,note sur la transcription3 ,les erreurs clairem5t introduites p> le typographe ont t corriges4 ,l'or?ographe d'orig9e a t cons]ve et n'a pas t h>monise4 ,les mots et phrases imprims en gras dans le texte d'orig9e sont m>qus a9si4 ,,une ,,maladie ,,morale ,,une ,,maladie ,,morale ,,le ,,mal ,,du ,,si,,cle ,,p> ,,paul ,,*>p5ti] ,,sub/itut ,,au ,,tribunal ,,de ,,la ,,se9e ,illu/ration ,,p>is ,,librairie ,,acad,,mique ,,didi] ,,et ,cie1 ,,libraires-,,diteurs #ce1 ,,quai ,,des ,,augu/9s1 #ce #ahhj ,a ,,la ,m,,moire ,,de ,,mon ,p,,re ,j4-,p4 ,,*>p5ti] ,,inspecteur ,,de ,l',,acad,,mie ,,de ,,p>is1 ,,agr,g ,,de ,,la ,,facult ,,des ,,lettres4 ,,introduction ,,introduction ,p>mi les traits les plus saillants de nos murs1 il en e/ un qui ne peut1 ce semble1 *app] p]sonne3 je veux dire un p5*ant trs prononc p\r les j\issances2 et j'aj\te1 surt\t p\r celles de l'ordre matriel4 ,sans exam9] ici si une p>eille disposition tait re/e jusqu' prs5t inconnue1 il e/ p]mis d'affirm] que1 de nos j\rs1 et p>mi n\s1 elle se manife/e avec vid5ce4 ,ds le milieu de ce sicle1 et mme un peu avant1 la ,france a donn des preuves multiples de la considration dans laquelle elle t5ait les bi5s de ce monde4 ,on y a vu la ri*esse1 les gr&eurs1 les plaisirs1 le bi5-tre s\s t\tes les =mes1 p\rsuivis avec pret1 quelquefois avec cynisme4 ,ces ardeurs se sont traduites dans des faits bi5 connus1 dont quelques-uns n'ont eu que trop d'clat2 elles se sont exprimes aussi1 dans les arts1 dans la littrature1 p> des productions qu'on n'a po9t oublies4 ,non que la ,france t\t entire ait sacrifi ces passions2 grce ,dieu1 elle n'a jamais p]du la tradition des gr&s dv\em5ts et des uvres leves4 ,mais il c]ta9 que1 depuis un c]ta9 nombre d'annes1 n\s n'avons po9t1 en gnral1 montr un dta*em5t exagr de t\tes *oses1 et qu'on ne peut n\s repro*] d'avoir e/im au-dess\s de sa vritable valeur le prix de la vie4 ,cep5dant1 dans ces d]ni]s temps1 s'e/ produit un m\vem5t simultan1 directem5t oppos cette t5dance pratique4 ,une philosophie qui a reu la dnom9ation de pessimi/e1 s'e/ donne t*e de dmontr] que le bonheur si vivem5t convoit n'tait qu'un rve1 que la vie n'avait et ne p\vait jamais avoir p\r l'homme que de cruelles dceptions2 en un mot1 que t\t tait p\r le plus mal dans le pire des mondes possibles4 ,cette philosophie1 dont le premi] g]me p>at avoir t nagure transmis p> l',italie l',allemagne et que l',allemagne a grossie et corrobore p> de laborieuses lucubrations1 recueille auj\rd'hui en ,france une c]ta9e faveur et acqui]t une importance croissante4 ,des travaux nombreux1 plusieurs t\t rc5ts1 lui ont t consacrs1 qui lors mme qu'ils s'ef=c5t de la rfut]1 n'en ont pas mo9s p\r effet de famili>is] les lecteurs avec une doctr9e dsolante4 ,p> une association naturelle d'ides1 le pessimisme rveille le s\v5ir d'une poque de notre hi/oire morale qui a prcd immdiatem5t celle de la j\issance outrance1 mais qui en e/ bi5 diffr5te4 ,en effet1 de la f9 du ,x,v,i,i,ie sicle la seconde moiti du ntre1 s'e/ dr\le *ez n\s une gr&e priode de mlancolie4 ,am\r de la solitude1 habitude de la rv]ie1 impuissantes et vagues aspirations1 incurable scepticisme1 ennui1 ds5*antem5t1 dsespoir mme1 p\ss quelquefois jusqu'au suicide1 tels tai5t les pr9cipaux signes qui1 tantt sp>s1 tantt runis1 et quelquefois plus app>5ts que rels1 rvlai5t l'exi/5ce de cette disposition trange4 ,on l'a appele le mal ou la maladie du sicle4 ,lo9 de moi la p5se d'en exagr] l'importance1 et l'erreur de croire que cette crise ait envahi t\s les lm5ts de notre socit4 ,qui ne sait qu'au se9 d'un affaissem5t trop commun se sont cons]ves bi5 des n]gies viriles1 bi5 de f]mes convictions8 ,ne s'e/-il pas aussi r5contr plus d'un homme qui ait *app l'influ5ce gnrale p> sa lgret et son inconsi/ance8 ,et d'ailleurs1 ceux-l mme qui en fur5t atte9ts n'ont-ils pas connu des mom5ts d'int]mitt5ce ou de rmission8 ,t\tefois on ne saurait le conte/]1 cet tat a prs5t l'poque indique plus haut1 une int5sit et une t5due bi5 dignes de l'att5tion des morali/es4 ,sans d\te1 il ne faudrait pas assimil] t\s les mlancoliques aux pessimi/es4 ,il exi/e de ceux-ci ceux-l la diffr5ce qui di/+ue un tat de l'me d'une conception de la p5se4 ,autre *ose e/ de s5tir et d'exprim] un malaise intime2 autre *ose e/ de prononc] sur le monde un ana?me sy/matique4 ,dans le premi] cas1 c'e/ affaire de s5tim5t2 dans le second1 de raisonnem5t4 ,tel a pu se jug] malheureux1 qui n'a pas ni la possibilit du bonheur p\r les autres hommes2 peut-tre mme l'a-t-il volonti]s concde t\te la t]re1 p\r ne voir dans sa propre s\ffrance qu'une exception agrable son orgueil4 ,et1 d'un autre ct1 l'on assure que les philosophes allem&s qui ont lev le savant *afaudage du pessimisme1 n'ont nullem5t ddaign c]ta9s avantages palpables1 et qu'ils ont su1 comme on l'a dit1 adm9i/r]1 la fois1 leurs r5tes et leur gloire4 ,mais1 malgr ces di/9ctions ess5tielles1 il re/e une sorte de p>5t collatrale entre ceux qui ont crit la ?orie de la s\ffrance et ceux qui en ont fait l'expri5ce p]sonnelle4 ,il e/ bi5 peu vraisemblable que la plup>t de ces d]ni]s1 mme de ceux qui leur in=tune semblait tre un privilge flatteur1 ai5t conu une op9ion optimi/e d'un monde o leurs dsirs ne p\vai5t tre satisfaits2 aussi1 voit-on p>fois1 et comme leur insu1 leur s5tim5t se gnralis]1 et dpass] les bornes de leur propre p]ception4 ,en s5s inv]se1 le pre du pessimisme dans notre sicle1 a t1 n\s le v]rons1 un de ceux qui ont tr\v1 p\r pe9dre les t\rm5ts de leur me1 les acc5ts les plus d\l\reux4 ,en rsum1 si cette philosophie amre ne peut se confondre absolum5t avec la disposition morale dont elle rappelle l'exi/5ce p>mi n\s1 elle en e/ la t>dive conscration et comme le c\ronnem5t ncessaire4 ,le mom5t p>at donc v5u d'tudi] avec quelque dtail cette disposition mme4 te9te dans sa =me individuelle1 mais revivant c]ta9s g>ds s\s une autre =me plus ab/raite1 elle peut tre apprcie la fois1 avec la lib]t qui app>ti5t la critique du pass1 et avec l'intrt qui s'atta*e l'obs]vation des faits contempora9s4 ,c'e/ ce que je v\drais essay] de faire4 ,je v\drais1 aprs avoir re*]* le vritable c>actre de l'tat dont il s'agit1 et aprs avoir p>c\ru l'hi/oire de ses manife/ations anci5nes1 le suivre en ,france et mme1 autant qu'il s]a ncessaire p\r l'intellig5ce du sujet1 en dehors de la ,france1 dans le c\rs de son ple9 dveloppem5t1 de #aghi #ahdh2 puis1 m>qu] le mom5t et les circon/ances de sa f94 ,je v\drais1 *acune des phases de son exi/5ce1 en sond] les causes gnrales ou p>ticulires et en prcis] les consqu5ces4 ,enf91 je v\drais en faire entrevoir le prs]vatif4 ,ce sujet n'a po9t encore t trait dans son ensemble4 ,en mme temps qu'une tude morale1 on tr\v]a ici une tude littraire4 ,comm5t en s]ait-il autrem5t8 ,l'tat que j'analys]ai e/ presque t\j\rs accompagn du beso9 de s'pan*]1 et de confi] au papi] les secrets les plus intimes1 les plus fugitives impressions de l'me4 ,dans la re*]*e des docum5ts de cette nature1 n\s r5contr]ons les auteurs les plus illu/res1 les ,*ateaubri&1 les ,lam>t9e1 les ,victor ,hugo1 les ,musset1 les ,georges ,s&2 mais on aurait tort de nglig] des criva9s plus mode/es1 et de ddaign] de plus humbles tmoignages4 ,une simple lettre de/9e un ami1 une note trace p\r son auteur seul1 en appr5n5t s\v5t1 sur un homme ou sur une poque1 plus que des compositions apprtes1 dont la s9crit peut tre compromise p> la proccupation de la publicit4 ,je n'ai g>de1 d'ailleurs1 de prt5dre que la littrature contempora9e relve sans exception de cette tude4 ,dans la prface d'une traduction de ,w]!r1 ,m4 ,pi]re ,l]\x a cru p\voir crire qu'une comp>aison entre ,w]!r et les uvres analogues qui l'ont suivi1 mme en se re/reignant celles qui ont le plus de rapport avec lui1 ne s]ait ri5 mo9s qu'un tableau et une hi/oire de la littrature depuis prs d'un sicle4 ,je ne tomb]ai po9t dans cette hyp]bole4 ,de mme que t\te une famille d'esprits s'e/ t5ue en dehors de l'pidmie rgnante1 de mme1 je le reconnais1 t\te une p>tie de la littrature e/ muette cet g>d4 ,mais celle qui r5tre dans le cadre de ce travail e/ assez ri*e p\r lui donn] des proportions trop considrables peut-tre au gr du lecteur4 ,encore1 cet lm5t d'in=mation ne s]a-t-il pas le seul consult]4 ,l'art lui-mme et les faits sociaux peuv5t f\rnir d'utiles lumires et complt] les rvlations de la plume4 ,je m'ef=c]ai de puis] la vrit t\tes les s\rces4 ,i ,,consid,,rations ,g,n,,rales ,,et ,,ap],u ,r,,trospectif ,i ,considrations ,gnrales ,il importe avant t\t de prcis] le c>actre gnral de l'tat moral qui fait l'objet de ce travail4 ,qu'(fre-t-il donc1 cet tat1 qui soit p>ticuli]8 ,et p\rquoi lui appliqu] la dnom9ation de maladie8 ,n\s avons numr les pr9cipaux symptmes auxquels on reconnat son exi/5ce3 le beso9 de l'isolem5t1 la pratique de l'oisivet contemplative1 l'irrsolution1 l'inquitude1 la mobilit1 le d\te1 le dgt de t\tes *oses1 le dc\ragem5t absolu1 enf9 la mort volontaire4 ,ces diffr5ts symptmes sont-ils t\s et p> eux-mmes d'une nature p]nicieuse8 ,a ces que/ions1 il faut rpondre p> une di/9ction4 ,c]tes1 que dans c]ta9es conjonctures1 s\s l'influ5ce d'une vocation religieuse ou d'une gr&e d\leur1 on s'loigne de la socit des hommes1 il n'y a l aucun sujet d'tonnem5t4 ,qu'on aime p>fois dt\rn] ses reg>ds du monde extrieur et rel p\r les report] au d$ans de soi-mme ou les prom5] trav]s les doma9es de l'imag9ation1 ri5 de plus naturel encore4 ,que la volont ait ses faiblesses et la facult de connatre1 ses limites2 que la vie enf9 n\s rs]ve des dceptions et des d\leurs de plus d'une sorte1 qui p\rrait le ni]8 ,et celui qui j\irait d'une srnit inaltrable ne s]ait-il pas plac au-dessus des lois de l'humanit8 ,mais si un homme se sp>e du monde sans autre motif que le dsir de vivre seul2 s'il se ti5t sans cesse repli sur lui-mme et se r5f]me dans un milieu *imrique2 si1 avec une t5dance in/9ctive v]s un idal lev1 il se s5t inhabile y p>v5ir2 si1 avide de croyance1 il ne peut s'atta*] avec p]svrance aucun pr9cipe religieux ou philosophique2 s'il e/ atte9t d'une dsillusion prcoce1 et blas avant l'ge2 si sa s\ffrance1 quoiqu'ayant une ju/e cause1 dpasse t\te mesure2 si elle survit sa cause1 ou mme si elle nat sans cause2 si1 lo9 de *]*] la dom9]1 il se laisse va9cre p> elle2 s'il l'entreti5t plaisir1 s'y complat et s'y endort2 surt\t si1 au mpris de ses devoirs env]s son ,auteur1 env]s ses semblables1 env]s lui-mme1 il rejette un f>deau qu'il juge trop l\rd p\r ses paules et met f9 volontairem5t ses j\rs1 alors on peut affirm] qu'en lui l'quilibre moral e/ rompu1 et qu'il e/ en proie une vritable maladie1 et1 comme l'on dit auj\rd'hui1 une nvrose de l'me4 ,ne n\s y trompons pas cep5dant4 ,il ne s'agit pas d'une de ces maladies m5tales qui jett5t dans les facults du malade une telle p]turbation qu'elles entran5t son irresponsabilit4 ,de p>eils tr\bles intress5t le mdec9 plutt que le morali/e et n\s n'avons po9t n\s en occup]4 ,ceux dont p>le cet ouvrage laiss5t subsi/] le libre arbitre4 ,p> suite1 ce s]ait en va9 qu'on *]*]ait c\vrir d'une sorte d'immunit les regrettables dfaillances qui ont pu les accompagn]1 et en p>ticuli] le crime du suicide4 ,mais1 s\s cette rs]ve1 on doit reconnatre que n\s sommes ici en prs5ce d'un tat qu'on a pu ju/em5t qualifi] de maladif4 ,a-t-on eu galem5t raison de complt] cette qualification en y ratta*ant l'ide du sicle actuel1 et de dire la maladie du sicle8 ,oui1 c> c'e/ dans notre sicle que cet tat a pris les proportions les plus considrables4 ,mais1 ne l'oublions pas1 d'une "p1 il n'a pas dur autant que le sicle1 puisqu'il a cess depuis d'assez nombreuses annes2 et1 d'autre "p1 c'e/ avant ce sicle qu'il avait comm5c1 c> la plup>t des gr&s mlancoliques1 qui attirai5t l'att5tion publique en #ahjj1 s'tai5t dj fait connatre comme tels un peu avant cette poque1 peu prs v]s #aghi4 ,bi5 plus1 ils eur5t eux-mmes1 dans la gnration prcd5te1 des anctres au!ntiques et1 p\r t\t dire1 on retr\v]ait aussi des exemples de la disposition qui leur tait ord9aire ds la plus haute antiquit1 et *ez les nations les plus diffr5tes4 ,p>c\rons ces div]s exemples plus ou mo9s anci5s4 ,cette revue clair]a l'tude de l'pidmie mmorable qui les a suivis4 ,,ii ,antiquit et ,moy5 ,age ,reportons-n\s d'abord p> la p5se v]s les temps et les contres ,bibliques4 ,le ds5*antem5t de ,salomon n\s revi5t aussitt la mmoire et n\s n\s rappelons ses s5t5ces amres sur la vanit des bi5s t]re/res4 ,on le sait1 la tri/esse mod]ne n'a pas ddaign de leur faire de frqu5ts emprunts4 ,ailleurs1 au fond de l',inde1 et c9q c5ts ans avant ,jsus-,*ri/1 un jeune pr9ce1 combl des faveurs de la =tune1 mais adonn l'abus de la contemplation1 le fondateur mme du ,b\ddhisme1 fait ent5dre une de ces pla9tes1 qui se multipli]ont plus t>d l'inf9i1 sur la maladie1 sur la mort1 sur la dcomposition incessante des tres4 ,mais akya-,m\ni ne s'attri/e pas seulem5t sur la mort2 il dplore la vie3 ,p> le fait de l'exi/5ce1 dit-il1 du dsir et de l'ignorance1 les cratures dans le sj\r des hommes et des ,dieux sont dans la voie des trois maux444 ,les qualits du dsir t\j\rs accompagnes de cra9te et de misre sont les rac9es des d\leurs4 ,elles sont plus r$\tables que le tran*ant de l'pe ou les feuilles de l'arbre vnneux4 ,comme une image rfl*ie1 comme un *o1 comme un bl\issem5t ou le v]tige de la danse1 comme un songe1 comme un disc\rs va9 et futile1 comme la magie et le mirage1 elles sont remplies de fausset2 elles sont vides comme l'cume et la bulle d'eau4 ,a ses yeux1 le vide app>at p>t\t3 ,t\t phnomne e/ vide1 t\te sub/ance e/ vide1 en dehors il n'y a que le vide444 ,le mal1 c'e/ l'exi/5ce4 ,ce qui produit l'exi/5ce1 c'e/ le dsir2 le dsir nat de la p]ception des =ces illusoires de l'tre4 ,on s'accorde auj\rd'hui voir dans akya-,m\ni le plus vieil inv5teur du pessimisme1 et peut-tre1 en effet1 quelques-unes de ses ides peuv5t-elles tre reg>des comme le po9t de d"p de cette philosophie4 ,mais1 dans les passages que je vi5s de reproduire1 il p>le mo9s en philosophe qu'en rveur et en pote2 il app>ti5t plutt au pessimisme individuel qu'au pessimisme ab/rait et c'e/ p\r cette raison qu'il devait figur] ici4 ,p\r ne pas avoir rev5ir ces pays lo9ta9s plaons t\t de suite ct de la tri/esse de akya-,m\ni celle du pote ,sadi1 qui crira au moy5 ge cette maxime3 ,ce qu'on peut connatre de plus intime et de plus vrai dans la condition des mortels1 c'e/ la d\leur4 ,de p>eils s5tim5ts1 p\r avoir t r>es dans l'antiquit classique1 n'y fur5t cep5dant pas inconnus4 ,on en suit la trace en ,grce4 ,on cite1 *ez ,homre1 la pe9ture de ,mnlas se rassasiant de sa d\leur1 de ,bellrophon dvorant son cur2 *ez ,p9d>e1 cette "q et cette rponse3 ,qu'e/-ce que la vie8 ,c'e/ le rve d'une ombre4 ,on a cru voir aussi dans ,hsiode1 ,simonide1 ,euripide1 ,sophocle1 des indices de mlancolie4 ,peut-tre donne-t-on ces diffr5ts traits une valeur qui ne leur app>ti5t pas entirem5t4 ,il en e/ de plus srieux dans d'autres uvres1 p> exemple1 cette p5se d',ari/ote d'aprs laquelle une sorte de tri/esse sembl]ait tre le privilge du gnie4 ,quelle am]tume aussi dans ce passage d',empdocle3 ,tri/e race des mortels1 de quels dsordres1 de quels pleurs tes-v\s sortie6 ,de quelle haute dignit1 de quel comble de bonheur1 je suis tomb p>mi les hommes6 ,j'ai gmi1 je me suis lam5t la vue de cette demeure n\velle4 ,et ne dirait-on pas qu'elle e/ tire de quelque criva9 mod]ne cette phrase sur les t\rm5ts de notre intellig5ce3 ,nos moy5s de connaissance sont borns et disp]ss dans nos organes4 ,les expressions rsi/5t nos p5ses et les m\ss5t4 ,les mortels phmres n'ap]cevant qu'une faible p>celle de cette vie d\teuse1 ne saisissant qu'une va9e fume et croyant aux *oses seules qui leur tomb5t s\s les s5s1 err5t dans t\tes les directions1 c> ils dsir5t dc\vrir cet ensemble des *oses que les hommes ne peuv5t ni voir1 ni ent5dre1 ni saisir4 ,platon n'e/ gure plus optimi/e en c]ta9e circon/ance1 tmo9 ce fragm5t de l',apologie3 ,que quelqu'un *oisisse une nuit passe dans un sommeil pr(ond que n'aurait tr\bl aucun songe1 et qu'il comp>e cette nuit avec t\tes les nuits et t\s les j\rs qui ont rempli le c\rs de sa vie2 qu'il rfl*isse et qu'il dise combi5 dans sa vie il y a eu de j\rs et de nuits plus heureux et plus d\x que celle-l2 je suis p]suad que non seulem5t un simple p>ticuli]1 mais que le gr& roi de ,p]se lui-mme en tr\v]ait un bi5 petit nombre et qu'il s]ait ais de les compt]4 ,mais c'e/ surt\t *ez un philosophe grec de la ,cyrnaque1 *ez ,hgsias1 que s'accuse cette sombre disposition4 ,p\r ,hgsias1 la vie conti5t tant de maux que la mort qui n\s en dlivre e/ un bi54 ,sa doctr9e se rsumait dans un livre intitul3 ,grec3 ,apok>t]n1 ce qu'on peut traduire a9si3 ,le dsespr1 ou bi53 ,la mort volontaire4 ,on y voyait un homme dt]m9 se laiss] m\rir de faim1 que des amis rappelai5t la vie et qui leur rpondait en numrant les pe9es dont elle e/ remplie4 ,?se pessimi/e assurm5t1 mais aussi1 sans d\te1 expression d'un s5tim5t de dsespoir p]sonnel4 ,c'e/ ce s5tim5t qui s'exhale dans la conclusion de l'auteur2 c> le pessimisme philosophique ne p\sse pas1 lui1 au suicide de l'individu3 il juge ce moy5 insuffisant p\r corrig] le vice radical dont le sy/me du monde e/ infect selon lui4 ,hgsias1 au contraire1 y voyait un moy5 suprme d'*app] t\s les maux4 ,il p>lait mme sur ce sujet avec une loqu5ce si p]suasive qu'il avait reu le surnom de ,peisi?anatos1 que beauc\p de ses auditeurs1 n\s dit ,cicron1 s'tai5t donn la mort en sortant de ses leons1 et que le roi ,ptolme crut devoir f]m] son cole p\r arrt] les progrs de cette contagion m5aante4 ,la mode du suicide n'tait pas1 d'ailleurs1 *ose n\velle dans ces rgions4 ,bi5 avant ,hgsias1 elle s'tait dveloppe en ,grce1 et il y exi/ait une sorte d'association de la mort volontaire dans laquelle s'enrlai5t les g5s fatigus de vivre ou peu s\cieux de subir les disgrces de la vieillesse4 ,deux sicles aprs le philosophe ,cyrnaque1 on retr\vait ,alex&rie une sorte d'acadmie qui p]ptuait la tradition cre p> lui1 la secte des co-m\rants1 ,grec3 tn sunapo?an\m5n1 qui a compt ,anto9e et ,cloptre au nombre de ses affilis4 ,dans les div]s exemples qui prcd5t1 la mlancolie ne se prs5te gure qu' l'tat de curieuse exception1 due des causes v>ies et quelquefois obscures1 mais qui ne p>aiss5t se ratta*] aucun fait gnral4 ,il en e/ diffremm5t *ez les ,roma9s1 qui1 malgr leur rudesse native1 ne sont pas non plus re/s trang]s cet tat de l'me4 ,qui ne sait de quel acc5t de tranquille dsespoir ,lucrce p>le de la condition huma9e2 comme il se plat dp\ill] l'homme de t\s les *>mes1 de t\tes les consolations de la vie8 ,ri5 n'gale la tri/esse de son tableau du petit enfant jet nu sur la t]re1 comme un naufrag sur une plage ds]te et remplissant la demeure de ses vagissem5ts lugubres1 comme il convi5t un tre qui il re/e tant de maux trav]s] dans la vie6 ,enf91 quoi de plus frappant que le v]s immortel dans lequel il a dcrit la secrte angoisse qui empoisonne t\tes nos joies8 ,pl9e l'anci51 lui aussi1 cet criva9 dont on a dit qu'il tait presque un mod]ne1 p>le de l'homme jet nu sur la t]re nue4 ,et ,cicron n'a-t-il pas aussi sa note tri/e1 et en exposant dans les ,tusculanes les d\l\reuses doctr9es d',hgsias1 n'y adhrait-il pas1 qu& il disait que la mort n\s enlve plus de maux que de bi5s1 et qu'il lui eut t avantageux de m\rir plus tt8 ,qu'on n'oublie pas surt\t la s5sibilit d\l\reuse1 et1 p\r a9si dire1 ce don des l>mes du pote qui a dit3 ,sunt lacrym r]um et qui a mrit d'tre *oisi p> ,dante p\r compagnon de son voyage dans le royaume des d\leurs2 et1 ct du mot de ,virgile1 qu'on place celui d',ovide3 ,e/ qudam fl]e voluptas4 ,on peut affirm] qu'il y avait ,rome encore d'autres esprits pr(ondm5t s\ffrants1 des hommes qui1 sans avoir essuy aucune adv]sit1 pr\vai5t un mal indf9issable4 ,au milieu du palais de ,nron1 on voit un citoy5 obscur1 un simple capita9e des ,g>des atte9t1 comme l'a trs bi5 dit l'hi/ori5 de cet pisode1 de cette langueur d\l\reuse1 de cette mort anticipe1 ou plutt de cette espce de sommeil o l'homme e/ livr des agitations sans suite1 des rves inquiets1 des t]reurs sans cause4 ,il consulte ,snque qui devi5t son directeur de consci5ce et qui conduit avec habilet cette uvre dlicate4 ,mais ce qui montre le mieux1 ce me semble1 l'infirmit morale de ces temps1 c'e/ la ?orie du suicide pr(esse p> les plus gr&s philosophes4 ,snque lui-mme1 cet excell5t mdec9 des mes1 voit dans cet acte de dsespoir un refuge lgitime contre les preuves de la vie et ,pl9e l'anci5 dcl>e que la facult de se donn] la mort e/ le plus gr& bi5fait qu'ait reu l'homme1 et il pla9t le ,dieu1 dont il veut bi5 admettre un in/ant l'hypo?se1 de ne p\voir us] de ce remde s\v]a94 ,on peut longtemps rfl*ir1 dit loquemm5t ,m4 ,villema91 avant de tr\v] dans la corruption de l'tat social et dans le dsespoir de la philosophie1 un plus tri/e argum5t contre la div9it1 que cette impuissance du suicide reg>de comme une imp]fection1 et cette jal\sie du nant attribue mme aux dieux4 ,a de telles dfaillances1 il tait impossible de ne pas reconnatre une socit en dissolution1 dj tr\ble p> les convulsions qui annonai5t sa f9 pro*a9e4 ,a ct du monde paen1 qui s'en allait1 s'en levait un autre d'o devait sortir la rgnration4 ,l encore1 la mlancolie app>at2 mais combi5 diffr5te de celle que n\s v5ons d'obs]v]6 ,qu'a de commun cette humeur inquite et agite avec l'au/rit1 les gmissem5ts1 les pla9tes des mes *rti5nes1 avec ces fuites au ds]t1 ces clotres1 ces ?bades dans lesquelles la jeunesse et la beaut *]*ai5t une spulture volontaire8 ,quelque rappro*em5t qu'on ait v\lu faire entre ces *oses1 leur contra/e e/ complet4 ,la mlancolie paenne v5ait de l'abs5ce de convictions3 la mlancolie *rti5ne pr5d sa s\rce dans les pr(ondeurs de la foi4 ,au surplus1 le *rti5 ne p\rra jamais tre pessimi/e absolu4 ,si la cit des hommes (f5se ses yeux1 il n'a qu' les lev] v]s la cit cle/e4 ,comme c'e/ aussi l'esprit religieux qui dom9e le moy5 ge1 je n'ai gure p>l] de cette poque4 ,dante lui-mme1 malgr son masque grave et sombre1 malgr c]ta9es pages de la ,vita ,nuova o l'on a cru voir une confession morale du g5re de celles qui se sont si s\v5t produites dans notre sicle1 ,dante *appe notre exam5 p> le c>actre my/ique de sa tri/esse4 ,je me cont5t]ai de m5tionn] d'un mot1 en ,allemagne1 un arti/e1 l'auteur de la clbre image de la ,mlancolie1 et ces potes dont les ,li$s *ant5t la mort associe l'am\r4 ,on y a rem>qu cette int]rogation3 ,cette vie l'ai-je vcue1 l'ai-je rve81 mot qui rappelle celui de ,p9d>e sur le mme sujet et qui atte/e a9si l'unit de l'esprit huma91 trav]s les diffr5ces de temps et de races4 ,m4 ,ozanam a df9i avec ju/esse la posie des ,m9nes+]4 ,p\r les ,allem&s la s\rce potique e/ dans cette d]nire et plus secrte pr(ondeur de la nature huma9e qu'on nomme le cur4 ,l1 au milieu d'une cont9uelle alt]native de joie et de s\ffrance1 clot la mlancolie qui e/ aussi l'aspiration v]s le beau1 le dsir 7,sehnsu*t874 ,mais1 en gnral1 le moy5 ge n'e/ po9t frapp p> le mal dont j'tudie l'hi/oire4 ,arrivons donc aux temps mod]nes4 ,,iii ,sicle de ,l\is ,,xiv4--,jean-,jacques ,r\sseau et ses ,disciples ,qu& on se rappro*e de notre poque1 d'abord les monum5ts de la mlancolie p>aiss5t peu considrables4 ,cep5dant t\s les g]mes n'en sont pas dtruits2 un il att5tif les dc\vre mme s\s ,l\is ,,xiv4 ,bi5 qu'avec le gr& roi l'ordre et la discipl9e s'tabliss5t dans les esprits comme dans l'tat1 cette socit si bi5 rgle recle encore quelques indices de tr\ble moral4 ,bossuet1 dans son admirable langage1 dc\vre cet incurable ennui qui fait le fond de la vie huma9e depuis que l'homme a p]du le gt de ,dieu4 ,on s5t s\s l'app>5te gat de ,molire une c]ta9e dose d'am]tume2 son ,don ,juan laisse une impression de tri/esse1 et son *ef-d'uvre e/ le portrait du p]sonnage svre qui va *]*] une solitude o d'tre homme d'honneur on ait la lib]t4 ,les ap]u de ,l>o*ef\cauld sur l'homme rvl5t une philosophie morose4 ,mais c'e/ *ez un autre criva9 du mme temps que la s\ffrance morale se rvle avec le plus d'int5sit4 ,malgr son dsir de se s\mettre aveuglm5t1 en dpit de ses ef=ts p\r cons]v] la foi1 ,pascal e/ en proie au d\te1 aux agitations vagues1 aux t]reurs sans cause1 et c'e/ ces angoisses que sont dus les cris puissants qu'il jette dans le sil5ce de son me4 ,aussi ,pascal a-t-il la faveur des mlancoliques mod]nes4 ,jean-,jacques ,r\sseau p>le de ce p5seur malheureux avec une gr&e admiration2 et ,*ateaubri& a dit3 ,les s5tim5ts de ,pascal sont rem>quables p> la pr(ondeur de leur tri/esse et p> je ne sais quelle imm5sit4 ,mais j'ai hte d'en v5ir des figures dans lesquelles on v]ra une plus vive ressemblance avec les types connus de la premire moiti du sicle1 de vritables portraits de famille dont la place e/ naturellem5t m>que dans cette gal]ie4 ,je veux p>l] d'abord de ,jean-,jacques ,r\sseau et de son cole4 ,ce qui frappe t\t de suite dans ,jean-,jacques ,r\sseau1 c'e/ le p5*ant la rv]ie4 ,ds son enfance1 la lecture des romans avait dvelopp en lui cette habitude4 ,il n'avait aucune ide des *oses1 que t\s les s5tim5ts lui tai5t dj connus444 ,il n'avait ri5 conu1 il avait t\t s5ti4 ,il atte9t le seuil de la jeunesse inquiet1 mcont5t de t\t et de lui1 dvor de dsirs dont il ignorait l'objet1 pleurant sans sujet de l>mes1 s\pirant sans savoir de quoi4 ,le monde de l'imag9ation se sub/itue p\r lui la ralit2 et non seulem5t il oublie la ralit p\r la fiction1 mais plus la ralit e/ svre1 plus son imag9ation e/ riante4 ,ce n'e/ pas assez3 il e/ une *ose qu'il aime plus encore que la rv]ie1 c'e/ le s\v5ir de celle-ci2 c'e/1 p\r a9si dire1 la rv]ie de sa rv]ie4 ,le c>actre factice d'une telle exi/5ce app>at bi5 dans ce qu'on peut appel] les am\rs de ,jean-,jacques4 ,aux ,*>mettes1 il aime mieux ,mme de ,w>5s de lo9 que de prs4 ,a ,v5ise1 dans l'pisode de ,zanetta1 on le voit s'+niant se gt] lui-mme sa bonne =tune3 non1 s'crie-t-il1 la f9 de ce rcit1 la nature ne m'a pas fait p\r j\ir2 elle a mis dans ma mauvaise tte le poison du bonheur ineffable dont elle a mis l'apptit dans mon cur4 ,quant ,?rse1 il ne l'a jamais aime4 ,une fois cep5dant1 il croit avoir pr\v la passion4 ,mais cet am\r unique1 de quoi se composait-il8 ,r\sseau1 seul l',h]mitage1 avait peupl sa solitude des fantmes de femmes dont il avait g>d le s\v5ir4 ,dans ses cont9uelles extases1 il s'enivrait torr5ts des plus dlicieux s5tim5ts qui soi5t jamais entrs dans un cur d'homme4 ,s\s l'influ5ce de ces songes1 il conoit l'ide et le plan de sa n\velle ,hlose2 il en crit les premires pages4 ,c'e/ alors que survi5t ,mme d',h\detot2 elle semble tre l'inc>nation de ses illusions *ries1 et il l'aime4 ,am\r encore imag9aire1 et que ne contribuait pas peu enflamm]1 *ose biz>re1 la c]titude qu'il ne s]ait pas p>tag4 ,au fond1 ,r\sseau1 am\reux surt\t de *imres1 ne fut jamais vraim5t pris que des crations de son intellig5ce4 ,avec le gt de la rv]ie1 il avait celui de la solitude qui dev9t bi5tt p\r lui un beso94 ,les ,*>mettes1 l',h]mitage1 ,montmor5cy1 l'le de ,sa9t-,pi]re1 ,erm5onville1 sont illu/rs p> ses retraites4 ,il y employait ses heures des excursions dans les lieux les plus ds]ts1 et1 s'il se p\vait1 les plus sauvages4 ,il e/ intressant de re*]*] les causes de cet am\r de l'isolem5t4 ,l'orig9e en tait =t complexe4 ,il procdait d'abord du gt mme de ,jean-,jacques p\r la rv]ie1 c> l'habitude de la fiction inspire l'loignem5t du monde4 ,il procdait aussi de son humeur misan?ropique2 les hommes lui semblai5t trop p]v]s p\r qu'on pt vivre avec eux4 ,il se mlait ces s5tim5ts une disposition naturelle la p>esse4 ,r\sseau l'av\e sans dt\r3 l'oisivet me suffit1 et p\rvu que je ne fasse ri51 j'aime mieux rv] veill qu'en songe4 ,vivre sans gne dans un loisir t]nel1 c'e/ la vie des bi5heureux dans l'autre monde4 ,il p>le avec en*antem5t du prcieux f>ni5te1 de l'occupation dlicieuse et ncessaire d'un homme qui s'e/ dv\ l'oisivet4 ,va9em5t il avait *]* d'abord se le dissimul] lui-mme1 il y avait en lui un esprit de lib]t que ri5 n'avait pu va9cre4 ,cet esprit de lib]t1 aj\te-il1 me vi5t mo9s d'orgueil que de p>esse1 mais cette p>esse e/ incroyable2 t\t l'eff>\*e2 les mo9dres devoirs de la vie civile lui sont insupportables4 ,il se croit quitte env]s les hommes en leur donnant l'exemple de la vie qu'ils devrai5t m5]4 ,la solitude a donc ses yeux le mrite de le dlivr] de t\te gne4 ,elle y jo9t un d]ni] avantage3 elle lui assure la ple9e possession de lui-mme4 ,p>faitem5t en repos1 il le dit du mo9s1 vis--vis de sa consci5ce1 il tr\ve dans le simple s5tim5t de son exi/5ce1 dans la p]ception des mo9dres m\vem5ts de son me1 une j\issance d\ce et cont9ue4 ,sur ce po9t1 il tablit une di/9ction bi5 subtile entre l'am\r-propre et l'am\r de soi-mme3 l'am\r-propre c'e/ la vanit1 il la blme2 l'am\r de soi-mme1 c'e/ le plaisir que pr5d l'individu dans la consci5ce de son tre4 ,de quoi j\it-on1 dit-il1 dans une p>eille situation8 ,de ri5 d'extrieur soi1 de ri5 s9on de soi-mme et de sa propre exi/5ce2 tant que cet tat dure on se suffit soi-mme comme ,dieu4 ,ce d]ni] s5tim5t1 ,jean-,jacques s'y livre t\t enti]4 ,eh bi51 la rv]ie1 la solitude1 la misan?ropie1 l'oisivet1 la contemplation de soi-mme1 t\tes ces *oses lui ont-elles donn le bonheur8 ,il s'en faut bi54 c\tons-le3 qu& t\s mes rves se s]ai5t t\rns en ralit1 ils ne m'aurai5t pas suffi2 j'aurais imag91 rv1 dsir encore4 ,je tr\vais en moi un vide inexplicable que ri5 n'aurait pu remplir1 un c]ta9 lancem5t de cur v]s une autre sorte de j\issance dont je n'avais pas d'ide et dont p\rtant je s5tais le beso94 ,il e/ vrai que ces aspirations mme tai5t1 l'en croire1 d'une tri/esse attirante1 mais voici un aveu significatif3 ,il n'e/ pas possible qu'une solitude aussi complte1 aussi p]man5te1 aussi tri/e en elle-mme1 ne me jette quelquefois dans l'abattem5t4 ,les agitations va9es1 les t]reurs sans cause le vi5n5t assaillir4 ,il attribue ses ennemis de s\rds complots1 de tnbreuses ma*9ations4 ,ses t]reurs vont jusqu' l'halluc9ation4 ,au milieu de ces misres morales1 il s'crie3 ,ma naissance fut le premi] de mes maux4 ,a ce compte1 il dut considr] sa mort comme le premi] bi5 qui lui *ut4 ,il e/ mme p]mis de cra9dre qu'il n'ait pas su l'att5dre1 et qu'il ait a*et sa dlivrance p> un crime4 ,volontaire ou non1 sa f9 fut prmature2 dfaut de sa ma91 le *agr9 qui le m9ait avait assez de puissance p\r bris] l'organisation dlicate qu'il avait rapidem5t ue4 ,je le dem&e1 le c>actre que je vi5s de rappel] ne runit-il pas t\s les signes du mal dont notre pays a tant gmi depuis ,r\sseau8 ,e/-il une =me de tri/esse1 une nuance de mlancolie qui ne soit cont5ue dans ce type ou qui ne puisse s'y ratta*]8 ,et ma9t5ant1 s'il faut me prononc] sur les ?ories pr*es p> ,r\sseau1 que puis-je faire de mieux que de leur oppos] son propre jugem5t et d'en appel] de ,jean-,jacques lui-mme8 ,vraim5t sage qu& il e/ ds9tress1 il dcl>e que la vie contemplative ne convi5t pas t\s les hommes1 qu'il ne s]ait pas bon1 dans la p>faite con/itution des *oses1 qu'avides de ces d\ces extases1 ils s'y dgtass5t de la vie active1 dont leurs beso9s t\j\rs r5aissants leur prescriv5t le devoir4 ,un jeune homme lui ayant dem& la p]mission de s'tablir prs de lui1 il l'en dt\rne vivem5t et lui dit3 ,l'homme n'e/ po9t fait p\r mdit]1 mais p\r agir4 ,enf91 consult sur un projet de suicide1 il le combat avec une ironie ple9e de s5s1 et dvoile les s5tim5ts de vanit et de ha9e ca*s s\s l'app>eil dclamatoire de la lettre laquelle il rpond4 ,mais de t\s les enseignem5ts qu'il a laisss aucun ne peut tre comp> son exemple4 ,sa tri/e exi/5ce1 sa f9 plus tri/e encore1 sont la rfutation la plus clatante de ses trop spcieux sy/mes1 et la dmon/ration d\l\reuse de cette vrit qu'on ne peut impunm5t lutt] contre l'in/9ct le plus pr(ond de l'homme1 la sociabilit2 qu'en v\lant s'affran*ir de t\te contra9te1 on tr\ve dans sa propre p5se un tyran impitoyable1 et que l'gsme1 auquel se rduit en df9itive l'am\r de soi aussi bi5 que l'am\r-propre1 se prp>e lui-mme de cruels *tim5ts4 ,p> malheur1 cette gr&e leon e/ re/e va9e1 et l'expri5ce si *rem5t acquise p> ,jean-,jacques n'a sauv aucun des disciples que lui suscita son gnie4 ,ces disciples fur5t nombreux1 mme de son vivant4 ,sans p>l] de plusieurs de ses lectrices sur lesquelles il ex]a1 di/ance1 un si gr& empire1 de ces eng\em5ts fm99s si ard5ts et si romanesques1 il eut p>mi les jeunes hommes de f]v5ts admirateurs4 ,on a vu t\t l'heure comm5t ses avis tai5t sollicits p> eux4 ,je ne sais si ceux qui l'entret5ai5t de projets de suicide euss5t suivi sans hsit] un conseil favorable ces projets1 mais les consultations de ce g5re n'tai5t pas r>es4 ,un gr& nombre des contempora9s de ,r\sseau l'ont considr comme leur matre4 ,s'il y avait1 dit ce propos ,m4 ,sa9te-,beuve1 les femmes de ,jean-,jacques1 tant celles de la noblesse que de la b\rgeoisie qui tai5t plus ou mo9s d'aprs la ,julie ou la ,sophie d',emile1 il y eut aussi les hommes la suite de ,r\sseau1 les mes t5dres1 timides1 malades1 atte9tes dj de ce que n\s avons appel depuis la mlancolie de ,r5 et d',ob]mann4 ,dans ce nombre on di/+ue ,deleyre dont on a publi la correspondance avec ,r\sseau4 ,dans son en?\siasme1 il voit en lui plus qu'un philosophe3 un prophte2 il comp>e la fuite de ,jean-,jacques en ,suisse1 celle de ,jsus-,*ri/ en gypte4 ,s'il ne p>tage pas les pr9cipes spirituali/es de son matre1 il lui ressemble p> ses s\ffrances intimes4 ,il pr\ve des regrets de sa pit p]due1 des dsirs de ret\r la foi4 ,que ne donn]ait-il pas p\r en rec\vr] le bi5fait8 ,ah6 tomb5t sur moi t\s les flaux de la =tune et de la nature p\r me r5dre un remde si d\x6 ,cet tat d'aspirations /riles e/ habituel ,deleyre4 ,il se pla9t de ne pas savoir se g\v]n]1 il cra9t les mom5ts de dsuvrem5t2 il dem&e conseil contre l'ennui1 et il crit ces lignes significatives3 ,je p5se v\s avec autant de plaisir que j'eus de regret l'autre j\r de v\s laiss] dans la pe9e et l'inquitude4 ,c'e/ notre lm5t2 n\s y m\rrons4 ,enf9 il faut cit] de lui ce mot d'une n]gique concision3 ,a la f9 de t\tes les j\issances1 e/ le r5dez-v\s de t\tes les d\leurs4 ,ces dtails me p>aiss5t ju/ifi] l'exactitude de ce portrait que ,sa9te-,beuve a trac de ,deleyre3 ,c'tait une me s5sible1 inquite1 dpayse1 dclasse1 tire du clotre o elle n'avait pu re/]1 et s\ffrant dans la socit d'o il lui t>dait t\j\rs de s'enfuir2 une de ces organisations branles comme il ne s'en tr\ve pas s\s cette =me au ,,xvii sicle et comme il devait s'en r5contr] beauc\p au comm5cem5t du ntre4 ,c'tait un a?e v]tueux1 un ,m4 de ,wolm>1 mais qui n'avait pas t\t fait la =ce de l'tre1 et qui se dvorait lui-mme4 ,il unissait en lui bi5 des contra/es4 ,de quatorze ans plus jeune que ,jean-,jacques ,r\sseau1 il le suivait d'assez prs en t\t2 il n'tait pas seulem5t le plus passionn de ses disciples1 c'tait en quelque sorte un ,r\sseau en second1 un ,r\sseau affaibli1 non affadi1 nullem5t copi/e1 bi5 naturel1 bi5 s9cre1 j'allais dire plus s9cre quelquefois que l'autre4 ,aprs ce proslyte peu connu1 je dois p>l] d'un plus illu/re disciple1 qui lui-mme e/ dev5u un matre et qu'en le rappro*ant de ,jean-,jacques1 on a spirituellem5t appel l'lise de cet autre lie4 ,b]n>d9 de ,sa9t-,pi]re manife/a ds l'enfance le gt de la rv]ie4 ,il montra aussi dans div]ses circon/ances un vif p5*ant p\r la solitude4 ,les mcomptes et les preuves div]ses de sa vie augm5tr5t cette disposition mlancolique4 ,on lui a mme repro* une humeur inquite et ombrageuse4 ,il e/ c]ta9 que1 p5dant quelque temps1 il tomba dans une pr(onde misan?ropie4 ,j\et de mille t]reurs1 de mille illusions des s5s1 il ne p\vait support] la socit des huma9s4 ,a la vue de quelques p]sonnes de mon vois9age1 a-t-il dit dans le prambule de l',arcadie1 je me s5tais t\t agit1 je m'loignais1 je me disais s\v5t3 je n'ai *]* qu' bi5 mrit] des hommes2 p\rquoi e/-ce que je me tr\ble leur vue8 ,en va9 j'appelais la raison mon sec\rs2 ma raison ne p\vait ri5 contre un mal qui lui tait ses propres =ces4 ,sans d\te1 cette crise ne fut pas de longue dure et dans les crits de ,b4 de ,sa9t-,pi]re1 la mlancolie e/ rduite des proportions bi5 mode/es et bi5 in(f5sives4 ,il en fait plutt un plaisir qu'une pe9e2 on le voit p> les exemples qu'il en donne4 ,il gte du plaisir lorsqu'il pleut v]se1 qu'il voit les vieux murs m\ssus t\t dg\ttants d'eau1 et qu'il ent5d les murmures des v5ts qui se ml5t aux frmissem5ts de la pluie4 ,ces s5sations qu'il aime dcrire1 il les proclame les affections de l'me les plus voluptueuses4 ,il traite aussi du plaisir de la ru9e1 du plaisir des tombeaux1 qui sont ses yeux1 surt\t les tombeaux de nos p>5ts1 les plus intressants de t\s les monum5ts2 du plaisir de la solitude qui flatte notre in/9ct animal en n\s (frant des abris d'autant plus tranquilles que les agitations de notre vie ont t plus gr&es1 et t5d notre in/9ct div9 en n\s donnant des p]spectives o les beauts naturelles et morales se prs5t5t avec t\s les attraits du s5tim5t4 ,t\tefois ,b4 de ,sa9t-,pi]re a connue une c]ta9e tri/esse maladive et p> l1 sans atte9dre ,r\sseau1 il se rappro*e de lui4 ,mais tait-ce seulem5t dans le vois9age de ,jean-,jacques que se manife/ait la mlancolie8 ,non1 elle s't5dait plus lo94 ,sans p>l] de la satire de l'optimisme cont5ue dans un roman de ,voltaire1 rappelons les aveux de dsespoir secret que faisait une femme1 ent\re de t\tes les ress\rces de la socit et de t\s les plaisirs de l'esprit3 ,v\s v\lez que je vive quatre-v+t-dix ans1 crivait ,mme du ,deff&2 quelle cruelle exi/5ce6 ignorez-v\s que je dte/e la vie2 que je me dsole d'avoir tant vcu1 et que je ne me console pas d'tre ne4 ,et plus lo93 ,si la raison arrtait les m\vem5ts de notre me1 ce s]ait vivre p\r s5tir le nant1 et le nant 7dont je fais gr& cas7 n'e/ bon que p>ce qu'on ne le s5t pas4 ,ces sombres b\tades *appes l'humeur aigrie de ,mme du ,deff&1 ne sont pas un phnomne isol4 ,on en r5contre de semblables dans la correspondance d'une autre femme1 atta*e d'abord ,mme du ,deff&1 puis sp>e d'elle sans ret\r1 d'une femme1 *ez laquelle le cur tait cep5dant bi5 ard5t1 mais qui1 fatigue p> une vie de passions1 exhalait1 au milieu des effusions d'un am\r agit1 son inv9cible mlancolie4 ,mon ,dieu6 crivait ,mlle ,lesp9asse au *evali] de ,guib]t1 ne craignez pas d'tre tri/e avec moi2 c'e/ mon ton1 c'e/ mon exi/5ce que la tri/esse4--,mon me e/ un ds]t1 ma tte e/ vide comme une lant]ne4 ,t\t ce que je dis1 t\t ce que j'ent5ds1 m'e/ plus qu'indiffr5t1 et je dirai auj\rd'hui comme cet homme qui on repro*ait de ne pas se tu]1 puisqu'il tait si dta* de la vie3 ,je ne me tue pas1 p>ce qu'il m'e/ gal de vivre ou de m\rir4 ,cela n'e/ p\rtant pas t\t fait vrai3 c> je s\ffre1 et la mort s]ait un s\lagem5t2 mais je n'ai po9t d'activit4--,j'ai retr\v le calme1 mais je ne m'y trompe po9t2 c'e/ le calme de la mort4--,bonsoir1 je me s5s tri/e2 la vie me fait mal4--,j'en suis presque au dgt de l'esprit4--,oh6 comme t\t le monde e/ malheureux6 ,a9si1 *ez ,mlle ,lesp9asse1 comme *ez ,mme du ,deff&1 et du ct des encyclopdi/es comme du ct de leurs adv]saires1 p>t\t s'tablit en ,france une rivalit de tri/esse1 ou1 si l'on aime mieux1 un trange accord de pla9tes contre les d\leurs de la vie4 ,il en tait de mme l'trang]4 ,,iv ,l',anglet]re et l',allemagne au ,x,v,i,i,ie sicle4 ,au ,x,v,i,i,ie sicle1 les uvres mlancoliques abond5t dans la littrature anglaise4 ,un criva9 pr5d p\r sujet les p5ses les plus tri/es qu'un homme frapp dans ses plus *res affections puisse agit] au milieu du sil5ce des nuits4 ,o tri/esse1 s'crie ,"y1 c'e/ dans ton cole que la sagesse in/ruit le mieux ses disciples6 ,reconnaissons-le1 au milieu des dsordres d'une imag9ation sans fre91 trav]s des biz>r]ies1 qu'explique d'ailleurs le gnie national1 l'auteur tr\vait des mots pr(onds4 ,a9si1 frapp de l'inanit de l'tre huma9 si vite dtruit1 il posait cette "q3 ,o e/ la p\ssire qui n'ait pas vcu8 ,aprs lui1 citons des gnies mo9s sombres3 ,c'e/ ,?omson1 qui clbre la solitude4 ,c'e/ ,pope dont ,lam>t9e n'a jamais oubli quelques /rophes attri/es4 ,c'e/ aussi cet aimable ,?omas ,gray1 qui selon l'expression de ,*ateaubri&1 a tr\v sur sa lyre1 surt\t dans son lgie du cimetire de campagne1 une srie d'accords et d'inspirations inconnues de l'antiquit1 et qui comm5ce cette cole de potes mlancoliques qui s'e/ trans=me de nos j\rs dans l'cole des potes dsesprs4 ,c'e/ ,battie qui1 d'aprs le mot du mme criva9 a p>c\ru la srie entire des rv]ies et des ides mlancoliques4 ,c'e/ enf9 le tri/e et un peu sauvage ,kirke-,:ite1 mort v+t et un ans des fatigues d'un travail excessif4 ,en mme temps1 surv5ait en ,anglet]re un vnem5t littraire d'une haute importance4 ,soit que les posies connues s\s le nom d',ossian fuss5t l'uvre au!ntique d'un vieux b>de1 fidlem5t transmises de gnration en gnration1 dans les montagnes de l'cosse2 soit plutt1 comme il p>at c]ta9 auj\rd'hui1 qu'elles ne fuss5t que le rsultat d'une sup]*]ie savante1 l'habile re/auration de quelques dbris antiques comb9s avec une cration rc5te1 sans m'appesantir sur ce problme1 je dois relev] le c>actre de la publication de ,macph]son4 ,on n'y tr\ve que *ants de gu]re1 hymnes de mort1 mlancolie rveuse et vague religiosit4 ,de la nature1 on ne s5t1 on ne reproduit1 que les spectacles les plus svres4 ,au milieu de cette mise en scne un peu monotone1 se meut un monde fanta/ique1 o les ombres des hros qui ne sont plus se ml5t la vague p]sonnalit de leurs desc5dants4 ,ces objets1 ces figures tranges1 *>mai5t l'esprit des ,anglais1 et leur inspirai5t une admiration dont on v]ra plus t>d la contagion se propag] p>mi n\s4 ,n'oublions pas enf9 de rappel] que1 ds cette poque1 on r5contre en ,anglet]re1 comme on l'avait vu *ez les anci5s1 le suicide l'tat de mode4 ,cette mode fune/e tait-elle *ez les ,anglais1 selon l'explication de ,montesquieu1 le rsultat d'une maladie physique1 ou1 comme l'a p5s ,g!1 l'effet des passions politiques et de l'esprit de p>ti8 ,n'y faut-il pas plutt voir les suites d'un climat brumeux qui dveloppe le sple51 affection qui semble si propre l',anglet]re que le mot qui la df9it e/ emprunt sa langue4 ,ce qu'on ne peut ni]1 c'e/ l'anci5net de la tradition du suicide en ,anglet]re4 ,l',allemagne1 ou1 p\r employ] une expression plus t5due1 les pays de langue allem&e n'tai5t pas alors mo9s malades que l',anglet]re4 ,il y rgnait p>mi la jeunesse une t5dance m>que v]s le ds5*antem5t et le dsespoir4 prise de posie1 t\t occupe de *imres1 elle se livrait1 rapporte ,g!1 aux regrets causs p> des passions malheureuses4 ,tran] son exi/5ce dans les langueurs d'une vie vulgaire1 tait sa seule p]spective4 ,un orgueil *agr9 saisissait donc avec empressem5t l'espoir de se dlivr] volont de ce f>deau1 ds qu'il devi5drait trop pesant4 ,les contr>its1 les ennuis que *aque j\r amne1 ne p\vai5t que =tifi] cette disposition4 ,elle tait gnrale4 ,elle se p]sonnifiait d'une manire frappante1 en un jeune homme1 qui1 s\s un autre nom1 devait pass] la po/rit4 ,c'tait le fils d'un ?ologi5 nomm ,jrusalem4 ,il tait arti/e1 ami de la solitude2 on avait p>l de sa passion p\r la femme d'un ami4 ,ce malheureux se tua2 n\s y revi5drons t\t l'heure4 ,les femmes n'avai5t g>de de rsi/] l'pidmie de s5sibilit exalte qui rgnait alors4 ,la lecture des romans avait au plus haut po9t excit *ez elles la puissance de l'imag9ation et dvelopp dans leur cur des passions sans objet prcis4 ,mlle ,fla*sl&1 la fiance de ,h]d]1 en p>lant d'une c]ta9e demoiselle de ,ziegl]1 lui r5d ce tmoignage que c'tait une jeune fille d'un s5tim5t extraord9aire4 ,elle-mme1 ,mlle ,fla*sl&1 dev5ue plus t>d une femme trs positive1 donnait entirem5t dans cette mode4 ,elle avait fait btir dans son j>d9 un tombeau qu'elle ent\rait de rosi]s2 elle levait un agneau dont elle faisait le compagnon de sa table1 et qu& il m\rut1 elle donna sa place un petit *i54 ,elle crivait son fianc qu'un soir1 au fond des bois1 elle tait tombe g5\x en reg>dant la lune1 qui brillait trav]s les arbres1 et elle l'entret5ait des vagues pan*em5ts d'un beso9 d'aim] qu',h]d] aurait eu le droit de tr\v] un peu trop prodigue4 ,l'intressant comm5tateur de ,g!1 ,m4 ,mzires1 qui rapporte ces faits curieux1 fait aussi connatre que la mre de ,maximiliana ,br5tano1 la gr&'mre de la clbre ,bett9a1 ,mme de la ,ro*e vogua t\te sa vie sur les eaux du s5tim5t4 ,c'tai5t *ez elle des att5drissem5ts cont9uels2 on s'embrassait1 on v]sait des pleurs4 ,pleurs et att5drissem5ts dont il aurait t difficile de dire la cause4 ,fidle sa mission1 la littrature reproduit bi5 cet tat des esprits4 ,le b>on de ,creuz crit un pome sur les tombeaux1 o se montre t\te la tri/esse d',"y4 ,hlty1 dans des posies fugitives1 clbre avec les *>mes de la nature ceux de la mlancolie1 et consacre aussi sa plume aux spultures4 ,g]/emb]g publie deux volumes1 intituls3 l',homme morose ou le mlancolique4 ,g>ve1 donne un rem>quable trait sur la socit et la solitude4 ,le mme sujet e/ abord p> un admirateur de ,g>ve1 p> ,zimm]mann1 dans un ouvrage qui n'e/ pas t\t fait oubli4 ,on rapporte que ,zimm]mann1 n dans les tats helvtiques1 aimait1 ds sa jeunesse1 les bois et les montagnes au se9 desquels il gr&issait4 ,ce gt a9si que l'tude des potes1 l'avai5t port la mlancolie4 ,ses ennuis1 au milieu de la socit troite et jal\se d'une petite ville1 avai5t accru ce p5*ant1 que des *agr9s dome/iques et des d\leurs physiques v9r5t trans=m] en une noire misan?ropie4 ,il m\rut dsespr4 ,g!1 qui l'a connu et qui ne le flatte pas1 dcl>e qu'il tait le j\et et f9it p> dev5ir la victime d'une sorte de sombre folie4 ,les agitations de l'criva9 se traduis5t dans son uvre4 ,il pr*e la solitude1 d'abord celle qu'on peut se procur] mme au milieu du monde en sa*ant se recueillir1 puis aussi la retraite effective4 ,il vante la vie au se9 de la nature et p5se qu'on peut tr\v] le bonheur se rj\ir de ses h>monies4 ,la solitude a selon lui cet avantage1 qu'elle dveloppe les =ces de l'esprit1 qu'elle cre des loisirs en retran*ant les so9s inutiles1 enf9 qu'elle apaise le cur et lve les s5tim5ts4 ,d'un autre ct1 il e/ le premi] en proclam] les dang]s4 ,il en indique mme plusieurs qui sembl5t en contradiction avec les bi5faits qu'il lui attribue ailleurs2 et il av\e que l'isolem5t fom5te les mauvaises passions1 imprime l'esprit des allures trop absolues1 irrite les =ces du c]veau1 enf9 veille ou =tifie le gt de la mlancolie4 ,aux yeux de ,zimm]mann1 ce d]ni] effet devrait tre la condamnation de la solitude1 c> p]sonne n'a trac de la mlancolie un portrait plus sombre que celui qu'il en a laiss4 ,il va jusqu' dire3 ,de t\s les maux qui afflig5t l'humanit1 il n'en e/ po9t qui appro*e de la mlancolie6 ,mais1 malgr cette imprcation viol5te1 ,zimm]mann ne sait pas rompre avec le mal qu'il dte/e4 ,peut-tre cep5dant ses contradictions app>5tes peuv5t-elles tr\v] une explication4 ,peut-tre sa vritable p5se se r5contrait-elle dans un t]me moy51 entre les solutions extrmes que son imag9ation p>c\rait t\r t\r1 et je crois qu'en effet le d]ni] mot de sa philosophie1 le fruit suprme de sa cruelle expri5ce1 a t de proclam] que p\r va9cre la mlancolie il ne faut *]*] ni les agitations du monde1 ni la solitude absolue1 mais l'emploi rguli] des facults1 le travail habituel1 ou1 comme il le dit lui-mme1 l'occupation dans le calme4 ,n\s v]rons plus d'une fois1 dans le c\rs de cette tude1 des criva9s qui avai5t longtemps *]* une autre solution au problme du bonheur1 arriv] la mme conclusion que ,zimm]mann4 ,a ct de la nature inquite1 malheureuse et1 somme t\te1 mdiocre1 que je vi5s d'esquiss]1 l',allemagne1 la vritable ,allemagne1 du ,x,v,i,i,ie sicle1 prs5te notre tude un bi5 plus va/e et plus clatant sujet1 l'auteur de ,w]!r4 ,g! raconte dans ses mmoires qu'il eut l'am\r prcoce de la solitude1 et qu' un ge o ces *oses sont inconnues1 il se montra encl9 aux p5ses srieuses et la rv]ie4 ,trs jeune encore1 il ress5t les premires atte9tes d'une manie hypocondriaque4 ,il ne peut support] les reg>ds des hommes et se plat se retir] dans les bois4 ,il aime surt\t une va/e salle de v]dure1 =me p> de vieux frnes1 aux environs de ,franc=t4 ,oh6 s'crie-t-il avec exaltation1 que n'e/-il enfonc dans la pr(ondeur d'un ds]t sauvage1 ce sup]be palais de v]dure6 que ne p\vons n\s y dress] une t5te1 n\s y sanctifi] p> la contemplation1 y vivre sp>s du monde6 ,sa sant mal g\v]ne s'altre2 il subit une maladie grave4 ,quelques essais d'am\r ne lui laiss5t que des regrets ou des remords4 ,il se lie1 ,wetzl>1 avec un jeune homme d'un c>actre droit et positif1 lequel tait fianc une jeune p]sonne du nom de ,*>lotte1 re/e aprs la mort de sa mre la tte d'une nombreuse famille4 ,g! se pr5d aim] cette jeune fille d'une amiti qui devi5t bi5tt passion1 et p\r ne pas dev5ir tmo9 de son m>iage1 il quitte ses amis4 ,cette sp>ation accomplie1 et r5tr en possession de lui-mme1 il ress5t le dsir de pe9dre1 ce dgt de la vie1 qui n'e/ le rsultat ni du beso91 ni de la misre1 et dont la pr9cipale cause e/ l'in/abilit en am\r4 ,p5dant cette poque de sa jeunesse1 il songe au suicide4 ,il rfl*it sur t\s les moy5s de s't] la vie4 ,il repasse dans sa mmoire1 ri*e en s\v5irs classiques1 t\s les exemples de suicide que n\s a laisss l'hi/oire1 et celui qu'il admire le plus e/ le fait de l',emp]eur ,o?on1 qui1 aprs avoir p]du une bataille1 avait s\p gaiem5t avec ses amis1 et le l5dema9 avait t tr\v p]c d'un poign>d qu'il s'tait enfonc dans le cur4 ,mais ces mditations appr(ondies lo9 de p\ss] ,g! au suicide1 l'en dt\rn5t4 ,la p]fection de la mort d',o?on lui p>aissant inimitable1 il e/ conduit p5s] que quiconque n'e/ pas appel suivre son exemple1 ne doit pas se p]mettre d'att5t] sa vie4 ,g! possdait bi5 un poign>d de prix1 soigneusem5t affil2 t\s les soirs avant d'te9dre sa lumire1 il se dem&ait s'il allait s'en s]vir1 mais il av\e que1 n'ayant jamais pu s'y rs\dre1 il f9it p> se moqu] de sa folie4 ,et il fit bi54 ,il avait1 d'ailleurs1 sa disposition un moy5 plus d\x de mettre f9 son dsespoir4 ,depuis quelque temps1 il tait t\rm5t du beso9 de rp&re au dehors ses *agr9s1 la plume la ma94 ,il se mit crire une uvre potique runissant t\s les lm5ts de tri/esse qu'il avait r5contrs dans la vie4 ,la f9 dplorable du jeune ,jrusalem1 dont la situation lui rappelait1 d'ailleurs1 ses rapports p]sonnels avec ,*>lotte1 lui sembla s'adapt] naturellem5t au roman qu'il mditait et en indiqu] le dnom5t ncessaire4 ,au lieu de se dtruire1 il cra ,w]!r 7#aggd74 ,qu'e/-ce que ,w]!r8 un rveur1 un dsuvr1 un esprit n\rri d'illusions1 ple9 d'aspirations vagues et de /riles regrets1 incapable de v\loir avec =ce1 laissant *app] le bonheur plac s\s sa ma91 et c\rant aprs celui qu'il ne saurait atte9dre4 ,il pr5d en piti le monde rel1 et se r5f]me dans celui de l'imag9ation4 ,il semble que son am\r mme p\r ,*>lotte soit un am\r de tte bi5 plutt que de cur1 et qu'il y entre beauc\p du s5tim5t qui le porte se heurt] contre l'impossible4 ,la tri/esse e/ l'tat habituel de son me2 mais cette tri/esse1 il la *rit1 il l'alim5te avec so92 il av\e qu'il a t\j\rs sav\r jusqu' la d]nire g\tte d'am]tume que lui envoie le sort4 ,aussi1 ne fait-il nul ef=t p\r s'arra*] ses maux imag9aires4 ,pe9tre1 il ne dem&e aucune consolation son art2 diplomate1 la vrit malgr lui1 il se rebute au premi] incid5t qui blesse sa susceptibilit jal\se4 ,et cep5dant1 ces s\ffrances dans lesquelles il se complat1 il les juge1 un j\r1 intolrables2 il =me1 il mrit le projet de s'en affran*ir p> la mort4 ,ce tri/e desse9 arrt1 il en comb9e tranquillem5t l'excution1 et il l'accomplit froidem5t1 sans s\ci de ses devoirs div]s1 et sans g>d p\r la d\leur qu'il va caus] sa mre et ses amis4 ,telle e/ la t]m9aison g/e et fune/e des s\ffrances du jeune ,w]!r4 ,w]!r provi5t donc de deux s\rces diffr5tes4 ,g! en a tir une p>tie de ses propres s\v5irs4 ,tri/esse vague1 am\r malheureux p\r une jeune et grave ,*>lotte1 vellxs de suicide1 ces s5tim5ts avai5t t les si5s4 ,mais il les avait obs]vs aussi *ez le malheureux ,jrusalem1 et le suicide de cet in=tun f\rnissait son roman un dnom5t pa?tique4 ,c'e/ aussi la p]sonne extrieure de ,jrusalem que ,g! dcrit dans ,w]!r4 ,on y retr\ve jusqu'au co/ume de ce jeune homme1 co/ume qui devait plus t>d dev5ir clbre1 et qui d'aprs les mmoires de ,g! tait celui de la basse ,allemagne1 frac bleu1 gilet de peau jaune1 et bottes rev]s bruns4 ,la fiction n'tait donc pas le seul1 ni mme le pr9cipal lm5t de cet crit4 ,quoi qu'il en soit1 le b qu'il s'tait propos en crivant cet ouvrage1 ,g! l'atteignit4 ,il tr\va dans cet enfantem5t un drivatif ses *agr9s4 ,a mesure que sa p5se pr5ait un corps1 sa passion maladive s'van\issait1 et qu& il eut a*ev de dcrire la folie de ,w]!r1 il tait guri de la si5ne4 ,mais quel prix8 ,je ne p>le pas ici du c\p que v9t port] des curs qu'il eut d mnag] davantage1 l'indiscrtion de ses allusions transp>5tes4 ,un dommage plus t5du1 plus grave et plus durable1 devait tre la consqu5ce de son uvre p\r bi5 d'autres mes4 ,combi5 de lecteurs1 ds son app>ition1 accueillir5t avec une ardeur inconsidre les enseignem5ts dsolants de ce livre6 ,t&is que ,g! y avait reconquis sa srnit d'esprit un mom5t compromise1 ses contempora9s y puisai5t le tr\ble et le dsespoir4 ,j'avais russi1 dit-il1 trans=m] la ralit en fiction et je me tr\vais s\lag2 mes amis1 au contraire1 se p]suadr5t que l'on p\vait *ang] la fiction en ralit1 conv]tir le roman en action et se faire honneur du suicide4 ,l'erreur de quelques p]sonnes1 s't5dit bi5tt au public1 et cet opuscule qui m'avait fait si gr& bi5 fut dcri comme un vnem5t dang]eux4 ,dang]eux1 il l'tait en effet et l'expri5ce ne l'a que trop pr\v4 ,a la suite de cet crit1 svit une dplorable pidmie de suicide4 ,l5z en fut atte9t l'un des premi]s1 ,l5z1 ce p]sonnage que n\s font connatre les mmoires de ,g!1 et qui p\ssa le fanatisme de l'imitation jusqu' v\loir f9ir p> la dm5ce et le suicide4 ,on connat1 a-t-on dit1 quelques-unes des victimes de ,w]!r1 on ne les connat pas t\tes4 ,un jeune homme1 fils de ,mme de ,hoh5haus51 femme de lettres1 se tire ,b]ne un c\p de pi/olet1 aprs avoir lu ,w]!r et s\lign quelques passages du livre4 ,t\tes les classes de la socit payai5t leur tribut la fune/e contagion4 ,a ,halle1 un appr5ti cordonni] qui se jeta p> la f5tre portait un ,w]!r dans sa po*e4 ,mais de t\tes ces morts volontaires1 la plus lam5table fut celle de ,mlle de ,lasb]g1 jeune p]sonne de ,weym>1 qui se croyant ab&onne p> son amant1 le sudois ,wrangel1 se prcipita dans l',ilm l'extrmit du j>d9 de ,g!1 et dont le corps fut retir de l'eau presque devant lui4 ,on tr\va sur elle un exemplaire de ,w]!r4 ,je d\te1 avec ,m4 ,mzires1 que ces morts tragiques soi5t les seules qu'il faille inscrire au m>tyrologe ouv]t p> ,w]!r4 ,t\t au mo9s e/-il c]ta9 que l'influ5ce de cet crit s'e/ fait longtemps et cruellem5t s5tir4 ,son auteur a-t-il une excuse8 ,quelle ncessit en dehors du beso9 d'apaisem5t intrieur dont il a fait l'aveu1 p\ssait ,g! *oisir un p>eil sujet8 ,aux al>mes lgitimes que causait p>mi ses amis l'annonce de cette publication1 il rpondait3 ,au pril de ma vie1 je ne v\drais pas rvoqu] ,w]!r4 ,il faut que ,w]!r exi/e1 il le faut6 ,p\r ma "p1 je ne connais aucune ncessit qui autorise jet] dans le public des g]mes de dsordre moral4 ,le gnie1 et c'e/ lui sans d\te dont ,g! ent5dait rev5diqu] les droits1 le gnie1 je le veux bi51 a ses prrogatives1 mais non pas celle de se j\] du repos et de la vie des hommes1 et la mre qui lui repro*ait la p]te d'un fils1 n'avait-elle pas raison de dire qu'il lui en s]ait dem& un compte svre devant ,dieu8 ,il n\s re/e p>l] en quelques mots d'un drame de ,g! publi en #agij1 mais compos un peu avant cette date1 et qui app>ti5t la mme inspiration que ,w]!r1 sa pice de ,torquato ,tasso4 ,dans cette pice1 le ,tasse e/ reprs5t s\s des traits qui ont fait dire de cette uvre ,j4-,j4 ,ampre que ce n'tait que du ,w]!r r5=c2 et ,g! lui-mme tr\vait cette df9ition d'une ju/esse frappante4 ,p> cette cration1 comme p> celle de ,w]!r1 ,g! p>at avoir *]* se dlivr] de s\cis qui pesai5t alors sur son me1 et qui tai5t ns1 croit-on1 de sa situation difficile d'arti/e et de pote dans une socit d'hommes de c\r4 ,mais il convi5t d'aj\t] que ,torquato ne prs5te pas les dang]s de ,w]!r1 que ce portrait dfigur ne p\vait ex]c] une srieuse influ5ce1 et qu'enf9 le pote ,itali5 y e/ montr se rconciliant avec le monde qui l'avait abreuv d'am]tume4 ,il n\s re/e aussi p>l] de ,fau/1 puisque la premire p>tie de ce pome1 la seule qui n\s intresse au po9t de vue o n\s n\s plaons1 bau*e ds #aggc1 avait p>u presque entire v]s #aghi4 ,deux p]sonnages y reprs5t5t la maladie contempora9e1 bi5 que l'un de ces p]sonnages soit l'esprit mme du mal1 ou ,satan1 c'e/--dire un tre qui e/ de t\s les temps1 et que l'autre soit le hros d'une lg5de qui remonte au ,x,v,ie sicle4 ,le premi] rp& sur t\tes *oses son dda9 s>ca/ique et son ironie amre2 il se plat fltrir t\tes les illusions1 dess*] t\tes les croyances1 tu] t\s les bons s5tim5ts1 et comme le dit excellemm5t ,m4 ,c>o1 il e/ la "p du nant dans l'uvre div9e4 ,le second e/ s\mis l'influ5ce du premi]1 t\t en en gmissant4 ,dans son activit t\j\rs inass\vie1 il p\rsuit un b qui le fuit sans cesse4 ,je le s5s1 hlas6 s'crie-t-il1 l'homme ne peut atte9dre ri5 de p>fait4 ,a ct de ces dlices qui me rappro*5t des dieux1 il faut que je supporte le compagnon froid1 indiffr5t et hauta91 qui m'humilie mes propres yeux1 et d'un mot rduit au nant t\s ces dons que j'ai reu4 ,il allume dans mon se9 un feu dsordonn qui m'attire v]s la beaut2 je passe avec ivresse du dsir au bonheur2 mais1 au se9 du bonheur mme1 bi5tt un vague ennui me fait regrett] le dsir4 ,qui ne se s\vi5t de ce beau monologue de ,fau/1 qu& assis1 inquiet1 son pupitre1 dans sa *ambre go?ique1 aprs une nuit de veille mditative1 il reconnat l'inanit de ses ef=ts v]s la vrit1 et se comp>e au v] qui f\ille la p\ssire1 qui s'en n\rrit1 et que le pi$ du passant y crase et y ensevelit4 ,alors il e/ t5t de dem&] la f9 et l'oubli de ces d\leurs ce flacon dont la vue l'attire et le fasc9e2 il l'invoque1 il le porte ses lvres2 mais le poison tombe de sa ma92 le son des clo*es1 la voix des pieuses femmes1 le *ur lo9ta9 des anges ont rappel ,fau/ des s5tim5ts d'espoir1 et il s'crie3 ,la t]re m'a reconquis4 ,g! a reconnu que1 dans ces pe9tures1 il s'tait encore reprs5t lui-mme2 que l'ironie de ,mphi/ophls1 aussi bi5 que l'agitation du docteur1 tai5t des p>ties de son propre c>actre4 ,av\ons notre t\r1 que prs5tes s\s cette =me potique et lg5daire1 et ad\cies p> l'ab&on de la t5tative de suicide1 les scnes de dsespoir cont5ues dans cette uvre ne p\vai5t faire autant de mal que celles qui avai5t t si fatales aux lecteurs trop consci5cieux de ,w]!r4 ,v ,ramond4--,&r ,*ni]4--,bonap>te4 ,cep5dant en ,france l'esprit public cont9uait suivre la direction que lui avai5t imprime ,r\sseau et ses disciples1 et qu'avait confirme l'influ5ce trangre4 ,je ne p>le que p\r mmoire d'un livre intitul3 les ,soires de ,mlancolie1 publi en #aggg1 p> un anonyme qui1 d'aprs ,b>bi]1 e/ un c]ta9 ,m4 ,loaisel de ,trogate4 ,cet crit prt5tieux ne conti5t ri5 qui ju/ifie vraim5t son titre4 ,mais il faut prt] plus d'att5tion un autre livre de la mme poque1 que ,*>les ,nodi] a rimprim avec loges en #ahbi1 et l'auteur duquel ,sa9te-,beuve a consacr une tude appr(ondie et bi5veillante4 ,ramond1 qui fut aussi connu s\s le nom de ,c>bonnires1 et qui plus t>d devait tre un homme d'tat considr et un publici/e e/imable1 a comm5c p> sacrifi] au s5tim5t qui dom9ait de son temps4 ,div]ses circon/ances l'y avai5t prp>4 ,il alliait une gr&e vivacit1 une s5sibilit facile m\voir1 et qu'il p>aissait devoir une mre d'orig9e allem&e4 ,cette t5dance avait pu s'accrotre dans sa premire jeunesse1 c> il avait vcu ,/rasb\rg prs de ce gr\pe de jeunes g5s en?