,note au lecteur de ce fi*i] numrique3 ,seules les erreurs clairem5t introduites p> le typographe ont t corriges4 ,,c\rs ,,famili] ,,de ,,litt,,rature ,,un ,,entreti5 ,,p> ,,mois ,,p> ,m4 ,a4 ,,de ,,lam>t9e ,,tome ,,septi,,me4 ,,p>is ,,on ,s',,abonne ,,*ez ,l',,auteur1 ,,rue ,,de ,,la ,,ville ,l',v,,que1 #dc4 #ahei ,l'auteur se rs]ve le droit de traduction et de reproduction l'trang]4 ,,c\rs ,,famili] ,,de ,,litt,,rature ,,revue ,,m5suelle4 ,,vii ,p>is4--,typographie3 ,firm9 ,didot frres1 imprimeurs de l',in/itut et de la ,m>9e1 rue ,jacob1 #ef4 ,x,x,x,v,i,ie ,,entreti5 ,,la ,,litt,,rature ,,des ,,s5s ,,la ,,pe9ture ,l,,opold ,,rob]t4 7#b;e ,,p>tie7 ,i ,n\s avons dit1 en f9issant le d]ni] ,entreti51 qu'il y avait un am\r d'abord innoc5t1 puis imprud5t1 puis mortel1 mais t\j\rs inspirateur1 dans le gnie de ,lopold ,rob]t1 et que le secret de ses tableaux tait dans son me4 ,racontons ce qu'on sait de ce my/re2 cela n\s aid]a compr5dre le prodigieux effet des pe9tures de ce jeune homme1 ds qu'elles p>ur5t aux reg>ds du public4 ,il en sortit comme une flamme1 p>ce qu'il avait dlay ses c\leurs sur sa palette avec des l>mes et avec du feu4 ,telle inspiration1 tel effet2 voil le secret de l'impression qu'on produit dans t\s les arts1 soit avec la p>ole crite1 soit avec les notes1 soit avec le p9ceau2 c> l'art1 au fond1 ne v\s y trompez pas1 ce n'e/ que la nature4 ,,ii ,en ce temps-l vivai5t1 tantt ,flor5ce1 tantt ,rome1 tantt en ,suisse1 au bord du lac de ,con/ance1 des familles exiles1 dont les prodigieuses vicissitudes d'lvation et de *ute s]ont l'tonnem5t de l'hi/oire4 ,elles tai5t alors le spectacle de l',italie3 c'tai5t des bran*es de la famille des ,bonap>te4 ,plusieurs de ces bran*es1 dta*es du tronc p> l'exil de ,napolon ,sa9te-,hlne1 s'tai5t rfugies en ,italie1 t]re des ru9es et patrie de leurs anctres4 ,c'tait d'abord la mre de ,napolon1 ,hcube de cette race1 vivant l'ombre1 avec ses orgueils et ses mmoires d'aeule1 dans le palais du c>d9al son frre4 ,c'tait ,luci5 ,bonap>te1 dont le nom rpondait autant la ,rpublique qu' l',empire1 c>actre deux aspects des hommes de deux dates1 la ,rpublique et l',empire4 ,il avait ddaign un trne (f]t au prix de la rpudiation d'une p\se de son *oix2 il levait une belle et nombreuse famille de fils et de filles qui port5t t\s1 dans un co9 de leur nature1 le sceau d'une trange puissance d'orig9alit et de volont4 ,p>5t de la femme de ,luci5 p> ma mre1 j'ai eu moi-mme l'occasion de connatre cette femme1 que son m>i avait prfre un sceptre4 ,ceux de ses enfants que j'ai connus p> elle avai5t une empre9te de son n]gie3 ,roma9s1 ,corses1 ,toscans1 natures granitiques4 ,,iii ,c'tait ensuite ,l\is ,bonap>te1 roi volontairem5t desc5du du trne de ,holl&e1 homme n p\r tre le contra/e avec le *ef de sa maison1 fait p\r la vie prive1 ambitieux de repos1 de mrite littraire1 et non de puissance4 ,je l'ai connu my/rieusem5t ,flor5ce1 p5dant plusieurs annes1 sans que le public s\ponnt nos rapports1 que les conv5ances politiques de ma situation m'emp*ai5t d'bruit]4 ,je n'allais jamais dans son palais2 il v5ait *ez moi1 la nuit1 dans une voiture sans armoirie1 suivi d'un seul valet de *ambre qui aidait ses pas infirmes mont] l'escali] de ma villa1 hors des murs de ,flor5ce4 ,n\s passions de longues soires1 tte tte1 dans des entreti5s purem5t littraires ou philosophiques qu'il avait la complaisance de re*]*]4 ,je s]vais les ,b\rbons2 il tait ,bonap>te3 il y avait cette incompatibilit entre n\s2 mais il tait avant t\t philosophe et pote2 il me lisait ses compositions2 j'oubliais qu'il tait roi d'une dyna/ie que je ne reconnaissais pas3 les lettres nivell5t t\t p5dant qu'on en p>le4 ,l'entreti5 t]m91 bi5 avant dans la nuit1 je le reconduisais respectueusem5t jusqu' sa voiture2 il laissait aprs lui dans ma p5se un p>fum d'honntet que je crois respir] encore4 ,,iv ,c'tait la famille de ,joseph ,bonap>te1 ex-roi de ,naples et d',espagne1 rfugi en ,amrique avec d'opul5ts dbris de ses royauts4 ,c'tait la pr9cesse ,borghse1 soeur de ,napolon4 ,je vivais familirem5t avec son beau-frre1 le pr9ce ,aldobr&9i1 et je voyais habituellem5t son m>i1 le pr9ce ,borghse1 le ,crassus de l',italie mod]ne4 ,il tait n p\r j\ir et p\r faire j\ir1 non p\r g\v]n]2 homme fm991 m>i indulg5t1 pr9ce nul4 ,il habitait ses palais de ,toscane2 sa femme habitait son palais et ses villas impriales de ,rome4 ,je ne l'ai jamais connue1 mais je l'ai entrevue quelquefois dans ses prom5ades en voiture s\s les p9s p>asols1 trav]s les /atues1 mo9s belles qu'elle1 des j>d9s ,borghse4 ,c'tait dans les d]nires annes de sa c\rte vie2 elle respl5dissait encore des reflets de son soleil c\*ant1 comme une tte de ,vnus grecque effleure1 dans un muse1 p> un d]ni] rayon du soir4 ,je ne sais p> quel caprice1 dans une femme o t\t tait caprice1 jusqu' la mort1 elle m5ait ord9airem5t avec elle un pauvre capuc91 assis ses cts dans sa voiture4 ,le contra/e de ce capu*on de la9e brune1 de cette tte de l'asctisme *rti51 ct de ces *eveux sems de fleurs et de ce visage de beaut m\rante aprs tant d'clat1 faisait mont] le s\rire aux lvres ou les l>mes aux yeux4 ,*>mante crature qui m\rait enfant6 ,v ,c'tait la re9e ,hort5se1 femme de ,l\is ,bonap>te1 qui v5ait de temps en temps ,rome ou en ,toscane voir ses fils1 et qui ret\rnait vite sa solitude de ,suisse4 ,j'tais dj prmaturm5t connu littrairem5t alors2 elle tait illu/re p> son rang1 ses malheurs1 son gt p\r les lettres1 son tal5t p\r la musique2 elle v\lait me voir2 elle me fit tmoign] le dsir de me r5contr]1 comme p> has>d1 dans une alle des ,casc9es1 o j'avais l'habitude de me prom5] *eval2 elle m'assigna plusieurs fois la place et l'heure4 ,j'y manquai t\j\rs2 j'avais contre elle les prv5tions vives d'un p>tisan de ,l\is ,,xviii2 j'accusais cette re9e d'avoir tremp dans le ret\r de l'le d',elbe1 en #ahae4 ,je me privai d'un gr& plaisir p\r ne pas faire une infidlit de simple politesse aux rois que je s]vais4 ,c'tait enf9 le pr9ce ,napolon1 fils an du roi de ,holl&e et de la re9e ,hort5se1 frre du pr9ce1 alors inconnu1 qui les v]satilits du peuple1 les inexpri5ces de la lib]t1 les impati5ces de la multitude et les pripties du sort prp>ai5t de lo91 dans l'ombre1 un second empire4 ,ce pr9ce1 fils d',hort5se 7n\s p>lons de celui qui n'e/ plus71 tait un des hommes que les dons de la nature et les p]fectionnem5ts de l'ducation avai5t faonns p\r t\tes les =tunes4 ,on v5ait1 p> un m>iage de famille1 de lui donn] p\r p\se sa c\s9e1 la pr9cesse ,*>lotte1 fille ane de ,joseph ,bonap>te3 cette famille1 impriale p> le s\v5ir1 proscrite p> le prs5t1 ne p\vait gure s'unir qu'avec elle-mme4 ,je n'ai fait qu'entrevoir cette pr9cesse ,*>lotte1 cause innoc5te ou fatale de la mort de ,lopold ,rob]t4 ,j'en dirai peu4 ,quant son m>i1 le pr9ce ,napolon1 l'attrait empress qu'il tmoignait p\r moi tablit entre n\s des rapports gns p> la politique1 mais biz>res1 qui ressemblai5t ces incl9ations furtives qu'on s'av\e du reg>d et qu'on se dissimule des lvres4 ,il avait l'extrieur d'un hros de roman1 mais tempr p> la mode/ie1 ce voile du vrai mrite4 ,sa taille tait lgante2 sa tte1 dgage de ses paules m9ces1 semblait s'incl9] de peur d'humili] la f\le2 son oeil tait limpide1 sa b\*e f]me2 sa physionomie intressait avant qu'on et appris son nom2 il y avait dans ses traits cette dignit qui survit aux clipses du sort4 ,il n'y avait pas de mre qui n'et dsir l'avoir p\r p\x de sa fille1 pas d'homme qui n'et v\lu en faire son ami4 ,je n'ai connu que le duc d',orlans1 en ,france1 qui reprs5tt si bi5 l'esprance d'une dyna/ie2 mais le duc d',orlans avait trop d'int5tion dans l'attitude3 on voyait qu'il posait involontairem5t p\r un trne populaire4 ,le pr9ce ,napolon ne posait pas1 il primait et il *>mait4 ,s'il n'avait t ,bonap>te je l'aurais aim avec plus de lib]t4 ,,vi ,n\s n\s r5contrions s\v5t la c\r3 les conv5ances politiques ne n\s p]mettai5t pas de n\s voir ailleurs2 mme la c\r1 et confondus p> le m\vem5t du salon dans les mmes gr\pes1 n\s ne p\vions pas1 sans veill] les ombrages de la diplomatie1 n\s adress] directem5t la p>ole4 ,il avait donc t conv5u entre n\s1 p> l'int]mdiaire d'un ami commun1 que nos conv]sations s]ai5t d\ble ent5te2 que n\s ne n\s reg>d]ions jamais face face en causant ensemble1 mais que n\s aurions l'air de n\s adress] un troisime int]locuteur dans la confid5ce des deux2 que *acun de n\s p>atrait adress] ce ti]s complaisant ce que n\s avions n\s dire2 que n\s n\s entreti5drions obliquem5t1 p> rico*et1 et que nos p>oles1 insaisissables a9si la f\le1 ressembl]ai5t ces projectiles qu'on dirige d'un ct p\r frapp] ailleurs4 ,n\s obs]vmes longtemps1 avec une gale adresse1 cette conv5tion diplomatique de salon4 ,la conv]sation y p]dait en ab&on1 mais elle y gagnait en piquant2 la gne inspire1 et l'attrait d'esprit que n\s pr\vions l'un p\r l'autre s'en accrut encore4 ,il n'esprait pas me ram5] ses op9ions de famille2 je n'avais ri5 flatt] en lui que la proscription3 il y avait entre n\s t\te une dyna/ie4 ,,vii ,un j\r cep5dant1 et sans avoir conc]t la r5contre1 n\s n\s tr\vmes inop9m5t rappro*s p> un de ces accid5ts de voyage qui ont l'air de prmditation et qui sont des has>ds4 ,c'tait dans une *aude sema9e du mois de juillet1 en ,italie4 ,n\s allions *]*]1 ma jeune femme et moi1 les sites pittoresques et la fra*eur des eaux et des bois dans les hautes gorges du gr\pe des ,ap5n9s1 ,vallombrose et aux ,camaldules1 deux clbres abbayes presque inaccessibles1 comme la ,gr&e-,*>treuse de ,gr5oble4 ,aprs avoir pass l quelques-uns de ces j\rs qui ressembl5t des haltes du temps o la vie cesse de fuir1 dans les va/es cellules1 dans les longs corridors frais1 au bord des bass9s glacs et s\s les sap9s aux murmures lyriques de ,vallombrose1 n\s r$esc5dmes dans la pr(onde valle qui sp>e de la ,toscane habite cette oasis de paix1 et n\s reprmes *eval la r\te d'une autre oasis encore plus enfonce dans le ciel au del des nuages3 les ,camaldules4 ,la saison tait caniculaire1 malgr les hale9es du torr5t presque dess* dont n\s suivions les bords1 et qui montrait ses blocs r\ls nu dans son lit1 comme ,job montrait ses os ,dieu dans sa nudit sur sa c\*e4 ,la rv]bration du soleil contre les p>ois de m>bre de la valle inc5diait l'air respirable2 n\s *]*mes1 v]s le milieu du j\r1 un abri s\s un va/e c>\bi]1 espce d'orang] sauvage et gigantesque qui affecte la rgul>it immobile de l'orang] taill p> la ma9 de l'homme1 qui porte des fves succul5tes p\r les *evaux du ds]t1 et qui v]se1 de son dme t\ffu et t\j\rs v]t1 une ombre imp]mable au soleil de midi4 ,n\s n\s oublimes trop longtemps1 sur la foi de nos guides1 dans cette sie/e s\s l'arbre4 ,qu& n\s remontmes sur nos vig\reux petits *evaux de ,corse1 p\r gravir le plateau ro*eux qui monte aux ,camaldules1 la nuit en desc5dait gr&es ombres4 ,avant d'atte9dre la cime du plateau1 et de t\rn] gau*e dans la gorge sombre de pturages1 de torr5ts1 de gr&s bois qui s]v5t d'av5ues l'abbaye1 la nuit tait faite2 on ne voyait plus le *em9 s\s les pas de son *eval2 quelques r>es lueurs1 trav]s les bran*es d'arbres1 indiquai5t seules une ou deux *aumires p>ses1 *lets des pa/eurs de l',ap5n9 plaqus sur les flancs de la montagne1 notre gau*e2 droite1 le murmure d'un torr5t invisible et pr(ondm5t encaiss montait comme une t]reur dans la nuit4 ,,viii ,aprs avoir suivi longtemps ttons le s5ti] tnbreux qui mne l'abbaye1 nos guides arrtr5t nos *evaux2 ils sonnr5t aux grilles p\r dem&] l'hospitalit habituelle aux pl]9s et aux voyageurs4 ,on leur rpondit rudem5t des f5tres que l'heure tait indue1 qu'on n'ouvrait plus de n\veaux htes1 et que d'ailleurs le mona/re tait ple9 de visiteurs arrivs avant n\s4 ,les guides eur5t beau rpliqu] qu'ils conduisai5t le m9i/re de ,france et sa famille1 que n\s avions des lettres du t\t-puissant m9i/re d'tat ,fossombroni1 qui n\s recomm&ait au prieur1 les f5tres se ref]mr5t1 les lueurs des flambeaux s'teignir5t dans le mona/re1 et il n\s fallut repr5dre1 p\r tr\v] un abri1 le s5ti] p> lequel n\s tions v5us4 ,,ix ,p5dant que n\s vaguions a9si1 la froide rose de la nuit1 de *let en *let1 sans qu'une porte v\lt s'ouvrir la voix des guides1 les frissons qui sortai5t des sap9s et des cascades n\s saisissai5t2 la faim et le sommeil1 aprs une j\rne de m>*e1 faisai5t transir et grelott] les femmes2 une nuit sans foy]1 sans toit et sans n\rriture1 sur une c\*e d'h]be humide de neige1 au sommet de l',ap5n91 al>mait ma t5dresse p\r des sants *res et dlicates4 ,je comm5ais maudire ma curiosit1 qu& un bruit de pas1 trav]s le feuillage1 s\s les arbres sur notre droite1 appela notre att5tion4 ,c'tait un ptre d'un *let vois9 qui acc\rait1 envoy v]s n\s p> deux trang]s abrits1 comme n\s *]*ions n\s abrit] n\s-mmes1 s\s son toit de feuilles4 ,ces deux jeunes et aimables trang]s1 n\s dit le ptre1 tai5t le pr9ce ,napolon et la pr9cesse ,*>lotte1 sa femme1 arrivs un peu avant n\s au mona/re1 et1 comme n\s1 rep\sss du seuil p> l'afflu5ce des pl]9s aux ,camaldules4 ,ils v5ai5t d'appr5dre que le m9i/re de ,france et sa suite avai5t t r5voys comme eux1 sans g>ds1 des portes du c\v5t1 et qu'ils *]*ai5t en va9 un toit de b]g] p\r y repos] leur tte4 ,bi5 que le *let o ils n\s avai5t devancs ft troit1 ils n\s en (frai5t avec empressem5t la moiti4 ,le pr9ce avait *>g son envoy d'aj\t] de sa "p que1 si n\s avions quelque scrupule log] a9si les reprs5tants de deux dyna/ies opposes dans la mme *aumire1 n\s s]ions libres de ne pas n\s voir1 et qu'il se retir]ait avec la pr9cesse dans la p>tie sp>e du *let o les montagn>ds g>d5t le fo9 des va*es p\r l'hiv]4 ,n\s acceptmes1 avec les expressions d'une vive reconnaissance1 l'obligeante proposition2 seulem5t n\s insi/mes p\r que ri5 ne ft drang l'tablissem5t nocturne dans le *let intrieur1 et n\s ne cons5tmes accept] que le logem5t du f5il4 ,nos htes aj\tr5t1 cette exquise politesse1 l'envoi de la moiti de leur s\p]2 mais les frontires fur5t fidlem5t respectes de "p et d'autre1 et1 malgr le dsir de n\s voir plus intimem5t cette hauteur1 au-dessus des petites conv5ances diplomatiques1 n\s ne fran*mes1 ni l'un ni l'autre1 la palissade de bran*es de *taigni] qui sp>ait le f5il du *let4 ,x ,n\s passmes une nuit dlicieuse1 s\s les c\v]tures de nos mules1 t5dus sur le fo9 embaum p> les fleurs du ? de montagnes1 au bruissem5t des feuilles de sap9 et des *taigni]s1 qui faisai5t *ant]1 sur des modes diffr5ts1 les brises de la nuit4 ,le torr5t des ,camaldules grondait dans le fond de son rav91 comme un m\vem5t convulsif de la t]re qui fait mieux gt] l'immobile srnit du ciel2 les aigles jetai5t des cris sur leurs ro*]s au lev] de la lune et de *aque gr&e toile qu'ils pr5ai5t p\r l'aurore4 ,une b&e blan*e et jaune l'horizon de la m] ,adriatique annona le j\r4 ,le pr9ce et la pr9cesse1 qui v\lai5t p\rsuivre leur voyage plus lo9 que n\s1 sortir5t1 c\v]ts de leur manteau1 du *let1 au premi] crpuscule du mat94 ,n\s les salumes respectueusem5t du ge/e p> la f5tre sans vitres du f5il1 et n\s n\s sp>mes p\r ne plus n\s revoir4 ,la pr9cesse ,*>lotte1 jeune1 m9ce1 grle1 flexible comme un roseau qui n'a pas encore ses noeuds1 tait plus semblable un enfant qu' une jeune femme4 ,on n'entrevoyait sa puissance d'attraction future qu' l'extrme f9esse de sa physionomie et la pr(ondeur prcoce de son reg>d2 la passion encore abs5te p\vait un j\r se rp&re de l sur les traits p\r t\t anim]4 ,c'tait un visage qui ne *>mait pas au premi] reg>d1 mais qui saisissait l'oeil et qui =ait y rev5ir4 ,la beaut de son m>i jetait encore une ombre de plus sur elle4 cette poque1 cette femme tait quelque *ose de fragile qui p\vait se consolid] ou se bris]1 selon le sort4 ,telle tait cette pr9cesse2 elle devait tu] un j\r1 bi5 involontairem5t1 le jeune pe9tre qui aurait pu dev5ir le ,raphal de son sicle et qui ne fut que ,lopold4 ,j'ai pass s\v5t bi5 des heures1 au palais ,b>b]9i de ,rome1 contempl] cette nave et opul5te figure de la belle ,=n>9a1 dont l'attrait consuma ,raphal4 ,quelle diffr5ce entre ces deux visages6 ,mais l'am\r se ca*e s\s la laideur comme s\s la beaut3 ce n'e/ pas le reg>d qui aime1 c'e/ le coeur4 ,,xi ,c'e/ dans cette famille des ,bonap>te1 rfugis p\r la plup>t ,rome1 et protgeant les arts af9 de prolong] au mo9s ses rgnes phmres sur les peuples1 en rgnant sur les tal5ts1 que ,lopold ,rob]t passait ses soires ,rome3 on lui avait comm& quelques tableaux4 ,son gnie1 encore nigmatique1 j\issait d'tre compris p> anticipation sur sa gloire4 tre compris1 p\r un arti/e1 pote1 pe9tre1 musici51 /atuaire1 c'e/ tre oblig4 ,l'admiration1 voil le salaire des gr&es mes6 ,lopold frqu5tait surt\t le palais de la pr9cesse ,*>lotte2 cette jeune femme s'essayait s\s sa direction dess9]1 pe9dre1 grav] les oeuvres du matre2 l'intimit des occupations am5a l'intimit des coeurs4 ,lopold ,rob]t1 timide d'abord1 enc\rag ensuite1 famili] enf91 dev9t l'habitu de ce salon4 ,le sauvage montagn>d du ,jura oublia une di/ance qu'on s'tudiait effac] p> tant d'g>ds4 ,il se plaisait l o il plaisait lui-mme2 il n'avait ri5 de sduisant1 ni dans les traits du visage1 ni dans les grces de l'entreti51 except son gnie1 mais il tait atta*ant p> son dv\em5t mode/e et exclusif ses amis4 ,sil5cieux1 rs]v1 susceptible1 comme t\tes les dlicates natures1 il intressait vivem5t p> son sil5ce mme4 ,on aime ouvrir ce qui e/ f]m2 le pr9ce et la pr9cesse lisai5t seuls dans l'me de ,rob]t2 cette me tait un abme de my/res du beau qui ne sortai5t qu'un un1 non de ses lvres1 mais de ses p9ceaux4 ,c'tait une faveur que d'y lire avant le public3 voir clore les oeuvres de gnie1 c'e/ presque p>ticip] la j\issance de les enfant]4 ,lopold ,rob]t avait r5onc t\t1 mme la pauvre ,?rs9a1 son premi] am\r#a1 sans se r5dre compte lui-mme du vrai motif de son incon/ance4 ,on lui p>lait en va9 de m>iage avec quelque jeune fille de son pays1 dont la *a/e affection aurait anim l'isolem5t de son ateli]3 il c>tait t\tes ces p]spectives de sa p5se2 il *]*ait 7comme on le voit dans ses lettres7 t\s les sophismes de situation p\r se ju/ifi] lui-mme sa vie solitaire4 ,note #a3 ,voir l',entreti5 prcd5t4 ,,xii ,une si vive imag9ation ne p\vait cep5dant se sevr] si jeune d'am\r4 ,il tait vid5t que son coeur tait assez rempli d'un rve p\r ne pas s5tir le vide de t\te affection dome/ique4 ,la d\ce intimit dans laquelle il vivait avec le pr9ce et la pr9cesse suffisait son exi/5ce2 lui-mme p>aissait ncessaire leur bonheur4 ,ces trois p]sonnes de rangs si diffr5ts1 mais galem5t exiles dans la patrie des arts1 associai5t leurs tal5ts comme leurs coeurs4 ,le pr9ce composait de gr&s paysages hi/oriques avec les pages de la nature que la m]1 les montagnes1 les ru9es dr\lai5t s\s ses yeux2 ,lopold ,rob]t y jetait des gr\pes huma9s et pittoresques qui les animai5t de leurs scnes2 la pr9cesse ,*>lotte les gravait s\s l'inspiration du jeune matre4 ,ri5 n'tait plus innoc5t que ces rapports du pr(esseur l'lve2 mais cette innoc5ce mme ca*ait un pige ,lopold ,rob]t3 ce pige1 c'tait la p]fide habitude1 qui fait g]m]1 sans qu'on s'en ap]oive1 les premires rac9es d'un s5tim5t innom dans les coeurs3 si le dang] tait connu on le fuirait2 on s'y expose p>ce qu'on ne le voit pas4 ,l'hi/oire clbre d',hlose et d',abeil>d1 mille autres hi/oires dome/iques aussi fatales atte/5t le dang] de ces rappro*em5ts trop habituels entre une lve innoc5te et un matre imprvoyant2 le pril p\r t\s les deux nat prcism5t de l'ignorance du pril4 ,quelques criva9s1 selon n\s trop au/res1 ont p>u repro*] amrem5t la pr9cesse ,*>lotte trop de complaisance laiss] natre cet am\r dans le coeur de son matre et de son ami2 ri5 ne ju/ifie nos yeux ce repro*e3 elle tait trop exclusivem5t atta*e au pr9ce son m>i1 un des hommes les plus sduisants de l',italie1 p\r song] seulem5t la nature des s5tim5ts qu'elle p\vait inspir] un pauvre arti/e1 fils d'un *let du ,jura et enf\i dans les ru9es de ,rome4 ,d'ailleurs1 n\s l'avons dit1 la physionomie +rate et le c>actre conc5tr du jeune arti/e ne laissai5t ni prvoir en lui1 ni clat] hors de lui1 des s5tim5ts contre lesquels la pr9cesse aurait pu avoir se df5dre4 ,elle fit une victime sans prmditation2 pas une g\tte de ce sang ne doit rejaillir sur sa mmoire4 ,ses lettres1 aprs la mort de ,rob]t1 ont la c&eur de l'tonnem5t et de la d\leur1 mais aucun remords ne s'y mle aux pr(onds regrets4 ,c'e/ une soeur qui pleure un frre2 ce n'e/ nullem5t une amante qui s'accuse de la mort d'une victime4 ,ce s5tim5t1 confus et non analys dans l'me de ,rob]t1 se rvle cep5dant1 dans ses gr&s ouvrages cette poque de sa vie intrieure1 p> deux symptmes de l'art qui sont en mme temps deux symptmes de la passion4 ,ces deux symptmes sont la gr&e posie et la gr&e mlancolie de ses oeuvres4 ,c'e/ en effet ces j\rs heureux de sa jeunesse que se report5t la conception et la l5te excution de son tableau qu'on peut appel] le portrait de l',italie3 les ,moissonneurs4 ,,xiii ,qu'e/-ce que les ,moissonneurs8 ,en contemplant bi5 ce magnifique tableau1 et en entrant1 p> t\s les pores1 dans la p5se du pe9tre1 c'e/ la posie du bonheur1 c'e/ l'idal de la paix des *amps1 c'e/ l'inf9i dans la calme j\issance de la nature1 c'e/ l'idylle de l'humanit1 dans son premi] d51 devant le ,crateur3 idylle transpose auj\rd'hui s\s le soleil1 dans ce monde de travail et de sueur1 mais ple9e encore de t\te la flicit que cette t]re corrompue peut (frir l'homme4 ,telle e/ videmm5t1 selon n\s1 la p5se du tableau3 c'e/ un hymne1 c'e/ un voh1 c'e/ un cantique pe9t en =mes et en c\leurs sur la toile6 ,t\te la toile *ante1 n\s le rptons4 ,de ,?ocrite1 de ,virgile dans ses glogues1 de ,gesn]1 ce compatriote de ,rob]t1 n\s le dem&ons au spectateur1 qui e/-ce qui a le mieux *ant8 qui e/-ce qui a t le plus pote de ces potes ou de ce pe9tre8 ,n\s ne craignons pas de rpondre3 ,c'e/ le pe9tre1 c'e/ ,rob]t1 c'e/ le gr& lyrique des ,moissonneurs4 ,,xiv ,asseyez-v\s avec n\s devant cette incomp>able page1 et reg>dez la scne1 et puis ret\rnez-v\s et reg>dez en v\s-mmes3 que s5tez-v\s8 ,je vais v\s le dire4 l'ge de qu9ze v+t ans1 cette poque de l'exi/5ce o l'horizon de la vie e/ t\t voil d'une brume *aude qui noie et qui colore les cont\rs secs de t\tes *oses2 ce mom5t o la vie1 comm5ce sans qu'on en ap]oive le t]me1 p>at longue comme l'inf9i2 cette heure o cette vie n'a pas dit encore son d]ni] mot l'adolesc5t qu'elle c>esse2 cette m9ute o l'am\r1 qui n'e/ au fond que l't]nit de la vie1 dborde du coeur dans les s5s et des s5s dans le coeur1 comme un ocan de cette vie qui baigne t\s les objets et qui les transfigure2 cette priode de votre jeunesse1 disons-n\s1 avez-v\s jamais voyag en ,italie1 en rvant1 veill1 la flicit d'd5 s\s le ciel d't de la campagne de ,naples ou de ,rome8 ,v\s s\v5ez-v\s des impressions que v\s a fait pr\v] l'heure de midi1 un j\r de canicule1 l'ombre d'un c>\bi] ou d'un pan d'aqu$uc roma9 entre les ,abruzzes8 ,si v\s ne v\s en s\v5ez pas1 je vais m'en s\v5ir p\r v\s3 c\tez1 et reconnaissez vos impressions physiques et morales dans les mi5nes4 ,je suis ivre d',italie depuis que j'ai respir son atmosphre4 ,,xv ,la pla9e e/ grise comme une c5dre d'h]bes brles p> le soleil2 aut\r de v\s une vapeur ambiante sort des pi]res et rampe presque visible sur le sol2 de lg]s nuages de p\ssire rose s'lv5t et retomb5t et l s\s les pi$s de l'al\ette qui sec\e en p>tant la tige des pavots saup\drs de t]re2 le sil5ce du sommeil1 l'heure de la sie/e1 pse sur l'espace2 on ent5d seulem5t1 de lo9 en lo91 le frlem5t mtallique de l'pi contre l'pi1 qu& la brise de m] effleure en passant les gr&s *amps de bl2 les ombres crues de l'aqu$uc se repli5t1 comme p\r fuir la *aleur du milieu du j\r1 s\s les arcades4 ,les montagnes de ,tivoli1 de ,frascati1 d',albano1 du ,soracte1 s'lv5t1 gr&ies p> le mirage de la vapeur diurne1 et sembl5t dans] d]rire v\s dans le firmam5t2 l'horizon de la m] ne se di/+ue de l'horizon du ciel que p> un ruban d'azur fonc qui indique au p*eur le premi] frisson du v5t qui se lve2 une ou deux voiles comm5c5t palpit] dans le lo9ta92 la lumire qui desc5d de la vote cle/e1 qui rejaillit des montagnes1 qui flotte sur les vagues1 qui se rp]cute du sol au mur de l'aqu$uc et de l'aqu$uc au sol1 v\s imm]ge dans un bl\issem5t tide1 o v\s croyez voir1 s5tir1 respir] le j\r sans ombre et sans f92 il v\s semble nag] en ,dieu1 la lumire des p5ses4 ,votre me se transfigure en rayons et se rp&1 comme cette pluie de feu1 dans t\te l't5due2 v\s n'tes plus ici ou l2 v\s tes p>t\t1 v\s contractez l'ubiquit de cette lumire3 elle e/ si transp>5te que v\s croyez lire jusqu'au fond du firmam5t1 comme on voit dans une eau claire1 l'ombre d'un cap1 jusqu'aux gra9s de sable de la plage4 ,une sil5cieuse contemplation qui flotte sur t\t1 qui ne s'atta*e ri51 s'emp>e de v\s1 semblable un sommeil imp>fait o l'on se s5t rv]1 mais o on sait qu'on rve4 ,,xvi ,cep5dant le soleil1 qui m>*e t\j\rs1 a dpass les arcs de l'aqu$uc et p5*e v]s les montagnes2 un s\ffle fait vol] et l le duvet des *>dons qui floconn5t vos pi$s2 de temps en temps le gmissem5t d'un *>iot ru/ique rsonne sur la r\te2 la cigale1 cette guit>e de la t]re *aude1 gr9ce dans le sillon4 ,on voit se dess9] sur la ligne de la m] les pr(ils de quelques vieilles glaneuses qui port5t une g]be sur leurs ttes1 ou de quelques belles jeunes filles balanant la cad5ce de leur pas1 sur leurs paules1 une urne trusque cont5ant l'eau p\r les lieurs de bl mr2 leur ombre lapidaire les suit sur la r\te comme un pli de leur l\rde robe4 ,les sons de la musette de ,calabre1 sur laquelle les pfiff]>i prlud5t dans le lo9ta9 aux danses du soir1 grond5t en appro*ant de la pla9e4 ,une indescriptible impression de bi5-tre1 de paix1 d'exi/5ce1 de scurit1 de plnitude des s5s et du coeur1 pntre l'me avec les rayons1 avec l'air1 avec le son1 avec l'horizon sans bornes de la campagne de ,rome2 on se s5t noy dans la batitude du soleil d't2 la vie surabondante cume et murmure1 comme une cascade de ,t]ni1 dans la poitr9e2 on cra9drait de tr\bl] p> une p>ole1 p> le bruit mme d'une respiration1 l'extase qui v\s s\lve d'ici-bas on ne sait o2 on se tait1 et ce sil5ce e/ l'hymne in>ticul de la saison o l'homme fructifie avec l'h]be des *amps4 ,,xvii ,c'e/ l l'impression qui avait videmm5t saisi ,lopold ,rob]t1 homme des *amps lui-mme1 dans ses haltes frqu5tes s\s le *ne ou s\s le ro*] de ,sonn9o1 p5dant ses excursions pittoresques avec la sauvage et t5dre ,?rs9a4 ,c'e/ cette flicit de l'humanit nave1 laborieuse1 opul5te de peu1 qu'il avait rve1 qu'il avait vue1 et qu'il v\lait reproduire en un gr\pe1 comme une image complte du bonheur t]re/re1 comme l'hymne sans mots de la cration4 ,il p\vait pr5dre cette image de l'extase huma9e s\s mille aspects1 s\s mille =mes1 dans mille attitudes et dans mille scnes plus leves du drame de la vie3 les palais1 les temples1 les bosquets1 les bords des fonta9es lui (frai5t ces images de la flicit ou de la volupt1 dans les *amps de victoire1 dans les triomphes des gu]ri]s ou des orateurs sauveurs de la patrie et idoles des peuples1 dans les actes de foi et de culte qui uniss5t les hommes ,dieu p> la pit1 cette plnitude de l'me2 p> les langueurs de l'am\r heureux1 dans les j>d9s d',armide et d',alc9e1 o le ,tasse et l',ario/e enlac5t leurs hros dans les bras de beauts ivres de reg>ds4 ,t\t cela lui p>ut ou trop ab/rait1 ou trop conv5tionnel1 ou trop my/ique1 ou trop s5suel3 il conoit1 plus prs de t]re1 une flicit rurale et dome/ique plus accessible l'univ]salit de l'espce huma9e1 flicit fonde non sur les *imres d'esprit ou de coeur1 mais sur les in/9cts inns de l'homme et sur les ralits pniblem5t d\ces de la vie4 ,la famille1 l'am\r1 le travail1 l'enfance1 la jeunesse1 la maturit1 la sa9te vieillesse1 la rcolte aprs la moisson1 la mort dans l'esprance1 aprs la vie dans la sueur4 ,en un mot1 sa flicit ce n'e/ pas l'd5 c'e/ la t]re4 ,reg>dez6 voil le gr\pe4 ,,xviii ,c'e/ l't2 le ciel e/ pur2 on ne le voit qu' sa cl>t2 il revt t\t de sa lumire1 dans laquelle il se noie et se confond lui-mme2 l'air1 on ne le voit pas non plus1 mais on le s5t3 il e/ *aud1 mais dj tremp de ces premires moiteurs d'un beau soir qui se ml5t1 sur le front1 avec la sueur de la j\rne de l'homme1 p\r la rafra*ir et p\r l'embaum]2 on di/+ue l'heure1 non-seulem5t aux l\rdes ombres qui s'allong5t d]rire les r\es du *> et d]rire les paules des jeunes filles1 mais on la disc]ne plus visiblem5t encore aux deux ou trois lg]s nuages qui flott5t trs-lo9 dans le ciel et qui se teign5t1 seulem5t p> le haut1 des lueurs rp]cutes du soleil4 ,quelques lignes indcises des ,abruzzes s'articul5t pe9e dans l'horizon1 d]rire le gr\pe anim4 ,une longue pla9e basse1 v]s laquelle le *> va desc5dre1 s'incl9e v]s la m] et se relve gau*e p> le cap ,circ4 ,on e/ sur un plateau int]mdiaire entre l',abruzze et la gr&e m]4 l'extrmit du plateau1 qui comm5ce incl9] v]s les m>ais ,pont9s1 une m] d'pis prlude une m] de vagues3 pas un arbre l'horizon2 ri5 que la glbe nue et *aude s\s le soleil1 la t]re cultive et non ombrage1 la t]re fconde1 la t]re n\rricire1 ,alma p>5s6 ,admirez la pr(onde rflexion du pe9tre1 qui p\vait tre t5t p> un beau *ne aux bras tortueux ou p> quelques fra*es fleurs de lotus endormies sur le lit des eaux4 ,non1 ri5 p\r l'agrm5t1 t\t p\r l'ide1 t\t p\r l'homme1 t\t p\r le travail4 ,quel rigorisme de conception6 et cep5dant quel *>me6 ,qui song]ait regrett] l'arbre ou la s\rce1 une fois qu'on a port ses reg>ds sur le gr\pe huma98 ,or voici le gr\pe4 ,,xix ,un *> robu/e deux r\es massives1 un *> de moisson dans la campagne de ,rome1 vi5t1 vide de g]bes1 *]*] aux *amps les meules du j\r4 ,le *> se prs5te au spectateur la po9te du timon en avant2 il e/ tran ou plutt il tait tran t\t l'heure p> une paire de buffles robu/es1 attels au timon p> une longue tr+le de bois arrondi qui passe p>-dessus le timon2 ce j\g y e/ fix p> le milieu au moy5 d'une *ane1 en anneaux luisants de f]1 qu'on voit brill] et qu'on croit ent5dre cliquet] au branle du front des buffles4 ,des cordes de *anvre r$\bles reli5t le j\g aux cornes pates des deux animaux dome/iques4 ,un l>ge colli]1 en lames de cuivre1 p5d s\s leur poitrail1 luxe du ri*e lab\reur plutt qu'une ncessit de l'attelage4 ,les deux l>ges ttes des buffles1 dans lesquelles on di/+ue l'obissance affectionne dans l'indp5dance naturelle1 t5d5t v]s le m>ais leurs naseaux relevs2 on voit qu'ils aspir5t de l l'air sal9 et m>9 de leurs m>es habituelles1 dans le m>ais au del du *amp qu'on moissonne2 leurs yeux sont d\x et rsigns4 ,des poils d'un noir fauve se rebr\ss5t sur leurs l>ges fronts2 leurs l\rdes paupires clignott5t p\r c>t] les m\*es p> le m\vem5t de leurs cils2 une cume sanglante1 mle de p\ssire1 su9te aut\r de leurs b\*es et de leurs naseaux4 ,on aime ces deux colosses apprivoiss qui s\ffr5t l'ardeur du j\r et qui sembl5t j\ir de s\ffrir p\r l'homme4 ,ils s5t5t leur dignit et font corps avec la famille huma9e4 ,,xx ,un jeune homme1 d'une beaut apolloni5ne s\s le co/ume d'un b\vi] des ,abruzzes1 e/ deb\t entre les deux ttes de buffles3 c'e/ le fils de la maison2 il ti5t r5v]se la baguette arme de l'aiguillon1 comme on ti5drait un sceptre3 il pse en arrire1 de t\t son poids1 sur le timon p\r arrt] le *> sur sa p5te2 un de ses c\des pose avec confiance sur le c\ d'un des buffles2 son autre c\de s't5d non*alamm5t sur le j\g4 ,son attitude rappelle1 sans les imit]1 les attitudes les plus naturelles et les plus articules des figures de ,phidias1 dans les bas-reliefs du ,p>?non4 ,le co/ume de ce jeune homme mme1 quoique con=me celui des paysans des montagnes de ,rome1 p>at aussi antique et aussi sculptural que s'il tait copi sur une mdaille d',a?nes ou d',argos4 ,il en e/ de mme de t\s les co/umes d'hommes1 de femmes1 d'enfants1 de p*eurs1 de b]g]s1 de lab\reurs1 de m5diants1 dans les tableaux de ,lopold ,rob]t4 ,on voit que le co/ume1 cet cueil de t\s les pe9tres mod]nes1 et l'homme sont sortis du mme jet de son imag9ation pittoresque2 ses figures naiss5t t\tes vtues2 il a l'inspiration du haillon comme du s\li]1 de la gutre1 du manteau4 ,mrite prodigieux qu'on n'a pas assez rem>qu dans ses oeuvres1 le *oix et l'aju/em5t de ses co/umes sont tellem5t adapts aux figures qu'on ne s'ap]oit pas si ces ve/es1 ces *emises1 ces p\rpo9ts1 ces *ausses sont c\ps p> un tailleur ou draps p> un /atuaire4 ,il n'a pas eu beso9 de dnatur] le co/ume mod]ne p\r pe9dre des hommes et des femmes d'hi] en habits antiques2 son oeil gr\pe la toile1 le drap1 le cuir1 comme il gr\pe les p]sonnages2 en re/ant vrai il transfigure t\t en beau3 le vulgaire devi5t idal s\s sa t\*e4 ,l'expression de ce bel adolesc5t qui g\v]ne les boeufs e/ fire1 p5sive et mle2 son front e/ encadr dans des b\cles paisses de *eveux noirs2 ses *eveux sont surmonts d'une calotte brune2 il p5*e l'oreille d'un ct p\r c\t] la zampogna des pfiff]>i2 il reg>de1 de l'autre ct1 un gr\pe de trois femmes de diffr5ts ges qui m>*5t prs des r\es p\r ramass] les pis tombs du *>4 ,il n\s a sembl reconnatre1 dans le visage d'une de ces jeunes femmes1 le portrait un peu idalis de la pr9cesse ,*>lotte4 ,,xxi ,un homme d'un ge plus mr1 quoique jeune encore1 e/ assis1 les jambes p5dantes1 sur la cr\pe du second buffle3 c'e/ le g5dre du pre de famille2 sa femme e/ d]rire lui1 deb\t sur le plan*] du *>iot2 adosse aux ridelles1 elle ti5t entre ses ma9s un petit enfant de trois mois1 emmaillott comme une *rysalide4 ,la figure de cette sposa1 t\te maje/ueuse et mat]nelle1 rappelle la *a/e matrone impassible aux lgrets de la jeunesse2 elle a quelque *ose de sa9t et de froid qui imite une ,madone de pi]re dans sa ni*e sur le *em94 ,elle c\te cep5dant aussi la zampogna1 mais comme un s\v5ir de ses jeunes annes1 ou plutt elle la fait c\t] son enfant1 dont le s\rire e/ t\te sa joie4 ,au fond du *>1 le vieill>d matre du *amp1 et pre1 beau-pre ou aeul de t\te cette famille1 g\v]ne4 ,assis sur une botte de fo9 des buffles1 il tmoigne de son rang et de son autorit en posant avec une imprieuse d\ceur la ma9 sur le bras d'un s]viteur qui replie1 l'ordre de son matre1 les toiles t5dues t\t l'heure sur le *> p\r le g>antir contre le soleil4 ,n\s ne connaissons pas1 dans t\te la sculpture antique1 ni dans t\te la pe9ture mod]ne1 de gr\pe pa/oral plus simple et plus classique la fois que ces buffles1 ce b\vi]1 ce g5dre1 cette jeune femme1 ce vieill>d1 ce s]viteur1 ces glaneuses1 dans leurs attitudes1 dans leurs p]spectives1 dans leurs contra/es1 dans leurs expressions diffr5tes et concordantes sur le *> et aut\r du *> de la moisson4 ,c'e/ un pome plus qu'un tableau4 ,le pome expose1 mais il faut qu'il *ante4 ,il va *ant]4 ,,xxii gau*e du timon1 deux pfiff]>i1 j\eurs de cornemuse des ,calabres1 dans5t l\rdem5t aux sons de leur musette devant les buffles1 comme p\r clbr] la bi5v5ue du matre de la maison sur son *amp2 leurs pas pesants et malhabiles t\*5t au grotesque sans dpass] le s\rire2 l'ivresse de la rcolte respire dans leurs pi$s2 leurs c\des press5t l'outre musicale ple9e d'air modul2 l'brit e/ dans leurs paules1 dans leurs g5\x4 ,l'un d'eux rec\rbe sur sa tte1 en la t5ant p> la po9te et p> le man*e1 la m9ce faucille avec laquelle il va fau*] les pis mrs2 c'e/ le dlire du travail heureux1 le ,te ,deum de la vie dome/ique4 ,on s5t que le pe9tre fut paysan comme n\s1 dans le *amp pat]nel de la ,*aux-de-,fonds3 n\s ne sommes bi5 inspirs que p> nos s\v5irs4 ,moi aussi j'ai *ant l'pisode des ,lab\reurs dans mon pome dome/ique de ,jocelyn2 mais combi5 mon encre e/ ple cot de cette palette6 ,,xxiii ,un peu au-dess\s des deux j\eurs de musette dansants on ap]oit les ttes de quelques moissonneuses c\rbes sur le sillon4 ,la premire et la plus rappro*e du *> se relve aux sons de la zampogna1 et t\rne aux trois qu>ts son visage du ct du gr\pe4 ,ce visage e/ un des plus ravissants qui soi5t jamais sortis d'une toile4 ,la belle moissonneuse de ,lopold ,rob]t compte dix-neuf ans2 la dlicatesse et la =ce de cette saison de la vie se m>i5t1 dans un h>monieux ensemble1 sur ses traits2 elle reg>de avec un demi-s\rire de di/raction et de raill]ie les grotesques gambades des danseurs maladroits de l',abruzze2 mais son oeil l>ge1 ouv]t et t5du p> une arrire-p5se1 lance au-dessus d'eux un reg>d *>g de rv]ie v]s le bel adolesc5t qui reti5t les buffles2 on voit qu'elle a l'esprance d'tre bi5tt la fiance de cet ,ant9os ru/ique et de mont] son t\r sur le *> comme fille du matre du *amp4 ,il ne manquait ce drame rural que l'am\r3 le voil6 ,il sort1 t\t voil1 mais t\t brlant1 du reg>d de la belle moissonneuse et de l'attitude lang\reuse1 p5sive et fire1 du t\*eur de buffles4 videmm5t cette tte e/ un portrait encore4 ,e/-ce la pr9cesse8 ,e/-ce ,?rs9a8 ,qui sait si ce n'e/ pas l'une et l'autre1 fondues et transfigures en une seule rm9isc5ce8 ,,xxiv ,c'e/ l t\t le tableau2 c'e/--dire ce sont l t\s les p]sonnages2 mais l'expression pr(onde1 v>ie1 nave1 et p\rtant augu/e1 de t\tes ces figures2 mais les attitudes1 ces physionomies du corps2 mais les co/umes1 ces drap]ies de la /atue anime de l'homme et de la femme2 mais le ge/e1 cette langue du sil5ce2 mais l'ombre1 cette contre-preuve de la ralit des p]sonnages2 mais le j\r1 cet lm5t de la c\leur2 mais l'horizon1 cet inf9i de la toile2 mais l'air1 cet lm5t impalpable qu'on ne doit voir qu'en ne le voyant pas1 quelle plume p\rrait donn] l'impression d'un tel p9ceau8 ,t\t e/ inspiration dans la conception1 et t\t e/ rflexion dans l'excution4 ,le gr\pe monte du sol au sommet du *> en conc5trant le reg>d et l'intrt sur t\tes les figures en p>ticuli]1 puis en reportant cet intrt de *acune t\tes et de t\tes *acune1 en sorte que la beaut de l'une contra/e et conc\rt avec la beaut de l'ensemble1 et qu'il en rsulte un rejaillissem5t gnral de spl5deur et de flicit qui produit en un in/ant l'en?\siasme4 ,on ne peut tr\v] qu'un mot p\r exprim] l'impression des ,moissonneurs3 ,raphal a fait la transfiguration d'un ,dieu1 les ,moissonneurs sont la transfiguration de la t]re4 ,,xxv ,le succs fut s\da91 univ]sel1 imm5se2 ,rome l'acclama t\t entire dans l'ateli]2 ,p>is l'acclama avec la mme unanimit involontaire dans le ,l\vre2 ce ne fut qu'un cri4 ,ce cri1 vid5ce du gnie1 fut bi51 comme l'ord9aire1 suivi de ce murmure s\rd de l'tonnem5t et de l'envie1 qu'e/ la basse cont9ue des acclamations huma9es2 mais la critique fut subm]ge dans l'en?\siasme3 le graveur v5dit en peu de mois p\r plus d'un million d'e/ampes#b4 ,jamais aucun livre ne se rp&it un si gr& nombre d'exemplaires dans la circulation de l',europe2 jamais pote ou criva9 ne communiqua sa p5se plus d'mes la fois dans le monde4 ,avions-n\s tort1 en comm5ant1 de rang] la pe9ture dans la catgorie des littratures8 ,quelle imprim]ie a multipli une ide plus que cette gravure de ,m]curi8 ,quel pote a s\pir comme ce pe9tre8 ,note #b3 ,la photographie1 contre laquelle j'ai lanc1 dans le premi] ,entreti5 sur ,lopold ,rob]t1 un ana?me inspir p> le *>latanisme qui la d%onore1 en multiplia les copies4 ,la photographie1 c'e/ le photographe4 ,depuis que n\s avons admir les m]veilleux portraits saisis un clat de soleil p> ,adam ,salomon1 le /atuaire du s5tim5t1 qui se dlasse pe9dre1 n\s ne disons plus c'e/ un mti]2 c'e/ un art2 c'e/ mieux qu'un art1 c'e/ un phnomne solaire o l'arti/e collabore avec le soleil6 ,,xxvi ,c'e/ surt\t dans les yeux et dans le coeur de ses amis1 le pr9ce et la pr9cesse ,bonap>te1 qu'il sav\ra sa gloire4 ,la gloire e/ un isoloir qui sp>e l'arti/e de son humble b]ceau1 qui l'lve dans la sphre des ab/ractions1 qui confond t\s les rangs une hauteur o il n'y a plus de mesure huma9e p\r disc]n] les di/ances2 la gloire seule e/ au-dessus des di/9ctions sociales1 p>ce qu'elle e/ la di/9ction div9e1 l'ennoblissem5t p> la nature1 le sacre d'en haut4 ,lopold ,rob]t dut j\ir1 avec plus de dlices encore que d'orgueil1 de ce rappro*em5t p> la gloire avec ceux qu'il aimait d'en bas et qu'il p\vait ds lors aim] de pla9-pi$4 ,cep5dant il pr\va le beso91 la voix de ses amis et de ses protecteurs en ,france1 de v5ir ,p>is tudi] son succs af9 de le dpass] encore4 ,l'hi/oire doit cons]v] les noms de ces r>es patrons du gnie de ,rob]t3 ,m4 ,m>cotte1 ,m4 ,paturle1 ,m4 de ,lcluse1 sans lesquels le gnie lui-mme ne s]ait qu'une clatante m5dicit4 ,ces hommes de coeur et de gt fur5t la ,provid5ce de sa =tune et de sa r5omme3 que son nom rayonne sur eux1 ce n'e/ que ju/ice2 leur opul5ce et leur amiti ont rayonn longtemps sur son obscurit2 la po/rit doit reconnaissance ceux qui fur5t les n\rrici]s de ses gr&s arti/es4 ,,xxvii ,lopold s'a*em9a donc v]s ,p>is l'appel de ces amis1 mais dj tri/e2 la gloire a ses mlancolies comme la religion1 comme l'am\r3 plus on monte1 plus l'on voit de pr(ondeur s\s ses pi$s2 plus on possde1 plus on s5t le nant de ce qu'on atte9t4 ,d'ailleurs1 ce qu'il aimait au fond1 sans peut-tre se l'av\]1 il ne le possdait pas1 il ne p\vait se flatt] de le possd] jamais4 ,il s'a*em9a l5tem5t1 trs-l5tem5t1 v]s ,p>is2 la *ane d'amiti qui le ret5ait en ,italie tait l\rde2 il accompagna ,flor5ce le pr9ce et la pr9cesse qui fuyai5t ,rome4 ,la rvolution de #ahcj v5ait d'clat] en ,france et de triomph] en trois j\rs4 *aque sec\sse de la lib]t en ,france on s5t trembl] p> sympa?ie le sol antique de l',italie indp5dante1 hlas6 de coeur4 ,les tats roma9s s'agitai5t3 les populations les plus vivaces habit5t ces montagnes4 ,le pr9ce ,napolon tait dans une pnible p]plexit d'esprit3 d'un ct sa famille et lui devai5t une gnreuse hospitalit au pape2 reconnatre l'asile qu'ils avai5t reu p> une p>ticipation aux insurrections contre leur hte1 c'tait une +ratitude2 d'un autre ct1 agr&ir la rvolution franaise1 incomplte1 selon eux1 en ,france1 o elle v5ait de c\ronn] un autre ,b\rbon1 la fom5t]1 la s]vir1 la trans=m] en rvolution gnrale en ,italie1 c'tait ouvrir des p]spectives leur dyna/ie napoloni5ne ici ou l2 c'tait de plus acqurir des titres de popul>it hroque dans cette anci5ne patrie de leur famille1 r$ev5ue la patrie de leur exil4 ,enf9 ils tai5t jeunes1 et les rvolutions sont l'in/9ct de la jeunesse1 p>ce qu'elles press5t le pas du temps et p>ce qu'elles arra*5t violemm5t l'av5ir le mot du de/94 ,l'impati5ce1 dans l'me vraim5t itali5ne du fils an de la re9e ,hort5se1 l'emporta sur la conv5ance de sa situation env]s le pape2 il se laissa entran] la voix des patriotes roma9s1 ses amis2 il m>*a en volontaire avec eux contre les tr\pes du pape4 ,le feu de l'insurrection s'amortit avant de s'tre propag jusqu' ,rome3 l',italie se lve1 mais ne se ti5t pas assez longtemps deb\t4 ,les fatigues d'une campagne d'hiv]1 les agitations d'un esprit qui ne savait pas bi5 o tait le devoir1 les fivres contractes dans les campem5ts nocturnes au milieu des rgions insalubres de la mal>ia1 emportr5t en peu de j\rs le pr9ce4 ,il m\rut sans gloire1 quoique n p\r la gloire3 il se pressa trop de la saisir l o il crut ap]cevoir son ombre2 le ,ciel lui devait peut-tre une meilleure occasion1 et une meilleure mort4 ,l'impati5ce e/ le dfaut1 mais aussi la v]tu de la jeunesse4 ,il fut jeune2 la mort l'en punit3 c'tait une gr&e duret du de/94 ,,xxviii ,p5dant que le pr9ce m\rait dans une b\rgade des montagnes de ,rome insurges1 la pr9cesse ,*>lotte tait re/e ,flor5ce1 *ez sa mre m\rante4 ,lopold ,rob]t donnait aux deux femmes les so9s de l'amiti4 ,lopold ,rob]t1 quoique rpublica9 de patrie et plbi5 de naissance1 n'aimait pas les rvolutions4--,je ne les tr\ve bonnes1 crit-il cette poque son ami1 ,m4 ,m>cotte1 que qu& elles sont faites p> la plus gr&e masse1 qu& p]sonne n'e/ sacrifi1 et qu& elles satisfont t\t le monde4 ,je suis bi5 aise d'tre ,flor5ce1 o t\s les habitants aim5t trop leur tranquillit et leur pr9ce p\r remu]6 ,un p>eil rvolutionnaire tait peu compt] p>mi les patriotes d',italie1 c> t\te rvolution e/ un dplacem5t1 et t\t dplacem5t drange quelque *ose ou quelqu'un dans le monde4 ,une rvolution v\lue et faite p> t\t le monde n'e/ plus une rvolution2 c'e/ un progrs dans l'ordre4 ,mais le pe9tre raisonnait en politique comme ,platon3 c'e/ le dfaut des arti/es4 ,,xxix ,la p]te de son ami causa une pr(onde d\leur ,rob]t2 cette d\leur mme le r5dit plus empress consol] le deuil de la pr9cesse4 ,sa mre et elle ne voyai5t que lui1 dans les premi]s mom5ts1 ,flor5ce4 ,voici en quels t]mes il en crit son correspondant le plus intime de ,p>is1 ,m4 ,m>cotte4 ,flor5ce1 #ahca4 ,je vois t\s les j\rs ici les ,bonap>te4 ,je connaissais p>ticulirem5t ce pauvre pr9ce ,napolon2 sa femme et sa belle-mre1 qui sont naturellem5t trs-affliges1 m'engag5t tant y all] que *aque j\r j'y vais un mom5t4 ,je les connaissais de vieille date4 ,elles sont extrmem5t simples et accueillantes4 ,mais figurez-v\s la situation de cette jeune veuve qui vi5t de faire une p]te si cruelle6 ,la mre e/ infirme et ne peut vivre longtemps2 la fille e/ m5ace de se voir bi5tt seule au monde1 ce qui r5d sa position si intressante4 ,v\s me dem&ez p\rquoi ce jeune pr9ce ,napolon se tr\vait avec les insurgs4 ,c'e/ une de ces de/9es qu'on peut dire malheureuses4 ,homme *>mant1 runissant t\tes les qualits1 e/im de t\s1 aimant l'tude et =t in/ruit4 ,qu& la fatalit am5a ici son jeune frre1 qui avait t r5voy de ,rome comme suspect1 ces deux jeunes g5s1 ayant appris que leur mre 7la re9e ,hort5se7 p>tait de ,rome p\r v5ir les rejo9dre ,flor5ce1 cause des tr\bles de la ,romagne1 v\lur5t all] au-devant d'elle2 ils fur5t reu ,p]ugia1 ,foligno1 ,spoleto1 ,t]ni1 avec de si vives dmon/rations de joie1 on leur fit tant d'in/ances p\r se jo9dre aux insurgs et p\r leur prt] l'appui d'un gr& nom1 qu'ils se laissr5t entran]1 ,napolon p> faiblesse4 ,qu& je le vis ,t]ni1 je m'ap]u combi5 il tait proccup de la position o il mettait sa famille2 il m'en p>la beauc\p1 mais enf9 le sort tait jet4 ,il a succomb l'agitation d'une vie trop rude p\r lui1 acc\tum au calme et au repos2 on ne sait pas bi5 encore p> quelle mort2 on p>le de fivre1 de duel1 de poison2 p\r moi1 je crois sa mort naturelle4 ,sa veuve e/ dans les l>mes2 je n'ose encore la revoir4 ,quelques j\rs aprs il s'excuse1 dans une lettre du #af mai #ahca1 d'avoir susp5du son voyage v]s ,p>is4 ,on dev9e ses expressions quel intrt t5dre l'atta*e presque son insu ce sj\r4 ,que v\s dirai-je1 s9on que ,flor5ce m'e/ *re p> plus d'un motif1 et que je p5sais bi5 peu y tr\v] des emp*em5ts si =ts p\r la quitt]4 ,croyez cep5dant que ce n'e/ ri5 d'indigne d'un honnte homme qui me lie ici1 et1 sans v\s donn] p\r le mom5t d'autres dtails1 cons]vez-moi t\te votre e/ime6 ,le scrupule p>le dans la rtic5ce4 ,,xxx ,le secret e/ ma9t5ant dvoil p> la mort3 il aimait2 peut-tre se flattait-il d'tre aim un j\r6 ,l'isolem5t et les malheurs de cette jeune et intressante pr9cesse1 p\rsuivie p> la politique et p> le sort1 et jete p> ses adv]sits mmes dans une intimit plus frat]nelle avec ce seul ami de ses meilleurs j\rs1 avai5t *ang la d\ce amiti de ,rome en une irrmdiable passion4 ,cette flamme qui avait c\v sept ans dans le coeur du jeune homme1 amortie p> le devoir et p> le respect1 v5ait d'clat] s\s la ma9 mme de la mort4 ,ds qu'il s'en ap]ut il eut le c\rage de s'enfuir jusqu' ,p>is4 ,il y re/a peu et il n'y j\it de ri54 ,il attri/a ses amis p> sa mlancolie1 crite sur ses traits4 ,il rep>tit s\da9em5t p\r ,neu*tel2 il *]*a quelques s\v5irs de ses j\rs obscurs dans sa famille1 la ,*aux-de-,fonds4 ,il ne s'arrta de n\veau qu' ,flor5ce4 ,j'y ai retr\v1 dit-il1 la pr9cesse ,*>lotte2 sa mre et elle ne sort5t pas du t\t4 ,leur socit m'e/ trs-agrable1 p>ce qu'elle e/ d\ce1 naturelle1 simple1 droite de coeur1 vraie et fran*e4 ,je v\drais travaill] mon tableau des ,saisons1 mais il y a une p9e dans ma vie qui me pique2 il faut que je m'loigne2 peut-tre di/ance la s5tirai-je mo9s6 ,l'p9e1 c'tait le reg>d de ,*>lotte4 ,les lettres de ,rob]t cette poque sont ple9es d'inspirations my/iques v]s cette autre vie o l'on s]a runi ce qui e/ digne d'tre aim dans ce bas monde4 ,il dess9e son tombeau d'arti/e1 symbole des sombres press5tim5ts qui travaillai5t son me4 ,il s'enfuit de ,flor5ce ,v5ise p\r excut] ce tombeau4 ,qu'e/-ce qui le dcida cette fois se dta*] d'un sj\r et d'une socit intime qui le possdai5t p> t\s les li5s my/rieux de l'me8 ,on l'ignore2 peut-tre une jal\sie maladive qu'il n'osait s'av\] lui-mme1 mais dont la suite des vnem5ts a rvl quelques symptmes dans la vie de la pr9cesse comme dans les lettres de ,rob]t4 ,,xxxi ,v5ise1 le secret de son am\r lui *appe dans quelques-unes de ses lettres son ami d',arg5teuil1 ,m4 ,m>cotte4 ,quant des s5tim5ts autres que ceux de l'e/ime et d'une vive amiti de la "p de la pr9cesse1 je crois qu'ils n'exi/5t pas4 ,ne s]ait-ce pas d'ailleurs une gr&e folie moi de m'ab&onn] un attrait t\j\rs combattu p> la raison8 ,c>1 enf91 quelle illusion puis-je me faire1 *] ami8 ,cette liaison1 je v\s le rpte1 ne peut que m'lev] l'me et me donn] le dsir de me ma9t5ir dans le s5ti] de la v]tu4 ,quel avantage n'y a-t-il pas dans ces atta*em5ts qui donn5t de l'intrt la vie et qui retremp5t l'n]gie du coeur8444--,elle "p p\r l',anglet]re1 crit-il en novembre de la mme anne1 elle laisse sa mre malade p\r all] sec\rir son pre