,note sur la transcription3 ,les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges4 ,l'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t harmonise4 ,,uvres ,,compl,,tes ,,de ,j4 ,,michelet ,l,,gendes ,d,,mocratiques ,,du ,,nord ,,la ,,sorci,,re ,,dition ,d,,finitive1 ,,revue ,,et ,,corrig,e ,,paris ,,ernest ,,flammarion1 ,,diteur #bf1 ,,rue ,,racine1 ,,pr,s ,l',,od,,on ,tous droits rservs4 ,,la ,,sorci,,re ,des livres que j'ai publis1 celui-ci me parat le plus inattaquable4 ,il ne doit rien la chronique lgre ou passionne4 ,il est sorti gnralement des actes judiciaires4 ,je dis ceci non seulement pour nos grands procs 7de ,gauffridi1 de la ,cadire1 etc471 mais pour une foule de faits que nos savants prdcesseurs ont pris dans les archives allemandes1 anglaises1 etc41 et que nous avons reproduits4 ,les manuels d'inquisiteurs ont aussi contribu4 ,il faut bien les croire dans tant de choses o ils s'accusent eux-mmes4 ,quant aux commencements1 aux temps qu'on peut appeler l'ge lgendaire de la sorcellerie1 les textes innombrables qu'ont runis ,grimm1 ,soldan1 ,wright1 ,maury1 etc41 m'ont fourni une base excellente4 ,pour ce qui suit1 de #adjj #afjj et au del1 mon livre a ses assises bien plus solides encore dans les nombreux procs jugs et publis4 ,j4 ,,michelet4 #a;er dcembre #ahfb4 ,,introduction ,sprenger dit 7avant #aejj73 ,il faut dire l'hrsie des sorcires1 et non des sorciers2 ceux-ci sont peu de chose4--,et un autre sous ,louis ,,xiii3 ,pour un sorcier1 dix mille sorcires4 ,nature les fait sorcires4--,c'est le gnie propre la ,femme et son temprament4 ,elle nat ,fe4 ,par le retour rgulier de l'exaltation1 elle nat ,sibylle4 ,par l'amour1 elle est ,magicienne4 ,par sa finesse1 sa malice 7souvent fantasque et bienfaisante71 elle est ,sorcire et fait le sort1 du moins endort1 trompe les maux4 ,tout peuple primitif a mme dbut2 nous le voyons par les ,voyages4 ,l'homme chasse et combat4 ,la femme s'ingnie1 imagine2 elle enfante des songes et des dieux4 ,elle est voyante certain jour2 elle a l'aile infinie du dsir et du rve4 ,pour mieux compter les temps1 elle observe le ciel4 ,mais la terre n'a pas moins son cur4 ,les yeux baisss sur les fleurs amoureuses1 jeune et fleur elle-mme1 elle fait avec elles connaissance personnelle4 ,femme1 elle leur demande de gurir ceux qu'elle aime4 ,simple et touchant commencement des religions et des sciences6 ,plus tard1 tout se divisera2 on verra commencer l'homme spcial1 jongleur1 astrologue ou prophte1 ncromancien1 prtre1 mdecin4 ,mais1 au dbut1 la ,femme est tout4 ,une religion forte et vivace1 comme fut le paganisme grec1 commence par la sibylle1 finit par la sorcire4 ,la premire1 belle vierge1 en pleine lumire1 le bera1 lui donna le charme et l'aurole4 ,plus tard1 dchu1 malade1 aux tnbres du ,moyen-ge1 aux landes et aux forts1 il fut cach par la sorcire2 sa piti intrpide le nourrit1 le fit vivre encore4 ,ainsi1 pour les religions1 la ,femme est mre1 tendre gardienne et nourrice fidle4 ,les dieux sont comme les hommes2 ils naissent et meurent sur son sein4 ,que sa fidlit lui cote6444 ,reines mages de la ,perse1 ravissante ,circ6 sublime ,sibylle1 hlas6 qu'tes-vous devenues8 et quelle barbare transformation6444 ,celle qui1 du trne d',orient1 enseigna les vertus des plantes et le voyage des toiles1 celle qui1 au trpied de ,delphes1 rayonnante du dieu de lumire1 donnait ses oracles au monde genoux1--c'est elle1 mille ans aprs1 qu'on chasse comme une bte sauvage1 qu'on poursuit aux carrefours1 honnie1 tiraille1 lapide1 assise sur les charbons ardents6444 ,le clerg n'a pas assez de bchers1 le peuple assez d'injures1 l'enfant assez de pierres1 contre l'infortune4 ,le pote 7aussi enfant7 lui lance une autre pierre1 plus cruelle pour une femme4 ,il suppose1 gratuitement1 qu'elle tait toujours laide et vieille4 ,au mot ,sorcire1 on voit les affreuses vieilles de ,macbeth4 ,mais leurs cruels procs apprennent le contraire4 ,beaucoup prirent prcisment parce qu'elles taient jeunes et belles4 ,la ,sibylle prdisait le sort4 ,et la ,sorcire le fait4 ,c'est la grande1 la vraie diffrence4 ,elle voque1 elle conjure1 opre la destine4 ,ce n'est pas la ,cassandre antique qui voyait si bien l'avenir1 le dplorait1 l'attendait4 ,celle-ci cre cet avenir4 ,plus que ,circ1 plus que ,mde1 elle a en mains la baguette du miracle naturel1 et pour aide et sur la ,nature4 ,elle a dj des traits du ,promthe moderne4 ,en elle commence l'industrie1 surtout l'industrie souveraine qui gurit1 refait l'homme4 ,au rebours de la ,sibylle1 qui semblait regarder l'aurore1 elle regarde le couchant2 mais justement ce couchant sombre donne1 longtemps avant l'aurore 7comme il arrive aux pics des ,alpes71 une aube anticipe du jour4 ,le prtre entrevoit bien que le pril1 l'ennemie1 la rivalit redoutable1 est dans celle qu'il fait semblant de mpriser1 la prtresse de la ,nature4 ,des dieux anciens elle a conu des dieux4 ,auprs du ,satan du pass1 on voit en elle poindre un ,satan de l'avenir4 ,l'unique mdecin du peuple1 pendant mille ans1 fut la ,sorcire4 ,les empereurs1 les rois1 les papes1 les plus riches barons1 avaient quelques docteurs de ,salerne1 des ,maures1 des ,juifs2 mais la masse de tout tat1 et l'on peut dire le monde ne consultait que la ,saga ou ,sage-femme4 ,si elle ne gurissait1 on l'injuriait1 on l'appelait sorcire4 ,mais gnralement1 par un respect ml de crainte1 on la nommait ,bonne dame1 ou ,belle dame 7,bella donna71 du nom mme qu'on donnait aux ,fes4 ,il lui advint ce qui arrive encore sa plante favorite1 la ,belladone1 d'autres poisons salutaires qu'elle employait et qui furent l'antidote des grands flaux du ,moyen-ge4 ,l'enfant1 le passant ignorant1 maudit ces sombres fleurs avant de les connatre4 ,elles l'effrayent par leurs couleurs douteuses4 ,il recule1 il s'loigne4 ,ce sont pourtant les ,consolantes 7,solanes71 qui1 discrtement administres1 ont guri si souvent1 endormi tant de maux4 ,vous les trouvez aux plus sinistres lieux1 isols1 mal fams1 aux masures1 aux dcombres4 ,c'est encore l une ressemblance qu'elles ont avec celle qui les employait4 ,o aurait-elle vcu1 sinon aux landes sauvages1 l'infortune qu'on poursuivit tellement1 la maudite1 la proscrite1 l'empoisonneuse qui gurissait1 sauvait8 la fiance du ,diable et du ,mal incarn1 qui a fait tant de bien1 au dire du grand mdecin de la ,renaissance4 ,quand ,paracelse1 ,ble1 en #aebg1 brla toute la mdecine1 il dclara ne savoir rien que ce qu'il apprit des sorcires4 ,cela valait une rcompense4 ,elles l'eurent4 ,on les paya en tortures1 en bchers4 ,on trouva des supplices exprs2 on leur inventa des douleurs4 ,on les jugeait en masse1 on les condamnait sur un mot4 ,il n'y eut jamais une telle prodigalit de vies humaines4 ,sans parler de l',espagne1 terre classique des bchers1 o le ,maure et le ,juif ne vont jamais sans la sorcire1 on en brle sept mille ,trves1 et je ne sais combien ,toulouse1 ,genve cinq cents en trois mois 7#aeac71 huit cents ,wurtzbourg1 presque d'une fourne1 quinze cents ,bamberg 7deux tout petits vchs674 ,ferdinand ,,ii lui-mme1 le bigot1 le cruel empereur de la ,guerre de ,trente-,ans1 fut oblig de surveiller ces bons vques2 ils eussent brl tous leurs sujets4 ,je trouve1 dans la liste de ,wurtzbourg1 un sorcier de onze ans1 qui tait l'cole1 une sorcire de quinze1 ,bayonne deux de dix-sept1 damnablement jolies4 ,notez qu' certaines poques1 par ce seul mot ,sorcire1 la haine tue qui elle veut4 ,les jalousies de femmes1 les cupidits d'hommes1 s'emparent d'une arme si commode4 ,telle est riche8444 ,sorcire4--,telle est jolie8444 ,sorcire4 ,on verra la ,murgui1 une petite mendiante1 qui1 de cette pierre terrible1 marque au front pour la mort la grande dame1 trop belle1 la chtelaine de ,lancinena4 ,les accuses1 si elles peuvent1 prviennent la torture et se tuent4 ,remy1 l'excellent juge de ,lorraine1 qui en brla huit cents1 triomphe de cette ,terreur4 ,ma justice est si bonne1 dit-il1 que seize1 qui furent arrtes l'autre jour1 n'attendirent pas1 s'tranglrent tout d'abord4 ,sur la longue voie de mon ,histoire1 dans les trente ans que j'y ai consacrs1 cette horrible littrature de sorcellerie m'a pass1 repass frquemment par les mains4 ,j'ai puis d'abord et les manuels de l',inquisition1 les neries des dominicains 7,fouets1 ,marteaux1 ,fourmilires1 ,fustigations1 ,lanternes1 etc41 ce sont les titres de leurs livres74 ,puis j'ai lu les parlementaires1 les juges lais qui succdent ces moines1 les mprisent et ne sont gure moins idiots4 ,j'en dis un mot ailleurs4 ,ici1 une seule observation1 c'est que1 de #acjj #afjj1 et au del1 la justice est la mme4 ,sauf un entr'acte dans le ,parlement de ,paris1 c'est toujours et partout mme frocit de sottise4 ,les talents n'y font rien4 ,le spirituel ,de ,lancre1 magistrat bordelais du rgne d',henri ,,iv1 fort avanc en politique1 ds qu'il s'agit de sorcellerie1 retombe au niveau d'un ,nider1 d'un ,sprenger1 des moines imbciles du quinzime sicle4 ,on est saisi d'tonnement en voyant ces temps si divers1 ces hommes de culture diffrente1 ne pouvoir avancer d'un pas4 ,puis on comprend trs bien que les uns et les autres furent arrts1 disons plus1 aveugls1 irrmdiablement enivrs et ensauvags par le poison de leur principe4 ,ce principe est le dogme de fondamentale injustice3 ,tous perdus pour un seul1 non seulement punis1 mais dignes de l'tre1 gts d'avance et pervertis1 morts ,dieu mme avant de natre4 ,l'enfant qui tette est un damn4 ,qui dit cela8 ,tous1 ,bossuet mme4 ,un docteur important de ,rome1 ,spina1 matre du ,sacr ,palais1 formule nettement la chose3 ,pourquoi ,dieu permet-il la mort des innocents8 ,il le fait justement4 ,car s'ils ne meurent cause des pchs qu'ils ont faits1 ils meurent toujours coupables pour le pch originel4 7,de ,strigibus1 c4 #i47 ,de cette normit deux choses drivent1 et en justice et en logique4 ,le juge est toujours sr de son affaire2 celui qu'on lui amne est coupable certainement1 et1 s'il se dfend1 encore plus4 ,la justice n'a pas suer fort1 se casser la tte pour distinguer le vrai du faux4 ,en tout1 on part d'un parti pris4 ,le logicien1 le scolastique n'a que faire d'analyser l'me1 et de se rendre compte des nuances par o elle passe1 de sa complexit1 de ses oppositions intrieures et de ses combats4 ,il n'a pas besoin1 comme nous1 de s'expliquer comment cette me1 de degr en degr1 peut devenir vicieuse4 ,ces finesses1 ces ttonnements1 s'il pouvait les comprendre1 oh6 comme il en rirait1 hocherait la tte6 et qu'avec grce alors oscilleraient les superbes oreilles dont son crne vide est orn6 ,quand il s'agit surtout du ,pacte diabolique1 du trait effroyable o1 pour un petit gain d'un jour1 l'me se vend aux tortures ternelles1 nous chercherions nous autres retrouver la voie maudite1 l'pouvantable chelle de malheur et de crimes qui l'auront fait descendre l4 ,notre homme a bien affaire de tout cela6 ,pour lui l'me et le ,diable taient ns l'un pour l'autre1 si bien qu' la premire tentation1 pour un caprice1 une envie1 une ide qui passe1 du premier coup l'me se jette cette horrible extrmit4 ,je ne vois pas non plus que nos modernes se soient enquis beaucoup de la chronologie morale de la sorcellerie4 ,ils s'attachent trop aux rapports du ,moyen-ge avec l',antiquit4 ,rapports rels1 mais faibles1 de petite importance4 ,ni la vieille ,magicienne1 ni la ,voyante celtique et germanique ne sont encore la vraie ,sorcire4 ,les innocentes ,sabasies 7de ,bacchus ,sabasius71 petit sabbat rural1 qui dura dans le ,moyen-ge1 ne sont nullement la ,messe noire du quatorzime sicle1 le grand dfi solennel ,jsus4 ,ces conceptions terribles n'arrivrent pas par la longue filire de la tradition4 ,elles jaillirent de l'horreur du temps4 ,d'o date la ,sorcire8 ,je dis sans hsiter3 ,des temps du dsespoir4 ,du dsespoir profond que fit le monde de l'glise4 ,je dis sans hsiter3 ,la ,sorcire est son crime4 ,je ne m'arrte nullement ces doucereuses explications qui font semblant d'attnuer3 ,faible1 lgre1 tait la crature1 molle aux tentations4 ,elle a t induite mal par la concupiscence4 ,hlas6 dans la misre1 la famine de ces temps1 ce n'est pas l ce qui pouvait troubler jusqu' la fureur diabolique4 ,si la femme amoureuse1 jalouse et dlaisse1 si l'enfant chasse par la belle-mre1 si la mre battue de son fils 7vieux sujets de lgendes71 si elles ont pu tre tentes1 invoquer le mauvais ,esprit1 tout cela n'est pas la ,sorcire4 ,de ce que ces pauvres cratures appellent ,satan1 il ne suit pas qu'il les accepte4 ,elles sont loin encore1 et bien loin d'tre mres pour lui4 ,elles n'ont pas la haine de ,dieu4 ,pour comprendre un peu mieux cela1 lisez les registres excrables qui nous restent de l',inquisition1 non pas dans les extraits de ,llorente1 de ,lamothe-,langon1 etc41 mais dans ce qu'on a des registres originaux de ,toulouse4 ,lisez-les dans leur platitude1 leur morne scheresse1 si effroyablement sauvage4 ,au bout de quelques pages1 on se sent morfondu4 ,un froid cruel vous prend4 ,la mort1 la mort1 la mort1 c'est ce qu'on sent dans chaque ligne4 ,vous tes dj dans la bire1 ou dans une petite loge de pierre aux murs moisis4 ,les plus heureux sont ceux qu'on tue4 ,l'horreur1 c'est l'in-pace4 ,c'est ce mot qui revient sans cesse1 comme une cloche d'abomination qu'on sonne et qu'on resonne1 mot toujours le mme3 ,emmurs4 pouvantable mcanique d'crasement1 d'aplatissement1 cruel pressoir briser l'me4 ,de tour de vis en tour de vis1 ne respirant plus et craquant1 elle jaillit de la machine1 et tomba au monde inconnu4 ,a son apparition1 la ,sorcire n'a ni pre1 ni mre1 ni fils1 ni poux1 ni famille4 ,c'est un monstre1 un arolithe1 venu on ne sait d'o4 ,qui oserait8 grand ,dieu6 en approcher4 ,o est-elle8 ,aux lieux impossibles1 dans la fort des ronces1 sur la lande1 o l'pine1 le chardon emmls1 ne permettent pas le passage4 ,la nuit1 sous quelque vieux dolmen4 ,si on l'y trouve1 elle est isole par l'horreur commune2 elle a autour comme un cercle de feu4 ,qui le croira pourtant8 ,c'est une femme encore4 ,mme cette vie terrible presse et tend son ressort de femme1 l'lectricit fminine4 ,la voil doue de deux dons3 ,l'illuminisme de la folie lucide1 qui1 selon ses degrs1 est posie1 seconde vue1 pntration perante1 la parole nave et ruse1 la facult surtout de se croire en tous ses mensonges4 ,don ignor du sorcier mle4 ,avec lui1 rien n'et commenc4 ,de ce don un autre drive1 la sublime puissance de la conception solitaire1 la parthnognse que nos physiologistes reconnaissent maintenant dans les femelles de nombreuses espces pour la fcondit du corps1 et qui n'est pas moins sre pour les conceptions de l'esprit4 ,seule1 elle conut et enfanta4 ,qui8 ,un autre elle-mme qui lui ressemble s'y tromper4 ,fils de haine1 conu de l'amour4 ,car sans l'amour1 on ne cre rien4 ,celle-ci1 tout effraye qu'elle est de cet enfant1 s'y retrouve si bien1 se complat tellement en cette idole1 qu'elle la place l'instant sur l'autel1 l'honore1 s'y immole1 et se donne comme victime et vivante hostie4 ,elle-mme bien souvent le dira son juge3 ,je ne crains qu'une chose3 souffrir trop peu pour lui4 7,lancre47 ,savez-vous bien le dbut de l'enfant8 ,c'est un terrible clat de rire4 ,n'a-t-il pas sujet d'tre gai1 sur sa libre prairie1 loin des cachots d',espagne et des emmurs de ,toulouse4 ,son in-pace n'est pas moins que le monde4 ,il va1 vient1 se promne4 ,a lui la fort sans limite6 lui la lande des lointains horizons6 lui toute la terre1 dans la rondeur de sa riche ceinture6 ,la sorcire lui dit tendrement3 ,mon ,robin1 du nom de ce vaillant proscrit1 le joyeux ,robin ,hood1 qui vit sous la verte feuille4 ,elle aime aussi le nommer du petit nom de ,verdelet1 ,joli-,bois1 ,vert-,bois4 ,ce sont les lieux favoris de l'espigle4 ,a peine eut-il vu un buisson1 qu'il fit l'cole buissonnire4 ,ce qui tonne1 c'est que du premier coup la ,sorcire vraiment fit un tre4 ,il a tous les semblants de la ralit4 ,on l'a vu1 entendu4 ,chacun peut le dcrire4 ,les saints1 ces bien-aims1 les fils de la maison1 se remuent peu1 contemplent1 rvent2 ils attendent en attendant1 srs qu'ils auront leur part d'lus4 ,le peu qu'ils ont d'actif se concentre dans le cercle resserr de l',imitation 7ce mot est tout le ,moyen-ge74--,lui1 le btard maudit1 dont la part n'est rien que le fouet1 il n'a garde d'attendre4 ,il va cherchant et jamais ne repose4 ,il s'agite de la terre au ciel4 ,il est fort curieux1 fouille1 entre1 sonde1 et met le nez partout4 ,du ,consummatum est il se rit1 il se moque4 ,il dit toujours3 ,plus loin6--et ,en avant6 ,du reste1 il n'est pas difficile4 ,il prend tous les rebuts2 ce que le ciel jette1 il ramasse4 ,par exemple1 l'glise a jet la ,nature1 comme impure et suspecte4 ,satan s'en saisit1 s'en dcore4 ,bien plus1 il l'exploite et s'en sert1 en fait jaillir des arts1 acceptant le grand nom dont on veut le fltrir1 celui de ,prince du monde4 ,on avait dit imprudemment3 ,malheur ceux qui rient6 ,c'tait donner d'avance ,satan une trop belle part1 le monopole du rire et le proclamer amusant4 ,disons plus3 ncessaire4 ,car le rire est une fonction essentielle de notre nature4 ,comment porter la vie1 si nous ne pouvons rire1 tout au moins parmi nos douleurs8 ,l'glise1 qui ne voit dans la vie qu'une preuve1 se garde de la prolonger4 ,sa mdecine est la rsignation1 l'attente et l'espoir de la mort4--,vaste champ pour ,satan4 ,le voil mdecin1 gurisseur des vivants4--,bien plus1 consolateur2 il a la complaisance de nous montrer nos morts1 d'voquer les ombres aimes4 ,autre petite chose rejete de l'glise1 la ,logique1 la libre ,raison4 ,c'est l la grande friandise dont l'autre avidement se saisit4 ,l'glise avait bti chaux et ciment un petit in-pace1 troit1 vote basse1 clair d'un jour borgne1 d'une certaine fente4 ,cela s'appelait l'cole4 ,on y lchait quelques tondus1 et on leur disait3 ,soyez libres4 ,tous y devenaient culs-de-jatte4 ,trois cents1 quatre cents ans confirment la paralysie4 ,et le point d',abailard est justement celui d',occam6 ,il est plaisant qu'on aille chercher l l'origine de la ,renaissance4 ,elle eut lieu1 mais comment8 par la satanique entreprise des gens qui ont perc la vote1 par l'effort des damns qui voulaient voir le ciel4 ,et elle eut lieu bien plus encore1 loin de l'cole et des lettrs1 dans l'cole buissonnire1 o ,satan fit la classe la sorcire et au berger4 ,enseignement hasardeux1 s'il en fut1 mais dont les hasards mme exaltaient l'amour curieux1 le dsir effrn de voir et de savoir4--,l commencrent les mauvaises sciences1 la pharmacie dfendue des poisons1 et l'excrable anatomie4--,le berger1 espion des toiles1 avec l'observation du ciel1 apportait l ses coupables recettes1 ses essais sur les animaux4--,la sorcire apportait du cimetire voisin un corps vol2 et pour la premire fois 7au risque du bcher7 on pouvait contempler ce miracle de ,dieu qu'on cache sottement1 au lieu de le comprendre 7comme a dit si bien ,m4 ,serres74 ,le seul docteur admis l par ,satan1 ,paracelse y a vu un tiers1 qui parfois se glissait dans l'assemble sinistre1 y apportait la chirurgie4--,c'tait le chirurgien de ces temps de bont1 le bourreau1 l'homme la main hardie1 qui jouait propos du fer1 cassait les os et savait les remettre1 qui tuait et parfois sauvait1 pendait jusqu' un certain point4 ,l'universit criminelle de la sorcire1 du berger1 du bourreau1 dans ses essais qui furent des sacrilges1 enhardit l'autre1 fora sa concurrente d'tudier4 ,car chacun voulait vivre4 ,tout et t la sorcire2 on aurait pour jamais tourn le dos au mdecin4--,il fallut bien que l'glise subt1 permt ces crimes4 ,elle avoua qu'il est de bons poisons 7,grillandus74 ,elle laissa1 contrainte et force1 dissquer publiquement4 ,en #acjf1 l'italien ,mondino ouvre et dissque une femme2 une en #acae4--,rvlation sacre4 ,dcouverte d'un monde 7c'est bien plus que ,christophe ,colomb74 ,les sots frmirent1 hurlrent4 ,et les sages tombrent genoux4 ,avec de telles victoires1 ,satan tait bien sr de vivre4 ,jamais l'glise seule n'aurait pu le dtruire4 ,les bchers n'y firent rien1 mais bien certaine politique4 ,on divisa habilement le royaume de ,satan4 ,contre sa fille1 son pouse1 la ,sorcire1 on arma son fils1 le ,mdecin4 ,l'glise1 qui1 profondment1 de tout son cur1 hassait celui-ci1 ne lui fonda pas moins son monopole1 pour l'extinction de la ,sorcire4--,elle dclare1 au quatorzime sicle1 que si la femme ose gurir sans avoir tudi1 elle est sorcire et meurt4 ,mais comment tudierait-elle publiquement8 ,imaginez la scne risible1 horrible qui et eu lieu1 si la pauvre sauvage et risqu d'entrer aux coles6 ,quelle fte et quelle gaiet6 ,aux feux de la ,saint-,jean1 on brlait des chats enchans4 ,mais la sorcire lie cet enfer miaulant1 la sorcire hurlante et rtie1 quelle joie pour l'aimable jeunesse des moinillons et des cappets6 ,on verra tout au long la dcadence de ,satan4 ,lamentable rcit4 ,on le verra pacifi1 devenu un bon vieux4 ,on le vole1 on le pille1 au point que des deux masques qu'il avait au ,sabbat1 le plus sale est pris par ,tartufe4 ,son esprit est partout4 ,mais lui-mme1 de sa personne1 en perdant la ,sorcire1 il perdait tout4--,les sorciers furent des ennuyeux4 ,maintenant qu'on l'a prcipit tellement vers son dclin1 sait-on bien ce qu'on a fait l6--,n'tait-il pas un acteur ncessaire1 une pice indispensable de la grande machine religieuse1 un peu dtraque aujourd'hui8--,tout organisme qui fonctionne bien est double1 a deux cts4 ,la vie ne va gure autrement4 ,c'est un certain balancement de deux forces1 opposes1 symtriques1 mais ingales2 l'infrieure fait contrepoids1 rpond l'autre4 ,la suprieure s'impatiente1 et veut la supprimer4--,a tort4 ,lorsque ,colbert 7#afgb7 destitua ,satan avec peu de faon en dfendant aux juges de recevoir les procs de sorcellerie1 le tenace ,parlement normand1 dans sa bonne logique normande1 montra la porte dangereuse d'une telle dcision4 ,le ,diable n'est pas moins qu'un dogme1 qui tient tous les autres4 ,toucher l'ternel vaincu1 n'est-ce pas toucher au vainqueur8 ,douter des actes du premier1 cela mne douter des actes du second1 des miracles qu'il fit prcisment pour combattre le ,diable4 ,les colonnes du ciel ont leur pied dans l'abme4 ,l'tourdi qui remue cette base infernale1 peut lzarder le paradis4 ,colbert n'couta pas4 ,il avait tant d'autres affaires4--,mais le ,diable peut-tre entendit4 ,et cela le console fort4 ,dans les petits mtiers o il gagne sa vie 7spiritisme ou tables tournantes71 il se rsigne1 et croit que du moins il ne meurt pas seul4 ,,livre ,,premier ,i ,,la ,,mort ,,des ,,dieux ,certains auteurs nous assurent que1 peu de temps avant la victoire du christianisme1 une voix mystrieuse courait sur les rives de la mer ge1 disant3 ,le grand ,pan est mort4 ,l'antique dieu universel de la ,nature tait fini4 ,grande joie4 ,on se figurait que1 la ,nature tant morte1 morte tait la tentation4 ,trouble si longtemps de l'orage1 l'me humaine va donc reposer4 ,s'agissait-il simplement de la fin de l'ancien culte1 de sa dfaite1 de l'clipse des vieilles formes religieuses8 ,point du tout4 ,en consultant les premiers monuments chrtiens1 on trouve chaque ligne l'espoir que la ,nature va disparatre1 la vie s'teindre1 qu'enfin on touche la fin du monde4 ,c'en est fait des dieux de la vie1 qui en ont si longtemps prolong l'illusion4 ,tout tombe1 s'croule1 s'abme4 ,le ,tout devient le nant3 ,le grand ,pan est mort6 ,ce n'tait pas une nouvelle que les dieux dussent mourir4 ,nombre de cultes anciens sont fonds prcisment sur l'ide de la mort des dieux4 ,osiris meurt1 ,adonis meurt1 il est vrai1 pour ressusciter4 ,eschyle1 sur le thtre mme1 dans ces drames qu'on ne jouait que pour les ftes des dieux1 leur dnonce expressment1 par la voix de ,promthe1 qu'un jour ils doivent mourir4 ,mais comment8 vaincus1 et soumis aux ,titans1 aux puissances antiques de la ,nature4 ,ici1 c'est bien autre chose4 ,les premiers chrtiens1 dans l'ensemble et dans le dtail1 dans le pass1 dans l'avenir1 maudissent la ,nature elle-mme4 ,ils la condamnent tout entire1 jusqu' voir le mal incarn1 le dmon dans une fleur#a4 ,viennent donc1 plus tt que plus tard1 les anges qui jadis abmrent les villes de la mer ,morte4 ,qu'ils emportent1 plient comme un voile la vaine figure du monde1 qu'ils dlivrent enfin les saints de cette longue tentation4 #a ,conf4 de ,s4 ,cyprien1 ap4 ,muratori1 ,script4 it41 ,i1 #bic1 #eae4--;,a4 ,maury1 ,magie1 #dce4 ,l'vangile dit3 ,le jour approche4 ,les ,pres disent3 ,tout l'heure4 ,l'croulement de l',empire et l'invasion des ,barbares donnent espoir saint ,augustin qu'il ne subsistera de cit bientt que la cit de ,dieu4 ,qu'il est pourtant dur mourir1 ce monde1 et obstin vivre6 ,il demande1 comme zchias1 un rpit1 un tour de cadran4 ,eh bien1 soit1 jusqu' l'an ,mil4 ,mais aprs1 pas un jour de plus4 ,est-il bien sr1 comme on l'a tant rpt1 que les anciens dieux fussent finis1 eux-mmes ennuys1 las de vivre6 qu'ils aient1 de dcouragement1 donn presque leur dmission8 que le christianisme n'ait eu qu' souffler sur ces vaines ombres8 ,on montre ces dieux dans ,rome1 on les montre dans le ,capitole1 o ils n'ont t admis que par une mort pralable1 je veux dire en abdiquant ce qu'ils avaient de sve locale1 en reniant leur patrie1 en cessant d'tre les gnies reprsentants des nations4 ,pour les recevoir1 il est vrai1 ,rome avait pratiqu sur eux une svre opration1 les avaient nervs1 plis4 ,ces grands dieux centraliss taient devenus1 dans leur vie officielle1 de tristes fonctionnaires de l'empire romain4 ,mais cette aristocratie de l',olympe1 en sa dcadence1 n'avait nullement entran la foule des dieux indignes1 la populace des dieux encore en possession de l'immensit des campagnes1 des bois1 des monts1 des fontaines1 confondus intimement avec la vie de la contre4 ,ces dieux logs au cur des chnes1 dans les eaux fuyantes et profondes1 ne pouvaient en tre expulss4 ,et qui dit cela8 c'est l'glise4 ,elle se contredit rudement4 ,quand elle a proclam leur mort1 elle s'indigne de leur vie4 ,de sicle en sicle1 par la voix menaante de ses conciles#b1 elle leur intime de mourir444 ,eh quoi6 ils sont donc vivants8 #b ,voy4 ,mansi1 ,baluze2 ,conc4 d',arles1 #ddb2 de ,tours1 #efg2 de ,leptines1 #gdc2 les ,capitulaires1 etc4 ,gerson mme1 vers #adjj4 ,ils sont des dmons444--,donc1 ils vivent4 ,ne pouvant en venir bout1 on laisse le peuple innocent les habiller1 les dguiser4 ,par la lgende1 il les baptise1 les impose l'glise mme4 ,mais1 du moins1 sont-ils convertis8 ,pas encore4 ,on les surprend qui sournoisement subsistent en leur propre nature paenne4 ,o sont-ils8 ,dans le dsert1 sur la lande1 dans la fort8 ,oui1 mais surtout dans la maison4 ,ils se maintiennent au plus intime des habitudes domestiques4 ,la femme les garde et les cache au mnage et au lit mme4 ,ils ont l le meilleur du monde 7mieux que le temple71 le foyer4 ,il n'y eut jamais rvolution si violente que celle de ,thodose4 ,nulle trace dans l',antiquit d'une telle proscription d'aucun culte4 ,le ,perse1 adorateur du feu1 dans sa puret hroque1 put outrager les dieux visibles1 mais il les laissa subsister4 ,il fut trs favorable aux ,juifs1 les protgea1 les employa4 ,la ,grce1 fille de la lumire1 se moqua des dieux tnbreux1 des ,cabires ventrus1 et elle les tolra pourtant1 les adopta comme ouvriers1 si bien qu'elle en fit son ,vulcain4 ,rome1 dans sa majest1 accueillit1 non seulement l'trurie1 mais les dieux rustiques du vieux laboureur italien4 ,elle ne poursuivit les druides que comme une dangereuse rsistance nationale4 ,le christianisme vainqueur voulut1 crut tuer l'ennemi4 ,il rasa l'cole1 par la proscription de la logique et par l'extermination des philosophes1 qui furent massacrs sous ,valens4 ,il rasa ou vida le temple1 brisa les symboles4 ,la lgende nouvelle aurait pu tre favorable la famille1 si le pre n'y et t annul dans saint ,joseph1 si la mre avait t releve comme ducatrice1 comme ayant moralement enfant ,jsus4 ,voie fconde qui fut d'abord dlaisse par l'ambition d'une haute puret strile4 ,donc le christianisme entra au chemin solitaire o le monde allait de lui-mme1 le clibat1 combattu en vain par les lois des ,empereurs4 ,il se prcipita sur cette pente par le monachisme4 ,mais l'homme au dsert fut-il seul8 ,le dmon lui tint compagnie1 avec toutes les tentations4 ,il eut beau faire1 il lui fallut recrer des socits1 des cits de solitaires4 ,on sait ces noires villes de moines qui se formrent en ,thbade4 ,on sait quel esprit turbulent1 sauvage1 les anima1 leurs descentes meurtrires dans ,alexandrie4 ,ils se disaient troubls1 pousss du dmon1 et ne mentaient pas4 ,un vide norme s'tait fait dans le monde4 ,qui le remplissait8 ,les chrtiens le disent3 le dmon1 partout le dmon3 ,ubique dmon#c4 #c ,voy4 les ,vies des ,pres du dsert1 et les auteurs cits par ,a4 ,maury1 ,magie1 #cag4 ,au quatrime sicle1 les ,messaliens1 se croyant pleins de dmons1 se mouchaient et crachaient sans cesse1 faisaient d'incroyables efforts pour les expectorer4 ,la ,grce1 comme tous les peuples1 avait eu ses nergumnes1 troubls1 possds des esprits4 ,c'est un rapport tout extrieur1 une ressemblance apparente qui ne ressemble nullement4 ,ici ce ne sont pas des esprits quelconques4 ,ce sont les noirs fils de l'abme1 idal de perversit4 ,on voit partout ds lors errer ces pauvres mlancoliques qui se hassent1 ont horreur d'eux-mmes4 ,jugez1 en effet1 ce que c'est1 de se sentir double1 d'avoir foi en cet autre1 cet hte cruel qui va1 vient1 se promne en vous1 vous fait errer o il veut1 aux dserts1 aux prcipices4 ,maigreur1 faiblesse croissantes4 ,et plus ce corps misrable est faible1 plus le dmon l'agite4 ,la femme surtout est habite1 gonfle1 souffle de ces tyrans4 ,ils l'emplissent d'aura infernale1 y font l'orage et la tempte1 s'en jouent1 au gr de leur caprice1 la font pcher1 la dsesprent4 ,ce n'est pas nous seulement1 hlas6 c'est toute la nature qui devient dmoniaque4 ,si le diable est dans une fleur1 combien plus dans la fort sombre6 ,la lumire qu'on croyait si pure est pleine des enfants de la nuit4 ,le ciel plein d'enfer6 quel blasphme6 ,l'toile divine du matin1 dont la scintillation sublime a plus d'une fois clair ,socrate1 ,archimde ou ,platon1 qu'est-elle devenue8 ,un diable1 le grand diable ,lucifer4 ,le soir1 c'est le diable ,vnus1 qui m'induit en tentation dans ses molles et douces clarts4 ,je ne m'tonne pas si cette socit devient terrible et furieuse4 ,indigne de se sentir si faible contre les dmons1 elle les poursuit partout1 dans les temples1 les autels de l'ancien culte d'abord1 puis dans les martyrs paens4 ,plus de festins2 ils peuvent tre des runions idoltriques4 ,suspecte est la famille mme2 car l'habitude pourrait la runir autour des lares antiques4 ,et pourquoi une famille8 ,l',empire est un empire de moines4 ,mais l'individu lui-mme1 l'homme isol et muet1 regarde le ciel encore1 et dans les astres retrouve et honore ses anciens dieux4 ,c'est ce qui fait les famines1 dit l'empereur ,thodose1 et tous les flaux de l',empire4 ,parole terrible qui lche sur le paen inoffensif l'aveugle rage populaire4 ,la loi dchane l'aveugle toutes les fureurs contre la loi4 ,dieux anciens1 entrez au spulcre4 ,dieux de l'amour1 de la vie1 de la lumire1 teignez-vous6 ,prenez la capuche du moine4 ,vierges1 soyez religieuses4 pouses1 dlaissez vos poux2 ou1 si vous gardez la maison1 restez pour eux de froides surs4 ,mais tout cela1 est-ce possible8 qui aura le souffle assez fort pour teindre d'un seul coup la lampe ardente de ,dieu8 ,cette tentative tmraire de pit impie pourra faire des miracles tranges1 monstrueux444 ,coupables1 tremblez6 ,plusieurs fois1 dans le ,moyen-ge1 reviendra la sombre histoire de la ,fiance de ,corinthe4 ,raconte de si bonne heure par ,phlgon1 l'affranchi d',adrien1 on la retrouve au douzime sicle1 on la retrouve au seizime1 comme le reproche profond1 l'indomptable rclamation de la ,nature4 ,un jeune homme d',athnes va ,corinthe chez celui qui lui promit sa fille4 ,il est rest paen1 et ne sait pas que la famille o il croyait entrer vient de se faire chrtienne4 ,il arrive fort tard4 ,tout est couch1 hors la mre1 qui lui sert le repas de l'hospitalit1 et le laisse dormir4 ,il tombe de fatigue4 ,a peine il sommeillait1 une figure entre dans la chambre3 c'est une fille1 vtue1 voile de blanc2 elle a au front un bandeau noir et or4 ,elle le voit4 ,surprise1 levant sa blanche main3 ,suis-je donc dj si trangre dans la maison8444 ,hlas6 pauvre recluse444 ,mais1 j'ai honte1 et je sors4 ,repose4--,demeure1 belle jeune fille1 voici ,crs1 ,bacchus1 et1 avec toi1 l',amour6 ,n'aie pas peur1 ne sois pas si ple6--,ah6 loin de moi1 jeune homme6 ,je n'appartiens plus la joie4 ,par un vu de ma mre malade1 la jeunesse et la vie sont lies pour toujours4 ,les dieux ont fui4 ,et les seuls sacrifices sont des victimes humaines4--,eh quoi6 ce serait toi8 toi1 ma chre fiance1 qui me fus donne ds l'enfance8 ,le serment de nos pres nous lia pour toujours sous la bndiction du ciel4 ,o vierge6 sois moi6--,non1 ami1 non1 pas moi4 ,tu auras ma jeune sur4 ,si je gmis dans ma froide prison1 toi1 dans ses bras1 pense moi1 moi qui me consume et ne pense qu' toi1 et que la terre va recouvrir4--,non1 j'en atteste cette flamme2 c'est le flambeau d'hymen4 ,tu viendras avec moi chez mon pre4 ,reste1 ma bien-aime4 ,pour don de noces1 il offre une coupe d'or4 ,elle lui donne sa chane1 mais prfre la coupe une boucle de ses cheveux4 ,c'est l'heure des esprits2 elle boit1 de sa lvre ple1 le sombre vin couleur de sang4 ,il boit avidement aprs elle4 ,il invoque l',amour4 ,elle1 son pauvre cur s'en mourait1 et elle rsistait pourtant4 ,mais il se dsespre1 et tombe en pleurant sur le lit4--,alors1 se jetant prs de lui3 ,ah6 que ta douleur me fait mal6 ,mais1 si tu me touchais1 quel effroi6 ,blanche comme la neige1 froide comme la glace1 hlas6 telle est ta fiance4--,je te rchaufferai2 viens moi6 quand tu sortirais du tombeau444 ,soupirs1 baisers1 s'changent4 ,ne sens-tu pas comme je brle8--,l',amour les treint et les lie4 ,les larmes se mlent au plaisir4 ,elle boit1 altre1 le feu de sa bouche2 le sang fig s'embrase de la rage amoureuse1 mais le cur ne bat pas au sein4 ,cependant la mre tait l1 coutait4 ,doux serments1 cris de plainte et de volupt4--,chut6 c'est le chant du coq6 ,a demain1 dans la nuit6 ,puis1 adieu1 baisers sur baisers6 ,la mre entre indigne4 ,que voit-elle8 ,sa fille4 ,il la cachait1 l'enveloppait4 ,mais elle se dgage1 et grandit du lit la vote3 ,o mre6 mre6 vous m'enviez donc ma belle nuit1 vous me chassez de ce lieu tide4 ,n'tait-ce pas assez de m'avoir roule dans le linceul1 et sitt porte au tombeau8 ,mais une force a lev la pierre4 ,vos prtres eurent beau bourdonner sur la fosse4 ,que font le sel et l'eau1 o brle la jeunesse8 ,la terre ne glace pas l'amour6444 ,vous promtes2 je viens redemander mon bien444 ,las6 ami1 il faut que tu meures4 ,tu languirais1 tu scherais ici4 ,j'ai tes cheveux2 ils seront blancs demain#d444 ,mre1 une dernire prire6 ,ouvrez mon noir cachot1 levez un bcher1 et que l'amante ait le repos des flammes4 ,jaillisse l'tincelle et rougisse la cendre6 ,nous irons nos anciens dieux4 #d ,ici1 j'ai supprim un mot choquant4 ,goethe1 si noble dans la forme1 ne l'est pas autant d'esprit4 ,il gte la merveilleuse histoire1 souille le grec d'une horrible ide slave4 ,au moment o on pleure1 il fait de la fille un vampire4 ,elle vient parce qu'elle a soif de sang1 pour sucer le sang de son cur4 ,et il lui fait dire froidement cette chose impie et immonde3 ,lui fini1 je passerai d'autres2 la jeune race succombera ma fureur4 ,le ,moyen-ge habille grotesquement cette tradition pour nous faire peur du diable ,vnus4 ,sa statue reoit d'un jeune homme une bague qu'il lui met imprudemment au doigt4 ,elle la serre1 la garde comme fiance1 et1 la nuit1 vient dans son lit en rclamer les droits4 ,pour le dbarrasser de l'infernale pouse1 il faut un exorcisme4--,mme histoire dans les fabliaux1 mais applique sottement la ,vierge4--,luther reprend l'histoire antique1 si ma mmoire ne me trompe1 dans ses ,propos de table1 mais fort grossirement1 en faisant sentir le cadavre4--,l'espagnol ,del ,rio la transporte de ,grce en ,brabant4 ,la fiance meurt peu avant ses noces4 ,on sonne les cloches des morts4 ,le fianc dsespr errait dans la campagne4 ,il entend une plainte4 ,c'est elle-mme qui erre sur la bruyre444 ,ne vois-tu pas1 dit-elle1 celui qui me conduit8--,non4 ,mais il la saisit1 l'enlve1 la porte chez lui4 ,l1 l'histoire risquait fort de devenir trop tendre et trop touchante4 ,ce dur inquisiteur1 ,del ,rio1 en coupe le fil4 ,le voile lev1 dit-il1 on trouva une bche vtue de la peau d'un cadavre4--,le juge le ,loyer1 quoique si peu sensible1 nous restitue pourtant l'histoire primitive4 ,aprs lui1 c'est fait de tous ces tristes narrateurs4 ,l'histoire est inutile4 ,car notre temps commence1 et la ,fiance a vaincu4 ,la ,nature enterre revient1 non plus furtivement1 mais matresse de la maison4 ,,ii ,,pourquoi ,,le ,,moyen-,,age ,d,,sesp,,ra ,soyez des enfants nouveau-ns 7quasi modo geniti infantes72 soyez tout petits1 tout jeunes par l'innocence du cur1 par la paix1 l'oubli des disputes1 sereins1 sous la main de ,jsus4 ,c'est l'aimable conseil que donne l'glise ce monde si orageux1 le lendemain de la grande chute4 ,autrement dit3 ,volcans1 dbris1 cendres1 lave1 verdissez4 ,champs brls1 couvrez-vous de fleurs4 ,une chose promettait1 il est vrai1 la paix qui renouvelle3 toutes les coles taient finies1 la voie logique abandonne4 ,une mthode infiniment simple dispensait du raisonnement1 donnait tous la pente aise qu'il ne fallait plus que descendre4 ,si le credo tait obscur1 la vie tait toute trace dans le sentier de la lgende4 ,le premier mot1 le dernier1 fut le mme3 ,imitation4 ,imitez1 tout ira bien4 ,rptez et copiez4 ,mais est-ce bien l le chemin de la vritable enfance1 qui vivifie le cur de l'homme1 qui lui fait retrouver les sources fraches et fcondes8 ,je ne vois d'abord dans ce monde1 qui fait le jeune et l'enfant1 que des attributs de vieillesse1 subtilit1 servilit1 impuissance4 ,qu'est-ce que cette littrature devant les monuments sublimes des ,grecs et des ,juifs8 mme devant le gnie romain8 ,c'est prcisment la chute littraire qui eut lieu dans l',inde1 du brahmanisme au bouddhisme2 un verbiage bavard aprs la haute inspiration4 ,les livres copient les livres1 les glises copient les glises1 et ne peuvent plus mme copier4 ,elles se volent les unes les autres4 ,des marbres arrachs de ,ravenne1 on orne ,aix-la-,chapelle4 ,telle est toute cette socit4 ,l'vque roi d'une cit1 le barbare roi d'une tribu copient les magistrats romains4 ,nos moines1 qu'on croit originaux1 ne font dans leur monastre que renouveler la villa 7dit trs bien ,chateaubriand74 ,ils n'ont nulle ide de faire une socit nouvelle1 ni de fconder l'ancienne4 ,copistes des moines d',orient1 ils voudraient d'abord que leurs serviteurs fussent eux-mmes de petits moines laboureurs1 un peuple strile4 ,c'est malgr eux que la famille se refait1 refait le monde4 ,quand on voit que ces vieillards vont si vite vieillissant1 quand1 en un sicle1 l'on tombe du sage moine saint ,benot au pdantesque ,benot d',aniane1 on sent bien que ces gens-l furent parfaitement innocents de la grande cration populaire qui fleurit sur les ruines3 je parle des ,vies des saints4 ,les moines les crivirent1 mais le peuple les faisait4 ,cette jeune vgtation peut jeter des feuilles et des fleurs par les lzardes de la vieille masure romaine convertie en monastre1 mais elle n'en vient pas coup sr4 ,elle a sa racine profonde dans le sol2 le peuple l'y sme1 et la famille l'y cultive1 et tous y mettent la main1 les hommes1 les femmes et les enfants4 ,la vie prcaire1 inquite1 de ces temps de violence1 rendait ces pauvres tribus imaginatives1 crdules pour leurs propres rves1 qui les rassuraient4 ,rves tranges1 riches de miracles1 de folies absurdes et charmantes4 ,ces familles1 isoles dans la fort1 dans la montagne 7comme on vit encore au ,tyrol1 aux ,hautes-,alpes71 descendant un jour par semaine1 ne manquaient pas au dsert d'hallucinations4 ,un enfant avait vu ceci1 une femme avait rv cela4 ,un saint tout nouveau surgissait4 ,l'histoire courait dans la campagne1 comme en complainte1 rime grossirement4 ,on la chantait et la dansait le soir au chne de la fontaine4 ,le prtre qui le dimanche venait officier dans la chapelle des bois trouvait ce chant lgendaire dj dans toutes les bouches4 ,il se disait3 ,aprs tout1 l'histoire est belle1 difiante444 ,elle fait honneur l'glise4 ,vox populi1 vox ,dei6444 ,mais comment l'ont-ils trouve8 ,on lui montrait des tmoins vridiques1 irrcusables1 l'arbre1 la pierre1 qui ont vu l'apparition1 le miracle4 ,que dire cela8 ,rapporte l'abbaye1 la lgende trouvera un moine1 propre rien qui ne sait qu'crire1 qui est curieux1 qui croit tout1 toutes les choses merveilleuses4 ,il crit celle-ci1 la brode de sa plate rhtorique1 gte un peu4 ,mais la voici consigne et consacre1 qui se lit au rfectoire1 bientt l'glise4 ,copie1 charge1 surcharge d'ornements souvent grotesques1 elle ira de sicle en sicle1 jusqu' ce que1 honorablement1 elle prenne rang la fin dans la ,lgende dore4 ,lorsqu'on lit encore aujourd'hui ces belles histoires1 quand on entend les simples1 naves et graves mlodies o ces populations rurales ont mis tout leur jeune cur1 on ne peut y mconnatre un grand souffle1 et l'on s'attendrit en songeant quel fut leur sort4 ,ils avaient pris la lettre le conseil touchant de l'glise3 ,soyez des enfants nouveau-ns4 ,mais ils en firent l'application laquelle on songeait le moins dans la pense primitive4 ,autant le christianisme avait craint1 ha la ,nature1 autant ceux-ci l'aimrent1 la crurent innocente1 la sanctifirent mme en la mlant la lgende4 ,les animaux que la ,bible si durement nomme les velus1 dont le moine se dfie1 craignant d'y trouver des dmons1 ils entrent dans ces belles histoires de la manire la plus touchante 7exemple1 la biche qui rchauffe1 console ,genevive de ,brabant74 ,mme hors de la vie lgendaire1 dans l'existence commune1 les humbles amis du foyer1 les aides courageux du travail1 remontent dans l'estime de l'homme4 ,ils ont leur droits#e4 ,ils ont leur ftes4 ,si1 dans l'immense bont de ,dieu1 il y a place pour les plus petits1 s'il semble avoir pour eux une prfrence de piti1 pourquoi1 dit le peuple des champs1 pourquoi mon ne n'aurait-il pas entre l'glise8 ,il a des dfauts1 sans doute1 et ne me ressemble que plus4 ,il est rude travailleur1 mais il a la tte dure2 il est indocile1 obstin1 entt1 enfin1 c'est tout comme moi4 #e ,voy4 ,j4 ,grimm1 ,rechts alterthmer1 et mes ,origines du droit4 ,de l les ftes admirables1 les plus belles du ,moyen-ge1 des ,innocents1 des ,fous1 de l',ane4 ,c'est le peuple mme d'alors1 qui1 dans l'ne1 trane son image1 se prsente devant l'autel1 laid1 risible1 humili6 ,touchant spectacle6 ,amen par ,balaam1 il entre solennellement entre la ,sibylle et ,virgile#f1 il entre pour tmoigner4 ,s'il regimba jadis contre ,balaam1 c'est qu'il voyait devant lui le glaive de l'ancienne loi4 ,mais ici la ,loi est finie1 et le monde de la ,grce semble s'ouvrir deux battants pour les moindres1 pour les simples4 ,le peuple innocemment le croit4 ,de l la chanson sublime o il disait l'ne1 comme il se ft dit lui-mme3 ,a genoux1 et dis ,amen6 ,assez mang d'herbe et de foin6 ,laisse les vieilles choses1 et va6 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,le neuf emporte le vieux6 ,la vrit fait fuir l'ombre6 ,la lumire chasse la nuit#g6 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 #f ,c'est le rituel de ,rouen4 ,voy4 ,ducange1 verbo ,festum2 ,carpentier1 verbo ,kalend1 et ,martne1 ,,iii1 #aaj4 ,la sibylle tait couronne1 suivie des juifs et des gentils1 de ,mose1 des prophtes1 de ,nabuchodonosor1 etc4 ,de trs bonne heure1 et de sicle en sicle1 du septime au seizime1 l'glise essaye de proscrire les grandes ftes populaires de l',ane1 des ,innocents1 des ,enfants1 des ,fous4 ,elle n'y russit pas avant l'avnement de l'esprit moderne4 #g ,vetustatem novitas1 ,umbram fugat claritas1 ,noctem lux eliminat6 ,rude audace6 ,est-ce bien l ce qu'on vous demandait1 enfants emports1 indociles1 quand on vous disait d'tre enfants8 ,on offrait le lait4 ,vous buvez le vin4 ,on vous conduisait doucement bride en mains sur l'troit sentier4 ,doux1 timides1 vous hsitiez d'avancer4 ,et tout coup la bride est casse444 ,la carrire1 vous la franchissez d'un seul bond4 ,oh6 quelle imprudence ce fut de vous laisser faire vos saints1 dresser l'autel1 le parer1 le charger1 l'enterrer de fleurs6 ,voil qu'on le distingue peine4 ,et ce qu'on voit1 c'est l'hrsie antique condamne de l'glise1 l'innocence de la nature2 que dis-je6 une hrsie nouvelle qui ne finira pas demain3 l'indpendance de l'homme4 coutez et obissez3 ,dfense d'inventer1 de crer4 ,plus de lgendes1 plus de nouveaux saints4 ,on en a assez4 ,dfense d'innover dans le culte par de nouveaux chants2 l'inspiration est interdite4 ,les martyrs qu'on dcouvrirait doivent se tenir dans le tombeau1 modestement1 et attendre qu'ils soient reconnus de l'glise4 ,dfense au clerg1 aux moines1 de donner aux colons1 aux serfs1 la tonsure qui les affranchit4--,voil l'esprit troit1 tremblant de l'glise carlovingienne#h4 ,elle se ddit1 se dment1 elle dit aux enfants3 ,soyez vieux6 #h ,voir passim les ,capitulaires4 ,quelle chute6 ,mais est-ce srieux8 ,on nous avait dit d'tre jeunes4--,oh6 le prtre n'est plus le peuple4 ,un divorce infini commence1 un abme de sparation4 ,le prtre1 seigneur et prince1 chantera sous une chape d'or1 dans la langue souveraine du grand ,empire qui n'est plus4 ,nous1 triste troupeau1 ayant perdu la langue de l'homme1 la seule que veuille entendre ,dieu1 que nous reste-t-il1 sinon de mugir et de bler1 avec l'innocent compagnon qui ne nous ddaigne pas1 qui l'hiver nous rchauffe l'table et nous couvre de sa toison8 ,nous vivrons avec les muets et serons muets nous-mmes4 ,en vrit1 l'on a moins le besoin d'aller l'glise4 ,mais elle ne nous tient pas quittes4 ,elle exige que l'on revienne couter ce qu'on n'entend plus4 ,ds lors un immense brouillard1 un pesant brouillard gris de plomb1 a envelopp ce monde4 ,pour combien de temps1 s'il vous plat8 ,dans une effroyable dure de mille ans6 ,pendant dix sicles entiers1 une langueur inconnue tous les ges antrieurs a tenu le ,moyen-ge1 mme en partie les derniers temps1 dans un tat mitoyen entre la veille et le sommeil1 sous l'empire d'un phnomne dsolant1 intolrable1 la convulsion d'ennui qu'on appelle3 le billement4 ,que l'infatigable cloche sonne aux heures accoutumes1 l'on bille2 qu'un chant nasillard continue dans le vieux latin1 l'on bille4 ,tout est prvu2 on n'espre rien de ce monde4 ,les choses reviendront les mmes4 ,l'ennui certain de demain fait biller ds aujourd'hui1 et la perspective des jours1 des annes d'ennui qui suivront1 pse d'avance1 dgote de vivre4 ,du cerveau l'estomac1 de l'estomac la bouche1 l'automatique et fatale convulsion va distendant les mchoires sans fin ni remde4 ,vritable maladie que la dvote ,bretagne avoue1 l'imputant1 il est vrai1 la malice du ,diable4 ,il se tient tapi dans les bois1 disent les paysans bretons2 celui qui passe et garde les btes il chante vpres et tous les offices1 et le fait biller mort#i4 #i ,un trs illustre ,breton1 dernier homme du ,moyen-ge1 qui pourtant fut mon ami1 dans le voyage si vain qu'il fit pour convertir ,rome1 y reut des offres brillantes4 ,que voulez-vous8 disait le ,pape4--,une chose3 tre dispens du ,brviaire444 ,je meurs d'ennui4 tre vieux1 c'est tre faible4 ,quand les ,sarrasins1 les ,northmans1 nous menacent1 que deviendrons-nous si le peuple reste vieux8 ,charlemagne pleure1 l'glise pleure4 ,elle avoue que les reliques1 contre ces dmons barbares ne protgent plus l'autel#aj4 ,ne faudrait-il pas appeler le bras de l'enfant indocile qu'on allait lier1 le bras du jeune gant qu'on voulait paralyser8 ,mouvement contradictoire qui remplit le neuvime sicle4 ,on retient le peuple1 on le lance4 ,on le craint et on l'appelle4 ,avec lui1 par lui1 la hte1 on fait des barrires1 des abris qui arrteront les barbares1 couvriront les prtres et les saints1 chapps de leurs glises4 #aj ,c'est le clbre aveu d',hincmar4 ,malgr le ,chauve empereur1 qui dfend que l'on btisse1 sur la montagne s'lve une tour4 ,le fugitif y arrive4 ,recevez-moi au nom de ,dieu1 au moins ma femme et mes enfants4 ,je camperai avec mes btes dans votre enceinte extrieure4 ,la tour lui rend confiance et il sent qu'il est un homme4 ,elle l'ombrage4 ,il la dfend1 protge son protecteur4 ,les petits jadis1 par famine1 se donnaient aux grands comme serfs4 ,mais ici1 grande diffrence4 ,il se donne comme vassal1 qui veut dire brave et vaillant#aa4 #aa ,diffrence trop peu sentie1 trop peu marque par ceux qui ont parl de la recommandation personnelle1 etc4 ,il se donne et il se garde1 se rserve de renoncer4 ,j'irai plus loin4 ,la terre est grande4 ,moi aussi1 tout comme un autre1 je puis l-bas dresser ma tour444 ,si j'ai dfendu le dehors1 je saurai me garder dedans4 ,c'est la grande1 la noble origine du monde fodal4 ,l'homme de la tour recevait des vassaux1 mais en leur disant3 ,tu t'en iras quand tu voudras1 et je t'y aiderai1 s'il le faut2 ce point que1 si tu t'embourbes1 moi je descendrai de cheval4 ,c'est exactement la formule antique#ab4 #ab ,grimm1 ,rechts alterthmer1 et mes ,origines du droit4 ,mais1 un matin1 qu'ai-je vu8 ,est-ce que j'ai la vue trouble8 ,le seigneur de la valle fait sa chevauche autour1 pose les bornes infranchissables1 et mme d'invisibles limites4 ,qu'est cela8444 ,je ne comprends point4--,cela dit que la seigneurie est ferme4 ,le seigneur1 sous porte et gonds1 la tient close1 du ciel la terre4 ,horreur6 ,en vertu de quel droit ce vassus 7c'est--dire vaillant7 est-il dsormais retenu8--,on soutiendra que vassus peut aussi vouloir dire esclave4 ,de mme le mot servus1 qui se dit pour serviteur 7souvent trs haut serviteur1 un comte ou prince d',empire71 signifiera pour le faible un serf1 un misrable dont la vie vaut un denier4 ,par cet excrable filet1 ils sont pris4 ,l-bas cependant1 il y a dans sa terre un homme qui soutient que sa terre est libre1 un aleu1 un fief du soleil4 ,il s'asseoit sur une borne1 il enfonce son chapeau1 regarde passer le seigneur1 regarde passer l',empereur#ac4 ,va ton chemin1 passe1 ,empereur444 ,tu es ferme sur ton cheval1 et moi sur ma borne encore plus4 ,tu passes1 et je ne passe pas444 ,car je suis la ,libert4 ,mais je n'ai pas le courage de dire ce que devient cet homme4 ,l'air s'paissit autour de lui1 et il respire de moins en moins4 ,il semble qu'il soit enchant4 ,il ne peut plus se mouvoir4 ,il est comme paralys4 ,ses btes aussi maigrissent1 comme si un sort tait jet4 ,ses serviteurs meurent de faim4 ,sa terre ne produit plus rien4 ,des esprits la rasent la nuit4 ,il persiste cependant3 ,povre homme en sa maison roy est4 #ac ,grimm1 au mot ,aleu4 ,mais on ne le laisse pas l4 ,il est cit1 et il doit rpondre en cour impriale4 ,il va1 spectre du vieux monde1 que personne ne connat plus4 ,qu'est-ce que c'est8 disent les jeunes4 ,quoi6 il n'est seigneur1 ni serf6 ,mais alors il n'est donc rien8 ,qui suis-je8444 ,je suis celui qui btit la premire tour1 celui qui vous dfendit1 celui qui1 laissant la tour1 alla bravement au pont attendre les paens ,northmans444 ,bien plus1 je barrai la rivire1 je cultivai l'alluvion1 j'ai cr la terre elle-mme1 comme ,dieu qui la tira des eaux444 ,cette terre1 qui m'en chassera8 ,non1 mon ami1 dit le voisin1 on ne te chassera pas4 ,tu la cultiveras1 cette terre444 mais autrement que tu ne crois444 ,rappelle-toi1 mon bonhomme1 qu'tourdiment1 jeune encore 7il y a cinquante ans de cela71 tu pousas ,jacqueline1 petite serve de mon pre444 ,rappelle-toi la maxime3 ,qui monte ma poule est mon coq4--,tu es de mon poulailler4 ,dceins-toi1 jette l'pe444 ,ds ce jour1 tu es mon serf4 ,ici1 rien n'est d'invention4 ,cette pouvantable histoire revient sans cesse au ,moyen-ge4 ,oh6 de quel glaive il fut perc6 ,j'ai abrg1 j'ai supprim1 car chaque fois qu'on s'y reporte1 le mme acier1 la mme pointe aigu traverse le cur4 ,il en fut un1 qui1 sous un outrage si grand1 entra dans une telle fureur1 qu'il ne trouva pas un seul mot4 ,ce fut comme ,roland trahi4 ,tout son sang lui remonta1 lui arriva la gorge444 ,ses yeux flamboyaient1 sa bouche muette1 effroyablement loquente1 fit plir toute l'assemble444 ,ils reculrent444 ,il tait mort4 ,ses veines avaient clat444 ,ses artres lanaient le sang rouge jusqu'au front de ses assassins#ad4 #ad ,c'est ce qui arriva au comte d',avesnes1 quand sa terre libre fut dclare un simple fief1 et lui le simple vassal1 l'homme du comte de ,hainaut4--,lire la terrible histoire du grand chancelier de ,flandre1 premier magistrat de ,bruges1 qui n'en fut pas moins rclam comme serf4 ,gualterius1 ,scriptores rerum ,francicarum1 ,,xiii1 #ccd4 ,l'incertitude de la condition1 la pente horriblement glissante par laquelle l'homme libre devient vassal1--le vassal serviteur1--et le serviteur serf1 c'est la terreur du ,moyen-ge et le fond de son dsespoir4 ,nul moyen d'chapper4 ,car qui fait un pas est perdu4 ,il est aubain1 pave1 gibier sauvage1 serf ou tu4 ,la terre visqueuse retient le pied1 enracine le passant4 ,l'air contagieux le tue1 c'est--dire le fait de mainmorte1 un mort1 un nant1 une bte1 une me de cinq sous1 dont cinq sous expieront le meurtre4 ,voil les deux grands traits gnraux1 extrieurs1 de la misre du ,moyen-ge1 qui firent qu'il se donna au ,diable4 ,voyons maintenant l'intrieur1 le fond des murs1 et sondons le dedans4 ,,iii ,,le ,,petit ,d,,mon ,,du ,,foyer ,les premiers sicles de ,moyen-ge o se crrent les lgendes ont le caractre d'un rve4 ,chez les populations rurales1 toutes soumises l'glise1 d'un doux esprit 7ces lgendes en tmoignent71 on supposerait volontiers une grande innocence4 ,c'est1 ce semble1 le temps du bon ,dieu4 ,cependant les ,pnitentiaires1 o l'on indique les pchs les plus ordinaires1 mentionnent des souillures tranges1 rares sous le rgne de ,satan4 ,c'tait l'effet de deux choses1 de la parfaite ignorance1 et de l'habitation commune qui mlait les proches parents4 ,il semble qu'ils avaient peine connaissance de notre morale4 ,la leur1 malgr les dfenses1 semblait celle des patriarches1 de la haute ,antiquit1 qui regarde comme libertinage le mariage avec l'trangre1 et ne permet que la parente4 ,les familles allies n'en faisaient qu'une4 ,n'osant encore disperser leurs demeures dans les dserts qui les entouraient1 ne cultivant que la banlieue d'un palais mrovingien ou d'un monastre1 ils se rfugiaient chaque soir avec leurs bestiaux sous le toit d'une vaste villa4 ,de l des inconvnients analogues ceux de l'ergastulum antique1 o l'on entassait les esclaves4 ,plusieurs de ces communauts subsistrent au ,moyen-ge et au del4 ,le seigneur s'occupait peu de ce qui en rsultait4 ,il regardait comme une seule famille cette tribu1 cette masse de gens levants et couchants ensemble1--mangeant un pain et un pot4 ,dans une telle indistinction1 la femme tait bien peu garde4 ,sa place n'tait gure haute4 ,si la ,vierge1 la femme idale1 s'leva de sicle en sicle1 la femme relle comptait bien peu dans ces masses rustiques1 ce mlange d'hommes et de troupeaux4 ,misrable fatalit d'un tat qui ne changea que par la sparation des habitations1 lorsqu'on prit assez de courage pour vivre part1 en hameau1 ou pour cultiver au loin des terres fertiles et crer des huttes dans les clairires des forts4 ,le foyer isol fit la vraie famille4 ,le nid fit l'oiseau4 ,ds lors1 ce n'taient plus des choses1 mais des mes444 ,la femme tait ne4 ,moment fort attendrissant4 ,la voil chez elle4 ,elle peut donc tre pure et sainte1 enfin1 la pauvre crature4 ,elle peut couver une pense1 et1 seule1 en filant1 rver1 pendant qu'il est la fort4 ,cette misrable cabane1 humide1 mal close1 o siffle le vent d'hiver1 en revanche1 est silencieuse4 ,elle a certains coins obscurs o la femme va loger ses rves4 ,maintenant1 elle possde4 ,elle a quelque chose elle4--,la quenouille1 le lit1 le coffre1 c'est tout1 dit la vieille chanson#ae4--,la table s'y ajoutera1 le banc1 ou deux escabeaux444 ,pauvre maison bien dnue6 mais elle est meuble d'une me4 ,le feu l'gaye2 le buis bnit protge le lit1 et l'on y ajoute parfois un joli bouquet de verveine4 ,la dame de ce palais file1 assise sur sa porte1 en surveillant quelques brebis4 ,on n'est pas encore assez riche pour avoir une vache1 mais cela viendra la longue1 si ,dieu bnit la maison4 ,la fort1 un peu de pture1 des abeilles sur la lande1 voil la vie4 ,on cultive peu de bl encore1 n'ayant nulle scurit pour une rcolte loigne4 ,cette vie1 trs indigente1 est moins dure pourtant pour la femme2 elle n'est pas brise1 enlaidie1 comme elle le sera aux temps de la grande agriculture4 ,elle a plus de loisir aussi4 ,ne la jugez pas du tout par la littrature grossire des ,nols et des fabliaux1 le sot rire et la licence des contes graveleux qu'on fera plus tard4--,elle est seule4 ,point de voisine4 ,la mauvaise et malsaine vie des noires petites villes fermes1 l'espionnage mutuel1 le commrage misrable1 dangereux1 n'a pas commenc4 ,point de vieille qui vienne le soir1 quand l'troite rue devient sombre1 tenter la jeune1 lui dire qu'on se meurt d'amour pour elle4 ,celle-ci n'a d'ami que ses songes1 ne cause qu'avec ses btes ou l'arbre de la fort4 #ae ,trois pas du ct du banc1 ,et trois pas du ct du lit4 ,trois pas du ct du coffre1 ,et trois pas4 ,revenez ici4 7,vieille chanson du ,matre de danse47 ,ils lui parlent2 nous savons de quoi4 ,ils rveillent en elle les choses que lui disait sa mre1 sa grand'mre1 choses antiques1 qui1 pendant des sicles1 ont pass de femme en femme4 ,c'est l'innocent souvenir des vieux esprits de la contre1 touchante religion de famille1 qui1 dans l'habitation commune et son bruyant ple-mle1 eut peu de force sans doute1 mais qui revient et qui hante la cabane solitaire4 ,monde singulier1 dlicat1 des fes1 des lutins1 fait pour une me de femme4 ,ds que la grande cration de la ,lgende des saints s'arrte et tarit1 cette lgende plus ancienne et bien autrement potique vient partager avec eux1 rgne secrtement1 doucement4 ,elle est le trsor de la femme1 qui la choie et la caresse4 ,la fe est une femme aussi1 le fantastique miroir o elle se regarde embellie4 ,que furent les fes8 ,ce qu'on en dit1 c'est que1 jadis1 reines des ,gaules1 fires et fantasques1 l'arrive du ,christ et de ses aptres1 elles se montrrent impertinentes1 tournrent le dos4 ,en ,bretagne1 elles dansaient ce moment1 et ne cessrent pas de danser4 ,de l leur cruelle sentence4 ,elles sont condamnes vivre jusqu'au jour du jugement#af4--,plusieurs sont rduites la taille du lapin1 de la souris4 ,exemple1 les ,kowrig-gwans 7les fes naines71 qui1 la nuit1 autour des vieilles pierres druidiques1 vous enlacent de leurs danses4 ,exemple1 la jolie reine ,mab1 qui s'est fait un char royal dans une coquille de noix4--,elles sont un peu capricieuses1 et parfois de mauvaise humeur4 ,mais comment s'en tonner1 dans cette triste destine8--,toutes petites et bizarres qu'elles puissent tre1 elles ont un cur1 elles ont besoin d'tre aimes4 ,elles sont bonnes1 elles sont mauvaises et pleines de fantaisies4 ,a la naissance d'un enfant1 elles descendent par la chemine1 le douent et font son destin4 ,elles aiment les bonnes fileuses1 filent elles-mmes divinement4 ,on dit3 ,filer comme une fe4 #af ,les textes de toute poque ont t recueillis dans les deux savants ouvrages de ,m4 ,alfred ,maury 7les ,fes1 #ahdc2 la ,magie1 #ahfj74 ,voir aussi1 pour le ,nord1 la ,mythologie de ,grimm4 ,les ,contes des fes1 dgags des ornements ridicules dont les derniers rdacteurs les ont affubls1 sont le cur du peuple mme4 ,ils marquent une poque potique entre le communisme grossier de la villa primitive1 et la licence du temps o une bourgeoisie naissante fit nos cyniques fabliaux4 ,ces contes ont une partie historique1 rappellent les grandes famines 7dans les ogres1 etc474 ,mais gnralement ils planent bien plus haut que toute histoire1 sur l'aile de l',oiseau bleu1 dans une ternelle posie1 disent nos vux1 toujours les mmes1 l'immuable histoire du cur4 ,le dsir du pauvre serf de respirer1 de reposer1 de trouver un trsor qui finira ses misres1 y revient souvent4 ,plus souvent1 par une noble aspiration1 ce trsor est aussi une me1 un trsor d'amour qui sommeille 7dans la ,belle au bois dormant72 mais souvent la charmante personne se trouve cache sous un masque par un fatal enchantement4 ,de l la trilogie touchante1 le crescendo admirable de ,riquet la ,houppe1 de ,peau-d',ane1 et de la ,belle et la ,bte4 ,l'amour ne se rebute pas4 ,sous ces laideurs1 il poursuit1 il atteint la beaut cache4 ,dans le dernier de ces contes1 cela va jusqu'au sublime1 et je crois que jamais personne n'a pu le lire sans pleurer4 ,une passion trs relle1 trs sincre1 est l-dessous1 l'amour malheureux1 sans espoir1 que souvent la nature cruelle mit entre les pauvres mes de condition trop diffrente1 la douleur de la paysanne de ne pouvoir se faire belle pour tre aime du chevalier1 les soupirs touffs du serf quand1 le long de son sillon1 il voit1 sur un cheval blanc1 passer un trop charmant clair1 la belle1 l'adore chtelaine4 ,c'est1 comme dans l',orient1 l'idylle mlancolique des impossibles amours de la ,rose et du ,rossignol4 ,toutefois1 grande diffrence3 l'oiseau et la fleur sont beaux1 mme gaux dans la beaut4 ,mais ici l'tre infrieur1 si bas plac1 se fait l'aveu3 ,je suis laid1 je suis un monstre6 ,que de pleurs6444 ,en mme temps1 plus puissamment qu'en ,orient1 d'une volont hroque1 et par la grandeur du dsir1 il perce les vaines enveloppes4 ,il aime tant1 qu'il est aim1 ce monstre1 et il en devient beau4 ,une tendresse infinie est dans tout cela4--,cette me enchante ne pense pas elle seule4 ,elle s'occupe aussi sauver toute la nature et toute la socit4 ,toutes les victimes d'alors1 l'enfant battu par sa martre1 la cadette mprise1 maltraite de ses anes1 sont ses favorites4 ,elle tend sa compassion sur la dame mme du chteau1 la plaint d'tre dans les mains de ce froce baron 7,barbe-,bleue74 ,elle s'attendrit sur les btes1 les console d'tre encore sous des figures d'animaux4 ,cela passera1 qu'elles patientent4 ,leurs mes captives un jour reprendront des ailes1 seront libres1 aimables1 aimes4--,c'est l'autre face de ,peau-d',ane et autres contes semblables4 ,l surtout on est bien sr qu'il y a un cur de femme4 ,le rude travailleur des champs est assez dur pour ses btes4 ,mais la femme n'y voit point de btes4 ,elle en juge comme l'enfant4 ,tout est humain1 tout est esprit4 ,le monde entier est ennobli4 ,oh6 l'aimable enchantement6 ,si humble1 et se croyant laide1 elle a donn sa beaut1 son charme toute la nature4 ,est-ce qu'elle est donc si laide1 cette petite femme de serf1 dont l'imagination rveuse se nourrit de tout cela8 ,je l'ai dit1 elle fait le mnage1 elle file en gardant ses btes1 elle va la fort1 et ramasse un peu de bois4 ,elle n'a pas encore les rudes travaux1 elle n'est point la laide paysanne que fera plus tard la grande culture du bl4 ,elle n'est pas la grasse bourgeoise1 lourde et oisive1 des villes1 sur laquelle nos aeux ont fait tant de contes gras4 ,celle-ci n'a nulle scurit1 elle est timide1 elle est douce1 elle se sent sous la main de ,dieu4 ,elle voit sur la montagne le noir et menaant chteau d'o mille maux peuvent descendre4 ,elle craint1 honore son mari4 ,serf ailleurs1 prs d'elle il est roi4 ,elle lui rserve le meilleur1 vit de rien4 ,elle est svelte et mince1 comme les saintes des glises4 ,la trs pauvre nourriture de ces temps doit faire des cratures fines1 mais chez qui la vie est faible4--,immenses mortalits d'enfants4--,ces ples roses n'ont que des nerfs4 ,de l clatera plus tard la danse pileptique du quatorzime sicle4 ,maintenant1 vers le douzime1 deux faiblesses sont attaches cet tat de demi-jene3 la nuit1 le somnambulisme1 et le jour1 l'illusion1 la rverie et le don des larmes4 ,cette femme1 toute innocente1 elle a pourtant1 nous l'avons dit1 un secret qu'elle ne dit jamais l'glise4 ,elle enferme dans son cur le souvenir1 la compassion des pauvres anciens dieux#ag1 tombs l'tat d',esprits4 ,pour tre ,esprits1 ne croyez pas qu'ils soient exempts de souffrances4 ,logs aux pierres1 au cur des chnes1 ils sont bien malheureux l'hiver4 ,ils aiment fort la chaleur4 ,ils rdent autour des maisons4 ,on en a vu dans les tables se rchauffer prs des bestiaux4 ,n'ayant plus d'encens1 de victimes1 ils prennent parfois du lait4 ,la mnagre1 conome1 ne prive pas son mari1 mais elle diminue sa part1 et1 le soir1 laisse un peu de crme4 #ag ,rien de plus touchant que cette fidlit4 ,malgr la perscution1 au cinquime sicle1 les paysans promenaient1 en pauvres petites poupes de linge ou de farine1 les ,dieux de ces grandes religions1 ,jupiter1 ,minerve1 ,vnus4 ,diane fut indestructible jusqu'au fond de la ,germanie 7,voy4 ,grimm74 ,au huitime sicle1 on promne les dieux encore4 ,dans certaines petites cabanes1 on sacrifie1 on prend les augures1 etc4 7,indiculus paganiarum1 ,concile de ,leptines en ,hainaut74 ,les ,capitulaires menacent en vain de la mort4 ,au douzime sicle1 ,burchard de ,worms1 en rappelant les dfenses1 tmoigne qu'elles sont inutiles4 ,en #achi1 la ,sorbonne condamne encore les traces du paganisme1 et1 vers #adjj1 ,gerson 7,contra ,astrol47 rappelle comme chose actuelle cette superstition obstine4 ,ces ,esprits qui ne paraissent plus que de nuit1 exils du jour1 le regrettent et sont avides de lumires4 ,la nuit1 elle se hasarde1 et timidement va porter un humble petit fanal au grand chne o ils habitent1 la mystrieuse fontaine dont le miroir1 doublant la flamme1 gayera les tristes proscrits4 ,grand ,dieu6 si on le savait6 ,son mari est homme prudent1 et il a bien peur de l'glise4 ,certainement il la battrait4 ,le prtre leur fait rude guerre1 et les chasse de partout4 ,on pourrait bien cependant leur laisser habiter les chnes4 ,quel mal font-ils dans la fort8 ,mais non1 de concile en concile1 on les poursuit4 ,a certains jours1 le prtre va au chne mme1 et1 par la prire1 l'eau bnite1 donne la chasse aux esprits4 ,que serait-ce s'ils ne trouvaient nulle me compatissante8 ,mais celle-ci les protge4 ,toute bonne chrtienne qu'elle est1 elle a pour eux un coin du cur4 ,a eux seuls elle peut confier telles petites choses de nature1 innocentes chez la chaste pouse1 mais dont l'glise pourtant lui ferait reproche4 ,ils sont confidents1 confesseurs de ces touchants secrets de femmes4 ,elle pense eux quand elle met au feu la bche sacre4 ,c'est ,nol1 mais en mme temps l'ancienne fte des esprits du ,nord1 la fte de la plus longue nuit4 ,de mme1 la vigile de la nuit de mai1 le pervigilium de ,maa1 o l'arbre se plante4 ,de mme au feu de la ,saint-,jean1 la vraie fte de la vie1 des fleurs et des rveils d'amour4 ,celle qui n'a pas d'enfants1 surtout1 se fait devoir d'aimer ces ftes et d'y avoir dvotion4 ,un vu la ,vierge peut-tre ne serait pas efficace4 ,ce n'est pas l'affaire de ,marie4 ,tout bas1 elle s'adresse plutt un vieux gnie1 ador comme dieu rustique1 et dont telle glise locale a la bont de faire un saint#ah4--;,ainsi le lit1 le berceau1 les plus doux mystres que couve une me chaste et amoureuse1 tout cela est aux anciens dieux4 #ah ,a4 ,maury1 ,magie1 #aei4 ,les ,esprits ne sont pas ingrats4 ,un matin1 elle s'veille1 et sans mettre la main rien1 elle trouve le mnage fait4 ,elle est interdite et se signe1 ne dit rien4 ,quand l'homme part1 elle s'interroge1 mais en vain4 ,il faut que ce soit un esprit4 ,quel est-il8 et comment est-il8444 ,oh6 que je voudrais le voir6444 ,mais j'ai peur444 ,ne dit-on pas qu'on meurt voir un esprit8--,cependant le berceau remue1 et il ondule tout seul444 ,elle est saisie1 et entend une petite voix trs douce1 si basse1 qu'elle la croirait en elle3 ,ma chre et trs chre matresse1 si j'aime bercer votre enfant1 c'est que je suis moi-mme enfant4 ,son cur bat1 et cependant elle se rassure un peu4 ,l'innocence du berceau innocente aussi cet esprit1 fait croire qu'il doit tre bon1 doux1 au moins tolr de ,dieu4 ,ds ce jour1 elle n'est plus seule4 ,elle sent trs bien sa prsence1 et il n'est pas bien loin d'elle4 ,il vient de raser sa robe2 elle l'entend au frlement4 ,a tout instant1 il rde autour et visiblement ne peut la quitter4 ,va-t-elle l'table1 il y est4 ,et elle croit que1 l'autre jour1 il tait dans le pot beurre#ai4 #ai ,c'est une des retraites favorites du petit friand4 ,les ,suisses1 qui connaissent son got1 lui font encore aujourd'hui des prsents de lait4 ,son nom1 chez eux1 est troll 7drle72 chez les ,allemands1 kobold1 nix2 chez les ,franais1 follet1 goblin1 lutin2 chez les ,anglais1 puck1 robin hood1 robin good fellow4 ,shakespeare explique qu'il rend aux servantes dormeuses le service de les pincer jusqu'au bleu pour les veiller4 ,quel dommage qu'elle ne puisse le saisir et le regarder6 ,une fois1 l'improviste1 ayant touch les tisons1 elle l'a cru voir qui se roulait1 l'espigle1 dans les tincelles4 ,une autre fois1 elle a failli le prendre dans une rose4 ,tout petit qu'il est1 il travaille1 balaye1 approprie1 il lui pargne mille soins4 ,il a ses dfauts cependant4 ,il est lger1 audacieux1 et1 si on ne le tenait1 il s'manciperait peut-tre4 ,il observe1 coute trop4 ,il redit parfois au matin tel petit mot qu'elle a dit tout bas1 tout bas1 au coucher1 quand la lumire tait teinte4--,elle le sait fort indiscret1 trop curieux4 ,elle est gne de se sentir suivie partout1 s'en plaint et y a plaisir4 ,parfois elle le renvoie1 le menace1 enfin se croit seule et se rassure tout fait4 ,mais au moment elle se sent caresse d'un souffle lger ou comme d'une aile d'oiseau4 ,il tait sous une feuille444 ,il rit444 ,sa gentille voix1 sans moquerie1 dit le plaisir qu'il a eu surprendre sa pudique matresse4 ,la voil bien en colre4--,mais le drle3 ,non1 chrie1 mignonne1 vous n'en tes pas fche4 ,elle a honte1 n'ose plus rien dire4 ,mais elle entrevoit alors qu'elle l'aime trop4 ,elle en a scrupule1 et l'aime encore davantage4 ,la nuit1 elle a cru le sentir au lit qui s'tait gliss4 ,elle a eu peur1 a pri ,dieu1 s'est serre son mari4 ,que fera-t-elle8 elle n'a pas la force de le dire l'glise4 ,elle le dit au mari1 qui d'abord en rit et doute4 ,elle avoue alors un peu plus1--que ce follet est espigle1 parfois trop audacieux444--,qu'importe1 il est si petit6--,ainsi1 lui-mme la rassure4 ,devons-nous tre rassurs1 nous autres qui voyons mieux8 ,elle est bien innocente encore4 ,elle aurait horreur d'imiter la grande dame de l-haut1 qui a par-devant le mari1 sa cour d'amants1 et son page4 ,avouons-le pourtant1 le lutin a dj fait bien du chemin4 ,impossible d'avoir un page moins compromettant que celui qui se cache dans une rose4 ,et avec cela1 il tient de l'amant4 ,plus envahissant que nul autre1 si petit1 il glisse partout4 ,il glisse au cur du mari mme1 lui fait sa cour1 gagne ses bonnes grces4 ,il lui soigne ses outils1 lui travaille le jardin1 et le soir1 pour rcompense1 derrire l'enfant et le chat1 se