,note sur la transcription3 ,les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges4 ,l'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t harmonise4 ,les mots et phrases imprims en gras dans le texte d'origine sont marqus ainsi4 ,,une ,,maladie ,,morale ,,une ,,maladie ,,morale ,,le ,,mal ,,du ,,si,,cle ,,par ,,paul ,,charpentier ,,substitut ,,au ,,tribunal ,,de ,,la ,,seine ,illustration ,,paris ,,librairie ,,acad,,mique ,,didier ,,et ,cie1 ,,libraires-,,diteurs #ce1 ,,quai ,,des ,,augustins1 #ce #ahhj ,a ,,la ,m,,moire ,,de ,,mon ,p,,re ,j4-,p4 ,,charpentier ,,inspecteur ,,de ,l',,acad,,mie ,,de ,,paris1 ,,agr,g ,,de ,,la ,,facult ,,des ,,lettres4 ,,introduction ,,introduction ,parmi les traits les plus saillants de nos murs1 il en est un qui ne peut1 ce semble1 chapper personne3 je veux dire un penchant trs prononc pour les jouissances2 et j'ajoute1 surtout pour celles de l'ordre matriel4 ,sans examiner ici si une pareille disposition tait reste jusqu' prsent inconnue1 il est permis d'affirmer que1 de nos jours1 et parmi nous1 elle se manifeste avec vidence4 ,ds le milieu de ce sicle1 et mme un peu avant1 la ,france a donn des preuves multiples de la considration dans laquelle elle tenait les biens de ce monde4 ,on y a vu la richesse1 les grandeurs1 les plaisirs1 le bien-tre sous toutes les formes1 poursuivis avec pret1 quelquefois avec cynisme4 ,ces ardeurs se sont traduites dans des faits bien connus1 dont quelques-uns n'ont eu que trop d'clat2 elles se sont exprimes aussi1 dans les arts1 dans la littrature1 par des productions qu'on n'a point oublies4 ,non que la ,france tout entire ait sacrifi ces passions2 grce ,dieu1 elle n'a jamais perdu la tradition des grands dvouements et des uvres leves4 ,mais il certain que1 depuis un certain nombre d'annes1 nous n'avons point1 en gnral1 montr un dtachement exagr de toutes choses1 et qu'on ne peut nous reprocher d'avoir estim au-dessous de sa vritable valeur le prix de la vie4 ,cependant1 dans ces derniers temps1 s'est produit un mouvement simultan1 directement oppos cette tendance pratique4 ,une philosophie qui a reu la dnomination de pessimiste1 s'est donne tche de dmontrer que le bonheur si vivement convoit n'tait qu'un rve1 que la vie n'avait et ne pouvait jamais avoir pour l'homme que de cruelles dceptions2 en un mot1 que tout tait pour le plus mal dans le pire des mondes possibles4 ,cette philosophie1 dont le premier germe parat avoir t nagure transmis par l',italie l',allemagne et que l',allemagne a grossie et corrobore par de laborieuses lucubrations1 recueille aujourd'hui en ,france une certaine faveur et acquiert une importance croissante4 ,des travaux nombreux1 plusieurs tout rcents1 lui ont t consacrs1 qui lors mme qu'ils s'efforcent de la rfuter1 n'en ont pas moins pour effet de familiariser les lecteurs avec une doctrine dsolante4 ,par une association naturelle d'ides1 le pessimisme rveille le souvenir d'une poque de notre histoire morale qui a prcd immdiatement celle de la jouissance outrance1 mais qui en est bien diffrente4 ,en effet1 de la fin du ,x,v,i,i,ie sicle la seconde moiti du ntre1 s'est droule chez nous une grande priode de mlancolie4 ,amour de la solitude1 habitude de la rverie1 impuissantes et vagues aspirations1 incurable scepticisme1 ennui1 dsenchantement1 dsespoir mme1 pouss quelquefois jusqu'au suicide1 tels taient les principaux signes qui1 tantt spars1 tantt runis1 et quelquefois plus apparents que rels1 rvlaient l'existence de cette disposition trange4 ,on l'a appele le mal ou la maladie du sicle4 ,loin de moi la pense d'en exagrer l'importance1 et l'erreur de croire que cette crise ait envahi tous les lments de notre socit4 ,qui ne sait qu'au sein d'un affaissement trop commun se sont conserves bien des nergies viriles1 bien de fermes convictions8 ,ne s'est-il pas aussi rencontr plus d'un homme qui ait chapp l'influence gnrale par sa lgret et son inconsistance8 ,et d'ailleurs1 ceux-l mme qui en furent atteints n'ont-ils pas connu des moments d'intermittence ou de rmission8 ,toutefois on ne saurait le contester1 cet tat a prsent l'poque indique plus haut1 une intensit et une tendue bien dignes de l'attention des moralistes4 ,sans doute1 il ne faudrait pas assimiler tous les mlancoliques aux pessimistes4 ,il existe de ceux-ci ceux-l la diffrence qui distingue un tat de l'me d'une conception de la pense4 ,autre chose est de sentir et d'exprimer un malaise intime2 autre chose est de prononcer sur le monde un anathme systmatique4 ,dans le premier cas1 c'est affaire de sentiment2 dans le second1 de raisonnement4 ,tel a pu se juger malheureux1 qui n'a pas ni la possibilit du bonheur pour les autres hommes2 peut-tre mme l'a-t-il volontiers concde toute la terre1 pour ne voir dans sa propre souffrance qu'une exception agrable son orgueil4 ,et1 d'un autre ct1 l'on assure que les philosophes allemands qui ont lev le savant chafaudage du pessimisme1 n'ont nullement ddaign certains avantages palpables1 et qu'ils ont su1 comme on l'a dit1 administrer1 la fois1 leurs rentes et leur gloire4 ,mais1 malgr ces distinctions essentielles1 il reste une sorte de parent collatrale entre ceux qui ont crit la thorie de la souffrance et ceux qui en ont fait l'exprience personnelle4 ,il est bien peu vraisemblable que la plupart de ces derniers1 mme de ceux qui leur infortune semblait tre un privilge flatteur1 aient conu une opinion optimiste d'un monde o leurs dsirs ne pouvaient tre satisfaits2 aussi1 voit-on parfois1 et comme leur insu1 leur sentiment se gnraliser1 et dpasser les bornes de leur propre perception4 ,en sens inverse1 le pre du pessimisme dans notre sicle1 a t1 nous le verrons1 un de ceux qui ont trouv1 pour peindre les tourments de leur me1 les accents les plus douloureux4 ,en rsum1 si cette philosophie amre ne peut se confondre absolument avec la disposition morale dont elle rappelle l'existence parmi nous1 elle en est la tardive conscration et comme le couronnement ncessaire4 ,le moment parat donc venu d'tudier avec quelque dtail cette disposition mme4 teinte dans sa forme individuelle1 mais revivant certains gards sous une autre forme plus abstraite1 elle peut tre apprcie la fois1 avec la libert qui appartient la critique du pass1 et avec l'intrt qui s'attache l'observation des faits contemporains4 ,c'est ce que je voudrais essayer de faire4 ,je voudrais1 aprs avoir recherch le vritable caractre de l'tat dont il s'agit1 et aprs avoir parcouru l'histoire de ses manifestations anciennes1 le suivre en ,france et mme1 autant qu'il sera ncessaire pour l'intelligence du sujet1 en dehors de la ,france1 dans le cours de son plein dveloppement1 de #aghi #ahdh2 puis1 marquer le moment et les circonstances de sa fin4 ,je voudrais1 chacune des phases de son existence1 en sonder les causes gnrales ou particulires et en prciser les consquences4 ,enfin1 je voudrais en faire entrevoir le prservatif4 ,ce sujet n'a point encore t trait dans son ensemble4 ,en mme temps qu'une tude morale1 on trouvera ici une tude littraire4 ,comment en serait-il autrement8 ,l'tat que j'analyserai est presque toujours accompagn du besoin de s'pancher1 et de confier au papier les secrets les plus intimes1 les plus fugitives impressions de l'me4 ,dans la recherche des documents de cette nature1 nous rencontrerons les auteurs les plus illustres1 les ,chateaubriand1 les ,lamartine1 les ,victor ,hugo1 les ,musset1 les ,georges ,sand2 mais on aurait tort de ngliger des crivains plus modestes1 et de ddaigner de plus humbles tmoignages4 ,une simple lettre destine un ami1 une note trace pour son auteur seul1 en apprennent souvent1 sur un homme ou sur une poque1 plus que des compositions apprtes1 dont la sincrit peut tre compromise par la proccupation de la publicit4 ,je n'ai garde1 d'ailleurs1 de prtendre que la littrature contemporaine relve sans exception de cette tude4 ,dans la prface d'une traduction de ,werther1 ,m4 ,pierre ,leroux a cru pouvoir crire qu'une comparaison entre ,werther et les uvres analogues qui l'ont suivi1 mme en se restreignant celles qui ont le plus de rapport avec lui1 ne serait rien moins qu'un tableau et une histoire de la littrature depuis prs d'un sicle4 ,je ne tomberai point dans cette hyperbole4 ,de mme que toute une famille d'esprits s'est tenue en dehors de l'pidmie rgnante1 de mme1 je le reconnais1 toute une partie de la littrature est muette cet gard4 ,mais celle qui rentre dans le cadre de ce travail est assez riche pour lui donner des proportions trop considrables peut-tre au gr du lecteur4 ,encore1 cet lment d'information ne sera-t-il pas le seul consulter4 ,l'art lui-mme et les faits sociaux peuvent fournir d'utiles lumires et complter les rvlations de la plume4 ,je m'efforcerai de puiser la vrit toutes les sources4 ,i ,,consid,,rations ,g,n,,rales ,,et ,,aper,u ,r,,trospectif ,i ,considrations ,gnrales ,il importe avant tout de prciser le caractre gnral de l'tat moral qui fait l'objet de ce travail4 ,qu'offre-t-il donc1 cet tat1 qui soit particulier8 ,et pourquoi lui appliquer la dnomination de maladie8 ,nous avons numr les principaux symptmes auxquels on reconnat son existence3 le besoin de l'isolement1 la pratique de l'oisivet contemplative1 l'irrsolution1 l'inquitude1 la mobilit1 le doute1 le dgot de toutes choses1 le dcouragement absolu1 enfin la mort volontaire4 ,ces diffrents symptmes sont-ils tous et par eux-mmes d'une nature pernicieuse8 ,a ces questions1 il faut rpondre par une distinction4 ,certes1 que dans certaines conjonctures1 sous l'influence d'une vocation religieuse ou d'une grande douleur1 on s'loigne de la socit des hommes1 il n'y a l aucun sujet d'tonnement4 ,qu'on aime parfois dtourner ses regards du monde extrieur et rel pour les reporter au dedans de soi-mme ou les promener travers les domaines de l'imagination1 rien de plus naturel encore4 ,que la volont ait ses faiblesses et la facult de connatre1 ses limites2 que la vie enfin nous rserve des dceptions et des douleurs de plus d'une sorte1 qui pourrait le nier8 ,et celui qui jouirait d'une srnit inaltrable ne serait-il pas plac au-dessus des lois de l'humanit8 ,mais si un homme se spare du monde sans autre motif que le dsir de vivre seul2 s'il se tient sans cesse repli sur lui-mme et se renferme dans un milieu chimrique2 si1 avec une tendance instinctive vers un idal lev1 il se sent inhabile y parvenir2 si1 avide de croyance1 il ne peut s'attacher avec persvrance aucun principe religieux ou philosophique2 s'il est atteint d'une dsillusion prcoce1 et blas avant l'ge2 si sa souffrance1 quoiqu'ayant une juste cause1 dpasse toute mesure2 si elle survit sa cause1 ou mme si elle nat sans cause2 si1 loin de chercher la dominer1 il se laisse vaincre par elle2 s'il l'entretient plaisir1 s'y complat et s'y endort2 surtout si1 au mpris de ses devoirs envers son ,auteur1 envers ses semblables1 envers lui-mme1 il rejette un fardeau qu'il juge trop lourd pour ses paules et met fin volontairement ses jours1 alors on peut affirmer qu'en lui l'quilibre moral est rompu1 et qu'il est en proie une vritable maladie1 et1 comme l'on dit aujourd'hui1 une nvrose de l'me4 ,ne nous y trompons pas cependant4 ,il ne s'agit pas d'une de ces maladies mentales qui jettent dans les facults du malade une telle perturbation qu'elles entranent son irresponsabilit4 ,de pareils troubles intressent le mdecin plutt que le moraliste et nous n'avons point nous en occuper4 ,ceux dont parle cet ouvrage laissent subsister le libre arbitre4 ,par suite1 ce serait en vain qu'on chercherait couvrir d'une sorte d'immunit les regrettables dfaillances qui ont pu les accompagner1 et en particulier le crime du suicide4 ,mais1 sous cette rserve1 on doit reconnatre que nous sommes ici en prsence d'un tat qu'on a pu justement qualifier de maladif4 ,a-t-on eu galement raison de complter cette qualification en y rattachant l'ide du sicle actuel1 et de dire la maladie du sicle8 ,oui1 car c'est dans notre sicle que cet tat a pris les proportions les plus considrables4 ,mais1 ne l'oublions pas1 d'une part1 il n'a pas dur autant que le sicle1 puisqu'il a cess depuis d'assez nombreuses annes2 et1 d'autre part1 c'est avant ce sicle qu'il avait commenc1 car la plupart des grands mlancoliques1 qui attiraient l'attention publique en #ahjj1 s'taient dj fait connatre comme tels un peu avant cette poque1 peu prs vers #aghi4 ,bien plus1 ils eurent eux-mmes1 dans la gnration prcdente1 des anctres authentiques et1 pour tout dire1 on retrouverait aussi des exemples de la disposition qui leur tait ordinaire ds la plus haute antiquit1 et chez les nations les plus diffrentes4 ,parcourons ces divers exemples plus ou moins anciens4 ,cette revue clairera l'tude de l'pidmie mmorable qui les a suivis4 ,,ii ,antiquit et ,moyen ,age ,reportons-nous d'abord par la pense vers les temps et les contres ,bibliques4 ,le dsenchantement de ,salomon nous revient aussitt la mmoire et nous nous rappelons ses sentences amres sur la vanit des biens terrestres4 ,on le sait1 la tristesse moderne n'a pas ddaign de leur faire de frquents emprunts4 ,ailleurs1 au fond de l',inde1 et cinq cents ans avant ,jsus-,christ1 un jeune prince1 combl des faveurs de la fortune1 mais adonn l'abus de la contemplation1 le fondateur mme du ,bouddhisme1 fait entendre une de ces plaintes1 qui se multiplieront plus tard l'infini1 sur la maladie1 sur la mort1 sur la dcomposition incessante des tres4 ,mais akya-,mouni ne s'attriste pas seulement sur la mort2 il dplore la vie3 ,par le fait de l'existence1 dit-il1 du dsir et de l'ignorance1 les cratures dans le sjour des hommes et des ,dieux sont dans la voie des trois maux444 ,les qualits du dsir toujours accompagnes de crainte et de misre sont les racines des douleurs4 ,elles sont plus redoutables que le tranchant de l'pe ou les feuilles de l'arbre vnneux4 ,comme une image rflchie1 comme un cho1 comme un blouissement ou le vertige de la danse1 comme un songe1 comme un discours vain et futile1 comme la magie et le mirage1 elles sont remplies de fausset2 elles sont vides comme l'cume et la bulle d'eau4 ,a ses yeux1 le vide apparat partout3 ,tout phnomne est vide1 toute substance est vide1 en dehors il n'y a que le vide444 ,le mal1 c'est l'existence4 ,ce qui produit l'existence1 c'est le dsir2 le dsir nat de la perception des forces illusoires de l'tre4 ,on s'accorde aujourd'hui voir dans akya-,mouni le plus vieil inventeur du pessimisme1 et peut-tre1 en effet1 quelques-unes de ses ides peuvent-elles tre regardes comme le point de dpart de cette philosophie4 ,mais1 dans les passages que je viens de reproduire1 il parle moins en philosophe qu'en rveur et en pote2 il appartient plutt au pessimisme individuel qu'au pessimisme abstrait et c'est pour cette raison qu'il devait figurer ici4 ,pour ne pas avoir revenir ces pays lointains plaons tout de suite ct de la tristesse de akya-,mouni celle du pote ,sadi1 qui crira au moyen ge cette maxime3 ,ce qu'on peut connatre de plus intime et de plus vrai dans la condition des mortels1 c'est la douleur4 ,de pareils sentiments1 pour avoir t rares dans l'antiquit classique1 n'y furent cependant pas inconnus4 ,on en suit la trace en ,grce4 ,on cite1 chez ,homre1 la peinture de ,mnlas se rassasiant de sa douleur1 de ,bellrophon dvorant son cur2 chez ,pindare1 cette question et cette rponse3 ,qu'est-ce que la vie8 ,c'est le rve d'une ombre4 ,on a cru voir aussi dans ,hsiode1 ,simonide1 ,euripide1 ,sophocle1 des indices de mlancolie4 ,peut-tre donne-t-on ces diffrents traits une valeur qui ne leur appartient pas entirement4 ,il en est de plus srieux dans d'autres uvres1 par exemple1 cette pense d',aristote d'aprs laquelle une sorte de tristesse semblerait tre le privilge du gnie4 ,quelle amertume aussi dans ce passage d',empdocle3 ,triste race des mortels1 de quels dsordres1 de quels pleurs tes-vous sortie6 ,de quelle haute dignit1 de quel comble de bonheur1 je suis tomb parmi les hommes6 ,j'ai gmi1 je me suis lament la vue de cette demeure nouvelle4 ,et ne dirait-on pas qu'elle est tire de quelque crivain moderne cette phrase sur les tourments de notre intelligence3 ,nos moyens de connaissance sont borns et disperss dans nos organes4 ,les expressions rsistent nos penses et les moussent4 ,les mortels phmres n'apercevant qu'une faible parcelle de cette vie douteuse1 ne saisissant qu'une vaine fume et croyant aux choses seules qui leur tombent sous les sens1 errent dans toutes les directions1 car ils dsirent dcouvrir cet ensemble des choses que les hommes ne peuvent ni voir1 ni entendre1 ni saisir4 ,platon n'est gure plus optimiste en certaine circonstance1 tmoin ce fragment de l',apologie3 ,que quelqu'un choisisse une nuit passe dans un sommeil profond que n'aurait troubl aucun songe1 et qu'il compare cette nuit avec toutes les nuits et tous les jours qui ont rempli le cours de sa vie2 qu'il rflchisse et qu'il dise combien dans sa vie il y a eu de jours et de nuits plus heureux et plus doux que celle-l2 je suis persuad que non seulement un simple particulier1 mais que le grand roi de ,perse lui-mme en trouverait un bien petit nombre et qu'il serait ais de les compter4 ,mais c'est surtout chez un philosophe grec de la ,cyrnaque1 chez ,hgsias1 que s'accuse cette sombre disposition4 ,pour ,hgsias1 la vie contient tant de maux que la mort qui nous en dlivre est un bien4 ,sa doctrine se rsumait dans un livre intitul3 ,grec3 ,apokartern1 ce qu'on peut traduire ainsi3 ,le dsespr1 ou bien3 ,la mort volontaire4 ,on y voyait un homme dtermin se laisser mourir de faim1 que des amis rappelaient la vie et qui leur rpondait en numrant les peines dont elle est remplie4 ,thse pessimiste assurment1 mais aussi1 sans doute1 expression d'un sentiment de dsespoir personnel4 ,c'est ce sentiment qui s'exhale dans la conclusion de l'auteur2 car le pessimisme philosophique ne pousse pas1 lui1 au suicide de l'individu3 il juge ce moyen insuffisant pour corriger le vice radical dont le systme du monde est infect selon lui4 ,hgsias1 au contraire1 y voyait un moyen suprme d'chapper tous les maux4 ,il parlait mme sur ce sujet avec une loquence si persuasive qu'il avait reu le surnom de ,peisithanatos1 que beaucoup de ses auditeurs1 nous dit ,cicron1 s'taient donn la mort en sortant de ses leons1 et que le roi ,ptolme crut devoir fermer son cole pour arrter les progrs de cette contagion menaante4 ,la mode du suicide n'tait pas1 d'ailleurs1 chose nouvelle dans ces rgions4 ,bien avant ,hgsias1 elle s'tait dveloppe en ,grce1 et il y existait une sorte d'association de la mort volontaire dans laquelle s'enrlaient les gens fatigus de vivre ou peu soucieux de subir les disgrces de la vieillesse4 ,deux sicles aprs le philosophe ,cyrnaque1 on retrouvait ,alexandrie une sorte d'acadmie qui perptuait la tradition cre par lui1 la secte des co-mourants1 ,grec3 tn sunapothanoumenn1 qui a compt ,antoine et ,cloptre au nombre de ses affilis4 ,dans les divers exemples qui prcdent1 la mlancolie ne se prsente gure qu' l'tat de curieuse exception1 due des causes varies et quelquefois obscures1 mais qui ne paraissent se rattacher aucun fait gnral4 ,il en est diffremment chez les ,romains1 qui1 malgr leur rudesse native1 ne sont pas non plus rests trangers cet tat de l'me4 ,qui ne sait de quel accent de tranquille dsespoir ,lucrce parle de la condition humaine2 comme il se plat dpouiller l'homme de tous les charmes1 de toutes les consolations de la vie8 ,rien n'gale la tristesse de son tableau du petit enfant jet nu sur la terre1 comme un naufrag sur une plage dserte et remplissant la demeure de ses vagissements lugubres1 comme il convient un tre qui il reste tant de maux traverser dans la vie6 ,enfin1 quoi de plus frappant que le vers immortel dans lequel il a dcrit la secrte angoisse qui empoisonne toutes nos joies8 ,pline l'ancien1 lui aussi1 cet crivain dont on a dit qu'il tait presque un moderne1 parle de l'homme jet nu sur la terre nue4 ,et ,cicron n'a-t-il pas aussi sa note triste1 et en exposant dans les ,tusculanes les douloureuses doctrines d',hgsias1 n'y adhrait-il pas1 quand il disait que la mort nous enlve plus de maux que de biens1 et qu'il lui eut t avantageux de mourir plus tt8 ,qu'on n'oublie pas surtout la sensibilit douloureuse1 et1 pour ainsi dire1 ce don des larmes du pote qui a dit3 ,sunt lacrym rerum et qui a mrit d'tre choisi par ,dante pour compagnon de son voyage dans le royaume des douleurs2 et1 ct du mot de ,virgile1 qu'on place celui d',ovide3 ,est qudam flere voluptas4 ,on peut affirmer qu'il y avait ,rome encore d'autres esprits profondment souffrants1 des hommes qui1 sans avoir essuy aucune adversit1 prouvaient un mal indfinissable4 ,au milieu du palais de ,nron1 on voit un citoyen obscur1 un simple capitaine des ,gardes atteint1 comme l'a trs bien dit l'historien de cet pisode1 de cette langueur douloureuse1 de cette mort anticipe1 ou plutt de cette espce de sommeil o l'homme est livr des agitations sans suite1 des rves inquiets1 des terreurs sans cause4 ,il consulte ,snque qui devient son directeur de conscience et qui conduit avec habilet cette uvre dlicate4 ,mais ce qui montre le mieux1 ce me semble1 l'infirmit morale de ces temps1 c'est la thorie du suicide professe par les plus grands philosophes4 ,snque lui-mme1 cet excellent mdecin des mes1 voit dans cet acte de dsespoir un refuge lgitime contre les preuves de la vie et ,pline l'ancien dclare que la facult de se donner la mort est le plus grand bienfait qu'ait reu l'homme1 et il plaint le ,dieu1 dont il veut bien admettre un instant l'hypothse1 de ne pouvoir user de ce remde souverain4 ,on peut longtemps rflchir1 dit loquemment ,m4 ,villemain1 avant de trouver dans la corruption de l'tat social et dans le dsespoir de la philosophie1 un plus triste argument contre la divinit1 que cette impuissance du suicide regarde comme une imperfection1 et cette jalousie du nant attribue mme aux dieux4 ,a de telles dfaillances1 il tait impossible de ne pas reconnatre une socit en dissolution1 dj trouble par les convulsions qui annonaient sa fin prochaine4 ,a ct du monde paen1 qui s'en allait1 s'en levait un autre d'o devait sortir la rgnration4 ,l encore1 la mlancolie apparat2 mais combien diffrente de celle que nous venons d'observer6 ,qu'a de commun cette humeur inquite et agite avec l'austrit1 les gmissements1 les plaintes des mes chrtiennes1 avec ces fuites au dsert1 ces clotres1 ces thbades dans lesquelles la jeunesse et la beaut cherchaient une spulture volontaire8 ,quelque rapprochement qu'on ait voulu faire entre ces choses1 leur contraste est complet4 ,la mlancolie paenne venait de l'absence de convictions3 la mlancolie chrtienne prend sa source dans les profondeurs de la foi4 ,au surplus1 le chrtien ne pourra jamais tre pessimiste absolu4 ,si la cit des hommes offense ses yeux1 il n'a qu' les lever vers la cit cleste4 ,comme c'est aussi l'esprit religieux qui domine le moyen ge1 je n'ai gure parler de cette poque4 ,dante lui-mme1 malgr son masque grave et sombre1 malgr certaines pages de la ,vita ,nuova o l'on a cru voir une confession morale du genre de celles qui se sont si souvent produites dans notre sicle1 ,dante chappe notre examen par le caractre mystique de sa tristesse4 ,je me contenterai de mentionner d'un mot1 en ,allemagne1 un artiste1 l'auteur de la clbre image de la ,mlancolie1 et ces potes dont les ,lieds chantent la mort associe l'amour4 ,on y a remarqu cette interrogation3 ,cette vie l'ai-je vcue1 l'ai-je rve81 mot qui rappelle celui de ,pindare sur le mme sujet et qui atteste ainsi l'unit de l'esprit humain1 travers les diffrences de temps et de races4 ,m4 ,ozanam a dfini avec justesse la posie des ,minnesinger4 ,pour les ,allemands la source potique est dans cette dernire et plus secrte profondeur de la nature humaine qu'on nomme le cur4 ,l1 au milieu d'une continuelle alternative de joie et de souffrance1 clot la mlancolie qui est aussi l'aspiration vers le beau1 le dsir 7,sehnsucht874 ,mais1 en gnral1 le moyen ge n'est point frapp par le mal dont j'tudie l'histoire4 ,arrivons donc aux temps modernes4 ,,iii ,sicle de ,louis ,,xiv4--,jean-,jacques ,rousseau et ses ,disciples ,quand on se rapproche de notre poque1 d'abord les monuments de la mlancolie paraissent peu considrables4 ,cependant tous les germes n'en sont pas dtruits2 un il attentif les dcouvre mme sous ,louis ,,xiv4 ,bien qu'avec le grand roi l'ordre et la discipline s'tablissent dans les esprits comme dans l'tat1 cette socit si bien rgle recle encore quelques indices de trouble moral4 ,bossuet1 dans son admirable langage1 dcouvre cet incurable ennui qui fait le fond de la vie humaine depuis que l'homme a perdu le got de ,dieu4 ,on sent sous l'apparente gat de ,molire une certaine dose d'amertume2 son ,don ,juan laisse une impression de tristesse1 et son chef-d'uvre est le portrait du personnage svre qui va chercher une solitude o d'tre homme d'honneur on ait la libert4 ,les aperus de ,larochefoucauld sur l'homme rvlent une philosophie morose4 ,mais c'est chez un autre crivain du mme temps que la souffrance morale se rvle avec le plus d'intensit4 ,malgr son dsir de se soumettre aveuglment1 en dpit de ses efforts pour conserver la foi1 ,pascal est en proie au doute1 aux agitations vagues1 aux terreurs sans cause1 et c'est ces angoisses que sont dus les cris puissants qu'il jette dans le silence de son me4 ,aussi ,pascal a-t-il la faveur des mlancoliques modernes4 ,jean-,jacques ,rousseau parle de ce penseur malheureux avec une grande admiration2 et ,chateaubriand a dit3 ,les sentiments de ,pascal sont remarquables par la profondeur de leur tristesse et par je ne sais quelle immensit4 ,mais j'ai hte d'en venir des figures dans lesquelles on verra une plus vive ressemblance avec les types connus de la premire moiti du sicle1 de vritables portraits de famille dont la place est naturellement marque dans cette galerie4 ,je veux parler d'abord de ,jean-,jacques ,rousseau et de son cole4 ,ce qui frappe tout de suite dans ,jean-,jacques ,rousseau1 c'est le penchant la rverie4 ,ds son enfance1 la lecture des romans avait dvelopp en lui cette habitude4 ,il n'avait aucune ide des choses1 que tous les sentiments lui taient dj connus444 ,il n'avait rien conu1 il avait tout senti4 ,il atteint le seuil de la jeunesse inquiet1 mcontent de tout et de lui1 dvor de dsirs dont il ignorait l'objet1 pleurant sans sujet de larmes1 soupirant sans savoir de quoi4 ,le monde de l'imagination se substitue pour lui la ralit2 et non seulement il oublie la ralit pour la fiction1 mais plus la ralit est svre1 plus son imagination est riante4 ,ce n'est pas assez3 il est une chose qu'il aime plus encore que la rverie1 c'est le souvenir de celle-ci2 c'est1 pour ainsi dire1 la rverie de sa rverie4 ,le caractre factice d'une telle existence apparat bien dans ce qu'on peut appeler les amours de ,jean-,jacques4 ,aux ,charmettes1 il aime mieux ,mme de ,warens de loin que de prs4 ,a ,venise1 dans l'pisode de ,zanetta1 on le voit s'ingniant se gter lui-mme sa bonne fortune3 non1 s'crie-t-il1 la fin de ce rcit1 la nature ne m'a pas fait pour jouir2 elle a mis dans ma mauvaise tte le poison du bonheur ineffable dont elle a mis l'apptit dans mon cur4 ,quant ,thrse1 il ne l'a jamais aime4 ,une fois cependant1 il croit avoir prouv la passion4 ,mais cet amour unique1 de quoi se composait-il8 ,rousseau1 seul l',hermitage1 avait peupl sa solitude des fantmes de femmes dont il avait gard le souvenir4 ,dans ses continuelles extases1 il s'enivrait torrents des plus dlicieux sentiments qui soient jamais entrs dans un cur d'homme4 ,sous l'influence de ces songes1 il conoit l'ide et le plan de sa nouvelle ,hlose2 il en crit les premires pages4 ,c'est alors que survient ,mme d',houdetot2 elle semble tre l'incarnation de ses illusions chries1 et il l'aime4 ,amour encore imaginaire1 et que ne contribuait pas peu enflammer1 chose bizarre1 la certitude qu'il ne serait pas partag4 ,au fond1 ,rousseau1 amoureux surtout de chimres1 ne fut jamais vraiment pris que des crations de son intelligence4 ,avec le got de la rverie1 il avait celui de la solitude qui devint bientt pour lui un besoin4 ,les ,charmettes1 l',hermitage1 ,montmorency1 l'le de ,saint-,pierre1 ,ermenonville1 sont illustrs par ses retraites4 ,il y employait ses heures des excursions dans les lieux les plus dserts1 et1 s'il se pouvait1 les plus sauvages4 ,il est intressant de rechercher les causes de cet amour de l'isolement4 ,l'origine en tait fort complexe4 ,il procdait d'abord du got mme de ,jean-,jacques pour la rverie1 car l'habitude de la fiction inspire l'loignement du monde4 ,il procdait aussi de son humeur misanthropique2 les hommes lui semblaient trop pervers pour qu'on pt vivre avec eux4 ,il se mlait ces sentiments une disposition naturelle la paresse4 ,rousseau l'avoue sans dtour3 l'oisivet me suffit1 et pourvu que je ne fasse rien1 j'aime mieux rver veill qu'en songe4 ,vivre sans gne dans un loisir ternel1 c'est la vie des bienheureux dans l'autre monde4 ,il parle avec enchantement du prcieux farniente1 de l'occupation dlicieuse et ncessaire d'un homme qui s'est dvou l'oisivet4 ,vainement il avait cherch d'abord se le dissimuler lui-mme1 il y avait en lui un esprit de libert que rien n'avait pu vaincre4 ,cet esprit de libert1 ajoute-il1 me vient moins d'orgueil que de paresse1 mais cette paresse est incroyable2 tout l'effarouche2 les moindres devoirs de la vie civile lui sont insupportables4 ,il se croit quitte envers les hommes en leur donnant l'exemple de la vie qu'ils devraient mener4 ,la solitude a donc ses yeux le mrite de le dlivrer de toute gne4 ,elle y joint un dernier avantage3 elle lui assure la pleine possession de lui-mme4 ,parfaitement en repos1 il le dit du moins1 vis--vis de sa conscience1 il trouve dans le simple sentiment de son existence1 dans la perception des moindres mouvements de son me1 une jouissance douce et continue4 ,sur ce point1 il tablit une distinction bien subtile entre l'amour-propre et l'amour de soi-mme3 l'amour-propre c'est la vanit1 il la blme2 l'amour de soi-mme1 c'est le plaisir que prend l'individu dans la conscience de son tre4 ,de quoi jouit-on1 dit-il1 dans une pareille situation8 ,de rien d'extrieur soi1 de rien sinon de soi-mme et de sa propre existence2 tant que cet tat dure on se suffit soi-mme comme ,dieu4 ,ce dernier sentiment1 ,jean-,jacques s'y livre tout entier4 ,eh bien1 la rverie1 la solitude1 la misanthropie1 l'oisivet1 la contemplation de soi-mme1 toutes ces choses lui ont-elles donn le bonheur8 ,il s'en faut bien4 coutons-le3 quand tous mes rves se seraient tourns en ralit1 ils ne m'auraient pas suffi2 j'aurais imagin1 rv1 dsir encore4 ,je trouvais en moi un vide inexplicable que rien n'aurait pu remplir1 un certain lancement de cur vers une autre sorte de jouissance dont je n'avais pas d'ide et dont pourtant je sentais le besoin4 ,il est vrai que ces aspirations mme taient1 l'en croire1 d'une tristesse attirante1 mais voici un aveu significatif3 ,il n'est pas possible qu'une solitude aussi complte1 aussi permanente1 aussi triste en elle-mme1 ne me jette quelquefois dans l'abattement4 ,les agitations vaines1 les terreurs sans cause le viennent assaillir4 ,il attribue ses ennemis de sourds complots1 de tnbreuses machinations4 ,ses terreurs vont jusqu' l'hallucination4 ,au milieu de ces misres morales1 il s'crie3 ,ma naissance fut le premier de mes maux4 ,a ce compte1 il dut considrer sa mort comme le premier bien qui lui chut4 ,il est mme permis de craindre qu'il n'ait pas su l'attendre1 et qu'il ait achet sa dlivrance par un crime4 ,volontaire ou non1 sa fin fut prmature2 dfaut de sa main1 le chagrin qui le minait avait assez de puissance pour briser l'organisation dlicate qu'il avait rapidement use4 ,je le demande1 le caractre que je viens de rappeler ne runit-il pas tous les signes du mal dont notre pays a tant gmi depuis ,rousseau8 ,est-il une forme de tristesse1 une nuance de mlancolie qui ne soit contenue dans ce type ou qui ne puisse s'y rattacher8 ,et maintenant1 s'il faut me prononcer sur les thories prches par ,rousseau1 que puis-je faire de mieux que de leur opposer son propre jugement et d'en appeler de ,jean-,jacques lui-mme8 ,vraiment sage quand il est dsintress1 il dclare que la vie contemplative ne convient pas tous les hommes1 qu'il ne serait pas bon1 dans la parfaite constitution des choses1 qu'avides de ces douces extases1 ils s'y dgotassent de la vie active1 dont leurs besoins toujours renaissants leur prescrivent le devoir4 ,un jeune homme lui ayant demand la permission de s'tablir prs de lui1 il l'en dtourne vivement et lui dit3 ,l'homme n'est point fait pour mditer1 mais pour agir4 ,enfin1 consult sur un projet de suicide1 il le combat avec une ironie pleine de sens1 et dvoile les sentiments de vanit et de haine cachs sous l'appareil dclamatoire de la lettre laquelle il rpond4 ,mais de tous les enseignements qu'il a laisss aucun ne peut tre compar son exemple4 ,sa triste existence1 sa fin plus triste encore1 sont la rfutation la plus clatante de ses trop spcieux systmes1 et la dmonstration douloureuse de cette vrit qu'on ne peut impunment lutter contre l'instinct le plus profond de l'homme1 la sociabilit2 qu'en voulant s'affranchir de toute contrainte1 on trouve dans sa propre pense un tyran impitoyable1 et que l'gosme1 auquel se rduit en dfinitive l'amour de soi aussi bien que l'amour-propre1 se prpare lui-mme de cruels chtiments4 ,par malheur1 cette grande leon est reste vaine1 et l'exprience si chrement acquise par ,jean-,jacques n'a sauv aucun des disciples que lui suscita son gnie4 ,ces disciples furent nombreux1 mme de son vivant4 ,sans parler de plusieurs de ses lectrices sur lesquelles il exera1 distance1 un si grand empire1 de ces engouements fminins si ardents et si romanesques1 il eut parmi les jeunes hommes de fervents admirateurs4 ,on a vu tout l'heure comment ses avis taient sollicits par eux4 ,je ne sais si ceux qui l'entretenaient de projets de suicide eussent suivi sans hsiter un conseil favorable ces projets1 mais les consultations de ce genre n'taient pas rares4 ,un grand nombre des contemporains de ,rousseau l'ont considr comme leur matre4 ,s'il y avait1 dit ce propos ,m4 ,sainte-,beuve1 les femmes de ,jean-,jacques1 tant celles de la noblesse que de la bourgeoisie qui taient plus ou moins d'aprs la ,julie ou la ,sophie d',emile1 il y eut aussi les hommes la suite de ,rousseau1 les mes tendres1 timides1 malades1 atteintes dj de ce que nous avons appel depuis la mlancolie de ,ren et d',obermann4 ,dans ce nombre on distingue ,deleyre dont on a publi la correspondance avec ,rousseau4 ,dans son enthousiasme1 il voit en lui plus qu'un philosophe3 un prophte2 il compare la fuite de ,jean-,jacques en ,suisse1 celle de ,jsus-,christ en gypte4 ,s'il ne partage pas les principes spiritualistes de son matre1 il lui ressemble par ses souffrances intimes4 ,il prouve des regrets de sa pit perdue1 des dsirs de retour la foi4 ,que ne donnerait-il pas pour en recouvrer le bienfait8 ,ah6 tombent sur moi tous les flaux de la fortune et de la nature pour me rendre un remde si doux6 ,cet tat d'aspirations striles est habituel ,deleyre4 ,il se plaint de ne pas savoir se gouverner1 il craint les moments de dsuvrement2 il demande conseil contre l'ennui1 et il crit ces lignes significatives3 ,je pense vous avec autant de plaisir que j'eus de regret l'autre jour de vous laisser dans la peine et l'inquitude4 ,c'est notre lment2 nous y mourrons4 ,enfin il faut citer de lui ce mot d'une nergique concision3 ,a la fin de toutes les jouissances1 est le rendez-vous de toutes les douleurs4 ,ces dtails me paraissent justifier l'exactitude de ce portrait que ,sainte-,beuve a trac de ,deleyre3 ,c'tait une me sensible1 inquite1 dpayse1 dclasse1 tire du clotre o elle n'avait pu rester1 et souffrant dans la socit d'o il lui tardait toujours de s'enfuir2 une de ces organisations branles comme il ne s'en trouve pas sous cette forme au ,,xvii sicle et comme il devait s'en rencontrer beaucoup au commencement du ntre4 ,c'tait un athe vertueux1 un ,m4 de ,wolmar1 mais qui n'avait pas tout fait la force de l'tre1 et qui se dvorait lui-mme4 ,il unissait en lui bien des contrastes4 ,de quatorze ans plus jeune que ,jean-,jacques ,rousseau1 il le suivait d'assez prs en tout2 il n'tait pas seulement le plus passionn de ses disciples1 c'tait en quelque sorte un ,rousseau en second1 un ,rousseau affaibli1 non affadi1 nullement copiste1 bien naturel1 bien sincre1 j'allais dire plus sincre quelquefois que l'autre4 ,aprs ce proslyte peu connu1 je dois parler d'un plus illustre disciple1 qui lui-mme est devenu un matre et qu'en le rapprochant de ,jean-,jacques1 on a spirituellement appel l'lise de cet autre lie4 ,bernardin de ,saint-,pierre manifesta ds l'enfance le got de la rverie4 ,il montra aussi dans diverses circonstances un vif penchant pour la solitude4 ,les mcomptes et les preuves diverses de sa vie augmentrent cette disposition mlancolique4 ,on lui a mme reproch une humeur inquite et ombrageuse4 ,il est certain que1 pendant quelque temps1 il tomba dans une profonde misanthropie4 ,jouet de mille terreurs1 de mille illusions des sens1 il ne pouvait supporter la socit des humains4 ,a la vue de quelques personnes de mon voisinage1 a-t-il dit dans le prambule de l',arcadie1 je me sentais tout agit1 je m'loignais1 je me disais souvent3 je n'ai cherch qu' bien mriter des hommes2 pourquoi est-ce que je me trouble leur vue8 ,en vain j'appelais la raison mon secours2 ma raison ne pouvait rien contre un mal qui lui tait ses propres forces4 ,sans doute1 cette crise ne fut pas de longue dure et dans les crits de ,b4 de ,saint-,pierre1 la mlancolie est rduite des proportions bien modestes et bien inoffensives4 ,il en fait plutt un plaisir qu'une peine2 on le voit par les exemples qu'il en donne4 ,il gote du plaisir lorsqu'il pleut verse1 qu'il voit les vieux murs moussus tout dgouttants d'eau1 et qu'il entend les murmures des vents qui se mlent aux frmissements de la pluie4 ,ces sensations qu'il aime dcrire1 il les proclame les affections de l'me les plus voluptueuses4 ,il traite aussi du plaisir de la ruine1 du plaisir des tombeaux1 qui sont ses yeux1 surtout les tombeaux de nos parents1 les plus intressants de tous les monuments2 du plaisir de la solitude qui flatte notre instinct animal en nous offrant des abris d'autant plus tranquilles que les agitations de notre vie ont t plus grandes1 et tend notre instinct divin en nous donnant des perspectives o les beauts naturelles et morales se prsentent avec tous les attraits du sentiment4 ,toutefois ,b4 de ,saint-,pierre a connue une certaine tristesse maladive et par l1 sans atteindre ,rousseau1 il se rapproche de lui4 ,mais tait-ce seulement dans le voisinage de ,jean-,jacques que se manifestait la mlancolie8 ,non1 elle s'tendait plus loin4 ,sans parler de la satire de l'optimisme contenue dans un roman de ,voltaire1 rappelons les aveux de dsespoir secret que faisait une femme1 entoure de toutes les ressources de la socit et de tous les plaisirs de l'esprit3 ,vous voulez que je vive quatre-vingt-dix ans1 crivait ,mme du ,deffand2 quelle cruelle existence6 ignorez-vous que je dteste la vie2 que je me dsole d'avoir tant vcu1 et que je ne me console pas d'tre ne4 ,et plus loin3 ,si la raison arrtait les mouvements de notre me1 ce serait vivre pour sentir le nant1 et le nant 7dont je fais grand cas7 n'est bon que parce qu'on ne le sent pas4 ,ces sombres boutades chappes l'humeur aigrie de ,mme du ,deffand1 ne sont pas un phnomne isol4 ,on en rencontre de semblables dans la correspondance d'une autre femme1 attache d'abord ,mme du ,deffand1 puis spare d'elle sans retour1 d'une femme1 chez laquelle le cur tait cependant bien ardent1 mais qui1 fatigue par une vie de passions1 exhalait1 au milieu des effusions d'un amour agit1 son invincible mlancolie4 ,mon ,dieu6 crivait ,mlle ,lespinasse au chevalier de ,guibert1 ne craignez pas d'tre triste avec moi2 c'est mon ton1 c'est mon existence que la tristesse4--,mon me est un dsert1 ma tte est vide comme une lanterne4 ,tout ce que je dis1 tout ce que j'entends1 m'est plus qu'indiffrent1 et je dirai aujourd'hui comme cet homme qui on reprochait de ne pas se tuer1 puisqu'il tait si dtach de la vie3 ,je ne me tue pas1 parce qu'il m'est gal de vivre ou de mourir4 ,cela n'est pourtant pas tout fait vrai3 car je souffre1 et la mort serait un soulagement2 mais je n'ai point d'activit4--,j'ai retrouv le calme1 mais je ne m'y trompe point2 c'est le calme de la mort4--,bonsoir1 je me sens triste2 la vie me fait mal4--,j'en suis presque au dgot de l'esprit4--,oh6 comme tout le monde est malheureux6 ,ainsi1 chez ,mlle ,lespinasse1 comme chez ,mme du ,deffand1 et du ct des encyclopdistes comme du ct de leurs adversaires1 partout s'tablit en ,france une rivalit de tristesse1 ou1 si l'on aime mieux1 un trange accord de plaintes contre les douleurs de la vie4 ,il en tait de mme l'tranger4 ,,iv ,l',angleterre et l',allemagne au ,x,v,i,i,ie sicle4 ,au ,x,v,i,i,ie sicle1 les uvres mlancoliques abondent dans la littrature anglaise4 ,un crivain prend pour sujet les penses les plus tristes qu'un homme frapp dans ses plus chres affections puisse agiter au milieu du silence des nuits4 ,o tristesse1 s'crie ,young1 c'est dans ton cole que la sagesse instruit le mieux ses disciples6 ,reconnaissons-le1 au milieu des dsordres d'une imagination sans frein1 travers des bizarreries1 qu'explique d'ailleurs le gnie national1 l'auteur trouvait des mots profonds4 ,ainsi1 frapp de l'inanit de l'tre humain si vite dtruit1 il posait cette question3 ,o est la poussire qui n'ait pas vcu8 ,aprs lui1 citons des gnies moins sombres3 ,c'est ,thomson1 qui clbre la solitude4 ,c'est ,pope dont ,lamartine n'a jamais oubli quelques strophes attristes4 ,c'est aussi cet aimable ,thomas ,gray1 qui selon l'expression de ,chateaubriand1 a trouv sur sa lyre1 surtout dans son lgie du cimetire de campagne1 une srie d'accords et d'inspirations inconnues de l'antiquit1 et qui commence cette cole de potes mlancoliques qui s'est transforme de nos jours dans l'cole des potes dsesprs4 ,c'est ,battie qui1 d'aprs le mot du mme crivain a parcouru la srie entire des rveries et des ides mlancoliques4 ,c'est enfin le triste et un peu sauvage ,kirke-,white1 mort vingt et un ans des fatigues d'un travail excessif4 ,en mme temps1 survenait en ,angleterre un vnement littraire d'une haute importance4 ,soit que les posies connues sous le nom d',ossian fussent l'uvre authentique d'un vieux barde1 fidlement transmises de gnration en gnration1 dans les montagnes de l'cosse2 soit plutt1 comme il parat certain aujourd'hui1 qu'elles ne fussent que le rsultat d'une supercherie savante1 l'habile restauration de quelques dbris antiques combins avec une cration rcente1 sans m'appesantir sur ce problme1 je dois relever le caractre de la publication de ,macpherson4 ,on n'y trouve que chants de guerre1 hymnes de mort1 mlancolie rveuse et vague religiosit4 ,de la nature1 on ne sent1 on ne reproduit1 que les spectacles les plus svres4 ,au milieu de cette mise en scne un peu monotone1 se meut un monde fantastique1 o les ombres des hros qui ne sont plus se mlent la vague personnalit de leurs descendants4 ,ces objets1 ces figures tranges1 charmaient l'esprit des ,anglais1 et leur inspiraient une admiration dont on verra plus tard la contagion se propager parmi nous4 ,n'oublions pas enfin de rappeler que1 ds cette poque1 on rencontre en ,angleterre1 comme on l'avait vu chez les anciens1 le suicide l'tat de mode4 ,cette mode funeste tait-elle chez les ,anglais1 selon l'explication de ,montesquieu1 le rsultat d'une maladie physique1 ou1 comme l'a pens ,gthe1 l'effet des passions politiques et de l'esprit de parti8 ,n'y faut-il pas plutt voir les suites d'un climat brumeux qui dveloppe le spleen1 affection qui semble si propre l',angleterre que le mot qui la dfinit est emprunt sa langue4 ,ce qu'on ne peut nier1 c'est l'anciennet de la tradition du suicide en ,angleterre4 ,l',allemagne1 ou1 pour employer une expression plus tendue1 les pays de langue allemande n'taient pas alors moins malades que l',angleterre4 ,il y rgnait parmi la jeunesse une tendance marque vers le dsenchantement et le dsespoir4 prise de posie1 tout occupe de chimres1 elle se livrait1 rapporte ,gthe1 aux regrets causs par des passions malheureuses4 ,traner son existence dans les langueurs d'une vie vulgaire1 tait sa seule perspective4 ,un orgueil chagrin saisissait donc avec empressement l'espoir de se dlivrer volont de ce fardeau1 ds qu'il deviendrait trop pesant4 ,les contrarits1 les ennuis que chaque jour amne1 ne pouvaient que fortifier cette disposition4 ,elle tait gnrale4 ,elle se personnifiait d'une manire frappante1 en un jeune homme1 qui1 sous un autre nom1 devait passer la postrit4 ,c'tait le fils d'un thologien nomm ,jrusalem4 ,il tait artiste1 ami de la solitude2 on avait parl de sa passion pour la femme d'un ami4 ,ce malheureux se tua2 nous y reviendrons tout l'heure4 ,les femmes n'avaient garde de rsister l'pidmie de sensibilit exalte qui rgnait alors4 ,la lecture des romans avait au plus haut point excit chez elles la puissance de l'imagination et dvelopp dans leur cur des passions sans objet prcis4 ,mlle ,flachsland1 la fiance de ,herder1 en parlant d'une certaine demoiselle de ,ziegler1 lui rend ce tmoignage que c'tait une jeune fille d'un sentiment extraordinaire4 ,elle-mme1 ,mlle ,flachsland1 devenue plus tard une femme trs positive1 donnait entirement dans cette mode4 ,elle avait fait btir dans son jardin un tombeau qu'elle entourait de rosiers2 elle levait un agneau dont elle faisait le compagnon de sa table1 et quand il mourut1 elle donna sa place un petit chien4 ,elle crivait son fianc qu'un soir1 au fond des bois1 elle tait tombe genoux en regardant la lune1 qui brillait travers les arbres1 et elle l'entretenait des vagues panchements d'un besoin d'aimer qu',herder aurait eu le droit de trouver un peu trop prodigue4 ,l'intressant commentateur de ,gthe1 ,m4 ,mzires1 qui rapporte ces faits curieux1 fait aussi connatre que la mre de ,maximiliana ,brentano1 la grand'mre de la clbre ,bettina1 ,mme de la ,roche vogua toute sa vie sur les eaux du sentiment4 ,c'taient chez elle des attendrissements continuels2 on s'embrassait1 on versait des pleurs4 ,pleurs et attendrissements dont il aurait t difficile de dire la cause4 ,fidle sa mission1 la littrature reproduit bien cet tat des esprits4 ,le baron de ,creuz crit un pome sur les tombeaux1 o se montre toute la tristesse d',young4 ,hlty1 dans des posies fugitives1 clbre avec les charmes de la nature ceux de la mlancolie1 et consacre aussi sa plume aux spultures4 ,gerstemberg publie deux volumes1 intituls3 l',homme morose ou le mlancolique4 ,garve1 donne un remarquable trait sur la socit et la solitude4 ,le mme sujet est abord par un admirateur de ,garve1 par ,zimmermann1 dans un ouvrage qui n'est pas tout fait oubli4 ,on rapporte que ,zimmermann1 n dans les tats helvtiques1 aimait1 ds sa jeunesse1 les bois et les montagnes au sein desquels il grandissait4 ,ce got ainsi que l'tude des potes1 l'avaient port la mlancolie4 ,ses ennuis1 au milieu de la socit troite et jalouse d'une petite ville1 avaient accru ce penchant1 que des chagrins domestiques et des douleurs physiques vinrent transformer en une noire misanthropie4 ,il mourut dsespr4 ,gthe1 qui l'a connu et qui ne le flatte pas1 dclare qu'il tait le jouet et finit par devenir la victime d'une sorte de sombre folie4 ,les agitations de l'crivain se traduisent dans son uvre4 ,il prche la solitude1 d'abord celle qu'on peut se procurer mme au milieu du monde en sachant se recueillir1 puis aussi la retraite effective4 ,il vante la vie au sein de la nature et pense qu'on peut trouver le bonheur se rjouir de ses harmonies4 ,la solitude a selon lui cet avantage1 qu'elle dveloppe les forces de l'esprit1 qu'elle cre des loisirs en retranchant les soins inutiles1 enfin qu'elle apaise le cur et lve les sentiments4 ,d'un autre ct1 il est le premier en proclamer les dangers4 ,il en indique mme plusieurs qui semblent en contradiction avec les bienfaits qu'il lui attribue ailleurs2 et il avoue que l'isolement fomente les mauvaises passions1 imprime l'esprit des allures trop absolues1 irrite les forces du cerveau1 enfin veille ou fortifie le got de la mlancolie4 ,aux yeux de ,zimmermann1 ce dernier effet devrait tre la condamnation de la solitude1 car personne n'a trac de la mlancolie un portrait plus sombre que celui qu'il en a laiss4 ,il va jusqu' dire3 ,de tous les maux qui affligent l'humanit1 il n'en est point qui approche de la mlancolie6 ,mais1 malgr cette imprcation violente1 ,zimmermann ne sait pas rompre avec le mal qu'il dteste4 ,peut-tre cependant ses contradictions apparentes peuvent-elles trouver une explication4 ,peut-tre sa vritable pense se rencontrait-elle dans un terme moyen1 entre les solutions extrmes que son imagination parcourait tour tour1 et je crois qu'en effet le dernier mot de sa philosophie1 le fruit suprme de sa cruelle exprience1 a t de proclamer que pour vaincre la mlancolie il ne faut chercher ni les agitations du monde1 ni la solitude absolue1 mais l'emploi rgulier des facults1 le travail habituel1 ou1 comme il le dit lui-mme1 l'occupation dans le calme4 ,nous verrons plus d'une fois1 dans le cours de cette tude1 des crivains qui avaient longtemps cherch une autre solution au problme du bonheur1 arriver la mme conclusion que ,zimmermann4 ,a ct de la nature inquite1 malheureuse et1 somme toute1 mdiocre1 que je viens d'esquisser1 l',allemagne1 la vritable ,allemagne1 du ,x,v,i,i,ie sicle1 prsente notre tude un bien plus vaste et plus clatant sujet1 l'auteur de ,werther4 ,gthe raconte dans ses mmoires qu'il eut l'amour prcoce de la solitude1 et qu' un ge o ces choses sont inconnues1 il se montra enclin aux penses srieuses et la rverie4 ,trs jeune encore1 il ressent les premires atteintes d'une manie hypocondriaque4 ,il ne peut supporter les regards des hommes et se plat se retirer dans les bois4 ,il aime surtout une vaste salle de verdure1 forme par de vieux frnes1 aux environs de ,francfort4 ,oh6 s'crie-t-il avec exaltation1 que n'est-il enfonc dans la profondeur d'un dsert sauvage1 ce superbe palais de verdure6 que ne pouvons nous y dresser une tente1 nous y sanctifier par la contemplation1 y vivre spars du monde6 ,sa sant mal gouverne s'altre2 il subit une maladie grave4 ,quelques essais d'amour ne lui laissent que des regrets ou des remords4 ,il se lie1 ,wetzlar1 avec un jeune homme d'un caractre droit et positif1 lequel tait fianc une jeune personne du nom de ,charlotte1 reste aprs la mort de sa mre la tte d'une nombreuse famille4 ,gthe se prend aimer cette jeune fille d'une amiti qui devient bientt passion1 et pour ne pas devenir tmoin de son mariage1 il quitte ses amis4 ,cette sparation accomplie1 et rentr en possession de lui-mme1 il ressent le dsir de peindre1 ce dgot de la vie1 qui n'est le rsultat ni du besoin1 ni de la misre1 et dont la principale cause est l'instabilit en amour4 ,pendant cette poque de sa jeunesse1 il songe au suicide4 ,il rflchit sur tous les moyens de s'ter la vie4 ,il repasse dans sa mmoire1 riche en souvenirs classiques1 tous les exemples de suicide que nous a laisss l'histoire1 et celui qu'il admire le plus est le fait de l',empereur ,othon1 qui1 aprs avoir perdu une bataille1 avait soup gaiement avec ses amis1 et le lendemain avait t trouv perc d'un poignard qu'il s'tait enfonc dans le cur4 ,mais ces mditations approfondies loin de pousser ,gthe au suicide1 l'en dtournent4 ,la perfection de la mort d',othon lui paraissant inimitable1 il est conduit penser que quiconque n'est pas appel suivre son exemple1 ne doit pas se permettre d'attenter sa vie4 ,gthe possdait bien un poignard de prix1 soigneusement affil2 tous les soirs avant d'teindre sa lumire1 il se demandait s'il allait s'en servir1 mais il avoue que1 n'ayant jamais pu s'y rsoudre1 il finit par se moquer de sa folie4 ,et il fit bien4 ,il avait1 d'ailleurs1 sa disposition un moyen plus doux de mettre fin son dsespoir4 ,depuis quelque temps1 il tait tourment du besoin de rpandre au dehors ses chagrins1 la plume la main4 ,il se mit crire une uvre potique runissant tous les lments de tristesse qu'il avait rencontrs dans la vie4 ,la fin dplorable du jeune ,jrusalem1 dont la situation lui rappelait1 d'ailleurs1 ses rapports personnels avec ,charlotte1 lui sembla s'adapter naturellement au roman qu'il mditait et en indiquer le dnoment ncessaire4 ,au lieu de se dtruire1 il cra ,werther 7#aggd74 ,qu'est-ce que ,werther8 un rveur1 un dsuvr1 un esprit nourri d'illusions1 plein d'aspirations vagues et de striles regrets1 incapable de vouloir avec force1 laissant chapper le bonheur plac sous sa main1 et courant aprs celui qu'il ne saurait atteindre4 ,il prend en piti le monde rel1 et se renferme dans celui de l'imagination4 ,il semble que son amour mme pour ,charlotte soit un amour de tte bien plutt que de cur1 et qu'il y entre beaucoup du sentiment qui le porte se heurter contre l'impossible4 ,la tristesse est l'tat habituel de son me2 mais cette tristesse1 il la chrit1 il l'alimente avec soin2 il avoue qu'il a toujours savour jusqu' la dernire goutte d'amertume que lui envoie le sort4 ,aussi1 ne fait-il nul effort pour s'arracher ses maux imaginaires4 ,peintre1 il ne demande aucune consolation son art2 diplomate1 la vrit malgr lui1 il se rebute au premier incident qui blesse sa susceptibilit jalouse4 ,et cependant1 ces souffrances dans lesquelles il se complat1 il les juge1 un jour1 intolrables2 il forme1 il mrit le projet de s'en affranchir par la mort4 ,ce triste dessein arrt1 il en combine tranquillement l'excution1 et il l'accomplit froidement1 sans souci de ses devoirs divers1 et sans gard pour la douleur qu'il va causer sa mre et ses amis4 ,telle est la terminaison goste et funeste des souffrances du jeune ,werther4 ,werther provient donc de deux sources diffrentes4 ,gthe en a tir une partie de ses propres souvenirs4 ,tristesse vague1 amour malheureux pour une jeune et grave ,charlotte1 vellits de suicide1 ces sentiments avaient t les siens4 ,mais il les avait observs aussi chez le malheureux ,jrusalem1 et le suicide de cet infortun fournissait son roman un dnoment pathtique4 ,c'est aussi la personne extrieure de ,jrusalem que ,gthe dcrit dans ,werther4 ,on y retrouve jusqu'au costume de ce jeune homme1 costume qui devait plus tard devenir clbre1 et qui d'aprs les mmoires de ,gthe tait celui de la basse ,allemagne1 frac bleu1 gilet de peau jaune1 et bottes revers bruns4 ,la fiction n'tait donc pas le seul1 ni mme le principal lment de cet crit4 ,quoi qu'il en soit1 le but qu'il s'tait propos en crivant cet ouvrage1 ,gthe l'atteignit4 ,il trouva dans cet enfantement un drivatif ses chagrins4 ,a mesure que sa pense prenait un corps1 sa passion maladive s'vanouissait1 et quand il eut achev de dcrire la folie de ,werther1 il tait guri de la sienne4 ,mais quel prix8 ,je ne parle pas ici du coup que vint porter des curs qu'il eut d mnager davantage1 l'indiscrtion de ses allusions transparentes4 ,un dommage plus tendu1 plus grave et plus durable1 devait tre la consquence de son uvre pour bien d'autres mes4 ,combien de lecteurs1 ds son apparition1 accueillirent avec une ardeur inconsidre les enseignements dsolants de ce livre6 ,tandis que ,gthe y avait reconquis sa srnit d'esprit un moment compromise1 ses contemporains y puisaient le trouble et le dsespoir4 ,j'avais russi1 dit-il1 transformer la ralit en fiction et je me trouvais soulag2 mes amis1 au contraire1 se persuadrent que l'on pouvait changer la fiction en ralit1 convertir le roman en action et se faire honneur du suicide4 ,l'erreur de quelques personnes1 s'tendit bientt au public1 et cet opuscule qui m'avait fait si grand bien fut dcri comme un vnement dangereux4 ,dangereux1 il l'tait en effet et l'exprience ne l'a que trop prouv4 ,a la suite de cet crit1 svit une dplorable pidmie de suicide4 ,lenz en fut atteint l'un des premiers1 ,lenz1 ce personnage que nous font connatre les mmoires de ,gthe1 et qui poussa le fanatisme de l'imitation jusqu' vouloir finir par la dmence et le suicide4 ,on connat1 a-t-on dit1 quelques-unes des victimes de ,werther1 on ne les connat pas toutes4 ,un jeune homme1 fils de ,mme de ,hohenhausen1 femme de lettres1 se tire ,berne un coup de pistolet1 aprs avoir lu ,werther et soulign quelques passages du livre4 ,toutes les classes de la socit payaient leur tribut la funeste contagion4 ,a ,halle1 un apprenti cordonnier qui se jeta par la fentre portait un ,werther dans sa poche4 ,mais de toutes ces morts volontaires1 la plus lamentable fut celle de ,mlle de ,lasberg1 jeune personne de ,weymar1 qui se croyant abandonne par son amant1 le sudois ,wrangel1 se prcipita dans l',ilm l'extrmit du jardin de ,gthe1 et dont le corps fut retir de l'eau presque devant lui4 ,on trouva sur elle un exemplaire de ,werther4 ,je doute1 avec ,m4 ,mzires1 que ces morts tragiques soient les seules qu'il faille inscrire au martyrologe ouvert par ,werther4 ,tout au moins est-il certain que l'influence de cet crit s'est fait longtemps et cruellement sentir4 ,son auteur a-t-il une excuse8 ,quelle ncessit en dehors du besoin d'apaisement intrieur dont il a fait l'aveu1 poussait ,gthe choisir un pareil sujet8 ,aux alarmes lgitimes que causait parmi ses amis l'annonce de cette publication1 il rpondait3 ,au pril de ma vie1 je ne voudrais pas rvoquer ,werther4 ,il faut que ,werther existe1 il le faut6 ,pour ma part1 je ne connais aucune ncessit qui autorise jeter dans le public des germes de dsordre moral4 ,le gnie1 et c'est lui sans doute dont ,gthe entendait revendiquer les droits1 le gnie1 je le veux bien1 a ses prrogatives1 mais non pas celle de se jouer du repos et de la vie des hommes1 et la mre qui lui reprochait la perte d'un fils1 n'avait-elle pas raison de dire qu'il lui en serait demand un compte svre devant ,dieu8 ,il nous reste parler en quelques mots d'un drame de ,gthe publi en #agij1 mais compos un peu avant cette date1 et qui appartient la mme inspiration que ,werther1 sa pice de ,torquato ,tasso4 ,dans cette pice1 le ,tasse est reprsent sous des traits qui ont fait dire de cette uvre ,j4-,j4 ,ampre que ce n'tait que du ,werther renforc2 et ,gthe lui-mme trouvait cette dfinition d'une justesse frappante4 ,par cette cration1 comme par celle de ,werther1 ,gthe parat avoir cherch se dlivrer de soucis qui pesaient alors sur son me1 et qui taient ns1 croit-on1 de sa situation difficile d'artiste et de pote dans une socit d'hommes de cour4 ,mais il convient d'ajouter que ,torquato ne prsente pas les dangers de ,werther1 que ce portrait dfigur ne pouvait exercer une srieuse influence1 et qu'enfin le pote ,italien y est montr se rconciliant avec le monde qui l'avait abreuv d'amertume4 ,il nous reste aussi parler de ,faust1 puisque la premire partie de ce pome1 la seule qui nous intresse au point de vue o nous nous plaons1 bauche ds #aggc1 avait paru presque entire vers #aghi4 ,deux personnages y reprsentent la maladie contemporaine1 bien que l'un de ces personnages soit l'esprit mme du mal1 ou ,satan1 c'est--dire un tre qui est de tous les temps1 et que l'autre soit le hros d'une lgende qui remonte au ,x,v,ie sicle4 ,le premier rpand sur toutes choses son ddain sarcastique et son ironie amre2 il se plat fltrir toutes les illusions1 desscher toutes les croyances1 tuer tous les bons sentiments1 et comme le dit excellemment ,m4 ,caro1 il est la part du nant dans l'uvre divine4 ,le second est soumis l'influence du premier1 tout en en gmissant4 ,dans son activit toujours inassouvie1 il poursuit un but qui le fuit sans cesse4 ,je le sens1 hlas6 s'crie-t-il1 l'homme ne peut atteindre rien de parfait4 ,a ct de ces dlices qui me rapprochent des dieux1 il faut que je supporte le compagnon froid1 indiffrent et hautain1 qui m'humilie mes propres yeux1 et d'un mot rduit au nant tous ces dons que j'ai reus4 ,il allume dans mon sein un feu dsordonn qui m'attire vers la beaut2 je passe avec ivresse du dsir au bonheur2 mais1 au sein du bonheur mme1 bientt un vague ennui me fait regretter le dsir4 ,qui ne se souvient de ce beau monologue de ,faust1 quand assis1 inquiet1 son pupitre1 dans sa chambre gothique1 aprs une nuit de veille mditative1 il reconnat l'inanit de ses efforts vers la vrit1 et se compare au ver qui fouille la poussire1 qui s'en nourrit1 et que le pied du passant y crase et y ensevelit4 ,alors il est tent de demander la fin et l'oubli de ces douleurs ce flacon dont la vue l'attire et le fascine2 il l'invoque1 il le porte ses lvres2 mais le poison tombe de sa main2 le son des cloches1 la voix des pieuses femmes1 le chur lointain des anges ont rappel ,faust des sentiments d'espoir1 et il s'crie3 ,la terre m'a reconquis4 ,gthe a reconnu que1 dans ces peintures1 il s'tait encore reprsent lui-mme2 que l'ironie de ,mphistophls1 aussi bien que l'agitation du docteur1 taient des parties de son propre caractre4 ,avouons notre tour1 que prsentes sous cette forme potique et lgendaire1 et adoucies par l'abandon de la tentative de suicide1 les scnes de dsespoir contenues dans cette uvre ne pouvaient faire autant de mal que celles qui avaient t si fatales aux lecteurs trop consciencieux de ,werther4 ,v ,ramond4--,andr ,chnier4--,bonaparte4 ,cependant en ,france l'esprit public continuait suivre la direction que lui avaient imprime ,rousseau et ses disciples1 et qu'avait confirme l'influence trangre4 ,je ne parle que pour mmoire d'un livre intitul3 les ,soires de ,mlancolie1 publi en #aggg1 par un anonyme qui1 d'aprs ,barbier1 est un certain ,m4 ,loaisel de ,trogate4 ,cet crit prtentieux ne contient rien qui justifie vraiment son titre4 ,mais il faut prter plus d'attention un autre livre de la mme poque1 que ,charles ,nodier a rimprim avec loges en #ahbi1 et l'auteur duquel ,sainte-,beuve a consacr une tude approfondie et bienveillante4 ,ramond1 qui fut aussi connu sous le nom de ,carbonnires1 et qui plus tard devait tre un homme d'tat considr et un publiciste estimable1 a commenc par sacrifier au sentiment qui dominait de son temps4 ,diverses circonstances l'y avaient prpar4 ,il alliait une grande vivacit1 une sensibilit facile mouvoir1 et qu'il paraissait devoir une mre d'origine allemande4 ,cette tendance avait pu s'accrotre dans sa premire jeunesse1 car il avait vcu ,strasbourg prs de ce groupe de jeunes gens enthousiastes et rveurs dont parle ,gthe1 et dont1 encore jeune lui-mme1 il tait alors le centre4 ,son instinct l'avait ensuite pouss vers les voyages4 ,il portait dans ses courses solitaires le chagrin d'un amour travers par des preuves4 ,tel tait l'homme qui1 vingt-deux ans1 publiait l'ouvrage anonyme1 dont on lui attribue1 sans conteste aujourd'hui1 la paternit3 ,les ,dernires ,aventures du jeune d',olban1 fragment des ,amours alsaciennes 7,yverdun #aggg74 ,cet crit est une sorte de drame en prose1 divis en trois journes avec des