infirme1 qui l'on ne p]met pas de pass] la m]4 ,j'en pr\ve une pe9e mortelle1 et c'e/ le j\r des ,morts que j'ai appris cette tri/e n\velle4 ,sans tre sup]/itieux1 il y a des concid5ces qui frapp5t1 quoique la raison les c>te2 il me semble que je suis encore plus seul depuis hi]64444 ,tant que j'ai cons]v l'espoir de la revoir1 je croyais mes s5tim5ts p\r elle trs-naturels2 prs5t ils me possd5t trop4 ,t5ez1 voil cette page que je vais v\s confi] et qui v\s f]a connatre cette incl9ation que v\s avez s\ponne et que je v\lais me drob] moi-mme4 ,n\s n'avons pas la page1 mais1 dans plusieurs lettres conscutives1 il s'tudie en homme scrupuleux ju/ifi] la pr9cesse1 non-seulem5t de t\te faiblesse1 mais mme de t\te sduction volontaire avec lui444 ,moi1 moi seul1 dit-il1 je suis la cause d'un malheur que j'aurais d r5f]m] en moi seul4 ,ne p5sez pas qu'un autre que moi en soit c\pable ou qu'elle ait le mo9dre repro*e se faire env]s moi ou env]s le monde4 ,mon ami6 crit-il encore trois mois avant sa mort1 cet atta*em5t ne me r5d pas malheureux autant que v\s le p\vez p5s]1 et1 v\s le dirai-je8 t\te remplie qu'en soit mon me1 je tr\ve cet tat mo9s pnible que le vide du coeur4 ,je ne puis p5s] ,flor5ce sans motion2 la raison1 le devoir1 le c>actre de mon atta*em5t peut-tre ne p]mett5t pas une tri/esse viol5te de s'emp>] de moi2 c'e/ seulem5t une mlancolie qui ne peut nuire mes travaux4 ,une incl9ation qui n'a p\r objet que les s5s t\rm5te et abaisse2 celle qui ne s'atta*e qu' la beaut de l'me1 la bont du coeur1 aux *>mes de l'esprit1 ne peut qu'lev]4 ,v]tu1 c&eur1 simplicit1 t\t e/ en elle6 ,je ne romprai jamais des relations qui me sont si *res44444 ,j'aime mieux que le temps amortisse une incl9ation que v\s croyez trop passionne et qu'il la trans=me en amiti4 ,je dirai plus3 je n'aurais po9t fait mon tableau 7,les ,p*eurs7 si mon coeur n'et t n\rri de cette t5dresse4 ,elle m'a donn une n]gie1 une inspiration1 un ressort que je n'aurais pas eus sans elle444 ,quant la religion1 si elle condamne les passions qui conduis5t au vice1 df5d-elle les p5*ants qui en loign5t8 ,,xxxii ,ce tableau des ,p*eurs1 c'tait sa vie et c'tait sa mort2 il y peignait ses press5tim5ts et son d]ni] s\pir4 ,aussi ce tableau fut-il son *ef-d'oeuvre4 ,jetons-y un long et d]ni] reg>d4 ,les ,moissonneurs avai5t t l'apo?ose de la flicit huma9e2 les ,p*eurs sont l'agonie de la t]re1 le ,dies ir de l'art1 le prlude de mort du gnie frapp au coeur1 l'angoisse des cruelles sp>ations4 ,le ciel bas et brumeux de ,v5ise en automne1 le sil5ce des grves int]rompu seulem5t p> le bruit des pi]res de ses quais qui tomb5t une une dans l'eau morte de ses lagunes1 tai5t un site et un sj\r admirablem5t *oisis d'in/9ct p\r la conception et p\r l'excution d'une telle oeuvre4 ,l'oeuvre1 la voici4 ,la scne se gr\pe sur un quai de ,v5ise1 en face de la m]2 une gr&e b>que ponte de p*eurs e/ l'ancre sur le bord du quai4 ,on passe du quai au navire p> une plan*e qui s]t de pont p\r le *>gem5t4 ,le mt se dresse dans le ciel2 la v]gue1 l\rde de voile demi dr\le1 se hisse sur le mt2 un matelot1 *>g d'un paquet de filets1 passe sur la plan*e et jette son f>deau sur le pont4 ,au del du navire on voit se dr\l] une m] t]ne et indcise entre le calme et la tempte2 le ciel e/ gris2 un gros nuage noir gau*e r5f]me des gra9s s9i/res dans ses flancs2 de lg]s flocons de nuages1 dta*s et effils en *>pie sur la droite1 annonc5t que le v5t s\ffle dj imptueux dans les hautes rgions de l'atmosphre1 quoiqu'on ne le s5te pas encore en bas4 ,quelques voiles lo9ta9es r5tr5t au port en dansant sur les premires lames1 comme des m\ettes f\ettes p> l'ouragan de la haute m]4 ,les prsages sont d\teux2 la saison mme n'e/ pas propice1 l'heure ne l'e/ pas davantage2 on reconnat le soir aux gr&es ombres qui tran5t sur la t]re et aux reflets ples d'un soleil c\*ant sur le sommet des difices4 ,une bran*e de vigne demi dfeuille1 et dont les d]nires feuilles1 r\gies p> la gele1 p5d5t mortes le long d'un mur de clture1 prono/ique l'hiv]1 qui d\ble les prils du flot4 ,les p*eurs sont runis sur l'extrme bord du quai1 un pi$ sur la t]re1 prts mettre l'autre sur le pont du navire4 ,c'e/ l que se dr\le t\t le drame muet du tableau4 ,,xxxiii ,la premire figure qui attire le reg>d1 au sommet du gr\pe1 e/ celle du pre de famille1 matre de la b>que1 roi de l'quipage4 ,il e/ dj vtu de sa capote de la9e de p*eur2 d'une ma9 il s'appuie sur le trid5t et le h>pon1 in/rum5ts de p*e2 de l'autre il montre1 p> un ge/e inquiet1 le nuage qui plombe dans le lo9ta9 sur la m]2 il sonde l'horizon d'un reg>d ple9 de press5tim5ts4 sa gau*e e/ un vieill>d1 compagnon rsign et ins\cieux de la =tune du navire1 qui apporte sur son paule les div]ses provisions de la navigation4 ,devant lui1 deux petits enfants1 dont il e/ l'aeul vont faire leur premire campagne sur les flots4 ,l'un des deux enfants1 vtu d'une capote capu*on qui retombe sur son visage m\ill des l>mes de sa mre1 s'appuie sur l'paule de son frre1 en *]*ant la ma9 de son cam>ade p\r y enlac] ses doigts3 l'autre1 plus jeune encore1 mais d'un visage plus rfl*i1 t\rne et lve son joli visage v]s la figure de son gr&-pre2 il semble lire dans les yeux du *ef de la famille les t]reurs de la pro*a9e nuit4 ,ce gr\pe1 qui fait contra/] la mort et l'enfance1 e/ digne1 p> l'expression des figures et p> la navet des poses1 de ,corrge1 ce pote des enfants4 ,,xxxiv ,en face de ce gr\pe1 et plus rappro*s du navire1 sont deux hommes de m] dans la vigueur de l'ge et de la rude pr(ession4 ,l'un e/ accr\pi sur un tas de voiles2 il reg>de obliquem5t le bord qu'on va quitt]1 sans savoir s'il le rev]ra jamais2 l'autre1 deb\t1 en beau co/ume dalmate1 s'appuie d'une ma9 sur une borne du quai1 et ti5t de l'autre la b\ssole1 prte tre enca/re dans l'habitacle2 on voit que c'e/ le pilote de la b>que et vraisemblablem5t le g5dre du p*eur4 ,il dt\rne ses reg>ds du quai et les plonge dans le lo9ta9 p\r ne pas voir sa jeune p\se et son n\veau-n1 qui sont deb\t aussi sur une m>*e du quai1 assi/ant l'emb>quem5t en sil5ce4 ,entre le quai et le bord1 un bel adolesc5t1 au ge/e d',a*ille1 dr\le et jette hroquem5t sur la b>que les l\rds filets qui ruissell5t en mailles et en cordages sur ses pi$s4 ,ces trois figures sont d'une mle beaut qui rappelle aussi l'antique2 quelques critiques les tr\v5t trop belles2 ils accus5t l'expression de leur physionomie et leur attitude de trop de maje/ p\r des hommes de leur pr(ession4 ,mais ces critiques de ,p>is ne sont jamais alls en ,italie ou en ,grce2 ils aurai5t vu p>t\t des physionomies et des poses hroques1 dans des gr\pes de pa/eurs ou de matelots4 ,cette t]re e/ maje/ueuse de naissance2 la nature huma9e y porte la c\ronne1 une empre9te de dignit et de noblesse qu'aucune pr(ession ne fait drog]4 ,voyez ,homre3 e/-ce que ,nausicaa n'e/ pas pr9cesse en lavant ses robes la fonta9e8 ,e/-ce que le conducteur de boeufs1 de porcs ou de mules1 n'y ti5t pas le f\et ou l'aiguillon comme les rois y ti5n5t le sceptre8 ,les reg>ds de t\s ces hommes1 admirablem5t gr\ps dans leurs attitudes div]ses1 ont l'unit du mme s5tim5t3 l'att5tion sombre l'horizon m5aant2 la proccupation muette du v5t qui va sortir du nuage4 ,une transe c\rageuse1 mais prvoyante1 jette le mme frisson sur t\s ces visages1 l'exception du jeune adolesc5t2 celui-l n'a sur la figure que la mle fi]t de son mti] et la prsomption de son ignorance4 ,le dang]1 p\r lui1 n'exi/e pas4 ,on le reg>de1 on l'admire2 il suffit4 ,,xxxv ,mais deux pas de l'adolesc5t sont sa mre et sa soeur2 le pa?tique comm5ce l avec la femme et l'enfant3 la mre1 vieillie p> la maladie plus que p> l'ge1 e/ languissamm5t assise sur une des m>*es du quai des ,esclavons1 adosse au mur d'une masure qui e/ sans d\te la si5ne2 son bton1 qui *appe sa ma9 affaisse1 atte/e qu'elle e/ infirme et qu'elle s'e/ trane avec ef=t jusque-l1 p\r voir une d]nire fois l'emb>quem5t de son m>i et de ses jeunes enfants2 elle les recomm&e ,dieu de ses lvres ples et balbutiantes4 ,son reg>d e/ atta* sur le m>i et sur les enfants4 ,l'adieu e/ dj dit2 ces *]s p>5ts ont le pi$ sur le pont de la b>que2 la m] les ramn]a-t-elle8 la retr\v]ont-ils qu& ils revi5dront8 ,problme t\*ant qui se pose sur t\s les visages6 ,p\r elle1 le problme semble dj rsolu2 elle n'a plus qu'un s\ffle de vie1 ce s\ffle e/ dans son coeur4 ,une l>me monte aux yeux qu& on la reg>de4 ,,xxxvi ct d'elle1 mais deb\t1 e/ une t\te jeune femme1 sa fille sans aucun d\te2 elle ti5t sur son bras un petit enfant n\veau-n1 sur la tte duquel elle incl9e et elle presse son front1 comme si cette t5dre pression s'adressait son m>i qui s'emb>que4 ,son m>i e/ un de ces deux beaux et vig\reux m>9s1 t\t p5sifs1 qui se prp>5t au d"p2 elle ne les reg>de dj plus1 c> elle ne v]rait plus trav]s ses l>mes2 ses j\es sont ples et fanes de sa d\leur2 mais cette d\leur e/ calme et belle comme l'habitude de la rsignation dans une pr(ession qui vit de prils mortels4 ,son attitude et son pauvre co/ume de contad9e de ,*ioggia rappell5t les madones de ,p]ug9 ou de ,sasso-,f]ato2 mais la div9it ici n'e/ que dans la tri/esse3 c'e/ la figure du press5tim5t2 on voit1 dans la mre malade1 le tombeau2 on voit1 dans la jeune femme et dans l'enfant1 la future indig5ce4 ,nul d\te1 cep5dant1 qu'une rm9isc5ce de la pr9cesse ,*>lotte ne se retr\ve dans le *>mant visage de la jeune mre4 ,la ma9 ne peut pas s'ab/raire du coeur2 qu& le modle e/ sans cesse dans l'me1 il se reproduit notre insu dans le tableau4 ,,xxxvii ,lopold ,rob]t travaillait au tableau des ,p*eurs avec pati5ce et assiduit1 comme au monum5t de sa vie1 tantt ard5t l'oeuvre1 tantt dc\rag et laissant tomb] ses p9ceaux4 ,enf]m avec le seul compagnon de sa vie1 son frre ,aurle ,rob]t1 dans le gr5i] d'un palais de ,v5ise qui lui s]vait d'ateli]1 il ret\*ait et modifiait infatigablem5t ses figures4 ,il f9it p> leur donn] t\tes cette impression de t]reur tragique ou de d\leur anticipe qui en fait un drame pa?tique1 intelligible au premi] reg>d1 et indlbile dans le s\v5ir une fois qu'on l'a reg>d4 ,on voit dans ses lettres1 cette poque1 qu'il tremble galem5t de l'a*ev] ou de le laiss] imp>fait4 ,c'e/ son adieu au monde ou c'e/ le *ef-d'oeuvre qu'il veut faire acclam] p> l'univ]s1 p\r que l'excs de sa gloire lui mrite l'excs du bonheur dans la possession de ce qu'il aime4 ,il rvait videmm5t1 p5dant ce travail ,v5ise1 ce que le ,tasse avait rv ,f]r>e p5dant qu'il composait le huitime *ant de la ,jrusalem1 de lgitim]1 =ce de r5omme1 ses prt5tions la ma9 d'une autre lonore4 ,son secret1 conc5tr dans son coeur1 s'y env5imait p> le sil5ce2 tantt il songeait rev5ir ,flor5ce1 aprs avoir f9i son tableau1 tantt fuir plus lo9 encore de l'idole qui le ret5ait et qui le rep\ssait t\r t\r4 ,une correspondance frqu5te1 et dont on ne connat pas les t]mes1 exi/ait entre la pr9cesse et lui4 ,son frre ,aurle1 cep5dant1 voyait quelquefois les lettres1 brles depuis2 si l'on en croit ce tmo9 consci5cieux et vridique1 ces lettres n'exprimai5t que l'amiti la plus vive1 mais la plus irrpro*able4 ,l'homme s\v5t traduit mal le coeur de la femme2 s\v5t aussi l'expression1 s\s une plume de femme1 dpasse la p5se1 qu& elle crit celui p> qui elle se s5t aime2 il y a une politesse t5dre du coeur qui flatte et qui prolonge l'illusion d'un ami4 ,on laisse trop croire1 de peur de trop dtromp]4 ,si c'e/ une faute1 c'e/ la faute de la bont4 ,les lettres de la pr9cesse que j'ai vues1 dit le frre de ,lopold1 tai5t empre9tes d'un intrt con/ant1 qui p\vait prov5ir seulem5t de l'e/ime p\r le tal5t et p\r le c>actre de ,lopold4 ,il aurait fallu des yeux plus clairvoyants que les mi5s p\r y dc\vrir d'autres s5tim5ts1 c> il y rgnait une rs]ve d'expressions t\te platonique444 ,peut-tre1 aj\te-t-il1 e/-ce l ce qui a fait dur] l'illusion4 ,si le gnie ne se croit pas gal au rang1 p\rquoi s'appro*e-t-il de ce qui e/ au-dessus de lui 7p> les conv5ances de ce monde78 ,ces expressions du frre et du confid5t du gr& arti/e ne laiss5t aucun d\te sur la cause de sa mort2 on ignore seulem5t quelle en fut l'occasion immdiate et dt]m9ante4 ,des rvlations subsqu5tes1 et que le d\ble respect de deux tombes ne p]met pas d'appr(ondir1 laiss5t seulem5t entrevoir dans ce my/re une vague probabilit4 ,la pr9cesse n'avait donn qu'une t5dre amiti au fidle arti/e4 ,un jeune et hroque trang]1 d'un gr& nom1 exil comme elle de sa patrie et errant en ,italie1 comme elle1 aprs l'ombre de la lib]t1 avait son am\r4 ,cet am\r se dn\a bi5tt aprs p> une cata/rophe dont elle fut la victime4 ,elle n'en avait pas fait la confid5ce encore son ami de ,v5ise4 ,on conoit t\t ce qu'il devait en cot] cette femme1 qui recevait de ,lopold plus qu'elle ne p\vait r5dre1 de lui faire un p>eil aveu2 cet aveu ne se fait jamais que p> l'vnem5t un ami jeune et passionn1 qui reg>de t\j\rs comme drob son esprance ce qu'on a donn de t5dresse un autre4 ,peut-tre y eut-il un j\r1 une heure1 une lettre de la pr9cesse ,lopold1 o cet aveu s'*appa1 p> devoir ou p> ncessit1 de sa plume4 ,peut-tre une rumeur publique1 v5ue de ,flor5ce et m5tionne p> has>d dans une conv]sation devant lui1 un soir ,v5ise1 lui apporta-t-elle la fatale rvlation4 ,on n'a pas lu la d]nire lettre1 on n'a pas su avec quel indiscret trang] ,lopold s'tait entret5u1 ce j\r-l1 sur le quai de ,v5ise4 ,t\t e/ re/ my/re1 conjecture1 nigme1 dont un seul homme a le mot1 l'illu/re trang] aim d'une femme morte1 et qui ne peut1 sans sacrilge1 trahir sa vie et sa mort6 ,lopold ,rob]t semble avoir pris so9 lui-mme1 peu de mom5ts avant sa f91 de prv5ir t\te int]prtation (f5sante l'honneur de la pr9cesse4 ,je ne veux pas quitt] ce sujet 7sa tri/esse71 crit-il ,m4 ,m>cotte1 sans v\s faire une prire444 c'e/ de ne faire aucune supposition qui puisse tre dsavantageuse une p]sonne dont les qualits et les mrites appell5t non-seulem5t la considration1 mais l'atta*em5t de t\s ceux qui l'appro*5t4 ,d'ailleurs mes s5tim5ts p\r elle sont nobles et purs1 et1 qu& ils auront plus de calme1 ils me f]ont tr\v] un bi5 dans ce qui m'a tant agit444 ,il *]*ait ce bi5 et cet apaisem5t dans la religion et dans la prire2 la ,bible de sa mre tait sans cesse dans ses ma9s2 il y tr\vait des s\v5irs2 il n'y puisa pas assez la rsignation et la =ce2 il ne tr\va pas non plus en lui-mme la mle et t5dre impassibilit de ,mi*el-,ange1 qui1 voyant dans son c]cueil1 c\v]t de fleurs1 pass] le visage ador de ,vittoria ,colonna1 s'cria3 ,,que ,,ne ,l',,ai-,,je ,,du ,,mo9s ,,bais,e ,,au ,,front6444 ,mais ,mi*el-,ange tait un hros2 ,lopold ,rob]t n'tait qu'un homme2 et puis1 ne se console-t-on pas plus virilem5t de la mort que de l'indiffr5ce de celle dont on se flattait d'tre aim84444 ,,xxxviii ,quoiqu'il en soit1 le #bj m>s #ahce1 aprs avoir ent5du dans la soire de la veille le ,requiem de ,moz>t1 *ant1 sa prire1 p> deux ,allem&s musici5s de sa connaissance2 aprs avoir donn quelques c\ps de p9ceau son tableau et aprs avoir lu en sil5ce quelques v]sets de sa ,bible1 il tait mont son ateli]1 o son frre1 en entrant1 le tr\va sans vie au pi$ de son *evalet4 ,il s'tait frapp la gorge d'un seul c\p qui avait tran* sa de/9e1 son am\r1 sa gloire3 malade1 comme il l'avait dit une fois lui-mme1 ,,de ,,la ,,maladie ,,de ,,ceux ,,qui ,,ont ,,aspir ,,trop ,,haut6444 ,il dort dans la patrie de ,canova1 avec lequel il eut tant de ressemblance p> le s5tim5t du beau1 ce vrai b de l'art4 ,son corps e/ indiqu au passant p> une simple pi]re o ses amis ont grav son nom4 ,il repose dans la petite le de ,sa9t-,*ri/ophe1 p>mi les lagunes de ,v5ise4 ,la m] qu'il peignit de l1 dans ses ,p*eurs1 se dr\le t]ne et brumeuse aut\r de l'lot4 tait-ce une prvision de sa de/9e8 ,son tombeau tait dans son horizon1 sa tri/esse tait dans les physionomies de ses figures2 le navire sur lequel cette famille va s'emb>qu] ressemble un catafalque1 au sommet duquel la v]gue et le mt figur5t une croix funbre sur la spulture des vagues6 ,que les voyageurs sympa?iques la mlancolie de l'me et la maladie mortelle du gnie 7trop aspir]7 aill5t p5s] et pri] sur ce petit t]tre de sable qui rec\vre sa tombe4 ,son me n'tait pas responsable de sa ma92 la nature ne l'avait pas d\ ou il n'avait pas ex]c en lui la =ce ncessaire ces gr&s hommes1 de/9s lutt] avec ce qu'on nomme l'idal2 l'idal fait plus de victimes qu'on ne p5se3 c'e/ la maladie des gr&es imag9ations qui ont un faible coeur4 ,o ,mi*el-,ange aurait survcu1 ,lopold ,rob]t succomba4 ,plaignons-le1 ne l'accusons pas4 ,sa mort ne fut pas une dlibration de sa raison1 mais un accs de dfaillance qui anantit sa raison4 ,il y a des organisations qui n'ont pas la trempe de leur volont2 la vie les tue p> leur puissance mme de trop s5tir4 ,n\s ne l'excusons pas1 ,dieu ne plaise6 ,n\s l'int]prtons4 ,,xxxix ,tel fut ,lopold ,rob]t4 ,qu& on mesure p> la p5se t\t ce qu'il y a de s5sibilit dans ses deux oeuvres capitales3 les ,moissonneurs et les ,p*eurs de l',adriatique2 qu& on le voit pass]1 comme p> une gamme prodigieuse1 des impressions huma9es de l'excs de vie1 de jeunesse1 d'am\r1 de bonheur1 dans le *> des ,moissonneurs1 l'excs de mlancolie et d'abattem5t dans la b>que des ,p*eurs2 qu& on p>c\rt la di/ance morale qu'il y a de la figure de la fiance c\ronne d'pis et de pavots1 dansant devant les boeufs du tableau de la ,madonna dell' ,arco1 la figure de la jeune p\se transie des frissons du d"p1 pressant son n\rrisson dans ses bras1 ou la figure de la femme ge et m\rante1 voyant p>tir p\r la premire fois ses deux petits-fils et voyant p>tir1 p\r la d]nire fois aussi1 le m>i vieilli de ses beaux j\rs1 qu'elle ne v]ra plus rev5ir1 on compr5d t\t ce qu'a d s5tir1 dans la moelle de ses n]fs1 le pe9tre capable d'avoir exprim a9si les deux ples extrmes de la s5sibilit huma9e3 l'excs de la flicit1 l'excs de la d\leur4 ,une telle puissance de s5tir tait1 p\r ,rob]t1 une impuissance de vivre4 ,notre facult de s\ffrir e/ en raison de notre facult de s5tir3 tel meurt d'un vnem5t dont tel autre s\rit2 en lui la note avait bris le clavi]4 ,,xl ,le succs des ,p*eurs de l',adriatique1 qui arrivait ,p>is le j\r ou l'me de ,rob]t s'envolait rejo9dre ailleurs l'me de ,titi5 et de ,raphal1 ne fut pas un succs1 mais un triomphe4 ,la c\ronne d'en?\siasme1 comme celle du ,tasse1 ne dcora qu'un tombeau2 les gravures1 millions d'exemplaires1 cette dition des tableaux1 rp&it1 du palais la *aumire1 l'oeuvre po/hume de ,lopold4 ,depuis ce j\r on n'a pas cess de s'extasi] sur ces deux p5dants de la joie et de la tri/esse1 les ,moissonneurs et les ,p*eurs4 ,la critique1 qui con/ate la gloire comme l'ombre con/ate le corps qu& il y a du soleil en haut1 n'a pas cess non plus de prote/] contre notre en?\siasme n\s ignorants2 mais l'ignorance aura le d]ni] mot1 c> elle e/ l'in/9ct des s5s et de l'me4 ,l'me et les s5s ne se tromp5t pas1 t&is que la critique se trompe et que l'envie blasphme au lieu de jug]4 ,lopold ,rob]t survivra1 p>ce qu'il e/1 comme le t5dre et pieux ,s*eff]1 qui vi5t de m\rir1 un novateur1 un initiateur1 un inv5teur d'un n\veau g5re de pe9ture3 la pe9ture d'expression1 la pe9ture spirituali/e1 la pe9ture qui vi5t de l'me1 qui s'adresse l'me1 qui meut l'me presque sans pass] p> les s5s4 ,c'e/ un dfaut1 dis5t les savants2 cette pe9ture n'e/ qu'une sorte de gravure1 cette pe9ture fait p5s] et s5tir1 mais elle ne fait pas assez voir2 elle n'acc5tue pas assez les objets2 elle ne colorie pas assez la nature2 elle ne sculpte pas assez les figures sur la toile1 p> le jeu savant et puissant des j\rs et des ombres1 p\r faire saillir en relief les objets de la surface plane du tableau2 elle n'tonne pas comme ,mi*el-,ange2 elle n'illum9e pas comme ,raphal2 elle n'bl\it pas comme ,titi52 elle n'clab\sse pas comme ,rub5s2 oui1 mais elle rappelle ,van ,dyck1 ce traducteur de l'me sur les traits presque incolores de la physionomie4 ,,xli ,t\t cela e/ vrai6 ,n\s ne v\lons pas l\] un g5re p> ses dfauts1 ni donn] deux gr&s pe9tres quelques qualits de mti] qui peuv5t leur manqu]4 ,sans d\te il y a eu et il y a1 auj\rd'hui surt\t1 en ,france1 o une gnration de gr&s pe9tres prp>e un second sicle de ,lon ,x1 en de des ,alpes1 il y a des pe9tres qui peign5t1 comme ,gricault1 ou dess95t1 comme ,mi*el-,ange1 avec le crayon f\gueux et infaillible qui calque les =mes du ,crateur1 qui sculpte la *>p5te des os et des muscles du corps huma92 il y en a qui ont ravi ,titi5 le coloris1 ,raphal la grce1 ,rub5s l'bl\issem5t et l'emptem5t pr(ond1 dlays dans des rayons p> leurs p9ceaux ruisselants2 il y en a qui font nag]1 comme ,huet1 leurs paysages1 svrem5t rfl*is p> un oeil p5sif1 dans les lumires s]e9es de ,claude ,lorra9 ou dans les ombres transp>5tes de ,p\ss92 il y en a qui ptriss5t1 comme ,delacroix1 en ptes spl5dides1 les te9tes de l'arc-en-ciel sur leurs palettes2 il y en a qui1 comme ,gud91 font ondul] la lumire et t9cel] l'cume sur les vagues remues p> le s\ffle de leurs lvres2 il y en a1 comme ,meyssonni]1 qui donn5t aux scnes et aux intrieurs de la vie dome/ique l'intrt1 la ralit1 le pittoresque et le classique de la pe9ture hroque2 il y en a qui1 comme mademoiselle ,rosa ,bonheur1 transport5t avec une vigueur mascul9e1 sur la gr&e toile1 les pa/orales de ,?ocrite1 les *evaux de *>rette ou les taureaux fumants dans le sillon ret\rn p> le soc luisant2 il y en a qui1 comme les deux ,lehmann1 dont le plus jeune1 dans sa ,graziella c\tant le livre qu'on lui lit la lueur du crpuscule1 sur la t]rasse de l'le de ,procida1 au bord de la m]1 sembl5t avoir retr\v sur leur palette l'me mlodieuse de ,lopold ,rob]t4 ,mais y en a-t-il qui1 avec t\t leur art1 quoique te*niquem5t trs-suprieurs ,lopold ,rob]t1 fass5t p5s] et p>l] la toile1 la langue1 l'me1 en t]mes aussi expressifs et aussi pa?tiques que l'criva9 des ,moissonneurs et des ,p*eurs8 ,y en a-t-il qui donn5t en quelques traits de p9ceau une motion si pr(onde et si durable au coeur8 ,en un mot1 y en a-t-il qui s5t5t plus et qui exprim]ai5t mieux8 ,or pe9dre n'e/-ce pas exprim]8 ,que me font le dess9 et la c\leur si v\s ne me faites pas p5s] et s5tir8 ,un rayon de soleil sur la plaque du photographe dess9e mieux encore que votre crayon1 et un arc-en-ciel a plus de c\leurs que vos palettes4 ,mais pr5ez un enfant1 m5ez-le devant le tableau des ,moissonneurs1 dem&ez-lui ce que dis5t ces deux ttes de buffles attels au timon4--,ils dis5t1 rpondra l'enfant1 la fatigue du j\r qui se repose et l'obissance des animaux heureuse d'obir au jeune b\vi] qui c>esse de sa ma9 di/raite leurs rudes poils entre leurs cornes sur leurs fronts4 ,c'e/ l'association volontaire de l'animal dome/ique et de l'homme1 l'am\r entre deux4--,que dis5t ces deux j\eurs de cornemuse1 p> leurs ge/es et p> le m\vem5t gau*e et av9 de leurs pi$s p\dreux8 ,ils dis5t l'ivresse de la moisson qui comm5ce1 et la joie de la t]re qui fait bondir les pi$s de l'homme la rception des dons de ,dieu4--,que dit le visage de cette jeune et belle moissonneuse1 reg>dant de lo9 les musici5s des ,abruzzes8 ,elle dit que les pas grotesques des danseurs la font s\rire en d$ans1 mais qu'elle p5se au j\r pro*a9 de ses noces avec le fils du matre du *amp qui g\v]ne les buffles1 j\r o elle =m]a elle-mme1 avec ses compagnes1 aux sons de la mme zampogna1 des pas plus lg]s et plus gracieux4--,et que dit le t\*eur de buffles8 ,il dit qu'il e/ fi] et cont5t de son attelage1 qu'il a le cons5tem5t de son pre sa pro*a9e union avec la belle ,c\peuse des g]bes vois9es1 et qu'il dfie avec assurance le de/9 de lui ravir sa jeunesse et son bonheur4--,et que dit la jeune mre1 deb\t sur le *>1 son n\veau-n dans les bras8 ,elle dit qu'elle mprise dsormais ces musiques1 ces danses1 ces joies folles de la jeunesse1 qu'elle a recueilli t\te sa p5se dans la t5dresse svre de son m>i1 assis sur le buffle1 et t\t son av5ir dans ce n\rrisson press sur son se94--,et ce vieill>d1 matre du *amp1 acc\d sur les sacs1 reg>dant avec une affectueuse indiffr5ce les musici5s1 les danseurs1 la moisson1 le soleil c\*ant1 que dit-il8 ,il dit que son soleil1 lui1 baisse aussi1 que sa famille e/ tablie et prospre1 que ses *amps sont ri*es de g]bes1 que ses *eveux blancs1 qui s'*app5t de son *apeau sur ses tempes amaigries et ples1 lui annonc5t la f9 des lab\rs et des moissons ici-bas1 et que l'automne de la t]re lui prdit sa propre automne4 ,,xlii ,passons l'autre tableau3 les ,p*eurs de l',adriatique1 et cont9uons d'int]rog] l'enfant sur la signification si diffr5te de ces visages attri/s1 p> ce nuage1 sur ce d"p4--,que dit le matre de la b>que8 ,il dit que le c\p de v5t e/ l-bas s\s ce nuage lo9ta91 qu'il montre du ge/e l'quipage1 et qu'il faut s'att5dre de rudes lames en ple9e m]4--,que dis5t les deux ttes de ces deux petits enfants s\s leur capu*on8 ,elles dis5t qu'elles affront5t p\r la premire fois la m]1 qu'elles sont t\tes tides encore des bais]s de leur aeule malade1 qu'elles frissonn5t au v5t froid de la vague sale1 et qu'il faut bi5 c\t] et bi5 reg>d] le pre1 leur seule et t5dre provid5ce sur les flots p5dant la manoeuvre4 --,et que dis5t ces deux mles1 mais sombres visages de pilote et de *ef d'quipage1 adosss la b>que et dt\rnant leurs reg>ds du quai1 d'o les femmes reg>d5t l'emb>quem5t8 ,elles dis5t que la rsolution et le pril visible lutt5t dans leurs p5ses1 muettes sur leurs lvres1 et qu'il y a l'horizon un po9t noir d'o la mort peut tomb] avec le v5t4--,et que dit le visage du jeune fils qui dplie si maje/ueusem5t les filets1 sans ri5 reg>d] ni sur t]re ni sur m]8 ,il dit l'orgueil de son premi] emb>quem5t p\r une gr&e trav]se et la prsomption de la jeunesse qui ne peut pas croire la mort4--,et que dit la jeune m>ie1 deb\t1 son n\veau-n dans le pli de son manteau sur ses bras8 ,elle dit que son coeur n'e/ dj plus dans sa poitr9e1 mais qu'il e/ dj sur la b>que1 demi mort1 au milieu de la b\rrasque1 avec son m>i qui la quitte p\r la premire fois4--,et que dit la femme malade1 assise sur la m>*e du quai1 auprs du cep de vigne dfeuill p> le v5t de m]8 ,elle ne dit plus ri52 elle e/ dj morte1 morte d'angoisse autant que de maladie1 sans avoir revu ni son m>i1 compagnon encore robu/e de sa longue vie1 ni ces deux petits g>ons1 ces d]ni]s-ns lancs la m] avant l'ge4--,et que dit l'ensemble de t\tes ces figures et de t\tes ces physionomies rp]cutes les unes sur les autres8 ,il dit l'agonie sur la t]re et le naufrage sur la m]1 l'angoisse de la mort p>t\t1 l't]nelle sp>ation4 ,,xliii ,or combi5 n'a-t-il pas fallu de rflexion1 de s5sibilit1 de cration m5tale et manuelle1 au pe9tre de ces deux gr&es scnes de la vie huma9e1 p\r avoir conu1 reproduit1 exprim tant de s5tim5ts div]s dans les physionomies de tant de p]sonnages1 si heureusem5t ou si d\l\reusem5t impressionns8 ,combi5 n'a-t-il pas fallu de gnie expressif p\r traduire tant d'me et tant de nuances d'me sur les traits de ces visages8 et1 aj\tons1 sur des traits t\j\rs beaux2 c>1 dans ,lopold ,rob]t comme dans la /atuaire grecque1 l'expression n'enlve jamais ri5 au beau1 cette premire condition de l'idal dans l'art4 ,et comm5t di/+u]ez-v\s1 dans des oeuvres si =tem5t empre9tes de p5ses et si communicatives de s5tim5t1 comm5t di/+u]ez-v\s1 disons-n\s1 la pe9ture de la littrature1 le dess9ateur du pote1 le pe9tre du philosophe1 le tableau du livre8 ,e/-ce que l'un ne v\s p>le pas aussi clairem5t et aussi loquemm5t que l'autre8 ,e/-ce que la toile ne vaut pas la page8 ,e/-ce que le p9ceau ne rivalise pas avec la plume8 ,e/-ce qu'il y a plus de langage dans un mot crit que dans un trait pe9t8 ,e/-ce que ,mi*el-,ange n'e/ pas aussi f\droyant que ,bossuet8 ,e/-ce que ,raphal n'e/ pas aussi lyrique dans la ,transfiguration qu',isae8 ,e/-ce que ,s*eff] n'e/ pas aussi my/ique que sa9t ,augu/98 ,e/-ce que ,lopold ,rob]t n'e/ pas aussi pa?tique que ,b]n>d9 de ,sa9t-,pi]re dans son naufrage de ,virg9ie8 ,e/-ce qu'en sortant d'une gal]ie du ,l\vre ou du ,vatican v\s ne v\s s5tez pas l'me aussi remue qu'en f]mant les plus beaux livres d'une biblio?que8 ,s'il en e/ a9si1 p\rquoi donc v\s tonn]iez-v\s que j'aie fait entr]1 p\r la premire fois1 la musique et la pe9ture1 et bi5tt la /atuaire1 dans un c\rs de littrature8 ,et p\rquoi n'aurais-je pas *oisi1 p\r cette innovation1 un des plus littraires des pe9tres de ce temps1 ,lopold ,rob]t8 ,c> c'e/ vritablem5t p\r moi celui dont le crayon se rappro*e le plus de la plume1 le plus p5sif et le plus s5ti1 avec ,s*eff]1 de t\s ceux qui ont crit leur me avec des =mes et des c\leurs sur une toile4 ,ce ne s]a pas un pe9tre si v\s v\lez1 dirai-je ces critiques1 mais ce s]a le plus lyrique1 le plus pa?tique1 le plus dramatique1 le plus idal des criva9s l'huile6 ,et si v\s d\tez de son tal5t1 reg>dez sa vie et reg>dez sa mort2 il a vcu de ses rves1 il a pe9t du sang de son coeur1 il e/ mort de son gnie4 ,blmons son acte2 plaignons sa dfaillance2 mais aimons son me4 ,t\t e/ inf9i en ,dieu1 mme le p>don6 ,,lam>t9e4 ,x,x,x,v,i,i,ie ,,entreti5 ,,litt,,rature ,,dramatique ,,de ,l',,allemagne4 ,,le ,,drame ,,de ,,fau/ ,,p> ,,goe!4 ,i ,p\r bi5 compr5dre une littrature il faut d'abord bi5 compr5dre un peuple2 c> la littrature d'un peuple1 ce n'e/ pas seulem5t son gnie1 c'e/ son c>actre4 ,la race allem&e e/ une bran*e de la famille ori5tale4 ,sa langue l'atte/e non-seulem5t p> son antique con/ruction et p> sa primitive fcondit1 mais elle l'atte/e plus encore p> ses tymologies1 qui la ratta*5t videmm5t la vieille langue sacre des ,indes1 le sanscrit4 ,creusez le mot1 v\s tr\vez l',inde sa rac9e4 ,l'hi/oire1 qui p]d tant de *oses sur la r\te des sicles1 a compltem5t p]du les traces de cette filiation de la race allem&e avec les ,indes2 mais la langue e/ un tmo9 qu'on ne peut rcus]4 ,le c>actre allem& e/ un autre tmo9 de cette p>5t loigne de l',allemagne avec les ,indes4 ,le peuple allem& e/ rveur et my/ique comme l'enfant dpays du ,gange2 il s'enivre de sa propre imag9ation1 il aime le surnaturel1 il se dlecte dans les traditions populaires1 il ressasse t]nellem5t les vieilles lg5des1 il a la p5se ple9e de hros qui n'ont jamais exi/2 le monde visible occupe mo9s de place p\r lui que le monde invisible2 il conv]se la moiti de sa vie avec des fantmes3 l',allemagne e/ la t]re des halluc9ations4 ,cette disposition somnol5te et rveuse de l',allemagne la r5d prompte l'ide1 l5te l'action2 p5s] lui suffit1 peu lui importe de conclure1 encore mo9s d'agir2 aussi la l5teur un peu l\rde de l',allemagne e/-elle passe en prov]be4 ,il n'y a ri5 de si p>esseux que le bi5-tre2 le kef des ,ori5taux1 cet tat des s5s o l'me contemplative se dta*e du corps p\r plan] dans l'espace imag9aire1 e/ l'tat naturel de l',allemagne4 ,p\rquoi s'agit]ait-elle8 ,elle n'e/ pas o elle e/2 elle vit dans la rgion des *imres2 elle e/ bi54 ,cette p>esse p5sive du gnie de l',allemagne se retr\ve jusque dans sa con/itution politique4 ,cette con/itution e/ illogique1 gnante1 nationalem5t impuissante2 l',allemagne la dplore1 mais elle ne la modifie pas4 ,d*ire plus que con/itue en empires1 en royauts1 en fodalits ecclsia/iques1 en pr9cipauts1 en municipalits ou en rpubliques s\v]a9es1 cette t]re manque ess5tiellem5t d'unit2 elle e/ con/amm5t en dites ou en dlibrations avec elle-mme4 ,p5dant qu'elle dlibre on la frappe la tte ou au coeur2 avant qu'elle ait runi ses cont+5ts on e/ au c5tre de ses prov9ces1 ,may5ce1 ,franc=t1 ,vi5ne1 en ,saxe1 ,muni*1 ,b]l94 ,quoique trs-belliqueuse de c\rage1 elle e/1 de t\tes les races1 la plus ouv]te aux invasions2 on la frappe t\s les membres sans que la tte le s5te2 avant qu'elle ait port la ma9 la blessure elle e/ conquise2 mais aussi elle ne meurt d'aucune de ces blessures1 p>ce que sa vie nationale e/ p>t\t et que son patriotisme1 qui enfante des armes sur des *amps de dfaites1 e/ immortel4 ,il e/ heureux peut-tre p\r l',europe que le c>actre de l',allemagne se refuse a9si l'unit2 c>1 si l',allemagne tait une1 l',europe s]ait peut-tre vassale de la ,g]manie4 ,,ii ,la littrature allem&e a t\tes les qualits et t\s les dfauts de ce c>actre national des ,g]ma9s2 elle e/ l5te et contemplative comme cette race2 elle a mis treize c5ts ans se dvelopp] en littrature digne d'tre tudie1 et1 malgr ces treize c5ts ans de vieillesse1 elle a encore auj\rd'hui les balbutiem5ts1 la navet1 disons le mot1 la purilit d'une premire enfance4 ,ce n'e/ pas le gnie cep5dant qui manque aux ,allem&s1 =tes ttes de la famille europenne1 c'e/ l'emploi de leur gnie2 ils j\5t avec leur imag9ation comme des enfants avec leurs j\ets4 ,au lieu de lui dem&] ces oeuvres srieuses que l',italie1 la ,france1 l',anglet]re font produire leurs gr&s hommes de lettres1 les ,allem&s rv5t1 et n\s p5sons4 ,le ,rh9 et le ,danube sont des ,l?s qui sembl5t ne r\l] que des songes4 ,,iii ,n\s remont]ons incessamm5t avec v\s ce c\rs l5t de la p5se allem&e p> ses oeuvres1 depuis nos j\rs1 c'e/--dire depuis ,klop/ock1 ,s*ill]1 ,goe!1 ces potes culm9ants du dix-huitime sicle1 jusqu' l'anne #aaeb du d\zime sicle1 o p>ut l',iliade des ,g]ma9s1 le pome b>b>e et sublime des ,nibelung54 ,auj\rd'hui1 selon notre habitude de ne c>actris] les littrateurs que p> leur *ef-d'oeuvre1 n\s allons v\s introduire dans le ?tre allem& p> l'analyse du ,fau/ de ,goe!1 drame qui conti5t1 dans l'imag9ation d'un pote aussi philosophe que ,voltaire1 aussi mlodieux que ,rac9e1 aussi obs]vateur que ,molire1 aussi my/ique que ,dante1 t\t le gnie de la littrature allem&e et t\t le c>actre du peuple allem&4 ,l'auteur de ce drame de ,fau/1 ,goe!1 presque notre contempora91 e/ inconte/ablem5t nos yeux le plus gr& gnie de la race allem&e4 tudions un mom5t l'homme avant d'tudi] l'oeuvre3 l'homme dans ,goe! n'e/ pas mo9s c>actri/ique que l'oeuvre4 ,,iv ,un de ces hommes d'lite littraire1 mais trop mode/es1 qui font p5dant t\te une vie d'tudes le travail p\r a9si dire s\t]ra9 de la p5se de leur sicle1 hommes de sil5ce qui ne dem&5t ri5 au bruit1 t\t au mrite1 ,m4 ,blaze de ,bury1 criva9 de l'cole asctique1 r5f]m comme dans les clotres /udieux de la religion littraire1 a publi1 il y a d\ze ans1 une complte tude sur le gnie de ,goe! et une incomp>able traduction du drame de ,fau/2 n\s n\s en s]virons1 comme on se s]t1 dans les tnbres d'une langue inconnue1 d'une lumire emprunte qui fait rejaillir de t\s les mots les c\leurs mmes de cette langue1 ou comme on se s]t1 dans un s\t]ra91 d'un *o qui rp]cute le bruit de t\s les pas de ceux qui v\s devanc5t dans sa nuit4 ,en m>*ant sa lueur et sur sa trace n\s retr\v]ons ,goe! t\t enti]4 ,v ,avant de dire quelques mots notre t\r de la vie de ,goe!1 voyons d'abord en lui l'homme extrieur4 ,l'homme e/ dans ses oeuvres1 sans d\te1 mais il e/ aussi dans ses traits3 la nature m\le le visage sur l'me4 ,pr5ons la figure de ,goe! cette poque fugitive o la fleur de la jeunesse clate encore sur les traits1 mais o le fruit de la p5se ou du s5tim5t comm5ce se =m] et s'entrevoir s\s cette jeunesse qui s'effeuille4 ,n\s avons de ce gr& homme d'excell5ts portraits t\s les ges4 ,le voil v+t-six ans4 ,sa taille e/ leve2 sa /ature e/ m9ce et s\ple2 ses membres1 un peu longs comme dans t\tes les natures nobles1 sont ratta*s au bu/e p> des jo9tures presque sans saillie2 ses paules1 gracieusem5t abaisses1 se confond5t avec les bras et laiss5t s'lanc] entre elles un c\ svelte qui porte lgrem5t sa tte sans p>atre en s5tir le poids2 cette tte1 vel\te de *eveux trs-f9s1 e/ d'un lgant ovale2 le front1 sige de la p5se1 la laisse transp]c] trav]s une peau fm99e2 la vote du front desc5d p> une ligne presque p]p5diculaire sur les yeux2 un lg] sillon1 signe de la puissance et de l'habitude de la rflexion1 s'y creuse pe9e entre les deux s\rcils trs-relevs et trs-arqus1 semblables des s\rcils de jeune fille grecque2 les yeux sont bleus1 le reg>d d\x1 quoique un peu t5du p> l'obs]vation in/9ctive dans l'homme qui doit beauc\p pe9dre2 le nez droit1 un peu r5fl aux n>9es comme celui de l',apollon antique3 il jette une ombre sur la lvre suprieure2 la b\*e entire1 p>faitem5t modele1 a l'expression d'un homme qui s\rit intrieurem5t des images t\j\rs agrables2 le m5ton1 cet organe de la =ce morale1 a beauc\p de f]met1 sans roideur2 une fossette le divise en deux lobes p\r en tempr] la svrit4 ,t\te la physionomie exprime la beaut apolloni5ne en elle-mme1 et hors d'elle-mme l'am\r et la j\issance de la beaut4 ,l'intellig5ce heureuse s'y j\e sans p>atre s'y bris] sur aucun po9t1 comme la lumire s'y j\e sans se heurt] aucun angle4 ,c'e/ le portrait vivant de la facilit dans la t\te-puissance4 ,la t]re e/ dj un ciel p\r ces figures de prde/9s de l'am\r1 du bonheur et du gnie sans ob/acles4 ,je ne vois gure que ,raphal1 dans les portraits de son adolesc5ce1 qui puisse lutt] avec cette svrit rayonnante d'un visage huma92 mais ,raphal devait m\rir jeune1 et ,goe! devait m\rir vieux1 aprs avoir pass sans se fltrir p> t\s les ges et en empruntant successivem5t au contraire t\s les g5res de beaut *acun des ges de la vie4 ,remontons ma9t5ant son b]ceau1 et suivons-le de l1 de de/9e en de/9e et de *efs-d'oeuvre en *efs-d'oeuvre1 jusqu' l'apo?ose2 c> la tombe p\r lui n'a t qu'une apo?ose3 ce n'e/ pas un homme comme n\s1 c'e/ un immortel4 ,,vi ,le #bh aot #agdi1 dit-il lui-mme dans son mmorial dome/ique1 je v9s au monde ,franc=t-sur-le-,me91 p5dant que l'horloge sonnait midi4 ,il tait n dans une ville libre2 heureusem5t n1 ni trop haut1 o l'on e/ facilem5t corrompu p> l'orgueil de la naissance1 ni trop bas1 o l'on e/ facilem5t avili p> la s]vilit d'une condition infrieure2 il tait n ce degr prcis de l'*elle sociale o l'on voit ju/e autant d'hommes au-dessus de soi qu'au-dess\s1 et o l'on p>ticipe1 p> gale portion1 de la dignit des classes ari/ocratiques et de l'activit des classes plbi5nes2 heureux milieu qui e/ le vrai po9t d'optique de la vie huma9e4 ,son pre tait le premi] magi/rat lu de la b\rgeoisie de ,franc=t2 la maison go?ique et sombre qu'il habitait dans une rue ds]te de ,franc=t rappelait1 p> sa vtu/1 p> ses escali]s t\rnants1 p> ses ve/ibules f]ms de grilles de f] sur la rue1 et p> ses f5tres sans symtrie1 *elonnes sur la faade1 la demeure =te du g5tilhomme allem&1 int]dite aux sditions du peuple comme aux assauts de la fodalit4 ,franc=t tait la ,flor5ce de l',allemagne1 mo9s les ,mdicis2 ville o le ngoce ne drogeait pas la noblesse1 et o les arts illu/rai5t les mti]s4 ,l'enfance de ,goe!1 sur laquelle il s'appesantit trop dans ses ,mmoires1 l'exemple de ,jean-,jacques ,r\sseau dans ses ,confessions1 ne mrite pas d'tre reg>de avant l'ge o les s5sations devi5n5t des ides4 ,on tr\ve les premires prdispositions de l'enfant la rv]ie1 maladie fconde des gr&es imag9ations1 dans la description de la *ambre haute o son pre lui faisait tudi] ses leons4 ,qui de n\s ne se reconnat pas dans cette pe9ture de l'enfant captif au d]ni] *elon de quelque cage pat]nelle8 ,au second tage de notre maison1 dit-il1 il y avait une *ambre dont les f5tres tai5t c\v]tes de plantes1 af9 de remplac] un vritable j>d9 que n\s ne possdions pas4 ,la vue donnait sur les j>d9s de nos vois9s et sur une pla9e f]tile1 qu'on dc\vrait p>-dessus les murs de la ville4 ,c'e/ dans cette *ambre qu'en t je v5ais appr5dre mes leons1 contempl] un orage1 admir] le c\*] du soleil et s\pir] aprs la campagne4 ,j'y voyais aussi nos vois9s se prom5] dans leurs j>d9s1 arros] leurs fleurs1 reg>d] j\] leurs enfants1 et se livr] avec des amis t\tes sortes d'amusem5ts4 ,plus d'une fois le bruit d'une b\le qu'on lanait et des quilles qu'elle faisait tomb] arrivait s\rdem5t jusqu' moi4 ,t\t ceci veillait dans mon jeune coeur d'inc]ta9s dsirs et un beso9 de solitude tellem5t en h>monie avec mes dispositions la gravit rveuse et aux vagues press5tim5ts que je ne t>dai pas en tre visiblem5t influ5c4 ,au re/e1 notre maison1 si ple9e de reco9s obscurs1 tait trs-propre entret5ir de semblables p5*ants4 ,p\r comble de malheur on croyait alors que1 p\r gurir les enfants de la cra9te du surnaturel1 il fallait les acc\tum] de bonne heure l'envisag] sans effroi4 ,dans cette conviction on n\s =a c\*] seuls1 et lorsque1 ne p\vant plus matris] nos t]reurs1 n\s n\s *appions du lit p\r n\s gliss] dans la compagnie des valets et des s]vantes1 notre pre1 envelopp dans sa robe de *ambre mise l'env]s1 et1 p> consqu5t1 suffisamm5t dguis p\r n\s1 n\s b>rait le passage et n\s faisait ret\rn] sur nos pas4 ,le rsultat de ce procd e/ facile compr5dre4 ,le moy5 de se db>rass] de la peur qu& on se tr\ve entre deux situations galem5t propres l'excit]6 ,ma mre1 dont l'affabilit et la bonne humeur ne se dm5tai5t jamais1 et qui aurait v\lu voir t\t le monde dans les mmes dispositions d'esprit1 eut rec\rs un moy5 plus aimable et qui lui russit m]veille3 celui d'entre n\s qui n'avait pas eu peur la nuit recevait1 le mat91 une ample di/ribution de fri&ises4 ,bi5tt n\s va9qumes compltem5t nos t]reurs1 p>ce que n\s tr\vmes notre intrt le faire4 ,mon pre avait susp5du1 dans la salle d'entre1 une collection de vues de ,rome1 grave p> quelques habiles prdcesseurs de ,piranese1 qui avai5t une ent5te m]veilleuse de l'ar*itecture et de la p]spective4 ,grce ces gravures1 je contemplais *aque j\r la place du ,peuple1 le ,colise1 la place et l'glise de ,sa9t-,pi]re4 ,ces div]s po9ts de ,rome m'impressionnr5t si vivem5t que1 malgr son laconisme habituel1 mon pre se plut s\v5t me les expliqu]4 ,il avait1 au re/e1 une gr&e prdilection p\r t\t ce qui t5ait l',italie1 et il employait une p>tie de son temps compos] et revoir la relation du voyage qu'il avait fait en ce pays1 et d'o il avait rapport une collection de m>bres et de curiosits naturelles4 ,,vii ,c'e/ p> ces f5tres que la mlancolie entrait dans les s5s et dans l'me du pote futur4 ,c'e/ a9si qu'elle entrait plus t>d dans la mi5ne1 p> les f5tres au c\*ant de ma *ambre dans la maison de mon pre1 ouvrant sur des toits clab\sss d'une morne lumire et attri/s encore p> le r\c\lem5t de pigeons blancs qui bordai5t les tuiles de la rue vois9e4 ,la posie y entra aussi malgr le pre de ,goe!2 il rpugnait1 comme beauc\p de vieill>ds1 ces innovations du gnie2 elles drang5t les vieilles admirations dans l'esprit comp>tim5ts des hommes qui ont fait leurs provisions d'ides p\r leur vie1 et qui s'impati5t5t qu& on les =ce d'y aj\t] ou d'en retran*] quelque *ose4 ,les dix premi]s *ants du pome pique de la ,messiade1 p> ,klop/ock1 v5ai5t de p>atre2 l',allemagne s'tonnait et frmissait d'en?\siasme cette posie srieuse comme une religion1 o le drame du ,calvaire se dr\le entre le ciel et l'enf] et o l'enf] lui-mme laisse entr] le rayon de la misricorde4 ,un vieil ami du pre de ,goe! apporta un j\r ces pages la maison et v\lut les lire2 le pre s'indigna au premi] v]s de cette posie qui pr5ait au srieux sa mission jusque-l futile en ,allemagne2 il rejeta avec fureur le livre sur le p>quet et pria son ami de ne jamais lui prononc] le nom de ,klop/ock4 ,l'ami contri/ s'loigna2 mais la mre1 encore jeune1 de ,goe! l'arrta1 l'insu de son m>i1 dans l'anti*ambre1 lui r$em&a le volume et le lut en secret comme un objet d'dification de ses enfants4 ,les enfants fur5t ravis et ret9r5t les passages les plus pa?tiques dans leur mmoire4 ,quelques j\rs aprs1 p5dant que le pre de ,goe! se faisait ras] dans le salon1 ,goe! et sa soeur se rcitai5t l'un l'autre1 au co9 du feu1 demi-voix1 les am\rs d',abbadonna et de ,satan4 ,t\t c\p la jeune fille1 oubliant dans son en?