,,principes ,,de ,,la ,,philosophie ,,de ,l',,histoire1 ,,traduits ,,de ,,la ,,scienza ,,nuova ,,de ,j4 ,b4 ,,vico1 ,,et ,,pr,c,d,s ,d',,un ,,discours ,,sur ,,le ,,syst,,me ,,et ,,la ,,vie ,,de ,l',,auteur1 par ,jules ,,michelet1 ,,professeur ,d',,histoire ,,au ,,coll,,ge ,,de ,,sainte-,,barbe4 ,,paris1 ,,chez ,,jules ,,renouard1 ,,libraire1 ,,rue ,,de ,,tournon1 ,n #f4 #ahbg4 ,,avis ,,du ,,traducteur4 ,les ,principes de la ,philosophie de l',histoire dont nous donnons une traduction abrge1 ont pour titre original3 ,cinq ,livres sur les principes d'une ,science nouvelle1 relative la nature commune des nations1 par ,jean-,baptiste ,vico1 ouvrage ddi ,s4 ,s4 7,clment ,,xii74 ,trois ditions ont t faites du vivant de l'auteur1 dans les annes #agbe1 #agcj1 et #agdd4 ,la dernire est celle qu'on a rimprime le plus souvent1 et que nous avons suivie4 ,ce livre1 disait ,monti1 est une montagne aride et sauvage qui recle des mines d'or4 ,la comparaison manque de justesse4 ,si l'on voulait la suivre1 on pourrait accuser dans la ,science nouvelle1 non pas l'aridit1 mais bien un luxe de vgtation4 ,le gnie imptueux de ,vico l'a surcharge chaque dition d'une foule de rptitions sous lesquelles disparat l'unit du dessein de l'ouvrage4 ,rendre sensible cette unit1 telle devait tre la pense de celui qui au bout d'un sicle venait offrir un public franais un livre si loign par la singularit de sa forme des ides de ses contemporains4 ,il ne pouvait atteindre ce but qu'en supprimant1 abrgeant ou transposant les passages qui en reproduisaient d'autres sous une forme moins heureuse1 ou qui semblaient appels ailleurs par la liaison des ides4 ,il a fallu encore carter quelques paradoxes bizarres1 quelques tymologies forces1 qui ont jusqu'ici dcrdit les vrits innombrables que contient la ,science nouvelle4 ,mais on a indiqu dans l'appendice du discours prliminaire les passages de quelque importance qui ont t abrgs ou retranchs4 ,le jour n'est pas loin sans doute o1 le nom de ,vico ayant pris enfin la place qui lui est due1 un intrt historique s'tendra sur tout ce qu'il a crit1 et o ses erreurs ne pourront faire tort sa gloire2 mais ce temps n'est pas encore venu4 99 99 99 ,on trouvera dans le discours et dans l'appendice qui le suit une vie complte de ,vico4 ,le mmoire qu'il a lui-mme crit sur sa vie ne va que jusqu' la publication de son grand ouvrage4 ,nous avons abrg ce morceau1 en laguant toutes les ides qu'on devait retrouver dans la ,science nouvelle1 mais nous y avons ajout de nouveaux dtails1 tirs des opuscules et des lettres de ,vico1 ou conservs par la tradition4 99 99 99 ,plusieurs personnes nous ont prodigu leurs secours et leurs conseils4 ,nous regrettons qu'il ne nous soit pas permis de les nommer toutes4 ,m4 le chevalier de ,angelis1 auteur de travaux indits sur ,vico1 a bien voulu nous communiquer la plupart des ouvrages italiens que nous avons extraits ou cits2 exemple trop rare de cette libralit d'esprit qui met tout en commun entre ceux qui s'occupent des mmes matires4 ,on ne peut reconnatre une bont si dsintresse1 mais rien n'en efface le souvenir4 ,des avocats distingus1 ,,mm4 ,renouard1 ,coeuret de ,saint-,george et ,foucart1 ont clair le traducteur sur plusieurs questions de droit4 ,mais il a t principalement soutenu dans son travail par ,m4 ,poret1 professeur au collge de ,sainte-,barbe4 ,si cette premire traduction franaise de la ,science nouvelle1 rsolvait d'une manire satisfaisante les nombreuses difficults que prsente l'original1 elle le devrait en grande partie au zle infatigable de son amiti4 ,,discours ,,sur ,,le ,,syst,,me ,,et ,,la ,,vie ,,de ,,vico4 ,dans la rapidit du mouvement critique imprim la philosophie par ,descartes1 le public ne pouvait remarquer quiconque restait hors de ce mouvement4 ,voil pourquoi le nom de ,vico est encore si peu connu en-de des ,alpes4 ,pendant que la foule suivait ou combattait la rforme cartsienne1 un gnie solitaire fondait la philosophie de l'histoire4 ,n'accusons pas l'indiffrence des contemporains de ,vico2 essayons plutt de l'expliquer1 et de montrer que la ,science nouvelle n'a t si nglige pendant le dernier sicle que parce qu'elle s'adressait au ntre4 ,telle est la marche naturelle de l'esprit humain3 connatre d'abord et ensuite juger1 s'tendre dans le monde extrieur et rentrer plus tard en soi-mme1 s'en rapporter au sens commun et le soumettre l'examen du sens individuel4 ,cultiv dans la premire priode par la religion1 par la posie et les arts1 il accumule les faits dont la philosophie doit un jour faire usage4 ,il a dj le sentiment de bien des vrits1 il n'en a pas encore la science4 ,il faut qu'un ,socrate1 un ,descartes1 viennent lui demander de quel droit il les possde1 et que les attaques opinitres d'un impitoyable scepticisme l'obligent de se les approprier en les dfendant4 ,l'esprit humain1 ainsi inquit dans la possession des croyances qui touchent de plus prs son tre1 ddaigne quelque temps toute connaissance que le sens intime ne peut lui attester2 mais ds qu'il sera rassur1 il sortira du monde intrieur avec des forces nouvelles pour reprendre l'tude des faits historiques3 en continuant de chercher le vrai il ne ngligera plus le vraisemblable1 et la philosophie1 comparant et rectifiant l'un par l'autre le sens individuel et le sens commun1 embrassera dans l'tude de l'homme celle de l'humanit tout entire4 ,cette dernire poque commence pour nous4 ,ce qui nous distingue minemment1 c'est1 comme nous disons aujourd'hui1 notre tendance historique4 ,dj nous voulons que les faits soient vrais dans leurs moindres dtails2 le mme amour de la vrit doit nous conduire en chercher les rapports1 observer les lois qui les rgissent1 examiner enfin si l'histoire ne peut tre ramene une forme scientifique4 ,ce but dont nous approchons tous les jours1 le gnie prophtique de ,vico nous l'a marqu long-temps d'avance4 ,son systme nous apparat au commencement du dernier sicle1 comme une admirable protestation de cette partie de l'esprit humain qui se repose sur la sagesse du pass conserve dans les religions1 dans les langues et dans l'histoire1 sur cette sagesse vulgaire1 mre de la philosophie1 et trop souvent mconnue d'elle4 ,il tait naturel que cette protestation partt de l',italie4 ,malgr le gnie subtil des ,cardan et des ,jordano ,bruno1 le scepticisme n'y tant point rgl par la ,rforme dans son dveloppement1 n'avait pu y obtenir un succs durable ni populaire4 ,le pass1 li tout entier la cause de la religion1 y conservait son empire4 ,l'glise catholique invoquait sa perptuit contre les protestans1 et par consquent recommandait l'tude de l'histoire et des langues4 ,les sciences qui1 au moyen ge1 s'taient rfugies et confondues dans le sein de la religion1 avaient ressenti en ,italie moins que partout ailleurs les bons et les mauvais effets de la division du travail2 si la plupart avaient fait moins de progrs1 toutes taient reste unies4 ,l',italie mridionale particulirement conservait ce got d'universalit1 qui avait caractris le gnie de la grande ,grce4 ,dans l'antiquit1 l'cole pythagoricienne avait alli la mtaphysique et la gomtrie1 la morale et la politique1 la musique et la posie4 ,au treizime sicle1 l'ange de l'cole avait parcouru le cercle des connaissances humaines pour accorder les doctrines d',aristote avec celles de l'glise4 ,au dix-septime enfin1 les jurisconsultes du royaume de ,naples restaient seuls fidles cette dfinition antique de la jurisprudence3 scientia rerum divinarum atque humanarum4 ,c'tait dans une telle contre qu'on devait tenter pour la premire fois de fondre toutes les connaissances qui ont l'homme pour objet dans un vaste systme1 qui rapprocherait l'une de l'autre l'histoire des faits et celle des langues1 en les clairant toutes deux par une critique nouvelle1 et qui accorderait la philosophie et l'histoire1 la science et la religion4 99 99 99 ,nanmoins1 on aurait peine comprendre ce phnomne1 si ,vico lui-mme ne nous avait fait connatre quels travaux prparrent la conception de son systme 7,vie de ,vico crite par lui-mme74 ,les dtails que l'on va lire sont tirs de cet inestimable monument2 ceux qui ne pouvaient entrer ici ont t rejets dans l'appendice du discours4 ,,jean-,,baptiste ,,vico1 n ,naples1 d'un pauvre libraire1 en #affh1 reut l'ducation du temps2 c'tait l'tude des langues anciennes1 de la scholastique1 de la thologie et de la jurisprudence4 ,mais il aimait trop les gnralits1 pour s'occuper avec got de la pratique du droit4 ,il ne plaida qu'une fois1 pour dfendre son pre1 gagna sa cause1 et renona au barreau2 il avait alors seize ans4 ,peu de temps aprs1 la ncessit l'obligea de se charger d'enseigner le droit aux neveux de l'vque d',ischia4 ,retir pendant neuf annes dans la belle solitude de ,vatolla1 il suivit en libert la route que lui traait son gnie1 et se partagea entre la posie1 la philosophie et la jurisprudence4 ,ses matres furent les jurisconsultes romains1 le divin ,platon1 et ce ,dante avec lequel il avait lui-mme tant de rapport par son caractre mlancolique et ardent4 ,on montre encore la petite bibliothque d'un couvent o il travaillait1 et o il conut peut-tre la premire ide de la ,science nouvelle4 ,lorsque ,vico revint ,naples 7c'est lui-mme qui parle71 il se vit comme tranger dans sa patrie4 ,la philosophie n'tait plus tudie que dans les ,mditations de ,descartes1 et dans son ,discours sur la mthode1 o il dsapprouve la culture de la posie1 de l'histoire et de l'loquence4 ,le platonisme1 qui au seizime sicle les avait si heureusement inspires1 qui pour ainsi dire1 avait alors ressuscit la ,grce antique en ,italie1 tait relgu dans la poussire des clotres4 ,pour le droit1 les commentateurs modernes taient prfrs aux interprtes anciens4 ,la posie corrompue par l'affterie1 avait cess de puiser aux torrens de ,dante1 aux limpides ruisseaux de ,ptrarque4 ,on cultivait mme peu la langue latine4 ,les sciences1 les lettres taient galement languissantes4 ,c'est que les peuples1 pas plus que les individus1 n'abdiquent impunment leur originalit4 ,le gnie italien voulait suivre l'impulsion philosophique de la ,france et de l',angleterre1 et il s'annulait lui-mme4 ,un esprit vraiment italien ne pouvait se soumettre cette autre invasion de l',italie par les trangers4 ,tandis que tout le sicle tournait des yeux avides vers l'avenir1 et se prcipitait dans les routes nouvelles que lui ouvrait la philosophie1 ,vico eut le courage de remonter vers cette antiquit si ddaigne1 et de s'identifier avec elle4 ,il ferma les commentateurs et les critiques1 et se mit tudier les originaux1 comme on l'avait fait la renaissance des lettres4 ,fortifi par ces tudes profondes1 il osa attaquer le cartsianisme1 non-seulement dans sa partie dogmatique qui conservait peu de crdit1 mais aussi dans sa mthode que ses adversaires mme avaient embrasse1 et par laquelle il rgnait sur l',europe4 ,il faut voir dans le discours o il compare la mthode d'enseignement suivie par les modernes celle des anciens#a1 avec quelle sagacit il marque les inconvniens de la premire4 ,nulle part les abus de la nouvelle philosophie n'ont t attaqus avec plus de force et de modration3 l'loignement pour les tudes historiques1 le ddain du sens commun de l'humanit1 la manie de rduire en art ce qui doit tre laiss la prudence individuelle1 l'application de la mthode gomtrique aux choses qui comportent le moins une dmonstration rigoureuse1 etc4 ,mais en mme temps ce grand esprit1 loin de se ranger parmi les dtracteurs aveugles de la rforme cartsienne1 en reconnat hautement le bienfait3 il voyait de trop haut pour se contenter d'aucune solution incomplte3 ,nous devons beaucoup ,descartes qui a tabli le sens individuel pour rgle du vrai2 c'tait un esclavage trop avilissant1 que de faire tout reposer sur l'autorit4 ,nous lui devons beaucoup pour avoir voulu soumettre la pense la mthode2 l'ordre des scolastiques n'tait qu'un dsordre4 ,mais vouloir que le jugement de l'individu rgne seul1 vouloir tout assujtir la mthode gomtrique1 c'est tomber dans l'excs oppos4 ,il serait temps dsormais de prendre un moyen terme2 de suivre le jugement individuel1 mais avec les gards dus l'autorit2 d'employer la mthode1 mais une mthode diverse selon la nature des choses4#b ,note #a3 ,il y propose le problme suivant3 ,ne pourrait-on pas animer d'un mme esprit tout le savoir divin et humain1 de sorte que les sciences se donnassent la main1 pour ainsi dire1 et qu'une universit d'aujourd'hui reprsentt un ,platon ou un ,aristote1 avec tout le savoir que nous avons de plus que les anciens8 ,note #b3 ,rponse un article du journal littraire d',italie o l'on attaquait le livre ,de antiquissim ,italorum sapienti ex originibus lingu latin cruend4 #agaa4 ,celui qui assignait la vrit le double criterium du sens individuel et du sens commun1 se trouvait ds-lors dans une route part4 ,les ouvrages qu'il a publis depuis1 n'ont plus un caractre polmique4 ,ce sont des discours publics1 des opuscules1 o il tablit sparment les opinions diverses qu'il devait plus tard runir dans son grand systme4 ,l'un de ces opuscules est intitul3 ,essai d'un systme de jurisprudence1 dans lequel le droit civil des ,romains serait expliqu par les rvolutions de leur gouvernement4 ,dans un autre1 il entreprend de prouver que la sagesse italienne des temps les plus reculs peut se dcouvrir dans les tymologies latines4 ,c'est un trait complet de mtaphysique1 trouv dans l'histoire d'une langue#c4 ,on peut nanmoins faire sur ces premiers travaux de ,vico une observation qui montre tout le chemin qu'il avait encore parcourir pour arriver la ,science nouvelle3 c'est qu'il rapporte la sagesse de la jurisprudence romaine1 et celle qu'il dcouvre dans la langue des anciens ,italiens1 au gnie des jurisconsultes ou des philosophes1 au lieu de l'expliquer1 comme il le fit plus tard1 par la sagesse instinctive que ,dieu donne aux nations4 ,il croit encore que la civilisation italienne1 que la lgislation romaine1 ont t importes en ,italie1 de l'gypte ou de la ,grce4 ,note #c3 ,cet ouvrage est le seul dont ,vico n'ait point transport les ides dans la ,science nouvelle4 ,nous en donnerons prochainement une traduction4 ,jusqu'en #agai1 l'unit manqua aux recherches de ,vico2 ses auteurs favoris avaient t jusque-l ,platon1 ,tacite et ,bacon1 et aucun d'eux ne pouvait la lui donner3 ,le second considre l'homme tel qu'il est1 le premier tel qu'il doit tre2 ,platon contemple l'honnte avec la sagesse spculative1 ,tacite observe l'utile avec la sagesse pratique4 ,bacon runit ces deux caractres 7cogitare1 videre74 ,mais ,platon cherche dans la sagesse vulgaire d',homre1 un ornement plutt qu'une base pour sa philosophie2 ,tacite disperse la sienne la suite des vnemens2 ,bacon dans ce qui regarde les lois ne fait pas assez abstraction des temps et des lieux pour atteindre aux plus hautes gnralits4 ,grotius a un mrite qui leur manque2 il enferme dans son systme de droit universel la philosophie et la thologie1 en les appuyant toutes deux sur l'histoire des faits1 vrais ou fabuleux1 et sur celle des langues4 ,la lecture de ,grotius fixa ses ides et dtermina la conception de son systme4 ,dans un discours prononc en #agai1 il traita le sujet suivant3 ,les lmens de tout le savoir divin et humain peuvent se rduire trois1 connatre1 vouloir1 pouvoir4 ,le principe unique en est l'intelligence4 ,l'oeil de l'intelligence1 c'est--dire la raison1 reoit de ,dieu la lumire du vrai ternel4 ,toute science vient de ,dieu1 retourne ,dieu1 est en ,dieu#d4 ,et il se chargeait de prouver la fausset de tout ce qui s'carterait de cette doctrine4 ,c'tait1 disaient quelques-uns1 promettre plus que ,pic de la ,mirandole1 quand il afficha ses thses de omni scibili4 ,en effet ,vico n'avait pu dans un discours montrer que la partie philosophique de son systme1 et avait t oblig d'en supprimer les preuves1 c'est--dire toute la partie philologique4 ,s'tant mis ainsi dans l'heureuse ncessit d'exposer toutes ses ides1 il ne tarda pas publier deux essais intituls3 ,unit de principe du droit universel1 #agbj2--;,harmonie de la science du jurisconsulte 7de constanti jurisprudentis71 c'est--dire1 accord de la philosophie et de la philologie1 #agba4 ,peu aprs 7#agbb7 il fit paratre des notes sur ces deux ouvrages1 dans lesquels il appliquait ,homre la critique nouvelle dont il y avait expos les principes4 ,note #d3 ,omnis divin atque human eruditionis elementa tria1 nosse1 velle1 posse3 quorum principium unum mens2 cujus oculus ratio1 cui terni veri lumen prbet ,deus444444--,hc tria elementa1 qu tam existere1 et nostra esse1 qum nos vivere cert scimus1 un ill re1 de qu omnin dubitare non possumus1 nimirm cogitatione explicemus3 quod qu facilis faciamus1 hanc tractationem universam divido in partes tres3 in quarum prim omnia scientiarum principia ,deo esse3 in secund1 divinum lumen1 sive ternum verum per hc tria1 qu proposuimus elementa omnes scientias permeare3 easque omnes un arctissim complexione colligatas alias in alias dirigere1 et cunctas ad ,deum ipsarum principium revocare3 in terti1 quidquid usqum de divin ac human eruditionis principiis scriptum1 dictumve sit1 quod cum his principiis congruerit1 verum2 quod dissenserit1 falsum esse demonstremus4 ,atque ade de divinarum atque humanarum rerum notiti hc agam tria1 de origine1 de circulo1 de constanti2 et ostendam1 origine1 omnes ,deo provenire2 circulo1 ad ,deum redire omnes2 constanti1 omnes constare in ,deo1 omnesque eas ipsas prter ,deum tenebras esse et errores4 ,cependant ces opuscules divers ne formaient pas un mme corps de doctrine2 il entreprit de les fondre en un seul ouvrage qui parut1 en #agbe1 sous le titre de3 ,principes d'une science nouvelle1 relative la nature commune des nations1 au moyen desquels on dcouvre de nouveaux principes du droit naturel des gens4 ,cette premire dition de la ,science nouvelle1 est aussi le dernier mot de l'auteur1 si l'on considre le fond des ides4 ,mais il en a entirement chang la forme dans les autres ditions publies de son vivant4 ,dans la premire1 il suit encore une marche analytique#e4 ,elle est infiniment suprieure pour la clart4 ,nanmoins c'est dans celles de #agcj et de #agdd que l'on a toujours cherch de prfrence le gnie de ,vico4 ,il y dbute par des axiomes1 en dduit toutes les ides particulires et s'efforce de suivre une mthode gomtrique que le sujet ne comporte pas toujours4 ,malgr l'obscurit qui en rsulte1 malgr l'emploi continuel d'une terminologie bizarre que l'auteur nglige souvent d'expliquer1 il y a dans l'ensemble du systme1 prsent de cette manire1 une grandeur imposante1 et une sombre posie qui fait penser celle de ,dante4 ,nous avons traduit en l'abrgeant l'dition de #agdd2 mais1 dans l'expos du systme que l'on va lire1 nous nous sommes souvent rapprochs de la mthode que l'auteur avait suivie dans la premire1 et qui nous a paru convenir davantage un public franais4 ,note #e3 ,vico a trs bien marqu lui-mme les progrs de sa mthode3 ,ce qui me dplat dans mes livres sur le droit universel 7,de juris uno principio1 et ,de constanti jurisprudentis71 c'est que j'y pars des ides de ,platon et d'autres grands philosophes1 pour descendre l'examen des intelligences bornes et stupides des premiers hommes qui fondrent l'humanit paenne2 tandis que j'aurais d suivre une marche toute contraire4 ,de l les erreurs o je suis tomb dans certaines matires444--,dans la premire dition de la ,science nouvelle1 j'errais1 sinon dans la matire1 au moins dans l'ordre que je suivais4 ,je traitais des principes des ides1 en les sparant des principes des langues1 qui sont naturellement unis entre eux4 ,je parlais de la mthode propre la ,science nouvelle1 en la sparant des principes des ides et des principes des langues4 ,additions une prface de la ,science nouvelle1 publies avec d'autres pices indites de ,vico1 par ,m4 ,antonio ,giordano1 #ahah4 ,ajoutons cette critique1 que1 dans la premire dition1 il conoit pour l'humanit l'espoir d'une perfection stationnaire4 ,cette ide1 que tant d'autres philosophes devaient reproduire1 ne reparat plus dans les ditions suivantes4 99 99 99 ,dans cette varit infinie d'actions et de penses1 de moeurs et de langues que nous prsente l'histoire de l'homme1 nous retrouvons souvent les mmes traits1 les mmes caractres4 ,les nations les plus loignes par les temps et par les lieux suivent dans leurs rvolutions politiques1 dans celles du langage1 une marche singulirement analogue4 ,dgager les phnomnes rguliers des accidentels1 et dterminer les lois gnrales qui rgissent les premiers2 tracer l'histoire universelle1 ternelle1 qui se produit dans le temps sous la forme des histoires particulires1 dcrire le cercle idal dans lequel tourne le monde rel1 voil l'objet de la nouvelle science4 ,elle est tout -la-fois la philosophie et l'histoire de l'humanit4 ,elle tire son unit de la religion1 principe producteur et conservateur de la socit4 ,jusqu'ici on n'a parl que de thologie naturelle2 la ,science nouvelle est une thologie sociale1 une dmonstration historique de la ,providence1 une histoire des dcrets par lesquels1 l'insu des hommes et souvent malgr eux1 elle a gouvern la grande cit du genre humain4 ,qui ne ressentira un divin plaisir en ce corps mortel1 lorsque nous contemplerons ce monde des nations1 si vari de caractres1 de temps et de lieux1 dans l'uniformit des ides divines8 ,les autres sciences s'occupent de diriger l'homme et de le perfectionner2 mais aucune n'a encore pour objet la connaissance des principes de la civilisation d'o elles sont toutes sorties4 ,la science qui nous rvlerait ces principes1 nous mettrait mme de mesurer la carrire que parcourent les peuples dans leurs progrs et leur dcadence1 de calculer les ges de la vie des nations4 ,alors on connatrait les moyens par lesquels une socit peut s'lever ou se ramener au plus haut degr de civilisation dont elle soit susceptible1 alors seraient accordes la thorie et la pratique1 les savans et les sages1 les philosophes et les lgislateurs1 la sagesse de rflexion avec la sagesse instinctive2 et l'on ne s'carterait des principes de cette science de l'humanisation1 qu'en abdiquant le caractre d'homme1 et se sparant de l'humanit4 99 99 99 ,la ,science nouvelle puise deux sources3 la philosophie1 la philologie4 ,la philosophie contemple le vrai par la raison2 la philologie observe le rel2 c'est la science des faits et des langues4 ,la philosophie doit appuyer ses thories sur la certitude des faits2 la philologie emprunter la philosophie ses thories pour lever les faits au caractre de vrits universelles ternelles4 ,quelle philosophie sera fconde8 celle qui relvera1 qui dirigera l'homme dchu et toujours dbile1 sans l'arracher sa nature1 sans l'abandonner sa corruption4 ,ainsi nous fermons l'cole de la ,science nouvelle aux stociens qui veulent la mort des sens1 aux picuriens qui font des sens la rgle de l'homme2 ceux-l s'enchanent au destin1 ceux-ci s'abandonnent au hasard2 les uns et les autres nient la ,providence4 ,ces deux doctrines isolent l'homme1 et devraient s'appeler philosophies solitaires4 ,au contraire1 nous admettons dans notre cole les philosophes politiques1 et surtout les platoniciens1 parce qu'ils sont d'accord avec tous les lgislateurs sur nos trois principes fondamentaux3 existence d'une ,providence divine1 ncessit de modrer les passions et d'en faire des vertus humaines1 immortalit de l'me4 ,ces trois vrits philosophiques rpondent autant de faits historiques3 institution universelle des religions1 des mariages et des spultures4 ,toutes les nations ont attribu ces trois choses un caractre de saintet2 elles les ont appeles humanitatis commercia 7,tacite71 et par une expression plus sublime encore1 foedera generis humani4 ,la philologie1 science du rel1 science des faits historiques et des langues1 fournira les matriaux la science du vrai1 la philosophie4 ,mais le rel1 ouvrage de la libert de l'individu1 est incertain de sa nature4 ,quel sera le criterium1 au moyen duquel nous dcouvrirons dans sa mobilit le caractre immuable du vrai8444 le sens commun1 c'est--dire le jugement irrflchi d'une classe d'homme1 d'un peuple1 de l'humanit2 l'accord gnral du sens commun des peuples constitue la sagesse du genre humain4 ,le sens commun1 la sagesse vulgaire1 est la rgle que ,dieu a donne au monde social4 ,cette sagesse est une sous la double forme des actions et des langues1 quelque varies qu'elles puissent tre par l'influence des causes locales1 et son unit leur imprime un caractre analogue chez les peuples les plus isols4 ,ce caractre est surtout sensible dans tout ce qui touche le droit naturel4 ,interrogez tous les peuples sur les ides qu'ils se font des rapports sociaux1 vous verrez qu'ils les comprennent tous de mme sous des expressions diverses2 on le voit dans les proverbes qui sont les maximes de la sagesse vulgaire4 ,n'essayons pas d'expliquer cette uniformit du droit naturel en supposant qu'un peuple l'a communiqu tous les autres4 ,partout il est indigne1 partout il a t fond par la ,providence dans les moeurs des nations4 ,cette identit de la pense humaine1 reconnue dans les actions et dans le langage1 rsout le grand problme de la sociabilit de l'homme1 qui a tant embarrass les philosophes2 et si l'on ne trouvait point le noeud dli1 nous pourrions le trancher d'un mot3 ,nulle chose ne reste long-temps hors de son tat naturel2 l'homme est sociable1 puisqu'il reste en socit4 ,dans le dveloppement de la socit humaine1 dans la marche de la civilisation1 on peut distinguer trois ges1 trois priodes2 ge divin ou thocratique1 ge hroque1 ge humain ou civilis4 cette division rpond celle des temps obscur1 fabuleux1 historique4 ,c'est surtout dans l'histoire des langues que l'exactitude de cette classification est manifeste4 ,celle que nous parlons a d tre prcde par une langue mtaphorique et potique et celle-ci par une langue hiroglyphique ou sacre4 ,nous nous occuperons principalement des deux premires priodes4 ,les causes de cette civilisation dont nous sommes si fiers1 doivent tre recherches dans les ges que nous nommons barbares1 et qu'il serait mieux d'appeler religieux et potiques2 toute la sagesse du genre humain y tait dj1 dans son bauche et dans son germe4 ,mais lorsque nous essayons de remonter vers des temps si loin de nous1 que de difficults nous arrtent6 ,la plupart des monumens ont pri1 et ceux mmes qui nous restent ont t altrs1 dnaturs par les prjugs des ges suivans4 ,ne pouvant expliquer les origines de la socit1 et ne se rsignant point les ignorer1 on s'est reprsent la barbarie antique d'aprs la civilisation moderne4 ,les vanits nationales ont t soutenues par la vanit des savans qui mettent leur gloire reculer l'origine de leurs sciences favorites4 ,frapp de l'heureux instinct qui guida les premiers hommes1 on s'est exagr leurs lumires1 et on leur a fait honneur d'une sagesse qui tait celle de ,dieu4 ,pour nous1 persuads qu'en toute chose les commencements sont simples et grossiers1 nous regarderons les ,zoroastre1 les ,herms et les ,orphes moins comme les auteurs que comme les produits et les rsultats de la civilisation antique1 et nous rapporterons l'origine de la socit paenne au sens commun qui rapprocha les uns des autres les hommes encore stupides des premiers ges4 ,les fondateurs de la socit sont pour nous ces cyclopes dont parle ,homre1 ces gants par lesquels commence l'histoire profane aussi bien que l'histoire sacre4 ,aprs le dluge1 les premiers hommes1 except les patriarches anctres du peuple de ,dieu1 durent revenir la vie sauvage1 et par l'effet de l'ducation la plus dure1 reprirent la taille gigantesque des hommes ant-diluviens4 7,nudi ac sordidi in hos artus1 in hc corpora1 qu miramur1 excrescunt4 ,,taciti ,germania47 ,ils s'taient disperss dans la vaste fort qui couvrait la terre1 tout entiers aux besoins physiques1 farouches1 sans loi1 sans ,dieu4 ,en vain la nature les environnait de merveilles2 plus les phnomnes taient rguliers1 et par consquent dignes d'admiration1 plus l'habitude les leur rendait indiffrents4 ,qui pouvait dire comment s'veillerait la pense humaine8444 ,mais le tonnerre s'est fait entendre1 ses terribles effets sont remarqus2 les gants effrays reconnaissent la premire fois une puissance suprieure1 et la nomment ,jupiter2 ainsi dans les traditions de tous les peuples1 ,jupiter terrasse les gants4 ,c'est l'origine de l'idoltrie1 fille de la crdulit1 et non de l'imposture1 comme on l'a tant rpt4 ,l'idoltrie fut ncessaire au monde1 sous le rapport social3 quelle autre puissance que celle d'une religion pleine de terreurs1 aurait dompt le stupide orgueil de la force1 qui jusque-l isolait les individus8--sous le rapport religieux3 ne fallait--il pas que l'homme passt par cette religion des sens1 pour arriver celle de la raison1 et de celle-ci la religion de la foi8 ,mais comment expliquer ce premier pas de l'esprit humain1 ce passage critiqu de la brutalit l'humanit8 ,comment dans un tat de civilisation aussi avanc que le ntre1 lorsque les esprits ont acquis par l'usage des langues1 de l'criture et du calcul1 une habitude invincible d'abstraction1 nous replacer dans l'imagination de ces premiers hommes plongs tout entiers dans les sens1 et comme ensevelis dans la matire8 ,il nous reste heureusement sur l'enfance de l'espce et sur ses premiers dveloppemens le plus certain1 le plus naf de tous les tmoignages3 c'est l'enfance de l'individu4 ,l'enfant admire tout1 parce qu'il ignore tout4 ,plein de mmoire1 imitateur au plus haut degr1 son imagination est puissante en proportion de son incapacit d'abstraire4 ,il juge de tout d'aprs lui-mme1 et suppose la volont partout o il voit le mouvement4 ,tels furent les premiers hommes4 ,ils firent de toute la nature un vaste corps anim1 passionn comme eux4 ,ils parlaient souvent par signes2 ils pensrent que les clairs et la foudre taient les signes de cet tre terrible4 ,de nouvelles observations multiplirent les signes de ,jupiter1 et leur runion composa une langue mystrieuse1 par laquelle il daignait faire connatre aux hommes ses volonts4 ,l'intelligence de cette langue devint une science1 sous les noms de divination1 thologie mystique1 mythologie1 muse4 ,peu--peu tous les phnomnes de la nature1 tous les rapports de la nature l'homme1 ou des hommes entre eux devinrent autant de divinits4 ,prter la vie aux tres inanims1 prter un corps aux choses immatrielles1 composer des tres qui n'existent compltement dans aucune ralit1 voil la triple cration du monde fantastique de l'idoltrie4 ,dieu dans sa pure intelligence1 cre les tres par cela qu'il les connat2 les premiers hommes1 puissans de leur ignorance1 craient leur manire par la force d'une imagination1 si je puis le dire1 toute matrielle4 ,pote veut dire crateur2 ils taient donc potes1 et telle fut la sublimit de leurs conceptions qu'ils s'en pouvantrent eux-mmes1 et tombrent tremblans devant leur ouvrage4 7,fingunt simul creduntque4 ,,tacite47 ,c'est pour cette posie divine qui crait et expliquait le monde invisible1 qu'on inventa le nom de sagesse1 revendiqu ensuite par la philosophie4 ,en effet la posie tait dj pour les premiers ges une philosophie sans abstraction1 toute d'imagination et de sentiment4 ,ce que les philosophes comprirent dans la suite1 les potes l'avaient senti2 et si1 comme le dit l'cole1 rien n'est dans l'intelligence qui n'ait t dans le sens1 les potes furent le sens du genre humain1 les philosophes en furent l'intelligence4#f ,note #f3 ,philosophie est une posie sophistique4 ,,montaigne2 ,,iii v41 p4 #baf dit4 ,lefebvre4 ,les signes par lesquels les hommes commencrent exprimer leurs penses1 furent les objets mmes qu'ils avaient diviniss4 ,pour dire la mer1 ils la montraient de la main2 plus tard ils dirent ,neptune4 ,c'est la langue des dieux dont parle ,homre4 ,les noms des trente mille dieux latins recueillis par ,varron1 ceux des ,grecs non moins nombreux1 formaient le vocabulaire divin de ces deux peuples4 ,originairement la langue divine ne pouvant se parler que par actions1 presque toute action tait consacre2 la vie n'tait pour ainsi dire qu'une suite d'actes muets de religion4 ,de l restrent dans la jurisprudence romaine1 les acta legitima1 cette pantomime qui accompagnait toutes les transactions civiles4 ,les hiroglyphes furent l'criture propre cette langue imparfaite1 loin qu'ils aient t invents par les philosophes pour y cacher les mystres d'une sagesse profonde4 ,toutes les nations barbares ont t forces de commencer ainsi1 en attendant qu'elles se formassent un meilleur systme de langage et d'criture4 ,cette langue muette convenait un ge o dominaient les religions2 elles veulent tre respectes1 plutt que raisonnes4 ,dans l'ge hroque1 la langue divine subsistait encore1 la langue humaine ou articule commenait2 mais cet ge en eut de plus une qui lui fut propre2 je parle des emblmes1 des devises1 nouveau genre de signes qui n'ont qu'un rapport indirect la pense4 ,c'est cette langue que parlent les armes des hros2 elle est reste celle de la discipline militaire4 ,transporte dans la langue articule1 elle dut donner naissance aux comparaisons1 aux mtaphores1 etc4 ,en gnral la mtaphore fait le fond des langues4 ,le premier principe qui doit nous guider dans la recherche des tymologies1 c'est que la marche des ides correspond celle des choses4 ,or les degrs de la civilisation peuvent tre ainsi indiqus3 ,forts1 cabanes1 villages1 cits ou socits de citoyens1 acadmies ou socits de savans2 les hommes habitent d'abord les montagnes1 ensuite les plaines1 enfin les rivages4 ,les ides1 et les perfectionnemens du langage ont d suivre cet ordre4 ,ce principe tymologique suffit pour les langues indignes1 pour celles des pays barbares qui restent impntrables aux trangers1 jusqu' ce qu'ils leur soient ouverts par la guerre ou par le commerce4 ,il montre combien les philologues ont eu tort d'tablir que la signification des langues est arbitraire4 ,leur origine fut naturelle1 leur signification doit tre fonde en nature4 ,on peut l'observer dans le latin1 langue plus hroque1 moins raffine que le grec2 tous les mots y sont tirs par figures d'objets agrestes et sauvages4 ,la langue hroque employa pour noms communs des noms propres ou des noms de peuples4 ,les anciens ,romains disaient un ,tarentin pour un homme parfum4 ,tous les peuples de l'antiquit dirent un ,hercule pour un hros4 ,cette cration des caractres idaux qui semblerait l'effort d'un art ingnieux1 fut une ncessit pour l'esprit humain4 ,voyez l'enfant2 les noms des premires personnes1 des premires choses qu'il a vues1 il les donne toutes celles en qui il remarque quelqu'analogie4 ,de mme les premiers hommes1 incapables de former l'ide abstraite du pote1 du hros1 nommrent tous les hros du nom du premier hros1 tous les potes1 etc4 ,par un effet de notre amour instinctif de l'uniformit1 ils ajoutrent ces premires ides des fictions singulirement en harmonie avec les ralits1 et peu--peu les noms de hros1 de pote1 qui d'abord dsignaient tel individu1 comprirent tous les caractres de perfection qui pouvaient entrer dans le type idal de l'hrosme1 de la posie4 ,le vrai potique1 rsultat de cette double opration1 fut plus vrai que le vrai rel2 quel hros de l'histoire remplira le caractre hroque aussi bien que l',achille de l',iliade8 ,cette tendance des hommes placer des types idaux sous des noms propres1 a rempli de difficults et de contradictions apparentes les commencemens de l'histoire4 ,ces types ont t pris pour des individus4 ,ainsi toutes les dcouvertes des anciens gyptiens appartiennent un ,herms2 la premire constitution de ,rome1 mme dans cette partie morale qui semble le produit des habitudes1 sort tout arme de la tte de ,romulus2 tous les exploits1 tous les travaux de la ,grce hroque composent la vie d',hercule2 ,homre enfin nous apparat seul sur le passage des temps hroques ceux de l'histoire1 comme le reprsentant d'une civilisation tout entire4 ,par un privilge admirable1 ces hommes prodigieux ne sont pas lentement enfants par le temps et par les circonstances2 ils naissent d'eux-mmes1 et ils semblent crer leur sicle et leur patrie4 ,comment s'tonner que l'antiquit en ait fait des dieux8 ,considrez les noms d',herms1 de ,romulus1 d',hercule et d',homre1 comme les expressions de tel caractre national telle poque1 comme dsignant les types de l'esprit inventif chez les gyptiens1 de la socit romaine dans son origine1 de l'hrosme grec1 de la posie populaire des premiers ges chez la mme nation1 les difficults disparaissent1 les contradictions s'expliquent2 une clart immense luit dans la tnbreuse antiquit4 ,prenons ,homre1 et voyons comment toutes les invraisemblances de sa vie et de son caractre deviennent1 par cette interprtation1 des convenances1 des ncessits4 ,pourquoi tous les peuples grecs se sont-ils disput sa naissance1 l'ont-ils revendiqu pour citoyen8 c'est que chaque tribu retrouvait en lui son caractre1 c'est que la ,grce s'y reconnaissait1 c'est qu'elle tait elle-mme ,homre4--,pourquoi des opinions si diverses sur le temps o il vcut8 c'est qu'il vcut en effet pendant les cinq sicles qui suivirent la guerre de ,troie1 dans la bouche et dans la mmoire des hommes4--,jeune1 il composa l',iliade4444 ,la ,grce1 jeune alors1 toute ardente de passions sublimes1 violentes1 mais gnreuses1 fit son hros d',achille1 le hros de la force4 ,dans sa vieillesse1 il composa l',odysse444 ,la ,grce plus mre1 conut long-temps aprs le caractre d',ulysse1 le hros de la sagesse4--,homre fut pauvre et aveugle4444 dans la personne des rapsodes1 qui recueillaient les chants populaires1 et les allaient rptant de ville en ville1 tantt sur les places publiques1 tantt dans les ftes des dieux4 ,alors comme aujourd'hui les aveugles devaient mener le plus souvent cette vie mendiante et vagabonde2 d'ailleurs la supriorit de leur mmoire les rendait plus capables de retenir tant de milliers de vers4 ,homre n'tant plus un homme1 mais dsignant l'ensemble des chants improviss par tout le peuple et recueillis par les rapsodes1 se trouve justifi de tous les reproches qu'on lui a faits1 et de la bassesse d'images1 et des licences1 et du mlange des dialectes4 ,qui pourrait s'tonner encore qu'il ait lev les hommes la grandeur des dieux1 et rabaiss les dieux aux faiblesses humaines8 le vulgaire ne fait-il pas les dieux a son image8 ,le gnie d',homre s'explique aussi sans peine2 l'incomparable puissance d'invention qu'on admire dans ses caractres1 l'originalit sauvage de ses comparaisons1 la vivacit de ses peintures de morts et de batailles1 son pathtique sublime1 tout cela n'est pas le gnie d'un homme1 c'est celui de l'ge hroque4 ,quelle force de jeunesse n'ont pas alors l'imagination1 la mmoire1 et les passions qui inspirent la posie8 ,les trois principaux titres d',homre sont dsormais mieux motivs3 c'est bien le fondateur de la civilisation en ,grce1 le pre des potes1 la source de toutes les philosophies grecques4 ,le dernier titre mrite une explication3 les philosophes ne tirrent point leurs systmes d',homre1 quoiqu'ils cherchassent les autoriser de ses fables2 mais ils y trouvrent rellement une occasion de recherches1 et une facilit de plus pour exposer et populariser leurs doctrines4 ,cependant on peut insister3 en supposant qu'un peuple entier ait t pote1 comment put-il inventer les artifices du style1 ces pisodes1 ces tours heureux1 ce nombre potique44448 et comment et-il pu ne pas les inventer8 les tours ne vinrent que de la difficult de s'exprimer2 les pisodes de l'inhabilet qui ne sait pas distinguer et carter les choses qui ne vont pas au but4 ,quant au nombre musical et potique1 il est naturel l'homme2 les bgues s'essaient parler en chantant2 dans la passion1 la voix s'altre et approche du chant4 ,partout les vers prcdrent la prose4 ,passer de la posie la prose1 c'tait abstraire et gnraliser2 car le langage de la premire est tout concret1 tout particulier4 ,la posie elle-mme1 quoiqu'elle sortt alors de l'usage vulgaire1 reut aussi les expressions gnrales2 aux noms propres1 qui1 dans l'indigence des langues1 lui avaient servi dsigner les caractres1 elle substitua des noms imaginaires1 et conut des caractres purement idaux2 ce fut l le commencement de son troisime ge1 de l'ge humain de la posie4 99 99 99 ,l'origine de la religion1 de la posie et des langues tant dcouverte1 nous connaissons celle de la socit paenne4 ,les pomes d',homre en sont le principal monument4 ,joignez-y l'histoire des premiers sicles de ,rome1 qui nous prsente le meilleur commentaire de l'histoire fabuleuse des ,grecs2 en effet ,rome ayant t fonde lorsque les langues vulgaires du ,latium avaient fait de grands progrs1 l'hrosme romain jeune encore1 au milieu de peuples dj mrs1 s'exprima en langue vulgaire1 tandis que celui des ,grecs s'tait exprim en langue hroque4 ,le commencement de la religion fut celui de la socit4 ,les gans1 effrays par la foudre qui leur rvle une puissance suprieure1 se rfugient dans les cavernes4 ,l'tat bestial finit avec leurs courses vagabondes2 ils s'assurent d'un asile rgulier1 ils y retiennent une compagne par la force1 et la famille a commenc4 ,les premiers pres de famille sont les premiers prtres2 et comme la religion compose encore toute la sagesse1 les premiers sages2 matres absolus de leur famille1 ils sont aussi les premiers rois2 de l le nom de patriarches 7pres et princes74 ,dans une si grande barbarie1 leur joug ne peut tre que dur et cruel2 le ,polyphme d',homre est aux yeux de ,platon l'image des premiers pres de famille4 ,il faut bien qu'il en soit ainsi pour que les hommes dompts par le gouvernement de la famille se trouvent prpars obir aux lois du gouvernement civil qui va succder4 ,mais ces rois absolus de la famille sont eux-mmes soumis aux puissances divines1 dont ils interprtent les ordres leurs femmes et leurs enfans2 et comme alors il n'y a point d'action qui ne soit soumise un ,dieu1 le gouvernement est en effet thocratique4 ,voil l'ge d'or1 tant clbr par les potes1 l'ge o les dieux rgnent sur la terre4 ,toute la vertu de cet ge1 c'est une superstition barbare qui sert pourtant contenir les hommes1 malgr leur brutalit et leur orgueil farouche4 ,quelque horreur que nous inspirent ces religions sanguinaires1 n'oublions pas que c'est sous leur influence que se sont formes les plus illustres socits du monde2 l'athisme n'a rien fond4 ,bientt la famille ne se composa pas seulement des individus lis par le sang4 ,les malheureux qui taient rests dans la promiscuit des biens et des femmes1 et dans les querelles qu'elle produisait1 voulant chapper aux insultes des violens1 recoururent aux autels des forts1 situs sur les hauteurs4 ,ces autels furent les premiers asyles1 vetus urbes condentium consilium1 dit ,tite-,live4 ,les forts tuaient les violens et protgeaient les rfugis4 ,issus de ,jupiter1 c'est--dire1 ns sous ses auspices1 ils taient hros par la naissance et par la vertu4 ,ainsi se forma le caractre idal de l',hercule antique2 les hros taient hraclides1 enfans d',hercule1 comme les sages taient appels enfans de la sagesse1 etc4 ,les nouveaux venus1 conduits dans la socit par l'intrt1 non par la religion1 ne partagrent pas les prrogatives des hros1 particulirement celle du mariage solennel4 ,ils avaient t reus condition de servir leurs dfenseurs comme esclaves2 mais1 devenus nombreux1 ils s'indignrent de leur abaissement1 et demandrent une part dans ces terres qu'ils cultivaient4 ,partout o les hros furent vaincus1 ils leur cdrent des terres qui devaient toujours relever d'eux2 ce fut la premire loi agraire1 et l'origine des clientelles et des fiefs4 ,ainsi s'organisa la cit3 les pres de famille formrent une classe de nobles1 de patriciens1 conservant le triple caractre de rois de leur maison1 de prtres et de sages1 c'est--dire1 de dpositaires des auspices4 ,les rfugis composrent une classe de plbiens1 compagnons1 cliens1 vassaux1 sans autre droit que la jouissance des terres1 qu'ils tenaient des nobles4 ,les cits hroques furent toutes gouvernes aristocratiquement2 les rois des familles soumirent leur empire domestique celui de leur ordre4 ,les principaux de l'ordre hroque furent appels rois de la cit1 et administrrent les affaires communes1 en ce qui touchait la guerre et la religion4 ,ces petites socits taient essentiellement guerrires 7,grec3 polis1 polimos74 tranger 7hostis71 dans leur langage1 est synonyme d'ennemi4 ,les hros s'honoraient du nom de brigands 7,voy4 ,thucydide71 et exeraient en effet le brigandage ou la piraterie4 l'intrieur1 les cits hroques n'taient pas plus tranquilles4 ,les anciens nobles1 dit ,aristote 7,politique71 juraient une ternelle inimiti aux plbiens4 ,l'histoire romaine nous le confirme3 les plbiens combattaient pour l'intrt des nobles1 leurs propres dpens1 et ceux-ci les ruinaient par l'usure1 les enfermaient dans leurs cachots particuliers1 les dchiraient de coups de fouets4 ,mais l'amour de l'honneur1 qui entretient dans les rpubliques aristocratiques cette violente rivalit des ordres1 cause en rcompense dans la guerre une gnreuse mulation4 ,les nobles se dvouent au salut de la patrie1 auquel tiennent tous les privilges de leur ordre2 les plbiens1 par des exploits signals1 cherchent se montrer dignes de partager les privilges des nobles4 ,ces querelles1 qui tendent tablir l'galit1 sont le plus puissant moyen d'agrandir les rpubliques4 99 99 99 ,pour complter ce tableau des ges divin et hroque1 nous rapprocherons l'histoire du droit civil de celle du droit politique4 ,dans la premire1 nous retrouvons toutes les vicissitudes de la seconde4 ,si les gouvernemens rsultent des moeurs1 la jurisprudence varie selon la forme du gouvernement4 ,c'est ce que n'ont vu ni les historiens1 ni les jurisconsultes2 ils nous expliquent les lois1 nous en rappellent l'institution sans en marquer les rapports avec les rvolutions politiques2 ainsi ils nous prsentent les faits isols de leurs causes4 ,demandez-leur pourquoi la jurisprudence antique des ,romains fut entoure de tant de solennits1 de tant de mystres2 ils ne savent qu'accuser l'imposture des patriciens4 ,au premier ge1 le droit et la raison1 c'est ce qui est ordonn d'en haut1 c'est ce que les dieux ont rvl par les auspices1 par les oracles et autres signes matriels4 ,le droit est fond sur une autorit divine4 ,demander la moindre explication serait un blasphme4 ,admirons la ,providence qui permit qu' une poque o les hommes taient incapables de discerner le droit1 la raison vritable1 ils trouvassent dans leur erreur un principe d'ordre et de conduite4 ,la jurisprudence1 la science de ce droit divin1 ne pouvait tre que la connaissance des rites religieux2 la justice tait tout entire dans l'observation de certaines pratiques1 de certaines crmonies4 ,de l le respect superstitieux des ,romains pour les acta legitima2 chez eux1 les noces1 le testament taient dits justa1 lorsque les crmonies requises avaient t accomplies4 ,le premier tribunal fut celui des dieux2 c'est eux qu'en appelaient ceux qui recevaient quelque tort1 ce sont eux qu'ils invoquaient comme tmoins et comme juges4 ,quand les jugemens de la religion se rgularisrent1 les coupables furent dvous1 anathmatiss2 sur cette sentence1 ils devaient tre mis mort4 ,on la prononait contre un peuple aussi bien que contre un individu2 les guerres 7pura et pia bella7 taient des jugemens de ,dieu4 ,elles avaient toutes un caractre de religion2 les hrauts qui les dclaraient1 dvouaient les ennemis1 et appelaient leurs dieux hors de leurs murs2 les vaincus taient considrs comme sans dieux2 les rois trans derrire le char des triomphateurs romains taient offerts au ,capitole ,jupiter ,frtrien1 et del immols4 ,les duels furent encore une espce de jugement des dieux4 ,les rpubliques anciennes1 dit ,aristote dans sa ,politique1 n'avaient pas de lois judiciaires pour punir les crimes et rprimer la violence4 ,le duel offrait seul un moyen d'empcher que les guerres individuelles ne s'ternisassent4 ,les hommes1 ne pouvant distinguer la cause rellement juste1 croyaient juste celle que favorisaient les dieux4 ,le droit hroque fut celui de la force4 ,la violence des hros ne connaissait qu'un seul frein3 le respect de la parole4 ,une fois prononce1 la parole tait pour eux sainte comme la religion1 immuable comme le pass 7fas1 fatum1 de fari74 ,aux actes religieux qui composaient seuls toute la justice de l'ge divin1 et qu'on pourrait appeler formules d'actions1 succdrent des formules parles4 ,les secondes hritrent du respect qu'on avait eu pour les premires1 et la superstition de ces formules fut inflexible1 impitoyable3 ,uti lingu nuncupassit1 ita jus esto 7douze tables73 ,agamemnon a prononc qu'il immolerait sa fille2 il faut qu'il l'immole4 ,ne crions pas comme ,lucrce1 tantum relligio potuit suadere malorum6444 ,il fallait cette horrible fidlit la parole dans ces temps de violence2 la faiblesse soumise la force avait craindre de moins ses caprices4--,l'quit de cet ge n'est donc pas l'quit naturelle1 mais l'quit civile2 elle est dans la jurisprudence ce que la raison d'tat est en politique1 un principe d'utilit1 de conservation pour la socit4 ,la sagesse consiste alors dans un usage habile des paroles1 dans l'application prcise1 dans l'appropriation du langage un but d'intrt4 ,c'est l la sagesse d',ulysse2 c'est celle des anciens jurisconsultes romains avec leur fameux cavere4 ,rpondre sur le droit1 ce n'tait pour eux autre chose que prcautionner les consultans1 et les prparer circonstancier devant les tribunaux le cas contest1 de manire que les formules d'actions s'y rapportassent de point en point1 et que le prteur ne pt refuser de les appliquer4--,imites des formules religieuses1 les formules lgales de l'ge hroque furent enveloppes des mmes mystres3 le secret1 l'attachement aux choses tablies sont l'me des rpubliques aristocratiques4 ,les formules religieuses1 tant toutes en action1 n'avaient rien de gnral2 les formules lgales dans leurs commencemens n'ont rapport qu' un fait1 un individu2 ce sont de simples exemples d'aprs lesquels on juge ensuite les faits analogues4 ,la loi1 toute particulire encore1 n'a pour elle que l'autorit 7dura est1 sed scripta est72 elle n'est pas encore fonde en principe1 en vrit4 ,jusque-l1 il n'y a qu'un droit civil2 avec l'ge humain commence le droit naturel1 le droit de l'humanit raisonnable4 ,la justice de ce dernier ge considre le mrite des faits et des personnes2 une justice aveugle serait faussement impartiale2 son galit apparente serait en effet ingalit4 ,les exceptions1 les privilges sont souvent demands par l'quit naturelle2 aussi les gouvernemens humains savent faire plier la loi dans l'intrt de l'galit mme4 mesure que les dmocraties et les monarchies remplacent les aristocraties hroques1 l'importance de la loi civile domine de plus en plus celle de la loi politique4 ,dans celles-ci tous les intrts privs des citoyens taient renferms dans les intrts publics2 sous les gouvernemens humains1 et surtout sous les monarchies1 les intrts publics n'occupent les esprits qu' propos des intrts privs2 d'ailleurs les moeurs s'adoucissant1 les affections particulires en prennent d'autant plus de force1 et remplacent le patriotisme4 ,sous les gouvernemens humains1 l'galit que la nature a mise entre les hommes en leur donnant l'intelligence1 caractre essentiel de l'humanit1 est consacre dans l'galit civile et politique4 ,les citoyens sont ds-lors gaux1 d'abord comme souverains de la cit1 ensuite comme sujets d'un monarque qui1 distingu seul entre tous1 leur dicte les mmes lois4 ,dans les rpubliques populaires bien ordonnes1 la seule ingalit qui subsiste est dtermine par le cens3 ,dieu veut qu'il en soit ainsi1 pour donner l'avantage l'conomie sur la prodigalit1 l'industrie et la prvoyance sur l'indolence et la paresse4--,le peuple pris en gnral veut la justice2 lorsqu'il entre ainsi dans le gouvernement1 il fait des lois justes1 c'est--dire gnralement bonnes4 ,mais peu--peu les tats populaires se corrompent4 ,les riches ne considrent plus leur fortune comme un moyen de supriorit lgale1 mais comme un instrument de tyrannie2 le peuple qui sous les gouvernemens hroques ne rclamait que l'galit1 veut maintenant dominer son tour2 il ne manque pas de chefs ambitieux qui lui prsentent des lois populaires1 des lois qui tendent enrichir les pauvres4 ,les querelles ne sont plus lgales2 elles se dcident par la force4 ,de l des guerres civiles au-dedans1 des guerres injustes au-dehors4 ,les puissans s'lvent dans le dsordre2 et l'anarchie1 la pire des tyrannies1 force le peuple de se rfugier dans la domination d'un seul4 ,ainsi le besoin de l'ordre et de la scurit fonde les monarchies4 ,voil la loi royale 7pour parler comme les jurisconsultes7 par laquelle ,tacite lgitime la monarchie romaine sous ,auguste3 ,qui cuncta discordiis fessa sub imperium unius accepit4 ,fondes sur la protection des faibles1 les monarchies doivent tre gouvernes d'une manire populaire4 ,le prince tablit l'galit1 au moins dans l'obissance2 il humilie les grands1 et leur abaissement est dj une libert pour les petits4 ,revtu d'un pouvoir sans bornes1 il consulte non la loi1 mais l'quit naturelle4 ,aussi la monarchie est-elle le gouvernement le plus conforme la nature1 dans les temps de la civilisation la plus avance4 ,les monarques se glorifient du titre de clmens1 et rendent les peines moins svres2 ils diminuent cette terrible puissance paternelle des premiers ges4 ,la bienveillance de la loi descend jusqu'aux esclaves2 les ennemis mme sont mieux traits1 les vaincus conservent des droits4 ,celui de citoyen1 dont les rpubliques taient si avares1 est prodigu2 et le pieux ,antonin veut1 selon le mot d',alexandre1 que le monde soit une seule cit4 99 99 99 ,voil toute la vie politique et civile des nations1 tant qu'elles conservent leur indpendance4 ,elles passent successivement sous trois gouvernemens4 ,la lgislation divine fonde la monarchie domestique1 et commence l'humanit2 la lgislation hroque ou aristocratique forme la cit1 et limite les abus de la force2 la lgislation populaire consacre dans la socit l'galit naturelle2 la monarchie enfin doit arrter l'anarchie1 et la corruption publique qui l'a produite4 ,quand ce remde est impuissant1 il en vient invitablement du dehors un autre plus efficace4 ,le peuple corrompu tait esclave de ses passions effrnes2 il devient esclave d'une nation meilleure qui le soumet par les armes1 et le sauve en le soumettant4 ,car ce sont deux lois naturelles3 ,qui ne peut se gouverner1 obira1--et1 aux meilleurs l'empire du monde4 ,que si un peuple n'tait secouru dans ce misrable tat de dpravation ni par la monarchie ni par la conqute1 alors1 au dernier des maux1 il faudrait bien que la ,providence appliqut le dernier des remdes4 ,tous les individus de ce peuple se sont isols dans l'intrt priv2 on n'en trouvera pas deux qui s'accordent1 chacun suivant son plaisir ou son caprice4 ,cent fois plus barbares dans cette dernire priode de la civilisation qu'ils ne l'taient dans son enfance6 la premire barbarie tait de nature1 la seconde est de rflexion2 celle-l tait froce1 mais gnreuse2 un ennemi pouvait fuir ou se dfendre2 celle-ci1 non moins cruelle1 est lche et perfide2 c'est en embrassant qu'elle aime frapper4 ,aussi ne vous y trompez pas2 vous voyez une foule de corps1 mais si vous cherchez des mes humaines1 la solitude est profonde2 ce ne sont plus que des btes sauvages4 ,qu'elle prisse donc cette socit par la fureur des factions1 par l'acharnement dsespr des guerres civiles2 que les cits redeviennent forts1 que les forts soient encore le repaire des hommes1 et qu' force de sicles1 leur ingnieuse malice1 leur subtilit perverse disparaissent sous la rouille de la barbarie4 ,alors stupides1 abrutis1 insensibles aux raffinemens qui les avaient corrompus1 ils ne connaissent plus que les choses indispensables la vie2 peu nombreux1 le ncessaire ne leur manque pas2 ils sont de nouveau susceptibles de culture2 avec l'antique simplicit l'on verra bientt reparatre la pit1 la vracit1 la bonne foi1 sur lesquelles est fonde la justice1 et qui font toute la beaut de l'ordre ternel tabli par la ,providence4 99 99 99 ,c'est aprs ces purations svres que ,dieu renouvela la socit europenne sur les ruines de l'empire romain4 ,dirigeant les choses humaines dans le sens des dcrets ineffables de sa grce1 il avait tabli le christianisme en opposant la vertu des martyrs la puissance romaine1 les miracles et la doctrine des pres la vaine sagesse des ,grecs2 mais il fallait arrter les nouveaux ennemis qui menaaient de toutes parts la foi chrtienne et la civilisation1 au nord les ,goths ariens1 au midi les ,arabes mahomtans1 qui contestaient galement l'auteur de la religion son divin caractre4 ,on vit renatre l'ge divin et le gouvernement thocratique4 ,on vit les rois catholiques revtir les habits de diacre1 mettre la croix sur leurs armes1 sur leurs couronnes1 et fonder des ordres religieux et militaires pour combattre les infidles4 ,alors revinrent les guerres pieuses de l'antiquit 7pura et pia bella72 mmes crmonies pour les dclarer3 on appelait hors des murs d'une ville assige les saints1 protecteurs de l'ennemi2 et l'on cherchait drober leurs reliques4--,les jugemens divins reparurent sous le nom de purgations canoniques2 les duels en furent une espce1 quoique non reconnue par les canons4--,les brigandages et les reprsailles de l'antiquit1 la duret des servitudes hroques se renouvelrent1 surtout entre les infidles et les chrtiens4--,les asiles du monde ancien se rouvrirent chez les vques1 chez les abbs2 c'est le besoin de cette protection qui motive la plupart des constitutions de fiefs4 ,pourquoi tant de lieux escarps ou retirs portent-ils des noms de saints8 c'est que des chapelles y servaient d'asiles4--,l'ge muet des premiers temps du monde se reprsenta1 les vainqueurs et les vaincus ne s'entendaient point2 nulle criture en langue vulgaire4 ,les signes hiroglyphiques furent employs pour marquer les droits seigneuriaux sur les maisons et sur les tombeaux1 sur les troupeaux et sur les terres4 ,ainsi1 nous retrouvons au moyen ge la plupart des caractres observs dj dans la plus haute antiquit4 99 99 99 ,quand toutes les observations qui prcdent sur l'histoire du genre humain1 ne seraient point appuyes par le tmoignage des philosophes et des historiens1 des grammairiens et des jurisconsultes1 ne nous conduiraient-elles pas reconnatre dans ce monde la grande cit des nations fonde et gouverne par ,dieu mme8--,on lve jusqu'au ciel la sagesse lgislative des ,lycurgue1 des ,solon1 et des dcemvirs1 auxquels on rapporte la police tant clbre des trois plus glorieuses cits1 des plus signales par la vertu civile2 et pourtant combien ne sont-elles pas infrieures en grandeur et en dure la rpublique de l'univers6 ,le miracle de sa constitution1 c'est qu' chacune de ses rvolutions1 elle trouve dans la corruption mme de l'tat prcdent les lmens de la forme nouvelle qui peut la sauver4 ,il faut bien qu'il y ait l une sagesse au-dessus de l'homme4444 ,cette sagesse ne nous force pas par des lois positives1 mais elle se sert pour nous gouverner des usages que nous suivons librement4 ,rptons donc ici le premier principe de la ,science nouvelle3 les hommes ont fait eux-mmes le monde social1 tel qu'il est2 mais ce monde n'en est pas moins sorti d'une intelligence1 souvent contraire1 et toujours suprieure aux fins particulires que les hommes s'taient proposes4 ,ces fins d'une vue borne sont pour elle les moyens d'atteindre des fins plus grandes et plus lointaines4 ,ainsi les hommes isols encore veulent le plaisir brutal1 et il en rsulte la saintet des mariages et l'institution de la famille2--les pres de famille veulent abuser de leur pouvoir sur leurs serviteurs1 et la cit prend naissance2--l'ordre dominateur des nobles veut opprimer les plbiens1 et il subit la servitude de la loi1 qui fait la libert du peuple2--le peuple libre tend secouer le frein de la loi1 et il est assujti un monarque2--le monarque croit assurer son trne en dgradant ses sujets par la corruption1 et il ne fait que les prparer porter le joug d'un peuple plus vaillant2--enfin quand les nations cherchent se dtruire elles-mmes1 elles sont disperses dans les solitudes4444 et le phnix de la socit renat de ses cendres4 99 99 99 ,tel est l'expos bien incomplet sans doute de ce vaste systme2 nous l'abandonnons aux mditations de nos lecteurs4 ,il serait trop long de suivre ,vico dans les applications ingnieuses qu'il a faites de ses principes4 ,nous ajouterons seulement quelques mots pour faire connatre quel fut le sort de l'auteur et de l'ouvrage4 ,la ,science nouvelle eut quelque succs en ,italie1 et la premire dition fut puise en trois ans4 ,plusieurs grands personnages1 entre autres le pape ,clment ,,xii1 crivirent ,vico des lettres flatteuses4 ,des savans de ,venise qui voulaient rimprimer la ,science nouvelle dans cette ville1 lui persuadrent d'crire lui-mme sa vie pour qu'on l'insrt1 dans un ,recueil des ,vies des littrateurs les plus distingus de l',italie4 ,mais dans le reste de l',europe le grand ouvrage de ,vico ne produisit aucune sensation4 ,leclerc qui avait rendu compte du livre de uno universi juris principio dans la ,bibliothque universelle1 ne parla point de la ,science nouvelle4 ,le journal de ,trvoux en fit une simple mention4 ,le journal de ,leipsik insra un article calomnieux qui lui avait t envoy de ,naples4 ,employ frquemment par les vice-rois espagnols ou autrichiens composer des discours1 des vers1 des inscriptions pour les occasions solennelles1 ,vico n'en resta pas moins dans l'indigence o il tait n4 ,il ne supplait l'insuffisance des appointemens de la chaire de rhtorique qu'il occupait l'universit de ,naples1 qu'en donnant chez lui des leons de langue latine4 ,au moment mme o il achevait la ,science nouvelle1 il concourut pour une chaire de droit1 et il choua4 ,dans cette position pnible1 il faisait toute sa consolation du soin d'lever ses deux filles1 qu'il aimait beaucoup1 et dont l'ane russit dans la posie italienne4 ,c'tait1 dit l'diteur des opuscules de ,vico1 auquel un fils du grand homme a transmis ces dtails1 c'tait un spectacle touchant de voir le philosophe jouer avec ses filles aux heures que lui laissaient d'ennuyeux devoirs4 ,un ami qui le trouvait un jour avec elles1 ne put s'empcher de rpter ce passage du ,tasse3 ,c'est ,alcide qui1 la quenouille en main1 amuse de rcits fabuleux les filles de ,monie4 ,ce bonheur domestique tait lui-mme ml d'amertume4 ,un de ses enfans fut atteint d'une maladie longue et cruelle4 ,un autre devint par sa mauvaise conduite la honte de sa famille1 et ,vico fut oblig de demander qu'il ft enferm4 l'avnement de la maison de ,bourbon1 sa condition sembla s'amliorer1 il fut nomm historiographe du roi1 et obtint que son fils1 ,gennaro ,vico1 dont on connaissait le mrite et la probit1 lui succdt comme professeur2 mais ces faveurs venaient bien tard4 ,il languissait dj sous le poids de l'ge et des plus douloureuses infirmits4 ,enfin ses forces diminuant tous les jours1 il resta quatorze mois sans parler et sans reconnatre ses propres enfans4 ,il ne sortit de cet tat que pour s'apercevoir de sa mort prochaine1 et1 aprs avoir rempli le devoir d'un chrtien1 il expira en rcitant les psaumes de ,david1 le #bj janvier #agdd4 ,il avait #gf ans accomplis4 ,ne quittons point cet homme rare sans apprendre de lui-mme comment il supporta ses malheurs3 ,qu'elle soit jamais loue1 dit-il dans une lettre1 cette ,providence qui1 lors mme qu'elle semble nos faibles yeux une justice svre1 n'est qu'amour et que bont4 ,depuis que j'ai fait mon grand ouvrage1 je sens que j'ai revtu un nouvel homme4 ,je n'prouve plus la tentation de dclamer contre le mauvais got du sicle1 puisqu'en me repoussant de la place que je demandais1 il m'a donn l'occasion de composer la ,science nouvelle4 ,le dirai-je8 je me trompe peut-tre1 mais je voudrais bien ne pas me tromper3 la composition de cet ouvrage m'a anim d'un esprit hroque qui me met au-dessus de la crainte de la mort et des calomnies de mes rivaux4 ,je me sens assis sur une roche de diamant1 quand je songe au jugement de ,dieu qui fait justice au gnie par l'estime du sage64444 #agbf4 ,nous rapporterons encore1 quoi qu'il en cote1 les dernires lignes qui soient sorties de sa plume3 ,maintenant ,vico n'a plus rien esprer au monde4 ,accabl par l'ge et les fatigues1 us par les chagrins domestiques1 tourment de douleurs convulsives dans les cuisses et dans les jambes1 en proie un mal rongeur qui lui a dj dvor une partie considrable de la tte1 il a renonc entirement aux tudes1 et a envoy au pre ,louis-,dominique1 si recommandable par sa bont et par son talent dans la posie lgiaque1 le manuscrit des notes sur la premire dition de la ,science nouvelle1 avec l'inscription suivante3 ,,au ,,tibulle ,,chr,,tien ,,au ,p,,re ,,louis ,,dominique ,,jean ,,baptiste ,,vico ,,poursuivi ,,et ,,battu ,,par ,,les ,,orages ,,continuels ,d',,une ,,fortune ,,ennemie ,,envoie ,,ces ,d,,bris ,,infortun,s ,,de ,,la ,,science ,,nouvelle ,,puissent ,,ils ,,trouver ,,chez ,,lui ,,un ,,port ,,un ,,lieu ,,de ,,repos ,aprs avoir rappel les obstacles1 les contradictions qu'il rencontra1 il ajoute ce qui suit3 ,vico bnissait ces adversits qui le ramenaient ses tudes4 ,retir dans sa solitude comme dans un fort inexpugnable1 il mditait1 il crivait quelque nouvel ouvrage1 et tirait une noble vengeance de ses dtracteurs4 ,c'est ainsi qu'il en vint trouver la ,science nouvelle4444 ,depuis ce moment il crut n'avoir rien envier ce ,socrate1 dont ,phdre disait3 ,l'envie le condamna vivant1 mais sa cendre est absoute4 ,que l'on m'assure sa gloire1 et je ne refuse point sa mort6#g ,note #g3 ,cujus non fugio mortem1 si famam assequar1 ,et cedo invidi1 dum modo absolvar cinis4 ,,appendice ,,du ,,discours4 ,cet appendice renferme la vie de ,vico1 la liste de tous ses ouvrages et celle des auteurs qui l'ont imit1 attaqu1 ou simplement mentionn2 enfin l'indication des principaux ouvrages qui ont t crits sur la philosophie de l'histoire4 ,nous ne rpterons pas ici les dtails relatifs la vie de ,vico1 que nous avons dj donns au commencement et la fin du discours4 ,vico naquit en #affh1 et non en #afgj1 comme on le lit dans sa ,vie crite par lui-mme4 ,l'diteur de ses ,opuscules a rectifi cette date d'aprs les registres de naissance4 l'ge de sept ans1 il perdit beaucoup de sang par suite d'une chute1 et le chirurgien dcida qu'il mourrait ou resterait imbcille2 la prdiction ne fut point vrifie4 ,cet accident ne fit qu'altrer son humeur1 et le rendit mlancolique et ardent1 caractre ordinaire des hommes qui unissent la vivacit d'esprit et la profondeur4 ,aprs avoir fait ses humanits et surpass ses matres1 il se livra avec ardeur la dialectique2 mais les subtilits de la scholastique le rebutrent3 il faillit perdre l'esprit1 et demeura dcourag pour dix-huit mois4 ,un jour qu'il tait entr par hasard dans une cole de droit1 le professeur louait un clbre jurisconsulte2 ce moment dcida de sa vie44444 ,ds ces premires tudes1 ,vico tait charm en lisant les maximes dans lesquelles les interprtes anciens ont rsum et gnralis les motifs particuliers du lgislateur4 ,il aimait aussi observer le soin avec lequel les jurisconsultes psent les termes des lois qu'ils expliquent4 ,il vit ds-lors dans les interprtes anciens les philosophes de l'quit naturelle2 dans les interprtes rudits les historiens du droit romain3 double prsage de ses recherches sur le principe d'un droit universel1 et du bonheur avec lequel il devait clairer l'tude de la jurisprudence romaine par celle de la langue latine4 ,il nous a fait connatre la marche de ses tudes pendant les neuf annes qui suivirent cette poque4 ,ce n'est point ici un de ces romans o les philosophes exposent leurs ides dans une forme historique2 la route de ,vico est trop sinueuse pour qu'on puisse la supposer trace d'avance4 ,d'abord la ncessit d'embrasser toute la science qu'il enseignait1 l'obligea de s'occuper du droit canonique4 ,pour mieux comprendre ce droit1 il entra dans l'tude du dogme2 cette tude devait le conduire plus tard chercher un principe du droit naturel qui pt expliquer les origines historiques du droit romain et en gnral du droit des nations paennes1 et qui1 sous le rapport moral1 n'en ft pas moins conforme la saine doctrine de la ,grce4 ,vers le mme temps1 la lecture de ,laurent ,valla1 qui accuse de peu d'lgance les jurisconsultes romains1 celle d'un autre critique qui comparait la versification savante de ,virgile avec celle des modernes1 le dterminrent se livrer l'tude de la littrature latine qu'il associa celle de l'italienne4 ,il lisait alternativement ,cicron et ,boccace1 ,dante et ,virgile1 ,horace et ,ptrarque4 ,chaque ouvrage tait lu trois fois2 la premire pour en saisir l'unit1 la seconde pour en observer la suite et pour tudier l'artifice de la composition1 la troisime pour en noter les expressions remarquables1 ce qu'il faisait sur le livre mme4 ,lisant ensuite1 dans l',art potique d',horace1 que l'tude des moralistes ouvre la posie la source de richesses la plus abondante1 il s'y livra avec ardeur1 en commenant par ,aristote1 qu'il avait vu citer le plus souvent dans les livres lmentaires de droit4 ,dans cette tude1 il observa bientt que la jurisprudence romaine n'tait qu'un art de dcider les cas particuliers selon l'quit1 art dont les jurisconsultes donnaient d'innombrables prceptes conformes la justice naturelle1 et tirs de l'intention du lgislateur2 mais que la science du juste enseigne par les philosophes est fonde sur un petit nombre de vrits ternelles1 dictes par une justice mtaphysique qui est comme l'architecte de la cit2 qu'ainsi l'on n'apprend dans les coles que la moiti de la science du droit4 ,la morale le ramena la mtaphysique2 mais comme il tirait peu de profit de celle d',aristote1 il se mit lire ,platon1 sur sa rputation de prince des philosophes4 ,il comprit alors pourquoi la mtaphysique du premier ne lui avait servi de rien pour appuyer la morale4 ,celle du second conduit reconnatre pour principe physique l'ide ternelle qui tire d'elle-mme et cre la matire4 ,conformment cette mtaphysique1 ,platon donne pour base sa morale l'idal de la justice2 et c'est de l qu'il part pour fonder sa rpublique1 sa lgislation idales4 ,la lecture de ,platon veilla dans l'esprit de ,vico la premire conception d'un droit idal ternel1 en vigueur dans la cit universelle1 qui est renferme dans la pense de ,dieu1 et dans la forme de laquelle sont institues les cits de tous les temps et de tous les pays4 ,voil la rpublique que ,platon devait dduire de sa mtaphysique2 mais il ne le pouvait1 ignorant la chute du premier homme4 ,les ouvrages philosophiques de ,platon1 d',aristote et de ,cicron1 dont le but est de diriger l'homme social1 l'loignrent galement et des picuriens1 toujours renferms dans la molle oisivet de leurs jardins1 et des stociens qui1 tout entiers dans les thories1 se proposent l'impassibilit2 ce sont morales de solitaires4 ,mais il admira la physique des stociens qui composent l'univers de points1 comme les platoniciens le composent de nombres4 ,il rejeta galement les physiques mcaniques d'picure et de ,descartes4 ,la physique exprimentale des ,anglais lui parut devoir tre utile la mdecine2 mais il se garda bien de s'occuper d'une science qui ne servait de rien la philosophie de l'homme1 et dont la langue tait barbare4 ,comme ,aristote et ,platon tirent souvent leurs preuves des mathmatiques1 il tudia la gomtrie pour les mieux entendre2 mais il ne poussa pas loin cette tude1 pensant qu'il suffisait de connatre la mthode des gomtres2 pourquoi mettre dans de pareilles entraves un esprit habitu parcourir le champ sans bornes des gnralits1 et chercher d'heureux rapprochemens dans la lecture des orateurs1 des historiens et des potes8 ,de retour ,naples1 ,vico y trouva cette dcadence universelle dont on a vu le tableau4 ,combien il se flicita de n'avoir pas eu de matre dont les paroles fussent pour lui des lois2 combien il remercia la solitude de ses forts1 o il avait pu suivre une carrire toute indpendante6 ,voyant qu'on ngligeait surtout la langue latine1 il se dtermina en faire un des principaux objets de ses tudes2 pour mieux s'y livrer1 il abandonna le grec1 et ne voulut jamais apprendre le franais4 ,il croyait avoir remarqu que ceux qui savent tant de langues1 n'en possdent jamais une parfaitement4 ,il abandonna les critiques1 les commentateurs1 et ferma mme les dictionnaires4 ,les premiers n'arrivent gure sentir les beauts d'une langue trangre1 par l'habitude qu'ils ont de chercher toujours les dfauts4 ,la dcadence de la langue latine date de l'poque o commencrent paratre les seconds4 ,il ne conserva d'autre lexique que le ,nomenclateur de ,junius pour l'intelligence des termes techniques4 ,il lut les auteurs dans des ditions sans notes1 en cherchant pntrer dans leur esprit avec une critique philosophique4 ,aussi ses amis l'appelaient-ils1 comme on nommait autrefois picure1 ,grec3 autodidaskalos1 le matre de soi-mme4 ,on commenait ds-lors connatre son mrite1 et les thatins cherchaient le faire entrer dans leur ordre2 comme il n'tait point gentilhomme1 ils offraient de lui obtenir une dispense du pape4 ,vico refusa1 et se maria1 ce qu'il parat1 peu de temps aprs4 ,vers la mme poque1 la chaire de rhtorique tant venue vaquer1 il refusait de concourir1 parce qu'il avait chou peu auparavant dans la demande d'une autre place2 mais ses amis se moqurent de sa simplicit dans les choses d'intrt2 il concourut et russit 7#afig ou #ih74 ,cette place lui donna l'occasion d'exposer partiellement1 dans une suite de discours d'ouverture1 les ides qu'il devait runir dans son grand ouvrage 7#afii-agbj74 ,ce sont toujours des sujets gnraux o la philosophie descend aux applications de la vie civile2 il y traite du but des tudes et de la mthode qu'on doit y suivre1 des fins de l'homme1 du citoyen1 du chrtien4 ,ces discours1 gnralement admirables par la hauteur des vues1 ont une forme paradoxale et quelquefois bizarrement dramatique4 ,l'homme1 dit-il dans celui de #afii1 doit embrasser le cercle des sciences2 qui ne le fait pas1 ne le veut pas srieusement4 ,nous ignorons toute la puissance de nos facults4 ,de mme que ,dieu est l'esprit du monde1 l'esprit humain est un dieu dans l'homme4 ,ne vous est-il pas arriv de faire1 dans l'lan d'une volont forte1 des choses que vous admiriez ensuite1 et que vous tiez tents d'attribuer un dieu plutt qu' vous-mmes8--,dans le discours de #agjj1 ,dieu1 juge de la grande cit1 prononce cette sentence dans la forme des lois romaines3 ,l'homme natra pour la vrit et pour la vertu1 c'est--dire pour moi2 la raison commandera1 les passions obiront4 ,si quelque insens1 par corruption1 par ngligence ou par lgret1 enfreint cette loi1 criminel au premier chef1 qu'il se fasse lui-mme une guerre cruelle44444 puis vient la description pathtique de cette guerre intrieure4 #agja4 ,tout artifice1 toute intrigue doivent tre bannis de la rpublique des lettres1 si l'on veut acqurir de vritables lumires4--#agjd4 ,quiconque veut trouver dans l'tude le profit et l'honneur1 doit travailler pour la gloire1 c'est--dire pour le bien gnral4--#agje4 ,les poques de gloire et de puissance pour les socits1 ont t celles o elles ont fleuri par les lettres4--#agjg4 ,la connaissance de notre nature dchue doit nous exciter embrasser dans nos tudes l'universalit des arts et des sciences1 et nous indiquer l'ordre naturel dans lequel nous les devons apprendre4--,les discours de #afii et de #agjj sont les seuls qu'on ait conservs en entier2 ils se trouvent dans le quatrime volume du recueil des ,opuscules de ,vico4 ,nous avons parl dj de deux discours plus remarquables encore 7,de nostri temporis studiorum ratione1 #agjh4--,omnis divin atque human eruditionis elementa tria1 nosse1 velle1 posse1 etc4 #agai74 ,le second a t fondu par ,vico dans son livre sur l',unit de principe du droit1 qui lui-mme a fourni les matriaux de la ,science nouvelle4 ,le premier ouvrage considrable de ,vico1 est le trait3 ,de antiquissim ,italorum sapienti ex lingu latin originibus eruend1 #agaj4 ,la lecture du trait plus ingnieux que solide de ,bacon1 ,de sapienti veterum1 lui fit natre l'ide de chercher les principes de la sagesse antique1 non dans les fables des potes1 mais dans les tymologies de la langue latine1 comme ,platon les avait cherchs dans celles de la langue grecque 7,voy4 le ,cratyle74 ,ce travail devait avoir deux parties1 l'une mtaphysique1 l'autre physique4 ,la premire seule a t imprime1 sous le titre indiqu ci-dessus4 ,vico parat n'avoir pas achev la seconde2 il dit seulement en avoir ddi ,aulisio un morceau considrable1 intitul3 ,de quilibrio corporis animantis4 ,il y traitait de l'ancienne mdecine des gyptiens4 ,je n'ai pu me procurer cet opuscule1 qui peut-tre n'a pas t imprim4 ,dans le peu qu'il en cite1 on voit qu'il avait souponn l'analogie du calorique et du magntisme4 ,le livre ,de antiquissim ,italorum sapienti1 est de tous les ouvrages de ,vico celui dont il a le moins profit dans la ,science nouvelle4 ,rien de plus ingnieux que ses rflexions sur la signification identique des mots verum et factum dans l'ancienne langue latine1 sur le sens d'intelligere1 cogitare1 dividere1 minuere1 genus et forma1 verum et quum1 causa et negotium1 etc4 ,nous avons fait connatre dans ,vico le fondateur de la philosophie de l'histoire2 peut-tre1 dans un second volume1 montrerons-nous en lui le mtaphysicien subtil et profond1 l'antagoniste du cartsianisme1 l'adversaire le plus clair et le plus loquent de l'esprit du dix-huitime sicle4 ,la traduction de l'ouvrage dont nous venons de parler entrerait dans cette nouvelle publication4 99 99 99 ,vico s'occupa bientt d'un travail tout diffrent4 ,le duc de ,traetto1 ,adrien ,caraffe1 le pria de se charger d'crire la vie du marchal ,antoine ,caraffe1 son oncle1 d'aprs les ,mmoires qu'il avait laisss4 ,il y consacra une partie de ses nuits pendant deux ans et s'effora d'y concilier le respect d aux princes avec celui que rclame la vrit4 ,l'ouvrage parut en un volume1 #agaf1 et concilia l'auteur l'estime et l'amiti de ,gravina1 avec lequel il entretint ds-lors une correspondance assidue4 ,nous n'avons pu trouver ni l'histoire ni les lettres4 ,pour se prparer crire cette vie1 ,vico lut le grand ouvrage de ,grotius4 ,nous avons vu quelle rvolution cette lecture opra dans ses ides4 ,on lui avait demand des notes pour une nouvelle dition du ,droit de la guerre et de la paix1 et il en avait dj crit sur le premier livre et sur la moiti du second1 lorsqu'il s'arrta1 rflchissant qu'il convenait peu un catholique d'orner de notes l'ouvrage d'un hrtique4#h ,note #h3 ,on voit pourtant 7,recueil des ,opuscules1 t4 ,i1 p4 #aah7 qu'il correspondait avec un ,juif1 dont il fait l'loge1 et qui1 dit-il1 tait son ami4 ,lorsque ,vico eut fait paratre ses deux ouvrages1 de uno universi juris principio1 et de constantia jurisprudentis 7#agba71 l'importance de ces travaux et son anciennet dans l'universit de ,naples1 l'encouragrent concourir pour une chaire de droit qui se trouvait vacante4 ,plusieurs de ses adversaires comptaient bien qu'il vanterait longuement ses services envers l'universit2 plusieurs espraient qu'il s'en tiendrait l'rudition vulgaire des principaux auteurs qui avaient trait la matire2 d'autres1 qu'il se jetterait sur ses principes du droit universel4 ,il les trompa tous3 aprs une invocation courte1 grave et touchante1 il lut le commencement de la loi1 et suivit une mthode familire aux anciens jurisconsultes1 mais toute nouvelle dans les concours4 ,les applaudissemens unanimes de l'auditoire lui faisaient croire qu'il avait russi2 il en fut autrement4 ,mais voici ce qui prouve que ,vico est n pour la gloire de ,naples et de l',italie2 il venait de perdre tout espoir d'avancement dans sa patrie2 un autre aurait dit adieu aux lettres1 se serait repenti peut-tre de les avoir cultives2 pour lui il ne songea qu' complter son systme4 ,nous ajouterons peu de choses ce que nous avons dit sur les dernires annes de ,vico1 et sur les malheurs qui attristrent la fin de sa carrire4 ,une seule anecdote montrera l'tat de gne o il se trouvait1 et l'indiffrence de ses protecteurs4 ,on a trouv la note suivante au dos d'une lettre adresse ,vico par le cardinal ,laurent ,corsini1 son ,mcne1 depuis pape sous le nom de ,clment ,,xii4 ,rponse de ,son minence le cardinal ,corsini qui n'a pas eu le moyen de m'aider imprimer mon ouvrage4 ,ce refus m'a forc de penser ma pauvret4 ,il a fallu que j'employasse le prix d'un beau diamant1 que je portais au doigt1 payer l'impression et la relire4 ,j'ai ddi l'ouvrage au seigneur cardinal1 parce que je l'avais promis4 ,l'amiti d'un simple gentilhomme1 nomm ,pietro ,belli1 fut plus utile ,vico1 qui reconnut ses bienfaits en mettant une prface sa traduction de la ,siphilis de ,frascator4 ,dans une situation si pnible1 il ne laissait chapper aucune plainte4 ,seulement il lui arrivait quelquefois de dire un ami que le malheur le poursuivrait jusqu'au tombeau4 ,cette triste prophtie fut ralise4 sa mort1 les professeurs de l'universit s'taient rassembls chez lui1 selon l'usage1 pour accompagner leur collgue sa dernire demeure4 ,la confrrie de ,sainte-,sophie1 laquelle tenait ,vico1 devait porter le corps4 ,il tait dj descendu dans la cour et expos4 ,alors commena une vive altercation entre les membres de la congrgation et les professeurs1 qui prtendaient galement au droit de porter les coins du drap mortuaire4 ,les deux partis s'obstinant1 la congrgation se retira et laissa le cadavre4 ,les professeurs ne pouvant l'enterrer seuls1 il fallut le remonter dans la maison4 ,son malheureux fils1 l'me navre1 s'adressa au chapitre de l'glise mtropolitaine1 et le fit enterrer enfin dans l'glise des pres de l',oratoire 7detta de' ,gerolamini71 qu'il frquentait de son vivant1 et qu'il avait choisie lui-mme pour le lieu de sa spulture4 ,les restes de ,vico demeurrent ngligs et ignors jusqu'en #aghi4 ,alors son fils ,gennaro lui fit graver1 dans un coin cart de l'glise1 une simple pitaphe4 ,l',arcadie de ,rome1 dont ,vico tait membre1 lui avait rig un monument4 ,le possesseur actuel du chteau de ,cilento1 a mis une inscription sa mmoire dans une bibliothque peu considrable du couvent de ,sainte-,marie de la ,piti1 o il travaillait ordinairement pendant son sjour ,vatolla4 99 99 99 ,nous avons parl du peu d'impression que produisit sur le public l'apparition du systme de ,vico4 ,lorsque parurent les livres ,de uno juris principio et ,de constanti jurisprudentis1 l'ouvrage1 dit-il lui-mme1 n'prouva qu'une critique1 c'est qu'on ne le comprenait pas4 ,cependant le fameux ,leclerc le comprit1 car il crivit l'auteur une lettre flatteuse1 et tmoigna une haute estime pour l'ouvrage1 dans la ,bibliothque ancienne et moderne1 #b;e partie du volume ,,xviii1 article #h4 ,lorsque les ides de ,vico s'tendirent1 et qu'il sentit la ncessit de runir les deux ouvrages pour les appuyer l'un par l'autre1 il entreprit d'abord d'tablir son systme en montrant l'invraisemblance de tout ce qu'on avait dit sur le mme sujet2 l'ouvrage devait avoir deux volumes in-#d4 ,mais il sentit les inconvniens de cette mthode ngative3 d'ailleurs un revers de fortune l'avait mis hors d'tat de faire des frais d'impression si considrables4 ,il concentra toutes ses facults dans la mditation la plus profonde pour donner son ouvrage une forme positive1 et le rduire de plus troites proportions4 ,le rsultat de ce nouveau travail fut la premire dition de la ,science nouvelle1 qui parut en #agbe4 ,la ,science nouvelle fut attaque par les protestans et par les catholiques4 ,tandis qu'un ,damiano ,romano1 accusait le systme de ,vico d'tre contraire la religion1 le journal de ,leipsig insrait un article envoy par un autre compatriote de ,vico1 dans lequel on lui reprochait d'avoir appropri son systme au got de l'glise romaine4 ,vico accepte ce dernier reproche1 mais il ajoute un mot remarquable3 ,n'est-ce pas un caractre commun toute religion chrtienne1 et mme toute religion1 d'tre fonde sur le dogme de la ,providence4 ,recueil des ,opuscules1 t4 #a1 p4 #ada4--,l'accusation de ,damiano a t reproduite en #ahba1 par ,m4 ,colangelo4#i ,note #i3 ,damiano ,romano4 ,dfense historique des lois grecques venues ,rome contre l'opinion moderne de ,m4 ,vico1 #agcf1 in-#d4--,quatorze ,lettres sur le troisime principe de la science nouvelle1 relatif l'origine du langage2 ouvrage dans lequel on montre par des preuves tires tant de la philosophie que de l'histoire sacre et profane1 que toutes les consquences de ce principe sont fausses et errones1 #agdi4--;,dans la prface de son premier ouvrage1 il reconnat que ,vico a mrit l'immortalit2 dans le second1 fait aprs la mort de ,vico1 il l'appelle plagiaire1 etc4--,il croit prouver d'abord que le systme de ,vico n'est pas nouveau1 et dans cette partie1 malgr la diffusion et le pdantisme1 l'ouvrage est assez curieux1 en ce qu'il rapproche de ,vico les auteurs qui ont pu le mettre sur la voie4--,il soutient ensuite que ce systme est erron1 et particulirement contraire la religion chrtienne4 ,le critique bienveillant rappelle cette occasion l'hrsie d'un ,almricus 7p4 #aci71 dont on jeta1 les cendres au vent4 ,m4 ,colangelo4 ,essai de quelques considrations sur la ,science nouvelle1 ddi ,m4 ,louis de ,mdicis1 ministre des finances4 #ahba4 ,quelques admirateurs de ,vico ont appuy ces injustes accusations1 qu'ils regardaient comme autant d'loges4 ,dans le dsir d'ajouter ,vico la liste des philosophes du #ah;e sicle1 ils ont prtendu qu'il avait obscurci son livre dessein1 pour le faire passer la censure4 ,cette tradition1 dont on rapporte l'origine ,genovesi1 a pass de lui ,galanti son biographe1 et ensuite ,m4 de ,a4 ,les personnes qui ont le plus tudi ,vico1 ,,mm4 de ,a4 et ,jannelli n'y ajoutent aucune foi1 et la lecture du livre suffit pour la rfuter4 ,on a vu dans le discours1 comment ,vico abandonna la mthode analytique qu'il avait suivie d'abord pour donner son livre une forme synthtique4 ,dans la seconde dition 7#agcj71 il part souvent des ides de la premire comme de principes tablis1 et les exprime en formules qu'il emploie ensuite sans les expliquer4 ,dans la dernire dition 7#agdd71 l'obscurit et la confusion augmentent4 ,on ne peut s'en tonner lorsqu'on sait comment elle fut publie4 ,l'auteur arrivait au terme de sa vie et de ses malheurs2 depuis plusieurs mois il avait perdu connaissance4 ,il parat que son fils ,gennaro ,vico rassembla les notes qu'il avait pu dicter depuis l'dition de #agcj1 et les intercala la suite des passages auxquels elles se rapportaient le mieux1 sans entreprendre de les fondre avec le texte auquel il n'osait toucher4 ,la plupart des retranchemens que nous nous sommes permis1 portent sur ces additions4 ,quoique nous n'ayons point traduit le morceau considrable1 intitul3 ,ide de l'ouvrage1 et que nous ayons abrg de moiti la ,table chronologique1 nous n'avons rellement rien retranch du #a;er livre4 ,tout ce que nous avons pass dans la table1 se trouve plac ailleurs1 et plus convenablement4 ,quant l',ide de l'ouvrage1 ,vico avoue lui-mme1 en tte de l'dition de #agcj1 qu'il y avait mis d'abord une sorte de prface qu'il supprima1 et qu'il crivit cette explication du frontispice pour remplir exactement le mme nombre de pages4 ,ce frontispice est une sorte de reprsentation allgorique de la ,science nouvelle4 ,debout sur le globe terrestre1 la ,mtaphysique en extase contemple l'oeil divin dans le mystrieux triangle2 elle en reoit un rayon qui se rflchit sur la statue d',homre 7des pomes duquel l'auteur doit tirer une grande partie de ses preuves74 ,le globe pose sur un autel qui porte aussi le feu sacr et le bton augural1 la torche nuptiale et l'urne funraire1 symboles des premiers principes de la socit4 ,sur le devant1 le tableau de l'alphabet1 les faisceaux1 les balances1 etc41 dsignent autant de parties du systme4 ,c'est sur le second livre que portent les principaux retranchemens4 ,le plus considrable des morceaux que nous n'avons pas cru devoir traduire1 est une explication historique de la mythologie grecque et latine4 ,il comprend1 dans le deuxime volume de l'dition de ,milan 7#ahjc71 les pages #aja-ajg1 #abj-ach1 #adg-aef1 #aei1 #afe-aga1 #agi1 #ahb-ahe1 #baf-bbc1 #bce-bch1 #bci-bdj1 #bed-bfh4 ,nous en avons rejet l'extrait la fin de la traduction4 ,pour ne point juger cette partie du systme avec une injuste svrit1 il faut se rappeler qu'au temps de ,vico1 la science mythologique tait encore frappe de strilit par l'opinion ancienne qui ne voyait que des dmons dans les dieux du paganisme1 ou renferme dans le systme presque aussi infcond de l'apothose4 ,vico est un des premiers qui aient considr ces divinits comme autant de symboles d'ides abstraites4 ,les autres retranchemens du livre ,,ii1 comprennent les pages #g-ab1 #dj-df1 #di1 #fi-ga1 #ij-ib1 #ahh-aib1 #baj1 et en grande partie #bhf-bhh4 ,ceux des derniers livres ne portent que sur les pages #gh-i1 #ha-b1 #hd1 #acc1 #ach-adj1 #adc-d4 99 99 99 ,nous avons mentionn1 l'poque de leur publication1 tous les ouvrages importans de ,vico4 #agjh4 ,de nostri temporis studiorum ratione4--#agaj4 ,de antiquissim ,italorum sapienti ex originibus lingu latin eruend2 trad4 en italien1 #ahaf1 ,milan4--#agaf4 ,vita di ,marcesciallo ,antonio ,caraffa4--#agba4 ,de uno juris universi principio4 ,de constanti jurisprudentis4--,enfin les trois ditions de la ,scienza nuova1 #agbe1 #agcj1 #agdd4 ,la premire a t rimprime1 en #ahag1 ,naples1 par les soins de ,m4 ,salvatore ,galotti4 ,la dernire l'a t1 en #ahja1 ,milan2 ,naples1 en #ahaa et en #ahaf1 ou #ahah8 #ahba8 ,elle a t traduite en allemand par ,m4 ,w4 ,e4 ,weber1 ,leipsig1 #ahbb4--,pour complter cette liste1 nous n'aurons qu' suivre l'diteur des ,opuscules de ,vico4 ,m4 ,carlantonio de ,rosa1 marquis de ,villa-,rosa1 les a recueillis en quatre volumes in-#h 7,naples1 #ahah74 ,nous n'avons trouv qu'une omission dans ce recueil4 ,c'est celle de quelques notes faites par ,vico sur l',art potique d',horace4 ,ces notes peu remarquables ne portent point de date4 ,elles ont t publies rcemment4--,les pices indites publies1 en #ahah1 par ,m4 ,antonio ,giordano1 se trouvent aussi dans le recueil de ,m4 de ,rosa4 ,le premier volume du recueil des ,opuscules contient plusieurs crits en prose italienne4 ,le plus curieux est le mmoire de ,vico sur sa vie4 ,l'estimable diteur1 descendant d'un protecteur de ,vico1 y a joint une addition de l'auteur qu'il a retrouve dans ses papiers1 et a complt la vie de ,vico d'aprs les dtails que lui a transmis le fils mme du grand homme4 ,rien de plus touchant que les pages ,,xv et #aeh-afh de ce volume4 ,nous en avons donn un extrait4 ,les autres pices sont moins importantes4--#agae4 ,discours sur les repas somptueux des ,romains1 prononc en prsence du duc de ,medina-,celi1 vice-roi4--,oraison funbre d',anne-,marie d',aspremont1 comtesse d',althann1 mre du vice-roi4 ,beaucoup d'originalit4 ,comparaison remarquable entre la guerre de la succession d',espagne et la seconde guerre punique4--#agbg4 ,oraison funbre d',angiola ,cimini1 marquise de la ,petrella4 ,l'argument est trs beau3 ,elle a enseign par l'exemple de sa vie la douceur et l'austrit 7il soave austero7 de la vertu4 99 99 99 ,le second volume renferme quelques opuscules et un grand nombre de lettres1 en italien4 ,le principal opuscule est la ,rponse un article du journal littraire d',italie4 ,c'est l qu'il juge ,descartes avec l'impartialit que nous avons admire plus haut4 ,dans deux lettres que contient aussi ce volume 7au pre de ,vitr1 #agbf1 et ,d4 ,francesco ,solla1 #agbi71 il attaque la rforme cartsienne1 et l'esprit du #ah;e sicle1 souvent avec humeur1 mais toujours d'une manire loquente4--,deux morceaux sur ,dante ne sont pas moins curieux4 ,on y trouve l'opinion reproduite depuis par ,monti1 que l'auteur de la divine ,comdie est plus admirable encore dans le purgatoire et le paradis que dans cet enfer si exclusivement admir4--#agcj4 ,pourquoi les orateurs russissent mal dans la posie4--,de la grammaire4--#agbj4 ,remercment un dfenseur de son systme4 ,dans cette lettre curieuse1 ,vico explique le peu de succs de la ,science nouvelle4 ,on y trouve le passage suivant3 ,je suis n dans cette ville1 et j'ai eu affaire bien des gens pour mes besoins4 ,me connaissant ds ma premire jeunesse1 ils se rappellent mes faiblesses et mes erreurs4 ,comme le mal que nous voyons dans les autres nous frappe vivement1 et nous reste profondment grav dans la mmoire1 il devient une rgle d'aprs laquelle nous jugeons toujours ce qu'ils peuvent faire ensuite de beau et de bon4 ,d'ailleurs je n'ai ni richesses ni dignit2 comment pourrais-je me concilier l'estime de la multitude8 etc4--#agbe4 ,lettre dans laquelle il se flicite de n'avoir pas obtenu la chaire de droit1 ce qui lui a donn le loisir de composer la ,science nouvelle 7,voy4 l'avant-dernire page du discours47--,lettre fort belle sur un ouvrage qui traitait de la morale chrtienne1 ,mgr4 ,muzio ,gata4--,lettre au mme1 dans laquelle il donne une ide de son livre ,de antiqu sapienti ,italorum4 ,il y a quelques annes que j'ai travaill un systme complet de mtaphysique4 ,j'essayais d'y dmontrer que l'homme est ,dieu dans le monde des grandeurs abstraites1 et que ,dieu est gomtre dans le monde des grandeurs concrtes1 c'est--dire dans celui de la nature et des corps4 ,en effet1 dans la gomtrie l'esprit humain part du point1 chose qui n'a point de parties1 et qui1 par consquent1 est infinie2 ce qui faisait dire ,galile que quand nous sommes rduits au point1 il n'y a plus lieu ni l'augmentation1 ni la diminution1 ni l'galit444 ,non-seulement dans les problmes1 mais aussi dans les thormes1 connatre et faire1 c'est la mme chose pour le gomtre comme pour ,dieu4 ,les rponses des hommes de lettres auxquels crit ,vico1 donnent une haute ide du public philosophique de l',italie cette poque4 ,les principaux sont ,muzio ,gata1 archevque de ,bari2 un prdicateur clbre1 ,michelangelo1 capucin2 ,nicol ,concina1 de l'ordre des ,prcheurs1 professeur de philosophie et de droit naturel1 ,padoue1 qui enseignait plusieurs parties de la doctrine de ,vico2 ,tommaso ,marin ,alfani1 du mme ordre1 qui assure avoir t comme ressuscit aprs une longue maladie1 par la lecture d'un nouvel ouvrage de ,vico2 le duc de ,laurenzano1 auteur d'un ouvrage sur le bon usage des passions humaines2 enfin l'abb ,antonio ,conti1 noble vnitien1 auteur d'une tragdie de ,csar1 et qui tait li avec ,leibnitz et ,newton4 ,vico tait aussi en correspondance avec le clbre ,gravina1 avec ,paolo ,doria1 philosophe cartsien1 et avec ce prodigieux ,aulisio1 professeur de droit1 ,naples1 qui savait neuf langues1 et qui crivit sur la mdecine1 sur l'art militaire et sur l'histoire4 ,d'abord ennemi de ,vico1 ,aulisio se rconcilia avec lui aprs la lecture du discours ,de nostri temporis studiorum ratione4 ,nous n'avons ni les lettres qu'il crivit ces trois derniers ni leurs rponses4 99 99 99 ,dans le troisime volume des ,opuscules1 ,vico offre une preuve nouvelle que le gnie philosophique n'exclut point celui de la posie4 ,ainsi sont dranges sans cesse les classifications rigoureuses des modernes4 ,quoi de plus subtil1 et en mme temps de plus potique que le gnie de ,platon8 ,vico prsente1 par ce double caractre1 une analogie remarquable avec l'auteur de la ,divine comdie4 ,mais1 c'est dans sa prose1 c'est dans son grand pome philosophique de la ,science nouvelle1 que ,vico rappelle la profondeur et la sublimit de ,dante4 ,dans ses posies1 proprement dites1 il a trop souvent sacrifi au got de son sicle4 ,trop souvent son gnie a t resserr par l'insignifiance des sujets officiels qu'il traitait4 ,cependant plusieurs de ces pices se font remarquer par une grande et noble facture4 ,voyez particulirement1 l'exaltation de ,clment ,,xii1 le pangyrique de l'lecteur de ,bavire1 ,maximilien ,emmanuel2 la mort d',angela ,cimini2 plusieurs sonnets1 pages #g1 #i1 #aij1 #aie2 enfin un pithalame dans lequel il met plusieurs des ides de la ,science nouvelle1 dans la bouche de ,junon4 ,nous ne nous arrterons que sur les posies o ,vico a exprim un sentiment personnel4 ,la premire est une lgie qu'il composa l'ge de vingt-cinq ans 7#afic72 elle est intitule ,penses de mlancolie4 travers les concetti ordinaires aux potes de cette poque1 on y dmle un sentiment vrai3 ,douces images du bonheur1 venez encore aggraver ma peine6 ,vie pure et tranquille1 plaisirs honntes et modrs1 gloire et trsors acquis par le mrite1 paix cleste de l'me1 7et ce qui est plus poignant mon coeur7 amour dont l'amour est le prix1 douce rciprocit d'une foi sincre6444 ,long-temps aprs1 sans doute de #agbj #agcj1 il rpond par un sonnet un ami qui dplorait l'ingratitude de la patrie de ,vico4 ,ma chre patrie m'a tout refus6444 ,je la respecte et la rvre4 ,utile et sans rcompense1 j'ai trouv dj dans cette pense une noble consolation4 ,une mre svre ne caresse point son fils1 ne le presse point sur son sein1 et n'en est pas moins honore444 ,la pice suivante1 la dernire du recueil de ses posies1 prsente une ide analogue celle du dernier morceau qu'il a crit en prose 7,voy4 la fin du ,discours74 ,c'est une rponse au cardinal ,filippo ,pirelii1 qui avait lou la ,science nouvelle dans un sonnet4 ,le destin s'est arm contre un misrable1 a runi sur lui seul tous les maux qu'il partage entre les autres hommes1 et a abreuv son corps et ses sens des plus cruels poisons4 ,mais la ,providence ne permet pas que l'me qui est elle soit abandonne un joug tranger4 ,elle l'a conduit1 par des routes cartes1 dcouvrir son oeuvre admirable du monde social1 pntrer dans l'abme de sa sagesse les lois ternelles par lesquelles elle gouverne l'humanit4 ,et grce vos louanges1 noble pote1 dj fameux1 dj antique de son vivant1 il vivra aux ges futurs1 l'infortun ,vico6 99 99 99 ,le quatrime volume renferme ce que ,vico a crit en latin4 ,la vigueur et l'originalit avec lesquelles il crivait en cette langue et fait la gloire d'un savant ordinaire4 #afif4 ,pro auspicatissimo in ,hispaniam reditu ,francisci ,benavidii ,s4 ,stephani comitis atque in regno ,neap4 ,pro rege oratio4--#afig4 ,in funere ,catharin ,aragoni ,segorbiensium ducis oratio4--#agjb4 ,pro felici in ,neapolitanum solium aditu ,philippi ,v1 ,hispaniarum novique orbis monarch oratio4--#agjh4 ,de nostri temporis studiorum ratione oratio ad litterarum studiosam juventutem1 habita in ,r4 ,neap4 ,academi4--#agch4 ,in ,caroli et ,mari ,amali utriusque ,sicili regum nuptiis oratio4--,oratiuncula pro adsequend laure in utroque jure4--,carolo ,borbonio utriusque ,sicili ,regi ,r4 ,neap4 ,academia4--,carolo ,borbonio utriusque ,sicili ,regi epistola4 #agbi4 ,vici vindici sive not in acta eruditorum ,lipsiensia mensis augusti ,a4 #agbg1 ubi inter nova literaria unum extat de ejus libro1 cui titulus3 ,principi d'una scienza nuova d'intorno alla commune natura delle nazioni4 ,cet article1 o l'on reproche ,vico d'avoir appropri son systme au got de l'glise romaine1 avait t envoy par un ,napolitain4 ,la violence avec laquelle ,vico rpond un adversaire obscur1 ferait quelquefois sourire1 si l'on ne connaissait la position cruelle o se trouvait alors l'auteur4 ,lecteur impartial1 dit-il en terminant1 il est bon que tu saches que j'ai dict cet opuscule au milieu des douleurs d'une maladie mortelle1 et lorsque je courais les chances d'un remde cruel qui1 chez les vieillards1 dtermine souvent l'apoplexie4 ,il est bon que tu saches que depuis vingt ans j'ai ferm tous les livres1 afin de porter plus d'originalit dans mes recherches sur le droit des gens2 le seul livre o j'ai voulu lire c'est le sens commun de l'humanit4 ,ce qui rend cet opuscule prcieux1 c'est qu'en plusieurs endroits ,vico dclare que le sujet propre de la ,science nouvelle1 c'est la nature commune aux nations1 et que son systme du droit des gens n'en est que le principal corollaire4 #agjh4 ,oratio cujus argumentum1 hostem hosti infensiorem infestioremque quam stultum sibi esse neminem4 ,nul n'a d'ennemi plus cruel et plus acharn que l'insens ne l'est de lui-mme4--#agcb4 ,de mente heroic oratio habita in ,r4 ,neap4 academi4 ,l'hrosme dont parle ,vico est celui d'une grande me1 d'un gnie courageux qui ne craint point d'embrasser dans ses tudes l'universalit des connaissances1 et qui veut donner sa nature le plus haut dveloppement qu'elle comporte4 ,nulle part il ne s'est plus abandonn l'enthousiasme qu'inspire la science considre dans son ensemble et dans son harmonie4 ,cet ouvrage1 qui semble porter l'empreinte d'une composition trs rapide1 est surtout remarquable par la chaleur et la posie du style4 ,l'auteur avait cependant soixante-quatre ans4 ,ajoutez cette liste des ouvrages latins de ,vico1 un grand nombre de belles inscriptions4 ,voici l'indication des plus considrables3 ,inscriptions funraires en l'honneur de ,d4 ,joseph ,capece et ,d4 ,carlo de ,sangro1 #agjg1 faites par ordre du comte de ,daun1 gnral des armes impriales dans le royaume de ,naples4--,autre en l'honneur de l'empereur ,joseph1 #agaa1 faite par ordre du vice-roi1 ,charles ,borrome4--,autre en l'honneur de l'impratrice lonore1 faite par ordre du cardinal ,wolfgang de ,scratembac1 vice-roi4 99 99 99 ,nous avons dj nomm la plupart des auteurs qui ont mentionn ,vico 7,journal de ,trvoux1 #agbf1 septembre2 page #agdb74--;,journal de ,leipsig1 #agbg1 aot1 page #chc4--;,bibliothque ancienne et moderne de ,leclerc1 tome ,,xviii1 partie ,,ii1 pag4 #dbf4--;,damiano ,romano4--,duni8 ,governo civile4--,cesarotti 7sur ,homre74--,parini 7dans ses cours ,milan74--,joseph de ,cesare4 ,penses de ,vico sur4444 #ah4448--,signorelli4--,romagnosi 7de ,parme74--,l'abb ,talia4 ,lettres sur la philosophie morale1 #ahag1 ,padoue4--,colangelo--7,biblioteca analitica1 passim74--,joignez-y ,herder1 dans ses opuscules1 et ,wolf dans son ,muse des sciences de l'antiquit 7tome ,i1 page #eee74 ,ce dernier n'a extrait que la partie de la ,science nouvelle relative ,homre4--,aucun ,anglais1 aucun cossais1 que je sache1 n'a fait mention de ,vico1 si ce n'est l'auteur d'une brochure rcemment publie sur l'tat des tudes en ,allemagne et en ,italie4--,en ,france1 ,m4 ,salfi est le premier qui ait appel l'attention du public sur la ,science nouvelle1 dans son loge de ,filangieri1 et dans plusieurs numros de la ,revue ,encyclopdique1 t4 ,,ii1 p4 #edj2 t4 ,,vi1 p4 #cfd2 t4 ,,vii1 p4 #cdc4--,voy4 aussi ,mmoires du comte ,orloff sur ,naples1 #ahba1 t4 ,,iv1 p4 #dci1 et t4 ,v1 p4 #g4 99 99 99 ,vico n'a point laiss d'cole2 aucun philosophe italien n'a saisi son esprit dans tout le sicle dernier2 mais un assez grand nombre d'crivains ont dvelopp quelques-unes de ses ides4 ,nous donnons ici la liste des principaux4 ,genovesi 7n en #agab1 mort en #agfi74 ,n'ayant pu me procurer que deux des nombreux ouvrages de ce disciple illustre de ,vico 7les ,institutions et la ,diceosina71 je donne les titres de tous les livres qu'il a faits1 en faveur de ceux qui seraient mme de faire de plus amples recherches4--,leons d'conomie politique et commerciale4--,mditations philosophiques 7sur la religion et la morale71 #ageh4--;,institutions de mtaphysique l'usage des commenans4--,lettre acadmique 7sur l'utilit des sciences1 contre le paradoxe de ,j4-,j4 ,rousseau71 #agfd4--,logique l'usage des jeunes gens1 #agff 7divise en cinq parties3 emendatrice1 inventrice1 giudicatrice1 ragionatrice1 ordonatrice4 ,on estime le dernier chapitre1 ,considrations sur les sciences et les arts74--,trait des sciences mtaphysiques1 #agfd 7divis en cosmologie1 thologie1 anthropologie74--,dicosine1 ou science des droits et des devoirs de l'homme1 #agfg2 ouvrage inachev4 ,c'est surtout dans le troisime volume de la ,dicosine que ,genovesi expose des ides analogues celles de ,vico4 ,filangieri 7n en #ageb1 mort en #aghh74 ,quoique cet homme clbre n'ait rien crit qui se rattache au systme de ,vico1 nous croyons devoir le placer dans cette liste4 l'poque de sa mort prmature1 il mditait deux ouvrages2 le premier et t intitul3 ,nouvelle science des sciences2 le second3 ,histoire civile1 universelle et perptuelle4 ,il n'est rest qu'un fragment trs court du premier1 et rien du second4 ,j'ai cherch inutilement ce fragment4 ,cuoco 7mort en #ahbb74 ,voyage de ,platon en ,italie4 ,ouvrage trs superficiel et qui exagre tous les dfauts du ,voyage d',anacharsis4 ,les hypothses historiques de ,vico ont souvent chez ,cuoco un air plus paradoxal encore1 parce qu'on n'y voit plus les principes dont elles drivent4 ,ce sont -peu-prs les mmes ides sur l',histoire ternelle1 sur l',histoire romaine en particulier sur les douze tables1 sur l'ge et la patrie d',homre1 etc4 ,au moment o les perscutions garrent la raison du malheureux ,cuoco1 il dtruisit un travail fort remarquable1 dit-on1 sur le systme de la ,science nouvelle4 ,l'infortun ,mario ,pagano 7n en #agej1 mort en #ahjj71 est de tous les publicistes celui qui a suivi de plus prs les traces de ,vico4 ,mais quel que soit son talent1 on peut dire que1 dans ses ,saggi politici1 les ides de ,vico ont autant perdu en originalit que gagn en clart4 ,il ne fait point marcher de front1 comme ,vico1 l'histoire des religions1 des gouvernemens1 des lois1 des moeurs1 de la posie1 etc4 ,le caractre religieux de la ,science nouvelle a disparu4 ,les explications physiologiques qu'il donne plusieurs phnomnes sociaux1 tent au systme sa grandeur et sa posie1 sans l'appuyer sur une base plus solide4 ,nanmoins les ,essais politiques sont encore le meilleur commentaire de la ,science nouvelle4 ,voici les points principaux dans lesquels il s'en carte4 #a ,il pense avec raison que la seconde barbarie1 celle du moyen ge1 n'a pas t aussi semblable la premire que ,vico parat le croire4 #b ,il estime davantage la sagesse orientale4 #c ,il ne croit pas que tous les hommes aprs le dluge soient tombs dans un tat de brutalit complte4 #d ,il explique l'origine des mariages1 non par un sentiment religieux1 mais par la jalousie4 ,les plus forts auraient enlev les plus belles1 auraient ainsi form les premires familles et fond la premire noblesse4 #e ,il croit qu' l'origine de la socit1 les hommes furent1 non pas agriculteurs1 comme l'ont cru ,vico et ,rousseau1 mais chasseurs et pasteurs4 ,chez tous les crivains que nous venons d'numrer1 les ides de ,vico sont plus ou moins modifies par l'esprit franais du dernier sicle4 ,un philosophe de nos jours me semble mieux mriter le titre de disciple lgitime de ,vico4 ,c'est ,m4 ,cataldo ,jannelli1 employ la bibliothque royale de ,naples1 qui a publi1 en #ahag1 un ouvrage intitul3 ,essai sur la nature et la ncessit de la science des choses et histoires humaines4 ,nous n'entreprendrons pas de juger ce livre remarquable4 ,nous observerons seulement que l'auteur ne semble pas tenir assez de compte de la perfectibilit de l'homme4 ,il compare trop rigoureusement l'humanit un individu1 et croit qu'elle aura sa vieillesse comme sa jeunesse et sa virilit 7page #eh74 99 99 99 ,il ne nous reste qu' donner la liste des principaux auteurs franais1 anglais et allemands qui ont crit sur la philosophie de l'histoire4 ,lorsque nous n'tions pas sr d'indiquer avec exactitude le titre de l'ouvrage1 nous avons rapport seulement le nom de l'auteur4 ,,france4 ,bossuet4 ,discours sur l'histoire universelle1 #afha4--,voltaire4 ,philosophie de l'histoire4 ,essai sur l'esprit et les moeurs des nations1 commenc en #agdj1 imprim en #aghe4--,turgot4 ,discours sur les avantages que l'tablissement du christianisme a procurs au genre humain4 ,autre sur les progrs de l'esprit humain4 ,essais sur la gographie politique4 ,plan d'histoire universelle4 ,progrs et dcadences alternatives des sciences et des arts4 ,penses dtaches4 ,ces divers morceaux sont ce que nous avons de plus original et de plus profond sur la philosophie de l'histoire4 ,l'auteur les a crits l'ge de vingt-cinq ans1 lorsqu'il tait au sminaire1 de #agej #aged4 ,voy4 le second volume des oeuvres compltes1 #ahaj4--;,condorcet4 ,esquisse d'un tableau historique des progrs de l'esprit humain2 crit en #agic1 publi en #agii4--,mme de ,stal1 passim1 et surtout dans son ouvrage sur la ,littrature considre dans ses rapports avec les institutions politiques4--,walckenar4 ,essai sur l'histoire de l'espce humaine4--,cousin4 ,de la philosophie de l'histoire2 trs court1 mais trs loquent1 dans ses ,fragmens philosophiques2 crit en #ahah1 imprim en #ahbf4 ,,angleterre4 ,ferguson4 ,essai sur l'histoire de la socit civile1 #agfg2 trad4--,millar4 ,observations sur les distinctions de rang dans la socit1 #agga4--,kames4 ,essais sur l'histoire de l'homme1 #aggc4--;,dunbar8 ,essais sur l'histoire de l'humanit1 #aghj4--,price444 #aghg4--,priestley4 ,discours sur l'histoire2 traduits4 ,,allemagne4 ,iselin4 ,histoire du genre humain1 #agfd4--;,herder4 ,ides philosophiques sur l'histoire de l'humanit1 #aggb 7traduit par ,m4 ,edgard ,quinette1 #ahcg74--,kant4 ,ide de ce que pourrait tre une histoire universelle1 considre dans les vues d'un citoyen du monde 7traduit par ,villiers dans le ,conservateur1 tome ,,ii1 an ,,viii74 ,autres opuscules du mme1 sur l'identit de la race humaine1 sur le commencement de l'histoire du genre humain1 sur la thorie de la pure religion morale1 etc4 7traduits dans le mme volume du ,conservateur1 ou dans les ,archives philosophiques et littraires1 tome ,,viii74--,lessing4 ducation du genre humain1 #aghf4--,meiners4 ,histoire de l'humanit1 #aghf4 ,voyez aussi ses autres ouvrages passim4--,carus4 ,ides pour servir l'histoire du genre humain4--,ancillon4 ,essais philosophiques1 ou nouveaux mlanges1 etc41 #ahag4 ,voy4 philosophie de l'histoire1 dans le premier volume2 perfectibilit1 dans le second 7crit en franais74 ,ajoutez cette liste un nombre infini d'ouvrages dont le sujet est moins gnral1 mais qui n'en sont pas moins propres clairer la philosophie de l'histoire2 tels que l',histoire de la culture et de la littrature en ,europe1 par ,eichorn2 la ,symbolique de ,creutzer1 etc4 ,,table ,,des ,,mati,,res4 ,,avis ,,du ,,traducteur4 ,,discours ,,sur ,,le ,,syst,,me ,,et ,,la ,,vie ,,de ,,vico4 pag4 ,i ,,appendice ,,du ,,discours4 ,,xlix ,,livre ,ier--,des principes4--,argument4 #a ,,chapitre ,ier ,table chronologique4 #e ,,chap4 ,,ii4 ,axiomes4 #bd ,,chap4 ,,iii4 ,trois principes fondamentaux4 #ge ,,chap4 ,,iv4 ,de la ,mthode4 #ha ,,livre ,,ii4--,de la sagesse potique4--,argument4 #ic ,,chap4 ,ier ,sujet de ce ,livre4 #aja ,,chap4 ,,ii4 ,de la ,mtaphysique potique4 #ajh ,,chap4 ,,iii4 ,de la ,logique potique4 #abe ,,chap4 ,,iv4 ,de la ,morale potique4 #afh ,,chap4 ,v4 ,du ,gouvernement de la famille1 ou conomie dans les ges potiques4 #agd ,,chap4 ,,vi4 ,de la ,politique potique4 #ahf ,,chap4 ,,vii4 ,de la ,physique potique4 #bba ,,chap4 ,,viii4 ,de la ,cosmographie potique4 #bca ,,chap4 ,,ix4 ,de l',astronomie potique4 #bcc ,,chap4 ,x4 ,de la ,chronologie potique4 #bce ,,chap4 ,,xi4 ,de la ,gographie potique4 #bci ,conclusion de ce ,livre4 #bdg ,,livre ,,iii4--,dcouverte du vritable ,homre4--,argument4 #bdi ,,chap4 ,ier ,de la ,sagesse philosophique que l'on attribue ,homre4 #beb ,,chap4 ,,ii4 ,de la ,patrie d',homre4 #beh ,,chap4 ,,iii4 ,du temps o vcut ,homre4 #bfj ,,chap4 ,,iv4 ,pourquoi le gnie d',homre dans la posie hroque ne peut jamais tre gal4 #bfd ,,chap4 ,v4 ,observations philosophiques devant servir la dcouverte du vritable ,homre4 #bfh ,,chap4 ,,vi4 ,observations philologiques1 etc4 #bgd ,,chap4 ,,vii4 ,dcouverte du vritable ,homre4 #bgh ,,appendice4--,histoire raisonne des potes dramatiques et lyriques4 #bhc ,,livre ,,iv4--,,du ,,cours ,,que ,,suit ,l',,histoire ,,des ,,nations4--,argument4 #bhg ,,chap4 ,ier--,,introduction4--,trois sortes de nature de moeurs1 de droits naturels1 de gouvernemens4 #bia ,,chap4 ,,ii4 ,trois espces de langues et de caractres4 #bif ,,chap4 ,,iii4 ,trois espces de jurisprudences1 d'autorits de raisons4--,corollaires relatifs la politique et au droit des ,romains4 #bii ,,chap4 ,,iv4 ,trois espces de ,jugemens4--,corollaire relatif au duel et aux reprsailles4--,trois priodes dans l'histoire des moeurs et de la jurisprudence4 #cji ,,chap4 ,v4 ,autres preuves1 tires des caractres propres aux aristocraties hroques4 #cba ,,chap4 ,,vi4 ,autres preuves tires de la manire dont chaque forme de la socit se combine avec la prcdente4 #ccd ,,chap4 ,,vii4 ,dernires preuves4 #cdb ,,livre ,v4--,retour des mmes rvolutions1 lorsque les socits dtruites se relvent de leurs ruines4--,argument4 #cee ,,chap4 ,ier ,objet de ce ,livre--,retour de l'ge divin4 #ceg ,,chap4 ,,ii4 ,comment les nations parcourent de nouveau la carrire qu'elles ont fournie1 conformment la nature ternelle des fiefs4--,que l'ancien droit politique des ,romains se renouvela dans le droit fodal4 7,retour de l'ge hroque474 #cfb ,,chap4 ,,iii4 ,coup-d'oeil sur le monde politique1 ancien et moderne4 #cga ,,chap4 ,,iv4 ,conclusion4--,d'une rpublique ternelle fonde dans la nature par la providence divine1 et qui est la meilleure possible dans chacune de ses formes diverses4 #cgf ,,appendice ,,du ,,second ,,livre4--,explication de la mythologie grecque et romaine4 #chi ,,principes ,,de ,,la ,,philosophie ,,de ,l',,histoire4 ,,livre ,,premier4 ,,des ,,principes4 ,,argument4 ,on ne peut dterminer quelles lois observe la civilisation dans son dveloppement1 sans remonter son origine4 ,l'auteur prouve d'abord la ncessit de suivre dans cette recherche une nouvelle mthode1 par l'insuffisance et la contradiction de tout ce qu'on a dit sur l'histoire ancienne jusqu' la seconde guerre punique 7chap4 ,i47--,il expose ensuite sous la forme d'axiomes1 les vrits gnrales qui font la base de son systme 7chap4 ,,ii47--,il indique enfin les trois grands principes d'o part la science nouvelle1 et la mthode qui lui est propre 7chap4 ,,iii et ,,iv47 ,chap4 ,i4 ,,table ,,chronologique4 ,vaines prtentions des gyptiens une science profonde et une antiquit exagre4 ,le peuple hbreux est le plus ancien de tous4 ,division de l'histoire des premiers sicles en trois priodes4--#a4 ,dluge4 ,gans4 ge d'or4 ,premier ,herms4--#b4 ,hercule et les ,hraclides4 ,orphe4 ,second ,herms4 ,guerre de ,troie4 ,colonies grecques de l',italie et de la ,sicile4--#c4 ,jeux olympiques4 ,fondation de ,rome4 ,pythagore4 ,servius ,tullius4 ,hsiode1 ,hippocrate et ,hrodote4 ,thucydide2 guerre du ,ploponse4 ,xnophon2 ,alexandre4 ,lois ,publilia et ,petilia4 ,guerre de ,tarente et de ,pyrrhus4 ,seconde guerre punique4 ,dans ce chapitre1 l'auteur jette en passant les fondemens d'une critique nouvelle3 #a ,la civilisation de chaque peuple a t son propre ouvrage1 sans communication du dehors2 #b ,on a exagr la sagesse ou la puissance des premiers peuples2 #c ,on a pris pour des individus des tres allgoriques ou collectifs 7,hercule1 ,herms47 ,chap4 ,,ii4 ,,axiomes4 #a-bb4 ,axiomes gnraux4 #bc-aad4 ,axiomes particuliers4#a-d4 ,rfutation des opinions que l'on s'est formes jusqu'ici sur les commencemens de la civilisation4--#e-ae4 ,fondemens du vrai4 ,mditer le monde social dans son ide ternelle4--#af-bb4 ,fondemens du certain4 ,apercevoir le monde social dans sa ralit4#bc-bh4 ,division des peuples anciens en hbreux et gentils4 ,dluge universel4 ,gans4--#bh-cj4 ,principes de la thologie potique4--#ca-dj4 ,origine de l'idoltrie1 de la divination1 des sacrifices4--#da-df4 ,principes de la mythologie historique4--#dg-fb4 ,potique4--#dg-di4 ,principe des caractres potiques4--#ej-fb4 ,suite de la potique4 ,fable1 convenance1 pense1 expression1 chant1 vers4--#fc-fe4 ,principes tymologiques4--#ff-if4 ,principes de l'histoire idale4--#gj-hd4 ,origine des socits4--#hd-if4 ,ancienne histoire romaine4--#ig-ajc4 ,migrations des peuples4--#ajd-aad4 ,principes du droit naturel4 ,chap4 ,,iii4 ,,trois ,,principes ,,fondamentaux4--,religions et croyance une ,providence1 mariages et modration des passions1 spultures et croyance l'immortalit de l'me4 ,chap4 ,,iv4 ,,de ,,la ,m,,thode4--,le point de dpart de la science nouvelle est la premire pense humaine que les hommes durent concevoir1 savoir1 l'ide d'un ,dieu4,cette science emploie d'abord des preuves philosophiques1 ensuite des preuves philologiques4 ,les preuves philosophiques elles-mmes sont ou thologiques ou logiques4 ,la science nouvelle est une dmonstration historique de la ,providence2 elle trace le cercle ternel d'une histoire idale dans lequel tourne l'histoire relle de toutes les nations4 ,elle s'appuie sur une critique nouvelle1 dont le criterium est le sens commun du genre humain4 ,cette critique est le fondement d'un nouveau systme du droit des gens4 ,preuves philologiques1 tires de l'interprtation des fables1 de l'histoire des langues1 etc4 ,,livre ,,premier4 ,,des ,,principes4 ,,chapitre ,,premier4 ,,table ,,chronologique1 ,,ou ,,pr,,paration ,,des ,,mati,,res ,,que ,,doit ,,mettre ,,en ,,oeuvre ,,la ,,science ,,nouvelle4 ,la table chronologique que l'on a sous les yeux embrasse l'histoire du monde ancien1 depuis le dluge jusqu' la seconde guerre punique1 en commenant par les ,hbreux1 et continuant par les ,chaldens1 les ,scythes1 les ,phniciens1 les gyptiens1 les ,grecs et les ,romains4 ,on y voit figurer des hommes ou des faits clbres1 lesquels sont ordinairement placs par les savans dans d'autres temps1 dans d'autres lieux1 ou qui mme n'ont point exist4 ,en rcompense nous y tirons des tnbres profondes o ils taient rests ensevelis1 des hommes et des faits remarquables1 qui ont puissamment influ sur le cours des choses humaines2 et nous montrons combien les explications qu'on a donnes sur l'origine de la civilisation1 prsentent d'incertitude1 de frivolit et d'inconsquence4 99 99 99 ,mais toute tude sur la civilisation paenne doit commencer par un examen svre des prtentions des nations anciennes1 et surtout des gyptiens1 une antiquit exagre4 ,nous tirerons deux utilits de cet examen3 celle de savoir quelle poque1 quel pays il faut rapporter les commencemens de cette civilisation2 et celle d'appuyer par des preuves1 humaines la vrit1 tout le systme de notre religion1 laquelle nous apprend d'abord que le premier peuple fut le peuple hbreu1 que le premier homme fut ,adam1 cr en mme temps que ce monde par le ,dieu vritable4#aj ,note #aj3 ,v4 p4 #ej1 dition de ,milan1 #ahja4 ,notre chronologie se trouve entirement contraire au systme de ,marsham1 qui veut prouver que les gyptiens devancrent toutes les nations dans la religion et dans la politique1 de sorte que leurs rites sacrs et leurs rglemens civils1 transmis aux autres peuples1 auraient t reus des ,hbreux avec quelques changemens4 ,avant d'examiner ce qu'on doit croire de cette antiquit1 il faut avouer qu'elle ne parat pas avoir profit beaucoup aux gyptiens4 ,nous voyons dans les ,stromates de saint ,clment d',alexandrie1 que les livres du leurs prtres1 au nombre de quarante-deux1 couraient alors dans le public1 et qu'ils contenaient les plus graves erreurs en philosophie et en astronomie4 ,leur mdecine1 selon ,galien1 de ,medicin mercuriali1 tait un tissu de purilits et d'impostures4 ,leur morale tait dissolue1 puisqu'elle permettait1 qu'elle honorait mme la prostitution4 ,leur thologie n'tait que superstitions1 prestiges et magie4 ,les arts du fondeur et du sculpteur restrent chez eux dans l'enfance2 et quant la magnificence de leurs pyramides1 on peut dire que la grandeur n'est point inconciliable avec la barbarie4 ,c'est la fameuse ,alexandrie qui a ainsi exalt l'antique sagesse des gyptiens4 ,la cit d',alexandre unit la subtilit africaine l'esprit dlicat des ,grecs1 et produisit des philosophes profonds dans les choses divines4 ,clbre comme la mre des sciences1 dsigne chez les ,grecs par le nom de ,grec3 polis1 la ville par excellence1 elle vit son ,muse aussi clbre que l'avaient t ,athnes l'acadmie1 le lyce et le portique4 ,l s'leva le grand prtre ,manton1 qui donna toute l'histoire de l'gypte l'interprtation d'une sublime thologie naturelle1 prcisment comme les philosophes grecs avaient donn leurs fables nationales un sens tout philosophique4 7,voy4 le commencement du livre ,,ii47 ,dans ce grand entrept du commerce de la ,mditerrane et de l',orient1 un peuple si vaniteux#aa1 avide de superstitions nouvelles1 imbu du prjug de son antiquit prodigieuse et des vastes conqutes de ses rois1 ignorant enfin que les autres nations paennes avaient pu1 sans rien savoir l'une de l'autre1 concevoir des ides uniformes sur les dieux et sur les hros1 ce peuple1 dis-je1 ne put s'empcher de croire que tous les dieux des navigateurs qui venaient commercer chez lui1 taient d'origine gyptienne4 ,il voyait que toutes les nations avaient leur ,jupiter et leur ,hercule2 il dcida que son ,jupiter ,ammon tait le plus ancien de tous1 que tous les ,hercule avaient pris leur nom de l',hercule gyptien4 ,note #aa3 ,glori animalia1 et dans ,tacite3 ,gens novarum religionum avida4 ,diodore de ,sicile1 qui vivait du temps d',auguste1 et qui traite les gyptiens trop favorablement1 ne leur donne que deux mille ans d'antiquit1 encore a-t-il t rfut victorieusement par ,giacomo ,cappello dans son ,histoire sacre et gyptienne4 ,cette antiquit n'est pas mieux prouve par le ,pimandre4 ,ce livre que l'on a vant comme contenant la doctrine d',herms1 est l'oeuvre d'une imposture vidente4 ,casaubon n'y trouve pas une doctrine plus ancienne que le platonisme1 et ,saumaise ne le considre que comme une compilation indigeste4 ,l'intelligence humaine1 tant infinie de sa nature1 exagre les choses qu'elle ignore1 bien au-del de la ralit4 ,enfermez un homme endormi dans un lieu trs troit1 mais parfaitement obscur1 l'horreur des tnbres le lui fait croire certainement plus grand qu'il ne le trouvera en touchant les murs qui l'environnent4 ,voil ce qui a tromp les gyptiens sur leur antiquit4 ,mme erreur chez les ,chinois1 qui ont ferm leur pays aux trangers1 comme le firent les gyptiens jusqu' ,psammtique1 et les ,scythes jusqu' l'invasion de ,darius1 fils d',hystaspe4 ,quelques jsuites ont vant l'antiquit de ,confucius1 et ont prtendu avoir lu des livres imprims avant ,jsus-,christ2 mais d'autres auteurs mieux informs ne placent ,confucius que cinq cents ans avant notre re1 et assurent que les ,chinois n'ont trouv l'imprimerie que deux sicles avant les ,europens4 ,d'ailleurs la philosophie de ,confucius1 comme celle des livres sacrs de l'gypte1 n'offre qu'ignorance et grossiret dans le peu qu'elle dit des choses naturelles4 ,elle se rduit une suite de prceptes moraux dont l'observance est impose ces peuples par leur lgislation4 ,dans cette dispute des nations sur la question de leur antiquit1 une tradition vulgaire veut que les ,scythes aient l'avantage sur les gyptiens4 ,justin commence l'histoire universelle par placer mme avant les ,assyriens deux rois puissans1 ,tanas le scythe1 et l'gyptien ,ssostris4 ,d'abord ,tanas part avec une arme innombrable pour conqurir l'gypte1 ce pays si bien dfendu par la nature contre une invasion trangre4 ,ensuite ,ssostris1 avec une arme non moins nombreuse1 s'en va subjuguer la ,scythie1 laquelle n'en reste pas moins inconnue jusqu' ce qu'elle soit envahie par ,darius4 ,encore cette dernire poque qui est celle de la plus haute civilisation des ,perses1 les ,scythes se trouvent-ils si barbares que leur roi ne peut rpondre ,darius qu'en lui envoyant des signes matriels sans pouvoir mme crire sa pense en hiroglyphes4 ,les deux conqurans traversent l',asie avec leurs prodigieuses armes sans la soumettre ni aux ,scythes ni aux gyptiens4 ,elle reste si bien indpendante1 qu'on y voit s'lever ensuite la premire des quatre monarchies les plus clbres1 celle des ,assyriens4 ,la prtention de ces derniers une haute antiquit est plus spcieuse4 ,en premier lieu leur pays est situ dans l'intrieur des terres1 et nous dmontrerons dans ce livre que les peuples habitrent d'abord les contres mditerranes et ensuite les rivages4 ,ajoutez qu'on regarde gnralement les ,chaldens comme les premiers sages du paganisme1 en plaant ,zoroastre leur tte4 ,de la tribu chaldenne1 se forma sous ,ninus la grande nation des ,assyriens1 et le nom de la premire se perdit dans celui de la seconde4 ,mais les ,chaldens ont t jusqu' prtendre qu'ils avaient conserv des observations astronomiques d'environ vingt-huit mille ans4 ,josephe a cru ces observations ant-diluviennes1 et a prtendu qu'elles avaient t inscrites sur deux colonnes1 l'une de marbre1 l'autre de brique1 qui devaient les prserver du dluge ou du l'embrasement du monde4 ,on peut placer les deux colonnes dans le ,muse de la crdulit4 ,les ,hbreux au contraire1 trangers aux nations paennes1 comme l'attestent ,josephe et ,lactance1 n'en connurent pas moins le nombre exact des annes coules depuis la cration2 c'est le calcul de ,philon1 approuv par les critiques les plus svres1 et dont celui d',eusbe ne s'carte d'ailleurs que de quinze cents ans1 diffrence bien lgre en comparaison des altrations monstrueuses qu'ont fait subir la chronologie les ,chaldens1 les ,scythes1 les gyptiens et les ,chinois4 ,il faut bien reconnatre que les ,hbreux ont t le premier peuple1 et qu'ils ont conserv sans altration les monumens de leur histoire depuis le commencement du monde4 ,aprs les ,hbreux1 nous plaons les ,chaldens et les ,scythes1 puis les ,phniciens4 ,ces derniers doivent prcder les gyptiens1 puisque1 selon la tradition1 ils leur ont transmis les connaissances astronomiques qu'ils avaient tires de la ,chalde1 et qu'ils leur ont donn en outre les caractres alphabtiques1 comme nous devons le dmontrer4 99 99 99 ,si nous ne donnons aux gyptiens que la cinquime place dans cette table1 nous ne profiterons pas moins de leurs antiquits4 ,il nous en reste deux grands dbris1 aussi admirables que leurs pyramides4 ,je parle de deux vrits historiques1 dont l'une nous a t conserve par ,hrodote3 #a ,ils divisaient tout le temps antrieurement coul en trois ges1 ge des dieux1 ge des hros1 ge des hommes2 #b pendant ces trois ges1 trois langues correspondantes se parlrent1 langue hiroglyphique ou sacre1 langue symbolique ou hroque1 langue vulgaire1 celle dans laquelle les hommes expriment par des signes convenus les besoins ordinaires de la vie4 ,de mme1 ,varron dans ce grand ouvrage ,rerum divinarum et humanarum1 dont l'injure des temps nous a privs1 divisait l'ensemble des sicles couls en trois priodes1 temps obscur1 qui rpond l'ge divin des gyptiens1 temps fabuleux1 qui est leur ge hroque1 enfin temps historique1 l'ge des hommes1 dans la nomenclature gyptienne4 ,des nations civilises ou barbares1 il n'en est aucune1 selon l'observation de ,diodore1 qui ne se regarde comme la plus ancienne1 et qui ne fasse remonter ses annales jusqu' l'origine du monde4 ,les gyptiens nous fourniront encore l'appui de ce principe deux traditions de vanit nationale1 savoir1 que ,jupiter ,ammon tait le plus ancien de tous les ,jupiter1 et que les ,hercule des autres nations avaient pris leur nom de l',hercule gyptien4 99 99 99 ,an du monde1 #afef4 ,le dluge universel est notre point de dpart4 ,la confusion des langues qui suivit eut lieu chez les enfans de ,sem1 chez les peuples orientaux4 ,mais il en fut sans doute autrement chez les nations sorties de ,cham et de ,japhet 7ou ,japet72 les descendans de ces deux fils de ,no durent se disperser dans la vaste fort qui couvrait la terre4 ,ainsi errans et solitaires1 ils perdirent bientt les moeurs humaines1 l'usage de la parole1 devinrent semblables aux animaux sauvages1 et reprirent la taille gigantesque des hommes ant-diluviens4 ,mais lorsque la terre dessche put de nouveau produire le tonnerre par ses exhalaisons1 les gans pouvants rapportrent ce terrible phnomne un ,dieu irrit4 ,telle est l'origine de tant de ,jupiter1 qui furent adors des nations paennes4 ,de l la divination applique aux phnomnes du tonnerre1 au vol de l'aigle1 qui passait pour l'oiseau de ,jupiter4 ,les ,orientaux se firent une divination moins grossire2 ils observrent le mouvement des plantes1 les divers aspects des astres1 et leur premier sage fut ,zoroastre 7selon ,bochart1 le contemplateur des astres47--,ce systme ruine ncessairement celui des tymologistes qui cherchent dans l',orient l'origine de toutes les langues4 ,selon nous1 toutes les nations sorties de ,cham et de ,japhet se crrent leurs langues dans les contres mditerranes o elles s'taient fixes d'abord2 puis descendant vers les rivages1 elles commencrent commercer avec les ,phniciens1 peuple navigateur qui couvrit de ses colonies les bords de la ,mditerrane et de l',ocan4 ,ans du monde1 #bjjj-bejj4 ,ds que les gans1 quittant leur vie vagabonde1 se mettent cultiver les champs1 nous voyons commencer l'ge d'or ou ge divin des ,grecs1 et quelques sicles aprs celui du ,latium1 l'ge de ,saturne1 dans lequel les dieux vivaient sur la terre avec les hommes4 ,dans cet ge divin parat d'abord le premier ,herms4 ,les gyptiens1 dit ,jamblique1 rapportaient cet ,herms toutes les inventions ncessaires ou utiles la vie sociale4 ,c'est qu',herms ne fut point un sage1 un philosophe divinis aprs sa mort1 mais le caractre idal des premiers hommes de l'gypte1 qui sans autre sagesse que celle de l'instinct naturel1 y formrent d'abord des familles1 puis des tribus1 et fondrent enfin une grande nation4#ab ,d'aprs la division des trois ges que reconnaissaient les gyptiens1 ,herms devait tre un dieu1 puisque sa vie embrassait tout ce qu'on appelait l'ge des dieux dans cette nomenclature4#ac ,note #ab3 ,est-il vrai que1 dans cette priode1 ,herms ait port d'gypte en ,grce la connaissance des lettres et les premires lois8 ou bien ,cadmus aurait-il enseign aux ,grecs l'alphabet de la ,phnicie8 ,nous ne pouvons admettre ni l'une ni l'autre opinion4--,les ,grecs ne se servirent point d'hiroglyphes comme les gyptiens1 mais d'une criture alphabtique1 encore ne l'employrent-ils que bien des sicles aprs4--,homre confia ses pomes la mmoire des ,rapsodes1 parce que de son temps les lettres alphabtiques n'taient point trouves1 ainsi que le soutient ,josephe contre le sentiment d',appion4--,si ,cadmus et port les lettres phniciennes en ,grce1 la ,botie qui les et reues la premire n'et-elle pas d ce distinguer par sa civilisation entre toutes les parties de la ,grce8--,d'ailleurs quelle diffrence entre les lettres grecques et les phniciennes8,quant l'introduction simultane des lois et des lettres1 les difficults sont plus grandes encore4--,d'abord le mot ,grec3 nomos ne se trouve nulle part dans ,homre4--,ensuite1 est-il indispensable que des lois soient crites8 n'en existait-il pas en gypte avant ,herms1 inventeur des lettres8 dira-t-on qu'il n'y eut pas de lois ,sparte o ,lycurgue avait dfendu aux citoyens l'tude des lettres8 ne voit-on pas dans ,homre un ,conseil des hros1 ,grec3 boul1 o l'on dlibrait de vive voix sur les lois1 et un ,conseil du peuple1 ,grec3 agora1 o on les publiait de la mme manire4 ,la ,providence a voulu que les socits qui n'ont point encore la connaissance des lettres se fondent d'abord sur les usages et les coutumes1 pour se gouverner ensuite par des lois1 quand elles sont plus civilises4 ,lorsque la barbarie antique reparut au moyen ge1 ce fut encore sur des coutumes que se fonda le droit chez toutes les nations europennes4 ,note #ac3 ,les hros investis du triple caractre de chefs des peuples1 de guerriers et de prtres1 furent dsigns dans la ,grce par le nom d',hraclides1 ou enfans d',hercule2 dans la ,crte1 dans l',italie et dans l',asie mineure1 par celui de ,curtes 7quirites1 de l'inusit quir1 quiris1 lance74 ,an du monde1 #cbbc-cbbc4 ,l'ge hroque qui suit celui des dieux1 est caractris par ,hercule1 ,orphe et le second ,herms4 ,l',occident a ses ,hercule1 l',orient ses ,zoroastre qui prsentent le mme caractre4 ,autant de types idaux des fondateurs des socits1 et des potes thologiens4 ,si l'on s'obstine ne voir que des hommes dans ces tres allgoriques1 que de difficults se prsentent6#ad ,note #ad3 ,orphe surtout1 si on le considre comme un individu1 offre aux yeux de la critique l'assemblage de mille monstres bizarres4--,d'abord il vient de ,thrace1 pays plus connu comme la patrie de ,mars1 que comme le berceau de la civilisation4--,ce ,thrace sait si bien le grec qu'il compose en cette langue des vers d'une posie admirable4--,il ne trouve encore que des btes farouches dans ces ,grecs1 auxquels tant de sicles auparavant ,deucalion a enseign la pit envers les dieux1 dont ,hellen a form une mme nation en leur donnant une langue commune1 chez lesquels enfin rgne depuis trois cents ans la maison d',inachus4--,orphe trouve la ,grce sauvage1 et en quelques annes elle fait assez de progrs pour qu'il puisse suivre ,jason la conqute de la ,toison d'or2 remarquez que la marine n'est point un des premiers arts dont s'occupent les peuples4--,dans cette expdition il a pour compagnons ,castor et ,pollux1 frres d',hlne1 dont l'enlvement causa la fameuse guerre de ,troie4 ,ainsi1 la vie d'un seul homme nous prsente plus de faits qu'il ne s'en passerait en mille annes64444 ,ce sont peut-tre de semblables observations qui ont fait conjecturer ,cicron1 dans son livre sur la ,nature des ,dieux1 qu',orphe n'a jamais exist4 ,elles s'appliquent1 pour la plupart1 avec la mme force ,hercule1 ,herms et ,zoroastre4 ces difficults chronologiques1 joignez-en d'autres1 morales ou politiques4 ,orphe1 voulant amliorer les moeurs de la ,grce1 lui propose l'exemple d'un ,jupiter adultre1 d'une ,junon implacable qui perscute la vertu dans la personne d',hercule1 d'un ,saturne qui dvore ses enfans6 et c'est par ces fables capables de corrompre et d'abrutir le peuple le plus civilis1 le plus vertueux1 qu',orphe lve les hommes encore bruts l'humanit et la civilisation4 ,guids par les principes de la science nouvelle1 nous viterons ces terribles cueils de la mythologie2 nous verrons que ces fables1 dtournes de leur sens par la corruption des hommes1 ne signifiaient dans l'origine rien que de vrai1 rien qui ne ft digne des fondateurs des socits4 ,la dcouverte des caractres potiques1 des types idaux1 que nous venons d'exposer1 fera luire un jour pur et serein travers ces nuages sombres dont s'tait voile la chronologie4 ,an du monde1 #bhbj4 ,d'habiles critiques ont port plus loin le scepticisme3 ils ont pens que la guerre de ,troie n'avait jamais eu lieu1 du moins telle qu',homre la raconte2 et ils ont renvoy la ,bibliothque de l',imposture les ,dictys de ,crte1 et les ,dars de ,phrygie1 qui en ont crit l'histoire en prose1 comme s'ils eussent t contemporains4 99 99 99 ,vers #biej4 ,dans le sicle qui suit immdiatement la guerre de ,troie1 et la suite des courses errantes d'ne et d',antenor1 de ,diomde et d',ulysse1 nous plaons la fondation des colonies grecques de l',italie et de la ,sicile4 ,c'est trois sicles avant l'poque adopte par les chronologistes2 mais ont-ils le droit de s'en tonner1 eux qui varient de quatre cent soixante ans sur le temps o vcut ,homre1 l'auteur le plus voisin de ces vnemens4 ,la fondation de ces colonies est du petit nombre des faits dans lesquels nous nous cartons de la chronologie ordinaire1 mais nous y sommes contraints par une raison puissante4 ,c'est que ,syracuse et tant d'autres villes n'auraient pas eu assez de temps pour s'lever au point de richesse et de splendeur o elles parvinrent4 ,pendant ses guerres contre les ,carthaginois1 ,syracuse n'avait rien envier la magnificence et la politesse d',athnes4 ,long-temps aprs1 ,crotone presque dserte fait piti ,tite-,live1 lorsqu'il songe au nombre prodigieux de ses anciens habitans4 99 99 99 ,an du monde1 #cbbc4 ,le temps certain1 l'ge des hommes commence l'poque o les jeux olympiques fonds par ,hercule1 furent rtablis par ,iphitus4 ,depuis le premier1 on comptait les annes par les rcoltes2 depuis le second1 on les compta par les rvolutions du soleil4 ,la premire ,olympiade concide presque avec la fondation de ,rome 7#ggf1 #gec ans avant ,j4-,c47 ,mais ,rome aura pendant long-temps bien peu d'importance4 ,toutes ces ides magnifiques que l'on s'est faites jusqu'ici sur les commencemens de ,rome et de toutes les autres capitales des peuples clbres1 disparaissent1 comme le brouillard aux rayons du soleil1 devant ce passage prcieux de ,varron rapport par ,saint-,augustin dans la ,cit de ,dieu3 pendant deux sicles et demi qu'elle obit ses rois1 ,rome soumit plus de vingt peuples1 sans tendre son empire plus de vingt milles4 ,an du monde1 #cbij2 de ,rome #cg4 ,nous plaons ,homre aprs la fondation de ,rome4 ,l'histoire grecque1 dont il est le principal flambeau1 nous a laisss dans l'incertitude sur son sicle et sur sa patrie4 ,on verra au livre ,,iii pourquoi nous nous cartons de l'opinion reue sur ces deux points1 et sur le fait mme de son existence4--,nous lverons les mmes doutes sur celle d'sope que nous considrons non comme un individu1 mais comme un type idal1 et dont nous plaons l'poque entre celle d',homre et celle des sept sages de la ,grce4 #cdfh2 #bbe4 ,pythagore qui vient ensuite1 est1 selon ,tite-,live1 contemporain de ,servius ,tullius2 on voit s'il a pu enseigner la science des choses divines ,numa qui vivait prs de deux sicles auparavant4 ,tite-,live dit aussi que pendant ce rgne de ,servius ,tullius1 o l'intrieur de l',italie tait encore barbare1 il et t impossible que le nom mme de ,pythagore pntrt de ,crotone ,rome travers tant de peuples diffrens de langues et de moeurs4 ,ce dernier passage doit nous faire entendre combien devaient tre faciles ces longs voyages dans lesquels ,pythagore alla1 dit-on1 consulter en ,thrace les disciples d',orphe1 en ,perse les mages1 les ,chaldens ,babylone1 les ,gymnosophistes dans l',inde1 puis en revenant1 les prtres de l'gypte1 les disciples d',atlas dans la ,mauritanie1 et les ,druides dans la ,gaule1 pour rentrer enfin dans sa patrie1 riche de toute la sagesse barbare4#ae ,note #ae3 ,si nous en croyons ceux qui1 aux applaudissemens des savans1 ont entrepris de nous faire connatre la succession des coles de la philosophie barbare1 ,zoroastre fut le matre de ,brose et des ,chaldens1 ,brose celui d',herms et des gyptiens1 ,herms celui d',atlas et des thiopiens1 ,atlas celui d',orphe1 qui1 de la ,thrace1 vint tablir son cole en ,grce4 ,on sent ce qu'ont de srieux ces communications entre les premiers peuples1 qui1 peine sortis de l'tat sauvage1 vivaient ignors mme de leurs voisins1 et n'avaient connaissance les uns des autres qu'autant que la guerre ou le commerce leur en donnait l'occasion4 ,ce que nous disons de l'isolement des premiers peuples s'applique particulirement aux ,hbreux4--,lactance assure que ,pythagore n'a pu tre disciple d',isae4--,un passage de ,josephe prouve que les ,hbreux1 au temps d',homre et de ,pythagore1 vivaient inconnus leurs voisins de l'intrieur des terres1 et plus forte raison aux nations loignes dont la mer les sparait4--,ptolme ,philadelphe s'tonnant qu'aucun pote1 aucun historien n'et fait mention des lois de ,mose1 le juif ,dmtrius lui rpondit que ceux qui avaient tent de les faire connatre aux ,gentils1 avaient t punis miraculeusement1 tels que ,thopompe qui en perdit le sens1 et ,thodecte qui fut priv de la vue4--,aussi ,josephe ne craint point d'avouer cette longue obscurit des ,juifs1 et il l'explique de la manire suivante3 ,nous n'habitons point les rivages2 nous n'aimons point faire le ngoce et commercer avec les trangers4 ,sans doute la ,providence voulait1 comme l'observe ,lactance1 empcher que la religion du vrai ,dieu ne ft profane par les communications de son peuple avec les ,gentils4--,tout ce qui prcde est confirm par le tmoignage du peuple ,hbreux lui-mme1 qui prtendait qu' l'poque o parut la version des ,septante1 les tnbres couvrirent le monde pendant trois jours1 et qui1 en expiation1 observait un jene solennel1 le #h de tbet ou dcembre4 ,ceux de ,jrusalem dtestaient les juifs hellnistes qui attribuaient une autorit divine cette version4 ,an du monde1 #cdfh2 de ,rome #bbe4 ,servius ,tullius1 institue le cens1 dans lequel on a vu jusqu'ici le fondement de la libert dmocratique1 et qui ne fut dans le principe que celui de la libert aristocratique4 #cejj4 ,c'est l'poque o les ,grecs trouvrent leur criture vulgaire 7,voyez plus bas47 ,nous y plaons ,hsiode1 ,hrodote et ,hippocrate4--,les chronologistes dclarent sans hsiter qu',hsiode vivait trente ans avant ,homre1 quoiqu'ils diffrent de quatre sicles et demi sur le temps o il faut placer l'auteur de l',iliade4 ,mais ,velleius ,paterculus et ,porphyre 7dans ,suidas71 sont d'avis qu',homre prcda de beaucoup ,hsiode4 ,quant aux trpieds consacrs par ce dernier en mmoire de sa victoire sur ,homre1 ce sont des monumens tels qu'en fabriquent de nos jours les faiseurs de mdailles1 qui vivent de la simplicit des curieux4--,si nous considrons1 d'un ct1 que la vie d',hippocrate est toute fabuleuse1 et que1 de l'autre1 il est l'auteur incontestable d'ouvrages crits en prose et en caractres vulgaires1 nous rapporterons son existence au temps d',hrodote qui crivit de mme en prose et dont l'histoire est pleine de fables4 99 99 99 ,an du monde1 #cecj4 ,thucydide vcut l'poque la mieux connue de l'histoire grecque1 celle de la guerre du ,ploponse2 et c'est afin de n'crire que des choses certaines qu'il a choisi cette guerre pour sujet4 ,il tait fort jeune1 pendant la vieillesse d',hrodote qui et pu tre son pre2 or1 il dit que1 jusqu'au temps de son pre1 les ,grecs ne surent rien de leurs propres antiquits4 ,que devaient-ils donc savoir de celles des barbares qu'ils nous ont seuls fait connatre8444 et que penserons-nous de celles des ,romains1 peuple tout occup de l'agriculture et de la guerre1 lorsque ,thucydide fait un tel aveu au nom de ses ,grecs1 qui devinrent sitt philosophes8 ,dira-t-on que les ,romains ont reu de ,dieu un privilge particulier8 ,an du monde1 #ceec2 de ,rome #cjc4 ,l'poque de ,thucydide est celle o ,socrate fondait la morale1 o ,platon cultivait avec tant de gloire la mtaphysique2 c'est pour ,athnes l'ge de la civilisation la plus rafine4 ,et c'est alors que les historiens nous font venir d',athnes ,rome ces lois des douze tables si grossires et si barbares4 ,voy4 plus loin la rfutation de ce prjug4 ,les ,grecs avaient commenc sous le rgne de ,psammtique mieux connatre l'gypte2 partir de cette poque1 les rcits d',hrodote sur cette contre prennent un caractre de certitude #ceec4 ,ce fut de ,xnophon qu'ils reurent les premires connaissances exactes qu'ils aient eues de la ,perse2 la ncessit de la guerre fit pour la ,perse ce qu'avait fait pour l'gypte l'utilit du commerce4 ,encore ,aristote nous assure-t-il qu'avant la conqute d',alexandre1 l'on avait dbit bien des fables sur les moeurs et l'histoire des ,perses4--#cffj ,c'est ainsi que la ,grce commena avoir quelques notions certaines sur les peuples trangers4 ,deux lois changent cette poque la constitution de ,rome4 #cfeh2 #daf4 ,la loi ,publilia est le passage visible de l'aristocratie la dmocratie4 ,on n'a point assez remarqu cette loi1 faute d'en savoir comprendre le langage4 #cffa2 #dai4 ,la loi ,petilia1 de nexu1 n'est pas moins digne d'attention4 ,par cette loi1 les nobles perdirent leurs droits sur la personne des ,plbiens dont ils taient cranciers4 ,mais le snat conserva son empire souverain sur toutes les terres de la rpublique1 et le maintint jusqu' la fin par la force des armes4 ,an du monde #cgjh2 #dhi4 ,guerre de ,tarente1 o les ,latins et les ,grecs commencent prendre connaissance les uns des autres4 ,lorsque les ,tarentins maltraitrent les vaisseaux des ,romains1 et ensuite leurs ambassadeurs1 ils allgurent pour excuse1 selon ,florus1 qu'ils ne savaient qui taient les ,romains1 ni d'o ils venaient4 ,tant les premiers peuples se connaissaient peu1 une distance si rapproche1 et lors mme qu'aucune mer ne les sparait6 #chdi2 #eeb4 ,seconde guerre punique4 ,c'est en commenant le rcit de cette guerre que ,tite-,live dclare qu'il va crire dsormais l'histoire romaine avec plus de certitude1 parce que cette guerre est la plus mmorable de toutes celles que firent les ,romains4 ,nanmoins il avoue son ignorance sur trois circonstances essentielles3 d'abord il ne sait sous quels consuls1 ,annibal1 vainqueur de ,sagonte1 quitta l',espagne pour aller en ,italie1 ni par quelle partie des ,alpes il excuta son passage1 ni quelles taient alors ses forces2 il trouve sur ce dernier article la plus grande diversit d'opinions dans les anciennes annales4 99 99 99 ,d'aprs toutes les observations que nous avons faites sur cette table1 on voit que tout ce qui nous est parvenu de l'antiquit paenne jusqu'au temps o nous nous arrtons1 n'est qu'incertitude et obscurit4 ,aussi nous ne craignons pas d'y pntrer comme dans un champ sans matre1 qui appartient au premier occupant 7res nullius1 qu occupanti conceduntur47 ,nous ne craindrons point d'aller contre les droits de personne1 lorsqu'en traitant ces matires nous ne nous conformerons pas1 ou que mme nous serons contraires1 aux opinions que l'on s'est faites jusqu'ici sur les origines de la civilisation1 et que par l nous les ramnerons des principes scientifiques4 ,grce ces principes1 les faits de l'histoire certaine retrouveront leurs origines primitives1 faute desquelles ils semblent jusqu'ici n'avoir eu ni fondement commun1 ni continuit1 ni cohrence4 ,,chapitre ,,ii4 ,,axiomes4 ,maintenant pour donner une forme aux matriaux que nous venons de prparer dans la table chronologique1 nous proposons les axiomes philosophiques et philologiques que l'on va lire1 avec un petit nombre de postulats raisonnables1 et de dfinitions o nous avons cherch la clart4 ,ainsi que le sang parcourt le corps qu'il anime1 de mme ces ides gnrales1 rpandues dans la science nouvelle1 l'animeront de leur esprit dans toutes ses dductions sur la nature commune des nations4 #a-bb4 ,,axiomes ,g,n,,raux4 #a-d4 ,rfutation des opinions que l'on s'est formes jusqu'ici des commencemens de la civilisation4 #a4 ,par un effet de la nature infime de l'intelligence de l'homme1 lorsqu'il se trouve arrt par l'ignorance1 il se prend lui-mme pour rgle de tout4 ,de l deux choses ordinaires3 ,la renomme croit dans sa marche2 elle perd sa force pour ce qu'on voit de prs 7fama crescit eundo2 minuit prsentia famam47 ,la marche a t longue depuis le commencement du monde1 et la renomme n'a cess de produire les opinions magnifiques que l'on a conues jusqu' nous de ces antiquits que leur extrme loigneraient drobe notre connaissance4 ,ce caractre de l'esprit humain a t observ par ,tacite 7,agricola73 omne ignotum pro magnifico est2 l'inconnu ne manque pas d'tre admirable4 #b4 ,autre caractre de l'esprit humain3 s'il ne peut se faire aucune ide des choses lointaines et inconnues1 il les juge sur les choses connues et prsentes4 ,c'est l la source inpuisable des erreurs o sont tombs toutes les nations1 tous les savans1 au sujet des commencemens de l'humanit2 les premires s'tant mises observer1 les seconds raisonner sur ce sujet dans des sicles d'une brillante civilisation1 ils n'ont pas manqu de juger d'aprs leur temps1 des premiers ges de l'humanit1 qui naturellement ne devaient tre que grossiret1 faiblesse1 obscurit4 #c4 ,chaque nation grecque ou barbare1 a follement prtendu avoir trouv la premire1 les commodits de la vie humaine1 et conserv les traditions de son histoire depuis l'origine du monde4 ,ce mot prcieux est de ,diodore de ,sicile4 ,par l sont cartes -la-fois les vaines prtentions des ,chaldens1 des ,scythes1 des gyptiens et des ,chinois1 qui se vantent tous d'avoir fond la civilisation antique4 ,au contraire1 ,josephe met les ,hbreux l'abri de ce reproche en faisant l'aveu magnanime qu'ils sont rests cachs tous les peuples paens4 ,et en mme temps l'histoire sainte nous reprsente le monde comme jeune1 eu gard la vieillesse que lui supposaient les ,chaldens1 les ,scythes1 les gyptiens1 et que lui supposent encore aujourd'hui les ,chinois4 ,preuve bien forte en faveur de la vrit de l'histoire sainte4 la vanit des nations1 joignez celle des savans2 ils veulent que ce qu'ils savent soit aussi ancien que le monde4 ,le mot de ,diodore dtruit tout ce qu'ils ont pens de cette sagesse antique qu'il faudrait dsesprer d'galer2 prouve l'imposture des oracles de ,zoroastre le ,chalden1 et d',anacharsis le ,scythe1 qui ne nous sont pas parvenus1 du ,pimandre de ,mercure trismgiste1 des vers d',orphe1 des vers dors de ,pythagore 7dj condamns par les plus habiles critiques72 enfin dcouvre -la-fois l'absurdit de tous les sens mystiques donns par l'rudition aux hiroglyphes gyptiens1 et celle des allgories philosophiques par lesquelles on a cru expliquer les fables grecques4 #e-ae4 ,fondemens du vrai4 7,mditer le monde social dans son idal ternel47 #e4 ,pour tre utile au genre humain1 la philosophie doit relever et diriger l'homme dchu et toujours dbile2 elle ne doit ni l'arracher sa propre nature1 ni l'abandonner sa corruption4 ,ainsi sont exclus de l'cole de la nouvelle science les ,stociens qui veulent la mort des sens1 et les picuriens qui font des sens la rgle de l'homme2 ceux-l s'enchanant au destin1 ceux-ci s'abandonnant au hasard et faisant mourir l'me avec le corps2 les uns et les autres niant la ,providence4 ,ces deux sectes isolent l'homme et devraient s'appeler philosophies solitaires4 ,au contraire nous admettons dans notre cole les philosophes politiques1 et surtout les ,platoniciens1 parce qu'ils sont d'accord avec tous les lgislateurs sur trois points capitaux3 existence d'une ,providence divine1 ncessit de modrer les passions humaines et d'en faire des vertus humaines1 immortalit de l'me4 ,cet axiome nous donnera les trois principes de la nouvelle science4#af ,note #af3 ,le principe du droit naturel est le juste dans son unit1 autrement dit1 l'unit des ides du genre humain concernant les choses dont l'utilit ou la ncessit est commune toute la nature humaine4 ,le pyrrhonisme dtruit l'humanit1 parce qu'il ne donne point l'unit4 ,l'picurisme la dissipe1 en quelque sorte1 parce qu'il abandonne au sentiment individuel le jugement de l'utilit4 ,le stocisme l'anantit1 parce qu'il ne reconnat d'utilit ou de ncessit que celles de l'me1 et qu'il mconnat celles du corps2 encore le ,sage seul peut-il juger de celles de l'me4 ,la seule doctrine de ,platon nous prsente le juste dans son unit2 ce philosophe pense qu'on doit suivre comme la rgle du vrai ce qui semble un1 ou le mme tous les hommes4 dition de #agbe1 rimprime en #ahag1 page #gd4 #f4 ,la philosophie considre l'homme tel qu'il doit tre2 ainsi elle ne peut tre utile qu' un bien petit nombre d'hommes qui veulent vivre dans la rpublique de ,platon1 et non ramper dans la fange du peuple de ,romulus4#ag ,note #ag3 ,dicit enim 7,cato7 tanquam in ,platonis ,grec3 politeia1 non tanquam in ,romuli fce sententiam4 ,cic4 ad ,atticum1 lib4 ,,ii 7,note du ,traducteur74 #g4 ,la lgislation considre l'homme tel qu'il est1 et veut en tirer parti pour le bien de la socit humaine4 ,ainsi de trois vices1 l'orgueil froce1 l'avarice1 l'ambition1 qui garent tout le genre humain1 elle tire le mtier de la guerre1 le commerce1 la politique 7la corte71 dans lesquels se forment le courage1 l'opulence1 la sagesse de l'homme d'tat4 ,trois vices capables de dtruire la race humaine produisent la flicit publique4 ,convenons qu'il doit y avoir une ,providence divine1 une intelligence lgislatrice du monde3 grce elle1 les passions des hommes livrs tout entiers l'intrt priv1 qui les ferait vivre en btes froces dans les solitudes1 ces passions mmes ont form la hirarchie civile1 qui maintient la socit humaine4 #h4 ,les choses1 hors de leur tat naturel1 ne peuvent y rester1 ni s'y maintenir4 ,si1 depuis les temps les plus reculs dont nous parle l'histoire du monde1 le genre humain a vcu1 et vit tolrablement en socit1 cet axiome termine la grande dispute leve sur la question de savoir si la nature humaine est sociable1 en d'autres termes s'il y a un droit naturel2 dispute que soutiennent encore les meilleurs philosophes et les thologiens contre picure et ,carnade1 et qui n'a point t ferme par ,grotius lui-mme4 ,cet axiome1 rapproch du septime et de son corollaire1 prouve que l'homme a le libre arbitre1 quoique incapable de changer ses passions en vertus1 mais qu'il est aid naturellement par la ,providence de ,dieu1 et d'une manire surnaturelle par la ,grce4 #i4 ,faute de savoir le vrai1 les hommes tchent d'arriver au certain1 afin que si l'intelligence ne peut tre satisfaite par la science1 la volont du moins se repose sur la conscience4 #aj4 ,la philosophie contemple la raison1 d'o vient la science du vrai2 la philologie tudie les actes de la libert humaine1 elle en suit l'autorit2 et c'est de l que vient la conscience du certain4--,ainsi nous comprenons sous le nom de philologues tous les grammairiens1 historiens1 critiques1 lesquels s'occupent de la connaissance des langues et des faits 7tant des faits intrieurs de l'histoire des peuples1 comme lois et usages1 que des faits extrieurs1 comme guerres1 traits de paix et d'alliance1 commerce1 voyages47 ,le mme axiome nous montre que les philosophes sont rests moiti chemin en ngligeant de donner leurs raisonnemens une certitude tire de l'autorit des philologues2 que les philologues sont tombs dans la mme faute1 puisqu'ils ont nglig de donner aux faits le caractre de vrit qu'ils auraient tir des raisonnemens philosophiques4 ,si les philosophes et les philologues eussent vit ce double cueil1 ils eussent t plus utiles la socit1 et ils nous auraient prvenus dans la recherche de cette nouvelle science4 #aa4 ,l'tude des actes de la libert humaine1 si incertaine de sa nature1 tire sa certitude et sa dtermination du sens commun appliqu par les hommes aux ncessits ou utilits humaines1 double source du droit naturel des gens4#ah ,note #ah3 ,le droit naturel des gens a1 dans ,vico1 une signification trs entendue4 ,il comprend non-seulement les rapports des socits entre elles1 mais mme tous les rapports des individus entre eux 7,note du ,traducteur74 #ab4 ,le sens commun est un jugement sans rflexion1 partag par tout un ordre1 par tout un peuple1 par toute une nation1 ou par tout le genre humain4 ,cet axiome 7avec la dfinition suivante7 nous ouvrira une critique nouvelle relative aux auteurs des peuples1 qui ont d prcder de plus de mille ans les auteurs de livres1 dont la critique s'est occupe jusqu'ici exclusivement4 #ac4 ,des ides uniformes nes chez des peuples inconnus les uns aux autres1 doivent avoir un motif commun de vrit4 ,grand principe1 d'aprs lequel le sens commun du genre humain est le criterium indiqu par la ,providence aux nations pour dterminer la certitude dans le droit naturel des gens4 ,on arrive cette certitude en connaissant l'unit1 l'essence de ce droit auquel toutes les nations se conforment avec diverses modifications 7,voy4 le vingt-deuxime axiome47 ,le mme axiome renferme toutes les ides qu'on s'est formes jusqu'ici du droit naturel des gens2 droit qui1 selon l'opinion commune1 serait sorti d'une nation pour tre transmis aux autres4 ,cette erreur est devenue scandaleuse par la vanit des gyptiens et des ,grecs1 qui1 les en croire1 ont rpandu la civilisation dans le monde4 ,c'tait une consquence naturelle qu'on ft venir de ,grce ,rome la loi des douze tables4 ,ainsi le droit civil aurait t communiqu aux autres peuples par une prvoyance humaine2 ce ne serait pas un droit mis par la divine ,providence dans la nature1 dans les moeurs de l'humanit1 et ordonn par elle chez toutes les nations6 ,nous ne cesserons dans cet ouvrage de tcher de dmontrer que le droit naturel des gens naquit chez chaque peuple en particulier1 sans qu'aucun d'eux st rien des autres2 et qu'ensuite l'occasion des guerres1 ambassades1 alliances1 relations de commerce1 ce droit fut reconnu commun tout le genre humain4 #ad4 ,la nature des choses consiste en ce qu'elles naissent en certaines circonstances1 et de certaines manires4 ,que les circonstances se reprsentent les mmes1 les choses naissent les mmes et non diffrentes4 #ae4 ,les proprits insparables du sujet doivent rsulter de la modification avec laquelle1 de la manire dont la chose est ne2 ces proprits vrifient nos yeux que la nature de la chose mme 7c'est--dire la manire dont elle est ne7 est telle1 et non pas autre4 #af-bb4 ,fondemens du certain4 7,apercevoir le monde social dans sa ralit47 #af4 ,les traditions vulgaires doivent avoir quelques motifs publics de vrit1 qui expliquent comment elles sont nes1 et comment elles se sont conserves long-temps chez des peuples entiers4 ,assigner ces traditions leurs vritables causes qui1 travers les sicles1 travers les changemens de langues et d'usages1 nous sont arrives dguises par l'erreur1 ce sera un des grands travaux de la nouvelle science4 #ag4 ,les faons de parler vulgaires sont les tmoignages les plus graves sur les usages nationaux des temps o se formrent les langues4 #ah4 ,une langue ancienne qui est reste en usage1 doit1 considre avant sa maturit1 tre un grand monument des usages des premiers temps du monde4 ,ainsi c'est du latin qu'on tirera les preuves philologiques les plus concluantes en matire de droit des gens2 les ,romains ont surpass sans contredit tous les autres peuples dans la connaissance de ce droit4 ,ces preuves pourront aussi tre recherches dans la langue allemande qui partage cette proprit avec l'ancienne langue romaine4 #ai4 ,si les lois des douze tables furent les coutumes en vigueur chez les peuples du ,latium depuis l'ge de ,saturne1 coutumes qui1 toujours mobiles chez les autres tribus1 furent fixes par les ,romains sur le bronze1 et gardes religieusement par leur jurisprudence1 ces lois sont un grand monument de l'ancien droit naturel des peuples du ,latium4 #bj4 ,si les pomes d',homre peuvent tre considrs comme l'histoire civile des anciennes coutumes grecques1 ils sont pour nous deux grands trsors du droit naturel des gens considr chez les ,grecs4 ,cette vrit et la prcdente ne sont encore que des postulats1 dont la dmonstration se trouvera dans l'ouvrage4 #ba4 ,les philosophes grecs prcipitrent la marche naturelle que devait suivre leur nation2 ils parurent dans la ,grce lorsqu'elle tait encore toute barbare1 et la firent passer immdiatement la civilisation la plus rafine2 en mme temps les ,grecs conservrent entires leurs histoires fabuleuses1 tant divines qu'hroques4 ,la civilisation marcha d'un pas plus rgl chez les ,romains2 ils perdirent entirement de vue leur histoire divine2 aussi l'ge des dieux1 pour parler comme les gyptiens 7,voy4 l'axiome #bh71 est appel par ,varron le temps obscur des ,romains2 les ,romains conservrent dans la langue vulgaire leur histoire hroque1 qui s'tend depuis ,romulus jusqu'aux lois ,publilia et ,petilia1 et nous trouverons rflchie dans cette histoire toute la suite de celle des hros grecs4#ai ,note #ai3 ,la vrit de ces observations nous est confirme par l'exemple de la nation franaise4 ,elle vit s'ouvrir au milieu de la barbarie du onzime sicle1 cette fameuse cole de ,paris1 o ,pierre ,lombard1 le matre des sentences1 enseignait la scholastique la plus subtile2 et d'un autre ct elle a conserv une sorte de pome homrique dans l'histoire de l'archevque ,turpin1 ce recueil universel des ,fables hroques qui ont ensuite embelli tant de pomes et de romans4 ,ce passage prmatur de la barbarie aux sciences les plus subtiles1 a donn la langue franaise une dlicatesse suprieure celle de toutes les langues vivantes2 c'est elle qui reproduit le mieux l'atticisme des ,grecs4 ,comme la langue grecque1 elle est aussi minemment propre traiter les sujets scientifiques4 ,nous trouvons encore1 dans nos principes1 une autre cause de cette marche des ,romains1 et peut-tre cette cause explique plus convenablement l'effet indiqu4 ,romulus fonda ,rome au milieu d'autres cits latines plus anciennes2 il la fonda en ouvrant un asile1 moyen1 dit ,tite-,live1 employ jadis par la sagesse des fondateurs de villes2 l'ge de la violence durant encore1 il dut fonder sa ville sur la mme base qui avait t donne aux premires cits du monde4 ,la civilisation romaine partit de ce principe2 et comme les langues vulgaires du ,latium avaient fait de grands progrs1 il dut arriver que les ,romains expliqurent en langue vulgaire les affaires de la vie civile1 tandis que les ,grecs les avaient exprimes en langue hroque4 ,voil aussi pourquoi les ,romains furent les hros du monde1 et soumirent les autres cits du ,latium1 puis l',italie1 enfin l'univers4 ,chez eux l'hrosme tait jeune1 lorsqu'il avait commenc vieillir chez les autres peuples du ,latium1 dont la soumission devait prparer toute la grandeur de ,rome4 #bb4 ,il existe ncessairement dans la nature une langue intellectuelle commune toutes les nations2 toutes les choses qui occupent l'activit de l'homme en socit y sont uniformment comprises1 mais exprimes avec autant de modifications qu'on peut considrer ces choses sous divers aspects4 ,nous le voyons dans les proverbes2 ces maximes de la sagesse vulgaire1 sont entendues dans le mme sens par toutes les nations anciennes et modernes1 quoique dans l'expression elles aient suivi la diversit des manires de voir4--,cette langue appartient la science nouvelle2 guids par elle1 les philologues pourront se faire un vocabulaire intellectuel commun toutes les langues mortes et vivantes4 #bc-aad4 ,,axiomes ,,particuliers4 #bc-bh4 ,division des peuples anciens en ,hbreux et ,gentils4--,dluge universel4--,gans4 #bc4 ,l'histoire sacre est plus ancienne que toutes les histoires profanes qui nous sont parvenues1 puisqu'elle nous fait connatre1 avec tant de dtails et dans une priode de huit sicles1 l'tat de nature sous les patriarches 7tat de famille1 dans le langage de la science nouvelle74 ,cet tat dont1 selon l'opinion unanime des politiques1 sortirent les peuples et les cits1 l'histoire profane n'en fait point mention1 ou en dit peine quelques mots confus4 #bd4 ,dieu dfendit la divination aux ,hbreux2 cette dfense est la base de leur religion2 la divination au contraire est le principe de la socit chez toutes les nations paennes4 ,aussi tout le monde ancien fut-il divis en ,hbreux et ,gentils4 #be4 ,nous dmontrerons le dluge universel1 non plus par les preuves philologiques de ,martin ,scoock2 elles sont trop lgres2 ni par les preuves astrologiques du cardinal d',alliac1 suivi par ,pic de la ,mirandole2 elles sont incertaines et mme fausses2 mais par les faits d'une histoire physique dont nous trouverons les vestiges dans les fables4 #bf4 ,il a exist des gans dans l'antiquit1 tels que les voyageurs disent en avoir trouv de trs grossiers et de trs froces l'extrmit de l',amrique dans le pays des ,patagons4 ,abandonnant les vaines explications que nous ont donnes les philosophes de leur existence1 nous l'expliquerons par des causes en partie physiques1 en partie morales1 que ,csar et ,tacite ont remarques en parlant de la stature gigantesque des anciens ,germains4 ,nous rapportons ces causes l'ducation sauvage1 et pour ainsi dire bestiale1 des enfans4 #bg4 ,l'histoire grecque1 qui nous a conserv tout ce que nous avons des antiquits paennes1 en exceptant celles de ,rome1 prend son commencement du dluge1 et de l'existence des gans4 ,cette tradition nous prsente la division originaire du genre humain en deux espces1 celle des gans et celle des hommes d'une stature naturelle1 celle des ,gentils et celle des ,hbreux4 ,cette diffrence ne peut tre venue que de l'ducation bestiale des uns1 de l'ducation humaine des autres2 d'o l'on peut conclure que les ,hbreux ont eu une autre origine que celle des ,gentils4 #bh-dj4 ,principes de la thologie pratique4--,origine de l'idoltrie1 de la divination1 des sacrifices4 #bh4 ,il nous reste deux grands dbris des antiquits gyptiennes2 #a ,les gyptiens divisaient tout le temps antrieurement coul en trois ges1 ge des dieux1 ge des hros1 ge des hommes2 #b ,pendant ces trois ges1 trois langues correspondantes se parlrent1 langue hiroglyphique ou sacre1 langue symbolique ou hroque1 langue vulgaire ou pistolaire1 celle dans laquelle les hommes expriment par des signes convenus les besoins ordinaires de la vie4 #bi4 ,homre parle dans cinq passages de ses pomes d'une langue plus ancienne que l'hroque dont il se servait1 et il l'appelle langue des dieux4 7,voy4 livre #b1 chap4 #f47 #cj4 ,varron a pris la peine de recueillir trente mille noms de divinits reconnues par les ,grecs4 ,ces noms se rapportaient autant de besoins de la vie naturelle1 morale1 conomique1 ou civile des premiers temps4--,concluons des trois traditions qui viennent d'tre rapportes que1 partout la socit a commenc par la religion4 ,c'est le premier des trois principes de la science nouvelle4 #ca4 ,lorsque les peuples sont effarouchs par la violence et par les armes1 au point que les lois humaines n'auraient plus d'action1 il n'existe qu'un moyen puissant pour les dompter1 c'est la religion4 ,ainsi dans l'tat sans lois 7stato eslege71 la ,providence rveilla dans l'me des plus violens et des plus fiers une ide confuse de la divinit1 afin qu'ils entrassent dans la vie