intermdes potiques d'un caractre mlancolique4 ,il est ddi ,m4 ,lenz1 cette victime de ,werther1 dont j'ai rappel plus haut la fin tragique4 ,on a retrouv l'exemplaire manuscrit dans lequel l'auteur s'adresse la mmoire de ce dsespr1 avec une effusion de sympathique commisration3 ,malheureux ,lenz1 innocente victime1 tu n'a pas voulu poursuivre une carrire hrisse de tant de ronces1 et ddaignant le repentir tardif des mchants qui t'avaient repouss1 tu t'es ht de chercher l'asile o l'on se repose des fatigues de la vie4 ,cruel6 en quittant le monde o tu nous laisses1 tu ne nous a pas dit un dernier adieu6 ,ddi aux mnes d'un suicid1 ce drame est sinon la glorification1 au moins la dfense du suicide4 ,la cause d'un dnouement aussi violent est un chagrin de cur4 ,d'ailleurs tous les personnages de cette pice1 ou peu s'en faut1 sont malheureux en amour1 et chacun d'eux a de fortes raisons de se plaindre de sa destine cet gard4 ,heureusement1 de tous ces personnages galement maltraits par la passion1 d',olban seul prend la chose d'une faon absolument tragique4 ,ds le dbut1 l'infortun expose son mal3 ,mon cur est ferm1 dit-il3 la douleur y repose44444 ,si je suis tranger au monde1 n'en accusez que ma sensibilit4 ,il aime les promenades solitaires3 ,du haut de mon rocher1 isol1 plus prs des cieux1 je voyais avec mlancolie le silence et la nuit planer sur vos campagnes et m'offrir une faible image du sommeil ternel4 ,quand il apprend qu'il n'y a plus d'espoir pour son amour3 ,tout est fini1 dit-il2 je regarde autour de moi2 le monde n'est qu'un dsert4 ,mort6 mort6 je dois l'attendre1 la chercher1 cette mort si dsire1 dans des antres ignors1 dans des lieux o l'il des hommes ne me retrouvera plus4 ,le projet de se donner la mort ainsi conu dans son esprit1 s'y fortifie vite1 et1 malgr les efforts de ses amis1 il le met excution4 ,on le voit errer dans une sombre fort de sapins1 sans chapeau1 les cheveux sur le visage1 l'habit en dsordre1 deux pistolets la ceinture4 ,il s'assied au pied d'un arbre et se livre un long monologue sur sa fin prochaine1 puis il cache sa tte dans ses mains et gmit sourdement4 ,la dernire scne nous le montre au chteau ruin de ,honak1 la pointe d'un rocher4 ,il est appuy sur un pan de mur1 l'habit en lambeaux1 sans chapeau1 les cheveux sur la face1 la voix altre1 mais l'air tranquille d'un homme rsolu1 qui1 plein de son projet1 chante au ciel un dernier hymne4 ,il invoque le ciel dont il prtend bien avoir l'assentiment3 ,o ,dieu qui guide mon bras1 s'crie-t-il1 reois-moi dans ton sein aprs vingt-deux ans d'exil4 ,a genoux1 les mains tendues1 il dit adieu tout ce qu'il a aim4 ,adieu tout6 s'crie-t-il4 ,le coup part1 et le suicide est accompli4 ,ainsi1 ce jeune homme dpourvu d'nergie morale1 a cru pouvoir attenter ses jours2 il n'a pas eu piti des curs qu'il allait briser4 ,chose plus grave encore1 il a joint le sophisme la faiblesse en prtendant faire de ,dieu mme le complice de son uvre1 et l'auteur a le dernier tort de nous montrer plus tard la lchet de d',olban excuse par deux plerins priant sur son tombeau4 ,il faut le dire1 du reste1 ces excs tonnaient plus d'un lecteur sans le sduire4 ,dorat qui publiait cette uvre presqu'entire dans le journal des ,dames o elle devait faire une assez singulire figure1 tout en y reconnaissant des beauts1 la comparait au chaos des pices anglaises4 ,en tout cas1 je ne sache pas que ses admirateurs eux-mmes aient jamais t tents de la mettre en pratique4 ,ramond se trouvait plus l'unisson de l'esprit public1 quand il s'en tenait des lgies1 o l'on a vu1 comme un prlude de l'accent de ,lamartine1 et quand il disait3 ,je suis seul1 mcontent1 au sein de la nature2 ,quand tout chante l'amour1 mes sens moins mus ,tout est muet1 et l'onde et l'ombre et la verdure2 ,avec le monde1 hlas6 mon cur ne s'entend plus4 ,il est inutile de faire ressortir quel degr le jeune d',olban tait parent du jeune ,werther1 plus g que lui de trois ans seulement2 mais cette parent ne pouvait gure flatter ce dernier4 ,d'autres imitations moins heureuses encore ont suivi cet essai de traduction franaise du type germanique4 ,il est certain1 dit ,ch4 ,nodier1 dans la prface de sa rdition de d',olban1 que la plupart de ces pastiches oublis aujourd'hui dclent la prcipitation et la maladresse d'une main inhabile1 et qu'ils sont plus ou moins empreints ou de cette exagration pileptique ou de cette sentimentalit niaise1 qui trahissent ds le premier abord1 un contrefacteur sans inspiration et sans got4 ,on peut citer1 dans cette veine plus abondante que prcieuse1 le ,nouveau ,werther1 imit de l'allemand par le soi-disant marquis de ,langle 7#aghf7 et le ,saint-,elme de ,gorgy 7#agij74 ,nodier qualifie ce dernier crit de ple et insignifiant1 et quant au premier1 il le dfinit un ,werther enthousiaste de tte qui aurait brl le papier1 si on le brlait avec des mots1 mais dont l'me apparat1 froide et inanime1 travers l'expression factice de ses phrases retentissantes1 comme l'chafaudage de l'artificier derrire ses fuses teintes4 ,enfin1 il fait une allusion collective dix autres ouvrages du mme temps qu'il serait inutile de nommer qui ne les connat pas4 ,cet avis me parat bon4 ,il y aurait un mince profit descendre plus avant dans l'analyse d'ouvrages de seconde main et de dernier ordre2 mais il tait ncessaire de faire entrevoir combien la littrature en ,france s'tait efforce de s'approprier le succs de ,werther et de s'assimiler cette uvre1 peu en rapport avec notre gnie national4 ,c'tait un des symptmes les plus incontestables de l'tat moral du temps4 ,au point de vue littraire1 on prend plus d'intrt consulter sur cet tat certaines uvres de ,mme de ,charrire2 je la nomme ici1 quoi qu'elle soit ne en ,hollande et qu'elle ait vcu en ,suisse1 parce qu'elle s'est naturalise franaise en crivant dans notre langue1 et je ferai de mme dans la suite pour les cas analogues4 ,on trouve dans ,caliste1 ou lettres crites de ,lauzanne 7#aghf71 un certain prcepteur anglais1 d'un srieux prmatur et d'une tristesse mystrieuse1 qui gmit sur un malheur qu'il n'a pas eu le courage de prvenir4 ,ce mme roman1 dans son ensemble1 a paru porter la trace des souffrances intimes et des dcouragements de l'auteur4 ,le mme sentiment apparat aussi dans un autre de ses crits1 des ,lettres de ,mistriss ,henley1 qui forment le complment du ,mari sentimental de ,m4 de ,constant1 un oncle de ,benjamin2 lettres o l'on voit une femme qui se meurt1 dit ,mme de ,stal1 du dgot de vivre4 ,mais je n'insisterai pas davantage sur cet crivain1 et1 de l'poque antrieure #aghi1 je ne veux plus rapporter que quelques traits4 ,le premier concerne ,andr ,chnier4 ,ce pote attique1 ce courageux citoyen1 qui la ,terreur ne devait pardonner ni son talent1 ni sa gnrosit1 une poque o tout lui souriait encore1 a eu1 lui aussi1 son accs de mlancolie4 ,comme d'autres1 il s'est mis rcriminer contre la socit1 vanter la nature4 ,il tait attach l'ambassade de ,londres lorsqu'il crivit les lignes suivantes3 ,london1 covent garden1 hood's ,tavern4 ,vendredi #c avril #aghj1 sept heures du soir4 ,comme je m'ennuie fort ici1 aprs y avoir assez mal dn1 je vais tcher de laisser fuir une heure et demie sans m'en apercevoir1 en barbouillant un papier que j'ai demand444 ,ceux qui ne sont pas heureux aiment et cherchent la solitude4 ,on s'accoutume tout1 mme souffrir2 mais cette funeste habitude vient d'une cause bien sinistre3 elle vient de ce que la souffrance a fatigu la tte et fltri l'me4 ,cette habitude n'est qu'un total affaiblissement3 l'esprit n'a plus assez de force pour peser chaque chose et l'examiner sous son point de vue1 pour en appeler la sainte nature primitive1 et attaquer de front les dures et injustes institutions humaines444 ,voil ce que c'est que s'accoutumer tout1 mme souffrir4 ,dieu prserve mes amis de cette triste habitude6444 ,je suis livr moi-mme1 soumis ma pesante fortune et je n'ai personne sur qui m'appuyer3 ,que l'indpendance est bonne6 ,ici se placent des rflexions sur l'humiliation1 les ddains que les hauts rangs de la socit infligent aux conditions plus modestes1 et qui se terminent par ces mots3 ,allons6 voil une heure et demie de tue3 je m'en vais3 je ne sais plus ce que j'ai crit1 mais je ne l'ai crit que pour moi4 ,ces lignes dclamatoires ne sont-elles pas ce qu'on a appel de nos jours un signe du temps et ne peut-on pas dire qu'en dversant ce flot d'humeur noire ,chnier n'tait plus lui-mme1 et que ,jean-,jacques ,rousseau et ,gthe parlaient par sa bouche8 ,un exemple analogue presque de la mme date est plus saillant encore4 ,il est emprunt la jeunesse de ,napolon ,ier4 ,on sait qu'il avait vou de bonne heure ,ossian un culte auquel il est toujours rest fidle4 ,on sait de plus1 par de rcents et attrayants mmoires1 que1 jeune1 il s'adonnait la solitude et la rverie4 ,je vivais l'cart de mes camarades1 disait-il1 dans ses conversations avec ,mme de ,rmusat4 ,lorsque j'entrai au service1 je m'ennuyais dans mes garnisons2 je me mis lire des romans1 et cette lecture m'intressa vivement4 ,j'essayai d'en crire quelques-uns4 ,cette occupation mit du vague dans mon imagination2 elle se mla aux connaissances positives que j'avais acquises et souvent je m'amusais rver pour mesurer ensuite mes rveries au compas de mon raisonnement444 ,j'ai toujours aim l'analyse1 et si je devenais srieusement amoureux1 je dcomposerais mon amour pice pice4 ,n'est-ce pas l prcisment le procd de l'cole mlancolique8 ,mais le jeune ,bonaparte s'y rattachait encore par un ct plus fcheux4 ,avant d'avoir srieusement commenc l'preuve de la vie1 il en tait fatigu1 et ne voyant aucun intrt digne de l'y rattacher1 il songeait1 comme il y songea1 dit-on1 plus tard1 dans le dsastre de sa fortune1 mettre un terme ses jours4 ,une note crite par lui1 le #c mai de l'anne #aghh1 retrouve dans les papiers du cardinal ,fesch1 et publie en #ahab1 contient ce passage3 ,un jour au milieu des hommes1 je rentre pour rver en moi-mme1 et me livrer toute la vivacit de ma mlancolie4 ,de quel ct est-elle tourne aujourd'hui8 ,du ct de la mort4 ,dans l'aurore de mes jours1 je puis encore esprer de vivre longtemps et quelle fureur me porte vouloir ma destruction8 ,sans doute que faire dans ce monde8 ,puisque je dois mourir1 ne vaut-il pas autant se tuer8 ,si j'avais pass soixante ans1 je respecterais les prjugs de mes contemporains et j'attendrais patiemment que la nature eut achev son cours2 mais puisque je commence prouver des malheurs2 que rien n'est plaisir pour moi1 pourquoi supporterais-je des jours o rien ne me prospre8 ,je laisse d'autres le soin de calculer les consquences qu'aurait eues pour l'histoire du monde l'excution du projet dont on vient de voir les traces4 ,je n'y veux voir que la preuve de l'influence du temps o il se produisait4 ,combien cette influence devait-tre profonde pour touffer1 dans un tel homme1 la conscience de sa force1 sinon celle de sa valeur1 en mme temps que le pressentiment de ses destines6 ,j'en aurai fini avec cette poque quand j'aurai rappel qu' ce moment en ,france1 comme en ,angleterre1 et plus encore que dans ce pays1 le suicide exerait ses ravages4 ,mercier1 dans son tableau de ,paris 7#agha-agij71 signalait ce flau4 ,il n'a point tabli s'il tenait aux sentiments dont j'ai parcouru l'histoire1 mais par elle-mme1 l'extension du suicide indique assez un tat gnral de souffrance et de dsespoir4 ,il est temps de rsumer les faits dont j'ai prsent le tableau4 ,la ,france1 l',angleterre1 l',allemagne1 presque toute l',europe1 donnent vers la fin du ,x,v,i,i,ie sicle un trange spectacle4 ,de tous cts1 se manifestent un malaise profond1 un trouble douloureux4 ,on entend s'lever partout un murmure attrist4 ,une philosophie vague1 des aspirations indcises et inconsistantes1 un besoin de nouveaut et de paradoxe1 travaillent les intelligences et les curs4 ,il semble que la socit sentant approcher une crise dcisive s'agite comme un malade1 et demande tous les expdients un salut qu'elle n'espre mme pas4 ,ce mouvement s'acclre encore en se communiquant4 ,il s'tablit entre les diffrents peuples des courants d'influence qui activent la tendance naturelle de chacun d'eux4 ,c'est ainsi que ,zimmermann faisait des emprunts ,jean-,jacques ,rousseau et ,bernardin de ,saint-,pierre2 que ,gthe1 partageant le got de la jeunesse de son temps1 se passionnait pour le grand pote anglais dont il analysait1 dans ,wilhelm ,meister1 la belle cration d',hamlet2 c'est ainsi que ,gthe encore ne trouvait rien de mieux pour inspirer son ,werther des ides de mort1 que de lui faire relire avec son amie quelques-unes des plus sombres pages d',ossian4 ,enfin1 c'est ainsi qu' son tour1 ,werther venait troubler les imaginations franaises1 et revivait1 par exemple1 dans le jeune d',olban4 ,toutes ces causes runies prparaient la venue de cette maladie du sicle dont nous devons suivre maintenant le dveloppement4 ,,ii #aghi-ahae ,i ,les ,potes4 ,,michaud4--,,fontanes4--,,legouv4--,,mi llevoye4 ,,baour-,,lormian4 ,de toutes les formes que la pense peut revtir1 aucune plus que la posie ne parat propre l'expression de la mlancolie4 ,il n'en est pas qui semble mieux faite pour traduire dans leurs dtours ou dans leurs lans de capricieuses rveries ou de vagues aspirations4 ,cependant1 par une anomalie assez bizarre1 la posie de la ,rvolution et de l',empire est reste1 dans cet ordre d'ides1 fort au-dessous de la prose4 ,tandis que celle-ci a mis au service du mal que j'tudie une langue nouvelle1 la posie se cantonnant dans des souvenirs classiques1 ne lui a prt qu'un concours trs effac4 ,toutefois elle lui a fait une place que1 si petite qu'elle soit1 il faut considrer4 ,on doit mentionner d'abord un petit pome compos par ,michaud pendant la terreur1 la suite d'une promenade solitaire1 comme il en faisait alors1 rduit qu'il tait se cacher pour se soustraire aux recherches des ennemis que lui valait son courageux journal4 ,cet ouvrage a pour titre ,ermenonville1 ou le tombeau de ,jean-,jacques4 ,michaud1 aprs avoir crit dans sa prface qu' ,ermenonville une douce mlancolie1 un enthousiasme divin dgagent l'me des liens qui l'attachent la terre1 clbre les vertus de ,jean-,jacques et termine ainsi3 ,partout sur son trpas on versera des larmes1 ,partout de ses crits on sentira les charmes1 ,partout on bnira les vertus de ,rousseau1 ,et l'univers sera son temple et son tombeau4 ,on doit citer aussi ,le cri de mon me par ,fontanes1 morceau sentimental1 dont l'auteur plus tard rougissait un peu2 et surtout ,le jour des morts dans une campagne 7#agij71 o respire un attendrissement plein de charmes1 et qui rappelle la clbre lgie de ,gray4 ,l'auteur avait t prpar crire dans ce genre par les difficults et les chagrins d'une vie dont les dbuts n'annonaient gure la haute fortune qui la devait couronner4 ,il avait presque connu l'indigence1 et1 naturellement port la mlancolie1 ses penses avaient reu une teinte plus sombre encore de la perte d'un frre prmaturment enlev son affection4 ,les posies publies par ,legouv1 de #agih #ahjj1 nous offrent des impressions de la mme nature4 ,dans la pice intitule la ,mlancolie1 on sent que le pote s'est enivr de ,rousseau1 de ,bernardin de ,saint-,pierre et de ,gthe4 ,sa mlancolie n'a1 d'ailleurs1 rien d'amer2 elle est un plaisir plutt qu'une peine2 elle est mme1 d'aprs lui1 une volupt4 ,tout l'alimente3 la fable et le roman1 ,didon1 ,tancrde1 ,hlose1 ,werther1 ,paul et sa ,virginie4 ,elle aime l'ombre des bois1 les bords d'un ruisseau1 le coucher du soleil1 les aspects de l'automne2 elle chrit les ruines1 et plus particulirement les cimetires4 ,un cimetire aux champs1 quel tableau1 quel trsor6 ,du reste1 elle-mme prte son charme toute chose2 elle embellit la scne de l'univers4 ,enfin1 si l'on veut savoir sous quelle figure elle se prsente aux yeux du pote1 voici le portrait qu'il en fait3 44444 ,une vierge assise sous l'ombrage1 ,qui1 rveuse et livre de vagues regrets1 ,nourrit au bruit des flots un chagrin plein d'attraits1 ,laisse voir1 en ouvrant ses paupires timides1 ,des pleurs voluptueux dans ses regards humides ,et se plat aux soupirs qui soulvent son sein1 ,un cyprs devant elle1 et ,werther la main4 ,on voit combien le naturel fait dfaut cette posie lgante4 ,celle d'un autre pote1 ,millevoye1 qui brilla quelques annes aprs d'un doux clat1 se prsenta avec moins d'apprt4 ,la demeure abandonne1 ,le bois dtruit1 ,le pote mourant1 et surtout ,la chute des feuilles 7#ahaa71 cette posie qui suffira pour faire vivre le nom de son auteur1 sont autant d'lgies aimables o l'motion parle un langage d'autant plus touchant qu'il est plus simple4 ,en #ahja1 ,baour-,lormian avait donn ses posies ,ossianiques4 ,elles furent accueillies par la faveur publique1 et le futur empereur1 qui ne mnagea pas ses rcompenses l'auteur1 fut le premier les lire et apprcier le mrite avec lequel elles faisaient passer dans notre langue la posie vaporeuse et sombre des ,anglais4 ,c'est cela que se borne l'expression de la mlancolie par la posie1 de #aghi #ahad4 ,encore dans ce petit nombre d'uvres le mal que j'tudie se trahit-il peine4 ,pour prendre sur le fait la mlancolie vraiment maladive1 il faut arriver des uvres moins potiques dans la forme1 quoiqu'elles le fussent peut-tre plus par le fond4 ,,ii ,mme de ,stal4 ,ce n'est pas1 sans doute1 par le ct mlancolique que ,mme de ,stal attire au premier abord l'attention4 ,on loue plutt en elle des qualits nergiques et quelque peu viriles4 ,l'enthousiasme paraissait tre l'tat le plus habituel de son me et le mot qui l'exprime revient frquemment sous sa plume4 ,mme ,le ,brun1 dans ses ,souvenirs1 la reprsente comme personnifiant en quelque sorte la muse de l'improvisation1 et ,grard n'a pas cru s'carter de la vrit en la peignant sous les traits de ,corinne1 l',italienne inspire4 ,elle a horreur de la solitude2 elle recherche le monde1 les triomphes que son esprit suprieur y remporte1 l'impulsion nouvelle qu'il en reoit2 elle aime la gloire1 aiguillon puissant pour le talent2 enfin son cur ne reste pas inactif4 ,cependant on ne saurait nier qu'elle ait ressenti des atteintes de maladie morale4 ,elle nous apprend que le fantme de l'ennui l'a toujours poursuivie1 qu'elle est dans son imagination1 comme dans la tour d',ugolin444 ,et dans sa dernire maladie elle disait ,chateaubriand3 ,j'ai toujours t la mme1 vive et triste4 ,on peut puiser1 cet gard1 d'utiles claircissements dans ses prfrences littraires4 ,son premier ouvrage considrable sont ses ,lettres sur le caractre et les crits de ,jean-,jacques ,rousseau1 qu'elle publiait vingt-deux ans 7#aghh74 ,leur lecture atteste que l'auteur a profondment pntr son sujet4 ,elle analyse1 par exemple1 avec une finesse remarquable1 la singulire disposition de ,rousseau que j'ai rappele1 de ne pouvoir se passionner que pour des illusions4 ,mme de ,stal ne se borne pas comprendre ,rousseau1 elle l'admire4 ,ds son enfance1 elle avait conu pour lui1 je rpte le mot qui lui tait cher1 un enthousiasme ardent4 ,c'tait1 avec ,richardson1 le seul crivain dont elle emportt les ouvrages dans une retraite ,saint-,ouen1 que lui imposait sa sant altre par l'excs du travail2 ce fut lui qu'elle voulut consacrer son premier essai srieux de composition4 ,le prambule en est solennel1 mais c'est surtout dans la proraison que l'auteur se livre la dclamation1 et l'hyperbole prodigue dans l'loge et dans la description de la spulture de ,rousseau1 indique que ,mme de ,stal tait devenue l'lve en mme temps que l'admiratrice de ,jean-,jacques4 ,en acqurant plus de maturit1 la raison de ,mme de ,stal a corrig ces excs1 mais elle est demeure fidle ses premires sympathies pour le genre mlancolique4 ,dans son ouvrage1 publi en #ahjj1 sur ,la littrature considre dans ses rapports avec les institutions sociales1 elle proclame qu'il y a deux littratures tout fait distinctes3 celle qui vient du ,midi1 et celle qui descend du ,nord1 celle dont ,homre est la premire source1 celle dont ,ossian est l'origine4 ,elle range dans l'une les ,grecs1 les ,latins1 les ,italiens1 les ,espagnols et les ,franais du sicle de ,louis ,,xiv2 dans l'autre les ouvrages ,anglais1 les ouvrages ,allemands1 quelques crits des ,danois et des ,sudois et un certain nombre d'ouvrages modernes4 ,or1 la base de cette distinction c'est que la premire de ces littratures recle une sensibilit rveuse et profonde qui n'appartient pas la seconde4 ,mme de ,stal1 tout en reconnaissant qu'on ne peut dcider de la supriorit de l'un ou l'autre des deux genres par elle indiqus1 dclare que toutes ses impressions1 toutes ses ides la portent de prfrence vers la littrature du ,nord4 ,et elle donne ainsi la raison de ce choix3 ,ce que l'homme a fait de plus grand1 il le doit au sentiment douloureux de l'incomplet de sa destine444 ,l'hrosme de la morale1 l'enthousiasme de l'loquence1 l'ambition de la gloire1 donnent des jouissances surnaturelles1 qui ne sont ncessaires qu'aux mes la fois exaltes et mlancoliques1 fatigues de tout ce qui se mesure1 de tout ce qui est passager1 d'un terme enfin quelque distance qu'on le place4 ,enfin appliquant ces principes1 dans son ouvrage sur l',allemagne 7#ahaj71 ,mme de ,stal paye toute la littrature allemande et en particulier ,werther un large tribut de louanges4 ,il serait facile sans doute de contester le mrite de la thorie que je viens de reproduire et qui divise en deux grandes parts toute la littrature4 ,ds l'apparition de l'ouvrage o elle tait formule1 ,mme de ,stal1 avait rencontr de puissants contradicteurs4 ,dans un article du ,mercure1 ,m4 de ,fontanes avait rompu une lance avec l'auteur4 ,il soutenait1 avec raison1 que les ,grecs n'avaient t nullement trangers la mlancolie1 qu'ils avaient parfaitement compris la douleur rveuse dans les impressions solitaires4 ,enfin il rappelait que les posies les plus tristes avaient t composes par un arabe il y avait plus de trois mille ans4 ,un antagoniste plus redoutable encore1 ,m4 de ,chateaubriand1 dans une rponse adresse ,m4 de ,fontanes1 ne ddaignait pas d'entrer en lice contre ,mme de ,stal1 et mme il le faisait avec des formes qui tmoignaient de sa part plus de malice que de gnrosit4 ,il est vrai que ,chateaubriand1 comme ,fontanes1 tombait dans autre erreur en faisant de la mlancolie un attribut exclusif de la religion chrtienne4 ,mais n'insistons pas sur la valeur respective de ces thses brillantes4 ,la seule chose que j'aie voulu noter ici1 c'est la tendance morale de ,mme de ,stal1 envisage comme critique littraire4 ,cette tendance ne s'accuse pas moins dans les ouvrages o elle a su crer son tour4 ,dans un drame presque inconnu3 ,sophie1 ou les sentiments secrets1 uvre de ses dbuts1 toute empreinte de la fausse sensibilit du temps1 on voyait1 au milieu d'un jardin anglais 7c'en tait alors la mode71 prs d'une urne entoure de cyprs1 une jeune fille souffrant d'une tristesse prcoce4 ,son premier roman 7#ahjb7 nous offre une hrone d'un caractre nergique et dont les troubles intimes ne proviennent que de la difficult qu'elle prouve choisir entre plusieurs genres de sacrifices1 mais qui n'en sent pas moins le fardeau de la vie3 ,delphine parle de la fatigue d'exister4 ,ce mot1 un de ceux dont on a depuis tant abus1 avait alors une nouveaut relative4 ,dans ,corinne 7#ahjg71 c'est ,oswald qui reprsente la maladie morale3 ,oswald1 c'est--dire une nature inquite1 attriste1 qui rappelle un personnage du roman de ,caliste par ,mme de ,charrire4 ,du reste1 bien que ce sombre insulaire n'occupe pas la premire place dans le roman1 et que la figure de ,corinne y efface tout de son clat1 celle-ci ne laisse pas de subir son charme et c'est lui qu'elle donne tout ce qu'elle peut donner d'un cur o rgne surtout l'amour de la gloire4 ,ces peintures1 il faut le reconnatre1 taient peu prs inoffensives4 ,mme de ,stal a eu le malheur1 un jour1 de faire de son talent un plus funeste usage4 ,dans son trait de l',influence des passions sur le bonheur des individus1 elle a t assez mal inspire pour crire l'loge du suicide4 ,la date de cet ouvrage 7#agif71 en nous reportant au souvenir des malheurs de notre patrie1 pourrait attnuer dans quelque mesure la gravit de cette erreur1 si ,mme de ,stal n'avait tmoign plus tard encore1 dans l',allemagne1 une fcheuse complaisance pour la doctrine du suicide4 ,mais il serait injuste d'appuyer sur cette faiblesse1 puisque l'crivain l'a dsavoue de son mieux4 ,le souvenir en tait toujours rest comme un remords dans sa conscience2 elle a tenu honneur de l'attnuer et elle s'est acquitte de ce soin en publiant1 en #ahab1 des rflexions sur le suicide1 o elle fltrissait l'abandon de la vie1 du moins celui qui n'est pas command par le dvouement ou par la vertu4 ,mme de ,stal a donc connu par elle-mme cette maladie du sicle qu'elle a dfinie une maladie de l'imagination4 leve dans une socit engoue de ,rousseau1 elle avait partag son sujet le dlire gnral4 ,plus tard1 les malheurs publics l'avaient atteinte4 ,la ,rvolution1 en bouleversant sa vie1 y avait laiss un vide profond4 ,jamais elle n'avait pu se consoler de l'exil ni de sa demi-solitude de ,coppet4 ,elle n'avait pu d'avantage s'accoutumer la pense des maux de la ,france livre tour tour l'anarchie ou au despotisme4 ,enfin les littratures trangres1 avec lesquelles son exil l'avait rendue familire1 avaient fourni sa mlancolie un nouvel aliment4 ,ses dfaillances d'ailleurs ont t courtes et bientt suivies de retour la pleine sant morale1 et1 sous quelques rapports1 elle restera comme un modle de l'indpendance et de la fermet du caractre4 ,,iii ,le ,groupe de ,coppet ,,barante4--,,sismondi4 ,on n'est point un esprit suprieur1 on n'a point en soi une surabondance de force et de mouvement intellectuel1 sans attirer1 sans grouper prs de soi d'autres intelligences moindres1 mais qui peuvent tre encore remarquables4 ,autour de ,mme de ,stal gravitaient quelques hommes qui vivaient de sa vie morale et en partageaient les souffrances4 ,elle-mme1 a trac le portrait de l'un deux1 car cet ,oswald1 compagnon trop froid de l'clatante ,corinne1 ne serait autre1 d'aprs un juge comptent1 qu'un des amis de ,mme de ,stal1 ,m4 de ,barante4 ,or1 on l'a vu plus haut1 ,oswald tait triste et sombre4 ,la plus intime de toutes les douleurs1 la perte d'un pre1 tait la cause de sa maladie2 des circonstances cruelles1 des scrupules dlicats aigrissaient encore ses regrets et l'imagination y mlait ses fantmes4 ,a vingt-cinq ans1 il tait dcourag de la vie2 son esprit jugeait tout d'avance1 et sa sensibilit blesse ne gotait plus les illusions du cur444 ,rien ne lui causait un sentiment de plaisir pas mme le bien qu'il faisait4 ,il ne semble pas1 d'ailleurs1 que cette disposition amre ait eu chez ,m4 de ,barante une longue dure4 ,elle a d cder une vie active et favorise par le succs4 ,non loin de lui1 dans la pnombre de ,mme de ,stal1 on distingue la figure d'un autre crivain1 ,suisse d'origine1 mais ,franais par le langage et par le cur4 ,m4 de ,sismondi1 qui avait de bonne heure fait de la ,france sa patrie d'adoption1 avait pris sa part1 pendant la ,rvolution1 des dsastres qui atteignaient la ,france4 ,il tait ,lyon quand la tourmente s'y dchana4 ,il avait cherch un refuge en ,suisse1 d'o la guerre vint le chasser4 ,il s'tait alors rfugi en ,angleterre1 puis retir en ,italie 7#agic-id71 et avait t de l porter ses hommages la cour de ,coppet4 ,il n'avait pas tard devenir un des admirateurs les plus dvous de ,mme de ,stal4 ,la socit de cette femme illustre tait devenue pour lui un besoin imprieux4 ,il crivait3 ,l'ennui1 la tristesse1 le dcouragement1 m'accablent ds que je suis loin d'elle4 ,il l'accompagna dans ses voyages en ,allemagne et en ,italie1 et pendant toute la dure de l',empire1 qu'il n'a servi qu'au jour du malheur1 il s'est associ la haine que ,mme de ,stal avait voue au pouvoir qui pesait sur la ,france4 ,contre les chagrins que lui inspirait la vue des vnements qui dsolaient alors l',europe1 il ne trouvait en lui-mme aucun remde4 ,il rencontrait au contraire dans sa pense1 sa correspondance l'atteste1 d'autres sujets d'angoisses4 ,le #bh mai #ahji1 il crivait ,mme d',albany3 ,vous pouvez juger quelle est notre tristesse habituelle2 aucun de nous n'a plus le courage de travailler4 ,il prend un dgot de la littrature1 de l'tude1 de la pense1 lorsque la vie est si pesante2 il prend un sentiment de mort universelle1 et je voudrais dormir toujours pour m'ter la fin et aux nouvelles du jour et aux retours sur soi-mme qu'une philosophie impuissante nous fait faire sans rsultat4 ,a charge lui-mme1 il prouve une agitation fatigante qu'il ne peut apaiser qu'en s'oubliant pour d'autres4 ,ce n'est que par ces affections1 dit-il1 le #cj juin #ahaj1 que j'vite d'tre ennuy de moi-mme1 et encore ,dieu sait si je l'vite entirement2 il me semble que je tiens si peu de place1 que j'ai si peu de motif pour vivre1 qu'il faut me dire ou me faire croire que je suis ncessaire un autre1 pour que je sois ncessaire moi-mme1 le dcouragement est sans cesse la porte1 et je n'ai plus assez de vie intrieure pour me passer un instant de celle que les autres me prtent4 ,une dernire citation montrera ce qu'il tait encore deux ans plus tard3 ,pescia1 #d novembre #ahab4 ,il y a dans la pense mme1 il y a dans la nature et le cours de la vie quelque chose de triste1 une mlancolie intrieure qui renat d'elle-mme et qu'on ne chasse gure que par l'action et la dissipation4 ,ainsi la pense1 la nature1 la vie mme1 tout l'attriste et il ne peut supporter le fardeau de l'existence qu'en en perdant la conscience par l'agitation2 il va plus loin1 et estime qu'on peut s'en dfaire par la violence4 ,mme de ,stal1 je l'ai dit1 avait rtract l'opinion imprudente qu'elle avait d'abord soutenue sur le suicide2 ,sismondi la blme de cette rtractation qui1 selon lui1 ne pouvait qu'affaiblir l'autorit de sa pense1 et il considre le suicide comme un remde mis notre porte1 et pour tout dire1 le plus nergique4 7,lettre du #bg mars #ahad47 ,sismondi est une preuve frappante du mal qui svissait sur les esprits cette poque1 et ce n'est pas une mince erreur et une faute lgre de sa part d'avoir cru et d'avoir dit qu'on pouvait s'y soustraire en quittant volontairement la vie4 ,du moins1 il a cherch le combattre en lui par un travail intellectuel opinitre et dont les beaux rsultats ont enrichi la littrature2 et plus tard1 il est revenu au calme et la srnit4 ,cette sagesse tardive ne fut pas le partage de tous les amis de ,mme de ,stal4 ,l'un des plus illustres1 ,benjamin ,constant1 resta jusqu' son dernier jour dans une agitation strile4 ,mais ce personnage a trop d'importance pour tre apprci dans un rang secondaire et nous lui consacrerons1 en son lieu1 un examen spcial4 ,nous arrivons1 ds prsent1 un grand sujet1 l'tude de ,chateaubriand4 ,,iv ,chateaubriand ,chateaubriand a dit quelque part que tous les grands gnies avaient t mlancoliques4 ,cette loi comporte assurment plus d'une exception1 mais ce n'est pas par l'exemple de ,chateaubriand lui-mme qu'on la pourrait contredire4 ,loin de l1 la mlancolie n'a jamais eu peut-tre de personnification plus clatante que cet illustre crivain4 ,elle apparat dj dans ses premiers crits4 ,son ,essai historique sur les ,rvolutions1 dans leurs rapports avec la ,rvolution ,franaise 7#agig7 contient1 au milieu d'tudes historiques et potiques1 des considrations sur la mlancolie1 la solitude1 le suicide4 ,l'auteur parle avec motion des rcentes infortunes de ses compatriotes et donne aux malheureux des conseils marqus du cachet de l'poque4 ,il les engage viter les jardins publics1 le fracas1 le grand jour1 contempler de loin les feux qui brillent sous tous les toits habits3 ici le rverbre la porte du riche1 qui1 au sein des ftes1 ignore qu'il y a des misrables3 l-bas quelque petit rayon tremblant dans une pauvre maison carte du faubourg2 et se dire3 l1 j'ai des frres6 ,il leur indique encore les consolations qu'ils peuvent puiser dans la nature4 ,dans un chapitre intitul3 ,sujets et rflexions dtaills1 il dploie une extrme violence d'amertume et une misanthropie passionne2 et sur des notes manuscrites1 consignes par l'auteur en marge de cet essai1 on lit ces lignes3 ,ne dsirons point survivre nos cendres1 mourons tout entiers de peur de souffrir ailleurs4 ,cette vie-ci doit corriger de la manie d'tre4 ,mais nulle part il n'a t si loin que dans ,ren 7#ahjb74 ,cette uvre a laiss des traces si profondes dans l'histoire morale du sicle que1 bien qu'elle soit prsente toutes les mmoires1 je dois en rappeler ici les principaux traits4 ,ren se montre ds son enfance tel qu'il sera plus tard4 ,son humeur est imptueuse1 son caractre ingal4 ,il aime contempler la nue fugitive1 entendre la pluie tomber sur le feuillage1 ou bien1 se promenant avec sa sur dans les bois1 la chute des feuilles1 il prte l'oreille aux sourds mugissements de l'automne ou au bruit des feuilles sches que tous deux tranent lentement sous leurs pas4 ,aprs la mort de son pre1 il s'arrte l'entre des voies trompeuses de la vie4 ,il se sent tent d'aller cacher ses jours dans un clotre1 mais il renonce ce projet et prend le parti de voyager4 ,il visite d'abord les peuples qui ne sont plus4 ,puis il se lasse de fouiller dans des cercueils1 o il ne remue trop souvent qu'une poussire criminelle4 ,il veut voir si les races vivantes lui offriront plus de vertus ou moins de malheur que les races vanouies4 ,mais quel est le fruit de ses fatigantes recherches8 ,rien de certain parmi les anciens1 rien de beau parmi les modernes4 ,il rentre enfin dans sa patrie1 mais le grand sicle n'est plus4 ,a ,paris1 il se jette un instant dans le monde2 il en est bien vite dgot4 ,il se retire dans un faubourg de la grande ville4 ,souvent1 assis dans une glise peu frquente1 il passe des heures entires en mditation4 ,le soir venu1 il reprend le chemin de sa retraite1 et il se dit que sous tant de toits habits1 il n'a pas un ami4 ,enfin1 il se dcide achever dans un exil champtre une carrire peine commence et dans laquelle il a dj dvor des sicles4 ,cette solitude le plonge dans de nouveaux tourments4 ,quelquefois il rougit subitement et sent couler dans son cur comme des ruisseaux d'une lave ardente2 quelquefois il pousse des cris involontaires1 et la nuit est galement trouble de ses songes et de ses veilles4 ,l'automne arrive1 il entre avec ravissement dans la saison des temptes4 ,l'exaltation de son cur s'accrot chaque jour2 il a peine en contenir la force inactive4 ,il se sent seul sur la terre2 une langueur secrte s'empare de son corps4 ,il ne s'aperoit plus de son existence que par un profond sentiment d'ennui4 ,enfin dsesprant de gurir il se dcide quitter la vie4 ,on connat les vnements qui terminent ce rcit3 la lettre que ,ren crit sa sur2 les alarmes de celle-ci2 son arrive prcipite chez son frre qu'elle force vivre2 l'engagement d',amlie dans la vie religieuse2 le hasard qui rvle le secret de son garement celui qui en est l'objet2 enfin le dpart de ,ren qui s'embarque pour l',amrique o il trane une existence dsenchante1 et trouve la mort dans le massacre des ,franais la ,louisiane4 ,telle est1 dans ses lignes les plus saillantes1 la figure de ,ren4 ,chateaubriand1 dans un autre ouvrage1 a suivi ,ren au milieu des ,natchez2 mais cette tude qui1 publie seulement en #ahbe1 est cependant antrieure ,ren1 n'ajoute rien la physionomie du hros4 ,a la ,louisiane ou en ,france1 ,ren est toujours le mme3 ,je m'ennuie de la vie1 dit-il1 l'ennui m'a toujours dvor4 ,ce qui intresse les autres hommes ne me touche point4 ,pasteur ou roi1 je me serais galement fatigu de la gloire et du gnie1 du travail et du loisir1 de la prosprit et de l'infortune4 ,je suis vertueux sans plaisir2 si j'tais criminel1 je le serais sans remords2 je voudrais n'tre pas n ou tre jamais oubli4 ,quel sombre portrait1 et quelle distance mme entre ,ren et l'infortun dcrit dans l',essai6 ,ce dernier1 en contemplant les toits habits par la misre1 pouvait du moins se dire3 l j'ai des frres6 ,ren s'crie3 je n'ai pas un ami6 ,l'un trouve des adoucissements dans la vue de la nature2 pour l'autre1 elle n'est qu'un objet d'indiffrence4 ,adonn la rverie et la solitude1 plein de mpris pour les hommes et de complaisance pour lui-mme1 sceptique1 inquiet1 dsuvr1 inutile1 ne sachant que nourrir les troubles de son me et les communiquer d'autres curs1 ,ren runit tous les symptmes1 de la maladie du sicle1 il en constitue le type le plus complet4 ,quel tait donc le sentiment qui poussait ,chateaubriand caresser avec tant de complaisance ce triste sujet8 ,on ne peut en douter1 sauf quelques vnements imaginaires auxquels le hros se trouve ml1 l'auteur a voulu se peindre lui-mme4 ,il l'avoue1 ses ouvrages sont les preuves et les pices justificatives de ses mmoires3 on y pourra lire l'avance ce qu'il a t4 ,l'identit entre ,ren et ,chateaubriand rsulte encore d'un rapprochement entre le passage des ,natchez que je viens de citer plus haut1 et une page des ,mmoires d'outre-tombe4 ,ce que ,ren dit de son incorrigible dgot de toutes choses1 ,chateaubriand l'applique lui-mme dans ses mmoires1 et presque dans les mmes termes3 ,voil comme tout avorte dans mon histoire2 comme il ne me reste que des images de ce qui a pass si vite44444 la faute en est mon organisation2 je ne sais profiter d'aucune fortune2 je ne m'intresse quoi que ce soit de ce qui intresse les autres4 ,hors en religion1 je n'ai aucune croyance4 ,pasteur ou roi1 qu'aurais-je fait de mon sceptre ou de ma houlette8 je me serais galement fatigu de la gloire et du gnie1 du travail et du loisir1 de la prosprit et de l'infortune4 ,tout me lasse2 je remorque avec peine mon ennui avec mes jours1 et je vais partout baillant ma vie4 ,remarquons ici1 d'ailleurs1 que lorsqu'il excepte sa foi religieuse du naufrage de ses croyances1 ,chateaubriand ne parle point de tout son pass1 et qu'en un autre endroit il a reconnu que l'alternative du doute et de la foi avait fait longtemps de sa vie un mlange de dsespoir et de dlices4 ,quoi qu'il en soit1 tout ce que nous savons de la vie de ,chateaubriand1 tout ce qu'il a rvl lui-mme1 vient dmontrer que ,ren c'est lui4 ,on va le voir de plus prs par les dtails qui suivent4 ,ds ses premires annes1 ,chateaubriand aime la solitude4 ,il fuit les enfants de son ge pour devenir le compagnon des vents et des flots4 ,s'asseoir seul1 dans la concavit d'un rocher1 s'amuser ber aux lointains bleutres1 couter le refrain des vagues parmi les cueils1 tels sont ses plaisirs4 ,adolescent1 il se plat aux longues promenades dans la campagne1 accompagn seulement par une jeune sur4 ,homme fait1 il entreprend de lointains voyages et va se jeter au milieu des solitudes de l',amrique4 ,il rapporte qu'en partant pour ces rgions alors mal connues il se proposait un but utile1 la dcouverte du monde polaire2 et dans le rcit de ses voyages1 il parle srieusement de ce grand projet4 ,mais il se faisait1 ce me semble1 illusion lui-mme3 ce qui l'entranait vers des cieux nouveaux1 c'tait1 avec l'attrait de l'inconnu1 un got de l'indpendance que bien des circonstances de sa vie ont attest1 parfois avec un clat public4 ,hte1 par choix1 du dsert avant la ,rvolution1 migr et errant sous la ,terreur1 exil volontaire sous l',empire1 enfin1 retir sous sa tente aprs avoir dirig les affaires de son pays2 dans ces diverses sortes d'isolement il se suffit lui-mme2 et l'on peut mme dire qu'au milieu des hommes1 et dans le moment le plus brillant de sa vie active1 il est toujours rest quelque peu solitaire4 ,cette solitude1 relle ou seulement intrieure1 il la remplissait de ses rveries et des fantmes de son imagination4 ,il s'tait cr des tres fictifs1 avec lesquels il vivait et qui devenaient l'objet de ses passions encore indcises4 ,quand le charme tombait et qu'il revenait lui-mme1 frapp de sa folie1 il se prcipitait sur sa couche1 il se roulait dans sa douleur1 il arrosait son lit de larmes cuisantes que personne ne voyait et qui coulaient misrables1 pour un nant4 ,un moment arriva o ces chagrins sans cause devinrent si amers qu'il voulut en finir avec l'existence4 ,il se saisit d'un fusil de chasse qu'il trouva sous sa main2 heureusement l'arrive d'un tmoin djoua cette tentative4 ,a cette crise et la maladie qui la suivit1 succda une sorte d'accalmie2 mais son imagination n'tait pas teinte4 ,ses vagues inquitudes1 ses dsirs sans objet1 le poursuivirent jusque sous la hutte des sauvages de l',amrique4 ,plus tard1 ses passions s'attachrent des objets moins impalpables4 ,mais1 il porta toujours en lui un monde imaginaire1 plus riche ou plus dsol que l'autre4 ,en mme temps1 un mal secret1 pressant1 l'ennui1 empoisonnait pour lui toutes les jouissances4 ,j'ai le spleen1 crit-il1 tristesse physique1 vritable maladie4 ,je n'tais pas une nage du sein de ma mre que dj les tourments m'avaient assailli4 ,j'ai err de naufrage en naufrage2 je sens une maldiction sur ma vie1 poids trop pesant pour cette cahute de roseaux4 ,gardons-nous toutefois de rien exagrer2 il y a souvent chez les hommes une sorte de seconde nature1 un double fond1 quelque chose d'analogue ce que ,pascal appelle3 la pense de derrire4 ,chez ,chateaubriand1 cette dualit1 je n'ose dire cette duplicit1 se fait bien sentir4 ,son dsespoir ne l'a pas empch de vivre1 et ne lui a fait ddaigner ni l'amour ni la gloire4 ,il savait parfois descendre de sa hauteur solitaire2 il savait rire et plaisanter1 non sans grce4 ,m4 ,joubert dit de lui1 avant le temps des grandeurs1 il est vrai1 que c'tait un aimable enfant4 ,jean-,jacques ,ampre assure que sa mlancolie qui demeurait relgue dans les hautes rgions de son imagination1 ou peut-tre se cachait dans les secrtes profondeurs de son me1 ne troubla jamais l'agrment de son commerce4 ,croyons donc qu'il y avait deux faces dans ,chateaubriand3 l'une volontiers amre et dsespre1 l'autre plus sereine et enjoue son heure4 ,d'ailleurs1 le gnie mme qu'il a dploy dans la peinture de ses tristesses1 ne suppose-t-il pas qu'elles avaient des rpits et des intervalles8 ,pour prsenter avec son art1 avec son loquence1 les rsultats de ses observations sur lui-mme1 il fallait qu'il ft sous l'empire d'une de ces exaltations qui1 tant qu'elles durent1 loignent l'ennui et l'abattement4 ,chateaubriand ne pouvait dcrire sa mlancolie qu'en la dominant4 ,il nous rvle lui-mme ce secret1 dans une lettre que1 bien des annes aprs1 il crivait ,mme ,rcamier4 ,parlant d'une visite au chteau de ,fontainebleau1 il ajoute3 ,j'tais si en train et si triste que j'aurais pu faire une seconde partie ,ren1 au vieux ,ren4 ,il m'a fallu me battre avec la muse pour carter cette mauvaise pense2 encore ne m'en suis-je tir qu'avec cinq ou six pages de folie1 comme on se fait saigner quand le sang porte la tte4 ,une tristesse qui n'exclut pas la verve est1 sans doute1 supportable1 et contient de puissantes consolations4 ,je tenais tablir ces points pour ramener les choses leur vritable mesure4 ,la mlancolie de ,chateaubriand n'en est pas moins un fait incontestable1 et il importe d'en rechercher les causes4 ,quand on se trouve en prsence d'un grand esprit1 on est d'abord dispos croire que1 tirant toute sa force de son propre fonds1 il ne relve que de lui-mme4 ,en l'tudiant mieux1 on s'assure qu'il n'est pas affranchi de la loi commune1 et qu'il a1 comme un autre1 sa gense4 ,pour ,chateaubriand1 l'influence qui apparat la premire1 c'est celle du milieu o il est n4 ,il vient au monde sur un rocher aride de la ,bretagne1 avec une sant dbile1 qui rend quelque temps son existence incertaine4 ,les impressions qu'il reoit du spectacle et du bruit des flots et des vents ne sont pas adoucies par celles qu'il rencontre au foyer domestique4 ,un pre svre et taciturne1 entour de plus de respect que de tendresse1 une mre indulgente et chrie1 mais triste elle-mme1 tels sont les souvenirs de son enfance4 ,ils ont laiss leur empreinte sur son me1 et ce qui prouverait qu'il y a dans sa mlancolie une rminiscence de son berceau1 c'est qu'on retrouve chez une de ses surs1 dont j'aurai parler plus loin1 le mme sentiment1 avec une nuance plus vague et plus trouble encore qu'explique la faiblesse de la femme4 ,il n'chappe pas non plus entirement l'esprit qui dominait au moment o il faisait ses tudes4 ,on ne peut nier qu'il ait eu certains points de ressemblance avec ,jean-,jacques ,rousseau4 ,dans l',essai sur les ,rvolutions1 on reconnat parfois les formes dclamatoires1 l'attendrissement pompeux de ,jean-,jacques1 que ,chateaubriand1 dans ce travail1 n'hsite pas appeler le grand ,rousseau4 ,et n'est-ce pas lui encore qu'il doit la premire ide de ces confidences intimes1 de ces rcits personnels1 o il dcouvre les plus subtils replis1 les modifications les plus fugitives de son me8 ,les ,confessions1 les ,rveries d'un promeneur solitaire1 annonaient ,ren et les ,mmoires d'outre-tombe4 ,une autre influence plus profonde encore devait agir sur ,chateaubriand1 j'entends le trouble que la ,rvolution a jet dans sa vie4 ,sans l'croulement de la socit franaise1 il aurait men l'existence douce et rgle laquelle sa condition le destinait4 ,au lieu de cet avenir mdiocre1 mais paisible1 quel fut son sort8 ,errer et combattre en ,allemagne1 avec la misre pour compagne2 vivre dans la gne ,londres2 plus tard1 s'exiler encore pour chapper une domination trop lourde2 souffrir toujours par la pense des maux de la patrie1 par le retentissement des coups que la mort frappait parmi ses proches1 atteints tantt par la hache populaire1 tantt par les balles de la dictature4 ,a un certain moment1--c'tait en #agic--;ces douleurs se compliquaient pour lui de la menace d'une fin prmature4 ,d'habiles mdecins lui avaient dclar qu'il ne devait pas compter sur une longue carrire4 ,c'est donc1 a-t-il dit plus tard1 sous le coup d'un arrt de mort1 et pour ainsi dire1 entre la sentence et l'excution1 que j'ai crit l',essai historique4 ,l'amertume de certaines rflexions n'tonnera plus4 ,un crivain qui croyait toucher au terme de sa vie1 et qui1 dans le dnment de son exil1 n'avait pour table que la pierre de son tombeau1 ne pouvait gure promener des regards riants sur le monde4 ,cette vie nomade1 indigente et prcaire est1 sans doute1 pour beaucoup dans la direction que suit alors la pense de ,chateaubriand4 ,elle eut1 en outre1 par son instabilit mme un autre effet indirect sur son imagination4 ,ce ne fut pas en vain que des vicissitudes diverses le conduisirent en ,amrique1 puis en ,angleterre1 l'poque o ,ossian1 rcemment publi1 passionnait la socit anglaise1 et o florissait l'cole des ,lacs4 ,c'est ,londres1 c'est sous les arbres de ses grands parcs que ,ren lui apparut pour la premire fois4 ,j'tais ,anglais1 dit-il1 de manires1 de got et1 jusqu' un certain point1 de penses2 car si1 comme on le prtend1 ,lord ,byron s'est inspir quelquefois de ,ren dans son ,child-,harold1 il est vrai de dire aussi que huit annes de rsidence en ,grande-,bretagne1 prcdes d'un voyage en ,amrique1 qu'une longue habitude de parler1 d'crire et mme de penser en anglais1 avaient ncessairement influ sur le tour et l'expression de mes ides4 ,aveu d'autant plus digne de foi1 qu'il a d coter davantage l'amour-propre de l'auteur4 ,les premires impressions de l'enfance1 la contagion de l'esprit sentimental du ,x,v,i,i,ie sicle1 l'branlement caus par les malheurs publics et les infortunes prives1 le libre change d'ides avec l',angleterre1 suffiraient1 peut-tre1 pour rendre compte de la tristesse habituelle1 quoique intermittente1 de ,chateaubriand4 ,est-ce tout cependant8 et ne faut-il pas indiquer ici une autre raison encore de cette tristesse8 ,d'aprs le ,ren du roman1 le dsenchantement chez lui n'aurait pas attendu l'exprience4 ,mais est-ce bien la vrit8 ,m4 ,sainte-,beuve attribue ,chateaubriand cette phrase qui lui serait chappe1 dit-il1 dans un moment de franchise3 ,quand je peignis ,ren1 j'aurais d demander ses plaisirs le secret de ses ennuis4 ,rtablissons dans son exactitude le passage auquel il est fait allusion4 ,chateaubriand a dit seulement3 ,j'ai perdu de vue ,ren depuis maintes annes1 mais je ne sais s'il cherchait dans ses plaisirs le secret de ses ennuis4 ,cette confidence n'a pas la porte que1 dans sa malice1 le critique lui prte en la dnaturant4 ,seulement1 ailleurs1 ,chateaubriand a reconnu que c'taient les entranements de son cur qu'il avait peints1 dans les ,martyrs1 mls aux syndrses chrtiennes4 ,ren1 le vritable ,ren n'aurait donc reconnu l'amertume de la vie qu'aprs en avoir got les douceurs4 ,en cela1 au lieu d'tre une orgueilleuse exception il n'aurait fait que suivre un sort assez vulgaire4 ,il faut en convenir1 une mlancolie qui s'alimente des sources si diverses ne peut tre approuve sans rserve1 et il faut dire avec ,m4 de ,fletz qu'on en voudrait la cause et plus pure et plus intressante4 ,et-elle1 en effet1 ce caractre1 il resterait savoir si l'uvre dans laquelle elle est si magnifiquement dpeinte est salutaire ou funeste4 ,a ne considrer que l'intention affiche par l'auteur de ,ren1 cet crit tendait un but d'une haute moralit4 ,on sait qu'il faisait originairement partie de ce grand monument appel le ,gnie du christianisme 7#b;e partie1 liv4 ,,iv74 ,il suivait un chapitre intitul3 ,du vague des passions1 et semblait ne renfermer qu'un exemple de ce genre d'affection4 ,chateaubriand s'tait propos d'en dmontrer les dangers et l'action qu'il avait choisie lui semblait particulirement approprie ce but4 ,afin d'inspirer plus d'loignement pour des rveries criminelles1 il avait pens qu'il devait prendre la punition de ,ren dans le cercle des malheurs pouvantables1 qui appartiennent moins l'individu qu' la famille de l'homme et que les anciens attribuaient la fatalit4 ,il voulait que le malheur naqut du sujet1 et que la punition sortt de la faute4 ,cette moralit1 l'auteur ne se contentait pas de la tirer de l'vnement1 il la formulait encore par la bouche du ,pre ,soul1 condamnant l'isolement orgueilleux de l'homme et disant ,ren3 ,quiconque a reu des forces doit les consacrer au service de ses semblables2 s'il les laisse inutiles1 il en est d'abord puni par une secrte misre1 et tt ou tard le ciel lui envoie un chtiment effroyable4 ,du reste1 au moment de son apparition1 ,ren fut regard comme une uvre difiante4 ,un article insr dans le ,mercure du #ae floral an ,x1 s'exprimait ainsi3 ,la moralit de ce roman est malheureusement d'une application trs tendue4 ,elle s'adresse ces nombreuses victimes de l'exemple du jeune ,werther et de ,rousseau1 qui ont cherch le bonheur loin des affections naturelles du cur et des voies communes de la socit4 ,le #a;er thermidor an ,,xiii1 un autre article publi dans le mme journal1 sous les initiales ,ch4 ,d4 7,dussault87 louait fort ,m4 de ,chateaubriand d'avoir appliqu une forme romanesque l'analyse d'une vrit svre1 et estimait que s'il rgnait parfois dans ,ren1 une force d'imagination et un charme de tendresse et de mlancolie trop vifs1 la sduction de ces peintures tait combattue par la morale et le pathtique du dnouement4 ,je ne puis partager1 je l'avoue1 ni les illusions de l'auteur1 ni celle de ses critiques4 ,a part mme l'tranget choquante de son principal incident1 que d'objections le roman de ,ren ne soulve-t-il pas8 ,qu'importe son cadre dogmatique et religieux8 ,se souvient-on en lisant ces pages brlantes qu'elles visent la dmonstration d'une vrit morale8 ,oui1 les paroles prononces par le ,pre ,soul ne laissent rien dsirer au moraliste le plus svre4 ,mais suffit-il d'une rprimande place la fin de l'ouvrage pour dtruire l'impression pernicieuse qu'il a pu causer8 ,croit-on que le sermon du jsuite sera mieux cout que le rcit du sduisant jeune homme qu'on est si dispos plaindre8 ,n'est-il trop tard pour parler le langage de la vertu1 quand on a nerv l'me par la peinture potique du vice8 et aprs avoir prodigu toutes les merveilles de l'imagination et du talent sur une figure qui ne reprsente1 en somme1 que l'gosme1 ne risque-t-on pas de trouver le lecteur insensible quand on prsente son esprit l'image austre du dvouement8 ,chateaubriand lui-mme l'a reconnu4 ,en voyant une foule d'esprits drgls1 s'autoriser de son exemple pour s'abandonner de folles rveries1 il a mis le regret d'avoir fourni un aliment leurs erreurs4 ,si ,ren n'existait pas1 a-t-il dit1 dans ses ,mmoires1 je ne l'crirais plus2 s'il m'tait possible de le dtruire1 je le dtruirais4 ,une famille de ,ren 7sic7 potes et de ,ren prosateurs a pullul3 on n'a plus entendu que des phrases lamentables et dcousues3 il n'a plus t question que de vents et d'orages1 que de mots inconnus livrs aux nuages et la nuit4 ,il n'y a pas de grimaud sortant du collge1 qui n'ait rv tre le plus malheureux des hommes2 de bambin qui1 seize ans1 n'ait puis la vie1 qui dans l'abme de ses penses ne se soit livr au vague de ses passions1 qui n'ait frapp son front ple et chevel1 et n'ait tonn les hommes stupfaits1 d'un malheur dont il ne savait pas le nom1 ni eux non plus4 ,on voit ici se produire ce qui s'est dj prsent pour ,werther4 ,gthe aussi s'tait donn la satisfaction pour apaiser son cur inquiet d'crire le roman de la tristesse et du dsespoir1 et une fois soulag par cet enfantement1 il avait raill les disciples qui avaient eu la navet de le prendre au srieux1 et de traduire en pratique ses potiques fictions4 ,comme lui1 ,chateaubriand s'est spar aprs coup de son hros3 il a dsavou les enfants dont il tait le pre1 mais les liens qui le rattachent eux ne peuvent tre briss ainsi1 et comme ,gthe1 il garde la responsabilit de son uvre4 ,sa seule dissemblance avec ,gthe1 c'est qu'il en a senti le poids4 ,gthe n'et pas voulu1 au pril de sa vie1 rvoquer ,werther4 ,chateaubriand a dclar que1 s'il le pouvait1 il anantirait ,ren4 ,si ce vu tait sincre1 il lui en doit tre tenu compte4 ,v ,le ,groupe de ,chateaubriand ,,ph4 ,,gueneau ,,de ,,mussy4--,m4 ,,mol4--,,ch,,nedoll4--,mme ,,de ,,caud 7,,lucile74--,mme ,,de ,,beaumont4--,,ballanche4--,,andr-,,mari e ,,amp,,re4 ,l'observation place plus haut propos de ,mme de ,stal1 s'applique plus forte raison ,chateaubriand4 ,plus qu'elle encore1 il devait avoir son entourage de fidles1 s'attachant lui et s'inspirant de ses sentiments4 ,cet entourage ne lui a pas fait dfaut4 ,sainte-,beuve a tudi et analys avec sa sagacit ordinaire le groupe littraire de ,chateaubriand4 ,je dois parcourir ici ce qu'on peut appeler son groupe moral4 ,ces deux groupes se confondent en quelques points et se distinguent d'autres gards4 ,dans celui que j'tudie1 on remarquait un certain moment1 pendant la priode qui suit la ,terreur1 deux hommes que ,sainte-,beuve nous reprsente comme ayant1 par le penchant la rverie1 par le got de la vie contemplative1 quelque ressemblance avec ,ren1 qu'ils voyaient beaucoup4 ,c'taient ,m4 ,philibert ,gueneau de ,mussy1 et ,m4 ,mol4 ,ils faisaient partie d'une socit d'hommes et de femmes d'un mrite distingu1 dbris d'un monde dtruit1 rapprochs par le sort aprs de longs orages1 et dont quelques membres s'appelaient entre eux les corbeaux4 ,le souvenir des vnements qu'ils avaient traverss ne contribuait pas peu donner leurs penses une teinte sombre4 ,ils taient1 de plus1 dans cet tat que ,chateaubriand indique avec raison comme particulirement accessible la mlancolie1 celui qui prcde le dveloppement des passions1 lorsque nos facults jeunes et actives1 mais renfermes1 ne se sont exerces que sur elles-mmes sans but et sans objet4 ,leur souffrance1 d'ailleurs1 ne devait pas se prolonger4 ,elle tenait en grande partie une inaction force1 si lourde pour les intelligences qui sentent leur valeur1 et devait disparatre quand viendrait la vie active4 ,de ces deux hommes1 la science gurit le premier2 le second dut son salut la politique4 ,le mal fut plus grave et plus durable chez un autre homme dont la vie fut aussi en contact avec celle de ,chateaubriand4 ,on connat ,chnedoll par sa posie leve et noble4 ,elle ne porte l'empreinte d'aucune faiblesse morale4 ,mais quelle tait sa vie intime8 ,il aimait la solitude des champs2 il allait souvent rver prs d'un tang1 ou errer dans les prs en lisant un roman ou des posies4 ,comme la plupart des rveurs1 il avait pris l'habitude de tenir registre de ses penses3 il crivait un journal de sa vie4 ,ce soin de s'observer sans cesse1 d'analyser ses moindres impressions1 lui devint funeste2 il sentit le danger de cette attention incessante sur soi-mme1 de cette exagration du nosce te ipsum4 ,il n'est pas bon1 a-t-il dit1 que l'homme soit trop solitaire et qu'il se livre trop sa pense et sa douleur4 ,il dvore alors son propre cur et il se tue ou devient fou4 migr pendant la ,terreur1 ,chnedoll parcourut la ,hollande et l',allemagne2 il visita1 ,coppet1 ,mme de ,stal1 et ce fut par son entremise que plus tard il put revenir en ,france4 ,a ,paris1 il entre en rapport1 et bientt en amiti1 avec ,chateaubriand2 prsent sa sur ,lucile1 veuve alors1 il conoit pour elle une affection profonde et forme le vu de s'unir cette femme si digne d'tre aime4 ,mais ce projet auquel1 sans l'encourager ouvertement1 ,chateaubriand n'tait pas dfavorable1 ayant chou par suite d'hsitations dlicates et d'un scrupule invincible de ,mme de ,caud1 le pote retombe dans les cruelles agitations de son me isole4 ,au mois de janvier #ahjd1 il crit son ami ,philibert ,gueneau de ,mussy3 ,pendant plus de trois mois1 j'ai pass les jours entiers bcher la terre1 et ce n'tait que par ce moyen que je pouvais rendre un peu de repos une imagination malade et sortie des voies de la nature4 ,maladie de l'imagination1 tel tait le terme auquel aboutissait une vie trop solitaire et trop renferme dans la contemplation intrieure4 ,cette affection fut grave2 cependant elle trouva de l'adoucissement dans le sentiment du devoir et dans la courageuse acceptation de l'preuve4 ,j'ai nomm tout l'heure ,lucile4 ,il faut parler ici avec plus d'tendue de cette femme malheureuse4 ,elle avait partag l'ducation svre et la mlancolie prcoce de son illustre frre4 ,par nature1 elle tait srieuse1 triste mme2 elle s'tait de bonne heure rfugie dans les ides religieuses4 ,il lui prenait1 dit ,chateaubriand1 des accs de penses noires que j'avais peine dissiper4 ,a dix-sept ans1 elle dplorait la perte de ses jeunes annes2 elle se voulait ensevelir dans un clotre4 ,tout lui tait souci1 chagrin1 blessure3 une expression qu'elle cherchait1 une chimre qu'elle s'tait faite1 la tourmentaient des mois entiers4 ,dans le triste manoir de ,combourg1 o ,lucile et son frre taient l'un pour l'autre un soutien et une consolation1 ses distractions taient celles que ,chateaubriand a dcrites avec tant de charme en retraant ses propres souvenirs3 ,jeunes comme les primevres1 tristes comme la feuille sche1 purs comme la neige nouvelle1 il y avait harmonie entre nos rcrations et nous4 ,sans prtention1 et seulement pour donner un libre cours un besoin de son esprit1 ,lucile s'essayait la posie1 mais une posie toujours mlancolique4 ,elle traduisait de ,job1 de ,lucrce1 les passages les plus empreints de tristesse2 elle adressait l'aurore et aux astres des invocations ossianiques que ,chateaubriand nous a conserves4 ,dans toute cette partie de sa vie1 la destine et le caractre de ,lucile sont les mmes que le caractre et la destine de son frre4 ,on aime suivre dans les ,mmoires ce dveloppement parallle de deux existences sorties de la mme source4 ,mais l'union si douce des premires annes se relcha bientt4 ,pendant que ,chateaubriand est entran au loin par sa fortune et son humeur1 sa sur reste en ,france et y continue obscurment l'existence laquelle elle a t initie avec son frre4 ,la ,rvolution passe sur ceux qui lui sont chers2 sa mre finit ses jours en prison2 d'autres1 parmi les siens1 prissent sur l'chafaud2 des dceptions de cur viennent s'ajouter ces douleurs4 ,c'est alors que1 reste veuve1 ,mme de ,caud rencontre dans la socit de son frre1 ,m4 de ,chnedoll4 ,celui-ci fait d'elle ce moment le portrait suivant3 ,son visage exprimait toujours la plus profonde mlancolie1 et ses yeux se tournaient naturellement vers le ciel comme pour lui dire3 ,pourquoi suis-je si malheureuse8 ,quelquefois elle sortait de cette profonde tristesse1 et se livrait des accs de gat et de grands clats de rire1 mais ces clats de rire faisaient sur moi la mme impression que le rire d'un homme attaqu par la folie3 ils conservaient par un contraste terrible toute l'amertume de la tristesse1 et sur ce visage si mlancolique la gat mme semblait malheureuse4 ,on put cependant croire un instant qu'elle allait consentir rpondre aux vux de ,chnedoll2 mais elle s'effrayait cette pense1 et se htait de reprendre son ami dsol l'espoir qu'elle avait pu lui laisser entrevoir4 ,quand le pauvre ,chnedoll insiste et tente un dernier effort1 ,lucile ne lui rpond plus4 ,singulire maladie1 trange renversement de la nature humaine que cet loignement pour son propre bonheur6 ,lorsque la religion touffe la voix de la nature1 qui tend sa conservation et son bien-tre1 cette uvre ne s'accomplit pas sans efforts et sans sacrifices2 ici l'effort serait en sens contraire2 pour ,mme de ,caud le sacrifice serait de consentir tre heureuse6 ,maintenant elle fait chaque jour un pas de plus vers l'abme4 ,aprs l'amour1 elle veut se dpouiller de l'amiti1 elle l'crit son frre4 ,elle trouve cependant encore du charme dans son affection1 dans sa prsence2 sa vue ranime ce cur bris par la souffrance1 mais elle ne s'abandonne qu' demi ce bonheur1 et une pense de dfiance1 une crainte secrte d'tre importune1 trouble la douceur de cette amiti4 ,dans cet tat1 tout flotte et tourbillonne dans son esprit1 et sa pense elle-mme lui chappe3 ,mon ami1 j'ai dans la tte mille ides contradictoires de choses qui me semblent exister ou n'exister pas1 qui ont pour moi l'effet d'objets qui ne s'offriraient que dans une glace1 dont on ne pourrait par consquent s'assurer1 quoiqu'on les vt distinctement4 ,je ne veux plus m'occuper de tout cela1 de ce moment-ci je m'abandonne4 ,on ne supporte pas longtemps un pareil vertige1 et ,lucile ne l'eut pas dsir4 ,quand on lui parlait des soins qu'exigeait sa sant3 ,pourquoi1 ma sant8 rpondait-elle2 je suis comme un insens qui difierait une forteresse au milieu d'un dsert4 ,elle se plaignait de la longueur de son preuve dans ces termes1 o la profondeur des sentiments atteint la vritable loquence3 ,comment ce cur qui est un si petit espace peut-il renfermer tant d'existence et tant de chagrins6 ,ses vux furent entendus3 le #i novembre #ahjd1 fut le terme de ses douleurs4 ,un don naturel de mlancolie1 accru par une vie triste et solitaire1 par des chagrins privs et par les malheurs publics1 telle est l'explication de la tristesse de ,mme de ,caud4 ,les mmes causes et les mmes effets se rencontrent1 quoique avec moins de violence1 chez une jeune femme de son temps et de son monde1 ,mme de ,beaumont4 ,ne avec une sant frle et une organisation dbile1 ,mme de ,beaumont fut atteinte dans ce qu'elle avait de plus cher par les crimes de la ,terreur4 ,pendant ces jours lugubres1 son pre1 ,m4 de ,montmorin1 ancien ministre des affaires trangres1 prit avec toute sa famille2 elle resta seule sur la terre4 ,son me avait ds lors1 et jamais1 contract le pli de la tristesse4 ,la