\siasme l'av]sion de son pre p\r ce livre1 jette pa?tiquem5t ses bras au c\ de son frre en dclamant haute voix1 et avec des l>mes1 l'apo/rophe de l'amante de ,satan4 ce ge/e1 ces acc5ts1 ces l>mes1 le b>bi]1 croyant un accs de dm5ce de la jeune fille1 laisse tomb] son bass9 rempli d'eau de savon dans la poitr9e du pre2 le pre se lve1 indign d'tre p\rsuivi jusque dans la mmoire de ses enfants p> la posie de son av]sion1 il s'emporte contre sa famille et proscrit plus svrem5t le livre de sa maison4 ,,viii ,aprs les premires tudes faites s\s l'oeil de son pre1 le tal5t potique se rvla dans le jeune adolesc5t p> le premi] am\r1 ce rvlateur du beau dans t\s les coeurs ns p\r aim]4 ,des jeunes g5s de son ge1 mais d'une condition trs-infrieure la si5ne1 l'entranr5t dans des compagnies suspectes des faub\rgs de ,franc=t4 ,c'e/ dans une de ces tav]nes1 frqu5tes p> ces jeunes corrupteurs de son adolesc5ce1 qu'une jeune fille anglique1 puret morale dpayse dans la b\e1 lui app>ut p\r la premire fois et lui fit s5tir la beaut de la v]tu en contra/e avec les vices4 ,cette jeune fille se nommait ,gret*51 abrviation familire du nom de ,m>gu]ite2 elle fut videmm5t p\r ,goe! le type de ces deux figures de ,m>gu]ite et de ,mignon1 figures de femmes dgrades p> la condition1 div9ises p> la nature1 qui dev9r5t les plus t\*antes crations de son gnie4 ,les premires impressions sont les vraies muses de notre me4 ,cette jeune fille s]vait boire1 dans la maison de sa tante1 ses c\s9s1 jeunes dbau*s amis de ,goe!4 ,la premire fois qu'il la vit rayonn] comme une toile du firmam5t au-dessus de cette lie1 ,goe! r\git de lui-mme et de ses amis4 ,il ne cont9ua les frqu5t] que p\r la revoir4 ,la scne de la premire entrevue de ,goe! avec ,gret*5 e/ biblique p> sa navet2 lisez-la de sa ma93 ,qu& le v9 comm5a manqu] sur la table1 un des jeunes g5s appela la s]vante1 et je vis entr] une jeune fille d'une beaut bl\issante1 et d'une mode/ie d'attitude et d'expression qui contra/ait avec le lieu o n\s tions4 ,elle n\s salua avec une grce timide4 --,la s]vante e/ malade1 dit-elle2 elle vi5t de se c\*]2 que lui v\lez-v\s8 --,n\s n'avons plus de v91 dit un des jeunes buveurs2 tu s]ais bi5 aimable si tu v\lais all] n\s en *]*]4 ,la jeune fille prit quelques flacons vides et sortit2 je la suivis des yeux avec admiration4 ,un joli bonnet noir la mode allem&e s'adaptait troitem5t sa petite tte1 qu'un col long et m9ce atta*ait gracieusem5t une nuque s\ple et des paules d'une =me /atuaire4 ,t\t en elle tait accompli1 et je j\issais tranquillem5t du *>me de sa p]sonne en la reg>dant s'en all]1 c>1 lorsqu'elle tait devant moi1 mon imag9ation tait fasc9e p> ses yeux si purs et si calmes et p> sa b\*e si dlicate4 ,je fis des repro*es mes amis de ce qu'ils avai5t fait sortir cette enfant si t>d dans la soire4 ,ils se moqur5t de moi1 en me disant qu'elle n'avait que la rue trav]s] p\r all] *ez le m>*& de v94 ,gret*51 c'tait le nom de cette jeune fille1 rev9t en effet au b\t de quelques m9utes4 ,on la fit asseoir la table de ses c\s9s2 elle trempa ses lvres dans un v]re de v9 notre sant2 puis elle se retira en recomm&ant ses c\s9s de ne pas faire trop de bruit1 p>ce que sa tante1 leur mre1 allait se mettre au lit4 ,depuis cet in/ant l'image de ,gret*5 me p\rsuivit p>t\t2 n'osant all] *ez elle1 je me r5dis l'glise de sa p>oisse2 j'eus le bonheur de la voir4 ,les cantiques du culte prote/ant ne me p>ur5t pas trop longs cette fois1 c>1 t&is que t\t le monde *antait1 je m'enivrais du bonheur de reg>d] cette adorable jeune fille4 ,je sortis immdiatem5t d]rire elle2 je n'eus cep5dant pas le c\rage de lui p>l]1 je me bornai la salu]2 elle me rpondit p> un lg] signe de tte4 ,,ix une seconde runion dans la mme maison1 les deux c\s9s de ,gret*5 prir5t ,goe! d'crire des v]s am\reux au nom d'une jeune fille un jeune homme qu'ils v\lai5t tromp] p> cette fe9te dcl>ation d'am\r4 ,je *]*ai leur complaire en crivant ces v]s2 mais1 m'impati5tant contre moi-mme1 je jetai la plume4 ,cela ne va pas6 m'criai-je4 --,tant mieux6 dit ,gret*5 demi-voix2 v\s ne devriez pas v\s ml] de cette tromp]ie4 ,et1 quittant son r\et1 elle v9t s'asseoir prs de moi4 ,mes c\s9s1 me dit-elle1 ne sont au fond ni m*ants ni vicieux1 mais l'am\r du div]tissem5t les entrane quelquefois des plaisant]ies dang]euses4 ,je suis entirem5t dans leur dp5dance1 et cep5dant j'ai refus de copi] votre dcl>ation d'am\r4 ,comm5t donc un jeune homme ri*e et indp5dant comme v\s l'tes peut-il se prt] une mauvaise plaisant]ie qui f9ira mal8 ,elle lut mes v]s4 ,c'e/ bi5 joli1 dit-elle2 c'e/ dommage qu'on ne puisse pas en faire un usage srieux4 --,v\s avez raison1 lui dis-je2 mais supposez un mom5t qu'un jeune homme qui v\s adore mette cette dcl>ation de t5dresse s\s votre ma9 en v\s conjurant de la sign] de votre nom2 que f]iez-v\s8 ,elle r\git1 s\rit1 rfl*it un mom5t1 prit la plume1 et crivit sans ri5 dire son nom au bas des v]s4 ,je me levai t\t hors de moi1 et j'allais la s]r] dans mes bras2 mais elle me rep\ssa d\cem5t4 --,po9t de famili>it lgre1 me dit-elle3 c'e/ trop vil2 mais de l'am\r innoc5t1 si v\s en tes capable4 ,ma9t5ant p>tez avant que mes c\s9s revi5n5t du j>d94 ,je n'avais pas la =ce de me retir]2 elle prit1 p\r m'y dcid]1 une de mes ma9s entre les si5nes4 ,mes l>mes tai5t prs de c\l]1 je crus voir ses yeux se m\ill]4 ,j'appuyai mon front un in/ant sur ses ma9s et je m'enfuis prcipitamm5t4 ,jamais encore je ne m'tais s5ti si tr\bl6444 ,x ,quelques j\rs aprs1 les deux c\s9s1 ses amis1 l'invitr5t de n\veau se div]tir avec eux leur table4 la f9 du s\p] ils lui dem&r5t un conte p\r leur abrg] la veille2 il y cons5tit4 ,jusque-l1 dit-il1 ,gret*5 n'avait pas cess de fil] au r\et dans l'embrasure de la f5tre4 ce mom5t elle se leva1 v9t s'asseoir au b\t de la table1 y appuya ses deux bras enlacs sur lesquels elle posa ses deux ma9s1 attitude qui lui seyait admirablem5t1 et qu'elle cons]vait quelquefois p5dant plusieurs heures sans faire d'autre m\vem5t que quelques lg]s signes de tte provoqus p> ce qu'elle voyait1 ent5dait aut\r d'elle1 ou p> ce qu'elle p5sait en elle-mme4 ,,xi ,ces am\rs pures1 tantt contr>ies1 tantt s]vies p> des circon/ances d'un intrt t\*ant dans le rcit de ,goe!1 f9ir5t1 comme t\tes les fleurs folles de la vie1 p> un c\p de v5t qui en disp]se les illusions et les p>sme sur le sol3 le jeune ,goe!1 rprim& p> ses p>5ts et compromis p> ses mauvaises relations avec les c\s9s de ,gret*51 fut envoy ,/rasb\rg p\r y a*ev] ses tudes de droit4 ,l il connut le philosophe allem& ,h]d]1 neuve1 va/e et =te p5se dont ,m4 ,qu9et1 nature allem&e dans un tal5t franais1 a donn p\r la premire fois la ,france la traduction1 le s5s et le comm5taire4 ,la frqu5tation de ,h]d] mrit de bonne heure le gnie aussi philosophique que potique de ,goe!4 ,un second pisode d'am\r pa/oral avec ,frdrica1 la fille d'un pa/eur prote/ant de village1 sur les bords du ,rh91 entremla des songes dors de la jeunesse les graves occupations de l'tudiant de ,franc=t4 ,cet am\r1 pe9t avec les c\leurs du ,vicaire de ,wakefield1 ne fut qu'une di/raction atta*ante p\r ,goe! et causa la mort de la pauvre ,frdrique4 ,rappel dans sa famille p> son pre1 ,goe!1 *ez qui l'imag9ation dom9ait le s5tim5t1 s'atta*a passionnm5t sa soeur1 me ard5te et s\ffrante1 qui s'atta*a elle-mme ce frre comme si elle et vcu en lui plus qu'en elle-mme4 ,il alla1 aprs quelques mois de sj\r *ez son pre1 se ml] ,leipzig t\t le m\vem5t des tudes1 des littratures et des factions scola/iques de la haute ,allemagne4 ,il y connut t\t ce qui illu/rait alors l',allemagne dans les lettres2 il comm5a lui-mme s'y faire connatre comme un jeune criva9 et comme un futur pote d'un imm5se av5ir4 ,c'tait le mom5t o la vieille littrature nave de la ,g]manie se greffait1 s\s l'influ5ce du gr& ,frdric1 sur la philosophie et la littrature de la ,france4 ,voltaire tait le missionnaire de cette posie et de cette philosophie *ez les ,allem&s4 ,le monde g]manique et le monde franais luttai5t dans les univ]sits1 dans les livres et sur les ?tres4 ,goe!1 avec cette imp>tialit clectique qui e/ la =ce du gnie orig9al et qui pr5d son po9t d'appui en soi-mme1 mprisa ces va9es controv]ses et crivit s\s la seule inspiration de sa nature4 ,cette nature tait allem&e p> le t]roir1 grecque p> la beaut1 franaise p> l'indp5dance des prjugs des lieux et des temps4 ,,xii ,son premi] essai1 qui ti5t plus de ,j4-,j4 ,r\sseau que de ,voltaire1 fut le livre de ,w]!r4 ,ce livre1 dont l'exagration s5tim5tale et maladive ressemble auj\rd'hui un accs de folie du coeur1 a t cep5dant l'orig9e et le type de t\te une littrature europenne qui a b\lev]s p5dant plus d'un demi-sicle les imag9ations jeunes et =tes de l',occid5t4 ,la ,cor9ne de ,mme de ,/al1 le ,r5 de ,m4 de ,*ateaubriant1 le ,l>a de "l ,byron1 les mlancolies de nos propres posies franaises depuis ,&r ,*ni] jusqu' nos potes d'auj\rd'hui1 l'exception de ,brang] et de ,m4 de ,musset1 potes de raction et d'ironie contre le srieux des mes1 t\tes ces oeuvres sont de la famille de ,w]!r4 ,quant moi1 je ne m'en ca*e pas1 ,w]!r a t une maladie m5tale de mon adolesc5ce potique2 il a donn sa note aux ,mditations potiques et ,jocel92 seulem5t la gr&e religiosit qui manquait ,goe!1 et qui surabonde en moi1 a fait mont] mes *ants de jeunesse au ciel au lieu de les faire rsonn] comme une pellete de t]re sur une bire dans le spulcre d'un suicide4 ,,xiii ,il y a t\j\rs une ralit s\s une fiction dans l'oeuvre1 quelle qu'elle soit1 d'un homme de gnie4 ,goe! raconte lui-mme l'orig9e de ce roman1 qui comm5ce p> une idylle et qui f9it p> un c\p de feu4 ,goe!1 d'une beaut dj olympi5ne et d'une clbrit dj entrevue1 tait ,wetzl>4 ,le jeune ,jrusalem1 fils d'un prdicateur r5omm de l',allemagne1 y vivait en mme temps et dans les mmes socits4 ,jrusalem tait pris d'une passion viol5te p\r la femme future d'un de ses amis 7la ,*>lotte du livre73 ,*>lotte tait fiance un employ de la *ancell]ie impriale de ,wetzl>4 ,elle tait orphel9e4 ,goe!1 introduit *ez elle p> ,jrusalem1 adorait dans ,*>lotte l'image anglique et nave de la mat]nit dans les so9s qu'elle avait de ses petits frres et de ses petites soeurs2 elle tait leur unique provid5ce4 ,goe!1 ,*>lotte et son fianc ne =mai5t qu'un coeur4 ,on ne savait lequel des trois occupait la meilleure place dans l'affection innoc5te et confiante des deux autres4 ,bi5tt cep5dant1 dit ,goe!1 je dev9s inquiet et rveur2 il me sembla que j'avais tr\v t\t ce qui manquait mon bonheur dans la fiance d'un autre4 ,*>lotte aimait m'avoir p\r compagnon de ses prom5ades2 le fianc se joignait n\s t\tes les fois que son emploi le lui p]mettait4 ,n\s contractmes a9si l'habitude de vivre con/amm5t ensemble2 c'tait ensemble que n\s p>c\rions les *amps encore humides de rose1 que n\s c\tions l'hymne de l'al\ette et le gai rappel de la caille4 ,qu& la *aleur du j\r n\s accablait1 qu& des orages d't clatai5t sur nos ttes1 n\s n\s rappro*ions les uns des autres1 et1 s\s influ5ce de ce con/ant am\r mutuel1 t\s les petits *agr9s de famille disp>aissai5t4 ,goe!1 oblig de s'loign] un mom5t1 tr\va ,*>lotte refroidie p\r lui son ret\r2 il s'loigna p\r plus longtemps1 et il apprit1 sur les bords du ,rh91 le suicide du jeune ,jrusalem4 ,il en attribua1 peut-tre imag9airem5t1 la cause au mme s5tim5t qu'il avait ress5ti p\r ,*>lotte et au dsespoir qu'avait pr\v ,jrusalem en contemplant le bonheur paisible de cette jeune femme unie son fianc4 ,,xiv ,goe! alors conut ,w]!r1 et p]sonnifia ses propres s5tim5ts dans ce p]sonnage fanta/ique4 ,il crivit en quatre sema9es de solitude et de fivre cette maladie du coeur et cette cata/rophe de la mort qui dev9r5t1 l'app>ition de ce livre trange1 le manuel de l',allemagne et bi5tt aprs de l',europe t\t entire4 ,nos temps n'ont pas d'exemple d'une commotion p>eille imprime p> quelques pages l'imag9ation du monde4 ,p\rquoi8 ,on ne saurait le dire auj\rd'hui1 si ce n'e/ p>ce qu'un miasme de cette maladie morale du suicide p> malaise de vivre tait rp&u dans l'air du sicle1 et que ce miasme1 conc5tr dans quelques pages d'un homme de gnie1 acqurait t\t c\p une puissance irrsi/ible de corrompre l'imag9ation1 d'n]v] l'me et de tu] des milli]s de vies6 ,de nombreux suicides suivir5t en effet ici la lecture de ce livre4 ,le sicle tait malade2 il s5tait qu'il portait en lui sa propre mort pro*a9e p> la foi m\rante dans son me et p> les rvolutions c\ves s\s ses in/itutions2 il t5dait devanc] p> des morts volontaires l'effet de ces g]mes morbifiques qu'il portait dans ses ve9es4 ,un livre succs n'e/ jamais qu'une de ces deux *oses3 l'explosion dans une seule me d'une disposition presque univ]selle quoique encore lat5te du temps1 ou bi5 la prophtie d'une vrit v5ir qui n'claire encore qu'une tte suprieure l'humanit4 ,dans le premi] cas le livre n'att5d pas son succs une heure3 il e/ l't9celle sur la p\dre des imag9ations2 dans le second cas il p>at comme s'il n'avait pas p>u1 et il att5d son public p5dant des annes ou p5dant des sicles4 ,w]!r1 comme le ,gnie du ,*ri/ianisme1 n'att5dit pas son succs une heure3 l'lectricit ne c\rt pas plus vite d'un ple l'autre2 le monde enti] des jeunes g5s1 des amants1 des femmes1 des malades de coeur1 se jeta sur ce livre4 ,ce livre tait ple9 cep5dant de purilits qui t\*ai5t au ridicule1 de navets qui t\*ai5t la niais]ie1 de g]manismes de moeurs qui t\*ai5t la c>icature2 c'e/ vrai1 mais le feu y tait4 ,qu& le feu e/ dans un livre1 peu importe qu'il brle de la paille1 des haillons ou des immondices2 c'e/ t\j\rs la flamme2 elle ne s'enta*e pas de ses impurs alim5ts2 elle brle1 elle brille1 elle bl\it1 et le monde e/ fasc94 ,,xv ,il fut fasc9 p> ,w]!r2 mais1 p> un phnomne moral trs-connu *ez les gr&s arti/es comme ,goe!1 p5dant que le livre inc5diait le monde l'auteur re/a froid4 ,son imag9ation seule s'tait *auffe en le composant2 son coeur tait re/ tide et dans ce p>fait quilibre qui p]met l'criva9 de jug] son ouvrage4 ,c'e/ l la p>ticulire puissance du gnie de ,goe!1 puissance qui le fit accus] d'ins5sibilit4 ,plus t>d il se sp>ait en deux p>ts en crivant ses pomes et ses romans2 l'une de ces deux p>ts reg>dait p5s] et crire l'autre1 af9 de p\voir la dirig] et la jug]4 ,le suprme et impassible bon s5s sigeait a9si dans sa tte au-dessus de la fconde imag9ation1 comme dans l'oeuvre de la ,provid5ce l'homme travaillait et le dieu reg>dait4 ,on a fait un repro*e ,goe! de cette impassibilit arti/ique2 si le repro*e s'adressait l'homme1 il p\vait tre fond2 s'il s'adressait l'arti/e1 il tait absurde4 ,qu'e/-ce qu'un arti/e qui ne dom9]ait pas sa propre inspiration8 ,ce s]ait un f\4 ,qu'on ait regrett dans ,goe!1 homme1 l'abs5ce de cette s5sibilit qui fait aim] et s\ffrir1 n\s le concevons2 mais qu'on ait repro* ,goe!1 arti/e1 son impassibilit presque div9e1 n\s ne le concevons pas2 l'impassibilit n'e/-elle pas le signe de la =ce8 ,v\s lui v\driez une faiblesse1 il ne v\s prs5te qu'une t\te-puissance4 ,v\s ne le compr5drez jamais3 c'e/ un ,phidias qui ne s5t pas dans sa *air les c\ps que son ciseau donne au bloc de m>bre dont il fait un dieu6 ,,xvi ,presque en mme temps qu'il crivait ,w]!r p\r les masses1 il crivait1 p\r l'lite1 son premi] drame1 ,goetz de ,b]li*5g54 ,c'tait un drame national p\r l',allemagne1 puis dans les s\rces hi/oriques du monde *eval]esque et fodal4 ,ce drame imprim rallia ce jeune homme la srieuse admiration de t\te la patrie allem&e4 ,du fond de la sombre maison de son pre1 ,franc=t1 le nom de ,goe!1 port la f\le p> ,w]!r1 port l'lite et aux univ]sits p> ,goetz de ,b]li*5g51 gr&it1 comme l'alos1 en un soleil4 ,les hautes socits de ,franc=t re*]*r5t ce beau jeune homme1 obscur de prs dans leur b\rgeoisie1 rayonnant au lo9 sur t\te l',europe4 ,une jeune fille1 belle1 ri*e1 sduisante1 mais capricieuse1 nomme ,lilli1 lui donna le dsir d'un m>iage d'am\r et de raison runis en elle4 ,a9si que cela a lieu en ,allemagne1 ces am\rs1 favoriss p> les deux familles1 allr5t jusqu'aux plus d\ces intimits et jusqu'aux plus sa9tes promesses2 quelques caprices d'humeur de ,lilli1 quelques impati5ces de ,goe! rompir5t t\t4 ,il voyagea p\r se consol] en ,italie et en ,sicile4 ,son voyage1 qu'il a imprim dans ses ,mmoires1 n'a qu'un seul intrt1 l'en?\siasme d'un homme du ,nord p\r le soleil1 l'ivresse de la nature respire sur place dans les p>fums de ,naples et de ,pal]me4 ,l'homme s5suel y clate p>t\t1 l'homme s5sible nulle "p4 pe9e quelques frissons d'am\r la brise tide du midi1 l'aspect d'une blonde ,milanaise ,rome1 d'une brune ,espagnole ,naples1 rappell5t-ils que le voyageur e/ jeune1 beau1 pote2 ces frissons ne vont pas jusqu' l'me3 c'e/ de la jeunesse1 ce n'e/ pas de la t5dresse2 ce coeur d'arti/e pose t\j\rs devant lui-mme2 les passions ne sont que ses tudes4 ,aussi ne vieillit-il pas1 bi5 qu'il t\*e sa qu>antime anne3 il e/ comme ces /atues de m>bre de la gal]ie du ,vatican1 qui pr5n5t des sicles sans pr5dre une ride6 ,goe! e/ un homme de m>bre aussi2 il meut son sicle1 il ne s'meut pas4 ,,xvii ,aprs ce voyage ,naples et en ,sicile1 voyage qu'il faut faire qu& on veut *ant]1 c> t\t y *ante dans la nature1 m]1 ciel1 montagnes1 atmosphre et impressions1 ,goe! s'arrta quelques annes ,rome4 ,c'e/ l qu'il p>tagea son temps1 comme l'horloge p>tage les heures1 entre des socits d\ces1 des prom5ades philosophiques1 des tudes v>ies et univ]selles1 telles que la pe9ture1 la *imie1 la philosophie1 la posie1 la prose4 ,il se prte t\t1 ne se donne ri52 il ressemble un de ces philosophes scy!s de l'cole d',ana*>sis1 qui pr5ait un portique d',a?nes p\r une habitation1 et qui suivait tantt les leons de ,platon1 tantt les ateli]s de ,zeuxis ou de ,phidias4 ,il envoyait de l ses amis d',allemagne les drames1 les romans1 les pomes1 les lgies qui tombai5t de sa plume1 selon la saison1 au v5t des sept coll9es4 ,h]man et ,doro?e1 pa/i*e admirable d',homre1 pome qui a la simplicit des scnes de ,nausicaa2 le ,comte d',egmont1 tragdie mod]ne2 enf9 ,fau/1 moiti drame1 moiti pome1 t\j\rs rve1 mais rve du gnie1 selon n\s le plus va/e1 le plus haut1 le plus univ]sel de ses *efs-d'oeuvre4 ,il employa d\ze ans le compos]2 il y rsuma1 comme dans un pome sculaire1 t\te la passion1 t\te la foi1 t\t le scepticisme1 t\te la beaut morale et t\te la laideur inf]nale de l'humanit4 ,c'e/ le pome d'un ,mani*en2 c'e/ le ciel et l'enf] dans un mme cadre2 c'e/ le drame du bon et du mauvais pr9cipe dont la nature porte malgr elle l'empre9te sur t\tes ses surfaces4 ,c'e/ la mdaille l'endroit et l'env]s de l'humanit1 l'une portant l'effigie du bi51 l'autre l'effigie du mal1 sans que le monde1 inc]ta91 puisse dire3 ,j'app>ti5s ce dieu3 ou1 ,je suis la victime de ce dmon4 ,l'esprit huma9 n'avait jamais os1 mme dans l'antiquit1 concevoir un p>eil drame4 ,il faudrait convoqu] la t]re1 le ciel et l'enf] y assi/]4 ,,xviii ,ce drame de ,fau/1 le voici4 ,mais d'abord htons-n\s de v\s dire que l'inv5tion n'en app>ti5t pas ,goe!1 pas plus que l'inv5tion d',ahasv]us1 l'homme immortel1 n'app>ti5t aux innombrables potes qui ont *ant ce songe univ]sel de l'expiation p> la vie2 pas plus que l'inv5tion de don ,juan1 cette moqu]ie inc>ne de la v]tu1 de l'am\r dans la fidlit de don ,juan1 ce vampire de la femme1 n'app>ti5t l',espagne ou la ,france4 ,fau/ e/ une vieille tradition populaire de la vieille ,allemagne1 tradition si populaire que le docteur ,fau/1 ce type de l'homme v5du au diable1 j\e un rle dans les m>ionnettes comme p\vantail des petits enfants4 ,de t\t temps et en t\t pays l'homme aspire plus haut que sa nature borne ici-bas1 immortelle ailleurs2 de t\t temps1 disons-n\s1 l'homme1 ambitieux d'inf9i1 s'e/ cass la tte contre les murs de sa prison t]re/re2 il a v\lu tre dieu1 au mo9s p\r un temps1 au mo9s ici-bas1 et1 p\r conqurir cette puissance surhuma9e1 il l'a emprunte tantt ,dieu p> la prire1 tantt au diable1 cette p>odie malfaisante de la ,div9it4 ,ne p\vant faire un pacte avec le s\v]a9 ,bi51 il a t5t d'en faire un avec le s\v]a9 ,mal1 et il a dit au dmon3 ,donne-moi la t]re1 je te donn]ai mon me4 ,de ce pacte imag9aire1 que les peuples enfants ont cru quelquefois ralis1 sont nes les lg5des innombrables qui ont p\vant le moy5 ge et amus plus t>d les ges suivants4 ,c'e/ un magnifique ?me p\r une imag9ation la fois passionne et mtaphysique4 ,oui1 ce sujet e/ le plus beau de t\s p\r une me =te2 n\s compr5ons qu'il ait t5t ,goe!3 combi5 de fois ne n\s a-t-il pas t5t n\s-mmes6 ,mais n\s avons cra9t de p>atre impie env]s le ,crateur en pr5ant la cration en flagrant dlit de m*ancet ou de ridicule3 le vase mme mal faonn1 mme bris1 doit respect] le poti]4 ,goe! n'tait pas ret5u p> ce scrupule1 p>ce qu'il tait mille fois plus pote que n\s et mille fois mo9s respectueux env]s l'oeuvre div9e1 dont les imp]fections app>5tes sont d'ineffables p]fections4 ,,xix ,quoi qu'il en soit1 ,goe! eut ce bonheur de tr\v] son drame t\t conu dans l'esprit des peuples et t\t popul>is dans l'oreille mme des enfants que la lant]ne magique des potes de rue famili>isait ds le b]ceau avec le docteur ,fau/ et le diable4 ,il ne lui manquait que ce p]sonnage ironique1 la pire =me du diable1 riant du bi5 et j\issant du mal1 ,mphi/ophls4 ,mais n\s n\s trompons1 ce p]sonnage mme ne lui manquait plus1 c> un pote anglais1 ,m>l[1 l'avait dj inv5t dans un premi] drame de ,fau/ s\s le nom de ,mphi/ophlis4 ,goe! tr\va ce c>actre satanique t\t fait2 il n'eut qu'une voyelle *ang] dans le nom de cet inf]nal p]sonnage4 ,mphi/ophls1 c'e/ le diable de nos j\rs1 c'e/ le ,satan civilis1 c'e/ le dmon de bonne compagnie qu'on appelle ricanem5t qu& il dnigre l'en?\siasme1 envie qu& il salit la gloire1 lib]t9age qu& il pr(ane l'am\r1 scepticisme qu& il ridiculise la v]tu1 =ce d'me qu& il nie ,dieu en le respirant p> t\s les pores4 ,mphi/ophls1 c'e/ un p]sonnage que les jeunes criva9s et les potes de ces d]ni]s temps en ,france ont beauc\p trop frqu5t1 et qui donne leur prose trop ricaneuse ou leurs v]s le/es et +ambes des grces de mauvais aloi1 aussi loignes de la vritable grce que le dnigrem5t e/ lo9 de l'en?\siasme4 ,l',allem& ,heyne1 ce petit-fils de ,mphi/ophls1 croyant et sceptique1 religieux et impie1 pa?tique et ironique1 e/ de cette famille4 ,mais il y a aussi du ,fau/ dans les imprcations de ,job sur son fumi] qu& il int]pelle son ,crateur2 il y a du ,fau/ dans ,pascal qu& il pr5d l'homme dans le creux de la ma91 comme le fossoyeur d',hamlet qu& il pse sa p\ssire et qu'il la jette son nant4 ,il y a du ,fau/ gr&e dose dans "l ,byron1 ce disciple de ,goe!1 qu& il fait rican] ,manfr$ devant un crne vide4 ,un disciple de ,heyne1 qui vi5t de m\rir ,p>is1 a t le spirituel et dplorable modle de cette jeunesse infatue de mauvais rire allem&4 ,mphi/ophls inspire bi5 t\j\rs la p]v]sit2 mais il n'inspire le gnie qu' ,goe! et ,byron1 et aux hommes de leur gr&e race4 ,l',olympio de ,victor ,hugo a les tri/esses et les am]tumes de ce dsespr du d\te2 il n'a ni la b\ffonn]ie ni la grimace de ces jeunes saltimbanques de la philosophie et de la posie2 ceux-l dans5t sur une corde t5due du ciel la t]re comme les balad9s sur leur ficelle t5due entre deux mts vniti5s4 ,hugo e/ un pote1 ceux-l sont des rimeurs4 ,musset1 qui leur e/ bi5 suprieur1 s'e/ trop inspir de ,heyne1 au lieu de s'inspir] de lui-mme2 il a donn dans ses b\tades de scepticisme l'exemple et l'excuse ses imb]bes mules4 ,la posie e/ desc5due avec lui d'un degr du ciel3 paix sa c5dre6 ,il faudra bi5 que la posie y remonte si elle ne veut pas salir sa robe dans la lie des ruisseaux o l'on s'ef=ce de l'entran] depuis quelque temps4 ,un *o de ,mphi/ophls1 ce corrupteur du bi5 et ce moqueur du beau1 se fait ent5dre de lo9 dans t\s les livres de cette jeune cole4 ,heyne lui a donn l'acc5t allem& ,p>is2 ,byron1 l'acc5t anglais2 ,musset et ses imitateurs soi-disant lg]s1 l'acc5t franais4 ,pr5ons g>de6 la pire des corruptions1 c'e/ celle qui rit d'elle-mme4 ,sese ipsum des]]e turpissimum e/6 ,que n\s re/e-t-il si n\s p]dons le respect au mo9s de notre misre8 ,mais rev5ons ,fau/2 n\s en sommes bi5 lo91 c> n\s n'en sommes qu' ses p>odi/es4 ,,xx ,fau/ e/ la tragdie du coeur huma9 dans le p]sonnage de ,m>gu]ite4 ,fau/ e/ la tragdie de l'esprit huma9 aux prises avec les deux pr9cipes du bi5 et du mal dans le p]sonnage de ,fau/6 ,enf9 ,fau/ e/ la tragdie de ,dieu et de ,satan1 le bi5 et le mal1 dans le p]sonnage de ,mphi/ophls4 ,m>gu]ite1 c'e/ le bi5 ou l'am\r6 ,fau/1 c'e/ l'homme ou le d\te1 l'indcision1 la fluctuation1 le crime1 la *ute1 le rep5tir t>dif4 ,mphi/ophls1 c'e/ la propag&e p]v]se du mal p> le gnie du mal p\r corrompre et ru9] l'oeuvre de ,dieu1 l'homme et la femme4 ,y eut-il jamais un sujet de drame plus huma9 et plus surhuma9 la fois8 ,suivez avec att5tion l'analyse de ce pome pique en dialogue1 que n\s allons feuillet] avec v\s4 ,supposez-v\s spectateur1 mais spectateur loisir1 spectateur solitaire2 non devant une scne bruyante1 mais devant votre livre et votre lampe1 ayant le temps et le sil5ce ncessaires aux impressions rfl*ies1 et mesurez l't5due et la pr(ondeur de cette oeuvre incomp>able du gnie mod]ne en ,allemagne4 ,,xxi ,il e/ nuit2 c'e/ le j\r de la p5se1 p>ce qu'elle s'y recueille et qu'elle y recueille le monde extrieur avec elle4 ,la scne reprs5te une *ambre haute dans un vieux *teau go?ique des sicles de fodalit4 ,un beau jeune homme1 le front dj pli p> la mditation et les yeux fatigus p> la veille1 e/ r5v]s sur le dossi] d'un fauteuil de bois4 ,il e/ ent\r de volumes sur les sci5ces occultes1 docum5ts sci5tifiques ou cabali/iques4 ,on voit que1 las de la t]re1 il a t5t d'escalad] le ciel p> des *elons surnaturels qui se sont briss s\s ses pi$s4 ,ah6 philosophie1 sci5ce1 ?ologie2 a9si j'ai t\t sond avec une infatigable ob/9ation1 dit-il avec am]tume1 et ma9t5ant1 pauvre ins5s1 me voil aussi avanc qu'en comm5ant1 et j'ai appris qu'il n'y a ri5 savoir6 ,aucun scrupule cep5dant ne m'a entrav2 je ne cra9s ni enf] ni diable2 je n'ai ni bi5s1 ni arg5t1 ni honneurs1 ni crdit dans le monde3 un *i5 ne v\drait pas de la vie ce prix-l6 ,c'e/ p\rquoi1 la f91 je me suis prcipit dans la magie4444 ,oh6 si1 p> la =ce de l'esprit et de la p>ole1 c]ta9s arcanes m'tai5t enf9 rvls6 ,si je p\vais dc\vrir ce que conti5t le monde dans ses entrailles6 7,il reg>de le firmam5t47 ,oh6 que ne jettes-tu un d]ni] reg>d sur ma misre1 rayon arg5t de la lune1 toi qui m'z vu tant de fois aprs m9uit veill] sur ce pupitre6 ,alors c'tait sur un monceau de livres et de papi]s1 ma pauvre amie de l-haut1 que tu m'app>aissais4444 ,hlas6 si je p\vais au mo9s1 sur les cimes des montagnes1 err] dans ta d\ce lumire1 flott] au bord des grottes pr(ondes avec les esprits incorporels1 m't5dre sur les prs avec ton crpuscule1 et1 libre de t\tes les angoisses de la sci5ce1 me baign]1 ple9 de vie et de sant1 dans tes roses6 ,qu'ai-je p\r horizon au lieu de cela8 un amas de livres rongs des v]s1 c\v]ts de p\ssire2 p>t\t aut\r de moi des tlescopes1 des botes1 des in/rum5ts de physique ou de *imie v]m\lus1 hritages de mes anctres6 ,et cela e/ un monde6 ,et l'on appelle cela un monde6 ,aprs une longue et va9e lam5tation sur la vanit de la sci5ce p\r le bonheur ou mme p\r la lumire1 ,fau/ ouvre ngligemm5t un volume cabali/ique2 il tombe p> has>d sur le signe qui donne l'homme la t\te-puissance sur la nature et la t\te-flicit4 ,ciel6 s'crie-t-il1 comme t\s mes s5s vi5n5t de tressaillir ce signe6 ,je s5s t\t c\p la jeune et sa9te sve de la vie b\illonn] dans mes n]fs et dans mes ve9es4 ,suis-je dev5u un dieu8 ,t\t m'e/ rvl clair et facile4 ,ici un hymne magnifique1 semblable sans d\te celui qui fit explosion des lvres de la premire crature intellig5te1 qu& le monde entra avec son premi] reg>d dans sa prunelle6 ,n\s ne le reproduisons pas1 cet hymne1 cause de son t5due2 mais que le lecteur se reprs5te le *ant de la joie cle/e dans la prs5ce de ,dieu4 ,puis ,fau/ t\rne le feuillet1 et t\t se voile1 t\t se tr\ble1 t\t se transfigure4 ,le ciel se c\vre2 la lune retire sa lumire2 la lampe s'te9t1 elle fume2 des lueurs de feu r\ge trembl5t sur mes tempes4 ,c'e/ l',esprit corrompu de la t]re qui s'appro*e et qui lui app>at4 ,,xxii ,l',esprit se dvoile dans la flamme de l'enf]4 ,un dialogue d\blem5t inf]nal s'tablit entre ,fau/ et l',app>ition4 ,fau/ brave c\rageusem5t l'horreur que l',esprit lui inspire2 il s'ab&onne lui4 ,l',esprit lui p>le un langage lyrique comme les toiles du firmam5t1 my/rieux comme les sept sceaux de l'abme4 ,au mom5t o ,fau/ va lui rpondre1 un de ses lves1 ,wagn]1 appr5ti prdicateur1 entre p\r le consult] sur l'loqu5ce4 ,l',esprit inf]nal s'van\it1 et ,fau/1 impati5t1 se moque de l'hi/oire et de la rhtorique comme de m5songes conv5us p\r amus] les sots4 ,fau/1 aprs le d"p de son disciple1 le maudit d'avoir fait a9si van\ir l',app>ition2 il se rp& en invectives dignes de ,job sur la vanit de la sci5ce2 il f\le aux pi$s t\s les livres entasss dans la biblio?que de ses pres4--,tr\v]ai-je en eux ce qui me manque8 dit-il2 irai-je feuillet] ces milli]s de volumes p\r lire que p>t\t les hommes se sont agits de mme p\r amlior] leur sort et qu'un homme heureux n'a jamais vcu8 ,et toi1 crne vide1 qui p>ais rire de mes aspirations1 ton ricanem5t veut-il me dire que l'esprit qui l'habitait s'e/ jadis f\rvoy comme le mi58 ,tu *]*ais la pure lumire1 n'e/-ce pas8 et tu z err misrablem5t dans les tnbres avec la va9e soif de la vrit6444 ,my/rieuse mme en ple9 j\r1 la nature ne se laisse pas dp\ill] de ses voiles1 et1 ce qu'elle veut ca*] ton esprit1 t\s tes ef=ts ne l'arra*]ont pas de son se94 ,il ap]oit une fiole d'opium qui se tr\ve sur les tablettes de son laboratoire2 l'in/ant l'ivresse d'un bonheur imag9aire s'emp>e de ses s5s1 et il *ante des flicits in\es4 ,buvons c\rageusem5t1 se dit-il2 il e/ temps de fran*ir ce pas de la vie la mort1 dt-il n\s conduire au nant6444 ,sors ma9t5ant de ton antique tui1 c\pe limpide1 c\pe de cri/al si longtemps oublie2 tu brillais jadis aux ftes des aeux1 et1 lorsque tu passais de ma9 en ma91 les fronts s\cieux se dridai5t2 c'tait le devoir du convive de clbr] en v]s la beaut et de te vid] d'un seul trait4 ,tu me rappelles ma9tes nuits de ma folle jeunesse2 cette fois je ne te pass]ai plus mon vois91 et mon esprit ne s'ex]c]a plus vant] l'arti/e qui t'a faonne2 en toi repose une liqueur qui donne une rapide ivresse2 je l'ai prp>e1 je l'ai *oisie2 qu'elle soit p\r moi le suprme breuvage6 ,je la consacre comme une libation sol5nelle l'aurore du j\r4 ,il porte la c\pe ses lvres4 ce mom5t un *ant de voix cle/es se fait ent5dre dans les airs2 c'e/ le mat9 du j\r de ,pques4 ,le *oeur invisible *ante en v]s et en musique triomphale3 ,*ri/ e/ ressuscit6 ,paix sur la t]re6 etc4 ,la ma9 de ,fau/ s'abaisse2 la c\pe lui *appe4 ,les clo*es de la ca?drale rsonn5t et se ml5t l'anglique mlodie du j\r de ,pques dans le ciel et sur la t]re4 ,l'homme endurci s'amollit ses joies religieuses d'enfance4 ,cantiques cle/es1 s'crie-t-il1 puissants et d\x6 p\rquoi me *]*ez-v\s dans la p\ssire8 ,rsonnez aux oreilles de ceux que v\s p\vez consol]4 ,j'ent5ds bi5 le message que v\s m'apportez1 mais la foi me manque p\r y croire6 ,le miracle n'exi/e que p\r la foi4 ,je ne puis m'lev] v]s ces sphres d'o la bonne n\velle ret5tit2 et cep5dant1 acc\tum d'enfance cette voix1 elle me rappelle la vie4 ,autrefois un bais] du div9 am\r desc5dait sur moi dans ce recueillem5t sol5nel du diman*e2 le bruit des clo*es remplissait mon me de press5tim5ts1 et ma prire tait une voluptueuse extase2 une ardeur s]e9e1 ineffable1 me p\ssait trav]s les bois et les *amps1 et l1 seul1 je fondais en l>mes1 et je s5tais comme clore en moi t\t un monde4 ,ce s\v5ir vivifie mon coeur rajeuni et me dt\rne de la mort6 *antez6 sonnez1 *antez encore1 anges et clo*es6 ,une l>me a c\l1 la t]re m'a reconquis6 ,les *ants et les clo*es recomm5c5t se faire ent5dre3 ,*ri/ e/ ressuscit6444 ,etc41 etc41 etc4 ,,xxiii ,ici le lieu de la scne e/ *ang2 la nuit s'e/ c\le4 ,c'e/ l'heure o le peuple1 vieill>ds1 ouvri]s1 femmes1 soldats1 jeunes filles1 sort5t en f\le de la porte de la ville p\r se rp&re en repos1 en lib]t et en joie1 dans la campagne4 ,les entreti5s entrec\ps de t\s ces gr\pes qui pass5t sont une p>faite imitation des moeurs du peuple2 c'e/ le *oeur dans les tragdies antiques4 ,ces conv]sations ti5n5t au sujet1 comme on le v]ra plus t>d1 p> le tableau de la c&eur des jeunes filles de la b\rgeoisie qui trembl5t d'tre sduites ou compromises aux yeux de la petite ville si elles se laiss5t appro*] p> la mauvaise compagnie4 ,on press5t les prils1 les malheurs et la honte de ,m>gu]ite1 sans d\te confondue dans ces gr\pes timides et *>mants4 ,ce tableau repose les yeux p> le contra/e de la d\ce ignorance du peuple1 qui ne s\ffre que du travail1 avec les philosophes1 qui s\ffr5t de la p5se4 ,,xxiv ,fau/ p>at son t\r2 il se promne avec son disciple ,wagn]2 son coeur se dilate l'aspect de cet essaim d'heureux peuple au premi] s\rire du pr9temps4 ,reg>de1 dit-il ,wagn] dans des v]s semblables des odes d',horace ou d',hafiz2 voil le fleuve et le ruisseau dlivrs de leur c\*e de glace1 etc4 ,t\rne ma9t5ant1 du haut de ces sommets1 les reg>ds v]s la ville2 hors de la sombre porte1 t\te une f\le v>ie se p5*e2 *acun veut s'ensoleill] auj\rd'hui4 ,ils ft5t la rsurrection du ,seigneur1 et eux-mmes sembl5t des ressuscits du fond de leurs demeures1 de leurs *ambres troites1 de leurs s]vitudes de ngoce ou de mti]s1 de leurs b\ges infects1 de leurs rues fangeuses1 de la nuit livide1 de leurs ca?drales4 ,reg>de un peu comme dans les j>d9s et les prs cette f\le s'extravase1 comme la rivire balance ma9te b>que joyeuse6 ,j'ent5ds dj la musique des mntri]s dans les villages2 c'e/ le p>adis du peuple4 ,,xxv ,des paysans *ant5t une ronde joviale et am\reuse4 ,ils propos5t respectueusem5t ,fau/ de tr9qu] avec eux2 les s]vices que ,fau/ a r5dus ce peuple p5dant une pidmie rc5te le font acclam]1 de gr\pe en gr\pe1 p> le peuple reconnaissant4 ,quelle joie ce doit tre p\r toi1 gr& homme6 lui dit son disciple1 de te voir a9si honor p> cette multitude6 ,bi5heureux celui qui peut faire un si puissant et si salutaire emploi de ses facults6 ,le pre le montre son enfant2 on s'in=me1 on s'attr\pe1 on s'empresse2 la musique s'int]rompt1 la danse s'arrte4 ,tu passes2 ils se rang5t en haie1 les bonnets vol5t en l'air4 ,peu s'en faut qu'ils ne s'ag5\ill5t comme devant l'image de la ,div9it6 ,fau/ dprcie loquemm5t ces hommages et se dnigre lui-mme4 ,reg>de plutt dcl9] le soleil c\*ant1 le j\r expir6444 ,oh6 que n'ai-je des ailes p\r m'enlev] dans les airs et t5dre incessamm5t v]s lui8 ,je v]rais dans un t]nel crpuscule ce globe dont je n'ent5drais pas le bruit mes pi$s4 ,voici la posie de l'inf9i dev5ue mlancolie lyrique2 elle dicte ,fau/ des v]s dignes d'tre rpts p> l'*o des firmam5ts4 ,n\s s\ffrons de ne pas les reproduire votre oreille2 mais ces entreti5s s]ai5t un volume si je n'abrgeais pas la p>tie extatique de ce prodigieux pome p\r laiss] au drame pa?tique l'espace qui lui app>ti5t4 ,plaignez-moi d'abrg] et plaignez-v\s v\s-mmes de ne pas t\t ent5dre4 ,,xxvi ,l'entreti5 de ,fau/ et de ,wagn] e/ int]rompu p> un *i5 b>bet1 en app>5ce g>1 qui circule aut\r d'eux et qui f9it p> les flatt] en rampant leurs pi$s4 ,wagn] s'tonne2 ,fau/ s\ponne demi un esprit dguis s\s la =me c>essante de ce *>mant animal4 ,il entre1 suivi de ,wagn] et du *i51 p> la porte sombre de la ville4 ,,xxvii ,la scne *ange de place2 on e/ de n\veau dans le cab9et d'tude de ,fau/4 ,il y e/ seul avec le my/rieux animal1 le *i5 b>bet4 ,fau/ ouvre l'vangile1 le *i5 s'agite et grogne4 ,au comm5cem5t tait le ,v]be4--,non1 non1 se dit-il lui-mme1 au comm5cem5t tait la =ce6 la =ce1 le dieu du monde6 ,le *i5 gmit et hurle ct de lui4 ,ici une imitation de la scne des sorcires de ,%akspe>e dfigure un peu cette belle oeuvre4 ,le *i51 aux p>oles en*antes de ,fau/1 app>at t\t c\p s\s =me huma9e d]rire le pole du jeune docteur4 ,ceci e/ videmm5t de la "p de ,goe! un sacrifice la triviale popul>it de la tradition purile de l',allemagne4 ,il faut laiss] cette scne aux enfants et au peuple infatus de la sorcell]ie du moy5 ge1 et ne voir dans le b>bet *ang en homme1 et en homme ca*ant un esprit dmoniaque s\s ses =mes huma9es1 que l'inspiration mani*enne du mal conseillant le mal t\t ce qui respire4 ,ceci admis1 le rle du mal1 ca* s\s la =me de ,mphi/ophls1 devi5t vrai comme le monde rel et pittoresque comme l'inc>nation de t\te p]v]sit4 ,goe!1 quoique bi5 peu avanc dans la vie1 puisqu'il n'avait que qu>ante ans qu& il composait ,fau/1 se montre un obs]vateur consomm de la malice huma9e et de la sduction p> la passion4 ,s'il avait peu s5ti p> lui-mme1 il avait t\t compris dans les autres4 ,jamais la =ce lyrique et la =ce impassible et analytique de l'obs]vation ne fur5t plus trangem5t runies dans un mme homme4 ,p\rsuivons4 ,,xxviii ce mom5t ,mphi/ophls app>at s\s le co/ume d'un tudiant allem& lgamm5t vtu1 l'pe au ct1 le manteau rejet avec grce sur l'paule1 le s\rire du sceptique sur les lvres1 le ricanem5t ironique dans l'acc5t1 la physionomie indcise entre l'homme d'esprit mod]ne et le satyre antique2 ses ge/es sont saccads et =cs comme ceux de l'homme qui dit une *ose et qui en p5se une autre4 ,on dirait que ,goe! a frqu5t1 dans les tav]nes de ,franc=t1 ces tres dpravs qui masqu5t demi le vice s\s l'lgance et le crime s\s l'hypocrisie4 ,fau/1 en esprit =t qui a si s\v5t voqu les puissances occultes de la nature1 n'e/ nullem5t tonn2 il cons]ve son sang-froid2 il cause familirem5t avec l'hte inf]nal de sa solitude4 --,qui es-tu8--,je suis l',esprit qui nie t\t et t\j\rs2 je lutte contre t\t ce qui e/ p\r le vici] ou le dtruire1 et je ne puis russir3 t\t r5at et subsi/e malgr moi4 ,ceci e/ dit en v]s d'une mtaphysique aussi potique qu'elle e/ pr(onde1 mais c'e/ le s5s4 ,on voit combi5 ,goe!1 t\t esprit sceptique qu'il tait1 avait compris1 jeune1 que l'extrme scepticisme tait l'extrme =me1 la =me satanique de t\t mal4 ,c> le scepticisme complet mne au mpris de la cration1 de soi-mme et de ,dieu3 c'e/ le suicide p> le blasphme1 c'e/ le dicide p> le dsespoir4 ,dans la scne suivante1 ,mphi/ophls1 transfigur en jeune et brillant g5tilhomme1 p]v]tit de plus en plus l'esprit malade de ,fau/4 ,il lui fait app>atre1 tantt dans ses songes1 tantt dans ses veilles1 des esprits secondaires qui j\5t avec la cration ou qui la raill5t4 ,aprs l'avoir a9si fasc91 il propose ,fau/ d'tre son s]viteur ici-bas1 p\rvu qu'il s'engage se donn] lui dans l'autre monde4 ,le pacte1 dlibr en dialogue1 e/ conclu et sign4 --,je te mn]ai lo91 se dit t\t bas ,mphi/ophls1 c> tu es une de ces mes qui ne s'arrt5t jamais dans leur c\rse effrne v]s la sci5ce ou v]s la puissance6 ,,xxix ,un disciple de ,fau/ frappe la porte4 ,mphi/ophls revt la robe et la figure du docteur2 il reoit l'tudiant2 il rpond ses que/ions sur la logique1 la mtaphysique1 la jurisprud5ce1 la mdec9e1 en embr\illant tellem5t la tte du jeune homme de df9itions scola/iques et absurdes que ,pascal lui-mme ne dmontr]ait pas mieux le nant emphatique de l'esprit huma9 et la vanit sonore de ce que n\s appelons savoir4 ,mon *] ami1 f9it-il p> dire l'coli] /upfait1 la ?orie e/ grise et l'arbre de la vie e/ v]t2 cueillez ses fruits4 ,va ma9t5ant1 aj\te-t-il "p et voix basse2 crois dans ton orgueil que tu es semblable ,dieu1 qui sait le bi5 et le mal2 suis ce vieux dicton de ton c\s9 le s]p5t4 ,ta prt5due ressemblance avec ,dieu p\rra bi5 t'inquit] quelque j\r6 ,il r5tre ensuite auprs de ,fau/ et l'emmne1 en brillant quipage1 trav]s le monde1 qui ne le reconnat plus4 ,la toile tombe4 ,,xxx ,encore un *angem5t de scne2 on e/ transport dans une tav]ne de dbau*s ,leipzig4 ,les convives boiv5t1 *ant5t1 se racont5t leurs am\rs4 ,mphi/ophls entre avec ,fau/1 lie conv]sation avec ces buveurs2 il fait jaillir p\r eux t\s les v9s qu'ils dsir5t du bois de la table2 puis il allume une flamme qui leur brle les doigts1 et s'envole1 en se moquant d'eux1 hors de la tabagie4 ,voil1 mes amis1 ce que c'e/ qu'un miracle6 dit-il en riant4 ,les deux p]sonnages1 l'un m5ant l'autre1 app>aiss5t ensuite dans un long sabbat de sorcires1 va9e imitation de ,%akspe>e1 purilit potique grotesque de dtails1 qui n'e/ propre qu' amus] l'imag9ation d'enfants ou de la populace dans un conte de fe4 ,les esprits srieux se dt\rn5t de ces dbau*es d'imag9ation1 qui ne s]v5t qu' dtruire la belle illusion du drame pa?tique dans lequel n\s allons enf9 entr]4 ,,xxxi ,att5tion6 n\s y voici4 ,on e/ dans une rue de la ville2 ,m>gu]ite passe seule et les yeux baisss auprs de ,fau/4 ,,fau/4 ,ma belle demoiselle1 os]ais-je v\s (frir mon bras et ma protection p\r v\s conduire o v\s allez8 ,,m>gu]ite4 ,je ne suis ni demoiselle ni belle1 et je n'ai beso9 de p]sonne p\r me conduire la maison4 ,,fau/4 ,p> le ciel6 cette enfant e/ la beaut accomplie6 ,je ne vis de ma vie ri5 de p>eil4 ,si conv5able1 si mode/e1 et cep5dant si entranante4 ,le rose de ses lvres1 l'clat de ses j\es6 non1 jamais je ne saurais l'oubli]4 ,la manire dont elle baisse les yeux s'e/ incru/e fond dans mon coeur4 ,et cette robe c\rte qui laisse entrevoir ses pi$s fugitifs6 ,d'honneur1 c'e/ ravir les yeux et la p5se4 7,survi5t ,mphi/ophls47 ,il faut que tu me procures cette *>mante jeune fille4 ,m,,phi/oph,l,s4 ,laquelle8 ,,fau/4 ,celle qui vi5t de pass] l'in/ant4 ,m,,phi/oph,l,s4 ,celle-l8 ,bon6 ,elle vi5t de *ez son prtre1 qui lui a donn bon droit l'absolution2 je m'tais gliss d]rire le confessionnal4 ,mais c'e/ l'innoc5ce mme que cette enfant3 je n'ai aucun p\voir sur elle6 ,fau/ insi/e avec l'autorit et la vhm5ce de la passion qui veut tre s]vie et non conseille3 ,quelque *ose seulem5t d'elle1 un fi*u de son c\1 une *ose qui l'ait t\*e6--,eh bi56 dit ,mphi/ophls1 je f]ai plus3 elle e/ ma9t5ant sortie de sa demeure1 je vais t'introduire dans sa *ambre2 l tu p\rras t\t seul te repatre dans l'atmosphre qu'elle habite en paix1 atmosphre d'esprance et d'illusion4 ,,xxxii ,la scne *ange2 c'e/ le soir du mme j\r4 ,m>gu]ite1 r5tre1 e/ seule dans sa *ambre1 tresse ses nattes de *eveux et les relve de ses ma9s enfant9es aut\r de sa tte4 ,elle rve haute voix en se p>ant4 ,je v\drais bi5 savoir1 murmure-t-elle1 quel tait ce jeune seigneur d'auj\rd'hui4 ,il e/ bi5 beau et il doit tre de noble race2 cela se lit sur son visage2 autrem5t il n'aurait pas t si famili]4 7,elle sort de n\veau47 ,mphi/ophls et ,fau/ p>aiss5t sur le pas de la porte2 c'e/ l une des plus *>mantes scnes inv5tes p> le gnie div9 ou satanique de l'am\r1 et dont on ne tr\ve de trace ni dans le drame antique ni dans le mod]ne4 ,%akspe>e mme dans son *ef-d'oeuvre1 ,romo et ,juliette1 n'a pas cette dlicieuse inv5tion3 la respiration de l'atmosphre aime dans laquelle respire la p]sonne qu'on aime6 la visite au vide anim qui a cont5u l'idole de ses yeux4 c\tez3 ,m,,phi/oph,l,s1 ,fau/ intimid p> ce sanctuaire4 ,entre t\t d\cem5t2 allons6 entre6 ,,fau/1 aprs un mom5t de sil5ce4 ,je t'en supplie1 laisse-moi t\t seul4 ,m,,phi/oph,l,s1 furetant dans t\te la *ambre4 ,t\te jeune fille n'a pas cette lgante propret dans son pauvre asile4 ,,fau/1 p>c\rant la *ambre d'un reg>d avide et en?\siasm1 s5t son lib]t9age se *ang] en respect de l'innoc5ce dans son coeur4 ,oh6 salut1 d\x demi-j\r qui rgnes dans ce sanctuaire6 ,emp>e-toi de mon coeur1 d\ce pe9e du dsir d'am\r qui vis altr de la rose de l'esprance6 ,comme t\t respire ici la paix1 l'ordre et le cont5tem5t6 ,dans cette pauvret que de ri*esse6 ,dans ce rduit sombre1 que de flicit6 7,en s'appro*ant du fauteuil de famille37 toi qui1 dans leur joie ou dans leur d\leur1 z reu les aeux sur tes bras ouv]ts6 combi5 de fois des gr\pes d'enfants1 les ma9s t5dues1 ont d se susp5dre aut\r de ce trne patri>cal6 ,ici mme1 peut-tre1 ma bi5-aime1 reconnaissante env]s son div9 ,*ri/1 enfant aux j\es fra*es et sa9es1 e/ v5ue pieusem5t bais] la ma9 amaigrie de l'aeul4 ,je s5s1 jeune fille1 ton esprit d'ordre et d'conomie murmur] aut\r de moi2 cet esprit d'arrangem5t nature l ton sexe1 qui te s\ffle comm5t on t5d proprem5t le tapis sur la table cire1 comm5t on saup\dre le p>quet de sable6 d\ce ma91 semblable la ma9 d'une crature cle/e1 tu fais de cet asile un p>adis6 7,l'aspect de cette *ambre lui inspire des p5ses dlicieuses1 mais t\j\rs pures4 ,il ne se reconnat plus2 l'air sa9t qu'il respire le sanctifie son insu47 ,quelle atmosphre surnaturelle m'enveloppe8 ,je v5ais ici p\r prcipit] p> la viol5ce le mom5t de la possession1 et je me p]ds en songes de respectueux am\r4 ,sommes-n\s donc le j\et de *aque impression de l'air8 ,et si t\t c\p elle v5ait entr]1 comme tu expi]ais vite l'audace d'avoir pr(an son asile6 comme il s]ait petit devant toi1 comme il r5tr]ait en t]re s\s tes pi$s1 le gr& homme6 ,m,,phi/oph,l,s4 ,vite6 je l'ap]ois en bas qui monte6 ,,fau/4 loignons-n\s2 je ne revi5drai jamais6 ,mais1 avant qu'il s'loigne1 ,mphi/ophls1 habile prp>] de lo9 la sduction1 prs5te une cassette ,fau/4 ,m,,phi/oph,l,s4 ,voici une cassette passablem5t l\rde2 je suis all la pr5dre quelque "p2 glisse-la t\j\rs dans cette armoire1 et je te jure que la tte lui t\rn]a4 ,j'ai mis d$ans bi5 des petites *oses p\r en gagn] une autre4 ,tu sais1 un enfant e/ enfant1 un jeu e/ un jeu4 ,,fau/1 ret5u ma9t5ant p> un scrupule1 hsite4 ,je ne sais si je dois6444 ,p\ss p> ,mphi/ophls1 il f9it p> gliss] la cassette dans l'armoire4--,ils s'vad5t sans tre vus4 ,,xxxiii ,m>gu]ite entre1 sa lampe la ma94 ,elle e/ t\te tr\ble2 elle *ante p\r se rassur] la ballade du roi de ,?ul1 comme ,desdmona *ante la romance du ,saule3 le *ant e/ un compagnon de l'me peureuse4 ,j't\ffe ici6 dit-elle4 ,elle ouvre ma*9alem5t l'armoire p\r s]r] ses habits de fte2 la cassette se r5contre s\s sa ma94 ,elle s'tonne1 elle se dem&e comm5t cette cassette a t dpose l1 elle l'ouvre en tremblant3 les bij\x la frapp5t et l'bl\iss5t4 ,je v\drais voir comm5t ce colli] sirait mon c\4 ,elle s'en p>e et va se reg>d] au petit miroir4 --,si seulem5t les b\cles d'oreilles tai5t moi8 ,je suis t\t autre a9si4 quoi te s]t donc la beaut1 jeunesse8 ,p]sonne ne fait att5tion n\s2 t\t va l'or1 t\t dp5d de l'or6 ,ah6 pauvres1 pauvres que n\s sommes6444 ,,xxxiv ,la toile tombe sur l'bl\issem5t et l'hsitation de la pauvre enfant4 ,la toile se relve sur ,fau/ et ,mphi/ophls qui caus5t ensemble4 --,p5sez donc1 dit ,mphi/ophls avec humeur2 la p>ure que je m'tais procure p\r ,gret*51 un prtre l'a escamote4 ,la mre vi5t dc\vrir la *ose2 aussitt un frisson la pr5d1 la pauvre femme4 ,elle a t\j\rs son front plong dans son livre de prires2 elle flaire un un t\s les meubles p\r s'assur] si l'objet e/ sa9t ou pr(ane2 elle s5tit donc clairem5t que l'objet n'apportait pas gr&e bndiction dans sa maison4 ,mon enfant1 s'cria-t-elle1 bi5 mal acquis pse sur l'me et brle le sang4 ,consacrons ceci la ,mre de ,dieu1 et la manne du ciel desc5dra sur n\s4 ,la petite ,m>gu]ite fit un peu la m\e4 ,il ne peut tre impie1 dit-elle1 celui qui a si galamm5t apport cette cassette ici4 ,la mre fait v5ir un prtre3 il leur promet t\tes les joies du p>adis et les laisse t\t difies4--,et ,gret*58 dem&e ,fau/4--,elle e/ ma9t5ant inquite1 agite1 ne sait ni ce qu'elle veut ni ce qu'elle doit1 rve nuit et j\r aux bij\x1 et bi5 plus celui qui les a apports6--,fau/ supplie ,mphi/ophls de lui procur] un autre cr9 plus ri*e p\r remplac] celui que la mre de ,gret*5 a enlev sa bi5-aime4 ,,xxxv ,le lieu *ange2 on e/ dans la maison d'une vois9e pauvre1 laquelle ,m>gu]ite vi5t racont] navem5t qu'elle a tr\v une seconde cassette ple9e de m]veilles dans son armoire4 --,ne va pas le dire cette fois ta mre1 lui recomm&e la vois9e2 elle la port]ait encore en prs5t l'glise4 ,la vois9e aju/e la p>ure au front1 au c\1 aux doigts de ,m>gu]ite4--,quel dommage1 dit la belle enfant1 de ne p\voir a9si me montr] ni dans la rue ni dans l'glise6--,vi5s me voir s\v5t1 lui dit la vois9e2 l tu p\rras t'en p>] en ca*ette et te prom5] une petite heure devant le miroir4 ,la scne e/ dlicieuse d'enfantillage d'un ct1 de bav>dage de l'autre4 ,mphi/ophls l'int]rompt en p>aissant4 ,il semble frapp de respect la vue de ,m>gu]ite t9celante de bij\x2 il raconte la vois9e que son m>i abs5t e/ mort ,pad\e1 laissant un trsor1 et comm5t il peut lui am5] un tmo9 de sa mort1 le soir1 dans son petit j>d9 d]rire la maison1 p\rvu que la *>mante ,m>gu]ite s'y tr\ve aussi la nuit tombante4 ,il obti5t a9si p> a/uce une entrevue de ,m>gu]ite et de ,fau/4 ,l'innoc5te jeune fille y cons5t p> obligeance p\r la vois9e1 sans prvoir le pige4 ,fau/1 prv5u p> ,mphi/ophls du r5dez-v\s promis1 s'y r5d avec son guide satanique4 ,la scne dans le j>d9 de la veuve e/ une dlicieuse pa/orale de l'd51 dont ,mphi/ophls1 qui conv]se avec la veuve1 e/ le s]p5t s\s l'h]be4 ,,xxxvi ,fau/ se pla9t ,m>gu]ite de sa tri/e condition de voyageur1 qui le condamne ne ri5 aim] de p]man5t2 il t\*e de piti le coeur naf de la belle enfant4 ,,m>gu]ite4 ,oh6 moi64444 songez moi quelquefois un petit mom5t2 j'aurai assez de temps p\r me s\v5ir de v\s6 ,,fau/4 ,v\s tes donc beauc\p seule8 ,,m>gu]ite4 ,hlas6 oui4 ,notre mnage e/ petit1 encore faut-il s'en occup]2 il faut faire le feu1 prp>] les alim5ts1 balay]1 tricot] et c\dre1 et c\rir ici et le soir et le mat94 ,cep5dant n\s p\rrions1 ma mre et moi1 n\s donn] mo9s de tracas2 mon pre a laiss en m\rant un joli petit avoir1 une maisonnette et un j>d9 hors de la ville4 ,mon frre e/ soldat2 ma petite soeur e/ morte4 ,la pauvre enfant m'a caus bi5 des pe9es2 p\rtant je ne regrett]ais pas de les repr5dre p\r elle3 la pauvre enfant m'tait si *re6 ,,fau/4 ,un ange6 si elle te ressemblait4 ,,m>gu]ite4 ,c'tait moi qui l'levais1 et elle m'aimait de t\t son coeur4 ,elle tait ne aprs la mort de mon pre2 le *agr9 avait t>i le se9 de ma mre2 v\s compr5ez qu'elle ne p\vait p5s] allait] le pauvre petit v]misseau4 ,je l'levai t\te seule avec du lait et de l'eau1 au po9t que c'tait mon enfant2 dans mes bras1 sur mes g5\x1 elle me s\riait1 j\ait1 gr&issait4 ,,fau/4 ,n'z-tu pas s5ti alors le bonheur le plus pur8 ,,m>gu]ite4 ,oh6 oui6 ,mais il y avait aussi bi5 des heures pnibles3 le b]ceau tait plac la nuit auprs de mon lit2 son mo9dre m\vem5t me rveillait2 il fallait lui donn] boire1 la c\*] ct de moi1 et1 si elle ne se taisait pas vite1 se lev] du lit et m>*] pi$s nus trav]s la *ambre en la b]ant2 ce qui n'emp*ait pas1 sitt le j\r v5u1 d'tre au lavoir1 au m>*1 et a9si de suite1 comme je s]ai dema94 ,dame6 ,monsieur1 on n'a pas le coeur bi5 l'aise1 mais on en gte mieux son repas et son repos4 ,ce *>mant babillage de jeune fille1 qui p>at oiseux peut-tre ici au lecteur1 a un triple b ca* dans l'esprit de l'auteur1 qui prp>e a9si son pa?tique dans le drame4 ,d'abord il pr\ve l'innoc5te et nave confiance de la jeune fille2 puis il annonce au spectateur qu'elle a un frre *ri au s]vice1 frre dont la mort accid5telle s]a bi5tt un crime de son am\r p\r ,fau/2 puis enf9 cette t5dresse p\r sa petite soeur1 qu'elle lve si mat]nellem5t au b]ceau1 prp>e un contra/e t]rible avec le crime de dlire qui lui f]a plus t>d sacrifi] la fivre le propre fruit de ses entrailles4 ,ce sont les trois c\ps de p9ceau qui p>aiss5t flott] au has>d sur la toile et qui sont trois m]veilleuses comb9aisons calcules du gr& pe9tre de c>actre et de situation6 ,p5dant cet entreti5 des deux amants1 ,mphi/ophls s'entreti5t l'c>t avec la vois9e4 ,il lui fait a/ucieusem5t ent5dre demi mot que son coeur e/ t5dre et libre1 et qu'il p\rrait bi51 s'il l'osait1 se prs5t] elle p\r f9ir son dur veuvage4 ,la vois9e va au-devant de ces galant]ies de ,mphi/ophls1 et sa ruse diabolique a un complice t\t /yl dans la vanit de la vois9e veuve1 intresse la sduction de ,m>gu]ite p\r mieux sduire elle-mme le coeur de ,mphi/ophls4 7,ils pass5t47 ,fau/ et la jeune fille pass5t leur t\r devant le spectateur en se prom5ant dans le j>d94 ,,fau/4 ,a9si tu m'z reconnu1 petit ange1 ds que j'ai mis le pi$ dans le j>d98 ,,m>gu]ite4 ,ne l'avez-v\s pas vu8 ,je baissais les yeux4 ,,fau/4 ,et tu me p>donnes la lib]t que j'ai prise de t'abord] et de te p>l] l'autre j\r1 au mom5t o tu sortais de l'glise8 ,,m>gu]ite4 ,je me s5tais t\te tr\ble2 jamais ri5 de p>eil ne m'tait arriv1 et p]sonne n'avait ri5 dire sur mon compte4 mon ,dieu6 me disais-je1 il faut qu'il ait tr\v dans ton air quelque *ose de bi5 h>di et de bi5 immode/e p\r se croire en droit d'abord] a9si sans inconv5ance une jeune fille6 ,je l'av\]ai1 cep5dant1 je ne sais quoi s'e/ remu l 7sur son coeur7 p\r v\s4 ,t\j\rs e/-il que j'tais mcont5te de moi de n'tre pas assez indigne contre v\s6 ,,fau/1 v\lant la s]r] contre son coeur4 ,*re me6 ,,m>gu]ite4 ,laissez un peu6 7,elle cueille une m>gu]ite du j>d9 et elle l'effeuille en rvant47--,il m'aime6--,il ne m'aime pas6--,il m'aime6 7,elle jette un cri de joie47 ,,fau/4 ,oui1 cle/e enfant2 laisse la voix d'une fleur tre p\r n\s l'oracle de ,dieu6 ,il t'aime6 ,compr5ds-tu ce que ce mot veut dire3 il t'aime6 7,il lui pr5d les deux ma9s dans les si5nes47 ,,m>gu]ite4 ,je me s5s t\te tressaillir4 ,,fau/1 avec un s9cre et ard5t en?\siasme4 ,oh6 ne tremble pas6 ,que ce reg>d1 que cette tre9te te dis5t l'inexprimable p> les p>oles6 ,se livr] sans rs]ve l'un l'autre1 s'enivr] d'une flicit qui doit tre t]nelle1 oui1 t]nelle6 c> la f9 d'un tel bonheur s]ait le dsespoir6 ,oh6 non1 non6 po9t de f96 po9t de f96 ,m>gu]ite s]re sa ma91 se dgage et s'*appe4 ,mphi/ophls et la veuve repass5t en causant t\t bas p> l'alle du j>d9 rappro*e du spectateur4 ,,m>! 