sociale et qu'ils y fissent entrer les nations4 ,ignorans comme ils taient1 ils appliqurent mal cette ide1 mais l'effroi que leur inspirait la divinit telle qu'ils l'imaginrent1 commena ramener l'ordre parmi eux4 ,hobbes ne pouvait voir la socit commencer ainsi parmi les hommes violens et farouches de son systme1 lui qui1 pour en trouver l'origine1 s'adresse au hasard d'picure4 ,il entreprit de remplir la grande lacune laisse par la philosophie grecque1 qui n'avait point considr l'homme dans l'ensemble de la socit du genre humain4 ,effort magnanime auquel le succs n'a pas rpondu6#bj ,note #bj3 ,la fin de cet alina est rejete dans une note du chapitre ,,iii4--7,note du ,traducteur47 #cb4 ,lorsque les hommes ignorent les causes naturelles des phnomnes1 et qu'ils ne peuvent les expliquer par des analogies1 ils leur attribuent leur propre nature2 par exemple1 le vulgaire dit que l'aimant aime le fer4 7,voy4 l'axiome #a;er47 #cc4 ,la physique des ignorans est une mtaphysique vulgaire1 dans laquelle ils rapportent les causes des phnomnes qu'ils ignorent la volont de ,dieu1 sans considrer les moyens qu'emploie cette volont4 #cd4 ,l'observation de ,tacite est trs juste3 mobiles ad superstitionem perculs semel mentes4 ,ds que les hommes ont laiss surprendre leur me par une superstition pleine de terreurs1 ils y rapportent tout ce qu'ils peuvent imaginer1 voir1 ou faire eux-mmes4 #ce4 ,l'admiration est fille de l'ignorance4 #cf4 ,l'imagination est d'autant plus forte que le raisonnement est plus faible4 #cg4 ,le plus sublime effort de la posie est d'animer1 de passionner les choses insensibles4--,il est ordinaire aux enfans de prendre dans leurs jeux les choses inanimes1 et de leur parler comme des personnes vivantes4--,les hommes du monde enfant durent tre naturellement des potes sublimes4 #ch4 ,passage prcieux de ,lactance1 sur l'origine de l'idoltrie3 ,rudes initio domines ,deos appellarunt1 sive ob miraculum virtutis 7hoc ver putabant rudes adhuc et simplices72 sive1 ut fieri solet1 in admirationem prsentis potenti2 sive ob beneficia1 quibus erant ad humanitatem compositi2 au commencement1 les hommes encore simples et grossiers divinisrent de bonne foi ce qui excitait leur admiration1 tantt la vertu1 tantt une puissance secourable 7la chose est ordinaire71 tantt la bienfaisance de ceux qui les avaient civiliss4 #ci4 ,ds que notre intelligence est veille par l'admiration1 quel que soit l'effet extraordinaire que nous observions1 comte1 parlie1 ou toute autre chose1 la curiosit1 fille de l'ignorance et mre de la science1 nous porte demander3 ,que signifie ce phnomne8 #dj4 ,la superstition qui remplit de terreur l'me des magiciennes1 les rend en mme temps cruelles et barbares2 au point que souvent pour clbrer leurs affreux mystres1 elles gorgent sans piti et dchirent en pices l'tre le plus innocent et le plus aimable1 un enfant4 ,voil l'origine des sacrifices1 dans lesquels la frocit des premiers hommes faisait couler le sang humain4 ,les ,latins eurent leurs victimes de ,saturne 7,saturni hosti72 les ,phniciens faisaient passer travers les flammes les enfans consacrs ,moloch2 et les douze tables conservent quelques traces de semblables conscrations4--,cette explication nous fera mieux entendre le vers fameux3 ,la crainte seule a fait les premiers dieux4 ,les fausses religions sont nes de la crdulit1 et non de l'imposture4--,elle rpond aussi l'exclamation impie de ,lucrce au sujet du sacrifice d',iphignie 7tant la religion put enfanter de maux674 ,ces religions cruelles taient le premier degr par lequel la ,providence amenait les hommes encore farouches1 les fils des ,cyclopes et des ,lestrigons1 la civilisation des ges d',aristide1 de ,socrate et de ,scipion4 #da-df4 ,principes de la ,mythologie historique4 #da-db4 ,dans cette priode qui suivit le dluge universel1 les descendans impies des fils de ,no retournrent l'tat sauvage1 se dispersrent comme des btes farouches dans la vaste fort qui couvrait la terre1 et par l'effet d'une ducation toute bestiale1 redevinrent gans l'poque o il tonna la premire fois aprs le dluge4 ,c'est alors que ,jupiter foudroie et terrasse les gans4 ,chaque nation paenne eut son ,jupiter4--,il fallut sans doute plus d'un sicle aprs le dluge pour que la terre moins humide pt exhaler des vapeurs capables de produire le tonnerre4 #dc4 ,toute nation paenne eut son ,hercule1 fils de ,jupiter2 le docte ,varron en a compt jusqu' quarante4--,voil l'origine de l'hrosme chez les premiers peuples1 qui faisaient sortir leurs hros des dieux4 ,cette tradition et la prcdente qui nous montre d'abord tant de ,jupiter1 ensuite tant d',hercule chez les nations paennes1 nous indique que les premires socits ne purent se fonder sans religion1 ni s'agrandir sans vertu4--,en outre1 si vous considrez l'isolement de ces peuples sauvages qui s'ignoraient les uns les autres1 et si vous vous rappelez l'axiome3 ,des ides uniformes nes chez des peuples inconnus entre eux1 doivent avoir un motif commun de vrit1 vous trouverez un grand principe1 c'est que les premires fables durent contenir des vrits relatives l'tat de la socit1 et par consquent tre l'histoire des premiers peuples4 #dd4 ,les premiers sages parmi les ,grecs furent les potes thologiens1 lesquels sans aucun doute fleurirent avant les potes hroques1 comme ,jupiter fut pre d',hercule4 ,des trois traditions prcdentes1 il rsulte que les nations paennes avec leurs ,jupiter et leurs ,hercule1 furent dans leurs commencemens toutes potiques1 et que d'abord naquit chez elles la posie divine1 ensuite l'hroque4 #de4 ,les hommes sont naturellement ports conserver dans quelque monument le souvenir des lois et institutions1 sur lesquelles est fonde la socit o ils vivent4 #df4 ,toutes les histoires des barbares commencent par des fables4 #dg-fb4 ,,po,,tique4 #dg-fb4 ,principe des caractres potiques4 #dg4 ,l'esprit humain aime naturellement l'uniforme4 ,cet axiome appliqu aux fables s'appuie sur une observation4 ,qu'un homme soit fameux en bien ou en mal1 le vulgaire ne manque pas de le placer en telle ou telle circonstance1 et d'inventer sur son compte des fables en harmonie avec son caractre2 mensonges de fait1 sans doute1 mais vrits d'ides1 puisque le public n'imagine que ce qui est analogue la ralit4 ,qu'on y rflchisse1 on trouvera que le vrai potique est vrai mtaphysiquement1 et que le vrai physique1 qui n'y serait pas conforme1 devrait passer pour faux4 ,le vritable capitaine1 par exemple1 c'est le ,godefroi du ,tasse2 tous ceux qui ne se conforment pas en tout ce modle1 ne mritent point le nom de capitaine4 ,considration importante dans la potique4 #dh4 ,il est naturel aux enfans de transporter l'ide et le nom des premires personnes1 des premires choses qu'ils ont vues1 toutes les personnes1 toutes les choses qui ont avec elles quelque ressemblance1 quelque rapport4 #di4 ,c'est un passage prcieux que celui de ,jamblique1 sur les mystres des gyptiens3 les gyptiens attribuaient ,herms ,trismgiste toutes les dcouvertes utiles ou ncessaires la vie humaine4 ,cet axiome et le prcdent renverseront cette sublime thologie naturelle par laquelle ce grand philosophe interprte les mystres de l'gypte4 ,dans les axiomes #dg1 #dh et #di1 nous trouvons le principe des caractres potiques1 lesquels constituent l'essence des fables4 ,le premier nous montre le penchant naturel du vulgaire imaginer des fables et les imaginer avec convenance4--,le second nous fait voir que les premiers hommes qui reprsentaient l'enfance de l'humanit1 tant incapables d'abstraire et de gnraliser1 furent contraints de crer les caractres potiques1 pour y ramener1 comme autant de modles1 toutes les espces particulires qui auraient avec eux quelque ressemblance4 ,cette ressemblance rendait infaillible la convenance des fables antiques4 ,ainsi les gyptiens rapportaient au type du sage dans les choses de la vie sociale toutes les dcouvertes utiles ou ncessaires la vie1 et comme ils ne pouvaient atteindre cette abstraction1 encore moins celle de sagesse sociale1 ils personnifiaient le genre tout entier sous le nom d',herms ,trismgiste4 ,qui peut soutenir encore qu'au temps o les gyptiens enrichissaient le monde de leurs dcouvertes1 ils taient dj philosophes1 dj capables de gnraliser8 #ej-fb4 ,fable1 convenance1 pense1 expression1 etc4 #ej4 ,dans l'enfance1 la mmoire est trs forte2 aussi l'imagination est vive l'excs2 car l'imagination n'est autre chose que la mmoire avec extension1 ou composition4--,voil pourquoi nous trouvons un caractre si frappant de vrit dans les images potiques1 que dut former le monde enfant4 #ea4 ,en tout les hommes supplent la nature par une tude opinitre de l'art2 en posie seulement1 toutes les ressources de l'art ne feront rien pour celui que la nature n'a point favoris4--,si la posie fonda la civilisation paenne qui devait produire tous les arts1 il faut bien que la nature ait fait les premiers potes4 #eb4 ,les enfans ont un trs haut degr la facult d'imiter2 tout ce qu'ils peuvent dj connatre1 ils s'amusent l'imiter4--,aux temps du monde enfant1 il n'y eut que des peuples potes2 la posie n'est qu'imitation4 ,c'est ce qui peut faire comprendre1 pourquoi tous les arts de ncessit1 d'utilit1 de commodit1 et mme la plupart des arts d'agrment1 furent trouvs dans les sicles potiques1 avant qu'il se formt des philosophes3 les arts ne sont qu'autant d'imitations de la nature1 une posie relle1 si je l'ose dire4 #ec4 ,les hommes sentent d'abord1 sans remarquer les choses senties2 ils les remarquent ensuite1 mais avec la confusion d'une me agite et passionne2 enfin1 clairs par une pure intelligence1 ils commencent rflchir4 ,cet axiome nous explique la formation des penses potiques4 ,elles sont l'expression des passions et des sentimens1 la diffrence des penses philosophiques qui sont le produit de la rflexion et du raisonnement4 ,plus les secondes s'lvent aux gnralits1 plus elles approchent du vrai2 les premires au contraire deviennent plus certaines 7c'est--dire qu'elles peignent plus fidlement71 proportion qu'elles descendent dans les particularits4 #ed4 ,les hommes interprtent les choses douteuses ou obscures qui les touchent1 conformment leur propre nature1 et aux passions et usages qui en drivent4 ,cet axiome est une rgle importante de notre mythologie4 ,les fables imagines par les premiers hommes furent svres comme leurs farouches inventeurs1 qui taient peine sortis de l'indpendance bestiale pour commencer la socit4 ,les sicles s'coulrent1 les usages changrent1 et les fables furent altres1 dtournes de leur premier sens1 obscurcies dans les temps de corruption et de dissolution qui prcdrent mme l'existence d',homre4 ,les ,grecs1 craignant de trouver les dieux aussi contraires leurs voeux1 qu'ils devaient l'tre leurs moeurs1 attriburent ces moeurs aux dieux eux-mmes1 et donnrent souvent aux fables un sens honteux et obscne4 #ee4 tendez tous les ,gentils1 le passage suivant o ,eusbe parle des seuls gyptiens1 il devient prcieux3 ,originairement la thologie des gyptiens ne fut autre chose qu'une histoire mle de fables2 les ges suivans qui rougissaient de ces fables1 leur supposrent peu peu une signification mystique4 ,c'est ce que fit ,manton1 grand-prtre de l'gypte1 qui prta l'histoire de son pays le sens d'une sublime thologie naturelle4 ,les deux axiomes prcdens sont deux fortes preuves en faveur de notre mythologie historique et en mme temps deux coups mortels pertes au prjug qui attribue aux anciens une sagesse impossible galer 7innarrivabile74 ,ils renferment en mme temps deux puissans argumens en faveur de la vrit du christianisme1 qui dans l'histoire sainte ne prsente aucun rcit dont il ait rougir4 #ef4 ,les premiers auteurs parmi les ,orientaux1 les gyptiens1 les ,grecs et les ,latins1 les premiers crivains qui firent usage des nouvelles langues de l',europe1 lorsque la barbarie antique reparut au moyen ge1 se trouvent avoir t des potes4 #eg4 ,les muets s'expliquent par des gestes1 ou par d'autres signes matriels1 qui ont des rapports naturels avec les ides qu'ils veulent faire entendre4 ,c'est le principe des langues hiroglyphiques1 en usage chez toutes les nations dans leur premire barbarie4 ,c'est celui du langage naturel qui s'est parl jadis dans le monde1 si l'on s'en rapporte la conjecture de ,platon 7,cratyle71 suivi par ,jamblique1 par les ,stociens et par ,origne 7contre ,celse74 ,mais comme ils avaient seulement devin la vrit1 ils trouvrent des adversaires dans ,aristote 7,grec3 peri ermneias71 et dans ,galien 7de decretis ,hippocratis et ,platonis72 ,publius ,nigidius parle de cette dispute dans ,aulu-,gelle4 ce langage naturel dut succder le langage potique1 compos d'images1 de similitudes et de comparaisons1 enfin de traits qui peignaient les proprits naturelles des tres4 #eh4 ,les muets mettent des sons confus avec une espce de chant4 ,les bgues ne peuvent dlier leur langue qu'en chantant4 #ei4 ,les grandes passions se soulagent par le chant1 comme on l'observe dans l'excs de la douleur ou de la joie4 ,d'aprs ces deux axiomes1 si les premiers hommes du monde paen retombrent dans un tat de brutalit o ils devinrent muets comme les btes1 on doit croire que les plus violentes passions purent seules les arracher ce silence1 et qu'ils formrent leurs premires langues en chantant4 #fj4 ,les langues durent commencer par des monosyllabes4 ,maintenant encore au milieu de tant de facilits pour apprendre le langage articul1 les enfans1 dont les organes sont si flexibles1 commencent toujours ainsi4 #fa4 ,le vers hroque est le plus ancien de tous4 ,le vers spondaque est le plus lent1 et la suite prouvera que le vers hroque fut originairement spondaque4 #fb4 ,le vers iambique est celui qui se rapproche le plus de la prose1 et l'iambe est un mtre rapide1 comme le dit ,horace4 ,ces deux axiomes peuvent nous faire conjecturer que le dveloppement des ides et des langues fut correspondant4 ,les sept axiomes prcdens doivent nous convaincre que chez toutes les nations l'on parla d'abord en vers1 puis en prose4 #fc-fe4 ,principes tymologiques4 #fc4 ,l'me est porte naturellement se voir au-dehors et dans la matire2 ce n'est qu'avec beaucoup de peine1 et par la rflexion1 qu'elle en vient se comprendre elle-mme4--,principe universel d'tymologie2 nous voyons en effet dans toutes les langues les choses de l'me et de l'intelligence exprimes par des mtaphores qui sont tires des corps et de leurs proprits4 #fd4 ,l'ordre des ides doit suivre l'ordre des choses4 #fe4 ,tel est l'ordre que suivent les choses humaines3 d'abord les forts1 puis les cabanes1 puis1 les villages1 ensuite les cits1 ou runions de citoyens1 enfin les acadmies1 ou runions de savans4--,autre grand principe tymologique1 d'aprs lequel l'histoire des langues indignes doit suivre cette srie de changemens que subissent les choses4 ,ainsi dans la langue latine1 nous pouvons observer que tous les mots ont des origines sauvages et agrestes3 par exemple1 lex 7legere1 cueillir7 dut signifier d'abord rcolte de glands1 d'o l'arbre qui produit les glands fut appel illex1 ilex2 de mme que aquilex est incontestablement celui qui recueille les eaux4 ,ensuite lex dsigna la rcolte des lgumes 7legumina7 qui en drivent leur nom4 ,plus tard1 lorsqu'on n'avait pas de lettres pour crire les lois1 lex dsigna ncessairement la runion des citoyens1 ou l'assemble publique4 ,la prsence du peuple constituait la loi qui rendait les testamens authentiques1 calatis comitiis4 ,enfin l'action de recueillir les lettres1 et d'en faire comme un faisceau pour former chaque parole1 fut appele legere1 lire4 #ff-hf4 ,principes de l'histoire idale4 #ff4 ,les hommes sentent d'abord le ncessaire1 puis font attention l'utile1 puis cherchent la commodit2 plus tard aiment le plaisir1 s'abandonnent au luxe1 et en viennent enfin tourmenter leurs richesses4#ba ,note #ba3 ,divitias suas trahunt1 vexant4 ,salluste4 7,n4 du ,t47 #fg4 ,le caractre des peuples est d'abord cruel1 ensuite svre1 puis doux et bienveillant1 puis ami de la recherche1 enfin dissolu4 #fh4 ,dans l'histoire du genre humain1 nous voyons s'lever d'abord des caractres grossiers et barbares1 comme le ,polyphme d',homre2 puis il en vient d'orgueilleux et de magnanimes1 tels qu',achille2 ensuite de justes et de vaillans1 des ,aristides1 des ,scipions2 plus tard nous apparaissent avec de nobles images de vertus1 et en mme temps avec de grands vices1 ceux qui au jugement du vulgaire obtiennent la vritable gloire1 les ,csars et les ,alexandres2 plus tard des caractres sombres1 d'une mchancet rflchie1 des ,tibres2 enfin des furieux qui s'abandonnent en mme temps une dissolution sans pudeur1 comme les ,caligulas1 les ,nrons1 les ,domitiens4 ,la duret des premiers fut ncessaire1 afin que l'homme1 obissant l'homme dans l'tat de famille1 ft prpar obir aux lois dans l'tat civil qui devait suivre2 les seconds incapables de cder leurs gaux1 servirent tablir la suite de l'tat de famille les rpubliques aristocratiques2 les troisimes frayer le chemin la dmocratie2 les quatrimes lever les monarchies2 les cinquimes les affermir2 les siximes les renverser4 #fi4 ,les gouvernemens doivent tre conformes la nature de ceux qui sont gouverns4--,d'o il rsulte que l'cole des princes1 c'est la science des moeurs des peuples4 #gj-hb4 ,commencemens des socits4 #gj4 ,qu'on nous accorde la proposition suivante 7la chose ne rpugne point en elle-mme1 et plus tard elle se trouve vrifie par les faits73 du premier tat sans loi et sans religion sortirent d'abord un petit nombre d'hommes suprieurs par la force1 lesquels fondrent les familles1 et l'aide de ces mmes familles commencrent cultiver les champs2 la foule des autres hommes en sortit long-temps aprs en se rfugiant sur les terres cultives par les premiers pres de famille4 #ga4 ,les habitudes originaires1 particulirement celle de l'indpendance naturelle1 ne se perdent point tout d'un coup1 mais par degrs et force de temps4 #gb4 ,suppos que toutes les socits aient commenc par le culte d'une divinit quelconque1 les pres furent sans doute1 dans l'tat de famille1 les sages en fait de divination1 les prtres qui sacrifiaient pour connatre la volont du ciel par les auspices1 et les rois qui transmettaient les lois divines leur famille4 #gc et #gf4 ,c'est une tradition vulgaire que le monde fut d'abord gouvern par des rois1--que la premire forme de gouvernement fut la monarchie4 #gd4 ,autre tradition vulgaire3 les premiers rois qui furent lus1 c'taient les plus dignes4 #ge4 ,autre3 les premiers rois furent des sages4 ,le vain souhait de ,platon tait en mme temps un regret de ces premiers ges pendant lesquels les philosophes rgnaient1 ou les rois taient philosophes4 ,dans la personne des premiers pres se trouvrent donc runis la sagesse1 le sacerdoce et la royaut4 ,les deux dernires supriorits dpendaient de la premire4 ,mais cette sagesse n'tait point la sagesse rflchie 7riposta7 celle des philosophes1 mais la sagesse vulgaire des lgislateurs4 ,nous voyons que dans la suite chez toutes les nations les prtres marchaient la couronne sur la tte4 #gg4 ,dans l'tat de famille1 les pres durent exercer un pouvoir monarchique1 dpendant de ,dieu seul1 sur la personne et sur les biens de leurs fils1 et1 plus forte raison1 sur ceux des hommes qui s'taient rfugis sur leurs terres1 et qui taient devenus leurs serviteurs4 ,ce sont ces premiers monarques du monde que dsigne l'criture ,sainte en les appelant patriarches1 c'est--dire1 pres et princes4 ,ce droit monarchique fut conserv par la loi des douze tables dans tous les ges de l'ancienne ,rome3 ,patri familias jus vit et necis in liberos esto1 le pre de famille a sur ses enfans droit de vie et de mort2 principe d'o rsulte le suivant1 quidquid filius acquirit1 patri acquirit1 tout ce que le fils acquiert1 il l'acquiert son pre4 #gh4 ,les familles ne peuvent avoir t nommes d'une manire convenable leur origine1 si l'on n'en fait venir le nom de ces famuli1 ou serviteurs des premiers pres de famille4 #gi4 ,si les premiers compagnons1 ou associs1 eurent pour but une socit d'utilit1 on ne peut les placer antrieurement ces rfugis qui1 ayant cherch la sret prs des premiers pres de famille1 furent obligs pour vivre de cultiver les champs de ceux qui les avaient reus4--,tels furent les vritables compagnons des hros1 dans lesquels nous trouvons plus tard les plbiens des cits hroques1 et en dernier lieu les provinces soumises des peuples souverains4 #hj4 ,les hommes s'engagent dans des rapports de bienfaisance1 lorsqu'ils esprent retenir une partie du bienfait1 ou en tirer une grande utilit2 tel est le genre de bienfait que l'on doit attendre dans la vie sociale4 #ha4 ,c'est un caractre des hommes courageux de ne point laisser perdre par ngligence ce qu'ils ont acquis par leur courage1 mais de ne cder qu' la ncessit ou l'intrt1 et cela peu--peu1 et le moins qu'ils peuvent4 ,dans ces deux axiomes nous voyons les principes ternels des fiefs1 qui se traduisent en latin avec lgance par le mot beneficia4 #hb4 ,chez toutes les nations anciennes nous ne trouvons partout que clientles et cliens1 mots qu'on ne peut entendre convenablement que par fiefs et vassaux4 ,les feudistes ne trouvent point d'expressions latines plus convenables pour traduire ces derniers mots que clientes et clientel4 ,les trois derniers axiomes avec les douze prcdens 7en partant du #gj;e71 nous font connatre l'origine des socits4 ,nous trouvons cette origine1 comme on le verra d'une manire plus prcise1 dans la ncessit impose aux pres de famille par leurs serviteurs4 ,ce premier gouvernement dut tre aristocratique1 parce que les pres de famille s'unirent en corps politique pour rsister leurs serviteurs mutins contre eux1 et furent cependant obligs pour les ramener l'obissance1 de leur faire des concessions de terres analogues aux feuda rustica 7fiefs roturiers7 du moyen ge4 ,ils se trouvrent eux-mmes avoir assujetti leurs souverainets domestiques 7que l'on peut comparer aux fiefs nobles7 la souverainet de l'ordre dont ils faisaient partie4 ,cette origine des socits sera prouve par le fait2 mais quand elle ne serait qu'une hypothse1 elle est si simple et si naturelle1 tant de phnomnes politiques s'y rapportent d'eux-mmes1 comme leur cause1 qu'il faudrait encore l'admettre comme vraie4 ,autrement il devient impossible de comprendre comment l'autorit civile driva de l'autorit domestique2 comment le patrimoine public se forma de la runion des patrimoines particuliers2 comment sa formation1 la socit trouva des lmens tout prpars dans un corps peu nombreux qui pt commander dans une multitude de plbiens qui pt obir4 ,nous dmontrerons qu'en supposant les familles composes seulement de fils1 et non de serviteurs1 cette formation des socits a t impossible4 #hc4 ,ces concessions de terres constiturent la premire loi agraire qui ait exist1 et la nature ne permet pas d'en imaginer1 ni d'en comprendre une qui puisse offrir plus de prcision4 ,dans cette loi agraire furent distingus les trois genres de possession qui peuvent appartenir aux trois sortes de personnes3 domaine bonitaire appartenant aux ,plbiens2 domaine quiritaire appartenant aux ,pres1 conserv par les armes1 et par consquent noble2 domaine minent1 appartenant au corps souverain4 ,ce dernier genre de possession n'est autre chose que la souveraine puissance dans les rpubliques aristocratiques4 #hd-if4 ,ancienne histoire romaine4 #hd4 ,dans un passage remarquable de sa ,politique1 o il numre les diverses sortes de gouvernemens1 ,aristote fait mention de la royaut hroque1 o les rois1 chefs de la religion1 administraient la justice au-dedans1 et conduisaient les guerres au-dehors4 ,cet axiome se rapporte prcisment la royaut hroque de ,thse et de ,romulus4 ,voyez la vie du premier dans ,plutarque4 ,quant aux rois de ,rome1 nous voyons ,tullus ,hostilius juge d',horace#bb4 ,les rois de ,rome taient appels rois des choses sacres1 reges sacrorum4 ,et mme aprs l'expulsion des rois1 de crainte d'altrer la forme des crmonies1 on crait un roi des choses sacres2 c'tait le chef des fciaux1 ou hrauts de la rpublique4 ,note #bb3 ,par l'intermdiaire des ,duumvirs auxquels il dlgue son pouvoir4 7,n4 du ,t47 #he4 ,autre passage remarquable de la ,politique d',aristote3 ,les anciennes rpubliques n'avaient point de lois pour punir les offenses et redresser les torts particuliers2 ce dfaut de lois est commun tous les peuples barbares4 ,en effet les peuples ne sont barbares dans leur origine que parce qu'ils ne sont pas encore adoucis par les lois4--,de l la ncessit des duels et des reprsailles personnelles dans les temps barbares1 o l'on manque de lois judiciaires4 #hf4 ,troisime passage non moins prcieux du mme livre3 ,dans les anciennes rpubliques1 les nobles juraient aux plbiens une ternelle inimiti4 ,voil ce qui explique l'orgueil1 l'avarice1 et la barbarie des nobles l'gard des plbiens1 dans les premiers sicles de l'histoire romaine4 ,au milieu de cette prtendue libert populaire que l'imagination des historiens nous montre dans ,rome1 ils pressaient#bc les plbiens1 et les foraient de les servir la guerre leurs propres dpens2 ils les enfonaient1 pour ainsi dire1 dans un abme d'usures2 et lorsque ces malheureux n'y pouvaient satisfaire1 ils les tenaient enferms toute leur vie dans leurs prisons particulires1 afin de se payer eux-mmes par leurs travaux et leurs sueurs2 l1 ces tyrans les dchiraient coups de verges comme les plus vils esclaves4 ,note #bc3 ,ce mot est pris dans le sens anglais1 to press4 ,angariarono4 7,n4 du ,t47 #hg4 ,les rpubliques aristocratiques se dcident difficilement la guerre1 de crainte d'aguerrir la multitude des plbiens4 #hh4 ,les gouvernemens aristocratiques conservent les richesses dans l'ordre des nobles1 parce qu'elles contribuent la puissance de cet ordre4--,c'est ce qui explique la clmence avec laquelle les ,romains traitaient les vaincus2 ils se contentaient de leur ter leurs armes1 et leur laissaient la jouissance de leurs biens 7dominium bonitarium71 sous la condition d'un tribut supportable4--,si l'aristocratie romaine combattit toujours les lois agraires proposes par les ,gracques1 c'est qu'elle craignait d'enrichir le petit peuple4 #hi4 ,l'honneur est le plus noble aiguillon de la valeur militaire4 #ij4 ,les peuples1 chez lesquels les diffrens ordres se disputent les honneurs pendant la paix1 doivent dployer la guerre une valeur hroque2 les uns veulent se conserver le privilge des honneurs1 les autres mriter de les obtenir4 ,tel est le principe de l'hrosme romain depuis l'expulsion des rois jusqu'aux guerres puniques4 ,dans cette priode1 les nobles se dvouaient pour leur patrie1 dont le salut tait li la conservation des privilges de leur ordre2 et les plbiens se signalaient par de brillans exploits pour prouver qu'ils mritaient de partager les mmes honneurs4 #ia4 ,les querelles dans lesquelles les diffrens ordres cherchent l'galit des droits1 sont pour les rpubliques le plus puissant moyen d'agrandissement4 ,autre principe de l'hrosme romain1 appuy sur trois vertus civiles3 confiance magnanime des plbiens1 qui veulent que les patriciens leur communiquent les droits civils1 en mme temps que ces lois dont ils se rservent la connaissance mystrieuse2 courage des patriciens1 qui retiennent dans leur ordre un privilge si prcieux2 sagesse des jurisconsultes1 qui interprtent ces lois1 et qui peu--peu en tendent l'utilit en les appliquant de nouveaux cas1 selon ce que demande la raison4 ,voil les trois caractres qui distinguent exclusivement la jurisprudence romaine4 #ib4 ,les faibles veulent les lois2 les puissans les repoussent2 les ambitieux en prsentent de nouvelles pour se faire un parti2 les princes protgent les lois1 afin d'galer les puissans et les faibles4 ,dans sa premire et sa seconde partie1 cet axiome claire l'histoire des querelles qui agitent les aristocraties4 ,les nobles font de la connaissance des lois le secret de leur ordre1 afin qu'elles dpendent de leurs caprices1 et qu'ils les appliquent aussi arbitrairement que des rois4 ,telle est1 selon le jurisconsulte ,pomponius1 la raison pour laquelle les plbiens dsiraient la loi des douze tables3 gravia erant jus latens1 incertum1 et manus regia4 ,c'est aussi la cause de la rpugnance que montraient les snateurs pour accorder cette lgislation3 mores patrios servandos2 leges ferri non oportere4 ,tite-,live dit au contraire1 que les nobles ne repoussaient pas les voeux du peuple1 desideria plebis non aspernari4 ,mais ,denis d',halicarnasse1 devait tre mieux inform que ,tite-,live des antiquits romaines1 puisqu'il crivait d'aprs les mmoires de ,varron1 le plus docte des ,romains4#bd ,note #bd3 ,nous rejetons une longue digression sur la question de savoir si les lois des douze tables ont t transportes d',athnes ,rome1 dans la note o nous citerons un passage plus considrable d'un autre ouvrage de ,vico sur le mme sujet4 7,n4 du ,t47 ,le troisime article du mme axiome nous montre la route que suivent les ambitieux dans les tats populaires pour s'lever au pouvoir souverain2 ils secondent le dsir naturel du peuple1 qui1 ne pouvant s'lever aux ides gnrales1 veut une loi pour chaque cas particulier4 ,aussi voyons-nous que ,sylla1 chef du parti de la noblesse1 n'eut pas plus tt vaincu ,marius1 chef du parti du peuple1 et rtabli la rpublique en rendant le gouvernement l'aristocratie1 qu'il remdia la multitude des lois par l'institution des qustiones perpetu4 ,enfin le mme axiome nous fait connatre dans sa dernire partie le secret motif pour lequel les ,empereurs1 en commenant par ,auguste1 firent des lois innombrables pour des cas particuliers2 et pourquoi chez les modernes tous les tats monarchiques ou rpublicains ont reu le corps du droit romain1 et celui du droit canonique4 #ic4 ,dans les dmocraties o domine une multitude avide1 ds qu'une fois cette multitude s'est ouvert par les lois la porte des honneurs1 la paix n'est plus qu'une lutte dans laquelle on se dispute la puissance1 non plus avec les lois1 mais avec les armes2 et la puissance elle-mme est un moyen de faire des lois pour enrichir le parti vainqueur2 telles furent ,rome les lois agraires proposes par les ,gracques4 ,de l rsultent -la-fois des guerres civiles au-dedans1 des guerres injustes au-dehors4 ,cet axiome confirme par son contraire ce qu'on a dit de l'hrosme romain pour tout le temps antrieur aux ,gracques4 #id4 ,plus les biens sont attachs la personne1 au corps du possesseur1 plus la libert naturelle conserve sa fiert2 c'est avec le superflu que la servitude enchane les hommes4 ,dans son premier article1 cet axiome est un nouveau principe de l'hrosme des premiers peuples2 dans le second1 c'est le principe naturel des monarchies4 #ie4 ,les hommes aiment d'abord sortir de sujtion et dsirent l'galit2 voil les plbiens dans les rpubliques aristocratiques1 qui finissent par devenir des gouvernemens populaires4 ,ils s'efforcent ensuite de surpasser leurs gaux2 voil le petit peuple dans les tats populaires qui dgnrent en oligarchies4 ,ils veulent enfin se mettre au-dessus des lois2 et il en rsulte une dmocratie effrne1 une anarchie1 qu'on peut appeler la pire des tyrannies1 puisqu'il y a autant de tyrans qu'il se trouve d'hommes audacieux et dissolus dans la cit4 ,alors le petit peuple1 clair par ses propres maux1 y cherche un remde en se rfugiant dans la monarchie4 ,ainsi nous trouvons dans la nature cette loi royale par laquelle ,tacite lgitime la monarchie d',auguste3 qui cuncta bellis civilibus fessa nomine principis sub imperium ,,accepit4 #if4 ,lorsque la runion des familles forma les premires cits1 les nobles qui sortaient peine de l'indpendance de la vie sauvage1 ne voulaient point se soumettre au frein des lois1 ni aux charges publiques2 voil les aristocraties o les nobles sont seigneurs4 ,ensuite les plbiens tant devenus nombreux et aguerris1 les nobles se soumirent1 comme les plbiens1 aux lois et aux charges publiques2 voil les nobles dans les dmocraties4 ,enfin pour s'assurer la vie commode dont ils jouissent1 ils inclinrent naturellement se soumettre au gouvernement d'un seul2 voil les nobles sous la monarchie4 #ig-ajc4 ,migration des peuples4 #ig4 ,qu'on m'accorde1 et la raison ne s'y refuse pas1 qu'aprs le dluge1 les hommes habitrent d'abord sur les montagnes2 il sera naturel de croire qu'ils descendirent quelque temps aprs dans les plaines1 et qu'au bout d'un temps considrable1 ils prirent assez de confiance pour aller jusqu'aux rivages de la mer4 #ih4 ,on trouve dans ,strabon un passage prcieux de ,platon1 o il raconte qu'aprs les dluges particuliers d',ogygs et de ,deucalion1 les hommes habitrent dans les cavernes des montagnes1 et il les reconnat dans ces cyclopes1 ces ,polyphmes1 qui lui reprsentent ailleurs les premiers pres de famille2 ensuite sur les sommets qui dominent les valles1 tels que ,dardanus qui fonda ,pergame1 depuis la citadelle de ,troie2 enfin dans les plaines1 tels qu',ilus qui fit descendre ,troie jusqu' la plaine voisine de la mer1 et qui l'appela ,ilion4 #ii4 ,selon une tradition ancienne1 ,tyr1 fonde d'abord dans les terres1 fut ensuite assise sur le rivage de la mer de ,phnicie2 et l'histoire nous apprend que de l elle passa dans une le voisine1 qu',alexandre rattacha par une chausse au continent4 ,le postulat #ig et les deux traditions qui viennent l'appui1 nous apprennent que les peuples mditerrans se formrent d'abord1 ensuite les peuples maritimes4 ,nous y trouvons aussi une preuve remarquable de l'antiquit du peuple hbreux1 dont ,no plaa le berceau dans la ,msopotamie1 contre la plus mditerrane de l'ancien monde habitable4 ,l aussi se fonda la premire monarchie1 celle des ,assyriens1 sortis de la tribu chaldenne1 laquelle avait produit les premiers sages1 et ,zoroastre le plus ancien de tous4 #ajj4 ,pour que les hommes se dcident abandonner pour toujours la terre o ils sont ns1 et qui naturellement leur est chre1 il faut les plus extrmes ncessits4 ,le dsir d'acqurir par le commerce1 ou de conserver ce qu'ils ont acquis1 peut seul les dcider quitter leur patrie momentanment4 ,c'est le principe de la ,transmigration des peuples1 dont les moyens furent1 ou les colonies maritimes des temps hroques1 ou les invasions des barbares1 ou les colonies les plus lointaines des ,romains1 ou celles des ,europens dans les deux ,indes4 ,le mme axiome nous dmontre que les descendans des fils de ,no durent se perdre et se disperser dans leurs courses vagabondes1 comme les btes sauvages1 soit pour chapper aux animaux farouches qui peuplaient la vaste fort dont la terre tait couverte2 soit en poursuivant les femmes rebelles leurs dsirs1 soit en cherchant l'eau et la pture4 ,ils se trouvrent ainsi pais sur toute la terre1 lorsque le tonnerre se faisant entendre pour la premire fois depuis le dluge1 les ramena des penses religieuses1 et leur fit concevoir un ,dieu1 un ,jupiter2 principe uniforme des socits paennes qui eurent chacune leur ,jupiter4 ,s'ils eussent conserv des moeurs humaines1 comme le peuple de ,dieu1 ils seraient1 comme lui1 rests en ,asie2 cette partie du monde est si vaste1 et les hommes taient alors si peu nombreux1 qu'ils n'avaient aucune ncessit de l'abandonner2 il n'est point dans la nature que l'on quitte par caprice le pays de sa naissance4 #aja4 ,les ,phniciens furent les premiers navigateurs du monde ancien4 #ajb4 ,les nations encore barbares sont impntrables2 au-dehors1 il faut la guerre pour les ouvrir aux trangers1 au-dedans l'intrt du commerce1 pour les dterminer les admettre4 ,ainsi ,psammtique ouvrit l'gypte aux ,grecs de l',ionie et de la ,carie1 lesquels durent tre clbres aprs les ,phniciens par leur commerce maritime#be4 ,ainsi dans les temps modernes les ,chinois ont ouvert leur pays aux ,europens4 ,note #be3 ,c'est ce qui explique ces grandes richesses qui permirent aux ,ioniens de btir le temple de ,junon ,samos1 et aux ,cariens d'lever le tombeau de ,mausole1 qui furent placs au nombre des sept merveilles du monde4 ,la gloire du commerce maritime appartint en dernier lieu ceux de ,rhodes qui levrent l'entre de leur port le fameux colosse du ,soleil4 7,vico74 ,ces trois axiomes nous donnent le principe d'un autre systme d'tymologie pour les mots dont l'origine est certainement trangre1 systme diffrent de celui dans lequel nous trouvons l'origine des mots indignes4 ,sans ce principe1 nul moyen de connatre l'histoire des nations transplantes par des colonies aux lieux o s'taient tablies dj d'autres nations4 ,ainsi ,naples fut d'abord appele ,sirne1 d'un mot syriaque1 ce qui prouve que les ,syriens1 ou ,phniciens1 y avaient d'abord fond un comptoir4 ,ensuite elle s'appela ,parthenope1 d'un mot grec de la langue hroque1 et enfin ,neapolis dans la langue grecque vulgaire2 ce qui prouve que les ,grecs s'y taient tablis ensuite1 pour partager le commerce des ,phniciens4 ,de mme sur les rivages de ,tarente il y eut une colonie syrienne appele ,siri1 que les ,grecs nommrent ensuite ,polyle2 ,minerve1 qui y avait un temple1 en tira le surnom de ,poliade4 #ajc4 ,je demande qu'on m'accorde1 et on sera forc de le faire1 qu'il y ait eu sur le rivage du ,latium une colonie grecque1 qui1 vaincue et dtruite par les ,romains1 sera reste ensevelie dans les tnbres de l'antiquit4 ,si l'on n'accorde point ceci1 quiconque rflchit sur les choses de l'antiquit et veut y mettre quelqu'ensemble1 ne trouve dans l'histoire romaine que sujets de s'tonner2 elle nous parle d',hercule1 d'vandre1 d',arcadiens1 de ,phrygiens tablis dans le ,latium1 d'un ,servius ,tullius d'origine grecque1 d'un ,tarquin l',ancien1 fils du ,corinthien ,dmarate1 d'ne1 auquel le peuple romain rapporte sa premire origine4 ,les lettres latines1 comme l'observe ,tacite1 taient semblables aux anciennes lettres grecques2 et pourtant ,tite-,live pense qu'au temps de ,servius ,tullius1 le nom mme de ,pythagore qui enseignait alors dans son cole tant clbre de ,crotone n'avait pu pntrer jusqu' ,rome4 ,les ,romains ne commencrent connatre les ,grecs d',italie qu' l'occasion de la guerre de ,tarente1 qui entrana celle de ,pyrrhus et des ,grecs d'outre-mer 7,florus74 #ajd-aad4 ,principes du droit naturel4 #ajd4 ,elle est digne de nos mditations1 cette pense de ,dion ,cassius3 la coutume est semblable un roi1 la loi un tyran3 ce qui doit s'entendre de la coutume raisonnable1 et de la loi qui n'est point anime de l'esprit de la raison naturelle4 ,cet axiome termine par le fait la grande dispute laquelle a donn lieu la question suivante3 le droit est-il dans la nature1 ou seulement dans l'opinion des hommes8 c'est la mme que l'on a propose dans le corollaire du #h;e axiome3 la nature humaine est-elle sociable8 ,si la coutume commande1 comme un roi des sujets qui veulent obir1 le droit naturel qui a t ordonn par la coutume1 est n des moeurs humaines1 rsultant de la ,,nature ,,commune ,,des ,,nations4 ,ce droit conserve la socit1 parce qu'il n'y a chose plus agrable et par consquent plus naturelle que de suivre les coutumes enseignes par la nature4 ,d'aprs tout ce raisonnement1 la nature humaine dont elles sont un rsultat1 ne peut tre que sociable4 ,cet axiome1 rapproch du #h;e et de son corollaire1 prouve que l'homme n'est pas injuste par le fait de sa nature1 mais par l'infirmit d'une nature dchue4 ,il nous dmontre le premier principe du christianisme1 qui se trouve dans le caractre d',adam1 considr avant le pch1 et dans l'tat de perfection o il dut avoir t conu par son crateur4 ,il nous dmontre par suite les principes catholiques de la grce4 ,la grce suppose le libre arbitre1 auquel elle prte un secours surnaturel1 mais qui est aid naturellement par la ,providence 7,voy4 le mme axiome #h;e et son second corollaire47 ,sur ce dernier article la religion chrtienne s'accorde avec toutes les autres4 ,grotius1 ,selden et ,puffendorf devaient fonder leurs systmes sur cette base1 et se ranger l'opinion des jurisconsultes romains1 selon lesquels le droit naturel a t ordonn par la divine ,providence4 #aje4 ,le droit naturel des gens est sorti des moeurs et coutumes des nations1 lesquelles se sont rencontres dans un sens commun1 ou manire de voir uniforme1 et cela sans rflexion1 sans prendre exemple l'une de l'autre4 ,cet axiome1 avec le mot de ,dion ,cassius qui vient d'tre rapport1 tablit que la ,providence est la lgislatrice du droit naturel des gens1 parce qu'elle est la reine des affaires humaines4 ,le mme axiome tablit la diffrence qui existe entre le droit naturel des ,hbreux1 celui des ,gentils1 et celui des philosophes4 ,les ,gentils eurent seulement les secours ordinaires de la ,providence1 les ,hbreux eurent de plus les secours extraordinaires du vrai ,dieu1 et c'est le principe de la division de tous les peuples anciens en ,hbreux et ,gentils4 ,les philosophes par leurs raisonnemens arrivrent l'ide d'un droit plus parfait que celui que pratiquaient les ,gentils2 mais ils ne parurent que deux mille ans aprs la fondation des socits paennes4 ,ces trois diffrences1 inaperues jusqu'ici1 renversent les trois systmes de ,grotius1 de ,selden et de ,puffendorf4 #ajf4 ,les sciences doivent prendre pour point de dpart l'poque o commence le sujet dont elles traitent4#bf ,note #bf3 ,cet axiome plac ici cause de son rapport particulier avec le droit des gens1 s'applique gnralement tous les objets dont nous avons parler4 ,il aurait d tre rang parmi les axiomes gnraux2 si nous l'avons mis en cet endroit1 c'est qu'on voit mieux dans le droit des gens que dans toute autre matire particulire1 combien il est conforme la vrit1 et important dans l'application 7,vico74 #ajg4 ,les ,gentes 7familles1 tribus1 clans7 commencrent avant les cits2 du moins celles que les ,latins appelrent gentes majores1 c'est--dire1 maisons nobles anciennes1 comme celle des ,pres dont ,romulus composa le snat1 et en mme temps la cit de ,rome4 ,au contraire1 on appela gentes minores1 les maisons nobles nouvelles fondes aprs les cits1 telles que celles des ,pres1 dont ,junius ,brutus1 aprs avoir chass les rois1 remplit le snat1 devenu presque dsert par la mort des snateurs que ,tarquin-le-,superbe avait fait prir4 #ajh4 ,telle fut aussi la division des dieux3 dii majorum gentium1 ou dieux consacrs par les familles avant la fondation des cits2 et dii minorum gentium1 ou dieux consacrs par les peuples1 comme ,romulus1 que le peuple romain appela aprs sa mort ,dius ,quirinus4 ,ces trois axiomes montrent que les systmes de ,grotius1 de ,selden et de ,puffendorf1 manquent dans leurs principes mmes4 ,ils commencent par les nations dj formes et composant dans leur ensemble la socit du genre humain1 tandis que l'humanit commena chez toutes les nations primitives l'poque o les familles taient les seules socits et o elles adoraient les dieux majorum gentium4 #aji4 ,les hommes courtes vues prennent pour la justice ce qu'on leur montre rentrer dans les termes de la loi4 #aaj4 ,admirons la dfinition que donne ,ulpien de l'quit civile3 c'est une prsomption de droit1 qui n'est point connue naturellement tous les hommes 7comme l'quit naturelle71 mais seulement un petit nombre d'hommes1 qui runissant la sagesse1 l'exprience et l'tude1 ont appris ce qui est ncessaire au maintien de la socit4 ,c'est ce que nous appelons raison d'tat4 #aaa4 ,la certitude de la loi n'est qu'une ombre efface de la raison 7obscurezza7 appuye sur l'autorit4 ,nous trouvons alors les lois dures dans l'application1 et pourtant nous sommes obligs de les appliquer en considration de leur certitude4 ,certum1 en bon latin1 signifie particularis 7individuatum1 comme dit l'cole72 dans ce sens1 certum1 et commune1 sont trs bien opposs entre eux4 ,la certitude est le principe de la jurisprudence inflexible1 naturelle aux ges barbares1 et dont l'quit civile est la rgle4 ,les barbares1 n'ayant que des ides particulires1 s'en tiennent naturellement cette certitude1 et sont satisfaits1 pourvu que les termes de la loi soient appliqus avec prcision4 ,telle est l'ide qu'ils se forment du droit4 ,aussi la phrase d',ulpien1 lex dura est1 sed scripta est1 s'exprimerait plus lgamment selon la langue et selon la jurisprudence1 par les mots3 lex dura est1 sed certa est4 #aab4 ,les hommes clairs estiment conforme la justice ce que l'impartialit reconnat tre utile dans chaque cause4 #aac4 ,dans les lois1 le vrai est une lumire certaine dont nous claire la raison naturelle4 ,aussi les jurisconsultes disent-ils souvent verum est1 pour quum est 7,voy4 les axiomes #i et #aj47 #aad4 ,l'quit naturelle de la jurisprudence humaine dans son plus grand dveloppement est une pratique1 une application de la sagesse aux choses de l'utilit2 car la sagesse1 en prenant le mot dans le sens le plus tendu1 n'est que la science de faire des choses l'usage qu'elles ont dans la nature4 ,tel est le principe de la jurisprudence humaine1 dont la rgle est l'quit naturelle1 et qui est insparable de la civilisation4 ,cette jurisprudence1 ainsi que nous le dmontrerons1 est l'cole publique d'o sont sortis les philosophes4 7,voyez le livre ,,iv1 vers la fin47 ,les six dernires propositions tablissent que la ,providence a t la lgislatrice du droit naturel des gens4 ,les nations devant vivre pendant une longue suite de sicles encore incapables de connatre la vrit et l'quit naturelle1 la ,providence permit qu'en attendant elles s'attachassent la certitude et l'quit civile qui suit religieusement l'expression de la loi2 de faon qu'elles observassent la loi1 mme lorsqu'elle devenait dure et rigoureuse dans l'application1 pour assurer le maintien de la socit humaine4 ,c'est pour avoir ignor les vrits nonces dans ces derniers axiomes1 que les trois principaux auteurs1 qui ont crit sur le droit naturel des gens1 se sont gars comme de concert dans la recherche des principes sur lesquels ils devaient fonder leurs systmes4 ,ils ont cru que les nations paennes1 ds leur commencement1 avaient compris l'quit naturelle dans sa perfection idale1 sans rflchir qu'il fallut bien deux mille ans pour qu'il y et des philosophes1 et sans tenir compte de l'assistance particulire que reut du vrai ,dieu un peuple privilgi4 ,,chapitre ,,iii4 ,,trois ,,principes ,,fondamentaux4 ,maintenant afin d'prouver si les propositions que nous avons prsentes comme les lmens de la science nouvelle1 peuvent donner forme aux matriaux prpars dans la table chronologique1 nous prions le lecteur de rflchir tout ce qu'on a jamais crit sur les principes du savoir divin et humain des ,gentils1 et d'examiner s'il y trouvera rien qui contredise toutes ces propositions1 ou plusieurs d'entr'elles1 ou mme une seule2 chacune tant troitement lie avec toutes les autres1 en branler une1 c'est les branler toutes4 ,s'il fait cette comparaison1 il ne verra certainement dans ce qu'on a crit sur ces matires que des souvenirs confus1 que les rves d'une imagination drgle2 la rflexion y est reste trangre1 par l'effet des deux vanits dont nous avons parl 7axiome #c74 ,la vanit des nations1 dont chacune veut tre la plus ancienne de toutes1 nous te l'espoir de trouver les principes de la ,science nouvelle dans les crits des philologues2 la vanit des savans1 qui veulent que leurs sciences favorites aient t portes leur perfection ds le commencement du monde1 nous empche de les chercher dans les ouvrages des philosophes2 nous suivrons donc ces recherches1 comme s'il n'existait point de livres4 ,mais dans cette nuit sombre dont est couverte nos yeux l'antiquit la plus recule1 apparat une lumire qui ne peut nous garer2 je parle de cette vrit incontestable3 le monde social est certainement l'ouvrage des hommes2 d'o il rsulte que l'on en peut1 que l'on en doit trouver les principes dans les modifications mmes de l'intelligence humaine4 ,cela admis1 tout homme qui rflchit1 ne s'tonnera-t-il pas que les philosophes aient entrepris srieusement de connatre le monde de la nature que ,dieu a fait et dont il s'est rserv la science1 et qu'ils aient nglig de mditer sur ce monde social1 que les hommes peuvent connatre1 puisqu'il est leur ouvrage8 ,cette erreur est venue de l'infirmit de l'intelligence humaine3 plonge et comme ensevelie dans le corps1 elle est porte naturellement percevoir les choses corporelles1 et a besoin d'un grand travail1 d'un grand effort pour se comprendre elle-mme2 ainsi l'oeil voit tous les objets extrieurs1 et ne peut se voir lui-mme que dans un miroir4 ,puisque le monde social est l'ouvrage des hommes1 examinons en quelle chose ils se sont rapports et se rapportent toujours4 ,c'est de l que nous tirerons les principes qui expliquent comment se forment1 comment se maintiennent toutes les socits1 principes universels et ternels1 comme doivent l'tre ceux de toute science4 ,observons toutes les nations barbares ou polices1 quelque loignes qu'elles soient de temps ou de lieu2 elles sont fidles trois coutumes humaines3 toutes ont une religion quelconque1 toutes contractent des mariages solennels1 toutes ensevelissent leurs morts4 ,chez les nations les plus sauvages et les plus barbares1 nul acte de la vie n'est entour de crmonies plus augustes1 de solennits plus saintes1 que ceux qui ont rapport la religion1 aux mariages1 aux spultures4 ,si des ides uniformes chez des peuples inconnus entre eux doivent avoir un principe commun de vrit1 ,dieu a sans doute enseign aux nations que partout la civilisation avait eu cette triple base1 et qu'elles devaient ces trois institutions une fidlit religieuse1 de peur que le monde ne redevnt sauvage et ne se couvrt de nouvelles forts4 ,c'est pourquoi nous avons pris ces trois coutumes ternelles et universelles pour les trois premiers principes de la science nouvelle4 ,i4 ,qu'on n'oppose point au premier de nos principes le tmoignage de quelques voyageurs modernes1 selon lesquels les ,cafres1 les ,brsiliens1 quelques peuples des ,antilles et d'autres parties du ,nouveau-,monde1 vivent en socit sans avoir aucune connaissance de ,dieu#bg4 ,ce sont nouvelles de voyageurs1 qui1 pour faciliter le dbit de leurs livres1 les remplissent de rcits monstrueux4 ,toutes les nations ont cru un ,dieu1 une ,providence4 ,aussi dans toute la suite des temps1 dans toute l'tendue du monde1 on peut rduire quatre le nombre des religions principales4 ,celles des ,hbreux et des ,chrtiens qui attribuent la ,divinit un esprit libre et infini2 celle des idoltres qui la partagent entre plusieurs dieux composs d'un corps et d'un esprit libre2 enfin celle des ,mahomtans1 pour lesquels ,dieu est un esprit infini et libre dans un corps infini2 ce qui fait qu'ils placent les rcompenses de l'autre vie dans les plaisirs des sens4 ,note #bg3 ,bayle a sans doute t tromp par leurs rapports1 lorsqu'il affirme1 dans le ,trait de la ,comte1 que les peuples peuvent vivre dans la justice sans avoir besoin de la lumire de ,dieu4 ,avant lui1 ,polybe avait dit3 si les hommes taient philosophes1 il n'y aurait plus besoin de religion4 ,mais s'il n'existait point de socit1 y aurait-il des philosophes8 ,or1 sans les religions1 point de socit4 7,vico74 ,les trois dernires lignes sont tires du second corollaire de l'axiome #ca4 ,aucune nation n'a cru l'existence d'un ,dieu tout matriel1 ni d'un ,dieu tout intelligence sans libert4 ,aussi les picuriens qui ne voient dans le monde que matire et hasard1 les ,stociens qui1 semblables en ceci aux ,spinosistes1 reconnaissent pour ,divinit une intelligence infinie animant une matire infinie et soumise au destin1 ne pourront raisonner de lgislation ni de politique4 ,spinosa parle de la socit civile comme d'une socit de marchands4 ,cicron disait l'picurien ,atticus qu'il ne pouvait raisonner avec lui sur la lgislation1 moins qu'il ne lui accordt l'existence d'une ,providence divine4 ,dira-t-on encore que la secte stocienne et l'picurienne s'accordent avec la jurisprudence romaine1 qui prend l'existence de cette ,providence pour premier principe8 ,,ii4 ,l'opinion selon laquelle l'union de l'homme et de la femme sans mariage solennel serait innocente1 est accuse d'erreur par les usages de toutes les nations4 ,toutes clbrent religieusement les mariages1 et semblent par l regarder les unions illgitimes comme une sorte de bestialit1 quoique moins coupable4 ,en effet les parens dont le lien des lois n'assure point l'union1 perdent leurs enfans1 autant qu'il est en eux2 le pre et la mre pouvant toujours se sparer1 l'enfant abandonn de l'un et de l'autre1 doit rester expos devenir la proie des chiens2 et si l'humanit publique ou prive ne l'levait1 il crotrait sans qu'on lui transmt ni religion1 ni langue1 ni aucun lment de civilisation4 ,ainsi1 de ce monde social embelli et polic par tous les arts de l'humanit1 ils tendent en faire la grande fort des premiers ges1 o1 avant ,orphe1 erraient les hommes la manire des btes sauvages1 suivant au hasard la coupable brutalit de leurs apptits1 o un amour sacrilge unissait les fils leurs mres1 et les pres leurs filles4 ,,iii4 ,enfin pour apprcier l'importance du troisime principe de la civilisation1 qu'on imagine un tat dans lequel les cadavres humains resteraient sur la terre sans spulture1 pour servir de pture aux chiens et aux oiseaux de proie4 ,ds lors les cits se dpeupleraient1 les champs resteraient sans culture1 et les hommes chercheraient les glands mls et confondus avec la cendre des morts4 ,aussi c'est avec raison qu'on a dsign les spultures par cette expression sublime foedera generis humani1 et par cette autre expression moins leve qu'emploie ,tacite1 humanitatis commercia4 ,toutes les nations paennes se sont accordes croire que les mes allaient errantes autour des corps laisss sans spulture1 et demeuraient inquites sur la terre2 que par consquent elles survivaient aux corps1 et taient immortelles4 ,les rapports des voyageurs modernes nous prouvent que maintenant encore plusieurs peuples barbares partagent cette croyance4 ,la chose nous est atteste pour les ,pruviens et les ,mexicains par ,acosta1 pour les peuples de la ,virginie par ,thomas ,aviot1 pour ceux de la nouvelle ,angleterre par ,richard ,waitborn2 pour ceux de la ,guine par ,hugues ,linschotan1 et pour les ,siamois par ,joseph ,scultenius4--,aussi ,snque a-t-il dit3 ,quum de immortalitate loquimur1 non leve momentum apud nos habet consensus hominum aut timentium inferos1 aut colentium2 hac persuasione publica utor4 ,,chapitre ,,iv4 ,,de ,,la ,m,,thode4 ,pour achever d'tablir nos principes1 il nous reste dans ce premier livre examiner la mthode que doit suivre la ,science nouvelle4 ,si1 comme nous l'avons dit dans les axiomes1 la science doit prendre pour point de dpart l'poque o commence le sujet de la science1 nous devons1 pour nous adresser d'abord aux philologues1 commencer aux cailloux de ,deucalion1 aux pierres d',amphion1 aux hommes ns des sillons de ,cadmus1 ou des chnes dont parle ,virgile 7duro robore nati74 ,pour les philosophes1 nous partirons des grenouilles d'picure1 des cigales de ,hobbes1 des hommes simples et stupides de ,grotius1 des hommes jets dans le monde sans soin ni aide de ,dieu1 dont parle ,puffendorf1 des gans grossiers et farouches1 tels que les ,patagons du dtroit de ,magellan2 enfin des ,polyphmes d',homre1 dans lesquels ,platon reconnat les premiers pres de famille4 ,nous devons commencer les observer ds le moment o ils ont commenc penser en hommes2 et nous trouvons d'abord que1 dans cette barbarie profonde1 leur libert bestiale ne pouvait tre dompte et enchane que par l'ide d'une divinit quelconque qui leur inspirt de la terreur4 ,mais1 lorsque nous cherchons comment cette premire pense humaine fut conue dans le monde paen1 nous rencontrons de graves difficults4 ,comment descendre d'une nature cultive par la civilisation cette nature inculte et sauvage2 c'est grand'peine que nous pouvons la comprendre1 loin de pouvoir nous la reprsenter8 ,nous devons donc partir d'une notion quelconque de la divinit dont les hommes ne puissent tre privs1 quelque sauvages1 quelque farouches qu'ils soient2 et voici comment nous expliquons cette connaissance3 l'homme dchu1 n'esprant aucun secours de la nature1 appelle de ses dsirs quelque chose de surnaturel qui puisse le sauver2 or cette chose surnaturelle n'est autre que ,dieu4 ,voil la lumire que ,dieu a rpandue sur tous les hommes4 ,une observation vient l'appui de cette ide1 c'est que les libertins qui vieillissent1 et qui sentent les forces naturelles leur manquer1 deviennent ordinairement religieux4 ,mais des hommes tels que ceux qui commencrent les nations paennes1 devaient1 comme les animaux1 ne penser que sous l'aiguillon des passions les plus violentes4 ,en suivant une mtaphysique vulgaire qui fut la thologie des potes1 nous rappellerons 7,voy4 les axiomes7 cette ide effrayante d'une divinit qui borna et contint les passions bestiales de ces hommes perdus1 et en fit des passions humaines4 ,de cette ide dut natre le noble effort propre la volont de l'homme1 de tenir en bride les mouvemens imprims l'me par le corps1 de manire les touffer1 comme il convient l'homme sage1 ou les tourner un meilleur usage1 comme il convient l'homme social1 au membre de la socit4#bh ,note #bh3 ,notre libre arbitre1 notre volont libre peut seule rprimer ainsi l'impulsion du corps4444 ,tous les corps sont des agens ncessaires1 et que les mcaniciens appellent forces1 efforts1 puissances1 ne sont que les mouvemens des corps1 mouvemens trangers au sentiment 7,vico74 ,cependant1 par un effet de leur nature corrompue1 les hommes toujours tyranniss par l'gosme1 ne suivent gure que leur intrt2 chacun voulant pour soi tout ce qui est utile1 sans en faire part son prochain1 ils ne peuvent donner leurs passions la direction salutaire qui les rapprocherait de la justice4 ,partant de ce principe1 nous tablissons que l'homme dans l'tat bestial1 n'aime que sa propre conservation2 il prend femme1 il a des enfans1 et il aime sa conservation en y joignant celle de sa famille2 arriv la vie civile1 il cherche -la-fois sa propre conservation et celle de la cit dont il fait partie2 lorsque les empires s'tendent sur plusieurs peuples1 il cherche avec sa conservation celle des nations dont il est membre2 enfin quand les nations sont lies par les rapports des traits1 du commerce1 et de la guerre1 il embrasse dans un mme dsir sa conservation et celle du genre humain4 ,dans toutes ces circonstances1 l'homme est principalement attach son intrt particulier4 ,il faut donc que ce soit la ,providence elle-mme qui le retienne dans cet ordre de choses1 et qui lui fasse suivre dans la justice la socit de famille1 de cit1 et enfin la socit humaine4 ,ainsi conduit par elle1 l'homme incapable d'atteindre toute l'utilit qu'il dsire1 obtient ce qu'il en doit prtendre1 et c'est ce qu'on appelle le juste4 ,la dispensatrice du juste parmi les hommes1 c'est la justice divine1 qui1 applique aux affaires du monde par la ,providence1 conserve la socit humaine4 ,la science nouvelle sera donc sous l'un de ses principaux aspects une thologie civile de la ,providence divine1 laquelle semble avoir manqu jusqu'ici4 ,les philosophes ont ou entirement mconnu la ,providence1 comme les ,stociens et les picuriens1 ou l'ont considre seulement dans l'ordre des choses physiques4 ,ils donnent le nom de thologie naturelle la mtaphysique1 dans laquelle ils tudient cet attribut de ,dieu1 et ils appuient leurs raisonnemens d'observations tires du monde matriel2 mais c'tait surtout dans l'conomie du monde civil qu'ils auraient d chercher les preuves de la ,providence444 ,la ,science nouvelle sera1 pour ainsi parler1 une dmonstration de fait1 une dmonstration historique de la ,providence1 puisqu'elle doit tre une histoire des dcrets par lesquels cette ,providence a gouvern1 l'insu des hommes1 et souvent malgr eux1 la grande cit du genre humain4 ,quoique ce monde ait t cr particulirement et dans le temps1 les lois qu'elle lui a donnes1 n'en sont pas moins universelles et ternelles4 ,dans la contemplation de cette ,providence ternelle et infinie la ,science nouvelle trouve des preuves divines qui la confirment et la dmontrent4 ,n'est-il pas naturel en effet que la ,providence divine ayant pour instrument la toute-puissance1 excute ses dcrets par des moyens aussi faciles que le sont les usages et coutumes suivis librement par les hommes444 que1 conseille par la sagesse infinie1 tout ce qu'elle dispose soit ordre et harmonie444 qu'ayant pour fin son immense bont1 elle n'ordonne rien qui ne tende un bien toujours suprieur celui que les hommes se sont propos8 ,dans l'obscurit jusqu'ici impntrable qui couvre l'origine des nations1 dans la varit infinie de leurs moeurs et de leurs coutumes1 dans l'immensit d'un sujet qui embrasse toutes les choses humaines1 peut-on dsirer des preuves plus sublimes que celles que nous offriront la facilit des moyens employs par la ,providence1 l'ordre qu'elle tablit1 la fin qu'elle se propose1 laquelle fin n'est autre que la conservation du genre humain8 ,voulons-nous que ces preuves deviennent distinctes et lumineuses8 ,rflchissons avec quelle facilit l'on voit natre les choses1 par suite d'occasions lointaines1 et souvent contraires aux desseins des hommes2 et nanmoins elles viennent s'y adapter comme d'elles-mmes2 autant de preuves que nous fournit la toute-puissance4 ,observons encore dans l'ordre des choses humaines1 comme elles naissent au temps1 au lieu o elles doivent natre1 comme elles sont diffres quand il convient qu'elles le soient#bi2 c'est l'ouvrage de la sagesse infinie4 ,considrons en dernier lieu si nous pouvons concevoir dans telle occasion1 dans tel lieu1 dans tel temps1 quelques bienfaits divins qui eussent pu mieux conduire et conserver la socit humaine1 au milieu des besoins et des maux prouvs par les hommes2 voil les preuves que nous fournit l'ternelle bont de ,dieu4--,ces trois sortes de preuves peuvent se ramener une seule3 ,dans toute la srie des choses possibles1 notre esprit peut-il imaginer des causes plus nombreuses1 moins nombreuses1 ou autres1 que celles dont le monde social est rsult8444 ,sans doute le lecteur prouvera un plaisir divin en ce corps mortel1 lorsqu'il contemplera dans l'uniformit des ides divines ce monde des nations1 par toute l'tendue et la varit des lieux et des temps4 ,ainsi nous aurons prouv par le fait aux picuriens que leur hasard ne peut errer selon la folie de ses caprices1 et aux ,stociens que leur chane ternelle des causes laquelle ils veulent attacher le monde1 est elle-mme suspendue la main puissante et bienfaisante du ,dieu trs grand et trs bon4 ,note #bi3 ,c'est en cela qu',horace fait consister toute la beaut de l'ordre3 ,ordinis hc virtus erit et ,venus1 aut ego fallor1 ,ut jam nunc dicat1 jam nunc debentia dici ,pleraque differat1 et prsens in tempus omittat4 ,art potique4 7,vico74 ,ces preuves thologiques seront appuyes par une espce de preuves logiques dont nous allons parler4 ,en rflchissant sur les commencemens de la religion et de la civilisation paennes1 on arrive ces premires origines1 au-del desquelles c'est une vaine curiosit d'en demander d'antrieures2 ce qui est le caractre propre des principes4 ,alors s'expliquera la manire particulire dont les choses sont nes1 autrement dit1 leur nature 7axiome #ad72 or l'explication de la nature des choses est le propre de la science4 ,enfin cette explication de leur nature se confirmera par l'observation des proprits ternelles qu'elles conservent2 lesquelles proprits ne peuvent rsulter que de ce qu'elles sont nes dans tel temps1 dans tel lieu et de telle manire1 en d'autres termes1 de ce qu'elles ont une telle nature 7axiomes #ad1 #ae47 ,pour arriver trouver cette nature des choses humaines1 la ,science nouvelle procde par une analyse svre des penses humaines relatives aux ncessits ou utilits de la vie sociale1 qui sont les deux sources ternelles du droit naturel des gens 7axiome #aa74 ,ainsi considre sous le second de ses principaux aspects1 la ,science nouvelle est une histoire des ides humaines1 d'aprs laquelle semble devoir procder la mtaphysique de l'esprit humain4 ,s'il est vrai que les sciences doivent commencer au point mme o leur sujet a commenc 7axiome #ajd71 la mtaphysique1 cette reine des sciences1 commena l'poque o les hommes se mirent penser humainement1 et non point celle o les philosophes se mirent rflchir sur les ides humaines4 ,pour dterminer l'poque et le lieu o naquirent ces ides1 pour donner leur histoire la certitude qu'elle doit tirer de la chronologie et de la gographie mtaphysiques qui lui sont propres1 la science nouvelle applique une ,critique pareillement mtaphysique aux fondateurs1 aux auteurs des nations1 antrieurs de plus de mille ans aux auteurs de livres1 dont s'est occup jusqu'ici la critique philologique4 ,le criterium dont elle se sert 7axiome #ac71 est celui que la providence divine a enseign galement toutes les nations1 savoir3 le sens commun du genre humain1 dtermin par la convenance ncessaire des choses humaines elles-mmes 7convenance qui fait toute la beaut du monde social74 ,c'est pourquoi le genre de preuve sur lequel nous nous appuyons principalement1 c'est que1 telles lois tant tablies par la ,providence1 la destine des nations a d1 doit et devra suivre le cours indiqu par la ,science nouvelle1 quand mme des mondes infinis en nombre natraient pendant l'ternit2 hypothse indubitablement fausse4 ,de cette manire1 la ,science nouvelle trace le cercle ternel d'une histoire idale1 sur lequel tournent dans le temps les histoires de toutes les nations1 avec leur naissance1 leurs progrs1 leur dcadence et leur fin4 ,nous dirons plus3 celui qui tudie la ,science nouvelle1 se raconte lui-mme cette histoire idale1 en ce sens que le monde social tant l'ouvrage de l'homme1 et la manire dont il s'est form devant1 par consquent1 se retrouver dans les modifications de l'me humaine1 celui qui mdite cette science s'en cre lui-mme le sujet4 ,quelle histoire plus certaine que celle o la mme personne est -la-fois l'acteur et l'historien8 ,ainsi la ,science nouvelle procde prcisment comme la gomtrie1 qui cre et contemple en mme temps le monde idal des grandeurs2 mais la ,science nouvelle a d'autant plus de ralit que les lois qui rgissent les affaires humaines en ont plus que les points1 les lignes1 les superficies et les figures4 ,cela mme montre encore que les preuves dont nous avons parl sont d'une espce divine1 et qu'elles doivent1 lecteur1 te donner un plaisir divin3 car pour ,dieu1 connatre et faire1 c'est la mme chose4 ,ce n'est pas tout2 d'aprs la dfinition du vrai et du certain que nous avons donne plus haut1 les hommes furent long-temps incapables de connatre le vrai et la raison1 source de la justice intrieure#cj1 qui peut seule suffire aux intelligences4 ,mais en attendant1 ils se gouvernrent par la certitude de l'autorit1 par le sens commun du genre humain 7criterium de notre ,critique mtaphysique71 sur le tmoignage duquel se repose la conscience de toutes les nations 7axiome #i74 ,ainsi sous un autre aspect1 la science nouvelle devient une philosophie de l'autorit1 source de la justice extrieure1 pour parler le langage de la thologie morale4 ,les trois principaux auteurs qui ont crit sur le droit naturel 7,grotius1 ,selden et ,puffendorf71 auraient d tenir compte de cette autorit1 plutt que de celles qu'ils tirent de tant de citations d'auteurs4 ,elle a rgn chez les nations plus de mille ans avant qu'elles eussent des crivains2 ces crivains n'ont donc pu en avoir aucune connaissance4 ,aussi ,grotius1 plus rudit et plus clair que les deux autres1 combat les jurisconsultes romains presque sur tous les points2 mais les coups qu'il leur porte ne frappent que l'air1 puisque ces jurisconsultes ont tabli leurs principes de justice sur la certitude de l'autorit du genre humain1 et non sur l'autorit des hommes dj clairs4 ,note #cj3 ,cette justice intrieure1 fut pratique par les ,hbreux que le vrai ,dieu clairait de sa lumire1 et auxquels sa loi dfendait jusqu'aux penses injustes1 chose dont les lgislateurs mortels ne s'taient jamais embarrasss4 ,les ,hbreux croyaient en un ,dieu tout esprit1 qui scrute le coeur des hommes2 les gentils croyaient leurs dieux composs d'me et de corps1 et par consquent incapables de pntrer dans les coeurs4 ,la justice intrieure ne fut connue chez eux que par les raisonnemens des philosophes1 lesquels ne parurent que deux mille ans aprs la formation des nations qui les produisirent 7,vico74 99 99 99 ,telles sont les preuves philosophiques qu'emploiera cette science4 ,les preuves philologiques doivent venir en dernier lieu2 elles peuvent se ramener toutes aux sept classes suivantes3 #a ,notre explication des fables se rapporte notre systme d'une manire naturelle1 et qui n'a rien de pnible ou de forc4 ,nous montrons dans les fables l'histoire civile des premiers peuples1 lesquels se trouvent avoir t partout naturellement potes4 #b ,mme accord avec les locutions hroques1 qui s'expliqueront dans toute la vrit du sens1 dans toute la proprit de l'expression2 #c et avec les tymologies des langues indignes1 qui nous donnent l'histoire des choses exprimes par les mots1 en examinant d'abord leur sens propre et originaire1 et en suivant le progrs naturel du sens figur1 conformment l'ordre des ides dans lequel se dveloppe l'histoire des langues 7axiomes #fd1 #fe74 #d ,nous trouvons encore expliqu par le mme systme le vocabulaire mental des choses relatives la socit#ca1 qui1 prises dans leur substance1 ont t perues d'une manire uniforme par le sens de toutes les nations1 et qui dans leurs modifications diverses1 ont t diversement exprimes par les langues4 #e ,nous sparons le vrai du faux en tout ce que nous ont conserv les traditions vulgaires pendant une longue suite de sicles4 ,ces traditions ayant t suivies si long-temps1 et par des peuples entiers1 doivent avoir eu un motif commun de vrit 7axiome #af74 #f ,les grands dbris qui nous restent de l'antiquit1 jusqu'ici inutiles la science1 parce qu'ils taient ngligs1 mutils1 disperss1 reprennent leur clat1 leur place et leur ordre naturels4 #g ,enfin tous les faits que nous raconte l'histoire certaine viennent se rattacher ces antiquits expliques par nous1 comme leurs causes naturelles4--,ces preuves philologiques nous font voir dans la ralit les choses que nous avons aperues dans la mditation du monde idal4 ,c'est la mthode prescrite par ,bacon1 cogitare1 videre4 ,les preuves philosophiques que nous avons places d'abord1 confirment par la raison l'autorit des preuves philologiques1 qui leur tour prtent aux premires l'appui de leur autorit 7axiome #aj47 ,note #ca3 ,voyez l'axiome #bb1 et le second chapitre du ,i,ie livre1 corollaire relatif au mot ,jupiter4 ,concluons tout ce qui s'est dit en gnral pour tablir les principes de la ,science nouvelle4 ,ces principes sont la croyance en une ,providence divine1 la modration des passions par l'institution du mariage1 et le dogme de l'immortalit de l'me consacr par l'usage des spultures4 ,son critrium est la maxime suivante3 ce que l'universalit ou la pluralit du genre humain sent tre juste1 doit servir de rgle dans la vie sociale4 ,la sagesse vulgaire de tous les lgislateurs1 la sagesse profonde des plus clbres philosophes s'tant accordes pour admettre ces principes et ce critrium1 on doit y trouver les bornes de la raison humaine2 et quiconque veut s'en carter doit prendre garde de s'carter de l'humanit tout entire4 ,,livre ,,second4 ,,de ,,la ,,sagesse ,,po,,tique4 ,,argument4 ,frapp de l'ide que l'admiration exagre pour la sagesse des premiers ges est le plus grand obstacle aux progrs de la philosophie de l'histoire1 l'auteur examine comment les peuples des temps potiques imaginrent la ,nature1 qu'ils ne pouvaient connatre encore4 ,il appelle cet ensemble des croyances antiques1 sagesse1 et non pas science1 parce qu'elles se rapportaient gnralement un but pratique4 ,dans ce livre1 il passe en revue toutes les ides que les premiers hommes se firent sur la logique et la morale1 sur l'conomie domestique et politique1 sur la physique1 la cosmographie et l'astronomie1 sur la chronologie et la gographie4 ,c'est en quelque sorte l'encyclopdie des peuples barbares1 7,m4 ,jannelli1 ,delle cose humane47 ,chapitre ,ier4 ,,sujet ,,de ,,ce ,,livre44 ,i4 ,les fables n'ont point le sens mystrieux que les philosophes leur ont attribu4 ,la ,providence a mis dans l'instinct des premiers hommes les germes de civilisation que la rflexion devait ensuite dvelopper4--4 ,,ii4 ,de la sagesse en gnral4 ,sens divers de ce mot diffrentes poques4--4 ,,iii4 ,exposition et division de la sagesse potique4 ,chapitre ,,ii4 ,,de ,,la ,m,,taphysique ,,po,,tique44 ,i4 ,origine de la posie1 de l'idoltrie1 de la divination et des sacrifices4 ,certitude du dluge universel et de l'existence des gans4 ,les premiers peuples furent potes naturellement et ncessairement4 ,la crdulit1 et non l'imposture1 fit les premiers dieux4--4 ,,ii4 ,corollaires relatifs aux principaux aspects de la science nouvelle4 ,philosophie de la proprit1 histoire des ides humaines1 critique philosophique1 histoire idale ternelle1 systme du droit naturel des gens1 origines de l'histoire universelle4 ,chapitre ,,iii4 ,,de ,,la ,,logique ,,po,,tique4--4 ,i4 ,dfinition et tymologie du mot logique4 ,les premiers hommes divinisrent tous les objets1 et prirent les noms de ces dieux pour signes ou symboles des choses qu'ils voulaient exprimer4--4 ,,ii4 ,corollaires relatifs aux tropes1 aux mtamorphoses potiques et aux monstres de la fable4 ,origine des principales figures4 ,ces figures du langage1 ces crations de la posie1 ne sont point1 comme on l'a cru1 l'ingnieuse invention des crivains1 mais des formes ncessaires dont toutes les nations se sont servies leur premier ge1 pour exprimer leurs penses4--4 ,,iii4 ,corollaires relatifs aux caractres potiques employs comme signes du langage par les premires nations4 ,solon1 ,dracon1 sope1 ,romulus et autres rois de ,rome1 les dcemvirs1 etc4--4 ,,iv4 ,corollaires relatifs l'origine des langues et des lettres1 dans laquelle nous devons trouver celle des hiroglyphes1 des lois1 des noms1 des armoiries1 des mdailles1 des monnaies4 ,on n'a pu trouver jusqu'ici l'origine des langues1 ni celle des lettres1 parce qu'on les a cherches sparment4 ,les premiers hommes ont d parler successivement trois langues1 l'hiroglyphique1 la symbolique et la vulgaire4 ,les langues vulgaires n'ont point une signification arbitraire4 ,ordre dans lequel furent trouves les parties du discours dans la langue articule ou vulgaire4--4 ,v4 ,corollaires relatifs l'origine de l'locution potique1 des pisodes1 du tour1 du nombre1 du chant et du vers4 ,ces ornemens du style naquirent1 dans l'origine1 de l'indigence du langage4 ,la posie a prcd la prose4--4 ,,vi4 ,corollaires relatifs la logique des esprits cultivs4 ,la topique naquit avant la critique4 ,ordre dans lequel les diverses mthodes furent employes par la philosophie4 ,incapacit des premiers hommes de s'lever aux ides gnrales1 surtout en lgislation4 ,chapitre ,,iv4 ,,de ,,la ,,morale ,,po,,tique1 et de l'origine des vertus vulgaires qui rsultrent de l'institution de la religion et des mariages4 ,caractre farouche et religions sanguinaires des hommes de l'ge d'or4 ,ces religions furent cependant ncessaires4 ,chapitre ,v4 ,du gouvernement de la famille1 ou ,,conomie dans les ges potiques44 ,i4 ,de la famille compose des parens et des enfans1 sans esclaves ni serviteurs4 ducation des mes1 ducation des corps4 ,les premiers pres furent -la-fois les sages1 les prtres et les rois de leur famille4 ,la svrit du gouvernement de la famille prpara les hommes obir au gouvernement civil4 ,les premiers hommes1 fixs sur les hauteurs1 prs des sources vives1 perdirent par une vie plus douce la taille des gans4 ,communaut de l'eau1 du feu1 des spultures4--4 ,,ii4 ,des familles1 en y comprenant non-seulement les parens1 mais les serviteurs 7famuli74 ,cette composition des familles fut antrieure l'existence des cits1 et sans elle cette existence tait impossible4 ,les hommes qui taient rests sauvages se rfugient auprs de ceux qui avaient dj form des familles1 et deviennent leurs cliens ou vassaux4 ,premiers hros4 ,origine des asiles1 des fiefs1 etc4--4 ,,iii4 ,corollaires relatifs aux contrats qui se font par le simple consentement des parties4 ,les premiers hommes ne pouvaient connatre les engagemens de bonne foi4--,chez eux1 les seuls contrats taient ceux de cens territorial2 point de contrats de socit1 point de mandataires4 ,chapitre ,,vi4 ,,de ,,la ,,politique ,,po,,tique4--4 ,i4 ,origine des premires rpubliques1 dans la forme la plus rigoureusement aristocratique4 ,puissance sans borne des premiers pres de famille sur leurs enfans et sur leurs serviteurs4 ,ils sont forcs1 par la rvolte de ces derniers1 de s'unir en corps politique4 ,les rois ne sont d'abord que de simples chefs4 ,premiers comices4 ,les serviteurs1 investis par les nobles ou hros du domaine bonitaire des champs qu'ils cultivaient1 deviennent les premiers plbiens1 et aspirent conqurir1 avec le droit des mariages solennels1 tous les privilges de la cit4--4 ,,ii4 ,les socits politiques sont nes toutes de certains principes ternels des fiefs4 ,diffrence des domaines bonitaire1 quiritaire1 minent4 ,le corps souverain des nobles avait conserv le dernier1 qui tait1 dans l'origine1 un droit gnral sur tous les fonds de la cit4 ,opposition des nobles et des plbiens1 des sages et du vulgaire1 des citoyens et des htes ou trangers4--4 ,,iii4 ,de l'origine du cens et du trsor public4 ,le cens tait d'abord une redevance territoriale que les plbiens payaient aux nobles4 ,plus tard il fut pay au trsor2 cette institution aristocratique devint ainsi le principe de la dmocratie4 ,observations sur l'histoire des domaines4--4 ,,iv4 ,de l'origine des comices chez les ,romains4 tymologie des mots ,curia1 ,quirites1 ,curetes4 ,rvolutions que subirent les comices4--4 ,v4 ,corollaire3 c'est la divine ,providence qui rgle les socits1 et qui a ordonn le droit naturel des gens4--4 ,,vi4 ,suite de la politique hroque4 ,la navigation est l'un des derniers arts qui furent cultivs dans les temps hroques4 ,pirateries et caractre inhospitalier des premiers peuples4 ,leurs guerres continuelles4--4 ,,vii4 ,corollaires relatifs aux antiquits romaines4 ,le gouvernement de ,rome fut1 dans son origine1 plus aristocratique que monarchique1 et malgr l'expulsion des rois1 il ne changea point de caractre1 jusqu' l'poque o les plbiens acquirent le droit des mariages solennels et participrent aux charges publiques4--4 ,,viii4 ,corollaire relatif l'hrosme des premiers peuples4 ,il n'avait rien de la magnanimit1 du dsintressement et de l'humanit1 dont le mot d'hrosme rappelle l'ide dans les temps modernes4 ,chapitre ,,vii4 ,,de ,,la ,,physique ,,po,,tique4--4 ,i4 ,de la physiologie potique4 ,les premiers hommes rapportrent diverses parties du corps toutes nos facults intellectuelles et morales4 ,note sur l'incapacit de gnraliser1 qui caractrisait les premiers hommes4--4 ,,ii4 ,corollaire relatif aux descriptions hroques4 ,les premiers hommes rapportaient aux cinq sens les fonctions externes de l'me4--4 ,,iii4 ,corollaire relatif aux moeurs hroques4 ,chapitre ,,viii4 ,,de ,,la ,,cosmographie ,,po,,tique4 ,elle fut proportionne aux ides troites des premiers hommes4 ,chapitre ,,ix4 ,,de ,l',,astronomie ,,po,,tique4 ,le ciel1 que les hommes avaient plac d'abord au sommet des montagnes1 s'leva peu--peu dans leur opinion4 ,les dieux montrent dans les plantes1 les hros dans les constellations4 ,chapitre ,x4 ,,de ,,la ,,chronologie ,,po,,tique4 ,son point de dpart4 ,quatre espces d'anachronismes4 ,canon chronologique1 pour dterminer les commencemens de l'histoire universelle1 antrieurement au rgne de ,ninus1 d'o elle part ordinairement4 ,l'tude du dveloppement de la civilisation humaine prte une certitude nouvelle aux calculs de la chronologie4 ,chapitre ,,xi4 ,,de ,,la ,g,,ographie ,,po,,tique4--4 ,i4 ,les diverses parties du monde ancien ne furent d'abord que les parties du petit monde de la ,grce4 ,l',hesprie en tait la partie occidentale1 etc4 ,il en dut tre de mme de la gographie des autres contres4 ,les hros qui passent pour avoir fond des colonies lointaines1 ,hercule1 vandre1 ne1 etc41 ne sont que des expressions symboliques du caractre des indignes qui fondrent ces villes4--4 ,,ii4 ,des noms et descriptions des cits hroques4 ,sens et drivs du mot ara4 ,,conclusion ,,de ,,ce ,,livre4 ,les potes thologiens ont t le sens 7ou le sentiment71 les philosophes ont t l'intelligence de l'humanit4 ,,livre ,,second4 ,,de ,,la ,,sagesse ,,po,,tique4 ,,chapitre ,,premier4 ,,sujet ,,de ,,ce ,,livre4 4 ,i4 ,nous avons dit dans les axiomes que toutes les histoires des ,gentils ont eu des commencemens fabuleux1 que chez les ,grecs qui nous ont transmis tout ce qui nous reste de l'antiquit paenne1 les premiers sages furent les potes thologiens1 enfin que la nature veut qu'en toute chose les commencemens soient grossiers3 d'aprs ces donnes1 nous pouvons prsumer que tels furent aussi les commencemens de la sagesse potique4 ,cette haute estime dont elle a joui jusqu' nous est l'effet de la vanit des nations1 et surtout de celle des savans4 ,de mme que ,manthon1 le grand prtre d'gypte1 interprta l'histoire fabuleuse des gyptiens par une haute thologie naturelle1 les philosophes grecs donnrent la leur une interprtation philosophique4 ,un de leurs motifs tait sans doute de dguiser l'infamie de ces fables1 mais ils en eurent plusieurs autres encore4 ,le premier fut leur respect pour la religion3 chez les ,gentils1 toute socit fut fonde par les fables sur la religion4 ,le second motif fut leur juste admiration pour l'ordre social qui en est rsult et qui ne pouvait tre que l'ouvrage d'une sagesse surnaturelle4 ,en troisime lieu1 ces fables tant clbres pour leur sagesse et entoures d'un respect religieux ouvraient mille routes aux recherches des philosophes1 et appelaient leurs mditations sur les plus hautes questions de la philosophie4 ,quatrimement1 elles leur donnaient la facilit d'exposer les ides philosophiques les plus sublimes en se servant des expressions des potes1 hritage heureux qu'ils avaient recueilli4 ,un dernier motif1 assez puissant lui seul1 c'est la facilit que trouvaient les philosophes consacrer leurs opinions par l'autorit de la sagesse potique et par la sanction de la religion4 ,de ces cinq motifs les deux premiers et le dernier impliquaient une louange de la sagesse divine1 qui a ordonn le monde civil1 et un tmoignage que lui rendaient les philosophes1 mme au milieu de leurs erreurs4 ,le troisime et le