tapit dans la chemine4 ,on entend sa petite voix tout comme celle du grillon1 mais on ne le voit pas beaucoup1 moins qu'une faible lueur n'claire une certaine fente o il aime se tenir4 ,alors on voit1 on croit voir1 un minois subtil4 ,on lui dit3 ,oh6 petit1 nous t'avons vu6 ,on leur dit bien l'glise qu'il faut se dfier des ,esprits1 que tel qu'on croit innocent1 qui glisse comme un air lger1 pourrait au fond tre un dmon4 ,ils se gardent bien de le croire4 ,sa taille le fait croire innocent4 ,depuis qu'il y est1 on prospre4 ,le mari autant que la femme y tient1 et encore plus peut-tre4 ,il voit que l'espigle follet fait le bonheur de la maison4 ,,iv ,,tentations ,j'ai cart de ce tableau les ombres terribles du temps qui l'eussent cruellement assombri4 ,j'entends surtout l'incertitude o la famille rurale tait de son sort1 l'attente1 la crainte habituelle de l'avanie fortuite qui pouvait d'un moment l'autre tomber du chteau4 ,le rgime fodal avait justement les deux choses qui font un enfer3 d'une part1 la fixit extrme1 l'homme tait clou la terre et l'migration impossible2--d'autre part1 une incertitude trs grande dans la condition4 ,les historiens optimistes qui parlent tant de redevances fixes1 de chartes1 de franchises achetes1 oublient le peu de garanties qu'on trouvait dans tout cela4 ,on doit payer tant au seigneur1 mais il peut prendre tout le reste4 ,cela s'appelle bonnement le droit de prhension4 ,travaille1 travaille1 bonhomme4 ,pendant que tu es aux champs1 la bande redoute de l-haut peut s'abattre sur ta maison1 enlever ce qui lui plat pour le service du seigneur4 ,aussi1 voyez-le1 cet homme2 qu'il est sombre sur son sillon1 et qu'il a la tte basse6444 ,et il est toujours ainsi1 le front charg1 le cur serr1 comme celui qui attendrait quelque mauvaise nouvelle4 ,rve-t-il un mauvais coup8 ,non1 mais deux penses l'obsdent1 deux pointes le percent tour tour4 ,l'une3 ,en quel tat ce soir trouveras-tu ta maison8--,l'autre3 ,oh6 si la motte leve me faisait voir un trsor8 si le bon dmon me donnait pour nous racheter8 ,on assure qu' cet appel 7comme le gnie trusque qui jaillit un jour sous le soc en figure d'enfant71 un nain1 un gnome1 sortait souvent tout petit de la terre1 se dressait sur le sillon1 lui disait3 ,que me veux-tu8--,mais le pauvre homme interdit ne voulait plus rien4 ,il plissait1 il se signait1 et alors tout disparaissait4 ,le regrettait-il ensuite8 ,ne disait-il pas en lui-mme3 ,sot que tu es1 tu seras donc jamais malheureux6 ,je le crois volontiers4 ,mais je crois aussi qu'une barrire d'horreur insurmontable arrtait l'homme4 ,je ne pense nullement1 comme voudraient le faire croire les moines qui nous ont cont les affaires de sorcellerie1 que le ,pacte avec ,satan ft un lger coup de tte1 d'un amoureux1 d'un avare4 ,a consulter le bon sens1 la nature1 on sent1 au contraire1 qu'on n'en venait l qu' l'extrmit1 en dsespoir de toute chose1 sous la pression terrible des outrages et des misres4 ,mais1 dit-on1 ces grandes misres durent tre fort adoucies vers les temps de saint ,louis1 qui dfend les guerres prives entre les seigneurs4 ,je crois justement le contraire4 ,dans les quatre-vingts1 ou cent ans qui s'coulent entre cette dfense et les guerre des ,anglais 7#abdj-acdj71 les seigneurs1 n'ayant plus l'amusement habituel d'incendier1 piller la terre du seigneur voisin1 furent terribles leurs vassaux4 ,cette paix leur fut une guerre4 ,les seigneurs ecclsiastiques1 seigneurs moines1 etc41 font frmir dans le ,journal d',eudes ,rigault 7publi rcemment74 ,c'est le rebutant tableau d'un dbordement effrn1 barbare4 ,les seigneurs moines s'abattaient surtout sur les couvents de femmes4 ,l'austre ,rigault1 confesseur du saint roi1 archevque de ,rouen1 fait une enqute lui-mme sur l'tat de la ,normandie4 ,chaque soir il arrive dans un monastre4 ,partout1 il trouve ces moines vivant la grande vie fodale1 arms1 ivres1 duellistes1 chasseurs furieux travers toute culture2 les religieuses avec eux dans un mlange indistinct1 partout enceintes de leurs uvres4 ,voil l'glise4 ,que devaient tre les seigneurs laques8 ,quel tait l'intrieur de ces noirs donjons que d'en bas on regardait avec tant d'effroi8 ,deux contes1 qui sont sans nul doute des histoires1 la ,barbe-,bleue et ,grislidis1 nous en disent quelque chose4 ,qu'tait-il pour ses vassaux1 ses serfs1 l'amateur de torture qui traitait ainsi sa famille8 ,nous le savons par le seul qui l'on ait fait un procs1 et si tard1 au quinzime sicle3 ,gilles de ,retz1 l'enleveur d'enfants4 ,le ,front-de-,buf de ,walter ,scott1 les seigneurs de mlodrames et de romans1 sont de pauvres gens devant ces terribles ralits4 ,le ,templier d',ivanho est aussi une cration faible et trs artificielle4 ,l'auteur n'a os aborder la ralit immonde du clibat du ,temple1 et de celui qui rgnait dans l'intrieur du chteau4 ,on y recevait peu de femmes2 c'taient des bouches inutiles4 ,les romans de chevalerie donnent trs exactement le contraire de la vrit4 ,on a remarqu que la littrature exprime souvent tout fait l'envers des murs 7exemple1 le fade thtre d'glogues la ,florian dans les annes de la ,terreur74 ,les logements de ces chteaux1 dans ceux qu'on peut voir encore1 en disent plus que tous les livres4 ,hommes d'armes1 pages1 valets1 entasss la nuit sous de basses votes1 le jour retenus aux crneaux1 aux terrasses troites1 dans le plus dsolant ennui1 ne respiraient1 ne vivaient que dans leurs chappes d'en bas2 chappes non plus de guerres sur les terres voisines1 mais de chasse1 et de chasse l'homme1 je veux dire d'avanies sans nombre1 d'outrages aux familles serves4 ,le seigneur savait bien lui-mme qu'une telle masse d'hommes sans femmes ne pouvait tre paisible qu'en les lchant par moments4 ,la choquante ide d'un enfer o ,dieu emploie des mes sclrates1 les plus coupables de toutes1 torturer les moins coupables qu'il leur livre pour jouet1 ce beau dogme du ,moyen-ge se ralisait la lettre4 ,l'homme sentait l'absence de ,dieu4 ,chaque razzia prouvait le rgne de ,satan1 faisait croire que c'tait lui qu'il fallait ds lors s'adresser4 ,l-dessus on rit1 on plaisante4 ,les serves taient trop laides4 ,il ne s'agit point de beaut4 ,le plaisir tait dans l'outrage1 battre et faire pleurer4 ,au dix-septime sicle encore1 les grandes dames riaient mourir d'entendre le duc de ,lorraine conter comment ses gens1 dans des villages paisibles1 excutaient1 tourmentaient toutes femmes1 et les vieilles mme4 ,les outrages tombaient surtout1 comme on peut le croire1 sur les familles aises1 distingues relativement1 qui se trouvaient parmi les serfs1 ces familles de serfs maires qu'on voit dj au douzime sicle la tte du village4 ,la noblesse les hassait1 les raillait1 les dsolait4 ,on ne leur pardonnait pas leur naissante dignit morale4 ,on ne passait pas leurs femmes1 leurs filles1 d'tre honntes et sages2 elles n'avaient pas droit d'tre respectes4 ,leur honneur n'tait pas elles4 ,serves de corps1 ce mot cruel leur tait sans cesse jet4 ,on ne croira pas aisment dans l'avenir que1 chez les peuples chrtiens1 la loi ait fait ce qu'elle ne fit jamais dans l'esclavage antique1 qu'elle ait crit expressment comme droit le plus sanglant outrage qui puisse navrer le cur de l'homme4 ,le seigneur ecclsiastique1 comme le seigneur laque1 a ce droit immonde4 ,dans une paroisse des environs de ,bourges1 le cur1 tant seigneur1 rclamait expressment les prmices de la marie1 mais voulait bien en pratique vendre au mari pour argent la virginit de sa femme#bj4 #bj ,laurire1 ,,ii1 #ajj2 vo ,marquette4 ,michelet1 ,origines du droit4 ,on a cru trop aisment que cet outrage tait de forme1 jamais rel4 ,mais le prix indiqu en certains pays1 pour en obtenir dispense1 dpassait fort les moyens de presque tous les paysans4 ,en cosse1 par exemple1 on exigeait plusieurs vaches4 ,chose norme et impossible6 ,donc la pauvre jeune femme tait discrtion4 ,du reste1 les ,fors du ,barn disent trs expressment qu'on levait ce droit en nature4 ,l'an du paysan est cens le fils du seigneur1 car il peut tre de ses uvres#ba4 #ba ,quand je publiai mes ,origines en #ahcg1 je ne pouvais connatre cette publication 7de #ahdb74 ,toutes coutumes fodales1 mme sans faire mention de cela1 imposent la marie de monter au chteau1 d'y porter le mets de mariage4 ,chose odieuse de l'obliger s'aventurer ainsi au hasard de ce que peut faire cette meute de clibataires impudents et effrns4 ,on voit d'ici la scne honteuse4 ,le jeune poux amenant au chteau son pouse4 ,on imagine les rires des chevaliers1 des valets1 les espigleries des pages autour de ces infortuns4--,la prsence de la chtelaine les retiendra8 ,point du tout4 ,la dame1 que les romans veulent faire croire si dlicate#bb1 mais qui commandait aux hommes dans l'absence du mari1 qui jugeait1 qui chtiait1 qui ordonnait des supplices1 qui tenait le mari mme par les fiefs qu'elle apportait1 cette dame n'tait gure tendre1 pour une serve surtout qui peut-tre tait jolie4 ,ayant fort publiquement1 selon l'usage d'alors1 son chevalier et son page1 elle n'tait pas fche d'autoriser ses liberts par les liberts du mari4 #bb ,cette dlicatesse apparat dans le traitement que ces dames voulaient infliger de leurs mains ,jean de ,meung1 leur pote1 l'auteur du ,roman de la ,rose 7vers #acjj74 ,elle ne fera pas obstacle la farce1 l'amusement qu'on prend de cet homme tremblant qui veut racheter sa femme4 ,on marchande d'abord avec lui1 on rit des tortures du paysan avare2 on lui suce la moelle et le sang4 ,pourquoi cet acharnement8 ,c'est qu'il est proprement habill1 qu'il est honnte1 rang1 qu'il marque dans le village4 ,pourquoi8 c'est qu'elle est pieuse1 chaste1 pure1 c'est qu'elle l'aime1 qu'elle a peur et qu'elle pleure4 ,ses beaux yeux demandent grce4 ,le malheureux offre en vain tout ce qu'il a1 la dot encore444 ,c'est trop peu4 ,l1 il s'irrite de cette injuste rigueur444 ,son voisin n'a rien pay444 ,l'insolent6 le raisonneur6 ,alors toute la meute l'entoure1 on crie2 btons et balais travaillent sur lui1 comme grle4 ,on le pousse1 on le prcipite4 ,on lui dit3 ,vilain jaloux1 vilaine face de carme1 on ne la prend pas ta femme1 on te la rendra ce soir1 et1 pour comble d'honneur1 grosse6444 ,remercie1 vous voil nobles4 ,ton an sera baron6--,chacun se met aux fentres pour voir la figure grotesque de ce mort en habit de noces444 ,les clats de rire le suivent1 et la bruyante canaille1 jusqu'au dernier marmiton1 donne la chasse au cocu#bc6 #bc ,rien de plus gai que nos vieux contes2 seulement ils sont peu varis4 ,ils n'ont que trois plaisanteries3 le dsespoir du cocu1 les cris du battu1 la grimace du pendu4 ,on s'amuse du premier1 on rit 7 pleurer7 du second4 ,au troisime1 la gaiet est au comble2 on se tient les ctes4 ,notez que les trois n'en font qu'un4 ,c'est toujours l'infrieur1 le faible qu'on outrage en toute scurit1 celui qui ne peut se dfendre4 ,cet homme-l aurait crev1 s'il n'esprait dans le dmon4 ,il rentre seul4 ,est-elle vide cette maison dsole8 ,non1 il y trouve compagnie4 ,au foyer1 sige ,satan4 ,mais bientt elle lui revient1 la pauvre1 ple et dfaite1 hlas6 hlas6 en quel tat6444 ,elle se jette genoux1 et lui demande pardon4 ,alors1 le cur de l'homme clate444 ,il lui met les bras au cou4 ,il pleure1 sanglote1 rugit faire trembler la maison444 ,avec elle pourtant rentre ,dieu4 ,quoi qu'elle ait pu souffrir1 elle est pure1 innocente et sainte4 ,satan n'aura rien pour ce jour4 ,le ,pacte n'est pas mr encore4 ,nos fabliaux ridicules1 nos contes absurdes1 supposent qu'en cette mortelle injure et toutes celles qui suivront1 la femme est pour ceux qui l'outragent1 contre son mari2 ils nous feraient croire que1 traite brutalement1 et accable de grossesses1 elle en est heureuse et ravie4--,que cela est peu vraisemblable6 ,sans doute la qualit1 la politesse1 l'lgance1 pouvaient la sduire4 ,mais on n'en prenait pas la peine4 ,on se serait bien moqu de celui qui1 pour une serve1 et fil le parfait amour4 ,toute la bande1 le chapelain1 le sommelier1 jusqu'aux valets1 croyaient l'honorer par l'outrage4 ,le moindre page se croyait grand seigneur s'il assaisonnait l'amour d'insolences et de coups4 ,un jour que la pauvre femme1 en l'absence du mari1 venait d'tre maltraite1 en relevant ses longs cheveux1 elle pleurait et disait tout haut3 ,o les malheureux saints de bois1 que sert-il de leur faire des vux8444 ,sont-ils sourds8 sont-ils trop vieux8 ,que n'ai-je un ,esprit protecteur1 fort1 puissant 7mchant n'importe76 ,j'en vois bien qui sont en pierre la porte de l'glise4 ,que font-ils l8 ,que ne vont-ils pas leur vraie maison1 le chteau1 enlever1 rtir ces pcheurs8444 ,oh6 la force1 oh6 la puissance1 qui pourra me la donner8 ,je me donnerais bien en change444 ,hlas6 qu'est-ce que je donnerais8 ,qu'est-ce que j'ai pour donner8 ,rien ne me reste4--,fi de ce corps6 ,fi de l'me1 qui n'est plus que cendre6--,que n'ai-je donc1 la place du follet qui ne sert rien1 un grand1 fort et puissant ,esprit6 --,o ma mignonne matresse6 je suis petit par votre faute1 et je ne peux pas grandir444 ,et d'ailleurs1 si j'tais grand1 vous ne m'auriez pas voulu1 vous ne m'auriez pas souffert1 ni votre mari non plus4 ,vous m'auriez fait donner la chasse par vos prtres et leur eau bnite444 ,je serai fort si vous voulez444 ,matresse1 les ,esprits ne sont ni grands ni petits1 forts ni faibles4 ,si l'on veut1 le plus petit va devenir un gant4 --,comment8--,mais rien n'est plus simple4 ,pour faire un ,esprit gant1 il ne faut que lui faire un don4 --,quel8--,une jolie me de femme4 --,oh6 mchant1 qui es-tu donc8 et que demandes-tu l8--,ce qui se donne tous les jours444--,voudriez-vous valoir mieux que la dame de l-haut8 ,elle a engag son me son mari1 son amant1 et pourtant la donne encore entire son page1 un enfant1 un petit sot4--,je suis bien plus que votre page2 je suis plus qu'un serviteur4 ,en que de choses ai-je t votre petite servante6444 ,ne rougissez pas1 ne vous fchez pas4 ,laissez-moi dire seulement que je suis tout autour de vous1 et dj peut-tre en vous4 ,autrement1 comment saurais-je vos penses1 et jusqu' celle que vous vous cachez vous-mme444 ,que suis-je1 moi8 ,votre petite me1 qui sans faon parle la grande444 ,nous sommes insparables4 ,savez-vous bien depuis quel temps je suis avec vous8444 ,c'est depuis mille ans4 ,car j'tais votre mre1 sa mre1 vos aeules444 ,je suis le gnie du foyer4 --,tentateur6444 ,mais que feras-tu8--,alors1 ton mari sera riche1 toi puissante1 et l'on te craindra4--,o suis-je8 tu es donc le dmon des trsors cachs8444--,pourquoi m'appeler dmon1 si je fais une uvre juste1 de bont1 de pit8444 ,dieu ne peut pas tre partout1 il ne peut travailler toujours4 ,parfois il aime reposer1 et nous laisse1 nous autres gnies1 faire ici le menu mnage1 remdier aux distractions de sa providence1 aux oublis de sa justice4 ,votre mari en est l'exemple444 ,pauvre travailleur mritant1 qui se tue1 et ne gagne gure444 ,dieu n'a pas eu encore le temps d'y songer444 ,moi1 un peu jaloux1 je l'aime pourtant1 mon bon hte4 ,je le plains4 ,il n'en peut plus1 il succombe4 ,il mourra1 comme vos enfants1 qui sont dj morts de misre4 ,l'hiver1 il a t malade444 ,qu'adviendra-t-il l'hiver prochain8 ,alors1 elle mit son visage dans ses mains1 elle pleura1 deux1 trois heures1 ou davantage4 ,et1 quand elle n'eut plus de larmes 7mais son sein battait encore71 il dit3 ,je ne demande rien444 seulement1 je vous prie1 sauvons-le4 ,elle n'avait rien promis1 mais lui appartint ds cette heure4 ,v ,,possession ,l'ge terrible1 c'est l'ge d'or4 ,j'appelle ainsi la dure poque o l'or eut son avnement4 ,c'est l'an #acjj1 sous le rgne du beau roi qu'on put croire d'or ou de fer1 qui ne dit jamais un mot1 grand roi qui parut avoir un dmon muet1 mais de bras puissant1 assez fort pour brler le ,temple1 assez long pour atteindre ,rome et d'un gant de fer porter le premier soufflet au pape4 ,l'or devient alors le grand pape1 le grand dieu4 ,non sans raison4 ,le mouvement a commenc sur l',europe par la croisade2 on n'estime de richesse que celle qui a des ailes et se prte au mouvement1 celle des changes rapides4 ,le roi1 pour frapper ces coups distance1 ne veut que de l'or4 ,l'arme de l'or1 l'arme du fisc1 se rpand sur tout le pays4 ,le seigneur qui a rapport son rve de l',orient1 en dsire toujours les merveilles1 armes damasquines1 tapis1 pices1 chevaux prcieux4 ,pour tout cela1 il faut de l'or4 ,quand le serf apporte son bl1 il le repousse du pied4 ,ce n'est pas tout2 je veux de l'or6 ,le monde est chang ce jour-l4 ,jusqu'alors1 au milieu des maux1 il y avait1 pour le tribut1 une scurit innocente4 ,bon an1 mal an1 la redevance suivait le cours de la nature et la mesure de la moisson4 ,si le seigneur disait3 ,c'est peu1 on rpondait3 ,monseigneur1 ,dieu n'a pas donn davantage4 ,mais l'or1 hlas6 o le trouver8444 ,nous n'avons pas une arme pour en prendre aux villes de ,flandre4 ,o creuserons-nous la terre pour lui ravir son trsor8 ,oh6 si nous tions guids par l',esprit des trsors cachs#bd6 #bd ,les dmons troublent le monde pendant tout le ,moyen-ge4 ,mais ,satan ne prend pas son caractre dfinitif avant le treizime sicle4 ,les pactes1 dit ,m4 ,a4 ,maury1 sont fort rares avant cette poque4 ,je le crois4 ,comment contracter avec celui qui vraiment n'est pas encore8 ,ni l'un ni l'autre des contractants n'tait mr pour le contrat4 ,pour que la volont en vienne cette extrmit terrible de se vendre pour l'ternit1 il faut qu'elle ait dsespr4 ,ce n'est gure le malheureux qui arrive au dsespoir2 c'est le misrable1 celui qui a connaissance parfaite de sa misre1 qui en souffre d'autant plus et n'attend aucun remde4 ,le misrable en ce sens1 c'est l'homme du quatorzime sicle1 l'homme dont on exige l'impossible 7des redevances en argent74--,dans ce chapitre et le suivant1 j'ai marqu les situations1 les sentiments1 les progrs dans le dsespoir1 qui peuvent amener le trait norme du pacte1 et1 ce qui est bien plus que le simple pacte1 l'horrible tat de sorcire4 ,nom prodigu1 mais chose rare alors1 laquelle n'tait pas moins qu'un mariage et une sorte de pontificat4 ,pour la facilit de l'exposition1 j'ai rattach les dtails de cette dlicate analyse un lger fil fictif4 ,le cadre importe peu du reste4 ,l'essentiel1 c'est de bien comprendre que de telles choses ne vinrent point 7comme on tchait de le faire croire7 de la lgret humaine1 de l'inconstance de la nature dchue1 des tentations fortuites de la concupiscence4 ,il y fallut la pression fatale d'un ge de fer1 celle des ncessits atroces2 il fallut que l'enfer mme part un abri1 un asile1 contre l'enfer d'ici-bas4 ,pendant que tous dsesprent1 la femme au lutin est dj assise sur ses sacs de bl dans la petite ville voisine4 ,elle est seule4 ,les autres1 au village1 sont encore dlibrer4 ,elle vend au prix qu'elle veut4 ,mais1 mme quand les autres arrivent1 tout va elle2 je ne sais quel magique attrait y mne4 ,personne ne marchande avec elle4 ,son mari1 avant le terme1 apporte sa redevance en bonne monnaie sonnante l'orme fodal4 ,tous disent3 ,chose surprenante6444 ,mais elle a le diable au corps6 ,ils rient1 et elle ne rit pas4 ,elle est triste1 a peur4 ,elle a beau prier le soir4 ,des fourmillements tranges agitent1 troublent son sommeil4 ,elle voit de bizarres figures4 ,l',esprit si petit1 si doux1 semble devenu imprieux4 ,il ose4 ,elle est inquite1 indigne1 veut se lever4 ,elle reste1 mais elle gmit1 se sent dpendre1 se dit3 ,je ne m'appartiens donc plus6 ,voil enfin1 dit le seigneur1 un paysan raisonnable2 il paye d'avance4 ,tu me plais4 ,sais-tu compter8--,quelque peu4--,eh bien1 c'est toi qui compteras avec tous ces gens4 ,chaque samedi1 assis sous l'orme1 tu recevras leur argent4 ,le dimanche1 avant la messe1 tu le monteras au chteau4 ,grand changement de situation6 ,le cur bat fort la femme quand1 le samedi1 elle voit son pauvre laboureur1 ce serf1 siger comme un petit seigneur sous l'ombrage seigneurial4 ,l'homme est un peu tourdi4 ,mais enfin il s'habitue2 il prend quelque gravit4 ,il n'y a pas plaisanter4 ,le seigneur veut qu'on le respecte4 ,quand il est mont au chteau1 et que les jaloux ont fait mine de rire1 de lui faire quelque tour3 ,vous voyez bien ce crneau1 dit le seigneur2 vous ne voyez pas la corde1 qui cependant est prte4 ,le premier qui le touchera1 je le mets l1 haut et court4 ,ce mot circule1 on le redit4 ,et il tend autour d'eux comme une atmosphre de terreur4 ,chacun leur te le chapeau bien bas1 trs bas4 ,mais on s'loigne1 on s'carte1 quand ils passent4 ,pour les viter1 on s'en va par le chemin de traverse1 sans voir et le dos courb4 ,ce changement les rend fiers d'abord1 bientt les attriste4 ,ils vont seuls dans la commune4 ,elle1 si fine1 elle voit bien le ddain haineux du chteau1 la haine peureuse d'en bas4 ,elle se sent entre deux prils1 dans un terrible isolement4 ,nul protecteur que le seigneur1 ou plutt l'argent qu'on lui donne2 mais1 pour le trouver cet argent1 pour stimuler la lenteur du paysan1 vaincre l'inertie qu'il oppose1 pour arracher quelque chose mme qui n'a rien1 qu'il faut d'insistances1 de menaces1 de rigueur6 ,le bonhomme n'tait pas fait ce mtier4 ,elle l'y dresse1 elle le pousse1 elle lui dit3 ,soyez rude2 au besoin cruel4 ,frappez4 ,sinon1 vous manquerez les termes4 ,et alors1 nous sommes perdus4 ,ceci1 c'est le tourment du jour1 peu de chose en comparaison des supplices de la nuit4 ,elle a comme perdu le sommeil4 ,elle se lve1 va1 vient4 ,elle rde autour de la maison4 ,tout est calme2 et cependant qu'elle est change1 cette maison6 ,comme elle a perdu sa douceur de scurit1 d'innocence6 ,que rumine ce chat au foyer1 qui fait semblant de dormir et m'entrouvre ses yeux verts8 ,la chvre1 la longue barbe1 discrte et sinistre personne1 en sait bien plus qu'elle n'en dit4 ,et cette vache1 que la lune fait entrevoir dans l'table1 pourquoi m'a-t-elle adress de ct un tel regard8444 ,tout cela n'est pas naturel4 ,elle frissonne et va se mettre ct de son mari4 ,homme heureux6 quel sommeil profond6444 ,moi1 c'est fini1 je ne dors plus2 je ne dormirai plus jamais6444 ,elle s'affaisse pourtant la longue4 ,mais1 alors1 combien elle souffre6 ,l'hte importun est prs d'elle1 exigeant1 imprieux4 ,il la traite sans mnagement2 si elle l'loigne un moment par le signe de la croix ou quelque prire1 il revient sous une autre forme4 ,arrire1 dmon1 qu'oses-tu8 ,je suis une me chrtienne444 ,non1 cela ne t'est pas permis4 ,il prend alors1 pour se venger1 cent formes hideuses3 il file gluant en couleuvre sur son sein1 danse en crapaud sur son ventre1 ou1 chauve-souris1 d'un bec aigu cueille sa bouche effraye d'horribles baisers444 ,que veut-il8 ,la pousser bout1 faire que1 vaincue1 puise1 elle cde et lche un oui4 ,mais elle rsiste encore4 ,elle s'obstine dire non4 ,elle s'obstine souffrir les luttes cruelles de chaque nuit1 l'interminable martyre de ce dsolant combat4 ,jusqu' quel point un ,esprit peut-il en mme temps se faire corps8 ,ses assauts1 ses tentatives ont-elles une ralit8 ,pcherait-elle charnellement1 en subissant l'invasion de celui qui rde autour d'elle8 ,serait-ce un adultre rel8444 ,dtour subtil par lequel il alanguit quelquefois1 nerve sa rsistance4 ,si je ne suis rien qu'un souffle1 une fume1 un air lger 7comme beaucoup de docteurs le disent71 que craignez-vous1 me timide1 et qu'importe votre mari8 ,c'est le supplice des mes1 pendant tout le ,moyen-ge1 que nombre de questions que nous trouverions vaines1 de pure scolastique1 agitent1 effrayent1 tourmentent1 se traduisent en visions1 parfois en dbats diaboliques1 en dialogues cruels qui se font l'intrieur4 ,le dmon1 quelque furieux qu'il soit dans les dmoniaques1 reste un esprit toutefois tant que dure l',empire romain1 et encore au temps de saint ,martin1 au cinquime sicle4 ,a l'invasion des ,barbares1 il se barbarise et prend corps4 ,il l'est si bien1 qu' coups de pierres il s'amuse casser la cloche du couvent de saint ,benot4 ,de plus en plus1 pour effrayer les violents envahisseurs de biens ecclsiastiques1 on incarne fortement le diable2 on inculque cette pense qu'il tourmentera les pcheurs1 non d'me me seulement1 mais corporellement dans leur chair1 qu'ils souffriront des supplices matriels1 non des flammes idales1 mais bien en ralit ce que les charbons ardents1 le gril ou la broche rouge peuvent donner d'exquises douleurs4 ,l'ide des diables tortureurs1 infligeant aux mes des morts des tortures matrielles1 fut pour l'glise une mine d'or4 ,les vivants1 navrs de douleur1 de piti1 se demandaient3 ,si l'on pouvait1 d'un monde l'autre1 les racheter1 ces pauvres mes8 leur appliquer l'expiation par amende et composition que l'on pratique sur la terre8--,ce pont entre les deux mondes fut ,cluny1 qui ds sa naissance 7vers #ijj71 devint tout coup l'un des ordres les plus riches4 ,tant que ,dieu punissait lui-mme1 appesantissait sa main ou frappait par l'pe de l'ange 7selon la noble forme antique71 il y avait moins d'horreur2 cette main tait svre1 celle d'un juge1 d'un pre pourtant4 ,l'ange en frappant restait pur et net comme son pe4 ,il n'en est nullement ainsi1 quand l'excution se fait par des dmons immondes4 ,ils n'imitent point du tout l'ange qui brla ,sodome1 mais qui d'abord en sortit4 ,ils y restent1 et leur enfer est une horrible ,sodome o ces esprits1 plus souills que les pcheurs qu'on leur livre1 tirent des tortures qu'ils infligent d'odieuses jouissances4 ,c'est l'enseignement qu'on trouvait dans les naves sculptures tales aux portes des glises4 ,on y apprenait l'horrible leon des volupts de la douleur4 ,sous prtexte de supplice1 les diables assouvissent sur leurs victimes les caprices les plus rvoltants4 ,conception immorale et profondment coupable6 d'une prtendue justice qui favorise le pire1 empire sa perversit en lui donnant un jouet1 et corrompt le dmon mme6 ,temps cruels6 ,sentez-vous combien le ciel fut noir et bas1 lourd sur la tte de l'homme8 ,les pauvres petits enfants1 ds leur premier ge imbus de ces ides horribles1 et tremblants dans le berceau6 ,la vierge pure1 innocente1 qui se sent damne du plaisir que lui inflige l',esprit4 ,la femme1 au lit conjugal1 martyrise de ses attaques1 rsistant1 et cependant1 par moments1 le sentant en elle444 ,chose affreuse que connaissent ceux qui ont le tnia4 ,se sentir une vie double1 distinguer les mouvements du monstre1 parfois agit1 parfois d'une molle douceur1 onduleuse1 qui trouble encore plus1 qui ferait croire qu'on est en mer6 ,alors1 on court perdu1 ayant horreur de soi-mme1 voulant s'chapper1 mourir444 ,mme aux moments o le dmon ne svissait pas contre elle1 la femme qui commenait tre envahie de lui errait accable de mlancolie4 ,car1 dsormais1 nul remde4 ,il entrait invinciblement1 comme une fume immonde4 ,il est le prince des airs1 des temptes1 et tout autant1 des temptes intrieures4 ,c'est ce qu'on voit exprim grossirement1 nergiquement sous le portail de ,strasbourg4 ,en tte du chur des ,vierges folles1 leur chef1 la femme sclrate qui les entrane l'abme1 est pleine1 gonfle du dmon1 qui regorge ignoblement et lui sort de dessous ses jupes en noir flot d'paisse fume4 ,ce gonflement est un trait cruel de la possession2 c'est un supplice et un orgueil4 ,elle porte son ventre en avant1 l'orgueilleuse de ,strasbourg1 renverse sa tte en arrire4 ,elle triomphe de sa plnitude1 se rjouit d'tre un monstre4 ,elle ne l'est pas encore1 la femme que nous suivons4 ,mais elle est gonfle dj de lui et de sa superbe1 de sa fortune nouvelle4 ,la terre ne la porte pas4 ,grasse et belle1 avec tout cela1 elle va par la rue1 tte haute1 impitoyable de ddain4 ,on a peur1 on hait1 on admire4 ,notre dame de village dit1 d'attitude et de regard3 ,je devrais tre la ,dame6444 ,et que fait-elle l-haut1 l'impudique1 la paresseuse1 au milieu de tous ces hommes1 pendant l'absence du mari8 ,la rivalit s'tablit4 ,le village1 qui la dteste1 en est fier4 ,si la chtelaine est baronne1 celle-ci est reine444 plus que reine1 on n'ose dire quoi444 ,beaut terrible et fantastique1 cruelle d'orgueil et de douleur4 ,le dmon mme est dans ses yeux4 ,il l'a et ne l'a pas encore4 ,elle est elle1 et se maintient elle4 ,elle n'est du dmon ni de ,dieu4 ,le dmon peut bien l'envahir1 y circuler en air subtil4 ,et il n'a encore rien du tout4 ,car il n'a pas la volont4 ,elle est possde1 endiable1 et elle n'appartient pas au ,diable4 ,parfois il exerce sur elle d'horribles svices1 et n'en tire rien4 ,il lui met au sein1 au ventre1 aux entrailles1 un charbon de feu4 ,elle se cabre1 elle se tord1 et dit cependant encore3 ,non1 bourreau1 je resterai moi4 --,gare toi6 je te cinglerai d'un si cruel fouet de vipre1 je te couperai d'un tel coup1 qu'aprs tu iras pleurant et perant l'air de tes cris4 ,la nuit suivante1 il ne vient pas4 ,au matin 7c'est le dimanche71 l'homme est mont au chteau4 ,il en descend tout dfait4 ,le seigneur a dit3 ,un ruisseau qui va goutte goutte ne fait pas tourner le moulin444 ,tu m'apportes sou sou1 ce qui ne me sert rien444 ,je vais partir dans quinze jours4 ,le roi marche vers la ,flandre1 et je n'ai pas seulement un destrier de bataille4 ,le mien boite depuis le tournoi4 ,arrange-toi4 ,il me faut cent livres444--,mais1 monseigneur1 o les trouver8--,mets tout le village sac1 si tu veux4 ,je vais te donner assez d'hommes444 ,dis tes rustres qu'ils sont perdus si l'argent n'arrive pas1 et toi le premier1 tu es mort444 ,j'ai assez de toi4 ,tu as le cur d'une femme2 tu es un lche1 un paresseux4 ,tu priras1 tu la payeras ta mollesse1 ta lchet4 ,tiens1 il ne tient presque rien que tu ne descendes pas1 que je ne te garde ici444 ,c'est dimanche2 on rirait bien si on te voyait d'en bas gambiller mes crneaux4 ,le malheureux redit cela sa femme1 n'espre rien1 se prpare la mort1 recommande son me ,dieu4 ,elle1 non moins effraye1 ne peut se coucher ni dormir4 ,que faire8 ,elle a bien regret d'avoir renvoy l',esprit4 ,s'il revenait6444 ,le matin1 lorsque son mari se lve1 elle tombe puise sur le lit4 ,a peine elle y est qu'elle sent un poids lourd sur sa poitrine2 elle halte1 croit touffer4 ,ce poids descend1 pse au ventre1 et en mme temps ses bras elle sent comme deux mains d'acier4 ,tu m'as dsir444 ,me voici444 ,eh bien1 indocile1 enfin1 enfin1 je l'ai donc ton me8--,mais1 messire1 est-elle moi8 ,mon pauvre mari6 ,vous l'aimiez444 ,vous l'avez dit444 ,vous promettiez444--,ton mari6 as-tu oubli8444 es-tu sre de lui avoir toujours gard ta volont8444 ,ton me6 je te la demande par bont1 mais je l'ai dj444 --,non1 messire1 dit-elle encore par un retour de fiert1 quoiqu'en ncessit si grande4 ,non1 messire1 cette me est moi1 mon mari1 au sacrement444 --,ah6 petite1 petite sotte6 incorrigible6 ,ce jour mme1 sous l'aiguillon1 tu luttes encore6444 ,je l'ai vue1 je la sais1 ton me1 chaque heure1 et bien mieux que toi4 ,jour par jour1 j'ai vu tes premires rsistances1 tes douleurs et tes dsespoirs4 ,j'ai vu tes dcouragements quand tu as dit demi voix3 ,nul n'est tenu l'impossible4 ,puis j'ai vu tes rsignations4 ,tu as t battue un peu1 et tu as cri pas bien fort444 ,moi1 si j'ai demand ton me1 c'est que dj tu l'as perdue444 ,maintenant ton mari prit444 ,que faut-il faire8 ,j'ai piti de vous444 ,je t'ai444 mais je veux davantage1 et il me faut que tu cdes1 et d'aveu1 et de volont4 ,autrement il prira4 ,elle rpondit bien bas1 en dormant3 ,hlas6 mon corps et ma misrable chair1 pour sauver mon pauvre mari1 prenez-les444 ,mais mon cur1 non4 ,personne ne l'a eu jamais1 et je ne peux pas le donner4 ,l1 elle attendit1 rsigne444 ,et il lui jeta deux mots3 ,retiens-les4 ,c'est ton salut4--,au moment1 elle frissonna1 se sentit avec horreur empale d'un trait de feu1 inonde d'un flot de glace444 ,elle poussa un grand cri4 ,elle se trouva dans les bras de son mari tonn1 et qu'elle inonda de larmes4 ,elle s'arracha violemment1 se leva1 craignant d'oublier les deux mots si ncessaires4 ,son mari tait effray4 ,car elle ne le voyait pas mme1 mais elle lanait aux murailles le regard aigu de ,mde4 ,jamais elle ne fut plus belle4 ,dans l'il noir et le blanc jaune flamboyait une lueur qu'on n'osait envisager1 un jet sulfureux de volcan4 ,elle marcha droit la ville4 ,le premier mot tait vert4 ,elle vit pendre la porte d'un marchand une robe verte 7couleur du ,prince du monde74 ,robe vieille1 qui1 mise sur elle se trouva jeune1 blouit4 ,elle marcha1 sans s'informer1 droit la porte d'un juif1 et elle y frappa un grand coup4 ,on ouvre avec prcaution4 ,ce pauvre juif1 assis par terre1 s'tait englouti de cendre4 ,mon cher1 il me faut cent livres6--,ah6 madame1 comment le pourrais-je8 ,le prince-vque de la ville1 pour me faire dire o est mon or1 m'a fait arracher les dents#be444 ,voyez ma bouche sanglante444--,je sais1 je sais4 ,mais je viens chercher justement chez toi de quoi dtruire ton vque4 ,quand on soufflte le pape1 l'vque ne tiendra gure4 ,qui dit cela8 ,c'est ,tolde#bf4 #be ,c'tait une mthode fort usite pour forcer les ,juifs de contribuer4 ,le roi ,jean-sans-,terre y eut souvent recours4 #bf ,tolde parat avoir t la ville sainte des sorciers1 innombrables en ,espagne4 ,leurs relations avec les ,maures1 tellement civiliss1 avec les ,juifs1 fort savants et matres alors de l',espagne 7comme agents du fisc royal71 avaient donn aux sorciers une plus haute culture1 et ils formaient ,tolde une sorte d'universit4 ,au seizime sicle1 on l'avait christianise1 transforme1 rduite la magie blanche4 ,voir la ,dposition du sorcier ,achard1 sieur de ,beaumont1 mdecin en ,poitou4 ,lancre1 ,incrdulit1 p4 #gha4 ,il avait la tte basse4 ,elle dit1 et elle souffla444 ,elle avait une me entire1 et le ,diable par-dessus4 ,une chaleur extraordinaire remplit la chambre4 ,lui-mme sentit une fontaine de feu4 ,madame1 dit-il1 madame1 en la regardant en dessous1 pauvre1 ruin comme je suis1 j'avais quelques sous en rserve pour nourrir mes pauvres enfants4--,tu ne t'en repentiras pas1 juif444 ,je vais te faire le grand serment dont on meurt444 ,ce que tu vas me donner1 tu le recevras dans huit jours et de bonne heure1 et le matin444 ,je t'en jure et ton grand serment1 et le mien plus grand3 ,tolde4 ,un an s'tait coul4 ,elle s'tait arrondie4 ,elle se faisait toute d'or4 ,on tait tonn de voir sa fascination4 ,tous admiraient1 obissaient4 ,par un miracle du ,diable1 le juif1 devenu gnreux1 au moindre signe prtait4 ,elle seule soutenait le chteau et de son crdit la ville1 et de la terreur du village1 de ses rudes extorsions4 ,la victorieuse robe verte allait1 venait de plus en plus neuve et belle4 ,elle-mme prenait une colossale beaut de triomphe et d'insolence4 ,une chose naturelle effrayait4 ,chacun disait3 ,a son ge1 elle grandit6 ,cependant1 voici la nouvelle3 le seigneur revient4 ,la ,dame1 qui ds longtemps n'osait descendre pour ne pas rencontrer la face de celle d'en bas1 a mont son cheval blanc4 ,elle va la rencontre1 entoure de tout son monde1 arrte et salue son poux4 ,avant toute chose elle dit3 ,que je vous ai donc attendu6 ,comment laissez-vous la fidle pouse si longtemps veuve et languissante8444 ,eh bien1 pourtant1 je ne peux pas vous donner place ce soir1 si vous ne m'octroyez un don4--,demandez1 demandez1 belle6 dit le chevalier en riant4 ,mais faites vite444 ,car j'ai hte de vous embrasser1 ma ,dame444 ,que je vous trouve embellie6 ,elle lui parla l'oreille1 et l'on ne sait ce qu'elle dit4 ,avant de monter au chteau1 le bon seigneur mit pied terre devant l'glise du village1 entra4 ,sous le porche1 en tte des notables1 il voit une dame qu'il ne reconnat pas1 mais salue profondment4 ,d'une fiert incomparable1 elle portait bien plus haut que toutes les ttes des hommes le sublime hennin de l'poque1 le triomphant bonnet du ,diable4 ,on l'appelait souvent ainsi1 cause de la double corne dont il tait dcor4 ,la vraie dame rougit clipse1 et passa toute petite4 ,puis1 indigne1 demi voix3 ,la voil pourtant1 votre serve6 ,c'est fini4 ,tout est renvers4 ,les nes insultent les chevaux4 ,a la sortie1 le hardi page1 le favori1 de sa ceinture tire un poignard affil1 et lestement1 d'un seul tour1 coupe la belle robe verte aux reins#bg4 ,elle faillit s'vanouir444 ,la foule tait interdite4 ,mais on comprit quand on vit toute la maison du seigneur qui se mit lui faire la chasse444 ,rapides et impitoyables sifflaient1 tombaient les coups de fouet444 ,elle fuit1 mais pas bien fort2 elle est dj un peu pesante4 ,a peine elle a fait vingt pas1 qu'elle heurte4 ,sa meilleure amie lui a mis sur le chemin une pierre pour la faire chopper444 ,on rit4 ,elle hurle1 quatre pattes444 ,mais les pages impitoyables la relvent coups de fouet4 ,les nobles et jolis lvriers aident et mordent au plus sensible4 ,elle arrive enfin1 perdue1 dans ce terrible cortge1 la porte de sa maison4--,ferme6--,l1 des pieds et des mains1 elle frappe1 elle crie3 ,mon ami1 oh6 vite6 vite6 ouvrez-moi6 ,elle tait tale l1 comme la misrable chouette qu'on cloue aux portes d'une ferme444 ,et les coups1 en plein1 lui pleuvaient444--,au dedans1 tout tait sourd4 ,le mari y tait-il8 ou bien1 riche et effray1 avait-il peur de la foule1 du pillage de la maison8 #bg ,c'est le grand et cruel outrage qu'on trouve usit dans ces temps4 ,il est1 dans les lois galloises et anglo-saxonnes1 la peine de l'impuret4 7,grimm1 #fgi1 #gaa2 ,sternhook1 #ai1 #cbf2 ,ducange1 ,,iii1 #eb2 ,michelet1 ,origines47--,plus tard1 le mme affront est indignement inflig aux femmes honntes1 aux bourgeoises dj fires1 que la noblesse veut humilier4 ,on sait le guet-apens o le tyran ,hagenbach fit tomber les dames honorables de la haute bourgeoisie d',alsace1 probablement en drision de leur riche et royal costume1 tout de soie et d'or4 ,j'ai rapport aussi dans mes ,origines le droit trange que le sire de ,pac1 en ,anjou1 rclame sur les femmes jolies 7honntes7 du voisinage4 ,elles doivent lui apporter au chteau #d deniers1 un chapeau de roses et danser avec ses officiers4 ,dmarche fort dangereuse1 o elles avaient craindre de trouver un affront1 comme celui d',hagenbach4 ,pour les y contraindre1 on ajoute cette menace que les rebelles dpouilles seront piques d'un aiguillon marqu aux armes du seigneur4 ,elle eut l tant de misres1 de coups1 de soufflets sonores1 qu'elle s'affaissa1 dfaillit4 ,sur la froide pierre du seuil1 elle se trouva assise1 nu1 demi-morte1 ne couvrant gure sa chair sanglante que des flots de ses longs cheveux4 ,quelqu'un du chteau dit3 ,assez444 ,on n'exige pas qu'elle meure4 ,on la laisse4 ,elle se cache4 ,mais elle voit en esprit le grand gala du chteau4 ,le seigneur1 un peu tourdi1 disait pourtant3 ,j'y ai regret4 ,le chapelain dit doucement3 ,si cette femme est endiable1 comme on le dit1 monseigneur1 vous devez vos bons vassaux1 vous devez tout le pays de la livrer ,sainte-glise4 ,il est effrayant de voir1 depuis ces affaires du ,temple et du ,pape1 quels progrs fait le dmon4 ,contre lui1 rien que le feu444--,sur cela un ,dominicain3 ,votre ,rvrence a parl excellemment bien4 ,la diablerie1 c'est l'hrsie au premier chef4 ,comme l'hrtique1 l'endiabl doit tre brl4 ,pourtant plusieurs de nos bons ,pres ne se fient plus au feu mme4 ,ils veulent sagement qu'avant tout l'me soit longuement purge1 prouve1 dompte par les jenes2 qu'elle ne brle pas dans son orgueil1 qu'elle ne triomphe pas au bcher4 ,si1 madame1 votre pit est si grande1 si charitable1 que vous-mme vous preniez la peine de travailler sur celle-ci1 la mettant pour quelques annes in-pace dans une bonne fosse dont vous seule auriez la cl2 vous pourriez1 par la constance du chtiment1 faire du bien son me1 honte au ,diable1 et la livrer1 humble et douce1 aux mains de l'glise4 ,,vi ,,le ,,pacte ,il ne manquait que la victime4 ,on savait que le prsent le plus doux qu'on pt lui faire1 c'tait de la lui amener4 ,elle et tendrement reconnu l'empressement de celui qui lui et fait ce don d'amour1 livr ce triste corps sanglant4 ,mais la proie sentit le chasseur4 ,quelques minutes plus tard1 elle aurait t enleve1 jamais scelle sous la pierre4 ,elle se couvrit d'un haillon qui se trouvait dans l'table1 prit des ailes1 en quelque sorte1 et1 avant minuit1 se trouva quelques lieues1 loin des routes1 sur une lande abandonne qui n'tait que chardons et ronces4 ,c'tait la lisire d'un bois o1 par une lune douteuse1 elle put ramasser quelques glands1 qu'elle engloutit1 comme une bte4 ,des sicles avaient pass depuis la veille2 elle tait mtamorphose4 ,la belle1 la reine de village1 n'tait plus2 son me1 change1 changeait ses attitudes mmes4 ,elle tait comme un sanglier sur ces glands1 ou comme un singe1 accroupie4 ,elle roulait des penses nullement humaines1 quand elle entend ou croit entendre un miaulement de chouette1 puis un aigre clat de rire4 ,elle a peur1 mais c'est peut-tre le gai moqueur qui contrefait toutes les voix2 ce sont ses tours ordinaires4 ,l'clat de rire recommence4 ,d'o vient-il8 ,elle ne voit rien4 ,on dirait qu'il sort d'un vieux chne4 ,mais elle entend distinctement3 ,ah6 te voil donc enfin444 ,tu n'es pas venue de bonne grce4 ,et tu ne serais pas venue si tu n'avais trouv le fond de ta ncessit dernire444 ,il t'a fallu1 l'orgueilleuse1 faire la course sous le fouet1 crier et demander grce1 moque1 perdue1 sans asile1 rejete de ton mari4 ,o serais-tu si1 le soir1 je n'avais eu la charit de te faire voir l'in-pace qu'on te prparait dans la tour8444 ,c'est tard1 bien tard1 que tu me viens1 et quand on t'a nomme la vieille444 ,jeune1 tu ne m'as pas bien trait1 moi1 ton petit lutin d'alors1 si empress te servir444 ,a ton tour 7si je veux de toi7 de me servir et de baiser mes pieds4 ,tu fus mienne ds ta naissance par ta malice contenue1 par ton charme diabolique4 ,j'tais ton amant1 ton mari4 ,le tien t'a ferm sa porte4 ,moi1 je ne ferme pas la mienne4 ,je te reois dans mes domaines1 mes libres prairies1 mes forts444 ,qu'y gagn-je8 ,est-ce que ds longtemps je ne t'ai pas mon heure8 ,ne t'ai-je pas envahie1 possde1 emplie de ma flamme8 ,j'ai chang1 remplac ton sang4 ,il n'est veine de ton corps o je ne circule pas4 ,tu ne peux pas savoir toi-mme quel point tu es mon pouse4 ,mais nos noces n'ont pas eu encore toutes les formalits4 ,j'ai des murs1 je me fais scrupule444 ,soyons un pour l'ternit4 --,messire1 dans l'tat o je suis1 que dirais-je8 ,oh6 je l'ai senti1 trop bien senti1 que ds longtemps vous tes toute ma destine4 ,vous m'avez malicieusement caresse1 comble1 enrichie1 afin de me prcipiter444 ,hier1 quand le lvrier noir mordit ma pauvre nudit1 sa dent brlait444 ,j'ai dit3 ,c'est lui4 ,le soir1 quand cette ,hrodiade salit1 effraya la table1 quelqu'un tait entremetteur pour qu'on promt mon sang444 ,c'est vous4 --,oui1 mais c'est moi qui t'ai sauve et qui t'ai fait venir ici4 ,j'ai fait tout1 tu l'as devin4 ,je t'ai perdue1 et pourquoi8 ,c'est que je te veux sans partage4 ,franchement1 ton mari m'ennuyait4 ,tu chicanais1 tu marchandais4 ,tout autres sont mes procds4 ,tout ou rien4 ,voil pourquoi je t'ai un peu travaille1 discipline1 mise point1 mrie pour moi444 ,car telle est ma dlicatesse4 ,je ne prends pas1 comme on croit1 tant d'mes sottes qui se donneraient4 ,je veux des mes lues1 un certain tat friand de fureur et de dsespoir444 ,tiens1 je ne peux te le cacher1 telle que tu es aujourd'hui1 tu me plais2 tu t'embellis fort2 tu es une me dsirable444 ,oh6 qu'il y a longtemps que je t'aime6444 ,mais aujourd'hui j'ai faim de toi444 ,je ferai grandement les choses4 ,je ne suis pas de ces maris qui comptent avec leur fiance4 ,si tu ne voulais qu'tre riche1 cela serait l'instant mme4 ,si tu ne voulais qu'tre reine1 remplacer ,jeanne de ,navarre1 quoiqu'on y tienne1 on le ferait1 et le roi n'y perdrait gure en orgueil1 en mchancet4 ,il est plus grand d'tre ma femme4 ,mais enfin1 dis ce que tu veux4 --,messire1 rien que de faire du mal4 --,charmante1 charmante rponse6444 ,oh6 que j'ai raison de t'aimer6444 ,en effet1 cela contient tout1 toute la loi et tous les prophtes444 ,puisque tu as si bien choisi1 il te sera1 par-dessus1 donn de surplus tout le reste4 ,tu auras tous mes secrets4 ,tu verras au fond de la terre4 ,le monde viendra toi1 et mettra l'or tes pieds444 ,plus1 voici le vrai diamant1 mon pouse1 que je te donne1 la vengeance444 ,je te sais1 friponne1 je sais ton plus cach dsir444 ,oh6 que nos curs s'entendent l444 ,c'est bien l que j'aurai de toi la possession dfinitive4 ,tu verras ton ennemie agenouille devant toi1 demandant grce et priant1 heureuse si tu la tenais quitte en faisant ce qu'elle te fit4 ,elle pleurera444 ,toi1 gracieuse1 tu diras3 ,non1 et la verras crier3 ,mort et damnation6444 ,alors1 j'en fais mon affaire4 --,messire1 je suis votre servante444 ,j'tais ingrate1 c'est vrai4 ,car vous m'avez comble toujours4 ,je vous appartiens1 mon matre6 mon dieu6 ,je n'en veux plus d'autre444 ,suaves sont vos dlices4 ,votre service est trs doux4 ,l1 elle tombe quatre pattes1 l'adore6444 ,elle lui fait d'abord l'hommage1 dans les formes du ,temple1 qui symbolise l'abandon absolu de la volont4 ,son matre1 le ,prince du monde1 le ,prince des vents1 lui souffle son tour comme un imptueux esprit4 ,elle reoit la fois les trois sacrements rebours1 baptme1 prtrise et mariage4 ,dans cette nouvelle glise1 exactement l'envers de l'autre1 toute chose doit se faire l'envers4 ,soumise1 patiente1 elle endura la cruelle initiation#bh1 soutenue de ce mot3 ,vengeance6 #bh ,ceci s'expliquera plus tard4 ,il faut se garder des additions pdantesques des modernes du dix-septime sicle4 ,les ornements que les sots donnent une chose si terrible font ,satan leur image4 ,bien loin que la foudre infernale l'puist1 la ft languissante1 elle se releva redoutable et les yeux tincelants4 ,la lune1 qui1 chastement1 s'tait un moment voile1 eut peur en la revoyant4 pouvantablement gonfle de la vapeur infernale1 de feu1 de fureur et 7chose nouvelle7 de je ne sais quel dsir1 elle fut un moment norme par cet excs de plnitude et d'une beaut horrible4 ,elle regarda tout autour444 ,et la nature tait change4 ,les arbres avaient une langue1 contaient les choses passes4 ,les herbes taient des simples4 ,telles plantes qu'hier elle foulait comme du foin1 c'taient maintenant des personnes qui causaient de mdecine4 ,elle s'veilla le lendemain en grande scurit1 loin1 bien loin de ses ennemis4 ,on l'avait cherche4 ,on n'avait trouv que quelques lambeaux pars de la fatale robe verte4 ,s'tait-elle1 de dsespoir1 prcipite dans le torrent8 ,avait-elle t vivante emporte par le dmon8 ,on ne savait4 ,des deux faons1 elle tait damne coup sr4 ,grande consolation pour la ,dame de ne pas l'avoir trouve4 ,l'et-on vue1 on l'et peine reconnue1 tellement elle tait change4 ,les yeux seuls restaient1 non brillants1 mais arms d'une trs trange et peu rassurante lueur4 ,elle-mme avait peur de faire peur4 ,elle ne les baissait pas4 ,elle regardait de ct2 dans l'obliquit du rayon1 elle en ludait l'effet4 ,brunie tout coup1 on et dit qu'elle avait pass par la flamme4 ,mais ceux qui observaient mieux sentaient que cette flamme plutt tait en elle1 qu'elle portait un impur et brlant foyer4 ,le trait flamboyant dont ,satan l'avait traverse lui restait1 et1 comme travers une lampe sinistre1 lanait tel reflet sauvage1 pourtant d'un dangereux attrait4 ,on reculait1 mais on restait1 et les sens taient troubls4 ,elle se vit l'entre d'un de ces trous de troglodyte1 comme on en trouve d'innombrables dans certaines collines du ,centre et de l',ouest4 ,c'taient les ,marches1 alors sauvages1 entre le pays de ,merlin et le pays de ,mlusine4 ,des landes perte de vue tmoignent encore des vieilles guerres et des ternels ravages1 des terreurs1 qui empchaient le pays de se repeupler4 ,l le ,diable tait chez lui4 ,des rares habitants la plupart lui taient fervents1 dvots4 ,quelque attrait qu'eussent pour lui les pres fourrs de ,lorraine1 les noires sapinires du ,jura1 les dserts sals de ,burgos1 ses prfrences taient peut-tre pour nos ,marches de l',ouest4 ,ce n'tait pas l seulement le berger visionnaire1 la conjonction satanique de la chvre et du chevrier1 c'tait une conjuration plus profonde avec la nature1 une pntration plus grande des remdes et des poisons1 des rapports mystrieux dont on n'a pas su le lien avec ,tolde la savante1 l'universit diabolique4 ,l'hiver commenait4 ,son souffle1 qui dshabillait les arbres1 avait entass les feuilles1 les branchettes de bois mort4 ,elle trouva cela tout prt l'entre du triste abri4 ,par un bois et une lande d'un quart de lieue1 on descendait porte de quelques villages qu'avait crs un cours d'eau4 ,voil ton royaume1 lui dit la voix intrieure4 ,mendiante aujourd'hui1 demain tu rgneras dans la contre4 ,,vii ,,le ,,roi ,,des ,,morts ,elle ne fut pas d'abord bien touche de ces promesses4 ,un ermitage sans ,dieu1 dsol1 et les grands vents si monotones de l',ouest1 les souvenirs impitoyables dans la grande solitude1 tant de pertes et tant d'affronts1 ce subit et pre veuvage1 son mari qui l'a laisse la honte1 tout l'accablait4 ,jouet du sort1 elle se vit1 comme la triste plante des landes1 sans racine1 que la bise promne1 ramne1 chtie1 bat inhumainement2 on dirait un corail gristre1 anguleux1 qui n'a d'adhrence que pour tre mieux bris4 ,l'enfant met le pied dessus4 ,le peuple dit par rise3 ,c'est la fiance du vent4 ,elle rit outrageusement sur elle-mme en se comparant4 ,mais du fond du trou obscur3 ,ignorante et insense1 tu ne sais ce que tu dis444 ,cette plante qui roule ainsi a bien droit de mpriser tant d'herbes grasses et vulgaires4 ,elle roule1 mais complte en elle1 portant tout1 fleurs et semences4 ,ressemble-lui4 ,sois ta racine1 et1 dans le tourbillon mme1 tu porteras fleur encore1 nos fleurs nous1 comme il en vient de la poudre des spulcres et des cendres des volcans4 ,la premire fleur de ,satan1 je te la donne aujourd'hui pour que tu saches mon premier nom1 mon antique pouvoir4 ,je fus1 je suis le roi des morts444 ,oh6 qu'on m'a calomni6444 ,moi seul 7ce bienfait immense me mritait des autels71 moi seul1 je les fais revenir444 ,pntrer l'avenir1 voquer le pass1 devancer1 rappeler le temps qui va si vite1 tendre le prsent de ce qui fut et de ce qui sera1 voil deux choses proscrites au ,moyen-ge4 ,en vain4 ,nature ici est invincible2 on n'y gagnera rien4 ,qui pche ainsi est homme4 ,il ne le serait pas1 celui qui resterait fix sur son sillon1 l'il baiss1 le regard born au pas qu'il fait derrire ses bufs4 ,non1 nous irons toujours visant plus haut1 plus loin et plus au fond4 ,cette terre1 nous la mesurons pniblement1 mais la frappons du pied1 et lui disons toujours3 ,qu'as-tu dans tes entrailles8 ,quels secrets8 quels mystres8 ,tu nous rends bien le grain que nous te confions4 ,mais tu ne nous rends pas cette semence humaine1 ces morts aims que nous t'avons prts4 ,ne germeront-ils pas1 nos amis1 nos amours1 que nous avions mis l8 ,si du moins pour une heure1 un moment1 ils venaient nous6 ,nous serons bientt de la terra incognita o dj ils ont descendu4 ,mais les reverrons-nous8 ,serons-nous avec eux8 ,o sont-ils8 ,que font-ils8--,il faut qu'ils soient1 mes morts1 bien captifs pour ne me donner aucun signe6 ,et moi1 comment ferai-je pour tre entendu d'eux8 ,comment mon pre1 pour qui je fus unique et qui m'aima si violemment1 comment ne vient-il pas moi8444 ,oh6 des deux cts1 servitude6 captivit6 mutuelle ignorance6 ,nuit sombre o l'on cherche un rayon#bi4 #bi ,le rayon luit dans l',immortalit1 la ,foi nouvelle1 de ,dumesnil2 ,terre et ,ciel1 de ,reynaud1 ,henri ,martin1 etc4 ,ces penses ternelles de nature1 qui1 dans l',antiquit1 n'ont t que mlancoliques1 au ,moyen-ge1 elles sont devenues cruelles1 amres1 dbilitantes1 et les curs en sont amoindris4 ,il semble que l'on ait calcul d'aplatir l'me et la faire troite et serre la mesure d'une bire4 ,la spulture servile entre les quatre ais de sapin est trs propre cela4 ,elle trouble d'une ide d'touffement4 ,celui qu'on a mis l-dedans1 s'il revient dans les songes1 ce n'est plus comme une ombre lumineuse et lgre1 dans l'aurole lysenne2 c'est un esclave tortur1 misrable gibier d'un chat griffu d'enfer 7bestiis dit le texte mme1 ,ne tradas bestiis1 etc47 ,ide excrable et impie1 que mon pre si bon1 si aimable1 que ma mre vnre de tous1 soient jouet de ce chat6444 ,vous riez aujourd'hui4 ,pendant mille ans1 on n'a pas ri4 ,on a amrement pleur4 ,et1 aujourd'hui encore1 on ne peut crire ces blasphmes sans que le cur ne soit gonfl1 que le papier ne grince1 et la plume1 d'indignation6 ,c'est aussi vritablement une cruelle invention d'avoir tir la fte des ,morts du printemps1 o l',antiquit la plaait1 pour la mettre en novembre4 ,en mai1 o elle fut d'abord1 on les enterrait dans les fleurs4 ,en mars1 o on la mit ensuite1 elle tait1 avec le labour1 l'veil de l'alouette2 le mort et le grain1 dans la terre1 entraient ensemble avec le mme espoir4 ,mais1 hlas6 en novembre1 quand tous les travaux sont finis1 la saison close et sombre pour longtemps1 quand on revient la maison1 quand l'homme se rasseoit au foyer et voit en face la place jamais vide444 oh6 quel accroissement de deuil6444 videmment1 en prenant ce moment1 dj funbre en lui1 des obsques de la nature1 on craignait qu'en lui-mme l'homme n'et pas assez de douleur444 ,les plus calmes1 les plus occups1 quelque distraits qu'ils soient par les tiraillements de la vie1 ont des moments tranges4 ,au noir matin brumeux1 au soir qui vient si vite nous engloutir dans l'ombre1 dix ans1 vingt ans aprs1 je ne sais quelles faibles voix vous montent au cur3 ,bonjour1 ami2 c'est nous444 ,tu vis donc1 tu travailles1 comme toujours444 ,tant mieux6 ,tu ne souffres pas trop de nous avoir perdus1 et tu sais te passer de nous444 ,mais nous1 non pas de toi1 jamais444 ,les rangs se sont serrs et le vide ne parat gure4 ,la maison qui fut ntre est pleine1 et nous la bnissons4 ,tout est bien1 tout est mieux qu'au temps o ton pre te portait1 au temps o ta petite fille te disait son tour3 ,mon papa1 porte-moi444 ,mais voil que tu pleures444 ,assez1 et au revoir4 ,hlas6 ils sont partis6 ,douce et navrante plainte4 ,juste8 ,non4 ,que je m'oublie mille fois plutt que de les oublier6 ,et1 cependant1 quoi qu'il en cote1 on est oblig de le dire1 certaines traces chappent1 sont dj moins sensibles2 certains traits du visage sont1 non pas effacs1 mais obscurcis1 plis4 ,chose dure1 amre1 humiliante1 de se sentir si fuyant et si faible1 onduleux comme l'eau sans mmoire2 de sentir qu' la longue on perd du trsor de douleur qu'on esprait garder toujours6444 ,rendez-la-moi1 je vous prie2 je tiens trop cette riche source de larmes444 ,retracez-moi1 je vous supplie1 ces effigies si chres444 ,si vous pouviez du moins m'en faire rver la nuit6 ,plus d'un dit cela en novembre4 ,et1 pendant que les cloches sonnent1 pendant que pleuvent les feuilles1 ils s'cartent de l'glise1 disant tout bas3 ,savez-vous bien1 voisin8444 ,il y a l haut certaine femme dont on dit du mal et du bien4 ,moi1 je n'ose en rien dire4 ,mais elle a puissance au monde d'en bas4 ,elle appelle les morts1 et ils viennent4 ,oh6 si elle pouvait 7sans pch1 s'entend1 sans fcher ,dieu7 me faire venir les miens6444 ,vous savez1 je suis seul1 et j'ai tout perdu en ce monde4--,mais1 cette femme1 qui sait ce qu'elle est8 ,du ciel ou de l'enfer8 ,je n'irai pas 7et il en meurt d'envie7444 ,je n'irai pas444 ,je ne veux pas risquer mon me4 ,ce bois1 d'ailleurs1 est mal hant4 ,mainte fois on a vu sur la lande des choses qui n'taient pas voir444 ,savez-vous bien8 la ,jacqueline qui y a t un soir pour chercher un de ses moutons8 eh bien1 elle est revenue folle444 ,je n'irai pas4 ,en se cachant les uns des autres1 beaucoup y vont1 des hommes4 ,a peine encore les femmes osent se hasarder4 ,elles regardent le dangereux chemin1 s'enquirent prs de ceux qui en reviennent4 ,la pythonisse n'est pas celle d',endor1 qui1 pour ,sal1 voqua ,samuel2 elle ne montre pas les ombres1 mais elle donne les mots cabalistiques et les puissants breuvages qui les feront revoir en songe4 ,ah6 que de douleurs vont elles6 ,la grand'mre elle-mme1 vacillante1 quatre-vingts ans1 voudrait revoir son petit-fils4 ,par un suprme effort1 non sans remords de pcher au bord de la tombe1 elle s'y trane4 ,l'aspect du lieu sauvage1 pre1 d'ifs et de ronces1 la rude et noire beaut de l'implacable ,proserpine1 la trouble4 ,prosterne et tremblante1 applique la terre1 la pauvre vieille pleure et prie4 ,nulle rponse4 ,mais quand elle ose se relever un peu1 elle voit que l'enfer a pleur4 ,retour tout simple de nature4 ,proserpine en rougit4 ,elle s'en veut4 ,ame dgnre1 se dit-elle1 me faible6 ,toi qui venais ici dans le ferme dsir de ne faire que du mal444 ,est-ce la leon du matre8 ,oh6 qu'il rira6 --,mais1 non6 ,ne suis-je pas le grand pasteur des ombres1 pour les faire aller et venir1 leur ouvrir la porte des songes8 ,ton ,dante1 en faisant mon portrait1 oublie mes attributs4 ,en m'ajoutant cette queue inutile1 il omet que je tiens la verge pastorale d',osiris1 et que1 de ,mercure1 j'ai hrit le caduce4 ,en vain on crut btir un mur infranchissable qui et ferm la voie d'un monde l'autre2 j'ai des ailes aux talons1 j'ai vol par-dessus4 ,l',esprit calomni1 ce monstre impitoyable1 par une charitable rvolte1 a secouru ceux qui pleuraient1 consol les amants1 les mres4 ,il a eu piti d'elles contre le nouveau dieu4 ,le ,moyen-ge1 avec ses scribes1 tous ecclsiastiques1 n'a garde d'avouer les changements muets1 profonds1 de l'esprit populaire4 ,il est vident que la compassion apparat dsormais du ct de ,satan4 ,la ,vierge mme1 idal de la ,grce1 ne rpond rien ce besoin du cur1 l'glise rien4 ,l'vocation des morts reste expressment dfendue4 ,pendant que tous les livres continuent plaisir ou le dmon pourceau des premiers temps1 ou le dmon griffu1 bourreau du second ge1 ,satan a chang de figure pour ceux qui n'crivent pas4 ,il tient du vieux ,pluton1 mais sa majest ple1 nullement inexorable1 accordant aux morts des retours1 aux vivants de revoir les morts1 de plus en plus revient son pre ou grand-pre1 ,osiris1 le pasteur des mes4 ,par ce point seul1 bien d'autres sont changs4 ,on confesse de bouche l'enfer officiel et les chaudires bouillantes4 ,au fond1 y croit-on bien8 concilierait-on aisment ces complaisances de l'enfer pour les curs affligs avec les traditions horribles d'un enfer tortureur8 ,une ide neutralise l'autre1 sans l'effacer entirement1 et il s'en forme une mixte1 vague1 qui de plus en plus se rapprochera de l'enfer virgilien4 ,grand adoucissement pour le cur6 ,heureux allgement aux pauvres femmes surtout1 que ce dogme terrible du supplice de leurs morts aims tenait noyes de larmes1 et sans consolation4 ,toute leur vie n'tait qu'un soupir4 ,la sibylle rvait aux mots du matre1 quand un tout petit pas se fait entendre4 ,le jour parat peine 7aprs ,nol1 vers le #a;er janvier74 ,sur l'herbe craquante et givre1 une blonde petite femme1 tremblante1 approche1 et1 arrive1 elle dfaille1 ne peut respirer4 ,sa robe noire dit assez qu'elle est veuve4 ,au perant regard de ,mde1 immobile1 et sans voix1 elle dit tout pourtant2 nul mystre en sa craintive personne4 ,l'autre d'une voix forte3 ,tu n'as que faire de dire1 petite muette4 ,car tu n'en viendrais pas bout4 ,je le dirai pour toi444 ,et bien1 tu meurs d'amour6 ,remise un peu1 joignant les mains et presque ses genoux1 elle avoue1 se confesse4 ,elle souffrait1 pleurait1 priait1 et elle et souffert en silence4 ,mais ces ftes d'hiver1 ces runions de familles1 le bonheur peu cach des femmes qui1 sans piti1 talent un lgitime amour1 lui ont remis au cur le trait brlant444 ,hlas6 que fera-t-elle8444 ,s'il pouvait revenir et la consoler un moment3 ,au prix de la vie mme444 que je meure6 et le voie encore6 --,retourne ta maison2 fermes-en bien la porte4 ,ferme encore le volet au voisin curieux4 ,tu quitteras le deuil et mettras tes habits de noces1 son couvert la table1 mais il ne viendra pas4--,tu diras la chanson qu'il fit pour toi1 et qu'il a tant chante1 mais il ne viendra pas4--,tu tireras du coffre le dernier habit qu'il porta1 le baiseras4--,et tu diras alors3 ,tant pis pour toi1 si tu ne viens6 ,et sans retard1 buvant ce vin amer1 mais de profond sommeil1 tu coucheras la marie4 ,alors1 sans nul doute1 il viendra4 ,la petite ne serait pas femme1 si1 le matin1 heureuse et attendrie1 bien bas1 sa meilleure amie1 elle n'avouait le miracle4 ,n'en dis rien1 je t'en prie444 ,mais il m'a dit lui-mme que1 si j'ai cette robe1 et si je dors sans m'veiller1 tous les dimanches1 il reviendra4 ,bonheur qui n'est pas sans pril4 ,que serait-ce de l'imprudente si l'glise savait qu'elle n'est plus veuve8 que1 ressuscit par l'amour1 l',esprit revient la consoler8 ,chose rare1 le secret est gard6 ,toutes s'entendent1 cachent un mystre si doux4 ,qui n'y a intrt8 ,qui n'a perdu8 qui n'a pleur8 ,qui ne voit avec bonheur se crer ce pont entre les deux mondes8 ,o bienfaisante sorcire6444 ,esprit d'en bas1 soyez bni6 ,,viii ,,le ,,prince ,,de ,,la ,,nature ,dur est l'hiver1 long et triste dans le sombre nord-ouest4 ,fini mme1 il a des reprises1 comme une douleur assoupie1 qui revient1 svit par moments4 ,un matin1 tout se rveille par d'aiguilles brillantes4 ,dans cette splendeur ironique1 cruelle1 o la vie frissonne1 tout le monde vgtal parat minralis1 perd sa douce varit1 se roidit en pres cristaux4 ,la pauvre sibylle1 engourdie son morne foyer de feuilles1 battue de la bise cuisante1 sent au cur la verge svre4 ,elle sent son isolement4 ,mais cela mme la relve4 ,l'orgueil revient1 et avec lui une force qui lui chauffe le cur1 lui illumine l'esprit4 ,tendue1 vive et acre1 sa vue devient aussi perante que ces aiguilles1 et le monde1 ce monde cruel dont elle souffre1 lui est transparent comme verre4 ,et alors1 elle en jouit1 comme d'une conqute elle4 ,n'en est-elle pas la reine8 n'a-t-elle pas des courtisans8 ,les corbeaux manifestement sont en rapport avec elle4 ,en troupe honorable1 grave1 ils viennent1 comme anciens augures1 lui parler des choses du temps4 ,les loups passent timidement1 saluent d'un regard oblique4 ,l'ours 7moins rare alors7 parfois s'asseoit gauchement1 avec sa lourde bonhomie1 au seuil de l'antre1 comme un ermite qui fait visite un ermite1 ainsi qu'on le voit si souvent dans les ,vies des ,pres du dsert4 ,tous1 oiseaux et animaux que l'homme ne connat gure que par la chasse et la mort1 ils sont des proscrits comme elle4 ,ils s'entendent avec elle4 ,satan est le grand proscrit1 et il donne aux siens la joie des liberts de la nature1 la joie sauvage d'tre un monde qui se suffit lui-mme4 ,apre libert solitaire1 salut6444 ,toute la terre encore semble vtue d'un blanc linceul1 captive d'une glace pesante1 d'impitoyables cristaux1 uniformes1 aigus1 cruels4 ,surtout depuis #abjj1 le monde a t ferm comme un spulcre transparent o l'on voit avec effroi toute chose immobile et durcie4 ,on a dit que l'glise gothique est une cristallisation4 ,et c'est vrai4 ,vers #acjj1 l'architecture1 sacrifiant ce qu'elle avait de caprice vivant1 de varit1 se rptant l'infini1 rivalise avec les prismes monotones du ,spitzberg4 ,vraie et redoutable image de la dure cit de cristal dans laquelle un dogme terrible a cru enterrer la vie4 ,mais1 quels que soient les soutiens1 contreforts1 arcs-boutants1 dont le monument s'appuie1 une chose le fait branler4 ,non les coups bruyants du dehors2 mais je ne sais quoi de doux qui est dans les fondements1 qui travaille ce cristal d'un insensible dgel4 ,quel8 l'humble flot de tides larmes qu'un monde a verses1 une mer de pleurs4 ,quelle8 une haleine d'avenir1 la puissante1 l'invincible rsurrection de la vie naturelle4 ,le fantastique difice dont plus d'un pan dj croule1 se dit1 mais non sans terreur3 ,c'est le souffle de ,satan4 ,tel un glacier de l',hcla sur un volcan qui n'a pas besoin de faire ruption1 foyer tide1 lent1 clment qui le caresse en dessous1 l'appelle lui et lui dit tout bas3 ,descends4 ,la sorcire a de quoi rire1 si1 dans l'ombre1 elle voit l-bas1 dans la brillante lumire1 combien ,dante1 saint ,thomas1 ignorent la situation4 ,ils se figurent que ,satan fait son chemin par l'horreur ou par la subtilit4 ,ils le font grotesque et grossier2 comme son ge d'enfance1 lorsque ,jsus pouvait encore le faire entrer dans les pourceaux4 ,ou bien ils le font subtil1 un logicien scolastique1 un juriste pilogueur4 ,s'il n'et t que cela1 ou la bte1 ou le disputeur1 s'il n'avait eu que la fange1 ou les distinguo du vide1 il ft mort bientt de faim4 ,on triomphe trop l'aise quand on le montre dans ,barthole1 plaidant contre la ,femme 7la ,vierge71 qui le fait dbouter1 condamner avec dpens4 ,il se trouve qu'alors sur la terre1 c'est justement le contraire qui arrive4 ,par un coup suprme1 il gagne la plaideuse mme1 la ,femme1 sa belle adversaire1 la sduit par un argument1 non de mot1 mais tout rel1 charmant et irrsistible4 ,il lui met en main le fruit de la science et de la nature4 ,il ne faut pas tant de disputes2 il n'a pas besoin de plaider2 il se montre4 ,c'est l',orient1 c'est le paradis retrouv4 ,de l',asie qu'on a cru dtruire1 une incomparable aurore surgit1 dont le rayonnement porte au loin jusqu' percer la profonde brume de l'ouest4 ,c'est un monde de nature et d'art que l'ignorance avait maudit1 mais qui1 maintenant1 avance pour conqurir ses conqurants1 dans une douce guerre d'amour et de sduction maternelle4 ,tous sont vaincus1 tous en raffolent2 on ne veut rien que de l',asie4 ,elle vient nous les mains pleines4 ,les tissus1 chles1 tapis de molle douceur1 d'harmonie mystrieuse1 l'acier galant1 tincelant1 des armes damasquines1 nous dmontrent notre barbarie4 ,mais c'est peu1 ces contres maudites des mcrants o ,satan rgne1 ont pour bndiction visible les hauts produits de la nature1 lixir des forces de ,dieu1 le premier des vgtaux1 le premier des animaux1 le caf1 le cheval arabe4 ,que dis-je8 un monde de trsors1 la soie1 le sucre1 la foule des herbes toutes-puissantes qui nous relvent le cur1 consolent1 adoucissent nos maux4 ,vers #acjj1 tout cela clate4 ,l',espagne mme reconquise par les barbares fils des ,goths1 mais qui a tout son cerveau dans les ,maures et dans les juifs1 tmoigne pour ces mcrants4 ,partout o les musulmans1 ces fils de ,satan1 travaillent1 tout prospre1 les sources jaillissent et la terre se couvre de fleurs4 ,sous un travail mritant1 innocent1 elle se pare de ces vignes merveilleuses o l'homme oublie1 se refait et croit boire la bont mme et la compassion cleste4 ,a qui ,satan porte-t-il la coupe cumante de vie8 ,et1 dans ce monde de jene1 qui a tant jen de raison1 existe-t-il1 l'tre fort qui va recevoir tout cela sans vertige1 sans ivresse1 sans risquer de perdre l'esprit8 ,existe-t-il un cerveau qui n'tant pas ptrifi1 cristallis de saint ,thomas1 reste encore ouvert la vie1 aux forces vgtatives8 ,trois magiciens#cj font effort2 par des tours de force ils arrivent la nature1 mais ces vigoureux gnies n'ont pas la fluidit1 la puissance populaire4 ,satan retourne son ve4 ,la femme est encore au monde ce qui est le plus nature4 ,elle a et garde toujours certains cts d'innocence malicieuse qu'a le jeune chat et l'enfant de trop d'esprit4 ,par l1 elle va bien mieux la comdie du monde1 au grand jeu o se jouera le ,prote universel4 #cj ,albert-le-,grand1 ,roger ,bacon1 ,arnaud de ,villeneuve 7qui trouve l'eau-de-vie74 ,mais qu'elle est lgre1 mobile1 tant qu'elle n'est pas mordue et fixe par la douleur6 ,celle-ci1 proscrite du monde1 enracine sa lande sauvage1 donne prise4 ,reste savoir si1 froisse1 aigrie1 avec ce cur plein de haine1 elle rentrera dans la nature et les douces voies de la vie8 ,si elle y va1 sans nul doute1 ce sera sans harmonie1 souvent par les circuits du mal4 ,elle est effare1 violente1 d'autant plus qu'elle est trs faible1 dans le va-et-vient de l'orage4 ,lorsqu'aux tideurs printanires1 de l'air1 du fond de la terre1 des fleurs et de leurs langages1 la rvlation nouvelle lui monte de tous cts1 elle a d'abord le vertige4 ,son sein dilat dborde4 ,la sibylle de la science a sa torture1 comme eut l'autre1 la ,cuma1 la ,delphica4 ,les scolastiques ont beau jeu de dire3 ,c'est l'aura1 c'est l'air qui la gonfle1 et rien de plus4 ,son amant1 le ,prince de l'air1 l'emplit de songes et de mensonges1 de vent1 de fume1 de nant4 ,inepte ironie4 ,au contraire1 la cause de son ivresse1 c'est que ce n'est pas le vide1 c'est le rel1 la substance1 qui trop vite a combl son sein4 ,avez-vous vu l',agave1 ce dur et sauvage ,africain1 pointu1 amer1 dchirant1 qui1 pour feuilles1 a d'normes dards8 ,il aime et meurt tous les dix ans4 ,un matin1 le jet amoureux1 si longtemps accumul dans la rude crature1 avec le bruit d'un coup de feu1 part1 s'lance vers le ciel4 ,et ce jet est tout un arbre qui n'a pas moins de trente pieds1 hriss de tristes fleurs4 ,c'est quelque chose d'analogue que ressent la sombre sibylle quand1 au matin d'un printemps tardif1 d'autant plus violent1 tout autour d'elle se fait la vaste explosion de la vie4 ,et tout cela la regarde1 et tout cela est pour elle4 ,car chaque tre dit tout bas3 ,je suis qui m'a compris4 ,quel contraste6444 ,elle1 l'pouse du dsert et du dsespoir1 nourrie de haine1 de vengeance1 voil tous ces innocents qui la convient sourire4 ,les arbres1 sous le vent du sud1 font doucement la rvrence4 ,toutes les herbes des champs1 avec leurs vertus diverses1 parfums1 remdes ou poisons 7le plus souvent c'est mme chose71 s'offrent1 lui disent3 ,cueille-moi4 ,tout cela visiblement aime4 ,n'est-ce pas une drision8444 ,j'eusse t prte pour l'enfer1 non pour cette fte trange444 ,esprit1 es-tu bien l',esprit de terreur que j'ai connu1 dont j'ai la trace cruelle 7que dis-je8 et qu'est-ce que je sens871 la blessure qui brle encore444 ,oh6 non1 ce n'est pas l',esprit que j'esprais dans ma fureur3 ,celui qui dit toujours3 ,non4 ,le voil qui dit un ,oui d'amour1 d'ivresse et de vertige444 ,qu'a-t-il donc8 ,est-il l'me folle1 l'me effare de la vie8 ,on avait dit le grand ,pan mort4 ,mais le voici en ,bacchus1 en ,priape1 impatient1 par le long dlai du dsir1 menaant1 brlant1 fcond444 ,non1 non1 loin de moi cette coupe4 ,car je n'y boirais que le trouble1 qui sait8 un dsespoir amer par-dessus mes dsespoirs8 ,cependant1 o parat la femme1 c'est l'unique objet de l'amour4 ,tous la suivent1 et tous pour elle mprisent leur propre espce4 ,que parle-t-on du bouc noir1 son prtendu favori8 ,mais cela est commun tous4 ,le cheval hennit pour elle1 rompt tout1 la met en danger4 ,le chef redout des prairies1 le taureau noir1 si elle passe et s'loigne1 mugit de regret4 ,mais voici l'oiseau qui s'abat1 qui ne veut plus de sa femelle1 et les ailes frmissantes1 sur elle accomplit son amour4 ,nouvelle tyrannie de ce ,matre1 qui1 par le plus fantasque coup1 de roi des morts qu'on le croyait1 clate comme roi de la vie4 ,non1 dit-elle1 laissez-moi ma haine4 ,je n'ai demand rien de plus4 ,que je sois redoute1 terrible444 ,c'est ma beaut1 celle qui va aux noirs serpents de mes cheveux1 ce visage sillonn de douleurs1 des traits de la foudre444 ,mais la souveraine ,malice1 tout bas1 insidieusement3 ,oh6 que tu es bien plus belle6 ,oh6 que tu es plus sensible1 dans ta colrique fureur6444 ,crie1 maudis6 ,c'est un aiguillon444 ,une tempte appelle l'autre4 ,glissant1 rapide1 