correspondance de ,m4 ,joubert montre quel dcouragement1 quelle indiffrence pour la vie1 s'taient empars d'elle4 ,je suis bien aise de vous dire1 lui crit ,m4 ,joubert1 en #agie1 que je ne pourrai vous admirer mon aise et vous estimer tant qu'il me plaira1 que lorsque j'aurai vu en vous le plus beau de tous les courages1 le courage d'tre heureuse4 ,il faudrait1 pour y atteindre1 avoir d'abord le courage de vous soigner1 le dsir de vous bien porter et la volont de gurir4 ,je ne vous en croirai capable que lorsque vous aurez bien perdu votre belle fantaisie de mourir1 en courant la poste1 dans quelque auberge de village4 ,peut-tre1 en parlant ainsi1 ne croyait-il pas prophtiser si exactement qu'il le faisait la fin prochaine qui attendait ,mme de ,beaumont loin de sa patrie4 ,a ce moment1 elle avait encore quelques annes vivre4 ,quand la ,terreur eut cess1 quand la ,france retrouva un peu d'ordre et de calme1 ,mme de ,beaumont rentra ,paris2 elle ouvrit un salon dont ,chateaubriand fut bientt le centre4 ,mme de ,beaumont confiait au papier ses penses et ses impressions4 ,ce manuscrit montre chez elle une vie intrieure qui ressemble1 avec moins d'agitation cependant1 celle de ,mme de ,caud1 qui tait aussi son amie4 ,mme de ,beaumont analysait1 dans les lignes suivantes d'une lettre ,m4 ,joubert1 l'tat de son me vers cette poque3 ,je vous ferais piti3 j'ai retrouv ma solitude avec humeur2 je m'occupe avec dgot1 je me promne sans plaisir2 je rve sans charme1 et je ne puis trouver une ide consolante4 ,et ailleurs3 ,le repos6 j'en sens tout le mrite aujourd'hui1 sans en excepter celui qui est voisin de l'anantissement4 ,comme ,lucile1 ,mme de ,beaumont dsirait la mort3 elle fut exauce la premire4 ,partie l'automne de #ahjc pour ,rome1 elle n'en devait pas revenir2 elle mourut le #d novembre4 ,m4 de ,chateaubriand lui fit lever une magnifique spulture o elle tait reprsente couche sur le marbre et indiquant du doigt1 au-dessous du nom de ses proches tombs sous la hache rvolutionnaire1 cette plainte suprme1 qu'elle avait acquis le droit de rpter aprs ,rachel3 ,quia non sunt4 ,on lit aussi sur ce mausole un verset de ,job1 qu'elle rappelait souvent3 ,quare misero data est lux et vita his qui in amaritudine anim sunt8 ,lucile de ,chateaubriand1 ,pauline de ,montmorin1 rapproches par les malheurs de leur vie1 unies par une fin prmature1 ont pass peu de jours sur la terre2 mais leur trace1 conserve par l'amiti1 par l'amour et par le gnie1 ne s'effacera pas4 ,en elles1 nul sentiment qui ne brave la critique4 ,leur tristesse est exempte de cet gosme1 qui1 chez tant d'autres1 rabaisse ce sentiment4 ,loin de se rechercher elles-mmes1 elles se sont oublies et perdues dans leurs chagrins4 ,la mlancolie ne serait jamais une faiblesse coupable1 si elle tait toujours pratique ainsi4 ,mais aussi1 est-il beaucoup d'mes assez pures pour tre compares aux leurs8 ,il en est une1 peut-tre1 qui peut figurer ici sans former un contraste avec elles4 ,m4 ,ballanche fait videmment partie1 ds l'poque dont je m'occupe ici1 du groupe de ,chateaubriand4 ,il l'avait connu en #ahja1 dans un voyage qu'il avait fait ,paris4 ,il lui avait demand sa collaboration pour la publication d'une bible franaise avec des discours4 ,en #ahjd1 il l'avait accompagn dans une excursion la ,grande-,chartreuse avec ,mme de ,chateaubriand4 ,les tendances non moins que les incidents de sa vie le conduisaient1 d'ailleurs1 vers ,chateaubriand4 ,son enfance et sa premire jeunesse furent souffrantes et casanires4 ,arriv dix-huit ans1 il resta trois annes entires sans sortir de chez lui4 ,il lisait beaucoup ,jean-,jacques ,rousseau et ,bernardin de ,saint-,pierre1 et aimait crire4 ,il supporta sans trop d'angoisses le temps du sige de ,lyon1 mais la ,terreur qui suivit l'accabla4 ,il s'enfuit la campagne avec sa mre et il y subit toutes les privations4 ,revenu ,lyon aprs le #i thermidor1 il eut traverser une maladie pnible et une convalescence plus cruelle encore4 ,il parat avoir fait allusion ces preuves dans un passage de la ,vision d',hbal1 propos de ce jeune cossais que ,sainte-,beuve dit tre ,m4 ,ballanche ce qu',obermann1 ,adolphe et ,ren sont leurs auteurs4 ,un biographe1 qui fut en mme temps pour lui un ami1 malgr la diffrence des ges1 et qui tait bien fait pour le comprendre1 ,m4 ,jean-,jacques ,ampre s'exprime ainsi sur lui3 ,une adolescence maladive1 coule sous l'oppression de la ,terreur1 dans une ville dcime par elle1 et dans un des plus sombres quartiers de ,lyon1 laissa dans l'organisation de ,m4 ,ballanche1 quelque chose de douloureux et d'branl4 ,les souvenirs de ces jours nfastes lui inspirrent une pope en prose sur les martyrs de ,lyon pendant la ,rvolution4 ,il publia aussi1 en #ahja1 un volume intitul3 ,du ,sentiment1 considr dans la littrature et dans les arts4 ,on y remarque1 quoique souvent l'esprance y domine1 dit ,sainte-,beuve1 une pense lugubre qui est commune ,jean-,jacques et certains de ses disciples1 ,m4 de ,senancour en particulier3 c'est que la civilisation europenne et les cits dont elle s'honore1 destines prir1 feront place des dserts1 et que les voyageurs futurs s'y viendront asseoir avec mlancolie1 comme aux ruines de ,palmyre et de ,babylone4 ,ce travail avait soutenu le jeune ,ballanche4 ,mais l'exaltation qui l'avait produit1 succda une priode de tristesse et un grand abattement de cur4 ,le public1 distrait des choses littraires par la guerre d',italie1 ne s'tait pas occup de son livre4 ,des douleurs physiques taient venues se joindre ses ennuis1 et il est certain que ce fut le temps o cette me si douce fut le plus prs de l'amertume4 ,la disposition morale qu'il prouvait alors se montre dans son rcit d'une rencontre la ,grande-,chartreuse4 ,il rapporte une conversation entre un jeune mlancolique qui repousse toute science1 toute tentative humaine1 et un prtre tolrant qui maintient la science et la croit conciliable avec une religion leve4 ,il prte au jeune homme les penses les plus dsolantes sur la vie1 et il montre bien qu'elles lui taient habituelles lui-mme1 quand il ajoute3 ,le fond de cette me n'avait pas chapp tous4 ,ceux qui avaient pass par les mmes preuves l'avaient compris4 ,a la mme poque1 d'ailleurs1 il jetait un cri de dtresse qui ne pouvait laisser de doute sur la gravit de ses souffrances3 ,nous sommes deux misrables cratures1 crivait-il un ami3 un brasier est dans votre cur2 le nant s'est log dans le mien4 ,sous l'empire de ces tristesses1 il fut tent de chercher un asile suprme dans le sein de la religion4 ,ce projet n'eut pas de suite1 non plus qu'un autre bien diffrent1 un projet de mariage qu'il vit avec chagrin chouer1 et dont le regret lui a dict cette sorte d'lgie en prose qu'il a nomme les ,fragments 7#ahjh74 ,jugez de la profondeur de cette blessure3 ,nous serions bien moins tonns de souffrir1 dit-il1 si nous savions combien la douleur est plus adapte notre nature que le plaisir4 ,il n'y a de rel que les larmes4444 ,montrez-moi celui qui a pu arriver trente ans sans tre dtromp444 montrez-le moi6 ,un dluge de maux couvre la terre1 une arche flotte au-dessus des eaux1 comme jadis celle qui portait la famille du ,juste2 mais cette arche-ci est demeure vide1 nul n'a t digne d'y entrer4 ,plus tard1 ,ballanche revint une tristesse plus calme4 ,et lui-mme1 dans une belle composition1 le ,vieillard et le ,jeune ,homme1 s'est fait un devoir de combattre le penchant auquel il avait jadis cd4 ,mais il avait souffert1 comme l'a crit ,m4 ,ampre1 du mal de ,ren4 ,j'ai parl de ,m4 ,ampre4 ,c'est son pre lui-mme1 l'illustre savant1 que ,ballanche crivait3 ,un brasier est dans votre cur4 ,et1 en effet1 ,andr-,marie ,ampre avait une me passionne1 mais aussi tourmente4 ,ayant perdu la foi religieuse1 il n'avait pas tard sentir le vide de son absence4 ,descendu1 on l'a trs bien dit1 au fond de l'abme1 il chercha remonter vers le ciel1 et c'est un des spectacles moraux les plus intressants que celui qu'offrent les lettres o il nous peint ses regrets1 ses angoisses et ses aspirations renaissantes vers la religion4 ,il y a dans ses doutes1 dans ses souffrances1 dans ses affirmations retrouves1 quelque chose de cette crise qu'prouva ,pascal et qui l'puisa4 ,enfin1 il retrouva la foi pour ne la plus quitter4 ,chez lui1 de mme que chez les autres personnes d'lite auxquelles il m'a paru naturel de l'associer1 le mal du sicle tait dpouill de ses lments mauvais4 ,pur dans son origine1 il resta toujours inoffensif dans ses effets1 et ne se traduisit jamais par les audaces1 les rvoltes ou les faiblesses que nous avons eu1 que nous aurons encore1 signaler dans le cours de ce travail4 ,,vi ,senancour et ses disciples ,si la physionomie des deux principaux crivains que nous ayons jusqu' prsent tudis1 ,mme de ,stal et ,chateaubriand1 prsente des aspects varis1 si leur caractre et leurs uvres comportent des nuances nombreuses1 il n'en est pas de mme de ,m4 de ,senancour4 ,en lui tout est uniforme1 et une ombre de mlancolie enveloppe sa vie entire et ses crits4 ,sa vie d'abord4 ,enfant maladif et ennuy1 il est confi un cur de campagne1 aux environs d',ermenonville3 l1 il se plat aux souvenirs1 encore rcents alors1 que ,jean-,jacques ,rousseau a laisss dans ces lieux tmoins de ses derniers moments4 ,il se prend d'un got prcoce pour la solitude4 ,ce got1 il le nourrit plus tard ,fontainebleau1 o pendant le temps des vacances il promne ses jeunes rveries4 ,puis son humeur indpendante se trahit par un acte important4 ,ne se sentant aucune vocation pour l'tat ecclsiastique auquel on le destinait1 il se sauve en ,suisse1 pour y vivre d'une vie purement contemplative4 ,bientt la ,terreur qui rend la ,france inhabitable1 le fixe dans son pays d'adoption4 ,dans le mme temps1 il perd ses parents1 sa femme1 sa sant et sa fortune1 et se voit rduit chercher des moyens de vivre dans un travail qui lui rpugne4 ,cependant il retrouve assez de libert pour crire1 de #agih #ahjd1 ses ,rveries sur la nature primitive de l'homme1 et1 en #ahjd1 son livre d',obermann1 ouvrages qui1 par l'esprit gnral qui les anime1 par leur forme1 par le titre de l'un d'eux1 par l'emploi frquent de l'apostrophe1 rappellent l'influence de ,rousseau4 ,mais1 crire n'tait pour lui qu'un drivatif insuffisant ses douleurs4 ,on ne saurait dire de ses ouvrages comme de ceux de ,chateaubriand1 que leur auteur y soulageait ses chagrins par la verve qu'il dployait les dcrire4 ,philosophe plutt que pote1 il se contentait d'analyser fidlement ses impressions1 et des deux conditions que runissait l'auteur de ,ren en composant son roman1 l'entrain et la tristesse1 ,senancour n'a connu que la seconde4 ,j'achverai d'indiquer ici ce qu'il fut dans le reste de son existence4 ,il a continu sous la ,restauration sa vie cache et ses travaux philosophiques4 ,il a publi1 en #ahai1 les ,libres mditations d'un solitaire inconnu1 et1 en #ahcc1 le roman d',isabelle4 ,il resta toujours dans le gris a dit ,sainte-,beuve4 ,mais plus il avanait en ge1 plus il se tournait vers les sentiments religieux4 ,il est mort ,st-,cloud1 en #ahdf1 comme il avait vcu1 obscur1 isol2 on lit sur sa tombe ces mots3 ternit1 deviens mon asile6 ,je l'ai dit1 la triste monotonie de son existence se retrouve dans ses crits1 qui ne sont souvent qu'un journal de sa vie morale4 ,dans ses ,rveries1 quand il quitte les rgions abstraites pour faire un retour sur lui-mme1 on voit quel tait son esprit de rsignation1 et de dtachement4 ,douce et mlancolique automne1 s'crie-t-il1 saison chrie des curs sensibles et des curs infortuns1 tu conserves et adoucis les sentiments tristes et prcieux de nos pertes et de nos douleurs2 tu nous fais reposer dans le mal mme1 en nous apprenant souffrir facilement1 sans rsistance et sans amertume2 tout ton aspect dlicieux et funbre attache nos curs aux souvenirs des temps couls1 aux regrets des impressions aimantes444 ,automne1 doux soir de la vie1 tu soulages nos curs attendris et pacifis1 tu portes avec nous le fardeau de la vie4 ,ces sentiments apparaissent surtout dans son ouvrage capital1 dans ce livre d',obermann1 qui1 ce titre l'indique1 est1 je ne dirai pas le pome ou le roman1 mais la monographie de la solitude4 ,le solitaire qui en fait le sujet a quitt le monde pour se mieux conformer aux vues de la nature1 pour rompre avec tout ce qui peut1 au milieu de la socit1 contrarier la destine vritable de l'homme4 ,il a chapp par la fuite au joug d'une profession pratique qu'on lui voulait imposer2 il n'a pu renoncer tre homme pour tre homme d'affaires4 ,il s'est retir en ,suisse et il crit un ami rest en ,france4 ,il jouit d'abord de la libert qu'il a conquise1 en mme temps que de la beaut des lieux qu'il parcourt2 mais ce moment d'esprance et de bonheur passe vite4 ,une secrte inquitude se glisse dans son cur2 son indpendance mme1 ses loisirs lui psent2 l'inaction de ses facults devient pour lui une cause de souffrance4 ,on le voit passant une nuit entire1 absorb dans ses penses1 sur le bord d'un lac clair par la lune4 ,indicible sensibilit1 s'crie-t-il1 charme et tourment de nos vaines annes1 vaste conscience d'une nature partout accablante et partout inspire1 trouble1 passion universelle1 sagesse avance1 voluptueux abandon1 tout ce qu'un cur mortel peut contenir de besoins et d'ennuis profonds1 j'ai tout senti1 tout prouv dans cette nuit mmorable1 j'ai fait un pas sinistre vers l'ge d'affaiblissement1 j'ai dvor dix annes de ma vie4 ,heureux l'homme simple dont le cur est toujours jeune6 ,c'taient sans doute des heures funestes que celles qui s'coulaient ainsi2 mais peut-tre dans la violence mme de ces orages intrieurs existait-il encore je ne sais quelle pre jouissance4 ,aprs cette crise1 il n'y a plus pour ,obermann qu'un tat presque continu de langueur et d'ennui4 ,je ne veux plus de dsirs1 dit-il2 ils ne me trompent point4 ,je ne veux pas qu'ils s'teignent2 ce silence absolu serait plus sinistre encore4 ,cependant c'est la vaine beaut d'une rose devant l'il qui ne s'ouvre plus4 ,si l'esprance semble encore jeter une lueur dans la nuit qui m'environne1 elle n'annonce rien que l'amertume qu'elle exhale en s'clipsant2 elle n'claire que l'tendue de ce vide o je cherchais et o je n'ai rien trouv6 ,je suis seul1 les forces de mon cur ne sont point communiques1 elles ragissent dans lui1 elles attendent4 ,me voil dans le monde1 errant1 solitaire au milieu de la foule qui ne m'est rien1 comme l'homme frapp ds longtemps d'une surdit accidentelle et dont l'il avide se fixe sur tous ces tres muets qui passent et s'agitent devant lui4 ,cependant cette vie la fois inutile et malheureuse1 ,obermann ne comprend que trop qu'il lui importe d'en sortir4 ,le renversement subit de sa fortune lui fait1 d'ailleurs1 une loi de l'activit4 ,mais aucune considration ne peut triompher de son apathie et de son indcision4 ,dans le cours de ses mditations sur le meilleur parti prendre1 le dcouragement s'empare de lui1 et il en arrive envisager une solution suprme qui conviendrait son dsespoir4 ,il crit son ami3 ,des ides sombres1 mais tranquilles1 me deviennent plus familires4 ,je songe ceux qui1 le matin de leurs jours1 ont trouv leur ternelle nuit2 ce sentiment me repose et me console1 c'est l'instinct du soir4 ,il examine alors les objections qui s'lvent contre le suicide3 les devoirs envers l'amiti1 la patrie1 l'humanit4 ,il croit les rfuter par cette raison que1 quand on se sent incapable de remplir un rle dans le monde1 on peut quitter volontairement la vie1 et que le pouvoir de la socit ne va pas jusqu' interdire l'homme de disposer de lui-mme4 ,comme si l'tre le plus humble ne pouvait faire quelque bien sur la terre1 et si1 dfaut de la socit1 ,dieu ne lui imposait pas de rester la place o il l'a mis6 ,toutefois1 il ne dcide rien1 content de savoir qu'il lui reste1 contre l'excs de ses maux1 une ressource toujours prte4 ,il ne se peut dterminer ni vivre ni mourir4 ,il continue vgter4 ,sans doute1 il a encore de nobles aspirations1 mais il manque de la force ncessaire pour les raliser4 ,si quelque lueur inespre de bonheur brille un instant ses yeux1 elle s'vanouit bientt4 ,sa volont se soulve un instant1 puis retombe1 puise de son effort4 ,ainsi1 flottant sans cesse entre des aspirations striles et des dsirs impuissants1 le triste ,obermann parat prs de toucher au fond de l'abme4 ,toutefois1 il ne doit pas prir4 ,le salut lui apparat quand il renonce le chercher en lui-mme1 quand il songe srieusement ses semblables4 ,les projets utiles qu'il n'a pas encore eu le courage d'excuter1 il veut enfin les accomplir4 ,redevenu riche1 il forme un tablissement agricole qui fournit un noble aliment et son activit et sa bienfaisance4 ,outre ce gnreux emploi d'une partie de ses heures1 il en consacre une autre crire des leons de morale1 de philosophie1 qui puissent tre de quelque profit pour les hommes4 ,c'est alors que1 dpouill de toute illusion1 de toute passion intresse1 il trouve le calme et la paix qu'il avait si longtemps cherchs en vain dans la satisfaction de ses gots personnels4 ,tel est le remarquable trait d',obermann4 ,il ne clt pas les travaux de ,senancour sur la solitude1 et pour ne pas scinder l'tude de cet crivain1 je dirai quelques mots de ses derniers crits4 ,les libres mditations d'un solitaire inconnu renferment un grand nombre de pages consacres la description1 l'loge de la vie solitaire et l'analyse de ses effets sur l'me4 ,l'ouvrage est prcd par le rcit de la vie d'un homme qui aurait habit1 jusqu' l'ge avanc o il mourut1 une grotte de la fort de ,fontainebleau1 dans laquelle on aurait trouv le manuscrit mme des ,mditations4 ,ce vieillard convie chacun l'imiter4 ,il invite ceux qui sont rests dans le monde enfuir les bruyantes passions2 il voudrait voir se dvelopper des tablissements toujours ouverts aux hommes dsireux de la vie cnobitique4 ,cette solitude ne peut cependant tre que le partage du petit nombre2 il en est une autre plus accessible4 ,le philosophe inconnu en raconte les charmes2 selon lui1 elle procure l'esprit la modration et la sant1 l'oubli des choses vaines1 la continuit dans la possession de soi-mme4 ,voil sans doute de grands avantages1 et celui qui parle ainsi semble entirement satisfait de son tat4 ,cependant1 il ne le dissimule pas1 il reste en lui un fond d'inquitude1 un levain de chagrin et d'ennui toujours prt se soulever4 ,il ne peut l'touffer que par le travail1 quelquefois le plus rude2 pour dompter son me1 il faut qu'il puise ses forces physiques4 ,je me hterai1 dit-il1 de saisir la bche ou le rabot3 je ne les quitterai pas avant d'y tre contraint par le sommeil4 ,que de fois je me flicitai d'une vigueur qui me rendait cette diversion facile4 ,je plains celui dont la pense n'est pas moins active1 mais qui ces occupations et cette lassitude ne sauraient convenir2 c'est celui-l dont la vie est un pnible combat4 ,enfin1 au moment mme o il vient de se rjouir d'avoir pris le parti de la retraite1 il fait des aveux qui jettent un jour inattendu sur la fragilit du bonheur qu'il y a trouv4 ,je n'ai pas su me garantir de tous les carts de la pense3 la paix dont je jouis est prcaire2 je l'prouve quelquefois avec autant de honte que de dcouragement4 ,l'ennui revient1 il surmonte tout2 il renouvelle de faux besoins1 et je me sens inond d'amertume4 ,mais de tels instants sont rares2 la fatigue du corps puise l'activit trompeuse qui ne me laisserait apercevoir autour de moi que l'abandon et l'uniformit4 ,pas plus que dans les ,libres mditations1 le portrait de la solitude n'est flatt dans le roman d',isabelle4 ,isabelle est un pendant au livre d',obermann2 et on l'a justement appel un ,obermann en jupons4 ,la donne du roman est d'une grande simplicit4 ,a la suite d'vnements qu'il est inutile de rapporter1 une jeune fille du monde a rsolu de vivre dans une solitude complte4 ,elle espre y trouver un soulagement des regrets trs naturels4 ,sans compter sur le bonheur1 elle cherche du moins viter son contraire4 ,elle croit qu'elle n'est pas faite pour la vie ordinaire des femmes1 qu'elle n'a pas les dons ncessaires pour vivre dans l'tat de mariage1 et elle se promet de n'aimer jamais4 ,mais l'preuve de cette existence anormale est pnible pour elle1 et elle est bien loin d'y trouver la paix qu'elle en attendait4 ,bien vite dsabuse sur les suites de sa bizarre tentative1 elle ne fait rien cependant pour rentrer dans la vie commune4 ,elle ne sait pas plus supporter la situation qu'elle s'est faite1 que la rompre4 ,elle n'accepte ni ne repousse1 soit l'amour1 soit l'amiti1 et elle meurt n'ayant su remplir ni compltement1 ni temps1 les devoirs qui lui taient imposs4 ,sans entrer dans une analyse plus tendue1 citons quelques fragments de ses lettres3 ,que je souffre plus ou moins1 ce ne sera pas une diffrence relle dans le cours du monde4 ,que te dirai-je8 ,comment me faire entendre8 je ne connais pas bien ce que j'prouve1 et il est possible que j'aie peu de raison de croire ce dont je reste persuade444 tout m'obsde1 tout m'irrite4 ,c'est une fatigue qui redouble par intervalles2 c'est un dcouragement universel444 tout vient de ma faute1 ma perte sera mon ouvrage4 ,j'appartiens au malheur1 l'effroi me pntre1 je gagnerais maintenant cesser de vivre444 ,le rve dont je suis fatigue va-t-il finir8444 ,ds que nous avons pass la premire jeunesse1 ce n'est plus qu'un long dsastre3 ces regrets forment l'histoire du monde4 ,ces fragments suffisent pour faire connatre la triste ,isabelle4 ,personnage trange1 dont le caractre n'est pas d'accord avec le sexe1 cration confuse qui s'explique moins par le besoin1 chez ,senancour1 de peindre un type rel1 que par le penchant qui porte un auteur reproduire1 renouveler1 sous des aspects quelquefois peu varis1 le premier objet de son tude et de ses gots4 ,on aperoit maintenant l'unit qui prside l'existence et l'uvre de ,senancour4 ,on peut juger l'une et l'autre4 ,que dirai-je de sa vie8 ,sans doute1 des infirmits prcoces1 des pertes de famille et d'argent1 s'ajoutant au sentiment des malheurs publics1 taient de nature assombrir son caractre4 ,mais n'a-t-il pas travaill lui-mme son infortune1 en s'isolant volontairement1 en se drobant au train commun des choses pour lequel il ne se croyait pas fait1 et en se consacrant un genre de vie exceptionnel et contraire la destination de l'homme8 ,de ces premires fautes est ne peut-tre1 par une juste punition1 la srie ininterrompue des ennuis qui ont us les ressorts de son me4 ,toutefois1 s'il est dans une certaine mesure l'artisan de son malheur1 on ne peut l'accuser de s'y complaire4 ,sa solitude n'est pas oisive2 elle est1 au contraire1 remplie de labeurs o le travail du corps alterne avec celui de l'intelligence4 ,elle n'est pas non plus orgueilleuse1 car loin d'avoir la conscience de facults suprieures1 ,senancour souffre du sentiment de son insuffisance4 ,quant aux pages qui ont t le fruit de cette existence solitaire1 il faut blmer leur auteur de n'avoir pas repouss nettement la tentation du suicide et d'tre rest dans le doute sur cette question qui exige une rponse formelle4 ,mais1 reconnaissons-le1 jamais il n'attnue aucun des arguments qu'on lui peut opposer1 et il ne cherche pas pallier les cts faibles de ses thories4 ,a ct de son opinion sur le suicide1 il expose consciencieusement celle de son correspondant inconnu1 comme1 aprs avoir dcrit les bienfaits de la solitude1 il en rvle tous les maux1 avec une exactitude qui enlve au tableau qu'il en trace le prestige dangereux de ce sujet4 ,enfin1 une grande leon est rappele1 avec beaucoup de force dans ces livres de bonne foi4 ,chose remarquable3 tous les esprits sur lesquels la maladie du sicle a pass paraissent avoir compris1 aprs bien des recherches1 des aspirations et des fatigues1 que le bonheur qu'ils souhaitaient ne pouvait exister que dans un tat de l'me1 rgl par des habitudes fixes et paisibles4 ,jean-,jacques ,rousseau l'a crit le premier3 ,j'ai remarqu1 dans les vicissitudes d'une longue vie1 que les poques des plus douces jouissances et des plaisirs les plus vifs1 ne sont pourtant pas celles dont le souvenir m'attire et me touche le plus4 ,ces courts moments de dlire et de passion1 quelques vifs qu'ils puissent tre1 ne sont cependant1 et par leur vivacit mme1 que des points bien clair-sems dans la ligne de la vie4 ,ils sont trop rares et trop rapides pour constituer un tat2 et le bonheur que mon cur regrette n'est point compos d'instants fugitifs1 mais un tat simple et permanent1 qui n'a rien de vif en lui-mme1 mais dont la dure accrot le charme1 au point d'y trouver enfin la suprme flicit4 ,aprs lui1 ,zimmermann prconisait aussi1 comme le grand moyen de bonheur1 l'occupation dans le calme4 ,mais1 mieux encore que ces deux crivains1 ,chateaubriand a dit la mme chose par la bouche de ,ren3 ,on m'accuse d'avoir des gots inconstants1 de ne pouvoir jouir longtemps de la mme chimre1 d'tre la proie d'une imagination qui se hte d'arriver au fond de mes plaisirs1 comme si elle craignait d'tre accable de leur dure2 on m'accuse de passer toujours le but que je puis atteindre1 hlas6 je cherche seulement un bien inconnu dont l'instinct me poursuit4 ,est-ce ma faute si je trouve partout des bornes1 si ce qui est fini n'a pour moi aucune valeur8 ,cependant1 je sens que j'aime la monotonie des sentiments de la vie1 et si j'avais encore la folie de croire au bonheur1 je le chercherais dans l'habitude4 ,c'est cette mme solution de la paix par l'ordre que ,senancour vient apporter au problme du bonheur4 ,il nous faudrait1 fait-il dire ,obermann1 il nous faudrait une volupt habituelle et non des motions extrmes et passagres4 ,il nous faudrait la tranquille possession qui se suffit elle-mme dans sa paix domestique1 et non cette fivre de plaisir dont l'ivresse consumante anantit dans la satit nos curs ennuys de ses retours1 de ses dgots1 de la vanit de son espoir1 de la fatigue de ses regrets4 ,rencontre bien significative1 de plusieurs intelligences minentes des degrs divers4 ,mais chez ,rousseau1 chez ,zimmermann et chez ,chateaubriand1 cette conclusion n'est propose qu'avec timidit4 ,rousseau et ,zimmermann ont fini dsesprs1 et ,chateaubriand nous montre ,ren mourant dans l'impnitence finale de la mlancolie4 ,senancour ne tombe pas dans ces excs4 ,il fait plus qu'entrevoir la vrit qu'il a exprime1 il la dgage par une application pratique4 ,son ,obermann gurit en sortant de l'oisivet1 en rentrant en communication avec les hommes1 en travaillant pour eux1 en sacrifiant ses intrts leur bonheur2 et1 dans ses ,mditations1 on voit encore ,senancour combattre courageusement le dmon de la tristesse1 et1 quoiqu'il succombe quelquefois sous ses coups1 se relever1 du moins1 et se fortifier par la lutte4 ,malgr le caractre modeste de la vie et des crits que je viens d'apprcier1 une clbrit tardive n'a pas compltement fait dfaut ,senancour4 ,un ple rayon de gloire posthume est venu visiter son tombeau4 ,lui1 dont les uvres n'avaient occup jusque-l que quelques hommes de loisir et d'esprit dlicat1 a t1 enfin1 prsent au vrai public4 ,mme ,sand lui a consacr une tude enthousiaste qui a eu du retentissement et qui a donn1 en quelque sorte1 le mouvement l'opinion4 ,plus tard1 ,sainte-,beuve a parl de lui avec tendue1 avec loge4 ,un pote anglais1 ,m4 ,arnold1 lui a rendu hommage en de belles stances4 ,m4 ,auguste ,barbier a pris pour sujet d'une posie celui qu'il appelle ,le noble ,obermann2 et1 plus rcemment1 un autre crivain1 ,m4 ,ren ,bimont1 a intitul ,le petit-fils d',obermann1 un roman dans lequel il raconte les souffrances d'une me inquite4 ,quoiqu'il en soit1 ,senancour avait jet d'abord trop peu d'clat pour avoir1 de son vivant1 des disciples4 ,cependant1 si l'on n'avait tant abus de cette expression1 je dirais qu'il eut1 son insu1 des frres obscurs qui1 loin de lui et par une sorte d'inconsciente sympathie1 rappelaient ses murs et ses sentiments4 ,l'un de ces hommes tait ,maine de ,biran1 dont le nom a grandi depuis1 et1 comme celui de ,senancour lui-mme1 a fini par recueillir1 dans le monde philosophique1 une certaine illustration4 ,les affaires publiques qui ont pris une part considrable de la vie de ,maine de ,biran1 ne l'ont pas1 en effet1 occupe toute entire1 et mme dans les fonctions de l'tat1 et sur la scne politique1 il eut toujours un regard tourn en dedans de lui-mme4 ,a la vrit1 ces habitudes mditatives ne furent pas chez lui le rsultat d'un choix entirement libre3 elles furent en partie la raction force de la dissipation qui avait marqu sa jeunesse4 ,les rcentes publications dont il a t le sujet nous font connatre qu'il avait1 cette poque1 men une existence trs frivole4 ,sa mauvaise sant l'avait engag changer sa manire d'tre1 et il avait suivi ce conseil4 ,les vnements publics l'avaient aussi dtourn de la vie du dehors1 et ramen davantage la vie intrieure4 ,pendant la ,terreur1 il s'tait rfugi dans une terre loigne de ,paris4 ,cet asile lui offrait un double avantage3 il lui voilait le spectacle des folies sanguinaires qui dsolaient la ,france1 et il lui permettait de se consacrer l'tude de lui-mme4 ,il fut heureux de le retrouver en #agig1 lorsque le coup d'tat du #ah fructidor l'eut loign des assembles politiques1 o son opposition royaliste l'avait fait remarquer4 ,maine de ,biran s'occupe donc se voir vivre1 et cette contemplation ne lui donne pas toujours sujet de se rjouir4 ,il se plaint de n'avoir pas la direction de son me1 d'tre plutt passif qu'actif3 sa volont est chose variable2 il est oblig de reconnatre qu'elle est subordonne la partie matrielle de son tre1 qu'elle dpend quelquefois du temps ou de sa sant4 ,il est aussi un certain tat qu'il gmit d'prouver trop souvent3 ,en cet tat1 dit-il1 absolument incapable de penser1 dgot de tout1 voulant agir sans le pouvoir1 la tte lourde1 l'esprit nul1 je suis modifi de la manire la plus dsagrable4 ,je me rvolte contre mon ineptie1 j'essaie pour m'en sortir de m'appliquer diverses choses1 je passe d'un objet un autre2 mais tous mes efforts ne font que rendre ma nullit plus sensible4 ,il parle ailleurs de l'agitation ordinaire de sa vie intrieure1 de sa monotone existence2 enfin plus tard1 en #ahaa1 il constate avec regret l'affaiblissement de son imagination et il crit ce triste mot3 ,ma vie se dcolore peu peu4 ,a ces analyses d'impressions fugitives et de nuances dlicates1 ces confessions d'insuffisance morale1 ne reconnat-on pas le lien qui existe entre ,maine de ,biran et ,senancour8 ,comme ,senancour1 il aspirait la stabilit de l'me1 la permanence des sentiments intimes4 ,comme lui aussi1 il n'a trouv le calme qu'en donnant plus de place dans ses penses l'lment religieux1 en s'levant davantage vers l'esprit du christianisme2 et1 bien qu'il prouvt encore quelquefois de la difficult vivre au dedans comme au dehors il eut la consolation1 avant de mourir1 de saisir une foi laquelle il se tint fortement attach4 ,a ct de ,biran1 on peut mentionner ,gleizs1 personnage connu par son originalit et sa vie solitaire et indpendante1 qui a publi1 en #agid1 les ,mlancolies d'un solitaire2 en #ahjj1 les ,nuits lysennes4 ,ces crits sont des mditations sentimentales sur les clairs de lune1 les cimetires1 les ruines1 prsentes dans une prose potique et charge d'images exagres1 souvent tires de souvenirs bibliques4 ,un autre crivain1 qui s'est signal par son hostilit contre le gouvernement imprial et avait mme cru devoir s'exiler aprs le #ah brumaire1 pour viter d'tre compris parmi les victimes du coup d'tat1 ,thibaut de ,berneaud doit aussi trouver sa place ici4 ,avant ses nombreux ouvrages sur les sciences et surtout sur l'agriculture1 ,thibaut avait1 en #agih1 fait paratre ,un voyage l',ile des ,peupliers1 hommage ardent la mmoire et au gnie de ,rousseau1 dans le got de celui que lui avaient dj rendu ,mme de ,stal et ,m4 ,michaud4 ,on en prendra une juste ide par cet loge qu'en fait1 dans un style qui porte bien sa date1 un catalogue de libraire de son temps 7,lepetit1 palais du ,tribunat73 ,les amis de la nature1 de ,rousseau1 des lettres et de la vertu1 ne liront pas sans motion ce petit ouvrage o respire une me honnte1 et o se manifeste le talent de peindre la campagne et d'exprimer le sentiment4 ,enfin1 il convient de rappeler le nom oubli de ,cousin de ,grainville1 l'auteur du ,dernier homme 7#ahjc74 ,dans cet ouvrage qui nous montre le globe dessch1 us1 teint1 tendant une mort prochaine1 et le gnie de la terre fatigu de sa longue existence1 mais condamn vivre encore jusqu' ce que1 par la mort du dernier homme1 la terre entre enfin dans l'ternel repos1 dans ce vaste et sombre tableau1 on a retrouv l'expression agrandie de la tristesse d',obermann4 ,cette uvre1 du reste1 quoiqu'elle ft fort estime par ,bernardin de ,saint-,pierre1 et qu'elle ait eu plus tard de nombreux admirateurs1 avait t1 son apparition1 mal juge par le public1 et dans l'un des accs d'une maladie violente1 occasionne par son insuccs1 ,grainville s'tait prcipit dans la ,somme qui coulait au pied de sa maison et y avait trouv la mort4 ,tels sont les contemporains de ,senancour qui prsentent avec lui le plus de ressemblance1 et constituent ainsi son entourage ncessaire4 ,,vii ,les ,romanciers ,,ch4 ,,nodier4--,mme ,,de ,,flahaut4--,mme ,,de ,,krudener4 ,de ces esprits philosophiques aux romanciers proprement dits1 la distance est sensible1 bien que quelques-unes des uvres que nous avons dj parcourues soient dsignes sous le titre de romans4 ,mais les vritables romans eux-mmes offrent pour nous de l'intrt et ne doivent pas chapper notre examen4 ,on connat la vie de ,charles ,nodier4 ,on sait quelles furent son ducation intellectuelle1 et les vicissitudes de sa jeunesse4 ,avec le got des sciences naturelles1 il avait celui des lettres1 et il s'attacha aux littratures anglaise et allemande4 ,il se nourrit de ,shakespeare1 d',ossian1 d',young1 et se prit d'enthousiasme pour ,werther4 ,nodier a singulirement exagr les tribulations auxquelles l'exposa son attitude vis--vis du pouvoir4 ,cependant envelopp diffrentes reprises dans de petites chauffoures politiques1 et auteur de la violente satire intitule ,la ,napolone1 il dut1 tantt se retirer comme intern ,besanon1 tantt1 peut-tre par une prcaution inutile1 s'enfuir et errer dans le ,jura franais et en ,suisse4 ,au commencement de #ahjf1 il sjourna ,dle1 et y ouvrit un cours de littrature4 ,ce fut l qu'il connut ,benjamin ,constant1 qui avait dans cette ville une partie de sa famille4 ,leurs esprits souples et brillants1 dit ,sainte-,beuve1 leurs sensibilits promptes et demi-brises devaient du premier coup s'enlacer et se convenir4 ,que de sujets communs d'entretien entre eux6 ,que de gots semblables6 ,ils se virent beaucoup et il est permis de penser que ce ne fut pas sans une influence rciproque de l'un sur l'autre4 ,ils devaient se rencontrer encore plus tard pour se sparer de nouveau4 ,longtemps aprs1 ,nodier acheva1 loin de la politique1 une existence dsormais exempte de secousses1 et entoure d'une croissante clbrit4 ,dans la premire partie de cette carrire ingale1 il avait mis au jour de nombreux crits1 dont plusieurs doivent fixer pour quelques instants notre attention4 ,les ,penses de ,shakespeare 7#ahja71 comme les ,essais d'un jeune ,barde 7#ahjd71 sont tires de la mmoire et non de l'imagination de l'auteur4 ,l'pigraphe de ce dernier ouvrage est emprunte ,ossian2 le livre contient un chant funbre sur le tombeau d'un chef scandinave1 une traduction d'un chant de ,ramond intitul3 ,le ,suicide et les ,plerins1 et une sorte de romance de ,gthe1 ,la ,violette1 prcde d'une pense de ,senancour4 ,ce n'est qu'aprs ces diffrentes rminiscences que se lit un morceau sur la solitude compos par ,nodier4 ,encore1 cette pice ne se distingue-t-elle pas par une haute originalit4 ,le genre des ,tristes 7#ahjf7 ne diffre pas de celui des ,essais4 ,c'est aussi un recueil de pices en prose ou en vers1 le plus souvent imites de l'allemand ou de l'anglais1 et qui sentent le lecteur familier d',ossian et d',young1 le mlancolique glaneur dans les champs de la tombe4 ,toujours mmes couleurs parses1 mmes complaintes gares1 mme affreuse catastrophe4 ,la principale part d'invention dans cet crit consiste supposer que son auteur inconnu s'est tu d'un coup de lime au cur4 ,en somme1 ces diffrents opuscules n'taient en quelque sorte pour ,nodier que des rserves dans lesquelles il semblait dposer des matriaux pour l'avenir4 ,sut-il s'affranchir de ces souvenirs quand il prit la plume pour son propre compte8 ,russit-il tre tout fait lui-mme8 ,on en va juger en examinant ,les ,proscrits 7#ahjb7 et ,le ,peintre de ,saltzbourg 7#ahjc74 ,le cadre du roman de ,stella ou les ,proscrits a cot peu de frais l'imagination de l'auteur4 ,un jeune homme fuit sa patrie1 pour chapper la proscription de la ,terreur4 ,dans les montagnes o il cherche un asile1 il rencontre une jeune personne1 victime comme lui1 des fureurs rvolutionnaires1 et qui se cache dans une chaumire1 sous la garde d'une vieille servante4 ,comme on peut le prvoir1 il aime cette jeune personne qui rpond son amour1 et qui1 trop tard1 lui rvle qu'elle n'tait pas libre1 et meurt d'amour et de remords4 ,mais1 si la fable est peu complique1 les sentiments sont des plus violents1 et le dsespoir clate en manifestations outres3 ,j'ai beaucoup vcu1 nous dit le proscrit1 beaucoup souffert1 beaucoup aim1 et j'ai fait un livre avec mon cur444 ,c'est pour vous que j'cris1 tres imptueux et sensibles1 dont l'me s'est nourrie des leons de l'infortune4 ,dans cet appareil dclamatoire1 qui nous laisse assez froids1 il est bien facile de constater l'imitation4 ,werther est le vritable inspirateur du ,proscrit4 ,l'auteur ne se dfend pas de l'avoir pris pour modle1 et1 dans le cours du roman1 il en parle en plusieurs endroits4 ,introduit dans la demeure d'un ami1 le proscrit y trouve d'abord la ,bible1 ,klopstock1 ,shakespeare1 ,richardson1 ,rousseau2 mais coutons la suite3 ,lovely me pressa doucement la main1 me fixa d'un air mystrieux1 tira de son rayon une boite d'bne1 l'ouvrit avec prcaution et en ta un volume envelopp dans un crpe4--,encore un ami1 dit-il1 en me le prsentant3 c'tait ,werther4 ,je l'avouerai1 j'avais vingt ans et je voyais ,werther pour la premire fois6 ,lovely remua la tte et soupira4--,je lirai ton ,werther1 m'criai-je6--,vois1 dit-il1 comme ces pages sont uses4 ,quand je vins parcourir ces montagnes1 cet ami m'tait rest2 je le portais sur mon cur1 je le mouillais de mes larmes2 j'attachais tour tour sur lui mes yeux et mes lvres brlantes1 je le lisais tout haut et il peuplait ma solitude4 ,ainsi sur trois ou quatre personnages que contient le roman en voici dj deux qui adorent ou vont adorer ,werther2 ,stella appartient au mme culte4 ,bien plus1 c'est le livre de ,werther qui devient le trait d'union entre ,stella et le proscrit4 ,la premire fois que celui-ci rencontre la jeune femme1 elle tait assise dans la campagne et lisait2 en le voyant1 elle avait laiss tomber son livre2 mais la conversation engage tant devenue embarrassante1 elle l'avait repris et le volume intelligent s'tait ouvert justement l'endroit o ,werther voit ,charlotte pour la premire fois4 ,le proscrit qui n'tait pas en retard1 lui prsente aussitt l'exemplaire dont il tait toujours muni depuis la scne prcdente4 ,encore ,werther1 dit-il4--,l'ami des malheureux1 rplique ,stella2 et grce cette communaut de lecture1 l'intimit fait entre eux de rapides progrs4 ,en un mot1 ce roman n'est qu'une glorification de ,werther2 on n'y parle1 on n'y sent que d'aprs ,werther1 et les malheurs particuliers des hros du livre de ,nodier ne sont gure qu'un prtexte pour crire un pastiche littraire4 ,les mmes observations peuvent s'appliquer au ,peintre de ,saltzbourg4 ,ici encore1 l'imitation de ,werther est flagrante4 ,le hros1 qui est ,allemand1 parle de sa rsolution de consacrer son cher ,werther une fosse d'herbe ondoyante comme il l'a souvent dsire4 ,il y a plus1 dans une prface de #ahdj1 ,nodier a reconnu que le type de ,charles ,munster tait emprunt cette merveilleuse ,allemagne1 la dernire patrie des posies et des croyances de l',occident1 dont l'influence littraire commenait se faire sentir en #ahjc malgr un gouvernement peu sentimental et dispos traiter de ridicule le langage de la rverie et des passions1 cette expression mlancolique d'une me tendre qui cherche sa pareille en pleurant et qui pleure encore aprs l'avoir trouve parce que toutes les joies du cur ont des larmes1 et cet lan de sensibilit qui est tente de tout et que rien ne satisfait4 ,il est vrai que ,nodier affirme aussi qu'il s'identifiait alors avec son modle1 et qu'il y avait tant de vrit au fond de cette fiction1 dans ses rapports avec son organisation particulire1 qu'elle lui faisait prvoir jusqu' des malheurs qu'il se prparait1 mais qu'il n'avait pas encore subis4 ,cependant1 en crivant ce livre1 il parat avoir obi surtout au besoin de reproduire un genre littraire allemand4 ,mais il faut noter que1 dans cette circonstance1 il voyait un peu l',allemagne travers une contrefaon franaise1 puisque son roman fut plus particulirement inspir1 nous dit-il1 par la lecture du chant de ,schwarzbourg de ,ramond1 qu'il a mme traduit presque littralement en vers4 ,pour justifier les remarques qui prcdent1 il suffit de rsumer quelques traits de ce ,journal d'un cur souffrant1 sous-titre qui rappelle encore les souffrances du jeune ,werther4 ,rien dire des rles secondaires1 si ce n'est qu'un des comparses a recours au suicide pour chapper ses chagrins2 le principal personnage seul mrite une courte analyse4 ,charles ,munster est une victime des discordes politiques2 il est exil2 de plus1 il souffre d'un amour malheureux4 ,il se dpeint ainsi lui-mme3 ,a vingt-trois ans1 je suis cruellement dsabus de toutes les choses de la terre1 et je suis entr dans un grand ddain du monde et de moi-mme1 car j'ai vu qu'il n'y avait qu'affliction dans la nature et que le cur de l'homme n'tait qu'amertume4 ,son chagrin1 d'ailleurs1 est le plus souvent calme2 il ne s'arrte pas la tentation du suicide1 et1 s'il forme quelque vu d'amour dsespr1 il l'oublie vite4 ,il vit le plus souvent seul avec la nature4 ,renouvelant l'expression de ,ren sur le retour de la saison des temptes1 il se promet plus de ravissement de l'hiver que des beaux jours1 et il se plat en tracer le tableau4 ,cependant1 la fin1 le malheur use ses forces1 et l'pilogue1 ajout son journal par une main amie1 nous le montre se rendant une abbaye o il veut finir ses jours ayant les cheveux pars1 la barbe longue1 le teint hve1 les yeux gars1 et1 malgr la rigueur de la saison1 ne portant pour vtement qu'une espce de tunique grossire1 ferme sur la poitrine avec une ceinture de laine en un mot1 portant les traces d'une profonde alination d'esprit4 ,enfin1 l'auteur nous apprend qu' la suite d'un dbordement du ,danube1 on a retrouv son corps inanim aux pieds des murs du couvent1 dans lequel il allait chercher un dernier asile4 ,je ne jugerai pas le ,peintre de ,saltzbourg4 ,charles ,nodier l'a fait mieux que personne ne le saurait faire4 ,aux gens d'esprit1 c'est peine perdue de conter leurs dfauts4 ,ils les savent de reste1 et sont les premiers1 sinon s'en corriger1 du moins s'en accuser4 ,il est donc convenu1 de bonne grce1 que son roman pchait en runissant au suprme degr les deux grands dfauts de l'cole germanique1 la navet manire et l'enthousiasme de la tte4 ,et n'a-t-il pas fait mieux8 ,ne s'est-il pas amus nous donner de sa propre main la parodie des ,werther et des d',olban8 ,dans un rcit1 d'ailleurs beaucoup trop libre1 intitul3 ,le dernier chapitre de mon ,roman1 et qui est de la mme anne que le ,peintre de ,saltzbourg1 il nous introduit dans une runion de ce temps1 un bal la ,socit ,olympique1 et aprs avoir pass en revue quelques personnages remarquables1 il en dcrit un autre qui1 le chapeau rabattu1 les bras croiss et l'air pensif1 s'gare tristement de groupe en groupe sans adresser la parole qui que ce soit4 ,ce jeune homme porte un pantalon jaune et un habit bleu de ciel1 pour avoir une conformit de plus avec ,werther dont il a fait son hros4 ,le roman de ,gthe tant tomb dans ses mains alors qu'il avait vingt ans1 il conut le projet d'en faire le guide de sa conduite4 ,ds ce moment1 il s'occupa exclusivement de toutes les tudes qui pouvaient le rapprocher de son modle4 ,a une ,charlotte prs1 l'imitation tait dj frappante de vrit2 mais il tait bien dcid complter la ressemblance1 et son imagination spleenetique se familiarisait tous les jours de plus en plus avec le fatal dnoment4 ,enfin1 il ne s'agissait plus que de dcouvrir son hrone et de fixer la dure de l'attaque4 ,il compulsa toutes les ditions de ,werther pour se dterminer sur ce point essentiel4 ,mais ce plan si bien conu n'a pu s'excuter4 ,le pauvre jeune homme n'a pas russi tre malheureux en amour4 ,il lui a donc fallu renoncer devenir tout fait un ,werther4 ,tel est le badinage o se joue ,nodier1 et qui prouve la justesse de ce qu'on a dit de lui3 ,il y a de l',arioste dans ce ,werther4 ,sachons-lui gr1 d'ailleurs1 de n'avoir pas pouss l'imitation de ,gthe et de ,ramond jusqu' clbrer avec eux le suicide4 ,contre cette coupable folie1 il cherche une arme dans la religion2 et1 dans un autre crit de cette mme anne #ahjc1 les ,mditations du clotre1 signalant les ravages qu'ont faits parmi ses contemporains la hache des bourreaux et le pistolet de ,werther1 il s'adresse au pouvoir1 et1 dans un mouvement1 cette fois parti du cur1 il jette1 peu prs comme l'avait fait ,senancour1 ce cri des temps troubls3 ,cette gnration se lve et vous demande des clotres6 ,concluons3 si ,nodier appartient l'cole de la mlancolie1 il n'y appartient que sous certaines rserves4 ,nanmoins1 il conserva toujours quelque rminiscence de ses dbuts4 ,a l'poque mme o1 dgag des liens dans lesquels il s'tait plu s'envelopper1 il exprime des ides et des sentiments plus originaux1 lorsque1 sous la ,restauration et depuis1 il donne au public des romans1 des nouvelles tirs de son propre fonds1 on y retrouve la trace de ses anciennes habitudes4 ,dans le roman de ,clmentine1 il dclare tre en sympathie de sentiments avec un certain ,maxime ,odin1 dont il retrace l'ardeur inquite4 ,il n'est presque aucun de ses ouvrages qui ne se termine par un dnouement violent2 la mort inopine est le ,deus ex machin de tous ces rcits1 et la liste de ses hrones n'est gure qu'un long martyrologe4 ,il est certain que1 dans l'imagination de l'aimable conteur1 il tait toujours rest un petit coin pour le lugubre et le tnbreux4 ,si la mesure et le naturel manquent souvent ,nodier1 ces qualits se retrouvent chez deux femmes qui1 comme lui1 et la mme poque1 se sont fait connatre par des romans4 ,l'une est l'auteur d',adle de ,snanges 7#agic7 et je n'en veux dire qu'un mot4 ,dans ce rcit compos en ,angleterre1 au milieu des plus cruels chagrins de famille1 des douleurs de l'migration et des treintes de la gne1 ,mme de ,flahaut met en scne un anglais1 le jeune lord ,sydenham1 qui se dclare atteint d'une mlancolie qui le poursuit et lui rend importuns les plaisirs de la socit4 ,ce caractre est un mlange de l'anglais de ,caliste qui l'avait prcd1 et d',oswald qui l'a suivi4 ,mais il est peine indiqu4 ,en traitant un sujet peu prs semblable1 ,mme de ,krudener y apporta plus de dveloppement4 ,c'est d'elle que j'ai maintenant parler4 ,mme de ,krudener tait ne ,riga4 leve dans ce pays un peu sauvage1 elle en avait beaucoup aim la nature svre et triste4 ,elle vint ,paris au mois de juin #aghi4 ,elle avait alors vingt-trois ans4 ,elle tait la fois amie du luxe et de la simplicit1 et au milieu de sa vie lgante1 elle trouvait le temps d'aller visiter ,bernardin de ,saint-,pierre1 dans son humble retraite du faubourg ,saint-,marceau4 ,plus tard1 elle fit un sjour ,lauzanne1 et bientt se lia avec la socit qui entourait ,mme de ,stal4 ,mais les vnenements du dehors devaient venir la poursuivre dans cet asile bienveillant4 ,comme tant d'autres trangers illustres1 elle ressentit les effets de nos malheurs4 ,l'invasion franaise de #agih la fora s'loigner de la ,suisse4 ,elle y revint cependant quand le torrent eut pass2 elle revint aussi en ,france1 et ce fut ,paris qu'elle publia1 au mois de dcembre #ahjc1 avec un brillant succs1 le roman de ,valrie4 ,plus tard1 et de retour dans sa patrie1 cette femme qui avait connu tous les orages de la passion1 tonna le monde par une conversion clatante1 et aprs des incidents divers qui lui donnrent1 dans quelques grands faits de l'histoire de l',europe1 un rle important1 elle succomba1 en #ahbd1 l'excs de rigueurs asctiques qui avaient min sa sant4 ,mais au moment o elle crivait ,valrie1 ,mme de ,krudener tait loin de ces hauteurs mystiques1 et les divers incidents de sa vie pouvaient expliquer une disposition mlancolique4 ,cette disposition se personnifie dans ce roman moins en ,valrie elle-mme1 qu'en celui qui l'aime1 ,gustave de ,linar4 ,ce jeune homme a toujours eu le got de la vie solitaire4 ,un fragment du journal que tenait sa mre nous le dpeint ainsi3 ,il se promne souvent seul1 beaucoup avec ,ossian1 qu'il sait presque par cur4 ,un singulier mlange d'exaltation guerrire et d'une indolence abandonne aux longues rveries1 le fait passer tour tour d'une vivacit extrme une extrme tristesse qui lui fait rpandre des larmes4 ,plus tard1 lui-mme crit3 ,le comte trouve que je ressemble beaucoup mon pre1 que j'ai dans mon regard la mme mlancolie2 il me reproche d'tre1 comme lui1 presque sauvage1 et de craindre trop le monde4 ,en effet1 son imagination le reporte vers les montagnes o s'est coule son adolescence4 ,ernest1 crit-il1 de ,luben1 son fidle ami1 plus que jamais elle est dans mon cur1 cette secrte agitation qui tantt portait mes pas vers les sommets escarps des ,roullen1 tantt sur nos grves dsertes4 ,ah6 tu le sais1 je n'y tais pas seul3 la solitude des mers1 leur vaste silence ou leur orageuse activit1 le vol incertain de l'alcyon1 le cri mlancolique de l'oiseau qui aime nos rgions glaces1 la triste et douce clart de nos aurores borales1 tout nourrissait les vagues et ravissantes inquitudes de ma jeunesse4 ,que de fois dvor par la fivre de mon cur1 j'eusse voulu1 comme l'aigle des montagnes1 me baigner dans un nuage et renouveler ma vie6 ,que de fois1 j'eusse voulu me plonger dans l'abme de ces mers dvorantes1 et tirer de tous les lments1 de toutes les secousses une nouvelle nergie1 quand je sentais des feux qui me consumaient6 ,et il ajoute3 ,ernest1 j'ai quitt tous ces tmoins de mon inquite existence1 mais partout j'en retrouve d'autres2 j'ai chang de ciel1 mais j'ai emport avec moi mes fantastiques songes et mes vux immodrs4 ,une nature si ardente et si tendre devait tre pour l'amour une proie facile3 ,gustave subit le charme de ,valrie1 et la violence de l'amour combattu altre gravement sa sant4 ,la maladie du corps cde enfin1 mais le mal moral n'est pas guri4 ,il se plaint d'tre inutile et incompris1 de porter avec lui un principe qui le dvore4 ,il entrevoit sa mort prochaine2 elle lui sourit comme le terme de son malheur4 ,mais ce dnouement1 il ne cherche pas le prcipiter4 ,son affection filiale1 ses sentiments religieux le lui dfendent4 ,il supportera donc la vie1 mais il ne peut plus soutenir la vue de ,valrie3 la prudence1 l'honneur lui ordonnent de la fuir4 ,il cherche et trouve un instant de repos la ,grande-,chartreuse de ,b444 d'o il repart pour les ,apennins4 ,il y crit ces lignes3 ,ne me plains pas1 ,ernest1 la douleur sans remords porte en soi une mlancolie qui a pour elle des larmes qui ne sont pas sans volupt4 ,chaque moment ne tombe pas tristement sur mon cur2 souvent il y a des repos1 des intervalles o une espce d'attendrissement1 une vague rverie qui n'est pas sans charme vient me bercer4 ,mais pour avoir son charme et sa volupt1 la tristesse n'en brise pas moins le cur1 et ,gustave rend enfin le dernier soupir1 soutenu par la religion et par l'amiti4 ,ce ne fut un mystre pour personne dans le monde o vivait ,mme de ,krudener1 que les personnages du roman de ,valrie taient emprunts1 pour la plus grande partie1 la ralit4 ,comme ,valrie est ,mme de ,krudener elle-mme1 ,gustave de ,linar est un certain ,alexandre de ,stakief qui prouva pour elle une grande passion4 ,il se peut que plusieurs des impressions que l'auteur prte ce jeune homme1 quand il parle de ses vieux souvenirs et de son got pour la nature1 soient des rminiscences des impressions que ,mme de ,krudener avait gardes de sa propre enfance1 et qu'elle se soit plus d'une fois exprime par la bouche de ,gustave aussi bien que par celle de ,valrie2 mais on ne peut douter que son mlancolique ,scandinave1 comme on l'a appel1 n'ait vraiment exist avec la physionomie que lui donne le roman2 et c'est cela que le hros de ,valrie doit ce cachet de personnalit qui le distingue de ses devanciers et de ses successeurs4 ,mais en prenant pour sujet de son uvre ce type nouveau de la maladie du sicle1 ,mme de ,krudener n'a pas suivi les inspirations du hasard2 elle a obi ses prfrences intimes1 et l'on peut en conclure qu'elle appartenait au mme ordre d'esprits que celui dont elle a trac un si vivant tableau4 ,reconnaissons d'ailleurs son roman1 comme celui de ,mme de ,flahaut1 ce mrite que leur morale est irrprochable1 qu'ils ont su concilier la mlancolie et la vertu1 et que dans la lutte entre le devoir et la passion1 c'est au devoir qu'ils ont donn l'avantage4 ,cette exception1 rare dans la littrature que nous tudions1 mritait d'tre signale4 ,on ne la retrouve pas dans l'crit clbre que je vais examiner4 ,l'tude des romanciers m'amne1 en effet1 parler de ,benjamin ,constant4 ,dj1 j'ai prononc son nom propos des amis de ,mme de ,stal2 mais par la nature et par la date de celui de ses ouvrages que je veux surtout examiner1 c'est ici seulement que je devais m'en occuper avec quelque tendue4 ,,viii ,benjamin ,constant ,benjamin ,constant est n ,lausanne4 lev d'abord par un pre dont la froideur apparente comprimait la tendresse1 il suit les universits d',angleterre et d',allemagne4 ,de bonne heure il se trouve introduit dans l'intimit d'une femme distingue1 mais alors morose1 isole1 dont il a t question plus haut1 ,mme de ,charrire2 avec elle il aborde dans de longues conversations et sous toutes ses faces le problme de notre destine4 ,sa jeunesse1 d'ailleurs1 n'est pas exempte de folies4 ,instruit par une exprience prcoce des tristesses de la vie comme de ses charmes1 il en est dj rassasi1 et l'abus de l'analyse le conduit railler tous ses sentiments1 et sa raillerie elle-mme4 ,un jour en #aghg1 il s'chappe de la maison paternelle pour courir en ,angleterre4 ,de ,douvres1 il crit ,mme de ,charrire3 ,je me reprsentai1 moi1 pauvre diable1 ayant manqu tous mes projets1 plus ennuy1 plus malheureux1 plus fatigu que jamais de ma triste vie4 ,je me figurai ce pauvre pre tromp dans toutes ses esprances1 n'ayant pour consolation dans sa vieillesse qu'un homme aux yeux duquel1 vingt ans1 tout tait dcolor1 sans activit1 sans nergie1 sans dsirs1 ayant le morne silence de la passion contrarie1 sans se livrer aux lans de l'esprance qui nous ranime et nous donne de nouvelles forces4 ,j'tais abattu1 je souffrais1 je pleurais4 ,si j'avais eu l mon consolant opium1 c'et t le bon moment pour achever1 en l'honneur de l'ennui1 le sacrifice manqu par l'amour4 ,mais ces paroles amres qui se terminent par une allusion une rcente aventure de jeunesse1 sont bientt corriges par une sorte de dmenti orgueilleux que ,benjamin ,constant donne l'aveu de sa faiblesse3 ,ne vous inquitez absolument pas de ma situation3 moi je m'y amuse comme si c'tait celle d'un autre4 ,l'anne suivante on le retrouve chambellan d'un prince allemand et se faisant plus d'un ennemi par la libert de son humeur4 ,puis il se marie4 ,quel est l'tat de son me en ces annes8 ,je sens plus que jamais le nant de tout444 ,je suis quelquefois mlancolique devenir fol1 d'autres fois mieux1 jamais gai ni mme sans tristesse pendant une heure444 ,je suis parvenu un point de dsabusement tel1 que je ne saurais que dsirer si tout dpendait de moi1 et que je suis convaincu que je ne serais dans aucune situation1 plus heureux que je le suis 7#agij et #agia74 ,a propos d'orangers que ,mme de ,charrire voulait planter1 il lui dit3 ,je ne veux rien voir fleurir prs de moi2 je veux que tout ce qui m'environne soit triste1 languissant et fan4 ,et ailleurs3 ,j'ai crit il y a longtemps au malheureux ,knecht3 je passerai comme une ombre sur la terre entre le malheur et l'ennui4 7#ag septembre #agia74 ,mais ces sentiments taient-ils bien sincres8 non1 et il l'avoue ailleurs3 ,je suis las1 s'crie-t-il1 le #ag mai #agib1 je suis las d'tre goste1 de persifler mes propres sentiments1 de me persuader moi-mme que je n'ai plus ni l'amour du bien1 ni la haine du mal4 ,puisqu'avec toute cette affectation d'exprience1 de profondeur1 de machiavlisme1 d'apathie1 je ne suis pas plus heureux1 au diable la gloire de la satit6 ,je rouvre mon me toutes les impressions2 je veux redevenir confiant1 crdule1 enthousiaste1 et faire succder ma vieillesse prmature1 qui n'a fait que tout dcolorer mes yeux1 une nouvelle jeunesse qui embellisse tout et me rende le bonheur4 ,cependant1 il revient vite aux habitudes contraires1 la seconde nature qu'il s'est donne4 ,le #ag dcembre #agib1 il se dpeint encore blas de tout1 ennuy de tout1 amer1 goste1 avec une sorte de sensibilit qui ne sert qu' le tourmenter2 mobile au point d'en passer pour fol1 et sujet des accs de mlancolie qui interrompent tous ses plans4 ,et ,chnedoll qui le rencontrait ,coppet1 en #agig1 disait de lui3 ,il n'y a plus l ni cur1 ni enthousiasme4 ,le reste de cette vie agite appartient l'histoire4 ,je rappellerai seulement qu'exil en #ahjc1 il se rfugia en ,allemagne1 o il frquenta les crivains en vogue4 ,ce fut pendant la dure de l',empire et pendant les loisirs qu'elle lui fit1 qu'il conut et qu'il composa le roman d',adolphe1 publi seulement en #ahaf4 ,adolphe est un jeune ,allemand4 ,il vient d'achever l',universit de ,gttingue de brillantes tudes menes de front avec une vie mal dirige4 ,ds cette poque1 il porte en lui un germe de tristesse et d'ennui qu'il attribue la socit de son pre1 homme gnreux1 mais rigide auprs duquel il n'prouvait que de la contrainte1 et surtout de longs entretiens avec une femme ge et mcontente de la vie1 vivant retire dans son chteau n'ayant que son esprit pour ressource et analysant tout avec son esprit4--,pendant prs d'un an1 dit ,adolphe1 dans nos conversations inpuisables1 nous avions envisag la vie sous toutes ses faces et la mort toujours pour terme de tout1 et aprs avoir tant caus de la mort avec elle1 j'avais vu la mort la frapper mes yeux4 ,cet vnement m'avait rempli d'un sentiment d'incertitude sur la destine et d'une rverie vague qui ne m'abandonnaient pas4 ,je trouvais qu'aucun but ne valait la peine d'aucun effort4 ,c'est dans cette disposition qu'il consume au fond d'une petite ville une existence sans utilit et sans attrait4 ,son esprit ironique lui attire des inimitis dans un monde o la convention et l'usage dcident de tout4 ,mais en mme temps il y rencontre une ,polonaise clbre par sa beaut1 quoiqu'elle ne ft plus de la premire jeunesse4 ,par un sentiment de vanit1 joint un vague dsir de bonheur1 il dsire lui plaire1 et mme1 entran par son imagination1 il croit l'aimer4 trange contradiction1 peine se voit-il aim lui-mme qu'il pressent le terme de ce qu'il a pris pour de l'amour4 ,dans la liaison qu'il a contracte1 il ne tarde pas voir moins le bonheur qu'il a souhait1 que la dpendance laquelle il s'est soumis4 ,l'assiduit qu',ellnore demande lui devient une gne4 ,pourtant il ne s'loigne pas d'elle1 et quand son pre le rappelle auprs de lui1 sur les instances d',ellnore1 il sollicite un dlai de quelques mois4 ,mais peine a-t-il obtenu ce sursis qu'il le regrette1 et n'y voit plus que la prolongation de son esclavage4 ,alors clate entre eux un change de dures rcriminations et une scne violente qu'il dplore aussitt qu'il l'a provoque4 ,cependant le terme fix par son pre est arriv4 ,il part4 ,se rjouit-il de sa libert reconquise8 ,nullement4 ,il n'a jamais mieux senti le prix d'une intimit qui est devenue ncessaire son existence1 et bientt il renoue dans un autre lieu les liens qu'il avait tant souhait de rompre4 ,clum non animum mutat4 ,faut-il suivre pas pas l'histoire de cette triste union8 ,alternatives incessantes de disputes et de rconciliations2 fatigue1 chez l'un1 d'un joug qu'il n'a pas la force de secouer2 chez l'autre1 amertume d'un amour qu'elle sait n'tre pas partag2 opposition toujours renaissante de deux caractres incompatibles fatalement runis1 de deux existences inconciliables qui ne se peuvent sparer3 tel est le thme sur lequel se droulent les variations du livre4 ,le dnouement fatal arrive enfin2 ,adolphe crit son pre qu'il consent se sparer d',ellnore4 ,cet engagement pris1 il en redoute dj l'accomplissement4 ,mais la lettre mme qui le contient est remise ,ellnore4 ,celle-ci ne peut survivre ce coup1 et ne tarde pas expirer4 ,adolphe retrouve alors toute l'tendue de sa solitude2 tranger toute la terre1 il regrette le temps o sa vie avait un intrt et se rflchissait dans une autre4 ,une sorte de conclusion de l'ouvrage nous apprend qu'il ne ft plus que vgter1 qu'il ne st faire aucun usage de la libert qu'il avait si souvent invoque1 prouvant ainsi qu'on peut bien changer de situation1 mais qu'on transporte dans chacune le tourment dont on esprait se dlivrer2 et que1 comme on ne se corrige pas en se dplaant1 l'on se trouve seulement avoir ajout des remords aux regrets1 et des fautes aux souffrances4 ,quelle est la porte de ce rcit8 ,je ne m'arrterai pas l'assertion de l'auteur qui dclare n'avoir eu d'autre prtention que de convaincre deux ou trois amis runis la campagne de la possibilit de donner une sorte d'intrt un roman dont les personnages se rduiraient deux1 et dont la situation serait toujours la mme4 ,fausse modestie1 coquetterie d'crivain qu'il est facile de dmasquer4 ,adolphe n'est pas une uvre de fantaisie1 mais une composition rpondant un sentiment profond4 ,quand au sujet mme de ce roman1 il importe de le prciser4 ,or ,benjamin ,constant ne nous cache pas qu'il a voulu montrer le mal que font prouver mme aux curs arides les souffrances qu'ils causent1 et cette illusion qui les porte se croire plus lgers ou plus corrompus qu'ils ne le sont4 ,le caractre que l'auteur a voulu peindre est donc l'aridit du cur4 ,qu'on ne s'y trompe pas en effet1 l'loignement d',adolphe pour ,ellnore n'est pas un accident vulgaire1 un simple prtexte pour mettre en uvre le combat qui s'agite chez ,adolphe entre l'gosme et le dvouement2 c'est le trait distinctif1 c'est le fond mme d'une personnalit4 ,les querelles quotidiennes qui rendent intolrables les rapports d',adolphe et d',ellnore n'ont rien de commun avec les dissensions qui punissent souvent les unions irrgulires si exploites de nos jours par le roman et le thtre et qu'on est convenu de qualifier du nom de chane4 ,ce qui rend souvent ces sortes d'associations si pesantes pour l'une des deux parties1 et quelquefois pour toutes les deux1 