,note sur la transcription3 ,l'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t harmonise1 mais les erreurs typographiques videntes ont t corriges4 ,la numrotation des chapitres a t corrige4 ,l',,homme ,,sauvage4 ,l',,homme ,,sauvage4 ,,par ,m4 ,,mercier4 ,sponte su sine lege fidem rectumque colebat4 ,,ovid4 ,metam4 lib4 ,i4 ,vignette ,a ,,neuchatel1 ,de l',imprimerie de la ,socit ,typographique4 ,m4 ,,dcc4 ,,lxxxiv4 ,ce roman est un des premiers ouvrages de l'auteur4 ,comme il appartient la collection de ses uvres1 nous l'avons rimprim4 ,il est neuf par les additions qu'on y trouvera4 ,on a joint cette fiction philosophique les ,amours de ,cherale1 petit pome en six chants1 qui fut compos la mme poque1 c'est--dire1 dans la jeunesse de l'auteur4 ,c'est sous ces mmes format caracteres qu'il fera imprimer la suite de ses uvres4 ,on peut les acqurir successivement1 sans craindre qu'il y ait aucune diffrence dans l'excution2 l'on recevra certaines poques les titres gnraux4 ,bandeau ,l',,homme ,,sauvage4 ,,introduction4 ,le chevalier ,baltimore fut envoy en ,amrique en #afgb par la cour d',angleterre4 ,il joignoit la sagesse la modration l'esprit de gouvernement1 une prudence consomme tout le feu de la valeur4 ,on le vit toujours aussi fidele aux leons de l'exprience qu'aux inspirations de son propre gnie4 ,il ne donna rien au hasard1 dans une place o il pouvoit tout oser4 ,ce fut avec la joie la plus vive qu'il reut le poste honorable que lui confioit sa patrie4 ,avide1 ds l'enfance1 des relations du ,nouveau-,monde1 il avoit mis dans tous les tems son tude son plaisir rechercher les traits primitifs de la nature humaine1 si dfigure par toutes nos institutions4 ,il vouloit connotre l'homme tel qu'il est sous l'empire de la nature1 savoir s'il est n bon1 ou s'il porte originairement dans le cur ce germe de cruaut qui se dveloppe quelquefois d'une maniere si terrible pour l'intrt de ses moindres passions4 ,le chevalier avoit consult avec soin les livres des voyageurs2 il avoit suivi les raisonnemens des philosophes2 il avoit tout entendu1 pour se former une juste ide du caractere de ces peuples nouveaux2 par ce moyen il avoit cru pouvoir dmler ce qui appartient la nature1 d'avec ce qui est le fruit de l'ducation de l'usage4 ,mais aprs avoir beaucoup lu1 que trouva-t-il8 ,des rcits qui se contredisoient1 des jugemens opposs quelques faits particuliers donns pour des coutumes gnrales4 ,il vit que l'habit de missionnaire ou de commerant avoit dict leurs opinions diverses1 que l'amour du merveilleux avoit t le foible des voyageurs les plus intrpides4 ,on vantoit le bon-sens naturel des ,indiens2 comment le concilier avec l'extravagance de leur culte8 ,on exaltoit leur courage2 mais chaque pas la plus misrable superstition sembloit le dmentir4 ,le chevalier parvint peu peu ddaigner les sources o il cherchoit puiser ces connoissances difficiles2 il ne courut plus avec empressement au-devant du premier voyageur qui dbarquoit2 il ne crut que ses propres rflexions son cur3 mais son cur devint pour lui un interprete infidele4 ,en se mettant la place d'un homme qui vit sous les loix simples de la nature1 en suivant ses mouvemens la progression de ses ides1 en analysant ses sensations1 en composant les loix ou les opinions qu'il peut se forger1 il ne fit1 comme bien d'autres1 qu'embrasser ce qui plaisoit son imagination4 ,il avoit cout la voix de son cur qui toit gnreux1 son cur lui avoit assur que l'homme est n bon3 ainsi il avoit jet le caractere de tous les hommes dans un mme moule2 aprs leur avoir prt toutes les ides de sa raison exerce1 il s'toit applaudi de l'heureux plan de son admirable systme4 ,un voyage qu'il fit en ,amrique lui donna cependant lieu de le soumettre un nouvel examen4 ,ce fut l qu'il fit la connoissance de ,williams1 ,indien1 qui avoit vcu long-tems dans un tat absolument sauvage4 ,williams toit auparavant connu sous le nom de ,zidzem4 ,zidzem1 par une suite de son tonnante destine1 avoit t conduit ,londres1 ramen en ,amrique1 aprs plusieurs aventures singulieres1 s'toit tabli dans le comt de ,kilkenny au midi de l',irlande1 o il vivoit en sage1 d'un bien acquis par une honnte industrie4 ,ce fut une rencontre bien prcieuse au chevalier ,baltimore qui1 allant visiter ses terres en ,irlande1 retrouva cet ,indien se l'attacha par les avances de la plus tendre amiti4 ,elle ne tarda pas devenir mutuelle3 alors le chevalier se flatta de pouvoir apprendre avec certitude quels toient les mouvemens naturels les passions primitives du cur de l'homme1 jusqu'ici l'nigme la plus inexplicable qui soit dans la nature4 ,williams possdoit une conception vive facile4 ,ses voyages l'avoient form dans plusieurs connoissances1 son got pour la lecture avoit enrichi son esprit de mille traits instructifs4 ,les bons crivains1 tant anciens que modernes1 ne lui toient pas inconnus4 ,lorsque leur amiti fut parfaitement cimente1 le chevalier exigea de son ami qu'il mt par crit tout ce qu'il avoit prouv depuis sa plus tendre enfance jusqu'au moment o il s'toit trouv parmi des peuples polics4 ,il voulut encore qu'il dcrivt ses premiers penchans1 ses premiers desirs1 le fil de ses ides2 qu'il rapportt dans le plus grand dtail ce qui l'avoit affect le plus vivement1 de quelle maniere sur-tout il l'avoit t4 ,son ami se refusa plus d'une fois cette demande1 parce qu'il sentoit toutes les difficults de l'excution4 ,comment en effet se rappeller des sensations primitives1 effaces dtruites par tant d'autres8 ,comment retrouver la chane de ses propres ides le nud invisible qui a servi les joindre8 ,la mmoire ne suffit pas pour cette grande opration4 ,cependant1 aprs avoir rflchi trs-long-tems1 tre descendu en lui-mme1 tre revenu sur ses premieres annes1 il se rappella un certain nombre de faits1 dont rien n'avoit pu effacer l'impression2 cdant aux ardentes prieres de l'amiti de la philosophie1 il envoya l'histoire suivante au chevalier ,baltimore4 ,celui-ci1 dans le premier transport de sa joie1 en fit part un de ses amis1 aussi curieux que lui sur cette intressante matiere4 ,cet ami a commis une petite infidlit en faveur d'un de mes parens1 je publie l'histoire pour expier sa faute4 ,que celui qui voudroit proscrire ce tableau de la nature humaine1 rflchisse avant tout craigne de se tromper4 ,qui osera affirmer que la nature seule est une mauvaise lgislatrice8 ,qui osera condamner les actions les penses d'un sauvage1 lorsque1 retenu dans une ignorance invincible1 il suit ce que l'instinct le sentiment lui prescrivent8 ,sera-ce l'homme civilis1 l'habitant des villes1 chez qui tous ces traits primitifs sont altrs8 ,ah6 respectons plutt cet instinct sacr1 donn par l',auteur de tous les tres1 souvenons-nous que plus l'homme cherche l'obscurcir1 l'touffer1 plus il s'loigne de la flicit4 ,vignette ,,chapitre ,ier4 7,williams parle son ami jusqu' la fin de l'ouvrage47 ,qu'exigez-vous de moi1 cher chevalier1 lorsque vous voulez que je vous dcrive le vritable tat de mon ame dans ces tems o la nature seule m'inspiroit1 o heureux dans la solitude des montagnes de ,xarico1 je vivois avec la tendre ,zaka1 criminelle innocente la fois8 ,vous oubliez que vous allez rouvrir des plaies qui saignent encore2 vous oubliez que pour vous obir il me faut prouver la plus vive des douleurs4 ,mes larmes arrosent le papier4444 ,ah1 ,zaka1 malheureuse ,zaka6 la religion condamne les pleurs que m'arrache ton souvenir3 je le sais aujourd'hui2 mais la nature1 mais mon cur ne peuvent les retenir4 ,ferai-je un fidele portrait de moi-mme8 ,me peindrai-je avec un cur dprav8 moi qui ds le premier instant o j'ai senti mon existence1 ai chri la vertu1 avant mme que ma bouche et appris prononcer son nom4 ,cependant l'infortun ,zidzem a t dclar publiquement coupable1 lui qui se flattoit d'tre innocent6 ,que ce souvenir m'est cruel6 ,on est donc coupable sans le savoir4 ,eh1 pouvois-je deviner les loix tablies pour la tranquillit ou la flicit d'un grand peuple1 tandis que j'tois seul dans un dsert8 ,voici mon histoire3 elle justifiera peut-tre1 mais elle servira trs-peu claircir vos doutes4 ,vous voulez approfondir de grandes questions1 dont la solution passe1 je crois1 notre porte4 ,la raison de l'homme1 abandonne elle-mme1 peut-elle s'lever la connoissance d'un ,crateur8 ,peut-elle clairer par degrs notre foible entendement8 ,est-il possible enfin l'homme de connotre le vritable rapport de ses devoirs8 ,oh6 ne desirez-vous rien de trop1 cher chevalier8 ,vous-mme jugez-vous4 ,tous les hommes auroient-ils agi comme moi1 s'ils se fussent trouvs dans ma situation8 d'aprs ce que l'un a fait1 peut-on dcider de ce que l'autre auroit pu faire8 ,sans doute nous avons besoin d'une main cleste qui nous conduise dans une route aussi incertaine2 mais est-il impossible l'homme de rflchir sur lui-mme1 d'couter la voix secrete de son cur1 de remonter ainsi aux principes de cette loi sublime invariable1 qui dirige tous les tres8 ,aura-t-il absolument besoin d'un secours tranger pour sentir l'existence d'un premier tre8 ,la vertu est-elle incompatible avec l'ignorance8 ,le cur n'a-t-il pas ses lumieres1 plus pures que celles de l'esprit8 ,hlas6 avant que l',eternel et daign faire descendre sur la terre ces vrits lumineuses consolantes1 la raison n'avoit-elle pas su les entrevoir8 ,ne portons-nous pas le germe d'un sentiment actif1 qui ne demande que la moindre tincelle pour crotre se dvelopper8 ,je vous envoie mon histoire1 parce que vous tes mon ami1 que j'aime vous avoir pour tmoin de toutes mes penses4 ,mais drobez-les1 je vous prie1 aux yeux de ces hommes qui veulent exercer un despotisme sur les esprits1 qui font un crime de ne point adorer leurs prtendus oracles4 ,nourris dans les disputes de l'cole1 accoutums recevoir les ides anciennes1 ils prononcent hardiment sur l'homme qu'ils ne connoissent pas1 lancent ensuite leur foudre sur le fantme qu'ils ont imagin4 ,evitez ces docteurs vains1 leur orgueil leur intolrance4 ,ils voudront vous persuader que ,zidzem1 qui va vous crayonner la sensibilit de son cur1 est un libertin1 un insens1 peut-tre un impie qui1 sous un air de simplicit1 cache le coupable dessein de renverser leur systme4 ,ils se vengeroient juste titre3 le bon ,zidzem a quelquefois t curieux de s'enfoncer dans le ddale obscur de leur philosophie scholastique1 il s'y est gar avec eux2 mais du moins il a ri1 en sortant de leur pompeuse cole1 tel qu'un homme sage1 en s'veillant1 se moque du songe ridicule qui a fatigu ses sens4 ,pourquoi aussi n'a-t-il pas adopt leurs chimeres8 ,pourquoi n'a-t-il pas reconnu cette perversit originelle qui1 selon eux1 est notre partage8 ,pourquoi a-t-il cru qu'on pouvoit lire la grandeur la magnificence du ,crateur dans la vote du firmament comme dans un livre8 ,pourquoi a-t-il pens que le ,juge incorruptible1 qu'on ne trompe point1 rside en nous-mmes8 ,pourquoi a-t-il dcouvert que toutes les fables dont la terre est remplie ne sont que des emblmes d'une ide primitive qui appartient tout homme qui1 au lieu de disputer1 ne veut que sentir8 ,faut-il des argumens pour adorer8 ,faut-il compulser des livres pour apprendre tre juste bon8 ,n'est-on gnreux1 compatissant1 qu' la suite de longues tudes8 ,l'innocence ne suffit-elle pas1 n'appartient-elle point au premier mouvement de l'ame8 ,je ne suis ni philosophe1 ni savant2 je n'ai point1 comme eux1 l'ambition d'lever un systme sur un chafaudage de mots4 ,je ne veux tre ici que l'historien de mes sensations1 des ides qu'elles m'ont fait natre4 ,,chapitre ,,ii4 ,je suis n parmi les ,chbutois1 peuple du sud de l',amrique1 peuple long-tems illustre vainqueur4 ,pardonnez si je me fais gloire de ma patrie1 si je laisse entrevoir quelqu'orgueil au nom de ma nation4 ,avant que l'avarice la cruaut1 sous les vtemens d'une religion sainte1 eussent trouv le chemin de l',amrique1 pour effrayer un nouveau monde de l'assemblage horrible de tous les crimes1 les ,chbutois toient un peuple aussi renomm dans l',amrique1 que les ,franois le sont aujourd'hui au milieu de l',europe4 ,ils ont donn des habitans1 des rois des loix au ,prou4 ,lorsque j'ai commenc lire les auteurs ,europens1 j'ai cherch avidement ce qu'ils avoient dit du bon incas ,cabot1 qui avoit rgn sur tant de millions d'hommes1 qui1 malgr l'tendue de son empire1 avoit su les rendre tous heureux2 ce qu'ils avoient pens du sage ,zulma1 du victorieux ,ozimo qui triomphoit pour pardonner1 de vingt autres monarques distingus par des vertus hroques particulieres4 ,quels furent mon tonnement ma douleur1 de feuilleter vainement une prtendue histoire universelle1 de ne pas trouver leurs noms1 pas mme celui de ma patrie6 ,mais la place de ces noms sacrs1 je lus l'numration de toutes les folies d'un certain ,jaques1 les attentats multiplis d'un ,henri qui faisoit couper la tte ses femmes l'une aprs l'autre1 pour en pouser une nouvelle en sret de conscience1 combien de matresses avoit entretenu un roi voluptueux1 nomm ,charles4 ,quoi1 dis-je en soupirant1 la vertu1 la sagesse1 la valeur de ,cabot1 de ,zulma1 d',ozimo1 sont restes inconnues1 la sottise1 les crimes de ces indignes souverains sont terniss6 ,la pense que1 dans quelques siecles1 ces livres priroient sans doute avec la mmoire de leurs hros1 fut la seule chose qui servit me consoler4 ,lors donc que les ,espagnols1 guids par la soif de l'or du sang1 la foi la rage dans le cur1 la flamme la croix la main1 aborderent les malheureuses contres de l',amrique1 les ,chbutois n'inspirerent pas plus de piti que les autres peuples4 ,ces ,europens altrs d'or attaquerent des nations qui ne les avoient point offenss1 attenterent leurs biens1 leur libert1 leur vie1 prcherent ensuite une religion qu'ils avoient rendue aussi dtestable qu'eux4 ,les tourmens toient les interpretes de ces barbares1 un bcher enflamm leur rponse1 la cupidit l'origine de leur zele affreux4 ,ils annonoient un ,dieu pere de tous les humains1 ils massacroient des cratures humaines qui ne pouvoient srement reconnotre en eux des hommes4 ,je ne m'tendrai point sur cette plaie cruelle faite la religion l'humanit2 d'ailleurs ces horreurs sont assez connues1 les ,europens doivent jamais rougir de ne pouvoir les effacer de leur histoire4 ,un petit nombre de ,chbutois se sauverent dans les montagnes de ,xarico1 pour se drober un esclavage plus cruel pour eux que la mort4 ,une autre partie poussa jusqu'aux frontieres du ,prou2 l1 l'imagination encore trouble des vastes scenes de carnage1 ils croyoient toujours rencontrer leurs farouches assassins4 ,les tristes restes de plusieurs nations ,amricaines s'unirent formerent un nouveau peuple4 ,elles fonderent leur habitation au milieu de petites plaines situes entre des rochers dfendues par des bois inaccessibles4 ,elles s'estimoient heureuses aprs avoir tout perdu2 elles toient libres4 ,le gouvernement fut confi un capitaine nomm ,xalisem3 son pouvoir se bornoit protger la nation4 ,il dut cette place sa valeur hroque1 non aux droits de la naissance4 ,les loix furent aussi simples que l'esprit de ces peuples1 elles en toient plus respectes3 elles tendoient unir non diviser les curs1 concentrer l'intrt particulier dans l'intrt gnral2 elles n'attribuoient pas quelques privileges quelques individus pour soumettre le gros de la nation2 elles ne faisoient pas quelques heureux aux dpens de la multitude4 ,unis par le malheur1 les citoyens plus gaux s'aimerent davantage4 ,cependant il y avoit parmi eux presqu'autant de cultes diffrens que de chefs de famille2 mais ils ne se tourmenterent pas pour des crmonies1 parce qu'ils toient religieux1 non vains intresss4 ,nul d'entr'eux1 affectant un droit sur la pense1 n'apprenoit har son voisin cause de sa secte4 ,la sret de l'tat1 telle toit la loi universellement reconnue3 alors les infracteurs toient svrement punis1 fussent-ils descendans d',ozimo1 fussent-ils les enfans du soleil4 ,j'ai remarqu avec tonnement que dans plusieurs gouvernemens la justice dtournoit son glaive devant quelques hommes puissans3 ce qui les autorisoit trahir les intrts de la patrie1 ou porter leurs mains avides sur les revenus de l'tat4 ,un pareil crime toit inconnu chez les ,chbutois3 jamais on n'entendit parler de guerres civiles ni religieuses1 je n'ai pu me familiariser avec l'histoire des ,europens1 quand j'ai vu qu'on n'avoit jamais disput si l'on devoit adorer ,dieu1 mais qu'on avoit vers des torrens de sang pour savoir comment il faut l'adorer4 ,ainsi1 c'est plutt l'extrieur du culte que le culte mme1 qui a servi de prtexte l'embrasement des tats2 ou plutt l'homme a dfendu la cause de son opinion1 non celle de la ,divinit4 ,mais a-t-elle besoin qu'on dfende son culte main arme8 ,dieu ne refuse point les rayons de son soleil l'impie adorateur des idoles3 laissons sa suprme grandeur le soin de venger ses offenses4 ,les ,chbutois 7car ce peuple compos de vingt peuples divers1 avoient retenu le nom qui imprimoit le plus de respect7 devoient tre ncessairement les irrconciliables ennemis des cruels ,espagnols3 la vengeance toit leur premier devoir1 j'ai presque dit leur vertu4 ,si un ,espagnol tomboit entre leurs mains1 ils lui faisoient souffrir les mmes tourmens qu'ils avoient endurs3 c'est ainsi qu'ils satisfaisoient la mmoire de leurs braves anctres1 lchement gorgs4 ,les ,europens accusent encore aujourd'hui les ,chbutois d'avoir t la nation la plus sanguinaire4 ,non1 mon ami1 elle fut la plus juste4 ,autrefois simple tranquille dans ses murs1 contente des prsens de la nature1 elle vivoit sans souponner la vengeance la fureur2 mais la vue de monstres nourris au carnage1 l'aspect de leurs tyrans ensanglants1 les ,chbutois imiterent leur cruaut1 bientt les surpasserent4 ,ils se familiariserent avec les arts horribles qui portent la destruction4 ,on ne les traita plus de stupides ds qu'on les vit redoutables2 toutes les passions violentes chauffoient leur courage4 ,on vit la libert refleurir sur des rochers1 aprs des fleuves de sang2 mais on ne la crut pas trop chrement achete4 ,les ,chbutois braverent leurs ennemis jusques sous le cacique ,azeb1 mon pere4 ,il toit brave1 il avoit des vertus2 mais1 le dirai-je6 il toit plus philosophe que politique guerrier4 ,l'avarice1 la superstition la tyrannie conjurerent ensemble pour effacer de dessus la terre un peuple innocent libre4 ,les ,espagnols ne pouvoient souffrir une colonie d',indiens voisins de leurs villes2 mais comment franchir les hautes montagnes de ,xarico8 comment asservir des hommes qui frmissoient au seul nom d'esclavage8 ,ils esprerent obtenir de la ruse ce qu'ils n'osoient attendre de la valeur4 ,l'inimiti entre les deux nations paroissoit affoiblie par le tems2 quelques petites alliances toient mme formes par le relchement de la discipline4 ,ils parurent plus modrs2 ils nous porterent des paroles de paix4 ,le commerce s'introduisit entre les deux peuples3 cette correspondance utile consacra leurs liaisons4 ,dj quelques missionnaires s'toient glisss chez les ,chbutois3 leur extrieur compos1 leur langage doux1 leur zele dsintress ou qui paroissoit l'tre1 ne laisserent point souponner des espions secrets parmi un peuple qui savoit combattre1 vaincre punir1 mais qui ignoroit les pieges de la trahison4 ,,chapitre ,,iii4 ,mon pere1 tromp par la douceur apparente de leur caractere1 reut ces missionnaires avec bont4 ,dans sa jeunesse il avoit frquent quelques ,europens2 de sorte qu'il possdoit plusieurs connoissances trangeres ses compatriotes4 ,amoureux des arts1 il accueillit des hommes qui les cultivoient4 ,il avoit de la sagesse1 de la grandeur d'ame1 de l'humanit2 mais il ne prvoyoit pas assez les dangers4 ,trop peu dfiant pour la place qu'il occupoit1 il permit aux missionnaires de prcher librement leur religion2 ne croyant pas qu'elle pt influer sur la forme du gouvernement1 que des hommes isols sans armes pussent jamais tre dangereux un peuple de guerriers4 ,cette religion toit nouvelle1 imposante par ses crmonies1 annonce par des hommes intelligens2 elle attira la foule1 fit des progrs tonnans rapides1 plut par des dehors clatans2 telle fut la premiere semence des troubles qui amenerent la ruine de ce peuple aveugl4 ,vous savez que les ,amricains ne sont pas tous de la mme couleur3 on y voit des femmes qui1 en blancheur en beaut1 ne le cedent en rien aux plus belles ,europennes4 ,ma mere ,alguzire eut la gloire d'tre la plus aimable d'entr'elles4 ,unie ,azeb par les liens les plus doux1 elle toit alors dans tout l'clat de la plus florissante jeunesse4 ,moi une fille nomme ,zaka tions les seuls fruits de leurs amours4 ,alguzire eut le malheur de plaire l'un des missionnaires1 qui avoit un libre accs dans la demeure de mon pere4 ,il s'insinua prs d'elle sous le masque de la probit2 mais il ne tarda pas trahir son coupable dessein4 ,alguzire toit une sauvage1 elle fut fidelle son poux4 ,le missionnaire1 tromp dans ses desirs1 aprs plusieurs tentatives1 eut recours la force4 ,elle rendit ses efforts vains1 se plaignit mon pere4 ,azeb1 arm du glaive de la justice1 mais sans haine sans colere1 crut pouvoir punir le perfide qui avoit attent l'honneur d'une femme que son rang sa vertu auroient d faire respecter2 selon la religion qu'il prchoit1 le sducteur audacieux n'en toit que plus coupable4 ,les loix qui prononoient la peine de mort contre la violence1 furent excutes4 ,le chtiment de ce missionnaire eut des suites horribles3 ses compagnons le blmoient publiquement1 mais en particulier lui donnoient le nom de martyr4 ,les ,chbutois baptiss1 excits la rvolte par leurs sourdes manuvres1 s'emporterent injurieusement contre mon pere2 ils crurent la religion outrage dans la personne du coupable justement puni4 ,anims la vengeance par l'organe de leurs prtres1 ils firent une alliance secrete avec les ,espagnols1 les conduisirent par des passages inconnus dans le centre des montagnes de ,xarico4 ,une guerre civile alloit embraser l'tat1 c'toit la religion qui devoit aiguiser le fer4 ,mon pere vit qu'il seroit trop foible contre la plus grande partie de ses sujets rvolts3 il aima mieux cder pour pargner le sang1 ce fut de cette maniere qu'il dsarma ses sujets1 se flattant de les convaincre bientt de leur profonde erreur4 ,il accepta donc le trait que les ,espagnols lui offrirent1 parce qu'il avoit espr que ses sujets ouvriroient les yeux redeviendroient fideles leur premier serment1 gage de leur libert1 de leur bonheur4 ,malheureux ,azeb6 plus malheureux citoyens6 ,tous les yeux se fermerent sur les dangers sur les dsastres qui prparoient la ruine de la patrie4 ,tandis que les jeunes ,chbutois1 le front ceint de fleurs1 clbroient au milieu des festins cette nouvelle alliance1 ils furent trahis par leurs compatriotes superstitieux4 ,au signal qu'ils donnerent1 les ,espagnols commencerent le carnage4 ,surpris1 envelopp de toute part1 ce peuple ne put se dfendre1 le fer dans la main de la frocit choisit son gr ses victimes4 ,azeb qui avoit un secret pressentiment de cette trahison1 s'chappa du carnage o ses sujets innocens toient plongs4 ,au milieu de tant d'horreurs1 il eut la joie de voir son fils sa fille sauvs par les soins d'un serviteur fidele3 mais parmi la foule des assassins il perdit la belle ,alguzire4 ,o douleur6 il vit la main qui pera son cur1 il entendit les derniers mots de sa bouche expirante1 son bras fut impuissant la venger4 ,quelques sujets rassembls autour de sa personne protgerent sa vie favoriserent son vasion4 ,oblig de cder leurs pleurs1 il nous prit entre ses bras2 aprs avoir march long-tems1 accompagn d'un seul domestique1 il se cacha dans des antres secrets lui seul connus4 ,du fond de cet asyle on distinguoit la flamme des bchers qui consumoient nos malheureux concitoyens1 l'cho nous reportoit sur ces rochers dserts leurs cris lamentables4 ,la fume qui sortoit des cabanes embrases1 s'levoit en noirs tourbillons1 obscurcissoit le ciel1 tendoit sa vapeur jusques sur nous se mloit l'air que nous respirions4 ,ceux des ntres qu'on voulut forcer embrasser une religion qu'on leur avoit trop appris dtester1 aimerent mieux expirer dans les flammes4 ,on les vit danser autour du bcher1 puis embrasser le bois qui alloit les rduire en cendres4 ,aussi courageux que les ,espagnols toient lches1 ils chantoient au milieu des tourmens les louanges de ,xuixoto1 croyant mourir pour sa gloire2 dans cette ide ils expiroient avec une sorte de joie4 ,les ,espagnols ne cesserent d'gorger que lorsque les victimes leur manquerent4 ,alors ils leverent leurs mains sanglantes vers le ciel1 comme pour lui offrir le sacrifice de plusieurs milliers d'hommes4 ,ils se livrerent une joie effrne1 s'applaudirent1 dans le sein de la dbauche1 de leurs crimes nombreux4 ,ils instituerent une fte solemnelle1 o ils clbrerent la mmoire de l'adultere1 comme celle d'un saint qui devint leur digne patron4 ,mais1 chtiment de la justice divine6 les chrtiens ,chbutois qui avoient trahi leurs concitoyens1 furent trahis leur tour1 reurent le prix de leur perfidie4 ,esclaves chargs de chanes1 condamns aux plus vils travaux par ces mmes ,espagnols1 justes une fois1 leurs remords tardifs vengerent du moins la patrie mon pere4 ,vignette ,,chapitre ,,iv4 ,dans un vallon ceint de hautes montagnes presqu'inaccessible1 nous demeurmes cachs pendant quelques jours4 ,n'osant sortir de dessous la vote d'un rocher1 ,azeb choisit une nuit des plus sombres1 nous conduisit par des routes secretes vers un dsert que lui seul connoissoit4 ,on avoit mis sa tte prix4 ,que de fatigues essuya ce bon pere veillant sur tous nos besoins pendant un voyage aussi pnible6 ,que de fois il trembla pour nos misrables jours6 ,non1 ce n'toit point le pouvoir qu'il regrettoit1 c'toit notre mere infortune1 dont l'image le suivoit sans cesse4 ,je l'ai vu plusieurs fois1 en prononant son nom1 verser des larmes1 nous approcher de son sein1 nous en loigner1 comme s'il et craint de nous faire partager ses douleurs4 ,notre dbile enfance eut besoin de toute son active tendresse pour ne pas succomber en route2 mais il avoit tout prvu1 il sut domter toutes les traverses4 ,accompagn du seul ,caboul1 son fidele compagnon1 il arriva dans l'asyle impntrable qu'il avoit choisi pour y terminer ses jours4 ,figurez-vous des rochers escarps qui environnent une plaine assez agrable1 comme si la nature et voulu la drober tous les yeux3 d'un ct les montagnes de ,xarico1 de l'autre des bois inaccessibles2 c'est l que1 dans une caverne spacieuse1 mon pere avoit dpos ses trsors couvert des ,espagnols de leurs recherches avaricieuses4 ,l1 nous nous trouvmes en sret comme dans une citadelle o la nature prenoit soin en mme tems de nous nourrir de nous protger4 ,je tiens tous ces dtails de la bouche de mon pere1 qui me les a confirms dans plusieurs rcits4 ,je n'avois alors que trois ans1 ,zaka en avoit deux4 ,c'est un ge o par sa foiblesse l'homme parot le plus infortun des tres1 o j'ai t le plus heureux parce que j'tois insensible aux malheurs qui m'environnoient4 ,dans les premiers tems nous demeurions toujours dans une caverne obscure1 je ne savois pas alors que c'toit pour conserver une vie pour laquelle j'avois une indiffrence absolue4 ,mes yeux s'accoutumerent aux tnebres ne m'empcherent plus de distinguer les objets4 ,aujourd'hui je jouis encore du privilege de voir distinctement dans l'ombre la plus paisse4 ,mon pere1 ,caboul1 ,zaka1 moi1 tel fut le petit nombre des infortuns chapps la fureur des ,espagnols4 ,jamais mon pere ne se hasardoit monter au sommet des rochers1 dans la crainte d'tre dcouvert4 ,nos tyrans avoient tendu leurs habitations dans les plaines qui bordoient ces rochers3 dans la suite nous nous promenions seulement sur un petit cteau orn de gazon1 o nous respirions le frais4 ,que d'inquitudes nous causmes la tendre sollicitude d',azeb6 ,il toit oblig d'interrompre nos jeux innocens2 il nous interdisoit jusqu'aux cris de la joie2 nous ne pouvions souponner pourquoi il refrnoit nos transports1 pourquoi il nous empchoit de sortir de l'espace circonscrit4 ,notre raison commenante accusoit sa svrit1 qui n'toit que le fruit de sa vigilante tendresse4 ,notre petite plaine toit assez fertile pour nous procurer une nourriture suffisante convenable3 la ,providence a soin de l'homme en quelque lieu qu'il se trouve1 pourvu que son travail interroge sa libralit4 ,cher chevalier1 arrtez-vous un instant2 contemplez un spectacle qui intressera votre cur sensible2 voyez un cacique qui s'asseyoit sur un trne d'or possdoit autant de trsors qu'en peut desirer l'ambition des monarques de l',europe2 voyez-le cultiver la terre de cette mme main qui portoit le sceptre4 ,il ne le regrette pas2 il est lui-mme1 il se trouve pay de toutes ses peines1 lorsqu'un de ses enfans lui sourit4 ,les dsastres de sa nation1 voil ce qui le touche encore3 il a fait sans peine le sacrifice de l'autorit2 mais il ne s'accoutume pas aux images effrayantes de la patrie extermine4 ,il m'a dit souvent qu'il se trouvoit plus heureux dans cette solitude1 n'ayant lutter que contre les besoins de la vie1 que lorsqu'au milieu des hommages qui environnent la royaut1 il avoit les inquitudes du commandement les soucis renaissans d'une prvoyance journaliere4 ,pere tendre1 il apprtoit de ses mains l'aliment qui soutenoit notre vie dfaillante2 chef ador1 il possdoit un ami dans un de ses anciens serviteurs2 peut-tre il rendoit graces au ciel de son infortune1 puisqu'il avoit rencontr un cur1 lorsqu'il n'avoit plus de diadme4 ,une herbe de bon got1 le fruit du cacoyer1 des racines succulentes1 quelquefois du gibier1 voil ce qui composoit les mets de notre table4 ,je ne dtaillerai point ici les prodiges d'industrie que le soin de notre conservation sut dicter mon pere4 ,caboul lui disputoit la gloire du travail1 mon pere le rcompensoit de son zele en s'avouant vaincu4 ,nous nous tions accoutums le regarder aussi comme un pere2 dans les premieres annes de notre vie1 nous ne mettions aucune diffrence entre lui l'auteur de nos jours4 ,a leur rencontre nous nous prcipitions galement entre leurs bras1 les caresses de l'un de l'autre nous sembloient tout aussi vives4 ,contens de notre sort1 nous ne formions aucun desir1 nous croissions en ge1 sans nous appercevoir que nous avancions dans le chemin de la vie1 que des clarts fatales alloient bientt rompre le charme l'insouciance du jeune ge4 ,quant au systme de notre ducation1 ,azeb l'avoit dress sur le plan le plus sr pour notre flicit4 ,il avoit rsolu de nous abandonner aux leons de la bonne simple nature1 persuad que tout ce qu'elle fait est bien fait1 que ce n'est qu'en la contredisant que nous nous sommes ouvert la source de tant de maux4 ,sa voix sacre lui paroissoit prfrable toute autre1 parce qu'elle est plus sre que l'ignorance vaut mieux que l'erreur4 ,azeb avoit connu les loix1 les coutumes le culte de divers peuples4 ,il avoit rflchi sur les contrarits qui obscurcissent l'esprit de l'homme lui font btir des loix chimriques la place de ces loix simples qui n'garent jamais un cur droit sincere4 ,il vouloit loigner de nous ces opinions incertaines qui nous tourmentent1 parce que nous sentons confusment que leur base nous chappe1 il crut avancer notre raison en nous dgageant de cette foule de mots1 source de nos disputes de nos haines4 ,d'ailleurs il pensoit que comme nos jours devoient s'couler1 dans ce lieu dsert1 au milieu de la paix de l'innocence1 nous n'aurions pas besoin de prceptes1 qu'il suffisoit de nous faire pratiquer ce qui toit bon juste1 que l'avertissement pourroit jaillir du fond de nos curs1 puisque ,dieu avoit daign gratifier la nature humaine d'un lan particulier vers la source de la vie de l'existence4 ,a toutes les facults qu'il nous a prodigues1 n'auroit-il pas joint la fin sensible qui nous mene vers lui8 ,si cela n'toit pas1 chaque tre seroit donc isol2 la cration seroit morte1 le lien qui nous unit au grand tout seroit rompu3 o existeroit cette intime rvlation1 si du trne de sa gloire ,dieu ne l'avoit grave dans le sein du foible nourrisson8 ,en croissant1 en levant les regards vers la vote du firmament1 il faut qu'il la reconnoisse pour l'ouvrage de sa main1 ou il retombe dans la classe des brutes4 ,non1 du ct de ce prsent ,dieu n'a pas fait l'homme infrieur aux anges4 ,le principal soin dont s'occupa ,azeb1 fut de nous enseigner les mots usits ncessaires pour les besoins de la vie2 il ne nous exposoit jamais que la signification des objets physiques2 il loigna sur-tout de notre esprit l'ide de la mort1 il nous reprsentoit tous les objets de la nature comme anims sensibles2 il nous faisoit respecter un oiseau1 une mouche1 une fourmi1 nos pieds toient accoutums se dtourner1 de peur de l'craser4 ,il nous rptoit incessamment3 ,ne faites point souffrir cet animal2 il n'est pas vous2 car si vous marchez sur lui1 ,caboul moi marcherons sur vous4 ,respectez tout ce qui a le mouvement2 car vous n'tes pas plus dans le monde que cette mouche qui vole4 ,ainsi il abandonna nos curs la sensibilit1 nous accoutuma regarder tout ce qui nous environnoit comme dou d'un principe de vie2 de sorte que nous tions parvenus au point de saluer les animaux comme nos freres1 comme nos gaux4 ,jamais notre langue ne se trempa dans leur sang2 ou quand la ncessit avoit oblig ,azeb d'en mettre quelques-uns mort1 il les tuoit loin de nos regards1 ces animaux ne portoient plus sur notre table l'apparence d'un tre qui avoit reu un souffle de vie4 ,nous avions douze ans1 que l'ide de la destruction n'toit point encore entre dans notre imagination3 nous jouissions des bienfaits de la nature sans trouble sans remords1 la mort seroit venue nous frapper sans que nous la connussions2 l'image mme du dprissement toit trangere nos rflexions4 ,ds que nous pmes le comprendre1 ,azeb nous parla des plaines voisines comme d'un lieu o habitoient des mchans qui ne respectoient pas la sensibilit de leur prochain1 qui1 se faisant du mal les uns aux autres1 en feroient tous ceux qui les approcheroient4 ,il nous prit tous deux un frisson intrieur2 envisageant qu'au-del de ces rochers il existoit des mchans1 nous regardmes le lieu que nous habitions comme celui dont nous ne devions pas nous carter1 sous peine de souffrir4 ,azeb eut grand soin de nous imposer de bonne heure des travaux proportionns la foiblesse de notre enfance3 il nous entretint dans ces exercices salutaires qui dvelopperent l'usage de nos membres rendirent nos corps souples agiles4 ,chaque jour nous assistions au lever de l'aurore1 il ne nous toit pas permis de passer dans le sommeil cette heure sacre du jour4 ,nous contractmes l'heureuse habitude du travail2 il remplissoit les trois quarts de la journe3 il nous devint ncessaire1 mme agrable4 ,cette vie tempre agissante nous tenoit gais vigoureux4 ,une espece de chant mesur accompagnoit nos exercices3 la voix de ,caboul celle de mon pere nous rpondoient une grande distance1 notre poitrine se fortifioit en mme tems que nos bras4 ,il m'en est rest une voix forte1 que dans la suite j'ai t oblig d'adoucir en vivant parmi des hommes civiliss1 lesquels1 mon sens1 ont perdu tous les accents de la nature1 ne font plus que siffler ou murmurer4 ,la sant