est le passage de la rage la volupt4 ,ni la colre ni l'orgueil ne la sauveraient de ces sductions4 ,ce qui la sauve1 c'est l'immensit du dsir4 ,nul n'y suffirait4 ,chaque vie est limite1 impuissante4 ,arrire le coursier1 le taureau6 arrire la flamme de l'oiseau6 ,arrire faibles cratures1 pour qui a besoin d'infini6 ,elle a une envie de femme4 ,envie de quoi8 ,mais du ,tout1 du grand ,tout universel4 ,satan n'a pas prvu cela1 qu'on ne pouvait l'apaiser avec aucune crature4 ,ce qu'il n'a pu1 je ne sais quoi dont on ne sait pas le nom1 le fait4 ,a ce dsir immense1 profond1 vaste comme une mer1 elle succombe1 elle sommeille4 ,en ce moment1 sans souvenir1 sans haine ni pense de vengeance1 innocente1 malgr elle1 elle dort sur la prairie1 tout comme une autre aurait fait1 la brebis ou la colombe1 dtendue1 panouie1--je n'ose dire1 amoureuse4 ,elle a dormi1 elle a rv444 ,le beau rve6 ,et comment le dire8 ,c'est que le monstre merveilleux de la vie universelle1 chez elle s'tait englouti2 que dsormais vie et mort1 tout tenait dans ses entrailles1 et qu'au prix de tant de douleurs elle avait conu la ,nature4 ,,ix ,,satan ,m,,decin ,la scne muette et sombre de la fiance de ,corinthe se renouvelle1 la lettre1 du treizime au quinzime sicle4 ,dans la nuit qui dure encore1 avant l'aube1 les deux amants1 l'homme et la nature1 se retrouvent1 s'embrassent avec transport1 et1 dans ce moment mme 7horreur67 ils se voient frapps d'pouvantables flaux6 ,on croit entendre encore l'amante dire l'amant3 ,c'en est fait444 ,tes cheveux blanchiront demain444 ,je suis morte1 tu mourras4 ,trois coups terribles en trois sicles4 ,au premier la mtamorphose choquante de l'extrieur1 les maladies de peau1 la lpre4 ,au second1 le mal intrieur1 bizarre stimulation nerveuse1 les danses pileptiques4 ,tout se calme1 mais le sang s'altre1 l'ulcre prpare la syphilis1 le flau du quinzime sicle4 ,les maladies du ,moyen-ge1 autant qu'on peut l'entrevoir1 moins prcises1 avaient t surtout la faim1 la langueur et la pauvret du sang1 cette tisie qu'on admire dans la sculpture de ce temps-l4 ,le sang tait de l'eau claire2 les maladies scrofuleuses devaient tre universelles4 ,sauf le mdecin arabe ou juif1 chrement pay par les rois1 la mdecine ne se faisait qu' la porte des glises1 au bnitier4 ,le dimanche1 aprs l'office1 il y avait force malades2 ils demandaient des secours1 et on leur donnait des mots3 ,vous avez pch1 et ,dieu vous afflige4 ,remerciez2 c'est autant de moins sur les peines de l'autre vie4 ,rsignez-vous1 souffrez1 mourez4 ,l'glise a ses prires des morts4 ,faibles1 languissants1 sans espoir1 ni envie de vivre1 ils suivaient trs bien ce conseil et laissaient aller la vie4 ,fatal dcouragement1 misrable tat qui dut indfiniment prolonger ces ges de plomb1 et leur fermer le progrs4 ,le pis1 c'est de se rsigner si aisment1 d'accepter la mort si docilement1 de ne pouvoir rien1 ne dsirer rien4 ,mieux valait la nouvelle poque1 cette fin du ,moyen-ge1 qui1 au prix d'atroces douleurs1 nous donne le premier moyen de rentrer dans l'activit3 la rsurrection du dsir4 ,quelques ,arabes prtendent que l'immense ruption des maladies de la peau qui signale le treizime sicle1 fut l'effet des stimulants par lesquels on cherchait alors rveiller1 raviver1 les dfaillances de l'amour4 ,nul doute que les pices brlantes1 apportes d',orient1 n'y aient t pour quelque chose4 ,la distillation naissante et certaines boisons fermentes purent aussi avoir action4 ,mais une grande fermentation1 bien plus gnrale1 se faisait4 ,dans l'aigre combat intrieur de deux mondes et de deux esprits1 un tiers survit qui les fit taire4 ,la foi plissante1 la raison naissante disputaient3 entre les deux1 quelqu'un se saisit de l'homme4 ,qui8 l',esprit impur1 furieux1 des cres dsirs1 leur bouillonnement cruel4 ,n'ayant nul panchement1 ni les jouissances du corps1 ni le libre jet de l'esprit1 la sve de la vie refoule se corrompit elle-mme4 ,sans lumire1 sans voix1 sans parole1 elle parla en douleurs1 en sinistres efflorescences4 ,une chose terrible et nouvelle advient alors3 le dsir ajourn1 sans remise1 se voit arrt par un cruel enchantement1 une atroce mtamorphose#ca4 ,l'amour avanait1 aveugle1 les bras ouverts444 ,il recule1 frmit2 mais il a beau fuir2 la furie du sang persiste1 la chair se dvore elle-mme en titillations cuisantes1 et plus cuisant au dedans svit le charbon de feu1 irrit par le dsespoir4 #ca ,on imputa la lpre aux ,croisades1 l',asie4 ,l',europe l'avait en elle-mme4 ,la guerre que le ,moyen-ge dclara et la chair1 et la propret1 devait porter son fruit4 ,plus d'une sainte est vante pour ne s'tre jamais lav mme les mains4 ,et combien moins le reste6 ,la nudit d'un moment et t grand pch4 ,les mondains suivent fidlement ces leons du monachisme4 ,cette socit subtile et raffine1 qui immole le mariage et ne semble anime que de la posie de l'adultre1 elle garde sur ce point si innocent un singulier scrupule4 ,elle craint toute purification comme une souillure4 ,nul bain pendant mille ans6 ,soyez sr que pas un de ces chevaliers1 de ces belles si thres1 les ,parceval1 les ,tristan1 les ,iseult1 ne se lavaient jamais4 ,de l1 un cruel accident1 si peu potique1 en plein roman1 les furieuses dmangeaisons du treizime sicle4 ,quel remde l',europe chrtienne trouve-t-elle ce double mal8 ,la mort1 la captivit3 rien de plus4 ,quand le clibat amer1 l'amour sans espoir1 la passion aigu1 irrite1 t'amne l'tat morbide2 quand ton sang se dcompose1 descends dans un in-pace1 ou fais ta hutte au dsert4 ,tu vivras la clochette en mains pour que l'on fuie devant toi4 ,nul tre humain ne doit te voir3 tu n'auras nulle consolation4 ,si tu approches1 la mort6 ,la lpre est le dernier degr et l'apoge du flau2 mais mille autres maux cruels1 moins hideux1 svirent partout4 ,les plus pures et les plus belles furent frappes de tristes fleurs qu'on regardait comme le pch visible1 ou le chtiment de ,dieu4 ,on fit alors ce que l'amour de la vie n'et pas fait faire2 on transgressa les dfenses2 on dserta la vieille mdecine sacre1 et l'inutile bnitier4 ,on alla la sorcire4 ,d'habitude1 et de crainte aussi1 on frquentait toujours l'glise2 mais la vraie glise ds lors fut chez elle1 sur la lande1 dans la fort1 au dsert4 ,c'est l qu'on portait ses vux4 ,vu de gurir1 vu de jouir4 ,aux premiers bouillonnements qui ensauvageaient le sang1 en grand secret1 aux heures douteuses1 on allait la sibylle3 ,que ferai-je8 et que sens-je en moi8444 ,je brle1 donnez-moi des calmants444 ,je brle1 donnez-moi ce qui fait mon intolrable dsir4 ,dmarche hardie et coupable qu'on se reproche le soir4 ,il faut bien qu'elle soit pressante1 cette fatalit nouvelle1 qu'il soit bien cuisant ce feu1 que tous les saints soient impuissants4 ,mais quoi6 le procs du ,temple1 le procs de ,boniface ont dvoil la ,sodome qui se cachait sous l'autel4 ,un pape sorcier1 ami du diable et emport par le ,diable1 cela change toutes les penses4 ,est-ce sans l'aide du dmon que le pape qui n'est plus ,rome1 dans son ,avignon1 ,jean ,,xxii1 fils d'un cordonnier de ,cahors1 a pu amasser plus d'or que l'empereur et tous les rois8 ,tel le pape et tel l'vque4 ,guichard1 l'vque de ,troyes1 n'a-t-il pas obtenu du ,diable la mort des filles du roi8444 ,nous ne demandons nulle mort1 nous1 mais de douces choses3 vie1 sant1 beaut1 plaisir444 ,choses de ,dieu1 que ,dieu nous refuse444 ,que faire8 ,si nous les avions de la grce du ,prince du monde8 ,le grand et puissant docteur de la ,renaissance1 ,paracelse1 en brlant les livres savants de toute l'ancienne mdecine1 les latins1 les juifs1 les arabes1 dclare n'avoir rien appris que de la mdecine populaire1 des bonnes femmes#cb1 des bergers et des bourreaux2 ceux-ci taient souvent d'habiles chirurgiens 7rebouteurs d'os casss1 dmis7 et de bons vtrinaires4 #cb ,c'est le nom poli1 craintif1 qu'on donnait aux sorcires4 ,je ne doute pas que son livre admirable et plein de gnie sur les ,maladies des femmes1 le premier qu'on ait crit sur ce grand sujet1 si profond1 si attendrissant1 ne soit sorti spcialement de l'exprience des femmes mmes1 de celles qui les autres demandaient secours3 j'entends par l les sorcires qui1 partout1 taient sages-femmes4 ,jamais1 dans ces temps1 la femme n'et admis un mdecin mle1 ne se ft confie lui1 ne lui et dit ses secrets4 ,les sorcires observaient seules1 et furent1 pour la femme surtout1 le seul et unique mdecin4 ,ce que nous savons le mieux de leur mdecine1 c'est qu'elles employaient beaucoup1 pour les usages les plus divers1 pour calmer1 pour stimuler1 une grande famille de plantes1 quivoques1 fort dangereuses1 qui rendirent les plus grands services4 ,on les nomme avec raison3 les ,consolantes 7,solanes7#cc4 #cc ,l'ingratitude des hommes est cruelle observer4 ,mille autres plantes sont venues4 ,la mode a fait prvaloir cent vgtaux exotiques4 ,et ces pauvres ,consolantes qui nous ont sauvs alors1 on a oubli leur bienfait8--,au reste1 qui se souvient8 qui reconnat les obligations antiques de l'humanit pour la nature innocente8 ,l',asclepias acida1 ,,sarcostemma 7la plante-chair71 qui fut pendant cinq mille ans l'hostie de l',asie1 et son dieu palpable1 qui donna cinq cents millions d'hommes le bonheur de manger leur dieu1 cette plante que le ,moyen-ge appela le ,dompte-,venin 7,vince-venenum71 elle n'a pas un mot d'histoire dans nos livres de botanique4 ,qui sait8 dans deux mille ans d'ici1 ils oublieront le froment4 ,voy4 ,langlois1 sur la soma de l',inde1 et le hom de la ,perse4 ,mm4 de l',ac4 des ,inscriptions1 ,,xix1 #cbf4 ,famille immense et populaire1 dont la plupart des espces sont surabondantes1 sous nos pieds1 aux haies1 partout4 ,famille tellement nombreuse1 qu'un seul de ses genres a huit cents espces#cd4 ,rien de plus facile trouver1 rien de plus vulgaire4 ,mais ces plantes sont la plupart d'un emploi fort hasardeux4 ,il a fallu de l'audace pour en prciser les doses1 l'audace peut tre du gnie4 #cd ,dict4 d'hist4 nat4 de ,m4 d',orbigny1 article ,morelles de ,m4 ,duchartre1 d'aprs ,dunal1 etc4 ,prenons par en bas l'chelle ascendante de leurs nergies#ce4 ,les premires sont tout simplement potagres et bonnes manger 7les aubergines1 les tomates1 mal appeles pommes d'amour74 ,d'autres de ces innocentes sont le calme et la douceur mme1 les molnes 7bouillon blanc71 si utiles aux fomentations4 #ce ,je n'ai trouv cette chelle nulle part4 ,elle est d'autant plus importante1 que les sorcires qui firent ces essais1 au risque de passer pour empoisonneuses1 commencrent certainement par les plus faibles et allrent peu peu aux plus fortes4 ,chaque degr de force donne ainsi une date relative1 et permet d'tablir dans ce sujet obscur une sorte de chronologie4 ,je complterai aux chapitres suivants1 en parlant de la ,mandragore et du ,datura4--,j'ai suivi surtout3 ,pouchet1 ,solanes et ,botanique gnrale4 ,m4 ,pouchet1 dans son importante monographie1 n'a pas ddaign de profiter des anciens auteurs1 ,matthiole1 ,porta1 ,gessner1 ,sauvages1 ,gmelin1 etc4 ,vous rencontrez au-dessus une plante dj suspecte1 que plusieurs croyaient un poison1 la plante mielle d'abord1 amre ensuite1 qui semble dire le mot de ,jonathas3 ,j'ai mang un peu de miel1 et voil pourquoi je meurs4 ,mais cette mort est utile1 c'est l'amortissement de la douleur4 ,la douce-amre1 c'est son nom1 dut tre le premier essai de l'homopathie hardie1 qui peu peu s'leva aux plus dangereux poisons4 ,la lgre irritation1 les picotements qu'elle donne purent la dsigner pour remde des maladies dominantes de ces temps1 celles de la peau4 ,la jolie fille dsole de se voir pare de rougeurs odieuses1 de boutons1 de dartres vives1 venait pleurer pour ce secours4 ,chez la femme1 l'altration tait encore plus cruelle4 ,le sein1 le plus dlicat objet de toute la nature1 et ses vaisseaux qui dessous forment une fleur incomparable#cf1 est1 par la facilit de s'injecter1 de s'engorger1 le plus parfait instrument de douleur4 ,douleurs pres1 impitoyables1 sans repos4 ,combien de bon cur elle et accept tout poison6 ,elle ne marchandait pas avec la sorcire1 lui mettait entre ses mains la pauvre mamelle alourdie4 #cf ,voir la planche d'un excellent livre1 lisible aux demoiselles mme1 le ,cours de ,m4 ,auzoux4 ,de la douce-amre1 trop faible1 on montait aux morelles noires1 qui ont un peu plus d'action4 ,cela calmait quelques jours4 ,puis la femme revenait pleurer3 ,eh bien1 ce soir tu reviendras444 ,je te chercherai quelque chose4 ,tu le veux4 ,c'est un grand poison4 ,la sorcire risquait beaucoup4 ,personne alors ne pensait qu'appliqus extrieurement1 ou pris trs faible dose1 les poisons sont des remdes4 ,les plantes que l'on confondait sous le nom d'herbes aux sorcires semblaient des ministres de mort4 ,telles qu'on et trouves dans ses mains1 l'auraient fait croire empoisonneuse ou fabricatrice de charmes maudits4 ,une foule aveugle1 cruelle en proportion de sa peur1 pouvait1 un matin1 l'assommer coups de pierres1 lui faire subir l'preuve de l'eau 7la noyade74 ,ou enfin1 chose plus terrible1 on pouvait1 la corde au cou1 la traner la cour d'glise1 qui en et fait une pieuse fte1 et difi le peuple en la jetant au bcher4 ,elle se hasarde pourtant1 va chercher la terrible plante2 elle y va au soir1 au matin1 quand elle a moins peur d'tre rencontre4 ,pourtant1 un petit berger tait l1 le dit au village3 ,si vous l'aviez vue comme moi1 se glisser dans les dcombres de la masure ruine1 regarder de tous cts1 marmotter je ne sais quoi6444 ,oh6 elle m'a fait bien peur444 ,si elle m'avait trouv1 j'tais perdu444 ,elle et pu me transformer en lzard1 en crapaud1 en chauve-souris444 ,elle a pris une vilaine herbe1 la plus vilaine que j'aie vue2 d'un jaune ple de malade1 avec des traits rouges et noirs1 comme on dit les flammes d'enfer4 ,l'horrible1 c'est que toute la tige tait velue comme un homme1 de longs poils noirs et collants4 ,elle l'a rudement arrache1 en grognant1 et tout coup je ne l'ai plus vue4 ,elle n'a pu courir si vite2 elle se sera envole444 ,quelle terreur que cette femme6 quel danger pour tout le pays6 ,il est certain que la plante effraye4 ,c'est la jusquiame1 cruel et dangereux poison1 mais puissant mollient1 doux cataplasme sdatif qui rsout1 dtend1 endort la douleur1 gurit souvent4 ,un autre de ces poisons1 la belladone1 ainsi nomme sans doute par la reconnaissance1 tait puissante pour calmer les convulsions qui parfois surviennent dans l'enfantement1 qui ajoutent le danger au danger1 la terreur la terreur de ce suprme moment4 ,mais quoi6 une main maternelle insinuait ce doux poison#cg1 endormait la mre et charmait la porte sacre2 l'enfant1 tout comme aujourd'hui1 o l'on emploie le chloroforme1 seul oprait sa libert1 se prcipitait dans la vie4 #cg ,mme ,la ,chapelle et ,m4 ,chaussier ont fort utilement renouvel ces pratiques de la vieille mdecine populaire4 7,pouchet1 ,solanes1 p4 #fd47 ,la belladone gurit de la danse en faisant danser4 ,audacieuse homopathie1 qui d'abord dut effrayer2 c'tait la mdecine rebours1 contraire gnralement celle que les chrtiens connaissaient1 estimaient seule1 d'aprs les ,arabes et les ,juifs4 ,comment y arriva-t-on8 ,sans doute par l'effet si simple du grand principe satanique que tout doit se faire rebours1 exactement l'envers de ce que fait le monde sacr4 ,celui-ci avait l'horreur des poisons4 ,satan les emploie1 et il en fait des remdes4 ,l'glise croit par des moyens spirituels 7sacrements1 prires7 agir mme sur les corps2 ,satan1 au rebours1 emploie des moyens matriels pour agir mme sur l'me2 il fait boire l'oubli1 l'amour1 la rverie1 toute passion4 ,aux bndictions du prtre il oppose des passes magntiques1 par de douces mains de femmes1 qui endorment les douleurs4 ,par un changement de rgime1 et surtout de vtement 7sans doute en substituant la toile la laine71 les maladies de la peau perdirent de leur intensit4 ,la lpre diminua1 mais elle sembla rentrer et produire des maux plus profonds4 ,le quatorzime sicle oscilla entre trois flaux1 l'agitation pileptique1 la peste1 les ulcrations qui 7 en croire ,paracelse7 prparaient la syphilis4 ,le premier danger n'tait pas le moins grand4 ,il clata1 vers #acej1 d'une effrayante manire par la danse de ,saint-,guy1 avec cette singularit qu'elle n'tait pas individuelle2 les malades1 comme emports d'un mme courant galvanique1 se saisissaient par la main1 formaient des chanes immenses1 tournaient1 tournaient1 mourir4 ,les regardants riaient d'abord1 puis1 par une contagion1 se laissaient aller1 tombaient dans le grand courant1 augmentaient le terrible chur4 ,que serait-il arriv si le mal et persist1 comme fit longtemps la lpre dans sa dcadence mme8 ,c'tait comme un premier pas1 un acheminement vers l'pilepsie4 ,si cette gnration de malades n'et t gurie1 elle en et produit une autre dcidment pileptique4 ,effroyable perspective6 ,l',europe couverte de fous1 de furieux1 d'idiots6 ,on ne dit point comment ce mal fut trait1 et s'arrta4 ,le remde qu'on recommandait1 l'expdient de tomber sur ces danseurs coups de pieds et de poings1 tait infiniment propre aggraver l'agitation et la faire aboutir l'pilepsie vritable4 ,il y eut1 sans nul doute1 un autre remde1 dont on ne voulut pas parler4 ,dans le temps o la sorcellerie prend son grand essor1 l'immense emploi des ,solanes1 surtout de la belladone1 gnralisa le mdicament qui combat ces affections4 ,aux grandes runions populaires du sabbat dont nous parlerons1 l'herbe aux sorcires1 mle l'hydromel1 la bire1 aussi au cidre#ch1 au poir 7les puissantes boissons de l',ouest71 mettait la foule en danse1 une danse luxurieuse1 mais point du tout pileptique4 #ch ,alors tout nouveau4 ,il commence au douzime sicle4 ,mais la grande rvolution que font les sorcires1 le plus grand pas rebours contre l'esprit du ,moyen-ge1 c'est ce qu'on pourrait appeler la rhabilitation du ventre et des fonctions digestives4 ,elles professrent hardiment3 ,rien d'impur et rien d'immonde4 ,l'tude de la matire fut ds lors illimite1 affranchie4 ,la mdecine fut possible4 ,qu'elles aient fort abus du principe1 on ne le nie pas4 ,il n'est pas moins vident4 ,rien d'impur que le mal moral4 ,toute chose physique est pure2 nulle ne peut tre loigne du regard et de l'tude1 interdite par un vain spiritualisme1 encore moins par un sot dgot4 ,l surtout le ,moyen-ge s'tait montr dans son vrai caractre1 l',anti-,nature1 faisant dans l'unit de l'tre des distinctions1 des castes1 des classes hirarchiques4 ,non seulement l'esprit est noble1 selon lui1 le corps non noble1--mais il y a des parties du corps qui sont nobles1 et d'autres non1 roturires apparemment4--,de mme1 le ciel est noble1 et l'abme ne l'est pas4 ,pourquoi8 ,c'est que le ciel est haut4 ,mais le ciel n'est ni haut ni bas4 ,il est dessus et dessous4 ,l'abme1 qu'est-ce8 ,rien du tout4--,mme sottise sur le monde1 et le petit monde de l'homme4 ,celui-ci est d'une pice2 tout y est solidaire de tout4 ,si le ventre est le serviteur du cerveau et le nourrit1 le cerveau1 aidant sans cesse lui prparer le suc de digestion#ci1 ne travaille pas moins pour lui4 #ci ,c'est la dcouverte qui immortalise ,claude ,bernard4 ,les injures ne manqurent pas4 ,on appela les sorcires sales1 indcentes1 impudiques1 immorales4 ,cependant leurs premiers pas dans cette voie furent1 on peut le dire1 une heureuse rvolution dans ce qui est le plus moral1 la bont1 la charit4 ,par une perversion d'ides monstrueuses1 le ,moyen-ge envisageait la chair1 en son reprsentant 7maudit depuis ve71 la ,femme1 comme impure4 ,la ,vierge1 exalte comme vierge1 plus que comme ,notre-,dame1 loin de relever la femme relle1 l'avait abaisse en mettant l'homme sur la voie d'une scolastique de puret o l'on allait enchrissant dans le subtil et le faux4 ,la femme mme avait fini par partager l'odieux prjug et se croire immonde4 ,elle se cachait pour accoucher4 ,elle rougissait d'aimer et de donner le bonheur4 ,elle1 gnralement si sobre1 en comparaison de l'homme1 elle qui n'est presque partout qu'herbivore et frugivore1 qui donne si peu la nature1 qui1 par un rgime lact1 vgtal1 a la puret de ces innocentes tribus1 elle demandait presque pardon d'tre1 de vivre1 d'accomplir les conditions de la vie4 ,humble martyre de la pudeur1 elle s'imposait des supplices1 jusqu' vouloir dissimuler1 annuler1 supprimer presque ce ventre ador1 trois fois saint1 d'o le dieu homme nat1 renat ternellement4 ,la mdecine du ,moyen-ge s'occupe uniquement de l'tre suprieur et pur 7c'est l'homme71 qui seul peut devenir prtre1 et seul l'autel fait ,dieu4 ,elle s'occupe des bestiaux2 c'est par eux que l'on commence4 ,pense-t-on aux enfants8 ,rarement4 ,mais la femme8 ,jamais4 ,les romans d'alors1 avec leurs subtilits1 reprsentent le contraire du monde4 ,hors des cours1 du noble adultre1 le grand sujet de ces romans1 la femme est partout la pauvre ,grislidis1 ne pour puiser la douleur1 souvent battue1 soigne jamais4 ,il ne faut pas moins que le ,diable1 ancien alli de la femme1 son confident du ,paradis1 il ne faut pas moins que cette sorcire1 ce monstre qui fait tout rebours1 l'envers du monde sacr1 pour s'occuper de la femme1 pour fouler aux pieds les usages1 et la soigner malgr elle4 ,la pauvre crature s'estimait si peu6444 ,elle reculait1 rougissait1 ne voulait rien dire4 ,la sorcire1 adroite et maligne1 devina et pntra4 ,elle sut enfin la faire parler1 tira d'elle son petit secret1 vainquit ses refus1 ses hsitations de pudeur et d'humilit4 ,plutt que de subir telle chose1 elle aimait mieux presque mourir4 ,la barbare sorcire la fit vivre4 ,x ,,charmes4--,,philtres ,qu'on ne se hte pas de conclure du chapitre prcdent que j'entreprends de blanchir1 d'innocenter sans rserve1 la sombre fiance du ,diable4 ,si elle fit souvent du bien1 elle put faire beaucoup de mal4 ,nulle grande puissance qui n'abuse4 ,et celle-ci eut trois sicles o elle rgna vraiment dans l'entr'acte des deux mondes1 l'ancien mourant et le nouveau ayant peine commencer4 ,l'glise1 qui retrouvera quelque force 7au moins de combat7 dans les luttes du seizime sicle1 au quatorzime est dans la boue4 ,lisez le portrait vridique qu'en fait ,clmengis4 ,la noblesse1 si firement pare des armures nouvelles1 d'autant plus lourdement tombe ,crcy1 ,poitiers1 ,azincourt4 ,tous les nobles la fin prisonniers en ,angleterre6 ,quel sujet de drision6 ,bourgeois et paysans mme s'en moquent1 haussent les paules4 ,l'absence gnrale des seigneurs n'encouragea pas peu1 je pense1 les runions du ,sabbat1 qui toujours avaient eu lieu1 mais purent alors devenir d'immenses ftes populaires4 ,quelle puissance que celle de la bien-aime de ,satan1 qui gurit1 prdit1 devine1 voque les mes des morts1 qui peut vous jeter un sort1 vous changer en livre1 en loup1 vous faire trouver un trsor1 et1 bien plus1 vous faire aimer6444 pouvantable pouvoir qui runit tous les autres6 ,comment une me violente1 le plus souvent ulcre1 parfois devenue trs perverse1 n'en et-elle pas us pour la haine et pour la vengeance1 et parfois pour un plaisir de malice ou d'impuret8 ,tout ce qu'on disait jadis au confesseur1 on le lui dit4 ,non seulement les pchs qu'on a faits1 mais ceux qu'on veut faire4 ,elle tient chacun par son secret honteux1 l'aveu des plus fangeux dsirs4 ,on lui confie la fois les maux physiques et ceux de l'me1 les concupiscences ardentes d'un sang cre et enflamm1 envies pressantes1 furieuses1 fines aiguilles dont on est piqu1 repiqu4 ,tous y viennent4 ,on n'a pas honte avec elle4 ,on dit crment4 ,on lui demande la vie1 on lui demande la mort1 des remdes1 des poisons4 ,elle y vient1 la fille en pleurs1 demander un avortement4 ,elle y vient1 la belle-mre 7texte ordinaire au ,moyen-ge7 dire que l'enfant du premier lit mange beaucoup et vit longtemps4 ,elle y vient1 la triste pouse accable chaque anne d'enfants qui ne naissent que pour mourir4 ,elle implore sa compassion1 apprend glacer le plaisir au moment1 le rendre infcond4 ,voici1 au contraire1 un jeune homme qui achterait tout prix le breuvage ardent qui peut troubler le cur d'une haute dame1 lui faire oublier les distances1 regarder son petit page4 ,le mariage de ces temps n'a que deux types et deux formes1 toutes deux extrmes1 excessives4 ,l'orgueilleuse hritire des fiefs1 qui apporte un trne ou un grand domaine1 une lonore de ,guyenne1 aura1 sous les yeux du mari1 sa cour d'amants1 se contraindra fort peu4 ,laissons les romans1 les pomes4 ,regardons la ralit dans son terrible progrs jusqu'aux effrnes fureurs des filles de ,philippe-le-,bel1 de la cruelle ,isabelle1 qui1 par la main de ses amants1 empala douard ,,ii4 ,l'insolence de la femme fodale clate diaboliquement dans le triomphal bonnet aux deux cornes et autres modes effrontes4 ,mais1 dans ce sicle o les classes commencent se mler un peu1 la femme de race infrieure1 pouse par un baron1 doit craindre les plus dures preuves4 ,c'est ce que dit l'histoire1 vraie et relle1 de ,grislidis1 l'humble1 la douce1 la patiente4 ,le conte1 je crois trs srieux1 historique1 de ,barbe-,bleue1 en est la forme populaire4 ,l'pouse1 qu'il tue et remplace si souvent1 ne peut tre que sa vassale4 ,il compterait bien autrement avec la fille ou la sur d'un baron qui pt la venger4 ,si cette conjecture spcieuse ne me trompe pas1 on doit croire que ce conte est du quatorzime sicle et non des sicles prcdents1 o le seigneur n'et pas daign prendre femme au-dessous de lui4 ,une chose fort remarquable dans le conte touchant de ,grislidis1 c'est qu' travers tant d'preuves elle ne semble pas avoir l'appui de la dvotion ni celui d'un autre amour4 ,elle est videmment fidle1 chaste1 pure4 ,il ne lui vient pas l'esprit de se consoler en aimant ailleurs4 ,des deux femmes fodales1 l',hritire1 la ,grislidis1 c'est uniquement la premire qui a ses chevaliers servants1 qui prside aux cours d'amours1 qui favorise les amants les plus humbles1 les encourage1 qui rend 7comme lonore7 la fameuse dcision1 devenue classique en ces temps3 ,nul amour possible entre poux4 ,de l un espoir secret1 mais ardent1 mais violent1 commence en plus d'un jeune cur4 ,dt-il se donner au diable1 il se lancera tte baisse vers cet aventureux amour4 ,dans ce chteau si bien ferm1 une belle porte s'ouvre ,satan4 ,a un jeu si prilleux1 entrevoit-on quelque chance8 ,non1 rpondrait la sagesse4 ,mais si ,satan disait3 ,oui8 ,il faut bien se rappeler combien1 entre nobles mme1 l'orgueil fodal mettait de distance4 ,les mots trompent4 ,il y a loin du chevalier au chevalier4 ,le chevalier banneret1 le seigneur qui menait au roi toute une arme de vassaux1 voyait sa longue table1 avec le plus parfait mpris1 les pauvres chevaliers sans terre 7mortelle injure du ,moyen-ge1 comme on le sait par ,jean-sans-terre74 ,combien plus les simples varlets1 cuyers1 pages1 etc41 qu'il nourrissait de ses restes6 ,assis au bas bout de la table1 tout prs de la porte1 ils grattaient les plats que les personnages d'en haut1 assis au foyer1 leur envoyaient souvent vides4 ,il ne tombait pas dans l'esprit du haut seigneur que ceux d'en bas fussent assez oss pour lever leurs regards jusqu' leur belle matresse1 jusqu' la fire hritire du fief1 sigeant prs de sa mre sous un chapel de roses blanches4 ,tandis qu'il souffrait merveille l'amour de quelque tranger1 chevalier dclar de la dame1 portant ses couleurs1 il et puni cruellement l'audace d'un de ses serviteurs qui aurait vis si haut4 ,c'est le sens de la jalousie furieuse du sire du ,fayel1 mortellement irrit1 non de ce que sa femme avait un amant1 mais de ce que cet amant tait un de ses domestiques1 le chtelain 7simple gardien7 de son chteau de ,coucy#dj4 #dj ,je cite de mmoire4 ,dans cette histoire1 tant de fois rpte1 ce n'est pas ,coucy1 c'est ,cabestaing1 mnestrel provenal1 qui est page1 chtelain ou domestique1 comme on disait1 du mari4 ,plus l'abme tait profond1 infranchissable1 ce semble1 entre la dame du fief1 la grande hritire1 et cet cuyer1 ce page1 qui n'avait que sa chemise et pas mme son habit qu'il recevait du seigneur1--plus la tentation d'amour tait forte de sauter l'abme4 ,le jeune homme s'exaltait par l'impossible4 ,enfin1 un jour qu'il pouvait sortir du donjon1 il courait la sorcire et lui demandait un conseil4 ,un philtre suffirait-il1 un charme qui fascint8 ,et si cela ne suffisait1 fallait-il un pacte exprs8 ,il n'et point du tout recul devant la terrible ide de se donner ,satan4--,on y songera1 jeune homme4 ,mais remonte4 ,dj tu verras que quelque chose est chang4 ,ce qui est chang1 c'est lui4 ,je ne sais quel espoir le trouble2 son il baiss1 plus profond1 creus d'une flamme inquite1 la laisse chapper malgr lui4 ,quelqu'un 7on devine bien qui7 le voit avant tout le monde1 est touche1 lui jette au passage quelque mot compatissant444 ,o dlire6 bon ,satan6 charmante1 adorable sorcire6444 ,il ne peut manger ni dormir qu'il n'aille la revoir encore4 ,il baise sa main avec respect et se met presque ses pieds4 ,que la sorcire lui demande1 lui commande ce qu'elle veut1 il obira4 ,voult-elle sa chane d'or1 voult-elle l'anneau qu'il a au doigt 7de sa mre mourante71 il les donnerait l'instant4 ,mais d'elle-mme malicieuse1 haineuse pour le baron1 elle trouve une grande douceur lui porter un coup secret4 ,un trouble vague dj est au chteau4 ,un orage muet1 sans clair ni foudre1 y couve1 comme une vapeur lectrique sur un marais4 ,silence1 profond silence4 ,mais la ,dame est agite4 ,elle souponne qu'une puissance surnaturelle a agi4 ,car enfin pourquoi celui-ci1 plus qu'un autre qui est plus beau1 plus noble1 illustre dj par des exploits renomms8 ,il y a quelque chose l-dessous4 ,lui a-t-il jet un sort8 ,a-t-il employ un charme8444 ,plus elle se demande cela et plus son cur est troubl4 ,la malice de la sorcire a de quoi se satisfaire4 ,elle rgnait dans le village4 ,mais le chteau vient elle1 se livre1 et par le ct o son orgueil risque le plus4 ,l'intrt d'un tel amour1 pour nous1 c'est l'lan d'un cur vers son idal1 contre la barrire sociale1 contre l'injustice du sort4 ,pour la sorcire1 c'est le plaisir1 pre1 profond1 de rabaisser la haute dame et de s'en venger peut-tre1 le plaisir de rendre au seigneur ce qu'il fait ses vassales1 de prlever chez lui-mme1 par l'audace d'un enfant1 le droit outrageant d'pousailles4 ,nul doute que1 dans ces intrigues o la sorcire avait son rle1 elle n'ait souvent port un fond de haine niveleuse1 naturelle au paysan4 ,c'tait dj quelque chose de faire descendre la ,dame l'amour d'un domestique4 ,jehan de ,saintr1 ,chrubin1 ne doivent pas faire illusion4 ,le jeune serviteur remplissait les plus basses fonctions de la domesticit4 ,le valet proprement dit n'existe pas alors1 et d'autre part peu ou point de femmes de service dans les places de guerre4 ,tout se fait par ces jeunes mains qui n'en sont pas dgrades4 ,le service1 surtout corporel1 du seigneur et de la dame1 honore et relve4 ,nanmoins il mettait souvent le noble enfant en certaines situations assez tristes1 prosaques1 je n'oserais dire risibles4 ,le seigneur ne s'en gnait pas4 ,la ,dame avait bien besoin d'tre fascine par le diable pour ne pas voir ce qu'elle voyait chaque jour1 le bien-aim en uvre malpropre et servile4 ,c'tait le fait du ,moyen-ge de mettre toujours en face le trs haut et le trs bas4 ,ce que nous cachent les pomes1 on peut l'entrevoir ailleurs4 ,dans ses passions thres1 beaucoup de choses grossires sont mles visiblement4 ,tout ce qu'on sait des charmes et philtres que les sorcires employaient est trs fantasque1 et1 ce semble1 souvent malicieux1 ml hardiment des choses par lesquelles on croirait le moins que l'amour pt tre veill4 ,elles allrent ainsi trs loin1 sans qu'il aperut1 l'aveugle1 qu'elles faisaient de lui leur jouet4 ,ces philtres taient fort diffrents4 ,plusieurs taient d'excitation1 et devaient troubler les sens1 comme ces stimulants dont abusent tant les ,orientaux4 ,d'autres taient de dangereux 7et souvent perfides7 breuvages d'illusion qui pouvaient livrer la personne sans la volont4 ,certains enfin furent des preuves o l'on dfiait la passion1 o l'on voulait voir jusqu'o le dsir avide pourrait transposer les sens1 leur faire accepter1 comme faveur suprme et comme communion1 les choses les moins agrables qui viendraient de l'objet aim4 ,la construction si grossire des chteaux1 tout en grandes salles1 livrait la vie intrieure4 ,a peine1 assez tard1 fit-on1 pour se recueillir et dire les prires1 un cabinet1 le retrait1 dans quelque tourelle4 ,la dame tait aisment observe4 ,a certains jours1 guetts1 choisis1 l'audacieux1 conseill par sa sorcire1 pouvait faire son coup1 modifier la boisson1 y mler le philtre4 ,chose pourtant rare et prilleuse4 ,ce qui tait plus facile1 c'tait de voler la ,dame telles choses qui lui chappaient1 qu'elle ngligeait elle-mme4 ,on ramassait prcieusement un fragment d'ongle imperceptible4 ,on recueillait avec respect ce que laissait tomber son peigne1 un ou deux de ses beaux cheveux4 ,on le portait la sorcire4 ,celle-ci exigeait souvent 7comme font nos somnambules7 tel objet fort personnel et imbu de la personne1 mais qu'elle-mme n'aurait pas donn1 par exemple1 quelques fils arrachs d'un vtement longtemps port et sali1 dans lequel elle et su4 ,tout cela1 bien entendu1 bais1 ador1 regrett4 ,mais il fallait le mettre aux flammes pour en recueillir la cendre4 ,un jour ou l'autre1 en revoyant son vtement1 la fine personne en distinguait la dchirure1 devinait1 mais n'avait garde de parler et soupirait444 ,le charme avait eu son effet4 ,il est certain que1 si la ,dame hsitait1 gardait le respect du sacrement1 cette vie dans un troit espace1 o l'on se voyait sans cesse1 o l'on tait si prs1 si loin1 devenait un vritable supplice4 ,lors mme qu'elle avait t faible1 cependant1 devant son mari et d'autres non moins jaloux1 le bonheur sans doute tait rare4 ,de l mainte violente folie du dsir inassouvi4 ,moins on avait l'union1 et plus on l'et voulue profonde4 ,l'imagination drgle la cherchait en choses bizarres1 hors nature et insenses4 ,ainsi1 pour crer un moyen de communication secrte1 la sorcire chacun des deux piquait sur le bras la figure des lettres de l'alphabet4 ,l'un voulait-il transmettre l'autre une pense1 il ravivait1 il rouvrait1 en les suant1 les lettres sanglantes du mot voulu4 ,a l'instant1 les lettres correspondantes 7dit-on7 saignaient au bras de l'autre4 ,quelquefois1 dans ces folies1 on buvait du sang l'un de l'autre1 pour se faire une communion qui1 disait-on1 mlait les mes4 ,le cur dvor de ,coucy que la ,dame trouva si bon1 qu'elle ne mangea plus de sa vie1 est le plus tragique exemple de ces monstrueux sacrements de l'amour anthropophage4 ,mais quand l'absent ne mourait pas1 quand c'tait l'amour qui mourait en lui1 la dame consultait la sorcire1 lui demandait les moyens de le lier1 le ramener4 ,les chants de la magicienne de ,thocrite et de ,virgile1 employs mme au ,moyen-ge1 taient rarement efficaces4 ,on tchait de le ressaisir par un charme qui parat aussi imit de l',antiquit4 ,on avait recours au gteau1 la ,confarreatio1 qui1 de l',asie l',europe1 fut toujours l'hostie de l'amour4 ,mais ici on voulait lier plus que l'me1--lier la chair1 crer l'identification1 au point que1 mort pour toute femme1 il n'et de vie que pour une4 ,dure tait la crmonie4 ,mais1 madame1 disait la sorcire1 il ne faut pas marchander4 ,elle trouvait l'orgueilleuse tout coup obissante1 qui se laissait docilement ter sa robe et le reste4 ,car il le fallait ainsi4 ,quel triomphe pour la sorcire6 ,et si la ,dame tait celle qui la fit courir jadis1 quelle vengeance et quelles reprsailles6 ,la voil nue sous sa main4 ,ce n'est pas tout4 ,sur ses reins1 elle tablit une planchette1 un petit fourneau1 et l fait cuire le gteau444 ,oh6 ma mie1 je n'en peux plus4 ,dpchez1 je ne puis rester ainsi4--,c'est ce qu'il nous fallait1 madame1 il faut que vous ayez chaud4 ,le gteau cuit1 il sera chauff de vous1 de votre flamme4 ,c'est fini1 et nous avons le gteau de l',antiquit1 du mariage indien et romain1--assaisonn1 rchauff du lubrique esprit de ,satan4 ,elle ne dit pas comme celle de ,virgile3 ,revienne1 revienne ,daphnis6 ramenez-le-moi1 mes chants6 ,elle lui envoie le gteau1 imprgn de sa souffrance et rest chaud de son amour444 ,a peine il y a mordu1 un trouble trange1 un vertige le saisit444 ,puis un flot de sang lui remonte au cur2 il rougit4 ,il brle4 ,la furie lui revient1 et l'inextinguible dsir#da4 #da ,j'ai tort de dire inextinguible4 ,on voit que de nouveaux philtres deviennent souvent ncessaires4 ,et ici je plains la ,dame4 ,car cette furieuse sorcire1 dans sa malignit moqueuse1 exige que le philtre vienne corporellement de la ,dame elle-mme4 ,elle l'oblige1 humilie1 fournir son amant une trange communion4 ,le noble faisait aux juifs1 aux serfs1 aux bourgeois mme 7,voy4 ,s4 ,simon sur son frre71 un outrage de certaines choses rpugnantes que la ,dame est force par la sorcire de livrer ici comme philtre4 ,vrai supplice pour elle-mme4 ,mais d'elle1 de la grande ,dame1 tout est reu genoux4 ,voir plus bas la note tire de ,sprenger4 ,,xi ,,la ,,communion ,,de ,r,,volte4--,,les ,,sabbats ,,la ,,messe ,,noire ,il faut dire les ,sabbats4 ,ce mot videmment a dsign des choses fort diverses1 selon les temps4 ,nous n'en avons malheureusement de descriptions dtailles que fort tard 7au temps d',henri ,,iv7#db4 ,ce n'tait gure alors qu'une grande farce libidineuse1 sous prtexte de sorcellerie4 ,mais dans ces descriptions mme d'une chose tellement abtardie1 certains traits fort antiques tmoignent des ges successifs1 des formes diffrentes par lesquelles elle avait pass4 #db ,la moins mauvaise est celle de ,lancre4 ,il est homme d'esprit4 ,il est visiblement li avec certaines jeunes sorcires1 et il dut tout savoir4 ,son sabbat malheureusement est ml et surcharg des ornements grotesques de l'poque4 ,les descriptions du jsuite ,del ,rio et du dominicain ,michalis sont des pices ridicules de deux pdants crdules et sots4 ,dans celui de ,del ,rio1 on trouve je ne sais combien de platitudes1 de vaines inventions4 ,il y a cependant1 au total1 quelques belles traces d'antiquit dont j'ai pu profiter4 ,on peut partir de cette ide trs sre que1 pendant bien des sicles1 le serf mena la vie du loup et du renard1 qu'il fut un animal nocturne1 je veux dire agissant le jour le moins possible1 ne vivant vraiment que de nuit4 ,encore jusqu' l'an #ajjj1 tant que le peuple fait ses saints et ses lgendes1 la vie du jour n'est pas sans intrt pour lui4 ,ses nocturnes sabbats ne sont qu'un reste lger de paganisme4 ,il honore1 craint la ,lune qui influe sur les biens de la terre4 ,les vieilles lui sont dvotes et brlent de petites chandelles pour ,dianom 7,diane-,lune-,hcate74 ,toujours le lupercale poursuit les femmes et les enfants1 sous un masque1 il est vrai1 le noir visage du revenant ,hallequin 7,arlequin74 ,on fte exactement la pervigilium ,veneris 7au #a;er mai74 ,on tue la ,saint-,jean le bouc de ,priape-,bacchus ,sabasius1 pour clbrer les ,sabasies4 ,nulle drision dans tout cela4 ,c'est un innocent carnaval du serf4 ,mais1 vers l'an #ajjj1 l'glise lui est presque ferme par la diffrence des langues4 ,en #aajj1 les offices lui deviennent inintelligibles4 ,des ,mystres que l'on joue aux portes des glises1 ce qu'il retient le mieux1 c'est le ct comique1 le buf et l'ne1 etc4 ,il en fait des nols1 mais de plus en plus drisoires 7vraie littrature sabbatique74 ,croira-t-on que les grandes et terribles rvoltes du douzime sicle furent sans influence sur ces mystres et cette vie nocturne du loup1 de l'advol1 de ce gibier sauvage1 comme l'appellent les cruels barons4 ,ces rvoltes purent fort bien commencer souvent dans les ftes de nuit4 ,les grandes communions de rvolte entre serfs 7buvant le sang les uns des autres1 ou mangeant la terre pour hostie#dc7 purent se clbrer au sabbat4 ,la ,marseillaise de ce temps1 chante la nuit plus que le jour1 est peut-tre un chant sabbatique3 ,nous sommes hommes comme ils sont6 ,tout aussi grand cur nous avons6 ,tout autant souffrir nous pouvons6 #dc ,a la bataille de ,courtrai4 ,voy4 aussi ,grimm et mes ,origines4 ,mais la prire du tombeau retombe en #abjj4 ,le pape assis dessus1 le roi assis dessus1 d'une pesanteur norme1 ont scell l'homme4 ,a-t-il alors sa vie nocturne8 ,d'autant plus4 ,les vieilles danses paennes durent tre alors plus furieuses4 ,nos ngres des ,antilles1 aprs un jour horrible de chaleur1 de fatigue1 allaient bien danser six lieues de l4 ,ainsi le serf4 ,mais1 aux danses1 durent se mler des gaiets de vengeance1 des farces satyriques1 des moqueries et des caricatures du seigneur et du prtre4 ,toute une littrature de nuit1 qui ne sut pas un mot de celle du jour1 peu mme des fabliaux bourgeois4 ,voil le sens des sabbats avant #acjj4 ,pour qu'ils prissent la forme tonnante d'une guerre dclare au ,dieu de ce temps-l1 il faut bien plus encore1 il faut deux choses2 non seulement qu'on descende au fond du dsespoir1 mais que tout respect soit perdu4 ,cela n'arrive qu'au quatorzime sicle1 sous la papaut d',avignon et pendant le ,grand ,schisme1 quand l'glise deux ttes ne parat plus l'glise1 quand toute la noblesse et le roi1 honteusement prisonniers des ,anglais1 exterminent le peuple pour lui extorquer leur ranon4 ,les sabbats ont alors la forme grandiose et terrible de la ,messe noire1 de l'office l'envers1 o ,jsus est dfi1 pri de foudroyer1 s'il peut4 ,ce drame diabolique et t impossible encore au treizime sicle1 o il et fait horreur4 ,et1 plus tard1 au quinzime o tout tait us et jusqu' la douleur1 un tel jet n'aurait pas jailli4 ,on n'aurait pas os cette cration monstrueuse4 ,elle appartient au sicle de ,dante4 ,cela1 je crois1 se fit d'un jet2 ce fut l'explosion d'une furie de gnie1 qui monta l'impit la hauteur des colres populaires4 ,pour comprendre ce qu'elles taient1 ces colres1 il faut se rappeler que ce peuple1 lev par le clerg lui-mme dans la croyance et la foi du miracle1 bien loin d'imaginer la fixit des lois de ,dieu1 avait attendu1 espr un miracle pendant des sicles1 et jamais il n'tait venu4 ,il l'appelait en vain1 au jour dsespr de sa ncessit suprme4 ,le ciel ds lors lui parut comme l'alli de ses bourreaux froces1 et lui-mme froce bourreau4 ,de l la ,messe noire et la ,jacquerie4 ,dans ce cadre lastique de la ,messe noire purent se placer ensuite mille variantes de dtail2 mais il est fortement construit1 et1 je crois1 fait d'une pice4 ,j'ai russi retrouver ce drame en #aheg 7,hist4 de ,france74 ,je l'ai recompos en ses quatre actes1 chose peu difficile4 ,seulement1 cette poque1 je lui ai trop laiss des ornements grotesques que le ,sabbat reut aux temps modernes1 et n'ai pas prcis assez ce qui est du vieux cadre1 si sombre et si terrible4 ,ce cadre est dat fortement par certains traits atroces d'un ge maudit1--mais aussi par la place dominante qu'y tient la ,femme1--grand caractre du quatorzime sicle4 ,c'est la singularit de ce sicle que la ,femme1 fort peu affranchie1 y rgne cependant1 et de cent faons violentes4 ,elle hrite des fiefs alors2 elle apporte des royaumes au roi4 ,elle trne ici-bas1 et encore plus au ciel4 ,marie a supplant ,jsus4 ,saint ,franois et saint ,dominique ont vu dans son sein les trois mondes4 ,dans l'immensit de la ,grce1 elle noie le pch2 que dis-je8 aide pcher4 7,lire la lgende de la religieuse dont la ,vierge tient la place au chur1 pendant qu'elle va voir son amant74 ,au plus haut1 au plus bas1 la ,femme4--,batrix est au ciel1 au milieu des toiles1 pendant que ,jean de ,meung1 au ,roman de la ,rose1 prche la communaut des femmes4--,pure1 souille1 la ,femme est partout4 ,on en peut dire ce que dit de ,dieu ,raimond ,lulle3 ,quelle part est-ce du monde8--,le ,tout4 ,mais au ciel1 mais en posie1 la ,femme clbre1 ce n'est pas la fconde mre1 pare de ses enfants4 ,c'est la ,vierge1 c'est ,batrix strile1 et qui meurt jeune4 ,une belle demoiselle anglaise passa1 dit-on1 en ,france vers #acjj1 pour prcher la rdemption des femmes4 ,elle-mme s'en croyait le ,messie4 ,la ,messe noire1 dans son premier aspect1 semblerait tre cette rdemption d've1 maudite par le christianisme4 ,la femme au sabbat remplit tout4 ,elle est le sacerdoce1 elle est l'autel1 elle est l'hostie1 dont tout le peuple communie4 ,au fond1 n'est-elle pas le ,dieu mme8 ,il y a l bien des choses populaires1 et pourtant tout n'est pas du peuple4 ,le paysan n'estime que la force2 il fait peu de cas de la ,femme4 ,on ne le voit que trop dans toutes nos vieilles ,coutumes 7,voy4 mes ,origines74 ,il n'aurait pas donn la ,femme la place dominante qu'elle a ici4 ,c'est elle qui la prend d'elle-mme4 ,je croirais volontiers que le ,sabbat1 dans la forme d'alors1 fut l'uvre de la ,femme1 d'une femme dsespre1 telle que la sorcire l'est alors4 ,elle voit1 au quatorzime sicle1 s'ouvrir devant elle son horrible carrire de supplices1 trois cents1 quatre cents ans illumins par les bchers6 ,ds #acjj1 sa mdecine est juge malfice1 ses remdes sont punis comme des poisons4 ,l'innocent sortilge par lequel les lpreux croyaient alors amliorer leur sort1 amne le massacre de ces infortuns4 ,le pape ,jean ,,xxii fait corcher vif un vque1 suspect de sorcellerie4 ,sous une rpression si aveugle1 oser peu ou oser beaucoup1 c'est risquer tout autant4 ,l'audace crot par le danger mme4 ,la sorcire peut hasarder tout4 ,fraternit humaine1 dfi au ciel chrtien1 culte dnatur du dieu nature1--c'est le sens de la ,messe noire4 ,l'autel tait dress au grand serf ,rvolt1 ,celui qui on a fait tort1 le vieux ,proscrit1 injustement chass du ciel1 l',esprit qui a cr la terre1 le ,matre qui fait germer les plantes4 ,c'est sous ces titres que l'honoraient les ,lucifriens1 ses adorateurs1 et 7selon une opinion vraisemblable71 les chevaliers du ,temple4 ,le grand miracle1 en ces temps misrables1 c'est qu'on trouvait pour la cne nocturne de la fraternit ce qu'on n'et pas trouv le jour4 ,la sorcire1 non sans danger1 faisait contribuer les plus aiss1 recueillait leurs offrandes4 ,la charit1 sous forme satanique1 tant crime et conspiration1 tant une forme de rvolte1 avait grande puissance4 ,on se volait le jour son repas pour le repas commun du soir4 ,reprsentez-vous1 sur une grande lande1 et souvent prs d'un vieux dolmen celtique la lisire d'un bois1 une scne double3 d'une part1 la lande bien claire1 le grand repas du peuple2--d'autre part1 vers le bois1 le chur de cette glise dont le dme est le ciel4 ,j'appelle chur un tertre qui domine quelque peu4 ,entre les deux1 des feux rsineux flamme jaune et de rouges brasiers1 une vapeur fantastique4 ,au fond1 la sorcire dressait son ,satan1 un grand ,satan de bois1 noir et velu4 ,par les cornes et le bouc qui tait prs de lui1 il et t ,bacchus2 mais par les attributs virils1 c'tait ,pan et ,priape4 ,tnbreuse figure que chacun voyait autrement2 les uns n'y trouvaient que terreur2 les autres taient mus de la fiert mlancolique o semblait absorb l'ternel ,exil#dd4 #dd ,ceci est de ,del ,rio1 mais n'est pas1 je crois1 exclusivement espagnol4 ,c'est un trait antique et marqu de l'inspiration primitive4 ,les facties viennent plus tard4 ,premier acte4--,l',introt magnifique que le christianisme prit l',antiquit 7 ces crmonies o le peuple1 en longue file1 circulait sous les colonnades1 entrait au sanctuaire71--le vieux dieu1 revenu1 le reprenait pour lui4 ,le lavabo1 de mme1 emprunt aux purifications paennes4 ,il revendiquait tout cela par droit d'antiquit4 ,sa prtresse est toujours la vieille 7titre d'honneur72 mais elle peut fort bien tre jeune4 ,lancre parle d'une sorcire de dix-sept ans1 jolie1 horriblement cruelle4 ,la fiance du ,diable ne peut tre un enfant3 il lui faut bien trente ans1 la figure de ,mde1 la beaut des douleurs1 l'il profond1 tragique et fivreux1 avec de grands flots de serpents descendant au hasard2 je parle d'un torrent de noirs1 d'indomptables cheveux4 ,peut-tre1 par-dessus1 la couronne de verveine1 le lierre des tombes1 les violettes de la mort4 ,elle fait renvoyer les enfants 7jusqu'au repas74 ,le service commence4 ,j'y entrerai1 cet autel444 mais1 ,seigneur1 sauve-moi du perfide et du violent 7du prtre1 du seigneur74 ,puis vient le reniement ,jsus1 l'hommage au nouveau matre1 le baiser fodal1 comme aux rceptions du ,temple1 o l'on donne tout sans rserve1 pudeur1 dignit1 volont1--avec cette aggravation outrageante au reniement de l'ancien ,dieu1 qu'on aime mieux le dos de ,satan#de4 #de ,on lui suspendait au bas du dos un masque ou second visage4 ,lancre1 ,inconstance1 p4 #fh4 ,a lui de sacrer sa prtresse4 ,le dieu de bois l'accueille comme autrefois ,pan et ,priape4 ,conformment la forme paenne1 elle se donne lui1 sige un moment sur lui1 comme la ,delphica au trpied d',apollon4 ,elle en reoit le souffle1 l'me1 la vie1 la fcondation simule4 ,puis1 non moins solennellement1 elle se purifie4 ,ds lors elle est l'autel vivant4 ,l',introt est fini1 et le service interrompu pour le banquet4 ,au rebours du festin des nobles qui sigent tous l'pe au ct1 ici1 dans le festin des frres1 pas d'armes1 pas mme de couteau4 ,pour gardien de la paix1 chacun a une femme4 ,sans femme on ne peut tre admis4 ,parente ou non1 pouse ou non1 vieille1 jeune1 il faut une femme4 ,quelles boissons circulaient8 hydromel8 bire8 vin8 ,le cidre capiteux ou le poir8 7,tous deux ont commenc au douzime sicle47 ,les breuvages d'illusion1 avec leur dangereux mlange de belladone1 paraissaient-ils dj cette table8 ,non pas certainement4 ,les enfants y taient4 ,d'ailleurs1 l'excs du trouble et empch la danse4 ,celle-ci1 danse tournoyante1 la fameuse ronde du ,sabbat1 suffisait bien pour complter ce premier degr de l'ivresse4 ,ils tournaient dos dos1 les bras en arrire1 sans se voir2 mais souvent les dos se touchaient4 ,personne peu peu ne se connaissait bien1 ni celle qu'il avait ct4 ,la vieille alors n'tait plus vieille4 ,miracle de ,satan4 ,elle tait femme encore1 et dsirable1 confusment aime4 ,deuxime acte4--,au moment o la foule1 unie dans ce vertige1 se sentait un seul corps1 et par l'attrait des femmes1 et par je ne sais quelle vague motion de fraternit1 on reprenait l'office au ,gloria4 ,l'autel1 l'hostie apparaissait4 ,quels8 ,la ,femme elle-mme4 ,de son corps prostern1 de sa personne humilie1 de la vaste soie noire de ses cheveux1 perdus dans la poussire1 elle 7l'orgueilleuse ,proserpine7 elle s'offrait4 ,sur ses reins1 un dmon officiait1 disait le ,credo1 faisait l'offrande#df4 #df ,ce point si grave que la femme tait autel elle-mme1 et qu'on officiait sur elle1 nous est connu par le procs de la ,voisin1 que ,m4 ,ravaisson an a publi avec les autres ,papiers de la ,bastille4 ,dans ces imitations1 rcentes1 il est vrai1 du ,sabbat1 qu'on fit pour amuser les grands seigneurs de la cour de ,louis ,,xiv1 on reproduisit sans nul doute les formes antiques et classiques du ,sabbat primitif1 mme en tel point qui avait pu tre abandonn dans les temps intermdiaires4 ,cela fut plus tard immodeste4 ,mais alors1 dans les calamits du quatorzime sicle1 aux temps terribles de la ,peste noire et de tant de famines1 aux temps de la ,jacquerie et des brigandages excrables des ,grandes-,compagnies1--pour ce peuple en danger1 l'effet tait plus que srieux4 ,l'assemble tout entire avait beaucoup craindre si elle tait surprise4 ,la sorcire risquait extrmement1 et vraiment1 dans cet acte audacieux1 elle donnait sa vie4 ,bien plus elle affrontait un enfer de douleurs1 de telles tortures1 qu'on ose peine le dire4 ,tenaille et rompue1 les mamelles arraches1 la peau lentement corche 7comme on le fit l'vque sorcier de ,cahors71 brle petit feu de braise1 et membre membre1 elle pouvait avoir une ternit d'agonie4 ,tous1 coup sr1 taient mus quand1 sur la crature dvoue1 humilie1 qui se donnait1 on faisait la prire1 et l'offrande pour la rcolte4 ,on prsentait du bl l',esprit de la terre qui fait pousser le bl4 ,des oiseaux envols 7du sein de la ,femme sans doute7 portaient au ,dieu de libert le soupir et le vu des serfs4 ,que demandaient-ils8 ,que nous autres1 leurs descendants lointains1 nous fussions affranchis#dg4 #dg ,cette offrande charmante du bl et des oiseaux est particulire la ,france4 7,jaquier1 ,flagellans1 #ea4 ,soldan1 #bbe47 ,en ,lorraine et sans doute en ,allemagne1 on offrait des btes noires3 le chat noir1 le bouc noir1 le taureau noir4 ,quelle hostie distribuait-elle8 ,non l'hostie de rise1 qu'on verra aux temps d',henri ,,iv1 mais1 vraisemblablement1 cette confarreatio que nous avons vue dans les philtres1 l'hostie d'amour1 un gteau cuit sur elle1 sur la victime qui demain pouvait elle-mme passer par le feu4 ,c'tait sa vie1 sa mort1 que l'on mangeait4 ,on y sentait dj sa chair brle4 ,en dernier lieu1 on dposait sur elle deux offrandes qui semblaient de chair1 deux simulacres3 celui du dernier mort de la commune1 celui du dernier n4 ,ils participaient au mrite de la femme autel et hostie1 et l'assemble 7fictivement7 communiait de l'un et de l'autre4--,triple hostie1 toute humaine4 ,sous l'ombre vague de ,satan1 le peuple n'adorait que le peuple4 ,c'tait l le vrai sacrifice4 ,il tait accompli4 ,la ,femme1 s'tant donne manger la foule1 avait fini son uvre4 ,elle se relevait1 mais ne quittait la place qu'aprs avoir firement pos et comme constat la lgitimit de tout cela par l'appel la foudre1 un dfi provoquant au ,dieu destitu4 ,en drision des mots3 ,agnus ,dei1 etc41 et de la rupture de l'hostie chrtienne1 elle se faisait apporter un crapaud habill et le mettait en pices4 ,elle roulait ses yeux effroyablement1 les tournait vers le ciel1 et1 dcapitant le crapaud1 elle disait ces mots singuliers3 ,ah6 ,philippe#dh1 si je te tenais1 je t'en ferais autant6 #dh ,lancre1 #acf4 ,pourquoi ce nom ,philippe1 je n'en sais rien4 ,il reste d'autant plus obscur qu'ailleurs1 lorsque ,satan nomme ,jsus1 il l'appelle le petit ,jean ou ,janicot4 ,le nommerait-elle ici ,philippe du nom odieux du roi qui nous donna les cent annes des guerres anglaises1 qui1 ,crcy1 commena nos dfaites et nous valut la premire invasion8 ,aprs une longue paix1 fort peu interrompue1 la guerre fut d'autant plus horrible au peuple4 ,philippe de ,valois1 auteur de cette guerre sans fin1 fut maudit et laissa peut-tre dans ce rituel populaire une durable maldiction4 ,jsus ne disant rien ce dfi1 ne lanant pas la foudre1 on le croyait vaincu4 ,la troupe agile des dmons choisissait ce moment pour tonner le peuple par de petits miracles qui saisissaient1 effrayaient les crdules4 ,les crapauds1 bte inoffensive1 mais qu'on croyait trs venimeuse1 taient mordus par eux1 et dchirs belles dents4 ,de grands feux1 des brasiers1 taient sauts impunment pour amuser la foule et la faire rire des feux d'enfer4 ,le peuple riait-il aprs un acte si tragique1 si hardi8 je ne sais4 ,elle ne riait pas1 coup sr1 celle qui1 la premire1 osa cela4 ,ces feux durent lui paratre ceux du prochain bcher4 ,a elle de pourvoir l'avenir de la monarchie diabolique1 de crer la future sorcire4 ,,xii ,l',,amour1 ,,la ,,mort4--,,satan ,s',,vanouit ,voil la foule affranchie1 rassure4 ,le serf1 un moment libre1 est roi pour quelques heures4 ,il a bien peu de temps4 ,dj change le ciel1 et les toiles inclinent4 ,dans un moment1 l'aube svre va le remettre en servitude1 le ramener sous l'il ennemi1 sous l'ombre du chteau1 sous l'ombre de l'glise1 au travail monotone1 l'ternel ennui rgl par les deux cloches1 dont l'une dit3 ,toujours1 et l'autre dit3 ,jamais4 ,chacun d'eux1 humble et morne1 d'un maintien compos1 paratra sortir de chez lui4 ,qu'ils l'aient du moins1 ce court moment6 ,que chacun des dshrits soit combl une fois1 et trouve ici son rve6444 ,quel cur si malheureux1 si fltri1 qui parfois ne songe1 n'ait quelque folle envie1 ne dise3 ,si cela m'arrivait8 ,les seules descriptions dtailles que l'on ait sont1 je l'ai dit1 modernes1 d'un temps de paix et de bonheur1 des dernires annes d',henri ,,iv1 o la ,france refleurissait4 ,annes prospres1 luxurieuses1 tout fait diffrentes de l'ge noir1 o s'organisa le ,sabbat4 ,il ne tient pas ,m4 de ,lancre et autres que nous ne nous figurions le troisime acte comme la kermesse de ,rubens1 une orgie trs confuse1 un grand bal travesti qui permettrait toute union1 surtout entre proches parents4 ,selon ces auteurs qui ne veulent qu'inspirer l'horreur1 faire frmir1 le but principal du sabbat1 la leon1 la doctrine expresse de ,satan1 c'est l'inceste1 et1 dans ces grandes assembles 7parfois de douze mille mes71 les actes les plus monstrueux eussent t commis devant tout le monde4 ,cela est difficile croire4 ,les mmes auteurs disent d'autres choses qui semblent fort contraires un tel cynisme4 ,ils disent qu'on n'y venait que par couples1 qu'on ne sigeait au banquet que deux deux1 que mme1 s'il arrivait une personne isole1 on lui dlguait un jeune dmon pour la conduire1 lui faire les honneurs de la fte4 ,ils disent que des amants jaloux ne craignaient pas d'y venir1 d'y amener les belles curieuses4 ,on voit aussi que la masse venait par familles1 avec les enfants4 ,on ne les renvoyait que pour le premier acte1 non pour le banquet ni l'office1 et non mme pour ce troisime acte4 ,cela prouve qu'il y avait une certaine dcence4 ,au reste1 la scne tait double4 ,les groupes de familles restaient sur la lande bien clairs4 ,ce n'tait qu'au del du rideau fantastique des fumes rsineuses que commenaient des espaces plus sombres o l'on pouvait s'carter4 ,les juges1 les inquisiteurs1 si hostiles1 sont obligs d'avouer qu'il y avait un grand esprit de douceur et de paix4 ,nulle des trois choses si choquantes aux ftes des nobles4 ,point d'pe1 de duels1 point de tables ensanglantes4 ,point de galantes perfidies pour avilir l'intime ami4 ,l'immonde fraternit des ,templiers1 quoi qu'on ait dit1 tait inconnue1 inutile2 au ,sabbat1 la femme tait tout4 ,quant l'inceste1 il faut s'entendre4 ,tout rapport avec les parentes1 mme les plus permis aujourd'hui1 tait compt comme crime4 ,la loi moderne1 qui est la charit mme1 comprend le cur de l'homme et le bien des familles4 ,elle permet au veuf d'pouser la sur de sa femme1 c'est--dire de donner ses enfants la meilleure mre4 ,elle permet l'oncle de protger sa nice en l'pousant4 ,elle permet surtout d'pouser la cousine1 une pouse sre et bien connue1 souvent aime d'enfance1 compagne des premiers jeux1 agrable la mre1 qui d'avance l'adopta de cur4 ,au ,moyen-ge1 tout cela c'est l'inceste4 ,le paysan1 qui n'aime que sa famille1 tait dsespr4 ,mme au sixime degr1 c'et t chose norme d'pouser sa cousine4 ,nul moyen de se marier dans son village1 o la parent mettait tant d'empchements4 ,il fallait chercher ailleurs1 au loin4 ,mais1 alors1 on communiquait peu1 on ne se connaissait pas1 et on dtestait ses voisins4 ,les villages1 aux ftes1 se battaient sans savoir pourquoi 7cela se voit encore dans les pays tant soit peu carts72 on n'osait gure aller chercher femme au lieu mme o l'on s'tait battu1 o l'ont et t en danger4 ,autre difficult4 ,le seigneur du jeune serf ne lui permettait pas de se marier dans la seigneurie d' ct4 ,il ft devenu serf du seigneur de sa femme1 et t perdu pour le sien4 ,ainsi le prtre dfendait la cousine1 le seigneur l'trangre4 ,beaucoup ne se mariaient pas4 ,cela produisait justement ce qu'on prtendait viter4 ,au ,sabbat clataient les attractions naturelles4 ,le jeune homme retrouvait l celle qu'il connaissait1 aimait d'avance1 celle dont dix ans on l'appelait le petit mari4 ,il la prfrait coup sr1 et se souvenait peu des empchements canoniques4 ,quand on connat bien la famille du ,moyen-ge1 on ne croit point du tout ces imputations dclamatoires d'une vaste promiscuit qui et ml une foule4 ,tout au contraire1 on sent que chaque petit groupe1 serr et concentr1 est infiniment loin d'admettre l'tranger4 ,le serf1 peu jaloux 7pour ses proches71 mais si pauvre1 si misrable1 craint excessivement d'empirer son sort en multipliant des enfants qu'il ne pourra nourrir4 ,le prtre1 le seigneur1 voudraient qu'on augmentt leurs serfs1 que la femme ft toujours enceinte1 et les prdications les plus tranges se faisaient ce sujet#di2 parfois des reproches sanglants et des menaces4 ,d'autant plus obstine tait la prudence de l'homme4 ,la femme1 pauvre crature qui ne pouvait avoir d'enfants viables dans de telles conditions1 qui n'enfantait que pour pleurer1 avait la terreur des grossesses4 ,elle ne se hasardait la fte nocturne que sur cette expresse assurance qu'on disait1 rptait3 ,jamais femme n'en revint enceinte#ej4 #di ,fort rcemment encore1 mon spirituel ami1 ,m4 ,gnin1 avait recueilli les plus curieux renseignements l-dessus4 #ej ,boguet1 ,lancre1 tous les auteurs sont d'accord sur ce point4 ,rude contradiction de ,satan1 mais tout fait selon le vu du serf1 du paysan1 du pauvre4 ,satan fait germer la moisson1 mais il rend la femme infconde4 ,beaucoup de bl et point d'enfant4 ,elles venaient1 attires la fte par le banquet1 la danse1 les lumires1 l'amusement1 nullement par le plaisir charnel4 ,les unes n'y trouvaient que souffrance4 ,les autres dtestaient la purification glace qui suivait brusquement l'amour pour le rendre strile4 ,n'importe4 ,elles acceptaient tout1 plutt que d'aggraver leur indigence1 de faire un malheureux1 de donner un serf au seigneur4 ,forte conjuration1 entente trs fidle1 qui resserrait l'amour dans la famille1 excluait l'tranger4 ,on ne se fiait qu'aux parents unis dans un mme servage1 qui1 partageant les mmes charges1 n'avaient garde de les augmenter4 ,ainsi1 nul entranement gnral1 point de chaos confus du peuple4 ,tout au contraire1 des groupes serrs et exclusifs4 ,c'est ce qui devait rendre le ,sabbat impuissant comme rvolte4 ,il ne mlait nullement la foule4 ,la famille1 attentive la strilit1 l'assurait en se concentrant en elle-mme dans l'amour des trs proches1 c'est--dire des intresss4 ,arrangement triste1 froid1 impur4 ,les moments les plus doux en taient assombris1 souills4 ,hlas6 jusqu' l'amour1 tout tait misre et rvolte4 ,cette socit tait cruelle4 ,l'autorit disait3 ,mariez-vous4 ,mais elle rendait cela trs difficile1 et par l'excs de la misre1 et par cette rigueur insense des empchements canoniques4 ,l'effet tait exactement contraire la puret que l'on prchait4 ,sous apparence chrtienne1 le patriarchat de l',asie existait seul4 ,l'an seul se mariait4 ,les frres cadets1 les surs1 travaillaient sous lui et pour lui#ea4 ,dans les fermes isoles des montagnes du ,midi1 loin de tout voisinage et de toute femme1 les frres vivaient avec leurs surs1 qui taient leurs servantes et leur appartenaient en toute chose4 ,murs analogues celles de la ,gense1 aux mariages des ,parsis1 aux usages toujours subsistants de certaines tribus pastorales de l',himalaya4 #ea ,chose trs gnrale dans l'ancienne ,france1 me disait le savant et exact ,m4 ,monteil4 ,ce qui tait plus choquant encore1 c'tait le sort de la mre4 ,elle ne mariait pas son fils1 ne pouvait l'unir une parente1 s'assurer d'une bru qui et eu des gards pour elle4 ,son fils se mariait 7s'il le pouvait7 une fille d'un village loign1 souvent hostile1 dont l'invasion tait terrible1 soit aux enfants du premier lit1 soit la pauvre mre1 que l'trangre faisait souvent chasser4 ,on ne le croira pas1 mais la chose est certaine4 ,tout au moins1 on la maltraitait3 on l'loignait du foyer1 de la table4 ,une loi suisse dfend d'ter la mre sa place au coin du feu4 ,elle craignait extrmement que le fils ne se marit4 ,mais son sort ne valait gure mieux s'il ne le faisait point4 ,elle n'en tait pas moins servante du jeune matre de maison1 qui succdait tous les droits du pre1 et mme celui de la battre4 ,j'ai vu encore dans le ,midi cette impit3 le fils de vingt-cinq ans chtiait sa mre quand elle s'enivrait4 ,combien plus dans ces temps sauvages6444 ,c'tait lui bien plutt qui revenait des ftes dans l'tat de demi-ivresse1 sachant trs peu ce qu'il faisait4 ,mme chambre1 mme lit 7car il n'y en avait jamais deux74 ,elle n'tait pas sans avoir peur4 ,il avait vu ses amis maris1 et cela l'aigrissait4 ,de l1 des pleurs1 une extrme faiblesse1 le plus dplorable abandon4 ,l'infortune1 menace de son seul dieu1 son fils1 brise de cur1 dans une situation tellement contre nature1 dsesprait4 ,elle tchait de dormir1 d'ignorer4 ,il arrivait1 sans que ni l'un ni l'autre s'en rendt compte1 ce qui arrive aujourd'hui encore si frquemment aux quartiers indigents des grandes villes1 o une pauvre personne1 force ou effraye1 battue peut-tre1 subit tout4 ,dompte ds lors1 et1 malgr ses scrupules1 beaucoup trop rsigne1 elle endurait une misrable servitude4 ,honteuse et douloureuse vie1 pleine d'angoisse1 car1 d'anne en anne1 la distance d'ge augmentait1 les sparait4 ,la femme de trente-six ans gardait un fils de vingt4 ,mais cinquante ans1 hlas6 plus tard encore1 qu'advenait-il8 ,du grand ,sabbat1 o les lointains villages se rencontraient1 il pouvait ramener l'trangre1 la jeune matresse1 inconnue1 dure1 sans cur1 sans piti1 qui lui prendrait son fils1 son feu1 son lit1 cette maison qu'elle avait faite elle-mme4 ,a en croire ,lancre et autres1 ,satan faisait au fils un grand mrite de rester fidle la mre1 tenait ce crime pour vertu4 ,si cela est vrai1 on peut supposer que la femme dfendait la femme1 que la sorcire tait dans les intrts de la mre pour la maintenir au foyer contre la belle-fille1 qui l'et envoye mendier1 le bton la main4 ,lancre prtend encore qu'il n'y avait bonne sorcire qui ne naqut de l'amour de la mre et du fils4 ,il en fut ainsi dans la ,perse pour la naissance du mage1 qui1 disait-on1 devait provenir de cet odieux mystre4 ,ainsi les secrets de magie restaient fort concentrs dans une famille qui se renouvelait elle-mme4 ,par une erreur impie1 ils croyaient imiter l'innocent mystre agricole1 l'ternel cercle vgtal1 o le grain1 ressem au sillon1 fait le grain4 ,les unions moins monstrueuses 7du frre et de la sur71 communes chez les ,orientaux et les ,grecs1 taient froides et trs peu fcondes4 ,elles furent trs sagement abandonnes1 et l'on n'y ft gure revenu sans l'esprit de rvolte1 qui1 suscit par d'absurdes rigueurs1 se jetait follement dans l'extrme oppos4 ,des lois contre nature firent ainsi1 par la haine1 des murs contre nature4 ,o temps dur6 temps maudit6 et gros de dsespoir6 ,nous avons dissert4 ,mais voici presque l'aube4 ,dans un moment1 l'heure sonne qui met en fuite les esprits4 ,la sorcire1 son front1 sent scher les lugubres fleurs4 ,adieu sa royaut6 sa vie peut-tre6444 ,que serait-ce si le jour la trouvait encore8 ,que fera-t-elle de ,satan8 une flamme8 une cendre8 ,il ne demande pas mieux4 ,il sait bien1 le rus1 que1 pour vivre1 renatre1 le seul moyen1 c'est de mourir4 ,mourra-t-il1 le puissant vocateur des morts qui donna celles qui pleurent la seule joie d'ici-bas1 l'amour vanoui et le rve ador8 ,oh8 non1 il est bien sr de vivre4 ,mourra-t-il1 le puissant ,esprit qui1 trouvant la ,cration maudite1 la ,nature gisante par terre1 que l'glise avait jete de sa robe1 comme un nourrisson sale1 ramassa la ,nature et la mit dans son sein8 ,cela ne se peut pas4 ,mourra-t-il1 l'unique mdecin du ,moyen-ge1 de l'ge malade1 qui le sauva par les poisons1 et lui dit3 ,vis donc1 imbcile6 ,comme il est sr de vivre1 le gaillard1 il meurt tout son aise4 ,il s'escamote1 brle avec dextrit sa belle peau de bouc1 s'vanouit dans la flamme et dans l'aube4 ,mais1 elle1 elle qui fit ,satan1 qui fit tout1 le bien et le mal1 qui favorisa tant de choses1 d'amour1 de dvouements1 de crimes6444 que devient-elle8 ,la voil seule sur la lande dserte6 ,elle n'est pas1 comme on dit1 l'horreur de tous4 ,beaucoup la bniront#eb4 ,plus d'un l'a trouve belle1 plus d'un vendrait sa part du ,paradis pour oser approcher444 ,mais1 autour1 il est un abme1 on l'admire trop1 et on en a tant peur6 de cette toute-puissante ,mde1 de ses beaux yeux profonds1 des voluptueuses couleuvres de cheveux noirs dont elle est inonde4 #eb ,lancre parle de sorcires aimes et adores4 ,seule jamais4 ,a jamais1 sans amour6 ,qui lui reste8 ,rien que l',esprit qui se droba tout l'heure4 ,eh bien1 mon bon ,satan1 partons444 ,car j'ai bien hte d'tre l-bas4 ,l'enfer vaut mieux4 ,adieu le monde6 ,celle qui la premire fit1 joua le terrible drame1 dut survivre trs peu4 ,satan obissant1 avait1 tout prs1 sell un gigantesque cheval noir1 qui1 des yeux1 des naseaux1 lanait le feu4 ,elle y monta d'un bond444 ,on les suivit des yeux444 ,les bonnes gens pouvants disaient3 ,oh6 qu'est-ce qu'elle va donc devenir8--,en partant1 elle rit1 du plus terrible clat de rire1--et disparut comme une flche4--,on voudrait bien savoir1 mais on ne saura pas ce que la pauvre femme est devenue#ec4 #ec ,voir la fin de la sorcire de ,berkeley dans ,guillaume de ,malmesbury4 ,,livre ,,second ,i ,,la ,,sorci,,re ,,de ,,la ,d,,cadence4--,,satan ,,multipli ,le dlicat bijou du ,diable1 la petite sorcire conue de la ,messe noire o la grande a disparu1 elle est venue1 elle a fleuri1 en malice1 en grce de chat4 ,celle-ci1 toute contraire l'autre2 fine et oblique d'allure1 sournoise1 filant doucettement1 faisant volontiers le gros dos4 ,rien de titanique1 coup sr4 ,loin de l1 basse de nature4 ,ds le berceau1 lubrique et toute pleine de mauvaises friandises4 ,elle exprimera toute sa vie certain moment nocturne1 impur et trouble1 o certaine pense dont on et eu horreur le jour1 usa des liberts du rve4 ,celle qui nat avec ce secret dans le sang1 cette science instinctive du mal1 qui a vu si loin et si bas1 elle ne respectera rien1 ni chose ni personne en ce monde1 n'aura gure de religion4 ,gure pour ,satan lui-mme1 car il est encore un esprit1 et celle-ci a un got unique pour toute chose de matire4 ,enfant1 elle salissait tout4 ,grandelette1 jolie1 elle tonne de malpropret4 ,par elle1 la sorcellerie sera je ne sais quelle cuisine de je ne sais quelle chimie4 ,de bonne heure1 elle manipule surtout les choses rpugnantes1 les drogues aujourd'hui1 demain les intrigues4 ,c'est l son lment1 les amours et les maladies4 ,elle sera fine entremetteuse1 habile1 audacieuse empirique4 ,on lui fera la guerre pour de prtendus meurtres1 pour l'emploi des poisons4 ,elle a peu l'instinct de telles choses1 peu le got de la mort4 ,sans bont1 elle aime la vie1 gurir1 prolonger la vie4 ,elle est dangereuse en deux sens3 elle vendra des recettes de strilit1 d'avortement peut-tre4 ,d'autre part1 effrne1 libertine d'imagination1 elle aidera volontiers la chute des femmes par ses damns breuvages1 jouira des crimes d'amour4 ,oh6 que celle-ci diffre de l'autre6 ,c'est un industriel4 ,l'autre fut l',impie1 le ,dmon2 elle fut la grande ,rvolte1 la femme de ,satan1 et1 on peut dire1 sa mre4 ,car il a grandi d'elle et de sa puissance intrieure4 ,mais celle-ci est tout au plus la fille du ,diable4 ,elle a de lui deux choses1 elle est impure1 et elle aime manipuler la vie4 ,c'est son lot2 elle y est artiste1--dj artiste vendre1 et nous entrons dans le mtier4 ,on dit qu'elle se perptuera par l'inceste dont elle est ne4 ,mais elle n'en a pas besoin4 ,sans mle elle fera d'innombrables petits4 ,en moins de cinquante ans1 au dbut du quinzime sicle1 sous ,charles ,,vi1 une contagion immense s'tend4 ,quiconque croit avoir quelques secrets1 quelques recettes1 quiconque croit deviner1 quiconque rve et voyage en rvant1 se dit favori de ,satan4 ,toute femme lunatique prend pour elle ce