,au lecteur3 ,l'orthographe d'origine a t conserve1 mais quelques erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges4 ,la liste de ces corrections se trouve la fin du texte4 ,la ponctuation a galement fait l'objet de quelques corrections mineures4 ,,les ,,peintres ,,proven,,aux ,,andr ,,gouirand ,les ,peintres ,provenaux ,,loubon ,,et ,,son ,,temps ,,aiguier--,,ricard--,,monticelli ,,paul ,,guigou ,,deuxi,,me ,,dition ,logo de l'diteur ,,paris ,,soci,t ,d',,ditions ,,litt,,raires ,,et ,,artistiques ,librairie ,paul ,ollendorff #ej1 ,,chauss,e ,d',,antin1 #ej #aija ,tous droits rservs4 ,,les ,,peintres ,,proven,,aux ,,introduction ,il faut cultiver notre jardin4 7,,voltaire47 ,a l',exposition centennale de l'art franais1 les peintres provenaux remportaient1 l'an dernier1 des avantages marqus1 mme triomphaux1 dans la glorieuse bataille artistique qui se livrait aux murs des salles du ,grand ,palais1 entre les meilleurs ouvriers picturaux du sicle finissant4 ,on fut surpris de la science d'un paysagiste animalier comme ,loubon2 beaucoup crurent dcouvrir pour la premire fois1 avec une admiration tonne1 l'intimit profonde des subjectifs portraits de ,gustave ,ricard1 bien que ce peintre ft depuis longtemps au ,louvre2 l'art sincre et fort du paysagiste ,paul ,guigou arrta au passage la critique et la foule2 enfin1 quelques toiles de ,monticelli suscitrent de la curiosit enthousiaste4 ,ce fut comme une rvlation4 ,est-elle due1 cette rvlation tardive1 l'absence des uvres de ces artistes provenaux--,ricard part--de nos muses nationaux du ,louvre et du ,luxembourg#a8 ,d'o viennent ce long silence et ce pesant oubli8 ,enfin1 que leur manqua-t-il1 ces admirables peintres1 pour acqurir la gloire mrite8 #a ,l'tat a acquis depuis le ,paysage de ,provence de ,paul ,guigou qui tait expos la ,centennale4 ,ce tableau est en ce moment au ,muse ,galliera pour aller plus tard au ,louvre4 ,rien1 certes6 ,mais ils eurent le tort de vivre1 de travailler et de mourir en ,provence1 dans leur pays natal2 o ils trouvrent1 du reste1 les sources de leur meilleure inspiration4 ,la ,provence--comme d'ailleurs toute la province1 grce au systme centralisateur qui treint1 paralyse et tue la ,france--a toujours tort2 et l',art1 lui1 est le premier frapp1 car plus que jamais il faut qu'il soit de ,paris ou consacr ,paris1 pour avoir droit la ,justice1 la ,renomme4 ,mais si c'est leur vie1 volontairement faite chez eux1 leur mort pour la plupart1 survenue1 l1 sans bruit1 que ces artistes provenaux doivent d'tre rests en partie obscurs et aussi longtemps ignors par les dtenteurs de nos gloires nationales1 c'est aussi ces circonstances qu'ils mritent1 par l'originalit puise dans l'amour et la comprhension de leur pays1 d'tre remarqus aujourd'hui et de paratre plus intressants4 ,par la comparaison possible et la recule ncessaire du temps1 l'uvre d'art acquiert sa grande et relle beaut4 ,et pendant que vont disparatre dans l'indiffrence bien des rputations officielles et tapageuses de ces dernires annes1 les noms de ces ,provenaux1 inconnus ou oublis ,paris1 jusqu' hier1 ceux-mmes1--comme ,aiguier1 ,engalire1 ,simon etc41 etc41--qu'on a nglig de montrer la ,centennale1 vont s'imposer dfinitivement1 et entrer dans l'histoire de l'art pictural franais du sicle4 99 99 99 ,a certaines poques de l'art chez les peuples1 l'influence de l'apport fait par des artistes trangers au profit d'une race autochtone eut souvent des consquences si heureuses1 si inattendues comme rsultats1 qu'elle put fournir prtexte des explications diverses4 ,les uns ont voulu affirmer que les nouveaux venus eurent seuls le mrite de la renaissance qui se produisit en ces moments-l2 d'autres ont os prtendre que les artistes trangers qui apportaient leur talent particulier au service d'une civilisation existant dj1 durent le plier au got du peuple hospitalier et comme par un sentiment de reconnaissance4 ,ces opinions opposes se peuvent soutenir3 on peut mme dire qu'elles se compltent4 ,s'il y a1 au point de vue physique1 des croisements de race qui donnent de plus beaux produits que ceux rsultant de l'union de sujets de la mme famille1 on peut admettre qu'au point de vue artisti que1 des changes heureux ont pu s'tablir entre diffrentes coles loignes2 et encore1 que des germes d'art accidentels1 tombant dans des milieux favorables1 ont donn1 certains moments1 de merveilleux rsultats4 ,il est incontestable que les artistes grecs qui descendirent en ,provence1 y apportrent les lments de beaut qui taient chez eux le but de l'art4 ,mais il est non moins probable que ces artistes furent tout de suite compris1 encourags2 et qu'ils trouvrent sur cette terre hospitalire une population enthousiaste1 des admirateurs puissants et bientt des lves nombreux dous de vives aptitudes4 ,ces ferments de beaut de l'art hellnique agitrent si profondment le pays et y prosprrent si bien que1 cent cinquante ans aprs la disparition de la ,grce1 l'art tait1 en ,massalie1 en pleine florescence1 cultiv par des artistes suprieurs dont la rputation s'tendait lointaine#b4 #b ,l',art dans le ,midi 7,etienne ,parrocel74 ,dj des artistes provenaux avaient t antrieurement appels en ,grce pour enrichir ce pays de nombreuses statues4 ,plus tard1 la ,rome rpublicaine--tout absorbe par la conqute et partant par la ncessit de faire de chaque citoyen un soldat--vint souvent demander la ,provence ses artistes en tous genres4 ,et quand1 sous les ,csars1 le luxe exagr1 le faste sans got1 la richesse applique sans mesure1 contriburent la dgradation de l'art1 la ,provence1 longtemps encore aprs l'invasion des ,wisigoths1 conserva le sentiment de la beaut simple des ,grecs4 ,bientt1 aux clameurs victorieuses des hordes wisigothes1 se mlrent les bruits de destruction des premiers chrtiens qui1 dans leur haine des anciens dieux1 anantissaient les statues antiques4 ,c'est avec fureur qu'ils obirent aux ordres de ,constantin et de ,thodose leur commandant de briser les idoles et de renverser les temples4 ,et alors1 tous les chefs-d'uvre du paganisme disparurent du monde en deuil4 ,en ,provence1 aprs la fin tragique de l'art grec1 il semble1 en effet1 qu'une nuit profonde y soit descendue4 ,cependant1 et sans solution de continuit1 l'art renaissait peu peu sous des formes nouvelles1 anim d'une autre foi4 ,un moine dou d'un grand cerveau--saint ,benot--avait introduit dans la rgle de son ordre la libert de cultiver les beaux-arts4 ,par un trait de gnie1 il les sauvait d'une dcadence irrmdiable4 ,les moines du moyen ge furent plutt1 la vrit1 des savants1 des lettrs1 des architectes1 des musiciens4 ,toutefois1 ,avignon1 au ,xe sicle1 on trouve dans le couvent de ,saint-,ruff toute une cole de peintres1 de mosacistes1 d'imagiers1 de sculpteurs#c4 ,pour ces hommes1 ensevelis dans les clotres1 l'art n'tait qu'un acte de foi sincre2 mais ils eurent rapidement de nombreux adeptes4 ,des sculiers s'exercrent dans tous ces arts et y acquirent une grande rputation4 ,par ces derniers1 l',art devait perdre son anonymat4 ,a leur tour1 les peintres verriers de ,marseille devenaient clbres4 ,claude et ,guillaume allaient mme ,rome1 appels par le pape ,jules ,,ii1 pour y peindre les vitraux du ,vatican4 ,de son ct1 l'cole de peinture d',avignon tait clatante4 ,personnelle1 forte1 indpendante1 au ,x,ve sicle1 elle voyait sortir de son sein un artiste merveilleux1 ,enguerrand ,charonton1 l'auteur du ,couronnement de la ,vierge1 si remarqu la ,centennale1 peinture qu'on attribua longtemps ,van ,eyck2 et ,nicolas ,froment1 qui pourrait bien tre l'auteur incertain du triptyque de la cathdrale d',aix4 #c ,etienne ,parrocel4 ,les ,annales de la peinture4 ,dj1 sous les ,brenger1 le comt de ,provence1 en commerce spirituel constant avec les ,grecs1 les ,arabes et l',italie1 tait devenu un centre artistique remarquable4 ,aprs eux1 ,ren le ,bon s'intressa surtout l'art de la peinture1 qu'il pratiquait lui-mme1 parat-il1 avec assez d'habilet4 ,il sut1 dans tous les cas1 s'entourer de nombreux et bons artistes qui enrichirent les glises et les demeures seigneuriales4 ,aix1 ,avignon1 ,arles1 ,marseille se disputaient les meilleurs peintres1 les plus adroits orfvres1 les plus estimables graveurs4 ,la ,provence s'tait ressaisie et accomplissait1 dans l'action artistique1 sa brillante destine4 ,nanmoins1 la ,renaissance italienne devait absorber son profit les travaux antrieurs et les uvres des autres pays4 ,rien1 en effet1 ne pouvait1 au moins pour l'instant1 rsister une si haute et si volontaire impulsion4 ,le pass tait emport dans le tourbillonnement cyclique de cette force2 et les tendances qui s'taient annonces ailleurs en manifestations latentes taient d'avance annihiles par l'apparition presque spontane des plus hauts gnies de l'art pictural4 99 99 99 ,aprs sa runion la ,france1 en #adhb1 la ,provence fut dvaste1 pendant plus d'un sicle1 par des pidmies et des guerres civiles4 ,a la suite de ces longues annes de dpression morale et physique1 ainsi qu'un corps anmi qui n'a plus l'nergie de rsister aux attaques diathsiques1 cette province subit en art l'influence du mauvais got des artistes italiens1 qui avaient rapport de l'cole florentine les tendances dcadentes de cette poque4 ,mais un hasard heureux1 une circonstance fortuite amena ,aix1 son retour d',italie 7en #afji71 ,ludovic ,finsonius#d1 un ,flamand1 lve du ,caravage1 qui vint se fixer dans cette ville4 ,ce fut le prlude d'vnements artistiques importants4 ,finsonius apportait1 par l'union de l'art du ,nord avec celui trs clectique de son dernier matre1 les lments d'un talent vigoureux et sduisant qui allait favorablement influencer une gnration d'artistes4 ,le peintre brugeois1 avec ses beaux mouvements de vie1 impressionna les ,mridionaux4 ,si sa couleur n'est pas somptueuse1 son dessin demeure grand1 car ,finsonius allie avec bonheur la belle technique du ,caravage aux gestes rudes et parfois violents de l'cole d',anvers4 ,par l1 il dut frapper l'imagination provenale4 ,un autre peintre de talent1 ,daret1 n ,bruxelles1 vint aussi s'tablir ,aix et s'y maria2 pendant qu' ,brignoles s'installait le premier des ,parrocel4 #d ,recherches sur la vie et les ouvrages de quelques peintres provinciaux de l'ancienne ,france1 par ,ph4 de ,pointel4 ,du mme auteur1 voir aussi les ,biographies de ,finsonius1 ,daret et ,reynaud1 le vieux peintre avignonnais4 ,sur cette terre toujours dsireuse de fcondation1 sur ce sol provenal o l'art grec avait laiss de si profondes racines1 un printemps devait bientt faire pousser les rameaux d'une nouvelle ,renaissance4 ,finsonius et ,daret avaient fait cole1 et leurs lves1 ,mimault et ,laurent ,fauchier1 ne tardrent pas conqurir leur originalit4 ,laurent ,fauchier 7#afdc-afgb71 quoique mort trs jeune1 laisse un bagage important4 ,sa peinture dlicatement savoureuse1 son faire onctueux1 sa couleur riche en font un artiste suprieur ,mignard1 alors pourtant glorieux ,paris et dont il fut un temps l'lve4 ,pendant que ,fauchier illustrait ,aix1 ,marseille voyait grandir son enfant le plus clbre1 ,pierre ,puget1 chez qui1 il est vrai1 le temprament extraordinaire du sculpteur rejetait sans tarder au second plan la belle nature du peintre1 la science de l'architecte4 ,a ,arles1 en #afih1 naissait ,pierre ,sauvan1 le peintre d'histoire4 ,partout1 en ,provence1 l'activit artistique s'tait accrue4 ,a ,avignon1 dj remarquable par ses graveurs1 avaient fleuri des peintres tels que ,reynaud le ,vieux1 ,nicolas ,mignard1 auxquels succdrent les nombreuses familles des ,parrocel et plus tard des ,vernet4 ,a ,aix s'taient enfin tablis les ,van ,loo1 venus de ,hollande4 ,toutes ces familles vont fournir pendant plus d'un sicle des peintres de rois1 peintres officiels par excellence1 des prix de ,rome1 mme des membres et directeurs d',acadmies1 partout combls de gloire et d'honneurs4 ,sont-ils les plus intressants de nos peintres provenaux8 ,en #agje1 tait ne ,marseille1 ,franoise ,duparc1 fille et lve d',antoine ,duparc1 disciple de ,puget4 ,aprs avoir travaill durant quelques annes avec son pre et avec ,j4-,b4 ,van ,loo1 la jeune artiste devint assez vite un peintre primesautier et suprieur ses matres4 ,quoique et parce qu'ignore1 cette artiste mrite que nous nous arrtions devant son uvre4 ,trs au-dessus de ,greuze comme portraitiste1 ,franoise ,duparc s'impose surtout par la sincrit et la simplicit de son talent trs personnel4 ,elle a laiss au muse de ,marseille1 sa ville natale o elle vint mourir1 obscure1 oublie--en #aggh--quatre portraits qui passent inaperus aux yeux des visiteurs ordinaires1 mais qui n'en sont pas moins fort remarquables4 ,ces toiles1 d'une composition et d'une harmonie tranquilles1 n'attirent pas les regards superficiels4 ,cependant1 malgr leur allure modeste1 elles dtiennent des qualits rares3 la comprhension de la couleur locale1 l'amour du terroir1 l'ingniosit en mme temps que la grce simple4 ,on les dirait peintes avec les lments primordiaux de la terre provenale elle-mme4 ,par l1 elles demeurent dfinitives comme l'manation de la vie1 l'histoire des murs1 l'tude des caractres d'une contre4 ,sur chacune des figures1 l'artiste a trac avec bonhomie les destines de son modle4 ,tels le ,centenaire1 la ,vieille1 qui rappellent les anctres archaquement symboliss dans les crches provenales2 telles la ,laitire1 d'ingnuit purile1 charge de tout l'attirail de son mtier2 la ,tricoteuse1 o l'artiste rsume ses qualits prcurseuses de la voie que suivront ,greuze et ,chardin3 autant de symphonies aux timbres doux1 d'un faire homogne et savant dans sa tranquillit1 d'une dlicate vision1 d'une inspiration charmante4 ,il y a chez ,franoise ,duparc une originalit qui s'ignore et qui apparat1 aprs deux sicles1 vidente et prcieuse4 ,avec le charme sincre et l'affection profonde que l'artiste a pour les tres et les choses du pays provenal1 on retrouve surtout dans ses toiles1 avant ,chardin1 l'observation nave qui illustrera ce dernier4 ,son art est tout entier dans la modestie du procd1 dans la science des ressources infinies1 dans l'agrable tonalit qu'elle sait trouver avec la gamme peu tendue d'une palette claire4 ,illustration3 ,clich ,brion4 ,,fran,,oise ,,duparc 7#agje-aggh7 ,la ,tricoteuse 7,muse de ,marseille74 ,quoique parfaitement ignore ,paris#e1 quoique son nom ne figure dans aucune histoire de la peinture franaise au ,x,v,i,i,ie sicle1 ,franoise ,duparc doit y prendre une des premires places ct des peintres les plus connus4 #e ,franoise ,duparc fut trs admire en ,angleterre1 o elle vcut pendant quelques annes4 ,de nombreux portraits peints par l'artiste marseillaise sont conservs dans certaines galeries assez fermes1 la vrit1 et s'y tiennent trs bien1 malgr le voisinage des plus grands matres4 99 99 99 ,de l'cole d',andr ,bardon1 alors directeur de l',acadmie de peinture de ,marseille--fonde en #agec--tait sorti ,henry d',arles1 un peintre de marine1 presque gal ,vernet4 ,a ,grasse tait n en #agcb1 ,honor ,fragonard1 nouvelle gloire provenale1 dont la ,rvolution allait arrter la gniale verve4 ,avec l'administration napolonienne1 le got de ,david se rpandit dans la ,france entire2 et bien rares furent les artistes qui surent rester indpendants et ne sacrifirent pas la mode et l'autorit4 ,aprs ,goubaud--un lve de ,david qui peignit encore plus sec que le matre--l'cole de ,marseille passa en #ahaj aux mains d',aubert4 ,aubert tait1 sinon un grand peintre1 du moins un artiste intelligent1 classique1 dans le bon sens du mot4 ,s'tant fait dans les muses et les meilleurs ateliers des matres une ducation soigne de l'art du dessin1 il en avait une belle comprhension4 ,il allait acqurir la gloire d'avoir su instruire et guider les premiers pas d'artistes tels que ,papety1 ,ricard1 ,roqueplan1 ,monticelli1 ,simon1 etc41 etc4 ,il faut observer que1 de tous les temps1 l'cole provenale vcut et prospra par des changes rciproques1 et par la fusion constante des principaux artistes ns ,aix1 ,avignon1 ,marseille ou ,arles4 ,mais l'cole qui va nous occuper plus spcialement et que l'on pourrait appeler aussi celle de #ahcj1 est essentiellement le produit de l'alliance artistique et troite entre ,marseille et ,aix4 ,on voit1 en effet1 ,constantin1 un ,marseillais1 venir s'tablir ,aix et devenir le matre de ,granet1 un ,aixois4 ,pendant qu'un autre ,aixois1 mile ,loubon1 lve de ,constantin et de ,granet1 est appel ,marseille pour y diriger l'cole de dessin et de peinture2 au moment o les tendances nouvelles poussaient les artistes franais sortir de l'atelier pour peindre dans les champs1 au bord de la mer1 sous les frondaisons4 ,or1 cinquante ans auparavant1 ,constantin 7,jean-,antoine7--#ageg-ahdc--;avait1 en grand artiste1 devanc son poque4 ,on peut juste titre surnommer ,constantin le pre de l'cole provenale du paysage1 car c'est lui qu'elle doit ses qualits et les principes de sa force4 ,constantin parat--le premier en ,france--tre all demander directement la nature des motions nouvelles d'art4 ,et c'est aprs un travail incessant--,constantin dessinait une partie de la nuit--de longues et patientes tudes de dessin sur nature1 qu'il a pu1 aid de son gnie1 arriver donner par des moyens aussi borns que le crayon rouge et le lavis l'encre de ,chine des sensations nouvelles de paysage4 ,tels sont ces lacs profonds bords d'arbres sculaires1 ces rochers majestueux aux artes cassantes1 ces cascades bondissantes1 ces ponts et ces fabriques de ,rome d'un savant pittoresque2 puis1 la campagne un peu brutale de son pays qu'il dessine1 sans arrt1 toute sa vie4 ,la nature provenale1 dit encore ,m4 ,brs1 n'eut peut-tre pas de portraitiste plus sincre4 ,ce n'est pas dans ses paysages hroques qu'il faut le chercher1 mais dans cette foule d'tudes d'une excution nergique et d'une franchise un peu rude1 o se retrouvent la bastide d'autrefois1 les jeux de boules devant la ferme1 et les foires toutes grouillantes d'hommes et d'animaux1--la ,provence de nos pres4 ,on ne s'explique pas vraiment comment et dans quelles circonstances on russit persuader ,constantin qu'il n'tait pas n pour faire un peintre et qu'il russirait mieux dans ses dessins4 ,il y a au muse d',aix un portrait peint par cet artiste qui atteste pourtant toute la puissance d'une superbe organisation4 ,cependant le peintre se contenta de dessiner et quelquefois d'indiquer les valeurs par des teintes plates d'un bel effet4 ,par sa vie de labeur incessant1 d'observation constamment tendue vers un point3 la recherche de la ligne loquente1 une vision particulire se fait chez l'artiste1 son cerveau conoit vite1 sa main s'assouplit en mme temps4 ,il sait regarder et traduire avec beaut4 ,il apprend surtout liminer le dtail au profit de l'ensemble4 ,savamment il prend des partis pris de lumire1 il slecte la ligne et la veut toujours plus dcisive1 plus approchante et rsumante du caractre4 ,par l1 le dessin de ,constantin se spiritualise et approche de la vie4 ,et ,granet1 son lve1 alors clbre1 membre de l',institut de ,france1 officier de la lgion d'honneur1 s'arrtera un jour devant un dessin de ,constantin en s'criant3 ,ah6 celui-l sera toujours le matre4 ,oui1 le matre1 le matre de l'cole provenale du paysage1 dont nous tudierons les efforts des principaux reprsentants4 ,hritant de l'nergie du dessin de pareils anctres1 forte des intressantes recherches de ,granet sur la belle ordonnance de la lumire1 l'cole provenale1 qu'illustrait alors ,dominique ,papety1 l'mule de ,ingres1 ,roqueplan avec ses paysages1 allait possder une pliade d'artistes minents3 ,monticelli1 un coloriste de gnie2 ,gustave ,ricard1 le disciple inspir des plus grands portraitistes qu'il a souvent gals2 ,aiguier1 un instinctif1 doux pote de la lumire2 enfin1 des peintres tels que ,paul ,guigou1 ,loubon1 etc41 dont la renomme grandira avec le temps1 chaque manifestation comparative d'uvres picturales4 ,a4 ,g4 ,nous n'avons nomm dans cette introduction que les peintres provenaux caractrisant le mieux une poque souvent fconde en talents nombreux et que nous aurions voulu tous citer4 ,mais c'tait dpasser la porte de cette premire tentative de rhabilitation de l'cole provenale1 aujourd'hui en partie oublie ou mconnue4 ,l'cole d',avignon aurait mrit sans doute plus de dveloppements4 ,peut-tre ferons-nous plus complet ce travail1 un jour prochain4 ,du reste1 le cas des peintres provenaux n'est pas un cas isol4 ,il existe dans de nombreuses contres du pays de ,france1 des artistes d'une valeur vraiment originale1 qui demeurent dans l'oubli1 victimes des consquences d'une centralisation artistique exagre4 ,il faut souhaiter que partout des bonnes volonts s'emploient rvler les noms de ces artistes et mettre au jour leurs uvres mritantes4 ,ainsi fera-t-on la ,france plus grande et l'art franais plus haut4 ,,mile ,,loubon ,,et ,,son ,,temps #ahji-ahfc ,illustration3 ,clich ,brion4 ,,loubon 7,,mile7 7#ahji-ahfc7 ,peint par ,g4 ,,ricard 7,muse de ,marseille7 ,i ,,mile ,,loubon ,,et ,,son ,,temps ,a ,paul de ,montvalon4 ,les peintres animaliers les plus remarquables1 les ,cuyp1 les ,paul ,potter1 les ,troyon1 les ,ch4 ,jacque1 etc41 etc41 se sont surtout attach--en outre du pome pictural-- montrer1 par l'tude de l'ostologie et de la myologie1 par les recherches linaires1 le caractre physique des animaux4 ,parmi ces peintres1 quelques-uns ont cherch par une observation plus aigu dduire le caractre moral de leur modle3 l'instinct4 ,mais il appartenait mile ,loubon de savoir saisir--plus que tout autre--les animaux au passage1 de fixer leur course capricieuse ou violente par l'homme1 au milieu de paysages rudes et lumineux1 et de les y camper dans de beaux mouvements de vie intense1 de vie exubrante1 endiable1 jusqu' l'affolement4 ,dans le brouhaha de ses troupeaux en marche qui dvalent les pentes en avalanche1 quand se heurtent les cornes et que la masse laineuse oscille--houle animale--entre les chemins creux1 parmi les pierrailles des pentes ravines1 on a la forte sensation de la vie agite4 ,et1 de ces tableaux1 dans lequel l'air est dchir par le sifflement des fouets1 les aboiements rageurs des chiens1 le mugissement inquiet des bufs1 les blements doux des moutons1 une sensation de sonorit se dgage4 ,m4 ,arsne ,alexandre observe avec raison que ces sensations de mouvement et de sonorit sont surtout produites dans les grandes uvres d'art picturales ou sculpturales1 dans toutes celles qui sont durables et auxquelles tout notre tre est intress3 ,nous entendons parfaitement1 ajoute-t-il1 le chant pur et gracieux que psalmodient les enfants dans les bas-reliefs clbres de ,lucca della ,robbia4 ,dans le ,naufrage de la ,mduse1 nos oreilles sont douloureusement effrayes par les lambeaux de cris d'appel qui nous parviennent1 entrecoups par le mugissement des vents de la mer4 ,prenez tous les temps1 prenez tous les matres1 et leurs uvres1 pour peu que vous les sentiez vivement et avec sincrit1 vous apparatront avec cette triple qualit3 la forme solide qui est l'apparence immuable et tangible que l'artiste leur a donne1 et1 d'autre part1 le mouvement et la sonorit qui sont des ralits invisibles1 augmentant d'intensit en raison du reste de notre personnelle motion#f4 #f ,arsne ,alexandre4 ,barye 7,antoine ,louis74 ,or1 ces qualits de matre1 ,loubon les possde1 car ses animaux sont dans un perptuel mouvement1 et de ses toiles un bruit constant sort4 ,jamais au repos1 ses bufs ne vont pas1 comme avec ,troyon1 d'un pas nonchalant vers la ferme1 dans le calme du soir1 ou1 au pr et l'abreuvoir1 sans hte4 ,harcels par l'homme et les chiens1 ils foncent ou font des carts brusques et dgringolent dans des raccourcis audacieux4 ,les moutons1 en aucun moment1 ne broutent silencieux1 paisibles1 comme avec ,ch4 ,jacque1 sous de beaux ombrages2 constamment1 ils vont en marche force1 sur les routes calcaires1 sous des cieux impitoyables1 avec des blements plaintifs4 ,les chvres1 qu'on avait vues reproduites par certains avec des allures capricieuses1 deviennent foltres1 grimacires1 clownesques1 sabbatiques4 ,en fait1 l'animal1 comme l'a compris ,loubon1 est vu travers un vrai cerveau provenal1 et peint par une imagination provenale4 ,il a le mouvement tour tour emphatique1 explicatif1 emport2 l'attitude essentiellement mimique4 ,pourtant1 cette exagration fougueuse du mouvement n'est jamais chez lui extravagante4 ,ce qui pourrait n'tre qu'une charge habile1 qu'une caricature artistique1 devient une note d'art nouvelle4 ,et cette furie de vie1 en pleine lumire mridionale1 intresse1 passionne et retient4 99 99 99 ,a ,aix1 o ceux qui descendent du septentrion retrouvent une vague analogie de cit rhnale2 ,aix1 somnolente dsormais dans la quitude d'une vie accomplie2 au sein de l'ancienne capitale de la ,provence1 o l'on peut encore voquer les fastes glorieux et artistiques de son histoire crits sur les murs des monuments1 aux portes des glises et des anciennes demeures seigneuriales2 dans une des petites rues silencieuses de la ville1 aujourd'hui tranquille1 aristocratique et universitaire1 rues bien provinciales o l'herbe crot gentiment entre les pavs1 ,loubon 7,charles-,joseph-mile7 vit le jour le #ab janvier #ahji4 ,encore tout enfant1 il fut vivement impressionn par quelques visites au muse de sa ville natale2 et l1 dans l'atmosphre presque monastique de ces salles1 qui gardaient prcieusement les uvres de quelques glorieux anctres1 sa vocation apparut vidente sous la chaleur de ses enthousiasmes juvniles1 sous l'moi de ses premires et fortes joies d'art4 ,les srieuses tudes classiques qu'il fit ensuite aux lyces de ,marseille et d',aix1 la vie d'internat1 auraient peut-tre eu raison de ce got pour la peinture chez une nature moins artiste1 elles augmentrent au contraire chez ,loubon ses aspirations et son dsir d'exprimer ses sensations par le langage du dessin4 ,a la grande joie de ses condisciples1 ses cahiers de latin et de grec se couvrirent1 en marge1 de figures et de paysages4 ,l'lve interprtait ,virgile sa manire2 et les tableaux champtres du pote des ,gorgiques taient traduits par l'apprenti peintre sous la forme descriptive linaire4 ,c'tait l'enseignement par l'image dont on a fait depuis une grande application2 mais par l'image cre par un cerveau neuf et imaginatif4 ,l'enfant tonnait1 en outre1 son professeur de dessin par sa facilit spirituelle et aise de reproductions graphiques4 ,fils d'un riche ngociant1 peu destin par sa naissance la carrire artistique1 le jeune ,loubon s'y livrait virtuellement1 et1 circonstance rare1 ses parents semblrent favoriser ses gots4 ,car1 rentr ,aix pour y faire son droit1 il se mit travailler avec ardeur le dessin1 l'cole de cette ville1 alors dirige par ,clrian le pre1 avec les conseils d'un matre incomparable1 ,constantin4 ,en passant ,aix pour se rendre ,rome1 le peintre ,granet1 ami de la famille ,loubon1 dcida de l'avenir du jeune homme1 par ses encouragements et ses apprciations louangeuses2 il russit d'ailleurs obtenir de ses parents l'autorisation de l'emmener ,rome4 ,loubon avait alors vingt ans4 ,on s'imagine aisment ce que dut tre ce voyage pour ce jeune ,provenal d'imagination ardente1 de culture lettre1 d'enthousiasme dbordant pendant un long parcours1 travers le midi de la ,france et l',italie1 en compagnie d'un de ses amis et compatriote1 ,gustave de ,beaulieu1 qui fit plus tard du paysage1 dans l'intimit affectueuse du matre commun ,granet1 artiste charmant1 dlicat1 et dont les conseils judicieux consistaient surtout en longues causeries amicales4 ,ce qui frappa ,loubon ,rome1 ce qui le retint deux annes dans cette ville--qui tait alors pour les artistes ce qu'est ,la ,mecque pour les fanatiques musulmans--ce ne furent pas les chefs-d'uvre de ses muses1 les grands souvenirs historiques voqus par ses ruines2 mais bien la beaut de la campagne romaine dj entrevue et pressentie dans les dessins de son premier matre ,constantin4 ,et le jeune artiste1 qui1 dans les plus clbres galeries1 ne pouvait1 en face des matres1 tenir longtemps en place devant son chevalet1 s'prit d'un vif amour pour cette thtrale nature4 ,il admira la beaut antique du geste du paysan romain2 les scnes quasi virgiliennes auxquelles concouraient des animaux majestueux1 dans la limpide atmosphre du ciel de la ,romagne1 au sein des grands paysages que dcoraient les fonds hautains de ses collines augurales1 et parfois1 la plaine ocanique de ses marais pontins4 ,il vit des scnes champtres1 o l'homme grave procde1 ainsi que le dit ,thophile ,gautier1 aux travaux de la terre comme aux crmonies