circuloit dans nos veines2 une vivacit bouillante rgnoit dans tous nos mouvemens2 jamais l'odieux joug de la contrainte n'affaissa le ressort de notre ame2 libres1 nous fmes heureux4 ,si nous connmes la douleur1 peine invitable passagere1 nous ne connmes point le chagrin1 l'inquitude de l'avenir4 ,nos desirs se rduisoient peu de chose3 ils toient tous satisfaits1 nous ne devinions pas qu'il existoit des sciences que l'on n'acquiert que par les larmes1 les tourmens la captivit des premieres annes de la vie de l'homme4 ,,chapitre ,v4 ,cependant nous approchions de cet ge redoutable o les pnibles agrables sensations du cur humain se font sentir dans toute leur vivacit1 tonnent l'ame par leur nouveaut1 la ravissent par leurs dcevantes douceurs4 ,o jours d'innocence1 de trouble de volupt6 ,ma raison toit enveloppe dans une heureuse obscurit2 je ne connoissois ni la nature1 ni moi-mme444 ,il m'est difficile aujourd'hui de remonter mes premieres sensations1 de marquer toutes celles que ma mmoire m'apporte confusment4 ,vous verrez nanmoins mes desirs natre les uns des autres2 mais ne jugez pas pour cela que tous les hommes ont la mme maniere de voir1 de sentir1 de desirer de jouir4 ,des tres qui paroissent semblables1 different quelquefois tellement qu'on les croiroit opposs4 ,mon ouvrage est trop difficile pour qu'il ne demeure pas imparfait4 ,les annes ont effac en partie les images qui toient alors si vivement imprimes dans mon ame2 que de foiblesses de l'esprit humain ont pass sans se laisser remarquer6 ,combien de fois sur les mmes objets ai-je chang de sentiment6 quel flux quel reflux de jugemens contradictoires6 ,aidez-moi dans ce labyrinte o vous m'avez engag1 supplez aux ides intermdiaires4 ,mes premieres sensations ont t les soupirs d'un cur qui demande le bien-tre4 ,je sentois le besoin d'tre heureux1 j'attendois mes petites jouissances de la main qui avoit commenc les rpandre sur moi4 ,je me rappelle parfaitement que j'aimois l'tre qui me prsentoit ma nourriture2 qu'il me tardoit de le revoir lorsqu'il toit absent1 que je souffrois lorsque j'tois spar de lui4 ,il me souvient d'avoir beaucoup pleur en voyant ,caboul qui s'toit bless la main4 ,je lus sur son visage ple la douleur qu'il prouvoit1 j'en ressentis le contre-coup4 ,la joie d',azeb me pntroit de joie1 je distinguois d'abord quand quelque peine invisible changeoit son visage4 ,je crois que la sensibilit existe dans l'ame de l'enfant1 qu'il est dj soumis partager le plaisir la douleur de ceux qui l'environnent4 ,l'amour de la socit a encore t l'une de mes fortes sensations4 ,je n'aimois point tre seul2 j'tois bien-aise quand je rencontrois mon pere ou ,caboul1 quand ils me caressoient1 quand ils me soulevoient dans leurs grands bras4 ,je les sollicitois me parler1 lorsque leurs travaux les occupoient tout entiers4 ,j'avois besoin de lire dans leurs yeux les sentimens qui les animoient mon gard2 je me rappelle que je les devinois trs-bien2 j'ose mme croire que l'enfant est plus physionomiste que l'homme fait4 ,comme il est tout instinct1 il sent l'ame de celui qui l'approche3 je ne me suis jamais tromp sur la physionomie sereine ou triste de mes deux suprieurs4 ,j'tois encore plus charm lorsque je jouois avec ,zaka4 ,si nos petits jeux nous brouilloient1 le besoin d'tre ensemble nous rapprochoit bientt4 ,quand elle toit fche qu'elle s'loignoit1 c'toit moi qui courois aprs elle1 je ne pouvois souffrir son loignement plus d'une heure ou deux4 ,je voulois l'assujettir mes divertissemens2 mais c'toit elle qui m'assujettissoit aux siens4 ,voil les premiers mouvemens que je puis appeller en moi les mouvemens dominans qui n'ont t gravs dans mon cur par aucune main humaine4 ,je ne sais si j'avois dj le germe des autres penchans3 je ne puis faire ici remarquer leur liaison1 car je ne l'ai point sentie moi-mme4 ,j'tois un tre social1 puisque je n'tois point indpendant des moindres signes qui se faisoient autour de moi1 que je les interprtois avec justesse1 que j'y rpondois avec facilit4 ,je puis assurer avec sincrit que j'tois absolument exempt d'orgueil de vanit1 car on ne m'avoit jamais lou3 on ne m'avoit point dit que je fusse beau ou laid1 je n'avois jamais song aux attraits de ma petite figure4 ,la jalousie m'toit inconnue1 car il n'y avoit jamais eu aucune prfrence marque entre ,zaka moi4 ,la vrit m'oblige d'avouer encore que je n'avois pas plus d'amiti pour ,azeb que pour ,caboul3 le degr de mon affection varioit selon le bien qu'ils me faisoient2 les liens du sang n'toient en moi que les nuds de la reconnoissance4 ,je n'avois aucun regret de mes actions quelconques3 l'aigre voix du reproche ne retentit jamais mon oreille4 ,on n'avoit point peupl mon imagination de fantmes3 je ne redoutois rien1 soit que l'ombre m'enveloppt1 soit que le ciel s'embrast d'clairs4 ,je ne reconnoissois aucun tre malfaisant dans la nature2 quand j'tois averti par la douleur de mieux prendre garde ma conservation1 ,azeb ,caboul ne joignoient point leurs cris mes plaintes2 ils attendoient froidement que la douleur ft passe2 leur visage calme me disoit que ce n'toit rien2 comme je sentois qu'ils m'aimoient1 j'ajoutois foi leur physionomie4 ,l'ide d'une proprit particuliere exclusive n'entra point dans mon entendement4 ,jamais rien ne me fut refus2 quand je demandois quelque chose d'impossible1 on ne me repondoit pas1 mon caprice cessoit de lui-mme4 ,tous mes desirs se bornoient satisfaire mon apptit1 je ne sais quoi de secret me disoit que de ce ct la nature toit inpuisable1 que je ne manquerois jamais de nourriture4 ,ayant vu le vallon que j'habitois produire presque sans relche des fruits de plusieurs especes1 j'ignorois jusqu'aux termes de besoin de pauvret4 ,je considrois les vases d'or de mon pere d'un il aussi indiffrent que les rochers qui ceignoient notre habitation3 seulement leur couleur leur clat me causoient un lger contentement4 ,je ne hassois personne1 personne ne m'offensoit3 l'esprance m'toit trangere1 je ne prvoyois point l'avenir4 ,born au prsent1 rien ne m'alarmoit1 la seule douleur me sembloit un mal4 ,le moment pass1 je l'oubliois4 ,ainsi j'avanois1 sur une pente douce fortune1 vers le printems de la vie1 vers la saison o des passions1 jusques l inconnues1 s'veillent comme une rapide tempte1 entranent nos curs comme un torrent imptueux1 o l'amour qui nous enivre nous met sous le joug de son empire4 ,ma raison avoit commenc jeter ses premiers rayons2 ils tomberent sur les objets qui m'environnoient3 j'apperus quelques-uns de leurs rapports2 je les comparai1 je les jugeai1 de ces rsultats naquirent des ides nouvelles4 ,je fis quantit de remarques qui m'tonnerent moi-mme4 ,je btis de petits systmes qui1 tout extravagans qu'ils toient1 attestoient le libre exercice de ma pense4 ,j'approuvois je blmois4 ,je me souviens que mon pere1 attentif se recueillant1 avoit alors une physionomie que je ne lui avois pas encore vue2 qu'il me regardoit1 que son silence toit expressif4 ,je perdis cette ptulante tourderie qui caractrisoit mes premiers ans4 ,j'tois tour--tour tranquille ou agit1 sombre ou joyeux2 l'ennui me glaoit ou la volupt m'enflammoit4 ,ce nouveau sentiment qui se dveloppoit en moi1 me fit appercevoir toute la profondeur de mon tre4 ,je rflchis sur moi-mme je m'interrogeai1 je sondai l'abyme de mon cur3 un desir de feu en remplissoit toute la capacit2 ce desir que je ne pouvois dfinir1 qui m'effrayoit1 me tourmentoit1 me donna cependant quelques momens d'extase qui me ddommagerent de cet tat cruel4 ,je sentis qu'il me manquoit quelque chose ncessaire mon bonheur1 moi qui jusqu'ici n'avois rien desir4 ,un chagrin lent destructeur s'empara de mon ame2 une mlancolie profonde garoit mes esprits2 un trouble qui alloit toujours croissant1 que dis-je6 une fureur sourde grondoit dans mon sein4 ,ces phnomenes nouveaux dcomposoient pour moi le tranquille spectacle de la nature4 ,je pleurois sans sujet1 je me rjouissois de mme4 ,les vives tincelles d'un feu inconnu parcouroient mes veines jetoient dans mon cur des motions la fois douces pnibles4 ,enfin1 la compagnie de mon pere de ,caboul me devint insupportable2 car ils toient absolument trangers aux sentimens qui me dominoient3 ,zaka1 la seule ,zaka adoucissoit mon chagrin1 mais non pas mon trouble4 ,il redoubloit lorsque j'tois prs d'elle3 je ne la regardois plus avec la mme assurance2 un clair de ses yeux me jetoit dans l'abattement ou dans une joie folle4 ,je tremblois en lui parlant des choses les plus indiffrentes3 j'avois toujours le mme zele pour lui rendre mille petits services2 mais ce zele avoit quelque chose d'emport que je voulois vainement contraindre4 ,les racines les plus succulentes1 que j'arrachois du jardin1 je les conservois pour ,zaka1 je donnois les moins bonnes mon pere4 ,que j'tois content lorsque ,zaka ayant la tte baisse1 ou applique quelqu'ouvrage1 je pouvois en silence dvorer ses charmes sans en tre vu6 ,si l'on me surprenoit alors1 je rougissois comme si une honte secrete m'et atteint4 ,vignette ,,chapitre ,,vi4 ,il falloit que ,zaka se ft apperue du trouble qui me dvoroit1 car elle toit devenue aussi craintive que moi2 elle hsitoit me demander ce que j'avois1 j'hsitois lui dcouvrir ce que je ressentois4 ,je reconnus que son cur n'toit pas plus tranquille que le mien4 ,cette dcouverte m'inspira un grand contentement1 sans savoir pourquoi4 ,en la voyant inquiete1 agite1 je tombai dans une espece de ravissement que je ne puis dfinir4 ,son maintien toit plus rserv1 elle n'osoit plus badiner avec moi2 mais je la voyois chaque jour inventer mille prtextes pour rester mes cts4 ,elle fuyoit sans raison1 sans raison revenoit un instant aprs4 ,mon cur toit trop surcharg pour ne pas s'ouvrir2 mais je ne savois qui dire mon secret1 si c'toit ,azeb ou ,caboul1 afin d'apprendre d'eux le moyen de me tranquilliser4 ,zaka m'toit trop redoutable2 ma voix expiroit en sa prsence1 je ne savois de quels termes me servir pour lui peindre la situation de mon ame2 pourtant j'entrevoyois qu'elle seule pouvoit me comprendre4 ,malgr ma ferme rsolution de calmer mes tourmens en lui en faisant l'aveu1 de jour en jour je devenois plus timide2 mon cur voloit sur mes levres1 ne s'chappoit jamais4 ,je me suis demand1 dans un ge plus avanc1 pourquoi l'amour1 cette passion si lgitime1 s'effraie de lui-mme1 se dguise1 comme par honte1 sous le nom d'amiti1 se rend1 sous ce masque1 douloureux pnible4 ,que de traits dchirent l'ame avant qu'elle ose d'elle-mme s'abandonner au plaisir d'aimer d'tre aim6 ,quel est donc ce frein importun qui nous arrte dans la carriere du bonheur8 ,d'o nat cet effroi qui semble nous avertir que la flicit est dangereuse8 ,la plus heureuse des passions est environne d'pines qui cartent notre main4 ,l'amour est sans honte chez les animaux1 parce que ce n'est en eux qu'un instinct aveugle2 mais chez l'homme1 c'est une volupt profonde durable4 ,il n'est point de volupt sans la pudeur3 c'est elle qui assaisonne notre bonheur1 qui le rend plus touchant plus vif2 l'imagination nous apporte des plaisirs qui n'appartiennent qu' elle4 ,j'tois heureux par mon imagination2 je n'avois d'autres ides1 d'autres mouvemens1 que ceux que je recevois de mon amour4 ,je marchois de pense en pense1 toutes me plaisoient4 ,si je voyois de loin ,caboul ou mon pere1 je les vitois3 ils venoient me distraire de la seule ide qui me charmoit profondment4 ,je respirois avec plus de libert lorsque je me trouvois dans un lieu parfaitement solitaire4 ,je n'prouvois quelque repos que sur la cime des montagnes1 ou dans le fond d'un bois tnbreux4 ,mes penses1 toutes contraires les unes aux autres1 se succdoient avec la plus grande rapidit4 ,tantt les tourmens que j'endurois se changeoient en sentimens agrables2 tantt une mlancolie sombre prenoit le dessus obscurcissoit tout mon tre4 ,un arbre touffu m'offroit-il son ombrage1 je m'y arrtois1 l1 sur la premiere fleur que rencontroient mes regards1 mon imagination dessinoit les traits de ,zaka4 ,des larmes involontaires couloient de mes yeux1 je ne savois qui reprocher la douleur muette dlicieuse qui remplissoit mon ame4 ,je soupirois la vue du crystal des fontaines1 de l'herbe molle des prairies1 de la nue transparente qui voloit dans les airs3 il me manquoit un bien que mon il avide poursuivoit dans les objets mouvans de la nature4 ,je surabondois de vie1 je la rpandois jusques sur les tres inanims4 ,plus les lieux o je me trouvois toient sombres1 plus l'image de ,zaka venoit avec tous ses rayons clairer ces dserts4 ,ah6 quand mon imagination fatigue voyoit fuir son adorable fantme1 tout demeuroit autour de moi froid immobile comme la pierre sur laquelle je m'asseyois4 ,alors1 si j'appercevois une colline leve1 j'y portois mes pas3 il falloit un plus vaste horizon mon cur oppress de soupirs4 ,de l je considrois l'espace qui me sparoit de ,zaka2 je cherchois des yeux si sa vue ne pouvoit pas l'embrasser me dcouvrir4 ,un instant aprs1 l'ennui me saisissoit1 d'un pied prcipit je revolois vers l'endroit o je savois la trouver4 ,a mon retour1 si elle se plaignoit de mon absence1 ce seul mot de sa bouche faisoit tressaillir mon ame de joie1 ma douleur se calmoit4 ,auprs d'elle je me disois3 ,je suis bien ici1 je serois mal ailleurs2 c'est ici que je sens le plaisir de l'ame4 ,vignette ,,chapitre ,,vii4 ,portant toujours ,zaka au fond de mon cur1 les penses auxquelles je m'abandonnois en songeant elle1 me conduisirent un jour fort loin dans notre caverne4 ,je parvins jusqu'au rocher le plus loign1 qui terminoit le ceintre dont notre plaine toit ferme1 je le franchis4 ,j'errois1 guid par la mlancolie2 j'oubliois les prcipices qui m'environnoient1 les hommes mchans dont ,azeb m'avoit parl4 ,l'amour1 qui occupoit mon ame1 ne me laissoit pas le soin de rflchir qu'ils avoient leur habitation non loin de ces lieux4 ,je gravis jusqu'au sommet de la montagne1 bientt1 mon grand tonnement1 je dcouvris une plaine immense1 moi qui n'avois jamais vu qu'un vallon resserr4 ,non3 je suis incapable de rendre ce que je sentis l'aspect de ce magnifique spectacle4 ,un rang de rochers1 entre lesquels toient de plus petites plaines presque toutes de sable1 avoit t comme un rideau qui m'avoit cach la nature4 ,je n'avois entendu que le rugissement de quelques animaux froces2 je n'avois habit qu'un dsert4 ,o joie1 lorsque je vis pour la premiere fois des campagnes florissantes1 des productions qui m'toient inconnues1 le radieux mlange des couleurs6 ,les arbres toient en fleurs2 leur odeur dlicieuse sembloit tre le parfum que la terre envoyoit au ciel en signe de reconnoissance4 ,le soleil1 dans toute sa majest1 doroit les plantes qu'il faisoit clore4 ,dans le lointain1 les bras d'un fleuve majestueux coupoient en arcs argents les prs humides4 ,que mon il toit charm de poursuivre son cours6 ,j'tois muet d'admiration3 ces rochers1 remparts sourcilleux qui entouroient ma triste demeure1 transforms en une tour bleue1 me donnoient un spectacle ravissant4 ,pntr de joie1 avide de voir de jouir1 je considrois chaque objet2 j'y revenois encore1 je ne me lassois point de le contempler4 ,je m'criois par intervalle3 ,ah1 si ,zaka toit ici6 ,un doux mouvement remua mon cur2 je sentis que j'allois pleurer1 je ne retins pas mes larmes2 elles coulerent dlicieusement4 ,etoit-ce l'amour1 toit-ce le charme de la nature1 qui m'attendrissoit ce point8 ,tous deux avoient rassembl leurs sensations pour enchanter mon ame1 je crois que le moment o elles se runissent est le complment de la flicit de l'homme4 ,je descendis de la montagne pas lents1 tendant les bras vers le ciel3 mes pieds nus se plongerent dans le tendre gazon4 ,je cherchois rendre graces l'auteur de ma joie2 je le cherchois1 je ne le connoissois pas encore2 mais dj j'admirois ses ouvrages je le devinois par sentiment4 ,j'tois heureux1 mon cur croit un long cantique d'actions de graces dans une langue qui n'avoit point de mots4 ,enfin1 sorti du charme profond o les beauts de la nature m'avoient retenu1 j'eus un moment d'inquitude2 je songeai que je n'tois pas loin des hommes mchans1 dont mon pere m'avoit parl3 mais je crus qu'ils ne pouvoient pas exister dans un aussi beau climat4 ,tout me rassuroit2 le calme1 le silence1 la fracheur de l'air1 le concert des oiseaux4 ,des animaux couverts d'une laine touffue bondissoient autour de moi2 mes mains les caresserent avec transport4 ,je rencontrois de petits bosquets d'arbres chargs de fruits1 qui plioient sous le fardeau4 ,dans le plaisir inexprimable qui me saisissoit1 je sautois comme un enfant frappois des deux mains1 tournant vingt fois autour de l'objet qui m'avoit merveill4 ,conduit chaque pas par un nouveau plaisir1 j'avanai fort loin3 j'apperus une cabane ouverte2 j'y entrai4 ,elle toit dserte2 mais en voyant des vases diffrens ustensiles peu prs semblables ceux dont je m'tois servi ds mon enfance1 j'eus l'ide d'un peuple nouveau4 ,je ne fus point tent de les emporter1 puisqu'ils m'auroient t inutiles2 mais je cueillis une fleur un fruit pour ,zaka1 je dirigeai mes pas vers mon dsert4 ,ah6 si ,zaka et t l1 j'aurois choisi cette cabane abandonne1 je me serois content d'aller revoir quelquefois ceux qui avoient lev mon enfance4 ,je sentois que j'tois assez fort pour me sparer d'eux1 pour demander la terre ma nourriture celle de ,zaka4 ,j'aurois t fier de cultiver la terre pour elle de la laisser reposer1 pourvu qu'elle et regard mes travaux en me souriant par intervalle4 ,vignette ,,chapitre ,,viii4 ,zaka fut le premier objet que j'apperus mon retour4 ,sa vue me causa un extrme plaisir1 parce que j'avois quelque chose de nouveau lui annoncer2 c'toit une volupt pour moi de la rendre attentive de l'intresser ce que je lui disois4 ,mon absence l'avoit rendue inquiete2 elle m'avoit cherch de tous cts4 ,avec plus de vivacit qu' l'ordinaire1 elle me fit de tendres reproches se plaignit du chagrin que je lui avois caus2 chagrin prcieux mon cur4 ,je lui offris mes petits prsens3 ils lui furent aussi agrables que si je lui eusse donn les plus grandes richesses4 ,elle plaa la fleur dans ses cheveux noirs qui rouloient jusques sur son sein3 elle prit le fruit qu'elle spara avec ses belles dents1 m'en donna la moiti que je mangeai avec dlices1 car sa bouche y avoit touch4 ,zaka fut curieuse de voir ce que j'avois vu2 elle se promit un plaisir gal au mien3 nous arrtmes que le jour suivant nous irions ensemble1 par la route que j'avois dcouverte1 visiter la belle plaine4 ,azeb s'tonna lorsque je lui fis navement le rcit de mon voyage4 ,fidele ses principes1 il ne blma point la hardiesse avec laquelle je m'tois expos2 mais dcrivant un cercle avec son bras1 il nous dfendit de franchir les rochers qui bornoient notre enceinte4 ,nous avions connu ,azeb sous les rapports de bienfaiteur1 d'homme attentif nos besoins1 mais non sous ceux de matre qui pt borner nos pas avec un geste de sa main4 ,nous conmes le projet de la dsobissance1 au moment mme qu'il nous intimoit son ordre1 parce que cet ordre nous sembloit injuste2 puisque nous avions la force d'escalader les rochers1 pourquoi n'aurions-nous pas dploy en libert nos facults naissantes8 ,nous nous drobmes avant l'aurore pour aller voir la belle plaine4 ,j'aidois ,zaka1 je la guidois travers les sentiers prilleux4 ,nous atteignmes enfin le but de nos travaux1 nous fmes magnifiquement rcompenss de notre courage4 ,ma chere ,zaka prouva le mme ravissement qui avoit pntr mon ame4 ,que dis-je6 la sensibilit de son cur lui procura une joie plus vive encore4 ,que j'tois satisfait de la voir contente6 ,plus heureux que la veille1 je regardois ,zaka la nature2 mais la nature me sembloit moins belle1 moins ravissante que ,zaka4 ,nous nous assmes prs d'un petit ruisseau dont l'eau toit transparente3 ,zaka s'y mira elle rougit4 ,a l'ombre d'un oranger nous badinmes1 nous nous jetmes des fleurs3 l'aimable vivacit de ,zaka me fit faire mille folies4 ,les oiseaux chantoient au-dessus de nos ttes formoient le plus tendre ramage4 ,nous y prtames l'oreille1 leurs accents parlerent vivement nos curs4 ,pourquoi ne chantons-nous pas comme eux8 dis-je ,zaka4 ,zaka ne rpondit rien soupiroit les yeux baisss4 ,le plus vif coloris animoit ses joues2 ses mains que je serrois1 trembloient dans les miennes2 elle leva un instant les yeux1 un regard plus vif1 plus perant que l'clair1 acheva d'embraser tout mon tre4 ,des larmes ruisseloient le long de ses joues enflammes tomboient mouiller son sein palpitant4 ,je recueillis ses larmes brlantes1 la pressant avec feu contre mon sein1 je lui dis3 ,tu pleures1 ma ,zaka1 tu pleures1 tu caches tes chagrins ,zidzem444 ,tu ne l'aimes point comme il t'aime2 tu trembles1 tu dtournes les yeux444 ,dis1 pourquoi veux-tu me fuir1 moi qui ne suis bien qu'auprs de toi8 ,elle vouloit s'chapper1 je la retins fortement dans mes bras444 ,que tu es injuste1 ,zidzem6 ,tu es aussi troubl1 aussi inquiet que moi1 tu me demandes ce que tu ne veux pas me dcouvrir3 tu me caches ton cur1 depuis long-tems je cherche t'expliquer les secrets du mien4 ,je ne veux rien avoir de cach pour toi4 ,j'ai senti des mouvemens1 mon cher ,zidzem1 des mouvemens inconnus que je ne puis t'exprimer moi-mme3 aide-moi les dfinir4 ,je soupire lorsque tu es absent1 je soupire encore lorsque je suis prs de toi4 ,ce n'est qu'avec une certaine honte timide que je te rends tes caresses4 ,pourquoi ne ressens-je pas la mme chose auprs d',azeb de ,caboul8 ,ah1 ,zidzem6 tu es ma plus grande flicit3 c'est tout ce que je puis te dire4 ,je fus tonn1 lorsque dans le tableau que ,zaka fit de son cur1 je reconnus le mien4 ,c'est ainsi que je suis1 m'criai-je avec transport2 j'prouve un pareil trouble2 je t'aime comme tu m'aimes3 mais je sens de plus que toi un feu secret indomtable1 dont je ne suis plus le matre4 ,il me dvore1 il me consume1 il me rend malheureux444 ,je demeurai muet1 cherchant quelques expressions qui pussent mieux rendre ce que je voulois lui dire4 ,zaka1 rouge de pudeur d'amour1 gardoit le silence4 ,un attrait invincible entrelaa plus troitement mes bras autour de son col2 nos yeux se rencontrerent1 nos levres en un instant s'unirent1 nos ames s'chapperent tout aussi rapidement sur le bord de nos levres2 le feu de nos baisers confondit si bien les transports de nos curs1 que nous n'avions plus besoin de mots pour les exprimer4 ,le teint de ,zaka toit anim des couleurs les plus vives3 son sein palpitoit contre le mien2 ,zaka toit l'innocence mme1 ce fut elle qui m'claira4 ,le feu ardent dont j'tois consum ne m'auroit point instruit aussi rapidement que le fit son amour3 elle tomba gare dans des plaisirs qu'elle ne connoissoit pas plus que moi1 que je devois ses caresses4 ,o moment d'ivresse de volupt1 vous ne sortirez jamais de mon cur3 je reverrai toujours la belle plaine1 l'arbre qui nous prta son ombrage1 la tendre ,zaka1 foible abandonne toute entiere aux transports imptueux de mon amour4 ,je lui devois tout1 une motion profonde1 voluptueuse1 une nouvelle lumiere qui sembloient m'ennoblir mes propres regards4 ,vignette ,,chapitre ,,ix4 ,nous recherchmes nos forces pour sortir de l'oubli o nous tions de tout ce qui nous environnoit4 ,prcieuse extase de l'amour1 douce rcompense de deux curs sensibles vertueux1 vous rempltes nos ames6 ,nous ne rougmes point de nous tre fait heureux3 le repentir ne leva point sa tte de serpent parmi les roses de la volupt3 nous ne sentions dans un doux abattement que notre bonheur mutuel3 nos curs1 dgags d'un poids accablant1 toient lgers comme l'air4 ,zidzem1 me dit ,zaka1 jamais1 jamais je n'aurois cru que j'eusse pu tre si heureuse4 ,ah1 puissent tous nos jours tre aussi fortuns que celui-ci6 ,je rpondis ,zaka par un baiser par un soupir1 mon cur se remplissoit de l'ide que chaque jour une volupt aussi douce pourroit nous appartenir4 ,nous quittmes regret la plaine1 tmoin de notre innocente ardeur1 nous retournmes notre dsert3 il perdit sa farouche rusticit2 l'amour y toit descendu1 l'amour y rgnoit nos yeux ne voyoient qu'amour4 ,je ne sais quel sentiment nous disoit que nous avions pris un rang honorable parmi l'espece humaine1 nous nous crmes1 orgueilleux de nos sensations1 bien au-dessus d',azeb de ,caboul1 que nous regardions avec une sorte de supriorit2 car un instinct secret nous disoit qu'ils toient incapables de goter les plaisirs que nous avions prouvs4 ,dans notre ivresse1 nous nous regardions comme des tres privilgis bien au-dessus d'eux4 ,azeb s'toit apperu de notre absence des suites qu'elle avoit eues4 ,il ne nous fit aucune rprimande1 nous regardant comme devant vivre mourir dans ce dsert1 sans connotre d'autres hommes ni d'autres murs1 il affecta une indiffrence qui rpondoit au plan qu'il avoit conu relativement nous4 ,mon cur reprit son ancienne tranquillit4 ,l'amour heureux est la paix l'harmonie de l'ame4 ,je ne desirois que ,zaka2 je la possdois cent fois plus belle mes yeux depuis qu'elle toit tendre2 cent fois plus ravissante1 je gotois dans ses bras ces plaisirs si chers si doux1 lorsque c'est l'amour qui les donne qui les reoit4 ,je crus long-tems qu'aucune passion trangere l'amour ne pourroit entrer dans mon cur1 parce que je le sentois rempli de cet inpuisable sentiment4 ,mon bonheur me parut solidement tabli3 chaque jour devoit s'couler comme le prcdent3 chaque jour l'heureux ,zidzem devoit sentir le cur de ,zaka palpiter contre le sien3 chaque jour il devoit couvrir de baisers cette bouche dont le moindre accent toit un bienfait3 chaque jour il devoit voir ces beaux yeux pleins d'amour1 languir s'clipser sous le nuage des plaisirs4 ,la peine1 les chagrins1 la douleur mme ne pouvoient plus approcher le mortel fortun qui possdoit ,zaka4 ,plein de mon ivresse1 je n'appercevois dans la carriere de la vie qu'une suite de plaisirs gaux1 j'tois plong cet gard dans l'illusion la plus parfaite3 enfin1 je croyois non seulement au bonheur1 mais encore sa dure ternelle4 ,,chapitre ,x4 ,quelques mois ralentirent nanmoins l'extrme vivacit de mes desirs4 ,prenez bien garde aux circonstances1 cher chevalier3 ce fut dans ce mme tems o mon cur se trouvoit heureux satisfait1 qu'un desir nouveau vint tourmenter mon esprit3 desir plus noble1 plus grand1 mais bien plus difficile contenter4 ,ce desir devint en moi si vif1 que s'irritant par l'impuissance de ma raison1 il absorba toutes les facults de mon entendement4 ,ma pense arrte dans son essor me donna la premiere ide de ma foiblesse m'humilia mes propres yeux4 ,vous verrez peut-tre avec quelqu'intrt la route que ma raison a suivie pour s'lever un ,dieu4 ,c'toit cette grande question qui m'agitoit2 je faisois les plus grands efforts pour la pntrer1 j'y rvois jusques dans les bras de ,zaka4 ,en voyant le soleil1 je lui disois3 ,qui t'a fait8 ,il y a quelqu'un de cach derriere toi2 il y a un bras qui te soutient4 ,ce monde si beau1 que tu claires1 d'o vient-il8 ,tout est anim1 tout vit1 tout se meut4 ,qui a fait les cieux1 la lune les toiles8 ,il y a quelque chose au-dessus de moi1 autour de moi1 au-dedans de moi1 que je conois que je ne comprends pas4 ,que le soleil a de gloire6 ,que l'il de ,zaka a d'expression6 ,il y a je ne sais quoi d'inexprimable de cleste dans son regard1 le soleil avec tous ses rayons vient se peindre dans une goutte d'eau4 ,qui a fait le soleil l'il de ,zaka8 ,et ma pense1 de qui l'ai-je reue8 ,je ne me la suis pas donne4 ,qui a bti mon corps souple1 celui de ,zaka1 structure charmante1 o toutes les graces sont rpandues8 ,le soleil semble fait pour mon il1 mon il pour le soleil3 le soleil domine la nature1 la rjouit2 mais il ne parle pas4 ,quel a t le commencement de ce bel astre de ce grand ouvrage8 ,je sens la joie1 le contentement1 la volupt2 qui dois-je ces sensations dlicieuses8 qui dois-je en remercier8 ,ah1 que je dois aimer la cause de ,zaka1 la main qui a arrondi ces bras caressans cette bouche voluptueuse qui presse la mienne6 ,j'tois absorb dans une impuissante mditation1 en voulant soulever1 dchirer un voile qui enveloppoit mon entendement2 rassemblant toutes les forces de mon ame1 je voyois comme un abyme immense o j'tois press par une puissance unique suprieure4 ,je me sentois dpendant2 je me sentois appartenant cette puissance invisible3 je ne pouvois me soustraire son empire2 il ne me manquoit plus que de savoir son nom2 c'toit ce nom que je cherchois1 que je m'efforois de deviner4 ,je n'avois pas encore appris les mots d'ordre1 d'union1 d'harmonie1 d'unit2 mais toutes ces ides toient en moi4 ,j'admirois les prodiges de la cration1 en cherchant lire le dcret divin de la ,toute-,puissance4 ,la langue religieuse m'toit encore trangere2 mais dj mon cur1 plein de flamme1 avoit ador4 ,j'avois remarqu depuis quelque tems que mon pere1 sur la fin du jour1 s'enfonoit dans un bois voisin qu'il en revenoit ordinairement plus triste qu'il n'y toit entr4 ,cette marche mystrieuse piqua ma curiosit3 un soir je me glissai sur ses pas2 aprs plusieurs dtours1 je le vis entrer dans une espece d'antre souterrein1 que l'il le plus observateur n'auroit pu distinguer4 ,je me tins l'entre1 j'coutai1 avanant la tte1 retenant jusqu' mon souffle4 ,tout toit en silence3 je dcouvris une lumiere au fond de la caverne1 ,azeb prostern devant un objet que je ne pus distinguer4 ,aprs quelques momens1 j'entendis ,azeb parler4 ,un frisson pntra tous mes sens aux paroles tonnantes que profra sa bouche4 ,ces paroles toient pour moi1 dans l'tat o je me trouvois1 d'une trop grande consquence pour que je ne les gravasse pas profondment dans ma mmoire4 ,les voici3 ,si tu es1 si tu m'entends1 quel que tu sois1 ,auteur de la nature1 toi que les chrtiens1 sous le nom d'un ,dieu crucifi1 les sauvages sous celui d',oromadou1 adorent3 coute-moi1 apprends-moi te connotre6 ,le soleil1 par sa chaleur bienfaisante1 vient ranimer mes membres1 la terre enfante des fruits en abondance2 je jouis de tous les tres qui m'environnent1 je puis sans orgueil me croire le but de la cration4 ,tu es6 ,mon cur1 pntr de respect pour ta grandeur1 me le dit2 mon cur1 pntr d'amour pour ta clmence1 me le persuade4 ,la voix de l'univers1 par son bel ordre sa magnificence1 annonce ta gloire3 les tres anims chantent tes louanges2 moi1 ignorant que je suis1 peut-tre ingrat1 je me tais en ta prsence4 ,je te demande o je dois te chercher1 o je dois te trouver4 ,rsides-tu dans le temple des chrtiens1 les plus sanguinaires de tous les humains1 ou te dcouvres-tu l'homme simple sauvage qui1 sans tre coupable de sang d'injustice1 t'adore dans un arbre qu'il a plant de sa main8 ,je n'apperois autour de moi que des ombres2 je crains de t'offenser en reconnoissant pour ,dieu ce qui n'est pas toi4 ,dj mes membres qui flchissent1 mon sang priv de chaleur1 mon cur qui ne bat plus que foiblement1 m'annoncent que le jour de ma mort n'est pas loign4 ,quoi1 ,azeb deviendra poussiere sans t'avoir connu6 ,malheureux qu'il est6 il ne pourra donc point instruire ,zidzem ,zaka du chemin qui conduit toi6 ,ils ne sauront pas te connotre1 t'aimer1 t'adorer4 ,comment pourront-ils jamais tre heureux8 ,o toi qui es6 aie piti de mon ignorance2 daigne444 ,les accents s'toufferent alors dans sa bouche1 sa voix s'teignit parmi ses sanglots4 ,que devins-je en ce moment terrible jamais mmorable6 ,j'prouvai un saint effroi2 mon cur toit plein de respect pour cet ,auteur de la nature1 dont je n'avois pas encore entendu prononcer le nom4 ,j'attendois avec impatience qu',azeb sortt de la caverne1 pour m'entretenir avec celui auquel il parloit genoux4 ,je brlois de le connotre4 ,sans lui1 ,zidzem ,zaka ne sauroient tre heureux6444 ,je pensois que cet antre obscur pouvoit tre son sjour2 je rsolus d'unir mes vux mes prieres aux larmes aux instances d',azeb1 afin qu'il se montrt nos yeux4 ,mon pere sortit ne m'apperut pas3 je le vis qui essuyoit une larme que l'amour paternel lui avoit fait verser4 ,j'entrai avec un frmissement respectueux au fond de la caverne3 mon il cherchoit de tous cts avec qui ,azeb s'toit entretenu2 je ne trouvai personne2 je vis seulement une table couverte d'une peau de tigre2 dessus toient ranges deux figures3 l'une reprsentoit une espece de monstre hideux1 moiti homme1 moiti dragon2 l'autre1 un homme souffrant1 clou sur une croix de bois4 ,une lampe clairoit foiblement cette scene imposante4 ,cette demi-obscurit1 ces objets nouveaux formidables1 les paroles d',azeb1 je ne sais quel mouvement inconnu m'entranerent4 ,une horreur sacre me pnetre1 mes genoux chancelent1 je tombe prostern devant ces deux figures1 le cur puissamment mu l'esprit dans les tnebres4 ,j'implorois appellois grands cris cet ,auteur de la nature4 ,daigne te montrer moi1 lui criois-je1 ,matre du soleil des lmens6 toi qui je dois la vie ,zaka2 daigne me parler1 me rpondre444 ,je m'afflige de ce qu'il demeure insensible ma priere brlante4 ,je m'imaginois qu'il avoit parl mon pere1 qu'il me rejetoit4 ,aussi-tt1 dans la ferveur de mon enthousiasme1 je composai un assemblage d'exclamations de mots incomprhensibles1 dans ce mlange confus je le suppliai ardemment de ne pas se drober plus long-tems mes yeux4 ,cependant ces deux figures demeuroient immobiles1 je m'en tonnai2 j'attendois un mouvement de ces tres inanims1 auxquels j'attribuois de la vie de la puissance4 ,tout--coup la lampe plit1 s'teint2 l'obscurit m'environne2 mon imagination se trouble1 enfante des fantmes2 la terreur s'empare de mon ame1 elle glace tous mes sens3 le front ple1 les cheveux hrisss1 je cherche une issue me trane pas tremblans hors de ce lieu effrayant redoutable4 ,vignette ,,chapitre ,,xi4 ,j'tois triste2 je marchois plong dans une profonde rverie3 ,zaka alarme me demanda ce que j'avois2 je ne lui rpondis rien4 ,elle insista4 ,pourrois-tu me dire1 lui dis-je1 qui m'a fait1 qui t'a fait1 qui a fait le soleil1 les bois1 les montagnes1 les poissons1 les oiseaux1 les reptiles8 ,zaka me regarda1 paroissant fort indiffrente ces questions4 ,elle m'embrassa1 me voyant en peine4 ,je sentis que ce qui m'occupoit passoit la porte de ,zaka ne devoit pas lui tre rvl4 ,ma curiosit me tourmentoit chaque jour davantage3 tous mes pas1 toutes mes actions1 toutes mes penses ne tendoient qu' claircir cet impntrable mystere4 ,j'observai ,azeb plusieurs fois1 toujours en secret4 ,enfin1 ne pouvant plus domter ce desir sublime1 j'entrai un soir prcipitamment1 lorsqu'il commenoit prier2 je me jetai ses pieds2 me relevant avec imptuosit1 je le serrai dans mes bras1 je m'criai en larmes3 ,o mon pere1 mon pere6 dcouvre-moi ce secret qui tourmente ma vie4 ,ce que je te demande est ncessaire mon repos ma flicit4 ,apprends-moi lui parler comme tu lui parles3 montre-le moi1 mon pere2 o est-il8 ,que j'unisse ma priere la tienne2 que je lui sois agrable comme tu l'es ses yeux2 que je l'entretienne comme tu l'entretiens6 ,azeb tonn de mes transports1 du feu de la rapidit de mes discours1 me pressa sur son sein paternel1 mon front fut inond de ses larmes4 ,je repris avec la mme chaleur3 ,ces figures qui sont sur cette table1 est-ce l ce que je dois adorer8 ,elles ne parlent point3 les animaux du moins ont un regard4 ,a qui dois-je m'adresser pour apprendre ce que je dois savoir8 ,tout est muet ici2 celui qui a tout fait sans doute n'y est pas4 ,mon pere me regardoit avec attendrissement2 une flamme cleste parut luire sur son front2 il me saisit par la main3 ,mon fils1 suis-moi4 ,il m'emmene hors de l'antre2 je monte avec lui sur une colline dont la route m'toit inconnue2 il me conduit par des sentiers nouveaux1 je fus surpris de parvenir au sommet d'une montagne leve1 d'o l'on dcouvroit les plaines des mers4 ,j'apperus pour la premiere fois cet amas immense d'eau3 il sembloit toucher s'unir la vote des cieux2 le soleil couchant1 environn de nuages de pourpre1 peignoit toute la magnificence de ses rayons dans ce vaste miroir1 sembloit prt descendre dans les eaux qu'il venoit d'embraser4 ,mon il bloui se perdoit dans des torrens de feu1 j'tendois les mains comme pour embrasser cette scene sublime4 ,rassemble toute ton attention1 mon fils1 me dit ,azeb d'une voix douce majestueuse4 ,ce que je vais te dire exige toutes les forces de ton entendement4 ,la crainte de t'enseigner des erreurs de remplir ton esprit1 jeune flexible1 de prjugs dangereux1 m'a jusqu'ici retenu3 je ne t'ai point parl d'objets trop levs pour la foiblesse de l'enfance2 la raison a clat en toi1 elle s'est lance vers la lumiere2 il est tems de t'instruire2 mais ne crois que ce que ton propre cur t'affirmera2 il est devenu fort capable d'embrasser la raison3 voil le flambeau qui ne t'garera point4 ,mon fils1 regarde le soleil3 quelle pompe1 quelle majest6 quel bras l'a suspendu la vote du firmament8 ,qui a cr ses rayons bienfaiteurs qui descendent sur la terre nous clairer pendant notre entretien8 ,rponds-moi1 mon fils3 qui est l'auteur de ce globe tincelant superbe8 ,je ne le saurois nommer1 rpondis-je mon pere4 ,je l'ai regard bien des fois cet astre3 il me semble l'ame de la nature2 mais il y a un bras qui le soutient1 il y a srement quelqu'un derriere lui444 ,oui1 il y a quelqu'un1 reprit ,azeb1 ta raison dans ce moment doit te dire que cet tre est puissant1 intelligent4 ,un tre sans commencement a pu seul crer ce globe qui a commenc un jour faire le tour du monde3 il a t avant tout ce qui est2 comme tout existe par lui1 tout est dans sa main2 il a fallu ce tout une origine1 une source1 une cause1 cette cause est ternelle4 ,alors il traa un cercle sur le sable pour me donner une image de l'ternit2 puis il ajouta3 ,son intelligence est au-dessus de toutes les intelligences4 ,considere1 mon fils1 ce vaste empire des flots1 ces montagnes1 ces colosses de pierre1 l'immensit des cieux2 tout cela pourroit-il tre l'ouvrage d'un tre born1 d'un homme1 par exemple1 quelque grand qu'on le suppose1 d'un homme1 tre toujours fini1 atme perdu dans l'immensit des choses8 ,non1 il a fallu qu'un pouvoir crateur1 intelligent1 infini1 ait fait natre ces merveilles incomprhensibles qui tonnent nos foibles regards3 il a devanc les tems1 parce que rien ne pouvoir exister qu'en lui que par lui2 tout vient de lui1 tout y rentrera2 c'est la source des tres le matre de toute la nature4 ,azeb tendit les bras comme pour me marquer que tout ce que je voyois toit son domaine4 ,il est1 s'cria-t-il6 adorons-le4 ,et il se prosterna la tte contre terre1 il m'en fit faire autant4 ,en se relevant il me dit3 ,tu le connois prsentement2 mais cet tre intelligent veut tre cach3 il ne se manifeste que par ses uvres1 n'est-ce pas assez8 ,un coin du grand rideau est soulev3 mais il ne sera pas ternellement voil1 ce ,matre de l'univers2 nous irons lui2 nous sommes faits pour vivre avec lui2 ds que nous le connoissons1 rien de nous ne prira2 l'ayant apperu1 c'est pour tre toujours sous ses regards4 ,alors ,azeb me prit dans ses bras me dit3 ,nous sommes tous deux dans les siens1 pour n'en jamais sortir3 tu l'as connu cet tre invisible1 c'est pour ne plus cesser de le connotre2 l'ayant apperu1 tu l'appercevras toujours4 ,azeb m'expliqua qu'il y avoit un rapport entre lui moi1 que cette union ne seroit jamais rompue2 me serrant la main1 il s'crioit3 ,jamais1 jamais6 tu ne peux chapper lui4444 toujours1 toujours lui6 ,ces mots avoient pour moi quelque chose tout la fois de terrible de consolant4 ,azeb m'expliqua que la pense qui toit en moi ne devoit pas plus finir que celui qui me l'avoit donne2 que je ne l'aurois pas reue si j'eusse d la perdre2 que j'tois dsormais immortel4 ,il fit un petit cercle dans le grand1 me dit3 ,te voil6 ,il prit ensuite un fruit me dit3 ,mange1 il est bon1 il vient de celui qui est bon3 toujours le grand tre sera bon pour toi1 si tu es bon pour autrui4 ,il me fit encore regarder le petit cercle1 en disant3 ,nous sommes faits pour l'agrandir4 ,il traa un cercle plus grand1 il me dit qu'avec le tems nous serions intimement unis au grand cercle1 qu'alors commenceroit notre souverain bonheur4 ,azeb me regarda d'un il plein d'amour me dit3 ,il t'aime comme je t'aime1 il t'embrassera comme je t'embrasse1 si tu es bon4 ,un soupir de feu s'chappa de sa poitrine embrase1 un rayon cleste parut resplendir sur son visage2 il pleura sur moi1 mais ses larmes toient douces1 je pleurai avec lui2 sa main leve vers le firmament me disoit3 ,il le remplit4 ,les yeux tourns vers le ciel1 nous tombmes tous deux genoux2 un seul mme soupir s'leva de nos curs2 nous unmes le cantique de nos prieres2 telle fut l'offrande pure que nous envoymes au ,matre de la nature4 ,notre motion toit au comble1 nous tombmes embrasss l'un l'autre1 comme atterrs sous un poids d'amour de respect4 ,un ver rampoit alors1 il me dit3 ,et nous aussi devant sa grandeur nous sommes des vers qui rampons2 mais malgr notre petitesse notre misere1 nous irons lui2 nous irons lui1 il nous attend2 nous sommes ses cratures2 il nous voit2 adorons sa grandeur1 implorons sa bont4 ,nous primes de nouveau1 nous nous roulmes dans la poussiere1 en lui criant3 ,tu es grand1 tu es fort1 tu es majestueux1 nous sommes petits1 foibles misrables2 communique-nous de ta force de ta grandeur4 ,ah6 si du haut de son trne ce grand ,dieu a daign abaisser ses regards sur un pere vertueux tendre1 sur un fils plein de reconnoissance d'amour1 il n'aura pas rejet nos vux4 ,nous ne l'adorions pas dans l'enceinte troite d'un temple1 mais sur la cime leve d'un mont4 ,pendant ce tems1 le soleil se cacha derriere un nuage immense2 la nature se dcolora2 nous vmes fuir regret cette magnifique image du ,crateur3 les objets qui nous environnoient plirent2 le brillant coloris de l'univers disparut1 les vifs transports dont notre ame avoit t pntre s'appaiserent firent place un calme doux tranquille4 ,vignette ,,chapitre ,,xii4 ,je laissai sur la montagne le vnrable ,azeb dans un accablement de penses2 respectant sa profonde mditation1 je descendis tout mu1 pour m'abandonner solitairement mes rflexions sur cette scene auguste dont j'avois t le tmoin4 ,les paroles d',azeb toient graves dans mon cur2 il me sembloit encore l'entendre annonant le ,dieu de l'univers4 ,tout avoit pris autour de moi une ame2 tout crioit autour de moi1 il existe6 en mme tems tout me donnoit une preuve invincible de sa haute sagesse4 ,j'avois senti l',auteur de tant d'uvres admirables2 mais je ne l'avois pas encore reconnu4 ,je le vis empreint dans le vol de l'oiseau1 dans la cime flottante de l'arbre1 le nom de l',eternel me parut fait pour tre exalt par toute la terre4 ,la cration me sembla plus brillante3 tout m'intressoit1 jusqu' l'herbe des campagnes2 tout toit pour moi une reprsentation visible de la ,divinit4 ,ma raison avoit remont sans peine une premiere ,cause1 ternelle1 infinie4 ,ds qu'elle claira mon entendement1 je fus facilement parfaitement convaincu de cette grande vrit3 elle me parut vidente ncessaire4 ,j'apperus de mme le rapport sensible des tres crs2 toutes les cratures correspondoient entr'elles sous la main du ,dieu unique3 la nature toit vivante sous l'il d'un ,dieu vivant2 j'tois moi-mme une portion anime d'un souffle divin1 enveloppe dans une masse terrestre1 je disois dans ma pense3 ,tu ne priras point2 tu vivras toujours avec l'unit sublime1 avec l'harmonie ternelle3 je me sentois alors plus de force d'activit4 ,la nature dveloppoit mes yeux sa grace sa majest3 je vis que1 dans ses ouvrages1 les uns toient mles1 les autres dlicats2 chaque jour ajoutoit l'ide que j'avois de la grande ,intelligence1 parce que toute chose me l'annonoit1 que cette tude remplissoit mon ame d'une joie dlicieuse4 ,la cration toit la splendeur rflchie de la ,majest suprme2 convaincu que je serois toujours le compagnon de l',eternel1 je sentois un noble orgueil qui me donnoit un profond contentement4 ,ce fut moi qui annonai ,zaka un ,dieu crateur4 ,je lui donnai l'ide d'un tre dont la main alluma le soleil imprima en mme tems un ver de terre moi la facult de se mouvoir3 je lui appris que la perfection de ,dieu toit dans son unit1 que ses qualits infinies n'appartenoient ncessairement qu' lui4 ,je voulus que mon amante et ma religion3 elle adopta sans peine un ,dieu qui toit le mien2 elle raisonnoit peu1 mais elle sentoit vivement4 ,pouvoit-elle ne pas chrir avec tendresse ce ,dieu qui avoit cr le plaisir runi nos curs8 ,une plaine agrable1 une colline verte1 voil le temple o nous l'adorions4 ,nos vux toient simples souvent forms par un soupir2 mais ce soupir du cur toit sincere3 les tendres embrassemens de ,zaka invitoient mon ame clbrer de nouveau le ,matre bienfaisant de l'univers3 la lune voyoit notre hommage1 le soleil levant nous trouvoit genoux4 ,azeb avoit marqu cette heure solemnelle pour le moment de la priere4 ,o jours fortuns6 je ne sparois ,dieu de ,zaka que par le sentiment d'un respect muet profond2 quand la terre toit en fleurs1 qu'un beau jour avoit prt la verdure une couleur plus vive1 ,azeb nous prenant par la main1 disoit avec recueillement3 ,du haut des cieux ,dieu nous sourit4 ,vignette ,,chapitre ,,xiii4 ,je vivois content1 j'imaginois qu'ainsi s'couleroit le reste de ma vie1 lorsqu'un accident imprvu vint troubler ma flicit4 ,zaka changea tout--coup3 les couleurs de son teint plirent2 elle perdit l'apptit2 son sommeil toit agit2 au milieu d'une course lgere1 ses jambes se refusoient la porter4 ,le changement de son humeur m'alarma encore plus que celui de sa sant3 elle devint triste1 capricieuse2 elle se refusoit aux plaisirs qu'elle avoit jusques l gots avec autant de ravissement que moi2 lorsque je m'en plaignois1 elle me disoit avec un ton qui exprimoit la fois l'amour le regret1 qu'elle en ignoroit la cause1 mais que j'tois toujours ce qu'elle avoit de plus cher dans la nature4 ,je jugeai qu'elle toit malade2 voulant la soulager1 j'exprimois le suc des vgtaux que je connoissois pour tre salutaires l'homme1 je le lui faisois boire4 ,j'allois sur le haut des rochers chercher des racines des fruits qui pussent lui redonner l'apptit1 je priois le grand tre de lui rendre la sant4 ,sa sant ne revenoit point3 toujours les mmes caprices2 de sorte que je ne reconnoissois plus ma ,zaka4 ,je n'osois m'en plaindre ,azeb ni ,caboul2 je n'aurois mme su comment leur en parler4 ,je ne sais quelle mlancolie l'occupoit3 elle dormoit lorsque j'aurois voulu la voir veille2 elle toit veille lorsque j'aurois voulu dormir4 ,nous ne nous accordions plus4 ,je ne savois quoi attribuer ce changement de caractere4 ,quelquefois ses caresses me ddommageoient de ses caprices dsordonns2 je m'imaginois avoir perdu ma ,zaka1 lorsqu'elle revenoit moi avec plus de tendresse4 ,elle se plaignoit toujours1 je ne savois plus que faire pour la gurir4 ,les mmes symptomes de tristesse de mlancolie duroient encore3 mes soins toient sans effet1 lorsque1 lass de son got dprav1 je lui en fis des reproches4 ,alors elle pleura abondamment2 un soir que j'tois couch prs d'elle1 elle porta ma main sur son flanc1 me dit d'couter4 ,je sentis un point saillant3 aussi-tt je plis1 je lui dis3 ,o ma chere ,zaka6 je vois ce que tu as2 tu as aval un lzard4 ,il y a quatre mois que1 dormant sous un palmier1 j'en pris un qui m'toit dj entr dans la bouche4 ,je ne sais1 dit-elle1 je n'ai point aval de lzard2 mais je sens l comme s'il y en avoit un3 c'est lui qui me rend triste inquiete4 ,oui1 repris-je1 que veux-tu que ce soit8 ,j'ai toujours dtest ces lzards4 ,a quoi sont-ils bons8 ,alors1 me levant1 je me mis tuer tous les lzards que je rencontrois3 chose que je n'avois pas encore faite4 ,a table1 un lzard familier tant venu1 je le tuai en prsence d',azeb1 qui me regarda d'un il svere1 car il ne m'avoit jamais vu faire pareille action1 je lui dis3 c'est que ,zaka a aval un lzard qui remue dans son ventre1 que je veux les exterminer tous4 ,azeb regarda ,zaka se tut4 ,rien n'galoit mon chagrin de voir ,zaka souffrir2 comme je m'imaginois qu'un lzard en toit la cause1 je m'chappai jusqu' dire une fois devant ,azeb3 ,pourquoi y a-t-il des lzards dans le monde8 ,la grande ,intelligence auroit bien d ne les pas crer4 ,azeb me rpondit3 ,tais-toi1 petite intelligence1 vermisseau de terre2 tu le sauras un jour1 quand tu en seras digne1 car aujourd'hui tu es un insens4 ,il me dit ces mots d'un ton si grave qu'il m'en imposa2 il m'auroit fallu une raison plus exerce pour comprendre que le mal physique entroit dans le plan de la cration1 que l',auteur de toutes choses1 par des ressorts inconnus notre ignorance1 faisoit tout servir l'accomplissement de ses dcrets de notre bonheur4 ,le ventre de ,zaka grossissoit1 je me confirmois dans l'ide qu'un lzard occasionnoit sa maladie1 la rendoit triste pesante1 que ce lzard vivoit dans ses entrailles ses dpens4 ,cela me mit dans une telle fureur que je ne pouvois entendre prononcer le nom d'un lzard sans une colere interne4 ,or1 le prtendu lzard la tourmentoit trangement4 ,azeb gardoit toujours un profond silence4 ,je rvois au moyen de dtruire la race des lzards1 lorsqu'au bout de quelques mois je trouvai ,zaka que je venois de quitter1 au bord d'une fontaine1 vanouie presque baigne dans son sang4 ,en m'approchant pour la secourir j'apperus une petite crature que je pris qui me causa la plus violente surprise4 ,son regard sembloit me dire3 ,je suis toi4 ,je rflchis un instant pour savoir si elle toit tombe du ciel ou si elle toit sortie du sein de la terre1 je vis clairement que cette crature ne pouvoit appartenir qu' ,zaka4 ,alors je la baisai1 je la tenois entre mes bras1 mon cur tressailloit d'algresse4 ,en levant les yeux1 je vis de loin ,azeb2 l'appellant de toute ma force1 je lui prsentai cet enfant1 en m'criant avec transport3 ,nous sommes quatre6 ,hlas6 j'oubliois le bon ,caboul1 non par insensibilit1 mais parce qu'il n'entroit point dans la sphere de mes tendres affections4 ,oui1 nous sommes quatre1 reprit ,azeb qui accourut avec la sollicitude paternelle peinte sur le visage2 prenant l'enfant de mes mains1 il s'approcha de ,zaka1 lui donna les soins qui lui toient ncessaires1 la lava dans la fontaine1 tandis que1 dans un silence stupide1 je le regardois sans savoir quel toit son dessein4 ,j'tois partag entre la joie l'tonnement2 je m'emparai de la petite crature1 je crus reconnotre les traits de ,zaka visiblement empreints sur son visage4 ,je la baisai1 mon cur connut des mouvemens encore plus doux que ceux de l'amour4 ,enfin je sentis que j'aimois un autre tre autant que ,zaka1 je m'criai3 ,elle est moi1 je ne m'en spare plus4 ,ses cris remuerent mon ame1 dans ce moment je crus qu'elle avoit toujours t avec moi1 parce que je me disois que je ne pouvois plus l'abandonner4 ,en effet1 mon cur se fondoit auprs d'elle1 je tournois autour de la mere de la fille sans savoir ce que je faisois4 ,que ,zaka toit attendrissante6 ,son regard me redemanda la petite crature2 elle l'approcha de sa mamelle3 quelle surprise1 quand je vis sa bouche enfantine s'attacher ce sein que j'avois couvert de baisers6 ,je demeurai en extase1 je n'osois plus respirer3 je contemplois ce spectacle nouveau4 ,jamais ,zaka ne me parut si belle3 je conus pour elle un respect qui redoubla mon amour4 ,les baisers qu'elle donnoit l'enfant me sembloient une dette que je devois acquitter4 ,je ne savois laquelle des deux m'toit la plus chere1 ma tendresse partage en toit plus forte4 ,je reportois la petite crature toutes les caresses que je recevois de ,zaka1 ,zaka m'en payoit encore4 ,mon cur suffisoit peine au torrent dlicieux dont il toit inond4 ,que d'agrment1 que de navet1 que de mollesse1 lorsqu'elle allaitoit sa fille1 lorsque je la voyois se jouer sourire sur le sein dcouvert de sa mere qui devenoit enfant elle-mme6 ,elle la caressoit de maniere me faire sentir des volupts inexprimables2 elle l'invitoit prendre sa mamelle2 ensuite appellant le sommeil par un murmure doux1 long uniforme1 elle l'endormoit4 ,alors j'imposois silence toute la nature2 je chassois ,azeb ,caboul2 j'aurois voulu faire taire le vent4 ,lorsque ses tendres paupieres se fermoient1 priv du spectacle gracieux de ses ris de ses mouvemens1 je craignois qu'elle ne se rveillt plus2 mais quand elle sortoit du sommeil1 je croyois la voir pour la premiere fois1 telle que je l'avois rencontre au bord de la fontaine4 ,vignette ,,chapitre ,,xiv4 ,vous m'avez vu heureux jusqu'ici1 cher chevalier2 mon sort va changer4 ,que n'ai-je toujours vcu dans ce dsert1 inconnu au reste des hommes6 ,l'amiti seule peut m'engager continuer2 ma douleur renat au seul nom de ,zaka1 son souvenir renouvelle des larmes dont la source ne peut tarir4 ,je ne disconviens pas des avantages que j'ai retirs de mon infortune2 mais qu'ils m'ont cot cher6 ,j'ai t plus clair2 mais j'ai perdu le bonheur4 ,la lueur qui me guidoit toit foible2 mais les sciences orgueilleuses ne m'en ont guere plus appris4 ,tous les progrs de la civilisation ne m'ont apport quelques jouissances de plus que pour me donner des ides contentieuses pnibles4 ,j'ai souvent regrett mon dsert2 quelqu'un dira que je ne regrette que mon jeune ge4 ,mais pourquoi ma mmoire me fait-elle vivre incessamment dans ce sjour o ma vie toit simple laborieuse1 o les moindres commodits des arts m'toient trangeres8 ,j'ai connu les plaisirs des villes1 ils n'ont fait qu'effleurer mon ame2 toutes les recherches de la gourmandise n'ont jamais apport mon palais la saveur d'une racine arrache de la main de ,zaka que nous partagions ensemble4 ,et toi1 malheureuse amante6 dirai-je1 malheureuse sur6 toi qui fis le tourment de ma vie aprs en avoir t le charme2 si la tyrannie1 si la superstition1 les chagrins n'ont point abrg tes jours2 si tu donnes une larme ma mmoire2 si tu te rappelles les destins de nos premiers ans1 la paix la volupt qui remplissoient nos curs444 ,que dis-je6 oublions nous1 chere ,zaka2 nous nous sommes trouvs criminels sans le savoir2 nous avons offens des loix que nous ne connoissions pas2 nous n'avions pas prvu que la socit rejeteroit des liens qui n'avoient veill en nous aucun remords4 ,jamais l'ide de crime ne s'toit offerte notre imagination3 nous nous aimions sous le regard du ciel2 nous tions chastes aux yeux de la nature entiere4 ,ah6 quel cur dsormais osera s'assurer d'tre innocent ou coupable8 ,vignette ,,chapitre ,,xv4 ,le plaisir d'observer la nature1 nous attiroit souvent vers la belle plaine1 ou plutt nous aimions revoir ces mmes lieux o1 pour la premiere fois1 nous avions connu le bonheur4 ,ma fille1 presque toujours dans les bras de ,zaka1 toit devenue notre compagne insparable4 ,les moindres progrs qu'elle faisoit en dployant ses facults naissantes1 nous transportoient d'une joie folle2 nous lui parlions comme si elle avoit pu nous rpondre1 le sourire de sa bouche enfantine toit d'une loquence dont rien n'approchoit4 ,j'avoue que1 sans ngliger ,azeb1 je l'coutois moins3 j'interrompois quelquefois la conversation la plus srieuse1 pour voler au berceau de ma fille1 ds que j'entendois un de ses cris4 ,j'avoue que j'aimois plus ma fille que je n'aimois mon pere4 ,n'est-ce pas ainsi que l'a voulu la nature8 ,elle a plac la tendresse la plus vive dans le cur des parens1 comme le soutien de la race humaine2 elle n'a point enflamm le cur des enfans d'un pareil amour1 peut-tre parce que les parens peuvent se passer de la tendresse de leurs enfans1 que les enfans ne peuvent se passer de la tendresse de leur pere4 ,azeb lui-mme se levoit vingt fois pour surveiller ma fille2 quand nous l'emportions dans nos promenades lointaines1 il paroissoit chagrin ou jaloux4 ,caboul1 dont le caractere toit froid tranquille1 avoit pris une si forte affection pour cette enfant1 qu'elle ne quittoit les bras de sa mere que pour passer dans les siens1 chacun lui murmuroit l'oreille son langage particulier4 ,nous avions dcouvert1 pour aller la belle-plaine1 un sentier moins pnible1 nos pas mille fois imprims l'avoient rendu commode4 ,sans la crainte d',azeb1 qui ne pouvoit oublier les cruauts des ,espagnols1 nous eussions abandonn le creux de nos rochers pour ces plaines agrables4 ,il nous permettoit seulement de nous y promener1 sachant que les ,espagnols s'toient loigns4 ,un jour que nous avions hasard une promenade plus longue que nous marchions sur la cte d'un rocher1 nous entendmes les cris d'un homme qui imploroit du secours4 ,a cette voix lamentable1 nous nous regardmes avec tonnement3 la crainte la piti combattirent dans nos curs4 ,fuirions-nous8 volerions-nous au secours de la voix souffrante8 ,les cris continuoient2 ,zaka s'cria la premiere1 l'il dj humide3 ,ah6 courons1 cher ,zidzem4 ,n'entends-tu pas qu'il souffre8 ,elle prit sa fille1 fardeau toujours lger entre ses bras1 nous courmes vers les rochers d'o partoient les cris douloureux3 nous cherchmes de tous cts1 nous appermes un homme qui toit tomb dans une profondeur entre des roches escarpes1 qui faisoit de vains efforts pour remonter4 ,je m'avanai sur le bord1 roulant quelques pas1 je lui tendis la main4 ,zaka me dirigeoit de la voix2 elle fit plus1 elle posa son enfant1 se laissant glisser1 parvint jusqu' l'endroit o l'homme rampoit sur les mains1 bless sanglant4 ,il fallut toute notre adresse tout notre courage pour le tirer de cette situation pnible4 ,je faillis perdre la vie en sauvant la sienne2 mais lui-mme hsitoit nous donner la main1 nous regardant sans doute comme des ennemis qui venoient pour lui ter la vie4 ,il toit habill1 nous tions nus4 ,nous lui fmes mille signes d'amiti de compassion pour dissiper son effroi1 sans doute il lut sans peine sur notre visage toute la sensibilit de notre ame4 ,a son habillement1 nous conjecturmes que c'toit un de ces ,espagnols qu',azeb nous avoit peints tant de fois avec les couleurs les plus dfavorables2 mais la piti1 plus forte que la rflexion1 ne nous permit pas d'examiner si nous devions suspendre notre assistance4 ,nous le tirmes de ce prcipice1 peine fut-il parvenu au sommet1 qu'il occupa notre attentive curiosit4 ,zaka oublia un instant de reprendre sa fille1 ne pouvoit rassasier sa vue de ce nouvel objet3 elle examina dans le plus grand dtail sa figure1 la forme de ses habillemens2 elle n'en pouvoit croire ses yeux1 malgr cela elle toit encore plus adroite que moi laver1 panser les plaies1 mnager la douleur de ce malheureux tranger4 ,il y eut combat entre nous pour celui qui iroit chercher ,azeb ,caboul2 car l'tranger toit bless au pied1 pour marcher il avoit besoin de deux points d'appui4 ,zaka1 qui ne s'toit jamais montre rebelle aucun de mes desirs1 vouloit que ce ft moi qui allasse chercher ,azeb ,caboul4 ,il me fallut employer le ton de la priere1 puis de l'autorit1 pour qu'elle se dtermint m'obir4 ,j'apperus de la contrainte dans son obissance1 ce ne fut que long-tems aprs que cette remarque passagere redevint vivante dans ma mmoire4 ,vignette ,,chapitre ,,xvi4 ,pendant son absence j'essayai quelques mots espagnols que mon pere m'avoit appris4 ,je voulois le rassurer1 lui dire qu'il n'avoit rien craindre de nous4 ,il toit tout tremblant1 malgr notre zele nos soins4 ,je compris par ses rponses ses gestes qu'il venoit d'chapper l'esclavage tyrannique des ,espagnols4 ,zaka revint en peu de tems1 hors d'haleine1 accompagne d',azeb de ,caboul4 ,elle avoit ht leurs pas avec la plus vive chaleur4 ,nous transportmes l'tranger dans notre demeure avec beaucoup de peine4 ,azeb connoissoit les herbes salutaires1 propres le gurir1 dont la nature avoit gratifi notre dsert4 ,il les appliqua sur les plaies de l'infortun2 il l'assura que dans peu il seroit guri4 ,comme ,azeb entendoit parfaitement l'espagnol1 l'tranger lui apprit en cette langue qu'il toit ,anglois2 qu'il avoit t fait prisonnier par les ,espagnols1 rduit par eux au plus affreux esclavage4 ,enseveli vivant dans les gouffres de la terre pour fournir de l'or ses insatiables tyrans1 las de leur joug de leurs outrages1 il s'toit chapp1 aimant mieux trouver la mort dans les dserts que de l'attendre parmi ces barbares4 ,en gravissant le long des prcipices1 son pied mal assur l'avoit fait rouler2 sans un quartier de rocher1 auquel il s'toit retenu1 il prissoit4 ,il toit si foible qu'il ne pouvoit nous exprimer sa reconnoissance qu'en nous serrant les mains4 ,zaka toit attendrie de sa douleur1 moi j'tois tout mu de ce qu'il exaltoit si fort un service que je n'avois regard que comme un devoir4 ,je rougissois des louanges qu'il donnoit notre humanit4 ,quelques jours aprs qu'il eut repris ses forces1 il nous fit le tableau des cruauts que les ,espagnols exeroient contre les malheureux destins creuser la terre pour en tirer ce mtal si funeste au monde4 ,il le fit avec des traits si anims1 que nous fondmes tous en larmes4 ,sont-ce des hommes1 m'criai-je1 qui traitent ainsi des hommes6 ,la nature a-t-elle cach dans leur cur la rage des btes froces6 ,combien ne sommes-nous pas heureux d'tre spars de pareils barbares6 ,zaka toute tremblante1 pressant ma fille dans ses bras1 se refugioit dans mon sein4 ,o ,zidzem6 disoit-elle1 sommes-nous loin de ces monstres8 ,je ne veux plus que tu mettes le pied hors de cette enceinte3 ils t'enleveroient pour tre leur esclave4 ,choisis plutt la mort4 ,oui1 ,zidzem1 tue-moi de ta main avant que4444 ,elle retomboit dans mes bras foible dcolore4 ,le plaisir d'tre chapp leurs mains froces se dployoit tout entier sur le front de l'tranger2 ce plaisir si vif1 qu'il ne nous droboit pas1 fut la plus douce rcompense de notre piti4 ,par la joie que j'prouvois intrieurement1 je sentis que j'avois fait une action agrable ,dieu2 je me reconnus bon1 ce qui me fit un souverain plaisir4 ,je pleurois1 non sans volupt1 car j'tois attendri sur le sort de cet ,anglois1 j'prouvai que l'on ne secourt point son semblable sans en tre rcompens dans la partie la plus intime de notre tre4 ,je conus bientt une vive inclination pour cet ,anglois4 ,il toit d'une figure agrable1 un peu plus g que moi4 ,je souhaitai qu'il n'et aucun des vices communs aux ,espagnols4 ,combien je me promis d'agrmens dans sa socit6 ,le croiriez-vous1 cher chevalier8 j'avois soupir plus d'une fois aprs un ami1 c'est--dire1 aprs un jeune homme de mon ge de mon caractere1 avec lequel je pusse converser familirement sans gne4 ,j'avois un besoin de dcouvrir quelqu'un toutes mes penses secretes1 de lui faire part sans rserve de ma joie1 de mes chagrins1 de toutes ces petites choses si intressantes dire quand c'est la confiance qui les reoit4 ,le cur de l'homme gote une sorte de volupt lorsqu'il lui est permis de s'pancher librement3 c'est un doux besoin1 ce besoin je l'ai assez vivement ressenti4 ,j'aimois assurment ,zaka autant qu'on peut aimer1 cependant il me restoit auprs d'elle des momens qui n'toient pas remplis2 ma raison cherchoit un tre qui pt clairer la mienne2 il me manquoit le plaisir de la familiarit4 ,l'amour est un feu actif3 il puise l'ame1 c'est aprs ses jouissances qu'il est doux de se reposer dans le calme paisible de l'amiti4 ,aprs avoir senti vivement1 on aime1 je crois1 raisonner ses sensations1 se rendre compte de ce qu'on a prouv1 interroger autrui1 lui communiquer le rcit de sa propre flicit4 ,je cherchois cet ami4 ,azeb1 par son ge le respect que je lui portois1 ne pouvoit tre ni mon gal ni mon confident3 je sentois que ce que j'avois dire ne pouvoit pas tre dpos dans le sein d'un vieillard4 ,caboul1 quoique dou d'un cur excellent1 n'avoit pas un esprit assez ouvert pour pouvoir m'intresser pleinement4 ,d'ailleurs1 il me paroissoit absolument impassible4 ,ce charme mutuel de l'amiti1 si long-tems desir1 je me le promis avec cet ,anglois4 ,tout ce qu'il me disoit me le rendoit cher3 il m'instruisoit1 il m'clairoit2 j'avois soif de sa conversation2 il devint mon ami1 mon ami insparable4 ,j'panchois dans son cur tout ce qui toit dans le mien4 ,je lui fis part de mes plaisirs1 de mes peines2 je n'avois rien de cach pour lui3 je lui parlois de ,zaka1 c'toit pour moi un contentement profond d'embrasser mon amante d'en parler mon ami4 ,ainsi je n'avois pas encore connu le nom de l'amiti1 que j'avois senti cette noble passion4 ,je m'y livrai avec un penchant qui n'admettoit aucune rserve1 je me flicitois du plaisir nouveau qui alloit embellir notre sjour4 ,pour le coup1 je sentis qu'il ne me manquoit plus rien3 j'avois su placer toutes les affections de mon ame1 je puis protester que ce que l'on appelle ambition1 gloire1 desir de la renomme1 desir du pouvoir1 je puis attester1 dis-je1 que ces passions m'toient parfaitement inconnues4 ,j'tois heureux par l'amour1 l'amiti1 la confiance1 la douce galit2 mes desirs ne s'garerent pas au-del4 ,zaka sentoit encore mieux que moi le mrite de l'tranger3 elle l'coutoit avec intrt2 elle m'exaltoit souvent le bonheur que nous avions de le possder4 ,avide de recueillir toutes ses paroles1 elle l'interrogeoit sans cesse2 infatigable dans sa curiosit1 elle sembloit craindre de le fatiguer de ses questions rptes1 autant qu'elle lui savoit gr de sa complaisance y rpondre4 ,je marque ici l'origine les progrs du zele qu'elle conut pour l'tranger1 afin que l'on puisse mieux juger de son ame4 ,dj familiere avec lui1 elle l'appelle ses cts1 lui commande1 demeure muette lorsqu'il parle4 ,elle vante son loquence1 me fait taire lorsque je veux l'interrompre par une question subite4 ,il lui seroit inutile de dguiser le feu qu'elle met dans ses discours ses actions1 elle ne songe pas le dissimuler4 ,elle ne cherche peut-tre pas encore lui plaire2 mais ses regards disent assez que l'tranger lui plat4 ,elle me tire quelquefois part1 me dit en secret3 ,zidzem1 regarde comme il est beau2 regarde ses longs cheveux blonds flottans1 ces yeux bleus si vifs3 tous les ,europens sont-ils aussi beaux que lui8 ,quel dommage qu'ils soient si barbares6 ,comment se peut-il que des hommes d'une si belle physionomie tuent1 gorgent1 brlent8 ,que j'aimerois demeurer au milieu d'eux1 s'ils n'toient pas aussi mchans6 ,le pauvre ,lodever c'toit le nom de l',anglois ne ressemble srement pas ceux dont il nous parle2 il a souffert par eux1 il les dteste1 il vivra toujours avec nous4 ,ah6 ,zidzem1 dis-moi1 si dans son pays il a laiss une amante1 qu'elle doit tre malheureuse6 ,qu'en dis-tu1 cher ,zidzem8 ,songes-tu combien mon cur auroit souffrir1 s'il falloit que je vcusse spare de toi8 ,vignette ,,chapitre ,,xvii4 ,j'coutois les discours de ,zaka sans prouver aucun sentiment jaloux4 ,au commencement1 ils ne me paroissoient exprimer que la piti d'un cur naf compatissant3 mais elle les rpta si frquemment avec tant de chaleur1 qu'ils me dplrent autant qu'ils m'avoient charm4 ,je ne sais quelle lueur passa dans mon esprit3 je devins inquiet taciturne1 sans avoir un juste sujet de plaintes4 ,je parus froid lorsque ,zaka parloit de l'tranger3 je ne lui rpondis plus2 elle en murmura1 alla jusqu' me reprocher mon indiffrence pour un aussi beau jeune homme1 qui nous donnoit toutes sortes d'instructions4 ,en effet1 il avoit embelli nos petites plantations1 nous avoit donn des conseils salutaires sur la culture de notre jardin4 ,malgr l'attachement que j'avois pour ,lodever1 il me fut impossible de domter une certaine aversion2 comme je le voyois rechercher ,zaka1 que celle-ci paroissoit contente de le voir1 je voulus toujours tre prsent leurs entretiens4 ,j'observois leurs moindres mouvemens1 sur-tout je ne quittois plus ,zaka4 ,dj les regards que je jetois sur elle portoient l'empreinte du chagrin qui me dvoroit4 ,o tourment6 jamais mon cur n'avoit rien souffert de si cruel4 ,lorsque je voulois l'accabler de reproches1 je plissois de honte comme si j'allois commettre une injustice m'avilir moi-mme4 ,que cette ,zaka si tendre toit devenue funeste mon repos6 ,je la hassois1 je pense1 en l'adorant toujours4 ,je versois des pleurs dans l'ombre1 je n'osois manifester une fureur sombre qui m'empchoit de jouir de ses caresses4 ,je n'osois parler1 j'tois toujours sur le point de dlier ma langue de me livrer un sentiment furieux4 ,quel tat horrible6 ,zaka lut sans peine dans mon ame dchire2 elle me demanda avec effroi la cause de ma douleur4 ,tu la demandes1 lui dis-je en plissant dans un trouble inexprimable1 tu la demandes la cause de ma douleur1 c'est toi-mme qui l'es4 ,pourquoi ne m'aimes-tu plus8 ,pourquoi souries-tu un autre qu' moi8 ,tous tes regards m'appartiennent2 je ne veux point que tu regardes l'tranger comme tu le fais4 ,mrite-t-il mieux que moi ton amour8 ,puis1 ne suis-je pas le premier que tu as aim8 ,ah6 si ma fille savoit parler1 elle te reprocheroit ton injustice2 elle te diroit qu'elle est venue au milieu de nous deux1 qu'il n'est plus permis l'un l'autre d'aller d'un autre ct4 ,comment veux-tu que ma fille m'aime un jour1 si tu cesses de m'aimer8 ,a ces reproches1 ,zaka qui n'avoit point appris feindre1 baissa les yeux comme une coupable1 les relevant tout--coup pleins de honte de larmes1 elle se jeta dans mes bras4 ,injuste ,zidzem1 dit-elle en soupirant1 est-ce un crime que d'avoir un cur tendre compatissant8 ,depuis quand blmes-tu dans moi ces sentimens d'amour8 ,je ne t'en ai jamais fait un secret4 ,je t'avouerai encore plus3 ,lodever est devenu1 aprs toi ma fille1 celui pour qui je ressens une inclination plus vive2 il m'est plus cher qu',azeb ,caboul4 ,je m'en veux moi-mme de te ravir quelque chose d'une tendresse que je te dois toute entiere1 cependant je ne puis tre tout--fait matresse de mon cur4 ,non1 je ne puis m'empcher d'aimer cet tranger2 mais je ne l'aime pas encore comme toi3 je crains qu'il ne soit venu pour troubler notre flicit4 ,je ne crois pas cependant qu'il puisse nous dsunir4 ,non1 cela n'est pas possible3 mais si sa vue te fait de la peine1 si tu ne veux pas que je le regarde1 fuyons-le1 cher ,zidzem1 allons planter une cabane plus loin2 quand je ne le verrai plus1 je ne le regarderai plus4 ,je sens que mon cur m'emporte malgr moi4 ,eh bien1 en vivant ensemble avec notre fille1 je n'aurai plus aucune occasion de l'entendre de le regarder2 car je ne veux aimer que toi1 je gronde mon cur quand il veut me dire autrement4 ,cet aveu naf me rassura3 je fus joyeux de me retrouver seul possesseur du cur de ,zaka2 mais cette joie ne me rendit pas toute ma tranquillit3 je vis ,zaka se contraindre1 viter les occasions de se trouver avec ,lodever1 redoubler envers moi de caresses3 mais tous ses mouvemens toient gns2 son front portoit une certaine mlancolie que je n'avois pas remarque auparavant4 ,au milieu de nos tendres embrassemens1 nous soupirions