c'est le besoin de recouvrer son indpendance pour l'aliner de nouveau1 c'est l'inconstance plus que la satit4 ,mais reprendre son cur peine donn1 sans arrire-pense de le donner ailleurs1 voir l'amour s'teindre en soi avant d'avoir puis sa flamme1 et s'efforcer en vain de le ranimer1 c'est un destin bien diffrent et un sujet nouveau dans la littrature4 ,pendant longtemps l'amour1 ses motions1 ses joies1 sa puissance1 n'avaient-ils pas dfray la prose et la posie8 ,ne le montrait-on pas toujours suprieur aux obstacles qui se dressaient contre lui8 ,aussi il semblait qu'il ne pt tre utilement combattu que par lui-mme1 et que l'amour de ,dieu pt seul vaincre l'amour humain4 ,l'cole des mlancoliques avait bien commenc affaiblir le prestige de l'amour par son ddain plus ou moins affect pour les motions communes4 ,toutefois l'altration maladive de nos facults aimantes n'avait pas t directement tudie avant l'apparition d',adolphe4 ,ce livre est par excellence le roman de l'impuissance du cur4 ,cet tat chez ,adolphe avait plusieurs causes3 sa jeunesse avait d'abord t austre1 puis trs dissipe et la ralit trop tt connue avait tu en lui l'idal4 ,il avait1 de plus1 reu aprs les enseignements de l'esprit allemand les leons d'une femme sceptique1 et cette fleur d'illusion1 qui est peut-tre indispensable dans l'amour1 n'avait pas rsist au souffle d'une impitoyable analyse4 ,ainsi se trouve explique l'infirmit morale d',adolphe4 ,il ne reste qu' rechercher si ce personnage est un tre fictif ou s'il a t copi d'aprs nature4 ,on a sur ce point un tmoignage dcisif4 ,une lettre crite au moment de l'apparition du roman1 le #ad octobre #ahaf1 par ,m4 de ,sismondi la comtesse d',albany1 nous donne la clef des pseudonymes du livre4 ,aprs avoir parl du plaisir qu'il prenait le lire1 il ajoutait3 ,je crois bien que j'en ressens plus encore1 parce que je reconnais l'auteur chaque page1 et que jamais confession n'offrit mes yeux un portrait plus ressemblant4 ,il fait comprendre tous ses dfauts1 mais il ne les excuse pas1 et il ne semble point avoir la pense de les faire aimer4 ,il est trs possible qu'autrefois il ait t plus rellement amoureux qu'il ne se peint dans son livre3 mais quand je l'ai connu1 il tait tel qu',adolphe1 et1 avec tout aussi peu d'amour1 non moins orageux1 non moins amer1 non moins occup de flatter ensuite et de tromper de nouveau1 par un sentiment de bont1 celle qu'il avait dchire4 ,il a videmment voulu loigner le portrait d',ellnore de toute ressemblance4 ,il a tout chang pour elle1 patrie1 condition1 figure1 esprit4 ,ni les circonstances de la vie1 ni celles de la passion n'ont aucune identit2 il en rsulte qu' quelques gards1 elle se montre dans le cours du roman tout autre qu'il ne l'a annonce4 ,cette apparente intimit1 cette domination passionne1 pendant laquelle ils se dchiraient par tout ce que la colre et la haine peuvent dicter de plus injurieux1 est leur histoire l'un et l'autre4 ,cette ressemblance seule est trop frappante pour ne pas rendre inutiles tous les autres dguisements4 ,de ces rvlations curieuses1 que ,sismondi poursuit et applique aux personnages secondaires du roman1 on me permettra de ne retenir que ce qui concerne ,adolphe1 et de laisser de ct ce qui regarde ,ellnore1 bien que le masque de ce personnage ait t souvent lev par d'autres mains4 ,qu'importe ici le nom de cette femme8 ,la supposition de ,sismondi son gard est-elle1 d'ailleurs1 certaine8 ,il est oblig de convenir que tout a t chang dans les circonstances qui entouraient le modle4 ,qui empche de supposer que ce modle ait t emprunt quelque autre souvenir de la vie de ,benjamin ,constant8 ,quand on questionnait celui-ci sur les originaux d',adolphe1 il rpondait qu'il s'agissait d'une femme1 qu'il nommait1 que ,chateaubriand a appele la dernire des ,ninon1 qui avait t lie1 sous le ,consulat1 un homme du monde et laquelle ,benjamin ,constant avait t lui-mme attach4 ,il parat qu'en effet la situation tait bien la mme que celle attribue ,ellnore4 ,gardons-nous donc de dsignations indiscrtes et tmraires4 ,mais le mme scrupule ne saurait nous arrter dans l'indication du hros du livre2 hros que ,sismondi avait assez approch pour le reconnatre avec sret3 quoique le cadre adopt par l'auteur soit de tout point imaginaire1 ,adolphe est son portrait4 ,benjamin ,constant a souffert du mal qu'il a dcrit4 ,il n'a pu aimer1 et il a jou la comdie de la passion4 ,il l'a joue peut-tre par commisration pour la femme qui l'aimait1 car comme l'indique ,sismondi et comme le dit aussi ,mme de ,stal qui1 dans ,delphine1 a reprsent ,benjamin ,constant sous les traits d',henri de ,lebensei1 il tait plus accessible que personne la piti2 mais cette piti tait strile3 elle s'usait en vaines motions1 et en vux superflus4 ,nous pouvons ajouter qu'il resta toujours ce que nous l'avons vu jusqu'ici1 plein de contrastes et de versatilit2 que son me fltrie ne refleurit jamais2 qu'il porta l'amer souvenir de cette vie si dvaste1 si orageuse qu'il avait lui-mme mene contre tous les cueils avec une sorte de rage2 que1 sous l'influence de ,mme de ,krudener1 il voulut croire et essaya de prier2 qu'il se soumit mme1 selon le prcepte de ,pascal1 aux formes extrieures de la pit2 mais qu'il demeura jusqu'au bout partag entre des aspirations phmres et des regrets impuissants4 ,on l'a vu1 pour ,benjamin ,constant1 comme pour ,adolphe1 et sauf les diffrences qui existent entre le roman et la biographie1 cet tat tait le rsultat d'une philosophie dissolvante1 d'une jeunesse trop mancipe succdant une enfance trop comprime1 enfin d'une existence nomade souvent mle au mouvement mlancolique de l',angleterre ou de l',allemagne4 numrer les lments divers qui ont concouru la formation de ce caractre1 c'est prononcer sur l'homme en qui on les voyait runis4 ,une distinction s'tablit naturellement entre ceux qu'apportrent les circonstances extrieures1 et ceux que des fautes personnelles y ont ajouts4 ,benjamin ,constant ne peut chapper au blme qu'il a encouru certains gards que parce qu'il se l'est inflig lui-mme l'avance dans quelques-unes des lignes que nous avons cites4 ,cet homme minent est donc un nouvel et irrcusable exemple de la maladie du sicle1 et je puis dire qu'il n'en est pas le moins douloureux4 ,,ix ,les jeunes ,gens ,nous avons parcouru une double srie de personnages1 les uns qu'on peut appeler les princes de la mlancolie1 les autres formant ceux-ci comme un cortge4 ,avons-nous cependant tout dit sur leur poque8 ,non1 derrire les figures plus ou moins illustres dj cites1 on dcouvre toute une foule innome1 marque du mme sceau qu'elles4 ,proxima deinde tenent msti loca4 ,plusieurs documents viennent jeter de la lumire sur cette lgion d'inconnus qui appartiennent tous la jeunesse4 ,dans un ouvrage intitul3 ,lettres ,westphaliennes1 ,mme de ,h41 publi sous les initiales ,r4 ,m41 le chevalier de ,romance-,mesmon crivait1 la date du #e juillet #agif1 les lignes suivantes3 ,toutes les imaginations sont en feu44444 ,pas de jeune fille qui ne veuille tre une ,julie1 pas un amant qui ne se croie un ,werther1 sa mort prs cependant1 que peu s'empressent d'imiter4444 ,jamais cette affection de l'me qu'on nomme sensibilit ne fut exalte autant que dans notre sicle2 jamais le sentiment ne fut aussi analys1 aussi dlicat2 cela peut se remarquer mme dans ses influences physiques1 par la prodigieuse quantit de maladies nerveuses qui se voit tous les jours4 ,les gens qui sont organiss d'une manire si irritable ont les passions plus vives44444 ,on pourrait les nommer la secte des sentimentaux4 ,a leur tte1 je placerais ,jean-,jacques ,rousseau4 ,nodier dit aussi1 qu'alors une jeune fille romanesque1 sentimentale et nerveuse n'tait pas une exception4 ,tel tait l'tat de beaucoup de jeunes esprits pendant la ,rpublique4 ,fut-il diffrent sous l',empire8 coutons le langage d'un juge comptent3 ,maintenant1 dit ,m4 ,gueneau de ,mussy1 dans une ,vie de ,rollin1 publie en #ahje1 maintenant1 le jeune homme1 jet comme par un naufrage l'entre de sa carrire1 en contemple vainement l'tendue4 ,il n'enfante que des dsirs mourants et des projets sans consistance4 ,il est press de souvenirs et il n'a plus le courage de former des esprances4 ,il se croit dsabus et il n'a plus d'exprience4 ,son cur est fltri et il n'a point eu de passions4 ,comme il n'a pas rempli les diffrentes poques de sa vie1 il ressent toujours1 au dedans de lui-mme1 quelque chose d'imparfait qui ne s'achvera pas4 ,ses gots et ses penses1 par un contraste affligeant1 appartiennent la fois tous les ges1 mais sans rappeler le charme de la jeunesse1 ni la gravit de l'ge mr4 ,sa vie entire se prsente comme une de ces annes orageuses et frappes de strilit1 o l'on dirait que le cours des saisons et l'ordre de la nature sont intervertis2 et1 dans cette confusion1 les facults les plus heureuses se sont tournes contre elles-mmes4 ,la jeunesse a t en proie des tristesses extraordinaires1 aux fausses douceurs d'une imagination bizarre et emporte1 au mpris superbe de la vie1 l'indiffrence qui nat du dsespoir2 une grande maladie s'est manifeste sous mille formes diverses4 ,ceux-mmes1 qui ont t assez heureux pour chapper cette contagion des esprits1 ont attest toute la violence qu'ils ont soufferte2 ils ont franchi brusquement toutes les poques du premier ge qu'ils ont tonn par une maturit prcoce1 mais sans y trouver ce qui avait manqu leur jeunesse4 ,ce que ,m4 de ,mussy dit de la jeunesse des collges peut1 dans une certaine mesure1 s'appliquer galement celle des tablissements d'ducation trangers l'tat4 ,m4 de ,lamartine nous a ouvert un jour intressant sur le collge de ,belley o il fut lev1 et o il se trouvait avec ,raymond de ,virieu et ,louis de ,vignet4 ,il rapporte qu'un jour1 c'tait en #ahjf1 ,xavier de ,maistre avait envoy de ,russie ,mme de ,vignet le manuscrit de son ,lpreux de la cit d',aoste1 qu'il venait de composer1 mais qui ne devait tre publi en ,russie qu'en #ahaa1 et vritablement connu en ,france qu'en #ahag4 ,celle-ci l'avait communiqu son fils ,louis2 et les trois amis1 ,lamartine1 ,virieu et ,vignet1 avaient emport dans une promenade le prcieux manuscrit et en avaient dvor les pages mouvantes4 ,lamartine avait termin la lecture au milieu d'un profond silence4 ,nous nous levmes alors1 ajoute-t-il1 nous rejoignmes nos camarades1 et nous reprmes avec eux la descente de ,virieu-le-,grand4 ,mais cette lecture nous avait mis sur le front un sceau de mlancolie et de gravit qui n'tait pas de notre ge et qui distinguait notre poque de celles qui nous prcdaient et qui nous suivaient4 ,il y avait donc1 dans l'motion des jeunes lecteurs du ,lpreux1 plus que l'impression cause par le rcit d'une grande infortune2 on y sentait l'effet d'une disposition intime et permanente qu'il tait intressant de noter4 ,nous verrons plus tard combien cela tait vrai pour ,lamartine2 il nous apprend qu'il en tait de mme pour ,louis de ,vignet4 ,celui-ci savait par cur1 nous rapporte son illustre ami1 ,les ,nuits d',young et les sublimes passages de ,werther1 d',atala1 de ,ren4444 ,en tout1 c'tait la figure de ,werther1 amoureux1 pensif1 dsespr1 tel que le capricieux gnie de ,gthe venait de le jeter dans l'imagination de l',europe1 pour y vivre longtemps de ses larmes et de son sang4 ,jamais la mlancolie maladive n'incarna son image plus complte sur des traits humains que dans cette figure4 ,on ne pouvait rester ni lger1 ni indiffrent en le voyant2 il semblait porter un secret de tristesse4 ,ailleurs1 ,lamartine est encore revenu la mmoire de ,vignet1 et en a fait un portrait potique1 o ce jeune homme1 n dans les jours sombres1 et lev au milieu des paysages svres de la ,savoie1 nous apparat dans l'attitude d'une plaintive rverie4 ,ces rvlations prouvent qu'une sorte de nostalgie s'tait empare de la jeunesse1 sans distinction entre le caractre des maisons o l'instruction lui tait distribue4 ,il parat qu' cet gard1 du moins1 on y rencontrait un mme esprit4 ,mais je ne pense pas qu'une si triste unit puisse tre regrette par personne4 ,il ne faudrait pas croire1 qu'chapps des collges1 les jeunes gens entrassent dans une phase dfinitive de sant morale4 ,si beaucoup d'entre eux se jetaient dans la vie militaire et si des ides de gloire chassaient de leur cerveau les rveries maladives1 il en tait aussi qui1 dans l'oisivet qui les touffait1 conservaient1 comme l'a dit ,nodier1 un besoin profond et douloureux d'preuves1 d'agitations1 de souffrances et surtout de changement4 ,sans doute1 dans les manifestations de cette maladie1 il faut faire la part de l'exagration1 de la mode4 ,il parat bien que1 parmi ceux qui se montraient atteints du mal du temps1 un assez grand nombre cherchait seulement exciter l'intrt4 ,l'observateur1 dont j'ai reproduit un passage sur la secte des sentimentaux1 ajoutait3 ,les sentimentaux ont leurs hypocrites1 comme les vrais dvots ont leurs ,tartuffes4 ,plus tard1 dans le numro1 dat du #c octobre #ahab1 de l',hermite de la ,chausse-d',antin1 ,m4 de ,jouy1 parlant de la demeure de ,jean-,jacques ,rousseau ,montmorency1 et constatant les hommages priodiques dont elle tait l'objet1 faisait ces curieuses remarques3 ,j'aurais assez mauvaise opinion1 je l'avoue1 de celui qui parcourerait avec indiffrence cette habitation d'un grand homme1 mais ce respect pour l'auteur de quelques beaux crits empche-t-il de trouver excessivement ridicule cette dame qui vient tous les ans1 pareil jour1 cet hermitage clbre pour s'y rouler par terre avec des spasmes convulsifs1 comme en prouvaient certains dvots sur le tombeau du diacre ,pris8 ,empche-t-il de trouver un peu d'exagration dans ces larmes que j'ai vu verser par une jeune mre et sa fille dans la chambre d'un homme qui mit ses enfants l'hpital8 ,empche-t-il de rire de cette foule de plerins qui ne sont venus l que pour inscrire leurs noms sur les murailles du jardin1 et jusque sur le buste du hros1 dont la joue droite est couverte tout entire par le nom de ,m4 ,thot8 ,la mme affectation se retrouve dans certaines habitudes sociales1 par exemple dans le costume4 ,en gnral1 on imitait les vtements autant1 ou plus que les passions de ses hros4 ,le plus flatteur triomphe d'un jeune ,france en ce temps-l 7#agig71 consistait obtenir des parents de porter l'habit bleu de ciel et la culotte jaune de ,werther4 ,ainsi1 la convention se substituait souvent au naturel1 mais1 au fond1 le mal n'existait que trop rellement4 ,x ,les ,etrangers ,,angleterre4--,,allemagne4--,,italie4 ,pendant que la ,france prsentait ce regrettable spectacle1 quel tait au dehors l'tat des esprits8 ,c'est ce qu'il importe de rechercher ici1 pour tre mme d'apprcier l'influence que notre pays a pu recevoir du dehors4 ,l',angleterre voyait alors fleurir un pote illustre qui devenait le chef incontest de l'cole de la mlancolie1 et qui fondait mme celle du dsespoir4 ,j'ai nomm lord ,byron4 ,investi encore enfant d'un titre aristocratique1 il prend possession dix-huit ans d'un vaste manoir1 d'une antique abbaye solitaire4 ,d'abord1 il s'abandonne toute la fougue de son naturel2 mais il parat vite se lasser de ses folies1 et tout jeune encore1 il se montre dj blas4 ,ayant prodigu tout son t dans le beau mois de mai1 ne pouvant plus voir refleurir en lui la fracheur du cur1 il contemple avec une triste indiffrence le monde qui s'ouvre devant lui4 ,profondment irritable1 avide d'originalit1 il rompt en visire avec quiconque gne ou contrarie ses gots2 il brave1 il excite plaisir l'opinion publique4 ,il affecte de n'avoir jamais eu qu'un ami qu'il a perdu1 et cet ami qu'tait-il8 un chien4 ,adolescent1 il aimait les courses vagabondes travers les bois et les montagnes de son pays2 homme fait1 un instinct inquiet1 un besoin de mouvement et de nouveaut1 l'aiguillon enfin de l'ennui le poussent vers des pays lointains4 ,il parcourt la ,france1 la ,suisse1 l',italie1 la ,grce4 ,tantt on le voit sur une frle embarcation dfier la tempte au milieu du lac ,lman2 tantt1 au galop de son cheval1 il dvore les plages de l',adriatique2 tantt1 il tente la nage la traverse de l',hellespont1 fatale ,landre4 ,mais ni le plaisir1 ni les voyages ne l'arrachent son incurable tristesse4 ,il ne fait que changer le thtre de ses chagrins1 et pour achever cette existence courte et trouble il va se battre pour la libration de la ,grce1 et il meurt au moment o il se prpare attaquer la citadelle de ,lpante4 ,homme extraordinaire par la hauteur1 par l'nergie du caractre autant que par le don de posie1 mais se rapprochant du vulgaire par ses passions1 il prsente un mlange d'lments disparates qui ne sont pas galement avouables1 mais il a cherch s'entourer aux yeux du public d'une grandeur idale et n'a pas craint d'en emprunter le caractre un type maudit4 coutez comme dix-huit ans il parle de sa destine3 ,ah6 dit-il1 quoique je sois d'un naturel hautain1 bizarre1 imptueux1 domin par le caprice1 la proie de mille erreurs qui prparent ma chute1 je voudrais tomber seul4 ,ainsi ses yeux sa perte est invitable2 il est l'instrument d'une puissance surnaturelle et il s'y rsigne4 ,les tmoins de son sjour ,coppet1 ont remarqu qu'il tenait paratre amer1 sarcastique1 prenant plaisir scandaliser par des propos irrligieux le puritanisme de la socit de ,genve1 enfin qu'il s'amusait se donner des airs sataniques4 ,lui-mme raconte qu'un jour son apparition dans le salon de ,mme de ,stal1 une dame anglaise s'vanouit1 ou prtendit s'vanouir1 et que toutes les personnes prsentes firent une mine1 comme si sa majest satanique tait entre dans la chambre4 ,quand ,mme ,lamb eut compos son ,glenarvon o elle peint ,byron sous les traits d'un ,don ,juan insolent et cruel et comme une figure infernale1 ,byron n'hsita pas autoriser la publication de ce roman qui flattait en lui un amour-propre bien singulirement plac4 ,du reste1 son genre de beaut favorisait cette transfiguration4 ,son front noble et lev semblait le sige d'une intelligence plus qu'humaine1 et il n'tait pas jusqu' cette difformit lgre qui dparait un de ses pieds1 qui ne concourt son prestige1 en rappelant l'ide de quelque ange foudroy1 gardant les marques de la chute qui l'a prcipit du ciel4 ,c'est aussi pour le type infernal que sa prdilection s'accuse dans ses premiers crits4 ,on connat son portrait de ,conrad dans le ,corsaire2 il y avait dans son ddain le sourire d'un dmon que suscitaient la fois des motions de rage et de crainte1 et l o s'adressait le geste farouche de sa colre1 l'esprance s'vanouissait et la piti fuyait en soupirant44444 ,solitaire1 farouche et bizarre1 si son nom rpandait l'effroi1 si ses actions tonnaient1 ceux qui le craignaient n'osaient le mpriser4 ,lara est le digne frre de ,conrad4 ,il y avait en lui un mpris continuel de tout1 comme s'il avait essuy dj ce qui peut survenir de pire4 ,il vivait tranger sur la terre1 comme un esprit errant et rejet d'un autre monde4 ,livr des passions ardentes1 leurs ravages avaient sem la dsolation sur ses pas1 et n'avaient laiss ses meilleurs sentiments qu'un trouble intrieur et les rflexions cruelles qu'inspire une vie agite par les temptes4 ,quand ,manfred1 que je ne puis sparer de ,conrad et de ,lara1 bien qu'il n'ait vu le jour qu'aprs #ahae1 son dsespoir est plus immense encore4 ,le pote l'a plac au milieu d'une scne fantastique4 ,c'est au sommet des ,alpes1 c'est dans la rgion des glaces et de la foudre que ,manfred agit et parle4 ,il ose dfier les lments et entrer en lutte avec les esprits4 ,c'est une sorte de ,faust auquel celui de ,gthe n'a pas t inutile1 quoique ,byron s'en soit dfendu1 et n'ait avou pour son uvre de rapport de filiation qu'avec le promthe d',eschyle2 mais c'est un ,faust gigantesque et dmesur4 ,au dbut1 dirai-je de ce pome ou de ce drame8 ,manfred veut en finir avec la vie4 ,il fait appel aux forces destructives de la nature3 il montre les vapeurs qui s'amoncellent autour des glaciers2 les nuages qui se forment sous ses pas en flocons blanchtres et sulfureux1 semblables l'cume qui jaillit au-dessus des abmes infernaux1 dont chaque vague bouillonnante va se briser sur un rivage o les damns sont runis comme les cailloux sur celui de la mer4 ,tromp dans l'accomplissement de son vu d'anantissement1 ,manfred voit apparatre la fe des ,alpes1 il lui raconte sa vie passe1 sa jeunesse solitaire1 comment il descendait dans les caveaux pour interroger la mort1 et par quelle tude des sciences secrtes1 il s'tait familiaris avec les esprits qui peuplent l'infini4 ,il prit enfin1 mais conservant jusque dans la mort son indomptable fermet1 et son arrogance monstrueuse4 ,manfred1 ,lara1 le ,corsaire1 forment donc une trilogie qui1 avec quelques variantes1 offre un personnage unique tenant plus du dmon que de l'homme4 ,on ne saurait en douter1 dans ces productions tranges1 ,byron a voulu placer quelques-uns des traits sous lesquels il aimait se montrer lui-mme4 ,sans doute1 on peut dire avec ,m4 ,montgut qu'il est impossible de voir en elles des types humains1 ni des types du temps prsent4 ,sans doute1 les proportions de ces personnages sont excessives4 ,mais en les dpouillant des exagrations de forme dont l'auteur les a entours1 ils figurent le caractre ennuy1 chagrin et hautain qu'affichait lord ,byron4 ,dans ses autres uvres1 le pote a tempr sa manire4 ,il a renonc l'appareil de la terreur2 mais ses hros sont toujours attrists4 ,qui ne connat ce portrait de ,childe ,harold8 ,avant que le premier terme de sa vie fut pass1 ,harold prouva le got de la satit4 ,il avait parcouru tous les ddales du vice1 sans jamais rparer ses torts4 ,or1 ,childe ,harold avait le cur malade4 ,il voulait s'loigner de ses compagnons de dbauche2 on dit que parfois une larme brillait dans ses yeux sombres et humides1 mais l'orgueil l'y glaait souvent4 ,il allait errer seul l'cart et dans une rverie sans charme4 ,il rsolut enfin de quitter sa patrie444 ,rassasi de plaisirs1 il soupirait presque aprs le malheur3 pour changer de thtre1 il serait descendu volontiers mme dans le sjour des ombres4 ,tel est l'tat de spleen dans lequel il entreprend son plerinage o je ne le suivrai pas4 ,je remarquerai seulement que son passage en ,suisse fournit au pote l'occasion d'exprimer son admiration pour ,rousseau dont il recueille pieusement les traces dans les lieux illustrs par son souvenir4 ,inutile d'ajouter1 d'ailleurs1 que ,childe ,harold par son ennui reprsente ,byron lui-mme4 ,le mme type apparatra plus tard dans son ,don ,juan4 ,au premier aspect1 le ,don ,juan de ,byron ne parat tre qu'un jeune homme amoureux du plaisir et de l'action4 ,il ne court pas1 comme d'autres ,dons ,juans1 la recherche d'un idal de bonheur qui le fuit sans cesse4 ,cependant au milieu du rcit de ses entranements divers1 combien il sme d'amres rflexions6 ,quelle ironie intarissable vis--vis des principes de la morale universelle1 des convictions communes1 de toutes ces choses qui font battre le cur des simples honntes gens6 ,dans ces panchements de verve sarcastique1 est-ce le pote qui parle8 ,est-ce seulement le personnage auquel il donne la vie8 ,c'est ce que la trame du pome ne permet pas toujours de distinguer4 ,mais1 qu'importe8 ,au fond1 et quoiqu'il s'en dfende1 ,byron et ,don ,juan se tiennent par des liens troits1 et l'on doit mme dire que l'auteur s'est bien mieux et plus fidlement dpeint dans cette cration et dans celle de ,childe ,harold1 que dans les conceptions violentes et drgles sorties d'abord de son ardente imagination4 ,ainsi1 sous des formes diverses1 c'est toujours le mme sentiment que dcrit ,byron1 et il est vrai de dire1 comme ,macaulay3 ,jamais crivain n'eut sa disposition une aussi vaste source de mpris1 d'loquence et de dsespoir4 ,ce qui est moins vident c'est la sincrit de ce dsespoir4 ,l'minent compatriote de ,byron1 que je viens de citer1 a dit ce sujet3 ,il est permis de douter qu'il ait jamais exist1 ou qu'il puisse jamais exister un homme rpondant la description qu'il nous a laisse de lui-mme2 mais il est incontestable que ,byron n'tait pas cet homme-l4 ,il est ridicule de supposer qu'un homme dont l'esprit aurait t vritablement imbu de mpris pour ses semblables1 aurait publi chaque anne trois ou quatre volumes pour le leur dire1 ou qu'un homme qui aurait pu affirmer en toute sincrit qu'il ne recherchait la sympathie de personne1 aurait permis l',europe toute entire d'entendre ses adieux sa femme et la bndiction qu'il adressait ses enfants444 ,je suis pourtant bien loin de croire que sa tristesse fut entirement feinte444 ,mais il dcouvrit bientt qu'en faisant parade de son malheur devant le public1 il produisait une immense sensation4 ,l'intrt qu'excitrent ses premires confessions le conduisit affecter une tristesse fort exagre1 et l'affectation agit probablement sur ses sentiments4 ,il aurait vraisemblablement t fort embarrass lui-mme1 s'il avait t forc de faire la part de la vrit et celle de la mise en scne dans le caractre qu'il se plaisait s'attribuer4 ,la vrit parat tre dans cette apprciation humoristique4 ,byron fut triste1 mais bien moins qu'il ne l'a dit4 ,par malheur1 le rle qu'il n'a cess de jouer ne fut que trop pris au srieux par le public1 et il exera sur ses contemporains une remarquable influence4 ,le sentiment qu'prouvaient son gard les jeunes amateurs de posie ne peut tre compris que par ceux qui l'ont prouv4 ,la popularit de ,byron fut sans bornes parmi la masse des jeunes gens qui ne lisent peu prs que des ouvrages d'imagination4 ,ils achetaient son portrait2 ils faisaient collection de ses moindres reliques2 ils apprenaient par cur ses pomes2 ils faisaient les plus grands efforts pour crire comme lui et pour se donner les mmes airs que lui4 ,beaucoup d'entre eux tudirent devant leur glace dans l'espoir d'attraper le pli de la lvre suprieure et les sourcils froncs qu'on remarque dans quelques-uns de ses portraits4 ,quelques fanatiques allrent mme jusqu' bannir leur cravate1 l'imitation de leur grand modle4 ,pendant quelques annes la presse de la ,minerve ne fit pas paratre un seul roman sans un noble personnage mystrieux et infortun comme ,lara4 ,on ne saurait se faire une ide de la quantit d'tudiants pleins d'esprance et d'lves en mdecine qui devinrent de sombres infortuns pour lesquels la fracheur de l'me ne retombait plus en rose1 dont les passions taient rduites en cendre1 et qui ne pouvaient mme plus se soulager par des larmes4 ,jusque-l il n'y avait gure que du ridicule4 ,mais1 ajoute lord ,macaulay1 il s'tablit bientt dans le cur d'un grand nombre de ces enthousiastes une association pernicieuse et absurde entre la vigueur intellectuelle et la dpravation morale4 ,ils finirent par extraire de la posie de lord ,byron1 un systme de morale1 compos la fois de misanthropie et de got pour la volupt4 ,byron est donc une preuve nouvelle de ce que nous avaient dj montr ,gthe et ,chateaubriand3 la facilit avec laquelle le gnie sduit les jeunes intelligences1 et le danger de jeter dans des imaginations tendres des germes d'garement qui s'y dveloppent avec une force imprvue1 et que ceux qui les ont sems ne sont plus matres d'anantir4 ,en ,allemagne1 aucun grand nom opposer en ces temps celui de ,byron4 ,mentionnons cependant ,henri de ,kleist1 pote et auteur dramatique qui1 la suite des dsastres de sa patrie1 tomb dans une mlancolie profonde1 se donna la mort1 et que ,m4 ,mundt1 dans son histoire littraire1 dfinit le ,werther politique de son poque2 ,jean-,paul ,richter qui1 aprs une enfance solitaire dans les montagnes de la ,bavire et de la ,bohme tait devenu fantasque et misanthrope1 et dont ,mme de ,stal a dit3 ,la mlancolie continuelle de son langage branle quelquefois jusqu' la fatigue2 ,justin ,kerner1 crivain quelque peu maladif1 remarquable1 a dit ,m4 ,h4 ,blaze1 par une ardeur vague et saisissante1 par cette indicible aspiration qui refuse de s'expliquer ouvertement1 ce dsir sans fin que les ,allemands appellent ,sehnsucht2 enfin1 l'auteur des ,contes fantastiques4 ,hoffmann1 dont l'existence fut souvent agite par les vnements publics1 nous montre dans un de ses plus intressants rcits ,don ,juan la recherche de l'ternel fminin1 s'irritant de ne pas rencontrer l'idal qu'il poursuit1 ddaignant le bonheur selon les ides bourgeoises1 mais cras par les plaisirs de la vie relle1 et n'en rapportant en dfinitive qu'un immense mpris pour l'humanit et pour les dceptions de la vie1 type dangereux que nous retrouverons ailleurs dans le cours de cette tude4 ,mais que la littrature ne nous fasse point oublier les autres manifestations des sentiments de cette poque1 et n'omettons pas de dire qu'alors1 en ,allemagne1 la musique portait la mme marque que les autres uvres de l'imagination4 ,rappelons ,schubert et ses mlodies1 surtout son beau chant de l',adieu1 celui de l'loge des larmes1 si pntr de mlancolie4 ,jusqu' prsent nous avons vu ces sentiments se manifester surtout chez les peuples du ,nord4 ,voici que le phnomne d'une uvre maladive dans une contre mridionale vient donner un dmenti aux thories trop absolues de ,mme de ,stal que j'ai rappeles plus haut4 ,mais tel tait1 au commencement du sicle1 le trouble des esprits1 que toutes les rgions de l',europe paraissent en avoir ressenti quelque chose4 ,les dernires lettres de ,jacopo ,ortis1 par ,ugo ,foscolo 7#ahjb71 ne laissent1 ce sujet1 aucun doute pour l',italie4 ,le hros de ce roman est un jeune homme souffrant d'un double amour malheureux3 il aime une jeune fille fiance un autre2 il aime sa patrie1 et il a la douleur de la voir livre la domination d'un conqurant4 ,aussi il maudit l'humanit2 pour lui tous les hommes sont ennemis et le monde n'est qu'une fort peuple de btes froces4 ,accabl par ces deux douleurs1 son cur se gonfle et gmit1 comme s'il voulait s'chapper de sa poitrine4 ,mais il ne veut pas gurir4 ,je te l'avoue1 crit-il son confident1 je me plais dans mon malheur4 ,je touche moi-mme mes blessures l'endroit o elles sont le plus mortelles1 je les rouvre et je les regarde saigner4 ,et cependant1 en mme temps1 il dclare son mal insupportable4 ,renonant tout effort comme toute esprance1 et sans s'arrter aux conseils du devoir1 la pense du dsespoir invitable d'une mre1 il se dcide mourir4 ,aprs avoir longuement discut ce projet1 il l'excute froidement4 ,la ressemblance d',ortis et de ,werther est manifeste4 ,je ne vois dans ,ortis qu'un trait nouveau1 cette souffrance patriotique qui se mle son chagrin d'amour1 et1 par ce ct1 il ressemble au ,werther politique dont je parlais plus haut1 ce malheureux ,kleist1 victime trop relle de son dsespoir de citoyen4 ,sauf cette addition1 ,werther et ,ortis sont bien frres2 sans parler des ressemblances de forme entre les deux ouvrages1 on trouve dans tous deux le mme amour qui ne peut tre ni satisfait1 ni teint1 la mme haine des hommes1 le mme got de la solitude1 la mme complaisance se nourrir de sa douleur1 la mme impuissance la supporter1 enfin le mme dnouement tragique d'une existence inutile4 ,seulement ,werther se tue d'un coup de pistolet dans la tte1 et ,ortis d'un coup de lime au cur4 ,aussi les mmes critiques s'adressent aux deux ouvrages2 et pour ,ortis la condamnation est d'autant plus facile qu'il l'a prononce lui-mme4 ,il y aurait plus de courage sans doute1 dit-il1 supporter ses maux2 mais le malheureux entran par un torrent et qui a la force d'y rsister1 sans savoir l'employer1 en est-il plus mprisable pour cela8 ,ainsi nous avons son aveu3 c'est le courage et non la force qui lui manque4 ,plus sincre que le hros de ,gthe1 qui repoussait pour le suicide la qualification de lchet1 celui de ,foscolo semble l'accepter4 ,c'est ce dernier avis qu'on partagera4 ,le dnouement par le suicide s'explique1 d'ailleurs1 moins naturellement dans le roman italien que dans l'ouvrage allemand4 ,cet acte de dsespoir n'tait gure dans les murs d'une nation lgre et amoureuse de la vie4 ,gthe1 qui la visitait1 en #aghf1 remarquait qu'on y entendait presque tous les jours parler de meurtres2 mais qu'on faisait trop de cas de sa propre vie dans ce pays pour s'en dlivrer comme d'un fardeau2 et rien mme n'autorisait penser que l'on y crt la possibilit d'un acte semblable4 ,en tout cas1 on doit croire qu' raison de ce trait des murs nationales1 l'exemple de mort volontaire propos par ,foscolo ne rencontra gure d'imitateurs chez ses compatriotes1 et l'on pourrait voir un indice du peu de popularit de son ouvrage en ,italie1 dans un fait tir de l'pisode de ,graziella1 qui parat pris dans la ralit4 ,lamartine y raconte que dans l'le de ,procida1 o l'avait jet une tempte1 il s'tait mis lire la famille de pcheurs qui lui donnait asile les livres chapps son naufrage1 mais que1 tandis que ces gens simples suivaient avec motion les malheurs de ,paul et ,virginie1 ils ne pouvaient parvenir comprendre le dsespoir de ,jacopo ,ortis4 ,j'ignore si l'auteur de ce dernier ouvrage eut subir sous ses deux formes le mme martyre que son hros1 mais on sait qu'il le subit au moins en partie2 qu'il fut le tmoin dsol de la dchance de ,venise1 sa patrie1 de sa chute au pouvoir des armes trangres2 qu'il passa par toutes les horreurs du sige de ,gnes2 enfin qu'il et une existence agite et ne trouva le bonheur ni dans les affaires1 ni dans la retraite1 ni dans l'tude1 ni dans les plaisirs4 ,sa physionomie rpondait son caractre et son talent4 ,au rapport de ,sismondi1 il avait une superbe figure mlancolique et passionne1 tout fait semblable celle qu'on aurait suppose son hros ,jacopo ,ortis4 ,outre ce roman1 il avait crit plusieurs ouvrages parmi lesquels il faut distinguer les ,sepolcri 7#ahjh71 o il clbre les grands hommes et o l'on retrouve les traces de sa mlancolie habituelle4 ,il a1 d'ailleurs1 laiss peu d'imitateurs dans son pays4 ,son illustre compatriote1 ,silvio ,pellico1 bien qu'il prsente avec lui quelques rapports1 n'a rien donn qui soit de nature tre not cette place4 ,quoi qu'il en soit1 en ,angleterre1 en ,allemagne1 en ,italie mme1 se produisait alors des degrs divers un mouvement d'esprit analogue celui qui agissait sur la ,france4 ,,xi ,caractre et causes du mal du sicle de #aghi #ahae4 ,ce mal tait grave4 ,il l'tait par son tendue3 il frappait l'ge mr comme la jeunesse1 les crivains brillants comme les penseurs austres1 les femmes du monde comme les hommes4 ,il tait grave aussi par sa profondeur2 quoique parfois ml d'exagration1 le plus souvent il tait sincre4 ,il attaquait toutes les puissances de l'me1 la pense1 la volont1 l'amour1 la foi4 ,il branlait les plus hautes intelligences1 et troublait les plus claires notions du vrai et du bien4 ,cette gravit s'explique1 indpendamment des raisons que j'ai indiques pour chaque cas particulier1 par plusieurs raisons gnrales4 ,il tait impossible qu'une explosion de scepticisme et de mlancolie aussi violente que celle qui avait clat dans le cours du ,x,v,i,i,ie sicle1 tant en ,france qu' l'tranger1 ne se ft pas ressentir pendant un certain temps4 ,et en effet1 pour ne rappeler que les principaux sujets de cette tude1 l'influence de ,jean-,jacques ,rousseau est visible chez ,mme de ,stal1 ,chateaubriand1 ,senancour1 ,byron2 celle d',ossian et d'autres potes anglais chez ,baour-,lormian et ,chateaubriand2 celle de ,gthe chez ,legouv1 ,mme de ,stal1 ,senancour1 ,nodier1 ,ugo ,foscolo4 ,mais si certaines thories de ,jean-,jacques ,rousseau et de quelques-uns de ses disciples en ,france ou ailleurs1 si leur culte excessif pour la vie solitaire ont pu entraner beaucoup d'esprits1 la ,rvolution fit bien davantage en ce sens pour les ,franais2 et j'entends par l1 non seulement ceux que la naissance avait faits tels1 mais aussi ceux qui l'taient devenus par le langage1 par les habitudes et par l'affection4 ,elle fora une partie de la socit dont je parle pratiquer1 bon gr mal gr1 ce qui n'tait jusque-l qu'un got libre et une mode facultative4 ,elle se chargea d'accomplir par la violence le rve des philosophes4 ,combien de ,franais ont t rduits1 pour chapper aux dangers qui les menaaient1 chercher en ,france des retraites inaccessibles ou mme recourir l'exil4 ,delille l'a dit dans le ,pome de la ,piti 7#ahji74 ,des malheurs o l'tat est plong1 ,le plus affreux n'est pas l',empire ravag2 ,ses enfants disperss aux quatre coins du monde1 ,de toutes ses douleurs1 voil la plus profonde4 ,lui-mme rfugi en ,suisse1 payait plus tard ce pays un tribut de reconnaissance et s'criait3 ,eh6 comment oublier ,tes cascades1 tes rocs1 ton sol hospitalier8 ,o bords infortuns6 ,en vain nos oppresseurs ,nous ont de votre asile envi les douceurs1 ,et menaant de loin vos frles ,rpubliques1 ,ont lanc contre nous leurs arrts tyranniques6 ,chacun de vos rochers cachait un malheureux6 ,les mmes sentiments1 inspirs par les mmes souvenirs se montrent dans un autre pome publi la mme poque par ,m4 ,michaud1 le ,printemps d'un ,proscrit4 ,ces tmoignages qu'il serait facile de multiplier tablissent que le rgime de la ,terreur a t1 pour un grand nombre de ,franais1 le rgime de la solitude obligatoire4 ,cette solitude plus ou moins complte avait d'ordinaire pour compagne l'inaction1 l'inquitude1 les agitations de l'me4 ,ce n'est pas tout3 les malheureux qui avaient d fuir leur patrie se trouvaient en rapports forcs avec des peuples chez lesquels la mlancolie avait dj plus ou moins fortement tabli son empire4 ,dans cette vie nouvelle1 ils pntraient mieux leurs habitudes et devaient contracter eux-mmes ce contact quelque pli qui ne s'effaait plus4 ,enfin pour toutes ces victimes de la ,rvolution il y avait une cause permanente de tristesse dans le spectacle ou dans la pense des maux qui dsolaient le pays de leur naissance ou de leur adoption4 ,c'est ainsi que la ,rvolution et ses consquences directes ou lointaines ont t une grande cause de souffrance pour ,mme de ,stal1 par ,sismondi1 ,chateaubriand1 ,chnedoll1 ,mmes de ,caud et de ,beaumont1 ,ballanche1 ,maine de ,biran1 ,mmes de ,flahaut et de ,krudener4 ,l',empire dans une certaine mesure a produit les mmes effets4 ,a ,dieu ne plaise que je confonde le rgime de la ,terreur et le rgime du gouvernement imprial2 que je place sur la mme ligne leurs intentions1 leurs uvres respectives4 ,mais il est ais de dmontrer que1 sous l',empire comme sous la ,rpublique1 il y eut pour les ,franais plus d'une retraite1 volontaire ou force1 plus d'une oisivet impose par les vnements1 plus d'une intimit1 qu'on n'et peut-tre pas choisie1 avec les littratures trangres1 enfin plus d'une patriotique tristesse4 ,le nombre des prisonniers d'tat n'a pas laiss d'tre assez considrable4 ,l'exil a jou aussi son rle4 ,benjamin ,constant fut exil par le premier ,consul qui allait devenir l',empereur4 ,on peut dire que ,mme de ,stal subit la mme peine1 car sa patrie vritable tait ,paris1 et la rduire au sjour de ,coppet1 c'tait en ralit l'expatrier4 ,charles ,nodier n'eut supporter qu'un demi-exil4 ,il fut seulement1 ou se tint par prudence1 loign de ,paris4 ,paris devint son tour un lieu d'internement1 mais il ne fut pas choisi pour les ,parisiens2 il fut rserv une femme que tout rappelait ,florence1 et ce propos ,bonstetten lui crivait3 ,vous voil1 ,madame1 comme le pcheur de l'vangile1 forc d'entrer en ,paradis4 ,je suis dans un pays o l'on vous envie vos pchs1 si tant est que vous en ayez commis1 et encore plus votre purgatoire4 ,plusieurs crurent1 d'ailleurs1 devoir prvenir la disgrce du matre2 ,chateaubriand donna cet exemple4 ,d'autres1 comme ,sismondi1 ne purent supporter l'absence de la libert1 et allrent chercher ailleurs un pays o l'on pt parler et crire l'aise4 ,en gnral1 le parti des mlancoliques est aussi le parti de l'opposition au gouvernement imprial1 et le retour de quelques-uns d'entre-eux des ides plus riantes concide avec la fin de leur hostilit politique4 ,pendant toute la dure de la ,rpublique et de l',empire1 on ne voit qu'un moment1 un seul1 o nulle cause de dsunion n'apparaisse en ,france1 et o l'esprance semble briller tous les yeux4 ,ce fut l'heure o succdait aux excs sanglants de la tyrannie de ,robespierre1 la corruption du ,directoire1 un pouvoir soucieux de force et de dignit4 ,alors la patrie renat1 les bannis sont rappels4 ,tout meurtri qu'on est encore des coups de la tempte1 et quels que soient les deuils qu'on porte en son cur1 on se rapproche avec confiance2 les hommes appartenant l'ancienne ,france se rconcilient avec la nouvelle4 ,c'est le moment o ,chateaubriand accepte de servir le premier ,consul1 et o ,joubert parlant du hros de ,marengo s'crie3 ,je l'aime6 sans lui on ne pourrait plus sentir aucun enthousiasme pour quelque chose de vivant et de puissant4 ,l'admiration a reparu et rjoui une terre attriste4 ,hors cette courte trve1 cette heureuse conjonction d'astres favorables1 la ,france n'a connu pendant vingt-cinq ans que des alternatives d'agitations sanglantes1 ou d'nervante compression1 qui paraissaient presque galement intolrables des hommes pris la fois d'ordre et de libert1 et qui1 quelques gards1 entranaient de semblables rsultats4 ,mais si1 dans cet espace de temps la ,france a t plus maltraite que le reste de l',europe1 elle n'a pas seule souffert4 ,les perturbations qui l'ont travaille s'tendaient la plupart des peuples1 prouvs comme elle1 de prs ou de loin1 par les soucis politiques et par les grandes guerres2 et l'on aperoit bien le contre-coup de ces secousses1 par exemple1 dans ,henri de ,kleist et dans ,ugo ,foscolo4 ,les mmes causes1 ou peu s'en faut1 ont donc produit les mmes effets en ,france et l'tranger pendant le cours de la ,rpublique et de l',empire4 ,cette continuit explique pourquoi beaucoup de personnages qui figurent dans cette tude se retrouvent et sous l',empire et sous la ,rpublique1 et pourquoi aussi j'ai compris dans un examen unique1 l'poque qui renferme ces deux rgimes4 ,voil pourquoi enfin cette poque tout entire1 du moins sous le rapport dont je m'occupe1 doit tre juge d'aprs un mme principe4 ,oui1 la gnration qui l'a remplie peut invoquer comme excuse de son mal1 quand il est srieux1 d'une part1 le douloureux hritage qu'elle avait reu de celle qui l'avait prcde1 et d'autre part1 les nouveaux sujets de plainte qu'ont crs pour elle les malheurs publics4 ,toutefois cette excuse ne saurait justifier toutes ses faiblesses et amnistier des torts qui n'taient pas le fait d'une invitable fatalit4 ,,iii #ahae-ahcj ,i ,les potes4 ,,ch4 ,,loyson4--,,divers4 ,avec la ,restauration s'ouvre en ,france une re littraire nouvelle4 ,un travail inattendu se produit dans les esprits4 ,c'est l'heure de l'closion du romantisme4 ,ce n'est pas sans raison que je parle de cet vnement littraire4 ,le romantisme se rattache par un lien intime la maladie du sicle4 ,ce que fut exactement le romantisme1 ce n'est pas chose facile de le dire1 mais il n'est pas ncessaire de rsoudre ici ce problme4 ,je me contenterai d'avancer que l'un des aspects de ce genre littraire se confond avec l'objet de cette tude4 ,mme de ,stal a dit que le nom de romantique avait t introduit nouvellement en ,allemagne pour dsigner la posie dont les chants des troubadours ont t l'origine1 celle qui est ne de la chevalerie et du christianisme4 ,l'minent auteur de l',allemagne oubliait que le mot dont il s'agit n'avait pas t invent dans cette circonstance2 que ,jean-,jacques ,rousseau s'en tait dj servi pour caractriser un paysage de la ,suisse2 mais quelle que soit l'origine du mot1 ,mme de ,stal mettait une observation juste1 quand elle ajoutait que la posie romantique tait volontiers complique1 replie sur elle-mme1 et empreinte de cette rflexion inquite qui nous dvore souvent comme le vautour de ,promthe2 enfin quand elle estimait que le romantisme descendait de ce qu'elle appelait les littratures du nord1 c'est--dire des littratures mlancoliques4 ,plus tard1 un crivain peu connu1 dont on retrouve un discours couronn par l'acadmie des jeux floraux1 dans un recueil intitul les ,annales romantiques1 et qui comprend les annes #ahbf1 #ahbg et #ahbh1 ,m4 de ,servire1 s'exprimait ainsi3 ,il n'est pas douteux que le genre romantique1 ne doive entrer aujourd'hui dans toute la littrature1 et y apporter une source de richesses potiques3 les tableaux de la nature anims du souffle de ,dieu1 et la peinture de tant d'affections nouvelles2 cette inquitude secrte de l'homme1 cet instinct mlancolique qui le met en rapport avec les scnes de la nature2 ce mystre plein d'attraits1 ce vague o l'me se complat1 qui est comme l'absence de sensations1 et qui pourtant est une sensation dlicieuse4 ,une autorit plus haute et plus incontestable vient s'ajouter ces tmoignages4 ,gthe l'a dit1 en #ahbi1 reprenant la thorie qui ferait de la querelle des classiques et des romantiques une nouvelle phase1 un dernier incident de la querelle des anciens et des modernes3 ,la plupart des modernes sont romantiques non parce qu'ils sont rcents1 mais parce qu'ils sont faibles1 maladifs1 malades2 l'antique n'est pas classique parce qu'il est antique1 mais parce qu'il est vigoureux1 frais et serein4 ,selon lui1 il n'aurait tenu qu' notre sicle d'tre antique2 il ne lui fallait pour cela qu'tre sain d'esprit4 ,l'examen des monuments de la priode romantique confirme ces apprciations4 ,on y voit mainte trace de ces tendances morbides que ,gthe caractrisait et blmait si bon droit1 quoiqu'il et contribu lui-mme puissamment les rpandre4 ,romantisme et mal du sicle vont donc souvent de pair1 et la posie de ce temps en fournit mainte preuve4 ,il est impossible de mentionner toutes les productions potiques1 se rapportant notre sujet1 que la ,restauration vit clore et prir aussitt4 ,la ,muse franaise1 le premier des recueils romantiques1 en contient un grand nombre4 ,on y remarque surtout une srie de pices telles que la jeune ,malade1 la ,sur malade1 la jeune ,fille malade1 la ,mre mourante4 ,cette veine alla si loin qu' la fin la ,muse elle-mme voulut ragir1 et qu'un de ses critiques osa provoquer1 pour la clture dfinitive de toutes les posies pharmaceutiques1 la publication d'une lgie intitule3 l',oncle la mode de ,bretagne en pleine convalescence4 ,les ,annales romantiques1 ce recueil dont j'ai parl plus haut1 abondrent aussi dans le mme sens4 ,je citerai quelques titres3 la ,mort1 la ,feuille morte1 le ,dsenchantement1 la ,plainte4 ,ce sont des rveries vagues et vides dont on ne peut rien dtacher de saillant4 ,avant ,lamartine1 il n'est sous la ,restauration qu'un pote qui1 dans le mme ordre d'ides1 soit digne d'tre signal4 ,je le range parmi les disciples de la nouvelle cole1 parce qu'tant1 comme on l'a dit un intermdiaire entre ,millevoye et ,lamartine1 il est beaucoup plus rapproch de ce dernier4 ,je veux parler de ,charles ,loyson4 ,ds l'anne #ahag1 ,loyson publie un recueil de posies o il se reprsente comme arriv au terme de sa vie1 et o il chante lui-mme son hymne funbre4 ,une gravure place en tte de l'dition montre le pote tendu sur sa couche1 et maniant une lyre en prsence de deux hommes et d'une femme assis son chevet et vtus du plus pur costume de la ,restauration2 au-dessous de ce frontispice on lit ce vers emprunt au volume qu'il prcde4 ,placez1 placez ma lyre en mes tremblantes mains4 ,en #ahai1 ,loyson fait paratre un nouveau recueil4 ,l encore1 il suit le cours de ses tristes penses4 ,il a des vers pour clbrer le ,lit de mort1 et s'il chante aussi le ,retour la vie1 combien ce retour est phmre1 et dj assombri par la pense d'une fin prochaine6 ,on lui doit aussi des articles insrs dans le journal ,le ,lyce1 sur les uvres de ,millevoye et sur celles d',andr ,chnier4 ,l'un de ces articles se termine par la description d'un lieu qu'il rvait de consacrer aux potes morts prmaturment1 depuis ,tibulle jusqu' ,millevoye4 ,chacun y devait tre l'objet d'un monument appropri sa mmoire2 ,jean ,second1 par exemple1 aurait eu une tombe orne de deux colombes et abrite sous un saule pleureur2 ,chatterton aurait repos sur un rocher nu4 ,loyson n'indique pas le genre de spulture qu'il prfrerait2 mais les proccupations qu'il exprime au sujet de ses devanciers semblent n'avoir t qu'un pressentiment du sort qui lui tait rserv3 il tait enlev par la maladie vingt-neuf ans4 ,on sait que la socit parisienne montra d'abord peu d'engouement pour la posie romantique1 mme modre comme elle l'tait chez ,loyson4 ,lamartine eut seul la puissance de remuer profondment ce public rebelle1 et bientt aprs la ,france et l',europe entire4 ,,ii ,lamartine4 ,quelques personnes peuvent se rappeler encore l'effet que produisit l'apparition des premires posies de ,lamartine4 ,ceux dont les souvenirs ne remontent pas si loin1 savent1 par la renomme avec quelle admiration elles furent accueillies4 ,quel n'tait pas surtout l'enthousiasme des privilgis auxquels il tait donn d'entendre le pote lui-mme rciter ses vers4 ,un tmoin bien autoris1 ,m4 ,villemain1 nous a laiss le tableau de ces bonnes fortunes4 ,rien n'galait1 dit-il1 le tressaillement d'admiration1 la flatterie sincre dont il tait entour1 lorsque le soir1 dans un salon de cent personnes1 au milieu des plus gracieux visages et des plus clatantes parures1 dans l'intervalle des flicitations ou des allusions jetes quelques dputs prsents1 sur leurs discours de la veille ou du matin1 lui bien jeune et reconnaissable entre tous1 debout1 la tte incline avec grce1 d'une voix mlodieuse que nul dbat n'avait encore fatigue1 rcitait le ,doute1 l',isolement1 le ,lac1 ces premiers ns de son gnie1 ces chants qu'on n'avait nulle part entendus et que la langue franaise n'oubliera jamais4 ,il faut renoncer peindre le ravissement que tant de beaux vers1 si bien dits1 excitaient dans une part de l'auditoire1 la plus vive et la moins distraite alors2 mais tous taient presque galement mus4 ,ces premiers ns du gnie1 dont parle ,m4 ,villemain1 eurent des frres qui1 bien que portant peut-tre dj quelques signes d'affaiblissement1 ne parurent point dgnrs4 ,aux premires ,mditations 7#ahbj7 en succdrent de nouvelles 7#ahbc7 et plus tard1 les ,harmonies potiques et religieuses 7#ahcj74 ,dans ces trois uvres1 rapproches par le temps et par l'inspiration1 plusieurs points intressent notre tude4 ,chantre de la nature1 ,lamartine l'est aussi de la solitude4 ,sa premire ,mditation a pour titre3 l',isolement2 une autre1 la ,solitude4 ,on lit1 dans les ,harmonies1 la bndiction de ,dieu dans la ,solitude4 ,plus loin il clbre la vie du ,solitaire4 ,en mille endroits1 il vante les avantages de la retraite1 le mpris de la socit1 de ses aspirations striles et de ses mesquines passions4 ,c'est dans le monde de la rverie1 dans le monde idal qu'il tablit son domaine4 ,il ne s'y nourrit pas de penses riantes4 ,quel dcouragement6 quelle tristesse dans ces vers3 ,mon cur lass de tout mme de l'esprance ,n'ira plus de ses vux importuner le sort444 ,pourquoi gmis-tu sans cesse1 ,o mon me1 rponds-moi4444 ,tristesse qui m'inondes1 ,coule donc de mes yeux4444 ,en tte de l'une des ,harmonies1 on lit mme ces mots3 ,novissima verba1 ou mon me est triste jusqu' la mort4 ,la mort1 tel est souvent le terme de ses rflexions4 ,elle lui apparat au milieu des sductions de la vie ou des merveilles de la nature2 elle s'interpose entre le bonheur et lui4 ,on dirait qu'il se sent atteint dj par sa main glace4 ,on le voit ,prt quitter l'horizon de la vie4 ,pleurant de ses longs jours l'espoir vanoui4 ,ailleurs il s'crie3 ,mon horizon se borne1 et mon il incertain ,ose l'tendre peine au-del d'une anne4 ,il va plus loin1 il se suppose mourant1 il nous fait assister son agonie2 bientt1 dit-il1 je vais avec la lyre des sraphins1 guider des cieux suspendus ma voix4 ,enfin1 dans l',hymne la mort1 il se reprsente comme ayant franchi le seuil de l'ternit et s'adresse sa dpouille mortelle dont il ne sent dj plus le poids4 ,n'allons pas croire cependant que le pote soit un dsespr4 ,quelque triste qu'il se montre1 il rencontre de douces consolations4 ,il a de mystrieuses sympathies1 il a mme de profonds amours4 ,lui qui fait profession de mpriser hautement la gloire1 les honneurs1 les richesses1 lui qui ddaigne tous les prix de la vie1 il est une passion qu'il excepte de son indiffrence superbe1 l'amour2 il le proclame dans les moments les plus solennels4 ,son seul grief contre ce sentiment c'est qu'il n'est point ternel1 et que ce n'est qu'un songe que le bonheur qui doit finir4 ,ce n'est pas tout1 au-dessus des amours terrestres le pote sent en lui un autre amour plus pur1 plus vaste1 l'amour de ,dieu lui-mme4 ,s'il connat le doute1 il n'en fait pas l'tat habituel de son me2 ct du dsespoir de l'homme qui cherche deviner l'nigme du monde et dont la raison se trouble devant l'existence du mal1 il place le secours de la foi4 ,il se fait mme auprs d'un grand esprit sceptique l'aptre de la croyance2 il gourmande l'incrdulit de ,byron4 ,dj trs prononce dans les ,mditations1 cette disposition s'accuse plus nettement encore1 leur titre mme l'indique1 dans les ,harmonies potiques et religieuses4 ,l1 ce ne sont plus seulement des dsirs qui s'lvent vers le ciel1 c'est un culte accompagn d'extases et d'une sorte de mysticisme4 ,l'auteur dclare lui-mme qu'il a voulu rpondre aux besoins religieux de certaines mes4 ,et quand1 dans son dernier chant du ,plerinage de ,childe ,harold 7#ahbe71 ,lamartine reproduit par instants le scepticisme de ,byron1 il a soin de faire remarquer que1 tout en se conformant aux opinions trop connues de son hros1 il n'a point voulu blesser des convictions pieuses qui sont les siennes4 ,aussi1 en le recevant au sein de l'acadmie franaise1 ,m4 ,cuvier put-il dire au pote que1 tandis qu'on avait vu dans ,byron l',ange du ,dsespoir le monde avait salu en lui le ,chantre de l',esprance4 ,mais si ,lamartine n'est tomb dans aucun des excs de l'cole du dsespoir1 il a cependant consacr souvent sa posie des sentiments vagues1 des aspirations mal dfinies1 je ne sais quel instinct de rverie sans objet et de tristesse sans cause1 et c'est par l surtout qu'il s'emparait de l'me des lecteurs qui voyaient1 avec reconnaissance1 leurs penses les plus secrtes prendre dans ses vers une forme palpable d'une incomparable beaut4 ,passionn et religieux1 mais aussi parfois mlancolique1 tel tait le pote4 ,qu'tait l'homme8 ,pour l'tudier1 les documents abondent1 et ils manent de ,m4 de ,lamartine lui-mme4 ,dans ce sicle o le got des rvlations personnelles a pris tant de dveloppements1 il est un de ceux qui ont le plus donn l'exemple de cette faiblesse4 ,il est donc ais1 grce lui1 de rpondre la question que je viens de poser4 ,au surplus1 est-il besoin de le dire8 je ne rglerai pas aveuglment mes apprciations sur les siennes et je m'efforcerai de le juger avec impartialit4 ,arriv au monde le #ba octobre #agib 7ce chiffre a son importance71 ,alphonse de ,lamartine appartenait une famille ancienne4 ,sous la ,terreur1 son pre fut conduit avec tous les siens en prison4 ,de la fentre d'une chambre qui faisait face au cachot1 sa mre qui l'allaitait le montrait de loin au prisonnier et dj il jouait un rle1 son insu1 dans ce lugubre drame4 ,son enfance s'coula dans une demeure modeste1 retraite de sa famille1 laquelle la fin de la ,terreur avait rendu son chef si menac4 ,dans cette terre de ,milly1 qu'il a plus d'une fois clbre avec une motion vraie1 il jouissait avec bonheur de l'air pur de la libert4 ,il aimait faire au loin des excursions dans les montagnes4 ,il y avait surtout dans les environs une grotte qui l'attirait4 ,l'eau y coulait avec un tintement sonore4 ,l'eau1 dit-il1 est l'lment triste4 ,super flumina ,babylonis sedimus et flevimus4 ,pourquoi8 ,c'est que l'eau pleure avec tout le monde4 ,tous1 enfants que nous sommes1 nous ne pouvons nous empcher d'en tre mus4 ,il portait dans les distractions de son ge une gravit prcoce4 ,s'il s'adonnait l'exercice du patinage1 il y cherchait un sentiment de dlire mlancolique4 ,il fallut cependant un jour s'arracher cette douce indpendance1 cette chre solitude1 et s'en aller faire l'apprentissage de la discipline dans une maison d'ducation de ,lyon4 ,mais il parat que cet essai fut au-dessus de ses forces4 ,il conut pour cette prison une telle horreur1 que les ides de suicide dont il n'avait jamais entendu parler1 vinrent l'assaillir et qu'il passa des jours et des nuits chercher par quels moyens il pourrait se soustraire une vie qu'il ne pouvait plus supporter4 ,grce ,dieu1 comme nagure ,chateaubriand1 il n'accomplit pas ce projet sinistre et eut recours une solution moins violente2 il s'vada4 ,bientt retrouv1 il fut plac cette fois dans une maison religieuse1 au collge de ,belley 7#ahjc74 ,a ,belley1 le jeune ,lamartine nouait avec quelques-uns de ses condisciples1 srieux comme lui1 des amitis que le temps ne devait pas relcher2 ce fut aussi l'poque o il prouva le plus vivement les lans et les tendresses du sentiment religieux4 ,mais1 en #ahjg1 il quittait son collge bien aim1 pour une vie encore plus douce1 la vie de famille la campagne4 ,l1 il reprend avec bonheur ses habitudes de libert1 de rverie et de contemplation4 ,ses lectures sont en rapport avec ces habitudes et les fortifient4 ,dans la bibliothque paternelle1 il trouve un nombre restreint de volumes parmi lesquels figurent les romans de ,mme de ,flahaut1 de ,mme de ,stal1 les crits de ,jean-,jacques ,rousseau et ,paul et ,virginie1 uvres brlantes qu'il dvore et qui attisent en lui le foyer d'une sensibilit prte clater4 ,pope le frappe aussi fortement4 ,il avait lu dans ce pote trois strophes mlancoliques qui laissrent dans son imagination et dans son cur des traces si durables que plus tard il en tira le sujet du ,pote mourant1 qui fait partie du second volume des ,mditations4 ,mais le livre auquel il donne la part la plus importante dans la formation de son gnie1 c'est le ,recueil des posies ossianiques4 ,c'tait le moment de leur plus grande faveur1 et par un rare privilge elles avaient conquis la fois l'admiration discrte des curs solitaires et le culte officiel qu' l'exemple du matre leur rendait le monde de la cour et de l'arme4 ,le jeune ,lamartine ne rsista pas cet ascendant4 ,je m'abmai1 dit-il1 dans cet ocan d'ombres1 de sang1 de larmes1 de frimas et d'images dont l'immensit1 le demi-jour et la tristesse correspondaient si bien la mlancolie grandiose d'une me de seize ans1 qui ouvre ses premiers rayons sur l'infini4 ,dans son enthousiasme pour les hros de cette sombre posie1 il croyait vivre de leur vie mme4 ,le caractre du pays qu'il habitait se prtait cette illusion4 ,il voulut un jour pousser l'assimilation jusqu' son dernier terme1 et essayer un amour ossianique4 ,mais le bruit de cette aventure tant arriv aux oreilles de sa famille1 on crut devoir loigner ,lamartine4 ,il inaugura ds lors une vie moins intrieure et moins sdentaire1 et se rendit en ,italie o l'attendait l'pisode de ,graziella4 ,a son retour d',italie1 on voit ,lamartine1 tantt continuer se nourrir de posie et de rves1 tantt se jeter avec ardeur dans la vie relle1 entrant la chute de l',empire dans la vie militaire1 en sortant pendant les ,cent-,jours1 puis y rentrant encore avec la seconde ,restauration1 et s'affranchir enfin pour toujours des liens du service par une retraite volontaire4 ,divers aveux nous font connatre quel tait en ces temps son tat moral4 ,il crivait un jour sur les pages d'un ,tacite les lignes suivantes1 qu'il retrouva longtemps aprs et qu'il a conserves3 ,j'entre aujourd'hui dans ma vingt et unime anne1 et je suis fatigu comme si j'en avais vcu cent4 ,je ne croyais pas que ce ft une chose si difficile que de vivre4 ,voyons1 pourquoi est-ce si difficile8 un morceau de pain1 une goutte d'eau y suffisent4 ,mes organes sont sains1 j'ai un ciel blouissant sur la tte1 et cependant je n'ai plus aucune passion ici-bas2 mais le cur n'est jamais si lourd que quand il est vide4 ,pourquoi8 c'est qu'il se remplit d'ennui4 ,oh6 oui j'ai une passion1 la plus terrible1 la plus pesante1 la plus rongeuse de toutes1 l'ennui4 ,dans cette prostration de son me se dresse devant lui le souvenir de ,graziella1 et press d'chapper ce dsert de l'indiffrence1 cette scheresse de la vie1 il aurait voulu mourir tout de suite pour retrouver son ombre4 ,sauf ce regret1 et peut-tre ce remords1 qui se mle son ennui1 la note crite par ,lamartine ne rappelle-t-elle pas celles que traaient dans des moments de dcouragement ,andr ,chnier1 et celui qui devait tre ,napolon ,ier8 et ce rapprochement ne prouve-t-il pas que1 malgr certaines diffrences inhrentes la diversit des situations et des personnes1 l'esprit humain prsente certaines poques des aspects uniformes1 et que les mmes penses s'y revtent du mme langage8 ,dans une autre circonstance et propos d'un sjour qu'il avait fait en ,suisse pour viter de servir l',empire aprs le retour de l'le d',elbe1 il parle de la joie qu'il a gote dans la solitude ce linceul volontaire de l'homme o il s'enveloppe pour mourir voluptueusement la terre4 ,ailleurs encore revenant sur ses souvenirs de ,milly il dit3 ,la compression de ma vie morale dans cette aridit et cet isolement1 l'intensit de ma pense creusant sans cesse en moi le vide de mon existence1 les palpitations de mon cur brlant sans aliment rel et se rvoltant contre les dures privations d'air1 de lumire et d'amour dont j'tais altr1 finirent par me mutiler1 par me consumer jusque dans mon corps1 et par me donner des langueurs1 des spasmes1 des abattements1 des dgots de vivre1 des envies de mourir1 que je pris pour des maladies du corps et qui n'taient que la maladie de mon me4 ,le livre de ,raphal nous prsente avec plus de dveloppements encore l'analyse de cette maladie4 ,raphal est dvor par l'ennui1 et cependant il ne veut rien tenter pour sortir de son inaction1 parce que rien ne lui parat valoir son ambition4 ,il se drape dans sa tristesse et dit adieu aux affections humaines1 comme s'il avait perdu sans retour la facult d'aimer4 ,il accuse les hommes d'injustice1 d'aveuglement1 il se dit mconnu1 mais au lieu de donner la preuve de sa force1 il s'enferme dans un paresseux isolement2 il analyse les mlancolies dont il est dvor1 son dsir de mourir1 son dsenchantement de tout1 enfin la langueur physique1 rsultat de la lassitude de l'me et qui sous des cheveux et sous des traits de vingt-quatre ans cachait la prcoce snilit et le dtachement de la terre d'un homme mr et fatigu de jours4 ,or1 ,raphal1 on le sait1 c'est ,lamartine presque en tout2 et personne n'a t dupe de l'artifice par lequel l'auteur feint d'avoir reu des mains d'un ami mourant le manuscrit des ,pages de la vingtime anne4 ,cette amertume de cur1 ce prcoce dsenchantement quelles en taient les causes8 ,les unes taient anciennes1 les autres rcentes4 ,et d'abord il tait n dans les plus mauvais jours de la ,rvolution1 au milieu du deuil de sa famille4 ,on s'tonne1 a-t-il dit1 que les hommes dont la vie date de ces jours sinistres aient apport en naissant1 un got de tristesse et une empreinte de mlancolie dans le gnie franais4 ,virgile1 ,cicron1 ,tibulle 787 ,horace lui-mme 787 qui imprimrent ce caractre au gnie ,romain1 n'taient-ils pas ns comme nous1 pendant les grandes guerres de ,marius1 de ,sylla1 de ,csar8 ,que l'on songe aux impressions de terreur ou de piti qui agitrent les flancs des femmes romaines pendant qu'elles portaient ces hommes dans leur sein6 ,que l'on songe au lait aigri de larmes1 que