quatrime taient autant d'artifices salutaires que permettait la ,providence1 afin qu'il se formt des philosophes capables de la comprendre et de la reconnatre pour ce qu'elle est1 un attribut du vrai ,dieu4 ,nous verrons d'un bout l'autre de ce livre que tout ce que les potes avaient d'abord senti relativement la sagesse vulgaire1 les philosophes le comprirent ensuite relativement une sagesse plus leve 7riposta72 de sorte qu'on appellerait avec raison les premiers le sens1 les seconds l'intelligence du genre humain4 ,on peut dire de l'espce ce qu',aristote dit de l'individu3 ,il n'y a rien dans l'intelligence qui n'ait t auparavant dans le sens2 c'est--dire que l'esprit humain ne comprend rien que les sens ne lui aient donn auparavant occasion de comprendre4 ,l'intelligence1 pour remonter au sens tymologique1 inter legere1 intelligere1 l'intelligence agit lorsqu'elle tire de ce qu'on a senti quelque chose qui ne tombe point sous les sens4 4 ,,ii4 ,de la sagesse en gnral4 ,avant de traiter de la sagesse potique1 il est bon d'examiner en gnral ce que c'est que sagesse4 ,la sagesse est la facult qui domine toutes les doctrines relatives aux sciences et aux arts dont se compose l'humanit4 ,platon dfinit la sagesse la facult qui perfectionne l'homme4 ,or l'homme1 en tant qu'homme1 a deux parties constituantes1 l'esprit et le coeur1 ou si l'on veut1 l'intelligence et la volont4 ,la sagesse doit dvelopper en lui ces deux puissances -la-fois1 la seconde par la premire1 de sorte que l'intelligence tant claire par la connaissance des choses les plus sublimes1 la volont fasse choix des choses les meilleures4 ,les choses les plus sublimes en ce monde1 sont les connaissances que l'entendement et le raisonnement peuvent nous donner relativement ,dieu2 les choses les meilleures sont celles qui concernent le bien de tout le genre humain2 les premires s'appellent divines1 les secondes humaines2 la vritable sagesse doit donc donner la connaissance des choses divines pour conduire les choses humaines au plus grand bien possible4 ,il est croire que ,varron1 qui mrita d'tre appel le plus docte des ,romains1 avait lev sur cette base son grand ouvrage des choses divines et humaines1 dont l'injure des temps nous a privs4 ,nous essaierons dans ce livre de traiter le mme sujet1 autant que nous le permet la faiblesse de nos lumires et le peu d'tendue de nos connaissances4 ,la sagesse commena chez les ,gentils par la muse1 dfinie par ,homre dans un passage trs remarquable de l',odysse1 la science du bien et du mal2 cette science fut ensuite appele divination1 et c'est sur la dfense de cette divination1 de cette science du bien et du mal refuse l'homme par la nature1 que ,dieu fonda la religion des ,hbreux1 d'o est sortie la ntre4 ,la muse fut donc proprement dans l'origine la science de la divination et des auspices1 laquelle fut la sagesse vulgaire de toutes les nations1 comme nous le dirons plus au long2 elle consistait contempler ,dieu dons l'un de ses attributs1 dans sa ,providence2 aussi1 de divination1 l'essence de ,dieu a-t-elle t appele divinit4 ,nous verrons dans la suite que dans ce genre de sagesse1 les sages furent les potes thologiens1 qui1 n'en pas douter1 fondrent la civilisation grecque4 ,les ,latins tirrent de l l'usage d'appeler professeurs de sagesse ceux qui professaient l'astrologie judiciaire4--,ensuite la sagesse fut attribue aux hommes clbres pour avoir donn des avis utiles au genre humain2 tels furent les sept sages de la ,grce4--,plus tard la sagesse passa dans l'opinion aux hommes qui ordonnent et gouvernent sagement les tats1 dans l'intrt des nations4--,plus tard encore le mot sagesse vint signifier la science naturelle des choses divines1 c'est--dire la mtaphysique1 qui cherchant connatre l'intelligence de l'homme par la contemplation de ,dieu1 doit tenir ,dieu pour le rgulateur de tout bien1 puisqu'elle le reconnat pour la source de toute vrit#cb4--;,enfin la sagesse parmi les ,hbreux et ensuite parmi les ,chrtiens a dsign la science des vrits ternelles rvles par ,dieu2 science qui1 considre chez les ,toscans comme science du vrai bien et du vrai mal1 reut peut-tre pour cette cause son premier nom1 science de la divinit4 ,note #cb3 ,en consquence la mtaphysique doit essentiellement travailler au bonheur du genre humain dont la conservation tient au sentiment universel qu'ont tous les hommes d'une divinit douce de providence4 ,c'est peut-tre pour avoir dmontr cette providence que ,platon a t surnomm le divin4 ,la philosophie qui enlve ,dieu un tel attribut1 mrite moins le nom du philosophie et de sagesse que celui de folie4 7,vico74 ,d'aprs cela1 nous distinguerons plus juste titre que ,varron1 trois espces de thologie3 thologie potique1 propre aux potes thologiens1 et qui fut la thologie civile de toutes les nations paennes2 thologie naturelle1 celle des mtaphysiciens2 la troisime1 qui dans la classification de ,varron est la thologie potique#cc1 est pour nous la thologie chrtienne1 mle de la thologie civile1 de la naturelle1 et de la rvle1 la plus sublime des trois4 ,toutes se runissent dans la contemplation de la ,providence divine2 cette ,providence qui conduit la marche de l'humanit1 voulut qu'elle partt de la thologie potique qui rglait les actions des hommes d'aprs certains signes sensibles1 pris pour des avertissemens du ciel2 et que la thologie naturelle1 qui dmontre la ,providence par des raisons d'une nature immuable et au-dessus des sens1 prpart les hommes recevoir la thologie rvle1 par l'effet d'une foi surnaturelle et suprieure aux sens et tous les raisonnemens4 ,note #cc3 ,la thologie potique fut chez les ,gentils la mme que la thologie civile4 ,si ,varron la distingue de la thologie civile et de la thologie naturelle1 c'est que1 partageant l'erreur vulgaire qui place dans les fables les mystres d'une philosophie sublime1 il l'a crue mle de l'une et de l'autre4 7,vico74 4 ,,iii4 ,exposition et division de la sagesse potique4 ,puisque la mtaphysique est la science sublime qui rpartit aux sciences subalternes les sujets dont elles doivent traiter1 puisque la sagesse des anciens ne fut autre que celle des potes thologiens1 puisque les origines de toutes choses sont naturellement grossires1 nous devons chercher le commencement de la sagesse potique dans une mtaphysique informe4 ,d'une seule branche de ce tronc sortirent1 en se sparant1 la logique1 la morale1 l'conomie et la politique potiques2 d'une autre branche sortit avec le mme caractre potique la physique1 mre de la cosmographie1 et par suite de l'astronomie1 laquelle la chronologie et la gographie1 ses deux filles1 doivent leur certitude4 ,nous ferons voir d'une manire claire et distincte comment les fondateurs de la civilisation paenne1 guids par leur thologie naturelle1 ou mtaphysique1 imaginrent les dieux2 comment par leur logique ils trouvrent les langues1 par leur morale produisirent les hros1 par leur conomie fondrent les familles1 par leur politique les cits2 comment par leur physique1 ils donnrent chaque chose une origine divine1 se crrent eux-mmes en quelque sorte par leur physiologie1 se firent un univers tout de dieux par leur cosmographie1 portrent dans leur astronomie les plantes et les constellations de la terre au ciel1 donnrent commencement la srie des temps dans leur chronologie1 enfin dans leur gographie placrent tout le monde dans leur pays 7les ,grecs dans la ,grce1 et de mme des autres peuples74 ,ainsi la ,science nouvelle pourra devenir une histoire des ides1 coutumes et actions du genre humain4 ,de cette triple source nous verrons sortir les principes de l'histoire de la nature humaine1 principes identiques avec ceux de l'histoire universelle qui semblent manquer jusqu'ici4 ,,chapitre ,,ii4 ,,de ,,la ,m,,taphysique ,,po,,tique4 4 ,i4 ,origine de la posie1 de l'idoltrie1 de la divination et des sacrifices4 ,l'auteur tablit d'abord la certitude du dluge universel1 et de l'existence des gans4 ,les preuves les plus fortes qu'il allgue ont t dj nonces dans les axiomes #be1 #bf1 #bg4 ,voyez aussi le ,discours prliminaire4 ,c'est dans l'tat de stupidit farouche o se trouvrent les premiers hommes1 que tous les philosophes et les philologues devaient prendre leur point de dpart pour raisonner sur la sagesse des ,gentils4 ,ils devaient interroger d'abord la science qui cherche ses preuves1 non pas dans le monde extrieur1 mais dans l'me de celui qui la mdite1 je veux dire1 la mtaphysique4 ,ce monde social tant indubitablement l'ouvrage des hommes1 on pouvait en lire les principes dans les modifications de l'esprit humain4 ,la sagesse potique1 la premire sagesse du paganisme1 dut commencer par une mtaphysique1 non point de raisonnement et d'abstraction1 comme celle des esprits cultivs de nos jours1 mais de sentiment et d'imagination1 telle que pouvaient la concevoir ces premiers hommes1 qui n'taient que sens et imagination sans raisonnement4 ,la mtaphysique dont je parle1 c'tait leur posie1 facult qui naissait avec eux4 ,l'ignorance est mre de l'admiration2 ignorant tout1 ils admiraient vivement4 ,cette posie fut d'abord divine3 ils rapportaient des dieux la cause de ce qu'ils admiraient4 ,voyez le passage de ,lactance 7axiome #ch74 ,les anciens ,germains1 dit ,tacite1 entendaient la nuit le soleil qui passait sous la mer d'occident en orient2 ils affirmaient aussi qu'ils voyaient les dieux4 ,maintenant encore les sauvages de l',amrique divinisent tout ce qui est au-del de leur faible capacit4 ,quelles que soient la simplicit et la grossiret de ces nations1 nous devons prsumer que celles des premiers hommes du paganisme allaient bien au-del4 ,ils donnaient aux objets de leur admiration une existence analogue leurs propres ides4 ,c'est ce que font prcisment les enfans 7axiome #cg71 lorsqu'ils prennent dans leurs jeux des choses inanimes et qu'ils leur parlent comme des personnes vivantes4 ,ainsi ces premiers hommes1 qui nous reprsentent l'enfance du genre humain1 craient eux-mmes les choses d'aprs leurs ides4 ,mais cette cration diffrait infiniment de celle de ,dieu3 ,dieu dans sa pure intelligence connat les tres1 et les cre par cela mme qu'il les connat2 les premiers hommes1 puissans de leur ignorance1 craient leur manire par la force d'une imagination1 si je puis dire1 toute matrielle4 ,plus elle tait matrielle1 plus ses crations furent sublimes2 elles l'taient au point de troubler l'excs l'esprit mme d'o elles taient sorties4 ,aussi les premiers hommes furent appels potes1 c'est--dire1 crateurs1 dans le sens tymologique du mot grec4 ,leurs crations runirent les trois caractres qui distinguent la haute posie dans l'invention des fables1 la sublimit1 la popularit1 et la puissance d'motion qui la rend plus capable d'atteindre le but qu'elle se propose1 celui l'enseigner au vulgaire agir selon la vertu4--,de cette facult originaire de l'esprit humain1 il est rest une loi ternelle3 les esprits une fois frapps de terreur1 fingunt simul credunt que1 comme le dit si bien ,tacite4 ,tels durent se trouver les fondateurs de la civilisation paenne1 lorsqu'un sicle ou deux aprs le dluge1 la terre dessche forma de nouveaux orages1 et que la foudre se fit entendre4 ,alors sans doute un petit nombre de gans disperss dans les bois1 vers le sommet des montagnes1 furent pouvants par ce phnomne dont ils ignoraient la cause1 levrent les yeux1 et remarqurent le ciel pour la premire fois4 ,or1 comme en pareille circonstance1 il est dans la nature de l'esprit humain d'attribuer au phnomne qui le frappe1 ce qu'il trouve en lui-mme1 ces premiers hommes1 dont toute l'existence tait alors dans l'nergie des forces corporelles1 et qui exprimaient la violence extrme de leurs passions par des murmures et des hurlemens1 se figurrent le ciel comme un grand corps anim1 et l'appelrent ,jupiter#cd4 ,ils prsumrent que par le fracas du tonnerre1 par les clats de la foudre1 ,jupiter voulait leur dire quelque chose2 et ils commencrent se livrer la curiosit1 fille de l'ignorance et mre de la science qu'elle produit1 lorsque l'admiration a ouvert l'esprit de l'homme4 ,ce caractre est toujours le mme dans le vulgaire2 voient-ils une comte1 une parlie1 ou tout autre phnomne cleste1 ils s'inquitent et demandent ce qu'il signifie 7axiome #ci74 ,observent-ils les effets tonnans de l'aimant mis en contact avec le fer2 ils ne manquent pas1 mme dans ce sicle de lumires1 de dcider que l'aimant a pour le fer une sympathie mystrieuse1 et ils font ainsi de toute la nature un vaste corps anim1 qui a ses sentimens et ses passions4 ,mais1 une poque si avance de la civilisation1 les esprits1 mme du vulgaire1 sont trop dtachs des sens1 trop spiritualiss par les nombreuses abstractions de nos langues1 par l'art de l'criture1 par l'habitude du calcul1 pour que nous puissions nous former cette image prodigieuse de la nature passionne2 nous disons bien ce mot de la bouche1 mais nous n'avons rien dans l'esprit4 ,comment pourrions-nous nous replacer dans la vaste imagination de ces premiers hommes dont l'esprit tranger toute abstraction1 toute subtilit1 tait tout mouss par les passions1 plong dans les sens1 et comme enseveli dans la matire4 ,aussi1 nous l'avons dj dit1 on comprend peine aujourd'hui1 mais on ne peut imaginer comment pensaient les premiers hommes qui fondrent la civilisation paenne4 ,note #cd3 ,avec l'ide d'un ,jupiter1 auquel ils attriburent bientt une ,providence1 naquit le droit1 jus1 appel ious par les ,latins1 et par les anciens ,grecs ,grec3 ,diaion1 cleste1 du mot ,grec3 ,dios2 les ,latins dirent galement sub dio1 et sub jove pour exprimer sous le ciel4 ,puis1 si l'on en croit ,platon dans son ,cratyle1 on substitua par euphonie ,grec3 ,dikaion4 ,ainsi toutes les nations paennes ont contempl le ciel1 qu'elles considraient comme ,jupiter1 pour en recevoir par les auspices des lois1 des avis divins2 ce qui prouve que le principe commun des socits a t la croyance une ,providence divine4 ,et pour en commencer l'numration1 ,jupiter fut le ciel chez les ,chaldens1 en ce sens qu'ils croyaient recevoir de lui la connaissance de l'avenir par l'observation des aspects divers et des mouvemens des toiles1 et on nomma astronomie et astrologie la science des lois qu'observent les astres1 et celle de leur langage2 la dernire fut prise dans le sens d'astrologie judiciaire1 et dans les lois romaines ,chalden veut dire astrologue4--,chez les ,perses1 ,jupiter fut le ciel1 qui faisait connatre aux hommes les choses caches2 ceux qui possdaient cette science s'appelaient ,mages1 et tenaient dans leurs rites une verge qui rpond au bton augural des ,romains4 ,ils s'en servaient pour tracer des cercles astronomiques1 comme depuis les magiciens dans leurs enchantemens4 ,le ciel tait pour les ,perses le temple de ,jupiter1 et leurs rois1 imbus de cette opinion1 dtruisaient les temples construits par les ,grecs4--,les gyptiens confondaient aussi ,jupiter et le ciel1 sous le rapport de l'influence qu'il avait sur les choses sublunaires et des moyens qu'il donnait de connatre l'avenir2 de nos jours encore ils conservent une divination vulgaire4--,mme opinion chez les ,grecs qui tiraient du ciel des ,grec3 thermata et des ,grec3 mathmata1 en les contemplant des yeux du corps1 et en les observant1 c'est--dire1 en leur obissant comme aux lois de ,jupiter4 ,c'est du mot ,grec3 mathmata1 que les astrologues sont appels mathmaticiens dans les lois romaines4--,quant la croyance des ,romains1 on connat le vers d',ennius1 ,aspice hoc sublime cadens1 quem omnes invocant jovem2 le pronom hoc est pris dans le sens de coelum4 ,les ,romains disaient aussi templa coeli1 pour exprimer la rgion du ciel dsign par les augures pour prendre les auspices2 et par drivation1 templum signifia tout lieu dcouvert o la vue ne rencontre point d'obstacle 7neptunia templa1 la mer dans ,virgile74--,les anciens ,germains1 selon ,tacite1 adoraient leurs ,dieux dans des lieux sacrs qu'il appelle lucos et nemora1 ce qui indique sans doute des clairires dans l'paisseur des bois4 ,l'glise eut beaucoup de peine leur faire abandonner cet usage 7,v4 ,concilia ,stanctense et ,bracharense1 dans le recueil de ,bouchard74 ,on en trouve encore aujourd'hui des traces chez les ,lapons et chez les ,livoniens4--,les ,perses disaient simplement le ,sublime pour dsigner ,dieu4 ,leurs temples n'taient que des collines dcouvertes o l'on montait de deux cts par d'immenses escaliers2 c'est dans la hauteur de ces collines qu'ils faisaient consister leur magnificence4 ,tous les peuples placent la beaut des temples dans leur lvation prodigieuse4 ,le point le plus lev s'appelait1 selon ,pausanias1 ,grec3 aetos l'aigle1 l'oiseau des auspices1 celui dont le vol est le plus lev4 ,de l peut tre pinn templorum1 pinn murorum1 et en dernier lieu1 aquil pour les crneaux4 ,les ,hbreux adoraient dans le tabernacle le ,trs-,haut qui est au-dessus des cieux2 et partout o le peuple de ,dieu tendait ses conqutes1 ,mose ordonnait que l'on brlt les bois sacrs1 sanctuaires de l'idoltrie4--,chez les chrtiens mmes1 plusieurs nations disent le ciel pour ,dieu4 ,les ,franais et les ,italiens disent fasse le ciel1 j'espre dans les secours du ciel2 il en est de mme en espagnol4 ,les franais disent bleu pour le ciel1 dans une espce de serment par bleu1 et dans ce blasphme impie morbleu 7c'est--dire meure le ciel1 en prenant ce mot dans le sens de ,dieu47 ,nous venons de donner un essai du vocabulaire dont on a parl dans les axiomes #ac et #bb4 7,vico74 99 99 99 ,c'est ainsi que les premiers potes thologiens inventrent la premire fable divine1 la plus sublime de toutes celles qu'on imagina2 c'est ce ,jupiter roi et pre des hommes et des dieux1 dont la main lance la foudre2 image si populaire1 si capable d'mouvoir les esprits1 et d'exercer sur eux une influence morale1 que les inventeurs eux-mmes crurent sa ralit1 la redoutrent et l'honorrent avec des rites affreux4 ,par un effet de ce caractre de l'esprit humain que nous avons remarqu d'aprs ,tacite 7mobiles ad superstitionem perculs semel mentes1 axiome #bc71 dans tout ce qu'ils apercevaient1 imaginaient1 ou faisaient eux-mmes1 ils ne virent que ,jupiter1 animant ainsi l'univers dans toute l'tendue qu'ils pouvaient concevoir4 ,c'est ainsi qu'il faut entendre dans l'histoire de la civilisation le ,jovis omnia plena2 c'est ce ,jupiter que ,platon prit pour l'ther1 qui pntre et remplit toutes choses2 mais les premiers hommes ne plaaient pas leur ,jupiter plus haut que la cime des montagnes1 comme nous le verrons bientt4 ,comme ils parlaient par signes1 ils crurent d'aprs leur propre nature que le tonnerre et la foudre taient les signes de ,jupiter4 ,c'est de nuere1 faire signe1 que la volont divine fut plus tard appele numen2 ,jupiter commandait par signes1 ide sublime1 digne expression de la majest divine4 ,ces signes taient1 si je l'ose dire1 des paroles relles1 et la nature entire tait la langue de ,jupiter4 ,toutes les nations paennes crurent possder cette langue dans la divination1 laquelle fut appele par les ,grecs thologie1 c'est--dire1 science du langage des dieux4 ,ainsi ,jupiter acquit ce regnum fulminis1 par lequel il est le roi des hommes et des dieux4 ,il reut alors deux titres1 optimus dans le sens de trs fort 7de mme que chez les anciens latins1 fortis eut le mme sens que bonus dans des temps plus modernes72 et maximus1 d'aprs l'tendue de son corps1 aussi vaste que le ciel4 ,de l tant de ,jupiters dont le nombre tonne les philologues2 chaque nation paenne eut le sien4 ,originairement ,jupiter fut en posie un caractre divin1 un genre cr par l'imagination plutt que par l'intelligence 7universale fantastico71 auquel tous les peuples paens rapportaient les choses relatives aux auspices4 ,ces peuples1 durent tre tous potes1 puisque la sagesse potique commena par cette mtaphysique potique qui contemple ,dieu dans l'attribut de sa ,providence1 et les premiers hommes s'appelrent potes thologiens1 c'est--dire sages qui entendent le langage des dieux1 exprim par les auspices de ,jupiter4 ,ils furent surnomms divins1 dans le sens du mot devins1 qui vient de divinari1 deviner1 prdire4 ,cette science fut appele muse1 expression qu',homre nous dfinit par la science du bien et du mal1 qui n'est autre que la divination#ce4 ,c'est encore1 d'aprs cette thologie mystique que les potes furent appels par les ,grecs1 ,grec3 mustai1 qu',horace traduit fort bien par les interprtes des dieux1 lesquels expliquaient les divins mystres des auspices et des oracles4 ,toute nation paenne eut une sybille qui possdait cette science2 on en a compt jusqu' douze4 ,les sybilles et les oracles sont les choses les plus anciennes dont nous parle le paganisme4 ,note #ce3 ,la dfense de la divination faite par ,dieu son peuple fut le fondement de la vritable religion4 7,vico74 99 99 99 ,tout ce qui vient d'tre dit s'accorde donc avec le mot clbre1 4 4 4 4 ,la crainte seule a fait les premiers dieux2 mais les hommes ne s'inspirrent pas cette crainte les uns aux autres2 ils la durent leur propre imagination 7ce qui rpond l'axiome3 les fausses religions sont nes de la crdulit et non de l'imposture74 ,cette origine de l'idoltrie tant dmontre1 celle de la divination l'est aussi2 ces deux soeurs naquirent en mme temps4 ,les sacrifices en furent une consquence immdiate1 puisqu'on les faisait pour procurare 7c'est--dire pour bien entendre7 les auspices4 ,ce qui nous prouve que la posie a d natre ainsi1 c'est ce caractre ternel et singulier qui lui est propre3 le sujet propre la posie c'est l'impossible1 et pourtant le croyable 7impossibile credibile74 ,il est impossible que la matire soit esprit1 et pourtant l'on a cru que le ciel1 d'o semblait partir la foudre1 tait ,jupiter4 ,voil encore pourquoi les potes aiment tant chanter les prodiges oprs par les magiciennes dans leurs enchantemens2 cette disposition d'esprit peut tre rapporte au sentiment instinctif de la toute-puissance de ,dieu1 qu'ont en eux les hommes de toutes les nations4 ,les vrits que nous venons d'tablir renversent tout ce qui a t dit sur l'origine de la posie1 depuis ,aristote et ,platon jusqu'aux ,scaliger et aux ,castelvetro4 ,nous l'avons montr1 c'est par un effet de la faiblesse du raisonnement de l'homme1 que la posie s'est trouve si sublime sa naissance1 et qu'avec tous les secours de la philosophie1 de la potique et de la critique1 qui sont venues plus tard1 on n'a jamais pu1 je ne dirai point surpasser1 mais galer son premier essor#cf4 ,cette dcouverte de l'origine de la posie dtruit le prjug commun sur la profondeur de la sagesse antique1 laquelle les modernes devraient dsesprer d'atteindre1 et dont tous les philosophes depuis ,platon jusqu' ,bacon ont tant souhait de pntrer le secret4 ,elle n'a t autre chose qu'une sagesse vulgaire de lgislateurs qui fondaient l'ordre social1 et non point une sagesse mystrieuse sortie du gnie de philosophes profonds4 ,aussi1 comme on le voit dj par l'exemple tir de ,jupiter1 tous les sens mystiques d'une haute philosophie attribus par les savans aux fables grecques et aux hiroglyphes gyptiens1 paratront aussi choquans que le sens historique se trouvera facile et naturel4 ,note #cf3 ,voil pourquoi ,homre se trouve le premier de tous les potes du genre hroque1 le plus sublime de tous1 dans l'ordre du mrite comme dans celui du temps4 7,vico74 4 ,,ii4 ,,corollaires ,relatifs aux principaux aspects de la science nouvelle4 #a4 ,on peut conclure de tout ce qui prcde que1 conformment au premier principe de la ,science nouvelle1 dvelopp dans le chapitre de la ,mthode 7l'homme n'esprant plus aucun secours de la nature1 appelle de ses dsirs quelque chose de surnaturel qui puisse le sauver71 la ,providence permit que les premiers hommes tombassent dans l'erreur de craindre une fausse divinit1 un ,jupiter auquel ils attribuaient le pouvoir de les foudroyer4 ,au milieu des nues de ces premiers orages1 la lueur de ces clairs1 ils aperurent cette grande vrit1 que la ,providence veille la conservation du genre humain4 ,aussi1 sous un de ses principaux aspects1 la ,science nouvelle est d'abord une thologie civile1 une explication raisonne de la marche suivie par la ,providence2 et cette thologie commena par la sagesse vulgaire des lgislateurs qui fondrent les socits1 en prenant pour base la croyance d'un ,dieu dou de providence2 elle s'acheva par la sagesse plus leve 7riposta7 des philosophes qui dmontrent la mme vrit par des raisonnemens1 dans leur thologie naturelle4 #b4 ,un autre aspect principal de la science nouvelle1 c'est une philosophie de la proprit 7ou autorit dans le sens primitif o les douze tables prennent ce mot#cg74 ,la premire proprit fut divine3 ,dieu s'appropria les premiers hommes peu nombreux1 qu'il tira de la vie sauvage pour commencer la vie sociale4--,la seconde proprit fut humaine1 et dans le sens le plus exact2 elle consista pour l'homme dans la possession de ce qu'on ne peut lui ter sans l'anantir1 dans le libre usage de sa volont4 ,pour l'intelligence1 ce n'est qu'une puissance passive sujette la vrit4 ,les hommes commencrent1 ds ce moment1 exercer leur libert en rprimant les impulsions passionnes du corps1 de manire les touffer ou les mieux diriger1 effort qui caractrise les agens libres4 ,le premier acte libre des hommes fut d'abandonner la vie vagabonde qu'ils menaient dans la vaste fort qui couvrait la terre1 et de s'accoutumer une vie sdentaire1 si oppose leurs habitudes4--,le troisime genre de proprit fut celle de droit naturel4 ,les premiers hommes qui abandonnaient la vie vagabonde occuprent des terres et y restrent long-temps2 ils en devinrent seigneurs par droit d'occupation et de longue possession4 ,c'est l'origine de tous les domaines4 ,note #cg3 ,on continua appeler dans le droit1 nos auteurs1 ceux dont nous tenons un droit une proprit4 7,vico74 ,cette philosophie de la proprit suit naturellement la thologie civile dont nous parlions4 claire par les preuves que lui fournit la thologie civile1 elle claire elle-mme avec celles qui lui sont propres1 les preuves que la philologie tire de l'histoire et des langues2 trois sortes de preuves qui ont t numres dans le chapitre de la mthode4 ,introduisant la certitude dans le domaine de la libert humaine1 dont l'tude est si incertaine de sa nature1 elle claire les tnbres de l'antiquit1 et donne forme de science la philologie4 #c4 ,le troisime aspect est une histoire des ides humaines4 ,de mme que la mtaphysique potique s'est divise en plusieurs sciences subalternes1 potiques comme leur mre1 cette histoire des ides nous donnera l'origine informe des sciences pratiques cultives par les nations1 et des sciences spculatives tudies de nos jours par les savans4 #d4 ,le quatrime aspect est une critique philosophique qui nat de l'histoire des ides mentionne ci-dessus4 ,cette critique cherche ce que l'on doit croire sur les fondateurs1 ou auteurs des nations1 lesquels doivent prcder de plus de mille ans les auteurs de livres1 qui est l'objet de la critique philologique4 #e4 ,le cinquime aspect est une histoire idale ternelle dans laquelle tournent les histoires relles de toutes les nations4 ,de quelque tat de barbarie et de frocit que partent les hommes pour se civiliser par l'influence des religions1 les socits commencent1 se dveloppent et finissent d'aprs des lois que nous examinerons dans ce second livre1 et que nous retrouverons au livre ,,iv o nous suivons la marche des socits1 et au livre ,v o nous observons le retour des choses humaines4 #f4 ,le sixime aspect est un systme du droit naturel des gens4 ,c'tait avec le commencement des peuples1 que ,grotius1 ,selden et ,puffendorf devaient commencer leurs systmes 7axiome #ajf3 les sciences doivent prendre pour point de dpart l'poque o commence le sujet dont elles traitent74 ,ils se sont gars tous trois1 parce qu'ils ne sont partis que du milieu de la route4 ,je veux dire qu'ils supposent d'abord un tat de civilisation o les hommes seraient dj clairs par une raison dveloppe1 tat dans lequel les nations ont produit les philosophes qui se sont levs jusqu' l'idal de la justice4 ,en premier lieu1 ,grotius procde indpendamment du principe d'une ,providence1 et prtend que son systme donne un degr nouveau de prcision toute connaissance de ,dieu4 ,aussi toutes ses attaques contre les jurisconsultes romains portent faux1 puisqu'ils ont pris pour principe la ,providence divine1 et qu'ils ont voulu traiter du droit naturel des gens1 et non point du droit naturel des philosophes1 et des thologiens moralistes4--,ensuite vient ,selden1 dont le systme suppose la ,providence4 ,il prtend que le droit des enfans de ,dieu s'tendit toutes les nations1 sans faire attention au caractre inhospitalier des premiers peuples1 ni la division tablie entre les ,hbreux et les ,gentils2 sans observer que les ,hbreux ayant perdu de vue leur droit naturel dans la servitude d'gypte1 il fallut que ,dieu lui-mme le leur rappelt en leur donnant sa loi sur le mont ,sina4 ,il oublie que ,dieu1 dans sa loi1 dfend jusqu'aux penses injustes1 chose dont ne s'embarrassrent jamais les lgislateurs mortels4 ,comment peut-il prouver que les ,hbreux ont transmis aux ,gentils leur droit naturel1 contre l'aveu magnanime de ,josephe1 contre la rflexion de ,lactance cit plus haut8 ,ne connat-on pas enfin la haine des ,hbreux contre les ,gentils1 haine qu'ils conservent encore aujourd'hui dans leur dispersion8--,quant ,puffendorf1 il commence son systme par jeter l'homme dans le monde1 sans soin ni secours de ,dieu4 ,en vain il essaie d'excuser dans une dissertation particulire cette hypothse picurienne4 ,il ne peut pas dire le premier mot en fait de droit1 sans prendre la ,providence pour principe#ch4--,pour nous1 persuads que l'ide du droit et l'ide d'une ,providence naquirent en mme temps1 nous commenons parler du droit en parlant de ce moment o les premiers auteurs des nations conurent l'ide de ,jupiter4 ,ce droit fut d'abord divin1 dans ce sens qu'il tait interprt par la divination1 science des auspices de ,jupiter2 les auspices furent les choses divines1 au moyen desquelles les nations paennes rglaient toutes les choses humaines1 et la runion des unes et des autres forme le sujet de la jurisprudence4 ,note #ch3 ,nous rapprocherons de ce passage celui qui y correspond dans la premire dition3 ,grotius prtend que son systme peut se passer de l'ide de la ,providence4 ,cependant sans religion les hommes ne seraient pas runis en nations4444 ,point de physique sans mathmatique2 point de morale ni de politique sans mtaphysique1 c'est--dire sans dmonstration de ,dieu4--,il suppose le premier homme bon1 parce qu'il n'tait pas mauvais4 ,il compose le genre humain sa naissance d'hommes simples et dbonnaires1 qui auraient t pousss par l'intrt la vie sociale2 c'est dans le fait l'hypothse d'picure4 ,puis vient ,selden1 qui appuie son systme sur le petit nombre de lois que ,dieu dicta aux enfans de ,no4 ,mais ,sem fut le seul qui persvra dans la religion du ,dieu d',adam4 ,loin de fonder un droit commun ses descendans et ceux de ,cham et de ,japhet1 on pourrait dire plutt qu'il fonda un droit exclusif1 qui fit plus tard distinguer les ,juifs des ,gentils444 ,puffendorf1 en jetant l'homme dans le monde sans secours de la ,providence1 hasarde une hypothse digne d'picure1 ou plutt de ,hobbes4444 cartant ainsi la ,providence1 ils ne pouvaient dcouvrir les sources de tout ce qui a rapport l'conomie du droit naturel des gens1 ni celles des religions1 des langues et des lois1 ni celles de la paix et de la guerre1 des traits1 etc4 ,de l deux erreurs capitales4 #a4 ,d'abord ils croient que leur droit naturel1 fond sur les thories des philosophes1 des thologiens1 et sur quelques-unes de celles des jurisconsultes1 et qui est ternel dans son ide abstraite1 a d tre aussi ternel dans l'usage et dans la pratique des nations4 ,les jurisconsultes romains raisonnent mieux en considrant ce droit naturel comme ordonn par la ,providence1 et comme ternel en ce sens1 que sorti des mmes origines que les religions1 il passe comme elles par diffrens ges1 jusqu' ce que les philosophes viennent le perfectionner et le complter par des thories fondes sur l'ide de la justice ternelle4 #b4 ,leurs systmes n'embrassent pas la moiti du droit naturel des gens4 ,ils parlent de celui qui regarde la conservation du genre humain1 et ils ne disent rien de celui qui a rapport la conservation des peuples en particulier4 ,cependant c'est le droit naturel tabli sparment dans chaque cit qui a prpar les peuples reconnatre1 ds leurs premires communications1 le sens commun qui les unit1 de sorte qu'ils donnassent et redussent des lois conformes toute la nature humaine1 et les respectassent comme dictes par la ,providence4 7,vico74 #g4 ,considre sous le dernier de ses principaux aspects1 la ,science nouvelle nous donnera les principes et les origines de l'histoire universelle1 en partant de l'ge appel par les gyptiens ge des ,dieux1 par les ,grecs1 ge d'or4 ,faute de connatre la chronologie raisonne de l'histoire potique1 on n'a pu saisir jusqu'ici l'enchanement de toute l'histoire du monde paen4 ,,chapitre ,,iii4 ,,de ,,la ,,logique ,,po,,tique4 ,i4 ,la mtaphysique1 ainsi nomme lorsqu'elle contemple les choses dans tous les genres de l'tre1 devient logique lorsqu'elle les considre dans tous les genres d'expressions par lesquelles on les dsigne2 de mme la posie a t considre par nous comme une mtaphysique potique1 dans laquelle les potes thologiens prirent la plupart des choses matrielles pour des tres divins2 la mme posie1 occupe maintenant d'exprimer l'ide de ces divinits1 sera considre comme une logique potique4 ,logique vient de ,grec3 logos4 ,ce mot1 dans son premier sens1 dans son sens propre1 signifia fable 7qui a pass dans l'italien favella1 langage1 discours72 la fable1 chez les ,grecs1 se dit aussi ,grec3 mythos1 d'o les latins tirrent le mot mutus2 en effet1 dans les temps muets1 le discours fut mental2 aussi ,grec3 logos signifie ide et parole4 ,une telle langue convenait des ges religieux 7les religions veulent tre rvres en silence1 et non pas raisonnes74 ,elle dut commencer par des signes1 des gestes1 des indications matrielles dans un rapport naturel avec les ides3 aussi ,grec3 logos1 parole1 eut en outre chez les ,hbreux le sens d'action1 chez les ,grecs celui de chose4 ,grec3 ,mythos a t aussi dfini un rcit vritable1 un langage vritable#ci4 ,par vritable1 il ne faut pas entendre ici conforme la nature des choses1 comme dut l'tre la langue sainte1 enseigne ,adam par ,dieu mme4 ,note #ci3 ,c'est cette langue naturelle que les hommes ont parle autrefois1 selon ,platon et ,jamblique4 ,platon a devin plutt que dcouvert cette vrit4 ,del l'inutilit de ses recherches dans le ,cratylo1 del les attaques d',aristote et de ,gallen4 7,vico74 ,la premire langue que les hommes se firent eux-mmes fut toute d'imagination1 et eut pour signes les substances mme qu'elle animait1 et que le plus souvent elle divinisait4 ,ainsi ,jupiter1 ,cyble1 ,neptune1 taient simplement le ciel1 la terre1 la mer1 que les premiers hommes1 muets encore1 exprimaient en les montrant du doigt1 et qu'ils imaginaient comme des tres anims1 comme des dieux2 avec les noms de ces trois divinits1 ils exprimaient toutes les choses relatives au ciel1 la terre1 la mer4 ,il en tait de mme des autres dieux3 ils rapportaient toutes les fleurs ,flore1 tous les fruits ,pomone4 ,nous suivons encore une marche analogue celle de ces premiers hommes1 mais c'est l'gard des choses intellectuelles1 telles que les facults de l'me1 les passions1 les vertus1 les vices1 les sciences1 les arts2 nous nous en formons ordinairement l'ide comme d'autant de femmes 7la justice1 la posie1 etc471 et nous ramenons ces tres fantastiques toutes les causes1 toutes les proprits1 tous les effets des choses qu'ils dsignent4 ,c'est que nous ne pouvons exposer au-dehors les choses intellectuelles contenues dans notre entendement1 sans tre seconds par l'imagination1 qui nous aide les expliquer et les peindre sous une image humaine4 ,les premiers hommes 7les potes thologiens71 encore incapables d'abstraire1 firent une chose toute contraire1 mais plus sublime3 ils donnrent des sentimens et des passions aux tres matriels1 et mme aux plus tendus de ces tres1 au ciel1 la terre1 la mer4 ,plus tard1 la puissance d'abstraire se fortifiant1 ces vastes imaginations se resserrrent1 et les mmes objets furent dsigns par les signes les plus petits2 ,jupiter1 ,neptune et ,cyble devinrent si petits1 si lgers1 que le premier vola sur les ailes d'un aigle1 le second courut sur la mer port dans un mince coquillage1 et la troisime fut assise sur un lion4 ,les formes mythologiques 7mitologie7 doivent donc tre1 comme le mot l'indique1 le langage propre des fables2 les fables tant autant de genres dans la langue de l'imagination 7generi fantastici71 les formes mythologiques sont des allgories qui y rpondent4 ,chacune comprend sous elle plusieurs espces ou plusieurs individus4 ,achille est l'ide de la valeur1 commune tous les vaillans2 ,ulysse1 l'ide de la prudence commune tous les sages4 4 ,,ii4 ,,corollaires ,relatifs aux tropes1 aux mtamorphoses potiques et aux monstres des potes4 #a4 ,tous les premiers tropes sont autant de corollaires de cette logique potique4 ,le plus brillant1 et pour cela mme le plus frquent et le plus ncessaire1 c'est la mtaphore4 ,jamais elle n'est plus approuve que lorsqu'elle prte du sentiment et de la passion aux choses insensibles1 en vertu de cette mtaphysique par laquelle les premiers potes animrent les corps sans vie1 et les dourent de tout ce qu'ils avaient eux-mmes1 de sentiment et de passion2 si les premires fables furent ainsi cres1 toute mtaphore est l'abrg d'une fable4--,ceci nous donne un moyen de juger du temps o les mtaphores furent introduites dans les langues4 ,toutes les mtaphores tires par analogie des objets corporels pour signifier des abstractions1 doivent dater de l'poque o le jour de la philosophie a commenc luire2 ce qui le prouve1 c'est qu'en toute langue les mots ncessaires aux arts de la civilisation1 aux sciences les plus sublimes1 ont des origines agrestes4 ,il est digne d'observation que1 dans toutes les langues1 la plus grande partie des expressions relatives aux choses inanimes sont tires par mtaphore1 du corps humain et de ses parties1 ou des sentimens et passions humaines4 ,ainsi tte1 pour cime1 ou commencement1 bouche pour toute ouverture1 dents d'une charrue1 d'un rteau1 d'une scie1 d'un peigne1 langue de terre1 gorge d'une montagne1 une poigne pour un petit nombre1 bras d'un fleuve1 coeur pour le milieu1 veine d'une mine1 entrailles de la terre1 cte de la mer1 chair d'un fruit2 le vent siffle1 l'onde murmure1 un corps gmit sous un grand poids4 ,les latins disaient sitire agros1 laborare fructus1 luxuriari segetes2 et les ,italiens disent andar in amore le piente1 andar in pazzia le viti1 lagrimare gli orni1 et fronte1 spalle1 occhi1 barbe1 collo1 gamba1 piede1 pianta1 appliqus des choses inanimes4 ,on pourrait tirer d'innombrables exemples de toutes les langues4 ,nous avons dit dans les axiomes1 que l'homme ignorant se prenait lui-mme pour rgle de l'univers2 dans les exemples cits ci-dessus1 il se fait de lui-mme un univers entier4 ,de mme que la mtaphysique de la raison nous enseigne que par l'intelligence l'homme devient tous les objets 7homo intelligendo fit omnia71 la mtaphysique de l'imagination nous dmontre ici que l'homme devient tous les objets faute d'intelligence 7homo non intelligendo fit omnia72 et peut-tre le second axiome est-il plus vrai que le premier1 puisque l'homme1 dans l'exercice de l'intelligence1 tend son esprit pour saisir les objets1 et que1 dans la privation de l'intelligence1 il fait tous les objets de lui-mme1 et par cette transformation devient lui seul toute la nature4 #b4 ,dans une telle logique1 rsultant elle-mme d'une telle mtaphysique1 les premiers potes devaient tirer les noms des choses d'ides sensibles et plus particulires2 voil les deux sources de la mtonymie et de la synecdoque4 ,en effet1 la mtonymie du nom de l'auteur pris pour celui de l'ouvrage1 vint de ce que l'auteur tait plus souvent nomm que l'ouvrage2 celle du sujet pris pour sa forme et ses accidens vint de l'incapacit d'abstraire du sujet les accidens et la forme4 ,celles de la cause pour l'effet sont autant de petites fables2 les hommes s'imaginrent les causes comme des femmes qu'ils revtaient de leurs effets3 ainsi l'affreuse pauvret1 la triste vieillesse1 la ple mort4 #c4 ,la synecdoque fut employe ensuite1 mesure que l'on s'leva des particularits aux gnralits1 ou que l'on runit les parties pour composer leurs entiers4 ,le nom de mortel fut d'abord rserv aux hommes1 seuls tres dont la condition mortelle dt se faire remarquer4 ,le mot tte fut pris pour l'homme1 dont elle est la partie la plus capable de frapper l'attention4 ,homme est une abstraction qui comprend gnriquement le corps et toutes ses parties1 l'intelligence et toutes les facults intellectuelles1 le coeur et toutes les habitudes morales4 ,il tait naturel que dans l'origine tignum et culmen signifiassent au propre une poutre et de la paille2 plus tard1 lorsque les cits s'embellirent1 ces mots signifirent tout l'difice4 ,de mme le toit pour la maison entire1 parce qu'aux premiers temps on se contentait d'un abri pour toute habitation4 ,ainsi puppis1 la poupe1 pour le vaisseau1 parce que cette partie la plus leve du vaisseau est la premire qu'on voit du rivage2 et chez les modernes on a dit une voile1 pour un vaisseau4 ,mucro1 la pointe1 pour l'pe2 ce dernier mot est abstrait et comprend gnriquement la pomme1 la garde1 le tranchant et la pointe2 ce que les hommes remarqurent d'abord1 ce fut la pointe qui les effrayait4 ,on prit encore la matire pour l'ensemble de la matire et de la forme3 par exemple1 le fer pour l'pe2 c'est qu'on ne savait pas encore abstraire la forme de la matire4 ,cette figure mle de mtonymie et de synecdoque1 tertia messis erat1 c'tait la troisime moisson1 fut1 sans aucun doute1 employe d'abord naturellement et par ncessit2 il fallait plus de mille ans pour que le terme astronomique anne pt tre invent4 ,dans le pays de ,florence1 on dit toujours1 pour dsigner un espace de dix ans1 nous avons moissonn dix fois4--,ce vers1 o se trouvent runies une mtonymie et deux synecdoques1 ,post aliquot mea regna videns mirabor aristas1 n'accuse que trop l'impuissance d'expression qui caractrisa les premiers ges4 ,pour dire tant d'annes1 on disait tant d'pis1 ce qui est encore plus particulier que moissons4 ,l'expression n'indiquait que l'indigence des langues1 et les grammairiens y ont cru voir l'effort de l'art4 #d4 ,l'ironie ne peut certainement prendre naissance que dans les temps o l'on rflchit4 ,en effet1 elle consiste dans un mensonge rflchi qui prend le masque de la vrit4 ,ici nous apparat un grand principe qui confirme notre dcouverte de l'origine de la posie2 c'est que les premiers hommes des nations paennes ayant eu la simplicit1 l'ingnuit de l'enfance1 les premires fables ne purent contenir rien de faux1 et furent ncessairement1 comme elles ont t dfinies1 des rcits vritables4 #e4 ,par toutes ces raisons1 il reste dmontr que les tropes1 qui se rduisent tous aux quatre espces que nous avons nommes1 ne sont point1 comme on l'avait cru jusqu'ici1 l'ingnieuse invention des crivains1 mais des formes ncessaires dont toutes les nations se sont servies dans leur ge potique pour exprimer leurs penses1 et que ces expressions1 leur origine1 ont t employes dans leur sens propre et naturel4 ,mais1 mesure que l'esprit humain se dveloppa1 mesure que l'on trouva les paroles qui signifient des formes abstraites1 ou des genres comprenant leurs espces1 ou unissant les parties en leurs entiers1 les expressions des premiers hommes devinrent des figures4 ,ainsi1 nous commenons branler ces deux erreurs communes des grammairiens1 qui regardent le langage des prosateurs comme propre1 celui des potes comme impropre2 et qui croient que l'on parla d'abord en prose1 et ensuite en vers4 #f4 ,les monstres1 les mtamorphoses potiques1 furent le rsultat ncessaire de cette incapacit d'abstraire la forme et les proprits d'un sujet1 caractre essentiel aux premiers hommes1 comme nous l'avons prouv dans les axiomes4 ,guids par leur logique grossire1 ils devaient mettre ensemble des sujets1 lorsqu'ils voulaient mettre ensemble des formes1 ou bien dtruire un sujet pour sparer sa forme premire de la forme oppose qui s'y trouvait jointe4 #g4 ,la distinction des ides fit les mtamorphoses4 ,entre autres phrases hroques qui nous ont t conserves dans la jurisprudence antique1 les ,romains nous ont laiss celle de fundum fieri1 pour auctorem fieri2 de mme que le fonds de terre soutient et la couche superficielle qui le couvre1 et ce qui s'y trouve sem1 ou plant1 ou bti1 de mme l'approbateur soutient l'acte qui tomberait sans son approbation2 l'approbateur quitte le caractre d'un tre qui se meut sa volont1 pour prendre le caractre oppos d'une chose stable4 4 ,,iii4 ,,corollaires ,relatifs aux caractres potiques employs comme signes du langage par les premires nations4 ,le langage potique fut encore employ long-temps dans l'ge historique1 -peu-prs comme les fleuves larges et rapides qui s'tendent bien loin dans la mer1 et prservent1 par leur imptuosit1 la douceur naturelle de leurs eaux4 ,si on se rappelle deux axiomes 7#dh1 ,il est naturel aux enfans de transporter l'ide et le nom des premires personnes1 des premires choses qu'ils ont vues1 toutes les personnes1 toutes les choses qui ont avec elles quelque ressemblance1 quelque rapport4--#di4 ,les gyptiens attribuaient ,herms ,trismgiste toutes les dcouvertes utiles ou ncessaires la vie humaine71 on sentira que la langue potique peut nous fournir1 relativement ces caractres qu'elle employait1 la matire de grandes et importantes dcouvertes dans les choses de l'antiquit4 #a4 ,solon fut un sage1 mais de sagesse vulgaire et non de sagesse savante 7riposta74 ,on peut conjecturer qu'il fut chef du parti du peuple1 lorsque ,athnes tait gouverne par l'aristocratie1 et que ce conseil fameux qu'il donnait ses concitoyens 7connaissez-vous vous-mmes71 avait un sens politique plutt que moral1 et tait destin leur rappeler l'galit de leurs droits4 ,peut-tre mme ,solon n'est-il que le peuple d',athnes1 considr comme reconnaissant ses droits1 comme fondant la dmocratie4 ,les gyptiens avaient rapport ,herms toutes les dcouvertes utiles2 les ,athniens rapportrent ,solon toutes les institutions dmocratiques4--,de mme1 ,dracon n'est que l'emblme de la svrit du gouvernement aristocratique qui avait prcd4#dj ,note #dj3 ,la plupart des lois dont les ,athniens et les ,lacdmoniens font honneur ,solon et ,lycurgue1 leur ont t attribues tort1 puisqu'elles sont entirement contraires au principe de leur conduite4 ,ainsi ,solon institue l'aropage1 qui existait ds le temps de la guerre de ,troie1 et dans lequel ,oreste avait t absous du meurtre de sa mre par la voix de ,minerve 7c'est--dire par le partage gal des voix74 ,cet aropage1 institu par ,solon1 le fondateur de la dmocratie ,athnes1 maintient de toute sa svrit le gouvernement aristocratique jusqu'au temps de ,pricls4 ,au contraire on attribue ,lycurgue1 au fondateur de la rpublique aristocratique de ,sparte1 une loi agraire analogue celle que les ,gracques proposrent ,rome4 ,mais nous voyons que1 lorsque ,agis voulut rellement introduire ,sparte un partage gal des terres conforme aux principes de la dmocratie1 il fut trangl par ordre des phores4 dition de #agcj1 pag4 #bji4 #b4 ,ainsi durent tre attribues ,romulus toutes les lois relatives la division des ordres2 ,numa tous les rglemens qui concernaient les choses saintes et les crmonies sacres2 ,tullus-,hostilius toutes les lois et ordonnances militaires2 ,servius-,tullius le cens1 base de toute dmocratie#da1 et beaucoup d'autres lois favorables la libert populaire2 ,tarquin-l',ancien1 tous les signes et emblmes1 qui1 aux temps les plus brillans de ,rome1 contriburent la majest de l'empire4 ,note #da3 ,l'opinion de ,montesquieu et de ,vico sur le caractre des institutions de ,servius-,tullius a t suivie par ,m4 ,niebuhr4 7,n4 du ,t47 #c4 ,ainsi durent tre attribues aux dcemvirs1 et ajoutes aux ,douze-,tables un grand nombre de lois que nous prouverons n'avoir t faites qu' une poque postrieure4 ,je n'en veux pour exemple que la dfense d'imiter le luxe des ,grecs dans les funrailles4 ,dfendre l'abus avant qu'il se ft introduit1 c'et t le faire connatre1 et comme l'enseigner4 ,or1 il ne put s'introduire ,rome qu'aprs les guerres contre ,tarente et ,pyrrhus1 dans lesquelles les ,romains commencrent se mler aux ,grecs4 ,cicron observe que la loi est exprime en latin1 dans les mmes termes o elle fut conue ,athnes4 #d4 ,cette dcouverte des caractres potiques nous prouve qu'sope doit tre plac dans l'ordre chronologique bien avant les sept sages de la ,grce4 ,les sept sages furent admirs pour avoir commenc donner des prceptes de morale et de politique en forme de maximes1 comme le fameux ,connaissez-vous vous-mme2 mais1 auparavant1 sope avait donn de tels prceptes en forme de comparaisons et d'exemples1 exemples dont les potes avaient emprunt le langage une poque plus recule encore4 ,en effet1 dans l'ordre des ides humaines1 on observe les choses semblables pour les employer d'abord comme signes1 ensuite comme preuves4 ,on prouve d'abord par l'exemple1 auquel une chose semblable suffit1 et finalement par l'induction1 pour laquelle il en faut plusieurs4 ,socrate1 pre de toutes les sectes philosophiques1 introduisit la dialectique par l'induction1 et ,aristote la complta avec le syllogisme1 qui ne peut prouver qu'au moyen d'une ide gnrale4 ,mais pour les esprits peu tendus encore1 il suffit de leur prsenter une ressemblance pour les persuader3 ,mnnius ,agrippa n'eut besoin1 pour ramener le peuple romain l'obissance1 que de lui conter une fable dans le genre de celles d'sope4 ,le petit peuple des cits hroques se nourrissait de ces prceptes politiques dicts par la raison naturelle3 sope est le caractre potique des plbiens considrs sous cet aspect4 ,on lui attribua ensuite beaucoup de fables morales1 et il devint le premier moraliste1 de la mme manire que ,solon tait devenu le lgislateur de la rpublique d',athnes4 ,comme sope avait donn ses prceptes en forme de fables1 on le plaa avant ,solon1 qui avait donn les siens en forme de maximes4 ,de telles fables durent tre crites d'abord en vers hroques1 comme plus tard1 selon la tradition1 elles le furent en vers iambiques1 et enfin en prose1 dernire forme sous laquelle elles nous sont parvenues4 ,en effet1 les vers iambiques furent pour les ,grecs un langage intermdiaire entre celui des vers hroques et celui de la prose4 #e4 ,de cette manire1 on rapporta aux auteurs de la sagesse vulgaire les dcouvertes de la sagesse philosophique4 ,les ,zoroastre en ,orient1 les ,trismgiste en gypte1 les ,orphe en ,grce1 en ,italie les ,pythagore1 devinrent1 dans l'opinion1 des philosophes1 de lgislateurs qu'ils avaient t4 ,en ,chine1 ,confucius a subi la mme mtamorphose4 4 ,,iv4 ,,corollaires ,relatifs l'origine des langues et des lettres1 laquelle doit nous donner celle des hiroglyphes1 des lois1 des noms1 des armoiries1 des mdailles1 des monnaies4 ,aprs avoir examin la thologie des potes ou mtaphysique potique1 nous avons travers la logique potique qui en rsulte1 et nous arrivons la recherche de l'origine des langues et des lettres4 ,il y a autant d'opinions sur ce sujet difficile1 qu'on peut compter de savans qui en ont trait4 ,la difficult vient d'une erreur dans laquelle ils sont tous tombs3 ils ont regard comme choses distinctes1 l'origine des langues et celle des lettres1 que la nature a unies4 ,pour tre frapp de cette union1 il suffisait de remarquer l'tymologie commune de ,grec3 grammatik1 grammaire1 et de ,grec3 grammata1 lettres1 caractres 7,grec3 graphs1 crire72 de sorte que la grammaire1 qu'on dfinit l'art de parler1 devrait tre dfinie l'art d'crire1 comme l'appelle ,aristote4--,d'un autre ct1 caractres signifie ides1 formes1 modles2 et certainement les caractres potiques prcdrent ceux des sons articuls4 ,josephe soutient contre ,appion1 qu'au temps d',homre les lettres vulgaires n'taient pas encore inventes4--,enfin1 si les lettres avaient t dans l'origine des figures de sons articuls et non des signes arbitraires#db1 elles devraient tre uniformes chez toutes les nations1 comme les sons articuls4 ,ceux qui dsespraient de trouver cette origine1 devaient toujours ignorer que les premires nations ont pens au moyen des symboles ou caractres potiques1 ont parl en employant pour signes les fables1 ont crit en hiroglyphes1 principes certains qui doivent guider la philosophie dans l'tude des ides humaines1 comme la philologie dans l'tude des paroles humaines4 ,note #db3 ,vico semble adopter une opinion trs diffrente quelques pages plus loin4 7,n4 du ,t47 ,avant de rechercher l'origine des langues et des lettres1 les philosophes et les philologues devaient se reprsenter les premiers hommes du paganisme comme concevant les objets par l'ide que leur imagination en personnifiait1 et comme s'exprimant1 faute d'un autre langage1 par des gestes ou par des signes matriels qui avaient des rapports naturels avec les ides4#dc ,note #dc3 ,par exemple1 trois pis1 ou l'action de couper trois fois des pis1 pour signifier trois annes4--,platon et ,jamblique ont dit que cette langue1 dont les expressions portaient avec elles leur sens naturel1 s'tait parle autrefois4 ,ce fut sans doute cette langue atlantique qui1 selon les savans1 exprimait les ides par la nature mme des choses1 c'est--dire1 par leurs proprits naturelles 7,vico74 ,en tte de ce que nous ayons dire sur ce sujet1 nous plaons la tradition gyptienne selon laquelle trois langues se sont parles1 correspondant1 pour l'ordre comme pour le nombre1 aux trois ges couls depuis le commencement du monde1 ges des dieux1 des hros et des hommes4 ,la premire langue avait t la langue hiroglyphique1 ou sacre1 ou divine2 la seconde symbolique1 c'est--dire employant pour caractres les signes ou emblmes hroques2 la troisime pistolaire1 propre faire communiquer entre elles les personnes loignes1 pour les besoins prsens de la vie4--,on trouve dans l',iliade deux passages prcieux qui nous prouvent que les ,grecs partagrent cette opinion des gyptiens4 ,nestor1 dit ,homre1 vcut trois ges d'hommes parlant diverses langues4 ,nestor a d tre un symbole de la chronologie1 dtermine par les trois langues qui correspondaient aux trois ges des gyptiens4 ,cette phrase proverbiale1 vivre les annes de ,nestor1 signifiait1 vivre autant que le monde4 ,dans l'autre passage1 ne raconte ,achille que des hommes parlant diverses langues commencrent habiter ,ilion depuis le temps o ,troie fut rapproche des rivages de la mer1 et o ,pergame en devint la citadelle4--,plaons ct de ces deux passages la tradition gyptienne d'aprs laquelle ,thot ou ,herms aurait trouv les lois et les lettres4 l'appui de ces vrits nous prsenterons les suivantes3 chez les ,grecs1 le mot nom signifia la mme chose que caractre#dd1 et par analogie1 les pres de l'glise traitent indiffremment de divinis caracteribus et de divinis nominibus4 ,nomen et definitio signifient la mme chose1 puisqu'en termes de rhtorique1 on dit qustio nominis pour celle qui cherche la dfinition du fait1 et qu'en mdecine la partie qu'on appelle nomenclature est celle qui dfinit la nature des maladies4--,chez les ,romains1 nomina dsigna d'abord et dans son sens propre les maisons partages en plusieurs familles4 ,les ,grecs prirent d'abord ce mot dans le mme sens1 comme le prouvent les noms patronymiques1 les noms des pres1 dont les potes1 et surtout ,homre1 font un usage si frquent4 ,de mme1 les patriciens de ,rome sont dfinis dans ,tite-,live de la manire suivante1 qui possunt nomine ciere patrem4 ,ces noms patronymiques se perdirent ensuite dans la ,grce1 lorsqu'elle eut partout des gouvernemens dmocratiques2 mais ,sparte1 rpublique aristocratique1 ils furent conservs par les ,hraclides4--,dans la langue de la jurisprudence romaine1 nomen signifie droit2 et en grec1 ,grec3 nomos1 qui en est -peu-prs l'homonyme1 a le sens de loi4 ,de ,grec3 nomos1 vient ,grec3 nomisma monnaie1 comme le remarque ,aristote2 et les tymologistes veulent que les ,latins aient aussi tir de ,grec3 nomos1 leur nummus4 ,chez les ,franais1 du mot loi vient aloi1 titre de la monnaie4 ,enfin au moyen ge1 la loi ecclsiastique fut appele canon1 terme par lequel on dsignait aussi la redevance emphytotique paye par l'emphytote4444 ,les ,latins furent peut-tre conduits par une ide analogue1 dsigner par un mme mot jus1 le droit et l'offrande ordinaire que l'on faisait ,jupiter 7les parties grasses des victimes74 ,de l'ancien nom de ce dieu ,jous1 drivrent les gnitifs ,jovis et juris4--,les ,latins appelaient les terres prdia1 parce que1 ainsi que nous le ferons voir1 les premires terres cultives furent les premires prd du monde4 ,c'est ces terres que le mot domare1 dompter1 fut appliqu d'abord4 ,dans l'ancien droit romain1 on les disait manucapt1 d'o est rest manceps1 celui qui est oblig sur immeuble envers le trsor4 ,on continua de dire dans les lois romaines1 jura prdiorum1 pour dsigner les servitudes qu'on appelle relles1 et qui sont attaches des immeubles4 ,ces terres manucapt furent sans doute appeles d'abord mancipia1 et c'est certainement dans ce sens qu'on doit entendre l'article de la loi des douze tables1 qui nexum faciet mancipiumque4 ,les ,italiens considrrent la chose sous le mme aspect que les anciens ,latins1 lorsqu'ils appelrent les terres poderi1 de podere1 puissance2 c'est qu'elles taient acquises par la force2 ce qui est encore prouv par l'expression du moyen ge1 presas terrarum1 pour dire les champs avec leurs limites4 ,les ,espagnols appellent prendas les entreprises courageuses2 les ,italiens disent imprese pour armoiries1 et termini pour paroles1 expression qui est reste dans la scholastique4 ,ils appellent encore les armoiries insegne1 d'o leur vient le verbe insegnare4 ,de mme ,homre1 au temps duquel on ne connaissait pas encore les lettres alphabtiques1 nous apprend que la lettre de ,pretus contre ,bellrophon fut crite en signes1 ,grec3 smata4 ,note #dd3 ,le besoin d'assurer les terres leurs possesseurs fut un des motifs qui dterminrent le plus puissamment l'invention des caractres ou noms 7dans le sens originaire de nomina1 maisons divises en plusieurs familles ou gentes74 ,ainsi ,mercure ,trismgiste1 symbole potique des premiers fondateurs de la civilisation gyptienne1 inventa les lois et les lettres2 et c'est du nom de ,mercuro1 regard aussi comme le ,dieu des marchands1 mercatorum1 que les ,italiens disent mercare pour marquer de lettres ou de signes quelconques les bestiaux et les autres objets de commerce 7robe da mercantara7 pour la distinction et la sret des proprits4 ,qui ne s'tonnerait de voir subsister jusqu' nos jours une telle conformit de pense et de langage entre les nations8 7,vico74 ,pour complter tout ceci1 nous ajouterons trois vrits incontestables3 #a ds qu'il est dmontr que les premires nations paennes furent muettes dans leurs commencemens1 on doit admettre qu'elles s'expliqurent par des gestes ou des signes matriels1 qui avaient un rapport naturel avec les ides2 #b elles durent assurer par des signes les limites de leurs champs1 et conserver des monumens durables de leurs droits2 #c toutes employrent la monnaie4--,toutes les vrits que nous venons d'noncer nous donnent l'origine des langues et des lettres1 dans laquelle se trouve comprise celle des hiroglyphes1 des lois1 des noms1 des armoiries1 des mdailles1 des monnaies1 et en gnral1 de la langue que parla1 de l'criture qu'employa1 dans son origine1 le droit naturel des gens4#de ,note #de3 ,telle est l'origine des armoiries1 et par suite des mdailles4 ,les familles1 puis les nations1 les employrent d'abord par ncessit4 ,elles devinrent plus tard un objet d'amusement et d'rudition4 ,on a donn ces emblmes le nom d'hroques1 sans en bien sentir le motif4 ,les modernes ont besoin d'y inscrire des devises qui leur donnent un sens2 il n'en tait pas de mme des emblmes employs naturellement dans les temps hroques2 leur silence parlait assez4 ,ils portaient avec eux leur signification2 ainsi trois pis1 ou le geste de couper trois fois des pis1 signifiait naturellement trois annes2 d'o il vint que caractre et nom s'employrent indiffremment l'un pour l'autre1 et que les mots nom et nature eurent la mme signification1 comme nous l'avons dit plus haut4 ,ces armoiries1 ces armes et emblmes des familles1 furent employs au moyen ge1 lorsque les nations1 redevenues muettes1 perdirent l'usage du langage vulgaire4 ,il ne nous reste aucune connaissance des langues que parlaient alors les ,italiens1 les ,franais1 les ,espagnols et les autres nations de ce temps4 ,les prtres seuls savaient le latin et le grec4 ,en franais clerc voulait dire souvent lettr2 au contraire1 chez les italiens1 laico se disait pour illettr1 comme on le voit dans un beau passage de ,dante4 ,parmi les prtres mmes1 il y avait tant d'ignorance1 qu'on trouve des actes souscrits par des vques1 o ils ont mis simplement la marque d'une croix1 faute de savoir crire leur nom4 ,parmi les prlats instruits1 il y en avait mme peu qui eussent crire4 ,le pre ,mabillon1 dans son ouvrage de re diplomatic1 a pris le soin de reproduire par la gravure les signatures apposes par des vques et des archevques aux actes des ,conciles de ces temps barbares2 l'criture en est plus informe que celle des hommes les plus ignorans d'aujourd'hui2 et pourtant ces prlats taient les chanceliers des royaumes chrtiens1 comme aujourd'hui encore les trois archevques archichanceliers de l',empire pour les langues allemande1 franaise et italienne4 ,une loi anglaise accorde la vie au coupable digne de mort qui pourra prouver qu'il sait lire4 ,c'est peut-tre pour cette cause que plus tard le mot lettr a fini par avoir -peu-prs le mme sens que celui de savant4--,il est encore rsult de cette ignorance de l'criture1 que dans les anciennes maisons il n'y a gures de mur o l'on n'ait grav quelque figure1 quelqu'emblme4 ,concluons de tout ceci que ces signes divers1 employs ncessairement par les nations muettes encore1 pour assurer la distinction des proprits furent ensuite appliqus aux usages publics1 soit ceux de la paix 7d'o provinrent les mdailles71 soit ceux de la guerre4 ,dans ce dernier cas1 ils ont l'usage primitif des hiroglyphes1 puisqu'ordinairement les guerres ont lieu entre des nations qui parlent des langues diffrentes et qui par consquent sont muettes l'une par rapport l'autre4 ,pour tablir ces principes sur une base plus solide encore1 nous devons attaquer l'opinion selon laquelle les hiroglyphes auraient t invents par les philosophes1 pour y cacher les mystres d'une sagesse profonde1 comme on l'a cru des gyptiens4 ,ce fut pour toutes les premires nations une ncessit naturelle de s'exprimer en hiroglyphes4 ceux des gyptiens et des thiopiens nous croyons pouvoir joindre les caractres magiques des ,chaldens2 les cinq prsens1 les cinq paroles matrielles que le roi des ,scythes envoya ,darius fils d',hystaspe2 les pavots que ,tarquin-le-,superbe abattit avec sa baguette devant le messager de son fils2 les rbus de ,picardie employs1 au moyen ge1 dans le nord de la ,france4 ,enfin les anciens cossais 7selon ,boce71 les ,mexicains et autres peuples indignes de l',amrique crivaient en hiroglyphes1 comme les ,chinois le font encore aujourd'hui4 #a4 ,aprs avoir dtruit cette grave erreur1 nous reviendrons aux trois langues distingues par les gyptiens2 et pour parler d'abord de la premire1 nous remarquerons qu',homre1 dans cinq passages1 fait mention d'une langue plus ancienne que la sienne1 qui est l'hroque2 il l'appelle langue des dieux4 ,d'abord dans l',iliade3 ,les dieux1 dit-il1 appellent ce gant ,briare1 les hommes gon2 plus loin1 en parlant d'un oiseau1 son nom est ,chalcis chez les dieux1 ,cymindis chez les hommes2 et au sujet du fleuve de ,troie1 les dieux l'appellent ,xanthe1 et les hommes ,scamandre4 ,dans l',odysse1 il y a deux passages analogues3 ce que les hommes appellent ,charybde et ,scylla1 les dieux l'appellent les ,rochers errans2 l'herbe qui doit prmunir ,ulysse contre les enchantemens de ,circ est inconnue aux hommes1 les dieux l'appellent moly4 ,chez les ,latins1 ,varron s'occupa de la langue divine2 et les trente mille dieux dont il rassembla les noms1 devaient former un riche vocabulaire#df1 au moyen duquel les nations du ,latium pouvaient exprimer les besoins de la vie humaine1 sans doute peu nombreux dans ces temps de simplicit1 o l'on ne connaissait que le ncessaire4 ,les ,grecs comptaient aussi trente mille dieux1 et divinisaient les pierres1 les fontaines1 les ruisseaux1 les plantes1 les rochers1 de mme que les sauvages de l',amrique difient tout ce qui s'lve au-dessus de leur faible capacit4 ,les fables divines des ,latins et des ,grecs durent tre pour eux les premiers hiroglyphes1 les caractres sacrs de cette langue divine dont parlent les gyptiens4 ,note #df3 ,la plupart des langues ont -peu-prs trente mille mots4 ,si l'on peut ajouter foi aux calculs de ,hron dans son ouvrage sur la ,langue ,anglaise1 l',espagnol en aurait trente mille1 le ,franais trente-deux mille1 l',italien trente-cinq mille1 l',anglais trente-sept mille4 7,n4 du ,t47 #b4 ,la seconde langue1 qui rpond l'ge des hros1 se parla par symboles1 au rapport des gyptiens4 ces symboles peuvent tre rapports les signes hroques avec lesquels crivaient les hros1 et qu',homre appelle ,grec3 smata4 ,consquemment1 ces symboles durent tre des mtaphores1 des images1 des similitudes ou comparaisons qui1 ayant pass depuis dans la langue articule1 font toute la richesse du style potique4 ,homre est indubitablement le premier auteur de la langue grecque2 et puisque nous tenons des ,grecs tout ce que nous connaissons de l'antiquit paenne1 il se trouve aussi le premier auteur que puisse citer le paganisme4 ,si nous passons aux ,latins1 les premiers monumens de leur langue sont les fragmens des vers saliens4 ,le premier crivain latin dont on fasse mention est le pote ,livius ,andronicus4 ,lorsque l',europe fut retombe dans la barbarie1 et qu'il se forma deux nouvelles langues1 la premire1 que parlrent les ,espagnols1 fut la langue romane1 7di romanzo7 langue de la posie hroque1 puisque les romanciers furent les potes hroques du moyen ge4 ,en ,france1 le premier qui crivit en langue vulgaire fut ,arnauld ,daniel ,pacca1 le plus ancien de tous les potes provenaux2 il florissait au onzime sicle4 ,enfin l',italie eut ses premiers crivains dans les rimeurs de ,florence et de la ,sicile4 #c4 ,le langage pistolaire ou alphabtique1 que l'on est convenu d'employer comme moyen de communication entre les personnes loignes1 dut tre parl originairement chez les gyptiens1 par les classes infrieures d'un peuple qui dominait en gypte1 probablement celui de ,thbes1 dont le roi1 ,ramss1 tendit son empire sur toute cette grande nation4 ,en effet1 chez les gyptiens1 cette langue correspondait l'ge des hommes2 et ce nom d'hommes dsigne les classes infrieures1 chez les peuples hroques 7particulirement au moyen ge1 o homme devient synonyme de vassal71 par opposition aux hros4 ,elle dut tre adopte par une convention libre2 car c'est une rgle ternelle que le langage et l'criture vulgaire sont un droit des peuples4 ,l'empereur ,claude ne put faire recevoir par les ,romains trois lettres qu'il avait inventes1 et qui manquaient leur alphabet4 ,les lettres inventes par le ,trissin n'ont pas t reues dans la langue italienne1 quelque ncessaires qu'elles fussent4 ,la langue pistolaire ou vulgaire des gyptiens dut s'crire avec des lettres galement vulgaires4 ,celles de l'gypte ressemblaient l'alphabet vulgaire des ,phniciens1 qui1 dans leurs voyages de commerce1 l'avaient sans doute port en gypte4 ,ces caractres n'taient autre chose que les caractres mathmatiques et les figures gomtriques1 que les ,phniciens avaient eux-mmes reus des ,chaldens1 les premiers mathmaticiens du monde4 ,les ,phniciens les transmirent ensuite aux ,grecs1 et ceux-ci1 avec la supriorit de gnie qu'ils ont eue sur toutes les nations1 employrent ces formes gomtriques comme formes des sons articuls1 et en tirrent leur alphabet vulgaire1 adopt ensuite par les ,latins#dg4 ,on ne peut croire que les ,grecs aient tir des ,hbreux ou des gyptiens la connaissance des lettres vulgaires4 ,note #dg3 ,nous avons dj rapport le passage o ,tacite nous apprend que les lettres des ,latins ressemblaient l'ancien alphabet des ,grecs4 ,ce qui le prouve1 c'est que les ,grecs employrent pendant long-temps les lettres majuscules pour figurer les nombres1 et que les ,latins conservrent toujours le mme usage4 7,vico74 99 99 99 ,les philologues ont adopt sur parole l'opinion que la signification des langues vulgaires est arbitraire4 ,leurs origines ayant t naturelles1 leur signification dut tre fonde en nature4 ,on peut l'observer dans la langue vulgaire des ,latins1 qui a conserv plus de traces que la grecque1 de son origine hroque1 et qui lui est aussi suprieure pour la force1 qu'infrieure pour la dlicatesse4 ,presque tous les mots y sont des mtaphores tires des objets naturels1 d'aprs leurs proprits ou leurs effets sensibles4 ,en gnral1 la mtaphore fait le fond des langues4 ,mais les grammairiens1 s'puisant en paroles qui ne donnent que des ides confuses1 ignorant les origines des mots qui1 dans le principe ne purent tre que claires et distinctes1 ont rassur leur ignorance en dcidant d'une manire gnrale et absolue que les voix humaines articules avaient une signification arbitraire4 ,ils ont plac dans leurs rangs ,aristote1 ,galien et d'autres philosophes1 et les ont arms contre ,platon et ,jamblique4 ,il reste cependant une difficult4 ,pourquoi y a-t-il autant de langues vulgaires qu'il existe de peuples8 ,pour rsoudre ce problme1 tablissons d'abord une grande vrit3 par un effet de la diversit des climats1 les peuples ont diverses natures4 ,cette varit de natures leur a fait voir sous diffrens aspects les choses utiles ou ncessaires la vie humaine1 et a produit la diversit des usages1 dont celle des langues est rsulte4 ,c'est ce que les proverbes prouvent jusqu' l'vidence4 ,ce sont des maximes pour l'usage de la vie1 dont le sens est le mme1 mais dont l'expression varie sous autant de rapports divers qu'il y a eu et qu'il y a encore de nations4#dh ,note #dh3 ,les locutions hroques conserves et abrges dans la prcision des langues plus rcentes1 ont bien tonn les commentateurs de la ,bible1 qui voient les noms des mmes rois exprims d'une manire dans l',histoire ,sacre1 et d'une autre dans l',histoire profane4 ,c'est que le mme homme est envisag dans l'une1 je suppos1 sous le rapport de la figure1 de la puissance1 etc42 dans l'autre1 sous le rapport de son caractre1 des choses qu'il a entreprises4 ,nous observons de mme qu'en ,hongrie la mme ville a un nom chez les ,hongrois1 un autre chez les ,grecs1 un troisime chez les ,allemands1 un quatrime chez les ,turcs4 ,l'allemand1 qui est une langue hroque1 quoique vivante1 reoit tous les mots trangers en leur faisant subir une transformation4 ,on doit conjecturer que les ,latins et les ,grecs en font autant1 lorsqu'ils expriment tant de choses particulires aux barbares1 avec des mots qui sonnent si bien en latin et en grec4 ,voil pourquoi on trouve tant d'obscurit dans la gographie et dans l'histoire naturelle des anciens4 7,vico74 ,d'aprs ces considrations1 nous avons mdit un vocabulaire mental1 dont le but serait d'expliquer toutes les langues1 en ramenant la multiplicit de leurs expressions certaines units d'ides1 dont les peuples ont conserv le fond en leur donnant des formes varies1 et les modifiant diversement4 ,nous faisons dans cet ouvrage un usage continuel de ce vocabulaire4 ,c'est1 avec une mthode diffrente1 le mme sujet qu'a trait ,thomas ,hayme dans ses dissertations de linguarum cognatione1 et de linguis in genere1 et variarum linguarum harmoni4 ,de tout ce qui prcde1 nous tirerons le corollaire suivant3 plus les langues sont riches en locutions hroques1 abrges par les locutions vulgaires1 plus elles sont belles2 et elles tirent cette beaut de la clart avec laquelle elles laissent voir leur origine3 ce qui constitue1 si je puis le dire1 leur vracit1 leur fidlit4 ,au contraire1 plus elles prsentent un grand nombre de mots dont l'origine est cache1 moins elles sont agrables1 cause de leur obscurit1 de leur confusion1 et des erreurs auxquelles elle peut donner lieu4 ,c'est ce qui doit arriver dans les langues formes d'un mlange de plusieurs idiomes barbares1 qui n'ont point laiss de traces de leurs origines1 ni des changemens que les mots ont subis dans leur signification4 99 99 99 ,maintenant1 pour comprendre la formation de ces trois sortes de langues et d'alphabets1 nous tablirons le principe suivant3 les dieux1 les hros et les hommes commencrent dans le mme temps4 ,ceux qui imagineront les dieux taient des hommes1 et croyaient leur nature hroque mle de la divine et de l'humaine4 ,les trois espces de langues et d'critures furent aussi contemporaines dans leur origine1 mais avec trois diffrences capitales3 la langue divine fut trs peu articule1 et presque entirement muette2 la langue des hros1 muette et articule par un mlange gal1 et compose par consquent de paroles vulgaires et de caractres hroques1 avec lesquels crivaient les hros 7,grec3 smata1 dans ,homre72 la langue des hommes n'eut presque rien de muet1 et fut -peu-prs entirement articule4 ,point de langue vulgaire qui ait autant d'expressions que de choses exprimer4--,une consquence ncessaire de tout ceci1 c'est que1 dans l'origine1 la langue hroque fut extrmement confuse1 cause essentielle de l'obscurit des fables4 99 99 99 ,la langue articule commena par l'onomatope1 au moyen de laquelle nous voyons toujours les enfans se faire trs bien entendre4 ,les premires paroles humaines furent ensuite les interjections1 ces mots qui chappent dans le premier mouvement des passions violentes1 et qui dans toutes les langues sont monosyllabiques4 ,puis vinrent les pronoms4 ,l'interjection soulage la passion de celui qui elle chappe1 et elle chappe lors mme qu'on est seul2 mais les pronoms nous servent communiquer aux autres nos ides sur les choses dont les noms propres sont inconnus ou nous1 ou ceux qui nous coutent4 ,la plupart des pronoms sont des monosyllabes dans presque toutes les langues4 ,on inventa alors les particules1 dont les prpositions1 galement monosyllabiques1 sont une espce nombreuse4 ,peu--peu se formrent les noms1 presque tous monosyllabiques dans l'origine4 ,on le voit dans l'allemand1 qui est une langue mre1 parce que l',allemagne n'a jamais t occupe par des conqurans trangers4 ,dans cette langue1 toutes les racines sont des monosyllabes4 ,le nom dut prcder le verbe1 car le discours n'a point de sens s'il n'est rgi par un nom1 exprim ou sous-entendu4 ,en dernier lieu se formrent les verbes4 ,nous pouvons observer en effet que les enfans disent des noms1 des particules1 mais point de verbes3 c'est que les noms veillent des ides qui laissent des traces durables2 il en est de mme des particules qui signifient des modifications4 ,mais les verbes signifient des mouvemens accompagns des ides d'antriorit et de postriorit1 et ces ides ne s'apprcient que par le point indivisible du prsent1 si difficile comprendre1 mme pour les philosophes4 ,j'appuierai ceci d'une observation physique4 ,il existe ici un homme qui1 la suite d'une violente attaque d'apoplexie1 se souvenait bien des noms1 mais avait entirement oubli les verbes4--,les verbes qui sont des genres l'gard de tous les autres1 tels que3 sum1 qui indique l'existence1 verbe auquel se rapportent toutes les essences1 c'est--dire tous les objets de la mtaphysique2 sto1 eo1 qui expriment le repos et le mouvement1 auxquels se rapportent toutes les choses physiques2 do1 dico1 facio1 auxquels se rapportent toutes les choses d'action1 relatives soit la morale1 soit aux intrts de la famille ou de la socit1 ces verbes1 dis-je1 sont tous des monosyllabes l'impratif1 es1 sta1 i1 da1 dic1 fac2 et c'est par l'impratif qu'ils ont d commencer4 ,cette gnration du langage est conforme aux lois de la nature en gnral1 d'aprs lesquelles les lmens1 dont toutes les choses se composent et o elles vont se rsoudre1 sont indivisibles2 elle est conforme aux lois de la nature humaine en particulier1 en vertu de cet axiome3 ,les enfans1 qui1 ds leur naissance1 se trouvent environns de tant de moyens d'apprendre les langues1 et dont les organes sont si flexibles1 commencent par prononcer des monosyllabes4 plus forte raison doit-on croire qu'il en a t ainsi chez ces premiers hommes1 dont les organes taient trs durs1 et qui n'avaient encore entendu aucune voix humaine4--,elle nous donne en outre l'ordre dans lequel furent trouves les parties du discours1 et consquemment les causes naturelles de la syntaxe4 ,ce systme semble plus raisonnable que celui qu'ont suivi ,jules ,scaliger et ,franois ,sanctius relativement la langue latine3 ils raisonnent d'aprs les principes d',aristote1 comme si les peuples qui trouvrent les langues avaient d pralablement aller aux coles des philosophes4 4 ,v4 ,,corollaires ,relatifs l'origine de l'locution potique1 des pisodes1 du tour1 du nombre1 du chant et du vers4 ,ainsi se forma la langue potique1 compose d'abord de symboles ou caractres divins et hroques1 qui furent ensuite exprims en locutions vulgaires1 et finalement crits en caractres vulgaires4 ,elle naquit de l'indigence du langage1 et de la ncessit de s'exprimer2 ce qui se dmontre par les ornemens mme dont se pare la posie1 je veux dire les images1 les hypotyposes1 les comparaisons1 les mtaphores1 les priphrases1 les tours qui expriment les choses par leurs proprits naturelles1 les descriptions qui les peignent par les dtails ou par les effets les plus frappans1 ou enfin par des accessoires emphatiques et mme oiseux4 ,les pisodes sont ns dans les premiers ges de la grossiret des esprits1 incapables de distinguer et d'carter les choses qui ne vont pas au but4 ,la mme cause fait qu'on observe toujours les mmes effets dans les idiots1 et surtout dans les femmes4 ,les tours naquirent de la difficult de complter la phrase par son verbe4 ,nous avons vu que le verbe fut trouv plus tard que les autres parties du discours4 ,aussi les ,grecs1 nation ingnieuse1 employrent moins de tours que les ,latins1 les ,latins moins que les ,allemands4 ,le nombre ne fut introduit que tard dans la prose4 ,les premiers qui l'employrent furent1 chez les ,grecs1 ,gorgias de ,lontium1 et chez les ,latins1 ,cicron4 ,avant eux1 c'est ,cicron lui-mme qui le rapporte1 on ne savait rendre le discours nombreux qu'en y mlant certaines mesures potiques4 ,il nous sera trs utile d'avoir tabli ceci1 lorsque nous traiterons de l'origine du chant et du vers4 ,tout ce que nous venons de dire semble prouver que1 par une loi ncessaire de notre nature1 le langage potique a prcd celui de la prose4 ,par suite de la mme loi1 les fables1 universaux de l'imagination1 durent natre avant ceux du raisonnement et de la philosophie4 ,ces derniers ne purent tre crs qu'au moyen de la prose4 ,en effet1 les potes ayant d'abord form le langage potique par l'association des ides particulires1 comme on l'a dmontr1 les peuples formrent ensuite la langue de la prose1 en ramenant un seul mot1 comme les espces au genre1 les parties qu'avait mises ensemble le langage potique4 ,ainsi cette phrase potique usite chez toutes les nations1 le sang me bout dans le coeur1 fut exprime par un seul mot1 ,grec3 stomachos1 ira1 colre4 ,les hiroglyphes1 et les lettres alphabtiques furent aussi comme autant de genres auxquels on ramena la varit infinie des sons articuls4 ,cette mthode abrge1 applique aux mots et aux lettres1 donna plus d'activit aux esprits1 et les rendit capables d'abstraire2 ensuite purent venir les philosophes1 qui1 prpars par cette classification vulgaire des mots et des lettres1 travaillaient celle des ides1 et formrent les genres intelligibles4 ,ne conviendra-t-on pas maintenant que pour trouver l'origine des lettres1 il fallait chercher en mme temps celle des langues8 ,quant au chant et au vers1 nous avons dit dans nos axiomes1 que1 suppos que les hommes aient t d'abord muets1 ils commencrent par prononcer les voyelles en chantant1 comme font les muets2 puis ils durent1 comme les bgues1 articuler aussi les consonnes en chantant#di4 ,ces premiers hommes ne devaient s'essayer parler que lorsqu'ils prouvaient des passions trs violentes4 ,or1 de telles passions s'expriment par un ton de voix trs lev1 qui multiplie les diphthongues1 et devient une sorte de chant4 ,ce premier chant vint naturellement de la difficult de prononcer1 laquelle se dmontre par la cause et par l'effet4 ,par la cause1 les premiers hommes avaient une grande duret dans l'organe de la voix1 et d'ailleurs bien peu de mots pour l'exercer#ej4 ,par l'effet3 il y a dans la posie italienne un grand nombre de retranchemens2 dans les origines de la langue latine1 on trouve aussi beaucoup de mots qui durent tre syncops1 puis tendus avec le temps4 ,le contraire arriva pour les rptitions de syllabes4 ,lorsque les bgues tombent sur une syllabe qui leur est facile prononcer1 ils s'y arrtent avec une sorte de chant1 comme pour compenser celles qu'ils prononcent difficilement4 ,j'ai connu un excellent musicien qui avait ce dfaut de prononciation2 lorsqu'il se trouvait arrt1 il se mettait chanter d'une manire fort agrable1 et parvenait ainsi articuler4 ,les ,arabes commencent presque tous les mots par al1 et l'on dit que les ,huns furent ainsi appels parce qu'ils commenaient tous les mots par hun4 ,ce qui prouve encore que les langues furent d'abord un chant1 c'est ce que nous avons dit1 qu'avant ,gorgias et ,cicron1 les prosateurs grecs et latins employaient des nombres potiques2 au moyen ge1 les pres de l'glise latine en firent autant1 et leur prose semble faite pour tre chante4 ,note #di3 ,ce qui le prouve1 ce sont les diphthongues qui restrent dans les langues1 et qui durent tre bien plus nombreuses dans l'origine4 ,ainsi les ,grecs et les ,franais qui ont pass d'une manire prmature de la barbarie la civilisation ont conserv beaucoup de diphthongues4 ,voyez la note de l'axiome #ba4 7,vico74 ,note #ej3 ,maintenant encore1 au milieu de tant de moyens d'apprendre parler1 ne voyons-nous pas les enfans1 malgr la flexibilit de leurs organes1 prononcer les consonnes avec la plus grande peine4 ,les ,chinois1 qui avec un trs petit nombre de signes diversement modifis1 expriment en langue vulgaire leurs cent vingt mille hiroglyphes1 parlent aussi en chantant4 7,vico74 ,le premier genre de vers dut tre appropri la langue1 l'ge des hros3 tel fut le vers hroque1 le plus noble de tous4 ,c'tait l'expression des motions les plus vives de la terreur ou de la joie4 ,la posie hroque ne peint que les passions les plus violentes4 ,si le vers hroque fut d'abord spondaque1 on ne peut l'attribuer1 comme le fait la tradition vulgaire1 l'effroi inspir par le serpent ,python2 l'effroi prcipite les ides et les paroles plutt qu'il ne les ralentit4 ,en latin1 sollicitus et festinans expriment la frayeur4 ,la lenteur des esprits1 la difficult du langage1 voil ce qui dut le rendre spondaque2 et il a conserv quelque chose de ce caractre1 en exigeant invariablement un sponde son dernier pied4 ,plus tard1 les esprits et les langues ayant plus de facilit1 le dactyle entra dans la posie2 un nouveau progrs dtermina l'emploi de l'iambe1 pes citus1 comme dit ,horace4 ,enfin l'intelligence et la prononciation ayant acquis une grande rapidit1 on commena de parler en prose1 ce qui tait une sorte de gnralisation4 ,le vers iambique se rapproche tellement de la prose1 qu'il chappait souvent aux prosateurs4 ,ainsi le chant uni aux vers devint de plus en plus rapide1 en suivant exactement le progrs du langage et des ides4--,ces vrits philosophiques sont appuyes par la tradition suivante3 l'histoire ne nous prsente rien de plus ancien que les oracles et les sybilles2 l'antiquit de ces dernires a pass en proverbe4 ,nous trouvons partout des ,sybilles chez les plus anciennes nations3 or1 on assure qu'elles chantaient leurs rponses en vers hroques1 et partout les oracles rpondaient en vers de cette mesure4 ,ce vers fut appel par les ,grecs pythien1 de leur fameux oracle d',apollon ,pythien4 ,les ,latins l'appelrent vers saturnien1 comme l'atteste ,festus4 ,ce vers dut tre invent en ,italie dans l'ge de ,saturne1 qui rpond l'ge d'or des ,grecs4 ,ennius1 cit par le mme ,festus1 nous apprend que les faunes de l',italie rendaient en cette forme de vers leurs oracles1 fata4 ,puis le nom de vers saturnien passa aux vers iambiques de six pieds1 peut-tre parce que ces derniers vers firent employs naturellement dans le langage1 comme auparavant les vers saturniens-hroques4--,les savans modernes sont aujourd'hui diviss sur la question de savoir si la posie hbraque a une mesure1 ou simplement une sorte de rhythme2 mais ,josephe1 ,philon1 ,origne et ,eusbe1 tiennent pour la premire opinion2 et ce qui la favorise principalement1 c'est que1 selon saint ,jrme1 le livre de ,job1 plus ancien que ceux de ,mose1 serait crit en vers hroques depuis la fin du second chapitre jusqu'au commencement du quarante-deuxime4--,si nous en croyons l'auteur anonyme de l',incertitude des sciences1 les ,arabes1 qui ne connaissaient point l'criture1 conservrent leur ancienne langue1 en retenant leurs pomes nationaux jusqu'au temps o ils inondrent les provinces orientales de l'empire grec4 ,les gyptiens crivaient leurs pitaphes en vers1 et sur des colonnes appeles siringi1 de sir1 chant ou chanson4 ,du mme mot vient sans doute le nom des ,sirnes1 tres mythologiques clbres par leur chant4 ,ce qui est plus certain1 c'est que les fondateurs de la civilisation grecque furent les potes thologiens1 lesquels furent aussi hros et chantrent en vers hroques4 ,nous avons vu que les premiers auteurs de la langue latine furent les potes sacrs appels saliens2 il nous reste des fragmens de leurs vers1 qui ont quelque chose du vers hroque1 et qui sont les plus anciens monumens de la langue latine4 ,rome1 les triomphateurs laissrent des inscriptions qui ont une apparence de vers hroques1 telles que celles de ,lucius ,emilius ,regillus1 ,duello magno dirimendo1 regibus subjugandis2 et celle d',acilius ,glabrion1 ,fudit1 fugat1 prosternit maximas legiones4 ,si on examine bien les fragmens de la loi des douze tables1 on trouvera que la plupart des articles se terminent par un vers adonique1 c'est--dire par une fin de vers hroque2 c'est ce que ,cicron imita dans ses ,lois1 qui commencent ainsi3 ,deos caste adeunto4 ,pietatem adhibento4 ,de l vint1 chez les ,romains1 l'usage mentionn par le mme ,cicron2 les enfans chantaient la loi des douze tables1 tanquam necessarium carmen4 ,ceux des ,crtois chantaient de mme la loi de leur pays1 au rapport d'lien4-- ces observations joignez plusieurs traditions vulgaires4 ,les lois des gyptiens furent les pomes de la desse ,isis 7,platon74 ,lycurgue et ,dracon donnrent leurs lois en vers aux ,spartiates et aux ,athniens 7,plutarque et ,suidas74 ,enfin ,jupiter dicta en vers les lois de ,minos 7,maxime de ,tyr74 ,maintenant revenons des lois l'histoire4 ,tacite rapporte dans les ,moeurs des ,germains1 que ce peuple conservait en vers les souvenirs des premiers ges2 et dans sa note sur ce passage1 ,juste-,lipse dit la mme chose des ,amricains4 ,l'exemple de ces deux nations1 dont la premire ne fut connue que trs tard par les ,romains1 et dont la seconde a t dcouverte par les ,europens il y a seulement deux sicles1 nous donne lieu de conjecturer qu'il en a t de mme de toutes les nations barbares1 anciennes et modernes4 ,la chose est hors de doute pour les anciens ,perses et pour les ,chinois4 ,au rapport de ,festus1 les guerres puniques furent crites par ,nvius en vers hroques1 avant de l'tre par ,ennius2 et ,livius ,andronicus1 le premier crivain latin1 avait crit dans un pome hroque appel la ,romanide1 les annales des anciens ,romains4 ,au moyen ge1 les historiens latins furent des potes hroques1 comme ,gunterus1 ,guillaume de ,pouille1 et autres4 ,nous avons vu que les premiers crivains dans les nouvelles langues de l',europe1 avaient t des versificateurs4 ,dans la ,silsie1 province o il n'y a gure que des paysans1 ils apportent en naissant le don de la posie4 ,en gnral1 l'allemand conserve ses origines hroques1 et voil pourquoi on traduit si heureusement en allemand les mots composs du grec1 surtout ceux du langage potique4 ,adam ,rochemberg l'a remarqu1 mais sans en comprendre la cause4 ,bernegger a fait de toutes ces expressions un catalogue1 enrichi ensuite par ,georges ,christophe ,peischer1 dans son ,index de grc et germanic lingu analogi4 ,la langue latine a aussi laiss des exemples nombreux de ces compositions formes de mots entiers2 et les potes1 en continuant se servir de ces mots composs1 n'ont fait qu'user de leur droit4 ,cette facilit de composition dut tre une proprit commune toutes les langues primitives4 ,elles se crrent d'abord des noms1 ensuite des verbes1 et lorsque les verbes leur manqurent1 elles unirent les noms eux-mmes4 ,voil les principes de tout ce qu'a crit ,morhof dans ses recherches sur la langue et la posie allemande4#ea ,note #ea3 ,nous trouvons ici une preuve de ce que nous avons avanc dans les axiomes4 ,si les savans s'appliquent trouver les origines de la langue allemande en suivant nos principes1 ils y feront d'tonnantes dcouvertes4 7,vico74 ,nous croyons avoir victorieusement rfut l'erreur commune des grammairiens qui prtendent que la prose prcda les vers1 et avoir montr dans l'origine de la posie1 telle que nous l'avons dcouverte1 l'origine des langues et celle des lettres4 4 ,,vi4 ,,corollaires ,relatifs la logique des esprits cultivs4 #a4 ,d'aprs tout ce que nous venons d'tablir en vertu de cette logique potique relativement l'origine des langues1 nous reconnaissons que c'est avec raison que les premiers auteurs du langage furent rputs sages dans tous les ges suivans1 puisqu'ils donnrent aux choses des noms conformes leur nature1 et remarquables par la proprit4 ,aussi nous avons vu que chez les ,grecs et les ,latins1 nom et nature signifirent souvent la mme chose4 #b4 ,la topique commena avec la critique4 ,la topique est l'art qui conduit l'esprit dans sa premire opration1 qui lui enseigne les aspects divers 7les lieux1 ,grec3 topoi7 que nous devons puiser1 en les observant successivement1 pour connatre dans son entier l'objet que nous examinons4 ,les fondateurs de la civilisation humaine se livrrent une topique sensible1 dans laquelle ils unissaient les proprits1 les qualits ou rapports des individus ou des espces1 et les employaient tout concrets former leurs genres potiques2 de sorte qu'on peut dire avec vrit que le premier ge du monde s'occupa de la premire opration de l'esprit4 ,ce fut dans l'intrt du genre humain que la ,providence fit natre la topique avant la critique4 ,il est naturel de connatre d'abord les choses1 et ensuite de les juger4 ,la topique rend les esprits inventifs1 comme la critique les rend exacts4 ,or1 dans les premiers temps1 les hommes avaient trouver1 inventer toutes les choses ncessaires la vie4 ,en effet1 quiconque y rflchira1 trouvera que les choses utiles ou ncessaires la vie1 et mme celles qui ne sont que de commodit1 d'agrment ou de luxe1 avaient dj t trouves par les ,grecs1 avant qu'il y et parmi eux des philosophes4 ,nous l'avons dit dans un axiome3 ,les enfans sont grands imitateurs2 la posie n'est qu'imitation2 les arts ne sont que des imitations de la nature1 qu'une posie relle4 ,ainsi1 les premiers peuples qui nous reprsentent l'enfance du genre humain1 fondrent d'abord le monde des arts2 les philosophes1 qui vinrent long-temps aprs1 et qui nous en reprsentent la vieillesse1 fondrent le monde des sciences1 qui complta le systme de la civilisation humaine4 #c4 ,cette histoire des ides humaines est confirme d'une manire singulire par l'histoire de la philosophie elle-mme4 ,la premire mthode d'une philosophie grossire encore fut l',grec3 autopsia1 ou vidence des sens2 nous avons vu1 dans l'origine de la posie1 quelle vivacit avaient les sensations dans les ges potiques4 ,ensuite vint sope1 symbole des moralistes que nous appellerons vulgaires2 sope1 antrieur aux sept sages de la ,grce1 employa des exemples pour raisonnemens2 et comme l'ge potique durait encore1 il tirait ces exemples de quelque fiction analogue1 moyen plus puissant sur l'esprit du vulgaire1 que les meilleurs raisonnemens abstraits#eb4 ,aprs sope vint ,socrate3 il commena la dialectique par l'induction1 qui conclut de plusieurs choses certaines la chose douteuse qui est en question4 ,avant ,socrate1 la mdecine1 fcondant l'observation par l'induction1 avait produit ,hippocrate1 le premier de tous les mdecins pour le mrite comme pour l'poque1 ,hippocrate1 auquel fut si bien d cet loge immortel1 nec fallit quemquam1 nec falsus ab ullo est4 ,au temps de ,platon1 les mathmatiques avaient1 par la mthode de composition dite synthse1 fait d'immenses progrs dans l'cole de ,pythagore1 comme on peut le voir par le ,time4 ,grce cette mthode1 ,athnes florissait alors par la culture de tous les arts qui font la gloire du gnie humain1 par la posie1 l'loquence et l'histoire1 par la musique et les arts du dessin4 ,ensuite vinrent ,aristote et ,znon2 le premier enseigna le syllogisme1 forme de raisonnement qui n'unit point les ides particulires pour former des ides gnrales1 mais qui dcompose les ides gnrales dans les ides particulires qu'elles renferment2 quant au second1 sa mthode favorite1 celle du sorite1 analogue celle de nos modernes philosophes1 n'aiguise l'esprit qu'en le rendant trop subtil4 ,ds-lors la philosophie ne produisit aucun fruit remarquable pour l'avantage du genre humain4 ,c'est donc avec raison que ,bacon1 aussi grand philosophe que profond politique1 recommande l'induction dans son ,organum4 ,les ,anglais1 qui suivent ce prcepte1 tirent de l'induction les plus grands avantages dans la philosophie exprimentale4 ,note #eb3 ,comme le prouve le succs avec lequel ,mnnius ,agrippa ramena l'obissance le peuple romain4 7,vico74 #d4 ,cette histoire des ides humaines montre jusqu' l'vidence l'erreur de ceux qui attribuant1 selon le prjug vulgaire1 une haute sagesse aux anciens1 ont cru que ,minos1 ,thse1 ,lycurgue1 ,romulus et les autres rois de ,rome1 donnrent leurs peuples des lois universelles4 ,telle est la forme des lois les plus anciennes1 qu'elles semblent s'adresser un seul homme2 d'un premier cas1 elles s'tendaient tous les autres1 car les premiers peuples taient incapables d'ides gnrales2 ils ne pouvaient les concevoir avant que les faits qui les appelaient se fussent prsents4 ,dans le procs du jeune ,horace1 la loi de ,tullus ,hostilius n'est autre chose que la sentence porte contre l'illustre accus par les duumvirs qui avaient t crs par le roi pour ce jugement#ec4 ,cette loi de ,tullus est un exemple1 dans le sens o l'on dit chtimens exemplaires4 ,s'il est vrai1 comme le dit ,aristote1 que les rpubliques hroques n'avaient pas de lois pnales1 il fallait que les exemples fussent d'abord rels2 ensuite vinrent les exemples abstraits4 ,mais lorsque l'on eut acquis des ides gnrales1 on reconnut que la proprit essentielle de la loi devait tre l'universalit2 et l'on tablit cette maxime de jurisprudence3 legibus1 non exemplis est judicandum4 ,note #ec3 ,selon ,tite-,live1 ,tullus ne voulut point juger lui-mme ,horace1 parce qu'il craignait de prendre sur lui l'odieux d'un tel jugement2 explication tout--fait ridicule4 ,tite-,live n'a pas compris que dans un snat hroque1 c'est--dire1 aristocratique1 un roi n'avait d'autre puissance que celle de crer des duumvirs ou commissaires pour juger les accuss2 le peuple des cits hroques ne se composait que de nobles auxquels l'accus dj condamn pouvait toujours en appeler4 7,vico74 ,,chapitre ,,iv4 ,,de ,,la ,,morale ,,po,,tique1 ,,et ,,de ,l',,origine ,,des ,,vertus ,,vulgaires ,,qui ,r,,sult,,rent ,,de ,l',,institution ,,de ,,la ,,religion ,,et ,,des ,,mariages4 ,la mtaphysique des philosophes commence par clairer l'me humaine1 en y plaant l'ide d'un ,dieu1 afin qu'ensuite la logique1 la trouvant prpare mieux distinguer ses ides1 lui enseigne les mthodes de raisonnement1 par le secours desquelles la morale purifie le coeur de l'homme4 ,de mme la mtaphysique potique des premiers humains les frappa d'abord par la crainte de ,jupiter1 dans lequel ils reconnurent le pouvoir de lancer la foudre1 et terrassa leurs mes aussi bien que leurs corps1 par cette fiction effrayante4 ,incapables d'atteindre encore une telle ide par le raisonnement1 ils la conurent par un sentiment faux dans la matire1 mais vrai dans la forme4 ,de cette logique conforme leur nature sortit la morale potique1 qui d'abord les rendit pieux4 ,la pit tait la base sur laquelle la ,providence voulait fonder les socits4 ,en effet1 chez toutes les nations1 la pit a t gnralement la mre des vertus domestiques et civiles2 la religion seule nous apprend les observer1 tandis que la philosophie nous met plutt en tat d'en discourir4 ,la vertu commena par l'effort4 ,les gans enchans sous les monts par la terreur religieuse que la foudre leur inspirait1 s'abstinrent dsormais d'errer la manire des btes farouches dans la vaste fort qui couvrait la terre1 et prirent l'habitude de mener une vie sdentaire dans leurs retraites caches1 en sorte qu'ils devinrent plus tard les fondateurs des socits4 ,voil l'un de ces grands bienfaits que dut au ciel le genre humain1 selon la tradition vulgaire1 quand il rgna sur la terre par la religion des auspices4 ,par suite de ce premier effort1 la vertu commena poindre dans les mes4 ,ils continrent leurs passions brutales1 ils vitrent de les satisfaire la face du ciel qui leur causait un tel effroi1 et chacun d'eux s'effora d'entraner dans sa caverne une seule femme dont il se proposait de faire sa compagne pour la vie4 ,ainsi la ,vnus humaine succdant la ,vnus brutale1 ils commencrent connatre la pudeur1 qui1 aprs la religion1 est le principal lien des socits4 ,ainsi s'tablit le mariage1 c'est--dire l'union charnelle faite selon la pudeur1 et avec la crainte d'un ,dieu4 ,c'est le second principe de la ,science nouvelle1 lequel drive du premier 7la croyance une ,providence74 ,le mariage fut accompagn de trois solennits4--,la premire est celle des auspices de ,jupiter1 auspices tirs de la foudre qui avait dcid les gans les observer4 ,de cette divination1 sortes1 les ,latins dfinirent le mariage1 omnis vit consortium1 et appelrent le mari et la femme1 consortes4 ,en italien1 on dit vulgairement que la fille qui se marie prende sorte4 ,aussi est-ce un principe du droit des gens1 que la femme suive la religion publique de son mari4--,la seconde solennit consiste dans le voile dont la jeune pouse se couvre1 en mmoire de ce premier mouvement de pudeur qui dtermina l'institution des mariages4--,la troisime1 toujours observe par les ,romains1 fut d'enlever l'pouse avec une feinte violence1 pour rappeler la violence vritable avec laquelle les gans entranrent les premires femmes dans leurs cavernes4 ,les hommes se crrent1 sous le nom de ,junon1 un symbole de ces mariages solennels4 ,c'est le premier de tous les symboles divins aprs celui de ,jupiter4444 99 99 99 ,considrons le genre de vertu que la religion donna ces premiers hommes3 ils furent prudens1 de cette sorte de prudence que pouvaient donner les auspices de ,jupiter2 justes1 envers ,jupiter1 en le redoutant 7,jupiter1 jus et pater71 et envers les hommes1 en ne se mlant point des affaires d'autrui2 c'est l'tat des gans1 tels que ,polyphme les reprsente ,ulysse1 isols dans les cavernes de la ,sicile3 cette justice n'tait au fond que l'isolement de l'tat sauvage4 ,ils pratiquaient la continence1 en ce qu'ils se contentaient d'une seule femme pour la vie4 ,ils avaient le courage1 l'industrie1 la magnanimit1 les vertus de l'ge d'or1 pourvu que nous n'entendions point par ge d'or1 ce qu'ont entendu dans la suite les potes effmins4 ,les vertus du premier ge1 -la-fois religieuses et barbares1 furent analogues celles qu'on a tant loues dans les ,scythes1 qui enfonaient un couteau en terre1 l'adoraient comme un dieu1 et justifiaient leurs meurtres par cette religion sanguinaire4 ,cette morale des nations superstitieuses et farouches du paganisme produisit chez elles l'usage de sacrifier aux dieux des victimes humaines4 ,lorsque les ,phniciens taient menacs par quelque grande calamit1 leurs rois immolaient ,saturne leurs propres enfans 7,philon1 ,quinte-,curce74 ,carthage1 colonie de ,tyr1 conserva cette coutume4 ,les ,grecs la pratiqurent aussi1 comme on le voit par le sacrifice d',iphignie#ed4 ,les sacrifices humains taient en usage chez les ,gaulois 7,csar7 et chez les ,bretons 7,tacite74 ,ce culte sacrilge fut dfendu par ,auguste aux ,romains qui habitaient les ,gaules1 et par ,claude aux ,gaulois eux-mmes 7,sutone74 ,note #ed3 ,on s'tonnera peu de ce dernier vnement si l'on songe l'tendue illimit de la puissance paternelle des premiers hommes du paganisme1 de ces ,cyclopes de la fable4 ,cette puissance fut sans borne chez les nations les plus claires1 telles que la grecque1 chez les plus sages1 telles que la romaine2 jusqu'aux temps de la plus haute civilisation1 les pres y avaient le droit de faire prir leurs enfans nouveau-ns4 ,c'est ce qui doit diminuer l'horreur que nous inspire1 dans la douceur de nos temps modernes1 la svrit de ,brutus1 condamnant ses fils1 et de ,manlius faisant prir le sien pour avoir combattu et vaincu au mpris de ses ordres4 7,vico74 ,les ,orientalistes veulent que ce soient les ,phniciens qui aient rpandu dans tout le monde les sacrifices de leur ,moloch4 ,mais ,tacite nous assure que les sacrifices humains taient en usage dans la ,germanie1 contre toujours ferme aux trangers2 et les ,espagnols les retrouvrent dans l',amrique1 inconnue jusque-l au reste du monde4 ,telle tait la barbarie des nations l'poque mme o les anciens ,germains voyaient les dieux sur la terre1 o les anciens ,scythes1 o les ,amricains1 brillaient de ces vertus de l'ge d'or exaltes par tant d'crivains4 ,les victimes humaines sont appeles dans ,plaute1 victimes de ,saturne1 et c'est sous ,saturne que les auteurs placent l'ge d'or du ,latium2 tant il est vrai que cet ge fut celui de la douceur1 de la bnignit et de la justice6 ,rien n'est plus vain1 nous devons le conclure de tout ce qui prcde1 que les fables dbites par les savans sur l'innocence de l'ge d'or chez les paens4 ,cette innocence n'tait autre chose qu'une superstition fanatique qui1 frappant les premiers hommes de la crainte des dieux que leur imagination avait crs1 leur faisait observer quelque devoir malgr leur brutalit et leur orgueil farouche4 ,plutarque1 choqu de cette superstition1 met en problme s'il n'et pas mieux valu ne croire aucune divinit1 que de rendre aux dieux ce culte impie4 ,mais il a tort d'opposer l'athisme cette religion1 quelque barbare qu'elle pt tre4 ,sous l'influence de cette religion se sont formes les plus illustres socits du monde2 l'athisme n'a rien fond4 ,nous venons de traiter de la morale du premier ge1 ou morale divine2 nous traiterons plus tard de la morale hroque4 ,,chapitre ,v4 ,,du ,,gouvernement ,,de ,,la ,,famille1 ,,ou ,,conomie1 ,,dans ,,les ,,ges ,,po,,tiques4 4 ,i4 ,de la famille compose des parens et des enfans1 sans esclaves ni serviteurs4 ,les hros sentirent1 par l'instinct de la nature humaine1 les deux vrits qui constituent toute la science conomique1 et que les ,latins conservrent dans les mots educere1 educare1 relatifs1 l'un l'ducation de l'me1 l'autre celle du corps4 ,nous parlerons d'abord de la premire de ces deux ducations4 ,les premiers pres furent -la-fois les sages1 les prtres et les rois ou lgislateurs de leurs familles#ee4 ,ils durent tre dans la famille des rois absolus1 suprieurs tous les autres membres1 et soumis seulement ,dieu4 ,leur pouvoir fut arm des terreurs d'une religion effroyable1 et sanctionn par les peines les plus cruelles2 c'est dans le caractre de ,polyphme que ,platon reconnat les premiers pres de famille#ef4--,remarquons seulement ici que les hommes1 sortis de leur libert native1 et dompts par la svrit du gouvernement de la famille1 se trouvrent prpars obir aux lois du gouvernement civil qui devait lui succder4 ,il en est rest cette loi ternelle1 que les rpubliques seront plus heureuses que celle qu'imagina ,platon1 toutes les fois que les pres de famille n'enseigneront leurs enfans que la religion1 et qu'ils seront admirs des fils comme leurs sages1 rvrs comme leurs prtres1 et redouts comme leurs rois4 ,note #ee3 ,c'est cette tradition vulgaire sur la sagesse des anciens qui a tromp ,platon1 et lui a fait regretter les temps o les philosophes rgnaient1 o les rois taient philosophes4 7,vico74 ,note #ef3 ,cette tradition mal interprte a jet tous les politiques dans l'erreur de croire que la premire forme des gouvernemens civils aurait t la monarchie4 ,partant de cette erreur1 ils ont tabli pour principe de leur fausse science que la royaut tirait son origine de la violence1 ou de la fraude qui aurait bientt clat en violence4 ,mais cette poque o les hommes avaient encore tout l'orgueil farouche de la libert bestiale1 cette simplicit grossire o ils se contentaient des productions spontanes de la nature pour alimens1 de l'eau des fontaines pour boisson1 et des cavernes pour abri pendant leur sommeil2 dans cette galit naturelle o tous les pres taient souverains de leur famille1 on ne peut comprendre comment la fraude ou la force eussent assujti tous les hommes un seul4 7,vico74 ,quant la seconde partie de la science conomique1 l'ducation des corps1 on peut conjecturer que1 par l'effet des terreurs religieuses1 de la duret du gouvernement des pres de famille1 et des ablutions sacres1 les fils perdirent peu--peu la taille des gans1 et prirent la stature convenable des hommes4 ,admirons la ,providence d'avoir permis qu'avant cette poque les hommes fussent des gans3 il leur fallait1 dans leur vie vagabonde1 une complexion robuste pour supporter l'inclmence de l'air et l'intemprie des saisons2 il leur fallait des forces extraordinaires pour pntrer la grande fort qui couvrait la terre1 et qui devait tre si paisse dans les temps voisins du dluge4444 ,la grande ide de la science conomique fut ralise ds l'origine1 savoir3 qu'il faut que les pres1 par leur travail et leur industrie1 laissent leurs fils un patrimoine o ils trouvent une subsistance facile1 commode et sre1 quand mme ils n'auraient plus aucun rapport avec les trangers1 quand mme toutes les ressources de l'tat social viendraient leur manquer1 quand mme il n'y aurait plus de cits2 de sorte qu'en supposant les dernires calamits les familles subsistent1 comme origine de nouvelles nations4 ,ils doivent laisser ce patrimoine dans des lieux qui jouissent d'un air sain1 qui possdent des sources d'eaux vives1 et dont la situation naturellement forte leur assure un asile dans le cas o les cits priraient2 il faut enfin que ce patrimoine comprenne de vastes campagnes assez riches pour nourrir les malheureux qui1 dans la ruine des cits voisines1 viendraient s'y rfugier1 les cultiveraient1 et en reconnatraient le propritaire pour seigneur4 ,ainsi la ,providence ordonna l'tat de famille1 employant non la tyrannie des lois1 mais la douce autorit des coutumes 7voy4 axiome #ajd le passage cit de ,dion-,cassius74 ,les forts1 les puissans des premiers ges1 tablirent leurs habitations au sommet des montagnes4 ,le latin arces1 l'italien rocce1 ont1 outre leur premier sens1 celui de forteresses4 ,tel fut l'ordre tabli par la ,providence pour commencer la socit paenne4 ,platon en fait honneur la prvoyance des premiers fondateurs des cits4 ,cependant1 lorsque la barbarie antique reparaissant au moyen ge dtruisait partout les cits1 le mme ordre assura le salut des familles1 d'o sortirent les nouvelles nations de l',europe4 ,les ,italiens ont continu dire castella1 pour seigneuries4 ,en effet1 on observe gnralement que les cits les plus anciennes1 et presque toutes les capitales1 ont t bties au sommet des montagnes1 tandis que les villages sont rpandus dans les plaines4 ,de l vinrent sans doute ces phrases latines1 summo loco1 illustri loco nati1 pour dire les nobles2 imo1 obscuro loco nati1 pour dsigner les plbiens3 les premiers habitaient les cits1 les seconds les campagnes4 ,c'est par rapport aux sources vives dont nous avons parl1 que les politiques regardent la communaut des eaux comme l'occasion de l'union des familles4 ,de l les premires associations furent dites par les ,grecs ,grec3 phratriai1 7peut-tre de ,grec3 phrear1 puits71 comme les premiers villages furent appels pagi par les ,latins1 du mot ,grec3 pg fontaine4 ,les ,romains clbraient les mariages par l'emploi solennel de l'eau et du feu3 parce que les premiers mariages furent contracts naturellement par des hommes et des femmes qui avaient l'eau et le feu en commun1 comme membres de la mme famille1 et dans l'origine comme frres et soeurs4 ,le dieu du foyer de chaque maison tait appel lar2 d'o focus laris4 ,c'tait l que le pre de famille sacrifiait aux dieux de la maison1 deivei parentum 7loi des douze tables1 de parricidio72 comme parle l',histoire sainte1 le ,dieu de nos pres1 le ,dieu d',abraham1 d',isaac1 de ,jacob4 ,de l encore la loi que propose ,cicron1 sacra familiaria perpetua manento2 et les expressions si frquentes dans les lois romaines1 filius familias in sacris paternis1 sacra patria pour la puissance paternelle4 ,ce respect du foyer domestique tait commun aux barbares du moyen ge1 puisque mme au temps de ,boccace1 qui nous l'atteste dans sa ,gnalogie des dieux1 c'tait l'usage ,florence1 qu'au commencement de chaque anne1 le pre de famille assis son foyer prs d'un tronc d'arbre auquel il mettait le feu1 jetait de l'encens et versait du vin dans la flamme2 usage encore observ1 par le bas peuple de ,naples1 le soir de la vigile de ,nol4 ,on dit aussi tant de feux1 pour tant de familles4 99 99 99 ,l'institution des spultures1 qui vint aprs celle des mariages1 rsulta de la ncessit de cacher des objets qui choquaient les sens4 ,ainsi commena la croyance universelle de l'immortalit des mes humaines1 appeles dii manes1 et dans la loi des douze tables1 deivei parentum444 ,les philologues et les philosophes ont pens communment que dans ce qu'on appelle l'tat de nature1 les familles n'taient composes que de fils2 elles le furent aussi de serviteurs ou famuli1 d'o elles tirrent principalement ce nom4 ,sur cette conomie incomplte ils ont fond une fausse politique1 comme la suite doit le dmontrer4 ,pour nous1 nous commencerons traiter de la politique des premiers ges1 en prenant pour point de dpart ces serviteurs ou famuli1 qui appartiennent proprement l'tude de l'conomie4 4 ,,ii4 ,des familles composes de serviteurs1 antrieures l'existence des cits1 et sans lesquelles cette existence tait impossible4 ,au bout d'un laps de temps considrable1 plusieurs des gans impies qui taient rests dans la communaut des femmes et des biens1 et dans les querelles qu'elle produisait1 les hommes simples et dbonnaires1 dans le langage de ,grotius1 les abandonns de ,dieu dans celui de ,puffendorf1 furent contraints1 pour chapper aux violens de ,hobbes1 de se rfugier aux autels des forts4 ,ainsi un froid trs vif contraint les btes sauvages venir chercher un asile dans les lieux habits4 ,les chefs de famille1 plus courageux parce qu'ils avaient dj form une premire socit1 recevaient sous leur protection ces malheureux rfugis1 et tuaient ceux qui osaient faire des courses sur leurs terres4 ,dj hros par leur naissance1 puisqu'ils taient ns de ,jupiter1 c'est--dire ns sous ses auspices1 ils devinrent hros par la vertu4 ,dans ce dernier genre d'hrosme1 les ,romains se montrrent suprieurs tous les peuples de la terre1 puisqu'ils surent galement ,parcere subjectis1 et debellare superbos4 ,les premiers hommes qui fondrent la civilisation avaient t conduits la socit par la religion et par l'instinct naturel de propager la race humaine1 causes honorables qui produisirent le mariage1 la premire et la plus noble amiti du monde4 ,les seconds qui entrrent dans la socit y furent contraints par la ncessit de sauver leur vie4 ,cette socit dont l'utilit tait le but1 fut d'une nature servile4 ,aussi les rfugis ne furent protgs par les hros qu' une condition juste et raisonnable1 celle de gagner eux-mmes leur vie en travaillant pour les hros1 comme leurs serviteurs4 ,cette condition analogue l'esclavage fut le modle de celle o l'on rduisit les prisonniers faits la guerre aprs la formation des cits4 ,ces premiers serviteurs se nommaient chez les ,latins vern1 tandis que les fils des hros1 pour se distinguer1 s'appelaient liberi4 ,du reste1 ces derniers n'avaient aucune autre distinction3 dominum ac servum nullis educationis deliciis dignoscas4 ,ce que ,tacite dit des ,germains peut s'entendre de tous les premiers peuples barbares2 et nous savons que chez les anciens ,romains le pre de famille avait droit de vie et de mort sur ses fils1 et la proprit absolue de tout ce qu'ils pouvaient acqurir1 au point que jusqu'aux ,empereurs les fils et les esclaves ne diffraient en rien sous le rapport du pcule4 ,ce mot liberi signifia aussi d'abord nobles3 les arts libraux sont les arts nobles2 liberalis rpond l'italien gentile4 ,chez les ,latins les maisons nobles s'appelaient gentes2 ces premires gentes se composaient des seuls nobles1 et les seuls nobles furent libres dans les premires cits4 ,les serviteurs furent aussi appels clientes1 et ces clientles furent la premire image des fiefs1 comme nous le verrons plus au long4 99 99 99 ,sous le nom seul du pre de famille taient compris tous ses fils1 tous ses esclaves et serviteurs4 ,ainsi1 dans les temps hroques on put dire avec vrit1 comme ,homre le dit d',ajax1 le rempart des ,grecs 7,grec3 purgos ,achain71 que seul il combattait contre l'arme entire des ,troiens3 on put dire qu',horace soutint seul sur un pont le choc d'une arme d'trusques2 par quoi l'on doit entendre ,ajax1 ,horace1 avec leurs compagnons ou serviteurs4 ,il en fut prcisment de mme dans la seconde barbarie dans celle du moyen ge2 quarante hros normands1 qui revenaient de la terre sainte1 mirent en fuite une arme de ,sarrasins qui tenaient ,salerne assige4 ,c'est cette protection accorde par les hros ceux qui se rfugirent sur leurs terres1 qu'on doit rapporter l'origine des fiefs4 ,les premiers furent d'abord des fiefs roturiers personnels1 pour lesquels les vassaux taient vades1 c'est--dire obligs personnellement suivre les hros partout o ils les menaient pour cultiver leurs terres1 et plus tard1 de les suivre dans les jugemens 7rei2 et actores74 ,du vas des ,latins1 du ,grec3 bas des ,grecs1 drivrent le was et le wassus employs par les feudistes barbares pour signifier vassal4 ,ensuite durent venir les fiefs roturiers rels1 pour lesquels les vassaux durent tre les premiers prdes ou mancipes obligs sur biens immeubles2 le nom de mancipes resta propre ceux qui taient ainsi obligs envers le trsor public4 99 99 99 ,nous venons de donner la premire origine des asiles4 ,c'est en ouvrant un asile que ,cadmus fonde ,thbes1 la plus ancienne cit de la ,grce4 ,thse fonde ,athnes en levant l'autel des malheureux1 nom bien convenable ceux qui erraient auparavant1 dnus de tous les biens divins et humains que la socit avait procurs aux hommes pieux4 ,romulus fonde ,rome en ouvrant un asile dans un bois1 vetus urbes condentium consilium1 dit ,tite-,live4 ,de l ,jupiter reut le titre d'hospitalier4 tranger se dit en latin hospes4 4 ,,iii4 ,,corollaires ,relatifs aux contrats qui se font par le simple consentement des parties4 ,les nations hroques1 ne s'occupant que des choses ncessaires la vie1 ne recueillant d'autres fruits que les productions spontanes de la nature1 ignorant l'usage de la monnaie1 et tant pour ainsi dire tout corps1 toute matire1 ne pouvaient certainement connatre les contrats qui1 selon l'expression moderne1 se font par le seul consentement4 ,l'ignorance et la grossiret sont naturellement souponneuses2 aussi les hommes ne pouvaient connatre les engagemens de bonne foi4 ,ils assuraient toutes les obligations1 en employant la main1 soit en ralit1 soit par fiction en ajoutant l'acte la garantie des stipulations solennelles2 de l ce titre clbre dans la loi des douze tables3 ,si quis nexum faciet mancipiumque1 uti lingu nuncupassit1 ita jus esto4 ,un tel tat civil tant suppos1 nous pouvons en infrer ce qui suit4 ,i4 ,on dit que dans les temps les plus anciens1 les achats et les ventes se faisaient par change1 lors mme qu'il s'agissait d'immeubles4 ,ces changes ne furent autre chose que les cessions de terres faites au moyen ge1 charge de cens seigneurial 7livelli74 ,leur utilit consistait en ce que l'une des parties avait trop de terres riches en fruits dont l'autre partie manquait4 ,,ii4 ,les locations de maisons ne pouvaient avoir lieu lorsque les cits taient petites1 et les habitations troites4 ,on doit croire plutt que les propritaires fonciers donnaient du terrain pour qu'on y btt2 toute location se rduisait donc un cens territorial4 ,,iii4 ,les locations de terres durent tre emphytotiques4 ,les grammairiens ont dit1 sans en comprendre le sens1 que clientes tait quasi colentes4 ,ces locations de terres rpondent aux clientles des ,latins4 ,,iv4 ,telle fut sans doute la raison pour laquelle on ne trouve dans les anciennes archives du moyen ge1 d'autres contrats que des contrats de cens seigneurial pour des maisons ou pour des terres1 soit perptuel1 soit temps4 ,v4 ,cette dernire observation explique peut-tre pourquoi l'emphytose est un contrat de droit civil1 c'est--dire du droit hroque des ,romains4 ce droit hroque ,ulpien oppose le droit naturel des peuples civiliss 7gentium humanarum72 il les appelle civiliss ou humains1 par opposition aux barbares des premiers temps2 et il ne peut entendre parler des barbares qui de son temps se trouvaient hors de l',empire1 et dont par consquent le droit n'importait point aux jurisconsultes romains4 ,,vi4 ,les contrats de socit taient inconnus1 par un effet de l'isolement naturel des premiers hommes4 ,chaque pre de famille s'occupait uniquement de ses affaires1 sans se mler de celles des autres1 comme ,polyphme le dit ,ulysse dans l',odysse4 ,,vii4 ,pour la mme raison1 il n'y avait point de mandataires4 ,de l cette maxime qui est reste dans le droit civil3 nous ne pouvons acqurir par une personne qui n'est point sous notre puissance1 per extraneam personam acquiri nemini4 ,,viii4 ,le droit des nations civilises1 humanarum1 comme dit ,ulpien1 ayant succd au droit des nations hroques1 il se fit une telle rvolution1 que le contrat de vente1 qui anciennement ne produisait point d'action de garantie1 si on n'avait point stipul en cas d'viction la cause pnale appele stipulatio dupl1 est aujourd'hui le plus favorable de tous les contrats appels de bonne foi1 parce que naturellement elle doit y tre observe sans qu'elle ait t promise4 ,,chapitre ,,vi4 ,,de ,,la ,,politique ,,po,,tique4 4 ,i4 ,origine des premires rpubliques1 dans la forme la plus rigoureusement aristocratique4 ,les familles se formrent donc de ces serviteurs 7famuli7 reus sous la protection des hros4 ,nous avons dj vu en eux les premiers membres d'une socit politique 7socii74 ,leur vie dpendait de leurs seigneurs1 et par suite tout ce qu'ils pouvaient acqurir2 droit terrible que les hros exeraient aussi sur leurs enfans#eg4 ,mais les fils de famille se trouvaient1 la mort de leurs pres1 affranchis de ce despotisme domestique1 et l'exeraient leur tour sur leurs enfans4 ,dans le droit romain1 tout citoyen affranchi de la puissance paternelle1 est lui-mme appel pre de famille4 ,les serviteurs1 au contraire1 taient obligs de passer leur vie dans le mme tat de dpendance4 ,aprs bien des annes1 ils durent naturellement se lasser de leur condition1 et se rvolter contre les hros4 ,nous avons dj indiqu dans les axiomes1 d'une manire gnrale1 que les serviteurs avaient fait violence aux hros dans l'tat de famille1 et que cette rvolution avait occasionn la naissance des rpubliques4 ,dans une telle ncessit1 les hros devaient tre ports s'unir en corps politique1 pour rsister la multitude de leurs serviteurs rvolts1 en mettant leur tte l'un d'entre eux distingu par son courage et par sa prsence d'esprit2 de tels chefs furent appels rois1 du mot regere1 diriger4 ,de cette manire1 on peut dire avec pomponius1 rebus ipsis dictantibus regna condita2 pense profonde1 qui s'accorde bien avec le principe tabli par la jurisprudence romaine3 le droit naturel des gens a t fond par la providence divine 7jus naturale gentium divin providenti constitutum74 ,les pres tant rois et souverains de leurs familles1 il tait impossible1 dans la fire galit de ces ges barbares1 qu'aucun d'entre eux cdt un autre2 ils formrent donc des snats rgnans1 c'est--dire composs d'autant de rois des familles1 et1 sans tre conduits par aucune sagesse humaine1 ils se trouvrent avoir uni leurs intrts privs dans un intrt commun1 que l'on appela patria1 sous-entendu res1 c'est--dire intrt des pres4 ,les nobles1 seuls citoyens des premires patries1 se nommrent patriciens4 ,dans ce sens1 on peut regarder comme vraie la tradition selon laquelle on ne consultait que la nature dans l'lection des rois des premiers ges4 ,deux passages prcieux de ,tacite1 qu'on lit dans les moeurs des germains1 appuient cette tradition et nous donnent lieu de conjecturer que l'usage dont il parle tait celui de tous les premiers peuples3 non casus1 non fortuita conglobatio turmam aut cuneum facit1 sed famili et propinquitates2 duces exemplo potius qum imperio1 si prompti1 si conspicui1 si ante aciem agant1 admiratione prsunt4 ,tels furent les premiers rois4 ,ce qui le prouve1 c'est que les potes n'imaginrent pas autrement ,jupiter1 le roi des hommes et des dieux4 ,on le voit dans ,homre s'excuser auprs de ,thtis de n'avoir pu contrevenir ce que les dieux avaient une fois dtermin dans le grand conseil de l',olympe4 ,n'est-ce pas l le langage qui convient au roi d'une aristocratie8 ,en vain les stociens voudraient nous prsenter ici ,jupiter comme soumis leur destin2 ,jupiter et tous les dieux ont tenu conseil sur les choses humaines1 et les ont par consquent dtermines par l'effet d'une volont libre4 ,ce passage nous en explique deux autres1 o les politiques croient tort qu',homre dsigne la monarchie3 c'est lorsque ,agamemnon veut abaisser la fiert d',achille1 et qu',ulysse persuade aux grecs1 qui se soulvent pour retourner dans leur patrie1 de continuer le sige de ,troie4 ,dans les deux passages1 il est dit qu'un seul est roi3 mais dans l'un et l'autre il s'agit de la guerre1 dans laquelle il faut toujours un seul chef1 selon la maxime de ,tacite3 eam esse imperandi conditionem1 ut non aliter ratio constet1 quant si uni reddatur4 ,du reste1 partout o ,homre fait mention des hros1 il leur donne l'pithte de rois2 ce qui se rapporte merveille au passage de la ,gense o ,mose1 numrant les descendans d'sa1 les appelle tous rois1 duces 7c'est--dire capitaines7 dans la ,vulgate4 ,les ambassadeurs de ,pyrrhus lui rapportrent qu'ils avaient vu ,rome un snat de rois4 ,note #eg3 ,aristote dfinit les fils1 des instrumens anims de leurs pres2 et jusqu'au temps o la constitution de ,rome devint entirement dmocratique1 les pres du famille conservrent dans son intgrit cette monarchie domestique4 ,dans les premiers sicles1 ils pouvaient vendre leurs fils jusqu' trois fois4 ,plus tard lorsque la civilisation eut adouci les esprits1 l'mancipation se fit par trois ventes fictives4 ,mais les ,gaulois et les ,celtes conservrent toujours le mme pouvoir sur leurs enfans et leurs esclaves4 ,on a retrouv les mmes moeurs dans les ,indes occidentales3 les pres y vendaient rellement leurs enfans2 et en ,europe les ,moscovites et les ,tartares peuvent exercer quatre fois le mme droit4 ,tout ceci prouve combien les modernes se sont mpris sur le sens du mot clbre2 les barbares n'ont point sur leurs enfans le mme pouvoir que les citoyens romains4 ,cette maxime des jurisconsultes anciens se rapporte aux nations vaincues par le peuple romain4 ,la victoire leur tant tout droit civil1 ainsi que nous le dmontrerons1 les vaincus conservaient seulement la puissance paternelle1 donne par la nature1 les liens naturels du sang1 cognationes1 et d'un autre ct le domaine naturel ou bonitaire2 en tout cela leurs obligations taient simplement naturelles1 de jure naturali gentium1 en ajoutant1 avec ,ulpien1 humanarum4 ,mais pour les peuples indpendans de l',empire1 ces droits furent civils1 et prcisment les mmes que ceux des citoyens romains4 7,vico74 ,sans l'hypothse d'une rvolte de serviteurs1 on ne peut comprendre comment les pres auraient consenti assujtir leurs monarchies domestiques la souverainet de l'ordre dont ils faisaient partie4 ,c'est la nature des hommes courageux 7axiome #ha7 de sacrifier le moins qu'ils peuvent de ce qu'ils ont acquis par leur courage1 et seulement autant qu'il est ncessaire pour conserver le reste4 ,aussi voyons-nous souvent dans l'histoire romaine combien les hros rougissaient virtute parta per flagitium amittere4 ,du moment qu'il est tabli 7nous l'avons dmontr et nous le dmontrerons mieux encore7 que les gouvernemens ne sont point ns de la fraude1 ni de la violence d'un seul1 peut-on1 en embrassant tous les cas humainement possibles1 imaginer d'une autre manire comment le pouvoir civil se forma par la runion du pouvoir domestique des pres de famille1 et comment le domaine minent des gouvernemens rsulta de l'ensemble des domaines naturels1 que nous avons dj indiqus comme ayant t ex jure optimo1 c'est--dire libres de toute charge publique ou particulire8 ,les hros ainsi runis en corps politique1 et investis -la-fois du pouvoir sacerdotal et militaire1 nous apparaissent dans la ,grce sous le nom d',hraclides1 dans l'ancienne ,italie1 dans la ,crte et dans l',asie-,mineure1 sous celui de ,curtes4 ,leurs runions furent les comices curiata1 les plus anciens dont fasse mention l'histoire romaine4 ,sans doute on y assistait d'abord les armes la main4 ,dans la suite1 on n'y dlibrait plus que sur les choses sacres1 dont les choses profanes avaient elles-mmes emprunt le caractre dans les premiers temps4 ,tite-,live s'tonne de ce qu'au passage d',annibal1 de pareilles assembles se tenaient dans les ,gaules2 mais nous voyons dans ,tacite1 que chez ce peuple les prtres tenaient des assembles analogues1 dans lesquelles ils ordonnaient les punitions1 comme si les dieux eussent t prsens4 ,il tait raisonnable que les hros se rendissent en armes ces runions1 o l'on ordonnait le chtiment des coupables3 la souverainet des lois est une dpendance de la souverainet des armes4 ,tacite dit aussi en gnral que les ,germains traitaient tout arms des affaires publiques sous la prsidence de leurs prtres4 ,on peut conjecturer qu'il en fut de mme de tous les premiers peuples barbares4 ,d'aprs tout ce qu'on vient de dire1 le droit des ,quirites ou ,curtes dut tre le droit naturel des gens ou nations hroques de l',italie4 ,les ,romains1 pour distinguer leur droit de celui des autres peuples1 l'appelrent jus ,quiritium romanorum4 ,si cette dnomination avait eu pour origine la convention des ,sabins et des ,romains1 si les seconds eussent tir leur nom de ,cure1 capitale des premiers1 ce nom et t ,cureti et non ,quirites2 et si cette capitale des ,sabins se ft appele ,cere1 comme le veulent les grammairiens latins1 le mot driv et t ,cerites1 expression qui dsignait les citoyens condamns par les censeurs porter les charges publiques sans participer aux honneurs4 ,ainsi les premires cits n'eurent pour citoyens que des nobles qui les gouvernaient4 ,mais ils n'auraient eu personne qui commander1 si l'intrt commun ne les et dcids satisfaire leurs cliens rvolts1 et leur accorder la premire loi agraire qu'il y ait eu au monde4 ,afin de ne sacrifier que le moins possible de leurs privilges1 les hros ne leur accordrent que le domaine bonitaire des champs qu'ils leur assignaient4 ,c'est une loi du droit naturel des gens1 que le domaine suit la puissance4 ,or les serviteurs ne jouissant d'abord de la vie que d'une manire prcaire dans les asiles ouverts par les hros1 il tait conforme au droit et la raison qu'ils eussent aussi un domaine prcaire1 et qu'ils en jouissent tant qu'il plairait aux hros de leur conserver la possession des champs qu'ils leur avaient assigns4 ,ainsi les serviteurs devinrent les premiers plbiens 7plebs7 des cits hroques1 o ils n'avaient aucun privilge de citoyen4 ,lorsque ,achille se voit enlever ,brisis par ,agamemnon1 c'est1 dit-il1 un outrage que l'on ne ferait pas un journalier qui n'a aucun droit de citoyen4 ,tels furent les plbiens de ,rome jusqu' l'poque de la lutte dans laquelle ils arrachrent aux patriciens le droit des mariages4 ,la loi des douze tables avait t pour eux une seconde loi agraire par laquelle les nobles leur accordaient le domaine quiritaire des champs qu'ils cultivaient2 mais1 puisqu'en vertu du droit des gens1 les trangers taient capables du domaine civil1 les plbiens qui avaient la mme capacit n'taient point encore citoyens1 et leur mort ils ne pouvaient laisser leurs champs leurs familles1 ni ab intestat1 ni par testament1 parce qu'ils n'avaient pas les droits de suit1 d'agnation1 de gentilit1 qui dpendaient des mariages solennels2 les champs assigns aux plbiens retournaient leurs auteurs1 c'est--dire aux nobles4 ,aussi aspirrent-ils partager les privilges des mariages solennels2 non que1 dans cet tat de misre et d'esclavage1 ils levassent leur ambition jusqu' s'allier aux familles des nobles1 ce qui se serait appel connubia cum patribus4 ,ils demandrent seulement connubia patrum1 c'est--dire la facult de contracter les mariages solennels1 tels que ceux des pres4 ,la principale solennit de ces mariages tait les auspices publics 7auspicia majora1 selon ,messala et ,varron71 ces auspices que les pres revendiquaient comme leur privilge 7auspicia esse sua74 ,demander le droit des mariages1 c'tait donc demander le droit de cit1 dont ils taient le principe naturel2 cela est si vrai1 que le jurisconsulte ,modestinus dfinit le mariage de la manire suivante3 omnis divini et humani juris communicatio4 ,comment dfinirait-on avec plus de prcision le droit de cit lui-mme8 4 ,,ii4 ,les socits politiques sont nes toutes de certains principes ternels des fiefs4 ,conformment aux principes ternels des fiefs que nous avons placs dans nos axiomes 7#hj1 #ha71 il y eut ds la naissance des socits trois espces de proprits ou domaines1 relatives trois espces de fiefs1 que trois classes de personnes possdrent sur trois sortes de choses3 #a domaine bonitaire des fiefs roturiers ou humains1 en prenant le mot d'homme1 comme au moyen ge1 dans le sens de vassal2 c'est la proprit des fruits que les hommes1 ou plbiens1 ou cliens1 ou vassaux1 tiraient des terres des hros1 patriciens ou nobles4 #b ,domaine quiritaire des fiefs nobles1 ou hroques1 ou militaires1 que les hros se rservrent sur leurs terres1 comme droit de souverainet4 ,dans la formation des rpubliques hroques1 ces fiefs souverains1 ces souverainets prives s'assujettirent naturellement la haute souverainet des ordres hroques rgnans4 #c ,domaine civil1 dans toute la proprit du mot4 ,les pres de famille avaient reu les terres de la divine ,providence1 comme une sorte de fiefs divins2 souverains dans l'tat de famille1 ils formrent par leur runion les ordres rgnans dans l'tat de cits4 ,ainsi prirent naissance les souverainets civiles1 soumises ,dieu seul4 ,toutes les puissances souveraines reconnaissent la ,providence1 et ajoutent leurs titres de majest1 par la grce de ,dieu2 elles doivent en effet avouer publiquement que c'est de lui qu'elles tiennent leur autorit1 puisque1 si elles dfendaient de l'adorer1 elles tomberaient infailliblement4 ,jamais il n'y eut au monde une nation d'athes1 de fatalistes1 ni d'hommes qui rapportassent tous les vnemens au hasard4 ,en vertu de ce droit de domaine minent donn aux puissances civiles par la ,providence1 elles sont matresses du peuple et de tout ce qu'il possde4 ,elles peuvent disposer des personnes1 des biens et du travail1 elles peuvent imposer des taxes et des tributs1 lorsqu'elles ont exercer ce droit que j'appelle domaine du fond public 7dominio de' fundi71 et que les crivains qui traitent du droit public appellent domaine minent4 ,mais les souverains ne peuvent l'exercer que pour conserver l'tat dans sa substance1 comme dit l'cole1 parce qu' sa conservation ou sa ruine tiennent la ruine ou la conservation de tous les intrts particuliers4 ,les ,romains ont connu1 au moins par une sorte d'instinct1 cette formation des rpubliques d'aprs les principes ternels des fiefs4 ,nous en avons la preuve dans la formule de la revendication3 aio hunc fundum meum esse ex jure ,quiritium4 ,ils attachaient cette action civile au domaine du fond qui dpend de la cit et drive de la force pour ainsi dire centrale qui lui est propre4 ,c'est par elle que tout citoyen romain est seigneur de sa terre par un domaine indivis 7par une pure distinction de raison1 comme dirait l'cole74 ,de l l'expression ex jure ,quiritium2 ,quirites1 ainsi qu'on l'a vu1 signifiait d'abord les ,romains arms de lances dans les runions publiques qui constituaient la cit4 ,telle est la raison inconnue jusqu'ici pour laquelle les fonds et tous les biens vacans reviennent au fisc1 c'est que tout patrimoine particulier est patrimoine public par indivis2 tout propritaire particulier manquant1 le patrimoine particulier n'est plus dsign comme partie1 et se trouve confondu avec la masse du tout4 ,d'aprs la loi ,papia ,poppea 7,des deshrences71 le patrimoine du clibataire sans parens revenait au fisc1 non comme hritage1 mais comme pcule1 ad populum1 dit ,tacite1 tanquam omnium parentem4444444 ,les premires cits se composrent d'un ordre de nobles et d'une foule de peuples4 ,de l'opposition de ces lmens rsulta une loi ternelle1 c'est que les plbiens veulent toujours changer l'tat des choses1 les nobles le maintenir2 aussi dans les mouvemens politiques donne-t-on le nom d'optimates tous ceux qui veulent maintenir l'ancien tat des choses1 7d'ops1 secours1 puissance1 entranant une ide de stabilit74 ,ici nous voyons natre une double division3 #a4 ,la premire1 des sages et du vulgaire4 ,les hros avaient fond les tats par la sagesse des auspices4 ,c'est relativement cette division1 que le vulgaire conserva l'pithte de profane1 les nobles ou hros tant les prtres des cits hroques4 ,chez les premiers peuples1 on tait le droit de cit par une sorte d'excommunication 7aqu et igne interdicebantur74 #b4 ,la seconde division fut celle de civis1 citoyen1 et hostis1 hte1 tranger1 ennemi2 les premires cits se composaient des hros et de ceux auxquels ils avaient donn asile4 ,les hros1 selon ,aristote1 juraient une ternelle inimiti aux plbiens1 htes des cits hroques4#eh ,note #eh3 ,l'hospitalit hroque entrana aussi dans d'autres occasions l'ide d'inimiti3 ,pris fut hte d',hlne1 ,thse d',ariane1 ,jason de ,mde1 ne de ,didon2 ces enlvemens1 ces trahisons taient des actions hroques4 7,vico74 4 ,,iii4 ,de l'origine du cens et du trsor public 7rarium1 chez les ,romains74 ,dans les anciennes rpubliques1 le cens consistait en une redevance que les plbiens payaient aux nobles pour les terres qu'ils tenaient d'eux4 ,ainsi le cens des ,romains1 dont on rapporte l'tablissement ,servius ,tullius1 fut dans le principe une institution aristocratique4 ,les plbiens avaient encore supporter les usures intolrables des nobles1 et les usurpations frquentes qu'ils faisaient de leurs champs2 au point que1 si l'on en croit les plaintes de ,philippe1 tribun du peuple1 deux mille nobles finirent par possder toutes les terres qui auraient d tre divises entre trois cent mille citoyens4 ,environ quarante ans aprs l'expulsion de ,tarquin-le-,superbe1 la noblesse1 rassure par sa mort1 commena faire sentir sa tyrannie au pauvre peuple1 et le snat parat avoir ordonn alors que les plbiens paieraient au trsor public le cens qu'auparavant ils payaient chacun des nobles1 afin que le trsor pt fournir leurs dpenses dans la guerre4 ,depuis cette poque1 nous voyons le cens reparatre dans l'histoire romaine4 ,tite-,live prtend que les nobles ddaignaient de prsider au cens2 il n'a pas compris qu'ils repoussaient cette institution4 ,ce n'tait plus le cens institu par ,servius ,tullius1 lequel avait t le fondement de l'aristocratie4 ,les nobles1 par leur propre avarice1 avaient dtermin l'institution du nouveau cens1 qui devint1 avec le temps1 le principe de la dmocratie4 ,l'ingalit des proprits dut produire de grands mouvemens1 des rvoltes frquentes de la part du petit peuple4 ,fabius mrita le surnom de ,maximus1 pour les avoir apaiss par sa sagesse1 en ordonnant que tout le peuple romain ft divis en trois classes 7snateurs1 chevaliers1 et plbiens71 dans lesquelles les citoyens se placeraient selon leurs facults4 ,auparavant1 l'ordre des snateurs1 compos entirement de nobles1 occupait seul les magistratures2 les plbiens riches purent entrer dans cet ordre4 ,ils oublirent leurs maux en voyant que la route des honneurs leur tait ouverte dsormais4 ,c'est ce changement1 c'est la loi ,publilia1 qui tablirent la dmocratie dans ,rome1 et non la loi des douze tables1 qu'on aurait apporte d',athnes4 ,aussi ,tite-,live1 tout ignorant qu'il est de ce qui regarde la constitution ancienne de ,rome1 nous raconte que les nobles se plaignaient d'avoir plus perdu par la loi ,publilia1 que gagn par toutes les victoires qu'ils avaient remportes la mme anne4#ei ,note #ei3 ,bernardo ,segni1 traduit ce qu',aristote appelle une rpublique dmocratique1 par republica per censo4 7,vico74 ,dans la dmocratie1 o le peuple entier constitue la cit1 il arriva que le domaine civil ne fut plus ainsi appel dans le sens de domaine public1 quoiqu'il et t appel civil du mot de cit4 ,il se divisa entre tous les domaines privs des citoyens romains dont la runion constituait la cit romaine4 ,dominium optimum signifia bien une pleine proprit1 mais non plus domaine par excellence 7domaine minent74 ,le domaine quiritaire ne signifia plus un domaine dont le plbien ne pouvait tre expuls sans que le noble dont il le tenait vnt pour le dfendre et le maintenir en possession2 il signifia un domaine priv avec facult de revendication1 la diffrence du domaine bonitaire1 qui se maintient par la seule possession4 ,les mmes changemens eurent lieu au moyen ge1 en vertu des lois qui drivent de la nature ternelle des fiefs4 ,prenons pour exemple le royaume de ,france1 dont les provinces furent alors autant de souverainets appartenant aux seigneurs qui relevaient du roi4 ,les biens des seigneurs durent originairement n'tre sujets aucune charge publique4 ,plus tard1 par successions1 par dshrences ou par confiscation pour rbellion1 ils furent incorpors au royaume1 et cessant d'tre ex jure optimo1 devinrent sujets aux charges publiques4 ,d'un autre ct1 les chteaux et les terres qui composaient le domaine particulier des rois1 ayant pass1 par mariage ou par concession1 leurs vassaux1 se trouvent aujourd'hui assujettis des taxes et des tributs4 ,ainsi1 dans les royaumes soumis la mme loi de succession1 le domaine ex jure optimo se confondit peu--peu avec le domaine priv1 sujet aux charges publiques1 de mme que le fisc1 patrimoine des ,empereurs1 alla se confondre avec le trsor ou rarium4 ,,iv4 ,de l'origine des comices chez les ,romains4 ,les deux sortes d'assembles hroques distingues dans ,homre1 ,grec3 boul1 ,grec3 agora1 devaient rpondre aux comices par curies1 qui furent les premires assembles des ,romains1 et leurs comices par tribus4 ,les premiers furent dits curiata 7comitia71 de quir1 quiris1 lance#fj4 ,les quirites1 cureti1 hommes arms de lances1 et investis du droit sacerdotal des augures1 paraissaient seuls aux comices curiata4 ,note #fj3 ,de mme que les ,grecs1 du mot ,grec3 cheir1 la main1 qui par extension signifie aussi puissance chez toutes les nations1 tirrent celui de ,grec3 kuria1 dans un sens analogue celui du latin curia4 7,vico74 ,depuis que ,fabius ,maximus eut distribu les citoyens selon leurs biens1 en trois classes1 snateurs1 chevaliers1 et plbiens1 les nobles ne formrent plus un ordre dans la cit1 et se partagrent1 selon leur fortune1 entre les trois classes4 ,ds-lors on distingua le patricien du snateur et du chevalier1 le plbien de l'homme sans naissance 7ignobilis72 plbien ne fut plus oppos patricien1 mais snateur ou chevalier2 ce mot dsigna un citoyen pauvre1 quelque noble qu'il pt tre2 snateur1 au contraire1 ne fut plus synonyme de patricien1 mais il dsigna le citoyen riche1 mme sans naissance4 ,depuis cette poque1 on appela comices par centuries les assembles dans lesquelles tout le peuple romain se runissait dans ses trois classes pour dcider des affaires publiques1 et particulirement pour voter sur les lois consulaires4 ,dans les comices par tribus1 le peuple continua voter sur les lois tribunitiennes ou plbiscites ce qui pendant long-temps n'avait signifi que3 lois communiques au peuple1 lois publies devant les plbiens1 plebi scita ou nota1 telle que la loi de l'ternelle expulsion des ,tarquins1 promulgue par ,junius ,brutus4 ,pour la rgularit des crmonies religieuses1 les comices par curies1 o l'on traitait des choses sacres1 furent toujours les assembles des seuls chefs des curies2 au temps des rois1 o ces assembles commencrent1 on y traitait de toutes les choses profanes en les considrant comme sacres4 4 ,v4 ,,corollaire4 ,c'est la divine ,providence qui rgle les socits1 et qui a fond le droit naturel des gens4 ,en voyant les socits natre ainsi dans l'ge divin1 avec le gouvernement thocratique1 pour se dvelopper sous le gouvernement hroque1 qui conserve l'esprit du premier1 on prouve une admiration profonde pour la sagesse avec laquelle la ,providence conduisit l'homme un but tout autre que celui qu'il se proposait1 lui imprima la crainte de la ,divinit1 et fonda la socit sur la religion4 ,la religion arrta d'abord les gans dans les terres qu'ils occuprent les premiers1 et cette prise de possession fut l'origine de tous les droits de proprit1 de tous les domaines4 ,retirs au sommet des monts1 ils y trouvrent1 pour fixer leur vie errante1 des lieux salubres1 forts de situation1 et pourvus d'eau1 trois circonstances indispensables pour lever des cits4 ,c'est encore la religion qui les dtermina former une union rgulire et aussi durable que la vie1 celle du mariage1 d'o nous avons vu driver le pouvoir paternel1 et par suite tous les pouvoirs4 ,par cette union ils se trouvrent avoir fond les familles1 berceau des socits politiques4 ,enfin1 en ouvrant les asiles1 ils donnrent lieu aux clientles1 qui1 par suite de la premire loi agraire dont nous avons parl1 devaient produire les cits4 ,composes d'un ordre de nobles qui commandaient1 et d'un ordre de plbiens ns pour obir1 les cits eurent d'abord un gouvernement aristocratique4 ,rien ne pouvait tre plus conforme la nature sauvage et solitaire de ces premiers hommes1 puisque l'esprit de l'aristocratie est la conservation des limites qui sparent les diffrens ordres au-dedans1 les diffrens peuples au-dehors4 ,grce cette forme de gouvernement1 les nations nouvellement entres dans la civilisation1 devaient rester long-temps sans communication extrieure1 et oublier ainsi l'tat sauvage et bestial d'o elles taient sorties4 ,les hommes n'ayant encore que des ides trs particulires1 et ne pouvant comprendre ce que c'est que le bien commun1 la ,providence sut1 au moyen de cette forme de gouvernement1 les conduire s'unir leur patrie1 dans le but de conserver un objet d'intrt priv1 aussi important pour eux que leur monarchie domestique2 de cette manire1 sans aucun dessein1 ils s'accordrent dans cette gnralit du bien social1 qu'on appelle rpublique4 ,maintenant recourons ces preuves divines dont on a parl dans le chapitre de la ,mthode2 examinons combien sont naturels et simples les moyens par lesquels la ,providence a dirig la marche de l'humanit1 rapprochons-en le nombre infini des phnomnes qui se rapportent aux quatre causes dans lesquelles nous verrons partout les lmens du monde social 7les religions1 les mariages1 les asiles et la premire loi agraire71 et cherchons ensuite entre tous les cas humainement possibles1 si des choses si nombreuses et si varies ont pu avoir des origines plus simples et plus naturelles4 ,au moment o les socits devaient natre1 les matriaux1 pour ainsi parler1 n'attendaient plus que la forme4 ,j'appelle matriaux les religions1 les langues1 les terres1 les mariages1 les noms propres et les armes ou emblmes1 enfin les magistratures et les lois4 ,toutes ces choses furent d'abord propres l'individu1 libres en cela mme qu'elles taient individuelles1 et1 parce qu'elles taient libres1 capables de constituer de vritables rpubliques4 ,ces religions1 ces langues1 etc41 avaient t propres aux premiers hommes1 monarques de leur famille4 ,en formant par leur union des corps politiques1 ils donnrent naissance la puissance civile1 puissance souveraine1 de mme que dans l'tat prcdent celle des pres sur leurs familles n'avait relev que de ,dieu4 ,cette souverainet civile1 considre comme une personne1 eut son me et son corps3 l'me fut une compagnie de sages1 tels qu'on pouvait en trouver dans cet tat de simplicit1 de grossiret4 ,les plbiens reprsentrent le corps4 ,aussi est-ce une loi ternelle dans les socits1 que les uns y doivent tourner leur esprit vers les travaux de la politique1 tandis que les autres appliquent leur corps la culture des arts et des mtiers4 ,mais c'est aussi une loi que l'me doit toujours y commander1 et le corps toujours servir4 ,une chose doit augmenter encore notre admiration4 ,la ,providence1 en faisant natre les familles1 qui1 sans connatre le ,dieu vritable1 avaient au moins quelque notion de la ,divinit1 en leur donnant une religion1 une langue1 etc41 qui leur fussent propres1 avait dtermin l'existence d'un droit naturel des familles1 que les pres suivirent ensuite dans leurs rapports avec leurs cliens4 ,en faisant natre les rpubliques sous une forme aristocratique1 elle transforma le droit naturel des familles1 qui s'tait observ dans l'tat de nature1 en droit naturel des gens1 ou des peuples4 ,en effet1 les pres de famille qui s'taient rserv leur religion1 leur langue1 leur lgislation particulire l'exclusion de leurs cliens1 ne purent se sparer ainsi sans attribuer ces privilges aux ordres souverains dans lesquels ils entrrent2 c'est en cela que consista la forme si rigoureusement aristocratique des rpubliques hroques4 ,de cette manire1 le droit des gens qui s'observe maintenant entre les nations1 fut1 l'origine des socits1 une sorte de privilge pour les puissances souveraines4 ,aussi le peuple o l'on ne trouve point une puissance souveraine investie de tels droits1 n'est point un peuple proprement parler1 et ne peut traiter avec les autres d'aprs les lois du droit des gens2 une nation suprieure exercera ce droit pour lui4 4 ,,vi4 ,suite de la politique hroque4 ,tous les historiens commencent l'ge hroque avec les courses navales de ,minos et l'expdition des ,argonautes2 ils en voient la continuation dans la guerre de ,troie1 la fin dans les courses errantes des hros1 qu'ils terminent au retour d',ulysse4 ,c'est alors que dut natre ,neptune1 le dernier des douze grands dieux4 ,la marine est1 cause de sa difficult1 l'un des derniers arts que trouvent les nations4 ,nous voyons dans l',odysse que1 lorsque ,ulysse aborde sur une nouvelle terre1 il monte sur quelque colline pour voir s'il dcouvrira la fume qui annonce les habitations des hommes4 ,d'un autre ct1 nous avons cit dans les axiomes ce que dit ,platon sur l'horreur que les premiers peuples prouvrent long-temps pour la mer4 ,thucydide en explique la raison en nous apprenant que la crainte des pirates empcha long-temps les peuples grecs d'habiter sur les rivages4 ,voil pourquoi ,homre arme la main de ,neptune du trident qui fait trembler la terre4 ,ce trident n'tait qu'un croc pour arrter les barques2 le pote l'appelle dent par une belle mtaphore1 en ajoutant une particule qui donne au mot le sens superlatif4 ,dans ces vaisseaux de pirates nous reconnaissons le taureau1 sous la forme duquel ,jupiter enlve ,europe2 le ,minotaure1 ou taureau de ,minos1 avec lequel il enlevait les jeunes garons et les jeunes filles des ctes de l',attique4 ,les antennes s'appelaient cornua navis4 ,nous y voyons encore le monstre qui doit dvorer ,andromde1 et le cheval ail sur lequel ,perse vient la dlivrer4 ,les voiles du vaisseau furent appeles ses ailes1 alarum remigium4 ,le fil d',ariane est l'art de la navigation1 qui conduit ,thse travers le labyrinthe des les de la mer ge4 ,plutarque1 dans sa ,vie de ,thse1 dit que les hros tenaient grand honneur le nom de brigand1 de mme qu'au moyen ge1 o reparut la barbarie antique1 l'italien corsale tait pris pour un titre de seigneurie4 ,solon1 dans sa lgislation1 permit1 dit-on1 les associations pour cause de piraterie4 ,mais ce qui tonne le plus1 c'est que ,platon et ,aristote placent le brigandage parmi les espces de chasse4 ,en cela1 les plus grands philosophes d'une nation si claire sont d'accord avec les barbares de l'ancienne ,germanie1 chez lesquels1 au rapport de ,csar1 le brigandage1 loin de paratre infme1 tait regard comme un exercice de vertu4 ,pour des peuples qui ne s'appliquaient aucun art1 c'tait fuir l'oisivet4 ,cette coutume barbare dura si long-temps chez les nations les plus polices1 qu'au rapport de ,polybe1 les ,romains imposrent aux ,carthaginois1 entre autres conditions de paix1 celle de ne point passer le cap de ,plore pour cause de commerce ou de piraterie4 ,si l'on allgue qu' cette poque les ,carthaginois et les ,romains n'taient1 de leur propre aveu1 que des barbares#fa1 nous citerons les ,grecs eux-mmes qui1 aux temps de leur plus haute civilisation1 pratiquaient1 comme le montrent les sujets de leurs comdies1 ces mmes coutumes qui font aujourd'hui donner le nom de barbarie la cte d',afrique oppose l',europe4 ,note #fa3 ,plaute dit dans plusieurs endroits1 qu'il a traduit1 en langue barbare1 les comdies grecques4441 ,marcus vertit barbar4 7,vico74 ,le principe de cet ancien droit de la guerre fut le caractre inhospitalier des peuples hroques que nous avons observ plus haut4 ,les trangers taient leurs yeux d'ternels ennemis1 et ils faisaient consister l'honneur de leurs empires les tenir le plus loigns qu'il tait possible de leurs frontires2 c'est ce que ,tacite nous rapporte des ,suves1 le peuple le plus fameux de l'ancienne ,germanie4 ,un passage prcieux de ,thucydide prouve que les trangers taient considrs comme des brigands4 ,jusqu' son temps#fb1 les voyageurs qui se rencontraient sur terre ou sur mer1 se demandaient rciproquement s'ils n'taient point des brigands ou des pirates1 en prenant sans doute ce mot dans le sens d'trangers4 ,nous retrouvons cette coutume chez toutes les nations barbares1 au nombre desquels on est forc de compter les ,romains1 lorsqu'on lit ces deux passages curieux de la loi des douze tables3 ,adversus hostem terna auctoritas esto4--,si status dies sit1 cum hoste venito#fc4 ,les peuples civiliss eux-mmes n'admettent d'trangers que ceux qui ont obtenu une permission expresse d'habiter parmi eux4 ,note #fb3 ,grec3 ,ouk echontos p aischunn toutou tou ergou1 7tou arpazein71 pherontos de ti kai doxs mallon4 ,dlousi de tn te peirtn tines eti kai nun1 hois kosmos kals touto dran1 kai hoi palaioi tn poitn tas pusteis tn katapleontn pantachou homois ertntes hei lstai eisin hs oute hn punthanontai apaxiountn to ergon1 hois t' epimeles ein eidenai1 ouk oneidizontn4 ,note #fc3 ,on prend ordinairement dans ce passage le mot hostis dans le sens de l'adverse partie2 mais ,cicron observe prcisment ce sujet que hostis tait pris par les anciens latins dans le sens du peregrinus4 7,vico74 ,les cits1 selon ,platon1 eurent en quelque sorte dans la guerre leur principe fondamental2 la guerre elle-mme1 ,grec3 polemos1 tira son nom de ,grec3 polis1 cit444 ,cette ternelle inimiti des peuples jeta beaucoup de jour sur le rcit qu'on lit dans ,tite-,live1 de la premire guerre d',albe et de ,rome3 ,les ,romains1 dit-il1 avaient long-temps fait la guerre contre les ,albains1 c'est--dire que les deux peuples avaient long-temps auparavant exerc rciproquement ces brigandages dont nous parlons4 ,l'action d',horace qui tue sa soeur pour avoir pleur ,curiace1 devient plus vraisemblable si l'on suppose qu'il tait non son fianc1 mais son ravisseur#fd4 ,il est bien digne de remarque1 que1 par ce genre de convention1 la victoire de l'un des deux peuples devait tre dcide par l'issue du combat des principaux intresss1 tels que les trois ,horaces et les trois ,curiaces dans la guerre d',albe1 tels que ,pris et ,mnlas dans la guerre de ,troie4 ,de mme1 quand la barbarie antique reparut au moyen ge1 les princes dcidaient eux-mmes les querelles nationales par des combats singuliers1 et les peuples se soumettaient ces sortes de jugemens4 ,albe ainsi considre fut la ,troie latine1 et l',hlne romaine fut la soeur d',horace4 ,note #fd3 ,comment expliquer cette prtendue alliance1 quand ,romulus lui-mme1 sorti du sang des rois d',albe1 vengeur de ,numitor auquel il avait rendu le trne1 ne put trouver de femmes chez les ,albains4 7,vico74 ,les dix ans du sige de ,troie clbrs chez les ,grecs1 rpondent1 chez les ,latins1 aux dix ans du sige de ,veies2 c'est un nombre fini pour le nombre infini des annes antrieures1 pendant lesquelles les cits avaient exerc entr'elles de continuelles hostilits4#feff ,note #fe3 ,le nombre1 chose la plus abstraite de toutes1 fut la dernire que comprirent les nations4 ,pour dsigner un grand nombre1 on se servit d'abord de celui de douze1 de l les douze grands dieux1 les douze travaux d',hercule1 les douze parties de l'as1 les douze tables1 etc4 ,les ,latins ont conserv1 d'une poque o l'on connaissait mieux les nombres1 leur mot sexcenti1 et les ,italiens1 cento1 et ensuite cento e mille1 pour dire un nombre innombrable4 ,les philosophes seuls peuvent arriver comprendre l'ide d'infini4 7,vico74 ,note #ff3 ,il est croire qu'au temps de la guerre de ,troie1 le nom de ,grec3 achaioi1 achivi1 tait restreint une partie du peuple grec1 qui fit cette guerre2 mais ce nom s'tant tendu toute la nation1 on dit au temps d',homre que toute la ,grce s'tait ligue contre ,troie4 ,ainsi nous voyons dans ,tacite que ce nom de ,germanie1 tendu depuis une vaste contre de l',europe1 n'avait dsign originalement qu'une tribu qui1 passant le ,rhin1 chassa les ,gaulois de ses bords2 la gloire de cette conqute fit adopter ce nom par toute la ,germanie1 comme la gloire du sige de ,troie avait fait adopter celui d'achivi par tous les ,grecs4 7,vico74 ,les guerres ternelles des cits anciennes1 leur loignement pour former des ligues et des confdrations1 nous expliquent pourquoi l',espagne fut soumise par les ,romains2 l',espagne1 dont ,csar avouait que partout ailleurs il avait combattu pour l'empire1 l seulement pour la vie2 l',espagne1 que ,cicron proclamait la mre des plus belliqueuses nations du monde4 ,la rsistance de ,sagunte1 arrtant pendant huit mois la mme arme qui1 aprs tant de pertes et de fatigues1 faillit triompher de ,rome elle-mme dans son ,capitole2 la rsistance de ,numance1 qui fit trembler les vainqueurs de ,carthage1 et ne put tre rduite que par la sagesse et l'hrosme du triomphateur de l',afrique1 n'taient-elles pas d'assez grandes leons pour que cette nation gnreuse unt toutes ses cits dans une mme confdration1 et fixt l'empire du monde sur les bords du ,tage8 ,il n'en fut point ainsi3 l',espagne mrita le dplorable loge de ,florus3 sola omnium provinciarum vires suas1 postquam victa est1 intellexit4 ,tacite fait la mme remarque sur les ,bretons1 que son ,agricola trouva si belliqueux3 dum singuli pugnant1 universi vincuntur4 ,les historiens frapps de l'clat des entreprises navales des temps hroques1 n'ont point remarqu les guerres de terre qui se faisaient aux mmes poques1 encore moins la politique hroque qui gouvernait alors la ,grce4 ,mais ,thucydide1 cet crivain plein de sens et de sagacit1 nous en donne une indication prcieuse3 ,les cits hroques1 dit-il1 taient toutes sans murailles1 comme ,sparte dans la ,grce1 comme ,numance1 la ,sparte de l',espagne2 telle tait1 ajoute-t-il1 la fiert indomptable et la violence naturelle des hros1 que tous les jours ils se chassaient les uns les autres de leurs tablissemens4 ,ainsi ,amulius chassa ,numitor1 et fut chass lui-mme par ,romulus1 qui rendit ,albe son premier roi4 ,qu'on juge combien il est raisonnable de chercher un moyen de certitude pour la chronologie dans les gnalogies hroques de la ,grce1 et dans cette suite non interrompue des quatorze rois latins6 ,dans les sicles les plus barbares du moyen ge1 on ne trouve rien de plus inconstant1 de plus variable1 que la fortune des maisons royales4 ,urbem ,romam principio reges ,,habuere1 dit ,tacite la premire ligne des ,annales4 ,l'ingnieux crivain s'est servi du plus faible des trois mots employs par les jurisconsultes pour dsigner la possession1 habere1 tenere1 possidere4 4 ,,vii4 ,,corollaires ,relatifs aux antiquits romaines1 et particulirement la prtendue monarchie de ,rome1 la prtendue libert populaire qu'aurait fonde ,junius ,brutus4 ,en considrant ces rapports innombrables de l'histoire politique des ,grecs et des ,romains1 tout homme qui consulte la rflexion plutt que la mmoire ou l'imagination1 affirmera sans hsiter que1 depuis les temps des rois jusqu' l'poque o les plbiens partagrent avec les nobles le droit des mariages solennels1 le peuple de ,mars se composa des seuls nobles4444 ,on ne peut admettre que les plbiens1 que la tourbe des plus vils ouvriers1 traits ds l'origine comme esclaves1 eussent le droit d'lire les rois1 tandis que les ,pres auraient seulement sanctionn l'lection4 ,c'est confondre ces premiers temps avec celui o les plbiens taient dj une partie de la cit1 et concouraient lire les consuls1 droit qui ne leur fut communiqu par les ,pres qu'aprs celui des mariages solennels1 c'est--dire au moins trois cents ans aprs la mort de ,romulus4 ,lorsque les philosophes ou les historiens parlent des premiers temps1 ils prennent le mot peuple dans un sens moderne1 parce qu'ils n'ont pu imaginer les svres aristocraties des ges antiques2 de l deux erreurs dans l'acception des mots rois et libert4 ,tous les auteurs ont cru que la royaut romaine tait monarchique1 que la libert fonde par ,junius ,brutus tait une libert populaire4 ,on peut voir ce sujet l'inconsquence de ,bodin4 ,tout ceci nous est confirm par ,tite-,live1 qui1 en racontant l'institution du consulat par ,junius ,brutus1 dit positivement qu'il n'y eut rien de chang dans la constitution de ,rome 7,brutus tait trop sage pour faire autre chose que la ramener la puret de ses principes primitifs71 et que l'existence de deux consuls annuels ne diminua rien de la puissance royale1 nihil quicquam de regi potestate deminutum4 ,ces consuls taient deux rois annuels d'une aristocratie1 reges annuos1 dit ,cicron dans le livre des lois1 de mme qu'il y avait ,sparte des rois vie1 quoique personne ne puisse contester le caractre aristocratique de la constitution lacdmonienne4 ,les consuls1 pendant leur rgne1 taient1 comme on sait1 sujets l'appel1 de mme que les rois de ,sparte taient sujets la surveillance des phores3 leur rgne annuel tant fini1 les consuls pouvaient tre accuss1 comme on vit les phores condamner mort des rois de ,sparte4 ,ce passage de ,tite-,live nous dmontre donc -la-fois1 et que la royaut romaine fut aristocratique1 et que la libert fonde par ,brutus ne fut point populaire1 mais particulire aux nobles2 elle n'affranchit pas le peuple des patriciens1 ses matres1 mais elle affranchit ces derniers de la tyrannie des ,tarquins4 ,si la varit de tant de causes et d'effets observs jusqu'ici dans l'histoire de la rpublique romaine1 si l'influence continue que ces causes exercrent sur ces effets1 ne suffisent pas pour tablir que la royaut chez les ,romains eut un caractre aristocratique1 et que la libert fonde par ,brutus fut restreinte l'ordre des nobles1 il faudra croire que les ,romains1 peuple grossier et barbare1 ont reu de ,dieu un privilge refus la nation la plus ingnieuse et la plus police1 celle des ,grecs2 qu'ils ont connu leurs antiquits1 tandis que les ,grecs1 au rapport de ,thucydide1 ne surent rien des leurs jusqu' la guerre du ,ploponse#fg4 ,mais quand on accorderait ce privilge aux ,romains1 il faudrait convenir que leurs traditions ne prsentent que des souvenirs obscurs1 que des tableaux confus1 et qu'avec tout cela la raison ne peut s'empcher d'admettre ce que nous avons tabli sur les antiquits romaines4 ,note #fg3 ,nous avons observ dans la table chronologique que cette poque est pour l'histoire grecque celle de la plus grande lumire1 comme pour l'histoire romaine l'poque de la seconde guerre punique2 c'est alors que ,tite-,live dclare qu'il crit l'histoire avec plus de certitude2 et pourtant il n'hsite point d'avouer qu'il ignore les trois circonstances historiques les plus importantes4 ,voyez la table chronologique4 7,vico74 4 ,,viii4 ,,corollaire ,relatif l'hrosme des premiers peuples4 ,d'aprs les principes de la politique hroque tablis ci-dessus1 l'hrosme des premiers peuples1 dont nous sommes obligs de traiter ici1 fut bien diffrent de celui qu'ont imagin les philosophes1 imbus de leurs prjugs sur la sagesse merveilleuse des anciens1 et tromps par les philologues sur le sens de ces trois mots1 peuple1 roi et libert4 ,ils ont entendu par le premier mot1 des peuples o les plbiens seraient dj citoyens1 par le second1 des monarques1 par le troisime1 une libert populaire4 ,ils ont fait entrer dans l'hrosme des premiers ges1 trois ides naturelles des esprits clairs et adoucis par la civilisation3 l'ide d'une justice raisonne1 et conduite par les maximes d'une morale socratique2 l'ide de cette gloire qui rcompense les bienfaiteurs du genre humain2 enfin1 l'ide d'un noble dsir de l'immortalit4 ,partant de ces trois erreurs1 ils ont cru que les rois et autres grands personnages des temps anciens s'taient consacrs1 eux1 leurs familles1 et tout ce qui leur appartenait1 adoucir le sort des malheureux qui forment la majorit dans toutes les socits du monde4 ,cependant cet ,achille1 le plus grand des hros grecs1 ,homre nous le reprsente sous trois aspects entirement contraires aux ides que les philosophes ont conues de l'hrosme antique4 ,achille est-il juste quand ,hector lui demande la spulture en cas qu'il prisse1 et que1 sans rflchir au sort commun de l'humanit1 il rpond durement3 ,quel accord entre l'homme et le lion1 entre le loup et l'agneau8 ,quand je t'aurai tu1 je te dpouillerai1 pendant trois jours je te tranerai li mon char autour des murs de ,troie1 et tu serviras ensuite de pture mes chiens4 ,aime-t-il la gloire1 lorsque1 pour une injure particulire1 il accuse les dieux et les hommes1 se plaint ,jupiter de son rang lev1 rappelle ses soldats de l'arme allie1 et que1 ne rougissant point de se rjouir avec ,patrocle de l'affreux carnage que fait ,hector de ses compatriotes1 il forme le souhait impie que tous les ,troiens et tous les ,grecs prissent dans cette guerre1 et que ,patrocle et lui survivent seuls leur ruine8 ,annonce-t-il le noble amour de l'immortalit1 lorsqu'aux enfers1 interrog par ,ulysse s'il est satisfait de ce sjour1 il rpond qu'il aimerait mieux vivre encore1 et tre le dernier des esclaves8 ,voil le hros qu',homre qualifie toujours du nom d'irrprochable 7,grec3 amumn17 et qu'il semble proposer aux ,grecs pour modle de la vertu hroque8 ,si l'on veut qu',homre instruise autant qu'il intresse1 ce qui est le devoir du pote1 on ne doit entendre par ce hros irrprochable1 que le plus orgueilleux1 le plus irritable de tous les hommes2 la vertu clbre en lui1 c'est la susceptibilit1 la dlicatesse du point d'honneur1 dans laquelle les duellistes faisaient consister toute leur morale1 lorsque la barbarie antique reparut au moyen ge1 et que les romanciers exaltent dans leurs chevaliers errans4 ,quant l'histoire romaine1 on apprciera les hros qu'elle vante1 si l'on rflchit l'ternelle inimiti que1 selon ,aristote1 les nobles ou hros juraient aux plbiens4 ,qu'on parcoure l'ge de la vertu romaine1 que ,tite-,live fixe au temps de la guerre contre ,pyrrhus 7nulla tas virtutum feracior71 et que1 d'aprs ,salluste 