souvent ensemble2 sans savoir pourquoi1 son nom revenoit parmi nos entretiens4 ,comme je souffrois moi-mme de la peine de ,zaka1 que sa situation avoit rpandu quelque chose de pnible dans notre faon de vivre1 je fus le premier vouloir rtablir la familiarit qui rgnoit4 ,je le dis ,zaka1 je la rendis matresse de ses mouvemens2 je voulus que ,lodever vct avec elle comme par le pass2 car je n'avois plus de joie depuis le moment fatal o je lui avois fait des reproches2 il n'y avoit plus de concorde ni d'agrment dans notre socit4 ,zaka ne rioit plus avec la mme assurance2 son badinage toit moins naturel avec moi4 ,lodever1 de son ct1 n'avoit plus le mme empressement4 ,je me dis moi-mme que1 puisque ,zaka m'aimoit1 je devois tre sr qu'il n'obtiendroit rien de ce qui m'toit rserv4 ,d'aprs ce plan1 je pris ,lodever ,zaka par la main1 je les rconciliai2 je les priai de vivre en toute libert1 comme ils avoient fait ci-devant1 de me regarder d'un bon il dans tous les instans4 ,la familiarit revint1 ,zaka reprit son ton foltre3 elle rioit1 badinoit avec ,lodever j'tois satisfait de la voir si joyeuse4 ,vignette ,,chapitre ,,xviii4 ,cet tranger nous enseigna quelques mots d'anglois3 il parloit un peu l'espagnol2 de sorte qu'avec le loisir dont nous jouissions1 nous pmes converser avec assez de facilit4 ,je m'accoutumai voir ,lodever troitement li avec ,zaka2 comme la paix toit revenue1 je rpandois dans le sein de l'tranger tout le sentiment de ma joie1 qu'il sembloit partager4 ,je le croyois sincrement mon ami1 parce qu'il me l'avoit dit cent fois1 qu'il ne m'appelloit jamais d'un autre nom4 ,il applaudissoit au tableau naf que je lui faisois de ma flicit1 il me suivoit avec une curieuse complaisance dans tous les dtails de mon bonheur4 ,il m'avoit engag lui conter l'histoire de nos premieres amours1 je l'avois fait sans m'appercevoir qu'il en tiroit secrtement des inductions sur le caractere de ,zaka4 ,chaque jour plus enchant de l'esprit de ,lodever1 je me livrois lui sans rserve4 ,tromp par les apparences de la candeur1 je croyois ses caresses sinceres3 je suivois les mouvemens de mon cur2 aveugle que j'tois1 je ne remarquois point que1 lorsque j'embrassois ,zaka en sa prsence1 il devenoit tout--coup triste rveur4 ,bon1 simple1 confiant1 je ne savois interprter ni son assiduit1 ni ses regards1 ni l'espece d'inquitude qui ne l'abandonnoit pas2 ou plutt son artifice profond savoit me faire prendre le change sur tous ses mouvemens4 ,ils auroient t visibles des yeux plus exercs que les miens2 mais tout1 jusqu' la violence que se faisoit ,zaka pour se domter1 chappoit ma vue2 ma jalousie toit teinte2 l'amiti m'avoit rattach le bandeau de l'amour4 ,lodever nous entretenoit frquemment des peuples de l',europe1 de leurs loix de leurs coutumes4 ,jamais ,zaka ne se lassoit d'entendre ces rcits tonnans4 ,quoi1 disoit-elle1 il y a tant d'hommes1 tant de maisons1 tant d'difices8 ,je faisois de mon ct mille questions1 chaque rponse m'merveilloit4 ,j'avois peine concevoir comment cette fourmilliere d'individus1 vivoit sur le mme point2 tandis que ,lodever m'expliquoit ces choses incroyables1 mon esprit s'lanoit vers ces cits populeuses1 o chaque pas se prsentoit quelqu'objet intressant4 ,quand il me parloit de la hauteur des difices1 de ceux qui flottoient sur les eaux1 j'tois tent de croire qu'il se jouoit de ma crdulit2 mais l'explication toit si bien dtaille1 que je ne pouvois refuser d'ajouter foi ses discours4 ,par degrs je devins curieux de voir par moi-mme tant de choses merveilleuses2 rvant incessament ces villes magnifiques1 mon dsert perdit de ses attraits4 ,transport chaque jour en imagination chez des peuples puissans1 industrieux1 polis1 je me considrai comme perdu dans une immense solitude1 loign des plaisirs des agrmens de la vie1 ignorant1 foible1 pauvre4 ,enfin j'eus de moi-mme l'ide qu'un ,europen a d'un sauvage4 ,lodever m'insinua le dessein de voyager3 il avoit de mme prpar l'esprit de ,zaka4 ,je lui en fis part2 transporte de joie1 elle applaudit mon projet4 ,sa curiosit n'toit pas moins vive que la mienne1 la nuit elle rvoit de ce qu'elle avoit entendu pendant le jour4 ,lodever disposoit notre insu1 de notre ame2 il la manioit son gr1 matre d'y verser les ides qu'il vouloit y faire natre4 ,nous estimions les ,europens heureux1 parce qu'ils possdoient mille superfluits dont l'image nous sduisoit1 c'toit vivre parmi eux que nous placions toute notre flicit4 ,azeb avoit cach ses trsors dans un endroit particulier1 j'en ignorois moi-mme la valeur4 ,sur quelques rponses ingnues1 l'artificieux ,lodever fit tant par ses interrogations captieuses1 qu'il m'engagea les lui montrer l'insu de mon pere4 ,je ne pus m'en dfendre1 malgr une rpugnance secrete2 mais je n'attachois pas un grand prix des ustensiles lourds1 d'une couleur jaune1 qui ne nous servoient rien4 ,lodever vit nos trsors1 il demeura muet d'tonnement comme ravi en extase de ce qu'il voyoit4 ,je me souviens que son visage devint rouge enflamm1 que1 dans un transport qu'il ne put dissimuler1 il nous embrassa avec une espece de fureur1 en nous disant3 ,oh1 que vous seriez heureux respects1 si vous possdiez dans mon pays ce qui vous est inutile ici6 ,que de jouissances6 que de plaisirs6 ,alors1 d'un ton anim1 il nous fit la description des palais que nous habiterions1 de la foule d'esclaves empresss1 obissans au moindre signe2 de certains animaux qui nous transporteroient en un clin-d'il par-tout o nous voudrions aller4 ,il nous parla des volupts varies renaissantes qui nous rappelleroient chaque jour les dlices de la vie4 ,il nous donna une ide de toutes ces jouissances2 quoique ces ides fussent confuses1 elles nous plrent nanmoins1 soit qu'il les peignt habilement1 soit plutt parce que nous en portions le germe dans nos curs4 ,le tableau de ces flicits que nous pouvions toucher sentir1 matrisa puissamment notre ame4 ,imprudens6 las de notre repos1 dupes de notre imagination qui1 pour notre infortune1 toit neuve vive1 nous crmes que le pays du bonheur toit l',europe1 dans notre erreur profonde1 nous rptions ensemble1 ,zaka moi3 ,oh1 quand serons-nous en ,europe1 pour y voir ensemble toutes ces merveilles6 ,lodever nous persuada que les ,europens n'toient mchans barbares qu'au sein de l',amrique1 sur laquelle ils avoient un droit de conqute1 possession qui leur avoit t confirme par un pape1 matre de tous les empires en qualit de vicaire de ,dieu2 mais que dans leurs foyers ces mmes ,europens toient doux1 humains1 gnreux1 bienfaisans4 ,la plaine que nous avions tant admire devint triste nos yeux2 car nos songes nous portoient toutes les nuits dans ces pays fortuns qu'embellissoit notre desir curieux4 ,nous prouvmes tout l'ennui qu'apporte une vie uniforme1 lorsque notre pense s'gare dans des visions4 ,je respectai ce mtal jaune ces pierres bigarres qui jusqu'alors ne m'avoient rjoui que par leur clat1 ds que ,lodever m'eut appris leur usage leur suprme utilit4 ,autrefois je m'exerois friser la surface des eaux avec ces pierres brillantes2 mais ds lors1 dtestant mon ignorance prcdente1 frapp de repentir1 je conservai les plus petites avec le plus grand soin1 comme le gage de mille plaisirs futurs4 ,lodever en prenoit quelquefois une1 disoit3 ,voil de quoi nourrir vingt personnes pendant six mois sans cultiver la terre2 voil de quoi faire trotter ces chevaux qui vous transportent avec tant de rapidit2 voil de quoi assujettir ces hommes qui se tiennent debout devant vous tandis que vous mangez tout votre aise4 ,nous avions peine concevoir que cela pt exister2 mais ,lodever nous le disoit d'un ton si persuasif1 si ressemblant la vrit1 que je voyois tout ce qu'il peignoit1 que je jouissois1 pour ainsi dire1 des volupts qu'il m'annonoit4 ,ce qui me charmoit encore1 toit de faire partager ,zaka toutes ces jouissances3 elle1 de son ct1 songeoit que tout le monde seroit empress me servir me plaire4 ,alors elle se montroit encore plus ardente que moi serrer ces petits cailloux brillans4 ,elle les cacha1 elle les enterra1 ,lodever lui ayant inspir l'ide qu'un inconnu pourroit les voir par hasard les emporter4 ,il attachoit un prix infini ces pierres brillantes2 il les touchoit avec respect2 il sembloit les adorer3 il nous apprit en faire autant4 ,bientt nous emes un vice de plus1 l'avarice1 passion triste1 qui rtrcit l'esprit1 le rend inquiet1 le livre des fantmes4 ,dj nous avions la crainte de perdre ces trsors que nous regardions peine quelques jours auparavant4 ,vignette ,,chapitre ,,xix4 ,je ne m'tois jamais avis de dire ,zaka qu'elle toit belle4 ,lodever le lui dit pour la premiere fois1 en comparant son teint au coloris des fleurs1 ses yeux au brillant des toiles4 ,zaka reut cette louange avec un tel plaisir1 que je regrettai fort de n'avoir pas trouv cet ingnieux compliment4 ,je vis que ,lodever avoit beaucoup plus d'esprit que moi1 j'avoue que cela me fit natre dans l'ame un certain dplaisir4 ,je voulus faire aussi des comparaisons sur la beaut de ,zaka3 mais celles de ,lodever eurent le prix2 quand je voulois jouter avec lui1 il en inventoit dix pour une4 ,zaka se mit mme rire de quelques-unes de ma composition3 ce qui approchoit un peu de la moquerie4 ,je me rappelle que la maniere dont elle reut mes madrigaux me fit de la peine4 ,j'aurois voulu avoir mieux dit pour elle que ,lodever3 il triomphoit de moi avec un calme qui me donna des mouvemens d'impatience4 ,rivaux en posie sauvage1 je souffris d'tre vaincu4 ,il lui enseigna aussi placer dans ses cheveux noirs de ces petites pierres tincelantes qu'il nommoit diamans1 en orner ses bras1 ses jambes son sein1 afin de plaire davantage4 ,rellement1 elle me parut plus charmante sous cet clat brillant4 ,il y entre-mloit des fleurs1 ce qui formoit une espece de diadme sur sa tte2 quand tout cela toit arrang1 je me trouvois bien sot de ne l'avoir pas imagin le premier4 ,le gnie de ,lodever m'imprimoit une sorte de respect1 je me sentis born pauvre en ressources ct de ses inventions journalieres4 ,il loua mon adresse la chasse1 je lui en sus bon gr3 je devins tout glorieux de cet loge4 ,je le lui faisois rpter2 il le rptoit1 je l'en aimois davantage4 ,je connus l'orgueil d'tre lou par un homme que j'admirois1 je me fatiguois toute la journe d'une maniere incroyable pour mriter ses louanges qui chatouilloient singulirement mon oreille4 ,je voulois faire tout ce qu'il faisoit2 il m'apprit jouer au palet1 je passois des heures entieres cette futile occupation4 ,il avoit deux ds qu'il me faisoit rouler1 m'ayant appris lire les points de cette figure cubique4 ,il me faisoit jouer quelques-unes de mes pierres1 il gagnoit ordinairement2 il gagna tant que je ne voulus plus jouer avec lui1 ,zaka fut la premiere m'en dtourner1 craignant qu'il ne les gagnt toutes4 ,j'eus du chagrin d'avoir perdu une portion de mes pierres brillantes4 ,chaque jour il m'enseignoit un jeu nouveau que j'embrassois avec passion1 la culture du jardin se sentoit de notre oisivet4 ,ainsi1 graces ,lodever1 nous marchions de folies en folies4 ,elles se tiennent par la main2 une seule suffit pour amener toutes les autres4 ,d'o nous venoit ce tissu d'extravagances8 ,etoit-ce de la bonne simple nature1 ou des conseils de notre aimable corrupteur8 ,vignette ,,chapitre ,,xx4 ,cependant le respectable ,azeb voyoit dans l'amertume de son cur le dgot que nous inspiroit notre heureux dsert1 ainsi que toutes les folies que nous adoptions de la bouche de l'tranger4 ,ses larmes couloient en silence2 mais toujours fidele son premier plan de ne louer ni blmer aucune de nos actions1 il se contentoit de nous dire que le bonheur n'toit pas plus en ,europe que dans le lieu que nous habitions4 ,il n'osoit contredire ouvertement nos ides1 convaincu que l'opposition relle aux volonts de l'homme enflamme son indpendance naturelle le rend faux1 rus1 artificieux4 ,dans une circonstance aussi cruelle il se conduisit de mme3 il attendit que la raison nous clairt sur un projet insens2 mais la raison l'a-t-elle jamais emport sur le got vif du sentiment soutenu des prestiges de l'imagination8 ,pervertis que nous tions1 nous lui annonmes un jour sans mnagement que nous avions pris la rsolution de partager le bonheur des ,europens de transporter chez eux nos richesses1 afin de jouir sans travail des dlices qu'offroient ces climats fortuns4 ,a ces mots1 le malheureux ,azeb leva les mains vers le ciel1 voulut parler1 ne put que pleurer1 se jeta dans les bras de ,caboul1 se retira1 accabl sous le poids de sa douleur4 ,sa profonde tristesse nous causa quelqu'motion2 mais1 ingrats dnaturs que nous tions1 nous nous familiarismes avec ce front triste1 dont les regards baisss accusoient hautement nos folies2 la voix d'un sducteur avoit plus de pouvoir que celle d'un pere4 ,il nous prit l'cart2 ayant prononc le nom de ,lodever1 il rpandit sur nous des larmes2 il nous reprsenta l'impossibilit de parvenir une colonie ,europenne sans un danger manifeste2 il nous montra le sacrifice de notre libert1 de notre repos1 fait imprudemment la satisfaction d'un vain desir qui s'teindroit la premiere jouissance2 il nous assura que ces mmes trsors qui nous inspiroient une joie insense dont nous avions long-tems ignor la dangereuse valeur1 toient la source empoisonne de cette foule de maux qui couvroient les royaumes ,europens2 il nous fit un tableau effroyable de la violence de la perfidie rciproque de ceux qui se disputoient les parcelles de ces mtaux4 ,il ne nous dguisa pas que des jouissances toient attaches la distribution de ces richesses2 mais il nous assura qu'elles s'couloient avec rapidit1 que nous serions plus malheureux aprs les avoir perdues1 que la crainte mme de les perdre toit un supplice4 ,il nous dit1 hlas6 tout ce que nous n'tions pas alors en tat de comprendre4 ,l'aveu qui lui toit chapp nous offroit la perspective agrable dont ,lodever nous avoit flatts1 nous lui disions3 ,nous voulons voir des pays nouveaux2 nous avons besoin de connotre ce qui est au-del de notre petit vallon4 ,lodever nous a peint ce monde comme d'une grande tendue1 nous voulons voir ces villes1 ces peuples1 toutes ces belles choses enfin que font ces hommes que nous ignorons4 ,azeb ne put rpondre nos discours2 mais prenant un ton ferme1 o l'accent de la douleur peroit par intervalles1 il nous dit3 ,vous tes jeunes1 mes enfans1 votre imagination vous abuse3 je sens qu'il me sera impossible d'y mettre un frein2 je n'ai voulu je ne veux que votre bonheur3 si vous croyez le trouver dans un autre monde1 vous vous trompez4 ,eh bien1 abandonnez la terre qui vous a vu natre1 abandonnez un pere qui vous chrit2 abandonnez jusqu'au fidele ,caboul1 cet ami de ma triste vieillesse2 je vous le cede encore2 je vivrai1 je mourrai seul dans ces dserts4 ,j'ai su affermir mon ame contre tous les revers4 ,je ne prvoyois pas celui-l2 mais444 m'y voil dispos4 ,le discours de ce bon pere mut nos curs2 nous nous jetmes ses pieds4 ,o mon pere6 vous nous accompagnerez1 vous jouirez des dlices qui nous attendent2 nous serons tous heureux loin de ce dsert4 ,si vous connoissiez les jouissances dont ,lodever nous a fait le rcit6 ,venez voir avec nous les objets les plus merveilleux4 ,vous avouerez vous-mme qu'un autre monde offre chaque pas des plaisirs qui nous manquent4 ,au lieu de nous rpondre1 ,azeb nous embrassa avec un air de compassion1 se retira d'un pas triste tremblant4 ,azeb avoit convaincu notre esprit1 mais non point notre cur3 nous n'tions plus heureux dans les montagnes de ,xarico1 parce que nos desirs enflamms par l'esprance d'autres biens1 brloient de se satisfaire quelque prix que ce ft4 ,je chrissois plus que jamais ,lodever1 dont chaque acte toit pour moi une instruction4 ,son industrie facile1 son esprit insinuant1 tout en lui me plaisoit4 ,il est vrai qu'il savoit me flatter avec tant d'art1 qu'il m'toit devenu presqu'aussi cher que ,zaka4 ,vignette ,,chapitre ,,xxi4 ,vous jugerez1 cher chevalier1 quel point mon cur toit abus en sa faveur4 ,zaka toit tombe depuis quelque tems dans une mlancolie profonde4 ,il me fut ais d'appercevoir que ,lodever toit amoureux de ,zaka3 je savois qu'elle ne le hassoit pas4 ,cependant je la voyois dans une situation pnible4 ,je frmissois de perdre un cur sans lequel je ne pouvois vivre heureux4 ,je ne savois pas dissimuler1 je voyois distinctement que ,zaka aimoit ,lodever4 ,elle m'avoit dploy son cur innocent sincere1 tel que la nature l'avoit form3 je ne pouvois mettre en doute sa tendresse3 il n'y avoit en elle ni trahison1 ni perfidie1 j'en tois bien sr4 ,les caresses de ,zaka toient trop vives pour qu'elle pt me trahir2 si le hasard me procura une connoissance qui me manquoit1 je n'en avois pas besoin4 ,un soir qu'assise ct de ,lodever elle paroissoit rveuse1 je me glissai derriere elle pour couter leur entretien4 ,ce cur que j'avois souponn n'toit retenu dans son amour ni par la honte1 ni par la crainte1 mais seulement par un amour plus extrme qu'elle me portoit4 ,c'toit sa tendresse pour moi qui la prservoit d'une infidlit qui sans ce sentiment vainqueur lui auroit peut-tre t chere4 ,voici les paroles de ,zaka2 pesez-les4 ,pourquoi me tourmentes-tu8 disoit-elle2 tu sais que je ne te hais point1 mais je ne puis pas t'aimer autant que ,zidzem4 ,zidzem a possd mon cur avant toi1 puis-je moins l'aimer8 ,non2 il faut que je l'aime toujours au mme degr4 ,pourquoi es-tu venu pour nous rendre tous deux malheureux8 ,pourquoi t'obstines-tu me demander ce que je ne t'accorderai jamais8 ,contente-toi de l'amour que j'ai pour toi2 c'est bien assez2 contente-toi de ce baiser1 puisqu'il te fait plaisir2 tout le reste est pour ,zidzem3 je l'aime avant toi2 si tu ne veux pas me rendre malheureuse1 tu ne me demanderas rien au-del4 ,vivons en bonne intelligence1 baise ma main1 baise mon col1 baise mon front3 mais garde-toi d'aller au-del2 je te rejeterois loin de moi1 je ne te donnerois plus ma main baiser1 car voil tout ce que je puis faire pour toi4 ,je t'aime beaucoup2 mais j'aime encore plus ,zidzem1 parce qu'il est le premier que ma fille me dit1 quand je la regarde1 que je ne dois point accorder d'autres ce que je lui ai accord4 ,la franchise de ,zaka mit en dsordre l'loquence de ,lodever2 il ne sut que rpondre4 ,il lui dit1 mais d'une voix tremblante1 qu'il demandoit partager ces prcieuses faveurs avec ,zidzem1 non l'en priver2 que je n'en serois pas moins fortun en l'ignorant2 que je ne le saurois jamais444444 ,non1 dit avec impatience ,zaka1 lui mettant la main sur la bouche1 cela ne sera pas1 je te le dis1 n'y pense plus4 ,je suis ,zidzem1 non toi4 ,baise ma main1 baise mon col1 baise mon front2 mais tu n'obtiendras rien au-del4 ,dis1 si tu tois sa place1 y consentirois-tu8 ,pourquoi veux-tu faire de la peine mon cher ,zidzem8 ,n'es-tu pas son ami8 ,ma fille me dit que je ne dois point t'couter4 ,lodever ne put repliquer2 mais il se mit ses genoux1 employa les prieres les instances4 ,zaka le laissa ses pieds1 soupira1 se cacha le visage de ses deux mains4 ,elle lui dclara en gmissant1 qu'il lui en cotoit beaucoup pour le refuser2 qu'il auroit tout esprer1 si elle ne m'aimoit pas avec la plus forte tendresse2 mais qu'elle m'aimoit par-dessus tout4 ,en prononant ces mots1 elle se prcipita sur lui1 fut la premiere baiser son front1 ses yeux1 en lui criant3 ,j'aime ,zidzem2 prends cela pour te consoler4 ,je t'aime aussi1 je te promets de t'aimer2 mais ne me demande point1 je te le rpete1 ce que je ne puis t'accorder2 contente-toi de ces caresses1 n'offense ni ton ami ni moi4 ,en disant ces mots1 elle serroit sa tte contre son sein1 lui baisoit le front4 ,lodever1 enhardi par cet aveu ses caresses1 crut que le moment de sa victoire toit arriv1 tenta quelques efforts4 ,zaka1 sans tre intimide1 se dgagea l'instant de ses bras1 sans trouble1 sans colere1 sans reproches avec un sang froid qui attestoit la paisible vertu de son ame4 ,elle s'loigna sans lui jeter un regard2 elle entra dans une alle sombre1 moi je sortis de l'endroit o j'tois cach4 ,je la retrouvai cinquante pas1 je ne vis sur son front aucun trouble4 ,sa victoire ne lui avoit rien cot3 elle m'aborda comme de coutume2 rien n'exprimoit sur son visage la conversation qu'elle venoit de tenir2 elle me tendit la main avec srnit2 moi qui l'adorois plus que jamais1 je n'tois plus matre de mes mouvemens2 je la pressai dans mes bras2 les siens s'ouvrirent pour me recevoir2 press sur son sein1 je sentis renatre ce premier instant de volupt qui m'avoit embras de tous les feux de l'amour3 je m'enivrois du charme de la retrouver tendre fidelle4 ,elle s'abandonna mes transports2 elle me disoit1 dans l'effusion d'un cur pur sincere3 ,je t'aime avant tout1 je t'aime par-dessus tout1 sois en sr4 ,je ne suis pas matresse de mon cur1 je ne sais si un autre y viendra aprs toi2 mais je n'aimerai jamais personne comme je t'aime4 ,et moi qui avois t tmoin des discours des tentatives de ,lodever1 n'ayant plus ni inquitude1 ni jalousie1 je me plaisois considrer cette belle ame que la nature s'toit pl cacher dans un immense dsert4 ,vignette ,,chapitre ,,xxii4 ,croiriez-vous1 cher chevalier1 que1 sr d'tre aim de ,zaka1 je ne pus voir sans compassion le trouble qui dvoroit l'ame de mon ami8 ,je m'attendris sur son tat4 ,plus j'aimois ,zaka1 plus je sentois qu'on devoit l'aimer3 je lui pardonnois l'amour qu'il avoit pour elle1 parce que j'prouvois qu'il toit impossible de s'en dfendre4 ,je pouvois1 il est vrai1 lui reprocher sa conduite mystrieuse1 sa rserve1 ses efforts1 quoique vainement tents3 mais toutes ces fautes toient celles de l'amour2 je les excusois1 ne voyois plus que les combats cruels dont il toit agit4 ,il tomba dans une tristesse sombre que je tchai vainement d'adoucir par tous les soins de l'amiti4 ,que sa douleur muette1 que ses regards qui tomboient languissamment sur ,zaka s'en dtournoient avec effort1 firent d'impression sur mon ame6 ,je n'osai plus tre heureux en le voyant souffrir4 ,je me reprochois mon bonheur comme un crime3 ayant l'exprience des maux sensibles qui accompagnent des desirs inutilement conus1 je me disois que je ne devois pas goter des plaisirs dont mon ami mon compagnon toit priv4 ,sa physionomie prenoit chaque jour quelque chose de plus triste de plus farouche1 les tourmens de son cur se peignoient visiblement sur son visage4 ,alors je souffris moi-mme de sa situation pnible1 je rvois aux moyens de l'enlever ses privations douloureuses4 ,sans doute il avoit lu dans mon cur mieux que je n'y lisois moi-mme1 il me tint ce discours que j'coutai sans indignation4 ,il n'auroit pas tenu le mme langage tout autre qu'un sauvage4 ,cher ,zidzem1 pardonne1 me dit-il2 je me sens indigne de ton amiti3 depuis long-tems je t'offense2 il faut que je t'ouvre mon cur3 la dissimulation m'est un fardeau pnible4 ,ce cur infortun aime ta ,zaka1 l'aime jusqu' la fureur4 ,vois dans ce cur dchir tous les tourmens de l'amour4 ,un feu cruel me consume me pousse vers le dsespoir4 ,non1 je ne cesserai de l'aimer que lorsque je cesserai d'tre4 ,dlivre-toi d'un rival odieux1 ,zidzem1 te-moi une vie qui m'est importune2 prserve-moi du crime que dans mon aveuglement je pourrois commettre4 ,va1 la mort sera pour moi un bienfait2 mes jours ne sont plus qu'un long supplice2 je ne veux pas tre plus long-tems ingrat envers mon ami1 mon librateur3 c'est assez d'tre malheureux1 sans devenir criminel perfide4 ,ah1 combien je me hais moi-mme d'tre ainsi6 ,mais je suis seul consum de desirs1 tandis que tu reposes dans les bras de ,zaka4 ,dangereuse ,zaka6 les feux que tu allumes ne peuvent s'teindre4 ,il falloit ne te pas voir1 pour ne point t'adorer4 ,je n'ai plus d'autre ressource que la mort contre l'horreur de mon existence1 c'est l'asyle que j'embrasse4 ,adieu1 mon cher ,zidzem4 ,tes yeux ne seront plus fatigus de mon aspect coupable2 tes oreilles n'entendront plus mes gmissemens3 je vais mourir1 puisque je ne puis vivre sans envier le bien qui t'appartient4 ,il pronona ces mots avec un tel dsordre1 que je craignois chaque instant les suites extrmes de son dsespoir4 ,je fus touch jusqu'aux larmes aprs l'avoir entendu4 ,la confiance qu'il me marquoit1 cet aveu sans artifice1 sa constance qui paroissoit vaincue qui frmissoit de toucher au crime1 tout me le rendit plus cher1 plus intressant2 je compatis ses souffrances1 en l'coutant je me reprsentois les tourmens que j'aurois endurer si ,zaka rejetoit les desirs de mon amour4 ,cet ,europen rus connoissoit bien mon cur2 il sentoit que je serois capable de tout sacrifier aux pleurs de l'amiti1 que sa franchise veilleroit ma gnrosit4 ,son tourment n'toit pas plus vif que le mien2 car si je voulois lui rendre le repos1 il me falloit perdre ma flicit4 ,choix cruel6 l'image de mon ami expirant me suivoit jusques dans les bras de ,zaka4 ,au comble du bonheur1 son sort me sembloit plus affreux4 ,zaka toit tendre1 passionne2 mais je ne gotois plus le charme de la possder4 ,lodever soupiroit en ma prsence1 me faisoit chaque jour l'aveu naf de ses tourmens4 ,la rsolution que je pris vous tonnera2 mais elle me fut inspire par la piti1 par la bont naturelle de mon cur1 par je ne sais quel sentiment4 ,je me dterminai partager avec mon ami la possession de ,zaka4 ,vous direz que c'est un acte de gnrosit de sacrifier sa matresse son ami1 mais que c'est une action vile de la partager avec qui que ce soit2 qu'elle est aussi loigne de la nature que des murs civilises2 qu'il n'y a pas un animal1 soit domestique1 soit froce1 qui ne dispute sa femelle coups de dents ou coups de griffes4 ,j'eus d'autres sentimens dans mon dsert3 je ne crus pas m'avilir en obissant la piti4 ,j'aimois ,zaka1 j'aimois ,lodever2 je voulois le bonheur de l'un de l'autre2 mon cur ne pouvoit se fermer leurs soupirs1 j'agissois la fois par un sentiment de compassion1 d'quit de tendresse4 ,je ne connoissois point l'adultere3 je faisois un sacrifice rel4 ,un sauvage qui met l'honneur dans le courage dans la noblesse de l'ame1 voit les choses bien autrement qu'un homme civilis4 ,d'un autre ct1 je sentois qu'il n'y auroit plus de joie pour moi dans le monde1 en voyant prs de moi un homme sans cesse gmissant4 ,de l'autre1 je me reprsentois le plaisir dlicieux de l'arracher au dsespoir1 de lui rendre la vie4 ,je ne perdrai point le cur de ,zaka1 me disois-je2 elle m'aimera toujours1 le bonheur de ,lodever n'tera rien la somme du mien4 ,aucune ide honteuse ne se mloit ce partage4 ,cependant1 je l'avouerai1 mon cur murmuroit de ce cruel devoir3 il m'en cota pour surmonter un sentiment jaloux2 mais je songeai qu'une tranquillit gnrale en seroit le fruit4 ,j'allai exposer mon projet ,lodever1 qui parut trs-tonn de ma gnrosit2 car c'est ainsi qu'il nommoit mes nouveaux desseins4 ,il m'embrassa en me tmoignant la plus vive reconnoissance1 nous convnmes d'engager ,zaka la cession la plus rare1 scandaleuse sans doute chez les peuples civiliss1 mais qui dans mon dsert n'toit qu'une suite consquente de mon amiti pour ,lodever1 de ma piti pour ses souffrances1 de mon amour pour la concorde la paix4 ,vignette ,,chapitre ,,xxiii4 ,zaka rougit prodigieusement la proposition que je lui fis4 ,la honte l'tonnement attachoient ses regards la terre1 chaque parole sembloit la ptrifier4 ,immobile1 elle garda le silence2 puis levant les yeux1 elle les fixa sur les miens1 comme pour y dcouvrir les vrais sentimens de mon cur2 sans doute elle vouloit y descendre1 elle cherchoit avidement lire dans ma pense3 mes regards toient tristes confus2 j'attendois ce qu'alloit prononcer sa bouche1 je tremblois de l'arrt2 car je pouvois bien consentir partager le cur de mon amante1 mais non immoler entirement le dplaisir secret que j'en ressentois4 ,je lui exposai l'amour de ,lodever1 le dsespoir qui empoisonnoit sa vie fltrissoit pour lui le riant aspect de l'univers2 je lui disois3 ,nous partageons l'air1 les fruits de la terre1 les rayons du soleil4444 ,pour toute rponse ,zaka me lana un regard qui pntra mon ame2 elle vola dans mes bras2 elle m'accabla des plus tendres baisers4 ,eh quoi1 ,zidzem1 me dit-elle du ton du reproche1 ne t'ai-je pas donn assez d'assurances que je t'aime n'aimerai jamais que toi8 ,crois-tu que ,zaka soit fausse1 double1 artificieuse8 ,o cher ,zidzem6 un cur peut-il tre deux8 ,l'amour peut-il se partager8 ,tu le connois bien peu si tu en doutes4 ,imprudent6 tu ne sais pas lire dans ton propre cur3 va1 si je te privois d'une seule caresse1 tu deviendrois malheureux3 mais cela n'arrivera point2 c'est moi te dfendre1 te protger contre toi-mme contre la foiblesse de ton cur1 lorsqu'il s'abuse ce point4 ,ah1 que de remords je t'pargne6 ,sais-tu quelle seroit l'amertume de ta douleur1 l'horreur de tes regrets8 ,tu maudirois mille fois l'outrage que tu aurois fait l'amour ta fidelle ,zaka4 ,tu ne me verrois plus du mme il3 toute ta flicit seroit vanouie444 ,et puis se tournant avec fiert vers ,lodever1 elle lui dit3 ,et toi1 fatal tranger1 ne me poursuis plus1 oublie-moi2 c'est depuis ton arrive que j'ai prouv les chagrins de l'amour2 je n'en connoissois que les dlices2 le trouble est venu sur tes pas4 ,m'aimes-tu autant que ,zidzem8 ,non1 cela n'est pas possible4 ,ton regard m'pouvante2 ton amour me fait peur2 jamais ton il ne luit d'une flamme douce4 ,je t'ai aim tant que tu n'as pas voulu dsunir nos curs4 ,retourne dans ton pays1 vas y trouver celle que tu as quitte2 peut-tre elle seche aujourd'hui dans les larmes2 elle implore la fin de sa vie1 en devinant que tu veux porter ton cur une autre qu'elle4 ,je fis un second effort en faveur de mon ami1 attestant que je voulois l'empcher d'tre sans cesse gmissant1 s'il y avoit de ma faute2 mais la fiere ,zaka1 avec un geste noble contemplant ,lodever avec un ddain que je ne puis rendre1 m'auroit jet moi-mme un regard de mpris1 s'il n'et t adouci par l'amour4 ,jamais ce front si noblement courrouc ne sortira de ma mmoire4 ,je me tus2 j'tois honteux1 ananti2 je me jugeai au-dessous d'elle2 un trait rapide de lumiere me fit voir que cette proposition toit un outrage son amour4 ,je m'applaudis dans le fond du cur de la trouver constamment tendre fidelle4 ,un de mes regards implora mon pardon1 tandis que je tchois de consoler ,lodever1 en lui disant que j'avois tout tent pour qu'il ft tranquille1 que cela ne dpendoit plus de moi4 ,lodever avoit les yeux baisss gardoit un morne silence4 ,il ne pouvoit ni rester ni fuir2 il toit comme enchan par une puissance invisible4 ,je n'osois plus interroger les regards de ,zaka1 lorsque tout--coup ses bras s'entrelacerent aux miens2 sa bouche pressa mes levres je ne fus point matre de rsister mon ravissement4 ,je rendis ,zaka ses tendres caresses1 je ne songeai pas assez drober ,lodever le spectacle de mon triomphe4 ,livr aux transports de mon amante1 j'oubliai mon ami4 ,trop foible pour soutenir la vue de nos caresses innocentes vives1 ,lodever s'loigna s'enfona dans un bois sombre4 ,sorti de mon ivresse1 je me reprochai ma cruaut2 j'en tmoignois mon mcontentement ,zaka1 qui avoua avoir eu tort4 ,je courus sur les pas de ,lodever pour l'appaiser1 le consoler1 calmer ses maux par les paroles les plus douces4 ,il couta tout ce que je lui dis avec une froideur que je n'aurois os attendre aprs une pareille scene4 ,il me rpondit avec beaucoup de tranquillit qu'il falloit s'en remettre cette derniere dcision2 je le vis mme sourire4 ,je crus que1 frapp de la tendresse inviolable de ,zaka de l'inutilit de ses poursuites1 il pouvoit renoncer elle4 ,ah6 si j'eusse mieux connu la dissimulation terrible des passions dans le cur des ,europens1 j'aurois pressenti que ce calme trompeur1 semblable celui qui prcede la tempte1 annonoit une vengeance sourde pouvantable4 ,vignette ,,chapitre ,,xxiv4 ,quelques jours aprs cette aventure ,lodever m'apporta un trs-beau coco1 espece de fruit excellent qui crot en ,amrique1 dont il savoit que je mangeois volontiers4 ,zaka arriva au mme instant voulut goter de ce fruit4 ,lodever le lui arracha vivement de la main1 donnant pour prtexte que son front toit tremp de sueur4 ,sa crainte paroissoit fonde2 ce fruit est trs-dangereux lorsqu'on en mange contre-tems4 ,lodever jeta fort loin ce coco1 pour ne pas1 disoit-il1 exciter l'envie de ,zaka1 si elle le voyoit manger3 ensuite il nous engagea faire une petite promenade4 ,de retour je cherchai mon coco vers l'endroit o il l'avoit jet2 je ne le trouvai point4 ,azeb qui n'toit pas loign me demanda ce que je cherchois4 ,un trs-beau coco1 lui rpondis-je4 ,oui1 dit ,azeb1 il toit bon3 surpris par la soif1 je l'ai ramass1 j'ai bu la liqueur mang le dedans2 mais je ne sais1 depuis un instant il me cause de vives douleurs4 ,je m'approchai de mon pere3 un frisson l'avoit saisi2 je lui prsentai mon bras pour soutenir ses pas chancelans4 ,de moment en moment son tat devint plus violent3 il souffroit comme si on lui et dchir les entrailles2 il fut oblig de s'appuyer sur moi4 ,tout--coup son corps frmit dans mes bras1 les forces me manquent1 il tombe tendu par terre1 se roulant poussant des cris lamentables4 ,j'appelle ,zaka1 elle vient1 elle apperoit ,azeb les yeux gars1 la bouche couverte d'cume1 les bras1 les mains1 les pieds roidis1 tourment de convulsions affreuses4 ,nous tentmes de le relever4 ,laisse1 dit-il en me jetant un regard long douloureux1 laisse1 je me meurs44444 ,dieu6 m'criai-je en plissant1 vous mourez6 ,qu'est-ce dire8 ,azeb souleva avec peine sa main appesantie2 mais voulant serrer la mienne1 son effort fut impuissant4 ,la douleur la tendresse se peignoient sur son front travers les ombres du trpas4 ,nous frmissions d'effroi1 nous pleurions1 nous baisions son visage mourant4 ,il fixe ses yeux sur nous2 sa poitrine se souleve avec effort1 sa voix entrecoupe prononce ces mots plusieurs reprises3 ,je meurs1 mes enfans444 je meurs6 ,ah6444 incertain rempli de terreur sur le sort qui vous attend444 je n'ose accuser1 de peur de charger d'un crime celui qui peut-tre est innocent444 ,non1 je ne l'accuserai point444 ,me voici au terme de ma carriere1 je me soumets la volont de celui qui est le matre de toutes les cratures444 ,je ne puis souhaiter mon anantissement1 puisqu'il est un ,dieu4444 ,ah6 si les pnibles jours que j'ai passs sur la terre toient les seuls pour lesquels j'eusse t cr1 s'il n'en toit point d'autres plus tranquilles1 plus heureux1 quelle puissance indiffrente m'auroit donn l'tre1 m'auroit soumis la douleur8444 ,mais le profond sentiment de l'esprance me reste2 il retrace mon esprit l'image de l'immortalit4 ,je dois vivre avec ,dieu tant qu'il existera3 puisqu'il a daign une fois me tirer du nant1 ce n'est pas pour m'y laisser retomber4 ,je crois sa bont1 dont l'univers est un tmoignage clatant2 mais ce monde-ci n'est pas celui de l'homme2 il est fait pour un autre rle3 il desire1 il demande une autre destine4444 ,o mes enfans6 vous mourrez aussi comme moi444 ,que le dernier moment de votre vie soit plus paisible que le mien64444 ,que ce ,dieu souverain vous bnisse comme je vous bnis6444 ,que sa clmence tempere l'amertume des jours de cette triste vie6444 ,je vous ai enseign le moins d'erreurs qu'il m'a t possible444 ,si je vous ai enseign