je reus moi-mme de ma mre1 pendant que ma famille entire tait dans une captivit qui ne s'ouvrait que par la mort2 pendant que l'poux qu'elle adorait tait sur les degrs de l'chafaud1 et que captive elle-mme dans sa maison dserte1 des soldats froces piaient ses regards pour lui faire un crime de sa tendresse et pour insulter sa douleur6 ,de plus1 l'enfance de ,lamartine s'tait coule solitaire1 et son adolescence s'tait alimente de la lecture de grands auteurs mlancoliques franais ou trangers4 ,ajoutez cela que1 pendant plusieurs annes1 l'ge o se produisent d'ordinaire chez les jeunes gens les efforts srieux1 et o se dcide l'avenir1 il n'avait1 sauf quelques courts essais de carrire militaire1 tent aucune entreprise utile1 ni fait aucun acte de volont2 et ce n'est pas impunment qu'un jeune homme s'abandonne la vie contemplative1 ft-elle berce par les plus potiques rveries4 ,enfin il avait travers une priode de dissipation dont il tait sorti1 dit-il1 le cur plein de cendres4 ,toutefois1 cette priode avait t courte et bientt il tait remont vers les hautes cmes de l'idal et de l'amour4 ,ce fut prcisment l'incident qui fait le sujet du livre de ,raphal qu'il dt son salut4 ,ce fut la ,julie de ce livre1 la mme qu'il a clbre1 et1 je pourrais dire1 immortalise dans les ,mditations sous le nom d',elvire1 qui lui apprit qu'il avait encore le cur capable d'une grande passion4 ,pour le dire en passant1 ,julie1 de son ct1 tait malade d'esprit aussi bien que de corps2 quelque chose du souffle aride du sicle avait pass sur elle et y avait fait mourir la foi4 ,elle approchait de sa mort prmature sans espoir d'un autre avenir1 et mme une fois avec ,raphal elle avait eu la tentation de devancer le terme de ses jours1 et le livre nous raconte cet essai de suicide deux4 ,mais elle aussi trouve sa rgnration dans l'amour et revient la foi par la passion4 ,quant lui1 je le rpte1 cet amour marque la fin du mal dont il souffrait1 en mme temps que la fin de sa jeunesse4 ,avec la maturit 7#ahbj71 sa vie se transforme4 ,jusque-l dsuvre et solitaire1 elle devient active et mle au mouvement des affaires publiques4 ,le bonheur du foyer1 la gloire1 tout lui sourit4 ,au milieu de tous ces dons inattendus peut-il rester place la tristesse8 ,elle se montre encore chez lui1 mais il semble que dj ce soit plus par imitation que par une inspiration naturelle1 ou qu'elle dcoule de la plnitude mme de son bonheur et du sentiment de sa brivet4 ,et maintenant si1 dpassant l'poque de la publication des ,mditations et des ,harmonies1 nous suivons leur auteur au del de la ,restauration1 il nous apparat chaque jour moins adonn la rverie et1 bien qu'on ait pu lui reprocher d'avoir introduit la posie partout et mme dans la politique1 profondment ml aux grands vnements de notre histoire4 ,plus tard encore1 quand il quitte la vie publique1 il puise dans de cruelles ncessits d'existence un nouveau principe d'activit4 ,pendant toute cette phase de son dclin1 sa mlancolie s'vanouit2 lui qui1 vingt ans1 se croyait arriv au bout de sa carrire et pleurait sur sa mort prochaine1 soixante ans ne croyait plus avoir parcouru que la moiti de son existence et il le disait ingnument4 ,de ces deux illusions1 la seconde tait la plus noble puisqu'elle soutenait son courage et secondait son nergie4 ,mais revenons au pote d'avant #ahcj4 ,si le mal du sicle ne l'a pas envahi tout entier1 il s'en faut qu'il l'ait tout entier pargn4 ,de l ce mlange de tristesse et d'enthousiasme1 de dcouragement et de consolations1 dont les ,mditations et les ,harmonies ont livr au monde sduit les merveilleux chos4 ,si dans cette uvre inattendue tout n'est pas galement fortifiant1 cependant1 en se rappelant tant de beaux vers dans lesquels ,lamartine a consacr des penses leves ou des sentiments gnreux1 on est port envers lui l'indulgence et tent de lui appliquer ce qu'il a crit propos des flaux de ,dieu1 en disant3 ,qui sait si le gnie ,n'est pas une de ses vertus8 ,,iii ,sainte-,beuve4 ,ce sont encore des posies que nous allons tudier1 mais des posies qui ne peuvent soutenir aucune comparaison avec celles de ,lamartine1 et qui viennent1 d'ailleurs1 d'un crivain beaucoup moins connu comme pote que comme prosateur1 de ,m4 ,sainte-,beuve4 ,le grand critique dont j'ai eu1 dont j'aurai encore l'occasion de citer tant de mots justes1 de fines apprciations sur des hommes ou sur des uvres compris dans cette tude1 l'crivain habile qui a si bien pntr chez autrui les replis cachs de la maladie du sicle1 en a t atteint1 lui aussi1 et peut-tre n'en parle-t-il avec tant de sagacit que pour l'avoir personnellement prouve4 ,il s'en est guri1 sans doute1 et la mobilit inhrente son caractre ne lui permettait pas de rester longtemps sous la mme influence1 mais il avait commenc par la subir4 ,c'est pendant la ,restauration1 dans le volume intitul3 ,vie1 posies et penses de ,joseph ,delorme 7#ahbi71 et dans les posies qui ont pour titre les ,consolations 7#ahcj7 qu'il a donn le plus de signes de cette affection4 ,l'ouvrage consacr ,joseph ,delorme dbute par une vie du prtendu auteur4 ,ce rcit1 prend ,joseph ,delorme depuis sa naissance1 qui eut lieu vers le commencement du sicle1 dans un bourg voisin d',amiens1 jusqu' sa mort qui survint ,meudon et qui fut cause par une phthisie pulmonaire complique ce qu'on croit d'une affection du cur4 lev au bruit des miracles de l',empire1 amoureux des splendeurs militaires1 combien de longues heures il passait l'cart1 loin des jeux de son ge1 le long d'un petit sentier1 dans des monologues imaginaires6 ,a quatorze ans1 il vient ,paris pour y achever ses tudes4 ,l1 le got de la science l'emporte en lui sur le got de la posie4 ,que faire d'une lyre en ces jours d'orage8 ,la lyre ft brise4 ,la philosophie le sduit aussi4 ,abjurant les simples croyances de son ducation chrtienne1 il s'tait pris de l'impit audacieuse du dernier sicle4 ,c'est alors qu'il devient mdecin4 ,pour se livrer plus librement son art1 et pour ne pas s'emprisonner dans des affections trop troites1 il rompt avec une jeune personne laquelle il pouvait esprer s'unir4 ,ce qu'il souffrit pendant deux ou trois annes d'preuves continuelles et de luttes journalires avec lui-mme nous est en partie rvl par le journal qu'il rdigeait habituellement4 ,on y apprend que sa sant s'tait assez profondment altre et que ses facults sans expression avaient engendr la longue un malaise inexprimable4 ,il se promenait quelquefois la nuit tombante sur un boulevard extrieur prs duquel il demeurait4 ,les protections qu'on lui offre1 il les repousse comme des entreprises sur son indpendance1 comme des tentatives d'exploitation4 ,il crit alors les lignes suivantes3 ,ce vendredi1 #ad mars #ahbj4 ,dix heures et demie du matin4 ,si l'on vous disait3 il est un jeune homme1 heureusement dou par la nature et form par l'ducation2 il a ce qu'on appelle du talent1 etc41 etc4 ,et si l'on ajoutait3 ce jeune homme est le plus malheureux des tres6 ,depuis bien des jours1 il se demande s'il est une seule minute o l'un de ses gots ait t satisfait1 et il ne la trouve pas1 etc41 etc4 ,oh6 qui ne le plaindrait cet homme de vingt ans1 etc41 etc4 ,mais moi qui cris ceci1 je me sens dfaillir2 mes yeux se voilent de larmes1 et l'excs de mon malheur m'te la force ncessaire pour achever de le dcrire444 ,miserere6 ,enfin il reconquiert sa libert1 mais incapable de rien poursuivre1 renonant tout but1 s'enveloppant de la pauvret comme d'un manteau1 il ne pense qu' vivre chaque jour en condamn de la veille qui doit mourir le lendemain1 et se bercer de chants monotones pour endormir la mort4 ,il ne sort plus de chez lui qu' la nuit close4 ,l commence son lent et profond suicide4 ,rien que des dfaillances et des frnsies d'o s'chappaient de temps autre des cris et des soupirs4 ,il ne lit plus que les romans de la famille de ,werther et de ,delphine3 le peintre de ,saltzbourg1 ,adolphe1 ,ren1 douard1 ,adle1 ,thrse ,aubert et ,valrie2 ,senancour1 ,lamartine et ,ballanche2 ,ossian1 ,cooper et ,kirke ,white4 ,son me n'offre plus dsormais qu'un inconcevable chaos1 o de monstrueuses imaginations1 de fraches rminiscences1 des fantaisies criminelles1 de grandes penses avortes1 de sages prvoyances suivies d'actions folles1 des lans pieux aprs des blasphmes1 jouent et s'agitent confusment sur un fond de dsespoir4 ,un instant1 ce dsespoir semble supportable2 ,joseph jouit de quelques intervalles de calme2 les beauts de la nature1 la socit de ses amis adoucissent un peu ses chagrins2 on le dirait presque gai2 mais le mal a dj pouss trop loin ses ravages1 et ,joseph succombe4 ,du reste1 ses notes le prouvent1 si la maladie s'tait prolonge quelque temps1 il en et prcipit le dnouement4 ,compltons ce rcit en disant qu'ailleurs1 dans un article du ,globe1 du #d novembre #ahcj1 ,sainte-,beuve nous apprend que ,joseph ,delorme1 si indiffrent en toutes choses1 avait conu une ardente hostilit contre le gouvernement de son pays1 et que1 s'il avait vcu jusqu'en #ahcj1 il aurait tout fait pour contribuer renverser le trne4 ,tel est le triste personnage qui nous est prsent sous le nom de ,joseph ,delorme4 ,les uvres qu'on lui attribue sont en harmonie avec le caractre qu'on lui donne4 ,a ct de posies et de penses qui ne redisent d'autres soucis que des soucis littraires ou artistiques1 on y rencontre plus d'une confidence sur la nature intime de leur auteur2 et le point qui s'en dtache le plus nettement1 c'est l'impossibilit pour lui d'aimer d'un amour vrai et profond1 de se dvouer1 de croire ce qu'il aime2 c'est la bizarrerie qui lui fait voir le dsenchantement au milieu de l'enthousiasme1 et rver la rupture avant la liaison4 ,oh6 que l'amour est loin1 s'crie-t-il6 ,mais pourquoi cette paralysie du cur8 ,est-ce la marque d'une fatalit particulire8 ,est-ce le signe d'une nature tristement privilgie8 ,non1 c'est seulement la consquence d'une conduite assez vulgaire4 ,joseph a poursuivi de vaines amours1 et aujourd'hui il ne peut plus vraiment aimer4 ,personne n'ignore que1 dans quelques parties de la vie de ,joseph ,delorme1 ,sainte-,beuve ait voulu se mettre lui-mme en scne4 ,en imaginant de se produire sous ce nom et cette personnalit1 il ne faisait qu'obir au got d'un temps qui aimait les petites supercheries1 les innocents dguisements littraires4 ,plusieurs des traits qu'il a prts ,joseph ,delorme sont emprunts sa propre physionomie4 ,m4 de ,lamartine1 parlant de ce qu'tait ,sainte-,beuve en #ahbi1 le dcrit ainsi3 un jeune homme ple1 blond1 frle1 sensible jusqu' la maladie1 pote jusqu'aux larmes4 ,et il a t reproduit sous cet aspect mlancolique par le pinceau de ,chenavard1 sur une toile que plus tard il ne montrait qu' quelques rares amis1 disant pour expliquer ce mystre que3 c'tait un peu trop ,joseph ,delorme4 ,et puis1 lui aussi avait tudi la mdecine1 et il avait puis dans ces travaux des habitudes d'analyse et1 pour ainsi dire1 de dissection1 qui1 appliques un autre ordre de choses le conduisaient faire sur lui-mme de l'anatomie morale4 ,ce qu'il avait encore de commun avec ,joseph ,delorme c'tait une disposition la rverie1 la tristesse vague et sans cause4 ,sainte-,beuve1 a dit ,m4 ,henri ,fournier1 prouva sincrement les dsespoirs la ,werther et l',obermann qui n'taient gure qu'une affectation et une mode chez les romantiques bien portants et bien en chair de #ahcj4 ,il crivait vingt ans son ami ,m4 ,loudire qui s'ennuyait et le lui avait dit3 ,l'ennui ne doit pas t'tonner3 rsigne-toi n'avoir ni jeunesse1 ni pass1 ni avenir2 je ne te dis pas de ne pas en souffrir1 de ne pas en mourir mme la longue1 mais je te dis de ne pas en enrager444444 ,je me souviens bien que j'ai eu au collge1 comme aujourd'hui1 de terribles accs de mlancolie et de dgot de tout4 ,plus tard1 en #ahci1 il crivait un pote3 ,j'ai besoin de ce qui console1 mais je me fais moins d'illusions que vous1 et je ne cherche plus1 par dsespoir de trouver4 ,enfin1 on l'a dit1 il aimait chez autrui certaines tristesses dans lesquelles il retrouvait une maladie qui avait t la sienne4 ,ajoutons que ,sainte-,beuve souffrait1 comme ,joseph ,delorme1 d'un prcoce dsenchantement en amour1 rsultant de ce qu'il avait laiss trop souvent s'garer ses affections4 ,je n'en veux pas dire davantage sur ce sujet dont on comprend la dlicatesse4 ,on voit donc que la nostalgie de ,joseph ,delorme n'tait pas trangre ,sainte-,beuve4 ,toutefois entre l'auteur et la cration1 les diffrences taient encore nombreuses4 ,non seulement1 comme le fait remarquer ,m4 d',haussonville1 au bout de leurs infortunes1 la ressemblance cesse3 ,joseph ,delorme en meurt2 ,sainte-,beuve en gurit4 ,mais encore1 dans le livre1 la note vraie est souvent force2 les chagrins sont grossis plaisir1 et1 en maint endroit1 on voit percer le dsir de copier un modle plutt que de peindre d'aprs nature4 ,l'crivain s'est inspir de plusieurs types bien connus4 ,tantt1 c'est ,ren tranant sa mlancolie le long des promenades dsertes2 tantt c'est ,obermann cachant son impuissance morale dans une solitude oisive4 ,le passage o il jette un cri de dtresse sur son malheur n'est-il pas copi sur certaines lignes trouves dans les papiers de ,bonaparte1 ou de celles crites par ,chnier dans une taverne de ,londres8 ,enfin n'est-ce pas surtout ,werther qui a fourni le ton gnral de la vie du malheureux ,joseph1 et ,m4 ,guizot n'a-t-il pas eu raison de qualifier celui-ci de ,werther carabin et jacobin8 ,ce ct volontairement exagr de la pseudo-biographie de ,joseph ,delorme ne pouvait chapper la malice de la critique4 ,l'occasion tait belle pour les classiques si malmens de prendre une revanche sur leurs adversaires1 et ce fut ,m4 ,jay1 l'un des plus corrects d'entre-eux1 qui se chargea de ce soin4 ,dans un livre aujourd'hui peu connu1 intitul ,la conversion d'un romantique2 manuscrit de ,jacques ,delorme 7#ahcj71 ,m4 ,jay rtablissait la vrit sur ,joseph ,delorme d'aprs des renseignements fournis par un prtendu frre de celui-ci4 ,selon lui1 ,joseph1 n dans une famille des plus humbles1 aprs avoir pass son enfance dans des conditions heureuses1 mais ordinaires1 tait devenu mdecin4 ,mais un jour il s'tait mis en fantaisie qu'il tait pote4 ,ds ce moment1 il avait nglig ses devoirs pour faire une rvolution en posie1 et dtrner les membres de l',acadmie franaise1 et les hommes de lettres du temps de l',empire1 qu'on devait regarder comme des perruques4 ,nous vous donnerons1 disait-il1 de l'incroyable1 de l'affreux1 du terrible1 de l'extravagant1 et s'il le faut1 le diable lui-mme remplacera votre vieux ,apollon4 ,nous aurons comme les ,anglais notre cole satanique4 ,toutefois1 et tout coup1 il s'tait guri de sa folie1 avait jet au feu ses anciennes idoles et dsavou le recueil d'extravagances rimes et de penses ridicules publi sous son nom1 pour en revenir aux chefs-d'uvre de nos vieux classiques1 et l'exercice srieux de sa profession4 ,loin de mourir prmaturment1 il avait constamment joui de la meilleure sant du monde1 aimant1 dit-on1 bien dner et digrant toujours parfaitement4 ,sans apprcier1 au point de vue de la forme1 le mrite de la raillerie de ,m4 ,jay et tout en tant oblig de convenir que la rectification n'tait pas moins fantaisiste que la biographie rectifie1 on ne peut contester la sagesse de la leon qu'elle renferme4 ,il est permis plutt de la trouver incomplte4 ,m4 ,jay ne s'est attaqu qu'aux ridicules de ,joseph ,delorme2 combien plus justement encore il aurait pu s'lever1 au nom de la morale1 contre l'affaissement de son caractre1 contre son indiffrence et son inertie1 et contre les causes de cet tat6 ,on pourrait faire les mmes remarques propos des ,consolations 7#ahcj72 car le pote y exprime sur l'aridit prcoce de son cur les mmes plaintes dues au mmes motifs que dans les uvres de ,joseph ,delorme4 ,seulement1 dans le nouveau recueil on entrevoit une tendance croissante chercher dans la religion un moyen de relvement1 un instrument de rgnration morale4 ,en effet1 cette poque1 ,sainte-,beuve1 dont la nature1 comme l'a dit son rcent et intressant biographe1 tait la fois amoureuse et mystique cherchait se rattacher aux ides religieuses1 et1 quoique plus tard il l'ait ni1 il est certain que le conflit qu'il dpeint entre les tendances malsaines et les pieuses aspirations tait la fidle reprsentation de ce qui se passait alors dans son me4 ,sainte-,beuve ne s'en est pas tenu l4 ,dans un roman qui ne date plus de la ,restauration1 mais du gouvernement qui l'a suivie1 il a cru pouvoir prendre pour sujet1 non plus la mlancolie1 mais l'une de ses causes possibles4 ,il a pens qu'il y avait une utilit morale tudier tous les degrs par lesquels passe le dbauch1 avant d'arriver au fond de l'abme o ses plus nobles facults s'engloutissent4 ,c'est le but de ,volupt 7#ahcd74 ,l'trange hros de ce roman1 quoiqu'on le donne comme naturellement faible et inquiet1 comme un fils de ,ren1 n'est frapp du mal dont il souffre1 que pour s'tre livr de prcoces excs4 ,ces excs sont la cause encore plus que l'effet de son caractre que ,sainte-,beuve nous dcrit3 languissant1 oisif1 attachant1 sec et priv1 mystrieux et furtif1 rveur jusqu' la sensibilit1 tendre jusqu' la mollesse1 voluptueux enfin4 ,il me sera permis de m'tonner1 malgr l'enseignement sens qu'il contient1 que ce livre de ,volupt ait fait1 on l'affirme du moins1 une conversion1 et d'estimer qu'une telle uvre tait plus dangereuse qu'utile4 ,le sujet exigeait une touche plus rude et en mme temps plus discrte4 ,mais je n'ai pas faire l'examen de ce roman4 ,la mlancolie qui provient directement de la sensualit sort du cadre de notre tude4 ,c'est une maladie physique1 plutt que morale1 et qui relve moins de la philosophie que de la pathologie4 ,laissons donc ,volupt1 et son auteur mme qui1 en dehors des deux ouvrages dont j'ai parl plus haut1 n'appartient plus au mal du sicle4 ,,iv ,le monde philosophique et religieux4 ,,jouffroy4--,g4 ,,farcy4--,,lamennais4--,,le ,p4 ,,lacordaire4 ,si maintenant1 quittant la posie1 nous interrogeons la pense philosophique ou religieuse du temps1 y trouvons-nous la srnit que nous n'avons pas rencontre jusqu'ici8 ,qu'on en juge4 ,m4 ,jouffroy avait montr1 tout enfant1 une nature curieuse1 rveuse et recueillie4 ,ce sont les expressions dont s'est servi pour le dfinir un autre philosophe1 son ami le plus cher peut-tre1 qui s'est dvou sa mmoire1 et qui sait parfaitement inspirer l'intrt qu'il prouve pour son sujet4 ,m4 ,damiron ajoute que cette me d'lite tait ds lors inquite de ces tourments de la pense dont plus tard1 sa gloire sans doute1 mais aussi trop souvent au prix de son repos1 elle fut si profondment agite et travaille4 ,jouffroy fut admis comme lve l'cole ,normale1 vingt ans peine 7#ahaf71 et commena s'occuper de philosophie4 ,il nous apprend lui-mme qu'il avait t accoutum considrer l'avenir de l'homme et le soin de son me comme la grande affaire de sa vie1 et que pendant longtemps les croyances du christianisme avaient pleinement rpondu tous les besoins et toutes les inquitudes que de telles dispositions jettent dans l'me4 ,mais1 ajoute-t-il1 dans le temps o j'tais n1 il tait impossible que ce bonheur ft durable1 et le jour tait venu o1 du sein de ce paisible difice de la religion qui m'avait recueilli ma naissance1 et l'ombre duquel ma premire jeunesse s'tait coule1 j'avais entendu le vent du doute qui de toutes parts en battait les murs et l'branlait jusque dans ses fondements4 ,il n'avait pu rsister la contagion de l'esprit d'examen et d'objection4 ,il tait devenu sceptique4 ,cette mlancolique rvolution ne s'tait point opre1 dit-il1 au grand jour de ma conscience1 elle s'tait accomplie sourdement par un travail involontaire dont je n'avais pas t complice4 ,toutefois1 la vie studieuse et solitaire de l'cole fortifiant les dispositions mditatives de son esprit1 il ne devait pas tarder se rendre un compte exact du vritable tat de ses croyances4 ,rien de plus poignant1 on peut dire de plus dramatique1 que le rcit de cette rvlation2 de cette nuit d'hiver dans une chambre troite et nue de l'cole ,normale1 la clart d'une lune demi voile par les nuages2 de cette funeste nuit pendant laquelle fut dchir le voile qui drobait ,jouffroy sa propre transformation4 ,ce moment fut affreux1 dit-il1 et quand vers le matin1 je me jetai puis sur mon lit1 il me sembla sentir ma premire vie1 si riante et si pleine1 s'teindre1 et derrire moi s'en ouvrir une autre1 sombre et dpeuple1 o dsormais j'allais vivre seul1 seul avec ma fatale pense qui venait de m'y exiler et que j'tais tent de maudire4 ,les jours qui suivirent cette dcouverte furent les plus tristes de ma vie444 ,mon me ne pouvait s'accoutumer un tat si peu fait pour la faiblesse humaine2 par des retours violents1 elle cherchait regagner les rivages qu'elle avait perdus2 elle retrouvait dans la cendre de ses croyances passes des tincelles qui semblaient par intervalles rallumer sa foi4 ,mais ces lueurs s'teignaient bientt4 ,quel lugubre tableau6 ,quelles images sinistres6 ,ne croirait-on pas lire une page arrache aux annales des naufrages clbres8 ,et les malheureux chous sur une plage dserte taient-ils plus dsols que le philosophe jet par la tempte de sa pense sur les bords arides de l'incrdulit8 ,si1 ajoute-t-il1 en perdant la foi1 j'avais perdu le souci des questions qu'elle m'avait rsolues1 ce violent tat n'aurait pas dur longtemps1 la fatigue m'aurait assoupi1 et ma vie se serait endormie comme tant d'autres1 dans le scepticisme444 ,mais il sentait mieux que jamais l'importance des problmes dont il n'avait plus la clef2 et ce fut l ce qui dcida de la direction de sa vie4 ,ne pouvant supporter l'incertitude sur l'nigme de la destine humaine1 dfaut de la foi1 il fit appel la raison1 et rsolut de consacrer sa vie rsoudre le problme qui l'obsdait4 ,ce fut ainsi qu'il se voua la philosophie4 ,le mauvais tat de sa sant et la suppression1 par suite du licenciement de l'cole ,normale1 d'un cours qu'il y faisait1 lui permirent de s'y consacrer tout entier4 ,au bout de plusieurs annes de patientes recherches1 il affirmait qu'il voyait clairement la route suivre1 pour retrouver la solution perdue du problme et qu'il avait dj reform en lui bien des convictions qui lui avaient rendu1 sinon tout son premier bonheur1 du moins le calme de l'esprit et le repos du cur4 7,mmoire sur l'organisation des sciences philosophiques1 premire partie1 #ahcf74 ,cependant la priode de dtresse qu'il avait traverse1 en #ahaf et dans les annes suivantes1 avait-elle entirement pris fin8 ,une priode de calme absolu s'tait-elle ouverte pour lui8 ,il l'affirme4 ,mais un de ses auditeurs de la ,sorbonne nous le montre sous un jour bien diffrent4 ,hier1 dit cet auditeur1 qui n'est autre que ,m4 ,ozanam1 dans une lettre du #ae mars #ahcb1 il confessait que les besoins intellectuels sont immenses1 que la science loin de les combler ne sert qu' en faire voir toute l'tendue et conduit l'homme au dsespoir1 en lui montrant l'impossibilit d'arriver la perfection4 ,il confessait que les connaissances matrielles ne suffisent point notre esprit et qu'aprs les avoir puises1 il prouvait un grand vide et se trouvait invinciblement pouss chercher des lumires surnaturelles4 ,il ne se pouvait donc empcher de tourner un regard de regret vers le joug qu'il avait bris4 ,et ,ozanam ajoute3 ils font peine ces philosophes du rationalisme6 ,si tu les voyais au milieu de leurs fantaisies1 reconnatre chaque instant leur faiblesse et proclamer le dsespoir qui les ronge3 le dsespoir6 ,quand il se plaignait du vide de son me1 ,jouffroy pouvait1 du moins1 se rendre cette justice que toute son existence tait celle d'un vritable sage4 ,on ne s'tonnera donc pas que la philosophie ait t impuissante protger contre les souffrances intimes1 un de ses adeptes qui n'avait pas1 comme lui1 la garantie d'une vie exempte d'orages4 ,on connat assez peu aujourd'hui celui qui fut ,georges ,farcy4 ,comme ,jouffroy1 et peu de temps aprs lui1 il avait t lve l'cole ,normale4 ,il s'tait ensuite retir prs de ,m4 ,cousin qui avait t son matre et qui tait rest son ami1 et il avait continu1 sous cette minente direction1 des travaux auxquels ses aptitudes semblaient le destiner4 ,trop indpendant pour l',universit1 il entreprit une ducation particulire2 puis il avait1 en #ahbf1 fait une excursion en ,italie o il avait rencontr ,lamartine et crit quelques posies philosophiques4 ,l'anne suivante1 il tait all en ,angleterre et au ,brsil4 ,revenu en ,france aprs d'amres dceptions1 il avait d se contenter d'une place de professeur de philosophie1 non pas1 comme ,jouffroy1 dans les premires chaires de l'tat1 mais dans une modeste institution de ,fontenay-aux-,roses4 ,cette vie traverse par tant de difficults1 et dj mal ordonne par ,farcy lui-mme1 ne devait pas compter de longs jours4 ,elle fut brusquement termine1 prcisment la date qui clt la priode de la ,restauration et par l'vnement mme qui a mis fin cette priode4 ,pendant l'une des journes de ,juillet1 ,georges ,farcy sortit1 avec un fusil1 de l'htel de ,nantes qu'il habitait1 et fut frapp mortellement d'un coup de feu l'angle d'une rue4 ,sa mort fut clbre comme celle d'un martyr de la libert4 ,a l'anniversaire de cet vnement tragique1 ,m4 ,cousin pronona son loge et dclara que rien ne pouvait lui ravir l'immortalit que lui avait donne une heure d'une nergie divine4 ,la postrit n'a pas ratifi cette sentence1 et ,cousin a fait plus pour la mmoire de ,farcy en lui ddiant sa belle traduction des ,lois de ,platon1 que le pays en inscrivant son nom sur un monument parmi ceux des combattants de juillet4 ,farcy laissait en mourant1 outre une traduction partielle des lments de philosophie de l'esprit humain de ,dugald ,stewart1 des fragments de posies didactiques et de rflexions morales et politiques4 ,on en a compos un volume sous ce titre3 ,farcy ,reliqui4 ,quelques traits nous font bien apprcier son caractre4 ,dans son voyage en ,italie1 quelles furent ses impressions8 ,ce qu'il aima seulement de ,rome1 ce fut ce sublime silence de mort quand on en approche2 ce furent ces vastes plaines dsoles o plus rien ne se laboure ni ne se moissonne jamais1 ces vieux murs de briques1 ces ruines au dedans et au dehors ce soleil d'aplomb sur des routes poudreuses1 ces villas svres et mlancoliques dans la noirceur de leurs pins et de leurs cyprs4 ,au ,brsil1 au milieu d'une splendide nature1 il se sent envahi par une invincible mlancolie qu'il exprime dans la pice intitule ,tristesse4 ,d'o vient1 dit-il1 que mon cur est prt se briser8 ,c'est que tout m'abandonne1 le pass comme l'avenir2 c'est que je me rveille d'un songe dcevant de bonheur1 et que je retrouve en moi mes ennuis languissants et mes dlires vains4 ,a son retour d',amrique1 il manifeste contre la socit une aversion profonde3 ,la socit6 s'crie-t-il2 moi qui ne vaux rien que seul et inconnu1 moi qui n'aime et qui n'aimerai peut-tre plus jamais que la solitude et le sombre plaisir d'un cur mlancolique6 ,mais ce n'est pas seulement le sort qu'il accuse2 il fait ce triste aveu3 ,je me plains de moi-mme qui ai dissip mon temps1 dispers mes forces1 tu en moi la foi et l'amour4 ,d'aprs ,sainte-,beuve1 ,farcy tait une nature timide1 rserve1 un peu sauvage1 d'une ardeur inquite et fatigue1 se manifestant par des mouvements plutt que par des rayons1 capable au besoin de stocisme1 mais ingale et maladive4 ,lamartine a dit de lui quelque chose de semblable3 ,c'tait une de ces mes concentres1 quoique errantes1 qui dsesprent de trouver dans les autres mes ce qu'elles rvent de perfection en elles-mmes4 ,on en fait1 ajoute-t-il1 un hros de ,juillet1 ce n'tait pas cela1 c'tait un hros de je ne sais quoi1 un hros de l'ennui1 du vide1 de l'inspiration maladive de l'me4 ,tel tait cet infortun1 professeur d'une philosophie qui le guidait si mal1 et qui lui assurait si peu de calme et de paix4 ,avec lui1 comme avec ,jouffroy1 quoique pour des causes diffrentes1 la mlancolie avait donc envahi ces retraites qui semblaient lui devoir tre inaccessibles et dont le pote avait dit3 ,edita doctrin sapientm templa serena4 ,mais il y avait plus1 et la contagion avait pntr jusque dans le monde religieux4 ,lamennais ne l'atteste que trop4 ,quoi6 peut-on dire1 l',essai sur l'indiffrence en matire de religion 7#ahag-ahbd71 est-il un des indices du mal moderne8 ,n'a-t-il pas eu prcisment pour but de donner nos opinions flottantes une base dsormais inbranlable8 ,ne se montre-t-il pas svre pour le sicle8 ,de quel ton parle-t-il de ce sicle o tout passe1 o tout s'en va1 o la terre fuit sous nos pas8 coutez-le3 ,le sicle le plus malade n'est pas celui qui se passionne pour l'erreur1 mais celui qui nglige1 qui ddaigne la vrit4 ,non1 jamais rien de semblable ne s'tait vu1 n'aurait pu mme s'imaginer4 ,il a fallu de longs et persvrants efforts1 une lutte infatigable de l'homme contre sa conscience et sa raison1 pour parvenir enfin cette brutale insouciance4 ,contemplant avec un gal dgot la vrit et l'erreur1 il affecte de croire qu'on ne les saurait discerner1 afin de les confondre dans un commun mpris3 dernier degr de dpravation intellectuelle o il lui serait donn d'arriver4 ,l'auteur s'attaque mme directement la mlancolie4 ,quand le cur1 dit-il1 n'a point au dehors un objet d'amour ou de terme de son action1 il agit sur lui-mme2 et que produit-il8 de vagues fantmes1 comme l'esprit qui est seul produit de chimriques abstractions4 ,l'un se nourrit de rves1 l'autre de rveries2 ou plutt ils essaient inutilement de s'en nourrir4 ,dans sa solitude et dans ses dsirs1 le cur se tourmente pour jouir de lui-mme4 ,c'est l'amour de soi ou l'gosme son plus haut degr4 ,ce genre de dpravation1 ce vice honteux du cur1 l'affaiblit1 l'puise et conduit une espce particulire d'idiotisme qu'on appelle la mlancolie4 ,rien de plus juste en mme temps que de plus loquent4 ,cependant1 qu'on ne s'y trompe pas4 ,en faisant la guerre l'indiffrence et ses consquences funestes1 ,lamennais n'chappe pas au danger qu'il prtend combattre4 ,et1 avant tout1 quel moyen emploie-t-il pour assurer l'homme le bienfait de la certitude8 ,a l'aide de quel flambeau veut-il nous guider dans la recherche qu'il se propose8 ,arrire la raison humaine1 instrument trop imparfait2 selon lui1 et qui se brise entre nos mains dbiles6 ,sans doute1 ses yeux1 la crature n'est pas dnue de tout secours pour arriver au vrai4 ,si l'homme1 par ses seules ressources1 est incapable de conqurir ce bien inestimable1 il le peut rencontrer dans l'ensemble des lumires rpandues sur la surface du globe4 ,en d'autres termes1 si l'homme est sujet l'erreur1 l'humanit est infaillible4 ,donc1 les diffrentes traditions1 dont on recueille les vestiges l'origine de toutes les nations1 constituent1 dans ce qu'elles ont de commun entre elles1 le trsor de la vrit2 et le christianisme tant la plus pure de ces traditions1 sa divinit est dmontre4 ,mais quelle est la valeur de cette argumentation8 ,par quelle illusion de son imagination puissante le philosophe a-t-il cru pouvoir tayer la foi par le scepticisme8 ,comment n'a-t-il pas senti qu'en ruinant la raison individuelle1 il sapait du mme coup la raison universelle1 puisque celle-ci ne se compose1 en dernire analyse1 que de la runion des intelligences particulires8 ,descartes1 du moins1 dans son doute mthodique1 avait eu le soin de mettre en rserve un principe inattaquable1 que l'observation lui faisait toucher au fond de sa conscience1 et grce auquel il pouvait reconstruire tous les autres lments de la vrit4 ,mais prcipiter l'homme dans un abme et vouloir l'en tirer sans point d'appui1 c'est une entreprise vaine et dont tout le talent qu'on y met ne peut dissimuler l'inanit4 ,hlas6 la meilleure preuve de l'erreur de ce procd est dans l'histoire de son auteur4 ,il n'a pas russi se convaincre lui-mme4 ,son intelligence ardente n'a pas tard substituer d'autres conceptions la premire1 et de chute en chute on sait jusqu'o il est tomb4 ,nous venons de voir ,lamennais combattre l'indiffrence par un remde illusoire2 voyons-le maintenant victime de ce mal de la mlancolie qu'il a si fortement stigmatis4 ,ds sa jeunesse1 taciturne et mfiant1 il fuit le monde et recherche la solitude de sa sauvage ,bretagne4 ,il se passionne pour ,rousseau1 dont il semble avoir pris1 avec le got de la campagne et de la rverie1 le style clatant et large1 et la dialectique si entranante1 alors mme qu'elle s'gare4 ,sa vocation religieuse ne se dcide pas sans de longues hsitations4 ,en #ahab1 lorsqu'il vient de recevoir les ordres mineurs1 un prtre de ,saint-,sulpice lui crit3 ,je crains que vous ne vous livriez trop une certaine mlancolie qui vous dvore4 ,les vnements politiques viennent aussi le troubler4 ,aux ,cent-,jours1 il croit prudent d'migrer4 ,il se rend alors en ,angleterre1 o il a le bonheur de rencontrer l'abb ,caron1 mais les conseils mme que lui adresse ce prtre vnrable indiquent la persistance des souffrances de ,lamennais4 ,mon bon ami1 lui crit-on1 je suis bien inquiet de votre sant qui nous est si chre1 mais je le suis encore plus de l'tat de votre me4 ,je ne saurais trop vous dire1 mon cher fils3 ,paix1 confiance1 abandon la volont divine1 douce assurance des secours du ciel4 ,et quelques mois plus tard3 ,pourquoi cette vilaine mlancolie8 ,est-ce que le bon chrtien n'est pas comme dans un festin continuel8 ,est-ce que le simple souvenir de ,dieu ne nous donne pas de la joie8 ,exhortations perdues3 cette humeur triste1 que deux hommes verss dans l'exprience des mes avaient dmle en ,lamennais ds ses premires annes1 devait rsister leurs efforts4 ,il resta toujours mobile et tourment2 oscillant sans cesse d'un ple l'autre1 il usa sa gloire et sa vie dans de striles agitations4 ,quel que soit le jugement qu'on porte sur lui on ne peut se dfendre d'un sentiment de piti1 en pensant que ses erreurs n'ont pas apport moins d'amertume lui-mme que de scandale aux autres4 ,son illustre lve1 le ,p4 ,lacordaire a aussi connu1 quoiqu'avec moins de violence1 les troubles et les inquitudes de l'me4 ,avant d'tre le grand ,dominicain que l'on admire1 il cherchait pniblement sa voie 7#ahbb74 ,il tait malade1 dit ,sainte-,beuve1 du mal du temps1 du mal de la jeunesse d'alors2 il pleurait sans cesse comme ,ren2 il disait3 ,je suis rassasi de tout sans avoir rien connu4 ,son nergie refoule l'touffait4 ,ses ides taient celles du ,x,v,i,i,ie sicle2 il tait diste1 mais avec une sorte de scepticisme1 et un peu de cette indiffrence dont ,lamennais cherchait combattre l'influence mortelle4 ,la solution chrtienne apparut un jour son intelligence1 et1 vers #ahbd1 il entrait au sminaire de ,saint-,sulpice4 ,mais s'il a de bonne heure triomph de l'esprit du sicle dans ce qu'il avait de malsain1 n'en a-t-il pas cependant conserv quelque chose1 non-seulement dans cette forme potique et mme romantique qu'il a donne l'loquence chrtienne1 mais encore dans cette sympathie qu'il exprime pour certaines tendances de son temps8 ,dans la chaire de ,notre-,dame1 parlant du sicle mme1 il avouera que c'est un sicle dont il a tout aim4 ,et ne pourrait-on pas voir1 en mme temps qu'une vue leve des choses humaines1 une allusion des impressions intimes1 de vagues chagrins non effacs1 dans ces lignes o le langage de la charit s'empreint demi d'une sensibilit profane3 ,par la charit il n'y a pas de cur o l'glise ne pt pntrer1 car le malheur est le roi d'ici-bas1 et tt ou tard tout cur est atteint de son sceptre444 ,dsormais l'glise pouvait aller avec confiance conqurir l'univers1 car il y a des larmes dans tout l'univers1 et elles nous sont si naturelles qu'encore qu'elles n'eussent pas de cause1 elles couleraient sans cause par le seul charme de cette indfinissable tristesse dont notre me est le puits profond et mystrieux4 ,c'est par l que ,lacordaire se trouvait en communion de sentiments avec tant d'hommes de sa gnration1 et c'est1 avec son incontestable talent1 un des secrets de la sduction qu'il a exerce sur son poque4 ,v ,les ,romanciers4 ,mme ,,de ,r,,musat4--,mme ,,de ,,duras4--,,beyle4--,mlle ,,hortense ,,allard4 ,du monde potique1 philosophique et religieux1 il faut descendre un monde plus pratique4 ,il faut consulter sur la vie ceux qui se sont plu en raconter les vicissitudes4 ,il faut aborder les romanciers4 ,les premiers romans qui s'offrent ici notre examen nous en rappellent d'autres que nous avons analyss dans la partie prcdente de ce travail1 ceux de ,mme de ,flahaut et de ,mme de ,krudener4 ,empreints comme ceux-ci de dlicatesse et de grce ils portent galement quelque marque de l'esprit de leur temps2 les uns et les autres ont t crits par des femmes appartenant la socit la plus leve2 et ces femmes prsentaient entre elles1 par leur existence et leur caractre plus d'une ressemblance4 ,mme de ,rmusat qui avait vu son pre prir sur l'chafaud rvolutionnaire1 qui avait travers les plus mauvais jours de la ,terreur sans quitter la ,france1 a crit1 en #ahad1 un roman intitul3 ,charles et ,claire ou la ,flte4 ,cet crit n'a jamais t publi2 il n'tait destin qu' un petit cercle d'amis4 ,mais ,sainte-,beuve qui en avait reu communication1 nous en a donn l'analyse4 ,on y voit un jeune migr qui aime une jeune fille rfugie comme lui dans une ville d',allemagne1 mais qui l'aime sans l'avoir jamais rencontre1 et qui ne l'entrevoit que pour s'en sparer jamais2 le hros est bien de son temps2 il lit ,werther1 sa tte et son style s'en ressentent4 ,mme de ,duras avait eu aussi pleurer son pre1 parmi les victimes de la ,rvolution4 ,de la ,martinique o elle avait d sjourner quelque temps1 elle tait passe en ,angleterre1 puis rentre en ,france au ,consulat4 ,sous la ,restauration1 son salon devint le point de runion de bien des personnages qui ont laiss de vifs souvenirs2 ,chateaubriand en tait le centre clatant4 ,ce fut pour ce public d'lite que ,mme de ,duras crivit les romans d',ourika 7#ahbc7 et d'douard 7#ahbe71 auxquels il faut ajouter une nouvelle indite1 ,olivier4 ,ce dernier ouvrage a pour sujet l'tat douloureux d'un jeune homme qu'une cause mystrieuse1 quelque disgrce secrte1 condamne l'isolement4 douard et ,ourika qui ont t dans leur temps trs rpandus1 et qui sont encore gots des lecteurs difficiles1 nous prsentent une situation qui n'est pas sans analogie avec celle d',olivier4 ,analyser douard marquerait bien peu de got1 a dit ,sainte-,beuve4 ,il en aurait pu dire autant d',ourika qui1 de mme qu'douard1 repose sur une ide dlicate1 et se recommande moins par l'action que par la finesse des sentiments4 ,je ne m'tendrai donc ni sur douard ni sur ,ourika4 ,je dirai seulement que dans tous les sujets choisis par ,mme de ,duras il est facile de dcouvrir une pense unique qui sert de lien entre ses diffrents crits1 et cette pense c'est l'impossibilit d'tre heureux4 ,l'infirmit d',olivier1 la couleur d',ourika1 la naissance d'douard ne sont que des preuves d'ordres divers l'appui de cette proposition dsolante4 ,une si triste philosophie venait chez ,mme de ,duras1 des souvenirs de la ,rvolution qu'elle avait traverse1 plus encore que d'un tat de sant de bonne heure altr4 ,ces souvenirs apparaissent ouvertement dans certains passages d',ourika1 et l'on sait que ,mme de ,duras n'avait jamais pu se soustraire l'influence des premires impressions de sa vie4 ,on entendait en elle comme l'cho d'une lutte non encore termine avec le sentiment de grandes catastrophes en arrire4 ,une de ses penses habituelles tait que pour ceux qui ont subi jeunes la ,terreur1 le bel ge a t fltri1 qu'il n'y pas eu de jeunesse1 et qu'ils porteront jusqu'au tombeau cette mlancolie premire1 ce mal qui date de la ,terreur1 mais1 ajoute d'une faon trop absolue ,m4 ,sainte-,beuve1 qui sort de bien d'autres causes1 qui s'est transmis toutes les gnrations venues plus tard4 ,ce mal de ,delphine1 de ,ren1 elle l'avoue1 elle le peint avec nuance1 elle le poursuit dans ses varits1 elle tche de le gurir en ,dieu4 ,dieu fut1 en effet1 le dernier terme de ses aspirations4 ,elle accepta1 en esprit de sacrifice chrtien1 des souffrances physiques devenues presque intolrables1 et des froissements intrieurs que le monde ne lui avait point pargns2 et des rflexions et prires qu'elle traait peu de temps avant sa mort 7#ahbi7 nous montrent qu'elle s'est teinte au milieu des esprances les plus consolantes4 ,c'est dans ces sentiments qu'aprs avoir partag les mmes preuves1 les mmes impressions1 les mmes souvenirs1 se sont rencontres au bout de leur courte existence ,mme de ,duras et ,mme de ,rmusat4 ,on a vu plus haut que l'un des exemples choisis par ,mme de ,duras pour dmontrer l'impossibilit d'arriver au bonheur tait le mal secret et inexplicable du jeune ,olivier4 ,la nouvelle qui portait ce nom1 lue en manuscrit dans son salon1 avait vivement excit la curiosit4 ,les commentaires s'taient donn carrire sur la nature du mal mystrieux du hros4 ,m4 de ,latouche1 qui avait connu le mot de l'nigme1 fit paratre un ,olivier qui fut attribu ,mme de ,duras4 ,henri ,beyle voulut faire aussi le sien4 ,il publia1 en #ahbg1 ,armance ou quelques scnes d'un salon de ,paris4 ,dans ce roman1 o il maltraite vivement la haute socit du temps1 dont il ne faisait pas partie1 je ne m'attacherai qu'au personnage d',octave de ,malivert1 et je n'indiquerai que pour faire ressortir son caractre les vnements auxquels il fut ml4 ,beaucoup d'esprit1 une taille leve1 des manires nobles1 de grands yeux noirs les plus beaux du monde1 auraient marqu la place d',octave parmi les jeunes gens les plus distingus de la socit1 si quelque chose de sombre empreint dans ces yeux si doux n'et port le plaindre plus qu' l'aimer4 ,ils semblaient quelquefois regarder au ciel et rflchir le bonheur qu'ils y voyaient4 ,un instant aprs on y lisait les tourments de l'enfer4 ,il et fait sensation s'il et dsir parler4 ,mais ,octave ne disait rien2 rien ne semblait lui causer ni peine ni plaisir444 ,quelle que ft la cause de sa profonde mlancolie1 ,octave semblait misanthrope avant l'ge444 ,des mdecins1 gens d'esprit1 dirent ,mme de ,malivert inquite1 que son fils n'avait d'autre maladie que cette sorte de tristesse mcontente et jugeante qui caractrise les jeunes gens de son poque et de son rang4 ,dans son htel opulent1 prs de son pre qu'il respecte et de sa mre qu'il chrit1 ,octave s'ennuie4 ,il se plonge dans les livres et dans la rverie4 ,il pense un instant consacrer sa vie ,dieu2 mais l'tude de la philosophie le dtourne de ces ides4 ,il reste dans le monde et n'y voyant que bassesse1 alors qu'il ne rve que grandeur d'me1 il le prend en ddain4 ,par sa hauteur1 il s'y fait des ennemis dont il se soucie peu4 ,quelquefois mme il se laisse aller des mouvements de fureur4 ,il croit voir partout percer l'intrt personnel1 et ne rpond aux avances qu'il reoit que par l'ironie la plus amre4 ,dgot de tout1 il veut en finir avec la vie2 mais le sentiment du devoir est assez fort en lui pour le retenir4 ,cette victoire sur lui-mme lui apporte un peu de calme4 ,d'un autre ct1 il s'est pris d'une sympathie profonde pour une jeune fille qu'il voit chaque jour1 dans le salon d'une de ses parentes1 mais par suite de malentendus dplorables ou d'engagements imprudents1 il ne peut s'unir elle4 ,pendant sa lutte contre ces difficults1 ,octave se rconcilie avec la vie4 ,le monde lui semble moins hassable1 et surtout moins occup de lui nuire444 ,il redevient juste et mme indulgent1 et il en arrive dserter ses raisonnements svres sur bien des choses4 ,cependant il nourrit encore quelques ides excentriques et son mpris pour les hommes n'est pas vaincu pour toujours4 ,enfin les obstacles qui s'taient multiplis sont carts2 il se marie avec ,armance4 ,mais ce mariage est condamn un dnouement prompt et fatal4 ,en effet1 ,octave1 avant d'pouser la femme qu'il adorait1 avait rsolu de lui confier un secret terrible2 il lui avait dclar qu'il tait un monstre1 mais sans s'expliquer davantage1 et il jugeait1 de son devoir de tout lui dire4 ,il allait le faire1 quand une machination ourdie par des parents1 intresss s'opposer au mariage projet1 avait entrav cette confession2 mais il s'tait fait le serment de se tuer peu de temps aprs son mariage pour ne pas enchaner ,armance un homme qu'il jugeait indigne d'elle4 ,le mariage accompli1 ,octave se tient parole1 et sous prtexte d'aller se joindre aux dfenseurs de l'indpendance hellnique1 il quitte sa femme1 et pendant la traverse1 il s'empoisonne1 emportant dans la mort le secret qui pesait sur lui4 ,ainsi aprs avoir vcu hors des voies communes ,octave finit par un acte inutilement coupable4 ,il n'a eu de bon dans sa vie morale que les moments dus un amour pur4 ,noble et grand1 mais sans discernement1 et sans justice1 il se sacrifie une loi qu'il s'est impose peut-tre sans cause1 et en se sacrifiant il atteint des tres innocents et chers4 ,un critique du temps1 dans la ,revue des ,deux-,mondes1 a dit qu',octave tait une caricature indchiffrable4 ,je reconnais qu'en plusieurs points il est pour nous un problme1 mais l'obscurit qui plane sur sa nature entrait dans le plan de l'auteur1 et rien ne m'autorise penser que ce type1 tout en tant peut-tre exagr1 ne ft pas vrai l'poque o ,beyle le dessinait4 ,en tout cas1 l'amertume d',octave dpasse de beaucoup celle des personnages de ,mme de ,duras1 quoiqu'il doive l'un d'eux son origine4 ,chez ceux-ci1 la tristesse nat d'une difficult trangre celui qui la subit2 le hros de ,beyle1 au contraire1 ajoute par les inquitudes de son caractre aux malheurs de sa destine4 ,mais chez tous1 la premire donne est un fond de tristesse et de dsenchantement4 ,ce mot de dsenchantement nous rappelle par contraste un roman qui a pour titre le mot oppos1 mais qui contient aussi1 dans son dsordre capricieux1 plus d'une allusion l'tat maladif dont je suis les traces4 ,je veux parler des ,enchantements de ,prudence publis sous le pseudonyme de ,mme de ,saman1 par ,mlle ,hortense ,allard4 ,cette femme1 dont le nom a fait quelque bruit dans ces dernires annes1 et a t ml des indiscrtions rtrospectives sur un grand crivain1 avait dj publi des lettres sur les ouvrages de ,mme de ,stal1 vers laquelle elle s'tait sentie vivement attire4 ,son nouveau livre est une confession1 du moins on peut le croire1 car l'auteur n'a pas cherch s'idaliser ni dissimuler aucune de ses impressions1 quelle qu'en ft la nature4 ,cette confession embrasse environ quarante annes partir de #ahbj4 ,le type qui s'en dgage est ardent1 mais en mme temps rveur et inquiet4 ,ce sont surtout les premiers souvenirs de ,prudence qui accusent ce ct mlancolique4 ,elle aime la solitude de la campagne3 ,j'allais dans le parc1 dit-elle1 m'enivrer du bruit grandiose du feuillage perdu1 de cette mlancolie secrte1 de cette tristesse loquente qui signale l'automne1 dans la pompe de ses inspirations et de ses rveries4 ,elle dcrit bien l'agitation de son me passant d'une tristesse sans cause une flicit que rien ne motive3 ,un trouble1 un tourment qui attaque la raison mme1 le dcouragement de la vie et de ce qui la fait aimer3 ennui profond2 regret amer et douloureux2 besoin de s'affliger et de rpandre des larmes4 ,puis1 tranquillit douce et parfaite1 contentement passager4 ,notons1 entre plusieurs1 un de ces jours pleins d'motions rapides1 qu'aucune cause apparente ne justifie et o les tats d'me les plus diffrents se succdent avec une rapidit qui ferait douter de la persistance de la personnalit1 chez l'tre tmoin et sujet de ces variations4 ,c'est le lundi #cj juin #ahbb3 ,le matin1 agitation et souffrance insupportables2 ensuite calme plein de douceurs2 puis tristesse profonde et ides douloureuses4 ,enfin dner et le soir vifs sentiments de plaisir et joie complte d'exister4 ,ce jour1 ajoute-t-elle1 a t une vie entire4 ,cette mobilit maladive1 ,prudence la porte dans sa vie relle1 dans ses enchantements dont je ne ferai pas l'histoire4 ,je dirai seulement qu'ils eurent pour premier objet1 ce qui tait bien fait pour lui plaire1 un homme d'un gnie sombre1 en proie mille impressions diverses1 fatigu l'avance de ce qu'il avait le plus vivement dsir1 et souffrant par l'imagination des maux inous4 ,mme de ,saman mle1 d'ailleurs1 aux sentiments les plus profanes1 les aspirations d'une vague religiosit4 ,sous cette sensibilit drgle1 sous cette inquitude d'une me qui ne trouve pas de repos1 je dcouvre une nouvelle victime du mal du sicle4 ,elle l'a gagn sans doute1 ce mal1 dans son got pour des crivains qui1 en tant atteints eux-mmes1 l'ont propag par leurs crits4 ,je crois retrouver ,jean-,jacques ,rousseau en plus d'un endroit des ,enchantements4 ,j'y retrouve surtout ,senancour dont ,mme de ,saman se rapproche encore plus par la libre allure de la pense et par la forme quelquefois heureuse1 mais plus souvent nglige1 de son style4 ,il y a donc peu d'originalit chez elle4 ,mais elle devait figurer ici1 ne ft-ce qu' titre de disciple4 ,,vi ,les ,artistes4 ,g,,ricault4--,,delacroix4 ,ce n'est pas seulement dans les uvres littraires qu'on voit la maladie du sicle ctoyer sur certains points l'histoire du romantisme4 ,les arts1 leur tour1 nous offrent le mme rapprochement4 ,gricault1 dont tout le monde connat la clbre toile du ,radeau de la ,mduse qui parut au salon de #ahai1 et qui fut l'occasion d'une lutte ardente entre les classiques et les romantiques1 ,gricault a demand au pote du dsespoir quelques sujets de croquis2 il a su rendre avec sa puissance habituelle les passions farouches de ,conrad et de ,lara4 ,au reste1 la nature intime de ce grand peintre rpondait au caractre de ses uvres4 ,un critique ,m4 ,g4 ,planche nous a fait connatre que l'amour trs-vif du plaisir s'alliait en lui de frquents accs de mlancolie4 ,par une sorte de pressentiment de l'accident qui devait l'enlever dans la force de l'ge 7#ahbd71 l'image de la mort tenait une grande place dans ses penses4 ,une lettre crite par le peintre ,charlet1 lettre dont l'authenticit ne peut tre conteste1 nous apprend mme que ,gricault a plus d'une fois song au suicide1 et que sans la vigilance de ses camarades1 il est probable qu'il et accompli son sinistre projet4 ,charlet raconte qu'il l'a sauv4 ,on trouve ainsi dans l'minent auteur du ,naufrage les deux faits que nous avons dj si souvent observs1 la tristesse et l'obsession du suicide4 ,sans partager des sentiments aussi violents1 un autre peintre clbre1 ,delacroix1 fut aussi1 sous la ,restauration1 le reprsentant de l'alliance du romantisme et de la mlancolie4 ,on remarque qu'il choisit alors volontiers ses sujets dans les crits dont l'analyse a dj fait partie de ce travail4 ,il dbute par le groupe de ,dante et ,virgile 7#ahbb71 et il enveloppe le front de ces deux potes d'un nuage de tristesse4 ,ensuite il aborde ,gthe 7#ahbf7 et personne n'a mieux exprim que lui le caractre trange et douloureux de la fantastique lgende de ,faust4 ,il se mesure aussi avec ,byron1 7#ahbi1 #ahce7 et il reproduit avec sa fougue merveilleuse les types de ses sombres hros4 ,plus tard 7#ahci1 #ahdc71 quand il sera tent par ,shakespeare1 il imprimera un cachet de dsolation la srie de ses dessins sur l'impntrable ,hamlet1 sur l'apparition lugubre de son pre1 sur la mort de l'infortune ,ophlie8 ,qui ne se sentirait surtout saisi d'motion en face de ce tableau o le jeune prince contemple le crne d',yorick d'un air indcis1 qui tient le milieu entre les apparences de la mditation philosophique et celles de la folie8 ,toutes ces uvres se rapportaient un mme ordre d'ides1 un mme genre d'impressions qui dnotent bien quelle tait la tendance habituelle de l'artiste1 et qui forment un trait d'union entre ces deux grands reprsentants de l'cole moderne1 ,gricault et ,delacroix4 ,,vii ,les ,jeunes ,gens4 ,j4-,j4 ,,amp,,re ,,et ,,ses ,,amis4 ,en prsence du concert mlancolique que formaient alors la posie1 la philosophie1 le roman1 l'art enfin1 quelle tait l'attitude de la jeunesse de la ,restauration8 ,j'ai dj parl en un autre endroit d'une composition de ,ballanche intitule3 le ,vieillard et le jeune ,homme2 elle date de cette poque4 ,l'auteur met en scne un jeune homme qui dsespre de son sicle et ne sait o se prendre1 et un vieillard qui cherche relever son courage1 et lui rendre la foi en l'avenir4 ,le vieillard s'adresse au jeune homme en ces termes3 ,mon fils1 vous portez dans votre sein une secrte inquitude qui vous dvore444 ,eh quoi6 vous avez peine quelques souvenirs fugitifs1 et dj vous trouvez qu'ils vous suffisent444 ,les livres seuls vous ont tout appris4 ,vous cherchez la solitude comme l'infortun qui a essuy mille maux444 ,caractre bien singulier de l'poque o nous sommes placs6 ,le jeune homme n'a pas le temps de former des affections2 il franchit sans l'apercevoir le moment fugitif o elles devaient natre en lui3 le sourire de la beaut n'atteindra pas son cur1 n'enchantera pas son imagination444 ,les plus hautes conceptions des sages qui pour y parvenir ont eu besoin de vivre de longs jours sont devenues le lait des enfants444 ,je veux essayer1 mon fils1 de gurir en vous une si triste maladie1 tat fcheux de l'me1 qui intervertit les saisons de la vie1 et place l'hiver dans un printemps priv de fleurs4 ,singulire interversion des rles6 ,bien souvent on avait vu en face l'un de l'autre le jeune enthousiaste et le vieillard dsabus4 ,ici les situations sont changes2 c'est le vieillard plein encore d'esprance qui rconforte le jeune homme dj dsenchant4 ,mais en formulant ce contraste1 ,ballanche n'a pas cd au dsir de se livrer un piquant paradoxe1 il a seulement constat un fait dont l'exprience multipliait autour de lui les exemples4 ,il tait en cela d'accord avec un autre observateur sagace4 ,dans un morceau indit jusqu'en #ahdg1 mais crit en #ahag1 sous ce titre3 ,de la jeunesse1 ,m4 de ,rmusat traait des jeunes gens de cette poque un portrait qu'il est intressant de rappeler4 ,aprs avoir signal chez eux une tendance se singulariser1 le dgot du train commun des choses1 il s'arrte sur une figure qui lui parat reproduire la physionomie de plusieurs de ses jeunes contemporains4 ,clon est n avec des facults qui donnaient de grandes esprances4 ,il a reu une ducation leve4 ,mais non content de l'avenir auquel ces avantages lui donnaient le droit d'aspirer1 il se croit appel des destines suprieures1 et se fait pour son usage un monde imaginaire dans lequel il se complat4 ,il vient aimer1 et1 sous ce rapport1 il parat se distinguer du jeune homme de ,ballanche2 mais s'il n'est pas encore aussi glac que lui1 combien il reste tide6 ,il a bien le dsir de rendre sa situation dans le monde digne de l'objet de son amour1 mais pour y parvenir il ne tente rien de srieux1 et ajourne indfiniment toute entreprise4 ,il essaie enfin d'crire un ouvrage1 mais sans but prcis1 sans volont arrte2 aussi ne tarde-t-il pas l'abandonner4 ,cependant il ne se rsigne pas non plus entrer dans la voie vulgaire et vivre comme tous les membres de la socit4 ,il continua1 dit ,m4 de ,rmusat1 de se croire une exception1 malheur grave pour qui n'est pas une supriorit444 ,il fit sentir qui l'approchait un ddain que ne justifiait aucun succs brillant4 ,son ton tait sec1 son langage amer4 ,il se jouait de tous les sentiments naturels1 raillait toutes les croyances1 prenait piti de tous les scrupules1 insultait toutes les ides reues444 ,il semblait dfier la malveillance qui rpondit l'appel444 ,il s'endurcit par souffrance et se desscha bientt par calcul4 ,il se disait dsespr2 en dfinitive1 il s'ennuya444 ,il mourut jeune1 mais cependant ayant assez vcu pour dcevoir jusqu' la dernire esprance et tarir d'avance jusqu'au dernier regret4 ,une telle destine n'est possible que de nos jours4 ,une dernire apprciation doit s'ajouter ces jugements4 ,dans un crit sur lequel je reviendrai en son lieu1 ,alfred de ,musset1 lui aussi1 a dcrit la gnration qui dbutait dans le monde avec la ,restauration4 ,il l'a dpeinte ardente1 ple1 rveuse1 incrdule1 livre aux apptits matriels4--,qui osera jamais1 s'crie-t-il1 raconter ce qui se passait alors dans les collges8 ,les hommes doutaient de tout3 les jeunes gens nirent tout2 les potes chantaient le dsespoir3 les jeunes gens sortirent des collges avec le front serein1 le visage frais et vermeil et le blasphme la bouche4 ,enfin1 selon lui1 la jeunesse au lieu d'avoir l'enthousiasme du mal n'avait que l'abngation du bien2 au lieu du dsespoir1 l'insensibilit4 ,sans disputer sur certains dtails1 il faut reconnatre l'opinion d',alfred de ,musset l'gard de ses contemporains quelque autorit4 ,est-ce dire qu' ct du type de jeunes gens dpeint par ,ballanche1 ,rmusat et ,musset1 il n'en existt pas d'autres8 ,ne sait-on pas1 au contraire1 que beaucoup1 loin de s'endormir dans une apathie strile1 se livraient avec ardeur de laborieuses tudes1 et se prparaient noblement pour l'avenir2 que plusieurs mme taient enflamms d'une passion prcoce pour les choses politiques1 manquant la classe1 a-t-on dit1 le jour o l'on chassait ,manuel1 amoureux indiffremment de ,napolon et de la ,rpublique1 de ,mme de ,stal et de ,mme ,roland1 fous de ,ren et des lettres de ,mirabeau ,sophie1 emportant sous le bras ,diderot la classe de rhtorique et ,branger la classe de philosophie8 ,sans doute2 mais ces faits ne contredisent pas ceux qui prcdent4 ,le mal tait du reste1 ici encore1 ml de quelque affectation4 ,cette dsillusion profonde1 ce ddain amer1 ce dsespoir superbe1 cet orgueilleux ennui1 cette audace de ngation que montrait la jeunesse1 n'taient-ils pas imits de ,chateaubriand1 de ,senancour1 de ,gthe et surtout de ,byron8 ,les livres vous ont tout appris1 disait ,ballanche2 et en effet1 les sentiments dont je viens de parler taient trop prcoces et trop outrs pour tre parfaitement sincres4 ,nous allons les examiner de plus prs1 dans quelques personnalits remarquables4 ,un mot d'abord d'un homme qui plus tard est devenu un grand publiciste1 qui ne s'est jamais compltement guri d'un certain fonds de tristesse et d'inquitude1 mais qui alors tait particulirement atteint de ce qu'on a appel le mal de la jeunesse4 ,m4 de ,tocqueville crivait1 le #af septembre #ahbc1 un ami1 ,m4 ,eugne ,stoffels3 ,mon cher ami1 tche de t'occuper fortement1 chasse1 danse1 remue-toi2 enfin substitue1 autant que possible1 l'activit du corps celle de l'me4 ,la premire peut fatiguer la machine1 mais ne l'use jamais2 la seconde1 notre ge surtout1 ne peut pas tre en action sans se retourner sur elle-mme1 et produire des maux qui1 quoique sans cause relle1 n'en sont pas moins bien vifs4 ,j'en sais1 malheureusement1 quelque chose pour ma part4 ,j'arrive d'autres noms qui ont eu aussi1 avec plus ou moins d'clat1 leur clbrit4 ,en #ahah1 il y avait ,paris un petit cnacle d'amis1 lis entre eux par des tudes analogues et par des gots semblables4 ,ils sortaient du collge1 et ils entraient peine dans le monde4 ,le premier d'entre eux tait ,jean-,jacques ,ampre4 ,autour de lui se groupaient ,jules ,bastide1 ,albert ,stapfer1 ,alexis de ,jussieu1 ,franck-,carr1 et quelques autres encore4 ,les circonstances ayant spar ces fidles amis1 ils avaient suppl l'absence par les lettres4 ,la correspondance d',ampre nous dvoile le cur de ces jeunes gens4 ,ampre1 loign de son ami ,bastide1 lui crit en janvier #ahbj3 ,ah6 il y a des moments o il me semble1 comme ,werther1 que ,dieu a dtourn sa face de l'homme et l'a livr au malheur1 sans secours1 sans appui4 ,l'homme est ici-bas pour s'ennuyer et souffrir4 ,le #bj mai #ahbj1 la note est encore plus sombre4 ,mon cher ,jules1 la semaine dernire1 le sentiment de maldiction a t sur moi1 autour de moi1 en moi4 ,je dois cela ,lord ,byron2 j'ai lu deux fois de suite le ,manfred anglais4 ,jamais1 jamais de ma vie1 lecture ne m'crasa comme celle-l4 ,j'en suis malade4 ,dimanche1 j'ai t voir coucher le soleil sur la place de l'esplanade3 il tait menaant comme les feux de l'enfer4 ,je suis entr dans l'glise1 o les fidles en paix chantaient l'alleluia de la rsurrection4 ,appuy contre une colonne1 je les ai regards avec ddain et envie4 ,j'ai compris pourquoi la maldiction de ,lord ,byron finissait par ces mots3 ,l'univers tout entier sur ton cur a pass3 ,que ce cur dsormais soit aride et glac4 ,le soir j'ai dn chez ,edmond2 il a fallu parler avec ,mme ,morel de papiers peints et d'appartements4 ,a neuf heures1 je n'en pouvais plus2 j'tais dans un dsespoir amer et violent1 les yeux ferms1 la tte penche en arrire1 me dvorant moi-mme4 ,je laissai tomber quelques mots de douleur et d'ironie aux consolations de la douce ,lydia4 ,un autre jour1 il s'en prend la philosophie et il veut rompre avec la socit3 ,que je maudis1 que j'excre la philosophie6 ,c'est elle qui m'a amen au dgot de toutes choses2 je crois que je donnerai ma dmission de la socit444 ,oui1 il faut que je parte1 je ne sais ce qui m'arrte2 mais o aller8 ,dans cette mme lettre du #a;er juin #ahbj1 il avoue qu'il cde encore la tentation des choses du monde1 mais il s'en accuse aussitt3 ,croirais-tu que ces jours-ci j'ai eu des ambitions de gloire1 des rves potiques6 ,pauvre fou6444 ,j'ai mme fait quelques vers2 j'en ferai quelques autres dans ma vie1 mais je ne sais pas si je pourrai rien finir4 ,que m'importe6 ,deux jours aprs1 il raconte son ami qu'il vient de subir une nouvelle crise3 ,mon cher ,jules1 lundi je t'avais crit une lettre satanique1 mais je la dchire2 cet accs de rage contre le destin a fait place un ddain profond de toute chose1 de l'avenir et de moi-mme4 ,je veux partir4 ,il part1 en effet4 ,de ,vevay1 il crit le #aj aot3 ,je relis ,werther1 au fond duquel je n'avais jamais pntr1 et deux volumes de ,lamennais2 dans le second1 il y a des passages absolument faits pour nous4 ,dieu1 que cet homme a le sentiment de la ruine6 ,enfin1 dans une lettre de ,berne1 du #bj septembre #ahbj1 il crit ces lignes3 ,mon ami1 aie soin de toi4 ,obermann nous crie3 ,serrez-vous1 hommes simples qui avez le sentiment de la beaut des choses naturelles4 ,nous tous qui souffrons1 aidons-nous4 ,celui qui s'adressaient ces confidences et ces exhortations tait fait pour comprendre les unes et avait besoin des autres4 ,il souffrait comme ,ampre4 ,il lui crivait que la solitude n'tait pas bonne dans leur commune situation2 il n'attendait1 d'ailleurs1 de consolation d'aucun ct2 atteint dans sa sant1 il envisageait la mort sans les esprances sublimes qui l'adoucissent et qu'il eut cependant dsir possder4 ,il faisait entendre des lamentations d'un caractre plus philosophique que celles de son ami1 mais d'une philosophie tourmente4 ,que les jours et les nuits sont tristes6 crivait-il444 ,ah6 pourquoi suis-je loin de vous8 ,seul1 les fantmes m'assigent444 ,ah6 si aprs la mort nous devions nous retrouver un jour1 combien je serais tranquille6 ,mais non1 toute affection sera brise1 il faut se contenter de cette misrable vie de la terre o l'on voit des rochers1 des nuages2444 non1 je ne comprendrai jamais que mon me qui possde l'infini1 puisse s'anantir4 ,je me perds dans ces mystres terribles6 7#ai aot #ahbj74 ,les autres membres du groupe d',ampre n'taient pas moins blesss4 ,aprs avoir dit ,bastide tu souffres autant que moi1 ,ampre ajoutait3 ,et ,franck6 et ,stapfer6 ,ce dernier1 traducteur des uvres dramatiques de ,gthe1 prononait des paroles amres que son ami nous a rapportes3 ,albert me disait l'autre soir3 il y aura toujours