7c'e/ le nom de la vois9e74 ,voici la nuit4 ,m,,phi/oph,l,s4 ,oui1 n\s n\s retirons4 ,,m>!4 ,je v\s engag]ais bi5 re/] plus longtemps1 mais on e/ si m*ant ici6 ,et notre jeune c\ple8 ,m,,phi/oph,l,s4 ,enfuis l-bas dans l'alle1 les joyeux papillons6 ,,m>!4 ,il en p>at bi5 pris4 ,m,,phi/oph,l,s4 ,et elle aussi prise de lui2 c'e/ le c\rs du monde4 ,ils sort5t du j>d94 ,p5dant qu'ils s'loign5t1 une scne de bad9age am\reux1 nave et t5dre1 se laisse entrevoir et ent5dre dans un petit pavillon du fond du j>d9 entre les deux amants heureux de leurs aveux1 affligs de leur sp>ation4 ,c'e/ de l',albane ct d'un ,rembr&t1 la lumire et l'ombre4 ,,xxxvii ,la scne suivante se passe quelque temps aprs sur les plus hautes cimes du ,tyrol4 ,fau/1 non rassasi1 mais ennuy de son bonheur1 e/ all se repos] de sa flicit dans la solitude et dans la contemplation extatique de la nature4 ,mphi/ophls l'y a suivi1 comme le d\te suit la foi1 p\r l'emp*] de s'enrac9] dans l'me pieuse4 ,ici ,goe! s't5d dans ses p5ses aussi lo9 que l'espace et s'lve aussi haut que les toiles4 ,sa vraie nature intellectuelle1 son pan?isme vritablem5t indi51 c'e/--dire une div9isation vague de l'oeuvre au lieu de l'ouvri]2 une imm]sion les yeux f]ms1 t\t risque de l'me1 dans le se9 de la nature matrielle et intellectuelle1 clat5t dans les monologues de ,fau/ comme dans son dialogue avec le gnie du d\te et du mal4 ,n\s ne v\s en donn]ons ici que les pr9cipales jaculations4 ,elles sont les plus beaux clairs de p>oles qui entr'ouvr5t aux reg>ds l'me my/rieuse du gr& pote4 ,esprit sublime6 s'crie-t-il en s'adressant je ne sais quelle t\te-puissance occulte1 qui e/ peut-tre la sci5ce1 peut-tre la foi1 peut-tre le gnie inf]nal auquel il s'e/ donn p\r disciple1 esprit sublime6 tu m'z donn t\t ce que je dem&ais4 ,ce n'e/ pas en va9 que tu z t\rn v]s moi ton visage trav]s le feu6 ,tu m'z donn la puissante nature p\r royaume1 la =ce de la s5tir1 la volupt d'en j\ir6 ,tu fais pass] en revue devant moi la f\le de t\t ce qui a vie2 tu m'appr5ds reconnatre mes frres dans le buisson sil5cieux1 dans l'air1 dans les eaux2 et lorsque la tempte mugit et gronde dans la =t1 r\lant les p9s gigantesques1 sec\ant avec fracas leurs bran*es et drac9ant leurs s\*es2 lorsque le bruit de leur *ute fait ret5tir de c\ps s\rds l'*o des montagnes1 alors tu me conduis dans l'asile paisible des grottes1 et les m]veilles de ma propre consci5ce se rvl5t p> la rflexion moi2 et la lune pure et s]e9e monte mes yeux1 apaisant s\s ses rayons t\tes *oses444 ,oh6 combi5 je s5s cep5dant que ri5 de p>fait n'e/ la "p de l'homme6 ,tu m'z impos1 au milieu de ces dlices qui me confond5t avec la ,div9it1 un compagnon dont je ne saurais dj plus me pass]4 ,froid et sup]be1 d'un s\ffle de sa p>ole il rduit t\s tes dons nant6 ,il n\rrit dans ma poitr9e une ardeur insatiable qui me p\sse sans cesse v]s cette d\ce image 7,m>gu]ite74 ,a9si je vais1 comme un homme ivre1 des dsirs la j\issance1 et dans la j\issance je regrette le dsir6 ,mphi/ophls le raille sur cet en?\siasme vide4 ,tu appelles cela1 lui dit-il1 un plaisir surnaturel8 ,s't5dre sur les montagnes dans la nuit et la rose1 embrass] dans ses extases le ciel et la t]re1 se gonfl] jusqu' se croire un dieu1 creus] avec la p]plexit du press5tim5t la moelle de la t]re1 s5tir se rsum] dans sa poitr9e l'oeuvre entire des six j\rs1 j\ir je ne sais de quoi1 et conclure l'extase sublime 7en ricanant7 je n'ose dire comm5t6 --,fi sur toi6 s'crie avec dgt ,fau/ indign de voir pr(an] p> cette ironie ,dieu1 la nature1 la p5se1 l'am\r4 ,m,,phi/oph,l,s4 ,ta bi5-aime1 en att5dant1 e/ dans la sombre ville1 et t\t lui pse1 t\t la *agr9e2 elle t'aime au del de sa puissance de s5tir2 le temps lui p>at lam5tablem5t long2 elle s'acc\de sa f5tre1 reg>de pass] les nuages au-dessus des vieux murs gris de la ville4 ,que ne suis-je un petit oiseau8 ,a9si *ante-t-elle en elle t\t le long du j\r1 la moiti des nuits6 ,,fau/4 ,s]p5t1 vil s]p5t6 ,m,,phi/oph,l,s4 ,peu m'importe1 p\rvu que je t'enlace4 ,,fau/4 ,sors d'ici1 misrable1 et ne prononce pas le nom de l'anglique crature1 et ne vi5s pas prs5t] ma passion sa9te un pr(ane dsir6 ,m,,phi/oph,l,s4 ,qu'en rsult]ait-il8 ,elle croit que tu t'es enfui6 ,,fau/4 ,non1 je suis de coeur et d'esprit auprs d'elle2 je ne puis jamais l'oubli]1 jamais la p]dre4 ,oui1 j'envie le corps du ,seigneur qu& ses lvres pieuses y t\*5t6 ,m,,phi/oph,l,s4 ,bravo6 mon *]4 ,je v\s ai s\v5t envis1 moi1 c\ple de jumeaux c\* p>mi les roses6 ,fau/1 qui se s5t dom9 et entran p]dre ce qu'il aime1 s'invective lui-mme et pleure sur sa victime4 ,mphi/ophls rit et raille4 ,,xxxviii ,la scne se trans=me3 on voit ,m>gu]ite seule dans sa petite *ambre1 filant au r\et2 elle *ante une compla9te dlicieuse et mlancolique sur son propre sort3 ,adieu mes j\rs de paix6 ,mon me e/ navre6 etc4 ,o il n'e/ pas1 ,l e/ ma tombe6 etc4 ,c'e/ lui qu' ma f5tre ,je *]*e l'horizon6 etc4 ,et son air noble6 ,et sa p>ole pntrante6 ,et sa ma9 qui presse la mi5ne6 ciel6 ,et son bais]6 etc4 ,adieu mes j\rs de paix6 ,mon me e/ navre6 etc4 ,aprs cette app>ition et cette compla9te mlancolique qui fait lire dans le coeur muet de ,m>gu]ite1 la scne e/ transporte de n\veau au j>d9 de ,m>!1 la vois9e veuve1 entremetteuse des entrevues4 c\tez ce dialogue que ,goe! a surpris mot mot entre les lvres de l'amant et l'oreille de l'amante4 ,qui ne l'a pas ent5du une fois au mo9s dans sa vie8 ,l'me pieuse de la femme1 tre plus div9 que n\s dans ses aspirations1 p>ce qu'il e/ mo9s di/rait et plus s5sible1 s'y retr\ve t\t entire4 ,dans quel drame antique1 dans quel drame franais tr\v]ez-v\s une telle scne8 ,rac9e lui-mme1 qu'on appelle t5dre1 a-t-il s\pir a9si dans ,e/h]8 ,il y a aussi lo9 de ces tragdies d'app>at cette tragdie de l'me qu'il y a lo9 de la dclamation ?trale au sang *aud qui crie en su9tant de la blessure secrte du coeur4 ,,m>gu]ite1 ,,fau/1 seuls au j>d94 ,,m>gu]ite4 ,promets-moi1 ,h5ri6 ,,fau/4 ,t\t ce qui e/ en ma puissance4 ,,m>gu]ite4 ,eh bi56 dis-moi1 comm5t te comportes-tu avec la religion8 ,tu es un bon1 un excell5t coeur2 mais je crois que tu n'en z pas beauc\p4 ,,fau/4 ,laissons cela1 mon enfant6 ,tu s5s ma t5dresse env]s toi2 p\r ceux que j'aime je donn]ais mon sang et ma vie2 je ne veux tr\bl] p]sonne dans ses s5tim5ts et sa foi4 ,,m>gu]ite4 ,ce n'e/ pas t\t2 il faut y croire4 ,,fau/4 ,faut-il8 ,,m>gu]ite4 ,ah6 si je p\vais quelque *ose sur toi6 ,tu ne respectes pas non plus les sa9ts sacrem5ts4 ,,fau/4 ,je les respecte4 ,,m>gu]ite4 ,mais sans les dsir]4 ,depuis longtemps tu n'es pas all la messe1 confesse4 ,crois-tu en ,dieu8 ,,fau/4 ,ma d\ce amie1 qui os]ait dire3 ,je crois en ,dieu8 ,int]roge les prtres ou les sages1 et leur rponse ne te sembl]a qu'une raill]ie l'adresse de celui qui leur aura fait cette "q4 ,,m>gu]ite4 ,a9si tu n'y crois pas8 ,,fau/4 ,tu me ms5t5ds1 gracieux visage6 ,qui os]ait nomm] ,dieu et faire cette pr(ession3 ,je crois en lui8 ,quel tre s5tant p\rrait pr5dre sur lui de dire3 ,je ne crois pas en lui8 ,celui qui conti5t t\t1 s\ti5t t\t1 ne conti5t-il et ne s\ti5t-il pas toi1 moi1 lui-mme8 ,la vote du firmam5t ne s'arrondit-elle pas l-haut8 ,ici-bas1 la t]re f]me ne s't5d-elle pas8 ,et les toiles t]nelles ne se montr5t-elles pas en n\s reg>dant avec am\r8 ,mon oeil ne se plonge-t-il pas dans ton oeil1 et alors t\t n'afflue-t-il pas v]s ton c]veau et v]s ton coeur8 ,t\t ne flotte-t-il pas dans un t]nel my/re1 invisible1 visible1 aut\r de toi8 ,remplis-en ton coeur aussi gr& qu'il e/1 et1 qu& tu nag]as dans la plnitude de l'extase1 nomme ce s5tim5t comme tu le v\dras3 nomme le bonheur6 foi6 am\r6 ,dieu6 je n'ai po9t de nom p\r cela6 ,le s5tim5t e/ t\t2 le nom n'e/ que bruit et fume1 obscurcissant la cle/e flamme4 ,,m>gu]ite4 ,t\t cela e/ bel et bon2 le prtre dit bi5 peu prs la mme *ose1 mais avec des mots un peu diffr5ts4 ,,fau/4 ,en t\s lieux t\s les coeurs que la cl>t des cieux illum9e p>l5t a9si *acun dans sa langue2 p\rquoi ne le f]ais-je pas1 moi1 dans la mi5ne8 ,,m>gu]ite4 l'ent5dre a9si1 la *ose peut p>atre raisonnable2 cep5dant j'y tr\ve encore du l\*e1 c> tu n'z po9t de *ri/ianisme4 ,,fau/4 ,*re enfant6 ,,m>gu]ite4 ,dj depuis longtemps je s\ffre de te voir dans la compagnie4444 ,,fau/4 ,que veux-tu dire8 ,,m>gu]ite4 ,cet homme que tu z avec toi m'e/1 au fond de l'me1 odieux4 ,ri5 dans ma vie ne m'a enfonc le trait plus avant que le rep\ssant visage de cet homme4 ,,fau/4 ,*re mignonne1 ne le cra9s pas4 ,,m>gu]ite4 ,son appro*e me t\rne le sang4 ,je suis cep5dant bi5veillante p\r les autres hommes2 mais autant je brle du dsir de te reg>d]1 autant l'aspect de cet homme m'inspire une secrte horreur2 et c'e/ ce qui fait que je le ti5s p\r un coqu96 ,dieu me p>donne si je lui fais injure6 ,,fau/4 ,il faut bi5 qu'il y ait aussi de ces oiseaux-l4 ,,m>gu]ite4 ,je ne v\drais pas vivre avec son p>eil4 ,s'il se montre la porte1 il a t\j\rs l'air si ricaneur et presque f*4 ,on voit qu'il ne pr5d aucune "p ri54 ,il porte crit sur son front qu'il ne peut aim] p]sonne4 ,je suis si bi5 dans tes bras1 si libre1 si l'aise6 et sa prs5ce me s]re le coeur4 ,,fau/4 ,ange ple9 de press5tim5ts6 ,,m>gu]ite4 ,cela me dom9e tel po9t que1 ds qu'il s'appro*e de n\s1 je crois en vrit que je ne t'aime plus4 ,aussi1 lorsqu'il e/ l1 je ne saurais pri] et j'ai le coeur rong intrieurem5t4 ,il en doit tre1 ,h5ri1 de mme p\r toi4 ,,fau/4 ,c'e/ de l'antipa?ie6 ,,m>gu]ite4 ,il faut que je te quitte4 ,,fau/4 ,ah6 ne p\rrai-je jamais pass] tranquillem5t une heure sur ton se91 s]r] mon coeur contre ton coeur et confondre mon me dans la ti5ne6 ,,m>gu]ite4 ,encore si je dormais seule1 je laiss]ais bi5 volonti]s p\r toi les v]r\s ouv]ts ce soir2 mais ma mre a le sommeil lg]1 et1 si elle n\s surpr5ait1 j'en m\rrais sur la place4 ,,fau/4 ,*re ange1 sois sans inquitude4 ,ti5s6 ce flacon3 trois g\ttes de ce breuvage suffiront p\r que la nature s'endorme d\cem5t en un sommeil pr(ond4 ,,m>gu]ite4 ,que ne f]ais-je po9t p\r toi6 ,j'espre qu'il ne lui en peut rsult] aucun mal8 ,,fau/4 ,autrem5t1 *] am\r1 e/-ce que je te le conseill]ais8 ,,m>gu]ite4 ,qu& je te vois1 je ne sais quoi me =ce v\loir t\t ce que tu veux1 et j'ai dj tant fait p\r toi qu'il ne me re/e plus ri5 faire4 7,entre ,mphi/ophls47 ,m,,phi/oph,l,s4 ,la brebis e/-elle p>tie8 ,,fau/4 ,vi5s-tu encore d'espionn]8 ,m,,phi/oph,l,s4 ,non1 mais j'ai t\t saisi =t scrupuleusem5t4 ,matre docteur1 on v\s a fait la leon1 et j'espre que v\s en pr(it]ez4 ,les filles tr\v5t t\tes leur compte ce qu'on soit pieux et simple1 la vieille mode4 ,s'il cde sur ce po9t1 p5s5t-elles1 n\s en aurons bon m>* notre t\r4 ,,fau/4 ,mon/re1 ne vois-tu pas combi5 cette me fidle et s9cre1 t\te remplie de sa foi1 qui suffit la r5dre heureuse1 s\ffre sa9tem5t de se s5tir =ce croire p]du l'homme qu'elle *rit entre t\s8 ,m,,phi/oph,l,s4 ,am\reux ins5s et s5sible1 une petite fille te mne p> le nez6 ,,fau/4 ,grotesque bau*e de b\e et de feu6 ,m,,phi/oph,l,s4 ,et la physionomie1 comme elle s'y ent5d ravir6 ,en ma prs5ce elle se s5t t\te je ne sais comm5t2 mon masque lui rvle un esprit ca*2 elle s5t1 n'en pas d\t]1 que je suis un gnie1 peut-tre bi5 aussi le diable4 ,eh6 eh6 cette nuit444 ,,fau/4 ,que t'importe8 ,m,,phi/oph,l,s4 ,c'e/ que j'en ai aussi ma "p de joie4 ,,xxxix ,aprs cette scne1 o l'on press5t deux crimes involontaires dans une imprud5ce s\ffle aux deux amants p> le gnie qui corrompt t\t1 jusqu' l'am\r1 beauc\p de mois se pass5t sans qu'on sa*e ce qui e/ adv5u de ,m>gu]ite et de ,fau/4 ,une scne biblique d'une simplicit patri>cale ou helvtique rvle au spectateur le fatal secret de la sduction accomplie de ,m>gu]ite3 la pauvre c\pable porte dans son se9 une accusation ca*e de sa faute4 ,voici la scne4 ,m>gu]ite e/ alle1 sa cru*e la ma91 *]*] l'eau du mnage la fonta9e2 elle y r5contre une jeune fille du vois9age1 jaseuse et mdisante comme les commres dsoeuvres des petites villes4 ,on va voir comm5t un simple accid5t de conv]sation plonge le poign>d jusqu'au sang dans le se9 de la pauvre sduite4 ,le ?tre reprs5te un puits dans une rue ds]te4 ,m>gu]ite1 sa cru*e pose sur la m>gelle du puits1 la tte basse et les deux ma9s croises avec langueur sur sa robe1 cause avec ,liei*51 jeune fille la langue affile4 ,,liei*51 ,m>gu]ite4 ,n'z-tu ri5 ent5du dire de la petite ,b>be8 ,,m>gu]ite4 ,pas un mot2 je vois si peu de monde6 ,liei*5 alors raconte ,m>gu]ite la *ute enf9 bruite de la petite ,b>be1 ab&onne p> son sducteur1 qui s'e/ enfui sans l'p\s]1 aprs avoir abus de sa t5dresse4 ,m>gu]ite l'c\te les yeux baisss1 la r\geur sur les j\es1 comme si la honte de ,b>be tait dj sur son propre front4 ,elle revi5t att]re la maison1 r5tre dans sa *ambre et arrose ma*9alem5t un pot de fleurs plac pieusem5t p> elle devant une image de la sa9te ,vi]ge dans une ni*e au-dessus de son lit4 ,oh6 daigne1 toi dont le coeur a saign1 ,incl9] ton front v]s ma d\leur6 etc4 ,ce ,/abat ,mat] dolorosa en v]s nafs1 dont le contre-c\p frappe *aque v]set le coeur de la pauvre fille1 produit ici une d*irante impression dans la b\*e de cette enfant qui s]a bi5tt mre d'un fils rep\ss p> le monde6 ,autrefois1 l'aube naissante1 ,en allant cueillir ces b\quets1 ,j'arrosais de mes pleurs de dx ,les pots de fleurs sur ma f5tre6 ,et ma9t5ant le premi] rayon du soleil ,m'a surprise encore veille1 ,assise sur mon sant ,dans ma c\*e de tri/esse6 ,,xl ,la scne e/ transporte dans la rue1 la nuit1 s\s la f5tre de ,m>gu]ite4 ,un soldat1 demi ivre de d\leur plus que de v91 revi5t de l'arme2 il a appris en appro*ant de la ville la honte de sa soeur *rie1 qu'il clbrait p>t\t comme la gloire et la beaut de la famille4 ,il a noy son humiliation et sa d\leur dans quelques v]res de v92 il vi5t ttons *]*] le seuil de son enfance et s'assur] si sa soeur n'a pas t calomnie p> la malignit des vois9s4 ,en s'appro*ant de la maison il *ante en s'accompagnant d'une m&ol9e quelques c\plets grivois sur les filles qui se laiss5t sduire4 ,fau/ et ,mphi/ophls se r5contr5t au mme in/ant dans la rue1 rapportant un cr9 ple9 de bij\x des montagnes ,m>gu]ite4 ,une qu]elle s'engage entre le soldat et le sducteur4 ,le soldat tombe frapp mort sur le seuil de la maison p> l'pe de ,fau/4 ,mphi/ophls et ,fau/ s'vad5t2 le peuple s'attr\pe4 ,m>gu]ite desc5d cep5dant p\r recevoir le d]ni] s\pir de son frre ador2 il la reconnat avec horreur1 l'appelle des noms les plus infmes en prs5ce de t\te la ville1 et meurt intrpide en la maudissant4 ,arrtons-n\s l p\r auj\rd'hui1 l o le pa?tique comm5ce1 et rs]vons p\r le pro*a9 entreti5 les dveloppem5ts d'un drame qui se j\e dans l'me plus encore que sur la scne1 et dont on ne peut omettre un dtail1 p>ce que *aque dtail e/ un c\p de sympa?ie mille fois plus acr qu'un c\p de poign>d4 ,il y a assez rfl*ir et admir] sur cette premire moiti de l'oeuvre du pote1 qui1 en crant ,fau/ et ,m>gu]ite1 a cr non plus la tragdie des c\rs1 des dieux ou des rois1 mais la vritable tragdie du coeur huma96 ,,lam>t9e4 7,la suite au mois pro*a947 ,x,x,x,i,xe ,,entreti54 ,,litt,,rature ,,dramatique ,,de ,l',,allemagne4 ,,le ,,drame ,,de ,,fau/ ,,p> ,,goe!4 7#b;e ,,p>tie47 ,i ,n\s avons int]rompu le d]ni] entreti5 au mom5t o l'expiation de l'am\r comm5ce p\r le coeur de l'in=tune ,m>gu]ite1 dj trois fois involontairem5t c\pable1 mais re/e t\j\rs intressante comme une victime tombe au pige de l'esprit inf]nal de ,mphi/ophls3 une fois c\pable de faiblesse contre l'am\r surnaturel que lui inspirait ,fau/2 une autre fois c\pable d'avoir endormi sa mre du sommeil t]nel en ne croyant lui donn] qu'une g\tte de pavot p\r ass\pir sa surveillance2 une troisime fois c\pable accid5tellem5t du meurtre de son frre *ri p> son amant1 p> suite de la mauvaise r5omme que sa liaison fatale avec un sducteur trang] avait porte jusqu'aux oreilles de ce brave soldat1 son frre4 ,entrons fond ma9t5ant dans la pa?tique horreur de ce drame1 et voyons comm5t le pote allem&1 qui a j\ jusqu'ici avec la riante et nave imag9ation1 va tortur] de la mme ma9 les fibres les plus sanglantes du coeur6 ,?ocrite devi5t ,sophocle au beso92 mais n\s n\s trompons1 ni ,?ocrite n'a de telles purets virg9ales au comm5cem5t1 ni ,sophocle n'a de telles mlancolies la f94 ,goe! e/ ,goe!3 ne le rabaissons pas ici en le comp>ant4 ,l',allemagne lui doit de n'avoir ri5 envi] la ,grce ou ,rome4 ,cet homme olympique montait de la t]re au ciel et desc5dait du ciel la t]re avec la s\plesse et la pre/ance d'un demi-dieu4 ,d'une ma9 il portait le monde antique1 de l'autre le monde *rti54 ,assi/ons la d]nire p>tie de son oeuvre1 et laissons son div9 gnie le l\] mieux que n\s4 ,,ii ,quelque temps sans d\te aprs le meurtre de son frre1 dont le d]ni] s\pir a t une maldiction1 la pauvre ,m>gu]ite1 d%onore1 mais t\j\rs pieuse1 pr\ve le beso9 de pri]1 brebis g>e et s\ille1 au milieu du tr\peau du peuple4 ,la scne reprs5te la ca?drale de la petite ville1 p5dant une sol5nit l'glise4 ,belle1 humble1 incl9e v]s le pav du temple1 lo9 d]rire la f\le de ses compagnes1 elle prie voix basse4 ,on voit d]rire elle l'esprit mphitique et implacable de ,mphi/ophls1 qui1 jal\x de ce mom5t d'oubli et de paix1 s\ffle la dvote enfant ces inf]nales inspirations1 ces hontes homicides plus =tes que la nature4 ,pauvre ,m>gu]ite1 lui murmure-t-il voix basse et en v]s mordants comme une posie corrosive du coeur1 o e/-il le temps o1 l'me encore p>fume d'innoc5ce1 tu osais t'appro*] de l'autel8 lorsque1 dans ce missel auj\rd'hui accusateur1 tu balbutiais1 t\te petite1 d'une voix tremblante1 quelque sa9te oraison8 ,les joies de l'enfance et les joies de ,dieu dans un mme coeur6 7,une voix tonnante1 quoique s\rde comme un remords1 se fait ent5dre47 ,m>gu]ite6 ,m>gu]ite6 ,o donc la tte8 o donc le coeur8 ,vi5s-tu pri] ici p\r l'me de ta mre1 ,que ta faute a mise au c]cueil8 ,et quel e/ ce sang sur le seuil de ta porte8 ,et l1 l1 plus bas que ton coeur1 ,ne s5s-tu pas dj dans ton se9 ,remu] quelque *ose qui en s'agitant ,t'agite aussi toi-mme8 ,fatal press5tim5t6 ,hlas6 hlas6 s\pire la pauvre jeune fille1 que ne suis-je dlivre des horribles p5ses qui m'obsd5t et qui de t\tes p>ts s'lv5t contre moi6 ,le *oeur des *antres de la ca?drale1 accompagn du mugissem5t des orgues1 entonne le premi] v]set du *oeur du spulcre3 ,dies ir1 dies illa1 ,solvet sectum 9 favilla6 ,l'in=tune ,m>gu]ite pr5d cet *o du jugem5t d]ni] p\r l'arrt de son jugem5t p]sonnel4 ,mphi/ophls1 ag5\ill d]rire elle1 murmure lui-mme son oreille des m5aces directes en v]s de la mme mesure4 ,la colre du ,ciel fond sur moi2 ,les trompettes ret5tiss5t1 ,les spulcres se meuv5t1 ,et ton coeur1 comme un mort dans son c]cueil1 ,tressaille dans ton se94 ,,m>gu]ite1 p\vante4 ,oh6 que ne fuis-je d'ici8 ,cet orgue m't\ffe et me d*ire1 ,ce *ant m'crase le coeur ,dans le creux secret de mon se94 ,le *oeur des orgues1 des *antres et des enfants de *oeur1 *ante le v]set suivant1 qui annonce aux c\pables que ri5 ne re/]a sans clat] et sans v5geance au d]ni] jugem5t4 ,ciel6 ciel6 s'crie ,m>gu]ite1 ,t\t s'cr\le sur moi4 ,je suis dans un c]cle de f]2 ,la vote de l'glise s'abme6 ,de l'air6 de l'air6 de l'air6 ,m,,phi/oph,l,s1 voix basse4 ,ca*e-toi6--,le p*1 la honte1 la faute ne peuv5t se c\vrir d'un voile t]nel6 ,,m>gu]ite1 presque folle4 ,oh6 de l'air6 de l'air6 de la lumire6 ,malheur moi6 ,le *oeur r$\ble1 p> un troisime v]set1 sa t]reur2 ,mphi/ophls y aj\te p> les m5aces inf]nales qu'il murmure son oreille2 il p\vante sa victime jusqu'au dsespoir1 cette impnit5te f9ale de ceux qui ne croi5t plus tre p>donns4 ,oh6 vois9e1 vois9e6 s'crie-t-elle1 un flacon respir] ou je tombe6 ,elle tombe en effet1 van\ie1 sur les dalles de l'glise4 ,la toile s'abaisse1 au mom5t de sa *ute1 sur cette scne1 une des plus fanta/iques et des plus contondantes que le gnie du drame ait jamais conues4 ,,iii ,l'acte qui suit e/ une purilit savante et potique int]cale hors de propos p> le pote comme un ballet inf]nal et v]tig9eux dans le drame huma94 ,mphi/ophls s\lve un des co9s du voile de la nature2 il met ,fau/ en communication avec les sorci]s1 les mon/res1 les feux follets1 les esprits secondaires qui peupl5t1 invisibles1 t\s les lm5ts1 et il leur fait *ant] des rondes biz>res et sataniques sur les vanits et sur les misres de l'humanit4 ,c'e/ une sup]be dbau*e d'imag9ation1 de philosophie et de posie2 mais c'e/ une dbau*e4 ,elle int]rompt le rcit1 elle glace le coeur1 et elle n'amuse pas l'esprit3 temps et tal5t p]dus dans les espaces imag9aires4 ,rev5ons au drame huma94 ,,iv ,il se r\vre dans une va/e pla9e sans horizon1 s\s un ciel gris comme le soir d'automne d'un j\r qui va bi5tt r5tr] dans l't]nit my/rieuse4 ,mphi/ophls cause avec ,fau/4 ,le visage dcompos de ,fau/ contra/e avec le s\rire mal dguis1 mais triomphant1 du gnie du mal4 ,,fau/4 ,dans le dnm5t6 elle6 dans le dsespoir6 misrable sur la t]re6 un mom5t ins5se et ma9t5ant en prison6 ,l'in=tune6 la d\ce crature6 en tre tombe l6 l6 7,se t\rnant v]s ,mphi/ophls47 ,esprit de trahison1 esprit de nant6 tu me l'z ca*444 ,en prison6444 en prison6 elle6 dans une irrp>able honte6 ab&onne au jugem5t huma9 qui juge et qui n'a po9t d'me6444 ,et p5dant ce temps tu m'loignais1 tu me ret5ais p> d'insipides di/ractions1 tu me drobais son angoisse croissante1 et tu la laissais prir sans sec\rs6 ,m,,phi/oph,l,s1 froidem5t4 ,e/-elle donc la premire8 ,,fau/4 ,*i56 excrable mon/re6 que ne repr5ds-tu ta =me de v] de t]re p\r que je puisse t'cras] du pi$6 etc41 etc4 ,m,,phi/oph,l,s4 ,qui donc l'a p\sse dans l'abme1 moi ou toi8 7,fau/ l'accable de mpris et d'imprcations47 ,m,,phi/oph,l,s1 en ricanant4 ,de quoi te pla9s-tu8 ,tu veux vol] et tu n'es pas prmuni contre le v]tige6 ,z-tu f9i8 ,,fau/4 ,sauve-la1 ou malheur toi6444 ,la plus affreuse imprcation sur toi p5dant des milli]s d'annes6 ,m,,phi/oph,l,s4 ,sauve-la6444--,le puis-je8 ,encore une fois1 qui donc l'a p\sse dans cette prison1 moi ou toi8 ,,fau/4 ,conduis-moi o elle e/2 il faut que je la dlivre4 ,m,,phi/oph,l,s4 ,p5ses-y bi56 ,p5se qu'un meurtre commis p> ta ma9 sur ce brave soldat1 son frre1 e/ encore l t\t prs5t l'esprit de la ville o son cadavre e/ tomb s\s tes c\ps1 et1 au-dessus de la place o son sang a c\l1 plane la v5geance publique qui att5d son assass96 ,,fau/1 en l'injuriant avec plus de colre4 ,conduis-moi o elle e/1 te dis-je2 il faut qu'elle soit libre6 ,m,,phi/oph,l,s4 ,cela1 je le puis4 ,je peux ass\pir les s5s du geli]2 emp>e-toi de la clef de la prison p5dant sa l?>gie4 ,entrane-la de ta ma9 seule dehors6 ,je veille1 les *evaux sont prts1 je v\s enlve6 ,cela1 je le puis4 ,,fau/4 ,promptem5t1 et p>tons6 ,m,,phi/oph,l,s4 ,allons6 ,en avant6 en avant6 ,ils disp>aiss5t et r5contr5t en c\rant dans la nuit v]s la ville une horde de sorci]s qui s'agit5t aut\r d'un gibet dress dans l'ombre4 ,passons sur ces sorcell]ies dplaces dans le srieux d'un tel drame4 ,v ,ici la scne e/ dans le ca*ot de ,m>gu]ite2 n\s la mutil]ions en l'abrgeant4 ,c'e/ une de ces scnes o l'imag9ation et le coeur de l'homme ont recr la nature dans t\t son honneur et dans t\te sa piti4--,lisez6 ,,fau/1 avec un tr\sseau de clefs et une lampe1 devant une petite porte de f]4 ,je suis pntr d'une p\vante dsacc\tume ds longtemps1 pntr du s5tim5t de t\tes les calamits huma9es4 ,c'e/ ici qu'elle habite1 d]rire cette muraille humide2 et son crime fut une d\ce illusion6 ,tu trembles d'all] elle6 tu cra9s de la revoir6 ,avance6 ton irrsolution hte sa mort4 7,ouvrant la porte47 ,elle ne se d\te pas que son amant pie1 qu'il ent5d grond] les *anes1 la paille qui frmit4 ,,m>gu]ite1 sur son grabat1 s'ef=ant de se ca*]4 ,ah6 ah6 ils vi5n5t6 ,affreuse mort6 ,,fau/1 bas4 ,*ut6 *ut6 je vi5s te dlivr]6 ,,m>gu]ite1 se tranant jusqu' lui4 ,si tu es un homme1 alors compatis ma misre4 ,,fau/4 ,tes cris vont veill] les g>di5s qui dorm5t6 7,il saisit les *anes p\r les dta*]47 ,,m>gu]ite1 g5\x4 ,qui t'a donn1 b\rreau1 cette puissance sur moi8 ,tu vi5s dj me *]*]1 m9uit6 ,aie piti1 et laisse-moi vivre4 ,dema91 au po9t du j\r1 n'e/-ce pas assez tt8 7,elle se lve47 ,je suis p\rtant encore si jeune1 si jeune6 et dj m\rir6 ,j'tais belle aussi1 et ce fut ma p]te4 ,le bi5-aim tait prs de moi2 ma9t5ant il e/ lo92 ma c\ronne e/ arra*e1 les fleurs disp]ses4 ,ne me saisis pas si violemm5t6 p>gne-moi6 ,que t'ai-je fait8 ,ne me laisse pas implor] en va93 je ne t'ai jamais vu de ma vie4 ,,fau/4 ,comm5t rsi/] tant de d\leur8 ,,m>gu]ite4 ,je suis ma9t5ant t\t entire en ta puissance4 ,laisse seulem5t que j'allaite mon enfant4 ,je l'ai b]c sur mon coeur t\te cette nuit2 ils me l'ont pris p\r me t\rm5t]1 et ils dis5t ma9t5ant que je l'ai tu6 ,jamais plus je ne s]ai joyeuse4 ,ils *ant5t des *ansons sur moi3 c'e/ m*ant de leur "p4 ,un vieux conte f9it a9si2 mais qui leur a dit d'y faire allusion8 ,,fau/1 se jetant ses pi$s4 ,un amant e/ tes g5\x2 il vi5t ouvrir la porte ta captivit lam5table4 ,,m>gu]ite1 faisant de mme4 ,oui1 oui1 g5\x p\r invoqu] les sa9ts6 ,vois s\s ces m>*es1 s\s le seuil1 l'enf] b\t2 le mal91 avec des gr9cem5ts t]ribles1 mne un tra96 ,,fau/1 voix haute4 ,gret*56 ,gret*56 ,,m>gu]ite1 d'un air att5tif4 ,c'tait la voix du bi5-aim4 7,elle bondit4 ,les *anes tomb5t47 ,o e/-il8 ,je l'ai ent5du appel]4 ,je suis libre6 ,p]sonne ne me reti5dra6 ,je veux vol] son c\1 me repos] sur son se94 ,il a appel ,gret*52 il se t5ait sur le pas de la porte4 ,au milieu des hurlem5ts horribles et du fracas de l'enf]1 au milieu des clats de rire des dmons1 j'ai reconnu sa voix si d\ce1 si aimante4 ,,fau/4 ,c'e/ moi6 ,,m>gu]ite4 ,c'e/ toi6 ,oh6 dis-le encore4 7,elle le saisit47 ,lui6 lui6 ,o sont t\tes les tortures8 o sont les angoisses des ca*ots1 des f]s8 ,c'e/ toi6 tu vi5s me sauv]6 ,je suis sauve6 ,oui1 voil bi5 la rue o je te vis p\r la premire fois1 et le j>d9 *>mant o ,m>! et moi n\s t'att5dions4 ,,fau/1 l'entranant4 ,suis-moi6 ,vi5s6 ,,m>gu]ite4 ,oh6 re/e6 ,j'aime tant re/] o tu es6 7,elle le c>esse47 ,,fau/4 ,hte-toi6 ,si tu ne te htes pas1 n\s le pay]ons *]4 ,,m>gu]ite4 ,h quoi6 tu ne peux plus m'embrass]8 ,mon ami1 loign de moi si peu de temps1 et tu z dsappris m'embrass]6 ,d'o me vi5n5t ces angoisses dans tes bras1 lorsque1 autrefois1 tes p>oles1 tes reg>ds me mettai5t t\t un ciel dans l'me et que tu m'embrassais m't\ff]6 ,embrasse-moi1 autrem5t je t'embrasse4 7,elle se p5d son c\47 ,oh6 ,dieu6 tes lvres sont froides2 elles sont muettes4 ,o ton am\r e/-il re/8 ,qui me l'a ravi8 7,elle se dt\rne de lui47 ,,fau/4 ,vi5s1 suis-moi1 d\ce amie1 pr5ds c\rage6 ,je t'aime d'une ardeur inf9ie6 ,suis-moi seulem5t2 je ne dem&e que a4 ,,m>gu]ite1 les yeux atta*s sur lui4 ,e/-ce donc bi5 toi8 en es-tu bi5 sr8 ,,fau/4 ,oh6 oui2 mais vi5s6 ,,m>gu]ite4 ,tu brises mes *anes1 tu me repr5ds dans ton se96 ,d'o vi5t que tu n'z pas horreur de moi8 et sais-tu1 mon ami1 qui tu dlivres8 ,,fau/4 ,vi5s1 vi5s6 dj la nuit se fait mo9s sombre4 ,,m>gu]ite4 ,j'ai tu ma mre2 mon enfant1 je l'ai noy3 ne t'tait-il pas donn toi comme moi8 ,oui1 toi4 ,c'e/ toi6 je le crois pe9e4 ,donne ta ma96 ,ce n'e/ pas un songe6 ,ta ma9 *rie6 ,ah6 mais elle e/ humide2 essuie-la4 ,il me semble qu'il y a du sang aprs4 ,ah6 ,dieu6 qu'z-tu fait8 ,r5ga9e cette pe1 je t'en conjure4 ,,fau/4 ,ce qui e/ fait e/ fait1 n'y p5sons plus4 ,veux-tu donc que je meure8 ,,m>gu]ite4 ,non2 il faut que tu vives1 toi6 ,je veux te nomm] les tombes dont je te recomm&e le so9 ds dema94 ,tu donn]as la meilleure ma mre2 mon frre t\t auprs d'elle2 moi un peu de ct1 seulem5t pas trop lo91 et le petit sur mon se9 droit4 ,p]sonne autre ne v\dra repos] prs de moi4 ,me s]r] ton ct1 c'tait un d\x1 un *>mant bonheur1 mais je ne le ress5tirai plus2 il me semble que j'ai beso9 de me faire viol5ce p\r all] toi1 que tu me rep\sses lo9 de toi4 ,cep5dant c'e/ toi1 et tu me reg>des avec tant de d\ceur1 de t5dresse6 ,,fau/4 ,si tu s5s que c'e/ moi1 vi5s donc6 ,,m>gu]ite4 ,p> l8 ,,fau/4 la lib]t6 ,,m>gu]ite4 ,dehors1 c'e/ le tombeau2 la mort guette4 ,allons6 vi5s d'ici dans le lit de repos t]nel1 et pas un pas de plus4 ,tu p>s ma9t5ant1 ,h5ri8 ,si je p\vais t'accompagn]6 ,,fau/4 ,tu peux2 ah6 veuille seulem5t6 ,la porte e/ ouv]te4 ,,m>gu]ite4 ,je n'ose sortir4 ,p\r moi il n'y a ri5 espr]4 ,que s]t de fuir8 ,ils sont nos tr\sses4 ,c'e/ si misrable d'tre rduit m5di]1 et encore avec une mauvaise consci5ce6 si misrable d'err] l'trang]6 ,et d'ailleurs je ne leur *app]ai pas4 ,,fau/4 ,je re/e auprs de toi4 ,,m>gu]ite4 ,vite6 vite6 sauve ton pauvre enfant6 ,va1 suis le *em9 le long du ruisseau1 au del du petit pont1 dans le bois1 gau*e1 l'endroit de la plan*e1 dans l'tang4 ,pr5ds-le vite6 ,il *]*e sortir de l'eau2 il se dbat encore4 ,sauve6 sauve6 ,,fau/4 ,revi5s toi6 ,un seul pas1 et tu es libre4 ,,m>gu]ite4 ,si n\s avions seulem5t pass la montagne6 ,l ma mre e/ assise sur une pi]re4 ,le froid me saisit la nuque444 ,l ma mre e/ assise sur une pi]re et branle la tte2 elle ne ho*e plus1 elle ne cligne plus2 la tte lui e/ l\rde2 elle a dormi si longtemps6 ,elle ne veille plus4 ,elle dormait s\hait p\r nos plaisirs4 ,c'tai5t d'heureux temps6 ,,fau/4 ,puisque ni mes p>oles ni mes in/ances ne peuv5t ri51 il faut que je t'emporte d'ici6 ,,m>gu]ite4 ,laisse-moi2 non1 pas de viol5ce6 ,ne me saisis pas si brutalem5t6 ,autrefois n'ai-je pas t\t fait p\r toi p> am\r8 ,,fau/4 ,le j\r comm5ce po9dre6 ,ma mie1 ma bi5-aime6 ,,m>gu]ite4 ,le j\r6 oui1 il fait j\r6 ,le d]ni] j\r pntre ici6 ,ce devait tre mon j\r de noces6 ,ne dis p]sonne que tu z t dj auprs de ,gret*54 ,oh6 ma c\ronne1 c'en e/ fait6 ,n\s n\s rev]rons1 mais pas la danse4 ,la f\le se presse1 on ne l'ent5d pas4 ,la place1 les rues ne la peuv5t cont5ir4 ,la clo*e appelle1 la baguette e/ rompue6 ,comme ils me g>rott5t et me saisiss5t6 ,me voil dj enleve v]s l'*afaud4 ,dj palpite sur le c\ de *acun le tran*ant du c\teau qui palpite au-dessus du mi54 ,le monde e/ muet comme la tombe4 ,,fau/4 ,oh6 p\rquoi suis-je n8 ,m,,phi/oph,l,s1 p>aissant la porte4 ,al]te6 ou v\s tes p]dus6 ,dsespoir inutile1 irrsolution et bav>dage6 ,mes *evaux frmiss5t6 ,l'aube blan*it l'horizon4 ,,m>gu]ite4 ,qu'e/-ce qui s'lve de t]re8 ,lui6 lui6 ,*asse-le6 ,que veut-il dans le sa9t lieu8 ,il me veut6 ,,fau/4 ,il faut que tu vives6 ,,m>gu]ite4 ,ju/ice de ,dieu1 je m'ab&onne toi6 ,m,,phi/oph,l,s1 ,fau/4 ,vi5s6 vi5s6 ou je te plante l avec elle4 ,,m>gu]ite4 ,je suis toi1 ,pre1 sauve-moi6 ,v\s1 anges1 sa9tes armes1 dployez vos bataillons p\r me protg]6 ,h5ri1 tu me fais horreur6 ,m,,phi/oph,l,s4 ,elle e/ juge6 ,,voix ,d',,en ,,haut4 ,elle e/ sauve6 ,m,,phi/oph,l,s1 ,fau/4 ,vi5s moi6 7,il disp>at avec ,fau/47 ,,voix ,,du ,,fond1 s'affaiblissant4 ,h5ri6 ,h5ri6 ,,vi ,une telle oeuvre tait plus qu'un homme2 c'tait t\t la fois l'pope1 le drame1 la raison et le surnaturel de l'esprit et du coeur huma94 ,goe! ne la laissa transpir] que page page de son portefeuille potique4 ,les premires communications qu'il en fit aux gr&s esprits dont l',allemagne tait si ri*e alors arra*r5t un cri d'admiration mme ses rivaux1 s'il p\vait en avoir4 ,je lis dans une des premires lettres de ,s*ill]1 qui dev9t plus t>d l'ami de ,goe!1 ce mot qui exprime son impression l'aspect d'un seul fragm5t de cette oeuvre3 ,je dsire passionnm5t lire ce qui n'e/ pas encore publi de ,fau/1 c> je v\s confesse que ce que j'en ai vu e/ p\r moi le torse d',h]cule4 ,s*ill] n'avait lu encore1 selon t\te app>5ce1 que les gr&es contemplations mtaphysiques de ,fau/ et de ,mphi/ophls dans les montagnes2 s'il avait lu les scnes pa/orales1 naves1 d*irantes1 de la sduction de ,m>gu]ite et de ses am\rs la f5tre devant la lune1 ,s*ill] aurait aj\t au torse d',h]cule le torse de ,vnus4 ,la comp>aison tait c>actri/ique2 c>1 aprs ,phidias1 aussi div9 dans l'expression de la =ce que dans l'expression de la grce1 il n'y avait eu que ,goe! p\r crer de la mme ma91 du mme ciseau et du mme bloc1 ,fau/ et ,m>gu]ite6 ,,vii ,goe!1 p> la haute srnit de son c>actre1 n'tait nullem5t press de j\ir4 ,aprs avoir t]m9 ,fau/ dans la paisible solitude de son sj\r ,rome et en avoir envoy seulem5t quelques fragm5ts ses amis d',allemagne1 il rev9t la pure pope1 son premi] am\r potique4 ,on peut rem>qu]1 dans ses ,mmoires et dans ses correspondances1 qu',homre tait ses yeux le premi] et le d]ni] mot du gnie huma91 la ,bible de l'hi/oire et de l'imag9ation4 ,n\s p>tageons entirem5t cette op9ion de ,goe! sur ,homre2 il n\s p>at non pas plus gr&1 mais aussi gr& que nature1 c'e/--dire un demi-dieu4 ,on voit dans ces pan*em5ts confid5tiels de ,goe! qu'il tait ram5 sans cesse v]s les pe9tures de la vie dome/ique1 si simplem5t et cep5dant si potiquem5t dcrites et *antes dans l',odysse4 ,l'pisode de ,nausicaa l'obsde visiblem5t2 il y revi5t malgr lui dans beauc\p de ses notes de voyage2 il rve de reproduire cette idylle pique dans sa langue mod]ne et en appliquant aux moeurs b\rgeoises de son pays allem& les *a/es c\leurs de la posie homrique4 ,c'tait un rve de gnie4 ,ce qui dpopul>isait1 en effet1 la posie pique dans nos sicles n\veaux1 c'tait l'abs5ce de ralit dans l'pope4 ,des dieux auxquels on a cess de croire1 des hros dont les exploits et les am\rs sont des fables1 des moeurs dont les descriptions n\s sembl5t des inv5tions tranges du pote au lieu du portrait ressemblant de la civilisation que n\s avons s\s les yeux1 t\t cela intresse peu le vulgaire des lecteurs2 le savant seul s'y plat1 mais la f\le se dt\rne et c\rt aux lg5des et aux compla9tes des *anteurs de rues2 de l un tri/e abaissem5t du niveau de l'imag9ation du peuple4 ,il e/ priv de posie p>ce que les potes lettrs lui *ant5t des *oses au-dessus de sa porte et p>ce que ses potes populaires lui *ant5t des platitudes ou des cynismes4 ,cette lacune dans la posie populaire avait vivem5t frapp le gr& esprit la fois mtaphysique et rali/e de ,goe!1 comme elle n\s frappa vivem5t n\s-mme1 il y a quelques annes1 qu& n\s crivmes le pome dome/ique et famili] de ,jocelyn4 ,n\s emes1 sans n\s tre ent5dus1 et la diffr5ce prs du tal5t1 la mme p5se ne du mme temps3 faire desc5dre la posie des nuages1 et l'introduire comme un hte de t\s les j\rs et de t\tes les conditions au foy] dome/ique de famille1 *ez le savant comme *ez l'ignorant1 *ez le ri*e comme *ez le pauvre2 *ang] en pa9 quotidi5 de t\tes les mes p5santes ou aimantes cette ambroisie potique jusque-l rs]ve aux dieux de ce monde4 ,,viii ,,h]man ,,et ,,doro?,e4 ,goe! bau*a ,rome la premire conception de ce pome b\rgeois1 de cette idylle de la petite ville allem&e1 dans le pome d',h]man et ,doro?e1 un de ses plus dlicieux ouvrages4 ,il ne le t]m9a que plus t>d1 et il aj\ta alors les pr9cipaux dtails pa?tiques emprunts l'migration franaise des bords du ,rh92 ces scnes de dr\te dont il avait t tmo9 p5dant la retraite des ,prussi5s devant ,dum\riez1 en #agib1 avai5t fait sur son esprit une =te impression de piti qu'il reproduisit dans son pome4 ,,ix ,ri5 n'e/ plus simple que le plan de ce pome pique4 ,comme t\t ce qui e/ rellem5t beau1 le drame ne comporte aucun artifice de composition4 ,c'e/ la nature bi5 pe9te1 le coeur huma9 bi5 compris1 la posie1 c'e/--dire la beaut lat5te de la vie dome/ique bi5 *ante4 ,cela n'a po9t p\r b d'tonn]1 mais de *>m] et surt\t d'difi] l'me p> la reproduction mue des plus d\x et des meilleurs s5tim5ts de famille4 ,qu'il y a lo9 de l ,w]!r6 ,il y a aussi lo9 que du bon s5s au dlire1 que de la maladie m5tale la sant du coeur et de l'esprit4 ,lisons ensemble quelques scnes de ce tableau aussi homrique p> la =me qu'il e/ flam& ou allem& p> le fond4 c\tez6 ,x ,l'hteli] du ,lion d'or1 dans une petite ville d',allemagne1 cause avec sa femme1 assis sur un banc de bois au seuil de son aub]ge4 ,la rue e/ ds]te2 la ville entire s'e/ porte en masse hors des murs1 au-devant d'une colonne fugitive d'migrs des bords du ,rh91 qui se sauv5t avec leurs femmes1 leurs enfants1 leurs vieill>ds1 leurs malades1 leurs tr\peaux1 leurs meubles1 devant l'arme envahissante des ,franais4 ,le fils unique de l'aub]gi/e1 ,h]man lui-mme1 a attel ses beaux *evaux favoris au *>iot de po/e de son pre1 et il e/ all port] des vivres1 des c\v]tures1 des vtem5ts1 ces in=tuns surpris p> l'irruption dans la nuit4 ,je ne donne pas volonti]s mon vieux l+e1 dit la femme de mnage au m>i conome1 c> on a ma9te occasion de l'employ] utilem5t1 et1 qu& on en a beso91 on n'en tr\ve pas prix d'arg5t2 mais auj\rd'hui j'ai rassembl avec plaisir ce que j'avais de meilleur en fait de *emises et de c\v]tures1 c> j'ai ent5du dire qu'il y avait dans cette f\le des enfants et des vieill>ds demi-nus4 ,et1 dis-moi1 veux-tu me p>donn]8 j'ai aussi mis contribution ton armoire3 j'ai pris ta belle robe de *ambre en f9e cotonnade1 cette indi5ne fleurs si *audem5t d\ble de flanelle2 je l'ai donne2 mais tu sais qu'elle e/ vieille et t\t fait hors de mode4 ,l'hte regrette sa vieille robe de *ambre1 mais il p>donne en p5sant au bi5-tre des infirmes qui s'envelopp]ont de sa dp\ille4 ,l'heure du soir allonge l'ombre des maisons sur la rue2 la f\le r5tre escortant la colonne fugitive4 ,reg>de1 dit l'htesse1 voici dj les curieux qui r5tr5t aprs avoir vu les pauvres migrs4 ,probablem5t t\t a trav]s la ville ma9t5ant4 ,vois comme leurs s\li]s sont c\v]ts de p\ssire1 comme ils ont le visage enflamm2 *acun a son m\*oir la ma91 p\r essuy] la sueur de son front4 ,je ne v\drais pas m'en all] a9si1 p> la *aleur d'un p>eil j\r1 c\rir aprs un si navrant spectacle2 c'e/ bi5 assez d'ent5dre le rcit qu'on n\s en f]a4 ,oui1 rpond l'aub]gi/e-cultivateur1 c'e/ l un temps de moisson comme n\s en avons r>em5t2 n\s avons dj r5tr le fo9 bi5 s* dans le f5il1 et n\s r5tr]ons de mme le bl dans la grange4 ,le ciel e/ clair1 on n'y di/+ue pas le plus lg] nuage1 et depuis le mat9 il s'e/ lev un v5t frais et agrable4 ,voil un temps frais qui dur]a4 ,le bl e/ mur2 dema9 on comm5c]a fau*] la ri*e moisson6 99 99 99 99 99 ,p5dant que l'hte et l'htesse s'entreti5n5t a9si1 on voit r5tr]1 dans une lgante cal*e fabrique ,l&au1 le ri*e m>*&1 avec ses filles1 qui habite la maison n\vellem5t re/aure neuf en face de l'htell]ie1 de l'autre ct de la place4 ,voici1 dit de n\veau la bonne htesse1 voici le pa/eur et notre vois9 le ph>maci56 ,ils vont n\s dire ce qu'ils ont vu l-bas4 99 99 99 99 99 ,le pa/eur et le ph>maci5 entr5t2 ils s'attabl5t aut\r d'un pot bire cumant dans l'arrire-salle de l'aub]ge4 ,ils caus5t1 *acun selon son c>actre1 de l'vnem5t de la j\rne4 ,le ph>maci5 dcrit en t]mes pa?tiques le d\l\reux convoi4 ,ri5 ne ressemble ce spectacle1 dit-il1 si ce n'e/ le j\r funbre o l'inc5die dvora notre pauvre petite ville1 il y a v+t ans4 ,le pa/eur1 jeune et mode/e ecclsia/ique1 l'honneur de la ville1 recomm&e ses amis la confiance en ,dieu et la *>it4 ,un bruit de f] des *evaux qui font ret5tir le pav s\s la vote de l'aub]ge int]rompt l'entreti5 et lui fait pr5dre un autre t\r4 ,le second *ant comm5ce4 ,,xi ,c'e/ le *>iot d',h]man1 le fils de l'aub]gi/e1 qui revi5t vide de sa c\rse au-devant des proscrits4 ,le jeune homme1 ord9airem5t si rs]v et recueilli en lui-mme1 entre t\t rayonnant d'une spl5deur intrieure dans la salle4 ,le pa/eur s'en ap]oit4 ,on voit1 dit-il au jeune homme1 que v\s rev5ez t\t *ang et t\t satisfait2 jamais il n'y eut tant d'animation dans vos yeux2 on voit que v\s avez rp&u vos dons p>mi les affligs et que de bndictions sont desc5dues sur v\s6 ,h]man raconte sa mre l'pisode le plus t\*ant de son voyage4 ,en suivant1 dit-il1 la r\te qui mne au village o la colonne fugitive va pass] la nuit1 j'ap]u une l\rde *>rette trane p> deux boeufs1 les plus gros et les plus vig\reux de ce pays des trang]s4 ct de la voiture m>*ait d'un pas f]me et s\ple une jeune fille t5ant la ma9 une longue baguette arme de l'aiguillon et conduisant en le pressant l'attelage4 ,qu& elle me vit1 elle s'appro*a timidem5t1 mais avec confiance1 de moi1 et me dit3 ,n\s n'avons pas t t\j\rs dans cette humiliante situation o n\s sommes auj\rd'hui2 je ne suis pas encore habitue dem&] l'trang] cette aumne qu'il donne s\v5t regret et seulem5t p\r se dlivr] de l'importunit du pauvre2 mais le beso9 me =ce p>l]4 ,l1 sur la paille1 languit la femme d'un homme ri*e de notre village2 elle vi5t d'acc\*]1 et j'ai eu bi5 de la pe9e la sauv] avec les boeufs de cette *>rette4 ,n\s ne p\rrons arriv] que bi5 t>d aprs les autres2 pe9e si cette pauvre femme g>de un s\ffle de vie1 et son n\veau-n repose t\t nu entre ses bras4 ,si v\s tes de ces environs et si v\s avez du l+e qui v\s soit inutile1 donnez-le cette malheureuse mre6 ,a9si p>la la belle jeune fille1 et sur la paille o elle tait t5due la pauvre femme1 t\te faible et t\te ple1 se lve et me reg>de4 ,moi je rpondis la jeune fille3 ,il y a s\v5t un bon gnie qui n\s conseille et qui n\s fait dev9] les plus pressants beso9s de nos frres4 ,ma mre1 comme si elle avait press5ti vos beso9s1 m'a donn1 p\r ceux qui n'aurai5t pas de quoi se c\vrir1 ce paquet de h>des et de l+e4 ,et aussitt1 dn\ant les cordes p> lesquelles il tait li1 je remis la jeune fille la robe de *ambre de mon pre1 les *emises et les draps4 ,elle me rem]cia avec des transports de joie et s'cria3 ,celui qui e/ heureux ne croit pas qu'il puisse y avoir encore des miracles1 mais c'e/ dans l'angoisse du malheur qu'on reconnat comm5t le doigt de ,dieu conduit les bons coeurs une bonne action4 ,puisse-t-il v\s r5dre v\s-mme le bi5 qui n\s arrive p> v\s6 ,la pauvre femme en c\*es prit en s\riant ce l+e que la jeune fille lui t5dait1 et se rj\it surt\t en s5tant la d\ce flanelle tide qui d\blait la robe de *ambre4 ,htons-n\s d'arriv] au pro*a9 village1 o nos compatriotes doiv5t faire halte p\r la nuit2 l je c\drai le l+e p\r la layette de l'enfant1 et j'arrang]ai avec so9 t\t ce qui s]a ncessaire4 ,elle me rem]cia encore et t\*a les boeufs2 le *> s'loigna4 ,p\r moi1 j'arrtai les *evaux et je re/ai4 ,un combat s'levait en moi2 je ne savais ce qu'il y avait de mieux faire1 de c\rir rapidem5t au village de la halte et de p>tag] entre les migrs les provisions de b\*e que j'avais apportes1 ou de les remettre t\tes la belle et *>itable jeune fille1 af9 qu'elle les di/ribut elle-mme entre les ncessiteux4 ,mon coeur dcida3 je c\rus aprs elle1 je la rejoignis bi5tt et je lui dis3 ,ma mre n'a pas seulem5t mis dans mon *>iot du l+e p\r ceux qui en manqu5t1 elle y a jo9t aussi div]ses provisions qui sont l dans les c(fres2 je veux remettre t\t cela entre tes ma9s2 je suis plus sr que1 de cette manire1 ses int5tions s]ont bi5 accomplies2 c> tu p>tag]as ces provisions avec disc]nem5t1 au lieu que moi je s]ais oblig de m'en rapport] au has>d4--,je les p>tag]ai avec consci5ce1 rpondit-elle2 elles rj\iront celui qui e/ dans le beso94 ,j'ouvris les c(fres de la voiture1 j'en tirai les l\rds jambons1 le pa91 les b\teilles de v9 et de bire2 je lui donnai t\t1 et j'aurais v\lu lui donn] encore plus1 mais les c(fres tai5t vids4 ,elle dposa t\t cela aux pi$s de la malade2 puis elle s'loigna1 et je repris avec mes *evaux le *em9 de la ville6 99 99 99 99 99 ,y a-t-il dans ,homre ou dans ,virgile une scne plus antique et plus navem5t raconte8 ,et cep5dant la scne e/ d'hi]1 les moeurs sont du j\r et du pays1 et le s5tim5t en e/ de t\s les temps4 ,on respire nanmo9s le *ri/ianisme jusque dans l'am\r4 ,,xii ,le pre1 le pa/eur1 le ph>maci51 la mre repr5n5t1 *acun dans son c>actre1 l'entreti5 sur l'vnem5t du j\r1 aprs le rcit d',h]man4 ,la mre1 qui comm5ce se d\t] du s5tim5t n de la piti et du malheur dans le coeur de son fils1 prvi5t les objections qu'elle press5t dans l'esprit du pre p> les s\v5irs de leur mnage1 contract s\s les auspices de la ,provid5ce seule1 au j\r de la ru9e1 le l5dema9 du gr& inc5die de la ville4 ,c'tait un diman*e1 dit-elle3 le feu consumait t\t4 ,j'avais pass la nuit d'angoisse hors de la ville1 g>dant les lits et les caisses2 enf9 je m'endormis4 ,qu& la fra*eur du mat9 me rveilla1 je vis la fume et les *>bons ard5ts et les murailles t\tes noires et t\tes nues de la ville4 ,j'avais le coeur l\rd1 mais le soleil p>ut plus beau que jamais et le c\rage me rev9t4 ,je me levai la hte1 je v\lais revoir la place o avait t notre maison1 et reg>d] si les p\les que j'aimais tant avai5t pu se sauv]2 c> j'avais encore le c>actre simple et naf d'un enfant4 ,qu& j'eus mont sur les dcombres de la maison et de la c\r qui fumai5t encore1 p5dant que je contemplais cette demeure a9si dva/e1 toi tu arrivais de l'autre ct2 tu *]*ais la place occupe p> l'table3 un *eval y tait re/2 les dbris jon*ai5t le sol1 mais le *eval avait disp>u4 ,a9si n\s re/ions l'un en face de l'autre tri/es et p5sifs1 c> le mur qui sp>ait notre c\r de la vtre tait tomb4 ,tu me pris la ma9 et tu me dis3 ,lise6 comm5t fais-tu p\r v5ir ici8 ,va-t-en6 va-t-en6 sur ces dcombres encore enflamms tu brl]as tes s\li]s4 ,tu me pris dans tes bras et tu m'emportas trav]s la c\r4 ,le por*e de la maison tait encore deb\t avec sa vote1 comme n\s le voyons auj\rd'hui3 c'tait t\t ce qui re/ait6 ,tu m'assis p> t]re1 tu m'embrassas2 moi je me df5dais1 et tu me dis avec d\ceur3 ,reg>de1 notre maison e/ r5v]se2 re/e avec n\s1 aide-moi la recon/ruire2 j'aid]ai ton pre rebtir la si5ne4 ,mais je ne te compr5ais pas jusqu' ce que tu eusses envoy ta mre p>l] mon pre1 jusqu' ce que notre m>iage ft conclu4 ,je me s\vi5s encore de ces p\tres demi brles et de ce soleil levant p\rtant si beau1 c> ce j\r-l m'a donn un m>i1 et cette dsolation m'e/ v5u un fils6 ,voil p\rquoi1 mon ,h]man1 j'aime te voir a9si p5s] enf9 au m>iage avec une d\ce confiance dans ce j\r de calamit2 j'aime te voir dcid pr5dre la jeune fille de ton *oix dans le tumulte de la gu]re et au milieu des ru9es4 ,le pre loigne1 p> des propos d'aub]gi/e conome1 l'ide de pr5dre une fille pauvre4--,heureux1 dit-il1 celui qui ses p>5ts donn5t une maison en bon tat et qui russit la meubl] plus ri*em5t6 ,aussi j'espre1 ,h]man1 que tu amn]as bi5tt ici une fiance avec une belle dot4 7,il fait allusion une des filles du ri*e m>*&1 r\lant en cal*e et recrpissant neuf sa haute maison de l'autre ct de la place1 en face de l'aub]ge47 ,ce n'e/ pas en va91 p\rsuit-il1 que la mre de famille prp>e1 p5dant de longues annes1 p\r sa fille1 la toile d'un tissu solide et f91 ce n'e/ pas en va9 que les p>ra9s lui cons]v5t leur belle arg5t]ie1 et que le pre enf]me dans son armoire la belle pice d'or dev5ue r>e2 c>1 avec t\s ces dons1 la fiance doit rj\ir le jeune homme qu'elle aura prfr4 ,oui1 je sais comme une femme se dlecte dans la maison de son m>i en retr\vant les meubles qu'elle y a apports1 et le lit et la table dont elle a f\rni elle-mme les draps et les nappes4 ,enf9 le pre s'explique plus clairem5t et m5tionne son fils une des filles du ri*e m>*& la maison v]te en face de la si5ne4 ,h]man rpond avec emb>ras qu'il a song longtemps1 en effet1 la plus jeune de ces trois filles1 mais que1 sa timidit naturelle l'ayant fait raill] dans cette maison sur son sil5ce et sur la c\pe trop ru/ique de ses habits1 il a laiss *app]1 p> confusion1 son *apeau de sa ma91 et il e/ sorti p\r jamais de cette maison moqueuse4 ,le pre s'irrite ces p>oles contre la gau*]ie et l'ob/9ation de son fils2 ,h]man1 humili et contri/ de ce repro*e1 se lve1 pose d\cem5t le doigt sur le loquet de la porte et sort4 ,la mre1 aprs une d\ce rprim&e son m>i1 sort son t\r p\r all] consol] son fils4 ,,xiii ,p5dant que l'aub]gi/e1 le ph>maci5 et le pa/eur cont9u5t l'entreti5 table1 la mre *]*e ,h]man dans les c\rs et dans l'curie de ses *]s *evaux favoris2 elle le dc\vre enf9 au fond d'un j>d9 recul qui t\*e d'un ct aux basses-c\rs1 de l'autre aux murs ru9s de la ville4 ,il tait assis1 le dos t\rn la maison1 le visage dans ses ma9s1 s\s un dbris de treille dont les grappes et les feuilles jaunies p5*ai5t de la *>p5te v]m\lue de la treille sur son front4 ,l'entreti5 de la mre et du fils e/ aussi famili] et aussi pa?tique que celui d',ulysse dans les c\rs de son palais d',i?aque4 ,h]man1 dsespr1 veut s'engag] comme soldat dans l'arme de l',allemagne2 sa mre l'en dt\rne avec des p>oles emmielles d'am\r de femme et de t5dresse de mre4 ,mon fils1 si tu dsires tant conduire dans ta demeure une fiance af9 que la nuit soit aussi p\r toi une d\ce moiti de la vie1 et que le j\r tu tr\ves le travail plus agrable et plus rcomp5s1 tu ne peux pas le dsir] plus vivem5t que ton pre et que ta mre6--,mais je crois ma9t5ant que tu z fait un *oix6 ,c'e/ cette jeune fille fugitive1 n'e/-ce pas1 que tu z *oisie8 ,h]man av\e son am\r4--,laisse-moi faire1 lui dit sa mre att5drie2 les hommes se pos5t en face l'un de l'autre comme des ro*]s2 ton pre e/ prompt1 mais il e/ bon et t5dre4 ,une fois le soir v5u1 qu& le feu de ses p>oles avec ses amis e/ vapor1 il devi5t d\x et maniable1 et il s5t ses torts env]s les autres4 ,allons ensemble lui p>l]2 n\s mettrons dans nos intrts nos deux vois9s qui sont table avec lui1 et le digne pa/eur n\s second]a4 ,elle dit1 et ils r5tr5t en sil5ce la maison4 ,,xiv ,le pa/eur faisait en ce mom5t un admirable disc\rs dont t\tes les allusions indirectes t5dai5t excus] auprs de l'aub]gi/e le c>actre mode/e1 timide et sd5taire du pauvre ,h]man4 ,ce disc\rs e/ aussi ple9 de sagesse que la moelle des ,prov]bes de ,salomon2 c'e/ l'loge de la vie ru/ique oppose aux has>ds de la vie agite et ambitieuse des habitants des villes4 ,le pre e/ dj prp> a9si apprci] mieux le c>actre pacifique et laborieux d',h]man4 ,la mre1 qui entre t5ant son fils p> la ma91 p>le p\r lui son m>i avec une adresse inspire p> la plus habile t5dresse4 ,elle dcl>e le *oix fait irrvocablem5t p> ,h]man4 ,le pre s'tonne et se tait2 le pa/eur pr5d avec une d\ce loqu5ce le p>ti de la mre et du fils4 ,ne mconnaissez pas la jeune fille qui1 la premire1 a t\* l'me muette de votre fils4 ,heureux celui qui p\se sa premire bi5-aime1 c> alors les plus d\x dsirs ne languiss5t pas au fond de son coeur6 ,un am\r vrai trans=me en un mom5t l'adolesc5t en homme4 ,h]man n'a pas le c>actre lg] ou v>iable2 si v\s rep\ssez sa dem&e1 j'ai peur que ses plus belles annes ne se consum5t dans la d\leur4 ,le ph>maci5 diss]te longuem5t1 en homme qui veut masqu] sa s5sibilit s\s un c]ta9 pdantisme de diplomatie b\rgeoise4 ,il propose d'all] pralablem5t lui-mme avec le pa/eur pr5dre et pes] les r5seignem5ts sur la jeune fille dans le village o les migrs camps avec leurs familles et leurs bagages ont fait halte p\r la nuit4 ,ce p>ti1 qui concilie la prud5ce du pre avec la t5dresse presse de la mre et l'am\r impati5t d',h]man1 e/ accept d'un cons5tem5t commun4 ,les deux ngociateurs se propos5t de p>tir dans le *>iot de po/e d',h]man4 ,ici la posie allem&e r$evi5t homrique s\s la plume