir enfants1 de rapprendre joindre les mains et ouvrir de grands yeux devant le mystre qui nous enveloppe1 de nous souvenir que malgr notre savoir nous ne savons que peu de chose1 que le monde est plus grand que notre cerveau et que c'est heureux1 car s'il est si prodigieux il doit receler des ressources inconnues et on peut lui accorder quelque crdit sans se faire taxer d'imprvoyance4 ,ne le traitons pas comme des cranciers un dbiteur insolvable4 ,il faut ranimer son courage et rallumer la sainte flamme de l'esprance4 ,puisque le soleil se lve encore1 puisque la terre refleurit1 puisque l'oiseau btit son nid1 puisque la mre sourit son enfant1 ayons le courage d'tre des hommes et remettons le reste ,celui qui a nombr les toiles4 ,quant moi1 je voudrais pouvoir trouver des mots enflamms pour dire quiconque se sent le coeur abattu en ce temps dsabus3 relve ton courage1 espre encore1 celui-l est sr de se tromper le moins qui a l'audace d'esprer le plus4 ,la plus nave esprance est plus prs du vrai que le dsespoir le plus raisonn4 99 99 99 99 99 ,une autre source de lumire sur le chemin de l'humanit est la bont4 ,je ne suis pas de ceux qui croient la perfection naturelle de l'homme et enseignent que la socit le corrompt4 ,de toutes les formes du mal celle qui m'effraie le plus est au contraire la forme hrditaire4 ,mais je me suis parfois demand comment il se fait que ce vieux virus empoisonn des instincts vils1 des vices inoculs dans le sang1 tout l'amas des servitudes que nous lgue le pass1 n'ait pas eu raison de nous4 ,c'est sans doute qu'il y a autre chose4 ,cette autre chose est la bont4 tant donn l'inconnu qui plane sur nos ttes1 notre raison borne1 l'nigme angoissante et contradictoire des destines1 le mensonge1 la haine1 la corruption1 la souffrance1 la mort1 que penser8 que faire8 toutes ces questions runies une voix grande et mystrieuse a rpondu3 ,sois bon4 ,il faut bien que la bont soit divine comme la confiance1 comme l'esprance1 puisqu'elle ne peut pas mourir1 alors que tant de puissances lui sont contraires4 ,elle a contre elle la frocit native de ce qu'on pourrait appeler la bte dans l'homme2 elle a contre elle la ruse1 la force1 l'intrt1 et surtout l'ingratitude4 ,pourquoi passe-t-elle blanche et intacte au milieu de ces ennemis sombres1 comme le prophte de la lgende sacre au milieu des fauves rugissants8 ,c'est parce que ses ennemis sont chose d'en bas et que la bont est chose d'en haut4 ,les cornes1 les dents1 les griffes1 les yeux pleins d'un feu meurtrier1 ne peuvent rien contre l'aile rapide qui s'lance vers les hauteurs et leur chappe4 ,ainsi la bont se drobe aux entreprises de ses ennemis4 ,elle fait mieux encore1 elle a connu quelquefois ce beau triomphe de gagner ses perscuteurs3 elle a vu les fauves se calmer1 se coucher ses pieds1 obir sa loi4 ,au coeur mme de la foi chrtienne la doctrine la plus sublime et1 pour qui sait en pntrer le sens profond1 la plus humaine est celle-ci3 ,pour sauver l'humanit perdue le ,dieu invisible est venu demeurer parmi nous sous la forme d'un homme et il n'a voulu se faire connatre qu' ce seul signe3 ,la bont4 ,rparatrice1 consolatrice1 douce au malheureux1 au mchant mme1 la bont dgage la lumire sous ses pas4 ,elle clarifie et simplifie4 ,la part qu'elle a choisie est la plus modeste3 bander les blessures1 effacer les larmes1 apaiser la misre1 bercer les coeurs endoloris1 pardonner1 concilier4 ,mais c'est bien d'elle que nous avons le plus besoin4 ,aussi puisque nous songeons la meilleure faon de rendre la pense fconde1 simple1 vraiment conforme notre destine humaine1 nous rsumerons la mthode en ces mots3 ,aie confiance1 espre et sois bon4 ,je ne veux dcourager personne des hautes spculations1 ni dissuader qui que ce soit de se pencher sur les problmes de l'inconnu1 sur les vastes abmes de la philosophie ou de la science4 ,mais il faudra toujours revenir1 de ces lointains voyages1 vers le point o nous sommes1 et souvent mme la place o nous pitinons sans rsultat apparent4 ,il est des conditions de vie et des complications sociales o le savant1 le penseur et l'ignorant ne voient pas plus clair les uns que les autres4 ,l'poque prsente nous a souvent mis en face de ce genre de situations1 et je garantis celui qui voudra suivre notre mthode1 qu'il reconnatra bientt qu'elle a du bon4 99 99 99 99 99 ,comme j'ai1 en tout ceci1 ctoy le terrain religieux1 dans ce qu'il a de gnral du moins1 on me demandera peut-tre de dire en quelques mots simples quelle est la meilleure religion1 et je m'empresse de m'expliquer sur ce sujet4 ,mais peut-tre ne faudrait-il pas poser la question comme on le fait d'ordinaire1 en demandant quelle est la meilleure religion8 ,les religions ont sans doute certains caractres prcis1 et des qualits ou des dfauts qui sont inhrents chacune4 ,on peut donc la rigueur les comparer entre elles2 mais cette comparaison se mlent toujours des partis pris ou des partialits involontaires4 ,il vaut mieux poser la question autrement et demander3 ,ma religion est-elle bonne et quoi puis-je reconnatre qu'elle est bonne8 cette question voici la rponse3 ,votre religion est bonne si elle est vivante et agissante2 si elle nourrit en vous le sentiment de la valeur infinie de l'existence1 la confiance1 l'espoir et la bont2 et elle est l'allie de la meilleure partie de vous-mme contre la plus mauvaise1 et vous fait apparatre sans cesse la ncessit de devenir un homme nouveau2 si elle vous fait comprendre que la douleur est une libratrice2 si elle augmente en vous le respect de la conscience des autres2 si elle vous rend le pardon plus facile1 le bonheur moins orgueilleux1 le devoir plus cher1 l'au-del moins obscur4 ,si oui1 votre religion est bonne1 peu importe son nom4 ,quelque rudimentaire qu'elle soit1 quand elle remplit cet office1 elle procde de la source authentique1 elle vous lie aux hommes et ,dieu4 ,mais vous servirait-elle par hasard vous croire meilleur que les autres1 ergoter sur des textes1 renfrogner votre figure1 dominer sur la conscience d'autrui ou livrer la vtre l'esclavage1 endormir vos scrupules1 pratiquer un culte par mode et par intrt1 ou faire le bien par calcul d'outre-tombe1 oh alors6 que vous vous rclamiez de ,bouddha1 de ,mose1 de ,mahomet ou du ,christ mme1 votre religion ne vaut rien1 elle vous spare des hommes et de ,dieu4 ,je n'ai peut-tre pas un pouvoir suffisant pour parler ainsi2 mais d'autres l'ont fait avant moi1 qui sont plus grands que moi1 notamment celui qui raconta au scribe faiseur de questions1 la parabole du bon ,samaritain4 ,je me retranche derrire son autorit4 ,,iv ,la parole simple ,la parole est le grand organe rvlateur de l'esprit1 la premire forme visible qu'il se donne4 ,telle pense1 telle parole4 ,pour rformer sa vie dans le sens de la simplicit il faut veiller sur sa parole et sur sa plume4 ,que la parole soit simple comme la pense1 quelle soit sincre et qu'elle soit sre3 ,pense juste1 parle franc6 ,les relations sociales ont pour base la confiance mutuelle et cette confiance se nourrit de la sincrit de chacun4 ,aussitt que la sincrit diminue1 la confiance s'altre1 les rapports souffrent1 l'inscurit nat4 ,cela est vrai dans le domaine des intrts matriels et des intrts spirituels4 ,avec des gens dont il faut sans cesse se mfier il est aussi difficile de pratiquer le commerce et l'industrie que de chercher la vrit scientifique1 de poursuivre l'entente religieuse ou de raliser la justice4 ,quand il faut d'abord contrler les paroles et les intentions de chacun1 et partir du principe que tout ce qui se dit et s'crit1 a pour but de vous servir l'illusion la place de la vrit1 la vie se complique trangement4 ,c'est le cas pour nous4 ,il y a trop de malins1 de diplomates1 qui jouent au plus fin et s'appliquent se tromper les uns les autres1 et voil pourquoi chacun a tant de mal se renseigner sur les choses les plus simples et qui lui importent le plus4 ,probablement ce que je viens de dire suffirait pour indiquer ma pense et l'exprience de chacun pourrait apporter ici un ample commentaire avec illustrations l'appui4 ,mais je n'en tiens pas moins insister sur ce point et m'entourer d'exemples4 ,autrefois les hommes avaient pour communiquer entre eux des moyens assez rduits4 ,il tait lgitime de supposer qu'en perfectionnant et en multipliant les moyens d'information on augmenterait la lumire4 ,les peuples apprendraient s'aimer en se connaissant mieux entre eux1 les citoyens d'un mme pays se sentiraient lis par une fraternit plus troite1 tant mieux clairs sur tout ce qui touche la vie commune4 ,lorsque l'imprimerie fut cre on s'cria3 fiat lux6 et avec plus de raison encore lorsque se rpandirent l'usage de la lecture et le got des journaux4 ,pourquoi n'et-on pas raisonn ainsi3 deux lumires clairent mieux qu'une et plusieurs mieux que deux2 plus il y aura de journaux et de livres1 mieux on saura ce qui se passe et ceux qui voudront crire l'histoire aprs nous seront bien heureux1 ils auront les mains pleines de documents4 ,rien ne semblait plus vident4 ,hlas6 on basait ce raisonnement sur les qualits et la puissance de l'outillage1 mais on calculait sans l'lment humain qui est partout le facteur le plus important4 ,or il s'est trouv que les sophistes1 les retors1 les calomniateurs1 tous gens la langue bien pendue1 et qui savent mieux que personne manier la parole et la plume1 ont largement profit de tous les moyens de multiplier et de rpandre la pense4 ,qu'en rsulte-t-il8 ,que nos contemporains ont toutes les peines du monde savoir la vrit sur leur propre temps et leurs propres affaires4 ,pour quelques journaux qui cultivent les bons rapports internationaux1 en essayant de renseigner leurs voisins quitablement et de les tudier sans arrire-pense1 combien en est-il qui sment la mfiance et la calomnie8 ,que de courants factices et malsains crs dans l'opinion publique1 avec de faux bruits1 des interprtations malveillantes de faits ou de paroles8 ,sur nos affaires intrieures nous ne sommes pas beaucoup mieux renseigns que sur l'tranger4 ,ni sur les intrts du commerce1 de l'industrie ou de l'agriculture1 ni sur les partis politiques ou les tendances sociales1 ni sur le personnel ml aux affaires publiques1 il n'est facile d'obtenir un renseignement dsintress3 plus on lit de journaux1 moins on y voit clair4 ,il y a des jours1 o aprs les avoir lus et en admettant qu'il les croie sur parole1 le lecteur se verrait oblig de tirer la conclusion suivante3 dcidment il n'y a plus que des hommes tars partout1 il ne reste d'intgres que quelques chroniqueurs4 ,mais cette dernire partie de la conclusion tomberait son tour4 ,les chroniqueurs en effet se mangent entre eux4 ,le lecteur aurait alors sous les yeux un spectacle analogue celui que reprsente la caricature intitule le combat des serpents4 ,aprs avoir tout dvor autour d'eux les deux reptiles s'attaquent l'un l'autre et s'entre-dvorent1 finalement il reste sur le champ de bataille deux queues4 ,et ce n'est pas l'homme du peuple seulement qui est dans l'embarras1 ce sont les gens cultivs1 c'est presque tout le monde4 ,en politique1 en finance1 en affaires1 mme dans la science1 les arts1 la littrature et la religion1 il y a partout des dessous1 des trucs1 des ficelles4 ,il y a une vrit d'exportation et une autre pour les initis4 ,il s'ensuit que tous sont tromps1 car on a beau tre d'une cuisine1 on n'est jamais de toutes1 et ceux-l mmes qui trompent les autres avec le plus d'habilet sont tromps leur tour1 lorsqu'ils ont besoin de compter sur la sincrit d'autrui4 ,le rsultat de ce genre de pratiques est l'avilissement de la parole humaine4 ,elle s'avilit d'abord aux yeux de ceux qui la manient comme un vil instrument4 ,il n'y a plus de parole respecte pour les discuteurs1 les ergoteurs1 les sophistes1 tous ceux qui ne sont anims que par la rage d'avoir raison ou la prtention que leurs intrts seuls sont respectables4 ,leur chtiment est d'tre contraints juger les autres d'aprs la rgle qu'ils suivent eux-mmes3 ,dire ce qui profite et non ce qui est vrai4 ,ils ne peuvent plus prendre personne au srieux4 ,triste tat d'esprit pour les gens qui crivent1 parlent1 enseignent4 ,comme il faut mpriser ses auditeurs et ses lecteurs pour aller vers eux dans de semblables dispositions6 ,pour qui a gard un fonds d'honntet1 rien n'est plus rvoltant que l'ironie dtache d'un acrobate de la plume ou de la parole qui essaie d'en faire accroire quelques braves gens pleins de confiance4 ,d'un ct l'abandon1 la sincrit1 le dsir d'tre clair1 de l'autre la rouerie qui se moque du public4 ,mais il ne sait pas1 le menteur1 quel point il se trompe lui-mme4 ,le capital sur lequel il vit c'est la confiance1 et rien n'gale la confiance du peuple1 si ce n'est sa mfiance aussitt qu'il s'est senti trahi4 ,il peut bien suivre un temps les exploiteurs de la simplicit4 ,mais1 aprs cela1 son humeur accueillante se transforme en aversion2 les portes qui se tenaient larges ouvertes1 offrent leur impassible visage de bois1 et les oreilles1 jadis attentives1 se sont fermes4 ,hlas6 elles se ferment alors non pour le mal seulement1 mais pour le bien4 ,et c'est l le crime de ceux qui tordent et avilissent la parole4 ,ils branlent la confiance gnrale4 ,on considre comme une calamit l'avilissement de l'argent1 la baisse de la rente1 la ruine du crdit3 un malheur est plus grand que celui-l1 c'est la perte de la confiance1 de ce crdit moral que les honntes gens s'accordent les uns aux autres1 et qui fait que la parole circule comme une monnaie authentique4 bas les faux monnayeurs1 les spculateurs1 les financiers vreux1 car ils font suspecter mme l'argent loyal4 bas les faux monnayeurs de la plume et de la parole1 car ils font qu'on ne se fie plus rien ni personne1 et que la valeur de ce qui est dit ou crit1 ressemble celle des billets de banque de la ,sainte-,farce4 ,on voit quel point il est urgent que chacun se surveille1 garde sa langue1 chtie sa plume et aspire la simplicit4 ,point de sens dtourns1 point tant de circonlocutions1 point tant de rticences1 de tergiversations6 ,cela ne sert qu' tout embrouiller4 ,soyez des hommes1 ayez une parole4 ,une heure de sincrit fait plus pour le salut du monde que des annes de roueries4 99 99 99 99 99 ,un mot maintenant sur un travers national et qui s'adresse ceux qui ont la superstition de la parole et des dmonstrations du style4 ,sans doute1 il ne faut pas en vouloir aux personnes qui gotent une parole lgante1 ou une lecture dlicate4 ,je suis d'avis qu'on ne peut jamais trop bien dire ce que l'on a dire4 ,mais il ne s'ensuit pas que les choses les mieux dites et les mieux crites soient celles qui sont les plus apprtes4 ,la parole doit servir le fait et non se substituer lui et le faire oublier force de l'orner4 ,les plus grandes choses sont aussi celles qui gagnent le plus tre dites avec simplicit1 parce qu'alors elles se montrent telles qu'elles sont3 vous ne jetez pas sur elles le voile mme transparent d'un beau discours1 ni cette ombre si fatale la vrit1 qu'on appelle la vanit d'un crivain et d'un orateur4 ,rien n'est fort1 rien n'est persuasif comme la simplicit4 ,il y a des motions sacres1 de cruelles douleurs1 de grands dvouements1 des enthousiasmes passionns1 qu'un regard1 un geste1 un cri traduisent mieux que les plus belles priodes4 ,ce que l'humanit possde de plus prcieux dans son coeur1 se manifeste le plus simplement4 ,pour persuader il faut tre vrai et certaines vrits se comprennent mieux si elles sortent de lvres simples1 infirmes mme1 que si elles tombent des bouches trop exerces1 ou sont proclames la force des poumons4 ,ces rgles-l sont bonnes pour chacun dans la vie de tous les jours4 ,personne ne peut s'imaginer quel profit il retirerait pour sa vie morale1 de la constante observation de ce principe3 tre vrai1 sobre1 simple dans l'expression de ses sentiments et de ses convictions1 en particulier comme en public1 ne jamais dpasser la mesure1 traduire fidlement ce qui est en nous1 et surtout nous souvenir4 ,c'est l le principal4 ,car le danger des belles paroles est qu'elles vivent d'une vie propre4 ,ce sont des serviteurs distingus qui ont gard leurs titres et ne remplissent plus leurs fonctions1 comme les cours royales nous en offrent l'exemple4 ,vous avez bien dit1 vous avez bien crit3 c'est bien1 il suffit4 ,combien y a-t-il de gens qui se sont contents de parler et ont cru que cela les dispensait d'agir8 ,et ceux qui les coutent se contentent d'avoir entendu parler4 ,il se trouve ainsi qu'une vie peut bien ne se composer la longue1 que de quelques discours bien tourns1 de quelques beaux livres1 de quelques belles pices de thtre4 ,quant pratiquer ce qui est si magistralement expos1 on n'y songe gure4 ,et si nous passons du domaine des gens de talent aux basses rgions qu'exploitent les mdiocres3 l1 dans le ple-mle obscur1 nous verrons s'agiter tous ceux qui pensent que nous sommes sur la terre pour parler et entendre parler1 l'immense et dsesprante cohue des bavards1 de tout ce qui braille1 jase ou prore et aprs cela trouve encore qu'on ne parle pas assez4 ,ils oublient tous que ceux qui font le moins de bruit font le plus de besogne4 ,une machine qui dpense toute sa vapeur siffler n'en a plus pour faire marcher les roues4 ,cultivez donc le silence4 ,tout ce que vous retrancherez sur le bruit1 vous le gagnerez en force4 99 99 99 99 99 ,ces rflexions nous amnent nous occuper d'un sujet voisin1 trs digne aussi d'attirer l'attention1 je veux parler de ce qu'on pourrait nommer l'exagration du langage4 ,quand on tudie les populations d'une mme contre1 on remarque entre elles des diffrences de temprament dont le langage porte les traces4 ,ici1 la population est plutt flegmatique et calme3 elle emploie les diminutifs1 les termes attnus4 ,ailleurs1 les tempraments sont bien quilibrs3 on entend le mot juste1 exactement adapt la chose4 ,mais plus loin1 effet du sol1 de l'air1 du vin peut-tre1 un sang chaud circule dans les veines3 on a la tte prs du bonnet et l'expression outre2 les superlatifs maillent le langage et pour dire les plus simples choses on se sert du terme fort4 ,si l'allure du langage varie selon les climats1 elle diffre aussi selon les poques4 ,comparez le langage crit ou parl de ce temps celui de certaines autres priodes de notre histoire4 ,sous l'ancien rgime on parlait autrement que sous la rvolution1 et nous n'avons pas le mme langage que les hommes de #ahcj1 de #ahdh ou du second empire4 ,en gnral le langage a une allure plus simple maintenant1 nous n'avons plus de perruque1 nous ne mettons plus pour crire des manchettes de dentelles2 mais un signe nous diffrencie de presque tous nos anctres1 notre nervosit1 source de nos exagrations4 ,sur des systmes nerveux excits1 quelque peu maladifs--et ,dieu sait que d'avoir des nerfs n'est plus un privilge aristocratique--les paroles ne produisent pas la mme impression que sur l'homme normal4 ,et inversement l'homme nerveux1 le terme simple ne suffit pas1 quand il cherche exprimer ce qu'il ressent4 ,dans la vie ordinaire1 dans la vie publique1 dans la littrature et au thtre le langage calme et sobre a fait place un langage excessif4 ,les moyens que les romanciers et les comdiens ont employs pour galvaniser l'esprit public et forcer son attention1 se retrouvent l'tat rudimentaire dans nos plus ordinaires conversations1 dans le style pistolaire1 et surtout dans la polmique4 ,nos procds de langage sont ceux de l'homme pos et calme ce qu'est notre criture1 compare celle de nos pres4 ,on accuse les plumes de fer2 si l'on pouvait dire vrai6 --,les oies nous sauveraient alors4 ,mais le mal est plus profond1 il est en nous-mmes4 ,nous avons des critures d'agits et de dtraqus2 la plume de nos aeux courait sur le papier plus sre1 plus repose4 ,ici nous sommes en face d'un des rsultats de cette vie moderne si complique et qui fait une si terrible consommation d'nergie4 ,elle nous laisse impatients1 essouffls1 en perptuelle trpidation4 ,notre criture comme notre langage s'en ressentent et nous trahissent4 ,de l'effet remontons la source et comprenons l'avertissement qui nous est donn4 ,que peut-il sortir de bon de cette habitude d'exagrer son langage8 ,interprtes infidles de nos propres impressions1 nous ne pouvons que fausser par nos exagrations l'esprit de nos semblables et le ntre4 ,entre gens qui exagrent on cesse de se comprendre4 ,l'irritation des caractres1 les discussions violentes et striles1 les jugements prcipits1 dpourvus de toute mesure1 les plus graves excs dans l'ducation et les rapports sociaux1 voil le rsultat des intemprances de langage4 99 99 99 99 99 ,et qu'il me soit permis1 dans cet appel la parole simple1 de formuler un voeu dont l'accomplissement aurait les suites les plus heureuses4 ,je demande une littrature simple1 non seulement comme un des meilleurs remdes nos mes blases1 surmenes1 fatigues d'excentricits1 mais aussi comme un gage et une source d'union sociale4 ,je demande aussi un art simple4 ,nos arts et notre littrature sont rservs aux privilgis de la fortune et de l'instruction4 ,mais que l'on me comprenne bien3 je n'invite pas les potes1 les romanciers1 les peintres descendre des hauteurs pour marcher mi-cte et se complaire dans la mdiocrit1 mais au contraire monter plus haut4 ,est populaire1 non pas ce qui convient une certaine classe de la socit qu'il est convenu d'appeler la classe populaire2 est populaire ce qui est commun tous et ce qui les unit4 ,les sources de l'inspiration dont pourrait natre un art simple sont dans les profondeurs du coeur humain1 dans les ternelles ralits de la vie devant lesquelles tous sont gaux4 ,et les sources du langage populaire sont chercher dans le petit nombre des formes simples et fortes qui expriment les sentiments lmentaires et les lignes matresses de la destine humaine4 ,c'est l qu'est la vrit1 la force1 la grandeur1 l'immortalit4 ,n'y aurait-il pas dans un idal semblable de quoi enflammer les jeunes gens qui1 sentant brler en eux la flamme sacre du beau1 connaissent la piti et prfrent l'adage ddaigneux3 ,odi profanum vulgus1 cette parole autrement humaine3 ,misereor super turbam4--,quant moi je n'ai aucune autorit artistique1 mais de la foule o je vis j'ai le droit de pousser mon cri vers ceux qui ont reu du talent et de leur dire3 ,travaillez pour ceux qu'on oublie4 ,faites-vous comprendre des humbles4 ,ainsi vous ferez une oeuvre d'affranchissement et de pacification2 ainsi vous rouvrirez les sources o puisrent jadis ces matres dont les crations ont dfi les ges parce qu'ils surent donner pour vtement au gnie1 la simplicit4 ,v ,le devoir simple4 ,quand on parle aux enfants d'un sujet qui les importune1 ils vous montrent l-haut sur les toits quelque pigeon qui donne manger son petit1 ou l-bas dans la rue quelque cocher qui maltraite son cheval4 ,quelquefois aussi1 ils vous posent malicieusement une de ces grosses questions qui mettent l'esprit des parents la torture3 tout cela pour dtourner l'attention du sujet douloureux4 ,je crains que nous ne soyons de grands enfants en face du devoir et que1 lorsqu'il s'agit de lui1 nous ne cherchions plusieurs subterfuges pour nous distraire4 ,le premier subterfuge consiste se demander s'il y a un devoir en gnral1 ou si ce mot ne couvre pas une des nombreuses illusions de nos anctres4 ,car enfin le devoir suppose la libert1 et la question de la libert nous mne jusqu'aux rgions mtaphysiques4 ,comment parler du devoir tant que ce grave problme du libre arbitre n'est pas rsolu8--,thoriquement il n'y a rien objecter4 ,et si la vie tait une thorie1 si nous tions l pour laborer un systme complet de l'univers1 il serait absurde de nous occuper du devoir avant d'avoir dmontr la libert1 fix ses conditions1 ses limites4 ,mais la vie n'est pas une thorie4 ,sur ce point de morale pratique comme sur tous les autres1 elle a devanc la thorie et il n'y a aucun lieu de croire que jamais elle ne lui cde la place4 ,cette libert1 relative1 je l'admets1 comme tout ce que nous connaissons d'ailleurs1 ce devoir dont on se demanda s'il existe1 n'en sont pas moins la base de tous les jugements que nous portons sur nous et nos semblables4 ,nous nous traitons les uns les autres comme responsables1 jusqu' un certain point1 de nos faits et gestes4 ,le thoricien le plus enrag1 ds qu'il sort de sa thorie1 ne se fait aucun scrupule