quelque chose de sombre1 de dsenchant au fond de notre existence 7,lettres de #ahbj et #ahba74 ,enfin1 un autre jeune homme qui n'apparat dans ce cercle qu'en #ahbb1 mais qui appartenait comme ,ampre une famille de savants et que cette circonstance devait rapprocher de lui1 s'y rattachait encore par des affinits de sentiments et de caractre4 ,c'tait ,alexis de ,jussieu4 ,il crivait ,ampre1 en juin #ahbb3 ,j'ai l'esprit calme et repos par quelques heures de tristesse4 ,j'ai travaill tout le jour mon tat1 car j'ai un tat dans le monde4--,je suis trs mlancolique2 encore deux ans peine1 et je n'aurai mme plus la prsomption de la jeunesse pour me faire rver une petite renomme4 ,cette ide me dcourage4 ,et l'anne suivante1 le #be octobre1 aprs avoir fait son ami le rcit d'une passion malheureuse1 il ajoutait1 non sans loquence3 ,l'irrparable1 le pass1 l'impossible1 tout est ngation dans le monde4 ,la vie n'est qu'un long refus du bonheur1 et nous autres1 vils mendiants que nous sommes1 nous le demandons toujours4 ,ces jeunes hommes1 expression choisie du temprament moral alors si rpandu1 ressemblent assez1 on le voit1 aux portraits que j'ai cits plus haut4 ,ils se prsentent seulement avec des traits moins contracts1 un sourire moins amer1 un air plus aimable4 ,avec plus de naturel8 ,je ne le prtends pas1 et n'a-t-on pas dj reconnu les influences avoues auxquelles obissaient ces jeunes esprits8 ,c'tait ,werther1 avec ses dclamations contre la socit2 c'taient les crations de ,byron avec leur sombre ironie1 leur froid ddain et leurs prtentions sataniques2 mais c'tait surtout ,obermann1 avec ses habitudes rveuses1 son got de la nature1 ses vaines aspirations et ses efforts vite dcourags4 ,tous et avec eux un autre ami encore1 nomm ,sautelet1 avaient conu1 parat-il1 pour ,senancour une admiration mystrieuse et concentre1 qui ressemblait d'autant plus un culte1 dit ,sainte-,beuve1 qu'elle tait le secret de quelques-uns4 ,ce culte1 d'ailleurs1 ne s'exerait pas sans opposition4 ,m4 ,cousin1 qui ces jeunes gens taient galement dvous1 ne les approuvait pas1 et ne leur cachait pas sa faon de penser4 ,mais la chose est raconte de faon diffrente par ,sainte-,beuve et par ,ampre lui-mme1 et il faut entendre les deux versions4 ,m4 ,cousin1 dit ,sainte-,beuve1 impatient peut-tre de ce partage1 et pour couper court ce qui lui semblait un engouement1 leur avait dit un jour que l'auteur d',obermann avec sa mlancolie strile ne pouvait tre qu'un mauvais cur4 ,ce mot d'un matre et qui lui tait chapp un peu l'aventure tonna et troubla profondment les adeptes1 mais sans toutefois les dsenchanter4 ,voici le rcit d',ampre3 ,nous avons quitt ,cousin ,lyon1 il parat qu',albert 7,stapfer7 a eu avec lui en route une prise violente touchant ,senancour1 ,byron1 ,lamennais1 qu'il appelle des polissons1 des degrs du nant1 des gens qui ramassent de la boue et en font des petits tas1 et autres gentillesses philosophiques1 dont il m'avait dj rpt une partie2 mais je n'ai pu m'empcher de lui rire au nez quand il m'a dit moi3 ,m4 ,senancour1 c'est une bte4 ,je crois plus volontiers l'authenticit de ce dernier mot1 qui nous est rapport par un tmoin direct et qui est bien conforme la verve imptueuse de celui auquel il est attribu4 ,au surplus1 si l'un de ces jugements tait dur pour le caractre de ,m4 de ,senancour1 l'autre n'tait pas flatteur pour son esprit1 et tous deux devaient froisser grandement ses admirateurs4 ,mais les deux narrations sont d'accord pour dire que leurs convictions n'en furent nullement branles4 ,cependant le mal chez ces jeunes gens ne devait pas avoir une longue dure4 ,sa gurison prochaine se devine dans la correspondance d',ampre4 ,on peut noter le moment o1 fatigu de son rle de dsespr1 il laisse percer la pense qu'il ne refusera pas de se laisser consoler4 ,a propos de ce que disait son ami ,albert1 de ce quelque chose de sombre et de dsenchant qu'on trouve au fond de notre existence1 il rpondait 7#aj novembre #ahba73 ,je commence croire que toutes les joies n'en seront pas bannies444 je pleurerai l'idal impossible1 sans mconnatre les biens rels2 et l'anne suivante 7juin #ahbb71 il crit de ,vanteuil ,mme ,rcamier3 ,je ne me plais pas dans la scheresse2 je ne demande pas mieux que d'tre heureux4 ,bientt aprs1 il reprend sur lui assez d'empire pour composer1 du souvenir de ses exaltations juvniles ml des tableaux ,teutoniques et ,scandinaves1 une nouvelle1 intitule ,christian ou l',anne romaine4 ,chacun sait1 du reste1 qu'il a pleinement russi dompter ses dcouragements imaginaires1 et que1 dans le cours d'une existence trop borne mais bien remplie1 il a prodigu des trsors d'ardeur curieuse1 de laborieuse activit et d'affection passionne1 qui ont attest en lui1 mme aprs l'ge normal1 cette jeunesse d'esprit et de cur qu'il se dfendait d'avoir en sa vraie saison4 ,la plupart de ses amis ont donn leur tour le spectacle d'une transformation non moins profonde4 ,j'ignore ce que sont devenus ,stapfer et ,sautelet1 mais ,bastide1 ,franck-,carr et ,jussieu sont entrs dans la vie pratique4 ,la ,rvolution de #ahcj leur a ouvert diverses voies1 et ils n'ont plus parl de leurs souffrances4 ,j'imagine que plus d'un de leurs semblables moins connus a suivi la mme marche1 et n'a pas tard dpouiller sa premire forme4 ,aussi serait-on tent de dire aprs tout3 douce tristesse encore que celle de ces jeunes gens2 mlancolie d'imagination qui semble une sorte de coquetterie l'adresse du bonheur qui les attendait1 mais qui le plus souvent ne les a pas empchs une certaine heure de jouir de la vie1 et qui n'a servi peut-tre qu' en rehausser le prix leurs yeux4 ,quoi qu'il en soit1 et tout au moins en apparence1 la jeunesse ne faisait pas exception l'tat maladif trs commun parmi nous pendant la ,restauration et qu'on va retrouver encore hors de la ,france4 ,,viii ,les trangers4 ,,italie4--,,allemagne4--,,angleterre4-- ,,russie4 ,en effet1 le mouvement que nous avons suivi dj l'tranger jusqu'en #ahae ne s'tait pas ralenti aprs cette date4 ,il prsentait mme cette particularit remarquable qu'il se faisait surtout sentir chez une nation1 l',italie1 peu dispose1 par son caractre national s'y prter1 et chez laquelle nous n'en avons encore rencontr qu'un seul exemple4 ,c'est une figure importante au point de vue o nous nous plaons que celle de ,leopardi4 ,on s'accorde voir en lui le crateur du pessimisme dans sa forme moderne4 ,c'est lui qui a inaugur la thorie1 devenue depuis clbre1 des trois stades de l'illusion1 l'illusion du bonheur parfait1 l'illusion de l'ternit bienheureuse1 l'illusion de la transformation du monde par le progrs de la science4 ,il n'aurait cependant pas des titres suffisants notre attention dans une tude qui n'a pas pour objet direct le pessimisme philosophique1 s'il n'avait fait qu'exposer la thorie de l',infelicit4 ,mais on voit si bien qu'il ne fait qu'un avec son systme1 et qu'il n'a pas su se faire1 comme d'autres1 une rserve secrte de bonheur1 qu'on ne doit pas hsiter le ranger non seulement parmi les pessimistes1 mais aussi parmi les mlancoliques4 ,et pouvait-il ne pas l'tre8 ,en vain1 lui-mme affirme que ce n'est pas dans des chagrins intimes qu'il a puis ses ides dsespres2 il n'est pas possible que le sentiment de sa disgrce physique1 le dlabrement de sa sant ruine de bonne heure par un travail excessif1 les douleurs de son patriotisme bless par l'oppression de l',italie1 les peines d'un amour malheureux1 n'aient pas contribu assombrir sa pense4 ,mais supposons1 je le veux bien1 cette disposition inne en lui4 ,en tout cas1 quel sentiment d'amertume rellement prouve dans ces lignes du dialogue de ,tristan et de son ami3 ,je me garde bien de rire des desseins et des espoirs des hommes de mon temps2 je leur dsire1 de toute mon me1 le meilleur succs possible2 mais je ne les envie ni eux1 ni nos descendants1 ni ceux qui ont vivre longuement4 ,en d'autres temps1 j'ai envi les fous et les sots1 et ceux qui ont une grande opinion d'eux-mmes1 et j'aurais volontiers chang avec n'importe qui d'entre eux2 aujourd'hui1 je n'aime plus ni les fous1 ni les sages1 ni les grands1 ni les petits1 ni les faibles1 ni les puissants3 j'envie les morts1 et ce n'est qu'avec les morts que je changerais6 ,la suprme esprance de ,leopardi est le nant4 ,bien des crivains ont parl de l'ennui d'exister1 de la fatigue de vivre2 lui1 il a trouv un mot qui les dpasse3 la ,gentilezza del morir4 ,en maint endroit1 sa correspondance rvle les angoisses de sa pense4 ,il en est de mme de sa posie4 ,on a surtout retenu de lui une pice qui a pour titre l',amour et la ,mort4 ,on y lit ces vers que je cite dans la traduction qu'en a donne ,sainte-,beuve3 ,et toi1 qu'enfant dj j'honorais si prsente1 ,belle mort1 ici-bas seule compatissante ,a mes tristes ennuis1 si jamais je tentai ,aux vulgaires efforts d'arracher ta beaut ,et de venger l'clat de ta pleur divine1 ,ne tarde plus1 descends1 et que ton front s'incline ,en faveur de ces vux trop inaccoutums4 ,je souffre et je suis las2 endors mes yeux calms1 ,souveraine du temps4 ,de telles inspirations justifient le surnom de sombre amant de la mort que ,musset dcerna plus tard au pauvre ,leopardi et les vers qu'il lui a consacrs4 ,comme philosophe ,leopardi avait1 son insu1 en ,allemagne1 un disciple qui1 ainsi qu'il arrive parfois1 devait dpasser son matre4 ,schopenhauer connaissait les posies de ,leopardi quand il composa son ,trait du monde comme volont et comme reprsentation4 ,les vues de ,leopardi sur le monde sont le point de dpart de celles de ,schopenhauer2 mais celui-ci leur donne une forme savante et tablit l'impossibilit du bonheur par des raisonnements4 ,tout1 dit-il1 dans l'homme aboutit la volont2 le dsir lui-mme est une volont2 or le dsir est une souffrance2 mais la satisfaction du dsir est la fin de la volont1 et la fin de la volont1 c'est la mort2 donc le bonheur n'est pas ralisable2 la diffrence de la douleur qui est positive1 le bonheur est ngatif1 et le non-tre est prfrable l'tre1 ce qu'il fallait dmontrer4 ,mais si ,schopenhauer a donn la doctrine de ,leopardi des dveloppements inattendus1 il est rest bien au-dessous de lui dans l'expression de la tristesse4 ,il n'a pas mis dans son uvre l'accent personnel et convaincu qu'on observe dans celle du grand pote italien1 et sa biographie nous apprend qu'il tait loin de porter dans la vie les sombres ides auxquelles aboutit sa doctrine4 ,il n'appartient donc qu'indirectement la maladie du sicle4 ,du reste1 l'poque de sa publication1 son livre produisit peu d'effet1 mme sur ses compatriotes4 ,l'heure du pessimisme abstrait n'avait pas encore sonn pour eux4 ,ils s'en tenaient au pessimisme individuel4 ,ils restaient vous au culte de ,gthe et ,werther poursuivait parmi eux ses ravages4 ,au nombre des suicides les plus retentissants inspirs alors par cette uvre funeste1 il faut placer celui de ,charlotte ,stieglitz4 ,femme d'un pote dou de plus d'amour-propre que de talent1 et voyant l'imagination potique languir en lui1 cette malheureuse chercha la ranimer par un grand coup1 et ne trouva rien de mieux que de se donner la mort1 sacrifice qui serait hroque s'il n'tait criminel1 et qui dcouvre bien la profondeur du mal dont souffrait ce monde de gens de lettres1 vaniteux1 puis1 livr des besoins artificiels1 et dpourvu de rgle et de principes6 ,de son ct1 l',angleterre continuait suivre les mmes errements4 ,le dsespoir de ,byron y tait toujours un objet d'mulation et d'envie4 ,certaines gens ne se lassaient pas de mettre leur gloire paratre profondment tristes4 ,chateaubriand qui a pu observer1 pendant qu'il reprsentait la ,france en ,angleterre1 cette singulire manie1 nous en a laiss le tableau suivant3 ,en #ahbb1 dit-il1 le fashionable devait offrir au premier coup d'il un homme malheureux et malade2 il devait avoir quelque chose de nglig dans sa personne1 les ongles longs1 la barbe non pas entire1 non pas rase1 mais grandie un moment par surprise1 par oubli1 par les proccupations du dsespoir2 mche de cheveux au vent1 regard profond1 sublime1 gar et fatal2 lvres contractes en ddain de l'espce humaine2 cur ennuy1 byronien1 noy dans le dgot et le mystre de l'tre4 ,l'auteur de ,ren avait-il bien le droit de railler ainsi les disciples de ,byron8 ,n'tait-il pas lui-mme le pre d'une famille de jeunes dsesprs1 et le fashionable de #ahbb ne rappelle-t-il pas un portrait clbre qui nous montre prcisment le vicomte de ,chateaubriand la main sur la poitrine1 l'il sombre1 le front soucieux et les cheveux jets au vent8 ,il est vrai que1 d'un ct1 il y avait le gnie et l'originalit1 de l'autre1 seulement l'imitation purile4 ,toujours est-il que l',anglais mlancolique dont nous parle ,chateaubriand est peint d'aprs nature et porte bien sa date4 ,en mme temps1 une nouvelle puissance entrait dans ce qu'on pouvait appeler la confdration europenne de la mlancolie4 ,la ,russie1 en y prenant rang1 agissait d'abord1 en quelque sorte1 comme allie de la ,france4 ,sans aller1 comme l'a fait le comte ,labinski1 sous le nom de ,jean ,polonius1 dans des posies1 d'ailleurs assez dpourvues de caractre1 jusqu' lui emprunter son idime mme1 le comte ,kamorinski s'inspirait de son gnie nouveau1 surtout des mditations de ,lamartine4 ,cette importance donne aux uvres intellectuelles de notre pays mrite d'autant plus d'tre remarque que1 jusqu' prsent1 j'ai eu signaler bien plutt l'influence de l'tranger sur la ,france4 ,notons donc un fait qui peut tre flatteur pour notre orgueil national4 ,toutefois1 d'autres encore que nous pouvaient revendiquer un honneur semblable4 ,l',angleterre et1 dans une certaine mesure1 l',allemagne ont eu ce moment sur la ,russie leur part d'influence4 ,pouchkine a t appel le ,byron russe4 ,marlinski avait aussi du ,byron dans le sang4 ,les deux potes russes que je viens de nommer ont exerc sur la jeunesse de leur temps une action profonde1 le dernier surtout4 ,les hros la ,marlinski1 a dit ,m4 ,tourguneff1 se rencontraient chaque pas1 surtout en province1 et en particulier dans l'arme et dans l'artillerie2 ils parlaient et correspondaient dans sa langue2 ils gardaient dans le monde un air sombre1 renferm1 l'orage dans l'me et le feu dans le sang1 comme le lieutenant ,belozor de la frgate ,naddja4 ,ils dvoraient les curs des femmes2 c'est eux que s'adressait la dnomination de fatal4 ,ce type s'est conserv longtemps1 et il est reproduit dans un roman de ,lermontoff4 ,que de choses1 dit encore ,m4 ,tourguneff1 ne trouve-t-on pas dans ce type8 le byronisme1 le romantisme1 les souvenirs de la ,rvolution franaise1 des dcembristes1 et l'adoration de ,napolon2 la foi au destin1 une toile1 la force du caractre1 de la pose et de la phrase2 et l'angoisse du vide1 les inquitantes fluctuations d'un troit amour-propre1 en mme temps que l'audace et la force agissante1 etc444 ,en passant la ,pologne1 et ce n'est pas hlas6 sortir de la ,russie1 nous rencontrons encore un pote1 qu'on a nomm le ,byron polonais4 ,mais cette qualification est trop exclusive1 car1 dans son pome des ,dziady 7anctres71 ,mickiewicz procde autant de ,faust que de ,manfred4 ,enfin1 allant toujours plus loin et remontant jusqu'aux rgions glaces de l',islande1 nous y trouvons encore quelque trace du mouvement romantique dans ce qu'il avait de favorable aux tendances mlancoliques4 ,un pote trs apprci dans son pays1 ,m4 ,thorarensen1 rappelle par ses tendances nos potes del ,restauration1 et l'on a dfini sa posie la voix d'une me rveuse et aimante1 qui a souvent caress maint prestige et pleur mainte dception4 ,du reste1 ses uvres sont1 dans la littrature trangre1 le dernier des documents que j'avais mentionner ici1 entre #ahae et #ahcj1 et nous pouvons maintenant jeter un regard sur l'ensemble de l'poque comprise entre ces deux dates1 soit en ,france1 soit au dehors4 ,,ix ,caractre et causes du mal du sicle de #ahae #ahcj4 ,de #aghi #ahae1 le mal que j'tudie avait souvent prsent une intensit profonde1 une sorte de fougue et de vhmence2 il clatait en amres explosions1 en violentes manifestations2 il n'acceptait gure le remde des consolations religieuses1 et ne reculait pas devant la pense du suicide4 ,pendant l'poque suivante1 la mlancolie perd quelque peu son aspect farouche2 sans cesser de faire entendre une voix plaintive1 elle prend d'ordinaire un accent plus attendri et plus doux2 rarement elle a recours aux actes de dsespoir2 elle s'empreint assez facilement d'un sentiment religieux sans doute bien flottant1 sujet beaucoup de dfaillances et d'angoisses1 mais cependant rel4 ,cet tat diffrait donc par son caractre de celui qui l'avait prcd4 ,il en diffrait aussi par ses causes4 ,nous avons vu que1 dans notre pays1 pendant le cours de la ,rvolution et de l',empire1 et en faisant abstraction de certains cas particuliers1 la mlancolie provenait1 en partie1 de l'influence de ,jean-,jacques ,rousseau et de ,gthe1 mais surtout des impressions douloureuses rsultant des vnements publics1 de la dispersion de la socit franaise1 et des consquences de l'exil sur l'esprit et l'ducation littraire de beaucoup de membres de cette socit4 ,et nous avons pu constater que1 pendant la dure de ces deux rgimes1 les mlancoliques avaient t presque tous hostiles aux gouvernements que la ,france avait subis4 ,sous la ,restauration1 les circonstances ont chang4 ,l'influence de ,jean-,jacques ,rousseau s'est affaiblie chez nous en s'loignant4 ,celle de ,gthe a subi le mme sort2 le culte de ,werther s'est trouv relgu au fond de l'me de quelques fidles discrets4 ,la socit avait cess d'tre battue par les orages2 elle s'tait reconstitue sous les auspices d'un gouvernement rparateur1 et elle jouissait de cette re nouvelle de scurit4 ,toutefois1 les anciennes causes de tristesse n'avaient pas entirement disparu4 ,l'esprit de doute que le ,x,v,i,i,ie sicle avait dchan n'tait pas assoupi3 ,jouffroy et d'autres en sont tmoins4 ,puis1 le contre-coup des calamits qui avaient1 aux dbuts de ce sicle1 dsol notre patrie1 s'y faisait encore sentir4 ,mme de ,rmusat et ,mme de ,duras en portrent toujours le cruel souvenir2 quant aux plus jeunes1 ils en avaient reu l'impression indirecte et en quelque sorte inconsciente de ceux dont ils tenaient le jour4 ,on a lu plus haut ce sujet l'opinion de ,lamartine qui attribue cette communication intime et mystrieuse1 la tristesse des hommes dont la vie date de ces jours funestes4 ,du reste1 en pourrait-il tre autrement8 ,mme ,le ,brun rapporte dans ses ,souvenirs que1 pendant la ,terreur1 les femmes grosses qu'elle rencontrait lui faisaient peine1 que la plupart avaient la jaunisse de frayeur2 et elle ajoute3 ,j'ai remarqu1 au reste1 que la gnration ne pendant la ,rvolution est1 en gnral1 beaucoup moins robuste que la prcdente3 que d'enfants1 en effet1 cette triste poque1 ont d natre faibles et souffrants6 ,chateaubriand confirme ces apprciations quand il parle de cette jeunesse sur laquelle des malheurs qu'elle n'a pas connus ont nanmoins rpandu une ombre et quelque chose de grave4 ,ajoutons qu' l'ge mme o l'avenir se dcide d'ordinaire1 et dans les annes les mieux faites pour l'activit1 les vnements ont pu imposer plusieurs1 comme il est arriv pour ,lamartine1 une oisivet dangereuse4 ,en outre1 on l'a vu presque chez tous1 la littrature trangre n'avait pas perdu toute son influence en ,france4 ,sans doute1 les ,franais n'taient plus conduits par l'migration ou l'exil chercher des inspirations au dehors4 ,mais1 par un singulier renversement des choses1 ce fut l'esprit tranger qui s'introduisit directement en ,france4 ,a la chute de l',empire1 beaucoup de ,franais1 en rentrant dans leur patrie1 y rapportaient des souvenirs recueillis1 des gots contracts chez les nations qui leur avaient donn asile4 ,chose plus triste1 et qui pourrait l'oublier8 l'tranger lui-mme envahit alors le sol franais4 ,a la suite des armes1 un grand nombre d',allemands et d',anglais distingus dans leur pays par l'intelligence1 accoururent vers ce pays que la guerre leur avait si longtemps ferm1 et qui tait rest aprs la dfaite l'objet de leur admiration curieuse4 ,les salons de ,paris1 toujours prts se rouvrir1 les recevaient leur tour avec empressement4 ,dans ce rapprochement inattendu1 l'esprit franais1 par quelques cts1 devenait anglais et allemand4 ,cette action tait facilite par des souvenirs vivaces de haine contre l',empire4 ,quelque jugement qu'il faille porter sur ce fait au nom du patriotisme1 il n'est pas douteux qu'alors le gnie tranger put s'introduire en ,france1 non seulement sans rsistance vive1 mais avec faveur4 ,mme de ,stal s'en tait fait dj le propagateur puissant par son livre ,de l',allemagne1 qui traduisait pour le grand nombre et qui popularisait des richesses encore presque ignores4 ,mais le pilon du duc de ,rovigo avait longtemps priv les lecteurs franais de la connaissance de ce bel ouvrage1 et il avait fallu pour nous le rendre la ,charte et la libert de la presse4 ,l',angleterre tait reste plus longtemps encore peu connue4 ,byron avait t peine abord3 ,on rdait en quelque sorte1 dit ,m4 ,sainte-,beuve1 autour de son uvre de mystre1 sans bien savoir4 ,cette uvre1 elle s'est rvle pendant la ,restauration1 et c'est alors que ,byron a commenc devenir nos yeux1 comme ,gthe l'avait t nagure1 le pote idal1 le modle souverain4 ,mais pour marcher du mme pas que la littrature trangre1 la ntre n'avait pas besoin de l'imiter1 elle n'avait qu' suivre ses propres exemples4 ,les crivains franais du commencement de ce sicle dont j'ai rappel les ouvrages et qui eux-mmes avaient d beaucoup leurs devanciers1 taient leur tour devenus pour nous des matres2 ,mme de ,stal1 ,chateaubriand et ,senancour avaient laiss des disciples que j'ai cits1 et qui perptuaient1 bien qu'avec moins de vigueur1 les enseignements de leur cole4 ,c'en est assez pour expliquer que le mal du sicle se soit maintenu1 quoiqu'affaibli1 chez nous pendant la ,restauration4 ,alfred de ,musset en donne encore une autre raison1 savoir1 le prtendu abaissement d'un gouvernement1 incapable1 selon lui1 de satisfaire un grand peuple partag entre les regrets de sa gloire vanouie et les esprances d'une libert sans cesse ajourne4 ,quoique ces critiques soient gnralement tenues pour injustes aujourd'hui1 il est vrai que les prjugs avaient soulev contre la ,restauration des passions implacables1 et que plusieurs de ceux que nous avons nomms dans cette partie de notre tude voyaient ce rgime avec aversion4 ,tel fut le cas de ,joseph ,delorme1 de ,farcy1 et un peu des amis d',ampre4 ,mais encore une fois1 les principales causes du mal taient ailleurs4 ,elles taient dans des impressions du berceau ou des souvenirs de l'adolescence2 dans l'action du gnie tranger sur le gnie franais1 enfin dans la fidlit du gnie franais lui-mme ses anciennes traditions4 ,de ces trois causes1 auxquelles se mlrent et l certaines circonstances particulires1 quelquefois peu honorables1 que j'ai indiques quand elles se prsentaient1 la premire fut la plus puissante1 et c'est celle dont on doit tenir le plus de compte1 quand on veut apprcier l'poque que nous venons de parcourir4 ,mais ces considrations ne s'appliquent qu' notre pays4 ,il est plus difficile de dterminer les causes du mal hors de la ,france1 et de ramener des lois gnrales des phnomnes rpartis sur des points du globe fort diffrents4 ,cependant1 on peut croire que le fait dont j'ai dj parl plus haut et dont a vu certains effets sur la ,france1 n'a pas t sans exercer aussi son influence sur une partie de l',europe4 ,tandis qu' la suite de l'invasion de notre sol par les armes allies nous tions conduits prendre aux trangers des manires de sentir et des formes pour les exprimer1 les trangers leur tour devaient nous faire les mmes emprunts4 ,enfin1 rapprochs les uns des autres1 comme ils l'taient de nous1 par cet vnement1 ils devaient tre par l mme ports s'imiter mutuellement1 besoin qui1 d'ailleurs1 est toujours naturel l'esprit humain4 ,ainsi la mlancolie de quelques-uns tendait devenir l'attribut de tous1 et il ne faut plus s'tonner de voir que divers peuples de l',europe tantt suivent nos traces1 tantt se copient rciproquement1 et que1 si ,kamorinski et ,thorarensen s'inspirent de ,lamartine1 ,schopenhauer reproduise ,leopardi1 ,pouchkine et ,marlinski prennent ,byron pour modle1 enfin ,mickiewicz relve la fois de ,byron et de ,gthe4 ,tels taient le caractre et les causes du mal du sicle pendant la priode qui va de #ahbe #ahcj4 ,il nous reste retracer ce qu'il fut dans la dernire phase de son existence4 ,,iv #ahcj-ahdh ,i ,m4 ,victor ,hugo4 ,en parlant de la posie sous la ,restauration1 j'ai indiqu les rapports qui unissaient le romantisme au mal du sicle4 ,cette alliance ne s'est pas rompue sous la monarchie de ,juillet1 et ,m4 ,victor ,hugo en est une premire preuve4 ,si je n'ai point encore parl de ce grand pote1 bien que l'apparition de ses premires uvres date de #ahai1 c'est que celles-ci n'avaient rien1 ou presque rien1 dmler avec le sujet de ce travail4 ,a peine peut-on noter dans les ,odes et ,ballades une mditation sur la solitude1 un accs de mlancolie1 une protestation contre la duret de notre destin4 ,en gnral1 dans ses posies crites sous la ,restauration1 ,victor ,hugo recherche des sujets tout diffrents4 ,sa muse s'prend de gloire1 de libert1 de dvouement2 elle s'chauffe aux grands souvenirs de l'histoire1 elle adore tout ce qui luit et tout ce qui retentit4 ,mais partir de #ahci1 au dbordement de la fougue juvnile succde une phase d'inspiration plus calme2 le pote se recueille davantage1 et se consacre plus volontiers la description des sentiments intimes de l'me4 ,les titres de ses ouvrages3 ,feuilles d'automne 7#ahca71 ,chants du crpuscule 7#ahce71 ,voix intrieures 7#ahcg71 ,rayons et ombres 7#ahdj71 ,contemplations 7#ahcj-ahee71 ouvrage qu'on pourrait appeler1 dit-il1 les ,mmoires d'une me1 veillent l'ide d'impressions voiles par une teinte de tristesse1 et plusieurs des pices de vers qu'ils renferment rpondent cette donne4 ,et d'abord1 on a dj vu plus haut que l'cole romantique avait mis en honneur les dshrits de la nature4 ,m4 ,victor ,hugo est fidle cette tradition4 ,il a des sympathies douloureuses pour l'araigne et l'ortie4 ,il les aime parce qu'on les hait1 parce qu'elles sont maudites et chtives2 parce qu'elles sont voues un sort fatal1 toutes deux victimes de la sombre nuit1 enfin1 parce qu'il n'est rien qui n'ait sa mlancolie2 et il pense que si l'on montrait l'araigne et l'ortie un peu plus de mansutude1 on entendrait la vilaine bte et la mauvaise herbe murmurer3 ,amour6 ,passons des choses plus srieuses4 ,ici1 il adresse une jeune femme qu'il avait vue pleurer en secret1 une pice1 laquelle il donne pour pigraphe le mot dj cit3 ,flebile nescio quid1 et dans laquelle on trouve un loge des larmes1 qui peut tre compar celui que la musique de ,schubert a rendu clbre4 ,dans la pice suivante1 il se plaint des chagrins et des dceptions que nous garde la vie1 et il s'crie3 ,o donc est le bonheur8 disais-je1--,infortun6 ,le bonheur1 mon ,dieu1 vous me l'avez donn4 ,ironique action de grces envers la ,providence6 ,ce bonheur dont il la remercie1 quel est-il8 ,il ne se compose que de quelques impressions fugitives1 et de souvenirs qui ne peuvent rendre la ralit disparue6 ,hlas6 ajoute-t-il1 ,hlas6 natre pour vivre en dsirant la mort6 ,grandir1 en regrettant l'enfance o le cur dort1 ,vieillir1 en regrettant la jeunesse ravie1 ,mourir1 en regrettant la vieillesse et la vie6 ,encore un soupir ajouter tous ceux que provoque1 depuis le commencement du monde1 le malheur de vivre6 ,quelle triste vue aussi du monde1 et de l'humanit dans la ,contemplation qui a pour titre3 ,melancholia1 dans laquelle il parcourt les misres de chaque tat6 ,femme abandonne1 pote mconnu1 enfant orphelin1 vieux soldat rduit un labeur dur et ingrat1 tous excitent en lui une douloureuse piti2 il n'est pas jusqu' la bte de somme1 mourant sous la charge et sous les coups1 qui n'ait droit sa commisration4 ,et1 ct de la faiblesse opprime1 il montre la force triomphante1 le vice goste et la richesse impitoyable2 et rsume sa pense sur le mal social1 par cette invocation3 ,o forts6 bois profonds6 solitudes6 asiles6 ,si l'on quitte ces gnralits et qu'on descende davantage dans la pense personnelle du pote1 on voit qu'elle tait travaille par de cruelles anxits4 ,il souffre du mal du doute et il le dcrit avec un profond accent de vrit4 ,sous ce titre3 ,que nous avons le doute en nous1 il s'crie3 ,je vous dirai qu'en moi je porte un ennemi1 ,le doute6444 ,le doute6 mot funbre64444 ,la posie intitule3 ,pensar-,dudar1 ddie comme la prcdente ,mlle ,louise ,bertin1 n'est pas moins expressive cet gard4 ,longtemps encore1 cette angoisse obsdera son esprit1 et1 dans les ,contemplations1 on en trouvera plus d'une trace une date loigne de celle o nous nous plaons en ce moment4 ,les ,pleurs dans la nuit le montrent1 en #ahee comme en #ahcj1 absorb dans la recherche inquite de l'inconnu3 ,mon esprit qui du doute a senti la piqre ,habite1 pre songeur1 la rverie obscure ,aux flots plombs et bleus1 ,lac hideux o l'horreur tord ses bras1 ple nymphe1 ,et qui fait boire une eau morte comme la nymphe ,aux rochers scrofuleux4 ,dans la mme pice1 le doute est aussi pour lui le fils btard de l'aeule sagesse1 le morne abri dans nos marches sans nombre et le mancenillier l'ombre duquel l'homme s'endort4 ,et c'est encore le mme sujet qu'on retrouve dans quelques-unes des pices suivantes3 ,horror1 ,dolor1 ,spes4 ,sans doute1 aucune poque de la vie de ,m4 ,hugo1 le doute n'quivaut chez lui la ngation2 il prouve1 au contraire1 le besoin de croire1 et ce besoin s'affirme en lui par des lans religieux1 et par de puissantes lvations vers le ,crateur4 ,mais ces alternatives mme constituent un des aspects du mal du sicle1 et l'on peut ainsi affirmer que1 sur plusieurs points1 ,m4 ,victor ,hugo n'a pas t tranger ce mal4 ,cependant1 ce que nous savons de sa vie n'explique pas de sa part une disposition la tristesse4 ,a l'heure o il s'exprimait comme on l'a vu sur la destine humaine1 il n'avait pas encore prouv les grands malheurs de famille qui l'ont atteint depuis2 et il runissait1 ce semble1 toutes les garanties de bonheur4 ,il faut donc penser qu'il subissait une influence secrte qui dominait les conditions mme de son existence4 ,pour son scepticisme intermittent1 la chose est certaine2 il l'a puis dans l'air qu'il respirait4 ,si le doute qui le fatiguait n'est pas malheureusement une infirmit exceptionnelle dans l'intelligence humaine1 il est surtout le lot des gnrations semblables celle dont le pote faisait partie4 ,voyez comme il la reprsente3 ,son berceau risqu sur un abme1 vogue sur le flot noir des rvolutions2 c'est une poque o les tnbres partout se mlent aux lueurs1 o rien n'est dans le grand jour et rien n'est dans la nuit2 enfin1 une poque en travail1 fossoyeur ou nourrice1 qui prpare une crche ou qui creuse un tombeau4 ,m4 ,victor ,hugo1 il le reconnat1 n'a pas rsist aux fluctuations qui agitaient l'esprit de son temps4 ,on voit donc en lui un nouvel exemple de l'action dissolvante du sicle sur la fermet des croyances et sur la solidit des convictions4 ,il n'entre pas dans mon intention de pousser plus loin l'application de cette remarque et de rechercher dans la longue carrire de ,m4 ,victor ,hugo les faits qui la justifieraient encore4 ,de tous les hommes illustres qui figurent dans ce travail1 ,m4 ,victor ,hugo est le seul survivant4 ,il a donc droit doublement nos gards4 ,contentons-nous d'avoir rappel ce qu'il tait un moment de son existence ondoyante1 entre #ahcj et #ahdh4 ,,ii ,potes divers4 ,,dondey4--,,boulay-,,paty4--,,th4 ,,gautier4--,e4 ,,roulland4 ,,les ,,po,,tes ,,suicides4 ,au-dessous de lui1 se range une cohorte innombrable de moindres crivains1 les pot minores de l'poque4 ,tous ne sont pas cependant les disciples de ,m4 ,victor ,hugo2 plusieurs sont plutt lves de ,lamartine1 beaucoup1 de ,gthe et de ,byron4 ,mais quelle que soit sa nuance1 le romantisme atteint alors sa plus large extension1 et il nous faut demander encore cette phase de son histoire les nouveaux documents qui doivent servir celle de la maladie du sicle4 ,il n'est peut tre pas1 dans l'histoire littraire1 de priode plus fconde en productions potiques que celle qui va de #ahcj #ahdh4 ,la premire moiti surtout de cette priode se distingue par l'abondance des volumes qu'elle a jets sur le march littraire4 ,de #ahcj #ahdj1 sans parler des pices de thtre1 on n'a pas compt1 en moyenne1 moins de #chb recueils de vers par an1 et en #ahcj ce chiffre s'tait lev #dih4 ,or1 beaucoup de ces ouvrages1 dont les auteurs ne valent mme pas1 on peut l'affirmer1 l'honneur d'tre nomms1 appartenaient l'cole mlancolique4 ,leurs titres dj sont bien significatifs4 ,mlodies nocturnes2 ,chants de l'me2 ,chants du cur2 ,deuil2 ,souffrances2 ,soupirs2 ,dsespoirs2 telles taient les annonces attrayantes qui devaient sduire les acheteurs4 ,la marchandise rpondait l'tiquette4 ,le pote psychologue1 dit ,m4 ,ch4 ,louandre1 dans un article du mois de juin #ahdb1 travaille de prfrence sur les individualits souffrantes qui ont gagn au contact de ,manfred quelque plaie incurable et profonde4 ,s'agit-il de pomes en dialogues ou de pomes drames1 forme assez frquemment employe cette poque1 les hros sont d'ordinaire des collatraux de ,werther et de ,don ,juan4 ,ils participent de la double nature de leurs aeux1 et1 par ncessit d'origine1 par tradition de famille1 ils sont tout la fois mystiques1 blass1 rveurs et mauvais sujets4 ,ils boivent l'orgie1 broient les femmes1 dbitent de longues tirades au clair de lune et finissent ordinairement par le clotre ou le suicide4 ,enfin on exploite la mort et ses terreurs1 on ouvre les tombeaux1 on voque les spectres1 et tout un monde de dmons1 de gnmes1 de farfadets vient remplacer le monde des vivants4 ,pour bien faire1 le pote devait ressembler ses hros4 ,il tait de mode alors dans l'cole romantique nous rapporte ,th4 ,gautier1 un romantique qui n'a pas laiss de se rendre compte des ridicules de son parti1 il tait de mode d'tre ple1 livide1 verdtre1 un peu cadavreux1 s'il tait possible4 ,cela donnait l'air fatal1 byronien1 giaour1 dvor par les passions et les remords4 ,je trouve deux autres descriptions des potes d'alors et de leurs admirateurs1 dans un livre qui vient du camp classique1 et dont j'ai dj parl4 ,a propos de ,joseph ,delorme1 ,m4 ,jay a dcrit une soire romantique4 ,l'escalier de la maison dans laquelle il nous fait pntrer est garni des deux cts de cyprs et d'picas en caisse et en pots1 surmonts la dernire marche de deux saules pleureurs4 ,un domestique en livre rouge et noire nous introduit dans un grand salon surnomm le salon de la mlancolie4 ,l'ameublement en est sombre et svre4 ,ce salon est orn de quelques tableaux de la nouvelle cole1 parmi lesquels on distingue1 le ,cauchemar1 une ,expdition de ,vampires1 le ,massacre de ,scio1 l',apparition d'un ,revenant1 une vole de ,chauves-,souris1 et la ,ronde du ,sabbat4 ,les personnages rpondent au dcor4 ,la matresse du lieu1 en dpit d'un embonpoint un peu gnant1 est vtue d'une robe blanche garnie de roses noires1 et sa chevelure est arrange en forme de papillons de nuit2 une jeune dame est habille en ,vellda4 ,plusieurs auteurs1 quelques-uns encore indits1 nous sont prsents4 ,je remarque1 continue le narrateur1 l'un d'eux que l'on a surnomm le ,bel ,obscur1 parce qu'il ne s'exprime qu' demi-mots1 et ne se dride jamais2 ,jrme1 dit le ,mlancolique1 parce que1 bien que la nature l'ait dou d'une figure triviale et joyeuse1 il excelle dcrire l'agonie des mourants2 sa muse ne sort pas des ruines et des tombeaux2 il a chant le ver du cercueil2 ses vers et sa prose sont pleins de tnbres4 ,un jeune homme a t baptis le ,terrible2 en effet personne ne peint mieux que lui la dcomposition des cadavres et les phnomnes de la putrfaction4--,pench prs de la baronne ,mdora1 muse de la rue ,bleue1 qui agite1 en guise d'ventail1 une petite branche de cyprs1 quel est cet homme qui cache en vain son ge sous des prtentions de jeunesse8 c'est le comte de la ,roche-noire1 auteur de nombreux romans1 et d'une ballade intitule3 le ,spectre1 mont sur un fantme de cheval1 qui va chercher sa fiance1 et la ramne au grand galop son cercueil4 ,telle est la runion qui s'apprte fter une grande solennit3 la conversion d'un classique4 ,ajoutons que chacun1 en attendant ce moment1 fait honneur d'excellents rafrachissements1 ce qui prouve que si le cachet de la nouvelle littrature est que les potes doivent paratre toujours tristes1 languissants1 et prts mourir1 cela n'est que pour la forme4 ,seulement les muses prsentes lvent les yeux au ciel en mangeant leurs gteaux1 et chaque verre de punch est accompagn d'un soupir4 ,ces plaisanteries ne nous font-elles pas suffisamment connatre ce qu'tait la socit des potes subalternes de l'cole de #ahcj8 ,quittons cette multitude obscure et arrivons des personnalits plus dignes d'intrt4 ,j4-,p4 ,veyrat qui1 exil de ,chambry en #ahcb1 s'tait tabli ,paris prcisment dans la maison habite par ,hgsippe ,moreau1 adressait ,byron des vers pleins d'admiration1 et l'interpellait en ces termes3 ,o ,job de la pense1 grand dsespr6 ,mais1 plus heureux que ,moreau1 il trouva un remde ses misres de toute nature en se retirant au milieu des ,alpes1 o1 malgr quelques retours d'anciennes inquitudes d'esprit1 malgr des moments d'agitation pendant lesquels il se comparait ,manfred1 secouant ses cheveux au vent des glaciers1 il finit1 consol comme ,obermann4 ,aim de ,loy1 un pote errant et inquiet1 dans des recueils imprims en #ahbg et en #ahdj1 le dernier sous le titre de ,feuilles au vent1 laissait chapper des plaintes fugitives sur la vie1 et parlait de la consolation qu'il trouvait cultiver au pied d'un coteau ,la fleur de ,nodier1 l'ancolie1 ,si chre la mlancolie1 ,et la pervenche de ,rousseau444 ,mme ,louise ,colet publiait en #ahcf les ,fleurs du midi4 ,voyons comment ces fleurs taient apprcies leur apparition1 et comment on jugeait1 dans la ,revue des ,deux ,mondes1 l'auteur qui les prsentait au public4 ,ces vers1 y disait-on1 ne sont vtus de deuil que par pure coquetterie4 ,cette dame se dsespre indfiniment1 parce que ses jouissances sont mles de tristesse1 parce qu'elle est destine souffrir et que le bonheur s'enfuit1 que sais-je encore8 parce que ,dieu a ptri son me d'amour et de posie et qu'elle doit lutter avec ce double feu3 ,seule1 sans rencontrer la source o l'on s'tanche1 ,seule1 sans une autre me o son me s'panche4 ,mme ,louise ,colet souhaiterait de ces malheurs puissants qui prouvent ici-bas le pote pour le rgnrer1 mais elle est excde des souffrances vulgaires que le monde ne prend point en piti2 elle ne se rsigne pas voir plir son printemps comme plit l'automne2 enfin sa grande douleur par-dessus toutes les autres1 c'est de vivre l'me ardente de foi1 dans un sicle incrdule4 ,en #ahdj1 sous le titre de ,penserosa1 elle donne de nouvelles posies sur la mort de ,gros1 sur celle de ,lopold ,robert1 sur l',hamlet de ,shakespeare2 sur le ,faust de ,gthe1 sur une jeune femme triste au bal1 selon la mode du temps4 ,et pourquoi donnait-elle ces posies le titre de ,penserosa8 ,c'est qu'un jour1 la voyant elle-mme dans une attitude mditative1 qui rappelait le marbre de ,michel-,ange1 ce symbole sacr de la mlancolie quelqu'un lui dit3 ,siete penserosa2 ,de ce marbre inspir l'image se reflte ,sur votre jeune front de femme et de pote1 ,vous avez son air triste et son regard penseur1 ,et ,michel-,ange en vous eut reconnu sa sur4 ,ce qu'on reconnat plus srement ici chez l'auteur1 c'est la prtention et la pose4 ,combien j'aime mieux l'attitude plus efface d'une autre femme1 ,mlle ,louise ,bertin qui1 dans ses ,glanes 7#ahdb71 a dcrit avec talent nos ternelles aspirations vers un idal qui nous chappe sans cesse1 et le sentiment de la fragilit et de l'imperfection des bonheurs humains4 ,on remarque surtout une pice adresse la ,nuit o l'auteur exprime d'une manire bien distingue la lassitude secrte de son cur et de son esprit4 ,on a vu plus haut que deux pices de vers de ,m4 ,victor ,hugo sur les tourments du doute taient adresses ,mlle ,bertin4 ,ce n'tait pas sans raison4 ,mlle ,bertin tait agite des mmes proccupations4 ,le grand problme de notre destine inquitait son intelligence1 et si elle revenait d'ordinaire aux ides religieuses1 ce n'tait pas sans dtour et sans angoisses3 ,il est aussi pour moi des heures o le doute ,vient abaisser son voile ma paupire en pleurs4 ,on le voit1 cette femme si heureusement doue1 n'tait pas exempte d'une mlancolie1 respectable parce qu'elle tait pure et sincre4 ,ici j'aperois deux potes que je puis placer sur le mme rang4 ,ils ont crit dans le mme temps1 dans des circonstances analogues2 tous deux sous des pseudonymes1 selon la mode romantique2 avec un certain mrite tous deux2 et tous deux nanmoins peu connus1 bien qu'un savant distingu ait pris rcemment le soin de nous restituer la physionomie complte de l'un d'eux1 ,thophile ,dondey4 ,celui-ci avait choisi le pseudonyme1 ou si l'on veut l'anagramme de ,philote ,o'neddy auquel il substituait quelquefois le nom de ,vidame de ,tyannes1 autre anagramme tir d'un nom que sa famille ajoutait celui de ,dondey4 ,le ,vidame ou ,philote n'tait qu'un modeste fonctionnaire attach un ingrat travail de bureau1 et chappant par la rverie aux ennuis de son labeur quotidien4 ,en #ahcc1 il publie un volume de posies avec ce titre3 ,feu et flammes4 ,on y remarque un tableau curieux des murs de la jeunesse du temps4 ,c'tait le bonheur de cette jeunesse1 de ceux qu'on appelait alors la jeune ,france1 de se runir pour se livrer des libations prolonges autour d'un punch flamboyant4 ,les discours prenaient une allure plus ou moins capricieuse1 et on arrivait une sorte de surexcitation dsordonne2 mais1 pour obir au got prtentieux de l'poque1 il fallait donner ces parties de jeunesse un caractre solennel2 on les appelait des orgies1 on y jouait la comdie de l'ironie et du dsenchantement1 et on se donnait des airs sataniques4 ,le ,pandmonium de ,dondey nous fait assister une de ces scnes1 dans l'atelier de ,jehan du ,seigneur1 encore un nom artistement modifi4 ,le punch traditionnel aux prismatiques flammes ,semble un lac sulfureux qui fait houler les lames444 ,aprs quelque silence1 un visage mauresque ,leva tragiquement sa pleur pittoresque ,et faisant osciller son regard de maudit ,sur le conventicule1 avec douleur il dit444 ,l'orateur1 qui n'est autre que ,petrus ,borel1 que ses amis appelaient le ,lycanthrope1 s'abandonne alors des divagations auxquelles d'autres amis rpondent4 ,et jusques au matin les damns ,jeunes-,frances ,nagrent dans un flot d'indicibles dmences4 ,dans cette dbauche1 qui est surtout une dbauche de paroles1 l'affectation saute aux yeux4 ,c'est entre tous ces jeunes gens une rivalit purile1 une lutte ridicule d'excs et de folies froidement calcules4 ,le pote est plus touchant quand il nous entretient de ses amours1 o la volupt se tourne aisment en souffrance et en dsespoir1 ou quand il nous dpeint la tristesse et mdite sur le suicide4 ,dans ses posies posthumes1 publies par ,m4 ,havet1 celles qui sont dates de #ahcd #ahdf doivent aussi attirer notre attention4 ,il y a bien exprim cette manie de son temps1 qui tait aussi la sienne1 et qui consiste s'analyser sans cesse1 s'occuper constamment de sa personnalit et en entretenir le public4 ,c'est le sujet de la pice intitule3 ,une fivre de l'poque4 ,il est depuis longtemps avr que nous sommes ,dans le sicle environ six mille jeunes hommes444 ,qui du fatal ,byron copiant les allures ,de solennels manteaux drapons nos encolures4 ,a l'excs pour ma part j'ai ce temprament1 ,je prends mon moi pour thme avec emportement4 ,en effet1 c'est son moi qu'il dcrit dans ce recueil1 et surtout son moi amoureux2 mais c'est aussi1 comme dans les sonnets de ,dclin prcoce1 ,pathologie1 ,spleen1 son moi attrist et gmissant de la dcadence du corps ct de la vigueur persistante de l'me4 ,aprs ces vers1 il se fait dans la vie potique de ,dondey un grand intervalle de silence2 un profond chagrin1 la perte d'une personne bien chre1 en est la cause1 et quand plus tard le pote retrouve la voix1 il la consacre des mditations philosophiques empreintes d'amertume4 ,rien ne prouve mieux combien il a souffert que la conclusion laquelle il arrive3 le nant envisag comme sa meilleure esprance4 ,comme lui1 ,boulay-,paty a chant sa passion2 comme lui1 il a vu la mort la briser2 il parat seulement s'tre relev enfin de l'abattement o ce coup l'avait plong4 ,il avait1 d'ailleurs1 t toujours plus en dehors1 moins contenu que ,dondey1 diffrences qui n'excluent pas les ressemblances que j'ai signales1 et qui se retrouvent dans les uvres comme dans la vie des deux potes4 ,c'est en #ahcd que ,boulay-,paty publiait sous le nom d'lie ,mariaker un volume de posies4 ,l'dition tait orne d'une eau-forte reprsentant un jeune homme vtu d'une longue redingote la coupe de #ahcj1 appuy sur son coude1 au sommet d'un pic dominant une ville sombre4 ,un dmon grimaait ses cts1 tandis que lui regardait un ange monter vers la partie lumineuse du ciel4 ,ce dtail1 que j'ai voulu rapporter1 malgr son apparente frivolit1 confirme bien la faveur particulire dont les dmons1 on l'a vu plus haut1 jouissaient dans l'cole romantique4 ,la mode du temps n'est pas moins manifeste dans le long morceau en prose consacr la vie d'lie ,mariaker4 lie1 y est-il dit1 naquit en ,bretagne444 ,son premier ge se ressentit de cette nature grande et sauvage2 nul doute que cette tendue de flots et de ciel ne comment dj faire dans son me cette immensit que rien ne put remplir4 ,il se sent entran vers la posie1 mais il est forc de faire1 dans l'tude d'un homme de loi1 un rebutant apprentissage des affaires4 ,il aborde le monde avec des illusions bientt dues sur l'amiti des hommes et la tendresse des femmes4 ,mais chaque anne pendant les vacances1 il se retrempe dans la vie de famille4 ,l1 il lit les potes1 ,ossian surtout dont il porte toujours un volume4 ,il se plat aussi contempler minuit1 de sa fentre1 le spectacle de la nature4 ,un premier amour tromp lui suggre la pense du suicide1 mais un vieux pistolet emprunt pour ce funeste usage trahit son dessein2 lie rentre donc dans le monde2 mais il y rentre dcourag4 ,en mme temps1 il se jette dans l'tourdissement des plaisirs4 ,il tait dans le vague de la vie1 il avait cette mlancolie noire1 maladie de jeunesse1 engendre par la science prcoce de notre civilisation avance1 espce de folie cause au cerveau par les rayons brlants d'une exprience trop htive4 ,en ce temps l1 il se lie avec un jeune homme1 ,frdric1 d'une imagination effrne1 un frre inconnu de ,rousseau1 d',obermann1 un grand pote qui il ne manquait1 en effet1 que la voix des vers4 ,avec lui1 il s'adonnait ces ftes dcrites dans le ,pandmonium de ,dondey4 ,la potique de l'orgie leur souriait1 la flamme du punch leur semblait leur me use1 prte s'teindre sur leur vie brlante4 ,les deux amis prenaient alors les costumes les plus varis2 ils se justifiaient eux-mmes ces dbordements par des autorits littraires4 ,ainsi il s'arracha violemment la dsillusion de ses rves romanesques par les garements1 par les dsordres2 il y usa son enthousiasme sans y puiser du repos4 ,les effets de ses carts ne se firent pas attendre4 ,ennuis fades1 irritants caprices1 transports fous1 fivreuses dceptions1 ironies amres1 tranges esprances1 doutes tnbreux1 foudroyants dsespoirs1 voil ce qu'il y avait en lui4 ,toutefois1 au milieu mme de ses erreurs1 il n'avait cess d'aspirer un amour meilleur1 d'attendre une femme inconnue qui devait le rgnrer4 ,il la rencontra enfin1 cette femme1 un bal que donnait sa mre4 ,leurs serments furent vite changs4 ,n'tait-elle pas bien faite pour captiver un cur triste comme le sien8 ,elle tait srieuse1 et lie estimait que le rire dpare la plus noble figure humaine2 elle tait ple et sans cela il n'aurait pu l'aimer car il pensait que sur les visages frais et arrondis il n'y a rien1 parce que la mer s'tire et se ride quand il y a un orage4 ,quels ont t les incidents de cette liaison8 ,je n'ai pas ici le dire4 ,qu'on sache seulement que sa courte dure est traverse par diverses preuves1 que pendant les absences auxquelles il doit se soumettre1 lie retrouve quelque peu sa mlancolie1 et qu'enfin une catastrophe inattendue vient interrompre ses amours4 ,d'abord fou de douleur1 lie1 aprs une crise plus violente1 se rveille guri1 et abandonnant nos tristes rgions1 prives de soleil1 il va recommencer une nouvelle existence sous le ciel de l',amrique4 ,ce que la vie d'lie ,mariaker vient de nous rvler1 ses posies le reproduisent sous une autre forme4 ,amour1 absence1 retour1 dsespoir1 folie1 telles sont les divisions de la partie potique du volume2 cette partie est traite dans le mme esprit que celle qui la prcde4 ,on y retrouve le mme besoin de l'effet1 le mme dsir de se rapprocher de certains modles4 ,d'abord les pigraphes qui1 selon la mode du temps1 dcorent1 non seulement chaque division de l'uvre1 mais chacune des pices qui la composent1 sont souvent empruntes ,byron1 ,ossian1 ,foscolo1 ,gthe4 ,c'est ce dernier qui parat avoir le plus attir ,boulay-,paty4 lie en est encore au culte de ,werther3 ,j'tais comme ,werther et j'avais un frac bleu ,qui m'tait rest cher par-dessus toute chose4 ,il imite aussi son devancier ,joseph ,delorme2 cependant il va plus loin que ses matres dans la voie lugubre4 ,ainsi par un singulier dsordre d'imagination1 il rve l'amour avec un cadavre1 l'intimit avec un squelette1 et cette passion d'outre-tombe n'est trouble que par un souci1 l'ennui d'avoir pour rivaux les vers qui rongent le corps de la femme aime4 ,cette sinistre conception1 nous conduit un autre pote qui1 lui aussi1 est entr un certain moment dans la mme voie4 ,on sait que ,thophile ,gautier a crit une ,comdie de la mort1 avec ces deux sous-titres3 ,la ,vie dans la ,mort2 la ,mort dans la ,vie 7#ahch74 ,dans la premire pice1 il suppose que tous les morts d'un cimetire sont vivants dans leurs cercueils1 et il se complat dcrire les noires penses1 les rves effrayants de ces malheureux qui survivent leur destruction4 ,dans la seconde1 il parcourt toutes les douleurs1 toutes les misres qui accablent les hommes et qui empoisonnent leur existence4 ,cette vie posthume et cette mort anticipe sont peintes avec les couleurs les plus sombres qui puissent s'offrir une imagination affole4 ,la pense de cette uvre trange parat lui avoir t inspire par les tableaux d',holbein et d',albert ,durer2 ,thophile ,gauthier a mme consacr une pice de vers ce dernier2 mais1 aux traits prts par la peinture allemande1 le pote a ajout toutes les ressources que fournissait la mlancolie moderne4 ,on peut supposer qu'il n'y avait l qu'un jeu d'imagination bizarre1 et1 en effet1 cette fantaisie satisfaite1 ,thophile ,gauthier est rentr dans des habitudes bien diffrentes4 ,mais il ne manqua pas1 dans le mme temps1 de potes qui prssent au srieux l'ide de la mort1 soit en l'appelant de leurs vux1 soit mme en allant au-devant d'elle4 mile ,roulland en est rest au premier de ces deux degrs4 ,il a laiss des ,posies 7#ahch7 dans lesquelles on peut remarquer une ptre ,byron1 et des fragments empreints de tristesse1 par exemple celui-ci3 ,il est des fronts que l'infortune ,a ceints de son bandeau de fer1 etc4 ,port la rverie1 contemplateur assidu de la nature1 admirateur passionn de ,lamartine1 il fut vite aigri par des checs rpts dans la poursuite d'emplois dont il se croyait digne4 ,il tait triste sous une apparence de gaiet1 et comme l'a dit ,boulay-,paty qui s'est fait son diteur3 le coin de marbre froid s'apercevait sous les fleurs4 ,il tait un de ces jeunes hommes qui promenaient dans le monde1 et au milieu des ftes1 une mlancolie1 dont on a pu souvent suspecter la sincrit4 ,il disait3 ,au souffle harmonieux du bal qui tourbillonne ,comme la feuille au vent1 mon me s'abandonne4 ,femmes1 n'en croyez pas mon visage trompeur1 ,j'ai le rire la bouche et la tristesse au cur4 ,pris par moments1 ajoute ,boulay-,paty1 de la funeste pidmie morale du sicle1 du mal rongeur enfin1 il ne levait le regard vers le ciel que pour douter de la bont divine4 ,toutefois1 ces garements n'taient pas de longue dure4 ,il revenait vite des ides douces et religieuses1 mais alors il s'abandonnait surtout la pense de la mort4 ,la mort tait pour lui l'asile suprme1 le refuge assur contre l'infortune4 ,ce refuge ne lui fut pas longtemps refus4 ,il mourut le #ab fvrier #ahce1 date qui concidait1 nous le verrons plus loin1 avec la reprsentation d'une uvre dramatique1 offrant avec cette mort1 une douloureuse analogie4 ,un peu plus d'un mois avant ,roulland1 s'teignait la jeune lisa ,mercur1 dont on a publi1 en #ahdc1 les uvres1 peu originales et visiblement inspires de la littrature de l'poque4 ,plus impatiente que ,roulland1 lisa ,mercur n'avait pas attendu pour tenter de sortir du monde qu'elle y eut accompli sa tche4 ,elle avait1 mais vainement1 essay de s'asphyxier avec des fleurs4 ,on s'tonne de la profondeur du mal qui s'tait empar des jeunes intelligences1 quand on songe que cette enfant n'avait pas de griefs srieux contre la vie1 que ses dbuts avaient t encourags par le pouvoir1 et que le seul motif de sa tentative dsespre fut1 de son propre aveu1 le dsir d'immortaliser son nom par le suicide4 ,cette aberration tait le fruit malsain de la publicit que les journaux du temps donnaient l'envi aux actes de cette nature4 ,elle-mme avait trouv bon1 dans un roman1 auquel elle donna le titre de ,quatre amours1 de montrer une femme qui cherchait et trouvait la mort dans l'exhalaison de dangereux parfums4 ,comme pour mieux attester le pril inhrent ces sortes d'uvres1 elle s'tait prise son propre pige et elle avait rsolu de mourir de la mme mort que son hrone4 ,heureusement la tentative avait chou1 et1 il faut le dire1 elle en avait tmoign elle-mme le regret et l'horreur4 ,deux malheureux jeunes gens furent1 hlas6 vers le mme temps1 mieux servis dans leur dsespoir4 ,victor ,escousse et ,auguste ,lebras avaient ardemment embrass les principes de l'cole romantique4 ,ils avaient crit des posies fugitives2 ,escousse avait fait reprsenter1 avec des succs ingaux1 deux uvres dramatiques1 et il avait compos1 en collaboration avec ,lebras1 une tragdie que le public avait fort mal traite4 ,ils ne voulurent pas survivre la chute de leurs esprances1 et prirent le parti de se donner ensemble la mort4 ,les prparatifs de cet acte furent accomplis avec un grand calme4 ,tous deux prirent asphyxis par le charbon qu'ils avaient allum 7#bd fvrier #ahcb74 ,escousse avait dix-neuf ans1 ,lebras en avait seize6 ,lebras avait conserv quelque souci de sa famille2 il s'tait efforc d'adoucir le coup qu'il lui portait2 ,escousse1 au contraire1 en ce moment suprme n'eut qu'une proccupation1 le besoin d'un clat posthume et d'une clbrit funbre4 ,lisez cette sorte de testament la fois passionn et sceptique3 ,je dsire que les journaux qui annonceront ma mort ajoutent cette dclaration leur article3 ,escousse s'est tu parce qu'il ne se sentait pas sa place ici1 parce que la force lui manquait chaque pas qu'il faisait en avant ou en arrire1 parce que l'amour de la gloire ne dominait pas assez son me1 si me il y a4 ,je dsire que l'pitaphe de mon livre soit3 ,adieu trop infconde terre1 ,flaux humains1 soleil glac2 ,comme un fantme solitaire1 ,inaperu j'aurai pass4 ,adieu1 couronnes immortelles1 ,vrai songe d'une me de feu2 ,l'air manquait2 j'ai ferm mes ailes2 ,adieu6 ,branger a consacr ce double suicide quelques stances trop indulgentes4 ,il n'a pas vu qu'il n'tait que le fait de la vanit blesse et de l'ambition impuissante1 et qu'il n'avait pas droit aux honneurs d'une oraison funbre4 ,que si maintenant1 rassemblant les traits pars dans les pages qui prcdent1 nous cherchons reconstituer la physionomie gnrale de la posie que nous avons analyse1 que trouvons-nous8 ,peu d'originalit2 peu de sincrit2 des douleurs presque toujours sans cause prcise2 des fantaisies lugubres plutt qu'un sentiment profond de mlancolie2 enfin des aspirations vers la mort qui1 grce ,dieu1 ont rarement pass dans le domaine des faits4 ,nous allons nous trouver en face d'une posie plus haute et plus digne d'attention1 en abordant ,alfred de ,musset1 qui1 d'ailleurs1 n'est pas seulement pote1 et qui nous touche aussi comme romancier4 ,,iii ,alfred de ,musset4 ,si1 depuis le commencement de ce sicle1 un homme1 en entrant dans la vie1 sembla devoir tre affranchi du mal commun1 ce fut1 sans doute1 ,alfred de ,musset4 ,tout lui souriait2 tout l'invitait tre heureux4 ,comme le ,don ,juan dont il nous a fait le portrait1 le voil jeune et beau1 sous le ciel de la ,france1 le cur plein d'espoir1 aimant1 aim de tous2 et par-dessus tout cela la sainte posie ,retourne en souriant la coupe d'ambroisie ,sur ces cheveux plus doux et plus blonds que le miel4 ,aussi quel clat dans ses dbuts6 ,comme ses premiers vers tincellent de verve et de jeunesse6 ,quelle aimable folie6 ,quel badinage blouissant6 ,ce n'est pas lui qui flatterait les mlancoliques froid et par systme2 il ne mnage pas les pleurards1 les rveurs nacelles1 les amants de la nuit1 des lacs1 des cascatelles4 ,et cependant quelques annes plus tard il s'teindra jeune encore1 mais dj puis1 ananti par le sentiment de sa misre intrieure2 et dans les derniers vers tracs par sa main dfaillante1 il se reprsentera entendant de tous cts l'heure de sa mort sonner ses oreilles1 souffrant dans sa lutte inutile contre l'instinct du malheur1 souffrant mme dans son repos1 et sentant son courage chanceler et s'abattre comme un coursier bris de fatigue6 ,entre ces deux termes extrmes1 que s'tait-il pass qui pt expliquer un tel contraste8 ,quelles avaient t les tapes d'une route si fleurie au point de dpart1 si aride et si dsole au point d'arrive8 ,ces tapes1 personne ne les ignore4 ,musset1 d'abord1 avait fait l'apprentissage de la vie au milieu d'une socit1 dj presque dpourvue de croyances1 et dans laquelle une rvolution nouvelle venait de jeter une perturbation plus profonde encore4 ,il avait bu avidement les sucs les plus pernicieux de la littrature4 ,de plus1 il n'avait pas su bien ordonner sa vie4 ,enfin une grande passion l'avait saisi1 mais sans calmer son cur incapable de repos1 et cette liaison1 condamne l'avance une prompte rupture1 ne lui avait laiss qu'un vide irrparable et un besoin nouveau de s'tourdir4 ,les torts de son poque1 ses torts personnels taient donc les deux principales causes d'une mlancolie dont on suit travers ses uvres les diverses vicissitudes4 ,ds #ahca1 aussitt aprs les ,contes d',espagne et d',italie1 aprs la ,ballade la ,lune et ,mardoche1 on voit une pense triste surgir au milieu de sa fougue fantaisiste4 ,les ,vux striles renferment1 avec de douloureuses rflexions sur la vocation du pote1 des retours pnibles sur sa propre condition4 ,a moiti de sa route1 il se sent dj las de marcher4 ,la vie mdiocre1 prosaque et mercantile1 telle que la fait la socit moderne1 lui rpugne2 il lui faudrait tout ou rien1 et il se demande comment il ne s'est pas trouv dans cette loterie un joueur assez abattu par le sort pour lui dire en sortant3 ,n'entrez pas1 j'ai perdu4 ,cependant1 il veut aller jusqu'au bout1 et faire rougir la destine des maux qu'elle peut lui rserver encore4 ,dans le pome de ,rolla 7#ahcc71 ,alfred de ,musset1 nous rvle ses tourments religieux4 ,il regrette la foi du pass4 ,le paganisme n'tait-il pas heureux1 lui qui avait des ,dieux partout8 ,le moyen ge aussi n'tait-il pas heureux8 ,tout venait de renatre sous la main du ,christ4 ,pour lui1 venu trop tard dans un monde trop vieux1 pour lui1 le moins crdule enfant de ce sicle sans foi1 il demande qu'il lui soit permis de baiser la poussire du crucifix bris et de pleurer sur cette froide terre dchue de ses esprances suprmes4 ,il adresse ,voltaire d'amers reproches pour l'uvre de destruction qu'il a accomplie2 il l'accuse de tous nos maux1 de notre scepticisme1 de notre gosme1 et de ce vide du cur1 qui1 dfaut des clotres dont le monde ne veut plus1 ne nous laisse dans le malheur d'autre alternative que le suicide4 ,les ,nuits 7#ahce-ahcg71 sous un titre qui rappelle l'uvre mlancolique de ,young1 contiennent bien des soupirs et bien des larmes4 ,dans la nuit de ,mai1 la muse qui l'a vu triste et silencieux et qui descend du ciel pour pleurer avec lui1 cherche l'arracher son ennui solitaire et rveiller son gnie abattu par le chagrin4 ,rien ne nous rend si grands1 lui dit-elle1 qu'une grande douleur2 et les chants les plus dsesprs sont les plus beaux4 ,dans la nuit d',aot1 la muse consolatrice s'crie3 ,hlas6 toujours un homme1 hlas6 toujours des larmes6 ,dans la nuit d',octobre1 parlant au pote1 dont l'me dchire frmit et palpite encore au souvenir d'un amour malheureux1 elle lui conseille la rsignation par des motifs tirs des vues de la ,providence3 elle lui dmontre que l'homme est un apprenti1 et que la douleur est son matre2 et que c'est une dure loi1 mais une loi inexorable1 vieille comme le monde et la fatalit1 qu'il nous faut recevoir le baptme du malheur4 ,mais c'est surtout dans la nuit de ,dcembre 7#a;er dcembre #ahce71 que le pote met nu la misre de son me4 ,il se plaint de son isolement au milieu du monde3 colier1 dans sa salle d'tude2 adolescent1 dans ses premires visites aux bois et aux collines2 jeune homme1 pleurant son premier amour trahi2 portant un toast dans un festin joyeux1 ou agenouill au chevet du lit o vient de mourir son pre2 toujours il retrouve un inconnu qui lui ressemble comme un frre1 un mystrieux fantme1 qui n'est autre que celui de la solitude2 et dans un dveloppement potique qui contient une longue numration de ses douleurs1 il nous montre ce fantme lui apparaissant partout o il a promen son cur saignant d'une ternelle plaie1 sa fatigue1 son ennui1 sa soif d'un monde ignor1 ses rves et ses dceptions4 ,la ,lettre ,lamartine1 qui date de #ahcf1 nous montre encore ,musset sous le mme jour4 ,s'adressant celui qu'il nomme le ,chantre de la souffrance1 il lui rappelle qu'un jour ,byron reut des vers d'un jeune pote qui ne le connaissait que par ses douleurs1 et que celui-ci accueillit avec un sourire triste ce tmoignage d'un cur inconnu4 ,a son tour1 ,musset s'entretient avec ,lamartine dont il ne connaissait alors que les vers mus1 et lui raconte les chagrins de son cur bris4 ,il gmit de ce que la nature humaine1 ,qui marche pas compts vers une fin certaine1 ,doive encore s'y traner en portant une croix1 ,et qu'il faille ici-bas mourir plus d'une fois4 ,il dplore le caractre passager de nos affections1 leur incessante mobilit1 et l'accumulation de ruines qui se fait dans notre me jusqu'au dernier moment de notre existence4 ,cependant sa tristesse n'est pas du dsespoir4 ,l'exemple de ,lamartine lui-mme le relve2 comme lui1 il veut esprer2 et sa lettre se termine par un sursum corda1 et par un acte de foi dans l'immortalit de l'me4 ,mais ces lans taient phmres et ,musset ne les prouvait qu'au prix de longues anxits4 ,l'espoir en ,dieu qui suit la lettre ,lamartine nous permet