7saint ,augustin1 ,cit de ,dieu71 nous tendons depuis l'expulsion des rois jusqu' la seconde guerre punique4 ,ce ,brutus1 qui immole la libert ses deux fils1 espoir de sa famille2 ce ,scvola qui effraie ,porsenna et dtermine sa retraite en brlant la main qui n'a pu l'assassiner2 ce ,manlius qui punit de mort la faute glorieuse d'un fils vainqueur2 ces ,dcius qui se dvouent pour sauver leurs armes2 ces ,fabricius1 ces ,curius1 qui repoussent l'or des ,samnites1 et les offres magnifiques du roi d'pire2 ce ,rgulus enfin1 qui1 par respect pour la saintet du serment1 va chercher ,carthage la mort la plus cruelle2 que firent-ils pour l'avantage des infortuns plbiens8 ,tout l'hrosme des matres du peuple ne servait qu' l'puiser par des guerres interminables1 qu' l'enfoncer dans un abme d'usure1 pour l'ensevelir ensuite dans les cachots particuliers des nobles1 o les dbiteurs taient dchirs coups de verges1 comme les plus vils des esclaves4 ,si quelqu'un tentait de soulager les plbiens par une loi agraire1 l'ordre des nobles accusait et mettait mort le bienfaiteur du peuple4 ,tel fut le sort 7pour ne citer qu'un exemple7 de ce ,manlius qui avait sauv le ,capitole4 ,sparte1 la ville hroque de la ,grce1 eut son ,manlius dans le roi ,agis2 ,rome1 la ville hroque du monde1 eut son ,agis dans la personne de ,manlius3 ,agis entreprit de soulager le pauvre peuple de ,lacdmone1 et fut trangl par les phores2 ,manlius1 souponn ,rome du mme dessein1 fut prcipit de la roche ,tarpienne4 ,par cela seul que les nobles des premiers peuples se tenaient pour hros1 c'est--dire pour des tres d'une nature suprieure celle des plbiens1 ils devaient maltraiter la multitude4 ,en lisant l'histoire romaine1 un lecteur raisonnable doit se demander avec tonnement que pouvait tre cette vertu si vante des ,romains avec un orgueil si tyrannique8 cette modration avec tant d'avarice8 cette douceur avec un esprit si farouche8 cette justice au milieu d'une si grande ingalit8 ,les principes qui peuvent faire cesser cet tonnement1 et nous expliquer l'hrosme des anciens peuples1 sont ncessairement les suivans3 ,i4 ,en consquence de l'ducation sauvage des gans dont nous avons parl1 l'ducation des enfans doit conserver chez les peuples hroques cette svrit1 cette barbarie originaire2 les ,grecs et les ,romains pouvaient tuer leurs enfans nouveau ns2 les ,lacdmoniens battaient de verges leurs enfans dans le temple de ,diane1 et souvent jusqu' la mort4 ,au contraire1 c'est la sensibilit paternelle des modernes1 qui leur donne en toute chose cette dlicatesse trangre l'antiquit4--,,ii4 ,les pouses doivent s'acheter1 chez de tels peuples1 avec les dots hroques1 usage que les prtres romains conservrent dans la solennit de leurs mariages1 qu'ils contractaient coemptione et farre4 ,tacite en dit autant des anciens ,germains1 auxquels cette coutume tait probablement commune avec tous les peuples barbares4 ,chez eux1 les femmes sont considres par leurs maris comme ncessaires pour leur donner des enfans1 mais du reste traites comme esclaves4 ,telles sont les moeurs du nouveau monde et d'une grande partie de l'ancien4 ,au contraire1 lorsque la femme apporte une dot1 elle achte la libert du mari1 et obtient de lui un aveu public qu'il est incapable de supporter les charges du mariage4 ,c'est peut-tre l'origine des privilges importans dont les ,empereurs romains favorisent les dots4--,,iii4 ,les fils acquirent1 les femmes pargnent pour leurs pres et leurs maris2 c'est le contraire de ce qui se fait chez les modernes4--,,iv4 ,les jeux et les plaisirs sont fatigans1 comme la lutte1 la course4 ,homre dit toujours ,achille aux pieds lgers4 ,ils sont en outre dangereux3 ce sont des jotes1 des chasses1 exercices capables de fortifier l'me et le corps1 et d'habituer mpriser1 prodiguer la vie4--,v4 ,ignorance complte du luxe1 des commodits sociales1 des doux loisirs4--,,vi4 ,les guerres sont toutes religieuses1 et par consquent atroces4--,,vii4 ,de telles guerres entranent dans toute leur duret les servitudes hroques2 les vaincus sont regards comme des hommes sans dieux1 et perdent non-seulement la libert civile1 mais la libert naturelle4--,d'aprs toutes ces considrations1 les rpubliques doivent tre alors des aristocraties naturelles11 c'est--dire composes d'hommes qui soient naturellement les plus courageux2 le gouvernement doit tre de nature rserver tous les honneurs civils un petit nombre de nobles1 de pres de famille1 qui fassent consister le bien public dans la conservation de ce pouvoir absolu qu'ils avaient originairement sur leurs familles1 et qu'ils ont maintenant dans l'tat1 de sorte qu'ils entendent le mot patrie dans le sens tymologique qu'on peut lui donner1 l'intrt des pres 7patria1 sous-entendu res74 ,tel fut donc l'hrosme des premiers peuples1 telle la nature morale des hros1 tels leurs usages1 leurs gouvernemens et leurs lois4 ,cet hrosme ne peut dsormais se reprsenter1 pour des causes toutes contraires celles que nous avons numres1 et qui ont produit deux sortes de gouvernemens humains1 les rpubliques populaires et les monarchies4 ,le hros digne de ce nom1 caractre bien diffrent de celui des temps hroques1 est appel par les souhaits des peuples affligs2 les philosophes en raisonnent1 les potes l'imaginent1 mais la nature des socits ne permet pas d'esprer un tel bienfait du ciel4 ,tout ce que nous avons dit jusqu'ici sur l'hrosme des premiers peuples1 reoit un nouveau jour des axiomes relatifs l'hrosme romain1 que l'on trouvera analogue l'hrosme des ,athniens encore gouverns par le snat aristocratique de l'aropage1 et l'hrosme de ,sparte1 rpublique d'hraclides1 c'est--dire de hros1 ou nobles1 comme on l'a dmontr4 ,,chapitre ,,vii4 ,,de ,,la ,,physique ,,po,,tique4 ,aprs avoir observ quelle fut la sagesse des premiers hommes dans la logique1 la morale1 l'conomie et la politique1 passons au second rameau de l'arbre mtaphysique1 c'est--dire la physique1 et de l la cosmographie1 par laquelle nous parvenons l'astronomie1 pour traiter ensuite de la chronologie et de la gographie1 qui en drivent4 4 ,i4 ,de la physiologie potique4 ,les potes thologiens1 dans leur physique grossire1 considrrent dans l'homme deux ides mtaphysiques1 tre1 subsister4 ,sans doute ceux du ,latium conurent bien grossirement l'tre1 puisqu'ils le confondirent avec l'action de manger4 ,tel fut probablement le premier sens du mot sum1 qui depuis eut les deux significations4 ,aujourd'hui mme nous entendons nos paysans dire d'un malade1 il mange encore1 pour il vit encore4 ,rien de plus abstrait que l'ide d'existence4 ,ils conurent aussi l'ide de subsister c'est--dire tre debout1 tre sur ses pieds4 ,c'est dans ce sens que les destins d',achille taient attaches ses talons4 ,les premiers hommes rduisaient toute la machine du corps humain aux solides et aux liquides4 ,les ,,solides eux-mmes1 ils les rduisaient aux chairs1 viscera vesci voulait dire se nourrir1 parce que les alimens que l'on assimile font de la chair2 aux os et articulations1 artus observons que artus vient du mot ars1 qui chez les anciens ,latins signifiait la force du corps2 d'o artitus1 robuste2 ensuite on donna ce nom d'ars tout systme de prceptes propres former quelques facults de l'me2 aux nerfs1 qu'ils prirent pour les forces1 lorsque1 usant encore du langage muet1 ils parlaient avec des signes matriels ce n'est pas sans raison qu'ils prirent nerfs dans ce sens1 puisque les nerfs tendent les muscles1 dont la tension fait la force de l'homme2 enfin la moelle1 c'est dans la moelle qu'ils placrent non moins sagement l'essence de la vie l'amant appelait sa matresse medulla1 et medullits voulait dire de tout coeur2 lorsque l'on veut dsigner l'excs de l'amour1 on dit qu'il brle la moelle des os1 urit medullas4 ,pour les ,,liquides1 ils les rduisaient une seule espce1 celle du sang2 ils appelaient sang la liqueur spermatique1 comme le prouve la priphrase sanguine cretus1 pour engendr2 et c'tait encore une expression juste1 puisque cette liqueur semble forme du plus pur de notre sang4 ,avec la mme justesse1 ils appelrent le sang le suc des fibres1 dont se compose la chair4 ,c'est de l que les ,latins conservrent succi plenus1 pour dire charnu1 plein d'un sang abondant et pur4 ,quant l'autre partie de l'homme1 qui est l'me1 les potes thologiens la placrent dans l'air1 chez les ,latins anima2 l'air fut pour eux le vhicule de la vie1 d'o les ,latins conservrent la phrase anim vivimus1 et en posie1 ferri ad vitales auras1 pour natre2 ducere vitales auras1 pour vivre2 vitam referre in auras1 pour mourir2 et en prose animam ducere1 vivre2 animam trahere1 tre l'agonie2 animam efflare1 emittere1 expirer2 ensuite les physiciens placrent aussi dans l'air l'me du monde4 ,c'est encore une expression juste que animus pour la partie doue du sentiment3 les ,latins disent animo sentimus4 ,ils considrrent animus comme mle1 anima comme femelle1 parce que animus agit sur anima2 le premier est l'igneus vigor dont parle ,virgile2 de sorte qu'animus aurait son sujet dans les nerfs1 anima dans le sang et dans les veines4 ,l'ther serait le vhicule d'animus1 l'air celui d'anima2 le premier circulant avec toute la rapidit des esprits animaux1 la seconde plus lentement avec les esprits vitaux4 ,anima serait l'agent du mouvement2 animus l'agent et le principe des actes de la volont4 ,les potes thologiens ont senti1 par une sorte d'instinct1 cette dernire vrit2 et dans les pomes d',homre ils ont appel l'me 7animus71 une force sacre1 une puissance mystrieuse1 un dieu inconnu4 ,en gnral1 lorsque les ,grecs et les ,latins rapportaient quelqu'une de leurs paroles1 de leurs actions un principe suprieur1 ils disaient un dieu l'a voulu ainsi4 ,ce principe fut appel par les ,latins mens animi4 ,ainsi1 dans leur grossiret1 ils pntrrent cette vrit sublime que la thologie naturelle a tablie par des raisonnemens invincibles contre la doctrine d'picure1 les ides nous viennent de ,dieu4 ,ils ramenaient toutes les fonctions de l'me trois parties du corps1 la tte1 la poitrine1 le coeur4 la tte1 ils rapportaient toutes les connaissances1 et comme elles taient chez eux toutes d'imagination1 ils placrent dans la tte la mmoire1 dont les ,latins employaient le nom pour dsigner l'imagination4 ,dans le retour de la barbarie au moyen ge1 on disait imagination pour gnie1 esprit4 ,le biographe contemporain de ,rienzi l'appelle uomo fantastico pour uomo d'ingegno4 ,en effet1 l'imagination n'est que le rsultat des souvenirs2 le gnie ne fait autre chose que travailler sur les matriaux que lui offre la mmoire4 ,dans ces premiers temps o l'esprit humain n'avait point tir de l'art d'crire1 de celui de raisonner et de compter1 la subtilit qu'il a aujourd'hui1 o la multitude de mots abstraits que nous voyons dans les langues modernes1 ne lui avait pas encore donn ses habitudes d'abstraction continuelle1 il occupait toutes ses forces dans l'exercice de ces trois belles facults qu'il doit son union avec le corps1 et qui toutes trois sont relatives la premire opration de l'esprit1 l'invention2 il fallait trouver avant de juger1 la topique devait prcder la critique1 ainsi que nous l'avons dit page #afc4 ,aussi les potes thologiens dirent que la mmoire 7qu'ils confondaient avec l'imagination7 tait la mre des muses1 c'est--dire des arts4 ,en traitant de ce sujet1 nous ne pouvons omettre une observation importante qui jette beaucoup de jour sur celle que nous avons faite dans la ,mthode 7il nous est aujourd'hui difficile de comprendre1 impossible d'imaginer la manire de penser des premiers nommes qui fondrent l'humanit paenne#fh74 ,leur esprit prcisait1 particularisait toujours1 de sorte qu' chaque changement dans la physionomie ils croyaient voir un nouveau visage1 chaque nouvelle passion un autre cour1 une autre me2 de l ces expressions potiques1 commandes par une ncessit naturelle plus que par celle de la mesure1 ora1 vultus1 animi1 pectora1 corda1 employes pour leurs singuliers4 ,note #fh3 ,les premiers hommes tant presque ainsi incapables de gnraliser que les animaux1 pour qui toute sensation nouvelle efface entirement la sensation analogue qu'ils ont pu prouver1 ils ne pouvaient combiner des ides et discourir4 ,toutes les penses 7sentenze7 devaient en consquence tre particularises par celui qui les pensait1 ou plutt qui les sentait4 ,examinons le trait sublime que ,longin admire dans l'ode de ,sapho1 traduite par ,catulle3 le pote exprime par une comparaison les transports qu'inspire la prsence de l'objet aim1 ,ille mi par esse deo videtur1 ,celui-l est pour moi gal en bonheur aux dieux mme4444 la pense n'atteint pas ici le plus haut degr du sublime1 parce que l'amant ne la particularise point en la restreignant lui-mme2 c'est au contraire ce que fait ,trence1 lorsqu'il dit3 ,vitam deorum adepti sumus1 ,nous avons atteint la flicit des dieux4 ce sentiment est propre celui qui parle1 le pluriel est pour le singulier2 cependant ce pluriel semble en faire un sentiment commun plusieurs4 ,mais le mme pote dans une autre comdie porte le sentiment au plus haut degr de sublimit en le singularisant et l'appropriant celui qui l'prouve1 ,deus factus sum1 je ne suis plus un homme1 mais un ,dieu4 ,les penses abstraites regardant les gnralits sont du domaine des philosophes1 et les rflexions sur les passions sont d'une fausse et froide posie4 ,ils plaaient dans la poitrine le sige de toutes les passions1 et au-dessous1 les deux germes1 les deux levains des passions3 dans l'estomac la partie irascible1 et la partie concupiscible surtout dans le foie1 qui est dfini le laboratoire du sang 7officina74 ,les potes appellent cette partie prcordia2 ils attachent au foie de ,titan chacun des animaux remarquables par quelque passion2 c'tait entendre d'une manire confuse1 que la concupiscence est la mre de toutes les passions1 et que les passions sont dans nos humeurs4 ,ils rapportaient au coeur tous les conseils2 les hros roulaient leurs penses1 leurs inquitudes dans leur cour2 agitabant1 versabant1 volutabant corde curas4 ,ces hommes encore stupides ne pensaient aux choses qu'ils avaient faire1 que lorsqu'ils taient agits par les passions4 ,de l les ,latins appelaient les sages cordati1 les hommes de peu de sens1 vecordes4 ,ils disaient sententi1 pour rsolutions1 parce que leurs jugemens n'taient que le rsultat de leurs sentimens2 aussi les jugemens des hros s'accordaient toujours avec la vrit dans leur forme1 quoiqu'ils fussent souvent faux dans leur matire4 4 ,,ii4 ,,corollaire ,relatif aux descriptions hroques4 ,les premiers hommes ayant peu ou point de raison1 et tant au contraire tout imagination1 rapportaient les fonctions externes de l'me aux cinq sens du corps1 mais considrs dans toute la finesse1 dans toute la force et la vivacit qu'ils avaient alors4 ,les mots par lesquels ils exprimrent l'action des sens le prouvent assez3 ils disaient pour entendre1 audire1 comme on dirait haurire1 puiser1 parce que les oreilles semblent boire l'air1 renvoy par les corps qu'il frappe4 ,ils disaient pour voir distinctement1 cernere oculis 7d'o l'italien scernere1 discerner71 mot mot sparer par les yeux1 parce que les yeux sont comme un crible dont les pupilles sont les trous2 de mme que du crible sortent les jets de poussire qui vont toucher la terre1 ainsi des yeux semblent sortir par les pupilles les jets ou rayons de lumire qui vont frapper les objets que nous voyons distinctement2 c'est le rayon visuel1 devin par les stociens1 et dmontr de nos jours par ,descartes4 ,ils disaient1 pour voir en gnral1 usurpare oculis4 ,tangere1 pour toucher et drober1 parce qu'en touchant les corps nous en enlevons1 nous en drobons toujours quelque partie4 ,pour odorer1 ils disaient olfacere1 comme si1 en recueillant les odeurs1 nous les faisions nous-mmes2 et en cela ils se sont rencontrs avec la doctrine des cartsiens4 ,enfin1 pour goter1 pour juger des saveurs1 ils disaient sapere1 quoique ce mot s'appliqut proprement aux choses doues de saveur1 et non au sens qui en juge2 c'est qu'ils cherchaient dans les choses la saveur qui leur tait propre3 de l cette belle mtaphore de sapientia1 la sagesse1 laquelle tire des choses leur usage naturel1 et non celui que leur suppose l'opinion4 ,admirons en tout ceci la ,providence divine qui1 nous ayant donn comme pour la garde de notre corps des sens1 la vrit bien infrieurs ceux des brutes1 voulut qu' l'poque o l'homme tait tomb dans un tat de brutalit1 il et pour sa conservation les sens les plus actifs et les plus subtils1 et qu'ensuite ces sens s'affaiblissent1 lorsque viendrait l'ge de la rflexion1 et que cette facult prvoyante protgerait le corps son tour4 ,on doit comprendre d'aprs ce qui prcde1 pourquoi les descriptions hroques1 telles que celles d',homre1 ont tant d'clat1 et sont si frappantes1 que tous les potes des ges suivans n'ont pu les imiter1 bien loin de les galer4 4 ,,iii4 ,,corollaire ,relatif aux moeurs hroques4 ,de telles natures hroques1 animes de tels sentimens hroques1 durent crer et conserver des moeurs analogues celles que nous allons esquisser4 ,les hros1 rcemment sortis des gans1 taient au plus haut degr grossiers et farouches1 d'un entendement trs born1 d'une vaste imagination1 agits des passions les plus violentes2 ils taient ncessairement barbares1 orgueilleux1 difficiles1 obstins dans leurs rsolutions1 et en mme temps trs mobiles1 selon les nouveaux objets qui se prsentaient4 ,ceci n'est point contradictoire2 vous pouvez observer tous les jours l'opinitret de nos paysans1 qui cdent la premire raison que vous leur dites1 mais qui1 par faiblesse de rflexion1 oublient bien vite le motif qui les avait frapps1 et reviennent leur premire ide4--,par suite du mme dfaut de rflexion1 les hros taient ouverts1 incapables de dissimuler leurs impressions1 gnreux et magnanimes1 tels qu',homre reprsente ,achille1 le plus grand de tous les hros grecs4 ,aristote part de ces moeurs hroques1 lorsqu'il veut dans sa ,potique1 que le hros de la tragdie ne soit ni parfaitement bon1 ni entirement mchant1 mais qu'il offre un mlange de grands vices et de grandes vertus4 ,en effet1 l'hrosme d'une vertu parfaite est une conception qui appartient la philosophie et non pas la posie4 ,l'hrosme galant des modernes a t imagin par les potes qui vinrent bien long-temps aprs ,homre1 soit que l'invention des fables nouvelles leur appartienne1 soit que les moeurs devenant effmines avec le temps1 ils aient altr1 et enfin corrompu entirement les premires fables graves et svres1 comme il convenait aux fondateurs des socits4 ,ce qui le prouve1 c'est qu',achille1 qui fait tant de bruit pour l'enlvement de ,brisis1 et dont la colre suffit pour remplir une ,iliade1 ne montre pas une fois dans tout ce pome un sentiment d'amour2 ,mnlas1 qui arme toute la ,grce contre ,troie pour reconqurir ,hlne1 ne donne pas1 dans tout le cours de cette longue guerre1 le moindre signe d'amoureux tourment ou de jalousie4 ,tout ce que nous avons dit sur les penses1 les descriptions et les moeurs hroques1 appartient la ,d,,couverte ,,du ,v,,ritable ,,hom,,re1 que nous ferons dans le livre suivant4 ,,chapitre ,,viii4 ,,de ,,la ,,cosmographie ,,po,,tique4 ,les potes thologiens1 ayant pris pour principes de leur physique les tres diviniss par leur imagination1 se firent une cosmographie en harmonie avec cette physique4 ,ils composrent le monde de dieux du ciel1 de l'enfer 7dii superi1 inferi71 et de dieux intermdiaires 7qui furent probablement ceux que les anciens ,latins appelaient medioxumi74 ,dans le monde1 ce fut le ciel qu'ils contemplrent d'abord4 ,les choses du ciel durent tre pour les ,grecs les premiers ,grec3 mathmata1 connaissances par excellence1 les premiers ,grec3 thermata1 objets divins de contemplation4 ,le mot contemplation1 appliqu ces choses1 fut tir par les ,latins de ces espaces du ciel dsigns par les augures pour y observer les prsages1 et appels templa coeli4--,le ciel ne fut pas d'abord plus haut pour les potes1 que le sommet des montagnes2 ainsi les enfans s'imaginent que les montagnes sont les colonnes qui soutiennent la vote du ciel1 et les ,arabes admettent ce principe de cosmographie dans leur ,coran2 de ces colonnes1 il resta les deux colonnes d',hercule1 qui remplacrent ,atlas fatigu de porter le ciel sur ses paules4 ,colonne dut venir d'abord de columen2 ce n'tait que des soutiens1 des tais arrondis dans la suite par l'architecture4 ,la fable des gans faisant la guerre aux dieux et entassant ,ossa sur ,plion1 ,olympe sur ,ossa1 doit avoir t trouve depuis ,homre4 ,dans l',iliade1 les dieux se tiennent toujours sur la cime du mont ,olympe4 ,il suffisait donc que l',olympe s'croult pour en faire tomber les dieux4 ,cette fable1 quoique rapporte dans l',odysse1 y est peu convenable3 dans ce pome1 l'enfer n'est pas plus profond que la foss o ,ulysse voit les ombres des hros et converse avec elles4 ,si l',homre de l',odysse avait cette ide borne de l'enfer1 il devait concevoir du ciel une ide analogue1 une ide conforme celle que s'en tait faite l',homre de l',iliade4 ,,chapitre ,,ix4 ,,de ,l',,astronomie ,,po,,tique4 ,dmonstration astronomique1 fonde sur des preuves physico-philologiques1 de l'uniformit des principes ci-dessus tablis chez toutes les nations paennes4 ,la force indfinie de l'esprit humain se dveloppant de plus en plus1 et la contemplation du ciel1 ncessaire pour prendre les augures1 obligeant les peuples l'observer sans cesse1 le ciel s'leva dans l'opinion des hommes1 et avec lui s'levrent les dieux et les hros4 ,pour retrouver l'astronomie potique1 nous ferons usage de trois vrits philologiques3 ,i4 ,l'astronomie naquit chez les ,chaldens4 ,,ii4 ,les ,phniciens apprirent des ,chaldens1 et communiqurent aux gyptiens1 l'usage du cadran1 et la connaissance de l'lvation du ple4 ,,iii4 ,les ,phniciens1 instruits par les mmes ,chaldens1 portrent aux ,grecs la connaissance des divinits qu'ils plaaient dans les toiles4--,avec ces trois vrits philologiques s'accordent deux principes philosophiques3 le premier est tir de la nature sociale des peuples2 ils admettent difficilement les dieux trangers1 moins qu'ils ne soient parvenus au dernier degr de libert religieuse1 ce qui n'arrive que dans une extrme dcadence4 ,le second est physique2 l'erreur de nos yeux nous fait paratre les plantes plus grandes que les toiles fixes4 ,ces principes tablis1 nous dirons que chez toutes les nations paennes1 de l',orient1 de l'gypte1 de la ,grce et du ,latium1 l'astronomie naquit uniformment d'une croyance vulgaire2 les plantes paraissant beaucoup plus grandes que les toiles fixes1 les dieux montrent dans les plantes1 et les hros furent attachs aux constellations4 ,aussi les ,phniciens trouvrent les dieux et les hros de la ,grce et de l'gypte dj prpars jouer ces deux rles2 et les ,grecs1 leur tour1 trouvrent dans ceux du ,latium la mme facilit4 ,les hros1 et les hiroglyphes qui signifiaient leurs caractres ou leurs entreprises1 furent donc placs dans le ciel1 ainsi qu'un grand nombre des dieux principaux1 et servirent l'astronomie des savans1 en donnant des noms aux toiles4 ,ainsi1 en partant de cette astronomie vulgaire1 les premiers peuples crivirent au ciel l'histoire de leurs dieux et de leurs hros444444 ,,chapitre ,x4 ,,de ,,la ,,chronologie ,,po,,tique4 ,les potes thologiens donnrent la chronologie des commencemens conformes une telle astronomie4 ,ce ,saturne1 qui chez les ,latins tira son nom satis1 des semences1 et qui fut appel par les ,grecs ,grec3 ,kronos de ,grec3 ,chronos le temps1 doit nous faire comprendre que les premires nations1 toutes composes d'agriculteurs1 commencrent compter les annes par les rcoltes de froment4 ,c'est en effet la seule1 ou du moins la principale chose dont la production occupe les agriculteurs toute l'anne4 ,usant d'abord du langage muet1 ils montrrent autant d'pis ou de brins de paille1 ou bien encore firent autant de fois le geste de moissonner1 qu'ils voulaient indiquer d'annes4444 ,dans la chronologie ordinaire1 on peut remarquer quatre espces d'anachronismes4 #a ,temps vides de faits1 qui devraient en tre remplis2 tels que l'ge des dieux1 dans lequel nous avons trouv les origines de tout ce qui touche la socit1 et que pourtant le savant ,varron place dans ce qu'il appelle le temps obscur4 #b ,temps remplis de faits1 et qui devaient en tre vides1 tels que l'ge des hros1 o l'on place tous les vnemens de l'ge des dieux1 dans la supposition que toutes les fables ont t l'invention des potes hroques1 et surtout d',homre4 #c ,temps unis1 qu'on devait diviser2 pendant la vie du seul ,orphe1 par exemple1 les ,grecs1 d'abord semblables aux btes sauvages1 atteignent toute la civilisation qu'on trouve chez eux l'poque de la guerre de ,troie4 #d ,temps diviss qui devaient tre unis2 ainsi on place ordinairement la fondation des colonies grecques dans la ,sicile et dans l',italie1 plus de trois sicles aprs les courses errantes des hros qui durent en tre l'occasion4 ,,canon ,,chronologique ,pour dterminer les commencemens de l'histoire universelle1 antrieurement au rgne de ,ninus d'o elle part ordinairement4 ,nous voyons d'abord les hommes1 en exceptant quelques-uns des enfans de ,sem1 disperss travers la vaste fort qui couvrait la terre un sicle dans l',asie orientale1 et deux sicles dans le reste du monde4 ,le culte de ,jupiter1 que nous retrouvons partout chez les premires nations paennes1 fixe les fondateurs des socits dans les lieux o les ont conduits leurs courses vagabondes1 et alors commence l'ge des dieux qui dure neuf sicles4 ,dtermins dans le choix de leurs premires demeures par le besoin de trouver de l'eau et des alimens1 ils ne peuvent se fixer d'abord sur le rivage de la mer1 et les premires socits s'tablissent dans l'intrieur des terres4 ,mais vers la fin du premier ge1 les peuples descendent plus prs de la mer4 ,ainsi chez les ,latins1 il s'coule plus de neuf cents ans depuis le sicle d'or du ,latium1 depuis l'ge de ,saturne jusqu'au temps o ,ancus ,martius vient sur les bords de la mer s'emparer d',ostie4--,l'ge hroque qui vient ensuite1 comprend deux cents annes pendant lesquelles nous voyons d'abord les courses de ,minos1 l'expdition des ,argonautes1 la guerre de ,troie et les longs voyages des hros qui ont dtruit cette ville4 ,c'est alors1 plus de mille ans aprs le dluge1 que ,tyr1 capitale de la ,phnicie1 descend de l'intrieur des terres sur le rivage1 pour passer ensuite dans une le voisine4 ,dj elle est clbre par la navigation et par les colonies qu'elle a fondes sur les ctes de la ,mditerrane et mme au-del du dtroit1 avant les temps hroques de la ,grce4 ,nous avons prouv l'uniformit du dveloppement des nations1 en montrant comment elles s'accordrent lever leurs dieux jusqu'aux toiles1 usage que les ,phniciens portrent de l',orient en ,grce et en gypte4 ,d'aprs cela1 les ,chaldens durent rgner dans l',orient autant de sicles qu'il s'en coula depuis ,zoroastre jusqu' ,ninus1 qui fonda la monarchie assyrienne1 la plus ancienne du monde2 autant qu'on dut en compter depuis ,herms ,trismgiste jusqu' ,ssostris1 qui fonda aussi en gypte une puissante monarchie4 ,les ,assyriens et les gyptiens1 nations mditerranes1 durent suivre dans les rvolutions de leurs gouvernemens la marche gnrale que nous avons indique4 ,mais les ,phniciens1 nation maritime1 enrichie par le commerce1 durent s'arrter dans la dmocratie1 le premier des gouvernemens humains4 7,voyez le #d;e liv47 ,ainsi par le simple secours de l'intelligence1 et sans avoir besoin de celui de la mmoire1 qui devient inutile lorsque les faits manquent pour frapper nos sens1 nous avons rempli la lacune que prsentait l'histoire universelle dans ses origines1 tant pour l'ancienne gypte que pour l',orient plus ancien encore4 99 99 99 ,de cette manire l'tude du dveloppement de la civilisation humaine1 prte une certitude nouvelle aux calculs de la chronologie4 ,conformment l'axiome #ajf1 elle part du point mme o commence le sujet qu'elle traite3 elle part de ,grec3 chronos1 le temps1 ou ,saturne1 ainsi appel satis1 parce que l'on comptait les annes par les rcoltes2 d',uranie1 la muse qui contemple le ciel pour prendre les augures2 de ,zoroastre1 contemplateur des astres1 qui rend des oracles d'aprs la direction des toiles tombantes4 ,bientt ,saturne monte dans la septime sphre1 ,uranie contemple les plantes et les toiles fixes1 et les ,chaldens favoriss par l'immensit de leurs plaines deviennent astronomes et astrologues1 en mesurant la cercle que ces astres dcrivent1 en leur supposant diverses influences sur les corps sublunaires1 et mme sur les libres volonts de l'homme2 sous les noms d'astronomie1 d'astrologie ou de thologie cette science ne fut autre que la divination4 ,du ciel les mathmatiques descendirent pour mesurer la terre1 sans toutefois pouvoir le faire avec certitude moins d'employer les mesures fournies par les cieux4 ,dans leur partie principale elles furent nommes avec proprit gomtrie4 ,c'est tort que les chronologistes ne prennent point leur science au point mme o commence le sujet qui lui est propre4 ,ils commencent avec l'anne astronomique1 laquelle n'a pu tre connue qu'au bout de dix sicles au moins4 ,cette mthode pouvait leur faire connatre les conjonctions et les oppositions qui avaient pu avoir lieu dans le ciel entre les plantes ou les constellations2 mais ne pouvait leur rien apprendre de la succession des choses de la terre4 ,voil ce qui a rendu impuissans les nobles efforts du cardinal ,pierre d',alliac4 ,voil pourquoi l'histoire universelle a tir si peu d'avantages pour clairer son origine et sa suite du gnie admirable et de l'tonnante rudition de ,petau et de ,joseph ,scaliger4 ,,chapitre ,,xi4 ,,de ,,la ,g,,ographie ,,po,,tique4 ,la gographie potique1 l'autre oeil de l'histoire fabuleuse1 n'a pas moins besoin d'tre claircie que la chronologie potique4 ,en consquence d'un de nos axiomes 7les hommes qui veulent expliquer aux autres des choses inconnues et lointaines dont ils n'ont pas la vritable ide1 les dcrivent en les assimilant des choses connues et rapproches71 la gographie potique1 prise dans ses parties et dans son ensemble1 naquit dans l'enceinte de la ,grce1 sous des proportions resserres4 ,les ,grecs sortant de leur pays pour se rpandre dans le monde1 la gographie alla s'tendant jusqu' ce qu'elle atteignit les limites que nous lui voyons aujourd'hui4 ,les gographes anciens s'accordent reconnatre une vrit dont ils n'ont point su faire usage3 c'est que les anciennes nations1 migrant dans des contres trangres et lointaines1 donnrent des noms tirs de leur ancienne patrie1 aux cits1 aux montagnes et aux fleuves1 aux isthmes et aux dtroits1 aux les et aux promontoires4 ,c'est dans l'enceinte mme de la ,grce que l'on plaa d'abord la partie orientale appele ,asie ou ,inde1 l'occidentale appele ,europe ou ,hesprie1 la septentrionale1 nomme ,thrace ou ,scythie1 enfin la mridionale1 dite ,lybie ou ,mauritanie4 ,les parties du monde furent ainsi appeles du nom des parties du petit monde de la ,grce1 selon la situation des premires relativement celle des dernires4 ,ce qui le prouve1 c'est que les vents cardinaux conservent dans leur gographie les noms qu'ils durent avoir originairement dans l'intrieur de la ,grce4 ,d'aprs ces principes1 la grande pninsule situe l'orient de la ,grce conserva le nom d',asie ,mineure1 aprs que le nom d',asie eut pass cette vaste partie orientale du monde1 que nous appelons ainsi dans un sens absolu4 ,au contraire1 la ,grce1 qui tait l'occident par rapport l',asie1 fut appele ,europe1 et ensuite ce nom s'tendit au grand continent1 que limite l',ocan occidental4--,ils appelrent d'abord ,hesprie la partie occidentale de la ,grce1 sur laquelle se levait le soir l'toile ,hesperus4 ,ensuite1 voyant l',italie dans la mme situation1 ils la nommrent ,grande ,hesprie4 ,enfin1 tant parvenus jusqu' l',espagne1 ils la dsignrent comme la dernire ,hesprie4--,les ,grecs d',italie1 au contraire1 durent appeler ,ionie la partie de la ,grce qui tait orientale relativement eux1 et la mer qui spare la grande ,grce de la ,grce proprement dite1 en garde le nom d',ionienne2 ensuite l'analogie de situation entre la ,grce proprement dite et la ,grce ,asiatique1 fit appeler ,ionie1 par les habitans de la premire1 la partie de l',asie-,mineure qui se trouvait leur orient4 ,il est probable que ,pythagore vint en ,italie de ,sam1 partie du royaume d',ulysse1 situe dans la premire ,ionie1 plutt que de ,samos1 situe dans la seconde4--,de la ,thrace ,grecque vinrent ,mars et ,orphe2 ce dieu et ce pote thologien ont videmment une origine grecque4 ,de la ,scythie ,grecque vint ,anacharsis avec ses oracles scythiques non moins faux que les vers d',orphe4 ,de la mme partie de la ,grce sortirent les ,hyperborens1 qui fondrent les oracles de ,delphes et de ,dodone4 ,c'est dans ce sens que ,zamolxis fut ,gte1 et ,bacchus ,indien4--,le nom de ,more1 que le ,ploponse conserve jusqu' nos jours1 nous prouve assez que ,perse1 hros d'une origine videmment grecque1 fit ses exploits clbres dans la ,mauritanie ,grecque2 le royaume de ,plops ou ,ploponse a l',achae au nord1 comme l',europe est au nord de l',afrique4 ,hrodote raconte qu'autrefois les ,maures furent blancs1 ce qu'on ne peut entendre que des ,maures de la ,grce1 dont le pays est appel encore aujourd'hui la ,more ,blanche4--,les ,grecs avaient d'abord appel ,ocan toute mer d'un aspect sans bornes1 et ,homre avait dit que l'le d'ole tait ceinte par l',ocan4 ,lorsqu'ils arrivrent l',ocan vritable1 ils tendirent cette ide troite1 et dsignrent par le nom d',ocan la mer qui embrasse toute la terre comme une grande le4#figj ,note #fi3 ,ces principes de gographie peuvent justifier ,homre d'erreurs trs graves qui lui sont imputes tort4 ,par exemple les ,cimmriens durent avoir1 comme il le dit1 des nuits plus longues que tous les peuples de la ,grce1 parce qu'ils taient placs dans sa partie la plus septentrionale2 ensuite on a recul l'habitation des ,cimmriens jusqu'aux ,palus-,motides4 ,on disait cause de leurs longues nuits qu'ils habitaient prs des enfers1 et les habitans de ,cumes1 voisins de la grotte de la ,sybille qui conduisait aux enfers1 reurent1 cause de cette prtendue analogie de situation1 le nom de ,cimmriens4 ,autrement il ne serait point croyable qu',ulysse1 voyageant sans le secours des enchantemens 7contre lesquels ,mercure lui avait donn un prservatif71 ft all en un jour voir l'enfer chez les ,cimmriens des ,palus-,motides1 et ft revenu le mme jour ,circi1 maintenant le mont ,circello1 prs de ,cumes4--,les ,lotophages et les ,lestrigons durent aussi tre voisins de la ,grce4 ,les mmes principes de gographie potique peuvent rsoudre de grandes difficults dans l',histoire ancienne de l',orient1 o l'on loigne beaucoup vers le nord ou le midi des peuples qui durent tre placs d'abord dans l'orient mme4 ,ce que nous disons de la ,gographie des ,grecs se reprsente dans celle des ,latins4 ,le ,latium dut tre d'abord bien resserr1 puisqu'en deux sicles et demi1 ,rome1 sous ses rois1 soumit -peu-prs vingt peuples sans tendre son empire plus de vingt milles4 ,l',italie fut certainement circonscrite par la ,gaule ,cisalpine et par la ,grande-,grce2 ensuite les conqutes des ,romains tendirent ce nom toute la ,pninsule4 ,la mer d'trurie dut tre bien limite lorsqu',horatius-,cocls arrtait seul toute l'trurie sur un pont2 ensuite ce nom s'est tendu par les victoires de ,rome toute cette mer qui baigne la cte infrieure de l',italie4 ,de mme le ,pont o ,jason conduisit les ,argonautes1 dut tre la terre la plus voisine de l',europe1 celle qui n'en est spare que par l'troit bassin appel ,propontide2 cette terre dut donner son nom la mer du ,pont1 et ce nom s'tendit tout le golfe que prsente l',asie1 dans cette partie de ses rivages o fut depuis le royaume de ,mithridates2 le pre de ,mde1 selon la mme fable1 tait n ,chalcis1 dans cette ville grecque de l',eube qui s'appelle maintenant ,ngrepont4--,la premire ,crte dut tre une le dans cet ,archipel o les ,cyclades forment une sorte de labyrinthe2 c'est de l probablement que ,minos allait en course contre les ,athniens2 dans la suite1 la ,crte sortit de la mer ge pour se fixer dans celle o nous la plaons4 ,puisque des ,latins nous sommes revenus aux ,grecs1 remarquons que cette nation vaine en se rpandant dans le monde1 y clbra partout la guerre de ,troie et les voyages des hros errans aprs sa destruction1 des hros grecs1 tels que ,mnlas1 ,diomde1 ,ulysse1 et des hros troyens1 tels que ,antenor1 ,capys1 ne4 ,les ,grecs ayant retrouv dans toutes les contres du monde un caractre de fondateurs des socits analogue celui de leur ,hercule de ,thbes1 ils placrent partout son nom et le firent voyager par toute la terre qu'il purgeait de monstres sans en rapporter dans sa patrie autre chose que de la gloire4 ,varron compte environ quarante ,hercules1 et il affirme que celui des ,latins s'appelait ,dius ,fidius2 les gyptiens1 aussi vains que les ,grecs1 disaient que leur ,jupiter ,ammon tait le plus ancien des ,jupiter1 et que les ,hercules des autres nations avaient pris leur nom de l',hercule gyptien4 ,les ,grecs observrent encore qu'il y avait eu partout un caractre potique de bergers parlant en vers2 chez eux c'tait vandre l'arcadien2 vandre ne manqua pas de passer de l',arcadie dans le ,latium1 o il donna l'hospitalit l',hercule grec1 son compatriote1 et prit pour femme ,carmenta1 ainsi nomme de carmina1 vers2 elle trouva chez les ,latins les lettres1 c'est--dire1 les formes des sons articuls qui sont la matire des vers4 ,enfin ce qui confirme tout ce que nous venons de dire1 c'est que les ,grecs observrent ces caractres potiques dans le ,latium1 en mme temps qu'ils trouvrent leurs ,curtes rpandus dans la ,saturnie1 c'est--dire dans l'ancienne ,italie1 dans la ,crte et dans l',asie4 ,mais comme ces mots et ces ides passrent des ,grecs aux ,latins dans un temps o les nations1 encore trs sauvages1 taient fermes aux trangers#fi-;,a1 nous avons demand plus haut qu'on nous passt la conjecture suivante3 ,il peut avoir exist sur le rivage du ,latium une cit grecque1 ensevelie depuis dans les tnbres de l'antiquit1 laquelle aurait donn aux ,latins les lettres de l'alphabet4 ,tacite nous apprend que les lettres latines furent d'abord semblables aux plus anciennes des ,grecs1 ce qui est une forte preuve que les ,latins ont reu l'alphabet grec de ces ,grecs du ,latium1 et non de la grande ,grce1 encore moins de la ,grce proprement dite2 car s'il en et t ainsi1 ils n'eussent connu ces lettres qu'au temps de la guerre de ,tarente et de ,pyrrhus1 et alors ils se seraient servis des plus modernes1 et non pas des anciennes4 ,les noms d',hercule1 d'vandre et d'ne passrent donc de la ,grce dans le ,latium1 par l'effet de quatre causes que nous trouverons dans les moeurs et le caractre des nations3 #a les peuples encore barbares sont attachs aux coutumes de leur pays1 mais mesure qu'ils commencent se civiliser1 ils prennent du got pour les faons de parler des trangers1 comme pour leurs marchandises et leurs manires2 c'est ce qui explique pourquoi les ,latins changrent leur ,dius ,fidius pour l',hercule des ,grecs1 et leur jurement national ,medius ,fidius pour ,mehercule1 ,mecastor1 ,edepol4 #b ,la vanit des nations1 nous l'avons souvent rpt1 les porte se donner l'illustration d'une origine trangre1 surtout lorsque les traditions de leurs ges barbares semblent favoriser cette croyance2 ainsi1 au moyen ge1 ,jean ,villani nous raconte que ,fiesole fut fond par ,atlas1 et qu'un roi troyen du nom de ,priam rgna en ,germanie2 ainsi les ,latins mconnurent sans peine leur vritable fondateur1 pour lui substituer ,hercule1 fondateur de la socit chez les ,grecs1 et changrent le caractre de leurs bergers-potes pour celui de l',arcadien vandre4 #c ,lorsque les nations remarquent des choses trangres1 qu'elles ne peuvent bien expliquer avec des mots de leur langue1 elles ont ncessairement recours aux mots des langues trangres4 #d ,enfin1 les premiers peuples1 incapables d'abstraire d'un sujet les qualits qui lui sont propres1 nomment les sujets pour dsigner les qualits1 c'est ce que prouvent d'une manire certaine plusieurs expressions de la langue latine4 ,les ,romains ne savaient ce que c'tait que luxe2 lorsqu'ils l'eurent observ dans les ,tarentins1 ils dirent un ,tarentin pour un homme parfum4 ,ils ne savaient ce que c'tait que stratagme militaire2 lorsqu'ils l'eurent observ dans les ,carthaginois1 ils appelrent les stratagmes punicas artes1 les arts puniques ou carthaginois4 ,ils n'avaient point l'ide du faste2 lorsqu'ils le remarqurent dans les ,capouans1 ils dirent supercilium campanicum1 pour fastueux1 superbe4 ,c'est de cette manire que ,numa et ,ancus furent ,sabins2 les ,sabins tant remarquables par leur pit1 les ,romains dirent ,sabin1 faute de pouvoir exprimer religieux4 ,servius ,tullius fut ,grec dans le langage des ,romains1 parce qu'ils ne savaient pas dire habile et rus4 ,peut-tre doit-on comprendre de cette manire les ,arcadiens d'vandre1 et les ,phrygiens d'ne4 ,comment des bergers1 qui ne savaient ce que c'est que la mer1 seraient-ils sortis de l',arcadie1 contre toute mditerrane de la ,grce1 pour tenter une si longue navigation et pntrer jusqu'au milieu du ,latium8 ,cependant toute tradition vulgaire doit avoir originairement quelque cause publique1 quelque fondement de vrit44444 ,ce sont les ,grecs qui1 chantant par tout le monde leur guerre de ,troie et les aventures de leurs hros1 ont fait d'ne le fondateur de la nation romaine1 tandis que1 selon ,bochart1 il ne mit jamais le pied en ,italie1 que ,strabon assure qu'il ne sortit jamais de ,troie1 et qu',homre1 dont l'autorit a plus de poids ici1 raconte qu'il y mourut et qu'il laissa le trne sa postrit4 ,cette fable1 invente par la vanit des ,grecs et adopte par celle des ,romains1 ne put natre qu'au temps de la guerre de ,pyrrhus1 poque laquelle les ,romains commencrent accueillir ce qui venait de la ,grce4 ,il est plus naturel de croire qu'il exista sur le rivage du ,latium une cit grecque qui1 vaincue par les ,romains1 fut dtruite en vertu du droit hroque des nations barbares1 que les vaincus furent reus ,rome dans la classe des plbiens1 et que1 dans le langage potique1 on appela dans la suite ,arcadiens ceux d'entre les vaincus qui avaient d'abord err dans les forts1 ,phrygiens ceux qui avaient err sur mer4 ,note #fi-;,a3 ,tite-,live assure qu' l'poque de ,servius ,tullius1 le nom si clbre de ,pythagore n'aurait pu parvenir de ,crotone ,rome travers tant de nations spares par la diversit de leurs langues et de leurs moeurs4 7,vico74 ,note #gj3 ,la gographie comprenant la nomenclature et la chorographie ou description des lieux1 principalement des cits1 il nous reste la considrer sous ce double aspect pour achever ce que nous avions dire de la sagesse potique4 ,nous avons remarqu plus haut que les cits hroques furent fondes par la ,providence dans des lieux d'une forte position1 dsigns par les ,latins1 dans la langue sacre de leur ge divin1 par le nom d',ara1 ou bien d',arces 7de l1 au moyen ge1 l'italien rocche1 et ensuite castella pour seigneuries74 ,ce nom d',ara dut s'tendre tout le pays dpendant de chaque cit hroque1 lequel s'appelait aussi ,ager1 lorsqu'on le considrait sous le rapport des limites communes avec les cits trangres1 et territorium sous le rapport de la juridiction de la cit sur les citoyens4 ,il y a sur ce sujet un passage remarquable de ,tacite2 c'est celui o il dcrit l',ara maxima d',hercule ,rome3 ,igitur foro boario1 ubi oeneum bovis simulacrum adspicimus1 quia id genus animalium aratro subditur1 sulcus designandi oppidi captus1 ut magnam ,herculis aram complecteretur1 ara ,herculis erat4 ,joignez-y le passage curieux o ,salluste parle de la fameuse ,ara des frres ,philnes1 qui servait de limites l'empire carthaginois et la ,cyrnaque4 ,toute l'ancienne gographie est pleine de semblables ar2 et pour commencer par l',asie1 ,cellarius observe que toutes les cits de la ,syrie prenaient le nom d',are1 avant ou aprs leurs noms particuliers2 ce qui faisait donner la ,syrie elle-mme celui d',aramea ou ,aramia4 ,dans la ,grce1 ,thse fonda la cit d',athnes en rigeant le fameux autel des malheureux4 ,sans doute il comprenait avec raison sous cette dnomination les vagabonds sans lois et sans culte qui1 pour chapper aux rixes continuelles de l'tat bestial1 cherchaient un asile dans les lieux forts occups par les premires socits1 faibles qu'ils taient par leur isolement1 et manquant de tous les biens que la civilisation assurait dj aux hommes runis par la religion4 ,les ,grecs prenaient encore ,grec3 ara dans le sens de voeu1 action de dvouer1 parce que les premires victimes saturni hosti1 les premiers ,grec3 anathmata1 diris devoti1 furent immols sur les premires ,ar1 dans le sens o nous prenons ce mot4 ,ces premires victimes furent les hommes encore sauvages qui osrent poursuivre sur les terres laboures par les forts1 les faibles qui s'y rfugiaient 7campare en italien1 du latin campus1 pour se sauver74 ,ils y taient consacrs ,vesta et immols4 ,les ,latins en ont conserv supplicium1 dans les deux sens de supplice et de sacrifice4 ,en cela la langue grecque rpond la langue latine3 ,grec3 ara1 voeu1 action de dvouer veut dire aussi noxa1 la personne ou la chose coupable1 et de plus dir1 les ,furies4 ,les premiers coupables qu'on dvoua1 prim nox1 taient consacrs aux ,furies1 et ensuite sacrifis sur les premires ar dont nous avons parl4 ,le mot hara dut signifier chez les anciens ,latins1 non pas le lieu o l'on lve les troupeaux1 mais la victime1 d'o vint certainement haruspex1 celui qui tire les prsages de l'examen des entrailles des victimes immoles devant les autels4 ,d'aprs ce que nous avons vu relativement l',ara maxima d',hercule1 c'est sur une ara semblable celle de ,thse que ,romulus dut fonder ,rome1 en ouvrant un asile dans un bois4 ,jamais les ,latins ne parlent d'un bois sacr1 lucus1 sans faire mention d'un autel1 ara1 lev dans ce bois quelque divinit4 ,aussi lorsque ,tite-,live nous dit en gnral que les asiles furent le moyen employ d'ordinaire par les anciens fondateurs des villes1 vetus urbes condentium consilium1 il nous indique la raison pour laquelle on trouve dans l'ancienne gographie tant de cits avec le nom d',ar4 ,nous avons parl de l',asie et de l',afrique1 mais il en est de mme en ,europe1 particulirement en ,grce1 en ,italie1 et maintenant encore en ,espagne4 ,tacite mentionne en ,germanie l',ara ,ubiorum4 ,de nos jours on donne ce nom en ,transilvanie plusieurs cits4 ,c'est aussi de ce mot ,ara1 prononc et entendu d'une manire si uniforme par tant de nations spares par les temps1 les lieux et les usages1 que les ,latins durent tirer le mot aratrum1 charrue1 dont la courbure se disait urbs 7le sens le plus ordinaire de ce mot est celui de ville72 du mme mot vinrent enfin arx1 forteresse1 arceo1 repousser 7ager arcifinius1 chez les auteurs qui ont crit sur les limites des champs71 et arma1 arcus1 armes1 arc2 c'tait une ide bien sage de faire ainsi consister le courage arrter et repousser l'injustice4 ,grec3 ,ars1 ,mars vint sans doute de la dfense des ar4 7,vico74 ,,conclusion ,,de ,,ce ,,livre4 ,nous avons dmontr que la ,,sagesse ,,po,,tique mrite deux magnifiques loges1 dont l'un lui a t constamment attribu4 ,i4 ,c'est elle qui fonda l'humanit chez les ,gentils1 gloire que la vanit des nations et des savans a voulu lui assurer1 et lui aurait plutt enleve4 ,,ii4 ,l'autre gloire lui a t attribue jusqu' nous par une tradition vulgaire2 c'est que la sagesse antique1 par une mme inspiration1 rendait ses sages galement grands comme philosophes1 comme lgislateurs et capitaines1 comme historiens1 orateurs et potes4 ,voil pourquoi elle a t tant regrette2 cependant1 dans la ralit1 elle ne fit que les baucher1 tels que nous les avons trouvs dans les fables2 ces germes fconds nous ont laiss voir dans l'imperfection de sa forme primitive la science de rflexion1 la science de recherches1 ouvrage tardif de la philosophie4 ,on peut dire en effet que dans les fables1 l'instinct de l'humanit avait marqu d'avance les principes de la science moderne1 que les mditations des savans ont depuis claire par des raisonnemens1 et rsume dans des maximes4 ,nous pouvons conclure par le principe dont la dmonstration tait l'objet de ce livre3 ,les potes thologiens furent le sens1 les philosophes furent l'intelligence de la sagesse humaine4 ,,livre ,,troisi,,me4 ,d,,couverte ,,du ,v,,ritable ,,hom,,re4 ,,argument4 ,ce livre n'est qu'un appendice du prcdent4 ,c'est une application de la mthode qu'on y a suivie1 au plus ancien auteur du paganisme1 celui qu'on a regard comme le fondateur de la civilisation grecque1 et par suite de celle de l',europe4 ,l'auteur entreprend de prouver3 #a qu',homre n'a pas t philosophe2 #b qu'il a vcu pendant plus de quatre sicles2 #c que toutes les villes de la ,grce ont eu raison de le revendiquer pour citoyen2 #d qu'il a t1 par consquent1 non pas un individu1 mais un tre collectif1 un symbole du peuple grec racontant sa propre histoire dans des chants nationaux4 ,chapitre ,i4 ,,de ,,la ,,sagesse ,,philosophique ,,que ,l',,on ,,attribue ,,hom,,re4 ,la force et l'originalit avec lesquelles il a peint des moeurs barbares1 prouvent qu'il partageait les passions de ses hros4 ,un philosophe n'aurait pu1 ni voulu peindre si navement de telles moeurs4 ,chapitre ,,ii4 ,,de ,,la ,,patrie ,d',,hom,,re4 ,vico conjecture que l'auteur ou les auteurs de l',odysse eurent pour patrie les contres occidentales de la ,grce2 ceux de l',iliade1 l',asie-,mineure4 ,chaque ville grecque revendiqua ,homre pour citoyen1 parce qu'elle reconnaissait quelque chose de son dialecte vulgaire dans l',iliade ou l',odysse4 ,chapitre ,,iii4 ,,du ,,temps ,o ,v,,cut ,,hom,,re4 ,un grand nombre de passages indiquent des poques de civilisation trs diverses1 et portent croire que les deux pomes ont t travaills par plusieurs mains1 et continus pendant plusieurs ges4 ,chapitre ,,iv4 ,,pourquoi ,,le ,g,,nie ,d',,hom,,re ,,dans ,,la ,,po,,sie ,h,,ro,,que ,,ne ,,peut ,,jamais ,,tre ,,gal4 ,c'est que les caractres des hros qu'il a peints ne se rapportent pas des tres individuels1 mais sont plutt des symboles populaires de chaque caractre moral4 ,observations sur la comdie et la tragdie4 ,chapitres ,v et ,,vi4 ,,observations ,,philosophiques ,,et ,,philologiques1 qui doivent servir la dcouverte du vritable ,homre4 ,la plupart des observations philosophiques rentrent dans ce qui a t dit au second livre1 sur l'origine de la posie4 ,chapitre ,,vii4 4 ,i4 ,d,,couverte ,,du ,v,,ritable ,,hom,,re4--4 ,,ii4 ,tout ce qui tait absurde et invraisemblable dans l',homre que l'on s'est figur jusqu'ici1 devient dans notre ,homre convenance et ncessit4--4 ,,iii4 ,on doit trouver dans les pomes d',homre les deux principales sources des faits relatifs au droit naturel des gens1 considr chez les ,grecs4 ,appendice4 ,,histoire ,,raisonn,e ,,des ,,po,,tes ,,dramatiques ,,et ,,lyriques4 ,trois ges dans la posie lyrique1 comme dans la tragdie4 ,,livre ,,troisi,,me4 ,d,,couverte ,,du ,v,,ritable ,,hom,,re4 ,avoir dmontr1 comme nous l'avons fait dans le livre prcdent1 que la sagesse potique fut la sagesse vulgaire des peuples grecs1 d'abord potes thologiens1 et ensuite hroques1 c'est avoir prouv d'une manire implicite la mme vrit relativement la sagesse d',homre4 ,mais ,platon prtend au contraire qu',homre possda la sagesse rflchie 7riposta7 des ges civiliss2 et il a t suivi dans cette opinion par tous les philosophes1 spcialement par ,plutarque1 qui a consacr ce sujet un livre tout entier4 ,ce prjug est trop profondment enracin dans les esprits1 pour qu'il ne soit pas ncessaire d'examiner particulirement si ,homre a jamais t philosophe4 ,longin avait cherch rsoudre ce problme dans un ouvrage dont fait mention ,diogne ,larce dans la vie de ,pyrrhon4 ,,chapitre ,i4 ,,de ,,la ,,sagesse ,,philosophique ,,que ,l',,on ,a ,,attribu,e ,,hom,,re4 ,nous accorderons1 d'abord1 comme il est juste1 qu',homre a d suivre les sentimens vulgaires1 et par consquent les moeurs vulgaires de ses contemporains encore barbares2 de tels sentimens1 de telles moeurs fournissent la posie les sujets qui lui sont propres4 ,passons-lui donc d'avoir prsent la force comme la mesure de la grandeur des dieux2 laissons ,jupiter dmontrer1 par la force avec laquelle il enlverait la grande chane de la fable1 qu'il est le roi des dieux et des hommes2 laissons ,diomde1 second par ,minerve1 blesser ,vnus et ,mars2 la chose n'a rien d'invraisemblable dans un pareil systme2 laissons ,minerve1 dans le combat des dieux1 dpouiller ,vnus et frapper ,mars d'un coup de pierre1 ce qui peut faire juger si elle tait la desse de la philosophie dans la croyance vulgaire2 passons encore au pote de nous avoir rappel fidlement l'usage d'empoisonner les flches#ga1 comme le fait le hros de l',odysse1 qui va exprs ,ephyre pour y trouver des herbes vnneuses2 l'usage enfin de ne point ensevelir les ennemis tus dans les combats1 mais de les laisser pour tre la pture des chiens et des vautours4 ,note #ga3 ,usage barbare dont les nations se seraient constamment abstenues si l'on en croyait les auteurs qui ont crit sur le droit des gens1 et qui pourtant tait alors pratiqu par ces ,grecs auxquels on attribue la gloire d'avoir rpandu la civilisation dans le monde4 7,vico74 ,cependant1 la fin de la posie tant d'adoucir la frocit du vulgaire1 de l'esprit duquel les potes disposent en matres1 il n'tait point d'un homme sage d'inspirer au vulgaire de l'admiration pour des sentimens et des coutumes si barbares1 et de le confirmer dans les uns et dans les autres par le plaisir qu'il prendrait les voir si bien peints4 ,il n'tait point d'un homme sage d'amuser le peuple grossier1 de la grossiret des hros et des dieux4 ,mars1 en combattant ,minerve1 l'appelle ,grec3 kunomua 7musca canina72 ,minerve donne un coup de poing ,diane2 ,achille et ,agamemnon1 le premier des hros et le roi des rois1 se donnent l'pithte de chien1 et se traitent comme le feraient peine des valets de comdie4 ,comment appeler autrement que sottise la prtendue sagesse du gnral en chef ,agamemnon1 qui a besoin d'tre forc par ,achille restituer ,chrysis au prtre d',apollon1 son pre1 tandis que le dieu1 pour venger ,chrysis1 ravage l'arme des ,grecs par une peste cruelle8 ,ensuite le roi des rois1 se regardant comme outrag1 croit rtablir son honneur en dployant une justice digne de la sagesse qu'il a montre4 ,il enlve ,brisis ,achille1 sans doute afin que ce hros1 qui portait avec lui le destin de ,troie1 s'loigne avec ses guerriers et ses vaisseaux1 et qu',hector gorge le reste des ,grecs que la peste a pu pargner4444 ,voil pourtant le pote qu'on a jusqu'ici regard comme le fondateur de la civilisation des ,grecs1 comme l'auteur de la politesse de leurs moeurs4 ,c'est du rcit que nous venons de faire qu'il dduit toute l',iliade2 ses principaux acteurs sont un tel capitaine1 un tel hros6 ,voil le pote incomparable dans la conception des caractres potiques6 ,sans doute il mrite cet loge1 mais dans un autre sens1 comme on le verra dans ce livre4 ,ses caractres les plus sublimes choquent en tout les ides d'un ge civilis1 mais ils sont pleins de convenance1 si on les rapporte la nature hroque des hommes passionns et irritables qu'il a voulu peindre4 ,si ,homre est un sage1 un philosophe1 que dire de la passion de ses hros pour le vin8 ,sont-ils affligs1 leur consolation c'est de s'enivrer1 comme fait particulirement le sage ,ulysse4 ,scaliger s'indigne de voir toutes ces comparaisons tires des objets les plus sauvages1 de la nature la plus farouche4 ,admettons cependant qu',homre a t forc de les choisir ainsi pour se faire mieux entendre du vulgaire1 alors si farouche et si sauvage2 cependant le bonheur mme de ces comparaisons1 leur mrite incomparable1 n'indique pas certainement un esprit adouci et humanis par la philosophie4 ,celui en qui les leons des philosophes auraient dvelopp les sentimens de l'humanit et de la piti n'aurait pas eu non plus ce style si fier et d'un effet si terrible avec lequel il dcrit dans toute la varit de leurs accidens1 les plus sanglans combats1 avec lequel il diversifie de cent manires bizarres les tableaux de meurtre qui font la sublimit de l',iliade4 ,la constance d'me que donne et assure l'tude de la sagesse philosophique pouvait-elle lui permettre de supposer tant de lgret1 tant de mobilit dans les dieux et les hros2 de montrer les uns1 sur le moindre motif1 passant du plus grand trouble un calme subit2 les autres1 dans l'accs de la plus violente colre1 se rappelant un souvenir touchant1 et fondant en larmes#gb2 d'autres au contraire1 navrs de douleur1 oubliant tout--coup leurs maux1 et s'abandonnant la joie1 la premire distraction agrable1 comme le sage ,ulysse au banquet d',alcinos2 d'autres enfin1 d'abord calmes et tranquilles1 s'irritant d'une parole dite sans intention de leur dplaire1 et s'emportant au point de menacer de la mort celui qui l'a prononce4 ,ainsi ,achille reoit dans sa tente l'infortun ,priam1 qui est venu seul pendant la nuit travers le camp des ,grecs1 pour racheter le cadavre d',hector2 il l'admet sa table1 et pour un mot que lui arrache le regret d'avoir perdu un si digne fils1 ,achille oublie les saintes lois de l'hospitalit1 les droits d'une confiance gnreuse1 le respect d l'ge et au malheur2 et dans le transport d'une fureur aveugle1 il menace le vieillard de lui arracher la vie4 ,le mme ,achille refuse1 dans son obstination impie1 d'oublier en faveur de sa patrie l'injure d',agamemnon1 et ne secourt enfin les ,grecs massacrs indignement par ,hector1 que pour venger le ressentiment particulier que lui inspire contre ,pris la mort de ,patrocle4 ,jusque dans le tombeau1 il se souvient de l'enlvement de ,brisis2 il faut que la belle et malheureuse ,polixne soit immole sur son tombeau1 et apaise par l'effusion du sang innocent ses cendres altres de vengeance4 ,note #gb3 ,au moyen ge1 dont l',homre toscan 7,dante7 n'a chant que des faits rels1 nous voyons que ,rienzi1 exposant aux ,romains l'oppression dans laquelle ils taient tenus par les nobles1 fut interrompu par ses sanglots et par ceux de tous les assistans4 ,la vie de ,rienzi par un auteur contemporain nous reprsente au naturel les moeurs hroques de la ,grce1 telles qu'elles sont peintes dans ,homre4 7,vico74 ,voy4 dans la note du discours le jugement sur ,dante4 ,je n'ai pas besoin de dire qu'on ne peut gure comprendre comment un esprit grave1 un philosophe habitu combiner ses ides d'une manire raisonnable1 se serait occup imaginer ces contes de vieilles1 bons pour amuser les enfans1 et dont ,homre a rempli l',odysse4 ,ces moeurs sauvages et grossires1 fires et farouches1 ces caractres draisonnables et draisonnablement obstins1 quoique souvent d'une mobilit et d'une lgret puriles1 ne pouvaient appartenir1 comme nous l'avons dmontr 7,,livre ,,ii1 ,corollaires de la nature hroque71 qu' des hommes faibles d'esprit comme des enfans1 dous d'une imagination vive comme celle des femmes1 emports dans leurs passions comme les jeunes gens les plus violens4 ,il faut donc refuser ,homre toute sagesse philosophique4 ,voil l'origine des doutes qui nous forcent de rechercher quel fut le ,v,,ritable ,,hom,,re4 ,,chapitre ,,ii4 ,,de ,,la ,,patrie ,d',,hom,,re4 ,presque toutes les cits de la ,grce se disputrent la gloire d'avoir donn le jour ,homre4 ,plusieurs auteurs ont mme cherch sa patrie dans l',italie1 et ,lon ,allacci 7de ,patri ,homeri7 s'est donn une peine inutile pour la dterminer4 ,s'il est vrai qu'il n'existe point d'crivain plus ancien qu',homre1 comme ,josephe le soutient contre ,appion le grammairien1 si les crivains que nous pourrions consulter ne sont venus que long-temps aprs lui1 il faut bien que nous employions notre critique mtaphysique trouver dans ,homre lui-mme et son sicle et sa patrie1 en le considrant moins comme auteur de livre1 que comme auteur ou fondateur de nation2 et en effet1 il a t considr comme le fondateur de la civilisation grecque4 ,l'auteur de l',odysse naquit sans doute dans les parties occidentales de la ,grce1 en tirant vers le midi4 ,un passage prcieux justifie cette conjecture3 ,alcinos1 roi de l'le des ,phaciens1 maintenant ,corfou1 offre ,ulysse un vaisseau bien quip1 pour le ramener dans son pays1 et lui fait remarquer que ses sujets1 experts dans la marine1 seraient en tat1 s'il le fallait1 de le conduire jusqu'en ,eube2 c'tait1 au rapport de ceux que le hasard y avait conduits1 la contre la plus lointaine1 la ,thul du monde grec 7ultima ,thul74 ,l',homre de l',odysse qui avait une telle ide de l',eube1 ne fut pas sans doute le mme que celui de l',iliade1 car l',eube n'est pas trs loigne de ,troie et de l',asie-,mineure1 o naquit sans doute le dernier4 ,on lit dans ,snque1 que c'tait une question clbre que dbattaient les grammairiens grecs1 de savoir si l',iliade et l',odysse taient du mme auteur4 ,si les villes grecques se disputrent l'honneur d'avoir produit ,homre1 c'est que chacune reconnaissait dans l',iliade et l',odysse ses mots1 ses phrases et son dialecte vulgaires4 ,cette observation nous servira dcouvrir le ,v,,ritable ,,hom,,re4 ,,chapitre ,,iii4 ,,du ,,temps ,o ,v,,cut ,,hom,,re4 ,l'ge d',homre nous est indiqu par les remarques suivantes1 tires de ses pomes3--#a4 ,aux funrailles de ,patrocle1 ,achille donne tous les jeux que la ,grce civilise clbrait ,olympie4--#b4 ,l'art de fondre des bas reliefs et de graver les mtaux tait dj invent1 comme le prouve1 entre autres exemples1 le bouclier d',achille4 ,la peinture n'tait pas encore trouve1 ce qui s'explique naturellement3 l'art du fondeur abstrait les superficies1 mais il en conserve une partie par le relief2 l'art du graveur ou ciseleur en fait autant dans un sens oppos2 mais la peinture abstrait les superficies d'une manire absolue2 c'est1 dans les arts du dessin1 le dernier effort de l'invention4 ,aussi1 ni ,homre ni ,mose ne font mention d'aucune peinture2 preuve de leur antiquit6--#c4 ,les dlicieux jardins d',alcinos1 la magnificence de son palais1 la somptuosit de sa table1 prouvent que les ,grecs admiraient dj le luxe et le faste4--#d4 ,les ,phniciens portaient dj sur les ctes de la ,grce l'ivoire1 la pourpre et cet encens d',arabie dont la grotte de ,vnus exhale le parfum2 en outre1 du lin ou byssus le plus fin1 de riches vtemens4 ,parmi les prsens offerts ,pnlope par ses amans1 nous remarquons un voile ou manteau dont l'ingnieux travail ferait honneur au luxe recherch des temps modernes#gc4--e4 ,le char sur lequel ,priam va trouver ,achille est de bois de cdre2 l'antre de ,calypso en exhala l'agrable odeur4 ,cette dlicatesse de bon got fut ignore des ,romains aux poques o les ,nron et les ,hliogabale aimaient anantir les choses les plus prcieuses1 comme par une sorte de fureur4--#f4 ,descriptions des bains voluptueux de ,circ4--#g4 ,les jeunes esclaves des amans de ,pnlope1 avec leur beaut1 leurs grces et leurs blondes chevelures1 nous sont reprsents tels que les recherche la dlicatesse moderne4-#h4 ,les hommes soignent leur chevelure comme les femmes2 ,hector et ,diomde en font un reproche ,pris4--#i4 ,homre nous montre toujours ses hros se nourrissant de chair rtie1 nourriture la plus simple de toutes1 celle qui demande le moins d'apprt1 puisqu'il suffit de braises pour la prparer#gd4 ,les viandes bouillies ne durent venir qu'ensuite1 car elles exigent1 outre le feu1 de l'eau1 un chaudron et un trpied2 ,virgile nourrit ses hros de viandes bouillies1 et leur en fait aussi rtir avec des broches4 ,enfin vinrent les alimens assaisonns4--,homre nous prsente comme l'aliment le plus dlicat des hros1 la farine mle de fromage et de miel2 mais il tire de la pche deux de ses comparaisons2 et lorsqu',ulysse1 rentrant dans son palais sous les habits de l'indigence1 demande l'aumne l'un des amans de ,pnlope1 il lui dit que les dieux donnent aux rois hospitaliers et bienfaisans des mers abondantes en poissons qui font les dlices des festins4--#aj4 ,les hros contractent mariage avec des trangres2 les btards succdent au trne2 observation importante qui prouverait qu',homre a paru l'poque o le droit hroque tombait en dsutude dans la ,grce1 pour faire place la libert populaire4 ,note #gc3 4 4 4 4 4 4 ,grec3 megan perikallea peplon poikilon en d'ar' esan peronai duo kaidecha pasai chruseiai1 klisin eugnamptois araroiai4 ,od4 ,grec3 ,sigma4 ,note #gd3 ,l'usage en resta dans les sacrifices1 et les ,romains appelrent toujours prosficia les chairs des victimes rties sur les autels que l'on partageait entre les convives2 dans la suite les victimes1 comme les viandes profanes1 furent rties avec des broches4 ,lorsqu',achille reoit ,priam sa table1 il ouvre l'agneau1 et ensuite ,patrocle le rtit1 prpare la table1 et sert le pain dans des corbeilles2 les hros ne clbraient point de banquets qui ne fussent des sacrifices1 o ils taient eux-mmes les prtres4 ,les ,latins en conservrent epul1 banquets somptueux1 le plus souvent donns par les grands2 epulum1 repas donn au peuple par la rpublique2 epulones1 prtres qui prenaient part au repas sacr4 ,agamemnon tue lui-mme les deux agneaux dont le sang doit consacrer le trait fait avec ,priam2 tant on attachait alors une ide magnifique une action qui nous semble maintenant celle d'un boucher6 7,vico74 ,en runissant toutes ces observations1 recueillies pour la plupart dans l',odysse1 ouvrage de la vieillesse d',homre au sentiment de ,longin1 nous partageons l'opinion de ceux qui placent l'ge d',homre long-temps aprs la guerre de ,troie1 une distance de quatre sicles et demi1 et nous le croyons contemporain de ,numa4 ,nous pourrions mme le rapprocher encore1 car ,homre parle de l'gypte1 et l'on dit que ,psammtique1 dont le rgne est postrieur celui de ,numa1 fut le premier roi d'gypte qui ouvrit cette contre aux ,grecs2 mais une foule de passages de l',odysse montrent que la ,grce tait depuis long-temps ouverte aux marchands phniciens1 dont les ,grecs aimaient dj les rcits non moins que les marchandises1 -peu-prs comme l',europe accueille maintenant tout ce qui vient des ,indes4 ,il n'est donc point contradictoire qu',homre n'ait pas vu l'gypte1 et qu'il raconte tant de choses de l'gypte et de la ,lybie1 de la ,phnicie et de l',asie en gnral1 de l',italie et de la ,sicile1 d'aprs les rapports que les ,phniciens en faisaient aux ,grecs4 ,il n'est pas si facile d'accorder cette recherche et cette dlicatesse dans la manire de vivre1 que nous observions tout--l'heure1 avec les moeurs sauvages et froces qu'il attribue ses hros1 particulirement dans l',iliade4 ,dans l'impuissance d'accorder ainsi la douceur et la frocit1 ne placidis coeant immitia1 on est tent de croire que les deux pomes ont t travaills par plusieurs mains1 et continus pendant plusieurs ges4 ,nouveau pas que nous faisons dans la recherche du ,v,,ritable ,,hom,,re4 ,,chapitre ,,iv4 ,,pourquoi ,,le ,g,,nie ,d',,hom,,re ,,dans ,,la ,,po,,sie ,h,,ro,,que ,,ne ,,peut ,,jamais ,,tre ,,gal4 ,,observations ,,sur ,,la ,,com,,die ,,et ,,la ,,trag,,die4 ,l'absence de toute philosophie que nous avons remarque dans ,homre1 et nos dcouvertes sur sa patrie et sur l'ge o il a vcu1 nous font souponner fortement qu'il pourrait bien n'avoir t qu'un homme tout--fait vulgaire4 l'appui de ce soupon viennent deux observations4 #a4 ,horace1 dans son ,art potique1 trouve qu'il est trop difficile d'imaginer de nouveaux caractres aprs ,homre1 et conseille aux potes tragiques de les emprunter plutt l',iliade 7,rectis iliacum carmen deducis in actus1 ,qum si4444474 ,il n'en est pas de mme pour la comdie3 les caractres de la nouvelle comdie ,athnes furent tous imagins par les potes du temps1 auxquels une loi dfendait de jouer des personnages rels1 et ils le furent avec tant de bonheur1 que les ,latins1 avec tout leur orgueil1 reconnaissent la supriorit des ,grecs dans la comdie4 7,quintilien74 #b4 ,homre1 venu si long-temps avant les philosophes1 les critiques et les auteurs d',arts potiques1 fut et reste encore le plus sublime des potes dans le genre le plus sublime1 dans le genre hroque2 et la tragdie qui naquit aprs fut toute grossire dans ses commencemens1 comme personne ne l'ignore4 ,la premire de ces difficults et d suffire pour exciter les recherches des ,scaliger1 des ,patrizio1 des ,castelvetro1 et pour engager tous les matres de l'art potique chercher la raison de cette diffrence4444 ,cette raison ne peut se trouver que dans l'origine de la posie 7v4 le livre prcdent71 et consquemment dans la dcouverte des caractres potiques1 qui font toute l'essence de la posie4 #a4 ,l'ancienne comdie prenait des sujets vritables pour les mettre sur la scne1 tels qu'ils taient2 ainsi ce misrable ,aristophane joua ,socrate sur le thtre1 et prpara la ruine du plus vertueux des ,grecs4 ,la nouvelle comdie peignit les moeurs des ges civiliss1 dont les philosophes de l'cole de ,socrate avaient dj fait l'objet de leurs mditations2 clairs par les maximes dans lesquelles cette philosophie avait rsum toute la morale1 ,mnandre et les autres comiques grecs purent se former des caractres idaux1 propres frapper l'attention du vulgaire1 si docile aux exemples1 tandis qu'il est si incapable de profiter des maximes4 #b4 ,la tragdie1 bien diffrente dans son objet1 met sur la scne les haines1 les fureurs1 les ressentimens1 les vengeances hroques1 toutes passions des natures sublimes4 ,les sentimens1 le langage1 les actions qui leur sont appropris1 ont1 par leur violence et leur atrocit mme1 quelque chose de merveilleux1 et toutes ces choses sont au plus haut degr conformes entre elles1 et uniformes dans leurs sujets4 ,or1 ces tableaux passionns ne furent jamais faits avec plus d'avantage que par les ,grecs des temps hroques1 la fin desquels vint ,homre44444 ,aristote dit avec raison dans sa ,potique1 qu',homre est un pote unique pour les fictions4 ,c'est que les caractres potiques dont ,horace admire dans ses ouvrages l'incomparable vrit1 se rapportrent ces genres crs par l'imagination 7generi fantastici71 dont nous avons parl dans la mtaphysique potique4 chacun de ces caractres les peuples grecs attachrent toutes les ides particulires qu'on pouvait y rapporter1 en considrant chaque caractre comme un genre4 ,au caractre d',achille1 dont la peinture est le principal sujet de l',iliade1 ils rapportrent toutes les qualits propres la vertu hroque1 les sentimens1 les moeurs qui rsultent de ces qualits1 l'irritabilit1 la colre implacable1 la violence qui s'arroge tout par les armes 7,horace74 ,dans le caractre d',ulysse1 principal sujet de l',odysse1 ils firent entrer tous les traits distinctifs de la sagesse hroque1 la prudence1 la patience1 la dissimulation1 la duplicit1 la fourberie1 cette attention sauver l'exactitude du langage1 sans gard la ralit des actions1 qui fait que ceux qui coutent1 se trompent eux-mmes4 ,ils attriburent ces deux caractres les actions particulires dont la clbrit pouvait assez frapper l'attention d'un peuple encore stupide1 pour qu'il les ranget dans l'un ou dans l'autre genre4 ,ces deux caractres1 ouvrages d'une nation tout entire1 devaient ncessairement prsenter dans leur conception une heureuse uniformit2 c'est dans cette uniformit1 d'accord avec le sens commun d'une nation entire1 que consiste toute la convenance1 toute la grce d'une fable4 ,crs par de si puissantes imaginations1 ces caractres ne pouvaient tre que sublimes4 ,de l deux lois ternelles en posie3 d'aprs la premire1 le sublime potique doit toujours avoir quelque chose de populaire2 en vertu de la seconde1 les peuples qui se firent d'abord eux-mmes les caractres hroques1 ne peuvent observer leurs contemporains civiliss et par consquent si diffrens1 sans leur transporter les ides qu'ils empruntent ces caractres si renomms4 ,,chapitre ,v4 ,,observations ,,philosophiques ,,devant ,,servir ,,la ,d,,couverte ,,du ,v,,ritable ,,hom,,re4 #a4 ,rappelons d'abord cet axiome3 ,les hommes sont ports naturellement consacrer le souvenir des lois et institutions qui font la base des socits auxquelles ils appartiennent4--#b4 ,l'histoire naquit d'abord1 ensuite la posie4 ,en effet1 l'histoire est la simple nonciation du vrai1 dont la posie est une imitation exagre4 ,castelvetro a aperu cette vrit1 mais cet ingnieux crivain n'a pas su en profiter pour trouver la vritable origine de la posie2 c'est qu'il fallait combiner ce principe avec le suivant3--#c4 ,les potes ayant certainement prcd les historiens vulgaires1 la premire histoire dut tre la potique4--#d4 ,les fables furent leur origine des rcits vritables et d'un caractre srieux1 et 7,grec3 mythos fable1 a t dfinie par vera narratio74 ,les fables naquirent1 pour la plupart1 bizarres1 et devinrent successivement moins appropries leurs sujets primitifs1 altres1 invraisemblables1 obscures1 d'un effet choquant et surprenant1 enfin incroyables2 voil les sept sources de la difficult des fables4--#e4 ,nous avons vu dans le second livre comment ,homre reut les fables dj altres et corrompues4--#f4 ,les caractres potiques1 qui sont l'essence des fables1 naquirent d'une impuissance naturelle des premiers hommes1 incapables d'abstraire du sujet ses formes et ses proprits2 en consquence1 nous trouvons dans ces caractres une manire de penser commande par la nature aux nations entires1 l'poque de leur plus profonde barbarie4--,c'est le propre des barbares d'agrandir et d'tendre toujours les ides particulires4 ,les esprits borns1 dit ,aristote dans sa ,morale1 font une maxime1 une rgle gnrale1 de chaque ide particulire4 ,la raison doit en tre que l'esprit humain1 infini de sa nature1 tant resserr dans la grossiret de ses sens1 ne peut exercer ses facults presque divines qu'en tendant les ides particulires par l'imagination4 ,c'est pour cela peut-tre que dans les potes grecs et latins les images des dieux et des hros apparaissent toujours plus grandes que celles des hommes1 et qu'aux sicles barbares du moyen ge1 nous voyons dans les tableaux les figures du ,pre1 de ,jsus-,christ et de la ,vierge1 d'une grandeur colossale4--#g4 ,la rflexion1 dtourne de son usage naturel1 est mre du mensonge et de la fiction4 ,les barbares en sont dpourvus2 aussi les premiers potes hroques des ,latins chantrent des histoires vritables1 c'est--dire les guerres de ,rome4 ,quand la barbarie de l'antiquit reparut au moyen ge1 les potes latins de cette poque1 les ,gunterius1 les ,guillaume de ,pouille1 ne chantrent que des faits rels4 ,les romanciers du mme temps s'imaginaient crire des histoires vritables1 et le ,boiardo1 l',arioste1 ns dans un sicle clair par la philosophie1 tirrent les sujets de leur pome de la chronique de l'archevque ,turpin4 ,c'est par l'effet de ce dfaut de rflexion1 qui rend les barbares incapables de feindre1 que ,dante1 tout profond qu'il tait dans la sagesse philosophique1 a reprsent dans sa ,divine ,comdie1 des personnages rels et des faits historiques4 ,il a donn son pome le titre de comdie1 dans le sens de l'ancienne comdie des ,grecs1 qui prenait pour sujet des personnages rels4 ,dante ressembla sous ce rapport l',homre de l',iliade1 que ,longin trouve toute dramatique1 toute en actions1 tandis que l',odysse est toute en rcits4 ,ptrarque1 avec toute sa science1 a pourtant chant dans un pome latin la seconde guerre punique2 et dans ses posies italiennes1 les ,triomphes1 o il prend le ton hroque1 ne sont autre chose qu'un recueil d'histoires4--,une preuve frappante que les premires fables furent des histoires1 c'est que la satire attaquait non-seulement des personnes relles1 mais les personnes les plus connues2 que la tragdie prenait pour sujets des personnages de l'histoire potique2 que l'ancienne comdie jouait sur la scne des hommes clbres encore vivans4 ,enfin la nouvelle comdie1 ne l'poque o les ,grecs taient le plus capables de rflexion1 cra des personnages tout d'invention2 de mme1 dans l',italie moderne1 la nouvelle comdie ne reparut qu'au commencement de ce quinzime sicle1 dj si clair4 ,jamais les ,grecs et les ,latins ne prirent un personnage imaginaire pour sujet principal d'une tragdie4 ,le public moderne1 d'accord en cela avec l'ancien1 veut que les opras dont les sujets sont tragiques1 soient historiques pour le fond2 et s'il supporte les sujets d'invention dans la comdie1 c'est que ce sont des aventures particulires qu'il est tout simple qu'on ignore1 et que pour cette raison l'on croit vritables4--#h4 ,d'aprs cette explication des caractres potiques1 les allgories potiques qui y sont rattaches1 ne doivent avoir qu'un sens relatif l'histoire des premiers temps de la ,grce4--#i4 ,de telles histoires durent se conserver naturellement dans la mmoire des peuples1 en vertu du premier principe observ au commencement de ce chapitre4 ,ces premiers hommes1 qu'on peut considrer comme reprsentant l'enfance de l'humanit1 durent possder un degr merveilleux la facult de la mmoire1 et sans doute il en fut ainsi par une volont expresse de la ,providence2 car1 au temps d',homre1 et quelque temps encore aprs lui1 l'criture vulgaire n'avait pas encore t trouve 7,josephe contre ,appion74 ,dans ce travail de l'esprit1 les peuples1 qui cette poque taient pour ainsi dire tout corps sans rflexion1 furent tout sentiment pour sentir les particularits1 toute imagination pour les saisir et les agrandir1 toute invention pour les rapporter aux genres que l'imagination avait crs 7generi fantastici71 enfin toute mmoire pour les retenir4 ,ces facults appartiennent sans doute l'esprit1 mais tirent du corps leur origine et leur vigueur4 ,chez les ,latins1 mmoire est synonyme d'imagination 7memorabile1 imaginable1 dans ,trence72 ils disent comminisci pour feindre1 imaginer2 commentum pour une fiction1 et en italien fantasia se prend de mme pour ingegno4 ,la mmoire rappelle les objets1 l'imagination en imite et en altre la forme relle1 le gnie ou facult d'inventer leur donne un tour nouveau1 et en forme des assemblages1 des compositions nouvelles4 ,aussi les potes thologiens ont-ils appel la mmoire la mre des ,muses4--#aj4 ,les potes furent donc sans doute les premiers historiens des nations4 ,ceux qui ont cherch l'origine de la posie1 depuis ,aristote et ,platon1 auraient pu remarquer sans peine que toutes les histoires des nations paennes ont des commencemens fabuleux4--#aa4 ,il est impossible d'tre -la-fois et au mme degr pote et mtaphysicien sublimes4 ,c'est ce que prouve tout examen de la nature de la posie4 ,la mtaphysique dtache l'me des sens2 la facult potique l'y plonge pour ainsi dire et l'y ensevelit2 la mtaphysique s'lve aux gnralits1 la facult potique descend aux particularits4--#ab4 ,en posie1 l'art est inutile sans la nature3 la potique1 la critique1 peuvent faire des esprits cultivs1 mais non pas leur donner de la grandeur2 la dlicatesse est un talent pour les petites choses1 et la grandeur d'esprit les ddaigne naturellement4 ,le torrent imptueux peut-il rouler une eau limpide8 ne faut-il pas qu'il entrane dans son cours des arbres et des rochers8 ,excusons donc les choses basses et grossires qui se trouvent dans ,homre4--#ac4 ,malgr ces dfauts1 ,homre n'en est pas moins le pre1 le prince de tous les potes sublimes4 ,aristote trouve qu'il est impossible d'galer les mensonges potiques d',homre2 ,horace dit que ses caractres sont inimitables2 deux loges qui ont le mme sens4--,il semble s'lever jusqu'au ciel par le sublime de la pense2 nous avons expliqu dj ce mrite d',homre1 ,,livre ,,ii1 page #bbe4 ,joignez ces rflexions celles que nous avons faites un peu plus haut 7pages #beb-beg71 et qui prouvent -la-fois combien il est pote1 et combien peu il est philosophe4--#ad4 ,les inconvenances1 les bizarreries qu'on pourrait lui reprocher1 furent l'effet naturel de l'impuissance1 de la pauvret de la langue qui se formait alors4 ,le langage se composait encore d'images1 de comparaisons1 faute de genres et d'espces qui pussent dfinir les choses avec proprit2 ce langage tait le produit naturel d'une ncessit1 commune des nations entires4--,c'tait encore une ncessit que les premires nations parlassent en vers hroques 7,,livre ,,ii1 page #aeh74--ae4 ,de telles fables1 de telles penses et de telles moeurs1 un tel langage et de tels vers s'appelrent galement hroques1 furent communs des peuples entiers1 et par consquent aux individus dont se composaient ces peuples4 ,,chapitre ,,vi4 ,,observations ,,philologiques1 ,,qui ,,serviront ,,la ,d,,couverte ,,de ,v,,ritable ,,hom,,re4 #a4 ,nous avons dj dit plus haut que toutes les anciennes histoires profanes commencent par des fables2 que les peuples barbares1 sans communication avec le reste du monde1 comme les anciens ,germains et les ,amricains1 conservaient en vers l'histoire de leurs premiers temps2 que l'histoire romaine particulirement fut d'abord crite par des potes1 et qu'au moyen ge celle de l',italie le fut aussi par des potes latins4--#b4 ,manthon1 grand pontife d'gypte1 avait donn l'histoire des premiers ges de sa nation1 crite en hiroglyphes1 l'interprtation d'une sublime thologie naturelle2 les philosophes grecs donnrent une explication philosophique aux fables qui contenaient l'histoire des ges les plus anciens de la ,grce4 ,nous avons1 dans le livre prcdent1 tenu une marche tout--fait contraire3 nous avons t aux fables leurs sens mystique ou philosophique pour leur rendre leur vritable sens historique4--#c4 ,dans l',odysse1 on veut louer quelqu'un d'avoir bien racont une histoire1 et l'on dit qu'il l'a raconte comme un chanteur ou un musicien4 ,ces chanteurs n'taient sans doute autres que les rapsodes1 ces hommes du peuple qui savaient chacun par coeur quelque morceau d',homre1 et conservaient ainsi dans leur mmoire ses pomes1 qui n'taient point encore crits4 7,voy4 ,josephe contre ,appion47 ,ils allaient isolment de ville en ville en chantant les vers d',homre dans les ftes et dans les foires4--#d4 ,d'aprs l'tymologie1 les rapsodes 7de ,grec3 rhaptein1 coudre1 ,grec3 das1 des chants71 ne faisaient que coudre1 arranger les chants qu'ils avaient recueillis1 sans doute dans le peuple mme4 ,le mot ,homre prsente dans son tymologie un sens analogue1 ,grec3 homou1 ensemble1 ,grec3 eirein1 lier4 ,grec3 homros signifie rpondant1 parce que le rpondant lie ensemble le crancier et le dbiteur4 ,cette tymologie1 applique l',homre que l'on a conu jusqu'ici1 est aussi loigne et aussi force qu'elle est convenable et facile relativement notre ,homre1 qui liait1 composait1 c'est--dire mettait