d'approuver ou de dsapprouver les actes d'autrui1 d'instrumenter contre ses ennemis1 de faire appel la gnrosit1 la justice de ceux qu'il veut dissuader d'une dmarche indigne4 ,on ne peut pas plus se dfaire de la notion de l'obligation morale que de celle du temps ou de l'espace1 et de mme qu'il faut nous rsigner marcher avant de savoir dfinir cet espace que nous franchissons et ce temps qui mesure nos mouvements1 il faut aussi nous soumettre l'obligation morale avant d'en avoir touch de nos doigts les racines profondes4 ,la loi morale domine l'homme1 qu'il la respecte ou l'enfreigne4 ,voyez la vie de tous les jours3 chacun est prt jeter la pierre celui qui n'accomplit pas un devoir vident1 dt-il mme allguer qu'il n'est pas encore arriv la certitude philosophique4 ,chacun lui dira et aura mille fois raison de lui dire3 ,monsieur1 on est un homme avant tout2 payez de votre personne d'abord1 faites votre devoir de citoyen1 de pre1 de fils1 etc41 vous reprendrez ensuite le cours de vos mditations4 ,qu'on nous comprenne bien toutefois4 ,nous ne voulons dtourner personne de l'investigation philosophique1 de la scrupuleuse recherche des fondements de la morale4 ,aucune pense qui ramne l'homme vers ces graves proccupations ne saurait tre inutile ou indiffrente2 nous dfions seulement le penseur de pouvoir attendre qu'il ait trouv ces fondements1 pour faire acte d'humanit1 d'honntet ou de malhonntet1 de courage ou de lchet4 ,et surtout1 nous tenons formuler une rponse1 bonne opposer tous les malins qui n'ont jamais t philosophes1 opposer nous-mmes lorsque nous voudrions invoquer notre tat de doute philosophique pour justifier nos manquements pratiques4 ,par cela mme qu'on est un homme1 avant toute thorie positive ou ngative sur le devoir1 on a pour rgle ferme de se conduire comme un homme4 ,il n'y a pas sortir de l4 ,mais on connatrait mal les ressources du coeur humain si l'on comptait sur l'effet d'une semblable rponse4 ,elle a beau tre sans rplique1 elle ne peut empcher d'autres interrogations de surgir4 ,la somme de nos prtextes pour nous soustraire au devoir est gale la somme des sables de la mer ou des toiles des cieux4 ,nous nous retranchons donc derrire le devoir obscur1 le devoir difficile1 le devoir contradictoire4 ,certes voil des mots qui voquent de pnibles souvenirs4 tre un homme de devoir et douter de son chemin1 ttonner dans l'ombre1 se voir livr aux sollicitations contraires de devoirs diffrents1 ou encore se trouver en face du devoir gigantesque1 crasant1 qui dpasse nos forces1 quoi de plus dur8 ,et ces choses arrivent4 ,nous ne voulons ni nier ni contester ce qu'il y a de tragique dans certains vnements et de dchirant dans certaines vies4 ,toutefois il est rare que le devoir ait se faire jour travers un tel conflit de circonstances et doive jaillir de l'esprit comme l'clair de l'orage4 ,de si formidables secousses sont exceptionnelles4 ,tant mieux si nous nous tenons bien lorsqu'elles se produisent2 mais si personne ne trouve tonnant que des chnes soient dracins par la bourrasque1 ou qu'un marcheur trbuche la nuit sur un chemin inconnu1 ou qu'un soldat soit vaincu quand il est pris entre deux feux1 personne non plus ne condamnera sans appel ceux qui ont t battus dans les luttes morales presque surhumaines4 ,succomber sous le nombre et les obstacles1 n'a jamais t une honte4 ,aussi je vais tendre mes armes ceux qui se retranchent derrire le rempart inexpugnable du devoir obscur1 compliqu1 contradictoire4 ,pour aujourd'hui ce n'est pas l ce qui m'occupe1 et c'est du devoir simple1 je dirais presque du devoir facile1 que je dsire leur parler4 99 99 99 99 99 ,nous avons par an trois ou quatre grandes ftes carillonnes et beaucoup de jours ordinaires4 ,pareillement il y a quelques trs grands et trs obscurs combats livrer4 ,mais ct de cela il y a la multitude des devoirs simples1 vidents4 ,or1 tandis que dans les grandes rencontres1 notre tenue est gnralement suffisante1 c'est prcisment dans les petites occasions qu'on nous voit faiblir4 ,sans craindre de me laisser entraner par une forme paradoxale de ma pense1 je dclarerai donc3 l'essentiel est de remplir le devoir simple1 de s'exercer la justice lmentaire4 ,en gnral ceux qui perdent leur me1 la perdent non parce qu'ils restent au-dessous du devoir difficile et qu'ils n'accomplissent pas l'impossible1 mais parce qu'ils ngligent d'accomplir le devoir simple4 ,illustrons cette vrit par des exemples4 ,celui qui essaie de pntrer dans les dessous humbles de la socit ne tarde pas dcouvrir de grandes misres physiques et morales4 mesure qu'il y regarde de plus prs1 il dcouvre un plus grand nombre de plaies1 et1 la longue1 le monde des misrables lui apparat comme une vaste cration noire1 devant laquelle l'individu avec ses moyens de soulagement parat rduit l'impuissance4 ,il est vrai qu'il se sent press d'accourir1 mais en mme temps il se demande3 quoi bon8 videmment le cas est des plus angoissants4 ,quelques-uns le rsolvent en ne faisant rien1 de dsespoir4 ,ils demeurent donc striles et ce n'est pas pourtant la piti1 ni mme les bonnes intentions1 qui leur manquent4 ,ils ont tort4 ,souvent un homme n'a pas les moyens de faire le bien en gros1 mais ce n'est pas une raison pour qu'il le nglige en dtail4 ,tant de gens se dispensent de faire quelque chose parce que1 selon eux1 il y a trop faire4 ,ils ont besoin d'tre rappels au devoir simple4 ,ce devoir1 le voici dans le cas qui nous occupe3 que chacun1 selon ses ressources1 ses loisirs et ses capacits1 se cre des relations dans les milieux dshrits4 ,il y a des gens qui arrivent1 avec un peu de bonne volont1 s'introduire dans l'entourage des ministres ou se faufiler dans la socit des chefs d'tat4 ,pourquoi ne parviendrait-on pas nouer des relations avec les pauvres gens et se faire des connaissances parmi les ouvriers qui manquent du ncessaire8 ,une fois quelques familles connues1 avec leurs histoires1 leurs antcdents et leurs difficults1 vous pourrez leur tre d'une utilit extrme en faisant simplement ce que vous pouvez et en pratiquant la fraternit sous la forme du secours moral et matriel4 ,vous aurez1 il est vrai1 attaqu un petit coin seulement2 mais vous aurez fait votre possible et peut-tre entran quelque autre faire son possible aussi4 ,en agissant de la sorte1 au lieu de constater seulement qu'il existe dans la socit beaucoup de misre1 de haine sombre1 de dsunion1 de vice1 vous y aurez introduit un peu de bien4 ,et pour peu que le nombre des bonnes volonts semblables la vtre grandisse1 le bien augmentera sensiblement et le mal diminuera4 ,mais dussiez-vous mme rester seul faire ce que vous avez fait1 on pourrait vous donner ce tmoignage que vous avez fait la seule chose raisonnable1 le simple et enfantin devoir qui s'offrait vous4 ,or en faisant cela vous avez dcouvert un des secrets de la bonne vie4 ,l'ambition humaine embrasse dans ses rves de vastes ensembles1 mais il nous est rarement donn de faire grand1 et mme alors le succs rapide et sr s'appuie toujours sur une patiente prparation4 ,la fidlit dans les petites choses est la base de tout ce qui s'accomplit de grand4 ,nous l'oublions trop4 ,pourtant1 s'il y a une vrit ncessaire connatre1 c'est celle-l1 surtout aux poques difficiles et dans les passages pnibles de l'existence4 ,on se sauve bien en cas de naufrage sur un dbris de poutre1 un aviron1 un morceau de planche4 ,sur les flots tumultueux de la vie1 quand tout semble s'tre bris en miettes1 souvenons-nous qu'une seule de ces pauvres miettes peut devenir notre planche de salut4 ,la dmoralisation consiste mpriser les restes4 ,vous avez t ruin1 ou un grand deuil vous a frapp1 ou encore vous venez de voir se perdre sous vos yeux le fruit d'un long labeur4 ,il vous est impossible de reconstituer votre fortune1 de ressusciter les morts1 de sauver votre peine perdue4 ,et devant l'irrparable les bras vous tombent4 ,alors vous ngligez de soigner votre personne1 de tenir votre maison1 de surveiller vos enfants4 ,cela est pardonnable et combien nous le comprenons6 ,mais cela est fort dangereux6 ,le laisser aller transforme le mal en un mal pire4 ,vous qui croyez que vous n'avez plus rien perdre1 vous allez pour cela mme perdre ce qui vous reste encore4 ,ramassez les dbris de vos biens1 ayez du peu qui vous reste un soin scrupuleux4 ,et bientt ce peu vous consolera4 ,l'effort accompli vient notre secours1 comme l'effort nglig se tourne contre nous4 ,s'il ne vous reste qu'une branche pour vous y accrocher1 accrochez-vous cette branche1 et si vous restez seul dfendre une cause qui semble perdue1 ne jetez pas vos armes pour rejoindre les fuyards4 ,au lendemain du dluge quelques isols repeuplent la terre4 ,l'avenir peut quelquefois ne reposer que sur une tte isole comme il arrive qu'une vie ne tient qu' un fil4 ,inspirez-vous de l'histoire et de la nature3 ,l'une et l'autre vous apprendront en leurs laborieuses volutions1 que les calamits comme la prosprit peuvent sortir des moindres causes1 qu'il n'est pas sage de ngliger le dtail et que surtout il faut savoir attendre et recommencer4 ,en parlant du devoir simple je ne puis m'empcher de penser la vie militaire et aux exemples qu'elle offre aux combattants de cette grande lutte qui est la vie4 ,celui-l comprendrait mal son devoir de soldat qui1 l'arme une fois battue1 s'abstiendrait de brosser ses vtements1 d'astiquer son fusil1 d'observer la discipline4-- quoi bon8 direz-vous peut-tre4-- quoi bon8 ,n'y a-t-il pas plusieurs faons d'tre battu8 ,serait-il indiffrent d'ajouter le dcouragement1 le dsordre1 la dbcle au malheur de la dfaite8 ,non4 ,il ne faut jamais oublier que le moindre acte d'nergie dans ces moments terribles est comme une lumire dans la nuit4 ,c'est un signe de vie et d'esprance4 ,chacun comprend aussitt que tout n'est pas perdu4 ,pendant la dsastreuse retraite de #ahac-ahad1 au coeur de l'hiver1 alors qu'il devait tre presque impossible de garder une tenue quelconque1 je ne sais quel gnral se prsentait un matin ,napolon ,ier en grande tenue et ras de frais4 ,le voyant1 en pleine dbcle1 aussi soign que s'il allait une revue1 l'empereur lui dit3 ,mon gnral1 vous tes un brave6 99 99 99 99 99 ,le devoir simple c'est encore le devoir prochain4 ,une trs commune faiblesse empche bien des gens de trouver intressant ce qui est tout prs d'eux2 ils ne le voient que par ses cts mesquins4 ,le lointain au contraire les attire et les enchante4 ,ainsi se dpense inutilement une somme fabuleuse de bonne volont4 ,on se passionne pour l'humanit1 pour le bien public1 pour les lointains malheurs1 marchant travers la vie1 les yeux fixs sur des objets merveilleux qui nous captivent l-bas aux confins de l'horizon1 tandis qu'on marche sur les pieds des passants1 ou qu'on les coudoie sans les remarquer4 ,singulire infirmit qui vous empche de voir ceux qui sont l vos cts6 ,plusieurs ont fait des lectures tendues1 de grands voyages2 mais ils ne connaissent pas leurs concitoyens1 grands ou petits2 ils vivent grce au concours d'une quantit d'tres dont le sort leur demeure indiffrent4 ,ni ceux qui les renseignent1 les instruisent1 les gouvernent1 ni ceux qui les servent1 les fournissent1 les nourrissent n'ont jamais attir leur attention4 ,qu'il y ait de l'ingratitude ou de l'imprvoyance ne pas connatre ses ouvriers1 ses domestiques1 les quelques tres enfin qui ont avec nous des relations sociales indispensables1 cela ne leur est jamais venu l'esprit4 ,d'autres vont bien plus loin encore4 ,pour certaines femmes leur mari est un inconnu1 et rciproquement4 ,il y a des parents qui ne connaissent pas leurs enfants4 ,leur dveloppement1 leurs penses1 les dangers qu'ils courent1 les esprances qu'ils nourrissent sont pour eux un livre ferm4 ,bien des enfants ne connaissent pas leurs parents1 n'ont jamais souponn leurs peines1 leurs luttes1 ni pntr leurs intentions4 ,et je ne parle pas des mauvais mnages1 de ces tristes milieux1 o toutes les relations sont fausses1 mais d'honntes familles composes de braves gens4 ,seulement tout ce monde est trs absorb4 ,chacun a son intrt ailleurs qui lui prend tout son temps4 ,le devoir lointain1 fort attirant1 je n'en disconviens point1 les rclame tout entiers et ils n'ont pas conscience du devoir prochain4 ,je crains qu'ils ne perdent leur peine4 ,la base d'opration de chacun est le champ de son devoir immdiat4 ,ngligez cette base et tout ce que vous entreprendrez au loin sera compromis4 ,soyez donc d'abord de votre pays1 de votre ville1 de votre maison1 de votre glise1 de votre atelier1 et1 s'il se peut1 partez de l pour aller au del1 c'est la marche simple et naturelle4 ,il faut que l'homme se munisse grands frais de bien mauvaises raisons pour arriver suivre la marche inverse4 ,en tout cas1 le rsultat d'une si trange confusion des devoirs est que plusieurs se mlent d'une foule d'affaires sauf de ce qu'on est en droit de leur demander4 ,chacun s'occupe d'autre chose que de ce qui le regarde1 est absent de son poste1 ignore son mtier4 ,voil qui complique la vie4 ,il serait pourtant si simple que chacun s'occupt de ce qui le regarde4 99 99 99 99 99 ,autre forme du devoir simple4 ,lorsqu'un dommage est caus1 qui doit le rparer8--,celui qui l'a fait4 ,cela est juste1 mais cela n'est que thorie4 ,et la consquence de cette thorie serait qu'il faudrait laisser subsister le mal jusqu' ce que les malfaiteurs soient trouvs et l'aient rpar4 ,mais si on ne les trouve pas8 ,ou s'ils ne peuvent ni ne veulent rparer8 ,il pleut sur vos ttes par une tuile brise1 ou le vent pntre chez vous par un carreau cass4 ,attendrez-vous pour chercher le couvreur et le vitrier que vous ayez fait arrter le casseur de tuile ou de carreau8 ,vous trouveriez cela absurde1 n'est-ce pas8 ,c'est pourtant une bien ordinaire pratique4 ,les enfants s'crient avec indignation3 ,ce n'est pas moi qui ai jet cet objet1 ce n'est pas moi qui le ramasserai6 ,et la plupart des hommes raisonnent de mme4 ,c'est logique4 ,mais ce n'est pas cette logique-l qui fait marcher le monde4 ,ce qu'il faut au contraire savoir et ce que la vie vous rpte tous les jours c'est que le dommage caus par les uns est rpar par les autres4 ,les uns dtruisent1 les autres difient2 les uns salissent1 les autres nettoient2 les uns attisent les querelles1 les autres les apaisent2 les uns font couler les larmes1 les autres consolent2 les uns vivent pour l'iniquit1 les autres meurent pour la justice4 ,et c'est dans l'accomplissement de cette loi douloureuse qu'est le salut4 ,cela aussi est logique1 mais de cette logique des faits qui fait plir celle des thories4 ,la conclusion tirer n'est pas douteuse4 ,un homme au coeur simple la tire ainsi3 tant donn le mal1 la grande affaire est de le rparer et de s'y mettre sur-le-champ2 tant mieux si messieurs les malfaiteurs veulent bien contribuer la rparation3 mais l'exprience nous dconseille de trop compter sur leur concours4 99 99 99 99 99 ,mais quelque simple que soit le devoir1 encore faut-il avoir la force de l'accomplir4 ,cette force1 en quoi consiste-t-elle et o se trouve-t-elle8 ,on ne saurait se lasser d'en parler4 ,le devoir est pour l'homme un ennemi et un importun tant qu'il n'apparat que comme une sollicitation extrieure4 ,quand il entre par la porte1 l'homme sort par la fentre et quand il nous bouche les fentres on s'chappe par les toits4 ,mieux on le voit venir plus on l'vite srement4 ,il est pareil ce gendarme1 reprsentant de la force publique et de la justice officielle1 dont un adroit filou parvient toujours se garer4 ,hlas6 le gendarme russirait-il lui mettre la main au collet1 il pourrait tout au plus le conduire au poste mais non pas sur le droit chemin4 ,pour que l'homme accomplisse son devoir il faut qu'il soit tomb aux mains d'une autre force que celle qui dit3 fais ceci1 fais cela2 vite ceci1 vite cela1 autrement gare toi6 ,cette force intrieure est l'amour4 ,quand un homme dteste son mtier ou s'y livre avec nonchalance1 toutes les puissances de la terre sont inhabiles le lui faire exercer avec entrain4 ,mais celui qui aime sa fonction marche tout seul2 non seulement il est inutile de le contraindre1 mais il serait impossible de le dtourner4 ,il en est pour tous ainsi4 ,la grande chose1 c'est d'avoir prouv ce qu'a de saint et d'immortellement beau notre obscure destine2 c'est d'avoir t dtermins par une srie d'expriences aimer cette vie pour ses douleurs et pour son esprance1 aimer les hommes pour leur misre et pour leur noblesse1 et tre de l'humanit par le coeur1 l'intelligence et les entrailles4 ,alors une force inconnue s'empare de nous1 comme le vent s'empare des voiles d'un navire1 et nous emporte vers la piti et la justice4 ,et cdant cette pousse irrsistible1 nous disons3 ,je ne puis faire autrement1 c'est plus fort que moi4 ,en s'exprimant ainsi les hommes de tous les ges et de tous les milieux dsignent une puissance qui est plus haute que l'homme1 mais qui peut demeurer dans le coeur des hommes4 ,et tout ce qu'il y a en nous de vraiment lev nous apparat comme une manifestation de ce mystre qui nous dpasse4 ,les grands sentiments comme les grandes penses1 comme les grands actes1 sont chose d'inspiration4 ,lorsque l'arbre verdit et donne son fruit c'est qu'il puise dans le sol les forces vitales1 et reoit du soleil la lumire et la chaleur4 ,si un homme1 dans son humble sphre1 au milieu des ignorances et des fautes invitables1 se consacre sincrement sa tche1 c'est qu'il est en contact avec la source ternelle de bont4 ,cette force centrale se manifeste sous mille formes diverses4 ,tantt elle est l'nergie indomptable1 tantt la tendresse caressante1 tantt l'esprit militant qui attaque et dtruit le mal1 tantt la sollicitude maternelle qui ramasse au bord du chemin o elle se perdait quelque vie froisse et oublie1 tantt l'humble patience des longues recherches444 ,mais tout ce qu'elle touche porte sa signature1 et les hommes qu'elle anime sentent que c'est par elle que nous sommes et que nous vivons4 ,la servir est leur bonheur et leur rcompense4 ,il leur suffit d'tre ses instruments et ils ne regardent plus l'clat extrieur de leur fonction1 sachant bien que rien n'est grand et que rien n'est petit1 mais que nos actes et notre vie valent seulement par l'esprit qui les pntre4 ,,vi ,les besoins simples4 ,quand on achte un oiseau chez l'oiseleur1 ce brave homme nous dit brivement ce qu'il faut notre nouveau pensionnaire1 et tout cela1 hygine1 nourriture et le reste1 tient en quelques mots4 ,de mme1 pour rsumer les besoins essentiels de la plupart des tres1 quelques indications sommaires suffiraient4 ,leur rgime est en gnral d'une extrme simplicit et tant qu'ils le suivent ils se portent bien comme des enfants obissants de mre nature4 ,qu'ils s'en cartent1 les complications surviennent1 la sant s'altre1 la gat s'en va4 ,seule1 la vie simple et naturelle peut maintenir un organisme en pleine vigueur4 ,faute de nous souvenir de ce principe lmentaire1 nous tombons dans les plus tranges aberrations4 ,que faut-il un homme pour vivre matriellement dans les meilleures conditions possibles8 ,une nourriture saine1 des vtements simples1 une demeure salubre1 de l'air et du mouvement4 ,je ne vais pas entrer dans des dtails d'hygine1 ni composer des menus1 ou indiquer des modles d'habitation et des coupes de vtements4 ,mon but est de marquer une direction et de dire quel avantage il y aurait pour chacun ordonner sa vie dans un esprit de simplicit4--,pour nous assurer que cet esprit ne rgne pas assez dans notre socit1 il suffit de voir vivre les hommes de toutes les classes4 ,posez diffrents individus1 de milieux trs distincts1 cette question3 ,que vous faut-il pour vivre8444 ,vous verrez ce qu'ils rpondront4 ,il n'y a rien d'instructif comme cela4 ,pour les uns1 autochtones de l'asphalte parisien1 il n'y a pas de vie possible en dehors d'une certaine rgion circonscrite par quelques boulevards4 ,l est l'air respirable1 la bonne lumire1 la temprature normale1 la cuisine classique1 et1 discrtion1 tant d'autres choses sans lesquelles il ne vaudrait pas la peine de se promener sur la machine ronde4 ,aux divers chelons de la vie bourgeoise1 on rpond la question que faut-il pour vivre1 par un chiffre1 variable selon le degr d'ambition1 ou d'ducation1 et par ducation1 on entend1 le plus souvent1 les habitudes extrieures de la vie1 la faon de se loger1 de se vtir et de se nourrir1 une ducation toute fleur de peau4 partir d'un certain chiffre de rente1 de bnfice1 ou de traitement1 la vie devient possible4 ,au-dessous1 elle est impossible4 ,on a vu des gens se suicider parce que leur avoir tait descendu au-dessous d'un certain minimum4 ,ils ont prfr disparatre que de se restreindre4 ,notez que ce minimum1 cause de leur dsespoir1 et sans doute t acceptable encore pour d'autres1 aux besoins moins exigeants1 et enviable pour des gens aux gots modestes4 ,dans les hautes montagnes la flore change suivant l'altitude4 ,il y a la rgion des cultures ordinaires1 celle des forts1 celle des pturages1 celle des rochers nus et des glaciers4-- partir d'une certaine zone on ne trouve plus de bl1 mais la vigne prospre encore2 le chne cesse dans une rgion assez basse1 le sapin se plat des hauteurs considrables4 ,la vie humaine avec ses besoins rappelle ces phnomnes de la vgtation4 une certaine altitude de fortune on voit russir le financier1 l'homme des clubs1 les grandes mondaines1 et enfin tous ceux pour qui le strict ncessaire comprend un certain nombre de domestiques et d'quipages1 ainsi que plusieurs demeures en ville et la campagne4 ,plus loin s'panouit le gros bourgeois avec ses moeurs et ses allures propres4 ,on voit fleurir dans d'autres rgions l'aisance large1 moyenne1 ou modeste1 et des catgories fort ingales d'exigences4 ,puis viennent les petites gens1 les artisans1 les ouvriers1 les paysans1 la masse enfin1 qui vit drue et serre comme l'herbe fine sur le sommet des montagnes1 l o les grands vgtaux ne trouvent plus de quoi se nourrir4 ,dans toutes ces provinces diffrentes de la socit1 on vit1 et ceux qui croissent l sont des hommes1 au mme titre4 ,il parat trange qu'il y ait entre semblables de si prodigieuses diffrences de besoins4 ,et ici les analogies de notre comparaison nous abandonnent4 ,les plantes et les animaux des mmes familles ont des besoins identiques4 ,la vie humaine nous amne des observations contraires4 ,quelles conclusions en tirer si ce n'est qu'il y a une lasticit considrable dans la nature et le nombre de nos besoins6 ,est-il utile1 est-il favorable au dveloppement de l'individu et son bonheur1 au dveloppement et au bonheur de la socit que l'homme ait une multitude de besoins et s'applique les satisfaire8--,tout d'abord reprenons notre comparaison avec les tres infrieurs4 ,pourvu que leurs besoins essentiels soient satisfaits1 ils vivent contents4 ,en est-il de mme dans la socit humaine8 ,non4 tous ses degrs nous rencontrons le mcontentement4 ,j'excepte compltement ici ceux qui manquent du ncessaire4 ,on ne saurait sans injustice assimiler aux mcontents ceux auxquels le froid1 la faim1 la misre arrachent des plaintes4 ,je ne veux m'occuper que de cette multitude de gens qui vivent dans des conditions aprs tout supportables4 ,d'o vient leur mcontentement8 ,pourquoi se rencontre-t-il non seulement chez les personnes de condition modeste quoique suffisante1 mais encore1 sous des nuances toujours plus raffines1 jusque dans l'opulence et au sommet des situations sociales6 ,on parle de bourgeois repus4 ,qui en parle8 ,ceux qui1 les jugeant du dehors1 pensent que depuis le temps qu'ils s'en donnent ils doivent en avoir vraiment assez4 ,mais eux-mmes se jugent-ils satisfaits8 ,pas le moins du monde4 ,s'il y a des gens riches et contents1 soyez srs qu'ils ne sont pas contents parce qu'ils sont riches1 mais parce qu'ils savent tre contents4 ,une bte est repue parce qu'elle a mang1 elle se couche et dort4 ,un homme peut bien aussi se coucher et dormir pour un certain temps2 mais cela ne dure jamais1 il s'habitue au bien-tre1 s'en lasse et en demande un plus grand4 ,l'apptit n'est pas apais chez l'homme par la nourriture1 il vient en mangeant4 ,cela peut paratre absurde1 c'est la pure vrit4 ,et le fait que ceux qui se plaignent le plus sont presque toujours ceux qui auraient le plus de raisons pour se dclarer satisfaits1 prouve bien que le bonheur n'est pas li au