de ,goe!4 ,t\tes les fois qu'on se rappro*e de la nature et de la vie du peuple1 on r$evi5t antique4 ,lisez4 ,h]man c\rt a l'curie1 o les *evaux vig\reux repuis5t leur =ce en mangeant l'avo9e *oisie et le fo9 des meilleures prairies4 ,il leur glisse entre les lvres le mors luisant1 il passe les c\rroies dans les b\cles arg5tes1 il atta*e les longues et l>ges rnes et conduit ses limoni]s dans la c\r4 ,le s]viteur empress1 pr5ant le *>iot p> le timon1 le fait avanc] l\rdem5t dans la c\r4 ,h]man et lui mesur5t la longueur des rnes et attell5t les *evaux qui tran5t avec rapidit le *>4 ,h]man saisit son f\et1 s'asseoit sur le sige et conduit la voiture s\s la vote de la gr&e porte2 les deux amis1 le pa/eur et le ph>maci51 pr5n5t place au fond du *>iot4 ,il r\le rapidem5t1 laissant d]rire les r\es le pav des rues1 les murs de la ville et les t\rs reblan*ies neuf des remp>ts4 ,h]man ne ral5tit la c\rse de ses *evaux qu'au mom5t o il ap]oit t\t prs devant lui le clo*] du village et les premires maisons ent\res de j>d9s4 ,desc5dez ma9t5ant1 dit-il ses compagnons de r\te1 et allez v\s in=m] si la jeune exile e/ vraim5t digne de la ma9 que je lui prs5te4 ,si je n'avais que moi consult]1 je c\rrais au village1 et elle dcid]ait d'un mot de mon sort4 ,allez6 v\s la di/+u]ez aism5t entre t\tes ses compagnes1 c> il s]ait difficile de tr\v] une figure semblable la si5ne4 ,mais je vais v\s indiqu] seulem5t comm5t sont ses vtem5ts3 un corset r\ge1 lac avec s\plesse1 s]re sa poitr9e lgrem5t arrondie2 un jupon noir lui embote troitem5t la taille2 le rebord pliss de sa *emise ent\re son d\x visage et son gracieux m5ton4 ,sa figure ovale porte l'empre9te de la paix1 de son me et de la fran*ise de son c>actre2 ses longs *eveux se reploi5t sur ses tempes en nattes paisses1 ret5ues au sommet de sa tte p> de grosses p+les d'arg5t2 son corset e/ susp5due une robe bleue qui1 dans ses plis multiplis1 ens]re son beau corps4 ,mais1 je v\s en prie1 ne lui p>lez pas1 elle2 ne laissez pas s\ponn] vos int5tions2 int]rogez les anci5s1 et voyez ce qu'ils racont]ont d'elle4 ,voil ce que j'ai p5s en r\te4 ,,xv ,les r5seignem5ts1 comme on le p5se1 sont ceux de l'e/ime et de l'affection gnrales p\r cette jeune fille1 la provid5ce visible de ses compagnons de fuite4 ,le pa/eur et le ph>maci5 retr\v5t le jeune homme auprs de ses *evaux1 sur la place du village4 ,ils lui rapport5t ces bonnes n\velles2 mais ,h]man1 ma9t5ant1 comm5ce trembl] de voir sa ma9 refuse p> la jeune fille1 dont le coeur e/ peut-tre engag ailleurs4 ,je cra9s1 leur dit-il1 qu'elle n'ait dj frapp dans la ma9 d'un heureux jeune homme de son pays1 et je me vois t\t honteux devant elle de mes propositions rejetes4 ,les deux ngociateurs le rassur5t en va92 ils lui propos5t de sond] le coeur de la jeune trangre4 ,h]man a pe9e c\t ces p>oles4 ,sa rsolution e/ prise4--,arrive ce qui p\rra1 dit-il1 je veux all] moi-mme appr5dre mon sort de sa b\*e4 ,j'ai en elle une confiance comme jamais homme n'en a eu p\r aucune femme4 ,ses p>oles s]ont sages1 raisonnables1 j'en suis sr4 ,duss-je la voir p\r la d]nire fois1 je veux du mo9s r5contr] encore le reg>d ple9 de fran*ise de cet oeil noir4 ,duss-je ne jamais la press] sur mon coeur1 je veux contempl] encore cette poitr9e et ces paules que je v\drais enlac] dans mes bras4 ,je veux voir cette b\*e dont un bais] et un oui me r5dront heureux t\t jamais1 et dont un non peut me p]dre aussi t\t jamais4 ,mais laissez-moi all] seul1 et ne m'att5dez pas4 ,ret\rnez auprs de mon pre et de ma mre1 p\r leur dire que leur fils ne s'tait pas tromp et que l'trangre e/ digne d'tre aime4 ,laissez-moi seul4 ,je m'en ret\rn]ai p> le s5ti] qui passe auprs du poiri]1 en bas de la coll9e4 ,oh6 si j'avais le bonheur de la ram5] avec moi6 ,peut-tre aussi repr5drai-je seul ce s5ti]1 p\r ne plus jamais le revoir avec joie4 ,en disant ces mots1 il remit les rnes entre les ma9s du pa/eur1 qui1 matrisant les *evaux1 monta dans la voiture et prit la place du conducteur4 ,mais toi1 tu t'arrtes1 prud5t ph>maci56 et tu dis au pa/eur3 ,mon ami1 je v\s confi]ais volonti]s mon coeur1 mon me1 mon esprit2 mais mes jambes et mon corps ne sembl5t pas trop en sret si les rnes sont remises entre les ma9s d'un ecclsia/ique4 --,asseyez-v\s1 rpond le pa/eur en s\riant1 et confiez-moi sans cra9te votre corps a9si que votre me4 ,ma ma9 e/ depuis longtemps ex]ce t5ir des rnes1 et mon oeil prvoir les dt\rs du *em94 ,qu& j'accompagnais ,/rasb\rg le jeune b>on1 n\s tions habitus sortir en voiture1 et t\s les j\rs le *> conduit p> moi passait s\s la porte sonore1 et c\rait au lo9 dans la pla9e1 s\s les tilleuls1 trav]s les *em9s p\dreux et la f\le anime des prom5eurs4 demi rassur1 le ph>maci5 prit place dans la voiture1 et s'assit comme un homme prt s'lanc] prudemm5t dehors4 ,les *evaux galop5t1 impati5ts de regagn] l'curie4 ,la p\ssire vole en t\rbillons s\s leurs pi$s rapides4 ,le jeune homme reg>de encore longtemps cette p\ssire1 puis il disp>at et re/e l comme priv de s5tim5t4 ,comme le voyageur qui1 le soir1 fixant encore ses reg>ds sur les d]ni]s rayons du soleil1 voit flott] son image dans un bosquet obscur1 puis auprs d'un ro*]1 et1 de quelque ct qu'il se t\rne ensuite1 croit t\j\rs la voir c\rir devant lui et se reproduire en c\leurs t9celantes1 a9si la suave image de la jeune fille se montre aux yeux d',h]man et p>at suivre le s5ti] qui s'en va trav]s les *amps de bl444 ,mais1 ce n'e/ pas une illusion1 c'e/ elle-mme6 ,elle porte une gr&e cru*e et une plus petite anse1 et se dirige v]s la fonta9e4 ,leur entrevue et leur conv]sation la fonta9e e/ biblique4 ,leur image p5*e sur l'eau limpide se rfl*it sur le ciel bleu pe9t dans le bass92 ils s'y voi5t en puisant l'eau1 ils s'y s\ri5t1 et s'y incl95t amicalem5t l'un devant l'autre4--,laisse-moi boire1 lui dit ,h]man en bad9ant4 ,elle lui t5d sa cru*e2 puis t\s deux se repos5t avec une confiance mutuelle1 appuys sur les cru*es4 ,mais ils ne se p>l5t pas d'am\r4--,je suis ici p\r toi1 dit simplem5t ,h]man4 ,ma mre dsirait depuis longtemps avoir dans sa maison une jeune fille qui lui devnt utile1 non-seulem5t p> son travail1 mais aussi p> son affection1 et qui remplat auprs d'elle la fille qu'elle a malheureusem5t p]due6 ,l'orphel9e compr5d ce qu'il semble hsit] lui dire2 elle accepte le titre de s]vante dans la maison de la mre d',h]man4 ,h]man ca*e son secret et sa joie dans son coeur4 ,il veut port]1 au ret\r de la fonta9e1 une des cru*es de ,doro?e2 elle refuse4 ,laissez-moi1 dit-elle2 celui qui dsormais doit me comm&] dans la maison de sa mre ne doit pas p>atre me s]vir4 ,ne me plaignez pas2 t\te femme appr5d de bonne heure s]vir selon la vocation qui lui e/ assigne p> sa condition4 ,voyez1 la jeune fille s]t un frre1 elle s]t ses p>5ts2 t\te sa vie se passe all] et v5ir1 port] ma9t f>deau1 prp>] ceci ou cela p\r les autres4 son ret\r elle soigne la pauvre femme acc\*e et di/ribue l'eau et le pa9 entre t\s les autres petits enfants de la pauvre femme4 ,greuze n'a pas de plus t\*ant tableau de famille s\s son p9ceau4 ,le traducteur e/ pote ici comme le modle4 ,,xvi ,doro?e suit ,h]man v]s la ville4 ,ils s'en vont t\s les deux pi$ aux rayons du soleil c\*ant2 ils caus5t de la pluie et du beau temps2 ils se plais5t voir les hautes tiges des bls que le v5t incl9e1 et qui1 le long du s5ti] o ils pass5t1 s'lv5t la hauteur de leurs fronts4 ,cep5dant ,doro?e int]roge prudemm5t son n\vel ami sur le c>actre de ses p>5ts qu'elle va s]vir1 af9 de leur complaire en t\te *ose4 ,et toi1 ma9t5ant1 lui dit-elle aprs avoir reu t\tes ses in/ructions1 dis-moi comm5t je dois en agir avec toi1 fils unique de mes matres1 qui s]as mon matre aussi4 ,,xvii ,au mom5t o elle p>lait a9si1 ils arrivai5t t\s deux auprs du poiri]4 ,la lune brillait dans t\te sa spl5deur2 le d]ni] rayon du soleil avait disp>u1 et dans l'espace leur reg>d dc\vrait la fois une cl>t brillante comme celle du j\r et les tnbres de la nuit4 ,h]man avait ent5du avec joie la d]nire "q que lui avait adresse la jeune fille4 ,ils s'assir5t t\s deux s\s le poiri] p\r se repos] un in/ant1 et il allait lui ouvrir son coeur en lui pr5ant la ma92 mais1 en s5tant au doigt de la jeune fille l'anneau d'or1 signe fatal1 il craignit d'ent5dre un refus1 et ils re/r5t a9si l'un prs de l'autre assis en sil5ce4 ,puis ,doro?e dit3 ,que j'aime cette d\ce lumire de la lune6 ,c'e/ une cl>t presque aussi vive que celle du j\r4 ,je vois di/9ctem5t les maisons1 les t\rs de la ville1 et j'ap]ois une f5tre au-dess\s du toit2 il me semble que je p\rrais en compt] les vitres4 --,cette maison que tu ap]ois1 dit le jeune homme1 e/ notre demeure2 c'e/ l que je te conduis1 et cette f5tre e/ celle de ma *ambre1 qui devi5dra la ti5ne peut-tre1 c> n\s f]ons des *angem5ts dans notre maison4 ,ces bls qui sont mrs p\r la moisson de dema9 sont n\s2 n\s vi5drons n\s asseoir l'ombre de ce poiri] et pr5dre ici notre repas4 ,mais1 vi5s1 desc5dons p> le s5ti] de la vigne et du j>d92 c>1 vois1 l'orage appro*e1 et le nuage envelopp]a bi5tt la cl>t de la lune4 ,t\s deux se lv5t et desc5d5t dans le *amp c\v]t de blonds pis1 heureux de voir la lueur nocturne qui les claire encore2 ils avanc5t ensuite dans la vigne et *em95t dans l'obscurit4 ,h]man conduit la jeune trangre le long des escali]s aux degrs ru/iques et in=mes placs s\s la treille qui les obscurcit2 elle s'avance pas tremblants en appuyant sa ma9 sur l'paule d',h]man4 ,la lune projetait trav]s les pampres quelques lueurs vacillantes2 mais1 bi5tt voile entirem5t de nuages1 elle laisse le jeune c\ple dans une complte obscurit4 ,h]man s\ti5t d'un bras robu/e et avec prcaution la jeune fille p5*e sur lui2 mais1 comme elle ne connat ni le *em9 ni ses s5ti]s difficiles1 elle fait un faux pas2 le pi$ lui manque et craque lgrem5t4 ,elle e/ prs de tomb]2 mais elle glisse sur lui2 il t5d la hte le bras et s\ti5t sa bi5-aime4 ,elle s'incl9e d\cem5t sur son paule2 leurs poitr9es1 leurs j\es se t\*5t1 et lui re/e l1 immobile comme le m>bre1 en*an p> son au/re volont4 ,il n'ose l'tre9dre plus =tem5t1 mais il se raff]mit p\r lui s]vir d'appui4 ,*>g de son d\x f>deau1 il s5t les battem5ts du coeur de la jeune fille1 il respire le p>fum de son hale9e et supporte avec un mle s5tim5t cette femme qui fait l'honneur de son sexe4 ,cep5dant elle ca*e la d\leur qu'elle pr\ve au pi$ et lui dit en riant3 ,s'il faut en croire les g5s bi5 aviss1 qu& notre pi$ craque non lo9 du seuil de la maison o l'on se dispose entr]1 c'e/ un signe de malheur4 ,j'aurais p\rtant v\lu recevoir un meilleur prsage4 ,mais arrtons-n\s un mom5t1 af9 que tes p>5ts ne te repro*5t pas de leur am5] une fille boiteuse et d'tre un hte peu intellig5t4 ,,xviii ,cep5dant le pre1 la mre1 le ph>maci5 et le pa/eur1 aprs avoir donn et reu les r5seignem5ts les plus t\*ants sur la p]fection de coeur de la belle trangre1 abrgeai5t l'heure table dans les entreti5s les plus mus et les plus difiants4 ,n\s regrettons vivem5t de ne p\voir les donn] ici au lecteur3 c'e/ ,homre et la ,bible fondus dans la familire sagesse des vieux j\rs4 ,mais la porte s'ouvre3 ,les p>5ts d',h]man et leurs deux amis s'tonn5t de la taille et de la beaut de la jeune trangre1 qui s'accorde si bi5 avec celle d',h]man2 et1 qu& ils se prs5t5t t\s deux sur le seuil1 la porte semble trop petite p\r eux6 ,des exclamations un peu lgres du pre sur la beaut sduisante de l'trangre am5e p> son fils bless5t le pudique orgueil de la jeune fille2 ne sa*ant pas le s5s que le pre donne ses p>oles1 et croyant qu'on (f5se a9si en elle la dome/icit *a/e laquelle elle se croit encore de/9e1 elle se ti5t immobile et tri/e2 une r\geur subite colore son c\ et son visage2 elle repro*e d\cem5t au vieill>d de n'avoir pas assez de piti env]s celle qui fran*it le seuil de la porte d'une maison trangre p\r y s]vir4 ,le pa/eur s'int]pose1 sans s'expliqu] encore compltem5t4 ,le mal5t5du gonfle le coeur et fait dbord] les l>mes de fi]t des yeux de ,doro?e2 elle veut p>tir l'in/ant d'une maison o l'on ne la respecte pas assez4 ,elle av\e son p5*ant p\r ,h]man et sa joie secrte qu& elle l'a vu rev5ir prs d'elle la fonta9e4 ,j'avais conu peut-tre1 dit-elle1 l'ide de dev5ir un j\r digne de son *oix2 mais v\s me faites s5tir ma folie1 la diffr5ce irrmdiable de nos deux conditions1 et la di/ance qui exi/e entre le jeune homme ri*e et la jeune fille pauvre4 ,laissez-moi m'en all] avant d'avoir pr\v plus d\l\reusem5t cette humiliation2 ni la nuit qui enveloppe la t]re1 ni l'orage que j'ent5ds grond]1 ni la pluie d'av]se qui tombe1 ni le v5t qui mugit dans les arbres1 ri5 ne m'arrt]a ici4 ces mots elle s'avance rsolum5t v]s la porte1 portant s\s son bras le petit paquet avec lequel elle tait v5ue2 mais la mre la saisit des deux ma9s et lui dit avec tonnem5t3 ,que signifi5t cette rsolution et ces l>mes sans cause8 ,non1 je ne veux pas te laiss] p>tir2 tu es la fiance de mon fils4 ,le pre1 t\j\rs un peu aigri p> la dception de ses vues ambitieuses1 veut all] se c\*] p\r vit] cette scne d'att5drissem5t1 de repro*es et de l>mes4 ,h]man1 s\t5u p> sa mre et p> les vois9s1 s'avance v]s ,doro?e et lui dit d'une voix tremblante d'motion et d'am\r3 ,ne regrette pas ces l>mes et cette d\leur passagre1 c> elles ont assur mon bonheur et le ti5 aussi4 ,non1 je ne suis pas all la fonta9e du village vois9 p\r y *]*] en toi une s]vante1 mais p\r t'am5] ici comme ma fiance2 mais1 hlas6 mon reg>d timide ne p\vait disc]n] le p5*ant de ton coeur2 qu& tu me saluas dans le miroir de la s\rce1 je n'ap]u que de l'amiti dans tes yeux6 ,le pa/eur explique t\t la jeune fille et re/itue le vritable s5s aux propos mal compris du pre4 ,les amants s'embrass5t4 ,doro?e tombe aux g5\x de l'aub]gi/e et lui dem&e p>don de sa fi]t4 ,les devoirs1 dit-elle1 que la s]vante s'engageait remplir1 c'e/ la fille qui les remplira dsormais avec am\r6 ,t\s se donn5t le bais] de paix et pleur5t en sil5ce des l>mes de joie4 ,le pa/eur *ange les anneaux et bnit les amants4 ,le dlicieux pome f9it p> une allusion patriotique et hroque aux devoirs svres que l'orage du cont95t et l'invasion franaise impos5t t\s ceux qui peuv5t port] les armes et sacrifi] mme la plus t5dre p\se la mort accepte p\r df5dre son pays4 ,n\s ne connaissons ri5 dans les langues mod]nes d'analogue ce *>mant et svre morceau d'antiquit transport dans notre ge4 ,on croit1 en a*evant de le lire1 sortir d'une t5te des patri>*es o l'on s'e/ entret5u avec ,jacob ou avec ,lia4 ,un p>fum de pit et d'am\r sort de t\s les v]s2 le coeur e/ d\cem5t mu1 mais j\it de son motion comme d'une v]tu4 ,c'e/ la posie difiante1 c'e/ la sa9tet de l'am\r portes p> un gr& pote sa plus simple et sa plus pique expression4 ,oh6 si t\s les peuples avai5t de p>eils pomes feuillet] les j\rs de loisir entre leurs ma9s au lieu des salets cyniques de leurs corrupteurs populaires1 combi5 la posie pr5drait un rle n\veau et sa9t dans les moeurs6 et combi5 le gnie des ,goe!s futurs devi5drait un puissant auxiliaire de la lib]t et de la v]tu6 ,,xix ,si n\s tions g\v]nem5t1 n\s f]ions imprim] des millions d'exemplaires ,h]man et ,doro?e1 et n\s les rp&rions gratuitem5t dans les villes et dans les campagnes p\r difi] en les *>mant les veilles des ateli]s ou des tables4 ,aprs avoir appliqu si longtemps la littrature au vice1 il s]ait bi5 temps de l'appliqu] la morale4 ,la morale p\r le peuple n'e/ que dans le s5tim5t2 le plus populaire des vhicules p\r le s5tim5t c'e/ un beau pome4 ,laprade1 ,leg\v et ,autran1 p>mi n\s1 s]ai5t dignes de pr5dre la plume de ,goe! et de donn] leur patrie ces *efs-d'oeuvre de la *aumire que le peuple plac]ait1 ct d',h]man et ,doro?e ou de ,paul et ,virg9ie1 au *evet du lit de ses fils et de ses filles4 ,p5dant qu',heyne et autres sm5t de fleurs *>mantes1 mais malsantes1 l'imag9ation de la jeunesse lettre1 ces potes sm]ai5t des lis purs et des roses virg9ales dans le pot de fleurs de la mans>de1 sur la f5tre de la jeune fille et du jeune homme de nos ateli]s ou de nos villages4 ,je l'avais t5t autrefois dans le pome des ,p*eurs1 moiti f9i et p]du sans ret\r dans un voyage aux ,pyrnes4 ,je n'ai plus ni assez de lib]t d'esprit ni assez de fra*eur de palette p\r recomm5c] cette oeuvre d'pope pr(essionnelle2 mais ,victor ,hugo1 ce ,goe! de la ,france1 p\rrait1 dans les loisirs de l'exil et de la m]1 surpass] ,h]man et ,doro?e de t\te la hauteur de son gnie pique4 ,le lyrisme e/ fait p\r les salons1 l'pope p\r les *aumires2 la popul>it durable et honnte e/ l3 le rcit e/ plus 9puisable que le *ant1 p>ce que l'homme a plus de mmoire que d'en?\siasme4 ,,xx ,goe! quitta enf9 l',italie aprs avoir ou a*ev ou bau* ces *efs-d'oeuvre4 ,il tait dans t\te la jeunesse et dans t\te l'avant-gloire de sa vie4 ,il r5tra en ,allemagne comme un triomphateur futur1 capable lui seul de re/aur] ou de fond] un empire littraire n\veau p\r la ,g]manie4 ,l',allemagne tait ple9e d'hommes sa hauteur en philosophie1 en hi/oire1 en sci5ce1 en politique1 en roman1 en critique1 en posie2 il suffit de nomm] les ,h]d]1 les ,kant1 les ,jacobi1 les ,s*legel1 les ,w9kelman1 les ,klop/ock1 les ,wiel&1 les ,s*ill]1 p\r assign] au dix-huitime sicle allem& la mme fcondit intellectuelle qu'au dix-huitime sicle franais4 ,le m\vem5t imprim l'esprit europen p> ,voltaire1 ,j4-,j4 ,r\sseau1 ,montesquieu et leurs disciples s'tait communiqu au del du ,rh94 ,t\t f]m5tait d'ides1 t\t clatait de gnie1 t\t rivalisait d'mulation4 ,jamais l',allemagne n'avait prs5t dans t\tes ses p>ties du nord ou du midi de p>eils gr\pes d'hommes suprieurs4 ,le gr& ,frdric avait sec\ la tor*e ,b]l91 elle illum9ait p>t\t4 ,la nature1 qui a ses saisons de fcondit morale comme la t]re a ses saisons de sve et de f]tilit matrielles1 semblait avoir enfant en peu d'annes une race de gants p\r l',allemagne4 ,les pr9ces eux-mmes1 plus entrans qu'al>ms p> ce m\vem5t v]tig9eux des esprits en bullition dans leurs contres1 p>ticipai5t ces enivrem5ts de gloire littraire4 ,ils se disputai5t l'envi le patronage des hommes m95ts propres illu/r] leur nom et leur rgne dans l'av5ir4 ,il y avait v+t ,pricls dans ces v+t rpubliques a?ni5nes dont l',allemagne de #aghj tait compose4 ,b]l91 ,dresde1 ,vi5ne1 ,hamb\rg1 ,ko5igsb]g1 ,ina1 ,goett+ue1 ,leipsick1 t\s les c5tres d'univ]sits1 t\tes les c\rs tai5t autant de foy]s o se conc5trait l'influ5ce d'un de ces nombreux gnies qui rayonnai5t de l sur le re/e de la ,g]manie4 ,l'ambition de *acun de ces rois1 de ces pr9ces s\v]a9s1 de ces villes capitales1 tait de conqurir et de possd] un de ces hommes suprieurs qui portai5t avec eux la r5omme d'un royaume ou d'une ville4 ,*acune de ces cits v\lait tre une ,a?nes4 ,b]l9 l'tait p\r les sci5ces1 ,dresde l'tait p\r les arts1 ,leipsick p\r la critique1 ,ko5igsb]g p\r la philosophie2 ,weym> dsirait l'tre p\r la posie4 ,cette capitale vritablem5t arcadi5ne1 situe dans la v]te ,?ur+e1 entre ,ina1 ,b]l9 et ,dresde1 tait la rsid5ce d'une c\r a?ni5ne4 ,goe!1 trs-jeune encore l'poque o son nom avait clat t\t c\p p> ,w]!r en ,europe1 avait eu la bonne =tune de r5contr] sur les bords du ,rh9 le jeune pr9ce hrditaire de ,weym>1 le duc ,*>les-,augu/e4 ,deux jeunes amis de ,goe!1 avec lesquels il voyageait alors1 les deux comtes de ,/olb]g1 clbres eux-mmes depuis1 avai5t prs5t leur compagnon de voyage au jeune duc de ,weym>4 ,ce c\p d'oeil dcida de la vie entire de ,goe!4 ,l'irrsi/ible attrait qui atta*a p\r jamais le pr9ce et le pote ressembla un de ces c\ps f\droyants de sympa?ie dont ,goe! fit plus t>d une ?orie physiologique et morale dans son roman des ,aff9its lectives4 ,ils oublir5t les di/ances qui les sp>ai5t1 ils se jurr5t une amiti indissoluble1 ils se promir5t de se rejo9dre un j\r ,weym> p\r vivre t\s deux de la mme vie aussitt que les circon/ances leur laiss]ai5t la lib]t de leurs s5tim5ts l'un p\r l'autre4 ,cet in/9ct1 qui faisait a9si reconnatre au duc de ,weym> le plus gr& homme de l',allemagne dans un jeune criva9 pe9e entrevu p> une premire bau*e de gnie1 tmoigne d'une sorte de div9ation dans le pr9ce4 ,p> une trange et heureuse concid5ce1 la du*esse ,amlie de ,weym>1 jeune encore et qui voyageait avec son fils1 p>ut p>tag] ds la premire r5contre l'attrait de ce pr9ce p\r le pote4 ,de cette r5contre naquit une triple amiti qui ne se refroidit plus jamais entre la pr9cesse1 le pr9ce et le pote4 ,la beaut morale du jeune favori transp]ait cette poque trav]s la beaut matrielle de ses traits4 ,c'tait ,adri5 et ,ant9os1 mo9s la div9isation suspecte du favori p> l'emp]eur paen4 ,de ce j\r ,goe! dv\a sa vie la pr9cesse ,amlie et au duc ,*>les-,augu/e2 l'une p>ut tre sa ,lonore d',e/ la c\r de ,f]r>e1 l'autre rappela cette c\r le ,tasse aim de la mre1 favori du fils4 ,mais le ,tasse tait ins5s de gnie et d'am\r1 ,goe! faisait prdom9] dans t\te sa vie la raison sur la passion4 ,il savait cons]v] son heureuse toile en la voilant4 ,,xxi ,le pr9ce1 la pr9cesse ,amlie et le pote s'tai5t sp>s regret ,franc=t1 en se promettant une t]nelle runion ,weym> qu& l'heure du rgne du jeune duc s]ait sonne4 ,ce sont ces annes d'att5te que ,goe! tait all pass] en ,italie4 ,il rev9t s'tablir son ret\r1 ,weym>4 ,il y retr\va sa mme place dans la confiance sans bornes du duc ,*>les-,augu/e et dans la prdilection de la du*esse ,amlie4 ,le pr9ce lui avait prp> une *>mante maison1 retraite sil5cieuse et potique propre l'entreti5 du philosophe avec ses ides et du pote avec ses rves4 ,un j>d9 l'ent\rait1 un ruisseau en bordait les pel\ses2 un banc de bois sur le seuil ombrag d'arbu/es p]mettait au solitaire de v5ir assi/] le soir aux adieux respl5dissants du soleil et aux conc]ts des oiseaux1 dont il int]prtait si bi5 les gaz\illem5ts dans ses v]s4 ,mais le pr9ce1 t\t en prp>ant a9si le bi5-tre rural de son ami1 s'tait rs]v d'employ] plus utilem5t son r>e gnie et sa sagacit politique au bonheur de ses peuples et l'clat littraire de sa c\r4 ,c'e/ a9si que la colonne cor9?i5ne qui porte le fronton de l'difice en e/ en mme temps l'ornem5t4 ,il faut lire dans les lettres de ,goe! mademoiselle ,augu/e de ,/olb]g1 soeur de ses deux premi]s amis1 les comtes de ,/olb]g1 l'pan*em5t de coeur du pote entr en j\issance de sa n\velle vie4 ,sans pass]1 comme tant d'autres hommes de r5omme1 p> les transes du travail et de l'in=tune1 il avait conquis du premi] c\p la plnitude du bi5-tre1 du loisir1 des honneurs1 de la lib]t et de l'influ5ce sur son sicle4 ,il avait tr\v t\t cela la fois dans une haute amiti et peut-tre dans un respectueux am\r4 ,c'tait le ,tasse allem&1 mais c'tait le ,tasse heureux4 ,il j\ait avec l'am\r1 dans sa correspondance avec ,bettida d',arnim1 jeune fille de dix-neuf ans1 laquelle il p]mettait de l'ador] sur son dcl92 il v\lait m\rir dans l'ivresse calme des illusions4 ,ne ri5 p]dre de la vie1 c'tait sa sagesse4 ,le duc de ,weym> lui avait donn1 indp5damm5t du m9i/re de l'in/ruction publique dans ses tats1 la direction absolue des ?tres et des nobles plaisirs de sa c\r4 ,il lui avait donn de plus une place innome1 mais qui l'levait au-dessus de t\te rivalit dans la confiance du pr9ce et dans les affaires d'tat1 la place de favori av\ et immuable dans son coeur4 ,il en avait fait un autre lui-mme1 un vizir famili]1 inconte/1 irresponsable1 qui rgnait ,weym> sans autre inve/iture que celle du gnie et de la faveur4 ,la c\r et le peuple avai5t accept sans discussion cette espce de p>tage de l'empire entre le s\v]a9 lgal et le s\v]a9 intellectuel du nord de l',allemagne4 ,,xxii ,on peut dire qu' dat] de ce j\r la vie de ,goe! ne fut pas une vie1 mais un rgne4 ,il eut la place que ,d5ys de ,sicile (frit ,platon1 que ,frdric donna ,voltaire1 mais sans la tyrannie de ,d5ys et sans l'incon/ance de ,frdric4 ,l'hi/oire n'(fre pas d'exemple d'un asc5dant aussi cont9u et aussi paisible d'un gr& pote sur un s\v]a9 et sur un peuple4 ,le duc ,*>les-,augu/e ne s'tait rs]v que les fatigues et les difficults du p\voir1 p\r n'en laiss] son ami que les loisirs1 les d\ceurs et les ornem5ts4 ,la c\r de ,weym>1 s\s les auspices de ces deux amis1 dont l'un prtait sa gloire1 l'autre sa puissance une p5se commune1 dev9t en peu d'annes le foy] de l'art1 du ?tre1 de la r5omme en ,allemagne4 ,t\t se gr\pait aut\r du nom de ,goe!4 ,son c>actre tait m9emm5t propre ralli] l',allemagne intellectuelle aut\r de lui4 ,la rvolution franaise sec\ait dj le monde de ses press5tim5ts2 ,goe!1 au fond plus philosophe et aussi incrdule aux ?ories populaires du *ri/ianisme que ,voltaire1 dom9ait du haut d'une indiffr5ce sup]be les qu]elles religieuses et politiques du temps4 ,il p5sait et p>lait librem5t sur ces matires1 mais il ne proscrivait ni n'insultait p]sonne p\r sa foi ou p\r son incrdulit4 ,il respectait t\t ce qui tait s9cre dans les croyances huma9es2 il considrait la foi religieuse en arti/e et non en aptre ou en m>tyr4 ,les cultes1 selon lui1 tai5t un droit de l'imag9ation1 qui div9isait son gr les sup]/itions de l'ignorance ou les symboles les plus transc5dants de la raison et de la pit huma9e4 ,*aque sicle1 *aque peuple1 *aque homme1 selon ,goe!1 avait une croyance la hauteur de son intellig5ce ou la mesure de son horizon4 ,la lumire dans laquelle plongeai5t les ttes culm9antes comme la si5ne ne desc5dait pas jusqu'aux masses populaires1 capables de croire1 incapables de raisonn] leur croyance4 ,quant lui1 il tait ce qu'on e/ conv5u d'appel] trs-improprem5t pan?i/e1 c'e/--dire ne sp>ant pas en deux la cration et la crature1 et adorant la nature entire comme la div9it des *oses sans s'lev] la div9it de l'esprit2 philosophes p\r a9si dire brutaux et fatali/es dans leur croyance1 qui reconnaiss5t bi5 en ,dieu la =ce lat5te de t\s les phnomnes visibles ou invisibles1 mais qui n'y reconnaiss5t pas l'individualit et la suprme intellig5ce1 c'e/--dire ce qui con/itue l'tre1 refusant a9si l'tre des tres ce qu'ils sont =cs d'accord] au d]ni] insecte de la nature4 ,le pan?isme de ,goe! ne tombait po9t dans cette absurdit si inju/em5t attribue aux doctr9es primitives de l',inde1 s\rce de t\tes les ?ogonies antiques et mod]nes4 ,sa foi se s]ait plus ju/em5t appele poly?isme que pan?isme1 c'e/--dire qu'il reconnaissait et qu'il adorait la ,div9it dans t\tes ses oeuvres sans la confondre avec ses oeuvres3 sorte de paganisme sans idoltrie1 qui adorait la puissance div9e dans la puissance matrielle des lm5ts1 mais qui dans l'lm5t adorait l'impulsion div9e et non l'lm5t lui-mme4 ,compltem5t incrdule telle ou telle rvlation hi/orique p> des miracles1 ,goe! admettait seulem5t cette rvlation naturelle et progressive p> la raison huma9e1 comme miroir de l'intellig5ce div9e1 successivem5t frapp de plus de cl>t mesure qu'il se dgage davantage des ignorances et des sup]/itions qui le t]niss5t4 ,mais ,goe! semblait croire une premire gr&e rvlation primitive1 faite l'homme n\vellem5t cr p> ,dieu ou apporte p> des messag]s demi-dieux1 qui avait enseign directem5t la crature raisonnable les premires notions de la ,div9it1 de la v]tu1 des langues1 notions que la t]re seule tait impuissante dans son sil5ce donn]4 ,selon ,goe!1 comme selon les philosophes indi5s1 comme selon les philosophes *rti5s transc5dants1 comme selon les philosophes grecs et roma9s eux-mmes 7voyez le mot de ,cicron antiquissimum purissimum671 le monde physique comme le monde moral avait comm5c p> un tat plus p>fait1 plus pur et plus lum9eux1 p> un d5 dans lequel l'homme naissant avait ent5du les confid5ces de ,dieu p> des rvlateurs div9s4 ,ces confid5ces et ces rvlations de la sci5ce suprme avai5t longtemps clair et rgi le monde ori5tal2 puis elles s'tai5t g>es1 tr\bles1 t>ies dans les sables1 et1 p\r leur r5dre leur puret1 il fallait1 p> des rvlations purem5t huma9es1 les pass] de sicle en sicle au filtre de la sci5ce et de la raison4 ,voil les vritables croyances religieuses de ,goe!4 ,,xxiii ,quant sa politique1 elle p>ticipait de cet clectisme calme et de cette sup]be indiffr5ce p\r le fanatisme de tels ou tels p>tis mon>*iques ou populaires1 ari/ocratiques ou dmocratiques4 ,sa vritable ?orie1 c'tait son mpris des hommes et surt\t des masses1 incapables1 selon lui1 de se donn] ou de se cons]v] des in/itutions suprieures leur nature ess5tiellem5t v]satile4 ,goe!1 en cela1 p>ticipait beauc\p du gnie de ,ma*iavel1 de ,bacon1 de ,voltaire1 de ,m4 de ,talleyr&1 hommes trs-suprieurs en intellig5ce1 trs-infrieurs en consci5ce1 mais pr(essant t\t haut ou t\t bas1 l'g>d des =mes sociales1 la politique du mpris2 politique selon n\s c\pable1 p>ce qu'elle dsespre1 mais politique bi5 explicable p> le spectacle des impuissances t]nelles des sages amlior] la condition des ins5ss4 ,,lam>t9e4 7,la suite au mois pro*a947 ,x,le ,,entreti54 ,,litt,,rature ,,villageoise4 ,,app>ition ,d',,un ,,po,,me ,,pique ,,en ,,prov5ce4 ,i ,je vais v\s racont] auj\rd'hui une bonne n\velle6 ,un gr& pote pique e/ n4 ,la nature occid5tale n'en fait plus1 mais la nature mridionale en fait t\j\rs3 il y a une v]tu dans le soleil4 ,un vrai pote homrique en ce temps-ci2 un pote n1 comme les hommes de ,deucalion1 d'un caill\ de la ,crau2 un pote primitif dans notre ge de dcad5ce2 un pote grec ,avignon2 un pote qui cre une langue d'un idiome comme ,ptr>que a cr l'itali52 un pote qui d'un patois vulgaire fait un langage classique d'images et d'h>monie ravissant l'imag9ation et l'oreille2 un pote qui j\e sur la guimb>de de son village des symphonies de ,moz>t et de ,bee?ov52 un pote de v+t-c9q ans qui1 du premi] jet1 laisse c\l] de sa ve9e1 flots purs et mlodieux1 une pope agre/e o les scnes descriptives de l',odysse d',homre et les scnes innocemm5t passionnes du ,daphnis et ,*lo de ,longus1 mles aux sa9tets et aux tri/esses du *ri/ianisme1 sont *antes avec la grce de ,longus et avec la maje/ueuse simplicit de l'aveugle de ,*io1 e/-ce l un miracle8 ,eh bi56 ce miracle e/ dans ma ma92 que dis-je8 il e/ dj dans ma mmoire1 il s]a bi5tt sur les lvres de t\te la ,prov5ce4 ,j'ai reu le volume il y a deux j\rs1 et les pages en sont aussi froisses p> mes doigts1 avides de f]m] et de r\vrir le volume1 que les blonds *eveux d'un enfant sont froisss p> la ma9 d'une mre1 qui ne se lasse pas de pass] et de repass] ses doigts dans les b\cles p\r en palp] le soyeux duvet et p\r les voir dors au rayon du soleil4 ,or voici comm5t j'eus1 p> has>d1 connaissance de la bonne n\velle4 ,,ii ,adolphe ,dumas1 non pas le ,dumas encyclopdique dont *aque pas fait ret5tir la t]re de bruit s\s son pi$2 non pas le jeune ,dumas son fils1 sil5cieux et mditatif1 qui se recueille autant que son pre se rp&1 et qui ne sort1 aprs trois c5t soixante-c9q j\rs1 de son repos1 qu'avec un *ef-d'oeuvre de n\veaut1 d'inv5tion et de gt dans la ma92 mais le ,dumas potique1 le ,dumas prophtique1 le ,dumas de la ,durance1 celui qui jette de temps en temps des cris d'aigle sur les ro*]s de ,prov5ce1 comme ,isae en jetait aux flots du ,j\rda91 sur les ro*]s du ,c>mel1 ,adolphe ,dumas enf91 que je respecte cause de son t]nelle inspiration1 et que j'aime cause de sa rig\reuse s9crit1 v9t un soir du pr9temps d]ni] frapp] la porte de ma retraite1 dans un co9 de ,p>is4 ,sa tte hbraque fumait plus qu' l'ord9aire de ce feu d'en?\siasme qui s'vapore p]ptuellem5t du foy] sacr de son front4 ,qu'avez-v\s8 lui dis-je4--,ce que j'ai8 rpondit-il2 j'ai un secret1 un secret qui s]a bi5tt un prodige4 ,un enfant de mon pays1 un jeune homme qui boit comme moi les eaux de la ,durance et du ,rhne1 e/ ici1 *ez moi1 en ce mom5t4 ,depuis huit j\rs qu'il a pris gte s\s mon humble toit1 il m'a enivr de posie natale1 mais tellem5t enivr que j'en trbu*e en m>*ant1 comme un buveur1 et que j'ai s5ti le beso9 de d*>g] mon coeur avec v\s4 ,ce jeune homme rep>t dema9 soir p\r son *amp d'olivi]s1 ,maillane1 village des environs d',avignon4 ,avant de p>tir il dsire v\s voir1 p>ce que la ,sane se jette dans le ,rhne1 et qu'il a reconnu1 en buvant dans le creux de sa ma9 l'eau de nos gr&s fleuves1 quelques-unes des g\ttes que v\s avez laisses tomb] de votre c\pe dans votre ,sane4 ,bi51 lui dis-je2 am5ez-le dema9 la f9 du j\r2 je lui s\hait]ai bon voyage au pays de ,ptr>que1 de l'am\r et de la gloire1 ma9t5ant que les v]s1 l'am\r et la gloire sont dev5us une p9ce de c5dre trempe d'eau amre entre mes doigts4 ,m]ci1 dit-il2 et il me s]ra la ma9 dans sa ma9 n]veuse1 qui tremble1 qui tre9t et qui brise les doigts de ses amis comme une s]re d'aigle concasse et broie les b>reaux de sa cage4 ,,iii ,le l5dema91 au soleil c\*ant1 je vis entr] ,adolphe ,dumas1 suivi d'un beau et mode/e jeune homme1 vtu avec une sobre lgance1 comme l'amant de ,laure1 qu& il brossait sa tunique noire et qu'il peignait sa lisse *evelure dans les rues d',avignon4 ,c'tait ,frdric ,mi/ral1 le jeune pote villageois de/9 dev5ir1 comme ,burns1 le lab\reur cossais1 l',homre de ,prov5ce4 ,sa physionomie1 simple1 mode/e et d\ce1 n'avait ri5 de cette t5sion orgueilleuse des traits ou de cette vaporation des yeux qui c>actrise trop s\v5t ces hommes de vanit1 plus que de gnie1 qu'on appelle les potes populaires3 ce que la nature a donn1 on le possde sans prt5tion et sans jactance4 ,le jeune ,prov5al tait l'aise dans son tal5t comme dans ses habits2 ri5 ne le gnait1 p>ce qu'il ne *]*ait ni s'enfl]1 ni s'lev] plus haut que nature4 ,la p>faite conv5ance1 cet in/9ct de ju/esse dans t\tes les conditions1 qui donne aux b]g]s1 comme aux rois1 la mme dignit et la mme grce d'attitude ou d'acc5t1 g\v]nait t\te sa p]sonne4 ,il avait la bi5sance de la vrit2 il plaisait1 il intressait1 il m\vait2 on s5tait dans sa mle beaut le fils d'une de ces belles ,arlsi5nes1 /atues vivantes de la ,grce1 qui palpit5t dans notre ,midi4 ,mi/ral s'assit sans faon ma table d'acaj\ de ,p>is1 selon les lois de l'hospitalit antique1 comme je me s]ais assis la table de noy] de sa mre1 dans son mas de ,maillane4 ,le dn] fut sobre1 l'entreti5 coeur ouv]t1 la soire c\rte et causeuse1 la fra*eur du soir et au gaz\illem5t des m]les1 dans mon petit j>d9 gr& comme le m\*oir de ,mireille4 ,le jeune homme n\s rcita quelques v]s1 dans ce d\x et n]veux idiome prov5al qui rappelle tantt l'acc5t lat91 tantt la grce attique1 tantt l'pret toscane4 ,mon habitude des patois lat9s p>ls uniquem5t p> moi jusqu' l'ge de d\ze ans1 dans les montagnes de mon pays1 me r5dait ce bel idiome intelligible4 ,c'tai5t quelques v]s lyriques2 ils me plur5t1 mais sans m'enivr]3 le gnie du jeune homme n'tait pas l2 le cadre tait trop troit p\r son me2 il lui fallait1 comme ,jasm91 cet autre *anteur sans langue1 son pope p\r se rp&re4 ,il ret\rnait dans son village p\r y recueillir1 auprs de sa mre et ct de ses tr\peaux1 ses d]nires inspirations4 ,il me promit de m'envoy] un des premi]s exemplaires de son pome2 il sortit4 ,,iv ,qu& il fut dans la rue1 je dem&ai ,adolphe ,dumas quelques dtails sur ce jeune homme2 ,dumas p\vait d'autant mieux les donn] qu'il e/ lui-mme un enfant d',eyragues 7,eyragues e/ un village deux pas de ,maillane1 patrie de ,frdric ,mi/ral74 ,mais ,dumas e/ un ds]teur de la langue de ses pres1 qui a prfr l'idiome *tr et l* de la ,se9e l'idiome sauvage et libre du ,rhne4 ,il en a des remords cuisants dans le coeur1 et il pleure qu& il ent5d un *o prov5al trav]s les olivi]s de son hameau4 ,cet enfant1 me dit-il1 e/ n ,maillane1 village situ trois lieues d',avignon1 entre le lit de la ,durance1 ce torr5t de ,prov5ce1 et la *ane de montagnes qu'on appelle les ,alp9es2 la gr&e r\te roma9e qui m5ait ,arles c\rait au pi$ des ,alp9es et trav]sait ,maillane4 ,cette valle e/ d'un aspect la fois grec et roma92 c'e/ un cirque comme celui d',arles1 dont les monticules dgrads des ,alp9es sont les grad9s4 ,le ciel azur du ,midi e/ c\p crm5t p> ces ro*]s2 ce firmam5t a ces tri/esses spl5dides qui sont le c>actre de la ,sab9e ou des ,abruzzes4 ,cet horizon trempe les hommes dans la lumire et dans la rv]ie4 ,l'inspiration plane comme les aigles au-dessus des ro*]s dans le ciel4 ,la maison pat]nelle de ce jeune homme1 maison de paysan ri*e1 ent\re d'tables ple9es1 de vignes1 de figui]s1 d'olivi]s1 de *amps de c\rges et de mas1 e/ adosse au village1 et reg>de p> ses f5tres basses les grises montagnes des ,alp9es1 o paiss5t ses *vres et ses m\tons4 ,son pre1 comme t\s les ri*es cultivateurs de campagne qui rv5t follem5t p\r leur fils une condition suprieure1 selon leur vanit1 la vie rurale1 fit tudi] son fils ,aix et ,avignon p\r en faire un avocat de village4 ,c'tait une ide fausse1 quoique pat]nelle2 heureusem5t la ,provid5ce la trompa3 le jeune homme tudiait le grec1 le lat91 le grimoire de jurisprud5ce p> obissance2 mais la ve/e de vel\rs du paysan prov5al et ses gutres de cuir tann lui p>aissai5t aussi nobles que la toge rpe du trafiquant de p>oles1 et1 de plus1 le s\v5ir mordant de sa jeune mre1 qui l'adorait et qui pleurait son abs5ce1 le rappelait sans cesse ses olivi]s de ,maillane4 ,son pre m\rut avant l'ge2 le jeune homme se hta de rev5ir la maison p\r aid] sa mre et son frre g\v]n] les tables1 faire les huiles et cultiv] les *amps4 ,il se hta aussi d'oubli] les langues savantes et importunes dont on avait obsd sa mmoire et la *icane dont on avait sophi/iqu son esprit4 ,comme un jeune olivi] sauvage dont les enfants ont b>b\ill en passant le tronc d'ocre et de *aux1 ,mi/ral rejeta cette mauvaise corce2 il reprit sa te9te naturelle1 et il clata dans son tronc et dans ses bran*es de t\te sa sve et de t\te sa lib]t1 en ple9e t]re1 en ple9 soleil1 en ple9e nature4 ,il se s5tait pote sans savoir ce que c'tait que la posie2 il avait une langue h>monieuse sur les lvres sans savoir si c'tait un patois2 cette langue de sa mre tait1 son gr1 la plus dlicieuse1 c> c'tait celle o il avait t bni1 b]c1 aim1 c>ess p> cette mre4 ,il avait le loisir du pote dans les longues soires de l'table1 aprs les boeufs ratta*s la cr*e ou s\s l'ombre des maigres buissons de *nes v]ts1 en g>dant de l'oeil les taureaux et les *vres2 il tait de plus enc\rag *ant] je ne sais quoi1 dans cette langue adore de ,prov5ce1 p> quelques amis plus lettrs que lui1 qui l'avai5t connu et press5ti ,aix ou ,avignon p5dant ses tudes1 et qui v5ai5t quelquefois le visit] *ez sa mre p5dant la v5dange des rais9s ou des olives4 ,de ce nombre tait ,romanille1 d',avignon1 pote prov5al d'un haut atticisme dans sa langue2 de ce nombre aussi tait ,adolphe ,dumas1 qui tait n dans les ru9es d'un c\v5t de *>treux1 s\s un ro*] de la ,durance1 et qui en avait respir l'asctisme d'ana*orte *rti5 du temps de sa9t ,jrme4 ,la mre de ,mi/ral1 me racontait hi] ,adolphe ,dumas1 n\s s]vait table1 son fils et moi1 deb\t1 comme c'e/ la c\tume des ri*es matrones de ,prov5ce en prs5ce de leurs m>is et de leurs fils4 ,je vois encore d'ici ses belles longues ma9s blan*es1 sortant d'une man*e de toile f9e retr\sse jusqu'aux c\des1 p\r n\s t5dre les mets qu'elle avait elle-mme prp>s ou p\r remplac] les cru*es de v9 qu& elles tai5t vides4 --,asseyez-v\s donc avec n\s1 ,madame ,mi/ral1 lui disais-je1 t\t honteux d'tre s]vi p> cette belle veuve arlsi5ne1 semblable une re9e de la ,bible ou de l',odysse4 ,oh6 non1 ,monsieur1 rpondait-elle en r\gissant1 ce n'e/ pas la c\tume ,maillane2 n\s savons que n\s sommes les femmes de nos m>is et les mres de nos fils1 mais aussi les s]vantes de la maison4 ,ne pr5ez pas g>de6 ,et elle s'en allait mode/em5t mang] deb\t un morceau de pa9 et d'agneau sur le co9 du dressoir1 o brillai5t1 comme de l'aci] f91 ses gr&s plats d'ta91 polis *aque sam$i p> ses s]vantes4 ,cette mre vit encore2 elle n'a que quelques r>es *eveux blancs comme une frange de fil de la ,vi]ge rapporte du v]g] s\s sa coiffe2 elle n'aspire qu' tr\v] bi5tt une ,rbecca au puits p\r son *] enfant4 ,voil t\te l'hi/oire du jeune villageois de ,maillane2 cette hi/oire tait ncessaire p\r compr5dre son pome4 ,son pome1 c'e/ lui1 c'e/ son pays1 c'e/ la ,prov5ce aride et ro*euse1 c'e/ le ,rhne jaune1 c'e/ la ,durance bleue1 c'e/ cette pla9e basse1 moiti caill\x1 moiti fange1 qui surmonte pe9e de quelques p\ces de glaise et de quelques arbres aquatiques les sept emb\*ures m>cageuses p> lesquelles le ,rhne1 frre du ,danube1 s]p5te1 tr\bl et sil5cieux1 v]s la m]1 comme un reptile dont les cailles se sont rec\v]tes de b\e en trav]sant un m>ais2 c'e/ son soleil d'une spl5deur d'ta9 calc9ant les h]bes de la ,cam>gue2 ce sont ses gr&s tr\peaux de *evaux sauvages et de boeufs maigres1 dont les ttes curieuses app>aiss5t au-dessus des roseaux du fleuve1 et dont les mugissem5ts et les h5nissem5ts de *aleur int]romp5t seuls les mornes sil5ces de l't4 ,c'e/ ce pays qui a fait le pome3 on pe9t mal ce qu'on imag9e1 on ne *ante bi5 que ce que l'on respire4 ,la ,prov5ce a pass t\t entire dans l'me de son pote2 ,mireille1 c'e/ la transfiguration de la nature et du coeur huma9 en posie dans t\te cette p>tie de la basse ,prov5ce comprise entre les ,alp9es1 ,avignon1 ,arles1 ,salon et la m] de ,m>seille4 ,cette lagune e/ dsormais imprissable3 un ,homre *amptre a pass p> l4 ,un pays e/ dev5u un livre2 ouvrons le livre1 et suivez-moi4 ,v ,donc1 il y a six j\rs que la po/e du soir m'apporta un gros et =t volume intitul ,mireo3 c'e/ le nom prov5al de ,mireille4 ,ce livre tait le tribut de s\v5ir que le pote dc\v]t p> ,adolphe ,dumas m'avait promis l't d]ni]4 ,j'ouvris non*alamm5t le volume1 je vis des v]s4 ,j'ai l'me peu potique en ce mom5t2 je lutte dans une fivre cont9uelle avec une cata/rophe dome/ique qui1 si elle s'a*ve1 entran]a malheureusem5t bi5 d'autres que moi4 ,mon devoir consci5cieux e/ de lutt] mort contre les iniquits1 les humiliations1 les calomnies1 les avanies de t\te nature dont la ,france me d%onore et me trave/it en ret\r de quelques erreurs peut-tre1 mais d'un dv\em5t1 corps1 me et =tune1 qui ne lui a pas manqu dans ses j\rs de crise1 elle4 ,*aque soir je me c\*e en dsirant que ce j\r honteux soit le d]ni]2 *aque mat9 je me rveille en me disant moi-mme3 ,repr5ds coeur1 bois ton am]tume2 lutte encore1 c>1 si tu faiblis un mom5t ou si tu quittes ta patrie en ab&onnant tes cranci]s des t]res que nul n'ose a*et]1 ta l*et p]dra ceux que tu dois sauv]2 tu es leur otage1 ne t'enfuis pas2 sois le ,rgulus de leur salut4 ,la ,france1 qui te raille et qui t'outrage auj\rd'hui1 t'ent5dra peut-tre dema94 ,encore un j\r6 ,voil mes j\rs4 ,,vi ,je rejetai donc le volume sur la *em9e1 et je me dis3 ,je n'ai pas le coeur aux v]s3 un autre temps6 ,cep5dant1 qu& l'heure du sommeil ou de l'insomnie fut v5ue1 je pris1 p> di/raction1 le volume sur la tablette de la *em9e1 et je l'emportai s\s le bras dans ma *ambre4 ,je le jetai sur mon lit1 j'allumai ma lampe1 et1 comme je n'arrive plus jamais quelques heures de sommeil que p> la fatigue des yeux sur un livre1 je r\vris le livre et je lus4 ,cette nuit-l je ne dormis pas une m9ute4 ,je lus les d\ze *ants d'une hale9e1 comme un homme ess\ffl que ses jambes fatigues emport5t malgr lui d'une pi]re milliaire l'autre1 qui v\drait se repos]1 mais qui ne peut s'asseoir4 ,je p\rrais ret\rn] le v]s clbre de ,dante dans l'pisode de ,franoise de ,rim9i1 et dire1 comme ,francesca3 ce passage n\s f]mmes le livre et n\s ne lmes pas plus avant6 ,moi j'en lus jusqu' l'aurore1 je relus encore le l5dema9 et les j\rs suivants6 ,et ma9t5ant relisons1 si v\s v\lez1 une troisime fois ensemble2 je vais feuillet] page page ce div9 pome pique du coeur de la ,*lo mod]ne avec v\s2 v\s jug]ez si le *>me qui m'a saisi cette lecture vi5t de mon imag9ation ou du gnie de ce jeune ,prov5al4 c\tez6 ,mais d'abord sa*ez que t\t le rcit e/ crit1 peu prs comme les *ants du ,tasse1 en /ances rimes de sept v]s 9gaux dans leur rgul>it4 ,ces /ances sonn5t mlodieusem5t l'oreille1 comme les grelots d'arg5t aux pi$s des danseuses de l',ori5t4 ,les v]s v>i5t leurs hmi/i*es et leur repos p\r laiss] respir] le lecteur2 ils se relv5t aux d]ni]s v]s de la /ance p\r remettre l'oreille en r\te et p\r dire1 comme le c\rsi] de ,job3 ,allons6 ,ces v]s sont mles comme le lat91 femelles comme l'itali51 transp>5ts p\r le franais1 comme des mots de famille qui se reconnaiss5t trav]s quelque diffr5ce d'acc5t4 ,je p\rrais v\s les donn] ici dans leur belle langue orig9ale1 mais j'aime mieux v\s les traduire en m'aidant de la nave traduction en pur franais classique faite p> le pote lui-mme4 ,nul ne sait mieux ce qu'il a v\lu dire2 notre franais n\s s]ait un miroir t]ne de son oeuvre3 le si5 lui e/ un miroir vivant4 n\s deux1 n\s rpondrons mieux aux ncessits des deux langues4 ,lisons donc3 c'e/ moi qui p>le1 mais c'e/ lui qui *ante4 ,ne v\s tonnez pas de la simplicit antique et presque triviale du db3 il *ante p\r le village1 avec accompagnem5t de la flte au lieu de la lyre4 ,arrire la trompette de l'pope hroque6 ,c'e/ l'pope des villageois1 c'e/ la muse de la veille qu'il invoque4 ,je *ante une fille de ,prov5ce et les am\rs de jeune ge trav]s la ,crau1 v]s le bord de la m]1 dans les gr&s *amps de bl444 ,bi5 que son front ne respl5dt que de sa fra*eur1 bi5 qu'elle n'et ni diadme d'or1 ni mantelet de soie tiss ,damas1 je veux qu'elle soit leve en honneur comme une re9e et clbre avec am\r p> notre pauvre langue ddaigne2 c> ce n'e/ que p\r v\s que je *ante1 ptres des coll9es de ,prov5ce1 et p\r v\s autres1 habitants ru/iques de nos mas4 7,les mas sont les f]mes isoles des pla9es d',arles et de la ,crau47 ,l'invocation au ,*ri/ n p>mi les pa/eurs cont9ue p5dant trois /rophes2 le pote1 dans une comp>aison +nieuse et simple1 dem&e ,dieu d'atte9dre au sommet de l'olivi] la bran*e haute o gaz\ill5t le mieux les *antres de l'air1 la bran*e des oiseaux4 ,puis il dcrit a9si le lieu de la scne1 description fidle comme si elle tait reflte dans les eaux du ,rhne qui c\le s\s la b]ge du pauvre vanni] p>mi les osi]s4 ,au bord du ,rhne1 entre les gr&s peupli]s et les saules t\ffus de la rive1 dans une pauvre cabane ronge p> l'eau1 un vanni] demeurait avec son fils unique2 ils s'en allai5t aprs l'hiv]1 de f]me en f]me1 raccommod] les corbeilles rompues et les pani]s tr\s4 ,le pre et le fils1 s'en allant a9si de compagnie au pr9temps (frir leur s]vice de mas en mas1 voi5t v5ir un orage et s'entreti5n5t des granges les plus hospitalires o ils p\rrai5t tr\v] s\s les meules de paille un abri contre la pluie et la nuit4 ,pre1 dit ,v9c5t1 c'e/ le nom du fils1 appr5ti de son pre1 combi5 fait-on de *>rues au mas des ,micoc\les1 que je vois l-bas blan*ir entre les mri]s8--,six1 rpond le pre4--,ah6 c'e/ donc l1 repr5d l'adolesc5t1 un des plus =ts doma9es de la ,crau8 --,je le crois bi51 cont9ue le vanni]2 ne vois-tu pas leur v]g] d'olivi]s1 entre lesquels s]p5t5t des rubans de vignes tranantes et de ples am&i]s8 ,il y a1 dit-on1 autant d'av5ues d'olivi]s dans le doma9e qu'il y a de j\rs dans l'anne1 et *acune de ces av5ues compte autant de pi$s d'arbres qu'il y a d'av5ues4 --,p> ma foi6 dit le fils1 que d'oliveuses il faut avoir dans la saison p\r cueillir tant d'olives6--,ne t'inquite pas1 rpond le vieux vanni]2 qu& vi5dra la ,t\ssa9t1 les filles des beaux villages de ,prov5ce qui se l\5t p\r la v5dange des olivi]s1 t\t en *antant sur les bran*es1 te rempliront jusqu' la gorge les sacs et les l9ceux d'olives roses et amygdal9es6 ,et le vanni]1 qu'on appelait matre ,ambroise1 cont9uait de disc\rir avec son enfant2 et le soleil1 qui sombrait d]rire les coll9es1 teignait des plus belles c\leurs les lgres nues2 et les lab\reurs1 assis sur leurs boeufs acc\pls p> le j\g et t5ant leurs aiguillons la po9te en l'air1 rev5ai5t l5tem5t p\r s\p]2 et la nuit sombrissait l-bas sur les m>cages4 --,allons6 allons6 dit encore ,v9c5t1 dj j'entrevois dans l'aire le fate arrondi de la meule de paille4 ,n\s voici l'abri2 c'e/ l que foisonn5t les brebis4--,ah6 dit le pre1 p\r l't elles ont le petit bois de p9s1 p\r l'hiv]1 la pla9e caill\teuse4 ,oh6 oh6 t\t y e/1 dans ce doma9e6 --,et t\tes ces gr&es t\ffes d'arbres qui font ombre sur les tuiles1 et cette belle fonta9e qui c\le en un vivi]1 et ces nombreuses ru*es d'abeilles que *aque automne dp\ille de leur miel et de leur cire1 et qui1 au r5\veau du mois de mai1 susp5d5t c5t essaims aux gr&s micoc\li]s6 --,et puis1 en t\te la t]re1 pre1 ce qui me p>at encore le plus beau1 int]rompit ,v9c5t1 c'e/ la fille du mas1 celle qui1 s'il v\s en s\vi5t1 mon pre1 n\s fit1 l't d]ni]1 faire p\r la maison deux corbeilles de cueilleur d'olives et remettre deux anses son petit pani]4 ,,vii ,ils arriv5t4 ,la jeune fille v5ait de donn] les feuilles de mri] ses v]s soie1 et1 sur le seuil de la grange1 elle allait1 la rose du soir1 tordre un *eveau de fil4 ,la fille ,mireille et les trang]s se salu5t dans les t]mes de cette simple et mode/e famili>it1 politesse du coeur de ceux qui n'ont pas de temps p]dre en va9s disc\rs4 ,ils dem&5t l'hospitalit1 non du toit1 mais des bords de la meule de paille1 p\r pass] la nuit4 ,et avec son fils1 *ante le pote1 le vanni] alla s'asseoir sur un r\leau de pi]re qui s]t aplanir le sillon aprs le lab\r2 et ils se mir5t1 sans plus de p>oles1 tress] eux deux une manne comm5ce1 et tordre et entre-crois] vig\reusem5t les fils flexibles arra*s de leur faisceau dn\ de =ts osi]s4 ,v9c5t t\*ait ses seize ans4 ,le pote trace rapidem5t en traits prov]biaux du pays le portrait du beau villageois ambulant et son c>actre4 ,p5dant que le pote dcrit1 le soir tombe2 les ouvri]s r5tr5t des *amps2 la belle ,mireille 7la fille du mas7 apporte1 p\r faire s\p] au frais ses travailleurs1 sur la table de pi]re1 la salade de lgumes1 et1 du l>ge plat *avirant s\s le poids1 *aque valet de la f]me tirait dj ple9e cuillre de buis les fves2 et le vieill>d et son fils cont9uai5t tress] l'osi] l'c>t4 --,eh bi56 voyons1 leur dit un peu brusquem5t ,ramon1 le ri*e matre du doma9e et l'heureux pre de ,mireille1 allons6 laissez l la corbeille4 ,ne voyez-v\s pas natre les toiles8 ,mireille1 apporte les cuelles4 ,allons6 table6 c> v\s devez tre las4 --,eh bi56 allons6 dit le vanni]2 et ils s'avancr5t v]s un b\t de la table de pi]re et se c\pr5t du pa94 ,mireille1 le/e et accorte1 assaisonna p\r eux un plat de fv]olles avec l'huile des olivi]s1 et v9t ensuite en c\rant l'avanc] v]s eux de sa belle ma94 ,le portrait de ,mireille1 trac en c\rant p> le pote1 en c9q ou six traits emprunts la nature rurale1 rappelle la ,sulamite1 dans le cantique am\reux de ,salomon4 ,son visage fleur de j\es avait deux fossettes2 sa poitr9e1 qui comm5ait se s\lev]1 tait une p*e d\ble et pas mre encore4 ,gaie1 foltre et un peu sauvage1 ah6 si dans un v]re d'eau v\s aviez vu cette g5tillesse et cette grce refltes1 d'un trait v\s l'auriez bue6 ,quelle expression neuve1 nave et passionne1 qu'aucune langue n'avait encore ou tr\ve ou ose6 ,aprs le repas1 les ouvri]s et ,mireille pri5t le vieux vanni] de leur *ant] un des *ants clbres dans la contre1 dont il *>mait autrefois les veilles4--,ah6 rpond-il1 de mon temps j'tais un *anteur1 c'e/ vrai1 mais les miroirs auj\rd'hui sont briss6 ,mireille insi/e4--,belle enfant1 lui dit-il1 ma voix n'e/ plus qu'un pi gr51 mais p\r v\s complaire je *ant]ai4 ,aprs avoir vid son v]re ple9 de v91 le vanni] *ante4 ,,viii ,que *ante-t-il8 ,un *ant militaire1 une campagne navale du hros de la ,prov5ce1 le bailli de ,suffr51 dans l',inde4 ,la *anson e/ un vritable pome hroque1 crit avec la p\dre et le sang sur le pont d'un vaisseau dmt p> le canon4 ,c'e/ la patrie et la gloire au po9t de vue du peuple m>9 des ctes prov5ales3 le pote n'emb\*e pas mo9s bi5 le clairon que la flte4 ,l'auditoire en?