ensemble les fables4--#e4 ,les ,pisistratides divisrent et disposrent les pomes d',homre en ,iliade et en ,odysse4 ,ceci doit nous faire entendre que ces pomes n'taient auparavant qu'un amas confus de traditions potiques4 ,on peut remarquer d'ailleurs combien diffre le style des deux pomes4--,les mmes ,pisistratides ordonnrent qu' l'avenir ces pomes seraient chants par les rapsodes dans la fte des ,panathnes 7,cicron1 ,de natur deorum4 ,elien74--#f4 ,mais les ,pisistratides furent chasss d',athnes peu de temps avant que les ,tarquins le fussent de ,rome1 de sorte qu'en plaant ,homre au temps de ,numa1 comme nous l'avons fait1 les rapsodes conservrent long-temps encore ses pomes dans leur mmoire4 ,cette tradition te tout crdit la prcdente1 d'aprs laquelle les pomes d',homre auraient t corrigs1 diviss et mis en ordre du temps des ,pisistratides4 ,tout cela et suppos l'criture vulgaire1 et si cette criture et exist ds cette poque1 on n'aurait plus eu besoin de rapsodes pour retenir et pour chanter des morceaux de ces pomes4#ge ,note #ge3 ,rien n'indique qu',hsiode qui laissa ses ouvrages crits ait t appris par coeur1 comme ,homre1 par les rapsodes4 ,les chronologistes ont donc pris un soin puril en le plaant trente ans avant ,homre1 tandis qu'il dut venir aprs les ,pisistratides4 ,on pourrait cependant attaquer cette opinion en considrant ,hsiode comme un de ces potes cycliques1 qui chantrent toute l'histoire fabuleuse des ,grecs1 depuis l'origine de leur thogonie jusqu'au retour d',ulysse ,itaque1 et en les plaant dans la mme classe que les rapsodes homriques4 ,ces potes dont le nom vient de ,grec3 kyklos1 cercle1 ne purent tre que des hommes du peuple qui1 les jours de ftes1 chantaient les fables la multitude rassemble en cercle autour d'eux4 ,on les dsigne ordinairement eux-mmes par l'pithte de ,grec3 kyklioi1 ,grec3 ekyklioi1 et les recueils de leurs ouvrages par ,grec3 kyklos epikos1 kyklia ep1 poima enkyklikon1 ou simplement ,grec3 kyklos4 ,hsiode1 considr comme un pote cyclique1 qui raconte toutes les fables relatives aux dieux de la ,grce1 aurait prcd ,homre4 ,ce que nous disions d'abord d',hsiode1 nous le dirons d',hippocrate4 ,il laissa des ouvrages considrables crits1 non en vers1 mais en prose1 et par consquent incapables d'tre retenus par coeur2 nous le placerons au temps d',hrodote4 7,vico74 ,ce qui achve de prouver qu',homre est antrieur l'usage de l'criture1 c'est qu'il ne fait mention nulle part des lettres de l'alphabet4 ,la lettre crite par ,prtus pour perdre ,bellrophon1 le fut1 dit-il1 par des signes1 ,grec3 smata4--#g4 ,aristarque corrigea les pomes d',homre1 et pourtant1 sans parler de cette foule de licences dans la mesure1 on trouve encore dans la varit de ses dialectes1 ce mlange discordant d'expressions htrognes1 qui taient sans doute autant d'idiotismes des divers peuples de la ,grce4--#h4 ,voyez plus haut ce que nous avons dit sur la patrie et sur l'ge d',homre4 ,longin1 ne pouvant dissimuler la grande diversit de style qui se trouve dans les deux pomes1 prtend qu',homre fit l',iliade lorsqu'il tait jeune encore1 et qu'il composa l',odysse dans sa vieillesse4 ,sans doute la colre d',achille lui semble un sujet plus convenable pour un jeune homme1 les aventures du prudent ,ulysse pour un vieillard4 ,mais comment savoir ces particularits de l'histoire d'un homme1 lorsqu'on en ignore les deux circonstances les plus importantes1 le temps et le lieu8 ,c'est ce qui doit ter toute confiance la ,vie d',homre qu'a compose ,plutarque1 et celle qu'on attribue souvent ,hrodote1 et dans laquelle l'auteur a rempli un volume de tant de dtails minutieux et de tant de belles aventures4--#i4 ,la tradition veut qu',homre ait t aveugle1 et qu'il ait tir de l son nom 7c'tait le sens d',grec3 ,omros dans le dialecte ionien74 ,homre lui-mme nous reprsente toujours aveugles les potes qui chantent la table des grands2 c'est un aveugle qui parat au banquet d',alcinos et celui des amans de ,pnlope4--,les aveugles ont une mmoire tonnante4--,enfin1 selon la mme tradition1 ,homre tait pauvre1 et allait dans les marchs de la ,grce en chantant ses pomes4 ,,chapitre ,,vii4 4 ,i4 ,d,,couverte ,,du ,v,,ritable ,,hom,,re4 ,ces observations philosophiques et philologiques nous portent croire qu'il en est d',homre comme de la guerre de ,troie1 qui fournit l'histoire une fameuse poque chronologique1 et dont cependant les plus sages critiques rvoquent en doute la ralit4 ,certainement1 s'il ne restait pas plus de traces d',homre que de la guerre de ,troie1 nous ne pourrions y voir1 aprs tant de difficults1 qu'un tre idal1 et non pas un homme4 ,mais ces deux pomes qui nous sont parvenus1 nous forcent de n'admettre cette opinion qu' demi1 et de dire qu',homre a t l'idal ou le caractre hroque du peuple de la ,grce racontant sa propre histoire dans des chants nationaux4 4 ,,ii4 ,tout ce qui tait absurde et invraisemblable dans l',homre que l'on s'est figur jusqu'ici1 devient dans notre ,homre convenance et ncessit4 --#a4 ,d'abord l'incertitude de la patrie d',homre nous oblige de dire que si les peuples de la ,grce se disputrent l'honneur de lui avoir donn le jour1 et le revendiqurent tous pour concitoyen1 c'est qu'ils taient eux-mmes ,homre4--,s'il y a une telle diversit d'opinion sur l'poque o il a vcu1 c'est qu'il vcut en effet dans la bouche et dans la mmoire des mmes peuples1 depuis la guerre de ,troie jusqu'au temps de ,numa1 ce qui fait quatre cent soixante ans4--#b4 ,la ccit1 la pauvret d',homre furent celles des rapsodes1 qui1 tant aveugles 7d'o leur venait le nom d',grec3 homroi71 avaient une plus forte mmoire4 ,c'taient de pauvres gens qui gagnaient leur vie chanter par les villes les pomes homriques1 dont ils taient auteurs1 en ce sens qu'ils faisaient partie des peuples qui y avaient consign leur histoire4--#c4 ,de cette manire1 ,homre composa l',iliade dans sa jeunesse1 c'est--dire dans celle de la ,grce4 ,elle se trouvait alors tout ardente de passions sublimes1 d'orgueil1 de colre et de vengeance4 ,ces sentimens sont ennemis de la dissimulation1 et n'excluent point la gnrosit2 elle devait admirer ,achille1 le hros de la force4 ,homre dj vieux composa l',odysse1 lorsque les passions des ,grecs commenaient tre refroidies par la rflexion1 mre de la prudence4 ,la ,grce devait alors admirer ,ulysse1 le hros de la sagesse4 ,au temps de la jeunesse d',homre1 la fiert d',agamemnon1 l'insolence et la barbarie d',achille plaisaient aux peuples de la ,grce4 ,lors de sa vieillesse1 ils aimaient dj le luxe d',alcinos1 les dlices de ,calypso1 les volupts de ,circ1 les chants des ,sirnes et les amusemens des amans de ,pnlope4 ,comment en effet rapporter au mme ge des moeurs absolument opposes8 ,cette difficult a tellement frapp ,platon1 que1 ne sachant comment la rsoudre1 il prtend que dans les divins transports de l'enthousiasme potique1 ,homre put voir dans l'avenir ces moeurs effmines et dissolues4 ,mais n'est-ce pas attribuer le comble de l'imprudence celui qu'il nous prsente comme le fondateur de la civilisation grecque8 ,peindre d'avance de telles moeurs1 tout en les condamnant1 n'est-ce pas enseigner les imiter8 ,convenons plutt que l'auteur de l',iliade dut prcder de long-temps celui de l',odysse2 que le premier1 originaire du nord-est de la ,grce1 chanta la guerre de ,troie qui avait eu lieu dans son pays2 et que l'autre1 n du ct de l',orient et du ,midi1 clbre ,ulysse qui rgnait dans ces contres4--#d4 ,le caractre individuel d',homre1 disparaissant ainsi dans la foule des peuples grecs1 il se trouve justifi de tous les reproches que lui ont faits les critiques1 et particulirement de la bassesse des penses1 de la grossiret des moeurs1 de ses comparaisons sauvages1 des idiotismes1 des licences de versification1 de la varit des dialectes qu'il emploie2 enfin d'avoir lev les hommes la grandeur des dieux1 et fait descendre les dieux au caractre d'hommes4 ,longin n'ose dfendre de telles fables qu'en les expliquant par des allgories philosophiques2 c'est dire assez que1 prises dans leur premier sens1 elles ne peuvent assurer ,homre la gloire d'avoir fond la civilisation grecque4--,toutes ces imperfections de la posie homrique que l'on a tant critiques rpondent autant de caractres des peuples grecs eux-mmes4--#e4 ,nous assurons ,homre le privilge d'avoir eu seul la puissance d'inventer les mensonges potiques 7,aristote71 les caractres hroques 7,horace72 le privilge d'une incomparable loquence dans ses comparaisons sauvages1 dans ses affreux tableaux de morts et de batailles1 dans ses peintures sublimes des passions1 enfin le mrite du style le plus brillant et le plus pittoresque4 ,toutes ces qualits appartenaient l'ge hroque de la ,grce4 ,c'est le gnie de cet ge qui fit d',homre un pote incomparable4 ,dans un temps o la mmoire et l'imagination taient pleines de force1 o la puissance d'invention tait si grande1 il ne pouvait tre philosophe4 ,aussi ni la philosophie1 ni la potique ou la critique1 qui vinrent plus tard1 n'ont pu jamais faire un pote qui approcht seulement d',homre4--#f4 ,grces notre dcouverte1 ,homre est assur dsormais des trois titres immortels qui lui ont t donns1 d'avoir t le fondateur de la civilisation grecque1 le pre de tous les autres potes1 et la source des diverses philosophies de la ,grce4 ,aucun de ces trois titres ne convenait ,homre1 tel qu'on se l'tait figur jusqu'ici4 ,il ne pouvait tre regard comme le fondateur de la civilisation grecque1 puisque1 ds l'poque de ,deucalion et ,pyrrha1 elle avait t fonde avec l'institution des mariages1 ainsi que nous l'avons dmontr en traitant de la sagesse potique qui fut le principe de cette civilisation4 ,il ne pouvait tre regard comme le pre des potes1 puisqu'avant lui avaient fleuri les potes thologiens1 tels qu',orphe1 ,amphion1 ,linus et ,muse2 les chronologistes y joignent ,hsiode en le plaant trente ans avant ,homre4 ,il fut mme devanc par plusieurs potes hroques1 au rapport de ,cicron 7,brutus72 ,eusbe les nomme dans sa prparation vanglique2 ce sont ,philamon1 ,thmiride1 ,dmodocus1 pimnide1 ,ariste1 etc4--,enfin1 on ne pouvait voir en lui la source des diverses philosophies de la ,grce1 puisque nous avons dmontr dans le second ,livre que les philosophes ne trouvrent point leurs doctrines dans les fables homriques1 mais qu'ils les y rattachrent4 ,la sagesse potique avec ses fables fournit seulement aux philosophes l'occasion de mditer les plus hautes vrits de la mtaphysique et de la morale1 et leur donna en outre la facilit de les expliquer4 4 ,,iii4 ,on doit trouver dans les pomes d',homre les deux principales sources des faits relatifs au droit naturel des gens1 considr chez les ,grecs4 ,aux loges que nous venons de donner ,homre1 ajoutons celui d'avoir t le plus ancien historien du paganisme1 qui nous soit parvenu4 ,ses pomes sont comme deux grands trsors o se trouvent conserves les moeurs des premiers ges de la ,grce4 ,mais le destin des pomes d',homre a t le mme que celui des lois des douze tables4 ,on a rapport ces lois au lgislateur d',athnes1 d'o elles seraient passes ,rome1 et l'on n'y a point vu l'histoire du droit naturel des peuples hroques du ,latium2 on a cru que les pomes d',homre taient la cration du rare gnie d'un individu1 et l'on n'y a pu dcouvrir l'histoire du droit naturel des peuples hroques de la ,grce4 ,,appendice4 ,histoire raisonne des potes dramatiques et lyriques4 ,nous avons dj montr qu'antrieurement ,homre il y avait eu trois ges de potes3 celui des potes thologiens1 dans les chants desquels les fables taient encore des histoires vritables et d'un caractre svre2 celui des potes hroques1 qui altrrent et corrompirent ces fables2 enfin l'ge d',homre1 qui les reut altres et corrompues4 ,maintenant la mme critique mtaphysique peut1 en nous montrant la cours d'ides que suivirent les anciens peuples1 jeter un jour tout nouveau sur l'histoire des potes dramatiques et lyriques4 ,cette histoire a t traite par les philologues avec bien de l'obscurit et de la confusion4 ,ils placent parmi les lyriques ,amphion de ,mthymne1 pote trs ancien des temps hroques4 ,ils disent qu'il trouva le dityrambe1 et aussi le choeur2 qu'il introduisit des satyres qui chantaient des vers2 que le dityrambe tait un choeur qui dansait en rond1 en chantant des vers en l'honneur de ,bacchus4 les entendre1 le temps des potes lyriques vit aussi fleurir des potes tragiques distingus1 et ,diogne ,larce assure que la premire tragdie fut reprsente par le choeur seulement4 ,ils disent encore qu',eschyle fut le premier pote tragique1 et ,pausanias raconte qu'il reut de ,bacchus l'ordre d'crire des tragdies2 d'un autre ct1 ,horace qui dans son art potique commence traiter de la tragdie en parlant de la satyre1 en attribue l'invention ,thespis1 qui au temps des vendanges fit jouer la premire satire sur des tombereaux4 ,aprs serait venu ,sophocle1 que ,palmon a proclam l',homre des tragiques2 enfin la carrire et t ferme par ,euripide qu',aristote appelle le tragique par excellence1 ,grec3 tragiktatos4 ,ils placent dans le mme ge ,aristophane1 premier auteur de la vieille comdie1 dont les nues perdirent le vertueux ,socrate4 ,cet abus ouvrit la route de la nouvelle comdie que ,mnandre suivit plus tard4 ,pour rsoudre ces difficults1 il faut reconnatre qu'il y eut deux sortes de potes tragiques1 et autant de lyriques4 ,les anciens lyriques furent sans doute les auteurs des hymnes en l'honneur des dieux1 analogues ceux que l'on attribue ,homre1 et crits aussi en vers hroques4 ,chez les ,latins les premiers potes furent les auteurs des vers saliens1 sorte d'hymnes chants dans les ftes des dieux par les prtres saliens4 ,ce dernier mot vient peut tre de salire1 saltare danser1 de mme que chez les ,grecs le premier choeur avait t une danse en rond4 ,tout ceci s'accorde avec nos principes3 les hommes des premiers sicles qui taient essentiellement religieux1 ne pouvaient louer que les dieux4 ,au moyen ge1 les prtres qui seuls alors taient lettrs1 ne composrent d'autres posies que des hymnes4 ,lorsque l'ge hroque succda l'ge divin1 on n'admira1 on ne clbra que les exploits des hros4 ,alors parurent les potes lyriques semblables l',achille de l',iliade1 lorsqu'il chante sur sa lyre les louanges des hros gui ne sont plus#gf4 ,les nouveaux lyriques furent ceux qu'on appelait melici1 ceux qui crivirent ce genre de vers que nous appelons arie per musica2 le prince de ces lyriques est ,pindare4 ,ce genre de vers dut venir aprs l'iambique1 qui lui-mme1 ainsi que nous l'avons vu1 succda l'hroque4 ,pindare vint au temps o la vertu grecque clatait dans les pompes des jeux olympiques au milieu d'un peuple admirateur2 l chantaient les potes lyriques4 ,de mme ,horace parut l'poque de la plus haute splendeur de ,rome2 et chez les ,italiens ce genre de posie n'a t connu qu' l'poque o les moeurs se sont adoucies et amollies4 ,note #gf3 ,amphion dut appartenir cette classe4 ,il fut en outre l'inventeur du dithyrambe1 premire bauche de la tragdie crite en vers hroques 7nous avons dmontr que ce vers fut le premier chez les ,grecs74 ,ainsi le dithyrambe d',amphion aurait t la premire satire2 on vient de voir que c'est en parlant de la satire qu',horace commence traiter de la tragdie4 7,vico74 ,quant aux tragiques et aux comiques1 on peut tracer ainsi la route qu'ils suivirent4 ,thespis et ,amphion1 dans deux parties diffrentes de la ,grce1 inventrent pendant la saison des vendanges#gg la satire1 ou tragdie antique joue par des satyres4 ,dans cet ge de grossiret1 le premier dguisement consista se couvrir de peaux de chvres#gh les jambes et les cuisses1 se rougir de lie de vin le visage et la poitrine1 et s'armer le front de cornes#gi4 ,la tragdie dut commencer par un choeur de satyres2 et la satire conserva pour caractre originaire la licence des injures et des insultes1 villanie1 parce que les villageois grossirement dguiss se tenaient sur les tombereaux qui portaient la vendange1 et avaient la libert de dire de l toute sorte d'injures aux honntes gens1 comme le font encore aujourd'hui les vendangeurs de la ,campanie appele proverbialement le sjour de ,bacchus4 ,le mot satyre signifiaient originairement en latin1 mets composs de divers alimens 7,festus74#hj ,dans la satire dramatique1 on voyait paratre1 selon ,horace1 divers genres de personnages1 hros et dieux1 rois et artisans1 enfin esclaves4 ,la satire1 telle qu'elle resta chez les ,romains1 ne traitait point de sujets divers4 ,note #gg3 ,il peut tre vrai en ce sens que ,bacchus1 dieu de la vendange1 ait command ,eschyle de composer des tragdies4 7,vico74 ,note #gh3 ,aussi a-t-on lieu de conjecturer que la tragdie a tir son nom de ce genre de dguisement1 plutt que du bouc ,grec3 ,tragos1 qu'on donnait en prix au vainqueur4 7,vico74 ,note #gi3 ,c'est de l peut-tre que chez nous les vendangeurs sont encore appels vulgairement cornuti4 7,vico74 ,note #hj3 ,lex per satyram signifiait une loi qui comprenait des matires diverses4 7,vico74 ,grces au gnie d',eschyle1 la tragdie antique fit place la tragdie moyenne1 et les choeurs de satyre aux choeurs d'hommes4 ,la tragdie moyenne dut tre l'origine de la vieille comdie1 dans laquelle les grands personnages taient traduits sur la scne2 et voil pourquoi le choeur s'y plaait naturellement4 ,ensuite vint ,sophocle et aprs lui ,euripide qui nous laissrent la tragdie nouvelle1 dans le mme temps o la vieille comdie finissait avec ,aristophane4 ,mnandre fut le pre de la comdie nouvelle1 dont les personnages sont de simples particuliers1 et en mme temps imaginaires2 c'est prcisment parce qu'ils sont pris dans une condition prive1 qu'ils pouvaient passer pour rels sans l'tre en effet4 ,ds-lors on ne devait plus placer le choeur dans la comdie2 le choeur est un public qui raisonne1 et qui ne raisonne que de choses publiques4 ,,livre ,,quatri,,me4 ,,du ,,cours ,,que ,,suit ,l',,histoire ,,des ,,nations4 ,,argument4 ,l'auteur rcapitule ce qu'il a dit au second ,livre1 en ajoutant quelques dveloppemens4 ,dans ses recherches philosophiques sur la sagesse potique1 on a vu ses opinions sur l'ge des dieux et sur celui des hros4 ,il les prsente ici sous une forme toute historique1 il ajoute l'indication gnrale des caractres de l'ge des hommes1 et trace ainsi une esquisse complte de l'histoire idale indique dans les axiomes4 ,chapitre ,i4 ,,introduction4 ,,trois ,,sortes ,,de ,,natures1 ,,de ,,moeurs1 ,,de ,,droits ,,naturels1 ,,de ,,gouvernemens4--4 ,i4 ,introduction4--4 ,,ii4 ,nature divine1 potique ou cratrice1 hroque1 humaine et intelligente4--4 ,,iii4 ,moeurs religieuses1 violentes1 rgles par le devoir4--4 ,,iv4 ,droits divin1 hroque1 humain4--4 ,v4 ,gouvernemens thocratique1 aristocratique1 dmocratique ou monarchique4 ,chapitre ,,ii4 ,,trois ,,esp,,ces ,,de ,,langues ,,et ,,de ,,caract,,res4--,langues et caractres hiroglyphiques1 symboliques et emblmatiques1 vulgaires4 ,chapitre ,,iii4 ,,trois ,,esp,,ces ,,du ,,jurisprudence1 ,d',,autorit1 ,,de ,,raison4--,corollaires relatifs la politique et au droit des ,romains4--4 ,i4 ,jurisprudence divine1 qui se confondait avec la divination2 jurisprudence hroque ou aristocratique1 attache rigoureusement aux formules2 jurisprudence humaine1 dont la rgle est l'quit naturelle4--4 ,,ii4 ,autorit dans le sens de proprit2 autorit de tutle2 autorit de conseil4--4 ,,iii4 ,raison divine1 connue par les auspices2 raison d'tat2 raison populaire1 d'accord avec l'quit naturelle4--4 ,,iv4 ,corollaire relatif la sagesse politique des anciens ,romains4--4 ,v4 ,corollaire relatif l'histoire fondamentale du droit romain4 ,chapitre ,,iv4 ,,trois ,,esp,,ces ,,de ,,jugemens4--4 ,i4 ,jugemens divins et duels4 ,ce droit imparfait fut ncessaire au repos des nations4 ,il en est de mme des jugemens hroques1 rigoureusement conformes aux formules consacres4 ,jugemens humains1 ou discrtionnaires4--4 ,,ii4 ,trois priodes dans l'histoire des moeurs et de la jurisprudence 7sect temporum74 ,chapitre ,v4 ,,autres ,,preuves tires des caractres propres aux aristocraties hroques4--4 ,i4 ,de la garde et conservation des limites4--4 ,,ii4 ,de la conservation et distinction des ordres politiques4 ,jalousie avec laquelle les aristocraties primitives prohibaient les mariages entre les nobles et les plbiens4 ,on a mal entendu les connubia patrum que demandait le peuple romain4 ,pourquoi les empereurs romains favorisrent la confusion des ordres4--4 ,,iii4 ,de la garde des lois4 ,elle est plus ou moins svre selon la forme du gouvernement4 ,l'attachement des ,romains leur ancienne lgislation fut une des principales causes de leur grandeur4 ,chapitre ,,vi4--4 ,i4 ,,autres ,,preuves tires de la manire dont chaque tat nouveau de la socit se combine avec le gouvernement de l'tat prcdent4 ,la dmocratie conserve quelque chose de l'tat aristocratique qui a prcd1 etc4--4 ,,ii4 ,c'est une loi naturelle que les nations terminent leur carrire politique par la monarchie4--4 ,,iii4 ,rfutation de ,bodin1 qui veut que les gouvernemens aient t d'abord monarchiques1 en dernier lieu aristocratiques4 ,chapitre ,,vii4--4 ,i4 ,,derni,,res ,,preuves4--4 ,,ii4 ,corollaire3 que l'ancien droit romain son premier ge fut un pome srieux1 et l'ancienne jurisprudence une posie svre1 dans laquelle on trouve la premire bauche de la mtaphysique lgale4 ,les formules antiques taient des espces de drames4 ,les jurisconsultes ont remarqu l'indivisibilit des droits1 mais non pas leur ternit4 ,note4 ,comment chez les ,grecs la philosophie sortit de la lgislation4 ,,livre ,,quatri,,me4 ,,du ,,cours ,,que ,,suit ,l',,histoire ,,des ,,nations4 ,,chapitre ,i4 ,,introduction4 ,,trois ,,sortes ,,de ,,natures1 ,,de ,,moeurs1 ,,de ,,droits ,,naturels1 ,,de ,,gouvernemens4 4 ,i4 ,introduction4 ,nous avons au livre premier tabli les principes de la ,science nouvelle2 au livre second1 nous avons recherch et dcouvert dans la sagesse potique l'origine de toutes les choses divines et humaines que nous prsente l'histoire du paganisme2 au troisime1 nous avons trouv que les pomes d',homre taient pour l'histoire de la ,grce1 comme les lois des douze tables pour celle du ,latium1 un trsor de faits relatifs au droit naturel des gens4 ,maintenant1 clairs sur tant de points par la philosophie et par la philologie1 nous allons dans ce quatrime livre esquisser l'histoire idale indique dans les axiomes1 et exposer la marche que suivent ternellement les nations4 ,nous les montrerons1 malgr la varit infinie de leurs moeurs1 tourner sans en sortir jamais dans ce cercle des ,,trois ,,ges1 divin1 hroque et humain4 ,dans cet ordre immuable1 qui nous offre un troit enchanement de causes et d'effets1 nous distinguerons trois sortes de natures desquelles drivent trois sortes de moeurs2 de ces moeurs elles-mmes dcoulent trois espces de droits naturels qui donnent lieu autant de gouvernemens4 ,pour que les hommes dj entrs dans la socit pussent se communiquer les moeurs1 droits et gouvernemens dont nous venons de parler1 il se forma trois sortes de langues et de caractres4 ,aux trois ges rpondirent encore trois espces de jurisprudences appuyes d'autant d'autorits et de raisons diverses1 donnant lieu autant d'espces de jugemens1 et suivies dans trois priodes 7sect temporum74 ,ces trois units d'espces avec beaucoup d'autres qui en sont une suite1 se rassemblent elles-mmes dans une unit gnrale1 celle de la religion honorant une ,providence2 c'est l l'unit d'esprit qui donne la forme et la vie au monde social4 ,nous avons dj trait sparment de toutes ces choses dans plusieurs endroits de cet ouvrage2 nous montrerons ici l'ordre qu'elles suivent dans le cours des affaires humaines4 4 ,,ii4 ,trois espces de natures4 ,matrise par les illusions de l'imagination1 facult d'autant plus forte que le raisonnement est plus faible1 la premire nature fut potique ou cratrice4 ,qu'on nous permette de l'appeler divine2 elle anima en effet et divinisa les tres matriels selon l'ide qu'elle se formait des dieux4 ,cette nature fut celle des potes-thologiens1 les plus anciens sages du paganisme1 car toutes les socits paennes eurent chacune pour base sa croyance en ses dieux particuliers4 ,du reste1 la nature des premiers hommes tait farouche et barbare2 mais la mme erreur de leur imagination leur inspirait une profonde terreur des dieux qu'ils s'taient faits eux-mmes1 et la religion commenait dompter leur farouche indpendance4 7,voy4 l'axiome #ca47 ,la seconde nature fut hroque2 les hros se l'attribuaient eux-mmes1 comme un privilge de leur divine origine4 ,rapportant tout l'action des dieux1 ils se tenaient pour fils de ,jupiter2 c'est--dire pour engendrs sous les auspices de ,jupiter1 et ce n'tait pas sans raison1 qu'ils se regardaient comme suprieurs par cette noblesse naturelle ceux qui pour chapper aux querelles sans cesse renouveles par la promiscuit infme de l'tat bestial se rfugiaient dans leurs asiles1 et qui1 arrivant sans religion1 sans dieux1 taient regards par les hros comme de vils animaux4 ,le troisime ge fut celui de la nature humaine intelligente1 et par cela mme modre1 bienveillante et raisonnable2 elle reconnat pour lois la conscience1 la raison1 le devoir4 4 ,,iii4 ,trois sortes de moeurs4 ,les premires moeurs eurent ce caractre de pit et de religion que l'on attribue ,deucalion et ,pyrrha1 peine chapps aux eaux du dluge4--,les secondes furent celles d'hommes irritables et susceptibles sur le point d'honneur1 tels qu'on nous reprsente ,achille4--,les troisimes furent rgles par le devoir2 elles appartiennent l'poque o l'on fait consister l'honneur dans l'accomplissement des devoirs civils4 4 ,,iv4 ,trois espces de droits naturels4 ,droit divin4 ,les hommes voyant en toutes choses les dieux ou l'action des dieux1 se regardaient1 eux et tout ce qui leur appartenait1 comme dpendant immdiatement de la divinit4 ,droit hroque1 ou droit de la force1 mais de la force matrise d'avance par la religion qui seule peut la contenir dans le devoir1 lorsque les lois humaines n'existent pas encore1 ou sont impuissantes pour la rprimer4 ,la ,providence voulut que les premiers peuples naturellement fiers et froces trouvassent dans leur croyance religieuse un motif de se soumettre la force1 et qu'incapables encore de raison1 ils jugeassent du droit par le succs1 de la raison par la fortune2 c'tait pour prvoir les vnemens que la fortune amnerait qu'ils employaient la divination4 ,ce droit de la force est le droit d',achille1 qui place toute raison la pointe de son glaive4 ,en troisime lieu vint le droit humain1 dict par la raison humaine entirement dveloppe4 4 ,v4 ,trois espces de gouvernemens4 ,gouvernemens divins1 ou thocraties4 ,sous ces gouvernemens1 les hommes croyaient que toute chose tait commande par les dieux4 ,ce fut l'ge des oracles1 la plus ancienne institution que l'histoire nous fasse connatre4 ,gouvernemens hroques ou aristocratiques4 ,le mot aristocrates rpond en latin optimates1 pris pour les plus forts 7ops1 puissance72 il rpond en grec ,hraclides1 c'est--dire1 issus d'une race d',hercule pour dire une race noble4 ,ces ,hraclides furent rpandus dans toute l'ancienne ,grce1 et il en resta toujours ,sparte4 ,il en est de mme des curtes que les ,grecs retrouvrent dans l'ancienne ,italie ou ,saturnie1 dans la ,crte et dans l',asie4 ,ces curtes furent ,rome les quirites1 ou citoyens investis du caractre sacerdotal1 du droit de porter les armes1 et de voter aux assembles publiques4 ,gouvernemens humains1 dans lesquels l'galit de la nature intelligente1 caractre propre de l'humanit se retrouve dans l'galit civile et politique4 ,alors tous les citoyens naissent libres1 soit qu'ils jouissent d'un gouvernement populaire dans lequel la totalit ou la majorit des citoyens constitue la force lgitime de la cit1 soit qu'un monarque place tous ses sujets sous le niveau des mmes lois1 et qu'ayant seul en main la force militaire1 il s'lve au-dessus des citoyens par une distinction purement civile4 ,,chapitre ,,ii4 ,,trois ,,esp,,ces ,,de ,,langues ,,et ,,de ,,caract,,res4 4 ,i4 ,trois espces de langues4 ,langue divine mentale1 dont les signes sont des crmonies sacres1 des actes muets de religion4 ,le droit romain en conserva ses acta legitima1 qui accompagnaient toutes les transactions civiles4 ,une telle langue convient aux religions pour la raison que nous avons dj dite1 c'est qu'elles ont plus besoin d'tre rvres que raisonnes4 ,cette langue fut ncessaire aux premiers ges1 o les hommes ne pouvaient encore articuler4 ,la seconde langue fut celle des signes hroques2 c'est le langage des armes1 pour ainsi parler2 et il est rest celui de la discipline militaire4 ,la troisime est le langage articul1 que parlent aujourd'hui toutes les nations4 4 ,,ii4 ,trois espces de caractres4 ,caractres divins1 proprement hiroglyphes4 ,nous avons prouv qu' leur premier ge1 toutes les nations se servirent de tels caractres4 ,jupiter on rapporta tout ce qui regardait les auspices2 ,junon tout ce qui tait relatif aux mariages4 ,en effet c'est une proprit inne de l'me humaine d'aimer l'uniformit2 lorsqu'elle est encore incapable de trouver par l'abstraction des expressions gnrales1 elle y supple par l'imagination2 elle choisit certaines images1 certains modles1 auxquels elle rapporte toutes les espces particulires qui appartiennent chaque genre2 ce sont pour emprunter le langage de l'cole1 des universaux potiques4 ,caractres hroques1 analogues aux prcdens4 ,c'taient encore des universaux potiques qui servaient dsigner les diverses espces d'objets qui occupaient l'esprit des hros2 ils attribuaient ,achille tous les exploits des guerriers vaillans1 ,ulysse tous les conseils des sages4#ha ,note #ha3 ,lorsque l'esprit humain s'habitua abstraire les formes et les proprits des sujets1 ces universaux potiques1 ces genres crs par l'imagination 7generi fantastici71 firent place ceux que la raison cra 7generi intelligibili71 c'est alors que vinrent les philosophes2 et plus tard encore1 les auteurs de la nouvelle comdie1 dont l'poque est pour la ,grce celle de la plus haute civilisation1 prirent des philosophes l'ide de ces derniers genres et les personnifirent dans leurs comdies4 7,vico74 ,les caractres vulgaires parurent avec les langues vulgaires4 ,les langues vulgaires se composent de paroles qui sont comme des genres relativement aux expressions particulires dont se composaient les langues hroques#hb4 ,les lettres remplacrent aussi les hiroglyphes d'une manire plus simple et plus gnrale2 cent vingt mille caractres hiroglyphiques1 que les ,chinois emploient encore aujourd'hui1 on substitua les lettres si peu nombreuses de l'alphabet4 ,note #hb3 ,ainsi comme nous l'avons dit plus haut1 la phrase hroque1 le sang me bout dans le coeur1 fut rsume dans la langue vulgaire par ce mot abstrait et gnral1 je suis en colre4 7,vico74 ,ces langues1 ces lettres peuvent tre appeles vulgaires1 puisque le vulgaire a sur elles une sorte de souverainet4 ,le pouvoir absolu du peuple sur les langues s'tend sous un rapport la lgislation3 le peuple donne aux lois le sens qui lui plat1 et il faut1 bon gr malgr1 que les puissans en viennent observer les lois dans le sens qu'y attache le peuple4 ,les monarques ne peuvent ter aux peuples cette souverainet sur les langues2 mais elle est utile leur puissance mme4 ,les grands sont obligs d'observer les lois par lesquelles les rois fondent la monarchie1 dans le sens ordinairement favorable l'autorit royale que le peuple donne ces lois4 ,c'est une des raisons qui montrent que la dmocratie prcde ncessairement la monarchie4#hc ,note #hc3 ,voyez dans ,tacite comment la monarchie s'tablit ,rome la faveur des titres rpublicains que privent les empereurs1 et auxquels le peuple donna peu--peu un nouveau sens4 7,note du ,trad47 ,,chapitre ,,iii4 ,,trois ,,esp,,ces ,,de ,,jurisprudences1 ,d',,autorit,s1 ,,de ,,raisons2 ,,corollaires ,,relatifs ,,la ,,politique ,,et ,,au ,,droit ,,des ,,romains4 4 ,i4 ,trois espces de jurisprudences ou sagesses4 ,sagesse divine appele thologie mystique1 mots qui dans leur sens tymologique veulent dire1 science du langage divin1 connaissance des mystres de la divination4 ,cette science de la divination tait la sagesse vulgaire de laquelle taient sages les potes thologiens1 premiers sages du paganisme2 de cette thologie mystique1 ils s'appelaient eux-mmes myst1 et ,horace traduit ce mot d'une manire heureuse par interprtes des dieux4444 ,cette sagesse ou jurisprudence plaait la justice dans l'accomplissement des crmonies solennelles de la religion2 c'est de l que les ,romains conservrent ce respect superstitieux pour les acta legitima2 chez eux les noces1 le testament taient dits justa lorsque les crmonies requises avaient t accomplies4 ,la jurisprudence hroque eut pour caractre de s'entourer de garantie par l'emploi de paroles prcises4 ,c'est la sagesse d',ulysse qui dans ,homre approprie si bien son langage au but qu'il se propose1 qu'il ne manque point de l'atteindre4 ,la rputation des jurisconsultes romains tait fonde sur leur cavere2 rpondre sur le droit1 ce n'tait pour eux autre chose que prcautionner les consultans1 et les prparer circonstancier devant les tribunaux le cas contest de manire que les formules d'action s'y rapportassent de point en point1 et que le prteur ne pt refuser de les appliquer4 ,il en fut des docteurs du moyen ge comme des jurisconsultes romains4 ,la jurisprudence humaine ne considre dans les faits que leur conformit avec la justice et la vrit2 sa bienveillance plie les lois tout ce que demande l'intrt gal des causes4 ,cette jurisprudence est observe sous les gouvernemens humains1 c'est--dire1 dans les tats populaires1 et surtout dans la monarchie4 ,la jurisprudence divine et l'hroque propres aux ges de barbarie1 s'attachent au certain2 la jurisprudence humaine qui caractrise les ges civiliss1 ne se rgle que sur le vrai4 ,tout ceci dcoule de la dfinition du certain et du vrai que nous avons donne4 7axiomes #i et #aj74 4 ,,ii4 ,trois espces d'autorits4 ,la premire est divine2 elle ne comporte point d'explications2 comment demander la ,providence compte de ses dcrets8 ,la deuxime1 l'autorit hroque1 appartient tout entire aux formules solennelles des lois4 ,la troisime est l'autorit humaine1 laquelle n'est autre que le crdit des personnes exprimentes1 des hommes remarquables par une haute sagesse dans la spculation ou par une prudence singulire dans la pratique4 ces trois autorits civiles rpondent trois autorits politiques4 ,au premier ge1 autorit et proprit furent synonymes4 ,c'est dans ce sens que la loi des douze tables prend toujours le mot autorit2 auteur signifie toujours en terme de droit celui de qui on tient un domaine4 ,cette autorit tait divine1 parce qu'alors la proprit comme tout le reste tait rapporte aux dieux4 ,cette autorit qui appartient aux pres dans l'tat de famille1 appartient aux snats souverains dans les aristocraties hroques4 ,le snat autorisait ce qui avait t dlibr dans les assembles du peuple4 ,depuis la loi de ,publilius ,philo qui assura au peuple romain la libert et la souverainet1 le snat n'eut plus qu'une autorit de tutle1 analogue ce droit des tuteurs1 d'autoriser en affaires lgales le pupille matre de ses biens4 ,le snat assistait le peuple de sa prsence dans les assembles lgislatives1 de peur qu'il ne rsultt quelque dommage public de son peu de lumires4 ,enfin l'tat populaire faisant place la monarchie1 l'autorit de tutle fut aussi remplace par l'autorit de conseil1 par celle que donne la rputation de sagesse2 c'est dans ce sens que les jurisconsultes de l'empire s'appelrent autores1 auteurs de conseils4 ,telle aussi doit tre l'autorit d'un snat sous un monarque1 lequel a pleine libert de suivre ou de rejeter ce qui a t conseill par le snat4 4 ,,iii4 ,trois espces de raisons4 ,la premire est la raison divine1 dont ,dieu seul a le secret1 et dont les hommes ne savent que ce qui en a t rvl aux ,hbreux et aux ,chrtiens1 soit au moyen d'un langage intrieur adress l'intelligence par celui qui est lui-mme tout intelligence1 soit par le langage extrieur des prophtes1 langage que le ,sauveur a parl aux aptres1 qui ont ensuite transmis l'glise ses enseignemens4 ,les ,gentils ont cru aussi recevoir les conseils de cette raison divine par les auspices1 par les oracles1 et autres signes matriels1 tels qu'ils pouvaient en recevoir de dieux qu'ils croyaient corporels4 ,dieu tant toute raison1 la raison et l'autorit sont en lui une mme chose1 et pour la saine thologie l'autorit divine quivaut la raison4--,admirons la ,providence1 qui dans les premiers temps o les hommes encore idoltres taient incapables d'entendre la raison1 permit qu' son dfaut ils suivissent l'autorit des auspices1 et se gouvernassent par les avis divins qu'ils croyaient en recevoir4 ,en effet c'est une loi ternelle que lorsque les hommes ne voient point la raison dans les choses humaines1 ou que mme ils les voient contraires la raison1 ils se reposent sur les conseils impntrables de la ,providence4 ,la seconde sorte de raison fut la raison d'tat1 appele par les ,romains civilis quitas4 ,c'est d'elle qu',ulpien dit qu'elle n'est point connue naturellement tous les hommes 7comme l'quit naturelle71 mais seulement un petit nombre d'hommes qui ont appris par la pratique du gouvernement ce qui est ncessaire au maintien de la socit4 ,telle fut la sagesse des snats hroques1 et particulirement celle du snat romain1 soit dans les temps o l'aristocratie dcidait seule des intrts publics1 soit lorsque le peuple dj matre se laissait encore guider par le snat1 ce qui eut lieu jusqu'au tribunal des ,gracques4 4 ,,iv4 ,,corollaire4 ,relatif la sagesse politique des anciens ,romains4 ,ici se prsente une question laquelle il semble bien difficile de rpondre3 lorsque ,rome tait encore peu avance dans la civilisation1 ses citoyens passaient pour de sages politiques2 et dans le sicle le plus clair de l'empire1 ,ulpien se plaint qu'un petit nombre d'hommes expriments possdent la science du gouvernement4 ,par un effet des mmes causes qui firent l'hrosme des premiers peuples1 les anciens ,romains qui ont t les hros du monde1 se sont montrs naturellement fidles l'quit civile4 ,cette quit s'attachait religieusement aux paroles de la loi1 les suivait avec une sorte de superstition1 et les appliquait aux faits d'une manire inflexible1 quelque dure1 quelque cruelle mme que pt se trouver la loi4 ,ainsi agit encore de nos jours la raison d'tat4 ,l'quit civile soumettait naturellement toute chose cette loi1 reine de toutes les autres1 que ,cicron exprime avec une gravit digne de la matire3 la loi suprme c'est le salut du peuple1 suprema lex populi salus esto4 ,dans les temps hroques o les gouvernemens taient aristocratiques1 les hros avaient dans l'intrt public une grande part d'intrt priv1 je parle de leur monarchie domestique que leur conservait la socit civile4 ,la grandeur de cet intrt particulier leur en faisait sacrifier sans peine d'autres moins importans4 ,c'est ce qui explique le courage qu'ils dployaient en dfendant l'tat1 et la prudence avec laquelle ils rglaient les affaires publiques4 ,sagesse profonde de la ,providence6 ,sans l'attrait d'un tel intrt priv identifi avec l'intrt public1 comment ces pres de famille peine sortis de la vie sauvage1 et que ,platon reconnat dans le ,polyphme d',homre1 auraient-ils pu tre dtermins suivre l'ordre civil8 ,il en est tout au contraire dans les temps humains1 o les tats sont dmocratiques ou monarchiques4 ,dans les dmocraties1 les citoyens rgnent sur la chose publique qui1 se divisant l'infini1 se rpartit entre tous les citoyens qui composent le peuple souverain4 ,dans les monarchies1 les sujets sont obligs de s'occuper exclusivement de leurs intrts particuliers1 en laissant au prince le soin de l'intrt public4 ,joignez cela les causes naturelles qui produisent les gouvernemens humains1 et qui sont toutes contraires celles qui avaient produit l'hrosme1 puisqu'elles ne sont autres que dsir du repos1 amour paternel et conjugal1 attachement la vie4 ,voil pourquoi les hommes d'aujourd'hui sont ports naturellement considrer les choses d'aprs les circonstances les plus particulires qui peuvent rapprocher les intrts privs d'une justice gale2 c'est l'quum bonum1 l'intrt gal1 que cherche la troisime espce de raison1 la raison naturelle1 quitas naturalis chez les jurisconsultes4 ,la multitude n'en peut comprendre d'autre1 parce qu'elle considre les motifs de justice dans leurs applications directes aux causes selon l'espce individuelle des faits4 ,dans les monarchies il faut peu d'hommes d'tat pour traiter des affaires publiques dans les cabinets en suivant l'quit civile ou raison d'tat2 et un grand nombre de jurisconsultes pour rgler les intrts privs des peuples d'aprs l'quit naturelle4 4 ,v4 ,,corollaire4 ,histoire fondamentale du ,droit romain4 ,ce que nous venons de dire sur les trois espces de raisons peut servir de base l'histoire du ,droit romain4 ,en effet les gouvernemens doivent tre conformes la nature des gouverns 7axiome #fi72 les gouvernemens sont mme un rsultat de cette nature1 et les lois doivent en consquence tre appliques et interprtes d'une manire qui s'accorde avec la forme de ce gouvernement4 ,faute d'avoir compris cette vrit1 les jurisconsultes et les interprtes du droit sont tombs dans la mme erreur que les historiens de ,rome1 qui nous racontent que telles lois ont t faites telle poque1 sans remarquer les rapports qu'elles devaient avoir avec les diffrens tats par lesquels passa la rpublique4 ,ainsi les faits nous apparaissent tellement spars de leurs causes1 que ,bodin1 jurisconsulte et politique galement distingu1 montre tous les caractres de l'aristocratie dans les faits que les historiens rapportent la prtendue dmocratie des premiers sicles de la rpublique4--,que l'on demande tous ceux qui ont crit sur l'histoire du ,droit romain1 pourquoi la jurisprudence antique1 dont la base est la loi des douze tables1 s'y conforme rigoureusement2 pourquoi la jurisprudence moyenne1 celle que rglaient les dits des prteurs1 commence s'adoucir1 en continuant toutefois de respecter le mme code2 pourquoi enfin la jurisprudence nouvelle1 sans gard pour cette loi1 eut le courage de ne plus consulter que l'quit naturelle8 ,ils ne peuvent rpondre qu'en calomniant la gnrosit romaine1 qu'en prtendant que ces rigueurs1 ces solennits1 ces scrupules1 ces subtilits verbales1 qu'enfin le mystre mme dont on entourait les lois1 taient autant d'impostures des nobles qui voulaient conserver avec le privilge de la jurisprudence le pouvoir civil qui y est naturellement attach4 ,bien loin que ces pratiques aient eu aucun but d'imposture1 c'taient des usages sortis de la nature mme des hommes de l'poque2 une telle nature devait produire de tels usages1 et de tels usages devaient entraner ncessairement de telles pratiques4 ,dans le temps o le genre humain tait encore extrmement farouche1 et o la religion tait le seul moyen puissant de l'adoucir et de le civiliser1 la ,providence voulut que les hommes vcussent sous les gouvernemens divins1 et que partout rgnassent des lois sacres1 c'est--dire secrtes1 et caches au vulgaire des peuples4 ,elles restaient d'autant plus facilement caches dans l'tat de famille1 qu'elles se conservaient dans un langage muet1 et ne s'expliquaient que par des crmonies saintes1 qui restrent ensuite dans les acta legitima4 ,ces esprits grossiers encore croyaient de telles crmonies indispensables1 pour s'assurer de la volont des autres1 dans les rapports d'intrt1 tandis qu'aujourd'hui que l'intelligence des hommes est plus ouverte1 il suffit de simples paroles et mme de signes4 ,sous les gouvernemens aristocratiques qui vinrent ensuite1 les moeurs tant toujours religieuses1 les lois restrent entoures du mystre de la religion et furent observes avec la svrit et les scrupules qui en sont insparables2 le secret est l'me des aristocraties1 et la rigueur de l'quit civile est ce qui fait leur salut4 ,puis1 lorsque se formrent les dmocraties1 sorte de gouvernement dont le caractre est plus ouvert et plus gnreux et dans lequel commande la multitude qui a l'instinct de l'quit naturelle1 on vit paratre en mme temps les langues et les lettres vulgaires1 dont la multitude est1 comme nous l'avons dit1 souveraine absolue4 ,ce langage et ces caractres servirent promulguer1 crire les lois dont le secret fut peu--peu dvoil4 ,ainsi le peuple de ,rome ne souffrit plus le droit cach1 jus latens dont parle ,pomponius2 et voulut avoir des lois crites sur des tables1 lorsque les caractres vulgaires eurent t apports de ,grce ,rome4 ,cet ordre de choses se trouva tout prpar pour la monarchie4 ,les monarques veulent suivre l'quit naturelle dans l'application des lois1 et se conforment en cela aux opinions de la multitude4 ,ils galent en droit les puissans et les faibles1 ce que fait la seule monarchie4 ,l'quit civile1 ou raison d'tat1 devient le privilge d'un petit nombre de politiques et conserve dans le cabinet des rois son caractre mystrieux4 ,,chapitre ,,iv4 ,,trois ,,esp,,ces ,,de ,,jugemens4--,,corollaire ,,relatif ,,au ,,duel ,,et ,,aux ,,repr,,sailles4--,,trois ,p,,riodes ,,dans ,l',,histoire ,,des ,,moeurs ,,et ,,de ,,la ,,jurisprudence4 4 ,i4 ,trois espces de jugemens4 ,les premiers furent les jugemens divins4 ,dans l'tat qu'on appelle tat de nature1 et qui fut celui des familles1 les pres de familles ne pouvant recourir la protection des lois qui n'existaient point encore1 en appelaient aux dieux des torts qu'ils souffraient1 implorabant deorum fidem2 tel fut le premier sens1 le sens propre de cette expression4 ,ils appelaient les dieux en tmoignage de leur bon droit1 ce qui tait proprement deos obtestari4 ,ces invocations pour accuser1 ou se dfendre1 furent les premires orationes1 mot qui chez les ,latins est rest pour signifier accusation ou dfense2 on peut voir ce sujet plusieurs beaux passages de ,plaute et de ,trence1 et deux mots de la loi des douze tables3 furto orare1 et pacto orare 7et non point adorare1 selon la leon de ,justo ,lipse71 pour agere1 excipere4 ,d'aprs ces orationes1 les ,latins appelrent oratores ceux qui dfendent les causes devant les tribunaux4 ,ces appels aux dieux taient faits d'abord par des hommes simples et grossiers qui croyaient s'en faire entendre sur la cime des monts o l'on plaait leur sjour4 ,homre raconte qu'ils habitaient sur celle de l',olympe4 propos d'une guerre entre les ,hermundures et les ,cattes1 ,tacite dit en parlant des sommets des montagnes3 dans l'opinion de ces peuples preces mortalium nusqum propis audiuntur4 ,les droits que les premiers hommes faisaient valoir dans ces jugemens divins taient diviniss eux-mmes1 puisqu'ils voyaient des dieux dans tous les objets4 ,lar signifiait la proprit de la maison1 dii hospitales l'hospitalit1 dii penates la puissance paternelle1 deus genius le droit du mariage1 deus terminus le domaine territorial1 dii manes la spulture4 ,on retrouve dans les douze tables une trace curieuse de ce langage1 jus deorum manium4 ,aprs avoir employ ces invocations 7orationes1 obsecrationes1 implorationes1 et encore obtestationes71 ils finissaient par dvouer les coupables4 ,il y avait ,argos1 et sans doute aussi dans d'autres parties de la ,grce1 des temples de l'excration4 ,ceux qui taient ainsi dvous taient appels ,grec3 anathmata nous dirions excommunis2 ensuite on les mettait mort4 ,c'tait le culte des ,scythes qui enfonaient un couteau en terre1 l'adoraient comme un ,dieu1 et immolaient ensuite une victime humaine4 ,les ,latins exprimaient cette ide par le verbe mactare1 dont on se servait toujours dans les sacrifices1 comme d'un terme consacr4 ,les ,espagnols en ont tir leur matar1 et les ,italiens leur ammazzare4 ,nous avons dj vu que chez les ,grecs1 ,grec3 ara signifiait la chose ou la personne qui porte dommage1 le voeu ou action de dvouer1 et la furie laquelle on dvouait2 chez les ,latins ara signifiait l'autel et la victime4 ,ainsi toutes les nations eurent toujours une espce d'excommunication4 ,csar nous a laiss beaucoup de dtails sur celle qui avait lieu chez les ,gaulois4 ,les ,romains eurent leur interdiction de l'eau et du feu4 ,plusieurs conscrations de ce genre passeront dans la loi des douze tables3 quiconque violait la personne d'un tribun du peuple tait dvou1 consacr ,jupiter2 le fils dnatur1 aux dieux paternels2 ,crs1 celui qui avait mis le feu la moisson de son voisin2 ce dernier tait brl vif4 ,rappelons-nous ici ce qui a t dit de l'atrocit des peines dans l'ge divin 7axiome #dj74 ,les hommes ainsi dvous furent sans doute ce que ,plaute appelle ,saturni hosti4 ,on trouve le caractre tout religieux de ces jugemens privs dans les guerres qu'on appelait pura et pia bella4 ,les peuples y combattaient pro aris et focis1 expression qui dsignait tout l'ensemble des rapports sociaux1 puisque toutes les choses humaines taient considres comme divines4 ,les hrauts qui dclaraient la guerre appelaient les dieux de la cit ennemie hors de ses murs1 et dvouaient le peuple attaqu4 ,les rois vaincus taient prsents au capitole ,jupiter ,frtrien1 et ensuite immols4 ,les vaincus taient considrs comme des hommes sans ,dieu2 aussi les esclaves s'appelaient en latin mancipia1 comme choses inanimes1 et taient tenus en jurisprudence loco rerum4 ,les duels durent tre chez les nations barbares une espce de jugemens divins1 qui commencrent sous les gouvernemens divins et furent long-temps en usage sous les gouvernemens hroques2 on se rappelle ce passage de la politique d',aristote 7cit dans les axiomes7 o il dit que les rpubliques hroques n'avaient point de lois qui punissent l'injustice et rprimassent les violences particulires#hd4 ,il est certain que dans la lgislation romaine ce ne sont que les prteurs qui introduisirent la loi prohibitive contre la violence1 et les actions de vi bonorum raptorum4 ,aux temps de la seconde barbarie 7celle du moyen ge71 les reprsailles particulires durrent jusqu'au temps de ,barthole4 ,note #hd3 ,on ne pouvait jusqu'ici ajouter foi cette vrit tant que l'on attribuait aux premiers peuples ce parfait hrosme imagin par les philosophes2 prjug qui rsultait d'une opinion exagre que l'on s'tait forme de la sagesse des anciens4 7,vico74 ,c'est par erreur que quelques-uns ont crit que les duels s'taient introduits par dfauts de preuves2 ils devaient dire par dfauts de lois judiciaires4 ,frotho1 roi de ,danemarck1 ordonna que toutes les contestations se terminassent par le moyen du duel3 c'tait dfendre qu'on les termint par des jugemens selon le droit4 ,on ne voit qu'ordonnances du duel dans les lois des ,lombards1 des ,francs1 des ,bourguignons1 des ,allemands1 des ,anglais1 des ,normands et des ,danois4 ,on n'a pas cru que la barbarie antique et aussi connu l'usage du duel4 ,mais doit-on penser que ces premiers hommes1 que ces gans1 ces cyclopes1 aient su endurer l'injustice4 ,l'absence de lois dont parle ,aristote devait les forcer de recourir aux duels4 ,d'ailleurs deux traditions fameuses de l'antiquit grecque et latine prouvent que les peuples commenaient souvent les guerres 7duella chez les anciens ,latins71 en dcidant par un duel la querelle particulire des principaux intresss2 je parle du combat de ,mnlas contre ,pris1 et des trois ,horaces contre les trois ,curiaces 7,voy4 page #bjh7 si le combat restait indcis1 comme dans le premier cas1 la guerre commenait4 ,dans ces jugemens par les armes1 ils estimaient la raison et le bon droit1 d'aprs le hasard de la victoire4 ,ils durent tomber dans cette erreur par un conseil exprs de la ,providence3 chez des peuples barbares1 encore incapables de raisonnement1 les guerres auraient toujours produit des guerres1 s'ils n'eussent jug que le parti auquel les dieux se montraient contraires1 tait le parti injuste4 ,nous voyons que les ,gentils insultaient au malheur du saint homme ,job1 parce que ,dieu s'tait dclar contre lui4 ,lorsque la barbarie antique reparut au moyen ge1 on coupait la main droite au vaincu1 quelque juste que ft sa cause4 ,c'est cette justice prsume du plus fort qui la longue lgitime les conqutes2 ce droit imparfait est ncessaire au repos des nations4 ,les jugemens hroques1 rcemment drivs des jugemens divins ne faisaient point acception de causes ou de personnes1 et s'observaient avec un respect scrupuleux des paroles4 ,des jugemens divins resta ce qu'on appelait la religion des paroles1 religio verborum2 gnralement les choses divines sont exprimes par des formules consacres dans lesquelles on ne peut changer une lettre2 aussi dans les anciennes formules de la jurisprudence romaine1 imite des formules sacres1 on disait3 une virgule de moins1 la cause est perdue2 qui cadit virgul1 causs cadit4 ,cette rigueur des formules d'actions et empch les duumvirs1 nommes pour juger ,horace1 d'absoudre le vainqueur des ,albains quand mme il se serait trouv innocent4 ,le peuple le renvoya absous1 plutt par admiration pour son courage1 que pour la bont de sa cause4 7,tite-,live47 ,ces jugemens inflexibles taient ncessaires dans des temps o les hros plaaient dans la force la raison et le bon droit1 o ils justifiaient le mot ingnieux de ,plaute3 pactum non pactum1 non pactum pactum4 ,pour prvenir des plaintes1 des rixes et des meurtres1 la ,providence voulut qu'ils fissent consister toute la justice dans l'expression prcise des formules solennelles4 ,ce droit naturel des nations hroques a fourni le sujet de plusieurs comdies de ,plaute2 on y voit souvent un marchand d'esclaves dpouill injustement par un jeune homme1 qui en lui dressant un pige le fait tomber son insu1 dans quelque cas prvu par la loi1 et lui enlve ainsi une esclave qu'il aime4 ,loin de pouvoir intenter contre le jeune homme une action de dol1 le marchand se trouve oblig lui rembourser le prix de l'esclave vendue2 dans une autre pice1 il le prie de se contenter de la moiti de la peine qu'il a encourue comme coupable de vol non manifeste2 dans une troisime enfin1 le marchand s'enfuit du pays1 dans la crainte d'tre convaincu d'avoir corrompu l'esclave d'autrui4 ,qui peut soutenir encore qu'au temps de ,plaute l'quit naturelle rgnait dans les jugemens8 ,ce droit rigoureux fond sur la lettre mme de la loi1 n'tait pas seulement en vigueur parmi les hommes2 ceux-ci jugeant les dieux d'aprs eux2 croyaient qu'ils l'observaient aussi1 et mme dans leurs sermens4 ,junon1 dans ,homre1 atteste ,jupiter1 tmoin et arbitre des sermens1 qu'elle n'a point sollicit ,neptune d'exciter la tempte contre les ,troyens1 parce qu'elle ne l'a fait que par l'intermdiaire du ,sommeil2 et ,jupiter se contente de cette rponse4 ,dans ,plaute1 ,mercure sous la figure de ,sosie dit au ,sosie vritable3 ,si je te trompe1 puisse ,mercure tre dsormais contraire ,sosie4 ,on ne peut croire que ,plaute ait voulu mettre sur le thtre des dieux qui enseignassent le parjure au peuple2 encore bien moins peut-on le croire de ,scipion l',africain et de ,llius1 qui1 dit-on1 aidrent ,trence composer ses comdies2 et toutefois dans l',andrienne1 ,dave fait mettre l'enfant devant la porte de ,simon par les mains de ,mysis1 afin que si par aventure son matre l'interroge ce sujet1 il puisse en conscience nier de l'avoir mis cette place4 ,mais la preuve la plus forte en faveur de notre explication du droit hroque1 c'est qu' ,athnes1 lorsqu'on pronona sur le thtre le vers d',euripide1 ainsi traduit par ,cicron1 ,juravi lingu1 mentem injuratam habui1 ,j'ai jur seulement de la bouche1 ma conscience n'a pas jur1 ,les spectateurs furent scandaliss et murmurrent2 on voit qu'ils partageaient l'opinion exprime dans les douze tables3 uti lingu nuncupassit1 ita jus esto4 ,ce respect inflexible de la parole dans les temps hroques montre bien qu',agamemnon ne pouvait rompre le voeu tmraire qu'il avait fait d'immoler ,iphignie4 ,c'est pour avoir mconnu le dessein de la ,providence qui voulut qu'aux temps hroques la parole ft considre comme irrvocable que ,lucrce prononce1 au sujet de l'action d',agamemnon1 cette exclamation impie1 ,tantm religio potuit suadere malorum6 ,tant la religion peut enfanter de maux6 ,ajoutons tout ceci deux preuves tires de la jurisprudence et de l'histoire romaines3 ce ne fut que vers les derniers temps de la rpublique que ,galius ,aquilius introduisit dans la lgislation l'action 7de dolo7 contre le dol et la mauvaise foi4 ,auguste donna aux juges la facult d'absoudre ceux qui avaient t sduits et tromps4 ,nous retrouvons la mme opinion chez les peuples hroques dans la guerre comme dans la paix4 ,selon les termes dans lesquels les traits sont conclus1 nous voyons les vaincus tre accabls misrablement1 ou tromper heureusement le courroux du vainqueur4 ,les ,carthaginois se trouvrent dans le premier cas3 le trait qu'ils avaient fait avec les ,romains leur avait assur la conservation de leur vie1 de leurs biens et de leur cit2 par ce dernier mot ils entendaient la ville matrielle1 les difices1 urbs dans la langue latine2 mais comme les ,romains s'taient servis dans le trait du mot civitas1 qui veut dire la runion des citoyens1 la socit1 ils s'indignrent que les ,carthaginois refusassent d'abandonner le rivage de la mer pour habiter dsormais dans les terres1 ils les dclarrent rebelles1 prirent leur ville1 et la mirent en cendres2 en suivant ainsi le droit hroque1 ils ne crurent point avoir fait une guerre injuste4 ,un exemple tir de l'histoire du moyen ge confirme encore mieux ce que nous avanons4 ,l',empereur ,conrad ,,iii ayant forc se rendre la ville de ,veinsberg qui avait soutenu son comptiteur1 permit aux femmes seules d'en sortir avec tout ce qu'elles pourraient emporter2 elles chargrent sur leur dos leurs fils1 leurs maris et leurs pres4 ,l',empereur tait la porte1 les lances baisses1 les pes nues1 tout prt user de la victoire2 cependant malgr sa colre1 il laissa chapper tous les habitans qu'il allait passer au fil de l'pe4 ,tant il est peu raisonnable de dire que le droit naturel1 tel qu'il est expliqu par ,grotius1 ,selden et ,puffendorf1 a t suivi dans tous les temps1 chez toutes les nations6 ,tout ce que nous venons de dire1 tout ce que nous allons dire encore1 dcoule de cette dfinition que nous avons donne dans les axiomes1 du vrai et du certain dans les lois et conventions4 ,dans les temps barbares1 on doit trouver une jurisprudence rigoureusement attache aux paroles2 c'est proprement le droit des gens1 fas gentium4 ,il n'est pas moins naturel qu'aux temps humains le droit devenu plus large et plus bienveillant1 ne considre plus que ce qu'un juge impartial reconnat tre utile dans chaque cause 7axiome #aab72 c'est alors qu'on peut l'appeler proprement le droit de la nature1 fas natur1 le droit de l'humanit raisonnable4 ,les jugemens humains 7discrtionnaires7 ne sont point aveugles et inflexibles comme les jugemens hroques4 ,la rgle qu'on y suit1 c'est la vrit des faits4 ,la loi toute bienveillante y interroge la conscience1 et selon sa rponse se plie tout ce que demande l'intrt gal des causes4 ,ces jugemens sont dicts par une sorte de pudeur naturelle1 de respect de nos semblables1 qui accompagnent les lumires2 ils sont garantis par la bonne foi1 fille de la civilisation4 ,ils conviennent l'esprit de franchise1 qui caractrise les rpubliques populaires1 ennemies des mystres dont l'aristocratie aime s'envelopper2 elles conviennent encore plus l'esprit gnreux des monarchies3 les monarques dans ces jugemens se font gloire d'tre suprieurs aux lois et de ne dpendre que de leur conscience et de ,dieu4--,des jugemens humains1 tels que les modernes les pratiquent pendant la paix1 sont sortis les trois systmes du droit de la guerre que nous devons ,grotius1 ,selden1 et ,puffendorf4 4 ,,ii4 ,trois priodes dans l'histoire des moeurs et de la jurisprudence 7sect temporum74 ,nous voyons les jurisconsultes justifier sect suorum temporum leurs opinions en matire de droit4 ,ces sect temporum caractrisent la jurisprudence romaine1 d'accord en ceci avec tous les peuples du monde4 ,elles n'ont rien de commun avec les sectes des philosophes que certains interprtes rudits du ,droit romain voudraient y voir bon gr malgr4 ,lorsque les ,empereurs exposent les motifs de leurs lois et constitutions1 ils disent que de telles constitutions leur ont t dictes sect suorum temporum2 ,brisson de formulis ,romanorum a recueilli les passages o l'on trouve cette expression4 ,c'est que l'tude des moeurs du temps est l'cole des princes4 ,dans ce passage de ,tacite3 corrumpere et corrumpi seculum vocant1 corrompre et tre corrompu1 voil ce qui s'appelle le train du sicle1 seculum rpond -peu-prs secta4 ,nous dirions maintenant3 c'est la mode4 ,toutes les choses dont nous avons parl se sont pratiques dans trois sectes de temps1 sect temporum1 dans le langage des jurisconsultes3 celle des temps religieux pendant lesquels rgnrent les gouvernemens divins2 celle des temps o les hommes taient irritables et susceptibles1 tels qu',achille dans l'antiquit1 et les duellistes au moyen ge2 celle des temps civiliss1 o rgne la modration1 celle des temps du droit naturel des nations ,,humaines1 jus naturale gentium humanorum1 ,ulpien4 ,chez les auteurs latins du temps de l',empire1 le devoir des sujets se dit officium civile1 et toute faute dans laquelle l'interprtation des lois fait voir une violation de l'quit naturelle1 est qualifie de l'pithte incivile4 ,c'est la dernire secta temporum de la jurisprudence romaine qui commena ds la rpublique4 ,les prteurs trouvant que les caractres1 que les moeurs et le gouvernement des ,romains taient dj changs1 furent obligs pour approprier les lois ce changement d'adoucir la rigueur de la loi des douze tables1 rigueur conforme aux moeurs des temps o elle avait t promulgue4 ,plus tard les ,empereurs durent carter tous les voiles dont les prteurs avaient envelopp l'quit naturelle1 et la laisser paratre tout dcouvert1 toute gnreuse1 comme il convenait la civilisation o les peuples taient parvenus4 ,,chapitre ,v4 ,,autres ,,preuves ,,tir,,es ,,des ,,caract,,res ,,propres ,,aux ,,aristocraties ,h,,ro,,ques4--,,garde ,,des ,,limites1 ,,des ,,ordres ,,politiques1 ,,des ,,lois4 ,la succession constante et non interrompue des rvolutions politiques lies les unes aux autres par un si troit enchanement de causes et d'effets1 doit nous forcer d'admettre comme vrais les principes de la ,science nouvelle4 ,mais pour ne laisser aucun doute1 nous y joignons l'explication de plusieurs autres phnomnes sociaux1 dont on ne peut trouver la cause que dans la nature des rpubliques hroques1 telles que nous l'avons dcouverte4 ,les deux traits principaux qui caractrisent les aristocraties sont la garde des limites1 et la conservation et distinction des ordres politiques4 4 ,i4 ,de la garde et conservation des limites4 7,voyez ,livre ,,ii1 chap4 ,v et ,,vi1 particulirement ,,vi47 4 ,,ii4 ,de la conservation et distinction des ordres politiques4 ,c'est l'esprit des gouvernemens aristocratiques que les liaisons de parent1 les successions1 et par elles les richesses1 et avec les richesses la puissance restent dans l'ordre des nobles4 ,voil pourquoi vinrent si tard les lois testamentaires4 ,tacite nous apprend qu'il n'y avait point de testament chez les anciens ,germains4 ,sparte1 le roi ,agis voulant donner aux pres de famille le pouvoir de tester1 fut trangl par ordre des phores1 dfenseurs du gouvernement aristocratique4#he ,note #he3 ,qu'on voie par-l si les commentateurs de la loi des douze tables ont t bien aviss de placer dans la onzime le titre suivant1 auspicia incommunicata plebi sunto4 ,tous les droits civils1 publics et privs1 taient une dpendance des auspices1 et restaient le privilge des nobles4 ,les droits privs taient les noces1 la puissance paternelle1 la suit1 l'agitation1 la gentilit1 la succession lgitime1 le testament et la tutelle4 ,aprs avoir dans les premires tables tabli les lois qui sont propres une dmocratie 7particulirement la loi testamentaire7 en communiquant tous ces droits privs au peuple1 ils rendent la forme du gouvernement entirement aristocratique par un seul titre de la onzime table4 ,toutefois dans cette confusion1 ils rencontrent par hasard une vrit1 c'est que plusieurs coutumes anciennes des ,romains reurent le caractre de lois dans les deux dernires tables2 ce qui montre bien que ,rome fut dans les premiers sicles une aristocratie4 7,vico74 ,lorsque les dmocraties se formrent1 et ensuite les monarchies1 les nobles et les plbiens se mlrent au moyen des alliances et des successions par testament1 ce qui fit que les richesses sortirent peu--peu des maisons nobles4 ,quant au droit des mariages solennels1 nous avons dj prouv que le peuple romain demanda1 non le droit de contracter des mariages avec les patriciens1 mais des mariages semblables ceux des patriciens1 connubia patrum1 et non cum patribus4 ,si l'on considre ensuite les successions lgitimes dans cette disposition de la loi des douze tables par laquelle la succession du pre de famille revient d'abord aux siens1 suis1 leur dfaut aux agnats1 et s'il n'y en a point1 ses autres parens1 la loi des douze tables semblera avoir t prcisment une loi salique pour les ,romains4 ,la ,germanie suivit la mme rgle dans les premiers temps1 et l'on peut conjecturer la mme chose des autres nations primitives du moyen ge4 ,en dernier lieu1 elle resta dans la ,france et dans la ,savoie4 ,baldus favorise notre opinion en appelant ce droit de succession1 jus gentium ,gallorum2 chez les ,romains il peut trs bien s'appeler jus gentium ,romanarum1 en ajoutant l'pithte herocarum1 et avec plus de prcision jus ,romanum4 ,ce droit rpondrait tout--fait au jus quiritium ,romanorum1 que nous avons prouv avoir t le droit naturel commun toutes les nations hroques4 ,nous avons les plus fortes raisons de douter que dans les premiers sicles de ,rome1 les filles succdassent4 ,nulle probabilit que les pres de famille de ces temps eussent connu la tendresse paternelle4 ,la loi des douze tables appelait un agnat1 mme au septime degr1 exclure le fils mancip de la succession de son pre4 ,les pres de famille avaient un droit souverain de vie et de mort sur leurs fils1 et la proprit absolue de leurs acquts4 ,ils les mariaient pour leur propre avantage1 c'est--dire1 pour faire entrer dans leurs maisons les femmes qu'ils en jugeaient dignes4 ,ce caractre historique des premiers pres de famille nous est conserv par l'expression spondere1 qui dans son propre sens1 veut dire1 promettre pour autrui2 de ce mot fut driv celui de sponsalia1 les fianailles4 ,ils considraient de mme les adoptions1 comme des moyens de soutenir des familles prs de s'teindre1 en y introduisant les rejetons gnreux des familles trangres4 ,ils regardaient l'mancipation comme une peine et un chtiment4 ,ils ne savaient ce que c'tait que la lgitimation1 parce qu'ils ne prenaient pour concubines que des affranchies ou des trangres1 avec lesquelles on ne contractait point de mariages solennels dans les temps hroques1 de peur que les fils ne dgnrassent de la noblesse de leurs aeux4 ,pour la cause la plus frivole les testamens taient nuls1 ou s'annulaient1 ou se rompaient1 ou n'atteignaient point leur effet1 7nulla1 irrita1 rupta1 destituta71 afin que les successions lgitimes reprissent leur cours4 ,tant ces patriciens1 des premiers sicles1 taient passionns pour la gloire de leur nom2 passion qui les enflammait encore pour la gloire du nom romain6 tout ce que nous venons de dire caractrise les moeurs des cits aristocratiques ou hroques4 ,une erreur digne de remarque est celle des commentateurs de la loi des douze tables3 ils prtendent qu'avant que cette loi et t porte d',athnes ,rome1 et qu'elle et rgl les successions testamentaires et lgitimes1 les successions ab intestat rentraient dans la classe des choses qu sunt nullius4 ,il n'en fut pas ainsi3 la ,providence empcha que le monde ne retombt dans la communaut des biens qui avait caractris la barbarie de premiers ges1 en assurant par la forme mme du gouvernement aristocratique la certitude et la distinction des proprits4 ,les successions lgitimes durent naturellement avoir lieu chez toutes les premires nations avant qu'elles connussent les testamens4 ,cette dernire institution appartient la lgislation des dmocraties1 et surtout des monarchies4 ,le passage de ,tacite que nous avons cit plus haut1 nous porte croire qu'il en fut de mme chez tous les peuples barbares de l'antiquit1 et par suite1 conjecturer que la loi salique qui tait certainement en vigueur dans la ,germanie1 fut aussi observe gnralement par les peuples du moyen ge4 ,jugeant de l'antiquit par leur temps 7axiome #b71 les jurisconsultes romains du dernier ge ont cru que la loi des douze tables avait appel les filles hriter du pre mort intestat1 et les avait comprises sous le mot sui1 en vertu de la rgle d'aprs laquelle le genre masculin dsigne aussi les femmes4 ,mais on a vu combien la jurisprudence hroque s'attachait la proprit des termes2 et si l'on doutait que suus ne dsignt pas exclusivement le fils de famille1 on en trouverait une preuve invincible dans la formule de l'institution des posthumes1 introduite tant de sicles aprs par ,gallus ,aquilius3 si quis natus natave erit4 ,il craignait que dans le mot natus on ne comprit point la fille posthume4 ,c'est pour avoir ignor ceci que ,justinien prtend dans les institutes que la loi des douze tables aurait dsign par le seul mot adgnatus les agnats des deux sexes1 et qu'ensuite la jurisprudence moyenne aurait ajout la rigueur de la loi en la restreignant aux soeurs consanguines4 ,il dut arriver tout le contraire4 ,cette jurisprudence dut tendre d'abord le sens de suus aux filles1 et plus tard le sens d'adgnatus aux soeurs consanguines4 ,elle fut appele moyenne1 prcisment pour avoir ainsi adouci la rigueur de la loi des douze tables4 ,lorsque l',empire passa des nobles au peuple1 les plbiens qui faisaient consister toutes leurs forces1 toutes leurs richesses1 toute leur puissance dans la multitude de leurs fils1 commencrent sentir la tendresse paternelle4 ,ce sentiment avait d rester inconnu aux plbiens des cits hroques qui n'engendraient des fils que pour les voir esclaves des nobles4 ,autant la multitude des plbiens avait t dangereuse aux aristocraties1 aux gouvernemens du petit nombre1 autant elle tait capable d'agrandir les dmocraties et les monarchies4 ,de l tant de faveurs accordes aux femmes par les lois impriales pour compenser les dangers et les douleurs de l'enfantement4 ,ds le temps de la rpublique1 les prteurs commencrent faire attention aux droits du sang1 et leur prter secours au moyen des possessions de biens4 ,ils commencrent remdier aux vices1 aux dfauts des testamens1 afin de favoriser la division des richesses qui font toute l'ambition du peuple4 ,les ,empereurs allrent bien plus loin4 ,comme l'clat de la noblesse leur faisait ombrage1 ils se montrrent favorables aux droits de la nature humaine1 commune aux nobles et aux plbiens4 ,auguste commena protger les fidi-commis1 qui auparavant ne passaient aux personnes incapables d'hriter que grce la dlicatesse des hritiers grevs2 il fit tant pour les fidi-commis1 qu'avant sa mort ils donnrent le droit de contraindre les hritiers les excuter4 ,puis vinrent tant de snatus-consultes1 par lesquels les cognats furent mis sur la ligne des agnats4 ,enfin ,justinien ta la diffrence des legs et des fidi-commis1 confondit les quartes ,falcidianienne et ,trebellianique1 mit peu de distinction entre les testamens et les codicilles1 et dans les successions ab intestat gala les agnats et les cognats en tout et pour tout4 ,ainsi les lois romaines de l',empire se montrrent si attentives favoriser les dernires volonts1 que1 tandis qu'autrefois le plus lger dfaut les annulait1 elles doivent aujourd'hui tre toujours interprtes de manire les rendre valables s'il est possible4 ,les dmocraties sont bienveillantes pour les fils1 les monarchies veulent que les pres soient occups par l'amour de leurs enfans2 aussi les progrs de l'humanit ayant aboli le droit barbare des premiers pres de familles sur la personne de leurs fils1 les ,empereurs voulurent abolir aussi le droit qu'ils conservaient sur leurs acquts1 et introduisirent d'abord le peculium castrense1 pour inviter les fils de famille au service militaire2 puis ils en tendirent les avantages au peculium quasi castrense1 pour les inviter entrer dans le service du palais2 enfin pour contenter les fils qui n'taient ni soldats ni lettrs1 ils introduisirent le peculium adventitium4 ,ils trent les effets de la puissance paternelle l'adoption qui n'est pas faite par un des ascendans de l'adopt4 ,ils approuvrent universellement les adrogations1 difficiles en ce qu'un citoyen1 de pre de famille1 devient dpendant de celui dans la famille duquel il passe4 ,ils regardrent les mancipations comme avantageuses2 donnrent aux lgitimations par mariage subsquent tout l'effet du mariage solennel4 ,enfin1 comme le terme d'imperium paternum semblait diminuer la majest impriale1 ils introduisirent le mot de puissance paternelle1 patria potestas4#hf ,note #hf3 ,en cela l'habilet d',auguste leur avait donn l'exemple4 ,de crainte d'veiller la jalousie du peuple en lui enlevant le privilge nominal de l'empire1 imperium1 il prit le titre de la puissance tribunitienne1 potestas tribunitia1 se dclarant ainsi le protecteur de la libert romaine4 ,le tribunat avait t simplement une puissance de fait2 les tribuns n'eurent jamais dans la rpublique ce qu'on appelait imperium4 ,sous le mme ,auguste1 un tribun du peuple ayant ordonn ,labon de comparatre devant lui1 ce jurisconsulte clbre1 le chef d'une des deux coles de la jurisprudence romaine1 refusa d'obir2 et il tait dans son droit1 puisque les tribuns n'avaient point l'imperium4 ,une observation a chapp aux grammairiens1 aux politiques et aux jurisconsultes1 c'est que dans la lutte des plbiens contre les patriciens pour obtenir le consulat1 ces derniers voulant satisfaire le peuple sans tablir de prcdens relativement au partage de l'empire1 crrent des tribuns militaires en partie plbiens1 cum consulari potestate1 et non point cum ,,imperio consulari4 ,aussi tout le systme de la rpublique romaine fut compris dans cette triple formule3 ,,senatus ,,autoritas1 ,,populi ,,imperium1 ,,plebis ,,potestas4 ,imperium s'entend des grandes magistratures1 du consulat1 de la prture qui donnaient le droit de condamner mort2 potestas1 des magistratures infrieures1 telles que l'dilit1 et modic coercitione continetur4 7,vico74 ,en dernier lieu1 la bienveillance des ,empereurs dtendant toute l'humanit1 ils commencrent favoriser les esclaves4 ,ils rprimrent la cruaut des matres4 ,ils tendirent les effets de l'affranchissement1 en mme temps qu'ils en diminuaient les formalits4 ,le droit de cit ne s'tait donn dans les temps anciens qu' d'illustres trangers qui avaient bien mrit du peuple romain2 ils l'accordrent quiconque tait n ,rome d'un pre esclave1 mais d'une mre libre1 ne le ft-elle que par affranchissement4 ,la loi reconnaissant libre quiconque naissait dans la cit2 sous de telles circonstances1 le droit naturel changea de dnomination2 dans les aristocraties1 il tait appel ,,droit ,,des ,,gens1 dans le sens du latin gentes1 maisons nobles pour lesquelles ce droit tait une sorte de proprit2 mais lorsque s'tablirent les dmocraties1 o les nations entires sont souveraines1 et ensuite les monarchies1 o les monarques reprsentent les nations entires dont leurs sujets sont les membres1 il fut nomm ,,droit ,,naturel ,,des ,,nations4 4 ,,iii4 ,de la conservation des lois4 ,la conservation des ordres entrane avec elle celle des magistratures et des sacerdoces1 et par suite celle des lois et de la jurisprudence4 ,voil pourquoi nous lisons dans l'histoire romaine que tant que le gouvernement de ,rome fut aristocratique1 le droit des mariages solennels1 le consulat1 le sacerdoce ne sortaient point de l'ordre des snateurs1 dans lequel n'entraient que les nobles2 et que la science des lois restait sacre ou secrte 7car c'est la mme chose7 dans le collge des pontifes1 compos des seuls nobles chez toutes les nations hroques4 ,cet tat dura un sicle encore aprs la loi des douze tables1 au rapport du jurisconsulte ,pomponius4 ,la connaissance des lois fut le dernier privilge que les patriciens cdrent aux plbiens4 ,dans l'ge divin1 les lois taient gardes avec scrupule et svrit4 ,l'observation des lois divines a continu de s'appeler religion4 ,ces lois doivent tre observes1 en suivant certaines formules inaltrables de paroles consacres et de crmonies solennelles4--,cette observation svre des lois est l'essence de l'aristocratie4 ,voulons-nous savoir pourquoi ,athnes et presque toutes les cits de la ,grce passrent si promptement la dmocratie8 ,le mot connu des ,spartiates nous en apprend la cause3 les ,athniens conservent par crit des lois innombrables2 les lois de ,sparte sont peu nombreuses1 mais elles s'observent4--,tant que le gouvernement de ,rome fut aristocratique1 les ,romains se montrrent observateurs rigides de la loi des douze tables1 en sorte que ,tacite l'appelle finis omnis qui juris4 ,en effet1 aprs celles qui furent juges suffisantes pour assurer la libert et l'galit civile#hg1 les lois consulaires relatives au droit priv furent peu nombreuses1 si mme il en exista4 ,tite-,live dit que la loi des douze tables fut la source de toute la jurisprudence4--,lorsque le gouvernement devint dmocratique1 le petit peuple de ,rome1 comme celui d',athnes1 ne cessait de faire des lois d'intrt priv1 incapable qu'il tait de s'lever des ides gnrales4 ,sylla1 le chef du parti des nobles1 aprs sa victoire sur ,marius1 chef du parti du peuple1 remdia un peu au dsordre par l'tablissement des qustiones perpetu2 mais ds qu'il eut abdiqu la dictature1 les lois d'intrt priv recommencrent se multiplier comme auparavant 7,tacite74 ,la multitude des lois est1 comme le remarquent les politiques1 la route la plus prompte qui conduise les tats la monarchie2 aussi ,auguste pour l'tablir en fit un grand nombre2 et les princes qui suivirent1 employrent surtout le snat faire des snatus-consultes d'intrt priv4 ,nanmoins dans le temps mme o le gouvernement romain tait dj devenu dmocratique1 les formules d'actions taient suivies si rigoureusement qu'il fallut toute l'loquence de ,crassus 7que ,cicron appelait le ,dmosthnes romain71 pour que la substitution pupillaire expresse ft regarde comme contenant la vulgaire qui n'tait pas exprime4 ,il fallut tout le talent de ,cicron pour empcher ,sextus ,ebutius de garder la terre de ,cecina1 parce qu'il manquait une lettre la formule4 ,mais avec le temps les choses changrent au point que ,constantin abolit entirement les formules1 et qu'il fut reconnu que tout motif particulier d'quit prvaut sur la loi4 ,tant les esprits sont disposs reconnatre docilement l'quit naturelle sous les gouvernemens humains6 ,ainsi tandis que sous l'aristocratie1 l'on avait observ si rigoureusement le privilegia ne irroganto1 de la loi des douze tables1 on fit sous la dmocratie une foule de lois d'intrt priv1 et sous la monarchie les princes ne cessrent d'accorder des privilges4 ,or rien de plus conforme l'quit naturelle que les privilges qui sont mrits4 ,on peut mme dire avec vrit que toutes les exceptions faites aux lois chez les modernes1 sont des privilges voulus par le mrite particulier des faits1 qui les sort de la disposition commune4 ,note #hg3 ,ces lois doivent avoir t postrieures aux dcemvirs1 auxquels les anciens peuples les ont rapportes1 comme au type idal du lgislateur4 7,vico74 ,peut-tre est-ce pour cette raison que les nations barbares du moyen ge repoussrent les lois romaines4 ,en ,france on tait puni svrement1 en ,espagne mis mort1 lorsqu'on osait les allguer4 ,ce qui est sr1 c'est qu'en ,italie1 les nobles auraient rougi de suivre les rois romaines1 et se faisaient honneur de n'tre soumis qu' celles des ,lombards2 les gens du peuple au contraire qui ne quittent point facilement leurs usages1 observaient plusieurs lois romaines qui avaient conserv force de coutumes4 ,c'est ce qui explique comment furent en quelque sorte ensevelies dans l'oubli chez les ,latins les lois de ,justinien1 chez les ,grecs les ,basiliques4 ,mais lorsqu'ensuite se formrent les monarchies modernes1 lorsque reparut dans plusieurs cits la libert populaire1 le droit romain compris dans les livres de ,justinien fut reu gnralement1 en sorte que ,grotius affirme que c'est un droit naturel des gens pour les ,europens4 ,admirons la sagesse et la gravit romaines1 en voyant au milieu de ces rvolutions politiques les prteurs et les jurisconsultes employer tous leurs efforts pour que les termes de la loi des douze tables1 ne perdent que lentement et le moins possible le sens qui leur tait propre4 ,ainsi en changeant de forme de gouvernement1 ,rome eut l'avantage de s'appuyer toujours sur les mmes principes1 lesquels n'taient autres que ceux de la socit humaine4 ,ce qui donna aux ,romains la plus sage de toutes les jurisprudences1 est aussi ce qui fit de leur ,empire le plus vaste1 le plus durable du monde4 ,voil la principale cause de la grandeur romaine que ,polybe et ,machiavel expliquent d'une manire trop gnrale1 l'un par l'esprit religieux des nobles1 l'autre par la magnanimit des plbiens1 et que ,plutarque attribue par envie la fortune de ,rome4 ,la noble rponse du ,tasso l'ouvrage de ,plutarque le rfute moins directement que nous ne le faisons ici4 ,,chapitre ,,vi4 ,,autres ,,preuves ,,tir,,es ,,de ,,la ,,mani,,re ,,dont ,,chaque ,,forme ,,de ,,la ,,soci,t ,,se ,,combine ,,avec ,,la ,,pr,c,,dente4--,r,,futation ,,de ,,bodin4 4 ,i4 ,nous avons montr dans ce ,livre jusqu' l'vidence que dans toute leur vie politique les nations passent par trois sortes d'tats civils 7aristocratie1 dmocratie1 monarchie71 dont l'origine commune est le gouvernement divin4 ,une quatrime forme1 dit ,tacite1 soit distincte1 soit mle des trois1 est plus dsirable que possible1 et si elle se rencontre1 elle n'est point durable4 ,mais pour ne point laisser de doute sur cette succession naturelle1 nous examinerons comment chaque tat se combine avec le gouvernement de l'tat prcdent2 mlange fond sur l'axiome3 lorsque les hommes changent1 ils conservent quelque temps l'impression de leurs premires habitudes4 ,les pres de familles desquels devaient sortir les nations paennes1 ayant pass de la vie bestiale la vie humaine1 gardrent dans l'tat de nature1 o il n'existait encore d'autre gouvernement que celui des dieux1 leur caractre originaire de frocit et de barbarie2 et conservrent la formation des