\sia/es et rveurs dont p>le ,g!1 et dont1 encore jeune lui-mme1 il tait alors le c5tre4 ,son in/9ct l'avait ensuite p\ss v]s les voyages4 ,il portait dans ses c\rses solitaires le *agr9 d'un am\r trav]s p> des preuves4 ,tel tait l'homme qui1 v+t-deux ans1 publiait l'ouvrage anonyme1 dont on lui attribue1 sans conte/e auj\rd'hui1 la pat]nit3 ,les ,d]nires ,av5tures du jeune d',olban1 fragm5t des ,am\rs alsaci5nes 7,yv]dun #aggg74 ,cet crit e/ une sorte de drame en prose1 divis en trois j\rnes avec des int]mdes potiques d'un c>actre mlancolique4 ,il e/ ddi ,m4 ,l5z1 cette victime de ,w]!r1 dont j'ai rappel plus haut la f9 tragique4 ,on a retr\v l'exemplaire manuscrit dans lequel l'auteur s'adresse la mmoire de ce dsespr1 avec une effusion de sympa?ique commisration3 ,malheureux ,l5z1 innoc5te victime1 tu n'a pas v\lu p\rsuivre une c>rire hrisse de tant de ronces1 et ddaignant le rep5tir t>dif des m*ants qui t'avai5t rep\ss1 tu t'es ht de *]*] l'asile o l'on se repose des fatigues de la vie4 ,cruel6 en quittant le monde o tu n\s laisses1 tu ne n\s a pas dit un d]ni] adieu6 ,ddi aux mnes d'un suicid1 ce drame e/ s9on la glorification1 au mo9s la df5se du suicide4 ,la cause d'un dn\em5t aussi viol5t e/ un *agr9 de cur4 ,d'ailleurs t\s les p]sonnages de cette pice1 ou peu s'en faut1 sont malheureux en am\r1 et *acun d'eux a de =tes raisons de se pla9dre de sa de/9e cet g>d4 ,heureusem5t1 de t\s ces p]sonnages galem5t maltraits p> la passion1 d',olban seul pr5d la *ose d'une faon absolum5t tragique4 ,ds le db1 l'in=tun expose son mal3 ,mon cur e/ f]m1 dit-il3 la d\leur y repose44444 ,si je suis trang] au monde1 n'en accusez que ma s5sibilit4 ,il aime les prom5ades solitaires3 ,du haut de mon ro*]1 isol1 plus prs des cieux1 je voyais avec mlancolie le sil5ce et la nuit plan] sur vos campagnes et m'(frir une faible image du sommeil t]nel4 ,qu& il appr5d qu'il n'y a plus d'espoir p\r son am\r3 ,t\t e/ f9i1 dit-il2 je reg>de aut\r de moi2 le monde n'e/ qu'un ds]t4 ,mort6 mort6 je dois l'att5dre1 la *]*]1 cette mort si dsire1 dans des antres ignors1 dans des lieux o l'il des hommes ne me retr\v]a plus4 ,le projet de se donn] la mort a9si conu dans son esprit1 s'y =tifie vite1 et1 malgr les ef=ts de ses amis1 il le met excution4 ,on le voit err] dans une sombre =t de sap9s1 sans *apeau1 les *eveux sur le visage1 l'habit en dsordre1 deux pi/olets la ce9ture4 ,il s'assi$ au pi$ d'un arbre et se livre un long monologue sur sa f9 pro*a9e1 puis il ca*e sa tte dans ses ma9s et gmit s\rdem5t4 ,la d]nire scne n\s le montre au *teau ru9 de ,honak1 la po9te d'un ro*]4 ,il e/ appuy sur un pan de mur1 l'habit en lambeaux1 sans *apeau1 les *eveux sur la face1 la voix altre1 mais l'air tranquille d'un homme rsolu1 qui1 ple9 de son projet1 *ante au ciel un d]ni] hymne4 ,il invoque le ciel dont il prt5d bi5 avoir l'ass5tim5t3 ,o ,dieu qui guide mon bras1 s'crie-t-il1 reois-moi dans ton se9 aprs v+t-deux ans d'exil4 ,a g5\x1 les ma9s t5dues1 il dit adieu t\t ce qu'il a aim4 ,adieu t\t6 s'crie-t-il4 ,le c\p "p1 et le suicide e/ accompli4 ,a9si1 ce jeune homme dp\rvu d'n]gie morale1 a cru p\voir att5t] ses j\rs2 il n'a pas eu piti des curs qu'il allait bris]4 ,*ose plus grave encore1 il a jo9t le sophisme la faiblesse en prt5dant faire de ,dieu mme le complice de son uvre1 et l'auteur a le d]ni] tort de n\s montr] plus t>d la l*et de d',olban excuse p> deux pl]9s priant sur son tombeau4 ,il faut le dire1 du re/e1 ces excs tonnai5t plus d'un lecteur sans le sduire4 ,dorat qui publiait cette uvre presqu'entire dans le j\rnal des ,dames o elle devait faire une assez s+ulire figure1 t\t en y reconnaissant des beauts1 la comp>ait au *aos des pices anglaises4 ,en t\t cas1 je ne sa*e pas que ses admirateurs eux-mmes ai5t jamais t t5ts de la mettre en pratique4 ,ramond se tr\vait plus l'unisson de l'esprit public1 qu& il s'en t5ait des lgies1 o l'on a vu1 comme un prlude de l'acc5t de ,lam>t9e1 et qu& il disait3 ,je suis seul1 mcont5t1 au se9 de la nature2 ,qu& t\t *ante l'am\r1 mes s5s mo9s mus ,t\t e/ muet1 et l'onde et l'ombre et la v]dure2 ,avec le monde1 hlas6 mon cur ne s'ent5d plus4 ,il e/ inutile de faire ressortir quel degr le jeune d',olban tait p>5t du jeune ,w]!r1 plus g que lui de trois ans seulem5t2 mais cette p>5t ne p\vait gure flatt] ce d]ni]4 ,d'autres imitations mo9s heureuses encore ont suivi cet essai de traduction franaise du type g]manique4 ,il e/ c]ta91 dit ,*4 ,nodi]1 dans la prface de sa rdition de d',olban1 que la plup>t de ces pa/i*es oublis auj\rd'hui dcl5t la prcipitation et la maladresse d'une ma9 inhabile1 et qu'ils sont plus ou mo9s empre9ts ou de cette exagration pileptique ou de cette s5tim5talit niaise1 qui trahiss5t ds le premi] abord1 un contrefacteur sans inspiration et sans gt4 ,on peut cit]1 dans cette ve9e plus abondante que prcieuse1 le ,n\veau ,w]!r1 imit de l'allem& p> le soi-disant m>quis de ,langle 7#aghf7 et le ,sa9t-,elme de ,gorgy 7#agij74 ,nodi] qualifie ce d]ni] crit de ple et insignifiant1 et quant au premi]1 il le df9it un ,w]!r en?\sia/e de tte qui aurait brl le papi]1 si on le brlait avec des mots1 mais dont l'me app>at1 froide et inanime1 trav]s l'expression factice de ses phrases ret5tissantes1 comme l'*afaudage de l'artifici] d]rire ses fuses te9tes4 ,enf91 il fait une allusion collective dix autres ouvrages du mme temps qu'il s]ait inutile de nomm] qui ne les connat pas4 ,cet avis me p>at bon4 ,il y aurait un m9ce pr(it desc5dre plus avant dans l'analyse d'ouvrages de seconde ma9 et de d]ni] ordre2 mais il tait ncessaire de faire entrevoir combi5 la littrature en ,france s'tait ef=ce de s'appropri] le succs de ,w]!r et de s'assimil] cette uvre1 peu en rapport avec notre gnie national4 ,c'tait un des symptmes les plus inconte/ables de l'tat moral du temps4 ,au po9t de vue littraire1 on pr5d plus d'intrt consult] sur cet tat c]ta9es uvres de ,mme de ,*>rire2 je la nomme ici1 quoi qu'elle soit ne en ,holl&e et qu'elle ait vcu en ,suisse1 p>ce qu'elle s'e/ naturalise franaise en crivant dans notre langue1 et je f]ai de mme dans la suite p\r les cas analogues4 ,on tr\ve dans ,cali/e1 ou lettres crites de ,lauzanne 7#aghf71 un c]ta9 prcepteur anglais1 d'un srieux prmatur et d'une tri/esse my/rieuse1 qui gmit sur un malheur qu'il n'a pas eu le c\rage de prv5ir4 ,ce mme roman1 dans son ensemble1 a p>u port] la trace des s\ffrances intimes et des dc\ragem5ts de l'auteur4 ,le mme s5tim5t app>at aussi dans un autre de ses crits1 des ,lettres de ,mi/riss ,h5ley1 qui =m5t le complm5t du ,m>i s5tim5tal de ,m4 de ,con/ant1 un oncle de ,b5jam92 lettres o l'on voit une femme qui se meurt1 dit ,mme de ,/al1 du dgt de vivre4 ,mais je n'insi/]ai pas davantage sur cet criva91 et1 de l'poque antrieure #aghi1 je ne veux plus rapport] que quelques traits4 ,le premi] conc]ne ,&r ,*ni]4 ,ce pote attique1 ce c\rageux citoy51 qui la ,t]reur ne devait p>donn] ni son tal5t1 ni sa gnrosit1 une poque o t\t lui s\riait encore1 a eu1 lui aussi1 son accs de mlancolie4 ,comme d'autres1 il s'e/ mis rcrim9] contre la socit1 vant] la nature4 ,il tait atta* l'ambassade de ,londres lorsqu'il crivit les lignes suivantes3 ,london1 cov5t g>d51 hood's ,tav]n4 ,v5dr$i #c avril #aghj1 sept heures du soir4 ,comme je m'ennuie =t ici1 aprs y avoir assez mal dn1 je vais t*] de laiss] fuir une heure et demie sans m'en ap]cevoir1 en b>b\illant un papi] que j'ai dem&444 ,ceux qui ne sont pas heureux aim5t et *]*5t la solitude4 ,on s'acc\tume t\t1 mme s\ffrir2 mais cette fune/e habitude vi5t d'une cause bi5 s9i/re3 elle vi5t de ce que la s\ffrance a fatigu la tte et fltri l'me4 ,cette habitude n'e/ qu'un total affaiblissem5t3 l'esprit n'a plus assez de =ce p\r pes] *aque *ose et l'exam9] s\s son po9t de vue1 p\r en appel] la sa9te nature primitive1 et attaqu] de front les dures et inju/es in/itutions huma9es444 ,voil ce que c'e/ que s'acc\tum] t\t1 mme s\ffrir4 ,dieu prs]ve mes amis de cette tri/e habitude6444 ,je suis livr moi-mme1 s\mis ma pesante =tune et je n'ai p]sonne sur qui m'appuy]3 ,que l'indp5dance e/ bonne6 ,ici se plac5t des rflexions sur l'humiliation1 les dda9s que les hauts rangs de la socit inflig5t aux conditions plus mode/es1 et qui se t]m95t p> ces mots3 ,allons6 voil une heure et demie de tue3 je m'en vais3 je ne sais plus ce que j'ai crit1 mais je ne l'ai crit que p\r moi4 ,ces lignes dclamatoires ne sont-elles pas ce qu'on a appel de nos j\rs un signe du temps et ne peut-on pas dire qu'en dv]sant ce flot d'humeur noire ,*ni] n'tait plus lui-mme1 et que ,jean-,jacques ,r\sseau et ,g! p>lai5t p> sa b\*e8 ,un exemple analogue presque de la mme date e/ plus saillant encore4 ,il e/ emprunt la jeunesse de ,napolon ,i]4 ,on sait qu'il avait v\ de bonne heure ,ossian un culte auquel il e/ t\j\rs re/ fidle4 ,on sait de plus1 p> de rc5ts et attrayants mmoires1 que1 jeune1 il s'adonnait la solitude et la rv]ie4 ,je vivais l'c>t de mes cam>ades1 disait-il1 dans ses conv]sations avec ,mme de ,rmusat4 ,lorsque j'entrai au s]vice1 je m'ennuyais dans mes g>nisons2 je me mis lire des romans1 et cette lecture m'intressa vivem5t4 ,j'essayai d'en crire quelques-uns4 ,cette occupation mit du vague dans mon imag9ation2 elle se mla aux connaissances positives que j'avais acquises et s\v5t je m'amusais rv] p\r mesur] ensuite mes rv]ies au compas de mon raisonnem5t444 ,j'ai t\j\rs aim l'analyse1 et si je dev5ais srieusem5t am\reux1 je dcompos]ais mon am\r pice pice4 ,n'e/-ce pas l prcism5t le procd de l'cole mlancolique8 ,mais le jeune ,bonap>te s'y ratta*ait encore p> un ct plus f*eux4 ,avant d'avoir srieusem5t comm5c l'preuve de la vie1 il en tait fatigu1 et ne voyant aucun intrt digne de l'y ratta*]1 il songeait1 comme il y songea1 dit-on1 plus t>d1 dans le dsa/re de sa =tune1 mettre un t]me ses j\rs4 ,une note crite p> lui1 le #c mai de l'anne #aghh1 retr\ve dans les papi]s du c>d9al ,fes*1 et publie en #ahab1 conti5t ce passage3 ,un j\r au milieu des hommes1 je r5tre p\r rv] en moi-mme1 et me livr] t\te la vivacit de ma mlancolie4 ,de quel ct e/-elle t\rne auj\rd'hui8 ,du ct de la mort4 ,dans l'aurore de mes j\rs1 je puis encore espr] de vivre longtemps et quelle fureur me porte v\loir ma de/ruction8 ,sans d\te que faire dans ce monde8 ,puisque je dois m\rir1 ne vaut-il pas autant se tu]8 ,si j'avais pass soixante ans1 je respect]ais les prjugs de mes contempora9s et j'att5drais patiemm5t que la nature eut a*ev son c\rs2 mais puisque je comm5ce pr\v] des malheurs2 que ri5 n'e/ plaisir p\r moi1 p\rquoi support]ais-je des j\rs o ri5 ne me prospre8 ,je laisse d'autres le so9 de calcul] les consqu5ces qu'aurait eues p\r l'hi/oire du monde l'excution du projet dont on vi5t de voir les traces4 ,je n'y veux voir que la preuve de l'influ5ce du temps o il se produisait4 ,combi5 cette influ5ce devait-tre pr(onde p\r t\ff]1 dans un tel homme1 la consci5ce de sa =ce1 s9on celle de sa valeur1 en mme temps que le press5tim5t de ses de/9es6 ,j'en aurai f9i avec cette poque qu& j'aurai rappel qu' ce mom5t en ,france1 comme en ,anglet]re1 et plus encore que dans ce pays1 le suicide ex]ait ses ravages4 ,m]ci]1 dans son tableau de ,p>is 7#agha-agij71 signalait ce flau4 ,il n'a po9t tabli s'il t5ait aux s5tim5ts dont j'ai p>c\ru l'hi/oire1 mais p> elle-mme1 l'ext5sion du suicide indique assez un tat gnral de s\ffrance et de dsespoir4 ,il e/ temps de rsum] les faits dont j'ai prs5t le tableau4 ,la ,france1 l',anglet]re1 l',allemagne1 presque t\te l',europe1 donn5t v]s la f9 du ,x,v,i,i,ie sicle un trange spectacle4 ,de t\s cts1 se manife/5t un malaise pr(ond1 un tr\ble d\l\reux4 ,on ent5d s'lev] p>t\t un murmure attri/4 ,une philosophie vague1 des aspirations indcises et inconsi/antes1 un beso9 de n\veaut et de p>adoxe1 travaill5t les intellig5ces et les curs4 ,il semble que la socit s5tant appro*] une crise dcisive s'agite comme un malade1 et dem&e t\s les expdi5ts un salut qu'elle n'espre mme pas4 ,ce m\vem5t s'acclre encore en se communiquant4 ,il s'tablit entre les diffr5ts peuples des c\rants d'influ5ce qui activ5t la t5dance naturelle de *acun d'eux4 ,c'e/ a9si que ,zimm]mann faisait des emprunts ,jean-,jacques ,r\sseau et ,b]n>d9 de ,sa9t-,pi]re2 que ,g!1 p>tageant le gt de la jeunesse de son temps1 se passionnait p\r le gr& pote anglais dont il analysait1 dans ,wilhelm ,mei/]1 la belle cration d',hamlet2 c'e/ a9si que ,g! encore ne tr\vait ri5 de mieux p\r inspir] son ,w]!r des ides de mort1 que de lui faire relire avec son amie quelques-unes des plus sombres pages d',ossian4 ,enf91 c'e/ a9si qu' son t\r1 ,w]!r v5ait tr\bl] les imag9ations franaises1 et revivait1 p> exemple1 dans le jeune d',olban4 ,t\tes ces causes runies prp>ai5t la v5ue de cette maladie du sicle dont n\s devons suivre ma9t5ant le dveloppem5t4 ,,ii #aghi-ahae ,i ,les ,potes4 ,,mi*aud4--,,fontanes4--,,leg\v4--,,mill evoye4 ,,ba\r-,,lormian4 ,de t\tes les =mes que la p5se peut revtir1 aucune plus que la posie ne p>at propre l'expression de la mlancolie4 ,il n'en e/ pas qui semble mieux faite p\r traduire dans leurs dt\rs ou dans leurs lans de capricieuses rv]ies ou de vagues aspirations4 ,cep5dant1 p> une anomalie assez biz>re1 la posie de la ,rvolution et de l',empire e/ re/e1 dans cet ordre d'ides1 =t au-dess\s de la prose4 ,t&is que celle-ci a mis au s]vice du mal que j'tudie une langue n\velle1 la posie se cantonnant dans des s\v5irs classiques1 ne lui a prt qu'un conc\rs trs effac4 ,t\tefois elle lui a fait une place que1 si petite qu'elle soit1 il faut considr]4 ,on doit m5tionn] d'abord un petit pome compos p> ,mi*aud p5dant la t]reur1 la suite d'une prom5ade solitaire1 comme il en faisait alors1 rduit qu'il tait se ca*] p\r se s\/raire aux re*]*es des ennemis que lui valait son c\rageux j\rnal4 ,cet ouvrage a p\r titre ,erm5onville1 ou le tombeau de ,jean-,jacques4 ,mi*aud1 aprs avoir crit dans sa prface qu' ,erm5onville une d\ce mlancolie1 un en?\siasme div9 dgag5t l'me des li5s qui l'atta*5t la t]re1 clbre les v]tus de ,jean-,jacques et t]m9e a9si3 ,p>t\t sur son trpas on v]s]a des l>mes1 ,p>t\t de ses crits on s5tira les *>mes1 ,p>t\t on bnira les v]tus de ,r\sseau1 ,et l'univ]s s]a son temple et son tombeau4 ,on doit cit] aussi ,le cri de mon me p> ,fontanes1 morceau s5tim5tal1 dont l'auteur plus t>d r\gissait un peu2 et surt\t ,le j\r des morts dans une campagne 7#agij71 o respire un att5drissem5t ple9 de *>mes1 et qui rappelle la clbre lgie de ,gray4 ,l'auteur avait t prp> crire dans ce g5re p> les difficults et les *agr9s d'une vie dont les dbuts n'annonai5t gure la haute =tune qui la devait c\ronn]4 ,il avait presque connu l'indig5ce1 et1 naturellem5t port la mlancolie1 ses p5ses avai5t reu une te9te plus sombre encore de la p]te d'un frre prmaturm5t enlev son affection4 ,les posies publies p> ,leg\v1 de #agih #ahjj1 n\s (fr5t des impressions de la mme nature4 ,dans la pice intitule la ,mlancolie1 on s5t que le pote s'e/ enivr de ,r\sseau1 de ,b]n>d9 de ,sa9t-,pi]re et de ,g!4 ,sa mlancolie n'a1 d'ailleurs1 ri5 d'am]2 elle e/ un plaisir plutt qu'une pe9e2 elle e/ mme1 d'aprs lui1 une volupt4 ,t\t l'alim5te3 la fable et le roman1 ,didon1 ,tancrde1 ,hlose1 ,w]!r1 ,paul et sa ,virg9ie4 ,elle aime l'ombre des bois1 les bords d'un ruisseau1 le c\*] du soleil1 les aspects de l'automne2 elle *rit les ru9es1 et plus p>ticulirem5t les cimetires4 ,un cimetire aux *amps1 quel tableau1 quel trsor6 ,du re/e1 elle-mme prte son *>me t\te *ose2 elle embellit la scne de l'univ]s4 ,enf91 si l'on veut savoir s\s quelle figure elle se prs5te aux yeux du pote1 voici le portrait qu'il en fait3 44444 ,une vi]ge assise s\s l'ombrage1 ,qui1 rveuse et livre de vagues regrets1 ,n\rrit au bruit des flots un *agr9 ple9 d'attraits1 ,laisse voir1 en ouvrant ses paupires timides1 ,des pleurs voluptueux dans ses reg>ds humides ,et se plat aux s\pirs qui s\lv5t son se91 ,un cyprs devant elle1 et ,w]!r la ma94 ,on voit combi5 le naturel fait dfaut cette posie lgante4 ,celle d'un autre pote1 ,millevoye1 qui brilla quelques annes aprs d'un d\x clat1 se prs5ta avec mo9s d'apprt4 ,la demeure ab&onne1 ,le bois dtruit1 ,le pote m\rant1 et surt\t ,la *ute des feuilles 7#ahaa71 cette posie qui suffira p\r faire vivre le nom de son auteur1 sont autant d'lgies aimables o l'motion p>le un langage d'autant plus t\*ant qu'il e/ plus simple4 ,en #ahja1 ,ba\r-,lormian avait donn ses posies ,ossianiques4 ,elles fur5t accueillies p> la faveur publique1 et le futur emp]eur1 qui ne mnagea pas ses rcomp5ses l'auteur1 fut le premi] les lire et apprci] le mrite avec lequel elles faisai5t pass] dans notre langue la posie vaporeuse et sombre des ,anglais4 ,c'e/ cela que se borne l'expression de la mlancolie p> la posie1 de #aghi #ahad4 ,encore dans ce petit nombre d'uvres le mal que j'tudie se trahit-il pe9e4 ,p\r pr5dre sur le fait la mlancolie vraim5t maladive1 il faut arriv] des uvres mo9s potiques dans la =me1 quoiqu'elles le fuss5t peut-tre plus p> le fond4 ,,ii ,mme de ,/al4 ,ce n'e/ pas1 sans d\te1 p> le ct mlancolique que ,mme de ,/al attire au premi] abord l'att5tion4 ,on l\e plutt en elle des qualits n]giques et quelque peu viriles4 ,l'en?\siasme p>aissait tre l'tat le plus habituel de son me et le mot qui l'exprime revi5t frquemm5t s\s sa plume4 ,mme ,le ,brun1 dans ses ,s\v5irs1 la reprs5te comme p]sonnifiant en quelque sorte la muse de l'improvisation1 et ,gr>d n'a pas cru s'c>t] de la vrit en la peignant s\s les traits de ,cor9ne1 l',itali5ne inspire4 ,elle a horreur de la solitude2 elle re*]*e le monde1 les triomphes que son esprit suprieur y remporte1 l'impulsion n\velle qu'il en reoit2 elle aime la gloire1 aiguillon puissant p\r le tal5t2 enf9 son cur ne re/e pas inactif4 ,cep5dant on ne saurait ni] qu'elle ait ress5ti des atte9tes de maladie morale4 ,elle n\s appr5d que le fantme de l'ennui l'a t\j\rs p\rsuivie1 qu'elle e/ dans son imag9ation1 comme dans la t\r d',ugol9444 ,et dans sa d]nire maladie elle disait ,*ateaubri&3 ,j'ai t\j\rs t la mme1 vive et tri/e4 ,on peut puis]1 cet g>d1 d'utiles claircissem5ts dans ses prfr5ces littraires4 ,son premi] ouvrage considrable sont ses ,lettres sur le c>actre et les crits de ,jean-,jacques ,r\sseau1 qu'elle publiait v+t-deux ans 7#aghh74 ,leur lecture atte/e que l'auteur a pr(ondm5t pntr son sujet4 ,elle analyse1 p> exemple1 avec une f9esse rem>quable1 la s+ulire disposition de ,r\sseau que j'ai rappele1 de ne p\voir se passionn] que p\r des illusions4 ,mme de ,/al ne se borne pas compr5dre ,r\sseau1 elle l'admire4 ,ds son enfance1 elle avait conu p\r lui1 je rpte le mot qui lui tait *]1 un en?\siasme ard5t4 ,c'tait1 avec ,ri*>dson1 le seul criva9 dont elle emportt les ouvrages dans une retraite ,sa9t-,ou51 que lui imposait sa sant altre p> l'excs du travail2 ce fut lui qu'elle v\lut consacr] son premi] essai srieux de composition4 ,le prambule en e/ sol5nel1 mais c'e/ surt\t dans la proraison que l'auteur se livre la dclamation1 et l'hyp]bole prodigue dans l'loge et dans la description de la spulture de ,r\sseau1 indique que ,mme de ,/al tait dev5ue l'lve en mme temps que l'admiratrice de ,jean-,jacques4 ,en acqurant plus de maturit1 la raison de ,mme de ,/al a corrig ces excs1 mais elle e/ demeure fidle ses premires sympa?ies p\r le g5re mlancolique4 ,dans son ouvrage1 publi en #ahjj1 sur ,la littrature considre dans ses rapports avec les in/itutions sociales1 elle proclame qu'il y a deux littratures t\t fait di/9ctes3 celle qui vi5t du ,midi1 et celle qui desc5d du ,nord1 celle dont ,homre e/ la premire s\rce1 celle dont ,ossian e/ l'orig9e4 ,elle range dans l'une les ,grecs1 les ,lat9s1 les ,itali5s1 les ,espagnols et les ,franais du sicle de ,l\is ,,xiv2 dans l'autre les ouvrages ,anglais1 les ouvrages ,allem&s1 quelques crits des ,danois et des ,sudois et un c]ta9 nombre d'ouvrages mod]nes4 ,or1 la base de cette di/9ction c'e/ que la premire de ces littratures recle une s5sibilit rveuse et pr(onde qui n'app>ti5t pas la seconde4 ,mme de ,/al1 t\t en reconnaissant qu'on ne peut dcid] de la supriorit de l'un ou l'autre des deux g5res p> elle indiqus1 dcl>e que t\tes ses impressions1 t\tes ses ides la port5t de prfr5ce v]s la littrature du ,nord4 ,et elle donne a9si la raison de ce *oix3 ,ce que l'homme a fait de plus gr&1 il le doit au s5tim5t d\l\reux de l'incomplet de sa de/9e444 ,l'hrosme de la morale1 l'en?\siasme de l'loqu5ce1 l'ambition de la gloire1 donn5t des j\issances surnaturelles1 qui ne sont ncessaires qu'aux mes la fois exaltes et mlancoliques1 fatigues de t\t ce qui se mesure1 de t\t ce qui e/ passag]1 d'un t]me enf9 quelque di/ance qu'on le place4 ,enf9 appliquant ces pr9cipes1 dans son ouvrage sur l',allemagne 7#ahaj71 ,mme de ,/al paye t\te la littrature allem&e et en p>ticuli] ,w]!r un l>ge tribut de l\anges4 ,il s]ait facile sans d\te de conte/] le mrite de la ?orie que je vi5s de reproduire et qui divise en deux gr&es p>ts t\te la littrature4 ,ds l'app>ition de l'ouvrage o elle tait =mule1 ,mme de ,/al1 avait r5contr de puissants contradicteurs4 ,dans un article du ,m]cure1 ,m4 de ,fontanes avait rompu une lance avec l'auteur4 ,il s\t5ait1 avec raison1 que les ,grecs n'avai5t t nullem5t trang]s la mlancolie1 qu'ils avai5t p>faitem5t compris la d\leur rveuse dans les impressions solitaires4 ,enf9 il rappelait que les posies les plus tri/es avai5t t composes p> un arabe il y avait plus de trois mille ans4 ,un antagoni/e plus r$\table encore1 ,m4 de ,*ateaubri&1 dans une rponse adresse ,m4 de ,fontanes1 ne ddaignait pas d'entr] en lice contre ,mme de ,/al1 et mme il le faisait avec des =mes qui tmoignai5t de sa "p plus de malice que de gnrosit4 ,il e/ vrai que ,*ateaubri&1 comme ,fontanes1 tombait dans autre erreur en faisant de la mlancolie un attribut exclusif de la religion *rti5ne4 ,mais n'insi/ons pas sur la valeur respective de ces ?ses brillantes4 ,la seule *ose que j'aie v\lu not] ici1 c'e/ la t5dance morale de ,mme de ,/al1 envisage comme critique littraire4 ,cette t5dance ne s'accuse pas mo9s dans les ouvrages o elle a su crer son t\r4 ,dans un drame presque inconnu3 ,sophie1 ou les s5tim5ts secrets1 uvre de ses dbuts1 t\te empre9te de la fausse s5sibilit du temps1 on voyait1 au milieu d'un j>d9 anglais 7c'en tait alors la mode71 prs d'une urne ent\re de cyprs1 une jeune fille s\ffrant d'une tri/esse prcoce4 ,son premi] roman 7#ahjb7 n\s (fre une hrone d'un c>actre n]gique et dont les tr\bles intimes ne provi5n5t que de la difficult qu'elle pr\ve *oisir entre plusieurs g5res de sacrifices1 mais qui n'en s5t pas mo9s le f>deau de la vie3 ,delph9e p>le de la fatigue d'exi/]4 ,ce mot1 un de ceux dont on a depuis tant abus1 avait alors une n\veaut relative4 ,dans ,cor9ne 7#ahjg71 c'e/ ,oswald qui reprs5te la maladie morale3 ,oswald1 c'e/--dire une nature inquite1 attri/e1 qui rappelle un p]sonnage du roman de ,cali/e p> ,mme de ,*>rire4 ,du re/e1 bi5 que ce sombre insulaire n'occupe pas la premire place dans le roman1 et que la figure de ,cor9ne y efface t\t de son clat1 celle-ci ne laisse pas de subir son *>me et c'e/ lui qu'elle donne t\t ce qu'elle peut donn] d'un cur o rgne surt\t l'am\r de la gloire4 ,ces pe9tures1 il faut le reconnatre1 tai5t peu prs in(f5sives4 ,mme de ,/al a eu le malheur1 un j\r1 de faire de son tal5t un plus fune/e usage4 ,dans son trait de l',influ5ce des passions sur le bonheur des individus1 elle a t assez mal inspire p\r crire l'loge du suicide4 ,la date de cet ouvrage 7#agif71 en n\s reportant au s\v5ir des malheurs de notre patrie1 p\rrait attnu] dans quelque mesure la gravit de cette erreur1 si ,mme de ,/al n'avait tmoign plus t>d encore1 dans l',allemagne1 une f*euse complaisance p\r la doctr9e du suicide4 ,mais il s]ait inju/e d'appuy] sur cette faiblesse1 puisque l'criva9 l'a dsav\e de son mieux4 ,le s\v5ir en tait t\j\rs re/ comme un remords dans sa consci5ce2 elle a t5u honneur de l'attnu] et elle s'e/ acquitte de ce so9 en publiant1 en #ahab1 des rflexions sur le suicide1 o elle fltrissait l'ab&on de la vie1 du mo9s celui qui n'e/ pas comm& p> le dv\em5t ou p> la v]tu4 ,mme de ,/al a donc connu p> elle-mme cette maladie du sicle qu'elle a df9ie une maladie de l'imag9ation4 leve dans une socit eng\e de ,r\sseau1 elle avait p>tag son sujet le dlire gnral4 ,plus t>d1 les malheurs publics l'avai5t atte9te4 ,la ,rvolution1 en b\lev]sant sa vie1 y avait laiss un vide pr(ond4 ,jamais elle n'avait pu se consol] de l'exil ni de sa demi-solitude de ,coppet4 ,elle n'avait pu d'avantage s'acc\tum] la p5se des maux de la ,france livre t\r t\r l'an>*ie ou au despotisme4 ,enf9 les littratures trangres1 avec lesquelles son exil l'avait r5due familire1 avai5t f\rni sa mlancolie un n\vel alim5t4 ,ses dfaillances d'ailleurs ont t c\rtes et bi5tt suivies de ret\r la ple9e sant morale1 et1 s\s quelques rapports1 elle re/]a comme un modle de l'indp5dance et de la f]met du c>actre4 ,,iii ,le ,gr\pe de ,coppet ,,b>ante4--,,sismondi4 ,on n'e/ po9t un esprit suprieur1 on n'a po9t en soi une surabondance de =ce et de m\vem5t intellectuel1 sans attir]1 sans gr\p] prs de soi d'autres intellig5ces mo9dres1 mais qui peuv5t tre encore rem>quables4 ,aut\r de ,mme de ,/al gravitai5t quelques hommes qui vivai5t de sa vie morale et en p>tageai5t les s\ffrances4 ,elle-mme1 a trac le portrait de l'un deux1 c> cet ,oswald1 compagnon trop froid de l'clatante ,cor9ne1 ne s]ait autre1 d'aprs un juge compt5t1 qu'un des amis de ,mme de ,/al1 ,m4 de ,b>ante4 ,or1 on l'a vu plus haut1 ,oswald tait tri/e et sombre4 ,la plus intime de t\tes les d\leurs1 la p]te d'un pre1 tait la cause de sa maladie2 des circon/ances cruelles1 des scrupules dlicats aigrissai5t encore ses regrets et l'imag9ation y mlait ses fantmes4 ,a v+t-c9q ans1 il tait dc\rag de la vie2 son esprit jugeait t\t d'avance1 et sa s5sibilit blesse ne gtait plus les illusions du cur444 ,ri5 ne lui causait un s5tim5t de plaisir pas mme le bi5 qu'il faisait4 ,il ne semble pas1 d'ailleurs1 que cette disposition amre ait eu *ez ,m4 de ,b>ante une longue dure4 ,elle a d cd] une vie active et favorise p> le succs4 ,non lo9 de lui1 dans la pnombre de ,mme de ,/al1 on di/+ue la figure d'un autre criva91 ,suisse d'orig9e1 mais ,franais p> le langage et p> le cur4 ,m4 de ,sismondi1 qui avait de bonne heure fait de la ,france sa patrie d'adoption1 avait pris sa "p1 p5dant la ,rvolution1 des dsa/res qui atteignai5t la ,france4 ,il tait ,lyon qu& la t\rm5te s'y d*ana4 ,il avait *]* un refuge en ,suisse1 d'o la gu]re v9t le *ass]4 ,il s'tait alors rfugi en ,anglet]re1 puis retir en ,italie 7#agic-id71 et avait t de l port] ses hommages la c\r de ,coppet4 ,il n'avait pas t>d dev5ir un des admirateurs les plus dv\s de ,mme de ,/al4 ,la socit de cette femme illu/re tait dev5ue p\r lui un beso9 imprieux4 ,il crivait3 ,l'ennui1 la tri/esse1 le dc\ragem5t1 m'accabl5t ds que je suis lo9 d'elle4 ,il l'accompagna dans ses voyages en ,allemagne et en ,italie1 et p5dant t\te la dure de l',empire1 qu'il n'a s]vi qu'au j\r du malheur1 il s'e/ associ la ha9e que ,mme de ,/al avait v\e au p\voir qui pesait sur la ,france4 ,contre les *agr9s que lui inspirait la vue des vnem5ts qui dsolai5t alors l',europe1 il ne tr\vait en lui-mme aucun remde4 ,il r5contrait au contraire dans sa p5se1 sa correspondance l'atte/e1 d'autres sujets d'angoisses4 ,le #bh mai #ahji1 il crivait ,mme d',albany3 ,v\s p\vez jug] quelle e/ notre tri/esse habituelle2 aucun de n\s n'a plus le c\rage de travaill]4 ,il pr5d un dgt de la littrature1 de l'tude1 de la p5se1 lorsque la vie e/ si pesante2 il pr5d un s5tim5t de mort univ]selle1 et je v\drais dormir t\j\rs p\r m't] la f9 et aux n\velles du j\r et aux ret\rs sur soi-mme qu'une philosophie impuissante n\s fait faire sans rsultat4 ,a *>ge lui-mme1 il pr\ve une agitation fatigante qu'il ne peut apais] qu'en s'oubliant p\r d'autres4 ,ce n'e/ que p> ces affections1 dit-il1 le #cj ju9 #ahaj1 que j'vite d'tre ennuy de moi-mme1 et encore ,dieu sait si je l'vite entirem5t2 il me semble que je ti5s si peu de place1 que j'ai si peu de motif p\r vivre1 qu'il faut me dire ou me faire croire que je suis ncessaire un autre1 p\r que je sois ncessaire moi-mme1 le dc\ragem5t e/ sans cesse la porte1 et je n'ai plus assez de vie intrieure p\r me pass] un in/ant de celle que les autres me prt5t4 ,une d]nire citation montr]a ce qu'il tait encore deux ans plus t>d3 ,pescia1 #d novembre #ahab4 ,il y a dans la p5se mme1 il y a dans la nature et le c\rs de la vie quelque *ose de tri/e1 une mlancolie intrieure qui r5at d'elle-mme et qu'on ne *asse gure que p> l'action et la dissipation4 ,a9si la p5se1 la nature1 la vie mme1 t\t l'attri/e et il ne peut support] le f>deau de l'exi/5ce qu'en en p]dant la consci5ce p> l'agitation2 il va plus lo91 et e/ime qu'on peut s'en dfaire p> la viol5ce4 ,mme de ,/al1 je l'ai dit1 avait rtract l'op9ion imprud5te qu'elle avait d'abord s\t5ue sur le suicide2 ,sismondi la blme de cette rtractation qui1 selon lui1 ne p\vait qu'affaiblir l'autorit de sa p5se1 et il considre le suicide comme un remde mis notre porte1 et p\r t\t dire1 le plus n]gique4 7,lettre du #bg m>s #ahad47 ,sismondi e/ une preuve frappante du mal qui svissait sur les esprits cette poque1 et ce n'e/ pas une m9ce erreur et une faute lgre de sa "p d'avoir cru et d'avoir dit qu'on p\vait s'y s\/raire en quittant volontairem5t la vie4 ,du mo9s1 il a *]* le combattre en lui p> un travail intellectuel op9itre et dont les beaux rsultats ont enri*i la littrature2 et plus t>d1 il e/ rev5u au calme et la srnit4 ,cette sagesse t>dive ne fut pas le p>tage de t\s les amis de ,mme de ,/al4 ,l'un des plus illu/res1 ,b5jam9 ,con/ant1 re/a jusqu' son d]ni] j\r dans une agitation /rile4 ,mais ce p]sonnage a trop d'importance p\r tre apprci dans un rang secondaire et n\s lui consacr]ons1 en son lieu1 un exam5 spcial4 ,n\s arrivons1 ds prs5t1 un gr& sujet1 l'tude de ,*ateaubri&4 ,,iv ,*ateaubri& ,*ateaubri& a dit quelque "p que t\s les gr&s gnies avai5t t mlancoliques4 ,cette loi comporte assurm5t plus d'une exception1 mais ce n'e/ pas p> l'exemple de ,*ateaubri& lui-mme qu'on la p\rrait contr$ire4 ,lo9 de l1 la mlancolie n'a jamais eu peut-tre de p]sonnification plus clatante que cet illu/re criva94 ,elle app>at dj dans ses premi]s crits4 ,son ,essai hi/orique sur les ,rvolutions1 dans leurs rapports avec la ,rvolution ,franaise 7#agig7 conti5t1 au milieu d'tudes hi/oriques et potiques1 des considrations sur la mlancolie1 la solitude1 le suicide4 ,l'auteur p>le avec motion des rc5tes in=tunes de ses compatriotes et donne aux malheureux des conseils m>qus du ca*et de l'poque4 ,il les engage vit] les j>d9s publics1 le fracas1 le gr& j\r1 contempl] de lo9 les feux qui brill5t s\s t\s les toits habits3 ici le rv]bre la porte du ri*e1 qui1 au se9 des ftes1 ignore qu'il y a des misrables3 l-bas quelque petit rayon tremblant dans une pauvre maison c>te du faub\rg2 et se dire3 l1 j'ai des frres6 ,il leur indique encore les consolations qu'ils peuv5t puis] dans la nature4 ,dans un *apitre intitul3 ,sujets et rflexions dtaills1 il dploie une extrme viol5ce d'am]tume et une misan?ropie passionne2 et sur des notes manuscrites1 consignes p> l'auteur en m>ge de cet essai1 on lit ces lignes3 ,ne dsirons po9t survivre nos c5dres1 m\rons t\t enti]s de peur de s\ffrir ailleurs4 ,cette vie-ci doit corrig] de la manie d'tre4 ,mais nulle "p il n'a t si lo9 que dans ,r5 7#ahjb74 ,cette uvre a laiss des traces si pr(ondes dans l'hi/oire morale du sicle que1 bi5 qu'elle soit prs5te t\tes les mmoires1 je dois en rappel] ici les pr9cipaux traits4 ,r5 se montre ds son enfance tel qu'il s]a plus t>d4 ,son humeur e/ imptueuse1 son c>actre 9gal4 ,il aime contempl] la nue fugitive1 ent5dre la pluie tomb] sur le feuillage1 ou bi51 se prom5ant avec sa sur dans les bois1 la *ute des feuilles1 il prte l'oreille aux s\rds mugissem5ts de l'automne ou au bruit des feuilles s*es que t\s deux tran5t l5tem5t s\s leurs pas4 ,aprs la mort de son pre1 il s'arrte l'entre des voies trompeuses de la vie4 ,il se s5t t5t d'all] ca*] ses j\rs dans un clotre1 mais il r5once ce projet et pr5d le p>ti de voyag]4 ,il visite d'abord les peuples qui ne sont plus4 ,puis il se lasse de f\ill] dans des c]cueils1 o il ne remue trop s\v5t qu'une p\ssire crim9elle4 ,il veut voir si les races vivantes lui (friront plus de v]tus ou mo9s de malheur que les races van\ies4 ,mais quel e/ le fruit de ses fatigantes re*]*es8 ,ri5 de c]ta9 p>mi les anci5s1 ri5 de beau p>mi les mod]nes4 ,il r5tre enf9 dans sa patrie1 mais le gr& sicle n'e/ plus4 ,a ,p>is1 il se jette un in/ant dans le monde2 il en e/ bi5 vite dgt4 ,il se retire dans un faub\rg de la gr&e ville4 ,s\v5t1 assis dans une glise peu frqu5te1 il passe des heures entires en mditation4 ,le soir v5u1 il repr5d le *em9 de sa retraite1 et il se dit que s\s tant de toits habits1 il n'a pas un ami4 ,enf91 il se dcide a*ev] dans un exil *amptre une c>rire pe9e comm5ce et dans laquelle il a dj dvor des sicles4 ,cette solitude le plonge dans de n\veaux t\rm5ts4 ,quelquefois il r\git subitem5t et s5t c\l] dans son cur comme des ruisseaux d'une lave ard5te2 quelquefois il p\sse des cris involontaires1 et la nuit e/ galem5t tr\ble de ses songes et de ses veilles4 ,l'automne arrive1 il entre avec ravissem5t dans la saison des temptes4 ,l'exaltation de son cur s'accrot *aque j\r2 il a pe9e en cont5ir la =ce inactive4 ,il se s5t seul sur la t]re2 une langueur secrte s'emp>e de son corps4 ,il ne s'ap]oit plus de son exi/5ce que p> un pr(ond s5tim5t d'ennui4 ,enf9 dsesprant de gurir il se dcide quitt] la vie4 ,on connat les vnem5ts qui t]m95t ce rcit3 la lettre que ,r5 crit sa sur2 les al>mes de celle-ci2 son arrive prcipite *ez son frre qu'elle =ce vivre2 l'engagem5t d',amlie dans la vie religieuse2 le has>d qui rvle le secret de son g>em5t celui qui en e/ l'objet2 enf9 le d"p de ,r5 qui s'emb>que p\r l',amrique o il trane une exi/5ce ds5*ante1 et tr\ve la mort dans le massacre des ,franais la ,l\isiane4 ,telle e/1 dans ses lignes les plus saillantes1 la figure de ,r54 ,*ateaubri&1 dans un autre ouvrage1 a suivi ,r5 au milieu des ,nat*ez2 mais cette tude qui1 publie seulem5t en #ahbe1 e/ cep5dant antrieure ,r51 n'aj\te ri5 la physionomie du hros4 ,a la ,l\isiane ou en ,france1 ,r5 e/ t\j\rs le mme3 ,je m'ennuie de la vie1 dit-il1 l'ennui m'a t\j\rs dvor4 ,ce qui intresse les autres hommes ne me t\*e po9t4 ,pa/eur ou roi1 je me s]ais galem5t fatigu de la gloire et du gnie1 du travail et du loisir1 de la prosprit et de l'in=tune4 ,je suis v]tueux sans plaisir2 si j'tais crim9el1 je le s]ais sans remords2 je v\drais n'tre pas n ou tre jamais oubli4 ,quel sombre portrait1 et quelle di/ance mme entre ,r5 et l'in=tun dcrit dans l',essai6 ,ce d]ni]1 en contemplant les toits habits p> la misre1 p\vait du mo9s se dire3 l j'ai des frres6 ,r5 s'crie3 je n'ai pas un ami6 ,l'un tr\ve des ad\cissem5ts dans la vue de la nature2 p\r l'autre1 elle n'e/ qu'un objet d'indiffr5ce4 ,adonn la rv]ie et la solitude1 ple9 de mpris p\r les hommes et de complaisance p\r lui-mme1 sceptique1 inquiet1 dsuvr1 inutile1 ne sa*ant que n\rrir les tr\bles de son me et les communiqu] d'autres curs1 ,r5 runit t\s les symptmes1 de la maladie du sicle1 il en con/itue le type le plus complet4 ,quel tait donc le s5tim5t qui p\ssait ,*ateaubri& c>ess] avec tant de complaisance ce tri/e sujet8 ,on ne peut en d\t]1 sauf quelques vnem5ts imag9aires auxquels le hros se tr\ve ml1 l'auteur a v\lu se pe9dre lui-mme4 ,il l'av\e1 ses ouvrages sont les preuves et les pices ju/ificatives de ses mmoires3 on y p\rra lire l'avance ce qu'il a t4 ,l'id5tit entre ,r5 et ,*ateaubri& rsulte encore d'un rappro*em5t entre le passage des ,nat*ez que je vi5s de cit] plus haut1 et une page des ,mmoires d'outre-tombe4 ,ce que ,r5 dit de son incorrigible dgt de t\tes *oses1 ,*ateaubri& l'applique lui-mme dans ses mmoires1 et presque dans les mmes t]mes3 ,voil comme t\t avorte dans mon hi/oire2 comme il ne me re/e que des images de ce qui a pass si vite44444 la faute en e/ mon organisation2 je ne sais pr(it] d'aucune =tune2 je ne m'intresse quoi que ce soit de ce qui intresse les autres4 ,hors en religion1 je n'ai aucune croyance4 ,pa/eur ou roi1 qu'aurais-je fait de mon sceptre ou de ma h\lette8 je me s]ais galem5t fatigu de la gloire et du gnie1 du travail et du loisir1 de la prosprit et de l'in=tune4 ,t\t me lasse2 je remorque avec pe9e mon ennui avec mes j\rs1 et je vais p>t\t baillant ma vie4 ,rem>quons ici1 d'ailleurs1 que lorsqu'il excepte sa foi religieuse du naufrage de ses croyances1 ,*ateaubri& ne p>le po9t de t\t son pass1 et qu'en un autre endroit il a reconnu que l'alt]native du d\te et de la foi avait fait longtemps de sa vie un mlange de dsespoir et de dlices4 ,quoi qu'il en soit1 t\t ce que n\s savons de la vie de ,*ateaubri&1 t\t ce qu'il a rvl lui-mme1 vi5t dmontr] que ,r5 c'e/ lui4 ,on va le voir de plus prs p> les dtails qui suiv5t4 ,ds ses premires annes1 ,*ateaubri& aime la solitude4 ,il fuit les enfants de son ge p\r dev5ir le compagnon des v5ts et des flots4 ,s'asseoir seul1 dans la concavit d'un ro*]1 s'amus] ber aux lo9ta9s bleutres1 c\t] le refra9 des vagues p>mi les cueils1 tels sont ses plaisirs4 ,adolesc5t1 il se plat aux longues prom5ades dans la campagne1 accompagn seulem5t p> une jeune sur4 ,homme fait1 il entrepr5d de lo9ta9s voyages et va se jet] au milieu des solitudes de l',amrique4 ,il rapporte qu'en p>tant p\r ces rgions alors mal connues il se proposait un b utile1 la dc\v]te du monde polaire2 et dans le rcit de ses voyages1 il p>le srieusem5t de ce gr& projet4 ,mais il se faisait1 ce me semble1 illusion lui-mme3 ce qui l'entranait v]s des cieux n\veaux1 c'tait1 avec l'attrait de l'inconnu1 un gt de l'indp5dance que bi5 des circon/ances de sa vie ont atte/1 p>fois avec un clat public4 ,hte1 p> *oix1 du ds]t avant la ,rvolution1 migr et errant s\s la ,t]reur1 exil volontaire s\s l',empire1 enf91 retir s\s sa t5te aprs avoir dirig les affaires de son pays2 dans ces div]ses sortes d'isolem5t il se suffit lui-mme2 et l'on peut mme dire qu'au milieu des hommes1 et dans le mom5t le plus brillant de sa vie active1 il e/ t\j\rs re/ quelque peu solitaire4 ,cette solitude1 relle ou seulem5t intrieure1 il la remplissait de ses rv]ies et des fantmes de son imag9ation4 ,il s'tait cr des tres fictifs1 avec lesquels il vivait et qui dev5ai5t l'objet de ses passions encore indcises4 ,qu& le *>me tombait et qu'il rev5ait lui-mme1 frapp de sa folie1 il se prcipitait sur sa c\*e1 il se r\lait dans sa d\leur1 il arrosait son lit de l>mes cuisantes que p]sonne ne voyait et qui c\lai5t misrables1 p\r un nant4 ,un mom5t arriva o ces *agr9s sans cause dev9r5t si am]s qu'il v\lut en f9ir avec l'exi/5ce4 ,il se saisit d'un fusil de *asse qu'il tr\va s\s sa ma92 heureusem5t l'arrive d'un tmo9 dj\a cette t5tative4 ,a cette crise et la maladie qui la suivit1 succda une sorte d'accalmie2 mais son imag9ation n'tait pas te9te4 ,ses vagues inquitudes1 ses dsirs sans objet1 le p\rsuivir5t jusque s\s la hutte des sauvages de l',amrique4 ,plus t>d1 ses passions s'atta*r5t des objets mo9s impalpables4 ,mais1 il porta t\j\rs en lui un monde imag9aire1 plus ri*e ou plus dsol que l'autre4 ,en mme temps1 un mal secret1 pressant1 l'ennui1 empoisonnait p\r lui t\tes les j\issances4 ,j'ai le sple51 crit-il1 tri/esse physique1 vritable maladie4 ,je n'tais pas une nage du se9 de ma mre que dj les t\rm5ts m'avai5t assailli4 ,j'ai err de naufrage en naufrage2 je s5s une maldiction sur ma vie1 poids trop pesant p\r cette cahute de roseaux4 ,g>dons-n\s t\tefois de ri5 exagr]2 il y a s\v5t *ez les hommes une sorte de seconde nature1 un d\ble fond1 quelque *ose d'analogue ce que ,pascal appelle3 la p5se de d]rire4 ,*ez ,*ateaubri&1 cette dualit1 je n'ose dire cette duplicit1 se fait bi5 s5tir4 ,son dsespoir ne l'a pas emp* de vivre1 et ne lui a fait ddaign] ni l'am\r ni la gloire4 ,il savait p>fois desc5dre de sa hauteur solitaire2 il savait rire et plaisant]1 non sans grce4 ,m4 ,j\b]t dit de lui1 avant le temps des gr&eurs1 il e/ vrai1 que c'tait un aimable enfant4 ,jean-,jacques ,ampre assure que sa mlancolie qui demeurait relgue dans les hautes rgions de son imag9ation1 ou peut-tre se ca*ait dans les secrtes pr(ondeurs de son me1 ne tr\bla jamais l'agrm5t de son comm]ce4 ,croyons donc qu'il y avait deux faces dans ,*ateaubri&3 l'une volonti]s amre et dsespre1 l'autre plus s]e9e et enj\e son heure4 ,d'ailleurs1 le gnie mme qu'il a dploy dans la pe9ture de ses tri/esses1 ne suppose-t-il pas qu'elles avai5t des rpits et des int]valles8 ,p\r prs5t] avec son art1 avec son loqu5ce1 les rsultats de ses obs]vations sur lui-mme1 il fallait qu'il ft s\s l'empire d'une de ces exaltations qui1 tant qu'elles dur5t1 loign5t l'ennui et l'abattem5t4 ,*ateaubri& ne p\vait dcrire sa mlancolie qu'en la dom9ant4 ,il n\s rvle lui-mme ce secret1 dans une lettre que1 bi5 des annes aprs1 il crivait ,mme ,rcami]4 ,p>lant d'une visite au *teau de ,fonta9ebleau1 il aj\te3 ,j'tais si en tra9 et si tri/e que j'aurais pu faire une seconde p>tie ,r51 au vieux ,r54 ,il m'a fallu me battre avec la muse p\r c>t] cette mauvaise p5se2 encore ne m'en suis-je tir qu'avec c9q ou six pages de folie1 comme on se fait saign] qu& le sang porte la tte4 ,une tri/esse qui n'exclut pas la v]ve e/1 sans d\te1 supportable1 et conti5t de puissantes consolations4 ,je t5ais tablir ces po9ts p\r ram5] les *oses leur vritable mesure4 ,la mlancolie de ,*ateaubri& n'en e/ pas mo9s un fait inconte/able1 et il importe d'en re*]*] les causes4 ,qu& on se tr\ve en prs5ce d'un gr& esprit1 on e/ d'abord dispos croire que1 tirant t\te sa =ce de son propre fonds1 il ne relve que de lui-mme4 ,en l'tudiant mieux1 on s'assure qu'il n'e/ pas affran*i de la loi commune1 et qu'il a1 comme un autre1 sa g5se4 ,p\r ,*ateaubri&1 l'influ5ce qui app>at la premire1 c'e/ celle du milieu o il e/ n4 ,il vi5t au monde sur un ro*] aride de la ,bretagne1 avec une sant dbile1 qui r5d quelque temps son exi/5ce inc]ta9e4 ,les impressions qu'il reoit du spectacle et du bruit des flots et des v5ts ne sont pas ad\cies p> celles qu'il r5contre au foy] dome/ique4 ,un pre svre et taciturne1 ent\r de plus de respect que de t5dresse1 une mre indulg5te et *rie1 mais tri/e elle-mme1 tels sont les s\v5irs de son enfance4 ,ils ont laiss leur empre9te sur son me1 et ce qui pr\v]ait qu'il y a dans sa mlancolie une rm9isc5ce de son b]ceau1 c'e/ qu'on retr\ve *ez une de ses surs1 dont j'aurai p>l] plus lo91 le mme s5tim5t1 avec une nuance plus vague et plus tr\ble encore qu'explique la faiblesse de la femme4 ,il n'*appe pas non plus entirem5t l'esprit qui dom9ait au mom5t o il faisait ses tudes4 ,on ne peut ni] qu'il ait eu c]ta9s po9ts de ressemblance avec ,jean-,jacques ,r\sseau4 ,dans l',essai sur les ,rvolutions1 on reconnat p>fois les =mes dclamatoires1 l'att5drissem5t pompeux de ,jean-,jacques1 que ,*ateaubri&1 dans ce travail1 n'hsite pas appel] le gr& ,r\sseau4 ,et n'e/-ce pas lui encore qu'il doit la premire ide de ces confid5ces intimes1 de ces rcits p]sonnels1 o il dc\vre les plus subtils replis1 les modifications les plus fugitives de son me8 ,les ,confessions1 les ,rv]ies d'un prom5eur solitaire1 annonai5t ,r5 et les ,mmoires d'outre-tombe4 ,une autre influ5ce plus pr(onde encore devait agir sur ,*ateaubri&1 j'ent5ds le tr\ble que la ,rvolution a jet dans sa vie4 ,sans l'cr\lem5t de la socit franaise1 il aurait m5 l'exi/5ce d\ce et rgle laquelle sa condition le de/9ait4 ,au lieu de cet av5ir mdiocre1 mais paisible1 quel fut son sort8 ,err] et combattre en ,allemagne1 avec la misre p\r compagne2 vivre dans la gne ,londres2 plus t>d1 s'exil] encore p\r *app] une dom9ation trop l\rde2 s\ffrir t\j\rs p> la p5se des maux de la patrie1 p> le ret5tissem5t des c\ps que la mort frappait p>mi ses pro*es1 atte9ts tantt p> la ha*e populaire1 tantt p> les balles de la dictature4 ,a un c]ta9 mom5t1--c'tait en #agic--;ces d\leurs se compliquai5t p\r lui de la m5ace d'une f9 prmature4 ,d'habiles mdec9s lui avai5t dcl> qu'il ne devait pas compt] sur une longue c>rire4 ,c'e/ donc1 a-t-il dit plus t>d1 s\s le c\p d'un arrt de mort1 et p\r a9si dire1 entre la s5t5ce et l'excution1 que j'ai crit l',essai hi/orique4 ,l'am]tume de c]ta9es rflexions n'tonn]a plus4 ,un criva9 qui croyait t\*] au t]me de sa vie1 et qui1 dans le dnm5t de son exil1 n'avait p\r table que la pi]re de son tombeau1 ne p\vait gure prom5] des reg>ds riants sur le monde4 ,cette vie nomade1 indig5te et prcaire e/1 sans d\te1 p\r beauc\p dans la direction que suit alors la p5se de ,*ateaubri&4 ,elle eut1 en outre1 p> son in/abilit mme un autre effet indirect sur son imag9ation4 ,ce ne fut pas en va9 que des vicissitudes div]ses le conduisir5t en ,amrique1 puis en ,anglet]re1 l'poque o ,ossian1 rcemm5t publi1 passionnait la socit anglaise1 et o florissait l'cole des ,lacs4 ,c'e/ ,londres1 c'e/ s\s les arbres de ses gr&s p>cs que ,r5 lui app>ut p\r la premire fois4 ,j'tais ,anglais1 dit-il1 de manires1 de gt et1 jusqu' un c]ta9 po9t1 de p5ses2 c> si1 comme on le prt5d1 ,"l ,byron s'e/ inspir quelquefois de ,r5 dans son ,*ild-,h>old1 il e/ vrai de dire aussi que huit annes de rsid5ce en ,gr&e-,bretagne1 prcdes d'un voyage en ,amrique1 qu'une longue habitude de p>l]1 d'crire et mme de p5s] en anglais1 avai5t ncessairem5t influ sur le t\r et l'expression de mes ides4 ,aveu d'autant plus digne de foi1 qu'il a d cot] davantage l'am\r-propre de l'auteur4 ,les premires impressions de l'enfance1 la contagion de l'esprit s5tim5tal du ,x,v,i,i,ie sicle1 l'branlem5t caus p> les malheurs publics et les in=tunes prives1 le libre *ange d'ides avec l',anglet]re1 suffirai5t1 peut-tre1 p\r r5dre compte de la tri/esse habituelle1 quoique int]mitt5te1 de ,*ateaubri&4 ,e/-ce t\t cep5dant8 et ne faut-il pas indiqu] ici une autre raison encore de cette tri/esse8 ,d'aprs le ,r5 du roman1 le ds5*antem5t *ez lui n'aurait pas att5du l'expri5ce4 ,mais e/-ce bi5 la vrit8 ,m4 ,sa9te-,beuve attribue ,*ateaubri& cette phrase qui lui s]ait *appe1 dit-il1 dans un mom5t de fran*ise3 ,qu& je peignis ,r51 j'aurais d dem&] ses plaisirs le secret de ses ennuis4 ,rtablissons dans son exactitude le passage auquel il e/ fait allusion4 ,*ateaubri& a dit seulem5t3 ,j'ai p]du de vue ,r5 depuis ma9tes annes1 mais je ne sais s'il *]*ait dans ses plaisirs le secret de ses ennuis4 ,cette confid5ce n'a pas la porte que1 dans sa malice1 le critique lui prte en la dnaturant4 ,seulem5t1 ailleurs1 ,*ateaubri& a reconnu que c'tai5t les entranem5ts de son cur qu'il avait pe9ts1 dans les ,m>tyrs1 mls aux syndrses *rti5nes4 ,r51 le vritable ,r5 n'aurait donc reconnu l'am]tume de la vie qu'aprs en avoir gt les d\ceurs4 ,en cela1 au lieu d'tre une orgueilleuse exception il n'aurait fait que suivre un sort assez vulgaire4 ,il faut en conv5ir1 une mlancolie qui s'alim5te des s\rces si div]ses ne peut tre appr\ve sans rs]ve1 et il faut dire avec ,m4 de ,fletz qu'on en v\drait la cause et plus pure et plus intressante4 ,et-elle1 en effet1 ce c>actre1 il re/]ait savoir si l'uvre dans laquelle elle e/ si magnifiquem5t dpe9te e/ salutaire ou fune/e4 ,a ne considr] que l'int5tion affi*e p> l'auteur de ,r51 cet crit t5dait un b d'une haute moralit4 ,on sait qu'il faisait orig9airem5t p>tie de ce gr& monum5t appel le ,gnie du *ri/ianisme 7#b;e p>tie1 liv4 ,,iv74 ,il suivait un *apitre intitul3 ,du vague des passions1 et semblait ne r5f]m] qu'un exemple de ce g5re d'affection4 ,*ateaubri& s'tait propos d'en dmontr] les dang]s et l'action qu'il avait *oisie lui semblait p>ticulirem5t approprie ce b4 ,af9 d'inspir] plus d'loignem5t p\r des rv]ies crim9elles1 il avait p5s qu'il devait pr5dre la punition de ,r5 dans le c]cle des malheurs p\vantables1 qui app>ti5n5t mo9s l'individu qu' la famille de l'homme et que les anci5s attribuai5t la fatalit4 ,il v\lait que le malheur naqut du sujet1 et que la punition sortt de la faute4 ,cette moralit1 l'auteur ne se cont5tait pas de la tir] de l'vnem5t1 il la =mulait encore p> la b\*e du ,pre ,s\l1 condamnant l'isolem5t orgueilleux de l'homme et disant ,r53 ,quiconque a reu des =ces doit les consacr] au s]vice de ses semblables2 s'il les laisse inutiles1 il en e/ d'abord puni p> une secrte misre1 et tt ou t>d le ciel lui envoie un *tim5t effroyable4 ,du re/e1 au mom5t de son app>ition1 ,r5 fut reg>d comme une uvre difiante4 ,un article insr dans le ,m]cure du #ae floral an ,x1 s'exprimait a9si3 ,la moralit de ce roman e/ malheureusem5t d'une application trs t5due4 ,elle s'adresse ces nombreuses victimes de l'exemple du jeune ,w]!r et de ,r\sseau1 qui ont *]* le bonheur lo9 des affections naturelles du cur et des voies communes de la socit4 ,le #a;er !rmidor an ,,xiii1 un autre article publi dans le mme j\rnal1 s\s les initiales ,*4 ,d4 7,dussault87 l\ait =t ,m4 de ,*ateaubri& d'avoir appliqu une =me romanesque l'analyse d'une vrit svre1 et e/imait que s'il rgnait p>fois dans ,r51 une =ce d'imag9ation et un *>me de t5dresse et de mlancolie trop vifs1 la sduction de ces pe9tures tait combattue p> la morale et le pa?tique du dn\em5t4 ,je ne puis p>tag]1 je l'av\e1 ni les illusions de l'auteur1 ni celle de ses critiques4 ,a "p mme l'tranget *oquante de son pr9cipal incid5t1 que d'objections le roman de ,r5 ne s\lve-t-il pas8 ,qu'importe son cadre dogmatique et religieux8 ,se s\vi5t-on en lisant ces pages brlantes qu'elles vis5t la dmon/ration d'une vrit morale8 ,oui1 les p>oles prononces p> le ,pre ,s\l ne laiss5t ri5 dsir] au morali/e le plus svre4 ,mais suffit-il d'une rprim&e place la f9 de l'ouvrage p\r dtruire l'impression p]nicieuse qu'il a pu caus]8 ,croit-on que le s]mon du jsuite s]a mieux c\t que le rcit du sduisant jeune homme qu'on e/ si dispos pla9dre8 ,n'e/-il trop t>d p\r p>l] le langage de la v]tu1 qu& on a n]v l'me p> la pe9ture potique du vice8 et aprs avoir prodigu t\tes les m]veilles de l'imag9ation et du tal5t sur une figure qui ne reprs5te1 en somme1 que l'gsme1 ne risque-t-on pas de tr\v] le lecteur ins5sible qu& on prs5te son esprit l'image au/re du dv\em5t8 ,*ateaubri& lui-mme l'a reconnu4 ,en voyant une f\le d'esprits drgls1 s'autoris] de son exemple p\r s'ab&onn] de folles rv]ies1 il a mis le regret d'avoir f\rni un alim5t leurs erreurs4 ,si ,r5 n'exi/ait pas1 a-t-il dit1 dans ses ,mmoires1 je ne l'crirais plus2 s'il m'tait possible de le dtruire1 je le dtruirais4 ,une famille de ,r5 7sic7 potes et de ,r5 prosateurs a pullul3 on n'a plus ent5du que des phrases lam5tables et dc\sues3 il n'a plus t "q que de v5ts et d'orages1 que de mots inconnus livrs aux nuages et la nuit4 ,il n'y a pas de grimaud sortant du collge1 qui n'ait rv tre le plus malheureux des hommes2 de bamb9 qui1 seize ans1 n'ait puis la vie1 qui dans l'abme de ses p5ses ne se soit livr au vague de ses passions1 qui n'ait frapp son front ple et *evel1 et n'ait tonn les hommes /upfaits1 d'un malheur dont il ne savait pas le nom1 ni eux non plus4 ,on voit ici se produire ce qui s'e/ dj prs5t p\r ,w]!r4 ,g! aussi s'tait donn la satisfaction p\r apais] son cur inquiet d'crire le roman de la tri/esse et du dsespoir1 et une fois s\lag p> cet enfantem5t1 il avait raill les disciples qui avai5t eu la navet de le pr5dre au srieux1 et de traduire en pratique ses potiques fictions4 ,comme lui1 ,*ateaubri& s'e/ sp> aprs c\p de son hros3 il a dsav\ les enfants dont il tait le pre1 mais les li5s qui le ratta*5t eux ne peuv5t tre briss a9si1 et comme ,g!1 il g>de la responsabilit de son uvre4 ,sa seule dissemblance avec ,g!1 c'e/ qu'il en a s5ti le poids4 ,g! n'et pas v\lu1 au pril de sa vie1 rvoqu] ,w]!r4 ,*ateaubri& a dcl> que1 s'il le p\vait1 il anantirait ,r54 ,si ce vu tait s9cre1 il lui en doit tre t5u compte4 ,v ,le ,gr\pe de ,*ateaubri& ,,ph4 ,,gu5eau ,,de ,,mussy4--,m4 ,,mol4--,,*,,n$oll4--,mme ,,de ,,caud 7,,lucile74--,mme ,,de ,,beaumont4--,,ballan*e4--,,&r-,,m>ie ,,amp,,re4 ,l'obs]vation place plus haut propos de ,mme de ,/al1 s'applique plus =te raison ,*ateaubri&4 ,plus qu'elle encore1 il devait avoir son ent\rage de fidles1 s'atta*ant lui et s'inspirant de ses s5tim5ts4 ,cet ent\rage ne lui a pas fait dfaut4 ,sa9te-,beuve a tudi et analys avec sa sagacit ord9aire le gr\pe littraire de ,*ateaubri&4 ,je dois p>c\rir ici ce qu'on peut appel] son gr\pe moral4 ,ces deux gr\pes se confond5t en quelques po9ts et se di/+u5t d'autres g>ds4 ,dans celui que j'tudie1 on rem>quait un c]ta9 mom5t1 p5dant la priode qui suit la ,t]reur1 deux hommes que ,sa9te-,beuve n\s reprs5te comme ayant1 p> le p5*ant la rv]ie1 p> le gt de la vie contemplative1 quelque ressemblance avec ,r51 qu'ils voyai5t beauc\p4 ,c'tai5t ,m4 ,philib]t ,gu5eau de ,mussy1 et ,m4 ,mol4 ,ils faisai5t p>tie d'une socit d'hommes et de femmes d'un mrite di/+u1 dbris d'un monde dtruit1 rappro*s p> le sort aprs de longs orages1 et dont quelques membres s'appelai5t entre eux les corbeaux4 ,le s\v5ir des vnem5ts qu'ils avai5t trav]ss ne contribuait pas peu donn] leurs p5ses une te9te sombre4 ,ils tai5t1 de plus1 dans cet tat que ,*ateaubri& indique avec raison comme p>ticulirem5t accessible la mlancolie1 celui qui prcde le dveloppem5t des passions1 lorsque nos facults jeunes et actives1 mais r5f]mes1 ne se sont ex]ces que sur elles-mmes sans b et sans objet4 ,leur s\ffrance1 d'ailleurs1 ne devait pas se prolong]4 ,elle t5ait en gr&e p>tie une inaction =ce1 si l\rde p\r les intellig5ces qui s5t5t leur valeur1 et devait disp>atre qu& vi5drait la vie active4 ,de ces deux hommes1 la sci5ce gurit le premi]2 le second dut son salut la politique4 ,le mal fut plus grave et plus durable *ez un autre homme dont la vie fut aussi en contact avec celle de ,*ateaubri&4 ,on connat ,*n$oll p> sa posie leve et noble4 ,elle ne porte l'empre9te d'aucune faiblesse morale4 ,mais quelle tait sa vie intime8 ,il aimait la solitude des *amps2 il allait s\v5t rv] prs d'un tang1 ou err] dans les prs en lisant un roman ou des posies4 ,comme la plup>t des rveurs1 il avait pris l'habitude de t5ir regi/re de ses p5ses3 il crivait un j\rnal de sa vie4 ,ce so9 de s'obs]v] sans cesse1 d'analys] ses mo9dres impressions1 lui dev9t fune/e2 il s5tit le dang] de cette att5tion incessante sur soi-mme1 de cette exagration du nosce te ipsum4 ,il n'e/ pas bon1 a-t-il dit1 que l'homme soit trop solitaire et qu'il se livre trop sa p5se et sa d\leur4 ,il dvore alors son propre cur et il se tue ou devi5t f\4 migr p5dant la ,t]reur1 ,*n$oll p>c\rut la ,holl&e et l',allemagne2 il visita1 ,coppet1 ,mme de ,/al1 et ce fut p> son entremise que plus t>d il put rev5ir en ,france4 ,a ,p>is1 il entre en rapport1 et bi5tt en amiti1 avec ,*ateaubri&2 prs5t sa sur ,lucile1 veuve alors1 il conoit p\r elle une affection pr(onde et =me le vu de s'unir cette femme si digne d'tre aime4 ,mais ce projet auquel1 sans l'enc\rag] ouv]tem5t1 ,*ateaubri& n'tait pas dfavorable1 ayant *\ p> suite d'hsitations dlicates et d'un scrupule inv9cible de ,mme de ,caud1 le pote retombe dans les cruelles agitations de son me isole4 ,au mois de janvi] #ahjd1 il crit son ami ,philib]t ,gu5eau de ,mussy3 ,p5dant plus de trois mois1 j'ai pass les j\rs enti]s b*] la t]re1 et ce n'tait que p> ce moy5 que je p\vais r5dre un peu de repos une imag9ation malade et sortie des voies de la nature4 ,maladie de l'imag9ation1 tel tait le t]me auquel ab\tissait une vie trop solitaire et trop r5f]me dans la contemplation intrieure4 ,cette affection fut grave2 cep5dant elle tr\va de l'ad\cissem5t dans le s5tim5t du devoir et dans la c\rageuse acceptation de l'preuve4 ,j'ai nomm t\t l'heure ,lucile4 ,il faut p>l] ici avec plus d't5due de cette femme malheureuse4 ,elle avait p>tag l'ducation svre et la mlancolie prcoce de son illu/re frre4 ,p> nature1 elle tait srieuse1 tri/e mme2 elle s'tait de bonne heure rfugie dans les ides religieuses4 ,il lui pr5ait1 dit ,*ateaubri&1 des accs de p5ses noires que j'avais pe9e dissip]4 ,a dix-sept ans1 elle dplorait la p]te de ses jeunes annes2 elle se v\lait ensevelir dans un clotre4 ,t\t lui tait s\ci1 *agr91 blessure3 une expression qu'elle *]*ait1 une *imre qu'elle s'tait faite1 la t\rm5tai5t des mois enti]s4 ,dans le tri/e manoir de ,comb\rg1 o ,lucile et son frre tai5t l'un p\r l'autre un s\ti5 et une consolation1 ses di/ractions tai5t celles que ,*ateaubri& a dcrites avec tant de *>me en retraant ses propres s\v5irs3 ,jeunes comme les primevres1 tri/es comme la feuille s*e1 purs comme la neige n\velle1 il y avait h>monie entre nos rcrations et n\s4 ,sans prt5tion1 et seulem5t p\r donn] un libre c\rs un beso9 de son esprit1 ,lucile s'essayait la posie1 mais une posie t\j\rs mlancolique4 ,elle traduisait de ,job1 de ,lucrce1 les passages les plus empre9ts de tri/esse2 elle adressait l'aurore et aux a/res des invocations ossianiques que ,*ateaubri& n\s a cons]ves4 ,dans t\te cette p>tie de sa vie1 la de/9e et le c>actre de ,lucile sont les mmes que le c>actre et la de/9e de son frre4 ,on aime suivre dans les ,mmoires ce dveloppem5t p>allle de deux exi/5ces sorties de la mme s\rce4 ,mais l'union si d\ce des premires annes se rel*a bi5tt4 ,p5dant que ,*ateaubri& e/ entran au lo9 p> sa =tune et son humeur1 sa sur re/e en ,france et y cont9ue obscurm5t l'exi/5ce laquelle elle a t initie avec son frre4 ,la ,rvolution passe sur ceux qui lui sont *]s2 sa mre f9it ses j\rs en prison2 d'autres1 p>mi les si5s1 priss5t sur l'*afaud2 des dceptions de cur vi5n5t s'aj\t] ces d\leurs4 ,c'e/ alors que1 re/e veuve1 ,mme de ,caud r5contre dans la socit de son frre1 ,m4 de ,*n$oll4 ,celui-ci fait d'elle ce mom5t le portrait suivant3 ,son visage exprimait t\j\rs la plus pr(onde mlancolie1 et ses yeux se t\rnai5t naturellem5t v]s le ciel comme p\r lui dire3 ,p\rquoi suis-je si malheureuse8 ,quelquefois elle sortait de cette pr(onde tri/esse1 et se livrait des accs de gat et de gr&s clats de rire1 mais ces clats de rire faisai5t sur moi la mme impression que le rire d'un homme attaqu p> la folie3 ils cons]vai5t p> un contra/e t]rible t\te l'am]tume de la tri/esse1 et sur ce visage si mlancolique la gat mme semblait malheureuse4 ,on put cep5dant croire un in/ant qu'elle allait cons5tir rpondre aux vux de ,*n$oll2 mais elle s'effrayait cette p5se1 et se htait de repr5dre son ami dsol l'espoir qu'elle avait pu lui laiss] entrevoir4 ,qu& le pauvre ,*n$oll insi/e et t5te un d]ni] ef=t1 ,lucile ne lui rpond plus4 ,s+ulire maladie1 trange r5v]sem5t de la nature huma9e que cet loignem5t p\r son propre bonheur6 ,lorsque la religion t\ffe la voix de la nature1 qui t5d sa cons]vation et son bi5-tre1 cette uvre ne s'accomplit pas sans ef=ts et sans sacrifices2 ici l'ef=t s]ait en s5s contraire2 p\r ,mme de ,caud le sacrifice s]ait de cons5tir tre heureuse6 ,ma9t5ant elle fait *aque j\r un pas de plus v]s l'abme4 ,aprs l'am\r1 elle veut se dp\ill] de l'amiti1 elle l'crit son frre4 ,elle tr\ve cep5dant encore du *>me dans son affection1 dans sa prs5ce2 sa vue ranime ce cur bris p> la s\ffrance1 mais elle ne s'ab&onne qu' demi ce bonheur1 et une p5se de dfiance1 une cra9te secrte d'tre importune1 tr\ble la d\ceur de cette amiti4 ,dans cet tat1 t\t flotte et t\rbillonne dans son esprit1 et sa p5se elle-mme lui *appe3 ,mon ami1 j'ai dans la tte mille ides contradictoires de *oses qui me sembl5t exi/] ou n'exi/] pas1 qui ont p\r moi l'effet d'objets qui ne s'(frirai5t que dans une glace1 dont on ne p\rrait p> consqu5t s'assur]1 quoiqu'on les vt di/9ctem5t4 ,je ne veux plus m'occup] de t\t cela1 de ce mom5t-ci je m'ab&onne4 ,on ne supporte pas longtemps un p>eil v]tige1 et ,lucile ne l'eut pas dsir4 ,qu& on lui p>lait des so9s qu'exigeait sa sant3 ,p\rquoi1 ma sant8 rpondait-elle2 je suis comme un ins5s qui difi]ait une =t]esse au milieu d'un ds]t4 ,elle se plaignait de la longueur de son preuve dans ces t]mes1 o la pr(ondeur des s5tim5ts atte9t la vritable loqu5ce3 ,comm5t ce cur qui e/ un si petit espace peut-il r5f]m] tant d'exi/5ce et tant de *agr9s6 ,ses vux fur5t ent5dus3 le #i novembre #ahjd1 fut le t]me de ses d\leurs4 ,un don naturel de mlancolie1 accru p> une vie tri/e et solitaire1 p> des *agr9s privs et p> les malheurs publics1 telle e/ l'explication de la tri/esse de ,mme de ,caud4 ,les mmes causes et les mmes effets se r5contr5t1 quoique avec mo9s de viol5ce1 *ez une jeune femme de son temps et de son monde1 ,mme de ,beaumont4 ,ne avec une sant frle et une organisation dbile1 ,mme de ,beaumont fut atte9te dans ce qu'elle avait de plus *] p> les crimes de la ,t]reur4 ,p5dant ces j\rs lugubres1 son pre1 ,m4 de ,montmor91 anci5 m9i/re des affaires trangres1 prit avec t\te sa famille2 elle re/a seule sur la t]re4 ,son me avait ds lors1 et jamais1 contract le pli de la tri/esse4 ,la correspondance de ,m4 ,j\b]t montre quel dc\ragem5t1 quelle indiffr5ce p\r la vie1 s'tai5t emp>s d'elle4 ,je suis bi5 aise de v\s dire1 lui crit ,m4 ,j\b]t1 en #agie1 que je ne p\rrai v\s admir] mon aise et v\s e/im] tant qu'il me plaira1 que lorsque j'aurai vu en v\s le plus beau de t\s les c\rages1 le c\rage d'tre heureuse4 ,il faudrait1 p\r y atte9dre1 avoir d'abord le c\rage de v\s soign]1 le dsir de v\s bi5 port] et la volont de gurir4 ,je ne v\s en croirai capable que lorsque v\s aurez bi5 p]du votre belle fantaisie de m\rir1 en c\rant la po/e1 dans quelque aub]ge de village4 ,peut-tre1 en p>lant a9si1 ne croyait-il pas prophtis] si exactem5t qu'il le faisait la f9 pro*a9e qui att5dait ,mme de ,beaumont lo9 de sa patrie4 ,a ce mom5t1 elle avait encore quelques annes vivre4 ,qu& la ,t]reur eut cess1 qu& la ,france retr\va un peu d'ordre et de calme1 ,mme de ,beaumont r5tra ,p>is2 elle ouvrit un salon dont ,*ateaubri& fut bi5tt le c5tre4 ,mme de ,beaumont confiait au papi] ses p5ses et ses impressions4 ,ce manuscrit montre *ez elle une vie intrieure qui ressemble1 avec mo9s d'agitation cep5dant1 celle de ,mme de ,caud1 qui tait aussi son amie4 ,mme de ,beaumont analysait1 dans les lignes suivantes d'une lettre ,m4 ,j\b]t1 l'tat de son me v]s cette poque3 ,je v\s f]ais piti3 j'ai retr\v ma solitude avec humeur2 je m'occupe avec dgt1 je me promne sans plaisir2 je rve sans *>me1 et je ne puis tr\v] une ide consolante4 ,et ailleurs3 ,le repos6 j'en s5s t\t le mrite auj\rd'hui1 sans en except] celui qui e/ vois9 de l'anantissem5t4 ,comme ,lucile1 ,mme de ,beaumont dsirait la mort3 elle fut exauce la premire4 ,p>tie l'automne de #ahjc p\r ,rome1 elle n'en devait pas rev5ir2 elle m\rut le #d novembre4 ,m4 de ,*ateaubri& lui fit lev] une magnifique spulture o elle tait reprs5te c\*e sur le m>bre et indiquant du doigt1 au-dess\s du nom de ses pro*es tombs s\s la ha*e rvolutionnaire1 cette pla9te suprme1 qu'elle avait acquis le droit de rpt] aprs ,ra*el3 ,quia non sunt4 ,on lit aussi sur ce mausole un v]set de ,job1 qu'elle rappelait s\v5t3 ,qu>e mis]o data e/ lux et vita 8 qui 9 am>itud9e anim sunt8 ,lucile de ,*ateaubri&1 ,paul9e de ,montmor91 rappro*es p> les malheurs de leur vie1 unies p> une f9 prmature1 ont pass peu de j\rs sur la t]re2 mais leur trace1 cons]ve p> l'amiti1 p> l'am\r et p> le gnie1 ne s'effac]a pas4 ,en elles1 nul s5tim5t qui ne brave la critique4 ,leur tri/esse e/ exempte de cet gsme1 qui1 *ez tant d'autres1 rabaisse ce s5tim5t4 ,lo9 de se re*]*] elles-mmes1 elles se sont oublies et p]dues dans leurs *agr9s4 ,la mlancolie ne s]ait jamais une faiblesse c\pable1 si elle tait t\j\rs pratique a9si4 ,mais aussi1 e/-il beauc\p d'mes assez pures p\r tre comp>es aux leurs8 ,il en e/ une1 peut-tre1 qui peut figur] ici sans =m] un contra/e avec elles4 ,m4 ,ballan*e fait videmm5t p>tie1 ds l'poque dont je m'occupe ici1 du gr\pe de ,*ateaubri&4 ,il l'avait connu en #ahja1 dans un voyage qu'il avait fait ,p>is4 ,il lui avait dem& sa collaboration p\r la publication d'une bible franaise avec des disc\rs4 ,en #ahjd1 il l'avait accompagn dans une excursion la ,gr&e-,*>treuse avec ,mme de ,*ateaubri&4 ,les t5dances non mo9s que les incid5ts de sa vie le conduisai5t1 d'ailleurs1 v]s ,*ateaubri&4 ,son enfance et sa premire jeunesse fur5t s\ffrantes et casanires4 ,arriv dix-huit ans1 il re/a trois annes entires sans sortir de *ez lui4 ,il lisait beauc\p ,jean-,jacques ,r\sseau et ,b]n>d9 de ,sa9t-,pi]re1 et aimait crire4 ,il supporta sans trop d'angoisses le temps du sige de ,lyon1 mais la ,t]reur qui suivit l'accabla4 ,il s'enfuit la campagne avec sa mre et il y subit t\tes les privations4 ,rev5u ,lyon aprs le #i !rmidor1 il eut trav]s] une maladie pnible et une convalesc5ce plus cruelle encore4 ,il p>at avoir fait allusion ces preuves dans un passage de la ,vision d',hbal1 propos de ce jeune cossais que ,sa9te-,beuve dit tre ,m4 ,ballan*e ce qu',ob]mann1 ,adolphe et ,r5 sont leurs auteurs4 ,un biographe1 qui fut en mme temps p\r lui un ami1 malgr la diffr5ce des ges1 et qui tait bi5 fait p\r le compr5dre1 ,m4 ,jean-,jacques ,ampre s'exprime a9si sur lui3 ,une adolesc5ce maladive1 c\le s\s l'oppression de la ,t]reur1 dans une ville dcime p> elle1 et dans un des plus sombres qu>ti]s de ,lyon1 laissa dans l'organisation de ,m4 ,ballan*e1 quelque *ose de d\l\reux et d'branl4 ,les s\v5irs de ces j\rs nfa/es lui inspirr5t une pope en prose sur les m>tyrs de ,lyon p5dant la ,rvolution4 ,il publia aussi1 en #ahja1 un volume intitul3 ,du ,s5tim5t1 considr dans la littrature et dans les arts4 ,on y rem>que1 quoique s\v5t l'esprance y dom9e1 dit ,sa9te-,beuve1 une p5se lugubre qui e/ commune ,jean-,jacques et c]ta9s de ses disciples1 ,m4 de ,s5anc\r en p>ticuli]3 c'e/ que la civilisation europenne et les cits dont elle s'honore1 de/9es prir1 f]ont place des ds]ts1 et que les voyageurs futurs s'y vi5dront asseoir avec mlancolie1 comme aux ru9es de ,palmyre et de ,babylone4 ,ce travail avait s\t5u le jeune ,ballan*e4 ,mais l'exaltation qui l'avait produit1 succda une priode de tri/esse et un gr& abattem5t de cur4 ,le public1 di/rait des *oses littraires p> la gu]re d',italie1 ne s'tait pas occup de son livre4 ,des d\leurs physiques tai5t v5ues se jo9dre ses ennuis1 et il e/ c]ta9 que ce fut le temps o cette me si d\ce fut le plus prs de l'am]tume4 ,la disposition morale qu'il pr\vait alors se montre dans son rcit d'une r5contre la ,gr&e-,*>treuse4 ,il rapporte une conv]sation entre un jeune mlancolique qui rep\sse t\te sci5ce1 t\te t5tative huma9e1 et un prtre tolrant qui ma9ti5t la sci5ce et la croit conciliable avec une religion leve4 ,il prte au jeune homme les p5ses les plus dsolantes sur la vie1 et il montre bi5 qu'elles lui tai5t habituelles lui-mme1 qu& il aj\te3 ,le fond de cette me n'avait pas *app t\s4 ,ceux qui avai5t pass p> les mmes preuves l'avai5t compris4 ,a la mme poque1 d'ailleurs1 il jetait un cri de dtresse qui ne p\vait laiss] de d\te sur la gravit de ses s\ffrances3 ,n\s sommes deux misrables cratures1 crivait-il un ami3 un brasi] e/ dans votre cur2 le nant s'e/ log dans le mi54 ,s\s l'empire de ces tri/esses1 il fut t5t de *]*] un asile suprme dans le se9 de la religion4 ,ce projet n'eut pas de suite1 non plus qu'un autre bi5 diffr5t1 un projet de m>iage qu'il vit avec *agr9 *\]1 et dont le regret lui a dict cette sorte d'lgie en prose qu'il a nomme les ,fragm5ts 7#ahjh74 ,jugez de la pr(ondeur de cette blessure3 ,n\s s]ions bi5 mo9s tonns de s\ffrir1 dit-il1 si n\s savions combi5 la d\leur e/ plus adapte notre nature que le plaisir4 ,il n'y a de rel que les l>mes4444 ,montrez-moi celui qui a pu arriv] tr5te ans sans tre dtromp444 montrez-le moi6 ,un dluge de maux c\vre la t]re1 une ar*e flotte au-dessus des eaux1 comme jadis celle qui portait la famille du ,ju/e2 mais cette ar*e-ci e/ demeure vide1 nul n'a t digne d'y entr]4 ,plus t>d1 ,ballan*e rev9t une tri/esse plus calme4 ,et lui-mme1 dans une belle composition1 le ,vieill>d et le ,jeune ,homme1 s'e/ fait un devoir de combattre le p5*ant auquel il avait jadis cd4 ,mais il avait s\ff]t1 comme l'a crit ,m4 ,ampre1 du mal de ,r54 ,j'ai p>l de ,m4 ,ampre4 ,c'e/ son pre lui-mme1 l'illu/re savant1 que ,ballan*e crivait3 ,un brasi] e/ dans votre cur4 ,et1 en effet1 ,&r-,m>ie ,ampre avait une me passionne1 mais aussi t\rm5te4 ,ayant p]du la foi religieuse1 il n'avait pas t>d s5tir le vide de son abs5ce4 ,desc5du1 on l'a trs bi5 dit1 au fond de l'abme1 il *]*a remont] v]s le ciel1 et c'e/ un des spectacles moraux les plus intressants que celui qu'(fr5t les lettres o il n\s pe9t ses regrets1 ses angoisses et ses aspirations r5aissantes v]s la religion4 ,il y a dans ses d\tes1 dans ses s\ffrances1 dans ses affirmations retr\ves1 quelque *ose de cette crise qu'pr\va ,pascal et qui l'puisa4 ,enf91 il retr\va la foi p\r ne la plus quitt]4 ,*ez lui1 de mme que *ez les autres p]sonnes d'lite auxquelles il m'a p>u naturel de l'associ]1 le mal du sicle tait dp\ill de ses lm5ts mauvais4 ,pur dans son orig9e1 il re/a t\j\rs in(f5sif dans ses effets1 et ne se traduisit jamais p> les audaces1 les rvoltes ou les faiblesses que n\s avons eu1 que n\s aurons encore1 signal] dans le c\rs de ce travail4 ,,vi ,s5anc\r et ses disciples ,si la physionomie des deux pr9cipaux criva9s que n\s ayons jusqu' prs5t tudis1 ,mme de ,/al et ,*ateaubri&1 prs5te des aspects v>is1 si leur c>actre et leurs uvres comport5t des nuances nombreuses1 il n'en e/ pas de mme de ,m4 de ,s5anc\r4 ,en lui t\t e/ uni=me1 et une ombre de mlancolie enveloppe sa vie entire et ses crits4 ,sa vie d'abord4 ,enfant maladif et ennuy1 il e/ confi un cur de campagne1 aux environs d',erm5onville3 l1 il se plat aux s\v5irs1 encore rc5ts alors1 que ,jean-,jacques ,r\sseau a laisss dans ces lieux tmo9s de ses d]ni]s mom5ts4 ,il se pr5d d'un gt prcoce p\r la solitude4 ,ce gt1 il le n\rrit plus t>d ,fonta9ebleau1 o p5dant le temps des vacances il promne ses jeunes rv]ies4 ,puis son humeur indp5dante se trahit p> un acte important4 ,ne se s5tant aucune vocation p\r l'tat ecclsia/ique auquel on le de/9ait1 il se sauve en ,suisse1 p\r y vivre d'une vie purem5t contemplative4 ,bi5tt la ,t]reur qui r5d la ,france inhabitable1 le fixe dans son pays d'adoption4 ,dans le mme temps1 il p]d ses p>5ts1 sa femme1 sa sant et sa =tune1 et se voit rduit *]*] des moy5s de vivre dans un travail qui lui rpugne4 ,cep5dant il retr\ve assez de lib]t p\r crire1 de #agih #ahjd1 ses ,rv]ies sur la nature primitive de l'homme1 et1 en #ahjd1 son livre d',ob]mann1 ouvrages qui1 p> l'esprit gnral qui les anime1 p> leur =me1 p> le titre de l'un d'eux1 p> l'emploi frqu5t de l'apo/rophe1 rappell5t l'influ5ce de ,r\sseau4 ,mais1 crire n'tait p\r lui qu'un drivatif insuffisant ses d\leurs4 ,on ne saurait dire de ses ouvrages comme de ceux de ,*ateaubri&1 que leur auteur y s\lageait ses *agr9s p> la v]ve qu'il dployait les dcrire4 ,philosophe plutt que pote1 il se cont5tait d'analys] fidlem5t ses impressions1 et des deux conditions que runissait l'auteur de ,r5 en composant son roman1 l'entra9 et la tri/esse1 ,s5anc\r n'a connu que la seconde4 ,j'a*v]ai d'indiqu] ici ce qu'il fut dans le re/e de son exi/5ce4 ,il a cont9u s\s la ,re/auration sa vie ca*e et ses travaux philosophiques4 ,il a publi1 en #ahai1 les ,libres mditations d'un solitaire inconnu1 et1 en #ahcc1 le roman d',isabelle4 ,il re/a t\j\rs dans le gris a dit ,sa9te-,beuve4 ,mais plus il avanait en ge1 plus il se t\rnait v]s les s5tim5ts religieux4 ,il e/ mort ,/-,cl\d1 en #ahdf1 comme il avait vcu1 obscur1 isol2 on lit sur sa tombe ces mots3 t]nit1 devi5s mon asile6 ,je l'ai dit1 la tri/e monotonie de son exi/5ce se retr\ve dans ses crits1 qui ne sont s\v5t qu'un j\rnal de sa vie morale4 ,dans ses ,rv]ies1 qu& il quitte les rgions ab/raites p\r faire un ret\r sur lui-mme1 on voit quel tait son esprit de rsignation1 et de dta*em5t4 ,d\ce et mlancolique automne1 s'crie-t-il1 saison *rie des curs s5sibles et des curs in=tuns1 tu cons]ves et ad\cis les s5tim5ts tri/es et prcieux de nos p]tes et de nos d\leurs2 tu n\s fais repos] dans le mal mme1 en n\s appr5ant s\ffrir facilem5t1 sans rsi/ance et sans am]tume2 t\t ton aspect dlicieux et funbre atta*e nos curs aux s\v5irs des temps c\ls1 aux regrets des impressions aimantes444 ,automne1 d\x soir de la vie1 tu s\lages nos curs att5dris et pacifis1 tu portes avec n\s le f>deau de la vie4 ,ces s5tim5ts app>aiss5t surt\t dans son ouvrage capital1 dans ce livre d',ob]mann1 qui1 ce titre l'indique1 e/1 je ne dirai pas le pome ou le roman1 mais la monographie de la solitude4 ,le solitaire qui en fait le sujet a quitt le monde p\r se mieux con=m] aux vues de la nature1 p\r rompre avec t\t ce qui peut1 au milieu de la socit1 contr>i] la de/9e vritable de l'homme4 ,il a *app p> la fuite au j\g d'une pr(ession pratique qu'on lui v\lait impos]2 il n'a pu r5onc] tre homme p\r tre homme d'affaires4 ,il s'e/ retir en ,suisse et il crit un ami re/ en ,france4 ,il j\it d'abord de la lib]t qu'il a conquise1 en mme temps que de la beaut des lieux qu'il p>c\rt2 mais ce mom5t d'esprance et de bonheur passe vite4 ,une secrte inquitude se glisse dans son cur2 son indp5dance mme1 ses loisirs lui ps5t2 l'inaction de ses facults devi5t p\r lui une cause de s\ffrance4 ,on le voit passant une nuit entire1 absorb dans ses p5ses1 sur le bord d'un lac clair p> la lune4 ,indicible s5sibilit1 s'crie-t-il1 *>me et t\rm5t de nos va9es annes1 va/e consci5ce d'une nature p>t\t accablante et p>t\t inspire1 tr\ble1 passion univ]selle1 sagesse avance1 voluptueux ab&on1 t\t ce qu'un cur mortel peut cont5ir de beso9s et d'ennuis pr(onds1 j'ai t\t s5ti1 t\t pr\v dans cette nuit mmorable1 j'ai fait un pas s9i/re v]s l'ge d'affaiblissem5t1 j'ai dvor dix annes de ma vie4 ,heureux l'homme simple dont le cur e/ t\j\rs jeune6 ,c'tai5t sans d\te des heures fune/es que celles qui s'c\lai5t a9si2 mais peut-tre dans la viol5ce mme de ces orages intrieurs exi/ait-il encore je ne sais quelle pre j\issance4 ,aprs cette crise1 il n'y a plus p\r ,ob]mann qu'un tat presque cont9u de langueur et d'ennui4 ,je ne veux plus de dsirs1 dit-il2 ils ne me tromp5t po9t4 ,je ne veux pas qu'ils s'teign5t2 ce sil5ce absolu s]ait plus s9i/re encore4 ,cep5dant c'e/ la va9e beaut d'une rose devant l'il qui ne s'ouvre plus4 ,si l'esprance semble encore jet] une lueur dans la nuit qui m'environne1 elle n'annonce ri5 que l'am]tume qu'elle exhale en s'clipsant2 elle n'claire que l't5due de ce vide o je *]*ais et o je n'ai ri5 tr\v6 ,je suis seul1 les =ces de mon cur ne sont po9t communiques1 elles ragiss5t dans lui1 elles att5d5t4 ,me voil dans le monde1 errant1 solitaire au milieu de la f\le qui ne m'e/ ri51 comme l'homme frapp ds longtemps d'une surdit accid5telle et dont l'il avide se fixe sur t\s ces tres muets qui pass5t et s'agit5t devant lui4 ,cep5dant cette vie la fois inutile et malheureuse1 ,ob]mann ne compr5d que trop qu'il lui importe d'en sortir4 ,le r5v]sem5t subit de sa =tune lui fait1 d'ailleurs1 une loi de l'activit4 ,mais aucune considration ne peut triomph] de son apa?ie et de son indcision4 ,dans le c\rs de ses mditations sur le meilleur p>ti pr5dre1 le dc\ragem5t s'emp>e de lui1 et il en arrive envisag] une solution suprme qui convi5drait son dsespoir4 ,il crit son ami3 ,des ides sombres1 mais tranquilles1 me devi5n5t plus familires4 ,je songe ceux qui1 le mat9 de leurs j\rs1 ont tr\v leur t]nelle nuit2 ce s5tim5t me repose et me console1 c'e/ l'in/9ct du soir4 ,il exam9e alors les objections qui s'lv5t contre le suicide3 les devoirs env]s l'amiti1 la patrie1 l'humanit4 ,il croit les rfut] p> cette raison que1 qu& on se s5t incapable de remplir un rle dans le monde1 on peut quitt] volontairem5t la vie1 et que le p\voir de la socit ne va pas jusqu' int]dire l'homme de dispos] de lui-mme4 ,comme si l'tre le plus humble ne p\vait faire quelque bi5 sur la t]re1 et si1 dfaut de la socit1 ,dieu ne lui imposait pas de re/] la place o il l'a mis6 ,t\tefois1 il ne dcide ri51 cont5t de savoir qu'il lui re/e1 contre l'excs de ses maux1 une ress\rce t\j\rs prte4 ,il ne se peut dt]m9] ni vivre ni m\rir4 ,il cont9ue vgt]4 ,sans d\te1 il a encore de nobles aspirations1 mais il manque de la =ce ncessaire p\r les ralis]4 ,si quelque lueur inespre de bonheur brille un in/ant ses yeux1 elle s'van\it bi5tt4 ,sa volont se s\lve un in/ant1 puis retombe1 puise de son ef=t4 ,a9si1 flottant sans cesse entre des aspirations /riles et des dsirs impuissants1 le tri/e ,ob]mann p>at prs de t\*] au fond de l'abme4 ,t\tefois1 il ne doit pas prir4 ,le salut lui app>at qu& il r5once le *]*] en lui-mme1 qu& il songe srieusem5t ses semblables4 ,les projets utiles qu'il n'a pas encore eu le c\rage d'excut]1 il veut enf9 les accomplir4 ,r$ev5u ri*e1 il =me un tablissem5t agricole qui f\rnit un noble alim5t et son activit et sa bi5faisance4 ,outre ce gnreux emploi d'une p>tie de ses heures1 il en consacre une autre crire des leons de morale1 de philosophie1 qui puiss5t tre de quelque pr(it p\r les hommes4 ,c'e/ alors que1 dp\ill de t\te illusion1 de t\te passion intresse1 il tr\ve le calme et la paix qu'il avait si longtemps *]*s en va9 dans la satisfaction de ses gts p]sonnels4 ,tel e/ le rem>quable trait d',ob]mann4 ,il ne clt pas les travaux de ,s5anc\r sur la solitude1 et p\r ne pas sc9d] l'tude de cet criva91 je dirai quelques mots de ses d]ni]s crits4 ,les libres mditations d'un solitaire inconnu r5f]m5t un gr& nombre de pages consacres la description1 l'loge de la vie solitaire et l'analyse de ses effets sur l'me4 ,l'ouvrage e/ prcd p> le rcit de la vie d'un homme qui aurait habit1 jusqu' l'ge avanc o il m\rut1 une grotte de la =t de ,fonta9ebleau1 dans laquelle on aurait tr\v le manuscrit mme des ,mditations4 ,ce vieill>d convie *acun l'imit]4 ,il invite ceux qui sont re/s dans le monde enfuir les bruyantes passions2 il v\drait voir se dvelopp] des tablissem5ts t\j\rs ouv]ts aux hommes dsireux de la vie cnobitique4 ,cette solitude ne peut cep5dant tre que le p>tage du petit nombre2 il en e/ une autre plus accessible4 ,le philosophe inconnu en raconte les *>mes2 selon lui1 elle procure l'esprit la modration et la sant1 l'oubli des *oses va9es1 la cont9uit dans la possession de soi-mme4 ,voil sans d\te de gr&s avantages1 et celui qui p>le a9si semble entirem5t satisfait de son tat4 ,cep5dant1 il ne le dissimule pas1 il re/e en lui un fond d'inquitude1 un leva9 de *agr9 et d'ennui t\j\rs prt se s\lev]4 ,il ne peut l't\ff] que p> le travail1 quelquefois le plus rude2 p\r dompt] son me1 il faut qu'il puise ses =ces physiques4 ,je me ht]ai1 dit-il1 de saisir la b*e ou le rabot3 je ne les quitt]ai pas avant d'y tre contra9t p> le sommeil4 ,que de fois je me flicitai d'une vigueur qui me r5dait cette div]sion facile4 ,je pla9s celui dont la p5se n'e/ pas mo9s active1 mais qui ces occupations et cette lassitude ne saurai5t conv5ir2 c'e/ celui-l dont la vie e/ un pnible combat4 ,enf91 au mom5t mme o il vi5t de se rj\ir d'avoir pris le p>ti de la retraite1 il fait des aveux qui jett5t un j\r inatt5du sur la fragilit du bonheur qu'il y a tr\v4 ,je n'ai pas su me g>antir de t\s les c>ts de la p5se3 la paix dont je j\is e/ prcaire2 je l'pr\ve quelquefois avec autant de honte que de dc\ragem5t4 ,l'ennui revi5t1 il surmonte t\t2 il r5\velle de faux beso9s1 et je me s5s inond d'am]tume4 ,mais de tels in/ants sont r>es2 la fatigue du corps puise l'activit trompeuse qui ne me laiss]ait ap]cevoir aut\r de moi que l'ab&on et l'uni=mit4 ,pas plus que dans les ,libres mditations1 le portrait de la solitude n'e/ flatt dans le roman d',isabelle4 ,isabelle e/ un p5dant au livre d',ob]mann2 et on l'a ju/em5t appel un ,ob]mann en jupons4 ,la donne du roman e/ d'une gr&e simplicit4 ,a la suite d'vnem5ts qu'il e/ inutile de rapport]1 une jeune fille du monde a rsolu de vivre dans une solitude complte4 ,elle espre y tr\v] un s\lagem5t des regrets trs naturels4 ,sans compt] sur le bonheur1 elle *]*e du mo9s vit] son contraire4 ,elle croit qu'elle n'e/ pas faite p\r la vie ord9aire des femmes1 qu'elle n'a pas les dons ncessaires p\r vivre dans l'tat de m>iage1 et elle se promet de n'aim] jamais4 ,mais l'preuve de cette exi/5ce anormale e/ pnible p\r elle1 et elle e/ bi5 lo9 d'y tr\v] la paix qu'elle en att5dait4 ,bi5 vite dsabuse sur les suites de sa biz>re t5tative1 elle ne fait ri5 cep5dant p\r r5tr] dans la vie commune4 ,elle ne sait pas plus support] la situation qu'elle s'e/ faite1 que la rompre4 ,elle n'accepte ni ne rep\sse1 soit l'am\r1 soit l'amiti1 et elle meurt n'ayant su remplir ni compltem5t1 ni temps1 les devoirs qui lui tai5t imposs4 ,sans entr] dans une analyse plus t5due1 citons quelques fragm5ts de ses lettres3 ,que je s\ffre plus ou mo9s1 ce ne s]a pas une diffr5ce relle dans le c\rs du monde4 ,que te dirai-je8 ,comm5t me faire ent5dre8 je ne connais pas bi5 ce que j'pr\ve1 et il e/ possible que j'aie peu de raison de croire ce dont je re/e p]suade444 t\t m'obsde1 t\t m'irrite4 ,c'e/ une fatigue qui r$\ble p> int]valles2 c'e/ un dc\ragem5t univ]sel444 t\t vi5t de ma faute1 ma p]te s]a mon ouvrage4 ,j'app>ti5s au malheur1 l'effroi me pntre1 je gagn]ais ma9t5ant cess] de vivre444 ,le rve dont je suis fatigue va-t-il f9ir8444 ,ds que n\s avons pass la premire jeunesse1 ce n'e/ plus qu'un long dsa/re3 ces regrets =m5t l'hi/oire du monde4 ,ces fragm5ts suffis5t p\r faire connatre la tri/e ,isabelle4 ,p]sonnage trange1 dont le c>actre n'e/ pas d'accord avec le sexe1 cration confuse qui s'explique mo9s p> le beso91 *ez ,s5anc\r1 de pe9dre un type rel1 que p> le p5*ant qui porte un auteur reproduire1 r5\vel]1 s\s des aspects quelquefois peu v>is1 le premi] objet de son tude et de ses gts4 ,on ap]oit ma9t5ant l'unit qui prside l'exi/5ce et l'uvre de ,s5anc\r4 ,on peut jug] l'une et l'autre4 ,que dirai-je de sa vie8 ,sans d\te1 des infirmits prcoces1 des p]tes de famille et d'arg5t1 s'aj\tant au s5tim5t des malheurs publics1 tai5t de nature assombrir son c>actre4 ,mais n'a-t-il pas travaill lui-mme son in=tune1 en s'isolant volontairem5t1 en se drobant au tra9 commun des *oses p\r lequel il ne se croyait pas fait1 et en se consacrant un g5re de vie exceptionnel et contraire la de/9ation de l'homme8 ,de ces premires fautes e/ ne peut-tre1 p> une ju/e punition1 la srie in9t]rompue des ennuis qui ont u les ressorts de son me4 ,t\tefois1 s'il e/ dans une c]ta9e mesure l'artisan de son malheur1 on ne peut l'accus] de s'y complaire4 ,sa solitude n'e/ pas oisive2 elle e/1 au contraire1 remplie de labeurs o le travail du corps alt]ne avec celui de l'intellig5ce4 ,elle n'e/ pas non plus orgueilleuse1 c> lo9 d'avoir la consci5ce de facults suprieures1 ,s5anc\r s\ffre du s5tim5t de son insuffisance4 ,quant aux pages qui ont t le fruit de cette exi/5ce solitaire1 il faut blm] leur auteur de n'avoir pas rep\ss nettem5t la t5tation du suicide et d'tre re/ dans le d\te sur cette "q qui exige une rponse =melle4 ,mais1 reconnaissons-le1 jamais il n'attnue aucun des argum5ts qu'on lui peut oppos]1 et il ne *]*e pas palli] les cts faibles de ses ?ories4 ,a ct de son op9ion sur le suicide1 il expose consci5cieusem5t celle de son correspondant inconnu1 comme1 aprs avoir dcrit les bi5faits de la solitude1 il en rvle t\s les maux1 avec une exactitude qui enlve au tableau qu'il en trace le pre/ige dang]eux de ce sujet4 ,enf91 une gr&e leon e/ rappele1 avec beauc\p de =ce dans ces livres de bonne foi4 ,*ose rem>quable3 t\s les esprits sur lesquels la maladie du sicle a pass p>aiss5t avoir compris1 aprs bi5 des re*]*es1 des aspirations et des fatigues1 que le bonheur qu'ils s\haitai5t ne p\vait exi/] que dans un tat de l'me1 rgl p> des habitudes fixes et paisibles4 ,jean-,jacques ,r\sseau l'a crit le premi]3 ,j'ai rem>qu1 dans les vicissitudes d'une longue vie1 que les poques des plus d\ces j\issances et des plaisirs les plus vifs1 ne sont p\rtant pas celles dont le s\v5ir m'attire et me t\*e le plus4 ,ces c\rts mom5ts de dlire et de passion1 quelques vifs qu'ils puiss5t tre1 ne sont cep5dant1 et p> leur vivacit mme1 que des po9ts bi5 clair-sems dans la ligne de la vie4 ,ils sont trop r>es et trop rapides p\r con/itu] un tat2 et le bonheur que mon cur regrette n'e/ po9t compos d'in/ants fugitifs1 mais un tat simple et p]man5t1 qui n'a ri5 de vif en lui-mme1 mais dont la dure accrot le *>me1 au po9t d'y tr\v] enf9 la suprme flicit4 ,aprs lui1 ,zimm]mann prconisait aussi1 comme le gr& moy5 de bonheur1 l'occupation dans le calme4 ,mais1 mieux encore que ces deux criva9s1 ,*ateaubri& a dit la mme *ose p> la b\*e de ,r53 ,on m'accuse d'avoir des gts incon/ants1 de ne p\voir j\ir longtemps de la mme *imre1 d'tre la proie d'une imag9ation qui se hte d'arriv] au fond de mes plaisirs1 comme si elle craignait d'tre accable de leur dure2 on m'accuse de pass] t\j\rs le b que je puis atte9dre1 hlas6 je *]*e seulem5t un bi5 inconnu dont l'in/9ct me p\rsuit4 ,e/-ce ma faute si je tr\ve p>t\t des bornes1 si ce qui e/ f9i n'a p\r moi aucune valeur8 ,cep5dant1 je s5s que j'aime la monotonie des s5tim5ts de la vie1 et si j'avais encore la folie de croire au bonheur1 je le *]*]ais dans l'habitude4 ,c'e/ cette mme solution de la paix p> l'ordre que ,s5anc\r vi5t apport] au problme du bonheur4 ,il n\s faudrait1 fait-il dire ,ob]mann1 il n\s faudrait une volupt habituelle et non des motions extrmes et passagres4 ,il n\s faudrait la tranquille possession qui se suffit elle-mme dans sa paix dome/ique1 et non cette fivre de plaisir dont l'ivresse consumante anantit dans la satit nos curs ennuys de ses ret\rs1 de ses dgts1 de la vanit de son espoir1 de la fatigue de ses regrets4 ,r5contre bi5 significative1 de plusieurs intellig5ces m95tes des degrs div]s4 ,mais *ez ,r\sseau1 *ez ,zimm]mann et *ez ,*ateaubri&1 cette conclusion n'e/ propose qu'avec timidit4 ,r\sseau et ,zimm]mann ont f9i dsesprs1 et ,*ateaubri& n\s montre ,r5 m\rant dans l'impnit5ce f9ale de la mlancolie4 ,s5anc\r ne tombe pas dans ces excs4 ,il fait plus qu'entrevoir la vrit qu'il a exprime1 il la dgage p> une application pratique4 ,son ,ob]mann gurit en sortant de l'oisivet1 en r5trant en communication avec les hommes1 en travaillant p\r eux1 en sacrifiant ses intrts leur bonheur2 et1 dans ses ,mditations1 on voit encore ,s5anc\r combattre c\rageusem5t le dmon de la tri/esse1 et1 quoiqu'il succombe quelquefois s\s ses c\ps1 se relev]1 du mo9s1 et se =tifi] p> la lutte4 ,malgr le c>actre mode/e de la vie et des crits que je vi5s d'apprci]1 une clbrit t>dive n'a pas compltem5t fait dfaut ,s5anc\r4 ,un ple rayon de gloire po/hume e/ v5u visit] son tombeau4 ,lui1 dont les uvres n'avai5t occup jusque-l que quelques hommes de loisir et d'esprit dlicat1 a t1 enf91 prs5t au vrai public4 ,mme ,s& lui a consacr une tude en?\sia/e qui a eu du ret5tissem5t et qui a donn1 en quelque sorte1 le m\vem5t l'op9ion4 ,plus t>d1 ,sa9te-,beuve a p>l de lui avec t5due1 avec loge4 ,un pote anglais1 ,m4 ,arnold1 lui a r5du hommage en de belles /ances4 ,m4 ,augu/e ,b>bi] a pris p\r sujet d'une posie celui qu'il appelle ,le noble ,ob]mann2 et1 plus rcemm5t1 un autre criva91 ,m4 ,r5 ,bimont1 a intitul ,le petit-fils d',ob]mann1 un roman dans lequel il raconte les s\ffrances d'une me inquite4 ,quoiqu'il en soit1 ,s5anc\r avait jet d'abord trop peu d'clat p\r avoir1 de son vivant1 des disciples4 ,cep5dant1 si l'on n'avait tant abus de cette expression1 je dirais qu'il eut1 son insu1 des frres obscurs qui1 lo9 de lui et p> une sorte d'inconsci5te sympa?ie1 rappelai5t ses murs et ses s5tim5ts4 ,l'un de ces hommes tait ,ma9e de ,biran1 dont le nom a gr&i depuis1 et1 comme celui de ,s5anc\r lui-mme1 a f9i p> recueillir1 dans le monde philosophique1 une c]ta9e illu/ration4 ,les affaires publiques qui ont pris une "p considrable de la vie de ,ma9e de ,biran1 ne l'ont pas1 en effet1 occupe t\te entire1 et mme dans les fonctions de l'tat1 et sur la scne politique1 il eut t\j\rs un reg>d t\rn en d$ans de lui-mme4 ,a la vrit1 ces habitudes mditatives ne fur5t pas *ez lui le rsultat d'un *oix entirem5t libre3 elles fur5t en p>tie la raction =ce de la dissipation qui avait m>qu sa jeunesse4 ,les rc5tes publications dont il a t le sujet n\s font connatre qu'il avait1 cette poque1 m5 une exi/5ce trs frivole4 ,sa mauvaise sant l'avait engag *ang] sa manire d'tre1 et il avait suivi ce conseil4 ,les vnem5ts publics l'avai5t aussi dt\rn de la vie du dehors1 et ram5 davantage la vie intrieure4 ,p5dant la ,t]reur1 il s'tait rfugi dans une t]re loigne de ,p>is4 ,cet asile lui (frait un d\ble avantage3 il lui voilait le spectacle des folies sangu9aires qui dsolai5t la ,france1 et il lui p]mettait de se consacr] l'tude de lui-mme4 ,il fut heureux de le retr\v] en #agig1 lorsque le c\p d'tat du #ah fructidor l'eut loign des assembles politiques1 o son opposition royali/e l'avait fait rem>qu]4 ,ma9e de ,biran s'occupe donc se voir vivre1 et cette contemplation ne lui donne pas t\j\rs sujet de se rj\ir4 ,il se pla9t de n'avoir pas la direction de son me1 d'tre plutt passif qu'actif3 sa volont e/ *ose v>iable2 il e/ oblig de reconnatre qu'elle e/ subordonne la p>tie matrielle de son tre1 qu'elle dp5d quelquefois du temps ou de sa sant4 ,il e/ aussi un c]ta9 tat qu'il gmit d'pr\v] trop s\v5t3 ,en cet tat1 dit-il1 absolum5t incapable de p5s]1 dgt de t\t1 v\lant agir sans le p\voir1 la tte l\rde1 l'esprit nul1 je suis modifi de la manire la plus dsagrable4 ,je me rvolte contre mon ineptie1 j'essaie p\r m'en sortir de m'appliqu] div]ses *oses1 je passe d'un objet un autre2 mais t\s mes ef=ts ne font que r5dre ma nullit plus s5sible4 ,il p>le ailleurs de l'agitation ord9aire de sa vie intrieure1 de sa monotone exi/5ce2 enf9 plus t>d1 en #ahaa1 il con/ate avec regret l'affaiblissem5t de son imag9ation et il crit ce tri/e mot3 ,ma vie se dcolore peu peu4 ,a ces analyses d'impressions fugitives et de nuances dlicates1 ces confessions d'insuffisance morale1 ne reconnat-on pas le li5 qui exi/e entre ,ma9e de ,biran et ,s5anc\r8 ,comme ,s5anc\r1 il aspirait la /abilit de l'me1 la p]man5ce des s5tim5ts intimes4 ,comme lui aussi1 il n'a tr\v le calme qu'en donnant plus de place dans ses p5ses l'lm5t religieux1 en s'levant davantage v]s l'esprit du *ri/ianisme2 et1 bi5 qu'il pr\vt encore quelquefois de la difficult vivre au d$ans comme au dehors il eut la consolation1 avant de m\rir1 de saisir une foi laquelle il se t9t =tem5t atta*4 ,a ct de ,biran1 on peut m5tionn] ,gleizs1 p]sonnage connu p> son orig9alit et sa vie solitaire et indp5dante1 qui a publi1 en #agid1 les ,mlancolies d'un solitaire2 en #ahjj1 les ,nuits lysennes4 ,ces crits sont des mditations s5tim5tales sur les clairs de lune1 les cimetires1 les ru9es1 prs5tes dans une prose potique et *>ge d'images exagres1 s\v5t tires de s\v5irs bibliques4 ,un autre criva91 qui s'e/ signal p> son ho/ilit contre le g\v]nem5t imprial et avait mme cru devoir s'exil] aprs le #ah brumaire1 p\r vit] d'tre compris p>mi les victimes du c\p d'tat1 ,?ibaut de ,b]neaud doit aussi tr\v] sa place ici4 ,avant ses nombreux ouvrages sur les sci5ces et surt\t sur l'agriculture1 ,?ibaut avait1 en #agih1 fait p>atre ,un voyage l',ile des ,peupli]s1 hommage ard5t la mmoire et au gnie de ,r\sseau1 dans le gt de celui que lui avai5t dj r5du ,mme de ,/al et ,m4 ,mi*aud4 ,on en pr5dra une ju/e ide p> cet loge qu'en fait1 dans un /yle qui porte bi5 sa date1 un catalogue de libraire de son temps 7,lepetit1 palais du ,tribunat73 ,les amis de la nature1 de ,r\sseau1 des lettres et de la v]tu1 ne liront pas sans motion ce petit ouvrage o respire une me honnte1 et o se manife/e le tal5t de pe9dre la campagne et d'exprim] le s5tim5t4 ,enf91 il convi5t de rappel] le nom oubli de ,c\s9 de ,gra9ville1 l'auteur du ,d]ni] homme 7#ahjc74 ,dans cet ouvrage qui n\s montre le globe dess*1 u1 te9t1 t5dant une mort pro*a9e1 et le gnie de la t]re fatigu de sa longue exi/5ce1 mais condamn vivre encore jusqu' ce que1 p> la mort du d]ni] homme1 la t]re entre enf9 dans l't]nel repos1 dans ce va/e et sombre tableau1 on a retr\v l'expression agr&ie de la tri/esse d',ob]mann4 ,cette uvre1 du re/e1 quoiqu'elle ft =t e/ime p> ,b]n>d9 de ,sa9t-,pi]re1 et qu'elle ait eu plus t>d de nombreux admirateurs1 avait t1 son app>ition1 mal juge p> le public1 et dans l'un des accs d'une maladie viol5te1 occasionne p> son insuccs1 ,gra9ville s'tait prcipit dans la ,somme qui c\lait au pi$ de sa maison et y avait tr\v la mort4 ,tels sont les contempora9s de ,s5anc\r qui prs5t5t avec lui le plus de ressemblance1 et con/itu5t a9si son ent\rage ncessaire4 ,,vii ,les ,romanci]s ,,*4 ,,nodi]4--,mme ,,de ,,flahaut4--,mme ,,de ,,krud5]4 ,de ces esprits philosophiques aux romanci]s proprem5t dits1 la di/ance e/ s5sible1 bi5 que quelques-unes des uvres que n\s avons dj p>c\rues soi5t dsignes s\s le titre de romans4 ,mais les vritables romans eux-mmes (fr5t p\r n\s de l'intrt et ne doiv5t pas *app] notre exam54 ,on connat la vie de ,*>les ,nodi]4 ,on sait quelles fur5t son ducation intellectuelle1 et les vicissitudes de sa jeunesse4 ,avec le gt des sci5ces naturelles1 il avait celui des lettres1 et il s'atta*a aux littratures anglaise et allem&e4 ,il se n\rrit de ,%akespe>e1 d',ossian1 d',"y1 et se prit d'en?\siasme p\r ,w]!r4 ,nodi] a s+ulirem5t exagr les tribulations auxquelles l'exposa son attitude vis--vis du p\voir4 ,cep5dant envelopp diffr5tes reprises dans de petites *auff\res politiques1 et auteur de la viol5te satire intitule ,la ,napol"o1 il dut1 tantt se retir] comme int]n ,besanon1 tantt1 peut-tre p> une prcaution inutile1 s'enfuir et err] dans le ,jura franais et en ,suisse4 ,au comm5cem5t de #ahjf1 il sj\rna ,dle1 et y ouvrit un c\rs de littrature4 ,ce fut l qu'il connut ,b5jam9 ,con/ant1 qui avait dans cette ville une p>tie de sa famille4 ,leurs esprits s\ples et brillants1 dit ,sa9te-,beuve1 leurs s5sibilits promptes et demi-brises devai5t du premi] c\p s'enlac] et se conv5ir4 ,que de sujets communs d'entreti5 entre eux6 ,que de gts semblables6 ,ils se vir5t beauc\p et il e/ p]mis de p5s] que ce ne fut pas sans une influ5ce rciproque de l'un sur l'autre4 ,ils devai5t se r5contr] encore plus t>d p\r se sp>] de n\veau4 ,longtemps aprs1 ,nodi] a*eva1 lo9 de la politique1 une exi/5ce dsormais exempte de sec\sses1 et ent\re d'une croissante clbrit4 ,dans la premire p>tie de cette c>rire 9gale1 il avait mis au j\r de nombreux crits1 dont plusieurs doiv5t fix] p\r quelques in/ants notre att5tion4 ,les ,p5ses de ,%akespe>e 7#ahja71 comme les ,essais d'un jeune ,b>de 7#ahjd71 sont tires de la mmoire et non de l'imag9ation de l'auteur4 ,l'pigraphe de ce d]ni] ouvrage e/ emprunte ,ossian2 le livre conti5t un *ant funbre sur le tombeau d'un *ef sc&9ave1 une traduction d'un *ant de ,ramond intitul3 ,le ,suicide et les ,pl]9s1 et une sorte de romance de ,g!1 ,la ,violette1 prcde d'une p5se de ,s5anc\r4 ,ce n'e/ qu'aprs ces diffr5tes rm9isc5ces que se lit un morceau sur la solitude compos p> ,nodi]4 ,encore1 cette pice ne se di/+ue-t-elle pas p> une haute orig9alit4 ,le g5re des ,tri/es 7#ahjf7 ne diffre pas de celui des ,essais4 ,c'e/ aussi un recueil de pices en prose ou en v]s1 le plus s\v5t imites de l'allem& ou de l'anglais1 et qui s5t5t le lecteur famili] d',ossian et d',"y1 le mlancolique glaneur dans les *amps de la tombe4 ,t\j\rs mmes c\leurs p>ses1 mmes compla9tes g>es1 mme affreuse cata/rophe4 ,la pr9cipale "p d'inv5tion dans cet crit consi/e suppos] que son auteur inconnu s'e/ tu d'un c\p de lime au cur4 ,en somme1 ces diffr5ts opuscules n'tai5t en quelque sorte p\r ,nodi] que des rs]ves dans lesquelles il semblait dpos] des matriaux p\r l'av5ir4 ,sut-il s'affran*ir de ces s\v5irs qu& il prit la plume p\r son propre compte8 ,russit-il tre t\t fait lui-mme8 ,on en va jug] en exam9ant ,les ,proscrits 7#ahjb7 et ,le ,pe9tre de ,saltzb\rg 7#ahjc74 ,le cadre du roman de ,/ella ou les ,proscrits a cot peu de frais l'imag9ation de l'auteur4 ,un jeune homme fuit sa patrie1 p\r *app] la proscription de la ,t]reur4 ,dans les montagnes o il *]*e un asile1 il r5contre une jeune p]sonne1 victime comme lui1 des fureurs rvolutionnaires1 et qui se ca*e dans une *aumire1 s\s la g>de d'une vieille s]vante4 ,comme on peut le prvoir1 il aime cette jeune p]sonne qui rpond son am\r1 et qui1 trop t>d1 lui rvle qu'elle n'tait pas libre1 et meurt d'am\r et de remords4 ,mais1 si la fable e/ peu complique1 les s5tim5ts sont des plus viol5ts1 et le dsespoir clate en manife/ations outres3 ,j'ai beauc\p vcu1 n\s dit le proscrit1 beauc\p s\ff]t1 beauc\p aim1 et j'ai fait un livre avec mon cur444 ,c'e/ p\r v\s que j'cris1 tres imptueux et s5sibles1 dont l'me s'e/ n\rrie des leons de l'in=tune4 ,dans cet app>eil dclamatoire1 qui n\s laisse assez froids1 il e/ bi5 facile de con/at] l'imitation4 ,w]!r e/ le vritable inspirateur du ,proscrit4 ,l'auteur ne se df5d pas de l'avoir pris p\r modle1 et1 dans le c\rs du roman1 il en p>le en plusieurs endroits4 ,introduit dans la demeure d'un ami1 le proscrit y tr\ve d'abord la ,bible1 ,klop/ock1 ,%akespe>e1 ,ri*>dson1 ,r\sseau2 mais c\tons la suite3 ,lovely me pressa d\cem5t la ma91 me fixa d'un air my/rieux1 tira de son rayon une boite d'bne1 l'ouvrit avec prcaution et en ta un volume envelopp dans un crpe4--,encore un ami1 dit-il1 en me le prs5tant3 c'tait ,w]!r4 ,je l'av\]ai1 j'avais v+t ans et je voyais ,w]!r p\r la premire fois6 ,lovely remua la tte et s\pira4--,je lirai ton ,w]!r1 m'criai-je6--,vois1 dit-il1 comme ces pages sont ues4 ,qu& je v9s p>c\rir ces montagnes1 cet ami m'tait re/2 je le portais sur mon cur1 je le m\illais de mes l>mes2 j'atta*ais t\r t\r sur lui mes yeux et mes lvres brlantes1 je le lisais t\t haut et il peuplait ma solitude4 ,a9si sur trois ou quatre p]sonnages que conti5t le roman en voici dj deux qui ador5t ou vont ador] ,w]!r2 ,/ella app>ti5t au mme culte4 ,bi5 plus1 c'e/ le livre de ,w]!r qui devi5t le trait d'union entre ,/ella et le proscrit4 ,la premire fois que celui-ci r5contre la jeune femme1 elle tait assise dans la campagne et lisait2 en le voyant1 elle avait laiss tomb] son livre2 mais la conv]sation engage tant dev5ue emb>rassante1 elle l'avait repris et le volume intellig5t s'tait ouv]t ju/em5t l'endroit o ,w]!r voit ,*>lotte p\r la premire fois4 ,le proscrit qui n'tait pas en ret>d1 lui prs5te aussitt l'exemplaire dont il tait t\j\rs muni depuis la scne prcd5te4 ,encore ,w]!r1 dit-il4--,l'ami des malheureux1 rplique ,/ella2 et grce cette communaut de lecture1 l'intimit fait entre eux de rapides progrs4 ,en un mot1 ce roman n'e/ qu'une glorification de ,w]!r2 on n'y p>le1 on n'y s5t que d'aprs ,w]!r1 et les malheurs p>ticuli]s des hros du livre de ,nodi] ne sont gure qu'un prtexte p\r crire un pa/i*e littraire4 ,les mmes obs]vations peuv5t s'appliqu] au ,pe9tre de ,saltzb\rg4 ,ici encore1 l'imitation de ,w]!r e/ flagrante4 ,le hros1 qui e/ ,allem&1 p>le de sa rsolution de consacr] son *] ,w]!r une fosse d'h]be ondoyante comme il l'a s\v5t dsire4 ,il y a plus1 dans une prface de #ahdj1 ,nodi] a reconnu que le type de ,*>les ,mun/] tait emprunt cette m]veilleuse ,allemagne1 la d]nire patrie des posies et des croyances de l',occid5t1 dont l'influ5ce littraire comm5ait se faire s5tir en #ahjc malgr un g\v]nem5t peu s5tim5tal et dispos trait] de ridicule le langage de la rv]ie et des passions1 cette expression mlancolique d'une me t5dre qui *]*e sa p>eille en pleurant et qui pleure encore aprs l'avoir tr\ve p>ce que t\tes les joies du cur ont des l>mes1 et cet lan de s5sibilit qui e/ t5te de t\t et que ri5 ne satisfait4 ,il e/ vrai que ,nodi] affirme aussi qu'il s'id5tifiait alors avec son modle1 et qu'il y avait tant de vrit au fond de cette fiction1 dans ses rapports avec son organisation p>ticulire1 qu'elle lui faisait prvoir jusqu' des malheurs qu'il se prp>ait1 mais qu'il n'avait pas encore subis4 ,cep5dant1 en crivant ce livre1 il p>at avoir obi surt\t au beso9 de reproduire un g5re littraire allem&4 ,mais il faut not] que1 dans cette circon/ance1 il voyait un peu l',allemagne trav]s une contrefaon franaise1 puisque son roman fut plus p>ticulirem5t inspir1 n\s dit-il1 p> la lecture du *ant de ,s*w>zb\rg de ,ramond1 qu'il a mme traduit presque littralem5t en v]s4 ,p\r ju/ifi] les rem>ques qui prcd5t1 il suffit de rsum] quelques traits de ce ,j\rnal d'un cur s\ffrant1 s\s-titre qui rappelle encore les s\ffrances du jeune ,w]!r4 ,ri5 dire des rles secondaires1 si ce n'e/ qu'un des comp>ses a rec\rs au suicide p\r *app] ses *agr9s2 le pr9cipal p]sonnage seul mrite une c\rte analyse4 ,*>les ,mun/] e/ une victime des discordes politiques2 il e/ exil2 de plus1 il s\ffre d'un am\r malheureux4 ,il se dpe9t a9si lui-mme3 ,a v+t-trois ans1 je suis cruellem5t dsabus de t\tes les *oses de la t]re1 et je suis entr dans un gr& dda9 du monde et de moi-mme1 c> j'ai vu qu'il n'y avait qu'affliction dans la nature et que le cur de l'homme n'tait qu'am]tume4 ,son *agr91 d'ailleurs1 e/ le plus s\v5t calme2 il ne s'arrte pas la t5tation du suicide1 et1 s'il =me quelque vu d'am\r dsespr1 il l'oublie vite4 ,il vit le plus s\v5t seul avec la nature4 ,r5\velant l'expression de ,r5 sur le ret\r de la saison des temptes1 il se promet plus de ravissem5t de l'hiv] que des beaux j\rs1 et il se plat en trac] le tableau4 ,cep5dant1 la f91 le malheur use ses =ces1 et l'pilogue1 aj\t son j\rnal p> une ma9 amie1 n\s le montre se r5dant une abbaye o il veut f9ir ses j\rs ayant les *eveux p>s1 la b>be longue1 le te9t hve1 les yeux g>s1 et1 malgr la rigueur de la saison1 ne portant p\r vtem5t qu'une espce de tunique grossire1 f]me sur la poitr9e avec une ce9ture de la9e en un mot1 portant les traces d'une pr(onde alination d'esprit4 ,enf91 l'auteur n\s appr5d qu' la suite d'un dbordem5t du ,danube1 on a retr\v son corps inanim aux pi$s des murs du c\v5t1 dans lequel il allait *]*] un d]ni] asile4 ,je ne jug]ai pas le ,pe9tre de ,saltzb\rg4 ,*>les ,nodi] l'a fait mieux que p]sonne ne le saurait faire4 ,aux g5s d'esprit1 c'e/ pe9e p]due de cont] leurs dfauts4 ,ils les sav5t de re/e1 et sont les premi]s1 s9on s'en corrig]1 du mo9s s'en accus]4 ,il e/ donc conv5u1 de bonne grce1 que son roman p*ait en runissant au suprme degr les deux gr&s dfauts de l'cole g]manique1 la navet manire et l'en?\siasme de la tte4 ,et n'a-t-il pas fait mieux8 ,ne s'e/-il pas amus n\s donn] de sa propre ma9 la p>odie des ,w]!r et des d',olban8 ,dans un rcit1 d'ailleurs beauc\p trop libre1 intitul3 ,le d]ni] *apitre de mon ,roman1 et qui e/ de la mme anne que le ,pe9tre de ,saltzb\rg1 il n\s introduit dans une runion de ce temps1 un bal la ,socit ,olympique1 et aprs avoir pass en revue quelques p]sonnages rem>quables1 il en dcrit un autre qui1 le *apeau rabattu1 les bras croiss et l'air p5sif1 s'g>e tri/em5t de gr\pe en gr\pe sans adress] la p>ole qui que ce soit4 ,ce jeune homme porte un pantalon jaune et un habit bleu de ciel1 p\r avoir une con=mit de plus avec ,w]!r dont il a fait son hros4 ,le roman de ,g! tant tomb dans ses ma9s alors qu'il avait v+t ans1 il conut le projet d'en faire le guide de sa conduite4 ,ds ce mom5t1 il s'occupa exclusivem5t de t\tes les tudes qui p\vai5t le rappro*] de son modle4 ,a une ,*>lotte prs1 l'imitation tait dj frappante de vrit2 mais il tait bi5 dcid complt] la ressemblance1 et son imag9ation sple5etique se famili>isait t\s les j\rs de plus en plus avec le fatal dnom5t4 ,enf91 il ne s'agissait plus que de dc\vrir son hrone et de fix] la dure de l'attaque4 ,il compulsa t\tes les ditions de ,w]!r p\r se dt]m9] sur ce po9t ess5tiel4 ,mais ce plan si bi5 conu n'a pu s'excut]4 ,le pauvre jeune homme n'a pas russi tre malheureux en am\r4 ,il lui a donc fallu r5onc] dev5ir t\t fait un ,w]!r4 ,tel e/ le bad9age o se j\e ,nodi]1 et qui pr\ve la ju/esse de ce qu'on a dit de lui3 ,il y a de l',ario/e dans ce ,w]!r4 ,sa*ons-lui gr1 d'ailleurs1 de n'avoir pas p\ss l'imitation de ,g! et de ,ramond jusqu' clbr] avec eux le suicide4 ,contre cette c\pable folie1 il *]*e une arme dans la religion2 et1 dans un autre crit de cette mme anne #ahjc1 les ,mditations du clotre1 signalant les ravages qu'ont faits p>mi ses contempora9s la ha*e des b\rreaux et le pi/olet de ,w]!r1 il s'adresse au p\voir1 et1 dans un m\vem5t1 cette fois p>ti du cur1 il jette1 peu prs comme l'avait fait ,s5anc\r1 ce cri des temps tr\bls3 ,cette gnration se lve et v\s dem&e des clotres6 ,concluons3 si ,nodi] app>ti5t l'cole de la mlancolie1 il n'y app>ti5t que s\s c]ta9es rs]ves4 ,nanmo9s1 il cons]va t\j\rs quelque rm9isc5ce de ses dbuts4 ,a l'poque mme o1 dgag des li5s dans lesquels il s'tait plu s'envelopp]1 il exprime des ides et des s5tim5ts plus orig9aux1 lorsque1 s\s la ,re/auration et depuis1 il donne au public des romans1 des n\velles tirs de son propre fonds1 on y retr\ve la trace de ses anci5nes habitudes4 ,dans le roman de ,clm5t9e1 il dcl>e tre en sympa?ie de s5tim5ts avec un c]ta9 ,maxime ,od91 dont il retrace l'ardeur inquite4 ,il n'e/ presque aucun de ses ouvrages qui ne se t]m9e p> un dn\em5t viol5t2 la mort inop9e e/ le ,deus ex ma*9 de t\s ces rcits1 et la li/e de ses hrones n'e/ gure qu'un long m>tyrologe4 ,il e/ c]ta9 que1 dans l'imag9ation de l'aimable conteur1 il tait t\j\rs re/ un petit co9 p\r le lugubre et le tnbreux4 ,si la mesure et le naturel manqu5t s\v5t ,nodi]1 ces qualits se retr\v5t *ez deux femmes qui1 comme lui1 et la mme poque1 se sont fait connatre p> des romans4 ,l'une e/ l'auteur d',adle de ,snanges 7#agic7 et je n'en veux dire qu'un mot4 ,dans ce rcit compos en ,anglet]re1 au milieu des plus cruels *agr9s de famille1 des d\leurs de l'migration et des tre9tes de la gne1 ,mme de ,flahaut met en scne un anglais1 le jeune "l ,syd5ham1 qui se dcl>e atte9t d'une mlancolie qui le p\rsuit et lui r5d importuns les plaisirs de la socit4 ,ce c>actre e/ un mlange de l'anglais de ,cali/e qui l'avait prcd1 et d',oswald qui l'a suivi4 ,mais il e/ pe9e indiqu4 ,en traitant un sujet peu prs semblable1 ,mme de ,krud5] y apporta plus de dveloppem5t4 ,c'e/ d'elle que j'ai ma9t5ant p>l]4 ,mme de ,krud5] tait ne ,riga4 leve dans ce pays un peu sauvage1 elle en avait beauc\p aim la nature svre et tri/e4 ,elle v9t ,p>is au mois de ju9 #aghi4 ,elle avait alors v+t-trois ans4 ,elle tait la fois amie du luxe et de la simplicit1 et au milieu de sa vie lgante1 elle tr\vait le temps d'all] visit] ,b]n>d9 de ,sa9t-,pi]re1 dans son humble retraite du faub\rg ,sa9t-,m>ceau4 ,plus t>d1 elle fit un sj\r ,lauzanne1 et bi5tt se lia avec la socit qui ent\rait ,mme de ,/al4 ,mais les vn5em5ts du dehors devai5t v5ir la p\rsuivre dans cet asile bi5veillant4 ,comme tant d'autres trang]s illu/res1 elle ress5tit les effets de nos malheurs4 ,l'invasion franaise de #agih la =a s'loign] de la ,suisse4 ,elle y rev9t cep5dant qu& le torr5t eut pass2 elle rev9t aussi en ,france1 et ce fut ,p>is qu'elle publia1 au mois de dcembre #ahjc1 avec un brillant succs1 le roman de ,valrie4 ,plus t>d1 et de ret\r dans sa patrie1 cette femme qui avait connu t\s les orages de la passion1 tonna le monde p> une conv]sion clatante1 et aprs des incid5ts div]s qui lui donnr5t1 dans quelques gr&s faits de l'hi/oire de l',europe1 un rle important1 elle succomba1 en #ahbd1 l'excs de rigueurs asctiques qui avai5t m9 sa sant4 ,mais au mom5t o elle crivait ,valrie1 ,mme de ,krud5] tait lo9 de ces hauteurs my/iques1 et les div]s incid5ts de sa vie p\vai5t expliqu] une disposition mlancolique4 ,cette disposition se p]sonnifie dans ce roman mo9s en ,valrie elle-mme1 qu'en celui qui l'aime1 ,gu/ave de ,l9>4 ,ce jeune homme a t\j\rs eu le gt de la vie solitaire4 ,un fragm5t du j\rnal que t5ait sa mre n\s le dpe9t a9si3 ,il se promne s\v5t seul1 beauc\p avec ,ossian1 qu'il sait presque p> cur4 ,un s+uli] mlange d'exaltation gu]rire et d'une indol5ce ab&onne aux longues rv]ies1 le fait pass] t\r t\r d'une vivacit extrme une extrme tri/esse qui lui fait rp&re des l>mes4 ,plus t>d1 lui-mme crit3 ,le comte tr\ve que je ressemble beauc\p mon pre1 que j'ai dans mon reg>d la mme mlancolie2 il me repro*e d'tre1 comme lui1 presque sauvage1 et de cra9dre trop le monde4 ,en effet1 son imag9ation le reporte v]s les montagnes o s'e/ c\le son adolesc5ce4 ,erne/1 crit-il1 de ,lub51 son fidle ami1 plus que jamais elle e/ dans mon cur1 cette secrte agitation qui tantt portait mes pas v]s les sommets esc>ps des ,r\ll51 tantt sur nos grves ds]tes4 ,ah6 tu le sais1 je n'y tais pas seul3 la solitude des m]s1 leur va/e sil5ce ou leur orageuse activit1 le vol inc]ta9 de l'alcyon1 le cri mlancolique de l'oiseau qui aime nos rgions glaces1 la tri/e et d\ce cl>t de nos aurores borales1 t\t n\rrissait les vagues et ravissantes inquitudes de ma jeunesse4 ,que de fois dvor p> la fivre de mon cur1 j'eusse v\lu1 comme l'aigle des montagnes1 me baign] dans un nuage et r5\vel] ma vie6 ,que de fois1 j'eusse v\lu me plong] dans l'abme de ces m]s dvorantes1 et tir] de t\s les lm5ts1 de t\tes les sec\sses une n\velle n]gie1 qu& je s5tais des feux qui me consumai5t6 ,et il aj\te3 ,erne/1 j'ai quitt t\s ces tmo9s de mon inquite exi/5ce1 mais p>t\t j'en retr\ve d'autres2 j'ai *ang de ciel1 mais j'ai emport avec moi mes fanta/iques songes et mes vux immodrs4 ,une nature si ard5te et si t5dre devait tre p\r l'am\r une proie facile3 ,gu/ave subit le *>me de ,valrie1 et la viol5ce de l'am\r combattu altre gravem5t sa sant4 ,la maladie du corps cde enf91 mais le mal moral n'e/ pas guri4 ,il se pla9t d'tre inutile et incompris1 de port] avec lui un pr9cipe qui le dvore4 ,il entrevoit sa mort pro*a9e2 elle lui s\rit comme le t]me de son malheur4 ,mais ce dn\em5t1 il ne *]*e pas le prcipit]4 ,son affection filiale1 ses s5tim5ts religieux le lui df5d5t4 ,il support]a donc la vie1 mais il ne peut plus s\t5ir la vue de ,valrie3 la prud5ce1 l'honneur lui ordonn5t de la fuir4 ,il *]*e et tr\ve un in/ant de repos la ,gr&e-,*>treuse de ,b444 d'o il rep>t p\r les ,ap5n9s4 ,il y crit ces lignes3 ,ne me pla9s pas1 ,erne/1 la d\leur sans remords porte en soi une mlancolie qui a p\r elle des l>mes qui ne sont pas sans volupt4 ,*aque mom5t ne tombe pas tri/em5t sur mon cur2 s\v5t il y a des repos1 des int]valles o une espce d'att5drissem5t1 une vague rv]ie qui n'e/ pas sans *>me vi5t me b]c]4 ,mais p\r avoir son *>me et sa volupt1 la tri/esse n'en brise pas mo9s le cur1 et ,gu/ave r5d enf9 le d]ni] s\pir1 s\t5u p> la religion et p> l'amiti4 ,ce ne fut un my/re p\r p]sonne dans le monde o vivait ,mme de ,krud5]1 que les p]sonnages du roman de ,valrie tai5t emprunts1 p\r la plus gr&e p>tie1 la ralit4 ,comme ,valrie e/ ,mme de ,krud5] elle-mme1 ,gu/ave de ,l9> e/ un c]ta9 ,alex&re de ,/akief qui pr\va p\r elle une gr&e passion4 ,il se peut que plusieurs des impressions que l'auteur prte ce jeune homme1 qu& il p>le de ses vieux s\v5irs et de son gt p\r la nature1 soi5t des rm9isc5ces des impressions que ,mme de ,krud5] avait g>des de sa propre enfance1 et qu'elle se soit plus d'une fois exprime p> la b\*e de ,gu/ave aussi bi5 que p> celle de ,valrie2 mais on ne peut d\t] que son mlancolique ,sc&9ave1 comme on l'a appel1 n'ait vraim5t exi/ avec la physionomie que lui donne le roman2 et c'e/ cela que le hros de ,valrie doit ce ca*et de p]sonnalit qui le di/+ue de ses devanci]s et de ses successeurs4 ,mais en pr5ant p\r sujet de son uvre ce type n\veau de la maladie du sicle1 ,mme de ,krud5] n'a pas suivi les inspirations du has>d2 elle a obi ses prfr5ces intimes1 et l'on peut en conclure qu'elle app>t5ait au mme ordre d'esprits que celui dont elle a trac un si vivant tableau4 ,reconnaissons d'ailleurs son roman1 comme celui de ,mme de ,flahaut1 ce mrite que leur morale e/ irrpro*able1 qu'ils ont su concili] la mlancolie et la v]tu1 et que dans la lutte entre le devoir et la passion1 c'e/ au devoir qu'ils ont donn l'avantage4 ,cette exception1 r>e dans la littrature que n\s tudions1 mritait d'tre signale4 ,on ne la retr\ve pas dans l'crit clbre que je vais exam9]4 ,l'tude des romanci]s m'amne1 en effet1 p>l] de ,b5jam9 ,con/ant4 ,dj1 j'ai prononc son nom propos des amis de ,mme de ,/al2 mais p> la nature et p> la date de celui de ses ouvrages que je veux surt\t exam9]1 c'e/ ici seulem5t que je devais m'en occup] avec quelque t5due4 ,,viii ,b5jam9 ,con/ant ,b5jam9 ,con/ant e/ n ,lausanne4 lev d'abord p> un pre dont la froideur app>5te comprimait la t5dresse1 il suit les univ]sits d',anglet]re et d',allemagne4 ,de bonne heure il se tr\ve introduit dans l'intimit d'une femme di/+ue1 mais alors morose1 isole1 dont il a t "q plus haut1 ,mme de ,*>rire2 avec elle il aborde dans de longues conv]sations et s\s t\tes ses faces le problme de notre de/9e4 ,sa jeunesse1 d'ailleurs1 n'e/ pas exempte de folies4 ,in/ruit p> une expri5ce prcoce des tri/esses de la vie comme de ses *>mes1 il en e/ dj rassasi1 et l'abus de l'analyse le conduit raill] t\s ses s5tim5ts1 et sa raill]ie elle-mme4 ,un j\r en #aghg1 il s'*appe de la maison pat]nelle p\r c\rir en ,anglet]re4 ,de ,d\vres1 il crit ,mme de ,*>rire3 ,je me reprs5tai1 moi1 pauvre diable1 ayant manqu t\s mes projets1 plus ennuy1 plus malheureux1 plus fatigu que jamais de ma tri/e vie4 ,je me figurai ce pauvre pre tromp dans t\tes ses esprances1 n'ayant p\r consolation dans sa vieillesse qu'un homme aux yeux duquel1 v+t ans1 t\t tait dcolor1 sans activit1 sans n]gie1 sans dsirs1 ayant le morne sil5ce de la passion contr>ie1 sans se livr] aux lans de l'esprance qui n\s ranime et n\s donne de n\velles =ces4 ,j'tais abattu1 je s\ffrais1 je pleurais4 ,si j'avais eu l mon consolant opium1 c'et t le bon mom5t p\r a*ev]1 en l'honneur de l'ennui1 le sacrifice manqu p> l'am\r4 ,mais ces p>oles amres qui se t]m95t p> une allusion une rc5te av5ture de jeunesse1 sont bi5tt corriges p> une sorte de dm5ti orgueilleux que ,b5jam9 ,con/ant donne l'aveu de sa faiblesse3 ,ne v\s inquitez absolum5t pas de ma situation3 moi je m'y amuse comme si c'tait celle d'un autre4 ,l'anne suivante on le retr\ve *ambellan d'un pr9ce allem& et se faisant plus d'un ennemi p> la lib]t de son humeur4 ,puis il se m>ie4 ,quel e/ l'tat de son me en ces annes8 ,je s5s plus que jamais le nant de t\t444 ,je suis quelquefois mlancolique dev5ir fol1 d'autres fois mieux1 jamais gai ni mme sans tri/esse p5dant une heure444 ,je suis p>v5u un po9t de dsabusem5t tel1 que je ne saurais que dsir] si t\t dp5dait de moi1 et que je suis conva9cu que je ne s]ais dans aucune situation1 plus heureux que je le suis 7#agij et #agia74 ,a propos d'orang]s que ,mme de ,*>rire v\lait plant]1 il lui dit3 ,je ne veux ri5 voir fleurir prs de moi2 je veux que t\t ce qui m'environne soit tri/e1 languissant et fan4 ,et ailleurs3 ,j'ai crit il y a longtemps au malheureux ,kne*t3 je pass]ai comme une ombre sur la t]re entre le malheur et l'ennui4 7#ag septembre #agia74 ,mais ces s5tim5ts tai5t-ils bi5 s9cres8 non1 et il l'av\e ailleurs3 ,je suis las1 s'crie-t-il1 le #ag mai #agib1 je suis las d'tre g/e1 de p]sifl] mes propres s5tim5ts1 de me p]suad] moi-mme que je n'ai plus ni l'am\r du bi51 ni la ha9e du mal4 ,puisqu'avec t\te cette affectation d'expri5ce1 de pr(ondeur1 de ma*iavlisme1 d'apa?ie1 je ne suis pas plus heureux1 au diable la gloire de la satit6 ,je r\vre mon me t\tes les impressions2 je veux r$ev5ir confiant1 crdule1 en?\sia/e1 et faire succd] ma vieillesse prmature1 qui n'a fait que t\t dcolor] mes yeux1 une n\velle jeunesse qui embellisse t\t et me r5de le bonheur4 ,cep5dant1 il revi5t vite aux habitudes contraires1 la seconde nature qu'il s'e/ donne4 ,le #ag dcembre #agib1 il se dpe9t encore blas de t\t1 ennuy de t\t1 am]1 g/e1 avec une sorte de s5sibilit qui ne s]t qu' le t\rm5t]2 mobile au po9t d'en pass] p\r fol1 et sujet des accs de mlancolie qui int]romp5t t\s ses plans4 ,et ,*n$oll qui le r5contrait ,coppet1 en #agig1 disait de lui3 ,il n'y a plus l ni cur1 ni en?