\siasm oublie d'abreuv] les six paires de boeufs dans la rigole d'eau c\rante4 la f9 t\t le monde se retire en rptant la cantate du vanni]1 autrefois matelot sur le vaisseau de ,suffr54 ,mireille et ,v9c5t1 le fils du *anteur1 re/5t seuls1 att>ds et jaseurs1 sur le seuil de la maison4 ,leur conv]sation e/ une glogue de ,prov5ce1 et non de ,mant\e4 ,t\t e/ orig9al dans le pome1 p>ce que t\t e/ n de la nature dans le pote4 ,ah6 1 ,v9c5t1 disait ,mireille1 qu& tu z pris ta b\rre d'osi] sur tes paules p\r all] et l raccommod] les corbeilles1 en dois-tu voir1 dans tes voyages1 des vieux *teaux1 des ds]ts sauvages1 des villages1 des ftes1 des pl]9ages6 ,n\s1 n\s ne sortons jamais de notre pigeonni]4 --,c'e/ bi5 vrai1 ,mademoiselle1 dit le jeune appr5ti2 mais la soif s'tan*e aussi bi5 p> l'agacem5t d'une groseille aux d5ts que p> l'eau de t\te la cru*e2 et si1 p\r tr\v] de l'ouvrage1 il faut essuy] les injures du temps1 t\t de mme le voyage a ses mom5ts de plaisir1 et l'ombre sur la r\te fait oubli] le *aud4 ,le rcit que ,v9c5t fait de ses voyages la jeune fille e/ incomp>able en grce1 en vrit1 en n\veaut et cep5dant en posie4 ,quelques notes mal t\ffes d'am\r qui s'ignore comm5c5t t9t] son insu dans la voix de l'enfant4 ,n\s regrettons de tronqu] ce long et dlicieux gaz\illem5t de l'innoc5ce et de l'am\r2 mais il faudrait t\t copi]3 le pote a d\ze *ants1 n\s n'avons qu'une heure4 ,devant le mas des ,micoc\les1 a9si ,v9c5t dployait t\s les replis de sa mmoire2 la r\geur montait ses j\es1 et son oeil noir jetait de d\ces lueurs dans la nuit4 ,ce qu'il disait des lvres1 il le ge/iculait avec ses bras1 et sa p>ole c\lait abondante comme une onde s\da9e sur un rega9 du mois de mai4 ,les grillons *antant dans les mottes de t]re plus d'une fois se tur5t comme p\r c\t]2 s\v5t les rossignols1 s\v5t l'oiseau de nuit1 dans le bois de p9s1 fir5t sil5ce4 ,att5tive et mue jusqu'au fond de son me1 ,mireille1 assise sur un fagot de feuilles c\pes1 n'aurait pas f]m les yeux jusqu' la premire aube du j\r4 --,il me semble1 dit-elle en se retirant pas l5ts v]s sa mre1 que1 p\r l'enfant d'un vanni]1 il p>le m]veilleusem5t bi56 mre6 c'e/ un plaisir d'all] dormir l'hiv]1 mais prs5t1 p\r dormir1 la nuit e/ trop claire4 c\tons-le1 c\tons encore2 je pass]ais l'ent5dre a9si mes veilles et ma vie4 ,et l f9it le premi] *ant de ,mireille4 ,on s5t que l'am\r c\ve dans ces deux coeurs3 on va le voir clore au deuxime *ant4 ,,ix ,que ne puis-je v\s le transcrire t\t enti]6 ,les fils potiques sont si dlicats et si indissolublem5t aju/s dans la trame qu'en enlev] un c'e/ faire *evel] la trame entire2 citons-en plutt quelques passages au has>d1 et p> induction jugez de l'ensemble du *ant4 ,,la ,,cueillette ,,des ,,olives4 ,*antez1 *antez1 magnan>elles 7filles qui cueill5t les olives76 c> la cueillette veut et inspire les *ants4--,beaux sont les v]s soie qu& ils s'endorm5t de leur troisime somme2 les mri]s sont ple9s de jeunes filles que le beau temps r5d al]tes et gaies1 telles qu'un essaim de blondes abeilles qui drob5t leur miel aux rom>9s des *amps pi]reux4 ,en dfeuillant vos rameaux1 *antez1 *antez1 magnan>elles6 ,mireille e/ la feuille un beau mat9 de mai2 cette mat9e-l1 p\r p5deloques1 ses oreilles1 la foltre avait p5du deux c]ises444 ,v9c5t1 cette mat9e-l1 passa p> l de n\veau4 son bonnet c>late1 comme en ont les riv]a9s des m]s lat9es1 il avait g5tim5t une plume de coq2 et en f\lant les s5ti]s il faisait fuir les c\leuvres vagabondes1 et des sonores tas de pi]re avec son bton il *assait les caill\x4 -- ,v9c5t6 lui cria ,mireille du milieu des v]tes alles1 p\rquoi passes-tu si vite8 ,v9c5t aussitt se ret\rna v]s la plantation1 et sur un mri]1 p]*e comme une gaie coquillade1 il dc\vrit la fillette1 et v]s elle vola joyeux4 ,eh bi56 ,mireille1 vi5t-elle bi51 la feuille8--,eh6 peu peu t\t rameau se dp\ille4--,v\lez-v\s que je v\s aide8--,oui6 ,p5dant qu'elle riait l haut en jetant de foltres cris de joie1 ,v9c5t1 frappant du pi$ le trfle1 grimpa sur l'arbre comme un loir4 ,mireille1 il n'a que v\s1 le vieux matre ,ramon8 ,faites les bran*es basses2 j'atte9drai les cimes1 moi1 allez6 ,et1 de sa ma9 lgre1 celle-ci1 trayant la rame3 ,cela g>de d'ennui de travaill] 7avec7 un peu de compagnie6 ,seule1 il v\s vi5t un non*aloir6 dit-elle4 ,moi de mme2 ce qui m'irrite1 rpondit le g>s1 c'e/ ju/em5t cela4 ,qu& n\s sommes l-bas1 dans notre hutte1 o n\s n'ent5dons que le bruissem5t du ,rhne imptueux qui mange les gravi]s1 oh6 p>fois1 quelles heures d'ennui6 ,pas autant l't2 c>1 d'habitude1 n\s faisons nos c\rses l't1 avec mon pre1 de mtairie en mtairie4 ,mais qu& le petit h\x devi5t r\ge 7de baies71 que les j\rnes se font hiv]nales et longues les veilles1 aut\r de la braise demi te9te1 p5dant qu'au loquet siffle ou miaule quelque lut91 sans lumire et sans gr&es p>oles1 il faut att5dre le sommeil1 moi t\t seul avec lui6444 --,la jeune fille lui dit vivem5t3 ,mais la mre1 o demeure-t-elle donc8--,elle e/ morte6444 ,le g>on se tut un petit mom5t1 puis reprit3 ,qu& ,v9c5ette tait avec n\s1 et que1 t\te jeune1 elle g>dait encore la cabane1 p\r lors c'tait un plaisir6--,mais quoi8 ,v9c5t1 ,tu z une soeur8--,elle e/ s]vante du ct de ,beaucaire1 rpond-il4 ,elle n'e/ pas laide non plus1 p\rsuit-il1 ma soeur1 mais combi5 tes-v\s plus belle encore6 ce mot ,mireille laissa *app] la bran*e moiti cueillie4 ,oh6 dit-elle ,v9c5t444 ,*antez1 *antez1 magnan>elles6 ,il e/ beau le feuillage des mri]s2 beaux sont les v]s soie qu& ils s'endorm5t de leur troisime sommeil6 ,les mri]s sont ple9s de jeunes filles que le beau temps r5d gaies et rieuses1 telles qu'un essaim de blondes abeilles qui drob5t leur miel dans les *amps pi]reux4 ,x ,ici ,v9c5t1 dans des /ances timides et indirectes1 comp>e la beaut de sa soeur celle de ,mireille1 et1 *aque complim5t qui l'tonne et la flatte1 laissant de n\veau *app] la bran*e de l'olivi]3 ,oh6 voyez-v\s ce ,v9c5t6 dit en r\gissant ,mireille4 ,et cep5dant le j\r gr&issait1 et le soleil que les jeunes filles avai5t devanc faisait fum] les brumes du mat9 sur les ro*es nues des ,alp9es4 ,oh6 n\s n'avons ri5 fait6 ,quelle honte6 dit ,mireille en reg>dant les mri]s encore t\ffus de feuilles4 ,cet enfant dit qu'il e/ mont p\r m'aid]1 et t\t son travail ensuite e/ de me faire rire4 --,eh bi56 qui cueill]a plus vite1 ,mademoiselle4 ,n\s allons le voir4 ,et vite1 de deux ma9s passionnes1 ard5tes l'ouvrage1 ils tord5t les bran*es1 ils desc5d5t les gr&s et petits rameaux4 ,plus de p>oles1 plus de repos 7brebis qui ble p]d sa d5te d'h]be72 le mri] qui les porte e/ l'in/ant dp\ill t\t nu6 ,ils reprir5t cep5dant bi5tt hale9e4 7,dieu que la jeunesse e/ une belle *ose67 ,en f\lant ensemble la feuille dans le mme sac1 une fois il arriva que les jolis doigts effils de la jeune magnan>elle se r5contrr5t p> has>d emmls avec des doigts brlants1 les doigts de ,v9c5t4 ,elle et lui tressaillir5t2 leurs j\es se colorr5t de la fleur v]meille d'am\r1 et t\s deux la fois1 d'un feu inconnu1 s5tir5t l't9celle ard5te s'*app]2 mais1 comme celle-ci avec effroi retirait sa ma9 de la feuille1 lui p> le tr\ble encore t\t mu3 --,qu'avez-v\s8 dit-il2 une gupe ca*e v\s aurait-elle pique8--,je ne sais1 rpondit-elle voix basse et en baissant le front4 ,et sans plus en dire *acun se met cueillir de n\veau quelque br9dille2 p\rtant1 avec des yeux mal9s en dess\s1 ils s'piai5t qui rirait le premi]4444444444 ,mais lisez t\t enti] le passage qui suit cette r5contre involontaire des deux ma9s dans les feuilles4 ,le voil3 ,,xi ,leur poitr9e battait6444 ,la feuille tomba1 puis de n\veau1 comme pluie2 et puis1 v5u l'in/ant o ils la mettai5t au sac1 la ma9 blan*e et la ma9 brune1 soit desse9 ou p> bonheur1 t\j\rs v5ai5t l'une v]s l'autre1 mmem5t qu'au travail ils pr5ai5t gr&e joie4 ,*antez1 *antez1 magnan>elles1 en dfeuillant vos rameaux6444 ,vois6 vois6 t\t c\p ,mireille crie1 ,vois6--,qu'e/-ce8 ,le doigt sur la b\*e1 vive comme une locu/elle sur un cep1 vis--vis de la bran*e o elle ju*e1 elle indiquait du bras444 ,un nid444 que n\s allons voir6 --,att5ds6444 ,et1 ret5ant son s\ffle haletant1 tel qu'un pass]eau le long des tuiles1 ,v9c5t1 de bran*e en bran*e1 a bondi v]s le nid4 ,au fond d'un tr\ qui1 naturellem5t1 entre la dure corce1 s'tait =m1 p> l'ouv]ture les petits se voyai5t1 dj p\rvus de plumes et remuant4 ,mais ,v9c5t1 qui1 la bran*e tortue1 vi5t de n\] ses jambes vig\reuses1 susp5du d'une ma91 dans le tronc cav]neux f\ille de l'autre ma94 ,un peu plus leve1 ,mireille alors1 la flamme aux j\es3 ,qu'e/-ce8 dem&e-t-elle avec prud5ce4 ,des pimp>r9s6 ,de belles msanges bleues6 ,mireille clata de rire4 c\te1 dit-elle1 ne l'z-tu jamais ou dire8 ,lorsqu'on tr\ve deux un nid au fate d'un mri] ou de t\t arbre p>eil1 l'anne ne passe pas qu'ensemble la sa9te glise ne v\s unisse444 ,prov]be1 dit mon pre1 e/ t\j\rs vridique4 ,oui1 rplique ,v9c5t2 mais il faut aj\t] que cet espoir ne peut se fondre si1 avant d'tre en cage1 s'*app5t les petits4--,jsus1 mon ,dieu6 pr5ds g>de6 cria la jeune fille1 et1 sans ret>d1 s]re-les avec so91 c> cela n\s reg>de6 ,ma foi6 rpond a9si le j\v5ceau1 ,le meilleur endroit p\r les s]r] s]ait peut-tre votre corsage444--,ti5s6 oui1 donne6 c'e/ vrai6444 ,le g>on aussitt plonge sa ma9 dans la cavit de l'arbre2 et sa ma91 qui ret\rne ple9e1 en tire quatre du creux4 ,bon ,dieu6 dit ,mireille en t5dant la ma91 oh6 combi58444 --,la g5tille ni*e6 ,ti5s6 ti5s6 pauvres petits1 un bon bais]6 ,et1 folle de plaisir1 de mille d\x bais]s elle les dvore et les c>esse4 ,puis avec am\r d\cem5t les c\le s\s son corsage qui enfle4--,ti5s6 ti5s6 t5ds la ma9 d]e*ef1 cria ,v9c5t4 --,oh6 les jolis petits6 ,leurs ttes bleues ont de petits yeux f9s comme des aiguilles6 ,et vite encore dans la blan*e et lisse prison elle ca*e trois msanges2 et *audem5t1 dans le se9 de la jeune fille1 la petite c\ve1 qui se blottit1 croit qu'on l'a remise au fond de son nid4 --,mais t\t de bon1 ,v9c5t1 y en a-t-il encore8--,oui6 sa9te ,vi]ge6 ,vois6 t\t l'heure je dirai que tu z la ma9 fe6--,eh6 bonne fille que v\s tes6 les msanges1 qu& vi5t la ,sa9t-,georges1 elles font dix1 d\ze oeufs et mme quatorze1 ma9tes fois6444 ,mais ti5s6 ti5s6 t5ds la ma91 les d]ni]s clos6 ,et v\s1 beau creux1 adieu6 ,,xii pe9e le jeune homme se dcro*e1 pe9e celle-ci arrange les oiseaux bi5 dlicatem5t dans son fi*u fleuri444 ,aie6 aie6 aie6 d'une voix *at\illeuse fait s\da9 la pauvrette4 ,et1 pudique1 sur la poitr9e elle se presse les deux ma9s4 ,aie6 aie6 aie6 je vais m\rir6 ,ho6 pleurait-elle1 ils m'gratign5t6 ,aie6 m'gratign5t et me piqu5t6 ,c\rs vite1 ,v9c5t1 vite6444 ,c'e/ que1 depuis un mom5t1 v\s le dirai-je8 dans la ca*ette gr& et vif tait l'moi4 ,depuis un mom5t1 dans la b&e aile avai5t1 les d]ni]s clos1 mis le b\lev]sem5t4 ,et1 dans l'troit vallon1 la foltre multitude1 qui ne peut librem5t se cas]1 se dm5ant des griffes et des ailes1 faisait1 dans les ondulations1 culbutes sans p>eilles3 faisait1 le long des talus1 mille belles r\lades4 ,aie6 aie6 vi5s les recevoir6 vole6 lui s\pirait-elle4 ,et1 comme le pampre que le v5t fait frissonn]1 comme une gnisse qui se s5t pique p> les frelons1 a9si gmit1 bondit et se ploie l'adolesc5te des ,micoc\les4444 ,lui p\rtant a vol v]s elle444 ,*antez en dfeuillant2 ,en dfeuillant vos rameaux1 *antez1 magnan>elles6 ,sur la bran*e o ,mireille pleure1 lui p\rtant a vol4 ,v\s le craignez donc bi5 le *at\illem5t8 lui dit-il de sa b\*e amie4 ,eh6 comme moi1 dans les orties1 si1 nu pi$s1 ma9tes fois il v\s fallait vagu]6 ,comm5t f]iez-v\s8 ,et1 p\r dpos] les oisillons qu'elle a dans son corsage1 il lui (fre en riant son bonnet de m>94 ,dj ,mireille1 s\s l't(fe que la ni*e r5dait b\ffante1 envoie la ma91 et dans la coiffe dj1 une une1 rapporte les msanges4 ,dj1 le front baiss1 pauvrette6 et dt\rne un peu de ct1 dj le s\rire se mlait ses l>mes2 semblablem5t la rose qui1 le mat91 des lis]ons m\ille les clo*ettes l\rdes1 et r\le en p]les1 et s'vapore aux premires cl>ts444 ,et s\s eux voil que la bran*e t\t c\p clate et se rompt6444 ,au c\ du vanni] la jeune fille effraye1 avec un cri p]ant1 se prcipite et enlace ses bras2 et du gr& arbre qui se d*ire1 en une rapide virevolte1 ils tomb5t1 s]rs comme deux jumeaux sur la s\ple ivraie444 ,frais zphirs 7v5t71 l>gue et 7v5t7 grec1 qui des bois remuez le dais1 sur le jeune c\ple que votre murmure un petit mom5t mollisse et se taise6 ,folles brises1 respirez d\cem5t6 ,donnez le temps que l'on rve1 le temps qu' t\t le mo9s ils rv5t le bonheur6 ,toi qui gaz\illes dans ton lit1 va l5tem5t1 va l5tem5t1 petit ruisseau p>mi tes galets sonores2 ne fais pas tant de bruit1 c> leurs deux mes sont dans le mme rayon de feu1 p>ties comme une ru*e qui essaime444 ,laissez-les se p]dre dans les airs ple9s d'toiles6 ,mais elle1 au b\t d'un in/ant1 se dlivra du dang]4 ,mo9s ples sont les fleurs du cognassi]4 ,puis ils s'assir5t sur le talus1 l'un prs de l'autre se mir5t1 un petit mom5t se reg>dr5t1 et voici comm5t p>la le jeune homme aux pani]s3 ,,xiii ,v\s tes-v\s po9t fait de mal1 ,mireille6444 honte de l'alle6 arbre du diable6 arbre fune/e qu'on a plant un v5dr$i6 que le m>asme s'emp>e de toi6 que l'artison te dvore1 et que ton matre te pr5ne en horreur6--,mais elle1 avec un tremblem5t qu'elle ne peut arrt]3 ,je ne me suis pas1 dit-elle1 fait de mal1 n5ni6 ,mais1 telle qu'un enfant dans ses langes qui p>fois pleure et ne sait p\rquoi1 j'ai quelque *ose1 dit-elle1 qui me t\rm5te2 cela m'te le voir et l'our2 mon coeur en b\t1 mon front en rve1 et le sang de mon corps ne peut re/] calme4 ,peut-tre1 dit le vanni]1 e/-ce la peur que votre mre ne v\s gronde p\r avoir mis trop de temps la feuille8 ,comme moi1 qu& je m'en v5ais l'heure indue1 d*ir1 b>b\ill comme un ,maure1 p\r tre all *]*] des mres4--,oh6 non1 dit ,mireille2 autre pe9e me ti5t4 ,mireille1 enf91 aprs un naf int]rogatoire1 f9it p> av\] ,v9c5t qu'elle l'aime6 ,oh6 dit l'humble enfant du vanni]1 ne v\s j\ez pas a9si de moi1 ,mademoiselle6 ,v\s la re9e des ,micoc\les6 moi le fils vagabond du vanni]6 ,l'aveu n'e/ pas mo9s involontaire et pas mo9s franc sur les deux b\*es4 ,eh bi56 je le dirai une fois aussi1 ,mireille1 je t'aime6 ,je t'aime tellem5t que si tu disais3 ,je veux une toile1 il n'e/ ni trav]se de m]s1 ni =ts1 ni torr5ts en fureur1 ni b\rreau1 ni feu1 ni f] qui m'arrt5t4 ,au sommet des pics des montagnes1 l o la t]re t\*e le ciel1 j'irais la cueillir1 et diman*e tu l'aurais p5due ton c\4 ,mais1 la plus belle de t\tes6 plus j'y p5se1 plus1 hlas6 je s5s que je me fais illusion4 ,j'ai vu une fois un figui] dans mon *em91 cramponn la ro*e nue1 contre la grotte de ,vaucluse1 si maigre1 hlas6 qu' pe9e aux lz>ds gris il donnait autant d'ombre qu'une t\ffe de jasm94 ,jusqu' ses rac9es une seule fois p> an vi5t clapot] l'onde d'une s\rce vois9e1 et l'arbu/e avide se p5*e p\r boire autant qu'il peut au flot abondant qui monte ses pi$s p\r le dsaltr]4 ,cela lui suffit t\te une anne p\r vivre4 ,cela s'applique moi1 ,mireille6 aussi ju/e que la pi]re la bague6 ,c> je suis le figui]1 ,mireille1 toi la fonta9e6444 ,l'entreti5 s'att5drit entre les deux enfants2 au mom5t o il va s'exalt] jusqu'au dlire1 on ent5d la voix grondeuse d'une vieille femme4 ,les v]s soie1 midi1 n'auront donc po9t de feuilles mang]8 dit-elle4 ,au sommet t\ffu d'un p9 t\t ret5tissant d'un joyeux tumulte d'oiseaux1 une vole de pass]eaux qui s'abat remplit quelquefois l'air d'un gai ramage l'heure o fra*it le soir2 mais si t\t c\p d'un glaneur qui les guette la pi]re lance tombe sur la cime de l'arbre1 de t\te "p1 eff>\*s dans leurs bats1 la vole s'enfuit dans le bois4 ,a9si1 tr\bl dans son bonheur1 le c\ple innoc5t s'enfuit dans la l&e1 elle v]s la maison1 son faisceau de feuilles sur la tte1 lui immobile1 la reg>dant de lo9 c\rir dans le bl4 ,et a9si f9it ce second *ant1 une des plus suaves idylles laquelle on ne peut ri5 comp>] que les gmissem5ts les plus *a/es du ,cantique des ,cantiques4 ,il y respire une puret d'images1 une v]ve de bonheur1 une jeunesse de coeur et de gnie qui ne peuv5t avoir t crites que p> un pote de v+t ans4 ,la t]re y t\rne s\s les pas1 le coeur y bondit dans la poitr9e comme dans une ronde de villageois s\s les mri]s de la ,crau ou s\s les *taigni]s de ,sicile4 posie d'un vrai pote6 tu es le rajeunissem5t t]nel des imag9ations1 la ,j\v5ce du coeur4 ,,xiv ,le troisime *ant s'ouvre p> une description la fois biblique1 homrique et virgili5ne d'une assemble de matrones arlsi5nes dans une magnan]ie1 occupes1 t\t en jasant1 faire mont] les v]s soie rveills sur les br9dilles de mri]s p\r y fil] leurs b]ceaux transp>5ts4 ,mireille va et vi5t dans la f\le1 semblable la jeune me de la maison et de la saison4 ,elle r\git de quelques propos de jeunes filles1 ses compagnes1 qui p>l5t de leurs fiancs sans se d\t] qu'elle a *oisi le si52 elle va ca*] sa r\geur subite la cave s\s prtexte d'all] *]*] la flasque de v9 des ,micoc\les4 ,les jeunes filles1 animes p> la g\tte de v91 jas5t comme des colombes r\c\l5t2 une1 entre autres1 en supposant p> bad9age qu'elle a p\s un fils de roi de la contre1 fait1 en contemplant son pays du haut de sa t\r1 une gographie spl5dide de la belle ,prov5ce4 c\tez3 ,je v]rais1 disait-elle1 mon gai royaume de ,prov5ce1 tel qu'un clos d'orang]s1 devant moi s'pan\ir1 avec sa m] bleue mollem5t t5due s\s ses coll9es et ses pla9es1 et les gr&es b>ques pavoises c+lant ple9e voile au pi$ du *teau d',if4 ,et le mont ,v5t\x que lab\re la f\dre1 le ,v5t\x1 qui1 vnrable1 lve sur les montagnes blotties au-dess\s de lui sa blan*e tte jusqu'aux a/res1 tel qu'un gr& et vieux *ef de pa/eurs qui1 entre les htres et les p9s sauvages1 accot de son bton1 contemple son tr\peau4 ,et le ,rhne1 o tant de cits1 p\r boire1 vi5n5t la file1 en riant et *antant1 plong] leurs lvres t\t le long2 le ,rhne1 si fi] dans ses bords1 et qui1 ds qu'il arrive ,avignon1 cons5t p\rtant s'infl*ir p\r v5ir salu] ,notre-,dame des ,doms4 ,et la ,durance1 cette *vre ard5te la c\rse1 f>\*e1 vorace1 qui ronge en passant et cades et arg\si]s2 la ,durance1 cette fille smillante qui vi5t du puits avec sa cru*e1 et qui rp& son onde en j\ant avec les g>s qu'elle tr\ve p> la r\te1 etc4 ,,xv ,l'une des compagnes de ,mireille dc\vre que la jeune fille des ,micoc\les a caus en secret avec ,v9c5t1 l'enfant aux pi$s nus2 on raille ,mireille4 ,une matrone pr5d sa df5se et raconte1 p\r les faire taire1 aux mdisantes une lg5de prov5ale qui fait r5tr] la raill]ie dans leurs b\*es4 ,lisez cela4 ,il tait un vieux ptre1 dit-elle2 il avait pass t\te sa vie seul et sauvage dans l'pre ,lubron1 g>dant son tr\peau4 ,enf91 s5tant son corps de f] ploy] v]s le cimetire1 il v\lut1 comme c'tait son devoir1 se confess] l'ermite de ,sa9t-,eu*]4 ,il avait t\t oubli dans son isolem5t1 depuis ses premires ,pques jusqu' ses prires4 ,de sa cabane il monta donc l'ermitage1 et1 devant l'ermite1 il s'ag5\illa1 c\rbant le front t]re4 ,de quoi v\s accusez-v\s1 mon frre8 dit le *apela94 ,hlas6 rpondit le vieill>d1 voici ce dont je m'accuse3 ,une fois1 dans mon tr\peau1 une b]g]onnette1 qui e/ un oiseau ami des b]g]s1 voletait444 ,p> malheur je tuai avec un caill\ la pauvre ho*e-queue6 ,s'il ne le fait desse9 cet homme doit tre idiot1 p5sa l'ermite444 ,et aussitt1 brisant la confession3 ,allez susp5dre cette p]*e1 lui dit-il en tudiant son visage1 votre manteau2 c> je vais ma9t5ant1 mon frre1 v\s donn] la sa9te absolution4 ,la p]*e que le prtre1 af9 de l'pr\v]1 lui montrait1 tait un rayon de soleil qui tombait obliquem5t dans la *apelle4 ,de son manteau le bon vieux ptre se d*>ge1 et1 crdule1 en l'air le jette444 ,et le manteau re/a susp5du au rayon clatant4 --,homme de ,dieu6 s'cria l'ermite444 ,et aussitt de se prcipit] aux g5\x du sa9t ptre1 en pleurant *audes l>mes4 ,moi6 se peut-il que je v\s absolve8 ,ah6 que l'eau pleuve de mes yeux6 et sur moi que votre ma9 s't5de1 c> c'e/ v\s qui tes un gr& sa9t1 et moi le p*eur4 ,et cela v\s fait voir1 jeune langue1 qu'il ne faut jamais se moqu] de l'habit4 ,comme un gra9 de rais9 7je l'ai vu71 notre jeune matresse e/ dev5ue v]meille ds que le nom de ,v9c5t a t prononc4 ,voyons1 belle enfant1 l e/ quelque my/re4--,je veux1 dit ,mireille1 me ca*] en un c\v5t de nonnes la fleur de mes ans plutt que de me laiss] unir un p\x4 ,on rit1 on se moque de son s]m5t4 ,cela amne la belle ,nore *ant] la ballade prov5ale de ,magali4 ,et telles1 comme1 qu& une cigale gr9ce dans un sillon son *ant d't1 t\tes les autres cigales en *oeur repr5n5t son mme *ant1 telles les jeunes filles en *oeur rptai5t t\tes ensemble le refra9 de la ballade de ,nore4 ,voici la ballade3 ,,xvi ,magali1 ma tant aime1 mets la tte la f5tre2 c\te un peu cette srnade de violon et de tamb\r96 ,le ciel e/ l-haut1 ple9 d'toiles2 le v5t tombe1 mais les toiles en te voyant pliront4 --,pas plus que du murmure des bran*es de ton aubade je me s\cie4 ,mais je m'en vais dans la m] blonde me faire anguille de ro*]4 ,magali1 si tu te fais le poisson de l'onde1 moi1 p*eur je me f]ai2 je te p*]ai4 --,oh6 mais si tu te fais p*eur1 qu& tu jett]as tes filets je me f]ai l'oiseau qui vole1 je m'envol]ai dans les l&es4 ,magali1 si tu te fais l'oiseau de l'air1 je me f]ai1 moi1 le *asseur2 je te *ass]ai4 --,aux p]dreaux1 aux becs-f9s1 si tu vi5s t5dre tes lacets1 je me f]ai1 moi1 l'h]be fleurie1 et me ca*]ai dans les prs va/es4 ,magali1 si tu te fais la m>gu]ite1 je me f]ai1 moi1 l'eau limpide2 je t'arros]ai4 --,si tu te fais l'onde limpide1 je me f]ai1 moi1 le gr& nuage1 et promptem5t m'en irai a9si en ,amrique1 l-bas1 bi5 lo96 ,magali1 si tu t'en vas aux lo9ta9es ,indes1 je me f]ai1 moi1 le v5t de m]2 je te port]ai4 --,si tu te fais le v5t m>91 je fuirai d'un autre ct2 je me f]ai l'ardeur du gr& soleil qui fond la glace4 ,magali1 si tu te fais l'ardeur du soleil1 je me f]ai1 moi1 le v]t lz>d1 et te boirai4 --,si tu te fais la salam&re qui se ca*e s\s le halli]1 je s]ai1 moi1 la lune ple9e1 qui claire les sorci]s la nuit4 -- ,magali1 si tu te fais lune s]e9e1 je me f]ai1 moi1 belle brume2 je t'envelopp]ai4 --,mais si la belle brume m'enveloppe1 p\r cela tu ne me ti5dras pas2 moi1 belle rose virg9ale1 je m'pan\irai dans le buisson4 ,magali1 si tu le fais la rose belle1 je me f]ai1 moi1 le papillon2 je m'enivr]ai de toi4 --,va1 p\rsuivant1 c\rs1 c\rs6 jamais1 jamais tu ne m'atte9dras4 ,moi1 de l'corce d'un gr& *ne je me vtirai dans la =t sombre4 ,magali1 si tu te fais l'arbre des mornes1 je me f]ai1 moi1 la t\ffe de li]re2 je t'embrass]ai4 --,si tu veux me pr5dre bras le corps1 tu ne saisiras qu'un vieux *ne444 je me f]ai blan*e nonnette du mona/re du gr& sa9t ,blaise4 ,magali1 si tu te fais nonnette blan*e1 moi1 prtre1 je te confess]ai et je t'ent5drai4 ,l les femmes tressaillir5t1 les cocons r\x tombr5t des ma9s1 et elles criai5t ,nore3 ,oh6 dis ensuite ce que fit1 tant nonna91 ,magali1 qui dj1 pauvrette1 s'e/ faite *ne et fleur aussi1 lune1 soleil et nuage1 h]be1 oiseau et poisson4 ,de la *anson1 reprit ,nore1 je vais v\s *ant] ce qui re/e4 ,n\s en tions1 s'il m'en s\vi5t1 l'endroit o elle dit que dans le clotre elle va se jet]1 et o l'ard5t *asseur rpond qu'il y entr]a comme confesseur4444 ,mais de n\veau voyez l'ob/acle qu'elle oppose4 --,si du c\v5t tu passes les portes1 tu tr\v]as t\tes les nonnes aut\r de moi errantes1 c> en suaire tu me v]ras4 ,magali1 si tu te fais la pauvre morte1 adoncques je me f]ai la t]re2 l je t'aurai4 --,ma9t5ant je comm5ce enf9 croire que tu ne me p>les pas en riant4 ,voil mon annelet de v]re p\r s\v5ir1 beau j\v5ceau4 ,magali1 tu me fais du bi56444 ,mais1 ds qu'elles t'ont vue1 ,magali1 vois les toiles1 comme elles ont pli6 ,,xvii ,nore se tait2 nul ne disait mot4 ,tellem5t bi5 ,nore *antait que les autres1 en mme temps1 d'un p5*em5t de front l'accompagnai5t1 sympa?iques1 comme les t\ffes de s\*et qui1 p5dantes et dociles1 se laiss5t all] ensemble au c\rant d'une fonta9e4 ,et v\s1 lecteur1 que dites-v\s de ce *ant de ,nore8 ,y a-t-il dans les ballades de ,s*ill] ou de ,goe! une p>abole d'am\r comp>able p> sa c&eur et sa gaiet t5dre cette p>abole villageoise du b]g] et du pote de ,maillane8 ,cette ballade f9it le troisime *ant2 elle v\s laisse dans le coeur et dans l'oreille un *o de musette prolong trav]s les myrtes de la ,calabre4 ,et v\s tes t\t surpris1 avec le s\rire sur les lvres1 de tr\v] une l>me sur votre ma94 ,*antons-n\s a9si dans nos villes8 ,,xviii ,les dem&es de la ma9 de ,mireille son pre p> ses prt5dants rempliss5t le quatrime *ant4 ,c'e/ la situation de ,pnlope transporte du palais au village1 c'e/ ,i?aque au mas des ,micoc\les4 ,mais1 si la situation e/ analogue1 les dtails sont t\s orig9aux2 la nature =me des ressemblances1 jamais de copies4 ,qu& vi5t la saison1 dit le pote1 o les violettes clos5t p> t\ffes dans les v]tes pel\ses1 les c\ples am\reux ne manqu5t pas p\r all] les cueillir l'ombre2 qu& vi5t le temps o la m] agite apaise sa fire poitr9e et respire l5tem5t de t\tes ses mamelles1 les prames et les b>ques ne manqu5t pas p\r all] sur l'aile des rames s'p>pill] sur la m] tranquille2 qu& vi5t le temps o l'essaim des jeunes vi]ges fleurit p>mi les femmes1 les p\rsuivants ne manqu5t ni dans la ,crau1 ni dans les manoirs des *tela9s1 ni au mas des ,micoc\les4 ,il en v9t trois3 un g>di5 de cavales1 un pa/eur de gnisses1 un b]g] de brebis1 t\s les trois jeunes et beaux4 ,le cortge d'nes1 de b\cs1 de bli]s1 de *vres1 de *evrettes et de petits *evreaux1 desc5dant des montagnes du ,dauph9 dans la ,crau aux sons des clo*ettes app5dues au c\ des bli]s conducteurs et suivi du ptre envelopp de son l\rd manteau1 e/ une de ces scnes calques sur les flancs des montagnes1 aux rayons d'un soleil d'automne4 ,le pa/eur1 environn de ses *i5s blancs et normes1 passe avec orgueil cette revue de ses ri*esses au dfil des monts dans la pla9e4 ,al>i1 ce ri*e possesseur des tr\peaux ambulants1 aborde ,mireille sur le seuil du mas1 s\s prtexte de lui dem&] le *em91 mais1 en ralit1 p\r sond] son coeur4 ,il lui fait prs5t d'une c\pe taille dans le buis1 cisele de ses ma9s p5dant les longs loisirs solitaires du pturage4 ,le b\cli] d',a*ille1 dans l',iliade1 n'e/ pas mieux dcrit que cette c\pe avec ses bas-reliefs sculpts au c\teau4 ,mireille admire1 raille1 refuse1 et s'enfuit4 ,,xix ,un g>di5 des cavales de la ,crau1 prsomptueux et sup]be1 e/ refus de mme4 ,p\rtant les mille cavales sauvages qu'il possde sont pe9tes p> le pote avec des c\leurs de ,salvator ,rosa4 ,elles flair5t le v5t et se s\vi5n5t1 aprs dix ans d'esclavage1 de l'exhalation sale et enivrante de la m]1 *appes sans d\te de l'attelage de ,neptune1 leur premi] anctre1 sembl5t encore te9tes d'cume1 et1 qu& la m] s\ffle et s'assombrit1 qu& les vaisseaux romp5t leurs cbles1 les talons de la ,cam>gue h5niss5t de joie2 ils font claqu]1 comme une m*e de f\et1 leur longue queue tranante2 ils creus5t le sol avec leur sabot1 ils s5t5t pntr] dans leur *air le trid5t du dieu t]rible qui fait bondir les flots4 ,le matre de ces escadrons de cavales dem&e ,mireille son pre4 ,raymond l'agre1 fait v5ir ,mireille2 mais ,mireille dem&e du temps1 pleure et se sauve4 ,pre1 dit le cavali]1 il suffit2 je retire ma dem&e1 c> un g>di5 des cavales de la ,cam>gue connat la piqre du c\s96 ,il a dev9 que le coeur de l'enfant n'e/ plus elle4 ,tri/e et rsign1 il repr5d au repas le s5ti] pi]reux du ds]t4 ,,xx ,un troisime1 froce g>deur de taureaux et de va*es1 arrive avec la confiance de sa ri*esse et la duret de son mti]4 ,combi5 de fois1 dit le pote1 n'avait-il pas1 dans les f]rades 7j\r de l'anne o l'on m>que les animaux sauvages dans la ,cam>gue71 combi5 de fois n'avait-il pas r5v]s t]re ses taureaux p> leurs cornes8 ,combi5 de fois1 rude sevreur des veaux1 ne les avait-il pas sevrs1 et sur le dos de la mre irrite rompu des brasses de g\rd9s1 jusqu' ce qu'elle fuie la grle des c\ps1 hurlante et ret\rnant la tte v]s son n\rrisson entre les jeunes p9s8 ,o avez-v\s vu dans les popes pa/orales1 depuis les t5tes de ,jacob1 de p>eilles images8 ,un magnifique combat de taureaux dans la pla9e d',arles div]sifie le pome4 ,le t\*eur de boeufs triomphe1 mais1 jet en l'air p> les cornes de l'animal1 il re/e m>qu d'une cicatrice au front4 ,les c\ronnes qu'il a reues des filles d',arles lui donn5t la c]titude d'honor] ,mireille en la dem&ant p\r p\se4 ,mont sur la jum5t blan*e1 il vi5t1 ple9 de confiance1 au mas des ,micoc\les2 il r5contre ,mireille lavant1 comme ,nausicaa1 la fonta9e4 ,dieu6 qu'elle tait belle1 trempant dans l'arg5t de l'c\lem5t de la s\rce ses pi$s au gu6 ,le dialogue entre le fi] t\*eur de boeufs et la jeune laveuse e/ lui seul une idylle accomplie2 combi5 n\s regrettons de ne pas le reproduire en enti]6 ,enf9 l'am\reux propose ,mireille de le suivre au pays de la ,cam>gue1 o l'on ent5d la m] trav]s les rameaux sonores des p9s4 ,ils sont trop lo91 vos p9s1 rpond-elle4--,prtres et filles1 rplique le b\vi]1 ne peuv5t savoir jamais la patrie o ils iront mang] leur pa9 un j\r4 ,il me suffit de le mang] avec celui que j'aime4 ,je ne dem&e ri5 de plus p\r me sevr] de mon nid4--,belle1 alors1 dit le b\vi]1 donnez-moi votre am\r6 ,je v\s le donn]ai1 jeune homme1 rplique ,mireille2 mais1 avant1 ces orties port]ont des grappes de rais9s v]meils1 votre bton trid5t de f] fleurira1 ces coll9es de ro*] s'amolliront comme de la cire1 et l'on ira p> m] au village des ,beaux sur la ro*e au milieu des t]res6 ,,xxi ,humili et irrit de ce refus1 le b\vi] remonte sur sa jum5t blan*e et s'loigne en rum9ant sa v5geance4 ,il r5contre malheureusem5t le pauvre fils du vanni]1 ,v9c5t4 ,droit comme un roseau de la ,durance1 ,v9c5t *em9ait seul v]s le mas des ,micoc\les2 son visage bl\issait de bonheur1 de paix et d'am\r1 en rvant aux d\ces p>oles que ,mireille lui avait dites un mat9 p>mi les mri]s4 ,la brise molle de la m] lo9ta9e s'eng\ffrait dans sa *emise enfle sur sa poitr9e2 il m>*ait dans les galets pi$s nus1 lg] et gai comme un lz>d4 ,il v5ait aussi de temps en temps aux ,micoc\les1 faisait1 en imitant le *ant d'un oiseau1 le signal de son arrive son amante4 ,le rcit de leurs d\ces entrevues et de leurs *a/es entreti5s trav]s le buisson1 au clair de la lune1 dpasse en navet et en fra*eur t\t ce que v\s avez lu de ,daphnis et de ,*lo auprs de la fonta9e4 ,longus e/ lic5cieux1 ,mi/ral e/ virg9al dans son am\r4 ,du paganisme au *ri/ianisme se mesure la di/ance entre les deux pomes4 ,,xxii ,le t\*eur de boeufs s\ponne ,v9c5t d'tre la cause ca*e de l'affront de ,mireille2 il insulte grossirem5t le beau vanni]4 ,le combat remplit le c9quime *ant4 ,v9c5t e/ laiss inanim sur le sol4 ,la v5geance div9e1 s\s la =me d'une croyance populaire du pays1 s'atta*e au meurtri]3 il se noie dans le ,rhne en trav]sant le fleuve avec son *eval p\r repass] dans la ,cam>gue4 ,les ballades allem&es n'ont ri5 de plus fanta/ique et de plus lugubre que ce passage du ,rhne p5dant une nuit d'orage4 ,ce sont des /ances de ,l5ora4 ,ce pote du ,midi a1 qu& il veut1 les cordes surnaturelles et frissonnantes du ,nord4 ,au sixime *ant1 ,v9c5t inanim e/ r5contr p> trois g>ons de f]me1 qui le port5t au mas des ,micoc\les4 ,oh6 quel spectacle6 ,ab&onn dans le ds]t des *amps avec les toiles p\r compagnes1 l le pauvre adolesc5t avait pass la nuit1 et l'aube humide et claire1 en frappant sur ses paupires1 lui avait r\v]t les yeux et ranim la vie dans ses ve9es froides4 ,ici le pote1 p\r pe9dre le d*irem5t de coeur de ,mireille l'aspect de son am\reux baign de sang1 invoque t\te la pliade frat]nelle des ,prov5aux vivants1 ,romanille le premi]1 ,aubanel1 ,anselme1 et toi1 ,ravan1 qui confonds ton humble *anson avec celle des grillons bruns qui exam95t ton hoyau qu& il f5d la glbe2 et toi aussi1 ,adolphe ,dumas1 qui trempes ta noble lyre dans l'cume de notre ,durance dborde6 ,les *ants d',h]m9ie et de ,clor9de1 dans la ,jrusalem dlivre1 n'ont pas de scnes plus pa?tiques que ce ret\r du pauvre vanni] entre les bras de sa fiance en l>mes4 ,p> respect p\r le pre de ,mireille et p\r la rputation de la jeune fille1 ,v9c5t ne veut pas av\] la cause de sa blessure2 il l'attribue un c\p de son outil lame acre1 qui1 en c\pant un fagot d'osi]1 e/ v5ue p]c] la poitr9e4 ,mireille elle-mme ne s\ponne pas le pieux m5songe4 ,ici la scne am\reuse devi5t une scne des traditions sup]/itieuses du peuple de ,prov5ce4 ,on porte l'in=tun vanni] la grotte des ,fes1 dans le vallon d'enf]1 p\r qu'il soit guri p> les sorcires4 ,les potes du pays s'extasi5t1 selon n\s1 outre mesure sur ces lg5des sup]/itieuses de ,prov5ce et sur les sorcell]ies de la grotte des ,fes4 ,quant n\s1 n\s d*ir]ions ce *ant t\t enti] sans ri5 regrett] dans le pome4 ,les v]s sont beaux et pittoresques1 mais t\tes ces fantasmagories sont refroidissantes p\r le s5tim5t1 fuss5t-elles dans ,%akspe>e ou dans ,goe!3 les fantmes n'ont pas de coeur4 ,mi/ral gagn]ait les supprim]4 ,il n'y a pas de sortilge qui vaille une t\*ante ralit4 ,,xxiii ,au septime *ant ,v9c5t e/ guri3 il travaille t\t p5sif ct de son vieux pre1 sur la porte de leur cabane1 au bord du ,rhne4 ,il av\ait son am\r timide au vieill>d1 qui refusait de croire tant d'audace3 ,p5dant que le v5t de m]1 c\rbeur puissant des peupli]s1 hurlait sur leurs ttes au-dessus de la voix du jeune homme2 ,le ,rhne1 irrit p> le v5t1 faisait1 comme un tr\peau de va*es1 c\rir ses vagues tr\bles la m]2 mais ici1 entre les cpes d'osi] qui faisai5t abri et ombrage1 une m>e d'eau azure1 lo9 des ondes1 mollem5t v5ait s'al5tir4 ,des bivres1 le long de la grve1 rongeai5t de la saulaie l'corce amre2 l-bas1 trav]s le cri/al du calme cont9uel1 v\s ap]cevez les brunes l\tres1 errantes dans les pr(ondeurs bleues1 la p*e des beaux poissons arg5ts4 ,au long balancem5t du v5t b]ceur1 le long de cette rive1 les p5dul9es avai5t susp5du leurs nids1 et leurs petits nids blancs1 tissus comme une molle robe1 avec l'ouate qu'aux peupli]s blancs l'oiseau1 lorsqu'ils sont en fleur1 drobe1 s'agitai5t aux rameaux d'aune et aux roseaux4 ,r\sse comme une tortillade1 une al]te jeune fille d'un l>ge filet t5dait les plis1 tremps d'eau1 sur un figui]4 ,les animaux de la rivire et les p5dul9es des os]aies n'avai5t pas plus peur d'elle que des joncs tremblants4 ,c'tait ,v9c5ette1 soeur de ,v9c5t1 qui1 cette jeune fille1 rev5ait du pays d',arles la hutte de son pre4 ,pauvrette6 c'tait la fille de matre ,ambroise1 ,v9c5ette4 ,ses oreilles1 p]sonne encore ne les lui avait p]ces2 elle avait des yeux bleus comme des prunes de buisson et le se9 pe9e enfl2 p9euse fleur de cpre que le ,rhne am\reux aimait clab\ss]4 ,avec sa b>be blan*e et rude qui lui tombait jusqu'aux han*es1 matre ,ambroise son fils rpondit3 c]vel1 assurm5t tu dois l'tre1 c> tu n'es plus matre de ta b\*e6--,p\r que l'ne se dlicote1 pre1 il faut que le pr soit rudem5t beau6 ,mais quoi bon tant de p>oles8 ,v\s savez comme elle e/6 ,si elle tait ,arles1 les filles de son ge se ca*]ai5t en pleurant1 c> aprs elle on a bris le m\le6444 ,que rpondrez-v\s votre fils qu& v\s saurez qu'elle m'a dit3 ,je te veux6 --,ri*esse et pauvret1 ins5s1 te rpondront4 ,le pre1 suppli d'all] dem&] ,mireille sa famille1 combat cette p5se comme un ridicule orgueil4 ,les c9q doigts de la ma91 dit-il1 mon enfant1 ne sont pas t\s gaux4 ,le matre t'a fait lz>d gris2 ti5s-toi ta place dans ta crevasse nue1 bois ton rayon de soleil et r5ds grce6 ,,xxiv ,ri5 n'y fait4 ,v9c5t insi/e tellem5t que le pre "p p\r all] sond] le coeur du pre de ,mireille4 ,il arrive un beau soir de moisson au doma9e des ,micoc\les4 ,il y a ici un demi-*ant descriptif de la moisson1 cette bndiction de l'homme des *amps1 cette fructification de la t]re p> la *>rue1 qu'il faudrait copi] en lettres d'or comme un cat*isme des *aumires4 ,n\s r5onons l'abrg]2 *aque trait contribue au tableau2 c'e/ un tissu d'images dont on ne peut arra*] un br9 sans dgrad] l'oeuvre4 ,et les six mules1 belles et luisantes1 suivai5t1 sans dt\rn] ni s'arrt]1 le sillon2 elles semblai5t1 en tirant1 compr5dre elles-mmes p\rquoi il faut lab\r] la t]re sans m>*] trop l5tem5t et sans c\rir1 v]s le sol baissant le museau1 pati5tes1 att5tives l'ouvrage1 et le c\ t5du comme un arc6 ,ce demi-*ant e/ rempli de /ances semblables sur t\s les phnomnes de la culture1 de la lune1 des saisons2 ce sont les ,gorgiques de la ,france mridionale1 mais les ,gorgiques animes p> la joie de l'am\r et de la rcolte1 les ,gorgiques passionnes au lieu des ,gorgiques purem5t descriptives du ,virgile de ,mant\e4 ,delille1 ,sa9t-,lamb]t1 ,r\*]6 qu'tes-v\s devant les /ances de ce septime *ant de ,mireille8 ,raymond refuse sa fille au vanni]1 table1 dans une scne de c>actre digne de la plus haute comdie2 scne o le pa?tique se mle au comique1 dans un entreti5 qu'av\]ait ,molire4 ,l'insol5ce de l'ari/ocratie desc5d du palais la *aumire1 comme une passion inhr5te au coeur huma91 dont la =me *ange1 mais dont le fond e/ immuable4 ,nul homme ne veut desc5dre1 et t\t homme veut mont]3 c'e/ la nature2 les in/itutions n'y font ri52 l',amrica91 qui ne reconnat pas la noblesse du sang1 adore la vile noblesse de l'or et s'insurge contre l'galit de la c\leur2 sa philosophie ne s't5d pas du blanc au noir4 ,le ri*e lab\reur1 dans ,mireille1 ne desc5d pas jusqu'au pauvre raccommodeur de corbeilles2 le pre de ,v9c5t e/ rudem5t congdi4 ,mireille1 qui ent5d t\t1 dit son pre3 ,v\s me tu]ez donc1 c> c'e/ moi qui l'aime6--,eh bi56 vas-y1 rpond l'impitoyable pre sa fille2 vas-y1 avec ton m5diant1 c\rir les *amps4 ,tu t'app>ti5s1 p>s6 ,bohmi5ne errante2 sur trois caill\x1 avec la ,*i5ne 7nom d'une bohmi5ne de la contre71 va cuire ta gamelle s\s la vote d'un pont6 ,s\vi5s-toi de ma p>ole3 tu ne le v]ras plus1 ton vila9 am\reux4 ,le vanni] se rev5ge ces insultes en t]mes d'une dignit mode/e1 mais virile2 il rappelle ses campagnes en m] et sa probit intacte4 ,le lab\reur lui rpond qu'il a s]vi aussi sa patrie dans les camps1 et qu'il a conquis aprs sa ri*esse =ce de travail au soleil et la pluie2 c> la t]re e/ telle1 dit-il1 qu'un arbre d'avel9es 7le noiseti]73 qui ne la frappe pas gr&s c\ps elle ne donne ri56 ,dans ma ri*esse on compt]ait les g\ttes de sueur qui ont c\l de mes membres6 ,g>de ton *i51 je g>de mon cygne6 ces mots le vanni] reprit son sac et son bton d]rire la porte4 ,irus1 dans ,homre1 n'e/ pas un m5diant plus noble ni plus t\*ant qu',ambroise4 ,le coeur de ,mireille rugit dans son se94 ,,xxv ,qui ti5dra la =te lionne qu&1 de ret\r son antre1 elle n'y retr\ve plus son lionceau8 ,s\da91 hurlante1 lgre et efflanque1 elle c\rt sur les montagnes d',afrique2 elle c\rt p5dant qu'un *asseur maure lui emporte son petit trav]s les br\ssailles p9euses4 ,qui v\s ti5dra1 filles am\reuses8 ,dans sa *ambrette sombre1 o la lune qui brille allonge sur le plan*] son rayon1 ,mireille e/ dans son lit1 c\*e1 qui pleure t\te la nuite avec son front dans ses ma9s jo9tes4 ,notre ,dame d'am\r1 dites-moi ce que je dois faire6 sort cruel1 qui m'accables d'ennuis6 pre dur1 qui me f\les aux pi$s1 si tu voyais de mon coeur le d*irem5t et le tr\ble1 tu aurais piti de ton enfant6 ,moi1 que tu nommes ta mignonne1 tu me c\rbes auj\rd'hui s\s le j\g comme si j'tais un p\la9 qu'on peut dress] au lab\r6 ,ah6 que la m] ne dborde-t-elle1 et dans la ,crau que ne l*e-t-elle ses vagues6 ,joyeuse je v]rais s'engl\tir ce bi5 au soleil1 seule cause de mes l>mes6 ,ou p\rquoi1 d'une pauvre femme1 p\rquoi ne suis-je pas ne moi-mme1 dans quelque tr\ de s]p5t6444 ,alors1 alors1 peut-tre444 ,si un pauvre g>on me plaisait1 si ,v9c5t dem&ait 7ma ma971 vite1 vite on me m>i]ait6444 mon beau ,v9c5t6 p\rvu qu'avec toi je pusse vivre et t'embrass] comme fait le li]re1 dans les ornires j'irais boire4 ,le mang] de ma faim s]ait tes d\x bais]s6 ,et p5dant qu'a9si dans sa c\*ette la belle enfant se dsole1 le se9 brlant de fivre et frmissant d'am\r1 des premi]s temps de ses am\rs p5dant qu'elle repasse les *>mantes heures et les mom5ts si clairs1 lui revi5t t\t c\p un conseil de ,v9c5t4 ,oui1 s'crie-t-elle1 un j\r que tu v9s au mas1 c'e/ bi5 toi qui me dis3 ,si jamais un *i5 enrag1 un lz>d1 un l\p ou un s]p5t norme1 ou t\te autre bte errante1 v\s fait s5tir sa d5t aigu1 si le malheur v\s abat1 c\rez1 c\rez aux ,sa9tes2 v\s aurez tt du s\lagem5t4 ,auj\rd'hui le malheur m'abat2 p>tons6 ,n\s en revi5drons cont5te4 ,cela dit1 elle saute1 lgre1 de son petit drap blanc2 elle ouvre1 avec la clef luisante1 la g>de-robe qui rec\vre son tr\sseau1 meuble sup]be de noy]1 t\t fleuri s\s le ciselet4 ,ses petits trsors de jeune fille tai5t l3 sa c\ronne1 de la premire fois qu'elle fit son bon j\r 7sa communion72 un br9 de lav&e fltrie1 un petit ci]ge u1 presque en enti]1 et bnit p\r dissip] les f\dres dans le sombre loignem5t4 ,elle1 avec un lacet blanc1 d'abord se n\e aut\r des han*es un r\ge cotillon1 qu'elle-mme a piqu d'une f9e brod]ie c>rele1 petit *ef-d'oeuvre de c\ture2 sur celui-l1 d'un autre bi5 plus beau le/em5t elle s'attife encore4 ,puis dans une casaque noire elle presse lgrem5t sa petite taille1 qu'une p+le d'or suffit ress]r]2 p> tresses longues et brunes ses *eveux p5d5t et revt5t comme d'un manteau ses deux paules blan*es2 mais elle en saisit les b\cles p>ses1 ,vite les rassemble et les retr\sse ple9e ma91 les enveloppe d'une d5telle f9e et transp>5te2 et1 une fois les belles t\ffes a9si tre9tes1 trois fois gracieusem5t elle les ce9t d'un ruban te9te bleue1 diadme arlsi5 de son front jeune et frais4 ,elle atta*a son tabli]2 sur le se91 de son fi*u de m\ssel9e elle se croise petits plis le virg9al tissu4 ,mais son *apeau de ,prov5ale1 son petit *apeau gr&es ailes p\r df5dre des mortelles *aleurs1 elle oublia1 p> malheur1 de s'en c\vrir la tte444 ,cela f9i1 l'ard5te fille pr5d la ma9 sa *aussure2 p> l'escali] de bois1 sans faire de bruit1 desc5d en ca*ette1 enlve la b>re pesante de la porte1 se recomm&e aux bonnes ,sa9tes1 et "p1 comme le v5t1 dans la nuit qui transit le coeur4 ,c'tait l'heure o les con/ellations aux nautonni]s font beau signe4 ,de l',aigle de sa9t ,jean1 qui vi5t de se ju*] aux pi$s de son vangli/e1 sur les trois a/res o il rside1 on voyait clignot] le reg>d4 ,le temps tait s]e9 et calme et respl5dissant d'toiles4 ,et dans les pla9es toiles1 prcipitant ses r\es ailes1 le gr& ,*> des mes1 dans les pr(ondeurs cle/es du ,p>adis pr5ait la monte brillante1 avec sa *>ge bi5heureuse2 et les montagnes sombres reg>dai5t pass] le ,*> volant4 ,mireille allait devant elle1 comme jadis ,maguelonne1 celle qui *]*a si longtemps1 plore1 dans les bois1 son ami ,pi]re de ,prov5ce1 qui1 emport p> la fureur des flots1 l'avait laisse ab&onne4 ,cep5dant1 aux limites du t]roir cultiv1 et dans le p>c o se rassembl5t les brebis1 les ptres de son pre allai5t traire dj1 et les uns1 avec la ma91 t5ant les brebis p> le museau1 immobiles devant les abris-v5t1 faisai5t tt] les agneaux bruns4 ,et sans cesse on ent5dait quelque brebis blant444 ,d'autres *assai5t les mres qui n'ont plus d'agneau v]s le trayeur4 ,dans l'obscurit1 assis sur une pi]re1 et muet comme la nuit1 des mamelles gonfles celui-ci exprimait le bon lait *aud2 le lait1 jaillissant longs traits1 s'levait dans les bords cumeux de la seille1 vue d'oeil4 ,les *i5s tai5t c\*s1 tranquilles2 les beaux et gr&s *i5s1 blancs comme des lis1 gisai5t le long de l'enclos1 le museau allong dans les ?yms4 ,sil5ce t\t l'ent\r1 et sommeil1 et repos dans la l&e embaume2 le temps tait s]e9 et calme et respl5dissant d'toiles4 ,et1 comme un clair1 ras des claies ,mireille passe2 ptres et brebis1 comme lorsque leur c\rbe la tte un s\da9 t\rbillon1 s'agglomr5t4 ,mais la jeune fille3 ,avec moi aux ,sa9tes-,m>ies nul ne veut v5ir d'entre les b]g]s8 ,et devant eux elle fila comme un esprit4 ,les *i5s du mas la reconnur5t1 et du repos ne b\gr5t4 ,mais elle1 des *nes na9s frlant les ttes1 e/ dj lo91 et sur les t\ffes des panicauts1 des camphres1 ce p]dreau de fille vole1 vole6 ,ses pi$s ne t\*5t pas le sol6 ,,xxvi ,t\t le comm5cem5t de ce *ant e/ de l',ario/e dans ses plus beaux mom5ts1 t\t le re/e e/ du ,tasse2 la fuite d',h]m9ie dans la nuit n'e/ pas si furtive et si acc5tue de beaux dtails4 jeune homme de ,maillane1 tu s]as l',ario/e et le ,tasse qu& tu v\dras1 comme tu z t homrique et virgili5 qu& tu l'z v\lu1 sans y p5s]6 ,,xxvii ,mais n'allons pas plus avant2 n\s enlv]ions aux lecteurs futurs de ce pote des *aumires l'intrt qui s'atta*e t\t dnom5t4 ,laissons-leur la curiosit1 ce viatique des longues r\tes dans la lecture comme dans le drame4 ,ce dnom5t e/ tri/e comme deux lis c\*s dans la mme vase aprs un dbordem5t du ,rhne dans les j>d9s de la ,crau4 ,en ceci le pote n\s semble manqu] de cette habilet manuelle de composition qui a manqu ,virgile dans l'nide1 et qui n'a manqu jamais ni au ,tasse ni l',ario/e4 ,mais1 si la composition p\vait tre plus ri*e de comb9aisons dramatiques1 la posie ne p\vait pas tre plus neuve1 plus pa?tique1 plus colore1 plus saisissante de dtails4 ,cela e/ crit dans le coeur avec des l>mes1 comme dans l'oreille avec des sons1 comme dans les yeux avec des images4 *aque /ance le s\ffle s'arrte dans la poitr9e et l'esprit se repose p> un po9t d'admiration6 l'*o de ces /ances e/ un p]ptuel applaudissem5t de l'me et de l'imag9ation qui v\s suit de la premire jusqu' la d]nire /ance1 comme1 en m>*ant dans la grotte sonore de ,vaucluse1 *aque pas e/ r5voy p> un *o1 *aque g\tte d'eau qui tombe e/ une mlodie4 ,ah6 n\s avons lu1 depuis que nos *eveux blan*iss5t sur des pages1 bi5 des potes de t\tes les langues et de t\s les sicles4 ,bi5 des gnies littraires morts ou vivants ont voqu dans leurs oeuvres leur me ou leur imag9ation devant nos yeux p5dant des nuits de p5sive insomnie sur leurs livres2 n\s avons ress5ti1 en les lisant1 des volupts 9n>rables1 bi5 des ftes solitaires de l'imag9ation4 ,p>mi ces gr&s esprits1 morts ou vivants1 il y en a dont le gnie e/ aussi lev que la vote du ciel1 aussi pr(ond que l'abme du coeur huma91 aussi t5du que la p5se huma9e2 mais1 n\s l'av\ons hautem5t1 l'exception d',homre1 n\s n'en avons lu aucun qui ait eu p\r n\s un *>me plus inatt5du1 plus naf1 plus man de la pure nature1 que le pote villageois de ,maillane4 ,n\s ne sommes pas fanatique cep5dant de la soi-disant dmocratie dans l'art2 n\s ne croyons la nature que qu& elle e/ cultive p> l'ducation2 n\s n'avons jamais gt avec un faux en?