grand nom3 ,sorcire4 ,nom prilleux1 nom lucratif1 lanc par la haine du peuple1 qui1 tour tour1 injurie et implore la puissance inconnue4 ,il n'en est pas moins accept1 revendiqu souvent4 ,aux enfants qui la suivent1 aux femmes qui menacent du poing1 lui jettent ce mot comme une pierre1 elle se retourne1 et dit avec orgueil3 ,c'est vrai6 vous l'avez dit6 ,le mtier devient bon1 et les hommes s'en mlent4 ,nouvelle chute pour l'art4 ,la moindre des sorcires a cependant encore un peu de la sibylle4 ,ceux-ci1 sordides charlatans1 jongleurs grossiers1 taupiers1 tueurs de rats1 jetant des sorts aux btes1 vendant les secrets qu'ils n'ont pas1 empuantissant ce temps de sombre fume noire1 de peur et de btise4 ,satan devient immense1 immensment multipli4 ,pauvre triomphe4 ,il est ennuyeux1 plat4 ,le peuple afflue pourtant lui1 ne veut gure d'autre ,dieu4 ,c'est lui qui se manque lui-mme4 ,le quinzime sicle1 malgr deux ou trois grandes inventions1 n'en est pas moins1 je crois1 un sicle fatigu1 de peu d'ides4 ,il commence trs dignement par le ,sabbat royal de ,saint-,denis1 le bal effrn et lugubre que ,charles ,,vi fit dans cette abbaye pour l'enterrement de ,duguesclin1 enterr depuis tant d'annes4 ,trois jours1 trois nuits4 ,sodome se roula sur les tombes4 ,le fou1 qui n'tait pas encore idiot1 fora tous ces rois1 ses aeux1 ces os secs sautant dans leur bire1 de partager son bal4 ,la mort1 bon gr mal gr1 devint entremetteuse1 donna aux volupts un cruel aiguillon4 ,l clatrent les modes immondes de l'poque o les dames1 grandies du hennin diabolique1 faisaient valoir le ventre et semblaient toutes enceintes 7admirable moyen de cacher les grossesses7#ed4 ,elles y tinrent2 cette mode dura quarante annes4 ,l'adolescence1 d'autre part1 effronte1 les clipsait en nudits saillantes4 ,la femme avait ,satan au front dans le bonnet cornu2 le bachelier1 le page1 l'avaient au pied dans la chaussure fine pointe de scorpion4 ,sous masque d'animaux1 ils s'offraient hardiment par les bas cts de la bte4 ,le clbre enleveur d'enfants1 ,retz1 lui-mme alors page1 prit l son monstrueux essor4 ,toutes ces grandes dames de fiefs1 effrnes ,jzabels1 moins pudibondes encore que l'homme1 ne daignaient se dguiser4 ,elles s'talaient face nue4 ,leur furie sensuelle1 leur folle ostentation de dbauche1 leurs outrageux dfis1 furent pour le roi1 pour tous1--pour le sens1 la vie1 le corps1 l'me1--l'abme et le gouffre sans fond4 ,ce qui en sort1 ce sont les vaincus d',azincourt1 pauvre gnration de seigneurs puiss qui1 dans les miniatures1 font grelotter encore voir sous un habit perfidement serr leurs tristes membres amaigris#ee4 #ed ,mme au sujet le plus mystique1 dans une uvre de gnie1 l',agneau de ,van ,eyck 7,jean dit de ,bruges71 toutes les ,vierges paraissent enceintes4 ,c'est la grotesque mode du quinzime sicle4 #ee ,cet amaigrissement de gens uss et nervs me gte toutes les splendides miniatures de la cour de ,bourgogne1 du duc de ,berry1 etc4 ,les sujets sont si dplorables1 que nulle excution n'en peut faire d'heureuses uvres d'art4 ,je plains fort la sorcire1 qui1 au retour de la grande dame aprs la fte du roi1 sera sa confidente et son ministre1 dont elle exigera l'impossible4 ,au chteau1 il est vrai1 elle est seule1 l'unique femme1 ou peu prs1 dans un monde d'hommes non maris4 ,a en croire les romans1 la dame aurait eu plaisir s'entourer de jolies filles4 ,l'histoire et le bon sens disent justement le contraire4 lonore n'est pas si sotte que de s'opposer ,rosamonde4 ,ces reines et grandes dames1 si licencieuses1 n'en sont pas moins horriblement jalouses 7exemple1 celle que conte ,henri ,martin1 qui fit mourir sous les outrages des soldats une fille qu'admirait son mari74 ,la puissance d'amour de la dame1 rptons-le1 tient ce qu'elle est seule4 ,quelle que soit la figure et l'ge1 elle est le rve de tous4 ,la sorcire a beau jeu de lui faire abuser de sa divinit1 de lui faire faire rise de ce troupeau de mles assotis et dompts4 ,elle lui fait oser tout1 les traiter comme btes4 ,les voil transforms4 ,ils tombent quatre pattes1 singes flatteurs1 ours ridicules1 ou chiens lubriques1 pourceaux avides suivre l'outrageuse ,circ4 ,tout cela fait piti6 ,elle en a la nause4 ,elle repousse du pied ces btes rampantes4 ,c'est immonde1 pas assez coupable4 ,elle trouve son mal un absurde remde4 ,c'est 7lorsque ceux-ci sont si nuls7 d'avoir plus nul encore1 de prendre un tout petit amant4 ,conseil digne de la sorcire4 ,susciter1 avant l'heure1 l'tincelle dans l'innocent qui dort du pur sommeil d'enfance4 ,voil la laide histoire du petit ,jehan de ,saintr1 type des ,chrubin et autres poupes misrables des ges de dcadence4 ,sous tant d'ornements pdantesques et de moralit sentimentale1 la basse cruaut du fonds se sent trs bien4 ,on y tue le fruit dans la fleur4 ,c'est1 en un sens1 la chose qu'on reprochait la sorcire1 de manger des enfants4 ,tout au moins1 on en boit la vie4 ,sous forme tendre et maternelle1 la belle dame caressante n'est-elle pas un vampire pour puiser le sang du faible8 ,le rsultat de ces normits1 le roman mme nous le donne4 ,saintr1 dit-il1 devient un chevalier parfait1 mais parfaitement frle et faible1 si bien qu'il est brav1 dfi1 par le butor de paysan abb1 en qui la ,dame1 enfin mieux avise1 voit ce qui lui convient le mieux4 ,ces vains caprices augmentent le blasement1 la fureur du vide4 ,circ1 au milieu de ses btes1 ennuye1 excde1 voudrait tre bte elle-mme4 ,elle se sent sauvage1 elle s'enferme4 ,de la tourelle elle jette un regard sinistre sur la sombre fort4 ,elle se sent captive1 et elle a la fureur d'une louve qu'on tient la chane4--,vienne l'instant la vieille6444 ,je la veux4 ,courez-y4--,et deux minutes aprs3 ,quoi6 n'est-elle pas dj venue8 ,la voici4 coute bien444 ,j'ai une envie444 7tu le sais1 c'est insurmontable71 l'envie de t'trangler1 de te noyer ou de te donner l'vque qui dj te demande444 ,tu n'as qu'un moyen d'chapper1 c'est de me satisfaire une autre envie1--de me changer en louve4 ,je m'ennuie trop4 ,assez rester4 ,je veux1 au moins la nuit1 courir librement la fort4 ,plus de sots serviteurs1 de chiens qui m'tourdissent1 de chevaux maladroits qui heurtent1 vitent les fourrs4 --,mais1 madame1 si l'on vous prenait4444--,insolente444 ,oh6 tu priras444--,du moins1 vous savez bien l'histoire de la dame louve dont on coupa la patte#ef444 ,que de regrets j'aurais6444--,c'est mon affaire444 ,je ne t'coute plus4 ,j'ai hte1 et j'ai japp dj444 ,quel bonheur6 chasser seule1 au clair de lune1 et seule mordre la biche1 l'homme aussi1 s'il en vient2 mordre l'enfant si tendre1 et la femme surtout1 oh6 la femme1 y mettre la dent6444 ,je les hais toutes444 ,pas une autant que toi444 ,mais ne recule pas1 je ne te mordrai pas2 tu me rpugnes trop1 et1 d'ailleurs1 tu n'as pas de sang444 ,du sang1 du sang6 c'est ce qu'il faut4 #ef ,cette terrible fantaisie n'tait pas rare chez ces grandes dames1 nobles captives des chteaux4 ,elles avaient faim et soif de libert1 de liberts cruelles4 ,boguet raconte que1 dans les montagnes de l',auvergne1 un chasseur tira1 certaine nuit1 sur une louve1 la manqua1 mais lui coupa la patte4 ,elle s'enfuit en boitant4 ,le chasseur se rendit dans un chteau voisin pour demander l'hospitalit au gentilhomme qui l'habitait4 ,celui-ci1 en l'apercevant1 s'enquit s'il avait fait bonne chasse4 ,pour rpondre cette question1 il voulut tirer de sa gibecire la patte qu'il venait de couper la louve2 mais quelle ne fut point sa surprise1 en trouvant1 au lieu d'une patte1 une main1 et l'un des doigts un anneau que le gentilhomme reconnut pour tre celui de sa femme6 ,il se rendit immdiatement auprs d'elle1 et la trouva blesse et cachant son avant-bras4 ,ce bras n'avait plus de main2 on y rajusta ce que le chasseur avait rapport1 et force fut la dame d'avouer que c'tait bien elle qui1 sous la forme de louve1 avait attaqu le chasseur1 et s'tait sauve ensuite en laissant une patte sur le champ de bataille4 ,le mari eut la cruaut de la livrer la justice1 et elle fut brle4 ,il n'y a pas dire non3 ,rien de plus ais1 madame4 ,ce soir1 neuf heures1 vous boirez4 ,enfermez-vous4 ,transformez-vous1 pendant qu'on vous croit l1 vous courrez la fort4 ,cela se fait1 et la dame1 au matin1 se trouve excde1 abattue2 elle n'en peut plus4 ,elle doit1 cette nuit1 avoir fait trente lieues4 ,elle a chass1 elle a tu2 elle est pleine de sang4 ,mais ce sang vient peut-tre des ronces o elle s'est dchire4 ,grand orgueil1 et pril aussi pour celle qui a fait ce miracle4 ,la ,dame qui l'exigea1 cependant1 la reoit fort sombre3 ,o sorcire1 que tu as l un pouvantable pouvoir6 ,je ne l'aurais pas devin6 ,mais maintenant j'ai peur et j'ai horreur444 ,oh6 qu' bon droit tu es hae6 ,quel beau jour ce sera1 quand tu seras brle6 ,je te perdrai quand je voudrai4 ,mes paysans1 ce soir repasseraient sur toi leurs faux1 si je disais un mot de cette nuit444 ,va-t'en1 noire1 excrable vieille6 ,elle est prcipite par les grands1 ses patrons1 dans d'tranges aventures4 ,n'ayant que le chteau qui la garde du prtre1 la dfende un peu du bcher1 que refusera-t-elle ses terribles protecteurs8 ,si le baron1 revenu des ,croisades1 de ,nicopolis1 par exemple1 imitateur de la vie turque1 la fait venir1 la charge de voler pour lui des enfants8 que fera-t-elle8 ,ces razzias1 immenses en pays grec1 o parfois deux mille pages entraient la fois au srail1 n'taient nullement inconnues aux chrtiens 7aux barons d',angleterre ds le douzime sicle1 plus tard aux chevaliers de ,rhodes ou ,malte74 ,le fameux ,gilles de ,retz1 le seul dont on fit le procs1 fut puni non d'avoir enlev ses petits serfs 7chose peu rare71 mais de les avoir immols ,satan4 ,celle qui les volait1 et qui1 sans doute1 ignorait leur destin1 se trouvait entre deux dangers4 ,d'une part1 la fourche et la faux du paysan1 de l'autre1 les tortures de la tour qu'un refus lui aurait values4 ,l'homme de ,retz1 son terrible ,italien#eg1 et fort bien pu la piler au mortier4 #eg ,voir mon ,histoire de ,france1 et surtout la savante et exacte notice de notre si regrettable ,armand ,guraud3 ,notice sur ,gilles de ,rais1 ,nantes1 #ahee 7reproduite dans la ,biographie bretonne de ,m4 ,levot74--,on y voit que les pourvoyeurs de l'horrible charnier d'enfants taient gnralement des hommes4 ,la ,meffraye1 qui s'en mlait aussi1 tait-elle sorcire8 ,on ne le dit pas4 ,m4 ,guraud devait publier le procs4 ,il est dsirer qu'on fasse cette publication1 mais sincre1 intgrale1 non mutile4 ,les manuscrits sont ,nantes1 ,paris4 ,mon savant ami1 ,m4 ,dugast-,matifeux1 m'apprend qu'il en existe une copie plus complte que ces originaux aux archives de ,thouars 7provenant des ,la ,trmouille et des ,serrant74 ,de tous cts1 prils et gains4 ,nulle situation plus horriblement corruptrice4 ,les sorcires elles-mmes ne niaient pas les absurdes puissances que le peuple leur attribuait4 ,elles avouaient qu'avec une poupe perce d'aiguilles elles pouvaient envoter1 faire maigrir1 faire prir qui elles voulaient4 ,elles avouaient qu'avec la mandragore1 arrache du pied du gibet 7par la dent d'un chien1 disaient-elles1 qui ne manquait pas d'en mourir71 elles pouvaient pervertir la raison1 changer les hommes en btes1 livrer les femmes alines et folles4 ,bien plus terrible encore le dlire furieux de la ,pomme pineuse 7ou ,datura7 qui fait danser mort#eh1 subir mille hontes1 dont on n'a ni conscience ni souvenir4 #eh ,pouchet1 ,solanes et ,botanique gnrale4--,nysten1 ,dictionnaire de mdecine 7dition ,littr et ,robin71 article ,datura4 ,les voleurs n'emploient que trop ces breuvages4 ,ils en firent prendre un jour au bourreau d',aix et sa femme1 qu'ils voulaient dpouiller de leur argent3 ces deux personnes entrrent dans un si trange dlire que pendant toute une nuit ils dansrent tout nus dans un cimetire4 ,de l d'immenses haines1 mais aussi d'extrmes terreurs4 ,l'auteur du ,marteau des ,sorcires1 ,sprenger1 raconte avec effroi qu'il vit1 par un temps de neige1 toutes les routes tant dfonces1 une misrable population1 perdue de peur1 et malficie de maux trop rels1 qui couvrait tous les abords d'une petite ville d',allemagne4 ,jamais1 dit-il1 vous ne vtes de si nombreux plerinages ,notre-,dame de ,grce ou ,notre-,dame des ,ermites4 ,tous ces gens1 par les fondrires1 clochant1 se tranant1 tombant1 s'en allaient la sorcire1 implorer leur grce du ,diable4 ,quels devaient tre l'orgueil et l'emportement de la vieille de voir tout ce peuple ses pieds#ei6 #ei ,cet orgueil la menait parfois un furieux libertinage4 ,de l ce mot allemand3 ,la sorcire en son grenier a montr sa camarade quinze beaux fils en habit vert1 et lui a dit3 ,choisis2 ils sont toi4--,son triomphe tait de changer les rles1 d'infliger comme preuves d'amour les plus choquants outrages aux nobles1 aux grands1 qu'elle abrutissait4 ,on sait que les reines1 aussi bien que les rois1 les hautes dames 7en ,italie encore au dernier sicle1 ,collection ,maurepas1 ,,xxx1 #aaa71 recevaient1 tenaient cour au moment le plus rebutant1 et se faisaient servir aux choses les moins dsirables par les personnes favorises4 ,de la fantasque idole on adorait1 on se disputait tout4 ,pour peu qu'elle ft jeune et jolie1 moqueuse1 il n'tait pas d'preuve si basse1 si choquante que ses animaux domestiques 7le sigisb1 l'abb1 un page fou7 ne fussent prts subir1 sur l'ide sotte qu'un philtre rpugnant avait plus de vertu4 ,cela dj est triste pour la nature humaine4 ,mais que dire de cette chose prodigieuse que la sorcire1 ni grande dame1 ni jolie1 ni jeune1 pauvre1 et peut-tre une serve1 en sales haillons1 par sa malice seule1 je ne sais quelle furie libertine1 une perfide fascination1 hbtt1 dgradt ce point les plus graves personnages8 ,des moines d'un couvent du ,rhin1 de ces fiers couvents germaniques o l'on n'entrait qu'avec quatre cents ans de noblesse1 firent ,sprenger ce triste aveu3 ,nous l'avons vue ensorceler trois de nos abbs tour tour1 tuer le quatrime1 disant avec effronterie3 ,je l'ai fait et le ferai1 et ils ne pourront se tirer de l1 parce qu'ils ont mang1 etc4 7,comederunt meam4441 etc4 ,sprenger1 ,malleus maleficarum1 qustio ,,vii1 p4 #hd47 ,le pis pour ,sprenger1 et ce qui fait son dsespoir1 c'est qu'elle est tellement protge1 sans doute par ces fous1 qu'il n'a pu la brler4 ,fateor quia nobis non aderat ulciscendi aut inquirendi super eam facultas2 ideo adhuc superest4 ,,ii ,,le ,,marteau ,,des ,,sorci,,res ,les sorcires prenaient peu de peine pour cacher leur jeu4 ,elles s'en vantaient plutt1 et c'est de leur bouche mme que ,sprenger a recueilli une grande partie des histoires qui ornent son manuel4 ,c'est un livre pdantesque1 calqu ridiculement sur les divisions et subdivisions usites par les ,thomistes1 mais naf1 trs convaincu1 d'un homme vraiment effray1 qui1 dans ce duel terrible entre ,dieu et le ,diable o ,dieu permet gnralement que le ,diable ait l'avantage1 ne voit de remde qu' poursuivre celui-ci la flamme en mains1 brlant au plus vite les corps o il lit domicile4 ,sprenger n'a eu que le mrite de faire un livre plus complet1 qui couronne un vaste systme1 toute une littrature4 ,aux anciens ,pnitentiaires1 aux manuels des confesseurs pour l'inquisition des pchs1 succdrent les ,directoria pour l'inquisition de l'hrsie1 qui est le plus grand pch4 ,mais pour la grande hrsie1 qui est la sorcellerie1 on fit des directoria ou manuels spciaux1 des ,marteaux pour les sorcires4 ,ces manuels1 constamment enrichis par le zle des dominicains1 ont atteint leur perfection dans le ,malleus de ,sprenger1 livre qui le guida lui-mme dans sa grande mission d',allemagne et resta pour un sicle le guide et la lumire des tribunaux d'inquisition4 ,comment ,sprenger fut-il conduit tudier ces matires8 ,il raconte qu'tant ,rome1 au rfectoire o les moines hbergeaient des plerins1 il en vit deux de ,bohme3 l'un jeune prtre1 l'autre son pre4 ,le pre soupirait et priait pour le succs de son voyage4 ,sprenger1 mu de charit1 lui demande d'o vient son chagrin4 ,c'est que son fils est possd2 avec grande peine et dpense1 il l'amne ,rome1 au tombeau des saints4 ,ce fils1 o est-il8 dit le moine4--,a ct de vous4 ,a cette rponse1 j'eus peur1 et me reculai4 ,j'envisageai le jeune prtre et fus tonn de le voir manger d'un air trs modeste et rpondre avec douceur4 ,il m'apprit qu'ayant parl un peu durement une vieille1 elle lui avait jet un sort2 ce sort tait sous un arbre4 ,sous lequel8 la sorcire s'obstinait ne pas le dire4 ,sprenger1 toujours par charit1 se mit mener le possd d'glise en glise et de relique en relique4 ,a chaque station1 exorcisme1 fureur1 cris1 contorsions1 baragouinage en toute langue et force gambades4 ,tout cela devant le peuple1 qui les suivait1 admirait1 frissonnait4 ,les diables1 si communs en ,allemagne1 taient plus rares en ,italie4 ,en quelques jours1 ,rome ne parlait d'autre chose4 ,cette affaire1 qui fit grand bruit1 recommanda sans nul doute le dominicain l'attention4 ,il tudia1 compila tous les ,mallei et autres manuels manuscrits1 et devint de premire force en procdure dmoniaque4 ,son ,malleus dut tre fait dans les vingt ans qui sparent cette aventure de la grande mission donne ,sprenger par le pape ,innocent ,,viii1 en #adhd4 ,il tait bien ncessaire de choisir un homme adroit pour cette mission d',allemagne1 un homme d'esprit1 d'habilet1 qui vainquit la rpugnance des loyauts germaniques au tnbreux systme qu'il s'agissait d'introduire4 ,rome avait eu aux ,pays-,bas un rude chec qui y mit l',inquisition en honneur et1 par suite1 lui ferma la ,france 7,toulouse seule1 comme ancien pays albigeois1 y subit l',inquisition74 ,vers l'anne #adfj1 un pnitencier de ,rome1 devenu doyen d',arras1 imagina de frapper un coup de terreur sur les chambres de rhtorique 7ou runions littraires71 qui commenaient discuter des matires religieuses4 ,il brla comme sorcier un de ces rhtoriciens et1 avec lui1 des bourgeois riches1 des chevaliers mme4 ,la noblesse1 ainsi touche1 s'irrita2 la voix publique s'leva avec violence4 ,l',inquisition fut conspue1 maudite1 surtout en ,france4 ,le ,parlement de ,paris lui ferma rudement la porte1 et ,rome1 par sa maladresse1 perdit cette occasion d'introduire dans tout le ,nord cette domination de terreur4 ,le moment semblait mieux choisi vers #adhd4 ,l',inquisition1 qui avait pris en ,espagne des proportions si terribles et dominait la royaut1 semblait alors devenue une institution conqurante1 qui dt marcher d'elle-mme1 pntrer partout et envahir tout4 ,elle trouvait1 il est vrai1 un obstacle en ,allemagne1 la jalouse opposition des princes ecclsiastiques1 qui1 ayant leurs tribunaux1 leur inquisition personnelle1 ne s'taient jamais prts recevoir celle de ,rome4 ,mais la situation de ces princes1 les trs grandes inquitudes que leur donnaient les mouvements populaires1 les rendaient plus maniables4 ,tout le ,rhin et la ,souabe1 l',orient mme vers ,salzbourg1 semblaient mins en dessous4 ,de moment en moment clataient des rvoltes de paysans4 ,on aurait dit un immense volcan souterrain1 un invisible lac de feu1 qui1 de place en place1 se ft rvl par des jets de flamme4 ,l',inquisition trangre1 plus redoute que l'allemande1 arrivait ici merveille pour terroriser le pays1 briser les esprits rebelles1 brlant comme sorciers aujourd'hui ceux qui1 peut-tre demain1 auraient t insurgs4 ,excellente arme populaire pour dompter le peuple1 admirable drivatif4 ,on allait dtourner l'orage cette fois sur les sorciers1 comme en #acdi et dans tant d'autres occasions1 on l'avait lanc sur les juifs4 ,seulement il fallait un homme4 ,l',inquisiteur qui1 le premier1 devant les cours jalouses de ,mayence et de ,cologne1 devant le peuple moqueur de ,francfort ou de ,strasbourg1 allait dresser son tribunal1 devait tre un homme d'esprit4 ,il fallait que sa dextrit personnelle balant1 ft quelquefois oublier l'odieux de son ministre4 ,rome1 du reste1 s'est pique toujours de choisir trs bien les hommes4 ,peu soucieuse des questions1 beaucoup des personnes1 elle a cru1 non sans raison1 que le succs des affaires dpendait du caractre tout spcial des hommes envoys dans chaque pays4 ,sprenger tait-il bien l'homme8 ,d'abord1 il tait ,allemand1 dominicain1 soutenu d'avance par cet ordre redout1 par tous ses couvents1 ses coles4 ,un digne fils des coles tait ncessaire1 un bon scolastique1 un homme ferr sur la ,somme1 ferme sur son saint ,thomas1 pouvant toujours donner des textes4 ,sprenger tait tout cela4 ,mais1 de plus1 c'tait un sot4 ,on dit1 on crit souvent que dia-bolus vient de dia1 deux1 et bolus1 bol ou pilule1 parce qu'avalant la fois et l'me et le corps1 des deux choses il ne fait qu'une pilule1 un mme morceau4 ,mais 7dit-il1 continuant avec la gravit de ,sganarelle71 selon l'tymologie grecque1 diabolus1 signifie clausus ergastulo2 ou bien1 defluens 7,teufel871 c'est--dire tombant1 parce qu'il est tomb du ciel4 ,d'o vient malfice8 ,de maleficiendo1 qui signifie male de fide sentiendo4 trange tymologie1 mais d'une porte trs grande4 ,si le malfice est assimil aux mauvaises opinions1 tout sorcier est un hrtique1 et tout douteur un sorcier4 ,on peut brler comme sorciers tous ceux qui penseraient mal4 ,c'est ce qu'on avait fait ,arras1 et ce qu'on voulait peu peu tablir partout4 ,voil l'incontestable et solide mrite de ,sprenger4 ,il est sot1 mais intrpide2 il pose hardiment les thses les moins acceptables4 ,un autre essayerait d'luder1 d'attnuer1 d'amoindrir les objections4 ,lui1 non4 ,ds la premire page1 il montre de face1 expose une une les raisons naturelles1 videntes1 qu'on a de ne pas croire aux miracles diaboliques4 ,puis il ajoute froidement3 ,autant d'erreurs hrtiques4 ,et sans rfuter les raisons1 il copie les textes contraires1 saint ,thomas1 ,bible1 lgendes canonistes et glossateurs4 ,il vous montre d'abord le bon sens1 puis le pulvrise par l'autorit4 ,satisfait1 il se rasseoit1 serein1 vainqueur2 il semble dire3 ,eh bien6 maintenant1 qu'en dites-vous8 ,seriez-vous bien assez os pour user de votre raison8444 ,allez donc douter1 par exemple1 que le ,diable ne s'amuse se mettre entre les poux1 lorsque tous les jours l'glise et les canonistes admettent ce motif de sparation6 ,cela1 certes1 est sans rplique4 ,personne ne soufflera4 ,sprenger1 en tte de ce manuel des juges1 dclarant le moindre doute hrtique1 le juge est li2 il sent qu'il ne doit pas broncher2 que1 si malheureusement il avait quelque tentation de doute ou d'humanit1 il lui faudrait commencer par se condamner et se brler lui-mme4 ,c'est partout la mme mthode4 ,le bon sens d'abord2 puis de front1 de face et sans prcaution1 la ngation du bon sens4 ,quelqu'un1 par exemple1 serait tent de dire que1 puisque l'amour est dans l'me1 il n'est pas bien ncessaire de supposer qu'il y faut l'action mystrieuse du ,diable4 ,cela n'est-il pas spcieux8 ,non pas1 dit ,sprenger1 distinguo4 ,celui qui fend le bois n'est pas cause de la combustion2 il est seulement cause indirecte4 ,le fendeur de bois1 c'est l'amour 7voir ,denis l',aropagite1 ,origne1 ,jean ,damascne74 ,donc l'amour n'est que la cause indirecte de l'amour4 ,voil ce que c'est que d'tudier4 ,ce n'est pas une faible cole qui pouvait produire un tel homme4 ,cologne seule1 ,louvain1 ,paris1 avaient les machines propres mouler le cerveau humain4 ,l'cole de ,paris tait forte2 pour le latin de cuisine1 qu'opposer au ,janotus de ,gargantua8 ,mais plus forte tait ,cologne1 glorieuse reine des tnbres qui a donn ,hutten le type des ,obscuri viri1 des obscurantins et ignorantins1 race si prospre et si fconde4 ,ce solide scolastique1 plein de mots1 vide de sens1 ennemi jur de la nature1 autant que de la raison1 sige avec une foi superbe dans ses livres et dans sa robe1 dans sa crasse et sa poussire4 ,sur la table de son tribunal1 il a la ,somme d'un ct1 de l'autre le ,directorium4 ,il n'en sort pas4 ,a tout le reste il sourit4 ,ce n'est pas un homme comme lui qu'on en fait accroire1 ce n'est pas lui qui donnera dans l'astrologie ou dans l'alchimie1 sottises pas encore assez sottes1 qui mneraient l'observation4 ,que dis-je8 ,sprenger est esprit fort1 il doute des vieilles recettes4 ,quoique ,albert-le-,grand assure que la sauge dans une fontaine suffit pour faire un grand orage1 il secoue la tte4 ,la sauge8 d'autres6 je vous prie4 ,pour peu qu'on ait d'exprience1 on reconnat ici la ruse de ,celui qui voudrait faire perdre sa piste et donner le change1 l'astucieux ,prince de l'air2 mais il y aura du mal1 il a affaire un docteur plus malin que le ,malin4 ,j'aurais voulu voir en face ce type admirable du juge et les gens qu'on lui amenait4 ,des cratures que ,dieu prendrait dans deux globes diffrents ne seraient pas plus opposes1 plus trangres l'une l'autre1 plus dpourvues de langue commune4 ,la vieille1 squelette dguenill l'il flamboyant de malice1 trois fois recuite au feu d'enfer2 le sinistre solitaire1 berger de la fort ,noire1 ou des hauts dserts des ,alpes2 voil les sauvages qu'on prsente l'il terne du savantasse1 au jugement du scolastique4 ,ils ne le feront pas1 du reste1 suer longtemps en son lit de justice4 ,sans torture1 ils diront tout4 ,la torture viendra1 mais aprs1 pour complment et ornement du procs-verbal4 ,ils expliquent et content par ordre tout ce qu'ils ont fait4 ,le ,diable est l'intime ami du berger1 et il couche avec la sorcire4 ,elle en sourit1 elle en triomphe4 ,elle jouit visiblement de la terreur de l'assemble4 ,voil une vieille bien folle2 le berger ne l'est pas moins4 ,sots8 ,ni l'un ni l'autre4 ,loin de l1 ils sont affins1 subtils1 entendent pousser l'herbe et voient travers les murs4 ,ce qu'ils voient le mieux encore1 ce sont les monumentales oreilles d'ne qui ombragent le bonnet du docteur4 ,c'est surtout la peur qu'il a d'eux4 ,car il a beau faire le brave1 il tremble4 ,lui-mme avoue que le prtre1 s'il n'y prend garde1 en conjurant le dmon1 le dcide parfois changer de gte1 passer dans le prtre mme1 trouvant plus flatteur de loger dans un corps consacr ,dieu4 ,qui sait si ces simples diables de bergers et de sorcires n'auraient pas l'ambition d'habiter un inquisiteur8 ,il n'est nullement rassur1 lorsque1 de sa plus grosse voix1 il dit la vieille3 ,s'il est si puissant1 ton matre1 comment ne sens-je point ses atteintes8--,et je ne les sentais que trop1 dit le pauvre homme dans son livre4 ,quand j'tais ,ratisbonne1 que de fois il venait frapper aux carreaux de ma fentre6 ,que de fois il enfonait des pingles mon bonnet6 ,puis c'taient cent visions1 des chiens1 des singes1 etc4 ,la plus grande joie du ,diable1 ce grand logicien1 c'est de pousser au docteur1 par la voix de la fausse vieille1 des arguments embarrassants1 d'insidieuses questions1 auxquels il n'chappe gure qu'en faisant comme ce poisson qui s'enfuit en troublant l'eau et la noircissant comme l'encre4 ,par exemple3 ,le ,diable n'agit qu'autant que ,dieu le permet4 ,pourquoi punir ses instruments8--,ou bien3 ,nous ne sommes pas libres4 ,dieu permet1 comme pour ,job1 que le ,diable nous tente et nous pousse1 nous violente avec des coups444 ,doit-on punir qui n'est pas libre8--,sprenger s'en tire en disant3 ,vous tes des tres libres 7ici force textes74 ,vous n'tes serfs que de votre pacte avec le ,malin4--,a quoi la rponse serait trop facile3 ,si ,dieu permet au ,malin de nous tenter de faire un pacte1 il rend ce pacte possible1 etc4 ,je suis bien bon1 dit-il1 d'couter ces gens-l6 ,sot qui dispute avec le ,diable4--,tout le peuple dit comme lui4 ,tous applaudissent au procs2 tous sont mus1 frmissants1 impatients de l'excution4 ,de pendus on en voit assez4 ,mais le sorcier et la sorcire1 ce sera une curieuse fte de voir comment ces deux fagots ptilleront dans la flamme4 ,le juge a le peuple pour lui4 ,il n'est pas embarrass4 ,avec le ,directorium1 il suffirait de trois tmoins4 ,comment n'a-t-on pas trois tmoins1 surtout pour tmoigner le faux8 ,dans toute ville mdisante1 dans tout village envieux1 plein de haines de voisins1 les tmoins abondent4 ,au reste1 le ,directorium est un livre surann1 vieux d'un sicle4 ,au quinzime1 sicle de lumire1 tout est perfectionn4 ,si l'on n'a pas de tmoins1 il suffit de la voix publique1 du cri gnral#fj4 #fj ,faustin ,hlie1 dans son savant et lumineux ,trait de l'instruction criminelle 7t4 ,i1 #cih71 a parfaitement expliqu comment ,innocent ,,iii1 vers #abjj1 supprime les garanties de l',accusation1 jusque-l ncessaires 7surtout la peine de la calomnie que pouvait encourir l'accusateur74 ,on y substitue les procdures tnbreuses1 la ,dnonciation1 l',inquisition4 ,voir dans ,soldan la lgret terrible des dernires procdures4 ,on versa le sang comme l'eau4 ,cri sincre1 cri de la peur1 cri lamentable des victimes1 des pauvres ensorcels4 ,sprenger en est fort touch4 ,ne croyez pas que ce soit de ces scolastiques insensibles1 hommes de sche abstraction4 ,il a un cur4 ,c'est justement pour cela qu'il tue si facilement4 ,il est pitoyable1 plein de charit4 ,il a piti de cette femme plore1 nagure enceinte1 dont la sorcire touffa l'enfant d'un regard4 ,il a piti du pauvre homme dont elle a fait grler le champ4 ,il a piti du mari qui1 n'tant nullement sorcier1 voit bien que sa femme est sorcire1 et la trane1 la corde au cou1 ,sprenger1 qui la fait brler4 ,avec un homme cruel1 on s'en tirerait peut-tre2 mais avec ce bon ,sprenger il n'y a rien esprer4 ,trop forte est son humanit2 on est brl sans remde1 ou bien il faut bien de l'adresse1 une grande prsence d'esprit4 ,un jour1 on lui porte plainte de la part de trois bonnes dames de ,strasbourg qui1 au mme jour1 la mme heure1 ont t frappes de coups invisibles4 ,comment8 ,elles ne peuvent accuser qu'un homme de mauvaise mine qui leur a jet un sort4 ,mand devant l'inquisiteur1 l'homme proteste1 jure par tous les saints qu'il ne connat point ces dames1 qu'il ne les a jamais vues4 ,le juge ne veut point le croire4 ,pleurs1 serments1 rien ne servait4 ,sa grande piti pour les dames le rendait inexorable1 indign des dngations4 ,et dj il se levait4 ,l'homme allait tre tortur1 et l il et avou1 comme faisaient les plus innocents4 ,il obtient de parler et dit3 ,j'ai mmoire1 en effet1 qu'hier1 cette heure1 j'ai battu444 qui8 non des cratures baptises1 mais trois chattes qui furieusement sont venues pour me mordre aux jambes444--,le juge1 en homme pntrant1 vit alors toute l'affaire2 le pauvre homme tait innocent1 les dames taient certainement tels jours transformes en chattes1 et le ,malin s'amusait les jeter aux jambes des chrtiens pour perdre ceux-ci et les faire passer pour sorciers4 ,avec un juge moins habile1 on n'et pas devin ceci4 ,mais on ne pouvait toujours avoir un tel homme4 ,il tait bien ncessaire que1 toujours sur la table de l',inquisition1 il y et un bon guide-ne qui rvlt au juge1 simple et peu expriment1 les ruses du vieil ,ennemi1 les moyens de les djouer1 la tactique habile et profonde dont le grand ,sprenger avait si heureusement fait usage dans ses campagnes du ,rhin4 ,dans cette vue1 le ,malleus1 qu'on devait porter dans la poche1 fut imprim gnralement dans un format rare alors1 le petit in-dix-huit4 ,il n'et pas t sant qu' l'audience1 embarrass1 le juge ouvrt sur la table un in-folio4 ,il pouvait sans affectation regarder du coin de l'il1 et sous la table fouiller son manuel de sottise4 ,le ,malleus1 comme tous les livres de ce genre1 contient un singulier aveu1 c'est que le ,diable gagne du terrain1 c'est--dire que ,dieu en perd2 que le genre humain1 sauv par ,jsus1 devient la conqute du ,diable4 ,celui-ci1 trop visiblement1 avance de lgende en lgende4 ,que de chemin il a fait depuis les temps de l'vangile1 o il tait trop heureux de se loger dans des pourceaux1 jusqu' l'poque de ,dante1 o1 thologien et juriste1 il argumente avec les saints1 plaide1 et pour conclusion d'un syllogisme vainqueur1 emportant l'me dispute1 dit avec un rire triomphant3 ,tu ne savais pas que j'tais logicien6 ,aux premiers temps du ,moyen-ge1 il attend encore l'agonie pour prendre l'me et l'emporter4 ,sainte ,hildegarde 7vers #aajj7 croit qu'il ne peut pas entrer dans le corps d'un homme vivant1 autrement les membres se disperseraient2 c'est l'ombre et la fume du ,diable qui y entrent seulement4 ,cette dernire lueur de bon sens disparat au douzime sicle4 ,au treizime1 nous voyons un prieur qui craint tellement d'tre pris vivant1 qu'il se fait garder jour et nuit par deux cents hommes arms4 ,l commence une poque de terreurs croissantes1 o l'homme se fie de moins en moins la protection divine4 ,le ,dmon n'est plus un esprit furtif1 un voleur de nuit qui se glisse dans les tnbres3 c'est l'intrpide adversaire1 l'audacieux singe de ,dieu1 qui1 sous son soleil1 en plein jour1 contrefait sa cration4 ,qui dit cela8 ,la lgende8 ,non1 mais les plus grands docteurs4 ,le ,diable transforme tous les tres1 dit ,albert-le-,grand4 ,saint ,thomas va bien plus loin4 ,tous les changements1 dit-il1 qui peuvent se faire de nature et par les germes1 le ,diable peut les imiter4 tonnante concession qui1 dans une bouche si grave1 ne va pas moins qu' constituer un ,crateur en face du ,crateur6 ,mais pour ce qui peut se faire sans germer1 ajoute-t-il1 une mtamorphose d'homme en bte1 la rsurrection d'un mort1 le ,diable ne peut les faire4 ,voil la part de ,dieu petite4 ,en propre1 il n'a que le miracle1 l'action rare et singulire4 ,mais le miracle quotidien1 la vie1 elle n'est plus lui seul3 le ,dmon1 son imitateur1 partage avec lui la nature4 ,pour l'homme1 dont les faibles yeux ne font pas diffrence de la nature cre de ,dieu la nature cre du ,diable1 voil le monde partag4 ,une terrible incertitude planera sur toute chose4 ,l'innocence de la nature est perdue4 ,la source pure1 la blanche fleur1 le petit oiseau1 sont-ils bien de ,dieu1 ou de perfides imitations1 des piges tendus l'homme8444 ,arrire6 tout devient suspect4 ,des deux crations1 la bonne1 comme l'autre en suspicion1 est obscurcie et envahie4 ,l'ombre du ,diable voile le jour1 elle s'tend sur toute vie4 ,a juger par l'apparence et par les terreurs humaines1 il ne partage pas le monde1 il l'a usurp tout entier4 ,les choses en sont l au temps de ,sprenger4 ,son livre est plein des aveux les plus tristes sur l'impuissance de ,dieu4 ,il permet1 dit-il1 qu'il en soit ainsi4 ,permettre une illusion si complte1 laisser croire que le ,diable est tout1 ,dieu rien1 c'est plus que permettre1 c'est dcider la damnation d'un monde d'mes infortunes que rien ne dfend contre cette erreur4 ,nulle prire1 nulle pnitence1 nul plerinage ne suffit2 non pas mme 7il en fait l'aveu7 le sacrement de l'autel4 trange mortification6 ,des nonnes1 bien confesses1 l'hostie dans la bouche1 avouent qu' ce moment mme elles ressentent l'infernal amant1 qui1 sans vergogne ni peur1 les trouble et ne lche pas prise4 ,et presses de questions1 elles ajoutent1 en pleurant1 qu'il a le corps1 parce qu'il a l'me4 ,les anciens ,manichens1 les modernes ,albigeois1 furent accuss d'avoir cru la puissance du ,mal qui luttait ct du ,bien1 et fait le ,diable gal de ,dieu4 ,mais ici il est plus qu'gal4 ,si ,dieu1 dans l'hostie1 ne fait rien1 le ,diable parat suprieur4 ,je ne m'tonne pas du spectacle trange qu'offre alors le monde4 ,l',espagne1 avec une sombre fureur1 l',allemagne1 avec la colre effraye et pdantesque dont tmoigne le ,malleus1 poursuivent l'insolent vainqueur dans les misrables o il lit domicile2 on brle1 on dtruit les logis vivants o il s'tait tabli4 ,le trouvant trop fort dans l'me1 on veut le chasser des corps4 ,a quoi bon8 ,brler cette vieille1 il s'tablit chez la voisine2 que dis-je6 il se saisit parfois 7si nous en croyons ,sprenger7 du prtre qui l'exorcise1 triomphant dans son juge mme4 ,les dominicains1 aux expdients1 conseillaient pourtant l'intercession de la ,vierge1 la rptition continuelle de l',ave ,maria4 ,toutefois ,sprenger avoue que ce remde est phmre4 ,on peut tre pris entre deux ,ave4 ,de l l'invention du ,rosaire1 le chapelet des ,ave par lequel on peut sans attention marmotter indfiniment pendant que l'esprit est ailleurs4 ,des populations entires adoptent ce premier essai de l'art par lequel ,loyola essayera de mener le monde1 et dont ses ,exercitia sont l'ingnieux rudiment4 ,tout ceci semble contredire ce que nous avons dit au chapitre prcdent sur la dcadence de la sorcellerie4 ,le ,diable est maintenant populaire et prsent partout4 ,il semble avoir vaincu4 ,mais profite-t-il de la victoire8 ,gagne-t-il en substance8 ,oui1 sous l'aspect nouveau de la ,rvolte scientifique qui va nous faire la lumineuse ,renaissance4 ,non1 sous l'aspect ancien de l',esprit tnbreux de la sorcellerie4 ,ses lgendes1 au seizime sicle1 plus nombreuses1 plus rpandues que jamais1 tournent volontiers au grotesque4 ,on tremble1 et cependant on rit#fa4 #fa ,voy4 mes ,mmoires de ,luther1 pour les ,kilcrops1 etc4 ,,iii ,,cent ,,ans ,,de ,,tol,,rance ,,en ,,france4--,r,,action ,l'glise donnait au juge et l'accusateur la confiscation des sorciers4 ,partout o le droit canonique reste fort1 les procs de sorcellerie se multiplient1 enrichissent le clerg4 ,partout o les tribunaux laques revendiquent ces affaires1 elles deviennent rares et disparaissent1 du moins pour cent annes chez nous1 #adej-aeej4 ,un premier coup de lumire se fait dj au milieu du quinzime sicle1 et il part de la ,france4 ,l'examen du procs de ,jeanne d',arc par le ,parlement1 sa rhabilitation1 font rflchir sur le commerce des esprits1 bons ou mauvais1 sur les erreurs des tribunaux ecclsiastiques4 ,sorcire pour les ,anglais1 pour les plus grands docteurs du ,concile de ,ble1 elle est pour les ,franais une sainte1 une sibylle4 ,sa rhabilitation inaugure chez nous une re de tolrance4 ,le ,parlement de ,paris rhabilite aussi les prtendus ,vaudois d',arras4--,en #adih1 il renvoie comme fou un sorcier qu'on lui prsente4 ,nulle condamnation sous ,charles ,,viii1 ,louis ,,xii1 ,franois ,ier4 ,tout au contraire1 l',espagne1 sous la pieuse ,isabelle 7#aejf71 sous le cardinal ,ximns1 commence brler les sorcires4 ,genve1 alors sous son vque 7#aeae71 en brla cinq cents en trois mois4 ,l'empereur ,charles-,quint1 dans ses constitutions allemandes1 veut en vain tablir que la sorcellerie1 causant dommage aux biens et aux personnes1 est une affaire civile 7non ecclsiastique74 ,en vain il supprime la confiscation 7sauf le cas de lse-majest74 ,les petits princes-vques1 dont la sorcellerie fait un des meilleurs revenus1 continuent de brler en furieux4 ,l'imperceptible vch de ,bamberg1 en un moment1 brle six cents personnes1 et celui de ,wurtzbourg neuf cents6 ,le procd est simple4 ,employer tout d'abord la torture contre les tmoins1 crer des tmoins charge par la douleur1 l'effroi4 ,tirer de l'accus1 par l'excs des souffrances1 un aveu1 et croire cet aveu contre l'vidence des faits4 ,exemple3 ,une sorcire avoue avoir tir du cimetire le corps d'un enfant mort rcemment1 pour user de ce corps dans ses compositions magiques4 ,son mari dit3 ,allez au cimetire4 ,l'enfant y est4 ,on le dterre1 on le retrouve justement dans sa bire4 ,mais le juge dcide1 contre le tmoignage de ses yeux1 que c'est une apparence1 une illusion du ,diable4 ,il prfre l'aveu de la femme au fait lui-mme4 ,elle est brle#fb4 #fb ,voy4 ,soldan pour ce fait et pour tout ce qui regarde l',allemagne4 ,les choses allrent si loin chez les bons princes-vques1 que plus tard l'empereur le plus bigot qui fut jamais1 l'empereur de la ,guerre de ,trente-,ans1 ,ferdinand ,,ii1 est oblig d'intervenir1 d'tablir ,bamberg un commissaire imprial pour qu'on suive le droit de l',empire1 et pour que le juge piscopal ne commence pas ses procs par la torture qui les tranchait d'avance1 menait droit au bcher4 ,on prenait les sorcires fort aisment par leurs aveux1 et parfois sans tortures4 ,beaucoup taient de demi-folles4 ,elles avouaient se transformer en btes4 ,souvent les ,italiennes se faisaient chattes1 et1 glissant sous les portes1 suaient1 disaient-elles1 le sang des enfants4 ,au pays des grandes forts1 en ,lorraine et au ,jura1 les femmes volontiers devenaient louves1 dvoraient les passants1 les en croire 7mme quand il ne passait personne74 ,on les brlait4 ,des filles assuraient s'tre livres au ,diable1 et on les trouvait vierges encore4 ,on les brlait4 ,plusieurs semblaient avoir hte1 besoin d'tre brles4 ,parfois folie1 fureur4 ,et parfois dsespoir4 ,une ,anglaise1 mene au bcher1 dit au peuple3 ,n'accusez mes juges4 ,j'ai voulu me perdre moi-mme4 ,mes parents s'taient loigns avec horreur4 ,mon mari m'avait renie4 ,je ne serais rentre dans la vie que dshonore444 ,j'ai voulu mourir444 ,j'ai menti4 ,le premier mot exprs de tolrance1 contre le sot ,sprenger1 son affreux ,manuel et ses dominicains1 fut dit par un lgiste de ,constance1 ,molitor4 ,il dit cette chose de bon sens1 qu'on ne pouvait prendre au srieux les aveux des sorcires1 puisqu'en elles1 celui qui parlait1 c'tait justement le pre du mensonge4 ,il se moqua des miracles du ,diable1 soutint qu'ils taient illusoires4 ,indirectement les rieurs1 ,hutten1 rasme1 dans les satires qu'ils firent des idiots dominicains1 portrent un coup violent l',inquisition4 ,cardan dit sans dtour3 ,pour avoir la confiscation1 les mmes accusaient1 condamnaient1 et l'appui inventaient mille histoires4 ,l'aptre de la tolrance1 ,chatillon1 qui soutint1 contre les catholiques et les protestants la fois1 qu'on ne devait point brler les hrtiques1 sans parler des sorciers1 mit les esprits dans une meilleure direction4 ,agrippa1 ,lavatier1 ,wyer surtout1 l'illustre mdecin de ,clves1 dirent justement que1 si ces misrables sorcires sont le jouet du ,diable1 il faut s'en prendre au ,diable plus qu' elles1 les gurir et non les brler4 ,quelques mdecins de ,paris poussent bientt l'incrdulit jusqu' prtendre que les possdes1 les sorcires1 ne sont que des fourbes4 ,c'tait aller trop loin4 ,la plupart taient des malades sous l'empire d'une illusion4 ,le sombre rgne d',henri ,,ii et de ,diane de ,poitiers finit les temps de tolrance4 ,on brle1 sous ,diane1 les hrtiques et les sorciers4 ,catherine de ,mdicis1 au contraire1 entoure d'astrologues et de magiciens1 et voulu protger ceux-ci4 ,ils multipliaient fort4 ,le sorcier ,trois-chelles1 jug sous ,charles ,,ix1 les compte par cent mille et dit que la ,france est sorcire4 ,agrippa et d'autres soutiennent que toute science est dans la ,magie4 ,magie blanche1 il est vrai4 ,mais la terreur des sots1 la fureur fanatique1 en font fort peu de diffrence4 ,contre ,wyer1 contre les vrais savants1 la lumire et la tolrance1 une violente raction de tnbres se fait d'o on l'et attendue le moins4 ,nos magistrats1 qui1 depuis prs d'un sicle1 s'taient montrs clairs1 quitables1 maintenant lancs en grand nombre dans le ,catholicon d',espagne et la furie ligueuse1 se montrent plus prtres que les prtres4 ,en repoussant l'inquisition de ,france1 ils l'galent1 voudraient l'effacer4 ,a ce point qu'en une fois le seul ,parlement de ,toulouse met au bcher quatre cents corps humains4 ,qu'on juge de l'horreur1 de la noire fume de tant de chair1 de graisse1 qui1 sous les cris perants1 les hurlements1 fond horriblement1 bouillonne6 ,excrable et nausabond spectacle qu'on n'avait vu depuis les grillades et les rtissades albigeoises6 ,mais cela1 c'est trop peu encore pour ,bodin1 le lgiste d',angers1 l'adversaire violent de ,wyer4 ,il commence par dire que les sorciers sont si nombreux1 qu'ils pourraient en ,europe refaire une arme de ,xerxs1 de dix-huit cent mille hommes4 ,puis il exprime 7 la ,caligula7 le vu que ces deux millions d'hommes soient runis pour qu'il puisse1 lui ,bodin1 les juger1 les brler d'un seul coup4 ,la concurrence s'en mle4 ,les gens de loi commencent dire que le prtre1 souvent trop li avec la sorcire1 n'est plus un juge sr4 ,les juristes1 en effet1 paraissent un moment plus srs encore4 ,l'avocat jsuite ,del ,rio en ,espagne1 ,remy 7#aeif7 en ,lorraine1 ,boguet 7#afjb7 au ,jura1 ,leloyer 7#afje7 dans l',anjou1 sont gens incomparables1 faire mourir d'envie ,torquemada4 ,en ,lorraine1 ce fut comme une contagion terrible de sorciers1 de visionnaires4 ,la foule1 dsespre par le passage continuel des troupes et des bandits1 ne priait plus que le ,diable4 ,les sorciers entranaient le peuple4 ,maint village1 effray1 entre deux terreurs1 celle des sorciers et celle des juges1 avaient envie de laisser l leurs terres et de s'enfuir1 si l'on en croit ,remy1 le juge de ,nancy4 ,dans son livre ddi au cardinal de ,lorraine 7#aeif71 il assure avoir brl en seize annes huit cents sorcires4 ,ma justice est si bonne1 dit-il1 que1 l'an dernier1 il y en a eu seize qui se sont tues pour ne pas passer par mes mains4 ,les prtres taient humilis4 ,auraient-ils pu faire mieux que ce laque8 ,aussi les moines seigneurs de ,saint-,claude1 contre leurs sujets1 adonns la sorcellerie1 prirent pour juge un laque1 l'honnte ,boguet4 ,dans ce triste ,jura1 pays pauvre de maigres pturages et de sapins1 le serf sans espoir se donnait au ,diable4 ,tous adoraient le chat noir4 ,le livre de ,boguet 7#afjb7 eut une autorit immense4 ,messieurs des ,parlements tudirent1 comme un manuel1 ce livre d'or du petit juge de ,saint-,claude4 ,boguet1 en ralit1 est un vrai lgiste1 scrupuleux mme1 sa manire4 ,il blme la perfidie dont on usait dans ces procs2 il ne veut pas que l'avocat trahisse son client ni que le juge promette grce l'accus pour le faire mourir4 ,il blme les preuves si peu sres auxquelles on soumettait encore les sorcires4 ,la torture1 dit-il1 est superflue2 elles n'y cdent jamais4 ,enfin il a l'humanit de les faire trangler avant qu'on les jette au feu1 sauf toutefois les loups-garous1 qu'il faut avoir bien soin de brler vifs4 ,il ne croit pas que ,satan veuille faire pacte avec les enfants3 ,satan est fin2 il sait trop bien qu'au-dessous de quatorze ans ce march avec un mineur pourrait tre cass pour dfaut d'ge et de discrtion4 ,voil donc les enfants sauvs8 ,point du tout2 il se contredit2 ailleurs1 il croit qu'on ne purgera cette lpre qu'en brlant tout1 jusqu'aux berceaux4 ,il en ft venu l s'il et vcu4 ,il fit du pays un dsert4 ,il n'y eut jamais un juge plus consciencieusement exterminateur4 ,mais c'est au ,parlement de ,bordeaux qu'est pouss le cri de victoire de la juridiction laque dans le livre de ,lancre3 ,inconstance des dmons 7#afab74 ,l'auteur1 homme d'esprit1 conseiller de ce ,parlement1 raconte en triomphateur sa bataille contre le ,diable au pays basque1 o1 en moins de trois mois1 il a expdi je ne sais combien de sorcires1 et1 ce qui est plus fort1 trois prtres4 ,il regarde en piti l',inquisition d',espagne1 qui1 prs de l1 ,logroo 7frontire de ,navarre et de ,castille71 a tran deux ans un procs et fini maigrement par un petit auto-da-f1 en relchant tout un peuple de femmes4 ,,iv ,,les ,,sorci,,res ,,basques 7#afji7 ,cette vigoureuse excution de prtres indique assez que ,m4 de ,lancre est un esprit indpendant4 ,il l'est en politique4 ,dans son livre du ,prince 7#afag71 il dclare sans ambages que la ,loi est au-dessus du ,roi4 ,jamais les ,basques ne furent mieux caractriss que dans le livre de l',inconstance4 ,chez nous1 comme en ,espagne1 leurs privilges les mettaient quasi en rpublique4 ,les ntres ne devaient au roi que de le servir en armes2 au premier coup de tambour1 ils devaient armer deux mille hommes1 sous leurs capitaines basques4 ,le clerg ne pesait gure2 il poursuivait peu les sorciers1 l'tant lui-mme4 ,le prtre dansait1 portait l'pe1 menait sa matresse au ,sabbat4 ,cette matresse tait sa sacristine ou bndicte1 qui arrangeait l'glise4 ,le cur ne se brouillait avec personne1 disait ,dieu sa messe blanche le jour1 la nuit au ,diable la ,messe noire1 et parfois dans la mme glise4 7,lancre47 ,les ,basques de ,bayonne et de ,saint-,jean-de-,luz1 ttes hasardeuses et excentriques d'une fabuleuse audace1 qui s'en allaient en barque aux mers les plus sauvages harponner la baleine1 faisaient nombre de veuves4 ,ils se jetrent en masse dans les colonies d',henri ,,iv1 l'empire du ,canada1 laissant leurs femmes ,dieu ou au ,diable4 ,quant aux enfants1 ces marins1 fort honntes et probes1 y auraient song davantage1 s'ils en eussent t srs4 ,mais1 au retour de leurs absences1 ils calculaient1 comptaient les mois1 et ne trouvaient jamais leur compte4 ,les femmes1 trs jolies1 trs hardies1 imaginatives1 passaient le jour1 assises aux cimetires sur les tombes1 jaser du sabbat1 en attendant qu'elles y allassent le soir4 ,c'tait leur rage et leur furie4 ,nature les fait sorcires3 ce sont les filles de la mer et de l'illusion4 ,elles nagent comme des poissons1 jouent dans les flots4 ,leur matre naturel est le ,prince de l'air1 roi des vents et des rves1 celui qui gonflait la sibylle et lui soufflait l'avenir4 ,leur juge qui les brle est pourtant charm d'elles3 ,quand on les voit1 dit-il1 passer1 les cheveux au vent et sur les paules1 elles vont1 dans cette belle chevelure1 si pares et si bien armes1 que1 le soleil y passant comme travers une nue1 l'clat en est violent et forme d'ardents clairs444 ,de l1 la fascination de leurs yeux1 dangereux en amour autant qu'en sortilge4 ,ce ,bordelais1 aimable magistrat1 le premier type de ces juges mondains qui ont gay la robe au dix-septime sicle1 joue du luth dans les entr'actes1 et fait mme danser les sorcires avant de les faire brler4 ,il crit bien2 il est beaucoup plus clair que tous les autres4 ,et cependant on dmle chez lui une cause nouvelle d'obscurit1 inhrente l'poque4 ,c'est que1 dans un si grand nombre de sorcires1 que le juge ne peut brler toutes1 la plupart sentent finement qu'il sera indulgent pour celles qui entreront le mieux dans sa pense et dans sa passion4 ,quelle passion8 ,d'abord1 une passion populaire1 l'amour du merveilleux horrible1 le plaisir d'avoir peur1 et aussi1 s'il faut le dire1 l'amusement des choses indcentes4 ,ajoutez une affaire de vanit3 plus ces femmes habiles montrent le ,diable terrible et furieux1 plus le juge est flatt de dompter un tel adversaire4 ,il se drape dans sa victoire1 trne dans sa sottise1 triomphe de ce fou bavardage4 ,la plus belle pice1 en ce genre1 est le procs-verbal espagnol de l'auto-da-f de ,logroo 7#i novembre #afaj71 qu'on lit dans ,llorente4 ,lancre1 qui le cite avec jalousie et voudrait le dprcier1 avoue le charme infini de la fte1 la splendeur du spectacle1 l'effet profond de la musique4 ,sur un chafaud taient les brles1 en petit nombre1 et sur un autre1 la foule des relches4 ,l'hrone repentante1 dont on lut la confession1 a tout os4 ,rien de plus fou4 ,au ,sabbat1 on mange des enfants en hachis1 et1 pour second plat1 des corps de sorciers dterrs4 ,les crapauds dansent1 parlent1 se plaignent amoureusement de leurs matresses1 les font gronder par le ,diable4 ,celui-ci reconduit poliment les sorcires en les clairant avec le bras d'un enfant mort sans baptme1 etc4 ,la sorcellerie1 chez nos ,basques1 avait l'aspect moins fantastique4 ,il semble que le ,sabbat n'y ft alors qu'une grande fte o tous1 les nobles mme1 allaient pour l'amusement4 ,au premier rang y figuraient des personnes voiles1 masques1 que quelques-uns croyaient des princes4 ,on n'y voyait autrefois1 dit ,lancre1 que des idiots des ,landes4 ,aujourd'hui1 on y voit des gens de qualit4 ,satan1 pour fter ces notabilits locales1 crait parfois en ce cas un vque du ,sabbat4 ,c'est le titre que reut de lui le jeune seigneur ,lancinena1 avec qui le ,diable en personne voulut bien ouvrir la danse4 ,si bien appuyes1 les sorcires rgnaient4 ,elles exeraient sur le pays une terreur d'imagination incroyable4 ,nombre de personnes se croyaient leurs victimes1 et rellement devenaient gravement malades4 ,beaucoup taient frappes d'pilepsie et aboyaient comme des chiens4 ,la seule petite ville d',acqs comptait jusqu' quarante de ces malheureux aboyeurs4 ,une dpendance effrayante les liait la sorcire1 si bien qu'une dame appele comme tmoin1 aux approches de la sorcire qu'elle ne voyait mme pas1 se mit aboyer furieusement1 et sans pouvoir s'arrter4 ,ceux qui l'on attribuait une si terrible puissance taient matres4 ,personne n'et os leur fermer sa porte4 ,un magistrat mme1 l'assesseur criminel de ,bayonne1 laissa faire le ,sabbat chez lui4 ,le seigneur de ,saint-,p1 ,urtubi1 fut oblig de faire la fte dans son chteau4 ,mais sa tte en fut branle au point qu'il s'imagina qu'une sorcire lui suait le sang4 ,la peur lui donnant du courage1 avec un autre seigneur1 il se rendit ,bordeaux1 s'adressa au ,parlement1 qui obtint du roi que deux de ses membres1 ,,mm4 d',espagnet et de ,lancre1 seraient commis pour juger les sorciers du pays basque4 ,commission absolue1 sans appel1 qui procda avec une vigueur inoue1 jugea en quatre mois soixante ou quatre-vingts sorcires1 et en examina cinq cents1 galement marques du signe du ,diable1 mais qui ne figurrent au procs que comme tmoins 7mai-aot #afji74 ,ce n'tait pas une chose sans pril pour deux hommes et quelques soldats d'aller procder ainsi au milieu d'une population violente1 de tte fort exalte1 d'une foule de femmes de marins1 hardies et sauvages4 ,l'autre danger1 c'taient les prtres1 dont plusieurs taient sorciers1 et que les commissaires laques devaient juger1 malgr la vive opposition du clerg4 ,quand les juges arrivrent1 beaucoup de gens se sauvrent aux montagnes4 ,d'autres hardiment restrent1 disant que c'taient les juges qui seraient brls4 ,les sorcires s'effrayaient si peu1 qu' l'audience elles s'endormaient du sommeil sabbatique1 et assuraient au rveil avoir joui1 au tribunal mme1 des batitudes de ,satan4 ,plusieurs dirent3 ,nous ne souffrons que de ne pouvoir lui tmoigner que nous brlons de souffrir pour lui4 ,celles que l'on interrogeait disaient ne pouvoir parler4 ,satan obstruait leur gosier1 et leur montait la gorge4 ,le plus jeune des commissaires1 ,lancre1 qui crit cette histoire1 tait un homme du monde4 ,les sorcires entrevirent qu'avec un pareil homme il y avait des moyens de salut4 ,la ligue fut rompue4 ,une mendiante de dix-sept ans1 la ,murgui 7,margarita71 qui avait trouv lucratif de se faire sorcire1 et qui1 presque enfant1 menait et offrait des enfants au ,diable1 se mit avec sa compagne 7une ,lisalda de mme ge7 dnoncer toutes les autres4 ,elle dit tout1 crivit tout1 avec la vivacit1 la violence1 l'emphase espagnole1 avec cent dtails impudiques1 vrais ou faux4 ,elle effraya1 amusa1 empauma les juges1 les mena comme des idiots4 ,ils confirent cette fille corrompue1 lgre1 enrage1 la charge terrible de chercher sur le corps des filles et garons l'endroit o ,satan aurait mis sa marque4 ,cet endroit se reconnaissait ce qu'il tait insensible1 et qu'on pouvait impunment y enfoncer des aiguilles4 ,un chirurgien martyrisait les vieilles1 elle les jeunes1 qu'on appelait comme tmoins1 mais qui1 si elle les disait marques1 pouvaient tre accuses4 ,chose odieuse que cette fille effronte1 devenue matresse absolue du sort de ces infortunes1 allt leur enfonant l'aiguille1 et pt volont dsigner ces corps sanglants la mort6 ,elle avait pris un tel empire sur ,lancre1 qu'elle lui fait croire que1 pendant qu'il dort ,saint-,p1 dans son htel1 entour de ses serviteurs et de son escorte1 le ,diable est entr la nuit dans sa chambre1 qu'il y a dit la ,messe noire1 que les sorcires ont t jusque sous ses rideaux pour l'empoisonner1 mais qu'elles l'ont trouv bien gard de ,dieu4 ,la ,messe noire a t servie par la dame de ,lancinena1 qui ,satan a fait l'amour dans la chambre mme du juge4 ,on entrevoit le but probable de ce misrable conte3 la mendiante en veut la dame1 qui tait jolie1 et qui et pu1 sans cette calomnie1 prendre aussi quelque ascendant sur le galant commissaire4 ,lancre et son confrre1 effrays1 avancrent1 n'osant reculer4 ,ils firent planter leurs potences royales sur les places mme o ,satan avait tenu le ,sabbat4 ,cela effraya1 on les sentit forts et arms du bras du roi4 ,les dnonciations plurent comme grle4 ,toutes les femmes1 la queue1 vinrent s'accuser l'une l'autre4 ,puis on fit venir les enfants1 pour leur faire dnoncer les mres4 ,lancre juge1 dans sa gravit1 qu'un tmoin de huit ans est bon1 suffisant et respectable4 ,m4 d',espagnet ne pouvait donner qu'un moment cette affaire1 devant se rendre bientt aux tats de ,barn4 ,lancre1 pouss son insu par la violence des jeunes rvlatrices qui seraient restes en pril si elles n'eussent fait brler les vieilles1 mena le procs au galop1 bride abattue4 ,un nombre suffisant de sorcires furent adjuges au bcher4 ,se voyant perdues1 elles avaient fini par parler aussi1 dnoncer4 ,quand on amena les premires au feu1 il y eut une scne horrible4 ,le bourreau1 l'huissier1 les sergents1 se crurent leur dernier jour4 ,la foule s'acharna aux charrettes1 pour forcer ces malheureuses de rtracter leurs accusations4 ,des hommes leur mirent le poignard la gorge2 elles faillirent prir sous les ongles de leurs compagnes furieuses4 ,la justice s'en tira pourtant son honneur4 ,et alors les commissaires passrent au plus difficile1 au jugement de huit prtres qu'ils avaient en main4 ,les rvlations des filles avaient mis ceux-ci jour4 ,lancre parle de leurs murs comme un homme qui sait tout d'original4 ,il leur reproche non seulement leurs galants exercices aux nuits du ,sabbat1 mais surtout leurs sacristines1 bndictes ou marguillres4 ,il rpte mme des contes3 que les prtres ont envoy les maris ,terre-,neuve1 et rapport du ,japon les diables qui leur livrent les femmes4 ,le clerg tait fort mu4 ,l'vque de ,bayonne aurait voulu rsister4 ,ne l'osant1 il s'absenta1 et dsigna son vicaire gnral pour assister au jugement4 ,heureusement le ,diable secourut les accuss mieux que l'vque4 ,comme il ouvre toutes les portes1 il se trouva1 un matin1 que cinq des huit chapprent4 ,les commissaires1 sans perdre de temps1 brlrent les trois qui restaient4 ,cela vers aot #afji4 ,les inquisiteurs espagnols qui faisaient ,logroo leur procs n'arrivrent l'auto-da-f qu'au #h novembre #afaj4 ,ils avaient eu bien plus d'embarras que les ntres1 vu le nombre immense1 pouvantable1 des accuss4 ,comment brler tout un peuple8 ,ils consultrent le pape et les plus grands docteurs d',espagne4 ,la reculade fut dcide4 ,il fut entendu qu'on ne brlerait que les obstins1 ceux qui persisteraient nier1 et que ceux qui avoueraient seraient relchs4 ,c'est la mthode qui dj sauvait tous les prtres dans les procs de libertinage4 ,on se contentait de leur aveu1 et d'une petite pnitence4 7,voy4 ,llorente47 ,l',inquisition1 exterminatrice pour les hrtiques1 cruelle pour les ,maures et les ,juifs1 l'tait bien moins pour les sorciers4 ,ceux-ci1 bergers en grand nombre1 n'taient nullement en lutte avec l'glise4 ,les jouissances fort basses1 parfois bestiales1 des gardeurs de chvres1 inquitaient peu les ennemis de la libert de penser4 ,le livre de ,lancre a t crit surtout en vue de montrer combien la justice de ,france1 laque et parlementaire1 est meilleure que la justice de prtres4 ,il est crit lgrement et au courant de la plume1 fort gai4 ,on y sent la joie d'un homme qui s'est tir son honneur d'un grand danger4 ,joie gasconne et vaniteuse4 ,il raconte orgueilleusement qu'au ,sabbat qui suivit la premire excution des sorcires1 leurs enfants vinrent en faire des plaintes ,satan4 ,il rpondit que leurs mres n'taient pas brles1 mais vivantes1 heureuses4 ,du fond de la nue1 les enfants crurent en effet entendre les voix des mres1 qui se disaient en pleine batitude4 ,cependant ,satan avait eu peur4 ,il s'absenta quatre ,sabbats1 se substituant un diablotin de nulle importance4 ,il ne reparut qu'au #bb juillet4 ,lorsque les sorciers lui demandrent la cause de son absence1 il dit3 ,j'ai t plaider votre cause contre ,janicot 7,petit-,jean1 il nomme ainsi ,jsus74 ,j'ai gagn l'affaire4 ,et celles qui sont encore en prison ne seront pas brles4 ,le grand menteur fut dmenti4 ,et le magistrat vainqueur assure qu' la dernire qu'on brla on vit une nue de crapauds sortir de sa tte4 ,le peuple se rua sur eux coups de pierres1 si bien qu'elle fut plus lapide que brle4 ,mais1 avec tout cet assaut1 ils ne vinrent pas bout d'un crapaud noir1 qui chappa aux flammes1 aux btons1 aux pierres1 et se sauva1 comme un dmon qu'il tait1 en lieu o on ne sut jamais le trouver4 ,v ,,satan ,,se ,,fait ,,eccl,,siastique 7#afaj7 ,quelle que soit l'apparence de fanatisme satanique que gardent encore les sorcires1 il ressort du rcit de ,lancre et autres du dix-septime sicle que le ,sabbat alors est surtout une affaire d'argent4 ,elles lvent des contributions presque forces1 font payer un droit de prsence1 tirent une amende des absents4 ,a ,bruxelles et en ,picardie1 elles payent1 sur un tarif fixe1 celui qui amne un membre nouveau la confrrie4 ,aux pays basques1 nul mystre4 ,il y a des assembles de douze mille mes1 et des personnes de toutes classes1 riches et pauvres1 prtres1 gentilshommes4 ,satan1 lui-mme gentilhomme1 par-dessus ses trois cornes1 porte un chapeau1 comme un ,monsieur4 ,il a trouv trop dur son vieux sige1 la pierre druidique2 il s'est donn un bon fauteuil dor4 ,est-ce dire qu'il vieillit8 ,plus ingambe que dans sa jeunesse1 il fait l'espigle1 cabriole1 saute du fond d'une grande cruche2 il officie les pieds en l'air1 la tte en bas4 ,il veut que tout se passe trs honorablement1 et fait des frais de mise en scne4 ,outre les flammes ordinaires1 jaunes1 rouges1 bleues1 qui amusent la vue1 montrent1 cachent de fuyantes ombres1 il dlecte l'oreille d'une trange musique1 surtout de certaines clochettes qui chatouillent les nerfs la manire des vibrations pntrantes de l'harmonica4 ,pour comble de magnificence1 ,satan fait apporter de la vaisselle d'argent4 ,il n'est pas jusqu' ses crapauds qui n'affectent des prtentions2 ils deviennent lgants1 et1 comme de petits seigneurs1 vont habills de velours vert4 ,l'aspect1 en gnral1 est d'un grand champ de foire1 d'un vaste bal masqu1 dguisements fort transparents4 ,satan1 qui sait son monde1 ouvre le bal avec l'vque du ,sabbat1 ou le roi et la reine4 ,dignits constitues pour flatter les gros personnages1 riches ou nobles1 qui honorent l'assemble de leur prsence4 ,ce n'est plus l la sombre fte de rvolte1 sinistre orgie des serfs1 des ,jacques1 communiant la nuit dans l'amour1 et le jour dans la mort4 ,la violente ronde du sabbat n'est plus l'unique danse4 ,on y joint les danses moresques1 vives ou languissantes1 amoureuses1 obscnes1 o des filles1 dresses cela1 comme la ,murgui1 la ,lisalda1 simulaient1 paradaient les choses les plus provocantes4 ,ces danses taient1 dit-on1 l'irrsistible attrait qui1 chez les ,basques1 prcipitait au ,sabbat tout le monde fminin1 femmes1 filles1 veuves 7celles-ci en grand nombre74 ,sans ces amusements et le repas1 on s'expliquerait peu cette fureur du sabbat4 ,c'est l'amour sans l'amour4 ,la fte tait expressment celle de la strilit4 ,boguet l'tablit merveille4 ,lancre varie dans un passage pour loigner les femmes et leur faire craindre d'tre enceintes4 ,mais gnralement plus sincre1 il est d'accord avec ,boguet4 ,le cruel et sale examen qu'il fait mme du corps des sorcires dit trs bien qu'il les croit striles1 et que l'amour strile1 passif1 est le fond du ,sabbat4 ,cela et d bien assombrir la fte1 si les hommes avaient eu du cur4 ,les folles qui y venaient danser1 manger1 elles taient victimes au total4 ,elles se rsignaient1 ne dsirant que de ne pas revenir enceintes4 ,elles portaient1 il est vrai1 bien plus que l'homme1 le poids de la misre4 ,sprenger nous dit le triste cri qui dj1 de son temps1 chappait dans l'amour3 ,le fruit en soit au ,diable6 ,or1 en ce temps-l 7#aejj71 on vivait pour deux sous par jour1 et en ce temps-ci 7#afjj71 sous ,henri ,,iv1 on vit peine avec vingt sous4 ,dans tout ce sicle1 va croissant le dsir1 le besoin de la strilit4 ,cette triste rserve1 cette crainte de l'amour partag1 et rendu le ,sabbat froid1 ennuyeux1 si les habiles directrices n'en eussent augment le burlesque1 ne l'eussent gay d'intermdes risibles4 ,ainsi le dbut du ,sabbat1 cette scne antique1 grossirement nave1 la fcondation simule de la sorcire par ,satan 7jadis par ,priape71 tait suivi d'un autre jeu1 un lavabo1 une froide purification 7pour glacer et striliser71 qu'elle recevait non sans grimaces de frisson1 d'horripilation4 ,comdie la ,pourceaugnac#fc1 o la sorcire se substituait ordinairement une agrable figure1 la reine du ,sabbat1 jeune et jolie marie4 #fc ,l'instrument dcrit autorise ce mot4 ,dans ,boguet1 p4 #fi1 il est froid1 dur1 trs mince1 long d'un peu plus d'un doigt 7visiblement une canule74 ,dans ,lancre1 #bbd1 #bbe1 #bbf1 il est mieux entendu1 risque moins de blesser2 il est long d'une aulne et sinueux1 une partie est mtallique1 une autre souple1 etc4 ,c'est dj le clysoir4 ,une factie non moins choquante tait celle de la noire hostie1 la rave noire1 dont on faisait mille sales plaisanteries ds l',antiquit1 de la ,grce1 o on l'infligeait l'homme-femme1 au jeune effmin qui courait les femmes d'autrui4 ,satan la dcoupait en rondelettes qu'il avalait gravement4 ,la finale tait1 selon ,lancre 7sans doute selon les deux effrontes qui lui font croire tout71 une chose bien tonnante dans des assembles si nombreuses4 ,on y et gnralis publiquement1 affich l'inceste1 la vieille condition satanique pour produire la sorcire1 savoir1 que la mre cont de son fils4 ,chose fort inutile alors o la sorcellerie est hrditaire dans des familles rgulires et compltes4 ,peut-tre on en faisait la comdie1 celle d'une grotesque ,smiramis1 d'un ,ninus imbcile4 ,ce qui peut-tre tait plus srieux1 une comdie probablement relle1 et qui indique fortement la prsence d'une haute socit libertine1 c'tait une mystification odieuse1 barbare4 ,on tchait d'attirer quelque imprudent mari que l'on grisait du funeste breuvage 7datura1 belladone71 de sorte qu'enchant il perdt le mouvement1 la voix1 mais non la facult de voir4 ,sa femme1 autrement enchante de breuvages rotiques1 tristement absente d'elle-mme1 apparaissait dans un dplorable tat de nature1 se laissant patiemment caresser sous les yeux indigns de celui qui n'en pouvait mais4 ,son dsespoir visible1 ses efforts inutiles pour dlier sa langue1 dnouer ses membres immobiles1 ses muettes fureurs1 ses roulements d'yeux1 donnaient aux regardants un cruel plaisir1 analogue1 du reste1 celui de telles comdies de ,molire4 ,celle-ci tait poignante de ralit1 et elle pouvait tre pousse aux dernires hontes4 ,hontes striles1 il est vrai1 comme le ,sabbat l'tait toujours1 et le lendemain bien obscurcies dans le souvenir des deux victimes dgrises4 ,mais ceux qui avaient vu1 agi1 oubliaient-ils8 ,ces actes punissables sentent dj l'aristocratie4 ,ils ne rappellent en rien l'antique fraternit des serfs1 le primitif ,sabbat1 impie1 souill sans doute1 mais libre et sans surprise1 o tout tait voulu et consenti4 ,visiblement ,satan1 de tout temps corrompu1 va se gtant encore4 ,il devient un ,satan poli1 rus1 doucetre1 d'autant plus perfide et immonde4 ,quelle chose nouvelle1 trange1 au ,sabbat1 que son accord avec les prtres8 ,qu'est-ce que ce cur qui amne sa ,bndicte1 sa sacristine1 qui tripote des choses d'glise1 dit le matin la ,messe blanche1 la nuit la ,messe noire8 ,satan1 dit ,lancre1 lui recommande de faire l'amour ses filles spirituelles1 de corrompre ses pnitentes4 ,innocent magistrat6 ,il a l'air d'ignorer que depuis un sicle dj ,satan a compris1 exploit les bnfices de l'glise4 ,il s'est fait directeur4 ,ou1 si vous l'aimez mieux1 le directeur s'est fait ,satan4 ,rappelez-vous donc1 mon cher ,lancre1 les procs qui commencent ds #adia1 et qui peut-tre contribuent rendre tolrant le ,parlement de ,paris4 ,il ne brle plus gure ,satan1 n'y voyant plus qu'un masque4 ,nombre de nonnes cdent sa ruse nouvelle d'emprunter le visage d'un confesseur aim4 ,exemple cette ,jeanne ,pothierre1 religieuse du ,quesnoy1 mre1 de quarante-cinq ans1 mais1 hlas6 trop sensible4 ,elle dclare ses feux son pater1 qui n'a garde de l'couter1 et fuit ,falempin1 quelques lieues de l4 ,le diable1 qui ne dort jamais1 comprend son avantage1 et la voyant 7dit l'annaliste7 pique d'pines de ,vnus1 il prit subtilement la forme dudit ,pre1 et1 chaque nuit revenu au couvent1 il russit prs d'elle1 la trompant tellement qu'elle dclare y avoir t prise1 de compte fait1 quatre cent trente-quatre fois#fd444 ,on eut grande piti de son repentir1 et elle fut subitement dispense de rougir1 car on btit une bonne fosse mure prs de l1 au chteau de ,selles1 o elle mourut en quelques jours1 mais d'une trs bonne mort catholique444 ,quoi de plus touchant8444 ,mais tout ceci n'est rien en prsence de la belle affaire de ,gauffridi1 qui a lieu ,marseille pendant que ,lancre instrumente ,bayonne4 #fd ,masse1 ,chronique du monde 7#aedj71 et les chroniqueurs du ,hainaut1 ,vinchant1 etc4 ,le ,parlement de ,provence n'eut rien envier aux succs du ,parlement de ,bordeaux4 ,la juridiction laque saisit de nouveau l'occasion d'un procs de sorcellerie pour se faire la rformatrice des murs ecclsiastiques4 ,elle jeta un regard svre dans le monde ferm des couvents4 ,rare occasion4 ,il y fallut un concours singulier de circonstances1 des jalousies furieuses1 des vengeances de prtre prtre4 ,sans ces passions indiscrtes1 que nous verrons plus tard encore clater de moments en moments1 nous n'aurions nulle connaissance de la destine relle de ce grand peuple de femmes qui meurt dans ces tristes maisons1 pas un mot de ce qui se passe derrire ces grilles et ces grands murs que le confesseur franchit seul4 ,le prtre basque que ,lancre montre si lger1 si mondain1 allant1 l'pe au ct1 danser la nuit au ,sabbat1 o il conduit sa sacristine1 n'tait pas un exemple craindre4 ,ce n'tait pas celui-l que l',inquisition d',espagne prenait tant de peine couvrir1 et pour qui ce corps si svre se montrait si indulgent4 ,on entrevoit fort bien chez ,lancre1 au milieu de ses rticences1 qu'il y a encore autre chose4 ,et les tats-gnraux de #afad1 quand ils disent qu'il ne faut pas que le prtre juge le prtre1 pensent aussi autre chose4 ,c'est prcisment ce mystre qui se trouve dchir par le ,parlement de ,provence4 ,le directeur de religieuses1 matre d'elles1 et disposant de leur corps et de leur me1 les ensorcelant3 voil ce qui apparut au procs de ,gauffridi1 plus tard aux affaires terribles de ,loudun et de ,louviers1 dans celles que ,llorente1 que ,ricci et autres nous ont fait connatre4 ,la tactique fut la mme pour attnuer le scandale1 dsorienter le public1 l'occuper de la forme en cachant le fond4 ,au procs d'un prtre sorcier1 on mit en saillie le sorcier1 et l'on escamota le prtre1 de manire tout rejeter sur les arts magiques et faire oublier la fascination naturelle d'un homme matre d'un troupeau de femmes qui lui sont abandonnes4 ,il n'y avait aucun moyen d'touffer la premire affaire4 ,elle avait clat en pleine ,provence1 dans ce pays de lumire o le soleil perce tout jour4 ,le thtre principal fut non seulement ,aix et ,marseille1 mais le lieu clbre de la ,sainte-,baume1 plerinage frquent o une foule de curieux vinrent de toute la ,france assister au duel mort de deux religieuses possdes et de leurs dmons4 ,les ,dominicains1 qui entamrent la chose comme inquisiteurs1 s'y compromirent fort par l'clat qu'ils lui donnrent1 par leur partialit pour telle de ces religieuses4 ,quelque soin que le ,parlement mt ensuite brusquer la conclusion1 ces moines eurent grand besoin de s'expliquer et de l'excuser4 ,de l le livre important du moine ,michalis1 ml de vrits1 de fables1 o il rige ,gauffridi1 le prtre qu'il fit brler1 en ,prince des magiciens1 non seulement de ,france1 mais d',espagne1 d',allemagne1 d',angleterre et de ,turquie1 de toute la terre habite4 ,gauffridi semble avoir t un homme agrable et de mrite4 ,n aux montagnes de ,provence1 il avait beaucoup voyag dans les ,pays-,bas et dans l',orient4 ,il avait la meilleure rputation ,marseille1 o il tait prtre l'glise des ,acoules4 ,son vque en faisait cas1 et les dames les plus dvotes le prfraient pour confesseur4 ,il avait1 dit-on1 un don singulier pour se faire aimer de toutes4 ,nanmoins il aurait gard une bonne rputation si une dame noble de ,provence1 aveugle et passionne1 qu'il avait dj corrompue1 n'et pouss l'infatuation jusqu' lui confier 7peut-tre pour son ducation religieuse7 une charmante enfant de douze ans1 ,madeleine de ,la ,palud1 blonde et d'un caractre doux4 ,gauffridi y perdit l'esprit1 et ne respecta pas l'ge ni la sainte ignorance1 l'abandon de son lve4 ,elle grandit cependant1 et la jeune demoiselle noble s'aperut de son malheur1 de cet amour infrieur et sans espoir de mariage4 ,gauffridi1 pour la retenir1 dit qu'il pouvait l'pouser devant le ,diable1 s'il ne le pouvait devant ,dieu4 ,il caressa son orgueil en lui disant qu'il tait le ,prince des magiciens1 et qu'elle en deviendrait la reine4 ,il lui mit au doigt un anneau d'argent1 marqu de caractres magiques4 ,la mena-t-il au ,sabbat ou lui fit-il croire qu'elle y avait t1 en la troublant par des breuvages1 des fascinations magntiques8 ,ce qui est sr1 c'est que l'enfant1 tiraille entre deux croyances1 pleine d'agitation et de peur1 fut ds lors par moments folle1 et certains accs la jetaient dans l'pilepsie4 ,sa peur tait d'tre enleve vivante par le ,diable4 ,elle n'osa plus rester dans la maison de son pre1 et se rfugia au couvent des ,ursulines de ,marseille4 ,,vi ,,gauffridi 7#afaj7 ,l'ordre des ,ursulines semblait le plus calme des ordres1 le moins draisonnable4 ,elles n'taient pas oisives1 s'occupant un peu lever des petites filles4 ,la raction catholique1 qui avait commenc avec une haute ambition espagnole d'extase1 impossible alors1 qui avait follement bti force couvents de ,carmlites1 ,feuillantines et ,capucines1 s'tait vue bientt au bout de ses forces4 ,les filles qu'on murait l si durement pour s'en dlivrer mouraient tout de suite1 et1 par ces morts si promptes1 accusaient horriblement l'inhumanit des familles4 ,ce qui les tuait1 ce n'taient pas les mortifications1 mais l'ennui et le dsespoir4 ,aprs le premier moment de ferveur la terrible maladie des clotres 7dcrite ds le cinquime sicle par ,cassien71 l'ennui pesant1 l'ennui mlancolique des aprs-midi1 l'ennui tendre qui gare en d'indfinissables langueurs1 les minait rapidement4 ,d'autres taient comme furieuses2 le sang trop fort les touffait4 ,une religieuse1 pour mourir dcemment sans laisser trop de remords ses proches1 doit y mettre environ dix ans 7c'est la vie moyenne de clotre74 ,il fallut donc en rabattre1 et des hommes de bon sens et d'exprience sentirent que1 pour les prolonger1 il fallait les occuper quelque peu1 ne pas les tenir trop seules4 ,saint ,franois de ,sales fonda les ,visitandines1 qui devaient1 deux deux1 visiter les malades4 ,csar de ,bus et ,romillion1 qui avaient cr les ,prtres de la doctrine 7en rapport avec l',oratoire71 fondrent ce qu'on et pu appeler les filles de la ,doctrine1 les ,ursulines1 religieuses enseignantes1 que ces prtres dirigeaient4 ,le tout sous la haute inspection des vques1 et peu1 trs peu monastique2 elles n'taient pas clotres encore4 ,les ,visitandines sortaient2 les ,ursulines recevaient 7au moins les parents des lves74 ,les unes et les autres taient en rapport avec le monde1 sous des directeurs estims4 ,l'cueil de tout cela1 c'tait la mdiocrit4 ,quoique les ,oratoriens et ,doctrinaires aient eu des gens de grand mrite1 l'esprit gnral de l'ordre tait systmatiquement moyen1 modr1 attentif ne pas prendre un vol trop haut4 ,le fondateur des ,ursulines1 ,romillion1 tait un homme d'ge1 un protestant converti1 qui avait tout travers1 et tait revenu de tout4 ,il croyait ses jeunes ,provenales dj aussi sages1 et comptait tenir ses petites ouailles dans les maigres pturages d'une religion oratorienne1 monotone et raisonnable4 ,c'est par l que l'ennui rentrait4 ,un matin1 tout chappa4 ,le montagnard provenal1 le voyageur1 le mystique1 l'homme de trouble et de passion1 ,gauffridi1 qui venait l comme directeur de ,madeleine1 eut une bien autre action4 ,elles sentirent une puissance1 et1 sans doute par les chappes de la jeune folle amoureuse1 elles surent que ce n'tait rien moins qu'une puissance diabolique4 ,toutes sont saisies de peur1 et plus d'une aussi d'amour4 ,les imaginations s'exaltent2 les ttes tournent4 ,en voil cinq ou six qui pleurent1 qui crient et qui hurlent1 qui se sentent saisies du dmon4 ,si les ,ursulines eussent t clotres1 mures1 ,gauffridi1 leur seul directeur1 et pu les mettre d'accord de manire ou d'autre4 ,il aurait pu arriver1 comme au clotre du ,quesnoy en #adia1 que le ,diable1 qui prend volontiers la figure de celui qu'on aime1 se ft constitu1 sous la figure de ,gauffridi1 amant commun des religieuses4 ,ou bien1 comme dans ces clotres espagnols dont parle ,llorente1 il leur et persuad que le prtre sacre de prtrise celles qui il fait l'amour1 et que le pch avec lui est une sanctification4 ,opinion rpandue en ,france1 et ,paris mme1 o ces matresses de prtres taient dites les consacres4 7,l',estoile1 dit4 ,michaud1 p4 #efa47 ,gauffridi1 matre de toutes1 s'en tint-il ,madeleine8 ,ne passa-t-il pas de l'amour au libertinage8 ,on ne sait4 ,l'arrt indique une religieuse qu'on ne montra pas au procs1 mais qui reparat la fin1 comme s'tant donne au ,diable et lui4 ,les ,ursulines taient une maison toute jour1 o chacun venait1 voyait4 ,elles taient sous la garde de leurs ,doctrinaires1 honntes1 et d'ailleurs jaloux4 ,le fondateur mme tait l1 indign et dsespr4 ,quel malheur pour l'ordre naissant1 qui1 ce moment mme1 prosprait1 s'tendait partout en ,france6 ,sa prtention tait la sagesse1 le bon sens1 le calme4 ,et tout coup1 il dlire6 ,romillion et voulu touffer la chose4 ,il fit secrtement exorciser ces filles par un de ses prtres4 ,mais les diables ne tenaient compte d'exorcistes doctrinaires4 ,celui de la petite blonde1 diable noble1 qui tait ,belzbuth1 dmon de l'orgueil1 ne daigna desserrer les dents4 ,il y avait1 parmi ces possdes1 une fille1 particulirement adopte de ,romillion1 fille de vingt vingt-cinq ans1 fort cultive et nourrie dans la controverse1 ne protestante1 mais qui1 n'ayant ni pre ni mre1 tait tombe aux mains du ,pre1 comme elle1 protestant converti4 ,son nom de ,louise ,copeau semble roturier4 ,c'tait1 comme il parut trop1 une fille d'un prodigieux esprit1 d'une passion enrage4 ,ajoutez-y une pouvantable force4 ,elle soutint trois mois1 outre son orage infernal1 une lutte dsespre qui et tu l'homme le plus fort en huit jours4 ,elle dit qu'elle avait trois diables3 ,verrine1 bon diable catholique1 lger1 un des dmons de l'air2 ,lviathan1 mauvais diable1 raisonneur et protestant2 enfin un autre qu'elle avoue tre celui de l'impuret4 ,mais elle en oublie un1 le dmon de la jalousie4 ,elle hassait cruellement la petite1 la blonde1 la prfre1 l'orgueilleuse demoiselle noble4 ,celle-ci1 dans ses accs1 avait dit qu'elle avait t au ,sabbat1 et qu'elle y avait t reine1 et qu'on l'y avait adore1 et qu'elle s'y tait livre1 mais au ,prince444--,quel prince8--,louis ,gauffridi1 le ,prince des magiciens4 ,cette ,louise1 qui une telle rvlation avait enfonc un poignard1 tait trop furieuse pour en douter4 ,folle1 elle crut la folle1 afin de la perdre4 ,son dmon fut soutenu de tous les dmons des jalouses4 ,toutes crirent que ,gauffridi tait bien le roi des sorciers4 ,le bruit se rpandait partout qu'on avait fait une grande capture1 un prtre1 roi des magiciens1 le ,prince de la magie pour tous les pays4 ,tel fut l'affreux diadme de fer et de feu que ces dmons femelles lui enfoncrent au front4 ,tout le monde perdit la tte1 et le vieux ,romillion mme4 ,soit haine de ,gauffridi1 soit peur de l',inquisition1 il sortit l'affaire des mains de l'vque1 et mena ses deux possdes1 ,louise et ,madeleine1 au couvent de la ,sainte-,baume1 dont le prieur dominicain tait le ,pre ,michalis1 inquisiteur du pape en terre papale d',avignon et qui prtendait l'tre pour toute la ,provence4 ,il s'agissait uniquement d'exorcismes4 ,mais1 comme les deux filles devaient accuser ,gauffridi1 celui-ci allait par l le faire tomber aux mains de l',inquisition4 ,michalis devait prcher l',avent ,aix1 devant le ,parlement4 ,il sentit combien cette affaire dramatique le relverait4 ,il la saisit avec l'empressement de nos avocats de ,cours d'assises quand il leur vient un meurtre dramatique ou quelque cas curieux de conversation criminelle4 ,le beau1 dans ce genre d'affaires1 c'tait de mener le drame pendant l',avent1 ,nol et le carme et de ne brler qu' la ,semaine-,sainte1 la veille du grand moment de ,pques4 ,michalis se rserva pour le dernier acte1 et confia le gros de la besogne un ,dominicain flamand qu'il avait1 le docteur ,dompt1 qui venait de ,louvain1 qui avait dj exorcis1 tait ferr en ces sottises4 ,ce que le ,flamand d'ailleurs avait faire de mieux1 c'tait de ne rien faire4 ,on lui donnait en ,louise un auxiliaire terrible1 trois fois plus zl que l',inquisition1 d'une inextinguible fureur1 d'une brlante loquence1 bizarre1 baroque parfois1 mais faire frmir1 une vraie torche infernale4 ,la chose fut rduite un duel entre les deux diables1 entre ,louise et ,madeleine1 par-devant le peuple4 ,des simples qui venaient l au plerinage de la ,sainte-,baume1 un bon orfvre par exemple et un drapier1 gens de ,troyes en ,champagne1 taient ravis de voir le dmon de ,louise battre si cruellement les dmons et fustiger les magiciens4 ,ils en pleuraient de joie1 et s'en allaient en remerciant ,dieu4 ,spectacle bien terrible cependant 7mme dans la lourde raction des procs-verbaux du ,flamand7 de voir ce combat ingal2 cette fille1 plus ge et si forte1 robuste ,provenale1 vraie race des cailloux de la ,crau1 chaque jour lapider1 assommer1 craser cette victime1 jeune et presque enfant1 dj supplicie par son mal1 perdue d'amour et de honte1 dans les crises de l'pilepsie444 ,le volume du ,flamand1 avec l'addition de ,michalis1 en tout quatre cents pages1 est un court extrait des invectives1 injures et menaces que cette fille vomit cinq mois1 et de ses sermons aussi1 car elle prchait sur toutes choses1 sur les sacrements1 sur la vue prochaine de l',antchrist1 sur la fragilit des femmes1 etc41 etc4 ,de l1 au nom de ses ,diables1 elle revenait la fureur1 et deux fois par jour reprenait l'excution de la petite1 sans respirer1 sans suspendre une minute l'affreux torrent1 moins que l'autre1 perdue1 un pied en enfer1 dit-elle elle-mme1 ne tombt en convulsion1 et ne frappt les dalles de ses genoux1 de son corps1 de sa tte1 vanouie4 ,louise est bien au quart folle1 il faut l'avouer2 nulle fourberie n'et suffi tenir cette longue gageure4 ,mais sa jalousie lui donne1 sur chaque endroit o elle peut crever le cur la patiente et y faire entrer l'aiguille1 une horrible lucidit4 ,c'est le renversement de toute chose4 ,cette ,louise1 possde du ,diable1 communie tant qu'elle veut4 ,elle gourmande les personnes de la plus haute autorit4 ,la vnrable ,catherine de ,france1 la premire des ,ursulines1 vient voir cette merveille1 l'interroge1 et tout d'abord la surprend en flagrant dlit d'erreur1 de sottise4 ,l'autre1 impudente1 en est quitte pour dire1 au nom de son ,diable3 ,le ,diable est le pre du mensonge4 ,un minime1 homme de sens1 qui est l1 relve ce mot1 et lui dit3 ,alors tu mens4 ,et aux exorcistes3 ,que ne faites-vous taire cette femme8 ,il leur cite l'histoire d'une ,marthe1 une fausse possde de ,paris4--,pour rponse1 on la fait communier devant lui4 ,le ,diable communiant1 le ,diable recevant le corps de ,dieu6444 ,le pauvre homme est stupfait444 ,il s'humilie devant l',inquisition4 ,il a trop forte partie1 ne dit plus un mot4 ,un des moyens de ,louise1 c'est de terrifier l'assistance1 disant3 ,je vois des magiciens444 ,chacun tremble pour soi-mme4 ,victorieuse1 de la ,sainte-,baume1 elle frappe jusqu' ,marseille4 ,son exorciste flamand1 rduit l'trange rle de secrtaire et confident du ,diable1 crit sous sa dicte cinq lettres3 ,aux ,capucins de ,marseille pour qu'ils somment ,gauffridi de se convertir2--aux mmes ,capucins pour qu'ils arrtent ,gauffridi1 le garrottent avec une tole et le tiennent prisonnier dans telle maison qu'elle indique2--plusieurs lettres aux modrs1 ,catherine de ,france1 aux ,prtres de la ,doctrine1 qui eux-mmes se dclaraient contre elle4--,enfin1 cette femme effrne1 dborde1 insulte sa propre suprieure3 ,vous m'avez dit au dpart d'tre humble et obissante444 ,je vous rends votre conseil4 ,verrine1 le diable de ,louise1 dmon de l'air et du vent1 lui soufflait des paroles folles1 lgres et d'orgueil insens1 blessant amis et ennemis1 l',inquisition mme4 ,un jour elle se mit rire de ,michalis1 qui se morfondait1 ,aix prcher dans le dsert1 tandis que tout le monde venait l'couter la ,sainte-,baume4 ,tu prches1 ,michalis1 tu dis vrai1 mais avances peu444 ,et ,louise1 sans tudier1 a atteint1 compris le sommaire de la perfection4 ,cette joie sauvage lui venait surtout d'avoir bris ,madeleine4 ,un mot y avait fait plus que cent sermons4 ,mot barbare3 ,tu seras brle6 7#ag dcembre47 ,la petite fille1 perdue1 dit ds lors tout ce qu'elle voulait et la soutint bassement4 ,elle s'humilia devant tous1 demanda pardon sa mre1 son suprieur ,romillion1 l'assistance1 ,louise4 ,si nous en croyons celle-ci1 la peureuse la prit part1 la pria d'avoir piti d'elle1 de ne pas trop la chtier4 ,l'autre1 tendre comme un roc1 clmente comme un cueil1 sentit qu'elle tait elle1 pour en faire ce qu'elle voudrait4 ,elle la prit1 l'enveloppa1 l'tourdit et lui ta le peu qui lui restait d'me4 ,second ensorcellement1 mais l'envers de ,gauffridi1 une possession par la terreur4 ,la crature anantie marchant sous la verge et le fouet1 on la poussa jour par jour dans cette voie d'exquise douleur d'accuser1 d'assassiner celui qu'elle aimait encore4 ,si ,madeleine avait rsist1 ,gauffridi et chapp4 ,tout le monde tait contre ,louise4 ,michalis mme1 ,aix1 clips par elle dans ses prdications1 trait d'elle si lgrement1 et tout arrt plutt que d'en laisser l'honneur cette fille4 ,marseille dfendait ,gauffridi1 tant effraye de voir l',inquisition d',avignon pousser jusqu' elle1 et chez elle prendre un ,marseillais4 ,l'vque surtout et le chapitre dfendaient leur prtre4 ,ils soutenaient qu'il n'y avait rien en tout cela qu'une jalousie de confesseurs1 la haine ordinaire des moines contre les prtres sculiers4 ,les ,doctrinaires auraient voulu tout finir4 ,ils taient dsols du bruit4 ,plusieurs en eurent tant de chagrin qu'ils taient prs de tout laisser et de quitter leur maison4 ,les dames taient indignes1 surtout ,mme ,libertat1 la dame du chef des royalistes1 qui avait rendu ,marseille au roi4 ,toutes pleuraient pour ,gauffridi et disaient que le dmon seul pouvait attaquer cet agneau de ,dieu4 ,les ,capucins1 qui ,louise si imprieusement ordonnait de le prendre au corps1 taient 7comme tous les ordres de ,saint ,franois7 ennemis des ,dominicains4 ,ils furent jaloux du relief que ceux-ci tiraient de leur possde4 ,la vie errante d'ailleurs qui mettait les ,capucins en rapports continuels avec les femmes leur faisait souvent des affaires de murs4 ,ils n'aimaient pas qu'on se mt regarder de si prs la vie des ecclsiastiques4 ,ils prirent parti pour ,gauffridi4 ,les possds n'taient pas chose si rare qu'on ne pt s'en procurer2 ils en eurent un point nomm4 ,son diable1 sous l'influence du cordon de ,saint-,franois1 dit tout le contraire du diable de ,saint-,dominique1 il dit1 et ils crivirent en son nom3 ,que ,gauffridi n'tait nullement magicien1 qu'on ne pouvait l'arrter4 ,on ne s'attendait pas cela1 la ,sainte-,baume4 ,louise parut interdite4 ,elle trouva dire seulement qu'apparemment les ,capucins n'avaient pas fait jurer leur diable de dire vrai4 ,pauvre rponse qui fut pourtant appuye par la tremblante ,madeleine4 ,celle-ci comme un chien battu et qui craint de l'tre encore1 tait capable de tout1 mme de mordre et de dchirer4 ,c'est par elle qu'en cette crise ,louise horriblement mordit4 ,elle-mme dit seulement que l'vque1 sans le savoir1 offensait ,dieu4 ,elle cria contre les sorciers de ,marseille1 sans nommer personne4 ,mais le mot cruel et fatal1 elle le fit dire par ,madeleine4 ,une femme qui depuis deux ans avait perdu son enfant fut dsigne par celle-ci comme l'ayant trangl4 ,la femme1 craignant les tortures1 s'enfuit ou se tint cache4 ,son mari1 son pre en larmes1 vinrent la ,sainte-,baume1 sans doute pour flchir les inquisiteurs4 ,mais ,madeleine n'et jamais os se ddire2 elle rpta l'accusation4 ,qui tait en sret8 ,personne4 ,du moment que le ,diable tait pris pour vengeur de ,dieu1 du moment qu'on crivait sous sa dicte les noms de ceux qui pouvaient passer par les flammes1 chacun eut de nuit et de jour le cauchemar affreux du bcher4 ,marseille1 contre une telle audace de l',inquisition papale1 et d s'appuyer du ,parlement d',aix4 ,malheureusement elle savait qu'elle n'tait pas aime ,aix4 ,celle-ci1 la petite ville officielle de magistrature et de noblesse1 a toujours t jalouse de l'opulente splendeur de ,marseille1 cette reine du ,midi4 ,ce fut tout au contraire l'adversaire de ,marseille1 l'inquisiteur papal1 qui1 pour prvenir l'appel de ,gauffridi au ,parlement1 y eut recours le premier4 ,c'tait un corps trs fanatique dont les grosses ttes taient des nobles enrichis dans l'autre sicle au massacre des ,vaudois4 ,comme juges laques1 d'ailleurs1 ils furent ravis de voir un inquisiteur du pape crer un tel prcdent1 avouer que1 dans l'affaire d'un prtre1 dans une affaire de sortilge1 l',inquisition ne pouvait procder que pour l'instruction prparatoire4 ,c'tait comme une dmission que donnaient les inquisiteurs de toutes leurs vieilles prtentions4 ,un ct flatteur aussi o mordirent ceux d',aix1 comme avaient fait ceux de ,bordeaux1 c'taient qu'eux laques1 ils fussent rigs par l'glise elle-mme en censeurs et rformateurs des murs ecclsiastiques4 ,dans cette affaire1 o tout devait tre trange et miraculeux1 ce ne fut pas la moindre merveille de voir un dmon si furieux devenir tout coup flatteur pour le ,parlement1 politique et diplomate4 ,louise charma les gens du roi par un loge du feu roi4 ,henri ,,iv 7qui l'aurait cru87 fut canonis par le ,diable4 ,un matin1 sans -propos1 il clata en loges de ce pieux et saint roi qui venait de monter au ciel4 ,un tel accord des deux anciens ennemis1 le ,parlement et l',inquisition1 celle-ci dsormais sre du bras sculier1 des soldats et du bourreau1 une commission parlementaire envoye la ,sainte-,baume pour examiner les possdes1 couter leurs dpositions1 leurs accusations1 et dresser des listes1 c'tait chose vraiment effrayante4 ,louise1 sans mnagement1 dsigna les ,capucins1 dfenseurs de ,gauffridi1 et annona qu'ils seraient punis temporellement dans leur corps et dans leur chair4 ,les pauvres ,pres furent briss4 ,leur diable ne souffla plus mot4 ,ils allrent trouver l'vque et lui dirent qu'en effet on ne pouvait gure refuser de reprsenter ,gauffridi la ,sainte-,baume1 et de faire acte d'obissance2 mais qu'aprs cela l'vque et le chapitre le rclameraient1 le replaceraient sous la protection de la justice piscopale4 ,on avait calcul aussi sans doute que la vue de cet homme aim allait fort troubler les deux filles1 que la terrible ,louise elle-mme serait branle des rclamations de son cur4 ,ce cur1 en effet1 s'veilla l'approche du coupable2 la furieuse semble avoir eu un moment d'attendrissement4 ,je ne connais rien de plus brlant que sa prire pour que ,dieu sauve celui qu'elle a pouss la mort3 ,grand ,dieu1 je vous offre tous les sacrifices qui ont t offerts depuis l'origine du monde et le seront jusqu' la fin444 le tout pour ,louis6 ,je vous offre tous les pleurs des saints1 toutes les extases des anges444 le tout pour ,louis6 ,je voudrais qu'il y et plus d'mes encore pour que l'oblation ft plus grande444 le tout pour ,louis6 ,pater de clis ,deus1 misere ,ludovici6 ,fili redemptor mundi ,deus1 miserere ,ludovici6444 etc4 ,vaine piti6 funeste d'ailleurs6444 ,ce qu'elle et voulu1 c'tait que l'accus ne s'endurct pas1 qu'il s'avout coupable4 ,auquel cas il tait sr d'tre brl1 dans notre jurisprudence4 ,elle-mme1 du reste1 tait finie1 elle ne pouvait plus rien4 ,l'inquisiteur ,michalis1 humili de n'avoir vaincu que par elle1 irrit contre son exorciste flamand1 qui s'tait tellement subordonn elle et avait laiss voir tous les secrets ressorts de la tragdie1 ,michalis venait justement pour briser ,louise1 sauver ,madeleine et la lui substituer1 s'il se pouvait1 dans ce drame populaire4 ,ceci n'tait pas maladroit et tmoigne d'une certaine entente de la scne4 ,l'hiver et l',avent avaient t remplis par la terrible sibylle1 la bacchante furieuse4 ,dans une saison plus douce1 dans un printemps de ,provence1 au ,carme1 aurait figur un personnage plus touchant1 un dmon tout fminin dans une enfant malade et dans une blonde timide4 ,la petite demoiselle appartenant une famille distingue1 la noblesse s'y intressait1 et le ,parlement de ,provence4 ,michalis1 loin d'couter son ,flamand1 l'homme de ,louise1 lorsqu'il voulut entrer au petit conseil des parlementaires1 lui ferma la porte4 ,un ,capucin1 venu aussi1 au premier mot de ,louise1 cria3 ,silence1 diable maudit6 ,gauffridi cependant tait arriv la ,sainte-,baume1 o il faisait triste figure4 ,homme d'esprit1 mais faible et coupable1 il ne pressentait que trop la fin d'une pareille tragdie populaire1 et1 dans sa cruelle catastrophe1 il se voyait abandonn1 trahi de l'enfant qu'il aimait4 ,il s'abandonna lui-mme1 et1 quand on le mit en face de ,louise1 elle apparut comme un juge1 un de ces vieux juges d'glise1 cruels et subtils scolastiques4 ,elle lui posa les questions de doctrine1 et tout il rpondait oui1 lui accordant mme les choses les plus contestables1 par exemple1 que le ,diable peut tre cru en justice sur sa parole et son serment4 ,cela ne dura que huit jours 7du #a;er au #h janvier74 ,le clerg de ,marseille le rclama4 ,ses amis les ,capucins dirent avoir visit sa chambre et n'avoir rien trouv de magique4 ,quatre chanoines de ,marseille vinrent d'autorit le prendre et le ramenrent chez lui4 ,gauffridi tait bien bas4 ,mais ses adversaires n'taient pas bien haut4 ,mme les deux inquisiteurs1 ,michalis et le ,flamand1 taient honteusement en discorde4 ,la partialit du second pour ,louise1 du premier pour ,madeleine1 dpassa les paroles mme1 et l'on en vint aux voies de fait4 ,ce chaos d'accusations1 de sermons1 de rvlations1 que le ,diable avait dictes par la bouche de ,louise1 le ,flamand1 qui l'avait crit1 soutenait que tout cela tait parole de ,dieu1 et craignait qu'on n'y toucht4 ,il avouait une grande dfiance de son chef ,michalis1 craignant que1 dans l'intrt de ,madeleine1 il n'altrt ces papiers de manire perdre ,louise4 ,il les dfendit tant qu'il put1 s'enferma dans sa chambre1 et soutint un sige4 ,michalis1 qui avait les parlementaires pour lui1 ne put prendre le manuscrit qu'au nom du roi et en enfonant la porte4 ,louise1 qui n'avait peur de rien1 voulait au roi opposer le pape4 ,le ,flamand porta appel contre son chef ,michalis ,avignon1 au lgat4 ,mais la prudente cour papale fut effraye du scandale de voir un inquisiteur accuser un inquisiteur4 ,elle n'appuya pas le ,flamand1 qui n'eut plus qu' se soumettre4 ,michalis1 pour le faire taire1 lui restitua les papiers4 ,ceux de ,michalis1 qui forment un second procs-verbal assez plat et nullement comparable l'autre1 ne sont remplis que de ,madeleine4 ,on lui fait de la musique pour essayer de la calmer4 ,on note trs soigneusement si elle mange ou ne mange pas4 ,on s'occupe trop d'elle en vrit1 et souvent de faon peu difiante4 ,on lui adresse des questions tranges sur le magicien1 sur les places de son corps qui pouvaient avoir la marque du ,diable4 ,elle-mme fut examine4 ,quoiqu'elle dt l'tre ,aix par les mdecins et chirurgiens du ,parlement 7p4 #gj71 ,michalis1 par excs de zle1 la visita la ,sainte-,baume1 et il spcifie ses observations 7p4 #fi74 ,point de matrone appele4 ,les juges1 laques et moines1 ici rconcilis et n'ayant pas craindre leur surveillance mutuelle1 se passrent apparemment ce mpris des formalits4 ,ils avaient un juge en ,louise4 ,cette fille hardie stigmatisa ces indcences au fer chaud3 ,ceux qu'engloutit le ,dluge n'avaient pas tant fait que ceux-ci6444 ,sodome1 rien de pareil n'a jamais t dit de toi6444 ,elle dit aussi3 ,madeleine est livre l'impuret6 ,c'tait1 en effet1 le plus triste4 ,la pauvre folle1 par une joie aveugle de vivre1 de n'tre pas brle1 ou par un sentiment confus que c'tait elle maintenant qui avait action sur les juges1 chanta1 dansa par moments avec une libert honteuse1 impudique et provocante4 ,le prtre de la ,doctrine1 le vieux ,romillion1 en rougit pour son ,ursuline4 ,choqu de voir ces hommes admirer ses longs cheveux1 il dit qu'il fallait les couper1 lui ter cette vanit4 ,elle tait obissante et douce dans ses bons moments1 et on aurait bien voulu en faire une ,louise4 ,mais ses diables taient vaniteux1 amoureux1 non loquents et furieux1 comme ceux de l'autre4 ,quand on voulut les faire prcher1 ils ne dirent que des pauvrets4 ,michalis fut oblig de jouer la pice tout seul4 ,comme inquisiteur en chef1 tenant dpasser de loin son subordonn ,flamand1 il assura avoir dj tir de ce petit corps une arme de six mille six cent soixante diables2 il n'en restait qu'une centaine4 ,pour mieux convaincre le public1 il lui fit rejeter le charme ou sortilge qu'elle avait aval1 disait-il1 et le lui tira de la bouche dans une matire gluante4 ,qui et refus de se rendre cela8 ,l'assistance demeura stupfaite et convaincue4 ,madeleine tait en bonne voie de salut4 ,l'obstacle tait elle-mme4 ,elle disait chaque instant des choses imprudentes qui pouvaient irriter la jalousie de ses juges et leur faire perdre patience4 ,elle avouait que tout objet lui reprsentait ,gauffridi1 qu'elle le voyait toujours4 ,elle ne cachait pas ses songes rotiques4 ,cette nuit1 disait-elle1 j'tais au ,sabbat4 ,les magiciens adoraient ma statue toute dore4 ,chacun d'eux1 pour l'honorer1 lui offrait du sang1 qu'ils tiraient de leurs mains avec des lancettes4 ,lui1 il tait l1 genoux1 la corde au cou1 me priant de revenir lui et de ne pas le trahir444 ,je rsistais444 ,alors il dit3 ,y a-t-il quelqu'un ici qui veuille mourir pour elle8--,moi1 dit un jeune homme1 et le magicien l'immola4 ,dans un autre moment1 elle le voyait qui lui demandait seulement un seul de ses beaux cheveux blonds4 ,et1 comme je refusais1 il dit3 ,la moiti au moins d'un cheveu4 ,elle assurait cependant qu'elle rsistait toujours4 ,mais un jour1 la porte se trouvant ouverte1 voil notre convertie qui courait toutes jambes pour rejoindre ,gauffridi4 ,on la reprit1 au moins le corps4 ,mais l'me8 ,michalis ne savait comment la reprendre4 ,il avisa heureusement son anneau magique4 ,il le tira1 le coupa1 le dtruisit1 le brla4 ,supposant aussi que l'obstination de cette personne si douce venait des sorciers invisibles qui s'introduisaient dans la chambre1 il y mit un homme d'armes1 bien solide1 avec une pe1 qui frappait de tous les cts1 et taillait les invisibles en pices4 ,mais la meilleure mdecine pour convertir ,madeleine1 ce fut la mort de ,gauffridi4 ,le #e fvrier1 l'inquisiteur alla prcher le ,carme ,aix1 vit les juges et les anima4 ,le ,parlement1 docile son impulsion1 envoya prendre ,marseille l'imprudent1 qui1 se voyant si bien appuy de l'vque1 du chapitre1 des ,capucins1 de tout le monde1 avait cru qu'on n'oserait4 ,madeleine d'un ct1 ,gauffridi de l'autre1 arrivrent ,aix4 ,elle tait si agite1 qu'on fut contraint de la lier4 ,son trouble tait pouvantable1 et l'on n'tait plus sr de rien4 ,on avisa un moyen bien hardi avec cette enfant si malade1 une de ces peurs qui jettent une femme dans les convulsions et parfois donnent la mort4 ,un vicaire gnral de l'archevch dit qu'il y avait en ce palais un noir et troit charnier1 ce qu'on appelle en ,espagne un pourrissoir 7comme on en voit l',escurial74 ,anciennement on y avait mis se consommer d'anciens ossements de morts inconnus4 ,dans cet antre spulcral1 on introduisit la fille tremblante4 ,on l'exorcisa en lui appliquant au visage ces froids ossements4 ,elle ne mourut pas d'horreur1 mais elle fut ds lors discrtion1 et l'on eut ce qu'on voulait1 la mort de la conscience1 l'extermination de ce qui restait de sens moral et de volont4 ,elle devint un instrument souple1 faire tout ce qu'on voulait1 flatteuse1 cherchant deviner ce qui plairait ses matres4 ,on lui montra des huguenots1 et elle les injuria4 ,on la mit devant ,gauffridi1 et elle lui dit par cur les griefs d'accusation1 mieux que n'eussent fait les gens du roi4 ,cela ne l'empchait pas de japper en furieuse quand on la menait l'glise1 d'ameuter le peuple contre ,gauffridi en faisant blasphmer son diable au nom du magicien4 ,belzbuth disait par sa bouche3 ,je renonce ,dieu1 au nom de ,gauffridi1 je renonce ,dieu1 etc4 ,et au moment de l'lvation3 ,retombe sur moi le sang du ,juste1 de la part de ,gauffridi6 ,horrible communaut4 ,ce diable deux damnait l'un par les paroles de l'autre2 tout ce qu'il disait par ,madeleine1 on l'imputait ,gauffridi4 ,et la foule pouvante avait hte de voir brler le blasphmateur muet dont l'impit rugissait par la voix de cette fille4 ,les exorcistes lui firent cette cruelle question1 laquelle ils eussent eux-mmes pu rpondre bien mieux qu'elle3 ,pourquoi1 ,belzbuth1 parles-tu si mal de ton grand ami8--,elle rpondit ces mots affreux3 ,s'il y a des tratres entre les hommes1 pourquoi pas entre les dmons8 ,quand je me sens avec ,gauffridi1 je suis lui pour faire tout ce qu'il voudra4 ,et quand vous me contraignez1 je le trahis et m'en moque4 ,elle ne soutint pas pourtant cette excrable rise4 ,quoique le dmon de la peur et de la servilit semblt l'avoir toute envahie1 il y eut place encore pour le dsespoir4 ,elle ne pouvait plus prendre le moindre aliment4 ,et ces gens qui depuis cinq mois l'exterminaient d'exorcismes et prtendaient l'avoir allge de six mille ou sept mille diables1 sont obligs de convenir qu'elle ne voulait plus que mourir et cherchait avidement tous les moyens de suicide4 ,le courage seul lui manquait4 ,une fois1 elle se piqua avec une lancette1 mais n'eut pas la force d'appuyer4 ,une fois1 elle saisit un couteau1 et1 quand on le lui ta1 elle tcha de s'trangler4 ,elle s'enfonait des aiguilles1 enfin essaya follement de se faire entrer dans la tte une longue pingle par l'oreille4 ,que devenait ,gauffridi8 ,l'inquisiteur1 si long sur les deux filles1 n'en dit presque rien4 ,il passe comme sur le feu4 ,le peu qu'il dit est bien trange4 ,il conte qu'on lui banda les yeux1 pendant qu'avec des aiguilles on cherchait sur tout son corps la place insensible qui devait tre la marque du ,diable4 ,quand on lui ta le bandeau1 il apprit avec tonnement et horreur que1 par trois fois1 on avait enfonc l'aiguille sans qu'il la sentt2 donc il tait trois fois marqu du signe d',enfer44 ,et l'inquisiteur ajouta3 ,si nous tions en ,avignon1 cet homme serait brl demain4 ,il se sentit perdu1 et ne se dfendit plus4 ,il regarda seulement si quelques ennemis des ,dominicains ne pourraient lui sauver la vie4 ,il dit vouloir se confesser aux ,oratoriens4 ,mais ce nouvel ordre1 qu'on aurait pu appeler le juste milieu du catholicisme1 tait trop froid et trop sage pour prendre en main une telle affaire1 si avance d'ailleurs et dsespre4 ,alors il se retourna vers les moines ,mendiants1 se confessa aux ,capucins1 avoua tout et plus que la vrit1 pour acheter la vie par la honte4 ,en ,espagne1 il aurait t relax certainement1 sauf une pnitence dans quelque couvent4 ,mais nos parlements taient plus svres2 ils tenaient constater la puret suprieure de la juridiction laque4 ,les ,capucins1 eux-mmes peu rassurs sur l'article des murs1 n'taient pas gens attirer la foudre sur eux4 ,ils enveloppaient ,gauffridi1 le gardaient1 le consolaient jour et nuit1 mais seulement pour qu'il s'avout magicien1 et que1 la magie restant le grand chef d'accusation1 on pt laisser au second plan la sduction d'un directeur1 qui compromettait le clerg4 ,donc ses amis1 les ,capucins1 par obsession1 caresses et tendresses1 tirent de lui l'aveu mortel1 qui1 disaient-ils1 sauvait son me1 mais qui bien certainement livrait son corps au bcher4 ,l'homme tant perdu1 fini1 on en finit avec les filles1 qu'on ne devait pas brler4 ,ce fut une factie4 ,dans une grande assemble du clerg et du ,parlement1 on fit venir ,madeleine1 et1 parlant elle1 on somma son diable1 ,belzbuth1 de vider les lieux1 sinon de donner ses oppositions4 ,il n'eut garde de le faire1 et partit honteusement4 ,puis on fit venir ,louise1 avec son diable ,verrine4 ,mais avant de chasser un esprit si ami de l'glise1 les moines rgalrent les parlementaires1 novices en ces choses1 du savoir-faire de ce diable1 en lui faisant excuter une curieuse pantomime4 ,comment font les ,sraphins1 les ,chrubins1 les ,trnes1 devant ,dieu8--,chose difficile1 dit ,louise1 ils n'ont pas de corps4 ,mais1 comme on rpta l'ordre1 elle fit effort pour obir1 imitant le vol des uns1 le brlant dsir des autres1 et enfin l'adoration1 en se courbant devant les juges1 prosterne et la tte en bas4 ,on vit cette fameuse ,louise1 si fire et si indompte1 s'humilier1 baiser le pav1 et1 les bras tendus1 s'y appliquer de tout son long4 ,singulire exhibition1 frivole1 indcente1 par laquelle on lui fit expier son terrible succs populaire4 ,elle gagna encore l'assemble par un cruel coup de poignard qu'elle frappa sur ,gauffridi1 qui tait l garrott3 ,maintenant1 lui dit-on1 o est ,belzbuth1 le diable sorti de ,madeleine8--,je le vois distinctement l'oreille de ,gauffridi4 ,est-ce assez de honte et d'horreurs8 ,resterait savoir ce que cet infortun dit la question4 ,on lui donna l'ordinaire et l'extraordinaire4 ,tout ce qu'il y dut rvler clairerait sans nul doute la curieuse histoire des couvents de femmes4 ,les parlementaires recueillaient avidement ces choses-l1 comme armes qui pouvaient servir1 mais ils les tenaient sous le secret de la cour4 ,l'inquisiteur ,michalis1 fort attaqu dans le public pour tant d'animosit qui ressemblait fort la jalousie1 fut appel par son ordre1 qui s'assemblait ,paris1 et ne vit pas le supplice de ,gauffridi1 brl vif ,aix quatre jours aprs 7#cj avril #afaa74 ,la rputation des ,dominicains1 entame par ce procs1 ne fut pas fort releve par une autre affaire de possession qu'ils arrangrent ,beauvais 7novembre7 de manire se donner tous les honneurs de la guerre1 et qu'ils imprimrent ,paris4 ,comme on avait reproch surtout au diable de ,louise de ne pas parler latin1 la nouvelle possde1 ,denise ,lacaille1 en jargonnait quelques mots4 ,ils en firent grand bruit1 la montrrent souvent en procession1 la promenrent mme de ,beauvais ,notre-,dame de ,liesse4 ,mais l'affaire resta assez froide4 ,ce plerinage picard n'eut pas l'effet dramatique1 les terreurs de la ,sainte-,baume4 ,cette ,lacaille1 avec son latin1 n'eut pas la brlante loquence de la ,provenale1 ni sa fougue1 ni sa fureur4 ,le tout n'aboutit rien qu' amuser les huguenots4 ,qu'advint-il des deux rivales1 de ,madeleine et de ,louise8 ,la premire1 du moins son ombre1 fut tenue en terre papale1 de peur qu'on ne la ft parler sur cette funbre affaire4 ,on ne la montrait en public que comme exemple de pnitence4 ,on la menait couper avec de pauvres femmes du bois qu'on vendait pour aumnes4 ,ses parents1 humilis d'elle1 l'avaient rpudie et abandonne4 ,pour ,louise1 elle avait dit pendant le procs3 ,je ne m'en glorifierai pas444 ,le procs fini1 j'en mourrai6 ,mais cela n'arriva point4 ,elle ne mourut pas2 elle tua encore4 ,le diable meurtrier qui tait en elle tait plus furieux que jamais4 ,elle se mit dclarer aux inquisiteurs par noms1 prnoms et surnoms1 tous ceux qu'elle imaginait affilis la magie1 entre autres une pauvre fille1 nomme ,honore1 aveugle des deux yeux1 qui fut brle vive4 ,prions ,dieu1 dit en finissant le ,pre ,michalis1 que le tout soit sa gloire et celle de son glise4 ,,vii ,,les ,,poss,d,,es ,,de ,,loudun4--,,urbain ,,grandier 7#afcb-afcd7 ,dans les ,mmoires d'tat qu'avait crits le fameux ,pre ,joseph1 qu'on ne connat que par extraits1 et que l'on a sans doute prudemment supprims comme trop instructifs1 ce bon ,pre expliquait qu'en #afcc il avait eu le bonheur de dcouvrir une hrsie1 une hrsie immense1 o trempaient un nombre infini de confesseurs et de directeurs4 ,les capucins1 lgion admirable des gardiens de l'glise1 bons chiens du saint troupeau1 avaient flair1 surpris non pas dans les dserts1 mais en pleine ,france1 au centre1 ,chartres1 en ,picardie1 partout1 un terrible gibier1 les alumbrados de l',espagne 7illumins ou quitistes71 qui1 trop perscuts l-bas1 s'taient rfugis chez nous1 et qui1 dans le monde des femmes1 surtout dans les couvents1 glissaient le doux poison qu'on appela plus tard du nom de ,molinos4 ,la merveille1 c'tait qu'on n'et pas su plus tt la chose4 ,elle ne pouvait gure tre cache1 tant si tendue4 ,les capucins juraient qu'en la ,picardie seule 7pays o les filles sont faibles et le sang plus chaud qu'au ,midi7 cette folie de l'amour mystique avait soixante mille professeurs4 ,tout le clerg en tait-il8 tous les confesseurs1 directeurs8 ,il faut sans doute entendre qu'aux directeurs officiels nombre de laques s'adjoignirent1 brlant du mme zle pour le salut des mes fminines4 ,un de ceux-ci qui clata plus tard avec talent1 audace1 est l'auteur des ,dlices spirituelles1 ,desmarets de ,saint-,sorlin4 ,on ne peut comprendre la toute-puissance du directeur sur les religieuses1 cent fois plus matre alors qu'il ne le fut dans les temps antrieurs1 si l'on ne se rappelle les circonstances nouvelles4 ,la rforme du ,concile de ,trente pour la clture des monastres1 fort peu suivie sous ,henri ,,iv1 o les religieuses recevaient le beau monde1 donnaient des bals1 dansaient1 etc41 cette rforme commena srieusement sous ,louis ,,xiii4 ,le cardinal de ,la ,rochefoucauld1 ou plutt les ,jsuites qui le menaient1 exigrent une grande dcence extrieure4 ,est-ce dire que l'on n'entrt plus aux couvents8 ,un seul homme y entrait chaque jour1 et non seulement dans la maison1 mais volont dans chaque cellule 7on le voit dans plusieurs affaires1 surtout par ,david1 ,louviers74 ,cette rforme1 cette clture1 ferma la porte au monde1 aux rivaux incommodes1 donna le tte--tte au directeur1 et l'influence unique4 ,qu'en rsulterait-il8 ,les spculatifs en feront un problme1 non les hommes pratiques1 non les mdecins4 ,ds le seizime sicle1 le mdecin ,wyer nous l'explique par des histoires fort claires4 ,il cite dans son livre ,,iv nombre de religieuses qui devinrent furieuses d'amour4 ,et1 dans son livre ,,iii1 il parle d'un prtre espagnol estim qui1 ,rome1 entr par hasard dans un couvent de nonnes1 en sortit fou1 disant qu'pouses de ,jsus1 elles taient les siennes1 celles du prtre1 vicaire de ,jsus4 ,il faisait dire des messes pour que ,dieu lui donnt la grce d'pouser bientt ce couvent#fe4 #fe ,wyer1 liv4 ,,iii1 ch4 ,,vii1 d'aprs ,grillandus4 ,si cette visite passagre eut cet effet1 on peut comprendre quel dut tre l'tat du directeur des monastres de femmes quand il fut seul chez elles1 et profita de la clture1 put passer le jour avec elles1 recevoir chaque heure la dangereuse confidence de leurs langueurs1 de leurs faiblesses4 ,les sens ne sont pas tout dans l'tat de ces filles4 ,il faut compter surtout l'ennui1 le besoin absolu de varier l'existence1 de sortir d'une vie monotone par quelque cart ou quelque rve4 ,que de choses nouvelles cette poque6 ,les voyages1 les ,indes1 la dcouverte de la terre6 l'imprimerie6 les romans surtout6444 ,quand tout cela roule au dehors1 agite les esprits1 comment croire qu'on supportera la pesante uniformit de la vie monastique1 l'ennui des longs offices1 sans assaisonnement que de quelque sermon nasillard8 ,les laques mme1 au milieu de tant de distractions1 veulent1 exigent de leurs confesseurs l'absolution de l'inconstance4 ,le prtre est entran1 forc de proche en proche4 ,une littrature immense1 varie1 rudite1 se fait de la casuistique1 de l'art de tout permettre4 ,littrature trs progressive1 o l'indulgence de la veille paratrait svrit le lendemain4 ,la casuistique fut pour le monde1 la mystique pour les couvents4 ,l'anantissement de la personne et la mort de la volont1 c'est le grand principe mystique4 ,desmarets nous en donne trs bien la vraie porte morale4 ,les dvous1 dit-il1 immols en eux et anantis1 n'existent plus qu'en ,dieu4 ,ds lors ils ne peuvent mal faire4 ,la partie suprieure est tellement divine qu'elle ne sait plus ce que fait l'autre#ff4 #ff ,doctrine trs ancienne qui reparat souvent dans le ,moyen-ge4 ,au dix-septime sicle1 elle est commune dans les couvents de ,france et d',espagne1 nulle part plus claire et plus nave que dans les leons d'un ange normand une religieuse 7,affaire de ,louviers74--,l'ange enseigne la nonne premirement le mpris du corps et l'indiffrence la chair4 ,jsus l'a tellement mprise1 qu'il l'a expose nue la flagellation1 et laiss voir tous444--,il lui enseigne l'abandon de l'me et de la volont1 la sainte1 la docile1 la toute passive obissance4 ,exemple3 la ,sainte ,vierge1 qui ne se dfia pas de ,gabriel1 mais obit1 conut4--,courait-elle un risque8 ,non4 ,car un esprit ne peut causer aucune impuret4 ,tout au contraire1 il purifie4--,a ,louviers1 cette belle doctrine fleurit ds #afbc1 professe par un directeur g1 autoris1 ,david4 ,le fonds de son enseignement tait de faire mourir le pch par le pch1 pour mieux rentrer en innocence4 ,ainsi firent nos premiers parents4 ,esprit de ,bosroger 7capucin74 ,la ,pit afflige1 #afde2 p4 #afg1 #aga1 #agc1 #agd1 #aha1 #ahi1 #aij1 #aif4 ,on devait croire que le zl ,joseph1 qui avait pouss si haut le cri d'alarme contre ces corrupteurs1 ne s'en tiendrait pas l1 qu'il y aurait une grande et lumineuse enqute2 que ce peuple innombrable1 qui1 dans une seule province1 comptait soixante mille docteurs1 serait connu1 examin de prs4 ,mais non1 ils disparaissent1 et l'on n'en a pas de nouvelles4 ,quelques-uns1 dit-on1 furent emprisonns4 ,mais nul procs1 un silence profond4 ,selon toute apparence1 ,richelieu se soucia peu d'approfondir la chose4 ,sa tendresse pour les capucins ne l'aveugla pas au point de les suivre dans une affaire qui et mis dans leurs mains l'inquisition sur tous les confesseurs4 ,en gnral1 le moine jalousait1 hassait le clerg sculier4 ,matre absolu des femmes espagnoles1 il tait peu got de nos ,franaises pour sa malpropret2 elles allaient plutt au prtre1 ou au jsuite1 confesseur amphibie1 demi-moine et demi-mondain4 ,si ,richelieu avait lch la meute des capucins1 rcollets1 carmes1 dominicains1 etc41 qui et t en sret dans le clerg8 ,personne4 ,quel directeur1 quel prtre1 mme honnte1 n'avait us et abus du doux langage des quitistes prs de ses pnitentes8 ,richelieu se garda de troubler le clerg lorsque dj il prparait l'assemble gnrale o il demanda un don pour la guerre4 ,un procs fut permis aux moines1 un seul1 contre un cur1 mais contre un cur magicien1 ce qui permettait d'embrouiller les choses 7comme en l'affaire de ,gauffridi71 de sorte qu'aucun confesseur1 aucun directeur1 ne s'y reconnt1 et que chacun1 en scurit pleine1 pt toujours dire3 ,ce n'est pas moi4 ,grce ces soins tout prvoyants1 une certaine obscurit reste en effet sur l'affaire de ,grandier#fg4 ,son historien1 le capucin ,tranquille1 prouve merveille qu'il fut sorcier1 bien plus un diable1 et il est nomm dans le procs 7comme on aurait dit d',astaroth7 ,grandier des ,dominations4 ,tout au contraire1 ,mnage est prs de le ranger parmi les grands hommes accuss de magie1 dans les martyrs de la libre pense4 #fg ,l',histoire des diables de ,loudun1 du protestant ,aubin1 est un livre srieux1 solide1 et confirm par les ,procs-verbaux mmes de ,laubardemont4 ,celui du capucin ,tranquille est une pice grotesque4 ,la ,procdure est notre grande ,bibliothque de ,paris4 ,m4 ,figuier a donn de toute l'affaire un long et excellent rcit 7,histoire du merveilleux74--,je suis1 comme on va voir1 contre les brleurs1 mais nullement pour le brl4 ,il est ridicule d'en faire un martyre1 en haine de ,richelieu4 ,c'tait un fat1 vaniteux1 libertin1 qui mritait non le bcher1 mais la prison perptuelle4 ,pour voir un peu plus clair1 il ne faut pas prendre ,grandier part1 mais lui garder sa place dans la trilogie diabolique du temps1 dont il ne fut qu'un second acte1 l'clairer par le premier acte qu'on a vu en ,provence dans l'affaire terrible de la ,sainte-,baume1 o prit ,gauffridi1 l'clairer par le troisime acte1 par l'affaire de ,louviers1 qui copia ,loudun 7comme ,loudun avait copi71 et qui eut son tour un ,gauffridi et un ,urbain ,grandier4 ,les trois affaires sont unes et identiques4 ,toujours le prtre libertin1 toujours le moine jaloux et la nonne furieuse par qui on fait parler le ,diable1 et le prtre brl la fin4 ,voil ce qui fait la lumire dans ces affaires et qui permet d'y mieux voir que dans la fange obscure des monastres d',espagne et d',italie4 ,les religieuses de ces pays de paresse mridionale taient tonnamment passives1 subissaient la vie de srail1 et pis encore#fh4 #fh ,voy4 ,del ,rio1 ,llorente1 ,ricci1 etc4 ,nos ,franaises1 au contraire1 d'une personnalit forte1 vive1 exigeante1 furent terribles de jalousie et terribles de haine1 vrais diables 7et sans figure71 partant indiscrtes1 bruyantes1 accusatrices4 ,leurs rvlations furent trs claires1 et si claires vers la fin que tout le monde en eut honte1 et qu'en trente ans1 en trois affaires1 la chose1 commence par l'horreur1 s'teignit dans la platitude1 sous les sifflets et le dgot4 ,ce n'tait pas ,loudun1 en plein ,poitou1 parmi les huguenots1 sous leurs yeux et leurs railleries1 dans la ville mme o ils tenaient leurs grands synodes nationaux1 qu'on et attendu une affaire scandaleuse pour les catholiques4 ,mais justement ceux-ci1 dans les vieilles villes protestantes1 vivaient comme en pays conquis1 avec une libert trs grande1 pensant non sans raison que des gens souvent massacrs1 tout rcemment vaincus1 ne diraient mot4 ,la ,loudun catholique 7magistrats1 prtres1 moines1 un peu de noblesse et quelques artisans7 vivait part de l'autre1 en vraie colonie conqurante4 ,la colonie se divisa1 comme on pouvait le deviner1 par l'opposition du prtre et du moine4 ,le moine1 nombreux et altier1 comme missionnaire convertisseur1 tenait le haut du pav contre les protestants1 et confessait les dames catholiques1 lorsque1 de ,bordeaux1 arriva un jeune cur1 lve des ,jsuites1 lettr et agrable1 crivant bien et parlant mieux4 ,il clata en chaire1 et bientt dans le monde4 ,il tait ,manceau de naissance et disputeur1 mais mridional d'ducation1 de facilit bordelaise1 hbleur1 lger comme un ,gascon4 ,en peu de temps1 il sut brouiller fond toute la petite ville1 ayant les femmes pour lui1 les hommes contre 7du moins presque tous74 ,il devint magnifique1 insolent et insupportable1 ne respectant plus rien4 ,il criblait de sarcasmes les carmes1 dblatrait en chaire contre les moines en gnral4 ,on s'touffait ses sermons4 ,majestueux et fastueux1 ce personnage apparaissait dans les rues de ,loudun comme un ,pre de l'glise1 tandis que la nuit1 moins bruyant1 il glissait aux alles ou par les portes de derrire4 ,toutes lui furent discrtion4 ,la femme de l'avocat du roi fut sensible pour lui1 mais plus encore la fille du procureur royal1 qui en eut un enfant4 ,ce n'tait pas assez4 ,ce conqurant1 matre des dames1 poussant toujours son avantage1 en venait aux religieuses4 ,il y avait partout alors des ,ursulines1 surs voues l'ducation1 missionnaires femelles en pays protestant1 qui caressaient1 charmaient les mres1 attiraient les petites filles4 ,celles de ,loudun taient un petit couvent de demoiselles nobles et pauvres4 ,pauvre couvent lui-mme2 en les fondant1 on ne leur donna gure que la maison1 ancien collge huguenot4 ,la suprieure1 dame de bonne noblesse et bien apparente1 brlait d'lever son couvent1 de l'amplifier1 de l'enrichir et de le faire connatre4 ,elle aurait pris ,grandier peut-tre1 l'homme la mode1 si dj elle n'et eu pour directeur un prtre qui avait de bien autres racines dans le pays1 tant proche parent des deux principaux magistrats4 ,le chanoine ,mignon1 comme on l'appelait1 tenait la suprieure4 ,elle et lui en confession 7les dames suprieures confessaient les religieuses71 tous deux apprirent avec fureur que les jeunes nonnes ne rvaient que de ce ,grandier dont on parlait tant4 ,donc1 le directeur menac1 le mari tromp1 le pre outrag 7trois affronts en mme famille71 unirent leurs jalousies et jurrent la perte de ,grandier4 ,pour russir1 il suffisait de le laisser aller4 ,il se perdait assez lui-mme4 ,une affaire clata qui fit un bruit faire presque crouler la ville4 ,les religieuses1 en cette vieille maison huguenote o on les avait mises1 n'taient pas rassures4 ,leurs pensionnaires1 enfants de la ville1 et peut-tre aussi de jeunes nonnes1 avaient trouv plaisant d'pouvanter les autres en jouant aux revenants1 aux fantmes1 aux apparitions4 ,il n'y avait pas trop d'ordre en ce mlange de petites filles riches que l'on gtait4 ,elles couraient la nuit les corridors4 ,si bien qu'elles s'pouvantrent elles-mmes4 ,quelques-unes en taient malades1 ou malades d'esprit4 ,mais ces peurs1 ces illusions1 se mlant aux scandales de ville dont on leur parlait trop le jour1 le revenant des nuits1 ce fut ,grandier4 ,plusieurs dirent l'avoir vu1 senti la nuit prs d'elles1 audacieux1 vainqueur1 et s'tre rveilles trop tard4 tait-ce illusion8 taient-ce plaisanteries de novices8 tait-ce ,grandier qui avait achet la portire ou risqu l'escalade6 ,on n'a jamais pu l'claircir4 ,les trois ds lors crurent le tenir4 ,ils suscitrent d'abord dans les petites gens qu'ils protgeaient deux bonnes mes qui dclarrent ne pouvoir plus garder pour leur cur un dbauch1 un sorcier1 un dmon1 un esprit fort1 qui1 l'glise1 pliait un genou et non deux2 enfin qui se moquait des rgles1 et donnait des dispenses contre les droits de l'vque4--,accusation habile qui mettait contre lui l'vque de ,poitiers1 dfenseur naturel du prtre1 et livrait celui-ci la rage des moines4 ,tout cela mont avec gnie1 il faut l'avouer4 ,en le faisant accuser par deux pauvres1 on trouva trs utile de le btonner par un noble4 ,en ce temps de duel1 l'homme impunment btonn perdait dans le public1 il baissait chez les femmes4 ,grandier sentit la profondeur du coup4 ,comme en tout il aimait l'clat1 il alla au roi mme1 se jeta ses genoux1 demanda vengeance pour sa robe de prtre4 ,il l'aurait eue d'un roi dvot2 mais il se trouva l des gens qui dirent au roi que c'tait affaire d'amour et fureur de maris tromps4 ,au tribunal ecclsiastique de ,poitiers1 ,grandier fut condamn pnitence et tre banni de ,loudun1 donc dshonor comme prtre4 ,mais le tribunal civil reprit la chose et le trouva innocent4 ,il eut encore pour lui l'autorit ecclsiastique dont relevait ,poitiers1 l'archevque de ,bordeaux1 ,sourdis4 ,ce prlat belliqueux1 amiral et brave marin1 autant et plus que prtre1 ne fit que hausser les paules au rcit de ces peccadilles4 ,il innocenta le cur1 mais en mme temps lui conseilla sagement d'aller vivre partout1 except ,loudun4 ,c'est ce que l'orgueilleux n'eut garde de faire4 ,il voulut jouir du triomphe sur le terrain de la bataille et parader devant les dames4 ,il rentra dans ,loudun au grand jour1 grand bruit2 toutes le regardaient des fentres2 il marchait tenant un laurier4 ,non content de cette folie1 il menaait1 voulait rparation4 ,ses adversaires1 ainsi pousss1 leur tour en pril1 se rappelrent l'affaire de ,gauffridi1 o le ,diable1 le pre du mensonge1 honorablement rhabilit1 avait t accept en justice comme un bon tmoin vridique1 croyable pour l'glise et croyable pour les gens du roi4 ,dsesprs1 ils invoqurent un diable et ils l'eurent commandement4 ,il parut chez les ,ursulines4 ,chose hasardeuse4 ,mais que de gens intresss au succs6 ,la suprieure voyait son couvent1 pauvre1 obscur1 attirer bientt les yeux de la cour1 des provinces1 de toute la terre4 ,les moines y voyaient leur victoire sur leurs rivaux1 les prtres4 ,ils retrouvaient ces combats populaires livrs au ,diable en l'autre sicle1 souvent 7comme ,soissons7 devant la porte des glises1 la terreur et la joie du peuple voir triompher le bon ,dieu1 l'aveu tir du ,diable que ,dieu est dans le ,sacrement1 l'humiliation des huguenots convaincus par le dmon mme4 ,dans cette comdie tragique1 l'exorciste reprsentait ,dieu1 ou tout au moins c'tait l'archange terrassant le dragon4 ,il descendait des chafauds puis1 ruisselant de sueur1 mais triomphant1 port dans les bras de la foule1 bni des bonnes femmes qui en pleuraient de joie4 ,voil pourquoi il fallait toujours un peu de sorcellerie dans les procs4 ,on ne s'intressait qu'au ,diable4 ,on ne pouvait pas toujours le voir sortir du corps en crapaud noir 7comme ,bordeaux en #afaj74 ,mais on tait du moins ddommag par une grande1 une superbe mise en scne4 ,l'pre dsert de ,madeleine1 l'horreur de la ,sainte-,baume1 dans l'affaire de ,provence1 firent une bonne partie du succs4 ,loudun eut pour lui le tapage et la bacchanale furieuse d'une grande arme d'exorcistes diviss en plusieurs glises4 ,enfin ,louviers1 que nous verrons1 pour raviver un peu ce genre us1 imagina des scnes de nuit o les diables en religieuses1 la lueur des torches1 creusaient1 tiraient des fosses les charmes qu'on y avait cachs4 ,l'affaire de ,loudun commena par la suprieure et par une sur converse elle4 ,elles eurent des convulsions1 jargonnrent diaboliquement4 ,d'autres nonnes les imitrent1 une surtout1 hardie1 reprit le rle de la ,louise de ,marseille1 le mme diable ,lviathan1 le dmon suprieur de chicane et d'accusation4 ,toute la petite ville entre en branle4 ,les moines de toutes couleurs s'emparent des nonnes1 les divisent1 les exorcisent par trois1 par quatre4 ,ils se partagent les glises4 ,les capucins eux seuls en occupent deux4 ,la foule y court1 toutes les femmes1 et1 dans cet auditoire effray1 palpitant1 plus d'une crie qu'elle sent aussi des diables4 ,six filles de la ville sont possdes4 ,et le simple rcit de ces choses effroyables fait deux possdes ,chinon4 ,on en parla partout1 ,paris1 la cour4 ,notre reine espagnole1 imaginative et dvote1 envoie son aumnier2 bien plus1 lord ,montaigu1 l'ancien papiste1 son fidle serviteur1 qui vit tout et crut tout1 rapporta tout au pape4 ,miracle constat4 ,il avait vu les plaies d'une nonne1 les stigmates marqus par le ,diable sur les mains de la suprieure4 ,qu'en dit le roi de ,france8 ,toute sa dvotion tait tourne au ,diable1 l'enfer1 la crainte4 ,on dit que ,richelieu fut charm de l'y entretenir4 ,j'en doute2 les diables taient essentiellement espagnols et du parti d',espagne2 s'ils parlaient politique1 c'et t contre ,richelieu4 ,peut-tre en eut-il peur4 ,il leur rendit hommage1 et envoya sa nice pour tmoigner intrt la chose4 ,la cour croyait4 ,mais ,loudun mme ne croyait pas4 ,ses diables1 pauvres imitateurs des dmons de ,marseille1 rptaient le matin ce qu'on leur apprenait le soir d'aprs le manuel connu du ,pre ,michalis4 ,ils n'auraient su que dire si des exorcismes secrets1 rptition soigne de la farce du jour1 ne les eussent chaque nuit prpars et styls figurer devant le peuple4 ,un ferme magistrat1 le bailli de la ville1 clata1 vint lui-mme trouver les fourbes1 les menaa1 les dnona4 ,ce fut aussi le jugement tacite de l'archevque de ,bordeaux1 auquel ,grandier en appelait4 ,il envoya un rglement pour diriger du moins les exorcistes1 finir leur arbitraire2 de plus1 son chirurgien1 qui visita les filles1 ne les trouva point possdes1 ni folles1 ni malades4 ,qu'taient-elles8 ,fourbes coup sr4 ,ainsi continue dans le sicle ce beau duel du mdecin contre le ,diable1 de la science et de la lumire contre le tnbreux mensonge4 ,nous l'avons vu commencer par ,agrippa1 ,wyer4 ,certain docteur ,duncan continua bravement ,loudun1 et sans crainte imprima que cette affaire n'tait que ridicule4 ,le ,dmon1 qu'on dit si rebelle1 eut peur1 se tut1 perdit la voix4 ,mais les passions taient trop animes pour que la chose en restt l4 ,le flot remonta pour ,grandier avec une telle force1 que les assaillis devinrent assaillants4 ,un parent des accusateurs1 un apothicaire1 fut pris partie par une riche demoiselle de la ville qu'il disait tre matresse du cur4 ,comme calomniateur1 il fut condamn l'amende honorable4 ,la suprieure tait perdue4 ,on et aisment constat ce que vit plus tard un tmoin1 que ses stigmates taient une peinture1 rafrachie tous les jours4 ,mais elle tait parente d'un conseiller du roi1 ,laubardemont1 qui la sauva4 ,il tait justement charg de raser les forts de ,loudun4 ,il se fit donner une commission pour faire juger ,grandier4 ,on fit entendre au cardinal que l'accus tait cur et ami de la ,cordonnire de ,loudun1 un des nombreux agents de ,marie de ,mdicis1 qu'il s'tait fait le secrtaire de sa paroissienne1 et1 sous son nom1 avait crit un ignoble pamphlet4 ,du reste1 ,richelieu et voulu tre magnanime et mpriser la chose1 qu'il l'et pu difficilement4 ,les capucins1 le ,pre ,joseph1 spculaient l-dessus4 ,richelieu lui aurait donn une belle prise contre lui prs du roi s'il n'et montr du zle4 ,certain ,m4 ,quillet1 qui avait observ srieusement1 alla voir ,richelieu et l'avertit4 ,mais celui-ci craignit de l'couter1 et le regarda de si mauvais il que le donneur d'avis jugea prudent de se sauver en ,italie4 ,laubardemont arrive le #f dcembre #afcc4 ,avec lui la terreur4 ,pouvoir illimit4 ,c'est le roi en personne4 ,toute la force du royaume1 une horrible massue1 pour craser une mouche4 ,les magistrats furent indigns1 le lieutenant civil avertit ,grandier qu'il l'arrterait le lendemain4 ,il n'en tint compte et se fit arrter4 ,enlev l'instant1 sans forme de procs1 mis aux cachots d',angers4 ,puis ramen1 jet o8 dans la maison et la chambre d'un de ses ennemis qui en fait murer les fentres1 pour qu'il touffe4 ,l'excrable examen qu'on fait sur le corps du sorcier en lui enfonant des aiguilles pour trouver la marque du ,diable est fait par les mains mmes de ses accusateurs1 qui prennent sur lui d'avance leur vengeance pralable1 l'avant-got du supplice6 ,on le trane aux glises1 en face de ces filles1 qui ,laubardemont a rendu la parole4 ,il trouve des bacchantes que l'apothicaire condamn saoulait de ses breuvages1 les jetant en de telles furies1 qu'un jour ,grandier fut prs de prir sous leurs ongles4 ,ne pouvant imiter l'loquence de la possde de ,marseille1 elles supplaient par le cynisme4 ,spectacle hideux6 des filles1 abusant des prtendus diables pour lcher devant le public la bonde la furie des sens6 ,c'est justement ce qui grossissait l'auditoire4 ,on venait our l1 de la bouche des femmes1 ce qu'aucune n'osa dire jamais4 ,le ridicule1 ainsi que l'odieux1 allaient croissant1 le peu qu'on leur soufflait de latin1 elles le disaient tout de travers4 ,le public trouvait que les diables n'avaient pas fait leur quatrime4 ,les capucins1 sans se dconcerter1 dirent que1 si ces dmons taient faibles en latin1 ils parlaient merveille l'iroquois1 le topinambour4 ,la farce ignoble1 vue de soixante lieues1 de ,saint-,germain1 du ,louvre1 apparaissait miraculeuse1 effrayante et terrible4 ,la cour admirait et tremblait4 ,richelieu 7sans doute pour plaire7 fit une chose lche4 ,il fit payer les exorcistes1 payer les religieuses4 ,une si haute faveur exalta la cabale et la rendit tout fait folle4 ,aprs les paroles insenses vinrent les actes honteux4 ,les exorcistes1 sous prtexte de la fatigue des nonnes1 les firent promener hors de la ville1 les promenrent eux-mmes4 ,et l'une d'elles en revint enceinte4 ,l'apparence du moins tait telle4 ,au cinquime ou sixime mois1 tout disparut1 et le dmon qui tait en elle avoua la malice qu'il avait eue de calomnier la pauvre religieuse par cette illusion de grossesse4 ,c'est l'historien de ,louviers qui nous apprend cette histoire de ,loudun#fi4 #fi ,esprit de ,bosroger1 p4 #ace4 ,on assure que le ,pre ,joseph vint secrtement1 mais vit l'affaire perdue1 et s'en tira sans bruit4 ,les ,jsuites vinrent aussi1 exorcisrent1 firent peu de chose1 flairrent l'opinion1 se drobrent aussi4 ,mais les moines1 les capucins1 taient si engags1 qu'il ne leur restait plus qu' se sauver par la terreur4 ,ils tendirent des piges perfides au courageux bailli1 la baillive1 voulant les faire prir1 teindre la future raction de la justice4 ,enfin ils pressrent la commission d'expdier ,grandier4 ,les choses ne pouvaient plus aller4 ,les nonnes mmes leur chappaient4 ,aprs cette terrible orgie de fureurs sensuelles et des cris impudiques pour faire couler le sang humain1 deux ou trois dfaillirent1 se prirent en dgot1 en horreur3 elles se vomissaient elles-mmes4 ,malgr le sort affreux qu'elles avaient attendre1 si elles parlaient1 malgr la certitude de finir dans une basse-fosse#gj1 elles dirent dans l'glise qu'elles taient damnes1 qu'elles avaient jou le ,diable1 que ,grandier tait innocent4 #gj ,c'tait l'usage encore2 voir ,mabillon4 ,elles se perdirent1 mais n'arrtrent rien4 ,une rclamation gnrale de la ville au roi n'arrta rien4 ,on condamna ,grandier tre brl 7#ah aot #afcd74 ,telle tait la rage de ses ennemis1 qu'avant le bcher ils exigrent1 pour la seconde fois1 qu'on lui plantt partout l'aiguille pour chercher la marque du ,diable4 ,un des juges et voulu qu'on lui arracht mme les ongles1 mais le chirurgien refusa4 ,on craignait l'chafaud1 les dernires paroles du patient4 ,comme on avait trouv dans ses papiers un crit contre le clibat des prtres1 ceux qui le disaient sorcier le croyaient eux-mmes esprit fort4 ,on se souvenait des paroles hardies que les martyrs de la libre pense avaient lances contre leurs juges1 on se rappelait le mot suprme de ,jordano ,bruno1 la bravade de ,vanini4 ,on composa avec ,grandier4 ,on lui dit que1 s'il tait sage1 on lui sauverait la flamme1 qu'on l'tranglerait pralablement4 ,le faible prtre1 homme de chair1 donna encore ceci la chair1 et promit de ne point parler4 ,il ne dit rien sur le chemin et rien sur l'chafaud4 ,quand on le vit bien li au poteau1 toute chose prte1 et le feu dispos pour l'envelopper brusquement de flamme et de fume1 un moine1 son propre confesseur1 sans attendre le bourreau1 mit le feu au bcher4 ,le patient1 engag1 n'eut que le temps de dire3 ,ah6 vous m'avez tromp6 ,mais les tourbillons s'levrent et la fournaise de douleurs444 ,on n'entendit plus que des cris4 ,richelieu1 dans ses ,mmoires1 parle peu de cette affaire et avec une honte visible4 ,il fait entendre qu'il suivit les rapports qui lui vinrent1 la voix de l'opinion4 ,il n'en avait pas moins1 en soudoyant les exorcistes1 en lchant la bride aux capucins1 en les laissant triompher par la ,france1 encourag1 tent la fourberie4 ,gauffridi1 renouvel par ,grandier1 va reparatre encore plus sale1 dans l'affaire de ,louviers4 ,c'est justement en #afcd que les diables1 chasss de ,poitou1 passent en ,normandie1 copiant1 recopiant leurs sottises de la ,sainte-,baume1 sans invention et sans talent1 sans imagination4 ,le furieux ,lviathan de ,provence1 contrefait ,loudun1 perd son aiguillon du ,midi1 et ne se tire d'affaire qu'en faisant parler couramment aux vierges les langues de ,sodome4 ,hlas6 tout l'heure1 ,louviers1 il perd son audace mme2 il prend la pesanteur du ,nord1 et devient un pauvre d'esprit4 ,,viii ,,poss,d,,es ,,de ,,louviers4--,,madeleine ,,bavent 7#afcc-afdg7 ,si ,richelieu n'et refus l'enqute que demandait le ,pre ,joseph contre les directeurs illumins1 on aurait d'tranges lumires sur l'intrieur des clotres1 la vie des religieuses4 ,au dfaut1 l'histoire de ,louviers1 beaucoup plus instructive que celles d',aix et de ,loudun1 nous montre que le directeur1 quoiqu'il et dans l'illuminisme un nouveau moyen de corruption1 n'en employait pas moins les vieilles fraudes de sorcellerie1 d'apparitions diaboliques1 angliques1 etc4#ga #ga ,il tait trop facile de tromper celles qui dsiraient l'tre4 ,le clibat tait alors plus difficile qu'au ,moyen-ge1 les jenes1 les saignes monastiques ayant diminu4 ,beaucoup mouraient de cette vie cruellement inactive et de plthore nerveuse4 ,elles ne cachaient gure leur martyre1 le disaient leurs surs1 leur confesseur1 la ,vierge4 ,chose touchante1 bien plus que ridicule1 et digne de piti4 ,on lit dans un registre d'une inquisition d',italie cet aveu d'une religieuse2 elle disait innocemment la ,madone3 ,de grce1 ,sainte ,vierge1 donnez-moi quelqu'un avec qui je puisse pcher 7dans ,lasteyrie1 ,confession1 p4 #bje74 ,embarras rel pour le directeur1 qui1 quel que ft son ge1 tait en pril4 ,on sait l'histoire d'un certain couvent russe3 un homme qui y entra n'en sortit pas vivant4 ,chez les ntres1 le directeur entrait et devait entrer tous les jours4 ,elles croyaient communment qu'un saint ne peut que sanctifier1 et qu'un tre pur purifie4 ,le peuple les appelait en riant les sanctifies4 7,l',estoile47 ,cette croyance tait fort srieuse dans les clotres4 7,voy4 le capucin ,esprit de ,bosroger1 ch4 ,,xi1 p4 #aef47 ,des trois directeurs successifs du couvent de ,louviers1 en trente ans1 le premier1 ,david1 est illumin et molinosiste 7avant ,molinos72 le second1 ,picart1 agit par le ,diable et comme sorcier2 le troisime1 ,boul1 sous la figure d'ange4 ,voici le livre capital sur cette affaire3 ,histoire de ,magdelaine ,bavent1 religieuse de ,louviers1 avec son interrogatoire1 etc41 #afeb1 in-quarto1 ,rouen#gb4--,la date de ce livre explique la parfaite libert avec laquelle il fut crit4 ,pendant la ,fronde1 un prtre courageux1 un oratorien1 ayant trouv aux prisons de ,rouen cette religieuse1 osa crire sous sa dicte l'histoire de sa vie4 #gb ,je ne connais aucun livre plus important1 plus terrible1 plus digne d'tre rimprim 7,bibl4 imp41 ,z1 ancien #ajaf74 ,c'est l'histoire la plus forte en ce genre4--,la ,pit afflige1 du capucin ,esprit de ,bosroger1 est un livre immortel dans les annales de la btise humaine4 ,j'en ai tir1 au chapitre prcdent1 des choses surprenantes qui pouvaient le faire brler2 mais je me suis gard de copier les liberts amoureuses que l'ange ,gabriel y prend avec la ,vierge1 ses baisers de colombe1 etc4--,les deux admirables pamphlets du vaillant chirurgien ,yvelin sont la ,bibliothque de ,sainte-,genevive4 ,l',examen et l',apologie se trouvent dans un volume reli et mal intitul3 loges de ,richelieu 7,lettre ,x1 #eej74 ,l',apologie s'y trouve en double au volume ,z1 #hii4 ,madeleine1 ne ,rouen en #afjg1 fut orpheline neuf ans4 ,a douze1 on la mit en apprentissage chez une lingre4 ,le confesseur de la maison1 un franciscain1 y tait le matre absolu2 cette lingre1 faisant des vtements de religieuses1 dpendait de l'glise4 ,le moine faisait croire aux apprenties 7enivres sans doute par la belladone et autres breuvages de sorciers7 qu'il les menait au sabbat et les mariait au diable ,dagon4 ,il en possdait trois1 et ,madeleine1 quatorze ans1 fut la quatrime4 ,elle tait fort dvote1 surtout saint ,franois4 ,un monastre de ,saint-,franois venait d'tre fond ,louviers par une dame de ,rouen1 veuve du procureur ,hennequin1 pendu pour escroquerie4 ,la dame voulait que cette uvre aidt au salut de son mari4 ,elle consulta l-dessus un saint homme1 le vieux prtre ,david1 qui dirigea la nouvelle fondation4 ,aux portes de la ville1 dans les bois qui l'entourent1 ce couvent1 pauvre et sombre1 n d'une si tragique origine1 semblait un lieu d'austrit4 ,david tait connu par un livre bizarre et violent contre les abus qui salissaient les clotres1 le ,fouet des paillards#gc4 ,toutefois1 cet homme si svre avait des ides fort tranges de la puret4 ,il tait adamite1 prchait la nudit qu',adam eut dans son innocence4 ,dociles ses leons1 les religieuses du clotre de ,louviers1 pour dompter et humilier les novices1 les rompre l'obissance1 exigeaient 7en t sans doute7 que ces jeunes ves revinssent l'tat de la mre commune4 ,on les exerait ainsi dans certains jardins rservs et la chapelle mme4 ,madeleine1 qui1 seize ans1 avait obtenu d'tre reue comme novice1 tait trop fire 7trop pure alors peut-tre7 pour subir cette vie trange4 ,elle dplut et fut gronde pour avoir1 la communion1 essay de cacher son sein avec la nappe de l'autel4 #gc ,voy4 ,floquet1 ,parl4 de ,normandie1 t4 ,v1 p4 #fcf4 ,elle ne dvoilait pas plus volontiers son me1 ne se confessait pas la suprieure 7p4 #db71 chose ordinaire dans les couvents et que les abbesses aimaient fort4 ,elle se confiait plutt au vieux ,david1 qui la spara des autres4 ,lui-mme se confiait elle dans ses maladies4 ,il ne lui cacha point sa doctrine intrieure1 celle du couvent1 l'illuminisme3 ,le corps ne peut souiller l'me4 ,il faut1 par le pch qui rend humble et gurit de l'orgueil1 tuer le pch1 etc4 ,les religieuses1 imbues de ces doctrines1 les pratiquant sans bruit entre elles1 effrayrent ,madeleine de leur dpravation 7p4 #da et passim74 ,elle s'en loigna1 resta part1 dehors1 obtint de devenir tourire4 ,elle avait dix-huit ans lorsque ,david mourut4 ,son grand ge ne lui avait gure permis d'aller loin avec ,madeleine4 ,mais le cur ,picart1 son successeur1 la poursuivit avec furie4 ,a la confession il ne lui parlait que d'amour4 ,il la fit sacristine1 pour la voir seule la chapelle4 ,il ne lui plaisait pas4 ,mais les religieuses lui dfendaient tout autre confesseur1 craignant qu'elle ne divulgut leurs petits mystres4 ,cela la livrait ,picart4 ,il l'attaqua malade1 elle tait presque mourante2 et il l'attaqua par la peur1 lui faisant croire que ,david lui avait transmis des formules diaboliques4 ,il l'attaqua enfin par la piti1 en faisant le malade lui-mme1 la priant de venir chez lui4 ,ds lors il en fut matre1 et il parat qu'il lui troubla l'esprit des breuvages du sabbat4 ,elle en eut les illusions1 crut y tre enleve avec lui1 tre autel et victime4 ,ce qui n'tait que trop vrai4 ,mais ,picart ne s'en tint pas aux plaisirs striles du sabbat4 ,il brava le scandale et la rendit enceinte4 ,les religieuses1 dont il savait les murs1 le redoutaient4 ,elles dpendaient aussi de lui par l'intrt4 ,son crdit1 son activit1 les aumnes et les dons qu'il attirait de toutes parts1 avaient enrichi leur couvent4 ,il leur btissait une grande glise4 ,on a vu par l'affaire de ,loudun quelles taient l'ambition1 les rivalits de ces maisons1 la jalousie avec laquelle elles voulaient se surpasser l'une l'autre4 ,picart1 par la confiance des personnes riches1 se trouvait lev au rle de bienfaiteur et second fondateur