\siasme4 ,le re/e de cette vie agite app>ti5t l'hi/oire4 ,je rappell]ai seulem5t qu'exil en #ahjc1 il se rfugia en ,allemagne1 o il frqu5ta les criva9s en vogue4 ,ce fut p5dant la dure de l',empire et p5dant les loisirs qu'elle lui fit1 qu'il conut et qu'il composa le roman d',adolphe1 publi seulem5t en #ahaf4 ,adolphe e/ un jeune ,allem&4 ,il vi5t d'a*ev] l',univ]sit de ,gtt+ue de brillantes tudes m5es de front avec une vie mal dirige4 ,ds cette poque1 il porte en lui un g]me de tri/esse et d'ennui qu'il attribue la socit de son pre1 homme gnreux1 mais rigide auprs duquel il n'pr\vait que de la contra9te1 et surt\t de longs entreti5s avec une femme ge et mcont5te de la vie1 vivant retire dans son *teau n'ayant que son esprit p\r ress\rce et analysant t\t avec son esprit4--,p5dant prs d'un an1 dit ,adolphe1 dans nos conv]sations 9puisables1 n\s avions envisag la vie s\s t\tes ses faces et la mort t\j\rs p\r t]me de t\t1 et aprs avoir tant caus de la mort avec elle1 j'avais vu la mort la frapp] mes yeux4 ,cet vnem5t m'avait rempli d'un s5tim5t d'inc]titude sur la de/9e et d'une rv]ie vague qui ne m'ab&onnai5t pas4 ,je tr\vais qu'aucun b ne valait la pe9e d'aucun ef=t4 ,c'e/ dans cette disposition qu'il consume au fond d'une petite ville une exi/5ce sans utilit et sans attrait4 ,son esprit ironique lui attire des inimitis dans un monde o la conv5tion et l'usage dcid5t de t\t4 ,mais en mme temps il y r5contre une ,polonaise clbre p> sa beaut1 quoiqu'elle ne ft plus de la premire jeunesse4 ,p> un s5tim5t de vanit1 jo9t un vague dsir de bonheur1 il dsire lui plaire1 et mme1 entran p> son imag9ation1 il croit l'aim]4 trange contradiction1 pe9e se voit-il aim lui-mme qu'il press5t le t]me de ce qu'il a pris p\r de l'am\r4 ,dans la liaison qu'il a contracte1 il ne t>de pas voir mo9s le bonheur qu'il a s\hait1 que la dp5dance laquelle il s'e/ s\mis4 ,l'assiduit qu',ellnore dem&e lui devi5t une gne4 ,p\rtant il ne s'loigne pas d'elle1 et qu& son pre le rappelle auprs de lui1 sur les in/ances d',ellnore1 il sollicite un dlai de quelques mois4 ,mais pe9e a-t-il obt5u ce sursis qu'il le regrette1 et n'y voit plus que la prolongation de son esclavage4 ,alors clate entre eux un *ange de dures rcrim9ations et une scne viol5te qu'il dplore aussitt qu'il l'a provoque4 ,cep5dant le t]me fix p> son pre e/ arriv4 ,il "p4 ,se rj\it-il de sa lib]t reconquise8 ,nullem5t4 ,il n'a jamais mieux s5ti le prix d'une intimit qui e/ dev5ue ncessaire son exi/5ce1 et bi5tt il r5\e dans un autre lieu les li5s qu'il avait tant s\hait de rompre4 ,clum non animum mutat4 ,faut-il suivre pas pas l'hi/oire de cette tri/e union8 ,alt]natives incessantes de disputes et de rconciliations2 fatigue1 *ez l'un1 d'un j\g qu'il n'a pas la =ce de sec\]2 *ez l'autre1 am]tume d'un am\r qu'elle sait n'tre pas p>tag2 opposition t\j\rs r5aissante de deux c>actres incompatibles fatalem5t runis1 de deux exi/5ces inconciliables qui ne se peuv5t sp>]3 tel e/ le ?me sur lequel se dr\l5t les v>iations du livre4 ,le dn\em5t fatal arrive enf92 ,adolphe crit son pre qu'il cons5t se sp>] d',ellnore4 ,cet engagem5t pris1 il en r$\te dj l'accomplissem5t4 ,mais la lettre mme qui le conti5t e/ remise ,ellnore4 ,celle-ci ne peut survivre ce c\p1 et ne t>de pas expir]4 ,adolphe retr\ve alors t\te l't5due de sa solitude2 trang] t\te la t]re1 il regrette le temps o sa vie avait un intrt et se rfl*issait dans une autre4 ,une sorte de conclusion de l'ouvrage n\s appr5d qu'il ne ft plus que vgt]1 qu'il ne st faire aucun usage de la lib]t qu'il avait si s\v5t invoque1 pr\vant a9si qu'on peut bi5 *ang] de situation1 mais qu'on transporte dans *acune le t\rm5t dont on esprait se dlivr]2 et que1 comme on ne se corrige pas en se dplaant1 l'on se tr\ve seulem5t avoir aj\t des remords aux regrets1 et des fautes aux s\ffrances4 ,quelle e/ la porte de ce rcit8 ,je ne m'arrt]ai pas l'ass]tion de l'auteur qui dcl>e n'avoir eu d'autre prt5tion que de conva9cre deux ou trois amis runis la campagne de la possibilit de donn] une sorte d'intrt un roman dont les p]sonnages se rduirai5t deux1 et dont la situation s]ait t\j\rs la mme4 ,fausse mode/ie1 coquett]ie d'criva9 qu'il e/ facile de dmasqu]4 ,adolphe n'e/ pas une uvre de fantaisie1 mais une composition rpondant un s5tim5t pr(ond4 ,qu& au sujet mme de ce roman1 il importe de le prcis]4 ,or ,b5jam9 ,con/ant ne n\s ca*e pas qu'il a v\lu montr] le mal que font pr\v] mme aux curs arides les s\ffrances qu'ils caus5t1 et cette illusion qui les porte se croire plus lg]s ou plus corrompus qu'ils ne le sont4 ,le c>actre que l'auteur a v\lu pe9dre e/ donc l'aridit du cur4 ,qu'on ne s'y trompe pas en effet1 l'loignem5t d',adolphe p\r ,ellnore n'e/ pas un accid5t vulgaire1 un simple prtexte p\r mettre en uvre le combat qui s'agite *ez ,adolphe entre l'gsme et le dv\em5t2 c'e/ le trait di/9ctif1 c'e/ le fond mme d'une p]sonnalit4 ,les qu]elles quotidi5nes qui r5d5t intolrables les rapports d',adolphe et d',ellnore n'ont ri5 de commun avec les diss5sions qui puniss5t s\v5t les unions irrgulires si exploites de nos j\rs p> le roman et le ?tre et qu'on e/ conv5u de qualifi] du nom de *ane4 ,ce qui r5d s\v5t ces sortes d'associations si pesantes p\r l'une des deux p>ties1 et quelquefois p\r t\tes les deux1 c'e/ le beso9 de rec\vr] son indp5dance p\r l'alin] de n\veau1 c'e/ l'incon/ance plus que la satit4 ,mais repr5dre son cur pe9e donn1 sans arrire-p5se de le donn] ailleurs1 voir l'am\r s'te9dre en soi avant d'avoir puis sa flamme1 et s'ef=c] en va9 de le ranim]1 c'e/ un de/9 bi5 diffr5t et un sujet n\veau dans la littrature4 ,p5dant longtemps l'am\r1 ses motions1 ses joies1 sa puissance1 n'avai5t-ils pas dfray la prose et la posie8 ,ne le montrait-on pas t\j\rs suprieur aux ob/acles qui se dressai5t contre lui8 ,aussi il semblait qu'il ne pt tre utilem5t combattu que p> lui-mme1 et que l'am\r de ,dieu pt seul va9cre l'am\r huma94 ,l'cole des mlancoliques avait bi5 comm5c affaiblir le pre/ige de l'am\r p> son dda9 plus ou mo9s affect p\r les motions communes4 ,t\tefois l'altration maladive de nos facults aimantes n'avait pas t directem5t tudie avant l'app>ition d',adolphe4 ,ce livre e/ p> excell5ce le roman de l'impuissance du cur4 ,cet tat *ez ,adolphe avait plusieurs causes3 sa jeunesse avait d'abord t au/re1 puis trs dissipe et la ralit trop tt connue avait tu en lui l'idal4 ,il avait1 de plus1 reu aprs les enseignem5ts de l'esprit allem& les leons d'une femme sceptique1 et cette fleur d'illusion1 qui e/ peut-tre indisp5sable dans l'am\r1 n'avait pas rsi/ au s\ffle d'une impitoyable analyse4 ,a9si se tr\ve explique l'infirmit morale d',adolphe4 ,il ne re/e qu' re*]*] si ce p]sonnage e/ un tre fictif ou s'il a t copi d'aprs nature4 ,on a sur ce po9t un tmoignage dcisif4 ,une lettre crite au mom5t de l'app>ition du roman1 le #ad octobre #ahaf1 p> ,m4 de ,sismondi la comtesse d',albany1 n\s donne la clef des pseudonymes du livre4 ,aprs avoir p>l du plaisir qu'il pr5ait le lire1 il aj\tait3 ,je crois bi5 que j'en ress5s plus encore1 p>ce que je reconnais l'auteur *aque page1 et que jamais confession n'(frit mes yeux un portrait plus ressemblant4 ,il fait compr5dre t\s ses dfauts1 mais il ne les excuse pas1 et il ne semble po9t avoir la p5se de les faire aim]4 ,il e/ trs possible qu'autrefois il ait t plus rellem5t am\reux qu'il ne se pe9t dans son livre3 mais qu& je l'ai connu1 il tait tel qu',adolphe1 et1 avec t\t aussi peu d'am\r1 non mo9s orageux1 non mo9s am]1 non mo9s occup de flatt] ensuite et de tromp] de n\veau1 p> un s5tim5t de bont1 celle qu'il avait d*ire4 ,il a videmm5t v\lu loign] le portrait d',ellnore de t\te ressemblance4 ,il a t\t *ang p\r elle1 patrie1 condition1 figure1 esprit4 ,ni les circon/ances de la vie1 ni celles de la passion n'ont aucune id5tit2 il en rsulte qu' quelques g>ds1 elle se montre dans le c\rs du roman t\t autre qu'il ne l'a annonce4 ,cette app>5te intimit1 cette dom9ation passionne1 p5dant laquelle ils se d*irai5t p> t\t ce que la colre et la ha9e peuv5t dict] de plus injurieux1 e/ leur hi/oire l'un et l'autre4 ,cette ressemblance seule e/ trop frappante p\r ne pas r5dre inutiles t\s les autres dguisem5ts4 ,de ces rvlations curieuses1 que ,sismondi p\rsuit et applique aux p]sonnages secondaires du roman1 on me p]mettra de ne ret5ir que ce qui conc]ne ,adolphe1 et de laiss] de ct ce qui reg>de ,ellnore1 bi5 que le masque de ce p]sonnage ait t s\v5t lev p> d'autres ma9s4 ,qu'importe ici le nom de cette femme8 ,la supposition de ,sismondi son g>d e/-elle1 d'ailleurs1 c]ta9e8 ,il e/ oblig de conv5ir que t\t a t *ang dans les circon/ances qui ent\rai5t le modle4 ,qui emp*e de suppos] que ce modle ait t emprunt quelque autre s\v5ir de la vie de ,b5jam9 ,con/ant8 ,qu& on que/ionnait celui-ci sur les orig9aux d',adolphe1 il rpondait qu'il s'agissait d'une femme1 qu'il nommait1 que ,*ateaubri& a appele la d]nire des ,n9on1 qui avait t lie1 s\s le ,consulat1 un homme du monde et laquelle ,b5jam9 ,con/ant avait t lui-mme atta*4 ,il p>at qu'en effet la situation tait bi5 la mme que celle attribue ,ellnore4 ,g>dons-n\s donc de dsignations indiscrtes et tmraires4 ,mais le mme scrupule ne saurait n\s arrt] dans l'indication du hros du livre2 hros que ,sismondi avait assez appro* p\r le reconnatre avec sret3 quoique le cadre adopt p> l'auteur soit de t\t po9t imag9aire1 ,adolphe e/ son portrait4 ,b5jam9 ,con/ant a s\ff]t du mal qu'il a dcrit4 ,il n'a pu aim]1 et il a j\ la comdie de la passion4 ,il l'a j\e peut-tre p> commisration p\r la femme qui l'aimait1 c> comme l'indique ,sismondi et comme le dit aussi ,mme de ,/al qui1 dans ,delph9e1 a reprs5t ,b5jam9 ,con/ant s\s les traits d',h5ri de ,leb5sei1 il tait plus accessible que p]sonne la piti2 mais cette piti tait /rile3 elle s'usait en va9es motions1 et en vux sup]flus4 ,n\s p\vons aj\t] qu'il re/a t\j\rs ce que n\s l'avons vu jusqu'ici1 ple9 de contra/es et de v]satilit2 que son me fltrie ne refleurit jamais2 qu'il porta l'am] s\v5ir de cette vie si dva/e1 si orageuse qu'il avait lui-mme m5e contre t\s les cueils avec une sorte de rage2 que1 s\s l'influ5ce de ,mme de ,krud5]1 il v\lut croire et essaya de pri]2 qu'il se s\mit mme1 selon le prcepte de ,pascal1 aux =mes extrieures de la pit2 mais qu'il demeura jusqu'au b\t p>tag entre des aspirations phmres et des regrets impuissants4 ,on l'a vu1 p\r ,b5jam9 ,con/ant1 comme p\r ,adolphe1 et sauf les diffr5ces qui exi/5t entre le roman et la biographie1 cet tat tait le rsultat d'une philosophie dissolvante1 d'une jeunesse trop mancipe succdant une enfance trop comprime1 enf9 d'une exi/5ce nomade s\v5t mle au m\vem5t mlancolique de l',anglet]re ou de l',allemagne4 numr] les lm5ts div]s qui ont conc\ru la =mation de ce c>actre1 c'e/ prononc] sur l'homme en qui on les voyait runis4 ,une di/9ction s'tablit naturellem5t entre ceux qu'apportr5t les circon/ances extrieures1 et ceux que des fautes p]sonnelles y ont aj\ts4 ,b5jam9 ,con/ant ne peut *app] au blme qu'il a enc\ru c]ta9s g>ds que p>ce qu'il se l'e/ inflig lui-mme l'avance dans quelques-unes des lignes que n\s avons cites4 ,cet homme m95t e/ donc un n\vel et irrcusable exemple de la maladie du sicle1 et je puis dire qu'il n'en e/ pas le mo9s d\l\reux4 ,,ix ,les jeunes ,g5s ,n\s avons p>c\ru une d\ble srie de p]sonnages1 les uns qu'on peut appel] les pr9ces de la mlancolie1 les autres =mant ceux-ci comme un cortge4 ,avons-n\s cep5dant t\t dit sur leur poque8 ,non1 d]rire les figures plus ou mo9s illu/res dj cites1 on dc\vre t\te une f\le innome1 m>que du mme sceau qu'elles4 ,proxima de9de t55t m/i loca4 ,plusieurs docum5ts vi5n5t jet] de la lumire sur cette lgion d'inconnus qui app>ti5n5t t\s la jeunesse4 ,dans un ouvrage intitul3 ,lettres ,we/phali5nes1 ,mme de ,h41 publi s\s les initiales ,r4 ,m41 le *evali] de ,romance-,mesmon crivait1 la date du #e juillet #agif1 les lignes suivantes3 ,t\tes les imag9ations sont en feu44444 ,pas de jeune fille qui ne veuille tre une ,julie1 pas un amant qui ne se croie un ,w]!r1 sa mort prs cep5dant1 que peu s'empress5t d'imit]4444 ,jamais cette affection de l'me qu'on nomme s5sibilit ne fut exalte autant que dans notre sicle2 jamais le s5tim5t ne fut aussi analys1 aussi dlicat2 cela peut se rem>qu] mme dans ses influ5ces physiques1 p> la prodigieuse quantit de maladies n]veuses qui se voit t\s les j\rs4 ,les g5s qui sont organiss d'une manire si irritable ont les passions plus vives44444 ,on p\rrait les nomm] la secte des s5tim5taux4 ,a leur tte1 je plac]ais ,jean-,jacques ,r\sseau4 ,nodi] dit aussi1 qu'alors une jeune fille romanesque1 s5tim5tale et n]veuse n'tait pas une exception4 ,tel tait l'tat de beauc\p de jeunes esprits p5dant la ,rpublique4 ,fut-il diffr5t s\s l',empire8 c\tons le langage d'un juge compt5t3 ,ma9t5ant1 dit ,m4 ,gu5eau de ,mussy1 dans une ,vie de ,roll91 publie en #ahje1 ma9t5ant1 le jeune homme1 jet comme p> un naufrage l'entre de sa c>rire1 en contemple va9em5t l't5due4 ,il n'enfante que des dsirs m\rants et des projets sans consi/ance4 ,il e/ press de s\v5irs et il n'a plus le c\rage de =m] des esprances4 ,il se croit dsabus et il n'a plus d'expri5ce4 ,son cur e/ fltri et il n'a po9t eu de passions4 ,comme il n'a pas rempli les diffr5tes poques de sa vie1 il ress5t t\j\rs1 au d$ans de lui-mme1 quelque *ose d'imp>fait qui ne s'a*v]a pas4 ,ses gts et ses p5ses1 p> un contra/e affligeant1 app>ti5n5t la fois t\s les ges1 mais sans rappel] le *>me de la jeunesse1 ni la gravit de l'ge mr4 ,sa vie entire se prs5te comme une de ces annes orageuses et frappes de /rilit1 o l'on dirait que le c\rs des saisons et l'ordre de la nature sont int]v]tis2 et1 dans cette confusion1 les facults les plus heureuses se sont t\rnes contre elles-mmes4 ,la jeunesse a t en proie des tri/esses extraord9aires1 aux fausses d\ceurs d'une imag9ation biz>re et emporte1 au mpris sup]be de la vie1 l'indiffr5ce qui nat du dsespoir2 une gr&e maladie s'e/ manife/e s\s mille =mes div]ses4 ,ceux-mmes1 qui ont t assez heureux p\r *app] cette contagion des esprits1 ont atte/ t\te la viol5ce qu'ils ont s\ff]te2 ils ont fran*i brusquem5t t\tes les poques du premi] ge qu'ils ont tonn p> une maturit prcoce1 mais sans y tr\v] ce qui avait manqu leur jeunesse4 ,ce que ,m4 de ,mussy dit de la jeunesse des collges peut1 dans une c]ta9e mesure1 s'appliqu] galem5t celle des tablissem5ts d'ducation trang]s l'tat4 ,m4 de ,lam>t9e n\s a ouv]t un j\r intressant sur le collge de ,belley o il fut lev1 et o il se tr\vait avec ,raymond de ,virieu et ,l\is de ,vignet4 ,il rapporte qu'un j\r1 c'tait en #ahjf1 ,xavi] de ,mai/re avait envoy de ,russie ,mme de ,vignet le manuscrit de son ,lpreux de la cit d',ao/e1 qu'il v5ait de compos]1 mais qui ne devait tre publi en ,russie qu'en #ahaa1 et vritablem5t connu en ,france qu'en #ahag4 ,celle-ci l'avait communiqu son fils ,l\is2 et les trois amis1 ,lam>t9e1 ,virieu et ,vignet1 avai5t emport dans une prom5ade le prcieux manuscrit et en avai5t dvor les pages m\vantes4 ,lam>t9e avait t]m9 la lecture au milieu d'un pr(ond sil5ce4 ,n\s n\s levmes alors1 aj\te-t-il1 n\s rejoignmes nos cam>ades1 et n\s reprmes avec eux la desc5te de ,virieu-le-,gr&4 ,mais cette lecture n\s avait mis sur le front un sceau de mlancolie et de gravit qui n'tait pas de notre ge et qui di/+uait notre poque de celles qui n\s prcdai5t et qui n\s suivai5t4 ,il y avait donc1 dans l'motion des jeunes lecteurs du ,lpreux1 plus que l'impression cause p> le rcit d'une gr&e in=tune2 on y s5tait l'effet d'une disposition intime et p]man5te qu'il tait intressant de not]4 ,n\s v]rons plus t>d combi5 cela tait vrai p\r ,lam>t9e2 il n\s appr5d qu'il en tait de mme p\r ,l\is de ,vignet4 ,celui-ci savait p> cur1 n\s rapporte son illu/re ami1 ,les ,nuits d',"y et les sublimes passages de ,w]!r1 d',atala1 de ,r54444 ,en t\t1 c'tait la figure de ,w]!r1 am\reux1 p5sif1 dsespr1 tel que le capricieux gnie de ,g! v5ait de le jet] dans l'imag9ation de l',europe1 p\r y vivre longtemps de ses l>mes et de son sang4 ,jamais la mlancolie maladive n'inc>na son image plus complte sur des traits huma9s que dans cette figure4 ,on ne p\vait re/] ni lg]1 ni indiffr5t en le voyant2 il semblait port] un secret de tri/esse4 ,ailleurs1 ,lam>t9e e/ encore rev5u la mmoire de ,vignet1 et en a fait un portrait potique1 o ce jeune homme1 n dans les j\rs sombres1 et lev au milieu des paysages svres de la ,savoie1 n\s app>at dans l'attitude d'une pla9tive rv]ie4 ,ces rvlations pr\v5t qu'une sorte de no/algie s'tait emp>e de la jeunesse1 sans di/9ction entre le c>actre des maisons o l'in/ruction lui tait di/ribue4 ,il p>at qu' cet g>d1 du mo9s1 on y r5contrait un mme esprit4 ,mais je ne p5se pas qu'une si tri/e unit puisse tre regrette p> p]sonne4 ,il ne faudrait pas croire1 qu'*apps des collges1 les jeunes g5s entrass5t dans une phase df9itive de sant morale4 ,si beauc\p d'entre eux se jetai5t dans la vie militaire et si des ides de gloire *assai5t de leur c]veau les rv]ies maladives1 il en tait aussi qui1 dans l'oisivet qui les t\ffait1 cons]vai5t1 comme l'a dit ,nodi]1 un beso9 pr(ond et d\l\reux d'preuves1 d'agitations1 de s\ffrances et surt\t de *angem5t4 ,sans d\te1 dans les manife/ations de cette maladie1 il faut faire la "p de l'exagration1 de la mode4 ,il p>at bi5 que1 p>mi ceux qui se montrai5t atte9ts du mal du temps1 un assez gr& nombre *]*ait seulem5t excit] l'intrt4 ,l'obs]vateur1 dont j'ai reproduit un passage sur la secte des s5tim5taux1 aj\tait3 ,les s5tim5taux ont leurs hypocrites1 comme les vrais dvots ont leurs ,t>tuffes4 ,plus t>d1 dans le numro1 dat du #c octobre #ahab1 de l',h]mite de la ,*ausse-d',ant91 ,m4 de ,j\y1 p>lant de la demeure de ,jean-,jacques ,r\sseau ,montmor5cy1 et con/atant les hommages priodiques dont elle tait l'objet1 faisait ces curieuses rem>ques3 ,j'aurais assez mauvaise op9ion1 je l'av\e1 de celui qui p>c\r]ait avec indiffr5ce cette habitation d'un gr& homme1 mais ce respect p\r l'auteur de quelques beaux crits emp*e-t-il de tr\v] excessivem5t ridicule cette dame qui vi5t t\s les ans1 p>eil j\r1 cet h]mitage clbre p\r s'y r\l] p> t]re avec des spasmes convulsifs1 comme en pr\vai5t c]ta9s dvots sur le tombeau du diacre ,pris8 ,emp*e-t-il de tr\v] un peu d'exagration dans ces l>mes que j'ai vu v]s] p> une jeune mre et sa fille dans la *ambre d'un homme qui mit ses enfants l'hpital8 ,emp*e-t-il de rire de cette f\le de pl]9s qui ne sont v5us l que p\r inscrire leurs noms sur les murailles du j>d91 et jusque sur le bu/e du hros1 dont la j\e droite e/ c\v]te t\t entire p> le nom de ,m4 ,?ot8 ,la mme affectation se retr\ve dans c]ta9es habitudes sociales1 p> exemple dans le co/ume4 ,en gnral1 on imitait les vtem5ts autant1 ou plus que les passions de ses hros4 ,le plus flatteur triomphe d'un jeune ,france en ce temps-l 7#agig71 consi/ait obt5ir des p>5ts de port] l'habit bleu de ciel et la culotte jaune de ,w]!r4 ,a9si1 la conv5tion se sub/ituait s\v5t au naturel1 mais1 au fond1 le mal n'exi/ait que trop rellem5t4 ,x ,les ,etrang]s ,,anglet]re4--,,allemagne4--,,italie4 ,p5dant que la ,france prs5tait ce regrettable spectacle1 quel tait au dehors l'tat des esprits8 ,c'e/ ce qu'il importe de re*]*] ici1 p\r tre mme d'apprci] l'influ5ce que notre pays a pu recevoir du dehors4 ,l',anglet]re voyait alors fleurir un pote illu/re qui dev5ait le *ef inconte/ de l'cole de la mlancolie1 et qui fondait mme celle du dsespoir4 ,j'ai nomm "l ,byron4 ,inve/i encore enfant d'un titre ari/ocratique1 il pr5d possession dix-huit ans d'un va/e manoir1 d'une antique abbaye solitaire4 ,d'abord1 il s'ab&onne t\te la f\gue de son naturel2 mais il p>at vite se lass] de ses folies1 et t\t jeune encore1 il se montre dj blas4 ,ayant prodigu t\t son t dans le beau mois de mai1 ne p\vant plus voir refleurir en lui la fra*eur du cur1 il contemple avec une tri/e indiffr5ce le monde qui s'ouvre devant lui4 ,pr(ondm5t irritable1 avide d'orig9alit1 il rompt en visire avec quiconque gne ou contr>ie ses gts2 il brave1 il excite plaisir l'op9ion publique4 ,il affecte de n'avoir jamais eu qu'un ami qu'il a p]du1 et cet ami qu'tait-il8 un *i54 ,adolesc5t1 il aimait les c\rses vagabondes trav]s les bois et les montagnes de son pays2 homme fait1 un in/9ct inquiet1 un beso9 de m\vem5t et de n\veaut1 l'aiguillon enf9 de l'ennui le p\ss5t v]s des pays lo9ta9s4 ,il p>c\rt la ,france1 la ,suisse1 l',italie1 la ,grce4 ,tantt on le voit sur une frle emb>cation dfi] la tempte au milieu du lac ,lman2 tantt1 au galop de son *eval1 il dvore les plages de l',adriatique2 tantt1 il t5te la nage la trav]se de l',hellespont1 fatale ,l&re4 ,mais ni le plaisir1 ni les voyages ne l'arra*5t son incurable tri/esse4 ,il ne fait que *ang] le ?tre de ses *agr9s1 et p\r a*ev] cette exi/5ce c\rte et tr\ble il va se battre p\r la libration de la ,grce1 et il meurt au mom5t o il se prp>e attaqu] la citadelle de ,lpante4 ,homme extraord9aire p> la hauteur1 p> l'n]gie du c>actre autant que p> le don de posie1 mais se rappro*ant du vulgaire p> ses passions1 il prs5te un mlange d'lm5ts disp>ates qui ne sont pas galem5t av\ables1 mais il a *]* s'ent\r] aux yeux du public d'une gr&eur idale et n'a pas cra9t d'en emprunt] le c>actre un type maudit4 c\tez comme dix-huit ans il p>le de sa de/9e3 ,ah6 dit-il1 quoique je sois d'un naturel hauta91 biz>re1 imptueux1 dom9 p> le caprice1 la proie de mille erreurs qui prp>5t ma *ute1 je v\drais tomb] seul4 ,a9si ses yeux sa p]te e/ 9vitable2 il e/ l'in/rum5t d'une puissance surnaturelle et il s'y rsigne4 ,les tmo9s de son sj\r ,coppet1 ont rem>qu qu'il t5ait p>atre am]1 s>ca/ique1 pr5ant plaisir sc&alis] p> des propos irrligieux le puritanisme de la socit de ,g5ve1 enf9 qu'il s'amusait se donn] des airs sataniques4 ,lui-mme raconte qu'un j\r son app>ition dans le salon de ,mme de ,/al1 une dame anglaise s'van\it1 ou prt5dit s'van\ir1 et que t\tes les p]sonnes prs5tes fir5t une m9e1 comme si sa maje/ satanique tait entre dans la *ambre4 ,qu& ,mme ,lamb eut compos son ,gl5>von o elle pe9t ,byron s\s les traits d'un ,don ,juan insol5t et cruel et comme une figure inf]nale1 ,byron n'hsita pas autoris] la publication de ce roman qui flattait en lui un am\r-propre bi5 s+ulirem5t plac4 ,du re/e1 son g5re de beaut favorisait cette transfiguration4 ,son front noble et lev semblait le sige d'une intellig5ce plus qu'huma9e1 et il n'tait pas jusqu' cette dif=mit lgre qui dp>ait un de ses pi$s1 qui ne conc\rt son pre/ige1 en rappelant l'ide de quelque ange f\droy1 g>dant les m>ques de la *ute qui l'a prcipit du ciel4 ,c'e/ aussi p\r le type inf]nal que sa prdilection s'accuse dans ses premi]s crits4 ,on connat son portrait de ,conrad dans le ,corsaire2 il y avait dans son dda9 le s\rire d'un dmon que suscitai5t la fois des motions de rage et de cra9te1 et l o s'adressait le ge/e f>\*e de sa colre1 l'esprance s'van\issait et la piti fuyait en s\pirant44444 ,solitaire1 f>\*e et biz>re1 si son nom rp&ait l'effroi1 si ses actions tonnai5t1 ceux qui le craignai5t n'osai5t le mpris]4 ,l>a e/ le digne frre de ,conrad4 ,il y avait en lui un mpris cont9uel de t\t1 comme s'il avait essuy dj ce qui peut surv5ir de pire4 ,il vivait trang] sur la t]re1 comme un esprit errant et rejet d'un autre monde4 ,livr des passions ard5tes1 leurs ravages avai5t sem la dsolation sur ses pas1 et n'avai5t laiss ses meilleurs s5tim5ts qu'un tr\ble intrieur et les rflexions cruelles qu'inspire une vie agite p> les temptes4 ,qu& ,manfr$1 que je ne puis sp>] de ,conrad et de ,l>a1 bi5 qu'il n'ait vu le j\r qu'aprs #ahae1 son dsespoir e/ plus imm5se encore4 ,le pote l'a plac au milieu d'une scne fanta/ique4 ,c'e/ au sommet des ,alpes1 c'e/ dans la rgion des glaces et de la f\dre que ,manfr$ agit et p>le4 ,il ose dfi] les lm5ts et entr] en lutte avec les esprits4 ,c'e/ une sorte de ,fau/ auquel celui de ,g! n'a pas t inutile1 quoique ,byron s'en soit df5du1 et n'ait av\ p\r son uvre de rapport de filiation qu'avec le prom?e d',es*yle2 mais c'e/ un ,fau/ gigantesque et dmesur4 ,au db1 dirai-je de ce pome ou de ce drame8 ,manfr$ veut en f9ir avec la vie4 ,il fait appel aux =ces de/ructives de la nature3 il montre les vapeurs qui s'amoncell5t aut\r des glaci]s2 les nuages qui se =m5t s\s ses pas en flocons blan*tres et sulfureux1 semblables l'cume qui jaillit au-dessus des abmes inf]naux1 dont *aque vague b\illonnante va se bris] sur un rivage o les damns sont runis comme les caill\x sur celui de la m]4 ,tromp dans l'accomplissem5t de son vu d'anantissem5t1 ,manfr$ voit app>atre la fe des ,alpes1 il lui raconte sa vie passe1 sa jeunesse solitaire1 comm5t il desc5dait dans les caveaux p\r int]rog] la mort1 et p> quelle tude des sci5ces secrtes1 il s'tait famili>is avec les esprits qui peupl5t l'inf9i4 ,il prit enf91 mais cons]vant jusque dans la mort son indomptable f]met1 et son arrogance mon/rueuse4 ,manfr$1 ,l>a1 le ,corsaire1 =m5t donc une trilogie qui1 avec quelques v>iantes1 (fre un p]sonnage unique t5ant plus du dmon que de l'homme4 ,on ne saurait en d\t]1 dans ces productions tranges1 ,byron a v\lu plac] quelques-uns des traits s\s lesquels il aimait se montr] lui-mme4 ,sans d\te1 on peut dire avec ,m4 ,montgut qu'il e/ impossible de voir en elles des types huma9s1 ni des types du temps prs5t4 ,sans d\te1 les proportions de ces p]sonnages sont excessives4 ,mais en les dp\illant des exagrations de =me dont l'auteur les a ent\rs1 ils figur5t le c>actre ennuy1 *agr9 et hauta9 qu'affi*ait "l ,byron4 ,dans ses autres uvres1 le pote a tempr sa manire4 ,il a r5onc l'app>eil de la t]reur2 mais ses hros sont t\j\rs attri/s4 ,qui ne connat ce portrait de ,*ilde ,h>old8 ,avant que le premi] t]me de sa vie fut pass1 ,h>old pr\va le gt de la satit4 ,il avait p>c\ru t\s les ddales du vice1 sans jamais rp>] ses torts4 ,or1 ,*ilde ,h>old avait le cur malade4 ,il v\lait s'loign] de ses compagnons de dbau*e2 on dit que p>fois une l>me brillait dans ses yeux sombres et humides1 mais l'orgueil l'y glaait s\v5t4 ,il allait err] seul l'c>t et dans une rv]ie sans *>me4 ,il rsolut enf9 de quitt] sa patrie444 ,rassasi de plaisirs1 il s\pirait presque aprs le malheur3 p\r *ang] de ?tre1 il s]ait desc5du volonti]s mme dans le sj\r des ombres4 ,tel e/ l'tat de sple5 dans lequel il entrepr5d son pl]9age o je ne le suivrai pas4 ,je rem>qu]ai seulem5t que son passage en ,suisse f\rnit au pote l'occasion d'exprim] son admiration p\r ,r\sseau dont il recueille pieusem5t les traces dans les lieux illu/rs p> son s\v5ir4 ,inutile d'aj\t]1 d'ailleurs1 que ,*ilde ,h>old p> son ennui reprs5te ,byron lui-mme4 ,le mme type app>atra plus t>d dans son ,don ,juan4 ,au premi] aspect1 le ,don ,juan de ,byron ne p>at tre qu'un jeune homme am\reux du plaisir et de l'action4 ,il ne c\rt pas1 comme d'autres ,dons ,juans1 la re*]*e d'un idal de bonheur qui le fuit sans cesse4 ,cep5dant au milieu du rcit de ses entranem5ts div]s1 combi5 il sme d'amres rflexions6 ,quelle ironie int>issable vis--vis des pr9cipes de la morale univ]selle1 des convictions communes1 de t\tes ces *oses qui font battre le cur des simples honntes g5s6 ,dans ces pan*em5ts de v]ve s>ca/ique1 e/-ce le pote qui p>le8 ,e/-ce seulem5t le p]sonnage auquel il donne la vie8 ,c'e/ ce que la trame du pome ne p]met pas t\j\rs de di/+u]4 ,mais1 qu'importe8 ,au fond1 et quoiqu'il s'en df5de1 ,byron et ,don ,juan se ti5n5t p> des li5s troits1 et l'on doit mme dire que l'auteur s'e/ bi5 mieux et plus fidlem5t dpe9t dans cette cration et dans celle de ,*ilde ,h>old1 que dans les conceptions viol5tes et drgles sorties d'abord de son ard5te imag9ation4 ,a9si1 s\s des =mes div]ses1 c'e/ t\j\rs le mme s5tim5t que dcrit ,byron1 et il e/ vrai de dire1 comme ,macaulay3 ,jamais criva9 n'eut sa disposition une aussi va/e s\rce de mpris1 d'loqu5ce et de dsespoir4 ,ce qui e/ mo9s vid5t c'e/ la s9crit de ce dsespoir4 ,l'm95t compatriote de ,byron1 que je vi5s de cit]1 a dit ce sujet3 ,il e/ p]mis de d\t] qu'il ait jamais exi/1 ou qu'il puisse jamais exi/] un homme rpondant la description qu'il n\s a laisse de lui-mme2 mais il e/ inconte/able que ,byron n'tait pas cet homme-l4 ,il e/ ridicule de suppos] qu'un homme dont l'esprit aurait t vritablem5t imbu de mpris p\r ses semblables1 aurait publi *aque anne trois ou quatre volumes p\r le leur dire1 ou qu'un homme qui aurait pu affirm] en t\te s9crit qu'il ne re*]*ait la sympa?ie de p]sonne1 aurait p]mis l',europe t\te entire d'ent5dre ses adieux sa femme et la bndiction qu'il adressait ses enfants444 ,je suis p\rtant bi5 lo9 de croire que sa tri/esse fut entirem5t fe9te444 ,mais il dc\vrit bi5tt qu'en faisant p>ade de son malheur devant le public1 il produisait une imm5se s5sation4 ,l'intrt qu'excitr5t ses premires confessions le conduisit affect] une tri/esse =t exagre1 et l'affectation agit probablem5t sur ses s5tim5ts4 ,il aurait vraisemblablem5t t =t emb>rass lui-mme1 s'il avait t =c de faire la "p de la vrit et celle de la mise en scne dans le c>actre qu'il se plaisait s'attribu]4 ,la vrit p>at tre dans cette apprciation humori/ique4 ,byron fut tri/e1 mais bi5 mo9s qu'il ne l'a dit4 ,p> malheur1 le rle qu'il n'a cess de j\] ne fut que trop pris au srieux p> le public1 et il ex]a sur ses contempora9s une rem>quable influ5ce4 ,le s5tim5t qu'pr\vai5t son g>d les jeunes amateurs de posie ne peut tre compris que p> ceux qui l'ont pr\v4 ,la popul>it de ,byron fut sans bornes p>mi la masse des jeunes g5s qui ne lis5t peu prs que des ouvrages d'imag9ation4 ,ils a*etai5t son portrait2 ils faisai5t collection de ses mo9dres reliques2 ils appr5ai5t p> cur ses pomes2 ils faisai5t les plus gr&s ef=ts p\r crire comme lui et p\r se donn] les mmes airs que lui4 ,beauc\p d'entre eux tudir5t devant leur glace dans l'espoir d'attrap] le pli de la lvre suprieure et les s\rcils froncs qu'on rem>que dans quelques-uns de ses portraits4 ,quelques fanatiques allr5t mme jusqu' bannir leur cravate1 l'imitation de leur gr& modle4 ,p5dant quelques annes la presse de la ,m9]ve ne fit pas p>atre un seul roman sans un noble p]sonnage my/rieux et in=tun comme ,l>a4 ,on ne saurait se faire une ide de la quantit d'tudiants ple9s d'esprance et d'lves en mdec9e qui dev9r5t de sombres in=tuns p\r lesquels la fra*eur de l'me ne retombait plus en rose1 dont les passions tai5t rduites en c5dre1 et qui ne p\vai5t mme plus se s\lag] p> des l>mes4 ,jusque-l il n'y avait gure que du ridicule4 ,mais1 aj\te "l ,macaulay1 il s'tablit bi5tt dans le cur d'un gr& nombre de ces en?\sia/es une association p]nicieuse et absurde entre la vigueur intellectuelle et la dpravation morale4 ,ils f9ir5t p> extraire de la posie de "l ,byron1 un sy/me de morale1 compos la fois de misan?ropie et de gt p\r la volupt4 ,byron e/ donc une preuve n\velle de ce que n\s avai5t dj montr ,g! et ,*ateaubri&3 la facilit avec laquelle le gnie sduit les jeunes intellig5ces1 et le dang] de jet] dans des imag9ations t5dres des g]mes d'g>em5t qui s'y dvelopp5t avec une =ce imprvue1 et que ceux qui les ont sems ne sont plus matres d'anantir4 ,en ,allemagne1 aucun gr& nom oppos] en ces temps celui de ,byron4 ,m5tionnons cep5dant ,h5ri de ,klei/1 pote et auteur dramatique qui1 la suite des dsa/res de sa patrie1 tomb dans une mlancolie pr(onde1 se donna la mort1 et que ,m4 ,mundt1 dans son hi/oire littraire1 df9it le ,w]!r politique de son poque2 ,jean-,paul ,ri*t] qui1 aprs une enfance solitaire dans les montagnes de la ,bavire et de la ,bohme tait dev5u fantasque et misan?rope1 et dont ,mme de ,/al a dit3 ,la mlancolie cont9uelle de son langage branle quelquefois jusqu' la fatigue2 ,ju/9 ,k]n]1 criva9 quelque peu maladif1 rem>quable1 a dit ,m4 ,h4 ,blaze1 p> une ardeur vague et saisissante1 p> cette indicible aspiration qui refuse de s'expliqu] ouv]tem5t1 ce dsir sans f9 que les ,allem&s appell5t ,sehnsu*t2 enf91 l'auteur des ,contes fanta/iques4 ,h(fmann1 dont l'exi/5ce fut s\v5t agite p> les vnem5ts publics1 n\s montre dans un de ses plus intressants rcits ,don ,juan la re*]*e de l't]nel fm991 s'irritant de ne pas r5contr] l'idal qu'il p\rsuit1 ddaignant le bonheur selon les ides b\rgeoises1 mais cras p> les plaisirs de la vie relle1 et n'en rapportant en df9itive qu'un imm5se mpris p\r l'humanit et p\r les dceptions de la vie1 type dang]eux que n\s retr\v]ons ailleurs dans le c\rs de cette tude4 ,mais que la littrature ne n\s fasse po9t oubli] les autres manife/ations des s5tim5ts de cette poque1 et n'omettons pas de dire qu'alors1 en ,allemagne1 la musique portait la mme m>que que les autres uvres de l'imag9ation4 ,rappelons ,s*ub]t et ses mlodies1 surt\t son beau *ant de l',adieu1 celui de l'loge des l>mes1 si pntr de mlancolie4 ,jusqu' prs5t n\s avons vu ces s5tim5ts se manife/] surt\t *ez les peuples du ,nord4 ,voici que le phnomne d'une uvre maladive dans une contre mridionale vi5t donn] un dm5ti aux ?ories trop absolues de ,mme de ,/al que j'ai rappeles plus haut4 ,mais tel tait1 au comm5cem5t du sicle1 le tr\ble des esprits1 que t\tes les rgions de l',europe p>aiss5t en avoir ress5ti quelque *ose4 ,les d]nires lettres de ,jacopo ,ortis1 p> ,ugo ,foscolo 7#ahjb71 ne laiss5t1 ce sujet1 aucun d\te p\r l',italie4 ,le hros de ce roman e/ un jeune homme s\ffrant d'un d\ble am\r malheureux3 il aime une jeune fille fiance un autre2 il aime sa patrie1 et il a la d\leur de la voir livre la dom9ation d'un conqurant4 ,aussi il maudit l'humanit2 p\r lui t\s les hommes sont ennemis et le monde n'e/ qu'une =t peuple de btes froces4 ,accabl p> ces deux d\leurs1 son cur se gonfle et gmit1 comme s'il v\lait s'*app] de sa poitr9e4 ,mais il ne veut pas gurir4 ,je te l'av\e1 crit-il son confid5t1 je me plais dans mon malheur4 ,je t\*e moi-mme mes blessures l'endroit o elles sont le plus mortelles1 je les r\vre et je les reg>de saign]4 ,et cep5dant1 en mme temps1 il dcl>e son mal insupportable4 ,r5onant t\t ef=t comme t\te esprance1 et sans s'arrt] aux conseils du devoir1 la p5se du dsespoir 9vitable d'une mre1 il se dcide m\rir4 ,aprs avoir longuem5t discut ce projet1 il l'excute froidem5t4 ,la ressemblance d',ortis et de ,w]!r e/ manife/e4 ,je ne vois dans ,ortis qu'un trait n\veau1 cette s\ffrance patriotique qui se mle son *agr9 d'am\r1 et1 p> ce ct1 il ressemble au ,w]!r politique dont je p>lais plus haut1 ce malheureux ,klei/1 victime trop relle de son dsespoir de citoy54 ,sauf cette addition1 ,w]!r et ,ortis sont bi5 frres2 sans p>l] des ressemblances de =me entre les deux ouvrages1 on tr\ve dans t\s deux le mme am\r qui ne peut tre ni satisfait1 ni te9t1 la mme ha9e des hommes1 le mme gt de la solitude1 la mme complaisance se n\rrir de sa d\leur1 la mme impuissance la support]1 enf9 le mme dn\em5t tragique d'une exi/5ce inutile4 ,seulem5t ,w]!r se tue d'un c\p de pi/olet dans la tte1 et ,ortis d'un c\p de lime au cur4 ,aussi les mmes critiques s'adress5t aux deux ouvrages2 et p\r ,ortis la condamnation e/ d'autant plus facile qu'il l'a prononce lui-mme4 ,il y aurait plus de c\rage sans d\te1 dit-il1 support] ses maux2 mais le malheureux entran p> un torr5t et qui a la =ce d'y rsi/]1 sans savoir l'employ]1 en e/-il plus mprisable p\r cela8 ,a9si n\s avons son aveu3 c'e/ le c\rage et non la =ce qui lui manque4 ,plus s9cre que le hros de ,g!1 qui rep\ssait p\r le suicide la qualification de l*et1 celui de ,foscolo semble l'accept]4 ,c'e/ ce d]ni] avis qu'on p>tag]a4 ,le dn\em5t p> le suicide s'explique1 d'ailleurs1 mo9s naturellem5t dans le roman itali5 que dans l'ouvrage allem&4 ,cet acte de dsespoir n'tait gure dans les murs d'une nation lgre et am\reuse de la vie4 ,g!1 qui la visitait1 en #aghf1 rem>quait qu'on y ent5dait presque t\s les j\rs p>l] de meurtres2 mais qu'on faisait trop de cas de sa propre vie dans ce pays p\r s'en dlivr] comme d'un f>deau2 et ri5 mme n'autorisait p5s] que l'on y crt la possibilit d'un acte semblable4 ,en t\t cas1 on doit croire qu' raison de ce trait des murs nationales1 l'exemple de mort volontaire propos p> ,foscolo ne r5contra gure d'imitateurs *ez ses compatriotes1 et l'on p\rrait voir un indice du peu de popul>it de son ouvrage en ,italie1 dans un fait tir de l'pisode de ,graziella1 qui p>at pris dans la ralit4 ,lam>t9e y raconte que dans l'le de ,procida1 o l'avait jet une tempte1 il s'tait mis lire la famille de p*eurs qui lui donnait asile les livres *apps son naufrage1 mais que1 t&is que ces g5s simples suivai5t avec motion les malheurs de ,paul et ,virg9ie1 ils ne p\vai5t p>v5ir compr5dre le dsespoir de ,jacopo ,ortis4 ,j'ignore si l'auteur de ce d]ni] ouvrage eut subir s\s ses deux =mes le mme m>tyre que son hros1 mais on sait qu'il le subit au mo9s en p>tie2 qu'il fut le tmo9 dsol de la d*ance de ,v5ise1 sa patrie1 de sa *ute au p\voir des armes trangres2 qu'il passa p> t\tes les horreurs du sige de ,gnes2 enf9 qu'il et une exi/5ce agite et ne tr\va le bonheur ni dans les affaires1 ni dans la retraite1 ni dans l'tude1 ni dans les plaisirs4 ,sa physionomie rpondait son c>actre et son tal5t4 ,au rapport de ,sismondi1 il avait une sup]be figure mlancolique et passionne1 t\t fait semblable celle qu'on aurait suppose son hros ,jacopo ,ortis4 ,outre ce roman1 il avait crit plusieurs ouvrages p>mi lesquels il faut di/+u] les ,sepolcri 7#ahjh71 o il clbre les gr&s hommes et o l'on retr\ve les traces de sa mlancolie habituelle4 ,il a1 d'ailleurs1 laiss peu d'imitateurs dans son pays4 ,son illu/re compatriote1 ,silvio ,pellico1 bi5 qu'il prs5te avec lui quelques rapports1 n'a ri5 donn qui soit de nature tre n cette place4 ,quoi qu'il en soit1 en ,anglet]re1 en ,allemagne1 en ,italie mme1 se produisait alors des degrs div]s un m\vem5t d'esprit analogue celui qui agissait sur la ,france4 ,,xi ,c>actre et causes du mal du sicle de #aghi #ahae4 ,ce mal tait grave4 ,il l'tait p> son t5due3 il frappait l'ge mr comme la jeunesse1 les criva9s brillants comme les p5seurs au/res1 les femmes du monde comme les hommes4 ,il tait grave aussi p> sa pr(ondeur2 quoique p>fois ml d'exagration1 le plus s\v5t il tait s9cre4 ,il attaquait t\tes les puissances de l'me1 la p5se1 la volont1 l'am\r1 la foi4 ,il branlait les plus hautes intellig5ces1 et tr\blait les plus claires notions du vrai et du bi54 ,cette gravit s'explique1 indp5damm5t des raisons que j'ai indiques p\r *aque cas p>ticuli]1 p> plusieurs raisons gnrales4 ,il tait impossible qu'une explosion de scepticisme et de mlancolie aussi viol5te que celle qui avait clat dans le c\rs du ,x,v,i,i,ie sicle1 tant en ,france qu' l'trang]1 ne se ft pas ress5tir p5dant un c]ta9 temps4 ,et en effet1 p\r ne rappel] que les pr9cipaux sujets de cette tude1 l'influ5ce de ,jean-,jacques ,r\sseau e/ visible *ez ,mme de ,/al1 ,*ateaubri&1 ,s5anc\r1 ,byron2 celle d',ossian et d'autres potes anglais *ez ,ba\r-,lormian et ,*ateaubri&2 celle de ,g! *ez ,leg\v1 ,mme de ,/al1 ,s5anc\r1 ,nodi]1 ,ugo ,foscolo4 ,mais si c]ta9es ?ories de ,jean-,jacques ,r\sseau et de quelques-uns de ses disciples en ,france ou ailleurs1 si leur culte excessif p\r la vie solitaire ont pu entran] beauc\p d'esprits1 la ,rvolution fit bi5 davantage en ce s5s p\r les ,franais2 et j'ent5ds p> l1 non seulem5t ceux que la naissance avait faits tels1 mais aussi ceux qui l'tai5t dev5us p> le langage1 p> les habitudes et p> l'affection4 ,elle =a une p>tie de la socit dont je p>le pratiqu]1 bon gr mal gr1 ce qui n'tait jusque-l qu'un gt libre et une mode facultative4 ,elle se *>gea d'accomplir p> la viol5ce le rve des philosophes4 ,combi5 de ,franais ont t rduits1 p\r *app] aux dang]s qui les m5aai5t1 *]*] en ,france des retraites inaccessibles ou mme rec\rir l'exil4 ,delille l'a dit dans le ,pome de la ,piti 7#ahji74 ,des malheurs o l'tat e/ plong1 ,le plus affreux n'e/ pas l',empire ravag2 ,ses enfants disp]ss aux quatre co9s du monde1 ,de t\tes ses d\leurs1 voil la plus pr(onde4 ,lui-mme rfugi en ,suisse1 payait plus t>d ce pays un tribut de reconnaissance et s'criait3 ,eh6 comm5t oubli] ,tes cascades1 tes rocs1 ton sol hospitali]8 ,o bords in=tuns6 ,en va9 nos oppresseurs ,n\s ont de votre asile envi les d\ceurs1 ,et m5aant de lo9 vos frles ,rpubliques1 ,ont lanc contre n\s leurs arrts tyranniques6 ,*acun de vos ro*]s ca*ait un malheureux6 ,les mmes s5tim5ts1 inspirs p> les mmes s\v5irs se montr5t dans un autre pome publi la mme poque p> ,m4 ,mi*aud1 le ,pr9temps d'un ,proscrit4 ,ces tmoignages qu'il s]ait facile de multipli] tabliss5t que le rgime de la ,t]reur a t1 p\r un gr& nombre de ,franais1 le rgime de la solitude obligatoire4 ,cette solitude plus ou mo9s complte avait d'ord9aire p\r compagne l'inaction1 l'inquitude1 les agitations de l'me4 ,ce n'e/ pas t\t3 les malheureux qui avai5t d fuir leur patrie se tr\vai5t en rapports =cs avec des peuples *ez lesquels la mlancolie avait dj plus ou mo9s =tem5t tabli son empire4 ,dans cette vie n\velle1 ils pntrai5t mieux leurs habitudes et devai5t contract] eux-mmes ce contact quelque pli qui ne s'effaait plus4 ,enf9 p\r t\tes ces victimes de la ,rvolution il y avait une cause p]man5te de tri/esse dans le spectacle ou dans la p5se des maux qui dsolai5t le pays de leur naissance ou de leur adoption4 ,c'e/ a9si que la ,rvolution et ses consqu5ces directes ou lo9ta9es ont t une gr&e cause de s\ffrance p\r ,mme de ,/al1 p> ,sismondi1 ,*ateaubri&1 ,*n$oll1 ,mmes de ,caud et de ,beaumont1 ,ballan*e1 ,ma9e de ,biran1 ,mmes de ,flahaut et de ,krud5]4 ,l',empire dans une c]ta9e mesure a produit les mmes effets4 ,a ,dieu ne plaise que je confonde le rgime de la ,t]reur et le rgime du g\v]nem5t imprial2 que je place sur la mme ligne leurs int5tions1 leurs uvres respectives4 ,mais il e/ ais de dmontr] que1 s\s l',empire comme s\s la ,rpublique1 il y eut p\r les ,franais plus d'une retraite1 volontaire ou =ce1 plus d'une oisivet impose p> les vnem5ts1 plus d'une intimit1 qu'on n'et peut-tre pas *oisie1 avec les littratures trangres1 enf9 plus d'une patriotique tri/esse4 ,le nombre des prisonni]s d'tat n'a pas laiss d'tre assez considrable4 ,l'exil a j\ aussi son rle4 ,b5jam9 ,con/ant fut exil p> le premi] ,consul qui allait dev5ir l',emp]eur4 ,on peut dire que ,mme de ,/al subit la mme pe9e1 c> sa patrie vritable tait ,p>is1 et la rduire au sj\r de ,coppet1 c'tait en ralit l'expatri]4 ,*>les ,nodi] n'eut support] qu'un demi-exil4 ,il fut seulem5t1 ou se t9t p> prud5ce1 loign de ,p>is4 ,p>is dev9t son t\r un lieu d'int]nem5t1 mais il ne fut pas *oisi p\r les ,p>isi5s2 il fut rs]v une femme que t\t rappelait ,flor5ce1 et ce propos ,bon/ett5 lui crivait3 ,v\s voil1 ,madame1 comme le p*eur de l'vangile1 =c d'entr] en ,p>adis4 ,je suis dans un pays o l'on v\s envie vos p*s1 si tant e/ que v\s en ayez commis1 et encore plus votre purgatoire4 ,plusieurs crur5t1 d'ailleurs1 devoir prv5ir la disgrce du matre2 ,*ateaubri& donna cet exemple4 ,d'autres1 comme ,sismondi1 ne pur5t support] l'abs5ce de la lib]t1 et allr5t *]*] ailleurs un pays o l'on pt p>l] et crire l'aise4 ,en gnral1 le p>ti des mlancoliques e/ aussi le p>ti de l'opposition au g\v]nem5t imprial1 et le ret\r de quelques-uns d'entre-eux des ides plus riantes concide avec la f9 de leur ho/ilit politique4 ,p5dant t\te la dure de la ,rpublique et de l',empire1 on ne voit qu'un mom5t1 un seul1 o nulle cause de dsunion n'app>aisse en ,france1 et o l'esprance semble brill] t\s les yeux4 ,ce fut l'heure o succdait aux excs sanglants de la tyrannie de ,robespi]re1 la corruption du ,directoire1 un p\voir s\cieux de =ce et de dignit4 ,alors la patrie r5at1 les bannis sont rappels4 ,t\t meurtri qu'on e/ encore des c\ps de la tempte1 et quels que soi5t les deuils qu'on porte en son cur1 on se rappro*e avec confiance2 les hommes app>t5ant l'anci5ne ,france se rconcili5t avec la n\velle4 ,c'e/ le mom5t o ,*ateaubri& accepte de s]vir le premi] ,consul1 et o ,j\b]t p>lant du hros de ,m>5go s'crie3 ,je l'aime6 sans lui on ne p\rrait plus s5tir aucun en?\siasme p\r quelque *ose de vivant et de puissant4 ,l'admiration a rep>u et rj\i une t]re attri/e4 ,hors cette c\rte trve1 cette heureuse conjonction d'a/res favorables1 la ,france n'a connu p5dant v+t-c9q ans que des alt]natives d'agitations sanglantes1 ou d'n]vante compression1 qui p>aissai5t presque galem5t intolrables des hommes pris la fois d'ordre et de lib]t1 et qui1 quelques g>ds1 entranai5t de semblables rsultats4 ,mais si1 dans cet espace de temps la ,france a t plus maltraite que le re/e de l',europe1 elle n'a pas seule s\ff]t4 ,les p]turbations qui l'ont travaille s't5dai5t la plup>t des peuples1 pr\vs comme elle1 de prs ou de lo91 p> les s\cis politiques et p> les gr&es gu]res2 et l'on ap]oit bi5 le contre-c\p de ces sec\sses1 p> exemple1 dans ,h5ri de ,klei/ et dans ,ugo ,foscolo4 ,les mmes causes1 ou peu s'en faut1 ont donc produit les mmes effets en ,france et l'trang] p5dant le c\rs de la ,rpublique et de l',empire4 ,cette cont9uit explique p\rquoi beauc\p de p]sonnages qui figur5t dans cette tude se retr\v5t et s\s l',empire et s\s la ,rpublique1 et p\rquoi aussi j'ai compris dans un exam5 unique1 l'poque qui r5f]me ces deux rgimes4 ,voil p\rquoi enf9 cette poque t\t entire1 du mo9s s\s le rapport dont je m'occupe1 doit tre juge d'aprs un mme pr9cipe4 ,oui1 la gnration qui l'a remplie peut invoqu] comme excuse de son mal1 qu& il e/ srieux1 d'une "p1 le d\l\reux hritage qu'elle avait reu de celle qui l'avait prcde1 et d'autre "p1 les n\veaux sujets de pla9te qu'ont crs p\r elle les malheurs publics4 ,t\tefois cette excuse ne saurait ju/ifi] t\tes ses faiblesses et amni/i] des torts qui n'tai5t pas le fait d'une 9vitable fatalit4 ,,iii #ahae-ahcj ,i ,les potes4 ,,*4 ,,loyson4--,,div]s4 ,avec la ,re/auration s'ouvre en ,france une re littraire n\velle4 ,un travail inatt5du se produit dans les esprits4 ,c'e/ l'heure de l'closion du romantisme4 ,ce n'e/ pas sans raison que je p>le de cet vnem5t littraire4 ,le romantisme se ratta*e p> un li5 intime la maladie du sicle4 ,ce que fut exactem5t le romantisme1 ce n'e/ pas *ose facile de le dire1 mais il n'e/ pas ncessaire de rs\dre ici ce problme4 ,je me cont5t]ai d'avanc] que l'un des aspects de ce g5re littraire se confond avec l'objet de cette tude4 ,mme de ,/al a dit que le nom de romantique avait t introduit n\vellem5t en ,allemagne p\r dsign] la posie dont les *ants des tr\bad\rs ont t l'orig9e1 celle qui e/ ne de la *eval]ie et du *ri/ianisme4 ,l'm95t auteur de l',allemagne oubliait que le mot dont il s'agit n'avait pas t inv5t dans cette circon/ance2 que ,jean-,jacques ,r\sseau s'en tait dj s]vi p\r c>actris] un paysage de la ,suisse2 mais quelle que soit l'orig9e du mot1 ,mme de ,/al mettait une obs]vation ju/e1 qu& elle aj\tait que la posie romantique tait volonti]s complique1 replie sur elle-mme1 et empre9te de cette rflexion inquite qui n\s dvore s\v5t comme le vaut\r de ,prom?e2 enf9 qu& elle e/imait que le romantisme desc5dait de ce qu'elle appelait les littratures du nord1 c'e/--dire des littratures mlancoliques4 ,plus t>d1 un criva9 peu connu1 dont on retr\ve un disc\rs c\ronn p> l'acadmie des jeux floraux1 dans un recueil intitul les ,annales romantiques1 et qui compr5d les annes #ahbf1 #ahbg et #ahbh1 ,m4 de ,s]vire1 s'exprimait a9si3 ,il n'e/ pas d\teux que le g5re romantique1 ne doive entr] auj\rd'hui dans t\te la littrature1 et y apport] une s\rce de ri*esses potiques3 les tableaux de la nature anims du s\ffle de ,dieu1 et la pe9ture de tant d'affections n\velles2 cette inquitude secrte de l'homme1 cet in/9ct mlancolique qui le met en rapport avec les scnes de la nature2 ce my/re ple9 d'attraits1 ce vague o l'me se complat1 qui e/ comme l'abs5ce de s5sations1 et qui p\rtant e/ une s5sation dlicieuse4 ,une autorit plus haute et plus inconte/able vi5t s'aj\t] ces tmoignages4 ,g! l'a dit1 en #ahbi1 repr5ant la ?orie qui f]ait de la qu]elle des classiques et des romantiques une n\velle phase1 un d]ni] incid5t de la qu]elle des anci5s et des mod]nes3 ,la plup>t des mod]nes sont romantiques non p>ce qu'ils sont rc5ts1 mais p>ce qu'ils sont faibles1 maladifs1 malades2 l'antique n'e/ pas classique p>ce qu'il e/ antique1 mais p>ce qu'il e/ vig\reux1 frais et s]e94 ,selon lui1 il n'aurait t5u qu' notre sicle d'tre antique2 il ne lui fallait p\r cela qu'tre sa9 d'esprit4 ,l'exam5 des monum5ts de la priode romantique confirme ces apprciations4 ,on y voit ma9te trace de ces t5dances morbides que ,g! c>actrisait et blmait si bon droit1 quoiqu'il et contribu lui-mme puissamm5t les rp&re4 ,romantisme et mal du sicle vont donc s\v5t de pair1 et la posie de ce temps en f\rnit ma9te preuve4 ,il e/ impossible de m5tionn] t\tes les productions potiques1 se rapportant notre sujet1 que la ,re/auration vit clore et prir aussitt4 ,la ,muse franaise1 le premi] des recueils romantiques1 en conti5t un gr& nombre4 ,on y rem>que surt\t une srie de pices telles que la jeune ,malade1 la ,sur malade1 la jeune ,fille malade1 la ,mre m\rante4 ,cette ve9e alla si lo9 qu' la f9 la ,muse elle-mme v\lut ragir1 et qu'un de ses critiques osa provoqu]1 p\r la clture df9itive de t\tes les posies ph>maceutiques1 la publication d'une lgie intitule3 l',oncle la mode de ,bretagne en ple9e convalesc5ce4 ,les ,annales romantiques1 ce recueil dont j'ai p>l plus haut1 abondr5t aussi dans le mme s5s4 ,je cit]ai quelques titres3 la ,mort1 la ,feuille morte1 le ,ds5*antem5t1 la ,pla9te4 ,ce sont des rv]ies vagues et vides dont on ne peut ri5 dta*] de saillant4 ,avant ,lam>t9e1 il n'e/ s\s la ,re/auration qu'un pote qui1 dans le mme ordre d'ides1 soit digne d'tre signal4 ,je le range p>mi les disciples de la n\velle cole1 p>ce qu'tant1 comme on l'a dit un int]mdiaire entre ,millevoye et ,lam>t9e1 il e/ beauc\p plus rappro* de ce d]ni]4 ,je veux p>l] de ,*>les ,loyson4 ,ds l'anne #ahag1 ,loyson publie un recueil de posies o il se reprs5te comme arriv au t]me de sa vie1 et o il *ante lui-mme son hymne funbre4 ,une gravure place en tte de l'dition montre le pote t5du sur sa c\*e1 et maniant une lyre en prs5ce de deux hommes et d'une femme assis son *evet et vtus du plus pur co/ume de la ,re/auration2 au-dess\s de ce frontispice on lit ce v]s emprunt au volume qu'il prcde4 ,placez1 placez ma lyre en mes tremblantes ma9s4 ,en #ahai1 ,loyson fait p>atre un n\veau recueil4 ,l encore1 il suit le c\rs de ses tri/es p5ses4 ,il a des v]s p\r clbr] le ,lit de mort1 et s'il *ante aussi le ,ret\r la vie1 combi5 ce ret\r e/ phmre1 et dj assombri p> la p5se d'une f9 pro*a9e6 ,on lui doit aussi des articles insrs dans le j\rnal ,le ,lyce1 sur les uvres de ,millevoye et sur celles d',&r ,*ni]4 ,l'un de ces articles se t]m9e p> la description d'un lieu qu'il rvait de consacr] aux potes morts prmaturm5t1 depuis ,tibulle jusqu' ,millevoye4 ,*acun y devait tre l'objet d'un monum5t appropri sa mmoire2 ,jean ,second1 p> exemple1 aurait eu une tombe orne de deux colombes et abrite s\s un saule pleureur2 ,*att]ton aurait repos sur un ro*] nu4 ,loyson n'indique pas le g5re de spulture qu'il prfr]ait2 mais les proccupations qu'il exprime au sujet de ses devanci]s sembl5t n'avoir t qu'un press5tim5t du sort qui lui tait rs]v3 il tait enlev p> la maladie v+t-neuf ans4 ,on sait que la socit p>isi5ne montra d'abord peu d'eng\em5t p\r la posie romantique1 mme modre comme elle l'tait *ez ,loyson4 ,lam>t9e eut seul la puissance de remu] pr(ondm5t ce public rebelle1 et bi5tt aprs la ,france et l',europe entire4 ,,ii ,lam>t9e4 ,quelques p]sonnes peuv5t se rappel] encore l'effet que produisit l'app>ition des premires posies de ,lam>t9e4 ,ceux dont les s\v5irs ne remont5t pas si lo91 sav5t1 p> la r5omme avec quelle admiration elles fur5t accueillies4 ,quel n'tait pas surt\t l'en?\siasme des privilgis auxquels il tait donn d'ent5dre le pote lui-mme rcit] ses v]s4 ,un tmo9 bi5 autoris1 ,m4 ,villema91 n\s a laiss le tableau de ces bonnes =tunes4 ,ri5 n'galait1 dit-il1 le tressaillem5t d'admiration1 la flatt]ie s9cre dont il tait ent\r1 lorsque le soir1 dans un salon de c5t p]sonnes1 au milieu des plus gracieux visages et des plus clatantes p>ures1 dans l'int]valle des flicitations ou des allusions jetes quelques dputs prs5ts1 sur leurs disc\rs de la veille ou du mat91 lui bi5 jeune et reconnaissable entre t\s1 deb\t1 la tte incl9e avec grce1 d'une voix mlodieuse que nul dbat n'avait encore fatigue1 rcitait le ,d\te1 l',isolem5t1 le ,lac1 ces premi]s ns de son gnie1 ces *ants qu'on n'avait nulle "p ent5dus et que la langue franaise n'oubli]a jamais4 ,il faut r5onc] pe9dre le ravissem5t que tant de beaux v]s1 si bi5 dits1 excitai5t dans une "p de l'auditoire1 la plus vive et la mo9s di/raite alors2 mais t\s tai5t presque galem5t mus4 ,ces premi]s ns du gnie1 dont p>le ,m4 ,villema91 eur5t des frres qui1 bi5 que portant peut-tre dj quelques signes d'affaiblissem5t1 ne p>ur5t po9t dgnrs4 ,aux premires ,mditations 7#ahbj7 en succdr5t de n\velles 7#ahbc7 et plus t>d1 les ,h>monies potiques et religieuses 7#ahcj74 ,dans ces trois uvres1 rappro*es p> le temps et p> l'inspiration1 plusieurs po9ts intress5t notre tude4 ,*antre de la nature1 ,lam>t9e l'e/ aussi de la solitude4 ,sa premire ,mditation a p\r titre3 l',isolem5t2 une autre1 la ,solitude4 ,on lit1 dans les ,h>monies1 la bndiction de ,dieu dans la ,solitude4 ,plus lo9 il clbre la vie du ,solitaire4 ,en mille endroits1 il vante les avantages de la retraite1 le mpris de la socit1 de ses aspirations /riles et de ses mesqu9es passions4 ,c'e/ dans le monde de la rv]ie1 dans le monde idal qu'il tablit son doma9e4 ,il ne s'y n\rrit pas de p5ses riantes4 ,quel dc\ragem5t6 quelle tri/esse dans ces v]s3 ,mon cur lass de t\t mme de l'esprance ,n'ira plus de ses vux importun] le sort444 ,p\rquoi gmis-tu sans cesse1 ,o mon me1 rponds-moi4444 ,tri/esse qui m'inondes1 ,c\le donc de mes yeux4444 ,en tte de l'une des ,h>monies1 on lit mme ces mots3 ,novissima v]ba1 ou mon me e/ tri/e jusqu' la mort4 ,la mort1 tel e/ s\v5t le t]me de ses rflexions4 ,elle lui app>at au milieu des sductions de la vie ou des m]veilles de la nature2 elle s'int]pose entre le bonheur et lui4 ,on dirait qu'il se s5t atte9t dj p> sa ma9 glace4 ,on le voit ,prt quitt] l'horizon de la vie4 ,pleurant de ses longs j\rs l'espoir van\i4 ,ailleurs il s'crie3 ,mon horizon se borne1 et mon il inc]ta9 ,ose l't5dre pe9e au-del d'une anne4 ,il va plus lo91 il se suppose m\rant1 il n\s fait assi/] son agonie2 bi5tt1 dit-il1 je vais avec la lyre des sraph9s1 guid] des cieux susp5dus ma voix4 ,enf91 dans l',hymne la mort1 il se reprs5te comme ayant fran*i le seuil de l't]nit et s'adresse sa dp\ille mortelle dont il ne s5t dj plus le poids4 ,n'allons pas croire cep5dant que le pote soit un dsespr4 ,quelque tri/e qu'il se montre1 il r5contre de d\ces consolations4 ,il a de my/rieuses sympa?ies1 il a mme de pr(onds am\rs4 ,lui qui fait pr(ession de mpris] hautem5t la gloire1 les honneurs1 les ri*esses1 lui qui ddaigne t\s les prix de la vie1 il e/ une passion qu'il excepte de son indiffr5ce sup]be1 l'am\r2 il le proclame dans les mom5ts les plus sol5nels4 ,son seul grief contre ce s5tim5t c'e/ qu'il n'e/ po9t t]nel1 et que ce n'e/ qu'un songe que le bonheur qui doit f9ir4 ,ce n'e/ pas t\t1 au-dessus des am\rs t]re/res le pote s5t en lui un autre am\r plus pur1 plus va/e1 l'am\r de ,dieu lui-mme4 ,s'il connat le d\te1 il n'en fait pas l'tat habituel de son me2 ct du dsespoir de l'homme qui *]*e dev9] l'nigme du monde et dont la raison se tr\ble devant l'exi/5ce du mal1 il place le sec\rs de la foi4 ,il se fait mme auprs d'un gr& esprit sceptique l'aptre de la croyance2 il g\rm&e l'incrdulit de ,byron4 ,dj trs prononce dans les ,mditations1 cette disposition s'accuse plus nettem5t encore1 leur titre mme l'indique1 dans les ,h>monies potiques et religieuses4 ,l1 ce ne sont plus seulem5t des dsirs qui s'lv5t v]s le ciel1 c'e/ un culte accompagn d'extases et d'une sorte de my/icisme4 ,l'auteur dcl>e lui-mme qu'il a v\lu rpondre aux beso9s religieux de c]ta9es mes4 ,et qu&1 dans son d]ni] *ant du ,pl]9age de ,*ilde ,h>old 7#ahbe71 ,lam>t9e reproduit p> in/ants le scepticisme de ,byron1 il a so9 de faire rem>qu] que1 t\t en se con=mant aux op9ions trop connues de son hros1 il n'a po9t v\lu bless] des convictions pieuses qui sont les si5nes4 ,aussi1 en le recevant au se9 de l'acadmie franaise1 ,m4 ,cuvi] put-il dire au pote que1 t&is qu'on avait vu dans ,byron l',ange du ,dsespoir le monde avait salu en lui le ,*antre de l',esprance4 ,mais si ,lam>t9e n'e/ tomb dans aucun des excs de l'cole du dsespoir1 il a cep5dant consacr s\v5t sa posie des s5tim5ts vagues1 des aspirations mal df9ies1 je ne sais quel in/9ct de rv]ie sans objet et de tri/esse sans cause1 et c'e/ p> l surt\t qu'il s'emp>ait de l'me des lecteurs qui voyai5t1 avec reconnaissance1 leurs p5ses les plus secrtes pr5dre dans ses v]s une =me palpable d'une incomp>able beaut4 ,passionn et religieux1 mais aussi p>fois mlancolique1 tel tait le pote4 ,qu'tait l'homme8 ,p\r l'tudi]1 les docum5ts abond5t1 et ils man5t de ,m4 de ,lam>t9e lui-mme4 ,dans ce sicle o le gt des rvlations p]sonnelles a pris tant de dveloppem5ts1 il e/ un de ceux qui ont le plus donn l'exemple de cette faiblesse4 ,il e/ donc ais1 grce lui1 de rpondre la "q que je vi5s de pos]4 ,au surplus1 e/-il beso9 de le dire8 je ne rgl]ai pas aveuglm5t mes apprciations sur les si5nes et je m'ef=c]ai de le jug] avec imp>tialit4 ,arriv au monde le #ba octobre #agib 7ce *iffre a son importance71 ,alphonse de ,lam>t9e app>t5ait une famille anci5ne4 ,s\s la ,t]reur1 son pre fut conduit avec t\s les si5s en prison4 ,de la f5tre d'une *ambre qui faisait face au ca*ot1 sa mre qui l'allaitait le montrait de lo9 au prisonni] et dj il j\ait un rle1 son insu1 dans ce lugubre drame4 ,son enfance s'c\la dans une demeure mode/e1 retraite de sa famille1 laquelle la f9 de la ,t]reur avait r5du son *ef si m5ac4 ,dans cette t]re de ,milly1 qu'il a plus d'une fois clbre avec une motion vraie1 il j\issait avec bonheur de l'air pur de la lib]t4 ,il aimait faire au lo9 des excursions dans les montagnes4 ,il y avait surt\t dans les environs une grotte qui l'attirait4 ,l'eau y c\lait avec un t9tem5t sonore4 ,l'eau1 dit-il1 e/ l'lm5t tri/e4 ,sup] flum9a ,babylonis s$imus et flevimus4 ,p\rquoi8 ,c'e/ que l'eau pleure avec t\t le monde4 ,t\s1 enfants que n\s sommes1 n\s ne p\vons n\s emp*] d'en tre mus4 ,il portait dans les di/ractions de son ge une gravit prcoce4 ,s'il s'adonnait l'ex]cice du pat9age1 il y *]*ait un s5tim5t de dlire mlancolique4 ,il fallut cep5dant un j\r s'arra*] cette d\ce indp5dance1 cette *re solitude1 et s'en all] faire l'appr5tissage de la discipl9e dans une maison d'ducation de ,lyon4 ,mais il p>at que cet essai fut au-dessus de ses =ces4 ,il conut p\r cette prison une telle horreur1 que les ides de suicide dont il n'avait jamais ent5du p>l]1 v9r5t l'assaillir et qu'il passa des j\rs et des nuits *]*] p> quels moy5s il p\rrait se s\/raire une vie qu'il ne p\vait plus support]4 ,grce ,dieu1 comme nagure ,*ateaubri&1 il n'accomplit pas ce projet s9i/re et eut rec\rs une solution mo9s viol5te2 il s'vada4 ,bi5tt retr\v1 il fut plac cette fois dans une maison religieuse1 au collge de ,belley 7#ahjc74 ,a ,belley1 le jeune ,lam>t9e n\ait avec quelques-uns de ses condisciples1 srieux comme lui1 des amitis que le temps ne devait pas rel*]2 ce fut aussi l'poque o il pr\va le plus vivem5t les lans et les t5dresses du s5tim5t religieux4 ,mais1 en #ahjg1 il quittait son collge bi5 aim1 p\r une vie encore plus d\ce1 la vie de famille la campagne4 ,l1 il repr5d avec bonheur ses habitudes de lib]t1 de rv]ie et de contemplation4 ,ses lectures sont en rapport avec ces habitudes et les =tifi5t4 ,dans la biblio?que pat]nelle1 il tr\ve un nombre re/re9t de volumes p>mi lesquels figur5t les romans de ,mme de ,flahaut1 de ,mme de ,/al1 les crits de ,jean-,jacques ,r\sseau et ,paul et ,virg9ie1 uvres brlantes qu'il dvore et qui attis5t en lui le foy] d'une s5sibilit prte clat]4 ,pope le frappe aussi =tem5t4 ,il avait lu dans ce pote trois /rophes mlancoliques qui laissr5t dans son imag9ation et dans son cur des traces si durables que plus t>d il en tira le sujet du ,pote m\rant1 qui fait p>tie du second volume des ,mditations4 ,mais le livre auquel il donne la "p la plus importante dans la =mation de son gnie1 c'e/ le ,recueil des posies ossianiques4 ,c'tait le mom5t de leur plus gr&e faveur1 et p> un r>e privilge elles avai5t conquis la fois l'admiration discrte des curs solitaires et le culte (ficiel qu' l'exemple du matre leur r5dait le monde de la c\r et de l'arme4 ,le jeune ,lam>t9e ne rsi/a pas cet asc5dant4 ,je m'abmai1 dit-il1 dans cet ocan d'ombres1 de sang1 de l>mes1 de frimas et d'images dont l'imm5sit1 le demi-j\r et la tri/esse correspondai5t si bi5 la mlancolie gr&iose d'une me de seize ans1 qui ouvre ses premi]s rayons sur l'inf9i4 ,dans son en?\siasme p\r les hros de cette sombre posie1 il croyait vivre de leur vie mme4 ,le c>actre du pays qu'il habitait se prtait cette illusion4 ,il v\lut un j\r p\ss] l'assimilation jusqu' son d]ni] t]me1 et essay] un am\r ossianique4 ,mais le bruit de cette av5ture tant arriv aux oreilles de sa famille1 on crut devoir loign] ,lam>t9e4 ,il inaugura ds lors une vie mo9s intrieure et mo9s sd5taire1 et se r5dit en ,italie o l'att5dait l'pisode de ,graziella4 ,a son ret\r d',italie1 on voit ,lam>t9e1 tantt cont9u] se n\rrir de posie et de rves1 tantt se jet] avec ardeur dans la vie relle1 entrant la *ute de l',empire dans la vie militaire1 en sortant p5dant les ,c5t-,j\rs1 puis y r5trant encore avec la seconde ,re/auration1 et s'affran*ir enf9 p\r t\j\rs des li5s du s]vice p> une retraite volontaire4 ,div]s aveux n\s font connatre quel tait en ces temps son tat moral4 ,il crivait un j\r sur les pages d'un ,tacite les lignes suivantes1 qu'il retr\va longtemps aprs et qu'il a cons]ves3 ,j'entre auj\rd'hui dans ma v+t et unime anne1 et je suis fatigu comme si j'en avais vcu c5t4 ,je ne croyais pas que ce ft une *ose si difficile que de vivre4 ,voyons1 p\rquoi e/-ce si difficile8 un morceau de pa91 une g\tte d'eau y suffis5t4 ,mes organes sont sa9s1 j'ai un ciel bl\issant sur la tte1 et cep5dant je n'ai plus aucune passion ici-bas2 mais le cur n'e/ jamais si l\rd que qu& il e/ vide4 ,p\rquoi8 c'e/ qu'il se remplit d'ennui4 ,oh6 oui j'ai une passion1 la plus t]rible1 la plus pesante1 la plus rongeuse de t\tes1 l'ennui4 ,dans cette pro/ration de son me se dresse devant lui le s\v5ir de ,graziella1 et press d'*app] ce ds]t de l'indiffr5ce1 cette s*]esse de la vie1 il aurait v\lu m\rir t\t de suite p\r retr\v] son ombre4 ,sauf ce regret1 et peut-tre ce remords1 qui se mle son ennui1 la note crite p> ,lam>t9e ne rappelle-t-elle pas celles que traai5t dans des mom5ts de dc\ragem5t ,&r ,*ni]1 et celui qui devait tre ,napolon ,i]8 et ce rappro*em5t ne pr\ve-t-il pas que1 malgr c]ta9es diffr5ces inhr5tes la div]sit des situations et des p]sonnes1 l'esprit huma9 prs5te c]ta9es poques des aspects uni=mes1 et que les mmes p5ses s'y revt5t du mme langage8 ,dans une autre circon/ance et propos d'un sj\r qu'il avait fait en ,suisse p\r vit] de s]vir l',empire aprs le ret\r de l'le d',elbe1 il p>le de la joie qu'il a gte dans la solitude ce l9ceul volontaire de l'homme o il s'enveloppe p\r m\rir voluptueusem5t la t]re4 ,ailleurs encore rev5ant sur ses s\v5irs de ,milly il dit3 ,la compression de ma vie morale dans cette aridit et cet isolem5t1 l'int5sit de ma p5se creusant sans cesse en moi le vide de mon exi/5ce1 les palpitations de mon cur brlant sans alim5t rel et se rvoltant contre les dures privations d'air1 de lumire et d'am\r dont j'tais altr1 f9ir5t p> me mutil]1 p> me consum] jusque dans mon corps1 et p> me donn] des langueurs1 des spasmes1 des abattem5ts1 des dgts de vivre1 des envies de m\rir1 que je pris p\r des maladies du corps et qui n'tai5t que la maladie de mon me4 ,le livre de ,raphal n\s prs5te avec plus de dveloppem5ts encore l'analyse de cette maladie4 ,raphal e/ dvor p> l'ennui1 et cep5dant il ne veut ri5 t5t] p\r sortir de son inaction1 p>ce que ri5 ne lui p>at valoir son ambition4 ,il se drape dans sa tri/esse et dit adieu aux affections huma9es1 comme s'il avait p]du sans ret\r la facult d'aim]4 ,il accuse les hommes d'inju/ice1 d'aveuglem5t1 il se dit mconnu1 mais au lieu de donn] la preuve de sa =ce1 il s'enf]me dans un p>esseux isolem5t2 il analyse les mlancolies dont il e/ dvor1 son dsir de m\rir1 son ds5*antem5t de t\t1 enf9 la langueur physique1 rsultat de la lassitude de l'me et qui s\s des *eveux et s\s des traits de v+t-quatre ans ca*ait la prcoce snilit et le dta*em5t de la t]re d'un homme mr et fatigu de j\rs4 ,or1 ,raphal1 on le sait1 c'e/ ,lam>t9e presque en t\t2 et p]sonne n'a t dupe de l'artifice p> lequel l'auteur fe9t d'avoir reu des ma9s d'un ami m\rant le manuscrit des ,pages de la v+time anne4 ,cette am]tume de cur1 ce prcoce ds5*antem5t quelles en tai5t les causes8 ,les unes tai5t anci5nes1 les autres rc5tes4 ,et d'abord il tait n dans les plus mauvais j\rs de la ,rvolution1 au milieu du deuil de sa famille4 ,on s'tonne1 a-t-il dit1 que les hommes dont la vie date de ces j\rs s9i/res ai5t apport en naissant1 un gt de tri/esse et une empre9te de mlancolie dans le gnie franais4 ,virgile1 ,cicron1 ,tibulle 787 ,horace lui-mme 787 qui imprimr5t ce c>actre au gnie ,roma91 n'tai5t-ils pas ns comme n\s1 p5dant les gr&es gu]res de ,m>ius1 de ,sylla1 de ,cs>8 ,que l'on songe aux impressions de t]reur ou de piti qui agitr5t les flancs des femmes roma9es p5dant qu'elles portai5t ces hommes dans leur se96 ,que l'on songe au lait aigri de l>mes1 que je reu moi-mme de ma mre1 p5dant que ma famille entire tait dans une captivit qui ne s'ouvrait que p> la mort2 p5dant que l'p\x qu'elle adorait tait sur les degrs de l'*afaud1 et que captive elle-mme dans sa maison ds]te1 des soldats froces piai5t ses reg>ds p\r lui faire un crime de sa t5dresse et p\r insult] sa d\leur6 ,de plus1 l'enfance de ,lam>t9e s'tait c\le solitaire1 et son adolesc5ce s'tait alim5te de la lecture de gr&s auteurs mlancoliques franais ou trang]s4 ,aj\tez cela que1 p5dant plusieurs annes1 l'ge o se produis5t d'ord9aire *ez les jeunes g5s les ef=ts srieux1 et o se dcide l'av5ir1 il n'avait1 sauf quelques c\rts essais de c>rire militaire1 t5t aucune entreprise utile1 ni fait aucun acte de volont2 et ce n'e/ pas impunm5t qu'un jeune homme s'ab&onne la vie contemplative1 ft-elle b]ce p> les plus potiques rv]ies4 ,enf9 il avait trav]s une priode de dissipation dont il tait sorti1 dit-il1 le cur ple9 de c5dres4 ,t\tefois1 cette priode avait t c\rte et bi5tt il tait remont v]s les hautes cmes de l'idal et de l'am\r4 ,ce fut prcism5t l'incid5t qui fait le sujet du livre de ,raphal qu'il dt son salut4 ,ce fut la ,julie de ce livre1 la mme qu'il a clbre1 et1 je p\rrais dire1 immortalise dans les ,mditations s\s le nom d',elvire1 qui lui apprit qu'il avait encore le cur capable d'une gr&e passion4 ,p\r le dire en passant1 ,julie1 de son ct1 tait malade d'esprit aussi bi5 que de corps2 quelque *ose du s\ffle aride du sicle avait pass sur elle et y avait fait m\rir la foi4 ,elle appro*ait de sa mort prmature sans espoir d'un autre av5ir1 et mme une fois avec ,raphal elle avait eu la t5tation de devanc] le t]me de ses j\rs1 et le livre n\s raconte cet essai de suicide deux4 ,mais elle aussi tr\ve sa rgnration dans l'am\r et revi5t la foi p> la passion4 ,quant lui1 je le rpte1 cet am\r m>que la f9 du mal dont il s\ffrait1 en mme temps que la f9 de sa jeunesse4 ,avec la maturit 7#ahbj71 sa vie se trans=me4 ,jusque-l dsuvre et solitaire1 elle devi5t active et mle au m\vem5t des affaires publiques4 ,le bonheur du foy]1 la gloire1 t\t lui s\rit4 ,au milieu de t\s ces dons inatt5dus peut-il re/] place la tri/esse8 ,elle se montre encore *ez lui1 mais il semble que dj ce soit plus p> imitation que p> une inspiration naturelle1 ou qu'elle dc\le de la plnitude mme de son bonheur et du s5tim5t de sa brivet4 ,et ma9t5ant si1 dpassant l'poque de la publication des ,mditations et des ,h>monies1 n\s suivons leur auteur au del de la ,re/auration1 il n\s app>at *aque j\r mo9s adonn la rv]ie et1 bi5 qu'on ait pu lui repro*] d'avoir introduit la posie p>t\t et mme dans la politique1 pr(ondm5t ml aux gr&s vnem5ts de notre hi/oire4 ,plus t>d encore1 qu& il quitte la vie publique1 il puise dans de cruelles ncessits d'exi/5ce un n\veau pr9cipe d'activit4 ,p5dant t\te cette phase de son dcl91 sa mlancolie s'van\it2 lui qui1 v+t ans1 se croyait arriv au b\t de sa c>rire et pleurait sur sa mort pro*a9e1 soixante ans ne croyait plus avoir p>c\ru que la moiti de son exi/5ce et il le disait +num5t4 ,de ces deux illusions1 la seconde tait la plus noble puisqu'elle s\t5ait son c\rage et secondait son n]gie4 ,mais rev5ons au pote d'avant #ahcj4 ,si le mal du sicle ne l'a pas envahi t\t enti]1 il s'en faut qu'il l'ait t\t enti] p>gn4 ,de l ce mlange de tri/esse et d'en?