d'un culte4 ,de ses yeux ravis1 il observa les scnes de labour et de moisson1 magnifies par les vers1 encore prsents sa mmoire1 des potes latins2 les fins de journe glorieuse2 la rentre en apothose des paysans et des paysannes1 sur les hautes charrettes que tranent des bufs majestueux4 ,intress par la nouveaut du costume1 par la grandeur du paysage1 par les beaux mouvements harmoniques qu'y font les hommes et les animaux1 il va d'instinct vers ces choses4 ,ce qu'il admire vraiment ,rome1 ce n'est pas le pass de la ,ville ternelle1 ce ne sont pas ,raphal et ,michel-,ange1 c'est la vie au dehors1 la vie dans la lumire1 la vie remuante2 et son dsir se prcise de l'exprimer sur la toile4 ,cependant ,granet forait son lve tudier les matres2 il le trouvait1 avec raison1 encore peu suffisamment arm1 non compltement duqu1 pour pouvoir se livrer ses inspirations personnelles2 si bien qu'aprs deux annes de sjour ,rome1 et peine rentr ,aix1 ,loubon partit pour ,paris y continuer son ducation artistique si bien commence4 ,de nos jours1 il se serait immdiatement livr l'art1 sans plus augmenter ses connaissances classiques1 car il est assez gnralement admis1 depuis1 qu'apprendre son mtier est inutile4 ,mais c'tait le temps o l'artiste faisait un long apprentissage1 avant d'oser ce qu'osent gnralement aujourd'hui ceux qui ne savent pas assez4 ,par les hsitations1 les longs ttonnements qui caractrisent l'closion des talents de tant d'artistes modernes1 arrts trop souvent dans leur marche1 il faut bien reconnatre1 aprs exprience faite1 que rien ne se traduit1 en peinture1 sans l'ducation pralable1 sans la possession complte des moyens techniques d'expression1 que les peintres de gnie ont toujours possds mieux qu'aucuns4 ,a ,paris1 grce de nombreuses recommandations1 grce aussi l'attrait sympathique qui mane de sa personne1 ,loubon se lie bientt avec tous les artistes de son poque3 ,delacroix1 ,decamps1 qu'il affectionne particulirement2 ,rousseau1 ,corot1 ,diaz1 ,dupr4 ,par ,roqueplan1 son compatriote1 duquel il subit pendant assez longtemps l'influence1 et dont il semble s'tre assimil un certain temps la manire1 il connut ,troyon et devint bientt son meilleur ami4 ,c'est dans ce milieu fcondant que le peintre aixois1 aid par sa facilit intuitive1 par les qualits de son intelligence1 s'initiait1 s'instruisait1 en cherchant sa voie4 99 99 99 ,loubon tait trop personnel pour se mettre la remorque de peintres remarquables et tracer longtemps sa route dans leur sillon4 ,malgr sa vive admiration pour ,decamps1 pour ,roqueplan et pour ,troyon1 il cherchait maintenant dgager sa personnalit4 ,saura-t-on jamais ce qui se passe en ces moments dans le cerveau d'un artiste8 par quelle filiation d'ides1 par quels clairs subits1 un peintre1 aprs de nombreuses et diverses tentatives1 va dlibrment vers la voie qui lui est propre8 ,on a prtendu que ,loubon fut illumin par un paysage de ,rubens1 et qu' partir de cet instant1 il n'hsita plus4 ,il est assez difficile d'tablir comment le grand peintre anversois--que certains mettent au-dessus de tous--put conseiller ,loubon1 qui ne fut jamais coloriste4 ,il est admissible cependant que des gnies aussi vastes que ,rubens ont1 dans tous les genres1 des ressources motives telles qu'elles peuvent se manifester par d'infinies faons1 sur des tempraments diffrents et mme loigns4 ,ce qu'il y a de certain1 c'est que1 ds #ahce1 quand ,loubon1 vingt-six ans1 exposa pour la premire fois au ,salon de ,paris ses ,troupeaux d',arles descendant les ,alpes ,saint-,paul-la-,durance1 le peintre y apparaissait avec un faire lui1 et des qualits bien personnelles qui feront toujours1 partout1 reconnatre dans l'avenir un de ses tableaux1 et1 on peut ajouter1 avec des audaces qu'il est difficile d'apprcier aujourd'hui4 ,du premier coup1 ,loubon s'tait montr ce qu'il est rest dans ses meilleurs tableaux1 avec son entente des belles lignes1 son heureux choix des effets lumineux1 sa connaissance exacte des grandes valeurs1 son respect du ton local1 sa conscience exagre du dessin des premiers plans1 et surtout sa superbe construction architecturale des terrains de son paysage4 ,un peu exil ,paris1 comme tout bon ,provenal qui l'habite pour la premire fois1 ,loubon conservait du pays natal1 avec les souvenirs d'enfance1 l'image de tableaux qui1 distance1 s'amplifiaient de lumire sous les ciels assez moroses du ,nord4 ,de loin1 cette ,provence lui apparut plus belle peut-tre1 plus inspiratrice2 et il rva de la peindre et de la faire aimer4 ,cette pense1 assez naturelle1 de vouloir peindre son pays tait1 en #ahce1 plus mritante et plus ose qu'on ne pense4 ,aussi1 le premier tableau que ,loubon exposa ,paris n'y fut point remarqu pour son caractre local1 mais pour son animation#g4 ,cette toile contenait en germe toutes les promesses que l'artiste raliserait plus tard4 #g ,la ,tribune artistique et littraire d',auguste ,chaumelin4 ,devant ce troupeau qui marche de front sur vous1 on a presque l'envie de se garer4 ,avec nervement1 les btes et les gens luttent contre le vent qui fait envoler les capes et se dresser les toisons1 au milieu d'un tourbillon de poussire dress en cercle argent jusqu'au ciel d'un bleu violent4 ,tout autour1 le paysage franchement provenal en pierres et en herbes grises2 au loin1 la ,durance caillouteuse avec la belle ligne de ses bords aux escarpements dcoratifs4 ,la note tait trouve2 elle tait nouvelle1 d'un pur accent4 ,loubon ne s'y tint pas4 ,on lui reprocha1 sans doute1 sa crudit1 sa violence1 son naturalisme2 et l'artiste n'eut pas de longtemps le courage de chercher son inspiration dans un pays qui ne plaisait personne4 ,c'est en vain qu'alors1 obissant ces considrations1 l'artiste provenal court la ,france1 qu'il essaie de peindre diversement3 les ,bords de la ,seine ,maisons-,laffitte 7,salon de #ahda71 et des ,vues de ,nantes et d'tretat 7,salon1 #ahdc74 ,c'est sans bonheur qu'il fait prcdemment une incursion dans la peinture de genre3 ,braconniers jouant aux ds le gibier qu'ils ont tu 7#ahch72 ,salvator ,rosa chez un marchand brocanteur2 ,soldats jouant la porte d'une prison 7#ahci74 ,le portrait ne lui russit pas mieux1 et ceux de ,m4 ,ch4 ,duval et de ,m4 ,p999999 passent inaperus au ,salon de #ahdj4 ,c'est mme inutilement qu'il cherche revivre et reconstituer ses souvenirs d',italie avec sa ,mascarade sur l',arno2 ,promenade aux ,cassines1 ,florence4 ,c'est la ,provence qu'il lui faudra rsolument revenir2 c'est elle qui va lui donner1 partir de l'anne #ahdf1 le motif de ses meilleurs tableaux1 de ses paysages anims1 aux environs d',aix et de ,marseille1 qui le classeront parmi les bons artistes originaux de ce sicle1 dont les uvres rsisteront au temps1 et qui demeureront1 tandis qu'auront disparu les htives et mdiocres productions qui1 comme une mare montante1 envahissent toujours plus compactes1 chaque nouvelle anne1 les ,salons et les ,expositions4 99 99 99 ,en #ahde1 ,loubon1 qui avait t mdaill au ,salon de #ahdb1 fut appel la direction de l'cole gratuite de dessin1 ,marseille4 ,il ne venait pas dans cette ville avec plaisir1 car il lui fallait quitter le milieu alors si intressant des ateliers parisiens1 en pleine bataille artistique4 ,il cda toutefois aux instances de sa famille1 trs prouve par des revers financiers4 ,l'vnement fut heureux pour sa carrire4 ,le peintre1 en contact oblig avec les paysages de son pays1 vint de nouveau leur demander ses meilleures inspirations4 ,et nous allons le retrouver dsormais dans ses toiles1 cherchant raconter les scnes des murs pastorales1 les exodes d'animaux fuyant l'orage ou les razzias1 les migrations de troupeaux en lutte contre le vent3 mile ,loubon1 avec infiniment d'esprit1 a dgag le sens et fix tout un ct de la physionomie du paysage provenal4 ,il fut par excellence le peintre de la ,provence4 ,ses toiles nous en ont fait sentir le charme pittoresque4 ,nous y avons vu la couleur argentine du sol1 la torsion spirituelle des arbres1 le brusque contraste des ombres et de la lumire1 le mouvement des tres et des choses#h4 #h ,louis ,brs4 ,le ,paysage provenal et son influence au point de vue artistique et littraire4 ,le mouvement des tres et des choses4 ,telle est bien la caractristique du talent de ,loubon4 ,le peintre aixois est un crateur essentiellement curieux d'un mouvement saisi dans son extrme rapidit et que l'artiste montre possible1 admissible mme dans sa dformation1 sans l'arrt maladroit1 fig1 qu'enregistre l'objectif1--car l'instantanit photographique tait alors inconnue4 ,on ne saurait mieux pourtant faire comprendre quelques-unes de ses meilleures toiles qu'en disant qu'elles nous donnent une impression cinmatographique virtuelle de ce qui s'y passe4 ,en effet1 au geste de l'homme on est tent de donner sa destination1 on veut voir le buf continuer sa descente1 on suit le chien dans sa course folle444 ,aussi bien est-il temps d'analyser les uvres matresses de ce peintre qui figurrent avec clat aux ,salons de ,paris3 les ,bufs sur la route d',aix ,marseille 7#ahec71 muse de ,marseille2 les ,menons en tte d'un troupeau de la ,camargue 7#ahec71 muse d',aix2 le ,col de la ,gineste entre ,marseille et ,cassis 7#ahee71 7exposition centennale de l'art franais1 #aijj72 la ,razzia 7#aheg72 ,un troupeau en marche 7#ahed74 ,c'est partir de #ahec que ,loubon semble tre arriv la possession de son art1 et c'est partir de cette anne-l que son uvre est intressante tudier1 car elle est dfinitive4 ,illustration3 ,clich ,brion4 ,,les ,b,,ufs ,,sur ,,la ,,route ,d',,aix ,a ,,marseille 7,muse de ,marseille7 ,le tableau que possde le muse de ,marseille3 les ,bufs sur la route d',aix ,marseille1 est vraiment d'une composition savante1 d'un art consciencieux et fort4 ,quant l'action anime et bruyante1 elle est l trs suggestive4 ,dans le troupeau de bufs qui est prt disparatre derrire le mamelon ravin1 on devine la cohue4 ,comme dans une charge suprme1 les btes se bousculent pour viter le bton4 ,sous la poussire1 la tte du troupeau s'en est alle dj dans la dclivit du terrain1 pendant que les bouviers frappent et crient1 et que les chiens au galop jappent avec fureur aprs les retardataires4 ,ce qu'on peut appeler le champ d'action du tableau est une ligne trs harmonieuse qui vient s'appuyer sur la courbe trouve du premier plan4 ,le paysage qui encadre cette action est fait de beaut provenale4 ,au fond1 sous le ciel1 le pur dessin des collines grecques de ,montredon et des les ,riou et de ,mare2 plus proche1 la croupe allonge de l'ancien fort ,notre-,dame de la ,garde1 l'entre du vieux port qu'indiquent la haute tour du phare ,sainte-,marie1 les vieilles maisons de la ,tourette et de ,saint-,jean2 plus proche encore1 la ligne accidente et pittoresque du vieux ,lazaret aujourd'hui disparu2 enfin1 les plans intermdiaires successifs o se droulent les accidents d'un paysage agreste3 des pins qui se penchent avec un mouvement souple2 les bras d'un moulin vent2 des chemines d'usine2 l'oratoire provenal au coin de la route en zigzag sur laquelle vont1 couvertes de leur tente en cerceau1 les charrettes archaques4 ,et sur la droite de la composition1 le bleu intense de la ,mditerrane qui creuse une cuvette triangulaire aigu dans les dentelures avances des caps minuscules4 ,or1 ce tableau qui n'a pas de prtentions aux effets aveuglants de ceux des peintres modernes1 contient nanmoins1 observ longuement1 une lumire vive2 et cela1 malgr la couleur schisteuse de ses premiers plans1 malgr la dsagrable et peu arienne teinte rousstre1 particulire au peintre1 qui court un peu partout sur les vgtations1 malgr des ombres durement accuses1 malgr la lourdeur des couleurs lointaines4 ,trois choses1 trois vrits ternelles scrupuleusement observes1 judicieusement appliques1 font oublier ces faiblesses3 la conscience du dessin1 le respect du ton local1 la justesse des valeurs4 ,aussi1 combien de peintures la mode qui papillotent sous prtexte de vibrations solaires1 et qui1 isoles1 semblent flamber et miroiter1 s'teindraient pourtant ananties ct du tableau de ,loubon8 ,combien de ceux que l'on dit tre des coloristes parce qu'ils font joli ou amusant1 ou des impressionnistes parce que leur lumire est orange et leurs ombres violettes1 verraient leur uvre s'effondrer1 compare celle d'un peintre qui n'a aucune prtention la couleur1 qui n'est pas du reste un coloriste1 mais qui savait dessiner1 qui savait tablir et qui connaissait son mtier4 ,cette comparaison1 que l'on fait malgr soi en songeant tout le bruit que provoquent certaines rputations de peintres modernes1 alors que sont oublis ces grands morts d'hier si modestes1 on peut la faire encore plus probante avec1 du mme peintre1 le grand paysage1 le ,col de la ,gineste1 qui triompha l'an dernier l',exposition centennale4 ,on peut dire que ,loubon ne construisit1 dans aucune autre toile1 avec plus de prcision et de solidit les plans d'un tableau4 ,il faut admirer cette toile o l'il aime se reposer avec scurit1 l'audace extrme de son ciel tout en haut du cadre--audace que les impressionnistes rigeront plus tard en principes de composition--de son ciel qui n'est pas seulement dans ce court espace rserv quelques nuages festonns que le vent enroule1 mais qui baigne aussi de lumire le creux des vallonnements successifs1 qui claire les mamelons tags o broutent les chvres4 ,la composition de ce tableau gagnerait peut-tre encore tre dbarrasse de ces taches noires d'animaux mivres--qui semblent tre mises aprs coup et qui n'ajoutent rien la grandeur du paysage4 ,n'importe1 ce tableau demeurera1 par la belle comprhension de sa lumire1 par sa puissance1 par sa solidit1 parmi les uvres intressantes qui naquirent la suite de l'volution du paysage commence avec ,rousseau2 volution qui marque la plus grande manifestation picturale du ,x,i,xe sicle4 ,illustration3 ,clich ,heirieis4 ,,menons ,,de ,,la ,,crau 7,muse d',aix-en-,provence7 ,nous trouvons encore au muse de la ville natale du peintre1 les ,menons de la ,crau1 une grande toile1 la vrit1 plus curieuse que parfaite de composition1 mais o le peintre donna libre essor son observation heureuse des chvres4 ,loubon avait de tout temps affectionn cet animal1 probablement pour l'excessive mobilit de son allure1 et il ne rsista pas au plaisir de le mettre en scne comme un personnage important1 un acteur en vedette4 ,les bergers provenaux ont la coutume de mettre la tte des troupeaux qui se dplacent1 des menons1 chvres barbues1 cravates du haut collier de bois o s'accroche la clochette lourde4 ,c'est la musique officielle qui prside la marche de l'indiscipline caravane4 ,loubon nous a montr les chvres1 vues de front1 peu soucieuses de l'importance de leur rle1 dans les poses les plus varies3 les unes srieuses1 d'autres esquissant un entrechat comique1 les jeunes prtes cosser1 le regard mauvais2 toutes disposes une incartade imprvue4 ,et entre le dessin capricieux de leurs formes osseuses1 derrire ce rideau sombre qu'accusent les pelages foncs1 les oreilles et les artes vives des cornes1 arrive le troupeau blant1 en masse serre1 pendant que l'arrire-garde va se perdre dans une apothose lumineuse enveloppe de brouillards poussireux4 ,les chvres comptant seules dans ce tableau1 il faut voir avec quel humour1 quelle acuit dans la notation1 le peintre a inscrit leurs moindres tressaillements1 la souplesse de leurs articulations nerveuses et fines1 et leur gaminerie simiesque4 ,l'uvre par excellence o s'acclre encore le mouvement est l'importante toile de la ,razzia1 trs remarque au ,salon de ,paris de #aheg4 ,gustave ,planche avait crit dans la ,revue des ,deux ,mondes3 ,la ,razzia de ,m4 ,loubon est une heureuse tentative dans le genre de ,charlet et de ,raffet4 ,il y a dans cette toile un entrain1 une ardeur qui plairont aux hommes de guerre4 ,maxime du ,camp renchrit3 ,j'avoue1 dit-il1 que j'aime beaucoup ,m4 ,loubon3 il a de l'entrain1 une furie mridionale qui fait plaisir voir et qui constitue ses compositions une bien relle originalit4 ,sa ,razzia a le diable au corps4 ,sur un terrain inclin1 les veaux1 les taureaux1 les vaches1 les chvres1 les brebis1 les chiens se prcipitent1 se heurtent1 cascadant du mufle la queue et fuyant de leur galop saccad devant leurs bergers monts sur des dromadaires lancs au grand trot4 ,toute cette avalanche dessine en raccourci est d'un effet extraordinaire4 ,le troupeau ainsi chass1 est envelopp d'une fine poussire blanche leve sur les terrains calcaires par le pied agile des btes effrayes4 ,c'est gristre1 mais d'une rapidit qui fait pardonner cette faiblesse de la couleur4 ,nous n'avons rien ajouter ces quelques lignes exprimant si bien notre pense4 ,un tableau que ,loubon a fait souvent dans sa carrire1 comme des variations nombreuses sur un thme identique1 c'est le ,troupeau en marche du muse de ,montpellier4 ,sur la route1 au soleil1 le troupeau vient de face1 toujours malmen par l'homme et les chiens4 ,au milieu1 dominant les moutons et les chvres de sa haute stature1 l'ne gris cendr de ,provence1 avec1 surmontant le bt1 les deux sacs de sparterie tresse qui oscillent1 se haussent ou disparaissent dans le remous imprim par la bousculade gnrale4 ,parmi les animaux effars1 l'ne seul semble chapper la loi du mouvement exacerb que l'artiste impose tous4 ,que le chien jappe1 gambade et morde mme2 que les moutons se pressent en galop de droute1 que les chvres bondissent1 que les mulets ruent1 que les bufs apeurs mugissent1 que les chevaux que l'on tire trop durement avec la bride se cabrent1 l'ne1 comme un sage retir dans sa tour d'ivoire1 par seulement l'ironique balancement de ses longues oreilles1 subit la bourrasque sans y participer4 ,il se laisse entraner passif1 philosophant peut-tre2 que sait-on8 ,et par ce rle rserv l'ne seul1 le peintre aixois affirme encore davantage le ct particulier de son talent1 la justesse de son observation4 99 99 99 ,malgr leur couleur peu sduisante1 l'abus de certains ocres lourds et opaques1 la duret des contours1 le faire rpeux1 les tableaux de ,loubon sont remarquables encore par la belle ordonnance de la lumire que ce peintre tenait de ,granet1 par la belle ligne loquente et simplifie du matre ,constantin1 enfin par une harmonie de la composition gnrale qui semble lui avoir t rvle par les solennelles apparitions de la vie en mouvement au sein des dcors de la campagne romaine4 ,sans doute1 les recherches anatomiques ne furent pas pousses assez loin par l'artiste press d'exprimer sa pense ptulante2 mais il faut insister sur son originalit suprme3 sa furia mridionale1 son esprit mridional1 que reclent toutes ses grandes uvres et qui en sont la caractristique indniable4 ,toujours nous la retrouverons dans la suite de ses productions avec le ,souvenir de ,savoie1 le ,traneau 7#aheh71 o dans un mouvement plein de hardiesse1 un paysan attel une sorte de vhicule rustique1 descend du bois sur une pente excessive2 dans ,un chariot ,nevers 7,exposition de ,paris #aheh71 o1 avec des efforts violents qui contractent leurs muscles et dforment leurs ossatures1 des bufs cherchent ramener le chariot embourb hors de l'ornire profonde2 dans ,un temps de pluie 7#ahei71 o1 par une dbandade folle1 les moutons et les vaches1 sous la menace du nuage noir qui crve dj l'horizon1 se prcipitent vers l'abri#i4 #i ,la ,tribune artistique et littraire d',auguste ,chaumelin1 vol4 #b1 #c et #d4 ,dans les ,porteurs de poissons qui courent pieds nus1 ,loubon choisira dessein des gestes vifs2 et on suit1 intress1 la course antique de ces beaux gars luttant entre eux de vitesse1 le panier d'osier rempli de poissons sur l'paule4 ,dans son ,mulet fourbu1 il fait se plaindre lamentablement la misrable bte extnue et rappele par le bton de l'homme aux dures ncessits de l'effort4 ,cdant sous le poids de son fardeau1 le long de la route interminable1 les pauvres jambes de l'animal flageolent en arc4 ,dans cette petite toile1 ,loubon crit son dessin avec le burin comique d'un ,callot4 ,mais1 longtemps1 il ne saurait s'apitoyer sur le sort des btes de somme1 et s'il les mne l'abreuvoir 7exposition de ,lyon1 #aheg71 il les presse1 les heurte1 dans une hte fbrile4 ,il n'tudie pas l'animal en artiste attendri2 il ne lui prte ni le sentiment1 ni les affections1 ni les regards auxquels notre dsir d'humanit pour ces frres infrieurs1 donne parfois une signification qu'ils n'ont peut-tre jamais eue4 ,ce qui l'intresse chez l'animal1 c'est la curiosit de sa ligne mouvante1 l'imprvu de ses formes qui se dplacent2 et1 encore1 il le force courir les routes3 ,troupeau de la ,crau en marche 7#ahef72 descendre htivement du pturage estival pour rentrer l'table3 ,un troupeau de mrinos arrive des montagnes du ,pimont au village d',aureille 7,salon de ,paris1 #ahei74 ,au besoin1 il a les ,ferrades1 courses locales1 qui lui permettent d'baucher1 dans de vagues arnes1 de curieuses attitudes2 de satisfaire ses gots mridionaux de geste dramatique2 tel1 la couleur en moins1 un ,goya provenal4 ,il ose peindre la nature secoue par le vent qui tord les arbres et fait se lever sur la route les cyclones poussireux2 alors1 sous le ciel d'un bleu dur1 il montre la lutte pique des btes et du paysan de ,provence contre le mistral4 ,et on le voit ce vent implacable qui s'engouffre dans la houppelande de l'homme1 on le sent dans l'effort qui saccade la marche de l'animal1 avec le symbole de sa poussire argente qui monte1 dans le tableau1 aux environs d',aix-en-,provence1 jusqu'au sommet de la chane de ,sainte-,victoire4 ,enfin ,loubon accentue tout propos la rsistance animale qu'occasionnent la crainte1 l'effroi1 l'enttement3 le ,gu que les brebis se refusent traverser2 ,fuyant l'orage dans la montagne 7,lyon1 #aheg7 o roulent1 comme une avalanche1 les bufs qu'aiguillonne la peur autant que les cris et les bourrades du conducteur2 ,un bac 7environs de ,paris7 o1 sur les rougeoiements d'un ciel de couchant pluvieux1 il oppose les grandes silhouettes des veaux et des vaches qu'une paysanne pousse grands coups de gaule1 vers la barque1 malgr eux4 ,maintenant1 avec les ,souvenirs de ,soumabre 7#aheg7 il se remmore la bataille d'un essaim de poules accourues vers la poigne de grains de bl que leur jette la fermire4 ,si quelques peintres de basses-cours les ont vues remuantes1 ,loubon y veille tous les instincts les plus violents4 ,sous le coup de fouet de la faim1 il excite le poulailler une bousculade acharne1 des crasements1 des combats o1 dans des caqueteries de victoire1 des piaulements de dfaite1 se hrissent les crtes1 s'arment les ergots1 s'envolent les plumes4 99 99 99 ,pendant prs de la moiti de ce sicle1 alors que le retour la nature avait dj mis en honneur d'autres rgions3 la ,suisse1 la ,bretagne1 la ,touraine2 alors que les hautes cimes alpestres1 les landes sauvages1 les gras pturages1 les vieux chteaux historiques avaient leurs peintres et leurs potes1 qui se souciait de la ,provence avec ses horizons de collines basses1 ses chemins poudreux et ses maigres verdures#aj8 ,c'tait la ,gueuse parfume qui n'tait connue alors que par ses jasmins et ses orangers4 ,la ,gueuse parfume et ses basses terres brles du soleil et du vent avec la dsolation des landes broussailleuses1 les chnes-lige1 les pins et les genvriers des silencieuses forts vides d'oiseaux1 la fracheur de ses ravins profonds o se mlaient en impntrables fourrs les houx1 les myrtes1 les lauriers aux fleurs roses et les silnes toils1 les lavandes1 les iris et les cistes odeur d'ambre#aa4 #aj ,l4 ,brs4 ,le ,paysage provenal4 #aa ,virgile ,josz4 ,fragonard 7,socit du ,mercure de ,france4 ,paris1 #aija74 ,l'heure de clbrit allait venir bientt pour elle4 ,si cette gloire revient surtout ,mistral1 ,daudet1 ,paul ,arne1 aux flibres et tous les littrateurs et artistes qui surent l'imposer au got des ,parisiens1 on peut dire que ,loubon est le premier parmi les peintres qui ait compris la beaut du paysage provenal et ait os s'en servir pour y placer ses animaux4 ,dans le lit blanc de la rivire caillouteuse1 il fait passer quand mme et trbucher le troupeau2 il agrmente la nudit de la route avec l'anecdote du minuscule oratoire o1 dans sa niche peinte la chaux1 le saint repose entre deux bouquets de fleurs sauvages dessches2 il l'orne encore de rares oliviers ou d'un pin isol qui la coupe de son ombre grle4 ,le peintre s'entend merveille pour dduire le pittoresque de cette nature un peu pre et pour en agrandir le dcor4 ,avec les collines peles qui bordent la ,durance1 les masses bleutres du dme rectangulaire de ,sainte-,victoire1 les pures silhouettes ioniennes qui jouxtent la mer bleue et ferment les golfes1 il fait ses fonds4 ,l'aridit1 la dsolation de la terre crevasse1 assoiffe1 lui servent pour ses premiers plans srieusement tudis4 ,de cette ,provence dont il a aim le ciel1 les arbres1 les terrains1 les montagnes1 il a su montrer les aspects sduisants et rendre aimables mme les tares4 ,voil le signe certain de l'amour sincre du terroir4 ,toujours aprs ses courses travers la ,france1 une partie de l',italie1 de l',espagne1 il prouve1 son retour1 un sentiment plus intense de la posie particulire au pays natal4 ,mme aprs son voyage aux pays enchants1 aprs le souvenir des exquis paysages italiens et des verts pays de ,france1 son affection pour la petite ,provence s'augmente et s'affermit2 car le peintre a dcouvert en elle des grces non rvles aux profanes3 lui elle s'est montre1 peine impudique1 dans sa nudit de vierge grise de parfums1 claire par la chaude et clatante lumire de son soleil4 99 99 99 ,la maladie1 un mal terrible1 s'abat sur l'artiste en pleine gloire2 et1 circonstance aggravante1 il ne trouve pas auprs de sa compagne le rconfort1 la sollicitude dont certaines femmes savent entourer l'existence d'un tre souffrant4 ,rien dans la vie d'un artiste ne saurait tre nglig4 ,tous les vnements ont sur son uvre une importance plus ou moins heureuse ou nfaste qui ragit sur ses productions4 ,il faut donc dire la vrit1 encore proche4 ,loubon n'avait pas pous la femme qui pouvait le comprendre4 ,trs belle1 trs gte par celui qui lui passait tous ses caprices d'enfant ingrate1 l'ancien modle ne sut pas donner l'artiste un intrieur reposant4 ,il dut se rfugier dans l'amiti et mme s'isoler souvent pour retrouver un peu de tranquillit et de paix4 ,mais son art pouvait suffire remplir sa vie4 ,avec une nergie1 un courage et une patience hroques1 ,loubon lutte1 les dernires annes1 avec la souffrance aigu qui a prise sur son cerveau4 ,elle influe ds lors sur sa nature1 sur ses productions4 ,peu peu1 une sorte de bue grise enveloppe ses toiles1 le mouvement se ralentit et se fige presque dans ses dernires compositions4 ,les animaux qu'il y place marchent dsormais mollement et comme sans bruit4 ,c'est la vie qui1 insensiblement1 semble s'arrter4 ,dans son ,aprs-midi d'automne1 un de ses derniers tableaux1 les moutons sont tristes et broutent sans faim1 les chvres vont sans joie1 sans cabrioles1 les chiens n'aboient plus1 les gestes de l'homme sont indcis2 et ce gai paysage des environs de sa ville natale est brumeux1 effac4 ,la grandeur du style est encore dans la toile1 o une couleur maladive s'affine d'une enveloppe arienne que le peintre avait jusqu'alors ignore4 ,ce fut sa dernire uvre3 elle figurait ,paris au ,salon de #ahfc avec1 sur le haut du cadre1 le nud en crpe noir qui en augmentait encore--pour ceux qui avaient connu ,loubon si vivant1 si nergique--l'intense mlancolie4 mile ,loubon venait peine de mourir 7 ,marseille1 le #b mai #ahfc71 emport1 dit-on1 par un cancer intestinal qui le suppliciait depuis cinq ans4 ,il avait t fait chevalier de la lgion d'honneur en #ahee4 99 99 99 ,quand on voit au muse de ,marseille la superbe et dfinitive bauche qu'est le portrait de ,loubon par son ami ,gustave ,ricard1 on est attir vers cette figure souriante1 aux traits mouvants1 au regard sympathique et droit2 et tout de suite on se met apprcier l'homme que l'on voit pour la premire fois1 comme si on avait vcu de longues annes dans son intimit1 comme si on l'avait toujours connu4 ,loubon y apparat essentiellement bon1 distingu et fin4 ,il fut vraiment tout cela4 ,il fut1 en outre1 un esprit combatif1 intelligent1 remuant1 un artiste sincrement convaincu et qui eut le don de l'apostolat4 ,au moment de la retraite d',aubert1 quand ,loubon vint lui succder la direction de l'cole gratuite de dessin1 l'enseignement classique qui y tait donn avait produit d'heureux rsultats4 ,a voir certaines acadmies1 certains portraits au cont dessins par les meilleurs lves