peu de vertus1 je vous ai montr peu de vices444 ,j'esprois qu' jamais cach dans ce sjour impntrable444 ,mais mes projets ont t confondus44444 ,lodever4444 ,je vois444 ,o mes enfans6 adorez ,dieu craignez ses jugemens444 ,souffrez1 s'il vous faut souffrir4 ,quand tous les maux se rassembleroient sur vous1 gardez-vous de murmurer444 ,songez que vous tes l'ouvrage de ses mains1 que vous devez lui tre soumis444 ,c'est le seul roi de l'univers444 ,il est ,dieu4444 il est tout-puissant444 il est bon444 il est l'amour mme4444 ,le malheureux ,azeb manqua de forces1 nous fit un signe de tte expira4 ,o moment affreux mmorable6 je n'avois jamais vu mourir un homme1 c'est mon pere qui est tendu sans vie2 il meurt1 il m'abandonne l'horreur de mes rflexions4 ,je souleve ses bras immobiles3 ils retombent1 l'effroi pnetre mes sens4 ,son corps1 que nous embrassons1 devient froid4 ,le ciel a perdu tout son clat2 un triste vaste silence regne autour de nous2 je ne sais quel murmure lugubre frappe dans les airs mon oreille pouvante4 ,lodever passe ct de ce corps sans vie1 le regarde nous dit sans douleur sans larmes3 ,il faut le mettre dans la terre4 ,caboul pleure sanglotte2 je suis mu1 tout ce qui m'environne est nouveau pour moi4 ,quoi1 ,azeb n'est plus6 me disois-je2 ,azeb qui1 une heure auparavant1 nous parloit avec tendresse2 ,azeb que j'aimois2 ,azeb dont je contemplois avec tant de plaisir le front vnrable2 ,azeb4444 ,le voil sans chaleur sans mouvement2 son teint est livide1 ses yeux sont fixes ternes1 ses membres sont glacs1 il est sourd tous nos cris4 ,oh6 nous comprenions alors la destine funeste gnrale de l'homme4 ,vous mourrez aussi3 ces mots retentissoient au fond de notre ame2 nous nous tenions embrasss1 comme si c'et t le dernier embrassement de notre vie4 ,nos larmes1 qui couloient en abondance1 mouillerent ce cher cadavre4 ,ah1 ,zidzem1 dit ,zaka en sanglottant1 que deviendrois-je1 hlas1 si tu prouvois le sort du malheureux ,azeb6 ,que cet effroyable moment soit loign6 ,o sparation cruelle6 ,ah6 je la sens cette mort affreuse4444 ,elle vient444 ,elle va peut-tre te frapper dans mes bras4444 ,dieu1 que les momens que tu as accords l'homme sont de courte dure6 ,et elle tomba sur mon sein presque sans sentiment4 ,elle trembloit pour mes jours1 je craignois pour les siens1 nous nourrissions notre douleur du spectacle terrible qui augmentoit notre effroi4 ,,chapitre ,,xxv4 ,le trpas d',azeb nous montra la mort en perspective3 auparavant nous n'y songions pas4 ,azeb nous avoit drob1 autant qu'il l'avoit pu1 le trpas des animaux2 quand le hasard nous l'avoit fait appercevoir1 il nous disoit tranquillement3 ,ils dorment1 ils se rveilleront4 ,il nous avoit accoutums1 pour ainsi dire1 nous croire immortels1 il nous faisoit regarder notre existence comme ne devant point avoir de terme4 ,comme ,dieu1 nous rptoit-il souvent1 sera toujours ,dieu1 de mme l'esprit qui vous anime sera toujours esprit4 ,ainsi l'ide de la destruction nous toit trangere2 si ,azeb ne nous parloit plus1 nous entendions encore ses paroles1 nous appercevions son regard3 il n'toit pas mort pour nous3 il nous sembloit qu' chaque instant il alloit se lever nous parler4 ,nous redoublmes pour sa mmoire le respect que nous avions eu pour lui pendant sa vie2 nous enterrmes son corps d'aprs les conseils de ,lodever2 ses mains creuserent la fosse1 pendant cette fonction lugubre son visage ne changea point2 il ne mla point un soupir nos douleurs3 quand nous l'interrogions sur cet vnement imprvu1 il nous rpondoit d'un air calme3 ,azeb toit vieux1 vous devenoit inutile2 il faut que chacun meure4 ,que nous tions loin de souponner la vritable cause de sa mort6 ,l'ide d'un crime aussi noir ne pouvoit entrer dans notre pense3 on nous l'auroit expliqu alors1 que nous n'y aurions rien compris4 ,moment funeste douloureux1 lorsqu'il fallut rendre la terre les tristes dpouilles d',azeb6 ,nous ensevelmes dans une fosse obscure un cur autrefois anim d'un feu cleste1 des mains dignes de porter le sceptre de tracer des leons aux sages4 ,hlas1 m'criai-je sur sa tombe1 voil donc l'troite ternelle demeure de ce pere chri6 ,le chant des oiseaux1 la beaut de la nature1 la renaissance du jour1 notre voix plaintive qui percera l'ombre de ces arbres touffus1 rien ne pourra le faire sortir de ce lit effrayant2 il habitera toujours avec la mort cette triste solitude2 nous ne le verrons plus devancer le retour du soleil1 respirer les parfums du matin1 d'un pas majestueux faire jaillir la rose du sommet des fleurs2 nous ne le verrons plus errer au hasard dans la fort1 plong dans une douce mditation1 levant ses mains pures vers la vote du firmament2 rien ne peut plus rchauffer sa froide poussiere2 il ne nous pressera plus dans ses bras paternels1 le sourire sur les levres l'amour dans les yeux4 ,mais que dis-je6 il nous a dit tant de fois que nous nous retrouverions dans un autre monde2 que la partie pensante de lui-mme subsisteroit toujours2 qu'une ame immortelle seroit spare de son corps deviendroit jamais heureuse par la clmence infinie du ,crateur6 ,oui1 cette ide me plait2 cette ide est grande1 elle est conforme tout ce que j'apperois de la main du grand tre4 ,il faut qu'il soit sublime magnifique en tout2 il faut qu'il accorde sa crature tout ce qu'il peut lui accorder4 ,azeb vit1 ,azeb pense nous2 il converse encore avec ,zidzem ,zaka4 ,ah6 du sjour qu'il habite1 qu'il lise au fond de nos curs1 qu'il voie nos larmes1 qu'il entende nos gmissemens les louanges que nous donnons son ame gnreuse4 ,nous baismes la terre qui le renfermoit dans son sein4 ,je voulus que ma fille la baist aussi4 ,je me promis de revenir souvent pleurer sur ce tombeau m'y entretenir avec l'ame d',azeb1 en attendant que1 selon sa promesse1 elle se montrt moi dans un autre monde4 ,zaka pleuroit amrement paroissoit inconsolable4 ,je lui disois1 pour calmer ses chagrins ses regrets3 ,sois sre qu',azeb vit encore2 il vit avec le grand tre dont il nous a parl4 ,il est heureux1 puisqu'il le connot2 il est la source de tout bien1 il lui parle de nous1 car il ne dlaissera pas ceux qu'il a tant chris sur la terre4 ,a quelques jours de l nous emes1 chacun de notre ct1 un rve o nous revmes ,azeb4 ,ce rve diffroit si peu de la ralit que nous crmes qu'il n'toit devenu qu'invisible1 qu'il habitoit toujours avec nous4 ,comme son visage pendant notre rve ne nous avoit paru ni triste ni souffrant1 nous nous accoutummes nous dire3 ,il est avec le grand tre2 il est bien2 il nous voit1 nous entend2 il sera notre protecteur2 il nous enverra toujours des penses justes bonnes4 ,vignette ,,chapitre ,,xxvi4 ,caboul1 le fidele ,caboul toit sorti de sa froideur pour pleurer ,azeb4 ,il ne passoit jamais devant sa tombe sans lever les mains au ciel saluer le lieu o il reposoit4 ,nous l'honormes comme un second pere4 ,dans le rang le plus abject1 il eut toutes les vertus2 quoiqu'il ne ft pas dou des qualits de l'esprit1 il nous fora d'admirer sa grande ame4 ,je m'apperus que depuis la mort d',azeb il vitoit de toucher la main de ,lodever2 qu'il le servoit avec une sorte de rpugnance2 ayant t frapp un jour de sa main1 il lui dit3 ,jetez-moi aussi dans la terre2 je serai mieux l qu'avec vous4 ,je ne fis point attention ces paroles1 ne pouvant en pntrer le sens4 ,profondment occup de la perte que je venois de faire1 je ne m'entretenois que d',azeb1 de ce qu'il avoit fait1 de ce qu'il avoit dit2 je me plaisois sur-tout rpter ses dernieres paroles1 ses tendres bndictions4 ,je ne fus jamais si surpris ni si indign que lorsque ,lodever me dit un jour que1 selon les loix de sa religion1 ,azeb ne pouvoit tre avec le grand tre1 n'ayant point t baptis2 qu'en consquence1 il toit descendu dans un lieu o rouloient des flammes ternelles2 qu'il y toit plong jamais1 sans esprance d'en pouvoir sortir4 ,je m'criai avec douleur3 ,cela ne se peut pas2 tu mens1 ,lodever2 ce que tu dis outrage la raison le grand tre4 ,apprends qu',azeb a fait le bien1 a vit le mal1 a ador le ,dieu du soleil1 a aim ses enfans4 ,que faut-il de plus pour aller rejoindre le grand tre8 ,non1 reprit ,lodever en se couvrant d'une physionomie effroyable1 ,azeb n'ayant point reu le baptme1 est damn4 ,qu'appelles-tu damn8 rpondis-je en plissant de courroux de frayeur4 ,je veux dire1 reprit ,lodever1 qu'il est avec les dmons dans une fournaise444 ,a ces mots1 je me sentis dans une colere que je n'avois pas encore prouve2 je sentis qu'il draisonnoit1 qu'il toit en ce moment insens1 frntique2 je le vis sous une figure odieuse2 ses traits d'homme disparurent mes regards2 je n'apperus dans son il qu'une stupidit aveugle froce2 comme il continuoit me dire que sa religion condamnoit mon pere tre brl pendant toute une ternit1 je m'loignai avec une fureur inexprimable2 car je sentois ma main prte se lever contre lui1 tout mon tre repoussoit cet anathme impie1 qu'il me sembloit prononcer contre ,dieu1 dont la bont avoit toujours pntr mon cur4 ,je courus1 dans une agitation extrme1 vers le tombeau d',azeb2 je me couchai sur cette terre sacre1 en criant3 ,azeb6 ,azeb6 serois-tu livr des tourmens ternels1 ainsi que l'assure ,lodever8 ,dis1 le grand tre que tu m'as annonc auroit-il cess d'tre bon pour toi8 ,je jetai un cri comme pour rveiller l'ombre d',azeb au fond de son tombeau2 je pleurois de douleur de tendresse1 lorsqu'un sentiment invincible s'veilla dans mon ame1 me cria fortement3 ,non1 non1 non1 ,azeb n'est point malheureux2 ,lodever te trompe2 le grand tre embrasse toutes ses cratures2 les paroles de ,lodever sont mauvaises1 l'inspiration de ton cur est la vrit4 ,je me relevai plus calme1 plus assur1 plus fort2 je sentis au-dedans de moi que l'ombre d',azeb avoit communiqu ma raison une partie de la sienne1 laquelle venoit du grand tre2 lorsque je rencontrai ,lodever1 je lui dis avec un ton d'assurance de supriorit3 ,tu draisonnes1 tu es un insens2 ne me parle plus ainsi1 car je ne verrois plus en toi un homme4 ,vignette ,,chapitre ,,xxvii4 ,je fus quelques jours sans vouloir converser avec ,lodever1 tant ses paroles m'avoient rvolt4 ,j'y voyois une empreinte d'extravagance de cruaut4 ,il ne me parla plus de l'ame d',azeb2 quand je lui disois1 dans un reste d'amertume1 avoue donc1 imposteur1 que tu ne savois ce que tu disois1 il gardoit alors le silence parloit d'autre chose4 ,il faisoit bien2 car je l'aurois tu1 je crois1 quand il attaquoit l'ame de mon pere4 ,j'oubliai peu peu son aveugle frntique condamnation1 que je jugeai chappe sa bouche uniquement pour me contredire faire parade de ses ides4 ,l'horreur que cet arrt m'avoit cause diminua1 l'impression en fut affoiblie par degrs4 ,le silence absolu de ,lodever sur ces matieres toit une sorte de rtractation4 ,je m'en contentai4 ,notre ingnieux corrupteur se conformoit notre faon de penser1 pour mieux nous faire tomber dans ses pieges4 ,il nous fit un tableau plus sduisant encore des plaisirs qui nous attendoient dans un autre hmisphere1 nous pressa plus vivement que jamais d'abandonner nos rochers2 tout lui servoit d'objet de comparaison4 ,il nous apprenoit mpriser ce que nous avions sous les mains1 pour lancer notre imagination neuve vers de prtendues jouissances qu'il exaltoit1 dont la seule description son visage se coloroit4 ,il entroit dans une espece d'extase3 les mots qu'il profroit alors sembloient lui apporter cette flicit lointaine si vante dans ses discours4 ,nous tions mus4 ,ces images nous dlectoient1 sans savoir si elles toient vritables ou fausses1 nous appercevions tout ce qu'il nous peignoit4 ,ne connoissant ni notre force ni notre foiblesse1 nous abandonnions notre ame au rcit qu'il nous faisoit1 nous comptions sur les jouissances les plus vives les plus multiplies4 ,lodever mettoit chaque jour en jeu notre curiosit1 il la manioit son gr2 nous ayant instruits que la belle plaine n'toit pas les bornes du monde1 nous pensions que tout toit encore plus beau au-del4 ,quelle tonnante magicienne que notre imagination1 lorsque j'y songe aprs tant d'annes dans le calme de la rflexion6 ,a quel point notre ignorance toit subjugue6 ,nous ne connoissions pas seulement la distance des lieux1 la nature des prils1 ni la difficult des excutions3 nous n'avions pour sauve-garde que les anciennes paroles d',azeb1 qui malheureusement s'effaoient de notre mmoire4 ,hlas6 ,azeb n'toit plus2 ,lodever1 si loquent pour nous1 se moquoit de nos craintes1 dtruisoit nos objections1 que nous n'tions pas fchs de voir renverses4 ,il nous prsentoit la lettre ce que j'ai vu depuis en ,europe1 la lanterne magique3 ce qui1 joint l'extrme curiosit qui nous dominoit1 nous dtermina bientt partir4 ,il nous et t impossible de rsister son loquence prestigieuse1 quand mme nous aurions eu les connoissances qui nous manquoient4 ,il nous captivoit1 parce qu'il savoit interroger cette esprance1 ce desir inquiet effrn du bonheur1 qui rside plus ou moins dans le cur de l'homme4 ,c'est par l qu'en cherchant tre mieux1 nous nous garmes1 ainsi que font plusieurs individus d'ailleurs trs-savans1 qui habitent chez des peuples civiliss4 ,nous aurions pu parvenir en peu de tems aux colonies ,europennes1 bien plus srement1 si nous eussions voulu passer au sud de nos montagnes2 mais ,lodever qui avoit ses vues1 qui vouloit transporter nos trsors1 ou plutt se les approprier1 se vanta de connotre la carte de l',amrique4 ,hlas6 nous ne savions pas seulement qu'on avoit su rduire en petit la distance la position des lieux2 nous savions o se levoit o se couchoit le soleil2 voil quoi se bornoit notre gographie4 ,je me souviens que ,lodever nous dit un jour que la terre toit ronde1 qu'elle flottoit au milieu de rien1 qu'elle tournoit autour du soleil2 moi1 qui avois les dmonstrations du contraire1 je me moquai beaucoup de lui1 je ne voulus pas consentir l'entendre sur ce chapitre4 ,il ne m'inspiroit nanmoins que la drision1 au lieu que1 lorsqu'il tourmentoit dans sa fantaisie l'ame de mon pere1 mon gosier se schoit de fureur1 j'tois prt l'craser de toutes les puissances de mon tre1 tant il toit soulev contre cette horrible proposition4 ,lodever nous fit faire quelques promenades sur le bord de la mer qui avoisinoit la belle plaine2 il jeta une longue planche1 se mit dessus1 nous donna le spectacle ravissant d'un homme qui marchoit sur les eaux4 ,il nous imprima tellement le respect par cette action1 que nous n'osmes plus contredire ses volonts4 ,tout ce qu'il essayoit1 nous nous y soumettions aveuglment1 sans l'aimer1 nous ne pouvions lui refuser notre admiration4 ,nous avions devin par instinct que le cur en lui toit oppos l'esprit4 ,nous ne smes que long-tems aprs que cette distinction relle appuye sur mille exemples1 toit une distinction ,europenne4 ,notre magicien nous proposa de construire un esquif sur le bord de la mer2 il nous en traa le plan1 nous le fit appercevoir trac sur le sable4 ,nous le vmes alors comme s'il voguoit sur les flots2 anim par ce dessein crateur1 nous nous mmes tous l'ouvrage avec une ardeur que la fatigue ne pouvoit interrompre1 tant nous tions merveills de l'ide qu'il nous avoit donne4 ,d'aprs la planche1 nous jugemes l'esquif praticable2 quand nous vmes le froid ,caboul prendre part lui-mme cette nouveaut1 nous augurmes que rien ne seroit plus sr que cette nacelle pour franchir l'espace des mers4 ,lodever nous parloit de longer la cte jusqu'aux bouches du fleuve des ,amazones1 de le remonter pour arriver aux colonies ,portugaises1 d'o nous pourrions alors faire voile en ,europe4 ,tous ces mots toient neufs pour moi2 mais ,lodever1 en traant une petite ligne1 me prouvoit que rien n'toit plus ais4 ,il me montroit l',europe dans un petit point qui n'toit pas onze pouces du lieu o nous tions1 je croyois la route aussi sre qu'aise4 ,il appliquoit un grain de sable les noms des grandes villes que j'ai parcourues depuis2 comme rien n'toit plus consquent dans le dessein qu'il avoit trac1 je crus que l'excution toit facile1 qu'elle ne rencontreroit aucun obstacle4 ,ma raison ne me prsentoit aucune objection solide2 car ,lodever1 en me reprsentant les distances les rapports1 avoit subjugu mon entendement de maniere qu'il ne pouvoit pas se montrer rebelle1 tant la conviction toit grave dans les figures empreintes sur le sable4 ,je me vis dj en ,europe ,londres2 ma mmoire toit remplie de ces noms1 avec lesquels il m'avoit familiaris4 ,le desir de voir des peuples des pays nouveaux1 qui avoit t une des passions d',azeb dans sa jeunesse1 devint la ntre4 ,rien ne nous rebuta2 nos yeux toient fascins sur la dmarche la plus tmraire4 ,lodever1 qui avoit ses vues1 nous matrisoit2 s'aveuglant lui-mme sur les dangers1 il n'toit pas possible qu'il frappt notre rflexion4 ,nous construismes sous ses ordres un esquif d'un bois lger solide1 nomm pango1 dont les ,amricains se servent pour naviguer sans effroi sur les plus profonds abymes4 ,nous avions du loisir2 nous travaillmes sans relche avec une activit incroyable4 ,le bon ,caboul gmissoit d'abandonner la terre o reposoit son ancien matre2 mais fidele nos extravagantes volonts1 il se faisoit un devoir de nous aider1 voyant qu'il n'toit aucun remede pour nous gurir4 ,lodever nous veilloit avant l'aurore2 comme notre machine avoit pris une figure une consistance1 nous connmes l'orgueil de cette cration3 notre espoir se ralisoit chaque jour2 ce que nous avions vu grav sur le sable s'difioit sous nos mains1 notre grand tonnement4 ,lodever nous sembloit avoir prdit toutes les pieces qui devoient entrer dans cette machine merveilleuse2 les plus petites1 comme les plus grandes toient prsentes son esprit4 ,il nous dmontroit nos erreurs2 revenant sa figure originale1 il nous disoit avec un ton de supriorit3 ,ne vous ai-je pas dit d'abord que cela devoit tre ainsi8 ,quand nous vmes qu'il avoit tout prvu1 que tout toit ordonn d'avance1 nous crmes1 pour ainsi dire1 que l'esquif sortoit de sa tte1 nous ne smes plus que nous humilier devant ses ordres4 ,il sembloit nous ouvrir par sa seule parole les routes de l'univers4 ,j'oubliois le pass1 confondu que j'tois par l'autorit de son gnie2 je finis par croire tout ce qu'il me disoit1 except lorsqu'il s'agissoit de l'ame de mon pere3 mais il toit trop prudent pour entamer cette question qui m'irritoit l'excs2 il s'en toit apperu4 ,vignette ,,chapitre ,,xxviii4 ,plus nous avancions1 plus notre courage redoubloit4 ,nos travaux1 anims par l'espoir de jouir d'un avenir heureux1 n'toient plus des travaux2 ils s'toient mtamorphoss en plaisirs4 ,plus de fatigues3 tout toit amusement1 chaque coup de hache nous donnoit l'avant-got des volupts ,europennes4 ,l'esquif arrondi toit bti sur la greve2 nous ne pmes domter je ne sais quelle satisfaction orgueilleuse1 en voyant l'ouvrage de nos mains4 ,quelques essais nous transporterent de la joie la plus vive1 sur-tout lorsque nous vmes notre chaloupe se balancer sur les ondes1 quitter le rivage suivre au loin le mouvement de la vague cumeuse2 elle rsistoit aux assauts de l'lment mobile4 ,lodever se jeta la nage pour la rattraper1 revint1 matrisant les flots avec un double aviron4 ,il nous parut un tre suprieur qui1 dans une majest tranquille1 commandoit l'lment capricieux4 ,quand il atteignit le rivage1 peu s'en fallut que nous ne nous prosternassions ses pieds2 ,caboul laissoit voir sur son visage combien il toit lui-mme merveill4 ,il entra dans l'esquif2 quand il se vit port sur le dos des vagues1 il fit des exclamations qui auroient pu enivrer d'orgueil l'tre le plus vain de la terre4 ,ds ce moment ,lodever devint notre matre absolu1 nous obissions son geste2 ,caboul1 qui s'toit montr le plus rebelle1 fut l'esclave le plus attentif ses ordres4 ,une voile flottante1 tissue d'corce d'arbre1 acheva la composition du chef-d'uvre4 ,lodever ne nous avoit point fait part de cette merveilleuse invention1 afin de terrasser nos esprits de nous imprimer un respect plus profond4 ,nous crmes tous trois qu'il y avoit une grande distance entre son intelligence la ntre3 nous avoumes notre foiblesse notre insuffisance1 nous l'honormes sincrement autant qu'il pouvoit l'exiger4 ,le jour de notre dpart est enfin arrt2 tout est d'accord3 nous comptions au bout de quelques heures toucher les bords de cette ,europe fortune4 ,lodever charge la barque de nos trsors2 il choisit les plus prcieux1 forc d'abandonner le reste1 il soupire2 nous soupirons son exemple1 nous payons l'avarice un premier tribut4 ,nous prmes quelques provisions2 mais la nature devoit suffire nos besoins le long des fleuves fertiles que nous allions ctoyer4 ,un petit voyage d'une demi-lieue nous avoit enhardis au point que nous aurions brav les temptes4 ,lodever commandoit cette barque flottante1 comme il commandoit son bras3 il nous apprit la faire tourner en tous sens2 en humbles disciples1 nous prenions des leons que notre adresse naturelle ne rendoit pas infructueuses4 ,rien n'gale le plaisir que je ressentois diriger cet esquif1 j'tois fier de courir sur un lment assujetti3 ce que je n'eusse pas imagin avant d'en avoir fait l'essai4 ,nous avions pouss la folie jusqu' nous tailler des habillemens1 afin de parotre1 comme le disoit ,lodever1 d'une maniere plus dcente aux yeux des ,europens4 ,lodever toit habill1 ses vtemens nous servirent de modele4 ,nous avions une espece de tissu qui servoit nous couvrir pendant les froids1 nous le coupmes la maniere angloise4 ,sur le point de dire le dernier adieu ce dsert o j'avois vcu si long-tems dans l'ignorance le bonheur1 je ne pus m'empcher d'aller visiter pour la derniere fois la tombe d',azeb4 ,cet endroit solitaire sombre me parut revtu d'un ombrage plus lugubre4 ,prostern avec tremblement1 j'appellai ,azeb1 mes cris troublerent le majestueux silence de ce lieu redoutable4 ,la terre parut frmir sous mes pas2 des pressentimens confus s'leverent dans mon ame1 tout--coup je crus voir l'ombre d',azeb percer sa tombe1 ouvrir ses bras1 comme pour retenir un fils trop imprudent4 ,mais cette image s'vanouit aussi-tt3 la cime des arbres s'inclina1 quoiqu'il n'y et point de vent2 leurs branches s'entre-choquerent2 un murmure souterrein se fit entendre2 un long gmissement parut sortir des bois voisins2 un nuage noir planoit sur ma tte2 quelques oiseaux fuyoient tire-d'ailes comme pouvants4 ,je l'tois moi-mme2 mes jambes trembloient2 je ne pouvois dj plus m'arracher de ce sjour terrible2 j'tois comme attach au sol2 je voulois y chercher un asyle2 j'abjurois en ce moment les desirs qui m'avoient t les plus chers4 ,mon imagination trouble ne me permettoit plus d'avancer2 mais ,lodever vint1 me parla1 m'entrana2 je n'tois point fait pour lui rsister4 ,zaka parut1 me donnant elle-mme le signal du dpart2 je quittai en pleurant la tombe d',azeb1 mis le pied dans la barque4 ,vignette ,,chapitre ,,xxix4 ,je me souviens que1 ds que notre esquif fut en pleine eau1 ,lodever ne put dissimuler sa joie2 il sourit d'un air triomphant4 ,pour nous1 nous tions fort tristes4 ,caboul toit immobile2 il n'osoit plus manifester sa pense2 il aidoit la manuvre2 ,zaka toit silencieuse1 ne levoit pas les yeux2 elle se contentoit de me serrer la main1 moi je ne pouvois dmler les desseins secrets de ,lodever4 ,je ne vous parle point des prils que nous essuymes1 combien de fois ,zaka parut intrpide courageuse au milieu du danger4 ,elle n'avoit jamais renonc l'usage de ses bras1 la sensibilit de son cur ne droboit rien la vigueur de son ame4 ,sa tte toit libre dans les instans les plus terribles1 dans ces mmes instans o j'ai vu plusieurs fois le tratre ,lodever plir d'effroi4 ,avec quelle activit quelle prsence d'esprit elle dfendoit1 contre la fureur des eaux1 la barque fragile qui portoit sa fille ,zidzem6 ,dj nous n'tions guere loigns du fleuve des ,amazones1 qui1 comme vous le savez1 se partage en deux bras immenses4 ,notre seule ressource toit de remonter le bras droit4 ,il toit trs-difficile de rompre le courant1 nous manqumes d'y prir2 mais notre adresse fut rcompense1 nous enfilmes heureusement la route que ,lodever s'toit prescrite4 ,alors nous nous livrmes une joie extrme2 nous avions pass les cueils les plus redoutables2 tout toit calme2 nous nous voyions en sret sur ce fleuve superbe tranquille4 ,nous ctoymes ses bords1 qui n'offroient qu'un crystal uni4 ,pendant trois jours nous n'emes pas la moindre bourrasque3 un ciel serein1 une navigation douce1 tout favorisoit notre course4 ,l'esquif lger passoit travers une fort de roseaux2 nous ne perdions point de vue la terre2 nous y descendions notre gr1 pour y cueillir ces fruits dlicieux que la nature prodigue dans ces riches contres4 ,le huitieme jour nous ctoymes un pays plus dur plus agreste2 nous passmes entre de petits rochers1 mais qui n'avoient rien de dangereux2 seulement la nature s'y montroit martre en comparaison des rives que nous venions de parcourir4 ,nous tions dj accoutums au voyage1 nous ne sentions plus mme la fatigue des premiers jours1 tant nos bras toient exercs nos curs remplis de confiance de courage4 ,une nuit que la lune tour--tour brilloit se cachoit dans des nuages1 je m'entretenois avec ,lodever du plaisir que nous aurions voir l',europe ses grandes villes1 de la vie douce tranquille que nous y menerions4 ,je l'interrogeois curieusement sur mille choses dont je brlois d'tre instruit3 il me parloit d'un vaisseau de haut bord cent fois plus gros que l'esquif qui nous portoit4 ,j'aurois pris ce rcit pour une fable2 mais la chaloupe flottante me donnoit l'ide de cette immense machine4 ,mes questions ne tarissoient pas3 il rpondoit tout avec la plus grande complaisance4 ,j'tois assis prs de lui sur le bord de notre esquif2 la lune clairoit un peu1 puis nous droboit sa lumiere2 ,caboul manuvroit2 ,zaka dormoit2 je tenois ma fille entre mes bras3 elle quittoit rarement ceux de sa mere1 mais elle toit alors dans les miens4 ,tu le sais1 ,dieu6 j'tois en ce moment l'ami le plus tendre1 le plus fidele3 j'honorois ,lodever1 je pressois quelquefois ses mains avec amour respect4 ,comment le plus perfide1 le plus barbare des hommes rcompensa-t-il les panchemens d'une ame sensible nave8 ,la barque vint pencher d'un ct1 je m'appuyai de l'autre pour former un contrepoids4 ,le mchant ne perdit point cette occasion1 d'un coup imprvu me prcipita moi ma fille dans le fleuve4 ,je tombe lorsque la lune toit voile2 je serre ma fille entre mes bras par un mouvement naturel2 je me dbats avec les pieds2 je suis assez heureux pour surnager1 je rencontrai quelques roseaux auxquels je m'accrochai d'une main4 ,le barbare voulut consommer son forfait1 en nous assommant de son aviron2 mais la faveur de l'ombre1 le coup redoubl ne frappa que ces mmes roseaux qui me sauverent la vie une seconde fois4 ,la lune sortit de dessous le nuage1 m'clairant me fit voir le ct o je devois tendre4 ,ce fut avec la plus grande peine que je nageai vers la rive1 n'abandonnant point ma fille2 aprs mille efforts incroyables1 je grimpai sur ce bord aride4 ,vignette ,,chapitre ,,xxx4 ,s'il vous est possible1 imaginez ma situation4 ,je ne pouvois ni pleurer1 ni crier1 ni gmir4 ,assis sur une pierre1 ma fille mes pieds1 le cur serr1 ayant perdu jusqu' la facult de penser1 je ne sentois pas mme ma douleur4 ,je regardois autour de moi1 les fugitives clarts de l'astre de la nuit me montroient des rochers une vaste solitude4 ,il ne me vint point dans l'esprit de courir sur les bords du fleuve1 de crier ,zaka3 j'avois perdu la voix2 mes genoux s'entre-choquoient1 mon ame1 abyme dans l'excs de ses maux1 toit comme plonge dans les tnebres4 ,j'attendois le jour1 qui ne venoit point3 j'avois l'esprance confuse de trouver une cabane2 puis je me figurois que ,zaka ,caboul1 qui n'toient point complices du mchant1 viendroient peut-tre mon secours1 seroient assez forts pour domter sa perfidie4 ,je demeurai sur cette pierre froide1 coutant les cris les gmissemens de ma fille1 laquelle je n'osois donner un baiser4 ,me reprochant dj son malheur1 je me disois avec amertume3 ,ah1 du moins si elle toit dans les bras de sa mere6 ,pourquoi l'en ai-je spare6 ,rien n'galoit le tourment de cette ide3 j'esprois encore2 mais lorsque les premiers rayons de l'aurore vinrent clairer le lieu o j'tois1 que devins-je1 ciel6 ,je poussai des hurlemens1 j'errois en furieux1 je me frappois le front la poitrine4 ,la noirceur d'un homme abominable que je croyois mon ami1 l'image du dsespoir de ,zaka son rveil1 ma fille jetant des cris que dj lui arrachoit le pressant besoin3 voil les bourreaux de mon cur4 ,je tombois sur la terre1 je me relevois3 mon regard imploroit le ciel toute la nature2 la nature le ciel toient sourds mes cris touffs4 ,je cherchois en moi un courage qui m'abandonnoit4 ,tantt je prcipitois mes pas1 tantt je m'arrtois4 ,j'tois tour--tour calme dsespr4 ,je montois sur un rocher1 je plongeois ma vue dans l'tendue du fleuve2 je cherchois l'esquif qui1 comme un point1 auroit pu rjouir ma vue ranimer mes forces4 ,de l'eau1 des rochers1 un soleil tranquille au-dessus de ces horreurs1 voil ce qui vint terrasser mon ame l'abattre4 ,une larme cruelle lente monta de mon cur mes yeux1 me dchira d'un supplice nouveau inexprimable4 ,ah1 mon ami6 figurez vous un dsert o la nature est morte1 o l'il ne se repose que sur un sable strile y cherche vainement un arbuste1 une plante1 un brin d'herbe2 tel toit le sjour pouvantable o je me trouvois6 ,je regardois tristement ma fille1 je ne pouvois pleurer4 ,ses gmissemens me tiroient de l'anantissement fatal o je tombois3 j'eus encore la prsence d'esprit de casser quelques roseaux de lui en faire sucer la molle2 misrable nourriture1 dont cependant moi ma fille usmes4 ,je n'osois plus la regarder2 je criois d'une voix sourde dsespre3 ,zaka1 ,zaka6 ,o montagnes de ,xarico6 ,o ,azeb1 ,azeb6 ,et l'cho reportoit mon oreille ma voix douloureuse plaintive4 ,n'avois-je pas assez de mon malheur de celui de ma fille6 ,des ides non moins funestes me poursuivoient3 je me figurois ,zaka se dbattant dans les bras du sclrat1 s'lanant dans le fleuve1 qu'elle croiroit mon tombeau4 ,le fidele ,caboul tomboit assassin1 peut-tre elle-mme couverte de son sang4 ,je ne pouvois fuir ces images funebres4 ,jetons bas ce pesant fardeau de la vie1 m'criai-je1 mourons avant que la cruelle faim nous dvore lentement par degrs4 ,je courus avec une espece de rage du ct du fleuve1 dans le dessein d'y finir mes jours4 ,je jetai auparavant un dernier regard sur ma fille3 je la vis tendant ses petits bras vers moi1 souriant dans sa douleur1 comme si elle et voulu me supplier de ne point l'abandonner dans un tat aussi cruel4 ,amour paternel1 tu l'emportas sur mon dsespoir6 ,je pris l'innocente crature entre mes bras2 je la mouillai enfin de larmes1 je fus soulag4 ,attendri par la nature1 ma fureur se calma3 je levai ma fille vers le ciel2 me jetant genoux devant celui qui est dans tous les lieux1 je dis3 ,grand tre6 toi qui fis le soleil qui attachas des fruits aux arbres pour toutes les cratures1 aie donc piti de celle qui languit sous tes regards2 nourris-la1 grand tre6 elle n'a que son innocence ses pleurs pour dfense6 ,n'es-tu pas le nourricier du vermisseau8 ,ma fille rclame sa nourriture6 ,que puis-je faire pour elle8 ,je lui donnerois mon sang1 si mon sang pouvoit la nourrir6 ,c'est toi que je la remets1 grand tre6 ,sauve-la2 si tu es en courroux de ce que j'ai abandonn la tombe d',azeb1 que ta colere ne tombe que sur moi6 ,aprs cette fervente priere1 j'attendis quelques secours du grand tre2 je rsolus de vivre pour conserver1 s'il toit possible1 ses misrables jours1 auxquels les miens toient attachs4 ,,chapitre ,,xxxi4 ,ami1 n'acheve point1 si tu ne veux pas frmir6 ,lis pleure4 ,plains-moi6 ,plains un malheureux pere1 tremble1 si tu l'es1 de te trouver dans une situation aussi terrible que la mienne4 ,j'allois prir de faim avec ma fille1 si je ne rencontrois un autre aliment que la molle des roseaux4 ,foible languissant1 je pris le parti de m'enfoncer dans ce dsert1 portant ma fille qui gmissoit de besoin dans mes bras4 ,j'esprois trouver quelqu'endroit moins affreux2 mon il avide cherchoit un arbre qui portt quelques fruits4 ,malheureux6 plus j'avanois1 plus ce dsert devenoit effroyable4 ,la nature toit morte pour moi4 ,je marchai un jour entier sans rencontrer une source d'eau4 ,une petite pluie survint1 le sable aride but avidement l'eau que ma bouche lui disputoit4 ,je me vis rduit faire sucer ma fille ce sable humide1 pour rafrachir sa bouche altre4 ,las1 puis1 n'appercevant que des plaines immenses striles1 les rayons du soleil qui clairoient ma misere1 ma nudit1 qui dardoient leurs feux sur ma tte branle1 je me couchai sur le sable brlant2 je mourois de douleur1 je tombai dans une frnsie qui approchoit de l'extrme fureur4 ,ma fille toit dans un tat faire piti un tigre4 ,sa bouche1 ses levres1 sa langue toient dessches3 chacun de ses gmissemens enfonoit un glaive dans mon sein2 jamais1 sous ce ciel d'airain1 il ne s'toit trouv d'tre malheureux comme moi3 mes mains ensanglanterent ma poitrine3 perdu1 forcen1 pleurant de tendresse de fureur1 je baisois ma fille2 ma fille1 d'une voix souffrante1 pronona le nom de sa mere2 elle appelloit ,zaka son secours4 ,a ce nom fatal1 qui branla mon ame comme un tonnerre1 je ne me connus plus2 je fus tent de terminer ses jours2 j'en conus l'horrible pense2 je pris une pierre1 je la soulevai sur sa tte4 ,mais l'ide que j'allois offenser le grand tre me retint2 je songeai que mon dsespoir seroit un outrage fait sa bont1 que le secours que j'attendois alloit peut-tre descendre du ciel4 ,je me souvins des paroles d',azeb1 qui m'avoit toujours dit3 ,apprends souffrir1 tout est ordonn par la volont du grand tre4 ,je me soumis2 je pleurai2 je pressai ma fille contre mon sein2 j'attendis ce que le grand tre devoit ordonner de son sort du mien4 ,elle tomba dans une espece de stupeur2 elle devint comme insensible2 ses yeux se fermerent2 sa chaleur s'vapora1 le trpas vint la dlivrer des maux de la vie4 ,ses derniers momens ne furent pas douloureux3 les traits de son visage n'toient pas altrs4 ,ne la voyant plus souffrir1 je la contemplai sans effroi1 dans ce calme immobile2 je restai auprs d'elle pendant un jour entier2 voyant qu'elle ne donnoit aucun signe de vie1 je lui dis3 ,tu es alle rejoindre ,azeb dans le sjour du repos2 tu es bien prsentement2 tu es avec le grand tre4 ,salue ,azeb2 raconte-lui mes souffrances mes douleurs3 dis-lui que nous avons t punis de n'avoir pas suivi ses sages conseils4 ,indiffrent alors sur le sort qui m'attendoit1 je montai au sommet d'un rocher1 tournant le dos ma malheureuse fille4 ,j'avois couvert son corps de sable de terre1 aprs lui avoir donn le dernier baiser4 ,en mesurant l'espace qui toit au-dessous de moi1 j'apperus dans l'loignement des hommes assis en rond2 ils leverent leurs regards vers moi4 ,je l'avouerai1 la vue de quelques alimens1 mon cur dfaillant sentit un retour secret vers la vie2 le trpas me fit horreur1 lorsque je sentis que je pouvois revivre4 ,nommez lchet1 foiblesse1 le sentiment qui m'entrana vers ces sauvages4 ,je ne le pus domter3 la faim imprieuse me guidoit4 ,les peuples ,amricains ont tous en leurs diffrens