\siasme1 de dc\ragem5t et de consolations1 dont les ,mditations et les ,h>monies ont livr au monde sduit les m]veilleux *os4 ,si dans cette uvre inatt5due t\t n'e/ pas galem5t =tifiant1 cep5dant1 en se rappelant tant de beaux v]s dans lesquels ,lam>t9e a consacr des p5ses leves ou des s5tim5ts gnreux1 on e/ port env]s lui l'indulg5ce et t5t de lui appliqu] ce qu'il a crit propos des flaux de ,dieu1 en disant3 ,qui sait si le gnie ,n'e/ pas une de ses v]tus8 ,,iii ,sa9te-,beuve4 ,ce sont encore des posies que n\s allons tudi]1 mais des posies qui ne peuv5t s\t5ir aucune comp>aison avec celles de ,lam>t9e1 et qui vi5n5t1 d'ailleurs1 d'un criva9 beauc\p mo9s connu comme pote que comme prosateur1 de ,m4 ,sa9te-,beuve4 ,le gr& critique dont j'ai eu1 dont j'aurai encore l'occasion de cit] tant de mots ju/es1 de f9es apprciations sur des hommes ou sur des uvres compris dans cette tude1 l'criva9 habile qui a si bi5 pntr *ez autrui les replis ca*s de la maladie du sicle1 en a t atte9t1 lui aussi1 et peut-tre n'en p>le-t-il avec tant de sagacit que p\r l'avoir p]sonnellem5t pr\ve4 ,il s'en e/ guri1 sans d\te1 et la mobilit inhr5te son c>actre ne lui p]mettait pas de re/] longtemps s\s la mme influ5ce1 mais il avait comm5c p> la subir4 ,c'e/ p5dant la ,re/auration1 dans le volume intitul3 ,vie1 posies et p5ses de ,joseph ,delorme 7#ahbi71 et dans les posies qui ont p\r titre les ,consolations 7#ahcj7 qu'il a donn le plus de signes de cette affection4 ,l'ouvrage consacr ,joseph ,delorme dbute p> une vie du prt5du auteur4 ,ce rcit1 pr5d ,joseph ,delorme depuis sa naissance1 qui eut lieu v]s le comm5cem5t du sicle1 dans un b\rg vois9 d',ami5s1 jusqu' sa mort qui surv9t ,meudon et qui fut cause p> une ph?isie pulmonaire complique ce qu'on croit d'une affection du cur4 lev au bruit des miracles de l',empire1 am\reux des spl5deurs militaires1 combi5 de longues heures il passait l'c>t1 lo9 des jeux de son ge1 le long d'un petit s5ti]1 dans des monologues imag9aires6 ,a quatorze ans1 il vi5t ,p>is p\r y a*ev] ses tudes4 ,l1 le gt de la sci5ce l'emporte en lui sur le gt de la posie4 ,que faire d'une lyre en ces j\rs d'orage8 ,la lyre ft brise4 ,la philosophie le sduit aussi4 ,abjurant les simples croyances de son ducation *rti5ne1 il s'tait pris de l'impit audacieuse du d]ni] sicle4 ,c'e/ alors qu'il devi5t mdec94 ,p\r se livr] plus librem5t son art1 et p\r ne pas s'emprisonn] dans des affections trop troites1 il rompt avec une jeune p]sonne laquelle il p\vait espr] s'unir4 ,ce qu'il s\ffrit p5dant deux ou trois annes d'preuves cont9uelles et de luttes j\rnalires avec lui-mme n\s e/ en p>tie rvl p> le j\rnal qu'il rdigeait habituellem5t4 ,on y appr5d que sa sant s'tait assez pr(ondm5t altre et que ses facults sans expression avai5t eng5dr la longue un malaise inexprimable4 ,il se prom5ait quelquefois la nuit tombante sur un b\lev>d extrieur prs duquel il demeurait4 ,les protections qu'on lui (fre1 il les rep\sse comme des entreprises sur son indp5dance1 comme des t5tatives d'exploitation4 ,il crit alors les lignes suivantes3 ,ce v5dr$i1 #ad m>s #ahbj4 ,dix heures et demie du mat94 ,si l'on v\s disait3 il e/ un jeune homme1 heureusem5t d\ p> la nature et =m p> l'ducation2 il a ce qu'on appelle du tal5t1 etc41 etc4 ,et si l'on aj\tait3 ce jeune homme e/ le plus malheureux des tres6 ,depuis bi5 des j\rs1 il se dem&e s'il e/ une seule m9ute o l'un de ses gts ait t satisfait1 et il ne la tr\ve pas1 etc41 etc4 ,oh6 qui ne le pla9drait cet homme de v+t ans1 etc41 etc4 ,mais moi qui cris ceci1 je me s5s dfaillir2 mes yeux se voil5t de l>mes1 et l'excs de mon malheur m'te la =ce ncessaire p\r a*ev] de le dcrire444 ,mis]]e6 ,enf9 il reconqui]t sa lib]t1 mais incapable de ri5 p\rsuivre1 r5onant t\t b1 s'enveloppant de la pauvret comme d'un manteau1 il ne p5se qu' vivre *aque j\r en condamn de la veille qui doit m\rir le l5dema91 et se b]c] de *ants monotones p\r endormir la mort4 ,il ne sort plus de *ez lui qu' la nuit close4 ,l comm5ce son l5t et pr(ond suicide4 ,ri5 que des dfaillances et des frnsies d'o s'*appai5t de temps autre des cris et des s\pirs4 ,il ne lit plus que les romans de la famille de ,w]!r et de ,delph9e3 le pe9tre de ,saltzb\rg1 ,adolphe1 ,r51 d\>d1 ,adle1 ,?rse ,aub]t et ,valrie2 ,s5anc\r1 ,lam>t9e et ,ballan*e2 ,ossian1 ,coop] et ,kirke ,:ite4 ,son me n'(fre plus dsormais qu'un inconcevable *aos1 o de mon/rueuses imag9ations1 de fra*es rm9isc5ces1 des fantaisies crim9elles1 de gr&es p5ses avortes1 de sages prvoyances suivies d'actions folles1 des lans pieux aprs des blasphmes1 j\5t et s'agit5t confusm5t sur un fond de dsespoir4 ,un in/ant1 ce dsespoir semble supportable2 ,joseph j\it de quelques int]valles de calme2 les beauts de la nature1 la socit de ses amis ad\ciss5t un peu ses *agr9s2 on le dirait presque gai2 mais le mal a dj p\ss trop lo9 ses ravages1 et ,joseph succombe4 ,du re/e1 ses notes le pr\v5t1 si la maladie s'tait prolonge quelque temps1 il en et prcipit le dn\em5t4 ,compltons ce rcit en disant qu'ailleurs1 dans un article du ,globe1 du #d novembre #ahcj1 ,sa9te-,beuve n\s appr5d que ,joseph ,delorme1 si indiffr5t en t\tes *oses1 avait conu une ard5te ho/ilit contre le g\v]nem5t de son pays1 et que1 s'il avait vcu jusqu'en #ahcj1 il aurait t\t fait p\r contribu] r5v]s] le trne4 ,tel e/ le tri/e p]sonnage qui n\s e/ prs5t s\s le nom de ,joseph ,delorme4 ,les uvres qu'on lui attribue sont en h>monie avec le c>actre qu'on lui donne4 ,a ct de posies et de p5ses qui ne r$is5t d'autres s\cis que des s\cis littraires ou arti/iques1 on y r5contre plus d'une confid5ce sur la nature intime de leur auteur2 et le po9t qui s'en dta*e le plus nettem5t1 c'e/ l'impossibilit p\r lui d'aim] d'un am\r vrai et pr(ond1 de se dv\]1 de croire ce qu'il aime2 c'e/ la biz>r]ie qui lui fait voir le ds5*antem5t au milieu de l'en?\siasme1 et rv] la rupture avant la liaison4 ,oh6 que l'am\r e/ lo91 s'crie-t-il6 ,mais p\rquoi cette p>alysie du cur8 ,e/-ce la m>que d'une fatalit p>ticulire8 ,e/-ce le signe d'une nature tri/em5t privilgie8 ,non1 c'e/ seulem5t la consqu5ce d'une conduite assez vulgaire4 ,joseph a p\rsuivi de va9es am\rs1 et auj\rd'hui il ne peut plus vraim5t aim]4 ,p]sonne n'ignore que1 dans quelques p>ties de la vie de ,joseph ,delorme1 ,sa9te-,beuve ait v\lu se mettre lui-mme en scne4 ,en imag9ant de se produire s\s ce nom et cette p]sonnalit1 il ne faisait qu'obir au gt d'un temps qui aimait les petites sup]*]ies1 les innoc5ts dguisem5ts littraires4 ,plusieurs des traits qu'il a prts ,joseph ,delorme sont emprunts sa propre physionomie4 ,m4 de ,lam>t9e1 p>lant de ce qu'tait ,sa9te-,beuve en #ahbi1 le dcrit a9si3 un jeune homme ple1 blond1 frle1 s5sible jusqu' la maladie1 pote jusqu'aux l>mes4 ,et il a t reproduit s\s cet aspect mlancolique p> le p9ceau de ,*5av>d1 sur une toile que plus t>d il ne montrait qu' quelques r>es amis1 disant p\r expliqu] ce my/re que3 c'tait un peu trop ,joseph ,delorme4 ,et puis1 lui aussi avait tudi la mdec9e1 et il avait puis dans ces travaux des habitudes d'analyse et1 p\r a9si dire1 de dissection1 qui1 appliques un autre ordre de *oses le conduisai5t faire sur lui-mme de l'anatomie morale4 ,ce qu'il avait encore de commun avec ,joseph ,delorme c'tait une disposition la rv]ie1 la tri/esse vague et sans cause4 ,sa9te-,beuve1 a dit ,m4 ,h5ri ,f\rni]1 pr\va s9crem5t les dsespoirs la ,w]!r et l',ob]mann qui n'tai5t gure qu'une affectation et une mode *ez les romantiques bi5 portants et bi5 en *air de #ahcj4 ,il crivait v+t ans son ami ,m4 ,l\dire qui s'ennuyait et le lui avait dit3 ,l'ennui ne doit pas t'tonn]3 rsigne-toi n'avoir ni jeunesse1 ni pass1 ni av5ir2 je ne te dis pas de ne pas en s\ffrir1 de ne pas en m\rir mme la longue1 mais je te dis de ne pas en enrag]444444 ,je me s\vi5s bi5 que j'ai eu au collge1 comme auj\rd'hui1 de t]ribles accs de mlancolie et de dgt de t\t4 ,plus t>d1 en #ahci1 il crivait un pote3 ,j'ai beso9 de ce qui console1 mais je me fais mo9s d'illusions que v\s1 et je ne *]*e plus1 p> dsespoir de tr\v]4 ,enf91 on l'a dit1 il aimait *ez autrui c]ta9es tri/esses dans lesquelles il retr\vait une maladie qui avait t la si5ne4 ,aj\tons que ,sa9te-,beuve s\ffrait1 comme ,joseph ,delorme1 d'un prcoce ds5*antem5t en am\r1 rsultant de ce qu'il avait laiss trop s\v5t s'g>] ses affections4 ,je n'en veux pas dire davantage sur ce sujet dont on compr5d la dlicatesse4 ,on voit donc que la no/algie de ,joseph ,delorme n'tait pas trangre ,sa9te-,beuve4 ,t\tefois entre l'auteur et la cration1 les diffr5ces tai5t encore nombreuses4 ,non seulem5t1 comme le fait rem>qu] ,m4 d',haussonville1 au b\t de leurs in=tunes1 la ressemblance cesse3 ,joseph ,delorme en meurt2 ,sa9te-,beuve en gurit4 ,mais encore1 dans le livre1 la note vraie e/ s\v5t =ce2 les *agr9s sont grossis plaisir1 et1 en ma9t endroit1 on voit p]c] le dsir de copi] un modle plutt que de pe9dre d'aprs nature4 ,l'criva9 s'e/ inspir de plusieurs types bi5 connus4 ,tantt1 c'e/ ,r5 tranant sa mlancolie le long des prom5ades ds]tes2 tantt c'e/ ,ob]mann ca*ant son impuissance morale dans une solitude oisive4 ,le passage o il jette un cri de dtresse sur son malheur n'e/-il pas copi sur c]ta9es lignes tr\ves dans les papi]s de ,bonap>te1 ou de celles crites p> ,*ni] dans une tav]ne de ,londres8 ,enf9 n'e/-ce pas surt\t ,w]!r qui a f\rni le ton gnral de la vie du malheureux ,joseph1 et ,m4 ,guizot n'a-t-il pas eu raison de qualifi] celui-ci de ,w]!r c>ab9 et jacob98 ,ce ct volontairem5t exagr de la pseudo-biographie de ,joseph ,delorme ne p\vait *app] la malice de la critique4 ,l'occasion tait belle p\r les classiques si malm5s de pr5dre une revan*e sur leurs adv]saires1 et ce fut ,m4 ,jay1 l'un des plus corrects d'entre-eux1 qui se *>gea de ce so94 ,dans un livre auj\rd'hui peu connu1 intitul ,la conv]sion d'un romantique2 manuscrit de ,jacques ,delorme 7#ahcj71 ,m4 ,jay rtablissait la vrit sur ,joseph ,delorme d'aprs des r5seignem5ts f\rnis p> un prt5du frre de celui-ci4 ,selon lui1 ,joseph1 n dans une famille des plus humbles1 aprs avoir pass son enfance dans des conditions heureuses1 mais ord9aires1 tait dev5u mdec94 ,mais un j\r il s'tait mis en fantaisie qu'il tait pote4 ,ds ce mom5t1 il avait nglig ses devoirs p\r faire une rvolution en posie1 et dtrn] les membres de l',acadmie franaise1 et les hommes de lettres du temps de l',empire1 qu'on devait reg>d] comme des p]ruques4 ,n\s v\s donn]ons1 disait-il1 de l'incroyable1 de l'affreux1 du t]rible1 de l'extravagant1 et s'il le faut1 le diable lui-mme remplac]a votre vieux ,apollon4 ,n\s aurons comme les ,anglais notre cole satanique4 ,t\tefois1 et t\t c\p1 il s'tait guri de sa folie1 avait jet au feu ses anci5nes idoles et dsav\ le recueil d'extravagances rimes et de p5ses ridicules publi s\s son nom1 p\r en rev5ir aux *efs-d'uvre de nos vieux classiques1 et l'ex]cice srieux de sa pr(ession4 ,lo9 de m\rir prmaturm5t1 il avait con/amm5t j\i de la meilleure sant du monde1 aimant1 dit-on1 bi5 dn] et digrant t\j\rs p>faitem5t4 ,sans apprci]1 au po9t de vue de la =me1 le mrite de la raill]ie de ,m4 ,jay et t\t en tant oblig de conv5ir que la rectification n'tait pas mo9s fantaisi/e que la biographie rectifie1 on ne peut conte/] la sagesse de la leon qu'elle r5f]me4 ,il e/ p]mis plutt de la tr\v] incomplte4 ,m4 ,jay ne s'e/ attaqu qu'aux ridicules de ,joseph ,delorme2 combi5 plus ju/em5t encore il aurait pu s'lev]1 au nom de la morale1 contre l'affaissem5t de son c>actre1 contre son indiffr5ce et son in]tie1 et contre les causes de cet tat6 ,on p\rrait faire les mmes rem>ques propos des ,consolations 7#ahcj72 c> le pote y exprime sur l'aridit prcoce de son cur les mmes pla9tes dues au mmes motifs que dans les uvres de ,joseph ,delorme4 ,seulem5t1 dans le n\veau recueil on entrevoit une t5dance croissante *]*] dans la religion un moy5 de relvem5t1 un in/rum5t de rgnration morale4 ,en effet1 cette poque1 ,sa9te-,beuve1 dont la nature1 comme l'a dit son rc5t et intressant biographe1 tait la fois am\reuse et my/ique *]*ait se ratta*] aux ides religieuses1 et1 quoique plus t>d il l'ait ni1 il e/ c]ta9 que le conflit qu'il dpe9t entre les t5dances malsa9es et les pieuses aspirations tait la fidle reprs5tation de ce qui se passait alors dans son me4 ,sa9te-,beuve ne s'en e/ pas t5u l4 ,dans un roman qui ne date plus de la ,re/auration1 mais du g\v]nem5t qui l'a suivie1 il a cru p\voir pr5dre p\r sujet1 non plus la mlancolie1 mais l'une de ses causes possibles4 ,il a p5s qu'il y avait une utilit morale tudi] t\s les degrs p> lesquels passe le dbau*1 avant d'arriv] au fond de l'abme o ses plus nobles facults s'engl\tiss5t4 ,c'e/ le b de ,volupt 7#ahcd74 ,l'trange hros de ce roman1 quoiqu'on le donne comme naturellem5t faible et inquiet1 comme un fils de ,r51 n'e/ frapp du mal dont il s\ffre1 que p\r s'tre livr de prcoces excs4 ,ces excs sont la cause encore plus que l'effet de son c>actre que ,sa9te-,beuve n\s dcrit3 languissant1 oisif1 atta*ant1 sec et priv1 my/rieux et furtif1 rveur jusqu' la s5sibilit1 t5dre jusqu' la mollesse1 voluptueux enf94 ,il me s]a p]mis de m'tonn]1 malgr l'enseignem5t s5s qu'il conti5t1 que ce livre de ,volupt ait fait1 on l'affirme du mo9s1 une conv]sion1 et d'e/im] qu'une telle uvre tait plus dang]euse qu'utile4 ,le sujet exigeait une t\*e plus rude et en mme temps plus discrte4 ,mais je n'ai pas faire l'exam5 de ce roman4 ,la mlancolie qui provi5t directem5t de la s5sualit sort du cadre de notre tude4 ,c'e/ une maladie physique1 plutt que morale1 et qui relve mo9s de la philosophie que de la pa?ologie4 ,laissons donc ,volupt1 et son auteur mme qui1 en dehors des deux ouvrages dont j'ai p>l plus haut1 n'app>ti5t plus au mal du sicle4 ,,iv ,le monde philosophique et religieux4 ,,j\ffroy4--,g4 ,,f>cy4--,,lam5nais4--,,le ,p4 ,,lacordaire4 ,si ma9t5ant1 quittant la posie1 n\s int]rogeons la p5se philosophique ou religieuse du temps1 y tr\vons-n\s la srnit que n\s n'avons pas r5contre jusqu'ici8 ,qu'on en juge4 ,m4 ,j\ffroy avait montr1 t\t enfant1 une nature curieuse1 rveuse et recueillie4 ,ce sont les expressions dont s'e/ s]vi p\r le df9ir un autre philosophe1 son ami le plus *] peut-tre1 qui s'e/ dv\ sa mmoire1 et qui sait p>faitem5t inspir] l'intrt qu'il pr\ve p\r son sujet4 ,m4 ,damiron aj\te que cette me d'lite tait ds lors inquite de ces t\rm5ts de la p5se dont plus t>d1 sa gloire sans d\te1 mais aussi trop s\v5t au prix de son repos1 elle fut si pr(ondm5t agite et travaille4 ,j\ffroy fut admis comme lve l'cole ,normale1 v+t ans pe9e 7#ahaf71 et comm5a s'occup] de philosophie4 ,il n\s appr5d lui-mme qu'il avait t acc\tum considr] l'av5ir de l'homme et le so9 de son me comme la gr&e affaire de sa vie1 et que p5dant longtemps les croyances du *ri/ianisme avai5t ple9em5t rpondu t\s les beso9s et t\tes les inquitudes que de telles dispositions jett5t dans l'me4 ,mais1 aj\te-t-il1 dans le temps o j'tais n1 il tait impossible que ce bonheur ft durable1 et le j\r tait v5u o1 du se9 de ce paisible difice de la religion qui m'avait recueilli ma naissance1 et l'ombre duquel ma premire jeunesse s'tait c\le1 j'avais ent5du le v5t du d\te qui de t\tes p>ts en battait les murs et l'branlait jusque dans ses fondem5ts4 ,il n'avait pu rsi/] la contagion de l'esprit d'exam5 et d'objection4 ,il tait dev5u sceptique4 ,cette mlancolique rvolution ne s'tait po9t opre1 dit-il1 au gr& j\r de ma consci5ce1 elle s'tait accomplie s\rdem5t p> un travail involontaire dont je n'avais pas t complice4 ,t\tefois1 la vie /udieuse et solitaire de l'cole =tifiant les dispositions mditatives de son esprit1 il ne devait pas t>d] se r5dre un compte exact du vritable tat de ses croyances4 ,ri5 de plus poignant1 on peut dire de plus dramatique1 que le rcit de cette rvlation2 de cette nuit d'hiv] dans une *ambre troite et nue de l'cole ,normale1 la cl>t d'une lune demi voile p> les nuages2 de cette fune/e nuit p5dant laquelle fut d*ir le voile qui drobait ,j\ffroy sa propre trans=mation4 ,ce mom5t fut affreux1 dit-il1 et qu& v]s le mat91 je me jetai puis sur mon lit1 il me sembla s5tir ma premire vie1 si riante et si ple9e1 s'te9dre1 et d]rire moi s'en ouvrir une autre1 sombre et dpeuple1 o dsormais j'allais vivre seul1 seul avec ma fatale p5se qui v5ait de m'y exil] et que j'tais t5t de maudire4 ,les j\rs qui suivir5t cette dc\v]te fur5t les plus tri/es de ma vie444 ,mon me ne p\vait s'acc\tum] un tat si peu fait p\r la faiblesse huma9e2 p> des ret\rs viol5ts1 elle *]*ait regagn] les rivages qu'elle avait p]dus2 elle retr\vait dans la c5dre de ses croyances passes des t9celles qui semblai5t p> int]valles rallum] sa foi4 ,mais ces lueurs s'teignai5t bi5tt4 ,quel lugubre tableau6 ,quelles images s9i/res6 ,ne croirait-on pas lire une page arra*e aux annales des naufrages clbres8 ,et les malheureux *\s sur une plage ds]te tai5t-ils plus dsols que le philosophe jet p> la tempte de sa p5se sur les bords arides de l'incrdulit8 ,si1 aj\te-t-il1 en p]dant la foi1 j'avais p]du le s\ci des que/ions qu'elle m'avait rsolues1 ce viol5t tat n'aurait pas dur longtemps1 la fatigue m'aurait ass\pi1 et ma vie se s]ait endormie comme tant d'autres1 dans le scepticisme444 ,mais il s5tait mieux que jamais l'importance des problmes dont il n'avait plus la clef2 et ce fut l ce qui dcida de la direction de sa vie4 ,ne p\vant support] l'inc]titude sur l'nigme de la de/9e huma9e1 dfaut de la foi1 il fit appel la raison1 et rsolut de consacr] sa vie rs\dre le problme qui l'obsdait4 ,ce fut a9si qu'il se v\a la philosophie4 ,le mauvais tat de sa sant et la suppression1 p> suite du lic5ciem5t de l'cole ,normale1 d'un c\rs qu'il y faisait1 lui p]mir5t de s'y consacr] t\t enti]4 ,au b\t de plusieurs annes de pati5tes re*]*es1 il affirmait qu'il voyait clairem5t la r\te suivre1 p\r retr\v] la solution p]due du problme et qu'il avait dj re=m en lui bi5 des convictions qui lui avai5t r5du1 s9on t\t son premi] bonheur1 du mo9s le calme de l'esprit et le repos du cur4 7,mmoire sur l'organisation des sci5ces philosophiques1 premire p>tie1 #ahcf74 ,cep5dant la priode de dtresse qu'il avait trav]se1 en #ahaf et dans les annes suivantes1 avait-elle entirem5t pris f98 ,une priode de calme absolu s'tait-elle ouv]te p\r lui8 ,il l'affirme4 ,mais un de ses auditeurs de la ,sorbonne n\s le montre s\s un j\r bi5 diffr5t4 ,hi]1 dit cet auditeur1 qui n'e/ autre que ,m4 ,ozanam1 dans une lettre du #ae m>s #ahcb1 il confessait que les beso9s intellectuels sont imm5ses1 que la sci5ce lo9 de les combl] ne s]t qu' en faire voir t\te l't5due et conduit l'homme au dsespoir1 en lui montrant l'impossibilit d'arriv] la p]fection4 ,il confessait que les connaissances matrielles ne suffis5t po9t notre esprit et qu'aprs les avoir puises1 il pr\vait un gr& vide et se tr\vait inv9ciblem5t p\ss *]*] des lumires surnaturelles4 ,il ne se p\vait donc emp*] de t\rn] un reg>d de regret v]s le j\g qu'il avait bris4 ,et ,ozanam aj\te3 ils font pe9e ces philosophes du rationalisme6 ,si tu les voyais au milieu de leurs fantaisies1 reconnatre *aque in/ant leur faiblesse et proclam] le dsespoir qui les ronge3 le dsespoir6 ,qu& il se plaignait du vide de son me1 ,j\ffroy p\vait1 du mo9s1 se r5dre cette ju/ice que t\te son exi/5ce tait celle d'un vritable sage4 ,on ne s'tonn]a donc pas que la philosophie ait t impuissante protg] contre les s\ffrances intimes1 un de ses adeptes qui n'avait pas1 comme lui1 la g>antie d'une vie exempte d'orages4 ,on connat assez peu auj\rd'hui celui qui fut ,georges ,f>cy4 ,comme ,j\ffroy1 et peu de temps aprs lui1 il avait t lve l'cole ,normale4 ,il s'tait ensuite retir prs de ,m4 ,c\s9 qui avait t son matre et qui tait re/ son ami1 et il avait cont9u1 s\s cette m95te direction1 des travaux auxquels ses aptitudes semblai5t le de/9]4 ,trop indp5dant p\r l',univ]sit1 il entreprit une ducation p>ticulire2 puis il avait1 en #ahbf1 fait une excursion en ,italie o il avait r5contr ,lam>t9e et crit quelques posies philosophiques4 ,l'anne suivante1 il tait all en ,anglet]re et au ,brsil4 ,rev5u en ,france aprs d'amres dceptions1 il avait d se cont5t] d'une place de pr(esseur de philosophie1 non pas1 comme ,j\ffroy1 dans les premires *aires de l'tat1 mais dans une mode/e in/itution de ,font5ay-aux-,roses4 ,cette vie trav]se p> tant de difficults1 et dj mal ordonne p> ,f>cy lui-mme1 ne devait pas compt] de longs j\rs4 ,elle fut brusquem5t t]m9e1 prcism5t la date qui clt la priode de la ,re/auration et p> l'vnem5t mme qui a mis f9 cette priode4 ,p5dant l'une des j\rnes de ,juillet1 ,georges ,f>cy sortit1 avec un fusil1 de l'htel de ,nantes qu'il habitait1 et fut frapp mortellem5t d'un c\p de feu l'angle d'une rue4 ,sa mort fut clbre comme celle d'un m>tyr de la lib]t4 ,a l'anniv]saire de cet vnem5t tragique1 ,m4 ,c\s9 pronona son loge et dcl>a que ri5 ne p\vait lui ravir l'immortalit que lui avait donne une heure d'une n]gie div9e4 ,la po/rit n'a pas ratifi cette s5t5ce1 et ,c\s9 a fait plus p\r la mmoire de ,f>cy en lui ddiant sa belle traduction des ,lois de ,platon1 que le pays en inscrivant son nom sur un monum5t p>mi ceux des combattants de juillet4 ,f>cy laissait en m\rant1 outre une traduction p>tielle des lm5ts de philosophie de l'esprit huma9 de ,dugald ,/ew>t1 des fragm5ts de posies didactiques et de rflexions morales et politiques4 ,on en a compos un volume s\s ce titre3 ,f>cy ,reliqui4 ,quelques traits n\s font bi5 apprci] son c>actre4 ,dans son voyage en ,italie1 quelles fur5t ses impressions8 ,ce qu'il aima seulem5t de ,rome1 ce fut ce sublime sil5ce de mort qu& on en appro*e2 ce fur5t ces va/es pla9es dsoles o plus ri5 ne se lab\re ni ne se moissonne jamais1 ces vieux murs de briques1 ces ru9es au d$ans et au dehors ce soleil d'aplomb sur des r\tes p\dreuses1 ces villas svres et mlancoliques dans la noirceur de leurs p9s et de leurs cyprs4 ,au ,brsil1 au milieu d'une spl5dide nature1 il se s5t envahi p> une inv9cible mlancolie qu'il exprime dans la pice intitule ,tri/esse4 ,d'o vi5t1 dit-il1 que mon cur e/ prt se bris]8 ,c'e/ que t\t m'ab&onne1 le pass comme l'av5ir2 c'e/ que je me rveille d'un songe dcevant de bonheur1 et que je retr\ve en moi mes ennuis languissants et mes dlires va9s4 ,a son ret\r d',amrique1 il manife/e contre la socit une av]sion pr(onde3 ,la socit6 s'crie-t-il2 moi qui ne vaux ri5 que seul et inconnu1 moi qui n'aime et qui n'aim]ai peut-tre plus jamais que la solitude et le sombre plaisir d'un cur mlancolique6 ,mais ce n'e/ pas seulem5t le sort qu'il accuse2 il fait ce tri/e aveu3 ,je me pla9s de moi-mme qui ai dissip mon temps1 disp]s mes =ces1 tu en moi la foi et l'am\r4 ,d'aprs ,sa9te-,beuve1 ,f>cy tait une nature timide1 rs]ve1 un peu sauvage1 d'une ardeur inquite et fatigue1 se manife/ant p> des m\vem5ts plutt que p> des rayons1 capable au beso9 de /ocisme1 mais 9gale et maladive4 ,lam>t9e a dit de lui quelque *ose de semblable3 ,c'tait une de ces mes conc5tres1 quoique errantes1 qui dsespr5t de tr\v] dans les autres mes ce qu'elles rv5t de p]fection en elles-mmes4 ,on en fait1 aj\te-t-il1 un hros de ,juillet1 ce n'tait pas cela1 c'tait un hros de je ne sais quoi1 un hros de l'ennui1 du vide1 de l'inspiration maladive de l'me4 ,tel tait cet in=tun1 pr(esseur d'une philosophie qui le guidait si mal1 et qui lui assurait si peu de calme et de paix4 ,avec lui1 comme avec ,j\ffroy1 quoique p\r des causes diffr5tes1 la mlancolie avait donc envahi ces retraites qui semblai5t lui devoir tre inaccessibles et dont le pote avait dit3 ,edita doctr9 sapi5tm templa s]5a4 ,mais il y avait plus1 et la contagion avait pntr jusque dans le monde religieux4 ,lam5nais ne l'atte/e que trop4 ,quoi6 peut-on dire1 l',essai sur l'indiffr5ce en matire de religion 7#ahag-ahbd71 e/-il un des indices du mal mod]ne8 ,n'a-t-il pas eu prcism5t p\r b de donn] nos op9ions flottantes une base dsormais 9branlable8 ,ne se montre-t-il pas svre p\r le sicle8 ,de quel ton p>le-t-il de ce sicle o t\t passe1 o t\t s'en va1 o la t]re fuit s\s nos pas8 c\tez-le3 ,le sicle le plus malade n'e/ pas celui qui se passionne p\r l'erreur1 mais celui qui nglige1 qui ddaigne la vrit4 ,non1 jamais ri5 de semblable ne s'tait vu1 n'aurait pu mme s'imag9]4 ,il a fallu de longs et p]svrants ef=ts1 une lutte infatigable de l'homme contre sa consci5ce et sa raison1 p\r p>v5ir enf9 cette brutale ins\ciance4 ,contemplant avec un gal dgt la vrit et l'erreur1 il affecte de croire qu'on ne les saurait disc]n]1 af9 de les confondre dans un commun mpris3 d]ni] degr de dpravation intellectuelle o il lui s]ait donn d'arriv]4 ,l'auteur s'attaque mme directem5t la mlancolie4 ,qu& le cur1 dit-il1 n'a po9t au dehors un objet d'am\r ou de t]me de son action1 il agit sur lui-mme2 et que produit-il8 de vagues fantmes1 comme l'esprit qui e/ seul produit de *imriques ab/ractions4 ,l'un se n\rrit de rves1 l'autre de rv]ies2 ou plutt ils essai5t inutilem5t de s'en n\rrir4 ,dans sa solitude et dans ses dsirs1 le cur se t\rm5te p\r j\ir de lui-mme4 ,c'e/ l'am\r de soi ou l'gsme son plus haut degr4 ,ce g5re de dpravation1 ce vice honteux du cur1 l'affaiblit1 l'puise et conduit une espce p>ticulire d'idiotisme qu'on appelle la mlancolie4 ,ri5 de plus ju/e en mme temps que de plus loqu5t4 ,cep5dant1 qu'on ne s'y trompe pas4 ,en faisant la gu]re l'indiffr5ce et ses consqu5ces fune/es1 ,lam5nais n'*appe pas au dang] qu'il prt5d combattre4 ,et1 avant t\t1 quel moy5 emploie-t-il p\r assur] l'homme le bi5fait de la c]titude8 ,a l'aide de quel flambeau veut-il n\s guid] dans la re*]*e qu'il se propose8 ,arrire la raison huma9e1 in/rum5t trop imp>fait2 selon lui1 et qui se brise entre nos ma9s dbiles6 ,sans d\te1 ses yeux1 la crature n'e/ pas dnue de t\t sec\rs p\r arriv] au vrai4 ,si l'homme1 p> ses seules ress\rces1 e/ incapable de conqurir ce bi5 ine/imable1 il le peut r5contr] dans l'ensemble des lumires rp&ues sur la surface du globe4 ,en d'autres t]mes1 si l'homme e/ sujet l'erreur1 l'humanit e/ infaillible4 ,donc1 les diffr5tes traditions1 dont on recueille les ve/iges l'orig9e de t\tes les nations1 con/itu5t1 dans ce qu'elles ont de commun entre elles1 le trsor de la vrit2 et le *ri/ianisme tant la plus pure de ces traditions1 sa div9it e/ dmontre4 ,mais quelle e/ la valeur de cette argum5tation8 ,p> quelle illusion de son imag9ation puissante le philosophe a-t-il cru p\voir tay] la foi p> le scepticisme8 ,comm5t n'a-t-il pas s5ti qu'en ru9ant la raison individuelle1 il sapait du mme c\p la raison univ]selle1 puisque celle-ci ne se compose1 en d]nire analyse1 que de la runion des intellig5ces p>ticulires8 ,desc>tes1 du mo9s1 dans son d\te m?odique1 avait eu le so9 de mettre en rs]ve un pr9cipe inattaquable1 que l'obs]vation lui faisait t\*] au fond de sa consci5ce1 et grce auquel il p\vait recon/ruire t\s les autres lm5ts de la vrit4 ,mais prcipit] l'homme dans un abme et v\loir l'en tir] sans po9t d'appui1 c'e/ une entreprise va9e et dont t\t le tal5t qu'on y met ne peut dissimul] l'inanit4 ,hlas6 la meilleure preuve de l'erreur de ce procd e/ dans l'hi/oire de son auteur4 ,il n'a pas russi se conva9cre lui-mme4 ,son intellig5ce ard5te n'a pas t>d sub/itu] d'autres conceptions la premire1 et de *ute en *ute on sait jusqu'o il e/ tomb4 ,n\s v5ons de voir ,lam5nais combattre l'indiffr5ce p> un remde illusoire2 voyons-le ma9t5ant victime de ce mal de la mlancolie qu'il a si =tem5t /igmatis4 ,ds sa jeunesse1 taciturne et mfiant1 il fuit le monde et re*]*e la solitude de sa sauvage ,bretagne4 ,il se passionne p\r ,r\sseau1 dont il semble avoir pris1 avec le gt de la campagne et de la rv]ie1 le /yle clatant et l>ge1 et la dialectique si entranante1 alors mme qu'elle s'g>e4 ,sa vocation religieuse ne se dcide pas sans de longues hsitations4 ,en #ahab1 lorsqu'il vi5t de recevoir les ordres m9eurs1 un prtre de ,sa9t-,sulpice lui crit3 ,je cra9s que v\s ne v\s livriez trop une c]ta9e mlancolie qui v\s dvore4 ,les vnem5ts politiques vi5n5t aussi le tr\bl]4 ,aux ,c5t-,j\rs1 il croit prud5t d'migr]4 ,il se r5d alors en ,anglet]re1 o il a le bonheur de r5contr] l'abb ,c>on1 mais les conseils mme que lui adresse ce prtre vnrable indiqu5t la p]si/ance des s\ffrances de ,lam5nais4 ,mon bon ami1 lui crit-on1 je suis bi5 inquiet de votre sant qui n\s e/ si *re1 mais je le suis encore plus de l'tat de votre me4 ,je ne saurais trop v\s dire1 mon *] fils3 ,paix1 confiance1 ab&on la volont div9e1 d\ce assurance des sec\rs du ciel4 ,et quelques mois plus t>d3 ,p\rquoi cette vila9e mlancolie8 ,e/-ce que le bon *rti5 n'e/ pas comme dans un fe/9 cont9uel8 ,e/-ce que le simple s\v5ir de ,dieu ne n\s donne pas de la joie8 ,exhortations p]dues3 cette humeur tri/e1 que deux hommes v]ss dans l'expri5ce des mes avai5t dmle en ,lam5nais ds ses premires annes1 devait rsi/] leurs ef=ts4 ,il re/a t\j\rs mobile et t\rm5t2 oscillant sans cesse d'un ple l'autre1 il usa sa gloire et sa vie dans de /riles agitations4 ,quel que soit le jugem5t qu'on porte sur lui on ne peut se df5dre d'un s5tim5t de piti1 en p5sant que ses erreurs n'ont pas apport mo9s d'am]tume lui-mme que de sc&ale aux autres4 ,son illu/re lve1 le ,p4 ,lacordaire a aussi connu1 quoiqu'avec mo9s de viol5ce1 les tr\bles et les inquitudes de l'me4 ,avant d'tre le gr& ,dom9ica9 que l'on admire1 il *]*ait pniblem5t sa voie 7#ahbb74 ,il tait malade1 dit ,sa9te-,beuve1 du mal du temps1 du mal de la jeunesse d'alors2 il pleurait sans cesse comme ,r52 il disait3 ,je suis rassasi de t\t sans avoir ri5 connu4 ,son n]gie ref\le l't\ffait4 ,ses ides tai5t celles du ,x,v,i,i,ie sicle2 il tait di/e1 mais avec une sorte de scepticisme1 et un peu de cette indiffr5ce dont ,lam5nais *]*ait combattre l'influ5ce mortelle4 ,la solution *rti5ne app>ut un j\r son intellig5ce1 et1 v]s #ahbd1 il entrait au sm9aire de ,sa9t-,sulpice4 ,mais s'il a de bonne heure triomph de l'esprit du sicle dans ce qu'il avait de malsa91 n'en a-t-il pas cep5dant cons]v quelque *ose1 non-seulem5t dans cette =me potique et mme romantique qu'il a donne l'loqu5ce *rti5ne1 mais encore dans cette sympa?ie qu'il exprime p\r c]ta9es t5dances de son temps8 ,dans la *aire de ,notre-,dame1 p>lant du sicle mme1 il av\]a que c'e/ un sicle dont il a t\t aim4 ,et ne p\rrait-on pas voir1 en mme temps qu'une vue leve des *oses huma9es1 une allusion des impressions intimes1 de vagues *agr9s non effacs1 dans ces lignes o le langage de la *>it s'empre9t demi d'une s5sibilit pr(ane3 ,p> la *>it il n'y a pas de cur o l'glise ne pt pntr]1 c> le malheur e/ le roi d'ici-bas1 et tt ou t>d t\t cur e/ atte9t de son sceptre444 ,dsormais l'glise p\vait all] avec confiance conqurir l'univ]s1 c> il y a des l>mes dans t\t l'univ]s1 et elles n\s sont si naturelles qu'encore qu'elles n'euss5t pas de cause1 elles c\l]ai5t sans cause p> le seul *>me de cette indf9issable tri/esse dont notre me e/ le puits pr(ond et my/rieux4 ,c'e/ p> l que ,lacordaire se tr\vait en communion de s5tim5ts avec tant d'hommes de sa gnration1 et c'e/1 avec son inconte/able tal5t1 un des secrets de la sduction qu'il a ex]ce sur son poque4 ,v ,les ,romanci]s4 ,mme ,,de ,r,,musat4--,mme ,,de ,,duras4--,,beyle4--,mlle ,,hort5se ,,all>d4 ,du monde potique1 philosophique et religieux1 il faut desc5dre un monde plus pratique4 ,il faut consult] sur la vie ceux qui se sont plu en racont] les vicissitudes4 ,il faut abord] les romanci]s4 ,les premi]s romans qui s'(fr5t ici notre exam5 n\s en rappell5t d'autres que n\s avons analyss dans la p>tie prcd5te de ce travail1 ceux de ,mme de ,flahaut et de ,mme de ,krud5]4 ,empre9ts comme ceux-ci de dlicatesse et de grce ils port5t galem5t quelque m>que de l'esprit de leur temps2 les uns et les autres ont t crits p> des femmes app>t5ant la socit la plus leve2 et ces femmes prs5tai5t entre elles1 p> leur exi/5ce et leur c>actre plus d'une ressemblance4 ,mme de ,rmusat qui avait vu son pre prir sur l'*afaud rvolutionnaire1 qui avait trav]s les plus mauvais j\rs de la ,t]reur sans quitt] la ,france1 a crit1 en #ahad1 un roman intitul3 ,*>les et ,claire ou la ,flte4 ,cet crit n'a jamais t publi2 il n'tait de/9 qu' un petit c]cle d'amis4 ,mais ,sa9te-,beuve qui en avait reu communication1 n\s en a donn l'analyse4 ,on y voit un jeune migr qui aime une jeune fille rfugie comme lui dans une ville d',allemagne1 mais qui l'aime sans l'avoir jamais r5contre1 et qui ne l'entrevoit que p\r s'en sp>] jamais2 le hros e/ bi5 de son temps2 il lit ,w]!r1 sa tte et son /yle s'en ress5t5t4 ,mme de ,duras avait eu aussi pleur] son pre1 p>mi les victimes de la ,rvolution4 ,de la ,m>t9ique o elle avait d sj\rn] quelque temps1 elle tait passe en ,anglet]re1 puis r5tre en ,france au ,consulat4 ,s\s la ,re/auration1 son salon dev9t le po9t de runion de bi5 des p]sonnages qui ont laiss de vifs s\v5irs2 ,*ateaubri& en tait le c5tre clatant4 ,ce fut p\r ce public d'lite que ,mme de ,duras crivit les romans d',ourika 7#ahbc7 et d'd\>d 7#ahbe71 auxquels il faut aj\t] une n\velle 9dite1 ,olivi]4 ,ce d]ni] ouvrage a p\r sujet l'tat d\l\reux d'un jeune homme qu'une cause my/rieuse1 quelque disgrce secrte1 condamne l'isolem5t4 d\>d et ,ourika qui ont t dans leur temps trs rp&us1 et qui sont encore gts des lecteurs difficiles1 n\s prs5t5t une situation qui n'e/ pas sans analogie avec celle d',olivi]4 ,analys] d\>d m>qu]ait bi5 peu de gt1 a dit ,sa9te-,beuve4 ,il en aurait pu dire autant d',ourika qui1 de mme qu'd\>d1 repose sur une ide dlicate1 et se recomm&e mo9s p> l'action que p> la f9esse des s5tim5ts4 ,je ne m't5drai donc ni sur d\>d ni sur ,ourika4 ,je dirai seulem5t que dans t\s les sujets *oisis p> ,mme de ,duras il e/ facile de dc\vrir une p5se unique qui s]t de li5 entre ses diffr5ts crits1 et cette p5se c'e/ l'impossibilit d'tre heureux4 ,l'infirmit d',olivi]1 la c\leur d',ourika1 la naissance d'd\>d ne sont que des preuves d'ordres div]s l'appui de cette proposition dsolante4 ,une si tri/e philosophie v5ait *ez ,mme de ,duras1 des s\v5irs de la ,rvolution qu'elle avait trav]se1 plus encore que d'un tat de sant de bonne heure altr4 ,ces s\v5irs app>aiss5t ouv]tem5t dans c]ta9s passages d',ourika1 et l'on sait que ,mme de ,duras n'avait jamais pu se s\/raire l'influ5ce des premires impressions de sa vie4 ,on ent5dait en elle comme l'*o d'une lutte non encore t]m9e avec le s5tim5t de gr&es cata/rophes en arrire4 ,une de ses p5ses habituelles tait que p\r ceux qui ont subi jeunes la ,t]reur1 le bel ge a t fltri1 qu'il n'y pas eu de jeunesse1 et qu'ils port]ont jusqu'au tombeau cette mlancolie premire1 ce mal qui date de la ,t]reur1 mais1 aj\te d'une faon trop absolue ,m4 ,sa9te-,beuve1 qui sort de bi5 d'autres causes1 qui s'e/ transmis t\tes les gnrations v5ues plus t>d4 ,ce mal de ,delph9e1 de ,r51 elle l'av\e1 elle le pe9t avec nuance1 elle le p\rsuit dans ses v>its1 elle t*e de le gurir en ,dieu4 ,dieu fut1 en effet1 le d]ni] t]me de ses aspirations4 ,elle accepta1 en esprit de sacrifice *rti51 des s\ffrances physiques dev5ues presque intolrables1 et des froissem5ts intrieurs que le monde ne lui avait po9t p>gns2 et des rflexions et prires qu'elle traait peu de temps avant sa mort 7#ahbi7 n\s montr5t qu'elle s'e/ te9te au milieu des esprances les plus consolantes4 ,c'e/ dans ces s5tim5ts qu'aprs avoir p>tag les mmes preuves1 les mmes impressions1 les mmes s\v5irs1 se sont r5contres au b\t de leur c\rte exi/5ce ,mme de ,duras et ,mme de ,rmusat4 ,on a vu plus haut que l'un des exemples *oisis p> ,mme de ,duras p\r dmontr] l'impossibilit d'arriv] au bonheur tait le mal secret et inexplicable du jeune ,olivi]4 ,la n\velle qui portait ce nom1 lue en manuscrit dans son salon1 avait vivem5t excit la curiosit4 ,les comm5taires s'tai5t donn c>rire sur la nature du mal my/rieux du hros4 ,m4 de ,lat\*e1 qui avait connu le mot de l'nigme1 fit p>atre un ,olivi] qui fut attribu ,mme de ,duras4 ,h5ri ,beyle v\lut faire aussi le si54 ,il publia1 en #ahbg1 ,armance ou quelques scnes d'un salon de ,p>is4 ,dans ce roman1 o il maltraite vivem5t la haute socit du temps1 dont il ne faisait pas p>tie1 je ne m'atta*]ai qu'au p]sonnage d',octave de ,maliv]t1 et je n'indiqu]ai que p\r faire ressortir son c>actre les vnem5ts auxquels il fut ml4 ,beauc\p d'esprit1 une taille leve1 des manires nobles1 de gr&s yeux noirs les plus beaux du monde1 aurai5t m>qu la place d',octave p>mi les jeunes g5s les plus di/+us de la socit1 si quelque *ose de sombre empre9t dans ces yeux si d\x n'et port le pla9dre plus qu' l'aim]4 ,ils semblai5t quelquefois reg>d] au ciel et rfl*ir le bonheur qu'ils y voyai5t4 ,un in/ant aprs on y lisait les t\rm5ts de l'enf]4 ,il et fait s5sation s'il et dsir p>l]4 ,mais ,octave ne disait ri52 ri5 ne semblait lui caus] ni pe9e ni plaisir444 ,quelle que ft la cause de sa pr(onde mlancolie1 ,octave semblait misan?rope avant l'ge444 ,des mdec9s1 g5s d'esprit1 dir5t ,mme de ,maliv]t inquite1 que son fils n'avait d'autre maladie que cette sorte de tri/esse mcont5te et jugeante qui c>actrise les jeunes g5s de son poque et de son rang4 ,dans son htel opul5t1 prs de son pre qu'il respecte et de sa mre qu'il *rit1 ,octave s'ennuie4 ,il se plonge dans les livres et dans la rv]ie4 ,il p5se un in/ant consacr] sa vie ,dieu2 mais l'tude de la philosophie le dt\rne de ces ides4 ,il re/e dans le monde et n'y voyant que bassesse1 alors qu'il ne rve que gr&eur d'me1 il le pr5d en dda94 ,p> sa hauteur1 il s'y fait des ennemis dont il se s\cie peu4 ,quelquefois mme il se laisse all] des m\vem5ts de fureur4 ,il croit voir p>t\t p]c] l'intrt p]sonnel1 et ne rpond aux avances qu'il reoit que p> l'ironie la plus amre4 ,dgt de t\t1 il veut en f9ir avec la vie2 mais le s5tim5t du devoir e/ assez =t en lui p\r le ret5ir4 ,cette victoire sur lui-mme lui apporte un peu de calme4 ,d'un autre ct1 il s'e/ pris d'une sympa?ie pr(onde p\r une jeune fille qu'il voit *aque j\r1 dans le salon d'une de ses p>5tes1 mais p> suite de mal5t5dus dplorables ou d'engagem5ts imprud5ts1 il ne peut s'unir elle4 ,p5dant sa lutte contre ces difficults1 ,octave se rconcilie avec la vie4 ,le monde lui semble mo9s hassable1 et surt\t mo9s occup de lui nuire444 ,il r$evi5t ju/e et mme indulg5t1 et il en arrive ds]t] ses raisonnem5ts svres sur bi5 des *oses4 ,cep5dant il n\rrit encore quelques ides exc5triques et son mpris p\r les hommes n'e/ pas va9cu p\r t\j\rs4 ,enf9 les ob/acles qui s'tai5t multiplis sont c>ts2 il se m>ie avec ,armance4 ,mais ce m>iage e/ condamn un dn\em5t prompt et fatal4 ,en effet1 ,octave1 avant d'p\s] la femme qu'il adorait1 avait rsolu de lui confi] un secret t]rible2 il lui avait dcl> qu'il tait un mon/re1 mais sans s'expliqu] davantage1 et il jugeait1 de son devoir de t\t lui dire4 ,il allait le faire1 qu& une ma*9ation ourdie p> des p>5ts1 intresss s'oppos] au m>iage projet1 avait entrav cette confession2 mais il s'tait fait le s]m5t de se tu] peu de temps aprs son m>iage p\r ne pas en*an] ,armance un homme qu'il jugeait indigne d'elle4 ,le m>iage accompli1 ,octave se ti5t p>ole1 et s\s prtexte d'all] se jo9dre aux df5seurs de l'indp5dance hellnique1 il quitte sa femme1 et p5dant la trav]se1 il s'empoisonne1 emportant dans la mort le secret qui pesait sur lui4 ,a9si aprs avoir vcu hors des voies communes ,octave f9it p> un acte inutilem5t c\pable4 ,il n'a eu de bon dans sa vie morale que les mom5ts dus un am\r pur4 ,noble et gr&1 mais sans disc]nem5t1 et sans ju/ice1 il se sacrifie une loi qu'il s'e/ impose peut-tre sans cause1 et en se sacrifiant il atte9t des tres innoc5ts et *]s4 ,un critique du temps1 dans la ,revue des ,deux-,mondes1 a dit qu',octave tait une c>icature ind*iffrable4 ,je reconnais qu'en plusieurs po9ts il e/ p\r n\s un problme1 mais l'obscurit qui plane sur sa nature entrait dans le plan de l'auteur1 et ri5 ne m'autorise p5s] que ce type1 t\t en tant peut-tre exagr1 ne ft pas vrai l'poque o ,beyle le dess9ait4 ,en t\t cas1 l'am]tume d',octave dpasse de beauc\p celle des p]sonnages de ,mme de ,duras1 quoiqu'il doive l'un d'eux son orig9e4 ,*ez ceux-ci1 la tri/esse nat d'une difficult trangre celui qui la subit2 le hros de ,beyle1 au contraire1 aj\te p> les inquitudes de son c>actre aux malheurs de sa de/9e4 ,mais *ez t\s1 la premire donne e/ un fond de tri/esse et de ds5*antem5t4 ,ce mot de ds5*antem5t n\s rappelle p> contra/e un roman qui a p\r titre le mot oppos1 mais qui conti5t aussi1 dans son dsordre capricieux1 plus d'une allusion l'tat maladif dont je suis les traces4 ,je veux p>l] des ,en*antem5ts de ,prud5ce publis s\s le pseudonyme de ,mme de ,saman1 p> ,mlle ,hort5se ,all>d4 ,cette femme1 dont le nom a fait quelque bruit dans ces d]nires annes1 et a t ml des indiscrtions rtrospectives sur un gr& criva91 avait dj publi des lettres sur les ouvrages de ,mme de ,/al1 v]s laquelle elle s'tait s5tie vivem5t attire4 ,son n\veau livre e/ une confession1 du mo9s on peut le croire1 c> l'auteur n'a pas *]* s'idalis] ni dissimul] aucune de ses impressions1 quelle qu'en ft la nature4 ,cette confession embrasse environ qu>ante annes p>tir de #ahbj4 ,le type qui s'en dgage e/ ard5t1 mais en mme temps rveur et inquiet4 ,ce sont surt\t les premi]s s\v5irs de ,prud5ce qui accus5t ce ct mlancolique4 ,elle aime la solitude de la campagne3 ,j'allais dans le p>c1 dit-elle1 m'enivr] du bruit gr&iose du feuillage p]du1 de cette mlancolie secrte1 de cette tri/esse loqu5te qui signale l'automne1 dans la pompe de ses inspirations et de ses rv]ies4 ,elle dcrit bi5 l'agitation de son me passant d'une tri/esse sans cause une flicit que ri5 ne motive3 ,un tr\ble1 un t\rm5t qui attaque la raison mme1 le dc\ragem5t de la vie et de ce qui la fait aim]3 ennui pr(ond2 regret am] et d\l\reux2 beso9 de s'afflig] et de rp&re des l>mes4 ,puis1 tranquillit d\ce et p>faite1 cont5tem5t passag]4 ,notons1 entre plusieurs1 un de ces j\rs ple9s d'motions rapides1 qu'aucune cause app>5te ne ju/ifie et o les tats d'me les plus diffr5ts se succd5t avec une rapidit qui f]ait d\t] de la p]si/ance de la p]sonnalit1 *ez l'tre tmo9 et sujet de ces v>iations4 ,c'e/ le lundi #cj ju9 #ahbb3 ,le mat91 agitation et s\ffrance insupportables2 ensuite calme ple9 de d\ceurs2 puis tri/esse pr(onde et ides d\l\reuses4 ,enf9 dn] et le soir vifs s5tim5ts de plaisir et joie complte d'exi/]4 ,ce j\r1 aj\te-t-elle1 a t une vie entire4 ,cette mobilit maladive1 ,prud5ce la porte dans sa vie relle1 dans ses en*antem5ts dont je ne f]ai pas l'hi/oire4 ,je dirai seulem5t qu'ils eur5t p\r premi] objet1 ce qui tait bi5 fait p\r lui plaire1 un homme d'un gnie sombre1 en proie mille impressions div]ses1 fatigu l'avance de ce qu'il avait le plus vivem5t dsir1 et s\ffrant p> l'imag9ation des maux in\s4 ,mme de ,saman mle1 d'ailleurs1 aux s5tim5ts les plus pr(anes1 les aspirations d'une vague religiosit4 ,s\s cette s5sibilit drgle1 s\s cette inquitude d'une me qui ne tr\ve pas de repos1 je dc\vre une n\velle victime du mal du sicle4 ,elle l'a gagn sans d\te1 ce mal1 dans son gt p\r des criva9s qui1 en tant atte9ts eux-mmes1 l'ont propag p> leurs crits4 ,je crois retr\v] ,jean-,jacques ,r\sseau en plus d'un endroit des ,en*antem5ts4 ,j'y retr\ve surt\t ,s5anc\r dont ,mme de ,saman se rappro*e encore plus p> la libre allure de la p5se et p> la =me quelquefois heureuse1 mais plus s\v5t nglige1 de son /yle4 ,il y a donc peu d'orig9alit *ez elle4 ,mais elle devait figur] ici1 ne ft-ce qu' titre de disciple4 ,,vi ,les ,arti/es4 ,g,,ricault4--,,delacroix4 ,ce n'e/ pas seulem5t dans les uvres littraires qu'on voit la maladie du sicle ctoy] sur c]ta9s po9ts l'hi/oire du romantisme4 ,les arts1 leur t\r1 n\s (fr5t le mme rappro*em5t4 ,gricault1 dont t\t le monde connat la clbre toile du ,radeau de la ,mduse qui p>ut au salon de #ahai1 et qui fut l'occasion d'une lutte ard5te entre les classiques et les romantiques1 ,gricault a dem& au pote du dsespoir quelques sujets de croquis2 il a su r5dre avec sa puissance habituelle les passions f>\*es de ,conrad et de ,l>a4 ,au re/e1 la nature intime de ce gr& pe9tre rpondait au c>actre de ses uvres4 ,un critique ,m4 ,g4 ,plan*e n\s a fait connatre que l'am\r trs-vif du plaisir s'alliait en lui de frqu5ts accs de mlancolie4 ,p> une sorte de press5tim5t de l'accid5t qui devait l'enlev] dans la =ce de l'ge 7#ahbd71 l'image de la mort t5ait une gr&e place dans ses p5ses4 ,une lettre crite p> le pe9tre ,*>let1 lettre dont l'au!nticit ne peut tre conte/e1 n\s appr5d mme que ,gricault a plus d'une fois song au suicide1 et que sans la vigilance de ses cam>ades1 il e/ probable qu'il et accompli son s9i/re projet4 ,*>let raconte qu'il l'a sauv4 ,on tr\ve a9si dans l'm95t auteur du ,naufrage les deux faits que n\s avons dj si s\v5t obs]vs1 la tri/esse et l'obsession du suicide4 ,sans p>tag] des s5tim5ts aussi viol5ts1 un autre pe9tre clbre1 ,delacroix1 fut aussi1 s\s la ,re/auration1 le reprs5tant de l'alliance du romantisme et de la mlancolie4 ,on rem>que qu'il *oisit alors volonti]s ses sujets dans les crits dont l'analyse a dj fait p>tie de ce travail4 ,il dbute p> le gr\pe de ,dante et ,virgile 7#ahbb71 et il enveloppe le front de ces deux potes d'un nuage de tri/esse4 ,ensuite il aborde ,g! 7#ahbf7 et p]sonne n'a mieux exprim que lui le c>actre trange et d\l\reux de la fanta/ique lg5de de ,fau/4 ,il se mesure aussi avec ,byron1 7#ahbi1 #ahce7 et il reproduit avec sa f\gue m]veilleuse les types de ses sombres hros4 ,plus t>d 7#ahci1 #ahdc71 qu& il s]a t5t p> ,%akespe>e1 il imprim]a un ca*et de dsolation la srie de ses dess9s sur l'impntrable ,hamlet1 sur l'app>ition lugubre de son pre1 sur la mort de l'in=tune ,ophlie8 ,qui ne se s5tirait surt\t saisi d'motion en face de ce tableau o le jeune pr9ce contemple le crne d',yorick d'un air indcis1 qui ti5t le milieu entre les app>5ces de la mditation philosophique et celles de la folie8 ,t\tes ces uvres se rapportai5t un mme ordre d'ides1 un mme g5re d'impressions qui dnot5t bi5 quelle tait la t5dance habituelle de l'arti/e1 et qui =m5t un trait d'union entre ces deux gr&s reprs5tants de l'cole mod]ne1 ,gricault et ,delacroix4 ,,vii ,les ,jeunes ,g5s4 ,j4-,j4 ,,amp,,re ,,et ,,ses ,,amis4 ,en prs5ce du conc]t mlancolique que =mai5t alors la posie1 la philosophie1 le roman1 l'art enf91 quelle tait l'attitude de la jeunesse de la ,re/auration8 ,j'ai dj p>l en un autre endroit d'une composition de ,ballan*e intitule3 le ,vieill>d et le jeune ,homme2 elle date de cette poque4 ,l'auteur met en scne un jeune homme qui dsespre de son sicle et ne sait o se pr5dre1 et un vieill>d qui *]*e relev] son c\rage1 et lui r5dre la foi en l'av5ir4 ,le vieill>d s'adresse au jeune homme en ces t]mes3 ,mon fils1 v\s portez dans votre se9 une secrte inquitude qui v\s dvore444 ,eh quoi6 v\s avez pe9e quelques s\v5irs fugitifs1 et dj v\s tr\vez qu'ils v\s suffis5t444 ,les livres seuls v\s ont t\t appris4 ,v\s *]*ez la solitude comme l'in=tun qui a essuy mille maux444 ,c>actre bi5 s+uli] de l'poque o n\s sommes placs6 ,le jeune homme n'a pas le temps de =m] des affections2 il fran*it sans l'ap]cevoir le mom5t fugitif o elles devai5t natre en lui3 le s\rire de la beaut n'atte9dra pas son cur1 n'en*ant]a pas son imag9ation444 ,les plus hautes conceptions des sages qui p\r y p>v5ir ont eu beso9 de vivre de longs j\rs sont dev5ues le lait des enfants444 ,je veux essay]1 mon fils1 de gurir en v\s une si tri/e maladie1 tat f*eux de l'me1 qui int]v]tit les saisons de la vie1 et place l'hiv] dans un pr9temps priv de fleurs4 ,s+ulire int]v]sion des rles6 ,bi5 s\v5t on avait vu en face l'un de l'autre le jeune en?\sia/e et le vieill>d dsabus4 ,ici les situations sont *anges2 c'e/ le vieill>d ple9 encore d'esprance qui rcon=te le jeune homme dj ds5*ant4 ,mais en =mulant ce contra/e1 ,ballan*e n'a pas cd au dsir de se livr] un piquant p>adoxe1 il a seulem5t con/at un fait dont l'expri5ce multipliait aut\r de lui les exemples4 ,il tait en cela d'accord avec un autre obs]vateur sagace4 ,dans un morceau 9dit jusqu'en #ahdg1 mais crit en #ahag1 s\s ce titre3 ,de la jeunesse1 ,m4 de ,rmusat traait des jeunes g5s de cette poque un portrait qu'il e/ intressant de rappel]4 ,aprs avoir signal *ez eux une t5dance se s+ul>is]1 le dgt du tra9 commun des *oses1 il s'arrte sur une figure qui lui p>at reproduire la physionomie de plusieurs de ses jeunes contempora9s4 ,clon e/ n avec des facults qui donnai5t de gr&es esprances4 ,il a reu une ducation leve4 ,mais non cont5t de l'av5ir auquel ces avantages lui donnai5t le droit d'aspir]1 il se croit appel des de/9es suprieures1 et se fait p\r son usage un monde imag9aire dans lequel il se complat4 ,il vi5t aim]1 et1 s\s ce rapport1 il p>at se di/+u] du jeune homme de ,ballan*e2 mais s'il n'e/ pas encore aussi glac que lui1 combi5 il re/e tide6 ,il a bi5 le dsir de r5dre sa situation dans le monde digne de l'objet de son am\r1 mais p\r y p>v5ir il ne t5te ri5 de srieux1 et aj\rne indf9im5t t\te entreprise4 ,il essaie enf9 d'crire un ouvrage1 mais sans b prcis1 sans volont arrte2 aussi ne t>de-t-il pas l'ab&onn]4 ,cep5dant il ne se rsigne pas non plus entr] dans la voie vulgaire et vivre comme t\s les membres de la socit4 ,il cont9ua1 dit ,m4 de ,rmusat1 de se croire une exception1 malheur grave p\r qui n'e/ pas une supriorit444 ,il fit s5tir qui l'appro*ait un dda9 que ne ju/ifiait aucun succs brillant4 ,son ton tait sec1 son langage am]4 ,il se j\ait de t\s les s5tim5ts naturels1 raillait t\tes les croyances1 pr5ait piti de t\s les scrupules1 insultait t\tes les ides reues444 ,il semblait dfi] la malveillance qui rpondit l'appel444 ,il s'endurcit p> s\ffrance et se dess*a bi5tt p> calcul4 ,il se disait dsespr2 en df9itive1 il s'ennuya444 ,il m\rut jeune1 mais cep5dant ayant assez vcu p\r dcevoir jusqu' la d]nire esprance et t>ir d'avance jusqu'au d]ni] regret4 ,une telle de/9e n'e/ possible que de nos j\rs4 ,une d]nire apprciation doit s'aj\t] ces jugem5ts4 ,dans un crit sur lequel je revi5drai en son lieu1 ,alfr$ de ,musset1 lui aussi1 a dcrit la gnration qui dbutait dans le monde avec la ,re/auration4 ,il l'a dpe9te ard5te1 ple1 rveuse1 incrdule1 livre aux apptits matriels4--,qui os]a jamais1 s'crie-t-il1 racont] ce qui se passait alors dans les collges8 ,les hommes d\tai5t de t\t3 les jeunes g5s nir5t t\t2 les potes *antai5t le dsespoir3 les jeunes g5s sortir5t des collges avec le front s]e91 le visage frais et v]meil et le blasphme la b\*e4 ,enf91 selon lui1 la jeunesse au lieu d'avoir l'en?