de cette poque1 on s'explique que ce premier enseignement ait si bien prpar des matres comme ,papety1 ,gustave ,ricard1 ,monticelli1 ,engalire1 ,beaume1 ,simon1 etc4 ,cependant l'activit artistique1 en tant que manifestation clatante1 convergeait dj toute vers ,paris4 ,c'tait le commencement pour la ,provence des dsertions en masse1 de l'exode vers la capitale de tous ceux qui tenaient1 avec quelque autorit1 une plume ou un pinceau4 ,ils allaient chercher ,paris le succs1 et aussi les moyens de vivre4 ,quelle statistique nous dira jamais le nombre des pauvres diables qui n'en sont point revenus1 broys par les combats de l'existence1 ou qui en sont revenus pour mourir chez eux consums par la phtisie8 ,pour un d'arriv1 combien qui sont tombs en chemin4 ,en rentrant ,marseille1 ,loubon1 qui tait encore tout imprgn de l'atmosphre d'art qui l'entourait ,paris1 le cerveau chauff par une belle flamme mulatrice1 fut frapp plus profondment de l'tat de stupeur artistique dans lequel semblait plonge l'ancienne cit grecque qui concentrait toute son activit pour les transactions commerciales et pour certaines industries4 ,ds son installation1 ,loubon n'eut qu'une pense3 tenter de crer ,marseille un centre artistique en quelque sorte dcentralisateur1 bien que forcment tributaire de ,paris2 y montrer les productions des matres franais et y faire se manifester les jeunes talents locaux1 avec la possibilit de trouver pour leurs uvres un prix rmunrateur4 ,il fallait1 en se servant de bonnes volonts1 de quelques intelligences1 susciter un mouvement artistique1 une sorte de ,renaissance4 ,loubon y russit pleinement1 pendant quelques annes du moins4 ,sa carrire est ce point de vue aussi intressante que celle fournie par l'artiste4 ,on doit retenir son nom ce double titre4 ,grce ses efforts1 son nergie1 son esprit remuant1 la chaleur communicative de ses convictions1 voil que se fonde ds la premire anne la ,socit des amis des arts de ,marseille1 institue dans le but de propager et d'entretenir le got et la culture des arts ,marseille4 ,l'exposition tait si bien organise1 crit ,m4 ,bouillon ,landais1 qu'elle put1 ds cette anne #ahdf1 ouvrir dans la salle du ,muse une exposition qui dura du #bj octobre au #ae novembre4 ,elle comptait #gij actionnaires1 en tte desquels figuraient ,s4 ,m4 le ,roi pour #cj actions1 et ,s4 ,a4 ,r4 le comte de ,paris pour #bj4 ,les peintres1 les sculpteurs et les architectes1 au nombre de #aid1 y prirent part en exposant #cef ouvrages4 ,c'tait donc un succs4 ,on vit l pour la premire fois ,marseille1 des uvres d',eugne ,delacroix1 ,couture1 ,decamps1 ,marilhat1 ,troyon1 ,rousseau1 ,roqueplan1 ,granet1 ,flers1 ,diaz1 ,fromentin1 ,cabanel1 etc4 ,quant ,loubon1 il exposait sept toiles3 ,paysage1 ,vue prise aux environs d',aix1 ,marche de muletiers1 ,mascarade sur l',arno1 le ,gu1 le ,printemps1 l't et ,moulin breton#ab4 #ab ,bouillon-,landais1 le ,peintre mile ,loubon4 ,plon1 ,nourrit et ,cie1 #ahig4 ,l'lan tait donn2 il fut assez tt entrav par les vnements politiques de #ahdh1 et aussi par l'envie1 les basses jalousies des camarades et de tous ceux qui1 en province1 s'acharnent aprs celui de leurs concitoyens qui fait quelque chose et tente de s'lever au-dessus de la bonne mdiocrit4 ,on reprocha ,loubon--qui allait chaque anne ,paris s'assurer pour l',exposition le concours des plus grands peintres1 ses amis--de faire ces voyages aux frais de l',association4 ,loubon1 qui tait trs digne1 se retira de la ,socit1 en tant que membre administrateur1 pour ne demeurer que simple exposant4 ,du reste1 la ,socit des amis des ,arts#ac ne vcut pas longtemps sous cette dnomination2 elle se transforma en #ahej1 et prit le titre de ,socit littraire et artistique des ,bouches-du-,rhne1 et continua1 jusqu' la cration du ,cercle artistique1 faire chaque anne des ,expositions de peinture o1 avec le concours des meilleurs peintres3 ,jules ,dupr1 ,troyon1 van ,marke1 ,palizzi1 ,baron1 ,fromentin1 ,coignet1 ,diaz1 ,jules ,nol1 ,millet1 ,granet1 les deux ,rousseau1 ,jonckind1 ,gustave ,ricard1 etc41 etc41 ,loubon exposait1 entour de ses nombreux lves et amis1 parmi lesquels il convient de retenir le nom de ceux disparus3 ,aiguier1 ,paul ,guigou1 ,barry1 ,fabrius ,brest1 ,simon1 ,suchet1 ,engalire1 ,grsy1 etc41 etc4 #ac ,voici les noms qui mritent d'tre retenus des membres de cette ,socit institue le #e aot #ahdf3 ,prsident1 ,m4 le marquis de ,forbin-,janson1 chevalier de la lgion d'honneur2 vice-prsidents1 ,,mm4 ,loubon1 oncle du peintre1 adjoint au maire1 chevalier de la lgion d'honneur2 ,gabriel1 conseiller de prfecture2 ,hippolyte ,luce2 secrtaire3 ,baude2 trsorier3 ,m4 ,gouin4 ,commissaires actifs3 ,,mm4 ,bec1 ,j4 ,m4 ,coste1 chevalier de la lgion d'honneur1 ,isba1 mile ,loubon1 directeur de l'cole2 ,marbeau1 ,michel ,colomb1 ,alphonse ,ngre1 ,ollivier1 ,paranque an1 ,albert ,pascal1 ,charles ,roux1 ,tassy4 ,commissaires supplmentaires3 ,aubert1 directeur honoraire du muse de ,marseille2 ,joseph ,autran1 ,bndit1 critique d'art2 ,berteau1 ,boisselot fils an2 ,bontoux1 statuaire2 ,boze2 ,carle1 journaliste2 ,giraud1 ,pagliano2 ,mathieu2 ,casimir ,flagniol2 ,romegas4 ,paralllement1 ,loubon avait su attirer dans son atelier les notabilits marseillaises et la critique avise d'alors4 ,des runions journalires avaient lieu1 au cinq sept du peintre4 ,et cet atelier du boulevard du ,muse1 o s'arrtaient1 lorsqu'ils traversaient ,marseille1 ,paul ,delaroche1 ,horace ,vernet1 ,fromentin1 ,baron1 ,granet1 fut bientt le rendez-vous de tout ce qui1 ,marseille1 pensait1 crivait ou s'intressait l',art4 ,le jeune et avenant directeur de l'cole tait en outre le camarade plutt que le matre des jeunes artistes qui venaient le consulter4 ,il tait surtout l'ami sr1 le conseiller prcieux de ceux qui venaient lui demander avis4 ,l'atelier de ,loubon fut pendant longtemps un foyer hospitalier o venaient s'chauffer les ambitions1 se rallumer les nergies faiblissantes1 s'exalter les vocations4 ,loubon1 chez qui le sens critique tait trs affin1 avait pour chacun l'observation juste1 l'encouragement1 le conseil judicieux4 ,il savait merveilleusement indiquer chaque temprament diffrent sa voie1 en lui laissant toute sa personnalit4 ,a tous1 il disait3 ,n'imitez personne1 car vous seriez au-dessous de ceux que vous parviendrez galer4 ,regardez autour de vous1 peignez ce que vous avez vu depuis votre enfance2 le paysage et les choses que vous comprenez et qui vous donnent des sensations4 ,par les conseils de ,loubon1 on peut dire que l'cole provenale fit sous sa direction ce qui--toutes proportions gardes--avait si bien russi la grande cole hollandaise4 ,elle regarda autour d'elle1 et fit le portrait des hommes et des murs rustiques des campagnes1 des mers et des ciels de son pays#ad4 ,et cette voie aussi fut fconde pour les artistes provenaux4 #ad ,eugne ,fromentin3 les ,matres d'autrefois4 ,nous voyons alors des talents surgir dans tous les genres4 ,c'est ,gustave ,ricard1 le subtil portraitiste1 l'intimiste vers qui toute une gnration de jeunes peintres a1 en ce moment1 les yeux tourns2 ,monticelli1 le plus extraordinaire coloriste2 ,aiguier qui a retrouv la composition colore de l'ther impondrable2 ,paul ,guigou1 l'lve direct de ,loubon1 qui continuera peindre la ,provence et la comprendre1 la faire aimer1 mme dans ses violences2 ,franois ,simon1 un peintre intressant et doux1 qui et pu faire de la figure o il et excell1 si on se rapporte ses beaux portraits au crayon cont1 la trs belle peinture3 ,sollicitude1 qui est au muse de ,marseille4 ,mais ,simon peignit des animaux parce qu'il les aimait4 ,il comprit la posie des tables o somnolent les doux ruminants2 il nota avec tendresse le regard enfantin et inquiet des jeunes veaux1 le pittoresque manteau des chvres1 la toison paisse des moutons4 ,tendre1 il aima les animaux la faon de ,loutherbourg1 il les peignit avec amour1 avec une mlancolique philosophie2 mais1 part quelques exceptions1 ses animaux participrent rarement du paysage o le peintre les plaait4 ,simon ne fut pas paysagiste1 alors qu'il et pu devenir un grand portraitiste4 ,engalire1 par contre1 tait de pure race paysagiste2 on en a la rvlation devant son tableau du muse de ,marseille1 rapport d'une excursion en ,espagne et intitul ,vue de ,grenade4 ,ce fut vraiment un peintre magnifiquement dou que cet ,engalire1 plus coloriste que ,loubon et qui disparut emport trente et un ans par une congestion crbrale1 ne laissant qu'un bagage sommaire4 ,on le vit l',exposition universelle de #ahee avec une toile importante1 ,vue d',alicante prise de la route de ,malaga1 qui reclait des qualits de tout premier ordre et surtout un beau sentiment du pittoresque4 ,cet artiste tait sans rival comme peinture la gouache et avait un grand sens dcoratif4 ,dans les peintres de marine1 ,barry s'essayait aux lumires roses qui font trop jolies ses vues de ,constantinople et du ,bosphore4 ,l'poque est tout entire l',orient4 ,delacroix vient de peindre son ,entre des croiss2 ,fromentin va dcouvrir l',algrie4 ,et voil ,fabius ,brest1 qui dserte la ,provence et les heureux motifs de ses premires et meilleures toiles3 ,vieilles bastides dans les pins et les oliviers2 ,fontaines sous les platanes des villages2 ,coteaux arides sems de mriers nains1 o il mettait un grand charme1 pour s'enfuir ,constantinople1 peindre des mosques et des scnes turques qui manqueront d'motion4 ,un autre lve de ,loubon1 ,huguet1 se jette lui aussi dans un orientalisme de convention1 mais au moins y russit-il par des qualits de peintre dlicat4--,pourrait-on oublier ,suchet1 un bien brave homme1 que ,daudet et d connatre pour nous laisser encore un chef-d'uvre8 ,suchet1 qui incarne tout un ct de la physionomie provenale2 ,suchet1 qui eut du talent1 certainement1 nonobstant sa vantardise1 et qui1 ancien matre portefaix1 cuisinier et tnor ses heures1 trouva le temps de peindre quantit de toiles intressantes1 comme la ,pche au thon du muse de ,marseille4 ,il comprit sa manire1 cette ,mditerrane qu'il avait si souvent regarde dans les heures longues des fameuses parties de pche4 ,presque toujours il nous la montre avec la lame large1 houleuse1 claire par un ciel clair1 et sur le sommet de laquelle il sait1 comme pas un1 placer un bateau de pche1 le hausser sur sa crte ou le rouler dans sa courbe molle4 ,suchet connaissait fond les bateaux3 canots1 voiliers1 golettes1 bricks de toutes sortes1 il s'entendait comme un marin les grer et les conduire selon le vent4 ,son ,brick qui rentre le soir1 au clair de lune1 dans le vieux port de ,marseille1 prouve aussi en faveur de son entente de la composition gnrale1 de sa recherche heureuse des effets lumineux4 ,nous trouvons encore dans les expositions de #ahcf1 jusqu'en #ahfa1 un peintre amateur qui fut receveur de l',enregistrement ,marseille et plus tard directeur des ,domaines ,avignon1 ,prosper ,grsy1 de qui on peut voir les nombreuses toiles1--car il peignit beaucoup--dans les muses de ,provence et dans les galeries4 ,celui-l aussi fut un amant passionn de la ,provence1 et de sa manire un peu rocailleuse1 il sut en rvler le caractre singulier4 ,grsy1 qui fut un excellent paysagiste1 a peint en outre des arbres1 avec un beau lyrisme4 ,la nature vue par lui1 est puissante1 colore1 et comme sculpte dans ses masses4 ,les muses de ,marseille1 d',aix et d',avignon possdent de ,prosper ,grsy des toiles de diffrents motifs1 bien que la notation soit toujours peu prs la mme4 ,mais la meilleure partie de l'uvre de ce peintre se voit chez des collectionneurs1 o on retrouve quelques paysages remarquables4 ,c'tait en quelque sorte de l'atelier de la rue du ,muse que sortirent ces diffrentes personnalits4 ,pourtant1 ,loubon n'y influenait personne2 admirant un jour une dlicieuse tude de ,simon1 le lendemain une bauche de ,ricard1 autant qu'une toile de ,monticelli4 ,il aimait garder quelque temps dans son atelier les toiles qu'on lui apportait1 surtout celles qui l'intressaient plus vivement4 ,c'est ainsi qu'ayant accroch un jour contre son mur une peinture de ,monticelli1 chaque instant1 il se distrayait de son travail pour venir tudier la riche harmonie du grand coloriste qui l'attirait4 ,mais1 s'cria-t-il1 la fin1 il sort du feu de cette toile6444 ,loubon1 sincre1 modeste et bienveillant1 savait reconnatre les qualits de ses amis et de ses lves4 ,aucune mchancet1 aucune haine ne put modifier sa belle nature aimante et gnreuse4 ,ce fut un vrai chef d'cole1 car il sut crer le milieu1 l'ensemble qui1 ainsi que le dmontre ,taine dans sa ,philosophie de l'art1 est ncessaire pour faire clore les uvres durables4 ,,auguste ,,aiguier #ahai-ahfe ,illustration3 ,,auguste ,,aiguier 7#ahai-ahfe7 ,,ii ,,auguste ,,aiguier ,a ,m4 ,frdric ,gas4 ,parmi les peintres remarquables qu'a produits la ,provence1 ,aiguier est assurment1 aujourd'hui1 le plus oubli4 ,ce fut peut-tre1 cause de son admirable instinct1 un de ses plus rares artistes4 ,instinctif1 ,aiguier l'est comme ,claude1 comme ,turner1 et1 rapprochement curieux1 il est1 ainsi que ces grands alchimistes de la lumire1 de mentalit pauvre2 et1 comme ,corot1 indiffrent tout ce qui n'est pas son art4 ,pote exquis1 coloriste mu1 il rendit le mieux en son temps--en ceci il galera souvent ,corot et mme ,claude ,lorrain--l'extrme tnuit des vibrations lumineuses1 leur dlicatesse atomique1 la subtile trpidation des ondes colores2 et1 de mme que ces chantres de la lumire1 s'il eut aussi la divination synthtique de l'ther impalpable1 il sut le mettre sur sa toile1 simplement4 ,aiguier1 provenal inconnu1 ,aiguier1 qu'on oublia de montrer la ,centennale1 compar comme peintre ,turner par certains cts1 ,corot et ,claude par d'autres6 ,que de sourires ironiques n'allons-nous pas mettre aux lvres pinces des pontifes8 que de haussements d'paules1 que de rflexions malveillantes n'allons-nous pas provoquer8 ,n'importe6444 ,il faut oser dire cela4 ,et pour tout homme qui n'est ni aveugle ni prvenu--ce qui est pire--il reste encore de ce peintre1 dans les muses de ,toulon1 de ,marseille et de ,cannes1 quelques toiles qui sauront1 mieux que des phrases1 prouver la valeur de nos affirmations4 99 99 99 ,aiguier 7,louis-,auguste-,laurent7 naquit ,toulon1 le #bc fvrier #ahai1 de parents cultivateurs originaires de ,la ,garde4 ,on aimerait faire natre dans cette ville1 qui vit les dbuts de ,bonaparte1 quelque glorieux soldat ou quelque rude marin4 ,il parat tout d'abord assez extraordinaire que le grand port de guerre mditerranen1 ceintur de remparts1 couvert sur toutes ses hauteurs d'imposantes forteresses1 nous ait donn un peintre d'atmosphre si attendri2 mais on s'explique plus tard que la qualit de la lumire particulirement enveloppante qui baigne ,toulon et la campagne environnante1 que la brume fine et ouate de violet qui se joue certaines heures aux flancs de ses collines1 entre l'escarpement de ses caps dentels en rose1 que les bues particulirement vibrantes qui s'lvent1 comme dans les grands lacs1 au-dessus de la mer bleue1 aient contribu faire clore la vocation d'un ,aiguier qui vcut l pendant vingt ans4 ,combien1 depuis1 s'y sont essays1 mivrement8 ,aprs avoir reu une instruction trs lmentaire1 ,aiguier fut mis en apprentissage chez un coiffeur4 ,et c'est ce mtier qu'il exera presque jusqu' ses dernires annes2 plus rarement cependant l'poque o il commena exposer ses tableaux4 ,le barbier tait devenu alors coiffeur pour dames et tait trs recherch par l'lite de la socit marseillaise4 ,cette corporation de perruquiers devait enfanter deux autres artistes intressants3 ,simon1 l'animalier1 et ,barry1 le peintre de marine1 tous deux ns ,marseille4 ,coiffeur6 coiffeur pour dames6 et peintre comme ,claude1 et pote comme ,corot4 ,l'art de peindre ne serait il donc plus l'apanage des seuls artistes ayant des qualits de distinction plus ou moins natives1 une ducation1 une culture confrant cet art une sorte d'aristocratie8 ,avec ,m4 ,arsne ,alexandre1 qui ne se trouve pas autrement choqu de la lgende faisant de ,claude un esprit vacillant et1 pour dire brutalement le mot1 un peu idiot1 et qui ajoute3 ,oui1 ,claude ,lorrain1 idiot1 faible d'esprit1 entnbr pour tout autre chose que pour son art1 nous semblerait encore trs complet1 et sa vie1 ainsi que son uvre1 ne cesserait pas pour cela d'tre d'une absolue logique1 nous admettons pareillement ,aiguier1 coiffeur pour gagner sa vie1 bien que pote exquis1 peintre admirablement dou2 et nous admettons aussi son uvre1 faite d'un gnial instinct1 consquence logique de sa nature4 ,ds sa jeunesse1 cet instinct s'veille1 ainsi qu'il le raconte lui-mme1 avec la vive admiration que lui donnait la peinture2 et il s'essaye imiter tout ce qui frappait ses yeux1 aimant surtout crayonner les sites pittoresques de sa ville natale et les beaux navires qu'il voyait se balancer sur les eaux bleues de la ,mditerrane#ae4 #ae ,la ,tribune artistique et littraire4 ,il nous plat de reconstituer l'enfance de l'apprenti coiffeur1 enferm dans une de ces curieuses choppes qui touchent au port1 s'enfuyant chaque instant de la journe pour venir assister au spectacle changeant du soleil qui1 sur les quais de ,toulon1 semblables ceux de ,venise1--que nul vhicule ne trouble1--vient clairer ce palpitant dcor4 ,nous aimons suivre1 au matin1 le jeune homme faisant un dtour pour se rendre au travail1 longer les quais de la ,marine grouillant cette heure de vie intense4 ,croyez-vous qu',aiguier va s'intresser au mouvement d'animation pittoresque qui excite la curiosit des autres hommes attirs l8 ,croyez-vous qu'il verra la foule des marins qui approvisionnent l'escadre en rade et se htent de remplir de victuailles htrognes les canots de service8 ,croyez-vous qu'il sera frapp de tous ces bruits d'appels qui se mlent aux sifflets des petites chaloupes vapeur1 aux heurts cadencs des rames8 ,en ce moment1 l'apprenti coiffeur ne voit pas1 n'entend pas ce qui se passe prs de lui4 ,il s'tonne1 il s'meut1 il est retenu par la beaut de la symphonie du ciel et de la mer qui se joue devant lui dans le mystre de l'enveloppe arienne baignant les fonds du tableau3 le cap ,sici1 la rade et le fort de l',aiguillette plus proche4 ,il observe les insensibles valeurs qu'accusent les mts et les tourelles des cuirasss immobiles4 ,il regarde avec plaisir les jolies notes de couleurs crues1 vronse et vermillon1 bleu d'outremer et jaune de chrome1 qui s'exaltent sur la coque des bateaux de plaisance et sont si harmonieuses distance4 ,sur la ,mditerrane qui tressaille dans le papillotement de la lumire irise1 il aime la course en zigzag que font les triangles inclins des voiles latines4 ,il vient encore1 au soir1 admirer les pousailles mlancoliques du ciel et de la mer1 quand l'adieu du soleil la terre comporte toutes les souffrances de la sparation2 et quand1 la nature1 dans l'harmonie plus suave des valeurs1 chante--ferie apaise--l'hymne religieux de la lumire mourante4 ,le ciel et la mer l'hypnotisent4 ,il les voit avec une admiration mle de tendresse2 il les aime d'un amour mystique4 ,et pendant que ses yeux se mouillent d'attendrissement1 il communie avec la magicienne insaisissable dans l'ther tide et vibrant4 ,et d'instinct1 le coiffeur devenu peintre mettra plus tard dans ses toiles1 entran par la force de ses sensations1 l'immense posie de la lumire2 toujours d'instinct1 comme ,turner1 comme ,claude4 99 99 99 ,antoine ,vollon1 visitant vers #ahhj le muse de ,marseille1 tomba subitement en arrt1 dans l'tonnement admiratif le plus vif1 devant la marine d',aiguier4 ,surpris et charm1 revenant sans cesse vers cette toile qui l'obsdait1 et oubliant tout ce qui tait accroch aux murs voisins1 ,vollon dit1 plusieurs reprises1 ceux qui l'accompagnaient3 ,voil un merveilleux tableau et je n'aurais jamais pens que vous ayez eu ,marseille un peintre aussi grand4 ,combien rares taient les visiteurs du muse de ,marseille qui avaient jusqu'alors fait semblables rflexions6 ,combien plus rares taient les ,provenaux qui s'taient arrts un instant devant la toile d',aiguier6 ,le ,soleil couchant sur la ,mditerrane1 au vallon des ,auffes1 est dat de #aheh4 ,le tableau fut expos en #ahei au ,salon de ,paris4 ,m4 ,ernest ,cheneau1 correspondant de la ,critique artistique et littraire1 crivit dans son compte rendu3 ,quelles belles eaux profondes6 ,comme l'il les pntre facilement et s'en va droit l'horizon1 guid par ce rayon de soleil bris en mille facettes par le doux mouvement des vagues6 ,la belle marine6 ,la plus belle du ,salon444 ,je dclare le ,coucher de soleil sur la ,mditerrane la plus forte marine que nous ayons vue depuis dix ans444 ,nous pouvons ajouter notre tour qu'on n'en a pas fait de meilleure depuis4 ,illustration3 ,clich ,brion4 ,,le ,,soleil ,,couchant ,,sur ,,la ,m,,diterran,e1 ,,au ,,vallon ,,des ,,auffes 7,muse de ,marseille7 ,quand on entre au muse de ,marseille1 dans la salle de l'cole provenale1 on aperoit1 en face1 sur la cimaise1 ct du portrait de ,chenavard1 la marine d',aiguier4 ,cette toile n'arrte pas1 ne lance pas l'illade provocante de certaines peintures2 et1 n'tant pas de grandes proportions1 on comprend qu'elle chappe aux visiteurs ordinaires en qute d'anecdotes ou de couleurs jolies4 ,un peu obscure1 elle s'enveloppe1 certaines heures1 du mystre particulier aux grandes uvres4 ,mais quand on l'observe avec attention1 il se fait1 la longue1 un insensible crescendo lumineux qui grandit vite et arrive progressivement l'intensit4 ,peu peu le soleil apparat dans la toile et l'illumine toute4 ,on crierait facilement au miracle4 ,en effet1 il est bien l devant nous le vrai soleil qui1 peine tamis par des brouillards insensibles1 blouit les yeux et rchauffe le cur4 ,telle est l'impression physique ressentie devant la marine d',aiguier4 ,quant l'impression psychologique1 elle n'est ni moins parfaite1 ni moins puissante4 ,la peinture est oublie2 on s'occupe peu ici du mtier et de la composition qui est nulle3 un pan de rochers au demeurant assez banal1 des fabriques peu intressantes droite1 des barques gauchement dessines au premier plan2 mais il y a un ciel et une mer qui impressionnent fortement4 ,au milieu de la toile1 le soleil descend sur l'horizon aprs la gloire d'un beau jour4 ,dans le lit recouvert en vieille soie jaune o des brumes la bordent1 la ,mditerrane l'attend frissonnante4 ,sur ses eaux court le frmissement imperceptible qui ourle la vague avec les tons du ciel lumineux peine dgrad vers des bleuissements clairs et doux4 ,un voile diaphane semble jet sur la nature dans la mlancolie du crpuscule pressenti4 ,les fonds et les seconds plans s'enveloppent vaporeusement d'une valeur peine mauve2 des voiles lgres passent ou se drobent l'horizon2 et1 avant de disparatre1 le soleil jette au monde tous les ors de sa cassette qui irradient le firmament et tintent joyeusement sur les crtes des vagues cadences4 ,cette impression1 toute de pure posie1 voque en mme temps des chants musicaux et des penses mlancoliques1 d'un religieux panthisme1 la tristesse des fins de journes triomphales1 les dualits motives des grands spectacles de la nature3 ,soleil couchant derrire les ports1 ,gloire incomparable des cits maritimes1 ,calme du ciel1 pourpre des eaux#af4 #af ,pierre ,lous4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 99 99 99 ,aiguier tait venu se fixer ,marseille vers sa vingtime anne4 ,il se mit tout de suite en rapports avec deux confrres qui1 dans cette ville1 faisaient aussi de la peinture3 ,barry et ,simon4 ,toutes ses heures disponibles furent employes par lui dessiner et peindre sur nature4 ,pendant plus de quinze ans1 on vit le coiffeur1 se dissimulant1 presque honteux1 s'en aller deux fois par jour avec sa bote de peintre1 parcourir les abords du port3 le quai de ,rive-,neuve1 le bassin du ,carnage1 le chemin qui passe au bord de l'eau sous le fort ,saint-,nicolas1 l'ancien ,pharo1 et toute cette route de la ,corniche qu'il fouille dans ses moindres criques depuis les ,catalans jusqu'au vallon de la ,fausse-,monnaie4 ,sur des panneaux de petite dimension1 sur des cartons que sa femme1 qui tait modiste1 n'utilisait plus1 incessamment1 ,aiguier tudiait et cherchait surprendre lui aussi l'me des valeurs1 la grande unit de la lumire qui caresse et revt tous les plans et toutes les surfaces d'un tableau1 la composition mystrieuse de l'ther chaud en ses vibrations insaisissables4 ,avec une tnacit extrme1 trs difficile sur le rsultat obtenu1 il travaillait silencieux et cherchait1 sans jamais croire avoir atteint le but4 ,loubon1 qui il est all montrer ses tudes1 devine l'artiste1 l'apprcie fort et l'encourage4 ,pendant quelque temps1 on voit ,aiguier suivre les cours de dessin1 l'cole4 ,mais il touffe dans ces salles o le modle pose sans grce2 et il retourne vite ses chres tudes en plein air1 aux bords de la mer4 ,il rencontre dans ses courses solitaires ,ziem1 qui peint dj des toiles consciencieuses et belles1 lesquelles auront plus tard la priorit sur la production norme de ce coloriste minent2 et il s'prend de cette belle technique4 ,enfin en #ahec1 aprs avoir prlud par l'envoi de quelques petits tableaux dont le sentiment doux et potique fut gnralement apprci1 enhardi par son premier succs1 ,aiguier fait son premier voyage ,paris4 ,l1 il montra ses tudes ,hbert qui sut en voir tout le charme et lui donna le conseil d'tudier ,claude ,lorrain4 ,pour un paysagiste1 lui dit l'ancien directeur de ,rome1 c'est le seul matre qui puisse le guider et lui apprendre voir la nature#ag4 #ag ,la ,tribune artistique et littraire4 ,le conseil tait judicieux4 ,aiguier vit1 en effet1 ,claude au ,louvre4 ,il l'admira1 il l'tudia2 mais il sut ne pas l'imiter4 ,le peintre toulonnais1 revenu ses patientes tudes1 dbute alors l',exposition universelle de #ahee avec deux belles uvres3 la ,soire d'automne aux ,catalans 7marine71 et ,un paysage d'automne aux environs de ,marseille4 ,la ,soire d'automne aux ,catalans du muse de ,toulon1 dont ,maxime du ,camp vanta la couleur blonde et la finesse1 est notre avis un des meilleurs tableaux1 pour ne pas dire le meilleur d',aiguier4 ,l'unit atmosphrique est1 dans cette toile1 incomparable4 ,pas un plan dfini1 mais de l'air partout2 pas de chocs de couleurs1 mais la sensation de la lumire elle-mme4 ,la voil cette harmonie que beaucoup de peintres ont vainement cherche toute leur vie2 elle est l apparente1 et douce1 et merveilleuse4 ,certes1 dans cette toile1 comme dans presque toutes celles de ce peintre1 il ne faut pas chercher l'lvation du style1 la science du dessin1 la ferie de la couleur4 ,c'est la nature navement interprte par un mu1 sans plus4 ,rien d'elle n'est supprim pour l'embellir1 rien d'elle n'est ajout pour la parer4 ,c'est1 gauche de la toile1 la tour rectangulaire des anciens ,catalans1 aussi peu pittoresque que possible1 dont un ct est clair en rose par le soleil couchant4 ,dans l'anse1 sous la tour1 des bateaux entre-croisent leurs voiles sans recherche de jolies arabesques4 ,sur un premier plan de terrains1 des barques tires sec2 et dans leurs ombres1 des figures de pcheurs1 de femmes et d'enfants1 tablies maladroitement4 ,mais quel charme dans cette poussire violette qui aurole les rochers de droite1 quelle incomparable finesse dans cette valeur imperceptible qui dlimite les les lointaines et l'arienne silhouette du chteau d',if4 ,quelle lumire dans ce ciel6 ,l'autre marine1 les ,tamaris1 environs de ,toulon 7,salon de #ahfe1 ,paris71 est un effet de crpuscule particulier aux bords de la mer ,mditerrane1 certaines poques de l'anne4 ,dans un ciel trs pur1 le jour est demeur aprs le dpart du soleil2 pendant que la mer est dj influence dans sa couleur par la nuit que l'on sent proche4 ,une masse violette1 arrte aux contours d'un promontoire voisin1 spare la dualit de la lumire qui s'en va et de l'ombre qui vient4 ,et une sensation particulire de froid crpusculaire sort de cette toile que d'aucuns prfrent mme au ,soleil couchant de ce peintre4 ,nous ne saurions tre de cet avis4 ,le muse de ,cannes possde aussi deux toiles d'ingales beauts et de dimensions moindres4 ,la premire est un coin du ,bassin du ,carnage ,marseille4 ,le navire1 que l'on bourre d'toupes1 est couch sur le flanc1 livr aux longs marteaux de bois des calfats qui travaillent sur sa carne4 ,derrire cette masse sombre1 cette sorte de baleine choue et ligote1 apparaissent en lumire la saillie rocheuse du fort ,saint-,nicolas et la vieille cit que domine le clocher octogonal de ,saint-,laurent4 ,tout cela est fin comme tout ce