d'assister ces douloureux mouvements de son me4 ,il aurait aim1 nous dit-il1 se laisser aller doucement au cours de la vie1 jouir des biens de la terre regarder le ciel sans s'en inquiter4 ,il ne le peut1 malgr lui1 l'infini le tourmente2 il n'y saurait songer sans crainte et sans espoir4 ,le doute ne lui parat pas1 comme ,montaigne1 un oreiller commode pour une tte bien faite4 ,il croit que les indiffrents sont de vrais athes1 qu'ils ne dormiraient pas s'ils doutaient un seul jour4 ,en dpit de sa volont1 sa raison l'entrane la recherche de la solution des plus graves problmes4 ,il la demande d'abord la religion2 mais elle lui semble au-dessus de ses forces4 ,et cependant il a besoin de connatre la vrit4 ,si son cur fatigu du rve qui l'obsde revient un instant la ralit1 il trouve au fond des vains plaisirs un tel dgot qu'il se sent mourir4 ,toutes les volupts ne peuvent endormir sa souffrance3 ,malgr nous vers le ciel1 il faut lever les yeux4 ,il interroge donc la philosophie2 il passe en revue1 le manichisme1 le thisme1 ,aristote1 ,platon1 ,pythagore1 ,leibnitz1 ,descartes1 ,pyrrhon1 ,znon1 ,voltaire1 ,spinosa1 ,locke et ,kant2 mais il trouve toutes leurs thories creuses et vides2 et alors se jetant genoux1 il prie2 il prie un peu au hasard1 sans tre certain que quelqu'un l'entende1 mais avec un profond dsir d'tre entendu et exauc2 il chante le sentiment qu'il a de la divinit2 il la supplie de se dvoiler tout entire1 pour que l'humanit sche enfin ses larmes1 qu'au bruit d'un concert de louanges s'levant vers ,dieu on voie s'enfuir le doute et le blasphme1 et que la mort elle-mme y joigne ses derniers accents4 ,le mme sentiment est prsent avec plus de concision et de force encore1 dans le sonnet intitul ,tristesse 7#ahdj71 o ,musset fait un amer retour sur sa force1 sa jeunesse1 sa gaiet perdues1 sur ses aspirations vers la vrit si vite trahies2 o il proclame cependant la ncessit de rpondre ,dieu qui nous parle et trouve pour dernire consolation le souvenir des larmes qu'il a verses4 ,enfin nous retrouvons ces strophes navrantes1 ces novissima verba que j'ai rappels plus haut et qui marquent le dernier stade de son triste plerinage4 ,telle qu'il s'est dpeint dans ces posies1 ,musset tait donc une nature inquite1 incapable de vivre ni dans le tourbillon des plaisirs1 ni dans l'austrit de la philosophie1 sensible l'excs1 trangement mobile1 s'levant parfois d'un essor soudain vers les plus hautes sphres1 mais retombant bientt dans la rgion ingrate et nue des ralits1 et avanant chaque jour vers le dsespoir4 ,mais ce n'est pas toujours sous ses traits qu'il a fait le portrait de la mlancolie1 et nous avons rechercher comment il a trait ce sujet sous une forme plus indirecte4 ,dans l'ptre ,lamartine on voit ,musset consacrer au grand ,byron des vers pleins d'un sentiment d'admiration pour l'homme qui devait finir en hros son immortel ennui pour le grand inspir de la mlancolie4 ,ailleurs1 sous ce titre3 ,aprs une ,lecture 7novembre #ahdb71 il adresse une loquente invocation1 dont j'ai eu parler plus haut1 au malheureux ,leopardi qu'il montre l'me dsole1 mais toujours calme et bon s'avanant dans sa route solitaire jusqu' ce que son heure dernire arrivt1 et qu'il goutt enfin le charme de la mort4 ,dans le conte spirituel et capricieux de ,namouna1 7#ahcb71 il prend plaisir dessiner un portrait qui rappelle une des crations de ,byron4 ,hassan1 son hros1 est un sceptique1 un blas4 ,il aime le plaisir1 mais il ne croit pas l'amour1 c'est une sorte de ,don ,juan4 ,a ct de lui1 d'ailleurs1 ,musset en a esquiss un autre4 ,que personne n'a vu1 que ,mozart a rv1 ,qu',hoffmann a vu passer au son de la musique1 ,et que de notre temps ,shakspeare aurait trouv4 ,ce ,don ,juan l poursuit travers mille amours un idal insaisissable et meurt1 sans avoir assouvi son immense besoin d'aimer4 ,qui ne connat la ,confession d'un enfant du sicle 7#ahcf78 ,la clbrit de ce roman me permet de n'en donner qu'une courte analyse4 ,octave sort du collge2 il apporte dans le monde qui s'ouvre devant lui1 un esprit atteint dj par le souffle du scepticisme4 ,mais il croit encore l'amour4 ,l'infidlit d'une premire matresse lui enlve cette illusion1 et1 pour s'tourdir sur sa douleur1 il se jette dans tous les excs4 ,ses dernires convictions morales sombrent bientt dans cet abme et1 tout jeune encore1 il prouve un dsenchantement que pourrait seule justifier une longue preuve du malheur et de la mchancet des hommes4 ,cependant1 ce jeune homme blas1 fatigu d'avance de la vie1 incapable d'illusions1 retrouve un jour au fond de son cur un sentiment qu'il croyait jamais teint en lui2 il se reprend aimer et ,brigitte ,pierson rpond son affection4 ,mais cet amour poursuivi par les rminiscences du pass n'a ni calme ni scurit2 il se trane pniblement travers des mfiances et des secousses incessantes1 jusqu' ce qu'puis par ses vaines agitations1 il s'teigne en ne laissant que le vide aprs lui4 ,octave1 n'est donc1 beaucoup d'gards1 et sans parler de ses ressemblances sur certains points1 qui sortent des limites de notre travail1 avec l',amaury de ,volupt1 qu'une nouvelle dition de l',adolphe de ,benjamin ,constant4 ,s'il est un peu plus amoureux que lui1 il n'est pas moins hsitant1 et surtout il n'est pas plus heureux4 ,tout le monde sait1 et ,musset ne l'a jamais dissimul1 que le caractre inquiet et tourment qu'il nous a dcrit dans la ,confession d'un enfant du sicle tait en grande partie le sien4 ,chez lui1 comme chez ,octave1 ce caractre tait-il surtout le fruit d'une jeunesse corrompue8 ,la forme romanesque qu'il a choisie pour s'exprimer1 laisse cette question dans un certain vague2 mais1 cet gard1 il me semble suffisant de rpter ce que disait ,mme ,georges ,sand avant la publication de la ,confession1 dans les ,lettres d'un ,voyageur 7#ahcd71 et de dire1 sans prciser davantage1 que le souvenir des faiblesses dgradantes que le pote avait contemples1 tait venu empoisonner de doutes cruels et d'amres penses1 les pures jouissances de son me hsitante et craintive4 ,il me parat galement inutile de rouvrir la polmique regrettable qui s'est leve sur sa tombe et dans laquelle on a vu l'ancienne amie1 la ,brigitte du roman1 en rveillant imprudemment des feux encore mal teints1 s'attirer une rplique brlante1 dicte par une susceptibilit fraternelle vivement blesse4 ,entre ,elle et ,lui1 d'une part1 ,lui et ,elle1 de l'autre1 je n'ai pas me prononcer4 ,encore moins ai-je examiner d'autres uvres secondaires sur le mme sujet4 ,mais ce que je ne veux pas oublier1 c'est le tableau que ,musset a trac dans la ,confession des ravages exercs par la volupt sur les facults de l'me4 ,dj dans le drame bizarre de ,la ,coupe et les ,lvres 7#ahcb71 sous la figure de ,franck qui voit sa fiance1 la pure ,deidamia1 prir de la main de son ancienne matresse1 la courtisane ,belcolor1 il avait prsent l'allgorie de l'me punie de ses anciens vices par la ruine de tout amour lev4 ,c'est dans cette pice qu'il a crit ces deux vers terribles3 ,ah6 malheur celui qui laisse la dbauche ,planter le premier clou sous sa mamelle gauche6 ,octave confirme hautement cette vrit par le spectacle de ses tristesses1 de ses suspicions1 de ses angoisses et de ses remords4 ,de tous les genres de mlancolie1 le plus douloureux1 en effet1 n'est-il pas celui qui rsulte de nos propres torts8 ,aussi la leon contenue dans les uvres dont je parle mrite-t-elle d'tre coute2 et1 en supposant qu'on pt1 comme excuse de certaines dfaillances1 invoquer l'exemple fcheux d'un homme qui avait le prestige du plus beau talent1 la logique exigerait qu'on se souvnt aussitt des svres enseignements de ce pote1 et ceux-ci devraient suffire pour dtourner de celles-l4 ,on peut maintenant juger ,musset4 ,sous beaucoup de rapports1 il a sacrifi aux tendances mlancoliques2 il leur a donn place dans ses uvres tantt en son nom1 tantt sous des formes plus ou moins fantaisistes4 ,il a t bien compltement de son temps2 il a t l'enfant de son sicle4 ,dou d'une merveilleuse facilit d'assimilation1 il s'en est appropri l'esprit troubl1 sceptique1 tantt moqueur1 et tantt attendri4 ,on trouve en lui1 selon l'heureuse expression de ,m4 ,vitet1 dans les paroles mues qu'il a prononces sur sa tombe1 un mlange indfinissable de chimre et de raison1 d'ironique scheresse et d'mouvante mlancolie1 la grce1 la passion1 l'lgant badinage4 ,ces traits divers il les emprunte aussi bien l'tranger qu' sa patrie4 ,son me1 ouverte1 toutes les impressions1 de quelque part qu'elles vinssent1 s'est confondue avec l'me de toute une gnration4 ,par l s'explique la faveur toute particulire dont il a joui parmi ses contemporains4 ,chaque poque se personnifie dans l'homme qui reprsente le plus complment ses qualits ou ses dfauts4 ,dans l'ordre d'ides o se renferme cette tude1 la ,rpublique et l',empire s'incarnent en ,chateaubriand2 la ,restauration s'identifie avec ,lamartine2 ,musset est le type suprme du gouvernement de ,juillet4 ,il a runi leur plus haut degr les symptmes qui ont caractris le mal du sicle pendant cette priode de notre histoire2 son tour1 cette poque ne lui a pas marchand sa reconnaissance et s'est plu se dcerner elle-mme1 en les posant sur la tte de son pote bien-aim1 les plus flatteuses couronnes4 ,je ne l'imiterai pas sans quelque rserve2 certes je ne pousserai pas la svrit1 jusqu'o ,musset l'a pousse lui-mme1 quand il a dit3 ,il n'existe qu'un tre ,que je puisse en entier et constamment connatre1 ,sur qui mon jugement puisse au moins faire foi1 ,un seul--je le mprise1--et cet tre1 c'est moi4 ,mais comment s'empcher de regretter qu'il ait souvent mal employ les dons minents qui lui avaient t si largement dpartis et que des aspirations insuffisantes vers le bon et le vrai soient le seul monument respectable qui nous reste de son admirable talent4 ,,iv ,maurice et ,eugnie de ,gurin4 ,sur les confins de la posie et de la prose1 on rencontre un crivain dont le nom a fait d'abord peu de bruit1 et n'a conquis que dans ces derniers temps une relle clbrit1 mais qui doit trouver sa place ici4 ,pote et prosateur1 quelques-unes mme de ses uvres en prose ont reu la qualification de pomes1 et peut-tre1 en effet1 pour tre des vers excellents1 ne leur manque-t-il que la rime4 ,l'un de ces pomes doit attirer notre attention1 ainsi que quelques productions plus intimes du mme auteur4 ,je les comparerai ensuite certains crits d'une autre plume qui ne peuvent en tre spars4 ,je veux parler de ,maurice de ,gurin1 et de sa sur ,eugnie4 ,maurice tait n dans une famille o la pauvret et le malheur semblaient hrditaires4 ,retir la campagne avec ma famille1 a-t-il dit1 mon enfance fut solitaire4 ,je ne connus jamais ces jeux ni cette joie qui accompagnent nos premires annes4 ,ses plaisirs1 il les trouvait dans la rverie et la contemplation de la nature3 il tait atteint d'une tristesse secrte1 sa sant d'ailleurs tait dbile1 et il y avait en lui1 a dit ,m4 de ,pontmartin1 une disposition maladive o les souffrances du corps ragissaient sur les rsolutions de l'me4 ,a ,paris1 il tenta la carrire des lettres et celle de l'enseignement4 ,le succs ne vint pas4 ,il se maria1 et parut un instant devoir tre heureux1 mais la phthisie qui le minait l'emporta moins de vingt-neuf ans4 ,il mourut le #ag juillet #ahci4 ,son crit le plus connu est un morceau de prose potique auquel il a donn pour titre le ,centaure4 ,c'est le rcit des impressions d'un de ces tres fabuleux1 depuis sa naissance dans la profondeur d'une caverne1 jusqu' sa vieillesse qui approche de son dernier terme4 ,macare dpeint les progrs de son dveloppement1 la vigueur de sa jeunesse1 ses courses enivrantes travers les montagnes ou les valles1 les rochers ou les fleuves1 soit sous les feux du jour1 soit la clart des toiles1 l'inconstance sauvage et aveugle qui dispose de ses pas1 son mpris pour cet tre infrieur1 l'homme1 qu'il rencontre en parcourant la nature1 les entretiens qu'il eut dans sa jeunesse avec le vieux centaure ,chiron2 enfin il annonce sa fin en ces mots3 ,je reconnais que je me rduis et me perds rapidement comme une neige flottant sur les eaux1 et que prochainement j'irai me mler aux fleuves qui coulent dans le vaste sein de la terre4 ,sainte-,beuve n'a pas hsit rattacher l'cole mlancolique cette uvre originale et puissante dans sa brivet4 ,gurin1 sous forme de ,centaure1 dit-il1 a fait l son ,ren et racont sa propre histoire1 sa source relle d'impressions1 en la projetant dans les horizons fabuleux4 ,il a fait son ,ren1 son ,werther1 sans y mler d'gosme1 et en se mtamorphosant tout entier dans une personnification qui reste idale1 mme dans ce qu'elle a de monstrueux3 il n'a pris la croupe du ,centaure que pour qu'elle pt le porter plus vite et plus loin4 ,il y a en effet1 dans ce personnage solitaire1 dans ce sage adonn au culte de la nature1 comme une allgorie discrte des sentiments et des gots que nourrissait l'auteur de cette fiction4 ,mais pour mieux connatre ,maurice de ,gurin1 il faut le chercher dans les lettres o il se montrait tel qu'il tait1 sans tude et sans apprt1 et dans le journal o il s'panchait dans toute la sincrit de son me1 enfin dans le souvenir de ceux qui l'aimaient4 ,on y trouve chaque pas un triste contraste3 personne plus que ,maurice n'a eu le dsir d'tre heureux1 personne ne l'a moins t4 ,on dirait qu'il cherche s'assimiler tout ce qui dans l'univers peut contenir une jouissance4 ,la vie et ses manifestations diverses sont le ,dieu de son imagination1 le tyran qui le fascine et l'attire4 ,eh bien6 ce bonheur dont il se forme une si vive ide1 il ne peut le trouver en lui-mme1 et sans cesse il se plaint de l'indigence de son esprit1 de la misre de son cur4 ,l'esprit1 ai-je dit4 ,de ce ct1 il voit en lui1 un vice organique1 un dlabrement irrparable2 son lment craintif1 inquiet1 analytique ne le laisse jamais en repos4 ,j'avance bien lentement du ct de l'intelligence2 j'ai le pressentiment de mille choses1 mais c'est plutt un tourment qu'un progrs 7,journal1 #ac mars #ahcc74 ,ailleurs3--je sais bien que je suis une pauvre crature qui ai peu d'esprit4--,oh6 que c'est bien dit1 mon cher ,bernardin6 comme tu as bien rendu le sentiment d'une me qu'on s'efforce d'lever au-dessus de sa sphre1 et qui pntre de son impuissance s'crie3 ,je sais bien que je suis une pauvre crature6 comme tu fais dire ,virginie4 ,il y a bien longtemps que je me rpte ces paroles4 ,c'est le rsum de tous mes travaux1 de toute ma vie 7,journal1 #bc juin #ahcd74 ,l'anne suivante1 mmes gmissements3 ,je m'chappe moi-mme2 un trouble funeste bouleverse ma tte2 elle bat la campagne travers je ne sais quelles imaginations4 7,journal1 #bg mars #ahce74 ,enfin1 encore une anne aprs1 on peut constater la marche ininterrompue du mal dont il se plaint3 ,le mal-tre d'abord assez resserr a gagn rapidement2 ma tte se dessche4 ,comme un arbre qui se couronne1 je sens1 lorsque le vent souffle1 qu'il passe dans mon fate travers bien des branches dpries4 ,ainsi son intelligence est pour lui la source de tourments qui se renouvellent et se diversifient l'infini1 tourments vagues1 souvent indfinissables1 mais coup sr1 cruels4 ,il en est de mme de son cur4 ,par une funeste infirmit1 dj souvent observe dans le cours de ce travail1 il ne sait pas saisir le bonheur qui s'offre lui1 il ne jouit que par l'imagination4 ,la prsence du bonheur me trouble et je souffre mme d'un certain froid que je ressens2 mais je n'ai pas fait deux pas au dehors que l'imagination me prend2 un regret infini1 une ivresse de souvenir1 des rcapitulations qui exaltent tout le pass1 et qui sont plus riches que la prsence mme du bonheur2 enfin ce qui est1 ce qu'il semble1 une loi de ma nature1 toutes choses mieux ressenties que senties4 ,la vie de son cur ne s'accuse que par des souffrances sans cause apparente4 ,il est atteint d'un ennui profond4 ,il crit le #a;er ,mai #ahcc3 ,je suis plus triste qu'en hiver4 ,par ces jours-l1 se rvle au fond de mon me1 dans la partie la plus intime1 la plus profonde de la substance1 une sorte de dsespoir1 tout fait trange2 c'est comme le dlaissement et les tnbres hors de ,dieu4 ,quelques semaines aprs1 il parat devenu tranger aux influences du dehors1 mais son bonheur n'y a rien gagn2 il consigne cette note1 le #ag juillet3 ,j'cris sur le dclin d'une belle journe4444 mais ce beau soleil1 qui me fait ordinairement tant de bien1 a pass sur moi comme sur un astre teint2 il m'a laiss comme il m'a trouv1 froid1 glac1 insensible toute impression extrieure1 et souffrant1 dans le peu de moi qui vit encore1 des preuves striles et misrables4 ,ma vie intrieure dprit chaque jour1 je m'enfonce je ne sais dans quel abme1 et je dois tre arriv dj une grande profondeur1 car la lumire ne m'arrive presque plus et je sens le froid qui me gagne4 ,il y a et l1 dans son manuscrit1 des mots qui pntrent d'effroi et de piti pour cette nature malheureuse3 #ah mai #ahcd4 ,ma misre intrieure gagne1 je n'ose plus regarder au dedans de moi4--#bf aot4 ,je deviens comme un homme infirme et perclus de tous ses sens1 solitaire et excommuni de la nature4 ,je citerai encore les lignes qu'il traait1 le #bb juin #ahce1 et qui dcrivaient bien son obscur martyre3 ,ce qui me fait1 dans des moments1 dsesprer de moi1 c'est l'intensit de mes souffrances pour de petits sujets1 et l'emploi toujours malentendu et aveugle de mes forces morales4 ,j'use quelquefois rouler des grains de sable1 une nergie propre pousser un rocher jusqu'au sommet des montagnes4 ,je supporterais mieux des fardeaux normes que cette poussire lgre et presque impalpable1 qui s'attache moi4 ,je pris chaque jour secrtement2 ma vie s'chappe par des piqres invisibles4 ,aprs cette date1 le manuscrit s'arrte1 mais l'angoisse continue4 ,en avril #ahch1 sa femme crit3 ,maurice est triste1 il a un fond de tristesse que je cherche dissiper2 je la lis dans ses yeux4 ,et sa sur ajoute ce commentaire navrant3 ,mon pauvre ami1 qu'as-tu donc1 si ce n'est pas la fivre qui t'accable8 ,il me semble voir en toi je ne sais quoi qui t'empoisonne1 te maigrit1 te tuera1 si ,dieu ne t'en dlivre4 ,j'ai de tristes pressentiments4 ,ces pressentiments n'taient point trompeurs4 ,l'heure suprme avait sonn2 heure des larmes pour la famille1 pour le patient heure de la dlivrance4 ,dans un article de la ,revue des deux ,mondes du #ae mai #ahdj1 ,mme ,sand1 qui a t la premire rendre justice au jeune talent qui venait de s'teindre1 ignor du public et de lui-mme1 dfinissait ainsi ,maurice de ,gurin3 ,c'tait une de ces mes froisses par la ralit commune1 tendrement prises du beau et du vrai1 douloureusement indignes contre leur propre insuffisance la dcouvrir1 voues1 en un mot1 ces mystrieuses souffrances dont ,ren1 ,obermann et ,werther1 offrent sous des faces diffrentes1 le rsum potique4 ,les quinze lettres de ,m4 de ,gurin que nous avons entre les mains 7on ne connaissait pas alors la plus grande partie de ses crits intimes71 sont une monodie non moins touchante et non moins belle1 que les plus beaux pomes psychologiques destins et livrs la publicit4 ,il est certain1 en effet1 que par son besoin de s'analyser sans cesse1 par sa facilit gmir sur lui-mme1 ,gurin prsente une analogie frappante avec les grands mlancoliques dont on vient de rappeler les noms1 par-dessus tout avec ,obermann4 ,comme ,obermann1 il se dfie de ses propres forces1 il prouve un secret ennui1 et il s'puise dans des efforts inutiles pour vaincre son imagination1 et pour arriver vivre d'une vie pleine et vraie4 ,mme ,sand a bien indiqu ce caractre de l'crivain qu'elle tudiait1 mais son jugement est plus contestable1 quand elle revendique ,gurin1 comme l'un des partisans des dangereuses doctrines dont la maladie du sicle est souvent complice2 quand elle le reprsente comme un sceptique1 comme un pote ,byronien4 ,la sur de ,maurice a protest contre cette partie du portrait2 et l'on doit reconnatre que ,gurin1 par la moralit leve de son uvre1 mrite d'tre distingu de l'cole dont il est d'autres gards le disciple4 ,ce n'est pas le scepticisme que je lis dans ses crits intimes1 c'est plutt le mysticisme2 il pousse le dsir de la perfection jusqu'au scrupule4 ,il tait chrtien2 il est rest tel1 malgr quelques dfaillances provenant du trouble jet dans son esprit par la dfection de ,lamennais1 dont il avait t l'lve2 seulement sa religion tait inquite et tourmente4 ,nous connaissons ,maurice de ,gurin4 ,c'est dj connatre sa sur ,eugnie4 ,ne serait-ce qu' cause de l'affection qu'elle avait voue son frre1 on pourrait dire que ,mlle ,eugnie de ,gurin ne formait avec lui qu'une seule me4 ,c'est pour son frre qu'elle crit son journal1 elle veut qu' son retour1 en lisant ce manuscrit1 il puisse reconstituer la douce vie de famille coule sans lui4 ,je ne pense pas qu'on puisse imaginer une union de sentiments plus parfaite2 mais aussi1 rarement a-t-on vu plus d'affinits morales qu'entre ce frre et cette sur4 ,eugnie de ,gurin avait pass comme ,maurice dans la maison paternelle une enfance solitaire2 comme ,maurice1 elle aspire un idal lev1 accuse la prtendue pauvret de son esprit1 le vide de sa vie intrieure1 l'ennui qui l'atteint2 enfin n'est soutenue que par le sentiment religieux4 ,en maint endroit1 on pourrait rapprocher le ,journal d',eugnie de celui de ,maurice2 on trouverait dans l'un et l'autre les mmes impressions intimes1 et on les trouverait presque aux mmes dates4 ,je ne vais pas jusqu' prtendre que les deux manuscrits pourraient tre confondus1 et indiffremment attribus la sur ou au frre2 la femme ici ne perd pas son caractre propre4 ,au milieu de sa mlancolie1 elle conserve son charme et sa grce4 ,d'un autre ct1 je ne dois pas omettre de remarquer que chez elle la religion est plus nette1 plus pratique que chez ,maurice de ,gurin1 que par ce ct encore1 sa tristesse est moins pesante4 ,mais1 rptons-le1 cette me traverse les mmes angoisses1 se plaint des mmes scheresses et s'use dans les mmes souffrances que nous venons d'tudier4 ,on en suit l'histoire jour par jour3 #ac avril #ahce3 ,il y a de ces moments de dfaillance o l'me se retire de toutes ses affections1 et se replie sur elle-mme comme bien fatigue4 ,cette fatigue sans travail1 qu'est-ce autre chose que faiblesse4 ,il la faut surmonter4--#bb mai #ahce3 ,l'ennui est le fond et le centre de mon me aujourd'hui444--#ai juin #ahce3 ,ma tte est vide prsent2 il y a de ces moments o je me trouve sec1 o mon esprit tarit comme une source1 puis il recoule4--#ahcg3 7sans autre date73 ,je souffrais1 je souffre encore1 mais ce n'est qu'un reste1 un malaise qui va finir2 mme je ne sais pas ce que c'est ni ce que j'ai de malade3 ce n'est ni tte1 ni estomac1 ni poitrine1 rien du corps2 c'est dans l'me1 pauvre me malade6--#a;er fvrier #ahch3 jour nbuleux1 sombre1 triste1 au dehors et au dedans4--#bg mai #ahch3 ,ce n'est pas facile de bien faire1 d'atteindre le beau1 si haut1 si loin de notre pauvre esprit2 on sent que c'est fait pour nous1 que nous avons t l1 que cette grandeur tait la ntre et que nous ne sommes plus que les nains de l'intelligence2 chute1 chute qui se retrouve partout6 ,pour calmer ces agitations de son esprit1 ,eugnie de ,gurin cherche s'endormir dans des habitudes rgulires1 monotones mme s'il le faut4 ,elle crit le #ac mai #ahci3 ,si je pouvais croire au bonheur1 a dit ,m4 de ,chateaubriand1 je le chercherais dans l'habitude1 l'uniforme habitude qui lie le jour au jour1 et rend presque insensible la transition d'une heure l'autre1 d'une chose une autre chose2 il y a repos dans cette vie mesure1 dans cet arrangement que s'imposent les religieux444 ,il n'attendent pas1 ou ils savent ce qu'ils attendent ces hommes d'habitude2 et voil l'inquitude1 l'agitation1 le chercher de moins pour ces mes4 ,j'en conclus qu'il est bon de savoir ce que l'on veut faire444 ,ici jetons un regard en arrire4 ,nous l'avons vu1 non seulement ,chateaubriand1 mais encore ,jean-,jacques ,rousseau et ,senancour1 ont vant le pouvoir salutaire de l'habitude1 les ressources qu'on y trouve contre les tourments de l'me2 et voil qu' trente ans d'intervalle une jeune femme solitaire vient ajouter ces autorits son tmoignage modeste mais prcieux6 ,mais1 quand elle crivait ces lignes1 le mal dont souffrait ,eugnie de ,gurin n'tait dj plus gurissable4 ,la mort de son frre ne tarda pas venir lui porter le dernier coup1 et elle disait1 le #b mai #ahdj3 ,je n'ai plus d'intrt rien raconter1 ni moi ni autre chose4 ,tout meurt2 je meurs tout4 ,je meurs d'une lente agonie morale1 tat d'indicible souffrance4 ,l'agonie de l'me1 plus cruelle que celle du corps1 tel est l'tat qu'ont prouv ,maurice et ,eugnie de ,gurin4 ,intelligences d'lite1 nobles curs1 ils n'ont got dans leur plnitude aucune jouissance4 ,une tristesse secrte s'tendait comme un voile funbre sur toute leur existence4 ,on et dit qu'en eux avait t bris de bonne heure le ressort qui met en mouvement toutes les forces de l'me1 et que ces organisations dlicates manquaient du principe mme de la vie4 ,a voir se reproduire1 chez deux tres1 issus de la mme source1 un phnomne identique1 on ne peut s'empcher de penser que ce phnomne a prcisment pour cause leur commune origine4 ,les influences transmises avec le sang sont peut-tre1 en effet1 la meilleure explication des troubles dont ils ont souffert tous deux4 ,ajoutons-y les impressions d'une enfance austre1 et nous aurons toutes les raisons d'une tristesse qui prsente un caractre respectable4 ,il faut remonter assez loin dans cette tude1 pour trouver d'aussi parfaits exemples de dtachement et de modestie4 ,ces douces images reposent de tant de figures dans lesquelles se dissimulent mal l'amour-propre et la proccupation de l'effet1 mais il est temps de nous en sparer afin de reprendre et d'achever1 quelles qu'en puissent tre les fcheuses rencontres1 la srie de documents que nous avons encore parcourir4 ,v ,georges ,sand4 ,quittons le domaine mixte o la posie s'associe avec la prose2 le roman seul doit nous occuper en ce moment1 et nous devons l'envisager tout d'abord dans son plus glorieux reprsentant4 ,je n'entends pas faire ici de ,mme ,georges ,sand une tude complte4 ,parler de toutes les phases que son existence a parcourues1 de toutes les influences que son esprit a subies1 de toutes les transformations qui se sont accomplies dans son tre moral1 c'est une tche considrable et qui dpasse beaucoup les bornes de ce travail4 ,je dois me renfermer dans la priode de sa vie o elle a suivi le mouvement imprim par l'cole mlancolique4 ,cette priode atteint1 vers #ahcc1 son point culminant2 c'est l surtout que je l'observerai4 ,mais il est ncessaire de remonter tout d'abord son point de dpart4 ,dans un ouvrage sur le roman contemporain1 ,m4 ,nettement a dit avec esprit1 en rappelant que ,georges ,sand appartenait une famille romanesque1 qu'au milieu de ces romans qui s'agitaient autour d'elle1 elle tait le plus chimrique et le plus passionn de tous4 ,place dans un couvent ,paris1 de #ahag #ahbj1 son premier rve fut de se croire appele la vie monastique2 et elle se trouva plus tard une vocation pour l'existence pastorale et solitaire4 ,a ,nohant1 elle lut1 outre ,byron et ,shakespeare1 dont elle devint ds lors l'admiratrice1 deux crivains qui exercrent sur elle une influence plus profonde encore1 ,chateaubriand et ,jean-,jacques ,rousseau4 ,tout le monde sait que par le style elle procde de ces deux grands modles2 le second surtout lui a inspir un culte qu'elle n'a jamais cherch nier2 et bien longtemps aprs la date laquelle je me place en ce moment1 elle a dclar qu'elle lui tait reste fidle1 fidle1 ajoutait-elle1 comme au pre qui m'a engendr1 car s'il ne m'a pas lgu son gnie1 il m'a transmis1 comme tous les artistes de mon temps1 l'amour de la nature1 l'enthousiasme du vrai1 le mpris de la vie factice1 et le dgot des vanits du monde4 ,mme ,sand1 ou plutt ,aurore ,dupin1 tait ds lors proccupe des plus hautes questions4 ,ce qui m'absorbait ,nohant1 comme au couvent1 a-t-elle dit1 c'tait la recherche anxieuse ou mlancolique1 mais assidue1 des rapports qui doivent exister entre l'me individuelle et cette me universelle que nous appelons ,dieu4 ,recherche mlancolique ou mme anxieuse1 dit ,mme ,sand1 et1 en effet1 cette recherche avait ses chances et ses fortunes diverses1 car entre des phases de satisfaction et de srnit pour la raison1 il y avait des intervalles de doute dsespr4 ,d'un autre ct1 le milieu dans lequel vivait ,mme ,sand lui semblait si peu gai1 la svrit dont elle se sentait entoure de la part des bourgeois de la ,chtre1 et qu'elle bravait d'ailleurs1 tait si dure1 son existence domestique tait si morne et si endolorie1 son corps si irrit par une lutte continuelle contre l'accablement1 qu'elle en arriva tre fatigue de la vie et tente de s'en dbarrasser4 ,l',histoire de sa vie dont nous tirons ces dtails nous apprend que1 pour raliser ce sombre dessein1 c'tait l'eau surtout qui l'attirait4 ,elle se promenait au bord de la rivire1 jusqu' ce qu'elle et trouv un endroit sa convenance4 ,l1 elle se demandait si le moment tait venu de disparatre4 ,un jour1 traversant un gu1 elle lana son cheval vers la partie la plus profonde et la plus dangereuse4 ,heureusement l'animal la ramena vers la rive1 et la jeune fille en qui cet incident rveilla l'instinct de la conservation se trouva gurie de ses vellits de suicide4 ,tels furent les dbuts de cet esprit bizarre4 ,passion de la solitude et de la rverie1 tendances la fois mystiques et sceptiques1 attrait momentan vers la mort volontaire1 presque tous les principaux traits de la maladie du sicle se reconnaissent alors en elle4 ,son mariage en #ahbb1 la nouvelle vie qui en rsulte pour elle jusqu'en #ahca1 son arrive ,paris ce moment1 ses efforts pour se crer par sa plume l'indpendance1 toutes ces circonstances qui changeaient profondment son existence et la mettaient en contact journalier avec le monde1 ont-elles modifi ses premiers sentiments8 ,on trouve la preuve du contraire dans quelques-unes de ses plus anciennes crations4 ,qu'est-ce1 en effet1 qu',indiana 7#ahcb78 ,une femme qui aspire1 dans une attente fivreuse1 ennuye et dsespre1 l'amour qui doit ranimer sa vie4 ,georges ,sand a ni qu',indiana ft son portrait2 elle a1 d'ailleurs1 prtendu qu'elle ne s'tait jamais mise en scne sous des traits fminins4 ,mais j'ai peine croire que l'ide des soucis d',indiana n'ait pas t suggre l'crivain par une disposition quelque peu analogue qu'il trouvait en lui-mme4 ,au surplus1 si ,mme ,sand ne s'est jamais peinte dans le costume de son sexe1 il faut la chercher1 dans ses uvres comme dans sa vie relle1 sous des vtements virils2 et alors n'est-ce pas elle que1 dans le roman de ,valentine 7#ahcb71 on doit voir sous les traits d'un jeune tudiant1 n ennuy1 rempli d'aspirations vagues1 de dsirs d'indpendance1 de haine et de mpris pour les conventions sociales et les situations vulgaires8 ,mais un ouvrage plus clatant vient jeter une pleine lumire sur ce qu'tait ,mme ,sand en #ahcc4 ,je veux parler du roman de ,llia qui parut en cette anne4 ,quoi qu'elle ait pu dire1 ici il est impossible de ne pas la reconnatre4 ,quel est1 tout d'abord1 le sujet de ,llia8 ,dans l'intention de ,mme ,sand les personnages de ce roman reprsentent chacun une fraction de l'intelligence philosophique du ,x,v,i,i,ie sicle3 ,pulchrie1 l'picurisme1 hritier des sophismes du sicle dernier2 ,stnio1 l'enthousiasme et la faiblesse d'un temps o l'intelligence monte trs haut1 entrane par l'imagination1 et tombe trs bas1 crase par une ralit sans posie et sans grandeur2 ,magnus1 les dbris d'un clerg corrompu et abruti1 et ainsi des autres4 ,quant ,llia1 je dois avouer1 dit-elle1 que cette figure m'est apparue au travers d'une fiction plus saisissante que celles qui l'entourent4 ,je me souviens de m'tre complu en faire la personnification encore plus que l'avocat du spiritualisme de ces temps-ci2 spiritualisme qui n'est plus chez l'homme l'tat de vertu1 puisqu'il a cess de croire au dogme qui le lui prescrivait1 mais qui reste et restera jamais1 chez les nations claires1 l'tat de besoin et d'aspiration sublimes1 puisqu'il est l'essence mme des intelligences leves4 ,et elle ajoute1 que ces aspirations sont accompagnes de souffrance1 et1 aprs avoir parcouru les uvres1 sceptiquement religieuses ou religieusement sceptiques1 expression puissante et sublime de l'effroi1 de l'ennui1 et de la douleur dont cette gnration est frappe elle s'crie3 combien sommes-nous qui avons pris la plume pour dire les profondes blessures dont nos mes sont atteintes1 et pour reprocher l'humanit contemporaine de ne nous avoir pas bti une arche o nous puissions nous rfugier dans la tempte6--,nous tions tant qu'on ne pouvait pas nous compter4 ,le doute et le dsespoir sont de grandes maladies que la race humaine doit subir pour accomplir ses progrs religieux4 ,acceptons donc comme une grande leon les pages sublimes o ,ren1 ,werther1 ,obermann1 ,conrad1 ,manfred1 exhalent leur profonde amertume avec le sang de leur cur2 elles ont t trempes de leurs larmes brlantes2 elles appartiennent plus encore l'histoire philosophique du genre humain qu' ces annales potiques4 ,ainsi le type qui donne la pense de l'auteur sa vritable expression1 comme il donne son nom l'ouvrage1 est celui de ,llia1 et ,llia signifie l'angoisse philosophique1 les tourments de la recherche de la vrit1 ou plus simplement le doute2 non pas le doute raisonnant qui avait t une arme de combat pour le ,x,v,i,i,ie sicle1 mais le doute inquiet et maladif4 ,m4 ,g4 ,planche1 dans une tude sur ,mme ,sand1 a traduit ,llia par cette formule3 l'incrdulit du cur ne de l'amour tromp4 ,il me semble qu'il a nglig le ct dominant de la physionomie de ,llia pour s'attacher un dtail secondaire4 ,le grand mal de ,llia c'est l'incrdulit de l'esprit1 l'impuissance de la raison1 et la disproportion cruelle qui dans la recherche de la vrit existe entre la violence de nos efforts et la pauvret de leurs rsultats4 ,pour exprimer cette infirmit1 ,mme ,sand trouve d'loquents accents et des formes remarquablement varies4 ,par exemple1 ,stnio qui lui demande l'explication de son attitude la fois hautaine et pieuse dans une glise1 elle rpond3 ,que t'importe cela1 jeune pote8 pourquoi veux-tu savoir qui je suis et d'o je viens8 je suis ne comme toi1 dans la valle des larmes1 et tous les malheureux qui rampent sur la terre sont mes frres44444 tous deux condamns souffrir1 tous deux faibles1 incomplets1 blesss par toutes nos jouissances1 toujours inquiets1 avides d'un bonheur sans nom toujours hors de nous1 voil notre destine commune4 ,une autre fois1 comme ,stnio cherche la consoler3 ,eh bien6 s'crie-t-elle1 je souffre mortellement l'heure qu'il est2 la colre fermente dans mon sein4 ,voulez-vous blasphmer pour moi8 cela me soulagera peut-tre8 ,voulez-vous1 jeune homme pur et pieux1 vous plonger dans le scepticisme jusqu'au cou et rouler dans l'abme o j'expire8 je souffre et je n'ai pas de force pour crier4 ,allons1 blasphmez pour moi6 ,eh bien6 vous pleurez6 vous pouvez pleurer vous6 heureux6 heureux cent fois ceux qui pleurent6 mes yeux sont plus secs que les dserts de sable o la rose ne tombe jamais1 et mon cur est plus sec que mes yeux4 ,du reste1 si elle souffre surtout par l'intelligence1 elle n'est gure1 j'en conviens1 plus heureuse par le cur4 ,elle ne trouve pas de ce ct la pleine vie qui lui manque de l'autre4 ,les cratures lui paraissent trop chtives pour son immense besoin d'amour2 elle ne veut pas s'exposer d'amres dsillusions4 ,cependant elle regrette de sentir son cur moins ardent que son cerveau1 ses esprances plus faibles que ses rves1 et comme elle a dit3 heureux ceux qui pleurent1 elle s'crie aussi3 heureux ceux qui peuvent aimer6 ,sans m'tendre sur les vnements un peu incohrents que renferme le roman1 je dois rappeler deux phases de la vie de ,llia1 qui1 sous deux formes diffrentes1 la montrent aux prises avec la solitude4 ,nous avons maintes fois remarqu le rle important que la solitude joue dans la maladie du sicle4 ,pour ne citer1 cet gard1 que le plus mmorable exemple qui se soit produit depuis ,jean-,jacques ,rousseau1 on sait que son ,senancour a pratiqu la vie du solitaire et l'a dcrite dans deux ouvrages4 ,le moins considrable des deux1 le roman d',isabelle1 offre mme ce caractre spcial de ressemblance avec celui de ,llia1 que dans l'un et l'autre il s'agit de femmes1 de jeunes femmes1 se vouant la solitude par un sentiment tranger la vocation religieuse4 ,les deux romans ayant paru dans la mme anne1 je ne saurais dire si l'un d'eux a eu cependant assez d'avance sur l'autre1 pour que la premire publication ait pu inspirer la seconde4 ,a dfaut d'indice contraire1 j'incline penser que ,senancour1 qui avait dj profit de ,ren en donnant ,obermann1 a tir aussi1 dans la cration d',isabelle1 quelque parti de ,llia4 ,quoiqu'il en soit1 le roman d',isabelle1 comme les differents ouvrages sur le mme sujet que nous avons rencontrs1 tendent dmontrer le danger de la solitude1 surtout pour les imaginations portes la tristesse et la rverie4 ,la mme leon rsulte encore de certains dveloppements de ,llia4 ,dans une premire retraite1 ,llia perd le sommeil2 elle n'a de repos que dans des rveries qui puisent son imagination1 et qui lui font prendre en dgot la ralit4 ,seule en prsence de la pense de ,dieu1 elle se trouble et faiblit4 ,dieu1 rien que ,dieu1 dit-elle1 c'est trop ou trop peu6 ,dans l'isolement c'est une pense trop immense4 ,nanmoins1 aprs un retour momentan dans le monde1 elle rend sa solitude plus complte encore1 en se rfugiant dans un monastre abandonn et y faisant un vu temporaire de claustration4 ,le calme suit d'abord cette grande rsolution2 mais bientt le doute l'assige de nouveau4 ,a peine si la contemplation de la nature lui donne parfois quelques courtes joies4 ,tantt redoutant l'avenir qui l'attend quand elle rentrera parmi les hommes1 tantt supportant mal d'tre loigne de ses semblables1 sa force se consume dans ces alternatives4 ,aprs des nuits de douleur aigu1 elle a des jours de morne stupeur1 rarement des claircies de tranquillit et de raison4 ,pendant le second hiver de sa squestration1 sa rsignation dgnre en apathie1 l'activit des penses devient le drglement2 et elle rsume ainsi son tat3 ,je me dbattais alternativement contre l'apprhension de l'idiotisme et celle de la folie4 ,sans doute elle aurait trouv la mort dans les ruines qu'elle habitait1 si elle n'en avait t arrache malgr elle4 ,sa seconde retraite est moins svre4 ,elle s'enferme dans un couvent au sein d'une communaut entire4 ,elle a pens que ce genre de vie avait les avantages sans les inconvnients de l'isolement2 et cette opinion est juste sans doute1 applique des personnes que la foi soutient dans leur preuve2 mais ,llia qui1 ce moment de sa vie1 dclare qu'elle croit en ,dieu1 et qu'elle l'aime d'un amour insens1 n'a cependant pas de lui des notions constantes et sres4 ,le ,dieu qu'elle aime est un ,dieu bien abstrait2 c'est tout ce qui n'est pas la ralit visible4 ,pour devenir religieuse et bientt abbesse1 singulire transformation que ne faisait pas prvoir le dbut du roman1 elle a prononc des vux quivoques1 et esquiv une vritable profession de foi4 ,elle a embrass la religion catholique faute de mieux1 et ainsi qu'elle prend soin de le dire1 c'est le clotre et non pas l'glise qui l'a adopt4 ,eh bien6 dans ce clotre qu'elle a voulu1 que devient cette abbesse invraisemblable8 elle y pleure ce qu'elle a volontairement sacrifi4 ,sachez-le bien1 dit-elle1 ma vie est un martyre1 car si les grandes rsolutions enchanent nos instincts1 elles ne les dtruisent pas4 ,j'ai rsolu de ne pas vivre2 je ne cde pas au dsir de la vie1 mais mon cur n'en vit pas moins1 ternellement jeune1 puissant1 plein du besoin d'aimer et de l'ardeur de la vie4 ,j'aime1 mais je n'aime personne1 car l'homme que je pourrais aimer n'est pas n1 et il ne natra peut-tre que plusieurs sicles aprs ma mort6 ,je ne sache pas que les effets de l'isolement sur l'me1 l'exaltation ou la dpression qu'il imprime ses puissances1 les ravages de toutes sortes qu'il y exerce1 aient jamais t dcrits avec plus d'amertume et de vigueur4 ,l'autorit de ,llia s'ajoute donc celle des solitaires dont j'ai dj rappel la vie et les crits4 ,en somme1 cette femme extraordinaire finit comme elle a vcu4 ,chasse du clotre par l',inquisition1 qui avait trouv en elle1 il faut le dire1 une victime assez naturelle1 elle promne au hasard sa tristesse dans la montagne1 et meurt en exhalant avec la vie cette dlirante imprcation3 ,oh6 oui6 oui1 hlas6 le dsespoir rgne1 et la souffrance et la plainte manent de tous les pores de la cration4444 ,il y a un tre malheureux1 maudit1 un tre immense1 terrible1 et tel que ce monde o nous vivons ne peut le contenir4 ,cet tre invisible est dans tout1 et sa voix remplit l'espace d'un ternel sanglot4 ,quel est-il8 d'o vient-il84444 ,les hommes t'ont donn mille noms symboliques1 moi je t'appelle ,dsir1 moi1 ,sibylle1 mais ,sibylle dsole2 depuis dix mille ans j'ai cri dans l'infini3 ,vrit6 vrit6 depuis dix mille ans l'infini me rpond3 ,dsir6 dsir6 ,o ,sibylle dsole6 muette ,pythie1 brise donc ta tte aux rochers de ton antre1 et mle ton sang fumant de rage l'cume de la mer2 car tu crois avoir possd le ,verbe tout-puissant1 et depuis dix mille ans tu le cherches en vain6 ,tel est le dernier cri de la femme qui1 dans la pense de l'auteur1 personnifie l'excs de douleur produit par l'abus de la pense4 ,d'aprs l'crivain1 ,llia n'a t que le type commun de la souffrance de toute une gnration maladive et faible4 ,il y a du vrai1 en mme temps que de l'exagration dans cette parole1 mais c'est surtout en elle-mme que ,mme ,sand a pris l'ide principale de cette composition2 c'est surtout en elle qu'elle trouvait et le got de la rverie et de la solitude1 et cette proccupation ardente et passionne des plus graves problmes4 ,dans une lettre crite de ,nohant1 le #ae janvier #ahed1 elle a crit qu'elle avait compos ,llia sous le poids d'une souffrance intrieure quasi-mortelle1 souffrance toute morale et qui lui crait des angoisses1 inexplicables pour les gens qui vivent sans chercher la cause et le but de la vie4 ,et elle ajoutait3 ,ceux qui liront plus tard l'histoire de ma vie intellectuelle ne s'tonneront plus que le doute ait t pour moi une chose si srieuse et une crise si terrible4 ,et n'tait-ce pas aussi d'aprs ses souvenirs que ,mme ,sand dcrivait une faiblesse qu'elle attribue1 non plus ,llia1 mais un des personnages secondaires du roman1 ,stnio8 ,en effet1 ,stnio1 le pote d'abord pur1 plus tard corrompu par les volupts1 ,stnio prche ouvertement le suicide4 ,il mdite longuement le sien1 il le justifie par des sophismes3 ,j'ai accompli ma tche d'homme1 dit-il ,dieu2 si tu es un matre vindicatif et colre1 la mort ne me sera pas un refuge et je n'chapperai pas1 quoi que je fasse1 aux expiations de l'autre vie2 si tu es juste et bon1 tu m'accueilleras dans ton sein et tu me guriras des maux que j'ai soufferts2 si tu n'es pas1 oh6 alors je suis moi-mme mon dieu et mon matre1 et je peux briser le temple et l'idole4 ,il oublie1 au milieu de ces diffrentes hypothses1 que la svrit de ,dieu peut tre dsarme par le repentir de l'homme1 et que sa bont peut tre dcourage par une faute suprme et irrparable de la crature2 et sur la foi de son raisonnement imparfait1 il se jette dans les eaux d'un lac1 au fond duquel il va rencontrer peut-tre une terrible rfutation de son systme4 ,on le voit1 il est permis de penser que pour cet incident de son roman1 ,mme ,sand s'est reporte aux impressions de sa premire jeunesse1 cette tentative de suicide que je viens de rappeler et aux raisons qui l'y avaient pousse4 ,faut-il toutefois dans les tristesses de ,llia ou de ,stnio1 voir l'expression absolument fidle et nullement force de l'tat d'me de ,mme ,sand vers #ahcc8 ,c'est ce qu'un de ses amis1 ,m4 ,sainte-,beuve lui-mme1 avait cru navement2 mais elle ne voulut pas le laisser sous l'empire de cette illusion4 ,aprs avoir cout ,llia1 lui crit-elle en mars #ahcc1 vous m'avez dit une chose qui m'a fait de la peine1 vous m'avez dit que vous aviez peur de moi4 ,chassez cette ide-l1 je vous en prie1 et ne confondez pas trop l'homme avec la souffrance4 ,c'est la souffrance que vous avez entendue1 mais vous savez bien comme1 en ralit1 l'homme se trouve souvent au-dessous1 et par consquent moins potique1 moins mchant et moins damn que son dmon4 ,voil la vrit rduite ses simples proportions1 et je le regrette1 du moins pour la considration de ,georges ,sand4 ,en grossissant son mal aux yeux d'autrui1 en forant sa plainte pour augmenter la piti1 elle a imit ces supercheries de la mendicit qui1 pour mouvoir plus srement la charit du public1 tale devant lui des infirmits simules1 ou invoque des catastrophes imaginaires4 ,c'est un jeu dangereux et cruel1 une triste spculation sur la crdulit et la sympathie de trop faciles lecteurs4 ,il est fcheux aussi d'avoir reconnatre que ces violents panchements de verve amre1 si funestes d'ordinaire pour autrui1 ont souvent pour l'crivain qui s'y livre d'heureux effets d'apaisement1 et qu'au paroxysme de l'exaltation1 ils font succder une priode de calme4 ,c'est ce que nous avons vu pour ,gthe aprs ,werther2 c'est ce qui s'est produit pour ,mme ,sand aprs ,llia4 ,sa pense1 soulage par cette cration1 est entre dans une sphre plus sereine4 ,mais l encore1 elle n'a pas t exempte de nombreuses fluctuations4 ,c'est ainsi qu'au milieu d'une srie de charmantes compositions1 inspires par son sjour en ,italie1 elle donne1 en #ahcd1 son roman de ,jacques1 o apparat de nouveau la thorie et la justification du suicide1 dont elle va jusqu' faire1 comme l'a dit ,m4 ,poitou dans un livre sur le roman contemporain1 un acte sublime et un sacrifice hroque4 ,c'est ainsi qu' la mme poque1 elle nous montre1 dans ,sylvia1 une femme orgueilleuse1 qui ne croyant personne digne de son amour1 se renferme dans une indiffrence universelle4 ,faut-il rapporter la mme inspiration un roman crit bien plus tard1 une poque qui dpasse la premire moiti de ce sicle 7#ahfa71 et au cours d'une veine nouvelle et abondante de belles et graves productions1 le roman de ,valvdre8 ,sans doute1 dans ce livre1 il y a un personnage1 ,francis ,obernay1 qui n'est autre chose qu'un revenant de #ahcj2 et1 de plus1 ,mme de ,valvdre qu'il aime a bien des rminiscences de cette poque4 ,l'un est un pote1 et il se dcrit ainsi3 ,j'avais dj beaucoup lu1 et bien que je n'eusse aucune exprience de la vie1 j'tais un peu atteint de ce que l'on a nomm la maladie du sicle1 l'ennui1 le doute1 l'orgueil4 ,l'autre est une femme ennuye1 rvant un idal que le monde entier ne lui fournit pas1 qu'elle aurait pu1 peut-tre1 en cherchant mieux1 trouver tout simplement dans son mari1 et qu'elle croit rencontrer en ,francis4 ,entre ces deux tres1 unis par des tendances communes1 clatent des scnes dont la violence rappelle certains traits d',adolphe1 d',amaury ou d',octave1 ou des explications dsolantes1 dans lesquelles leur scepticisme commun1 leur mutuelle dsillusion1 leur gosme deux1 leur apparat sous un jour effrayant4 ,ces scnes ne les sparent point cependant1 et ces deux forats reprennent une chane qui ne sera rompue que par la mort de ,mme de ,valvdre4 ,on voit combien ces caractres se rapprochent des types qui nous sont si connus4 ,mais1 remarquons-le1 ,francis n'est pas le vrai sujet du livre2 il est bien infrieur au mari qu'il supplante dans le cur de sa femme2 et rien ne semble plus misrable que cet amant sans autorit sur celle-l mme qu'il a entrane dans sa vie inutile1 surtout quand on le compare ,valvdre1 au mari dlaiss1 mais grand dans son isolement1 au savant1 l'homme ferme et digne1 la fois pratique et gnreux1 que ,mme ,sand reprsente comme le modle achev de la gnration virile et intelligente qui doit diriger notre poque claire et industrieuse4 ,c'est dans cette figure1 plutt que dans le caractre us de ,francis1 qu'il faut chercher la pense et les prdilections de ,mme ,sand dans sa dernire phase4 ,en matire religieuse surtout ,mme ,sand arrive dans cette suprme priode une relle pacification4 ,quelles qu'aient t les variations de son esprit sur certains points1 sur certains systmes1 quoiqu'elle ait embrass tour tour des thories bien diverses1 non seulement en politique1 mais en philosophie1 elle s'est attache de plus en plus une croyance consolante1 qui est devenue le fond solide de sa pense4 ,les formes du pass se sont vanouies pour moi1 a-t-elle dit alors1 la lumire de l'tude et de la rflexion2 mais la doctrine ternelle des croyants1 le ,dieu bon1 l'me immortelle et les esprances de l'autre vie1 voil ce qui en moi a rsist tout examen1 toute discussion1 et mme des intervalles de doute dsespr4--,j'ai besoin d'un ,dieu1 disait-elle souvent4 ,et peu de temps avant sa mort1 elle crivait3 ,je sens ,dieu1 j'aime1 je crois4 ,mais ce dernier tat de son me se rapporte une poque que nous n'avons pas tudier ici2 redisons seulement qu'en #ahcc1 ainsi que dans les annes voisines de cette date1 ,mme ,sand1 a fait dans le roman1 une large place la maladie du sicle1 qu'elle a mme eu le tort de l'exagrer2 et qu'elle semble avoir pris un dangereux plaisir raviver1 en les retraant1 des douleurs auxquelles on ne doit toucher que si l'on a l'esprance de les adoucir4 ,,vi ,romanciers divers4 ,,gavarni4--,,ulric ,,guttinguer4--,,fr,d,,ric ,,souli4--,,eug,,ne ,,sue4 ,dans la voie o elle s'avanait avec tant d'clat1 ,mme ,sand ne marchait pas seule4 ,les romanciers1 et ,dieu sait s'ils furent nombreux entre #ahcj et #ahdh1 s'y prcipitaient l'envi4 ,le premier que je rencontre est surtout connu un titre tout diffrent4 ,longtemps on a ignor que ,gavarni et un autre talent que celui de crayonner les passions1 les ridicules ou les vices de son temps4 ,on savait bien que cet artiste cachait sous une apparence frivole un fonds de philosophie morose4 ,les lgendes de ses spirituels dessins contiennent souvent des mots d'une profondeur qui font frissonner2 mais1 en somme1 on ne connaissait que l'auteur de brillantes fantaisies1 le ,gavarni caricaturiste4 ,il tait rserv ,m4 ,sainte-,beuve de dcouvrir le ,gavarni romancier1 rcompense bien lgitime de tant de recherches curieuses4 ,m4 ,sainte-,beuve n'a pas gard pour lui cette dcouverte2 il a publi1 en #ahfc1 une analyse et des fragments de l'uvre indite et mme inacheve1 sur laquelle il avait mis la main4 ,or1 cette uvre nous reprsente prcisment une jeune femme du meilleur monde1 atteinte de la maladie du sicle4 ,marie999999 est une nature agite et bizarre2 elle se penche sur l'abme de l'amour coupable1 mais elle se cramponne ses bords2 elle analyse tous ses sentiments1 elle doute d'elle-mme1 et dtruit par ses exigences1 ses raffinements en matire d'idal1 le bonheur auquel la convie celui qui l'aime4 ,elle parle de ce besoin d'aimer qui ne peut tre effac par rien4 ,elle dit son amant3 ,tout ce qui est grand est triste4 ,enfin1 elle crit ,michel3 ,je vous aime de toutes les puissances de mon cur et je ne veux pas de votre amour4 ,en prenant cette attitude et en tenant ce langage1 elle cde je ne sais quel besoin de tourmenter elle-mme et ceux qui l'approchent1 de se jouer au milieu du danger1 de jouir et de souffrir la fois4 ,la principale cause de cet tat anormal1 ce sont1 selon l'auteur1 les habitudes d'esprit contractes dans la socit moderne et la lecture des crits et surtout des romans de l'poque4 ,que n'tes-vous ,marie1 lui dit ,michel1 une pauvre fille habitant quelque mansarde6 ,vous auriez honorablement travaill toute la semaine444 ,vous n'auriez vu que moi en moi1 comme je ne chercherais que vous en vous4 ,et vous ne sauriez pas lire1 ,marie6 heureusement6 ,vous dites que vous m'aimez1 ,marie6 vous aimez l'amour1 l'amour qui se lit dans les livres444 ,o avez-vous t prendre toute cette tristesse8 ,vous vous proccupez des rves creux de votre hrone4 ,ce roman--il ne le nomme pas--est un bien plus mauvais livre que beaucoup d'autres4 ,son moindre tort est de faire croire un malheur de plus4 ,ce livre dispose l'imagination d'une certaine faon1 pour la dsoler ensuite1 selon la fantaisie de l'auteur1 grand artiste mais pauvre philosophe6 ,le monde rel1 le prsent n'est pas si dsenchant que vous voulez le voir1 allez6444 ,pourquoi se faire un tourment de l'esprit8 ,pourquoi n'tre pas doucement joyeux8 ,avec les lettres1 les sciences1 les arts1 nous avons encore l'amour1 l'amour qui vaut tout cela1 cent fois tout cela6 ,j'abrge ces conseils dont la moralit glisse sur une pente trop facile1 mais qui ont le mrite d'tre intelligibles1 tandis que la vertu de ,marie est faite de contradictions et de nuages4 ,aussi1 entre elle et lui1 l'illusion ne tarde pas se dissiper2 ,michel reconnat qu'il ne peut se faire aimer de ,marie1 et1 une lettre dcisive sur ce point1 il rpond par un dernier adieu3 ,je commence voir clair en nous4 ,vous me disiez si fermement que j'tais froid et que j'analysais1 que parfois je croyais que vous m'aimiez beaucoup et que je vous aimais un peu4 ,vous m'auriez fait croire que je ne vous aimais pas6 ,votre orgueil est d'une loquence trange4 ,n'crivez jamais1 ,marie1 l'homme qui vous aimera6 ,le caractre de ,marie est-il sorti de l'imagination seule de l'auteur8 ,n'est-il point le rsultat d'observations faites sur la socit de son temps8 ,sainte-,beuve qui l'a si bien connue1 cette socit1 a constat l'exactitude historique de ce portrait et y a appos sa date4 ,cette femme1 dit-il1 est bien de son temps3 il y a mlange et conflit en elle2 elle a le got des beaux sentiments1 des grands sentiments1 un peu de mlancolie1 de la mtaphysique2 elle lit le roman du jour1 ,georges ,sand et ,balzac444 elle n'est pas non plus sans une teinte marque de religion1 elle observe les dimanches et ne manque pas les sermons du carme4 ,c'est une figure d'une grande vrit2 plus d'une jeune femme du faubourg ,saint-,germain devait tre ainsi vers #ahce44444 ,il y a chez elle des restes d',elvire2 il y a des commencements de ,llia4 ,la maladie de #ahcd agit sur cette imagination de femme2 l'esprit aussi a ses modes4 ,elle a des ,pres de l'glise et du ,voltaire1 et du roman noir dans la tte1 et du ,byron1 et avec cela de brusques clats de joie enfantine1 mais ils sont courts1 ,marie lit trop1 je l'ai dit1 elle est pleine de ces livres du temps o l'on ne parlait jamais d'amour sans parler de croyance et sans faire intervenir l'humanit4 ,marie n'est donc pas un personnage de pure fantaisie1 mais ce personnage n'aurait jamais peut-tre exist sans ,llia4 ,a ct de la figure fminine esquisse par ,gavarni on peut placer un portrait d'homme du monde du mme temps1 que nous devons ,ulric ,guttinguer4 ,les dbuts d',ulric ,guttinguer datent de la ,restauration et mme de l',empire1 mais les uvres qu'il a publies cette poque1 plutt tendres que maladives1 n'ont rien dmler avec le mal du sicle4 ,l'ouvrage par lequel il nous appartient vraiment est le roman d',arthur1 publi seulement en #ahcf4 ,d'abord partisan des classiques1 ,guttinguer s'tait hautement ralli au romantisme4 ,il s'tait pris d'affection pour ses plus mlancoliques reprsentants4 ,de leur ct1 ceux-ci lui rendaient avec usure sa sympathie4 ,ils admiraient en lui cette aurole qui brille1 aux yeux des jeunes gens1 sur le front des hommes qui ont dj travers les orages de la passion2 ils s'inclinaient devant le prestige d'une tristesse dont on se rptait mystrieusement l'origine4 ,alfred de ,musset lui a adress des vers o il le peint comme un ange tomb du ciel1 s'en allant triste et courb et portant dans son cur un abme de douleurs dont nul il n'a pntr les ondes4 ,sainte-,beuve a parl de lui dans des termes analogues 7dcembre #ahcf74 ,il avait reu ses confidences1 et en avait gard une impression si profonde qu'il avait rv avec lui1 prs de lui1 sous ces ombrages qu',arthur 7c'est--dire ,guttinguer7 sait si bien dcrire1 un grand roman potique1 et qui tait dj commenc1 quand ,juillet est venu pour toujours l'interrompre1 et dont le hros n'tait autre qu',arthur lui-mme4 ,sainte-,beuve cite mme un fragment de ce roman bauch1 qui dpeint l'invasion de la satit dans un cur fatigu d'avoir trop aim4 ,cet essai n'a pas t achev4 ,mais nous pouvons y suppler en partie1 car nous en avons un aperu dans le roman mme de ,volupt4 ,sainte-,beuve nous apprend1 en effet1 travers quelques dtours1 que si l'auteur de ,volupt avait connu l'auteur d',arthur 7et il l'avait en effet connu71 il semblerait avoir song expressment lui dans le portrait de l'ami de ,normandie1 c'est--dire d'un homme qui s'est longtemps adonn de frivoles amours1 qui cherche rompre ses liens sans y parvenir1 et se dcourage de la vanit de ses tentatives4 ,ces indications font dj connatre la nature aussi tendre que mlancolique de ,guttinguer4 ,cette nature se montre mieux encore dans ,arthur4 ,ce roman est divis en deux parties1 l'une intitule ,mmoires1 l'autre ,religion et ,solitude4 ,la premire contient le rcit des folies du hros1 la seconde1 celui de sa conversion4 ,aux incidents des diverses passions qui ont agit son cur1 on voit succder de pieuses effusions et des mditations religieuses4 ,de mme1 si parva licet1 saint ,augustin a runi dans ses confessions1 d'une part l'aveu de ses erreurs1 et de l'autre des dissertations sur les plus hautes questions religieuses4 ,du reste1 le romancier de #ahcf ne se propose pas un but moins difiant que le grand vque du quatrime sicle4 ,il ambitionne pour son hros une place qui n'tait pas prise1 selon lui1 dans la littrature contemporaine4 ,werther1 ,saint-,preux1 ,ren1 ,obermann1 dit-il1 sont des types sublimes mais dangereux de l'homme sensible4 ,leur exemple a fait du mal1 tout en intressant vivement et noblement les curs4 ,quand nous avons eu admir1 applaudi1 nous avons gmi1 et voil tout4 ,werther1 c'est le suicide2 ,saint-,preux1 c'est la philosophie2 ,ren1 le vague1 l'abandon2 ,obermann1 le dcouragement2 ,arthur voudrait tre la religion4 ,cette prtention peu modeste1 je n'ai point rechercher si elle est justifie par l'uvre de ,guttinguer4 ,ce qui me touche1 c'est l'tat qui prcde la conversion d',arthur4 ,jusque-l1 en effet1 il est bien1 lui aussi1 un fils du sicle4 ,il a quelque chose du vague de ,ren1 du dcouragement d',obermann2 il a de plus1 l'impuissance de cur que ,benjamin ,constant nous a fait voir dans ,adolphe1 et ,alfred de ,musset dans la ,confession4 ,arthur recueille comme eux le fruit d'une jeunesse mal gouverne1 et ,guttinguer entend montrer par son exemple que1 mme avant l'ge de la caducit1 la fatigue de l'esprit1 la perte de la jeunesse1 enfin toute la misre des amours teints et des sductions vanouies peut vous apparatre4 ,cependant ,arthur conserve quelques traits de caractre qui le distinguent de ses ans4 ,au physique1 comment est-il reprsent8 ,il n'a plus de jeunesse1 dit de lui une femme dont il s'occupe1 et n'a rien de l'ge mur4 ,ses traits sont ples et fltris1 et sa physionomie vive et par moment trop anime1 contraste avec la fatigue de cet tre courb sous les ravages des motions passes444 ,c'est un mlange du gymnase1 de ,corinne et de la comdie franaise2 le ,werther s'y montre par instants1 mais avec une certaine pudeur4 ,c'est un lgant1 c'est un beau4 ,au contraire1 ,octave et ,adolphe taient plus potes qu'hommes du monde4 ,au moral1 ,arthur est moins agit qu'eux1 moins fivreux1 moins violent2 mais voir le fond des choses1 il est tout aussi puis4 ,quoiqu'il cherche d'abord lutter contre l'envahissement de la lassitude1 et qu'il veuille tout prix rester debout1 le mal gagne sourdement4 ,il lui monte au cur comme des dgots de sa position d'homme sentimental dont les chagrins ont affaibli et dcourag les facults1 troubl la conscience1 fltri le cur4 ,il sent en lui l'ennemi cruel et implacable3 ,le cur aimant qui ne peut plus aimer4 ,ce dgot croissant1 il l'analyse avec profondeur4 ,on a beaucoup vant1 au temps de la publication d',arthur1 une scne1 remarquable en effet1 le dpart d',arthur en automne par un temps triste1 sur une route boueuse1 ces misres du cantonnier qui casse son caillou du matin au soir1 ce jurement et ces coups de fouet du roulier1 ce rveil hideux d'une diligence qu'on rencontre1 toute cette nause du mal dont est saisi l'oisif et le voluptueux1 lui-mme dvor dans son cur4 ,citons la conclusion de ce triste tableau1 le cri qu'il arrache la poitrine d',arthur3 ,o solitude1 solitude1 loignement1 sparation des hommes6 comment n'tes-vous pas recherchs avec avidit par ceux qui pouvaient marcher dans vos dlices et dans votre indpendance8 ,jouissance divine de l'isolement1 quand donc me viendra tout fait votre amour cleste8 ,mais il n'y a qu' vos prdestins que vous en accordez le got et le besoin6 ,ce mouvement loquent1 ,m4 ,victor ,hugo n'a-t-il pas voulu l'imiter1 quand deux ans aprs ,arthur1 dans la pice qui a pour titre3 ,mlancholia1 la suite d'une numration de toutes les misres du monde1 il s'criait en forme de conclusion3 ,o forts1 bois profonds1 solitudes1 asiles6 ,enfin1 au prix de longs efforts1 ,arthur triomphe de lui-mme2 il se retire dans cette solitude appele de tous ses dsirs2 tant de vide1 de trouble1 d'ennui1 succde pour lui une priode de repos4 ,il s'abandonne de pieux panchements1 au milieu du silence des bois1 en face des magnifiques spectacles de l',ocan4 ,tantt1 il consacre de longues heures la lecture de quelques livres pieux1 auxquels il se permet d'ajouter les uvres de ,lamartine1 et les ,consolations de ,m4 ,sainte-,beuve4 ,tantt1 comme un ,obermann chrtien1 il emploie son temps des travaux rustiques4 ,mais1 partir de ce moment1 il est guri et ne doit plus nous occuper4 ,jusqu' prsent1 je n'ai parl1 en dehors de l'uvre de ,georges ,sand1 que de romans exempts de dclamations et de thories funestes4 ,mais ce genre littraire n'a pas toujours t aussi inoffensif4 ,il est tomb dans bien des excs1 auxquels il nous faut venir4 ,frdric ,souli1 qu'on nous reprsente comme une nature mlancolique et rveuse1 a1 comme chacun sait1 dvers son humeur sombre dans de longues et lugubres histoires4 ,il n'y aurait cependant pas lieu de mentionner ici ses uvres1 s'il n'avait crit que ,les deux ,cadavres et les ,mmoires du ,diable1 o l'on trouve accumul tout ce que l'imagination peut concevoir d'horreurs physiques et morales4 ,mais il a fait plus2 lui aussi1 il a prconis le suicide4 ,dans le ,conseiller d'tat 7#ahce71 il le dclare bon pour certaines circonstances4 ,il en rserve bien le bnfice aux indigents ou aux coupables3 ,le suicide1 dit-il1 n'est que le droit du crime1 ou celui de la misre2 il n'y a que le remords et la pauvret qui soient insupportables4 ,cependant1 pour tre restreint dans son usage1 le suicide comporte encore1 chez l'auteur1 une large application1 et1 chose grave1 dans ces limites1 il est consacr comme un droit4 ,sans doute1 les hros du roman dont je parle1 ,mme de ,lubois et ,maurice1 aprs avoir successivement conu le projet de se donner la mort1 et en avoir prpar l'excution1 l'abandonnent pour se runir l'un l'autre1 et remplacent le suicide par l'adultre2 mais la thorie n'en est pas moins pose1 et c'est le cas de dire1 en rappelant un mot bien connu1 qu'il faut har les mauvaises maximes1 plus encore peut-tre que les mauvaises actions4 ,a cet gard1 ,eugne ,sue n'est