du couvent4 ,mon cur1 disait-il ,madeleine1 c'est moi qui btis cette superbe glise4 ,aprs ma mort1 tu verras des merveilles444 ,n'y consens-tu pas8 ,ce seigneur ne se gnait gure4 ,il paya pour elle une dot1 et de sur laie qu'elle tait1 il la fit religieuse1 pour que1 n'tant plus tourire1 et vivant l'intrieur1 elle pt commodment accoucher ou avorter4 ,avec certaines drogues1 certaines connaissances1 les couvents taient dispenss d'appeler les mdecins4 ,madeleine 7,interrog41 p4 #ac7 dit qu'elle accoucha plusieurs fois4 ,elle ne dit point ce que devinrent les nouveau-ns4 ,picart1 dj g1 craignait la lgret de ,madeleine1 qu'elle ne convolt un matin quelque autre confesseur qui elle dirait ses remords4 ,il prit un moyen excrable pour se l'attacher sans retour4 ,il exigea d'elle un testament o elle promettait de mourir quand il mourrait1 et d'tre o il serait4 ,grande terreur pour ce pauvre esprit4 ,devait-il1 avec lui1 l'entraner dans sa fosse8 ,devait-il la mettre en enfer8 ,elle se crut jamais perdue4 ,devenue sa proprit1 son me damne1 il en usait et abusait pour toutes choses4 ,il la prostituait dans un sabbat quatre1 avec son vicaire ,boull et une autre femme4 ,il se servait d'elle pour gagner les autres religieuses par un charme magique4 ,une hostie1 trempe du sang de ,madeleine1 enterre au jardin1 devait leur troubler les sens et l'esprit4 ,c'tait justement l'anne o ,urbain ,grandier fut brl4 ,on ne parlait par toute la ,france que des diables de ,loudun4 ,le pnitencier d'vreux1 qui avait t un des acteurs de cette scne1 en rapportait en ,normandie les terribles rcits4 ,madeleine se sentit possde1 battue des diables2 un chat aux yeux de feu la poursuivait d'amour4 ,peu peu1 d'autres religieuses1 par un mouvement contagieux1 prouvrent des agitations bizarres1 surnaturelles4 ,madeleine avait demand secours un capucin1 puis l'vque d'vreux4 ,la suprieure1 qui ne put l'ignorer1 ne le regrettait pas1 voyant la gloire et la richesse qu'une semblable affaire avait donnes au couvent de ,loudun4 ,mais1 pendant six annes1 l'vque fit la sourde oreille1 craignant sans doute ,richelieu1 qui essayait alors une rforme des clotres4 ,il voulait finir ces scandales4 ,ce ne fut gure qu'au moment de sa mort et de la mort de ,louis ,,xiii1 dans la dbcle qui suivit1 sous la reine et sous ,mazarin1 que les prtres se remirent aux uvres surnaturelles1 reprirent la guerre avec le diable4 ,picart tait mort1 et l'on craignait moins une affaire o cet homme dangereux et pu en accuser bien d'autres4 ,pour combattre les visions de ,madeleine1 on chercha1 on trouva une visionnaire4 ,on fit entrer au couvent une certaine sur ,anne de la ,nativit1 sanguine et hystrique1 au besoin furieuse et demi-folle1 jusqu' croire ses propres mensonges4 ,le duel fut organis comme entre dogues4 ,elles se lardaient de calomnies4 ,anne voyait le ,diable tout nu ct de ,madeleine4 ,madeleine jurait qu'elle avait vu ,anne au sabbat1 avec la suprieure1 la mre vicaire et la mre des novices4 ,rien de nouveau1 du reste4 ,c'tait un rchauff des deux grands procs d',aix et de ,loudun4 ,elles avaient et suivaient les relations imprimes4 ,nul esprit1 nulle invention4 ,l'accusatrice ,anne et son diable ,lviathan avaient l'appui du pnitencier d'vreux1 un des acteurs principaux de ,loudun4 ,sur son avis1 l'vque d'vreux ordonne de dterrer ,picart1 pour que son corps1 loign du couvent1 en loigne les diables4 ,madeleine1 condamne sans tre entendue1 doit tre dgrade1 visite1 pour trouver sur elle la marque diabolique4 ,on lui arrache le voile et la robe2 la voil nue1 misrable jouet d'une indigne curiosit1 qui et voulu fouiller jusqu' son sang pour pouvoir la brler4 ,les religieuses ne se remirent personne de cette cruelle visite qui tait dj un supplice4 ,ces vierges1 converties en matrones1 vrifirent si elle tait grosse1 la rasrent partout1 et de leurs aiguilles piques1 plantes dans la chair palpitante1 recherchrent s'il y avait une place insensible1 comme doit tre le signe du ,diable4 ,partout elles trouvrent la douleur2 si elles n'eurent le bonheur de la prouver sorcire1 du moins elles jouirent des larmes et des cris4 ,mais la sur ,anne ne se tint pas contente2 sur la dclaration de son diable1 l'vque condamna ,madeleine1 que la visite justifiait1 un ternel in-pace4 ,son dpart1 disait-on1 calmerait le couvent4 ,il n'en fut pas ainsi4 ,le diable svit encore plus2 une vingtaine de religieuses criaient1 prophtisaient1 se dbattaient4 ,ce spectacle attirait la foule curieuse de ,rouen1 et de ,paris mme4 ,un jeune chirurgien de ,paris1 ,yvelin1 qui dj avait vu la farce de ,loudun1 vint voir celle de ,louviers4 ,il avait amen avec lui un magistrat fort clairvoyant1 conseiller des ,aides ,rouen4 ,ils y mirent une attention persvrante1 s'tablirent ,louviers1 tudirent pendant dix-sept jours4 ,du premier jour1 ils virent le comprage4 ,une conversation qu'ils avaient eue avec le pnitencier d'vreux1 en entrant la ville1 leur fut redite 7comme chose rvle7 par le diable de la sur ,anne4 ,chaque fois1 ils vinrent avec la foule au jardin du couvent4 ,la mise en scne tait fort saisissante4 ,les ombres de la nuit1 les torches1 les lumires vacillantes et fumeuses1 produisaient des effets qu'on n'avait pas eus ,loudun4 ,la mthode tait simple1 du reste2 une des possdes disait3 ,on trouvera un charme tel point du jardin4 ,on creusait1 et on le trouvait4 ,par malheur1 l'ami d',yvelin1 le magistrat sceptique1 ne bougeait des cts de l'actrice principale1 la sur ,anne4 ,au bord mme d'un trou que l'on venait d'ouvrir1 il serre sa main1 et1 la rouvrant1 y trouve le charme 7un petit fil noir7 qu'elle allait jeter dans la terre4 ,les exorcistes1 pnitenciers1 prtres et capucins1 qui taient l1 furent couverts de confusion4 ,l'intrpide ,yvelin1 de son autorit1 commena une enqute et vit le fond du fond4 ,sur cinquante-deux religieuses1 il y en avait1 dit-il1 six possdes qui eussent mrit correction4 ,dix-sept autres1 les charmes1 taient des victimes1 un troupeau de filles agites du mal des clotres4 ,il le formule avec prcision2 elles sont rgles1 mais hystriques1 gonfles d'orages la matrice1 lunatiques surtout1 et dvoyes d'esprit4 ,la contagion nerveuse les a perdues4 ,la premire chose faire est de les sparer4 ,il examine ensuite avec une verve voltairienne les signes auxquels les prtres reconnaissent le caractre surnaturel des possdes4 ,elles prdisent1 d'accord1 mais ce qui n'arrive pas4 ,elles traduisent1 d'accord1 mais ne comprennent pas 7exemple3 ex parte ,virginis1 veut le dpart de la ,vierge74 ,elles savent le grec devant le peuple de ,louviers1 mais ne le parlent plus devant les docteurs de ,paris4 ,elles font des sauts1 des tours1 les plus faciles1 montent un gros tronc d'arbre o monterait un enfant de trois ans4 ,bref1 ce qu'elles font de terrible et vraiment contre la nature1 c'est de dire des choses sales1 qu'un homme ne dirait jamais4 ,le chirurgien rendait grand service l'humanit en leur tant le masque4 ,car on poussait la chose2 on allait faire d'autres victimes4 ,outre les charmes1 on trouvait des papiers qu'on attribuait ,david ou ,picart1 sur lesquels telle ou telle personne tait nomme sorcire1 dsigne la mort4 ,chacun tremblait d'tre nomm4 ,de proche en proche gagnait la terreur ecclsiastique4 ,c'tait dj le temps pourri de ,mazarin1 le dbut de la faible ,anne d',autriche4 ,plus d'ordre1 plus de gouvernement4 ,il n'y avait plus qu'un mot dans la langue3 ,la reine est si bonne4 ,cette bont donnait au clerg une chance pour dominer4 ,l'autorit laque tant enterre avec ,richelieu1 vques1 prtres et moines allaient rgner4 ,l'audace impie du magistrat et d',yvelin compromettait ce doux espoir4 ,des voix gmissantes vinrent la bonne reine1 non celles des victimes1 mais celles des fripons pris en flagrant dlit4 ,on s'en alla pleurer la cour pour la religion outrage4 ,yvelin n'attendait pas ce coup2 il se croyait solide en cour1 ayant depuis dix ans un titre de chirurgien de la reine4 ,avant qu'il ne revnt de ,louviers ,paris1 on obtint de la faiblesse d',anne d',autriche d'autres experts1 ceux qu'on voulait1 un vieux sot en enfance1 un ,diafoirus de ,rouen et son neveu1 deux clients du clerg4 ,ils ne manqurent pas de trouver que l'affaire de ,louviers tait surnaturelle1 au-dessus de tout art humain4 ,tout autre qu',yvelin se ft dcourag4 ,ceux de ,rouen qui taient mdecins1 traitaient de haut en bas ce chirurgien1 ce barbier1 ce frater4 ,la cour ne le soutenait pas4 ,il s'obstina dans une brochure qui restera4 ,il accepte ce grand duel de la science contre le clerg1 dclare 7comme ,wyer au seizime sicle7 que le vrai juge en ces choses n'est pas le prtre1 mais l'homme de science4 ,a grand'peine1 il trouva quelqu'un qui ost imprimer1 mais personne qui voult vendre4 ,alors1 ce jeune homme hroque se fit en plein soleil distributeur du petit livre4 ,il se posta au lieu le plus passager de ,paris1 au ,pont-,neuf1 aux pieds d',henri ,,iv1 donna son factum aux passants4 ,on trouvait la fin le procs-verbal de la honteuse fraude1 le magistrat prenant dans la main des diables femelles la pice sans rplique qui constatait leur infamie4 ,revenons la misrable ,madeleine4 ,le pnitencier d'vreux1 son ennemi1 qui l'avait fait piquer 7en marquant la place aux aiguilles6 p4 #fg71 l'emportait1 comme sa proie1 au fond de l'in-pace piscopal de cette ville4 ,sous une galerie souterraine plongeait une cave1 sous la cave une basse-fosse o la crature humaine fut mise dans les tnbres humides4 ,ses terribles compagnes1 comptant qu'elle allait crever l1 n'avaient pas mme eu la charit de lui donner un peu de linge pour panser son ulcre 7p4 #de74 ,elle en souffrait et de douleur et de malpropret1 couche dans son ordure4 ,la nuit perptuelle tait trouble d'un va-et-vient inquitant de rats voraces1 redouts aux prisons1 sujets manger des nez1 des oreilles4 ,mais l'horreur de tout cela n'galait pas encore celle que lui donnait son tyran1 le pnitencier4 ,il venait chaque jour dans la cave au-dessus1 parler au trou de l'in-pace1 menacer1 commander1 et la confesser malgr elle1 lui faire dire ceci et cela contre d'autres personnes4 ,elle ne mangeait plus4 ,il craignit qu'elle n'expirt1 la tira un moment de l'in-pace1 la mit dans la cave suprieure4 ,puis1 furieux du factum d',yvelin1 il la remit dans son gout d'en bas4 ,la lumire entrevue1 un peu d'espoir saisi1 et perdu tout coup1 cela combla son dsespoir4 ,l'ulcre s'tait ferm1 et elle avait plus de force4 ,elle fut prise au cur d'un furieux dsir de la mort4 ,elle avalait des araignes1 vomissait seulement1 n'en mourait pas4 ,elle pila du verre1 l'avala4 ,en vain4 ,ayant trouv un mchant fer coupant1 elle travailla se couper la gorge1 ne put4 ,puis1 prit un endroit mou1 le ventre1 et s'enfona le fer dans les entrailles4 ,quatre heures durant1 elle poussa1 tourna1 saigna4 ,rien ne lui russit4 ,cette plaie mme se ferma bientt4 ,pour comble1 la vie si odieuse lui revenait plus forte4 ,la mort du cur n'y faisait rien4 ,elle redevint une femme1 hlas6 et dsirable encore1 une tentation pour ses geliers1 valets brutaux de l'vch1 qui1 malgr l'horreur de ce lieu1 l'infection et l'tat de la malheureuse1 venaient se jouer d'elle1 se croyaient tout permis sur la sorcire4 ,un ange la secourut1 dit-elle4 ,elle se dfendit et des hommes et des rats4 ,mais elle ne se dfendit pas d'elle-mme4 ,la prison dprave l'esprit4 ,elle rvait le ,diable1 l'appelait la visiter1 implorait le retour des joies honteuses1 atroces1 dont il la navrait ,louviers4 ,il ne daignait plus revenir4 ,la puissance des songes tait finie en elle1 les sens dpravs1 mais teints4 ,d'autant plus revint-elle au dsir du suicide4 ,un gelier lui avait donn une drogue pour dtruire les rats du cachot4 ,elle allait l'avaler1 un ange l'arrta 7un ange ou un dmon87 qui la rservait pour le crime4 ,tombe ds lors l'tat le plus vil1 un indicible nant de lchet1 de servilit1 elle signa des listes interminables de crimes qu'elle n'avait pas faits4 ,valait-elle la peine qu'on la brlt8 ,plusieurs y renonaient4 ,l'implacable pnitencier seul y pensait encore4 ,il offrit de l'argent un sorcier d'vreux qu'on tenait en prison s'il voulait tmoigner pour faire mourir ,madeleine 7p4 #fh74 ,mais on pouvait dsormais se servir d'elle pour un bien autre usage1 en faire un faux tmoin1 un instrument de calomnie4 ,toutes les fois qu'on voulait perdre un homme1 on la tranait ,louviers1 vreux4 ,ombre maudite d'une morte qui ne vivait plus que pour faire des morts4 ,on l'amena ainsi pour tuer de sa langue un pauvre homme1 nomm ,duval4 ,le pnitencier lui dicta1 elle rpta docilement2 il lui dit quel signe elle reconnatrait ,duval qu'elle n'avait jamais vu4 ,elle le reconnut et dit l'avoir vu au sabbat4 ,par elle1 il fut brl6 ,elle avoue cet horrible crime1 et frmit de penser qu'elle en rpondra devant ,dieu4 ,elle tomba dans un tel mpris1 qu'on ne daigna plus la garder4 ,les portes restaient grandes ouvertes2 parfois elle en avait les cls4 ,o aurait-elle t1 devenue un objet d'horreur8 ,le monde1 ds lors1 la repoussait1 la vomissait2 son seul monde tait son cachot4 ,sous l'anarchie de ,mazarin et de sa bonne dame1 les parlements restaient l'unique autorit4 ,celui de ,rouen1 jusque-l le plus favorable au clerg1 s'indigna cependant de l'arrogance avec laquelle il procdait1 rgnait1 brlait4 ,une simple dcision d'vque avait fait dterrer ,picart1 jeter la voirie4 ,maintenant on passait au vicaire ,boull1 et on lui faisait son procs4 ,le ,parlement couta la plainte des parents de ,picart1 et condamna l'vque d'vreux le replacer ses frais au tombeau de ,louviers4 ,il fit venir ,boull1 se chargea du procs1 et cette occasion tira enfin d'vreux la misrable ,madeleine1 et la prit aussi ,rouen4 ,on craignait fort qu'il ne ft compromettre et le chirurgien ,yvelin et le magistrat qui avait pris en flagrant dlit la fraude des religieuses4 ,on courut ,paris4 ,le fripon ,mazarin protgea les fripons2 toute l'affaire fut appele au ,conseil du roi1 tribunal indulgent qui n'avait point d'yeux1 point d'oreilles1 et dont la charge tait d'enterrer1 d'touffer1 de faire la nuit en toute chose de justice4 ,en mme temps1 des prtres doucereux1 aux cachots de ,rouen1 consolrent ,madeleine1 la confessrent1 lui enjoignirent pour pnitence de demander pardon ses perscutrices1 les religieuses de ,louviers4 ,ds lors1 quoi qu'il advnt1 on ne put plus faire tmoigner contre elles ,madeleine ainsi lie4 ,triomphe du clerg4 ,le capucin ,esprit de ,bosroger1 un des fourbes exorcistes1 a chant ce triomphe dans sa ,pit afflige1 burlesque monument de sottise o il accuse1 sans s'en apercevoir1 les gens qu'il croit dfendre4 ,on a vu un peu plus haut 7dans une note7 le beau texte du capucin o il donne pour leons des anges les maximes honteuses qui eussent effray ,molinos4 ,la ,fronde fut1 je l'ai dit1 une rvolution d'honntet4 ,les sots n'ont vu que la forme1 le ridicule2 le fond1 trs grave1 fut une raction morale4 ,en aot #afdg1 au premier souffle libre1 le ,parlement passa outre1 trancha le nud4 ,il ordonna3 #a qu'on dtruist la ,sodome de ,louviers1 que les filles disperses fussent remises leurs parents2 #b que dsormais les vques de la province envoyassent quatre fois par an des confesseurs extraordinaires aux maisons de religieuses pour rechercher si ces abus immondes ne se renouvelaient point4 ,cependant il fallait une consolation au clerg4 ,on lui donna les os de ,picart brler1 et le corps vivant de ,boull1 qui1 ayant fait amende honorable la cathdrale1 fut tran sur la claie au ,march aux poissons1 o il fut dvor des flammes 7#ba aot #afdg74 ,madeleine1 ou plutt son cadavre1 resta aux prisons de ,rouen4 ,,ix ,,satan ,,triomphe ,,au ,x,v,i,ie ,,si,,cle ,la ,fronde est un ,voltaire4 ,l'esprit voltairien1 aussi vieux que la ,france1 mais longtemps contenu1 clate en politique et bientt en religion4 ,le grand roi veut en vain imposer un srieux solennel4 ,le rire continue en dessous4 ,mais n'est-ce donc que rire et rise8 ,point du tout1 c'est l'avnement de la ,raison4 ,par ,keppler1 ,galile1 par ,descartes et ,newton1 s'tablit triomphalement le dogme raisonnable1 la foi l'immutabilit des lois de la ,nature4 ,le miracle n'ose plus paratre1 ou1 quand il l'ose1 il est siffl4 ,pour parler mieux encore1 les fantasques miracles du caprice ayant disparu1 apparat le grand miracle universel et d'autant plus divin qu'il est plus rgulier4 ,c'est la grande ,rvolte qui dcidment a vaincu4 ,vous la reconnaissez dans les formes hardies de ces premires explosions1 dans l'ironie de ,galile1 dans le doute absolu dont part ,descartes pour commencer sa construction4 ,le ,moyen-ge et dit3 ,c'est l'esprit du ,malin4 ,victoire non ngative pourtant1 mais fort affirmative et de ferme fondation4 ,l'esprit de la ,nature et les sciences de la ,nature1 ces proscrits du vieux temps1 rentrent irrsistibles4 ,c'est la ,ralit1 la ,substance elle-mme qui vient chasser les vaines ombres4 ,on avait follement dit3 ,le grand ,pan est mort4 ,puis1 voyant qu'il vivait1 on l'avait fait un ,dieu du mal2 travers le chaos1 on pouvait s'y tromper4 ,mais le voici qui vit1 et qui vit harmonique dans la sublime fixit des lois qui dirigent l'toile et qui non moins dirigent le mystre profond de la vie4 ,on peut dire de ce temps deux choses qui ne sont point contradictoires3 l'esprit de ,satan a vaincu1 mais c'est fait de la sorcellerie4 ,toute thaumaturgie1 diabolique ou sacre1 est bien malade alors4 ,sorciers1 thologiens1 sont galement impuissants4 ,ils sont l'tat d'empiriques1 implorant en vain d'un hasard surnaturel et du caprice de la ,grce les merveilles que la science ne demande qu' la ,nature1 la ,raison4 ,les jansnistes1 si zls1 n'obtiennent en tout ce sicle qu'un tout petit miracle ridicule4 ,moins heureux encore les jsuites1 si puissants et si riches1 ne peuvent aucun prix s'en procurer1 et se contentent des visions d'une fille hystrique1 sur ,marie ,alacoque1 normment sanguine1 qui ne voyait que sang4 ,devant une telle impuissance1 la magie1 la sorcellerie pourront se consoler4 ,notez qu'en cette dcadence de la foi au surnaturel1 l'un suit l'autre4 ,ils taient lis dans l'imagination1 dans la terreur du ,moyen-ge4 ,ils sont lis encore dans le rire et dans le ddain4 ,quand ,molire se moqua du ,diable et des chaudires bouillantes1 le clerg s'mut fort2 il sentit que la foi au ,paradis baissait d'autant4 ,un gouvernement tout laque1 celui du grand ,colbert 7qui fut longtemps le vrai roi71 ne cache pas son mpris de ces vieilles questions4 ,il vide les prisons des sorciers qu'y entassait encore le ,parlement de ,rouen1 dfend aux tribunaux d'admettre l'accusation de sorcellerie 7#afgb74 ,ce ,parlement rclame et fait trs bien entendre qu'en niant la sorcellerie1 on compromet bien d'autres choses4 ,en doutant des mystres d'en bas1 on branle dans beaucoup d'mes la croyance aux mystres d'en haut4 ,le ,sabbat disparat4 ,et pourquoi8 ,c'est qu'il est partout4 ,il entre dans les murs4 ,ses pratiques sont la vie commune4 ,on disait du ,sabbat3 ,jamais femme n'en revint enceinte4 ,on reprochait au ,diable1 la sorcire1 d'tre l'ennemi de la gnration1 de dtester la vie1 d'aimer la mort et le nant1 etc4 ,et il se trouve justement qu'au pieux dix-septime sicle1 o la sorcire expire#gd1 l'amour de la strilit et la peur d'engendrer sont la maladie gnrale4 #gd ,je ne prends pas la ,voisin pour sorcire1 ni pour sabbat la contrefaon qu'elle en faisait pour amuser des grands seigneurs blass1 ,luxembourg et ,vendme1 son disciple1 et les effrontes ,mazarines4 ,des prtres sclrats1 associs la ,voisin1 leur disaient secrtement la ,messe noire1 et plus obscne certainement qu'elle n'avait pu tre jadis devant tout un peuple4 ,dans une misrable victime1 autel vivant1 on piloriait la nature4 ,une femme livre la rise6 horreur6444 jouet bien moins des hommes encore que de la cruaut des femmes1 d'une ,bouillon1 insolente1 effrne1 ou de la noire ,olympe1 profonde en crimes et docteur en poisons 7#afha74 ,si ,satan lit1 il a sujet de rire en lisant les casuistes ses continuateurs4 ,y a-t-il pourtant quelque diffrence8 ,oui4 ,satan1 dans des temps effroyables1 fut prvoyant pour l'affam2 il eut piti du pauvre4 ,mais ceux-ci ont piti du riche4 ,le riche1 avec ses vices1 son luxe1 sa vie de cour1 est un ncessiteux1 un misrable1 un mendiant4 ,il vient en confession1 humblement1 menaant1 extorquer du docteur une autorisation de pcher en conscience4 ,un jour quelqu'un fera 7si on en a le courage7 la surprenante histoire des lchets du casuiste qui veut garder son pnitent1 des expdients honteux o il descend4 ,de ,navarro ,escobar1 un marchandage trange se fait aux dpens de l'pouse1 et on dispute encore un peu4 ,mais ce n'est pas assez4 ,le casuiste est vaincu1 lche tout4 ,de ,zoccoli ,liguori 7#afgj-aggj71 il ne dfend plus la nature4 ,le ,diable1 au ,sabbat1 comme on sait1 eut deux visages1 l'un d'en haut1 menaant1 et l'autre au dos1 burlesque4 ,aujourd'hui qu'il n'en a que faire1 il donnera ce dernier gnreusement au casuiste4 ,ce qui doit amuser ,satan1 c'est que ses fidles se trouvent alors chez les honntes gens1 les mnages srieux qui se gouvernent par l'glise#ge4 ,la mondaine1 qui relve sa maison par la grande ressource du temps1 l'adultre lucratif1 se rit de la prudence et suit la nature hardiment4 ,la famille dvote ne suit que son ,jsuite4 ,pour conserver1 concentrer la fortune1 pour laisser un fils riche1 elle entre aux voies obliques de la spiritualit nouvelle4 ,dans l'ombre et le secret1 la plus fire1 au prie-,dieu1 s'ignore1 s'oublie1 s'absente1 suit la leon de ,molinos3 ,nous sommes ici bas pour souffrir6 ,mais la pieuse indiffrence1 la longue1 adoucit1 endort4 ,on obtient un nant4--,la mort8 ,pas tout fait4 ,sans se mler1 ni rpondre des choses1 on en a l'cho1 vague et doux4 ,c'est comme un hasard de la ,grce1 suave et pntrante1 nulle part plus qu'aux abaissements o s'clipse la volont4 #ge ,la strilit va toujours croissant dans le dix-septime sicle1 spcialement dans les familles ranges1 rgles la stricte mesure du confessionnal4 ,prenez mme les jansnistes4 ,suivez les ,arnauld2 voici leur dcroissance3 d'abord vingt enfants1 quinze enfants2 puis cinq6 et enfin plus d'enfant4 ,cette race nergique 7et mle aux vaillants ,colbert7 finit-elle par nervation8 ,non4 ,elle s'est resserre peu peu pour faire un an riche1 un grand seigneur et un ministre4 ,elle y arrive et meurt de son ambitieuse prudence1 certainement autorise4 ,exquises profondeurs444 ,pauvre ,satan6 que tu es dpass6 ,humilie-toi1 admire1 et reconnais tes fils4 ,les mdecins1 qui bien plus encore sont ses fils lgitimes1 qui naquirent de l'empirisme populaire qu'on appelait sorcellerie1 eux ses hritiers prfrs qui il a laiss son plus haut patrimoine1 ne s'en souviennent pas assez4 ,ils sont ingrats pour la sorcire qui les a prpars4 ,ils font plus4 ,a ce roi dchu1 leur pre et auteur1 ils infligent certains coups de fouet444 ,tu quoque1 fili mi6444 ,ils donnent contre lui des armes cruelles aux rieurs4 ,dj ceux du seizime sicle se moquaient de l',esprit1 qui de tout temps1 des sibylles aux sorcires1 agita et gonfla la femme4 ,ils soutenaient qu'il n'est ni diable1 ni ,dieu1 mais1 comme disait le ,moyen-ge3 le ,prince de l'air4 ,satan ne serait qu'une maladie6 ,la possession ne serait qu'un effet de la vie captive1 assise1 sche et tendue1 des clotres4 ,les six mille cinq cents diables de la petite ,madeleine de ,gauffridi1 les lgions qui se battaient dans le corps des nonnes exaspres de ,loudun1 de ,louviers1 ces docteurs les appellent des orages physiques4 ,si ole fait trembler la terre1 dit ,yvelin1 pourquoi pas le corps d'une fille6 ,le chirurgien de la ,cadire 7qu'on va voir tout l'heure7 dit froidement3 ,rien autre chose qu'une suffocation de matrice4 trange dchance6 ,l'effroi du ,moyen-ge vaincu1 mis en droute devant les plus simples remdes1 les exorcismes la ,molire1 fuirait et s'vanouirait8 ,c'est trop rduire la question4 ,satan est autre chose4 ,les mdecins n'en voient ni le haut1 ni le bas1--ni sa haute ,rvolte dans la science1--ni les tranges compromis d'intrigue dvote et d'impuret qu'il fait vers #agjj1 unissant ,priape et ,tartufe4 ,on croit connatre le dix-huitime sicle1 et l'on n'a jamais vu une chose essentielle qui le caractrise4 ,plus sa surface1 ses couches suprieures1 furent civilises1 claires1 inondes de lumire1 plus hermtiquement se ferma au-dessous la vaste rgion du monde ecclsiastique1 du couvent1 des femmes crdules1 maladives et prtes tout croire4 ,en attendant ,cagliostro1 ,mesmer et les magntiseurs qui viendront vers la fin du sicle1 nombre de prtres exploitent la dfunte sorcellerie4 ,ils ne parlent que d'ensorcellements1 en rpandent la peur1 et se chargent de chasser les diables par des exorcismes indcents4 ,plusieurs font les sorciers1 sachant bien qu'ils y risquent peu1 qu'on ne brlera plus dsormais4 ,ils se sentent gards par la douceur du temps1 par la tolrance que prchent leurs ennemis les philosophes1 par la lgret des grands rieurs1 qui croient tout fini1 si l'on rit4 ,or1 c'est justement parce qu'on rit que ces tnbreux machinistes vont leur chemin et craignent peu4 ,l'esprit nouveau1 c'est celui du ,rgent1 sceptique et dbonnaire4 ,il clate aux ,lettres persanes1 il clate partout dans le tout-puissant journaliste qui remplit le sicle1 ,voltaire4 ,si le sang humain coule1 tout son cur se soulve4 ,pour tout le reste1 il rit4 ,peu peu la maxime du public mondain parat tre3 ,ne rien punir1 et rire de tout4 ,la tolrance permet au cardinal ,tencin d'tre publiquement le mari de sa sur4 ,la tolrance assure les matres des couvents dans une possession paisible des religieuses1 jusqu' dclarer les grossesses1 constater lgalement les naissances#gf4 ,la tolrance excuse le ,pre ,apollinaire1 pris dans un honteux exorcisme#gg4 ,cauvrigny1 le galant ,jsuite1 idole des couvents de province1 n'expie ses aventures que par un rappel ,paris1 c'est--dire un avancement4 #gf ,exemple4 ,le noble chapitre des chanoines de ,pignan1 qui avait l'honneur d'tre reprsent aux tats de ,provence1 ne tenait pas moins firement la possession publique des religieuses du pays4 ,ils taient seize chanoines4 ,la prvt1 en une seule anne1 reut des nonnes seize dclarations de grossesse4 7,histoire manuscrite de ,besse1 par ,m4 ,renoux1 communique par ,m4 ,th474 ,cette publicit avait cela de bon que le crime monastique1 l'infanticide dut tre moins commun4 ,les religieuses1 soumises ce qu'elles considraient comme une charge de leur tat1 au prix d'une petite honte1 taient humaines et bonnes mres4 ,elles sauvaient du moins leurs enfants4 ,celles de ,pignan les mettaient en nourrice chez les paysans1 qui les adoptaient1 s'en servaient1 les levaient avec les leurs4 ,ainsi nombre d'agriculteurs sont connus aujourd'hui mme pour enfants de la noblesse ecclsiastique de ,provence4 #gg ,garinet1 #cad4 ,autre ne fut la punition du fameux jsuite ,girard3 il mrita la corde et fut combl d'honneur1 mourut en odeur de saintet4 ,c'est l'affaire la plus curieuse du sicle4 ,elle fait toucher au doigt la mthode du temps1 le mlange grossier des machines les plus opposes4 ,les suavits dangereuses du ,cantiques des cantiques taient1 comme toujours1 la prface4 ,on continuait par ,marie ,alacoque1 par le mariage des curs sanglants1 assaisonn des morbides douceurs de ,molinos4 ,girard y ajouta le souffle diabolique et les terreurs de l'ensorcellement4 ,il fut le diable et il fut l'exorciste4 ,enfin1 chose terrible1 l'infortune qu'il immola barbarement1 loin d'obtenir justice1 fut poursuivie mort4 ,elle disparut1 probablement2 enferme par lettre de cachet1 et plonge vivante au spulcre4 ,x ,,le ,p,,re ,,girard ,,et ,,la ,,cadi,,re 7#agcj7 ,les ,jsuites avaient du malheur4 tant si bien ,versailles1 matres la cour1 ils n'avaient pas le moindre crdit du ct de ,dieu4 ,pas le plus petit miracle4 ,les jansnistes abondaient du moins en touchantes lgendes4 ,nombre infini de cratures malades1 d'infirmes1 de boiteux1 de paralytiques1 trouvaient au tombeau du diacre ,pris un moment de gurison4 ,ce malheureux peuple cras par une suite effroyable de flaux 7le grand ,roi1 premier flau1 puis la ,rgence1 le ,systme qui firent tant de mendiants71 ce peuple venait demander son salut un pauvre homme de bien1 un vertueux imbcile1 un saint1 malgr ses ridicules4 ,et pourquoi rire aprs tout8 ,sa vie est bien plus touchante encore que risible4 ,il ne faut pas s'tonner si ces bonnes gens1 mus1 au tombeau de leur bienfaiteur1 oubliaient tout coup leurs maux4 ,la gurison ne durait gure2 n'importe1 le miracle avait eu lieu1 celui de la dvotion1 du bon cur1 de la reconnaissance4 ,plus tard1 la friponnerie se mla tout cela2 mais alors 7#agbh7 ces tranges scnes populaires taient trs pures4 ,les jsuites auraient tout donn pour avoir le moindre de ces miracles qu'ils niaient4 ,ils travaillaient depuis prs de cinquante ans orner de fables et de petits contes leur lgende du ,sacr-,cur1 l'histoire de ,marie ,alacoque4 ,depuis vingt-cinq ou trente ans1 ils avaient tch de faire croire que leur confrre1 ,jacques ,,ii1 non content de gurir les crouelles 7en qualit de roi de ,france71 aprs sa mort s'amusait faire parler les muets1 faire marcher droit les boiteux1 redresser les louches4 ,les guris louchaient encore plus4 ,quant aux muets1 il se trouva1 par malheur1 que celle qui jouait ce rle tait une coquine avre1 prise en flagrant dlit de vol4 ,elle courait les provinces1 et1 toutes les chapelles de saints renomms1 elle tait gurie par miracle et recevait les aumnes2 puis recommenait ailleurs4 ,pour se procurer des miracles1 le ,midi vaut mieux4 ,il y a des femmes nerveuses1 de facile exaltation1 propres faire des somnambules1 des miracules1 des stigmatises1 etc4 ,les ,jsuites avaient ,marseille un vque eux1 ,belzunce1 homme de cur et de courage1 illustre depuis la fameuse peste1 mais crdule et fort born1 sous l'abri duquel on pouvait hasarder beaucoup4 ,ils avaient mis prs de lui un ,jsuite franc-comtois1 qui ne manquait pas d'esprit2 qui1 avec une apparence austre1 n'en prchait pas moins agrablement dans le genre fleuri1 un peu mondain1 qu'aiment les dames4 ,vrai ,jsuite qui pouvait russir de deux manires1 ou par l'intrigue fminine1 ou par le santissimo4 ,girard n'avait pour lui ni l'ge ni la figure2 c'tait un homme de quarante-sept ans1 grand1 sec1 qui semblait extnu2 il avait l'oreille un peu dure1 l'air sale et crachait partout 7pages #ej1 #fi1 #bed7gh4 ,il avait enseign longtemps1 jusqu' l'ge de trente-sept ans1 et gardait certains gots de collge4 ,depuis dix ans1 c'est--dire depuis la grande peste1 il tait confesseur de religieuses4 ,il y avait russi et avait obtenu sur elles un assez grand ascendant en leur imposant ce qui lui semblait le plus contraire au temprament de ces ,provenales1 les doctrines et les disciplines de la mort mystique1 la passivet absolue1 l'oubli parfait de soi-mme4 ,le terrible vnement avait aplati les courages1 nerv les curs1 amollis d'une certaine langueur morbide4 ,les ,carmlites de ,marseille1 sous la conduite de ,girard1 allaient loin dans ce mysticisme1 leur tte une certaine sur ,rmusat1 qui passait pour sainte4 #gh ,dans une affaire si discute1 je cite constamment1 et surtout un volume in-folio3 ,procdure du ,pre ,girard et de la ,cadire4 ,aix1 #agcc4 ,pour ne pas multiplier les notes1 j'indique seulement dans mon texte la page de ce volume4 ,les ,jsuites1 malgr ce succs1 ou peut-tre pour ce succs mme1 loignrent ,girard de ,marseille2 ils voulurent l'employer relever leur maison de ,toulon4 ,elle en avait grand besoin4 ,le magnifique tablissement de ,colbert1 le sminaire des aumniers de la marine1 avait t confi aux jsuites pour dcrasser ces jeunes aumniers de la direction des ,lazaristes1 sous laquelle ils taient presque partout4 ,mais les deux ,jsuites qu'on y avait mis taient peu capables4 ,l'un tait un sot1 l'autre 7le ,pre ,sabatier71 un homme singulirement emport1 malgr son ge4 ,il avait l'insolence de notre ancienne marine1 ne daignait garder aucune mesure4 ,on lui reprochait ,toulon1 non d'avoir une matresse1 ni mme une femme marie1 mais de l'avoir insolemment1 outrageusement1 de manire dsesprer le mari4 ,il voulait que celui-ci1 surtout1 connt bien sa honte1 sentt toutes les piqres4 ,les choses furent pousses si loin que le pauvre homme en mourut#gi4 #gi ,bibliothque de la ville de ,toulon1 ,pices et chansons manuscrites1 un volume in-folio1 trs curieux4 ,du reste1 les rivaux des jsuites offraient encore plus de scandale4 ,les ,observantins1 qui dirigeaient les ,clarisses 7ou ,claristes7 d',ollioules1 avaient publiquement des religieuses pour matresses1 et cela ne suffisant pas1 ils ne respectaient pas mme les petites pensionnaires4 ,le ,pre gardien1 un ,aubany1 en avait viol une de treize ans2 poursuivi par les parents1 il s'tait sauv ,marseille4 ,girard1 nomm directeur du sminaire des aumniers1 allait1 par son austrit apparente1 par sa dextrit relle1 rendre l'ascendant aux ,jsuites sur des moines tellement compromis1 sur des prtres de paroisse peu instruits et fort vulgaires4 ,en ce pays o l'homme est brusque1 souvent pre d'accent1 d'extrieur1 les femmes apprcient fort la douce gravit des hommes du ,nord2 elles leur savent gr de parler la langue aristocratique1 officielle1 le franais4 ,girard1 arrivant ,toulon1 devait connatre parfaitement le terrain d'avance4 ,il avait l dj lui une certaine ,guiol1 qui venait parfois ,marseille1 o elle avait une fille carmlite4 ,cette ,guiol1 femme d'un petit menuisier1 se mit entirement sa disposition1 autant et plus qu'il ne voulait2 elle tait fort mre1 de son ge 7quarante-sept ans71 extrmement vhmente1 corrompue et bonne tout1 prte lui rendre des services de toute sorte1 quoi qu'il ft1 quoi qu'il ft1 un sclrat ou un saint4 ,cette ,guiol1 outre sa fille carmlite de ,marseille1 en avait une qui tait sur converse aux ,ursulines de ,toulon4 ,les ,ursulines1 religieuses enseignantes1 taient partout comme un centre2 leur parloir1 frquent des mres1 tait un intermdiaire entre le clotre et le monde4 ,chez elles1 et par elles1 sans doute1 ,girard vit les dames de la ville1 entre autres une de quarante ans1 non marie1 ,mlle ,gravier1 fille d'un ancien entrepreneur des travaux du roi l',arsenal4 ,cette dame avait comme une ombre qui ne la quittait pas1 la ,reboul1 sa cousine1 fille d'un patron de barque1 qui tait sa seule hritire1 et qui1 quoiqu' peu prs du mme ge 7trente-cinq ans71 prtendait bien hriter4 ,prs d'elles1 se formait peu peu un petit cnacle d'admiratrices de ,girard1 qui devinrent ses pnitentes4 ,des jeunes filles y taient parfois introduites1 comme ,mlle ,cadire1 fille d'un marchand1 une couturire1 la ,laugier1 la ,batarelle1 fille d'un batelier4 ,on y faisait de pieuses lectures et parfois de petits goters4 ,mais rien n'intressait plus que certaines lettres o l'on comptait les miracles et les extases de sur ,rmusat1 encore vivante 7elle mourut en fvrier #agcj74 ,quelle gloire pour le ,pre ,girard qui l'avait mene si haut6 ,on lisait cela1 on pleurait1 on criait d'admiration4 ,si l'on n'avait encore d'extases1 on n'tait pas loin d'en avoir4 ,et la ,reboul1 pour plaire sa parente1 se mettait dj parfois dans un tat singulier par le procd connu de s'touffer tout doucement et de se pincer le nez#hj4 #hj ,voy4 le ,procs1 et ,svift1 ,mcanisme de l'enthousiasme4 ,de ces femmes et filles1 la moins lgre certainement tait ,mlle ,catherine ,cadire1 dlicate et maladive personne de dix-sept ans1 tout occupe de dvotion et de charit1 d'un visage mortifi1 qui semblait indiquer que1 quoique bien jeune1 elle avait plus qu'aucune autre ressenti les grands malheurs du temps1 ceux de la ,provence et de ,toulon4 ,cela s'explique assez4 ,elle tait ne dans l'affreuse famine de #agji1 et1 au moment o une fille devient vraie fille1 elle eut le terrible spectacle de la grande ,peste4 ,elle semblait marque de ces deux vnements1 un peu hors de la vie1 et dj de l'autre ct4 ,la triste fleur tait tout fait de ,toulon1 de ce ,toulon d'alors4 ,pour la comprendre1 il faut bien se rappeler ce qu'est1 ce qu'tait cette ville4 ,toulon est un passage1 un lieu d'embarquement1 l'entre d'un port immense et d'un gigantesque arsenal4 ,voil ce qui saisit le voyageur et l'empche de voir ,toulon mme4 ,il y a pourtant l une ville1 une vieille cit4 ,elle contient deux peuples diffrents1 le fonctionnaire tranger1 et le vrai ,toulonnais1 celui-ci peu ami de l'autre1 enviant l'employ et souvent rvolt par les grands airs de la ,marine4 ,tout cela concentr dans les rues tnbreuses d'une ville trangle alors de l'troite ceinture des fortifications4 ,l'originalit de la petite ville noire1 c'est de se trouver justement entre deux ocans de lumire1 le merveilleux miroir de la rade et le majestueux amphithtre de ses montagnes chauves d'un gris blouissant et qui vous aveuglent midi4 ,d'autant plus sombres paraissent les rues4 ,celles qui ne vont pas droit au port et n'en tirent pas quelque lumire1 sont toute heure profondment obscures4 ,des alles sales et de petits marchands1 des boutiques mal garnies1 invisibles qui vient du jour1 c'est l'aspect gnral4 ,l'intrieur forme un labyrinthe de ruelles1 o l'on trouve beaucoup d'glises1 de vieux couvents1 devenus casernes4 ,de forts ruisseaux1 chargs et salis des eaux mnagres1 courent en torrents4 ,l'air y circule peu1 et l'on est tonn1 sous un climat si sec1 d'y trouver tant d'humidit4 ,en face du nouveau thtre1 une ruelle appele la rue de l',hpital va de la rue ,royale1 assez troite1 l'troite rue des ,canonniers 7,saint-,sbastien74 ,on dirait une impasse4 ,le soleil cependant y jette un regard midi1 mais il trouve le lieu si triste qu' l'instant mme il passe et rend la ruelle son ombre obscure4 ,entre ces noires maisons1 la plus petite tait celle du sieur ,cadire1 regrattier1 ou revendeur4 ,on n'entrait que par la boutique1 et il y avait une chambre chaque tage4 ,les ,cadire taient gens honntes1 dvots1 et ,mme ,cadire un miroir de perfection4 ,ces bonnes gens n'taient pas absolument pauvres4 ,non seulement la petite maison tait eux1 mais1 comme la plupart des bourgeois de ,toulon1 ils avaient une bastide4 ,c'est une masure le plus souvent1 un petit clos pierreux qui donne un peu de vin4 ,au temps de la grande marine1 sous ,colbert et son fils1 le prodigieux mouvement du port profitait la ville4 ,l'argent de la ,france arrivait l4 ,tant de grands seigneurs qui passaient1 tranaient aprs eux leurs maisons1 leurs nombreux domestiques1 un peuple gaspillard1 qui derrire lui laissait beaucoup4 ,tout cela finit brusquement4 ,ce mouvement artificiel cessa2 on ne pouvait plus mme payer les ouvriers de l',arsenal2 les vaisseaux dlabrs restaient non rpars1 et l'on finit par en vendre le bois#ha4 #ha ,voy4 une trs bonne dissertation manuscrite de ,m4 ,brun4 ,toulon sentit fort bien le contre-coup de tout cela4 ,au sige de #agjg1 il semblait quasi mort4 ,mais que fut-ce dans la terrible anne de #agji1 le #ic de ,louis ,,xiv6 quand tous les flaux la fois1 cruel hiver1 famine1 pidmie1 semblaient vouloir raser la ,france6--,les arbres de ,provence1 eux-mmes1 ne furent pas pargns4 ,les communications cessrent4 ,les routes se couvraient de mendiants1 d'affams6 ,toulon tremblait1 entour de brigands qui coupaient toutes les routes4 ,mme ,cadire1 pour comble1 en cette anne cruelle1 tait enceinte4 ,elle avait trois garons4 ,l'an restait la boutique1 aidait son pre4 ,le second tait aux ,prcheurs et devait se faire moine dominicain 7jacobin1 comme on disait74 ,le troisime tudiait pour tre prtre au sminaire des ,jsuites4 ,les poux voulaient une fille2 madame demandait ,dieu une sainte4 ,elle passa ses neuf mois en prire1 jenant ou ne mangeant que du pain de seigle4 ,elle eut une fille4 ,catherine4 ,l'enfant tait trs dlicate1 et1 comme ses frres1 un peu malsaine4 ,l'humidit de la maison sans air1 la faible nourriture d'une mre si conome et plus que sobre1 y contribuaient4 ,les frres avaient des glandes qui s'ouvraient quelquefois2 et la petite en eut dans les premires annes4 ,sans tre tout fait malade1 elle avait les grces souffrantes des enfants maladifs4 ,elle grandit sans s'affermir4 ,a l'ge o les autres ont la force1 la joie de la vie ascendante1 elle disait dj3 ,j'ai peu vivre4 ,elle eut la petite vrole1 et en resta un peu marque4 ,on ne sait si elle fut belle4 ,ce qui est sr1 c'est qu'elle tait gentille1 ayant tous les charmants contrastes des jeunes ,provenales et leur double nature4 ,vive et rveuse1 gaie et mlancolique1 une bonne petite dvote1 avec d'innocentes chappes4 ,entre les longs offices1 si on la menait la bastide avec les filles de son ge1 elle ne faisait difficult de faire comme elles1 de chanter ou danser1 en se passant au cou le tambourin4 ,mais ces jours taient rares4 ,le plus souvent1 son grand plaisir tait de monter au plus haut de la maison 7p4 #bd71 de se trouver plus prs du ciel1 de voir un peu de jour1 d'apercevoir peut-tre un petit coin de mer1 ou quelque pointe aigu de la vaste thbade des montagnes4 ,elles taient srieuses ds lors1 mais un peu moins sinistres1 moins dboises1 moins chauves1 avec une robe clairseme d'arbousiers1 de mlzes4 ,cette morte ville de ,toulon1 au moment de la peste1 comptait vingt-six mille habitants4 norme masse resserre sur un point4 ,et encore1 de ce point1 tez une ceinture de grands couvents adosss aux remparts1 minimes1 oratoriens1 jsuites1 capucins1 rcollets1 ursulines1 visitandines1 bernardines1 ,refuge1 ,bon-,pasteur1 et1 tout au centre1 le couvent norme des dominicains4 ,ajoutez les glises paroissiales1 presbytres1 vch1 etc4 ,le clerg occupait tout1 le peuple rien pour ainsi dire#hb4 #hb ,voy4 le livre de ,m4 d',antrechaus et l'excellente brochure de ,m4 ,gustave ,lambert4 ,on devine combien1 sur un foyer si concentr1 le flau prement mordit4 ,le bon cur de ,toulon lui fut fatal aussi4 ,elle reut magnanimement des chapps de ,marseille4 ,ils purent bien amener la peste1 autant que des ballots de laine auxquels on attribue l'introduction du flau4 ,les notables effrays allaient fuir1 se disperser dans les campagnes4 ,le premier des consuls1 ,m4 d',antrechaus1 cur hroque1 les retint1 leur dit svrement3 ,et le peuple1 que va-t-il devenir1 messieurs1 dans cette ville dnue1 si les riches emportent leurs bourses8 ,il les retint et fora tout le monde de rester4 ,on attribuait les horreurs de ,marseille aux communications entre habitants4 ,d',antrechaus essaya d'un systme tout contraire4 ,ce fut d'isoler1 d'enfermer les ,toulonnais chez eux4 ,deux hpitaux immenses furent crs et dans la rade et aux montagnes4 ,tout ce qui n'y allait pas1 dut rester chez soi sous peine de mort4 ,d',antrechaus1 pendant sept grands mois1 soutint cette gageure qu'on et crue impossible1 de garder1 de nourrir domicile1 une population de vingt-six mille mes4 ,pour ce temps1 ,toulon fut un spulcre4 ,nul mouvement que celui du matin1 de la distribution du pain de porte en porte1 puis de l'enlvement des morts4 ,les mdecins prirent la plupart1 les magistrats prirent1 sauf d',antrechaus4 ,les enterreurs prirent4 ,les dserteurs condamns les remplaaient1 mais avec une brutalit prcipite et furieuse4 ,les corps1 du quatrime tage1 taient1 la tte en bas1 jets au tombereau4 ,une mre venait de perdre sa fille1 jeune enfant4 ,elle eut horreur de voir ce pauvre petit corps prcipit ainsi1 et1 force d'argent1 elle obtint qu'on la descendit4 ,dans le trajet1 l'enfant revient1 se ranime4 ,on la remonte2 elle survit4 ,si bien qu'elle fut l'aeule de notre savant ,m4 ,brun1 auteur de l'excellente histoire du port4 ,la pauvre petite ,cadire avait justement l'ge de cette morte qui survcut1 douze ans1 l'ge si vulnrable pour ce sexe4 ,la fermeture gnrale des glises1 la suppression des ftes 7de ,nol6 si gai ,toulon71 tout cela pour l'enfant tait la fin du monde4 ,il semble qu'elle n'en soit jamais bien revenue4 ,toulon non plus ne se releva point4 ,elle garda l'aspect d'un dsert4 ,tout tait ruin1 en deuil1 veuf1 orphelin1 beaucoup dsesprs4 ,au milieu1 une grande ombre1 d',antrechaus1 qui avait vu tout mourir1 ses fils1 frres et collgues1 et qui s'tait glorieusement ruin1 ce point qu'il lui fallut manger chez ses voisins2 les pauvres se disputaient l'honneur de le nourrir4 ,la petite dit sa mre qu'elle ne porterait jamais plus ce qu'elle avait de beaux habits1 et il fallut les vendre4 ,elle ne voulait plus que servir les malades2 elle entranait toujours sa mre l'hpital qui tait au bout de leur rue4 ,une petite voisine de quatorze ans1 la ,laugier1 avait perdu son pre1 vivait avec sa mre fort misrablement4 ,catherine y allait sans cesse et y portait sa nourriture1 des vtements1 tout ce qu'elle pouvait4 ,elle demanda ses parents qu'on payt pour la ,laugier les frais d'apprentissage chez une couturire1 et tel tait son ascendant1 qu'ils ne refusrent pas cette grosse dpense4 ,sa pit1 son charmant petit cur la rendaient toute-puissante4 ,sa charit tait passionne2 elle ne donnait pas seulement2 elle aimait4 ,elle et voulu que cette ,laugier ft parfaite4 ,elle l'avait volontiers prs d'elle1 la couchait souvent avec elle4 ,toutes deux avaient t reues dans les filles de ,sainte-,thrse1 un tiers-ordre que les carmes avaient organis4 ,mlle ,cadire en tait l'exemple1 et1 treize ans1 elle semblait une carmlite accomplie4 ,elle avait emprunt d'une visitandine des livres de mysticit qu'elle dvorait4 ,la ,laugier1 quinze ans1 faisait un grand contraste2 elle ne voulait rien faire1 rien que manger et tre belle4 ,elle l'tait1 et pour cela on l'avait fait sacristine de la chapelle de ,sainte-,thrse4 ,occasion de grandes privauts avec les prtres2 aussi1 quand sa conduite lui mrita d'tre chasse de la congrgation1 une autre autorit1 un vicaire gnral1 s'emporta jusqu' dire que1 si elle l'tait1 on interdirait la chapelle 7p4 #cf-cg74 ,toutes deux elles avaient le temprament du pays1 l'extrme agitation nerveuse1 et ds l'enfance1 ce qu'on appelait des vapeurs de mre 7de matrice74 ,mais le rsultat tait oppos2 fort charnel chez la ,laugier1 gourmande1 fainante1 violente2 tout crbral chez la pure et douce ,catherine1 qui1 par suite de ses maladies ou de sa vive imagination qui absorbait tout en elle1 n'avait aucune ide du sexe4 ,a vingt ans1 elle en avait sept4 ,elle ne songeait rien qu' prier et donner1 ne voulait point se marier4 ,au mot de mariage elle pleurait1 comme si on lui et propos de quitter ,dieu4 ,on lui avait prt la vie de sa patronne1 sainte ,catherine de ,gnes1 et elle avait achet le ,chteau de l'me de sainte ,thrse4 ,peu de confesseurs la suivaient dans cet essor mystique4 ,ceux qui parlaient gauchement de ces choses lui faisaient mal4 ,elle ne put garder ni le confesseur de sa mre1 prtre de la cathdrale1 ni un carme1 ni le vieux jsuite ,sabatier4 ,a seize ans1 elle avait un prtre de ,saint-,louis1 de haute spiritualit4 ,elle passait des jours l'glise1 tellement que sa mre1 alors veuve1 qui avait besoin d'elle1 toute dvote qu'elle tait1 la punissait son retour4 ,ce n'tait pas sa faute4 ,elle s'oubliait dans ses extases4 ,les filles de son ge la tenaient tellement pour sainte1 que parfois1 la messe1 elles crurent voir l'hostie1 attire par la force d'amour qu'elle exerait1 voler elle et d'elle-mme se placer dans sa bouche4 ,ses deux jeunes frres taient disposs fort diversement pour ,girard4 ,l'an1 chez les ,prcheurs1 avait pour le ,jsuite l'antipathie naturelle de l'ordre de ,saint-,dominique4 ,l'autre1 qui1 pour tre prtre1 tudiait chez les ,jsuites1 regardait ,girard comme un saint1 un grand homme2 il en avait fait son hros4 ,elle aimait ce jeune frre1 comme elle1 maladif4 ,ce qu'il disait sans cesse de ,girard dut agir4 ,un jour1 elle le rencontra dans la rue2 elle le vit si grave1 mais si bon et si doux qu'une voix intrieure lui dit ,ecce homo 7le voici1 l'homme qui doit te conduire74 ,le samedi1 elle alla se confesser lui1 et il lui dit3 ,mademoiselle1 je vous attendais4 ,elle fut surprise et mue1 ne songea nullement que son frre et pu l'avertir1 mais pensa que la voix mystrieuse lui avait parl aussi1 et que tous deux partageaient cette communion cleste des avertissements d'en haut 7p4 #ha1 #chc74 ,six mois d't se passrent sans que ,girard1 qui la confessait le samedi1 ft un pas vers elle4 ,le scandale du vieux ,sabatier l'avertissait assez4 ,il et t de sa prudence de s'en tenir au plus obscur attachement1 la ,guiol1 il est vrai1 bien mre1 mais ardente et diable incarn4 ,c'est la ,cadire qui s'avana vers lui innocemment4 ,son frre1 l'tourdi ,jacobin1 s'tait avis de prter une dame et de faire courir dans la ville une satire intitule3 ,la ,morale des ,jsuites4 ,ils en furent bientt avertis4 ,sabatier jure qu'il va crire en cour1 obtenir une lettre de cachet pour enfermer le ,jacobin4 ,sa sur se trouble1 s'effraye2 elle va1 les larmes aux yeux1 implorer le ,pre ,girard1 le prier d'intervenir4 ,peu aprs1 quand elle y retourne1 il lui dit3 ,rassurez-vous2 votre frre n'a rien craindre1 j'ai arrang son affaire4 ,elle fut tout attendrie4 ,girard sentit son avantage4 ,un homme si puissant1 ami du roi1 ami de ,dieu1 et qui venait de se montrer si bon6 quoi de plus fort sur un jeune cur8 ,il s'aventura1 et lui dit 7toutefois dans sa langue quivoque73 ,remettez-vous moi1 abandonnez-vous tout entire4 ,elle ne rougit point1 et avec sa puret d'ange elle dit3 ,oui1 n'entendant rien1 sinon l'avoir pour directeur unique4 ,quelles taient ses ides sur elle8 ,en ferait-il une matresse ou un instrument de charlatanisme8 ,girard flotta sans doute1 mais je crois qu'il penchait vers la dernire ide4 ,il avait choisir1 pouvait trouver des plaisirs sans prils4 ,mais ,mlle ,cadire tait sous une mre pieuse4 ,elle vivait avec sa famille1 un frre mari et les deux qui taient d'glise1 dans une maison trs troite1 dont la boutique de l'an tait la seule entre4 ,elle n'allait gure qu' l'glise4 ,quelle que ft sa simplicit1 elle sentait d'instinct les choses impures1 les maisons dangereuses4 ,les pnitentes des ,jsuites se runissaient volontiers au haut d'une maison1 faisaient des mangeries1 des folies1 criaient en provenal3 ,vivent les jsuitons6 ,une voisine que ce bruit drangeait1 vint1 les vit couches sur le ventre 7#e;b71 chantant et mangeant des beignets 7le tout1 dit-on1 pay par l'argent des aumnes74 ,la ,cadire y fut invite1 mais elle en eut dgot et n'y retourna point4 ,on ne pouvait l'attaquer que par l'me4 ,girard semblait n'en vouloir qu' l'me seule4 ,qu'elle obt1 acceptt les doctrines de passivet qu'il avait enseignes ,marseille1 c'tait1 ce semble1 son seul but4 ,il crut que les exemples y feraient plus que les prceptes4 ,la ,guiol1 son me damne1 fut charge de conduire la jeune sainte dans cette ville1 o la ,cadire avait une amie d'enfance1 une carmlite1 fille de la ,guiol4 ,la ruse1 pour lui inspirer confiance1 prtendait1 elle aussi1 avoir des extases4 ,elle la repaissait de contes ridicules4 ,elle lui disait1 par exemple1 qu'ayant trouv sa cave qu'un tonneau de vin s'tait gt1 elle se mit en prire et qu' l'instant le vin redevint bon4 ,une autre fois1 elle s'tait sentie entrer une couronne d'pines1 mais les anges pour la consoler avaient servi un bon dner1 qu'elle mangeait avec le ,pre ,girard4 ,la ,cadire obtint de sa mre qu'elle pt aller ,marseille avec cette bonne ,guiol1 et ,mme ,cadire paya la dpense4 ,c'tait au mois le plus brlant de la brlante contre1 en aot 7#agbi71 quand toute la campagne tarie n'offre l'il qu'un pre miroir de rocs et de cailloux4 ,le faible cerveau dessch de la jeune malade1 sous la fatigue du voyage1 reut d'autant mieux la funeste impression de ces mortes de couvent4 ,le vrai type du genre tait cette sur ,rmusat1 dj l'tat de cadavre 7et qui rellement mourut74 ,la ,cadire admira une si haute perfection4 ,sa compagne perfide la tenta de l'ide orgueilleuse d'en faire autant1 et de lui succder4 ,pendant ce court voyage1 ,girard1 rest dans le brlant touffement de ,toulon1 avait fort tristement baiss4 ,il allait frquemment chez cette petite ,laugier qui croyait aussi avoir des extases1 la consolait 7si bien que tout l'heure elle est enceinte674 ,lorsque ,mlle ,cadire lui revint aile1 exalte1 lui1 au contraire1 charnel1 tout livr au plaisir1 lui jeta un souffle d'amour 7p4 #f1 #chc74 ,elle en fut embrase1 mais 7on le voit7 sa manire1 pure1 sainte et gnreuse1 voulant l'empcher de tomber1 s'y dvouant jusqu' mourir pour lui 7septembre #agbi74 ,un des dons de sa saintet1 c'est qu'elle voyait au fond des curs4 ,il lui tait arriv parfois de connatre la vie secrte1 les murs de ses confesseurs1 de les avertir de leurs fautes1 ce que plusieurs1 tonns1 atterrs1 avaient pris humblement4 ,un jour de cet t1 voyant entrer chez elle ,la ,guiol1 elle lui dit tout coup3 ,ah6 mchante1 qu'avez-vous fait8--,et elle avait raison1 dit plus tard ,la ,guiol elle-mme4 ,je venais de faire une mauvaise action4--,laquelle8 ,probablement de livrer la ,laugier4 ,on est tent de le croire1 quand on la voit l'anne suivante vouloir livrer la ,batarelle4 ,la ,laugier1 qui souvent couchait chez la ,cadire1 pouvait fort bien lui avoir confi son bonheur et l'amour du saint1 ses paternelles caresses4 ,dure preuve pour la ,cadire et grande agitation d'esprit4 ,d'une part1 elle savait fond la maxime de ,girard3 ,qu'en un saint tout acte est saint4 ,mais d'autre part1 son honntet naturelle1 toute son ducation antrieure1 l'obligeaient croire qu'une tendresse excessive pour la crature tait toujours un pch mortel4 ,cette perplexit douloureuse entre deux doctrines acheva la pauvre fille1 lui donna d'horribles temptes1 et elle se crut obsde du dmon4 ,l parut encore son bon cur4 ,sans humilier ,girard1 elle lui dit qu'elle avait la vision d'une me tourmente d'impuret et de pch mortel1 qu'elle se sentait le besoin de sauver cette me1 d'offrir au ,diable victime pour victime1 d'accepter l'obsession et de se livrer sa place4 ,il ne le lui dfendit pas1 lui permit d'tre obsde1 mais pour un an seulement 7novembre #agbi74 ,elle savait1 comme toute la ville1 les scandaleuses amours du vieux ,pre ,sabatier1 insolent1 furieux1 nullement prudent comme ,girard4 ,elle voyait le mpris o les jsuites 7qu'elle croyait le soutien de l'glise7 ne pouvaient manquer de tomber4 ,elle dit un jour ,girard3 ,j'ai eu une vision3 une mer sombre1 un vaisseau plein d'mes1 battu de l'orage des penses impures1 et sur le vaisseau deux ,jsuites4 ,j'ai dit au ,rdempteur que je voyais au ciel3 ,seigneur6 sauvez-les1 noyez-moi444 ,je prends sur moi tout le naufrage4 ,et le bon ,dieu me l'accorda4 ,jamais1 dans le cours du procs et lorsque ,girard1 devenu son cruel ennemi1 poursuivit sa mort1 elle ne revint l-dessus4 ,jamais elle n'expliqua ces deux paraboles de sens si transparent4 ,elle eut cette noblesse de n'en pas dire un mot4 ,elle s'tait dvoue4 ,a quoi8 sans doute la damnation4 ,voudra-t-on dire que1 par orgueil1 se croyant impassible et morte1 elle dfiait l'impuret que le dmon infligeait l'homme de ,dieu4 ,mais il est trs certain qu'elle ne savait rien prcisment des choses sensuelles2 qu'en ce mystre elle ne prvoyait rien que douleurs1 tortures du dmon4 ,girard tait bien froid1 et bien indigne de tout cela4 ,au lieu d'tre attendri1 il se joua de sa crdulit par une ignoble fraude4 ,il lui glissa dans sa cassette un papier o ,dieu lui disait que1 pour elle1 effectivement il sauverait le vaisseau4 ,mais il se garda d'y laisser cette pice ridicule2 en la lisant et relisant1 elle aurait pu s'apercevoir qu'elle tait fabrique4 ,l'ange qui apporta le papier1 un jour aprs le remporta4 ,avec la mme indlicatesse1 ,girard1 la voyant agite et incapable de prier1 lui permit lgrement de communier tant qu'elle voudrait1 tous les jours1 dans diffrentes glises4 ,elle n'en fut que plus mal4 ,dj pleine du dmon1 elle logeait ensemble les deux ennemis4 ,a force gale1 ils se battaient en elle4 ,elle croyait clater et crever4 ,elle tombait1 s'vanouissait1 et restait ainsi plusieurs heures4 ,en dcembre1 elle ne sortit plus gure1 mme de son lit4 ,girard eut un trop bon prtexte pour la voir4 ,il fut prudent1 s'y faisant toujours conduire par le petit frre1 du moins jusqu' la porte4 ,la chambre de la malade tait au haut de la maison4 ,la mre restait la boutique discrtement4 ,il tait seul1 tant qu'il voulait1 et1 s'il voulait1 tournait la cl4 ,elle tait alors trs malade4 ,il la traitait comme un enfant2 il l'avanait un peu sur le devant du lit1 lui tenait la tte1 la baisait paternellement4 ,tout cela reu avec respect1 tendresse1 reconnaissance4 ,trs pure1 elle tait trs sensible4 ,a tel contact lger qu'une autre n'et pas remarqu1 elle perdait connaissance2 un frlement prs du sein suffisait4 ,girard en fit l'exprience1 et cela lui donna de mauvaises penses4 ,il la jetait volont dans ce sommeil1 et elle ne songeait nullement s'en dfendre1 ayant toute confiance en lui1 inquite seulement1 un peu honteuse de prendre avec un tel homme tant de libert et de lui faire perdre un temps si prcieux4 ,il y restait longtemps4 ,on pouvait prvoir ce qui arriva4 ,la pauvre jeune fille1 toute malade qu'elle fut1 n'en porta pas moins la tte de ,girard un invincible enivrement4 ,une fois1 en s'veillant1 elle se trouva dans une posture trs ridiculement indcente2 une autre1 elle le surprit qui la caressait4 ,elle rougit1 gmit1 se plaignit4 ,mais il lui dit impudemment3 ,je suis votre matre1 votre ,dieu444 ,vous devez tout souffrir au nom de l'obissance4 ,vers ,nol1 la grande fte1 il perdit la dernire rserve4 ,au rveil1 elle s'cria3 ,mon ,dieu6 que j'ai souffert6--,je le crois1 pauvre enfant6 dit-il d'un ton compatissant4 ,depuis1 elle se plaignit moins1 mais ne s'expliquait pas ce qu'elle prouvait dans le sommeil 7p4 #e1 #ab1 etc474 ,girard comprenait mieux1 mais non sans terreur1 ce qu'il avait fait4 ,en janvier1 fvrier1 un signe trop certain l'avertit de la grossesse4 ,pour comble d'embarras1 la ,laugier aussi se trouva enceinte4 ,ces parties de dvotes1 ces mangeries1 arroses indiscrtement du petit vin du pays1 avaient eu pour premier effet l'exaltation naturelle chez une race inflammable1 l'extase contagieuse4 ,chez les ruses1 tout tait contrefait4 ,mais chez cette jeune ,laugier1 sanguine et vhmente1 l'extase fut relle4 ,elle eut1 dans sa chambrette1 de vrais dlires1 des dfaillances1 surtout quand ,girard y venait4 ,elle fut grosse un peu plus tard que la ,cadire1 sans doute aux ftes des ,rois 7p4 #cg1 #aad74 ,pril trs grand4 ,elles n'taient pas dans un dsert1 ni au fond d'un couvent1 intress touffer la chose1 mais1 pour ainsi dire1 en pleine rue4 ,la ,laugier au milieu des voisines curieuses1 la ,cadire dans sa famille4 ,son frre1 le ,jacobin1 commenait trouver mauvais que ,girard lui ft de si longues visites4 ,un jour1 il osa rester prs d'elle1 quand ,girard y vint1 comme pour la garder4 ,girard1 hardiment1 le mit hors de la chambre1 et la mre1 indigne1 chassa son fils de la maison4 ,cela tournait vers un clat4 ,nul doute que ce jeune homme1 si durement trait1 chass de chez lui1 gonfl de colre1 n'allt crier aux ,prcheurs1 et que ceux-ci1 saisissant une si belle occasion1 ne courussent rpter la chose1 et en dessous n'ameutassent toute la ville contre le ,jsuite4 ,il prit un trange parti1 de faire face par un coup hardi et de se sauver par le crime4 ,le libertin devint un sclrat4 ,il connaissait bien sa victime4 ,il avait vu la trace des scrofules qu'elle avait eues enfant4 ,cela ne ferme pas nettement comme une blessure4 ,la peau y reste rose1 mince et faible4 ,elle en avait eu aux pieds4 ,et elle en avait aussi dans un endroit dlicat1 dangereux1 sous le sein4 ,il eut l'ide diabolique de lui renouveler ces plaies1 de les donner pour des stigmates1 tels qu'en ont obtenus du ciel saint ,franois et d'autres saints1 qui1 cherchant l'imitation et la conformit complte avec le ,crucifi1 portaient et la marque des clous et le coup de lance au ct4 ,les ,jsuites taient dsols de n'avoir rien opposer aux miracles des jansnistes4 ,girard tait sr de les charmer par un miracle inattendu4 ,il ne pouvait manquer d'tre soutenu par les siens1 par leur maison de ,toulon4 ,l'un1 le vieux ,sabatier1 tait prt croire tout2 il avait t jadis le confesseur de la ,cadire1 et la chose lui et fait honneur4 ,un autre1 le ,pre ,grignet1 tait un bat imbcile1 qui verrait tout ce qu'on voudrait4 ,si les carmes ou d'autres s'avisaient d'avoir des doutes1 on les ferait avertir de si haut1 qu'ils croiraient prudent de se taire4 ,mme le jacobin ,cadire1 jusque-l ennemi et jaloux1 trouverait son compte revenir1 croire une chose qui ferait la famille si glorieuse et lui le frre d'une sainte4 ,mais1 dira-t-on1 la chose n'tait-elle pas naturelle8 ,on a des exemples innombrables1 bien constats1 de vraies stigmatises#hc4 #hc ,voy4 surtout ,a4 ,maury1 ,magie4 ,le contraire est probable4 ,quand elle s'aperut de la chose1 elle fut honteuse et dsole1 craignant de dplaire ,girard par ce retour de petits maux d'enfance4 ,elle alla vite chez une voisine1 une ,mme ,truc1 une femme qui se mlait de mdecine1 et lui acheta 7comme pour un jeune frre7 un onguent qui lui brlait les plaies4 ,pour faire ces plaies1 comment le cruel s'y prit il8 ,enfona-t-il les ongles8 usa-t-il d'un petit couteau1 que toujours il portait sur lui8 ,ou bien attira-t-il le sang la premire fois1 comme il le fit plus tard1 par une forte succion8 ,elle n'avait pas sa connaissance1 mais bien sa sensibilit2 nul doute qu' travers le sommeil elle n'ait senti la douleur4 ,elle et cru faire un grand pch1 si elle n'et tout dit ,girard4 ,quelque crainte qu'elle et de dplaire et de dgoter1 elle dit la chose4 ,il vit1 et il joua sa comdie1 lui reprocha de vouloir gurir et de s'opposer ,dieu4 ,ce sont les clestes stigmates4 ,il se met genoux1 baise les plaies des pieds4 ,elle se signe1 s'humilie1 elle fait difficult de croire4 ,girard insiste1 la gronde1 lui fait dcouvrir le ct1 admire la plaie4 ,et moi aussi je l'ai1 dit-il1 mais intrieure4 ,la voil oblige de croire qu'elle est un miracle vivant4 ,ce qui aidait lui faire accepter une chose si tonnante1 c'est qu' ce moment la sur ,rmusat venait de mourir4 ,elle l'avait vue dans la gloire1 et son cur port par les anges4 ,qui lui succderait sur la terre8 ,qui hriterait des dons sublimes qu'elle avait eus1 des faveurs clestes dont elle tait comble8 ,girard lui offrit la succession et la corrompit par l'orgueil4 ,ds lors1 elle changea4 ,elle sanctifia vaniteusement tout ce qu'elle sentait des mouvements de nature4 ,les dgots1 les tressaillements de la femme enceinte auxquels elle ne comprenait rien1 elle les mit sur le compte des violences intrieures de l',esprit4 ,au premier jour de carme1 tant table avec ses parents1 elle voit tout coup le ,seigneur4 ,je veux te conduire au ,dsert1 dit-il1 t'associer aux excs d'amour de la sainte ,quarantaine1 t'associer mes douleurs444 ,elle frmit1 elle a horreur de ce qu'il faudra souffrir4 ,mais seule elle peut se donner pour tout un monde de pcheurs4 ,elle a des visions sanglantes4 ,elle ne voit que du sang4 ,elle aperoit ,jsus comme un crible de sang4 ,elle-mme crachait le sang1 et elle en perdait encore d'autre faon4 ,mais en mme temps sa nature semblait change4 ,a mesure qu'elle souffrait1 elle devenait amoureuse4 ,le vingtime jour du carme1 elle voit son nom uni celui de ,girard4 ,l'orgueil alors exalt1 stimul du sens nouveau qui lui venait1 l'orgueil lui fait comprendre le domaine spcial que ,marie 7la femme7 a sur ,dieu4 ,elle sent combien l'ange est infrieur au saint1 la moindre sainte4--,elle voit le palais de la gloire1 et se confond avec l',agneau6444 ,pour l'omble d'illusion1 elle se sent souleve de terre1 monter en l'air plusieurs pieds4 ,elle peut peine le croire1 mais une personne respecte1 ,mlle ,gravier1 le lui assure4 ,chacun vient1 admire1 adore4 ,girard amne son collgue ,grignet1 qui s'agenouille et pleure de joie4 ,n'osant y aller tous les jours1 ,girard la faisait venir souvent l'glise des ,jsuites4 ,elle s'y tranait une heure1 aprs les offices1 pendant le dner4 ,personne alors dans l'glise4 ,il s'y livrait devant l'autel1 devant la croix1 des transports que le sacrilge rendait plus ardents4 ,n'y avait-elle aucun scrupule8 pouvait-elle bien s'y tromper8 ,il semble que sa conscience1 au milieu d'une exaltation sincre encore et non joue1 s'tourdissait pourtant dj1 s'obscurcissait4 ,sous les stigmates sanglants1 ces faveurs cruelles de l'poux cleste1 elle commenait sentir d'tranges ddommagements4 ,heureuse de ses dfaillances1 elle y trouvait1 disait-elle1 des peines d'infinie douceur et je ne sais quel flot de la ,grce jusqu'au consentement parfait4 7,p4 #dbe1 in-douze47 ,elle fut d'abord tonne et inquite de ces choses nouvelles4 ,elle en parla la ,guiol1 qui sourit1 lui dit qu'elle tait bien sotte1 que ce n'tait rien1 et cyniquement elle ajouta qu'elle en prouvait tout autant4 ,ainsi ces perfides commres aidaient de leur mieux corrompre une fille trs honnte1 et chez qui les sens retards ne s'veillaient qu' grand'peine sous l'obsession odieuse d'une autorit sacre4 ,deux choses attendrissent dans ces rveries3 l'une1 c'est le pur idal qu'elle se faisait de l'union fidle1 croyant voir le nom de ,girard et le sien unis jamais au ,livre de vie4 ,l'autre chose touchante1 c'est sa bont qui clate parmi les folies1 son charmant cur d'enfant4 ,au jour des ,rameaux1 en voyant la joyeuse table de famille1 elle pleura trois heures de suite de songer qu'au mme jour personne n'invita ,jsus dner4 ,pendant presque tout le carme1 elle ne put presque pas manger2 elle rejetait le peu qu'elle prenait4 ,aux quinze derniers jours1 elle jena entirement1 et arriva au dernier degr de faiblesse4 ,qui pourrait croire que ,girard1 sur cette mourante qui n'avait plus que le souffle1 exera de nouveaux svices8 ,il avait empch ses plaies de se fermer4 ,il lui en vint une nouvelle au flanc droit4 ,et enfin au ,vendredi-,saint1 pour l'achvement de sa cruelle comdie1 il lui fit porter une couronne de fil de fer1 qui1 lui entrant dans le front1 lui faisait couler sur le visage des gouttes de sang4 ,tout cela sans trop de mystre4 ,il lui coupa d'abord ses longs cheveux1 les emporta4 ,il commanda la couronne chez un certain ,bitard1 marchand du port1 qui faisait des cages4 ,elle n'apparaissait pas aux visiteurs avec cette couronne2 on n'en voyait que les effets1 les gouttes de sang1 la face sanglante4 ,on y imprimait des serviettes1 on en tirait des ,vroniques1 que ,girard emportait pour les donner sans doute des personnes de pit4 ,la mre se trouva malgr elle complice de la jonglerie4 ,mais elle redoutait ,girard4 ,elle commenait voir qu'il tait capable de tout1 et quelqu'un1 de bien confident 7trs probablement la ,guiol7 lui avait dit que1 si elle disait un mot1 sa fille ne vivrait pas vingt-quatre heures4 ,pour la ,cadire1 elle ne mentit jamais l-dessus4 ,dans le rcit qu'elle a dict de ce carme1 elle dit expressment que c'est une couronne pointes qui1 enfonce dans sa tte1 la faisait saigner4 ,elle ne cacha pas non plus l'origine des petites croix qu'elle donnait ses visiteurs4 ,sur un modle fourni par ,girard1 elle les commanda un de ses parents1 charpentier de l',arsenal4 ,elle fut1 le ,vendredi-,saint1 vingt-quatre heures dans une dfaillance qu'on appelait une extase1 livre aux soins de ,girard1 soins nervants1 meurtriers4 ,elle avait trois mois de grossesse4 ,il voyait dj la sainte1 la martyre1 la miracule1 la transfigure1 qui commenait s'arrondir4 ,il dsirait et redoutait la solution violente d'un avortement4 ,il le provoquait en lui donnant tous les jours de dangereux breuvages1 des poudres rougetres4 ,il l'aurait mieux aime morte2 cela l'aurait tir d'affaire4 ,du moins1 il aurait voulu l'loigner de chez sa mre1 la cacher dans un couvent4 ,il connaissait ces maisons1 et savait1 comme ,picart 7voir plus haut l',affaire de ,louviers7 avec quelle adresse1 quelle discrtion1 on y couvre ces sortes de choses4 ,il voulait l'envoyer ou aux chartreuses de ,prmole1 ou ,sainte-,claire d',ollioules4 ,il en parla mme le ,vendredi-,saint4 ,mais elle paraissait si faible1 qu'on n'osait la tirer de son lit4 ,enfin1 quatre jours aprs ,pques1 ,girard tant dans sa chambre1 elle eut un besoin douloureux et perdit d'un coup une forte masse qui semblait du sang coagul4 ,il prit le vase1 regarda attentivement la fentre4 ,mais elle1 qui ne souponnait nul mal cela1 elle appela la servante1 lui donna le vase vider4 ,quelle imprudence6 ,ce cri chappa ,girard1 et sottement il le rpta 7p4 #ed1 #chh1 etc474 ,on n'a pas autant de dtails sur l'avortement de la ,laugier4 ,elle s'tait aperue de sa grossesse dans le mme carme4 ,elle y avait eu d'tranges convulsions1 des commencements de stigmates assez ridicules2 l'un tait un coup de ciseau qu'elle s'tait donn dans son travail de couturire1 l'autre une dartre vive au ct 7p4 #ch74 ,ses extases tout coup tournrent en dsespoir impie4 ,elle crachait sur le crucifix4 ,elle criait contre ,girard3 ,o est-il1 ce diable de ,pre qui m'a mise dans cet tat8 ,il n'tait pas difficile d'abuser une fille de vingt-deux ans6444 ,o est-il8 ,il me laisse l4 ,qu'il vienne6 ,les femmes qui l'entouraient taient elles-mmes des matresses de ,girard4 ,elles allaient le chercher1 et il n'osait pas venir affronter les emportements de la fille enceinte4 ,ces commres1 intresses diminuer le bruit1 purent1 sans lui1 trouver un moyen de tout finir sans clat4 ,girard tait-il sorcier1 comme on le soutint plus tard8 ,on aurait bien pu le croire en voyant combien aisment1 sans tre ni jeune ni beau1 il avait fascin tant de femmes4 ,mais le plus trange1 ce fut1 aprs s'tre tellement compromis1 de matriser l'opinion4 ,il parut un moment avoir ensorcel la ville elle-mme4 ,en ralit1 on savait les ,jsuites puissants2 personne ne voulait entrer en lutte avec eux4 ,mme on ne croyait pas sr d'en parler mal voix basse4 ,la masse ecclsiastique tait surtout de petits moines d'ordres mendiants sans relations puissantes ni hautes protections4 ,les carmes mme1 fort jaloux et blesss d'avoir perdu la ,cadire1 les carmes se turent4 ,son frre1 le jeune ,jacobin1 prch par une mre tremblante1 revint aux mnagements politiques1 se rapprocha de ,girard1 enfin se donna lui autant que le dernier frre1 au point de lui prter son aide dans une trange manuvre qui pouvait faire croire que ,girard avait le don de prophtie4 ,s'il avait craindre quelque faible opposition1 c'tait de la personne mme qu'il semblait avoir le plus subjugue4 ,la ,cadire1 encore soumise1 donnait pourtant de lgers signes d'une indpendance prochaine qui devait se rvler4 ,le #cj avril1 dans une partie de campagne que ,girard organisa galamment1 et o il envoya1 avec la ,guiol1 son troupeau de jeunes dvotes1 la ,cadire tomba en grande rverie4 ,ce beau moment du printemps1 si charmant dans ce pays1 leva son cur ,dieu4 ,elle dit1 avec un sentiment de vritable pit3 ,vous seul1 ,seigneur6444 ,je ne veux que vous seul6444 ,vos anges ne me suffisent pas4 ,puis une d'elles1 fille fort gaie1 ayant1 la provenale1 pendu son cou un petit tambourin1 la ,cadire fit comme les autres1 sauta1 dansa1 se mit un tapis en charpe1 fit la bohmienne1 s'tourdit par cent folies4 ,elle tait fort agite4 ,en mai1 