nombre de nos besoins et l'empressement que nous mettons les cultiver4 ,chacun est intress se pntrer de cette vrit4 ,s'il ne le fait pas1 si par un acte d'nergie1 il ne parvient limiter ses exigences1 il risque de s'engager insensiblement sur la pente du dsir4 ,l'homme qui vit pour manger1 boire1 dormir1 se vtir1 se promener1 se donner enfin tout ce qu'il peut se donner1 qu'il soit le parasite couch au soleil1 l'ouvrier buveur1 le bourgeois serviteur de son ventre1 la femme absorbe dans ses toilettes1 le viveur de bas tage ou le viveur de marque1 ou qu'il soit simplement l'picurien vulgaire1 mais bon garon1 trop docile aux besoins matriels1 cet homme-l1 disons-nous1 est engag sur la pente du dsir1 et cette pente est fatale4 ,ceux qui la descendent obissent aux mmes lois que les corps roulant sur un plan inclin4 ,en proie une illusion sans cesse renaissante1 ils se disent3 encore quelques pas1 les derniers1 vers cet objet l-bas qui attire notre convoitise444 ,puis nous nous arrterons4 ,mais la vitesse acquise les entrane4 ,plus ils vont1 moins ils peuvent lui rsister4 ,voil le secret de l'agitation1 de la rage de beaucoup de nos contemporains4 ,ayant condamn leur volont tre l'esclave de leurs apptits1 ils reoivent le chtiment de leurs oeuvres4 ,ils sont livrs aux fauves dsirs1 implacables1 qui mangent leur chair1 broient leurs os1 boivent leur sang et ne sont jamais assouvis4 ,je ne fais pas ici de morale transcendante1 j'coute parler la vie en notant au passage quelques-unes des vrits dont tous les carrefours nous rptent l'cho4 ,l'ivrognerie1 si inventive pourtant de breuvages nouveaux1 a-t-elle trouv le moyen d'teindre la soif8 ,non1 on pourrait plutt l'appeler l'art d'entretenir la soif et de la rendre inextinguible4 ,le dvergondage mousse-t-il l'aiguillon des sens8 ,non1 il l'exaspre1 et convertit le dsir naturel en obsession morbide1 en ide fixe4 ,laissez rgner vos besoins et entretenez-les1 vous les verrez se multiplier comme les insectes au soleil4 ,plus vous leur avez donn1 plus ils demandent4 ,il est insens celui qui cherche le bonheur dans le seul bien-tre4 ,autant vaudrait entreprendre de remplir le tonneau des ,danades4 ceux qui ont des millions il manque des millions1 ceux qui ont des mille1 il manque des mille4 ,aux autres il manque des pices de vingt francs ou de cent sous4 ,quand ils ont la poule au pot ils demandent l'oie1 quand ils ont l'oie ils voudraient la dinde et ainsi de suite4 ,on ne saura jamais combien cette tendance est funeste4 ,il y a trop de petites gens qui veulent imiter les grands1 trop d'ouvriers qui singent le bourgeois1 trop de filles du peuple qui font les demoiselles1 trop de petits employs qui jouent au clubman et au sportsman1 et dans les classes aises et riches1 trop de gens qui oublient que ce qu'ils possdent pourrait servir mieux qu' s'accorder toutes sortes de jouissances pour constater aprs qu'on n'en a jamais assez4 ,nos besoins1 de serviteurs qu'ils devraient tre1 sont devenus une foule turbulente1 indiscipline1 une lgion de tyrans au petit pied4 ,on ne peut mieux comparer l'homme esclave de ses besoins qu' un ours qui a un anneau dans le nez et qu'on mne et fait danser volont4 ,la comparaison n'est pas flatteuse2 mais avouez qu'elle est vraie4 ,c'est par leurs besoins qu'ils sont trans1 tant de gens qui se dmnent1 crient et parlent de libert1 de progrs1 de je ne sais quoi encore4 ,ils ne sauraient faire un pas dans la vie1 sans se demander si cela ne contrarie pas leurs matres4 ,que d'hommes et de femmes sont alls1 de proche en proche1 jusqu' la malhonntet1 pour la seule raison qu'ils avaient trop de besoins et ne pouvaient pas se rsigner vivre simplement6 ,il y a dans les cellules de ,mazas nombre de pensionnaires qui pourraient nous en dire long sur le danger des besoins trop exigeants4 ,laissez-moi vous conter l'histoire d'un brave homme que j'ai connu4 ,il aimait tendrement sa femme et ses enfants1 et vivait en ,france1 de son travail1 dans une jolie aisance1 mais qui tait loin de suffire aux besoins luxueux de son pouse4 ,toujours court d'argent1 alors qu'il aurait pu vivre largement avec un peu de simplicit1 il a fini par s'expatrier dans une colonie lointaine o il gagne beaucoup d'argent1 laissant les siens dans la mre patrie4 ,je ne sais ce que cet infortun doit penser l-bas2 mais les siens ont un plus bel appartement1 de plus belles toilettes1 et un semblant d'quipage4 ,et pour le moment leur contentement est extrme4 ,mais ils seront bientt habitus ce luxe aprs tout rudimentaire4 ,dans quelque temps madame trouvera son ameublement mesquin1 et son quipage pauvre4 ,si cet homme aime sa femme comme il n'en faut point douter1 il migrera dans la lune pour avoir un plus gros traitement4--,ailleurs les rles sont renverss1 c'est la femme et les enfants qui sont sacrifis aux besoins voraces du chef de famille qui la vie irrgulire1 le jeu et tant d'autres folies coteuses font oublier ses devoirs4 ,entre ses apptits et son rle paternel il s'est dcid pour les premiers et lentement il drive vers l'gosme le plus vil4 ,cet oubli de toute dignit1 cet engourdissement progressif des sentiments nobles ne se remarque pas seulement chez les jouisseurs des classes aises4 ,l'homme du peuple aussi est atteint4 ,je connais bien des petits mnages o pourrait rgner le bonheur1 mais o vous verriez une pauvre mre de famille qui n'a que peine et chagrin jour et nuit1 des enfants sans souliers et souvent de gros soucis pour le pain4 ,pourquoi8 ,parce qu'il faut trop d'argent au pre4 ,pour ne parler que de la dpense en alcool1 chacun sait les proportions qu'elle a atteintes depuis vingt ans4 ,les sommes englouties par ce gouffre sont fabuleuses3 deux fois la ranon de la guerre de #ahgj4 ,combien de besoins lgitimes on aurait pu satisfaire avec ce qui a t jet en pture aux besoins factices8 ,le rgne des besoins n'est pas celui de la solidarit1 bien au contraire4 ,plus il faut de choses un homme pour lui-mme1 moins il peut faire pour le prochain1 mme pour ceux qui lui sont attachs par les liens du sang4 99 99 99 99 99 ,diminution du bonheur1 de l'indpendance1 de la dlicatesse morale1 voire des sentiments de solidarit1 tel est le rsultat du rgne des besoins4 ,on pourrait y ajouter une multitude d'autres inconvnients dont le moindre n'est pas l'branlement de la fortune et de la sant publiques4 ,les socits qui ont de trop grands besoins s'absorbent dans le prsent1 elles lui sacrifient les conqutes du pass et lui immolent l'avenir4 ,aprs nous le dluge6 ,raser les forts pour en tirer de l'argent1 manger son bl en herbe1 dtruire en un jour le fruit d'un long travail1 brler ses meubles pour se chauffer1 charger l'avenir de dettes pour rendre agrable le moment actuel1 vivre d'expdients1 et semer pour le lendemain des difficults1 les maladies1 la ruine1 l'envie1 les rancunes1444 on n'en finirait pas si l'on voulait numrer tous les mfaits de ce rgime funeste4 ,au contraire1 si nous nous en tenons aux besoins simples1 nous vitons tous ces inconvnients et nous les remplaons par une multitude d'avantages4 ,c'est une vieille histoire que la sobrit et la temprance sont les meilleures gardiennes de la sant4 celui qui les observe elles pargnent bien des misres qui attristent l'existence2 elles lui assurent la sant1 l'amour de l'action1 l'quilibre intellectuel4 ,qu'il s'agisse de la nourriture1 du vtement1 de l'habitation1 la simplicit du got est en outre une source d'indpendance et de scurit4 ,plus vous vivez simplement1 plus vous sauvegardez votre avenir4 ,vous tes moins la merci des surprises1 des chances contraires4 ,une maladie ou un chmage ne suffisent pas pour vous jeter sur le pav4 ,un changement1 mme notable1 de situation ne vous dsaronne pas4 ,ayant des besoins simples1 il vous est moins pnible de vous accommoder aux chances de la fortune4 ,vous resterez un homme mme en perdant votre place ou vos rentes1 parce que le fondement sur lequel repose votre vie n'est ni votre table1 ni votre cave1 ni votre curie1 ni votre mobilier1 ni votre argent4 ,vous ne vous comporterez pas dans l'adversit comme un nourrisson auquel on aurait retir son hochet ou son biberon4 ,plus fort1 mieux arm pour la lutte1 prsentant1 comme ceux qui ont les cheveux ras1 moins de prise aux mains de l'adversaire1 vous serez en outre plus utile votre prochain4 ,vous n'exciterez ni sa jalousie1 ni ses bas apptits1 ni sa rprobation par l'talage de votre luxe1 par l'iniquit de vos dpenses1 par le spectacle d'une existence parasitaire2 et moins exigeant pour votre propre bien-tre vous garderez des moyens de travailler celui des autres4 ,,vii ,le plaisir simple4 ,trouvez-vous ce temps amusant8 ,je le trouve1 quant moi1 plutt triste dans son ensemble4 ,et je crains que mon impression ne soit pas toute personnelle4 regarder vivre mes contemporains1 les couter parler1 je me sens malheureusement confirm dans le sentiment qu'ils ne s'amusent pas beaucoup4 ,ce n'est pourtant pas faute d'essayer2 mais il faut avouer qu'ils y russissent mdiocrement4 quoi cela peut-il bien tenir8 ,les uns accusent la politique ou les affaires1 d'autres les questions sociales ou le militarisme4 ,on n'a que l'embarras du choix quand on se met grener le chapelet de nos gros soucis4 ,allez donc aprs vous amuser4 ,il y a trop de poivre dans notre soupe pour que nous la mangions avec plaisir4 ,nous avons les bras chargs d'une foule d'embarras1 dont chacun suffirait lui seul pour nous gter l'humeur4 ,du matin au soir1 o que vous alliez1 vous rencontrez des gens presss1 harcels1 proccups4 ,ceux-ci ont laiss tout leur bon sang dans les mchants conflits d'une politique hargneuse2 ceux-l sont coeurs des procds vils1 des jalousies qu'ils ont rencontrs dans le monde de la littrature ou des arts4 ,la concurrence commerciale trouble aussi bien des sommeils2 les programmes d'tudes trop exigeants et les carrires trop encombres gtent la vie aux jeunes gens2 la classe ouvrire subit les consquences d'une lutte industrielle sans trve4 ,il devient dsagrable de gouverner parce que le prestige s'en va1 d'enseigner parce que le respect diminue3 partout o l'on jette les yeux il y a des sujets de mcontentement4 ,et pourtant l'histoire nous reprsente certaines poques tourmentes1 qui manquait autant qu' la ntre la tranquillit idyllique1 et que les plus graves vnements n'ont pas empch de connatre la gat4 ,il semble mme que la gravit des temps1 l'inscurit du lendemain1 la violence des commotions sociales devienne l'occasion une source nouvelle de vitalit4 ,il n'est pas rare de voir les soldats chanter entre deux batailles1 et je ne crois gure me tromper en disant que la joie humaine a clbr ses plus beaux triomphes dans les temps les plus durs1 au milieu des obstacles4 ,mais on avait alors1 pour dormir paisible avant la bataille1 ou pour chanter dans la tourmente1 des motifs d'ordre intrieur qui nous font peut-tre dfaut4 ,la joie n'est pas dans les objets1 elle est en nous4 ,et je persiste croire que les causes de notre malaise prsent1 de cette mauvaise humeur contagieuse qui nous envahit1 sont en nous au moins autant que dans les circonstances extrieures4 ,pour s'amuser de tout coeur il faut se sentir sur une base solide1 il faut croire la vie et la possder en soi4 ,et c'est l ce qui nous manque4 ,beaucoup d'hommes1 mme hlas6 parmi les jeunes sont aujourd'hui brouills avec la vie1 et je ne parle pas des philosophes seuls4 ,comment voulez-vous qu'on s'amuse quand on a cette arrire-pense qu'il vaudrait peut-tre mieux1 aprs tout1 que rien n'et jamais exist8 ,nous observons en outre dans les forces vitales de ce temps une dpression inquitante qu'il faut attribuer l'abus que l'homme a fait de ses sensations4 ,trop d'excs de toute nature ont fauss nos sens et altr notre facult d'tre heureux4 ,la nature succombe sous les excentricits qu'on lui a infliges4 ,profondment atteinte dans sa racine1 la volont de vivre1 malgr tout persistante1 cherche se satisfaire par des moyens factices4 ,on a recours dans le domaine mdical la respiration artificielle1 l'alimentation artificielle1 la galvanisation4 ,de mme nous voyons autour du plaisir expirant une multitude d'tres empresss le rveiller1 le ranimer4 ,les moyens les plus ingnieux ont t invents3 il ne sera pas dit qu'on a lsin sur les frais4 ,tout a t tent1 le possible et l'impossible4 ,mais dans tous ces alambics compliqus on n'est jamais parvenu distiller une goutte de joie vritable4 ,il ne faut pas confondre le plaisir et les instruments de plaisir4 ,suffirait-il de s'armer d'un pinceau pour tre peintre1 ou de s'acheter grands frais un stradivarius pour tre musicien8 ,de mme eussiez-vous pour vous amuser tout l'attirail extrieur le plus perfectionn1 le plus ingnieux1 vous n'en seriez pas plus avanc4 ,mais avec un dbris de charbon1 un grand peintre peut tracer une esquisse immortelle4 ,il faut du talent ou du gnie pour peindre1 et pour s'amuser il faut avoir la facult d'tre heureux4 ,quiconque la possde s'amuse peu de frais4 ,cette facult se dtruit dans l'homme par le scepticisme1 la vie factice1 l'abus2 elle s'entretient par la confiance1 la modration1 les habitudes normales d'activit et de pense4 ,une excellente preuve de ce que j'avance1 et trs facile recueillir1 se trouve dans ce fait que partout o se rencontre une vie simple et saine1 le plaisir authentique l'accompagne1 comme le parfum les fleurs naturelles4 ,cette vie a beau tre difficile1 entrave1 prive de ce que nous considrons d'ordinaire comme les conditions mmes du plaisir1 on y voit russir la plante dlicate et rare1 la joie4 ,elle perce entre deux pavs serrs1 dans l'anfractuosit d'un mur1 dans une fissure de rocher4 ,on se demande comment et d'o elle vient4 ,mais elle vit1 alors que dans les serres chaudes1 les terrains grassement fums1 vous la cultivez au poids de l'or pour la voir s'tioler et mourir entre vos doigts4 ,demandez aux acteurs de thtre quel public s'amuse le mieux la comdie1 ils vous rpondront que c'est le public populaire4 ,la raison n'en est pas trs difficile saisir4 ,pour ce public-l1 la comdie est une exception1 il ne s'en est pas satur force d'en prendre4 ,et puis c'est un repos ses rudes fatigues4 ,ce plaisir qu'il savoure il l'a gagn honntement et il en connat le prix comme il connat celui des petits sous gagns la sueur du front4 ,au surplus1 il n'a pas frquent les coulisses1 il ne s'est pas ml aux intrigues d'artistes1 il ignore les ficelles1 il croit que c'est arriv4 ,pour tous ces motifs il jouit d'un plaisir sans mlange4 ,je vois d'ici le sceptique blas dont le monocle tincelle dans cette loge1 jeter sur la foule amuse un regard ddaigneux3 ,pauvres gens1 idiots1 peuple ignorant et rustre6 ,et pourtant ce sont eux les vrais vivants1 tandis qu'il est1 lui1 un tre artificiel1 un mannequin1 incapable de ressentir cette belle et salutaire ivresse d'une heure de franc plaisir4 ,malheureusement la navet s'en va1 mme des rgions populaires4 ,nous voyons le peuple des villes1 et celui des campagnes sa suite1 rompre avec les bonnes traditions4 ,l'esprit perverti par l'alcool1 la passion du jeu1 les lectures malsaines1 contracte peu peu des gots maladifs4 ,la vie factice fait irruption dans les milieux jadis simples1 et du coup c'est comme lorsque le phylloxra se met la vigne4 ,l'arbre robuste de la joie rustique voit sa sve tarir1 ses feuilles se teindre de jaune4 ,comparez une fte champtre du bon vieux style avec une de ces ftes de village soi-disant modernises4 ,d'un ct1 dans le cadre respect des coutumes sculaires1 de solides campagnards chantent les chansons du pays1 dansent les danses du pays en costume de paysans1 absorbent des boissons naturelles et semblent compltement leur affaire4 ,ils s'amusent comme le forgeron forge1 comme la cascade tombe1 comme les poulains bondissent dans la prairie4 ,c'est contagieux1 cela vous gagne le coeur4 ,malgr soi on se dit3 ,bravo les enfants1 c'est bien cela6 ,on demanderait tre de la partie4 ,de l'autre ct1 je vois des villageois dguiss en citadins1 des paysannes enlaidies par la modiste1 et comme ornement principal de la fte un ramassis de dgnrs qui braillent des chansonnettes de caf-concert3 et quelquefois la place d'honneur quelques cabotins de dixime ordre venus pour la circonstance afin de dgrossir ces ruraux et leur faire goter des plaisirs raffins4 ,pour boissons1 des liqueurs base d'eau-de-vie de pomme de terre ou de l'absinthe4 ,dans tout cela ni originalit ni pittoresque4 ,du laisser aller peut-tre et de la vulgarit1 mais non pas cet abandon que procure le plaisir naf4 99 99 99 99 99 ,cette question du plaisir est capitale4 ,les gens poss la ngligent en gnral comme une futilit2 les utilitaires1 comme une superftation coteuse4 ,ceux qu'on dsigne sous le nom d'hommes de plaisir fourragent dans un domaine si dlicat comme des sangliers dans un jardin4 ,on ne parat se douter nullement de l'immense intrt humain qui s'attache la joie4 ,c'est une flamme sacre qu'il faut nourrir et qui jette sur la vie un jour clatant4 ,celui qui s'attache l'entretenir1 fait une oeuvre aussi profitable l'humanit1 que celui qui construit des ponts1 perce des tunnels1 cultive la terre4 ,se conduire de telle sorte qu'on maintienne en soi1 au milieu des labeurs et des peines de la vie1 la facult d'tre heureux et qu'on puisse1 comme par une espce de contagion salutaire1 la propager parmi ses semblables1 est faire oeuvre de solidarit dans ce que ce terme a de plus noble4 ,donner un peu de plaisir1 drider les fronts soucieux1 mettre un peu de lumire sur les chemins obscurs1 quel office vraiment divin dans cette pauvre humanit6 ,mais ce n'est qu'avec une grande simplicit de coeur qu'on arrive le remplir4 ,nous ne sommes pas assez simples pour tre heureux et pour rendre les autres heureux4 ,il nous manque la bont et le dtachement de nous-mmes4 ,nous rpandons la joie comme nous rpandons la consolation1 par des procds tels que nous obtenons des rsultats ngatifs4 ,pour consoler quelqu'un que faisons-nous8 ,nous nous attachons nier sa souffrance1 la discuter1 lui persuader qu'il se trompe en se croyant malheureux4 ,au fond1 notre langage traduit en paroles de vrit se rduit ceci3 ,tu souffres1 ami4 ,c'est trange2 tu dois te tromper1 car je ne sens rien4 ,le seul moyen humain de soulager une souffrance tant de la partager par le coeur1 que doit prouver un malheureux consol de la sorte8 ,pour divertir notre prochain et lui faire passer un moment agrable1 nous nous y prenons de la mme faon3 nous le convions admirer notre esprit1 rire de nos saillies1 frquenter notre maison1 s'asseoir notre table et partout clate notre souci de paratre4 ,quelquefois aussi nous lui faisons1 avec une libralit protectrice1 l'aumne d'une distraction de notre choix4 moins que nous ne l'invitions s'amuser avec nous1 comme nous l'inviterions faire une partie de cartes1 avec l'arrire-pense de l'exploiter notre profit4 ,pensez-vous que le plaisir par excellence pour autrui soit de nous admirer1 de reconnatre notre supriorit1 ou de nous servir d'instrument8 ,y a-t-il au monde un ennui comparable celui de se sentir exploit1 protg1 enrl dans une claque8 ,pour donner du plaisir aux autres et en prendre soi-mme1 il faut commencer par carter le moi qui est hassable et le tenir enchan pendant toute la dure des divertissements4 ,il n'y a pas de pire trouble-fte que celui-l4 ,soyons bon enfant1 aimable1 bienveillant1 rentrons nos mdailles1 nos plaques1 nos titres1 et mettons-nous la disposition des autres de tout coeur6 ,vivons quelquefois ne ft-ce que pendant une heure1 et toute autre chose cessante1 pour faire sourire autrui4 ,le sacrifice n'est qu'apparent1 personne ne s'amuse mieux que ceux qui savent se donner simplement pour procurer leur entourage un peu de bonheur et d'oubli4 ,quand serons-nous assez simplement hommes pour ne pas faire figurer au premier rang dans nos runions de plaisir toutes les choses qui nous agacent les nerfs dans la vie de tous les jours8 ,ne pourrons-nous pas oublier pour une heure nos prtentions1 nos divisions1 nos classifications1 nos personnages enfin1 pour redevenir enfants et rire encore de ce bon rire qui fait tant de bien et rend les hommes meilleurs8 99 99 99 99 99 ,je me sens press ici de faire une remarque d'un genre tout particulier et d'offrir par l mes lecteurs bien intentionns des occasions de s'atteler une oeuvre magnifique4 ,mon but est de recommander leur attention plusieurs catgories de personnes assez ngliges au point de vue du plaisir4 ,on pense qu'un balai ne peut servir qu' balayer1 un arrosoir arroser1 un moulin caf moudre du caf1 et de mme on pense qu'un infirmier n'est fait que pour soigner les malades1 un professeur pour instruire1 un prtre pour prcher1 enterrer1 confesser1 une sentinelle pour monter la garde4 ,et on en conclut que les tres livrs aux travaux les plus srieux sont vous leurs fonctions comme le boeuf au labour4 ,des divertissements sont incompatibles avec ce genre d'activit4 ,poussant cette manire de voir plus avant1 on se croit autoris penser que les personnes infirmes1 affliges1 ruines1 les vaincus de la vie et tous ceux qui ont quelque lourd fardeau porter1 sont du ct de l'ombre comme le versant nord des montagnes et qu'il est ncessaire qu'il en soit ainsi4 ,d'o l'on en conclut assez gnralement que les hommes graves n'ont pas besoin de plaisir et qu'il serait malsant de leur en offrir4 ,quant aux affligs1 ce serait manquer la dlicatesse de rompre le fil de leurs tristes penses4 ,il semble donc admis que certaines personnes sont condamnes demeurer toujours austres1 qu'il faut les aborder avec une mine austre et ne leur parler que de choses austres4 ,de mme1 il faut laisser le sourire la porte quand on va voir les malades1 les malheureux1 prendre une figure sombre1 un air lamentable et choisir des sujets de conversation navrants4 ,ainsi on apporte du noir ceux qui sont dans le noir1 de l'ombre ceux qui sont l'ombre4 ,on contribue augmenter l'isolement des isols1 la monotonie des vies mornes4 ,on claquemure certaines existences comme dans un cachot2 parce qu'il pousse de l'herbe autour de leurs asiles dserts1 on parle bas en les approchant comme en approchant des tombeaux4 ,qui se doute de l'oeuvre infernale de cruaut accomplie ainsi chaque jour dans le monde6 ,il ne faut pas qu'il en soit ainsi4 ,quand vous verrez des hommes ou des femmes consacrs aux tches svres ou l'office douloureux qui consiste frquenter les misres humaines et bander les plaies1 souvenez-vous que ces tres sont faits comme vous1 qu'ils ont les mmes besoins et qu'il est des heures o il leur faut du plaisir et de l'oubli4 ,vous ne les dtournerez pas de leur mission en les faisant rire quelquefois1 eux qui voient tant de larmes et de peines4 ,au contraire vous leur rendrez des forces pour mieux continuer leur labeur4 ,et quand vous connatrez des familles prouves ou des individus affligs1 ne les entourez pas1 comme des pestifrs1 d'un cordon sanitaire que vous ne franchirez qu'en prenant des prcautions qui leur rappellent leur triste sort4 ,au contraire1 aprs avoir montr toute votre sympathie1 tout votre respect de leur douleur1 soulagez-les1 aidez-leur vivre1 apportez-leur un parfum du dehors1 quelque chose enfin qui leur rappelle que leur malheur ne les exclut pas du monde4 tendez aussi votre sympathie tous ceux qui ont des occupations absorbantes et sont pour ainsi dire rivs sur place4 ,le monde est plein d'tres sacrifis qui n'ont jamais de repos ni de plaisir et auxquels la moindre libert1 le plus modeste rpit fait un bien immense4 ,et ce minimum de soulagement1 il serait si facile de le leur procurer si seulement l'on y songeait4 ,mais voil1 le balai est fait pour balayer et il semble qu'il ne puisse pas sentir de fatigue4 ,il faut se dbarrasser de cet aveuglement coupable qui nous empche de voir la lassitude de ceux qui sont toujours sur la brche4 ,relevons les sentinelles perdues du devoir1 procurons une heure ,sisyphe pour souffler4 ,prenons un moment la place de la mre de famille que les soins du mnage et des enfants rendent esclave1 sacrifions un peu de notre sommeil ceux qu'usent les longues veilles prs des malades4 ,jeune fille que peut-tre la promenade n'amuse pas toujours1 prenez le tablier de la cuisinire et donnez-lui la clef des champs4 ,ainsi vous ferez des heureux et vous le serez vous-mmes4 ,nous marchons constamment