que peignit ,aiguier1 fin de tons et de valeurs4 ,mais voil une toute petite toile autrement intressante1 avec laquelle nous pntrons dans sa comprhension du paysage4 ,lorsqu'on veut analyser ce peintre dans plusieurs de ses tableaux1 on est forcment oblig de se rpter4 ,il ne peignit en fait que deux ou trois effets au plus3 des soleils couchants sur la mer1 certaines notes d'automne dans les champs4 ,si on y joint quelques tentatives de crpuscule1 on les a tous dcrits1 car ,aiguier n'a pas fait trente toiles1 part de trs nombreuses petites tudes#ah4 #ah ,le catalogue de la vente des tableaux et tudes faite ,marseille en #ahff comporte #dj tableaux et #aic tudes4 ,ce tableautin du muse de ,cannes3 ,une vue de la campagne de ,provence 7#ahei71 est d'une dlicatesse atmosphrique rare1 assez comparable l'art de ,chintreuil2 et vraiment on ne saurait mettre plus d'air1 de posie et d'espace dans une si petite surface4 ,or1 malgr la qualit d'air1 enveloppante comme une caresse1 qui vibre dans cette toile1 par cette matine si adorable1 si prometteuse de vie1 que le peintre nous dcrit1 une sensation presque triste s'en dgage qui fait monter aux yeux des larmes d'attendrissement4 ,c'est que toujours le pote l'emporte1 et que1 la palette la main1 ,aiguier pense musicalement4 ,voyez assez profondment et vous verrez musicalement1 dit ,carlyle2 le cur de la nature tant partout musique1 si vous pouvez l'atteindre4 ,aprs la ,lisire de bois dans le ,var 7,exposition des amis des ,arts de ,lyon1 #aheh71 ,aiguier envoie ,paris1 en #ahei1 les ,collines de ,montredon1 un paysage de lumire d'une inspiration symphonique triste et douce4 ,derrire les pins du premier plan et sur leur droite1 les lointains s'estompent1 dlicats1 la belle architecture des collines grecques de ,montredon s'efface dans une brume aristocratique2 et la ligne peine bleue de la ,mditerrane note1 presque insensible1 la place de l'horizon infini sous le ciel vibrant4 ,dans ce tableau1 les pins ont une grande importance4 ,c'est le seul arbre qu',aiguier ait mis dans ses paysages4 ,il l'a d'ailleurs aim avec une tendresse infinie1 ce pin de ,provence1 ce pauvre souffreteux que le vent malmena pendant son enfance et qui se penche1 s'incline ou se tord dans une attitude si pittoresque4 ,le peintre d'atmosphre a eu pour son arbre favori un vert tout particulier1 matinal1 apais1 frais et nouveau qui lui sied1 et qu'en effet cet arbre porte en lui4 ,il a rendu la trame fluide de ses masses1 la finesse lgante de ses branches1 les dcoupures japonaises de ses ramures4 ,aussi1 mieux que personne1 il a dit la mlodie que le vent chante dans les pins1 avec de plaintifs et longs crescendo4 ,mieux qu'aucun peintre1 il a su les baigner dans les matines de lumire automnale1 les opposer sur les fonds dors des crpuscules1 et faire pailleter le ciel autour de l'arbre1 avec1 chaque pointe aigu de sa dentelle verte1 les feux des pierres prcieuses rares4 99 99 99 ,parmi les uvres des artistes que la commission impriale de #ahfb dsigna pour reprsenter l',art franais l',exposition universelle de ,londres1 on comptait deux toiles d',aiguier3 ,pcheurs ,saint-,mandrier et ,golfe de ,val-,bonte1 qui avaient t trs remarques au ,salon de #ahfa4 ,m4 ,aiguier1 crit alors ,henry ,fouquier1 idaliste pur1 lve direct de ,claude ,lorrain1 pote trop pris peut-tre de la simplicit et tombant facilement dans l'art dioramique qu'on a reproch justement ,claude4 ,la renomme tardive venait au peintre4 ,cependant1 ,marseille1 ,aiguier1 modeste1 malingre1 souffreteux1 ne connaissait la clbrit que par son talent de coiffeur2 et la gloire ne s'attachait son nom que par la cration d'une forme spciale de chapeau pour dame qui fit fureur en son temps1 et qu'on surnomma l',auguste4 ,le peintre dsormais l'abri du besoin1 et pouvant enfin se livrer tout entier l'art1 vendait quelques toiles1 dont1 comme tous les vrais artistes1 il n'tait jamais compltement satisfait et desquelles il ne se sparait qu' regret4 ,a partir de ce moment1 ,aiguier s'affine toujours1 presque maladivement4 ,il orchestre avec des timbres encore plus doux sa symphonie arienne4 ,il veut que ses instruments ne jouent que dans la demi-teinte2 mais mme avec l'extrme simplicit d'un unisson1 la monotonie d'une pdale1 il donne encore une forte sensation lumineuse4 ,il voit alors1 avec le pote1 tomber le soir l'entre des ports1 quand3 ,sous le ciel rose et clair comme une aile d'ibis1 ,sur ,marseille o descend dj la nuit future1 ,la ,mditerrane a ferm sa ceinture ,aux anneaux d'or1 de malachite et de rubis4 ,il annonce l'aube aux bords de la mer1 quand3 ,l'tendue infinie est d'un bleu trs profond ,o tranent vaguement des mousselines claires4 ,et les vagues s'en vont leur route sans colres3 ,de la lumire au loin barrant tout l'horizon4 ,plus d'toiles1 la nuit1 glisses du ciel moins sombre 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,mais l'aube en grisaillant les rochers laisse encore1 ,dans l'entre-deux des caps1 dormir des golfes d'ombre4 99 99 99 ,aiguier1 malade1 s'est retir au ,pradet1 prs de ,toulon2 et le long de cette cte enchanteresse qui va par le chemin douanier du ,golfe de la ,garonne jusqu'au ,mourillon1 en passant sous les forts de ,sainte-,marguerite et du cap ,brun1 au-dessus des promontoires roses1 dans les anses endormies1 travers les lentisques et les myrtes1 les bourraches fleuries en bleu pastel et les pins rsineux1 il ne regarde presque jamais que le ciel et l'eau1 que la clart du soleil sur la mer profonde1 et trouve cette simplicit plus grande que toute chose4 ,a peine consent-il mettre dans les marines de cette poque une bande de terre qui s'avance gauchement sur l'horizon4 ,c'est devant l'anse de ,val-,bonte1 le fort de la ,colle-,noire et les oliviers clairsems et insignifiants de ce coteau monotone4 ,aiguier1 du reste1 russissait peu dans l'arrangement2 et son ,ile des ,saints 7,salon de ,paris1 #ahfc71 souvenir d'un sjour ,cannes1 n'est vraiment pas heureuse4 ,le ciel et la mer6 ,ce sont l ses meilleures toiles4 ,il a rendu l'air impondrable d'une rare qualit lumineuse4 ,il a peint l'eau avec une substance particulire plus exquise que ne serait la sensation du trompe-l'il4 ,la fluidit et la mobilit de la mer sont notes par lui d'une touche sre2 on sent avec la transparence toute la puissance1 la profondeur de la masse liquide4 ,une de ses dernires toiles expose ,paris en #ahfc1 la ,pche au bourgin1 ,val-,bonte1 ne contient plus que le ciel et l'eau2 mais c'est dans une harmonie limpide1 un ciel de rve1 une mer moelleuse1 recueillie1 que ride peine la brise expirante1 et1 dans une impression infiniment douce1 la prface ce deuil quotidien de la terre1 la tristesse de voir le soleil--cette joie du monde et ce pre de toute vie1 sombrer1 s'abmer dans les flots#ai4 #ai ,michelet4 ,la ,mer4 ,aiguier depuis longtemps va aussi vers sa fin1 au moment o il arrive la maturit de son talent4 99 99 99 ,alors ce ple cygne1 dans son lit de larmes1 commena le triste chant funbre de sa mort4 ,,shakespeare4 ,le peintre provenal va quelquefois encore vers sa chre ,calanque de ,val-,bonte4 ,il refait pniblement1 min par la phtisie1 cette route exquise borde de chvrefeuilles fleuris1 de gents odorants1 de fleurs sauvages qui se dtachent sur la mer bleue2 et1 dans cette grisante atmosphre il retrouve assez d'nergie pour peindre encore quelques toiles dans une harmonie qui s'affine toujours1 mais s'essouffle vite4 ,maintenant1 au hameau d',astouret qui touche au ,pradet1 sur la petite minence o se pressent en dsordre quelques maisonnettes provenales gardes par les noirs cyprs en sentinelle1 ,aiguier s'teint quarante ans sans souffrance1 en regardant jusqu'au bout1 de son il pntrant d'artiste1 l'horizon lointain o la mer et le ciel s'pousent dans la brume dore des soirs4 ,le #g juin #ahfe1 ,auguste ,aiguier tait mort4 99 99 99 ,il faut l'artiste l'assurance de son talent1 sinon son uvre n'a pas sa raison d'tre4 ,malgr tout1 ,aiguier fut un modeste qui eut1 vivant l'cart1 une certaine conscience de sa valeur1 mais qui n'en parlait jamais4 ,bien qu'on ait oubli de le montrer la ,centennale1 ,aiguier est un trs grand peintre que fera revivre son heure l'uvre rparatrice du temps4 ,comme ,corot1 sa sincrit nous est sympathique1 car1 vivant de l'air1 nous aimons ces peintres qui nous ont montr dans leurs toiles1 comme recherche premire1 la qualit de l'atmosphre harmonise potiquement4 ,aiguier eut aussi cette puissance assez peu commune d'imaginer d'abord une atmosphre et d'en faire non seulement l'lment fuyant1 fluide et respirable1 mais la loi et pour ainsi dire le principe de ses tableaux#bj4 #bj ,eug4 ,fromentin4 ,les ,matres d'autrefois4 ,ses tableaux ont encore le caractre d'infinitude1 dont parle ,carlyle1 puisque1 suivant la belle expression de l'crivain anglais1 toutes les choses profondes sont chant1 elles contiennent une pense musicale3 ,une pense parle par un esprit qui a pntr dans le cur le plus intime de la chose2 qui en a dcouvert le plus intime mystre1 c'est--dire la mlodie qui gt cache en elle#ba4 ,et puisque aussi la profondeur de vision fait le pote1 ,aiguier possdait1 autant que le pote hros1 le sens des plus tendres harmonies et le profond instinct des idalisations atmosphriques4 #ba ,carlyle4 ,le ,hros comme pote4 ,,gustave ,,ricard #ahbc-ahgc ,illustration3 ,clich ,lezer4 ,,gustave ,,ricard 7,,par ,,lui-,m,,me7 7#ahbc-ahgc7 ,,iii ,,gustave ,,ricard ,a ,m4 ,edmond ,andr4 ,aprs les biographies de ,,mm4 ,paul de ,musset1 ,louis ,brs et ,charles ,yriarte#bb1 et une tude en langue allemande du pote ,hartmann1 il semble qu'il y ait une certaine prtention de venir1 nouveau1 raconter l'homme et le peintre4 ,il faut nous en excuser par une explication3 les biographies de ,ricard ont t faites des points de vue assez diffrents4 ,un auteur a voulu donner l'ami le gage affectueux d'un souvenir vivace1 c'est ,m4 ,paul de ,musset4 ,quant ,m4 ,louis ,brs1 de qui le travail est le plus complet1 puisqu'il ne compte pas moins de #aaj pages1 il et suffi1 semble-t-il1 faire1 grce l'intelligence du littrateur1 une analyse dfinitive du talent du peintre4 ,pourtant1 ,m4 ,charles ,yriarte dgage1 son tour1 du caractre et de l'originalit de ,ricard tout un ct psychologique insouponn4 ,il tait donc trs intressant de runir dans une mme tude les apprciations de ces divers biographes1 d'en citer les pages les plus caractristiques1 et d'y ajouter des impressions nouvelles ressenties personnellement1 devant les uvres du grand artiste marseillais4 #bb ,paul de ,musset4 ,notice sur la vie de ,gustave ,ricard4 ,paris1 ,gauthier-,villars1 #ahgc4 ,louis ,brs4 ,gustave ,ricard et son uvre ,marseille4 ,librairie ,renouard1 ,paris1 #ahgc4 ,charles ,yriarte4 ,gazette des ,beaux-,arts1 numro de mars #ahgc4 ,la peinture de ,ricard est assez profonde pour que chaque gnration puisse l'tudier avec des sensations particulires et y faire des dcouvertes originales4 ,toujours1 au reste1 l'histoire des grands peintres sera crire4 ,de mme qu'on n'a pas cru devoir s'arrter aprs la ,vie des peintres illustres de ,vasari1 on pourra l'avenir dire diffremment et voir autrement les peintres sur lesquels les apprciations des critiques ne font autorit que durant un temps4 ,chaque poque1 en effet1 veut dcouvrir dans les grandes uvres de nouvelles beauts motives rpondant ses aspirations et ses gots4 99 99 99 ,d'aprs tous ses biographes1 prcis et d'accord1 ,gustave ,ricard est n ,marseille dans la maison de la rue de ,rome qui porte aujourd'hui le n #he et qui tait l'poque le n #hi4 ,ricard descendait d'une ancienne famille provenale originaire de ,plisanne4 ,son oncle tait directeur de la ,monnaie ,marseille1 et son pre tait changeur1 en mme temps qu'affineur de mtaux4 ,or1 les impressions d'enfance ont1 notre avis1 une si grande importance sur la destine artistique d'un homme1 que nous sommes heureux de retrouver1 reconstitu par la plume colore de ,m4 ,louis ,brs1 l'endroit o se passa la jeunesse du peintre3 ,la boutique du changeur tait situe sur l'un des points les plus pittoresques de l'ancien port1 l'angle du quai de la ,fraternit et de la petite place du ,change1 appele autrefois le ,cul-de-,buf4 ,on l'y voit encore telle qu'elle tait en ce temps-l1 avec ses grillages1 ses sbiles pleines de monnaies et son chien de faence#bc4 ,ce dernier1 assis sur sa tablette de bois1 ne se lasse de regarder la mer1 avec l'air inquiet d'un pilote qui voit venir le mauvais temps4 ,cet emblme1 d'un style passablement archaque1 nous fait toujours plaisir voir1 car1 avec le petit aspirant qui1 toute heure du jour1 prenait le point non loin de l1 la porte de l'hydrographe ,roux1 ce chien cambiste fait partie de nos impressions d'enfance4 #bc ,ce chien de faence qui se trouvait tre un lion en vrai ,moustier1 fait partie aujourd'hui d'une intressante collection particulire4 ,la petite place elle-mme1 si nigmatiquement nomme le ,cul-de-,buf1 a laiss chez nous le plus charmant souvenir4 ,il ne faut pas la juger sur ce qu'elle est aujourd'hui1--un carrefour sillonn depuis le dgagement des abords de la ,bourse et le percement de la rue de la ,rpublique1 par le plus dsagrable charroi4 ,c'tait1 vers #ahce1 un petit coin tranquille et pittoresque ouvert seulement au soleil--vritable encoignure de cette vieille chemine du roi ,ren1 qui allait de l'glise des ,augustins au fort ,saint-,jean--et o tout bon ,marseillais venait1 par tous les jours de mistral1 selon la populaire expression1 brula un gaveou4 ,les maisons avoisinant l'glise des ,augustins taient le point de prdilection de ces buveurs de soleil4 ,ils s'y attroupaient autour des cages des marchands d'oiseaux exotiques1 regardaient voler les bengalis1 agaaient du doigt les aras ou causaient avec les perruches4 ,la petite place du ,cul-de-,buf tait plus tranquille4 ,elle tait habite par des gens d'affaires1 des assureurs maritimes1 des notaires et des changeurs4 ,ses petites boutiques taient souvent dsertes1 et l'on ne voyait gure au milieu de la place que l'talage d'une vieille grosse fruitire1 abrite sous un parasol rose4 ,cet talage s'embellissait1 le dimanche1 d'une collection de pipes et de chiens de sucre1 et vers ,pques1 de grands paniers d'ufs rouges que les gamins de la ville venaient se disputer444 ,c'est dans l'ancien chteau ,menpenti encore aujourd'hui debout1 sur le grand chemin de ,toulon1 et transform alors en institution1 que ,ricard fit ses tudes4 ,cette ancienne btisse1 d'une architecture assez mal venue1 noire de poussire1 est gaye seulement par une balustrade suprieure qui s'ajoure sur le ciel4 ,un prtre fort intelligent1 et quelque peu rfractaire l'autorit ecclsiastique d'alors1 la dirigeait3 ,m4 l'abb ,jonjon4 ,c'est lui que l'cole franaise de peinture doit de compter un de ses plus minents portraitistes4 ,l'abb ,jonjon s'tait pris pour ,ricard d'une affection dont il devait lui donner souvent la preuve4 ,m4 ,paul de ,musset dit dans quelle occasion3 444 ,gustave apportait aux jeux de la rcration plus de passion qu' l'tude3 mais il s'instruisait sans efforts et fit des progrs rapides4 ,cependant ,gustave s'arrta tout coup en face des mathmatiques et du grec1 et se mit en tte de ne point les apprendre4 ,ceux qui ont entendu ,ricard devenu homme parler avec une facilit rare les langues et mme les dialectes des pays o il avait voyag1 s'tonneront de cette aversion d'enfant pour le grec4 ,quelle qu'en ft la raison1 il s'y entta si bien que ses parents1 aprs avoir song vaincre son obstination1 finirent par cder4 ,grce la bonne intervention de l'abb ,jonjon1 l'enfant obtint la permission d'abandonner les mathmatiques et le grec2 mais il promit de pousser aussi loin qu'on le voudrait l'tude du latin4 ,il tint parole1 et devint un latiniste distingu4 ,la vocation de ,gustave ,ricard pour la peinture se rvla tout coup avec une vivacit qui rappelle celle de ,giotto3 444 ,ricard1 qui recevait des leons de dessin1 obtenait d'tre laiss seul la maison les jours de promenade1 pour y travailler son aise4 ,il tait l dans son atelier et il se livrait une uvre colossale qu'il avait entreprise avec l'agrment du directeur du pensionnat4 ,il ne s'agissait de rien moins que de dcorer les murs blanchis la chaux de cette vaste salle4 ,l'colier y excuta1 en effet1 de grandes compositions4 ,l'une1 entre autres1 reprsentait une chasse aux papillons o taient figurs1 dans les positions les plus plaisantes1 les bons professeurs de l'tablissement4 ,ricard avait su1 en quelques traits sommaires1 prciser la physionomie de chacun de ses matres4 ,cette dcoration est demeure lgendaire dans la mmoire des condisciples et des matres de ,ricard4 ,m4 l'abb ,jonjon crivait3 ,j'aurais volontiers1 quand j'ai d quitter ,menpenti1 emport les cloisons dans mes malles4 ,ici se place l'instant critique qui va dcider de la vie de ,ricard3 ,la rpugnance peu raisonnable qu'il avait tmoigne pour le grec faillit lui coter cher4 ,oblig de renoncer au diplme de bachelier s lettres1 il se trouva sans dfense quand l'autorit paternelle lui signifia qu'il devait songer prendre un tat1 et qu'il en savait tout juste assez pour changer des monnaies1 dans la petite boutique du carrefour#bd4 #bd ,m4 ,paul de ,musset4 ,il faut citer le dlicieux tableau qu'en fait ,m4 ,l4 ,brs3 ,on plaa le jeune homme derrire le grillage du change1 parmi les liasses de billets de banque et des piles d'or4 ,notre futur portraitiste dut passer dans cette touffante atmosphre de longues heures d'ennui4 ,il est vrai que1 par la porte basse de la boutique1 il pouvait voir1 comme en un cadre sombre1 le lumineux tableau du port1 tableau magique1 qui1 pour un il naturellement sensible aux beauts pittoresques1 devait avoir un charme profond et qui dcida peut-tre de sa vocation de peintre4 ,ce coin du port est hant par les balancelles espagnoles1 dont les pavillons couleur de safran s'enlvent avec tant d'clat sur le ciel bleu4 ,leurs cargaisons d'oranges servent de prtexte des groupes du plus fier accent1 o les ,gnoises coiffes d'un madras rouge1 leurs grands anneaux d'or aux oreilles1 se mlent aux profils aigus1 aux ttes olivtres et frocement langoureuses des matelots catalans4 ,a cette poque1 vers la ,cannebire1 se tenaient1 telles que nous les voyons aujourd'hui encore1 les petites embarcations de plaisance1 la voile latine roule autour de la vergue1 le tendelet aux rideaux rouges et blancs coquettement dploys1 le vieux marin la figure tanne1 fumant son bout de pipe et vous appelant du geste4 ,ajoutez par l-dessus1 quand le vent soufflait du large1 les ailes blanches des golands4 ,en cet endroit1 aussi1 tait une norme borne-fontaine o se succdaient pendant toute la journe les matelots les plus truculents de la ,mditerrane et de l',adriatique1 des ,grecs et des ,smyrniotes1 des ,napolitains et des ,illyriens1 qui1 au prix de rixes bruyantes1 y venaient emplir leurs barils4 ,c'tait un fourmillement de types1 de costumes1 de tableaux des plus richement colors4 ,ce petit coin semblait fait tout exprs pour mettre la palette aux mains d'un peintre4 ,pourquoi n'aurait-il pas eu cette influence sur une organisation d'artiste telle que celle de ,ricard8 ,sans doute1 aux heures du soir1 le jeune homme1 le front dans la main1 laissait emporter sa rverie dans cette fort de mts qu'une brume violette enveloppait et travers laquelle filtraient comme des gouttes d'or les lueurs du couchant4 ,entre les masses sombres des navires1 il voyait se reflter dans l'eau les teintes mourantes de la lumire1 et il en suivait1 au loin1 dans le ciel1 les dgradations infinies4 ,il n'est pas d'organisation qui ne vibre devant un tel spectacle4 ,que ne devait-il pas prouver1 lui dont l'me tait si impressionnable et l'il si sensible la couleur8 ,l'imagination du pote ne pouvait que prendre son vol vers cet infini et chevaucher sur ces nues d'or et de flamme1 laissant l'apprenti changeur parmi ses chiffons de banque et ses sbiles de florins4 ,ricard1 qui avait continu ses tudes de dessin l'cole des ,beaux-,arts1 y obtenait trs vite1 dix-sept ans1 un premier prix de modle vivant4 ,c'est la suite du rsultat de ce concours1 o l'acadmie de ,gustave fut trs remarque#be1 que l'abb ,jonjon fut sollicit par son ancien lve pour obtenir du pre ,ricard de laisser son fils le choix de la carrire pour laquelle il semblait si bien dou4 ,ce ne fut pas chose facile4 ,mais on ne gagne rien ce mtier-l6 s'cria ,m4 ,ricard4 ,l'abb ,jonjon fut trs loquent1 il prouva que beaucoup d'artistes pouvaient vivre de leur art et mme s'enrichir1 il sut montrer au pre les souffrances de l'enfant contrari dans sa vocation1 la responsabilit grave des parents1 l'clat qu'un grand artiste pourrait jeter sur le nom de son pre4 ,m4 ,ricard consentit la fin4 ,la destine a glorieusement ratifi le pronostic de l'abb ,jonjon4 ,ds ce jour1 ,ricard1 qui avait chapp la perspective de passer sa vie dans la boutique grillage du changeur1 se livra son art avec une tnacit et une patience de bndictin4 ,alors commence pour le peintre cette existence en quelque sorte monastique1 assez semblable celle d'un moine du moyen ge cherchant dcouvrir sous des palimpsestes la beaut d'un premier manuscrit2 alors1 commence ce travail opinitre qu'il va accomplir1 dans le silence religieux des grandes galeries d',europe1 en se livrant une sorte d'autopsie des uvres de ses matres aims4 #be ,cette acadmie fait partie de l'intressante collection des prix de l'cole des ,beaux-,arts de ,marseille depuis les premires annes du sicle4 ,on y retrouve les belles acadmies de ,papety1 de ,monticelli1 de ,simon1 etc41 etc4 99 99 99 ,au muse de ,marseille1 assez pauvre en tableaux de matres anciens1 ,ricard ne trouvait pas1 aprs une belle copie du ,salvator ,mundi de ,puget1 satisfaire sa passion de recherches4 ,pour la troisime fois1 l'abb ,jonjon dut intervenir auprs de ,m4 ,ricard pour l'obliger consentir au dpart de son fils pour ,paris4 ,cette fois encore1 le bon abb gagna sa cause2 le peintre lui en garda toute sa vie une affectueuse reconnaissance4 ,aprs les excellents principes de dessin que ,ricard avait reus l'cole d',aubert et les lments de peinture qu'il tenait de ,m4 ,pierre ,bronzet--un probe artiste enfoui en province--le jeune homme1 ds son arrive ,paris1 entra dans l'atelier1 fort la mode1 de ,lon ,coignet1 o il n'apprit pas grand'chose4 ,son insuccs au concours du prix de ,rome#bf le jeta avec plus de passion dans la frquentation des grands peintres qui l'attiraient et surtout des portraits qui avaient le don de le retenir4 ,ces portraits de gentilshommes de ,van ,dyck dont le regard vous poursuit et vous pntre1 se dressaient devant lui comme autant d'nigmes4 ,ricard voulut avoir le secret de cette peinture qui tait la vie mme et plus que la vie4 ,il installa rsolument son chevalet devant ces chefs-d'uvre1 et il commena cette suite de copies qui devaient tre la jouissance la plus profonde et le labeur le plus obstin de sa vie#bg4 #bf ,il entra en loge sans grande chance et en sortit sans dception4 ,en ce temps-l1 les membres de l',institut distribuaient un peu les prix en famille4 ,l'atelier de ,lon ,coignet ne devait pas y prtendre cette anne4 ,ricard avait pourtant une bonne lettre de recommandation pour ,m4 ,hersent3 il ne la porta qu'une fois le jugement rendu4 ,l4 ,brs4 ,gustave ,ricard et son uvre 7p4 #eb74 #bg ,m4 ,louis ,brs4 ,on peut dire de ces copies que peu de peintres modernes surent et purent en faire de semblables2 car nul ne pntra plus profondment dans l'intimit de l'uvre1 nul ne demeura aussi loquemment fidle1 avec autant de tact1 de talent et de discrtion--il faut ajouter avec autant d'amour-- la pense des matres4 ,jusqu' ce moment1 ,ricard n'avait encore peint que quelques ttes d'tude1 et1 dans l'atelier ,coignet1 une ,dcollation de saint ,jean-,baptiste4 ,son admiration pour ,van ,dyck et le ,titien dcida de sa vocation4 ,il ne serait que portraitiste2 mais ce portraitiste deviendrait un des plus grands de son sicle4 ,n'en dplaise tous les adeptes des compositions d'histoire1 de mythologie1 de lgendes et de symboles1 le portrait est une manifestation d'art susceptible d'autant d'invention et d'originalit que le reste1 une manifestation plus proche de la vie4 ,l'histoire6 ne pouvons-nous pas la reconstituer bien plus srement avec les portraits de quelques grandes figures qui l'incarnent et autour desquelles elle pivote8 ,quels admirables historiens que ,holbein1 ,titien1 ,van ,dyck1 ,velasquez1 peintres de si admirables portraits6 ,l'histoire6 nous fait-elle mieux connatre ,henri ,,viii que dans son portrait1 o l'on dcouvre la grossiret d'un soldat et la sensibilit d'un moine1 l',artin chez qui on retrouve du renard et de la chvre1 ,philippe ,,iv qui ressemble un mouton malade1 ,charles ,ier qui n'a aucun signe de volont8 ,et n'apprcie-t-on pas aussi bien que dans l'histoire ,franois ,ier dans le portrait du ,titien1 ,charles ,,ix dans le portrait de ,janet1 ,louis ,,xiv dans le portrait de ,rigaut1 ,marat dans le portrait de ,david1 ,napolon dans le portrait de ,gros#bh8 #bh ,thor4 ,salon de #ahde4 ,un portrait6 mais1 comme le remarque ,th4 ,gautier1 c'est une histoire de murs de toute une poque4 ,n'est-ce pas la rvlation de toute une poque que cette magnifique pose de ,m4 ,bertin de ,vaux appuyant1 comme un ,csar bourgeois1 ses belles et fortes mains sur ses genoux puissants1 avec l'autorit de l'intelligence1 de la richesse et de la confiance en soi8 ,quelle belle tte bien organise1 quel regard lucide et mle1 quelle amnit sereine autour de cette bouche fine sans astuce6 ,remplacez la redingote par un pli de pourpre1 ce sera l un empereur romain ou un cardinal2 tel qu'il est1 c'est l'honnte homme sous ,louis-,philippe2 et les six tomes des ,mmoires d'un bourgeois de ,paris du docteur ,vron n'en racontent pas davantage sur cette poque disparue4 ,infinies sont les destines du portrait2 autant que le pass1 l'avenir lui appartient3 un avenir que n'motionneront gure plus1 en peinture1 la mythologie ni la ,bible1 la fable ni la lgende1 mais le beau1 dans la vie ordinaire1 le beau dans la vie dont nous participons2 le beau qui est autour de nous1 qui nous entoure1 qui est de chaque jour1 et qui est autrement intressant que les reconstitutions picturales de l'poque grecque ou romaine1 que l'vocation conventionnelle des mythes religieux1 faite par des peintres sans conviction et sans foi4 99 99 99 ,vers #ahcc1 au ,louvre1 ,ricard commence sa vie de labeur pntrant qui durera plus de dix annes4 ,avec une tnacit extraordinaire1 il va chercher1 sous l'piderme de la couleur1 les secrets des matres1 et pntrer par l'analyse mticuleuse des procds spciaux chaque cole1 par une connaissance particulire des prparations1 des dessous1 jusqu' leur pense intime4 ,il a compris qu'il n'arriverait l qu'aprs avoir dcouvert leurs secrets techniques4 ,sous cette premire couche de couleurs1 il voit la prparation1 il devine les changements1 les repentirs2 et lorsqu'il a dcouvert quelque indice certain de ces retouches qui trahissent des hsitations1 auxquelles il sera si sujet lui-mme1 sa joie clate2 il en prend note1 il ne l'oubliera plus4 ,avec une patiente science1 il pntre les mystres de ces diffrentes palettes1 leur orchestration puissante ou rare1 les infinies ressources de leur harmonie4 ,le voil devant le portrait de l',infante ,isabelle d',autriche en costume de religieuse1 de ,van ,dyck1 devant le portrait du ,prsident des ,pays-,bas1 et devant une tte d'enfant du mme peintre4 ,il ne copie pas1 il n'interprte pas4 ,derrire la toile1 il cherche la pense de l'artiste et essaie de peindre avec la main de ,van ,dyck4 ,devant ces portraits qui1 pour lui1 s'animent1 il prouve l'motion de la vie1 et pour la seconde fois1 les modles posent pour ,ricard qui les peint travers la vision distingue du peintre flamand4 ,il s'attaque ,rembrandt dans le ,portrait du peintre peint par lui-mme4 ,il veut dcouvrir la puissance de cette lumire que le gnial raliste a cre pour clairer le visage de ses figures et nous les montrer aussi bien l'extrieur qu' l'intrieur d'eux-mmes4 ,il se retourne vers le ,titien pour lui demander de lui rvler les rgles de sa suave harmonie4 ,il s'installe devant l',homme au gant2 devant cette merveille1 la ,matresse du ,titien2 et1 avec enchantement1 il monte et descend cette gamme aux sonorits opulentes et fines1 il plaque les accords1 les renverse et les rsout2 il en dduit les lois et arrive par des dcomposs chromatiques en saisir les subtiles nuances4 ,oh6 le ,titien1 ainsi que ,van ,dyck1 il ne l'oubliera