\siasme du mal n'avait que l'abngation du bi52 au lieu du dsespoir1 l'ins5sibilit4 ,sans disput] sur c]ta9s dtails1 il faut reconnatre l'op9ion d',alfr$ de ,musset l'g>d de ses contempora9s quelque autorit4 ,e/-ce dire qu' ct du type de jeunes g5s dpe9t p> ,ballan*e1 ,rmusat et ,musset1 il n'en exi/t pas d'autres8 ,ne sait-on pas1 au contraire1 que beauc\p1 lo9 de s'endormir dans une apa?ie /rile1 se livrai5t avec ardeur de laborieuses tudes1 et se prp>ai5t noblem5t p\r l'av5ir2 que plusieurs mme tai5t enflamms d'une passion prcoce p\r les *oses politiques1 manquant la classe1 a-t-on dit1 le j\r o l'on *assait ,manuel1 am\reux indiffremm5t de ,napolon et de la ,rpublique1 de ,mme de ,/al et de ,mme ,rol&1 f\s de ,r5 et des lettres de ,mirabeau ,sophie1 emportant s\s le bras ,did]ot la classe de rhtorique et ,brang] la classe de philosophie8 ,sans d\te2 mais ces faits ne contr$is5t pas ceux qui prcd5t4 ,le mal tait du re/e1 ici encore1 ml de quelque affectation4 ,cette dsillusion pr(onde1 ce dda9 am]1 ce dsespoir sup]be1 cet orgueilleux ennui1 cette audace de ngation que montrait la jeunesse1 n'tai5t-ils pas imits de ,*ateaubri&1 de ,s5anc\r1 de ,g! et surt\t de ,byron8 ,les livres v\s ont t\t appris1 disait ,ballan*e2 et en effet1 les s5tim5ts dont je vi5s de p>l] tai5t trop prcoces et trop outrs p\r tre p>faitem5t s9cres4 ,n\s allons les exam9] de plus prs1 dans quelques p]sonnalits rem>quables4 ,un mot d'abord d'un homme qui plus t>d e/ dev5u un gr& publici/e1 qui ne s'e/ jamais compltem5t guri d'un c]ta9 fonds de tri/esse et d'inquitude1 mais qui alors tait p>ticulirem5t atte9t de ce qu'on a appel le mal de la jeunesse4 ,m4 de ,tocqueville crivait1 le #af septembre #ahbc1 un ami1 ,m4 ,eugne ,/(fels3 ,mon *] ami1 t*e de t'occup] =tem5t1 *asse1 danse1 remue-toi2 enf9 sub/itue1 autant que possible1 l'activit du corps celle de l'me4 ,la premire peut fatigu] la ma*9e1 mais ne l'use jamais2 la seconde1 notre ge surt\t1 ne peut pas tre en action sans se ret\rn] sur elle-mme1 et produire des maux qui1 quoique sans cause relle1 n'en sont pas mo9s bi5 vifs4 ,j'en sais1 malheureusem5t1 quelque *ose p\r ma "p4 ,j'arrive d'autres noms qui ont eu aussi1 avec plus ou mo9s d'clat1 leur clbrit4 ,en #ahah1 il y avait ,p>is un petit cnacle d'amis1 lis entre eux p> des tudes analogues et p> des gts semblables4 ,ils sortai5t du collge1 et ils entrai5t pe9e dans le monde4 ,le premi] d'entre eux tait ,jean-,jacques ,ampre4 ,aut\r de lui se gr\pai5t ,jules ,ba/ide1 ,alb]t ,/apf]1 ,alexis de ,jussieu1 ,franck-,c>r1 et quelques autres encore4 ,les circon/ances ayant sp> ces fidles amis1 ils avai5t suppl l'abs5ce p> les lettres4 ,la correspondance d',ampre n\s dvoile le cur de ces jeunes g5s4 ,ampre1 loign de son ami ,ba/ide1 lui crit en janvi] #ahbj3 ,ah6 il y a des mom5ts o il me semble1 comme ,w]!r1 que ,dieu a dt\rn sa face de l'homme et l'a livr au malheur1 sans sec\rs1 sans appui4 ,l'homme e/ ici-bas p\r s'ennuy] et s\ffrir4 ,le #bj mai #ahbj1 la note e/ encore plus sombre4 ,mon *] ,jules1 la sema9e d]nire1 le s5tim5t de maldiction a t sur moi1 aut\r de moi1 en moi4 ,je dois cela ,"l ,byron2 j'ai lu deux fois de suite le ,manfr$ anglais4 ,jamais1 jamais de ma vie1 lecture ne m'crasa comme celle-l4 ,j'en suis malade4 ,diman*e1 j'ai t voir c\*] le soleil sur la place de l'esplanade3 il tait m5aant comme les feux de l'enf]4 ,je suis entr dans l'glise1 o les fidles en paix *antai5t l'alleluia de la rsurrection4 ,appuy contre une colonne1 je les ai reg>ds avec dda9 et envie4 ,j'ai compris p\rquoi la maldiction de ,"l ,byron f9issait p> ces mots3 ,l'univ]s t\t enti] sur ton cur a pass3 ,que ce cur dsormais soit aride et glac4 ,le soir j'ai dn *ez ,edmond2 il a fallu p>l] avec ,mme ,morel de papi]s pe9ts et d'app>tem5ts4 ,a neuf heures1 je n'en p\vais plus2 j'tais dans un dsespoir am] et viol5t1 les yeux f]ms1 la tte p5*e en arrire1 me dvorant moi-mme4 ,je laissai tomb] quelques mots de d\leur et d'ironie aux consolations de la d\ce ,lydia4 ,un autre j\r1 il s'en pr5d la philosophie et il veut rompre avec la socit3 ,que je maudis1 que j'excre la philosophie6 ,c'e/ elle qui m'a am5 au dgt de t\tes *oses2 je crois que je donn]ai ma dmission de la socit444 ,oui1 il faut que je p>te1 je ne sais ce qui m'arrte2 mais o all]8 ,dans cette mme lettre du #a;er ju9 #ahbj1 il av\e qu'il cde encore la t5tation des *oses du monde1 mais il s'en accuse aussitt3 ,croirais-tu que ces j\rs-ci j'ai eu des ambitions de gloire1 des rves potiques6 ,pauvre f\6444 ,j'ai mme fait quelques v]s2 j'en f]ai quelques autres dans ma vie1 mais je ne sais pas si je p\rrai ri5 f9ir4 ,que m'importe6 ,deux j\rs aprs1 il raconte son ami qu'il vi5t de subir une n\velle crise3 ,mon *] ,jules1 lundi je t'avais crit une lettre satanique1 mais je la d*ire2 cet accs de rage contre le de/9 a fait place un dda9 pr(ond de t\te *ose1 de l'av5ir et de moi-mme4 ,je veux p>tir4 ,il "p1 en effet4 ,de ,vevay1 il crit le #aj aot3 ,je relis ,w]!r1 au fond duquel je n'avais jamais pntr1 et deux volumes de ,lam5nais2 dans le second1 il y a des passages absolum5t faits p\r n\s4 ,dieu1 que cet homme a le s5tim5t de la ru9e6 ,enf91 dans une lettre de ,b]ne1 du #bj septembre #ahbj1 il crit ces lignes3 ,mon ami1 aie so9 de toi4 ,ob]mann n\s crie3 ,s]rez-v\s1 hommes simples qui avez le s5tim5t de la beaut des *oses naturelles4 ,n\s t\s qui s\ffrons1 aidons-n\s4 ,celui qui s'adressai5t ces confid5ces et ces exhortations tait fait p\r compr5dre les unes et avait beso9 des autres4 ,il s\ffrait comme ,ampre4 ,il lui crivait que la solitude n'tait pas bonne dans leur commune situation2 il n'att5dait1 d'ailleurs1 de consolation d'aucun ct2 atte9t dans sa sant1 il envisageait la mort sans les esprances sublimes qui l'ad\ciss5t et qu'il eut cep5dant dsir possd]4 ,il faisait ent5dre des lam5tations d'un c>actre plus philosophique que celles de son ami1 mais d'une philosophie t\rm5te4 ,que les j\rs et les nuits sont tri/es6 crivait-il444 ,ah6 p\rquoi suis-je lo9 de v\s8 ,seul1 les fantmes m'assig5t444 ,ah6 si aprs la mort n\s devions n\s retr\v] un j\r1 combi5 je s]ais tranquille6 ,mais non1 t\te affection s]a brise1 il faut se cont5t] de cette misrable vie de la t]re o l'on voit des ro*]s1 des nuages2444 non1 je ne compr5drai jamais que mon me qui possde l'inf9i1 puisse s'anantir4 ,je me p]ds dans ces my/res t]ribles6 7#ai aot #ahbj74 ,les autres membres du gr\pe d',ampre n'tai5t pas mo9s blesss4 ,aprs avoir dit ,ba/ide tu s\ffres autant que moi1 ,ampre aj\tait3 ,et ,franck6 et ,/apf]6 ,ce d]ni]1 traducteur des uvres dramatiques de ,g!1 prononait des p>oles amres que son ami n\s a rapportes3 ,alb]t me disait l'autre soir3 il y aura t\j\rs quelque *ose de sombre1 de ds5*ant au fond de notre exi/5ce 7,lettres de #ahbj et #ahba74 ,enf91 un autre jeune homme qui n'app>at dans ce c]cle qu'en #ahbb1 mais qui app>t5ait comme ,ampre une famille de savants et que cette circon/ance devait rappro*] de lui1 s'y ratta*ait encore p> des aff9its de s5tim5ts et de c>actre4 ,c'tait ,alexis de ,jussieu4 ,il crivait ,ampre1 en ju9 #ahbb3 ,j'ai l'esprit calme et repos p> quelques heures de tri/esse4 ,j'ai travaill t\t le j\r mon tat1 c> j'ai un tat dans le monde4--,je suis trs mlancolique2 encore deux ans pe9e1 et je n'aurai mme plus la prsomption de la jeunesse p\r me faire rv] une petite r5omme4 ,cette ide me dc\rage4 ,et l'anne suivante1 le #be octobre1 aprs avoir fait son ami le rcit d'une passion malheureuse1 il aj\tait1 non sans loqu5ce3 ,l'irrp>able1 le pass1 l'impossible1 t\t e/ ngation dans le monde4 ,la vie n'e/ qu'un long refus du bonheur1 et n\s autres1 vils m5diants que n\s sommes1 n\s le dem&ons t\j\rs4 ,ces jeunes hommes1 expression *oisie du tempram5t moral alors si rp&u1 ressembl5t assez1 on le voit1 aux portraits que j'ai cits plus haut4 ,ils se prs5t5t seulem5t avec des traits mo9s contracts1 un s\rire mo9s am]1 un air plus aimable4 ,avec plus de naturel8 ,je ne le prt5ds pas1 et n'a-t-on pas dj reconnu les influ5ces av\es auxquelles obissai5t ces jeunes esprits8 ,c'tait ,w]!r1 avec ses dclamations contre la socit2 c'tai5t les crations de ,byron avec leur sombre ironie1 leur froid dda9 et leurs prt5tions sataniques2 mais c'tait surt\t ,ob]mann1 avec ses habitudes rveuses1 son gt de la nature1 ses va9es aspirations et ses ef=ts vite dc\rags4 ,t\s et avec eux un autre ami encore1 nomm ,sautelet1 avai5t conu1 p>at-il1 p\r ,s5anc\r une admiration my/rieuse et conc5tre1 qui ressemblait d'autant plus un culte1 dit ,sa9te-,beuve1 qu'elle tait le secret de quelques-uns4 ,ce culte1 d'ailleurs1 ne s'ex]ait pas sans opposition4 ,m4 ,c\s91 qui ces jeunes g5s tai5t galem5t dv\s1 ne les appr\vait pas1 et ne leur ca*ait pas sa faon de p5s]4 ,mais la *ose e/ raconte de faon diffr5te p> ,sa9te-,beuve et p> ,ampre lui-mme1 et il faut ent5dre les deux v]sions4 ,m4 ,c\s91 dit ,sa9te-,beuve1 impati5t peut-tre de ce p>tage1 et p\r c\p] c\rt ce qui lui semblait un eng\em5t1 leur avait dit un j\r que l'auteur d',ob]mann avec sa mlancolie /rile ne p\vait tre qu'un mauvais cur4 ,ce mot d'un matre et qui lui tait *app un peu l'av5ture tonna et tr\bla pr(ondm5t les adeptes1 mais sans t\tefois les ds5*ant]4 ,voici le rcit d',ampre3 ,n\s avons quitt ,c\s9 ,lyon1 il p>at qu',alb]t 7,/apf]7 a eu avec lui en r\te une prise viol5te t\*ant ,s5anc\r1 ,byron1 ,lam5nais1 qu'il appelle des polissons1 des degrs du nant1 des g5s qui ramass5t de la b\e et en font des petits tas1 et autres g5tillesses philosophiques1 dont il m'avait dj rpt une p>tie2 mais je n'ai pu m'emp*] de lui rire au nez qu& il m'a dit moi3 ,m4 ,s5anc\r1 c'e/ une bte4 ,je crois plus volonti]s l'au!nticit de ce d]ni] mot1 qui n\s e/ rapport p> un tmo9 direct et qui e/ bi5 con=me la v]ve imptueuse de celui auquel il e/ attribu4 ,au surplus1 si l'un de ces jugem5ts tait dur p\r le c>actre de ,m4 de ,s5anc\r1 l'autre n'tait pas flatteur p\r son esprit1 et t\s deux devai5t froiss] gr&em5t ses admirateurs4 ,mais les deux n>rations sont d'accord p\r dire que leurs convictions n'en fur5t nullem5t branles4 ,cep5dant le mal *ez ces jeunes g5s ne devait pas avoir une longue dure4 ,sa gurison pro*a9e se dev9e dans la correspondance d',ampre4 ,on peut not] le mom5t o1 fatigu de son rle de dsespr1 il laisse p]c] la p5se qu'il ne refus]a pas de se laiss] consol]4 ,a propos de ce que disait son ami ,alb]t1 de ce quelque *ose de sombre et de ds5*ant qu'on tr\ve au fond de notre exi/5ce1 il rpondait 7#aj novembre #ahba73 ,je comm5ce croire que t\tes les joies n'en s]ont pas bannies444 je pleur]ai l'idal impossible1 sans mconnatre les bi5s rels2 et l'anne suivante 7ju9 #ahbb71 il crit de ,vanteuil ,mme ,rcami]3 ,je ne me plais pas dans la s*]esse2 je ne dem&e pas mieux que d'tre heureux4 ,bi5tt aprs1 il repr5d sur lui assez d'empire p\r compos]1 du s\v5ir de ses exaltations juvniles ml des tableaux ,teutoniques et ,sc&9aves1 une n\velle1 intitule ,*ri/ian ou l',anne roma9e4 ,*acun sait1 du re/e1 qu'il a ple9em5t russi dompt] ses dc\ragem5ts imag9aires1 et que1 dans le c\rs d'une exi/5ce trop borne mais bi5 remplie1 il a prodigu des trsors d'ardeur curieuse1 de laborieuse activit et d'affection passionne1 qui ont atte/ en lui1 mme aprs l'ge normal1 cette jeunesse d'esprit et de cur qu'il se df5dait d'avoir en sa vraie saison4 ,la plup>t de ses amis ont donn leur t\r le spectacle d'une trans=mation non mo9s pr(onde4 ,j'ignore ce que sont dev5us ,/apf] et ,sautelet1 mais ,ba/ide1 ,franck-,c>r et ,jussieu sont entrs dans la vie pratique4 ,la ,rvolution de #ahcj leur a ouv]t div]ses voies1 et ils n'ont plus p>l de leurs s\ffrances4 ,j'imag9e que plus d'un de leurs semblables mo9s connus a suivi la mme m>*e1 et n'a pas t>d dp\ill] sa premire =me4 ,aussi s]ait-on t5t de dire aprs t\t3 d\ce tri/esse encore que celle de ces jeunes g5s2 mlancolie d'imag9ation qui semble une sorte de coquett]ie l'adresse du bonheur qui les att5dait1 mais qui le plus s\v5t ne les a pas emp*s une c]ta9e heure de j\ir de la vie1 et qui n'a s]vi peut-tre qu' en rehauss] le prix leurs yeux4 ,quoi qu'il en soit1 et t\t au mo9s en app>5ce1 la jeunesse ne faisait pas exception l'tat maladif trs commun p>mi n\s p5dant la ,re/auration et qu'on va retr\v] encore hors de la ,france4 ,,viii ,les trang]s4 ,,italie4--,,allemagne4--,,anglet]re4--, ,russie4 ,en effet1 le m\vem5t que n\s avons suivi dj l'trang] jusqu'en #ahae ne s'tait pas ral5ti aprs cette date4 ,il prs5tait mme cette p>ticul>it rem>quable qu'il se faisait surt\t s5tir *ez une nation1 l',italie1 peu dispose1 p> son c>actre national s'y prt]1 et *ez laquelle n\s n'en avons encore r5contr qu'un seul exemple4 ,c'e/ une figure importante au po9t de vue o n\s n\s plaons que celle de ,leop>di4 ,on s'accorde voir en lui le crateur du pessimisme dans sa =me mod]ne4 ,c'e/ lui qui a inaugur la ?orie1 dev5ue depuis clbre1 des trois /ades de l'illusion1 l'illusion du bonheur p>fait1 l'illusion de l't]nit bi5heureuse1 l'illusion de la trans=mation du monde p> le progrs de la sci5ce4 ,il n'aurait cep5dant pas des titres suffisants notre att5tion dans une tude qui n'a pas p\r objet direct le pessimisme philosophique1 s'il n'avait fait qu'expos] la ?orie de l',infelicit4 ,mais on voit si bi5 qu'il ne fait qu'un avec son sy/me1 et qu'il n'a pas su se faire1 comme d'autres1 une rs]ve secrte de bonheur1 qu'on ne doit pas hsit] le rang] non seulem5t p>mi les pessimi/es1 mais aussi p>mi les mlancoliques4 ,et p\vait-il ne pas l'tre8 ,en va91 lui-mme affirme que ce n'e/ pas dans des *agr9s intimes qu'il a puis ses ides dsespres2 il n'e/ pas possible que le s5tim5t de sa disgrce physique1 le dlabrem5t de sa sant ru9e de bonne heure p> un travail excessif1 les d\leurs de son patriotisme bless p> l'oppression de l',italie1 les pe9es d'un am\r malheureux1 n'ai5t pas contribu assombrir sa p5se4 ,mais supposons1 je le veux bi51 cette disposition inne en lui4 ,en t\t cas1 quel s5tim5t d'am]tume rellem5t pr\ve dans ces lignes du dialogue de ,tri/an et de son ami3 ,je me g>de bi5 de rire des desse9s et des espoirs des hommes de mon temps2 je leur dsire1 de t\te mon me1 le meilleur succs possible2 mais je ne les envie ni eux1 ni nos desc5dants1 ni ceux qui ont vivre longuem5t4 ,en d'autres temps1 j'ai envi les f\s et les sots1 et ceux qui ont une gr&e op9ion d'eux-mmes1 et j'aurais volonti]s *ang avec n'importe qui d'entre eux2 auj\rd'hui1 je n'aime plus ni les f\s1 ni les sages1 ni les gr&s1 ni les petits1 ni les faibles1 ni les puissants3 j'envie les morts1 et ce n'e/ qu'avec les morts que je *ang]ais6 ,la suprme esprance de ,leop>di e/ le nant4 ,bi5 des criva9s ont p>l de l'ennui d'exi/]1 de la fatigue de vivre2 lui1 il a tr\v un mot qui les dpasse3 la ,g5tilezza del morir4 ,en ma9t endroit1 sa correspondance rvle les angoisses de sa p5se4 ,il en e/ de mme de sa posie4 ,on a surt\t ret5u de lui une pice qui a p\r titre l',am\r et la ,mort4 ,on y lit ces v]s que je cite dans la traduction qu'en a donne ,sa9te-,beuve3 ,et toi1 qu'enfant dj j'honorais si prs5te1 ,belle mort1 ici-bas seule compatissante ,a mes tri/es ennuis1 si jamais je t5tai ,aux vulgaires ef=ts d'arra*] ta beaut ,et de v5g] l'clat de ta pleur div9e1 ,ne t>de plus1 desc5ds1 et que ton front s'incl9e ,en faveur de ces vux trop inacc\tums4 ,je s\ffre et je suis las2 endors mes yeux calms1 ,s\v]a9e du temps4 ,de telles inspirations ju/ifi5t le surnom de sombre amant de la mort que ,musset dc]na plus t>d au pauvre ,leop>di et les v]s qu'il lui a consacrs4 ,comme philosophe ,leop>di avait1 son insu1 en ,allemagne1 un disciple qui1 a9si qu'il arrive p>fois1 devait dpass] son matre4 ,s*op5hau] connaissait les posies de ,leop>di qu& il composa son ,trait du monde comme volont et comme reprs5tation4 ,les vues de ,leop>di sur le monde sont le po9t de d"p de celles de ,s*op5hau]2 mais celui-ci leur donne une =me savante et tablit l'impossibilit du bonheur p> des raisonnem5ts4 ,t\t1 dit-il1 dans l'homme ab\tit la volont2 le dsir lui-mme e/ une volont2 or le dsir e/ une s\ffrance2 mais la satisfaction du dsir e/ la f9 de la volont1 et la f9 de la volont1 c'e/ la mort2 donc le bonheur n'e/ pas ralisable2 la diffr5ce de la d\leur qui e/ positive1 le bonheur e/ ngatif1 et le non-tre e/ prfrable l'tre1 ce qu'il fallait dmontr]4 ,mais si ,s*op5hau] a donn la doctr9e de ,leop>di des dveloppem5ts inatt5dus1 il e/ re/ bi5 au-dess\s de lui dans l'expression de la tri/esse4 ,il n'a pas mis dans son uvre l'acc5t p]sonnel et conva9cu qu'on obs]ve dans celle du gr& pote itali51 et sa biographie n\s appr5d qu'il tait lo9 de port] dans la vie les sombres ides auxquelles ab\tit sa doctr9e4 ,il n'app>ti5t donc qu'indirectem5t la maladie du sicle4 ,du re/e1 l'poque de sa publication1 son livre produisit peu d'effet1 mme sur ses compatriotes4 ,l'heure du pessimisme ab/rait n'avait pas encore sonn p\r eux4 ,ils s'en t5ai5t au pessimisme individuel4 ,ils re/ai5t v\s au culte de ,g! et ,w]!r p\rsuivait p>mi eux ses ravages4 ,au nombre des suicides les plus ret5tissants inspirs alors p> cette uvre fune/e1 il faut plac] celui de ,*>lotte ,/ieglitz4 ,femme d'un pote d\ de plus d'am\r-propre que de tal5t1 et voyant l'imag9ation potique languir en lui1 cette malheureuse *]*a la ranim] p> un gr& c\p1 et ne tr\va ri5 de mieux que de se donn] la mort1 sacrifice qui s]ait hroque s'il n'tait crim9el1 et qui dc\vre bi5 la pr(ondeur du mal dont s\ffrait ce monde de g5s de lettres1 vaniteux1 puis1 livr des beso9s artificiels1 et dp\rvu de rgle et de pr9cipes6 ,de son ct1 l',anglet]re cont9uait suivre les mmes errem5ts4 ,le dsespoir de ,byron y tait t\j\rs un objet d'mulation et d'envie4 ,c]ta9es g5s ne se lassai5t pas de mettre leur gloire p>atre pr(ondm5t tri/es4 ,*ateaubri& qui a pu obs]v]1 p5dant qu'il reprs5tait la ,france en ,anglet]re1 cette s+ulire manie1 n\s en a laiss le tableau suivant3 ,en #ahbb1 dit-il1 le fa%ionable devait (frir au premi] c\p d'il un homme malheureux et malade2 il devait avoir quelque *ose de nglig dans sa p]sonne1 les ongles longs1 la b>be non pas entire1 non pas rase1 mais gr&ie un mom5t p> surprise1 p> oubli1 p> les proccupations du dsespoir2 m*e de *eveux au v5t1 reg>d pr(ond1 sublime1 g> et fatal2 lvres contractes en dda9 de l'espce huma9e2 cur ennuy1 byroni51 noy dans le dgt et le my/re de l'tre4 ,l'auteur de ,r5 avait-il bi5 le droit de raill] a9si les disciples de ,byron8 ,n'tait-il pas lui-mme le pre d'une famille de jeunes dsesprs1 et le fa%ionable de #ahbb ne rappelle-t-il pas un portrait clbre qui n\s montre prcism5t le vicomte de ,*ateaubri& la ma9 sur la poitr9e1 l'il sombre1 le front s\cieux et les *eveux jets au v5t8 ,il e/ vrai que1 d'un ct1 il y avait le gnie et l'orig9alit1 de l'autre1 seulem5t l'imitation purile4 ,t\j\rs e/-il que l',anglais mlancolique dont n\s p>le ,*ateaubri& e/ pe9t d'aprs nature et porte bi5 sa date4 ,en mme temps1 une n\velle puissance entrait dans ce qu'on p\vait appel] la confdration europenne de la mlancolie4 ,la ,russie1 en y pr5ant rang1 agissait d'abord1 en quelque sorte1 comme allie de la ,france4 ,sans all]1 comme l'a fait le comte ,lab9ski1 s\s le nom de ,jean ,polonius1 dans des posies1 d'ailleurs assez dp\rvues de c>actre1 jusqu' lui emprunt] son idime mme1 le comte ,kamor9ski s'inspirait de son gnie n\veau1 surt\t des mditations de ,lam>t9e4 ,cette importance donne aux uvres intellectuelles de notre pays mrite d'autant plus d'tre rem>que que1 jusqu' prs5t1 j'ai eu signal] bi5 plutt l'influ5ce de l'trang] sur la ,france4 ,notons donc un fait qui peut tre flatteur p\r notre orgueil national4 ,t\tefois1 d'autres encore que n\s p\vai5t rev5diqu] un honneur semblable4 ,l',anglet]re et1 dans une c]ta9e mesure1 l',allemagne ont eu ce mom5t sur la ,russie leur "p d'influ5ce4 ,p\*k9e a t appel le ,byron russe4 ,m>l9ski avait aussi du ,byron dans le sang4 ,les deux potes russes que je vi5s de nomm] ont ex]c sur la jeunesse de leur temps une action pr(onde1 le d]ni] surt\t4 ,les hros la ,m>l9ski1 a dit ,m4 ,t\rguneff1 se r5contrai5t *aque pas1 surt\t en prov9ce1 et en p>ticuli] dans l'arme et dans l'artill]ie2 ils p>lai5t et correspondai5t dans sa langue2 ils g>dai5t dans le monde un air sombre1 r5f]m1 l'orage dans l'me et le feu dans le sang1 comme le lieut5ant ,belozor de la frgate ,naddja4 ,ils dvorai5t les curs des femmes2 c'e/ eux que s'adressait la dnom9ation de fatal4 ,ce type s'e/ cons]v longtemps1 et il e/ reproduit dans un roman de ,l]mont(f4 ,que de *oses1 dit encore ,m4 ,t\rguneff1 ne tr\ve-t-on pas dans ce type8 le byronisme1 le romantisme1 les s\v5irs de la ,rvolution franaise1 des dcembri/es1 et l'adoration de ,napolon2 la foi au de/91 une toile1 la =ce du c>actre1 de la pose et de la phrase2 et l'angoisse du vide1 les inquitantes fluctuations d'un troit am\r-propre1 en mme temps que l'audace et la =ce agissante1 etc444 ,en passant la ,pologne1 et ce n'e/ pas hlas6 sortir de la ,russie1 n\s r5controns encore un pote1 qu'on a nomm le ,byron polonais4 ,mais cette qualification e/ trop exclusive1 c>1 dans son pome des ,dziady 7anctres71 ,mickiewicz procde autant de ,fau/ que de ,manfr$4 ,enf91 allant t\j\rs plus lo9 et remontant jusqu'aux rgions glaces de l',isl&e1 n\s y tr\vons encore quelque trace du m\vem5t romantique dans ce qu'il avait de favorable aux t5dances mlancoliques4 ,un pote trs apprci dans son pays1 ,m4 ,?or>5s51 rappelle p> ses t5dances nos potes del ,re/auration1 et l'on a df9i sa posie la voix d'une me rveuse et aimante1 qui a s\v5t c>ess ma9t pre/ige et pleur ma9te dception4 ,du re/e1 ses uvres sont1 dans la littrature trangre1 le d]ni] des docum5ts que j'avais m5tionn] ici1 entre #ahae et #ahcj1 et n\s p\vons ma9t5ant jet] un reg>d sur l'ensemble de l'poque comprise entre ces deux dates1 soit en ,france1 soit au dehors4 ,,ix ,c>actre et causes du mal du sicle de #ahae #ahcj4 ,de #aghi #ahae1 le mal que j'tudie avait s\v5t prs5t une int5sit pr(onde1 une sorte de f\gue et de vhm5ce2 il clatait en amres explosions1 en viol5tes manife/ations2 il n'acceptait gure le remde des consolations religieuses1 et ne reculait pas devant la p5se du suicide4 ,p5dant l'poque suivante1 la mlancolie p]d quelque peu son aspect f>\*e2 sans cess] de faire ent5dre une voix pla9tive1 elle pr5d d'ord9aire un acc5t plus att5dri et plus d\x2 r>em5t elle a rec\rs aux actes de dsespoir2 elle s'empre9t assez facilem5t d'un s5tim5t religieux sans d\te bi5 flottant1 sujet beauc\p de dfaillances et d'angoisses1 mais cep5dant rel4 ,cet tat diffrait donc p> son c>actre de celui qui l'avait prcd4 ,il en diffrait aussi p> ses causes4 ,n\s avons vu que1 dans notre pays1 p5dant le c\rs de la ,rvolution et de l',empire1 et en faisant ab/raction de c]ta9s cas p>ticuli]s1 la mlancolie prov5ait1 en p>tie1 de l'influ5ce de ,jean-,jacques ,r\sseau et de ,g!1 mais surt\t des impressions d\l\reuses rsultant des vnem5ts publics1 de la disp]sion de la socit franaise1 et des consqu5ces de l'exil sur l'esprit et l'ducation littraire de beauc\p de membres de cette socit4 ,et n\s avons pu con/at] que1 p5dant la dure de ces deux rgimes1 les mlancoliques avai5t t presque t\s ho/iles aux g\v]nem5ts que la ,france avait subis4 ,s\s la ,re/auration1 les circon/ances ont *ang4 ,l'influ5ce de ,jean-,jacques ,r\sseau s'e/ affaiblie *ez n\s en s'loignant4 ,celle de ,g! a subi le mme sort2 le culte de ,w]!r s'e/ tr\v relgu au fond de l'me de quelques fidles discrets4 ,la socit avait cess d'tre battue p> les orages2 elle s'tait recon/itue s\s les auspices d'un g\v]nem5t rp>ateur1 et elle j\issait de cette re n\velle de scurit4 ,t\tefois1 les anci5nes causes de tri/esse n'avai5t pas entirem5t disp>u4 ,l'esprit de d\te que le ,x,v,i,i,ie sicle avait d*an n'tait pas ass\pi3 ,j\ffroy et d'autres en sont tmo9s4 ,puis1 le contre-c\p des calamits qui avai5t1 aux dbuts de ce sicle1 dsol notre patrie1 s'y faisait encore s5tir4 ,mme de ,rmusat et ,mme de ,duras en portr5t t\j\rs le cruel s\v5ir2 quant aux plus jeunes1 ils en avai5t reu l'impression indirecte et en quelque sorte inconsci5te de ceux dont ils t5ai5t le j\r4 ,on a lu plus haut ce sujet l'op9ion de ,lam>t9e qui attribue cette communication intime et my/rieuse1 la tri/esse des hommes dont la vie date de ces j\rs fune/es4 ,du re/e1 en p\rrait-il tre autrem5t8 ,mme ,le ,brun rapporte dans ses ,s\v5irs que1 p5dant la ,t]reur1 les femmes grosses qu'elle r5contrait lui faisai5t pe9e1 que la plup>t avai5t la jaunisse de frayeur2 et elle aj\te3 ,j'ai rem>qu1 au re/e1 que la gnration ne p5dant la ,rvolution e/1 en gnral1 beauc\p mo9s robu/e que la prcd5te3 que d'enfants1 en effet1 cette tri/e poque1 ont d natre faibles et s\ffrants6 ,*ateaubri& confirme ces apprciations qu& il p>le de cette jeunesse sur laquelle des malheurs qu'elle n'a pas connus ont nanmo9s rp&u une ombre et quelque *ose de grave4 ,aj\tons qu' l'ge mme o l'av5ir se dcide d'ord9aire1 et dans les annes les mieux faites p\r l'activit1 les vnem5ts ont pu impos] plusieurs1 comme il e/ arriv p\r ,lam>t9e1 une oisivet dang]euse4 ,en outre1 on l'a vu presque *ez t\s1 la littrature trangre n'avait pas p]du t\te son influ5ce en ,france4 ,sans d\te1 les ,franais n'tai5t plus conduits p> l'migration ou l'exil *]*] des inspirations au dehors4 ,mais1 p> un s+uli] r5v]sem5t des *oses1 ce fut l'esprit trang] qui s'introduisit directem5t en ,france4 ,a la *ute de l',empire1 beauc\p de ,franais1 en r5trant dans leur patrie1 y rapportai5t des s\v5irs recueillis1 des gts contracts *ez les nations qui leur avai5t donn asile4 ,*ose plus tri/e1 et qui p\rrait l'oubli]8 l'trang] lui-mme envahit alors le sol franais4 ,a la suite des armes1 un gr& nombre d',allem&s et d',anglais di/+us dans leur pays p> l'intellig5ce1 acc\rur5t v]s ce pays que la gu]re leur avait si longtemps f]m1 et qui tait re/ aprs la dfaite l'objet de leur admiration curieuse4 ,les salons de ,p>is1 t\j\rs prts se r\vrir1 les recevai5t leur t\r avec empressem5t4 ,dans ce rappro*em5t inatt5du1 l'esprit franais1 p> quelques cts1 dev5ait anglais et allem&4 ,cette action tait facilite p> des s\v5irs vivaces de ha9e contre l',empire4 ,quelque jugem5t qu'il faille port] sur ce fait au nom du patriotisme1 il n'e/ pas d\teux qu'alors le gnie trang] put s'introduire en ,france1 non seulem5t sans rsi/ance vive1 mais avec faveur4 ,mme de ,/al s'en tait fait dj le propagateur puissant p> son livre ,de l',allemagne1 qui traduisait p\r le gr& nombre et qui popul>isait des ri*esses encore presque ignores4 ,mais le pilon du duc de ,rovigo avait longtemps priv les lecteurs franais de la connaissance de ce bel ouvrage1 et il avait fallu p\r n\s le r5dre la ,*>te et la lib]t de la presse4 ,l',anglet]re tait re/e plus longtemps encore peu connue4 ,byron avait t pe9e abord3 ,on rdait en quelque sorte1 dit ,m4 ,sa9te-,beuve1 aut\r de son uvre de my/re1 sans bi5 savoir4 ,cette uvre1 elle s'e/ rvle p5dant la ,re/auration1 et c'e/ alors que ,byron a comm5c dev5ir nos yeux1 comme ,g! l'avait t nagure1 le pote idal1 le modle s\v]a94 ,mais p\r m>*] du mme pas que la littrature trangre1 la ntre n'avait pas beso9 de l'imit]1 elle n'avait qu' suivre ses propres exemples4 ,les criva9s franais du comm5cem5t de ce sicle dont j'ai rappel les ouvrages et qui eux-mmes avai5t d beauc\p leurs devanci]s1 tai5t leur t\r dev5us p\r n\s des matres2 ,mme de ,/al1 ,*ateaubri& et ,s5anc\r avai5t laiss des disciples que j'ai cits1 et qui p]ptuai5t1 bi5 qu'avec mo9s de vigueur1 les enseignem5ts de leur cole4 ,c'en e/ assez p\r expliqu] que le mal du sicle se soit ma9t5u1 quoiqu'affaibli1 *ez n\s p5dant la ,re/auration4 ,alfr$ de ,musset en donne encore une autre raison1 savoir1 le prt5du abaissem5t d'un g\v]nem5t1 incapable1 selon lui1 de satisfaire un gr& peuple p>tag entre les regrets de sa gloire van\ie et les esprances d'une lib]t sans cesse aj\rne4 ,quoique ces critiques soi5t gnralem5t t5ues p\r inju/es auj\rd'hui1 il e/ vrai que les prjugs avai5t s\lev contre la ,re/auration des passions implacables1 et que plusieurs de ceux que n\s avons nomms dans cette p>tie de notre tude voyai5t ce rgime avec av]sion4 ,tel fut le cas de ,joseph ,delorme1 de ,f>cy1 et un peu des amis d',ampre4 ,mais encore une fois1 les pr9cipales causes du mal tai5t ailleurs4 ,elles tai5t dans des impressions du b]ceau ou des s\v5irs de l'adolesc5ce2 dans l'action du gnie trang] sur le gnie franais1 enf9 dans la fidlit du gnie franais lui-mme ses anci5nes traditions4 ,de ces trois causes1 auxquelles se mlr5t et l c]ta9es circon/ances p>ticulires1 quelquefois peu honorables1 que j'ai indiques qu& elles se prs5tai5t1 la premire fut la plus puissante1 et c'e/ celle dont on doit t5ir le plus de compte1 qu& on veut apprci] l'poque que n\s v5ons de p>c\rir4 ,mais ces considrations ne s'appliqu5t qu' notre pays4 ,il e/ plus difficile de dt]m9] les causes du mal hors de la ,france1 et de ram5] des lois gnrales des phnomnes rp>tis sur des po9ts du globe =t diffr5ts4 ,cep5dant1 on peut croire que le fait dont j'ai dj p>l plus haut et dont a vu c]ta9s effets sur la ,france1 n'a pas t sans ex]c] aussi son influ5ce sur une p>tie de l',europe4 ,t&is qu' la suite de l'invasion de notre sol p> les armes allies n\s tions conduits pr5dre aux trang]s des manires de s5tir et des =mes p\r les exprim]1 les trang]s leur t\r devai5t n\s faire les mmes emprunts4 ,enf91 rappro*s les uns des autres1 comme ils l'tai5t de n\s1 p> cet vnem5t1 ils devai5t tre p> l mme ports s'imit] mutuellem5t1 beso9 qui1 d'ailleurs1 e/ t\j\rs naturel l'esprit huma94 ,a9si la mlancolie de quelques-uns t5dait dev5ir l'attribut de t\s1 et il ne faut plus s'tonn] de voir que div]s peuples de l',europe tantt suiv5t nos traces1 tantt se copi5t rciproquem5t1 et que1 si ,kamor9ski et ,?or>5s5 s'inspir5t de ,lam>t9e1 ,s*op5hau] reproduise ,leop>di1 ,p\*k9e et ,m>l9ski pr5n5t ,byron p\r modle1 enf9 ,mickiewicz relve la fois de ,byron et de ,g!4 ,tels tai5t le c>actre et les causes du mal du sicle p5dant la priode qui va de #ahbe #ahcj4 ,il n\s re/e retrac] ce qu'il fut dans la d]nire phase de son exi/5ce4 ,,iv #ahcj-ahdh ,i ,m4 ,victor ,hugo4 ,en p>lant de la posie s\s la ,re/auration1 j'ai indiqu les rapports qui unissai5t le romantisme au mal du sicle4 ,cette alliance ne s'e/ pas rompue s\s la mon>*ie de ,juillet1 et ,m4 ,victor ,hugo en e/ une premire preuve4 ,si je n'ai po9t encore p>l de ce gr& pote1 bi5 que l'app>ition de ses premires uvres date de #ahai1 c'e/ que celles-ci n'avai5t ri51 ou presque ri51 dml] avec le sujet de ce travail4 ,a pe9e peut-on not] dans les ,odes et ,ballades une mditation sur la solitude1 un accs de mlancolie1 une prote/ation contre la duret de notre de/94 ,en gnral1 dans ses posies crites s\s la ,re/auration1 ,victor ,hugo re*]*e des sujets t\t diffr5ts4 ,sa muse s'pr5d de gloire1 de lib]t1 de dv\em5t2 elle s'*auffe aux gr&s s\v5irs de l'hi/oire1 elle adore t\t ce qui luit et t\t ce qui ret5tit4 ,mais p>tir de #ahci1 au dbordem5t de la f\gue juvnile succde une phase d'inspiration plus calme2 le pote se recueille davantage1 et se consacre plus volonti]s la description des s5tim5ts intimes de l'me4 ,les titres de ses ouvrages3 ,feuilles d'automne 7#ahca71 ,*ants du crpuscule 7#ahce71 ,voix intrieures 7#ahcg71 ,rayons et ombres 7#ahdj71 ,contemplations 7#ahcj-ahee71 ouvrage qu'on p\rrait appel]1 dit-il1 les ,mmoires d'une me1 veill5t l'ide d'impressions voiles p> une te9te de tri/esse1 et plusieurs des pices de v]s qu'ils r5f]m5t rpond5t cette donne4 ,et d'abord1 on a dj vu plus haut que l'cole romantique avait mis en honneur les d%rits de la nature4 ,m4 ,victor ,hugo e/ fidle cette tradition4 ,il a des sympa?ies d\l\reuses p\r l'araigne et l'ortie4 ,il les aime p>ce qu'on les hait1 p>ce qu'elles sont maudites et *tives2 p>ce qu'elles sont v\es un sort fatal1 t\tes deux victimes de la sombre nuit1 enf91 p>ce qu'il n'e/ ri5 qui n'ait sa mlancolie2 et il p5se que si l'on montrait l'araigne et l'ortie un peu plus de mansutude1 on ent5drait la vila9e bte et la mauvaise h]be murmur]3 ,am\r6 ,passons des *oses plus srieuses4 ,ici1 il adresse une jeune femme qu'il avait vue pleur] en secret1 une pice1 laquelle il donne p\r pigraphe le mot dj cit3 ,flebile nescio quid1 et dans laquelle on tr\ve un loge des l>mes1 qui peut tre comp> celui que la musique de ,s*ub]t a r5du clbre4 ,dans la pice suivante1 il se pla9t des *agr9s et des dceptions que n\s g>de la vie1 et il s'crie3 ,o donc e/ le bonheur8 disais-je1--,in=tun6 ,le bonheur1 mon ,dieu1 v\s me l'avez donn4 ,ironique action de grces env]s la ,provid5ce6 ,ce bonheur dont il la rem]cie1 quel e/-il8 ,il ne se compose que de quelques impressions fugitives1 et de s\v5irs qui ne peuv5t r5dre la ralit disp>ue6 ,hlas6 aj\te-t-il1 ,hlas6 natre p\r vivre en dsirant la mort6 ,gr&ir1 en regrettant l'enfance o le cur dort1 ,vieillir1 en regrettant la jeunesse ravie1 ,m\rir1 en regrettant la vieillesse et la vie6 ,encore un s\pir aj\t] t\s ceux que provoque1 depuis le comm5cem5t du monde1 le malheur de vivre6 ,quelle tri/e vue aussi du monde1 et de l'humanit dans la ,contemplation qui a p\r titre3 ,melan*olia1 dans laquelle il p>c\rt les misres de *aque tat6 ,femme ab&onne1 pote mconnu1 enfant orphel91 vieux soldat rduit un labeur dur et +rat1 t\s excit5t en lui une d\l\reuse piti2 il n'e/ pas jusqu' la bte de somme1 m\rant s\s la *>ge et s\s les c\ps1 qui n'ait droit sa commisration4 ,et1 ct de la faiblesse opprime1 il montre la =ce triomphante1 le vice g/e et la ri*esse impitoyable2 et rsume sa p5se sur le mal social1 p> cette invocation3 ,o =ts6 bois pr(onds6 solitudes6 asiles6 ,si l'on quitte ces gnralits et qu'on desc5de davantage dans la p5se p]sonnelle du pote1 on voit qu'elle tait travaille p> de cruelles anxits4 ,il s\ffre du mal du d\te et il le dcrit avec un pr(ond acc5t de vrit4 ,s\s ce titre3 ,que n\s avons le d\te en n\s1 il s'crie3 ,je v\s dirai qu'en moi je porte un ennemi1 ,le d\te6444 ,le d\te6 mot funbre64444 ,la posie intitule3 ,p5s>-,dud>1 ddie comme la prcd5te ,mlle ,l\ise ,b]t91 n'e/ pas mo9s expressive cet g>d4 ,longtemps encore1 cette angoisse obsd]a son esprit1 et1 dans les ,contemplations1 on en tr\v]a plus d'une trace une date loigne de celle o n\s n\s plaons en ce mom5t4 ,les ,pleurs dans la nuit le montr5t1 en #ahee comme en #ahcj1 absorb dans la re*]*e inquite de l'inconnu3 ,mon esprit qui du d\te a s5ti la piqre ,habite1 pre songeur1 la rv]ie obscure ,aux flots plombs et bleus1 ,lac hideux o l'horreur tord ses bras1 ple nymphe1 ,et qui fait boire une eau morte comme la nymphe ,aux ro*]s scr(uleux4 ,dans la mme pice1 le d\te e/ aussi p\r lui le fils bt>d de l'aeule sagesse1 le morne abri dans nos m>*es sans nombre et le manc5illi] l'ombre duquel l'homme s'endort4 ,et c'e/ encore le mme sujet qu'on retr\ve dans quelques-unes des pices suivantes3 ,horror1 ,dolor1 ,spes4 ,sans d\te1 aucune poque de la vie de ,m4 ,hugo1 le d\te n'quivaut *ez lui la ngation2 il pr\ve1 au contraire1 le beso9 de croire1 et ce beso9 s'affirme en lui p> des lans religieux1 et p> de puissantes lvations v]s le ,crateur4 ,mais ces alt]natives mme con/itu5t un des aspects du mal du sicle1 et l'on peut a9si affirm] que1 sur plusieurs po9ts1 ,m4 ,victor ,hugo n'a pas t trang] ce mal4 ,cep5dant1 ce que n\s savons de sa vie n'explique pas de sa "p une disposition la tri/esse4 ,a l'heure o il s'exprimait comme on l'a vu sur la de/9e huma9e1 il n'avait pas encore pr\v les gr&s malheurs de famille qui l'ont atte9t depuis2 et il runissait1 ce semble1 t\tes les g>anties de bonheur4 ,il faut donc p5s] qu'il subissait une influ5ce secrte qui dom9ait les conditions mme de son exi/5ce4 ,p\r son scepticisme int]mitt5t1 la *ose e/ c]ta9e2 il l'a puis dans l'air qu'il respirait4 ,si le d\te qui le fatiguait n'e/ pas malheureusem5t une infirmit exceptionnelle dans l'intellig5ce huma9e1 il e/ surt\t le lot des gnrations semblables celle dont le pote faisait p>tie4 ,voyez comme il la reprs5te3 ,son b]ceau risqu sur un abme1 vogue sur le flot noir des rvolutions2 c'e/ une poque o les tnbres p>t\t se ml5t aux lueurs1 o ri5 n'e/ dans le gr& j\r et ri5 n'e/ dans la nuit2 enf91 une poque en travail1 fossoyeur ou n\rrice1 qui prp>e une cr*e ou qui creuse un tombeau4 ,m4 ,victor ,hugo1 il le reconnat1 n'a pas rsi/ aux fluctuations qui agitai5t l'esprit de son temps4 ,on voit donc en lui un n\vel exemple de l'action dissolvante du sicle sur la f]met des croyances et sur la solidit des convictions4 ,il n'entre pas dans mon int5tion de p\ss] plus lo9 l'application de cette rem>que et de re*]*] dans la longue c>rire de ,m4 ,victor ,hugo les faits qui la ju/ifi]ai5t encore4 ,de t\s les hommes illu/res qui figur5t dans ce travail1 ,m4 ,victor ,hugo e/ le seul survivant4 ,il a donc droit d\blem5t nos g>ds4 ,cont5tons-n\s d'avoir rappel ce qu'il tait un mom5t de son exi/5ce ondoyante1 entre #ahcj et #ahdh4 ,,ii ,potes div]s4 ,,dondey4--,,b\lay-,,paty4--,,?4 ,,gauti]4--,e4 ,,r\ll&4 ,,les ,,po,,tes ,,suicides4 ,au-dess\s de lui1 se range une cohorte innombrable de mo9dres criva9s1 les pot m9ores de l'poque4 ,t\s ne sont pas cep5dant les disciples de ,m4 ,victor ,hugo2 plusieurs sont plutt lves de ,lam>t9e1 beauc\p1 de ,g! et de ,byron4 ,mais quelle que soit sa nuance1 le romantisme atte9t alors sa plus l>ge ext5sion1 et il n\s faut dem&] encore cette phase de son hi/oire les n\veaux docum5ts qui doiv5t s]vir celle de la maladie du sicle4 ,il n'e/ peut tre pas1 dans l'hi/oire littraire1 de priode plus fconde en productions potiques que celle qui va de #ahcj #ahdh4 ,la premire moiti surt\t de cette priode se di/+ue p> l'abondance des volumes qu'elle a jets sur le m>* littraire4 ,de #ahcj #ahdj1 sans p>l] des pices de ?tre1 on n'a pas compt1 en moy5ne1 mo9s de #chb recueils de v]s p> an1 et en #ahcj ce *iffre s'tait lev #dih4 ,or1 beauc\p de ces ouvrages1 dont les auteurs ne val5t mme pas1 on peut l'affirm]1 l'honneur d'tre nomms1 app>t5ai5t l'cole mlancolique4 ,leurs titres dj sont bi5 significatifs4 ,mlodies nocturnes2 ,*ants de l'me2 ,*ants du cur2 ,deuil2 ,s\ffrances2 ,s\pirs2 ,dsespoirs2 telles tai5t les annonces attrayantes qui devai5t sduire les a*eteurs4 ,la m>*&ise rpondait l'tiquette4 ,le pote psy*ologue1 dit ,m4 ,*4 ,l\&re1 dans un article du mois de ju9 #ahdb1 travaille de prfr5ce sur les individualits s\ffrantes qui ont gagn au contact de ,manfr$ quelque plaie incurable et pr(onde4 ,s'agit-il de pomes en dialogues ou de pomes drames1 =me assez frquemm5t employe cette poque1 les hros sont d'ord9aire des collatraux de ,w]!r et de ,don ,juan4 ,ils p>ticip5t de la d\ble nature de leurs aeux1 et1 p> ncessit d'orig9e1 p> tradition de famille1 ils sont t\t la fois my/iques1 blass1 rveurs et mauvais sujets4 ,ils boiv5t l'orgie1 broi5t les femmes1 dbit5t de longues tirades au clair de lune et f9iss5t ord9airem5t p> le clotre ou le suicide4 ,enf9 on exploite la mort et ses t]reurs1 on ouvre les tombeaux1 on voque les spectres1 et t\t un monde de dmons1 de gnmes1 de f>fadets vi5t remplac] le monde des vivants4 ,p\r bi5 faire1 le pote devait ressembl] ses hros4 ,il tait de mode alors dans l'cole romantique n\s rapporte ,?4 ,gauti]1 un romantique qui n'a pas laiss de se r5dre compte des ridicules de son p>ti1 il tait de mode d'tre ple1 livide1 v]dtre1 un peu cadavreux1 s'il tait possible4 ,cela donnait l'air fatal1 byroni51 gia\r1 dvor p> les passions et les remords4 ,je tr\ve deux autres descriptions des potes d'alors et de leurs admirateurs1 dans un livre qui vi5t du camp classique1 et dont j'ai dj p>l4 ,a propos de ,joseph ,delorme1 ,m4 ,jay a dcrit une soire romantique4 ,l'escali] de la maison dans laquelle il n\s fait pntr] e/ g>ni des deux cts de cyprs et d'picz en caisse et en pots1 surmonts la d]nire m>*e de deux saules pleureurs4 ,un dome/ique en livre r\ge et noire n\s introduit dans un gr& salon surnomm le salon de la mlancolie4 ,l'ameublem5t en e/ sombre et svre4 ,ce salon e/ orn de quelques tableaux de la n\velle cole1 p>mi lesquels on di/+ue1 le ,cau*em>1 une ,expdition de ,vampires1 le ,massacre de ,scio1 l',app>ition d'un ,rev5ant1 une vole de ,*auves-,s\ris1 et la ,ronde du ,sabbat4 ,les p]sonnages rpond5t au dcor4 ,la matresse du lieu1 en dpit d'un embonpo9t un peu gnant1 e/ vtue d'une robe blan*e g>nie de roses noires1 et sa *evelure e/ arrange en =me de papillons de nuit2 une jeune dame e/ habille en ,vellda4 ,plusieurs auteurs1 quelques-uns encore 9dits1 n\s sont prs5ts4 ,je rem>que1 cont9ue le n>rateur1 l'un d'eux que l'on a surnomm le ,bel ,obscur1 p>ce qu'il ne s'exprime qu' demi-mots1 et ne se dride jamais2 ,jrme1 dit le ,mlancolique1 p>ce que1 bi5 que la nature l'ait d\ d'une figure triviale et joyeuse1 il excelle dcrire l'agonie des m\rants2 sa muse ne sort pas des ru9es et des tombeaux2 il a *ant le v] du c]cueil2 ses v]s et sa prose sont ple9s de tnbres4 ,un jeune homme a t baptis le ,t]rible2 en effet p]sonne ne pe9t mieux que lui la dcomposition des cadavres et les phnomnes de la putrfaction4--,p5* prs de la b>onne ,mdora1 muse de la rue ,bleue1 qui agite1 en guise d'v5tail1 une petite bran*e de cyprs1 quel e/ cet homme qui ca*e en va9 son ge s\s des prt5tions de jeunesse8 c'e/ le comte de la ,ro*e-noire1 auteur de nombreux romans1 et d'une ballade intitule3 le ,spectre1 mont sur un fantme de *eval1 qui va *]*] sa fiance1 et la ramne au gr& galop son c]cueil4 ,telle e/ la runion qui s'apprte ft] une gr&e sol5nit3 la conv]sion d'un classique4 ,aj\tons que *acun1 en att5dant ce mom5t1 fait honneur d'excell5ts rafra*issem5ts1 ce qui pr\ve que si le ca*et de la n\velle littrature e/ que les potes doiv5t p>atre t\j\rs tri/es1 languissants1 et prts m\rir1 cela n'e/ que p\r la =me4 ,seulem5t les muses prs5tes lv5t les yeux au ciel en mangeant leurs gteaux1 et *aque v]re de pun* e/ accompagn d'un s\pir4 ,ces plaisant]ies ne n\s font-elles pas suffisamm5t connatre ce qu'tait la socit des potes subalt]nes de l'cole de #ahcj8 ,quittons cette multitude obscure et arrivons des p]sonnalits plus dignes d'intrt4 ,j4-,p4 ,veyrat qui1 exil de ,*ambry en #ahcb1 s'tait tabli ,p>is prcism5t dans la maison habite p> ,hgsippe ,moreau1 adressait ,byron des v]s ple9s d'admiration1 et l'int]pellait en ces t]mes3 ,o ,job de la p5se1 gr& dsespr6 ,mais1 plus heureux que ,moreau1 il tr\va un remde ses misres de t\te nature en se retirant au milieu des ,alpes1 o1 malgr quelques ret\rs d'anci5nes inquitudes d'esprit1 malgr des mom5ts d'agitation p5dant lesquels il se comp>ait ,manfr$1 sec\ant ses *eveux au v5t des glaci]s1 il f9it1 consol comme ,ob]mann4 ,aim de ,loy1 un pote errant et inquiet1 dans des recueils imprims en #ahbg et en #ahdj1 le d]ni] s\s le titre de ,feuilles au v5t1 laissait *app] des pla9tes fugitives sur la vie1 et p>lait de la consolation qu'il tr\vait cultiv] au pi$ d'un coteau ,la fleur de ,nodi]1 l'ancolie1 ,si *re la mlancolie1 ,et la p]v5*e de ,r\sseau444 ,mme ,l\ise ,colet publiait en #ahcf les ,fleurs du midi4 ,voyons comm5t ces fleurs tai5t apprcies leur app>ition1 et comm5t on jugeait1 dans la ,revue des ,deux ,mondes1 l'auteur qui les prs5tait au public4 ,ces v]s1 y disait-on1 ne sont vtus de deuil que p> pure coquett]ie4 ,cette dame se dsespre indf9im5t1 p>ce que ses j\issances sont mles de tri/esse1 p>ce qu'elle e/ de/9e s\ffrir et que le bonheur s'enfuit1 que sais-je encore8 p>ce que ,dieu a ptri son me d'am\r et de posie et qu'elle doit lutt] avec ce d\ble feu3 ,seule1 sans r5contr] la s\rce o l'on s'tan*e1 ,seule1 sans une autre me o son me s'pan*e4 ,mme ,l\ise ,colet s\hait]ait de ces malheurs puissants qui pr\v5t ici-bas le pote p\r le rgnr]1 mais elle e/ excde des s\ffrances vulgaires que le monde ne pr5d po9t en piti2 elle ne se rsigne pas voir plir son pr9temps comme plit l'automne2 enf9 sa gr&e d\leur p>-dessus t\tes les autres1 c'e/ de vivre l'me ard5te de foi1 dans un sicle incrdule4 ,en #ahdj1 s\s le titre de ,p5s]osa1 elle donne de n\velles posies sur la mort de ,gros1 sur celle de ,lopold ,rob]t1 sur l',hamlet de ,%akespe>e2 sur le ,fau/ de ,g!1 sur une jeune femme tri/e au bal1 selon la mode du temps4 ,et p\rquoi donnait-elle ces posies le titre de ,p5s]osa8 ,c'e/ qu'un j\r1 la voyant elle-mme dans une attitude mditative1 qui rappelait le m>bre de ,mi*el-,ange1 ce symbole sacr de la mlancolie quelqu'un lui dit3 ,siete p5s]osa2 ,de ce m>bre inspir l'image se reflte ,sur votre jeune front de femme et de pote1 ,v\s avez son air tri/e et son reg>d p5seur1 ,et ,mi*el-,ange en v\s eut reconnu sa sur4 ,ce qu'on reconnat plus srem5t ici *ez l'auteur1 c'e/ la prt5tion et la pose4 ,combi5 j'aime mieux l'attitude plus efface d'une autre femme1 ,mlle ,l\ise ,b]t9 qui1 dans ses ,glanes 7#ahdb71 a dcrit avec tal5t nos t]nelles aspirations v]s un idal qui n\s *appe sans cesse1 et le s5tim5t de la fragilit et de l'imp]fection des bonheurs huma9s4 ,on rem>que surt\t une pice adresse la ,nuit o l'auteur exprime d'une manire bi5 di/+ue la lassitude secrte de son cur et de son esprit4 ,on a vu plus haut que deux pices de v]s de ,m4 ,victor ,hugo sur les t\rm5ts du d\te tai5t adresses ,mlle ,b]t94 ,ce n'tait pas sans raison4 ,mlle ,b]t9 tait agite des mmes proccupations4 ,le gr& problme de notre de/9e inquitait son intellig5ce1 et si elle rev5ait d'ord9aire aux ides religieuses1 ce n'tait pas sans dt\r et sans angoisses3 ,il e/ aussi p\r moi des heures o le d\te ,vi5t abaiss] son voile ma paupire en pleurs4 ,on le voit1 cette femme si heureusem5t d\e1 n'tait pas exempte d'une mlancolie1 respectable p>ce qu'elle tait pure et s9cre4 ,ici j'ap]ois deux potes que je puis plac] sur le mme rang4 ,ils ont crit dans le mme temps1 dans des circon/ances analogues2 t\s deux s\s des pseudonymes1 selon la mode romantique2 avec un c]ta9 mrite t\s deux2 et t\s deux nanmo9s peu connus1 bi5 qu'un savant di/+u ait pris rcemm5t le so9 de n\s re/itu] la physionomie complte de l'un d'eux1 ,?ophile ,dondey4 ,celui-ci avait *oisi le pseudonyme1 ou si l'on veut l'anagramme de ,philote ,o'n$dy auquel il sub/ituait quelquefois le nom de ,vidame de ,tyannes1 autre anagramme tir d'un nom que sa famille aj\tait celui de ,dondey4 ,le ,vidame ou ,philote n'tait qu'un mode/e fonctionnaire atta* un +rat travail de bureau1 et *appant p> la rv]ie aux ennuis de son labeur quotidi54 ,en #ahcc1 il publie un volume de posies avec ce titre3 ,feu et flammes4 ,on y rem>que un tableau curieux des murs de la jeunesse du temps4 ,c'tait le bonheur de cette jeunesse1 de ceux qu'on appelait alors la jeune ,france1 de se runir p\r se livr] des libations prolonges aut\r d'un pun* flamboyant4 ,les disc\rs pr5ai5t une allure plus ou mo9s capricieuse1 et on arrivait une sorte de surexcitation dsordonne2 mais1 p\r obir au gt prt5tieux de l'poque1 il fallait donn] ces p>ties de jeunesse un c>actre sol5nel2 on les appelait des orgies1 on y j\ait la comdie de l'ironie et du ds5*antem5t1 et on se donnait des airs sataniques4 ,le ,p&monium de ,dondey n\s fait assi/] une de ces scnes1 dans l'ateli] de ,jehan du ,seigneur1 encore un nom arti/em5t modifi4 ,le pun* traditionnel aux prismatiques flammes ,semble un lac sulfureux qui fait h\l] les lames444 ,aprs quelque sil5ce1 un visage mauresque ,leva tragiquem5t sa pleur pittoresque ,et faisant oscill] son reg>d de maudit ,sur le conv5ticule1 avec d\leur il dit444 ,l'orateur1 qui n'e/ autre que ,petrus ,borel1 que ses amis appelai5t le ,lycan?rope1 s'ab&onne alors des divagations auxquelles d'autres amis rpond5t4 ,et jusques au mat9 les damns ,jeunes-,frances ,nagr5t dans un flot d'indicibles dm5ces4 ,dans cette dbau*e1 qui e/ surt\t une dbau*e de p>oles1 l'affectation saute aux yeux4 ,c'e/ entre t\s ces jeunes g5s une rivalit purile1 une lutte ridicule d'excs et de folies froidem5t calcules4 ,le pote e/ plus t\*ant qu& il n\s entreti5t de ses am\rs1 o la volupt se t\rne aism5t en s\ffrance et en dsespoir1 ou qu& il n\s dpe9t la tri/esse et mdite sur le suicide4 ,dans ses posies po/humes1 publies p> ,m4 ,havet1 celles qui sont dates de #ahcd #ahdf doiv5t aussi attir] notre att5tion4 ,il y a bi5 exprim cette manie de son temps1 qui tait aussi la si5ne1 et qui consi/e s'analys] sans cesse1 s'occup] con/amm5t de sa p]sonnalit et en entret5ir le public4 ,c'e/ le sujet de la pice intitule3 ,une fivre de l'poque4 ,il e/ depuis longtemps avr que n\s sommes ,dans le sicle environ six mille jeunes hommes444 ,qui du fatal ,byron copiant les allures ,de sol5nels manteaux drapons nos encolures4 ,a l'excs p\r ma "p j'ai ce tempram5t1 ,je pr5ds mon moi p\r ?me avec emportem5t4 ,en effet1 c'e/ son moi qu'il dcrit dans ce recueil1 et surt\t son moi am\reux2 mais c'e/ aussi1 comme dans les sonnets de ,dcl9 prcoce1 ,pa?ologie1 ,sple51 son moi attri/ et gmissant de la dcad5ce du corps ct de la vigueur p]si/ante de l'me4 ,aprs ces v]s1 il se fait dans la vie potique de ,dondey un gr& int]valle de sil5ce2 un pr(ond *agr91 la p]te d'une p]sonne bi5 *re1 en e/ la cause1 et qu& plus t>d le pote retr\ve la voix1 il la consacre des mditations philosophiques empre9tes d'am]tume4 ,ri5 ne pr\ve mieux combi5 il a s\ff]t que la conclusion laquelle il arrive3 le nant envisag comme sa meilleure esprance4 ,comme lui1 ,b\lay-,paty a *ant sa passion2 comme lui1 il a vu la mort la bris]2 il p>at seulem5t s'tre relev enf9 de l'abattem5t o ce c\p l'avait plong4 ,il avait1 d'ailleurs1 t t\j\rs plus en dehors1 mo9s cont5u que ,dondey1 diffr5ces qui n'exclu5t pas les ressemblances que j'ai signales1 et qui se retr\v5t dans les uvres comme dans la vie des deux potes4 ,c'e/ en #ahcd que ,b\lay-,paty publiait s\s le nom d'lie ,m>iak] un volume de posies4 ,l'dition tait orne d'une eau-=te reprs5tant un jeune homme vtu d'une longue r$+ote la c\pe de #ahcj1 appuy sur son c\de1 au sommet d'un pic dom9ant une ville sombre4 ,un dmon grimaait ses cts1 t&is que lui reg>dait un ange mont] v]s la p>tie lum9euse du ciel4 ,ce dtail1 que j'ai v\lu rapport]1 malgr son app>5te frivolit1 confirme bi5 la faveur p>ticulire dont les dmons1 on l'a vu plus haut1 j\issai5t dans l'cole romantique4 ,la mode du temps n'e/ pas mo9s manife/e dans le long morceau en prose consacr la vie d'lie ,m>iak]4 lie1 y e/-il dit1 naquit en ,bretagne444 ,son premi] ge se ress5tit de cette nature gr&e et sauvage2 nul d\te que cette t5due de flots et de ciel ne comm5t dj faire dans son me cette imm5sit que ri5 ne put remplir4 ,il se s5t entran v]s la posie1 mais il e/ =c de faire1 dans l'tude d'un homme de loi1 un rebutant appr5tissage des affaires4 ,il aborde le monde avec des illusions bi5tt dues sur l'amiti des hommes et la t5dresse des femmes4 ,mais *aque anne p5dant les vacances1 il se retrempe dans la vie de famille4 ,l1 il lit les potes1 ,ossian surt\t dont il porte t\j\rs un volume4 ,il se plat aussi contempl] m9uit1 de sa f5tre1 le spectacle de la nature4 ,un premi] am\r tromp lui suggre la p5se du suicide1 mais un vieux pi/olet emprunt p\r ce fune/e usage trahit son desse92 lie r5tre donc dans le monde2 mais il y r5tre dc\rag4 ,en mme temps1 il se jette dans l't\rdissem5t des plaisirs4 ,il tait dans le vague de la vie1 il avait cette mlancolie noire1 maladie de jeunesse1 eng5dre p> la sci5ce prcoce de notre civilisation avance1 espce de folie cause au c]veau p> les rayons brlants d'une expri5ce trop htive4 ,en ce temps l1 il se lie avec un jeune homme1 ,frdric1 d'une imag9ation effrne1 un frre inconnu de ,r\sseau1 d',ob]mann1 un gr& pote qui il ne manquait1 en effet1 que la voix des v]s4 ,avec lui1 il s'adonnait ces ftes dcrites dans le ,p&monium de ,dondey4 ,la potique de l'orgie leur s\riait1 la flamme du pun* leur semblait leur me ue1 prte s'te9dre sur leur vie brlante4 ,les deux amis pr5ai5t alors les co/umes les plus v>is2 ils se ju/ifiai5t eux-mmes ces dbordem5ts p> des autorits littraires4 ,a9si il s'arra*a violemm5t la dsillusion de ses rves romanesques p> les g>em5ts1 p> les dsordres2 il y usa son en?\siasme sans y puis] du repos4 ,les effets de ses c>ts ne se fir5t pas att5dre4 ,ennuis fades1 irritants caprices1 transports f\s1 fivreuses dceptions1 ironies amres1 tranges esprances1 d\tes tnbreux1 f\droyants dsespoirs1 voil ce qu'il y avait en lui4 ,t\tefois1 au milieu mme de ses erreurs1 il n'avait cess d'aspir] un am\r meilleur1 d'att5dre une femme inconnue qui devait le rgnr]4 ,il la r5contra enf91 cette femme1 un bal que donnait sa mre4 ,leurs s]m5ts fur5t vite *angs4 ,n'tait-elle pas bi5 faite p\r captiv] un cur tri/e comme le si58 ,elle tait srieuse1 et lie e/imait que le rire dp>e la plus noble figure huma9e2 elle tait ple et sans cela il n'aurait pu l'aim] c> il p5sait que sur les visages frais et arrondis il n'y a ri51 p>ce que la m] s'tire et se ride qu& il y a un orage4 ,quels ont t les incid5ts de cette liaison8 ,je n'ai pas ici le dire4 ,qu'on sa*e seulem5t que sa c\rte dure e/ trav]se p> div]ses preuves1 que p5dant les abs5ces auxquelles il doit se s\mettre1 lie retr\ve quelque peu sa mlancolie1 et qu'enf9 une cata/rophe inatt5due vi5t int]rompre ses am\rs4 ,d'abord f\ de d\leur1 lie1 aprs une crise plus viol5te1 se rveille guri1 et ab&onnant nos tri/es rgions1 prives de soleil1 il va recomm5c] une n\velle exi/5ce s\s le ciel de l',amrique4 ,ce que la vie d'lie ,m>iak] vi5t de n\s rvl]1 ses posies le reproduis5t s\s une autre =me4 ,am\r1 abs5ce1 ret\r1 dsespoir1 folie1 telles sont les divisions de la p>tie potique du volume2 cette p>tie e/ traite dans le mme esprit que celle qui la prcde4 ,on y retr\ve le mme beso9 de l'effet1 le mme dsir de se rappro*] de c]ta9s modles4 ,d'abord les pigraphes qui1 selon la mode du temps1 dcor5t1 non seulem5t *aque division de l'uvre1 mais *acune des pices qui la compos5t1 sont s\v5t empruntes ,byron1 ,ossian1 ,foscolo1 ,g!4 ,c'e/ ce d]ni] qui p>at avoir le plus attir ,b\lay-,paty4 lie en e/ encore au culte de ,w]!r3 ,j'tais comme ,w]!r et j'avais un frac bleu ,qui m'tait re/ *] p>-dessus t\te *ose4 ,il imite aussi son devanci] ,joseph ,delorme2 cep5dant il va plus lo9 que ses matres dans la voie lugubre4 ,a9si p> un s+uli] dsordre d'imag9ation1 il rve l'am\r avec un cadavre1 l'intimit avec un squelette1 et cette passion d'outre-tombe n'e/ tr\ble que p> un s\ci1 l'ennui d'avoir p\r rivaux les v]s qui rong5t le corps de la femme aime4 ,cette s9i/re conception1 n\s conduit un autre pote qui1 lui aussi1 e/ entr un c]ta9 mom5t dans la mme voie4 ,on sait que ,?ophile ,gauti] a crit une ,comdie de la mort1 avec ces deux s\s-titres3 ,la ,vie dans la ,mort2 la ,mort dans la ,vie 7#ahch74 ,dans la premire pice1 il suppose que t\s les morts d'un cimetire sont vivants dans leurs c]cueils1 et il se complat dcrire les noires p5ses1 les rves effrayants de ces malheureux qui surviv5t leur de/ruction4 ,dans la seconde1 il p>c\rt t\tes les d\leurs1 t\tes les misres qui accabl5t les hommes et qui empoisonn5t leur exi/5ce4 ,cette vie po/hume et cette mort anticipe sont pe9tes avec les c\leurs les plus sombres qui puiss5t s'(frir une imag9ation affole4 ,la p5se de cette uvre trange p>at lui avoir t inspire p> les tableaux d',holbe9 et d',alb]t ,dur]2 ,?ophile ,gau?i] a mme consacr une pice de v]s ce d]ni]2 mais1 aux traits prts p> la pe9ture allem&e1 le pote a aj\t t\tes les ress\rces que f\rnissait la mlancolie mod]ne4 ,on peut suppos] qu'il n'y avait l qu'un jeu d'imag9ation biz>re1 et1 en effet1 cette fantaisie satisfaite1 ,?ophile ,gau?i] e/ r5tr dans des habitudes bi5 diffr5tes4 ,mais il ne manqua pas1 dans le mme temps1 de potes qui prss5t au srieux l'ide de la mort1 soit en l'appelant de leurs vux1 soit mme en allant au-devant d'elle4 mile ,r\ll& en e/ re/ au premi] de ces deux degrs4 ,il a laiss des ,posies 7#ahch7 dans lesquelles on peut rem>qu] une ptre ,byron1 et des fragm5ts empre9ts de tri/esse1 p> exemple celui-ci3 ,il e/ des fronts que l'in=tune ,a ce9ts de son b&eau de f]1 etc4 ,port la rv]ie1 contemplateur assidu de la nature1 admirateur passionn de ,lam>t9e1 il fut vite aigri p> des *ecs rpts dans la p\rsuite d'emplois dont il se croyait digne4 ,il tait tri/e s\s une app>5ce de gaiet1 et comme l'a dit ,b\lay-,paty qui s'e/ fait son diteur3 le co9 de m>bre froid s'ap]cevait s\s les fleurs4 ,il tait un de ces jeunes hommes qui prom5ai5t dans le monde1 et au milieu des ftes1 une mlancolie1 dont on a pu s\v5t suspect] la s9crit4 ,il disait3 ,au s\ffle h>monieux du bal qui t\rbillonne ,comme la feuille au v5t1 mon me s'ab&onne4 ,femmes1 n'en croyez pas mon visage trompeur1 ,j'ai le rire la b\*e et la tri/esse au cur4 ,pris p> mom5ts1 aj\te ,b\lay-,paty1 de la fune/e pidmie morale du sicle1 du mal rongeur enf91 il ne levait le reg>d v]s le ciel que p\r d\t] de la bont div9e4 ,t\tefois1 ces g>em5ts n'tai5t pas de longue dure4 ,il rev5ait vite des ides d\ces et religieuses1 mais alors il s'ab&onnait surt\t la p5se de la mort4 ,la mort tait p\r lui l'asile suprme1 le refuge assur contre l'in=tune4 ,ce refuge ne lui fut pas longtemps refus4 ,il m\rut le #ab fvri] #ahce1 date qui concidait1 n\s le v]rons plus lo91 avec la reprs5tation d'une uvre dramatique1 (frant avec cette mort1 une d\l\reuse analogie4 ,un peu plus d'un mois avant ,r\ll&1 s'teignait la jeune lisa ,m]cur1 dont on a publi1 en #ahdc1 les uvres1 peu orig9ales et visiblem5t inspires de la littrature de l'poque4 ,plus impati5te que ,r\ll&1 lisa ,m]cur n'avait pas att5du p\r t5t] de sortir du monde qu'elle y eut accompli sa t*e4 ,elle avait1 mais va9em5t1 essay de s'asphyxi] avec des fleurs4 ,on s'tonne de la pr(ondeur du mal qui s'tait emp> des jeunes intellig5ces1 qu& on songe que cette enfant n'avait pas de griefs srieux contre la vie1 que ses dbuts avai5t t enc\rags p> le p\voir1 et que le seul motif de sa t5tative dsespre fut1 de son propre aveu1 le dsir d'immortalis] son nom p> le suicide4 ,cette ab]ration tait le fruit malsa9 de la publicit que les j\rnaux du temps donnai5t l'envi aux actes de cette nature4 ,elle-mme avait tr\v bon1 dans un roman1 auquel elle donna le titre de ,quatre am\rs1 de montr] une femme qui *]*ait et tr\vait la mort dans l'exhalaison de dang]eux p>fums4 ,comme p\r mieux atte/] le pril inhr5t ces sortes d'uvres1 elle s'tait prise son propre pige et elle avait rsolu de m\rir de la mme mort que son hrone4 ,heureusem5t la t5tative avait *\1 et1 il faut le dire1 elle en avait tmoign elle-mme le regret et l'horreur4 ,deux malheureux jeunes g5s fur5t1 hlas6 v]s le mme temps1 mieux s]vis dans leur dsespoir4 ,victor ,esc\sse et ,augu/e ,lebras avai5t ardemm5t embrass les pr9cipes de l'cole romantique4 ,ils avai5t crit des posies fugitives2 ,esc\sse avait fait reprs5t]1 avec des succs 9gaux1 deux uvres dramatiques1 et il avait compos1 en collaboration avec ,lebras1 une tragdie que le public avait =t mal traite4 ,ils ne v\lur5t pas survivre la *ute de leurs esprances1 et prir5t le p>ti de se donn] ensemble la mort4 ,les prp>atifs de cet acte fur5t accomplis avec un gr& calme4 ,t\s deux prir5t asphyxis p> le *>bon qu'ils avai5t allum 7#bd fvri] #ahcb74 ,esc\sse avait dix-neuf ans1 ,lebras en avait seize6 ,lebras avait cons]v quelque s\ci de sa famille2 il s'tait ef=c d'ad\cir le c\p qu'il lui portait2 ,esc\sse1 au contraire1 en ce mom5t suprme n'eut qu'une proccupation1 le beso9 d'un clat po/hume et d'une clbrit funbre4 ,lisez cette sorte de te/am5t la fois passionn et sceptique3 ,je dsire que les j\rnaux qui annonc]ont ma mort aj\t5t cette dcl>ation leur article3 ,esc\sse s'e/ tu p>ce qu'il ne se s5tait pas sa place ici1 p>ce que la =ce lui manquait *aque pas qu'il faisait en avant ou en arrire1 p>ce que l'am\r de la gloire ne dom9ait pas assez son me1 si me il y a4 ,je dsire que l'pitaphe de mon livre soit3 ,adieu trop infconde t]re1 ,flaux huma9s1 soleil glac2 ,comme un fantme solitaire1 ,inap]u j'aurai pass4 ,adieu1 c\ronnes immortelles1 ,vrai songe d'une me de feu2 ,l'air manquait2 j'ai f]m mes ailes2 ,adieu6 ,brang] a consacr ce d\ble suicide quelques /ances trop indulg5tes4 ,il n'a pas vu qu'il n'tait que le fait de la vanit blesse et de l'ambition impuissante1 et qu'il n'avait pas droit aux honneurs d'une oraison funbre4 ,que si ma9t5ant1 rassemblant les traits p>s dans les pages qui prcd5t1 n\s *]*ons recon/itu] la physionomie gnrale de la posie que n\s avons analyse1 que tr\vons-n\s8 ,peu d'orig9alit2 peu de s9crit2 des d\leurs presque t\j\rs sans cause prcise2 des fantaisies lugubres plutt qu'un s5tim5t pr(ond de mlancolie2 enf9 des aspirations v]s la mort qui1 grce ,dieu1 ont r>em5t pass dans le doma9e des faits4 ,n\s allons n\s tr\v] en face d'une posie plus haute et plus digne d'att5tion1 en abordant ,alfr$ de ,musset1 qui1 d'ailleurs1 n'e/ pas seulem5t pote1 et qui n\s t\*e aussi comme romanci]4 ,,iii ,alfr$ de ,musset4 ,si1 depuis le comm5cem5t de ce sicle1 un homme1 en entrant dans la vie1 sembla devoir tre affran*i du mal commun1 ce fut1 sans d\te1 ,alfr$ de ,musset4 ,t\t lui s\riait2 t\t l'invitait tre heureux4 ,comme le ,don ,juan dont il n\s a fait le portrait1 le voil jeune et beau1 s\s le ciel de la ,france1 le cur ple9 d'espoir1 aimant1 aim de t\s2 et p>-dessus t\t cela la sa9te posie ,ret\rne en s\riant la c\pe d'ambroisie ,sur ces *eveux plus d\x et plus blonds que le miel4 ,aussi quel clat dans ses dbuts6 ,comme ses premi]s v]s t9cell5t de v]ve et de jeunesse6 ,quelle aimable folie6 ,quel bad9age bl\issant6 ,ce n'e/ pas lui qui flatt]ait les mlancoliques froid et p> sy/me2 il ne mnage pas les pleur>ds1 les rveurs nacelles1 les amants de la nuit1 des lacs1 des cascatelles4 ,et cep5dant quelques annes plus t>d il s'te9dra jeune encore1 mais dj puis1 ananti p> le s5tim5t de sa misre intrieure2 et dans les d]ni]s v]s tracs p> sa ma9 dfaillante1 il se reprs5t]a ent5dant de t\s cts l'heure de sa mort sonn] ses oreilles1 s\ffrant dans sa lutte inutile contre l'in/9ct du malheur1 s\ffrant mme dans son repos1 et s5tant son c\rage *ancel] et s'abattre comme un c\rsi] bris de fatigue6 ,entre ces deux t]mes extrmes1 que s'tait-il pass qui pt expliqu] un tel contra/e8 ,quelles avai5t t les tapes d'une r\te si fleurie au po9t de d"p1 si aride et si dsole au po9t d'arrive8 ,ces tapes1 p]sonne ne les ignore4 ,musset1 d'abord1 avait fait l'appr5tissage de la vie au milieu d'une socit1 dj presque dp\rvue de croyances1 et dans laquelle une rvolution n\velle v5ait de jet] une p]turbation plus pr(onde encore4 ,il avait bu avidem5t les sucs les plus p]nicieux de la littrature4 ,de plus1 il n'avait pas su bi5 ordonn] sa vie4 ,enf9 une gr&e passion l'avait saisi1 mais sans calm] son cur incapable de repos1 et cette liaison1 condamne l'avance une prompte rupture1 ne lui avait laiss qu'un vide irrp>able et un beso9 n\veau de s't\rdir4 ,les torts de son poque1 ses torts p]sonnels tai5t donc les deux pr9cipales causes d'une mlancolie dont on suit trav]s ses uvres les div]ses vicissitudes4 ,ds #ahca1 aussitt aprs les ,contes d',espagne et d',italie1 aprs la ,ballade la ,lune et ,m>do*e1 on voit une p5se tri/e surgir au milieu de sa f\gue fantaisi/e4 ,les ,vux /riles r5f]m5t1 avec de d\l\reuses rflexions sur la vocation du pote1 des ret\rs pnibles sur sa propre condition4 ,a moiti de sa r\te1 il se s5t dj las de m>*]4 ,la vie mdiocre1 prosaque et m]cantile1 telle que la fait la socit mod]ne1 lui rpugne2 il lui faudrait t\t ou ri51 et il se dem&e comm5t il ne s'e/ pas tr\v dans cette lot]ie un j\eur assez abattu p> le sort p\r lui dire en sortant3 ,n'entrez pas1 j'ai p]du4 ,cep5dant1 il veut all] jusqu'au b\t1 et faire r\gir la de/9e des maux qu'elle peut lui rs]v] encore4 ,dans le pome de ,rolla 7#ahcc71 ,alfr$ de ,musset1 n\s rvle ses t\rm5ts religieux4 ,il regrette la foi du pass4 ,le paganisme n'tait-il pas heureux1 lui qui avait des ,dieux p>t\t8 ,le moy5 ge aussi n'tait-il pas heureux8 ,t\t v5ait de r5atre s\s la ma9 du ,*ri/4 ,p\r lui1 v5u trop t>d dans un monde trop vieux1 p\r lui1 le mo9s crdule enfant de ce sicle sans foi1 il dem&e qu'il lui soit p]mis de bais] la p\ssire du crucifix bris et de pleur] sur cette froide t]re d*ue de ses esprances suprmes4 ,il adresse ,voltaire d'am]s repro*es p\r l'uvre de de/ruction qu'il a accomplie2 il l'accuse de t\s nos maux1 de notre scepticisme1 de notre gsme1 et de ce vide du cur1 qui1 dfaut des clotres dont le monde ne veut plus1 ne n\s laisse dans le malheur d'autre alt]native que le suicide4 ,les ,nuits 7#ahce-ahcg71 s\s un titre qui rappelle l'uvre mlancolique de ,"y1 conti5n5t bi5 des s\pirs et bi5 des l>mes4 ,dans la nuit de ,mai1 la muse qui l'a vu tri/e et sil5cieux et qui desc5d du ciel p\r pleur] avec lui1 *]*e l'arra*] son ennui solitaire et rveill] son gnie abattu p> le *agr94 ,ri5 ne n\s r5d si gr&s1 lui dit-elle1 qu'une gr&e d\leur2 et les *ants les plus dsesprs sont les plus beaux4 ,dans la nuit d',aot1 la muse consolatrice s'crie3 ,hlas6 t\j\rs un homme1 hlas6 t\j\rs des l>mes6 ,dans la nuit d',octobre1 p>lant au pote1 dont l'me d*ire frmit et palpite encore au s\v5ir d'un am\r malheureux1 elle lui conseille la rsignation p> des motifs tirs des vues de la ,provid5ce3 elle lui dmontre que l'homme e/ un appr5ti1 et que la d\leur e/ son matre2 et que c'e/ une dure loi1 mais une loi inexorable1 vieille comme le monde et la fatalit1 qu'il n\s faut recevoir le baptme du malheur4 ,mais c'e/ surt\t dans la nuit de ,dcembre 7#a;er dcembre #ahce71 que le pote met nu la misre de son me4 ,il se pla9t de son isolem5t au milieu du monde3 coli]1 dans sa salle d'tude2 adolesc5t1 dans ses premires visites aux bois et aux coll9es2 jeune homme1 pleurant son premi] am\r trahi2 portant un toa/ dans un fe/9 joyeux1 ou ag5\ill au *evet du lit o vi5t de m\rir son pre2 t\j\rs il retr\ve un inconnu qui lui ressemble comme un frre1 un my/rieux fantme1 qui n'e/ autre que celui de la solitude2 et dans un dveloppem5t potique qui conti5t une longue numration de ses d\leurs1 il n\s montre ce fantme lui app>aissant p>t\t o il a prom5 son cur saignant d'une t]nelle plaie1 sa fatigue1 son ennui1 sa soif d'un monde ignor1 ses rves et ses dceptions4 ,la ,lettre ,lam>t9e1 qui date de #ahcf1 n\s montre encore ,musset s\s le mme j\r4 ,s'adressant celui qu'il nomme le ,*antre de la s\ffrance1 il lui rappelle qu'un j\r ,byron reut des v]s d'un jeune pote qui ne le connaissait que p> ses d\leurs1 et que celui-ci accueillit avec un s\rire tri/e ce tmoignage d'un cur inconnu4 ,a son t\r1 ,musset s'entreti5t avec ,lam>t9e dont il ne connaissait alors que les v]s mus1 et lui raconte les *agr9s de son cur bris4 ,il gmit de ce que la nature huma9e1 ,qui m>*e pas compts v]s une f9 c]ta9e1 ,doive encore s'y tran] en portant une croix1 ,et qu'il faille ici-bas m\rir plus d'une fois4 ,il dplore le c>actre passag] de nos affections1 leur incessante mobilit1 et l'accumulation de ru9es qui se fait dans notre me jusqu'au d]ni] mom5t de notre exi/5ce4 ,cep5dant sa tri/esse n'e/ pas du dsespoir4 ,l'exemple de ,lam>t9e lui-mme le relve2 comme lui1 il veut espr]2 et sa lettre se t]m9e p> un sursum corda1 et p> un acte de foi dans l'immortalit de l'me4 ,mais ces lans tai5t phmres et ,musset ne les pr\vait qu'au prix de longues anxits4 ,l'espoir en ,dieu qui suit la lettre ,lam>t9e n\s p]met d'assi/] ces d\l\reux m\vem5ts de son me4 ,il aurait aim1 n\s