langages une faon gnrale de se faire entendre4 ,il ne me fut pas difficile par mes gestes de leur faire comprendre que j'implorois leur secours4 ,mon langage les prvint sans doute en ma faveur2 ils m'accueillirent m'inviterent manger4 ,ma faim toit si grande que je dvorai ce qu'ils me prsentoient2 c'toient des poissons secs3 mais tout--coup je m'arrtai1 je ne voulus plus manger1 songeant que ma fille toit morte de besoin4 ,j'avois des remords en prenant ces mets3 il me sembloit que je ne devois plus exister1 aprs m'avoir perdu ce qui m'toit cher4 ,ces sauvages1 me voyant afflig1 me consolerent4 ,aprs une marche d'une demi-journe1 ils me prirent dans leur bateau4 ,le lieu que j'avois parcouru toit une isle o ils venoient chasser4 ,au bout d'une navigation de quatorze jours1 nous abordmes leur habitation qui toit sur les bords du mme fleuve4 ,le poids de l'infortune pesoit toujours sur mon cur1 je sentois l'horreur d'tre revenu la vie aprs des pertes aussi douloureuses4 ,le soleil que j'avois tant de fois contempl avec ,azeb ,zaka1 sembloit me reprocher mon existence4 ,hlas6 cet objet si tendrement aim1 cette ,zaka1 qu'toit-elle devenue8 ,ce fleuve que je voyois toit-il son tombeau8 ,lodever l'avoit-il tue aprs l'avoir outrage8 ,ce meurtrier jouissoit donc en paix de son crime de mes trsors6 ,cette ,europe que j'avois tant desire1 ne m'offroit plus qu'une perspective odieuse3 c'toit en voulant chercher une plus grande flicit1 que j'avois perdu le bonheur4 ,de quoi me servoient quelques-unes de ces pierres brillantes que par hasard j'avois sur moi8 ,ce peuple qui me nourrissoit n'en faisoit aucun cas4 ,il falloit les ddommager par mes travaux des mets qu'ils m'offroient3 heureusement pour moi que mes bras robustes1 accoutums la culture de la terre1 ne me refusoient pas leur service4 ,dans les intervalles que me laissoit le travail1 je ctoyois lentement le bord du fleuve1 comme pour retrouver du moins ce corps adorable mourir en l'embrassant4 ,je n'avois plus rien autour de moi que je pusse aimer4 ,quel tat pour un cur comme le mien6 ,j'tois dtromp sur l'amiti sur ce bonheur que je croyois toucher4 ,je ne me pardonnois pas d'avoir fait moi-mme mon malheur3 je me regardois comme l'assassin de ,zaka de ma fille4 ,n'toit-ce pas moi qui les avois arraches un tat paisible pour les conduire au-devant des dsastres8 ,ce remords terrible toit vivant dans mon cur le dchiroit4 ,ah6 si ,zaka ne m'a point maudit1 m'criois-je1 c'est que l'amour a t plus fort4 ,si je la retrouve1 que lui dirai-je1 quand elle me redemandera sa fille8 ,je passai quarante jours sans connotre le sommeil3 je ne trouvois de relche mes maux qu'en forant le travail1 tant pour me distraire que pour me rendre utile au peuple qui me nourrissoit4 ,o mort1 dont j'avois vu deux fois l'image1 que je t'ai invoque de fois6 ,qui m'a fait supporter la vie1 lorsque je ne tenois rien8 ,je n'tois plus furieux2 l'excs de la douleur avoit affoibli mon bras3 je tranois des jours tristes1 pnibles1 empoisonns de regrets1 l'avenir ne m'en offroit point d'autres4 ,ce qui me tourmentoit le plus toit l'incertitude du sort de ,zaka4 ,aprs avoir travaill sous la chaleur d'un jour entier1 je levois le soir les yeux vers la lune1 je lui disois3 ,bel astre6 vois-tu ,zaka8 ,que de fois nous nous sommes promens sous ta lumiere douce1 les mains entrelaces6 ,le grand tre qui est au-dessus de toi1 voudra-t-il nous rejoindre8 ,et je me promenois ainsi solitairement sur les bords du fleuve1 avec l'image de ,zaka1 qui tantt me sembloit en ,europe1 tantt refugie avec sa fille dans les bras du grand tre4 ,vignette ,,chapitre ,,xxxii4 ,le destin m'avoit conduit parmi les ,gengis1 peuple qui avoit des vertus mlanges d'une sorte de frocit4 ,fideles l'hospitalit1 ils toient implacables envers leurs ennemis2 ils les mettoient mort1 ils toient prts rpandre tout leur sang pour la cause des leurs4 ,j'ai vu ces hommes si terribles1 la massue la main1 s'attendrir1 pleurer1 connotre la gnrosit1 la grandeur d'ame1 la sincrit1 la foi4 ,leurs coutumes sont froces1 leurs murs sont douces4 ,leur commerce est sr1 leur parole inviolable4 ,ils rendent la justice au foible2 ils sont compatissans sinceres2 ils ne se laissent jamais ni sduire ni corrompre3 aussi ont-ils l'orgueil de se croire plus estimables que le reste des nations4 ,ils m'assignerent un travail qui n'excdoit pas mes forces1 ds ce moment je fus regard comme leur compatriote4 ,ce peuple humain1 par un contraste trange1 avoit des dieux sanguinaires1 auxquels il immoloit tous les ans une jeune fille enleve chez leurs ennemis4 ,les simulacres de leurs dieux toient teints de sang4 ,j'ai vu le cur de ces barbares matris par la religion4 ,le guerrier qui venoit d'affronter la mort1 tomboit aux pieds de ces idoles1 pntr de terreur4 ,c'toient des ames fortes1 en qui tout devenoit excs1 soit crainte1 soit valeur1 soit haine1 soit amiti4 ,un ,gengis1 fier de son audace de son indpendance1 mprise tous les autres peuples4 ,s'il est fait prisonnier de guerre1 il souffre la mort en hros4 ,il traite les ,europens d'ignorans de lches1 les voyant ddaigner ses dieux plir l'aspect du bcher4 ,j'ai vcu chez les ,gengis prs d'un an sans avoir essuy la moindre injustice4 ,ils me traitoient comme leur frere2 mais mon cur fltri ne pouvoit goter aucune sorte de joie4 ,je me prtois leur maniere de vivre1 sans pouvoir m'y accoutumer1 c'est srement cette complaisance que j'ai t redevable de leur amiti4 ,ils me conduisirent un jour une de leurs ftes1 malgr ma rpugnance2 c'toit le jour du sacrifice1 jour solemnel pour appaiser leur dieu4 ,quelle fte6 ,devant une idole d'une figure hideuse1 une jeune ,europenne1 portant dj les tristes ornemens du sacrifice1 alloit tre immole son sang devoit rougir l'idole4 ,elle avoit t prise sur un vaisseau ,portugais qui avoit vomi la flamme la mort contre une de leurs barques1 les ,gengis adoroient la vengeance4 ,le bruit de mille instrumens grossiers prcdoit sa marche2 que dis-je6 on la tranoit1 malgr toute sa rsistance1 vers l'autel2 elle regrettoit amrement la vie qu'elle alloit perdre4 ,jeune dans tout l'clat de la beaut1 la pleur1 l'horreur de la mort se peignoient sur son front2 elle tournoit ses beaux yeux1 tantt vers le ciel1 tantt vers ses bourreaux1 comme pour les flchir4 ,larmes inutiles6 ,ces barbares vouloient offrir leur idole une victime qu'ils jugeoient digne de lui tre prsente4 ,le fer alloit percer un sein fait pour dsarmer la main la plus froce4 ,ah1 que je fus mu6 ,comme ses cris retentirent au fond de mon cur6 ,que ses larmes me toucherent6 ,je me croyois devenu jamais insensible2 ce fut elle qui rveilla dans mon cur le sentiment presque teint3 sa beaut me toucha2 mais son malheur fit sur mon ame une impression plus vive encore4 ,au moment o l'on tranoit la victime vers l'idole1 le grand-prtre1 portant une couronne de chne1 imposa silence l'assemble1 profra ces mots3 ,voici l'ennemi qui doit tre immol pour appaiser le courroux de ,zarakuntos2 mais1 vous le savez1 la loi indique un moyen qui le satisferoit galement3 s'il se trouvoit un tranger qui voult se charger de la victime en purger nos contres1 qu'il fuie1 qu'il s'loigne1 en se couvrant de l'horreur qu'elle inspire6 ,nous l'abandonnons lui1 pourvu qu' la fin de trois rvolutions du soleil il ne respire plus l'air que nous respirons1 qu'il vienne aux pieds de la statue verser une goutte de son sang sur son pied droit4 ,chacun toit immobile1 lorsqu'ayant bien compris le discours du grand-prtre1 je sortis des rangs1 m'criai3 ,c'est moi2 je la prends4 ,le grand-prtre me fit approcher1 me dit3 ,tu promets donc de la conduire hors de ces contres8 ,oui1 rpondis-je4 ,il chargea ma tte de je ne sais quelles imprcations1 incisa l'index de ma main gauche1 fit couler mon sang sur l'orteil du pied droit de la statue1 remit entre mes bras la jeune fille tremblante4 ,aussi tt un applaudissement confus s'leva dans l'assemble1 je fus environn de clameurs qui ressembloient un chant de triomphe4 ,fier d'avoir conserv les jours de cette beaut innocente1 je lui pris la main avec un saisissement involontaire2 elle jeta un cri1 croyant que j'tois son meurtrier1 s'imaginant qu'un couteau brilloit dans ma main dsarme4 ,je lui dis en espagnol1 qu'elle n'avoit plus rien craindre1 que je venois de lui sauver la vie4 ,toute l'assemble rptoit3 ,elle ne sera point mise mort2 l'tranger l'emmene4 ,pour elle1 tonne d'entendre parler une langue d',europe un homme qu'elle avoit vu prt la tuer1 son ame ne pouvoit suffire aux ides qui l'agitoient2 elle me demanda s'il toit bien vrai qu'elle ne dt point tre gorge1 si je ne l'abusois pas par une piti fausse ou cruelle4 ,je l'assurai que ses jours toient en sret1 que les ,gengis ne rompoient jamais leurs promesses4 ,ma joie1 en lui annonant cette nouvelle1 toit inexprimable3 je jouissois de sa douce surprise1 du plaisir qui par degrs dilatoit son ame1 de la joie qui se rpandoit sur tous les traits dlicats de son visage1 qui1 la place de la pleur1 tendoit un voile de rose4 ,elle se trouvoit dans l'tat o les ,gengis l'avoient laisse1 aprs l'avoir dpouille de ses habits4 ,les instrumens guerriers retentirent dans les airs3 toute l'assemble dfila devant nous2 chacun1 en passant1 disoit un mot que je ne pouvois interprter4 ,le grand-prtre1 qui toit le dernier1 prit de la poussiere d'un air mystrieux1 la jeta sur nos ttes4 ,tout le monde s'loigna1 nous restmes seuls devant l'autel de mort l'idole hideuse4 ,la victime rougissoit1 se couvrit d'une peau de tigre qu'un ,indien avoit laiss tomber4 ,la cause de sa honte m'toit inconnue3 son tonnement1 sa reconnoissance1 un reste de terreur qu'elle ne pouvoit touffer1 tous ses mouvemens toient peints sur son front s'y succdoient avec rapidit2 moi1 je ne jouissois que du plaisir de l'avoir drobe une mort certaine1 lorsque tout--coup la victime enlaa ses bras autour de mon col me cria d'une voix tendre touffe3 ,vous tes mon poux1 vous l'tes par les loix du pays1 je vous appartiens4 ,j'avoue que ma surprise ne peut se rendre4 ,elle toit belle1 sa douleur profonde me donnoit un tmoignage satisfaisant de la sensibilit de son cur2 mais fidele ,zaka1 je lui dis avec une forte expression3 ,mon cur est une autre4 ,je serai ton compagnon1 ton pere1 ton protecteur2 mais jamais ma main ne serrera avec amour une autre main que celle de ,zaka4 ,viens avec moi3 je te protgerai1 je te nourrirai du travail de mes mains2 mais jamais tu ne partageras mon lit4 ,je ne veux sentir les volupts de l'amour qu'avec ,zaka4 ,la jeune ,portugaise baissa les yeux1 en disant3 ,j'obissois la loi du pays2 je remercie mon librateur4 ,et elle me baisa la main1 en flchissant le genou4 ,un ,europen l'et releve3 je la laissai dans cette attitude1 j'allai chercher d'une liqueur forte pour la ranimer4 ,je la fis asseoir ct de moi1 ce qu'elle n'osoit4 ,elle me rptoit qu'elle toit mon humble esclave1 je lui disois qu'elle toit elle-mme1 sous la main du grand tre1 que je ne voulois point d'esclave4 ,je l'engageai me raconter ses aventures4 ,elle toit fille d'un ,portugais commerant1 tabli ,buenos-,ayres4 ,forc de ctoyer les rives des ,gengis1 il avoit fait feu sur une de leurs barques1 la mort avoit t le prix de son imprudence4 ,ceux qui toient chapps la massue des sauvages1 avoient t vendus comme esclaves2 l'poque de sa captivit1 sa beaut1 sa jeunesse1 son sexe l'avoient fait rserver pour tre offerte en sacrifice4 ,la nation ordonna qu'on nous renverroit aux colonies ,portugaises4 ,elle regardoit comme un augure de flicit qu'un tranger et voulu se charger d'une tte o l'on avoit fait descendre toutes les maldictions4 ,elle devoit sortir du pays emporter1 pour ainsi dire1 avec elle le courroux de leur dieu4 ,on la regardoit comme plus infortune que si elle ft tombe sous le couteau du sacrificateur4 ,on louoit mon courage d'oser vivre avec l'objet des anathmes clestes4 ,ce fut pour moi un titre leur bienveillance4 ,aucun d'eux n'auroit t capable d'une pareille rsolution3 ils m'avoient donn la jeune ,portugaise comme pouse1 comme esclave1 comme m'appartenant sans rserve2 mais l'amour que j'avois pour ,zaka toit trop avant dans mon cur pour que je pusse porter quelque tendresse une autre femme4 ,j'ose dire que je vis ses attraits d'un il tranquille2 que je me dfendis de ses charmes de ses caresses2 que tout ce qu'elle me disoit ne faisoit que me rappeller les paroles de ,zaka me les rendre plus cheres4 ,ce n'toit point insensibilit1 c'toit un sentiment profond qui ne me permettoit pas d'en aimer une autre que ,zaka1 qui me rendoit indiffrens tous les plaisirs qui n'toient point partags avec elle4 ,notre passage aux colonies ,portugaises toit bien moins difficile que je ne l'avois cru d'abord4 ,les ,gengis commercent avec leurs voisins les ,talibotos1 lesquels sont en trs-troite alliance avec les ,portugais4 ,il toit de la religion des ,gengis de nous conduire en sret loin de leurs frontieres2 l1 de renouveller leurs anathmes d'abandonner la victime toute la colere de leur dieu4 ,leur superstition nous servit heureusement4 ,ils nous accompagnerent arms1 pour nous drober tout danger2 car c'et t un dsastre pour la nation1 si la victime ft tombe autre part qu'au pied de l'autel4 ,ils ne doutoient pas que la foudre n'atteignt sa tte dvoue ds qu'elle auroit pass les limites de leur pays4 ,en louant ma gnrosit1 ils me plaignoient de ma folie de l'accompagner1 au lieu de vivre chez eux3 ils m'en presserent encore1 me proposant de la ramener devant l'idole de l'immoler4 ,si je l'abandonnois1 c'toit le signal de sa mort4 ,je leur certifiai que je voulois la sauver la conduire jusques dans sa patrie4 ,ils soupirerent sur mon sort1 recommencerent autour de moi leurs crmonies superstitieuses1 chargerent la tte de la victime de nouvelles imprcations3 ils avoient horreur de toucher ses vtemens2 il falloit qu'elle ft toujours quelque distance d'eux4 ,aprs avoir pass une certaine limite1 ils tournerent le dos1 firent des ablutions1 me montrerent du doigt un long rang de cabanes3 c'toit le sjour des ,talibotos4 ,en me quittant1 ils me donnerent des marques de regret d'amiti2 ils me firent mme des prsens4 ,l'action que je venois de faire les avoit remplis d'tonnement de respect3 ils l'attribuoient un excs de gnrosit1 croyant qu'il n'y avoit point dans le monde de pays plus beau plus fortun que le leur4 ,ils m'aimoient1 parce que je ne les avois jamais contredits dans leurs ides1 leurs opinions1 leur culte leur faon de vivre4 ,vignette ,,chapitre ,,xxxiii4 ,avec quels transports la jeune ,portugaise marqua sa joie ds qu'elle se vit hors de ce peuple1 dont le nom seul la faisoit frissonner d'horreur6 ,elle me devoit la vie2 elle avoit pour moi de l'amour3 mais lorsque je lui eus fait part de l'tat de mon cur1 de mes pertes1 de l'image de ,zaka insparable de mon existence1 elle jugea bien que la sentence de mon cur ne lui seroit jamais favorable2 voyant que j'aurois regard comme un crime d'oublier un instant celle avec qui j'avois pass tant d'annes1 elle loua ma conduite4 ,un jour1 me faisant rpter mon histoire1 elle me dit que je devois bien me garder de la confier quelque ,portugais1 parce qu'il me regarderoit comme un grand criminel4 ,je marquai de la surprise3 elle me dit que l'union du frere de la sur toit proscrite regarde comme un crime majeur2 que ceux qui l'avoient commis toient galement rprouvs par les loix civiles religieuses1 qu'on avoit jug que le supplice du feu toit seul capable d'expier un pareil forfait4 ,sans l'amiti la confiance que j'avois pour elle1 j'aurois cru qu'elle me faisoit un conte1 tant ma conscience avoit t parfaitement muette tranquille4 ,jamais la pense que j'offensois la nature le grand tre n'toit entre dans mon ame3 j'interrogeois mon cur1 pour savoir s'il toit vritablement coupable d'aimer ,zaka avec tendresse2 je ne comprenois pas ce qui pouvoit rendre cet amour criminel4 ,ma jeune ,portugaise m'exhorta taire l'histoire de cette union1 que l'on nommoit en ,europe un inceste1 qui m'exposeroit la rigueur des loix1 ou du moins qui me feroit regarder avec horreur mpris4 ,j'avoue que je me perdis dans mes rflexions pour concilier avec la raison l'origine de cette loi1 je ne pus jamais deviner comment elle s'toit tablie parmi les hommes4 ,nous fmes bien reus chez les ,talibotos4 ,je les trouvai plus civiliss que les ,gengis2 mais en acqurant de nouvelles lumieres1 ils avoient li connoissance avec la ruse le mensonge4 ,ils toient bien moins dsintresss1 ils connoissoient dj la valeur de mes petites pierres brillantes4 ,ma jeune compagne m'avoit confirm tout ce que ,lodever m'avoit dit de l',europe3 ce qui1 joint l'esprance de retrouver ,zaka1 me faisoit attendre avec impatience l'occasion de parvenir aux colonies ,portugaises4 ,mais sans un vnement particulier1 nous serions demeurs un tems infini chez ce peuple4 ,elle dcouvrit chez les ,talibotos un ,jsuite4 ,je ne sais ce qu'elle lui avoit dit sur mon compte2 mais elle me l'amena avec une espece de triomphe4 ,je vis un homme d'une physionomie douce fine4 ,il me caressoit de l'il avant de m'avoir parl4 ,ses manieres toient aises insinuantes1 je me disois en moi-mme3 ,si tous les ,europens ressemblent celui-ci1 qu'ils sont aimables6 ,ce ,jsuite sembloit deviner toutes mes penses1 tant il alloit au-devant de mes moindres mouvemens2 il me comprenoit facilement1 dans un jour que nous passmes ensemble1 il me donna une foule d'ides que je n'avois pas eues4 ,il ne savoit point agir comme ,lodever1 il sembloit n'avoir ni bras ni jambes1 tant il en faisoit peu d'usage2 mais il sortoit de sa tte des traits de lumiere qui persuadoient tout ce qu'il vouloit faire adopter aux autres4 ,il m'embrassa pendant un jour entier4 ,je n'avois jamais imagin qu'un homme pt tre aussi caressant envers un autre4 ,il me loua des pieds la tte1 mais avec une grace un -propos qui toient ses louanges le ton adulateur4 ,il me dit enfin qu'il vouloit s'occuper de mon salut ternel1 qu'il reviendroit le lendemain pour me faire chrtien4 ,je l'avois trouv si doux1 si poli1 que je lui promis de faire tout ce qu'il voudroit4 ,il m'avoit enchant par ses paroles1 dj il m'avoit promis de me faire passer en ,europe1 ce nom seul il faisoit une exclamation qui sembloit exprimer que l toient le repos1 le bonheur1 qu'on y trouvoit le chemin de la vraie flicit4 ,le lendemain1 il me prit en particulier1 tira de sa poche un crucifix4 ,je reconnus la figure2 je la pris avec respect1 je m'criai3 ,c'est un ,dieu que mon pere adoroit4 ,je l'ai vu prostern devant son image4 ,le ,jsuite fut mu de mon action2 il me dit que l'image de ce ,dieu toit faite pour parcourir la terre entiere1 pour s'enfoncer dans les rgions les plus recules1 pour tre reconnu au fond des dserts les plus inaccessibles2 que la croix sur laquelle toit couch cet homme souffrant1 dominoit les difices de l',europe1 que c'toit le signe religieux qui triompheroit de tous les autres4 ,vous verrez ce signe1 me dit-il1 sur la poitrine de ceux qui gouvernent les hommes2 ils se font honneur de le porter2 tout genou doit flchir devant lui4 ,je lui repliquai que ce signe toit trs-respectable1 puisque mon pere l'avoit ador2 mais il m'avoit appris adorer un tre cach derriere la vote lumineuse du firmament1 qui ne se manifestoit que par ses uvres clatantes2 qu'il s'appelloit le grand tre1 que c'toit lui que j'adorois dans la plaine sur le sommet des montagnes4 ,le ,jsuite reprit3 ,celui que je vous prsente est le mme2 c'est le grand tre cach qui s'est fait homme pour instruire les hommes1 pour voiler sa majest1 inaccessible nos regards1 pour apprendre aux humains s'aimer1 pour nous apporter des vrits utiles consolantes1 pour en faire un peuple d'amis de freres unis par les liens de la charit de la bienfaisance4 ,c'est au nom du grand tre que je vous aime1 que je veux tre votre frere4 ,quoi1 lui dis-je1 ce grand tre est descendu parmi les hommes8 ,et dans quelle partie de la terre8 ,en ,asie1 me dit-il4 ,que l',asie est heureuse6 m'criai-je4 ,y est-il encore8 ,non1 me dit-il1 il est mort sur cette croix4--,et comment les hommes ont-ils pu clouer le grand tre8--,il s'toit fait homme pour compatir notre foiblesse1 pour ne pas blouir nos foibles yeux4 ,toute sa doctrine n'toit qu'amour charit4 ,des hommes mchans orgueilleux1 irrits de cette doctrine simple pure1 qui renversoit leurs dcisions hautaines leurs prtentions ambitieuses1 l'ont fait mettre mort1 parce qu'ils avoient intrt de dtruire le prcepte de l'galit4--,il n'y avoit rien de plus raisonnable que cette doctrine4 ,ne me dites-vous pas que le grand tre1 prenant la figure d'un homme1 avoit recommand toutes les cratures humaines de se regarder comme les enfans gaux d'un mme pere1 de se prter tous les secours que des freres bien unis doivent se donner8 ,je ne connois pas de plus belle doctrine que celle-l4 ,et comment appelle-t-on ceux qui la professent8--,on les appelle chrtiens4--,ah1 le beau nom porter6 ,tous ceux qui sont chrtiens s'aiment donc entre eux1 se soulagent mutuellement4 ,je vois bien que cette doctrine vient du grand tre1 il me tarde de vivre parmi les chrtiens4 ,mais1 me dit-il1 pour vivre avec eux1 il faut tre chrtien4 ,ne vnrez-vous point celui qui est venu apporter au monde cette admirable doctrine1 qui est mort pour elle8 ,sans doute1 repris-je1 puisque le grand tre toit en lui1 puisque la chair d'homme1 si je vous comprends bien1 n'toit que son vtement4 ,je veux tre chrtien avec vous1 parce qu'alors vous m'aimerez que je serai oblig de vous aimer2 chaque homme que je rencontrerai dsormais1 je lui dirai3 ,je suis chrtien1 je t'aime2 sois chrtien1 afin de m'aimer aussi2 car le grand tre1 qui s'est fait homme pour nous dire de nous aimer de nous regarder comme freres1 le veut ainsi4 ,et il n'y a rien de plus doux que de pratiquer une pareille loi4 ,lodever n'toit pas un chrtien1 je le vois2 moi je l'tois son gard1 sans savoir que je l'tois3 mais le grand tre avoit dit mon cur dans le dsert de ,xarico ce qu'il avoit dit de bouche en ,asie aux ,asiatiques qui1 ce qu'il me semble1 l'ont dit aux ,europens4 ,oh1 que ne suis-je n en ,asie1 de son tems6 ,avec quel respect j'aurois cout les paroles qui seroient sorties de sa bouche6 ,mais j'irai aux lieux o ces mchans orgueilleux l'ont tendu sur une croix1 je baiserai la terre o son sang a coul4 ,en disant ces mots1 des larmes d'attendrissement rouloient dans mes yeux4 ,le ,jsuite1 en m'entendant nommer ,lodever1 n'avoit su de qui je parlois2 mais il avoit remarqu ma profonde sensibilit1 sur-tout avec quels regards d'amour de respect je contemplois cette figure souffrante qui avoit servi d'enveloppe au grand tre1 qui avoit apport en ,asie cette admirable doctrine4 ,je raisonnois comme un sauvage quant l'enveloppe2 mais je n'tois pas encore initi dans les mysteres qui depuis m'ont t expliqus4 ,aussi le ,jsuite1 prenant l'esprit de la religion pour base fondamentale1 satisfait de ne point voir en moi un grossier idoltre1 me tmoigna une joie vive1 m'embrassa1 me dit avec une effusion d'ame impossible rendre1 que j'tois chrtien par le cur1 que j'tois digne d'entrer dans l'glise4 ,je l'embrassai mon tour comme un frere1 je m'criai3 ,je suis chrtien4 ,j'tois orgueilleux de profrer ce nom2 car tout homme que j'appercevois devenoit mon frere2 cette fraternit1 ce commerce de bienfaits plaisoit mon ame1 m'ouvroit la plus douce perspective4 ,je vais achever de vous faire chrtien1 me dit le ,jsuite4 ,il prit une petite fiole d'eau1 s'apprta me la verser sur la tte4 ,je l'assurai que cela n'toit pas ncessaire2 mais il me fit entendre que cette crmonie devenoit indispensable1 que c'toit le signe d'union4 ,je me soumis ce qu'il voulut3 je ne desirois rien tant que d'tre de la religion qui commandoit l'amour la charit4 ,je me mis genoux2 le ,jsuite me mouilla la nuque du col1 en prononant quelques paroles1 je me relevai avec transport4 ,je suis chrtien1 rptois-je1 quel jour heureux de ma vie6 ,egalit1 tendresse1 confiance1 voil ce qui regne parmi les chrtiens4 ,le roi de l',europe sera mon frere1 n'est-il pas vrai8 ,tous les ,europens seront mes freres1 les habitans de l',asie1 puisqu'ils ont vu de prs celui qui annonoit la grande doctrine1 la doctrine charitable1 expir sur la croix4 ,je lui demandai si ,lodever1 de retour en ,europe1 ne seroit pas effac du nombre des chrtiens pour ce qu'il m'avoit fait2 comme il ne comprit rien cette demande1 il en remit l'explication un autre jour4 ,ce ,jsuite avoit un air si engageant1 si persuasif1 que je ne lui rsistois en rien4 ,il m'amena quelques ,indiens qu'il avoit fait chrtiens1 je fus enchant de la concorde qui rgnoit parmi eux3 c'toit qui m'offriroit ce qu'il avoit4 ,je pleurois de joie en me reprsentant qu'en ,europe je n'aurois qu' demander pour recevoir1 que tous les biens seroient communs1 ainsi que l'avoit recommand l',auteur de cette doctrine charitable4 ,vignette ,,chapitre ,,xxxiv4 ,je ne quittois plus le ,jsuite4 ,dans nos conversations1 o mon cur aimoit s'pancher1 je nommai plusieurs fois ,azeb ,zaka4 ,mon rcit parut le frapper3 il me dit qu'il y avoit beaucoup de ressemblance entre mes aventures celles d'une jeune sauvage qui toit ,san-,salvador1 o lui-mme avoit commenc l'instruire dans la religion chrtienne4 ,l'image de ,zaka toit trop profondment grave dans mon ame pour que je ne saisisse pas avec transport cette premiere lueur4 ,je m'informai dans le plus petit dtail des choses qui pouvoient m'claircir4 ,le ,jsuite me fit un portrait si absolument ressemblant ,zaka1 qu'en l'entendant je m'criai3 ,juste ciel6 je ne me trompe point1 c'est ,zaka1 c'est ma sur2 elle vit2 je la reverrai1 je pourrai encore redevenir heureux entre ses bras4 ,mes transports surprirent le ,jsuite3 je lui parlois d'une sur adore que je croyois perdue1 je mettois dans mes discours toute la chaleur d'un amant4 ,il n'osa hasarder sa pense1 me dit qu'elle toit ,san-,salvador2 que les chagrins dont elle paroissoit accable1 l'avoient conduite dans un couvent pour y passer le reste de ses jours4 ,le reste de ses jours8 repliquai-je avec une espece de fureur mle d'attendrissement2 non1 elle vivra avec moi2 je ressens ses peines1 c'est moi de les effacer4 ,o ma fille1 o es-tu6444 ,mais je la reverrai1 je lui offrirai son cher ,zidzem qu'elle croit mort4 ,zaka6 il vit1 il vit pour t'aimer4 ,a ces mots1 le ,jsuite devint plus rveur4 ,je lui rptois cent fois que je prfrois le sjour de ,san-,salvador tout autre1 parce que ma sur y toit4 ,mes discours avoient t une nigme pour lui4 ,il me fallut entrer dans les plus grands dtails2 le ,jsuite1 surpris de mes aventures1 ne cessoit de me reprsenter que j'avois t coupable dans le lien que j'avois form avec ,zaka4 ,sa mission toit finie2 il m'avoit pris en amiti1 il rsolut de m'accompagner jusqu' ,san-,salvador4 ,nous voyagemes avec une partie des sauvages qui alloient changer des marchandises4 ,plusieurs ,portugais commerans vinrent pareillement notre rencontre4 ,les changes furent faits en peu de jours4 ,chacun de son ct cherchoit tromper l'autre2 mais les sauvages n'toient pas si habiles que leurs matres4 ,je vendis ce que j'avois reu en prsent des bons ,gengis1 ainsi que toutes mes pierreries4 ,les ,portugais furent assez quitables pour me donner le tiers de ce que valoient mes diamans1 ils m'assurerent d'ailleurs1 de la faon du monde la plus civile1 qu'ils m'en auroient peine donn la dixieme partie1 si je n'eusse t chrtien4 ,je continuai ma route avec eux4 ,le ,jsuite avoit une sorte d'empire sur ces commerans3 ils le vnroient2 comme j'tois ami du ,jsuite1 ils eurent pour moi toutes sortes de dfrences4 ,la route que nous prmes pour arriver ,san-,salvador toit la plus prilleuse1 mais la plus prompte4 ,j'aurois franchi les obstacles les plus difficiles1 sur le plus lger espoir de revoir ma chere ,zaka4 ,je ne vous parlerai point de mon tonnement mon arrive parmi les ,europens4 ,je tais la foule de penses qui vinrent m'assaillir3 ce tableau seroit trop long4 ,je passe aussi sous silence combien de fois dup1 je vis insulter ma simplicit4 ,je ne vous exposerai point le flux le reflux de mes ides avant que je fusse parvenu connotre leurs vertus leurs vices1 savoir apprcier le vrai caractere de leur esprit4 ,il m'et t impossible1 sans le secours du ,jsuite1 de me tirer de ce labyrinthe3 il fut vritablement pour moi un bon chrtien1 car il m'aida dans plusieurs pas difficiles2 graces ses conseils son crdit1 il ne m'arriva rien de fcheux4 ,nous ne tardmes point arriver ,san-,salvador1 o toit cet objet ador1 dont j'attendois le charme la flicit de ma vie4 ,ma jeune ,portugaise y retrouva deux de ses parens qui furent extasis de la revoir4 ,ils apprirent avec tonnement ses aventures singulieres4 ,j'avois t son librateur1 je n'avois jamais conu l'ide de corrompre ce bienfait par la moindre tentative sur sa personne3 elle toit belle nanmoins1 je puis dire qu'elle s'toit familiarise avec l'ide que je deviendrois son poux1 aprs lui avoir sauv la vie2 mais je m'estimois heureux de l'avoir arrache au couteau du prtre des ,gengis1 la fidlit que mon cur avoit jure ,zaka m'loignoit de former d'autres liens2 ils m'auroient pes1 car je ne vivois qu'avec l'image de ,zaka1 nulle autre ne pouvoit prendre d'empire sur mon ame4 ,j'avois trait la jeune ,portugaise comme un dpt sacr confi mes soins4 ,ses parens toient riches1 ils me tmoignerent leur reconnoissance en me comblant de prsens4 ,mais leur amiti me fut encore plus chere1 j'ai conserv avec eux1 pendant plusieurs annes1 une relation qui me fut agrable utile4 ,cette aimable fille voyant bien que le titre de bienfaiteur que je portois ne se convertiroit jamais en un autre1 accepta un mari que lui offrit sa famille4 ,cependant je puis dire qu'elle porta dans les bras d'un autre le souvenir d'un amour qu'elle n'avoit point t matresse de ne pas ressentir1 auquel il m'avoit t impossible de rpondre4 ,zaka1 toujours victorieuse1 effaoit constamment mes yeux tous les charmes qui m'toient offerts4 ,vignette ,,chapitre ,,xxxv4 ,il me fallut1 pendant les premiers jours1 endurer les regards d'une foule de curieux qui cherchoient me voir me faisoient mille questions ridicules4 ,aprs m'avoir beaucoup lass1 on se lassa enfin de moi1 l'on m'oublia4 ,il est vrai qu'auparavant on eut grand soin de me traiter avec une sorte de drision qui n'excluoit pas nanmoins la politesse2 mais j'ai remarqu que le ton drisoire toit la raison suprme parmi plusieurs peuples d',europe4 ,le ,jsuite fit des perquisitions touchant ,zaka1 qui ne furent ni longues ni infructueuses4 ,elle demeuroit dans le mme clotre qu'elle avoit choisi pour asyle3 j'y volai plein d'une extrme impatience1 agit la fois de terreur1 de plaisir1 dans je ne sais quelle crainte confuse que mon bonheur ne rpondt pas mes esprances4 ,je demandai au ,jsuite pourquoi ,zaka toit dans un clotre1 ce qu'elle y faisoit1 pourquoi elle ne vivoit pas dans une autre maison4 ,il ludoit mes questions1 me disoit qu'elle toit tranquille1 heureuse1 dans le lieu qu'elle habitoit2 qu'elle avoit pris le parti le plus convenable ses malheurs sa situation4 ,il ne me disoit rien au-del2 il ne m'expliquoit pas toute l'tendue de mon infortune2 il cherchoit reculer le moment fatal o mon cur devoit tre dchir d'une maniere si cruelle4 ,je ne prvoyois pas ce qui m'attendoit2 le ,jsuite1 qui pressentoit combien cet orage bouleverseroit mes sens1 loignoit le plus qu'il pouvoit l'instant o ce coup de foudre si nouveau viendroit fondre sur moi4 ,le clotre o habitoit ,zaka se trouvoit quelques lieues de ,san-,salvador3 je priai le ,jsuite de m'y accompagner4 ,cela entroit dans ses projets1 je puis dire sa louange que je n'ai point connu d'homme plus attentif prvenir les douleurs d'autrui4 ,il allioit ce que je n'ai point encore vu runi dans le mme caractere1 la douceur la finesse4 ,il sembloit me prparer une scene douloureuse1 en me parlant des vicissitudes de la vie humaine1 des loix diffrentes de chaque peuple1 qui matrisoient tous les individus1 de la soumission que l'on devoit aux vnemens qui surpassoient notre prvoyance trompoient notre attente4 ,il auroit pu m'annoncer tous les malheurs1 que je n'aurois jamais ajout foi celui qui vint me frapper confondre mes ides4 ,que j'tois loin de souponner un si grand changement6 ,nous arrivmes la porte du clotre2 je demandai parler ,marianne c'toit le nom qu'elle avoit choisi en embrassant la religion chrtienne4 ,avec quelle violence mon cur palpitoit6 peine je respirois4 ,elle parut3 je la reconnus1 malgr ses habits lugubres1 malgr ce voile triste qui ceignoit son front1 malgr cette douleur profonde qui1 en fltrissant ses traits1 n'avoit pu altrer le caractere de sa beaut unique4 ,je jetai un cri1 je me prcipitai en dsordre sur la grille qui me sparoit d'elle4 ,l'infortune ,zaka fait un pas en-arriere1 me regarde1 a peine me reconnotre sous l'habit d'un ,europen1 me reconnot enfin4 ,je l'appelle par son nom3 au son de ma voix1 son cur est mu1 sa langue se refuse l'expression2 elle me tend les bras1 ces bras que je ne pouvois saisir444 ,mais quelle funeste reconnoissance6 ,tout--coup elle plit1 tombe sur un siege2 son il s'teint2 la personne voile1 qui l'accompagne1 lui donne des secours4 ,elle revient elle2 mais quelle surprise6 ,zaka m'appelle l'auteur de son crime1 l'ennemi de sa flicit1 m'ordonne de fuir sa prsence1 me crie que j'ai manqu de faire son malheur ternel444 ,o moment qui faillit m'arracher la vie6 ,quoi6 cette mme ,zaka1 dont j'attendois les transports les plus tendres les plus vives caresses1 m'accuse d'inceste1 d'idoltrie2 me crie que tout nous spare1 que j'aie rparer les crimes que je lui ai fait commettre6 ,je lui dis que je n'tois point un idoltre2 que j'tois chrtien2 que je rclamois du moins les sentimens de la fraternit4 ,elle se cache le visage1 me dit que j'ai offens le ciel la terre2 que je n'ai qu'un instant pour me drober aux feux ternels de l'enfer2 que j'eusse m'instruire dans la religion catholique1 apostolique romaine1 faire une abjuration publique de mes erreurs1 vivre sous le cilice la haire pour obtenir misricorde du ,dieu que j'avois offens4 ,j'tois ptrifi de douleur d'tonnement4 ,je regardois le ,jsuite1 en lui demandant la cause de ce changement incroyable4 ,il me serroit dans ses bras1 me disoit3 ,elle s'est donne ,dieu2 elle est son pouse2 elle lui appartient4 ,a ce mot d'pouse1 mes sens furent alins2 je crus qu'elle s'toit effectivement marie4 ,le ,jsuite me dtrompa en peu de mots1 en me faisant entendre que ce n'toit qu'une union mystique4 ,je frappois la vote de mes cris2 je profrois le nom d',azeb du dsert de ,xarico4 ,je lui redemandois les tmoignages de cet amour qu'elle sembloit oublier4 ,je n'entendois que des sanglots moiti touffs dans les larmes4 ,je deviens furieux2 je veux entrer dans la chambre o est ,zaka1 pour la relever dans mes bras1 l'interroger sur la cause de son insensibilit de sa perfidie1 pour mourir ses pieds1 ou pour l'appaiser4 ,on me refuse2 je tente de briser ces grilles funestes4 ,le ,jsuite m'arrte1 me reprsente la coutume inviolable de ce lieu saint4 ,je maudis cette folle coutume qui enferme des curs innocens