jamais1 jamais4 ,il crit un de ses vieux amis1 propos de la ,vnus de la ,tribune de ce peintre3 ,paris1 mai #ahgb4 ,je ne puis me dcider te lcher ma ,titienne1 je la garde comme le dragon d',esprie gardait ses pommes d'or1 et j'espre que ta chre conseillre te dtournera de cet enlvement de mineure1 qui n'aboutirait qu' attrister mon atelier dont elle fait les beaux jours4 ,mais ,ricard ne rsiste pas longtemps la grce du ,corrge4 ,il l'aborde rsolument avec la copie1 grandeur de l'original1 de l',antiope du ,louvre4 ,cet incomparable pome de la chair l'meut plus que tout2 il cherche le mystre voluptueux de la vie sous la fluidit de la pte4 ,pendant six mois conscutifs1 sans nul souci de ce qui se passe ses cts1 il travaille comme un artiste envot3 ,je n'ai qu'une minute1 crit-il son frre1 pour te dire que je mne une vie indiavolata col ,correggio1 de huit heures six heures1 mais ce sera fameux4 ,et il ajoute une autre fois1 dans quelques bribes de lettre1 l'poque de cette copie du ,louvre3 ,je rentre si rompu que je n'ai ni tte ni bras crire4 ,dans cet tat d'me1 ,ricard ne pouvait demeurer plus longtemps ,paris4 ,il avait su charmer ces gnies solitaires1 ils l'appelaient4 ,le peintre provenal partit pour l',italie4 ,ces gnies solitaires1 il allait les tudier dans leur pays1 dans les milieux o ils avaient vcu2 vivre de leur pense1 au sein des villes et des campagnes qu'ils avaient habites1 sous leur ciel et leur climat2 et1 l1 l'ivresse de la vie errante1 aux saines tudes en plein air1 ,ricard prfre le recueillement du muse de la ville et la mditation devant une toile de matre1 car avant d'aller la nature1 il va demander aux uvres d'art le secret des transformations potiques que les matres lui ont fait subir#bi4 #bi ,charles ,yriarte4 ,il ne s'arrtera pas seulement dans les grandes villes3 ,gnes o il retrouve ,van ,dyck1 ,milan o il revoit le ,vinci1 ,parme o le ,corrge se rvle lui plus intimement encore2 mais comme un antiquaire cupide1 il fouille les petites villes si curieuses d',italie1 les palais dserts1 les couvents carts o1 mieux qu'ailleurs1 on prouve les dlicieuses sensations de revivre le pass par l'aspect des dcors peine vieillis4 ,il visite les moindres villages1 les glises solitaires avec une curiosit anxieuse1 une motion enthousiaste4 ,il ira ,urbino pour ,raphal1 et gravira la ,c d',oro de ,venise les marches du palais que le vieux matre a montes4 ,avec religion1 il touche dans un clotre un reu sign du nom de ,corrge4 ,longtemps aprs son dpart--car les annes se sont coules--,ricard arrive ,venise4 ,l est sa vritable patrie4 ,a cette poque1 c'est un grand jeune homme1 fin1 aristocratique1 la longue barbe soyeuse2 on dirait un jeune patricien de ,venise qui a dj accs aux ,pregadi1 et le pote ,joseph ,autran pourra1 avec raison1 s'crier aprs la mort du peintre3 ,venise1 en le perdant1 aurait port le deuil4 ,dans cet trange milieu de lagunes o l'on se croirait1 ajoute ,paul de ,musset1 sur une autre plante que la terre1 ,ricard respire l'aise2 il se sent de la race des ,ventes1 et1 en effet1 il en a l'humeur aimable et rieuse1 l'esprit lger1 le temprament d'artiste1 il en parle le dialecte4 ,qu'on lui rende le ,snat1 le grand ,conseil1 le ,doge1 la ,quarantie1 les costumes et les riches toffes du ,x,v,ie sicle2 ces beaux modles auront en lui un peintre de plus et les ,giorgione1 les ,titien1 les ,tintoret1 un rival digne d'eux4 ,l1 son cher ,titien lui apparat plus prestigieux1 plus blouissant2 et pendant les quatre cinq ans qu'il demeure ,venise1 il s'enferme dans les muses1 il se clotre dans les glises et les couvents1 il s'emprisonne dans le palais ducal1 seul avec son cher matre1 sans souci de l'heure1 dans l'oubli du monde extrieur4 ,il s'enivre de peinture vnitienne1 de cette peinture qui emplit l'il comme la symphonie emplit l'oreille1 qui vivifie les formes1 de cette peinture de somptuosit et d'abondance4 ,ailleurs1 dit ,m4 ,taine#cj1 on a spar le corps de son milieu1 on l'a simplifi et rduit2 on a oubli que le contour n'est que la limite d'une couleur1 que pour l'il la couleur est l'objet lui-mme4 ,car1 sitt que cet il est sensible1 il sent dans l'objet1 non pas seulement une diminution d'clat au recul des plans1 mais encore une multitude et un mlange de tons1 un bleuissement gnral qui crot avec la distance1 une infinit de reflets que les autres objets clairs entre-croisent et superposent avec des couleurs et des intensits diverses1 une vibration continue de l'air interpos o flottent des irisations imperceptibles1 o tremblotent des stries naissantes1 o poudroient d'innombrables atomes1 o s'branlent et se dfont incessamment des apparences fugitives4 #cj ,h4 ,taine4 ,voyage en ,italie1 t4 ,,ii1 p4 #cg4 ,si ,ricard dcouvre tout cela chez ,giorgione1 chez ,tintoret1 chez le ,titien1 il n'en exagre pas le procd pour mieux prouver sa comprhension4 ,il garde avec une belle pudeur d'art le secret de cette harmonie arienne1 il n'en montre pas la foule--comme plus tard vont le faire les impressionnistes--la formule de ses accords isols1 de ses dissonances non prpares4 ,il n'rige pas en principes les altrations harmoniques2 il garde cet art la grandeur de son ensemble synthtis4 ,pendant ce temps1 ,ziem1 son meilleur ami1 se grise de lumire et de couleurs4 ,avec une palette clatante1 le paysagiste va1 le long du grand canal1 sous les faades d'or des vieux palais mauresques1 en face la ,salute1 au soir1 et le palais ducal incendi1 crire sur l',adriatique en fte l'orgie colore des pompes vnitiennes1 dans la gloire de son ciel de smalt1 de ses barques pares et peintes1 semblables des fleurs enchantes4 ,l'intense posie des pierres de ,venise ne retient pas ,ricard3 il admire1 sans dsirer le peindre1 le merveilleux spectacle du soleil qui1 avant de descendre derrire les monts ,vicentins1 jette chaque soir sur les dmes et les campaniles de la ville le plus dlirant adieu4 ,il comprend1 sans prouver l'envie de courir sa palette1 le sommeil paisible des demeures fastueuses que refltent en capricieuses irisations les eaux des canaux solitaires4 ,il aime la vie qui se manifeste intensive chaque jour1 sur les places et les quais2 mais il ne s'y arrte pas1 et il n'est pas tent par les apparitions fantomatiques1 entre les deux colonnes de granit que surmonte le lion ail de saint ,marc1 des grandes voiles histories en cadmium qui passent dans un dcor inoubliable4 ,a ces feries de lumire il prfre les longues conversations avec ses matres qu'il a devins et compris1 car1 lorsqu'il s'arrache de leurs uvres1 il ne peut en demeurer longtemps loign1 et il se hte de revenir les voir souvent4 ,a ,rome1 o il est all pour complter son ducation qu'il ne trouve pas assez parfaite1 il tudie patiemment les belles fresques de ,raphal1 l',incendie du ,bourg4 ,surmen par un travail excessif1 prouv par la malaria1 il est forc de rentrer au pays natal pour s'y reposer4 ,il n'y fait pas un long sjour4 ,il ne se trouve pas suffisamment prpar et document2 il veut1 vers #ahdh1 tudier encore ,rembrandt en ,hollande et ,rubens en ,belgique4 ,il s'arrte devant la ,sainte ,famille de l'glise ,saint-,jacques ,anvers4 ,de l1 il passe en ,angleterre et s'prend de ,holbein1 de ,reynolds et de ,lawrence4 ,d'eux aussi1 il saura se rappeler en temps opportun4 ,rentr ,paris en #ahej1 il se retire dans son petit atelier de la rue ,duperr1 qu'il garde jusqu' sa mort avec le jardinet malingre de cinq pieds carrs1 modeste ensemble1 qui d'ailleurs n'est pas sans grce et o il a laiss comme un reflet de lui-mme4 ,il y mne une vie de travail acharn pendant vingt ans1 la poursuite d'un idal qui parfois change1 cherchant exprimer d'abord sa sensation travers l'motion ressentie devant les uvres des matres2 voir1 enfin1 de ses yeux1 traduire sa pense avec le talent d'un grand virtuose dgag des difficults de la mcanique instrumentale4 99 99 99 ,ds sa premire exposition1 ,ricard ne passa pas inaperu1 et1 avec sa jeune ,bohmienne tenant un chat et sa srie de portraits1 le succs vint immdiatement lui4 ,le peintre1 la vrit1 tait mr pour la matrise4 ,les annes suivantes--#ahea et #aheb--;furent pour lui l'occasion d'un nouveau triomphe4 ,on y remarqua les portraits devenus aujourd'hui clbres de ,mme ,sabatier1 de ,mlle ,clauss1 du ,dr ,philip4 ,aprs avoir trs rapidement obtenu une mdaille de seconde et de premire classe1 ,ricard1 dont le talent grandissait1 tait en droit de s'attendre recevoir la dcoration de la lgion d'honneur1 la suite de sa brillante participation l',exposition universelle de #ahee4 ,ces neuf admirables portraits furent rcompenss par une mention honorable4 ,il en fut bless1 dit ,m4 ,paul de ,musset1 quoiqu'il et trop de got pour le dire4 ,il faut reconnatre1 aujourd'hui que les annes ont pass1 classant leurs valeurs respectives la peinture de ,ricard et celles des membres du jury d'alors--plus ou moins dcors et mme cravats de rouge--que le portraitiste provenal avait le droit d'tre l'orgueilleux discret qui croyait lui-mme avec une sorte de navet allant jusqu' la candeur4 ,fier et digne1 hautain dans son silence1 il est certain qu'il rpondit en #ahfc3 ,il est trop tard6 ceux qui lui offrirent la lgion d'honneur1 mais il tait sincre dans son orgueil4 ,il vivait alors sur les cimes et comprenait que c'tait se classer dans une rare aristocratie que de se signaler par une clatante abstention#ca4 #ca ,charles ,yriarte4 ,ricard avait la nature d'lite d'un artiste de race4 ,il tait une de ces organisations dlicates passionnes pour leur art et qui veulent tre respectes4 ,il ressemblait ces gens qui1 dans une cohue1 laissent passer devant eux les personnes presses1 ou mme ceux qui1 parvenus au vestibule d'un thtre1 s'en retournent chez eux1 effrays par la foule#cb4 #cb ,paul de ,musset4 99 99 99 ,si nous avions fait1 crivait ,m4 de ,calonne en #aheg1 une classification part des coloristes1 nous aurions probablement inscrit leur tte le nom de ,m4 ,ricard4 ,c'est au premier rang qu'il convient de le placer444 ,le portrait de ,m4 ,vasse1 snateur1 est le meilleur du ,salon444 ,ici1 la russite est complte et l'artiste est ce point matre de son sujet qu'il lui fait exprimer plus qu'on ne demande ordinairement un portrait4 ,c'est un morceau trs original1 d'une couleur lumineuse sur un fond d'mail bleu1 d'une pte qui ressemble celle du ,corrge1 sans que l'ensemble appartienne nul autre qu' ,m4 ,ricard4 ,tout cela vaut mieux pour l'honneur d'un ,salon que tous les ,meissonier du monde#cc4 #cc ,alphonse de ,calonne4 ,revue contemporaine1 #ae juin #aheg4 ,vraiment le critique ne pouvait tre plus juste et plus prophtique4 ,et1 aujourd'hui1 aprs un demi-sicle coul1 que la comparaison est permise1 qu'elle s'impose1 dgage de toute partialit1 de toute considration d'amiti et de circonstance1 pour tous1 le portrait de ,chenavard du muse de ,marseille1 peint par ,ricard1 est un chef-d'uvre digne de voisiner honorablement avec les plus grands matres de la peinture1 alors que le portrait de ,chenavard du muse de ,lyon1 peint par ,meissonier1 est le plus dtestable portrait qu'on puisse voir4 ,ce ,chenavard de ,meissonier1 si vide de pense1 avec ses chairs en zinc brillant1 sa couleur sans harmonie1 son faire prtentieux1 est-il assez loin de celui de ,ricard8 ,illustration3 ,clich ,brion4 ,,portrait ,,de ,,chenavard 7,muse de ,marseille7 ,quoi qu'en pense ,m4 ,charles ,yriarte1 le peintre marseillais n'avait pas perdu de sa sant ni de sa force dans ses productions dernires2 et ce portrait qui fut1 en quelque sorte1 le chant du cygne du peintre1 puisque la mort le surprit avant son entier achvement1 n'a aucune trace de nervosit maladive1 malgr que l'artiste argutie1 qu'il subtilise2 et vraiment le don de pntration intrieure est ici son apoge4 ,regardez cette figure mditative de ,chenavard qui s'appuie sur la main sans affectation1 ne donne-t-elle pas vraiment la sensation de la pense impondrable inscrite sur ce front et dans ce regard lointain aux yeux d'aptre8 ,ce n'est pas en vain que ,ricard a tudi avec tant de persistance et d'amour les vieux matres1 ce n'est pas vainement que1 sous la sublime enveloppe qui recouvre le travail des uvres du ,titien1 du ,tintoret et de ,van ,dyck1 il a cherch la gense de leurs efforts4 ,maintenant libr de toute proccupation1 il peut1 avec une facture large et puissante1 inscrire sur sa toile1 avec la pense1 le mystrieux fluide qui s'chappe de la tte de l'tre intelligent4 ,le voil bien l'homme qu'il connat fond1 son meilleur ami1 celui dont la conversation tait pour lui comme un exercice d'esthtique en mme temps qu'une rcration4--,tout entier1 avec son cerveau et son me1 nous apparat ce ,chenavard1 artiste curieux1 proccup d'ides sociales et qui veut faire du but suprme de l'art la traduction des ides philosophiques4 ,c'est bien l le peintre qui1 avec une richesse extrme d'imagination1 la science profonde de l'historien1 a entrepris d'crire sur les murs du ,panthon l'histoire de l'humanit depuis la ,gense jusqu' la ,rvolution4 ,c'est encore l l'artiste de cur qui s'est jet enthousiaste dans les ides si captivantes de ,saint-,simon et de ,fourier1 la suite de ,considrant1 d',enfantin et de ,flicien ,david2 le prcurseur politique qui veut que la pense sociale soit l'inspiratrice1 la base et la force de l'art2 l'esprit curieux et mlancolique qui dit que la musique est un art1 vague1 dissolvant1 fait exprs pour consoler la vieille espce humaine de ses longues douleurs et l'endormir dans le tombeau4 ,et lui aussi1 ce penseur exprim par l'il aigu d'un sensitif comme ,ricard1 reprsente bien toute une poque volutionniste1 qu'il incarne1 qu'il rsume4 ,au point de vue mtier1 on s'tonne de l'habilet extrme du peintre1 habilet qui se traduit sur cette toile en une gniale simplicit4 ,cette suprme pellicule colore1 si faible1 si tnue1 peine apparente1 cette brume enveloppante d'un gris dlicat qui couvre si lgrement les dessous peine frotts1 c'est la vie et la pense exprimes avec une poignante posie4 ,ricard est l d'une personnalit absolue1 et son art s'lve aussi haut que celui des matres de qui les uvres planent dans les sphres inaccessibles des plus belles manifestations de l'art pictural4 ,au mme muse de ,marseille1 le portrait de ,loubon1 d'un caractre tout diffrent1 donne l'loquente preuve du talent subtil de ,ricard4 ,la tte du spirituel directeur de l'cole des ,beaux-,arts attire1 avec son expression souriante et bonne4 ,a regarder si longtemps les chvres1 il est rest l'animalier quelque chose d'un peu capricant dans sa physionomie enjoue et fine4 ,sous le ton jauni de la moustache1 on devine l'invtr fumeur de cigarettes que fut le peintre4 ,ah6 le portraitiste le possdait bien1 son ,loubon qu'il affectionnait particulirement4 ,et le jour o1 dans son atelier de ,marseille1 ,ricard regardait son ami1 en tenue de travail1 la toque de soie sur la tte1 aisment1 il pouvait noter avec quelques touches qui sont des paroles1 la personnalit physique et morale du modle4 ,aussi au sens des valeurs1 de l'harmonie colore et du dessin vient s'ajouter1 dans cette toile1 la plus tonnante recherche de psychologie qu'un peintre ait jamais faite4 ,enlev en quelques sances1 ce portrait est peut-tre le plus curieux1 le plus original parmi tous ceux qu'a peints ,ricard4 ,il offre cette particularit intressante1 c'est de laisser voir sans restriction le procd du peintre4 ,la figure est bauche en grisaille1 dans ce ton spcial que ,ricard appelait ma sauce et qu'il avait cherch longtemps4 ,sur cette prparation lgre couvrant peine la toile1 le peintre a pos des glacis4 ,c'est ici que se rvle toute sa puissance de pntration objective4 ,sur l'bauche1 au pralable construite1 dessine et modele1 l'homme va apparatre cr par touche de couleurs4 ,chaque coup de brosse traduira dans une pte sobre et transparente1 en mme temps que le dtail anatomique1 que le trait1 la saillie ou le mplat1 un peu de l'ide1 du sentiment1 de l'habitude et du caractre du modle4 ,c'est d'un art intime1 suprme4 ,la couleur de ce portrait est d'une qualit suprieure4 ,la lumire des chairs est tide et ambre1 les demi-teintes et les ombres sont dans une rare transparence4 ,mais la merveille1 c'est le ton de saphir mourant qui fait sur l'angle rentrant de la toque du modle une tache colore1 exquise1 d'une si indfinissable et si fine tonalit4 ,pastellise1 transparente1 douce1 chantante1 immatrielle comme le velours duvet des fruits1 comme le pollen des fleurs1 cette poussire lucide d'un bleu gris de ple myosotis1 la fois tendre1 frache1 chatoyante et efface1 est la plus rveuse notation de couleurs qu'on puisse voir4 ,elle dmontre la patiente ducation1 la finesse aristocratique d'un il suprieurement dou4 ,la belle mais incomplte bauche du portrait de ,dominique ,papety par ,ricard1 qu'on a montre l',exposition centennale au lieu du si dfinitif portrait de ,loubon1 a fait retour au muse de ,marseille4 ,bien qu'inacheve1 peine frotte par places1 l'bauche ne manque pas de grandeur4 ,on reconnat le grand prix de ,rome1 l'hritier direct de la grande tradition franaise1 le descendant du ,poussin#cd1 dans ce portrait qui ne fut malheureusement pas achev4 ,dominique ,papety1 qui s'tait attard au mont ,athos pour y copier1 avec une admirable patience1 les fresques du moine byzantin1 ,manuel ,penselinos1 aujourd'hui dans la collection du ,louvre1 rapporta de son voyage le germe de la maladie qui devait l'emporter trente-quatre ans#ce4 ,dans une belle attitude dnue de pose1 la tte intelligente et noble1 sous l'panouissement d'une chevelure abondante1 ,ricard nous montre ,papety comme le type de l'artiste enthousiaste de la romantique poque de #ahcj4 #cd ,journal des dbats1 #ae janvier #ahej4 #ce ,il laissait1 en outre de quelques portraits remarquables1 le ,mose sauv des eaux du muse de ,munich2 le ,rve de bonheur du muse de ,compigne et une fort intressante et complte histoire de la peinture byzantine1 du ,i,i,ie sicle au ,x,ie sicle4 ,tamisier4 ,dominique ,papety1 sa vie et ses uvres4 ,librairie ,camoin1 ,marseille4 99 99 99 ,on retrouve dans tous les portraits exposs par ,m4 ,ricard1 la finesse de ton1 l'agrment de touche et cette sorte de patine anticipe qui sont comme le cachet de l'artiste4 ,nous regrettons qu'on ne commande pas ,m4 ,ricard des portraits de personnages clbres et de beauts historiques pour quelque galerie princire2 il serait l dans la vraie veine de son talent1 et ses tableaux se confondraient aisment avec ceux des plus grands matres#cf444 #cf ,thophile ,gautier 7,salon #aheg74 ,nonobstant l'avise critique de ,gautier1 on ne commanda pas ,ricard-- part celui du prsident du ,snat1 ,m4 ,troplong--des portraits de personnages clbres ni de beauts historiques4 ,le peintre n'intriguait1 d'ailleurs1 nullement4 ,il avait sa clientle rare1 son cnacle d'admirateurs et d'amis1 et tait parvenu ce point de sa carrire que le seul fait de le choisir comme portraitiste donnait au modle un brevet d'homme de got et constituait une sorte d'aristocratie intellectuelle#cg4 #cg ,charles ,yriarte4 ,parmi les cent cinquante portraits environ qui sortirent du pinceau de ,ricard1 on peut dire que la postrit ne retiendra que ceux qui furent par lui peints avec amour2 soit qu'il aimt ou connt leur modle depuis longtemps1 soit qu'il s'intresst eux par quelque particularit sduisante de leur visage ou de leur caractre4 ,de ceux-ci1 il faut remarquer le portrait de la mre de l'artiste1 qu'il peignit avec un sentiment de pieuse reconnaissance filiale4 ,la mre1 cet tre sacr1 faible et fort1 plein de piti1 plein de courage1 celle qui reste toujours la maman1 mme pour l'homme dclinant1 il l'voque dans la tranquillit de ses traits dlicats que la vieillesse n'a pas gts1 de sa peau d'une finesse d'mail peine rose par le rapport proche des cheveux blancs4 ,a cette tte chre et vnrable1 le peintre a donn une pntrante impression de dvouement1 de bont et de charme inexprimables4 ,ricard fit aussi le portrait de sa sur en #ahfi1 dans sa dernire visite au couvent de ,nancy o elle tait clotre4 ,dans le parloir mme il fixa sur le papier1 d'un crayon moelleux et large1 les traits de la religieuse sous sa grande cornette4 ,avec des hachures fines qui mnagent le blanc du papier et en font comme une sorte de canevas de soie serr1 le peintre excuta une image fidle et vivante4 ,la petite surette apparat travers les souvenirs d'enfance1 l'moi du pass charmeur1 avec l'infinie et vague tristesse que refltent ces figures de recluses1 dans l'abngation propre l'apostolat4 ,ricard n'tait-il pas1 au reste1 un croyant8 ,nous allons savoir maintenant comment sut aimer cet artiste si tendre1 si dlicat4 ,la tendresse est un tat de dlicatesse des mes sensibles portes aimer pour exalter leur vie ou pour soutenir celle des autres4 ,il y a en elle un lment de douceur qui correspond un lment de faiblesse1 et c'est surtout aux moments si nombreux parfois d'incertitude et de lassitude qu'on l'appelle soi2 elle est lgre1 faite de caresse sans violence et mlodieuse et lente1 elle peut s'appliquer tous les modes d'aimer1 elle est de l'amour en mineur#ch4 ,c'est celui qu'a compris le peintre4 #ch ,etienne ,bricon4 ,psychologie d'art4 ,socit franaise d'ditions d'art4 ,paris1 #aijj4 ,dans une atmosphre de mlancolie1 c'est sous l'or fin de cheveux blonds capricieux1 par l'nigme de ses yeux clins1 attirants1 suprmement pervers et doux1 plus que jolie1 fascinatrice1 la femme impntrable1 avec autour des paupires la nacre exquise de sa peau4 ,qu'tait-elle8 ,d'o venait-elle8 ,slave1 comtesse1 grande dame certainement1 d'aucuns dirent espionne4 ,qu'importe6 ,le peintre l'aima2 la toile il confia son amour4 ,et1 aujourd'hui1 que la matresse et l'amant sont morts1 l'amour est demeur dans ces yeux si hautains1 si affectueux3 la vie est reste dans ce regard la puissance prenante et fluidique4 ,aprs le ,vinci qui place aux coins de la bouche ironique de sa ,lisa ,monna le mystre de l'ternel fminin1 ,ricard1 par un miracle de tendresse1 le fixe dans ces yeux de rve1 de volupt1 peut-tre de trahison4 ,sa tendresse va aussi vers cette admirable chair transparente et suave1 vers ce tissu riche et fin qui fait prouver1 en la lucidit de ses couleurs1 l'impression d'tre un revtement de vie spirituelle1 d'avoir en elle le souffle qu'veille la pense4 ,la chair de la femme1 cette argile idale du pote1 ,ricard nous la montre dans toute l'exquise dlicatesse de ses diaphanits1 et1 par elle autant que par les yeux1 il nous rvle l'me fminine indolente1 frmissante ou trouble4 ,par les yeux et par la chair1 il rend sensibles tout le drame et la posie des motions4 ,c'est que la tendresse du peintre en a fait un confesseur d'me fminine4 ,d'une lgre brume qui est comme un voile transparent1 il enveloppe cette me dans les rimes les plus mlodieuses de sa palette4 ,il subtilise la couleur1 il thrise le ton en des finesses sotriques4 ,il obtient des nuances de roses agonisantes1 des gris de bleuets teints1 des clats de pierres prcieuses mortes4 ,il a son harmonie lui1 avec des timbres qui n'clatent pas1 mais qui pntrent3 c'est un musicien extatique4 ,autour de ses portraits1 ct de ses ttes de femme1 il compose une atmosphre particulire1 une zone de vibrations qui est l'accompagnement de la note principale donne par les figures4 ,il excelle surtout tablir un courant magntique entre elles et l'il de celui qui regarde4 ,ce courant d'un mystre si attractif est toujours sympathique1 suggestif4 ,sa peinture est comme une musique berceuse aux rythmes enchanteurs1 aux mols accents1 aux cadences lgres4 ,il est le pote inspir4 99 99 99 ,le portraitiste provenal a appris des peintres anglais l'art des sacrifices pour attirer plus srement le regard sur les points essentiels de la figure qu'il peint2 mais jamais cette recherche ne saurait influer sur le caractre de la physionomie du modle4 ,les portraits de ,ricard que l'on reconnat si bien premire vue1 sont par l trs dissemblables4 ,aprs en avoir compris l'importance1 le peintre s'attache de prfrence la forme ou la couleur des yeux et leur expression2 la sensualit ou la finesse spirituelle de la bouche2 la beaut du front1 qui recle le cerveau de l'artiste1 du philosophe et du penseur2 la couleur et la richesse de la barbe2 la perfection de certains ovales2 l'aristocratie des chevelures et mme aux dtails de certaines oreilles fminines qu'il nous montre dlicates1 mutines1 comme de petites conques roses1 avec l'exquise carnation de leur lobe dsirable4 ,il sait faire chaque modle le cadre qui lui convient4 ,il entoure cette belle barbe fauve aux tons de cuivre et cette pensive figure qu'on croirait tre celle d'un membre du ,conseil des ,dix1 du bleu intense du ciel vnitien4 ,il vaporise au milieu d'un fond en or teint1 l'arrangement capricieux d'un collier de perles qui court dans cette chevelure de patricienne blonde1 sur de celle que ,vronse mit dans son ,triomphe de ,venise4 ,toujours les ,vnitiens le hantent1 c'est certain4 ,quelquefois avec ses figures se dtachant en clair sur des masses sombres1 il se souvient de ,van ,dyck4 ,cependant l'tude si approfondie qu'il fait de son modle1 la recherche aigu de l'intimit1 le ramne sa personnalit4 ,il est surtout attir par l'tat d'me qui se manifeste sur les physionomies en des signes peine perceptibles aux regards superficiels4 ,avec des reflets d'une vive intelligence1 il claire ces yeux d'artiste2 il nimbe ce visage blond d'une beaut mlancolique2 il aurole de penses hautes le front d'un ,chenavard2 il jette de la gaiet1 de la malice et de la bont autour du masque souriant et spirituel d'un ,loubon4 ,il recherche encore par sa force de pntration intrieure la slection aristocratique1 et1 sous la transparence de cette chair d'enfant presque maladive1 les mandres bleus des veines des tempes1 le systme des vaisseaux sanguins1 floraison de vie dlicate4 ,il aperoit le processus de l'espce1 la lente cristallisation des sentiments ataviques2 et il donne certaines physionomies hbraques le signe caractristique de la race conserv travers les temps4 ,il en dduit les dons d'intuition1 la facilit d'assimilation2 il souligne la tristesse des perscutions que combattent l'nergie1 l'audace1 l'pret1 la foi dominatrice4 ,il marque si fortement l'individualit de ces portraits qu'on ne saurait les oublier et qu'ils vous impressionnent pour toujours4 ,parfois1 il va plus loin encore3 il pressent la destine2 et1 aprs les vnements tragiques1 on constate que le peintre tait un voyant4 ,de lui-mme1 il nous laisse deux portraits4 ,dans le premier1 il se montre vers trente ans1 ressemblant comme un frre au pote des ,nuits4 ,dans l'autre qu'il fit quarante-neuf ans la suite de plusieurs demandes impratives d'un de ses amis1 il nous apparat plus grave avec une expression presque monastique4 ,de ce portrait1 il s'excuse presque dans la lettre d'envoi4 ,si la renomme veut jamais de mon nom1 je te devrai une reproduction de mes traits par moi-mme que je n'aurais plus tente1 car je ne puis te dire combien de reprises j'ai chou4 ,l'anne suivante1 ,gustave ,ricard mourait subitement ,paris1 le #bc janvier #ahgc1 succombant sans souffrances--au moment de se mettre table chez des amis-- une paralysie du cur4 99 99 99 ,holbein1 dans son portrait d'rasme1 a tout sacrifi la main qui crit4 ,c'est qu'en effet1 autant que la figure1 la main a sa physionomie et sa signification2 et ,lavater a raison de la croire aussi utile que le front qui veut1 par la forme plastique de l'homme1 rechercher ses qualits ou ses dfauts probables#ci4 #ci ,henry ,fouquier4 ,la tribune artistique et littraire4 ,ricard a vu1 lui aussi1 ces mains vraiment doues d'une existence spciale et rvlatrices de caractre4 ,il les a dessines fines1 longues1 aristocratiques2 il les a peintes nerveuses1 prenantes1 avec la complexit de leur travail musculaire sous l'enveloppe fine de la chair4 ,pour bien faire comprendre la subtilit esthtique un peu nbuleuse de son idal d'art1 ,m4 ,charles ,yriarte raconte ce qui se passait dans l'atelier du peintre cinq jours avant sa fin3 ,comme on lui faisait observer que la main du chevalier ,nigra1 en ce moment ministre d',italie1 tait peut-tre moins fine dans le tableau que dans le modle1 il rpondit srieusement3 ,sa main1 dans la nature1 a deux caractres1 elle change2 tantt c'est la main du diplomate et du lettr1 tantt celle du soldat qui a port le mousquet ,novarre4 ,ricard1 mieux qu'aucun1 comprit et traduisit les tendresses de la main4 ,voici1 dans un morceau dtach d'un tableau1 une main de femme4 ,elle est aussi loquente qu'un visage4 ,coupe un peu plus haut que