dit-il1 se laiss] all] d\cem5t au c\rs de la vie1 j\ir des bi5s de la t]re reg>d] le ciel sans s'en inquit]4 ,il ne le peut1 malgr lui1 l'inf9i le t\rm5te2 il n'y saurait song] sans cra9te et sans espoir4 ,le d\te ne lui p>at pas1 comme ,montaigne1 un oreill] commode p\r une tte bi5 faite4 ,il croit que les indiffr5ts sont de vrais a?es1 qu'ils ne dormirai5t pas s'ils d\tai5t un seul j\r4 ,en dpit de sa volont1 sa raison l'entrane la re*]*e de la solution des plus graves problmes4 ,il la dem&e d'abord la religion2 mais elle lui semble au-dessus de ses =ces4 ,et cep5dant il a beso9 de connatre la vrit4 ,si son cur fatigu du rve qui l'obsde revi5t un in/ant la ralit1 il tr\ve au fond des va9s plaisirs un tel dgt qu'il se s5t m\rir4 ,t\tes les volupts ne peuv5t endormir sa s\ffrance3 ,malgr n\s v]s le ciel1 il faut lev] les yeux4 ,il int]roge donc la philosophie2 il passe en revue1 le mani*isme1 le ?isme1 ,ari/ote1 ,platon1 ,py?agore1 ,leibnitz1 ,desc>tes1 ,pyrrhon1 ,znon1 ,voltaire1 ,sp9osa1 ,locke et ,kant2 mais il tr\ve t\tes leurs ?ories creuses et vides2 et alors se jetant g5\x1 il prie2 il prie un peu au has>d1 sans tre c]ta9 que quelqu'un l'ent5de1 mais avec un pr(ond dsir d'tre ent5du et exauc2 il *ante le s5tim5t qu'il a de la div9it2 il la supplie de se dvoil] t\t entire1 p\r que l'humanit s*e enf9 ses l>mes1 qu'au bruit d'un conc]t de l\anges s'levant v]s ,dieu on voie s'enfuir le d\te et le blasphme1 et que la mort elle-mme y joigne ses d]ni]s acc5ts4 ,le mme s5tim5t e/ prs5t avec plus de concision et de =ce encore1 dans le sonnet intitul ,tri/esse 7#ahdj71 o ,musset fait un am] ret\r sur sa =ce1 sa jeunesse1 sa gaiet p]dues1 sur ses aspirations v]s la vrit si vite trahies2 o il proclame cep5dant la ncessit de rpondre ,dieu qui n\s p>le et tr\ve p\r d]nire consolation le s\v5ir des l>mes qu'il a v]ses4 ,enf9 n\s retr\vons ces /rophes navrantes1 ces novissima v]ba que j'ai rappels plus haut et qui m>qu5t le d]ni] /ade de son tri/e pl]9age4 ,telle qu'il s'e/ dpe9t dans ces posies1 ,musset tait donc une nature inquite1 incapable de vivre ni dans le t\rbillon des plaisirs1 ni dans l'au/rit de la philosophie1 s5sible l'excs1 trangem5t mobile1 s'levant p>fois d'un essor s\da9 v]s les plus hautes sphres1 mais retombant bi5tt dans la rgion +rate et nue des ralits1 et avanant *aque j\r v]s le dsespoir4 ,mais ce n'e/ pas t\j\rs s\s ses traits qu'il a fait le portrait de la mlancolie1 et n\s avons re*]*] comm5t il a trait ce sujet s\s une =me plus indirecte4 ,dans l'ptre ,lam>t9e on voit ,musset consacr] au gr& ,byron des v]s ple9s d'un s5tim5t d'admiration p\r l'homme qui devait f9ir en hros son immortel ennui p\r le gr& inspir de la mlancolie4 ,ailleurs1 s\s ce titre3 ,aprs une ,lecture 7novembre #ahdb71 il adresse une loqu5te invocation1 dont j'ai eu p>l] plus haut1 au malheureux ,leop>di qu'il montre l'me dsole1 mais t\j\rs calme et bon s'avanant dans sa r\te solitaire jusqu' ce que son heure d]nire arrivt1 et qu'il g\tt enf9 le *>me de la mort4 ,dans le conte spirituel et capricieux de ,nam\na1 7#ahcb71 il pr5d plaisir dess9] un portrait qui rappelle une des crations de ,byron4 ,hassan1 son hros1 e/ un sceptique1 un blas4 ,il aime le plaisir1 mais il ne croit pas l'am\r1 c'e/ une sorte de ,don ,juan4 ,a ct de lui1 d'ailleurs1 ,musset en a esquiss un autre4 ,que p]sonne n'a vu1 que ,moz>t a rv1 ,qu',h(fmann a vu pass] au son de la musique1 ,et que de notre temps ,%akspe>e aurait tr\v4 ,ce ,don ,juan l p\rsuit trav]s mille am\rs un idal insaisissable et meurt1 sans avoir ass\vi son imm5se beso9 d'aim]4 ,qui ne connat la ,confession d'un enfant du sicle 7#ahcf78 ,la clbrit de ce roman me p]met de n'en donn] qu'une c\rte analyse4 ,octave sort du collge2 il apporte dans le monde qui s'ouvre devant lui1 un esprit atte9t dj p> le s\ffle du scepticisme4 ,mais il croit encore l'am\r4 ,l'infidlit d'une premire matresse lui enlve cette illusion1 et1 p\r s't\rdir sur sa d\leur1 il se jette dans t\s les excs4 ,ses d]nires convictions morales sombr5t bi5tt dans cet abme et1 t\t jeune encore1 il pr\ve un ds5*antem5t que p\rrait seule ju/ifi] une longue preuve du malheur et de la m*ancet des hommes4 ,cep5dant1 ce jeune homme blas1 fatigu d'avance de la vie1 incapable d'illusions1 retr\ve un j\r au fond de son cur un s5tim5t qu'il croyait jamais te9t en lui2 il se repr5d aim] et ,brigitte ,pi]son rpond son affection4 ,mais cet am\r p\rsuivi p> les rm9isc5ces du pass n'a ni calme ni scurit2 il se trane pniblem5t trav]s des mfiances et des sec\sses incessantes1 jusqu' ce qu'puis p> ses va9es agitations1 il s'teigne en ne laissant que le vide aprs lui4 ,octave1 n'e/ donc1 beauc\p d'g>ds1 et sans p>l] de ses ressemblances sur c]ta9s po9ts1 qui sort5t des limites de notre travail1 avec l',amaury de ,volupt1 qu'une n\velle dition de l',adolphe de ,b5jam9 ,con/ant4 ,s'il e/ un peu plus am\reux que lui1 il n'e/ pas mo9s hsitant1 et surt\t il n'e/ pas plus heureux4 ,t\t le monde sait1 et ,musset ne l'a jamais dissimul1 que le c>actre inquiet et t\rm5t qu'il n\s a dcrit dans la ,confession d'un enfant du sicle tait en gr&e p>tie le si54 ,*ez lui1 comme *ez ,octave1 ce c>actre tait-il surt\t le fruit d'une jeunesse corrompue8 ,la =me romanesque qu'il a *oisie p\r s'exprim]1 laisse cette "q dans un c]ta9 vague2 mais1 cet g>d1 il me semble suffisant de rpt] ce que disait ,mme ,georges ,s& avant la publication de la ,confession1 dans les ,lettres d'un ,voyageur 7#ahcd71 et de dire1 sans prcis] davantage1 que le s\v5ir des faiblesses dgradantes que le pote avait contemples1 tait v5u empoisonn] de d\tes cruels et d'amres p5ses1 les pures j\issances de son me hsitante et cra9tive4 ,il me p>at galem5t inutile de r\vrir la polmique regrettable qui s'e/ leve sur sa tombe et dans laquelle on a vu l'anci5ne amie1 la ,brigitte du roman1 en rveillant imprudemm5t des feux encore mal te9ts1 s'attir] une rplique brlante1 dicte p> une susceptibilit frat]nelle vivem5t blesse4 ,entre ,elle et ,lui1 d'une "p1 ,lui et ,elle1 de l'autre1 je n'ai pas me prononc]4 ,encore mo9s ai-je exam9] d'autres uvres secondaires sur le mme sujet4 ,mais ce que je ne veux pas oubli]1 c'e/ le tableau que ,musset a trac dans la ,confession des ravages ex]cs p> la volupt sur les facults de l'me4 ,dj dans le drame biz>re de ,la ,c\pe et les ,lvres 7#ahcb71 s\s la figure de ,franck qui voit sa fiance1 la pure ,deidamia1 prir de la ma9 de son anci5ne matresse1 la c\rtisane ,belcolor1 il avait prs5t l'allgorie de l'me punie de ses anci5s vices p> la ru9e de t\t am\r lev4 ,c'e/ dans cette pice qu'il a crit ces deux v]s t]ribles3 ,ah6 malheur celui qui laisse la dbau*e ,plant] le premi] cl\ s\s sa mamelle gau*e6 ,octave confirme hautem5t cette vrit p> le spectacle de ses tri/esses1 de ses suspicions1 de ses angoisses et de ses remords4 ,de t\s les g5res de mlancolie1 le plus d\l\reux1 en effet1 n'e/-il pas celui qui rsulte de nos propres torts8 ,aussi la leon cont5ue dans les uvres dont je p>le mrite-t-elle d'tre c\te2 et1 en supposant qu'on pt1 comme excuse de c]ta9es dfaillances1 invoqu] l'exemple f*eux d'un homme qui avait le pre/ige du plus beau tal5t1 la logique exig]ait qu'on se s\vnt aussitt des svres enseignem5ts de ce pote1 et ceux-ci devrai5t suffire p\r dt\rn] de celles-l4 ,on peut ma9t5ant jug] ,musset4 ,s\s beauc\p de rapports1 il a sacrifi aux t5dances mlancoliques2 il leur a donn place dans ses uvres tantt en son nom1 tantt s\s des =mes plus ou mo9s fantaisi/es4 ,il a t bi5 compltem5t de son temps2 il a t l'enfant de son sicle4 ,d\ d'une m]veilleuse facilit d'assimilation1 il s'en e/ appropri l'esprit tr\bl1 sceptique1 tantt moqueur1 et tantt att5dri4 ,on tr\ve en lui1 selon l'heureuse expression de ,m4 ,vitet1 dans les p>oles mues qu'il a prononces sur sa tombe1 un mlange indf9issable de *imre et de raison1 d'ironique s*]esse et d'm\vante mlancolie1 la grce1 la passion1 l'lgant bad9age4 ,ces traits div]s il les emprunte aussi bi5 l'trang] qu' sa patrie4 ,son me1 ouv]te1 t\tes les impressions1 de quelque "p qu'elles v9ss5t1 s'e/ confondue avec l'me de t\te une gnration4 ,p> l s'explique la faveur t\te p>ticulire dont il a j\i p>mi ses contempora9s4 ,*aque poque se p]sonnifie dans l'homme qui reprs5te le plus complm5t ses qualits ou ses dfauts4 ,dans l'ordre d'ides o se r5f]me cette tude1 la ,rpublique et l',empire s'inc>n5t en ,*ateaubri&2 la ,re/auration s'id5tifie avec ,lam>t9e2 ,musset e/ le type suprme du g\v]nem5t de ,juillet4 ,il a runi leur plus haut degr les symptmes qui ont c>actris le mal du sicle p5dant cette priode de notre hi/oire2 son t\r1 cette poque ne lui a pas m>*& sa reconnaissance et s'e/ plu se dc]n] elle-mme1 en les posant sur la tte de son pote bi5-aim1 les plus flatteuses c\ronnes4 ,je ne l'imit]ai pas sans quelque rs]ve2 c]tes je ne p\ss]ai pas la svrit1 jusqu'o ,musset l'a p\sse lui-mme1 qu& il a dit3 ,il n'exi/e qu'un tre ,que je puisse en enti] et con/amm5t connatre1 ,sur qui mon jugem5t puisse au mo9s faire foi1 ,un seul--je le mprise1--et cet tre1 c'e/ moi4 ,mais comm5t s'emp*] de regrett] qu'il ait s\v5t mal employ les dons m95ts qui lui avai5t t si l>gem5t dp>tis et que des aspirations insuffisantes v]s le bon et le vrai soi5t le seul monum5t respectable qui n\s re/e de son admirable tal5t4 ,,iv ,maurice et ,eugnie de ,gur94 ,sur les conf9s de la posie et de la prose1 on r5contre un criva9 dont le nom a fait d'abord peu de bruit1 et n'a conquis que dans ces d]ni]s temps une relle clbrit1 mais qui doit tr\v] sa place ici4 ,pote et prosateur1 quelques-unes mme de ses uvres en prose ont reu la qualification de pomes1 et peut-tre1 en effet1 p\r tre des v]s excell5ts1 ne leur manque-t-il que la rime4 ,l'un de ces pomes doit attir] notre att5tion1 a9si que quelques productions plus intimes du mme auteur4 ,je les comp>]ai ensuite c]ta9s crits d'une autre plume qui ne peuv5t en tre sp>s4 ,je veux p>l] de ,maurice de ,gur91 et de sa sur ,eugnie4 ,maurice tait n dans une famille o la pauvret et le malheur semblai5t hrditaires4 ,retir la campagne avec ma famille1 a-t-il dit1 mon enfance fut solitaire4 ,je ne connus jamais ces jeux ni cette joie qui accompagn5t nos premires annes4 ,ses plaisirs1 il les tr\vait dans la rv]ie et la contemplation de la nature3 il tait atte9t d'une tri/esse secrte1 sa sant d'ailleurs tait dbile1 et il y avait en lui1 a dit ,m4 de ,pontm>t91 une disposition maladive o les s\ffrances du corps ragissai5t sur les rsolutions de l'me4 ,a ,p>is1 il t5ta la c>rire des lettres et celle de l'enseignem5t4 ,le succs ne v9t pas4 ,il se m>ia1 et p>ut un in/ant devoir tre heureux1 mais la ph?isie qui le m9ait l'emporta mo9s de v+t-neuf ans4 ,il m\rut le #ag juillet #ahci4 ,son crit le plus connu e/ un morceau de prose potique auquel il a donn p\r titre le ,c5taure4 ,c'e/ le rcit des impressions d'un de ces tres fabuleux1 depuis sa naissance dans la pr(ondeur d'une cav]ne1 jusqu' sa vieillesse qui appro*e de son d]ni] t]me4 ,mac>e dpe9t les progrs de son dveloppem5t1 la vigueur de sa jeunesse1 ses c\rses enivrantes trav]s les montagnes ou les valles1 les ro*]s ou les fleuves1 soit s\s les feux du j\r1 soit la cl>t des toiles1 l'incon/ance sauvage et aveugle qui dispose de ses pas1 son mpris p\r cet tre infrieur1 l'homme1 qu'il r5contre en p>c\rant la nature1 les entreti5s qu'il eut dans sa jeunesse avec le vieux c5taure ,*iron2 enf9 il annonce sa f9 en ces mots3 ,je reconnais que je me rduis et me p]ds rapidem5t comme une neige flottant sur les eaux1 et que pro*a9em5t j'irai me ml] aux fleuves qui c\l5t dans le va/e se9 de la t]re4 ,sa9te-,beuve n'a pas hsit ratta*] l'cole mlancolique cette uvre orig9ale et puissante dans sa brivet4 ,gur91 s\s =me de ,c5taure1 dit-il1 a fait l son ,r5 et racont sa propre hi/oire1 sa s\rce relle d'impressions1 en la projetant dans les horizons fabuleux4 ,il a fait son ,r51 son ,w]!r1 sans y ml] d'gsme1 et en se mtamorphosant t\t enti] dans une p]sonnification qui re/e idale1 mme dans ce qu'elle a de mon/rueux3 il n'a pris la cr\pe du ,c5taure que p\r qu'elle pt le port] plus vite et plus lo94 ,il y a en effet1 dans ce p]sonnage solitaire1 dans ce sage adonn au culte de la nature1 comme une allgorie discrte des s5tim5ts et des gts que n\rrissait l'auteur de cette fiction4 ,mais p\r mieux connatre ,maurice de ,gur91 il faut le *]*] dans les lettres o il se montrait tel qu'il tait1 sans tude et sans apprt1 et dans le j\rnal o il s'pan*ait dans t\te la s9crit de son me1 enf9 dans le s\v5ir de ceux qui l'aimai5t4 ,on y tr\ve *aque pas un tri/e contra/e3 p]sonne plus que ,maurice n'a eu le dsir d'tre heureux1 p]sonne ne l'a mo9s t4 ,on dirait qu'il *]*e s'assimil] t\t ce qui dans l'univ]s peut cont5ir une j\issance4 ,la vie et ses manife/ations div]ses sont le ,dieu de son imag9ation1 le tyran qui le fasc9e et l'attire4 ,eh bi56 ce bonheur dont il se =me une si vive ide1 il ne peut le tr\v] en lui-mme1 et sans cesse il se pla9t de l'indig5ce de son esprit1 de la misre de son cur4 ,l'esprit1 ai-je dit4 ,de ce ct1 il voit en lui1 un vice organique1 un dlabrem5t irrp>able2 son lm5t cra9tif1 inquiet1 analytique ne le laisse jamais en repos4 ,j'avance bi5 l5tem5t du ct de l'intellig5ce2 j'ai le press5tim5t de mille *oses1 mais c'e/ plutt un t\rm5t qu'un progrs 7,j\rnal1 #ac m>s #ahcc74 ,ailleurs3--je sais bi5 que je suis une pauvre crature qui ai peu d'esprit4--,oh6 que c'e/ bi5 dit1 mon *] ,b]n>d96 comme tu z bi5 r5du le s5tim5t d'une me qu'on s'ef=ce d'lev] au-dessus de sa sphre1 et qui pntre de son impuissance s'crie3 ,je sais bi5 que je suis une pauvre crature6 comme tu fais dire ,virg9ie4 ,il y a bi5 longtemps que je me rpte ces p>oles4 ,c'e/ le rsum de t\s mes travaux1 de t\te ma vie 7,j\rnal1 #bc ju9 #ahcd74 ,l'anne suivante1 mmes gmissem5ts3 ,je m'*appe moi-mme2 un tr\ble fune/e b\lev]se ma tte2 elle bat la campagne trav]s je ne sais quelles imag9ations4 7,j\rnal1 #bg m>s #ahce74 ,enf91 encore une anne aprs1 on peut con/at] la m>*e in9t]rompue du mal dont il se pla9t3 ,le mal-tre d'abord assez ress]r a gagn rapidem5t2 ma tte se dess*e4 ,comme un arbre qui se c\ronne1 je s5s1 lorsque le v5t s\ffle1 qu'il passe dans mon fate trav]s bi5 des bran*es dpries4 ,a9si son intellig5ce e/ p\r lui la s\rce de t\rm5ts qui se r5\vell5t et se div]sifi5t l'inf9i1 t\rm5ts vagues1 s\v5t indf9issables1 mais c\p sr1 cruels4 ,il en e/ de mme de son cur4 ,p> une fune/e infirmit1 dj s\v5t obs]ve dans le c\rs de ce travail1 il ne sait pas saisir le bonheur qui s'(fre lui1 il ne j\it que p> l'imag9ation4 ,la prs5ce du bonheur me tr\ble et je s\ffre mme d'un c]ta9 froid que je ress5s2 mais je n'ai pas fait deux pas au dehors que l'imag9ation me pr5d2 un regret inf9i1 une ivresse de s\v5ir1 des rcapitulations qui exalt5t t\t le pass1 et qui sont plus ri*es que la prs5ce mme du bonheur2 enf9 ce qui e/1 ce qu'il semble1 une loi de ma nature1 t\tes *oses mieux ress5ties que s5ties4 ,la vie de son cur ne s'accuse que p> des s\ffrances sans cause app>5te4 ,il e/ atte9t d'un ennui pr(ond4 ,il crit le #a;er ,mai #ahcc3 ,je suis plus tri/e qu'en hiv]4 ,p> ces j\rs-l1 se rvle au fond de mon me1 dans la p>tie la plus intime1 la plus pr(onde de la sub/ance1 une sorte de dsespoir1 t\t fait trange2 c'e/ comme le dlaissem5t et les tnbres hors de ,dieu4 ,quelques sema9es aprs1 il p>at dev5u trang] aux influ5ces du dehors1 mais son bonheur n'y a ri5 gagn2 il consigne cette note1 le #ag juillet3 ,j'cris sur le dcl9 d'une belle j\rne4444 mais ce beau soleil1 qui me fait ord9airem5t tant de bi51 a pass sur moi comme sur un a/re te9t2 il m'a laiss comme il m'a tr\v1 froid1 glac1 ins5sible t\te impression extrieure1 et s\ffrant1 dans le peu de moi qui vit encore1 des preuves /riles et misrables4 ,ma vie intrieure dprit *aque j\r1 je m'enfonce je ne sais dans quel abme1 et je dois tre arriv dj une gr&e pr(ondeur1 c> la lumire ne m'arrive presque plus et je s5s le froid qui me gagne4 ,il y a et l1 dans son manuscrit1 des mots qui pntr5t d'effroi et de piti p\r cette nature malheureuse3 #ah mai #ahcd4 ,ma misre intrieure gagne1 je n'ose plus reg>d] au d$ans de moi4--#bf aot4 ,je devi5s comme un homme infirme et p]clus de t\s ses s5s1 solitaire et excommuni de la nature4 ,je cit]ai encore les lignes qu'il traait1 le #bb ju9 #ahce1 et qui dcrivai5t bi5 son obscur m>tyre3 ,ce qui me fait1 dans des mom5ts1 dsespr] de moi1 c'e/ l'int5sit de mes s\ffrances p\r de petits sujets1 et l'emploi t\j\rs mal5t5du et aveugle de mes =ces morales4 ,j'use quelquefois r\l] des gra9s de sable1 une n]gie propre p\ss] un ro*] jusqu'au sommet des montagnes4 ,je support]ais mieux des f>deaux normes que cette p\ssire lgre et presque impalpable1 qui s'atta*e moi4 ,je pris *aque j\r secrtem5t2 ma vie s'*appe p> des piqres invisibles4 ,aprs cette date1 le manuscrit s'arrte1 mais l'angoisse cont9ue4 ,en avril #ahch1 sa femme crit3 ,maurice e/ tri/e1 il a un fond de tri/esse que je *]*e dissip]2 je la lis dans ses yeux4 ,et sa sur aj\te ce comm5taire navrant3 ,mon pauvre ami1 qu'z-tu donc1 si ce n'e/ pas la fivre qui t'accable8 ,il me semble voir en toi je ne sais quoi qui t'empoisonne1 te maigrit1 te tu]a1 si ,dieu ne t'en dlivre4 ,j'ai de tri/es press5tim5ts4 ,ces press5tim5ts n'tai5t po9t trompeurs4 ,l'heure suprme avait sonn2 heure des l>mes p\r la famille1 p\r le pati5t heure de la dlivrance4 ,dans un article de la ,revue des deux ,mondes du #ae mai #ahdj1 ,mme ,s&1 qui a t la premire r5dre ju/ice au jeune tal5t qui v5ait de s'te9dre1 ignor du public et de lui-mme1 df9issait a9si ,maurice de ,gur93 ,c'tait une de ces mes froisses p> la ralit commune1 t5drem5t prises du beau et du vrai1 d\l\reusem5t indignes contre leur propre insuffisance la dc\vrir1 v\es1 en un mot1 ces my/rieuses s\ffrances dont ,r51 ,ob]mann et ,w]!r1 (fr5t s\s des faces diffr5tes1 le rsum potique4 ,les qu9ze lettres de ,m4 de ,gur9 que n\s avons entre les ma9s 7on ne connaissait pas alors la plus gr&e p>tie de ses crits intimes71 sont une monodie non mo9s t\*ante et non mo9s belle1 que les plus beaux pomes psy*ologiques de/9s et livrs la publicit4 ,il e/ c]ta91 en effet1 que p> son beso9 de s'analys] sans cesse1 p> sa facilit gmir sur lui-mme1 ,gur9 prs5te une analogie frappante avec les gr&s mlancoliques dont on vi5t de rappel] les noms1 p>-dessus t\t avec ,ob]mann4 ,comme ,ob]mann1 il se dfie de ses propres =ces1 il pr\ve un secret ennui1 et il s'puise dans des ef=ts inutiles p\r va9cre son imag9ation1 et p\r arriv] vivre d'une vie ple9e et vraie4 ,mme ,s& a bi5 indiqu ce c>actre de l'criva9 qu'elle tudiait1 mais son jugem5t e/ plus conte/able1 qu& elle rev5dique ,gur91 comme l'un des p>tisans des dang]euses doctr9es dont la maladie du sicle e/ s\v5t complice2 qu& elle le reprs5te comme un sceptique1 comme un pote ,byroni54 ,la sur de ,maurice a prote/ contre cette p>tie du portrait2 et l'on doit reconnatre que ,gur91 p> la moralit leve de son uvre1 mrite d'tre di/+u de l'cole dont il e/ d'autres g>ds le disciple4 ,ce n'e/ pas le scepticisme que je lis dans ses crits intimes1 c'e/ plutt le my/icisme2 il p\sse le dsir de la p]fection jusqu'au scrupule4 ,il tait *rti52 il e/ re/ tel1 malgr quelques dfaillances prov5ant du tr\ble jet dans son esprit p> la dfection de ,lam5nais1 dont il avait t l'lve2 seulem5t sa religion tait inquite et t\rm5te4 ,n\s connaissons ,maurice de ,gur94 ,c'e/ dj connatre sa sur ,eugnie4 ,ne s]ait-ce qu' cause de l'affection qu'elle avait v\e son frre1 on p\rrait dire que ,mlle ,eugnie de ,gur9 ne =mait avec lui qu'une seule me4 ,c'e/ p\r son frre qu'elle crit son j\rnal1 elle veut qu' son ret\r1 en lisant ce manuscrit1 il puisse recon/itu] la d\ce vie de famille c\le sans lui4 ,je ne p5se pas qu'on puisse imag9] une union de s5tim5ts plus p>faite2 mais aussi1 r>em5t a-t-on vu plus d'aff9its morales qu'entre ce frre et cette sur4 ,eugnie de ,gur9 avait pass comme ,maurice dans la maison pat]nelle une enfance solitaire2 comme ,maurice1 elle aspire un idal lev1 accuse la prt5due pauvret de son esprit1 le vide de sa vie intrieure1 l'ennui qui l'atte9t2 enf9 n'e/ s\t5ue que p> le s5tim5t religieux4 ,en ma9t endroit1 on p\rrait rappro*] le ,j\rnal d',eugnie de celui de ,maurice2 on tr\v]ait dans l'un et l'autre les mmes impressions intimes1 et on les tr\v]ait presque aux mmes dates4 ,je ne vais pas jusqu' prt5dre que les deux manuscrits p\rrai5t tre confondus1 et indiffremm5t attribus la sur ou au frre2 la femme ici ne p]d pas son c>actre propre4 ,au milieu de sa mlancolie1 elle cons]ve son *>me et sa grce4 ,d'un autre ct1 je ne dois pas omettre de rem>qu] que *ez elle la religion e/ plus nette1 plus pratique que *ez ,maurice de ,gur91 que p> ce ct encore1 sa tri/esse e/ mo9s pesante4 ,mais1 rptons-le1 cette me trav]se les mmes angoisses1 se pla9t des mmes s*]esses et s'use dans les mmes s\ffrances que n\s v5ons d'tudi]4 ,on en suit l'hi/oire j\r p> j\r3 #ac avril #ahce3 ,il y a de ces mom5ts de dfaillance o l'me se retire de t\tes ses affections1 et se replie sur elle-mme comme bi5 fatigue4 ,cette fatigue sans travail1 qu'e/-ce autre *ose que faiblesse4 ,il la faut surmont]4--#bb mai #ahce3 ,l'ennui e/ le fond et le c5tre de mon me auj\rd'hui444--#ai ju9 #ahce3 ,ma tte e/ vide prs5t2 il y a de ces mom5ts o je me tr\ve sec1 o mon esprit t>it comme une s\rce1 puis il rec\le4--#ahcg3 7sans autre date73 ,je s\ffrais1 je s\ffre encore1 mais ce n'e/ qu'un re/e1 un malaise qui va f9ir2 mme je ne sais pas ce que c'e/ ni ce que j'ai de malade3 ce n'e/ ni tte1 ni e/omac1 ni poitr9e1 ri5 du corps2 c'e/ dans l'me1 pauvre me malade6--#a;er fvri] #ahch3 j\r nbuleux1 sombre1 tri/e1 au dehors et au d$ans4--#bg mai #ahch3 ,ce n'e/ pas facile de bi5 faire1 d'atte9dre le beau1 si haut1 si lo9 de notre pauvre esprit2 on s5t que c'e/ fait p\r n\s1 que n\s avons t l1 que cette gr&eur tait la ntre et que n\s ne sommes plus que les na9s de l'intellig5ce2 *ute1 *ute qui se retr\ve p>t\t6 ,p\r calm] ces agitations de son esprit1 ,eugnie de ,gur9 *]*e s'endormir dans des habitudes rgulires1 monotones mme s'il le faut4 ,elle crit le #ac mai #ahci3 ,si je p\vais croire au bonheur1 a dit ,m4 de ,*ateaubri&1 je le *]*]ais dans l'habitude1 l'uni=me habitude qui lie le j\r au j\r1 et r5d presque ins5sible la transition d'une heure l'autre1 d'une *ose une autre *ose2 il y a repos dans cette vie mesure1 dans cet arrangem5t que s'impos5t les religieux444 ,il n'att5d5t pas1 ou ils sav5t ce qu'ils att5d5t ces hommes d'habitude2 et voil l'inquitude1 l'agitation1 le *]*] de mo9s p\r ces mes4 ,j'en conclus qu'il e/ bon de savoir ce que l'on veut faire444 ,ici jetons un reg>d en arrire4 ,n\s l'avons vu1 non seulem5t ,*ateaubri&1 mais encore ,jean-,jacques ,r\sseau et ,s5anc\r1 ont vant le p\voir salutaire de l'habitude1 les ress\rces qu'on y tr\ve contre les t\rm5ts de l'me2 et voil qu' tr5te ans d'int]valle une jeune femme solitaire vi5t aj\t] ces autorits son tmoignage mode/e mais prcieux6 ,mais1 qu& elle crivait ces lignes1 le mal dont s\ffrait ,eugnie de ,gur9 n'tait dj plus gurissable4 ,la mort de son frre ne t>da pas v5ir lui port] le d]ni] c\p1 et elle disait1 le #b mai #ahdj3 ,je n'ai plus d'intrt ri5 racont]1 ni moi ni autre *ose4 ,t\t meurt2 je meurs t\t4 ,je meurs d'une l5te agonie morale1 tat d'indicible s\ffrance4 ,l'agonie de l'me1 plus cruelle que celle du corps1 tel e/ l'tat qu'ont pr\v ,maurice et ,eugnie de ,gur94 ,intellig5ces d'lite1 nobles curs1 ils n'ont gt dans leur plnitude aucune j\issance4 ,une tri/esse secrte s't5dait comme un voile funbre sur t\te leur exi/5ce4 ,on et dit qu'en eux avait t bris de bonne heure le ressort qui met en m\vem5t t\tes les =ces de l'me1 et que ces organisations dlicates manquai5t du pr9cipe mme de la vie4 ,a voir se reproduire1 *ez deux tres1 issus de la mme s\rce1 un phnomne id5tique1 on ne peut s'emp*] de p5s] que ce phnomne a prcism5t p\r cause leur commune orig9e4 ,les influ5ces transmises avec le sang sont peut-tre1 en effet1 la meilleure explication des tr\bles dont ils ont s\ff]t t\s deux4 ,aj\tons-y les impressions d'une enfance au/re1 et n\s aurons t\tes les raisons d'une tri/esse qui prs5te un c>actre respectable4 ,il faut remont] assez lo9 dans cette tude1 p\r tr\v] d'aussi p>faits exemples de dta*em5t et de mode/ie4 ,ces d\ces images repos5t de tant de figures dans lesquelles se dissimul5t mal l'am\r-propre et la proccupation de l'effet1 mais il e/ temps de n\s en sp>] af9 de repr5dre et d'a*ev]1 quelles qu'en puiss5t tre les f*euses r5contres1 la srie de docum5ts que n\s avons encore p>c\rir4 ,v ,georges ,s&4 ,quittons le doma9e mixte o la posie s'associe avec la prose2 le roman seul doit n\s occup] en ce mom5t1 et n\s devons l'envisag] t\t d'abord dans son plus glorieux reprs5tant4 ,je n'ent5ds pas faire ici de ,mme ,georges ,s& une tude complte4 ,p>l] de t\tes les phases que son exi/5ce a p>c\rues1 de t\tes les influ5ces que son esprit a subies1 de t\tes les trans=mations qui se sont accomplies dans son tre moral1 c'e/ une t*e considrable et qui dpasse beauc\p les bornes de ce travail4 ,je dois me r5f]m] dans la priode de sa vie o elle a suivi le m\vem5t imprim p> l'cole mlancolique4 ,cette priode atte9t1 v]s #ahcc1 son po9t culm9ant2 c'e/ l surt\t que je l'obs]v]ai4 ,mais il e/ ncessaire de remont] t\t d'abord son po9t de d"p4 ,dans un ouvrage sur le roman contempora91 ,m4 ,nettem5t a dit avec esprit1 en rappelant que ,georges ,s& app>t5ait une famille romanesque1 qu'au milieu de ces romans qui s'agitai5t aut\r d'elle1 elle tait le plus *imrique et le plus passionn de t\s4 ,place dans un c\v5t ,p>is1 de #ahag #ahbj1 son premi] rve fut de se croire appele la vie mona/ique2 et elle se tr\va plus t>d une vocation p\r l'exi/5ce pa/orale et solitaire4 ,a ,nohant1 elle lut1 outre ,byron et ,%akespe>e1 dont elle dev9t ds lors l'admiratrice1 deux criva9s qui ex]cr5t sur elle une influ5ce plus pr(onde encore1 ,*ateaubri& et ,jean-,jacques ,r\sseau4 ,t\t le monde sait que p> le /yle elle procde de ces deux gr&s modles2 le second surt\t lui a inspir un culte qu'elle n'a jamais *]* ni]2 et bi5 longtemps aprs la date laquelle je me place en ce mom5t1 elle a dcl> qu'elle lui tait re/e fidle1 fidle1 aj\tait-elle1 comme au pre qui m'a eng5dr1 c> s'il ne m'a pas lgu son gnie1 il m'a transmis1 comme t\s les arti/es de mon temps1 l'am\r de la nature1 l'en?\siasme du vrai1 le mpris de la vie factice1 et le dgt des vanits du monde4 ,mme ,s&1 ou plutt ,aurore ,dup91 tait ds lors proccupe des plus hautes que/ions4 ,ce qui m'absorbait ,nohant1 comme au c\v5t1 a-t-elle dit1 c'tait la re*]*e anxieuse ou mlancolique1 mais assidue1 des rapports qui doiv5t exi/] entre l'me individuelle et cette me univ]selle que n\s appelons ,dieu4 ,re*]*e mlancolique ou mme anxieuse1 dit ,mme ,s&1 et1 en effet1 cette re*]*e avait ses *ances et ses =tunes div]ses1 c> entre des phases de satisfaction et de srnit p\r la raison1 il y avait des int]valles de d\te dsespr4 ,d'un autre ct1 le milieu dans lequel vivait ,mme ,s& lui semblait si peu gai1 la svrit dont elle se s5tait ent\re de la "p des b\rgeois de la ,*tre1 et qu'elle bravait d'ailleurs1 tait si dure1 son exi/5ce dome/ique tait si morne et si endolorie1 son corps si irrit p> une lutte cont9uelle contre l'accablem5t1 qu'elle en arriva tre fatigue de la vie et t5te de s'en db>rass]4 ,l',hi/oire de sa vie dont n\s tirons ces dtails n\s appr5d que1 p\r ralis] ce sombre desse91 c'tait l'eau surt\t qui l'attirait4 ,elle se prom5ait au bord de la rivire1 jusqu' ce qu'elle et tr\v un endroit sa conv5ance4 ,l1 elle se dem&ait si le mom5t tait v5u de disp>atre4 ,un j\r1 trav]sant un gu1 elle lana son *eval v]s la p>tie la plus pr(onde et la plus dang]euse4 ,heureusem5t l'animal la ram5a v]s la rive1 et la jeune fille en qui cet incid5t rveilla l'in/9ct de la cons]vation se tr\va gurie de ses vellxs de suicide4 ,tels fur5t les dbuts de cet esprit biz>re4 ,passion de la solitude et de la rv]ie1 t5dances la fois my/iques et sceptiques1 attrait mom5tan v]s la mort volontaire1 presque t\s les pr9cipaux traits de la maladie du sicle se reconnaiss5t alors en elle4 ,son m>iage en #ahbb1 la n\velle vie qui en rsulte p\r elle jusqu'en #ahca1 son arrive ,p>is ce mom5t1 ses ef=ts p\r se crer p> sa plume l'indp5dance1 t\tes ces circon/ances qui *angeai5t pr(ondm5t son exi/5ce et la mettai5t en contact j\rnali] avec le monde1 ont-elles modifi ses premi]s s5tim5ts8 ,on tr\ve la preuve du contraire dans quelques-unes de ses plus anci5nes crations4 ,qu'e/-ce1 en effet1 qu',indiana 7#ahcb78 ,une femme qui aspire1 dans une att5te fivreuse1 ennuye et dsespre1 l'am\r qui doit ranim] sa vie4 ,georges ,s& a ni qu',indiana ft son portrait2 elle a1 d'ailleurs1 prt5du qu'elle ne s'tait jamais mise en scne s\s des traits fm99s4 ,mais j'ai pe9e croire que l'ide des s\cis d',indiana n'ait pas t suggre l'criva9 p> une disposition quelque peu analogue qu'il tr\vait en lui-mme4 ,au surplus1 si ,mme ,s& ne s'e/ jamais pe9te dans le co/ume de son sexe1 il faut la *]*]1 dans ses uvres comme dans sa vie relle1 s\s des vtem5ts virils2 et alors n'e/-ce pas elle que1 dans le roman de ,val5t9e 7#ahcb71 on doit voir s\s les traits d'un jeune tudiant1 n ennuy1 rempli d'aspirations vagues1 de dsirs d'indp5dance1 de ha9e et de mpris p\r les conv5tions sociales et les situations vulgaires8 ,mais un ouvrage plus clatant vi5t jet] une ple9e lumire sur ce qu'tait ,mme ,s& en #ahcc4 ,je veux p>l] du roman de ,llia qui p>ut en cette anne4 ,quoi qu'elle ait pu dire1 ici il e/ impossible de ne pas la reconnatre4 ,quel e/1 t\t d'abord1 le sujet de ,llia8 ,dans l'int5tion de ,mme ,s& les p]sonnages de ce roman reprs5t5t *acun une fraction de l'intellig5ce philosophique du ,x,v,i,i,ie sicle3 ,pul*rie1 l'picurisme1 hriti] des sophismes du sicle d]ni]2 ,/nio1 l'en?\siasme et la faiblesse d'un temps o l'intellig5ce monte trs haut1 entrane p> l'imag9ation1 et tombe trs bas1 crase p> une ralit sans posie et sans gr&eur2 ,magnus1 les dbris d'un cl]g corrompu et abruti1 et a9si des autres4 ,quant ,llia1 je dois av\]1 dit-elle1 que cette figure m'e/ app>ue au trav]s d'une fiction plus saisissante que celles qui l'ent\r5t4 ,je me s\vi5s de m'tre complu en faire la p]sonnification encore plus que l'avocat du spiritualisme de ces temps-ci2 spiritualisme qui n'e/ plus *ez l'homme l'tat de v]tu1 puisqu'il a cess de croire au dogme qui le lui prescrivait1 mais qui re/e et re/]a jamais1 *ez les nations claires1 l'tat de beso9 et d'aspiration sublimes1 puisqu'il e/ l'ess5ce mme des intellig5ces leves4 ,et elle aj\te1 que ces aspirations sont accompagnes de s\ffrance1 et1 aprs avoir p>c\ru les uvres1 sceptiquem5t religieuses ou religieusem5t sceptiques1 expression puissante et sublime de l'effroi1 de l'ennui1 et de la d\leur dont cette gnration e/ frappe elle s'crie3 combi5 sommes-n\s qui avons pris la plume p\r dire les pr(ondes blessures dont nos mes sont atte9tes1 et p\r repro*] l'humanit contempora9e de ne n\s avoir pas bti une ar*e o n\s puissions n\s rfugi] dans la tempte6--,n\s tions tant qu'on ne p\vait pas n\s compt]4 ,le d\te et le dsespoir sont de gr&es maladies que la race huma9e doit subir p\r accomplir ses progrs religieux4 ,acceptons donc comme une gr&e leon les pages sublimes o ,r51 ,w]!r1 ,ob]mann1 ,conrad1 ,manfr$1 exhal5t leur pr(onde am]tume avec le sang de leur cur2 elles ont t trempes de leurs l>mes brlantes2 elles app>ti5n5t plus encore l'hi/oire philosophique du g5re huma9 qu' ces annales potiques4 ,a9si le type qui donne la p5se de l'auteur sa vritable expression1 comme il donne son nom l'ouvrage1 e/ celui de ,llia1 et ,llia signifie l'angoisse philosophique1 les t\rm5ts de la re*]*e de la vrit1 ou plus simplem5t le d\te2 non pas le d\te raisonnant qui avait t une arme de combat p\r le ,x,v,i,i,ie sicle1 mais le d\te inquiet et maladif4 ,m4 ,g4 ,plan*e1 dans une tude sur ,mme ,s&1 a traduit ,llia p> cette =mule3 l'incrdulit du cur ne de l'am\r tromp4 ,il me semble qu'il a nglig le ct dom9ant de la physionomie de ,llia p\r s'atta*] un dtail secondaire4 ,le gr& mal de ,llia c'e/ l'incrdulit de l'esprit1 l'impuissance de la raison1 et la disproportion cruelle qui dans la re*]*e de la vrit exi/e entre la viol5ce de nos ef=ts et la pauvret de leurs rsultats4 ,p\r exprim] cette infirmit1 ,mme ,s& tr\ve d'loqu5ts acc5ts et des =mes rem>quablem5t v>ies4 ,p> exemple1 ,/nio qui lui dem&e l'explication de son attitude la fois hauta9e et pieuse dans une glise1 elle rpond3 ,que t'importe cela1 jeune pote8 p\rquoi veux-tu savoir qui je suis et d'o je vi5s8 je suis ne comme toi1 dans la valle des l>mes1 et t\s les malheureux qui ramp5t sur la t]re sont mes frres44444 t\s deux condamns s\ffrir1 t\s deux faibles1 incomplets1 blesss p> t\tes nos j\issances1 t\j\rs inquiets1 avides d'un bonheur sans nom t\j\rs hors de n\s1 voil notre de/9e commune4 ,une autre fois1 comme ,/nio *]*e la consol]3 ,eh bi56 s'crie-t-elle1 je s\ffre mortellem5t l'heure qu'il e/2 la colre f]m5te dans mon se94 ,v\lez-v\s blasphm] p\r moi8 cela me s\lag]a peut-tre8 ,v\lez-v\s1 jeune homme pur et pieux1 v\s plong] dans le scepticisme jusqu'au c\ et r\l] dans l'abme o j'expire8 je s\ffre et je n'ai pas de =ce p\r cri]4 ,allons1 blasphmez p\r moi6 ,eh bi56 v\s pleurez6 v\s p\vez pleur] v\s6 heureux6 heureux c5t fois ceux qui pleur5t6 mes yeux sont plus secs que les ds]ts de sable o la rose ne tombe jamais1 et mon cur e/ plus sec que mes yeux4 ,du re/e1 si elle s\ffre surt\t p> l'intellig5ce1 elle n'e/ gure1 j'en convi5s1 plus heureuse p> le cur4 ,elle ne tr\ve pas de ce ct la ple9e vie qui lui manque de l'autre4 ,les cratures lui p>aiss5t trop *tives p\r son imm5se beso9 d'am\r2 elle ne veut pas s'expos] d'amres dsillusions4 ,cep5dant elle regrette de s5tir son cur mo9s ard5t que son c]veau1 ses esprances plus faibles que ses rves1 et comme elle a dit3 heureux ceux qui pleur5t1 elle s'crie aussi3 heureux ceux qui peuv5t aim]6 ,sans m't5dre sur les vnem5ts un peu incohr5ts que r5f]me le roman1 je dois rappel] deux phases de la vie de ,llia1 qui1 s\s deux =mes diffr5tes1 la montr5t aux prises avec la solitude4 ,n\s avons ma9tes fois rem>qu le rle important que la solitude j\e dans la maladie du sicle4 ,p\r ne cit]1 cet g>d1 que le plus mmorable exemple qui se soit produit depuis ,jean-,jacques ,r\sseau1 on sait que son ,s5anc\r a pratiqu la vie du solitaire et l'a dcrite dans deux ouvrages4 ,le mo9s considrable des deux1 le roman d',isabelle1 (fre mme ce c>actre spcial de ressemblance avec celui de ,llia1 que dans l'un et l'autre il s'agit de femmes1 de jeunes femmes1 se v\ant la solitude p> un s5tim5t trang] la vocation religieuse4 ,les deux romans ayant p>u dans la mme anne1 je ne saurais dire si l'un d'eux a eu cep5dant assez d'avance sur l'autre1 p\r que la premire publication ait pu inspir] la seconde4 ,a dfaut d'indice contraire1 j'incl9e p5s] que ,s5anc\r1 qui avait dj pr(it de ,r5 en donnant ,ob]mann1 a tir aussi1 dans la cration d',isabelle1 quelque p>ti de ,llia4 ,quoiqu'il en soit1 le roman d',isabelle1 comme les diff]5ts ouvrages sur le mme sujet que n\s avons r5contrs1 t5d5t dmontr] le dang] de la solitude1 surt\t p\r les imag9ations portes la tri/esse et la rv]ie4 ,la mme leon rsulte encore de c]ta9s dveloppem5ts de ,llia4 ,dans une premire retraite1 ,llia p]d le sommeil2 elle n'a de repos que dans des rv]ies qui puis5t son imag9ation1 et qui lui font pr5dre en dgt la ralit4 ,seule en prs5ce de la p5se de ,dieu1 elle se tr\ble et faiblit4 ,dieu1 ri5 que ,dieu1 dit-elle1 c'e/ trop ou trop peu6 ,dans l'isolem5t c'e/ une p5se trop imm5se4 ,nanmo9s1 aprs un ret\r mom5tan dans le monde1 elle r5d sa solitude plus complte encore1 en se rfugiant dans un mona/re ab&onn et y faisant un vu temporaire de clau/ration4 ,le calme suit d'abord cette gr&e rsolution2 mais bi5tt le d\te l'assige de n\veau4 ,a pe9e si la contemplation de la nature lui donne p>fois quelques c\rtes joies4 ,tantt r$\tant l'av5ir qui l'att5d qu& elle r5tr]a p>mi les hommes1 tantt supportant mal d'tre loigne de ses semblables1 sa =ce se consume dans ces alt]natives4 ,aprs des nuits de d\leur aigu1 elle a des j\rs de morne /upeur1 r>em5t des claircies de tranquillit et de raison4 ,p5dant le second hiv] de sa sque/ration1 sa rsignation dgnre en apa?ie1 l'activit des p5ses devi5t le drglem5t2 et elle rsume a9si son tat3 ,je me dbattais alt]nativem5t contre l'apprh5sion de l'idiotisme et celle de la folie4 ,sans d\te elle aurait tr\v la mort dans les ru9es qu'elle habitait1 si elle n'en avait t arra*e malgr elle4 ,sa seconde retraite e/ mo9s svre4 ,elle s'enf]me dans un c\v5t au se9 d'une communaut entire4 ,elle a p5s que ce g5re de vie avait les avantages sans les inconvni5ts de l'isolem5t2 et cette op9ion e/ ju/e sans d\te1 applique des p]sonnes que la foi s\ti5t dans leur preuve2 mais ,llia qui1 ce mom5t de sa vie1 dcl>e qu'elle croit en ,dieu1 et qu'elle l'aime d'un am\r ins5s1 n'a cep5dant pas de lui des notions con/antes et sres4 ,le ,dieu qu'elle aime e/ un ,dieu bi5 ab/rait2 c'e/ t\t ce qui n'e/ pas la ralit visible4 ,p\r dev5ir religieuse et bi5tt abbesse1 s+ulire trans=mation que ne faisait pas prvoir le db du roman1 elle a prononc des vux quivoques1 et esquiv une vritable pr(ession de foi4 ,elle a embrass la religion ca?olique faute de mieux1 et a9si qu'elle pr5d so9 de le dire1 c'e/ le clotre et non pas l'glise qui l'a adopt4 ,eh bi56 dans ce clotre qu'elle a v\lu1 que devi5t cette abbesse invraisemblable8 elle y pleure ce qu'elle a volontairem5t sacrifi4 ,sa*ez-le bi51 dit-elle1 ma vie e/ un m>tyre1 c> si les gr&es rsolutions en*an5t nos in/9cts1 elles ne les dtruis5t pas4 ,j'ai rsolu de ne pas vivre2 je ne cde pas au dsir de la vie1 mais mon cur n'en vit pas mo9s1 t]nellem5t jeune1 puissant1 ple9 du beso9 d'aim] et de l'ardeur de la vie4 ,j'aime1 mais je n'aime p]sonne1 c> l'homme que je p\rrais aim] n'e/ pas n1 et il ne natra peut-tre que plusieurs sicles aprs ma mort6 ,je ne sa*e pas que les effets de l'isolem5t sur l'me1 l'exaltation ou la dpression qu'il imprime ses puissances1 les ravages de t\tes sortes qu'il y ex]ce1 ai5t jamais t dcrits avec plus d'am]tume et de vigueur4 ,l'autorit de ,llia s'aj\te donc celle des solitaires dont j'ai dj rappel la vie et les crits4 ,en somme1 cette femme extraord9aire f9it comme elle a vcu4 ,*asse du clotre p> l',inquisition1 qui avait tr\v en elle1 il faut le dire1 une victime assez naturelle1 elle promne au has>d sa tri/esse dans la montagne1 et meurt en exhalant avec la vie cette dlirante imprcation3 ,oh6 oui6 oui1 hlas6 le dsespoir rgne1 et la s\ffrance et la pla9te man5t de t\s les pores de la cration4444 ,il y a un tre malheureux1 maudit1 un tre imm5se1 t]rible1 et tel que ce monde o n\s vivons ne peut le cont5ir4 ,cet tre invisible e/ dans t\t1 et sa voix remplit l'espace d'un t]nel sanglot4 ,quel e/-il8 d'o vi5t-il84444 ,les hommes t'ont donn mille noms symboliques1 moi je t'appelle ,dsir1 moi1 ,sibylle1 mais ,sibylle dsole2 depuis dix mille ans j'ai cri dans l'inf9i3 ,vrit6 vrit6 depuis dix mille ans l'inf9i me rpond3 ,dsir6 dsir6 ,o ,sibylle dsole6 muette ,py?ie1 brise donc ta tte aux ro*]s de ton antre1 et mle ton sang fumant de rage l'cume de la m]2 c> tu crois avoir possd le ,v]be t\t-puissant1 et depuis dix mille ans tu le *]*es en va96 ,tel e/ le d]ni] cri de la femme qui1 dans la p5se de l'auteur1 p]sonnifie l'excs de d\leur produit p> l'abus de la p5se4 ,d'aprs l'criva91 ,llia n'a t que le type commun de la s\ffrance de t\te une gnration maladive et faible4 ,il y a du vrai1 en mme temps que de l'exagration dans cette p>ole1 mais c'e/ surt\t en elle-mme que ,mme ,s& a pris l'ide pr9cipale de cette composition2 c'e/ surt\t en elle qu'elle tr\vait et le gt de la rv]ie et de la solitude1 et cette proccupation ard5te et passionne des plus graves problmes4 ,dans une lettre crite de ,nohant1 le #ae janvi] #ahed1 elle a crit qu'elle avait compos ,llia s\s le poids d'une s\ffrance intrieure quasi-mortelle1 s\ffrance t\te morale et qui lui crait des angoisses1 inexplicables p\r les g5s qui viv5t sans *]*] la cause et le b de la vie4 ,et elle aj\tait3 ,ceux qui liront plus t>d l'hi/oire de ma vie intellectuelle ne s'tonn]ont plus que le d\te ait t p\r moi une *ose si srieuse et une crise si t]rible4 ,et n'tait-ce pas aussi d'aprs ses s\v5irs que ,mme ,s& dcrivait une faiblesse qu'elle attribue1 non plus ,llia1 mais un des p]sonnages secondaires du roman1 ,/nio8 ,en effet1 ,/nio1 le pote d'abord pur1 plus t>d corrompu p> les volupts1 ,/nio pr*e ouv]tem5t le suicide4 ,il mdite longuem5t le si51 il le ju/ifie p> des sophismes3 ,j'ai accompli ma t*e d'homme1 dit-il ,dieu2 si tu es un matre v9dicatif et colre1 la mort ne me s]a pas un refuge et je n'*app]ai pas1 quoi que je fasse1 aux expiations de l'autre vie2 si tu es ju/e et bon1 tu m'accueill]as dans ton se9 et tu me guriras des maux que j'ai s\ff]ts2 si tu n'es pas1 oh6 alors je suis moi-mme mon dieu et mon matre1 et je peux bris] le temple et l'idole4 ,il oublie1 au milieu de ces diffr5tes hypo?ses1 que la svrit de ,dieu peut tre ds>me p> le rep5tir de l'homme1 et que sa bont peut tre dc\rage p> une faute suprme et irrp>able de la crature2 et sur la foi de son raisonnem5t imp>fait1 il se jette dans les eaux d'un lac1 au fond duquel il va r5contr] peut-tre une t]rible rfutation de son sy/me4 ,on le voit1 il e/ p]mis de p5s] que p\r cet incid5t de son roman1 ,mme ,s& s'e/ reporte aux impressions de sa premire jeunesse1 cette t5tative de suicide que je vi5s de rappel] et aux raisons qui l'y avai5t p\sse4 ,faut-il t\tefois dans les tri/esses de ,llia ou de ,/nio1 voir l'expression absolum5t fidle et nullem5t =ce de l'tat d'me de ,mme ,s& v]s #ahcc8 ,c'e/ ce qu'un de ses amis1 ,m4 ,sa9te-,beuve lui-mme1 avait cru navem5t2 mais elle ne v\lut pas le laiss] s\s l'empire de cette illusion4 ,aprs avoir c\t ,llia1 lui crit-elle en m>s #ahcc1 v\s m'avez dit une *ose qui m'a fait de la pe9e1 v\s m'avez dit que v\s aviez peur de moi4 ,*assez cette ide-l1 je v\s en prie1 et ne confondez pas trop l'homme avec la s\ffrance4 ,c'e/ la s\ffrance que v\s avez ent5due1 mais v\s savez bi5 comme1 en ralit1 l'homme se tr\ve s\v5t au-dess\s1 et p> consqu5t mo9s potique1 mo9s m*ant et mo9s damn que son dmon4 ,voil la vrit rduite ses simples proportions1 et je le regrette1 du mo9s p\r la considration de ,georges ,s&4 ,en grossissant son mal aux yeux d'autrui1 en =ant sa pla9te p\r augm5t] la piti1 elle a imit ces sup]*]ies de la m5dicit qui1 p\r m\voir plus srem5t la *>it du public1 tale devant lui des infirmits simules1 ou invoque des cata/rophes imag9aires4 ,c'e/ un jeu dang]eux et cruel1 une tri/e spculation sur la crdulit et la sympa?ie de trop faciles lecteurs4 ,il e/ f*eux aussi d'avoir reconnatre que ces viol5ts pan*em5ts de v]ve amre1 si fune/es d'ord9aire p\r autrui1 ont s\v5t p\r l'criva9 qui s'y livre d'heureux effets d'apaisem5t1 et qu'au p>oxysme de l'exaltation1 ils font succd] une priode de calme4 ,c'e/ ce que n\s avons vu p\r ,g! aprs ,w]!r2 c'e/ ce qui s'e/ produit p\r ,mme ,s& aprs ,llia4 ,sa p5se1 s\lage p> cette cration1 e/ entre dans une sphre plus s]e9e4 ,mais l encore1 elle n'a pas t exempte de nombreuses fluctuations4 ,c'e/ a9si qu'au milieu d'une srie de *>mantes compositions1 inspires p> son sj\r en ,italie1 elle donne1 en #ahcd1 son roman de ,jacques1 o app>at de n\veau la ?orie et la ju/ification du suicide1 dont elle va jusqu' faire1 comme l'a dit ,m4 ,poit\ dans un livre sur le roman contempora91 un acte sublime et un sacrifice hroque4 ,c'e/ a9si qu' la mme poque1 elle n\s montre1 dans ,sylvia1 une femme orgueilleuse1 qui ne croyant p]sonne digne de son am\r1 se r5f]me dans une indiffr5ce univ]selle4 ,faut-il rapport] la mme inspiration un roman crit bi5 plus t>d1 une poque qui dpasse la premire moiti de ce sicle 7#ahfa71 et au c\rs d'une ve9e n\velle et abondante de belles et graves productions1 le roman de ,valvdre8 ,sans d\te1 dans ce livre1 il y a un p]sonnage1 ,francis ,ob]nay1 qui n'e/ autre *ose qu'un rev5ant de #ahcj2 et1 de plus1 ,mme de ,valvdre qu'il aime a bi5 des rm9isc5ces de cette poque4 ,l'un e/ un pote1 et il se dcrit a9si3 ,j'avais dj beauc\p lu1 et bi5 que je n'eusse aucune expri5ce de la vie1 j'tais un peu atte9t de ce que l'on a nomm la maladie du sicle1 l'ennui1 le d\te1 l'orgueil4 ,l'autre e/ une femme ennuye1 rvant un idal que le monde enti] ne lui f\rnit pas1 qu'elle aurait pu1 peut-tre1 en *]*ant mieux1 tr\v] t\t simplem5t dans son m>i1 et qu'elle croit r5contr] en ,francis4 ,entre ces deux tres1 unis p> des t5dances communes1 clat5t des scnes dont la viol5ce rappelle c]ta9s traits d',adolphe1 d',amaury ou d',octave1 ou des explications dsolantes1 dans lesquelles leur scepticisme commun1 leur mutuelle dsillusion1 leur gsme deux1 leur app>at s\s un j\r effrayant4 ,ces scnes ne les sp>5t po9t cep5dant1 et ces deux =ats repr5n5t une *ane qui ne s]a rompue que p> la mort de ,mme de ,valvdre4 ,on voit combi5 ces c>actres se rappro*5t des types qui n\s sont si connus4 ,mais1 rem>quons-le1 ,francis n'e/ pas le vrai sujet du livre2 il e/ bi5 infrieur au m>i qu'il supplante dans le cur de sa femme2 et ri5 ne semble plus misrable que cet amant sans autorit sur celle-l mme qu'il a entrane dans sa vie inutile1 surt\t qu& on le comp>e ,valvdre1 au m>i dlaiss1 mais gr& dans son isolem5t1 au savant1 l'homme f]me et digne1 la fois pratique et gnreux1 que ,mme ,s& reprs5te comme le modle a*ev de la gnration virile et intellig5te qui doit dirig] notre poque claire et indu/rieuse4 ,c'e/ dans cette figure1 plutt que dans le c>actre u de ,francis1 qu'il faut *]*] la p5se et les prdilections de ,mme ,s& dans sa d]nire phase4 ,en matire religieuse surt\t ,mme ,s& arrive dans cette suprme priode une relle pacification4 ,quelles qu'ai5t t les v>iations de son esprit sur c]ta9s po9ts1 sur c]ta9s sy/mes1 quoiqu'elle ait embrass t\r t\r des ?ories bi5 div]ses1 non seulem5t en politique1 mais en philosophie1 elle s'e/ atta*e de plus en plus une croyance consolante1 qui e/ dev5ue le fond solide de sa p5se4 ,les =mes du pass se sont van\ies p\r moi1 a-t-elle dit alors1 la lumire de l'tude et de la rflexion2 mais la doctr9e t]nelle des croyants1 le ,dieu bon1 l'me immortelle et les esprances de l'autre vie1 voil ce qui en moi a rsi/ t\t exam51 t\te discussion1 et mme des int]valles de d\te dsespr4--,j'ai beso9 d'un ,dieu1 disait-elle s\v5t4 ,et peu de temps avant sa mort1 elle crivait3 ,je s5s ,dieu1 j'aime1 je crois4 ,mais ce d]ni] tat de son me se rapporte une poque que n\s n'avons pas tudi] ici2 r$isons seulem5t qu'en #ahcc1 a9si que dans les annes vois9es de cette date1 ,mme ,s&1 a fait dans le roman1 une l>ge place la maladie du sicle1 qu'elle a mme eu le tort de l'exagr]2 et qu'elle semble avoir pris un dang]eux plaisir raviv]1 en les retraant1 des d\leurs auxquelles on ne doit t\*] que si l'on a l'esprance de les ad\cir4 ,,vi ,romanci]s div]s4 ,,gav>ni4--,,ulric ,,gutt+u]4--,,fr,d,,ric ,,s\li4--,,eug,,ne ,,sue4 ,dans la voie o elle s'avanait avec tant d'clat1 ,mme ,s& ne m>*ait pas seule4 ,les romanci]s1 et ,dieu sait s'ils fur5t nombreux entre #ahcj et #ahdh1 s'y prcipitai5t l'envi4 ,le premi] que je r5contre e/ surt\t connu un titre t\t diffr5t4 ,longtemps on a ignor que ,gav>ni et un autre tal5t que celui de crayonn] les passions1 les ridicules ou les vices de son temps4 ,on savait bi5 que cet arti/e ca*ait s\s une app>5ce frivole un fonds de philosophie morose4 ,les lg5des de ses spirituels dess9s conti5n5t s\v5t des mots d'une pr(ondeur qui font frissonn]2 mais1 en somme1 on ne connaissait que l'auteur de brillantes fantaisies1 le ,gav>ni c>icaturi/e4 ,il tait rs]v ,m4 ,sa9te-,beuve de dc\vrir le ,gav>ni romanci]1 rcomp5se bi5 lgitime de tant de re*]*es curieuses4 ,m4 ,sa9te-,beuve n'a pas g>d p\r lui cette dc\v]te2 il a publi1 en #ahfc1 une analyse et des fragm5ts de l'uvre 9dite et mme ina*eve1 sur laquelle il avait mis la ma94 ,or1 cette uvre n\s reprs5te prcism5t une jeune femme du meilleur monde1 atte9te de la maladie du sicle4 ,m>ie999999 e/ une nature agite et biz>re2 elle se p5*e sur l'abme de l'am\r c\pable1 mais elle se cramponne ses bords2 elle analyse t\s ses s5tim5ts1 elle d\te d'elle-mme1 et dtruit p> ses exig5ces1 ses raff9em5ts en matire d'idal1 le bonheur auquel la convie celui qui l'aime4 ,elle p>le de ce beso9 d'aim] qui ne peut tre effac p> ri54 ,elle dit son amant3 ,t\t ce qui e/ gr& e/ tri/e4 ,enf91 elle crit ,mi*el3 ,je v\s aime de t\tes les puissances de mon cur et je ne veux pas de votre am\r4 ,en pr5ant cette attitude et en t5ant ce langage1 elle cde je ne sais quel beso9 de t\rm5t] elle-mme et ceux qui l'appro*5t1 de se j\] au milieu du dang]1 de j\ir et de s\ffrir la fois4 ,la pr9cipale cause de cet tat anormal1 ce sont1 selon l'auteur1 les habitudes d'esprit contractes dans la socit mod]ne et la lecture des crits et surt\t des romans de l'poque4 ,que n'tes-v\s ,m>ie1 lui dit ,mi*el1 une pauvre fille habitant quelque mans>de6 ,v\s auriez honorablem5t travaill t\te la sema9e444 ,v\s n'auriez vu que moi en moi1 comme je ne *]*]ais que v\s en v\s4 ,et v\s ne sauriez pas lire1 ,m>ie6 heureusem5t6 ,v\s dites que v\s m'aimez1 ,m>ie6 v\s aimez l'am\r1 l'am\r qui se lit dans les livres444 ,o avez-v\s t pr5dre t\te cette tri/esse8 ,v\s v\s proccupez des rves creux de votre hrone4 ,ce roman--il ne le nomme pas--e/ un bi5 plus mauvais livre que beauc\p d'autres4 ,son mo9dre tort e/ de faire croire un malheur de plus4 ,ce livre dispose l'imag9ation d'une c]ta9e faon1 p\r la dsol] ensuite1 selon la fantaisie de l'auteur1 gr& arti/e mais pauvre philosophe6 ,le monde rel1 le prs5t n'e/ pas si ds5*ant que v\s v\lez le voir1 allez6444 ,p\rquoi se faire un t\rm5t de l'esprit8 ,p\rquoi n'tre pas d\cem5t joyeux8 ,avec les lettres1 les sci5ces1 les arts1 n\s avons encore l'am\r1 l'am\r qui vaut t\t cela1 c5t fois t\t cela6 ,j'abrge ces conseils dont la moralit glisse sur une p5te trop facile1 mais qui ont le mrite d'tre intelligibles1 t&is que la v]tu de ,m>ie e/ faite de contradictions et de nuages4 ,aussi1 entre elle et lui1 l'illusion ne t>de pas se dissip]2 ,mi*el reconnat qu'il ne peut se faire aim] de ,m>ie1 et1 une lettre dcisive sur ce po9t1 il rpond p> un d]ni] adieu3 ,je comm5ce voir clair en n\s4 ,v\s me disiez si f]mem5t que j'tais froid et que j'analysais1 que p>fois je croyais que v\s m'aimiez beauc\p et que je v\s aimais un peu4 ,v\s m'auriez fait croire que je ne v\s aimais pas6 ,votre orgueil e/ d'une loqu5ce trange4 ,n'crivez jamais1 ,m>ie1 l'homme qui v\s aim]a6 ,le c>actre de ,m>ie e/-il sorti de l'imag9ation seule de l'auteur8 ,n'e/-il po9t le rsultat d'obs]vations faites sur la socit de son temps8 ,sa9te-,beuve qui l'a si bi5 connue1 cette socit1 a con/at l'exactitude hi/orique de ce portrait et y a appos sa date4 ,cette femme1 dit-il1 e/ bi5 de son temps3 il y a mlange et conflit en elle2 elle a le gt des beaux s5tim5ts1 des gr&s s5tim5ts1 un peu de mlancolie1 de la mtaphysique2 elle lit le roman du j\r1 ,georges ,s& et ,balzac444 elle n'e/ pas non plus sans une te9te m>que de religion1 elle obs]ve les diman*es et ne manque pas les s]mons du c>me4 ,c'e/ une figure d'une gr&e vrit2 plus d'une jeune femme du faub\rg ,sa9t-,g]ma9 devait tre a9si v]s #ahce44444 ,il y a *ez elle des re/es d',elvire2 il y a des comm5cem5ts de ,llia4 ,la maladie de #ahcd agit sur cette imag9ation de femme2 l'esprit aussi a ses modes4 ,elle a des ,pres de l'glise et du ,voltaire1 et du roman noir dans la tte1 et du ,byron1 et avec cela de brusques clats de joie enfant9e1 mais ils sont c\rts1 ,m>ie lit trop1 je l'ai dit1 elle e/ ple9e de ces livres du temps o l'on ne p>lait jamais d'am\r sans p>l] de croyance et sans faire int]v5ir l'humanit4 ,m>ie n'e/ donc pas un p]sonnage de pure fantaisie1 mais ce p]sonnage n'aurait jamais peut-tre exi/ sans ,llia4 ,a ct de la figure fm99e esquisse p> ,gav>ni on peut plac] un portrait d'homme du monde du mme temps1 que n\s devons ,ulric ,gutt+u]4 ,les dbuts d',ulric ,gutt+u] dat5t de la ,re/auration et mme de l',empire1 mais les uvres qu'il a publies cette poque1 plutt t5dres que maladives1 n'ont ri5 dml] avec le mal du sicle4 ,l'ouvrage p> lequel il n\s app>ti5t vraim5t e/ le roman d',ar?ur1 publi seulem5t en #ahcf4 ,d'abord p>tisan des classiques1 ,gutt+u] s'tait hautem5t ralli au romantisme4 ,il s'tait pris d'affection p\r ses plus mlancoliques reprs5tants4 ,de leur ct1 ceux-ci lui r5dai5t avec usure sa sympa?ie4 ,ils admirai5t en lui cette aurole qui brille1 aux yeux des jeunes g5s1 sur le front des hommes qui ont dj trav]s les orages de la passion2 ils s'incl9ai5t devant le pre/ige d'une tri/esse dont on se rptait my/rieusem5t l'orig9e4 ,alfr$ de ,musset lui a adress des v]s o il le pe9t comme un ange tomb du ciel1 s'en allant tri/e et c\rb et portant dans son cur un abme de d\leurs dont nul il n'a pntr les ondes4 ,sa9te-,beuve a p>l de lui dans des t]mes analogues 7dcembre #ahcf74 ,il avait reu ses confid5ces1 et en avait g>d une impression si pr(onde qu'il avait rv avec lui1 prs de lui1 s\s ces ombrages qu',ar?ur 7c'e/--dire ,gutt+u]7 sait si bi5 dcrire1 un gr& roman potique1 et qui tait dj comm5c1 qu& ,juillet e/ v5u p\r t\j\rs l'int]rompre1 et dont le hros n'tait autre qu',ar?ur lui-mme4 ,sa9te-,beuve cite mme un fragm5t de ce roman bau*1 qui dpe9t l'invasion de la satit dans un cur fatigu d'avoir trop aim4 ,cet essai n'a pas t a*ev4 ,mais n\s p\vons y suppler en p>tie1 c> n\s en avons un ap]u dans le roman mme de ,volupt4 ,sa9te-,beuve n\s appr5d1 en effet1 trav]s quelques dt\rs1 que si l'auteur de ,volupt avait connu l'auteur d',ar?ur 7et il l'avait en effet connu71 il sembl]ait avoir song expressm5t lui dans le portrait de l'ami de ,norm&ie1 c'e/--dire d'un homme qui s'e/ longtemps adonn de frivoles am\rs1 qui *]*e rompre ses li5s sans y p>v5ir1 et se dc\rage de la vanit de ses t5tatives4 ,ces indications font dj connatre la nature aussi t5dre que mlancolique de ,gutt+u]4 ,cette nature se montre mieux encore dans ,ar?ur4 ,ce roman e/ divis en deux p>ties1 l'une intitule ,mmoires1 l'autre ,religion et ,solitude4 ,la premire conti5t le rcit des folies du hros1 la seconde1 celui de sa conv]sion4 ,aux incid5ts des div]ses passions qui ont agit son cur1 on voit succd] de pieuses effusions et des mditations religieuses4 ,de mme1 si p>va licet1 sa9t ,augu/9 a runi dans ses confessions1 d'une "p l'aveu de ses erreurs1 et de l'autre des diss]tations sur les plus hautes que/ions religieuses4 ,du re/e1 le romanci] de #ahcf ne se propose pas un b mo9s difiant que le gr& vque du quatrime sicle4 ,il ambitionne p\r son hros une place qui n'tait pas prise1 selon lui1 dans la littrature contempora9e4 ,w]!r1 ,sa9t-,preux1 ,r51 ,ob]mann1 dit-il1 sont des types sublimes mais dang]eux de l'homme s5sible4 ,leur exemple a fait du mal1 t\t en intressant vivem5t et noblem5t les curs4 ,qu& n\s avons eu admir1 applaudi1 n\s avons gmi1 et voil t\t4 ,w]!r1 c'e/ le suicide2 ,sa9t-,preux1 c'e/ la philosophie2 ,r51 le vague1 l'ab&on2 ,ob]mann1 le dc\ragem5t2 ,ar?ur v\drait tre la religion4 ,cette prt5tion peu mode/e1 je n'ai po9t re*]*] si elle e/ ju/ifie p> l'uvre de ,gutt+u]4 ,ce qui me t\*e1 c'e/ l'tat qui prcde la conv]sion d',ar?ur4 ,jusque-l1 en effet1 il e/ bi51 lui aussi1 un fils du sicle4 ,il a quelque *ose du vague de ,r51 du dc\ragem5t d',ob]mann2 il a de plus1 l'impuissance de cur que ,b5jam9 ,con/ant n\s a fait voir dans ,adolphe1 et ,alfr$ de ,musset dans la ,confession4 ,ar?ur recueille comme eux le fruit d'une jeunesse mal g\v]ne1 et ,gutt+u] ent5d montr] p> son exemple que1 mme avant l'ge de la caducit1 la fatigue de l'esprit1 la p]te de la jeunesse1 enf9 t\te la misre des am\rs te9ts et des sductions van\ies peut v\s app>atre4 ,cep5dant ,ar?ur cons]ve quelques traits de c>actre qui le di/+u5t de ses ans4 ,au physique1 comm5t e/-il reprs5t8 ,il n'a plus de jeunesse1 dit de lui une femme dont il s'occupe1 et n'a ri5 de l'ge mur4 ,ses traits sont ples et fltris1 et sa physionomie vive et p> mom5t trop anime1 contra/e avec la fatigue de cet tre c\rb s\s les ravages des motions passes444 ,c'e/ un mlange du gymnase1 de ,cor9ne et de la comdie franaise2 le ,w]!r s'y montre p> in/ants1 mais avec une c]ta9e pudeur4 ,c'e/ un lgant1 c'e/ un beau4 ,au contraire1 ,octave et ,adolphe tai5t plus potes qu'hommes du monde4 ,au moral1 ,ar?ur e/ mo9s agit qu'eux1 mo9s fivreux1 mo9s viol5t2 mais voir le fond des *oses1 il e/ t\t aussi puis4 ,quoiqu'il *]*e d'abord lutt] contre l'envahissem5t de la lassitude1 et qu'il veuille t\t prix re/] deb\t1 le mal gagne s\rdem5t4 ,il lui monte au cur comme des dgts de sa position d'homme s5tim5tal dont les *agr9s ont affaibli et dc\rag les facults1 tr\bl la consci5ce1 fltri le cur4 ,il s5t en lui l'ennemi cruel et implacable3 ,le cur aimant qui ne peut plus aim]4 ,ce dgt croissant1 il l'analyse avec pr(ondeur4 ,on a beauc\p vant1 au temps de la publication d',ar?ur1 une scne1 rem>quable en effet1 le d"p d',ar?ur en automne p> un temps tri/e1 sur une r\te b\euse1 ces misres du cantonni] qui casse son caill\ du mat9 au soir1 ce jurem5t et ces c\ps de f\et du r\li]1 ce rveil hideux d'une dilig5ce qu'on r5contre1 t\te cette nause du mal dont e/ saisi l'oisif et le voluptueux1 lui-mme dvor dans son cur4 ,citons la conclusion de ce tri/e tableau1 le cri qu'il arra*e la poitr9e d',ar?ur3 ,o solitude1 solitude1 loignem5t1 sp>ation des hommes6 comm5t n'tes-v\s pas re*]*s avec avidit p> ceux qui p\vai5t m>*] dans vos dlices et dans votre indp5dance8 ,j\issance div9e de l'isolem5t1 qu& donc me vi5dra t\t fait votre am\r cle/e8 ,mais il n'y a qu' vos prde/9s que v\s en accordez le gt et le beso96 ,ce m\vem5t loqu5t1 ,m4 ,victor ,hugo n'a-t-il pas v\lu l'imit]1 qu& deux ans aprs ,ar?ur1 dans la pice qui a p\r titre3 ,mlan*olia1 la suite d'une numration de t\tes les misres du monde1 il s'criait en =me de conclusion3 ,o =ts1 bois pr(onds1 solitudes1 asiles6 ,enf91 au prix de longs ef=ts1 ,ar?ur triomphe de lui-mme2 il se retire dans cette solitude appele de t\s ses dsirs2 tant de vide1 de tr\ble1 d'ennui1 succde p\r lui une priode de repos4 ,il s'ab&onne de pieux pan*em5ts1 au milieu du sil5ce des bois1 en face des magnifiques spectacles de l',ocan4 ,tantt1 il consacre de longues heures la lecture de quelques livres pieux1 auxquels il se p]met d'aj\t] les uvres de ,lam>t9e1 et les ,consolations de ,m4 ,sa9te-,beuve4 ,tantt1 comme un ,ob]mann *rti51 il emploie son temps des travaux ru/iques4 ,mais1 p>tir de ce mom5t1 il e/ guri et ne doit plus n\s occup]4 ,jusqu' prs5t1 je n'ai p>l1 en dehors de l'uvre de ,georges ,s&1 que de romans exempts de dclamations et de ?ories fune/es4 ,mais ce g5re littraire n'a pas t\j\rs t aussi in(f5sif4 ,il e/ tomb dans bi5 des excs1 auxquels il n\s faut v5ir4 ,frdric ,s\li1 qu'on n\s reprs5te comme une nature mlancolique et rveuse1 a1 comme *acun sait1 dv]s son humeur sombre dans de longues et lugubres hi/oires4 ,il n'y aurait cep5dant pas lieu de m5tionn] ici ses uvres1 s'il n'avait crit que ,les deux ,cadavres et les ,mmoires du ,diable1 o l'on tr\ve accumul t\t ce que l'imag9ation peut concevoir d'horreurs physiques et morales4 ,mais il a fait plus2 lui aussi1 il a prconis le suicide4 ,dans le ,conseill] d'tat 7#ahce71 il le dcl>e bon p\r c]ta9es circon/ances4 ,il en rs]ve bi5 le bnfice aux indig5ts ou aux c\pables3 ,le suicide1 dit-il1 n'e/ que le droit du crime1 ou celui de la misre2 il n'y a que le remords et la pauvret qui soi5t insupportables4 ,cep5dant1 p\r tre re/re9t dans son usage1 le suicide comporte encore1 *ez l'auteur1 une l>ge application1 et1 *ose grave1 dans ces limites1 il e/ consacr comme un droit4 ,sans d\te1 les hros du roman dont je p>le1 ,mme de ,lubois et ,maurice1 aprs avoir successivem5t conu le projet de se donn] la mort1 et en avoir prp> l'excution1 l'ab&onn5t p\r se runir l'un l'autre1 et remplac5t le suicide p> l'adultre2 mais la ?orie n'en e/ pas mo9s pose1 et c'e/ le cas de dire1 en rappelant un mot bi5 connu1 qu'il faut har les mauvaises maximes1 plus encore peut-tre que les mauvaises actions4 ,a cet g>d1 ,eugne ,sue n'e/ pas plus irrpro*able que ,frdric ,s\li4 ,il a mme enc\ru un blme plus svre4 ,je dois cep5dant comm5c] p> except] de