premires aristocraties le souverain empire qu'ils avaient eu sur leurs femmes et leurs enfans dans l'tat de nature4 ,tous gaux1 trop orgueilleux pour cder l'un l'autre1 ils ne se soumirent qu' l'empire souverain des corps aristocratiques dont ils taient membres2 leur domaine priv1 jusque-l minent1 forma en se runissant le domaine public galement minent du snat qui gouvernait1 de mme que la runion de leurs souverainets prives composa la souverainet publique des ordres auxquels ils appartenaient4 ,les cits furent donc dans l'origine des aristocraties mles la monarchie domestique des pres de famille4 ,autrement1 il est impossible de comprendre comment la socit civile sortit de la socit de la famille4 ,tant que les pres conservrent le domaine minent dans le sein de leurs compagnies souveraines1 tant que les plbiens ne leur eurent pas arrach le droit d'acqurir des proprits1 de contracter des mariages solennels1 d'aspirer aux magistratures1 au sacerdoce1 enfin de connatre les lois 7ce qui tait encore un privilge du sacerdoce71 les gouvernemens furent aristocratiques4 ,mais lorsque les plbiens des cits hroques devinrent assez nombreux1 assez aguerris pour effrayer les pres 7qui dans une oligarchie devaient tre peu nombreux1 comme le mot l'indique71 et que1 forts de leur nombre1 ils commencrent faire des lois sans l'autorisation du snat1 les rpubliques devinrent dmocratiques4 ,aucun tat n'aurait pu subsister avec deux pouvoirs lgislatifs souverains1 sans se diviser en deux tats4 ,dans cette rvolution1 l'autorit de domaine devint naturellement autorit de tutelle2 le peuple souverain1 faible encore sous le rapport de la sagesse politique se confiait son snat1 comme un roi dans sa minorit un tuteur4 ,ainsi les tats populaires furent gouverns par un corps aristocratique4 ,enfin lorsque les puissans dirigrent le conseil public dans l'intrt de leur puissance1 lorsque le peuple corrompu par l'intrt priv consentit assujettir la libert publique l'ambition des puissans1 et que du choc des partis rsultrent les guerres civiles1 la monarchie s'leva sur les ruines de la dmocratie4 4 ,,ii4 ,d'une loi royale1 ternelle et fonde en nature1 en vertu de laquelle les nations vont se reposer dans la monarchie4 ,cette loi a chapp aux interprtes modernes du droit romain4 ,ils taient proccups par cette fable de la loi royale de ,tribonien1 qu'il attribue ,ulpien dans les ,pandectes1 et dont il s'avoue l'auteur dans les ,institutes4 ,mais les jurisconsultes romains avaient bien compris la loi royale dont nous parlons4 ,pomponius dans son histoire abrge du droit romain caractrise cette loi par un mot plein de sens1 rebus ipsis dictantibus regna condita4--,voici la formule ternelle dans laquelle l'a conue la nature3 lorsque les citoyens des dmocraties ne considrent plus que leurs intrts particuliers1 et que1 pour atteindre ce but1 ils tournent les forces nationales la ruine de leur patrie1 alors il s'lve un seul homme1 comme ,auguste chez les ,romains1 qui se rendant matre par la force des armes1 prend pour lui tous les soins publics1 et ne laisse aux sujets que le soin de leurs affaires particulires4 ,cette rvolution fait le salut des peuples qui autrement marcheraient leur destruction4--,cette vrit semble admise par les docteurs du droit moderne1 lorsqu'ils disent3 universitates sub rege habentur loco privatorum2 c'est qu'en effet la plus grande partie des citoyens ne s'occupe plus du bien public4 ,tacite nous montre trs bien dans ses annales le progrs de cette funeste indiffrence2 lorsqu',auguste fut prs de mourir1 quelques-uns discouraient vainement sur le bonheur de la libert1 pauci bona libertatis incassum disserere2 ,tibre arrive au pouvoir1 et tous1 les yeux fixs sur le prince1 attendent pour obir1 omnes principis jussa adspectare4 ,sous les trois ,csars qui suivent1 les ,romains d'abord indiffrens pour la rpublique1 finissent par ignorer mme ses intrts1 comme s'ils y taient trangers1 incuri et ignoranti reipublic1 tanquam alien4 ,lorsque les citoyens sont ainsi devenus trangers leur propre pays1 il est ncessaire que les monarques les dirigent et les reprsentent4 ,or comme dans les rpubliques1 un puissant ne se fraie le chemin la monarchie1 qu'en se faisant un parti1 il est naturel qu'un monarque gouverne d'une manire populaire4 ,d'abord il veut que tous ses sujets soient gaux1 et il humilie les puissans de faon que les petits n'aient rien craindre de leur oppression4 ,ensuite il a intrt ce que la multitude n'ait point se plaindre en ce qui touche la subsistance et la libert naturelle4 ,enfin il accorde des privilges ou des ordres entiers 7ce qu'on appelle des privilges de libert71 ou des individus d'un mrite extraordinaire qu'il tire de la foule pour les lever aux honneurs civils4 ,ces privilges sont des lois d'intrt priv1 dictes par l'quit naturelle4 ,aussi la monarchie est-elle le gouvernement le plus conforme la nature humaine1 aux poques o la raison est le plus dveloppe4 4 ,,iii4 ,rfutation des principes de la politique de ,bodin4 ,bodin suppose que les gouvernemens1 d'abord monarchiques1 ont pass par la tyrannie la dmocratie et enfin l'aristocratie4 ,quoique nous lui ayons assez rpondu indirectement1 nous voulons1 ad exuberantiam1 le rfuter par l'impossible et par l'absurde4 ,il ne disconvient point que les familles n'aient t les lmens dont se composrent les cits4 ,mais d'un autre ct il partage le prjug vulgaire selon lequel les familles auraient t composes seulement des parens et des enfans et non en outre des serviteurs1 famuli4 ,maintenant nous lui demandons comment la monarchie put sortir d'un tel tat de famille4 ,deux moyens se prsentent seuls1 la force et la ruse4 ,la force8 ,comment un pre de famille pouvait-il soumettre les autres8 ,on conoit que dans les dmocraties les citoyens aient consacr la patrie et leur personne et leur famille dont elle assurait la conservation1 et que par l ils aient t apprivoiss la monarchie4 ,mais ne doit-on pas supposer que1 dans la fiert originaire d'une libert farouche1 les pres de famille auraient plutt pri tous avec les leurs1 que de supporter l'ingalit8 ,quant la ruse1 elle est employe par les dmagogues1 lorsqu'ils promettent la multitude la libert1 la puissance ou la richesse4 ,aurait-on promis la libert aux premiers pres de famille8 ils taient tous non-seulement libres1 mais souverains dans leur domestique4444 ,la puissance8 des solitaires1 qui1 tels que le ,polyphme d',homre1 se tenaient dans leurs cavernes avec leur famille1 sans se mler des affaires d'autrui8 ,la richesse8 on ne savait ce que c'tait que richesses1 dans un tel tat de simplicit4--,la difficult devient plus grande encore1 lorsqu'on songe que dans la haute antiquit il n'y avait point de forteresse1 et que les cits hroques formes par la runion des familles n'eurent point de murs pendant long-temps1 comme nous le certifie ,thucydide#hh4 ,mais elle est vraiment insurmontable1 si l'on considre avec ,bodin les familles comme composes seulement des fils4 ,dans cette hypothse1 qu'on explique l'tablissement de la monarchie par la force ou par la ruse1 les fils auraient t les instrumens d'une ambition trangre1 et auraient trahi ou mis mort leurs propres pres2 en sorte que ces gouvernemens eussent t moins des monarchies1 que des tyrannies impies et parricides4 ,note #hh3 ,la jalousie aristocratique empchait qu'on en levt4 ,on sait que ,valrius ,publicola ne se justifia du reproche d'avoir construit une maison dans un lieu lev1 qu'en la rasant en une nuit4--,les nations les plus belliqueuses et les plus farouches sont celles qui conservrent le plus long-temps l'usage de ne point fortifier les villes4 ,en ,allemagne1 ce fut1 dit-on1 ,henri-l',oiseleur qui le premier runit dans des cits le peuple dispers jusque-l dans les villages1 et qui entoura les villes de murs4--,qu'on dise aprs cela que les premiers fondateurs des villes furent ceux qui marqurent par un sillon le contour des murs2 qu'on juge si les tymologistes ont raison de faire venir le mot porte1 portando aratro1 de la charrue qu'on portait pour interrompre le sillon l'endroit o devaient tre les portes4 7,vico74 ,il faut donc que ,bodin1 et tous les politiques avec lui1 reconnaissent les monarchies domestiques dont nous avons prouv l'existence dans l'tat de famille1 et conviennent que les familles se composrent non-seulement des fils1 mais encore des serviteurs 7famuli71 dont la condition tait une image imparfaite de celle des esclaves1 qui se firent dans les guerres aprs la fondation des cits4 ,c'est dans ce sens que l'on peut dire1 comme lui1 que les rpubliques se sont formes d'hommes libres et d'un caractre svre4 ,les premiers citoyens de ,bodin ne peuvent prsenter ce caractre4 ,si1 comme il le prtend1 l'aristocratie est la dernire forme par laquelle passent les gouvernemens1 comment se fait-il qu'il ne nous reste du moyen ge qu'un si petit nombre de rpubliques aristocratiques8 ,on compte en ,italie ,venise1 ,gnes et ,lucques1 ,raguse en ,dalmatie1 et ,nuremberg en ,allemagne4 ,les autres rpubliques sont des tats populaires avec un gouvernement aristocratique4 ,le mme ,bodin qui veut conformment son systme1 que la royaut romaine ait t monarchique1 et qu' l'expulsion des tyrans la libert populaire ait t tablie ,rome1 ne voyant pas les faits rpondre ses principes1 dit d'abord que ,rome fut un tat populaire gouvern par une aristocratie2 plus loin1 vaincu par la force de la vrit1 il avoue1 sans chercher pallier son inconsquence1 que la constitution et le gouvernement de ,rome taient galement aristocratiques4 ,l'erreur est venue de ce qu'on n'avait pas bien dfini les trois mots peuple1 royaut1 libert4#hi ,note #hi3 ,voyez livre ,,ii1 pag4 #bad4 ,,chapitre ,,vii4 ,,derni,,res ,,preuves ,l',,appui ,,de ,,nos ,,principes ,,sur ,,la ,,marche ,,des ,,soci,t,s4 4 ,i4 #a4 ,dans l'tat de famille les peines furent atroces4 ,c'est l'ge des ,cyclopes et du ,polyphme d',homre4 ,c'est alors qu',apollon corche tout vivant le satyre ,marsyas4--,la mme barbarie continua dans les rpubliques aristocratiques ou hroques4 ,au moyen ge on disait peine ordinaire pour peine de mort4 ,les lois de ,sparte sont accuses de cruaut par ,platon et par ,aristote4 ,rome1 le vainqueur des ,curiaces fut condamn tre battu de verges et attach l'arbre de malheur 7arbori infelici74 ,mtius ,suffetius1 roi d',albe1 fut cartel1 ,romulus lui-mme mis en pices par les snateurs4 ,la loi des douze tables condamne tre brl vif celui qui met le feu la moisson de son voisin2 elle ordonne que le faux tmoin soit prcipit de la ,roche ,tarpienne2 enfin que le dbiteur insolvable soit mis en quartiers4--,les peines s'adoucissent sous la dmocratie4 ,la faiblesse mme de la multitude la rend plus porte la compassion4 ,enfin dans les monarchies1 les princes s'honorent du titre de clmens4 #b4 ,dans les guerres barbares des temps hroques1 les cits vaincues taient ruines1 et leurs habitans1 rduits un tat de servage1 taient disperss par troupeaux dans les campagnes pour les cultiver au profit du peuple vainqueur4 ,les dmocraties plus gnreuses n'trent aux vaincus que les droits politiques1 et leur laissrent le libre usage du droit naturel 7jus naturale gentium humanarum1 ,ulpien74 ,ainsi les conqutes s'tendant1 tous les droits qui furent dsigns plus tard comme rationes propri civium ,romanorum1 devinrent le privilge des citoyens romains 7tels que le mariage1 la puissance paternelle1 le domaine quiritaire1 l'mancipation1 etc47 ,les nations vaincues avaient aussi possd ces droits au temps de leur indpendance4--,enfin vient la monarchie1 et ,antonin veut faire une seule ,rome de tout le monde romain4 ,tel est le voeu des plus grands monarques#ij4 ,le droit naturel des nations1 appliqu et autoris dans les provinces par les prteurs romains1 finit1 avec le temps1 par gouverner ,rome elle-mme4 ,ainsi fut aboli le droit hroque que les ,romains avaient eu sur les provinces2 les monarques veulent que tous les sujets soient gaux sous leurs lois4 ,la jurisprudence romaine1 qui dans les temps hroques n'avait eu pour base que la loi des douze tables1 commena ds le temps de ,cicron#ia1 suivre dans la pratique l'dit du prteur4 ,enfin1 depuis ,adrien1 elle se rgla sur l'dit perptuel1 compos presqu'entirement des dits provinciaux par ,salvius ,julianus4 ,note #ij3 ,alexandre-le-,grand disait que le monde n'tait pour lui qu'une cit1 dont la citadelle tait sa phalange4 7,vico74 ,note #ia3 ,de legibus4 #c4 ,les territoires borns dans lesquels se resserrent les aristocraties pour la facilit du gouvernement1 sont tendus par l'esprit conqurant de la dmocratie2 puis viennent les monarchies1 qui sont plus belles et plus magnifiques proportion de leur grandeur4 #d4 ,du gouvernement souponneux de l'aristocratie les peuples passent aux orages de la dmocratie1 pour trouver le repos sous la monarchie4 #e4 ,ils partent de l'unit de la monarchie domestique1 pour traverser les gouvernemens du plus petit nombre1 du plus grand nombre1 et de tous1 et retrouver l'unit dans la monarchie civile4 4 ,,ii4 ,,corollaire4 ,que l'ancien droit romain son premier ge fut un pome srieux1 et l'ancienne jurisprudence une posie svre1 dans laquelle on trouve la premire bauche de la mtaphysique lgale4--,comment chez les ,grecs la philosophie sortit de la lgislation4 ,il y a bien d'autres effets importans1 surtout dans la jurisprudence romaine1 dont on ne peut trouver la cause que dans nos principes1 et surtout dans le #i;e axiome lorsque les hommes ne peuvent atteindre le vrai1 ils s'en tiennent au certain4 ,ainsi les mancipations 7capere manu7 se firent d'abord ver manu1 c'est--dire1 avec une force relle4 ,la force est un mot abstrait1 la main est chose sensible1 et chez toutes les nations elle a signifi la puissance#ib4 ,cette mancipation relle n'est autre que l'occupation1 source naturelle de tous les domaines4 ,les ,romains continurent d'employer ce mot pour l'occupation d'une chose par la guerre2 les esclaves furent appels mancipia1 le butin et les conqutes furent pour les ,romains res mancipi1 tandis qu'elles devenaient pour les vaincus res nec mancipi4 ,qu'on voie donc combien il est raisonnable de croire que la mancipation prit naissance dans les murs de la seule ville de ,rome1 comme un mode d'acqurir le domaine civil usit dans les affaires prives des citoyens6 ,note #ib3 ,de l les ,grec3 cheirothesiai et les ,grec3 cheirotoniai des ,grecs3 le premier mot dsigne l'imposition des mains sur la tte du magistrat qu'on allait lire2 le second les acclamations des lecteurs qui levaient les mains4 7,vico74 ,il en fut de mme de la vritable usucapion1 autre manire d'acqurir le domaine1 mot qui rpond capio cum vero usu1 en prenant usus pour possession4 ,d'abord on prit possession en couvrant de son corps la chose possde2 possessio fut dit pour porro sessio4--,dans les rpubliques hroques qui selon ,aristote n'avaient point de lois pour redresser les torts particuliers1 nous avons vu que les revendications s'exeraient par une force1 par une violence vritable4 ,ce furent l les premiers duels1 ou guerres prives4 ,les actions personnelles 7condictiones7 durent tre les reprsailles prives1 qui au moyen ge durrent jusqu'au temps de ,barthole4 ,les moeurs devenant moins farouches avec le temps1 les violences particulires commenant tre rprimes par les lois judiciaires1 enfin la runion des forces particulires ayant form la force publique1 les premiers peuples1 par un effet de l'instinct potique que leur avait donn la nature1 durent imiter cette force relle par laquelle ils avaient auparavant dfendu leurs droits4 ,au moyen d'une fiction de ce genre1 la mancipation naturelle devint la tradition civile solennelle1 qui se reprsentait en simulant un noeud4 ,ils employrent cette fiction dans les acta legitima qui consacraient tous leurs rapports lgaux1 et qui devaient tre les crmonies solennelles des peuples avant l'usage des langues vulgaires4 ,puis lorsqu'il y eut un langage articul1 les contractans s'assurrent de la volont l'un de l'autre en joignant au noeud des paroles solennelles qui exprimassent d'une manire certaine et prcise les stipulations du contrat4 ,par suite1 les conditions 7leges7 auxquelles se rendaient les villes1 taient exprimes par des formules analogues1 qui se sont appeles paces 7de pacio7 mot qui rpond celui de pactum4 ,il en est rest un vestige remarquable dans la formule du trait par lequel se rendit ,collatie4 ,tel que ,tite-,live le rapporte1 c'est une vritable stipulation 7contratto recettizio7 fait avec les interrogations et les rponses solennelles2 aussi ceux qui se rendaient taient appels1 dans toute la proprit du mot1 recepti2 et ego recipio1 dit le hraut romain aux dputs de ,collatie4 ,tant il est peu exact de dire que dans les temps hroques la stipulation fut particulire aux citoyens romains6 ,on jugera aussi si l'un a eu raison de croire jusqu'ici que ,tarquin-l',ancien prtendit donner aux nations dans la formule dont nous venons de parler1 un modle pour les cas semblables4--,ainsi le droit des gens hroques du ,latium resta grav dans ce titre de la loi des douze tables3 ,,si ,,quis ,,nexum ,,faciet ,,mancipiumque ,,uti ,,lingua ,,nuncupassit ,,ita ,,jus ,,esto4 ,c'est la grande source de tout l'ancien droit romain1 et ceux qui ont rapproch les lois athniennes de celle des douze tables1 conviennent que ce titre n'a pu tre import d',athnes ,rome4 ,l'usucapion fut d'abord une prise de possession au moyen du corps1 et fut cense continuer par la seule intention4 ,en mme temps on porta la mme fiction de l'emploi de la force dans les revendications1 et les reprsailles hroques se transformrent en actions personnelles2 on conserva l'usage de les dnoncer solennellement aux dbiteurs4 ,il tait impossible que l'enfance de l'humanit suivit une marche diffrente2 on a remarqu dans un axiome que les enfans ont au plus haut degr la facult d'imiter le vrai dans les choses qui ne sont point au-dessus de leur porte2 c'est en quoi consiste la posie1 laquelle n'est qu'imitation4 ,par un effet du mme esprit1 toutes les personnes qui paraissaient au forum1 taient distingues par des masques ou emblmes particuliers 7person74 ,ces emblmes propres aux familles taient1 si je puis le dire1 des noms rels1 antrieurs l'usage des langues vulgaires4 ,le signe distinctif du pre de famille dsignait collectivement tous ses enfans1 tous ses esclaves4 ,aux exemples dj cits 7page #aha71 joignons les prodigieux exploits des paladins franais1 et surtout de ,roland1 qui sont ceux d'une arme plutt que ceux d'un individu2 ces paladins taient des souverains1 comme le sont encore les palatins d',allemagne4 ,ceci drive des principes de notre potique4 ,les fondateurs du droit romain ne pouvant s'lever encore par l'abstraction aux ides gnrales1 crrent pour y suppler des caractres potiques1 par lesquels ils dsignaient les genres4 ,de mme que les potes guids par leur art portrent les personnages et les masques sur le thtre1 les fondateurs du droit1 conduits par la nature1 avaient dans des temps plus anciens1 port sur le forum les personnes 7personas7 et les emblmes#ic4--;,incapables de se crer par l'intelligence des formes abstraites1 ils en imaginrent de corporelles1 et les supposrent animes d'aprs leur propre nature4 ,ils ralisrent dans leur imagination l'hrdit1 hereditas1 comme souveraine des hritages1 et ils la placrent tout entire dans chacun des effets dont ils se composaient2 ainsi quand ils prsentaient aux juges une motte de terre dans l'acte de la revendication1 ils disaient hunc fundum1 etc4 ,ainsi ils sentirent imparfaitement1 s'ils ne purent le comprendre1 que les droits sont indivisibles4 ,les hommes tant alors naturellement potes1 la premire jurisprudence fut toute potique2 par une suite de fictions1 elle supposait que ce qui n'tait pas fait l'tait dj1 que ce qui tait n1 tait natre1 que le mort tait vivant1 et vice vers4 ,elle introduisait une foule de dguisemens1 de voiles qui ne couvraient rien1 jura imaginaria2 de droits traduits en fable par l'imagination4 ,elle faisait consister tout son mrite trouver des fables assez heureusement imagines pour sauver la gravit de la loi1 et appliquer le droit au fait4 ,toutes les fictions de l'ancienne jurisprudence furent donc des vrits sous le masque1 et les formules dans lesquelles s'exprimaient les lois1 furent appeles carmina1 cause de la mesure prcise de leurs paroles auxquelles on ne pouvait ni ajouter1 ni retrancher#id4 ,ainsi tout l'ancien droit romain fut un pome srieux que les ,romains reprsentaient sur le forum1 et l'ancienne jurisprudence fut une posie svre4 ,dans l'introduction des ,institutes1 ,justinien parle des fables du droit antique1 antiqui juris fabulas2 son but est de les tourner en ridicule1 mais il doit avoir emprunt ce mot quelqu'ancien jurisconsulte qui aura compris ce que nous exposons ici4 ,c'est ces fables antiques que la jurisprudence romaine rapporte ses premiers principes4 ,de ces person1 de ces masques qu'employaient les fables dramatiques si vraies et si svres du droit1 drivent les premires origines de la doctrine du droit personnel4 ,note #ic3 ,la quantit prouve que persona ne vient point1 comme on le prtend1 de personare4 7,vico74 ,note #id3 ,tite-,live dit en parlant de la sentence prononce contre ,horace3 ,lex horrendi carminis erat4--,dans l',asinaria de ,plaute1 ,diabolus dit que le parasite est un grand pote1 parce qu'il sait mieux que tout autre trouver ces subtilits verbales qui caractrisaient les formules1 ou carmina4 7,vico74 ,lorsque vinrent les ges de civilisation avec les gouvernemens populaires1 l'intelligence s'veilla dans ces grandes assembles#ie4 ,les droits abstraits et gnraux furent dits consistere in intellectu juris4 ,l'intelligence consiste ici comprendre l'intention que le lgislateur a exprime dans la loi1 intention que dsigne le mot jus4 ,en effet cette intention fut celle des citoyens qui s'accordaient dans la conception d'un intrt raisonnable qui leur ft commun tous4 ,ils durent comprendre que cet intrt tait spirituel de sa nature1 puisque tous les droits qui ne s'exercent point sur des choses corporelles1 nuda jura1 furent dits par eux in intellectu juris consistere4 ,puis donc que les droits sont des modes de la substance spirituelle1 ils sont indivisibles1 et par consquent ternels2 car la corruption n'est autre chose que la division des parties4 ,les interprtes du droit romain ont fait consister toute la gloire de la mtaphysique lgale dans l'examen de l'indivisibilit des droits en traitant la fameuse matire de dividuis et individuis4 ,mais ils n'ont point considr l'autre caractre des droits1 non moins important que le premier1 leur ternit4 ,il aurait d pourtant les frapper dans ces deux rgles qu'ils tablissent #a cessante fine legis1 cessat lex2 ils ne disent point cessante ratione2 en effet le but1 la fin de la loi1 c'est l'intrt des causes trait avec galit2 cette fin peut changer1 mais la raison de la loi tant une conformit de la loi au fait entour de telles circonstances1 toutes les fois que les mmes circonstances se reprsentent1 la raison de la loi les domine1 vivante1 imprissable2 #b tempus non est modus constituendi1 vel dissolvendi juris2 en effet le temps ne peut commencer ni finir ce qui est ternel4 ,dans les usucapions1 dans les prescriptions1 le temps ne finit point les droits1 pas plus qu'il ne les a produits1 il prouve seulement que celui qui les avait a voulu s'en dpouiller4 ,quoiqu'on dise que l'usufruit prend fin1 il ne faut pas croire que le droit finisse pour cela1 il ne fait que se dgager d'une servitude pour retourner sa libert premire4--,de l nous tirerons deux corollaires de la plus haute importance4 ,premirement les droits tant ternels dans l'intelligence1 autrement dit dans leur idal1 et les hommes existant dans le temps1 les droits ne peuvent venir aux hommes que de ,dieu4 ,en second lieu1 tous les droits qui ont t1 qui sont ou seront1 dans leur nombre1 dans leur varit infinis1 sont les modifications diverses de la puissance du premier homme1 et du domaine1 du droit de proprit1 qu'il eut sur toute la terre4 ,note #ie3 ,s'il est certain qu'il y eut des lois avant qu'il existt des philosophes1 on doit en infrer que le spectacle des citoyens d',athnes s'unissant par l'acte de la lgislation dans l'ide d'un intrt gal qui ft commun tous1 aida ,socrate former les genres intelligibles1 ou les universaux abstraits1 au moyen de l'induction1 opration de l'esprit qui recueille les particularits uniformes capables de composer un genre sous le rapport de leur uniformit4 ,ensuite ,platon remarqua que1 dans ces assembles1 les esprits des individus1 passionns chacun pour son intrt1 se runissaient dans l'ide non passionne de l'utilit commune4 ,on l'a dit souvent1 les hommes1 pris sparment1 sont conduits par l'intrt personnel2 pris en masse1 ils veulent la justice4 ,c'est ainsi qu'il en vint mditer les ides intelligibles et parfaites des esprits 7ides distinctes de ces esprits1 et qui ne peuvent se trouver qu'en ,dieu mme71 et s'leva jusqu' la conception du hros de la philosophie1 qui commande avec plaisir aux passions4 ,ainsi fut prpare la dfinition vraiment divine qu',aristote nous a laisse de la loi3 ,volont libre de passion2 ce qui est le caractre de la volont hroque4 ,aristote comprit la justice1 reine des vertus1 qui habite dans le coeur du hros1 parce qu'il avait vu la justice lgale1 qui habite dans l'me du lgislateur et de l'homme d'tat1 commander la prudence dans le snat1 au courage dans les armes1 la temprance dans les ftes1 la justice particulire1 tantt commutative1 comme au forum1 tantt distributive1 comme au trsor public1 rarium o les impts rpartis quitablement donnent des droits proportionnels aux honneurs4 ,d'o il rsulte que c'est de la place d',athnes que sortirent les principes de la mtaphysique1 de la logique et de la morale4 ,la libert fit la lgislation1 et de la lgislation sortit la philosophie4 ,tout ceci est une nouvelle rfutation du mot de ,polybe que nous avons dj cit 7,si les hommes taient philosophes1 il n'y aurait plus besoin de religion74 ,sans religion point de socit1 sans socit point de philosophes4 ,si la ,providence n'et ainsi conduit les choses humaines1 on n'aurait pas eu la moindre ide ni de science ni de vertu4 7,vico74 ,sous les gouvernemens aristocratiques1 la cause 7c'est--dire la forme extrieure7 des obligations consistait dans une formule o l'on cherchait une garantie dans la prcision des paroles et la proprit des termes#if4 ,mais dans les temps civiliss o se formrent les dmocraties et ensuite les monarchies1 la cause du contrat fut prise pour la volont des parties et pour le contrat mme4 ,aujourd'hui c'est la volont qui rend le pacte obligatoire1 et par cela seul qu'on a voulu contracter1 la convention produit une action4 ,dans les cas o il s'agit de transfrer la proprit1 c'est cette mme volont qui valide la tradition naturelle et opre l'alination2 ce ne fut que dans les contrats verbaux1 comme la stipulation1 que la garantie du contrat conserva le nom de cause pris dans son ancienne acception4 ,ceci jette un nouveau jour sur les principes des obligations qui naissent des pactes et contrats1 tels que nous les avons tablis plus haut4 ,note #if3 ,a cavendo1 caviss2 puis1 par contraction1 causs4 7,vico74 ,concluons3 l'homme n'tant proprement qu'intelligence1 corps et langage1 et le langage tant comme l'intermdiaire des deux substances qui constituent sa nature1 le ,,certain en matire de justice fut dtermin par des actes du corps dans les temps qui prcdrent l'invention du langage articul4 ,aprs cette invention1 il le fut par des formules verbales4 ,enfin la raison humaine ayant pris tout son dveloppement1 le certain alla se confondre avec le ,,vrai des ides relatives la justice1 lesquelles furent dtermines par la raison d'aprs les circonstances les plus particulires des faits2 formule ternelle qui n'est sujette aucune forme particulire1 mais qui claire toutes les formes diverses des faits1 comme la lumire qui n'a point de figure1 nous montre celle des corps opaques dans les moindres parties de leur superficie4 ,c'est elle que le docte ,varron appelait la ,,formule ,,de ,,la ,,nature4 ,,livre ,,cinqui,,me4 ,,retour ,,des ,m,,mes ,r,,volutions ,,lorsque ,,les ,,soci,t,s ,d,,truites ,,se ,,rel,,vent ,,de ,,leurs ,,ruines4 ,,argument4 ,la plupart des preuves historiques donnes jusqu'ici par l'auteur l'appui de ses principes1 tant empruntes l'antiquit1 la ,science nouvelle ne mriterait pas le nom d'histoire ternelle de l'humanit1 si l'auteur ne montrait que les caractres observs dans les temps antiques se sont reproduits1 en grande partie1 dans ceux du moyen ge4 ,il suit dans ces rapprochemens sa division des ges divin1 hroque et humain4 ,il conclut en dmontrant que c'est la ,providence qui conduit les choses humaines1 puisque dans tout gouvernement ce sont les meilleurs qui ont domin4 7,il prend le mot meilleurs dans un sens trs gnral47 ,chapitre ,i4 ,,objet ,,de ,,ce ,,livre4--,,retour ,,de ,l',,ge ,,divin4--,pourquoi ,dieu permit qu'un ordre de choses analogue celui de l'antiquit repart au moyen ge4 ,ignorance de l'criture2 caractre religieux des guerres et des jugemens1 asiles1 etc4 ,chapitre ,,ii4 ,,comment ,,les ,,nations ,,parcourent ,,de ,,nouveau ,,la ,,carri,,re ,,qu',,elles ,,ont ,,fournie ,,conform,,ment ,a ,,la ,,nature ,,ternelle ,,des ,,fiefs4 ,,que ,l',,ancien ,,droit ,,politique ,,des ,,romains ,,se ,,renouvela ,,dans ,,le ,,droit ,f,,odal4 7,,retour ,,de ,l',,ge ,h,,ro,,que47--,comparaison des vassaux du moyen ge avec les cliens de l'antiquit1 des parlemens avec les comices4 ,remarques sur les mots hommage1 baron1 sur les prcaires1 sur la recommandation personnelle1 et sur les alleux4 ,chapitre ,,iii4 ,,coup-,d',,oeil ,,sur ,,le ,,monde ,,politique1 ,,ancien ,,et ,,moderne1 considr relativement au but de la ,science nouvelle4 7,,ge ,,humain47--,rome1 n'tant arrte par aucun obstacle extrieur1 a fourni toute la carrire politique que suivent les nations1 passant de l'aristocratie la dmocratie1 et de la dmocratie la monarchie4--,conformment aux principes de la ,science nouvelle1 on trouve aujourd'hui dans le monde beaucoup de monarchies1 quelques dmocraties1 presque plus d'aristocraties4 ,chapitre ,,iv4 ,,conclusion4 ,d',,une ,r,,publique ,,ternelle ,,fond,e ,,dans ,,la ,,nature ,,par ,,la ,,providence ,,divine1 ,,et ,,qui ,,est ,,la ,,meilleure ,,possible ,,dans ,,chacune ,,de ,,ses ,,formes ,,diverses4--,c'est le rsum de tout le systme1 et son explication morale et religieuse4 ,,livre ,,cinqui,,me4 ,,retour ,,des ,m,,mes ,r,,volutions ,,lorsque ,,les ,,soci,t,s ,d,,truites ,,se ,,rel,,vent ,,de ,,leurs ,,ruines4 ,,chapitre ,i4 ,,objet ,,de ,,ce ,,livre4--,,retour ,,de ,l',,ge ,,divin4 ,d'aprs les rapports innombrables que nous avons indiqus dans cet ouvrage entre les temps barbares de l'antiquit et ceux du moyen ge1 on a pu sans peine en remarquer la merveilleuse correspondance1 et saisir les lois qui rgissent les socits1 lorsque sortant de leurs ruines elles recommencent une vie nouvelle4 ,nanmoins nous consacrerons ce sujet un livre particulier1 afin d'clairer les temps de la barbarie moderne1 qui taient rests plus obscurs que ceux de la barbarie antique1 appels eux-mmes obscurs par le docte ,varron dans sa division des temps4 ,nous montrerons en mme temps comment le ,tout-,puissant a fait servir les conseils de sa ,providence1 qui dirigeaient la marche des socits1 aux dcrets ineffables de sa grce4 ,lorsqu'il eut par des voies surnaturelles clair et affermi la vrit du christianisme1 contre la puissance romaine par la vertu des martyrs1 contre la vaine sagesse des ,grecs par la doctrine des ,pres et par les miracles des ,saints1 alors s'levrent des nations armes1 au nord les barbares ,ariens1 au midi les ,sarrasins mahomtans1 qui attaquaient de toutes parts la divinit de ,jsus-,christ4 ,afin d'tablir cette vrit d'une manire inbranlable selon le cours naturel des choses humaines1 ,dieu permit qu'un nouvel ordre de choses naqut parmi les nations4 ,dans ce conseil ternel1 il ramena les moeurs du premier ge qui mritrent mieux alors le nom de divines4 ,partout les rois catholiques1 protecteurs de la religion1 revtaient les habits de diacres et consacraient ,dieu leurs personnes royales#ig4 ,ils avaient des dignits ecclsiastiques3 ,hugues ,capet s'intitulait comte et abb de ,paris1 et les annales de ,bourgogne remarquent en gnral que dans les actes anciens les princes de ,france prenaient souvent les titres de ducs et abbs1 de comtes et abbs4--,les premiers rois chrtiens fondrent des ordres religieux et militaires pour combattre les infidles4--,alors revinrent avec plus de vrit le pura et pia bella des peuples hroques4 ,les rois mirent la croix sur leurs bannires1 et maintenant encore ils placent sur leurs couronnes un globe surmont d'une croix4--,chez les anciens1 le hraut qui dclarait la guerre1 invitait les dieux quitter la cit ennemie 7evocabat deos74 ,de mme au moyen ge1 on cherchait toujours enlever les reliques des cits assiges4 ,aussi les peuples mettaient-ils leurs soins les cacher1 les enfouir sous terre2 on voit dans toutes les glises que le lieu o on les conserve est le plus recul1 le plus secret4 ,note #ig3 ,ils en ont conserv le titre de sacre majest4 7,vico74 partir du commencement du cinquime sicle1 o les barbares inondrent le monde romain1 les vainqueurs ne s'entendent plus avec les vaincus4 ,dans cet ge de fer1 on ne trouve d'criture en langue vulgaire ni chez les ,italiens1 ni chez les ,franais1 ni chez les ,espagnols4 ,quant aux ,allemands1 ils ne commencent crire d'actes dans leur langue qu'au temps de ,frdric de ,souabe1 et1 selon quelques-uns1 seulement sous ,rodolphe de ,habsbourg4 ,chez toutes ces nations on ne trouve rien d'crit qu'en latin barbare1 langue qu'entendaient seuls un bien petit nombre de nobles qui taient ecclsiastiques4 ,faute de caractres vulgaires1 les hiroglyphes des anciens reparurent dans les emblmes1 dans les armoiries4 ,ces signes servaient assurer les proprits1 et le plus souvent indiquaient les droits seigneuriaux sur les maisons et sur les tombeaux1 sur les troupeaux et sur les terres4 ,certaines espces de jugemens divins reparurent sous le nom de purgations canoniques2 les duels furent une espce de ces jugemens1 quoique non autoriss par les canons4 ,on revit aussi les brigandages hroques4 ,les anciens hros avaient tenu honneur d'tre appels brigands2 le nom de corsale fut un titre de seigneurie4 ,les reprsailles de l'antiquit1 la duret des servitudes hroques se renouvelrent1 et durent encore entre les infidles et les chrtiens4 ,la victoire passant pour le jugement du ciel1 les vainqueurs croyaient que les vaincus n'avaient point de ,dieu1 et les traitaient comme de vils animaux4 ,un rapport plus merveilleux encore entre l'antiquit et le moyen ge1 c'est que l'on vit se rouvrir les asiles1 qui1 selon ,tite-,live1 avaient t l'origine de toutes les premires cits4 ,partout avaient recommenc les violences1 les rapines1 les meurtres1 et comme la religion est le seul moyen de contenir des hommes affranchis du joug des lois humaines 7axiome #ca71 les hommes moins barbares qui craignaient l'oppression se rfugiaient chez les vques1 chez les abbs1 et se mettaient sous leur protection1 eux1 leur famille et leurs biens2 c'est le besoin de cette protection qui motive la plupart des constitutions de fiefs4 ,aussi dans l',allemagne1 pays qui fut au moyen ge le plus barbare de toute l',europe1 il est rest1 pour ainsi dire1 plus de souverains ecclsiastiques que de sculiers4--,de l le nombre prodigieux de cits et de forteresses qui portent des noms de saints4--,dans des lieux difficiles ou carts1 l'on ouvrait de petites chapelles o se clbrait la messe1 et s'accomplissaient les autres devoirs de la religion4 ,on peut dire que ces chapelles furent les asiles naturels des chrtiens2 les fidles levaient autour leurs habitations4 ,les monumens les plus anciens qui nous restent du moyen ge1 sont des chapelles situes ainsi1 et le plus souvent ruines4 ,nous en avons chez nous un illustre exemple dans l'abbaye de ,saint-,laurent d',averse1 laquelle fut incorpore l'abbaye de ,saint-,laurent de ,capoue4 ,dans la ,campanie1 le ,samnium1 l',appulie et dans l'ancienne ,calabre1 du ,vulture au golfe de ,tarente1 elle gouverna cent dix glises1 soit immdiatement1 soit par des abbs ou moines qui en taient dpendans1 et dans presque tous ces lieux les abbs de ,saint-,laurent taient en mme temps les barons4 ,,chapitre ,,ii4 ,,comment ,,les ,,nations ,,parcourent ,,de ,,nouveau ,,la ,,carri,,re ,,qu',,elles ,,ont ,,fournie1 ,,conform,,ment ,,la ,,nature ,,ternelle ,,des ,,fiefs4 ,,que ,l',,ancien ,,droit ,,politique ,,des ,,romains ,,se ,,renouvela ,,dans ,,le ,,droit ,f,,odal4 7,,retour ,,de ,l',,ge ,h,,ro,,que47 l'ge divin ou thocratique dont nous venons de parler1 succda l'ge hroque avec la mme distinction de natures qui avait caractris dans l'antiquit les hros et les hommes4 ,c'est ce qui explique pourquoi les vassaux roturiers s'appellent homines dans la langue du droit fodal4 ,d'homines vinrent hominium et homagium4 ,le premier est pour hominis dominium1 le domaine du seigneur sur la personne du vassal2 homagium est pour hominis agium1 le droit qu'a le seigneur de mener le vassal o il veut4 ,les feudistes traduisent lgamment le mot barbare homagium par obsequium1 qui dans le principe dut avoir le mme sens en latin4 ,chez les anciens ,romains1 l'obsequium tait insparable de ce qu'ils appelaient opera militaris1 et de ce que nos feudistes appellent militare servitium2 long-temps les plbiens romains servirent leurs dpens les nobles la guerre4 ,cet obsequium avec les charges qui en taient la suite1 fut vers la fin la condition des affranchis1 liberti1 qui restaient l'gard de leur patron dans une sorte de dpendance2 mais il avait commenc avec ,rome mme1 puisque l'institution fondamentale de cette cit fut le patronage1 c'est--dire1 la protection des malheureux qui s'taient rfugis dans l'asile de ,romulus1 et qui cultivaient1 comme journaliers1 les terres des patriciens4 ,nous avons dj remarqu que dans l'histoire ancienne1 le mot clientela ne peut mieux se traduire que par celui de fiefs4 ,l'origine du mot opera nous prouve la vrit de ces principes4 ,opera dans sa signification primitive est le travail d'un paysan pendant un jour4 ,les ,latins appellent operarius ce que nous entendons par journalier4--,on disait chez les ,latins greges operarum1 comme greges servorum1 parce que de tels ouvriers1 ainsi que les esclaves des temps plus rcens taient regards comme les btes de somme que l'on disait pasci gregatim4 ,par analogie on appelait les hros pasteurs2 ,homre ne manque jamais de leur donner l'pithte de pasteurs des peuples4 ,grec3 ,nomos1 nomos1 signifient loi et pturage4 ,l'obsequium des affranchis1 ayant peu--peu disparu1 et la puissance des patrons ou seigneurs s'tant en quelque sorte disperse dans les guerres civiles1 o les puissans deviennent dpendans des peuples1 cette puissance se runit sans peine dans la personne des monarques1 et il ne resta plus que l'obsequium principis1 dans lequel1 selon ,tacite1 consiste tout le devoir des sujets d'une monarchie4 ,par opposition leurs vassaux ou homines1 les seigneurs des fiefs furent appels barons dans le sens o les ,grecs prenaient hros1 et les anciens ,latins viri2 les ,espagnols disent encore baron pour signifier le vir des ,latins4 ,cette dnomination d'hommes1 leur fut donne sans doute par opposition la faiblesse des vassaux1 faiblesse dont l'ide tait dans les temps hroques jointe celle du sexe fminin4 ,les barons furent appels seigneurs1 du latin seniores4 ,les anciens parlemens du moyen ge durent se composer des seigneurs1 prcisment comme le snat de ,rome avait t compos par ,romulus des nobles les plus gs4 ,de ces patres1 on dut appeler patroni ceux qui affranchissaient des esclaves1 de mme que chez nous patron signifie protecteur dans le sens le plus lgant et le plus conforme l'tymologie4 cette expression rpond celle de clientes dans le sens de vassaux roturiers1 tels que purent tre les cliens1 lorsque ,servius ,tullius par l'institution du cens1 leur permit de tenir des terres en fiefs4 7,voy4 la pag4 suivante47 ,les fiefs roturiers du moyen ge1 d'abord personnels reprsentrent les clientles de l'antiquit4 ,au temps o brillait de tout son clat la libert populaire de ,rome1 les plbiens vtus de toges allaient tous les matins faire leur cour aux grands4 ,ils les saluaient du titre des anciens hros1 ave rex1 les menaient au forum1 et les ramenaient le soir la maison4 ,les grands1 conformment l'ancien titre hroque de pasteurs des peuples1 leur donnaient souper4 ,ceux qui taient soumis cette sorte de vasselage personnel1 furent sans doute chez les anciens ,romains les premiers vades1 nom qui resta ceux qui taient obligs de suivre leurs actores devant les tribunaux2 cette obligation s'appelait vadimonium4 ,en appliquant nos principes aux tymologies latines1 nous trouvons que ce mot dut venir du nominatif vas1 chez les ,grecs ,grec3 ,bas1 et chez les barbares was1 d'o wassus1 et enfin vassalus4 la suite des fiefs roturiers personnels1 vinrent les rels4 ,nous les avons vu commencer chez les ,romains avec l'institution du cens4 ,les plbiens qui reurent alors le domaine bonitaire des champs que les nobles leur avaient assigns1 et qui furent ds-lors sujets des charges non-seulement personnelles1 mais relles1 durent tre dsigns les premiers par le nom de mancipes1 lequel resta ensuite ceux qui sont obligs sur biens immeubles envers le trsor public4 ,ces plbiens qui furent ainsi lis1 nexi1 jusqu' la loi ,petilia1 rpondent prcisment aux vassaux que l'on nommait hommes liges1 ligati4 ,l'homme lige est1 selon la dfinition des feudistes1 celui qui doit reconnatre pour amis et pour ennemis tous les amis et ennemis de son seigneur4 ,cette forme de serment est analogue celle que les anciens vassaux germains prtaient leur chef1 au rapport de ,tacite2 ils juraient de se dvouer sa gloire4 ,les rois vaincus auxquels le peuple romain regna dono dabat 7ce qui quivaut beneficio dabat71 pouvaient tre considrs comme ses hommes liges2 s'ils devenaient ses allis1 c'tait de cette sorte d'alliance que les ,latins appelaient foedus inquale4 ,ils taient amis du peuple romain dans le sens o les ,empereurs donnaient le nom d'amis aux nobles qui composaient leur cour4 ,cette alliance ingale n'tait autre chose que l'investiture d'un fief souverain4 ,cette investiture tait donne avec la formule que nous a laisse ,tite-,live1 savoir1 que le roi alli servaret majestatem populi ,romani2 prcisment de la mme manire que le jurisconsulte ,paulus dit que le prteur rend la justice servat majestate populi ,romani4 ,ainsi ces allis taient seigneurs de fiefs souverains soumis une plus haute souverainet4 ,on vit reparatre les clientles des ,romains sous le nom de recommandation personnelle4--,les cens seigneuriaux n'taient pas sans analogie avec le cens institu par ,servius ,tullius1 puisqu'en vertu de cette dernire institution les plbiens furent long-temps assujettis servir les nobles dans la guerre leurs propres dpens1 comme dans les temps modernes les vassaux appels angarii et perangarii4--,les prcaires du moyen ge taient encore renouvels de l'antiquit4 ,c'tait dans l'origine des terres accordes par les seigneurs aux prires des pauvres qui vivaient du produit de la culture4--7,voy4 aussi pag4 #ahc47 ,nous avons dit que ceux qui par l'institution du cens obtinrent le domaine bonitaire des champs qu'ils cultivaient1 furent les premiers mancipes des ,romains4 ,la mancipation revint au moyen ge2 le vassal mettait ses mains entre celles du seigneur pour lui jurer foi et obissance4 ,dans l'acte de la mancipation les stipulations se reprsentrent sous la forme des infestucations ou investitures1 ce qui tait la mme chose4 ,avec les stipulations revint ce qui dans l'ancienne jurisprudence romaine avait t appel proprement caviss1 par contraction causs2 au moyen ge1 on tira de la mme tymologie le mot cautel4 ,avec ces cautel reparurent dans l'acte de la mancipation1 les pactes que les jurisconsultes romains appelaient stipulata1 de stipula1 la paille qui revt le grain2 c'est dans le mme sens que les docteurs du moyen ge dirent d'aprs les investitures ou infestucations1 pacta vestita1 et pacta nuda4--,on retrouve encore au moyen ge les deux sortes de domaines1 direct et utile1 qui rpondent au domaine quiritaire1 et bonitaire des anciens ,romains4 ,on y retrouve aussi les biens ex jure optimo que les feudistes rudits dfinissent de la manire suivante3 biens allodiaux1 libres de toute charge publique et prive4 ,cicron remarque que de son temps il restait ,rome bien peu de choses qui fussent ex jure optimo2 et dans les lois romaines du dernier ge1 il ne reste plus de connaissance des biens de ce genre4 ,de mme il est impossible maintenant de trouver de pareils alleux4 ,les biens ex jure optimo des ,romains1 les alleux du moyen ge1 ont fini galement par tre des biens immeubles libres de toute charge prive1 mais sujets aux charges publiques4 ,dans les premiers parlemens1 dans les cours armes1 composes de barons1 de pairs1 on revoit les assembles hroques1 o les quirites de ,rome paraissaient en armes4 ,l'histoire de ,france nous raconte que dans l'origine les rois taient les chefs du parlement1 et qu'ils commettaient des pairs au jugement des causes4 ,nous voyons de mme chez les ,romains qu'au premier jugement o1 selon ,cicron1 il s'agit de la vie d'un citoyen1 le roi ,tullus ,hostilius nomma des commissaires ou duumvirs pour juger ,horace4 ,ils devaient employer contre le fratricide la formule que cite ,tite-,live1 in ,horatium perduellionem dicerent4 ,c'est que dans la svrit des temps hroques o la cit se composait des seuls hros1 tout meurtre de citoyen tait un acte d'hostilit contre la patrie1 perduellio4 ,tout meurtre tait appel parricidium1 meurtre d'un pre1 c'est--dire1 d'un noble4 ,mais lorsque les plbiens1 les hommes dans la langue fodale1 commencrent faire partie de la cit1 le meurtre de tout homme fut appel homicide4 ,lorsque les universits d',italie commencrent enseigner les lois romaines d'aprs les livres de ,justinien1 qui les prsente d'une manire conforme au droit naturel des peuples civiliss1 les esprits dj plus ouverts s'attachrent aux rgles de l'quit naturelle dans l'tude de la jurisprudence1 cette quit gale les nobles et les plbiens dans la socit1 comme ils sont gaux dans la nature4 ,depuis que ,tibrius ,coruncanius eut commenc ,rome d'enseigner publiquement la science des lois1 la jurisprudence jusqu'alors secrte chappa aux nobles1 et leur puissance s'en trouva peu--peu affaiblie4 ,la mme chose arriva aux nobles des nouveaux royaumes de l',europe dont les gouvernemens avaient t d'abord aristocratiques1 et qui devinrent successivement populaires et monarchiques4#ihii ,note #ih3 ,ces deux dernires formes1 convenant galement aux gouvernemens des ges civiliss1 peuvent sans peine se changer l'une pour l'autre4 ,mais revenir l'aristocratie1 c'est ce qui est inconciliable avec la nature sociale de l'homme4 ,le vertueux ,dion de ,syracuse1 l'ami du divin ,platon1 avait dlivr sa patrie de la tyrannie d'un monstre2 il n'en fut pas moins assassin pour avoir essay de rtablir l'aristocratie4 ,les pythagoriciens1 qui composaient toute l'aristocratie de la grande ,grce1 tentrent d'oprer la mme rvolution1 et furent massacrs ou brls vifs4 ,en effet1 ds qu'une fois les plbiens ont reconnu qu'ils sont gaux en nature aux nobles1 ils ne se rsignent point leur tre infrieurs sous le rapport des droits politiques1 et ils obtiennent cette galit dans l'tat populaire1 ou sous la monarchie4 ,aussi voyons-nous le peu de gouvernemens aristocratiques qui subsistent encore1 s'attacher1 avec un soin inquiet et une sage prvoyance1 contenir la multitude et prvenir de dangereux mcontentemens4 7,vico74 ,note #ii3 ,bodin avoue que le royaume de ,france eut1 non pas un gouvernement1 comme nous le prtendons1 mais au moins une constitution aristocratique sous les races mrovingienne et carlovingienne4 ,nous demanderons alors ,bodin comment ce royaume s'est trouv soumis1 comme il l'est1 une monarchie pure4 ,sera-ce en vertu d'une loi royale par laquelle les paladins franais se sont dpouills de leur puissance en faveur des ,captiens1 de mme que le peuple romain abdiqua la sienne en faveur d',auguste1 si nous en croyons la fable de la loi royale dbite par ,tribonien8 ,ou bien dira-t-il que la ,france a t conquise par quelqu'un des ,captiens8444 ,il faut plutt que ,bodin1 et avec lui tous les politiques1 tous les jurisconsultes1 reconnaissent cette loi royale1 fonde en nature sur un principe ternel2 c'est que la puissance libre d'un tat1 par cela mme qu'elle est libre1 doit en quelque sorte se raliser4 ,ainsi1 toute la force que perdent les nobles1 le peuple la gagne1 jusqu' ce qu'il devienne libre2 toute celle que perd le peuple libre tourne au profit des rois1 qui finissent par acqurir un pouvoir monarchique4 ,le droit naturel des moralistes est celui de la raison2 le droit naturel des gens est celui de l'utilit et de la force4 ,ce droit1 comme disent les jurisconsultes1 a t suivi par les nations1 usu exigente humanisque necessitatibus expostulantibus4 7,vico74 ,aprs les remarques diverses que nous avons faites dans ce chapitre sur tant d'expressions lgantes de l'ancienne jurisprudence romaine1 au moyen desquelles les feudistes corrigent la barbarie de la langue fodale1 ,oldendorp et tous les autres crivains de son opinion doivent voir si le droit fodal est sorti1 comme ils le disent1 des tincelles de l'incendie dans lequel les barbares dtruisirent le droit romain4 ,le droit romain au contraire est n de la fodalit2 je parle de cette fodalit primitive que nous avons observe particulirement dans la barbarie antique du ,latium1 et qui a t la base commune de toutes les socits humaines4 ,,chapitre ,,iii4 ,,coup-,d',,oeil ,,sur ,,le ,,monde ,,politique1 ,,ancien ,,et ,,moderne1 ,,consid,r ,,relativement ,,au ,,but ,,de ,,la ,,science ,,nouvelle4 ,la marche que nous avons trace ne fut point suivie par ,carthage1 ,capoue et ,numance1 ces trois cits qui firent craindre ,rome d'tre supplante dans l'empire du ,monde4 ,les ,carthaginois furent arrts de bonne heure dans cette carrire par la subtilit naturelle de l'esprit africain1 encore augmente par les habitudes du commerce maritime4 ,les ,capouans le furent par la mollesse de leur beau climat1 et par la fertilit de la ,campanie heureuse4 ,enfin ,numance commenait peine son ge hroque1 lorsqu'elle fut accable par la puissance romaine1 par le gnie du vainqueur de ,carthage1 et par toutes les forces du monde4 ,mais les ,romains ne rencontrant aucun de ces obstacles1 marchrent d'un pas gal1 guids dans cette marche par la ,providence qui se sert de l'instinct des peuples pour les conduire4 ,les trois formes de gouvernement se succdrent chez eux conformment l'ordre naturel2 l'aristocratie dura jusqu'aux lois publilia et petilia1 la libert populaire jusqu' ,auguste1 la monarchie tant qu'il fut humainement possible de rsister aux causes intrieures et extrieures qui dtruisent un tel tat politique4 ,aujourd'hui la plus complte civilisation semble rpandue chez les peuples1 soumis la plupart un petit nombre de grands monarques4 ,s'il est encore des nations barbares dans les parties les plus recules du nord et du midi1 c'est que la nature y favorise peu l'espce humaine1 et que l'instinct naturel de l'humanit y a t long-temps domin par des religions farouches et bizarres4--,nous voyons d'abord au septentrion le czar de ,moscovie qui est la vrit chrtien1 mais qui commande des hommes d'un esprit lent et paresseux4--,le kan de ,tartarie1 qui a runi son vaste empire celui de la ,chine1 gouverne un peuple effmin1 tels que le furent les seres des anciens4--,le ngus d'thiopie1 et les rois de ,fez et de ,maroc rgnent sur des peuples faibles et peu nombreux4 ,mais sous la zone tempre1 o la nature a mis dans les facults de l'homme un plus heureux quilibre1 nous trouvons1 en partant des extrmits de l',orient1 l'empire du ,japon1 dont les moeurs ont quelque analogie avec celles des ,romains pendant les guerres puniques2 c'est le mme esprit belliqueux1 et si l'on en croit quelques savans voyageurs la langue japonaise prsente l'oreille une certaine analogie avec le latin4 ,mais ce peuple est en partie retenu dans l'tat hroque par une religion pleine de croyances effrayantes1 et dont les dieux tout couverts d'armes menaantes inspirent la terreur4 ,les missionnaires assurent que le plus grand obstacle qu'ils aient trouv dans ce pays la foi chrtienne1 c'est qu'on ne peut persuader aux nobles que les gens du peuple sont hommes comme eux4--,l'empire de la ,chine avec sa religion douce et sa culture des lettres1 est trs polic4--,il en est de mme de l',inde1 voue en gnral aux arts de la paix4--,la ,perse et la ,turquie ont ml la mollesse de l',asie les croyances grossires de leur religion4 ,chez les ,turcs particulirement1 l'orgueil du caractre national1 est tempr par une libralit fastueuse1 et par la reconnaissance4 ,l',europe entire est soumise la religion chrtienne1 qui nous donne l'ide la plus pure et la plus parfaite de la divinit1 et qui nous fait un devoir de la charit envers tout le genre humain4 ,de l sa haute civilisation4--,les principaux tats europens sont de grandes monarchies4 ,celles du nord1 comme la ,sude et le ,danemark il y a un sicle et demi1 et comme aujourd'hui encore la ,pologne et l',angleterre1 semblent soumises un gouvernement aristocratique2 mais si quelque obstacle extraordinaire n'arrte la marche naturelle des choses1 elles deviendront des monarchies pures4--,cette partie du monde plus claire a aussi plus d'tats populaires que nous n'en voyons dans les trois autres4 ,le retour des mmes besoins politiques y a renouvel la forme du gouvernement des ,achens et des toliens4 ,les ,grecs avaient t amens concevoir cette forme de gouvernement par la ncessit de se prmunir contre l'ambition d'une puissance colossale4 ,telle a t aussi l'origine des cantons ,suisses et des ,provinces-,unies4 ,ces ligues perptuelles d'un grand nombre de cits libres ont form deux aristocraties4 ,l',empire germanique est aussi un systme compos d'un grand nombre de cits libres et de princes souverains4 ,la tte de ce corps est l',empereur1 et dans ce qui concerne les intrts communs de l',empire il se gouverne aristocratiquement4 ,du reste il n'y a plus en ,europe que cinq aristocraties proprement dites1 en ,italie ,venise1 ,gnes et ,lucques1 ,raguse en ,dalmatie1 et ,nuremberg en ,allemagne2 elles n'ont pour la plupart qu'un territoire peu tendu4#ajj ,note #ajj3 ,si nous traversons l',ocan pour passer dans le ,nouveau-,monde1 nous trouverons que l',amrique et parcouru la mme carrire sans l'arrive des ,europens4 7,vico74 ,notre ,europe brille d'une incomparable civilisation2 elle abonde de tous les biens qui composent la flicit de la vie humaine2 on y trouve toutes les jouissances intellectuelles et morales4 ,ces avantages1 nous les devons la religion4 ,la religion nous fait un devoir de la charit envers tout le genre humain2 elle admet la seconder dans l'enseignement de ses prceptes sublimes les plus doctes philosophies de l'antiquit payenne2 elle a adopt1 elle cultive trois langues1 la plus ancienne1 la plus dlicate et la plus noble1 l'hbreu1 le grec1 et le latin4 ,ainsi1 mme pour les fins humaines1 le christianisme est suprieur toutes les religions3 il unit la sagesse de l'autorit celle de la raison1 et cette dernire1 il l'appuie sur la plus saine philosophie et sur l'rudition la plus profonde4 ,aprs avoir observ dans ce ,livre comment les socits recommencent la mme carrire1 rflchissons sur les nombreux rapprochemens que nous prsente cet ouvrage entre l'antiquit et les temps modernes1 et nous y trouverons explique non plus l'histoire particulire et temporelle des lois et des faits des ,romains ou des ,grecs1 mais l'histoire idale des lois ternelles que suivent toutes les nations dans leurs commencemens et leurs progrs1 dans leur dcadence et leur fin1 et qu'elles suivraient toujours quand mme 7ce qui n'est point7 des mondes infinis natraient successivement dans toute l'ternit4 travers la diversit des formes extrieures1 nous saisirons l'identit de substance de cette histoire4 ,aussi ne pouvons-nous refuser cet ouvrage le titre orgueilleux peut-tre de ,science ,nouvelle4 ,il y a droit par son sujet3 la nature commune des nations2 sujet vraiment universel1 dont l'ide embrasse toute science digne de ce nom4 ,cette ide est indique dans la vaste expression de ,snque3 ,pusilla res hic mundus est1 nisi id1 quod querit1 omnis mundus habeat4 ,,chapitre ,,iv4 ,,conclusion4--,d',,une ,r,,publique ,,ternelle ,,fond,e ,,dans ,,la ,,nature ,,par ,,la ,,providence ,,divine1 ,,et ,,qui ,,est ,,la ,,meilleure ,,possible ,,dans ,,chacune ,,de ,,ses ,,formes ,,diverses4 ,concluons en rappelant l'ide de ,platon1 qui ajoute aux trois formes de rpubliques une quatrime1 dans laquelle rgneraient les meilleurs1 ce qui serait la vritable aristocratie naturelle4 ,cette rpublique que voulait ,platon1 elle a exist ds la premire origine des socits4 ,examinons en ceci la conduite de la ,providence4 ,d'abord elle voulut que les gans qui erraient dans les montagnes1 effrays des premiers orages qui eurent lieu aprs le dluge1 cherchassent un refuge dans les cavernes1 que malgr leur orgueil ils s'humiliassent devant la divinit qu'ils se craient1 et s'assujtissent une force suprieure qu'ils appelrent ,jupiter4 ,c'est la lueur des clairs qu'ils virent cette grande vrit1 que ,dieu gouverne le genre humain4 ,ainsi se forma une premire socit que j'appellerai monastique dans le sens de l'tymologie1 parce qu'elle tait en effet compose de souverains solitaires sous le gouvernement d'un tre trs bon et trs puissant1 ,,optimus ,,maximus4 ,excits ensuite par les plus puissans aiguillons d'une passion brutale1 et retenus par les craintes superstitieuses que leur donnait toujours l'aspect du ciel1 ils commencrent rprimer l'imptuosit de leurs dsirs et faire usage de la libert humaine4 ,ils retinrent par force dans leurs cavernes des femmes1 dont ils firent les compagnes de leur vie4 ,avec ces premires unions humaines1 c'est--dire conformes la pudeur et la religion1 commencrent les mariages qui dterminrent les rapports d'poux1 de fils et de pres4 ,ainsi ils fondrent les familles1 et les gouvernrent avec la duret des cyclopes dont parle ,homre2 la duret de ce premier gouvernement tait ncessaire1 pour que les hommes se trouvassent prpars au gouvernement civil1 lorsque s'lveraient les cits4 ,la premire rpublique se trouve donc dans la famille2 la forme en est monarchique1 puisqu'elle est soumise aux pres de famille1 qui avait la supriorit du sexe1 de l'ge et de la vertu4 ,aussi vaillans que chastes et pieux1 ils ne fuyaient plus comme auparavant1 mais1 fixant leurs habitations1 ils se dfendaient1 eux et les leurs1 tuaient les btes sauvages qui infestaient leurs champs1 et au lieu d'errer pour trouver leur pture1 ils soutenaient leurs familles en cultivant la terre2 toutes choses qui assurrent le salut du genre humain4 ,au bout d'un long temps1 ceux qui taient rests dans les plaines1 sentirent les maux attachs la communaut des biens et des femmes1 et vinrent se rfugier dans les asiles ouverts par les pres de famille4 ,ceux-ci les recevant sous leur protection1 la monarchie domestique s'tendit par les clientles4 ,c'tait encore les meilleurs qui rgnaient1 ,,optimi4 ,les rfugis1 impies et sans dieu1 obissaient des hommes pieux1 qui adoraient la divinit1 bien qu'ils la divisassent par leur ignorance1 et qu'ils se figurassent les dieux d'aprs la varit de leurs manires de voir2 trangers la pudeur1 ils obissaient des hommes qui se contentaient pour toute leur vie d'une compagne que leur avait donne la religion2 faibles et jusque-l errans au hasard1 ils obissaient des hommes prudens qui cherchaient connatre par les auspices la volont des dieux1 des hros qui domptaient la terre par leurs travaux1 tuaient les btes farouches1 et secouraient le faible en danger4 ,les pres de famille devenus puissans par la pit et la vertu de leurs anctres et par les travaux de leurs cliens1 oublirent les conditions auxquelles ceux-ci s'taient livrs eux1 et au lieu de les protger1 ils les opprimrent4 ,sortis ainsi de l'ordre naturel qui est celui de la justice1 ils virent leurs cliens se rvolter contre eux4 ,mais comme la socit humaine ne peut subsister un moment sans ordre1 c'est--dire sans dieu1 la ,providence fit natre l'ordre civil avec la formation des cits4 ,les pres de famille s'unirent pour rsister aux cliens1 et pour les apaiser1 leur abandonnrent le domaine bonitaire des champs dont ils se rservaient le domaine minent4 ,ainsi naquit la cit1 fonde sur un corps souverain de nobles4 ,cette noblesse consistait sortir d'un mariage solennel1 et clbr avec les auspices4 ,par elle les nobles rgnaient sur les plbiens1 dont les unions n'taient pas ainsi consacres4--,au gouvernement thocratique o les dieux gouvernaient les familles par les auspices1 succda le gouvernement hroque o les hros rgnaient eux-mmes1 et dont la base principale fut la religion1 privilge du corps des pres qui leur assurait celui de tous les droits civils4 ,mais comme la noblesse tait devenue un don de la fortune1 du milieu des nobles mme s'leva l'ordre des pres qui par leur ge taient les plus dignes de gouverner2 et entre les pres eux-mmes1 les plus courageux1 les plus robustes furent pris pour rois1 afin de conduire les autres1 et d'assurer leur rsistance contre leurs cliens mutins4#aja ,note #aja3 ,ces rois des aristocraties ne doivent pas tre confondus avec les monarques4 7,note du ,traducteur74 ,lorsque par la suite des temps1 l'intelligence des plbiens se dveloppa1 ils revinrent de l'opinion qu'ils s'taient forme de l'hrosme et de la noblesse1 et comprirent qu'ils taient hommes aussi bien que les nobles4 ,ils voulurent donc entrer aussi dans l'ordre des citoyens4 ,comme la souverainet devait avec le temps tre tendue tout le peuple1 la ,providence permit que les plbiens rivalisassent long-temps avec les nobles de pit et de religion1 dans ces longues luttes qu'ils soutenaient contre eux1 avant d'avoir part au droit des auspices1 et tous les droits publics et privs1 qui en taient regards comme autant de dpendances4 ,ainsi le zle mme du peuple pour la religion le conduisait la souverainet civile4 ,c'est en cela que le peuple romain surpassa tous les autres1 c'est par-l qu'il mrita d'tre le peuple roi4 ,l'ordre naturel se mlant ainsi de plus en plus l'ordre civil1 on vit natre les rpubliques populaires4 ,mais comme tout devait s'y ramener l'urne du sort ou la balance1 la ,providence empcha que le hasard ou la fatalit n'y rgnt en ordonnant que le cens y serait la rgle des honneurs1 et qu'ainsi les hommes industrieux1 conomes et prvoyans plutt que les prodigues ou les indolens1 que les hommes gnreux et magnanimes plutt que ceux dont l'me est rtrcie par le besoin1 qu'en un mot les riches dous de quelque vertu1 ou de quelque image de vertu1 plutt que les pauvres remplis de vices dont ils ne savent point rougir1 fussent regards comme les plus dignes de gouverner1 comme les meilleurs4#ajb ,note #ajb3 ,le peuple pris en gnral veut la justice4 ,lorsque le peuple tout entier constitue la cit1 il fait des lois justes1 c'est--dire gnralement bonnes4 ,si donc1 comme le dit ,aristote1 de bonnes lois sont des volonts sans passion1 en d'autres termes1 des volonts dignes du sage1 du hros de la morale qui commande aux passions1 c'est dans les rpubliques populaires que naquit la philosophie2 la nature mme de ces rpubliques conduisait la philosophie former le sage1 et dans ce but chercher la vrit4 ,les secours de la philosophie furent ainsi substitues par la ,providence ceux de la religion4 ,au dfaut des sentimens religieux qui faisaient pratiquer la vertu aux hommes1 les rflexions de la philosophie leur apprirent considrer la vertu en elle-mme1 de sorte que1 s'ils n'taient pas vertueux1 ils surent du moins rougir du vice4 la suite de la philosophie naquit l'loquence1 mais telle qu'il convient dans des tats o se font des lois gnralement bonnes1 une loquence passionne pour la justice1 et capable d'enflammer le peuple par des ides de vertu qui le portent faire de telles lois4 ,voil1 ce qu'il semble1 le caractre de l'loquence romaine au temps de ,scipion-l',africain2 mais les tats populaires venant se corrompre1 la philosophie suit cette corruption1 tombe dans le scepticisme1 et se met1 par un cart de la science1 calomnier la vrit4 ,de l nat une fausse loquence1 prte soutenir le pour et le contre sur tous les sujets4 7,vico74 ,lorsque les citoyens1 ne se contentant plus de trouver dans les richesses des moyens de distinction1 voulurent en faire des instrumens de puissance1 alors1 comme les vents furieux agitent la mer1 ils troublrent les rpubliques par la guerre civile1 les jetrent dans un dsordre universel1 et d'un tat de libert les firent tomber dans la pire des tyrannies2 je veux dire1 dans l'anarchie4 cette affreuse maladie sociale1 la ,providence applique les trois grands remdes dont nous allons parler4 ,d'abord il s'lve du milieu des peuples1 un homme tel qu',auguste1 qui y tablit la monarchie4 ,les lois1 les institutions sociales fondes par la libert populaire n'ont point suffi la rgler2 le monarque devient matre par la force des armes de ces lois1 de ces institutions4 ,la forme mme de la monarchie retient la volont du monarque tout infinie qu'est sa puissance1 dans les limites de l'ordre naturel1 parce que son gouvernement n'est ni tranquille ni durable1 s'il ne sait point satisfaire ses peuples sous le rapport de la religion et de la libert naturelle4 ,si la ,providence ne trouve point un tel remde au-dedans1 elle le fait venir du dehors4 ,le peuple corrompu tait devenu par la nature esclave de ses passions effrnes1 du luxe1 de la molesse1 de l'avarice1 de l'envie1 de l'orgueil et du faste4 ,il devient esclave par une loi du droit des gens qui rsulte de sa nature mme2 et il est assujti des peuples meilleurs1 qui le soumettent par les armes4 ,en quoi nous voyons briller deux lumires qui clairent l'ordre naturel2 d'abord3 qui ne peut se gouverner lui-mme se laissera gouverner par un autre qui en sera plus capable4 ,ensuite3 ceux-l gouverneront toujours le monde qui sont d'une nature meilleure4 ,mais si les peuples restent long-temps livrs l'anarchie1 s'ils ne s'accordent pas prendre un des leurs pour monarque1 s'ils ne sont point conquis par une nation meilleure qui les sauve en les soumettant2 alors au dernier des maux1 la ,providence applique un remde extrme4 ,ces hommes se sont accoutums ne penser qu' l'intrt priv2 au milieu de la plus grande foule1 ils vivent dans une profonde solitude d'me et de volont4 ,semblables aux btes sauvages1 on peut peine en trouver deux qui s'accordent1 chacun suivant son plaisir ou son caprice4 ,c'est pourquoi les factions les plus obstines1 les guerres civiles les plus acharnes changeront les cits en forts et les forts en repaires d'hommes1 et les sicles couvriront de la rouille de la barbarie leur ingnieuse malice et leur subtilit perverse4 ,en effet ils sont devenus plus froces par la barbarie rflchie1 qu'ils ne l'avaient t par celle de nature4 ,la seconde montrait une frocit gnreuse dont on pouvait se dfendre ou par la force ou par la fuite2 l'autre barbarie est jointe une lche frocit1 qui au milieu des caresses et des embrassemens en veut aux biens et la vie de l'ami le plus cher4 ,guris par un si terrible remde1 les peuples deviennent comme engourdis et stupides1 ne connaissent plus les rafinemens1 les plaisirs ni le faste1 mais seulement les choses les plus ncessaires la vie4 ,le petit nombre d'hommes qui restent la fin1 se trouvant dans l'abondance des choses ncessaires1 redeviennent naturellement sociables2 l'antique simplicit des premiers ges reparaissant parmi eux1 ils connaissent de nouveau la religion1 la vracit1 la bonne foi1 qui sont les bases naturelles de la justice1 et qui font la beaut1 la grce ternelle de l'ordre tabli par la ,providence4 ,aprs l'observation si simple que nous venons de faire sur l'histoire du genre humain1 quand nous n'aurions point pour l'appuyer tout ce que nous en ont appris les philosophes et les historiens1 les grammairiens et les jurisconsultes1 on pourrait dire avec certitude que c'est bien l la grande cit des nations fonde et gouverne par ,dieu mme4 ,on a lev jusqu'au ciel comme de sages lgislateurs les ,lycurgue1 les ,solon1 les dcemvirs1 parce qu'on a cru jusqu'ici qu'ils avaient foul par leurs institutions les trois cits les plus illustres1 celles qui brillrent de tout l'clat des vertus civiles2 et pourtant1 que sont ,athnes1 ,sparte et ,rome pour la dure et pour l'tendue1 en comparaison de cette rpublique de l'univers1 fonde sur des institutions qui tirent de leur corruption mme la forme nouvelle qui peut seule en assurer la perptuit8 ,ne devons-nous pas y reconnatre le conseil d'une sagesse suprieure celle de l'homme8 ,dion ,cassius assimile la loi un tyran1 la coutume un roi4 ,mais la sagesse divine n'a pas besoin de la force des lois2 elle aime mieux nous conduire par les coutumes que nous observons librement1 puisque les suivre1 c'est suivre notre nature4 ,sans doute les hommes ont fait eux-mmes le monde social1 c'est le principe incontestable de la science nouvelle2 mais ce monde n'en est pas moins sorti d'une intelligence qui souvent s'carte des fins particulires que les hommes s'taient proposes1 qui leur est quelquefois contraire et toujours suprieure4 ,ces fins bornes sont pour elle des moyens d'atteindre les fins plus nobles1 qui assurent le salut de la race humaine sur cette terre4 ,ainsi les hommes veulent jouir du plaisir brutal1 au risque de perdre les enfans qui natront1 et il en rsulte la saintet des mariages1 premire origine des familles4 ,les pres de famille veulent abuser du pouvoir paternel qu'ils ont tendu sur les cliens1 et la cit prend naissance4 ,les corps souverains des nobles veulent appesantir leur souverainet sur les plbiens1 et ils subissent la servitude des lois1 qui tablissent la libert populaire4 ,les peuples libres veulent secouer le frein des lois1 et ils tombent sous la sujtion des monarques4 ,les monarques veulent avilir leurs sujets en les livrant aux vices et la dissolution1 par lesquels ils croient assurer leur trne2 et ils les disposent supporter le joug de nations plus courageuses4 ,les nations tendent par la corruption se diviser1 se dtruire elles-mmes1 et de leurs dbris disperss dans les solitudes1 elles renaissent1 et se renouvellent1 semblables au phnix de la fable4--,qui put faire tout cela8 ce fut sans doute l'esprit1 puisque les hommes le firent avec intelligence4 ,ce ne fut point la fatalit1 puisqu'ils le firent avec choix4 ,ce ne fut point le hasard1 puisque les mmes faits se renouvelant produisent rgulirement les mmes rsultats4 ,ainsi se trouvent rfuts par le fait picure1 et ses partisans1 ,hobbes et ,machiavel1 qui abandonnent le monde au hasard4 ,znon et ,spinosa le sont aussi1 eux qui livrent le monde la fatalit4 ,au contraire nous tablissons avec les philosophes politiques1 dont le prince est le divin ,platon1 que c'est la providence qui rgle les choses humaines4 ,puffendorf mconnat cette providence2 ,selden la suppose2 ,grotius en veut rendre son systme indpendant4 ,mais les jurisconsultes romains l'ont prise pour premier principe du droit naturel4 ,on a pleinement dmontr dans cet ouvrage que les premiers gouvernemens du monde1 fonds sur la croyance en une providence1 ont eu la religion pour leur forme entire1 et qu'elle fut la seule base de l'tat de famille4 ,la religion fut encore le fondement principal des gouvernemens hroques4 ,elle fut pour les peuples un moyen de parvenir aux gouvernemens populaires4 ,enfin1 lorsque la marche des socits s'arrta dans la monarchie1 elle devint comme le rempart1 comme le bouclier des princes4 ,si la religion se perd parmi les peuples1 il ne leur reste plus de moyen de vivre en socit2 ils perdent -la-fois le lien1 le fondement1 le rempart de l'tat social1 la forme mme de peuple sans laquelle ils ne peuvent exister4 ,que ,bayle voie maintenant s'il est possible qu'il existe rellement des socits sans aucune connaissance de ,dieu6 et ,polybe1 s'il est vrai1 comme il l'a dit1 qu'on n'aura plus besoin de religion1 quand les hommes seront philosophes4 ,les religions au contraire peuvent seules exciter les peuples faire par sentiment des actions vertueuses4 ,les thories des philosophes relativement la vertu fournissent seulement des motifs l'loquence pour enflammer le sentiment1 et le porter suivre le devoir4#ajc ,note #ajc3 ,mais il est une diffrence essentielle entre la vraie religion et les fausses4 ,la premire nous porte par la grce aux actions vertueuses pour atteindre un bien infini et ternel1 qui ne peut tomber sous les sens2 c'est ici l'intelligence qui commande aux sens des actions vertueuses4 ,au contraire dans les fausses religions qui nous proposent pour cette vie et pour l'autre des biens borns et prissables1 tels que les plaisirs du corps1 ce sont les sens qui excitent l'me bien agir4 7,vico74 ,la ,providence se fait sentir nous d'une manire bien frappante dans le respect et l'admiration que tous les savans ont eus jusqu'ici pour la sagesse de l'antiquit1 et dans leur ardent dsir d'en chercher et d'en pntrer les mystres4 ,ce sentiment n'tait que l'instinct qui portait tous les hommes clairs admirer1 respecter la sagesse infinie de ,dieu1 vouloir s'unir avec elle2 sentiment qui a t dprav par la vanit des savans et par celle des nations 7axiomes #c et #d47 ,on peut donc conclure de tout ce qui s'est dit dans cet ouvrage1 que la ,science nouvelle porte ncessairement avec elle le got de la pit1 et que sans la religion il n'est point de vritable sagesse4 ,,addition ,,au ,,second ,,livre4 ,explication historique de la ,mythologie 7,voyez l',appendice du ,discours1 p4 ,,lx47 ,lorsque l'ide d'une puissance suprieure1 matresse du ciel et arme de la foudre1 a t personnifie par les premiers hommes sous le nom de ,,jupiter1 la seconde divinit qu'ils se crent est le symbole1 l'expression potique du mariage4 ,,junon est soeur et femme de ,jupiter1 parce que les premiers mariages consacrs par les auspices eurent lieu entre frres et soeurs4 ,du mot ,grec3 ,hra1 ,junon1 viennent ceux de ,grec3 ,hers1 hros1 ,grec3 ,hrakls1 ,hercule1 ,grec3 ,eros1 amour1 hereditas1 etc4 ,junon impose ,hercule de grands travaux2 cette phrase traduite de la langue hroque en langue vulgaire signifie1 que la pit accompagne de la saintet des mariages1 forme les hommes aux grandes vertus4 ,,diane est le symbole de la vie plus pure que menrent les premiers hommes depuis l'institution des mariages solennels4 ,elle cherche les tnbres pour s'unir ,endymion4 ,elle punit ,acton d'avoir viol la religion des eaux sacres 7qui avec le feu constituent la solennit des mariages74 ,couvert de l'eau qu'elle lui a jete1 lymphatus1 devenu cerf1 c'est--dire le plus timide des animaux1 il est dchir par ses propres chiens1 autrement dit1 par ses remords4 ,les nymphes de la desse1 nymph ou lymph1 ne sont autre chose que les eaux pures et caches dont elle carte le profane ,acton1 puri latices1 de latere4 ,aprs l'institution des auspices et du mariage vient celle des spultures2 aprs ,jupiter1 ,junon et ,diane1 naissent les dieux ,,manes4 ,grec3 fylax1 cippus1 signifient tombeau2 de l ceppo1 en italien1 arbre gnalogique1 ,grec3 fyl1 tribu1 filius 7et par filus1 et temen1 subtemen71 stemmata1 gnalogie1 lignes gnalogiques4 ,la grossiret des premiers monumens funraires qui marquaient -la-fois la possession des terres1 et la perptuit des familles1 donna lieu aux mtaphores de stirps1 de propago1 de lignage4 ,les enfans des fondateurs de la socit humaine pouvaient donc se dire duro robore nati1 ou fils de la terre1 gans1 ingenui 7quasi ind geniti71 aborignes1 ,grec3 autochthones4--,humanitas1 ab humando4 ,,apollon est le dieu de la lumire1 de la lumire sociale1 qui environne les hros ns des mariages solennels1 des unions consacres par les auspices4 ,aussi prside-t-il la divination1 la muse1 qu',homre dfinit la science du bien et du mal4 ,apollon poursuit ,daphn1 symbole de l'humanit encore errante1 mais c'est pour l'amener la vie sdentaire et la civilisation2 elle implore l'aide des dieux 7qui prsident aux auspices et l'hymne74 ,elle devient laurier1 plante qui conserve sa verdure en se renouvelant par ses lgitimes rejetons1 et jouit ainsi que son divin amant d'une ternelle jeunesse4 ,dans l'tat de famille1 les fruits spontans de la terre ne suffisant plus1 les hommes mettent le feu aux forts et commencent cultiver la terre4 ,ils sment le froment dont les grains brls leur ont sembl une nourriture agrable4 ,voil le grand travail d',hercule1 c'est--dire1 de l'hrosme antique4 ,les serpens qu'touffe ,hercule au berceau1 l'hydre1 le lion de ,nme1 le tigre de ,bacchus1 la chimre de ,bellrophon1 le dragon de ,cadmus1 et celui des ,hesprides1 sont autant de mtaphores que l'indigence du langage fora les premiers hommes d'employer pour dsigner la terre4 ,le serpent qui dans l',iliade dvore les huit petits oiseaux avec leur mre est interprt par ,calchas comme signifiant la terre troyenne4 ,en effet les hommes durent se reprsenter la terre comme un grand dragon couvert d'cailles1 c'est--dire d'pines2 comme une hydre sortie des eaux 7du dluge71 et dont les ttes1 dont les forts renaissent mesure qu'elles sont coupes2 la peau changeante de cette hydre passe du noir au vert1 et prend ensuite la couleur de l'or4 ,les dents du serpent que ,cadmus enfonce dans la terre expriment potiquement les instrumens de bois durci dont on se servit pour le labourage avant l'usage du fer 7comme dente tenaci pour une ancre1 dans ,virgile74 ,enfin ,cadmus devient lui-mme serpent2 les ,latins auraient dit en terme de droit1 fundus factus est4 ,les pommes d'or de la fable ne sont autres que les pis2 le bl fut le premier or du monde4 ,entre les avantages de la haute fortune dont il est dchu1 ,job rappelle qu'il mangeait du pain de froment4 ,on donnait du grain pour rcompense aux soldats victorieux1 adorea4 ,le nom d'or passa ensuite aux belles laines4 ,sans parler de la toison d'or des ,argonautes1 ,atre se plaint dans ,homre de ce que ,thyeste lui a vol ses brebis d'or4 ,le mme pote donne toujours aux rois l'pithte de ,grec3 polymlous1 riches en troupeaux4 ,les anciens ,latins appelaient le patrimoine1 pecunia1 pecude4 ,chez les ,grecs le mme mot1 ,grec3 mlon1 signifie pomme et troupeau1 peut-tre parce qu'on attachait un grand prix ce fruit4 ,l'or du premier ge n'tant plus un mtal1 on conoit le rameau de ,proserpine dont parle ,virgile1 et tous les trsors que roulaient dans leurs eaux le ,nil1 le ,pactole1 le ,gange et le ,tage4 ,les premiers essais de l'agriculture furent exprims symboliquement par trois nouveaux dieux1 savoir3 ,,vulcain1 le feu qui avait fcond la terre2 ,saturne1 ainsi nomm de sata1 semences ce qui explique pourquoi l'ge de ,saturne du ,latium1 rpond l'ge d'or des ,grecs2 en troisime lieu ,,cyb,,le1 ou la terre cultive4 ,on la reprsente ordinairement assise sur un lion1 symbole de la terre qui n'est pas encore dompte par la culture4 ,la mme divinit fut pour les ,romains ,,vesta1 desse des crmonies sacres4 ,en effet le premier sens du mot colere fut cultiver la terre2 la terre fut le premier autel1 l'agriculture fut le premier culte4 ,ce culte consista originairement mettre le feu aux forts et immoler sur les terres cultives les vagabonds1 les impies qui en franchissaient les limites sacres1 ,saturni hosti4 ,vesta1 toujours arme de la religion farouche des premiers ges1 continua de garder le feu et le froment4 ,les noces se clbraient aqu1 igni et farre2 les noces appeles nupti confarreat devinrent particulires aux prtres1 mais dans l'origine il n'y avait eu que des familles de prtres4--,les combats livrs par les pres de famille aux vagabonds qui envahissaient leurs terres1 donnrent lieu la cration du dieu ,,mars4 ,mais les hros reoivent ceux qui se prsentent en supplians4 ,la comparaison des deux classes d'hommes qui composent ainsi la socit naissante1 fait natre l'ide de ,v,,nus1 desse de la beaut civile1 de la noblesse4 ,honestas signifie -la-fois noblesse1 beaut et vertu4 ,les enfans1 ns hors les mariages solennels1 taient lgalement parlant1 des monstres4 ,mais les plbiens prtendent bientt au droit des mariages qui entrane tous les droits civils4 ,on distingue alors ,vnus patricienne et ,vnus plbienne3 la premire est trane par des cigues1 l'autre par des colombes1 symbole de la faiblesse1 et pour cette raison souvent opposes par les potes1 l'aigle1 l'oiseau de ,jupiter4 ,les prtentions des plbiens sont marques par les fables d',ixion1 amoureux de ,junon2 de ,tantale toujours altr au milieu des eaux2 de ,marsyas et de ,linus qui dfient ,apollon au combat du chant1 c'est--dire qui lui disputent le privilge des auspices 7cancre1 chanter et prdire47 ,le succs ne rpond pas toujours leurs efforts4 ,phaton est prcipit du char du soleil1 ,hercule touffe ,ante1 ,ulysse tue ,irus1 et punit les amans de ,pnlope4 ,mais selon une autre tradition ,pnlope1 se livre eux1 comme ,pasipha son taureau 7les plbiens obtiennent le privilge des mariages solennels71 et de ces unions criminelles rsultent des monstres1 tels que ,pan et le ,minotaure4 ,hercule s'effmine et file sous ,iole et ,omphale2 il se souille du sang de ,nessus1 entre en fureur et expire4 ,la rvolution qui termine cette lutte est aussi exprime par le symbole de ,,minerve4 ,vulcain fend la tte de ,jupiter1 d'o sort la desse1 minuit caput1 tymologie de ,minerva4 ,caput signifie la tte1 et la partie la plus leve1 celle qui domine4 ,les ,latins dirent toujours capitis deminutio pour changement d'tat2 ,minerve substitue l'tat civil l'tat de famille4 ,plus tard on donna un sens mtaphysique cette fable de la naissance de ,minerve1 et on y vit la dcouverte la plus sublime de la philosophie1 savoir1 que l'ide ternelle est engendre en ,dieu par ,dieu mme1 tandis que les ides cres sont produites par ,dieu dans l'intelligence humaine4 ,la transaction qui termine cette rvolution1 est caractrise par ,,mercure1 qui1 dans l'orgueil du langage aristocratique1 porte aux hommes les messages des dieux44444444444 ,,fin4