le poignet que recouvrent aussitt les flots d'une dentelle1 cette main--avec l'annulaire un simple anneau d'or qui garde un il-de-chat--tient un mouchoir de fine batiste4 vocatrice1 elle raconte les douces pressions des premiers aveux1 puis les caresses qui sur le front triste de l'artiste calment les fivres1 endorment l'amant aux heures de doute ou de souffrances4 ,elle est si belle cette main1 sous sa chair aux jaspures roses que grise et agatise une imperceptible moire1 elle est si vivante dans la finesse de son dessin1 qu'on espre la voir s'agiter1 se mouvoir et saisir4 ,et cette expression est si forte1 qu'on est longtemps hant par le souvenir de cette main de femme plus charmeresse et plus troublante qu'un visage inoubli4 99 99 99 ,gustave ,ricard fut1 chose assez rare1 moralement l'homme de ses uvres4 ,ignorant des dfauts d'un ,provenal1 il en eut toutes les qualits4 ,il faudrait pouvoir citer en entier ses biographes et les articles nombreux crits l'poque de sa mort pour exalter l'homme et l'artiste4 ,nous en retiendrons les meilleures pages2 et d'abord un intressant portrait la plume de ,m4 ,louis nault3 ,grand1 mince1 lanc1 suprmement distingu1 chauve avant l'ge1 les lvres fines effleures par un sourire rveur1 l'il un peu vague et regardant plus loin1 ,ricard1 physionomie singulirement originale1 tenait tout la fois du moine et de l'artiste2 il y avait en lui1 par un mlange aussi heureux qu'inattendu1 la gaiet parfois un peu railleuse d'un artiste et les profondeurs tant soit peu mystiques d'un illumin4 ,tel qu'il tait1 il fallait le prendre pour un des meilleurs d'entre nous444 ,fidle ses affections1 indulgent pour les autres1 svre pour lui-mme1 ,ricard tait bon et capable de grands dvouements2 il tait si gnreux que son argent ne lui appartenait pour ainsi dire point4 ,lorsqu'on crira l'histoire des arts au ,x,i,xe sicle1 ,ricard y occupera son rang1 mais si l'on faisait une galerie des curs d'or1 il y aurait encore l une belle page pour lui#dj4 #dj ,paul de ,musset4 ,qu'tait l'artiste8 ,si on parvenait1 dit ,m4 ,charles ,yriarte1 dfinir cette organisation nerveuse et impressionnable1 ce caractre digne et fier1 cette intelligence raffine et multiple1 ce singulier mlange de grces fminines et d'austrit claustrale1 cette profonde exprience et cette nave candeur1 la sduction que cette rare nature exerait sur ceux qui l'ont approch1 il en rsulterait une tude plus attachante au point de vue littraire1 qui tiendrait peu de la critique d'art4 ,causeur merveilleux1 plein d'ides neuves releves par le sel piquant du paradoxe1 il tirait1 ajoute ,m4 ,louis nault1 un feu d'artifice en chambre pour deux ou trois amis4 ,et ,baudelaire renchrit en parlant du rebondissement de son discours et cite1 propos de la conversation intressante des artistes de son temps1 quatre noms3 ,chenavard1 ,prault1 ,ricard et ,delacroix1 et aprs ceux-l1 je ne me rappelle plus1 dit-il1 personne qui soit digne de converser avec un philosophe ou un pote4 ,c'est que ,ricard ne se borne pas l'art1 que l'tendue de ses connaissances littraires est grande et qu'il est d'une rare rudition4 ,qu'tait le peintre8 ,peu mondain1 enferm dans sa tente1 il ne vit plus que pour son art1 entour de ses ouvrages dont il ne se spare qu'avec peine4 ,sa porte est close1 il faut des signes francs-maonniques pour en franchir le seuil4 ,son atelier tient la fois de la cellule et de l'autel1 quand on y entre on se prend involontairement parler bas4 ,il vit l son rve en face de toiles commences1 et ds qu'il a reconnu le visiteur1 sans transition aucune1 il entame un monologue lent1 original1 plein de vives saillies et d'images inattendues4 ,esprit original1 il crit ,chenavard3 ,un artiste peut rester des heures plong dans la mditation1 regarder une fourmi et une mouche4 ,depuis bien des annes il a effac les heures du cadran de son horloge2 mais il laisse les aiguilles continuer leur course4 ,tourment1 tant qu'il n'avait pas atteint son idal1 ,ricard tait comme possd d'un dmon4 ,de quelques-uns de ses meilleurs portraits il disait3 ,celui-l m'a mis sur le gril comme saint ,laurent4 ,de mme que tous les vritables artistes1 il avait besoin d'tre soutenu et encourag par les loges non du premier venu1 mais de ses amis et des gens de got4 ,lorsqu'on gardait le silence devant un de ses ouvrages qu'il aimait le mieux1 il vous disait avec bonhomie3 ,ne me dites pas de mal de celui-l4 ,les loges d'ailleurs ne le grisaient point1 cependant il tait sensible la moindre critique4 ,il fallait en tre mnager avec lui1 sans quoi on s'exposait trouver le lendemain sa toile entirement couverte en blanc4 ,il aimait raconter1 la suite de vagues critiques sur la ressemblance de ses portraits1 un souvenir d'anecdote sur le ,titien3 ,quand un prince ou un patricien indigne de vivre sous la ,renaissance disait au ,titien que son portrait n'tait point ressemblant1 le ,titien lui rpondait3 ,allez ,vrone1 vous trouverez un brave homme1 ,giambattista ,maroni1 qui fait exact4 ,ricard laissait entendre ainsi la distance qui le sparait des peintres exacts4 ,il fut pourtant assez modeste1 celui qui signa simplement par un ,g4 ,r4 de vritables chefs-d'uvre6 ,il travaillait beaucoup en l'absence du modle2 et1 sur la fin1 il ne dsirait le revoir que pour s'assurer qu'il ne s'tait pas tromp4 ,il vous disait alors avec une navet pleine de grces3 ,j'ai plaisir voir combien vous ressemblez votre portrait1 comme si votre moi vritable tait sur la toile et non plus en vous-mme#da4 #da ,paul de ,musset4 ,enfin1 mesure qu'il avance dans la vie1 il se spiritualise de plus en plus et ne sait absolument plus rien de ce qui se passe dans le domaine des faits3 la politique1 le mouvement des arts1 le choc des ides1 les polmiques ou les scandales et les vives comptitions des passions ou des apptits des humains lui chappent et ne sauraient l'intresser4 ,il a toutes sortes de petites manies1 il invente des chevalets lui et des pinceaux d'une forme particulire4 ,il s'amuse tamiser la lumire par des voiles et des chssis4 ,sa palette ne ressemble celle d'aucun autre4 ,pendant un certain temps1 il ne veut employer que trois couleurs1 et il se plat dmontrer tout le parti que l'on peut tirer de ces moyens borns4 ,comme il sait se mouvoir dans ce cercle troit1 ses raisonnements sont d'une subtilit charmante4 ,les raffinements qui pourraient tre dangereux pour un esprit moins lev que le sien conviennent son temprament4 ,il parle mystrieusement de couleurs qui lui sont spciales et il a des enthousiasmes violents pour des cadmiums et des copals qui semblent tre des talismans4 ,et ,m4 ,charles ,yriarte conclut3 ,c'est un doux et charmant hallucin au nom de l'art4 99 99 99 ,les expositions des uvres de ,gustave ,ricard faites simultanment aprs sa mort-- ,paris et ,marseille--en fvrier et en mai #ahgc1 ne permirent pas1 malgr leur clatant succs1 de juger sa vraie valeur le grand talent du portraitiste#db4 ,au reste1 le moment n'tait pas encore venu pour la comprhension de cet art de pense et de profondeur4 ,on laissait cela aux anciens matres4 ,pour l'instant1 il fallait faire joli1 amusant et superficiel4 ,a peine si ,ricard tait compris en ,france par une lite et tait vraiment apprci en ,angleterre et surtout en ,allemagne4 ,le temps a march depuis4 ,aprs ,whistler1 aprs ,carrire1 une nouvelle gnration de peintres1 que ,m4 ,camille ,mauclair appelle des ,intimistes1 a suivi la voie que ,ricard a le premier indique4 ,c'est pour le peintre provenal un titre de gloire prcieux4 ,en outre1 on peut constater aujourd'hui combien sont demeures en dessous de l'loge mrit les biographies qui paraissaient si oses dans leur enthousiasme d'alors4 ,c'est que ,gustave ,ricard1 par son coloris subtil1 sa tendresse et son intellectualit1 sa recherche profonde de l'intimit1 restera1 indniablement1 le plus attachant portraitiste de l',art franais du sicle dernier4 #db ,paul de ,musset donne dans son catalogue des uvres de ,ricard exposes l'cole des ,beaux-,arts ,paris1 #id portraits1 #cj tudes de tte1 #c natures mortes et #af copies4 ,la mme anne1 ,marseille1 on exposait1 au ,cercle artistique1 #bi portraits1 #ab copies et #c esquisses originales4 ,a l',exposition centennale1 ,ricard avait #f portraits4 ,le ,louvre possde de cet artiste deux portraits4 ,,adolphe ,,monticelli #ahbd-ahhf ,illustration3 ,clich ,brion4 ,,adolphe ,,monticelli 7#ahbd-ahhf7 ,,iv ,,adolphe ,,monticelli ,a ,m4 ,octave ,mirbeau4 ,il faut parler des vents avec les nautoniers4 7,,montaigne47 ,rarement un nom d'homme fut1 en mme temps1 plus claironnant et plus doux4 ,dans sa prononciation italienne1 il semble tenir de l'clat de la flamme1 de la rsonance du gong et de la caresse4 ,ces qualits1 si opposes en apparence1 symbolisent le talent original de ,monticelli4 ,devant son uvre1 on a l'veil d'un monde clair par une lumire spciale1 la sensation d'une souveraine puissance mise au service de l'imagination la plus vive4 ,bien qu'on ait fait depuis quelques annes un usage assez abusif du mot gnie1 on ne saurait trouver un autre vocable pour mieux qualifier ,monticelli2 son emploi est ici dans sa meilleure et plus juste acception4 ,car ce grand peintre a cr pour la joie des yeux une infinit de personnages1 une faune1 une flore1 un curieux microcosme vivant1 dans la splendeur des plus belles symphonies picturales4 ,et les tres1 les visions particulires1 tranges quelquefois1 qui habitrent son cerveau1 l'inspiration du dmon favorable qui tait en lui1 trouvrent1 pour prendre une forme concrte1 deux puissants auxiliaires3 un il de peintre d'organisation admirable1 une main d'ouvrier d'extraordinaire habilet4 ,raliser un rve d'art1 montrer1 rendre tangible une hallucination1 n'est-ce pas du gnie8 ,combien1 aussi1 les mots de notre langue deviennent-ils insuffisants pour traduire les sensations que donne cette peinture6 ,il faudrait1 aprs la trouvaille de verbes plus expressifs1 d'adjectifs plus sonores1 d'expressions plus images1 inventer encore une criture compose d'encres diversement colores1 de mosaques1 de gemmes prcieuses1 de mtaux fulgurants1 idoine rendre la beaut pyrotechnique de la palette de ,monticelli1 son pouvoir irradiant et l'antithse heureuse1 harmonique1 de sa distinction avec l'outrance de sa couleur4 99 99 99 ,monticelli 7,adolphe71 d'une ancienne origine vnitienne1 naquit ,marseille1 le #ad octobre #ahbd4 ,ce sera pour sa ville natale--combien peu s'en doutent6--une de ses gloires les plus pures et les plus rayonnantes4 ,de bonne heure1 ,monticelli montra des aptitudes pour le dessin1 une attirance vers la couleur2 et malgr les tracasseries de ses parents1 de sa mre surtout1 le jeune ,adolphe suivit avec assiduit et joie les cours de dessin l'cole des ,beaux-,arts de ,marseille4 ,a l'encontre de bien des jeunes hommes qui1 presss de produire1 se mettent1 non sans danger1 trop tt la couleur1 sans avoir appris les lments les plus indispensables de leur art1 ,monticelli dessina avec la patience d'un primitif4 ,a cette poque1 l'cole de ,provence tait1 nous l'avons dit1 florissante2 elle pouvait rivaliser avec les premires coles1 ainsi qu'en tmoignent les noms des grands artistes qui en sortirent depuis4 ,monticelli y apprit son art1 sans hte1 en lve docile2 et cette ducation1 un peu rigide1 lui fut trs utile quand1 quelques annes aprs1 il se livra toute la fougue de son temprament4 ,en #ahdf1 vingt-deux ans1 ,monticelli sortait de l'cole1 alors sous la direction du grand animalier mile ,loubon1 avec un brillant premier prix de modle vivant4 ,ce fut1 dans toute sa vie1 son seul titre officiel4 ,ses acadmies d'alors1 ses ttes au fusain ou la sauce sont d'un impeccable et beau dessin d'cole1 avec dj la presciente apparence d'un coloriste mu4 ,toujours1 contre le gr de ses parents qui voulaient faire de lui un peseur de commerce1 ,monticelli s'obstina au mtier de peintre1 ce mtier de paria1 le dernier1 pour la bourgeoisie marseillaise de cette poque4 ,dans ses premiers portraits1 la potique manire de ,ricard--dj arriv la matrise--l'impressionna d'abord4 ,bien que le grain de sa pte soit plus gras1 que sa couleur soit plus chaude que celle du grand portraitiste provenal1 on sent1 chez ,monticelli1 une admiration trop vive pour cette manire de peindre et de sentir la vie4 ,bientt1 ce sera la suite de son premier voyage ,paris1 ,watteau qui le prendra1 aprs le choc ressenti1 au ,louvre1 la vue des ,rembrandt1 des ,rubens1 des ,corrge1 des ,vronse4 ,la manire de ,watteau flattait ses gots de composition1 veillait son dsir de ressusciter les ,scnes galantes1 les ,plaisirs champtres d'une socit lgante et raffine4 ,comme lui1 il rvait de peindre la femme aristocratique1 l'lgance voluptueuse de son geste2 et1 comme lui aussi1 il allait tenter de faire revivre1 en peinture1 un ,dcamron potique et color1 en voquant1 dans la beaut du dcor des anciens parcs1 la vie amoureuse des grandes et belles dames richement pares et de leurs amants empresss4 ,mais si ,watteau le retient1 ,rembrandt le stupfie par la sublimit de sa couleur puissante4 ,il tombe en hypnose devant le ,buf corch1 le ,titien le ravit1 ,corrge l'tonne1 ,vronse le sduit1 les ,hollandais l'merveillent2 et1 ramen devant ,delacroix qu'il n'a pas compris d'abord1 il se prend d'un chaud enthousiasme pour cette force cratrice1 violente et imaginative4 ,comment un peintre de la nature de ,monticelli pouvait-il rester calme en face de tels chefs-d'uvre8 ,gris1 affol par ces manifestations gniales si diverses1 son cerveau en subit de si violentes commotions1 que la rpercussion en demeurera lointaine et se refltera pendant longtemps dans ses productions4 99 99 99 ,a partir de ce jour1 on assiste la lente closion d'une magnifique personnalit sous l'emprise des matres2 et l'incubation dure quelques annes1 laborieuse1 entrave par un travail digestif4 ,pourquoi ,monticelli met-il un temps si long devenir personnel8 ,comment s'expliquer ce retard qui empche le peintre de voir de son il1 de traduire sa pense sans proccupation ni souvenir d'aucun tableau8 ,peut-tre sa timidit et sa modestie natives--propre des forts--qui lui demeureront toujours#dc8 #dc ,lorsqu'en parlant peinture avec ,monticelli1 certains noms1 tels que ceux de ,rembrandt1 de ,vinci1 de ,delacroix taient prononcs1 le peintre1 prenant son feutre pleine main par le revers gauche1 la faon des gentilshommes du temps d',henri ,,iv1 se dcouvrait en silence1 par un beau geste large et noble1 montrant ainsi le respect qu'il avait pour de si grandes mmoires4 ,malgr la valeur incontestable des uvres de ce temps1 bien que beaucoup de ses tableaux soient trs beaux et qu'ils sduisent ses admirateurs rcents1 ils ne sauraient avoir qu'un intrt rtrospectif et procurer des lments de reconstitution historique sur la marche de son gnie4 ,il y a l1 certainement1 en ce moment1 telles toiles qui sont comparables ,rembrandt1 mais l'illustre ,hollandais est plus haut2 voil des ,watteau presque authentiques1 mais ce ne sont pas des ,watteau4 ,c'est dans telle tte l'expression morbide des yeux1 la posie de la bouche particulire ,ricard1 mais ce portrait n'a pas le charme intime de ,ricard4 ,voil des chairs la ,titien1 peut-tre2 ici des natures mortes peintes avec la science de ,grard ,dow ou de ,terburg2 des ciels avec des qualits d'atmosphre dignes de ,claude2 enfin une bauche dont le mouvement rappelle de loin ,delacroix4 ,ce sont de beaux morceaux1 certes1 qui glorifieraient tout autre2 mais quand on est ,monticelli1 on peint des ,monticelli1 et c'est assez pour devenir grand parmi les plus grands4 ,monticelli va peindre des ,monticelli4 ,insensiblement1 lentement1 srement1 le peintre va vers son genre1 vers la ralisation de son rve d'art1 dgag de toute influence extrieure4 ,l'volution commence vers sa deuxime manire1 celle dont on a expos1 la ,centennale1 quelques toiles qui1 bien que places pour la plupart dans des conditions assez dfectueuses et malgr l'tonnement admiratif qu'elles ont provoqu1 ne sont pas suffisantes pour faire apprcier le ,matre2 l'uvre de ce peintre se trouvant l1 incomplte et comme tronque#dd4 #dd ,pour que l'on connt ,monticelli ,paris1 il faudrait y faire l'exposition de #ej #fj de ses toiles1 au plus1 prises sur l'norme production de ses uvres de #ahfj #ahgf4 ,cette exposition serait certainement l'vnement le plus retentissant dans l'histoire de l'art de la peinture depuis cent ans1 comme notations et trouvailles d'harmonies colores4 ,en fait1 ses trois principales manires sont assez difficiles exactement dfinir4 ,comme elles ne s'arrtent pas brusquement1 elles se srient plus qu'on ne pense1 et il serait malais d'en tablir le classement4 ,cette tude1 du reste1 procde plutt d'une synthse gnrale1 c'est une vue d'ensemble fuyant le dtail et la description anecdotique4 ,peut-on dcrire ,monticelli et comment le dcrire8 ,on ne dcrit pas plus une symphonie orchestrale qu'une musique de couleurs444 ,les sensations de beaut que communiquent les tableaux de ,monticelli sont faites surtout de leur ensemble total4 ,son art1 plus que tout autre1 va1 par la couleur1 la composition1 le dessin1 un effet homogne et convergent qui ne se prte pas la description du dtail4 ,en outre1 si peu de muses en possdent qu'il faut aller le voir dans les galeries particulires4 ,l1 chaque dtenteur a la prtention1 trs excusable1 de possder le ou les plus beaux spcimens1--ce peintre ayant le don de pousser au paroxysme l'exaltation enthousiaste chez ceux qui ont appris l'apprcier sa vraie valeur4 ,comment faire un choix8 ,comment parler de telle toile1 sans avoir l'air de diminuer la beaut de celles dont on ne dit rien8 ,comment chapper un reproche de rclame8 ,comment encore raconter ses toiles1 le ct anecdotique n'existant pas chez ce peintre8 ,ah6 le doux rveur sourirait des jolis titres que l'on a donns depuis ses tableaux1 lui qui1 presque jamais1 ne prcisa sa fantaisie4 99 99 99 ,c'est la nature que ,monticelli va d'instinct demander des motions nouvelles d'art4 ,vers les sources du divin moteur1 il trouve sa route de ,damas2 et aussitt se rvlent les qualits matresses de son gnie3 imagination surprenante1 grce exquise du dessin1 clat translucide de la couleur par un procd personnel1 richesse extrme des harmonies les plus violemment colores1 habilet de touche comparable celle d'un matre japonais4 ,il peint alors une srie de petites toiles1 dont quatre pour la chambre de sa mre1 qui sont autant de merveilleux pomes virgiliens4 ,jamais plus grande finesse de tons ne couvrit un dessin aussi expressif4 ,les travaux nourriciers de la terre sont le thme de ces toiles1 remarquables par l'harmonie de leur composition et la distinction de leur enveloppe atomique4 ,peut-tre va-t-on faire ,monticelli le reproche d'tre ici sous l'influence de ,troyon et de ,corot4 ,ce reproche est immrit#de4 #de ,que de reproches n'a-t-on pas faits ,monticelli8 ,ne l'a-t-on pas accus de plagier ,diaz8 ,a la ,centennale1 o l'on vit enfin les deux matres cte cte1 ,monticelli a montr tous les yeux la distance qui les spare4 ,comme toutes les poques o l'art volue1 dans le mouvement qui portait alors les artistes sortir de l'atelier pour voir la nature1 on comprend que diffrents peintres1 proccups par les mmes recherches1 soient arrivs des rsultats ayant une parit d'expression4 ,l'atmosphre est1 certains moments1 sature de molcules d'ides qui peuvent germer identiquement chez des cerveaux diffrents1-- distance4 ,on peut dire1 dans tous les cas1 que l'uvre de ,monticelli eut cette poque un ct d'idalit qui ne fut jamais dpass2 et mme quand le talent du peintre1 semblable l'chelle de ,jacob1 eut atteint le paradis de la couleur1 ses uvres ne furent jamais autant parfumes de posie et de tendresse4 ,ce sont les ftes de ,crs1 de ,pomone1 les ,fenaisons1 les ,vendanges1 les ,apothoses presque mystiques o se rvle le peintre amoureux de la femme et de l'enfant4 ,dj s'esquissent les figures de songe1 les groupes qui passent mlancoliques au second plan1 baignant dans une lumire de rve4 ,monticelli monte vers son idal4 ,sa couleur devient plus rutilante1 plus ose1 plus translucide encore2 son faire plus indpendant4 ,a prsent1 dans des dcors nouveaux1 les femmes de ,monticelli vont apparatre1 lances1 dans des attitudes souveraines de suprme lgance1 avec1 dans des robes somptueuses1 le troublant prolongement de leurs lignes2 sur les visages1 la grce contemplative des femmes de ,boticelli1 sur les corps devins1 la ligne enveloppante et voluptueuse d'un ,outamaro4 ,le peintre provenal qui les ignore se rencontre avec les deux grands peintres de la femme1 dans son rve personnel4 ,la chair de la femme6 les formes de la femme6 la femme toute666 ,elle sera dans la vie de ,monticelli l'obsession constante1 le dsir douloureux1 l'idole vers laquelle genoux1 les yeux suppliants1 il tendra les bras4 ,elle passera1 aussi aime1 aussi souhaite qu'aux premiers appels de l'adolescence4 ,elle sera vrille dans son cerveau444 ,monticelli a la hantise de la femme444 ,et ce grand voluptueux1 ce gourmand presque grossier de la chair exubrante1 devient1 le pinceau la main1 un amoureux timide1 un galant raffin4 ,en peignant1 son dsir se fait chaste1 ses soifs de sensualit se changent en hommage respectueux2 et c'est en chevalier dfrent qu'il va1 la parant des plus beaux atours que sauront inventer son esprit ingnieux et son art de coloriste1 la montrer1 cette femme1 dans la splendeur de sa beaut et de sa grce1 en n'exhibant de ses chairs que des bras1 des paules immatrialiss4 ,le type de la beaut fminine1 dans l'uvre du peintre provenal1 est la femme grande1 au col gracieux1 aux larges paules1 aux formes ondulantes1 aux gestes caressants1 enveloppants sans lascivet1 au visage clair par d'idales carnations4 ,assise1 debout1 dans les attitudes les plus diverses1 mme ployant les genoux1 la femme est la reine1 la desse toujours4 ,on a cr la lgende--possible--d'un ,monticelli amoureux d'une impratrice4 ,que cet amour ait t vraiment ressenti par l'artiste1 aussi vivement et aussi longtemps qu'on l'a dit1 il n'et gure influ sur sa comprhension de la femme1 car cette comprhension habitait depuis longtemps son cerveau4 99 99 99 ,quand la triste pope de #ahgj fora ,monticelli quitter ,paris--o il s'tait fait un nom1 o il tait trs apprci et aim par des confrres comme ,corot--pour revenir ,marseille1 c'est en touriste1 en bohme plutt1 qu'il descendit1 la bote au dos1 la valle du ,rhne4 ,ayant tt puis ses ressources1 c'est avec sa peinture qu'il paya l'hospitalit offerte sans enthousiasme4 ,nous le trouvons chou ,salon pendant plusieurs mois4 ,enfin1 aprs de longues courses sur les bords de la ,durance1 aprs des tapes successives1 aprs une longue halte ,ganagobi1 petit village des ,basses-,alpes1 et d'incessantes recherches sur nature1 le peintre marseillais rentra chez lui dans un tat assez minable1 les mains vides1 ayant sem partout des chefs-d'uvre1 la tte bourre de souvenirs prcieux4 ,sduit1 enthousiasm par le beau caractre de la ,provence qu'il semble apercevoir pour la premire fois1 ,monticelli commence alors la srie de ses paysages1 dont on peut dire de quelques-uns qu'ils sont des merveilles parmi ses toiles les plus remarquables4 ,par ce contact prolong avec la nature1 sa personnalit s'aiguise4 ,pendant quelques annes de production intense dans tous les genres1 de belles uvres--les plus belles peut-tre--vont apparatre pour aller enrichir les clbres collections des chteaux d'cosse1 les galeries nombreuses d',angleterre1 d',allemagne et d',amrique1 et y clairer des pans de cimaise tout entiers4 ,et en ,france8 direz-vous4 ,il est convenu que nous sommes le peuple le plus spirituel4 ,il est craindre que nous soyons bientt les seuls le dire4 ,pendant que ,turner trne glorieusement la ,national ,gallery1 notre ,louvre ne possde pas une toile du matre franais6 99 99 99 ,en #ahgb1 ,monticelli est l'apoge de son gnie4 ,l'ardent coloriste1 l'enchanteur1 est en pleine possession de son art volontaire1 et son uvre encore mconnue va rsumer1 au point de vue de la couleur1 plusieurs sicles d'art4 ,si on tudie aujourd'hui les panneaux de cette poque1 on retrouve en effet dans leur peinture l'clat vitrifi des ,flamands1 la profondeur des clairs-obscurs des ,hollandais1 l'exquis coloris vnitien1 la force rembrandtesque1 l'habilet des colorations d'un ,vronse1 la fougue emporte d'un ,delacroix1 les grces d'un ,botticelli1 la facilit d'invention et d'excution d'un ,hokousa4 ,et cette peinture est de ,monticelli4 ,elle est lui seul6 ,alors1 les merveilles qui surprendront le monde voient le jour1 pendant que les ,marseillais1 ses compatriotes-- part quelques rares exceptions--ne voient rien1 ne comprennent rien4 ,quand le peintre passe leur ct1 noble1 grave1 sans les apercevoir1 le regard perdu dans son rve d'art1 ils ont des sourires ironiques3 ,il est fou6 disent-ils4 ,qu'importent ,monticelli le ddain1 les lazzis des passants4 ,son imagination lui permet de vivre dans un pays enchant4 ,sous son pinceau1 dans des dcors merveilleux1 une poque charmante est rappele2 le visionnaire fait uvre cratrice1 il donne un corps ses rves4 ,ils vivent1 ils vivront1 ses rves1 dans la puissance suprieure d'une couleur magique4 ,c'est le moment des pompeuses idylles1 des srnades mlancoliques1 des carrousels bruyants1 des rondes et des cours d'amour1 de tous les spectacles des ftes galantes4 ,ce sont1 dans les jardins ombreux1 des groupes de femmes dans les attitudes les plus varies444 ,ah6 voyez les clines expressions de ces cous aristocratiques1 les adorables mouvements d'paules1 les flines inflexions des hanches1 les prenants mouvements des bras1 la grce des gnuflexions amoureuses4 ,quel peintre a encore trouv une si forte expression de la suavit fminine8444 ,or jamais cette poque un modle n'a pos dans l'atelier de l'artiste1 jamais un mannequin ne lui a donn la ligne d'un pli d'toffe4 ,sur sa toile1 ,monticelli peint sa chimre3 la femme6 ,il la prend dans son cerveau2 sans le secours d'aucun document tranger1 il la place dans un cadre de verdure somptueuse1 il la vt de brocarts1 de plumes rares1 de soies changeantes1 de satins trs doux1 de velours riches2 il la pare de mtaux1 de pierres prcieuses qu'il incruste aussi dans les toffes1 et1 au-dessus de ses bras1 de ses paules nues1 il lui met un adorable visage de poupe1 poupe bien vivante3 poupes blondes1 poupes rousses1 poupes brunes4 ,ah6 elles ne disent pas les mots poupes si spcieux tout bas qui font s'tonner le naf ,verlaine des ftes galantes4 ,les femmes de ,monticelli sont chastes1 chastes comme le peintre au travail1 car1 devant son chevalet1 il y a quelque chose qu'il aime encore plus qu'elles3 c'est la couleur4 ,dans ces dens de la fantaisie la plus excessive1 on ne respire que la joie1 la jeunesse1 on ne voit que grce et beaut6 ,les paysages y sont exquis2 la lumire tamise n'y pntre souvent que par douces chappes1 les pices d'eau de ces parcs tranquilles ne sont rayes que par le sillage de cygnes gracieux2 on coudoie des fes appuyes sur les balustrades de terrasses qui se profilent sur des perspectives ombreuses avec--dans l'entrelacement des futaies--des claircies gaies1 de ciels de printemps2 intenses1 de ciels d't2 tristes1 de ciels d'automne4 ,dans ces paysages divers que le peintre accorde avec son ciel1 il met des personnages qui ont du faste1 de belles manires1 de grandes allures2 et des animaux aristocratiques1 des lvriers1 des chevaux de race1 des paons et des oiseaux4 ,dans l'apparat des cours1 ce sont devant ces dames en vertugadins serrs dans le corps de baleine1 les saluts profonds des jeunes cavaliers1 saluts si inclins qu'ils font traner1 sur le sol1 les plumes des feutres4 ,la sortie de l'glise d'un mariage princier1 la scne de la cathdrale de ,faust1 lui offrent souvent le thme d'un motif aim4 ,les murs de la vieille glise lui servent de fond4 ,le trou ogival et profond de la porte entr'ouverte laisse passer les derniers accords de l'orgue4 ,serre par la foule1 une marie sort1 hsitante1 habille de dentelles1 de gaze fine et transparente comme des ailes de libellule4 ,elle appuie son bras sur le nouvel poux trs empress4 ,la foule les entoure et leur fait un cadre d'extrme lgance1 en mme temps que des plus sublimes couleurs2 alors que1 dans la douceur de ces irisations1 le vermillon cru d'un habit de suisse ou les plumes d'un ,mphisto jettent dans cette douce musique de couleurs un clat de timbre trange qui n'en dtruit point l'harmonie gnrale4 ,l'il seul du coloriste a accompli ce miracle4 ,illustration3 ,clich ,nadar4 ,,la ,,ronde ,c'est encore1 dans ces diverses toiles1 l'apparition de personnages nouveaux1 de silhouettes inaperues d'abord1 jaillissant de tous cts2 et1 souvent1 un beau morceau de nature morte1 une toffe de couleur et de dessin d'un japonisme prcieux2 dtails qui contribuent1 sans lui nuire jamais1 la beaut de l'ensemble4 ,quand ,monticelli peint l'enfant1 il le comprend autrement que les autres peintres4 ,ce n'est pas l'ange des ,murillo1 ni le poupon rose des ,boucher1 autre encore que chez ,fragonard et que chez ,chardin2 c'est pour lui l'tre de rve encore1 prometteur des grces et des dlicatesses fminines4 ,c'est l'exquis bourgeon fminin gentiment nu1 la femme en miniature1 avec sur sa chair la dlicate fleur de ton du pote4 ,car nul mieux que lui ne sait accrocher plus dlicatement1 plus srement1 les touches lumineuses1 qui sur ces chairs font de la vie4 ,puis1 il leur donne des poses dlicieuses1 coutumires1 mais ennoblies1 des jeux aristocratiss4 ,comme d'une dcoration vivante1 il en fera aussi un tableau dont le souvenir nous est prcieux4 ,c'est peut-tre sous l'inspiration de la parole du ,christ3 ,laissez venir moi les petits enfants1 que ,monticelli fit un chef d'uvre que le vieux ,rembrandt son tour et salu#df4 #df ,ce tableau est au muse d',amsterdam4 ,il difie souvent1 sur des fonds tnbreux1 de bruissantes fontaines dont il compose la riante architecture avec des enfants1 des femmes et des fleurs#dg4 ,mais avec passion1 ,monticelli retourne ses scnes galantes et les varie l'infini par l'arrangement et l'effet1 car ses scnes1 si elles se ressemblent1 ne se rptent jamais4 ,ce seront de nouveaux madrigaux1 de nouvelles aubades galantes1 l'occasion d'un caquetage de femmes1 autour d'une table de jardin o des enfants jouent1 les poses charmeresses de jeunes filles caressant des oiseaux2 tout l'ensorcellement magntique du geste fminin4 #dg ,nous devons faire remarquer que la peinture de ,monticelli est intraduisible par la gravure et les procds photographiques4 ,l'artiste devient un visionnaire1 il peint les ftes1 les bals dans de fantaisistes et princires demeures brillamment claires1 dans des salles de palais feriques1 semblables ceux des contes faits par ,schhrazade3 le mouvement de la folie lgante se dtachant dans des perspectives lumineuses4 ,ce sera encore une conception nouvelle de l'orgie romaine1 du dlire dcadent de ,byzance2 des apothoses1 des foules en marche1 avec des animaux y participant4 ,les sujets de genre se multiplient4 ,monticelli cre des scnes locales inspires de l',orient1 dont il appuie le mystre3 c'est le harem1 la souplesse et la langueur du bel animal de volupt1 l'ennui qui pse sur ces figures de femmes4 ,les formes fuyantes1 les richesses des mosques1 les fontaines1 les blancs colors des murailles1 les noirs tragiques des faces1 les ttes coiffes de rouge violent4 ,puis1 l',orient guerrier3 l'tendard vert du prophte dploy sous des ciels sombres1 des chameaux apocalyptiques1 des guerriers1 des esclaves1 grouillant dans un fleuve de lave colore4 ,monticelli s'arrte1 en ce temps-l1 dans l'intrieur des fermes de ,provence2 il pntre dans les cuisines et1 mieux que les ,hollandais1 grce son procd d'incrustation1 il en dtaille tous les ustensiles locaux1 et fait lutter le feu de l'tre avec la lumire diffuse du jour4 ,il peint1 dans ces cuisines--comme des diables blancs--des marmitons presss4 ,tout est pour lui prtexte couleurs1 matire tableaux1 sujets inpuisables1 thmes innombrables sur lesquels brode le caprice de l'imagination la plus excessive4 99 99 99 ,la musique surtout affolait ,monticelli4 ,comme tous les imaginatifs1 il l'adorait pour sa puissance vocatrice1 immatrielle4 ,il admirait1 surpris1 enchant1 le beau travail des ralisations harmoniques1 l'imprvu des cadences1 la nouveaut des rythmes1 la science des dveloppements thmatiques1 la couleur des belles modulations4 ,il liait par analogies la musique son art1 car1 en vritable symphoniste1 il en comprenait les secrtes beauts4 ,plus que jamais ,monticelli aimait les grands peintres2 plus que jamais il s'enthousiasmait devant les belles uvres4 ,ce sens critique1 qu'on lui niait si sottement parce qu'il parlait peu ou qu'il avait des apprciations quelquefois brutales et des mots d'un pince-sans-rire1 il le possdait tonnamment4 ,on est bien forc de reconnatre aujourd'hui que ses rflexions et ses observations rares sur la peinture des autres1 furent toujours justes1 sincres1 assez souvent divinatrices4 ,il faut rappeler avec quel fanatisme mu1 ,monticelli venait admirer1 tous les jours1 pendant des heures entires1 les beaux portraits de ,gustave ,ricard1 lors de l'exposition ,marseille1 des uvres de ce peintre1 en #ahgc4 ,jamais1 par aucun1 ,ricard ne fut aussi bien compris4 ,et on entendit plusieurs fois ,monticelli1 sorti pour cette circonstance de son mutisme habituel1 s'crier les larmes aux yeux3 ,est-ce possible d'arriver peindre ainsi6 99 99 99 ,dans cette belle priode1 #ahgj-ahgf1 la technique du peintre est admirable1 savante1 et prcieusement originale4 ,son faire est gnialement intransigeant4 ,son dessin procde par masses soutenues dans lesquelles viennent s'incruster des touches colores1 poses dans le sentiment et le mouvement de la ligne4 ,il est presque puril de dmontrer aujourd'hui la force du dessin de ,monticelli4 ,il faut tre aveugle1 ou bien ignorant en art1 pour nier la beaut de ce dessin4 ,c'est dans la souplesse ondoyante des lignes que l'artiste provenal le cherche1 et non dans la scheresse du contour4 ,il possde la science de la forme1 car il analyse les paisseurs et sait tudier les volumes4 ,il a le dessin d'un grand peintre1 celui qui conduit exprimer la vie4 ,s'il n'a plus de modles1 il retrouve1 sa volont1 dans sa mmoire les mouvements entrevus jadis4 ,la rue lui donne sans cesse de prcieuses indications4 ,il n'y passe pas seulement en rveur1 mais en observateur aussi4 ,dans la rue1 portant beau1 dans sa veste de velours noir1 la dmarche aise1 il suit de son il voil par l'ombre du feutre1 le mouvement qui l'intresse4 ,il regarde la passante1 la femme prte au combat de la sduction1 il note sa dmarche rythme ou nonchalante1 l'expression de ses dsirs inavous1 et en mme temps les rapports de tons1 les oppositions1 les valeurs4 ,l1 il observe2 l1 il tudie4 99 99 99 ,gnreuse et franche1 sa couleur1 sans jamais tre adultre par des mariages discords1 reste minemment translucide4 ,les points colors1 lumineux1 sont1 aux bonnes places1 poss avec une habilet inoue4 ,sa couleur6 ,on se demande intrigu quelles sont ces matires dont le peintre s'est servi1 quelles fleurs il a drob la vivacit de son coloris et sa fracheur8 ,est-ce l le bleu d'azur intense des gentianes cespiteuses1 le bleu potique des lavandes de ,provence1 les bleus noirs violacs de la campanule en deuil des hautes prairies8 ,est-ce dans la flore si varie des altitudes alpestres qu'il a surpris le secret des safrans1 des jonquilles1 des strontianes2 la gamme des alizarins1 des purpurins1 des rubis8 ,est-ce au ,japon qu'il a trouv ces douceurs roses1 cerises1 lilas1 mauves8 ,a quel oiseau des tropiques a-t-il pris les plumes pour obtenir ces rouges8 ,a quelle coquille marine de l'ocan indien a-t-il arrach ces nacres et ces irisations8 ,quel vieux ,rouen et quel ,delft a-t-il pu mettre en tube pour arriver ce bleu effac de vieille faence8 ,comment encore a-t-il broy ces pierres prcieuses dont il semble s'tre servi pour garnir sa palette8 ,les grenats syriens1 les ponceaux clairs1 les cramoisis1 dans les rouges2 les saphirs barbeau1 le bryl1 la tourmaline1 l'indigo oriental1 dans les bleus2 les riches meraudes1 la chrysoprase1 l'aigue-marine1 dans les verts2 la varit des zircons cristallins dans les jaunes2 la potique amthyste1 dans les violets8 ,ses profondeurs ne semblent-elles pas procder encore de pierres opaques1 onyx1 agate8 ,enfin1 quel est le mystre de ces mlanges inconnus3 violets d'or clair1 vert-de-gris stri1 auroline laqueuse et cendre d'outremer1 lapis lazzuli et mas8 ,comment ce lapidaire a-t-il serti1 taill en facettes1 avec sa brosse1 ces pierres qui1 sur sa toile1 jettent d'aussi beaux feux8 ,ah6 oui1 il faut le reconnatre maintenant1 jamais l'amour d'un peintre pour la couleur ne le poussa de semblables inspirations1 jamais aucun ne l'adora avec une tendresse si respectueuse et ne sut la violenter1 avec autant de bonheur1 dans le coup de folie de la passion444 ,quand on examine certaines toiles de ,monticelli1 on a l'impression de l'ouverture d'un crin contenant des bijoux rares subitement placs la lumire4 ,vraie parure des princesses de contes de fes1 ils apparaissent1 dvotement sertis1 avec leurs ornements niells d'mail1 leur dlicate orfvrerie ajoure1 l'clat doux de leurs diamants vieillis1 la patine de leurs mtaux de couleur1 comme d'anciennes merveilles d'un art oubli4 ,de mme qu'un change sympathique de rayons lumineux a pu se faire1 la longue1 entre des pierres prcieuses voisines1 et en a adouci l'clat2 de mme1 la violence des richesses de la palette de ,monticelli s'est apaise1 la couleur trop neuve s'est agatise avec le temps4 ,a l'encontre des peintures bitumineuses1 des toiles peintes sur des dessous non entirement secs1 lesquelles vont progressivement la mort1 celles de ,monticelli gagnent tous les jours4 ,et ses paroles prophtiques3 ,je peins pour dans trente ans1 sont prtes s'accomplir3 son uvre acquiert sa grande beaut au moment o1 sortie de la priode des silences intresss1 des sourires ironiques1 des enthousiasmes isols et contenus1 elle va se montrer dans toute sa clart irradiante4 ,cette couleur1 ,monticelli l'a toujours applique avec la sret de main d'un ,japonais2 mais il lui a donn la consistance qui fera sa dure4 ,non triture avec la brosse1 son clat emprisonn dans un liquide compos surtout de vernis copal1 elle n'a subi aucune des ractions chimiques qui dtruisent d'autres peintures4 ,le peintre ne se sert pas de sa palette pour y prparer le ton4 ,il obtient1 par exemple ses gris1 par le voisinage de couleurs franches diminues de blanc4 ,il a dans le cerveau la vision tellement nette du rsultat de certains mlanges1 dans de diffrentes proportions1 qu'il les pose sur sa toile d'un coup sans jamais avoir besoin d'y revenir4 ,son art consiste surtout dans l'application adroite de ces mlanges4 ,suivant le cas1 l'effet qu'il veut obtenir et les relations qui les entourent1 il donne aux couleurs qu'il juxtapose ainsi une grande importance d'application et d'ordre4 ,a l'infini1 il arrive ainsi varier ses tons1 en leur laissant toute la fracheur de l'inspiration et de la touche4 ,l'instinct du coloriste est chez lui si puissant1 qu'il peut dcouvrir et appliquer la science des lois des complmentaires2 la science des neutres--cette force des grands coloristes--avec laquelle il va teindre et manier son gr les stridences les plus aigus4 ,et1 si clatants que soient les timbres de sa symphonie1 ils ne choqueront jamais1 car ils seront toujours merveilleusement entours et accompagns4 ,pour l'effet1 dessein1 il prend volontairement de grands partis d'ombres et de lumires1 vitant la complexit des reflets4 ,il sait arriver aux rapports de tons justes en conservant la couleur toute sa franchise4 ,s'il est le plus audacieux1 il est aussi le plus savant coloriste4 ,quand1 dans ses toiles1 la pte coule en laves brlantes comme un fleuve de feu1 l'harmonie demeure dans ce brasier ardent3 clats soufrs d'or1 lueurs rougetres d'incendie1 phosphorescentes irradiations1 sont sauvs1 excuss1 par la force de l'effet et de la couleur concentriques4 99 99 99 ,monticelli possde tonnamment le sens de l'arabesque6 ,l'arabesque1 cette science mystrieuse de la ligne qui est aux arts du dessin ce que sont pour les mondes les lois d'attraction universelle2 l'arabesque1 avec la volupt de ses ellipses1 l'envotement de ses volutes1 le pouvoir de ses lignes qui s'attirent1 qui se lient1 se dlient d'aprs une mathmatique idale1 elle est chez ,monticelli dans toute sa beaut1 adquate la couleur4 ,harmonise1 dans l'opposition clatante des bleus et ors2 pesante1 des verts teints sur l'indigo pur2 ou tendre1 des mauves roses sur la cendre verte2 et parfois harmonise aussi dans l'opposition violente1 tragique1 l'arabesque apparat dans ses toiles comme clate dans l'orchestre la sonorit brusque d'un affreux accord dissonant dont l'heureuse ralisation s'opre aussitt1 inattendue1 docile1 sur la joie d'une sensation de douces consonances picturales4 ,l'arabesque du peintre marseillais1 aussi curieuse par la touche que par le dessin1 par la couleur que par la ligne1 est1 parmi ses qualits originales1 une des plus suprmes de son art4 99 99 99 ,par toutes ses sductions1 la nature avait pris le peintre4 ,le peintre l'aima intimement1 la possda1 et devint un grand paysagiste primesautier4 ,mieux qu'aucun il devina que l'art devait tre la large synthse des choses et qu'il fallait surtout peindre avec son cerveau4 ,son uvre de paysagiste est belle par son mystre1 elle fuit le ,vrai pour atteindre le ,beau2 et par l1 elle rsout mieux1 en quelque sorte1 les problmes nigmatiques des aurores1 des soirs1 qui chappent l'explication par les solutions picturales ordinaires4 ,monticelli1 en un mot1 fait une gniale transposition de la nature4 ,elle lui devient un thme modulations si riches1 si imprvues1 que mme le motif principal1 s'il n'est pas incisif1 est oubli4 ,sa sensation est tellement forte1 qu'elle tord1 qu'elle broie1 qu'elle dforme6444 ,mais1 elle l'aide crer4 ,de nouveau1 pour peindre les soirs incandescents1 il trouve sur sa palette les tranges reflets citrins1 les safrans vigoureux2 pour les crpuscules1 la douceur des ciels vermeils et verts2 pour la tideur du midi automnal1 l'clat mtallique de la turquoise intense1 travers la vive rousseur des arbres4 ,puis1 avec le pome des nues en marche1 sous un ciel de cuivre orageux1 les rouges vinaigre s'opposant aux hyacinthes glauques ou s'teignant dans les tragiques violets4 ,c'est un soir dramatiquement clair1 un paysage de lgende moyengeuse3 sous la nue mauvaise1 l'arbre ploie1 avec la dtresse de ses branches en gibet2 un affreux drame se joue dans des fonds sanglants2 une mare1 au premier plan1 reflte en la renversant l'horreur du ciel1 la catastrophe de la terre444 ,c'est la nature en joie1 exubrante de vie4 ,dans l'enveloppe ouate de l'impalpable cendre verte du ciel1 un arbre majestueux tend ses bras en patriarche sur la prairie en fte4 ,sur ce tapis scintillant1 tiss des plus jolies soies1 la rose a jet la diaprure de ses perles que le soleil colore en fuses irises4 ,monticelli a donn le mieux la sensation de l'exquise caresse faite la terre et aux arbres par les rayons solaires4 ,il a surpris en flagrant dlit le soleil venant racler sa palette sur la cration1 il lui a vol son procd1 et il a peint comme le soleil444 ,mieux qu'aucun il va rendre dsormais le caractre essentiel qui mane de la posie des heures1 des pays4 ,de la ,provence1 il peint les soirs1 la fin des journes brlantes d't4 ,dans le fond d'or1 stri de bandes rouges1 sous l'horizon1 le soleil vient de disparatre en accrochant ses derniers rayons aux squelettes d'arbres rabougris4 ,par l'effort de la journe dlirante1 la vgtation est accable1 les arbres implorent1 et les ajoncs1 comme cuits1 en garance fane1 presque teinte1 s'affaissent1 extnus4 ,il rend avec intensit le coin de route clatante de soleil1 le vieux puits1 les touffes robustes et agressives des chardons verts poussireux qui la bordent et la note de leurs fleurs mauves poudrerises2 alors que1 sous le ciel en bullition par l'intensit calorique1 l'air trpide1 et que1 dans le silence particulier aux atmosphres torrides1 sur les arbres1 les cigales lasses se sont endormies4 ,dans le sentiment d'un vigoureux pittoresque1 il sculpte1 avec des pierres moussues1 un vieux pont couvert de lierres et encadr de verdure4 ,sous le cintre architectural de son arche caduque1 il fait passer la rivire qui flirte sur ses bords avec les roseaux penchs4 ,mais son exaltation mridionale force bientt la masse liquide se changer au premier plan en tumulte de charge guerrire1 en gloire d'irisations4 ,il peint ses paysages par touches grasses1 en marqueterie colore2 le neutre des fonds1 entre lesquels elles apparaissent1 les cerne et les divise4 ,avec ce procd qui parat devoir conduire au papillotage1 ,monticelli obtient un ensemble d'une impeccable tenue et d'une parfaite harmonie4 ,illustration3 ,,paysage 7,,tude7 ,puis1 c'est dans la somptuosit des couchants1 la gloire et les tristesses automnales1 l'arabesque de leur rouille et de leur tache de sang sur l'incendie de leur ciel1 la douce harmonie des paysages matinals1 aux tons vermeils pareils ceux qui1 par la cuisson solaire1 dorent les grappes des raisins trop mrs4 ,les plus modestes paysages familiers grandissent avec ,monticelli4 ,par lui1 le petit morceau de terre devient pique4 ,dans sa puissance d'vocation panthiste1 ainsi qu'un ,ruysdal exalt1 il semble rsumer la cration dans un arbre1 un ciel1 un morceau de terrain3 il fait un monde qui tourne444 99 99 99 ,ses marines1 ses coins de mer plutt1 sont synthtiques4 ,c'est toujours le morceau de nature qui grandit travers sa vision4 ,un village de pcheurs1 avec ses petites maisons blanches sur un fond de colline provenale1 le calme de son port minuscule4 ,la vie au cagnard du pcheur mridional raconte par le dtail de quelques batelets et de leurs engins de pche2 la vie de la nature dite par quelques reflets sur l'eau en mouvement4 ,aux environs de ,marseille1 ,son-,saint-,henry peut-tre1 des barques sur un coin de rive1 o vient mourir1 dans un rythme lent1 la vague clapotante4 ,au ciel1 la belle arabesque des fumes d'usine1 qui brode1 autour du bleu1 de symboliques spirales4 ,au loin1 le port1 la fort de ses mts dans une brume d'apothose1 avec la divination de la vie tumultueuse de quelque ,tyr ou ,sidon lointaine1 la sensation historique de longs sicles de gloire maritime d'un grand port phnicien4 ,si le peintre provenal n'a pas cherch rendre le grand caractre de la mer--pas plus1 du reste1 que celui1 angoissant1 des masses chaotiques--si la posie et le mouvement de l'eau ne l'ont point tent dans leur ensemble1 il a tudi avec soin la trame de son tissu prismatique4 ,dans le riche vestiaire o il suspend ses beaux vtements de femme1 dans les coffrets o il enferme ses pierreries1 on retrouve ses effets de moires changeantes1 les apparitions fugitives de ses meraudes1 le miroitement de son kalidoscope liquide4 99 99 99 ,autant par la beaut de leur couleur et de leurs formes que par la diversit de leurs caractres1 les animaux ont tent le peintre4 ,s'il aime voir--tenu en laisse ou debout devant la chtelaine--le lvrier de race aux jambes hautes et fines2 s'il aime mettre sur les lacs endormis l'brouement des cygnes ou la grce de leur silencieux glissement giratoire2 s'il se plat flatter1 en l'exagrant1 l'orgueil arrogant des paons1 la fiert lgante du cheval pur sang1 il sympathise aussi avec l'animal auxiliaire de l'homme3 le cheval de labour l'encolure solide1 chez qui le travail quotidien a dvelopp la beaut de la musculature1 l'ne avec sa philosophie entte1 le buf avec sa passivit lourde4 ,tous l'intressent1 les grands1 les petits1 les superbes1 les humbles4 ,il oppose1 au-dessus des eaux glauques et mouvantes1 le dessin d'un fond japonais aux tons maills de vieille cramique4 ,dans des poses hiratiques1 comiques de gravit1 il y fait grouiller des oiseaux aquatiques1 plicans goitreux1 flamants roses1 canards chinois4 ,il voit dans les tables les ruminants somnolents1 et dans les poulaillers le tumulte de la vie des poules et des coqs4 ,toujours1 malgr la rutilance de la couleur qui semble l'absorber1 malgr son faire un peu brutal1 il laisse chaque animal son caractre1 il appuie ses habitudes1 il souligne son instinct4 99 99 99 ,quand ,monticelli peint la nature morte1 il est babylonien1 suivant l'expression chre notre regrett ,a4 ,lauzet4 ,ce n'est ici ni le trompe-l'il1 ni l'objet sacrifi l'effet dcoratif3 mais par sa puissante interprtation1 une augmentation de l'essence mme des choses4 ,par lui aperus1 les fruits sont plus savoureux1 les fleurs plus odorantes4 ,les tapis--malgr la pauvret des modles--sont somptueux4 ,les toffes communes se changent en tissu prcieux de chane et de trame1 de couleur et de dessin4 ,l'humble vase devient sacerdotal4 ,les pots1 la cruche provenale se transforment en bibelots d'art d'un grand prix4 ,les objets les plus ordinaires1 prcieusement colors1 prennent des lignes et des courbes nouvelles4 ,ils sont agrandis1 augments1 inclus dans un dessin norme4 ,avec la large simplicit de l'effet1 la beaut de la ligne1 avec la magie de la couleur1 ,monticelli fait dfinitif444 ,l'uvre de ce peintre est--pour me servir d'un mot dsormais historique--un bloc aussi1 qu'il faut accepter entirement1 sans chercher en enlever la moindre parcelle4 ,comment1 sans dtruire la belle harmonie de ses tableaux1 y ajouter une touche1 y modifier une ligne8 ,son gnie1 comme tous les gnies1 s'impose autant par ses qualits que par ses asprits caractristiques4 ,qui essaierait du reste d'ajouter un mot un monologue de ,shakespeare8 ,qui oserait enlever une seule note dans l'uvre de ,csar ,frank8 99 99 99 ,l'art du peintre provenal va atteindre de plus hautes cimes3 d'un beau geste1 il a simplifi la ligne et augment la sonorit de sa palette4 ,il va dans le sens de la couleur franche sans altrations1 de la couleur pure1 simplement diminue par les voisinages immdiats et dbarrasse jamais des bains assombrissants4 ,dj1 il entrevoit une volution vers quelque chose de plus robuste1 de plus grand4 ,comme ,beethoven1 peut-tre1--aprs sa #i;e symphonie et ses derniers quatuors cordes1--il a la perception d'un art nouveau2 et1 au moment o dans ses toiles il en bgaie la formule1 son cerveau craque tout coup1 cde1 se dsagrge et se dsquilibre444 ,est-ce sous l'effort exagr d'une production formidable ou de l'exacerbation trop longue de ses facults8 ,est-ce la consquence de souffrances morales1 d'amours malheureux1 de dceptions8 la mconnaissance de son gnie ou la tristesse de sa vie depuis longtemps silencieuse et solitaire8 ,sont-ce les suites1 comme on l'a dit1 des heures d'oubli demandes l'absinthe8 ,les causes importent peu4 ,monticelli est vraiment dtraqu2 et ceux qui lui demandent de ses nouvelles1 il rpond gravement3 ,je viens de la lune4 ,oh6 cette chose pouvantable1 l'homme survivant son gnie2 la tristesse de la dcadence d'un si beau cerveau6 ,pendant prs de cinq ans ,monticelli1 dment1 continue peindre1 produire plus que jamais4 ,et alors1 il exagre1 sans aucune mesure1 son genre4 ,il fait une pouvantable charge de sa manire1 une caricature mauvaise de ses qualits4 ,on dirait qu'il tente dans sa folie de diminuer1 ironiquement1 sa gloire immanente4 ,en ce moment douloureux1 des plagiaires nombreux--oiseaux de proie qui ont senti la fin prochaine--se jettent sur son uvre1 et1 par d'infmes copies1 l'aident dans cette tche sinistre#dh4 ,les ,monticelli courent les rues1 s'talent dans les vitrines les plus interlopes1 sont partout1 grotesques ou simplement mauvais1 btes1 pitoyables1 falsifis4 ,et la foule1 cette fois1 dans son incapacit de distinguer le bon grain dans toute cette ivraie1 exulte1 se rjouit de sa prtention d'augure4 ,l'accusation de folie1 de tout temps prte au peintre1 est malheureusement aujourd'hui justifie444 ,la fin de ,monticelli est proche4 ,la main du peintre ne peut plus obir son cerveau qui ne sait plus commander3 ,mes doigts sont en cuivre1 dit-il4 ,la main va s'arrter1 cinq ans trop tard4 #dh ,plus qu'aucun peintre ,monticelli est vol1 vol dans son nom1 vol dans ses uvres4 ,et quand beaucoup de ses toiles1 parmi les meilleures1 courent l',amrique sous la signature de ,diaz1 une quantit d'horribles peintures lui sont en ,france-- ,paris surtout--attribues tort4 ,dans la chambre o pntre par la fentre ouverte un gai soleil prometteur de vie1 le #bi juin #ahhf1 ,monticelli1 sur son lit1 couch1 agonise4 ,le peintre a trouv la force1 dans l'excitation nerveuse qui prface quelquefois la mort1 de peindre sa dernire toile4 ,a ses cts1 des taches de couleur et de vernis ont gliss sur les draps et le linge4 ,avec l'odeur des essences1 on devine la mort flotter1 dans cette chambre1 en molcules mystrieuses1 impondrables444 ,comme suprmes rflexes1 la paralysie des mninges laisse encore l'homme le besoin de peindre1 l'habitude de la couleur4 ,s'est-il ressaisi1 le grand artiste8 ,non1 mais il peint444 ,prs de lui1 la ,mort regarde1 attend1 impatiente4 ,elle seulement va pouvoir lui arracher son pinceau444 ,la palette est lche444 les bras sont tombs1 inertes444 la tte lourde1 dans l'oreiller pntre444 ,dans l',infini1 ,monticelli poursuit son rve d',art6 99 99 99 ,il repose ignor1 oubli1 le divin coloriste1 dans un coin du cimetire1 ,marseille1 sans que la moindre inscription en note la place1 sans que les fleurs gaient cette tombe abandonne4 ,aucune ruelle de sa ville natale ne porte son nom2 nul buste1 nulle plaque commmorative ne le rappellent la mmoire des hommes4 ,mais1 dj tinte allgrement l'heure de la justice4 ,elle sonne1 annonant la marche triomphante de son gnie1 vers la postrit vengeresse4 ,je peins pour dans trente ans444 ,en vrit1 pour ,monticelli1 pour sa gloire1 les temps sont rvolus4 ,les commentateurs1 d'abord assez rares1 de ,monticelli1 apparaissent maintenant plus documents4 ,aprs les articles anciens de ,paul ,arne1 ,emile ,bergerat1 ,ch4 ,fromentin1 etc41 et l'intressante tude de ,guigou contenant vingt-deux lithographies de ,lauzet1 voici quelques pages trs littraires de ,m4 ,robert de ,montesquiou1 contenant avec beaucoup de citations de jolies apprciations personnelles#di4 #di ,gazette des ,beaux-,arts1 n du #a;er fvrier #aija4 ,parmi les articles cits1 il faut surtout retenir des fragments de ceux signs mile ,blmont1 crits en #ahha1 propos de la vente ,burty4 ,m4 de ,montesquiou donne ces fragments en les accompagnant d'heureuses rflexions4 ,il nous promne dans le monde enchant de ,boccace et de ,shakespeare4 ,ici1 c'est le ,dcamron4 ,l1 c'est le ,songe d'une nuit d't4 ,il est le pote de la lumire4--,comme on l'a dit pour ,diaz1 ,il ne montre pas un arbre ou une figure1 mais l'effet du soleil sur cette figure ou sur cet arbre4 ,il y a ce style de fte dont parle ,carlyle4 ,illustration3 ,clich ,nadar4 ,d,,cam,,ron ,sans effort1 en se laissant navement aller son imagination1 il voque1 dit ,m4 mile ,blmont1 des feries adorables1 o il runit en des dcors et sous des costumes d'ternelle beaut1 les desses et les demi-desses de tous les ges et de toutes les patries1 les ,dalila et les ,calypso1 les ,hlne et les ,judith1 les ,fiammetta et les ,rosalinde1 les ve et les ,batrice1 les courtisanes de ,corinthe et les marquises de la ,rgence4 ,il a reconquis pour nous ce suave et chimrique domaine de ,watteau1 o fleurit l'lgance d'une vie surnaturelle4 ,il en a renouvel la grce4 ,il y a retrouv le sourire de la ligne1 l'me de la forme1 la cadence des poses1 en des bosquets d'apothoses1 en des bois baigns d'un clair de lune bleu1 en de magiques campagnes pleines de vibrations musicales et de pntrants parfums1 en des ftes galantes d'une volupt suprmement mlancolique4 ,mais j'en avertis les gens positifs1 ajoute ,m4 de ,montesquiou1 il faut tre un peu pote pour sentir la posie un peu folle de ces personnages lyriques et de ces chimriques paysages4 ,il faut avoir en soi de quoi clairer cette lanterne magique4 ,alors seulement un tableau de ,monticelli1 avec toutes ses imperfections1 avec toutes ses dfaillances1 est aux regards et la pense1 suivant l'expression de ,shelley1 une joie pour toujours4 ,m4 de ,montesquiou achve ainsi1 en trs color pote1 son tude sur ,monticelli3 ,mais les meilleurs tableaux rapprocher de ceux de ce coloriste tonnant1 tous1 enfants1 nous les avons faits1 et je les revois dans mon souvenir4 ,au chaud de l't1 nous crasions1 entre une planchette et un fragment de vitre1 loblias1 calcolaires1 graniums1 tous les tons les plus fulgurants du jardin1 et nous nous complaisions des heures contempler fascins les blouissants ensembles ainsi conus1 composs de fleurs broyes4 ,si exquise que soit cette comparaison1 voici une phrase plus heureuse encore et qu'il faut citer toute1 car elle est en quelque sorte1 avec un rare bonheur d'expressions imitatives1 explicative du talent de ,monticelli3 ,un intitul prononc propos1 c'est celui de ,ftes galantes2 avec le titre de ,jardins d'amour1 