vertueux1 comme s'ils toient coupables mchans4 ,je me plains1 j'clate mon tour en reproches2 je dis tout ce que l'amour au dsespoir peut dire de plus violent de plus tendre4 ,zaka ne me rpond point4 ,je m'crie3 ,o montagnes de ,xarico6 ,je la conjure de n'tre pas insensible mes larmes1 de se souvenir de sa fille des nuds qui nous avoient unis4444 ,a ces mots1 elle jette un cri d'horreur1 dtourne la tte1 fuit comme si elle fuyoit un monstre1 me laisse seul en proie ma douleur ma surprise plus vive encore4 ,le ,jsuite voulut m'appaiser2 je criois3 ,elle est moi2 je briserai ses fers2 je retournerai sur ces bords o repose la cendre d'un pere2 je vivrai heureux avec elle sous les loix de la simple nature4 ,toutes les loix que je vois sont insenses1 bizarres4 ,un tigre bless1 exhalant une rage impuissante1 est une foible image de la fureur qui soulevoit mon ame4 ,accabl de ce violent dsordre1 je me trouvai mal4 ,on fut oblig de m'arracher de ce fatal endroit4 ,vignette ,,chapitre ,,xxxvi4 ,le ,jsuite me consoloit de son mieux me parloit de certaines loix religieuses dont je n'avois pas la moindre ide4 ,je ne concevois pas comment une distance de lieux pouvoit mettre une si prodigieuse diffrence dans les coutumes4 ,j'tois condamn par ces loix terribles4 ,je traitai d'abord ces loix de fables2 mais bientt je fus oblig de m'y soumettre4 ,j'avois beau m'emporter1 menacer2 tous mes mouvemens toient ceux d'un enfant auquel on a ravi un jouet4 ,je n'tois plus fort libre comme dans mon dsert4 ,une fois1 m'tant chapp1 je fis plusieurs lieues1 je courus autour du monastere qui renfermoit ,zaka4 ,ne pouvant y pntrer1 je poussai des cris douloureux1 afin qu'ils parvinssent du moins son oreille4 ,je m'imaginois que ,zaka1 se souvenant des montagnes de ,xarico1 soulageroit ma profonde douleur1 en jetant un cri semblable au mien4 ,hlas6 je ne savois pas alors qu'on s'toit empar de ses esprits2 qu'on avoit tourn sa grande sensibilit vers des tres mystiques2 que la mere de ,jsus les saints toient devenus les objets de son amour2 qu'on avoit abus du principe religieux qui rsidoit dans son ame1 pour lui faire embrasser des chanes que rien ne pouvoit plus rompre4 ,cette ame nave pure1 fatigue du malheur1 s'toit jete dans l'asyle qui lui toit offert3 chacun s'toit empress la disposer une conversion2 dans le dsordre o tant d'objets nouveaux avoient mis son esprit1 me croyant enseveli dans le fleuve des ,amazones1 elle avoit adopt toutes les coutumes qui lui avoient paru les plus convenables pour assurer son repos4 ,la violente crise de la douleur lui avoit fait parcourir1 pour ainsi dire1 en peu de jours1 un siecle de souffrances2 dans cet abandon gnral elle avoit saisi les secours que la religion lui offroit4 ,c'toient les seuls qui se concilioient avec la fiert naturelle l'innocence de son ame4 ,l'horrible perfidie de ,lodever avoit tu sa raison1 tous les hommes qui s'offroient ses regards lui sembloient capables des mmes attentats4 ,son ame1 violemment branle par un coup aussi subit1 n'avoit plus assez de force pour revenir vers ses premieres annes2 c'toit un songe dlectable1 mais effac pour elle4 ,un sentiment trop vif lui avoit fait prendre en aversion des murs trangeres2 tout ce qui la rapprochoit d'un tat concentr d'une indiffrence absolue lui tenoit lieu de la flicit qu'elle avoit perdue2 elle n'aspiroit plus qu' une vie contemplative2 les frayeurs d'une autre vie la tourmentoient depuis le moment qu'ayant vu une nation entiere appeller notre union un grand crime1 elle s'toit persuade que son ignorance ne la sauvoit pas du courroux cleste2 car on lui avoit fait lire distinctement dans des livres la rprobation que toutes les loix attachoient l'inceste4 ,son imagination1 trouble par les anathmes qui rsultoient de ce seul mot1 ne m'appercevoit plus que comme un objet qu'elle devoit fuir2 d'autant plus que je lui tois peut-tre cher encore1 ou du moins qu'elle n'toit pas parvenue m'oublier entirement1 ainsi que l'exigeoient ses nombreux cruels instituteurs1 qui avoient pris le plus grand ascendant sur ses inclinations craintives4 ,o auroit-elle puis du courage au milieu de tant de personnes runies pour la condamner1 par quelle supriorit de raison auroit-elle pu contrebalancer cette foule d'autorits qui la terrassoient8 ,elle devint chrtienne par les mmes raisons que je l'avois t4 ,tout cur droit sensible embrassera avec transport la morale du christianisme3 il en sentira sans peine la puret la sublimit2 car il ne faut qu'tre homme pour tre chrtien4 ,la sensible ,zaka pleuroit sur les maximes de l',evangile4 ,eh6 qui ne pleurera pas sur ce livre divin qui1 s'il toit suivi1 opreroit la flicit universelle8 ,il est fait pour soumettre la longue tous les curs tous les esprits4 ,zaka1 par une suite de la premiere impulsion1 toit devenue catholique1 puis religieuse2 elle ne s'toit point arrte dans le chemin qui devoit la mener au ciel4 ,son esprit n'avoit point d'objections1 quand son cur s'lanoit vers la batitude cleste1 qu'elle appelloit3 persuade de l'existence du grand tre1 tous les chelons qu'on lui avoit indiqus1 elle les avoit saisis2 elle ne savoit pas disputer1 elle savoit sentir2 tous les moyens qu'on lui prsentoit pour s'lever jusqu'au grand tre1 toient adopts avec une ferveur un abandon qui n'appartenoient qu' sa belle ame4 ,et moi1 form peu prs sur le mme modele1 je serois devenu moine1 si le ,jsuite l'avoit voulu4 ,j'aurois pris son habit2 car lorsqu'il me parloit du grand tre1 tout ce qui avoit rapport lui pntroit mon ame la disposoit l'adoption de toutes les crmonies qui tendoient l'honorer4 ,je me serois cru coupable en rejetant un rite qui et t le signe de mon amour de mon adoration4 ,depuis long-tems j'avois vu son auguste nom lumineusement crit sur toute la cration4 ,comment aurois-je rejet les diffrentes formules par lesquelles on envoyoit jusqu' lui les cantiques d'actions de graces qui lui sont dus pour la pense qu'il nous a donne1 pour le beau prsent qu'il nous a fait de le sentir1 de le connotre de vouloir nous lancer vers sa grandeur infinie8 ,quand on est pntr d'amour1 toute crmonie devient gale1 l'on ne voit que le grand tre dans tout autel dress en son honneur4 ,je n'avois pas fait alors les rflexions que je fais aujourd'hui2 j'tois injuste1 je voulois subjuguer la raison le sentiment de ,zaka qui1 soumise des circonstances diffrentes1 leur avoit obi1 toujours avec la puret de son ame1 lorsque je reus d'elle la lettre suivante4 ,,lettre de ,marianne ,zidzem4 ,,pourquoi1 ,zidzem6 ta prsence profane-t-elle cette sainte solitude que la religion le repentir habitent8 ,c'est ici qu'on a communication avec les cieux2 c'est ici que l'ame s'enivre d'une contemplation pure1 qu'elle approche de plus prs du ,crateur de ses perfections infinies4 ,mon devoir mes sermens1 tout m'oblige t'oublier2 pourquoi tes gmissemens viennent-ils redoubler l'horreur qui me consume1 rouvrir une blessure que le tems mes remords doivent fermer8 ,ah1 n'ai-je pas assez du fardeau de mon crime des menaces du ciel6 ,zidzem1 ce que nous croyions un amour innocent1 est un dsordre1 un crime que la religion rprouve1 que la bouche de tous les chrtiens condamne4 ,la rougeur couvre mon front2 la honte est mon ternel partage4 ,o malheureux frere6 les liens du sang sont trop troits pour former d'autres nuds1 l'amiti sainte pure exclut l'amour criminel4 ,il est un ,juge suprme2 sa loi me dfend de nourrir une flamme coupable4 ,sa justice est inexorable terrible4 ,je tremble pour toi1 frere infortun6 ,ouvre les yeux2 le monde entier t'accuse4 ,je prends la plume pour toucher ton cur3 puisse-t-il m'imiter dans son repentir6 ,peut-tre qu'en arrosant ce papier de mes larmes1 je te laisse voir1 malgr moi1 une partie du penchant trop cher que je veux domter4 ,en frmissant de l'normit de mon crime1 ton image me poursuit4444 ,laisse-moi viter de tomber dans les gouffres enflamms qui me menacent4 ,quand l',eternel rcompense1 ou quand il punit1 dcret irrvocable6 c'est dans les abymes de l'ternit que penche sa balance4 ,sois gnreux comme tu l'as toujours t2 aie piti de mes combats1 ils sont affreux3 tranquillise cette ame que tu dchires2 est-ce toi d'y vouloir rgner1 lorsque ,dieu me la demande sans rserve8 ,si je te suis chere1 ne me vois plus44444 ,mot cruel6 ,mais1 hlas6 il faut que tu m'oublies1 que tu me permettes de t'oublier4 ,je suis dans un asyle sacr1 o nous levons des mains pures vers le ciel2 ne trouble point ce culte que tu ne connois pas1 que je t'exhorte connotre4 ,ce n'est pas assez d'tre chrtien1 il faut tre catholique4 ,autant vaudroit pour toi tre un grossier idoltre que de ne point adopter les prceptes de l'glise romaine4 ,ce peu de jours que j'ai vivre1 que le chagrin la douleur minent pas lents1 vont s'couler dans les salutaires rigueurs de la pnitence2 pendant ce tems mes prieres monteront au trne de l',eternel1 pour obtenir ta grace la mienne4 ,n'adore point ,dieu1 ou adore-le comme il veut tre ador4 ,voil ce qu'on m'a enseign dans ce monastere1 ce que je crois2 car plusieurs le croient4 ,adieu1 mon frere6 ,c'est le seul nom qu'il me soit permis de te donner4 ,je suis en prsence de la ,justice divine2 je vais l'invoquer nuit jour2 mes pleurs la dsarmeront en ta faveur1 elle laissera tomber sans doute sa vengeance sur moi seule1 comme sur la plus criminelle dans l'excs de mon amour4 ,,marianne4 ,quels divers mouvemens m'agiterent la lecture de cette lettre6 ,je ne sais comment j'y rsistai2 je tombai dans une stupeur qui fit craindre pour ma raison4 ,mes rflexions m'accabloient2 je m'criois3 ,ah1 ,zaka6 comment peux-tu aujourd'hui nommer crime ce que l'innocence de ton cur a nomm vertu8 ,le ,jsuite me dit que la religion levoit contre moi sa voix foudroyante2 qu'il toit vrai que1 dans les livres de cette mme religion1 des exemples me justifioient2 que les loix naturelles avoient t ncessairement suivies par les premiers adorateurs du vrai ,dieu2 sans cela1 comment l'univers se seroit-il peupl8 que je m'tois trouv dans une ignorance invincible1 que notre famille avoit reprsent l'enfance du monde2 mais qu'aujourd'hui toutes les loix nouvelles nous condamnoient2 que ,zaka ne pouvant plus tre moi1 avoit renonc tout2 qu'elle n'avoit pris le voile que pour se drober un monde qui lui toit devenu odieux1 puisque ses coutumes nous sparoient pour jamais4 ,l'loquence insinuante du ,jsuite calma peu peu ma fureur3 je jugeai que ,zaka m'aimoit1 puisqu'elle avoit eu le courage de s'enfermer dans un asyle impntrable1 au moment o elle ne pouvoit plus m'avouer ni pour son frere ni pour son poux4 ,a quelque tems de l1 j'eus une affaire qui seroit devenue srieuse1 sans l'entremise du ,jsuite4 ,l'vque de ,san-,salvador m'envoya un ordre pour que j'eusse comparotre devant lui4 ,je n'avois jamais vu un vque en face4 ,le ,jsuite m'expliqua quels toient son pouvoir ses prrogatives4 ,cela ne laissa pas que de m'tonner un peu2 mais le religieux1 toujours raisonnable1 me rptoit3 ,chaque pays a ses coutumes4 ,et au fond1 je ne voyois pas trop que rpondre cela1 sinon que chaque pays a de mauvaises coutumes3 ce qui n'est pas un remede1 mais une consolation4 ,je comparus devant monseigneur2 je fis plusieurs salutations qu'il reut sans remuer la tte4 ,il toit assis gravement3 jamais je n'avois vu un humain avec un si gros ventre une face aussi rubiconde4 ,deux ou trois hommes en cheveux ronds en soutane noire l'environnoient1 sembloient lui marmotter l'oreille ce qu'il devoit rpondre4 ,il n'y avoit l ni armes ni massues de sauvages2 je ne sais par quel sentiment j'eus peur de cette figure assise des trois figures qui toient debout4 ,leurs yeux ne m'annonoient rien de bon1 mon ,jsuite m'avoit quitt la porte4 ,le silence de monseigneur me parut formidable4 ,approchez1 me dit-il2 ses regards s'armerent de courroux lorsque je l'abordai4 ,j'ai entendu parler d'un inceste commis avec votre sur3 on dit de plus que vous avez voulu entrer de force dans le couvent3 savez-vous que vous mriteriez1 selon les loix1 d'tre brl vif8 ,mais ma clmence enchane le bras de la justice2 faites abjuration au plus tt1 que je ne vous voie plus que converti4 ,le ,jsuite m'avoit fait ma leon3 je lui remontrai humblement que mon crime ayant t commis dans l'ignorance1 la rigueur des loix ne pouvoit rejaillir sur moi2 que de plus j'tois chrtien1 consquemment son frere4 ,il reprit que c'toit l peu de chose2 qu'il falloit tre catholique soumis aux volonts de l'glise2 que de plus j'eusse donner la somme qui devoit m'innocenter4 ,et comme on levoit mon crime au-dessus de tous les autres crimes1 la somme fut des plus fortes4 ,le ,jsuite m'avoit dit qu'on brloit par fois ceux qui se brouilloient avec l'vque de ,san-,salvador1 qu'il y avoit un certain tribunal qui terminoit ces sortes de procs en peu de tems4 ,je rptai l'adage du religieux1 chaque pays a ses coutumes1 je payai4 ,quand la somme fut dlivre1 le ,jsuite entra1 s'approcha de monseigneur1 lui parla l'oreille4 ,monseigneur alors adoucit son regard daigna m'interroger sur quelques-unes de mes aventures4 ,je lui parlois avec rserve2 car il m'intimidoit1 quoiqu'il n'et pas une baguette en main que ses bras gros courts me parussent sans force sans ressort4 ,je crus l'appaiser en lui disant d'une voix ferme3 ,monseigneur1 je suis chrtien1 consquemment j'ai l'avantage d'tre votre frere2 je vous aime je vous prie de m'aimer3 vous portez sur votre poitrine la croix o le grand tre est descendu pour nous dire tous que nous devions nous regarder comme freres444 ,il toit insensible cette harangue1 il ne l'coutoit pas3 le ,jsuite me fit signe de ne point continuer4 ,j'tois fch au fond de l'ame de rencontrer un chrtien qui ne me traitoit pas absolument en frere1 ce que j'attendois de lui1 vu la croix qu'il portoit4 ,l'indiffrence de l'vque fit que je me retirai dans un coin de l'appartement1 n'ayant jamais vu un homme si peu attentif aux discours aux rvrences d'un autre1 lorsque le ,jsuite1 aprs une petite conversation avec monseigneur1 me prit par la main m'emmena1 en disant3 ,j'ai tout arrang2 monseigneur ne vous fera point de mal4 ,est-ce qu'il pourroit me faire du mal1 rpondis-je navement1 tant chrtien mon frere8 ,le ,jsuite m'apprit qu'il y avoit des exceptions1 que les coutumes de tel pays vouloient que les chrtiens fussent soumis aux monseigneurs4 ,pour le coup mes ides se brouillerent1 je ne savois comment concilier la douceur affectueuse la bont agissante du religieux avec l'immobilit orgueilleuse de monseigneur ses sentences de mort4 ,vignette ,,chapitre ,,xxxvii4 ,lass de l'opposition continuelle qui se trouvoit entre les coutumes de ce pays les principes naturels de ma raison1 je n'aspirai plus qu' le quitter4 ,en vain le ,jsuite vouloit me rendre raison de tout ce qui me choquoit3 je n'en sentois pas moins l'inconsquence1 je lui dclarai que je n'adopterois jamais de pareilles murs4 ,l'impossibilit de voir ,zaka devenoit chaque jour pour moi un tourment plus insupportable4 ,ah6 si elle et perdu la vie1 mes larmes auroient t moins ameres1 j'aurois embrass sa tombe avec une douleur profonde1 mais calme2 mes prieres auroient obtenu de ,dieu qu'il nous runt4 ,mais la savoir vivante m'aimant toujours1 respirer le mme air qu'elle ne pouvoir jouir de sa prsence1 si prs l'un de l'autre cependant spars par une barriere ternelle1 c'en toit trop pour mon cur4 ,fuyons1 m'criai-je1 allons dans des contres lointaines finir des jours pour lesquels il n'est plus de bonheur6 ,avant de partir1 je voulus encore lui parler2 mais rien ne put la toucher3 elle refusa constamment de me voir1 j'avois promis au ,jsuite de ne point porter mes pas vers son monastere sans son aveu4 ,il toit devenu notre mdiateur1 notre interprete1 cet homme tonnant avoit trouv l'art d'enchaner mes transports4 ,j'obtins seulement de ,zaka quelques lignes que le zele religieux avoit traces2 elle me donna des renseignemens sur le fidele malheureux ,caboul que je cherchois de tout ct4 ,elle m'apprit qu'il toit en esclavage chez les ,portugais1 non loin de ,san-,salvador1 m'indiqua le lieu o je le trouverois4 ,j'y courus4 ,j'achetai ce serviteur fidele1 le repris comme un ancien ami qui avoit lev mes premiers ans1 rsolu d'assurer en paix la fin de sa carriere4 ,il avoit moins souffert que moi1 l'apathie de son caractere le rendant insensible aux vnemens de la vie4 ,la suite de son trange destine l'avoit foiblement mu1 je le retrouvai tel que je l'avois laiss dans le dsert de ,xarico4 ,ah1 que j'eus de joie de le serrer encore une fois entre mes bras6 ,il me rappelloit les objets les plus chers1 je crus1 en le revoyant1 tre transport dans le sjour o j'avois connu la paix le bonheur4 ,je n'osois en sa prsence prononcer le nom d',azeb2 quand il sortoit par hasard de sa bouche1 ce nom seul toit un reproche foudroyant qui retentissoit au fond de mon ame comme un coup de tonnerre4 ,me voyant plir ou frmir au nom de mon pere1 il vita dsormais de le prononcer devant moi4 ,ce fut lui qui m'apprit par quels incidens ,zaka avoit t conduite ,san-,salvador4 ,le sclrat ,lodever avoit cherch persuader ,zaka que j'tois tomb dans le fleuve par accident1 lorsque je tenois ma fille entre mes bras4 ,l'hypocrite joignit ses larmes aux siennes2 mais la malheureuse ,zaka n'en souponna pas moins l'affreuse vrit1 bientt la conduite du barbare la convainquit qu'elle toit tombe au pouvoir d'un monstre4 ,vingt fois ,caboul dfendit sauva l'honneur de ,zaka1 la sauva ensuite de son propre dsespoir4 ,zaka consentit vivre2 mais ce fut pour venger ma mort4 ,sa fermet sa prsence d'esprit firent chouer les infames projets de cet ,anglois1 dont rien ne changea la perversit4 ,un vaisseau ,portugais1 heureusement rencontr1 reut ses cris l'infortune ,zaka4 ,lodever la suivit dans le mme vaisseau4 ,il eut l'insolence de protester qu'elle lui appartenoit2 une nuit que1 cdant l'excs de ses maux1 elle toit endormie1 le barbare1 forcen d'amour de rage1 poussa la violence au dernier comble4 ,zaka fut assez heureuse pour opposer une dfense gale l'attaque2 ses larmes attendrirent le capitaine du vaisseau1 qui la protgea contre l'audacieux ,lodever3 mais ce mme capitaine ne poussa pas la gnrosit jusqu'au bout2 il perscuta son tour cette ,zaka trop malheureuse par sa beaut4 ,ses larmes n'eurent pas le tems de scher sur ses joues4 ,au premier port1 ,lodever jaloux furieux de s'tre vu arracher sa proie1 combattit le capitaine1 le pistolet en main2 le capitaine le blessa mortellement4 ,lodever1 sur le point d'expirer1 connut1 non le remords1 mais cet effroi des sclrats qui tremblent l'instant qui va finir leur vie2 tourment par le dsespoir1 il dvoila ses forfaits4 ,d'aprs sa confession1 il avoit d'abord voulu m'empoisonner1 pour jouir de ,zaka de mes trsors2 contre son attente1 ,azeb avoit t la victime de sa perfidie4 ,il avoua qu'il m'avoit prcipit dans le fleuve avec ma fille1 qu'il avoit cherch ensuite m'assommer d'un coup d'aviron4 ,il crut expier ces crimes par quelques pratiques superstitieuses1 en donnant des glises une partie de ce qu'il m'avoit vol4 ,enfin1 il mourut aussi indignement qu'il avoit vcu4 ,le capitaine du vaisseau ne se rendit pas du moins coupable d'une infame avarice4 ,il avoit de l'honneur1 il restitua ,zaka ce que nous avions apport2 mais ces trsors mme engagerent la sduction trop usite dans les monasteres conqurir ,zaka ses richesses4 ,elle en fit don la maison religieuse o elle s'toit retire4 ,le fidele ,caboul1 que les personnes qui environnoient ,zaka avoient toujours repouss1 erra comme matelot1 puis fut pris vendu comme esclave4 ,jugez1 cher chevalier1 au rcit de tant d'horreurs1 combien l'indignation me transporta6 ,que je mprisai les ,europens6 ,que les peuples civiliss me parurent monstrueux6 ,je crus qu'ils ne s'toient rassembls en corps que pour unir raffiner mutuellement leurs vices4 ,inutilement le ,jsuite tchoit de calmer mes accs de misanthropie2 je ne lui rpondois qu'en le pressant de quitter un sjour que je ne pouvois plus supporter1 ,zaka ayant enfin rompu toute correspondance avec moi4 ,il se trouva un vaisseau qui faisoit voile pour l',angleterre2 j'en profitai2 aprs bien des vnemens qui vous sont connus1 je choisis le midi de l',irlande pour mon habitation4 ,j'eus toujours me louer du ,jsuite4 ,son ame claire m'a servi de guide4 ,il reconnut en moi cette simplicit prcieuse de la nature1 que tant de revers n'avoient pu encore altrer1 il devint mon ami4 ,les avantages dont j'ai joui en ,europe pendant mes voyages1 sont inestimables3 avantages que je reconnois lui devoir4 ,o mort6 devois-tu le frapper presqu'entre mes bras8 ,permettez-moi1 cher chevalier1 de pleurer celui qui fut mon ami2 je l'ai retrouv en vous1 je ne suis pas encore consol4 ,ici1 je vis avec des livres ma pense4 ,aussi dtach du monde que dsabus de la chimere du bonheur1 je tche de rentrer dans l'tat de la bonne nature1 en conformant mes gots ses volonts1 en ne me permettant que des desirs simples aiss satisfaire4 ,j'ai trop desir1 je ne desire plus rien4 ,cette flamme active a puis mon cur3 il est devenu inaccessible aux traits de l'amour2 il a t trop profondment bless pour l'tre une seconde fois4 ,je n'ai eu qu'une passion1 mon cur est mort depuis qu'il est priv de ,zaka4 ,le repos1 l'indpendance1 une lgere mditation au pied d'un arbre1 un soupir qui s'chappe vers le clotre de ,san-,salvador1 voil ce qui compose l'espece de flicit dont je suis susceptible4 ,je regarde de loin les maux volontaires qui assujettissent les hommes civiliss1 les entraves qu'ils se forgent1 l'esclavage humiliant qu'ils chrissent2 indign de les voir renoncer aux droits d'un tre libre pour des jouissances frivoles ou incertaines1 je ne sais si tous ces sauvages1 gars dans les dserts de la boule du monde1 ne sont pas plus heureux au milieu de la disette des arts de la privation d'une foule de biens mensongers qu'il faut acheter si cher1 qui ne remplissent jamais ce vuide de l'ame1 auquel les ,europens sont si sujets4 ,je voudrois de ma retraite lever une voix assez forte pour pouvanter les tyrans de l'espece humaine4 ,on pourroit les compter1 tant ils sont peu nombreux1 ils commandent la multitude4 ,cette action du petit nombre sur le plus grand1 est un de ces phnomenes que l'on ne sauroit expliquer4 ,la dignit de l'homme me parot plus empreinte dans le sauvage nu1 matre des forts1 que dans le courtisan dor qui flatte sourit avec toute l'lgance d'une raison ingnieuse4 ,ce que je viens d'crire1 cher chevalier1 vous instruira peu4 ,il y a une foule de sensations qui me sont chappes2 je n'ai plus mes ides primitives2 je suis aveugl le premier par les usages par les loix2 je suis trop loin de l'poque o j'aurois pu saisir les objets sous le rapport que vous auriez desir4 ,il seroit utile sans doute1 pour la connoissance particuliere de l'homme1 de connotre l'homme sauvage4 ,on l'a peint1 dans presque tous les livres1 comme vivant dans les bois1 sans religion1 sans loi1 sans habitation fixe4 ,un tel sauvage est un tre de raison1 ou une exception rare la loi gnrale1 par laquelle tous les hommes connoissent plus ou moins la socit4 ,les hommes qu'on appelle sauvages forment de petites peuplades4 ,ce seroit en vivant parmi eux qu'on parviendroit distinguer ce que la nature seule nous a donn1 de ce que l'ducation1 l'imitation1 l'art l'exemple nous ont communiqu2 alors le portrait d'un sauvage seroit peu prs le ntre4 ,un ,anglois differe d'un ,italien1 un sauvage de l',amrique differe consquemment d'un ,portugais2 mais pour ceux qui savent voir reconnotre les traits naturels qui forment la base du caractere1 ils ne les trouvent pas opposs dans toute l'espece humaine4 ,je les ai vus de prs ces hommes1 tels qu'ils sont sortis des mains de la nature1 l'homme m'a sembl par-tout peu prs le mme1 soit nu1 soit habill2 car il a les mmes besoins les mmes desirs4 ,lorsqu'on dit que le sauvage ne rflchit point1 lorsqu'on le peint errant dans les bois1 sans loi sans devoir connu1 soumis aux impressions purement animales1 on prononce tourdiment4 ,l'homme n'est jamais seul sur la terre2 il fait attention ses semblables2 il les cherche2 il s'unit eux2 ils aiment vivre ensemble2 ils se parlent1 le besoin de la socit est inn chez l'espece humaine4 ,l'homme est sur la terre l'tre intelligent par excellence3 il agit selon sa nature quand il rflchit1 en ce qu'il exerce une de ses facults naturelles4 ,prtendre que l'tat de rflexion soit un tat contre nature1 que l'tre intelligent qui mdite est un animal dprav1 c'est rabaisser l'homme1 c'est lui ter l'empreinte majestueuse dont son auteur l'a gratifi4 ,quoi1 son ame seroit ensevelie dans une stupide inaction6 ,quoi1 son esprit ne penseroit point1 son imagination ne lui peindroit rien1 le spectacle de la nature seroit indiffrent son cur1 il verroit le ciel1 la terre1 les animaux1 son semblable1 soi-mme1 sans qu'aucun de ces objets excitt en lui la curiosit d'apprendre d'o ils viennent pourquoi ils sont6 ,et que seroit donc son entendement1 manation de la ,divinit1 feu cleste immortel1 destin examiner1 voir comprendre les ouvrages de la nature8 ,que deviendroit cette perfectibilit que chaque homme possede1 qui le distingue de la brute8 ,si l'un d'eux a su rflchir comprendre1 pourquoi l'autre1 quoique jet dans les forts1 seroit-il rest dans l'inaction1 tant dou du mme esprit8 ,le sentiment intrieur suffit pour instruire le sauvage3 rflchissant sur ses premieres actions1 comparant ses sensations ses ides1 il appercevra bientt en lui un principe capable de penser1 il se sentira libre quand il agit1 propre se donner de nouvelles perfections4 ,ce tmoignage qu'il se rendra sera suivi du desir d'exercer tant de nobles facults1 ce desir crotra par le succs des commencemens4 ,accoutum porter ses regards sur tout ce qui existe1 ce qu'il verra d'abord1 il voudra le connotre3 son esprit toujours pensant1 toujours agissant1 recevra un degr d'activit par ses premiers essais4 ,enfin l'homme sauvage n'est que l'homme enfant4 ,il se forme1 il s'instruit4 ,l'quit est ternelle1 immuable1 antrieure tout2 cette quit primitive n'est rien moins qu'arbitraire1 pas plus que les rapports des tres ncessaires entr'eux1 pas plus que la nature d'o elle dcoule4 ,le cur de l'homme1 ensuite1 soit qu'il rside dans les forts du ,nouveau-,monde1 soit sous les votes de la brillante architecture1 est le thatre de toutes les passions4 ,elles se modifient l'infini2 l'ambition le transporte1 soit qu'il dispute une cabane ou un empire4 ,la vanit l'enivre dans la solitude comme dans le tumulte des villes3 l'amour du plaisir le fait soupirer aprs une beaut qu'il poursuit la course1 comme il languit prs de celle qui donne son artifice le nom de vertu4 ,il est sensible au moindre trait du ridicule1 comme aux traits perans de l'injustice2 j'ai vu l'orgueil1 sentiment indestructible1 qui anime1 je crois1 un ver de terre1 dominer chez des hommes nus privs de tous les arts4 ,mais l'ignorance de nos arts ne rend pas meilleure la condition de l'homme sauvage3 il a un got tout aussi vif pour la commodit le luxe3 il se forge des passions factices2 il appelle notre dlicate volupt sans la connotre2 car ds l'instant qu'il l'appercevra1 il deviendra un ,sybarite2 son cur l'est d'avance4 ,l'homme ne peut fuir la volupt qu'en ne la connoissant pas3 ce n'est jamais elle qu'il vite1 c'est la peine qui l'accompagne3 il fera tout pour elle2 il apprendra braver les douleurs1 la mort1 pour reposer un instant dans ses bras4 ,je les apprcie de loin ces hommes sauvages1 qui les philosophes refusent toute notion mtaphysique morale4 ,ces mots ne leur appartiennent pas2 mais ils n'en ont pas moins les ides qui sont du ressort des tres intelligens4 ,l'observateur ne s'arrte pas une premiere vue superficielle3 il creuse1 il approfondit2 il voit alors que le vice la vertu ne sont pas des productions humaines1 qu'il est par-tout des rapports d'quit antrieure la loi positive1 que l'ignorance absolue n'anantit pas l'ide de la justice4 ,nous apportons donc tous au monde1 avec le sentiment de l'existence1 le sentiment du juste2 c'est une vrit qui n'est point de raisonnement4 ,le chne qui crot dans les forts est soumis des loix fixes immuables1 nous1 nous n'en aurions pas8 notre organisation seroit infrieure celle des vgtaux8 ,voil ce qui rpugne notre nature4 ,l'enfant au berceau connot sa faute2 il reoit avec soumission le chtiment quand il l'a mrit2 il entre en fureur ds qu'il se juge injustement frapp4 ,de l aux grandes vrits il n'y a qu'un pas4 ,l'ide d'un tre suprme1 je le soutiens1 est inhrente l'homme cache au fond de tous les curs3 tout la dveloppe1 tout la fconde2 pour peu qu'on leve les yeux vers le ciel1 elle parot crite en caracteres de feu4 ,les hommes ne sont donc pas faits pour vivre la maniere des ours des tigres3 ils ne peuvent garder les imperfections de leur enfance1 sans laisser leurs facults naturelles s'avilir se dgrader2 ce qui va directement contre les intentions de celui qui les leur a donnes pour en faire usage4 ,mais1 me direz-vous encore1 les sauvages sont-ils plus heureux que nous8 ,je ne le crois pas4 ,s'ils n'ont pas nos arts funestes le raffinement de nos passions1 ils ont leurs vices1 leur vengeance1 leur cruaut1 leurs frnsies4 ,les philosophes qui les ont reprsents comme vivans dans une heureuse simplicit1 ont eu de bonnes intentions3 ils vouloient rappeller l'homme aux loix de la nature1 dont il s'carte pour son malheur2 mais qui peut se flatter de les suivre dans leur intgrit pure1 ces loix qui se modifient de tant de manieres8 ,a quel signe les reconnotre8 ,comment valuer au juste la force des apptits varis de la nature1 voir l'ame parfaitement dcouvert1 distinguer tous les mouvemens naturels8 ,on a cru long-tems que le vice n'avoit pris naissance que dans les socits nombreuses2 cette opinion est fonde jusqu' un certain point3 on accordoit la vertu l'homme sauvage1 on lui refusoit les lumieres4 ,il porte en soi des vertus des lumieres ncessaires pour sa conduite2 il n'a pas eu l'occasion de perfectionner ses penchans1 voil1 selon moi1 toute la diffrence2 je pense qu'il faut vivre dans un tat sauvage1 c'est--dire1 born une unique petite famille1 telle que celle dont j'ai fait la peinture1 ou jouir compltement de tous les avantages de la civilisation4 ,vignette ,,les ,,amours ,,de ,,cherale1 ,,po,,me ,,en ,,six ,,chants4 ,melius est amare qum amari4 ,bandeau ,,les ,,amours ,,de ,,cherale4 ,,chant ,,premier4 ,,ma ,,conversion4 ,je suivois les prceptes d'une triste philosophie2 je poursuivois d'inutiles vrits trangeres au bonheur2 je raisonnois au lieu de sentir4 ,mon esprit orgueilleux vouloit tout connotre1 tandis que notre ame n'est faite que pour jouir4 ,je sondois avidement les merveilles curieuses de la nature1 1 insens que j'tois1 je ddaignois la beaut qui en est la plus touchante perfection4 ,je rvois2 je ne vivois pas4 ,un chagrin superbe soutenoit ma fiere insensibilit4 ,je me disois3 ,l'amour a soumis les plus grands hommes2 je brave son pouvoir4 ,il a rendu esclaves des hros2 je serai toujours indpendant libre4 ,j'tois idoltre de ce mot de libert1 je me consumois d'ennui entre ,seneque ,platon4 ,malheureux6 je serois mort sans avoir got la vie4 ,je n'aurois jamais connu le cur d'une femme1 abyme de tendresse1 de dlices1 de volupt1 o se dvoilent les sentimens les plus dlicats1 o se rassemble ce qu'on peut connotre de plus tendre1 ce qu'on peut prouver de plus doux1 mme ce qu'on peut concevoir de plus lev4 ,je serois mort sans avoir senti le charme de l'existence4 ,bientt je reconnus que je n'avois t que superbe1 mon cur avoua qu'une femme aimable a quelque chose de divin4 ,je te vis1 ,ismene6 je te trouvai belle1 je le dis froidement2 mais je le rptai souvent4 ,je t'aimois1 je ne croyois pas t'aimer2 mes pas se tournoient involontairement vers ta demeure1 je ne voyois que toi2 loin de toi je ne respirois qu'avec peine1 prs de toi l'air toit plus lger plus pur4 ,je te parlois politique1 morale1 philosophie2 tel toit le langage de mon amour1 tel toit le voile dont il se servoit pour prolonger la douce illusion o je me trouvois plong4 ,insens6 je voulois te faire pouser mes risibles systmes3 je ne savois pas alors qu'il n'y a rien de plus rel dans le monde que le plaisir que donnent tes yeux2 tu me l'appris4 ,je me disois les soirs3 ,ismene a de l'esprit4 ,ismene avoit peu parl2 mais elle m'avoit cout4 ,j'ajoutois3 ,elle a des charmes1 je les apperois4 ,cette image toit vivante mes cts4 ,j'tois chagrin le matin2 je ne pouvois voir ,ismene que le soir4 ,un soir que j'tois prs d'elle1 elle me sourit1 une flamme subtile pntra dans mon cur4 ,l'amour ne m'avoit pas lanc l'un de ces traits dors qui rveillent les sens sans y porter le trouble2 il m'avoit bless d'un trait profond4 ,etonn1 je sentis que j'adorois ,ismene pour le reste de ma vie4 ,oui1 je l'adore3 sa voix1 son regard1 son moindre geste1 tout ce qui est d'elle remue dlicieusement mon ame4 ,je ne suis plus insensible1 prs d',ismene la crainte me glace1 ou le plaisir m'enflamme4 ,ismene avoit cet air languissant qui dcele une ame faite pour l'amour4 ,ce fut le premier charme qui me toucha4 ,bientt je dcouvris son aimable vivacit1 sa finesse1 les graces ingnues de son esprit4 ,ainsi parmi les paysages des ,alpes le voyageur est agrablement surpris1 lorsqu' chaque colline il dcouvre de nouvelles beauts qui toient sous ses yeux qu'il n'appercevoit pas4 ,je brisai ma plume mon compas1 j'eus un sentiment bien plus vif de la rgularit de la nature1 en voyant la beaut d',ismene4 ,je n'tudiois plus1 j'admirois1 orgueilleux que j'tois de savoir contempler ses graces4 ,son il toit doux1 mais cet il brloit4 ,je servis ,ismene comme une de ces divinits toujours prtes foudroyer leurs adorateurs4 ,que de jours tristes pnibles j'ai passs6 ,tantt livr aux troubles de la jalousie1 aux langueurs de l'amour1 tantt aux traits aigus du dsespoir1 tous les tourmens qu'un cur sensible peut prouver1 le mien les a connus4 ,oublions ces tems cruels444 un regard d',ismene peut ddommager d'un siecle de maux4 ,j'ai touch enfin le cur d',ismene2 mais ce triomphe a flatt mon cur1 non mon orgueil4 ,amour6 amour6 je vais la peindre3 prte-moi ton pinceau1 que ma main tremblante ne la dfigure pas4 ,ismene a un front arrondi par la main des ,graces4 ,qu'il est bien6 ,il n'est ni trop lev ni trop troit4 ,de petites veines d'azur dlicates transparentes rendent ce front adorable4 ,on diroit y voir circuler sa pense1 sa pense toujours fine pleine de feu4 ,ses cheveux sont bruns1 non pas noirs4 ,admirablement plants1 ils couronnent son front touchant2 ils dveloppent heureusement sa physionomie vive spirituelle4 ,ismene est de la taille de l',amour2 mais c'est le corsage d'une ,nymphe la dmarche d'une ,grace4 ,personne au monde ne porte mieux sa tte4 ,si j'tois roi1 je mettrois un diadme sur cette tte charmante1 qui runit la fois quelque chose de piquant de majestueux4 ,la couronne siroit bien ce front4 ,son col est plein de noblesse d'expression2 c'est le col1 comme on sait1 qui dcide les airs de tte4 ,ismene est un peu fiere2 elle sourit quelquefois avec un noble ddain1 mais son sourire n'offense