ct d'tres chargs de fardeaux que nous pourrions prendre sur nous ne ft-ce que pour un peu de temps4 ,mais ce court rpit suffirait pour gurir des maux1 ranimer la joie teinte dans bien des coeurs1 ouvrir une large carrire la bonne volont entre les hommes4 ,comme on se comprendrait mieux si l'on savait se mettre de tout coeur la place les uns des autres et comme il y aurait plus de plaisir vivre6 99 99 99 99 99 ,j'ai trop parl ailleurs de l'organisation du plaisir parmi la jeunesse pour y revenir ici en dtail#a4 ,mais je tiens dire en substance ce qu'on ne saurait assez rpter3 si vous voulez que la jeunesse soit morale1 ne ngligez pas ses plaisirs et n'abandonnez pas au hasard le soin de les lui procurer4 ,vous me rpondrez peut-tre que la jeunesse n'aime pas qu'on rglemente ses distractions1 et que d'ailleurs celle d'aujourd'hui est gte et ne s'amuse que trop4 ,je vous rpondrai d'abord qu'on peut suggrer des ides1 indiquer des directions1 crer des occasions de plaisir1 sans rien rglementer4 ,en second lieu1 je vous ferai observer que vous vous trompez en vous imaginant que la jeunesse s'amuse trop4 part les plaisirs factices1 nervants et dissolvants qui fltrissent la vie au lieu de la faire fleurir et resplendir1 il lui reste aujourd'hui trs peu de chose4 ,l'abus1 cet ennemi de l'usage lgitime1 a si bien barbouill la terre qu'il devient difficile de toucher quelque chose qu'il n'ait pas sali4 ,de l des prudences1 des dfenses1 des prohibitions sans nombre4 ,on ne peut presque pas bouger quand on veut viter tout ce qui ressemble aux plaisirs malsains4 ,dans la jeunesse actuelle1 surtout chez celle qui se respecte1 le manque de plaisir occasionne des souffrances profondes4 ,on n'est pas sevr sans inconvnients de ce vin gnreux4 ,impossible de prolonger cet tat de choses sans paissir l'ombre sur les ttes de nos jeunes gnrations4 ,il faut venir leur secours4 ,nos enfants hritent d'un monde qui n'est pas gai4 ,nous leur lguons de gros soucis1 des questions embarrassantes1 une vie charge d'entraves et de complications4 ,tentons du moins un effort pour clairer le matin de leurs jours4 ,organisons le plaisir1 crons-lui des abris1 ouvrons nos coeurs et nos maisons4 ,mettons la famille dans notre jeu4 ,que la gaiet cesse d'tre une denre d'exportation4 ,runissons nos fils que nos intrieurs moroses poussent dans la rue1 et nos filles qui s'ennuient dans la solitude4 ,multiplions les ftes de famille1 les rceptions et les excursions en famille2 levons chez nous la bonne humeur la hauteur d'une institution4 ,que l'cole se mette de la partie4 ,que les matres et les lves1 coliers ou tudiants1 se rencontrent plus souvent et s'amusent ensemble4 ,cela fait avancer le travail srieux4 ,il n'y a rien de tel pour bien comprendre son professeur que d'avoir ri en sa compagnie1 et rciproquement pour bien comprendre un tudiant ou un colier1 il faut l'avoir vu ailleurs que sur les bancs ou sur la sellette d'examen4 #a ,voir entre autres3 ,jeunesse1 chap4 ,la joie4 --,et qui fournira l'argent8--,quelle question6 ,c'est bien l l'erreur centrale4 ,le plaisir et l'argent2 on prend cela pour les deux ailes du mme oiseau4 ,hlas6 l'illusion est grossire6 ,le plaisir1 comme toutes les choses vraiment prcieuses en ce monde1 ne peut ni se vendre ni s'acheter4 ,pour s'amuser il faut payer de sa personne1 c'est l'essentiel4 ,on ne vous dfend pas d'ouvrir votre bourse si vous le pouvez faire et si vous le trouvez utile4 ,mais je vous assure1 ce n'est pas indispensable4 ,le plaisir et la simplicit sont deux vieilles connaissances4 ,recevez simplement1 runissez-vous simplement4 ,ayez bien travaill d'abord2 soyez aussi aimable1 aussi loyal que possible pour vos compagnons et ne dites pas de mal des absents3 le succs sera certain4 ,,viii ,l'esprit mercenaire et la simplicit4 ,nous venons de coudoyer en passant un certain prjug fort rpandu1 qui attribue l'argent une puissance magique4 ,rapprochs ainsi d'un terrain brlant1 nous ne l'viterons pas2 mais nous allons y poser le pied1 persuads qu'il y a sur ce point plusieurs vrits dire4 ,elles ne sont point neuves1 mais elles sont si oublies6 ,je ne vois aucun moyen de nous passer de l'argent4 ,tout ce qu'ont pu faire jusqu' ce jour certains thoriciens ou lgislateurs qui l'accusent de tous les maux1 c'est d'en changer le nom ou la forme4 ,mais ils n'ont jamais pu se passer d'un signe reprsentatif de la valeur commerciale des choses4 ,vouloir supprimer l'argent est une tentative analogue celle qui voudrait supprimer l'criture4 ,il n'en est pas moins vrai que cette question de l'argent est trs troublante4 ,elle forme un des lments principaux de notre vie complique4 ,les difficults conomiques o nous nous dbattons1 les conventions sociales1 tout l'agencement de la vie moderne ont port l'argent un rang si minent qu'il n'est pas tonnant que l'imagination humaine lui attribue une sorte de royaut4 ,et c'est par ce ct que nous devons aborder le problme4 ,le terme d'argent a pour pendant celui de marchandise4 ,s'il n'y avait point de marchandise l'argent n'existerait pas4 ,mais tant qu'il y aura de la marchandise il y aura de l'argent1 peu importe sous quelle forme4 ,la source de tous les abus dont l'argent est devenu le centre rside dans une confusion4 ,on a confondu dans le terme et dans la notion de marchandise des objets qui n'ont aucun rapport ensemble4 ,on a voulu donner une valeur vnale des choses qui n'en peuvent ni doivent en avoir aucune4 ,les ides d'achat et de vente ont envahi des provinces o elles peuvent tre juste titre considres comme des trangres1 des ennemies1 des usurpatrices4 ,il est lgitime que du bl1 des pommes de terre1 du vin1 des toffes soient vendre et qu'on les achte4 ,il est parfaitement naturel que le labeur d'un homme lui procure des droits la vie et qu'on lui remette en main une valeur qui reprsente ces droits4 ,mais ici dj l'analogie cesse d'tre complte4 ,le travail d'un homme n'est pas une marchandise au mme titre qu'un sac de bl ou un quintal de charbon4 ,il entre dans ce travail des lments qu'on ne peut valuer en monnaie4 ,enfin1 il est des choses qui ne sauraient s'acheter3 le sommeil par exemple1 la connaissance de l'avenir1 le talent4 ,celui qui nous les offre en vente peut tre considr comme un fou ou un imposteur4 ,pourtant il y a des gens qui battent monnaie avec ces choses4 ,ils vendent ce qui ne leur appartient pas et leurs dupes paient des valeurs illusoires en monnaie vritable4 ,de mme1 il y a des marchands de plaisir1 des marchands d'amour1 des marchands de miracles1 des marchands de patriotisme1 et ce titre de commerant qui est si honorable quand il reprsente un homme faisant commerce de ce qui est en effet une denre commerciale devient la pire fltrissure quand il s'agit des choses du coeur1 de la religion1 de la patrie4 ,presque tout le monde est d'accord pour trouver honteux qu'on trafique de ses sentiments1 de son honneur1 de sa robe1 de sa plume1 de son mandat4 ,malheureusement ce qui ne souffre aucune contradiction dans la thorie1 ce qui1 dit comme nous le disons1 ressemble plutt une banalit qu' une haute vrit morale1 a une peine infinie pntrer dans la pratique4 ,le trafic a envahi le monde4 ,les vendeurs se sont installs jusqu'au sanctuaire1 et par sanctuaire je n'entends pas seulement les choses religieuses1 mais tout ce que l'humanit a de sacr et d'inviolable4 ,ce n'est pas l'argent qui complique la vie1 la corrompt et l'altre1 c'est notre esprit mercenaire4 ,l'esprit mercenaire ramne tout une seule question3 ,combien cela va-t-il me rapporter8 il rsume tout dans un axiome3 ,avec de l'argent1 on peut tout se procurer4 ,avec ces deux principes de conduite une socit peut descendre des degrs d'infamie qu'il est impossible de dpeindre et d'imaginer4 ,combien cela va-t-il me rapporter8 ,cette question si lgitime tant qu'il s'agit des prcautions que chacun doit prendre pour assurer sa subsistance par son travail1 devient funeste aussitt qu'elle sort de ses limites et domine toute la vie4 ,cela est si vrai qu'elle avilit mme le travail qui est notre gagne-pain4 ,je fournis du travail pay1 rien de mieux2 mais si je n'ai pour m'inspirer pendant ce travail que le seul dsir de toucher ma paye1 rien de pire4 ,un homme qui n'a pour motif d'action que son salaire fait de la mauvaise besogne4 ,ce qui l'intresse n'est pas le travail1 c'est l'argent4 ,s'il peut rogner sur sa peine sans retrancher de son gain1 soyez sr qu'il le fera4 ,maon1 laboureur1 ouvrier d'usine1 celui qui n'aime pas son labeur n'y met ni intrt1 ni dignit1 et c'est en somme un mauvais ouvrier4 ,le mdecin qui n'est proccup que des honoraires est un homme auquel il ne fait pas bon confier sa vie1 car ce qui le met en mouvement c'est le dsir de garnir sa bourse avec le contenu de la vtre4 ,s'il est de son intrt que vous souffriez plus longtemps1 il est capable de cultiver votre maladie au lieu de fortifier votre sant4 ,celui qui n'aime dans l'instruction de l'enfance que le profit qu'elle procure est un triste professeur1 car ce profit est mdiocre1 mais son enseignement plus mdiocre encore4 ,que vaut le journaliste mercenaire8 ,le jour o vous n'crivez que pour le sou1 votre prose cesse de valoir mme ce sou4 ,plus le travail humain touche des objets de nature leve1 plus l'esprit mercenaire1 s'il intervient1 le strilise et le corrompt4 ,on a mille fois raison de dire que toute peine mrite salaire1 que tout homme qui consacre son effort entretenir la vie doit avoir sa place au soleil1--et quiconque ne fait rien d'utile1 ne gagne pas sa vie1 en un mot n'est qu'un parasite4 ,mais il n'y a pas de plus grave erreur sociale que d'en arriver faire du gain l'unique mobile d'action4 ,ce que nous mettons de meilleur dans notre oeuvre1 qu'elle se fasse la force des bras1 par la chaleur du coeur1 ou la tension de l'intelligence1 c'est prcisment ce que personne ne peut nous payer4 ,rien ne prouve mieux que l'homme n'est pas une machine1 que ce fait3 deux hommes l'oeuvre avec les mmes forces1 les mmes gestes1 produisent des rsultats tout diffrents4 ,o est la cause de ce phnomne8 ,dans la divergence de leurs intentions4 ,l'un a l'esprit mercenaire1 l'autre a l'me simple4 ,tous les deux touchent leur paye1 mais le travail de l'un est strile1 l'autre a mis son me dans son travail4 ,le travail du premier est comme le grain de sable qui reste toute l'ternit sans qu'il en sorte rien1 le travail de l'autre est comme la graine vivante jete au sol1 il germe et produit des moissons4 ,il n'y a pas d'autre secret pour expliquer que tant de gens n'ont pas russi en employant les mmes procds extrieurs que d'autres4 ,les automates ne se reproduisent pas et le travail du mercenaire ne produit pas de fruit4 99 99 99 99 99 ,sans doute nous sommes obligs de nous incliner devant le fait conomique1 de reconnatre les difficults de la vie2 de jour en jour il devient plus urgent de bien combiner ses moyens d'action pour arriver nourrir1 vtir1 loger1 lever sa famille4 ,celui qui ne tient pas compte de ces ncessits imprieuses1 qui ne calcule pas et ne prvoit pas1 n'est qu'un illumin ou un maladroit1 tt ou tard expos tendre la main ceux dont il mprise la parcimonie4 ,et cependant que deviendrions-nous1 si ce genre de souci nous absorbait tout entiers8 si1 parfaits comptables1 nous voulions mesurer notre effort l'argent qu'il nous rapporte1 ne plus rien faire qui n'aboutisse une recette et considrer comme choses inutiles ou peines perdues ce qui ne peut pas s'aligner en chiffres sur un livre de comptes8 ,nos mres ont-elles touch quelque chose pour nous aimer1 nous lever8 ,qu'adviendrait-il de notre pit filiale si nous voulions toucher quelque chose pour aimer et soigner nos vieux parents8 ,qu'est-ce que cela rapporte de dire la vrit8 du dsagrment1 quelquefois des souffrances et des perscutions4 ,de dfendre son pays8 des fatigues1 des blessures et souvent la mort4 ,de faire du bien8 des ennuis1 de l'ingratitude1 des ressentiments mme4 ,il entre du dvouement dans toutes les fonctions essentielles de l'humanit4 ,je dfie les plus fins calculateurs de se maintenir dans le monde sans jamais faire appel autre chose qu'au calcul4 ,sans doute on proclame intelligents ceux qui s'entendent faire leur pelote4 ,mais regardez-y de prs4 ,combien1 dans leur pelote1 y a-t-il de fil qu'ils doivent au dvouement des simples8 ,auraient-ils bien russi1 s'ils n'avaient rencontr dans le monde que des malins de leur espce ayant pour devise3 ,pas d'argent1 pas de ,suisse6 ,disons-le hautement3 c'est grce quelques-uns qui ne comptent pas trop rigoureusement1 que le monde se soutient4 ,les plus beaux services rendus1 les plus dures besognes sont en gnral peu ou point rtribus4 ,heureusement qu'il restera toujours des hommes prts aux fonctions dsintresses et mme celles qui ne sont payes qu'en souffrances1 et qui cotent l'argent1 le repos1 la vie4 ,le rle de ces hommes-l est souvent pnible et ne va pas sans dcouragements4 ,qui de nous n'a entendu faire des rcits d'expriences douloureuses o le narrateur regrettait ses bonts passes1 le mal qu'il s'tait donn pour ne rcolter que des dboires4 ,on conclut gnralement ces confidences en disant3 j'ai t assez bte pour faire ceci et cela4 ,quelquefois on a raison de se juger ainsi parce que c'est toujours un tort de jeter les perles aux pourceaux2 mais que de vies dont les seuls actes vraiment beaux sont prcisment ceux dont on se repent cause de l'ingratitude des hommes6 ,ce qu'il faudrait souhaiter l'humanit1 c'est que le nombre de ces actes btes aille grandissant4 99 99 99 99 99 ,j'en arrive maintenant au credo de l'esprit mercenaire4 ,sa qualit est d'tre bref4 ,pour le mercenaire la loi et les prophtes sont contenus dans ce seul axiome3 ,avec de l'argent on peut tout se procurer4 regarder la vie sociale superficiellement rien de plus vident4 ,nerf de la guerre1 preuve sonnante1 clef qui ouvre toutes les portes1 roi du monde6444 ,on pourrait1 en recueillant tout ce qu'on a dit de la gloire et de la puissance de l'argent1 faire une litanie plus longue que celle qui se chante en l'honneur de la ,vierge ,marie4 ,il faut avoir t sans le sou1 ne ft-ce qu'un jour ou deux1 et avoir essay de vivre dans le monde o nous sommes1 pour se faire une ide de ce qui manque celui dont la bourse est vide4 ,j'engage ceux qui aiment les contrastes et les situations imprvues essayer de vivre sans argent pendant une demi-semaine seulement1 et loin de leurs amis et connaissances1 du milieu enfin o ils sont quelqu'un4 ,ils feront plus d'expriences en quarante-huit heures qu'un homme tabli pendant toute son anne4 ,hlas6 ces expriences quelques-uns les font malgr eux1 et lorsque la ruine vritable s'abat sur leur tte ils ont beau rester dans leur patrie1 parmi les compagnons de leur jeunesse1 leurs anciens collaborateurs et mme leurs obligs1 on affecte de ne plus les connatre4 ,avec quelle amertume ils commentent le credo mercenaire3 avec de l'argent on peut tout se procurer1 sans argent impossible de rien avoir4 ,vous devenez le paria1 le lpreux1 celui dont chacun se dtourne4 ,les mouches vont aux cadavres1 les hommes vont l'argent4 ,aussitt que l'argent se retire le vide se fait4 ,il en a fait couler des larmes le credo mercenaire6 larmes amres1 larmes de sang pleures par ceux-l mmes qui avaient peut-tre t jadis les adorateurs du veau d'or4 ,et pourtant ce credo est faux1 archi-faux4 ,je ne vais pas marcher l'attaque1 avec de vieilles rengaines comme celle de l'homme riche gar dans un dsert et qui ne peut mme pas se procurer une goutte d'eau pour son argent2 ou celle du millionnaire dcrpit qui donnerait la moiti de ce qu'il possde pour acheter un solide gaillard sans le sou1 ses vingt ans et sa robuste sant6 ,je n'essayerai pas non plus de vous prouver qu'on ne peut pas acheter le bonheur4 ,tant de gens parmi ceux qui ont de l'argent et surtout parmi ceux qui n'en ont pas1 sourient de cette vrit comme du plus us de tous les clichs4 ,mais j'en appellerai aux souvenirs1 aux expriences de chacun pour faire toucher du doigt le grossier mensonge que recouvre un axiome que tout le monde va rptant4 ,garnissez votre bourse du mieux que vous pourrez et partons ensemble pour une ville d'eaux1 comme il y en a beaucoup4 ,je veux dire un de ces endroits jadis inconnus1 pleins de gens simples1 respectueux1 accueillants1 parmi lesquels il faisait bon vivre et sans grande dpense4 ,la ,renomme aux cent trompettes les a tirs de l'ombre1 leur a enseign le parti qu'ils pourraient tirer de leur situation1 de leur climat1 de leurs personnes4 ,vous partez1 sur la foi de dame ,renomme1 et vous vous flattez qu'avec votre argent vous pourrez vous procurer une retraite paisible1 et loin du monde factice et civilis1 tisser un peu de posie dans la trame de vos jours4--,la premire impression est bonne3 le cadre naturel et certaines coutumes patriarcales1 lentes disparatre1 vous frappent d'abord favorablement4 ,mais mesure que les jours passent l'impression se gte1 les dessous apparaissent4 ,ce que vous considriez comme du vieux authentique1 pareil aux meubles de famille sculaires1 n'est que du truquage pour mystifier les gobeurs4 ,il y a des tiquettes sur tout1 tout est vendre1 depuis le sol jusqu'aux habitants4 ,ces primitifs sont devenus les plus rous des gens d'affaires4 tant donn votre argent1 ils ont rsolu le problme de se le procurer au moins de frais possible4 ,ce ne sont que ficelles1 piges partout tendus comme des toiles d'araignes et la mouche que ces gens attendaient au fond de leur trou c'est vous4 ,voil ce que vingt ou trente ans de rgime mercenaire ont fait d'une population qui tait autrefois simple1 honnte1 et dont le contact faisait du bien aux citadins surmens4 ,le pain de mnage a disparu1 le beurre sort de l'usine1 ils possdent merveille la mthode pour crmer le lait et les dernires recettes pour falsifier les vins2 ils ont tous les vices des citadins moins leurs vertus4 ,en partant vous comptez votre argent4 ,il en manque beaucoup2 et vous vous plaignez4 ,vous avez tort4 ,on n'achte jamais trop cher la conviction qu'il y a des choses qu'on ne peut pas se procurer pour de l'argent4 ,vous avez besoin dans votre maison d'un employ intelligent et habile1 essayez de vous procurer cet oiseau rare4 ,d'aprs le principe qu'on peut tout avoir avec de l'argent1 vous devrez1 suivant que vous offrez des appointements mdiocres1 ordinaires1 bons1 trs bons1 excellents444 trouver des employs mdiocres1 ordinaires1 trs bons1 suprieurs4 ,mais tous ceux qui se prsenteront pour occuper le poste vacant se rangeront dans la dernire catgorie1 et ils se seront pralablement procur des certificats l'appui de leurs prtentions4 ,il est vrai que neuf fois sur dix1 l'preuve de la pratique1 il apparatra que ces personnages si habiles manquent totalement de savoir-faire4 ,alors pourquoi se sont-ils engags chez vous8 ,ils devraient la vrit de rpondre comme le fait dans la comdie la cuisinire cher paye et qui ne sait rien faire4--,pourquoi vous tes-vous engage comme cordon bleu8--,c'est pour toucher le sou du franc4 ,voil la grande affaire4 ,vous trouverez toujours des gens qui aiment toucher de gros traitements4 ,plus rarement vous trouverez des capacits4 ,et si c'est de la probit qu'il vous faut1 les difficults augmenteront4 ,des mercenaires1 vous en trouverez aisment2 du dvouement1 c'est autre chose4 ,loin de moi la pense de nier l'existence de serviteurs dvous1 d'employs probes et intelligents la fois4 ,mais vous en rencontrerez autant1 et quelquefois plus1 parmi les mal pays que parmi les plus grassement rtribus4 ,et peu importe en somme o ils se rencontrent1 soyez srs qu'ils ne sont pas dvous par intrt1 ils le sont parce qu'ils ont gard un fonds de simplicit qui les rend capables d'abngation4 ,on va aussi rptant partout que l'argent est le nerf de la guerre4 ,sans doute la guerre cote beaucoup d'argent et nous en savons quelque chose4 ,est-ce dire que pour se dfendre contre ses ennemis et faire honneur son drapeau il suffise qu'un pays soit riche8 ,les ,grecs se sont chargs jadis d'administrer aux ,perses la preuve du contraire1 et cette preuve-l ne cessera d'tre rpte dans l'histoire4 ,avec de l'or on peut acheter des vaisseaux1 des canons1 des chevaux2 mais on ne peut pas acheter le gnie militaire1 la sagesse politique1 la discipline1 l'enthousiasme4 ,mettez des milliards entre les mains de vos recruteurs et chargez-les de vous amener un grand capitaine et une arme de sans-culottes4 ,vous trouverez cent capitaines pour un seul et mille soldats1 mais envoyez-les au feu3 vous en aurez pour votre argent4 ,du moins pourrait-on s'imaginer qu'avec de l'argent tout court il soit possible de soulager les misres et de faire du bien4 ,hlas6 cela aussi est une illusion dont il faut revenir4 ,l'argent1 par grosses ou par petites sommes1 est une graine qui fait germer les abus4 moins d'y ajouter de l'intelligence1 de la bont1 une grande exprience des hommes1 vous ne ferez que du mal1 et vous risquerez fort de corrompre ceux qui reoivent vos largesses et ceux que vous avez chargs de les distribuer4 99 99 99 99 99 ,l'argent ne peut pas suffire tout1 il est une puissance1 mais il n'est pas la toute-puissance4 ,rien ne complique la vie1 rien ne dmoralise l'homme1 rien ne fausse le fonctionnement normal de la socit comme le dveloppement de l'esprit mercenaire4 ,partout o il rgne1 c'est la duperie de tous par tous4 ,on ne peut plus se fier rien ni personne1 on ne peut plus rien obtenir qui vaille4 ,nous ne sommes pas des dtracteurs de l'argent2 mais il faut lui appliquer la loi commune3 ,tout sa place1 tout son rang6 ,lorsque l'argent1 qui doit tre un serviteur1 devient une force tyrannique1 irrespectueuse de la vie morale1 de la dignit1 de la libert2 lorsque les uns s'efforcent de se le procurer tout prix1 apportant au march ce qui n'est pas une marchandise2 lorsque les autres qui possdent la richesse s'imaginent qu'ils peuvent obtenir d'autrui ce qu'il n'est permis personne de vendre ni d'acheter1 il faut s'insurger contre cette grossire et criminelle superstition1 crier hautement l'imposture3 que ton argent prisse avec toi6 ,ce que l'homme a de plus prcieux il l'a en gnral reu gratuitement3 qu'il sache donc le donner gratuitement4 ,,ix ,la rclame et le bien ignor4 ,une des principales purilits de ce temps est l'amour de la rclame4 ,percer1 se faire connatre1 sortir de l'obscurit1 quelques-uns sont tel point dvors par ce dsir1 qu'on peut juste titre les dclarer atteints du prurit de la publicit4 leurs yeux l'obscurit est l'ignominie par excellence2 aussi font-ils tout pour tre remarqus4 ,ils se considrent dans leur existence ignore comme des tres perdus1 comparables aux naufrags qu'une nuit de tempte a jets sur quelque rocher dsert et qui ont recours aux clameurs1 aux dtonations1 au feu1 tous les signaux imaginables pour faire savoir quelqu'un qu'ils sont l4 ,non contents de lancer des ptards et des fuses innocentes1 plusieurs sont alls1 pour se faire connatre tout prix1 jusqu' la bassesse et jusqu'au crime4 ,l'incendiaire rostrate a fait de nombreux disciples4 ,combien sont-ils de ce temps qui ne sont devenus clbres que pour avoir dtruit quelque chose de marquant1 dmoli ou essay de dmolir une rputation illustre1 signal leur passage enfin1 par un scandale1 une mchancet ou quelque barbarie retentissante4 ,cette rage de la notorit ne svit pas seulement parmi les cervelles fles1 ou dans le monde des financiers douteux1 des charlatans1 des cabotins de tout rang1 elle s'est rpandue dans tous les domaines de la vie spirituelle et matrielle4 ,la politique1 la littrature1 la science mme1 et1 chose plus choquante1 la charit et la religion ont t infestes par les rclames4 ,on sonne de la trompette autour des bonnes oeuvres et pour convertir les mes on a imagin des pratiques criardes4 ,poursuivant ses ravages1 la fivre du bruit a gagn des retraites d'ordinaire silencieuses1 troubl les esprits en gnral poss et vici dans une large mesure l'activit pour le bien4 ,l'abus de tout montrer ou plutt de tout taler1 l'incapacit croissante d'apprcier ce qui reste cach et l'habitude de mesurer la valeur des choses au tapage qu'elles font1 a fini par altrer le jugement des plus srieux1 et l'on se demande parfois si la socit ne finira pas par se transformer en une vaste foire o chacun bat de la caisse devant sa baraque4 ,on quitte