il baptise excellemment une grande part de cette uvre1 toute faite d'un papillonnement de ,triboulets et de ,mphistos1 de pages et d'abbs1 de seigneurs et de dames4 ,le mot irradiation caractrise bien le fluide en lequel ils baignent4 ,ce sont des troues1 des infiltrations1 des perces lumineuses1 quasi incandescentes2 comme des vols d'abeilles de flamme1 des essaims de papillons igns ou de lucioles envahissant les feuillages1 soudain piquets1 tiquets1 tigrs de voltigeantes tincelles4 ,,paul ,,guigou #ahcd-ahga ,illustration3 ,,paul ,,guigou 7#ahcd-ahga7 ,v ,,paul ,,guigou ,a ,ren ,seyssaud4 ,il y a entre l'homme et la nature une harmonie secrte qui peut servir1 surtout en peinture1 de thmes inpuisables aux conceptions futures4 ,des artistes l'ont compris3 ,puvis de ,chavanne entre autres1 qui laisse son paysage le soin de commenter la pense principale3 l'action1 et lui fait jouer le rle du chur antique4 ,dsormais l'volution est faite2 et le paysage1 que l'on considrait1 il n'y a pas bien longtemps1 comme un art secondaire1 a pris l'importance qu'il mritait4 ,c'est que la nature est tout2 c'est qu'elle contient tout3 force1 beaut1 passion1 posie1 sentiment1 qu'elle informe1 et manifeste toutes les grandes expressions morales et pittoresques de l',art#ej4 #ej ,raymond ,bouyer4 ,le ,paysage dans l',art4 ,elle est1 avec l'eurythmie des pures lignes que font sur le ciel bleu les crtes des promontoires mditerranens1 l'incomparable architecte plus grec que l'art grec4 ,elle est1 dans les harmonies du frais tumulte du matin1 des mlopes douces ou tragiques de la mer1 de la plaintive chanson des pins qui vibrent dans sa symphonie arienne1 la musicienne divine4 ,et l'art pictural sera1 dans la joie toujours nouvelle de ces spectacles changeants3 gloire des couchants1 nigme des aubes1 majest horrifiante des montagnes et posie des eaux2 spectacles sans cesse modifis ou exalts suivant la saison et l'heure1 par la magique lumire du ciel4 ,il faut le rpter encore3 par l'puisement et le rabchage des inspirations prises l'histoire1 la lgende et la ,bible1 le peintre devra maintenant nous intresser par le sens de la vie dont nous participons1 et nous donner en face de la nature son tat d'me avec la personnalit de sa vision4 ,par le portrait de l'homme1 par le portrait de la nature1 l'artiste recule l'infini le champ d'action qui peut rendre ses motions captivantes4 ,il rattache les sensations de peinture celles que nous donnent la musique et la posie4 99 99 99 ,dans le nombre des glorieux paysagistes franais qu'on nous montra la ,centennale1 un peintre jusqu'alors assez inconnu ,paris1 ,paul ,guigou1 se rvla avec un ,paysage de ,provence#ea1 un simple paysage1 o se magnifiait dans un acte de conscience artistique l'amour de la nature1 la tendresse pour le pays natal4 #ea ,ce tableau achet par l'tat1 l'issue de l',exposition universelle1 est en ce moment au muse ,galliera1 attendant son entre au ,louvre4 ,la conscience1 cette qualit des plus grands artistes1 est1 en effet1 dans l'art de ,paul ,guigou1 affirme avec une si grande et si nergique beaut qu'elle fait passer sur la scheresse du peintre allant parfois jusqu' la duret1 et sur son exagre minutie4 ,d'o venait ce paysagiste oubli1 si peu rcompens aux anciens ,salons officiels8 ,le #ae fvrier #ahcd1 ,paul ,guigou naissait ,villars1 prs d',apt1 sur les confins de l'ancien ,comtat1 dans cette partie de la ,provence qui va en escalade pittoresque jusqu'aux premiers contreforts alpestres4 ,au collge d',apt1 l'enfant commena des tudes continues ensuite au sminaire d',avignon4 ,ses parents1 qui taient dans l'aisance1 rvaient pour lui un mtier en rapport avec leur situation de fortune4 ,la mre dsirait le voir se faire prtre2 dsir que faisaient alors secrtement1 en ,provence1 toutes les mres chrtiennes4 ,mais le jeune homme1 bien qu'excellent lve1 n'avait pas la vocation sacerdotale2 et1 sa sortie du sminaire on le destina au notariat4 ,le #f novembre #ahea1 ,paul ,guigou1 aprs l'obtention de son diplme de bachelier s lettres l',universit d',aix1 fut envoy ,apt comme aspirant notaire chez ,me ,madon4 ,la famille ,guigou1 qui avait quitt le ,vaucluse1 habitait ,marseille depuis quelques annes4 ,paul ,guigou avait volontiers accept un dplacement qui lui permettait d'aller vivre pendant un certain temps dans un pays qui lui avait laiss le souvenir de beaux paysages ayant enchant son enfance4 ,si la perspective du notariat ne lui souriait que mdiocrement--car il tait dj mordu du dsir de dessiner et de peindre--il chappait ainsi l'troite surveillance paternelle et allait pouvoir se livrer son art prfr4 ,dans l'tude de ,me ,madon o il n'tait pas svrement tenu1 car le tabellion tait un brave homme1 le clerc s'enfivrait d'motions l'vocation des paysages proches4 ,par la fentre du bureau1 il pouvait apercevoir1 aux extrmits de la rue de la petite ville1 les fonds de collines qui s'tagent et ferment le pays en allant vers la ,durance1 dans des courbes molles et concentriques au fond desquelles circulent les combes solitaires4 ,par quelques chancrures de bleu aperues au-dessus des toitures1 il pouvait rver encore de fraches oasis vers ,roc-,sallire1 des voisinages de sources ombreuses qui1 dans ce pays aride1 paraissent par opposition plus dniques4 ,mais la beaut sauvage du paysage provenal devait surtout le retenir et il en gotait dj l'pre accent4 ,car1 non loin de l est le pays des ocres o se ruent sous le ciel intense les colorations extrmes qui font paratre plus blanche la route et plus puissante la verdure4 ,sur ce sol rocailleux se htent d'habiter l'olivier et le mrier1 entre quelques pentes couvertes de vignes1 parmi les rectangles de terre en rouges vifs et en jaunes clatants4 ,l'aspirant notaire demeura trois ans ,apt sans trouver le temps long4 ,il s'tait empress1 il est vrai1 ds les premiers jours de son arrive1 d'aller demander des leons de dessin au professeur du collge de la ville1 ,m4 ,camp4 ,celui-ci1 abasourdi des tonnantes dispositions de son lve1 lui dit au bout de peu de temps ,vous en savez autant que moi2 allez tudier sur nature4 ,c'est elle1 en effet1 qui fut la meilleure et presque la seule ducatrice de ,paul ,guigou4 ,avec beaucoup de tnacit1 avec un soin et une volont extraordinaires1 il se mit dessiner les arbres1 les rochers et les montagnes de son pays4 ,il obtint la longue de prcieux rsultats2 et lorsqu'il vint montrer ses dessins ,loubon1 ce dernier1 pressentant une vocation1 l'encouragea fort tudier et se mit sa disposition pour le conseiller4 ,paul ,guigou tait revenu ,marseille et achevait son stage dans l'tude de ,me ,roubaud1 pendant que1 proccup de recherches sur nature1 pouss par le directeur de l'cole des ,beaux-,arts dont il suivait les cours1 il se livrait presque entirement la peinture1 luttant contre les dsirs de sa famille1 qu'il devait vaincre malgr tout4 ,a partir de ce jour1 ,paul ,guigou se rvla vite4 ,on peut mme observer que ce peintre1 aprs sa priode de dbuts1 o il reste encore sous la dpendance du faire de ,loubon1 aprs sa premire manire un peu noire et un peu conventionnelle1 fit tout jeune ses meilleures toiles3 son tableau du muse de ,marseille1 par exemple1 et celui expos la ,centennale4 99 99 99 ,a l',exposition de la ,socit artistique des ,bouches-du-,rhne1 ,paul ,guigou se montra pour la premire fois1 en #ahei1 avec deux toiles qui y furent remarques3 ,chemin dans la colline ,saint-,loup1 et ,vue prise aux abords de la rue ,ferrari4 ,la premire se ressentait visiblement de la manire de ,loubon1 surtout dans la facture et la comprhension des terrains du premier plan2 elle contenait cependant des qualits d'atmosphre1 un sens de la couleur bien personnels4 ,quant la seconde toile1 elle tait dans une tonalit un peu sombre1 trs monte de ton4 ,ces deux tableaux prouvaient dj le temprament d'un peintre et la volont d'un consciencieux4 ,or1 cette exposition figuraient les uvres de ,puvis de ,chavanne1 ,luminais1 ,couture1 ,baron1 ,jules ,dupr1 ,corot1 les deux ,rousseau1 ,troyon1 ,van ,marck1 ,loubon1 ,palizzi1 ,fromentin1 ,ziem1 ,monticelli1 ,diaz1 ,gudin1 ,chintreuil1 ,aiguier1 ,millet1 ,jules ,nol1 etc41 c'est dire assez que l',exposition n'tait pas provinciale4 ,malgr cela et peut tre mme cause de la promiscuit de telles uvres1 ,paul ,guigou n'eut bientt qu'un dsir3 aller ,paris4 ,il n'y fit qu'un court sjour4 ,l'existence n'y tait pas facile1 car il ne pouvait encore esprer pouvoir vivre du produit de la vente de ses toiles4 ,il revint enthousiasm avec l'ide trs arrte de poursuivre la carrire artistique4 ,aussitt rentr ,marseille1 quelque peu influenc par ,courbet qu'il avait admir l bas1 ,paul ,guigou installe son chevalet devant les sites les plus agrestes et les moins peints des environs de cette ville4 ,il expose1 en #ahei1 le ,vallon de la ,panouse1 qui fleure une ,provence aride1 dsole mme1 mais capiteuse2 un coin presque inconnu o jusqu'aux bords du chemin1 dans le draiou#eb local1 le thym1 le romarin1 la sauge et les lavandes s'acharnent pousser entre les pierres1 parmi les argelas dominateurs et parasites1 avec1 au fond1 la colline nue1 abrupte1 brle1 o l'ombre met des cassures d'un violet spcial4--,une nouvelle note tait trouve4 ,la ,provence comptait le peintre historiographe de son sol aride1 de ses collines marmorennes1 de ses lignes fortement accuses dans la lumire crue1 enfin de son caractre particulirement sauvage4 #eb ,sentier4 ,paul ,guigou ne saura voir autrement son pays3 mais prouvant fortement cette posie du terroir1 il en imprgnera ses toiles avec tant de sincrit qu'on doit lui pardonner sa violente franchise4 ,il continue parcourir les endroits les moins riants1 mais les plus caractristiques3 le ,ravin de la ,nerthe1 o on n'aperoit que des rochers amoncels en dsordre1 des arbres dcharns qui lvent dsesprment leurs branches rachitiques vers le ciel2 et dans une sorte de valle de ,josaphat impitoyable1 un chaos lunaire o la lumire pourtant chante la vie sous l'azur bleu4 ,les ,gorges d',ollioules1 rendues effarantes par la torsion gologique de leurs roches1 l'effort vain de quelques vgtaux pousser dans les interstices du granit et des gneiss2 l'eau qui longe le ravin1 constamment arrte dans sa marche par les pierres anguleuses1 tous les dtails d'un coin de dsolation4 ,cependant1 de ses paysages1 ,paul ,guigou sait dduire l'effet4 ,ici1 il attend que les ombres atteignent telles parties des gorges pour clairer plus vivement les fonds et faire reflter le ciel bleu sur les eaux transparentes2 l1 il fait courir sur cette nudit des ombres lgres dont l'arabesque est une joie pour l'il1 un accident anecdotique emprunt la nature mme1 et avec lequel il sait la parer4 ,pour le peintre1 cette poque est fconde en petites tudes charmantes et en morceaux puissants4 ,paul ,guigou s'prend du geste des laveuses qui1 agenouilles dans les caisses de bois1 un mouchoir couvrant leur tte1 font1 aux bords des ruisseaux et des rivires1 une jolie tache de couleurs2 et trs consciencieusement il les tudie sans rien omettre des dtails de leur costume4 ,mais en #ahfj1 part quelques artistes et quelques rares amateurs1 personne n'apprciait l'art de ,guigou4 ,dans la ,tribune artistique et littraire1 ,m4 ,auguste ,chaumelin1 anim pourtant de bonnes intentions dcentralisatrices et dont les efforts furent mritants1 faisait ,paul ,guigou1 ainsi qu' ,monticelli qu'il ne comprenait point1 les reproches les moins mrits4 ,incompris dans son pays1 le pauvre artiste1 fort de sa vocation imprieuse1 des encouragements de ,loubon et de quelques peintres amis1 signifia sa famille qu'il allait se fixer dfinitivement ,paris et qu'il renonait pour toujours au notariat4 ,un vrai conseil de famille se runit devant lequel comparut ,paul ,guigou4 ,la discussion fut orageuse3 mais ,guigou l'emporta4 ,je ne ferai jamais1 dit-il1 un notaire consciencieux1 je puis faire un bon peintre4 ,le pre consentit alors laisser partir son fils en lui assurant une pension de cent francs par mois4 ,a ,paris1 nous retrouvons ,paul ,guigou travaillant avec une nergie rare1 vendant quelques toiles1 et collaborant au ,moniteur des ,arts4 ,enfin1 aprs quelques refus1 le peintre provenal apparat au ,salon de #ahfc4 ,en ce temps1 le paysage n'tait pas en honneur l',institut o se recrutaient les seuls membres du jury de peinture4 ,les paysagistes taient considrs comme des artistes infrieurs1 et dans les catalogues le paysage venait hirarchiquement aprs la nature morte4 ,on ne se doutait gure que dans les quelques noms de peintres que la postrit retiendrait comme ayant illustr le ,x,i,xe sicle1 les paysagistes auraient la prsance4 ,paul ,guigou exposa donc au ,salon de #ahfc deux toiles importantes3 les ,collines d',allauch et le ,coucher de soleil ,saint-,menet4 ,cette mme anne1 ,loubon mourait ,marseille4 ,la ,provence tait1 par l'lve devenu un matre--quoique peine g de vingt-neuf ans--dignement reprsente4 ,les deux tableaux du paysagiste vauclusien accusaient le moment d'une personnalit curieuse et primesautire4 ,le paysage des ,collines d',allauch du muse de ,marseille est une trs belle sensation de la campagne de ,provence aperue sous son aspect cassant1 rbarbatif1 mais lumineux et original4 ,le tableau est d'une heureuse composition3 au premier plan passe au milieu de la toile le chemin capricieux que vient lcher par places la langue longue des ombres1 car le soleil est dj bas sur l'horizon4 ,la lumire qui incendie les terrains ne les dcolore point1 les ombres qui y courent procdent du ton local et sont transparentes sans la ressource des partis pris violets4 ,les plans s'en vont1 en perspective1 malgr l'nergie du dessin et la couleur des lointains4 ,les montagnes sont franchement dlimites dans le sens de leur mouvement gologique4 ,les arbres et les vgtaux1 comme pour se prmunir du vent violent qui les secoue d'ordinaire1 se tiennent au sol par des attaches lourdes1 et l'indication de leur masse est synthtique et belle4 ,illustration3 ,,les ,,collines ,d',,allauch 7,muse de ,marseille7 ,le peintre a cherch avec soin l'arabesque3 son tableau en est une succession4 ,or1 cette arabesque qui n'est jamais imaginative comme chez ,monticelli1 a t scrupuleusement prise par ,paul ,guigou dans la nature mme4 ,il a en quelque sorte crit sous sa dicte4 ,par des indications incisives et dtailles1 l'arabesque du paysagiste cerne1 avec de beaux contours1 les arbrisseaux1 fixe les sinuosits du sentier pierreux1 agrmente les ombres1 sculpte la silhouette des collines1 et architecture les diffrents plans4 ,comme avec une pointe sche1 l'artiste a construit la charpente osseuse de son paysage et a introduit dans la partie grave une couleur chaude1 puissante1 harmonieuse1 adquate au travail de son burin4 ,au point de vue impression dgage du ct mtier1 on ne peut s'empcher de constater qu'on n'a pas encore donn une si juste expression de la ,provence vue sous cet angle particulier4 ,paul ,guigou n'a jamais t un tendre4 ,les subtilits de la lumire ne l'ont pas occup4 ,il n'entendait pas comme ,aiguier la douce musique arienne2 mais il ne trichait pas4 ,son pays lui est apparu dur dans une atmosphre clatante1 un peu priv d'enveloppe2 il n'a pas cherch le voir autrement1 ni avec les yeux d'un autre4 ,il fut profondment sincre4 ,pour cette raison son uvre doit intresser et retenir4 99 99 99 ,comme tous les provenaux1 ,paul ,guigou n'tait pas fix ,paris depuis longtemps qu'il souhaita revoir la ,provence4 ,et peine revenu dans son pays1 il va1 en compagnie de ,monticelli1 parcourir1 sac au dos1 la ,durance qu'ils descendent tous deux partir de ,mirabeau4 ,loubon leur avait indiqu un coin pittoresque entre tous3 le village de ,saint-,paul-de-,durance1 qu'il affectionnait particulirement pour lui avoir donn les motifs de quelques tableaux1 et qui allait offrir1 en effet1 ,paul ,guigou l'occasion de montrer1 en une nouvelle veine de son talent1 une ,provence souriante et belle1 bien qu'aussi peu connue4 ,le peintre vauclusien qui avait compris et rvl l'pre beaut de la colline provenale dcouvrit dans les bords de la ,durance des aspects nouveaux1 des trsors de grce4 ,il nous plat de reconstituer par la pense les bonnes journes passes au plein air1 la camaraderie de ces deux ,provenaux aux tempraments si opposs1 aux natures enthousiastes et droites bien faites pour se comprendre et s'apprcier4 ,il nous semble entendre ,monticelli jetant de sa voix belle et timbre le sonore ,arrtons-nous ici1 l'aspect de ces montagnes1 qu'il aimait placer dans certaines circonstances4 ,il nous semble voir ,paul ,guigou s'installant avec la joie folle du peintre qui vient de dcouvrir un beau motif2 et tous les deux mus1 griss1 travaillant cte cte1 pour en arriver une si diffrente et pourtant si intressante interprtation de la nature4 ,monticelli aimait ,paul ,guigou1 en qui il reconnaissait un artiste2 et quoique ce dernier ft1 par temprament1 rfractaire la comprhension intgrale de l'art du gnial coloriste1 il tait trop intelligent pour ne pas s'apercevoir de la grandeur de cet art4 ,aussi1 chez quelques-unes de ses toiles1 on sent chez le ,paul ,guigou de cette poque la tentative d'une volution vers la manire large de son compagnon d'tudes1 vers son interprtation transpose du paysage2 seulement ,paul ,guigou1 artiste de race1 ne perdait point de sa personnalit4 ,il pouvait dire aussi3 ,mon verre est bien petit2 mais je bois dans mon verre4 ,sa manire s'largit alors et sa couleur s'affine4 ,il se sert1 comme le fait ,monticelli1 des dessous de son panneau pour cerner avec les neutres de la couleur du bois peine frotts1 les valeurs principales4 ,il obtient ainsi1 mme en de petites tudes1 une ampleur qu'il ne possdait pas et qui est un peu factice1 puisque lorsqu'il sera livr lui-mme1 il retombera de plus en plus dans son faire mticuleux et sec qui va s'exagrant dans ses dernires productions4 ,pourtant1 ,saint-,paul-de-,durance1 le peintre provenal peint ses toiles avec la nave humilit de l'il et de l'me qui sent4 ,il nous raconte en reporter avis la vie du village3 la grande place qu'ombragent les platanes sculaires1 avec sous leur dais pais de feuillage1 l'chappe ensoleille vers la rivire et les coteaux illumins2 la ,fontaine o se runissent les laveuses et les jeunes paysannes qui viennent remplir les cruches vertes1 en causant1 l'ombre1 de fianailles proches4 ,il nous montre les vieilles maisons avec leurs portes basses et la thorie de leurs escaliers dlabrs1 les fentres troites auxquelles s'accrochent des lambeaux d'toffes4 ,il ouvre les portes d'table1 de style roman grossier2 et1 sur toutes ces choses1 sur cette vtust et ces haillons1 il fait glisser en taches de couleur le soleil qui1 travers les feuilles1 apporte ses richesses et sa gaiet4 ,le matin et le soir1 il descend vers la ,durance4 ,il aime le mouvement peu rapide de ses eaux qui vont entre les graviers blancs1 les alluvions roses3 la ,durance ,cadenet 7,salon de #ahfe74 ,il choisit parmi les coteaux qui la cernent ceux dont le dessin pittoresque rappelle de vieux chteaux fodaux en ruines3 les ,bords de la ,durance ,saint-,paul 7,salon de #ahfd74 ,parmi les collines escarpes1 celles qui sont assez semblables de menaantes forteresses3 ,bords de la ,durance ,mirabeau 7,salon de #ahfg74 ,ses fonds sont toujours dans les bleus ariens que les accidents de terrain varient et qui font le charme des collines de ,provence4 ,sur cette note dlicate1 le peintre place la silhouette fine des arbres lointains4 ,il dit tout1 il n'omet rien3 ni l'anecdote des reflets dans l'eau1 ni le caillou1 ni le brin d'herbe2 mais la lettre est vivifie par l'esprit2 et cette nature vue par instants photographiquement1 n'apparat pas moins grande dans les paysages de l'artiste4 ,si ,paul ,guigou a pu peindre quelques bons tableaux avec cette ,durance jolie et dcorative et dont il a dduit le caractre1 c'est qu'il l'a tudie en dtail dans de moindres et intressantes tudes4 ,c'est tantt sous des ciels transparents d'azur lger1 une plage sablonneuse1 une bande de terrains rougetres2 de l'eau qui glisse entre les bords plats de la rivire2 un fond trs lointain2 le coteau o s'accroche1 bti en amphithtre1 le village blanc entre les vignes et les pins4 ,toujours1 avec peu de chose1 ,paul ,guigou russit donner le sentiment de l'tendue4 99 99 99 ,aprs avoir rcolt de nombreux documents1 le peintre provenal retournait ,paris y faire ses tableaux4 ,la vie tait pour lui difficile4 ,il donnait entre temps quelques leons de peinture et de dessin qui l'aidaient un peu4 ,souvent1 l't venu1 le paysagiste n'avait pas les conomies suffisantes pour faire son voyage en ,provence4 ,il se contentait alors d'aller excursionner les bords de la ,seine et de la ,marne3 la ,seine ,triel1 en ,seine-et-,oise 7#ahff71 o la rivire est large et a dj l'aspect normand avec ses gras pturages riverains bords de hauts peupliers et ses fonds bas et boiss4 ,paul ,guigou tudie avec soin le mouvement de l'eau3 ses remous1 les caresses de la brise sur sa surface par bandes espaces et frissonnantes4 ,dans l't de #ahfg1 il remonte vers ,moret et va peindre le ,loing en soulignant son caractre tranquille et intime4 ,a ,saint-,mamms1 il btit quelques arches de pont sous lesquelles la rivire passe1 transparente1 pendant que des femmes lavent abrites par un parapluie vert2 vers la berge1 sous le ciel gris1 se dcoupent les toitures ardoises des maisons riveraines4 ,a ,villennes1 il se place devant le ,vieux moulin1 et1 tout en restant d'une exactitude scrupuleuse1 il arrange son motif de telle sorte qu'il en fait un paysage hroque4 ,rien n'y manque3 ni la vieille fabrique perche sur le pont pittoresque2 ni la grande masse des marronniers qui rejettent1 comme une coulisse1 le motif au second plan1 ni les objets reflts comme dans un miroir2 ni1 au premier plan1 les deux bachots plats et longs dans lesquels des mariniers travaillent4 99 99 99 ,aussitt qu'il le peut1 ,paul ,guigou revient tudier en ,provence4 ,maintenant1 il s'prend d'un bel enthousiasme pour les arbres1 et il les place dans ses paysages comme principaux acteurs4 ,il pntre leur caractre avec la conscience qu'il a mise tudier les paysages agrestes et la ,durance dcorative4 ,aux ,bords du ,jarret1 il peint des effets d'automne sonores1 en se servant avec adresse des dessous du ton des panneaux de bois pour obtenir les masses et les chaudes colorations qui s'exaltent en or sous le ciel bleu4 ,il aime surtout le chne de ,provence4 ,il place quelquefois aussi un bouquet de pins dans des plaines vastes1 aux lumineux lointains4 ,il choisit au bon soleil1 les jolis bois de pins tout tincelants de lumire qui dgringolent jusqu'au bas de la cte1 quand l'horizon les ,alpines dcoupent leurs crtes fines#ec4 #ec ,alphonse ,daudet4 ,lettres de mon moulin4 ,s'il ne compose jamais avec art ses paysages1 il fait aussi uvre d'artiste1 par le choix heureux du motif4 ,le peintre pense avec ,platon que le ,beau est la splendeur du ,vrai2 il n'interprte jamais au sens lyrique1 car il copie presque2 mais il a l'imitation pittoresque1 et son enthousiasme pour la nature l'aide crer4 ,pourtant son art n'est pas trs lev1 car l'envole lui fait dfaut4 ,il aime les arbres1 ces ,beaux arbres verts qui modulent des chants divins1 pour les opposer aux soirs de triomphe1 aux soirs dors1 et faire de leur masse sombre pleine de majest thtrale l'vocation de quelque bois sacr4 ,il voit souvent le chne1 le vieil arbre centenaire au feuillage ternel qui incise dans le paysage lumineux1 par un geste de bndiction1 son arabesque lourde et grave4 ,en #ahgj1 ,paul ,guigou s'est arrt devant les bastides provenales haut perches sur les crtes des vallons qui s'ouvrent brusquement vers l'chappe d'un fond de collines grecques4 ,ses verts au soleil1 bleutres et doux comme de la vieille soie1 sont particuliers1 tranges1 et n'appartiennent qu' lui4 ,il excelle rendre les paysages aux horizons loigns3 le ,paysage de ,camargue1 avec ses vastes tendues que coupent peine les salicornes et les salants1 o vont l'infini les fines et minuscules silhouettes d'arbres1 les cubes blancs coiffs de rose de quelques mas isols prfacs du cyprs noir1 et dans le ciel1 l'angle aigu d'un vol de canards sauvages2 les ,paysages de ,crau1 ocan de cailloux qui roulent jusqu' l'horizon o pointent comme des tirailleurs isols quelques rares peupliers4 ,ici1 le peintre traite patiemment les premiers plans de ce paysage monotone4 ,sans compter les pierres ni les ronces1 il semble les peindre toutes4 ,il a surpris lui aussi le mystre d'invention et de combinaison de la nature1 et il les dduit simplement4 ,l'ocan pierreux fuit vraiment1 dans ses toiles1 en perspective1 perte de vue1 sous les lignes presque insaisissables des collines lilliputiennes4 ,il s'arrte devant la ,mare1 o se refltent dans un renversement de lignes et de couleurs apaises le ciel et les bois4 ,il y met le dtail dcoratif des ajoncs1 la posie tranquille du paysage environnant4 ,paul ,guigou ne construit pas ses plans avec la belle science architecturale de son matre1 ses terrains n'ont pas la solidit extraordinaire de ,loubon2 mais il a su faire l'intelligente slection des dtails des premiers plans4 ,avec le paysagiste vauclusien la ,nature parle l'esprit2 sur les dessous de sa peinture1 il crit avec la hampe du pinceau quelques indications d'arbustes qui personnifient bien le sol inculte4 ,avec quelques traits caractristiques1 il marque le mouvement des eaux de la rivire2 par quelques intelligents dtails1 la vgtation qui crot sur ses bords4 ,de mme qu'avec quelques coquelicots et quelques bleuets placs propos1 il semble rsumer tout un coin de prairie maille de fleurs4 ,le nom de ,paul ,guigou commenait tre connu de quelques amateurs et ses uvres pntraient enfin dans les galeries rputes qui font l'artiste la meilleure des rclames1 lorsque la guerre de #ahgj clata4 ,le peintre1 en ce moment chez ses parents1 fut incorpor dans la garde mobile et on l'envoya passer bien inutilement avec d'autres une partie de l'hiver au camp des ,alpines1 d'o il rapporta toutefois de nombreuses et intressantes aquarelles4 ,rentr ,paris en novembre #ahga1 il ne tarda pas devenir professeur de dessin chez la baronne de ,rothschild4 ,l'avenir tait dsormais assur pour lui4 ,les annes d'preuve taient finies pour l'artiste2 mais ses jours taient parcimonieusement compts4 ,une congestion crbrale l'abattit dans son atelier4 ,transport ,lariboisire1 il y mourut deux jours aprs1 le #ba dcembre #ahga4 ,quand ,paul ,guigou disparut1 peine g de trente-sept ans1 on put regretter l'homme qui fut bon1 l'ami qui fut sincre et loyal2 mais le peintre avait fait son uvre4 ,ses dernires annes sont loin d'tre les meilleures de sa production4 ,on aurait dit que sa vision se rapetissait et que1 dans ses paysages1 l'motion s'affaiblissait dans l'exagration de recherches mticuleuses4 ,l'artiste avait tout donn4 99 99 99 ,que de fois1 en montant le raidillon abrupte qui grimpe1 bord la diable de thym1 de sauges et d'argeras1 entre les pins odorants du vallon provenal1 ne nous sommes nous pas cri1 en voyant devant nous le fond des collines nues1 aux jaspures violettes3 ,voil un ,guigou6 ,que de fois1 par les brusques apparitions travers les vitres du chemin de fer qui longe la ,durance1 n'avons-nous pas1 depuis ,mirabeau jusqu' ,cheval-,blanc1 aperu des paysages aux lointains bleus1 aux coteaux pittoresques1 aux eaux animes courant sur des alluvions et des graviers1 qui s'imposaient nous avec le souvenir des toiles de ce peintre6 ,cette ,durance qu'il nous est si difficile de ne pas voir avec les yeux du paysagiste vauclusien1 ce sentier dans la colline provenale qui nous rappelle si imprieusement ses meilleures uvres1 n'est-ce pas le plus bel loge que nous puissions faire du probe et consciencieux artiste que fut ,paul ,guigou8 ,marseille1 septembre #aijj-mai #aija4 ,,vreux1 ,,imprimerie ,,de ,,charles ,h,,rissey ,corrections3 ,page #bg grand remplac par grande 7une grande toile1 la vrit74 ,page #ce combattif remplac par combatif 7un esprit combatif1 intelligent74 ,page #dg ,numro de note #ae ajout4 ,page #ea ,note #af3 ,lons remplac par ,lous 7,pierre ,lous74 ,page #ga ,appel de note #bg ajout4 ,page #hb inaccescibles remplac par inaccessibles 7dans les sphres inaccessibles74 ,page #aae chrysopase par chrysoprase 7la chrysoprase1 l'aigue-marine74 ,page #abb quotitien par quotidien 7le travail quotidien74 ,page #abf rapellent par rappellent 7ne le rappellent la mmoire74 ,page #acd dnique par dniques 7paraissent par opposition plus dniques74