\siasme ces mdiocrits rimes sur lesquelles des artisans dpayss dans les lettres t5t5t trop s\v5t1 sans gnie ou sans outils1 de faire extasi] leur sicle2 except ,jasm91 un gr& pique1 mais qui a trop bu l'eau de la ,g>onne au lieu de l'eau du ,mls2 except ,reb\l1 de ,nmes1 qui e/ n classique et qui semble avoir t baptis dans l'eau du ,j\rda91 le fleuve des prophtes1 au lieu du ,rhne1 le fleuve des tr\vres1 n\s n'avons vu1 en gnral1 que des avortem5ts dans cette posie des ateli]s4 ,que *ant5t-ils1 ceux qui ne voi5t la nature que dans la gu+uette8 ,il p\rrait en sortir des ,brang]2 mais des ,homre et des ,?ocrite1 non6 ,ces gnies ne p\ss5t qu'en ple9 air1 ou en ple9 *amp1 ou en ple9e m]4 ,vnus tait fille de l'onde4 ,la gr&e posie e/ de mme race que la gr&e beaut3 elle sort de la m]4 ,,xxviii ,or p\rquoi aucune des oeuvres a*eves cep5dant de nos potes europens actuels 7y compris1 bi5 ent5du1 mes faibles essais71 p\rquoi ces oeuvres du travail et de la mditation n'ont-elles pas p\r moi autant de *>me que cette oeuvre spontane d'un jeune lab\reur de ,prov5ce8 ,p\rquoi *ez n\s 7et je compr5ds dans ce mot n\s les plus gr&s potes mtaphysiques franais1 anglais ou allem&s du sicle1 ,byron1 ,goe!1 ,klop/ock1 ,s*ill]1 et leurs mules71 p\rquoi1 dans les oeuvres de ces gr&s criva9s consomms1 la sve e/-elle mo9s limpide1 le /yle mo9s naf1 les images mo9s primitives1 les c\leurs mo9s pr9tanires1 les cl>ts mo9s s]e9es1 les impressions enf9 qu'on reoit la lecture de leurs oeuvres mdites mo9s inatt5dues1 mo9s fra*es1 mo9s orig9ales1 mo9s p]sonnelles1 que les impressions qui jailliss5t des pages incultes de ces potes des veilles de la ,prov5ce8 ,ah6 c'e/ que n\s sommes l'art et qu'ils sont la nature2 c'e/ que n\s sommes mtaphysici5s et qu'ils sont s5sitifs2 c'e/ que notre posie e/ ret\rne en d$ans et que la leur e/ dploye en dehors2 c'e/ que n\s n\s contemplons n\s-mmes et qu'ils ne contempl5t que ,dieu dans son oeuvre2 c'e/ que n\s p5sons entre des murs et qu'ils p5s5t dans la campagne2 c'e/ que n\s procdons de la lampe et qu'ils procd5t du soleil4 ,oui1 il faut f9ir cet ,entreti5 p> le mot qui l'a comm5c3 ,,il ,y ,a ,,une ,,v]tu ,,dans ,,le ,,soleil6 ,sur *aque page de ce livre de lumire il y a une g\tte de rose de l'aube qui se lve1 il y a une hale9e du mat9 qui s\ffle1 il y a une jeunesse de l'anne qui respire1 il y a un rayon qui jaillit1 qui *auffe1 qui gaye jusque dans la tri/esse de quelques p>ties du rcit4 ,ces potes du soleil ne pleur5t mme pas comme n\s2 leurs l>mes brill5t comme des ondes ple9es de lumire1 ple9es d'esprance1 p>ce qu'elles sont ple9es de religion4 ,voyez ,reb\l1 dans son ,enfant mort au b]ceau6 ,voyez ,jasm9 dans son ,fils de maon tu l'ouvrage ou dans son ,aveugle6 ,voyez ,mi/ral dans sa mort des deux amants6 ,et1 p5dant qu'aux lieux o ,mireille vivait ils se frapp]ont leurs fronts sur la t]re de regrets et de remords1 elle et moi1 envelopps d'un s]e9 azur s\s les eaux tremblotantes2 oui1 moi et toi1 ma t\te belle1 dans une tre9te enivre1 jamais et sans f9 n\s confondrons1 dans un t]nel embrassem5t1 nos deux pauvres mes6 ,et le cantique de la mort rsonnait l-bas dans la vieille glise1 etc41 etc4 ,,xxix ,voil la littrature villageoise tr\ve1 grce et gloire la ,prov5ce6 ,voil des livres tels qu'il en faudrait au peuple de nos campagnes p\r lire la veille aprs les sueurs du j\r1 au bruit du r\et qui dvide la soie du ,midi ou du peigne d5ts de f] qui dmle le *anvre ou la la9e du ,nord6 voil de ces livres qui bniss5t et qui difi5t l'humble foy] o ils entr5t6 voil de ces popes sur lesquelles les grossires imag9ations du peuple inculte se faonn5t1 se modl5t1 se poliss5t1 et font pass] avec des rcits en*anteurs1 de l'aeul l'enfant1 de la mre la fille1 du fianc l'amante1 t\tes les bonts de l'me1 t\tes les beauts de la p5se1 t\tes les sa9tets de t\s les am\rs qui font un sanctuaire du foy] du pauvre6 ,ah6 qu'il y a lo9 d'un peuple n\rri p> de telles popes villageoises ce pauvre peuple suburba9 de nos villes1 assis les c\des sur la table av9e des gu+uettes1 et rptant voix fausse ou un refra9 grivois de ,brang] 7digne d'un meilleur sort71 ou un c\plet quivoque de ,musset 7digne de meilleure oeuvre71 ou un gros rire cynique d',heyne1 ce ,diogne de la lyre1 ricaneur et corrupteur de ce qui mrite le plus de respect ici-bas1 le travail et la misre6 ,quant n\s1 si n\s tions ri*e1 si n\s tions m9i/re de l'in/ruction publique1 ou si n\s tions seulem5t membre influ5t d'une de ces associations qui se donn5t *>itablem5t la mission de rp&re ce qu'on appelle les bons livres dans les mans>des et dans les *aumires1 n\s f]ions imprim] six millions d'exemplaires le petit pome pique dont n\s v5ons de donn] dans cet ,entreti5 une si brve et si imp>faite analyse1 et n\s l'env]rions gratuitem5t1 p> une nue de facteurs ruraux1 t\tes les portes o il y a une mre de famille1 un fils1 un vieill>d1 un enfant capable d'pel] ce cat*isme de s5tim5t1 de posie et de v]tu1 que le paysan de ,maillane vi5t de donn] la ,prov5ce1 la ,france et bi5tt l',europe4 ,les ,hbreux recevai5t la manne d'en haut1 cette manne n\s vi5t d'en bas2 c'e/ le peuple qui doit sauv] le peuple4 ,,xxx ,quant toi1 pote de ,maillane1 inconnu il y a quelques j\rs aux autres et peut-tre inconnu toi-mme1 r5tre humble et oubli dans la maison de ta mre2 attelle tes quatre taureaux blancs ou tes six mules luisantes la *>rue comme tu faisais hi]2 b*e avec ta h\e le pi$ de tes olivi]s2 rapporte p\r tes v]s soie1 leur rveil1 les brasses de feuilles de tes mri]s2 lave tes m\tons au pr9temps dans la ,durance ou dans la ,sorgue2 jette l la plume et ne la repr5ds que l'hiv]1 de r>es int]valles de loisir1 p5dant que la ,mireille que le ,ciel te de/9e sans d\te t5dra la nappe blan*e et c\p]a les tran*es du pa9 blond sur la table o tu z *oqu ton v]re avec ,adolphe ,dumas1 ton vois9 et ton prcurseur4 ,on ne fait pas deux *efs-d'oeuvre dans une vie2 tu en z fait un3 r5ds grce au ,ciel et ne re/e pas p>mi n\s3 tu manqu]ais le *ef-d'oeuvre de la vie1 le bonheur dans la simplicit4 ,,vivre ,,de ,,peu6 ,e/-ce donc peu que le ncessaire1 la paix1 la posie et l'am\r8 ,oui1 ton pome pique e/ un *ef-d'oeuvre2 je dirai plus1 il n'e/ pas de l',occid5t1 il e/ de l',ori5t2 on dirait que1 p5dant la nuit1 une le de l',ar*ipel1 une flottante ,dlos s'e/ dta*e de son gr\pe d'les grecques ou ioni5nes1 et qu'elle e/ v5ue sans bruit s'annex] au cont95t de la ,prov5ce embaume1 apportant avec elle un de ces *antres div9s de la famille des ,mlsignes4 ,sois le bi5v5u p>mi les *antres de nos climats6 ,tu es d'un autre ciel et d'une autre langue1 mais tu z apport avec toi ton climat1 ta langue et ton ciel6 ,n\s ne te dem&ons pas d'o tu vi5s ni qui tu es3 ,tu ,m>cellus eris6 ,un t j'tais ,hyres1 cette langue de t]re de ta ,prov5ce que la m] et le soleil c>ess5t de leurs flots et de leurs rayons1 comme un cap avanc de ,*io ou de ,rhodes2 l les palmi]s et les alos d',idume se tromp5t de ciel et de t]re3 ils se croi5t1 p\r fleurir1 dans leur oasis natale4 ,le soir1 mon ami ,m4 ,messonni]1 pote1 criva9 et philosophe retir s\s sa treille et s\s son figui] dans la petite maison de ,massillon1 un des prophtes de ,l\is ,,xiv1 me fit faire le t\r de la ville4 ,il me conduisit au soleil c\*ant dans un j>d9 bi5 expos au midi et la brise de m]2 les alos et les palmi]s y g]m5t et y fructifi5t en ple9e t]re4 ,je me crus transport dans une oasis de ,libye4 ,on sait que l'alos ne fleurit que t\s les v+t-c9q ans et qu'il meurt aprs avoir rp&u dans un ef=t suprme son me embaume dans les airs2 il y en avait un dans ce petit j>d9 dont on att5dait la floraison d'un mom5t l'autre4 ,or1 p> une heureuse concid5ce1 ce r>e phnomne vgtal semblait n\s avoir att5dus p\r s'accomplir s\s nos yeux4 ,au mom5t o le soleil t\*ait la m]1 la tige de l'arbre1 dont la sve e/ de l'enc5s1 sortit t\t c\p de ses noeuds gonfls de vie comme un glaive qu'une ma9 robu/e tire du f\rreau p\r le faire reluire au soleil1 et la fleur d'un qu>t de sicle clata au sommet de la tige dans un bruyant pan\issem5t semblable l'explosion vgtale d'un obus qui sort du morti]4 ,les oiseaux c\*s sur les arbu/es vois9s s'envolr5t d'p\vante1 et le p>fum1 cette me de la fleur1 embauma longtemps t\t le golfe4 pote de ,maillane1 tu es l'alos de la ,prov5ce6 ,tu z gr&i de trois c\des en un j\r1 tu z fleuri v+t-c9q ans2 ton me potique p>fume ,avignon1 ,arles1 ,m>seille1 ,t\lon1 ,hyres et bi5tt la ,france2 mais1 plus heureux que l'arbre d',hyres1 le p>fum de ton livre ne s'vapor]a pas en mille ans4 ,j'espre que mes lecteurs me p>donn]ont cette digression4 ,n\s allons rev5ir l',allemagne4 ,,lam>t9e4 ,x,l,ie ,,entreti54 ,,litt,,rature ,,dramatique ,,de ,l',,allemagne4 ,,troisi,,me ,,p>tie ,,de ,,goe!4 ,,s*ill]4 ,i ,rev5ons l',allemagne4 ,au comm5cem5t1 ,goe! avait respir1 comme t\te l',allemagne1 avec quelque ivresse les ides dmocratiques de la ,france2 il se flattait que la raison1 triomphant du mme c\p de la mon>*ie absolue1 de l'glise dom9ante et de la fodalit arrire1 allait crer un exemplaire d'in/itutions et de g\v]nem5t qui s]virait de modle au monde mod]ne4 ,le fanatisme d'esprance qui avait saisi ,klop/ock1 le *antre pique de la ,messiade1 et que ce gr& et sa9t pote exhalait dans des odes enflammes et tonnantes comme des bombes d'en?\siasme allem&1 ce fanatisme ne s'tait pas entirem5t communiqu ,goe!1 mais il en ress5tait quelques reflets4 ,les premires scnes populaires et tragiques de la rvolution de ,p>is et de ,v]sailles1 les hir>*ies sociales qui s'cr\lai5t1 les an>*ies qui s'entre-d*irai5t1 et enf9 la gu]re de #agib1 dans laquelle sa *re ,allemagne comm5ait sa c>rire de gloire p> de mornes dr\tes en ,*ampagne et dans les ,ard5nes2 enf91 l'affection passionne que ,goe! portait son pr9ce et son ami1 le duc de ,weim>1 t\t cela avait promptem5t refroidi le gt1 plus littraire que politique1 du gr& pote p\r la ,rvolution4 ,le roi de ,prusse avait entran avec lui le duc de ,weim> et son arme dans la campagne d'invasion en ,france1 de #agib4 ,goe!1 quoique trang] l'art militaire1 avait suivi c\rageusem5t son *] duc jusque sur les *amps de bataille4 ,aussi calme au feu que dans le sil5ce de ses tudes ,weim>1 il avait assi/ de plus prs que les bataillons prussi5s la canonnade de ,valmy4 ,bi5 suprieur ,horace1 qui jetait son b\cli] p\r mieux fuir la mort des hros1 et qui se vantait de sa l*et p\r mieux flatt] ,augu/e1 le pote allem& bravait p5dant deux mois la mort p\r son pr9ce1 et ne s'en vantait pas2 il tait hros comme il tait pote1 sans mrite et sans ef=t4 ,son me1 comme les *oses hautes1 tait au niveau de t\t4 ,le rcit de cette campagne contre ,dum\riez1 et des dsa/res de cette retraite de #agib1 e/ crit dans les ,mmoires de ,goe! avec cette placide imp>tialit qui pr\ve une me suprieure ses propres impressions4 ,il r5tra ,weim> avec son s\v]a91 et reprit1 comme aprs une di/raction lgre1 le c\rs de ses travaux d'esprit et de ses fonctions politiques1 au bruit pe9e ent5du de la mon>*ie qui cr\lait en ,france et des ttes qui tombai5t p> milli]s sur les *afauds de la ,t]reur4 ,son ret\r ,weim> fut une fte p\r ses amis4 ,j'arrivai *ez moi1 dit-il1 m9uit2 la scne de famille qui m'att5dait tait trs-propre rp&re une illum9ation joyeuse au milieu de quelque roman fanta/ique4 ,la maison que mon s\v]a9 m'avait de/9e dans la ville tait presque habitable3 cep5dant il m'avait rs]v le plaisir de la faire a*ev] et di/ribu] ma guise4 ,bi5tt j'eus le plaisir d'y recevoir1 en qualit de comm5sal1 ,h5ri ,may]1 ce digne arti/e dont j'avais fait la connaissance ,rome4 ,son sec\rs me fut d'une gr&e utilit dans les tablissem5ts que mes amis et moi 7le duc et la du*esse ,amlie7 n\s n\s proposions de crer ,weim>1 p\r le progrs de la pe9ture et de la sculpture4 ,mes premi]s reg>ds cep5dant se t\rnr5t v]s le ?tre444 ,ce ?tre1 en effet1 grce au gr& acteur et auteur ,ifl&1 ,kotsbue1 ,cim>osa1 ,moz>t1 tait dev5u1 p\r la tragdie1 la comdie et la musique1 l'cole du coeur1 des yeux et des oreilles de t\te l',allemagne4 ,goe! s'effaait gnreusem5t lui-mme p\r y faire j\]1 *ant] et brill] les *efs-d'oeuvre de t\s ses rivaux4 ,peut-tre1 me dira-t-on1 crit-il quelque "p1 que1 p\r second] plus efficacem5t les progrs du ?tre de ,weim>1 j'aurais d y travaill] moi-mme1 non en qualit de m9i/re1 mais en qualit d'auteur4 ,il me s]ait difficile d'expliqu] les motifs qui m'en ont emp*444 ,mes premi]s essais dramatiques1 aj\te-t-il1 l'expliqu5t peut-tre4 ,ces essais1 embrassant l'hi/oire morale du monde1 se tr\vai5t tre trop l>ges p\r la scne t\j\rs troite d'un ?tre1 et1 de plus1 mes d]nires compositions en ce g5re sondai5t si pr(ondm5t et si h>dim5t les plaies secrtes du coeur et de l'esprit huma9 que presque t\t le monde se s5tait bless p> mon audace4 ,cette poque de sa vie fut celle de sa liaison avec le seul rival qu'on sut lui suscit] en ,allemagne1 le pote dramatique ,s*ill]4 ,ces deux exi/5ces dsormais n'en font qu'une1 tellem5t qu'il e/ impossible d'crire l'hi/oire du gnie de l'un sans t\*] au gnie de l'autre4 ,cette frat]nit complte1 entre deux gloires dont l'une p\vait (fusqu] ou clips] l'autre1 e/1 aprs l'amiti de ,virgile et d',horace1 un des plus beaux exemples de cette supriorit de c>actres prfrable mille fois la supriorit de l'esprit4 ,disons donc un mot de ,s*ill]4 ,ces deux noms insp>ables sont eux seuls t\te une littrature p\r leur pays4 ,,ii ,la vie de ,s*ill]1 homme plus sympa?ique au coeur que ,goe!1 mais gnie1 selon moi1 trs-infrieur1 e/ dev5u1 p\r a9si dire1 lg5daire en ,allemagne4 ,un criva9 franais1 explorateur pittoresque des littratures du ,nord1 ,m4 ,m>mi]1 a rsum cette vie dans une prface de sa traduction de ce gr& homme4 ,mais1 depuis la publication de cette notice1 les correspondances intimes de ,goe! et de ,s*ill]1 publies p> notre ,revue g]manique1 excell5t *o d'un bord du ,rh9 l'autre bord1 a jet une lumire bi5 plus dome/ique jusque dans le coeur de ,s*ill]4 ,on ne sait ri5 d'un homme tant qu'on n'a pas lu sa correspondance4 ,l'homme extrieur se pe9t dans ses oeuvres1 l'homme intrieur se pe9t dans ses lettres4 ,et p\rquoi le portrait e/-il plus fidle a9si8 ,c'e/ que dans ses oeuvres l'criva9 se pe9t tel qu'il dsire p>atre et que dans sa correspondance il se pe9t tel qu'il e/3 les oeuvres1 c'e/ la volont2 les lettres1 c'e/ la nature4 ,on n'e/ jamais plus ressemblant que qu& on se pe9t son insu au lieu de faonn] sa physionomie devant un miroir4 ,n\s avons ces lettres s\s nos yeux4 ,s*ill] tait n1 comme notre *] pote de ,nmes1 ,reb\l1 dans la b\tique d'un b\lang]1 son oncle1 dans une jolie b\rgade des bords arcadi5s du ,neck]1 en ,wurtemb]g4 ,son pre s]vait dans l'arme du duc de ,wurtemb]g en qualit de *irurgi5 subalt]ne1 b>bi] du rgim5t4 ,c'tait un homme t5dre1 pieux et un peu my/ique1 qui s'occupait de l'me de ses malades autant que de leur corps4 ,le premi] de ses remdes tait la prire2 il t\rnait leur p5se v]s le ,mdec9 suprme1 et priait volonti]s avec eux au pi$ de leur lit4 ,ses v]tus le fir5t di/+u] p> le duc de ,wurtemb]g1 un de ces petits pr9ces qui connaissai5t t\s leurs sujets p> leurs noms4 ,le duc crait alors ces *>mants j>d9s pittoresques dont son palais de campagne1 prs de ,/uttg>t1 tait envelopp4 ,il confia ce brave homme1 las de la gu]re1 la surveillance de ces dlicieux j>d9s4 la naissance de son fils1 le pre de ,s*ill] leva l'enfant dans ses bras et l'(frit ,dieu comme le patri>*e4 la mort de son pre1 le jeune pote s'cria devant sa mre plore3 ,que ne puis-je f9ir ma vie dans l'innoc5ce et dans la pit o il a pass la si5ne6 ,la mre du pote1 nave et rveuse comme les filles de l',allemagne1 tait pote elle-mme sans avoir cultiv jamais la posie comme un art4 ,elle adorait son m>i1 et elle clbrait *aque anniv]saire de leur m>iage p> des v]s o l'on s5tait la vibration prolonge de l'am\r de la jeune fille dans le coeur de la femme4 ,le pote de ,/uttg>t1 ,s*wab1 que n\s avons visit n\s-mmes dans sa demeure philosophique1 auprs du toit pat]nel de ,s*ill]1 attribuait comme n\s l'influ5ce t5dre et rveuse de cette mre le g]me de la s5sibilit potique dans le gnie de ,s*ill]4 ,les mres sont la prde/9ation des fils2 elle n\rrissait son enfant des lectures de la ,bible et des *ants de ,klop/ock1 dans son pope du ,*ri/2 l'enfant suait de ses lvres la pit et la foi4 ,plus t>d la philosophie de ,goe! dev9t son symbole2 mais il cons]va jusqu' la mort sa pit1 p>ce que sa foi v5ait des hommes1 mais que sa pit v5ait de sa mre4 ,,iii ,la description vivante que ,s*wab et ,m4 ,m>mi] font des coll9es o ,s*ill] reut sa premire ducation1 dans la demeure d'un pa/eur nomm ,moz]1 explique de mme sa passion p\r la nature4 ,l'me e/ le miroir de la cration2 la nature comm5ce p> s'y reflt]1 puis elle s'y anime1 et le pote e/ cr dans l'enfant4 ,entr dans une espce d'univ]sit militaire ,/uttg>t1 ,s*ill]1 d'un extrieur alors grle1 ple1 maladif1 comm5a sa vie p> la tri/esse1 et conut une rvolte secrte contre la s]vitude discipl9aire laquelle les lves de cette cole tai5t assujettis4 ,*>les6 crivait-il cette poque son premi] ami1 le monde rel o je suis jet e/ t\t autre que le monde que n\s portions dans notre coeur4 ,la contra9te qu'il pr\vait dans cette univ]sit allait jusqu' lui faire un crime de la lecture de ,goe!1 de ,%akspe>e et de ,klop/ock4 ,on le =a tudi] la mdec9e1 p\r l'ex]c] la pratiqu] ensuite1 l'exemple de son pre1 dans quelque rgim5t du pr9ce de ,wurtemb]g2 mais sa nature1 quoique s\ple1 *appait p> l'imag9ation cette tyrannie de l'cole4 ,li d'incl9ation littraire avec quelques-uns de ses compagnons de captivit1 il composait dj1 l'envi de ses mules1 des bau*es de posie et de drame4 ,c'e/ cette poque qu'il crivit son premi] ouvrage p\r la scne1 les ,brig&s4 ,les ,brig&s fur5t p\r ,s*ill] ce que ,w]!r avait t p\r ,goe!1 une dbau*e d'imag9ation prise au srieux p> la navet du peuple allem&4 ,il y avait dans cette oeuvre in=me beauc\p de passion et peu de s5s2 c'tait une page de ,j4-,j4 ,r\sseau ou de ,pr\dhon contre l'ordre social1 un rve de lib]t absolue se faisant elle-mme sa propre lgislation p> l'n]gie du coeur et p> la =ce du bras4 ,la passion p\r la posie1 crivait-il plus t>d en p>lant de cette bau*e1 e/ ard5te et indomptable comme l'am\r2 on comprimait ma p5se3 elle fit explosion p> la cration d'un mon/re 7le *ef de ses brig&s7 qui n'a jamais exi/ dans le monde4 ,ma seule excuse1 c'e/ que j'ai v\lu pe9dre les hommes deux ans avant de les connatre6 ,n'e/-ce pas ce que ,r\sseau et ,pr\dhon1 et t\s les utopi/es inexprim5ts de la plume1 p\vai5t dire de la socit huma9e8 ,ils la faonnai5t dans leur imag9ation avant d'en connatre les lm5ts4 ,malheur l'imag9ation1 qui se sp>e de la nature6 ,elle cre l'impossible1 et1 aprs avoir enfant la *imre1 elle s'abme gr& bruit dans le nant4 ,s*ill]1 homme de bonne foi plus que d'orgueil1 reconnut bi5tt son erreur4 ,mais ce drame1 s\lev1 comme ,w]!r1 p> les applaudissem5ts frntiques de la jeunesse1 clatait dj sur t\s les ?tres4 ,sc&ale p\r les uns1 augure de gnie p\r les autres1 bruit imm5se p\r t\s4 ,,iv ,ce succs ne fut1 en effet1 p\r le jeune ,s*ill] que du bruit2 la =tune et la gloire ne le suivir5t pas4 ,il entra v+t ans comme *irurgi5 militaire dans un rgim5t4 ,il s'prit d'une veuve *>mante et lgre1 laquelle il donna dans ses posies lyriques le nom de ,laure3 ,ptr>que allem& dont l'am\r s'vaporait en mtaphysique4 ,bi5tt disgraci du pr9ce p\r avoir fait div]sion ses fonctions subalt]nes de *irurgi5 p> un drame et p> des odes1 il s'vade de ,/uttg>t et va *]*] plus d'indulg5ce ,manheim4 ,on refuse d'y reprs5t] sa tragdie1 un peu froide1 en effet1 de ,fiesque2 on le p\r*asse au nom de son pr9ce mcont5t4 ,il se rfugie s\s un nom suppos dans un *teau ds]t app>t5ant la mre d'un de ses amis4 ,il y devi5t platoniquem5t am\reux de la soeur de cet ami1 fiance un autre4 ,la jeune fille ne se d\te pas des s5tim5ts du pote1 se m>ie1 et meurt dans la fleur de son pr9temps4 ,des lettres du directeur des ?tres de ,manheim le rappell5t dans cette ville avec un traitem5t de c9quante l\is p> an1 salaire exigu de ses travaux p\r la scne4 ,ses drames de ,fiesque et de l',am\r et l',intrigue n'y eur5t aucun succs4 ,il se noya de tri/esse et se consola p> des am\rs indignes de lui4 ,on lui retira jusqu' son traitem5t de pote du ?tre1 et on lui conseilla amicalem5t de repr5dre son mti] de *irurgi5 militaire4 ,il *]*a =tune dans le j\rnalisme littraire2 ses critiques (f5sr5t des acteurs favoris du public2 il fut m5ac2 il quitta ,manheim et se rfugia ,leipsick4 ,on voit p> une de ses lettres un de ses amis1 qui habitait ,leipsick1 combi5 il lui fallait peu p\r vivre et p\r se croire heureux4 ,une *ambre c\*] qui fait en mme temps mon cab9et de travail1 une armoire1 un lit1 une table et quelques *aises1 p\rvu que cela ne soit ni s\s le toit ni au rez-de-*ausse4 ,je ne v\drais pas non plus avoir s\s les yeux l'aspect du cimetire2 j'aime les hommes1 le m\vem5t et le bruit d'une f\le4 ,v ,mcont5t bi5tt de cette rsid5ce la ville1 il alla habit] un petit village la lisire de la =t du ,ros5?al1 non lo9 de ,leipsick4 ,il y crivit sa tragdie de ,don ,c>los1 oeuvre e/imable1 rfl*ie1 mais tide1 o la politique ti5t la place de l'motion4 ,s*ill] s'abmait en mme temps dans la philosophie nuageuse et apocalyptique de ,kant1 ce ma?matici5 de la philosophie4 ,arra* bi5tt aprs cet asile /udieux p> la v]satilit de son me et de sa =tune1 il alla ,dresde2 il s'y laissa pr5dre un am\r plus vnal que s9cre p\r une jeune ,saxonne d'une gr&e beaut4 ,ses amis l'enlevr5t au pige et le conduisir5t ,weim>4 ,h]d]1 ,wiel& l'accueillir5t en frre plus jeune1 mais du mme sang4 ,il y p\sa1 sans autre dot que sa gloire future1 ,*>lotte de ,l5gefeld1 jeune fille d'un rang di/+u et d'une v]tu accomplie4 ,il connut ,goe! *ez sa belle-mre4 ,ces deux hommes diffrai5t trop l'un de l'autre p\r se conv5ir au premi] c\p d'oeil3 ,s*ill] avait t\tes les illusions de l'imag9ation1 ,goe! n'en avait que les =ces4 ,j'ai vu hi] ,goe!1 crivait ,s*ill] cette date2 la gr&e ide que j'avais de cet homme n'a pas t amo9drie p> son aspect1 mais je d\te qu'il puisse y avoir jamais une liaison bi5 intime entre lui et moi4 ,beauc\p des *oses qui passionn5t mon imag9ation et mon coeur sont dj puises p\r lui2 sa nature n'e/ pas la mi5ne1 son monde n'e/ pas le mi54 ,cette diffr5ce des deux natures se rvlait au premi] c\p d'oeil entre ces deux hommes4 ,s*ill]1 le visage allong et m9ce1 le c\ long1 les membres grles1 la physionomie maladive1 le reg>d timide et indcis1 le co/ume triqu et presque ridicule de l'tudiant en mdec9e1 dpays dans une c\r1 n'avait ri5 de l'homme de gnie que la s\ffrance4 ,goe!1 vritable ,apollon dans sa maturit =te et s]e9e1 rgnait p> droit de nature encore plus que p> droit d'anesse et de rang sur son jeune mule2 mais ,goe! tait sans jal\sie comme la t\te-puissance2 au lieu d'loign] ou d'clips] son rival de clbrit1 il songea gnreusem5t l'lev] jusqu' lui et l'atta*] p> des li5s de reconnaissance la c\r de ,weim>4 ,il dcida le duc donn] ,s*ill] l'emploi honorable et lucratif de pr(esseur d'hi/oire l',univ]sit d',ina1 capitale de l'in/ruction publique dans ses tats4 ,s*ill]1 quoique trang] au pr(essorat et l'hi/oire1 ouvrit son c\rs en #aghi avec un succs qui pr\vait son aptitude univ]selle4 ,goe!1 aussi fi] de ce succs que ,s*ill] lui-mme1 ne manqua pas une occasion de faire valoir son n\vel ami la c\r de ,weim>4 ,frapp des beauts fru/es1 mais dramatiques1 de la pice des ,brig&s1 et des beauts littraires de ,fiesque et de la tragdie de ,don ,c>los1 il songeait dj appel] ,s*ill] d',ina ,weim>1 p\r y faire crire et reprs5t] ses *efs-d'oeuvres sur la scne du palais4 ,le gr& acteur ,ifl&1 le ,g>rick et le ,talma de l',allemagne1 avait t fix p> ,goe! ,weim>4 ,les rles qu',ifl& reprs5tait dev5ai5t classiques en sortant de ses lvres4 ,c'e/ cette poque1 et p5dant les annes qui suivir5t #aghi1 que ,goe! et ,s*ill]1 dsormais amis1 entret9r5t cette correspondance intime qui les dvoile t\s les deux4 ,la ,revue g]manique1 rdige rcemm5t ,p>is1 en a traduit et publi des fragm5ts ple9s d'intrt p\r ceux qui1 comme n\s1 *]*5t l'homme s\s le pote4 ,il y a dans ces fragm5ts une bonhomie de gr&s hommes qui c>actrise l',allemagne1 cette t]re de la navet dans la gr&eur4 c\tez quelques mots de ce dialogue portes closes entre deux amis sur leurs ouvrages1 et mme sur leurs bau*es les plus secrtes4 ,ils se conseill5t au lieu de se critiqu]2 la gloire de l'un et la gloire de l'autre ne sembl5t tre qu'une mme gloire4 ,on ne sait1 en vrit1 quel e/ le matre1 quel e/ le disciple4 ,,vi ,la liaison littraire avait comm5c entre ces deux hommes p> la publication en commun d'un recueil littraire intitul les ,heures4 ,goe!1 provoqu p> ,s*ill]1 avait cons5ti ce rle de collaborateur1 qui semblait incompatible avec son rang1 mais qui p\vait tre utile la =tune de son ami4 ,mon esprit1 crit ,s*ill] ,goe!1 le #bc aot #agid1 e/ absorb dans la contemplation de l'ensemble de votre gnie4 ,votre reg>d obs]vateur1 qui repose si calme et si limpide sur t\tes *oses1 ne v\s g>e jamais dans le vague des pures spculations imag9aires2 v\s suivez droit la m>*e de la nature4 ,si v\s tiez n ,grec ou seulem5t ,itali51 ayant s\s les yeux1 ds le b]ceau1 une nature m]veilleuse et un art idal1 v\s auriez atte9t le b ds le po9t de d"p1 et le gr& /yle se s]ait =m en v\s sur le modle t]nel2 mais v\s tes n ,allem& avec une me grecque1 et il v\s a fallu v\s refaire ,grec =ce de contemplation et d'intuition4 --,je v\s ai att5du longtemps1 rpond ,goe!2 j'ai m>* jusqu'ici seul dans ma voie1 non compris1 non enc\rag6 ,combi5 je me rj\is qu'aprs une r5contre d'intellig5ce entre v\s et moi si t>dive1 si peu prvue1 n\s devions dsormais m>*] deux6 ,t\t ce qui e/ moi et en moi je v\s en f]ai "p avec joie2 c>1 s5tant bi5 que mon entreprise 7d'arriv] la vrit et l'art suprme7 e/ au-dessus de la =ce d'un seul et de notre dure ici-bas1 j'aim]ais dpos] bi5 des *oses dans votre se91 non-seulem5t p\r les cons]v] a9si au monde1 mais p\r les vivifi]4 ,n'e/-ce pas a9si que ,socrate p\vait p>l] au jeune ,platon p\r se cont9u] et se gr&ir aprs lui dans son disciple8 --,n'esprez pas1 rplique ,s*ill]1 de r5contr] en moi une gr&e ri*esse d'ides2 c'e/ l ce que je tr\v]ai en v\s4 ,v\s g\v]nez un monde obissant vos intuitions1 moi je flotte timidem5t entre le mti] et le gnie4 ,mais1 hlas6 la maladie n]ve mes =ces physiques2 j'aurais difficilem5t le temps d'accomplir en moi une gr&e oeuvre intellectuelle4 ,,vii ,je vais avoir qu9ze j\rs de lib]t1 crit ,goe! son n\vel ami1 p5dant un voyage de ma c\r2 v5ez me voir p5dant ce loisir1 n\s caus]ons de nos ,heures2 n\s ne v]rons que quelques r>es amis qui p5s5t comme n\s4 ,v\s vivrez entirem5t votre guise2 de n\veaux po9ts de contact s'tabliront a9si entre n\s4 --,j'irai1 crit l'in/ant ,s*ill]4 ,les amis se r5contr5t1 s'entreti5n5t et se sp>5t4 --,me voil rev5u1 crit ,s*ill]1 mais mon esprit e/ t\j\rs avec v\s ,weim>4 ,goe! lui envoie ,ina les premi]s volumes de son roman philosophique1 ,william ,mei/]1 oeuvre nigmatique que les initis seuls peuv5t bi5 compr5dre1 et que n\s-mme n\s av\ons ne pas compr5dre suffisamm5t p\r en p>l]4 ,s*ill] en e/ ravi2 ,m4 ,guillaume de ,humboldt1 le frre an du savant clbre1 p>tage le plaisir de ,s*ill]4 ,n\s avons connu ,rome1 en #ahaa1 ,guillaume de ,humboldt1 diplomate1 homme d'tat1 philosophe curieux du beau et du bon s\s t\tes les =mes4 ,n\s avons visit sa suite les antiquits roma9es et le cratre du ,vsuve4 ,la srnit de son esprit1 la noble gravit de sa p>ole1 la pr(ondeur de ses connaissances hi/oriques et la *aleur tempre de son en?\siasme n\s ont donn une ide du c>actre de ,goe!1 son ami4 ,jamais son image ne s'e/ efface de notre s\v5ir3 ,pr9cipibus placuisse viris6 ,la correspondance de ,s*ill] et de ,goe! e/ ple9e du nom de ,guillaume de ,humboldt4 ,on voit qu'il tait p\r eux un de ces hommes qui1 semblables aux dieux ca*s1 font peu d'oeuvres1 mais r5d5t beauc\p d'oracles4 ,guillaume de ,humboldt1 dit ,s*ill] ,goe!1 tr\ve1 comme moi1 que l'ge v\s mrit sans v\s affaiblir1 et que votre esprit e/ dans t\te sa mle jeunesse et dans t\te sa plnitude cratrice4--,puisque j'ai1 outre votre suffrage1 celui de ,guillaume de ,humboldt1 je cont9ue avec confiance4 ,combi5 n'e/-il pas plus utile et plus dlicieux de se mir] dans les autres qu'en soi-mme6 ,j'irai bi5tt v\s voir ,ina4 ,,viii ,s*ill] travaillait alors son va/e drame hi/orique de ,wall5/e91 sans cesse int]rompu p> la s\ffrance1 sans cesse repris p> l'ob/9ation de la volont4 ,c'e/1 selon n\s1 son vritable *ef-d'oeuvre2 mais ce *ef-d'oeuvre e/ en hi/oire ce que le ,fau/ de ,goe! e/ en philosophie potique1 trop va/e et trop dbordant p\r la scne2 c'e/ une pope du moy5 ge dialogue avec gnie p> un pote mod]ne4 ,la pati5ce allem&e1 qui ne dispute pas le temps son plaisir1 p\vait seule s'accommod] de ces dveloppem5ts dmesurs du drame rfl*i4 ,s*ill] avait divis sa pice en trois pices1 ce qu'on appelle une trilogie en littrature4 ,l'esprit franais ne s'accommode pas de cette susp5sion d'une action qui s'arrte un soleil et repr5d l'autre4 ,le plaisir1 en ,france1 c\rt plus vite que le temps2 il n'att5d p]sonne1 pas mme le gnie4 ,s*ill] envoyait acte p> acte son drame de ,wall5/e9 ,goe!2 ,goe! l'apprciait et le corrigeait avec le mme am\r qui si cette oeuvre et t la si5ne4 --,qu'il me p>at trange1 crivait ,s*ill] son ami1 m9i/re et favori d'un s\v]a91 de v\s voir lanc au plus haut et au plus pais de ce monde1 t&is que je suis assis entre mes pauvres f5tres de papi] huil1 n'ayant aussi que papi]s devant moi1 et que cep5dant1 malgr cette diffr5ce dans nos de/9es1 n\s puissions n\s compr5dre si p>faitem5t l'un l'autre6 ,s*ill] v5ait d'tre pre2 ,goe!1 le #bh octobre #agie1 le flicitait sur ce bonheur de famille3 ,dieu bnisse le n\vel hte4 ,je s]ai bi5tt prs de v\s2 j'ai beso9 de ces entreti5s que v\s seul v\s p\vez me donn]4 ,goe! lui-mme v5ait d'avoir un fils4 ,un de mes s\cis1 crivait-il1 repose ma9t5ant dans le b]ceau6 ,l'union de la jeune mre de ce fils avec le gr& homme n'tait pas encore consacre p> le m>iage lgal2 elle le fut depuis4 ,les ides de ,goe! sur les femmes tai5t des ides t\t fait ori5tales4 ,il considrait1 en patri>*e de ,canaan ou en brahm9e de l',inde1 la femme comme une crature infrieure en =ce et en dignit l'homme2 elle n'tait ses yeux que la plus *>mante dcoration de la nature1 un appt la p]ptuation de l'espce huma9e1 une s\rce de plaisir sacr1 et surt\t une esclave *>ge de rgn] sur son matre p> ses *>mes suprieurs ses droits1 une s]vante antique de la t5te arabe ou du gynce grec1 dont les fonctions consi/ai5t g\v]n] dans un bel ordre intrieur les autres ag5ts infrieurs de la dome/icit4 ,ces ides tai5t con=mes en lui ce culte p\r le fait grossi] de la nature qui a donn la =ce l'homme1 la faiblesse et l'attrait la femme4 ,le fatalisme s'accommode trs-bi5 de la s]vitude2 l'homme1 aux yeux de ,goe!1 tait roi p> droit de nature2 ce roi p\vait aim] ses sujettes1 mais il n'tait pas t5u de les respect]4 ,la conduite de ,goe! l'g>d des femmes1 surt\t depuis son ge avanc1 avait t le comm5taire de ces doctr9es3 s'il aimait1 il ne s'en*anait pas p> l'am\r4 ,,ix ,cep5dant les annes de ,goe!1 qui s'accumulai5t1 quoique sa9es et v]tes1 comm5ai5t lui faire s5tir la ncessit de remettre le so9 de sa maison et le dpt de son coeur une femme qui ft la fois l'ordre et le *>me de sa maison4 ,comme le patri>*e1 il tait assis au bord du puits p\r exam9] les ,s>a qui v5ai5t puis] l'eau la fonta9e4 ,un has>d lui (frit ce qu'il *]*ait vaguem5t encore4 ,il faut se s\v5ir1 p\r bi5 compr5dre ce m>iage prcd d'un long noviciat dome/ique1 que ,goe!1 aux yeux de la ville de ,weim>1 n'tait pas seulem5t un pote1 un m9i/re1 un favori du s\v]a91 mais une sorte de dieu antique au-dessus des moeurs et des lois1 un tre d'exception qui avait ses moeurs et ses lois "p du re/e de l'humanit4 ,or le copi/e et l'imprimeur du ?tre de ,weim>1 nomm ,vulpius1 avait des rapports de s]vice frqu5ts et habituels avec ,goe!1 la fois m9i/re1 auteur et directeur de la scne4 ,un j\r que ce ,vulpius avait port] ,goe! les preuves corrig] d'une de ses pices1 un surcrot d'affaires l'emp*a inop9m5t de remplir ce devoir lui-mme2 il *>gea une de ses filles de port] sa place le manuscrit et l'preuve d'imprim]ie l'auteur de ,fau/ et de lui rapport] les corrections4 ,la jeune fille1 pe9e entre dans son pr9temps1 avait la c&eur et la fleur de beaut de ,m>gu]ite dans le j>d9 de la vois9e4 ,elle aborde en tremblant et en r\gissant le maje/ueux vieill>d2 ,goe!1 frapp de son innoc5ce et de ses *>mes1 pr\va p\r elle ce que ,fau/ avait pr\v l'aspect de ,m>gu]ite sur les m>*es de l'glise2 il v\lut non sduire1 mais plaire4 ,sa mle beaut1 sa t5dre dfr5ce1 le pre/ige de son nom1 plus gr& que nature dans l'esprit de la jeune fille1 enlevr5t le coeur et le cons5tem5t de la jeune messagre4 ,elle accepta avec ivresse le g\v]nem5t de la maison du gr& homme et le rle d'p\se quivoque auquel il convi5drait au pote d'lev] sa belle g\v]nante4 ,de ce j\r elle rgna1 s]vante et re9e1 dans l'intrieur de la maison de ,goe!4 ,nul ,weim> n'aurait os se sc&alis] d'une h>diesse de la vie prive ou publique du roi de l'intellig5ce en ,allemagne2 il tait1 comme ,l\is ,,xiv1 au-dessus de l'humanit3 il avait le droit div9 du sc&ale4 ,l'union de ,goe! et de la belle jeune fille qu'il avait in/alle re9e subalt]ne de sa maison fut heureuse4 ,ce fils en naquit2 la mort l'enleva dans son b]ceau4 ,on voit que ,goe! le pleura comme un homme vulgaire4 ,il faut1 dit-il son ami ,s*ill]1 laiss] ses droits la nature et pleur] qu& elle v\s envoie des l>mes2 autrem5t elles s'accumul5t et v\s noi5t le coeur1 d'autant plus abondantes que v\s les avez plus aj\rnes2 ensuite il faut repr5dre le travail1 ce consolateur infaillible qui gurit t\t en dplaant t\t4 ,un autre fils surv9t et vcut ge d'homme4 ,mais1 p5dant que n\s t\*ons la vie prive du gr& homme1 disons ce qui l'honore aprs avoir dit ce qui l'inculpe4 ,il p\sa lgalem5t plus t>d la jeune et *>mante compagne qu'il s'tait donne1 et il l'p\sa dans des circon/ances qui donn5t un gr& prix d'honntet et de ds9tressem5t son am\r4 ,c'tait le l5dema9 de la bataille d',ina2 les ,franais1 va9queurs1 s'avanai5t sur ,weim>4 ,le duc1 va9cu avec les ,prussi5s1 ses allis1 avait ab&onn son palais et fuyait v]s ,b]l94 ,on s'att5dait au massacre des habitants et l'inc5die de la ville2 ,goe! envisagea d'un reg>d calme le pril4 ,je ne dois pas1 dit-il1 laiss] aprs moi une femme t5dre et fidle1 mre de mon fils1 sans nom et sans asile4 ,elle aura du mo9s un titre au bnfice et l'honneur de ma mmoire4 ,et il p\sa mademoiselle ,vulpius la veille du j\r qu'il croyait tre le j\r suprme de sa patrie et de sa vie4 ,philosophe dans la rgion de la p5se1 homme de bi5 dans la rgion des ralits1 il consacra son am\r au mom5t peut-tre o il ne l'pr\vait plus4 ,madame ,goe! m\rut avant lui1 et il ne p>ut la regrett] que comme un matre regrette une fidle s]vante1 colonne de sa maison4 ,il ne laissa jamais de prise sur lui aux d\leurs viol5tes ou t]nelles2 il v\lait cons]v] t\t prix le calme olympi5 de son intellig5ce4 ,vivre1 p\r lui1 c'tait oubli]4 ,madame ,goe!1 depuis longtemps s\ffrante1 expira en voiture1 p5dant une des prom5ades que le pote-m9i/re faisait aut\r de ,weim>4 ,ils vont tre bi5 surpris la maison6 dit-il son co*] qui t5dait le corps inanim de sa matresse sur le gazon du bord de la r\te4 ,ce mot du /ocisme ou de l'indiffr5ce re/a le prov]be du sup]be gsme du gr& homme en ,allemagne4 ,mais repr5ons la correspondance des deux amis4 ,x ,on avait pris s\v5t en ,allemagne des posies de ,s*ill] p\r des posies de ,goe! et des odes de ,goe! p\r des odes de ,s*ill]4 ,goe! ne s'(f5sait pas1 comme on va le voir1 de cette promiscuit de gloire entre son ami et lui4 ,que l'on n\s confonde dans nos tal5ts1 crivait-il ,s*ill]1 ce m'e/ *ose agrable2 cela montre que n\s n\s levons t\j\rs davantage ensemble au-dessus de l'affectation de notre sicle1 c'e/--dire au beau simple1 p\r arriv] ce qui e/ univ]sellem5t bon4 ,il faut conv5ir aussi qu' n\s deux n\s t5ons un l>ge espace dans le monde de l'intellig5ce en n\s donnant la ma9 et en faisant la *ane4 ,cep5dant cette poque1 #agie1 ils drogr5t t\s deux la noblesse et la dignit de leur gnie en publiant des livres d'pigrammes anonymes1 mais mordantes1 contre les criva9s et les potes leurs contempora9s et leurs compatriotes4 ,bad9ages grecs peu dignes d'eux2 ,ari/ophane et ,sophocle dans le mme homme4 ,cela n'agr&it pas1 cela jure et cela rapetisse3 jeux d'coli]s qu'on s'afflige d'avoir leur repro*]4 ,les aigles plong5t du haut du firmam5t sur la tte de leurs ennemis et ne les mord5t pas au talon4 ,glissons sur ces misres4 ,,xi ,goe! et ,s*ill] cont9u5t s'entret5ir de la tragdie de ,wall5/e91 laquelle ,s*ill] travaille p5dant trois ans4 ,je v\s salue de mon j>d9 d',ina 7c'e/ le #a;er mai #agig71 crit ,s*ill] son ami et son matre2 je m'y suis in/all ce mat94 ,un d\x paysage m'ent\re2 le soleil se c\*e en s\riant1 et les rossignols *ant5t4 ,t\t m'enveloppe d'accueil et de joie aut\r de moi1 et ma premire soire sur mon propre doma9e e/ du plus heureux prsage4 --,avant-hi]1 rpond ,goe!1 j'ai fait visite ,wiel& 7le ,voltaire rudit et gracieux de l',allemagne72 il habite une jolie et va/e maison dans la plus laide contre du monde4 ,tri/e *ose que le monde1 cont9ue-t-il ailleurs2 on y appr5d bi5 des *oses1 mais qui au fond ne n\s appr5n5t ri52 mais quant ce qui n\s importe davantage1 la seule *ose mme qui n\s importe vritablem5t1 l'inspiration intrieure1 le monde1 au lieu de n\s la donn]1 n\s la pr5d4 --,je lis madame de ,/al1 rpond ,s*ill]2 elle oublie son sexe sans s'lev] au-dessus de lui2 c'e/ une nature raisonneuse1 mais trs-peu potique 7c'e/--dire cratrice74 ,dans les lettres suivantes1 la tragdie de ,s*ill]1 ,wall5/e91 e/ enf9 t]m9e4 ,ils conc]t5t ensemble les moy5s de la faire dignem5t reprs5t] sur la scne de ,weim>4 ,goe! prside en l'abs5ce de son ami aux rptitions4 ,il appelle ,s*ill] ,weim>1 le prs5te au duc1 le loge au *teau1 le traite en frre4 ,ses anxits sur le sort du drame la reprs5tation sont fivreuses d'amiti4 ,la pice russit et devi5t la gloire immortelle de ,s*ill]4 ,goe! la gte comme sa propre gloire4 ,ou ne sait lequel admir] le plus1 ou du matre sans ombrage ou du disciple sans rivalit4 ,une plus t5dre tre9te ress]re le coeur des deux rivaux aprs ce succs monum5tal de ,wall5/e92 les lettres devi5n5t plus presses et plus confid5tielles2 ils p5s5t1 ils s5t5t1 ils viv5t deux4 ,s*ill] s'tablit ,weim> p\r j\ir plus habituellem5t de l'intimit de ,goe!4 ,les lettres s'abrg5t sans se refroidir2 on n'a plus que des billets4 ,madame de ,/al1 fuyant la tyrannie de ,napolon1 qui l'avait relgue hors de ,france1 s'arrte quelques sema9es ,weim>1 et *]*e rp&re aut\r d'elle1 sur ,goe! et ,s*ill]1 l'bl\issem5t de son esprit4 ,les deux amis1 en ,allem&s un peu ombrageux1 p>ce qu'ils sont timides1 vit5t1 autant que possible1 les r5contres prolonges avec la fille de ,m4 ,neck]1 et se confi5t l'un l'autre leurs impressions sur cette ,sapho de tribune4 ,ils la jug5t svrem5t4 ,,xii ,c'e/ p5dant cette longue intimit des deux criva9s1 intimit favorable leur fcondit littraire1 que ,s*ill] crivit ,wall5/e91 ,m>ie ,/u>t1 ,jeanne d',arc1 ,guillaume ,tell1 drames dont fut con/itu son ?tre allem&4 ,c'e/ alors aussi qu'il crivit ces odes et ces ballades g]maniques1 en?\sia/es p> la =me1 populaires p> le fond1 qui rivalisr5t avec les oeuvres lyriques de ,goe!4 ,dans t\s ces g5res il appro*a ,goe!1 il ne l'atteignit et ne le dpassa jamais4 ,p\r un obs]vateur exprim5t du gnie huma91 il fut t\j\rs le disciple1 jamais le matre4 ,il calqua son oeuvre sur l'oeuvre de ,goe!1 sans p\voir calqu] l'incomm5surable gnie de son modle4 ,on s5t dans sa vie l'imitation puissante et habile1 mais enf9 l'imitation p>t\t4 ,goe! crit ,goltz de ,b]li*5g51 ,s*ill] crit ,wall5/e92 ,goe! *ante les ballades nationales de la ,g]manie1 ,s*ill] s\pire les ballades du moy5 ge et les lg5des de la tradition des *aumires2 ,goe! exhale avec dda9 sa mauvaise humeur de gant dans des pigrammes contre la mdiocrit de ses rivaux1 ,s*ill] rime des s>casmes contre les eng\em5ts ign>es de son pays4 ,enf9 ,goe! abjure1 dans son omnipot5ce1 t\tes les crdulits du vulgaire1 et *]*e sa div9it univ]selle dans la div9it individuelle de t\t ce qui vit dans la nature2 son dieu1 c'e/ la vie2 la vie1 c'e/ son dieu4 ,s*ill]1 d'abord *rti5 et pieux1 suit son matre1 et *ante comme lui ses hymnes au ,dieu inconnu4 ,mais ,goe! accomplit t\tes ces phases de sa posie et de sa philosophie indi5ne avec la maje/ d'un dieu de l',inde1 ,s*ill] avec la faiblesse et l'emb>ras d'un homme qui m>*e sur les pas d'un dieu4 ,aussi les traces de ,goe! dans l'hi/oire littraire de l',allemagne et du monde ne s]ont jamais effaces2 les traces de ,s*ill]1 quoique *res aux mes t5dres1 s'effac]ont l'app>ition du premi] gr& pote qui natra en ,allemagne4 ,l'un fut le gnie1 l'autre ne fut que le tal5t2 je n'ai jamais pu les comp>]4 ,cep5dant ,s*ill] gala et dpassa un j\r son matre dans un pome lyrique presque sans gal dans la posie de t\tes les langues mod]nes1 intitul la ,clo*e4 ,ce di?yrambe1 rfl*i et vocifr t\t la fois sur l'in/rum5t ari5 qui sonne la fois les prires1 les d\leurs1 les glas funbres1 les naissances1 les effrois de l'homme1 e/ digne de re/] dans la mmoire de la po/rit4 ,s*ill] ne le composa pas comme l'ode se compose1 c'e/--dire p> une rapide et involontaire explosion de l'me1 qui n'clate qu'un in/ant et qui se rp]cute jamais de l'me du pote dans l'oreille des sicles4 ,on voit1 p> sa correspondance avec ,goe!1 qu'il le conut un j\r d'inspiration1 mais qu'il l'excuta en trois ans d'tude et de ret\*es4 ,le lecteur va jug]1 sur une traduction t\j\rs attnuante de l'oeuvre orig9ale1 combi5 ,s*ill] dpassa ,p9d>e et ,horace dans ce di?yrambe didactique du pote qui se s\v5ait d'avoir t *rti54 ,n\s empruntons cette traduction ,m4 ,m>mi]1 l'importateur des posies du ,nord dans notre langue1 pote lui-mme p> l'imag9ation et le s5tim5t4 c\tez6 ,,xiii ,,la ,,clo*e4 ,le m\le d'argile e/ encore plong et scell dans la t]re2 auj\rd'hui la clo*e doit tre faite4 l'oeuvre1 compagnons6 c\rage6 ,la sueur doit ruissel] du front brlant2 l'oeuvre doit honor] le matre1 mais il faut que la bndiction vi5ne d'en haut4 ,il convi5t de ml] des p>oles srieuses l'oeuvre srieuse que n\s prp>ons3 le travail que de sages p>oles accompagn5t s'excute gaiem5t4 ,considrons gravem5t ce que produira notre faible p\voir2 c> il faut mpris] l'homme sans intellig5ce qui ne rfl*it pas aux entreprises qu'il veut accomplir4 ,c'e/ p\r mdit] dans son coeur sur le travail que sa ma9 excute que la p5se a t donne l'homme3 c'e/ l ce qui l'honore4 ,pr5ez du bois de sap91 *oisissez des bran*es s*es1 af9 que la flamme1 plus vive1 se prcipite dans le conduit4 ,qu& le cuivre b\illonn]a1 mlez-y promptem5t l'ta9 p\r opr] un sr et habile alliage4 ,la clo*e que n\s =mons l'aide du feu dans le se9 de la t]re atte/]a notre travail au sommet de la t\r leve4 ,elle sonn]a p5dant de longues annes2 bi5 des hommes l'ent5dront ret5tir leurs oreilles1 pleur] avec les affligs et s'unir aux prires des fidles4 ,t\t ce que le sort *angeant jette p>mi les enfants de la t]re mont]a v]s cette c\ronne de mtal et la f]a vibr] au lo94 ,je vois jaillir des bulles blan*es4 ,bi56 la masse e/ en fusion4 ,laissons-la se pntr] du sel de la c5dre qui ht]a sa fluidit4 ,que le mlange soit pur d'cume1 af9 que la voix du mtal poli ret5tisse ple9e et sonore2 c> la clo*e salue avec l'acc5t sol5nel de la joie l'enfant bi5-aim son entre dans la vie1 lorsqu'il arrive plong dans le sommeil4 ,les heures joyeuses et sombres de sa de/9e sont encore ca*es p\r lui dans les voiles du temps2 l'am\r de sa mre veille avec de t5dres so9s sur son mat9 dor2 mais les annes fui5t rapides comme une fl*e4 ,l'enfant se sp>e firem5t de la jeune fille2 il se prcipite avec imptuosit dans le c\rant de la vie2 il p>c\rt le monde avec le bton de voyage et r5tre trang] au foy] pat]nel1 et il voit devant lui la jeune fille *>mante dans l'clat de sa fra*eur1 avec son reg>d pudique4 ,un vague dsir1 un dsir sans nom1 saisit l'me du jeune homme2 il erre dans la solitude1 fuyant les runions tumultueuses de ses frres et pleurant l'c>t4 ,il suit1 en r\gissant1 les traces de celle qui lui e/ app>ue1 heureux de son s\rire1 *]*ant1 p\r la p>]1 les plus belles fleurs du vallon4 ,oh6 t5dre dsir6 heureux espoir6 j\r dor du premi] am\r6 ,les yeux alors voi5t le ciel ouv]t1 le coeur nage dans la flicit4 ,oh6 que ne fleurit-il t\t jamais1 l'heureux temps du jeune am\r6 ,comme les tubes bruniss5t dj6 ,j'y plonge cette baguette3 si n\s la voyons se vitrifi]1 il s]a temps de c\l] le mtal4 ,ma9t5ant1 compagnons1 al]te6 ,exam9ez le mlange1 et voyez si1 p\r =m] un alliage p>fait1 le mtal d\x e/ uni au mtal =t4 ,c> de l'alliance de la d\ceur avec la =ce1 de la svrit avec la t5dresse1 rsulte la bonne h>monie4 ,c'e/ p\rquoi ceux qui s'uniss5t t\t jamais doiv5t s'assur] que le coeur rpond au coeur4 ,c\rte e/ l'illusion1 long e/ le rep5tir4 ,la c\ronne virg9ale se m>ie avec grce aux *eveux de la fiance qu& les clo*es arg5t9es de l'glise invit5t aux ftes nuptiales4 ,hlas6 la plus belle sol5nit de la vie m>que le t]me du pr9temps de la vie4 ,la d\ce illusion s'en va avec le voile et la ce9ture2 la passion disp>at2 puisse l'am\r re/]6 ,la fleur se fane1 puisse le fruit mrir6 ,il faut que l'homme entre dans la vie orageuse2 il faut qu'il agisse1 combatte1 plante1 cre1 et1 p> l'adresse1 p> l'ef=t1 p> le has>d et la h>diesse1 subjugue la =tune4 ,alors les bi5s afflu5t aut\r de lui1 ses magas9s se rempliss5t de dons prcieux2 ses doma9es s'l>giss5t1 sa maison s'agr&it1 et1 dans cette maison1 rgne la femme sage1 la mre des enfants4 ,elle g\v]ne avec prud5ce le c]cle de la famille1 donne des leons aux jeunes filles1 rprim&e les g>ons4 ,ses ma9s actives sont sans cesse l'oeuvre2 elle augm5te p> son esprit d'ordre le bi5-tre du mnage2 elle remplit de trsors les armoires odorantes1 t\rne le fil sur le fuseau1 amasse dans des buffets soigneusem5t nettoys la la9e bl\issante1 le l9 blanc comme la neige2 elle jo9t l'lgant au solide et jamais ne se repose4 ,du haut de sa demeure1 d'o le reg>d s't5d au lo91 le pre contemple d'un oeil joyeux ses proprits florissantes4 ,il voit ses arbres qui gr&iss5t1 ses granges bi5 remplies1 ses gr5i]s qui pli5t s\s le poids de leurs ri*esses1 et ses moissons p>eilles des vagues ondoyantes2 et alors il s'crie avec orgueil3 ,la spl5deur de ma maison1 f]me comme les fondem5ts de la t]re1 brave la puissance du malheur4 ,mais1 hlas6 avec les rigueurs du de/9 il n'e/ po9t de pacte t]nel1 et le malheur arrive d'un pas rapide4 ,allons6 n\s p\vons comm5c] c\l] le mtal trav]s l'ouv]ture2 il app>at bi5 d5tel4 ,mais1 avant de le laiss] sortir1 rptez comme une prire une pieuse s5t5ce4 ,ouvrez les conduits1 et que ,dieu g>de l'difice4 ,voil que les vagues1 r\ges comme du feu1 c\r5t en fumant dans l'ence9te du m\le6 ,heureuse e/ la puissance du feu1 qu& l'homme la dirige1 la dom9e4 ,ce qu'il fait1 ce qu'il cre1 il le doit cette =ce cle/e4 ,mais t]rible e/ cette mme =ce qu& elle *appe ses *anes1 qu& elle suit sa viol5te impulsion1 fille libre de la nature4 ,malheur6 lorsque1 affran*ie de t\t ob/acle1 elle se rp& trav]s les rues populeuses et allume l'effroyable inc5die2 c> les lm5ts sont ho/iles l'oeuvre des hommes4 ,du se9 des nuages desc5d la pluie qui e/ une bndiction1 et du se9 des nuages desc5d la f\dre4 ,ent5dez-v\s1 au sommet de la t\r1 gmir le tocs98 ,le ciel e/ r\ge comme du sang1 et cette lueur de p\rpre n'e/ pas celle du j\r4 ,quel tumulte trav]s les rues6 quelle vapeur dans les airs6 ,la colonne de feu r\le en ptillant de di/ance en di/ance1 et gr&it avec la rapidit du v5t4 ,l'atmosphre e/ brlante comme dans la gueule d'un f\r2 les solives trembl5t1 les p\tres tomb5t1 les f5tres clat5t1 les enfants pleur5t1 les mres c\r5t g>es1 et les animaux mugiss5t s\s les dbris4 ,*acun se hte1 pr5d la fuite1 *]*e un moy5 de salut4 ,la nuit e/ brillante comme le j\r2 le seau circule de ma9 en ma9 sur une longue ligne1 et les pompes lanc5t des g]bes d'eau2 l'aquilon arrive en mugissant et f\ette la flamme ptillante2 le feu clate dans la moisson s*e1 dans les p>ois du gr5i]1 atte9t les combles et s'lance v]s le ciel1 comme s'il v\lait1 t]rible et puissant1 entran] la t]re dans son essor imptueux4 ,priv d'espoir1 l'homme cde la =ce des dieux1 et reg>de1 frapp de /upeur1 son oeuvre s'abm]4 ,consum1 dva/1 le lieu qu'il occupait e/ le doma9e des aquilons1 la t]reur habite dans les ouv]tures ds]tes des f5tres1 et les nuages du ciel plan5t sur les dcombres4 ,l'homme jette encore un reg>d sur le tombeau de sa =tune1 puis il pr5d le bton de voyage4 ,quels que soi5t les dsa/res de l'inc5die1 une d\ce consolation lui e/ re/e2 il compte les ttes qui lui sont *res3 bonheur6 il ne lui en manque pas une4 ,la t]re a reu le mtal1 le m\le e/ heureusem5t rempli2 la clo*e en sortira-t-elle assez p>faite p\r rcomp5s] notre art et notre labeur8 ,si la fonte n'avait pas russi6 si le m\le s'tait bris6 ,hlas6 p5dant que n\s esprons1 peut-tre le mal e/-il dj fait6 ,n\s confions l'oeuvre de nos ma9s aux entrailles du sol4 ,le lab\reur leur confie ses sem5ces1 esprant qu'elles g]m]ont p\r son bi51 selon les desse9s du ,ciel4 ,n\s ensevelissons dans le se9 de la t]re des sem5ces encore plus prcieuses1 esprant qu'elles se lv]ont du c]cueil p\r une meilleure vie4 ,dans la t\r de l'glise ret5tiss5t les sons de la clo*e1 les sons lugubres qui accompagn5t le *ant du tombeau1 qui annonc5t le passage du voyageur que l'on conduit son d]ni] asile4 ,hlas6 c'e/ une p\se *rie1 c'e/ une mre fidle que le dmon des tnbres arra*e aux bras de son p\x1 aux t5dres enfants qu'elle mit au monde avec bonheur1 qu'elle n\rrit sur son se9 avec am\r4 ,hlas6 les d\x li5s sont jamais briss1 c> elle habite dsormais la t]re des ombres1 celle qui fut la mre de famille4 ,c'en e/ fait de sa direction assidue1 de sa vigilante sollicitude1 et dsormais l'trangre rgn]a sans am\r son foy] ds]t4 ,p5dant que la clo*e se refroidit1 reposons-n\s de notre rude travail2 que *acun de n\s s'gaye comme l'oiseau s\s la feuille4 ,qu& la lumire des toiles brille1 le jeune ouvri]1 libre de t\t s\ci1 ent5d sonn] l'heure de la joie2 mais le matre n'a pas de repos4 trav]s la =t sauvage le voyageur presse gaiem5t le pas p\r arriv] sa *re demeure4 ,les brebis blantes1 les boeufs au l>ge front1 les gnisses au poil luisant se dirig5t en mugissant v]s leur table4 ,le *>iot *>g de bl s'avance en vacillant4 ,sur les g]bes brille la guirl&e de div]ses c\leurs1 et les jeunes g5s de la moisson c\r5t la danse4 ,le sil5ce rgne sur la place et dans les rues1 les habitants de la maison se rassembl5t aut\r de la lumire1 et la porte de la ville r\le sur ses gonds4 ,la t]re e/ c\v]te d'un voile sombre2 mais la nuit1 qui ti5t veill le m*ant1 n'effraye pas le paisible b\rgeois2 c> l'oeil de la ju/ice e/ ouv]t4 ,ordre sa9t1 enfant bni du ,ciel1 c'e/ toi qui =mes de d\ces et libres unions2 c'e/ toi qui z jet les fondem5ts des villes2 c'e/ toi qui z fait sortir le sauvage f>\*e de ses =ts2 c'e/ toi qui1 pntrant dans la demeure des hommes1 leur donnes des moeurs paisibles et le bi5 le plus prcieux1 l'am\r de la patrie4 ,mille ma9s actives travaill5t et se s\ti5n5t dans un commun accord1 et t\tes les =ces se dploi5t dans ce m\vem5t empress4 ,le matre et le compagnon p\rsuiv5t leur oeuvre s\s la sa9te protection de la lib]t4 ,*acun se rj\it de la place qu'il occupe et brave le dda94 ,le travail e/ l'honneur du citoy51 la prosprit e/ la rcomp5se du travail4 ,si le roi s'honore de sa dignit1 n\s n\s honorons de notre travail4 ,d\ce paix1 heureuse union6 re/ez1 re/ez dans cette ville6 ,qu'il ne vi5ne jamais le j\r o des hordes cruelles trav]s]ai5t cette valle1 o le ciel1 que colore la riante p\rpre du soir1 reflt]ait les lueurs t]ribles de l'inc5die des villes et des villages6 prs5t1 brisez le m\le2 il a rempli sa de/9ation4 ,que le reg>d et le coeur se rj\iss5t l'aspect de notre oeuvre heureusem5t a*eve6 ,frappez6 frappez avec le m>teau jusqu' ce que l'enveloppe clate2 p\r que n\s voyions notre clo*e1 il faut que le m\le soit bris en morceaux4 ,le matre sait d'une ma9 prud5te et en temps opportun rompre l'enveloppe2 mais malheur6 qu& le bronze embras clate de lui-mme et se rp& en torr5ts de feu4 ,dans son aveugle fureur il s'lance avec le bruit de la f\dre1 d*ire la t]re qui l'ent\re1 et1 p>eil aux gueules de l'enf]1 vomit la flamme dvorante4 ,l o rgn5t les =ces in9tellig5tes et brutales1 l l'oeuvre pure ne peut s'accomplir4 ,qu& les peuples s'affran*iss5t d'eux-mmes1 le bi5-tre ne peut subsi/]4 ,malheur6 lorsqu'au milieu des villes l't9celle a longtemps c\v2 lorsque la f\le1 brisant ses *anes1 *]*e p\r elle-mme un sec\rs t]rible6 ,alors la rvolte1 susp5due aux cordes de la clo*e1 la fait gmir dans l'air et *ange en in/rum5t de viol5ce un in/rum5t de paix4 ,lib]t6 galit6 voil les mots qui ret5tiss5t4 ,le b\rgeois paisible saisit ses armes2 la multitude inonde les rues et les places1 des b&es d'assass9s err5t de ct et d'autre4 ,les femmes devi5n5t des hynes et se font un jeu de la t]reur4 ,de leurs d5ts de pan?res elles d*ir5t le coeur palpitant d'un ennemi4 ,plus ri5 de sacr2 t\s les li5s d'une rs]ve pudique sont rompus4 ,le bon cde la place au m*ant1 et les vices m>*5t en lib]t4 ,le rveil du lion e/ dang]eux1 la d5t du tigre e/ effrayante2 mais ce qu'il y a de plus effrayant c'e/ l'homme dans son dlire4 ,malheur ceux qui prt5t cet aveugle t]nel la tor*e1 la lumire du ciel6 ,elle ne l'claire pas1 mais elle peut1 entre ses ma9s1 inc5di] les villes1 ravag] les campagnes4 ,dieu a bni mon travail4 ,voyez6 du milieu de l'enveloppe s'lve le mtal1 pur comme une toile d'or4 ,de son sommet jusqu' sa base il reluit comme le soleil1 et les armoiries bi5 dess9es atte/5t l'expri5ce du m\leur4 ,v5ez6 v5ez1 mes compagnons6 =mez le c]cle6 baptisons la clo*e1 donnons lui le nom de ,concorde4 ,qu'elle ne rassemble la communaut que p\r des runions de paix et d'affection6 ,qu'elle soit1 p> le matre qui l'a =me1 consacre cette oeuvre pacifique4 leve au-dessus de la vie t]re/re1 elle plan]a s\s la vote du ciel azur4 ,elle se balanc]a prs du tonn]re et prs des a/res4 ,sa voix s]a une voix suprme1 comme cette des plantes1 qui1 dans leur m>*e1 l\5t le ,crateur et rgl5t le c\rs de l'anne4 ,que sa b\*e d'aira9 ne soit occupe qu'aux *oses graves et t]nelles6 ,que le temps la t\*e *aque heure dans son vol rapide6 ,que1 sans coeur et sans compassion1 elle prte sa voix au de/9 et annonce les vicissitudes de la vie6 ,qu'elle n\s rpte que ri5 ne dure en ce monde1 que t\te *ose t]re/re s'van\it comme le son qu'elle fait ent5dre et qui bi5tt expire6 ,ma9t5ant1 arra*ez avec les cbles la clo*e de la fosse2 qu'elle s'lve dans les airs1 dans l'empire du son6 ,tirez6 tirez6 ,elle s'meut1 elle s'branle2 elle annonce la joie cette ville4 ,que ses premi]s acc5ts soi5t des acc5ts de paix4 ,,xiv ,le seul dfaut d'un p>eil pome c'e/ d'tre la fois p5s1 dcrit et *ant4 ,le vritable en?