volontiers la poussire et l'intolrable cacophonie des exhibitions foraines pour aller respirer l'aise dans quelque vallon cart1 tout surpris de voir combien le ruisseau est limpide1 la fort discrte1 et la solitude agrable4 ,dieu merci1 il y a encore des asiles inviols4 ,quelque formidable que soit le vacarme1 quelque assourdissante que soit la mle o s'entre-choquent les voix des pitres1 tout cela ne porte pas au del d'une certaine limite1 puis s'apaise et s'teint4 ,le domaine du silence est plus vaste que celui du bruit2 c'est l ce qui nous console4 99 99 99 99 99 ,posons le pied au seuil de ce monde infini qu'habite le bien ignor1 le labeur silencieux4 ,nous sommes d'emble sous ce charme qu'on prouve voir les neiges immacules o personne n'imprima ses pas1 les fleurs des solitudes1 les sentiers perdus qui semblent aller vers les horizons sans limites4 ,le monde est ainsi fait que les ressorts du travail1 les agents les plus actifs sont partout dissimuls4 ,la nature met une sorte de coquetterie masquer son labeur4 ,il faut se donner la peine de la guetter1 s'ingnier la surprendre si l'on dsire observer autre chose que des rsultats et pntrer dans les secrets de ses laboratoires4 ,pareillement dans la socit humaine1 les forces qui agissent pour le bien demeurent invisibles et de mme encore dans la vie de chacun de nous3 ce que nous avons de meilleur est incommunicable1 enfoui au plus profond de nous-mmes4 ,plus les sentiments sont nergiques1 confondus avec la racine mme de notre tre1 moins ils recherchent l'ostentation2 ils croiraient se profaner en s'empressant de s'exposer au grand jour4 ,il y a une secrte et inexprimable joie possder au fond de soi-mme un monde intrieur que ,dieu seul connat et d'o cependant nous vient l'impulsion1 l'entrain1 le renouvellement journalier de notre courage et les plus puissants motifs d'agir au dehors4 ,quand cette vie intime diminue d'intensit1 quand l'homme la nglige pour soigner la surface1 il perd en valeur tout ce qu'il gagne en apparence4 ,par une triste fatalit1 il arrive ainsi que1 souvent1 nous valons moins mesure que nous sommes admirs davantage4 ,et nous demeurons convaincus que ce qu'il y a de meilleur dans le monde c'est ce qu'on ne sait pas1 car ceux-l seuls le savent qui le possdent1 et s'ils le disaient ils lui teraient du mme coup son parfum4 ,quelques amants passionns de la nature l'aiment surtout chez elle dans les coins reculs1 au fond des bois1 dans le creux des sillons1 partout o le premier venu n'est pas admis la contempler4 ,ils resteraient des jours1 oubliant le temps et la vie regarder dans les solitudes invioles un oiseau construire son nid ou nourrir sa couve1 ou quelque gibier se livrer ses gracieux bats4 ,c'est ainsi qu'il faut aller chercher le bien chez lui1 l o il n'y a plus ni contrainte1 ni pose1 ni galerie d'aucune sorte1 mais le fait simple d'une vie qui consiste vouloir tre ce qu'il est bon qu'elle soit1 sans se soucier d'autre chose4 99 99 99 99 99 ,qu'il nous soit permis de placer ici quelques observations prises sur le vif4 ,restant anonymes elles ne pourront pas tre considres comme indiscrtes4 ,il y a dans mon pays d',alsace1 sur une route solitaire dont le ruban interminable se prolonge sous les forts des ,vosges1 un casseur de pierres que je vois son ouvrage depuis trente ans4 ,la premire fois que je le vis1 je partais1 jeune colier1 pour la grande ville1 et j'avais le coeur gros4 ,la vue de cet homme me fit du bien1 parce qu'il fredonnait une chanson tout en fendant des cailloux4 ,nous changemes quelques paroles et il me dit pour terminer3 ,allons1 mon garon1 bon courage et bonne chance6 ,depuis lors j'ai pass et repass sur cette route dans les circonstances les plus diverses1 pnibles ou joyeuses4 ,l'colier a fait son chemin1 le casseur de pierres est rest ce qu'il tait3 il a pris quelques prcautions de plus contre l'intemprie des saisons2 une natte de paille protge son dos et son feutre semble s'tre enfonc plus avant afin de mieux garantir la tte4 ,mais la fort renvoie toujours l'cho de son vaillant marteau4 ,que de bourrasques1 pauvre vieux1 ont pass sur son chine1 que de destines contraires sur sa vie1 sa famille1 son pays6 il continue casser ses pierres1 et1 que j'arrive ou que je parte1 je le retrouve au bord de sa route1 souriant malgr l'ge et les rides1 bienveillant1 ayant1 surtout aux jours mauvais1 de ces paroles simples de brave homme qui font tant d'effet quand on les scande en cassant des pierres4--,il me serait compltement impossible d'exprimer l'motion que me produit la vue de cet homme simple4 ,et certes il ne s'en doute pas4 ,je ne connais pas de spectacle plus rconfortant1 mais en mme temps plus svre pour la vanit qui fermente dans nos coeurs1 que cette confrontation avec un obscur travailleur qui fait son oeuvre comme le chne grandit et comme le bon ,dieu fait lever son soleil1 sans s'occuper de qui le regarde4 ,j'ai connu aussi beaucoup de vieux instituteurs et d'institutrices qui ont pass leur vie une besogne toujours la mme3 faire pntrer les rudiments des connaissances humaines et quelques principes de conduite dans des ttes parfois plus dures que les cailloux4 ,ils ont fait cela avec leur me1 tout le long d'une pnible carrire1 o l'attention des hommes tenait peu de place4 ,quand ils se coucheront dans leur tombe ignore1 nul ne s'en souviendra que quelques humbles comme eux4 ,mais leur rcompense est dans leur amour2 personne n'est plus grand que ces inconnus4 99 99 99 99 99 ,combien d'obscures vertus ne dcouvre-t-on pas lorsqu'on sait chercher1 dans une certaine catgorie de personnes qu'on a souvent ridiculises sans penser qu'on se rendait coupable la fois de cruaut1 d'ingratitude et de btise4 ,je veux parler des vieilles filles4 ,on se plat remarquer qu'il y en a de surprenantes par le costume et les allures1 ce qui d'ailleurs ne tire pas consquence2 on veut bien aussi se souvenir que d'autres1 trs personnelles1 se sont dsintresses de tout except de leurs aises et du bien-tre de quelque serin1 chat ou macaque en qui leurs puissances affectives se sont absorbes1 et certainement celles-l ne le cdent pas en gosme aux plus endurcis clibataires du sexe fort4 ,mais ce qu'on a tort d'ignorer le plus souvent1 c'est la somme de sacrifice qui se cache modestement dans la vie de tant de vieilles filles tout simplement admirables4 ,n'est-ce donc rien de n'avoir ni foyer1 ni amour1 ni avenir1 ni ambition pour soi-mme2 de prendre sur soi cette croix de solitude si lourde porter1 surtout quand la solitude extrieure vient s'ajouter celle du coeur2 de s'oublier pour n'avoir plus d'intrt sur la terre que celui de vieux parents1 de jeunes neveux orphelins1 des pauvres1 des infirmes1 de tout ce que le mcanisme brutal de la vie rejette parmi les scories8 ,vues du dehors1 ces existences presque effaces n'ont que peu de lustre1 elles excitent la piti plutt que l'envie4 ,ceux qui en approchent avec respect1 y devinent parfois des secrets douloureux1 de grandes preuves passes1 de lourds fardeaux sous lesquels plient des paules trop fragiles1 mais ce n'est l que le ct de l'ombre4 ,il faudrait pouvoir apprcier cette richesse de coeur1 cette pure bont1 cette puissance d'aimer1 de consoler1 d'esprer1 ce don joyeux de soi-mme1 cette invincible obstination dans la douceur et le pardon1 mme vis--vis de ceux qui en sont indignes4 ,pauvres vieilles filles1 combien avez-vous sauv de naufrags1 guri de blesss1 ramass d'gars1 vtu de misrables1 recueilli d'orphelins1 combien d'tres qui seraient seuls au monde s'ils ne vous avaient pas1 vous qui souvent n'avez personne6 ,je me trompe4 ,quelqu'un vous connat2 c'est la grande ,piti inconnue qui veille sur nos vies et souffre de nos infortunes4 ,oublie comme vous et souvent blasphme1 elle vous a confi quelques-uns de ses plus saints messages et c'est pour cela sans doute que parfois sur votre passage discret on croit sentir comme un frlement d'aile des anges secourables4 99 99 99 99 99 ,le bien se cache sous tant de formes diverses qu'on a souvent autant de peine le dcouvrir que les mfaits les mieux dissimuls4 ,un mdecin russe qui avait pass dix ans de sa vie en ,sibrie1 condamn aux travaux forcs pour motifs politiques1 se plaisait raconter les traits de gnrosit1 de courage1 d'humanit qu'il avait observs1 non seulement chez plusieurs condamns1 mais aussi chez des gardes-chiourme4 ,pour le coup on serait tent de dire3 o le bien va-t-il se nicher8 ,et1 de fait1 la vie vous offre de grandes surprises et des contrastes dconcertants4 ,il y a des braves gens1 officiellement reconnus comme tels1 cots dans leur milieu1 je dirais presque garantis par le gouvernement ou par l'glise1 qui on ne peut absolument rien reprocher si ce n'est qu'ils ont le coeur sec et dur1 alors qu'on est tonn de rencontrer chez certains tres tombs1 de la tendresse vritable et comme une soif de se dvouer4 99 99 99 99 99 ,qu'il me soit permis maintenant de parler1 propos du bien ignor1 de gens qu'on est convenu de traiter aujourd'hui avec la dernire injustice1--des gens riches4 ,quelques-uns croient avoir tout dit quand ils ont fltri l'infme capital4 ,pour eux1 tous ceux qui possdent une grande fortune1 sont des monstres gorgs du sang des malheureux4 ,d'autres1 moins dclamatoires1 n'en confondent pas moins constamment la richesse avec l'gosme et l'insensibilit4 ,il faut faire justice de ces erreurs involontaires ou calcules4 ,sans doute1 il y a des riches qui ne se soucient de personne1 et d'autres qui ne font le bien que par ostentation4 ,nous le savons de reste4 ,mais leur conduite inhumaine ou hypocrite enlve-t-elle sa valeur au bien que font les autres et que souvent ils cachent avec une pudeur si parfaite8 ,j'ai connu un homme qui taient arrivs tous les malheurs qui peuvent nous atteindre dans nos affections4 ,il avait perdu une femme aime1 enterr successivement tous ses enfants des ges diffrents4 ,mais il possdait une grande fortune1 rsultat de son travail4 ,vivant dans une extrme simplicit1 presque sans besoins pour lui-mme1 il passait son temps chercher des occasions de faire le bien et en profiter4 ,ce qu'il a surpris de gens en flagrant dlit de pauvret honteuse1 ce qu'il a combin de moyens pour soulager des misres1 mettre un peu de lumire dans les vies sombres1 faire des surprises amicales ses amis1 personne ne pourrait se l'imaginer4 ,son plaisir tait de faire du bien aux autres et de jouir de leur surprise quand ils ne savaient pas d'o le coup partait4 ,il se plaisait rparer les injustices du sort1 faire pleurer de bonheur des familles poursuivies par la malchance4 ,sans cesse il complotait1 tramait1 machinait dans l'ombre1 avec une peur enfantine de se faire attraper la main dans le sac4 ,on n'a su la meilleure part de ses exploits qu'aprs sa mort et combien qu'on ne saura jamais4 ,c'tait l un vrai partageux6 car il y en a de deux sortes4 ,ceux qui aspirent s'adjuger une part du bien des autres sont nombreux et vulgaires4 ,pour en tre il suffit d'avoir beaucoup d'apptit4 ,ceux qui ont soif de partager leur propre bien avec ceux qui n'en ont pas sont rares et prcieux1 car pour entrer dans cette compagnie d'lite il faut tre un brave et digne coeur1 dtach de soi-mme1 sensible au bonheur comme au malheur de ses semblables4 ,heureusement la race de ces partageux-l n'est pas teinte1 et j'prouve une satisfaction sans mlange leur rendre un hommage qu'ils ne rclament pas4 99 99 99 99 99 ,on m'excusera d'insister4 ,il fait bon se soulager la bile de tant d'infamies1 de tant de calomnies1 de tant de pessimisme1 de tant de charlatanisme1 en reposant ses yeux sur quelque chose de plus beau1 en respirant le parfum de ces coins perdus o fleurit la simple bont4 ,une dame trangre1 peu habitue sans doute la vie parisienne1 me disait nagure l'horreur que lui inspirait le spectacle qui s'offrait ici ses yeux3 ces vilaines affiches1 ces mchants journaux1 ces femmes aux cheveux teints1 cette foule qui se rue aux courses1 aux cafs-concerts1 au jeu1 la corruption1 tout ce flot de vie superficielle et mondaine4 ,elle ne pronona pas le mot de ,babylone1 mais c'tait sans doute par piti pour un des habitants de cette ville de perdition4--,hlas6 oui1 ces choses sont tristes1 madame2 mais vous n'avez pas tout vu4--,dieu m'en garde6 rpliqua-t-elle4--,non1 je voudrais au contraire que vous puissiez tout voir1 car s'il y a des dessous trs laids1 il en est de si rconfortants4 ,et tenez1 changez seulement de quartier1 ou observez d'autres heures4 ,donnez-vous le spectacle du ,paris matinal1 il vous fournira bien des lments pour corriger vos impressions sur le ,paris noctambule4 ,allez voir1 entre tant d'autres laborieux1 les braves balayeurs1 qui sortent l'heure o se retirent les noceurs et les escarpes4 ,voyez1 sous ces haillons1 ces corps de cariatides1 ces figures austres6 ,de quel srieux ils balayent les restes des festins de la nuit6 ,on dirait des prophtes au seuil de ,balthazar4 ,il y a l des femmes1 beaucoup de vieillards4 ,quand il fait froid1 ils soufflent dans leurs doigts et recommencent trimer4 ,et ainsi tous les jours4 ,ceux-l aussi sont habitants de ,paris4--,allez ensuite dans les faubourgs1 dans les ateliers1 surtout dans les petits o le patron travaille comme l'ouvrier4 ,voyez l'arme des travailleurs marcher sa besogne4 ,comme ces jeunes filles sont vaillantes et descendent gament de leurs quartiers lointains vers les ateliers1 les magasins1 les bureaux de la ville4--,puis1 visitez les intrieurs1 voyez l'oeuvre la femme du peuple4 ,le salaire est modeste1 la demeure troite1 les enfants nombreux et souvent l'homme est dur4 ,faites collection de biographies de petites gens1 de budgets de petits mnages1 regardez longtemps et regardez bien4 ,allez ensuite voir les tudiants4 ,ceux que vous avez vus faire tant de scandale dans les rues sont nombreux1 mais ceux qui travaillent sont lgion4 ,seulement ils restent chez eux2 on les ignore4 ,si vous saviez ce qu'on bche et peine au quartier latin6 ,vous avez vu des journaux pleins du bruit que fait une certaine jeunesse qui se dit studieuse4 ,les journaux parlent bien de ceux qui cassent des vitres1 mais pourquoi parleraient-ils de ceux qui veillent tard sur les problmes de la science ou de l'histoire8 ,cela n'intresserait pas le public4 ,tenez1 lorsque parfois l'un d'entre eux1 tudiant en mdecine1 meurt victime du devoir professionnel1 cela se constate en deux lignes dans les feuilles publiques4 ,une rixe d'ivrognes prend une demi-colonne4 ,les moindres dtails en sont fixs1 caresss4 ,il ne manque que le portrait des hros1 et mme pas toujours6 ,je n'en finirais pas1 si je voulais vous signaler tout ce qu'il faudrait aller voir pour avoir tout vu2 il faudrait faire le tour de la socit entire1 riches et pauvres1 savants et ignorants4 ,et certes alors vous ne jugeriez plus si svrement4 ,paris est un monde1 et1 de mme que dans le monde en gnral1 le bien s'y cache1 tandis que le mal s'y pavane4 ,quand on regarde la surface1 on se demande quelquefois comment il se peut qu'il y ait tant de canailles4 ,quand on va au fond1 on s'tonne au contraire que dans cette vie tourmente1 obscure1 et parfois horrible1 il puisse y avoir tant de vertus6 99 99 99 99 99 ,mais pourquoi m'appesantir sur ces choses8 ,n'est-ce pas faire de la rclame pour ceux qui l'ont en horreur8--,ce n'est pas ainsi qu'il faut me comprendre4 ,mon but le voici3 rendre attentif au bien ignor1 et surtout le faire aimer1 le faire pratiquer4 ,l'homme est perdu qui se complat dans ce qui brille et frappe les yeux3 d'abord parce qu'il s'expose voir surtout le mal2 ensuite parce qu'il s'habitue ne remarquer de bien que celui qui cherche les regards et parce que facilement il succombe la tentation de vivre pour paratre4 ,non seulement il faut se rsigner l'obscurit1 mais il faut l'aimer1 si l'on ne veut pas lentement glisser au rang du figurant de thtre qui n'observe son maintien que sous l'oeil des spectateurs et se ddommage dans la coulisse des contraintes qu'il s'est imposes en scne4 ,nous sommes l en prsence d'un des lments essentiels de la vie morale4 ,et ce que nous disons n'est pas seulement vrai pour ceux qu'on appelle les humbles et dont le sort est de n'tre point remarqus4 ,c'est vrai encore et beaucoup plus pour les premiers rles4 ,si vous ne voulez pas tre une brillante inutilit1 un homme de panache et de galon1 mais qui n'a rien dans le ventre1 il vous faut remplir votre premier rle dans l'esprit de simplicit du plus obscur de vos collaborateurs4 ,quiconque ne vaut qu'aux heures de parade1 vaut moins que rien4 ,avons-nous le prilleux honneur d'tre en vue et de marcher au premier rang2 entretenons dans notre vie avec d'autant plus de soin le sanctuaire intrieur du bien ignor4 ,donnons l'difice dont nos semblables regardent la faade une large assise de simplicit1 de fidlit humble4 ,et puis1 restons prs des inconnus par la sympathie1 par la reconnaissance6 ,c'est eux que nous devons tout1 n'est-il pas vrai8 je prends tmoin tous ceux qui ont fait dans le domaine humain cette fortifiante exprience que les pierres caches dans le sol soutiennent tout l'difice4 ,tous ceux qui arrivent avoir une certaine valeur reconnue et publique le doivent quelques humbles anctres spirituels1 quelques inspirateurs oublis4 ,un petit nombre d'tres bons parmi lesquels il y a souvent des paysans1 des femmes1 des vaincus de l'existence1 des parents aussi modestes que vnrs1 personnifient pour nous la belle et noble vie4 ,leur exemple nous inspire et nous soutient4 ,leur souvenir demeure jamais insparable de notre for intrieur4 ,nous les voyons aux heures douloureuses1 courageux et tranquilles et nos fardeaux nous semblent plus lgers4 ,ils se tiennent serrs autour de nous1 phalange invisible et aime qui nous empche de broncher et de perdre pied dans la bataille2 et tous les jours ils nous prouvent que le trsor de l'humanit1 c'est le bien que le monde ne connat pas4 ,x ,mondanit et vie d'intrieur4 ,du temps du second empire1 il y avait dans une de nos plus jolies sous-prfectures de province1 trs peu de distance d'une station balnaire frquente par l'empereur1 un maire fort respectable1 et d'ailleurs intelligent1 auquel la tte tourna subitement quand il pensa que le chef de l'tat pourrait bien un jour descendre dans sa maison4 ,jusque-l il avait vcu1 dans la vieille demeure paternelle1 en fils respectueux des moindres souvenirs4 ,aussitt que l'ide fixe de recevoir l'empereur des ,franais se fut empare de sa cervelle1 il devint un autre homme4 ,dcidment1 ce qui lui avait sembl suffisant et mme confortable1 toute cette simplicit aime des parents et des aeux1 apparut ses yeux comme mesquine1 laide1 mprisable4 ,impossible de faire monter un empereur par cet escalier de bois1 de l'inviter s'asseoir sur ces vieux fauteuils1 de permettre qu'il pose le pied sur ces tapis suranns4 ,alors le maire appela l'architecte et les maons1 fit attaquer les murs coups de pic1 dmolit des cloisons et cra un salon hors de proportion1 par le luxe et l'tendue1 avec le reste de la maison4 ,il se retira avec sa famille dans quelques pices triques o gens et meubles1 entasss malgr eux1 se gnaient mutuellement4 ,puis1 ayant par ce coup de tte vid sa bourse et boulevers son intrieur1 il attendit l'hte imprial4 ,hlas6 il vit bien arriver la fin de l'empire1 mais l'empereur non pas4 ,la folie de ce pauvre homme n'est pas aussi rare que l'on pourrait penser4 ,sont1 comme lui1 fous du cerveau1 tous ceux qui sacrifient leur vie d'intrieur la mondanit4 ,le danger d'un pareil sacrifice est plus menaant en des temps plus agits4 ,nos contemporains y sont constamment exposs et un grand nombre y succombent4 ,que de trsors de famille ont t gaspills en pure perte1 pour satisfaire des conventions ou des ambitions mondaines1 et le bonheur auquel on prtendait prparer son entre par ces sacrifices impies1 s'est fait attendre toujours4 ,c'est faire un march de dupe que de livrer le foyer de la famille1 de laisser les bonnes traditions tomber en dsutude1 d'abandonner les simples coutumes domestiques4 ,la place de la vie d'intrieur est telle dans la socit1 qu'il suffit de l'affaiblir pour que le trouble se fasse sentir dans l'organisme social tout entier4 ,pour jouir d'un dveloppement normal1 cet organisme a besoin qu'on lui fournisse des individus bien tremps1 ayant leur valeur propre1 leur marque personnelle4 ,autrement la socit devient un troupeau et quelquefois un troupeau sans berger4 ,mais o l'individu puisera-t-il son originalit1 ce quelque chose d'unique1 qui1 runi aux qualits distinctives des autres1 constitue la richesse et la solidit d'un milieu8 ,il ne peut les puiser que dans la famille4 ,dtruisez cette constellation de pratiques et de souvenirs1 qui font de chaque intrieur comme un climat en miniature1 vous tarissez les sources du caractre1 vous coupez les racines mmes de l'esprit public4 ,il importe la patrie que chaque foyer soit un monde profond1 respect1 communiquant ses membres une empreinte morale ineffaable4 ,mais avant de poursuivre1 cartons ici un malentendu4 ,l'esprit de famille1 comme toutes les plus belles choses1 a sa caricature qui se nomme l'gosme domestique4 ,certaines familles sont comme des citadelles fermes o l'on s'est organis pour l'exploitation du monde extrieur4 ,tout ce qui ne les concerne pas elles-mmes directement leur est indiffrent4 ,elles se trouvent l'tat de colons1 je dirai presque d'intrus1 dans la socit o elles vivent4 ,leur particularisme est pouss un tel excs qu'elles forment des ennemis du genre humain4 ,au petit pied1 elles ressemblent ces puissantes socits formes de loin en loin travers l'histoire1 qui s'emparrent de l'empire du monde et pour qui rien ne comptait qu'elles mmes4 ,c'est cet esprit-l qui a fait quelquefois considrer la famille comme un repaire de l'gosme qu'il fallait dtruire pour le salut de la socit4 ,mais1 de mme qu'il y a un abme entre l'esprit de corps et l'esprit de parti1 il y a un abme entre l'esprit de famille et l'esprit de coterie familiale4 99 99 99 99 99 ,or c'est de l'esprit de famille qu'il s'agit ici4 ,rien au monde ne le vaut4 ,car il contient en germe toutes ces grandes et simples vertus qui assurent la dure et la puissance des institutions sociales4 la base mme de l'esprit de famille se trouve le respect du pass1 car ce qu'une famille a de meilleur ce sont les souvenirs communs4 ,capital intangible1 indivisible1 inalinable1 ces souvenirs constituent un dpt sacr4 ,chacun des membres de la famille doit les considrer comme ce qu'il a de plus prcieux4 ,ils existent sous une double forme3 dans l'ide et dans le fait4 ,on les rencontre dans le langage1 les ornires de la pense1 les sentiments1 les instincts mme4 ,et sous une forme matrielle on les voit reprsents par des portraits1 des meubles1 des constructions1 des costumes1 des chants4 ,aux yeux des profanes1 ce n'est rien2 aux yeux de ceux qui savent apprcier les choses de la vie de famille1 ce sont des reliques qu'on ne doit abandonner aucun prix4 ,mais que se passe-t-il en gnral dans le monde o nous vivons8 ,la mondanit fait la guerre l'esprit de famille4 ,toutes les luttes sont poignantes2 je n'en connais pas de plus passionnante que celle-l4--,par les grands moyens comme par les petits1 par toutes sortes d'habitudes nouvelles1 d'exigences1 de prtentions1 l'esprit mondain fait irruption dans le sanctuaire domestique4 ,quels sont les droits de cet tranger8 ses titres8 ,sur quoi peut-il appuyer ses revendications premptoires8 ,c'est ce qu'en gnral on nglige de se demander4 ,on a tort4 ,nous nous comportons l'gard de l'envahisseur comme les pauvres gens trs simples l'gard d'un visiteur fastueux4 ,pour cet hte encombrant d'un jour1 ils pillent leur jardin1 bourrent leurs domestiques et leurs enfants1 ngligent leur travail4 ,conduite injuste et maladroite4 ,il faut avoir le courage de rester ce qu'on est1 en face de n'importe qui4 ,l'esprit mondain a toutes les impudences4 ,voici un intrieur simple qui a form et forme encore des caractres de marque4 ,les hommes1 les meubles1 les habitudes1 tout s'y tient4 ,par le mariage1 par des relations d'affaires ou de plaisir1 l'esprit mondain y pntre4 ,il y trouve tout vieilli1 gauche1 naf4 ,cela manque de modernit4 ,d'abord il se borne la critique1 la raillerie spirituelle4 ,mais c'est le moment le plus dangereux4 ,prenez garde