ce jugem5t une uvre d',eugne ,sue1 qui me p>at devoir tre apprcie avec une c]ta9e indulg5ce3 ,ar?ur1 j\rnal d'un inconnu 7#ahch74 ,ar?ur1--e/-ce le roman de ,gutt+u] qui avait donn ,eugne ,sue l'ide de ce nom8--e/ la p]sonnification de la mfiance de soi-mme1 unie des qualits qui devrai5t loign] ce s5tim5t4 ,p\rquoi cette infirmit *ez ,ar?ur8 ,p>ce qu'ayant1 n\s dit l'auteur1 consci5ce de sa misre et de son gsme1 et que1 jugeant les autres d'aprs lui1 il se dfie de t\t2 p>ce qu'il d\te de son propre cur2 que d\ p\rtant de p5*ants gnreux et levs1 auxquels il se laisse p>fois entran]1 bi5tt il les ref\le impitoyablem5t en lui de cra9te d'en tre dupe2 p>ce qu'il juge a9si le monde1 qu'il les croit s9on ridicules1 du mo9s fune/es celui qui s'y livre4 ,aj\tez cette disposition des in/9cts *>mants de t5dresse1 de confiance1 d'am\r et de dv\em5t1 sans cesse contr>is p> cette dfiance incurable1 ou fltris dans leur g]me p> une connaissance fatale et prcoce des plaies morales de l'espce huma9e2 un esprit s\v5t accabl1 inquiet1 *agr91 analytique1 mais d'autres fois vif1 ironique et brillant2 une fi]t ou plutt une s5sibilit1 la fois si irritable1 si ombrageuse et si dlicate1 qu'elle s'exalte jusqu' une froide et implacable m*ancet1 si elle se croit blesse1 ou qu'elle s'plore en regrets t\*ants et dsesprs1 lorsqu'elle a reconnu l'inju/ice de ses s\pons4 ,v\s avez ici t\t ,ar?ur1 et v\s embrassez d'un seul c\p d'il t\s les incid5ts du roman1 qu'on peut df9ir1 comme le hros le fait lui-mme3 ,une lutte p]ptuelle entre son cur qui lui disait3 crois1 aime1 espre2 et son esprit qui lui disait3 d\te1 mprise1 cra9s4 ,aj\tons qu',ar?ur ne gurit pas1 et que1 s'il p>at la f9 du roman avoir tr\v le repos et le bonheur1 c'e/ que le temps seul lui manque p\r retomb] dans ses agitations passes1 et qu'un brusque et sanglant dn\em5t vi5t mettre f9 p\r t\j\rs ses s\ffrances4 ,on le voit1 un tel c>actre app>ti5t bi5 la maladie du sicle2 il en prs5te les pr9cipaux symptmes4 ,sa9te-,beuve a dit que c'tait du ,la ,ro*ef\cauld dvelopp et s5ti1 du ,ma*iavel dome/ique4 ,il me semble que c'e/ aussi1 et surt\t1 de l'homme du ,x,i,xe sicle1 de cet tre compliqu1 div]s1 contradictoire1 s\ffrant de s5tim5ts qui s'entre-dtruis5t1 et incapable de ralis] cette unit morale1 sans laquelle il n'e/ po9t de paix ni de flicit4 ,quelques pages du livre rappell5t1 d'ailleurs1 des passages de ,r51 d',adolphe1 ou de la ,confession d'un enfant du sicle1 et on peut m5tionn]1 ce titre1 le *apitre intitul3 ,le ,deuil1 qui raconte les entreti5s d',ar?ur avec un pre sceptique1 son sj\r dans une t]re de famille1 au se9 de la solitude1 et dans le sil5ce des imm5ses alles de *>mille qui envelopp5t le *teau4 ,ce roman fait donc bi5 p>tie de la littrature mlancolique1 mais non pas1 il faut le reconnatre1 de la plus malsa9e4 ,malheureusem5t1 on ne peut en dire autant de plusieurs autres uvres d',eugne ,sue4 ,vivant1 a dit un de ses biographes1 au milieu d'une socit spirituelle1 ambitieuse1 incrdule et blase1 dont le don ,juan de ,byron tait l'idal1 il montra *ez ses hros le dda9 ari/ocratique et le vice lgant unis la misan?ropie1 au scepticisme outrance1 au dsillusionnem5t sy/matique4 ,szaffie1 ,vaudrey1 l'abb de ,cilly1 ,falm\?1 t\s ces p]sonnages1 dont la p]si/ante ironie n\s irrite1 tai5t alors la mode1 et ,eugne ,sue leur dut son succs4 ,sa9te-,beuve exprime la mme p5se en disant que le type de prdilection d',eugne ,sue e/ une sorte de don ,juan positif1 un c>actre compos de dsillusionnem5t sy/matique1 de pessimisme absolu1 se traduisant p> un j>gon de r\]ie1 de socialisme et de religiosit1 p> des prt5tions au g5re ,rg5ce1 p> des orgies froid1 ou une rvoltante brutalit4 ,les diffr5tes ditions de ce type dprav se ressembl5t trop p\r qu'il soit utile d'en reproduire la srie complte4 ,j'insi/]ai seulem5t sur les captieuses ?ories1 que l'auteur prte trop s\v5t ses p]sonnages en matire de suicide1 et sur la frqu5te et dplorable application qu'il en fait4 ,szaffie1 qui1 dans la ,salam&re 7#ahcb71 e/ dpe9t comme un tre satanique1 dgt de t\t tr5te ans1 s'exprime a9si3 ,le suicide1 et aprs8 aprs1 le nant1444 que ma de/9e de mal s'a*ve d'abord6 et aprs844444 ,eh bi51 aprs1 l'enf]444 s'il y en a44444 mais non1 il n'y en a pas64444 et il entrane dans l'abme un jeune homme1 ,paul1 dont il a ru9 les convictions morales4 ,dans le ,juif errant 7#ahdd-de71 le suicide r5contre sa rhabilitation aussi bi5 p>mi les classes leves de la socit1 que dans les rangs les plus humbles4 ,d'un ct1 n\s ent5dons ,cphise s'adress] la ,mayeux1 en ces t]mes1 avec une sorte de tranquillit nave3 ,fran*em5t1 sur1 entre une affreuse misre1 l'infamie ou la mort1 le *oix peut-il tre d\teux8 ,et la ,mayeux elle-mme avait dit quelque temps aup>avant3 ,qu'e/-ce que cela fait ma9t5ant que j'aille me repos]8 ,je suis si lasse6 ,le comte de ,sa9t-,remy =ce son fils se tu] p\r *app] la honte d'une p\rsuite crim9elle2 et ,mlle de ,c>doville1 qui a dj enc\rag son amant se dtruire p\r un va9 motif1 se donne elle-mme la mort entre ses bras4 ,on le voit1 depuis le ,conseill] d'tat de ,frdric ,s\li1 la ?orie a fait du *em94 ,le suicide1 qui n'tait dans cet ouvrage que le privilge exclusif du remords ou de la misre1 e/ dev5u l'expdi5t commode de t\tes les situations difficiles1 ou le prs]vatif suprme de l'ennui et des dceptions vulgaires4 ,cela montre bi5 avec quelle rapidit les erreurs se dvelopp5t et se propag5t dans les esprits1 et combi5 il devi5t difficile de leur b>r] le passage1 qu& la porte leur a t une fois entr'ouv]te6 ,de telles doctr9es sont t\j\rs p]nicieuses4 ,mais elles le sont plus encore qu& elles se prs5t5t s\s un voile hypocrite4 ,cette prcaution se r5contre dans un autre roman d',eugne ,sue1 ,?rse ,dunoy] 7#ahdb74 ,l1 l'auteur a abord p> voie dt\rne la "q du suicide2 p\r r5dre ce crime mo9s odieux1 il l'a dguis4 ,il a inv5t le suicide indirect4 ,le mme roman n\s en f\rnit deux espces3 le m>quis de ,beaureg>d se livre dans un duel une mort c]ta9e et volontairem5t *]*e2 v5 et ,?rse s'emb>qu5t sur une nacelle qui doit =cm5t sombr] en ple9e m]2 et dans un entreti5 paisible1 et en app>5ce entirem5t in(f5sif1 ces deux tranges p\x1 si l'on peut leur donn] ce titre1 diss]t5t sur la lgitimit de l'action qu'ils prp>5t1 et se la p>donn5t entre eux l'avance4 ,aux sophismes qu'ils dbit5t1 sur la prt5due innocuit de leur suicide1 il ne faut pas se lass] d'oppos] ces belles p>oles de ,jean-,jacques ,r\sseau3 ,philosophe d'un j\r1 ignores-tu que tu ne saurais faire un pas sur la t]re1 sans tr\v] quelque devoir remplir1 et que t\t homme e/ utile l'humanit p> cela seul qu'il exi/e8 ,il faut aussi r$ire bi5 haut qu'aucun faux-fuyant ne saurait ju/ifi] une *ose mauvaise en soi1 et que le mal doit tre combattu avec d'autant plus de vigueur qu'il n'a pas le c\rage de se dmasqu]4 ,eugne ,sue n\s appr5d que l'une des deux victimes du g5re de suicide quivoque qu'il expose dans ,?rse ,dunoy]1 avait t1 p5dant ses premires annes1 une femme digne de t\s les loges1 mais qu'elle avait t p]due p> la lecture des romans contempora9s1 app>t5ant l'cole de ,r54 ,il proclame a9si la dte/able influ5ce de cette littrature2 mais lui-mme que fait-il1 si ce n'e/ y aj\t] une n\velle page1 et des plus p]fides1 et apport] sa pi]re l'uvre de dmoralisation dont il con/ate les tri/es effets8 ,il a beau se lam5t]1 quelque "p dans une prface1 sur la p]te des croyances1 et l'abus de ce qu'il appelle le philosophisme3 ce n'tait pas p> des pe9tures1 comme celles que n\s v5ons de rappel]1 qu'il p\vait travaill] re/aur] la foi4 ,heureux s'il n'a pas contribu grossir le nombre des dsesprs imag9aires et des suicides rels6 ,quoiqu'au fond p>faitem5t sceptique1 ,balzac ne prs5te pas au public des tableaux aussi malfaisants4 ,sans d\te1 lui aussi1 en gnral1 comme ,frdric ,s\li1 comme ,eugne ,sue1 pr(esse dans ses romans un pessimisme outr1 et *ez lui1 a9si que l'a dit avec ju/esse ,m4 ,poit\1 le monde app>at comme livr au vice2 le devoir semble un mot1 le dv\em5t une folie1 l'abngation une sottise2 la loi e/ complice de t\tes les infamies et s]t c\vrir t\s les crimes4 ,mais cette vue misan?ropique du monde n'altre pas sa satisfaction intime et1 je puis dire1 sa robu/e bonne humeur4 ,il a bi5 aussi1 dans son roman de ,sraphita1 dess9 un c]ta9 ,wilfrid qui rappelle les figures de ,manfr$ et de ,*ilde ,h>old4 ,mais ce p]sonnage effac n'e/ qu'un prtexte un ambitieux talage de rv]ies philosophiques4 ,il e/ une "q qui a le don de le passionn] bi5 plus vivem5t que les creuses imag9ations de l'cole romantique1 c'e/ la "q d'arg5t4 ,son gnie1 a dit ,m4 ,?ophile ,gauti]1 lui faisait press5tir le rle imm5se que devait j\] dans l'art1 ce hros mtallique plus intressant p\r la socit mod]ne1 que les ,gr&isson1 les ,des ,grieux1 les ,oswald1 les ,w]!r1 les ,malek-,adhel1 les ,r51 les ,l>a1 les ,waw]ley1 les ,qu5t9-,durw>d1 etc444 ,c'e/ ce hros1 ou plutt ce ,dieu qu'il a sacrifi4 ,le positif1 plus ou mo9s dlicat1 a pris *ez lui la place de l'idal1 plus ou mo9s faux4 ,p> l1 il e/ mo9s l'homme de la premire moiti du sicle1 que le prcurseur de la seconde4 ,ce fut1 non pas1 sans d\te1 son mrite1 mais son orig9alit4 ,je n'ai donc m'arrt] ici1 ni sa p]sonne1 ni ses nombreuses productions4 ,encore mo9s ai-je p>l] de t\te cette famille de romanci]s1 de #ahcj #ahdh1 qui se complut dans l'horreur et dans la t]reur1 et qui p\ssa le gt du sombre et du laid1 au moral et au physique1 jusqu' un po9t qu'on n'aurait pas cru susceptible d'tre dpass1 si quelques romans rc5ts n'tai5t v5us dmontr] que la *ose tait possible4 ,de telles uvres sont trangres l'hi/oire de la mlancolie1 c> elles avai5t p\r b de produire1 *ez le lecteur1 des motions grossires et sup]ficielles1 et non de pe9dre un tat1 qui mme alors qu'il e/ peu srieux1 t\*e aux po9ts les plus dlicats et les plus pr(onds de l'me4 ,mais si le roman n'a plus ri5 n\s appr5dre sur ce sujet1 n\s consult]ons encore avec fruit1 sur la mme "q1 une autre =me de l'art4 ,,vii ,les auteurs dramatiques4 ,,alex&re ,,dumas4--,,alfr$ ,,de ,,vigny4 ,l'cole romantique ne p\vait nglig] un g5re littraire qui p\r le ret5tissem5t et la popul>it e/ suprieur t\s les autres4 ,elle fit du drame sa *ose propre et1 plus d'une fois1 elle l'employa l'exaltation de ?ories et la reprs5tation de tableaux1 qui r5tr5t dans notre doma9e4 ,ici deux noms clbres1 deux uvres brillantes sollicit5t notre att5tion3 ,alex&re ,dumas et son ,antony 7#ahcj71 ,alfr$ de ,vigny et son ,*att]ton 7#ahce74 ,peu de p]sonnes auj\rd'hui connaiss5t le drame d',antony4 ,le plan en e/ peu compliqu4 ,un jeune homme sans famille et sans nom1 retr\ve un j\r1 m>ie1 une jeune fille qu'il aimait4 ,il e/ assez heureux p\r la sauv] au mom5t o elle e/ entrane p> des *evaux emports2 mais1 dans cet acte de dv\em5t1 lui-mme e/ bless4 ,transport *ez ,adle1 en l'abs5ce de son m>i1 le colonel d',h]vey1 il reoit de ,mme d',h]vey les so9s d'une sur4 ,l'impossibilit d'unir sa vie la si5ne1 la p5se que l'9galit de leur condition sociale s'oppose son bonheur1 dvor5t le malheureux ,antony1 qu'aucune conviction religieuse ne s\ti5t4 ,tantt1 il jure qu'il triomph]a de ces ob/acles1 mme p> le crime2 dans d'autres in/ants1 il veut en f9ir avec ses t\rm5ts p> sa propre mort4 ,aprs plusieurs de ces alt]natives cruelles1 entremles de quelques claircies heureuses1 ,antony veut enlev] ,adle hsitante1 mais le colonel e/ de ret\r2 il appro*e1 il va p>atre3 ,antony embrasse ,adle et la tue4 ,puis il jette son poign>d au pi$ du colonel1 en prononant1 p\r sauv] l'honneur de son amie1 ce mot si s\v5t rpt3 ,elle me rsi/ait1 je l'ai assass9e6 ,de cette simple donne ,alex&re ,dumas a l>gem5t tir p>ti1 p\r le dveloppem5t des ides si *res la posie et au roman contempora9s1 le d\te et la glorification du suicide4 ,d\t]1 dit ,antony1 voil le malheur1 mais lorsqu'on n'a plus ri5 espr] ou cra9dre de la vie1 que notre jugem5t e/ prononc ici-bas comme celui d'un damn1 le cur cesse de saign]1 il s'eng\rdit dans sa d\leur4 ,et le dsespoir a aussi son calme qui1 vu p> les g5s heureux1 ressemble au bonheur4 ,il e/ probable que j'arriv]ais comme les autres1 aprs un c]ta9 nombre de pas1 au t]me d'un voyage dont j'ignore le b1 sans avoir dev9 si la vie e/ une plaisant]ie b\ffonne ou une cration sublime444 ,quant au suicide1 ,antony y e/ conduit p> sa disposition naturelle s\ffrir pr(ondm5t des preuves de la vie1 voir p>t\t dans la socit une sorte de fatalit 9luctable4 ,il manque absolum5t de pati5ce4 ,a t\t propos1 il s'irrite contre les trav]ses que r5contre son am\r1 avec une viol5ce qui dpasse t\te raison4 ,un importun vi5t-il int]rompre un entreti53 ,malheur1 s'crie-t-il sur le monde qui vi5t me *]*] jusqu'ici6 ,une porte se ref]me-t-elle trop tt sur ses pas1 il pr(re cette exclamation3 ,mille dmons6 ,enf9 il adresse ,adle d',h]vey ce propos peu sducteur3 ,tu es moi1 comme l'homme e/ au malheur6 ,dans cet tat1 il se dit que p\r sortir de l'enf] de cette vie il ne lui faudrait que la rsolution d'un mom5t4 ,p\rquoi donc1 aj\te-t-il1 ne le v\drais-je pas8 ,et se faisant lui-mme juge dans une "q o il e/ intress1 il dcl>e que sa s\ffrance dpasse la somme de d\leur qui revi5t *aque individu1 et que ,dieu lui-mme doit avoir prvu qu'il succomb]ait s\s ce f>deau4 ,a9si1 t\j\rs la mme erreur1 consi/ant s\t5ir que le suicide e/ lgitime ds que la vie p>at intolrable1 au lieu de reconnatre que la vie doit tre tolrable1 puisque la mort ne vi5t pas d'elle-mme n\s en dlivr]6 ,t\j\rs la mme prt5tion mettre de son ct la puissance div9e1 dans le mom5t o l'on transgresse le plus gravem5t ses lois6 ,cep5dant ,antony ne se tue pas4 ,il fait pis3 il tue ,adle4 ,p\r sauv] sa rputation8 soit6 ,mais il n'en supprime pas mo9s une exi/5ce huma9e1 il n'e/ pas suicide1 mais homicide1 et ce dn\em5t n\s fait faire un gr& pas en dehors de notre t]ra9 habituel4 ,il ne s'agit plus seulem5t1 d'une de ces dfaillances qui port5t surt\t prjudice celui en qui elles se produis5t2 mais bi5 d'un att5tat contre autrui4 ,il y aurait peut-tre une comp>aison intressante faire entre ,antony et un crim9el trop connu1 qui1 c9q ans aprs l'app>ition de ce drame1 de la mme ma9 qui avait v]s tant de sang1 et la veille d'expi] ses =faits1 essayait de les ju/ifi] p> de va9s argum5ts1 exprimait s\s une =me prt5tieuse l'inc]titude de ses ides sur ,dieu1 le nant1 notre me1 la nature et t]m9ait p> ce v]s ins\ciant3 ,c'e/ un secret1 je le saurai dema9444 ,il ne s]ait pas sans utilit1 de *]*] quels rapports exi/5t entre c]ta9s crim9els et c]ta9es productions littraires4 ,mais ce rappro*em5t n\s mn]ait trop lo94 ,je me cont5t]ai de dt]m9] les consqu5ces plus directes et plus visibles de l'uvre d',alex&re ,dumas4 ,ds la premire reprs5tation de cette pice1 l'effet en fut irrsi/ible4 ,c'tait1 raconte ,?ophile ,gauti]1 qui a en t tmo91 une agitation1 un tumulte1 une eff]vesc5ce dont on se f]ait difficilem5t une ide auj\rd'hui4 ,il y avait l des m9es tranges et f>\*es1 des m\/a*es en croc1 des royales po9tues1 des *eveux mrov+i5s ou taills en brosse1 des p\rpo9ts extravagants4 ,les jeunes femmes adorai5t ,antony1 les jeunes hommes se s]ai5t brl la c]velle p\r ,adle d',h]vey4 ,le jeu des acteurs attisait puissamm5t l'en?\siasme4 ,bocage1 qui j\ait ,antony1 ralisait bi5 le c>actre de ce p]sonnage p\r lequel il fallait une c]ta9e fi]t ddaigneuse1 un my/re la faon de ,l>a et du ,gia\r1 en un mot1 une fatalit byroni5ne4 ,l'admiration alla jusqu'au dlire2 et des p>tisans trop fanatiques de l'auteur d*irr5t un c]ta9 habit v]t qu'il portait1 af9 de cons]v] une relique du gr& homme4 ,ces impressions p]si/r5t1 et elles tai5t encore assez vives en #ahce1 p\r que ,frdric ,s\li1 dans son roman du ,conseill] d'tat1 et bi5 que lui-mme ne ft pas le plus innoc5t des criva9s1 tr\vt encore de l'-propos raill] les admirateurs trop s]viles d',antony4 ,il faisait a9si le portrait de l'un d'eux3 ,un t\t jeune homme de v+t ans1 d'un beau visage de femme2 de longs *eveux noirs la moy5 ge2 l'air s\ffrant2 p>faitem5t busqu et lgamm5t habill1 t\t noir de sat94 ,cet adolesc5t conv]se au bal avec une femme *>mante qui ne peut tir] de lui que des phrases amres et de ples s\rires4 ,il lui confie enf9 le secret de sa tri/esse d'une voix sombre et en fatalisant son reg>d3--,hlas6 madame1 dit-il1 je m'appelle ,antony6--,t\t e/ l3 ce nom le prde/9e au malheur4 ,et p5dant qu'il s'loigne1 la femme laquelle il p>lait explique son amie ce qu'il e/3 ,m4 ,antony ,l]\x1 dit-elle1 e/ frapp d',anton9isme4 ,il e/ jeune1 il e/ beau1 il a un poign>d dans sa po*e2 il a un reg>d fatal1 un am\r qui tue1 et p>-dessus t\t il s'appelle ,antony4 ,la seule *ose qui le gne dans la fatalit de son exi/5ce1 c'e/ d'tre si cruellem5t app>5t2 c'e/ d'avoir pre1 mre1 frres1 surs1 tantes1 oncles1 c\s9s1 c\s9es1 de ne pas m>*] seul enf9 dans le ds]t du monde avec son me isole1 et son nom qui ne rpond aucune voix amie4 ,la conduite de ce jeune homme e/ con=me son extrieur1 et1 dans la suite du roman1 il dbite ,mme de ,lubois1 qui rit de lui1 des rm9isc5ces vid5tes du c9quime acte d',antony4 ,donc1 une c]ta9e poque1 l',anton9isme a t une v>it n\velle de la maladie du sicle1 et1 s'il n'en fut pas la plus r$\table1 il en fut l'une des plus curieuses4 ,peut-tre1 l'auteur d',antony1 en crivant cet ouvrage1 ne p5sait-il pas faire une uvre nuisible4 ,p]sonnellem5t loign de t\te mlancolie1 il avait cru p\voir s'emp>] d'un sujet qui rpondait l'tat d'esprit de ses contempora9s1 et aprs y avoir appliqu son tal5t1 il tait rev5u ces crations plus riantes1 dans lesquelles son 9puisable imag9ation aimait se j\]4 ,mais1 en flattant le gt du public1 il l'avait encore irrit1 et l'avait faonn l'image de ses p5ses d'un j\r4 ,alex&re ,dumas ne songeait plus1 sans d\te1 son uvre1 qu& l'affection biz>re qui en avait t la suite tait encore s5sible4 ,au re/e1 elle-mme devait se tr\v] bi5tt absorbe p> une affection similaire4 ,a ct du mal d',antony1 il faut p>l] du mal de ,*att]ton4 ,avant d'crire le drame qui porte ce nom1 ,alfr$ de ,vigny s'tait dj fait connatre p> d'autres ouvrages1 ses posies d'abord4 ,on a dit que son ,mose 7#ahbb71 tait l'expression p> laquelle s'exhalai5t les angoisses du gnie1 et la solitude du cur du pote4 ,cep5dant le s5tim5t de sa p]sonnalit e/ si effac dans ces v]s1 qu',alfr$ de ,vigny ne m'a pas p>u devoir figur] dans le gr\pe des potes de la ,re/auration v\s la mlancolie4 ,ce ne fut que bi5 plus t>d que sa posie 7,les ,de/9es1 #ahdi-ahfb7 laissa voir ouv]tem5t le scepticisme1 le dc\ragem5t de son me1 et cette ide de fatalit qui lui semblait alors tre le mot de l'nigme du monde4 ,t\tefois1 ds #ahcb1 dans une uvre en prose1 il avait pos le problme que s\lve le drame de ,*att]ton4 ,dans son ,/ello1 il avait runi la mort volontaire de ,*att]ton1 la mort qui s'tait impose1 s\s des =mes diffr5tes1 ,gilb]t et ,&r ,*ni]4 ,dans sa p5se1 cette trilogie de m>tyres n'avait qu'un b1 faire pes] sur la socit la responsabilit de ces tri/es vnem5ts4 ,l'auteur reprit cette ?se avec plus de =ce1 en donnant son ,*att]ton au ,?tre ,franais1 le #ab fvri] #ahce4 ,il y montrait un jeune homme d\ d'un tal5t prcoce1 mais mconnu p> un monde di/rait ou intress2 un jeune homme aimant1 mais honteux de sa misre qui1 croyait-il1 le dgradait aux yeux de la femme aime2 dsirant tre aim d'elle1 mais malheureux d'appr5dre qu'il l'tait en effet1 d*ir p> ces s5tim5ts contraires1 enf9 succombant s\s le poids d'une d]nire avanie que lui infligeait la *>it blessante d'un gr& seigneur1 et *]*ant dans le poison un remde ses maux4 ,ri5 de plus am]1 de plus dsespr1 que le langage de cet in=tun4 ,il n'a pas de t]mes assez =ts p\r maudire la socit4 ,de croyances propres le ret5ir sur le bord de l'abme1 il ne lui en re/e aucune2 et sa voix ne pr5d quelque d\ceur que qu& il s'adresse la mort1 l'ange de la dlivrance1 qu'il l'invoque et qu'il la salue4 ,le f*eux effet de ce rle tait encore accru p> les dcl>ations cont5ues dans la prface du drame4 ,l'auteur y exposait que le pote1 rpudi p> la socit1 condamn une vie de privations1 et en quelque sorte m\rir en dtail1 n'a plus qu' m\rir d'un seul c\p4 ,oui1 disait-il1 le suicide e/ un crime religieux et social1 mais le dsespoir e/ plus =t que la raison1 et1 s'il l'emporte1 e/-ce le pote ou la socit qui e/ c\pable8 ,eh6 n'ent5dez-v\s pas le bruit des pi/olets solitaires8 leur explosion e/ bi5 plus loqu5te que ma faible voix4 ,n'ent5dez-v\s pas ces jeunes dsesprs qui dem&5t le pa9 quotidi5 et dont p]sonne ne paie le travail8 ,il tait cep5dant1 selon lui1 bi5 facile de les satisfaire3 il ne leur fallait que deux *oses1 le pa9 et le temps4 ,ces ?ories1 cette mise en scne ne p\vai5t frapp] impunm5t l'esprit d'un auditoire ard5t1 sceptique et dvor de la soif de la gloire4 ,ce qu'elles y produisir5t1 on le sait4 ,une f\le de malheureux criva9s se reconnut en ,*att]ton1 l'homme l'aspect am]1 romantique et fatal4 ,ils crur5t avoir son tal5t1 p>ce qu'ils avai5t sa misre2 un d'eux avait mme rsolu de se tu] au ?tre1 l'in/ant mme o le hros de la pice s'empoisonne4 ,on crivait au m9i/re de l'intrieur3 ,des sec\rs1 ou je me tue6 ,m4 ,?i]s1 c'tait lui qui remplissait alors ces fonctions1 disait qu'il lui faudrait r5voy] t\tes ces ptitions ,m4 de ,vigny4 ,le mot tait plus que spirituel1 il tait ju/e4 ,alfr$ de ,vigny n'en v\lut pas conv5ir4 ,il croyait1 dit-on1 n'avoir fait qu'une uvre d'art in(f5sive2 il p>ut tonn et prote/a vivem5t1 qu& on lui dit que1 malgr leur =me lgante et leur rs]ve dlicate1 de p>eils plaidoy]s ne t5dai5t ri5 mo9s qu' autoris] *ez des g5s1 trop ports se croire victimes1 t\tes sortes de reprsailles1 depuis la rvolte jusqu'au suicide4 ,m4 de ,pontm>t91 qui n\s rapporte ce fait1 affirme que cet tonnem5t tait vrai1 et ces prote/ations s9cres4 ,mais alors1 comm5t l'auteur n'a-t-il pas prvu que l't9celle qu'il laissait tomb] au milieu d'mes *>ges de ha9es s\rdes et d'ambitions ref\les1 devait y provoqu] d'9vitables explosions8 et qu'il suffisait d'un exemple potique et sduisant p\r dt]m9]1 dans une socit a9si prp>e1 une vritable pidmie de suicide8 ,d'ailleurs1 p\r faire de ,*att]ton un objet d'admiration1 il avait d altr] la vrit hi/orique4 ,le ,*att]ton anglais n'avait pas la c&eur du ,*att]ton franais4 ,pote prcoce1 mais surt\t habile imitateur des vieux potes1 il n'avait pas hsit tromp]1 p> des procds qui s]ai5t auj\rd'hui svrem5t jugs1 la bonne foi de ses concitoy5s4 ,plus t>d1 dans les luttes de la presse politique1 il e/imait que c'tait tre un pauvre criva9 de ne p\voir crire p\r deux p>tis opposs4 ,port la misan?ropie1 au s>casme1 il p>lait1 au mo9dre mcompte1 de quitt] la vie4 ,un travail excessif1 une gr&e irritabilit n]veuse1 une disposition sple5tique1 ont t les raisons de son suicide4 ,on voit qu'entre ce p]sonnage et celui d',alfr$ de ,vigny la diffr5ce e/ s5sible4 ,le so9 que l'auteur a pris d'embellir cette figure aj\tait donc encore au dang] que reclait sa ?se4 ,t\s1 sans d\te1 n'ont pas subi le pre/ige de cette uvre4 ,comme ,antony1 qu'il rappelle p> tant de po9ts1 ,*att]ton a r5contr ses critiques4 ,l'un d'eux1 ,?ophile de ,f]rire1 un romantique cep5dant1 imag9a d'enlev] ,*att]ton une p>tie de l'intrt dont il tait ent\r1 en dmontrant qu'il avait p>faitem5t survcu l'opium absorb p> lui4 ,mais ces rsi/ances tai5t r>es1 et le gros du public se laissait entran] dans une voie fune/e4 ,la pr9cipale faute en revi5t l'criva91 qui a fait de ses belles facults un usage tmraire4 ,alex&re ,dumas et ,alfr$ de ,vigny1 en ne prvoyant pas les suites naturelles de leurs conceptions1 ont c]ta9em5t commis une imprud5ce1 d'autant mo9s excusable que leur p5se empruntait une =me plus saisissante4 ,,viii ,les arti/es4 ,les potes1 les romanci]s1 les dramaturges1 ne n\s ont pas t\t dit sur le mal du sicle1 p5dant sa d]nire priode4 ,n\s avons encore considr] le monde arti/ique de cette poque1 et re*]*] quel tait son tat moral4 ,c'en e/ un indice qu'une femme dont il a dj t "q plus haut1 et qui avait plus d'un tal5t1 puisqu'elle tait la fois pote1 pe9tre et musici5ne1 ,mlle ,b]t91 ait pris le ,fau/ de ,g! p\r le sujet d'un opra1 reprs5t le #aj m>s #ahca4 ,mais c'tait surt\t ,b]lioz qui p]sonnifiait alors1 dans l'ordre musical1 les ides1 les s5tim5ts qui n\s occup5t4 ,on tr\vait dans ses uvres1 dit un critique compt5t1 la pr(ondeur %akespe>i5ne des passions1 les rv]ies am\reuses et mlancoliques1 les no/algies et les passions de l'me1 les s5tim5ts indf9is et my/rieux que la p>ole ne peut r5dre1 et ce quelque *ose de plus que t\t1 qui *appe aux mots et que font dev9] les notes4 ,il traduisait ,g! dans ses mlodies1 le ,ret\r la vie1 la ,ballade du p*eur4 ,l'un des morceaux les plus gts de son ,b5v5uto ,cell9i1 e/ l'air de la ,mlancolie4 ,enf91 dans sa belle symphonie de la ,damnation de ,fau/ 7#ahdf71 on a pu voir1 sans trop de complaisance1 la pr(ondeur s9i/re et my/rieuse1 l'ombre o sc9tille vaguem5t l'toile du microcosme1 l'accablem5t du savoir huma9 en face de l'inconnu1 l'ironie diabolique de la ngation et la fatigue de l'esprit s'lanant v]s la matire4 ,je ne puis p>l] du rle de la musique cette poque1 sans consacr] une m5tion funbre non plus l'un des matres de cet art1 mais l'un de ses int]prtes4 ,le #h mai #ahci1 un habile *anteur se tuait en se prcipitant d'une f5tre4 ,le drangem5t de son esprit explique cet acte de dsespoir2 mais ce dsordre lui-mme ne se ratta*ait-il pas la p]turbation qui s'tait alors introduite dans tant d'mes1 et qui en avait tr\bl l'quilibre8 ,la rflexion qu'inspire la mort volontaire qui1 en #ahci1 attri/a la musique1 peut s'appliqu] au d\ble suicide qui1 quelque temps aup>avant1 tait v5u dsol] la pe9ture4 ,ce que ,gricault avait mdit de faire1 deux autres gr&s pe9tres l'avai5t excut1 en #ahce1 trois mois d'int]valle4 ,le #bj m>s1 ,lopold ,rob]t s'tait c\p la gorge1 ,v5ise2 le #be ju91 on retr\vait1 ,meudon1 le cadavre de ,gros1 qui s'tait jet dans la ,se9e4 ,le c>actre de ,lopold ,rob]t1 p\vait faire prsag] sa f9 s9i/re4 ,il tait naturellem5t empre9t de mlancolie2 une passion malheureuse avait a*ev de l'g>] et il n'e/ pas difficile d'ap]cevoir dans son d]ni] tableau1 le ,d"p des p*eurs1 compos s\s l'empire de ces s5tim5ts1 une pr(onde impression de tri/esse4 ,gros n'avait gure donn de signes d'une si sombre disposition4 ,cep5dant on p\rrait cit] en ce s5s1 la ,sapho qu'il exposa en #ahjb1 et qui e/ un type de gracieuse mlancolie4 ,c'tait1 d'ailleurs1 une de ces natures qui ne se suffis5t pas elles-mmes1 qui ont beso9 d'appui au dehors et1 dans sa jeunesse1 il avait eu des accs de dc\ragem5t4 ,devant les difficults relles ou imag9aires de la vie1 devant les 9vitables dceptions qu'elle r5f]me1 il devait vite s'affaiss] et fl*ir4 ,qu& v9t l'heure des luttes ard5tes1 des critiques ac]bes1 il n'eut pas la =ce de les support]1 et se croyant d*u dans l'op9ion1 il se tua p\r ne pas se survivre4 ,cette faiblesse *ez un homme que ses gts arti/iques et les t5dances classiques de son tal5t p>aissai5t r5dre mo9s accessible que t\t autre aux sugge/ions maladives de son poque1 n\s claire1 mieux encore que l'exemple des autres arti/es que j'ai nomms t\t l'heure1 sur le mal qui m9ait alors notre pays4 ,,ix ,les ,jeunes ,g5s4 ,comme dans les priodes prcd5tes1 ce mal atteignait p>ticulirem5t la jeunesse4 ,on l'a vu dj p> les dbuts de la plup>t des criva9s ou arti/es cits plus haut2 on va le voir p> des faits plus nombreux encore4 ,on tr\ve1 dans une pice de v]s de ,m4 ,victor ,hugo1 le rcit du suicide d'un jeune homme de la gnration de #ahcj4 ,le pote df9it a9si ce dsespr qui n'avait pas v+t ans3 il avait abus de t\t2 il ne croyait ri52 il s'ennuyait2 il n'avait que de l'ironie p\r les plus gr&es *oses2 son gsme ram5ait t\t lui2 enf91 n]v1 blas1 un soir qu'un pi/olet se tr\vait s\s sa ma91 il s'tait tu4 ,le dgt d'une vie rassasie de plaisir1 le mpris de t\t ce qui fait battre le cur de l'homme1 l'orgueil1 l'gsme1 l'ennui implacable1 tels tai5t les s5tim5ts qui p\ssai5t ce malheureux1 je dirais presque cet enfant1 au suicide4 ,mais sans desc5dre dans ces abmes1 ne tr\ve-t-on pas alors1 dans bi5 des jeunes mes1 de curieux signes du temps8 ,a propos d'un magi/rat regrettable1 prmaturm5t enlev p> la mort1 un de ses anci5s et m95ts confrres du b>reau1 qui e/ en mme temps un criva9 di/+u1 ,m4 ,r\sse1 a trac un spirituel portrait de la jeunesse qui sortait des bancs du collge en #ahcj4 ,il a pe9t son en?\siasme p\r les productions de l'cole romantique1 le g5re biz>re de compositions que =geait en ce temps-l1 dit-il1 cette adolesc5ce nave1 mlange d'imitations puriles et d'inv5tions dmesures1 extravagantes rv]ies p\sses la drive p> la brise p]fide du ,lac1 orages de ,manfr$ dbordant en enjambem5ts dsesprs dans des /ances fatales4 ,il aj\te ce mot important recueillir3 ,la maladie de ,r5 n\s t5ait presque t\s4 ,les jeunes g5s mmes1 a dit aussi ,m4 ,sa9t-,m>c ,gir>d91 visai5t la misan?ropie et se htai5t de p]dre l'illusion1 sans pr5dre le temps d'avoir de l'expri5ce4 ,c'e/ ce trav]s des gnrations1 filles de la ,rvolution franaise1 que raillait avec une bonhomie *>mante ,m4 ,lacretelle1 qu& peignant dans ses v]s ces ,timons de v+t ans1 qui1 au bal mme1 pr5ai5t des airs de pnit5ts noirs1 et dansai5t avec une sorte de componction s5tim5tale1 il s'criait gaiem5t3 ,cdez-moi vos v+t ans1 si v\s n'en faites ri54 ,cette affectation de mlancolie se traduisait p> c]ta9es allures et p> une t5ue p>ticulire2 elle s'e/ inc>ne dans le type des ,dva/s1 dont ,m4 ,ab\t n\s a trac le spirituel portrait4 ,mais la mlancolie de la jeunesse n'tait pas t\j\rs c\pable ou ridicule2 elle p\vait avoir p>fois son ct respectable1 et j'en tr\ve la preuve *ez un jeune homme qui depuis a conquis une ju/e clbrit1 *ez ,frdric ,ozanam4 ,ce nom n\s indique qu'il ne s'agit pas ici d'un de ces c>actres faibles qui se prt5t t\tes les modes1 t\tes les influ5ces4 ,ozanam luttait contre le mal1 et la rsi/ance mme qu'il y opposait en montre bi5 la ralit4 ,sommes-n\s donc1 crit-il le #e janvi] #ahcc1 sommes-n\s donc irrvocablem5t condamns ces inquitudes qui n\s dvor5t1 ces t\rm5ts qui n\s assig5t1 et n'e/-il aucun moy5 de r5dre notre cur un peu de paix et de consolation8 ,p\r lui1 il y a un remde1 la prs5ce de la p5se ca?olique4 ,il blme1 d'ailleurs1 la tri/esse habituelle4 ,a ses yeux1 elle se confond s\v5t avec la p>esse1 et mme il fait la rem>que qu'elle occupe la place de cette d]nire dans les anci5nes numrations des p*s capitaux4 ,a l'appui de son dire1 il cite un passage de sa9t ,grgoire de ,naziance1 qu'on me p>donn]a sans d\te de reproduire1 dans une tude o la tri/esse j\e un si gr& rle4 ,initium omnis peccati sup]bia4 ,prim autem ejus soboles1 septem nimirum pr9cipalia vitia1 ex hc virul5t radice pr(]untur1 scilicet tri/itia4444 ,de tri/iti rancor1 pusillanimitas1 desp]atio1 torpor circa prcepta1 vagatio m5tis circa illicita nascitur4 ,malgr ses ef=ts1 ,ozanam ne russit pas t\j\rs *ass] le dmon de la tri/esse1 et dans une lettre qu'il crivait son frre ,*>les1 le #c septembre #ahej1 il disait encore3 cette mlancolie qui te t\rm5te e/ une maladie que je connais trop p\r ne pas la pla9dre1 p\r ne pas t'aid] la combattre4 ,la correspondance dans laquelle je puise ces indications n\s montre que1 dans le milieu auquel il app>t5ait1 ,ozanam n'tait pas le seul dont l'esprit ft inquiet et attri/4 ,on vi5t de voir que son frre avait beso9 de ses consolations4 ,il en tait de mme d'un ami qui lui tait bi5 *]1 qu'il dsigne seulem5t s\s l'initiale ,l41 mais dont on connat le vrai nom4 ,c'e/ lui qu'e/ adresse la citation de sa9t ,grgoire de ,naziance2 c'e/ lui encore qu'tai5t de/9es1 d'aprs une autre lettre du #e novembre #ahcf1 de longues considrations1 dans lesquelles ,ozanam blmait en mme temps qu'il la plaignait sa mlancolie1 et qui fur5t r5dues inutiles1 p> un ret\r s\da9 de son ami des p5ses plus s]e9es4 ,a9si1 en #ahcj comme en #ahbj1 comme en #ahjj1 on con/ate p>mi la jeunesse un c]ta9 malaise1 qui se ratta*e au mal gnral du temps4 ,du re/e1 cette fois encore1 le malaise va dim9u] en proportion de l'activit dploye dans la vie4 ,ozanam devi5dra le pr(esseur m95t que l'on sait2 son frre1 un habile mdec91 et ,m4 ,l41 un magi/rat d'une haute autorit4 ,dans une n\velle et utile exi/5ce1 *acun d'eux oubli]a ses anci5nes inquitudes1 et tr\v]a le calme d'esprit qui lui manquait4 ,on conclura peut-tre de cette gurison1 que la plaie n'tait pas trs pr(onde2 qu'on y voie plutt l'efficacit d'un remde1 qui p\rrait s'appliqu] plus d'une blessure rpute incurable4 ,x ,les trang]s4 ,,allemagne4--,,belgique4--,,russie4--,, f9l&e4--,,espagne4 ,on a vu jusqu' prs5t le mal du sicle rgn] non seulem5t en ,france1 mais encore dans la plup>t des rgions de l',europe4 ,il convi5t d'exam9] si cette loi s'e/ cont9ue de #ahcj #ahdh4 ,p5dant cet espace de temps1 l',anglet]re n'a ri5 produit qui mrite d'tre relev ce titre4 ,l',allemagne a fait davantage1 mais bi5 peu4 ,h5ri ,he9e1 qui fut trs apprci p>mi n\s1 et qui e/ presque aussi franais qu'allem& n'e/ qu' demi mlancolique4 ,il m\rait1 a-t-il dit1 des secrtes angoisses et des affreuses j\issances de notre poque1 et p\r lui notre poque1 gr&e priode morbide de l'humanit1 comm5ce la croix du ,calvaire4 ,ses posies1 son ,romanc]o surt\t1 uniss5t avec *>me une piquante raill]ie une vague s5sibilit4 ,mais il me semble qu'en lui le ct moqueur l'emporte sur le ct t5dre1 et que l'esprit gaulois1 l'esprit ,voltairi51 t\ffe le plus s\v5t l'esprit romantique1 l'esprit de ,jean-,jacques ,r\sseau ou de ,lam>t9e4 ,un autre peuple plus vois9 de n\s1 mais dont je n'ai pas encore eu p>l]1 la ,belgique1 f\rnit1 son t\r1 un docum5t l'hi/oire de la mlancolie2 elle donne naissance un ouvrage qui a prcism5t p\r titre3 ,le mal du sicle4 ,dans ce roman de ,m4 ,h5ri ,consci5ce1 on appr5d que la jeunesse flam&e1 les jeunes-,fl&re1 si l'on me p]met cette expression1 suivai5t de leur mieux les jeunes-,france1 qu'ils avai5t la mme fureur d'imit] les hros de ,byron et de ,g!1 et le mme gt p\r ces orgies dont on se faisait p>mi n\s tant d'honneur v]s #ahcj4 ,seulem5t1 en jug] p> la description du romanci]1 cette mode en passant la frontire1 tait lo9 d'avoir gagn en dlicatesse et en lgance4 ,d'ailleurs1 le ,daniel du roman1 si satanique qu'il veuille p>atre1 t\rne vite au bon jeune homme1 et se conv]tit df9itivem5t au bi54 ,en somme1 il n'e/ qu'une purile et maladroite contrefaon de modles trop connus4 ,la ,russie qui1 durant la ,re/auration1 avait tr\v une ve9e de littrature mlancolique n'a pas entirem5t cess de l'exploit] dans les annes suivantes4 ,c'e/ de l encore que le pr9ce ,met*]ski a tir quelques-unes de ses posies2 mais ces uvres avai5t peu de relief ou de c\leur4 ,en pntrant jusqu'en ,f9l&e1 on y tr\ve la mme poque1 un pote plus orig9al1 ,m4 ,runeb]g4 ,il ne faut pas s'tonn] de sa tri/esse1 dit ,m4 ,m>mi]3 ,ce qui n'e/ s\v5t dans d'autres pays que l'expression d'une p5se phmre1 quelquefois un rve et quelquefois une erreur1 e/ malheureusem5t ici une ralit4 ,ses posies sont vraies p> cela mme qu'elles sont tri/es4 ,il semble que ce jeune criva9 ait t saisi de bonne heure p> la mlancolie de ses bois de sap9s1 de ses lacs solitaires1 de son ciel brumeux4 ,et puis1 l'auteur de ces posies a aim1 il a p]du celle qu'il aimait1 et p>fois il exprime ses regrets dans des lgies plus exaltes que celles d',"y1 plus d\l\reuses que celles de ,kirke ,:ite2 puis aprs ce cri de dsolation le voil qui revi5t sur lui-mme1 qui t*e de se matris]1 et s'impose le d\l\reux repos de la rsignation4 ,sans d\te1 il y avait l une motion s9crem5t mlancolique1 mais ce s5tim5t1 en dpit des circon/ances qui sembl5t le favoris] dans la patrie de ,m4 ,runeb]g1 en dpit aussi de la ?orie dj critique de ,mme de ,/al1 ne semble pas avoir t gnral et n\s n'en r5controns pas d'autre ve/ige dans ces rgions4 ,enf9 p>l]ai-je d'un pays bi5 diffr5t et1 comme la ,belgique1 n\veau dans cette tude1 de l',espagne8 ,nomm]ai-je le pote ,l>ra1 qui tait p\rsuivi p> une amre tri/esse1 qui disait que c'tait dans ses mom5ts de mlancolie qu'il travaillait p\r l'amusem5t du public1 et qui p\ss p> une exaspration maladive1 qu'aggravait le *agr9 d'une rupture avec une femme aime1 se donna la mort en #ahcg8 ,dirai-je que s\s l'influ5ce d'un autre pote1 ,zorrilla1 disciple de ,*ateaubri& et de ,lam>t9e1 la posie ,espagnole prit cette poque la te9te du gnie ,franais1 qu'on y retr\vait avec les procds de notre cole romantique les sujets mlancoliques qu'elle aimait trait]1 des posies ayant p> titres3 ,mditation1 ,soir d'automne1 ,nuit d'hiv]1 ,indcision1 ,d]ni] j\r8 ,ces faits ne sont pas sans importance1 mais ils p>aiss5t con/itu] ou des phnomnes isols ou des manife/ations plutt littraires que morales4 ,en somme1 ce qui prcde n'autorise pas affirm] que le mal du sicle ait cons]v1 aprs #ahcj1 au mme degr qu'avant cette date1 un c>actre int]national4 ,,xi ,c>actre et causes du mal du sicle de #ahcj #ahdh4 ,cep5dant on ne saurait dire que1 p5dant cette d]nire priode1 ce mal trange ait cess d'exi/] hors de la ,france1 et1 t\t au mo9s1 *ez n\s1 il prs5tait des proportions considrables4 ,t\s les docum5ts que j'ai gr\ps ici1 sur les criva9s1 les arti/es1 les jeunes g5s1 montr5t quel tait alors1 dans notre pays1 l'tat de bi5 des mes4 ,mais combi5 la fune/e pidmie n'a-t-elle pas compt de victimes qui ne r5tr5t dans aucune de ces divisions6 ,m4 ,sa9t-,m>c ,gir>d91 dans sa belle tude sur ,jean-,jacques ,r\sseau1 a dit trs ju/em5t que les faux dsespoirs de cette poque avai5t fait invasion1 non seulem5t dans la littrature1 mais aussi dans la socit4 ,de son ct1 dans une pice des ,p5ses d'aot1 qui dat5t de #ahcg1 ,m4 ,sa9te-,beuve fait allusion plusieurs hommes de ce temps1 re/s entirem5t inconnus1 et qu'il n\s montre vivant1 ou plutt vgtant dans des sortes de limbes1 incapables de v\loir1 d'agir1 de faire emploi de leurs facults di/+ues1 et condamns voir avort] t\s leurs projets et t\tes leurs esprances4 ,m4 ,montgut a publi aussi 7,revue des ,deux-,mondes1 #ae aot #ahdi71 s\s ce titre3 ,de la ,maladie morale au ,x,i,xe sicle1 une tude intressante1 dans laquelle il retrace la vie morale d'un de ses contempora9s1 atte9t de cette maladie4 ,cet homme a t\t essay1 puis t\t ab&onn2 aprs avoir p\rsuivi un idal insaisissable1 il tombe dans un ralisme o les notions mme du bi5 et du mal s'obscurciss5t ses yeux4 ,il s't5d s\s l'ombre opaque des *oses t]re/res2 mais il ne peut s'y endormir4 ,alors il se jette dans le culte1 dans l'adoration de l'esprit et du tal5t4 ,mais1 comme il ne croit plus ri51 l'intellig5ce ne lui s]t qu' lui montr] les ombres1 les pr(ondeurs et les abmes de la nuit et du nant4 ,de plus en plus1 la solitude se fait dans son me2 son cur devi5t un ds]t2 sa volont ne fait plus ent5dre aucun m\vem5t2 t\te action disp>at1 et t\te puissance s'te9t4 ,c'tait1 aj\te ,m4 ,montgut1 un type symbolique de t\tes les ides1 de t\s les mcomptes1 de t\tes les illusions1 de t\tes les p\rsuites de notre temps4 ,enf91 il e/ un fait qui dmontre1 avec plus d'loqu5ce que t\s les disc\rs1 la pr(ondeur du mal qui svissait sur cette gnration2 c'e/ l'accroissem5t des suicides4 ,de #ahcj #ahej1 leur nombre s'e/ lev p> une proportion cont9ue jusqu'au d\ble de celui qu'il atteignait en #ahcj4 ,aucun comm5taire n'aj\t]ait ri5 la =ce de cette /ati/ique4 ,a9si le mal qui1 s\s la ,rpublique et s\s l',empire1 avait prs5t un si haut degr d'acuit1 qui avait p>u s\s la ,re/auration se rel*] un peu de sa viol5ce1 s'e/ rveill s\s le g\v]nem5t de ,juillet avec une recrudesc5ce imprvue4 ,jamais les t\rm5ts du d\te n'avai5t t plus am]s1 ni le suicide plus clbr et plus pratiqu4 ,assurm5t1 cette poque ne doit pas tre t\t entire juge avec svrit4 ,comme dans les priodes prcd5tes1 la mlancolie n'y a pas t\j\rs t malsa9e ou c\pable4 ,maurice et ,eugnie de ,gur91 p> exemple1 ne doiv5t pas tre mis sur la mme ligne que ,musset ou ,georges ,s&4 ,mais1 envisag dans son ensemble1 le mal (fre dans cette d]nire phase un aspect plus p]nicieux que dans la phase prcd5te2 de plus1 il a rec\rs p\r s'exprim] une =me n\velle et dang]euse1 le drame4 ,on peut donc dire que ses deux po9ts extrmes1 son comm5cem5t et sa f91 se rappro*5t p> la viol5ce qui les c>actrise galem5t4 ,le d]ni] tat des *oses avait-il donc les mmes raisons d'tre que le premi]8 ,en avait-il que n'avait po9t r5contres l'tat int]mdiaire8 ,a cette "q la rponse e/ facile4 ,p\r les trang]s1 qui1 du re/e1 ont t alors mo9s pr\vs que n\s1 on ne voit dans l'tat gnral de l',europe aprs #ahcj aucun fait de nature expliqu] un malaise univ]sel1 et il semble que cette disposition n'ait plus t *ez eux qu'un re/e d'habitude1 en mme temps que l'effet d'un beso9 d'imitation4 ,quant notre pays1 va9em5t allgu]ait-on1 comme on avait pu le faire v]s #ahjj1 p\r ju/ifi] son mal1 l'influ5ce philosophique ou littraire du ,x,v,i,i,ie sicle1 influ5ce bi5 affaiblie en gnral2 ou le s\v5ir de nos gr&es calamits publiques1 dont il ne re/ait plus depuis longtemps de victimes4 ,on s'e/ donc tromp qu&1 dans un roman dont ,alfr$ de ,musset e/ le sujet1 on a crit qu'il ne fallait pas s'tonn] de l'impossibilit des am\rs vrais1 et du divorce incessant des curs1 *ez les rejetons t\rm5ts d'une socit orageuse et corrompue1 et aprs tant de discordes publiques et de sanglantes excutions4 ,si1 comme le dit ,mme ,l\ise ,colet1 le s\ffle de la ,rvolution a atte9t jusqu' l'am\r1 ce s\ffle fune/e n'a pas cons]v indf9im5t sa puissance2 il n'a pas pu fltrir successivem5t le cur de t\tes les gnrations de ce sicle4 ,p\r compr5dre la cause de notre tat depuis #ahcj1 il faut reg>d] ailleurs et considr] deux *oses4 ,en premi] lieu1 la ,france tr\vait1 dans l'hritage de la ,rpublique et de l',empire1 grossi des monum5ts nombreux eux-mmes lgus p> la ,re/auration1 un fonds d'impressions et d'motions qui la mettait en gt d'motions et d'impressions semblables1 et dont elle ne devait se dpr5dre qu'aprs en avoir u jusqu' la satit4 ,dans plusieurs des p]sonnages que j'ai nomms plus haut1 surt\t p>mi les potes et les arti/es1 et aussi *ez ,mme ,s&1 on ap]oit bi5 cet entranem5t4 ,en outre1 les circon/ances politiques n'tai5t-elles pas faites p\r jet] dans les esprits une c]ta9e p]turbation8 ,la mon>*ie de ,juillet n'a-t-elle pas assi/1 au gr& dplaisir1 assurm5t1 des sages et m95ts esprits qui la dirigeai5t1 de dplorables excs intellectuels8 ,n'a-t-on pas vu surgir1 cette poque1 dans le pays1 un esprit de critique et de de/ruction qui1 auj\rd'hui1 sans d\te1 peut p>atre bi5 modr1 mais qui tait dj s+ulirem5t h>di8 ,de t\s cts1 le pr9cipe d'autorit tait sap4 ,en religion1 en philosophie1 en conomie politique1 en hi/oire1 les ?ories les plus audacieuses s'emp>ai5t de la faveur du public4 ,p>fois mme1 elles s'affirmai5t dans le doma9e des faits p> quelque t]rible explosion qui v5ait clair] d'une lueur s9i/re les bases vacillantes de l'difice politique4 ,c'e/ l1 c'e/ dans cette pr(onde agitation de la socit1 que se tr\ve la cause la plus palpable et la plus frqu5te des dfaillances que j'ai rappeles4 ,m4 ,v4 ,hugo et ,alfr$ de ,musset n'ont pas hsit en conv5ir en ce qui les conc]nait2 mais l'influ5ce du temps o ils ont vcu n'tait pas mo9s relle sur ceux qui ne l'av\ai5t pas2 elle app>at bi51 et *ez les romanci]s1 et *ez ,dumas1 et *ez ,vigny4 ,t\tefois1 ces deux considrations peuv5t bi5 expliqu] les torts des uns et des autres2 mais elles ne suffis5t pas1 mme la seconde1 p\r les excus]4 ,je sais bi5 que c'tait l'usage des mcont5ts et des dclasss de #ahcj d'accus] la socit de t\s leurs maux1 de lui dem&] compte de leurs propres excs4 ,mais il s]ait trop commode de rejet] sur un tre ab/rait et collectif ses fautes p]sonnelles4 ,les vices publics ne ju/ifi5t pas les vices individuels1 et la dpravation gnrale n'e/ que la somme des dsordres p>ticuli]s4 ,d'ailleurs1 si l'on p\vait1 de quelque ct1 admettre le bnfice de l'irresponsabilit1 ce s]ait plutt au pr(it de la f\le banale qui compose la socit1 qu'en faveur des hommes suprieurs dont le devoir e/ de l'clair] et de la conduire4 ,mais une immunit de cette sorte n'exi/e p\r p]sonne4 ,a *acun selon son uvre1 tel a t le pr9cipe que j'ai essay d'appliqu] dans le c\rs de cette tude2 tel e/ le pr9cipe que je reproduis en la t]m9ant4 ,,conclusion ,,conclusion ,me voici en effet1 arriv1 avec les d]ni]s mom5ts du rgne de ,l\is-,philippe1 la f9 mme du mal dont j'ai t5t de racont] l'hi/oire1 et p> consqu5t au t]me de cette trop longue nosographie4 ,e/-ce dire que l'affection qui en a fait l'objet ait t\t c\p disp>u au po9t de ne laiss] aucune trace8 ,la vie intellectuelle ou morale des nations ne connat gure d'aussi brusques accid5ts4 ,en gnral1 les modifications qu'elle subit1 prp>es p> quelques signes prcurseurs1 sont suivies p> des manife/ations t>dives qui r5aiss5t quelque temps encore1 des int]valles de plus en plus loigns1 jusqu' ce que le m\vem5t acquis s'arrte df9itivem5t1 et qu'une n\velle manire d'tre ait remplac celle qui n'e/ plus4 ,cette priode de transition n'a pas manqu la maladie du sicle4 ,elle s'e/ rvle1 *ez n\s1 p> un c]ta9 nombre d'uvres dans lesquelles on retr\vait quelque *ose des anci5nes rv]ies1 des anci5nes tri/esses1 des anci5s ennuis4 ,la plup>t de ces uvres port5t un c>actre bt>d et ne val5t pas qu'on s'y arrte4 ,cep5dant1 on peut en di/+u] quelques-unes4 ,outre les ,de/9es d',alfr$ de ,vigny1 dont j'ai dj p>l ailleurs1 on peut cit] quelques v]s dsesprs d',h5ri ,murg]2 quelques pages de ,gr>d de ,n]val2 un roman de ,m4 ,e4 ,lataye1 la ,conqute d'une me1 o l'on retr\ve des mlancolies et des faiblesses qui rappell5t l',ar?ur de ,gutt+u]2 la ,mlancolie de ,m4 ,h4 ,cazalis1 posies qui *ant5t les d\leurs de l'homme et celles de la nature2 le ,voyage de ,m>t9 la re*]*e de la vie1 p> ,m4 ,l\is ,rambaud1 rcit de quelques av5tures1 entreml de dialogues ple9s de scepticisme et de dc\ragem5t2 et un pome de ,m4 ,dur&eau1 intitul ,b>?olomo ou le ,d\te1 dans lequel l'auteur promne son hros trav]s t\tes les dceptions et les preuves de la vie4 ,il faut aussi m5tionn] les posies de ,mme ,ack]mann qui1 a9si que l'a dit ,?4 ,gau?i]3 app>ti5t cette cole de gr&s dsesprs3 ,*ateaubri&1 ,"l ,byron1 ,leop>di1 ces gnies t]nellem5t tri/es1 et s\ffrant du mal de vivre1 qui ont pris p\r inspiratrice la mlancolie4 ,t\tefois1 la tri/esse de ,mme ,ack]mann se di/+ue de celle des autres mlancoliques1 en ce qu'elle repose mo9s sur ses impressions intimes que sur des p5ses philosophiques et sur une op9ion pessimi/e du monde4 ,et le pessimisme lui-mme ne se ranimait-il1 pas en mme temps1 en ,allemagne avec une viol5ce qu'on tait lo9 d'att5dre8 ,on sait qu'aprs avoir sommeill prs de c9quante ans1 cette doctr9e s'e/ brusquem5t rveille dans la ,philosophie de l',inconsci5t1 et a provoqu d'innombrables adhsions4 ,je n'ai pas re*]*] ici en quoi l'ouvrage de ,m4 de ,h>tmann diffre1 au po9t de vue de la ?orie pure1 de ceux du mme g5re qui l'ont prcd1 ni en quoi il s'en rappro*e2 j'indiqu]ai seulem5t combi5 ,h>tmann di/ance ses matres dans la conclusion de son sy/me4 ,leop>di1 quoiqu'il ne dsirt ri5 tant que le nant1 n'avait pas conseill le suicide4 ,s*op5hau] ne proposait comme moy5 d'arriv] la de/ruction d'un monde in=tun que l'abolition volontaire de la famille1 et la f]me rsolution de la "p de l'espce huma9e de mettre un t]me sa reproduction4 ,m4 ,h>tmann a tr\v mieux2 il (fre l'univ]s un in/rum5t t\t-puissant de libration3 il dem&e que1 p> une conjuration univ]selle1 les habitants du globe enti] se donn5t la mort au mme in/ant4 ,il e/ conva9cu que l'anantissem5t de t\tes les vies huma9es amn]a tt ou t>d la suppression mme du monde4 ,sans d\te1 p\r arriv] au degr de civilisation p]fectionne qu'exige l'excution simultane d'un tel projet sur t\te la surface de la t]re1 il faut que la sci5ce fasse encore de gr&s pas2 mais on peut prvoir le j\r o nos successeurs j\iront de cette bi5heureuse application des lumires4 ,tel e/ l'espoir de ,m4 de ,h>tmann4 ,a ct d'un tel pr(esseur1 cette acadmie mme des co-m\rants1 dont j'ai signal l'exi/5ce en ,grce dans l'antiquit1 n'e/ plus qu'une cole enfant9e1 et ses enseignem5ts pliss5t auprs de cet essai gr&iose de suicide cosmique4 ,et cep5dant1 peut-tre le pessimisme allem& e/-il plus in(f5sif que ne l'tait le pessimisme d',alex&rie4 ,n\s savons trop que *ez les ,allem&s le dsespoir re/e volonti]s dans le doma9e de la spculation1 et n'exclut nullem5t l'ambition des bi5s de ce monde4 ,leur pessimisme n'e/ donc pas une preuve absolue de la p]si/ance du mal du sicle1 et je n'ai ni insi/] sur cette doctr9e *ez ,m4 de ,h>tmann1 ni p>c\rir les nuances et les v>its qu'elle a prs5tes *ez ses rc5ts disciples1 tantt mo9s sombres que leur matre1 tantt r5*rissant encore sur l'am]tume au mo9s app>5te de ses leons4 ,je n'ai pas davantage p>l] de quelques travaux dans lesquels la mlancolie1 ou1 comme dis5t les ,allem&s1 d] ,welts*m]z1 n'a t apprcie p> eux qu'au po9t de vue critique1 et qui n'accus5t *ez leurs auteurs aucune trace de cette disposition mme4 ,mais quel que ft alors l'tat des *oses en ,allemagne1 *ez n\s1 dans les d]nires annes1 l'expression de la mlancolie individuelle re/ait presque sans *o dans les mes2 elle s\levait mme c]ta9es prote/ations4 ,sa9te-,beuve1 qui s'y connaissait1 et qui p\vait dire en p>lant des mlancoliques3 quorum p>s magna fui1 a t le premi] con/at] ce m\vem5t de raction4 ,le monde1 disait-il1 comm5ce tre rebattu de l't]nelle *anson4 ,il a c\t non po9t patiemm5t1 mais passionnm5t t\s les gr&s pla9tifs1 depuis ,job8 jusqu' ,*ilde ,h>old4 ,cela lui suffit1 le re/e lui p>at faible4 ,les pleureurs la suite ont tort4 ,la jeunesse elle-mme1 qui s'tait si longtemps montre avide d'motions d\l\reuses1 tait repue des faux dsespoirs et des va9es s5tim5talits4 ,un critique1 ,m4 ti5ne1 le dcl>ait dans une tude sur ,byron4 ,un pote le proclamait son t\r4 ,p>lant des jeunes hommes de son temps1 ,m4 ,sully ,prudhomme crivait ces v]s3 ,leur fi]t rpudie ,du d\te irrfl*i le dsespoir ais2 ,ils s5t5t que le rire e/ une comdie1 ,que la mlancolie e/ un c]cueil u4 ,le rve dgt comm5ce leur dplaire4 ,enf91 on allait jusqu' pr5dre p\r sujet de roman la critique du type nagure si *oy1 et l'ducation s5tim5tale de ,m4 ,flaub]t n'tait que la satire indirecte de la gnration rveuse qui avait longtemps occup la scne4 ,reconnaissons le donc1 une trans=mation graduelle1 mais pr(onde1 s'e/ de nos j\rs opre dans notre tat moral4 ,les vnem5ts l'expliqu5t dans une c]ta9e mesure4 ,d'un ct1 les anci5nes causes de mlancolie1 se ratta*ant de fune/es s\v5irs hi/oriques1 dj entirem5t effaces en #ahcj1 devai5t encore mo9s subsi/] aprs #ahdh4 ,d'un autre ct1 les rgimes qui se sont succd dans notre pays depuis cette date1 n'ont pas tr\bl1 autant que l'avai5t fait jadis les g\v]nem5ts dont ils reproduisai5t les =mes et les dnom9ations1 les conditions de la vie sociale4 ,t\tefois1 leur tablissem5t n'a pas ralli t\tes les sympa?ies4 ,l'un d'eux s'e/ d'ailleurs presque t\j\rs appuy sur un sy/me de compression qui p\vait bless] bi5 des convictions4 ,l'autre1 dans la d\ble preuve que n\s en avons faite1 n\s a donn le spectacle de doctr9es m5aantes et de crises r$\tables4 ,mais1 en gnral1 ces *oses n'ont pas branl gravem5t les mes1 et si elles ont provoqu plus d'une de ces tri/esses sans remde1 p>ce qu'on ne v\drait pas en gurir1 elles ont peu t\* la plus gr&e p>tie de la nation1 dcide rsi/] ces influ5ces d\l\reuses1 ou1 plus s\v5t1 r5f]me dans une p>esseuse indiffr5ce4 ,sans d\te encore1 la mlancolie aurait pu cont9u] s'entret5ir l'aide des ress\rces qu'elle avait ds longtemps accumules4 ,dans t\tes les priodes prcd5tes1 la ,france s'tait inspire des uvres nationales ou trangres p\r en produire de n\velles d'une nature analogue2 mais elle comm5ait se fatigu] de ce procd4 ,t\t a une f92 *acun s5tait que les habitudes mlancoliques avai5t assez vcu2 il fallait en f9ir avec elles2 et leur dure1 qui avait pu tre d'abord la raison de leur p]si/ance1 dev5ait le motif de leur condamnation4 ,dans de telles circon/ances1 le sicle devait se gurir et s'e/1 en effet1 guri de son mal invtr4 ,il sembl]ait qu'il n'y et qu' l'en applaudir et qu'on dt se rj\ir sans arrire-p5se de la disp>ition d'un dsordre qui avait t si long et s\v5t si cruel4 ,mais1 avant de cd] ce s5tim5t1 il faut considr] quel a t l'tat du malade aprs sa gurison4 ,oui1 le sicle a p]du ce gt immodr de la solitude qui avait m>qu ses comm5cem5ts2 mais les relations des hommes entre eux1 en se multipliant1 ont-elles pris un c>actre plus cordial8 ,le sicle a rpudi les va9es rv]ies et les tri/esses vagues2 mais au pr(it de quelles ralits et de quels eng\em5ts6 ,si ses aspirations ne sont plus en dsaccord avec ses facults1 e/-ce p>ce qu'il a lev ses facults8 n'e/-ce pas plutt p>ce qu'il a abaiss ses aspirations8 ,d'ailleurs1 il e/ encore sceptique1 et cette fois sans regrets et sans int]mitt5ces4 ,il ne s'ennuie plus1 d'accord2 mais on peut tr\v] qu'il s'amuse trop4 ,il s'e/ repris aux *oses de la vie1 soit2 mais il s'y e/ repris avec excs4 ,enf9 depuis que le dsespoir n'y ex]ce plus ses ravages1 la passion immodre des j\issances n'y fait-elle aucune victime8 ,il e/ donc p]mis de se dem&] si les t5dances actuelles sont prfrables celles qu'elles ont remplaces4 ,plusieurs incl95t se prononc] en faveur de ces d]nires4 ,il y avait1--a dit ,m4 ,sa9t-,m>c ,gir>d91 qui n'e/ cep5dant pas suspect de trop de t5dresse p\r la fausse mlancolie1--il y avait dans les tri/esses prt5tieuses d'il y a tr5te ans1 un reflet du spiritualisme que la socit avait appris l'cole du malheur2 il y a dans la jovialit qui a repris faveur1 un reflet du matrialisme mod]ne4 ,et dans une mtaphore qui cont9ue celle qui s'e/ s\v5t et =cm5t prs5te n\s dans le c\rs de ce travail1 p>lant du sicle comme d'une p]sonne atte9te d'une affection dont elle f9it p> gurir1 ,mme ,s& a crit ces lignes3 ,les pres de famille se sont beauc\p pla9ts de la maladie du romantisme2 mais ceux d'auj\rd'hui devrai5t peut-tre la regrett]4 ,peut-tre valait-elle mieux que la raction qui l'a suivie1 que cette soif d'arg5t1 de plaisirs sans idal et d'ambition sans fre91 qui ne me p>at pas c>actris] bi5 noblem5t la sant du sicle4 ,p\r moi1 je ne v\drais pas1 en ha9e d'un matrialisme que je rpr\ve1 en v5ir une rhabilitation du faux spiritualisme1 qui s]ait le dm5ti de t\te cette tude1 et je s]ais dispos mettre sur le mme rang ces deux sy/mes si opposs en app>5ce4 ,au fond1 ces deux erreurs ne sont1 en effet1 que les deux faces d'une mdaille unique1 les deux aspects d'un seul vice3 l'gsme4 ,l'gsme1 il app>at avec la d]nire vid5ce dans le matrialisme pratique2 il se retr\ve aussi1 presque t\j\rs1 d]rire l'habitude d'une c]ta9e mlancolie2 seulem5t1 il s'y dissimule s\s des dehors plus ou mo9s sduisants1 et sait pr5dre plus d'un masque honnte4 ,qu'on y pr5ne g>de1 n'e/-ce pas trop s\v5t l'gsme qui inspire l'loignem5t des hommes et le beso9 de la solitude8 ,se complaire dans des rv]ies sans objet1 dans d'oisives contemplations1 dans l'analyse et la description m9utieuse de ses mo9dres impressions1 n'e/-ce pas se re*]*] soi-mme8 ,l'am\r de soi n'e/-il pas le secret et l'orig9e de l'indiffr5ce qu'on pr\ve p\r t\t le re/e8 ,la p]te prmature des illusions fcondes1 l'puisem5t de la volont1 la ru9e des croyances1 ne sont-ils pas quelquefois le rsultat d'une vie qui n'a ri5 su refus] aux exig5ces des passions8 ,enf9 le suicide1 cette l*et p> laquelle l'homme se drobe son devoir1 n'e/-il pas le d]ni] mot de l'gsme8 ,donc1 t\t pr5dre1 mlancolie et matrialisme remont5t d'ord9aire un mme pr9cipe et mrit5t une mme fltrissure4 ,c'e/ aussi p> les mmes moy5s qu'ils doiv5t tre combattus4 ,or1 ces moy5s sont indiqus p> la logique des *oses4 ,le mal ne peut tre va9cu que p> son contraire1 l'gsme que p> l'abngation4 ,oppos] l'orgueilleux isolem5t l'habitude de la solid>it1 au clibat corrupteur le m>iage et la vie de famille1 l'action la rv]ie1 le bon s5s pratique aux subtilits d'un scepticisme n]vant1 l'in/9ct naturel du cur l'indiffr5ce rfl*ie1 enf9 la f]met aux dfaillances1 et la lutte la ds]tion1 voil le contre-poison de la mlancolie malsa9e2 telle e/ la vrit qui dc\le de t\tes les pages de ce travail1 de t\s les exemples qu'il rapporte4 ,j'ignore ce que l'av5ir ti5t en rs]ve2 mais si1 p> un de ces ret\rs qui ne sont pas r>es dans les *oses huma9es1 le mal qui n\s a dcims longtemps devait s'abattre de n\veau sur la socit1 c'e/ encore p> le mme remde qu'on en triomph]ait4 ,quant sa contre-p>tie actuelle1 le matrialisme1 comm5t p\rrait-on l'anantir1 ou mme le rduire1 s9on en s'ef=ant de sacrifi] au bi5 gnral les apptits envahissants et de s\mettre l'exig5ce des passions l'autorit du devoir8 ,ce progrs moral1 dont p]sonne n'e/ incapable1 *acun de n\s doit t5dre le ralis]4 ,nos plus *]s intrts n\s y p\ss5t3 c'e/ en se pntrant d'un esprit de mutuel dv\em5t que le monde s'appro*]a le plus vite de la solution de ce problme du bonheur qu'il agite avec une fivreuse mobilit4 ,mais la rcomp5se n\s dt-elle manqu]1 il ne n\s en faudrait pas mo9s re/] atta*s ce s5tim5t gnreux1 et remplir jusqu'au b\t l'obligation d'union frat]nelle que la ,provid5ce impose l'humanit6 ,,f9 ,,table ,,des ,,mati,,res ,pages ,,introduction #g ,i ,,consid,,rations ,g,n,,rales ,,et ,,ap],u ,r,,trospectif ,i4 ,considrations gnrales #ag ,,ii4 ,antiquit et moy5 ge #ba ,,iii4 ,sicle de ,l\is ,,xiv4--,j4-,j4 ,r\sseau et ses disciples #cj ,,iv4 ,l',anglet]re et l',allemagne au ,x,v,i,i,ie sicle #dc ,v4 ,ramond4--,&r ,*ni]4--,bonap>te #eh ,,ii #aghi-ahae ,i4 ,les potes4 ,mi*aud4--,fontanes4--,leg\v4 ,millevoye4--,ba\r-,lormian #gb ,,ii4 ,mme de ,/al4 #ge ,,iii4 ,le gr\pe de ,coppet4 ,b>ante4--,sismondi4 #hb ,,iv4 ,*ateaubri& #hg ,v4 ,le gr\pe de ,*ateaubri&4 ,ph4 ,gu5eau de ,mussy4--,m4 ,mol4--,*n$oll--,mme de ,caud 7,lucile74--,mme de ,beaumont4--,ballan*e4--,&r-,m>ie ,ampre #aje ,,vi4 ,s5anc\r et ses disciples #aai ,,vii4 ,les romanci]s4 ,*4 ,nodi]4--,mme de ,flahaut4--,mme de ,krud5] #ach ,,viii4 ,b5jam9 ,con/ant #aed ,,ix4 ,les jeunes g5s #aff ,x4 ,les trang]s4 ,anglet]re4--,allemagne4--,italie #agc ,,xi4 ,c>actre et causes du mal du sicle1 de #aghi #ahae #ahh ,,iii #ahae-ahcj ,i4 ,les potes4 ,*4 ,loyson4--,div]s #aig ,,ii4 ,lam>t9e #bjc ,,iii4 ,sa9te-,beuve #bah ,,iv4 ,le monde philosophique et religieux4 ,j\ffroy4--,g4 ,f>cy4--,lam5nais4--,le ,p4 ,lacordaire #bbg ,v4 ,les romanci]s4 ,mme de ,rmusat4--,mme de ,duras4--,beyle4--,mlle ,hort5se ,all>d #bdc ,,vi4 ,les arti/es4 ,gricault4--,delacroix #bec ,,vii4 ,les jeunes g5s4 ,j4-,j4 ,ampre et ses amis #bef ,,viii4 ,les trang]s4 ,italie4--,allemagne4--,anglet]re4--,rus sie #bgj ,,ix4 ,c>actre et causes du mal du sicle1 de #ahae #ahcj #bgh ,,iv #ahcj-ahdh ,i4 ,m4 ,victor ,hugo #bhh ,,ii4 ,potes div]s4 ,dondey4--,b\lay-,paty4--,?4 ,gauti]4--,e4 ,r\ll&4--,les potes suicides #bic ,,iii4 ,alfr$ de ,musset #cac ,,iv4 ,maurice et ,eugnie de ,gur9 #cbf ,v4 ,georges ,s& #cci ,,vi4 ,romanci]s div]s4 ,gav>ni4--,ulric ,gutt+u]4--,frdric ,s\li4--,eugne ,sue #ceg ,,vii4 ,les auteurs dramatiques4 ,alex&re ,dumas4--,alfr$ de ,vigny #cgf ,,viii4 ,les arti/es #chg ,,ix4 ,les ,jeunes g5s #cia ,x4 ,les trang]s4 ,allemagne4--,belgique4--,russie4--,f9l& e4--,espagne #cif ,,xi4 ,c>actre et causes du mal du sicle1 de #ahcj #ahdh #djj ,,conclusion #dji ,,f9 ,,de ,,la ,,table ,,des ,,mati,,res #gdhd4--,t\rs1 imp4 ,r\ill-,ladevze1 rue ,*aude1 #f4 ,a ,,la ,m,,me ,,librairie ,,aug4 ,,co*9 tudes sociales et conomiques1 prcdes d'une notice p> ,m4 le duc de ,broglie4 #a vol4 9-#ab4 #c fr4 #ej ,confr5ces et lectures1 #d dit4 #a vol4 9-#ab4 #c fr4 #ej ,,alb4 ,,babeau ,un ,village s\s l'anci5 rgime1 #b;e dit4 #a vol4 #c fr4 #ej ,a4 ,,de ,,calonne ,la ,vie municipale au ,x,ve sicle1 dans le nord de la ,france1 #a vol4 9-#h4 #g fr4 ,,francisque ,,b\illi] ,morale et ,progrs1 #b;e dition4 #a vol4 #c fr4 #ej ,h4 ,,baudrill>t ,la ,famille et l'ducation en ,france dans leurs rapports avec l'tat de la socit4 #a vol4 #c fr4 #ej ,,em4 ,,beaussire ,la ,lib]t dans l'ordre intellectuel et moral4 7,ouvrage c\ronn p> l',acadmie franaise71 #b;e dition4 #a vol4 #c fr4 #ej ,,b]tauld ,la ,lib]t civile1 tude sur les publici/es contempora9s1 #b;e dition1 #a vol4 #c fr4 #ej ,,f]raz ,la ,philosophie du devoir4 7,ouvrage c\ronn p> l',acadmie franaise71 #c;e dition4 #a vol4 #c fr4 #ej ,hi/oire de la ,philosophie en ,france au ,x,i,xe sicle1 #are p>tie3 ,socialisme1 ,naturalisme et ,positivisme4 #b;e dit4 #a vol4 #d fr4