jamais4 ,son sein est presque toujours couvert2 mais son sein respire4 ,a ce doux mouvement1 mon cur palpite mon il est troubl4 ,ceux qui chrissent l'lgance des formes prfrablement un avantage plus vulgaire1 tressailleront comme moi1 ne sentiront pas encore tout ce que je sens4 ,sa prunelle est lgere1 loquente1 aussi mobile que sa pense4 ,son clat est tantt vif1 tantt doux1 mais toujours touchant4 ,son regard444 comment le dfinir8 ,il exprime tout ce qu'il veut dire1 son imagination s'y peint2 comme ,ismene a beaucoup d'esprit1 ses yeux sont assurment les plus beaux yeux du monde4 ,sa bouche est vermeille1 mais je ne donne pas une ide de sa fracheur4 ,son sourire accompagne son regard3 il est toujours fin1 quelquefois piquant malicieux2 mais quand il exprime la gnrosit1 la grandeur1 le sentiment1 alors il enchante1 il transporte1 il leve l'ame4 ,j'ai vu ses yeux mouills de quelques larmes au rcit d'une belle action1 les miennes naissoient dlicieusement2 alors le got de la vertu m'toit mille fois plus cher4 ,a mon approche1 j'ai vu quelquefois son front se colorer d'une rougeur cleste444 ,arrtons-nous3 ce moment de trouble d'enchantement ne sera point grav sur le papier1 mais dans mon cur4 ,une belle main promet de belles choses4 ,la main d',ismene est douce1 polie1 dlicate1 adroite en mille petits ouvrages2 ses doigts444 ,mon pinceau n'a point le talent d'achever4 ,son pied est mignon1 joli1 extrmement flatteur1 mais444 ,je n'en sais pas davantage4 ,ismene plait tout homme sensible4 ,quiconque n'en est point frapp me devient indiffrent2 c'est peu1 je le ddaigne cause de son insensibilit4 ,je ne puis souffrir que l'on en parle froidement1 cependant je ne veux point qu'on la trouve aussi aimable qu'elle me le parot4 ,j'ai cette jalousie qui vient d'un excs d'amour1 qui n'est cause que par la crainte de perdre ce que l'on aime2 mais elle n'est jamais sombre1 dfiante1 tyrannique4 ,ah6 qu'on aime ,ismene1 on ne l'aimera jamais autant que je l'aime4 ,je n'aurai point de rivaux dans l'excs de mon amour4 ,l'esprit d',ismene est tout en sentiment1 ce sentiment ne nuit point la raison4 ,je ne conois pas comment on peut allier tant de naturel de finesse1 de bon-sens d'imagination1 de vivacit de sagesse4 ,elle pense ainsi que dans l'ge d'or1 s'exprime avec toute la dlicatesse du siecle4 ,je suis toujours de son avis1 non parce qu'elle est belle1 mais parce que la raison emprunte sa bouche charmante4 ,je suis fier de savoir sentir son esprit lger1 naf1 brillant juste4 ,tout le monde n'a pas le bonheur de l'entendre1 de l'admirer comme moi4 ,les dons du gnie ne lui sont point trangers4 ,on pourroit tre jaloux de ses talens4 ,le tour de ses penses n'appartient qu' elle1 1 j'oserai le dire1 le sentiment d'en bien juger n'appartient qu' moi4 ,je la loue rarement1 de peur qu'elle ne croie que j'idoltre son esprit aux dpens de ses autres charmes4 ,ils sont tous galement puissans sur mon cur2 quand je dis1 j'aime ,ismene1 c'est dire1 j'aime la beaut1 les talens1 les vertus les graces runies4 ,parlerai-je de ce cur noble1 gnreux1 bienfaisant1 sensible envers les malheureux8 ,que ne puis-je ajouter1 il est6444 ,o dieu des amans1 fais que je le peigne un jour tel que je veux le rendre6 ,vignette ,,chant ,,ii4 ,,la ,m,,ditation4 ,je cherchois la solitude si douce un cur bless des traits de l'amour4 ,je me promenois pas lents1 non plus pour rver de vains systmes1 mais pour mieux penser ,ismene4 ,ismene6 je te portois dans mon cur4 ,j'avois ferm les yeux pour n'tre point distrait de ta chere image4 ,je redoutois le vol d'un oiseau le murmure d'un feuillage2 ils auroient pu m'enlever un plaisir4 ,j'entrai sous un berceau o le jour expiroit4 ,mon ame est toute la tendresse1 lorsqu'elle songe ,ismene4 ,heureux dans ces momens o je me drobe tout ce qui m'obsede1 pour me livrer entirement elle6 ,la contrainte1 la froide biensance enchanent ma langue en sa prsence2 les mouvemens de mon cur sont gns par de cruels tmoins3 mais ici mon imagination la voit seule4 ,ismene6 je te parle1 je te peins ma flamme1 j'intresse ta piti2 ah6 pardonne2 j'ose te voir sensible2 tu m'coutes1 ton il n'est plus svere4 ,je pleure tes genoux2 je baise tes mains4 ,ismene1 que tu es belle6 ,oui1 ce sont l tes yeux1 ta bouche1 ton sourire4 ,je te presse dans mes bras444 ,coulez1 mes larmes1 coulez1 soulagez le feu qui me dvore4 ,je m'apperus que j'tois dans l'illusion1 je ne voulus pas en sortir4 ,elle m'toit si chere6 ,ismene1 non1 tu ne sais pas quel point je t'aime4 ,je t'apperois dans tout objet enchanteur4 ,tu me suis dans l'ombre des forts1 dans le tumulte des villes2 la pompe des spectacles1 la fracheur matinale d'une riante campagne1 rien ne peut m'arracher ton image4 ,si ,euphrosine danse1 si ,agla chante1 si ,cyane pince le luth harmonieux1 c'est toi que je vois1 que j'entends2 c'est toi qui me ravis2 enfin tout ce qui est beau est toi6 ,si je suis digne de tes charmes1 c'est seulement par mon amour2 c'est ma tendresse qui mrite ton cur4 ,dis1 que faut-il faire pour le possder8 ,l'amour est le plus beau chemin qui conduise aux vertus2 c'est une flamme divine qui leve l'ame4 ,je lirai mon devoir crit dans tes yeux4 ,ordonne1 j'obis4 ,alors ma pense s'offrirent trois dieux4 ,le premier avoit un air inquiet avide2 ses regards toient durs1 sa physionomie commune4 ,il marchoit d'un pas lourd1 tenoit pour sceptre un lingot d'or4 ,a sa robe de pourpre d'hermine que surchargeoient de gros diamans1 je reconnus ,plutus4 ,mon siecle l'adore1 moi je le mprise4 ,il est le pere des forfaits des bassesses4 ,dieu du vil intrt1 ferois-tu le bonheur d'un amant8 ,s'il me falloit des trsors pour plaire ,ismene1 mon cur ne l'aimeroit point4 ,achete-t-on l'amour1 le plaisir1 la volupt8 ,m'avilirois-je devant l'idole de la fortune1 moi qu'honorent les regards d',ismene8 ,serois-je esclave des richesses1 moi qui toujours me suis trouv au-dessus d'elles8 ,fuis1 fuis1 dieu trompeur6 ,j'outragerois l',amour1 en songeant son plus cruel ennemi4 ,un dieu plus fier s'avance4 ,son front est ceint d'un casque que surmonte un panache ondoyant4 ,son bras est arm d'une lance1 il porte un vaste bouclier4 ,son il anim respire les combats2 il allume un courage guerrier dans les curs2 il me prsente une pe4444 ,a cette vue1 mon sang bouillonne4 ,j'allois saisir l'arme fatale4 ,ismene chrira le hros vengeur de la patrie4 ,je reviendrai triomphant couvert de nobles blessures44444 ,mais l'image d',ismene en pleurs m'arrta4 ,quoi1 tu pourrois me quitter pour aller verser le sang des hommes6 ,instrument de carnage de destruction1 tu endurcirois ton cur aux horreurs de la guerre6444 ,ah6 l'humanit proscrit ces bourreaux hroques1 de quelques beaux noms qu'ils soient revtus4 ,que nous importent1 les tristes querelles des rois8 ,qu'est-ce que cette gloire qui trempe ses ailes dans des torrens de sang humain8 ,ne me ramene point un amant ensanglant444 ,sois tendre1 sois fidele3 c'est tout ce que veut ,ismene4 ,aussi-tt un dieu brillant1 par d'une jeunesse immortelle1 l'air noble1 aux cheveux blonds1 au front ceint de lauriers toujours verds1 entrelacs de roses clatantes1 s'avance d'un pas doux majestueux4 ,il touche une lyre d'or2 les chantres des airs suspendent leur ramage1 jusqu'aux tres inanims1 tout semble prendre une ame4 ,l'extase repose sur son front radieux4 ,son il tincele de la flamme sacre du gnie4444 ,c'est ,apollon1 m'criai-je1 c'est le dieu que j'adorai ds l'enfance2 je m'lanai pour saisir sa lyre divine4 ,l',amour m'arrte en souriant4 ,eh quoi1 triste ambitieux1 la vanit te domine encore8 ,que sont de striles lauriers8 ,vois les plus beaux empoisonns du venin de l'envie4 ,quel est donc ce bonheur qu'enfante la gloire8 ,insens qui cours aprs un fantme1 tu te consumes follement dans de vains travaux4 ,renonce ces jeux fatigans2 la renomme est un son qui s'teint4 ,sers la beaut2 ne chante qu',ismene4 ,il est une rcompense qui vaut mieux que l'immortalit6 ,est-ce d',apollon que tu dois recevoir des loix1 foible matre6 ,ecoute l',amour1 coute ton cur cris4 ,un myrte parut2 je pris un de ses rameaux1 que je taillai en forme de plume1 soudain tous les lauriers d',apollon plirent4 ,,chant ,,iii4 ,,le ,,pr,,sent4 ,je devois un prsent la matresse de mon cur4 ,un prsent est un tribut de l'amour1 un gage de notre attachement4 ,mais que donner ,ismene1 qui soit digne d'elle8 ,si le prsent est riche1 il est orgueilleux4 ,l'amour embellit un rien plutt qu'un don magnifique4 ,ferai-je pour elle des vers8 ,non1 il y entre de l'art2 on veut briller2 on est pote1 on n'est plus amant4 ,si je prenois le pinceau pour reprsenter ,ismene1 ce portrait1 quoique non achev1 seroit sans doute le plus beau prsent que je pusse lui offrir2 mais l'art est impuissant saisir le vrai caractere de sa beaut3 l'art pourra la flatter2 mais l'art ne pourra jamais la rendre4 ,je lui ferai un prsent simple comme mon cur2 des fleurs1 images de son teint1 des fleurs1 filles aimables du printems1 voil ce que je lui offrirai4 ,je choisirai les fleurs closes sur le bord des fontaines1 non celles qui croissent au pied des rochers4 ,celles-ci1 dit-on1 impriment la fureur1 le soupon1 la jalousie effrne1 tyrans destructeurs de l'amour4 ,celles-l au contraire inspirent les sentimens tendres nafs qui font cder les bergeres rendent les bergers plus fortuns que les rois4 ,o dons de la nature6 allez1 volez sur le sein d',ismene4 ,mais quelle fleur choisirai-je8 ,toutes les fleurs sont passageres2 il n'en est point d'immortelles ainsi que mon amour4 ,la nature peint l'illet de mille couleurs2 mais l'illet annonce la lgret1 l'inconstance4 ,le ple narcisse est chri des ,nymphes2 mais il peint l'amour-propre2 l'amour-propre1 vice affreux aux yeux du tendre amour6 ,l'clat du jasmin1 l'odeur de l'humble violette dsignent cette modestie1 cette timidit qui accompagnent les desirs naissans qui sont dans mon cur4 ,mais dois-je les montrer1 ou dois-je les taire8 ,si ,ismene ne m'a point entendu1 il est inutile que je me dclare4 ,le plus cruel des tourmens est d'avouer une tendresse que l'objet de nos feux ne partage pas4 ,mais que vois-je8 ,la rose6 ,la rose est faite pour ,ismene2 elle exhale le plus doux parfum2 elle reprsente le coloris de ses joues2 elle peint la flamme qui me consume3 mais la rose a des pines44444 ,o mes dieux6 cartez-les de la beaut que j'adore4 ,c'est moi d'prouver tous les tourmens attachs l'amour4 ,qu',ismene n'en gote que les douceurs4 ,o rose1 adoucis la vivacit de tes parfums6 ,garde-toi d'offenser l'extrme sensibilit de son odorat2 ne porte son cerveau qu'une douce manation4 ,si l'adorable ,ismene doit se pmer1 ce ne doit tre que dans les bras de l'amour4 ,je cueillis une rose environne de plusieurs boutons naissans2 son calice toit peine ouvert1 l'abeille n'avoit jamais suc ses feuilles odorantes2 les pleurs de la rose la couvroient encore4 ,je volai chez ,ismene4 ,ah1 comme le cur me battoit6 ,amour6 tu inspires plus de dfiance que d'orgueil4 ,je lui prsentai cette rose en tremblant1 mon front color galoit sa vive rougeur4 ,ismene1 la charmante ,ismene me sourit1 prit la rose la mit sur son sein4 ,rose heureuse1 tu penchois ta tige pour mieux presser les lis blouissans de ce sein d'albtre4 ,un frmissement dlicieux se rpandit dans mes veines4 ,entran par un mouvement vainqueur1 je me penchai1 j'osai un instant respirer sur son sein l'odeur de cette rose4 ,dieux immortels1 savourez l'ambroisie1 je n'en suis point jaloux6 ,mes regards errerent moururent4 ,tmraire1 j'allois imprimer mes levres4444 ,le bras de la svere ,ismene m'arrta2 mais ma bouche mes yeux lui dirent3 ,o ,ismene6444 je meurs de mon amour4444 ,je ne pus en dire davantage4 ,je ne prononai que ces trois mots2 mais je les prononai d'un ton qui mut son cur4 ,son silence fut l'instant le plus heureux de ma vie4 ,je respirois1 libre d'un fardeau cruel1 aussi triste que douloureux3 mon cur1 jusqu'alors oppress1 lger comme l'air1 prouvoit un repos inconnu4 ,il ne pouvoit contenir1 il ne pouvoit exprimer les sentimens dlicieux qui l'agitoient4 ,alors je surpris un de ses regards3 quel regard6 ,il fut mon ame1 ce qu'est la vie rendue un malheureux au moment qu'il alloit la perdre4 ,l'aurore du bonheur sourit mes yeux4 ,la douce esprance1 charme de nos jours1 vint dorer l'avenir de ses rayons fortuns m'enivrer de ses dlices4 ,seroient-elles trompeuses8 ,o mes dieux6 si vous voulez abuser un tendre cur1 ne m'offrez pas des amorces si sduisantes4 ,depuis cet heureux instant1 que l'univers me parot beau6 ,c'est ,ismene qui l'embellit4 ,le sjour qu'elle habite est un sjour enchant3 l'air y est toujours pur1 le ciel toujours serein1 la terre toujours fleurie4 ,ah1 qu'il est doux d'aimer6 ,ce sont nos feux qui animent la nature2 elle expire loin du dieu qui la vivifie2 mon ame enchane ses penses volages dans les bornes charmantes de son sjour4 ,un sourire d',ismene est le calme des airs l'arbitre de mon bonheur4 ,ecoute-moi1 chere ,ismene3 c'est la flicit du cur qui fait la paix la sant de l'ame2 c'est alors seulement que l'on vit que notre existence nous devient chere4 ,les passions factices nous abusent1 mais l'amour ne nous trompe pas4 ,il est le pere des plaisirs4 ,c'est sa main bienfaisante qui dchire le voile qui nous cachoit un riant ,elyse4 ,alors tout enchante sur la terre1 tout intresse4 ,on prte l'oreille au chant matinal des oiseaux2 on respire une fleur avec volupt2 on ouvre son sein au souffle dlicieux du zphyr4 ,abandonne-toi toute entiere au charme de l'amour1 mon ,ismene6 ,l'clat de tes yeux en deviendra plus vif2 le doux coloris1 empreint sur tes joues1 aura de nouveaux charmes4 ,pourquoi le ciel te fit-il belle8 ,c'est pour faire un heureux4 ,le bonheur d'tre aim de toi me donnera un nouvel tre2 je connotrai l'orgueil de possder ton cur2 contemplant de loin le faste des rois1 la gloire des gnies du siecle1 l'opulence des favoris de la fortune1 je dirai3 ,je ne suis point jaloux2 ils ont la puissance1 la renomme1 les richesses2 moi1 j'ai le cur d',ismene4 ,vignette ,,chant ,,iv4 ,,la ,,promenade4 ,le printems toit descendu sur la terre3 l',amour est par-tout1 mais il est cach2 il est avec cette pine qui fleurit2 il coule avec ce ruisseau qui murmure2 il est dessous cette mousse voluptueuse qui1 pour certains yeux1 n'est qu'un amas d'herbes4 ,douce saison des amours1 je t'avois vue1 mais jamais si belle1 si frache si pure6 ,o ,vnus1 ne rejette point ma priere6 ,une force inconnue fait couler mes pleurs4 ,quelle volupt de conduire en silence la beaut sous ces ombrages solitaires1 de respirer avec elle le parfum des fleurs1 de soupirer avec le zphyr qui caresse mollement son sein6 ,que dis-je6 je ne pouvois me livrer toute ma tendresse4 ,de tristes tmoins gnoient mon cur4 ,je tenois ,ismene par la main1 toutes les facults de mon ame se runissoient sous ce toucher dlicieux4 ,je ne pouvois parler1 ma main plus hardie1 plus expressive peut-tre que ma bouche1 lui disoit ce que ma voix n'osoit exprimer4 ,en amour1 tout sort de l'ordre commun des choses1 tout sert de langage1 chaque mot a un sens1 le moindre geste signifie1 l'assurance la plus lgere est un serment1 la moindre faute un parjure4 ,on nous peint le dieu de l',olympe branlant d'un clin-d'il les poles du monde2 c'est ainsi qu',ismene1 d'un lger mouvement de paupiere1 m'leve aux cieux ou me plonge au ,tartare4 ,que de desirs1 que de soupirs1 que de plaisirs chappent mon pinceau6 ,quel dsordre rgneroit dans mes chants1 si je reprsentois tout ce que j'ai pu sentir6 ,j'aurois voulu que1 sous les pas d',ismene1 tout et pris une voix pour lui attester qu'il falloit aimer4 ,je marchois ses cts2 je soupirois n'osois la regarder4 ,je marchois sur le mme gazon qu'elle fouloit d'un pied lger2 nous traversions les mmes routes fleuries1 nous avions les mmes penses1 peut-tre les mmes desirs1 peut-tre1 ah6444 ,je dguisois les miens1 ils s'en enflammoient davantage4 ,ismene sensible aux tourmens secrets qu'elle me voyoit touffer1 laissoit chapper un peu de tendresse pour me consoler2 heureux d'un regard1 jamais satisfait4 ,le ciel n'eut jamais un plus brillant azur4 ,le char du soleil paroissoit plus radieux1 roulant sur la tte d',ismene4 ,les bois1 les cteaux1 les vergers avoient des charmes nouveaux4 ,je la vis s'asseoir au pied d'un rosier4 ,sa seve plus anime1 plus vive1 se prcipita dans les extrmits des branches qui touchoient ma desse1 l'on vit plusieurs boutons prts donner des roses enfermes sous un tissu qui ne les comprimoit qu'avec peine4 ,je vis ,zphyr qui caressoit ,flore1 quitter la desse en appercevant ,ismene4 ,jalouse1 elle rpandit les plus doux parfums pour rappeller le volage4 ,il les rapporta tous ,ismene4 ,flore le voyoit1 un dpit secret faisoit plir son front4 ,zphyr voltigeoit sans cesse autour d',ismene2 il touchoit impunment cette bouche o voloit mon cur4 ,son haleine amoureuse baisoit ses cheveux4 ,il se jouoit parmi ses tresses flottantes1 il caressoit ce sein que mon il bloui n'osoit fixer4 ,il prit une boucle entre ses levres la posa sur sa gorge d'albtre4 ,o boucle fortune1 tu semblois t'y coller1 y prendre vie1 frissonner de plaisir6 ,d'un regard furtif j'embrassai les contours de cette gorge divine4 ,tous les points lanoient la flamme4 ,je fus jaloux de ,zphyr4 ,j'avertis l',amour1 dont il usurpoit les droits4 ,l',amour blessa ,zphyr du trait le plus aigu4 ,loin de retourner ,flore1 il devint plus empress auprs d',ismene4 ,pere des dieux1 s'cria le fils de ,vnus1 descends1 juge entre ,zphyr moi6 ,les cieux s'ouvrirent4 ,le matre du tonnerre vit ,ismene4 ,il pronona qu'elle toit faite pour l',amour4 ,et cependant le papillon entr'ouvroit les roses naissantes2 la vaste solitude des bois qu'animoit le concert amoureux des oiseaux1 ces asyles sombres qui1 au milieu des plus beaux jours1 formoient les plus charmantes nuits1 le tendre gazon qui sert de lit aux ,amours1 la nature renaissante dans toute sa pompe1 la prsence d',ismene1 plus encore mon cur1 tout prsentoit mon imagination des plaisirs qui1 hlas6 fuyoient loin de moi4 ,non1 ce n'toit point l'ivresse le dlire des sens1 c'toit la pure volupt qui rgnoit dans mon ame4 ,la triste connoissance des amertumes de la vie prtoit un charme inexprimable aux courts instans que je passois prs d',ismene4 ,deux moineaux s'abattirent sur un rameau pliant2 le frmissement de leurs ailes exprimoit toute la vivacit de leurs transports de leurs plaisirs4 ,je les fis remarquer ,ismene4 ,qu'ils sont heureux6 ,rien ne contraint leur ardeur1 ils sont libres comme l'air4 ,l'homme seul a corrompu son propre bonheur6 ,ismene1 tu m'entends soupirer1 mais tu ne connois pas tout le feu qu'allument tes beaux yeux4 ,tu m'enivres d'amour2 l'amour est dans l'air que ta bouche respire2 il se peint dans ton sourire2 il anime ton esprit brillant facile4 ,partage le sentiment que tu m'inspires1 je n'aurai plus rien demander aux dieux4 ,si je n'avois pas connu la douceur de t'aimer1 j'aurois vcu dans une tranquille indiffrence4 ,mais te voir1 t'adorer1 te connotre1 ne pas goter le bonheur1 non1 il n'est plus possible6 ,unique objet de mes penses1 tu me fais prouver une alternative continuelle de crainte d'esprance1 de douceur d'amertume1 de repos d'agitation1 de plaisir de tourment4 ,acheve1 dcide mon sort4444 ,je pressois la main d',ismene2 mon cur toit descendu dans ma main2 il lui faisoit cent protestations d'un amour ternel1 cent sermens d'une constance inaltrable4 ,o trop cruelle ,ismene6 ,une larme douloureuse vint mouiller le bord de ma paupiere4 ,ismene me jeta un de ces regards qui fondent mon ame toute entiere1 je fus consol4 ,la main d',ismene m'apporteroit la mort1 que mes levres expirantes baiseroient cette main chere barbare4 ,c'est peu3 ,ismene seroit perfide2 je lui pardonnerois je mourrois4 ,,chant ,v4 ,,le ,,songe4 ,amour1 ,amour6 je ressens ta divine fureur4 ,je rpterai mille fois ton nom1 il n'en est point de plus beau4 ,tu seras toujours sur mes levres comme tu es dans mon cur4 ,l'ame fatigue de desirs1 je ne puis me refuser au tourment dlicieux d'en prouver de nouveaux4 ,j'aime mieux souffrir que de ne plus rien sentir4 ,ismene me seroit plutt odieuse que de m'tre indiffrente4 ,j'avois pass prs d'elle un jour heureux4 ,un tel jour est bientt coul4 ,dans un cercle nombreux1 je n'avois vu qu',ismene1 je n'avois entendu que sa voix touchante4 ,les flambeaux du ciel brilloient au firmament4 ,l'heure fatale du dpart toit arrive4 ,ismene toit plus belle1 plus sduisante1 plus adorable que jamais1 il falloit la quitter1 lorsque la nuit ne sembloit tendre ses voiles que pour favoriser les entreprises de l'amour1 touffer dans ses ombres les derniers combats d'une trop svere pudeur4 ,il falloit la quitter6 ,dieux1 que la nuit toit belle6 ,que les berceaux toient frais6 ,l'encens de la volupt toit rpandu dans les airs4 ,j'aurois donn de mon sang pour ne point m'loigner d'elle4 ,vingt fois je voulus partir1 vingt fois je restai4 ,o cruelle dcence6 tristes loix ennemies de l'amour6 c'est vous qui privez un amant des plus doux instans que prparent la fois le mystere la nature4 ,age d'or1 ge du bonheur1 o l'on ne connoissoit pas tant de chanes cruelles1 hlas1 qu'tes-vous devenu6 ,j'tois triste1 pensif4 ,je m'arrachai avec peine de ces lieux enchants1 o je laissois ,ismene2 mon cur toit oppress1 mes larmes coulerent4 ,je m'arrtai sur le seuil de la porte1 je tournai mes regards dans l'ombre paisse des arbres4 ,je sus encore y distinguer mon amante4 ,je la vis qui s'enfonoit pas lents dans un bocage sombre4 ,je fus tent vingt fois de revenir sur mes pas1 de la surprendre4444 ,mais sa gloire m'toit mille fois plus chere que l'intrt de mon amour4 ,je rentre chez moi4 ,quelle affreuse solitude6 ,je marchois rveur1 entendant encore sa voix1 voyant tous ses traits1 lui souriant1 lui parlant comme si elle et t prsente4 ,revenu de mon illusion1 la douleur s'empara de mon ame4 ,j'tois loin de chercher le repos4 ,dors1 aimable ,ismene1 dors1 tandis que j'entretiendrai dans la nuit sombre ton image4 ,gote la douceur du sommeil sa fracheur bienfaisante1 tandis que tes charmes embrasent consument ton amant malheureux4 ,un autre moins dlicat souhaiteroit que l',amour vnt interrompre ton repos2 pour moi1 je consens tre moins aim1 pourvu que tu sois exempte de toute inquitude4 ,dors1 mon aimable ,ismene1 dors1 je m'occuperai de toi dans le calme silencieux de la nuit4 ,que rien n'altere ton paisible sommeil3 que le souffle impur d'un orage1 mme passager1 ne vienne point fltrir les fleurs de ton doux printems4 ,ce n'est pas toi de gmir de soupirer4 ,tu es ne pour recevoir nos hommages1 nous1 pour obtenir d'un regard le bonheur de contribuer embellir les instans de ta vie4 ,si tu daignois un instant penser moi1 ma constance1 ma fidlit1 l'excs de mon amour1 aux tourmens qui l'accompagnent2 si tu daignois me plaindre1 ou si ton beau sein1 oppress de l'image de mes maux1 laissoit chapper un lger soupir qui rpondroit aux soupirs brlans de mon cur2 si4444 ,insensiblement le sommeil gagna tous mes sens4 ,le sommeil est le miroir de la vie4 ,les curs homicides font des rves cruels4 ,ils sentent des chanes pesantes1 ils voient les prisons1 l'chafaud4 ,regardez un enfant dans son berceau3 tous ses traits sont rians1 sa petite paupiere est tranquille2 l'innocence est peinte sur son front uni comme une glace4 ,moi1 je rvois d',ismene2 je dormois1 j'entendois sa voix4 ,son portrait1 si bien grav dans mon cur1 se retraoit sans peine mes esprits2 mais1 mes dieux1 en quel lieu1 en quel tems1 sur-tout en quel tat je la vis6 ,o trop flatteuse illusion6 ,c'toit dans le doux sanctuaire des amours1 dans cet asyle troit charmant1 o mon imagination seule avoit jusqu'alors os pntrer4 ,je retenois mon souffle1 je n'osois presque respirer faire un pas dans ce sjour o reposoit l'objet de mes tendres feux1 o voloit l'essain de mes desirs1 o toit ,ismene4 ,etonn de me voir dans ce lieu redoutable cher mon cur1 je frissonnois de surprise de joie4 ,peu accoutum au bonheur1 je ne me livrois qu'en tremblant au spectacle enchanteur qui sduisoit mes regards4 ,ismene1 mollement tendue sur un lit parsem de fleurs1 toit prte se livrer aux douceurs de ,morphe4 ,elle dvoloit lentement les trsors de ses adorables charmes1 ses levres toient plus fraches que les roses du matin4 ,ses bras sembloient abandonns au charme de la volupt4 ,sa taille enchanteresse1 un voile qui couvre mille trsors1 qui parot prt s'chapper1 une rougeur divine empreinte sur son front1 qui parot ptrie des mains du plaisir1 tout porte l'ivresse dans le cur d'un amant4 ,invisible ses yeux1 ses yeux toient jusqu'alors demeurs baisss4 ,ils se leverent sur moi4 ,quel moment6 ,j'y vis la douce modestie2 mais je n'y dcouvris ni honte1 ni colere4 ,je crus mme y appercevoir ce rayon de l'amour4444 ,je volai vers ,ismene1 le plus doux baiser fut pris sur sa bouche de rose2 mon ame erra long-tems sur ses levres divines1 j'y puisai un feu vif subtil dont je ne fus plus matre4 ,je ne sais d'o me vint tant d'audace3 je pris ,ismene entre mes bras4 ,le courroux vouloit animer ses yeux1 un doux nuage vint les obscurcir4 ,mes transports augmenterent1 la volupt alluma soudain son flambeau1 je devins le dieu des plaisirs4 ,la vivacit de mon bonheur servit l'teindre4 ,tromp que j'tois1 demi heureux1 je dtestois l'instant de mon rveil2 je refermois les yeux1 je poursuivois les restes d'une volupt vanouie4 ,dsabus1 j'tois honteux1 je rougissois de la crdule erreur de mon imagination4 ,ah1 seroit-ce plutt un pressentiment6444 ,je ne sais1 depuis ce jour1 je ne spare plus ,ismene de ma propre existence2 je crois toujours la sentir contre mon sein1 embrasant mes sens mon ame4 ,ces plaisirs1 dont je n'ai got que l'ombre1 garent ma raison4 ,une ardeur invincible consume ma jeunesse2 je meurs1 si la cruelle ,ismene rejette mes vux mes transports4 ,mais1 que dis-je6 j'amollirai son cur1 j'en jure par l'amour4 ,je l'aime trop pour enfin n'tre point aim4 ,o ,ismene6 souveraine de mon cur6 toi qui peux faire le charme de ma vie6 vois ton amant puis d'amour1 languissant tes genoux1 implorer tes pieds le bonheur4 ,va1 ses transports ne sont point l'ouvrage des sens2 ils sont l'effet du plus tendre amour4 ,il t'adore1 parce que son cur1 par une sympathie secrete1 rpond au tien2 il est altr de tes charmes1 parce que tes charmes sont toi4 ,une flamme brlante1 que tes regards ont attise1 le consume le tue4 ,de quoi lui serviront sa jeunesse1 son amour1 sa fidlit1 si tu es insensible8 ,vois les jours qui s'coulent1 l'ge du bonheur qui fuit1 le tems1 le tems irrparable qui vole4 ,l'instant o je te prie est perdu pour la tendresse4 ,ismene6 l'amour est la rcompense de l'amour4 ,quand deux curs n'en forment qu'un1 on ne vit plus en soi1 ni pour soi2 on vit pour l'objet aim4444 ,tu m'entends3 ah6444 osons tre heureux4 ,c'est sur ta bouche que l',amour veut que j'expire4 ,voil toute mon ambition1 c'est l le trne de ma gloire4 ,alors je verrai tous les mortels au-dessous de moi2 lorsque les glaons de la vieillesse viendront blanchir mes cheveux1 lorsque mes yeux affoiblis chercheront dans la nature sa pompe ses vives couleurs1 le froid des annes ne passera pas jusqu' mon cur4 ,echauff du souvenir de ta tendresse de tes appas1 je dirai la mort3 ,frappe6 j'ai connu le bonheur2 que peux-tu m'ter8 ,j'ai t l'amant d',ismene1 j'en ai t aim4 ,frappe6444 j'emporte au tombeau son image son cur4 ,,chant ,,vi4 ,,le ,,plaisir4 ,o ,plaisir1 vie prcieuse de l'ame1 toi sans qui le bonheur n'est qu'un vain nom1 goutte d'ambroisie que les dieux ont mle par piti dans le calice amer de la vie1 plaisir6 tre aimable fugitif1 si pour te peindre mieux1 nous devons te sentir1 c'est moi de te chanter4 ,que mon pinceau sans dessein sans art1 soit pur libre comme toi2 apprends-moi intresser1 plaire1 que la sagesse elle-mme avoue mes accens4 ,ma plume abhorre les scenes honteuses de la dbauche2 mais elle se plait rendre cette joie innocente1 fille du sentiment1 qui1 loin de produire le dsordre de l'ame1 enfante ce calme1 cette harmonie o l'ame se contemple se replie voluptueusement sur elle-mme4 ,et si mon pinceau ne rpondoit pas la dlicatesse de ton cur1 ,ismene6 favorise-moi d'un regard3 c'est l que je puiserai l'expression du plus bel ouvrage4 ,l'amour qui a form ton il aime s'y peindre3 c'est l que je le verrai tel qu'il est1 ou plus touchant encore1 tel que tu l'inspires4 ,oui1 j'ai connu le plaisir3 il brle dans mon cur1 comme le feu sacr sur les autels de la chaste ,vesta4 ,il ne s'teindra jamais4 ,il est un amour insparable des soins fcheux1 des soucis cuisans1 des inquitudes dvorantes1 des impatiences imptueuses1 des sombres jalousies1 de mille autres sentimens dsordonns2 ce n'est pas celui que j'prouve4 ,je m'applaudis d'aimer4 ,je me condamnerois1 si je cessois d'tre sensible4 ,je me trouve heureux d'tre perc de tous les traits de l'amour2 je gote une volupt qui appartient l'ame1 qui l'leve au-dessus des objets terrestres4 ,ce ne sont point des motions passageres1 de vaines illusions que l'on reconnot trop tard1 aprs qu'elles nous ont tromps4 ,ismene m'a appris aimer2 je l'aime parfaitement2 le plaisir que ressent mon cur1 est aussi suprieur aux plaisirs vulgaires1 qu',ismene est suprieure aux surprises des sens4 ,je ne forme plus aucun desir dont je puisse rougir4 ,je jouis d'un calme qui m'avoit t jusqu'alors inconnu4 ,un regard d',ismene a dissip la tempte qui grondoit dans mon sein4 ,ce n'est plus tant le feu de ses yeux1 ni les attraits de son visage que j'idoltre2 c'est moins son esprit qui me charme1 que son cur aimant4 ,nous passons souvent des heures entieres nous entretenir ensemble2 la douceur de nos entretiens n'est altre1 ni par les fades basses complaisances1 ni par les transports les emportemens d'une passion effrne4 ,laissez-moi1 mes amis2 en vain vous me parlez de notre ,sophocle1 en vain vous m'annoncez le nouveau chef-d'uvre dont il va enrichir la scene4 ,ismene m'attend4 ,autrefois j'aurois pu vous couter2 aujourd'hui ,melpomene son diadme1 ,thalie sa gaiet1 ,armide ses palais enchants ne valent point un sourire d',ismene4 ,ne me demandez point quelles sont les dlices qui m'attendent4 ,elles sont au-dessus de toute expression4 ,aimez comme moi1 mes amis1 il n'y aura plus qu'un plaisir pour vous4 ,il est une desse jeune1 aimable1 au front ouvert1 l'il radieux1 qui tient en main une chane de roses4 ,le contentement brille sur tous ses traits1 l'aisance l'accompagne2 elle claire l'amour2 elle le rend ingnu1 facile1 adorable4 ,cette desse est la ,confiance3 elle s'avance d'un pied lger1 elle s'assied entre nous deux1 elle prside nos entretiens1 elle entrelace nos bras de sa guirlande de fleurs4 ,les sentimens nafs de la plus belle ame coulent mon cur1 comme une onde pure coule au fond des vallons fleuris4 ,ismene6 on doit lever des autels l'amour1 non comme un dieu redoutable1 mais comme un dieu bienfaisant4 ,il nous rend meilleurs1 plus doux1 plus sensibles2 sans lui je n'aurois pas connu les plus rares vertus4 ,autrefois mes transports toient imptueux2 ils ont acquis quelque chose de modr4 ,c'est ton ame1 ,ismene1 c'est ton ame douce qui a vers le calme dans la mienne4 ,peut-on appeller plaisir ce qui n'est pas l'amour1 ou ce qui sert le dtruire8 ,qu'on a mal dfini les momens les plus enchanteurs de la vie6 ,je ne parle point de ces transports qui garent qui trompent2 je parle de cette tendresse pure1 de ces gots exquis qui distillent dans les curs la volupt goutte goutte1 comme le baume dcoule de l'arbre odorifrant de l',inde2 je parle de cette ivresse douce qui remplit toute la capacit de l'ame1 qui se suffit elle-mme1 qui ne desire rien que ce qu'elle sent4 ,ismene6 il n'appartenoit qu' toi de donner ainsi le change aux desirs4 ,je suis pntr d'une douceur divine qui ne me permet pas de sentir une autre faon d'tre heureux3 oui1 j'ai vu des momens o m'levant au-dessus des volupts sensuelles1 ,ismene m'auroit fait mpriser dans ses bras des faveurs qu'un cur dlicat et ddaignes de lui-mme4 ,non1 jusqu' cet instant je n'avois point connu l'amour4 ,je t'entends2 tu me dis3 ,gotons en paix1 sans mlange sans remords1 un bien-tre si grand1 si parfait4 ,quel autre plaisir ne corromproit pas notre bonheur8 ,tant d'amour fait couler des larmes de mes yeux1 larmes dlicieuses6 ,o quel cur je possede6 ,jugez si je cesserai un moment de l'aimer4 ,ismene1 es-tu contente8 ton amant est-il digne de toi8 ,son cur s'est-il pur au feu de ton amour8 ,s'il n'a pas toutes les vertus1 il sait les connotre4 ,que de dlices je ressens6 ,mon il la contemple2 dans ma prunelle vient se peindre l'image de sa beaut4 ,admirable organe1 source fconde de plaisirs1 puisses-tu te fermer avant que je voie une autre qu',ismene avec le mme ravissement6 ,si je respire le parfum des fleurs qui sont sur son sein1 si j'entends sa voix douce harmonieuse1 ce n'est point mon odorat1 ce n'est point mon oreille qui sont frapps2 c'est mon cur1 c'est lui seul qui est mu lorsque ma bouche baise sa main4 ,si je quitte ,ismene1 le plaisir ne m'abandonne point4 ,je lui dis adieu avec une tristesse passionne4 ,je ne perds rien de l'impression de ses charmes2 je me rappelle chaque mot qu'elle a prononc4 ,je me plonge dans une douce mlancolie1 je m'y plais1 je m'y livre tout entier4 ,tout se peint autour de moi sous des images riantes2 heureux de conserver la prcieuse motion de mon ame4 ,ainsi1 quand la cymbale clatante a cess de retentir dans les airs1 elle conserve encore un frmissement sonore qui plait l'oreille attentive4 ,amis6 je ne sens que le plaisir d'aimer4 ,je jouis la fois du pass1 du prsent1 de l'avenir2 l'avenir doit porter un nouveau degr de sentiment dans le cur d',ismene2 l'image de mes maux passs rendra mon bonheur plus vif2 mon ame voit l'univers en beau2 la philosophie l'endormoit1 c'est l'amour qui la rveille4 ,pas un moment de vuide ou d'indiffrence3 quel tat plus dlicieux6 ,prolonge-le1 chere ,ismene2 j'adore tes rigueurs1 filles du devoir2 lorsqu'elles me chagrinent1 l',amour en souriant me montre dans le lointain le temple de l',hymen4 ,arrive1 arrive1 moment enchanteur1 o je la conduirai aux autels pour y recevoir ma foi6 ,ah6 les dieux qui lisent dans mon cur pourroient me dispenser des sermens4 ,que dis-je6 non1 je veux les faire aux yeux de toute la terre2 ce sera l'instant le plus glorieux de ma vie4 ,alors4444 ,ma vue se trouble1 ma main tremble1 mon cur palpite avec violence4 ,alors4444 ,il n'est plus de termes pour m'exprimer4 ,ah1 que ce que le cur accorde doit tre prfrable ce qu'arrache un transport indiscret6 ,il n'est point de volupt1 si elle n'est partage4 ,c'est l'aveu du bonheur dans la bouche d'une amante1 qui touche un amant dlicat2 ce bonheur lui est plus sensible que le sien propre4 ,amour1 plaisir6 car vous tes synonymes1 ah6 retirez vos faveurs1 si votre main fortune1 en me couronnant de myrte1 ne rend pas ,ismene encore plus heureuse que moi4 ,je ne conois pas un plus beau moment que celui de cette douce victoire2 cependant je puis le ddaigner1 si dans cet instant mme son cur ne s'applaudit point d'avoir fait un amant heureux4 ,,fin4