vous1 voil l'ennemi6 ,si vous vous laissez le moins du monde entamer par ses raisons1 demain vous sacrifierez un meuble1 aprs-demain une bonne vieille tradition1 et peu peu les chres reliques du coeur1 les objets familiers1 et avec eux la pit filiale1 s'en iront chez le marchand de bric--brac4 ,dans les habitudes nouvelles et le milieu chang1 vos amis d'autrefois1 vos vieux parents seront dpayss4 ,vous ferez un pas de plus en les remisant leur tour3 la mondanit supprime les vieux4 ,ainsi pourvu d'un cadre absolument transform1 vous serez vous-mme tonn de vous y voir4 ,cela ne vous rappellera rien2 mais ce sera correct1 et l'esprit mondain1 du moins1 se dclarera satisfait4 ,hlas6 c'est ce qui vous trompe4 ,aprs avoir fait jeter de purs trsors comme une vile ferraille1 il vous trouvera emprunt sous votre livre neuve1 et s'empressera de vous faire sentir tout le ridicule d'une telle situation4 ,mieux et valu avoir1 ds l'abord1 le courage de votre opinion et dfendre votre intrieur4 ,beaucoup de jeunes gens1 en se mariant1 cdent aux inspirations de l'esprit mondain4 ,leurs parents leur avaient donn l'exemple d'une vie modeste2 mais la nouvelle gnration croit affirmer ses droits l'existence et la libert en rpudiant un genre de vie ses yeux trop patriarcal4 ,elle s'efforce donc de s'installer la dernire mode1 grands frais et se dfait vil prix d'objets utiles4 ,au lieu de remplir sa maison de choses qui nous disent3 ,souviens-toi6 on les garnit de meubles tout neufs auxquels aucune pense encore ne se rattache4 ,je me trompe1 ces objets sont souvent comme les symboles de la vie facile et superficielle4 ,on respire au milieu d'eux je ne sais quelle vapeur capiteuse de mondanit4 ,ils rappellent la vie du dehors1 le grand train1 le tourbillon4 ,et ft-on dispos les oublier parfois1 ils y ramnent la pense et nous disent en un autre sens3 ,souviens-toi6 n'oublie pas l'heure du club1 des spectacles1 des courses4 ,l'intrieur s'organise donc de telle sorte qu'il devient le pied--terre o l'on vient se reposer un peu entre deux absences prolonges4 ,il ne fait pas bon y rester longtemps4 ,comme il n'a pas d'me il ne parle pas l'me4 ,le temps de dormir1 de manger1 et vite il faut en sortir4 ,on y deviendrait somnolent1 casanier4 ,chacun connat des gens qui ont la rage de sortir1 qui croiraient que le monde va s'arrter s'ils ne figuraient pas partout4 ,rester chez eux est leur pire corve1 ils ne peuvent pas s'y voir en peinture4 ,l'horreur de la vie d'intrieur les tient au point1 qu'ils prfrent payer pour s'ennuyer dehors1 que de s'amuser chez eux gratuitement4 99 99 99 99 99 ,peu peu1 une socit drive ainsi vers la vie par troupeaux1 qu'il ne faut pas confondre avec la vie publique4 ,la vie par troupeaux est quelconque comme celle des essaims de mouches au soleil4 ,rien ne ressemble plus la vie mondaine d'un homme que la vie mondaine d'un autre homme4 ,et cette universelle banalit dtruit l'essence mme d'un esprit public4 ,on n'a pas besoin de faire de bien longs voyages pour constater les ravages que l'esprit de mondanit a faits dans la socit contemporaine1 et si nous avons si peu de fonds1 d'quilibre1 de calme bon sens1 d'initiative1 une des grosses raisons en est dans la diminution de la vie d'intrieur4 ,les masses ont embot le pas derrire le beau monde4 ,le peuple est devenu mondain4 ,car c'est de la mondanit que de quitter son chez-soi pour aller vivre au cabaret4 ,la misre1 le vicieux tat des habitations ne suffisent pas expliquer le courant qui emporte chacun hors du home4 ,pourquoi le paysan dserte-t-il pour l'auberge la maison o son pre et son aeul se plaisaient tant8 ,la demeure est reste la mme2 c'est le mme feu dans la mme chemine2 d'o vient qu'il n'claire plus qu'un cercle incomplet1 au lieu des veilles de jadis o jeunes et vieux se coudoyaient8 ,quelque chose s'est modifi dans l'esprit des hommes4 ,cdant leurs dsirs malsains1 ils ont rompu avec la simplicit4 ,les pres ont quitt leur poste d'honneur1 la femme vgte prs de l'tre solitaire1 et les enfants se querellent en attendant qu'ils puissent leur tour s'en aller chacun de leur ct4 ,il nous faut rapprendre la vie d'intrieur et le prix des traditions domestiques4 ,une pieuse sollicitude a consacr certains monuments1 seuls restes du pass parmi nous4 ,de mme les costumes anciens1 les dialectes provinciaux1 les vieilles chansons ont trouv1 avant de disparatre du monde1 des mains pieuses pour les recueillir4 ,que l'on fait bien de garder ces miettes d'un grand pass1 ces vestiges de l'me des aeux6 ,faisons de mme pour les traditions de famille1 sauvons et faisons durer autant que possible tout ce qui subsiste encore de patriarcal1 n'importe sous quelle forme6 99 99 99 99 99 ,mais tout le monde n'a pas de tradition garder4 ,raison de plus pour redoubler d'efforts dans la constitution et la culture de la vie de famille4 ,on n'a besoin pour cela ni d'tre nombreux1 ni d'tre largement installs4 ,pour crer un intrieur1 il faut avoir l'esprit d'intrieur4 ,de mme que le moindre village peut avoir son histoire1 son empreinte morale1 de mme le plus petit intrieur peut avoir son me4 ,oh6 l'esprit des lieux1 l'atmosphre qui nous environne dans les demeures humaines6 ,quel monde de mystres6 ,ici1 ds le seuil1 vous tes pntr de froid1 le malaise vous gagne4 ,quelque chose d'insaisissable vous repousse4 ,l1 aussitt que vous avez ferm la porte sur vous1 la bienveillance et la bonne humeur vous environnent4 ,on dit que les murs ont des oreilles4 ,ils ont aussi leur voix1 leur muette loquence4 ,sur tout ce que contient une demeure flotte l'esprit des gens4 ,et je vois une preuve de la puissance de cet esprit jusque dans les intrieurs de garons et de femmes qui vivent isols4 ,quel abme entre une chambre et une autre chambre6 ,ici1 de l'inertie1 de l'indiffrence1 du terre terre2 la devise de l'habitant est crite jusque dans sa faon d'arranger ses livres et ses photographies3 ,tout m'est gal4 ,l1 c'est la joie de vivre1 l'entrain communicatif2 le visiteur sent quelque chose lui dire sous mille formes3 qui que tu sois1 hte d'une heure1 je te veux du bien1 que la paix soit sur toi6 ,on ne dira jamais assez la puissance de la vie d'intrieur1 l'influence d'une fleur aime et cultive sur la fentre1 le charme d'un vieux fauteuil o le grand-pre s'est assis1 offrant ses vieilles mains rides aux baisers des petits enfants joufflus4 ,pauvres modernes6 toujours en dmnagement ou en transformation6 ,nous qui1 force de modifier la figure de nos villes1 de nos maisons1 de nos coutumes1 de nos croyances1 n'avons plus o reposer nos ttes1 n'augmentons pas la tristesse et le vide de nos existences incertaines en abandonnant la vie d'intrieur4 ,rallumons la flamme au foyer teint1 crons-nous des abris inviols1 des nids chauds o les enfants deviennent des hommes1 o l'amour trouve une cachette1 la vieillesse un repos1 la prire un autel et la patrie un culte6 ,,xi ,la beaut simple4 ,quelques-uns pourraient protester au nom de l'esthtique contre l'organisation de la vie simple1 ou nous opposer la thorie du luxe utile1 providence des affaires1 grand nourricier des arts1 ornement des socits civilises4 ,nous tenons leur rpondre d'avance par quelques brves remarques4 ,on se sera sans doute aperu que l'esprit qui anime ces pages n'est point l'esprit utilitaire4 ,ce serait une erreur de penser que la simplicit que nous recherchons1 ait quelque chose de commun avec celle que s'imposent les avares par ladrerie et les esprits troits par faux rigorisme4 ,pour les premiers1 la vie simple c'est la vie bon march4 ,pour les autres1 elle est une existence terne et vgtative o le mrite consiste se priver de tout ce qui sourit1 brille et charme4 ,il ne nous dplat point que ceux qui ont beaucoup de moyens1 mettent leur fortune en circulation au lieu de thsauriser1 et fassent vivre le commerce et prosprer les beaux-arts4 ,aprs tout1 ils tirent un excellent parti de leur situation privilgie4 ,ce que nous combattons c'est la prodigalit stupide1 l'usage goste des richesses et surtout la recherche du superflu par ceux qui ont besoin de soigner avant tout le ncessaire4 ,le luxe d'un ,mcne ne saurait avoir la mme influence sur une socit1 que celui d'un vulgaire jouisseur qui tonne ses contemporains par le faste de sa vie et la folie de ses gaspillages4 ,un mme terme dsigne ici des choses fort diffrentes4 ,semer l'argent n'est pas tout2 il y a des faons de le semer qui ennoblissent les hommes et d'autres qui les avilissent4 ,semer l'argent1 du reste1 cela suppose qu'on en est abondamment pourvu4 ,lorsque l'amour de la vie somptueuse s'empare de ceux qui disposent de moyens limits1 la question change singulirement4 ,et1 ce qui nous frappe en ce temps-ci1 c'est la rage de dpenser leur bien chez ceux qui devraient le mnager4 ,que la munificence soit un bienfait social3 nous l'accordons volontiers4 ,qu'il puisse mme1 la rigueur1 tre soutenu que la prodigalit de certains riches est comme une soupape destine laisser couler le trop-plein3 nous n'essaierons pas de le contester4 ,nous constatons seulement qu'il y a trop de gens qui jouent de la soupape alors qu'il serait de leur intrt et de leur devoir de pratiquer l'conomie3 leur luxe et leur amour du luxe sont un malheur priv et un danger public4 99 99 99 99 99 ,voil pour le luxe utile4 ,nous dsirons nous expliquer maintenant sur la question d'esthtique1 oh bien modestement1 et sans empiter sur le terrain des spcialistes4 ,par une illusion trop commune1 on considre la simplicit et la beaut comme deux rivales4 ,mais simple n'est pas synonyme de laid1 pas plus que luxueux1 surcharg1 recherch1 coteux n'est synonyme de beau4 ,nos yeux sont blesss par le spectacle criard d'une beaut tapageuse1 d'un art vnal1 d'un luxe sans grce et sans esprit4 ,la richesse allie au mauvais got nous fait quelquefois regretter qu'on ait eu entre les mains tant d'argent pour provoquer la cration d'une si prodigieuse quantit d'oeuvres de bas tage4 ,notre art contemporain souffre du manque de simplicit aussi bien que notre littrature3 trop d'ornements ajouts1 de fioritures contournes1 d'imaginations tourmentes4 ,rarement1 dans les lignes1 les formes1 les couleurs1 il nous est donn de contempler cette simplicit allie la perfection1 qui s'impose au regard comme l'vidence s'impose l'esprit4 ,nous avons besoin de nous retremper dans l'idale puret de la beaut immortelle1 qui met son stigmate sur les chefs-d'oeuvre et dont un seul rayon vaut mieux que toutes les exhibitions pompeuses4 99 99 99 99 99 ,toutefois ce qui nous tient le plus coeur ici1 c'est de parler de l'esthtique ordinaire de la vie1 du soin qu'il faut mettre orner l'habitation et la personne humaine1 pour donner l'existence ce lustre sans lequel elle n'a pas de charme4 ,car il n'est pas indiffrent que l'homme ait ou non souci de ce superflu ncessaire4 ,c'est cela qu'on reconnat s'il met de l'me dans sa vie4 ,loin de considrer comme une proccupation inutile celle qui nous fait embellir1 soigner1 potiser les formes1 je pense qu'il faut l'entretenir autant que possible4 ,la nature mme nous donne l'exemple1 et l'homme qui affecterait du mpris pour ce fragile clat de beaut dont nous ornons nos jours rapides1 s'carterait des intentions de ,celui qui a mis le mme soin et le mme amour peindre la fleur phmre que les montagnes ternelles4 ,mais il ne faut pas tomber dans la tentation grossire qui nous fait confondre la beaut vraie avec ce qui n'en a que le nom4 ,la beaut et la posie de l'existence tiennent au sens que nous lui donnons4 ,nos maisons1 notre table et notre toilette doivent traduire des intentions4 ,pour y mettre ces intentions il faut les avoir d'abord4 ,celui qui les possde sait les faire apercevoir par les moyens les plus simples4 ,on n'a pas besoin d'tre riche pour donner de la grce et du charme son habitation et ses costumes4 ,il suffit pour cela d'avoir du got et de la bont4 ,nous touchons ici un point trs important pour chacun1 mais qui1 peut-tre1 intresse les femmes dans une plus grande mesure que les hommes4 ,ceux qui engagent les femmes se vtir d'toffes grossires1 enfermer leur corps dans des vtements dont la plate uniformit rappelle les sacs1 violentent la nature dans ce qu'elle a de plus sacr et mconnaissent compltement l'esprit des choses4 ,si le vtement n'tait qu'une prcaution pour s'abriter du froid ou de la pluie1 une toile d'emballage ou une peau de bte suffirait4 ,mais il est bien plus que cela4 ,l'homme dans tout ce qu'il fait1 se met tout entier3 il transforme en signes les choses dont il se sert4 ,l'habit n'est pas une simple couverture1 c'est un symbole4 ,j'en atteste toute la flore si riche des costumes nationaux et provinciaux1 et de ceux que portaient nos anciennes corporations4 ,la toilette1 elle aussi1 a quelque chose nous dire4 ,plus elle contient de sens1 mieux elle vaut4 ,pour qu'elle soit vraiment belle1 il faut donc qu'elle nous annonce de bonnes choses1 des choses personnelles et vraies4 ,mettez-y tout l'argent du monde1 si elle est quelconque1 sans rapport avec celle qui la porte1 elle n'est qu'un masque et un affublement4 ,l'excs de la mode1 en faisant disparatre compltement la personne fminine sous des ornements de pure convention1 la dpouille de son attrait principal4 ,il rsulte de cet abus que plusieurs choses que les femmes trouvent trs jolies1 font autant de tort leur beaut qu' la bourse de leurs maris ou de leurs parents4 ,que diriez-vous d'une jeune fille qui se servirait pour exprimer sa pense de termes fort choisis1 exquis mme1 mais reproduisant textuellement les phrases d'un manuel de conversation8 ,quel charme pourrait avoir pour vous ce langage emprunt8 ,l'effet des toilettes1 bien faites en elles-mmes1 mais qui se retrouvent indistinctement sur toutes les personnes1 est exactement le mme4 ,je ne rsiste pas la tentation de citer ici un passage de ,camille ,lemonnier qui se rapporte mon ide3 ,la nature a mis aux doigts de la femme un art charmant1 qu'elle sait d'instinct1 et qui est son art elle1 comme la soie est la chenille1 ou la dentelle l'agile et fine araigne444 ,elle est le pote1 l'artiste de sa grce et de sa candeur2 elle est la fileuse du mystre dont s'habille son got de plaire4 ,tout le talent qu'elle met ressembler l'homme dans les autres arts ne vaudra jamais l'esprit et la trouvaille d'un rien d'toffe qu'elle chiffonne4 ,eh bien1 je voudrais que cet art-l ft autrement honor4 ,de mme que l'ducation devrait consister penser avec son esprit1 sentir avec son coeur1 exprimer la petite chose personnelle1 le moi intime1 latent1 qu'au contraire on refoule1 on nivelle en vue de la conformit1 je voudrais que l'apprentie jeune femme1 la maman de plus tard1 ft de bonne heure la petite esthte de cette esthtique de la toilette1 sa propre habilleuse1 elle qui1 un jour1 sera l'habilleuse de ses enfants444 ,mais1 avec le got et le don d'improviser1 de se personnaliser en ce chef-d'oeuvre de l'adresse et de la personnalit fminine3 une robe444 sans quoi1 la femme n'est plus qu'un paquet de chiffons4 ,la robe qu'on a faite soi-mme est presque toujours celle qui vous sied le mieux et1 en tout cas1 celle qui vous fait le plus de plaisir4 ,c'est ce qu'oublient trop souvent nos femmes4 ,l'ouvrire et la paysanne commettent la mme erreur4 ,depuis que l'une et l'autre s'habillent chez les couturires et les modistes qui leur vendent des imitations fort douteuses de la grande mode1 la grce a presque disparu du costume populaire4 ,et pourtant y a-t-il au monde quelque chose qui ait davantage le don de plaire que la frache apparition d'une jeune ouvrire ou d'une jeune fille des champs1 vtues la mode de leur pays et belles de leur seule simplicit8 ,ces mmes rflexions peuvent s'appliquer la faon d'arranger et de dcorer son habitation4 ,s'il y a des toilettes qui rvlent toute une conception de la vie1 des chapeaux qui sont des pomes1 des noeuds qui sont des cocardes1 il y a aussi des arrangements de maison qui1 leur manire1 parlent l'esprit4 ,pourquoi1 sous prtexte d'embellir nos demeures1 leur enlverions-nous ce caractre personnel qui a toujours sa valeur8 ,pourquoi assimiler nos chambres des chambres d'htel ou nos salons des intrieurs de gare1 force d'y faire prdominer un type uniforme de beaut officielle8 ,quel malheur que de se promener travers les maisons d'une ville1 les villes d'un pays1 les pays de tout un vaste continent et de rencontrer partout certaines formes identiques1 invitables1 irritantes par leur multiplication6 ,comme l'esthtique gagnerait plus de simplicit6 ,au lieu de ce luxe de pacotille1 de tous ces ornements prtentieux mais insipides de banalit1 nous aurions une diversit infinie4 ,d'heureuses trouvailles frapperaient nos yeux4 ,l'imprvu sous ses mille formes nous rjouirait et nous retrouverions le secret d'imprimer une tapisserie1 un meuble1 un toit de maison1 ce cachet de la personnalit humaine qui donne certaines vieilleries un prix inestimable4 ,continuons et passons pour terminer des choses plus simples encore1 je veux parler des petits dtails du mnage que plusieurs jeunes personnes de ce temps trouvent si peu potiques4 ,leur mpris des occupations matrielles1 des modestes soins que rclame un intrieur1 provient d'une confusion fort commune1 mais non moins funeste4 ,cette confusion consiste penser que la posie et la beaut sont dans les choses ou n'y sont pas4 ,il y a des occupations distingues1 gracieuses1 comme de cultiver les lettres1 jouer de la harpe2 et des occupations grossires1 disgracieuses1 comme de cirer les souliers1 balayer sa chambre1 ou surveiller son pot-au-feu4 ,erreur purile6 ni la harpe ni le balai ne font rien l'affaire1 tout dpend de la main qui les tient et de l'esprit qui anime cette main4 ,la posie n'est pas dans les choses3 elle est en nous4 ,il faut l'imposer aux objets comme le sculpteur impose son rve au marbre4 ,si notre vie et nos occupations demeurent trop souvent sans charme malgr leur distinction extrieure1 c'est parce que nous n'avons rien su y mettre4 ,le comble de l'art est de faire vivre ce qui est inerte1 d'apprivoiser ce qui est sauvage4 ,je voudrais que nos jeunes filles s'appliquent dvelopper en elles l'art vraiment fminin de donner une me aux choses qui n'en ont pas4 ,le triomphe de la grce1 chez la femme1 est dans cette oeuvre-l4 ,seule1 la femme sait mettre dans une maison ce je ne sais quoi dont la vertu a fait dire au pote3 ,le toit s'gaie et rit4 ,on dit qu'il n'y a pas de fes1 ou qu'il n'y en a plus1 mais on ne sait pas ce qu'on dit4 ,le modle original des fes chantes par les potes1 ils l'ont trouv et le trouvent encore parmi ces aimables mortelles qui savent ptrir la pte avec nergie1 raccommoder les accrocs avec bont1 soigner les malades en souriant1 mettre de la grce dans un ruban et de l'esprit dans une friture4 99 99 99 99 99 ,il est bien certain que la culture des beaux-arts a quelque chose de moralisant et que nos penses et nos actes s'imprgnent la longue de ce qui frappe nos yeux4 ,mais l'exercice des arts et la contemplation de leurs produits sont un privilge rserv quelques-uns4 ,il n'est pas donn chacun de possder1 de comprendre ou de crer de belles choses4 ,mais il est un genre de beaut humaine qui peut pntrer partout3 c'est la beaut qui nat dans les mains de nos femmes et de nos filles4 ,sans cette beaut qu'est la maison la plus orne8 une habitation froide4 ,avec elle1 le home le plus dnud s'anime et s'claire4 ,parmi les forces capables d'ennoblir et de transformer les volonts1 d'augmenter le bonheur1 il n'en est peut-tre aucune d'un emploi plus universel4 ,elle sait se faire valoir au moyen des plus pauvres instruments1 au milieu des pires difficults4 ,lorsque la chambre est petite1 le budget restreint1 la table modeste1 une femme qui a le don trouve moyen d'y faire rgner de l'ordre1 de la propret1 de la biensance4 ,elle met du soin et de l'art dans tout ce qu'elle entreprend4 ,bien faire ce que l'on fait n'est pas ses yeux le privilge des riches1 mais le droit de tous4 ,c'est pour cela qu'elle en use et qu'elle sait donner son intrieur une dignit et un agrment que n'atteignent pas les maisons fortunes1 o tout est abandonn aux mercenaires4 ,la vie ainsi comprise ne tarde pas se rvler riche en beauts inconnues1 en attraits1 en satisfactions intimes4 tre soi-mme1 raliser dans son milieu naturel le genre de beaut qu'il comporte3 voil l'idal4 ,comme la mission de la femme grandit en profondeur et en signification1 lorsqu'elle se rsume ainsi mettre de l'me dans les choses et donner cette me de bont1 comme symbole extrieur1 ces procds agrables et dlicats auxquels le plus brutal des tres est sensible6 ,cela ne vaut-il pas mieux que d'envier ce qu'on n'a pas et d'appliquer son dsir l'imitation maladroite d'un ornement tranger8 ,,xii ,l'orgueil et la simplicit dans les rapports sociaux4 ,il serait peut-tre difficile de trouver un sujet mieux qualifi que l'orgueil pour prouver que les obstacles une vie meilleure1 plus apaise et plus forte1 sont plutt en nous que dans les circonstances4 ,la diversit1 et surtout le contraste des situations sociales font surgir invitablement toutes sortes de conflits4 ,mais combien les rapports entre membres d'une mme socit ne seraient-ils pas1 malgr tout1 simplifis si nous mettions un autre esprit dans le cadre trac des ncessits extrieures6 ,persuadons-nous bien que ce ne sont pas avant tout les diffrences de classes1 de fonctions1 les formes si dissemblables de leurs destines qui brouillent les hommes4 ,si tel tait le cas on verrait une paix idyllique rgner entre collgues1 camarades1 et toutes gens d'intrts analogues et de sort pareil4 ,chacun sait trs bien au contraire que les querelles les plus acharnes sont celles qui s'lvent entre semblables et qu'il n'y a pire guerre que la guerre intestine4 ,mais ce qui empche les hommes de s'entendre1 c'est avant tout l'orgueil4 ,l'orgueil fait de l'homme un hrisson qui ne peut toucher autrui sans le blesser4 ,parlons d'abord de l'orgueil des grands4 ,ce qui me dplat dans ce riche qui passe en carrosse1 n'est ni son quipage1 ni sa toilette1 ni le nombre et la prestance de sa domesticit3 c'est son mpris4 ,qu'il possde une grande fortune1 cela ne me blesse que si j'ai le caractre mal fait2 mais qu'il m'clabousse1 me passe sur le corps1 fasse paratre dans toute son attitude que je ne compte pour rien ses yeux1 parce que je ne suis pas riche comme lui1 voil ce qui m'indispose bon droit4 ,il m'impose aprs tout une souffrance1 et une souffrance inutile4 ,il m'humilie et m'insulte gratuitement4 ,ce n'est pas ce qu'il y a de vulgaire1 mais ce qu'il y a de plus noble en moi qui se soulve en face de cet orgueil blessant4 ,ne m'accusez pas d'envie1 je n'en ressens aucune3 c'est ma dignit d'homme qui est atteinte4 ,inutile de chercher bien loin pour illustrer ces impressions4 ,tout homme qui a vu la vie en a rapport de nombreuses expriences qui justifieront nos dires ses yeux4 ,dans certains milieux vous aux intrts matriels1 l'orgueil de la richesse domine tel point que les hommes se cotent entre eux comme on cote des valeurs en bourse4 ,l'estime est mesure au contenu du coffre-fort4 ,la bonne socit se compose des grosses fortunes1 la socit moyenne1 des fortunes moyennes4 ,viennent ensuite les gens de peu et les gens de rien4 ,on se traite en toute occasion d'aprs ce principe-l4 ,et celui qui1 relativement riche1 a fait prouver son ddain moins opulent que lui1 est abreuv son tour du ddain de ses suprieurs en fortune4 ,ainsi la rage de se comparer svit du sommet la base4 ,un milieu pareil est comme prpar souhait pour la culture des plus mauvais sentiments3 mais ce n'est pas la richesse1 c'est l'esprit qu'on y met qu'il faut accuser4 ,certains riches n'ont pas cette conception grossire1 surtout ceux qui1 de pre en fils1 sont habitus l'aisance4 ,mais ils oublient qu'il y a une certaine dlicatesse ne pas trop faire parler les contrastes4 supposer qu'il n'y ait aucun mal jouir d'un large superflu1 est-il indispensable d'taler ce superflu1 d'en choquer surtout les yeux de ceux qui n'ont pas le ncessaire1 d'afficher son luxe tout prs de la pauvret8 ,le bon got et une sorte de pudeur empcheront toujours un homme bien portant de parler de son apptit vigoureux1 de son bon sommeil1 de sa joie de vivre1 auprs de quelqu'un qui s'en va de la consomption4 ,beaucoup de gens riches manquent de