pas plus irrprochable que ,frdric ,souli4 ,il a mme encouru un blme plus svre4 ,je dois cependant commencer par excepter de ce jugement une uvre d',eugne ,sue1 qui me parat devoir tre apprcie avec une certaine indulgence3 ,arthur1 journal d'un inconnu 7#ahch74 ,arthur1--est-ce le roman de ,guttinguer qui avait donn ,eugne ,sue l'ide de ce nom8--est la personnification de la mfiance de soi-mme1 unie des qualits qui devraient loigner ce sentiment4 ,pourquoi cette infirmit chez ,arthur8 ,parce qu'ayant1 nous dit l'auteur1 conscience de sa misre et de son gosme1 et que1 jugeant les autres d'aprs lui1 il se dfie de tout2 parce qu'il doute de son propre cur2 que dou pourtant de penchants gnreux et levs1 auxquels il se laisse parfois entraner1 bientt il les refoule impitoyablement en lui de crainte d'en tre dupe2 parce qu'il juge ainsi le monde1 qu'il les croit sinon ridicules1 du moins funestes celui qui s'y livre4 ,ajoutez cette disposition des instincts charmants de tendresse1 de confiance1 d'amour et de dvouement1 sans cesse contraris par cette dfiance incurable1 ou fltris dans leur germe par une connaissance fatale et prcoce des plaies morales de l'espce humaine2 un esprit souvent accabl1 inquiet1 chagrin1 analytique1 mais d'autres fois vif1 ironique et brillant2 une fiert ou plutt une sensibilit1 la fois si irritable1 si ombrageuse et si dlicate1 qu'elle s'exalte jusqu' une froide et implacable mchancet1 si elle se croit blesse1 ou qu'elle s'plore en regrets touchants et dsesprs1 lorsqu'elle a reconnu l'injustice de ses soupons4 ,vous avez ici tout ,arthur1 et vous embrassez d'un seul coup d'il tous les incidents du roman1 qu'on peut dfinir1 comme le hros le fait lui-mme3 ,une lutte perptuelle entre son cur qui lui disait3 crois1 aime1 espre2 et son esprit qui lui disait3 doute1 mprise1 crains4 ,ajoutons qu',arthur ne gurit pas1 et que1 s'il parat la fin du roman avoir trouv le repos et le bonheur1 c'est que le temps seul lui manque pour retomber dans ses agitations passes1 et qu'un brusque et sanglant dnouement vient mettre fin pour toujours ses souffrances4 ,on le voit1 un tel caractre appartient bien la maladie du sicle2 il en prsente les principaux symptmes4 ,sainte-,beuve a dit que c'tait du ,la ,rochefoucauld dvelopp et senti1 du ,machiavel domestique4 ,il me semble que c'est aussi1 et surtout1 de l'homme du ,x,i,xe sicle1 de cet tre compliqu1 divers1 contradictoire1 souffrant de sentiments qui s'entre-dtruisent1 et incapable de raliser cette unit morale1 sans laquelle il n'est point de paix ni de flicit4 ,quelques pages du livre rappellent1 d'ailleurs1 des passages de ,ren1 d',adolphe1 ou de la ,confession d'un enfant du sicle1 et on peut mentionner1 ce titre1 le chapitre intitul3 ,le ,deuil1 qui raconte les entretiens d',arthur avec un pre sceptique1 son sjour dans une terre de famille1 au sein de la solitude1 et dans le silence des immenses alles de charmille qui enveloppent le chteau4 ,ce roman fait donc bien partie de la littrature mlancolique1 mais non pas1 il faut le reconnatre1 de la plus malsaine4 ,malheureusement1 on ne peut en dire autant de plusieurs autres uvres d',eugne ,sue4 ,vivant1 a dit un de ses biographes1 au milieu d'une socit spirituelle1 ambitieuse1 incrdule et blase1 dont le don ,juan de ,byron tait l'idal1 il montra chez ses hros le ddain aristocratique et le vice lgant unis la misanthropie1 au scepticisme outrance1 au dsillusionnement systmatique4 ,szaffie1 ,vaudrey1 l'abb de ,cilly1 ,falmouth1 tous ces personnages1 dont la persistante ironie nous irrite1 taient alors la mode1 et ,eugne ,sue leur dut son succs4 ,sainte-,beuve exprime la mme pense en disant que le type de prdilection d',eugne ,sue est une sorte de don ,juan positif1 un caractre compos de dsillusionnement systmatique1 de pessimisme absolu1 se traduisant par un jargon de rouerie1 de socialisme et de religiosit1 par des prtentions au genre ,rgence1 par des orgies froid1 ou une rvoltante brutalit4 ,les diffrentes ditions de ce type dprav se ressemblent trop pour qu'il soit utile d'en reproduire la srie complte4 ,j'insisterai seulement sur les captieuses thories1 que l'auteur prte trop souvent ses personnages en matire de suicide1 et sur la frquente et dplorable application qu'il en fait4 ,szaffie1 qui1 dans la ,salamandre 7#ahcb71 est dpeint comme un tre satanique1 dgot de tout trente ans1 s'exprime ainsi3 ,le suicide1 et aprs8 aprs1 le nant1444 que ma destine de mal s'achve d'abord6 et aprs844444 ,eh bien1 aprs1 l'enfer444 s'il y en a44444 mais non1 il n'y en a pas64444 et il entrane dans l'abme un jeune homme1 ,paul1 dont il a ruin les convictions morales4 ,dans le ,juif errant 7#ahdd-de71 le suicide rencontre sa rhabilitation aussi bien parmi les classes leves de la socit1 que dans les rangs les plus humbles4 ,d'un ct1 nous entendons ,cphise s'adresser la ,mayeux1 en ces termes1 avec une sorte de tranquillit nave3 ,franchement1 sur1 entre une affreuse misre1 l'infamie ou la mort1 le choix peut-il tre douteux8 ,et la ,mayeux elle-mme avait dit quelque temps auparavant3 ,qu'est-ce que cela fait maintenant que j'aille me reposer8 ,je suis si lasse6 ,le comte de ,saint-,remy force son fils se tuer pour chapper la honte d'une poursuite criminelle2 et ,mlle de ,cardoville1 qui a dj encourag son amant se dtruire pour un vain motif1 se donne elle-mme la mort entre ses bras4 ,on le voit1 depuis le ,conseiller d'tat de ,frdric ,souli1 la thorie a fait du chemin4 ,le suicide1 qui n'tait dans cet ouvrage que le privilge exclusif du remords ou de la misre1 est devenu l'expdient commode de toutes les situations difficiles1 ou le prservatif suprme de l'ennui et des dceptions vulgaires4 ,cela montre bien avec quelle rapidit les erreurs se dveloppent et se propagent dans les esprits1 et combien il devient difficile de leur barrer le passage1 quand la porte leur a t une fois entr'ouverte6 ,de telles doctrines sont toujours pernicieuses4 ,mais elles le sont plus encore quand elles se prsentent sous un voile hypocrite4 ,cette prcaution se rencontre dans un autre roman d',eugne ,sue1 ,thrse ,dunoyer 7#ahdb74 ,l1 l'auteur a abord par voie dtourne la question du suicide2 pour rendre ce crime moins odieux1 il l'a dguis4 ,il a invent le suicide indirect4 ,le mme roman nous en fournit deux espces3 le marquis de ,beauregard se livre dans un duel une mort certaine et volontairement cherche2 ven et ,thrse s'embarquent sur une nacelle qui doit forcment sombrer en pleine mer2 et dans un entretien paisible1 et en apparence entirement inoffensif1 ces deux tranges poux1 si l'on peut leur donner ce titre1 dissertent sur la lgitimit de l'action qu'ils prparent1 et se la pardonnent entre eux l'avance4 ,aux sophismes qu'ils dbitent1 sur la prtendue innocuit de leur suicide1 il ne faut pas se lasser d'opposer ces belles paroles de ,jean-,jacques ,rousseau3 ,philosophe d'un jour1 ignores-tu que tu ne saurais faire un pas sur la terre1 sans trouver quelque devoir remplir1 et que tout homme est utile l'humanit par cela seul qu'il existe8 ,il faut aussi redire bien haut qu'aucun faux-fuyant ne saurait justifier une chose mauvaise en soi1 et que le mal doit tre combattu avec d'autant plus de vigueur qu'il n'a pas le courage de se dmasquer4 ,eugne ,sue nous apprend que l'une des deux victimes du genre de suicide quivoque qu'il expose dans ,thrse ,dunoyer1 avait t1 pendant ses premires annes1 une femme digne de tous les loges1 mais qu'elle avait t perdue par la lecture des romans contemporains1 appartenant l'cole de ,ren4 ,il proclame ainsi la dtestable influence de cette littrature2 mais lui-mme que fait-il1 si ce n'est y ajouter une nouvelle page1 et des plus perfides1 et apporter sa pierre l'uvre de dmoralisation dont il constate les tristes effets8 ,il a beau se lamenter1 quelque part dans une prface1 sur la perte des croyances1 et l'abus de ce qu'il appelle le philosophisme3 ce n'tait pas par des peintures1 comme celles que nous venons de rappeler1 qu'il pouvait travailler restaurer la foi4 ,heureux s'il n'a pas contribu grossir le nombre des dsesprs imaginaires et des suicides rels6 ,quoiqu'au fond parfaitement sceptique1 ,balzac ne prsente pas au public des tableaux aussi malfaisants4 ,sans doute1 lui aussi1 en gnral1 comme ,frdric ,souli1 comme ,eugne ,sue1 professe dans ses romans un pessimisme outr1 et chez lui1 ainsi que l'a dit avec justesse ,m4 ,poitou1 le monde apparat comme livr au vice2 le devoir semble un mot1 le dvouement une folie1 l'abngation une sottise2 la loi est complice de toutes les infamies et sert couvrir tous les crimes4 ,mais cette vue misanthropique du monde n'altre pas sa satisfaction intime et1 je puis dire1 sa robuste bonne humeur4 ,il a bien aussi1 dans son roman de ,sraphita1 dessin un certain ,wilfrid qui rappelle les figures de ,manfred et de ,childe ,harold4 ,mais ce personnage effac n'est qu'un prtexte un ambitieux talage de rveries philosophiques4 ,il est une question qui a le don de le passionner bien plus vivement que les creuses imaginations de l'cole romantique1 c'est la question d'argent4 ,son gnie1 a dit ,m4 ,thophile ,gautier1 lui faisait pressentir le rle immense que devait jouer dans l'art1 ce hros mtallique plus intressant pour la socit moderne1 que les ,grandisson1 les ,des ,grieux1 les ,oswald1 les ,werther1 les ,malek-,adhel1 les ,ren1 les ,lara1 les ,wawerley1 les ,quentin-,durward1 etc444 ,c'est ce hros1 ou plutt ce ,dieu qu'il a sacrifi4 ,le positif1 plus ou moins dlicat1 a pris chez lui la place de l'idal1 plus ou moins faux4 ,par l1 il est moins l'homme de la premire moiti du sicle1 que le prcurseur de la seconde4 ,ce fut1 non pas1 sans doute1 son mrite1 mais son originalit4 ,je n'ai donc m'arrter ici1 ni sa personne1 ni ses nombreuses productions4 ,encore moins ai-je parler de toute cette famille de romanciers1 de #ahcj #ahdh1 qui se complut dans l'horreur et dans la terreur1 et qui poussa le got du sombre et du laid1 au moral et au physique1 jusqu' un point qu'on n'aurait pas cru susceptible d'tre dpass1 si quelques romans rcents n'taient venus dmontrer que la chose tait possible4 ,de telles uvres sont trangres l'histoire de la mlancolie1 car elles avaient pour but de produire1 chez le lecteur1 des motions grossires et superficielles1 et non de peindre un tat1 qui mme alors qu'il est peu srieux1 touche aux points les plus dlicats et les plus profonds de l'me4 ,mais si le roman n'a plus rien nous apprendre sur ce sujet1 nous consulterons encore avec fruit1 sur la mme question1 une autre forme de l'art4 ,,vii ,les auteurs dramatiques4 ,,alexandre ,,dumas4--,,alfred ,,de ,,vigny4 ,l'cole romantique ne pouvait ngliger un genre littraire qui pour le retentissement et la popularit est suprieur tous les autres4 ,elle fit du drame sa chose propre et1 plus d'une fois1 elle l'employa l'exaltation de thories et la reprsentation de tableaux1 qui rentrent dans notre domaine4 ,ici deux noms clbres1 deux uvres brillantes sollicitent notre attention3 ,alexandre ,dumas et son ,antony 7#ahcj71 ,alfred de ,vigny et son ,chatterton 7#ahce74 ,peu de personnes aujourd'hui connaissent le drame d',antony4 ,le plan en est peu compliqu4 ,un jeune homme sans famille et sans nom1 retrouve un jour1 marie1 une jeune fille qu'il aimait4 ,il est assez heureux pour la sauver au moment o elle est entrane par des chevaux emports2 mais1 dans cet acte de dvouement1 lui-mme est bless4 ,transport chez ,adle1 en l'absence de son mari1 le colonel d',hervey1 il reoit de ,mme d',hervey les soins d'une sur4 ,l'impossibilit d'unir sa vie la sienne1 la pense que l'ingalit de leur condition sociale s'oppose son bonheur1 dvorent le malheureux ,antony1 qu'aucune conviction religieuse ne soutient4 ,tantt1 il jure qu'il triomphera de ces obstacles1 mme par le crime2 dans d'autres instants1 il veut en finir avec ses tourments par sa propre mort4 ,aprs plusieurs de ces alternatives cruelles1 entremles de quelques claircies heureuses1 ,antony veut enlever ,adle hsitante1 mais le colonel est de retour2 il approche1 il va paratre3 ,antony embrasse ,adle et la tue4 ,puis il jette son poignard au pied du colonel1 en prononant1 pour sauver l'honneur de son amie1 ce mot si souvent rpt3 ,elle me rsistait1 je l'ai assassine6 ,de cette simple donne ,alexandre ,dumas a largement tir parti1 pour le dveloppement des ides si chres la posie et au roman contemporains1 le doute et la glorification du suicide4 ,douter1 dit ,antony1 voil le malheur1 mais lorsqu'on n'a plus rien esprer ou craindre de la vie1 que notre jugement est prononc ici-bas comme celui d'un damn1 le cur cesse de saigner1 il s'engourdit dans sa douleur4 ,et le dsespoir a aussi son calme qui1 vu par les gens heureux1 ressemble au bonheur4 ,il est probable que j'arriverais comme les autres1 aprs un certain nombre de pas1 au terme d'un voyage dont j'ignore le but1 sans avoir devin si la vie est une plaisanterie bouffonne ou une cration sublime444 ,quant au suicide1 ,antony y est conduit par sa disposition naturelle souffrir profondment des preuves de la vie1 voir partout dans la socit une sorte de fatalit inluctable4 ,il manque absolument de patience4 ,a tout propos1 il s'irrite contre les traverses que rencontre son amour1 avec une violence qui dpasse toute raison4 ,un importun vient-il interrompre un entretien3 ,malheur1 s'crie-t-il sur le monde qui vient me chercher jusqu'ici6 ,une porte se referme-t-elle trop tt sur ses pas1 il profre cette exclamation3 ,mille dmons6 ,enfin il adresse ,adle d',hervey ce propos peu sducteur3 ,tu es moi1 comme l'homme est au malheur6 ,dans cet tat1 il se dit que pour sortir de l'enfer de cette vie il ne lui faudrait que la rsolution d'un moment4 ,pourquoi donc1 ajoute-t-il1 ne le voudrais-je pas8 ,et se faisant lui-mme juge dans une question o il est intress1 il dclare que sa souffrance dpasse la somme de douleur qui revient chaque individu1 et que ,dieu lui-mme doit avoir prvu qu'il succomberait sous ce fardeau4 ,ainsi1 toujours la mme erreur1 consistant soutenir que le suicide est lgitime ds que la vie parat intolrable1 au lieu de reconnatre que la vie doit tre tolrable1 puisque la mort ne vient pas d'elle-mme nous en dlivrer6 ,toujours la mme prtention mettre de son ct la puissance divine1 dans le moment o l'on transgresse le plus gravement ses lois6 ,cependant ,antony ne se tue pas4 ,il fait pis3 il tue ,adle4 ,pour sauver sa rputation8 soit6 ,mais il n'en supprime pas moins une existence humaine1 il n'est pas suicide1 mais homicide1 et ce dnouement nous fait faire un grand pas en dehors de notre terrain habituel4 ,il ne s'agit plus seulement1 d'une de ces dfaillances qui portent surtout prjudice celui en qui elles se produisent2 mais bien d'un attentat contre autrui4 ,il y aurait peut-tre une comparaison intressante faire entre ,antony et un criminel trop connu1 qui1 cinq ans aprs l'apparition de ce drame1 de la mme main qui avait vers tant de sang1 et la veille d'expier ses forfaits1 essayait de les justifier par de vains arguments1 exprimait sous une forme prtentieuse l'incertitude de ses ides sur ,dieu1 le nant1 notre me1 la nature et terminait par ce vers insouciant3 ,c'est un secret1 je le saurai demain444 ,il ne serait pas sans utilit1 de chercher quels rapports existent entre certains criminels et certaines productions littraires4 ,mais ce rapprochement nous mnerait trop loin4 ,je me contenterai de dterminer les consquences plus directes et plus visibles de l'uvre d',alexandre ,dumas4 ,ds la premire reprsentation de cette pice1 l'effet en fut irrsistible4 ,c'tait1 raconte ,thophile ,gautier1 qui a en t tmoin1 une agitation1 un tumulte1 une effervescence dont on se ferait difficilement une ide aujourd'hui4 ,il y avait l des mines tranges et farouches1 des moustaches en croc1 des royales pointues1 des cheveux mrovingiens ou taills en brosse1 des pourpoints extravagants4 ,les jeunes femmes adoraient ,antony1 les jeunes hommes se seraient brl la cervelle pour ,adle d',hervey4 ,le jeu des acteurs attisait puissamment l'enthousiasme4 ,bocage1 qui jouait ,antony1 ralisait bien le caractre de ce personnage pour lequel il fallait une certaine fiert ddaigneuse1 un mystre la faon de ,lara et du ,giaour1 en un mot1 une fatalit byronienne4 ,l'admiration alla jusqu'au dlire2 et des partisans trop fanatiques de l'auteur dchirrent un certain habit vert qu'il portait1 afin de conserver une relique du grand homme4 ,ces impressions persistrent1 et elles taient encore assez vives en #ahce1 pour que ,frdric ,souli1 dans son roman du ,conseiller d'tat1 et bien que lui-mme ne ft pas le plus innocent des crivains1 trouvt encore de l'-propos railler les admirateurs trop serviles d',antony4 ,il faisait ainsi le portrait de l'un d'eux3 ,un tout jeune homme de vingt ans1 d'un beau visage de femme2 de longs cheveux noirs la moyen ge2 l'air souffrant2 parfaitement busqu et lgamment habill1 tout noir de satin4 ,cet adolescent converse au bal avec une femme charmante qui ne peut tirer de lui que des phrases amres et de ples sourires4 ,il lui confie enfin le secret de sa tristesse d'une voix sombre et en fatalisant son regard3--,hlas6 madame1 dit-il1 je m'appelle ,antony6--,tout est l3 ce nom le prdestine au malheur4 ,et pendant qu'il s'loigne1 la femme laquelle il parlait explique son amie ce qu'il est3 ,m4 ,antony ,leroux1 dit-elle1 est frapp d',antoninisme4 ,il est jeune1 il est beau1 il a un poignard dans sa poche2 il a un regard fatal1 un amour qui tue1 et par-dessus tout il s'appelle ,antony4 ,la seule chose qui le gne dans la fatalit de son existence1 c'est d'tre si cruellement apparent2 c'est d'avoir pre1 mre1 frres1 surs1 tantes1 oncles1 cousins1 cousines1 de ne pas marcher seul enfin dans le dsert du monde avec son me isole1 et son nom qui ne rpond aucune voix amie4 ,la conduite de ce jeune homme est conforme son extrieur1 et1 dans la suite du roman1 il dbite ,mme de ,lubois1 qui rit de lui1 des rminiscences videntes du cinquime acte d',antony4 ,donc1 une certaine poque1 l',antoninisme a t une varit nouvelle de la maladie du sicle1 et1 s'il n'en fut pas la plus redoutable1 il en fut l'une des plus curieuses4 ,peut-tre1 l'auteur d',antony1 en crivant cet ouvrage1 ne pensait-il pas faire une uvre nuisible4 ,personnellement loign de toute mlancolie1 il avait cru pouvoir s'emparer d'un sujet qui rpondait l'tat d'esprit de ses contemporains1 et aprs y avoir appliqu son talent1 il tait revenu ces crations plus riantes1 dans lesquelles son inpuisable imagination aimait se jouer4 ,mais1 en flattant le got du public1 il l'avait encore irrit1 et l'avait faonn l'image de ses penses d'un jour4 ,alexandre ,dumas ne songeait plus1 sans doute1 son uvre1 quand l'affection bizarre qui en avait t la suite tait encore sensible4 ,au reste1 elle-mme devait se trouver bientt absorbe par une affection similaire4 ,a ct du mal d',antony1 il faut parler du mal de ,chatterton4 ,avant d'crire le drame qui porte ce nom1 ,alfred de ,vigny s'tait dj fait connatre par d'autres ouvrages1 ses posies d'abord4 ,on a dit que son ,mose 7#ahbb71 tait l'expression par laquelle s'exhalaient les angoisses du gnie1 et la solitude du cur du pote4 ,cependant le sentiment de sa personnalit est si effac dans ces vers1 qu',alfred de ,vigny ne m'a pas paru devoir figurer dans le groupe des potes de la ,restauration vous la mlancolie4 ,ce ne fut que bien plus tard que sa posie 7,les ,destines1 #ahdi-ahfb7 laissa voir ouvertement le scepticisme1 le dcouragement de son me1 et cette ide de fatalit qui lui semblait alors tre le mot de l'nigme du monde4 ,toutefois1 ds #ahcb1 dans une uvre en prose1 il avait pos le problme que soulve le drame de ,chatterton4 ,dans son ,stello1 il avait runi la mort volontaire de ,chatterton1 la mort qui s'tait impose1 sous des formes diffrentes1 ,gilbert et ,andr ,chnier4 ,dans sa pense1 cette trilogie de martyres n'avait qu'un but1 faire peser sur la socit la responsabilit de ces tristes vnements4 ,l'auteur reprit cette thse avec plus de force1 en donnant son ,chatterton au ,thtre ,franais1 le #ab fvrier #ahce4 ,il y montrait un jeune homme dou d'un talent prcoce1 mais mconnu par un monde distrait ou intress2 un jeune homme aimant1 mais honteux de sa misre qui1 croyait-il1 le dgradait aux yeux de la femme aime2 dsirant tre aim d'elle1 mais malheureux d'apprendre qu'il l'tait en effet1 dchir par ces sentiments contraires1 enfin succombant sous le poids d'une dernire avanie que lui infligeait la charit blessante d'un grand seigneur1 et cherchant dans le poison un remde ses maux4 ,rien de plus amer1 de plus dsespr1 que le langage de cet infortun4 ,il n'a pas de termes assez forts pour maudire la socit4 ,de croyances propres le retenir sur le bord de l'abme1 il ne lui en reste aucune2 et sa voix ne prend quelque douceur que quand il s'adresse la mort1 l'ange de la dlivrance1 qu'il l'invoque et qu'il la salue4 ,le fcheux effet de ce rle tait encore accru par les dclarations contenues dans la prface du drame4 ,l'auteur y exposait que le pote1 rpudi par la socit1 condamn une vie de privations1 et en quelque sorte mourir en dtail1 n'a plus qu' mourir d'un seul coup4 ,oui1 disait-il1 le suicide est un crime religieux et social1 mais le dsespoir est plus fort que la raison1 et1 s'il l'emporte1 est-ce le pote ou la socit qui est coupable8 ,eh6 n'entendez-vous pas le bruit des pistolets solitaires8 leur explosion est bien plus loquente que ma faible voix4 ,n'entendez-vous pas ces jeunes dsesprs qui demandent le pain quotidien et dont personne ne paie le travail8 ,il tait cependant1 selon lui1 bien facile de les satisfaire3 il ne leur fallait que deux choses1 le pain et le temps4 ,ces thories1 cette mise en scne ne pouvaient frapper impunment l'esprit d'un auditoire ardent1 sceptique et dvor de la soif de la gloire4 ,ce qu'elles y produisirent1 on le sait4 ,une foule de malheureux crivains se reconnut en ,chatterton1 l'homme l'aspect amer1 romantique et fatal4 ,ils crurent avoir son talent1 parce qu'ils avaient sa misre2 un d'eux avait mme rsolu de se tuer au thtre1 l'instant mme o le hros de la pice s'empoisonne4 ,on crivait au ministre de l'intrieur3 ,des secours1 ou je me tue6 ,m4 ,thiers1 c'tait lui qui remplissait alors ces fonctions1 disait qu'il lui faudrait renvoyer toutes ces ptitions ,m4 de ,vigny4 ,le mot tait plus que spirituel1 il tait juste4 ,alfred de ,vigny n'en voulut pas convenir4 ,il croyait1 dit-on1 n'avoir fait qu'une uvre d'art inoffensive2 il parut tonn et protesta vivement1 quand on lui dit que1 malgr leur forme lgante et leur rserve dlicate1 de pareils plaidoyers ne tendaient rien moins qu' autoriser chez des gens1 trop ports se croire victimes1 toutes sortes de reprsailles1 depuis la rvolte jusqu'au suicide4 ,m4 de ,pontmartin1 qui nous rapporte ce fait1 affirme que cet tonnement tait vrai1 et ces protestations sincres4 ,mais alors1 comment l'auteur n'a-t-il pas prvu que l'tincelle qu'il laissait tomber au milieu d'mes charges de haines sourdes et d'ambitions refoules1 devait y provoquer d'invitables explosions8 et qu'il suffisait d'un exemple potique et sduisant pour dterminer1 dans une socit ainsi prpare1 une vritable pidmie de suicide8 ,d'ailleurs1 pour faire de ,chatterton un objet d'admiration1 il avait d altrer la vrit historique4 ,le ,chatterton anglais n'avait pas la candeur du ,chatterton franais4 ,pote prcoce1 mais surtout habile imitateur des vieux potes1 il n'avait pas hsit tromper1 par des procds qui seraient aujourd'hui svrement jugs1 la bonne foi de ses concitoyens4 ,plus tard1 dans les luttes de la presse politique1 il estimait que c'tait tre un pauvre crivain de ne pouvoir crire pour deux partis opposs4 ,port la misanthropie1 au sarcasme1 il parlait1 au moindre mcompte1 de quitter la vie4 ,un travail excessif1 une grande irritabilit nerveuse1 une disposition spleentique1 ont t les raisons de son suicide4 ,on voit qu'entre ce personnage et celui d',alfred de ,vigny la diffrence est sensible4 ,le soin que l'auteur a pris d'embellir cette figure ajoutait donc encore au danger que reclait sa thse4 ,tous1 sans doute1 n'ont pas subi le prestige de cette uvre4 ,comme ,antony1 qu'il rappelle par tant de points1 ,chatterton a rencontr ses critiques4 ,l'un d'eux1 ,thophile de ,ferrire1 un romantique cependant1 imagina d'enlever ,chatterton une partie de l'intrt dont il tait entour1 en dmontrant qu'il avait parfaitement survcu l'opium absorb par lui4 ,mais ces rsistances taient rares1 et le gros du public se laissait entraner dans une voie funeste4 ,la principale faute en revient l'crivain1 qui a fait de ses belles facults un usage tmraire4 ,alexandre ,dumas et ,alfred de ,vigny1 en ne prvoyant pas les suites naturelles de leurs conceptions1 ont certainement commis une imprudence1 d'autant moins excusable que leur pense empruntait une forme plus saisissante4 ,,viii ,les artistes4 ,les potes1 les romanciers1 les dramaturges1 ne nous ont pas tout dit sur le mal du sicle1 pendant sa dernire priode4 ,nous avons encore considrer le monde artistique de cette poque1 et rechercher quel tait son tat moral4 ,c'en est un indice qu'une femme dont il a dj t question plus haut1 et qui avait plus d'un talent1 puisqu'elle tait la fois pote1 peintre et musicienne1 ,mlle ,bertin1 ait pris le ,faust de ,gthe pour le sujet d'un opra1 reprsent le #aj mars #ahca4 ,mais c'tait surtout ,berlioz qui personnifiait alors1 dans l'ordre musical1 les ides1 les sentiments qui nous occupent4 ,on trouvait dans ses uvres1 dit un critique comptent1 la profondeur shakespearienne des passions1 les rveries amoureuses et mlancoliques1 les nostalgies et les passions de l'me1 les sentiments indfinis et mystrieux que la parole ne peut rendre1 et ce quelque chose de plus que tout1 qui chappe aux mots et que font deviner les notes4 ,il traduisait ,gthe dans ses mlodies1 le ,retour la vie1 la ,ballade du pcheur4 ,l'un des morceaux les plus gots de son ,benvenuto ,cellini1 est l'air de la ,mlancolie4 ,enfin1 dans sa belle symphonie de la ,damnation de ,faust 7#ahdf71 on a pu voir1 sans trop de complaisance1 la profondeur sinistre et mystrieuse1 l'ombre o scintille vaguement l'toile du microcosme1 l'accablement du savoir humain en face de l'inconnu1 l'ironie diabolique de la ngation et la fatigue de l'esprit s'lanant vers la matire4 ,je ne puis parler du rle de la musique cette poque1 sans consacrer une mention funbre non plus l'un des matres de cet art1 mais l'un de ses interprtes4 ,le #h mai #ahci1 un habile chanteur se tuait en se prcipitant d'une fentre4 ,le drangement de son esprit explique cet acte de dsespoir2 mais ce dsordre lui-mme ne se rattachait-il pas la perturbation qui s'tait alors introduite dans tant d'mes1 et qui en avait troubl l'quilibre8 ,la rflexion qu'inspire la mort volontaire qui1 en #ahci1 attrista la musique1 peut s'appliquer au double suicide qui1 quelque temps auparavant1 tait venu dsoler la peinture4 ,ce que ,gricault avait mdit de faire1 deux autres grands peintres l'avaient excut1 en #ahce1 trois mois d'intervalle4 ,le #bj mars1 ,lopold ,robert s'tait coup la gorge1 ,venise2 le #be juin1 on retrouvait1 ,meudon1 le cadavre de ,gros1 qui s'tait jet dans la ,seine4 ,le caractre de ,lopold ,robert1 pouvait faire prsager sa fin sinistre4 ,il tait naturellement empreint de mlancolie2 une passion malheureuse avait achev de l'garer et il n'est pas difficile d'apercevoir dans son dernier tableau1 le ,dpart des pcheurs1 compos sous l'empire de ces sentiments1 une profonde impression de tristesse4 ,gros n'avait gure donn de signes d'une si sombre disposition4 ,cependant on pourrait citer en ce sens1 la ,sapho qu'il exposa en #ahjb1 et qui est un type de gracieuse mlancolie4 ,c'tait1 d'ailleurs1 une de ces natures qui ne se suffisent pas elles-mmes1 qui ont besoin d'appui au dehors et1 dans sa jeunesse1 il avait eu des accs de dcouragement4 ,devant les difficults relles ou imaginaires de la vie1 devant les invitables dceptions qu'elle renferme1 il devait vite s'affaisser et flchir4 ,quand vint l'heure des luttes ardentes1 des critiques acerbes1 il n'eut pas la force de les supporter1 et se croyant dchu dans l'opinion1 il se tua pour ne pas se survivre4 ,cette faiblesse chez un homme que ses gots artistiques et les tendances classiques de son talent paraissaient rendre moins accessible que tout autre aux suggestions maladives de son poque1 nous claire1 mieux encore que l'exemple des autres artistes que j'ai nomms tout l'heure1 sur le mal qui minait alors notre pays4 ,,ix ,les ,jeunes ,gens4 ,comme dans les priodes prcdentes1 ce mal atteignait particulirement la jeunesse4 ,on l'a vu dj par les dbuts de la plupart des crivains ou artistes cits plus haut2 on va le voir par des faits plus nombreux encore4 ,on trouve1 dans une pice de vers de ,m4 ,victor ,hugo1 le rcit du suicide d'un jeune homme de la gnration de #ahcj4 ,le pote dfinit ainsi ce dsespr qui n'avait pas vingt ans3 il avait abus de tout2 il ne croyait rien2 il s'ennuyait2 il n'avait que de l'ironie pour les plus grandes choses2 son gosme ramenait tout lui2 enfin1 nerv1 blas1 un soir qu'un pistolet se trouvait sous sa main1 il s'tait tu4 ,le dgot d'une vie rassasie de plaisir1 le mpris de tout ce qui fait battre le cur de l'homme1 l'orgueil1 l'gosme1 l'ennui implacable1 tels taient les sentiments qui poussaient ce malheureux1 je dirais presque cet enfant1 au suicide4 ,mais sans descendre dans ces abmes1 ne trouve-t-on pas alors1 dans bien des jeunes mes1 de curieux signes du temps8 ,a propos d'un magistrat regrettable1 prmaturment enlev par la mort1 un de ses anciens et minents confrres du barreau1 qui est en mme temps un crivain distingu1 ,m4 ,rousse1 a trac un spirituel portrait de la jeunesse qui sortait des bancs du collge en #ahcj4 ,il a peint son enthousiasme pour les productions de l'cole romantique1 le genre bizarre de compositions que forgeait en ce temps-l1 dit-il1 cette adolescence nave1 mlange d'imitations puriles et d'inventions dmesures1 extravagantes rveries pousses la drive par la brise perfide du ,lac1 orages de ,manfred dbordant en enjambements dsesprs dans des stances fatales4 ,il ajoute ce mot important recueillir3 ,la maladie de ,ren nous tenait presque tous4 ,les jeunes gens mmes1 a dit aussi ,m4 ,saint-,marc ,girardin1 visaient la misanthropie et se htaient de perdre l'illusion1 sans prendre le temps d'avoir de l'exprience4 ,c'est ce travers des gnrations1 filles de la ,rvolution franaise1 que raillait avec une bonhomie charmante ,m4 ,lacretelle1 quand peignant dans ses vers ces ,timons de vingt ans1 qui1 au bal mme1 prenaient des airs de pnitents noirs1 et dansaient avec une sorte de componction sentimentale1 il s'criait gaiement3 ,cdez-moi vos vingt ans1 si vous n'en faites rien4 ,cette affectation de mlancolie se traduisait par certaines allures et par une tenue particulire2 elle s'est incarne dans le type des ,dvasts1 dont ,m4 ,about nous a trac le spirituel portrait4 ,mais la mlancolie de la jeunesse n'tait pas toujours coupable ou ridicule2 elle pouvait avoir parfois son ct respectable1 et j'en trouve la preuve chez un jeune homme qui depuis a conquis une juste clbrit1 chez ,frdric ,ozanam4 ,ce nom nous indique qu'il ne s'agit pas ici d'un de ces caractres faibles qui se prtent toutes les modes1 toutes les influences4 ,ozanam luttait contre le mal1 et la rsistance mme qu'il y opposait en montre bien la ralit4 ,sommes-nous donc1 crit-il le #e janvier #ahcc1 sommes-nous donc irrvocablement condamns ces inquitudes qui nous dvorent1 ces tourments qui nous assigent1 et n'est-il aucun moyen de rendre notre cur un peu de paix et de consolation8 ,pour lui1 il y a un remde1 la prsence de la pense catholique4 ,il blme1 d'ailleurs1 la tristesse habituelle4 ,a ses yeux1 elle se confond souvent avec la paresse1 et mme il fait la remarque qu'elle occupe la place de cette dernire dans les anciennes numrations des pchs capitaux4 ,a l'appui de son dire1 il cite un passage de saint ,grgoire de ,naziance1 qu'on me pardonnera sans doute de reproduire1 dans une tude o la tristesse joue un si grand rle4 ,initium omnis peccati superbia4 ,prim autem ejus soboles1 septem nimirum principalia vitia1 ex hc virulent radice proferuntur1 scilicet tristitia4444 ,de tristiti rancor1 pusillanimitas1 desperatio1 torpor circa prcepta1 vagatio mentis circa illicita nascitur4 ,malgr ses efforts1 ,ozanam ne russit pas toujours chasser le dmon de la tristesse1 et dans une lettre qu'il crivait son frre ,charles1 le #c septembre #ahej1 il disait encore3 cette mlancolie qui te tourmente est une maladie que je connais trop pour ne pas la plaindre1 pour ne pas t'aider la combattre4 ,la correspondance dans laquelle je puise ces indications nous montre que1 dans le milieu auquel il appartenait1 ,ozanam n'tait pas le seul dont l'esprit ft inquiet et attrist4 ,on vient de voir que son frre avait besoin de ses consolations4 ,il en tait de mme d'un ami qui lui tait bien cher1 qu'il dsigne seulement sous l'initiale ,l41 mais dont on connat le vrai nom4 ,c'est lui qu'est adresse la citation de saint ,grgoire de ,naziance2 c'est lui encore qu'taient destines1 d'aprs une autre lettre du #e novembre #ahcf1 de longues considrations1 dans lesquelles ,ozanam blmait en mme temps qu'il la plaignait sa mlancolie1 et qui furent rendues inutiles1 par un retour soudain de son ami des penses plus sereines4 ,ainsi1 en #ahcj comme en #ahbj1 comme en #ahjj1 on constate parmi la jeunesse un certain malaise1 qui se rattache au mal gnral du temps4 ,du reste1 cette fois encore1 le malaise va diminuer en proportion de l'activit dploye dans la vie4 ,ozanam deviendra le professeur minent que l'on sait2 son frre1 un habile mdecin1 et ,m4 ,l41 un magistrat d'une haute autorit4 ,dans une nouvelle et utile existence1 chacun d'eux oubliera ses anciennes inquitudes1 et trouvera le calme d'esprit qui lui manquait4 ,on conclura peut-tre de cette gurison1 que la plaie n'tait pas trs profonde2 qu'on y voie plutt l'efficacit d'un remde1 qui pourrait s'appliquer plus d'une blessure rpute incurable4 ,x ,les trangers4 ,,allemagne4--,,belgique4--,,russie4--,, finlande4--,,espagne4 ,on a vu jusqu' prsent le mal du sicle rgner non seulement en ,france1 mais encore dans la plupart des rgions de l',europe4 ,il convient d'examiner si cette loi s'est continue de #ahcj #ahdh4 ,pendant cet espace de temps1 l',angleterre n'a rien produit qui mrite d'tre relev ce titre4 ,l',allemagne a fait davantage1 mais bien peu4 ,henri ,heine1 qui fut trs apprci parmi nous1 et qui est presque aussi franais qu'allemand n'est qu' demi mlancolique4 ,il mourait1 a-t-il dit1 des secrtes angoisses et des affreuses jouissances de notre poque1 et pour lui notre poque1 grande priode morbide de l'humanit1 commence la croix du ,calvaire4 ,ses posies1 son ,romancero surtout1 unissent avec charme une piquante raillerie une vague sensibilit4 ,mais il me semble qu'en lui le ct moqueur l'emporte sur le ct tendre1 et que l'esprit gaulois1 l'esprit ,voltairien1 touffe le plus souvent l'esprit romantique1 l'esprit de ,jean-,jacques ,rousseau ou de ,lamartine4 ,un autre peuple plus voisin de nous1 mais dont je n'ai pas encore eu parler1 la ,belgique1 fournit1 son tour1 un document l'histoire de la mlancolie2 elle donne naissance un ouvrage qui a prcisment pour titre3 ,le mal du sicle4 ,dans ce roman de ,m4 ,henri ,conscience1 on apprend que la jeunesse flamande1 les jeunes-,flandre1 si l'on me permet cette expression1 suivaient de leur mieux les jeunes-,france1 qu'ils avaient la mme fureur d'imiter les hros de ,byron et de ,gthe1 et le mme got pour ces orgies dont on se faisait parmi nous tant d'honneur vers #ahcj4 ,seulement1 en juger par la description du romancier1 cette mode en passant la frontire1 tait loin d'avoir gagn en dlicatesse et en lgance4 ,d'ailleurs1 le ,daniel du roman1 si satanique qu'il veuille paratre1 tourne vite au bon jeune homme1 et se convertit dfinitivement au bien4 ,en somme1 il n'est qu'une purile et maladroite contrefaon de modles trop connus4 ,la ,russie qui1 durant la ,restauration1 avait trouv une veine de littrature mlancolique n'a pas entirement cess de l'exploiter dans les annes suivantes4 ,c'est de l encore que le prince ,metcherski a tir quelques-unes de ses posies2 mais ces uvres avaient peu de relief ou de couleur4 ,en pntrant jusqu'en ,finlande1 on y trouve la mme poque1 un pote plus original1 ,m4 ,runeberg4 ,il ne faut pas s'tonner de sa tristesse1 dit ,m4 ,marmier3 ,ce qui n'est souvent dans d'autres pays que l'expression d'une pense phmre1 quelquefois un rve et quelquefois une erreur1 est malheureusement ici une ralit4 ,ses posies sont vraies par cela mme qu'elles sont tristes4 ,il semble que ce jeune crivain ait t saisi de bonne heure par la mlancolie de ses bois de sapins1 de ses lacs solitaires1 de son ciel brumeux4 ,et puis1 l'auteur de ces posies a aim1 il a perdu celle qu'il aimait1 et parfois il exprime ses regrets dans des lgies plus exaltes que celles d',young1 plus douloureuses que celles de ,kirke ,white2 puis aprs ce cri de dsolation le voil qui revient sur lui-mme1 qui tche de se matriser1 et s'impose le douloureux repos de la rsignation4 ,sans doute1 il y avait l une motion sincrement mlancolique1 mais ce sentiment1 en dpit des circonstances qui semblent le favoriser dans la patrie de ,m4 ,runeberg1 en dpit aussi de la thorie dj critique de ,mme de ,stal1 ne semble pas avoir t gnral et nous n'en rencontrons pas d'autre vestige dans ces rgions4 ,enfin parlerai-je d'un pays bien diffrent et1 comme la ,belgique1 nouveau dans cette tude1 de l',espagne8 ,nommerai-je le pote ,larra1 qui tait poursuivi par une amre tristesse1 qui disait que c'tait dans ses moments de mlancolie qu'il travaillait pour l'amusement du public1 et qui pouss par une exaspration maladive1 qu'aggravait le chagrin d'une rupture avec une femme aime1 se donna la mort en #ahcg8 ,dirai-je que sous l'influence d'un autre pote1 ,zorrilla1 disciple de ,chateaubriand et de ,lamartine1 la posie ,espagnole prit cette poque la teinte du gnie ,franais1 qu'on y retrouvait avec les procds de notre cole romantique les sujets mlancoliques qu'elle aimait traiter1 des posies ayant par titres3 ,mditation1 ,soir d'automne1 ,nuit d'hiver1 ,indcision1 ,dernier jour8 ,ces faits ne sont pas sans importance1 mais ils paraissent constituer ou des phnomnes isols ou des manifestations plutt littraires que morales4 ,en somme1 ce qui prcde n'autorise pas affirmer que le mal du sicle ait conserv1 aprs #ahcj1 au mme degr qu'avant cette date1 un caractre international4 ,,xi ,caractre et causes du mal du sicle de #ahcj #ahdh4 ,cependant on ne saurait dire que1 pendant cette dernire priode1 ce mal trange ait cess d'exister hors de la ,france1 et1 tout au moins1 chez nous1 il prsentait des proportions considrables4 ,tous les documents que j'ai groups ici1 sur les crivains1 les artistes1 les jeunes gens1 montrent quel tait alors1 dans notre pays1 l'tat de bien des mes4 ,mais combien la funeste pidmie n'a-t-elle pas compt de victimes qui ne rentrent dans aucune de ces divisions6 ,m4 ,saint-,marc ,girardin1 dans sa belle tude sur ,jean-,jacques ,rousseau1 a dit trs justement que les faux dsespoirs de cette poque avaient fait invasion1 non seulement dans la littrature1 mais aussi dans la socit4 ,de son ct1 dans une pice des ,penses d'aot1 qui datent de #ahcg1 ,m4 ,sainte-,beuve fait allusion plusieurs hommes de ce temps1 rests entirement inconnus1 et qu'il nous montre vivant1 ou plutt vgtant dans des sortes de limbes1 incapables de vouloir1 d'agir1 de faire emploi de leurs facults distingues1 et condamns voir avorter tous leurs projets et toutes leurs esprances4 ,m4 ,montgut a publi aussi 7,revue des ,deux-,mondes1 #ae aot #ahdi71 sous ce titre3 ,de la ,maladie morale au ,x,i,xe sicle1 une tude intressante1 dans laquelle il retrace la vie morale d'un de ses contemporains1 atteint de cette maladie4 ,cet homme a tout essay1 puis tout abandonn2 aprs avoir poursuivi un idal insaisissable1 il tombe dans un ralisme o les notions mme du bien et du mal s'obscurcissent ses yeux4 ,il s'tend sous l'ombre opaque des choses terrestres2 mais il ne peut s'y endormir4 ,alors il se jette dans le culte1 dans l'adoration de l'esprit et du talent4 ,mais1 comme il ne croit plus rien1 l'intelligence ne lui sert qu' lui montrer les ombres1 les profondeurs et les abmes de la nuit et du nant4 ,de plus en plus1 la solitude se fait dans son me2 son cur devient un dsert2 sa volont ne fait plus entendre aucun mouvement2 toute action disparat1 et toute puissance s'teint4 ,c'tait1 ajoute ,m4 ,montgut1 un type symbolique de toutes les ides1 de tous les mcomptes1 de toutes les illusions1 de toutes les poursuites de notre temps4 ,enfin1 il est un fait qui dmontre1 avec plus d'loquence que tous les discours1 la profondeur du mal qui svissait sur cette gnration2 c'est l'accroissement des suicides4 ,de #ahcj #ahej1 leur nombre s'est lev par une proportion continue jusqu'au double de celui qu'il atteignait en #ahcj4 ,aucun commentaire n'ajouterait rien la force de cette statistique4 ,ainsi le mal qui1 sous la ,rpublique et sous l',empire1 avait prsent un si haut degr d'acuit1 qui avait paru sous la ,restauration se relcher un peu de sa violence1 s'est rveill sous le gouvernement de ,juillet avec une recrudescence imprvue4 ,jamais les tourments du doute n'avaient t plus amers1 ni le suicide plus clbr et plus pratiqu4 ,assurment1 cette poque ne doit pas tre tout entire juge avec svrit4 ,comme dans les priodes prcdentes1 la mlancolie n'y a pas toujours t malsaine ou coupable4 ,maurice et ,eugnie de ,gurin1 par exemple1 ne doivent pas tre mis sur la mme ligne que ,musset ou ,georges ,sand4 ,mais1 envisag dans son ensemble1 le mal offre dans cette dernire phase un aspect plus pernicieux que dans la phase prcdente2 de plus1 il a recours pour s'exprimer une forme nouvelle et dangereuse1 le drame4 ,on peut donc dire que ses deux points extrmes1 son commencement et sa fin1 se rapprochent par la violence qui les caractrise galement4 ,le dernier tat des choses avait-il donc les mmes raisons d'tre que le premier8 ,en avait-il que n'avait point rencontres l'tat intermdiaire8 ,a cette question la rponse est facile4 ,pour les trangers1 qui1 du reste1 ont t alors moins prouvs que nous1 on ne voit dans l'tat gnral de l',europe aprs #ahcj aucun fait de nature expliquer un malaise universel1 et il semble que cette disposition n'ait plus t chez eux qu'un reste d'habitude1 en mme temps que l'effet d'un besoin d'imitation4 ,quant notre pays1 vainement allguerait-on1 comme on avait pu le faire vers #ahjj1 pour justifier son mal1 l'influence philosophique ou littraire du ,x,v,i,i,ie sicle1 influence bien affaiblie en gnral2 ou le souvenir de nos grandes calamits publiques1 dont il ne restait plus depuis longtemps de victimes4 ,on s'est donc tromp quand1 dans un roman dont ,alfred de ,musset est le sujet1 on a crit qu'il ne fallait pas s'tonner de l'impossibilit des amours vrais1 et du divorce incessant des curs1 chez les rejetons tourments d'une socit orageuse et corrompue1 et aprs tant de discordes publiques et de sanglantes excutions4 ,si1 comme le dit ,mme ,louise ,colet1 le souffle de la ,rvolution a atteint jusqu' l'amour1 ce souffle funeste n'a pas conserv indfiniment sa puissance2 il n'a pas pu fltrir successivement le cur de toutes les gnrations de ce sicle4 ,pour comprendre la cause de notre tat depuis #ahcj1 il faut regarder ailleurs et considrer deux choses4 ,en premier lieu1 la ,france trouvait1 dans l'hritage de la ,rpublique et de l',empire1 grossi des monuments nombreux eux-mmes lgus par la ,restauration1 un fonds d'impressions et d'motions qui la mettait en got d'motions et d'impressions semblables1 et dont elle ne devait se dprendre qu'aprs en avoir us jusqu' la satit4 ,dans plusieurs des personnages que j'ai nomms plus haut1 surtout parmi les potes et les artistes1 et aussi chez ,mme ,sand1 on aperoit bien cet entranement4 ,en outre1 les circonstances politiques n'taient-elles pas faites pour jeter dans les esprits une certaine perturbation8 ,la monarchie de ,juillet n'a-t-elle pas assist1 au grand dplaisir1 assurment1 des sages et minents esprits qui la dirigeaient1 de dplorables excs intellectuels8 ,n'a-t-on pas vu surgir1 cette poque1 dans le pays1 un esprit de critique et de destruction qui1 aujourd'hui1 sans doute1 peut paratre bien modr1 mais qui tait dj singulirement hardi8 ,de tous cts1 le principe d'autorit tait sap4 ,en religion1 en philosophie1 en conomie politique1 en histoire1 les thories les plus audacieuses s'emparaient de la faveur du public4 ,parfois mme1 elles s'affirmaient dans le domaine des faits par quelque terrible explosion qui venait clairer d'une lueur sinistre les bases vacillantes de l'difice politique4 ,c'est l1 c'est dans cette profonde agitation de la socit1 que se trouve la cause la plus palpable et la plus frquente des dfaillances que j'ai rappeles4 ,m4 ,v4 ,hugo et ,alfred de ,musset n'ont pas hsit en convenir en ce qui les concernait2 mais l'influence du temps o ils ont vcu n'tait pas moins relle sur ceux qui ne l'avouaient pas2 elle apparat bien1 et chez les romanciers1 et chez ,dumas1 et chez ,vigny4 ,toutefois1 ces deux considrations peuvent bien expliquer les torts des uns et des autres2 mais elles ne suffisent pas1 mme la seconde1 pour les excuser4 ,je sais bien que c'tait l'usage des mcontents et des dclasss de #ahcj d'accuser la socit de tous leurs maux1 de lui demander compte de leurs propres excs4 ,mais il serait trop commode de rejeter sur un tre abstrait et collectif ses fautes personnelles4 ,les vices publics ne justifient pas les vices individuels1 et la dpravation gnrale n'est que la somme des dsordres particuliers4 ,d'ailleurs1 si l'on pouvait1 de quelque ct1 admettre le bnfice de l'irresponsabilit1 ce serait plutt au profit de la foule banale qui compose la socit1 qu'en faveur des hommes suprieurs dont le devoir est de l'clairer et de la conduire4 ,mais une immunit de cette sorte n'existe pour personne4 ,a chacun selon son uvre1 tel a t le principe que j'ai essay d'appliquer dans le cours de cette tude2 tel est le principe que je reproduis en la terminant4 ,,conclusion ,,conclusion ,me voici en effet1 arriv1 avec les derniers moments du rgne de ,louis-,philippe1 la fin mme du mal dont j'ai tent de raconter l'histoire1 et par consquent au terme de cette trop longue nosographie4 ,est-ce dire que l'affection qui en a fait l'objet ait tout coup disparu au point de ne laisser aucune trace8 ,la vie intellectuelle ou morale des nations ne connat gure d'aussi brusques accidents4 ,en gnral1 les modifications qu'elle subit1 prpares par quelques signes prcurseurs1 sont suivies par des manifestations tardives qui renaissent quelque temps encore1 des intervalles de plus en plus loigns1 jusqu' ce que le mouvement acquis s'arrte dfinitivement1 et qu'une nouvelle manire d'tre ait remplac celle qui n'est plus4 ,cette priode de transition n'a pas manqu la maladie du sicle4 ,elle s'est rvle1 chez nous1 par un certain nombre d'uvres dans lesquelles on retrouvait quelque chose des anciennes rveries1 des anciennes tristesses1 des anciens ennuis4 ,la plupart de ces uvres portent un caractre btard et ne valent pas qu'on s'y arrte4 ,cependant1 on peut en distinguer quelques-unes4 ,outre les ,destines d',alfred de ,vigny1 dont j'ai dj parl ailleurs1 on peut citer quelques vers dsesprs d',henri ,murger2 quelques pages de ,grard de ,nerval2 un roman de ,m4 ,e4 ,lataye1 la ,conqute d'une me1 o l'on retrouve des mlancolies et des faiblesses qui rappellent l',arthur de ,guttinguer2 la ,mlancolie de ,m4 ,h4 ,cazalis1 posies qui chantent les douleurs de l'homme et celles de la nature2 le ,voyage de ,martin la recherche de la vie1 par ,m4 ,louis ,rambaud1 rcit de quelques aventures1 entreml de dialogues pleins de scepticisme et de dcouragement2 et un pome de ,m4 ,durandeau1 intitul ,bartholomo ou le ,doute1 dans lequel l'auteur promne son hros travers toutes les dceptions et les preuves de la vie4 ,il faut aussi mentionner les posies de ,mme ,ackermann qui1 ainsi que l'a dit ,th4 ,gauthier3 appartient cette cole de grands dsesprs3 ,chateaubriand1 ,lord ,byron1 ,leopardi1 ces gnies ternellement tristes1 et souffrant du mal de vivre1 qui ont pris pour inspiratrice la mlancolie4 ,toutefois1 la tristesse de ,mme ,ackermann se distingue de celle des autres mlancoliques1 en ce qu'elle repose moins sur ses impressions intimes que sur des penses philosophiques et sur une opinion pessimiste du monde4 ,et le pessimisme lui-mme ne se ranimait-il1 pas en mme temps1 en ,allemagne avec une violence qu'on tait loin d'attendre8 ,on sait qu'aprs avoir sommeill prs de cinquante ans1 cette doctrine s'est brusquement rveille dans la ,philosophie de l',inconscient1 et a provoqu d'innombrables adhsions4 ,je n'ai pas rechercher ici en quoi l'ouvrage de ,m4 de ,hartmann diffre1 au point de vue de la thorie pure1 de ceux du mme genre qui l'ont prcd1 ni en quoi il s'en rapproche2 j'indiquerai seulement combien ,hartmann distance ses matres dans la conclusion de son systme4 ,leopardi1 quoiqu'il ne dsirt rien tant que le nant1 n'avait pas conseill le suicide4 ,schopenhauer ne proposait comme moyen d'arriver la destruction d'un monde infortun que l'abolition volontaire de la famille1 et la ferme rsolution de la part de l'espce humaine de mettre un terme sa reproduction4 ,m4 ,hartmann a trouv mieux2 il offre l'univers un instrument tout-puissant de libration3 il demande que1 par une conjuration universelle1 les habitants du globe entier se donnent la mort au mme instant4 ,il est convaincu que l'anantissement de toutes les vies humaines amnera tt ou tard la suppression mme du monde4 ,sans doute1 pour arriver au degr de civilisation perfectionne qu'exige l'excution simultane d'un tel projet sur toute la surface de la terre1 il faut que la science fasse encore de grands pas2 mais on peut prvoir le jour o nos successeurs jouiront de cette bienheureuse application des lumires4 ,tel est l'espoir de ,m4 de ,hartmann4 ,a ct d'un tel professeur1 cette acadmie mme des co-mourants1 dont j'ai signal l'existence en ,grce dans l'antiquit1 n'est plus qu'une cole enfantine1 et ses enseignements plissent auprs de cet essai grandiose de suicide cosmique4 ,et cependant1 peut-tre le pessimisme allemand est-il plus inoffensif que ne l'tait le pessimisme d',alexandrie4 ,nous savons trop que chez les ,allemands le dsespoir reste volontiers dans le domaine de la spculation1 et n'exclut nullement l'ambition des biens de ce monde4 ,leur pessimisme n'est donc pas une preuve absolue de la persistance du mal du sicle1 et je n'ai ni insister sur cette doctrine chez ,m4 de ,hartmann1 ni parcourir les nuances et les varits qu'elle a prsentes chez ses rcents disciples1 tantt moins sombres que leur matre1 tantt renchrissant encore sur l'amertume au moins apparente de ses leons4 ,je n'ai pas davantage parler de quelques travaux dans lesquels la mlancolie1 ou1 comme disent les ,allemands1 der ,weltschmerz1 n'a t apprcie par eux qu'au point de vue critique1 et qui n'accusent chez leurs auteurs aucune trace de cette disposition mme4 ,mais quel que ft alors l'tat des choses en ,allemagne1 chez nous1 dans les dernires annes1 l'expression de la mlancolie individuelle restait presque sans cho dans les mes2 elle soulevait mme certaines protestations4 ,sainte-,beuve1 qui s'y connaissait1 et qui pouvait dire en parlant des mlancoliques3 quorum pars magna fui1 a t le premier constater ce mouvement de raction4 ,le monde1 disait-il1 commence tre rebattu de l'ternelle chanson4 ,il a cout non point patiemment1 mais passionnment tous les grands plaintifs1 depuis ,job8 jusqu' ,childe ,harold4 ,cela lui suffit1 le reste lui parat faible4 ,les pleureurs la suite ont tort4 ,la jeunesse elle-mme1 qui s'tait si longtemps montre avide d'motions douloureuses1 tait repue des faux dsespoirs et des vaines sentimentalits4 ,un critique1 ,m4 tienne1 le dclarait dans une tude sur ,byron4 ,un pote le proclamait son tour4 ,parlant des jeunes hommes de son temps1 ,m4 ,sully ,prudhomme crivait ces vers3 ,leur fiert rpudie ,du doute irrflchi le dsespoir ais2 ,ils sentent que le rire est une comdie1 ,que la mlancolie est un cercueil us4 ,le rve dgot commence leur dplaire4 ,enfin1 on allait jusqu' prendre pour sujet de roman la critique du type nagure si choy1 et l'ducation sentimentale de ,m4 ,flaubert n'tait que la satire indirecte de la gnration rveuse qui avait longtemps occup la scne4 ,reconnaissons le donc1 une transformation graduelle1 mais profonde1 s'est de nos jours opre dans notre tat moral4 ,les vnements l'expliquent dans une certaine mesure4 ,d'un ct1 les anciennes causes de mlancolie1 se rattachant de funestes souvenirs historiques1 dj entirement effaces en #ahcj1 devaient encore moins subsister aprs #ahdh4 ,d'un autre ct1 les rgimes qui se sont succd dans notre pays depuis cette date1 n'ont pas troubl1 autant que l'avaient fait jadis les gouvernements dont ils reproduisaient les formes et les dnominations1 les conditions de la vie sociale4 ,toutefois1 leur tablissement n'a pas ralli toutes les sympathies4 ,l'un d'eux s'est d'ailleurs presque toujours appuy sur un systme de compression qui pouvait blesser bien des convictions4 ,l'autre1 dans la double preuve que nous en avons faite1 nous a donn le spectacle de doctrines menaantes et de crises redoutables4 ,mais1 en gnral1 ces choses n'ont pas branl gravement les mes1 et si elles ont provoqu plus d'une de ces tristesses sans remde1 parce qu'on ne voudrait pas en gurir1 elles ont peu touch la plus grande partie de la nation1 dcide rsister ces influences douloureuses1 ou1 plus souvent1 renferme dans une paresseuse indiffrence4 ,sans doute encore1 la mlancolie aurait pu continuer s'entretenir l'aide des ressources qu'elle avait ds longtemps accumules4 ,dans toutes les priodes prcdentes1 la ,france s'tait inspire des uvres nationales ou trangres pour en produire de nouvelles d'une nature analogue2 mais elle commenait se fatiguer de ce procd4 ,tout a une fin2 chacun sentait que les habitudes mlancoliques avaient assez vcu2 il fallait en finir avec elles2 et leur dure1 qui avait pu tre d'abord la raison de leur persistance1 devenait le motif de leur condamnation4 ,dans de telles circonstances1 le sicle devait se gurir et s'est1 en effet1 guri de son mal invtr4 ,il semblerait qu'il n'y et qu' l'en applaudir et qu'on dt se rjouir sans arrire-pense de la disparition d'un dsordre qui avait t si long et souvent si cruel4 ,mais1 avant de cder ce sentiment1 il faut considrer quel a t l'tat du malade aprs sa gurison4 ,oui1 le sicle a perdu ce got immodr de la solitude qui avait marqu ses commencements2 mais les relations des hommes entre eux1 en se multipliant1 ont-elles pris un caractre plus cordial8 ,le sicle a rpudi les vaines rveries et les tristesses vagues2 mais au profit de quelles ralits et de quels engouements6 ,si ses aspirations ne sont plus en dsaccord avec ses facults1 est-ce parce qu'il a lev ses facults8 n'est-ce pas plutt parce qu'il a abaiss ses aspirations8 ,d'ailleurs1 il est encore sceptique1 et cette fois sans regrets et sans intermittences4 ,il ne s'ennuie plus1 d'accord2 mais on peut trouver qu'il s'amuse trop4 ,il s'est repris aux choses de la vie1 soit2 mais il s'y est repris avec excs4 ,enfin depuis que le dsespoir n'y exerce plus ses ravages1 la passion immodre des jouissances n'y fait-elle aucune victime8 ,il est donc permis de se demander si les tendances actuelles sont prfrables celles qu'elles ont remplaces4 ,plusieurs inclinent se prononcer en faveur de ces dernires4 ,il y avait1--a dit ,m4 ,saint-,marc ,girardin1 qui n'est cependant pas suspect de trop de tendresse pour la fausse mlancolie1--il y avait dans les tristesses prtentieuses d'il y a trente ans1 un reflet du spiritualisme que la socit avait appris l'cole du malheur2 il y a dans la jovialit qui a repris faveur1 un reflet du matrialisme moderne4 ,et dans une mtaphore qui continue celle qui s'est souvent et forcment prsente nous dans le cours de ce travail1 parlant du sicle comme d'une personne atteinte d'une affection dont elle finit par gurir1 ,mme ,sand a crit ces lignes3 ,les pres de famille se sont beaucoup plaints de la maladie du romantisme2 mais ceux d'aujourd'hui devraient peut-tre la regretter4 ,peut-tre valait-elle mieux que la raction qui l'a suivie1 que cette soif d'argent1 de plaisirs sans idal et d'ambition sans frein1 qui ne me parat pas caractriser bien noblement la sant du sicle4 ,pour moi1 je ne voudrais pas1 en haine d'un matrialisme que je rprouve1 en venir une rhabilitation du faux spiritualisme1 qui serait le dmenti de toute cette tude1 et je serais dispos mettre sur le mme rang ces deux systmes si opposs en apparence4 ,au fond1 ces deux erreurs ne sont1 en effet1 que les deux faces d'une mdaille unique1 les deux aspects d'un seul vice3 l'gosme4 ,l'gosme1 il apparat avec la dernire vidence dans le matrialisme pratique2 il se retrouve aussi1 presque toujours1 derrire l'habitude d'une certaine mlancolie2 seulement1 il s'y dissimule sous des dehors plus ou moins sduisants1 et sait prendre plus d'un masque honnte4 ,qu'on y prenne garde1 n'est-ce pas trop souvent l'gosme qui inspire l'loignement des hommes et le besoin de la solitude8 ,se complaire dans des rveries sans objet1 dans d'oisives contemplations1 dans l'analyse et la description minutieuse de ses moindres impressions1 n'est-ce pas se rechercher soi-mme8 ,l'amour de soi n'est-il pas le secret et l'origine de l'indiffrence qu'on prouve pour tout le reste8 ,la perte prmature des illusions fcondes1 l'puisement de la volont1 la ruine des croyances1 ne sont-ils pas quelquefois le rsultat d'une vie qui n'a rien su refuser aux exigences des passions8 ,enfin le suicide1 cette lchet par laquelle l'homme se drobe son devoir1 n'est-il pas le dernier mot de l'gosme8 ,donc1 tout prendre1 mlancolie et matrialisme remontent d'ordinaire un mme principe et mritent une mme fltrissure4 ,c'est aussi par les mmes moyens qu'ils doivent tre combattus4 ,or1 ces moyens sont indiqus par la logique des choses4 ,le mal ne peut tre vaincu que par son contraire1 l'gosme que par l'abngation4 ,opposer l'orgueilleux isolement l'habitude de la solidarit1 au clibat corrupteur le mariage et la vie de famille1 l'action la rverie1 le bon sens pratique aux subtilits d'un scepticisme nervant1 l'instinct naturel du cur l'indiffrence rflchie1 enfin la fermet aux dfaillances1 et la lutte la dsertion1 voil le contre-poison de la mlancolie malsaine2 telle est la vrit qui dcoule de toutes les pages de ce travail1 de tous les exemples qu'il rapporte4 ,j'ignore ce que l'avenir tient en rserve2 mais si1 par un de ces retours qui ne sont pas rares dans les choses humaines1 le mal qui nous a dcims longtemps devait s'abattre de nouveau sur la socit1 c'est encore par le mme remde qu'on en triompherait4 ,quant sa contre-partie actuelle1 le matrialisme1 comment pourrait-on l'anantir1 ou mme le rduire1 sinon en s'efforant de sacrifier au bien gnral les apptits envahissants et de soumettre l'exigence des passions l'autorit du devoir8 ,ce progrs moral1 dont personne n'est incapable1 chacun de nous doit tendre le raliser4 ,nos plus chers intrts nous y poussent3 c'est en se pntrant d'un esprit de mutuel dvouement que le monde s'approchera le plus vite de la solution de ce problme du bonheur qu'il agite avec une fivreuse mobilit4 ,mais la rcompense nous dt-elle manquer1 il ne nous en faudrait pas moins rester attachs ce sentiment gnreux1 et remplir jusqu'au bout l'obligation d'union fraternelle que la ,providence impose l'humanit6 ,,fin ,,table ,,des ,,mati,,res ,pages ,,introduction #g ,i ,,consid,,rations ,g,n,,rales ,,et ,,aper,u ,r,,trospectif ,i4 ,considrations gnrales #ag ,,ii4 ,antiquit et moyen ge #ba ,,iii4 ,sicle de ,louis ,,xiv4--,j4-,j4 ,rousseau et ses disciples #cj ,,iv4 ,l',angleterre et l',allemagne au ,x,v,i,i,ie sicle #dc ,v4 ,ramond4--,andr ,chnier4--,bonaparte #eh ,,ii #aghi-ahae ,i4 ,les potes4 ,michaud4--,fontanes4--,legouv4 ,millevoye4--,baour-,lormian #gb ,,ii4 ,mme de ,stal4 #ge ,,iii4 ,le groupe de ,coppet4 ,barante4--,sismondi4 #hb ,,iv4 ,chateaubriand #hg ,v4 ,le groupe de ,chateaubriand4 ,ph4 ,gueneau de ,mussy4--,m4 ,mol4--,chnedoll--,mme de ,caud 7,lucile74--,mme de ,beaumont4--,ballanche4--,andr-,marie ,ampre #aje ,,vi4 ,senancour et ses disciples #aai ,,vii4 ,les romanciers4 ,ch4 ,nodier4--,mme de ,flahaut4--,mme de ,krudener #ach ,,viii4 ,benjamin ,constant #aed ,,ix4 ,les jeunes gens #aff ,x4 ,les trangers4 ,angleterre4--,allemagne4--,italie #agc ,,xi4 ,caractre et causes du mal du sicle1 de #aghi #ahae #ahh ,,iii #ahae-ahcj ,i4 ,les potes4 ,ch4 ,loyson4--,divers #aig ,,ii4 ,lamartine #bjc ,,iii4 ,sainte-,beuve #bah ,,iv4 ,le monde philosophique et religieux4 ,jouffroy4--,g4 ,farcy4--,lamennais4--,le ,p4 ,lacordaire #bbg ,v4 ,les romanciers4 ,mme de ,rmusat4--,mme de ,duras4--,beyle4--,mlle ,hortense ,allard #bdc ,,vi4 ,les artistes4 ,gricault4--,delacroix #bec ,,vii4 ,les jeunes gens4 ,j4-,j4 ,ampre et ses amis #bef ,,viii4 ,les trangers4 ,italie4--,allemagne4--,angleterre4--,ru ssie #bgj ,,ix4 ,caractre et causes du mal du sicle1 de #ahae #ahcj #bgh ,,iv #ahcj-ahdh ,i4 ,m4 ,victor ,hugo #bhh ,,ii4 ,potes divers4 ,dondey4--,boulay-,paty4--,th4 ,gautier4--,e4 ,roulland4--,les potes suicides #bic ,,iii4 ,alfred de ,musset #cac ,,iv4 ,maurice et ,eugnie de ,gurin #cbf ,v4 ,georges ,sand #cci ,,vi4 ,romanciers divers4 ,gavarni4--,ulric ,guttinguer4--,frdric ,souli4--,eugne ,sue #ceg ,,vii4 ,les auteurs dramatiques4 ,alexandre ,dumas4--,alfred de ,vigny #cgf ,,viii4 ,les artistes #chg ,,ix4 ,les ,jeunes gens #cia ,x4 ,les trangers4 ,allemagne4--,belgique4--,russie4--,finl ande4--,espagne #cif ,,xi4 ,caractre et causes du mal du sicle1 de #ahcj #ahdh #djj ,,conclusion #dji ,,fin ,,de ,,la ,,table ,,des ,,mati,,res #gdhd4--,tours1 imp4 ,rouill-,ladevze1 rue ,chaude1 #f4 ,a ,,la ,m,,me ,,librairie ,,aug4 ,,cochin tudes sociales et conomiques1 prcdes d'une notice par ,m4 le duc de ,broglie4 #a vol4 in-#ab4 #c fr4 #ej ,confrences et lectures1 #d dit4 #a vol4 in-#ab4 #c fr4 #ej ,,alb4 ,,babeau ,un ,village sous l'ancien rgime1 #b;e dit4 #a vol4 #c fr4 #ej ,a4 ,,de ,,calonne ,la ,vie municipale au ,x,ve sicle1 dans le nord de la ,france1 #a vol4 in-#h4 #g fr4 ,,francisque ,,bouillier ,morale et ,progrs1 #b;e dition4 #a vol4 #c fr4 #ej ,h4 ,,baudrillart ,la ,famille et l'ducation en ,france dans leurs rapports avec l'tat de la socit4 #a vol4 #c fr4 #ej ,,em4 ,,beaussire ,la ,libert dans l'ordre intellectuel et moral4 7,ouvrage couronn par l',acadmie franaise71 #b;e dition4 #a vol4 #c fr4 #ej ,,bertauld ,la ,libert civile1 tude sur les publicistes contemporains1 #b;e dition1 #a vol4 #c fr4 #ej ,,ferraz ,la ,philosophie du devoir4 7,ouvrage couronn par l',acadmie franaise71 #c;e dition4 #a vol4 #c fr4 #ej ,histoire de la ,philosophie en ,france au ,x,i,xe sicle1 #are partie3 ,socialisme1 ,naturalisme et ,positivisme4 #b;e dit4 #a vol4 #d fr4