elle obtint de sa mre de faire un voyage la ,sainte-,baume1 l'glise de la ,madeleine1 la grande sainte des filles pnitentes4 ,girard ne la laissa aller que sous l'escorte de deux surveillantes fidles1 la ,guiol et la ,reboul4 ,mais en route1 quoique par moments elle et encore des extases1 elle se montra lasse d'tre l'instrument passif du violent ,esprit 7infernal ou divin7 qui la troublait4 ,le terme annuel de l'obsession n'tait pas loign4 ,n'avait-elle pas gagn sa libert8 ,une fois sortie de la sombre et fascinante ,toulon1 replace dans le grand air1 dans la nature1 sous le soleil1 la captive reprit son me1 rsista l'me trangre1 osa tre elle-mme1 vouloir4 ,les deux espionnes de ,girard en furent fort mal difies4 ,au retour de ce court voyage 7du #ag au #bb mai71 elles l'avertirent du changement4 ,il s'en convainquit par lui-mme4 ,elle rsista l'extase1 ne voulant plus1 ce semblait1 obir qu' la raison4 ,il avait cru la tenir1 et par la fascination1 et par l'autorit sacre1 enfin par la possession et l'habitude charnelle4 ,il ne tenait rien4 ,la jeune me qui1 aprs tout avait t moins conquise que surprise 7tratreusement71 revenait sa nature4 ,il fut bless4 ,de son mtier de pdant1 de la tyrannie des enfants1 chtis volont1 de celle des religieuses1 non moins dpendantes1 il lui restait un fonds dur de domination jalouse4 ,il rsolut de ressaisir la ,cadire en punissant cette premire petite rvolte1 si l'on peut nommer ainsi le timide essor de l'me comprime qui se relve4 ,le #bb mai1 lorsque1 selon son usage1 elle se confessa lui1 il refusa de l'absoudre1 disant qu'elle tait si coupable qu'il devait lui infliger le lendemain une grande1 trs grande pnitence4 ,quelle serait-elle8 ,le jene8 ,mais elle tait dj affaiblie et extnue4 ,les longues prires1 autre pnitence1 n'taient pas dans les habitudes du directeur quitiste2 il les dfendait4 ,restait le chtiment corporel1 la discipline4 ,c'tait la punition d'usage universel1 prodigue dans les couvents autant que dans les collges4 ,moyen simple et abrg de rapide excution qui1 aux temps simples et rudes1 s'appliquait dans l'glise mme4 ,on voit1 dans les fabliaux1 naves peintures des murs1 que le prtre1 ayant confess le mari et la femme1 sans faon1 sur la place mme1 derrire le confessionnal1 leur donnait la discipline4 ,les coliers1 les moines1 les religieuses1 n'taient pas punis autrement#hd4 #hd ,le grand dauphin tait fouett cruellement4 ,le jeune ,boufflers 7de quinze ans7 mourut de douleur de l'avoir t 7,saint-,simon74 ,la prieure de l',abbaye-aux-,bois1 menace par son suprieur de chtiment afflictif1 rclama auprs du roi2 elle fut1 pour l'honneur du couvent1 dispense de la honte publique1 mais remise au suprieur1 et sans doute la punition fut reue petit bruit4--,de plus en plus1 on sentait ce qu'elle avait de dangereux1 d'immoral4 ,l'effroi1 la honte1 amenaient de tristes supplications et d'indignes traits4 ,on ne l'avait que trop vu dans le grand procs qui1 sous l'empereur ,joseph1 dvoila l'intrieur des collges des ,jsuites1 qui plus tard fut rimprim sous ,joseph ,,ii et de nos jours4 ,girard savait que celle-ci1 nullement habitue la honte1 trs pudique 7n'ayant rien subi qu' son insu dans le sommeil7 souffrirait extrmement d'un chtiment indcent1 en serait brise1 perdrait tout ce qu'elle avait de ressort4 ,elle devait tre mortifie plus encore peut-tre qu'une autre1 ptir 7s'il faut l'avouer7 en sa vanit de femme4 ,elle avait tant souffert1 tant jen6 ,puis tait venu l'avortement4 ,son corps1 dlicat de lui-mme1 semblait n'tre plus qu'une ombre4 ,d'autant plus certainement elle craignait de rien laisser voir de sa pauvre personne1 maigrie1 dtruite1 endolorie4 ,elle avait les jambes enfles1 et telle petite infirmit qui ne pouvait que l'humilier extrmement4 ,nous n'avons pas le courage de raconter ce qui suivit4 ,on peut le lire dans ses trois dpositions si naves1 si manifestement sincres1 o1 dposant sans serment1 elle se fait un devoir de dclarer mme les choses que son intrt lui commandait de cacher1 mme celles dont on put abuser contre elle le plus cruellement4 ,la premire dposition faite l'improviste devant le juge ecclsiastique qu'on envoya pour la surprendre4 ,ce sont1 on le sent partout1 les mots sortis d'un jeune cur qui parle comme devant ,dieu4 ,la seconde devant le roi1 je veux dire devant le magistrat qui le reprsentait1 le lieutenant civil et criminel de ,toulon4 ,la dernire enfin devant la grande chambre du ,parlement d',aix4 7,p4 #e1 #ab1 #chd du ,procs1 in-folio47 ,notez que toutes les trois1 admirablement concordantes1 sont imprimes ,aix sous les yeux de ses ennemis1 dans un volume o l'on veut 7je l'tablirai plus tard7 attnuer les torts de ,girard1 fixer l'attention du lecteur sur tout ce qui peut tre dfavorable la ,cadire4 ,et cependant l'diteur n'a pas pu se dispenser de donner ces dpositions accablantes pour celui qu'il favorise4 ,inconsquence monstrueuse4 ,il effraya la pauvre fille1 puis brusquement abusa indignement1 barbarement de sa terreur#he4 #he ,on a mis ceci en grec1 en le falsifiant deux fois1 la page #f et la page #chi1 afin de diminuer le crime de ,girard4 ,la version la plus exacte ici est celle de sa dposition devant le lieutenant criminel de ,toulon 7p4 #ab71 etc4 ,l'amour n'est point du tout ici la circonstance attnuante4 ,loin de l4 ,il ne l'aimait plus4 ,c'est ce qui fait le plus d'horreur4 ,on a vu ses cruels breuvages1 et l'on va voir son abandon4 ,il lui en voulait de valoir mieux que ces femmes avilies4 ,il lui en voulait de l'avoir tent 7si innocemment71 compromis4 ,mais surtout il ne lui pardonnait pas de garder une me4 ,il ne voulait que la dompter1 mais accueillait avec espoir le mot qu'elle disait souvent3 ,je le sens1 je ne vivrai pas4 ,libertinage sclrat6 ,il donnait de honteux baisers ce pauvre corps bris qu'il et voulu voir mourir6 ,comment lui expliqua-t-il ces contradictions choquantes de caresses et de cruaut8 ,les donna-t-il pour des preuves de patience et d'obissance8 ou bien passa-t-il hardiment au vrai fonds de ,molinos3 ,que c'est force de pchs qu'on fait mourir le pch8 ,prit-elle cela au srieux8 et ne comprit-elle pas que ces semblants de justice1 d'expiation1 de pnitence1 n'taient que libertinage8 ,elle ne voulait pas le savoir1 dans l'trange dbcle morale qu'elle eut aprs ce #bc mai1 en juin1 sous l'influence de la molle et chaude saison4 ,elle subissait son matre1 ayant peur un peu de lui1 et d'un trange amour d'esclave1 continuant cette comdie de recevoir chaque jour de petites pnitences4 ,girard la mnageait si peu qu'il ne lui cachait pas mme ses rapports avec d'autres femmes4 ,il voulait la mettre au couvent4 ,elle tait1 en attendant1 son jouet2 elle le voyait1 laissait faire4 ,faible et affaiblie encore par ses hontes nervantes1 de plus en plus mlancolique1 elle tenait peu la vie1 et rptait ces paroles 7nullement tristes pour ,girard73 ,je le sens1 je mourrai bientt4 ,,xi ,,la ,,cadi,,re ,,au ,,couvent 7#agcj7 ,l'abbesse du couvent d',ollioules tait jeune pour une abbesse2 elle n'avait que trente-huit ans4 ,elle ne manquait pas d'esprit4 ,elle tait vive1 soudaine aimer ou har1 emporte du cur ou des sens1 ayant fort peu le tact et la mesure que demande le gouvernement d'une telle maison4 ,cette maison vivait de deux ressources4 ,d'une part1 elle avait de ,toulon deux ou trois religieuses de familles consulaires qui1 apportant de bonnes dots1 faisaient ce qu'elles voulaient4 ,elles vivaient avec les moines observantins1 qui dirigeaient le couvent4 ,d'autre part1 ces moines1 qui avaient leur ordre rpandu ,marseille et partout1 procuraient de petites pensionnaires et des novices qui payaient2 contact fcheux1 dangereux pour les enfants4 ,on l'a vu par l'affaire d',aubany4 ,point de clture srieuse4 ,peu d'ordre intrieur4 ,dans les brlantes nuits d't de ce climat africain 7plus pesant7 plus exigeant aux gorges touffes d',ollioules1 religieuses et novices allaient1 venaient fort librement4 ,ce qu'on a vu ,loudun en #afcj existait ,ollioules1 tout de mme1 en #agcj4 ,la masse des religieuses 7douze peu prs sur les quinze que comptait la maison71 un peu dlaisse des moines qui prfraient les hautes dames1 taient de pauvres cratures ennuyes1 dshrites2 elles n'avaient de consolations que les causeries1 les enfantillages1 certaines intimits entre elles et avec les novices4 ,l'abbesse craignait que la ,cadire ne vt trop bien tout cela4 ,elle fit difficult pour la recevoir4 ,puis1 brusquement1 elle prit son parti en sens tout contraire4 ,dans une lettre charmante1 plus flatteuse que ne pouvait l'attendre une petite fille d'une telle dame1 elle exprima l'espoir qu'elle quitterait la direction de ,girard4 ,ce n'tait pas pour la transmettre ses observantins qui en taient peu capables4 ,elle avait l'ide piquante1 hardie1 de la prendre elle-mme et de diriger la ,cadire4 ,elle tait fort vaniteuse4 ,elle comptait s'approprier cette merveille1 la conqurir aisment1 se sentant plus agrable qu'un vieux directeur ,jsuite4 ,elle et exploit la jeune sainte au profit de sa maison4 ,elle lui fit l'honneur insigne de la recevoir au seuil1 sur la porte de la rue4 ,elle la baisa1 s'en empara1 la mena chez elle dans sa belle chambre d'abbesse et lui dit qu'elle la partagerait avec elle4 ,elle fut enchante de sa modestie1 de sa grce maladive1 d'une certaine tranget1 mystrieuse1 attendrissante4 ,elle avait souffert extrmement de ce court trajet4 ,l'abbesse voulut la coucher1 et la mettre dans son propre lit4 ,elle lui dit qu'elle l'aimait1 tant qu'elle voulait le lui faire partager1 coucher ensemble comme surs4 ,pour son plan1 c'tait peut-tre plus qu'il ne fallait1 c'tait trop4 ,il et suffit que la sainte loget chez elle4 ,par cette faiblesse singulire de la coucher avec elle1 elle lui donnait trop l'air d'une petite favorite4 ,une telle privaut1 fort la mode entre les dames1 tait chose dfendue dans les couvents1 furtive1 et dont une suprieure ne devait pas donner l'exemple4 ,la dame fut pourtant tonne de l'hsitation de la jeune fille4 ,elle ne venait pas sans doute uniquement de sa pudeur ou de son humilit4 ,encore moins certainement de la personne de la dame1 relativement plus jeune que la pauvre ,cadire1 dans une fleur de vie1 de sant1 qu'elle et voulu communiquer sa petite malade4 ,elle insista tendrement4 ,pour faire oublier ,girard1 elle comptait beaucoup sur l'effet de cet enveloppement de toutes les heures4 ,c'tait la manie des abbesses1 leur plus chre prtention1 de confesser leurs religieuses 7ce que permet sainte ,thrse74 ,cela se fut fait de soi-mme dans ce doux arrangement4 ,la jeune fille n'aurait dit aux confesseurs que le menu1 et gard le fond de son cur pour la personne unique4 ,le soir1 la nuit1 sur l'oreiller1 caresse par la curieuse1 elle aurait laiss chapper maint secret1 les siens1 ceux des autres4 ,elle ne put se dgager d'abord d'un si vif enlacement4 ,elle coucha avec l'abbesse4 ,celle-ci croyait bien la tenir4 ,et doublement1 par des moyens contraires1 et comme sainte et comme femme1 j'entends comme fille nerveuse1 sensible1 et1 par faiblesse1 peut-tre sensuelle4 ,elle faisait crire sa lgende1 ses paroles1 tout ce qui lui chappait4 ,d'autre part elle recueillait les plus humbles dtails de sa vie physique1 en envoyait le bulletin ,toulon4 ,elle en aurait fait son idole1 sa mignonne poupe4 ,sur une pente si glissante1 l'entranement1 sans doute1 alla vite4 ,la jeune fille eut scrupule et comme peur4 ,elle fit un grand effort1 dont sa langueur l'et fait croire incapable4 ,elle demanda humblement de quitter ce nid de colombes1 ce trop doux lit1 cette dlicatesse1 d'avoir la vie commune des novices ou pensionnaires4 ,grande surprise4 ,mortification4 ,l'abbesse se crut ddaigne1 se dpita contre l'ingrate et ne lui pardonna jamais4 ,la ,cadire trouva dans les autres un excellent accueil4 ,la matresse des novices1 ,mme de ,lescot1 une religieuse parisienne1 fine et bonne1 valait mieux que l'abbesse4 ,elle semble avoir compris ce qu'elle tait1 une pauvre victime du sort1 un jeune cur plein de ,dieu1 mais cruellement marqu de fatalits excentriques qui devaient la prcipiter la honte1 quelque fin sinistre4 ,elle ne fut occupe que de la garder1 de la prserver de ses imprudences2 d'interprter1 d'excuser ce qui pouvait tre en elle de moins excusable4 ,sauf les deux ou trois nobles dames qui vivaient avec les moines et gotaient peu les hautes mysticits1 toutes l'aimrent et la prirent pour un ange du ciel4 ,leur sensibilit1 peu occupe1 se concentra sur elle et n'eut plus d'autre objet4 ,elles la trouvaient non seulement pieuse et surnaturellement dvote1 mais bonne enfant1 bon cur1 gentille et amusante4 ,on ne s'ennuyait plus4 ,elle les occupait1 les difiait de ses songes1 de contes vrais1 je veux dire sincres1 toujours mls de pure tendresse4 ,elle disait3 ,je vais la nuit partout1 jusqu'en ,amrique4 ,je laisse partout des lettres pour dire qu'on se convertisse4 ,cette nuit1 j'irai vous trouver1 quand mme vous vous enfermeriez4 ,nous irons ensemble dans le ,sacr-,cur4 ,miracle4 ,toutes1 minuit1 recevaient1 disaient-elles1 la charmante visite4 ,elles croyaient sentir la ,cadire qui les embrassait1 les faisait entrer dans le ,cur de ,jsus 7p4 #ha1 #hi1 #ic74 ,elles avaient bien peur et taient heureuses4 ,la plus tendre et la plus crdule tait une ,marseillaise1 la sur ,raimbaud1 qui eut ce bonheur1 quinze fois en trois mois1 c'est--dire peu prs tous les six jours4 ,pur effet d'imagination4 ,ce qui le prouve1 c'est qu'au mme moment la ,cadire tait chez toutes la fois4 ,l'abbesse cependant fut blesse1 d'abord tant jalouse et se croyant seule excepte1 ensuite sentant bien que1 toute perdue qu'elle ft dans ses rves1 elle n'apprendrait que trop par tant d'amies intimes les scandales de la maison4 ,ils n'taient gure cachs4 ,mais1 comme rien ne pouvait venir la ,cadire que par la voie illuminative1 elle crut les savoir par rvlation4 ,sa bont clata4 ,elle eut grande compassion de ,dieu qu'on outrageait ainsi4 ,et1 cette fois encore1 elle se figura qu'elle devait payer pour les autres1 pargner aux pcheurs les chtiments mrits en puisant elle-mme ce que la fureur des dmons peut infliger de plus cruel4 ,tout cela fondit sur elle le #be juin1 jour de la ,saint-,jean4 ,elle tait le soir avec les surs au noviciat4 ,elle tomba la renverse1 se tordit1 cria1 perdit connaissance4 ,au rveil1 les novices l'entouraient1 attendaient1 curieuses de ce qu'elle allait dire4 ,mais la matresse1 ,mme ,lescot1 devina ce qu'elle dirait1 sentit qu'elle allait se perdre4 ,elle l'enleva1 la mena tout droit sa chambre1 o elle se trouva toute corche et sa chemise sanglante4 ,comment ,girard lui manquait-il au milieu de ces combats intrieurs et extrieurs8 ,elle ne pouvait le comprendre4 ,elle avait besoin de soutien4 ,et il ne venait pas1 tout au plus au parloir1 rarement et pour un moment4 ,elle lui crit le #bh juin 7par ses frres1 car elle lisait1 mais elle savait peine crire74 ,elle l'appelle de la manire la plus vive1 la plus pressante4 ,et il rpond par un ajournement4 ,il doit prcher ,hyres1 il a mal la gorge1 etc4 ,chose inattendue1 ce fut l'abbesse mme qui le fit venir4 ,sans doute elle tait inquite de ce que la ,cadire avait dcouvert de l'intrieur du couvent4 ,sre qu'elle en parlerait ,girard1 elle voulut la prvenir4 ,elle crivit au ,jsuite un billet le plus flatteur et le plus tendre 7#c juillet1 p4 #cbg71 le priant que1 quand il viendrait1 il la visitt d'abord1 voulant tre1 en grand secret1 son lve1 son disciple1 comme le fut de ,jsus l'humble ,nicodme4 ,je pourrai peu de bruit faire de grands progrs la vertu1 sous votre direction1 la faveur de la sainte libert que me procure mon poste4 ,le prtexte de notre prtendante me servira de couvert et de moyen 7p4 #cbg74 ,dmarche tonnante et lgre1 qui montre dans l'abbesse une tte peu saine4 ,n'ayant pas russi supplanter ,girard auprs de la ,cadire1 elle entreprenait de supplanter la ,cadire auprs de ,girard4 ,elle s'avanait1 sans prface et brusquement4 ,elle tranchait1 en grande dame1 agrable encore1 et bien sre d'tre prise au mot1 allant jusqu' parler de la libert qu'elle avait6 ,elle tait partie1 dans cette fausse dmarche1 de l'ide juste que ,girard ne se souciait plus gure de la ,cadire4 ,mais elle aurait pu deviner qu'il avait ,toulon d'autres embarras4 ,il tait inquiet d'une affaire o il ne s'agissait plus d'une petite fille1 mais d'une dame mre1 aise1 bien pose1 la plus sage de ses pnitentes1 ,mlle ,gravier4 ,ses quarante ans ne la dfendirent pas4 ,il ne voulut pas au bercail une brebis indpendante4 ,un matin1 elle fut surprise1 bien mortifie1 de se trouver enceinte1 et se plaignit fort 7juillet1 p4 #cie74 ,girard1 proccup de cette nouvelle aventure1 vit froidement les avances si inattendues de l'abbesse4 ,il craignit qu'elles ne fussent un pige des observantins4 ,il rsolut d'tre prudent1 vit l'abbesse1 dj embarrasse de sa dmarche imprudente1 vit ensuite la ,cadire1 mais seulement la chapelle1 o il la confessa4 ,celle-ci fut blesse sans doute de ce peu d'empressement4 ,et en effet cette conduite tait trange1 d'extrme inconsquence4 ,il la troublait par des lettres lgres1 galantes1 de petites menaces badines qu'on aurait pu dire amoureuses4 7,dpos4 ,lescot1 et page #cce74 ,et puis il ne daignait la voir autrement qu'en public4 ,dans un billet du soir mme1 elle s'en venge assez finement1 en lui disant qu'au moment o il lui a donn l'absolution1 elle s'est sentie merveilleusement dtache et d'elle-mme et de toute crature4 ,c'est ce qu'aurait voulu ,girard4 ,ses trames taient fort embrouilles1 et la ,cadire tait de trop4 ,il fut ravi de sa lettre1 bien loin d'en tre piqu1 lui prcha le dtachement4 ,il insinuait en mme temps combien il avait besoin de prudence4 ,il avait reu1 disait-il1 une lettre o on l'avertissait svrement de ses fautes4 ,cependant1 comme il partait le jeudi #f pour ,marseille1 il la verrait en passant 7p4 #cbi1 #d juillet #agcj74 ,elle attendit4 ,point de ,girard4 ,son agitation fut extrme4 ,le flux monta2 ce fut comme une mer1 une tempte4 ,elle le dit sa chre ,raimbaud1 qui ne voulut pas la quitter1 coucha avec elle 7p4 #gc7 contre les rglements1 sauf dire qu'elle y tait venue le matin4 ,c'tait la nuit du #f juillet1 de chaleur concentre1 pesante1 en ce four troit d',ollioules4 ,a quatre ou cinq heures1 la voyant se dbattre dans de vives souffrances1 elle crut qu'elle avait des coliques1 chercha du feu la cuisine4 ,pendant son absence1 la ,cadire avait pris un moyen extrme qui sans doute ne pouvait manquer de faire arriver ,girard l'instant4 ,soit qu'elle ait rouvert de ses ongles les plaies de la tte1 soit qu'elle ait pu s'enfoncer la couronne pointes de fer1 elle se mit tout en sang4 ,il lui coulait sur le visage en grosses gouttes4 ,sous cette douleur1 elle tait transfigure et ses yeux tincelaient4 ,cela ne dura pas moins de deux heures4 ,les religieuses accoururent pour la voir dans cet tat1 admirrent4 ,elles voulaient faire entrer leurs observantins2 la ,cadire les en empcha4 ,l'abbesse se serait bien garde d'avertir ,girard pour la voir dans cet tat pathtique1 o elle tait trop touchante4 ,la bonne ,mme ,lescot lui donna cette consolation et fit avertir le ,pre4 ,il vint1 mais au lieu de monter1 en vrai jongleur1 il eut lui-mme une extase la chapelle1 y resta une heure prostern deux genoux devant le ,saint-,sacrement 7p4 #ie74 ,enfin1 il monte1 trouve toutes les religieuses autour de la ,cadire4 ,on lui conte qu'elle avait paru un moment comme si elle tait la messe1 qu'elle semblait remuer les lvres pour recevoir l'hostie4 ,qui peut le savoir mieux que moi6 dit le fourbe4 ,un ange m'avait averti4 ,j'ai dit la messe1 et je l'ai communie de ,toulon4 ,elles furent renverses du miracle1 ce point que l'une d'elles en resta deux jours malade4 ,girard s'adressant alors la ,cadire avec une indigne lgret3 ,ah6 ah6 petite gourmande1 vous me volez donc moiti de ma part8 ,on se retire avec respect2 on les laisse4 ,le voici en face de la victime sanglante1 ple1 affaiblie1 d'autant plus agite4 ,tout homme aurait t mu4 ,quel aveu plus naf1 plus violent de sa dpendance1 du besoin absolu qu'elle avait de le voir8 ,cet aveu1 exprim par le sang1 les blessures1 plus qu'aucune parole1 devait aller au cur4 ,c'tait un abaissement4 ,mais qui n'en aurait eu piti8 ,elle avait donc un moment de nature1 cette innocente personne8 ,dans sa vie courte et malheureuse1 la pauvre jeune sainte1 si trangre aux sens1 avait donc une heure de faiblesse8 ,ce qu'il avait eu d'elle son insu1 qu'tait-ce8 ,peu ou rien4 ,avec l'me1 la volont1 il allait avoir tout4 ,la ,cadire est fort brve1 comme on peut croire1 sur tout cela4 ,dans sa dposition1 elle dit pudiquement qu'elle perdit connaissance et ne sut trop ce qui se passa4 ,dans un aveu son amie la dame ,allemand 7p4 #agh71 sans se plaindre de rien1 elle fait tout comprendre4 ,en retour d'un si grand lan de cur1 d'une si charmante impatience1 que fit ,girard8 ,il la gronda4 ,cette flamme qui et gagn tout autre1 l'et embras1 le refroidit4 ,son me de tyran ne voulait que des mortes1 purs jouets de sa volont4 ,et celle-ci1 par cette forte initiative1 l'avait forc de venir4 ,l'colire entranait le matre4 ,l'irritable pdant traita cela comme il et fait d'une rvolte de collge4 ,ses svrits libertines1 sa froideur goste dans un plaisir cruel1 fltrirent l'infortune1 qui n'en eut rien que le remords4 ,chose non moins choquante4 ,le sang vers pour lui n'eut d'autre effet que de lui sembler bon exploiter pour son intrt propre4 ,dans cette entrevue1 la dernire peut-tre1 il voulut s'assurer la pauvre crature au moins pour la discrtion1 de sorte qu'abandonne de lui elle se crt encore lui4 ,il demanda s'il serait moins favoris que le couvent qui avait vu le miracle4 ,elle se fit saigner devant lui4 ,l'eau dont il lava ce sang1 il en but et lui en fit boire#hf1 et il crut avoir li son me par cette odieuse communion4 #hf ,c'tait l'usage des retres1 des soldats du ,nord1 de se faire frres par la communion du sang4 7,voy4 mes ,origines du droit47 ,cela dura deux ou trois heures1 et il tait prs de midi4 ,l'abbesse tait scandalise4 ,elle prit le parti de venir elle-mme avec le dner1 et de faire ouvrir la porte4 ,girard prit du th2 comme c'tait vendredi1 il faisait croire qu'il jenait1 s'tant sans doute bien muni ,toulon4 ,la ,cadire demanda du caf4 ,la sur converse1 qui tait la cuisine1 s'en tonnait dans un tel jour 7p4 #hf74 ,mais1 sans ce fortifiant1 elle aurait dfailli4 ,il la remit un peu1 et elle retint ,girard encore4 ,il resta avec elle 7il est vrai1 non plus enferm71 jusqu' quatre heures1 voulant effacer la triste impression de sa conduite du matin4 ,a force de mensonges d'amiti1 de paternit1 il raffermit un peu la mobile crature1 lui rendit la srnit4 ,elle le conduisit au dpart1 et1 marchant derrire1 elle fit1 en vritable enfant1 deux ou trois petits sauts de joie4 ,il dit schement3 ,petite folle6 7,p4 #hi74 ,elle paya cruellement sa faiblesse4 ,le soir mme1 neuf heures1 elle eut une vision terrible1 et on l'entendit crier3 ,o mon ,dieu1 loignez-vous444 ,retirez-vous de moi6 ,le #h au matin1 la messe1 elle n'attendit pas la communion 7s'en jugeant sans doute indigne71 et se sauva dans sa chambre4 ,grand scandale4 ,mais elle tait si aime1 qu'une religieuse qui courut aprs elle1 par un compatissant mensonge1 jura qu'elle avait vu ,jsus qui la communiait de sa main4 ,mme ,lescot1 finement1 habilement1 crivit en lgende1 comme jaculations mystiques1 pieux soupirs1 dvotes larmes1 tout ce qui s'arrachait de ce cur dchir4 ,il y eut1 chose bien rare1 une conspiration de tendresse entre des femmes pour couvrir une femme4 ,rien ne parle plus en faveur de la pauvre ,cadire et de ses dons charmants4 ,en un mois1 elle tait dj comme l'enfant de toutes4 ,quoi qu'elle ft1 on la dfendait4 ,innocente quand mme1 on n'y voyait qu'une victime des assauts du dmon4 ,une bonne forte femme du peuple1 fille du serrurier d',ollioules et tourire du couvent1 la ,matherone1 ayant vu certaines liberts indcentes de ,girard1 n'en disait pas moins3 a ne fait rien2 c'est une sainte4 ,dans un moment o il parlait de la retirer du couvent1 elle s'cria3 ,nous ter mademoiselle ,cadire6444 ,mais je ferai faire une porte de fer pour l'empcher de sortir6 7,p4 #dg1 #dh1 #ej47 ,ses frres1 qui venaient chaque jour1 effrays de la situation et du parti que l'abbesse et ses moines pouvaient en tirer1 osrent aller au-devant1 et dans une lettre ostensible1 crite ,girard au nom de la ,cadire1 rappelrent la rvlation qu'elle avait eue le #be juin sur les murs des observantins1 lui disant qu'il tait temps d'accomplir sur cette affaire les desseins de ,dieu 7p4 #ccj71--sans doute de demander qu'on ft une enqute1 d'accuser les accusateurs4 ,audace excessive1 imprudente4 ,la ,cadire presque mourante tait bien loin de ces ides4 ,ses amies imaginrent que celui qui avait fait le trouble1 ferait le calme peut-tre4 ,elles prirent ,girard de venir la confesser4 ,ce fut une scne terrible4 ,elle fit au confessionnal des cris1 des lamentations1 qu'on entendait trente pas4 ,les curieuses avaient beau jeu d'couter1 et n'y manquaient pas4 ,girard tait au supplice4 ,il disait1 rptait en vain3 ,calmez-vous1 mademoiselle6 7,p4 #ie47--;,il avait beau l'absoudre4 ,elle ne s'absolvait pas4 ,le #ab1 elle eut sous le cur une douleur si aigu qu'elle crut que ses ctes clataient4 ,le #ad1 elle semblait la mort1 et on appela sa mre4 ,elle reut le viatique4 ,le lendemain1 elle fit une amende honorable1 la plus touchante1 la plus expressive qui se soit jamais entendue4 ,nous fondions en larmes4 7,p4 #ccj-cca47 ,le #bj1 elle eut une sorte d'agonie1 qui perait le cur4 ,puis1 tout coup1 par un revirement heureux et qui la sauva1 elle eut une vision trs douce4 ,elle vit la pcheresse ,madeleine pardonne1 ravie dans la gloire1 tenant dans le ciel la place que ,lucifer avait perdue4 7,p4 #ccb47 ,cependant ,girard ne pouvait assurer sa discrtion qu'en la corrompant davantage1 touffant ses remords4 ,parfois1 il venait 7au parloir71 l'embrassait fort imprudemment4 ,mais plus souvent encore1 il lui envoyait ses dvotes4 ,la ,guiol et autres venaient l'accabler de caresses et d'embrassades1 et quand elle se confiait1 pleurait1 elles souriaient1 disaient que tout cela c'taient les liberts divines1 qu'elles aussi en avaient leur part et qu'elles taient de mme4 ,elles lui vantaient les douceurs d'une telle union entre femmes4 ,girard ne dsapprouvait pas qu'elles se confiassent entre elles et missent en commun les plus honteux secrets4 ,il tait si habitu cette dpravation1 et la trouvait si naturelle qu'il parla la ,cadire de la grossesse de ,mlle ,gravier4 ,il voulait qu'elle l'invitt venir ,ollioules1 calmt son irritation1 lui persuadt que cette grossesse pouvait tre une illusion du ,diable qu'on saurait dissiper 7p4 #cie74 ,ces enseignements immondes ne gagnaient rien sur la ,cadire4 ,ils devaient indigner ses frres qui ne les ignoraient pas4 ,les lettres qu'ils crivent en son nom sont bien singulires4 ,enrags au fond1 ulcrs1 regardant ,girard comme un sclrat1 mais obligs de faire parler leur sur avec une tendresse respectueuse1 ils ont pourtant des chappes o on entrevoit leur fureur4 ,pour les lettres de ,girard1 ce sont des morceaux travaills1 crits visiblement pour le procs qui peut venir4 ,nous parlerons de la seule qu'il n'ait pas eue en main pour la falsifier4 ,elle est du #bb juillet4 ,elle est aigre-douce1 galante1 d'un homme imprudent1 lger4 ,en voici le sens3 ,l'vque est arriv ce matin ,toulon et ira voir la ,cadire444 ,on concertera ce qu'on peut faire et dire4 ,si le grand vicaire et le ,pre ,sabatier vont la voir et demandent voir 7ses plaies71 elle dira qu'on lui a dfendu d'agir1 de parler4 ,j'ai une grande faim de vous revoir et de tout voir4 ,vous savez que je ne demande que mon bien4 ,et il y a longtemps que je n'ai rien vu qu' demi 7il veut dire1 la grille du parloir74 ,je vous fatiguerai8 ,eh bien6 ne me fatiguez-vous pas aussi8 etc4 ,lettre trange en tous les sens4 ,il se dfie la fois et de l'vque1 et du ,jsuite mme1 de son collgue1 le vieux ,sabatier4 ,c'est au fond la lettre d'un coupable inquiet4 ,il sait bien qu'elle a en mains ses lettres1 ses papiers1 enfin de quoi le perdre4 ,les deux jeunes gens rpondent au nom de leur sur par une lettre vive1 la seule qui ait un accent vrai4 ,ils rpondent ligne par ligne1 sans outrage1 mais avec une pret souvent ironique o l'on sent l'indignation contenue4 ,leur sur y promet de lui obir1 de ne rien dire l'vque ni au ,jsuite4 ,elle le flicite d'avoir tant de courage1 pour exhorter les autres souffrir4 ,elle relve1 lui renvoie sa choquante galanterie1 mais d'une manire choquante 7on sent l une main d'homme1 la main des deux tourdis74 ,le surlendemain ils allrent lui dire qu'elle voulait sur-le-champ sortir du couvent4 ,il en fut trs effray4 ,il pensa que les papiers allaient chapper avec elle4 ,sa terreur fut si profonde qu'elle lui tait l'esprit4 ,il faiblit jusqu' aller pleurer au parloir d',ollioules1 se mit genoux devant elle1 demanda si elle aurait le courage de le quitter 7p4 #g74 ,cela toucha la pauvre fille1 qui lui dit non1 s'avana et se laissa embrasser4 ,et le ,judas ne voulait rien que la tromper1 et gagner quelques jours1 le temps de se faire appuyer d'en haut4 ,le #bi1 tout est chang4 ,la ,cadire reste ,ollioules1 lui demande excuse1 lui promet soumission 7p4 #cci74 ,il est trop visible que celui-ci a fait agir de puissantes influences1 que ds le #bi on a reu des menaces 7peut-tre d',aix1 et plus tard de ,paris74 ,les gros bonnets des ,jsuites ont crit1 et de ,versailles les protecteurs de cour4 ,que feraient les frres dans cette lutte8 ,ils consultrent sans doute leurs chefs1 qui durent les avertir de ne pas trop attaquer dans ,girard le confesseur libertin2 c'et t dplaire tout le clerg dont la confession est le cher trsor4 ,il fallait1 au contraire1 l'isoler du clerg en constatant sa doctrine singulire1 montrer en lui le quitiste4 ,avec cela seul1 on pouvait le mener loin4 ,en #afih1 on avait brl pour quitisme un cur des environs de ,dijon4 ,ils imaginrent de faire 7en apparence sous la dicte de leur sur1 trangre ce projet71 un mmoire o le quitisme de ,girard1 exalt et glorifi1 serait constat1 rellement dnonc4 ,ce fut le rcit des visions qu'elle avait eues dans le carme4 ,le nom de ,girard y est dj au ciel4 ,elle le voit1 uni son nom1 au ,livre de vie4 ,ils n'osrent porter ce mmoire l'vque4 ,mais ils se le firent voler par leur ami1 son jeune aumnier1 le petit ,camerle4 ,l'vque lut1 et dans la ville il en courut des copies4 ,le #ba aot1 ,girard se trouvant l'vch1 le prlat lui dit en riant3 ,eh6 bien1 mon ,pre1 voil donc votre nom au ,livre de vie4 ,il fut accabl1 se crut perdu1 crivit la ,cadire des reproches amers4 ,il demanda de nouveau avec larmes ses papiers4 ,la ,cadire fut bien tonne1 lui jura que ce mmoire n'tait jamais sorti des mains de ses frres4 ,mais1 ds qu'elle sut que c'tait faux1 son dsespoir n'eut plus de bornes 7p4 #afc47 ,les plus cruelles douleurs de l'me et du corps l'assaillirent4 ,elle crut un moment se dissoudre4 ,elle devint quasi folle4 ,j'eus un tel dsir de souffrance6 ,je saisis la discipline deux fois1 et si violemment que j'en tirai du sang abondamment4 7,p4 #cfb47 ,dans ce terrible garement qui montre et sa faible tte et la sensibilit infinie de sa conscience1 la ,guiol l'acheva en lui dpeignant ,girard comme un homme peu prs mort4 ,elle porta au dernier degr sa compassion4 7,p4 #cfa47 ,elle allait lcher les papiers4 ,il tait pourtant trop visible que seuls ils la dfendaient1 la gardaient1 prouvaient son innocence et les artifices dont elle avait t victime4 ,les rendre1 c'tait risquer que l'on changet les rles1 qu'on ne lui imputt d'avoir sduit un saint1 qu'enfin tout l'odieux ne ft de son ct4 ,mais1 s'il fallait prir ou perdre ,girard1 elle aimait mieux de beaucoup le premier parti4 ,un dmon 7la ,guiol sans doute71 la tenta justement par l1 par l'trange sublimit de ce sacrifice4 ,elle lui crivit que ,dieu voulait d'elle un sacrifice sanglant 7p4 #bh74 ,elle put lui citer les saints qui1 accuss1 ne se justifiaient pas1 s'accusaient eux-mmes1 mouraient comme des agneaux4 ,la ,cadire suivit cet exemple4 ,quand on accusait ,girard devant elle1 elle le justifiait1 disant3 ,il dit vrai1 et j'ai menti4 7,p4 #cb47 ,elle et pu rendre seulement les lettres de ,girard1 mais1 dans cette grande chappe de cur1 elle ne marchanda pas2 elle lui donna encore les minutes des siennes4 ,il eut la fois et ces minutes crites par le ,jacobin et les copies que l'autre frre faisait et lui envoyait4 ,ds lors il ne craignait rien4 ,nul contrle possible4 ,il put en ter1 en remettre1 dtruire1 biffer1 falsifier4 ,son travail de faussaire tait parfaitement libre1 et il a bien travaill4 ,de quatre-vingts lettres il en reste seize1 et encore elles semblent des pices laborieuses1 fabriques aprs coup4 ,girard1 ayant tout en mains1 pouvait rire de ses ennemis4 ,a eux dsormais de craindre4 ,l'vque1 homme du grand monde1 savait trop bien son ,versailles et le crdit des ,jsuites pour ne pas les mnager4 ,il crut mme politique de lui faire une petite rparation pour son malicieux reproche relatif au ,livre de vie1 et lui dit gracieusement qu'il voulait tenir un enfant de sa famille sur les fonts de baptme4 ,les vques de ,toulon avaient toujours t des grands seigneurs4 ,leur liste offre tous les premiers noms de ,provence1 ,baux1 ,glandves1 ,nicola1 ,forbin1 ,forbin d',oppde1 et de fameux noms d',italie1 ,fiesque1 ,trivulce1 ,la ,rovre4 ,de #agab #agcg1 sous la ,rgence et ,fleury1 l'vque tait un ,la ,tour du ,pin4 ,il tait fort riche1 ayant aussi en ,languedoc les abbayes d',aniane et de ,saint-,guilhem du ,dsert4 ,il s'tait bien conduit1 dit-on1 dans la peste de #agba4 ,du reste1 il ne rsidait gure1 menait une vie toute mondaine1 ne disait jamais la messe1 passait pour plus que galant4 ,il vint ,toulon en juillet1 et1 quoique ,girard l'et dtourn d'aller ,ollioules et de visiter la ,cadire1 il en eut pourtant la curiosit4 ,il la vit dans un de ses bons moments4 ,elle lui plut1 lui sembla une bonne petite sainte1 et il lui crut si bien des lumires suprieures1 qu'il eut la lgret de lui parler de ses affaires1 d'intrts1 d'avenir1 la consultant comme il et fait d'une diseuse de bonne aventure4 ,il hsitait cependant1 malgr les prires des frres1 pour la faire sortir d',ollioules et pour l'ter ,girard4 ,on trouva moyen de le dcider4 ,on fit courir ,toulon le bruit que la jeune fille avait manifest le dsir de fuir au dsert1 comme son modle sainte ,thrse l'avait entrepris douze ans4 ,c'tait ,girard1 disait-on1 qui lui mettait cela en tte pour l'enlever un matin1 la mettre hors du diocse dont elle faisait la gloire1 faire cadeau de ce trsor quelque couvent loign o les jsuites1 en ayant le monopole exclusif1 exploiteraient ses miracles1 ses visions1 sa gentillesse de jeune sainte populaire4 ,l'vque se sentit fort bless4 ,il signifia l'abbesse de ne remettre ,mlle ,cadire qu' sa mre elle-mme1 qui devait bientt la faire sortir du couvent1 la mener dans une bastide qui tait la famille4 ,pour ne pas choquer ,girard1 on fit crire par la ,cadire que1 si ce changement le gnait1 il pouvait s'adjoindre et lui donner un second confesseur4 ,il comprit et aima mieux dsarmer la jalousie en abandonnant la ,cadire4 ,il se dsista 7#ae septembre7 par un billet fort prudent1 humble1 piteux1 o il tchait de la laisser amie et douce pour lui4 ,si j'ai fait des fautes votre gard1 vous vous souviendrez pourtant toujours que j'avais bonne volont de vous aider444 ,je suis et serai toujours tout vous dans le ,sacr-,cur de ,jsus4 ,l'vque cependant n'tait pas rassur4 ,il pensait que les trois ,jsuites ,girard1 ,sabatier et ,grignet voulaient l'endormir1 et un matin1 avec quelque ordre de ,paris1 lui voler la petite fille4 ,il prit le parti dcisif1 #ag septembre1 d'envoyer sa voiture 7une voiture lgre et mondaine1 qu'on appelait phaton71 et de la faire mener tout prs1 la bastide de sa mre4 ,pour la calmer1 la garder1 la mettre en bon chemin1 il lui chercha un confesseur1 et s'adressa d'abord un carme qui l'avait confesse avant ,girard4 ,mais celui-ci1 homme g1 n'accepta pas4 ,d'autres aussi probablement reculrent4 ,l'vque dut prendre un tranger1 arriv depuis trois mois du ,comtat1 le ,pre ,nicolas1 prieur des carmes dchausss4 ,c'tait un homme de quarante ans1 homme de tte et de courage1 trs ferme et mme obstin4 ,il se montra fort digne de cette confiance en la refusant4 ,ce n'tait pas les ,jsuites qu'il craignait1 mais la fille mme4 ,il n'en augurait rien de bon1 pensait que l'ange pouvait tre un ange de tnbres1 et craignait que le ,malin1 sous une douce figure de fille1 ne ft ses coups plus malignement4 ,il ne put la voir sans se rassurer un peu4 ,elle lui parut toute simple1 heureuse d'avoir enfin un homme sr1 solide et qui pt l'appuyer4 ,elle avait beaucoup souffert d'tre tenue par ,girard dans une vacillation constante4 ,du premier jour1 elle parla plus qu'elle n'avait fait depuis un mois1 conta sa vie1 ses souffrances1 ses dvotions1 ses visions4 ,la nuit mme ne l'arrta pas1 chaude nuit du milieu de septembre4 ,tout tait ouvert dans la chambre1 les trois portes1 outre les fentres4 ,elle continua presque jusqu' l'aube1 prs de ses frres qui dormaient4 ,elle reprit le lendemain sous la tonnelle de vigne1 parlant ravir de ,dieu1 des plus hauts mystres4 ,le carme tait stupfait1 se demandait si le ,diable pouvait si bien louer ,dieu4 ,son innocence tait visible4 ,elle semblait bonne fille1 obissante1 douce comme un agneau1 foltre comme un jeune chien4 ,elle voulut jouer aux boules 7jeu ordinaire dans les bastides71 et il ne refusa pas de jouer aussi4 ,si un esprit tait en elle1 on ne pouvait dire du moins que ce ft un esprit de mensonge4 ,en l'observant de prs1 longtemps1 on n'en pouvait douter1 ses plaies rellement saignaient par moments4 ,il se garda bien d'en faire1 comme ,girard1 d'impudiques vrifications4 ,il se contenta de voir celle du pied4 ,il ne vit que trop ses extases4 ,une vive chaleur lui prenait tout coup au cur1 circulait partout4 ,elle ne se connaissait plus1 entrait dans des convulsions1 disait des choses insenses4 ,le carme comprit trs bien qu'en elle il y avait deux personnes1 la jeune fille et le dmon4 ,la premire tait honnte1 et mme trs neuve de cur1 ignorante1 quoi qu'on lui et fait1 comprenant peu les choses mme qui l'avaient si fort trouble4 ,avant sa confession1 quand elle parla des baisers de ,girard1 le carme lui dit rudement3 ,ce sont de trs grands pchs4--,o mon ,dieu6 dit-elle en pleurant1 je suis donc perdue1 car il m'a fait bien d'autres choses4 ,l'vque venait la voir4 ,la bastide tait pour lui un but de promenade4 ,a ses interrogations1 elle rpondit navement1 dit au moins le commencement4 ,l'vque fut bien en colre1 mortifi1 indign4 ,sans doute il devina le reste4 ,il ne tint rien qu'il ne ft un grand clat contre ,girard4 ,sans regarder au danger d'une lutte avec les ,jsuites1 il entra tout fait dans les ides du carme1 admit qu'elle tait ensorcele1 donc que ,girard tait sorcier4 ,il voulait l'instant mme l'interdire solennellement1 le perdre1 le dshonorer4 ,la ,cadire pria pour celui qui lui avait fait tant de tort1 ne voulut pas tre venge4 ,elle se mit genoux devant l'vque1 le conjura de l'pargner1 de ne point parler de ces tristes choses4 ,avec une touchante humilit1 elle dit3 ,il me suffit d'tre claire maintenant1 de savoir que j'tais dans le pch4 7,p4 #abg47 ,son frre le jacobin se joignit elle1 prvoyant tous les dangers d'une telle guerre et doutant que l'vque y ft bien ferme4 ,elle avait moins d'agitation4 ,la saison avait chang4 ,l't brlant tait fini4 ,la nature enfin faisait grce4 ,c'tait l'aimable mois d'octobre4 ,l'vque eut la vive jouissance qu'elle ft dlivre par lui4 ,la jeune fille1 n'tant plus dans l'touffement d',ollioules1 sans rapports avec ,girard1 bien garde par sa famille1 par l'honnte et brave moine1 enfin sous la protection de l'vque1 qui plaignait peu ses dmarches et la couvrait de sa constante protection1 elle devint tout fait calme4 ,comme l'herbe qui en octobre revient par de petites pluies1 elle se releva1 refleurit4 ,pendant sept semaines environ1 elle paraissait fort sage4 ,l'vque en fut si ravi qu'il et voulu que le carme1 aid de la ,cadire1 agt auprs des autres pnitentes de ,girard1 les rament la raison4 ,elles durent venir la bastide2 on peut juger combien contre-cur et de mauvaise grce4 ,en ralit1 il y avait une trange inconvenance faire comparatre ces femmes devant la protge de l'vque1 si jeune et peine remise de son dlire extatique4 ,la situation se trouva aigrie1 ridicule4 ,il y eut deux partis en prsence1 les femmes de ,girard1 celles de l'vque4 ,du ct de celui-ci1 la dame ,allemand et sa fille1 attaches la ,cadire4 ,de l'autre ct1 les rebelles1 la ,guiol en tte4 ,l'vque ngocia avec celle-ci pour obtenir qu'elle entrt en rapport avec le carme et lui ment ses amies4 ,il lui envoya son greffier1 puis un procureur1 ancien amant de la ,guiol4 ,tout cela n'oprant pas1 l'vque prit le dernier parti1 ce fut de les convoquer toutes l'vch4 ,l1 elles nirent gnralement ces extases1 ces stigmates1 dont elles s'taient vantes4 ,l'une sans doute1 la ,guiol1 effronte et malicieuse1 l'tonna bien plus encore en lui offrant de montrer sur-le-champ qu'elles n'avaient rien sur tout le corps4 ,on l'avait cru assez lger pour tomber dans ce pige4 ,mais il le dmla fort bien1 refusa1 remercia celles qui1 aux dpens de leur pudeur1 lui eussent fait imiter ,girard1 et fait rire toute la ville4 ,l'vque n'avait pas de bonheur4 ,d'une part1 ces audacieuses se moquaient de lui4 ,et d'autre part1 son succs prs de la ,cadire s'tait dmenti4 ,a peine rentre dans le sombre ,toulon1 dans son troite ruelle de l',hpital1 elle tait retombe4 ,elle tait prcisment dans les milieux dangereux et sinistres o commena sa maladie1 au champ mme de la bataille que se livraient les deux partis4 ,les ,jsuites1 qui chacun voyait la cour pour arrire-garde1 avaient pour eux les politiques1 les prudents1 les sages4 ,le carme n'avait que l'vque1 n'tait pas mme soutenu de ses confrres1 ni des curs4 ,il se mnagea une arme4 ,le #h novembre il tira de la ,cadire une autorisation crite de rvler au besoin sa confession4 ,acte audacieux1 intrpide1 qui fit frmir ,girard4 ,il n'avait pas grand courage1 et il et t perdu1 si sa cause n'et t celle des ,jsuites4 ,il se blottit au fond de leur maison4 ,mais son collgue ,sabatier1 vieillard sanguin1 colrique1 alla droit l'vch4 ,il entra chez le prlat1 portant comme ,popilius1 dans sa robe1 la paix ou la guerre4 ,il le mit au pied du mur1 lui fit comprendre qu'un procs avec les ,jsuites1 c'tait pour le perdre jamais lui-mme1 qu'il resterait vque de ,toulon perptuit1 ne serait jamais archevque4 ,bien plus1 avec la libert d'un aptre fort ,versailles1 il lui dit que si cette affaire rvlait les murs d'un ,jsuite1 elle n'clairerait pas moins les murs d'un vque4 ,une lettre1 visiblement combine par ,girard 7p4 #ccd71 ferait croire que les ,jsuites se tenaient prts en dessous lancer contre le prlat de terribles rcriminations1 dclarant sa vie1 non seulement indigne de l'piscopat1 mais abominable4 ,le perfide et sournois ,girard1 le ,sabatier apoplectique1 gonfl de rage et de venin1 auraient pouss la calomnie4 ,ils n'auraient pas manqu de dire que tout cela se faisait pour une fille1 que si ,girard l'avait soigne malade1 l'vque l'avait eue bien portante4 ,quel trouble qu'un tel scandale dans la vie si bien arrange de ce grand seigneur mondain6 ,c'et t une chevalerie trop comique de faire la guerre pour venger la virginit d'une petite folle infirme1 et de se brouiller pour elle avec tous les honntes gens6 ,le cardinal de ,bonzi mourut de chagrin ,toulouse1 mais au moins pour une belle dame1 la noble marquise de ,ganges4 ,ici l'vque risquait de se perdre1 d'tre cras sous la honte et le ridicule1 pour cette fille d'un revendeur de la rue de l',hpital6 ,ces menaces de ,sabatier firent d'autant plus d'impression que dj l'vque de lui-mme tenait moins la ,cadire4 ,il ne lui savait pas bon gr d'tre redevenue malade1 d'avoir dmenti son succs1 de lui donner tort par sa rechute4 ,il lui en voulait de n'tre pas gurie4 ,il se dit que ,sabatier avait raison1 qu'il serait bien bon de se compromettre4 ,le changement fut subit4 ,ce fut comme un coup de la ,grce4 ,il vit tout coup la lumire1 comme saint ,paul au chemin de ,damas1 et se convertit aux ,jsuites4 ,sabatier ne le lcha pas4 ,il lui prsenta du papier1 et lui fit crire1 signer l'interdiction du carme1 son agent prs de la ,cadire2 plus1 celle de son frre le jacobin 7#aj novembre #agcj74 ,,xii ,,le ,,proc,s ,,de ,,la ,,cadi,,re 7#agcj-agca7 ,on peut juger ce que fut ce coup pouvantable pour la famille ,cadire4 ,les attaques de la malade devinrent frquentes et terribles4 ,chose cruelle1 ce fut comme une pidmie chez ses intimes amies4 ,sa voisine1 la dame ,allemand1 qui avait aussi des extases1 mais qui jusque-l les croyait de ,dieu1 tomba en effroi et sentit l',enfer4 ,cette bonne dame de 7cinquante ans7 se souvint qu'en effet elle avait eu souvent des penses impures2 elle se crut livre au ,diable1 ne vit que diables chez elle1 et quoique garde par sa fille1 elle se sauva du logis1 demanda asile aux ,cadire4 ,la maison devint ds lors inhabitable1 le commerce impossible2 l'an ,cadire furieux invectivait contre ,girard1 criait3 ,ce sera ,gauffridi444 ,lui aussi1 il sera brl6 ,et le jacobin ajoutait3 ,nous y mangerions plutt tout le bien de la famille4 ,dans la nuit du #ag au #ah novembre1 la ,cadire hurla1 touffa4 ,on crut qu'elle allait mourir4 ,l'an ,cadire1 le marchand1 qui perdait la tte1 appela par les fentres1 criant aux voisins3 ,au secours6 ,le ,diable trangle ma sur6 ,ils accouraient presque en chemise4 ,les mdecins et chirurgiens qualifiant son tat une suffocation de la matrice1 voulurent lui mettre des ventouses4 ,pendant qu'on les allait chercher1 ils parvinrent lui desserrer les dents et lui firent avaler une goutte d'eau-de-vie1 ce qui la rappela elle-mme4 ,cependant les mdecins de l'me arrivaient aussi la file1 un vieux prtre1 confesseur de la mre ,cadire1 puis des curs de ,toulon4 ,tant de bruit1 de cris1 l'arrive de ces prtres en grand costume1 l'appareil de l'exorcisme1 avait rempli la rue de monde2 les arrivants demandaient3 ,qu'y a-t-il8--,c'est la ,cadire1 ensorcele par ,girard4 ,on peut juger de la piti1 de l'indignation du peuple4 ,les ,jsuites1 trs effrays1 mais voulant renvoyer l'effroi1 firent alors une chose barbare4 ,ils retournrent chez l'vque1 ordonnrent et exigrent qu'on poursuivt la ,cadire1 qu'on l'attaqut le jour mme1--que cette pauvre fille1 sur le lit o elle rlait tout l'heure1 aprs cette horrible crise1 ret l'improviste une descente de justice444 ,sabatier ne lcha pas l'vque que celui-ci n'et fait appeler son juge1 son official1 le vicaire gnral ,larmedieu1 et son promoteur 7ou procureur piscopal71 ,esprit ,reybaud1 et qu'il ne leur et dit de procder sur l'heure4 ,c'tait impossible1 illgal1 en ,droit canonique4 ,il fallait un inform pralable sur les faits1 avant d'aller interroger4--,autre difficult3 le juge ecclsiastique n'avait droit de faire une telle descente que pour un refus de sacrement4 ,les deux lgistes d'glise durent faire cette objection4 ,sabatier n'couta rien4 ,si les choses tranaient ainsi dans la froide lgalit1 il manquait son coup de terreur4 ,larmedieu1 ou ,larme-,dieu1 sous ce nom touchant1 tait un juge complaisant1 ami du clerg4 ,ce n'tait pas un de ces rudes magistrats qui vont tout droit devant eux1 comme d'aveugles sangliers1 dans le grand chemin de la loi1 sans voir1 distinguer les personnes4 ,il avait eu de grands gards dans l'affaire d',aubany1 le gardien d',ollioules4 ,il avait poursuivi assez lentement pour qu',aubany se sauvt4 ,puis1 quand il le sut ,marseille1 comme si ,marseille et t loin de ,france1 ultima ,thule ou la ,terra incognita des anciens gographes1 il ne bougea plus4 ,ici1 ce fut tout autre chose3 ce juge paralytique pour l'affaire d',aubany eut des ailes pour la ,cadire1 et les ailes de la foudre4 ,il tait neuf heures du matin lorsque les habitants de la ruelle virent avec curiosit arriver chez les ,cadire une fort belle procession1 messire ,larmedieu en tte1 et le promoteur de la cour piscopale1 honorablement escorts de deux vicaires de la paroisse1 docteurs en thologie4 ,on envahit la maison4 ,on interpella la malade4 ,on lui fit faire serment de dire vrai contre elle-mme1 serment de se diffamer en disant la justice ce qui tait de conscience et de confession4 ,elle pouvait se dispenser de rpondre1 nulle formalit n'ayant t observe4 ,mais elle ne disputa pas4 ,elle jura1 ce qui tait se dsarmer1 se livrer4 ,car1 tant lie une fois par le serment1 elle dit tout1 mme les choses honteuses et ridicules dont l'aveu est si cruel pour une fille4 ,le procs-verbal de ,larmedieu et son premier interrogatoire indiquent un plan bien arrt entre lui et les ,jsuites4 ,c'tait de montrer ,girard comme la dupe et la victime des fourberies de la ,cadire4 ,un homme de cinquante ans1 docteur1 professeur1 directeur de religieuses1 qui cependant est rest si innocent et si crdule1 qu'il a suffi pour l'attraper d'une petite fille1 d'un enfant6 ,la ruse1 la dvergonde1 l'a tromp sur ses visions1 mais non entran dans ses garements4 ,furieuse1 elle s'en est venge en lui prtant toute infamie que pouvait lui suggrer une imagination de ,messaline4 ,bien loin que l'interrogatoire confirme rien de tout cela1 ce qu'il a de trs touchant1 c'est la douceur de la victime4 ,visiblement elle n'accuse que contrainte et force par le serment qu'elle a prt4 ,elle est douce pour ses ennemis1 mme pour la perfide ,guiol1 qui 7dit son frre7 la livra1 qui fit tout pour la corrompre1 qui en dernier lieu la perdit1 en lui faisant rendre les papiers qui eussent fait sa sauvegarde4 ,les ,cadire furent pouvants de la navet de leur sur4 ,dans son respect pour le serment1 elle s'tait livre sans rserve1 hlas6 avilie pour toujours1 chansonne des lors et moque des ennemis mmes des ,jsuites1 et des sots rieurs libertins4 ,puisque la chose tait faite1 ils voulurent du moins qu'elle ft exacte1 que le procs-verbal des prtres pt tre contrl par un acte plus srieux4 ,d'accuse qu'elle semblait tre1 ils la firent accusatrice1 prirent la position offensive1 obtinrent du magistrat royal1 le lieutenant civil et criminel1 ,marteli ,chantard1 qu'il vnt recevoir sa dposition4 ,dans cet acte1 net et court1 se trouve clairement tabli le fait de sduction2 plus1 les reproches qu'elle faisait ,girard pour ses caresses lascives1 dont il ne faisait que rire2 plus1 le conseil qu'il lui donne de se laisser obsder du dmon2 plus1 la succion par laquelle le fourbe entretenait ses plaies1 etc4 ,l'homme du roi1 le lieutenant1 devait retenir l'affaire son tribunal4 ,car le juge ecclsiastique1 dans sa prcipitation1 n'ayant pas rempli les formalits du droit ecclsiastique1 avait fait un acte nul4 ,mais le magistrat laque n'eut pas ce courage4 ,il se laissa atteler l'information clricale1 subit ,larmedieu pour associ1 et mme alla siger1 couter les tmoins au tribunal de l'vch4 ,le greffier de l'vch crivait 7et non le greffier du lieutenant du roi74 crivait-il exactement8 ,on aurait droit d'en douter quand on voit que ce greffier ecclsiastique menaait les tmoins1 et chaque soir allait montrer leurs dpositions aux ,jsuites#hg4 #hg ,page #hj de l'in-folio1 et tome ,ier de l'in-douze1 page #cc4 ,les deux vicaires de la paroisse de la ,cadire1 que l'on entendit d'abord1 dposrent schement1 sans faveur pour elle1 mais nullement contre elle1 nullement pour les ,jsuites 7#bd novembre74 ,ceux-ci virent que tout allait manquer4 ,ils perdirent toute pudeur1 et1 au risque d'indigner le peuple1 rsolurent de briser tout4 ,ils tirrent ordre de l'vque pour emprisonner la ,cadire et les principaux tmoins qu'elle voulait faire entendre4 ,c'taient les dames ,allemand et la ,batarelle4 ,celle-ci fut mise au ,refuge1 couvent-prison1 ces dames dans une maison de force1 le ,bon-,pasteur1 o l'on jetait les folles et les sales coureuses en correction4 ,la ,cadire 7#bf novembre71 tire de son lit1 fut donne aux ursulines1 pnitentes de ,girard1 qui la couchrent proprement sur de la paille pourrie4 ,alors1 la terreur tablie1 on put entendre les tmoins1 deux d'abord 7#bh novembre71 deux respectables et choisis4 ,l'un tait cette ,guiol1 connue pour fournir des femmes ,girard2 langue adroite et acre1 qui fut charge de lancer le premier dard et d'ouvrir la plaie de la calomnie4 ,l'autre tait la ,laugier1 la petite couturire que la ,cadire nourrissait et dont elle avait pay l'apprentissage4 tant enceinte de ,girard1 cette ,laugier avait cri contre lui2 elle lava ici cette faute en se moquant de la ,cadire1 salissant sa bienfaitrice1 mais cela maladroitement1 en dvergonde qu'elle tait1 lui prtant des mots effronts1 trs contraires ses habitudes4 ,puis vinrent ,mlle ,gravier et sa cousine1 la ,reboul1 enfin toutes les girardines1 comme on les appelait dans ,toulon4 ,mais on ne pouvait si bien faire que1 par moments1 la lumire n'clatt4 ,la femme d'un procureur1 dans la maison de laquelle s'assemblaient les girardines1 dit brutalement qu'on ne pouvait y tenir1 qu'elles troublaient toute la maison2 elle conta leurs rires bruyants1 leurs mangeries payes des collectes que l'on faisait pour les pauvres1 etc4 7p4 #ee74 ,on craignait extrmement que les religieuses ne se dclarassent pour la ,cadire4 ,le greffier de l'vch alla leur dire 7comme de la part de l'vque7 qu'on chtierait celles qui parleraient mal4 ,pour agir plus fortement encore1 on fit revenir de ,marseille leur galant ,pre ,aubany1 qui avait ascendant sur elles4 ,on arrangea son affaire du viol de la petite fille4 ,on fit entendre aux parents que la justice ne ferait rien4 ,on estima l'honneur de l'enfant huit cents livres1 qu'on paya pour ,aubany4 ,donc il revint plein de zle1 tout ,jsuite1 dans son troupeau d',ollioules4 ,pauvre troupeau qui trembla quand ce bon ,pre ,aubany se dit charg de les avertir que1 si elles n'taient pas sages1 elles auraient la question4 7,procs1 in-douze1 t4 ,,ii1 p4 #aia74 ,avec tout cela1 on ne tira pas ce qu'on voulait des quinze religieuses4 ,deux ou trois peine taient pour ,girard1 et toutes articulrent des faits1 surtout pour le #g juillet1 qui directement l'accablaient4 ,les ,jsuites dsesprs prirent un parti hroque pour s'assurer des tmoins4 ,ils s'tablirent poste fixe dans une salle de passage qui menait au tribunal4 ,l ils les arrtaient1 les pratiquaient1 les menaaient1 et1 s'ils taient contre ,girard1 ils les empchaient d'entrer1 et par force impudemment les mettaient la porte 7in-douze1 t4 ,i1 p4 #dd74 ,ainsi le juge d'glise et le lieutenant du roi n'taient plus que des mannequins entre les mains des ,jsuites4 ,toute la ville le voyait1 frmissait4 ,en dcembre1 janvier1 fvrier1 la famille des ,cadire formula et rpandit une plainte pour dni de justice et subornation de tmoins4 ,les ,jsuites eux-mmes sentirent que la place n'tait plus tenable4 ,ils appelrent le secours d'en haut4 ,le meilleur paraissait tre un simple arrt du ,grand-,conseil qui et tout appel lui et tout touff 7comme fit ,mazarin pour l'affaire de ,louviers74 ,mais le chancelier tait d',aguesseau2 les ,jsuites ne dsiraient pas que l'affaire allt ,paris4 ,ils la retinrent en province4 ,ils firent dcider par le roi 7#af janvier #agca7 que le ,parlement de ,provence1 o ils avaient beaucoup d'amis1 juget sur l'information que deux de ses conseillers feraient ,toulon4 ,un laque1 ,m4 ,faucon1 et un conseiller d'glise1 ,m4 de ,charleval1 vinrent en effet1 et tout droit descendirent chez les ,jsuites 7p4 #djg74 ,ces commissaires imptueux cachrent si peu leur violente et cruelle partialit qu'ils lancrent la ,cadire un ajournement personnel1 comme on faisait l'accus1 tandis que ,girard fut poliment appel1 laiss libre2 il continuait de dire la messe et de confesser4 ,et la plaignante tait sous les verroux dans les mains de ses ennemis1 chez les dvotes de ,girard1 la merci de toute cruaut4 ,la rception des bonnes ursulines avait t celle qu'elles eussent faite si elles avaient t charges de la faire mourir4 ,elles lui avaient donn pour chambre la loge d'une religieuse folle qui salissait tout4 ,elle coucha dans la paille de cette folle1 dans cette odeur pouvantable4 ,a grand'peine le lendemain ses parents purent-ils introduire une couverture et un matelas4 ,on lui donna pour garde et garde-malade l'me damne de ,girard1 une converse1 qui tait fille de cette mme ,guiol qui l'avait livre1 fille trs digne de sa mre1 capable de choses sinistres1 dangereuse sa pudeur et peut-tre sa vie mme4 ,on la tint la pnitence la plus cruelle pour elle1 celle de ne pouvoir se confesser ni communier4 ,elle retombait malade ds qu'elle ne communiait pas4 ,son furieux ennemi1 ,sabatier le ,jsuite1 vint dans cette loge1 et1 chose bizarre1 nouvelle1 il entreprit de la gagner1 de la tenter par l'hostie6 ,on marchanda4 ,donnant donnant3 pour communier1 il fallait qu'elle s'avout calomniatrice1 indigne de la communion4 ,elle l'aurait peut-tre fait par excs d'humilit4 ,mais1 en se perdant1 elle aurait aussi perdu et le carme et ses frres4 ,rduit aux arts pharisaques1 on interprtait ses paroles4 ,ce qu'elle disait au sens mystique1 on feignait de le comprendre dans la ralit matrielle4 ,elle montrait1 pour se dmler de tous ces piges1 ce qu'on et le moins attendu1 une grande prsence d'esprit 7voir surtout p4 #cia74 ,le plus perfide1 combin pour lui ter l'intrt du public1 mettre contre elle les rieurs1 ce fut de lui faire un amant4 ,on prtendit qu'elle avait propos un jeune drle de partir avec elle1 de courir le monde4 ,les grands seigneurs d'alors qui aimaient se faire servir par des enfants1 des petits pages1 prenaient volontiers les plus gentils des fils de leurs paysans4 ,ainsi avait fait l'vque du petit garon d'un de ses fermiers4 ,il le dbarbouilla4 ,puis1 quand ce favori grandit1 pour qu'il et meilleure apparence1 il le tonsura1 lui donna figure d'abb1 titre d'aumnier1 vingt ans4 ,ce fut ,m4 l'abb ,camerle4 lev dans la valetaille et fait tout faire1 il fut1 comme sont souvent les petits campagnards1 dcrasss demi1 un rustre niais et finaud4 ,il vit bien que le prlat1 ds son arrive ,toulon1 tait curieux de la ,cadire1 peu favorable ,girard4 ,il pensa plaire et amuser1 en se faisant ,ollioules espion de leurs rapports suspects4 ,mais1 ds que l'vque changea1 eut peur des ,jsuites1 ,camerle1 avec le mme zle1 servit activement ,girard et l'aida contre la ,cadire4 ,il vint1 comme un autre ,joseph1 dire que ,mlle ,cadire 7comme la femme de ,putiphar7 l'avait tent1 essay d'branler sa vertu4 ,si cela avait t vrai1 si elle lui et fait tant d'honneur que de faiblir un peu pour lui1 il n'en et t que plus lche de l'en punir d'abuser d'un mot tourdi4 ,mais une telle ducation de page et de sminariste ne donne ni honneur ni l'amour des femmes4 ,elle se dmla vivement et trs bien1 le couvrit de honte4 ,les deux indignes commissaires du ,parlement la voyaient rpondre d'une manire si victorieuse1 qu'ils abrgrent les confrontations1 lui retranchrent ses tmoins4 ,de soixante-huit qu'elle appelait1 ils n'en firent venir que trente-huit 7in-douze1 t4 ,i1 p4 #fb74 ,n'observant ni les dlais ni les formes de justice1 ils prcipitrent la confrontation4 ,avec tout cela1 ils ne gagnaient rien4 ,le #be et le #bf fvrier encore1 sans varier1 elle rpta ses dpositions accablantes4 ,ils taient si furieux1 qu'ils regrettaient de n'avoir pas ,toulon le bourreau et la question pour la faire un peu chanter4 ,c'tait l'ultima ratio4 ,les parlements1 dans tout ce sicle1 en usrent4 ,j'ai sous les yeux un vhment loge de la torture#hh1 crit en #aghj par un savant parlementaire1 devenu membre du ,grand-,conseil1 ddi au ,roi 7,louis ,,xvi71 et couronn d'une flatteuse approbation de ,sa ,saintet1 ,pie ,,vi4 #hh ,muyart de ,vouglans1 la suite de ses ,loix criminelles1 in-folio1 #aghj4 ,mais1 au dfaut de la torture qui l'et fait chanter1 on la fit parler par un moyen meilleur encore4 ,le #bg fvrier1 de bonne heure1 la sur converse qui lui servait de gelire1 la fille de la ,guiol1 lui apporte un verre de vin4 ,elle s'tonne2 elle n'a pas soif2 elle ne boit jamais de vin le matin1 et encore moins de vin pur4 ,la converse1 rude et forte domestique1 comme on en a dans les couvents pour dompter les indociles1 les folles1 ou punir les enfants1 enveloppe de son insistance menaante la faible malade4 ,elle ne veut boire1 mais elle boit4 ,et on la force de tout boire1 le fond mme1 qu'elle trouve dsagrable et sal 7p4 #bdc-bdg74 ,quel tait ce choquant breuvage8 ,on a vu1 l'poque de l'avortement1 combien l'ancien directeur de religieuses tait expert aux remdes4 ,ici le vin pur et suffi sur une malade dbile4 ,il et suffi pour l'enivrer1 pour en tirer le mme jour quelques paroles bgayes1 que le greffier et rdiges en forme de dmenti complet4 ,mais une drogue fut surajoute 7peut-tre l'herbe aux sorcires1 qui trouble plusieurs jours7 pour prolonger cet tat et pouvoir disposer d'elle par des actes qui l'empcheraient de rtracter le dmenti4 ,nous avons la dposition qu'elle fit1 le #bg fvrier4 ,changement subit et complet6 apologie de ,girard6 ,les commissaires 7chose trange7 ne remarquent pas une si brusque variation4 ,le spectacle singulier1 honteux1 d'une jeune fille ivre1 ne les tonne pas1 ne les met pas en garde4 ,on lui fait dire que ,girard ne l'a jamais touche1 qu'elle n'a jamais eu ni plaisir ni douleur1 que tout ce qu'elle a senti tient une infirmit4 ,c'est le carme1 ce sont ses frres qui lui ont fait raconter comme actes rels ce qui n'a t que songe4 ,non contente de blanchir ,girard1 elle noircit les siens1 les accable et leur met la corde au cou4 ,ce qui est merveilleux1 c'est la clart1 la nettet de cette dposition4 ,on y sent la main du greffier habile4 ,une chose tonne pourtant1 c'est qu'tant en si beau chemin1 on n'ait pas continu4 ,on l'interroge un seul jour1 le #bg4 ,rien le #bh4 ,rien du #a;er au #f mars4 ,le #bg probablement1 sous l'influence du vin1 elle put parler encore1 dire quelques mots qu'on arrangea4 ,mais le #bh1 le poison ayant eu tout son effet1 elle dut tre en stupeur complte ou dans un indcent dlire 7comme celui du ,sabbat71 et il fut impossible de la montrer4 ,une fois d'ailleurs que sa tte fut absolument trouble1 on put aisment lui donner d'autres breuvages1 sans qu'elle en et ni conscience ni souvenir4 ,c'est ici1 je n'en fais pas doute1 dans les six jours1 du #bh fvrier au #e ou #f mars1 que se place un fait singulier1 qui ne peut avoir eu lieu ni avant ni aprs4 ,fait tellement rpugnant1 si triste pour la pauvre ,cadire qu'il est indiqu en trois lignes1 sans que ni elle ni son frre aient le cur d'en dire davantage 7p4 #bdg de l'in-folio1 lignes #aj-ac74 ,ils n'en auraient parl jamais si les frres poursuivis eux-mmes n'avaient vu qu'on en voulait leur propre vie4 ,girard alla voir la ,cadire6 prit sur elle encore d'insolentes1 d'impudiques liberts6 ,cela eut lieu1 disent le frre et la sur1 depuis que l'affaire est en justice4 ,mais1 du #bf novembre au #bf fvrier1 ,girard fut intimid1 humili1 toujours battu dans la guerre de tmoins qu'il faisait la ,cadire4 ,encore moins osa-t-il la voir1 depuis le #aj mars1 le jour o elle revint elle1 et sortit du couvent o il la tenait4 ,il ne la vit qu'en ces cinq jours o il tait encore matre d'elle1 et o l'infortune1 sous l'influence du poison1 n'tait plus elle-mme4 ,si la mre ,guiol avait jadis livr la ,cadire1 la fille ,guiol put la livrer encore4 ,girard1 qui avait alors gagn la partie par le dmenti qu'elle se donnait elle-mme1 osa venir dans sa prison1 la voir dans l'tat o il l'avait mise1 hbte ou dsespre1 abandonne du ciel et de la terre1 et s'il lui restait quelque lucidit1 livre l'horrible douleur d'avoir1 par sa dposition1 assassin les siens4 ,elle tait perdue1 et c'tait fini4 ,mais l'autre procs commenait contre ses frres et le courageux carme4 ,le remords pouvait la tenter de flchir ,girard1 d'obtenir qu'il ne les poursuivt pas1 et surtout qu'on ne la mt pas la question4 ,l'tat de la prisonnire tait dplorable et demandait grce4 ,de petites infirmits attaches une vie toujours assise1 la faisaient souffrir beaucoup4 ,par suite de ses convulsions1 elle avait une descente1 par moments fort douloureuse 7p4 #cdc74 ,ce qui prouve que ,girard n'tait pas fortuitement criminel1 mais un pervers1 un sclrat1 c'est qu'il ne vit de tout cela que la facilit d'assurer son avantage4 ,il crut que1 s'il en usait1 avilie ses propres yeux1 elle ne se relverait jamais1 ne reprendrait pas le cur et le courage pour dmentir son dmenti4 ,il la hassait alors1 et pourtant1 avec un badinage libertin et odieux1 il parla de cette descente1 et il eut l'indignit1 voyant la pauvre personne sans dfense1 d'y porter la main 7p4 #bdi74 ,son frre l'assure et l'affirme1 mais brivement1 avec honte1 sans pousser plus loin ce sujet4 ,elle-mme atteste sur ce fait1 elle dit en trois lettres3 ,oui4 ,hlas6 son me tait absente1 et lui revenait lentement4 ,c'est le #f mars qu'elle devait tre confronte1 confirmer tout1 perdre ses frres sans retour4 ,elle ne pouvait parler1 touffait4 ,les charitables commissaires lui dirent que la torture tait l ct1 lui expliqurent les coins qui lui serreraient les os1 les chevalets1 les pointes de fer4 ,elle tait si faible de corps que le courage lui manqua4 ,elle endura d'tre en face de son cruel matre1 qui put rire et triompher1 l'ayant avilie du corps1 mais bien plus1 de la conscience6 la faisant meurtrire des siens6 ,on ne perdit pas de temps pour profiter de sa faiblesse4 ,a l'instant1 on s'adressa au ,parlement d',aix1 et on en obtint que le carme et les deux frres seraient dsormais inculps1 qu'ils auraient leur procs part1 de sorte qu'aprs que la ,cadire serait condamne1 punie1 on en viendrait eux1 et on les pousserait outrance4 ,le #aj mars1 on la trana des ursulines de ,toulon ,sainte-,claire d',ollioules4 ,girard n'tait pas sr d'elle4 ,il obtint qu'elle serait mene1 comme on et fait d'un redoutable brigand de cette route mal fame1 entre les soldats de la marchausse4 ,il demanda qu' ,sainte-,claire elle ft bien enferme cl4 ,les dames furent touches jusqu'aux larmes de voir arriver entre les pes leur pauvre malade qui ne pouvait se traner4 ,tout le monde en avait piti4 ,il se trouva deux vaillants hommes1 ,m4 ,aubin1 procureur1 et ,m4 ,claret1 notaire1 qui firent pour elle les actes o elle rtractait sa rtractation1 pices terribles o elle dit les menaces des commissaires et de la suprieure des ursulines1 surtout le fait du vin empoisonn qu'on la fora de prendre 7#aj-af mars #agca1 p4 #bdc-bdh74 ,en mme temps1 ces hommes intrpides rdigrent et adressrent ,paris1 la chancellerie1 ce qu'on nommait l'appel comme d'abus1 dvoilant l'informe et coupable procdure1 les violations obstines de la loi1 qu'avaient commises effrontment3 #a l'official et le lieutenant2 #b les commissaires4 ,le chancelier d',aguesseau se montra trs mou1 trs faible4 ,il laissa subsister cette immonde procdure1 laissa aller l'affaire au ,parlement d',aix1 tellement suspect6 aprs le dshonneur dont ses deux membres venaient de se couvrir4 ,donc1 ils ressaisirent la victime1 et1 d',ollioules1 la firent traner ,aix1 toujours par la marchausse4 ,on couchait alors moiti chemin dans un cabaret4 ,et l1 le brigadier expliqua qu'en vertu de ses ordres1 il coucherait dans la chambre de la jeune fille4 ,on avait fait semblant de croire que la malade qui ne pouvait marcher1 fuirait1 sauterait par la fentre4 ,infme combinaison4 ,la remettre la chastet de nos soldats des dragonnades6 ,quelle joie et-ce t1 quelle rise1 si elle ft arrive enceinte8 ,heureusement1 sa mre s'tait prsente au dpart1 avait suivi1 bon gr1 mal gr1 et on n'avait pas os l'loigner coups de crosse4 ,elle resta dans la chambre1 veilla 7toutes deux debout71 et elle protgea son enfant 7in-douze1 t4 ,i1 p4 #eb74 ,elle tait adresse aux ursulines d',aix1 qui devaient la garder et en avaient ordre du roi4 ,la suprieure prtendit n'avoir pas encore reu l'ordre4 ,on vit l combien sont froces les femmes1 une fois passionnes1 n'ayant plus nature de femmes4 ,elle la tint quatre heures la porte1 dans la rue1 en exhibition 7t4 ,,iv de l'in-douze1 p4 #djd74 ,on eut le temps d'aller chercher le peuple1 les gens des ,jsuites1 les bons ouvriers du clerg1 pour huer1 siffler1 les enfants au besoin pour lapider4 ,c'taient quatre heures de pilori4 ,cependant1 tout ce qu'il y avait de passants dsintresss demandaient si les ursulines avaient ordre de laisser tuer cette fille4 ,on peut juger si ces bonnes surs furent de tendres gelires pour la prisonnire malade4 ,le terrain avait t admirablement prpar4 ,un vigoureux concert de magistrats jsuites et de dames intrigantes avait organis l'intimidation4 ,nul avocat ne voulut se perdre en dfendant une fille si diffame4 ,nul ne voulut avaler les couleuvres que rservaient ses gelires celui qui chaque jour affronterait leur parloir1 pour s'entendre avec la ,cadire4 ,la dfense revenait1 dans ce cas1 au syndic du bureau d',aix1 ,m4 ,chaudon4 ,il ne dclina pas ce dur devoir4 ,cependant1 assez inquiet1 il et voulu un arrangement4 ,les ,jsuites refusrent4 ,alors il se montra ce qu'il tait1 un homme d'immuable honntet1 d'admirable courage4 ,il exposa1 en savant lgiste1 la monstruosit des procdures4 ,c'tait se brouiller pour jamais avec le ,parlement1 tout autant qu'avec les ,jsuites4 ,il posa nettement l'inceste spirituel du confesseur1 mais1 par pudeur1 ne spcifia pas jusqu'o avait t le libertinage4 ,il s'interdit aussi de parler des girardines1 des dvotes enceintes1 chose connue parfaitement1 mais dont personne n'et voulu tmoigner4 ,enfin1 il fit ,girard la meilleure cause possible1 en l'attaquant comme sorcier4 ,on rit4 ,on se moqua de l'avocat4 ,il entreprit de prouver l'existence du dmon par une suite de textes sacrs1 partir des vangiles4 ,et l'on rit encore plus fort4 ,on avait fort adroitement dfigur l'affaire en faisant de l'honnte carme un amant de la ,cadire1 et le fabricateur d'un grand complot de calomnies contre ,girard et les ,jsuites4 ,ds lors1 la foule des oisifs1 les mondains tourdis1 rieurs ou philosophes1 s'amusaient des uns et des autres1 parfaitement impartiaux entre les carmes et les ,jsuites1 ravis de voir les moines se faire la guerre entre eux4 ,ceux que bientt on dira voltairiens sont mme plus favorables aux ,jsuites1 polis et gens du monde1 qu'aux anciens ordres mendiants4 ,ainsi l'affaire va s'embrouillant4 ,les plaisanteries pleuvent1 mais encore plus sur la victime4 ,affaire de galanterie1 dit-on4 ,on n'y voit qu'un amusement4 ,pas un tudiant1 un clerc1 qui ne fasse sa chanson sur ,girard et son colire1 qui ne rchauffe les vieilles plaisanteries provenales sur ,madeleine 7de l'affaire ,gauffridi71 ses six mille diablotins1 la peur qu'ils ont du fouet1 les miracles de la discipline qui fit fuir ceux de la ,cadire4 7,ms4 de la ,bibl4 de ,toulon47 ,sur ce point spcial1 les amis de ,girard le blanchissaient fort aisment4 ,il avait agi dans son droit de directeur et selon l'usage ordinaire4 ,la verge est l'attribut de la paternit4 ,il avait agi pour sa pnitente1 pour le remde de son me4 ,on battait les dmoniaques1 on battait les alins1 d'autres malades encore4 ,c'tait le grand moyen de chasser l'ennemi1 quel qu'il ft1 dmon ou maladie4 ,point de vue fort populaire4 ,un brave ouvrier de ,toulon1 tmoin du triste tat de la ,cadire1 avait dit que le seul remde1 pour la pauvre malade1 tait le nerf de buf4 ,girard1 si bien soutenu1 n'avait que faire d'avoir raison4 ,il n'en prend pas la peine4 ,sa dfense est charmante de lgret4 ,il ne daigne pas mme s'accorder avec ses dpositions4 ,il dment ses propres tmoins4 ,il semble plaisanter et dit du ton hardi d'un grand seigneur de la ,rgence1 que1 s'il s'est enferm avec elle1 comme on l'en accuse1 ce n'est arriv que neuf fois4 ,et pourquoi l'a-t-il fait1 le bon ,pre1 disaient ses amis1 sinon pour observer1 juger1 approfondir ce qu'il en fallait croire8 ,c'est le devoir d'un directeur en pareil cas4 ,lisez la ,vie de la grande sainte ,catherine de ,gnes4 ,le soir1 son confesseur se cachait1 restait dans sa chambre1 pour voir les prodiges qu'elle faisait et la surprendre en miracle flagrant3 ,mais le malheur tait ici que l',enfer1 qui ne dort jamais1 avait tendu un pige cet agneau de ,dieu1 avait vomi1 lanc1 ce drac femelle1 ce monstre dvorant1 maniaque et dmoniaque1 pour l'engloutir1 le perdre au torrent de la calomnie4 ,c'est un usage antique et excellent d'touffer au berceau les monstres4 ,mais pourquoi pas plus tard aussi8 ,le charitable avis des dames de ,girard1 c'tait d'y employer au plus vite le fer et le feu4 ,qu'elle prisse6 disaient les dvotes4 ,beaucoup de grandes dames voulaient aussi qu'elle ft chtie1 trouvant exorbitant que la crature et os porter plainte1 mettre en cause un tel homme qui lui avait fait trop d'honneur4 ,il y avait au ,parlement quelques obstins jansnistes1 mais ennemis des ,jsuites plus que favorables la fille4 ,et qu'ils devaient tre abattus1 dcourags1 voyant contre eux tout la fois et la redoutable ,socit1 et ,versailles1 la cour1 le cardinal-ministre1 enfin les salons d',aix4 ,seraient-ils plus vaillants que le chef de la justice1 le chancelier d',aguesseau qui avait tellement molli8 ,le procureur gnral n'hsita pas2 lui1 charg d'accuser ,girard1 il se dclara son ami1 lui donna ses conseils pour rpondre l'accusation4 ,il ne s'agissait que d'une chose1 de savoir par quelle rparation1 quelle expiation solennelle1 quel chtiment exemplaire la plaignante1 devenue accuse1 satisferait ,girard1 la ,compagnie de ,jsus4 ,les ,jsuites1 quelle que ft leur dbonnairet1 avouaient que1 dans l'intrt de la religion1 un exemple serait utile pour avertir un peu et les convulsionnaires jansnistes et les crivailleurs philosophes qui commenaient pulluler4 ,par deux points1 on pouvait accrocher la ,cadire1 lui jeter le harpon3 #a ,elle avait calomni4--,mais nulle loi ne punit la calomnie de mort4 ,pour aller jusque-l1 il fallait chercher un peu loin1 dire3 ,le vieux texte romain ,de famosis libellis prononce la mort contre ceux qui ont fait des libelles injurieux aux ,empereurs ou la religion de l',empire4 ,les ,jsuites sont la religion4 ,donc un mmoire contre un ,jsuite mrite le dernier supplice4 #b ,on avait une prise meilleure encore4--,au dbut du procs1 le juge piscopal1 le prudent ,larmedieu1 lui avait demand si elle n'avait pas devin les secrets de plusieurs personnes1 et elle avait dit oui4 ,donc on pouvait lui imputer la qualit mentionne au formulaire des procs de sorcellerie1 ,devineresse et abuseresse4 ,cela seul mritait le feu1 en tout droit ecclsiastique4 ,on pouvait mme trs bien la qualifier sorcire1 d'aprs l'aveu des dames d',ollioules2 que la nuit1 la mme heure1 elle tait dans plusieurs cellules la fois1 qu'elle pesait doucement sur elles1 etc4 ,leur engouement1 leur tendresse subite si surprenante1 avaient bien l'air d'un ensorcellement4 ,qui empchait de la brler8 ,on brle encore partout au dix-huitime sicle4 ,l',espagne1 sous un seul rgne1 celui de ,philippe ,v1 brle seize cents personnes1 et elle brle encore une sorcire en #aghb4 ,l',allemagne1 une1 en #agea2 la ,suisse1 une aussi1 en #agha4 ,rome brle toujours1 il est vrai sournoisement1 dans les fours et dans les caves de l',inquisition#hi4 #hi ,ce dtail nous est transmis par un consulteur du ,saint-,office encore vivant4 ,mais la ,france1 du moins1 sans doute1 est plus humaine8--,elle est inconsquente4 ,en #agah1 on brle un sorcier ,bordeaux#ij4 ,en #agbd et #agbf1 on allume le bcher en ,grve1 pour les dlits qui1 ,versailles1 passaient pour des jeux d'coliers4 ,les gardiens de l'enfant royal1 ,monsieur le ,duc1 ,fleury1 indulgents la cour1 sont terribles la ville4 ,un nier et un noble1 un ,m4 des ,chauffours1 sont brls vifs4 ,l'avnement du cardinal-ministre ne peut tre mieux clbr que par une rforme des murs1 par l'exemple svre qu'on fait des corrupteurs publics4--,rien de plus propos que d'en faire un terrible et solennel sur cette fille infernale1 qui a tellement attent l'innocence de ,girard4 #ij ,je ne parle pas des excutions que le peuple faisait lui-mme4 ,il y a un sicle1 dans un village de ,provence1 une vieille qui un propritaire refusait l'aumne1 s'emporta et dit3 ,tu mourras demain6 ,il fut frapp1 mourut4 ,tout le village 7non pas les pauvres seuls1 mais les plus honntes gens71 la foule saisit la vieille1 la mit sur un tas de sarments4 ,elle y fut brle vive4 ,le ,parlement fit semblant d'informer1 mais ne punit pas4 ,aujourd'hui encore les gens de ce village sont appels brle-femme 7brulo-fenno74 ,voil ce qu'il fallait pour bien laver ce ,pre4 ,il fallait tablir que 7mme et-il mfait1 imit des ,chauffours7 il avait t le jouet d'un enchantement4 ,les actes n'taient que trop clairs4 ,aux termes du droit canonique1 et d'aprs ces arrts rcents1 quelqu'un devait tre brl4 ,des cinq magistrats du parquet1 deux seulement auraient brl ,girard4 ,trois taient contre la ,cadire4 ,on composa4 ,les trois qui avaient la majorit n'exigrent pas la flamme1 pargnrent le spectacle long et terrible du bcher1 se contentrent de la mort simple4 ,au nom des cinq1 il fut conclu et propos au ,parlement3 ,que la ,cadire1 pralablement mise la question ordinaire et extraordinaire1 ft ensuite ramene ,toulon1 et1 sur la place des ,prcheurs1 pendue et trangle4 ,ce fut un coup terrible4 ,il y eut un prodigieux revirement d'opinion4 ,les mondains1 les rieurs1 ne rirent plus2 ils frmirent4 ,leur lgret n'allait pas jusqu' glisser sur une chose si pouvantable4 ,ils trouvaient fort bon qu'une fille et t sduite1 abuse1 dshonore1 et qu'elle et t un jouet1 et qu'elle mourt de douleur1 de dlire2 la bonne heure1 ils ne s'en mlaient pas4 ,mais1 quand il s'agit d'un supplice1 quand l'image leur vint de la triste victime1 la corde au cou1 trangle au poteau6 les curs se soulevrent4 ,de tous cts monta ce cri3 ,on ne l'avait pas vu depuis l'origine du monde1 ce renversement sclrat3 la loi du rapt applique l'envers1 la fille condamne pour avoir t suborne1 le sducteur tranglant la victime6 ,chose imprvue en cette ville d',aix 7toute de juges1 de prtres1 de beau monde71 tout coup il se trouve un peuple1 un violent mouvement populaire4 ,en masse1 en corps serr1 une foule d'hommes de toute classe1 d'un lan1 marche aux ursulines4 ,on fait paratre la ,cadire et sa mre4 ,on crie3 ,rassurez-vous1 mademoiselle4 ,nous sommes l444 ,ne craignez rien4 ,le grand dix-huitime sicle1 que justement ,hegel a nomm le rgne de l'esprit1 est bien plus grand encore comme rgne de l'humanit4 ,des dames distingues1 comme la petite-fille de ,mme de ,svign1 la charmante ,mme de ,simiane1 s'emparrent de la jeune fille et la rfugirent dans leur sein4 ,chose plus belle encore 7et si touchante71 les dames jansnistes1 de puret sauvage1 si difficiles entre elles1 et d'excessive autorit1 immolrent la ,loi la ,grce dans cette grande circonstance1 jetrent les bras au cou de la pauvre enfant menace1 la purifirent de leur baiser au front1 la rebaptisrent de leurs larmes4 ,si la ,provence est violente1 elle est d'autant plus admirable en ces moments1 violente de gnrosit et d'une vritable grandeur4 ,on en vit quelque chose aux premiers triomphes de ,mirabeau1 quand il eut ,marseille autour de lui un million d'hommes4 ,ici1 dj1 ce fut une grande scne rvolutionnaire1 un soulvement immense contre le sot gouvernement d'alors1 et les ,jsuites1 protgs de ,fleury4 ,soulvement unanime pour l'humanit1 la piti1 pour la dfense d'une femme1 d'une enfant1 si barbarement immole4 ,les ,jsuites imaginrent bien d'organiser dans la canaille eux1 dans leurs clients1 leurs mendiants1 un je ne sais quel peuple qu'ils armaient de clochettes et de btons pour faire reculer les cadires4 ,on surnomma ainsi les deux partis4 ,le dernier1 c'tait tout le monde4 ,marseille se leva tout entire pour porter en triomphe le fils de l'avocat ,chaudon4 ,toulon alla si loin pour sa pauvre compatriote1 qu'on y voulait brler la maison des ,jsuites4 ,le plus touchant de tous les tmoignages vint la ,cadire d',ollioules4 ,une simple pensionnaire1 ,mlle ,agns1 toute jeune et timide qu'elle ft1 suivit l'lan de son cur1 se jeta dans cette mle de pamphlets1 crivit1 imprima l'apologie de la ,cadire4 ,ce grand et profond mouvement agit dans le ,parlement mme4 ,les ennemis des ,jsuites en furent tout coup relevs1 raffermis1 jusqu' braver les menaces d'en haut1 le crdit des ,jsuites1 la foudre de ,versailles que pouvait leur lancer ,fleury#ia4 #ia ,une anecdote grotesque symbolise1 exprime merveille l'tat du ,parlement4 ,le rapporteur lisait son travail1 ses apprciations du procs de sorcellerie1 de la part que le diable pouvait avoir en cette affaire4 ,il se fait un grand bruit4 ,un homme noir tombe par la chemine444 ,tous se sauvent1 effrays1 moins le seul rapporteur1 qui1 embarrass dans sa robe1 ne peut bouger444 ,l'homme s'excuse4 ,c'est tout bonnement un ramoneur qui s'est tromp de chemine4 7,papon1 ,,iv1 #dcj47--,on peut dire qu'en effet une terreur1 celle du peuple1 du dmon populaire1 fixa le ,parlement1 comme ce juge engag par sa robe4 ,les amis mme de ,girard1 voyant leur nombre diminuer1 leur phalange s'claircir1 dsiraient le jugement4 ,il eut lieu le #aa octobre #agca4 ,personne n'osa reprendre1 en prsence du peuple1 les conclusions froces du parquet pour faire trangler la ,cadire4 ,douze conseillers immolrent leur honneur1 dirent ,girard innocent4 ,des douze autres1 quelques jansnistes le condamnaient au feu1 comme sorcier2 et trois ou quatre1 plus raisonnables1 le condamnaient mort1 comme sclrat4 ,douze tant contre douze1 le prsident ,lebret allait dpartager la cour4 ,il jugea pour ,girard4 ,acquitt de l'accusation de sorcellerie et de ce qui et entran la mort1 ou le renvoya1 comme prtre et confesseur1 pour le procs ecclsiastique1 l'official de ,toulon1 son intime ami1 ,larmedieu4 ,le grand monde1 les indiffrents1 furent satisfaits4 ,et l'on a fait si peu d'attention cet arrt qu'aujourd'hui encore ,m4 ,fabre dit1 ,m4 ,mry rpte1 que tous les deux furent acquitts4 ,chose extrmement inexacte4 ,la ,cadire fut traite comme calomniatrice1 condamne voir ses mmoires et dfenses lacrs et brls par la main du bourreau4 ,et il y avait encore un terrible sous-entendu4 ,la ,cadire tant marque ainsi1 fltrie pour calomnie1 les ,jsuites devaient pousser1 continuer sous terre et suivre leur succs auprs du cardinal ,fleury1 appeler sur elle les punitions secrtes et arbitraires4 ,la ville d',aix le comprit ainsi4 ,elle sentit que le ,parlement ne la renvoyait pas1 mais la livrait plutt4 ,de l une terrible fureur contre le prsident ,lebret1 tellement menac qu'il demanda qu'on ft venir le rgiment de ,flandre4 ,girard fuyait dans une chaise ferme4 ,on le dcouvrit1 et il et t tu s'il ne se ft sauv dans l'glise des ,jsuites1 o le coquin se mit dire la messe4 ,il chappa et retourna ,dle1 honor1 glorifi de la ,socit4 ,il y mourut en #agcc1 en odeur de saintet4 ,le courtisan ,lebret mourut en #agce4 ,le cardinal ,fleury fit tout ce qui plut aux ,jsuites4 ,a ,aix1 ,toulon1 ,marseille1 il exila1 bannit1 emprisonna4 ,toulon surtout tait coupable d'avoir port l'effigie de ,girard aux portes de ses girardines et d'avoir promen le sacro-saint tricorne des ,jsuites4 ,la ,cadire aurait d1 aux termes de l'arrt1 pouvoir y retourner1 tre remise sa mre4 ,mais j'ose dire qu'on ne permit jamais qu'elle revnt sur ce brlant thtre de sa ville natale1 si hautement dclare pour elle4 ,qu'en fit-on8 ,jusqu'ici personne n'a pu le savoir4 ,si le seul crime de s'tre intress elle mritait la prison1 on ne peut douter qu'elle n'ait t bientt emprisonne elle-mme2 que les ,jsuites n'aient eu aisment de ,versailles une lettre de cachet pour enfermer la pauvre fille1 pour touffer1 ensevelir avec elle une affaire si triste pour eux4 ,on aura attendu sans doute que le public ft distrait1 penst autre chose4 ,puis la griffe l'aura ressaisie1 plonge1 perdue dans quelque couvent ignor1 teinte dans un in-pace4 ,elle n'avait que vingt et un ans au moment de l'arrt1 et elle avait toujours espr de vivre peu4 ,que ,dieu lui en ait fait la grce#ib6 #ib ,la perscution a continu1 et par la publication altre des documents1 et jusque dans les historiens d'aujourd'hui4 ,mme le ,procs 7in-folio1 #agcc71 notre principale source1 est suivi d'une table habilement combine contre la ,cadire4 ,a son article1 on trouve indiqu de suite et au complet 7comme faits prouvs7 tout ce qui a t dit contre elle2 mais on n'indique pas sa rtractation de ce que le poison lui a fait dire4 ,au mot ,girard1 presque rien2 on vous renvoie1 pour ses actes1 une foule d'articles qu'on n'aura pas la patience de chercher4--,dans la reliure de certains exemplaires1 on a eu soin de placer devant le ,procs1 pour servir de contre-poison1 des apologies de ,girard1 etc4--,voltaire est bien lger sur cette affaire2 il se moque des uns et des autres1 surtout des jansnistes4--,les historiens de nos jours1 qui certainement n'ont pas lu le ,procs1 ,,mm4 ,cabasse1 ,fabre1 ,mry1 se croient impartiaux1 et ils accablent la victime4 ,,pilogue ,une femme de gnie1 dans un fort bel lan de cur1 croit voir les deux ,esprits dont la lutte fit le ,moyen-ge1 qui se reconnaissent enfin1 se rapprochent1 se runissent4 ,en se regardant de plus prs1 ils dcouvrent un peu tard qu'ils ont des traits de parent4 ,que serait-ce si c'taient des frres1 et si ce vieux combat n'tait rien qu'un malentendu8 ,le cur parle et ils s'attendrissent4 ,le fier proscrit1 le doux perscuteur1 oublient tout1 ils s'lancent1 se jettent dans les bras l'un de l'autre4 7,consuelo47 ,aimable ide de femme4 ,d'autres aussi ont eu le mme rve4 ,mon suave ,montanelli en fit un beau pome4 ,eh6 qui n'accueillerait la charmante esprance de voir le combat d'ici-bas s'apaiser et finir dans ce touchant embrassement8 ,qu'en pense le sage ,merlin8 ,au miroir de son lac dont lui seul sait la profondeur1 qu'a-t-il vu8 ,que dit-il dans la colossale pope qu'il a donne en #ahfj8 ,que ,satan1 s'il dsarme1 ne le fera qu'au jour du ,jugement4 ,alors1 pacifis1 cte cte1 tous deux dormiront dans la mort commune4 ,il n'est pas difficile sans doute1 en les faussant1 d'arriver un compromis4 ,l'nervation des longues luttes1 en affaiblissant tout1 permet certains mlanges4 ,on a vu au dernier chapitre deux ombres pactiser de bon accord dans le mensonge3 l'ombre de ,satan1 l'ombre de ,jsus1 se rendant de petits services1 le ,diable ami de ,loyola1 l'obsession dvote et la possession diabolique allant de front1 l',enfer attendri dans le ,sacr-,cur4 ,ce temps est doux1 et l'on se hait bien moins4 ,on ne hait gure que ses amis4 ,j'ai vu des mthodistes admirer les ,jsuites4 ,j'ai vu ceux que l'glise dans tout le ,moyen-ge appelle les fils de ,satan1 lgistes ou mdecins1 pactiser prudemment avec le vieil esprit vaincu4 ,mais laissons ces semblants4 ,ceux qui srieusement proposent ,satan de s'arranger1 de faire la paix1 ont-ils bien rflchi8 ,l'obstacle n'est pas la rancune4 ,les morts sont morts4 ,ces millions de victimes1 ,albigeois1 ,vaudois1 ,protestants1 ,maures1 ,juifs1 ,indiens de l',amrique1 dorment en paix4 ,l'universel martyr du ,moyen-ge1 la ,sorcire ne dit rien4 ,sa cendre est au vent4 ,mais savez-vous ce qui proteste1 ce qui solidement spare les deux esprits1 les empche de se rapprocher8 ,c'est une ralit norme qui s'est faite depuis cinq cents ans4 ,c'est l'uvre gigantesque que l'glise a maudite1 le prodigieux difice des sciences et des institutions modernes1 qu'elle excommunia pierre par pierre1 mais que chaque anathme grandit1 augmenta d'un tage4 ,nommez-moi une science qui n'ait t rvolte4 ,il n'est qu'un seul moyen de concilier les deux esprits et de mler les deux glises4 ,c'est de dmolir la nouvelle1 celle qui1 ds son principe1 fut dclare coupable1 condamne4 ,dtruisons1 si nous le pouvons1 toutes les sciences de la nature1 l',observatoire1 le ,musum et le ,jardin des ,plantes1 l'cole de ,mdecine1 toute bibliothque moderne4 ,brlons nos lois1 nos codes4 ,revenons au ,droit canonique4 ,ces nouveauts1 toutes1 ont t ,satan4 ,nul progrs qui ne ft son crime4 ,c'est ce coupable logicien qui1 sans respect pour le droit clrical1 conserva et refit celui des philosophes et des juristes1 fonde sur la croyance impie du ,libre arbitre4 ,c'est ce dangereux magicien qui1 pendant qu'on discute sur le sexe des anges et autres sublimes questions1 s'acharnait aux ralits1 crait la chimie1 la physique1 les mathmatiques4 ,oui1 les mathmatiques4 ,il fallut les reprendre2 ce fut une rvolte4 ,car on tait brl pour dire que trois font trois4 ,la mdecine1 surtout1 c'est le vrai satanisme1 une rvolte contre la maladie1 le flau mrit de ,dieu4 ,manifeste pch d'arrter l'me en chemin vers le ciel1 de la replonger dans la vie6 ,comment expier tout cela8 ,comment supprimer1 faire crouler cet entassement de rvoltes1 qui aujourd'hui fait toute la vie moderne8 ,pour reprendre le chemin des anges1 ,satan dtruira-t-il cette uvre8 ,elle pose sur trois pierres ternelles3 la ,raison1 le ,droit1 la ,nature4 ,l'esprit nouveau est tellement vainqueur1 qu'il oublie ses combats1 daigne peine aujourd'hui se souvenir de sa victoire4 ,il n'tait pas inutile de lui rappeler la misre de ses premiers commencements1 les formes humbles et grossires1 barbares1 cruellement comiques1 qu'il eut sous la perscution1 quand une femme1 l'infortune ,sorcire1 lui donna son essor populaire dans la science4 ,bien plus hardie que l'hrtique1 le raisonneur demi-chrtien1 le savant qui gardait un pied dans le cercle sacr1 elle en chappa vivement1 et sur le libre sol1 de rudes pierres sauvages tenta de se faire un autel4 ,elle a pri1 devait prir4 ,comment8 ,surtout par le progrs des sciences mme qu'elle a commences1 par le mdecin1 par le naturaliste1 pour qui elle avait travaill4 ,la ,sorcire a pri pour toujours1 mais non pas la ,fe4 ,elle reparatra sous cette forme qui est immortelle4 ,la femme1 aux derniers sicles occupe d'affaires d'hommes1 a perdu en revanche son vrai rle3 celui de la mdication1 de la consolation1 celui de la ,fe qui gurit4 ,c'est son vrai sacerdoce4 ,et il lui appartient1 quoi qu'en ait dit l'glise4 ,avec ses dlicats organes1 son amour du plus fin dtail1 un sens si tendre de la vie1 elle est appele en devenir la pntrante confidente en toute science d'observation4 ,avec son cur et sa piti1 sa divination de bont1 elle va d'elle-mme la mdication4 ,entre les malades et l'enfant il est fort peu de diffrence4 ,a tous les deux il faut la femme4 ,elle rentrera dans les sciences et y rapportera la douceur et l'humanit1 comme un sourire de la nature4 ,l',anti-,nature plit1 et le jour n'est pas loin o son heureuse clipse fera pour le monde une aurore4 ,les dieux passent1 et non ,dieu4 ,au contraire1 plus ils passent1 et plus il apparat4 ,il est comme un phare clipse1 mais qui chaque fois revient plus lumineux4 ,c'est un grand signe de le voir en pleine discussion1 et dans les journaux mme4 ,on commence sentir que toutes les questions tiennent la question fondamentale et souveraine 7l'ducation1 l'tat1 l'enfant1 la femme74 ,tel est ,dieu1 tel le monde4 ,cela dit que les temps sont mrs4 ,elle est si prs1 cette aube religieuse1 qu' chaque instant je croyais la voir poindre dans le dsert o j'ai fini ce livre4 ,qu'il tait lumineux1 pre et beau mon dsert6 ,j'avais mon lit pos sur un roc de la grande rade de ,toulon1 dans une humble villa1 entre les alos et les cyprs1 les cactus1 les roses sauvages4 ,devant moi ce bassin immense de mer tincelante2 derrire1 le chauve amphithtre o s'assoiraient l'aise les tats-gnraux du monde4 ,ce lieu1 tout africain1 a des clairs d'acier1 qui1 le jour1 blouissent4 ,mais aux matins d'hiver1 en dcembre surtout1 c'tait plein d'un mystre divin4 ,je me levais juste six heures1 quand le coup de canon de l',arsenal donne le signal du travail4 ,de six sept1 j'avais un moment admirable4 ,la scintillation vive 7oserai-je dire acre87 des toiles faisait honte la lune1 et rsistait l'aube4 ,avant qu'elle part1 puis pendant le combat des deux lumires1 la transparence prodigieuse de l'air permettait de voir et d'entendre des distances incroyables4 ,je distinguais tout deux lieues4 ,les moindres accidents des montagnes lointaines1 arbre1 rocher1 maison1 pli de terrain1 tout se rvlait dans la plus fine prcision4 ,j'avais des sens de plus1 je me trouvais un autre tre1 dgag1 ail1 affranchi4 ,moment limpide1 austre1 si pur6444 ,je me disais3 ,mais quoi6 ,est-ce que je serais homme encore8 ,un bleutre indfinissable 7que l'aube rose respectait1 n'osait teinter71 un ther sacr1 un esprit1 faisait toute nature esprit4 ,on sentait pourtant un progrs1 de lents et de doux changements4 ,une grande merveille allait venir1 clater et clipser tout4 ,on la laissait venir1 on ne la pressait pas4 ,la transfiguration prochaine1 les ravissements esprs de la lumire1 n'taient rien au charme profond d'tre encore dans la nuit divine1 d'tre demi cach1 sans se bien dmler du prodigieux enchantement444 ,viens1 ,soleil6 ,on t'adore d'avance1 mais tout en profitant de ce dernier moment de rve444 ,il va poindre444 ,attendons dans l'espoir1 le recueillement4 ,,claircissements ,i ,classification gographique de la ,sorcellerie4--,mon tnbreux sujet est comme la mer4 ,celui qui y plonge souvent1 apprend y voir4 ,le besoin cre des sens4 ,tmoin le singulier poisson dont parle ,forbes 7,pertica astrolabus71 qui1 vivant au plus bas et prs du fond1 s'est cr un il admirable pour saisir1 concentrer les lueurs qui descendent jusque-l4 ,la sorcellerie1 au premier regard1 avait pour moi l'unit de la nuit4 ,peu peu1 je l'ai vue multiple et trs diverse4 ,en ,france1 de province province1 grandes sont dj les diffrences4 ,en ,lorraine1 prs de l',allemagne1 elle semble plus lourde et plus sombre2 elle n'aime que les btes noires4 ,au pays basque1 ,satan est vif1 espigle1 prestidigitateur4 ,au centre de la ,france1 il est bon compagnon2 les oiseaux envols qu'il lche1 semblent l'aimable augure et le vu de la libert4--,sortons de la ,france2 entre les peuples et les races diverses1 les varits1 les contrastes sont bien autrement forts4 ,personne1 que je sache1 n'avait bien vu cela4--,pourquoi8 ,l'imagination1 une vaine posie purile1 brouillait1 confondait tout4 ,on s'amusait ce sujet terrible qui n'est que larmes et sang4 ,moi1 je l'ai pris cur4 ,j'ai laiss les mirages1 les fumes fantastiques1 les vagues brouillards o l'on se complaisait4 ,le vrai sens de la vie vibre aux diversits vivantes1 les rend sensibles et les fait voir4 ,il distingue1 il caractrise4 ,ds que ce ne sont plus des ombres et des contes1 mais des tres humains1 vivants1 souffrants1 ils diffrent1 ils se classent4 ,la science peu peu creusera cela4 ,en voici l'ide gnrale4 cartons d'abord les extrmes de l'quateur1 du ple1 les ngres1 les ,lapons4--cartons les sauvages de l',amrique1 etc4 ,l',europe seule a eu l'ide nette du ,diable1 a cherch et voulu1 ador le mal absolu 7ou du moins ce qu'on croyait tel74 #a ,en ,allemagne1 le ,diable est fort4 ,les mines et les forts lui vont4 ,mais1 en y regardant1 on le voit ml1 domin1 par les restes et les chos de la mythologie du ,nord4 ,chez les tribus gothiques1 par exemple1 en opposition la douce ,holda1 se cre la farouche ,unholda 7,j4 ,grimm1 #eed72 le ,diable est femme4 ,il a un norme cortge d'esprits1 de gnomes1 etc4 ,il est industriel1 travaille1 est constructeur1 maon1 mtallurgiste1 alchimiste1 etc4 #b ,en ,angleterre1 le culte du ,diable est secondaire1 tant ml et domin par certains esprits du foyer1 certaines mauvaises btes domestiques par qui la femme aigre et colre fait des malices1 des vengeances 7,thomas ,wright1 ,i1 #agg74 ,chose curieuse1 chez ce peuple o goddam est le jurement national 7au quinzime sicle1 ,procs de ,jeanne d',arc1 et sans doute plus anciennement71 on veut bien tre damn de ,dieu1 mais sans se vendre au ,diable4 ,l'me anglaise se garde tant qu'elle peut4 ,il n y a gure de pacte exprs1 solennel4 ,point de grand ,sabbat 7,wright1 ,i1 #bha74 ,la vermine des petits esprits1 souvent en chiens ou chats1 souvent invisibles et blottis dans les paquets de laine1 dans certaine bouteille que la femme connat seule1 attendent l'occasion de mal faire4 ,leur matresse les appelle de noms baroques1 tyffin1 pyggin1 calicot1 etc4 ,elle les cde1 les vend quelquefois4 ,ces tres quivoques1 quoi qu'on puisse en penser1 lui suffisent1 retiennent sa mchancet dans leur bassesse4 ,elle a peu affaire du ,diable1 s'lve moins cet idal4 ,autre raison qui empche le ,diable de progresser en ,angleterre4 ,c'est qu'on fait avec lui peu1 trs peu de faons4 ,on pend la sorcire1 on l'trangle avant de la brler4 ,ainsi expdie1 elle n'a pas l'horrible posie que le bcher1 que l'exorcisme1 que l'anathme des conciles1 lui donnent sur le continent4 ,le ,diable n'a pas l sa riche littrature de moines4 ,il ne prend pas l'essor4 ,pour grandir1 il lui faut la culture ecclsiastique4 #c ,c'est en ,france1 selon moi1 et au quatorzime sicle seulement1 que s'est trouve la pure adoration du ,diable4 ,m4 ,wright s'accorde avec moi pour le temps et le lieu4 ,seulement1 il dit3 ,en ,france et en ,italie4 ,je ne vois pas pourtant chez les ,italiens 7,barthole1 #aceg2 ,spina1 #adeh2 ,grillandus1 #aebd1 etc471 je ne vois pas le ,sabbat dans sa forme la plus terrible1 la ,messe noire1 le dfi solennel ,jsus4 ,j'en doute mme pour l',espagne4 ,sur la frontire1 au pays basque1 on adorait impartialement ,jsus le jour1 ,satan la nuit4 ,il y avait plus de libert folle que de haine et de fureur4 ,les pays de lumire1 l',espagne et l',italie1 ont t vraisemblablement moins loin dans les religions de tnbres1 moins loin dans le dsespoir4 ,le peuple y vit de peu1 est fait la misre4 ,la nature du ,midi aplanit bien des choses4 ,l'imagination prime tout4 ,en ,espagne1 le mirage singulier des plaines sales1 la sauvage posie du chevrier1 du bouc1 etc4 ,en ,italie1 tels dsirs hystriques1 par exemple1 des altres1 qui passent sous la porte ou par la serrure pour boire le sang des petits enfants4 ,folie et fantasmagorie1 tout comme aux rves sombres du ,harz et de la ,fort ,noire4 ,tout est plus clair1 ce semble1 en ,france4 ,l'hrsie des sorcires1 comme on disait1 semble s'y produire normalement1 aprs les grandes perscutions1 comme hrsie suprme4 ,chaque secte perscute qui tombe l'tat nocturne1 la vie dangereuse de socit secrte1 gravite vers le culte du ,diable1 et peu peu s'approche du terrible idal 7qui n'est atteint qu'en #acjj74 ,dj aprs l'an #ajjj 7,voy4 ,gurard1 ,cartul4 de ,chartres71 commence contre les hrtiques d',orlans l'accusation qu'on renouvellera toujours sur l'orgie de nuit et le reste4 ,accusation mle de faux1 de vrai1 mais qui produit de plus en plus son effet1 en rduisant les proscrits1 les suspects1 aux assembles de nuit4 ,mme les ,purs 7,cathares ou ,albigeois71 aprs leur horrible ruine du treizime sicle1 tombant au dsespoir1 passent en foule la sorcellerie1 adorent l',anti-,jsus4 ,il en est ainsi des ,vaudois4 ,chrtiens innocents au douzime sicle 7comme le reconnat ,walter ,mapes71 ils finiront par devenir sorciers1 ce point qu'au quinzime vaudoiserie est synonyme de sorcellerie4 ,en ,france1 la sorcire ne me parat pas tre1 autant qu'ailleurs1 le fruit de l'imagination1 de l'hystrie1 etc4 ,une partie considrable1 et la majorit peut-tre1 de cette classe infortune est sortie de nos cruelles rvolutions religieuses4 ,l'histoire du culte diabolique et de la sorcellerie tirera de nouvelles lumires de celle de l'hrsie qui l'engendrait4 ,j'attends impatiemment le grand livre des ,albigeois qui va paratre4 ,m4 ,peyrat a retrouv ce monde perdu dans un dpt sacr1 fidle et bien gard1 la tradition des familles4 ,dcouverte imprvue6 ,il est retrouv l'in-pace o tout un peuple fut scell1 l'immense souterrain dont un homme du treizime sicle disait3 ,ils ont fait tant de fosses1 de caves1 de cachots1 d'oubliettes1 qu'il n'y eut plus assez de pierres aux ,pyrnes4 ,,ii ,page #cbh de l',,introduction4--,registres originaux de l',inquisition4--,j'avais l'espoir d'en trouver un la ,bibliothque impriale4 ,le no #eied 7lat47 est intitul en effet ,inquisitio4 ,mais ce n'est qu'une enqute faite par ordre de saint ,louis en #abfa1 lorsqu'il vit que l'horrible rgime tabli par sa mre et le lgat dans sa minorit1 faisait du midi un dsert4 ,il le regrette et dit3 ,licet in regni nostri primordiis ad terrorem durius scripserimus1 etc4 ,nul adoucissement pour les hrtiques1 mais seulement pour les veuves ou enfants de ceux qui sont bien morts4--,on n'a encore publi que deux des vrais registres de l',inquisition 7 la suite de ,limburch74 ,ce sont des registres de ,toulouse1 qui vont de #acjg #acbf4 ,magi en a extrait deux autres 7,acad4 de ,toulouse1 #agij1 in-quarto1 t4 ,,iv1 p4 #ai74 ,lamothe-,langon a extrait ceux de ,carcassonne 7,hist4 de l',inquis4 en ,france1 t4 ,,iii71 ,llorente ceux de l',espagne4--,ces registres mystrieux taient ,toulouse 7et sans doute partout7 enferms dans des sacs pendus trs haut aux murs1 de plus cousus des deux cts1 de sorte qu'on ne pouvait rien lire sans dcoudre tout4 ,ils nous donnent un spcimen prcieux1 instructif pour toutes les inquisitions de l',europe4 ,car la procdure tait partout exactement la mme 7,voy4 ,directorium ,eymerici1 #aceh74--;,ce qui frappe dans ces registres1 ce n'est pas seulement le grand nombre des supplicis1 c'est celui des emmurs1 qu'on mettait dans une petite loge de pierre 7camerula71 ou dans une basse-fosse in-pace1 au pain et l'eau4 ,c'est aussi le nombre infini des crozats1 qui portaient la croix rouge devant et derrire4 ,c'taient les mieux traits2 on les laissait provisoirement chez eux4 ,seulement1 ils devaient le dimanche1 aprs la messe1 aller se faire fouetter par leurs curs 7,rglement de #acbf1 ,archives de ,carcassonne1 dans ,l4-,langon1 ,,iii1 #aia74--,le plus cruel1 pour les femmes surtout1 c'est que le petit peuple1 les enfants1 s'en moquaient outrageusement4 ,ils pouvaient1 sans cause nouvelle1 tre repris et emmurs4 ,leurs fils et petits-fils taient suspects et trs facilement emmurs4 ,tout est hrsie au treizime sicle2 tout est magie au quatorzime4 ,le passage est facile4 ,dans la grossire thorie du temps1 l'hrsie diffre peu de la possession diabolique2 toute croyance mauvaise1 comme tout pch1 est un dmon qu'on chasse par la torture ou le fouet4 ,car les dmons sont fort sensibles 7,michel ,psellus74 ,on prescrit aux crozats1 aux suspects d'hrsie de fuir tout sortilge 7,d4 ,vaissete1 ,lang474--,ce passage de l'hrsie la magie est un progrs dans la terreur1 o le juge doit trouver son compte4 ,aux procs d'hrsie 7procs d'hommes pour la plupart71 il a des assistants4 ,mais pour ceux de magie1 de sorcellerie1 presque toujours procs de femmes1 il a le droit d'tre seul1 tte tte avec l'accuse4 ,notez que sous ce titre terrible de sorcellerie1 on comprend peu peu toutes les petites superstitions1 vieille posie du foyer et des champs1 le follet1 le lutin1 la fe4 ,mais quelle femme sera innocente8 ,la plus dvote croyait tout cela4 ,en se couchant1 avant sa prire la ,vierge1 elle laissait du lait pour son follet4 ,la fillette1 la bonne femme donnait le soir aux fes un petit feu de joie1 le jour la sainte un bouquet4 ,quoi6 pour cela elle est sorcire6 ,la voil devant l'homme noir4 ,il lui pose les questions 7les mmes1 toujours les mmes1 celles qu'on fit toute socit secrte1 aux ,albigeois1 aux templiers1 n'importe74 ,qu'elle y songe1 le bourreau est l2 tout prts1 sous la vote ct1 l'estrapade1 le chevalet1 les brodequins vis1 les coins de fer4 ,elle s'vanouit de peur1 ne sait plus ce qu'elle dit3 ,ce n'est pas moi444 ,je ne le ferai plus444 ,c'est ma mre1 ma sur1 ma cousine qui m'a force1 trane444 ,que faire8 ,je la craignais1 j'allais malgr moi et tremblante 7,trepidabat2 sororia sua ,guilelma trahebat et metu faciebat multa74 7,reg4 ,tolos41 #acjg1 p4 #aj1 ap4 ,limburch47 ,peu rsistaient4 ,en #acbi1 une ,jeanne prit pour avoir refus de dnoncer son pre 7,reg4 de ,carcassonne1 ,l4-,langon1 #c1 #bjb74 ,mais avec ces rebelles on essayait d'autres moyens4 ,une mre et ses trois filles avaient rsist aux tortures4 ,l'inquisiteur s'empare de la seconde1 lui fait l'amour1 la rassure tellement qu'elle dit tout1 trahit sa mre1 ses surs 7,limburch1 ,lamothe-,langon74 ,et toutes la fois sont brles6 ,ce qui brisait plus que la torture mme1 c'tait l'horreur de l'in-pace4 ,les femmes se mouraient de peur d'tre scelles dans ce petit trou noir4 ,a ,paris1 on put voir le spectacle public d'une loge chien dans la cour des ,filles repenties1 o l'on tenait la dame d',escoman1 mure 7sauf une fente par o on lui jetait du pain71 et couche dans ses excrments4 ,parfois1 on exploitait la peur jusqu' l'pilepsie4 ,exemple3 cette petite blonde1 faible enfant de quinze ans1 que ,michalis dit lui-mme avoir force de dnoncer1 en la mettant dans un vieil ossuaire pour coucher sur les os des morts4 ,en ,espagne1 le plus souvent l'in-pace1 loin d'tre un lieu de paix1 avait une porte par laquelle on venait tous les jours heure fixe travailler la victime1 pour le bien de son me1 en la flagellant4 ,un moine condamn l'in-pace prie et supplie qu'on lui donne plutt la mort4 7,llorente47 ,sur les auto-da-f1 voir dans ,limburch ce qu'en disent les tmoins occulaires4 ,voir surtout ,dellon1 qui lui-mme porta le san-benito4 7,inquisition de ,goa1 #afhh47 ,ds le treizime1 le quatorzime sicle1 la terreur tait si grande1 qu'on voyait les personnes les plus haut places quitter tout1 rang1 fortune1 ds qu'elles taient accuses1 et s'enfuir4 ,c'est ce que fit la dame ,alice ,kyteler1 mre du snchal d',irlande1 poursuivie pour sorcellerie par un moine mendiant qu'on avait fait vque 7#acbd74 ,elle chappa4 ,on brla sa confidente4 ,le snchal fit amende honorable et resta dgrad4 7,t4 ,wright1 ,proceedings against dame ,alice1 etc41 in-quarto4 ,london1 #ahdc47 ,tout cela s'organise de #abjj #acjj4 ,c'est en #abcc que la mre de saint ,louis fonde la grande prison des ,immuratz de ,toulouse4 ,qu'arrive-t-il8 on se donne au ,diable4 ,la premire mention du ,pacte diabolique est de #abbb4 7,csar ,heisterbach47 ,on ne reste pas hrtique1 ou demi-chrtien4 ,on devient satanique1 anti-chrtien4 ,la furieuse ,ronde sabbatique apparat en #acec 7,procs de ,toulouse1 dans ,l4-,langon1 #c1 #cfj71 la veille de la ,jacquerie4 ,,iii ,les deux premiers chapitres1 rsums de mes ,cours sur le ,moyen-ge1 expliquent par l'tat gnral de la ,socit pourquoi l'humanit dsespra1--et les chapitres ,,iii1 ,,iv1 ,v1 expliquent par l'tat moral de l'me pourquoi la femme spcialement dsespra et fut amene se donner au ,diable1 et devenir la ,sorcire4 ,c'est seulement en #eec que l'glise a pris l'atroce rsolution de damner les esprits ou dmons 7mots synonymes en grec71 sans retour1 sans repentir possible4 ,elle suivit en cela la violence africaine de saint ,augustin1 contre l'avis plus doux des ,grecs1 d',origne et de l',antiquit4 7,haag1 ,hist4 des dogmes1 ,i1 #hj-hc47--;,ds lors on tudie1 on fixe le temprament1 la physiologie des ,esprits4 ,ils ont et ils n'ont pas de corps1 s'vanouissent en fume1 mais aiment la chaleur1 craignent les coups1 etc4 ,tout est parfaitement connu1 convenu1 en #ajej 7,michel ,psellus1 nergie des esprits ou dmons74 ,ce byzantin en donne exactement la mme ide que celle des lgendes occidentales4 7,voy4 les textes nombreux dans la ,mythologie de ,grimm1 les ,fes de ,maury1 etc41 etc47--,ce n'est qu'au quatorzime sicle qu'on dit nettement que tous ces esprits sont des diables4--,le ,trilby de ,nodier1 et la plupart des contes analogues sont manqus1 parce qu'ils ne vont pas jusqu'au moment tragique o la petite femme voit dans le lutin l'infernal amant4 ,dans les chapitres ,v-,,xii du livre ,ier1 et ds la page #cgi1 j'ai essay de retrouver comment la femme put devenir ,sorcire4--,recherche dlicate4--,nul de mes prdcesseurs ne s'en est enquis4 ,ils ne s'informent pas des degrs successifs par lesquels on arrivait cette chose horrible4 ,leur ,sorcire surgit tout coup1 comme du fond de la terre4 ,telle n'est pas la nature humaine4 ,cette recherche m'imposait le travail le plus difficile4 ,les textes antiques sont rares1 et ceux qu'on trouve pars dans les livres btards de #aejj1 #afjj1 sont difficiles distinguer4 ,quand on a retrouv ces textes1 comment les dater1 dire3 ,ceci est du douzime1 ceci du treizime1 du quatorzime8 ,je ne m'y serais point hasard1 si je n'avais eu dj pour moi une longue familiarit avec ces temps1 mes tudes obstines de ,grimm1 ,ducange1 etc41 et mes ,origines du droit 7#ahcg74 ,rien ne m'a plus servi4 ,dans ces formules1 ces ,usages si peu variables1 dans la ,coutume qu'on dirait ternelle1 on prend pourtant le sens du temps4 ,autres sicles1 autres formes4 ,on apprend les reconnatre1 leur fixer des dates morales4 ,on distingue merveille la sombre gravit antique du pdantesque bavardage des temps relativement rcents4 ,si l'archologue dcide sur la forme de telle ogive qu'un monument est de tel temps1 avec bien plus de certitude la psychologie historique peut montrer que tel fait moral est de tel sicle1 et non d'un autre1 que telle ide1 telle passion1 impossible aux temps plus anciens1 impossible aux ges rcents1 fut exactement de tel ge4 ,critique moins sujette l'erreur4 ,car les archologues se sont parfois tromps sur telle ogive refaite habilement4 ,dans la chronologie des arts1 certaines formes peuvent bien se refaire4 ,mais dans la vie morale1 cela est impossible4 ,la cruelle histoire du pass que je raconte ici1 ne reproduira pas ses dogmes monstrueux1 ses effroyables rves4 ,en bronze1 en fer1 ils sont fixs leur place ternelle dans la fatalit du temps4 ,maintenant voici mon pch o m'attend la critique4 ,dans cette analyse historique et morale de la cration de la ,sorcire jusqu'en #acjj1 plutt que de traner dans les explications prolixes1 j'ai pris souvent un petit fil biographique et dramatique1 la vie d'une mme femme pendant trois cents ans4--,et cela 7notez bien7 dans six ou sept chapitres seulement4--,dans cette partie mme1 si courte1 on sentira aisment combien tout est historique et fond4 ,par exemple1 si j'ai donn le mot ,tolde comme le nom sacr de la capitale des magiciens1 j'avais pour moi non seulement l'opinion fort grave de ,m4 ,soldan1 non seulement le long passage de ,lancre1 mais des textes fort anciens4 ,gerbert1 au onzime sicle1 tudie la magie dans cette ville4 ,selon ,csar d',heisterbach1 les tudiants de ,bavire et de ,souabe apprennent aussi la ncromancie ,tolde4 ,c'est un matre de ,tolde qui propage les crimes de sorcellerie que poursuit ,conrad de ,marbourg4 ,toutefois les superstitions sarrasines1 venues d',espagne ou d',orient 7comme le dit ,jacques de ,vitry71 n'eurent qu'une influence secondaire1 ainsi que le vieux culte romain d',hcate ou ,dianom4 ,le grand cri de fureur qui est le vrai sens du ,sabbat1 nous rvle bien autre chose4 ,il y a l non seulement les souffrances matrielles1 l'accent des vieilles misres1 mais un abme de douleur4 ,le fond de la souffrance morale n'est trouv que vers saint ,louis1 ,philippe-le-,bel1 spcialement en certaines classes qui1 plus que l'ancien serf1 sentaient1 souffraient4 ,tels durent tre surtout les bons paysans1 notables vilains1 les serfs maires de villages1 que j'ai vus dj au douzime sicle1 et qui1 au quatorzime1 sous la fiscalit nouvelle1 responsables 7comme les curiales antiques71 sont doublement martyrs du roi et des barons1 crass d'avanies1 enfin l'enfer vivant4 ,de l ces dsespoirs qui prcipitent vers l',esprit des trsors cachs1 le diable de l'argent4 ,ajoutez la rise1 l'outrage1 qui plus encore peut-tre font la ,fiance de ,satan4 ,un procs de ,toulouse1 qui donne en #acec la premire mention de la ,ronde du ,sabbat1 me mettait justement le doigt sur la date prcise4 ,quoi de plus naturel8 ,la peste noire rase le globe et tue le tiers du monde4 ,le pape est dgrad4 ,les seigneurs battus1 prisonniers1 tirent leur ranon du serf et lui prennent jusqu' la chemise4 ,la grande pilepsie du temps commence1 puis la guerre servile1 la ,jacquerie444 ,on est si furieux qu'on danse4 ,,iv ,chapitres ,,ix et ,x4--,satan mdecin4--,philtres1 etc4--,en lisant les trs beaux ouvrages qu'on a fait de nos jours sur l'histoire des sciences1 je suis tonn d'une chose3 on semble croire que tout a t trouv par les docteurs1 ces demi-scolastiques1 qui chaque instant taient arrts par leur robe1 leurs dogmes1 les dplorables habitudes d'esprit que leur donnait l'cole4 ,et celles qui marchaient libres de ces chanes1 les sorcires n'auraient rien trouv8 ,cela serait invraisemblable4 ,paracelse dit le contraire4 ,dans le peu qu'on sait de leurs recettes1 il y a un bon sens singulier4 ,aujourd'hui encore1 les solanes1 tant employes par elles1 sont considres comme le remde spcial de la grande maladie qui menaa le monde au quatorzime sicle4 ,j'ai t surpris de voir dans ,m4 ,coste 7,hist4 du dvel4 des corps1 t4 ,,ii1 p4 #ec7 que l'opinion de ,m4 ,paul ,dubois sur les effets de l'eau glace un certain moment tait exactement conforme la pratique des sorcires au ,sabbat4 ,voyez1 au contraire1 les sottes recettes des grands docteurs de ces temps-l1 les effets merveilleux de l'urine de mule1 etc4 7,agrippa1 ,de occulta philosophia1 t4 ,,ii1 p4 #bd1 d4 ,lugduni1 in-octavo74 ,quant leur mdecine d'amour1 leurs philtres1 etc41 on n'a pas remarqu combien les pactes entre amants ressemblaient aux pactes entre amis et frres d'armes4 ,les seconds dans ,grimm 7,rechts ,alterthmer7 et dans mes ,origines2 les premiers dans ,calcagnini1 ,sprenger1 ,grillandus et tant d'autres auteurs1 ont tout fait le mme caractre4 ,c'est toujours ou la nature atteste et prise tmoin1 ou l'emploi plus ou moins impie des sacrements1 des choses de l'glise1 ou le banquet commun1 tel breuvage1 tel pain ou gteau qu'on partage4 ,ajoutez certaines communions1 par le sang1 par telle ou telle excrtion4 ,mais1 quelque intimes et personnelles qu'elles puissent paratre1 la souveraine communion d'amour est toujours une confarreatio1 le partage d'un pain qui a pris la vertu magique4 ,il devient tel1 tantt par la messe qu'on dit dessus 7,grillandus1 #caf71 tantt par le contact1 les manations de l'objet aim4 ,au soir d'une noce1 pour veiller l'amour1 on sert le pt de l'pouse 7,thiers1 ,superstitions1 ,,iv1 #edh71 et pour le rveiller chez celui que l'on a nou1 elle lui fait manger certaine pte qu'elle a prpare1 etc4 ,v ,rapports de ,satan avec la ,jacquerie4--,le beau symbole des oiseaux envols1 dlivrs par ,satan1 suffirait pour faire deviner que nos paysans de ,france y voyaient un esprit sauveur1 librateur4 ,mais tout cela fut touff de bonne heure dans des flots de sang4 ,sur le ,rhin1 la chose est plus claire4 ,l1 les princes tant vques1 has double titre1 virent dans ,satan un adversaire personnel4 ,malgr leur rpugnance pour subir le joug de l',inquisition romaine1 ils l'acceptrent dans l'imminent danger de la grande ruption de sorcellerie qui clata la fin du quinzime sicle4 ,au seizime1 le mouvement change de formes et devient la ,guerre des paysans4--,une belle tradition1 conte par ,walter ,scott1 nous montre qu'en cosse la magie fut l'auxiliaire des rsistances nationales4 ,une arme enchante attend dans de vastes cavernes que sonne l'heure du combat4 ,un de ces gens de basses terres qui font commerce de chevaux1 a vendu un cheval noir un vieillard des montagnes4 ,je te payerai1 dit-il1 mais minuit sur le ,lucken ,have 7un pic de la chane d',eildon74 ,il le paye1 en effet1 en monnaies fort anciennes2 puis lui dit3 ,viens voir ma demeure4 ,grand est l'tonnement du marchand quand il aperoit dans une profondeur infinie des files de chevaux immobiles1 prs de chacun un guerrier immobile galement4 ,le vieillard lui dit voix basse3 ,tous ils s'veilleront la bataille de ,sheriffmoor4 ,dans la caverne taient suspendus une pe et un cor4 ,avec ce cor1 dit le vieillard1 tu peux rompre tout l'enchantement4 ,l'autre1 troubl et hors de lui1 saisit le cor1 en tire des sons444 ,a l'instant1 les chevaux hennissent1 trpignent1 secouent le harnais4 ,les guerriers se lvent2 tout retentit d'un bruit de fer1 d'armures4 ,le marchand se meurt de peur1 et le cor lui tombe des mains444 ,tout disparat444 ,une voix terrible1 comme celle d'un gant1 clate1 criant3 ,malheur au lche qui ne tire pas l'pe1 avant de donner du cor4--,grand avis national1 et de profonde exprience1 fort bon pour ces tribus sauvages qui faisaient toujours grand bruit avant d'tre prtes agir1 avertissaient l'ennemi4--,l'indigne marchand fut port par une trombe hors de la caverne1 et quoi qu'il ait pu faire depuis1 il n'en a jamais retrouv l'entre4 ,,vi ,du dernier acte du ,sabbat4--,lorsqu'on reviendra tout fait de ce prodigieux rve de presque deux mille ans1 et qu'on jugera froidement la socit chrtienne du ,moyen-ge1 on y remarquera une chose norme1 unique dans l'histoire du monde3 c'est que #a l'adultre y est l'tat d'institution rgulire1 reconnue1 estime1 chante1 clbre dans tous les monuments de la littrature noble et bourgeoise1 tous les pomes1 tous les fabliaux1 et que1 #b d'autre part l'inceste est l'tat gnral des serfs1 tat parfaitement manifest dans le ,sabbat1 qui est leur unique libert1 leur vraie vie1 o ils se montrent ce qu'ils sont4 ,j'ai dout que l'inceste ft solennel1 tal publiquement1 comme dit ,lancre4 ,mais je ne doute pas de la chose mme4 ,inceste conomique surtout1 rsultat de l'tat misrable o l'on tenait les serfs4--,les femmes1 travaillant moins1 taient considres comme des bouches inutiles4 ,une suffisait la famille4 ,la naissance d'une fille tait pleure comme un malheur 7,voy4 mes ,origines74 ,on ne la soignait gure4 ,il devait en survivre peu4 ,l'an des frres se mariait seul1 et couvrait ce communisme d'un masque chrtien4 ,entre eux1 parfaite entente et conjuration de strilit4 ,voil le fond de ce triste mystre1 attest par tant de tmoins qui ne le comprennent pas4 ,l'un des plus graves1 pour moi1 c'est ,boguet1 srieux1 probe1 consciencieux1 qui1 dans son pays cart du ,jura1 dans sa montagne de ,saint-,claude1 a d trouver les usages antiques1 mieux conservs1 suivis fidlement avec la tnacit routinire du paysan4 ,lui aussi1 il affirme les deux grandes choses3 #a l'inceste1 mme celui de la mre et du fils2 #b le plaisir strile et douloureux1 la fcondit impossible4 ,cela effraye1 que des peuples entiers de femmes se soumissent ce sacrilge4 ,je dis3 des peuples4 ,ces sabbats taient d'immenses assembles 7douze mille mes dans un petit canton basque1 voy4 ,lancre2 six mille pour une bicoque1 ,la ,mirandole voy4 ,spina74 ,grande et terrible rvlation du peu d'influence morale qu'avait l'glise4 ,on a cru qu'avec son latin1 sa mtaphysique byzantine1 peine comprise d'elle-mme1 elle christianisait le peuple4 ,et1 dans le seul moment o il soit libre1 o il puisse montrer ce qu'il est1 il apparat plus que paen4 ,l'intrt1 le calcul1 la concentration de famille1 y font plus que tous ces vains enseignements4 ,l'inceste du pre et de la fille et peu fait pour cela1 et l'on en parle moins4 ,celui de la mre et du fils est spcialement recommand par ,satan4 ,pourquoi8 ,parce que1 dans ces races sauvages1 le jeune travailleur1 au premier veil des sens1 et chapp la famille1 et t perdu pour elle1 au moment o il lui devenait prcieux4 ,on croyait l'y tenir1 l'y fixer1 au moins pour longtemps1 par ce lien si fort3 ,que sa mre se damnait pour lui4 ,mais comment consentait-elle cela8 ,jugeons-en par les cas rares heureusement qui se voient aujourd'hui4 ,cela ne se trouve gure que dans l'extrme misre4 ,chose dure dire3 l'excs du malheur dprave4 ,l'me brise se dfend peu1 est faible et molle4 ,les pauvres sauvages1 dans leur vie si dnue1 gtent extrmement leurs enfants4 ,chez la veuve indigente1 la femme abandonne1 l'enfant est matre de tout1 et elle n'a pas la force1 quand il grandit1 de s'opposer lui4 ,combien plus dans le ,moyen-ge6 ,la femme y est crase de trois cts4 ,l'glise la tient au plus bas 7elle est ve et le pch mme74 ,a la maison1 elle est battue2 au sabbat1 immole2 on sait comment4 ,au fond1 elle n'est ni de ,satan1 ni de ,jsus4 ,elle n'est rien1 n'a rien4 ,elle mourrait sans son enfant4 ,mais il faut prendre garde de faire une crature si malheureuse2 car1 sous cette grle de douleurs1 ce qui n'est pas douleur1 ce qui est douceur et tendresse1 peut en revanche tourner en frnsie4 ,voil l'horreur du ,moyen-ge4 ,avec son air tout spirituel1 il soulve des bas-fonds des choses incroyables qui y seraient restes3 il va draguant1 creusant les fangeux souterrains de l'me4 ,du reste1 la pauvre crature toufferait tout cela4 ,bien diffrente de la haute dame1 elle ne peut pcher que par obissance4 ,son mari le veut1 et ,satan le veut4 ,elle a peur1 elle en pleure2 on ne la consulte gure4 ,mais1 si peu libre qu'elle soit1 l'effet n'en est pas moins terrible pour la perversion des sens et de l'esprit4 ,c'est l'enfer ici-bas4 ,elle reste effare1 demi-folle de remords et de passion4 ,le fils1 si l'on a russi1 voit dans son pre un ennemi4 ,un souffle parricide plane sur cette maison4 ,on est pouvant de ce que pouvait tre une telle socit1 o la famille1 tellement impure et dchire1 marchait morne et muette1 avec un lourd masque de plomb1 sous la verge d'une autorit imbcile qui se croyait matresse4 ,quel troupeau6 ,quelles brebis6 ,quels pasteurs idiots6444 ,ils avaient sous les yeux un monstre de malheur1 de douleur1 de pch4 ,spectacle inou avant et aprs4 ,mais ils regardaient dans leurs livres1 apprenaient1 rptaient des mots6 ,des mots6 des mots6 c'est toute leur histoire4 ,ils furent au total une langue4 ,verbe et verbalit1 c'est tout4 ,un nom leur restera3 ,parole4 ,,vii ,littrature de sorcellerie4--,c'est vers #adjj qu'elle commence4 ,ses livres sont de deux classes et de deux poques3 #a ceux des moines inquisiteurs du quinzime sicle2 #b ceux des juges laques du temps d',henri ,,iv et de ,louis ,,xiii4 ,la grosse compilation de ,lyon qu'on a faite et ddie l'inquisiteur ,nitard1 reproduit une foule de ces traits de moines4 ,je les ai compars entre eux1 et parfois aux anciennes ditions4 ,au fond1 il y a trs peu de chose4 ,ils se rptent fastidieusement4 ,le premier en date 7d'environ #addj7 est le pire des sots1 un bel esprit allemand1 le dominicain ,nider4 ,dans son ,formicarius1 chaque chapitre commence par poser une ressemblance entre les fourmis et les hrtiques ou sorciers1 les pchs capitaux1 etc4 ,cela touche l'idiotisme4 ,il explique parfaitement qu'on devait brler ,jeanne d',arc4--,ce livre parut si joli que la plupart le copirent2 ,sprenger surtout1 le grand ,sprenger1 dont j'ai fait valoir les mrites4 ,mais qui pourrait tout dire8 ,quelle fcondit d'neries6 ,femina vient de fe et de minus4 ,la femme a moins de foi que l'homme4 ,et deux pas de l3 ,elle est en effet lgre et crdule2 elle incline toujours croire4--,salomon eut raison de dire3 ,la femme belle et folle est un anneau d'or au grouin d'un porc4 ,sa langue est douce comme l'huile1 mais par en bas ce n'est qu'absinthe4 ,au reste1 comment s'tonner de tout cela8 ,n'a-t-elle pas t faite d'une cte recourbe1 c'est--dire d'une cte qui est tortue1 dirige contre l'homme8 ,le ,marteau de ,sprenger est l'ouvrage capital1 le type1 que suivent gnralement les autres manuels1 les ,marteaux1 ,fouets1 ,fustigations1 que donnent ensuite les ,spina1 les ,jacquier1 les ,castro1 les ,grillandus1 etc4 ,celui-ci1 ,florentin1 inquisiteur ,arezzo 7#aebj71 a des choses curieuses1 sur les philtres1 quelques histoires intressantes4 ,on y voit parfaitement qu'il y avait1 outre le ,sabbat rel1 un ,sabbat imaginaire o beaucoup de personnes effrayes croyaient assister1 surtout des femmes somnambules qui se levaient la nuit1 couraient les champs4 ,un jeune homme traversant la campagne la premire lueur de l'aube1 et suivant un ruisseau1 s'entend appeler d'une voix trs douce1 mais craintive et tremblante4 ,et il voit l un objet de piti1 une blanche figure de femme peu prs nue1 sauf un petit caleon4 ,honteuse1 frissonnante1 elle tait blottie dans les ronces4 ,il reconnat une voisine2 elle le prie de la tirer de l4 ,qu'y faisiez-vous8--,je cherchais mon ne4--,il n'en croit rien1 et alors elle fond en larmes4 ,la pauvre femme1 qui bien probablement dans son somnambulisme sortait du lit de son mari1 se met s'accuser4 ,le diable l'a mene au ,sabbat2 en la ramenant1 il a entendu une cloche et l'a laisse tomber4 ,elle tcha d'assurer sa discrtion en lui donnant un bonnet1 des bottes et trois fromages4 ,malheureusement le sot ne put tenir sa langue2 il se vanta de ce qu'il avait vu4 ,elle fut saisie4 ,grillandus1 alors absent1 ne put faire son procs1 mais elle n'en fut pas moins brle4 ,il en parle avec complaisance et dit 7le sensuel boucher73 ,elle tait belle et assez grasse 7pulchra et satis pinguis74 ,de moine en moine1 la boule de neige va toujours grossissant4 ,vers #afjj1 les compilateurs tant eux-mmes compils1 augments par les derniers venus1 on arrive un livre norme1 les ,disquisitiones magic1 de l',espagnol ,del ,rio4 ,dans son ,auto-da-f de ,logroo 7rimprim par ,lancre71 il donne un ,sabbat dtaill1 curieux1 mais l'un des plus fous que l'on puisse lire4 ,au banquet pour premier service1 on mange des enfants en hachis4 ,au second1 de la chair d'un sorcier dterr4 ,satan1 qui sait son monde1 reconduit les convives1 tenant en guise de flambeau le bras d'un enfant mort sans baptme1 etc4 ,est-ce assez de sottises8 ,non4 ,le prix et la couronne appartient au dominicain ,michalis 7affaire ,gauffridi1 #afaj74 ,son ,sabbat est certainement de tous le plus invraisemblable4 ,d'abord on se rassemble au son du cor4 7,un bon moyen de se faire prendre47 ,le ,sabbat a lieu tous les jours4 ,chaque jour a son crime spcial1 et aussi chaque classe de la hirarchie4 ,ceux de la dernire classe1 novices et pauvres diables1 se font la main pour commencer1 en tuant des petits enfants4 ,ceux de la haute classe1 les gentilshommes magiciens1 ont pour fonction de blasphmer1 dfier et injurier ,dieu4 ,ils ne prennent pas la fatigue des malfices et ensorcellements2 ils les font par leurs valets et femmes de chambre1 qui forment la classe intermdiaire entre les sorciers comme il faut et les sorciers manants1 etc4 ,dans d'autres descriptions du mme temps1 ,satan observe les us des ,universits et fait subir aux aspirants des examens svres1 s'assure de leur capacit1 les inscrit sur ses registres1 donne diplme et patente4 ,parfois il exige une longue initiation pralable1 un noviciat quasi monastique4 ,ou bien encore1 conformment aux rgles du compagnonnage et des corporations de mtier1 il impose l'apprentissage1 la prsentation du chef-d'uvre4 ,,viii ,dcadence1 etc4--,une chose bien digne d'attention1 c'est que l'glise1 l'ennemie de ,satan1 loin de le vaincre1 fait deux fois sa victoire4 ,aprs l'extermination des ,albigeois au treizime sicle1 a-t-elle triomph8 ,au contraire4 ,satan rgne au quatorzime4--,aprs la ,saint-,barthlemy et pendant les massacres de la ,guerre de ,trente-,ans1 l'glise triomphe-t-elle8 ,au contraire4 ,satan rgne sous ,louis ,,xiii4 ,tout l'objet de mon livre tait de donner1 non une histoire de la sorcellerie1 mais une formule simple et forte de la vie de la sorcire1 que mes savants devanciers obscurcissent par la science mme et l'excs des dtails4 ,ma force est de partir1 non du ,diable1 d'une creuse entit1 mais d'une ralit vivante1 la ,sorcire1 ralit chaude et fconde4 ,l'glise n'avait que les dmons4 ,elle n'arrivait pas ,satan4 ,c'est le rve de la ,sorcire4 ,j'ai essay de rsumer sa biographie de mille ans1 ses ges successifs1 sa chronologie4 ,j'ai dit3 #a comment elle se fait par l'excs des misres2 comment la simple femme1 servie par l',esprit familier1 transforme cet ,esprit dans le progrs du dsespoir1 est obsde1 possde1 endiable1 l'enfante incessamment1 se l'incorpore1 enfin est une avec ,satan4 ,j'ai dit3 #b comment la sorcire rgne1 mais se dfait1 se dtruit elle-mme4 ,la sorcire furieuse d'orgueil1 de haine1 devient1 dans le succs1 la sorcire fangeuse et maligne1 qui gurit1 mais salit1 de plus en plus industrielle1 factotum empirique1 agent d'amour1 d'avortement2 #c elle disparat de la scne1 mais subsiste dans les campagnes4 ,ce qui reste en lumire par des procs clbres1 ce n'est plus la sorcire1 mais l'ensorcele 7,aix1 ,loudun1 ,louviers1 affaire de la ,cadire1 etc474 ,cette chronologie n'tait pas encore bien arrte pour moi1 quand j'essayai1 dans mon ,histoire1 de restituer le ,sabbat1 en ses actes4 ,je me trompai sur le cinquime4 ,la vraie sorcire originaire est un tre isol1 une religieuse du diable1 qui n'a ni amour ni famille4 ,mme celles de la dcadence n'aiment pas les hommes4 ,elles subissent le libertinage strile1 et en portent la trace 7,lancre71 mais elles n'ont de gots personnels que ceux des religieuses et des prisonnires4 ,elles attirent des femmes faibles1 crdules1 qui se laissent mener leurs petits repas secrets 7,wyer1 ch4 #bg74 ,les maris de ces femmes en sont jaloux1 troublent ce beau mystre1 battent les sorcires et leur infligent la punition qu'elles craignent le plus1 qui est de devenir enceintes4--,la sorcire ne conoit gure que malgr elle1 de l'outrage et de la rise4 ,mais si elle a un fils1 c'est le point essentiel1 dit-on1 de la religion satanique qu'il devienne son mari4 ,de l 7dans les derniers temps7 de hideuses familles et des gnrations de petits sorciers et sorcires1 tous malins et mchants1 sujets battre ou dnoncer leur mre4 ,il y a dans ,boguet une scne horrible de ce genre4 ,ce qui est moins connu1 mais bien infme1 c'est que les grands qui employaient ces races perverses pour leurs crimes personnels1 les tenant toujours dpendantes1 par la peur d'tre livres aux prtres1 en tiraient de gros revenus4 7,sprenger1 p4 #agd1 d4 de ,lyon47 ,pour la dcadence de la sorcellerie et les dernires perscutions dont elle fut l'objet1 je renvoie deux livres excellents qu'on devrait traduire1 ceux de ,,mm4 ,soldan et ,wright4--,pour ses rapports avec le magntisme1 le spiritisme1 les tables tournantes1 etc41 on trouvera de riches dtails dans la curieuse ,histoire du merveilleux1 par ,m4 ,figuier4 ,,ix ,j'ai parl deux fois de ,toulon4 ,jamais assez4 ,il m'a port bonheur4 ,ce fut beaucoup pour moi d'achever cette sombre histoire dans le pays de la lumire4 ,nos travaux se ressentent de la contre o ils furent accomplis4 ,la nature travaille avec nous4 ,c'est un devoir de rendre grce ce mystrieux compagnon1 de remercier le ,genius loci4 ,au pied du fort ,lamalgue qui domine invisible1 j'occupais sur une pente assez pre de lande et de roc une petite maison fort recueillie4 ,celui qui se btit cet ermitage1 un mdecin1 y a crit un livre original1 l',agonie et la ,mort4 ,lui-mme y est mort rcemment4 ,tte ardente et cur volcanique1 il venait chaque jour de ,toulon verser l ses troubles penses4 ,elles y sont fortement marques4 ,dans l'enclos1 assez grand1 de vignes et d'oliviers pour se fermer1 s'isoler doublement1 il a inscrit un jardin fort troit1 serr de murs1 l'africaine1 avec un tout petit bassin4 ,il reste l prsent par les plantes trangres qu'il aimait1 les marbres blancs chargs de caractres arabes qu'il sauva des tombeaux dmolis ,alger4 ,ses cyprs de trente ans sont devenus gants1 ses alos1 ses cactus normes et redoutables4 ,le tout fort solitaire1 point mou1 mais trs charmant4 ,en hiver1 partout l'glantier en fleur1 partout le thym et les parfums amers4 ,cette rade1 on le sait1 est la merveille du monde4 ,il y en a de plus grandes encore1 mais aucune si belle1 aucune si firement dessine4 ,elle s'ouvre la mer par une bouche de deux lieues1 la resserrant par deux presqu'les recourbes en pattes de crabe4 ,tout l'intrieur vari1 accident de caps1 de pics rocheux1 de promontoirs aigus1 landes1 vignes1 bouquets de pins4 ,un charme1 une noblesse1 une svrit singulires4 ,je ne dcouvrais pas le fond mme de la rade1 mais ses deux bras immenses3 droite1 ,tamaris 7dsormais immortel72 gauche1 l'horizon fantastique de ,gien1 des ,iles d'or1 o le grand ,rabelais aurait voulu mourir4 ,derrire1 sous le haut cirque des monts chauves1 la gaiet et l'clat du port1 de ses eaux bleues1 de ses vaisseaux qui vont1 viennent1 ce mouvement ternel1 fait un piquant contraste4 ,les pavillons flottants1 les banderoles1 les rapides chaloupes1 qui emmnent1 ramnent les officiers1 les amiraux1 tout anime1 intresse4 ,chaque jour1 midi1 allant la ville1 je montais de la mer au plus haut de mon fort1 d'o l'immense panorama se dveloppe1 les montagnes depuis ,hyres1 la mer1 la rade et1 au milieu de la ville qui de l est charmante4 ,quelqu'un qui vit cela la premire fois1 disait3 ,la jolie femme que ,toulon6 ,quel aimable accueil j'y trouvai6 ,quels amis empresss6 ,les tablissements publics1 les trois bibliothques1 les cours qu'on fait sur les sciences1 offrent des ressources nombreuses que ne souponne point le voyageur rapide1 le passant qui vient s'embarquer4 ,pour moi1 tabli pour longtemps1 et devenu vrai ,toulonnais1 ce qui m'tait d'un intrt constant c'tait de comparer l'ancien et le nouveau ,toulon4 ,heureux progrs des temps que nulle part je n'ai senti mieux4 ,la triste affaire de la ,cadire1 dont le savant bibliothcaire de la ville me communiqua les monuments1 mettait pour moi ce contraste en vive saillie4 ,un btiment surtout1 chaque jour1 arrtait mes regards3 l',hpital de la marine1 ancien sminaire des ,jsuites1 fond par ,colbert pour les aumniers de vaisseaux1 et qui1 dans la dcadence de la marine1 occupa de faon si odieuse l'attention publique4 ,on a bien fait de conserver un monument si instructif sur l'opposition des deux ges4 ,ce temps-l1 d'ennui et de vide1 d'immonde hypocrisie4 ,ce temps-ci1 lumineux de vrit1 ardent de travail1 de recherche1 de science1 et de science ici toute charitable1 tourne tout entire vers le soulagement1 la consolation de la vie humaine6 ,entrons-y maintenant3 nous trouverons que la maison est quelque peu change4 ,si les adversaires du prsent disent que ses progrs sont du ,diable1 ils avoueront qu'apparemment le ,diable a chang de moyens4 ,son grimoire aujourd'hui est1 au premier tage1 une belle et respectable bibliothque mdicale1 que ces jeunes chirurgiens1 de leur argent et aux dpens de leurs plaisirs1 augmentent incessamment4 ,moins de bals et moins de matresses4 ,plus de science1 de fraternit4 ,destructeur autrefois1 crateur aujourd'hui1 au laboratoire de chimie1 le ,diable travaille et prpare ce qui doit relever demain1 gurir le pauvre matelot4 ,si le fer devient ncessaire1 l'insensibilit que cherchaient les sorcires1 et dont leurs narcotiques furent le premier essai1 est donne par la diablerie que ,jackson a trouve 7#ahdg74 ,ces temps rvrent1 voulurent4 ,celui-ci ralise4 ,son dmon est un ,promthe4 ,au grand arsenal satanique1 je veux dire au riche cabinet de physique qu'offre cet hpital1 je trouve effectus les songes1 les vux du ,moyen-ge1 ses dlires les plus chimriques4--,pour traverser l'espace1 il dit3 ,je veux la force444 ,et voici la vapeur1 qui tantt est une aile1 et tantt le bras des ,titans4--,je veux la foudre444 ,on la met dans ta main1 et docile1 maniable4 ,on la met en bouteille2 on l'augmente1 on la diminue2 on lui soutire des tincelles2 on l'appelle1 on la renvoie4--,on ne chevauche plus1 il est vrai1 par les airs1 au moyen d'un balai2 le dmon ,montgolfier a cr le ballon4--,enfin1 le vu sublime1 le souverain dsir de communiquer distance1 d'unir d'un ple l'autre les penses et les curs1 ce miracle se fait4 ,et plus encore1 l'unit de la terre par un grand rseau lectrique4 ,l'humanit entire a1 pour la premire fois1 de minute en minute1 la conscience d'elle-mme1 une communion d'me6444 ,o divine magie6444 ,si ,satan fait cela1 il faut lui rendre hommage1 dire qu'il pourrait bien tre un des aspects de ,dieu4 ,,sources ,,principales ,grsse1 ,bibliotheca ,magi1 #ahdc4 ,magie antique 7textes runis par ,soldan1 ,a4 ,maury1 etc474 ,calcagnini1 ,miscell41 ,magia amatoria antiqua1 #aedd4 ,j4 ,grimm1 ,mythologie allemande4 ,acta ,sanctorum4--,acta ,,ss4 ,ordinis ,s4 ,benedicti4 ,michel ,psellus1 nergie des dmons 7#ajej74 ,csar d',heisterbach1 ,illustria miracula 7#abbj74 ,registres de l',inquisition 7#acjg-acbf71 dans ,limburch1 et les extraits de ,magi1 ,llorente1 ,lamothe-,langon1 etc4 ,directorium ,eymerici1 #aceh4 ,llorente1 ,inquisition d',espagne4 ,lamothe-,langon1 ,inquisition de ,france4 ,manuels des moines inquisiteurs du quinzime et du seizime sicle3 ,nider1 ,formicarius2 ,sprenger1 ,malleus2 ,c4 ,bernardus1 ,lucerna2 ,spina1 ,grillandus1 etc4 ,,ii4 ,corn4 ,agripp ,opera1 in-octavo1 deux volumes4 ,lugduni4 ,paracelsi1 ,opera4 ,wyer1 ,de ,prestigiis dmonum1 #aefi4 ,bodin1 ,dmonomanie1 #aehj4 ,remigius1 ,demonolatria1 #aeif4 ,del ,rio1 ,disquisitiones magic1 #aeii4 ,boguet1 ,discours des sorciers1 #afje1 ,lyon4 ,leloyer1 ,histoire des spectres1 #afje1 ,paris4 ,lancre1 ,inconstance1 #afab2 ,incrdulit1 #afbb4 ,michalis1 ,histoire d'une pnitente1 etc41 #afac4 ,tranquille1 ,relation de ,loudun1 #afcd4 ,histoire des diables de ,loudun 7par ,aubin71 #agaf4 ,histoire de ,madeleine ,bavent1 de ,louviers1 #afeb4 ,examen de ,louviers4 ,apologie de l'examen 7par ,yvelin71 #afdc4 ,procs du ,pre ,girard et de la ,cadire4 ,aix1 in-folio1 #ahcc4 ,pices relatives ce procs1 cinq volumes in-douze4 ,aix1 #ahcc4 ,factum1 chansons1 relatifs1 etc4 ,ms4 de la ,bibl4 de ,toulon4 ,eug4 ,salverte1 ,sciences occultes1 avec introduction de ,littr4 ,a4 ,maury1 ,les ,fes1 #ahdc2 ,magie1 #ahfj4 ,soldan1 ,histoire des procs de sorcellerie1 #ahdc4 ,th4 ,wright1 ,narratives of ,sorcery1 #ahea4 ,l4 ,figuier1 ,histoire du merveilleux1 quatre volumes4 ,ferdinand ,denis1 ,sciences occultes2 ,monde enchant4 ,histoire des sciences au ,moyen-ge1 par ,sprenger1 ,pouchet1 ,cuvier1 ,hfer1 etc4 ,,fin ,,de ,,la ,,sorci,,re4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,,la ,,sorci,,re ,pages ,,avis #cai ,,introduction #cba ,pour un ,sorcier1 dix mille ,sorcires ,ib4 ,la ,sorcire fut l'unique mdecin du peuple #cbc ,terrorisme du ,moyen-ge #cbd ,la ,sorcire fut une cration du dsespoir #cbh ,elle cra ,satan son tour #cca ,satan prince du ,monde1 mdecin1 novateur #ccb ,son cole 7sorcire1 berger1 bourreau7 #ccc ,sa dcadence #ccd ,,livre ,,premier4 ,i4 ,,la ,,mort ,,des ,,dieux #ccg ,le ,christianisme crut que le monde allait mourir #cch ,le monde des dmons #cda ,la fiance de ,corinthe #cdc ,,ii4 ,,pourquoi ,,le ,,moyen-,,age ,d,,sesp,,ra #cdg ,le peuple fait ses lgendes #cdh ,mais on lui dfend d'inventer #ceb ,le peuple dfend le territoire #ceg ,mais on le fait serf #ceh ,,iii4 ,,le ,,petit ,d,,mon ,,du ,,foyer #cei ,communisme primitif de la villa #cfj ,le foyer indpendant id4 ,la femme du serf #cfe ,sa fidlit aux anciens dieux #cff ,le follet #cfh ,,iv4 ,,tentations #cga ,le serf invoque l',esprit des trsors cachs #cgb ,les razzias fodales #cge ,la femme fait du follet un dmon #cgi ,v4 ,,possession #chb ,l'avnement de l'or en #acjj ibid4 ,la femme s'entend avec le dmon de l'or #chd ,immondes terreurs du ,moyen-ge #chg ,la dame serve du village #cic ,haine de la dame du chteau #cie ,,vi4 ,,le ,,pacte #cih ,la serve se donne au ,diable #cii ,la lande et la ,sorcire #djb ,,vii4 ,,le ,,roi ,,des ,,morts #dje ,elle fait revenir les morts aims #daj ,l'ide de ,satan adoucie #daa ,,viii4 ,,le ,,prince ,,de ,,la ,,nature #dad ,le dgel du ,moyen-ge #dai ,la sorcire voque l',orient ibid4 ,elle conoit la ,nature #dba ,,ix4 ,,satan ,m,,decin #dbc ,les maladies du ,moyen-ge ib4 ,la sorcire les gurit par des poisons #dbi ,les ,consolantes1 7ou ,solanes7 ibid4 ,elle commence soigner les femmes #dce ,x4 ,,charmes4--,,philtres4 #dcg ,barbe-,bleue et ,grislidis #dci ,le chteau implore la sorcire #ddb ,sa malice ibid4 ,,xi4 ,,la ,,communion ,,de ,r,,volte4--,,les ,,sabbats4--,,la ,,messe ,,noire4 #ddh ,les antiques ,sabasies demi-paennes #ddi ,la ,messe noire1 ses quatre actes #dea ,acte ,ier4 ,l'introt1 l'osclage1 le banquet #dee ,acte ,,ii4 ,l'offrande1 la femme autel et hostie #deg ,,xii4 ,l',,amour4--,,la ,,mort4--,,satan ,s',,vanouit4 #dfa ,acte ,,iii4 ,l'amour des proches parents #dfb ,acte ,,iv4 ,la mort de ,satan et de la ,sorcire #dfi ,,livre ,,second4 ,i4 ,,la ,,sorci,,re ,,de ,,la ,d,,cadence4--,,satan ,,multipli #dga ,les sorcires et sorciers employs par les grands #dge ,la dame louve #dgf ,le dernier des philtres #dgi ,,ii4 ,,le ,,marteau ,,des ,,sorci,,res #dha ,satan matre du monde #dib ,,iii4 ,,cent ,,ans ,,de ,,tol,,rance ,,en ,,france4--,r,,action #dig ,l',espagne commence quand la ,france fait halte #dih ,raction4 ,nos lgistes brlent autant que les prtres #ejb ,,iv4 ,,les ,,sorci,,res ,,basques #ejd ,elles dirigent leur propre juge #eje ,v4 ,,satan ,,se ,,fait ,,eccl,,siastique #ead ,facties du sabbat moderne #eaf ,,vi4 ,,gauffridi 7#afaj7 #ebc ,prtres sorciers poursuivis par les moines ib4 ,jalousies des religieuses #ebf ,,vii4 ,,les ,,poss,d,,es ,,de ,,loudun4--,,grandier 7#afcb-afcd7 #edf ,le cur beau diseur1 sorcier #eec ,furie maladive des nonnes #efa ,,viii4 ,,poss,d,,es ,,de ,,louviers4--,,madeleine ,,bavent 7#afcc-afdg7 #efe ,l'illuminisme4 ,le ,diable quitiste ibid4 ,duel du ,diable et du mdecin #egb ,,ix4 ,,satan ,,triomphe ,,au ,,dix-,,septi,,me ,,si,,cle #ehj ,x4 ,,le ,p,,re ,,girard ,,et ,,la ,,cadi,,re 7#agcj7 #ehh ,,xi4 ,,la ,,cadi,,re ,,au ,,couvent 7#agcj7 #fba ,,xii4 ,,le ,,proc,s ,,de ,,la ,,cadi,,re 7#agcj-agca7 #fdf ,,pilogue #fgc ,peut-on rconcilier ,satan et ,jsus8 #fgd ,la ,sorcire a pri1 mais la ,fe renatra #fgf ,imminence de la rnovation religieuse #fgg ,,claircissements4 ,pages ,i4 ,classification gographique de la sorcellerie #fgi ,,ii4 ,de l',inquisition #fhb ,,iii4 ,mthode et critique #fhe ,,iv4 ,satan mdecin #fhg ,v4 ,des rapports de ,satan avec la ,jacquerie #fhh ,,vi4 ,du dernier acte du ,sabbat #fhi ,,vii4 ,littrature de sorcellerie #fib ,,viii4 ,dcadence1 etc #fid ,,ix4 ,du lieu o ce livre fut achev #fie ,,sources ,,principales #fii ,,fin ,,de ,,la ,,table ,,des ,,mati,,res4 ,,paris4--,,imp4 ,e4 ,,flammarion1 ,,rue ,,racine1 #bf4