tact quelquefois et par l mme de piti et de prudence8 ,ne sont-ils pas ds lors mal inspirs en se plaignant de l'envie1 aprs avoir tout fait pour la provoquer8 ,mais ce dont on manque surtout c'est de discernement1 lorsqu'on met son orgueil dans sa fortune ou qu'on se laisse aller inconsciemment aux sductions du luxe4 ,d'abord1 c'est tomber dans une confusion purile que de considrer la richesse comme une qualit personnelle4 ,on ne saurait se mprendre d'une faon plus nave sur la valeur rciproque de l'enveloppe et du contenu4 ,je ne veux point m'appesantir sur cette question3 elle est trop pnible4 ,et pourtant peut-on s'empcher de dire aux intresss8--,prenez garde1 ne confondez pas ce que vous possdez avec ce que vous tes4 ,connaissez mieux les dessous des splendeurs du monde afin d'en percevoir avec force la misre morale et l'enfantillage4 ,l'orgueil nous dresse en vrit des piges trop ridicules4 ,il faut se mfier d'un compagnon qui nous rend hassables au prochain et qui nous fait perdre la clairvoyance4 ,celui qui se livre l'orgueil des richesses oublie ensuite un autre point1 le plus important de tous3 c'est que possder est une fonction sociale4 ,sans doute1 la proprit individuelle est aussi lgitime que l'existence mme de l'individu et que sa libert4 ,ces deux choses sont insparables et c'est une utopie grosse de dangers que de s'attaquer des bases si lmentaires de toute vie4 ,mais l'individu tient la socit par toutes ses fibres1 et tout ce qu'il fait il doit le faire en vue de l'ensemble4 ,possder1 est donc moins un privilge dont il convient de se glorifier qu'une charge1 dont il faut sentir la gravit4 ,de mme qu'il y a un apprentissage souvent difficile faire pour exercer toute fonction sociale1 de mme cette fonction qu'on appelle la richesse exige un apprentissage4 ,c'est un art que de savoir possder1 un des moins faciles apprendre4 ,la plupart des gens1 pauvres ou riches1 s'imaginent que dans l'opulence on n'a plus qu' se laisser vivre4 ,c'est pour cela qu'il y a si peu d'hommes qui savent tre riches4 ,aux mains d'un trop grand nombre1 la richesse est1 selon une joviale et redoutable comparaison de ,luther1 comme une harpe aux pattes d'un ne4 ,ils n'ont aucune ide de la manire de s'en servir4 ,aussi lorsqu'on rencontre un homme riche et simple en mme temps1 c'est--dire qui considre sa richesse comme un moyen de remplir sa mission humaine1 il faut le saluer respectueusement1 car il est certainement quelqu'un4 ,il a vaincu des obstacles1 surmont des preuves1 triomph dans des tentations ou vulgaires ou subtiles4 ,il ne confond pas le contenu de son porte-monnaie avec celui de son cerveau ou de son coeur1 et ce n'est pas en chiffres qu'il estime ses semblables4 ,sa situation exceptionnelle1 loin de l'lever1 l'humilie parce qu'il sent bien tout ce qui lui manque pour tre tout fait la hauteur de son devoir4 ,il est demeur un homme1 c'est tout dire2 il est accueillant1 secourable1 et loin de faire de ses biens une barrire qui le spare du reste des hommes1 il en fait un moyen de s'en rapprocher toujours davantage4 ,quoique le mtier de riche ait t singulirement gt par tant d'hommes orgueilleux et gostes1 celui-l parvient toujours se faire apprcier par quiconque n'est pas insensible la justice4 ,chacun en s'approchant de lui et en le voyant vivre est oblig de faire un retour sur soi-mme et de se demander3 ,que serais-je devenu dans une situation pareille8 ,aurais-je cette modestie1 ce dtachement1 cette probit qui fait qu'on en agit avec son propre bien comme s'il appartenait aux autres8 ,tant qu'il y aura un monde et une socit humaine1 tant qu'il y aura d'pres conflits d'intrt1 tant que l'envie et l'gosme existeront sur la terre1 rien ne sera plus respectable que la richesse pntre par l'esprit de simplicit4 ,elle fera plus que de se faire pardonner3 elle se fera aimer4 99 99 99 99 99 ,plus malfaisant que l'orgueil inspir par la richesse1 est celui qu'inspire le pouvoir1 et par pouvoir j'entends ici toute puissance qu'un homme a sur un autre homme1 qu'elle soit tendue ou borne4 ,je ne vois aucun moyen d'viter qu'il y ait dans le monde des hommes ingalement puissants4 ,tout organisme suppose une hirarchie des forces4 ,nous ne sortirons jamais de l4 ,mais je crains que1 si le got du pouvoir est trs rpandu1 l'esprit du pouvoir ne soit presque introuvable4 force de le mal comprendre et d'en msuser1 ceux qui dtiennent une parcelle quelconque de l'autorit en arrivent presque partout la compromettre4 ,le pouvoir exerce sur celui qui le dtient une influence trs forte4 ,il faut qu'une tte soit bien ferme pour ne pas en tre trouble4 ,cette sorte de dmence qui s'emparait des empereurs romains au temps de leur toute-puissance1 est une maladie universelle dont les symptmes ont exist de tout temps4 ,dans chaque homme un tyran sommeille et n'attend pour se rveiller qu'une occasion propice4 ,or le tyran c'est le pire ennemi de l'autorit1 parce qu'il nous en fournit la caricature intolrable4 ,de l une multitude de complications sociales1 de froissements et de haines4 ,tout homme qui dit ceux qui dpendent de lui3 tu feras ceci parce que telle est ma volont1 ou mieux1 parce que tel est mon bon plaisir1 fait oeuvre mauvaise4 ,il y a en chacun de nous quelque chose qui nous invite rsister au pouvoir personnel1 et ce quelque chose est trs respectable4 ,car au fond nous sommes gaux et il n'est personne qui ait le droit d'exiger de moi l'obissance parce qu'il est lui et que je suis moi3 dans ce cas1 son commandement m'avilit et il n'est pas permis de se laisser avilir4 ,il faut avoir vcu dans les coles1 les ateliers1 l'arme1 dans l'administration1 avoir suivi de prs les relations entre matres et domestiques1 s'tre arrt un peu partout o la suprmatie de l'homme s'exerce sur l'homme1 pour se faire une ide du mal que font ceux qui pratiquent le pouvoir avec arrogance4 ,de toute me libre1 ils font une me d'esclave1 c'est--dire une me de rvolt4 ,et il semble que cet effet funeste1 antisocial1 se produise plus srement lorsque celui qui commande est plus rapproch par le sort de celui qui obit4 ,le tyran le plus implacable est le tyran au petit pied4 ,un chef d'atelier ou un contrematre met plus de frocit dans ses procds qu'un directeur d'usine ou un patron4 ,tel caporal est plus dur pour le soldat que le colonel4 ,dans certaines maisons o madame n'a pas beaucoup plus d'ducation que sa bonne1 il y a entre l'une et l'autre les relations d'un forat un garde-chiourme4 ,malheur partout qui tombe entre les mains d'un subalterne ivre de son autorit6 ,on oublie trop que le premier devoir de quiconque exerce le pouvoir c'est l'humilit4 ,la superbe n'est pas l'autorit4 ,ce n'est pas nous qui sommes la loi4 ,la loi est au-dessus de toutes les ttes4 ,nous l'interprtons seulement1 mais pour la faire valoir aux yeux des autres il faut d'abord que nous lui soyons soumis nous-mmes4 ,le commandement et l'obissance dans la socit humaine ne sont aprs tout que deux formes de la mme vertu3 la servitude volontaire4 ,la plupart du temps on ne vous obit pas parce que vous n'avez pas obi d'abord4 ,le secret de l'ascendant moral appartient ceux qui commandent avec simplicit4 ,ils adoucissent par l'esprit la duret du fait4 ,leur pouvoir n'est ni dans le galon1 ni dans le titre1 ni dans les mesures disciplinaires4 ,ils ne se servent ni de la frule1 ni des menaces et pourtant ils obtiennent tout3 pourquoi8 ,parce que chacun sent qu'ils sont eux-mmes prts tout4 ,ce qui confre un homme le droit de demander un autre homme le sacrifice de son temps1 de son argent1 de ses passions et mme de sa vie1 c'est que non seulement il est lui-mme rsolu tous ces sacrifices1 mais qu'il les a faits d'avance intrieurement4 ,dans l'ordre que donne un homme anim de cet esprit il y a je ne sais quelle puissance qui se communique celui qui doit obir l'aide et faire son devoir4 ,dans tous les domaines de l'activit humaine1 il y a des chefs qui inspirent1 soutiennent1 lectrisent leurs soldats3 sous leur direction1 une troupe fait des prodiges4 ,on se sent capable avec eux de tous les efforts1 prt passer par le feu1 selon l'expression populaire1 et c'est avec enthousiasme qu'on y passerait4 99 99 99 99 99 ,mais il n'y a pas que l'orgueil des grands1 il y a aussi l'orgueil des petits1 cette morgue d'en bas qui est le digne pendant de celle d'en haut4 ,la racine de ces deux orgueils est identique4 ,l'homme qui dit3 la loi c'est moi1 n'est pas seulement cet tre altier1 imprieux1 qui provoque l'insurrection par sa seule attitude2 c'est encore ce subalterne dont la mauvaise tte ne veut admettre qu'il y ait quelque chose au-dessus d'elle4 ,il y a positivement une quantit de gens que toute supriorit irrite4 ,pour eux1 tout avis est une offense2 toute critique1 une imposture2 tout ordre1 un attentat leur libert4 ,ils ne sauraient souffrir de rgle4 ,respecter quelque chose ou quelqu'un leur semble une aberration mentale4 ,ils nous disent leur manire3 hors nous il n'y a de place pour personne4 ,de la famille des orgueilleux1 sont aussi tous ceux1 intraitables et susceptibles l'excs qui1 dans les conditions humbles1 trouvent que leurs suprieurs ne leur font jamais assez d'honneur2 que le meilleur et le plus humain ne parvient pas contenter et qui remplissent leur devoir avec des airs de victimes4 ,au fond de ces esprits chagrins1 il y a trop d'amour-propre mal plac4 ,ils ne savent pas tenir leur poste simplement et compliquent leur vie et celle de autres par des exigences ridicules et d'injustes arrire-penses4 ,quand on se donne la peine d'tudier les hommes de prs1 on est surpris de constater que l'orgueil ait tant de retraites parmi ceux qu'il est convenu d'appeler les humbles4 ,telle est la puissance de ce vice1 qu'il parvient former autour de ceux qui vivent dans les conditions les plus modestes1 une paisse muraille qui les isole de leur prochain4 ,ils sont l1 retranchs1 barricads dans leurs ambitions et leurs ddains1 aussi inabordables que les puissants de la terre derrire leurs prjugs aristocratiques4 ,obscur ou illustre1 l'orgueil se drape dans sa royaut sombre d'ennemi du genre humain4 ,il est le mme dans la misre et dans les grandeurs1 impuissant et solitaire1 se mfiant de tous1 compliquant tout4 ,et jamais on ne pourra rpter assez que s'il y a entre les classes diffrentes tant de haine et d'hostilit1 c'est moins aux fatalits extrieures que nous le devons1 qu' la fatalit intrieure4 ,l'antagonisme des intrts et le contraste des situations creusent des fosss entre nous1 personne ne peut le nier2 mais l'orgueil transforme ces fosss en abmes1 et au fond c'est lui seul qui crie d'une rive l'autre3 il n'y a rien de commun entre vous et nous4 99 99 99 99 99 ,nous n'en avons pas fini avec l'orgueil1 mais impossible de le peindre sous toutes ses formes4 ,je lui en veux surtout lorsqu'il se mle au savoir et qu'il le strilise4 ,nous devons le savoir1 comme la richesse et la puissance1 nos semblables4 ,c'est une force sociale qui doit servir1 et elle ne le peut que si ceux qui savent1 restent par le coeur prs de ceux qui ne savent pas4 ,quand le savoir se transforme en instrument d'ambition1 il se dtruit lui-mme4 ,que dire de l'orgueil des braves gens8 car il existe1 et il rend la vertu mme hassable4 ,le juste qui se repent du mal que font les autres1 demeure dans la solidarit et dans la vrit sociale4 ,au contraire1 le juste qui mprise les autres pour leurs fautes et leurs travers1 se retranche de l'humanit1 et ses qualits1 descendues au rang d'un vain ornement de sa vanit1 deviennent semblables ces richesses que la bont n'inspire pas1 cette autorit que ne tempre pas l'esprit d'obissance4 ,autant que le riche orgueilleux et le matre arrogant1 la vertu hautaine est dtestable4 ,elle compose l'homme des traits et une attitude o se rvle je ne sais quoi de provocateur4 ,son exemple nous loigne au lieu de nous entraner1 et ceux qu'elle daigne honorer de ses bienfaits se sentent soufflets4 ,rsumons-nous et concluons3 ,c'est une erreur de penser que nos avantages quels qu'ils soient doivent tre mis au service de notre vanit4 ,chacun d'eux constitue pour celui qui en jouit une obligation et non un motif de se glorifier4 ,les biens matriels1 le pouvoir1 le savoir1 les qualits du coeur et de l'esprit deviennent autant de causes de discorde lorsqu'ils servent nourrir l'orgueil4 ,ils ne restent bienfaisants que s'ils sont pour ceux qui les possdent des sujets de modestie4 ,soyons humbles si nous possdons beaucoup1 parce que cela prouve que nous sommes dbiteurs3 tout ce qu'un homme possde il le doit quelqu'un1 et sommes-nous srs de pouvoir payer nos dettes8 ,soyons humbles si nous sommes revtus d'importantes fonctions et si nous tenons dans nos mains le sort des autres1 car il est impossible qu'un homme clairvoyant ne se sente pas au-dessous de si graves devoirs4 ,soyons humbles si nous avons beaucoup de connaissances1 car elles ne nous servent qu' mieux constater la grandeur de l'inconnu et comparer le peu que nous avons dcouvert par nous-mmes la masse de ce que nous devons la peine d'autrui4 ,enfin1 soyons humbles surtout si nous sommes vertueux1 parce que nul ne doit mieux sentir ses dfauts que celui qui a la conscience exerce1 et plus que personne il doit prouver le besoin d'tre indulgent pour autrui et de souffrir pour ceux qui font le mal4 99 99 99 99 99 --,et que faites-vous des distinctions ncessaires8 me dira-t-on peut-tre4 force de simplicit n'allez-vous pas effacer ce sentiment des distances qu'il importe de maintenir pour le bon fonctionnement d'une socit8 --,je ne suis pas d'avis de supprimer les distances et les distinctions4 ,mais je pense que ce qui distingue un homme ne se trouve ni dans le grade1 ni dans la fonction1 ni dans l'uniforme1 ni dans la fortune1 mais uniquement en lui-mme4 ,plus qu'aucun autre temps1 le ntre a perc jour la vanit des distinctions purement extrieures4 ,pour tre quelqu'un maintenant1 il ne suffit plus de porter un manteau d'empereur ou une couronne royale2 quoi servirait-il de se prvaloir d'un galon1 d'un blason ou d'un ruban8 ,certes1 les signes extrieurs ne sont point condamnables1 ils ont leur signification et leur utilit1 mais condition de couvrir quelque chose et non pas le vide4 ,le jour o ils ne correspondent plus rien1 ils deviennent inutiles et dangereux4 ,la seule faon vritable de se distinguer est de valoir mieux4 ,si vous voulez que les distinctions sociales si ncessaires1 si respectables en elles-mmes1 soient effectivement respectes1 il faut d'abord vous en rendre dignes4 ,autrement vous contribuez les faire har et mpriser4 ,c'est une chose malheureusement trop certaine que le respect est en baisse parmi nous et ce n'est certes pas faute de distinctions propres marquer ce qui veut tre respect4 ,la cause du mal est dans ce prjug qu'une haute situation dispense celui qui l'occupe d'observer les devoirs courants de la vie4 ,en nous levant1 nous croyons nous affranchir de la loi4 ,et ainsi nous oublions que l'esprit d'obissance et de modestie doit grandir avec la situation4 ,il en rsulte que ceux qui rclament le plus de respect pour leur charge font aussi le moins d'efforts pour mriter ce respect4 ,voil pourquoi le respect diminue4 ,la seule distinction ncessaire est celle qui consiste vouloir tre meilleur4 ,l'homme qui s'efforce d'tre meilleur devient plus humble1 plus abordable1 plus familier mme avec ceux qui lui doivent le respect4 ,mais comme il gagne tre connu de prs1 la hirarchie n'y perd rien1 et il rcolte d'autant plus de respect qu'il a sem moins d'orgueil4 ,,xiii ,l'ducation pour la simplicit4 ,la vie simple tant surtout le produit d'une direction d'esprit1 il est naturel que l'ducation doit avoir une grande influence dans ce domaine4 ,on ne pratique gure que deux manires d'lever les enfants3 ,la premire consiste lever ses enfants pour soi-mme2 ,la deuxime consiste les lever pour eux-mmes4 ,dans le premier cas1 l'enfant est considr comme un complment des parents4 ,il fait partie de leur avoir et occupe une place parmi les objets qu'ils possdent4 ,tantt cette place est la plus noble3 quand les parents apprcient surtout la vie d'affections4 ,tantt aussi1 lorsque les intrts matriels dominent1 l'enfant vient en second1 en troisime1 en dernier lieu4 ,en aucun cas1 il n'est quelqu'un4 ,jeune1 il gravite autour des parents1 non seulement par l'obissance1 ce qui est lgitime1 mais par la subordination de toutes ses initiatives et de tout son tre4 mesure qu'il avance en ge1 cette subordination s'accentue et devient de la confiscation en s'tendant aux ides1 aux sentiments1 tout4 ,sa minorit se perptue4 ,au lieu d'voluer lentement vers l'indpendance1 l'homme progresse dans l'esclavage4 ,il est ce qu'on lui permet d'tre1 ce que le commerce1 l'industrie de son pre1 ou encore ce que les croyances religieuses1 les opinions politiques1 les gots esthtiques de son pre1 exigent qu'il soit4 ,il pensera1 parlera1 agira1 se mariera1 ou augmentera sa famille1 dans le sens et dans la limite de l'absolutisme paternel4 ,cet absolutisme familial peut tre pratiqu par des gens qui n'ont aucune volont2 il suffit qu'ils soient convaincus que le bon ordre exige que l'enfant soit la chose des parents4 dfaut d'nergie ils s'empareront de lui par d'autres moyens1 par les soupirs1 les supplications1 ou par de basses sductions4 ,s'ils ne peuvent l'enchaner1 ils l'englueront et le prendront au pige4 ,mais il vivra en eux1 par eux1 pour eux1 ce qui est la seule chose admissible4 ,ce genre d'ducation n'est pas seulement pratiqu dans la famille mais aussi dans les grands organismes sociaux dont la fonction ducatrice principale consiste mettre la main sur les nouveaux venus1 afin de les enfermer de la faon la plus irrsistible dans les cadres existants4 ,c'est la rduction1 la trituration et l'absorption de l'individu dans un corps social1 qu'il soit thocratique1 communiste ou simplement bureaucratique et routinier4 ,vu du dehors1 un pareil systme semblerait tre l'ducation simple par excellence4 ,ses procds1 en effet1 sont absolument simplistes4 ,et si l'homme n'tait pas quelqu'un1 s'il n'tait qu'un exemplaire de la race ce serait l l'ducation parfaite4 ,de mme que tous les animaux sauvages et tous les poissons et insectes du mme genre et de la mme espce ont la mme raie au mme endroit1 de mme nous serions tous identiques1 ayant mmes gots1 mme langue1 mme croyance et mmes tendances4 ,mais l'homme n'est pas qu'un exemplaire de la race et c'est pour cela que ce genre d'ducation est loin d'tre simple par ses effets4 ,les hommes varient tellement entre eux qu'il faut inventer des moyens innombrables pour rduire1 endormir1 teindre la pense individuelle4 ,et l'on n'y parvient qu'en partie1 ce qui drange tout perptuellement4 chaque instant1 par une fissure1 la force intrieure d'initiative se fait jour avec violence et produit des explosions1 des commotions1 des dsordres graves4 ,et l o rien ne se produit1 o force reste l'autorit extrieure1 le mal gt au fond4 ,sous l'ordre apparent se cachent les rvoltes sourdes1 les tares contractes dans une existence anormale1 l'apathie1 la mort4 ,le systme est mauvais qui produit des fruits semblables et1 quelque simple qu'il paraisse1 au fond il engendre toutes les complications4 99 99 99 99 99 ,l'autre systme est l'extrme oppos4 ,il consiste lever les enfants pour eux-mmes4 ,les rles sont renverss3 les parents sont l pour l'enfant4 peine est-il n qu'il devient le centre4 ,la tte blanche des aeux et la tte robuste du pre s'inclinent devant cette tte boucle4 ,son bgaiement est leur loi2 un signe de lui suffit4 ,qu'il crie un peu fort dans son berceau1 la nuit1 il n'y a pas de fatigue qui tienne1 il faut mettre toute la maison debout4 ,le dernier venu n'est pas long s'apercevoir qu'il a la toute-puissance1 et il ne marche pas encore qu'il a dj le vertige du pouvoir4 ,en grandissant cela ne fait que crotre et embellir4 ,parents1 grands-parents1 domestiques1 professeurs1 tout le monde est ses ordres4 ,il accepte les hommages et mme l'immolation de son prochain2 il traite en sujet rcalcitrant quiconque ne se range pas sur son passage4 ,il n'y a que lui4 ,il est l'unique1 le parfait1 l'infaillible4 ,on s'aperoit trop tard qu'on s'est donn un matre et quel matre6 oublieux des sacrifices1 sans respect1 sans piti mme4 ,il ne tient plus aucun compte de ceux qui il doit tout et va par la vie sans loi ni frein4 ,cette ducation a sa forme sociale1 elle aussi4 ,elle fleurit partout o le pass ne compte pas1 o l'histoire commence avec les vivants1 o il n'y a ni tradition1 ni discipline1 ni respect1 o ceux qui savent le moins ont le verbe le plus haut1 o tous ceux qui ont reprsenter l'ordre public s'inquitent du premier venu dont la force consiste crier fort et ne respecter personne4 ,elle assure le rgne des passions phmres1 le triomphe de l'arbitraire infrieur4 ,je compare ces deux ducations dont l'une est l'exaltation du milieu1 l'autre l'exaltation de l'individu2 l'une l'absolutisme de la tradition1 l'autre la tyrannie des derniers venus1 et je les trouve aussi funestes l'une que l'autre4 ,mais le plus funeste de tout c'est la combinaison des deux qui produit des tres mi-partie automates1 mi-partie despotes1 oscillant sans cesse entre l'esprit moutonnier et l'esprit de rvolte ou de domination4 ,il ne faut lever les enfants ni pour eux-mmes1 ni pour les parents3 car l'homme n'est pas plus destin tre un personnage qu'un chantillon4 ,il faut les lever pour la vie4 ,leur ducation a pour but de les aider devenir des membres actifs de l'humanit1 des puissances fraternelles1 de libres serviteurs de la cit4 ,c'est compliquer la vie1 la dformer1 semer les germes de tous les dsordres que de pratiquer une ducation qui s'inspire d'un autre principe4 ,quand on veut rsumer d'un mot la destine de l'enfant1 c'est le mot avenir qui monte aux lvres4 ,l'enfant est l'avenir4 ,ce mot dit tout3 les peines passes1 les efforts prsents1 les esprances4 ,or ce mot l'enfant est incapable d'en mesurer la porte au moment o l'ducation commence4 ,car ce moment il est livr la toute-puissance des impressions actuelles4 ,qui donc lui donnera les premiers claircissements et le mettra dans la voie qu'il doit suivre8 ,les parents1 les ducateurs4 ,mais pour peu qu'ils rflchissent1 ils sentent que leur oeuvre n'intresse pas seulement eux et l'enfant1 mais qu'ils exercent des pouvoirs et administrent des intrts impersonnels4 ,il faut que l'enfant leur apparaisse constamment comme un futur citoyen4 ,sous l'influence de cette proccupation ils auront deux soucis qui se complteront l'un l'autre3 le souci de la puissance initiale1 individuelle1 qui germe dans leur enfant et doit grandir1 et la destination sociale de cette puissance4 aucun moment de leur action sur lui ils ne pourront oublier que ce petit tre confi leurs soins doit devenir lui-mme et fraternel4 ,ces deux conditions1 loin de s'exclure1 ne se rencontrent jamais que combines en une indissoluble union4 ,il est impossible d'tre fraternel1 d'aimer1 de se donner1 si l'on n'est pas matre de soi2 et1 rciproquement1 nul ne peut se possder1 se saisir lui-mme dans ce qu'il a de distinct1 sans tre descendu travers les accidents de surface de son existence1 jusqu'aux sources profondes de l'tre1 o l'homme se sent li l'homme par ce qu'il a d'intime4 ,pour aider un enfant devenir lui-mme et fraternel1 il faut le dfendre contre l'action violente et pernicieuse des forces de dsordre4 ,ces forces sont extrieures et intrieures4 ,chacun au dehors est menac non seulement par les dangers matriels1 mais par l'ingrence violente des volonts trangres2 au dedans1 par le sentiment exagr de son moi et par toutes les fantaisies que ce sentiment entendre4 ,le danger extrieur est trs grand qui peut natre de l'influence abusive des ducateurs4 ,le droit du plus fort s'introduit dans l'ducation avec une facilit extrme4 ,pour faire une ducation1 il faut avoir renonc ce droit1 c'est--dire fait abngation du sentiment infrieur de notre personne qui nous transforme en ennemis d'autrui1 mme de nos enfants4 ,notre autorit n'est bonne que si elle s'inspire d'une autre1 suprieure nous-mmes4 ,dans ce cas non seulement elle est salutaire1 mais aussi indispensable1 et devient la meilleure garantie son tour contre le plus grand pril intrieur qui menace un tre3 celui de s'exagrer sa propre importance4 ,au commencement de la vie1 la vivacit des impressions personnelles est si grande qu'il faut1 pour rtablir l'quilibre1 la soumettre l'influence pacifiante d'une volont calme et suprieure4 ,le propre de la fonction ducatrice est de reprsenter cette volont auprs de l'enfant1 d'une faon aussi continue1 aussi dsintresse que possible4 ,les ducateurs reprsentent alors tout ce qu'il y a de respectable dans le monde4 ,ils donnent l'tre qui entre dans la vie l'impression de quelque chose qui le prcde1 le dpasse1 l'enveloppe2 mais ils ne l'crasent pas2 au contraire leur volont et toutes les influences qu'ils lui transmettent1 deviennent des lments nutritifs de sa propre nergie4 ,pratiquer ainsi l'influence1 c'est cultiver l'obissance fconde1 celle d'o naissent les caractres libres4 ,l'autorit purement personnelle des parents1 des matres1 des institutions est l'enfant ce que sont une jeune plante les broussailles touffues sous lesquelles elle s'tiole et meurt4 ,l'autorit impersonnelle1 celle qui appartient l'homme qui s'est soumis d'abord aux ralits vnrables devant lesquelles il veut plier la fantaisie individuelle d'un enfant1 ressemble l'atmosphre pure et lumineuse4 ,elle est certes active et nous influence sa faon1 mais elle nourrit et affermit notre vie propre4 ,sans cette autorit1 point d'ducation4 ,surveiller1 diriger1 rsister1 telle est la fonction de l'ducateur3 il doit apparatre l'enfant non comme une barrire de fantaisie qu' la rigueur on sauterait pourvu que le bond soit proportionn la hauteur de l'obstacle2 mais comme une muraille transparente travers laquelle s'aperoivent des ralits immuables1 des lois1 des bornes1 des vrits contre lesquelles il n'y a aucune action possible4 ,ainsi nat le respect qui est en chacun la facult de concevoir ce qui est plus grand que lui-mme1 le respect qui nous grandit et nous affranchit en nous rendant modestes4 ,voil la loi de l'ducation pour la simplicit4 ,elle peut se rsumer en ces mots3 former des hommes libres et respectueux1 des hommes qui soient eux-mmes et fraternels4 99 99 99 99 99 ,dduisons de ce principe quelques applications pratiques4 ,par cela mme que l'enfant est l'avenir1 il faut le lier au pass par la pit4 ,nous lui devons de revtir la tradition1 des formes les plus pratiques et les plus susceptibles de crer une forte impression4 ,de l la place exceptionnelle que doivent tenir dans une ducation et dans une maison1 les anciens1 le culte du souvenir1 et par extension1 l'histoire du foyer domestique4 ,c'est surtout envers nos enfants que nous remplissons un devoir1 lorsque nous assignons en toute chose la place d'honneur aux grands-parents4 ,rien ne parle avec autant de force un enfant et ne dveloppe davantage en lui les sentiments de modestie1 que s'il voit son pre et sa mre observer1 en toute occasion1 vis--vis d'un vieux grand-pre1 quelquefois infirme1 une attitude de respect4 ,il y a l une leon de choses perptuelle laquelle on ne rsiste pas4 ,pour qu'elle ait sa force entire1 il est ncessaire que1 dans une maison1 un accord tacite rgne entre toutes les personnes adultes4 ,aux yeux de l'enfant elles sont toutes solidaires1 tenues de se respecter1 de s'entendre1 sous peine de compromettre l'autorit ducatrice4 ,et1 au nombre de ces personnes1 il faut comprendre les domestiques4 ,un domestique est une grande personne et c'est le mme sentiment de respect qui se trouve bless lorsqu'un enfant manque d'gards pour un serviteur ou lorsqu'il en manque pour son pre ou son grand-pre4 ,aussitt qu'il adresse une parole impolie ou arrogante une personne plus ge1 il sort du chemin qu'un enfant ne doit point quitter1 et pour peu que les parents ngligent de l'avertir1 ils s'apercevront bientt sa conduite envers eux-mmes que l'ennemi est entr dans son coeur4 ,on se trompe si l'on croit que l'enfant est naturellement loign du respect1 et en appuyant cette opinion sur les exemples si nombreux d'irrvrence que nous prsente le jeune ge4 ,au fond le respect est un besoin pour l'enfant4 ,son tre moral s'en nourrit4 ,l'enfant aspire confusment respecter et admirer quelque chose4 ,mais lorsqu'on ne tire point partie de cette aspiration1 elle se perd et se corrompt4 ,par notre manque de cohsion et de dfrence mutuelle1 nous1 les grands1 nous discrditons tous les jours aux yeux de l'enfant notre propre cause et celle de toutes les choses respectables4 ,nous lui inoculons le mauvais esprit dont les effets se tournent ensuite contre nous4 ,cette triste vrit n'apparat nulle part avec plus de force que dans les rapports entre matres et serviteurs tels que nous les avons crs4 ,nos fautes sociales1 notre manque de simplicit et de bont retombent sur la tte de nos enfants4 ,il y a certainement peu de bourgeois qui comprennent qu'il vaut mieux perdre plusieurs milliers de francs que de faire perdre ses enfants le respect pour les domestiques1 qui reprsentent dans nos maisons la catgorie des humbles4 ,rien n'est plus vrai pourtant4 ,maintenez tant que vous voudrez les conventions et les distances1 cette sorte de dlimitation des frontires sociales qui permet chacun de rester sa place et d'observer la hirarchie4 ,c'est une bonne chose1 j'en suis persuad1 mais condition de ne jamais oublier que ceux qui nous servent sont des hommes au mme titre que nous4 ,vous imposez vos domestiques des formules de langage et des attitudes1 signes extrieurs du respect qu'ils vous doivent4 ,enseignez-vous aussi vos enfants et employez-vous personnellement1 des procds qui font comprendre vos serviteurs1 que vous respectez leur dignit individuelle comme vous dsirez qu'ils vous respectent8 ,vous avez l chez tous toute heure un excellent terrain d'tude pour vous entraner la pratique du respect mutuel qui est une des conditions essentielles de la sant sociale4 ,je crains qu'on en profite trop peu4 ,vous exigez bien le respect1 mais vous ne le pratiquez point4 ,aussi vous n'obtenez le plus souvent que de l'hypocrisie et vous avez pour rsultat supplmentaire1 trs inattendu3 d'avoir cultiv l'orgueil dans vos enfants4 ,ces deux facteurs combins amassent de grosses difficults pour cet avenir que vous devez sauvegarder4 ,j'ai donc raison de dire que vous avez fait une perte sensible le jour o vous avez1 par vos habitudes et vos pratiques1 amen la diminution du respect4 ,pourquoi ne le dirais-je pas8 ,il me semble que la plupart d'entre nous travaillent cette diminution4 ,partout et dans presque toutes les classes sociales1 je remarque qu'on entretient un assez mauvais esprit dans l'enfance1 un esprit de mpris rciproque4 ,ici1 on mprise quiconque a des mains calleuses et des habits de travail2 l1 on mprise quiconque ne porte pas le bourgeron4 ,les enfants levs dans cet esprit-l feront un jour de tristes concitoyens4 ,tout cela manque absolument de cette simplicit qui fait que des hommes de bonne volont aux divers degrs d'une socit peuvent collaborer ensemble1 sans tre gns par les distances accessoires qui les sparent4 ,si l'esprit de caste fait perdre le respect1 l'esprit de parti1 quel qu'il soit1 le fait perdre tout autant4 ,dans certains milieux on lve les enfants de telle sorte qu'ils ne vnrent qu'une seule patrie1 la leur1 une seule politique1 celle de leurs parents et matres1 une seule religion1 celle qu'on leur inculque4 ,s'imagine-t-on vraiment former ainsi des tres respectueux de la patrie1 de la religion1 de la loi8 ,est-il de bon aloi1 le respect qui ne s'tend qu' ce qui nous touche ou nous appartient8 ,singulier aveuglement des cliques et des coteries qui s'arrogent avec tant d'ingnue complaisance le titre d'coles de respect et qui1 hormis elles1 ne respectent rien4 ,au fond elles disent3 la patrie1 la religion1 la loi c'est nous6 ,un pareil enseignement engendre le fanatisme4 ,or si le fanatisme n'est pas l'unique ferment antisocial1 il est certes l'un des pires et des plus nergiques4 99 99 99 99 99 ,si la simplicit du coeur est une condition essentielle du respect1 la simplicit de vie en est la meilleure cole4 ,quelle que soit votre condition de fortune1 vitez tout ce qui peut faire croire vos enfants qu'ils sont plus que les autres4 ,lors mme que votre situation vous permettrait de les habiller richement1 songez au dommage que vous pouvez leur causer en excitant leur vanit4 ,prservez-les du malheur de jamais croire qu'il suffise d'tre vtu avec recherche pour possder la distinction1 et surtout n'augmentez pas de gat de coeur1 par leur costume et leurs habitudes1 les distances qui les sparent dj de leurs semblables4 ,habillez-les simplement4 ,que si1 au contraire1 il vous fallait faire des efforts d'conomie pour offrir vos enfants le plaisir d'tre vtus avec lgance1 je vous engagerais rserver pour une meilleure cause votre esprit de sacrifice4 ,vous risqueriez de le voir mal rcompens4 ,vous semez votre argent1 alors qu'il vaudrait mieux l'pargner pour des besoins srieux2 vous vous prparez pour plus tard une moisson d'ingratitude4 ,combien il est dangereux d'habituer vos fils et vos filles un genre de vie qui dpasse vos moyens et les leurs6 ,d'abord cela fait trs mal la bourse2 en second lieu1 cela dveloppe l'esprit du mpris au sein mme de la famille4 ,si vous habillez vos enfants comme de petits seigneurs et leur donnez croire qu'ils vous sont suprieurs1 quoi d'tonnant qu'ils finissent par vous ddaigner6 ,vous aurez nourri votre table des dclasss4 ,or ce genre de produit cote fort cher et ne vaut rien4 ,il y a aussi une certaine faon d'instruire les enfants qui a pour rsultat le plus clair de les amener mpriser leurs parents1 leur milieu1 les moeurs et les labeurs au milieu desquels ils ont grandi4 ,une telle instruction est une calamit4 ,elle n'est bonne qu' produire une lgion de mcontents qui se sparent par le coeur de leur souche1 de leur origine1 de leurs affinits1 de tout ce qui1 en somme1 fait l'toffe premire d'un homme4 ,une fois dtachs de l'arbre robuste qui les a produits1 le vent de leur ambition gare les promne par la terre comme des feuilles mortes qui vont s'amasser en certains endroits1 fermenter et pourrir les unes sur les autres4 ,la nature ne procde pas par sauts et par bonds1 mais par volution lente et sre4 ,imitons-la dans notre faon de prparer une carrire nos enfants4 ,ne confondons pas le progrs et l'avancement avec ces exercices violents qu'on appelle des sauts prilleux4 ,n'levons pas nos enfants de telle sorte qu'ils en viennent mpriser les travaux1 les aspirations et l'esprit de simplicit de la maison paternelle3 ne les exposons pas la tentation mauvaise d'avoir honte de notre pauvret1 s'ils parviennent jamais eux mmes la fortune4 ,une socit est bien malade le jour o les fils de paysans commencent se dgoter des champs1 o les fils des matelots dsertent la mer1 o les filles d'ouvriers dans l'espoir d'tre prises pour des hritires1 prfrent marcher seules dans la rue qu'au bras de leurs braves parents4 ,une socit est saine1 au contraire1 lorsque chacun de ses membres s'applique faire peu prs ce que firent ses parents1 mais mieux1 et visant s'lever1 se contente d'abord des fonctions plus modestes en les remplissant avec conscience#b4 #b ,ce serait ici le lieu de parler du travail en gnral1 de son influence tonifiante sur l'ducation4 ,mais j'ai parl de ce sujet dans mes ouvrages3 ,justice1 ,jeunesse1 ,vaillance2 je me borne y renvoyer le lecteur4 99 99 99 99 99 ,l'ducation doit former des hommes libres4 ,si vous voulez lever vos enfants pour la libert1 levez-les simplement et ne craignez pas surtout de nuire ainsi leur bonheur4 ,bien au contraire4 ,plus un enfant a de joujoux luxueux1 de ftes et de plaisirs recherchs1 moins il s'amuse4 ,il y a l une indication sre4 ,soyons sobres dans nos moyens de rjouir et de divertir la jeunesse et surtout ne crons pas la lgre des besoins factices4 ,nourriture1 vtement1 logement1 distractions1 que tout cela soit aussi naturel et aussi peu compliqu que possible4 ,pour rendre aux enfants la vie agrable1 certains parents leur donnent des habitudes de gourmandise et de paresse1 leur font prouver des excitations incompatibles avec leur ge1 multiplient les invitations et les spectacles4 ,tristes prsents que tout cela4 ,au lieu d'un homme libre vous levez un esclave4 ,trop habitu au luxe1 il s'en fatiguera1 et pourtant lorsque pour l'une ou l'autre raison ses aises lui manqueront1 il sera malheureux et vous avec lui3 et1 ce qui est pire1 vous serez peut-tre tous ensemble disposs dans les grandes occasions de la vie sacrifier la dignit humaine1 la vrit1 le devoir1 par pure lchet4 levons donc nos enfants simplement1 je dirais presque durement2 entranons-les aux exercices fortifiants1 aux privations mme4 ,qu'ils soient de ceux qui soient mieux prpars coucher sur la dure1 supporter des fatigues1 qu' savourer les plaisirs de la table et le confort d'un lit4 ,ainsi nous en ferons des hommes indpendants et solides sur lesquels on puisse compter1 qui ne se vendront pas pour un peu de bien-tre et qui nanmoins1 plus que personne1 auront la facult d'tre heureux4 ,une vie trop facile amne une sorte de lassitude dans l'nergie vitale4 ,on devient un blas1 un dsillusionn1 un jeune vieux1 inamusable4 ,combien d'enfants et de jeunes gens sont aujourd'hui dans ce cas4 ,sur eux se sont poses1 comme de tristes moisissures1 les traces de nos dcrpitudes1 de notre scepticisme1 de nos vices1 et des mauvaises habitudes qu'ils ont contractes en notre compagnie4 ,que de retours sur nous-mmes ces jeunesses fanes nous font faire6 ,que d'avertissements gravs sur ces fronts6 ,ces ombres nous disent par le contraste mme que le bonheur consiste tre un vrai vivant1 actif1 prime-sautier1 vierge du joug des passions1 des besoins factices1 des excitations maladives1 ayant gard dans son corps la facult de jouir de la lumire du jour1 de l'air qu'on respire2 et dans son coeur1 la capacit d'aimer et d'prouver avec puissance tout ce qui est gnreux1 simple et beau4 99 99 99 99 99 ,la vie factice engendre la pense factice et la parole mal assure4 ,des habitudes saines1 des impressions fortes1 le contact ordinaire avec la ralit amnent naturellement la parole franche4 ,le mensonge est un vice d'esclave1 le refuge des lches et des mous4 ,quiconque est libre et ferme est aussi franc du collier4 ,encourageons chez nos enfants l'heureuse hardiesse de tout dire sans mcher leurs paroles6 ,que fait-on d'ordinaire8 ,on refoule1 on nivelle les caractres1 en vue de l'uniformit qui pour le grand troupeau est synonyme du bon ton4 ,penser avec son esprit1 sentir avec son coeur1 exprimer le vrai moi1 quelle inconvenance1 quelle rusticit6--,oh6 l'atroce ducation que celle qui consiste perptuellement touffer en chacun de nous la seule chose qui lui donne sa raison d'tre4 ,de combien de meurtres d'mes nous nous rendons coupables6 ,les unes sont assommes coups de crosse1 les autres doucement touffes entre deux dredons6 ,tout conspire contre les caractres indpendants4 ,petit1 on dsire nous voir comme des images ou des poupes2 grands1 on nous aime condition que nous soyons comme tout le monde1 des automates3 quand on en a vu un1 on les connat tous4 ,c'est pour cela que le manque d'originalit et d'initiative nous a gagns et que la platitude et la monotonie sont les marques distinctives de notre vie4 ,la vrit nous affranchira3 apprenons nos enfants tre eux-mmes1 donner leur son1 sans flure ni sourdine4 ,faisons-leur de la loyaut un besoin1 et dans leurs plus graves manquements1 pourvu qu'ils les avouent1 comptons-leur comme un mrite d'avoir t mchants visage dcouvert4 99 99 99 99 99 la franchise associons la navet dans notre sollicitude d'ducateurs4 ,ayons pour cette compagne de l'enfance1 un peu sauvage1 mais si gracieuse et si bienfaisante1 tous les gards possibles4 ,ne l'effarouchons pas4 ,quand elle s'est enfuie d'un endroit1 il est si rare qu'elle revienne jamais4 ,la navet n'est pas seulement la soeur de la vrit1 la gardienne des qualits propres de chacun1 elle est encore une grande puissance ducatrice et rvlatrice4 ,je vois autour de nous trop de gens soi-disant positifs1 qui sont arms de lunettes terrifiantes et de grands ciseaux pour dnicher les choses naves et leur rogner les ailes4 ,ils extirpent la navet de la vie1 de la pense1 de l'ducation et la poursuivent mme jusqu'aux rgions du rve4 ,sous prtexte de faire de leurs enfants des hommes1 ils les empchent d'tre des enfants1 comme si1 avant les fruits mrs de l'automne1 il ne fallait pas les fleurs1 les parfums1 les chants1 la ferie du printemps4 ,je demande grce pour tout ce qui est naf et simple1 non seulement pour ces gentillesses innocentes qui voltigent autour des ttes boucles1 mais aussi pour la lgende1 la nave chanson1 les rcits du monde des merveilles et du mystre4 ,le sens du merveilleux est dans l'enfant la premire forme de ce sens de l'infini sans lequel un homme est comme un oiseau priv d'ailes4 ,ne sevrons pas l'enfance du merveilleux1 afin de lui garder la facult de s'lever au-dessus du terre terre et d'apprcier plus tard ces pieux et touchants symboles des ges disparus1 o la vrit humaine a trouv des expressions que notre aride logique ne remplacera jamais4 ,,xiv ,conclusion4 ,je pense avoir suffisamment indiqu l'esprit et les manifestations de la vie simple pour faire entrevoir qu'il y a l tout un monde oubli de force et de beaut4 ,ceux-l pourraient en faire la conqute qui auraient l'nergie suffisante pour se dtacher des inutilits funestes dont notre existence est embarrasse4 ,ils ne tarderaient pas s'apercevoir que1 en renonant quelques satisfactions de surface1 quelques ambitions puriles1 on augmente sa facult d'tre heureux et son pouvoir pour la justice4 ,ces rsultats portent autant sur la vie prive que sur la vie publique4 ,il est incontestable que1 en luttant contre la tendance fivreuse de briller1 en cessant de faire de la satisfaction de nos dsirs le but de notre activit1 en revenant aux gots modestes1 la vie vraie1 nous travaillerions consolider la famille4 ,un autre esprit soufflerait dans nos maisons1 crant des moeurs nouvelles et un milieu plus favorable l'ducation de l'enfance4 ,peu peu nos jeunes gens et nos jeunes filles se sentiraient dirigs vers un idal plus lev et en mme temps plus ralisable4 ,cette transformation intrieure exercerait la longue son influence sur l'esprit public4 ,de mme que la solidit d'un mur dpend du grain des pierres et du degr de consistance du ciment qui les agglutine1 de mme l'nergie de la vie publique dpend de la valeur individuelle des citoyens et de leur puissance de cohsion4 ,le grand desideratum de notre poque est la culture de l'lment social qui est l'individu humain4 ,tout dans l'organisation actuelle de la socit nous ramne cet lment4 ,en le ngligeant nous sommes exposs perdre le bnfice du progrs et mme faire tourner contre nous les efforts les plus persvrants4 ,au sein d'un outillage sans cesse perfectionn1 s'il advient que l'ouvrier diminue de valeur1 quoi servent les engins dont il dispose8 empirer par leurs qualits mme les fautes de celui qui les manie sans discernement ou sans conscience4 ,les rouages de la grande machine moderne sont infiniment dlicats4 ,la malveillance1 l'impritie1 ou la corruption1 peuvent y produire des troubles autrement redoutables que dans l'organisme plus ou moins rudimentaire de la socit d'autrefois4 ,il nous faut donc veiller la qualit de l'individu appel1 dans une mesure quelconque1 contribuer au fonctionnement de cette machine4 ,que cet individu soit la fois solide et liant1 qu'il s'inspire de la loi centrale de vie3 tre soi-mme et fraternel4 ,tout en nous et hors de nous se simplifie et s'unifie sous l'influence de cette loi1 qui est la mme pour tous et laquelle chacun doit ramener ses actions2 car nos intrts essentiels ne sont point contraires1 ils sont identiques4 ,en cultivant l'esprit de simplicit nous arriverions donc donner la vie publique une plus forte cohsion4 ,les phnomnes de dcomposition et de dlabrement que nous y remarquons se ramnent tous la mme cause3 manque de solidit et manque de cohsion4 ,on ne dira jamais assez combien le triomphe des petits intrts de caste1 de coterie1 de clocher1 l'pre recherche du bien-tre personnel1 sont contraires au bien social1 et1 par une consquence fatale1 dtruisent le bonheur de l'individu4 ,une socit dans laquelle chacun n'est proccup que de son bien-tre individuel est le dsordre organis4 ,il ne sort pas d'autre enseignement des conflits irrductibles de nos gosmes intransigeants4 ,nous ressemblons trop ces gens qui ne se rclament de leur famille que pour lui demander des avantages1 mais non pour lui faire honneur4 tous les degrs de l'chelle sociale1 nous pratiquons la revendication4 ,nous nous prtendons tous cranciers1 personne ne se reconnat dbiteur4 ,nos rapports avec nos concitoyens consistent les inviter1 sur un ton aimable ou arrogant1 s'acquitter envers nous de leurs dettes4 ,on n'arrive rien de bon avec cet esprit-l4 ,car au fond c'est l'esprit du privilge1 cet ternel ennemi de la loi commune1 cet obstacle sans cesse renaissant une entente fraternelle4 99 99 99 99 99 ,dans une confrence qu'il faisait en #ahhb1 ,m4 ,renan disait qu'une nation est une famille spirituelle1 et il ajoutait3 ,l'essence d'une nation est que tous les individus aient beaucoup de choses en commun et aussi que tous aient oubli bien des choses4 ,il importe de savoir ce qu'il faut oublier et ce dont il faut se souvenir1 non seulement dans le pass mais dans la vie de tous les jours4 ,ce qui nous divise encombre nos mmoires1 ce qui nous unit s'en efface4 ,chacun1 au point le plus lumineux de son souvenir1 garde le sentiment vif1 aigu1 de sa qualit accessoire1 qui est d'tre un personnage1 cultivateur1 industriel1 lettr1 fonctionnaire1 proltaire1 bourgeois1 ou encore un sectaire politique ou religieux2 mais sa qualit essentielle1 qui est d'tre un enfant du pays et un homme1 se trouve relgue dans l'ombre4 ,c'est peine s'il en garde une notion thorique4 ,il en rsulte que ce qui nous occupe et nous dicte nos actions est prcisment ce qui nous spare des autres1 et il ne reste presque pas de place pour cet esprit d'union qui est comme l'me d'un peuple4 ,il en rsulte encore que nous entretenons de prfrence les mauvais souvenirs dans l'esprit de nos semblables4 ,des hommes anims de l'esprit particulariste1 exclusif1 hautain1 se froissent journellement les uns les autres4 ,ils ne peuvent se rencontrer sans rveiller le sentiment de leurs divisions et de leurs rivalits4 ,lentement il s'amasse ainsi dans leur souvenir une provision de mauvaise volont rciproque1 de mfiance1 de rancune4 ,tout cela1 c'est le mauvais esprit avec ses consquences4 ,il faut l'extirper de notre milieu4 ,souviens-toi1 oublie6 c'est ce qu'il faudrait nous dire tous les matins1 dans toutes nos relations et toutes nos fonctions4 ,souviens-toi de l'essentiel1 oublie l'accessoire6 ,comme on remplirait mieux ses devoirs de citoyen1 si le plus humble et le plus lev se nourrissaient de cet esprit6 ,comme on cultiverait les bons souvenirs dans l'esprit de son prochain en y semant des actions aimables2 en lui pargnant les procds dont il est oblig de dire malgr lui1 la haine au coeur3 cela1 je ne l'oublierai jamais6 ,l'esprit de simplicit est un bien grand magicien4 ,il corrige les asprits1 il construit des ponts par-dessus les crevasses et les abmes1 il rapproche les mains et les coeurs4 ,les formes qu'il revt dans le monde sont en nombre infini4 ,mais jamais il ne nous parat plus admirable que lorsqu'il se fait jour travers les barrires fatales des situations1 des intrts1 des prjugs1 triomphant des pires obstacles1 permettant ceux que tout semble sparer1 de s'entendre1 de s'estimer1 de s'aimer4 ,voil le vrai ciment social1 et c'est avec ce ciment-l que se btit un peuple4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,pages ,i4--,la vie complique #c ,,ii4--,l'esprit de simplicit #bc ,,iii4--,la pense simple #ce ,,iv4--,la parole simple #ci ,v4--,le devoir simple #gi ,,vi4--,les besoins simples #ajc ,,vii4--,le plaisir simple #aba ,,viii4--,l'esprit mercenaire et la simplicit #ade ,,ix4--,la rclame et le bien ignor #afg ,x4--,mondanit et vie d'intrieur #aja ,,xi4--,la beaut simple #bji ,,xii4--,l'orgueil et la simplicit dans les rapports sociaux #bbg ,,xiii4--,l'ducation pour la simplicit #bea ,,xiv4--,conclusion #bha #ade-jh4--;,coulommiers4 ,imp4 ,paul ,,brodard4--,p#b-jh4