\siasme ne p5se pas1 ne dcrit pas2 il *ante4 ,mais1 ce g5re mixte une fois admis1 le pome de ,s*ill] e/ digne de t9t] t]nellem5t dans l'oreille des hommes4 ,n\s n'avons ri5 de p>eil en ,france4 ,ce fut une de ses d]nires oeuvres2 il n'avait que qu>ante-sept ans1 et il se laissait dj atte9dre p> la mort4 ,c'tait une de ces organisations frles et maladives qui ne rsi/5t pas1 comme celle de ,goe! ou de ,voltaire1 organisations de *ne robu/e1 aux sec\sses de leur me et aux sec\sses de la vie4 ,il crivit sa pr(ession de foi dsormais philosophique en ces t]mes3 ,heureux temps1 j\rs cle/es o1 les yeux f]ms1 je suivais avec ab&on le c\rs de la vie6 ,je me n\rrissais de mes songes1 et j'tais heureux2 j'ai appris p5s]1 et je suis t5t de pleur] d'avoir vu le j\r4 ,on m'a enlev la foi qui me donnait le calme2 on m'a enseign ddaign] ce que j'adorais4 ,qu& je voyais le peuple se r5dre en f\le l'glise1 qu& j'ent5dais les membres d'une nombreuse communion de croyants confondre leurs voix dans une mme prire3 ,oui1 me disais-je1 elle e/ div9e cette loi que les meilleurs des hommes pr(ess5t1 qui dompte l'esprit et console le coeur4 ,la froide raison a te9t cet en?\siasme2 il n'y a ri5 de vritablem5t sacr que la vrit et ce que la raison reconnat comme vrit4 ,ma raison ma9t5ant e/ le seul guide qui me re/e p\r me port] ,dieu1 la v]tu1 l't]nit44444 ,t\tes les p]fections de la nature sont runies en ,dieu4 ,la nature e/ ,dieu divis l'inf9i 7pr(ession de foi de son matre ,goe!74 ,l o je dc\vre un corps1 je press5s une intellig5ce2 l o je rem>que un m\vem5t1 je dev9e une p5se motrice4 ,ce que n\s nommons am\r e/ le dsir d'un bonheur hors de n\s2 l'am\r e/ la b\ssole aimante du monde intellectuel2 c'e/ l'am\r qui n\s attire ,dieu4 ,si *aque homme aimait t\s les hommes1 il possd]ait le monde enti]6 ,c'e/ dans ces p5ses qu'il expira peu de temps aprs1 en s]rant la ma9 de sa femme1 en bnissant son enfant1 et reg>dant1 comme ,j4-,j4 ,r\sseau1 le soleil du soir j\] comme un crpuscule du j\r t]nel sur les rideaux de son lit4 ,,xv ,goe!1 f]me comme un bloc de m>bre jusqu' ses d]ni]s mom5ts1 j\ait encore comme un jeune homme avec les illusions et avec l'am\r4 ,ses liaisons littraires avec ,bett9a d',arnim ressembl5t une de ces aurores borales de l'am\r que les vieill>ds1 dont l'imag9ation survit l'ge1 aim5t voir brill] sur leur horizon qu& le soleil de l'am\r juvnile e/ dj c\* depuis longtemps dans leur ciel4 ,les am\rs de l'homme d'tat clbre allem&1 ,m4 de ,g5tz1 p\r la jeune et clbre ,fanny ,elssl]1 sont comme une rptition1 peu de di/ance1 des am\rs de ,goe! et de ,bett9a3 seulem5t ,m4 de ,g5tz aimait du coeur1 et ,goe! n'aima jamais que de l'imag9ation4 ,il se plaisait j\] le rle d'un ,anacron allem& c\ronn de roses1 et v\lant m\rir la c\pe des illusions encore ple9e la ma94 ,un mot sur cet pisode trs-curieux de la vieillesse du gr& homme4 ,n\s n'avons pas connu n\s-mmes ,bett9a d',arnim1 mais n\s avons connu sa fille1 et1 si l'on doit jug] des *>mes de physionomie1 d'me et d'esprit de la mre1 p> la figure de la fille1 ,bett9a fut bi5 digne d'tre l',hb de ce ,jupit] m\rant4 ,son nom de fille tait ,bett9a ,br5tano2 sa famille tait itali5ne4 ,sa beaut portait l'empre9te du climat1 son esprit avait la flamme de son ciel4 ,goe!1 dans sa premire adolesc5ce1 avait t pris de sa gr&'mre1 ,sophie ,l>o*e1 femme illu/re p> ses tal5ts littraires en ,allemagne4 ,cette jeune fille avait dans son imag9ation prcoce un foy] d'en?\siasme qui dem&ait un alim5t rel ou imag9aire2 elle ent5dait s\v5t accus] la froideur et l'gsme de ,goe! dans sa famille2 elle se figura que ,goe! n'tait re/ ins5sible que faute d'avoir r5contr dans sa longue vie une me la proportion de la si5ne4 ,elle v\lut le v5g] de l'inju/ice des hommes p\r un homme plus gr& que l'humanit4 ,elle ne connaissait de ,goe! que ses oeuvres2 elle s'en fit une image selon son coeur1 et de cette image elle se fit une idole3 l'adoration naquit dans son coeur de l'en?\siasme4 ,ces phnomnes de jeunes filles1 rp&ant1 comme ,madele9e1 leur urne de p>fum sur les *eveux blancs d'un homme illu/re1 sont plus frqu5ts qu'on ne p5se4 ,qui de n\s ignore combi5 de jeunes coeurs se prodiguai5t en p5se et jusqu'en am\r l'auteur de ,r5 et d',atala1 desc5dant dj l'autre ct de la vie8 ,la beaut e/ la t5tation de l'homme1 la gloire e/ la sduction de la femme4 =ce de rv] de ,goe!1 la jeune ,bett9a f9it p> l'aim]4 ,il y a un ge o les songes ne s'van\iss5t pas avec la nuit4 ,,xvi ,une ombre tragique jete t\t c\p sur la jeunesse de ,bett9a accrut son am\r en n\rrissant sa mlancolie4 ,elle avait p\r amie une femme pote1 ,c>ol9e de ,gund]ode1 *ano9esse d'un des *apitres d',allemagne4 ,c>ol9e de ,gund]ode1 ce ,w]!r fm991 s'exalta jusqu' la folie1 et f9it p> se tu] p> dgt d'une vie prosaque en contra/e avec une me de feu4 ,bett9a re/a seule1 et se rfugia d'autant plus dans le se9 de ce fantme ador qui portait p\r elle le nom de ,goe!4 ,elle alla ,weim> p\r l'ador] de plus prs2 elle enivra le pote1 elle ne le fl*it pas4 ,goe! se s\v9t de son ge1 et se cont5ta du feu et de l'enc5s1 sans t\*] au vase fragile d'o cet enivrem5t montait lui4 ,cette rs]ve augm5ta et fit dur] l'am\r dans l'me de la jeune ,itali5ne4 ,goe! plus s5sible lui aurait p>u un homme2 il ne se montra qu'en div9it4 ,cet am\r dura sept ans4 ,une correspondance assidue entre la jeune fille et le maje/ueux pote n\rrit ces deux imag9ations de rves brlants d'un ct1 tides de l'autre4 ,p5dant ces dlicieuses annes1 ,bett9a1 aprs sept ans de culte1 f9it p> se m>i] au comte d',arnim1 g5tilhomme d'une illu/re maison de la ,prusse et pote d'un nom dj di/+u dans son pays4 ,les rapports pi/olaires entre ,bett9a d',arnim et ,goe! se dt5dir5t et s'int]rompir5t mme compltem5t de #ahad #ahcc2 mais1 peu de mois avant la mort de ,goe!1 ,bett9a v9t se rconcili] avec son idole nglige et recevoir ses d]ni]s reg>ds et son d]ni] s\pir4 ,quelque temps avant sa propre mort1 ,bett9a publia elle-mme cette correspondance am\reuse entre la jeune fille et le vieill>d4 ,n\s la possdons t\t entire en deux volumes2 cette correspondance t9celle plus qu'elle ne t\*e2 c'e/ un feu bl\issant1 mais c'e/ un feu d'artifice2 une lettre d',hlose ,abl>d conti5t plus de *aleur de passion que ces deux volumes de lettres entre ,bett9a et l'auteur de ,w]!r4 ,une palpitation du coeur a plus de passion que mille lans d'imag9ation4 ,malheur aux am\rs *imriques6 on les reg>de1 on ne les ress5t pas4 ,une des lettres de ,m4 de ,g5tz ,fanny ,elssl] att5drit plus que t\te la correspondance de ,goe! avec ,bett9a4 ,on s5t que l'homme d'tat1 quoique snile1 s\ffre et adore2 sa snilit mme fait compatir sa passion4 ,quant ,goe!1 il j\e2 il *>me1 il n'meut pas4 ,voici deux ou trois de ces lettres dev5ues un monum5t de l',allemagne littraire1 un bas-relief du tombeau de ,goe!4 ,v\s v\s imag9ez facilem5t1 crit ,bett9a la mre de ,goe!1 dont elle avait fait sa confid5te et son amie ,franc=t p5dant que son fils vivait et trnait ,weim>2 v\s v\s imag9ez facilem5t ce que je p5se l'heure solitaire o le crpuscule cde la nuit1 ma9t5ant je l'ai vu6444 7,c'tait aprs son voyage p\r voir son idole ,weim>47 ,ma9t5ant je l'ai vu1 je connais son s\rire et le son de sa voix calme et p\rtant vibrant d'am\r1 et ses exclamations qui rsonn5t comme un *ant6 ,je sais comme il appr\ve ou comme il blme ce qu'on dit dans le tumulte de la passion4 ,l'anne passe1 qu& je me tr\vai inop9m5t avec lui1 j'tais hors de moi2 je v\lus p>l]1 mais la voix me manqua2 il posa la ma9 sur ma b\*e et il me dit3 ,,p>le ,,des ,,yeux1 ,,je ,,compr5ds ,,t\t6 ,et qu& il s'ap]ut que mes yeux tai5t remplis de l>mes1 il les f]ma et il aj\ta3 ,,du ,,calme6 ,,du ,,calme6 ,c',,e/ ,,ce ,,qui ,,v\s ,,convi5t ,a ,,t\s ,,deux4 ,oui1 *re mre1 ce fut comme si la paix desc5dait sur moi6 ,n'avais-je pas t\t ce que j'avais uniquem5t dsir depuis plusieurs annes8 v\s1 sa mre1 je v\s rem]ci]ai t]nellem5t d'avoir mis au monde celui que j'aime6444 ,il m'e/ impossible ici1 sur les bords du ,rh91 cont9ue-t-elle1 de ne pas v\s crire sur mon amie1 la jeune ,c>ol9e ,gund]ode4 ,hi] j'ai t visit] l'endroit o elle s'e/ tue2 les saules ont tellem5t gr&i qu'ils c\vr5t la place4 ,c'e/ ici1 p5sai-je1 qu'elle erra dsespre et qu'elle enfona le t]rible f] dans sa poitr9e4 ,ce projet l'avait occupe p5dant bi5 des j\rs1 et moi1 qui lui tais si prs du coeur1 moi qui suis ma9t5ant seule ici dans ce lieu fatal1 je p>c\rs ce mme rivage1 ne p5sant qu' mon bonheur6444 ,je lui fais des repro*es d'avoir quitt cette belle t]re4 ,elle s'e/ mal conduite mon g>d2 elle s'e/ enf\ie lo9 de moi1 au mom5t o j'allais la faire p>ticip] mon bonheur4 ,elle tait ple9e de timidit1 cette belle *ano9esse2 elle s'effrayait d'avoir rcit] t\t haut le bndicit2 elle me disait s\v5t qu'elle avait peur p>ce que son t\r appro*ait de le prononc] devant les *ano9esses assembles4 ,notre vie commune tait belle2 c'tait l'poque laquelle je comm5ais avoir la consci5ce de moi-mme4 ,ce fut elle qui v9t me *]*] ,(f5ba*2 elle me prit p> la ma9 et me pria de v5ir la tr\v] la ville4 ,plus t>d n\s n\s voyions t\s les j\rs2 elle m'apprit lire avec rflexion2 elle v\lait aussi m'enseign] l'hi/oire1 mais elle s'ap]ut bi5tt que j'tais beauc\p trop occupe du prs5t p\r que le pass et le p\voir de m'en*an] p5dant longtemps4 ,que j'aimais all] la tr\v]6 ,je f9is p> ne plus p\voir me pass] d'elle p5dant un seul j\r4 ,je c\rais la voir t\s les aprs-midi4 ,qu& j'arrivais la porte du *apitre1 je reg>dais trav]s le tr\ de la s]rure jusqu' ce qu'on m'et ouv]t4 ,son petit app>tem5t tait au rez-de-*ausse1 donnant sur le j>d92 un peupli] blanc tait devant sa f5tre2 je grimpais dessus en lui faisant la lecture2 *aque *apitre je montais sur une bran*e plus leve4 ,elle m'c\tait1 appuye la f5tre1 et me disait de temps en temps3 ,bett9a1 ne tombe pas6 ,ma9t5ant je vois combi5 j'tais heureuse alors1 c> t\t1 la mo9dre des *oses mme1 s'e/ empre9t en moi comme une j\issance4 ,ses traits tai5t d\x et m\s comme ceux d'une blonde2 p\rtant elle avait des *eveux bruns1 mais des yeux bleus abrits p> de longs cils4 ,elle ne riait pas haut2 c'tait plutt un d\x r\c\lem5t s\rd1 dans lequel la joie et la srnit s'exprimai5t p>faitem5t4 ,elle ne m>*ait pas1 elle glissait2 v\s compr5drez ce que j'ent5ds p> ce mot4 ,sa robe semblait l'ent\r] de plis c>essants2 cela v5ait de la d\ceur de ses m\vem5ts4 ,sa taille tait leve et p\r a9si dire trop c\lante p\r l'appel] lance4 ,elle tait timidem5t gracieuse et trop dp\rvue de volont p\r avoir jamais *]* se faire rem>qu] en socit4 ,un j\r qu'elle tait *ez le pr9ce primat avec t\tes les *ano9esses1 portant le co/ume de son ordre1 une robe queue1 un col blanc avec la croix d'ordonnance1 quelqu'un fit la rem>que qu'elle ressemblait une app>ition au milieu des autres dames1 un esprit qui allait s'van\ir dans l'air4 ,elle me lisait ses posies1 et se rj\issait de mon approbation comme si j'avais t un gr& public2 c'e/ qu'aussi je tmoignais un vif dsir de les ent5dre3 non pas que je comprisse ce que j'ent5dais2 c'tait plutt p\r moi un lm5t inconnu1 et ses d\x v]s agissai5t sur moi comme l'h>monie d'une langue trangre qui v\s flatte sans qu'on puisse la traduire4 ,n\s lisions ,w]!r1 et n\s discutions beauc\p sur le suicide4 ,elle disait t\j\rs3 ,beauc\p appr5dre1 beauc\p compr5dre p> l'esprit1 et m\rir jeune6 ,je ne veux pas voir la jeunesse m'ab&onn]4 ,puis enf9 s'adressant1 aprs ce rcit funbre1 ,goe! qui se refusait n\rrir sa passion d'un ret\r complet1 ,bett9a s'crie3 toi qui lis ceci1 tu n'z pas de manteau assez d\x p\r envelopp] mon me blesse6 ,tu ne me rcomp5s]as jamais1 tu ne m'attir]as jamais sur ton coeur6 ,je le sais1 je s]ai seule avec moi-mme comme je me suis tr\ve seule auj\rd'hui sur le rivage o m\rut ,gund]ode2 seule s\s les tri/es saules o la mort frissonne encore1 sur cette place o l'h]be ne crot plus2 c'e/ l qu'elle a meurtri son beau corps6 ,jsus6 ,m>ie666 ,toi1 mon seigneur vivant6 toi1 gnie flamboyant qui es au-dessus de moi1 j'ai pleur1 non pas sur celle que j'ai p]due1 non1 j'ai pleur sur moi avec moi-mme4 ,il faut que je devi5ne froide et dure comme l'aci]2 je dois tre impitoyable p\r ce coeur passionn qui n'a pas1 hlas6 le droit de ri5 dem&]4 ,mais tu es d\x1 ,goe!6 tu me s\ris1 et ta ma9 fra*e me c>esse et tempre l'ardeur de mes j\es2 cela doit me suffire6 ,,xvii ,bett9a revi5t ici la p5se de son amie ,gund]ode4 ,lorsque je rev9s visit] sa tombe1 j'y tr\vai de pauvres g5s qui *]*ai5t leurs va*es2 je les suivis2 ils dev9r5t que je v5ais du tombeau de la dame2 ils me dir5t que ,gund]ode leur avait s\v5t p>l et fait l'aumne1 et que *aque fois qu'ils passai5t prs de l'endroit fatal ils rcitai5t un ,pat]4 ,moi aussi j'ai pri son me et p\r son me2 je me suis fait purifi] p> la lumire de la lune1 et je lui ai dit t\t haut que je la dsirais1 que je regrettais ces heures o n\s *angions ici-bas nos p5ses1 nos s5tim5ts4 ,un j\r elle v9t joyeusem5t ma r5contre1 et elle me dit3 ,hi] j'ai caus avec un mdec91 et il m'a appris qu'il tait trs-facile de se tu]4 ,elle entr'ouvrit sa robe et me montra une place sur son beau se92 ses yeux respl5dissai5t de joie4 ,je la reg>dai fixem5t2 p\r la premire fois je me s5tis mal l'aise2 je lui dem&ai3 ,eh bi56 que f]ai-je qu& tu s]as morte8--,oh6 rpondit-elle1 alors je te s]ai dev5ue indiffr5te2 n\s ne s]ons plus aussi lies2 je me br\ill]ai d'abord avec toi6 ,je me dirigeai v]s la f5tre p\r ca*] mes l>mes et cont5ir les battem5ts de mon coeur irrit2 elle s'tait mise l'autre f5tre et ne disait mot4 ,je la reg>dais de ct2 ses yeux tai5t levs v]s le ciel1 mais le reg>d en tait bris comme si t\t leur feu s'tait conc5tr l'intrieur4 ,aprs l'avoir considre p5dant quelque temps1 je ne pus me cont5ir3 j'clatai en sanglots1 je me jetai son c\1 je la =ai s'asseoir1 je m'assis sur ses g5\x1 je rp&is bi5 des l>mes1 je l'embrassai p\r la premire fois1 j'ouvris sa robe et je baisai la place o elle avait appris atte9dre le coeur4 ,je la suppliai en pleurant amrem5t d'avoir piti de moi2 je me jetai de n\veau son c\1 et je baisai ses ma9s froides et frissonnantes4 ,ses lvres tremblai5t2 elle tait roide et ple comme la mort1 et ne p\vait lev] la voix2 elle me dit t\t bas3 ,bett9a1 ne me brise pas le coeur6 ,af9 de ne pas lui faire de mal1 je *]*ai surmont] ma d\leur4 ,je me mis s\rire1 pleur]1 sanglot] t\t la fois2 mais sa frayeur augm5ta2 elle se c\*a sur le canap4 ,je m'ef=ai alors de lui pr\v] que j'avais pris t\t cela p\r une plaisant]ie4 ,,xviii ,t\te cette longue passion de la *ano9esse ,gund]ode e/ dcrit p> son amie ,bett9a en pages de ,w]!r2 on s5t que le gnie de ,goe! a dte9t sur ces jeunes amies4 ,goe! p>ut s5sible cet am\r moiti naf1 moiti fanta/ique de la belle en?\sia/e4 ,un sonnet de lui fait foi de cette motion cont5ue1 mais =te4 ,la date du v5dr$i-sa9t1 dit-il dans ce sonnet1 tait grave en lettres de feu dans le coeur de ,ptr>que2 dans mon coeur moi c'e/ la date d'avril mil huit c5t sept qu'on tr\v]a en traces pr(ondes de feu1 grave p> le j\r o je t'ai connue6 ,ce j\r-l je comm5ai1 non1 je cont9uai aim] celle qu'enfant je portais dj dans mon coeur1 etc4 ,la passion idale de ,bett9a pr5d *aque j\r des te9tes plus *audes dans sa correspondance4 ,j'ai d p>tir aprs un d]ni] embrassem5t1 moi qui croyais re/] t]nellem5t susp5due ton c\4 ,la maison que tu habites avait disp>u dj dans le lo9ta92 je me rappelais t\t alors3 comm5t1 la nuit1 tu t'tais prom5 avec moi dans le j>d92 comm5t tu s\riais qu& je t'expliquais les =mes fanta/iques des nuages et mes beaux rves2 comm5t tu c\tais avec moi le murmure des feuilles au v5t de la nuit4 ,on croit vritablem5t ent5dre les confid5ces de ,daamanti au dieu son amant1 dans une scne des drames indi5s2 l'imag9ation allem&e e/ te9te des eaux du ,gange4 ,tu m'z aime1 je le sais2 qu& tu me conduisais p> la ma91 je l'ai s5ti ton hale9e1 au son de ta voix2 oui1 j'ai s5ti quelque *ose1 comm5t dirai-je8 qui m'enveloppait1 qui respirait aut\r de moi1 que tu me recevais dans l'intimit de la p5se4 ,qui m'enlv]a ce s\v5ir8 ,j'ai pr\v un gr& calme4 ,qu'e/-ce que cela veut dire3 s'endormir dans le ,seigneur8 ,je sais ma9t5ant ce que c'e/444 ,il a fait cette nuit un t]rible ouragan2 je suis sortie p\r voir le soleil qui rp>ait t\t4 *] ami6 quelle joie de sav\r] la brume du mat91 de respir] le frais du v5t qui s'apaise1 le p>fum des plantes qui pntre la poitr9e et monte la tte1 de s5tir battre ses tempes et r\gir ses j\es1 et de sec\] les g\ttes de rose de ses *eveux6444 ,je me reposai sur le tronc d'un arbre demi r5v]s p5dant la nuit4 ,s\s ses bran*es t\ffues je dc\vris une multitude de nids d'oiseaux2 il y avait une famille de petites msanges tte noire et gorge blan*e2 elles tai5t sept dans le mme nid2 puis des p9sons et des *>donn]ets2 les pres et les mres volai5t sur ma tte1 *]*ant donn] la becque leurs petits4 ,ah6 p\rvu qu'ils p>vi5n5t les lev] dans cette situation critique6 ,si un de ces petits oiseaux1 prcipits du nid p> t]re1 et susp5dus au-dessus d'un ruisseau rapide1 allait y tomb]1 il se noi]ait infailliblem5t l'in/ant mme6 ,p\r comble de malheur1 t\s les nids p5d5t de trav]s4 ,puis1 si tu avais vu la vie1 le m\vem5t de ces milli]s d'abeilles et de m\*es qui b\rdonnai5t aut\r de moi6 ,en vrit1 il n'y a pas de m>* si populeux et si anim2 t\t le monde semblait =t bi5 s'y reconnatre2 *acun allait *]*] s\s les fleurs une petite aub]ge o se retir]1 puis on en ressortait2 on r5contrait le vois92 on passait les uns ct des autres en b\rdonnant1 comme si on et v\lu se dire o se tr\ve la bonne bire4 ,mais voil longtemps que je bav>de sur ce tilleul1 et p\rtant je n'ai pas encore f9i4 ,le tronc ti5t encore la rac9e4 ,je considrai la p>tie de l'arbre qui e/ re/e1 condamne ma9t5ant tran] l'autre moiti de sa vie p> t]re1 et je p5sais qu'elle m\rrait cet automne4 ,*] ,goe!6 je suis enf]me dans mon am\r p\r toi comme dans une cabane solitaire2 ma vie se passe t'att5dre6444 ,goe! rpond p> des sonnets froids et compasss comme des politesses allem&es ces rves de jeune coeur4 ,le rve se p\rsuit aussi color et aussi t5dre p5dant deux volumes4 ,les billets de ,goe! en rponse ce torr5t de passion idale sont de la neige sur des fleurs d'avril4 ,,xix ,c'e/ dans cette nave et amusante correspondance avec ,bett9a et avec d'autres jeunes en?\sia/es de son gnie que ,goe! laissait dcl9] son heureuse vie4 ,la vie se retirait peu peu de lui comme le rayon du soir1 dans la gal]ie du ,vatican1 se retire d'abord des pi$s1 puis du bu/e1 puis de la tte de l',apollon de m>bre1 r\gi p> les roses des plus hautes cl>ts du soleil c\*ant4 ,impassible jusqu'au d]ni] mom5t comme un dieu de m>bre1 il expira en contemplant avec ravissem5t le soleil1 et en dem&ant de la lumire1 plus de lumire encore6 ,weim> ne le pleura pas comme un mortel1 mais lui fit une apo?ose comme un immortel4 ,on lui a beauc\p repro*1 faute de le compr5dre1 de n'avoir pas t assez homme p> la s5sibilit qui fait aim] davantage ,s*ill]4 ,il e/ beau d'tre un homme1 il e/ plus beau peut-tre d'tre plus qu'un homme4 ,la prt5due impassibilit de ,goe! n'e/ que sa supriorit2 c]tes1 on ne peut s\ponn] l'auteur de ,w]!r1 de ,*>lotte1 de ,mignon1 de ,m>gu]ite1 de n'avoir pas eu dans l'me t\tes les puissances1 et mme les plus dlicates1 de s5tir1 d'aim]1 de s\ffrir2 celui qui fait pleur] ne fait que prt] ses propres l>mes ceux qui le lis5t2 il en a donc lui-mme une s\rce *aude1 amre et abondante dans son propre coeur4 ,mais la facult de s5tir1 d'aim]1 de s\ffrir1 qui e/ la plus belle des facults du coeur1 n'e/ pas la plus =te des qualits de l'esprit3 la preuve en e/ que la plus simple des femmes s5t1 aime et pleure2 mais le gnie seul p5se et plane au-dessus de ses propres impressions p\r les contempl] et p\r les jug] avec la sublime impassibilit d'un dieu4 ,cette div9e impassibilit du gr& arti/e1 qui se sp>e p\r a9si dire en deux tres1 l'tre s5tant et l'tre impassible1 e/ suprieure la s5sibilit vulgaire1 c> elle l'lve au-dessus de la rgion des s5sations jusqu' la rgion de la pure intellectualit4 ,c'e/ cette hauteur que l'homme cesse p\r a9si dire d'tre homme p\r dev5ir arti/e4 ,l'homme s\ffre encore en lui1 mais l'arti/e ne s\ffre plus1 semblable au m>tyr qui j\it dans sa foi p5dant qu'il gmit dans son corps4 ,le gr& arti/e se dissque intrpidem5t lui-mme p\r pe9dre1 p\r sculpt] ou *ant] les palpitations les plus d\l\reuses de ses fibres sans les s5tir p5dant qu'il les dnude t\s les yeux4 ,c'e/ ce qui con/itue prcism5t le beau dans l'art1 c'e/ ce qui fait que le pa?tique le plus tragique ne dgnre jamais en torture ou en grimace dans l'oeuvre des vritables arti/es s\v]a9s4 ,c'e/ ce qui fait que1 dans les ouvrages en m>bre ou en v]s qui n\s re/5t de l'antiquit1 la /atue ou le p]sonnage dramatique re/e t\j\rs beau1 mme s\s les tortures de la d\leur physique ou de la d\leur morale4 ,c'e/ ce qui fait que le ,laocoon expire avec beaut s\s les noeuds et s\s les morsures du s]p5t2 que ,niob meurt belle sur les cadavres de ses enfants p]cs p> les traits du dieu de l'arc2 que le ,*ri/ de ,mi*el-,ange rayonne sur la croix d'une div9it morale p5dant que les cl\s transp]c5t ses ma9s et ses pi$s2 son sang ruisselle de ses blessures1 mais son me ne s5t que la sa9te beaut de son sacrifice4 ,cons]v] la beaut dans la d\leur1 ne dgrad] jamais l'homme intellectuel p> le d*irem5t de ses s5sations1 montr] t\j\rs l'intellig5ce impassible survivant au coeur tortur1 voil le comble de l'art antique1 voil la loi du beau2 c'e/ cette loi du beau dans l'art que quelques gr&s arti/es de notre poque ont v\lu ni] et r5v]s] en *]*ant l'expression dans la seule vrit imitative1 en peignant le laid avec autant de re*]*e que le beau1 et en inv5tant ce p>adoxe arti/ique et littraire qu'ils ont appel l'art p\r l'art6 ,notre ?orie1 n\s1 comme la ?orie des anci5s1 c'e/ l'art p\r le beau2 c'tait la ?orie d',homre1 la ?orie de ,platon1 la ?orie de ,virgile1 de ,cicron1 celle de ,milton1 de ,corneille1 de ,rac9e1 de ,voltaire1 du ,tasse1 de ,ptr>que1 de ,byron1 de ,*ateaubri&1 d',hugo1 dans les premires spl5deurs mat9ales de leurs beaux gnies4 ,la ?orie du laid e/ la p>odie de la nature2 la ?orie de l'art p\r l'art ravale l'art en ne lui donnant p\r objet que lui-mme4 ,qu'e/-ce que l'art si v\s le sp>ez du bon et du beau8 ,c'e/ un jeu d'esprit au lieu de la plus sa9te aspiration de l'me1 un matrialisme de mots au lieu du div9 spiritualisme des p5ses4 ,telle tait aussi la p5se de ,goe!3 c'tait l'idoltrie du beau4 lev] l'homme au beau1 c'tait1 selon lui1 lev] l'homme la v]tu4 ,voil p\rquoi il se t5ait soigneusem5t lui-mme trs-haut1 lo9 de t]re1 au-dessus de sa propre s5sibilit1 comme sur un isoloir de t\te *ose huma9e1 dans la rgion suprieure de la sublime indiffr5ce4 ,voil p\rquoi il fut accus d'ins5sibilit et de p]sonnalit dans sa vie4 ,mais voil p\rquoi aussi il se s\t9t t\j\rs1 p5dant sa longue et heureuse vie1 dans cette philosophie de calme et de lucidit qui c>actrise son gnie4 ,,xx ,s'il e/ p]mis de comp>] la littrature et la politique1 ,goe! rappela ce po9t de vue un homme suprieur auquel les morali/es peuv5t refus] leur e/ime1 mais auquel les hi/ori5s obs]vateurs et philosophes ne p\rrai5t conte/] l'admiration3 le pr9ce de ,talleyr&4 ,le pr9ce de ,talleyr& fut en ,france dans ces d]ni]s temps le ,goe! de la politique2 ,goe! fut le pr9ce de ,talleyr& de l',allemagne en littrature2 t\s les deux trs-suprieurs au vulgaire1 trs-ddaigneux des vnem5ts1 peu s\cieux de ces doctr9es soi-disant immuables que les p>tis appell5t des pr9cipes et que l'hi/oire appelle des circon/ances4 ,ils n'avai5t foi l'un qu' la nature1 l'autre qu'aux faits4 ,t\s les deux aussi1 voyant les ides et les hommes du haut de leurs dda9s p\r les eng\em5ts passag]s1 p\r les erreurs et p\r les passions de la f\le1 ils dom9ai5t d'autant plus l'humanit qu'ils la mprisai5t davantage4 ,le mpris e/ une mauvaise puissance1 mais c'e/ une puissance relle sur les hommes2 cela pr\ve qu'on ne p>tage pas leurs petitesses1 leurs en?\siasmes et leurs v]satilits4 ,ce mpris e/ la base de l'indiffr5ce philosophique ou politique2 cette indiffr5ce laisse la s5sibilit son calme1 l'esprit son sang-froid et sa cl>t4 ,ce mpris mme e/ une gr&eur de l'intellig5ce4 ,ces hommes ne sont jamais dv\s1 mais ils sont habiles4 ,si c'e/ dans l'ordre philosophique et littraire1 comme ,goe! ils cons]v5t leur indp5dance de p5se et leur orig9alit de conception trav]s t\tes les vagues passagres de la mdiocrit subalt]ne et t\tes les ab]rations du mauvais gt2 si c'e/ dans l'ordre politique1 comme le pr9ce ,talleyr& ils cons]v5t et gr&iss5t leur haute influ5ce trav]s t\s les vnem5ts secondaires et t\s les cr\lem5ts du sicle2 ils se s]v5t des vagues p\r exhauss]1 p\r g\v]n] leur navire au lieu de s'y noy] avec l'quipage4 ,hommes dont le temps se moque quelquefois faute de les compr5dre1 mais qui se moqu5t du temps2 ils viv5t "p des sottises et des v]tus vulgaires2 solitaires de l'esprit1 l'av5ir les rem>que d'autant plus qu'ils lui app>aiss5t plus isols dans leur maje/ueux gsme4 ,tel fut ,goe!1 homme aussi peu compris en ,allemagne que ,m4 de ,talleyr& e/ encore peu compris en ,france3 gr&s p> leur s\v]a9 mpris p\r les axiomes de la politique populaire ou p\r les mdiocrits de l'esprit huma94 ,cela ne veut pas dire que ces hommes fuss5t p]v]s1 cela veut dire qu'ils tai5t suprieurs4 ,hlas6 qu& on a beauc\p vcu1 beauc\p pratiqu les ides1 les passions1 les rois1 les peuples1 le dda9 sup]be et tranquille n'e/-il pas la d]nire =me de la sagesse huma9e8 ,rem>quez que n\s ne disons pas de la v]tu4 ,,xxi ,la mort de ,s*ill]1 de ,goe!1 du gr& ,frdric1 de ,klop/ock1 de ,h]d]1 de ,wiel&1 de ,kant et de leurs contempora9s les plus rappro*s p> l'ge1 tels que les ,/olb]g1 les ,guillaume de ,humboldt1 les ,s*legel1 les ,jacob1 etc41 etc41 laissa l',allemagne littraire et philosophique vide1 froide et inanime comme une t]re puise qui a p]du sa vigueur et qui a beso9 de r5\vel] sa sve p> le temps avant de produire de n\velles moissons de gr&s hommes4 ,le gnie a ses saisons comme la nature2 aprs la rcolte1 la /rilit4 ,ce phnomne d'une /rilit relative aprs des poques de m]veilleuse fcondit n'e/ pas seulem5t spcial l',allemagne aprs la clture du dix-huitime sicle1 il e/ rem>quable dans t\te l',europe4 ,voyez l',anglet]re2 aprs que ,*a?am1 le second ,pitt1 ,gibbon1 ,fox1 ,cann+1 ,byron1 ,walt] ,scott1 eur5t disp>u1 sa littrature1 l'exception du roman1 de l'hi/oire et de l'loqu5ce1 languit2 sa tribune mme1 cette littrature de la lib]t1 s'affaisse4 ,l',anglet]re a oubli sa gr&e p>ole1 l',italie a p]du sa gr&e posie1 l',espagne sa gr&e gaiet comique2 la ,france elle-mme se s5t1 malgr les jactances de sa jeunesse littraire1 dans une sorte de dcad5ce orgueilleuse qui l'attri/e elle-mme4 ,son pr9temps ne vaut pas les hiv]s que n\s avons trav]ss et qui ont blan*i nos fronts4 ,n\s avons vu les ,/al1 les de ,mai/re1 les ,*ateaubri&1 les ,villema91 les ,c\s91 les ,bonald1 les ,lam5nais1 les ,hugo1 les ,balzac1 et leurs gaux et leurs mules dans t\s les g5res4 ,les gr&s criva9s1 les gr&s orateurs1 les gr&s philosophes1 les gr&s potes1 les gr&s critiques1 o sont-ils8 ,dans la tombe ou dans le sil5ce4 ,les dieux s'en vont1 mais les moqueurs re/5t2 la littrature du s>casme remplace la littrature du gnie4 ,c'e/ un mauvais signe qu& l'esprit huma9 se moque de lui-mme2 la drision e/ le sacrilge de l'en?\siasme4 ,dieu frappe de /rilit ceux qui ri5t de ses dons4 ,c'e/ un ,anglais1 "l ,byron1 qui a comm5c cette dcad5ce morale p> ,don ,juan2 c'e/ un ,allem&1 le pote satirique ,heyne1 mort rcemm5t ,p>is1 qui a aggrav le sacrilge p> une srie de facties en v]s et en prose qui sont les libelles du gnie contre le gnie2 c'e/ le *>mant fantaisi/e de la posie en ,france1 ,a4 de ,musset1 qui a tantt raill1 tantt ador l'en?\siasme et l'am\r1 tantt m5 la bac*anale ces deux *a/es div9its des vrais adorateurs du vrai beau4 ,ces trois hommes ont eu des imitateurs trop t5ts p> les succs faciles du ricanem5t spirituel2 ils rgn5t auj\rd'hui sur la jeunesse au coeur lg]2 ils la mn5t en *antant et en titubant1 comme des mntri]s ivres ds le mat91 aux ftes d'un c>naval t]nel de l'esprit4 ,je ne veux pas les nomm]1 leurs oeuvres les nomm5t2 ils s'annonai5t1 avec la jactance de l'orgueil1 comme les rgnrateurs de la littrature franaise2 le monde intellectuel semblait n'avoir pas exi/ avant eux2 ils ne se reconnaissai5t ni antcd5ts1 ni modles1 ni anctres1 ni gaux dans le monde de l'esprit4 ,cette imp]t95ce env]s le gnie des sicles passs leur a port malheur1 la nature a rpondu leur dfi p> l'impuissance2 qu'ont-ils produit et que produis5t-ils1 depuis dix ans1 que des s>casmes et des bulles de savon8 ,ils sont l'art div9 de la p5se ce que les p>odi/es de nos petits ?tres sont aux *efs-d'oeuvre de la scne1 ce que les grotesques des ballets itali5s sont aux /atues de ,phidias ou aux grces *a/es de la ,vnus antique4 ,n\s t\rnons au grotesque2 c'e/ le symptme le plus c]ta9 de la dcad5ce de l'art4 ,il n'y a plus de jeunesse1 comm5t y aurait-il une maturit fconde8 ,il n'y a plus de pr9temps1 comm5t y aurait-il un t8 ,,xxii ,cette lacune actuelle de gnie en ,allemagne e/-elle df9itive8 ,cette gr&e poque des ,goe!1 des ,klop/ock1 des ,s*ill]1 e/-elle l'apoge de la gr&e littrature allem&e8 ,n\s sommes lo9 de le p5s]1 sans d\te2 n\s ne p5sons pas non plus que la nature produise s\v5t1 et mme produise deux fois un homme suprieur en puissance de tte ,goe!4 ,on ne monte pas plus haut que c]ta9es pages extatiques de ,fau/3 plus haut1 l'air r>fi ne porte plus l'homme2 mais il y a de gr&es raisons de p5s] que1 si la nature n'enfante pas s\v5t une individualit potique de la =ce de ,goe!1 la littrature allem&e dans son ensemble retr\v]a une priode de spl5deur gale la priode qui porte le nom de ,goe!4 ,nos motifs p\r p5s] a9si son ceux-ci3 ,l',allemagne e/ encore en gr&e p>tie une t]re vi]ge1 et1 p> consqu5t1 susceptible d'une culture littraire qui produira des fruits inconnus4 ,le c>actre m9emm5t p5sif de cette race g]manique lui donne le temps de mrir ses ides2 elle e/ l5te comme les sicles et pati5te comme le temps2 jamais cette race p5sive et mme rveuse n'a t assimile aux ides et aux langues de ces races grecques et lat9es comme l',italie1 l',espagne1 le ,portugal et n\s1 qui drivons d',a?nes ou de ,rome2 l',allemagne drive de l',inde et du ,gange2 elle p>le une langue consomme1 savante1 circonlocutoire1 mais d'une con/ruction et d'une ri*esse qui la r5d5t propre exprim] t\tes les images et t\tes les idalits de la posie ou de la mtaphysique4 ,la philosophie du monde futur c\ve l dans son b]ceau2 il en sortira quelque ,platon4 ,quant l'hi/oire1 l'loqu5ce1 au drame1 qui dem&5t un langage clair comme le fait1 vid5t comme le reg>d1 rapide et f\droyant comme le c\p du v]be huma9 sur l'me1 la ,france1 l',anglet]re1 l',italie1 l',espagne1 le ,portugal p>aiss5t plus aptes ces trois fonctions de la p>ole que l',allemagne4 ,mais la posie mditative1 la posie pique1 la posie lyrique1 la ?ologie my/ique ont un in/rum5t mieux faonn leurs usages dans l'allem&4 ,novalis1 ,goe!1 ,klop/ock1 l'ont dj m]veilleusem5t dmontr1 d'autres vi5dront qui le dmontr]ont mieux encore4 ,la primaut littraire fait l5tem5t le t\r du monde comme la primaut politique4 ,le gnie des lettres a ses vicissitudes comme l'pe4 ,cette primaut passe des ,indes en gypte1 de l'gypte en ,grce1 de la ,grce en ,arabie1 de ,bagdad en ,p]se1 de la ,p]se et de l',ori5t des califes dans la gr&e ,grce d',italie2 de la gr&e ,grce d',italie1 illum9e p> ,py?agore1 ,rome2 de ,rome ,flor5ce et ,f]r>e1 de ,flor5ce et de ,f]r>e en ,espagne1 en ,france1 en ,anglet]re1 o elle fleurit auj\rd'hui4 ,il ne manque cet avnem5t de la langue allem&e qu'une *ose1 l'unit nationale de ces qu>ante millions d'hommes qui p>l5t et qui criv5t la langue de ,goe! et de ,kant4 ,l'abs5ce de cette unit politique1 qui r5d l',italie impropre jusqu' prs5t conqurir et g>d] la possession d'elle-mme1 r5d l',allemagne impropre conqurir une primaut littraire4 ,le gnie allem& e/ individuel et non national4 ,il n'y a pas une ,allemagne1 il y en a dix4 ,la gloire littraire1 ce /imulant du gnie1 y e/ dmembre comme le t]ritoire2 *aque capitale y a son foy]1 ses tal5ts1 mais il n'y exi/e pas un foy] commun4 ,on dclame beauc\p en ,france depuis quelques annes contre la c5tralisation4 ,je ne v\drais que deux exemples s\s nos yeux p\r combattre p> les faits ce p>adoxe en vogue de nos j\rs4 ,ces deux exemples sont l',italie en politique1 l',allemagne en littrature4 ,que manque-t-il l',italie p\r dev5ir indp5dante et p\r re/] libre8 ,une seule capitale s\v]a9e au lieu des sept ou huit capitales secondaires qui se disput5t le rang de c5tre itali54 ,que manque-t-il l',allemagne p\r rgn] son t\r p> les lettres sur l'esprit europen8 ,une seule capitale o vi5n5t brill] et rayonn] les gr&s tal5ts p>s dont ses div]ses capitales sont ple9es4 ,malheur aux peuples plusieurs ttes6 ,il y a du feu1 il n'y a po9t de foy]4 ,cep5dant cette dc5tralisation1 fatale jusqu'ici l',italie1 nuisible l',allemagne1 n'emp*e pas le gnie g]manique d'influ] puissamm5t depuis quelques annes sur la littrature n\velle de l',europe dans ce que l'on appelle romantisme1 c'e/--dire dans cette t5dance heureusem5t novatrice du gnie franais1 itali51 britannique1 sortir de la s]vile imitation des anci5s2 mancip] nos langues en tutelle1 et les r5dre enf9 orig9ales et libres comme la p5se spontane du monde mod]ne2 dans le romantisme il y a une prop5sion vid5te g]manis] la littrature mod]ne4 ,plus n\s n\s loignons des ,grecs et des ,lat9s1 plus n\s n\s rappro*ons de l',allemagne1 fille de l',inde2 on dirait que le gnie littraire veut aussi faire le t\r du monde comme le fil lectrique1 et rev5ir cet ,ori5t d'o t\t e/ p>ti4 ,la sci5ce des langues ori5tales1 dans lesquelles les ,allem&s ont t nos prcurseurs et nos matres1 dveloppe de plus en plus *ez n\s cet attrait v]s l',ori5t2 que s]a-ce qu& nos communications qui s'ouvr5t seulem5t avec la ,*9e1 cette cole lettre de quatre c5ts millions d'hommes1 n\s auront initis dans la philosophie et dans la littrature de ce my/rieux sanctuaire du d]ni] ,ori5t8 ,l'hi/oire e/ le gr& rvlateur du monde p5sant2 les rvlations d'ides vont sortir en f\le des langues primitives que n\s allons lire et c\t] dans ces rgions de la premire civilisation huma9e4 ,ce s]a la gloire de l',allemagne de n\s y avoir introduits p> sa langue t\te ple9e des tmoignages tymologiques de sa filiation ori5tale4 ,de cette reconnaissance de l',occid5t avec l',ori5t p> l',allemagne1 un gr& prodige s'opr]a dans l'univ]s intellectuel3 l'id5tit des ides retr\ve p> l'id5tit des langues4 ,les fils dpayss reconnatront leurs anctres2 les philosophies1 dp\illes des vtem5ts div]s qui les dguis5t1 s'embrass]ont au gr& j\r de la sci5ce dans l'unit des langues1 tmoignage de l'unit des ides4 ,les fils de nos fils v]ront ces m]veilles2 il n'y aura plus ni ,ori5t ni ,occid5t intellectuels2 il n'y aura qu'une littrature1 comme il n'y a qu'une humanit4 ,l'homme e/ sorti p> l'ignorance d'un tat plus p>fait qu'on a appel un d51 il y r5tr]a p> la sci5ce4 ,l',allemagne aura t un de ses guides v]s cette glorieuse rapatriation des esprits4 ,,lam>t9e4 ,x,l,i,ie ,,entreti54 ,,vie ,,et ,,oeuvres ,,du ,,comte ,,de ,,mai/re4 ,i ,virgilium vidi tantum2 ce qui veut dire ici3 ,j'ai connu p]sonnellem5t ce gr& criva9 qu'on nomme le comte de ,mai/re2 je l'ai connu homme1 et je l'ai vu pass] prophte4 ,c'e/ un gr& avantage p\r p>l] d'un criva9 que d'avoir vcu dans sa famili>it1 c> il y a t\j\rs beauc\p de l'homme dans l'auteur4 ,vos portraits du comte de ,mai/re sont des portraits d'imag9ation2 le mi5 e/ un portrait d'aprs nature4 ,je v\s disais donc que je l'avais connu homme1 et que je l'avais vu avec le temps pass] prophte4 ,c'e/ un trange phnomne que cette trans=mation1 avec l'aide du temps1 d'un homme de /yle1 d'un homme d'esprit ou d'un homme de gnie1 en prophte1 p> les enfants de ceux qui l'ont connu simple mortel comme v\s et moi4 ,voici comm5t ce phnomne s'opre4 ,un criva9 rem>quable1 orig9al1 tmraire de vrit et de p>adoxe1 surgit dans un co9 du monde4 ,il faut que ce soit lo9 de ,p>is1 cause du pre/ige de la di/ance1 du major e long9quo rev]5tia3 le lo9ta9 donne t\t de la maje/4 ,et puis1 si cet criva9 surgissait ,p>is1 l'envie le dnigr]ait sa naissance et l't\ff]ait longtemps dans son b]ceau2 il aurait subir1 comme n\s t\s1 la comp>aison avec d'autres hommes gaux ou suprieurs lui2 il s]ait mesur la toise de la jal\se mdiocrit2 on ne lui r5drait sa vritable taille qu' sa mort1 qu& il faudrait mesur] son c]cueil sa /ature4 ,il faut donc que cet criva9 prde/9 dev5ir prophte naisse et vive dans l'loignem5t2 il faut de plus qu'il naisse et qu'il vive dans un temps de gr&e diss5sion de l'esprit huma91 poque o *aque p>ti a beso9 de *ampions clatants p\r embrass]1 =tifi]1 div9is] sa cause4 ,ces deux conditions admises1 c'e/--dire la di/ance et l'esprit de p>ti1 qu'arrive-t-il8 ,le gr& homme inconnu crit ou prore dans son co9 du monde2 p5dant qu'il vit on fait peu d'att5tion lui2 on ne le reg>de que comme une curiosit littraire2 ses volumes s'entass5t sans beauc\p de bruit les uns sur les autres2 quelques esprits m95ts et cosmopolites s'ap]oiv5t seuls qu'il y a quelque "p on ne sait quelle voix qui r5d des oracles dans la solitude4 ,ces oracles sont d'autant plus recueillis dans l'lite qu'ils se rp&5t mo9s dans la f\le4 ,l'auteur de ces oracles meurt sans avoir atte9t la gr&e clbrit europenne2 un sil5ce de quelques annes se fait sur sa tombe2 mais t\t c\p un des deux p>tis d'ides en lutte dans le monde intellectuel1 religieux1 politique1 pr\ve le beso9 de confondre1 d'bl\ir1 de f\droy] le p>ti contraire p> l'clat d'un gnie solidaire qui lui prte un /yle1 des armes1 des ides et de l'audace contre ses adv]saires4 ,on exhume les livres du mort rc5t de la p\ssire o ils dormai5t1 on les rimprime1 on les exalte1 on fait un bruit imm5se aut\r de son nom4 ,le p>ti oppos crie au sc&ale1 lit ces livres1 y *]*e et y tr\ve des excs d'esprit et des p>adoxes qui vont jusqu'aux dfis du bon s5s et jusqu' la ju/ification du supplice comme argum5t de controv]se4 ,le p>ti du gr& inconnu s'irrite de cette contradiction2 il s'a*>ne l'admiration1 il adopte jusqu'aux exc5tricits de son auteur favori1 il pr5d la lettre jusqu' ses plaisant]ies et ses s>casmes p\r en faire des articles de foi1 il div9ise sa n\velle cole1 il en fait un sa9t4 ,le p>ti adv]se en fait un f\ ou un sclrat4 ,le nom longtemps inconnu e/ lanc et relanc la tte des combattants2 cribl t\r t\r d'auroles ou d'invectives1 ce nom se rp& dans le combat2 les livres se popul>is5t dans la dispute2 l'un y *]*e des ridicules1 l'autre des oracles2 t\t le monde y dc\vre un prodigieux /yle et une =te v]tu4 ,la gnration suivante croit que cet homme dont on p>le avec tant de ha9e ou tant d'am\r tait quelque gant d'un autre ge dpassant la taille huma9e4 ,un gr& respect la saisit1 un gr& pre/ige la subjugue2 les phrases de l'criva9 font texte1 ses op9ions font loi1 ses rv]ies mmes font miracle p\r ses fidles2 et voil l'homme prophte4 ,,ii ,c'e/ a9si que le comte de ,mai/re n\s app>at auj\rd'hui1 tr5te-sept ans de di/ance du temps o n\s n\s prom5ions ensemble s\s les *taigni]s de la valle de ,*ambry1 lui me rcitant ses v]s sur le ,caucase et sur le ,phse1 deux excell5tes rimes p\r un vieux pote rev5ant de ,russie1 moi lui rcitant les premires /ances des ,mditations1 sans p5s] qu'un j\r il s]ait div9is et moi lapid p\r de la prose ou p\r des v]s4 plaisante vicissitude des *oses huma9es qui s'amuse faire j\] aux hommes les rles les plus inatt5dus de t\s et d'eux-mmes6 ,voil un jeune homme et un vieill>d qui se donn5t la ma9 en j\ant du b\t du pi$ avec les caill\x polis du torr5t dess* de l',aisse dans le bass9 de ,*ambry1 et qui caus5t non*alamm5t aprs dn] de *oses et d'autres1 comme deux voyageurs en att5dant le d"p sur le banc de l'htell]ie2 et tr5te-sept ans de l le vieill>d s]a dev5u prophte1 et le jeune homme1 aprs avoir t arbitre mom5tan presque du monde1 jug]a le vieill>d p\r gagn] sa vie1 en intressant ses lecteurs dans un entreti5 littraire6 tonnez-v\s donc des volte-faces de la de/9e1 et respectez donc quelque *ose aprs cela6 ,eh bi56 ds cette poque je respectais beauc\p l'loqu5t et le maje/ueux vieill>d avec lequel je m'entret5ais au bord du ruisseau ou table1 sans s\ponn] cep5dant que je causais avec un demi-dieu4 ,je v\s f]ai son portrait physique comme s'il tait l s\s ma plume1 mais laissez-moi v\s transcrire avant le cadre de ce portrait1 aussi orig9al et aussi pittoresque que la figure4 ,ce que je v\s pe9s l1 je l'ai vu4 ,,iii ,on a fait un gr& seigneur fodal du comte de ,mai/re4 ,ce n'e/ pas cela2 c'tait un simple g5tilhomme savoy>d de peu de =tune et sans illu/ration jusqu' lui4 ,c'e/ une exi/5ce bi5 nave et bi5 pa/orale que celle du g5tilhomme campagn>d des valles de ,savoie1 et surt\t de la valle vritablem5t arcadi5ne de ,*ambry4 ,qui peut1 aprs ,jean-,jacques ,r\sseau et ,*ateaubri&1 essay] de dcrire cette oasis de lumire1 d'ombre1 de prairies en p5te1 de *taigni]s en gr\pes1 de *aumires p>ses1 de lacs encaisss et dormants dans le demi-j\r1 s\s l'abri maje/ueux des montagnes d5teles de sap9s et de neige8 ,mais on peut dcrire la vie du g5tilhomme savoy>d de ces valles qu& on a eu1 comme moi1 le has>d et le bonheur de vivre avec eux et de leur vie dans sa jeunesse4 ,sur le p5*ant le plus incl9 v]s le torr5t ou v]s le lac qui =me le lit de ces valles2 sur quelque coll9e arrondie et grasse de gazon2 au sommet d'un petit promontoire avanc v]s les eaux et qui y laisse p5dre et tremp] les bran*es de ses *taigni]s2 au bord d'une grve expose au soleil du levant ou du midi et o brille de lo9 une m>ge de sable f9 lav d'cume2 dans le creux d'une anse1 au sommet d'un monticule bois1 semblable une le sur un ocan de roseaux1 on voit luire au soleil un petit nombre de maisons toits aigus et bleutres1 c\v]ts d'ardoises1 sur lesquels des nues de pigeons blancs en repos s*5t leurs plumes et becquett5t le gra9 vol dans la c\r4 ,ces maisons1 en gnral c>res et basses1 n'ont ri5 qui les di/+ue trop des maisons de la petite b\rgeoisie1 qu'une ou deux t\relles qui flanqu5t les angles1 et qui ressembl5t plus des colombi]s qu' des ba/ions4 ,elles sont bordes d'un ct de quelques petites t]rasses en tages qui dom95t la pla9e ou les eaux2 de l>ges figui]s y t5d5t leurs bran*es1 qui ont la contorsion et la c\leur de grosses c\leuvres endormies4 ,de l'autre ct1 une basse-c\r ent\re de mtairies et d'tables c\v]tes en *aume s]t de portique la maison4 ,au-dessus et au-dess\s1 un bois de *taigni]s1 des gr\pes de noy]s1 une vigne presque inculte rampant sur le grs1 un *amp de mas aux rgimes d'or1 un autre de from5t1 de bl noir ou de raves1 enf9 une prairie m>cageuse ta*ete de la v]dure suspecte des joncs1 =m5t t\t le doma9e1 et avec le doma9e t\t le patrimo9e de la famille4 ,il faut y aj\t] une maison noire de vtu/ et d'ab&on1 meuble de meubles antiques1 dans quelque rue sombre et s]p5tante de ,*ambry1 l'ombre des rampes ari/ocratiques qui mont5t au *teau du g\v]neur de ,savoie4 ,,iv ,l viv5t1 de leurs rcoltes en nature1 que leurs boeufs et leurs mules transport5t p5dant les d]ni]s j\rs d'automne la ville1 un c]ta9 nombre de familles qu'on appelle1 les unes p> au!nticit1 les autres p> c\rtoisie1 la noblesse de ,savoie4 ,leurs titres sont leur uni=me et leur pe consacre hrditairem5t au s]vice militaire de la maison de ,savoie4 ,ces familles ont1 en gnral1 c9q ou six enfants p> gnration4 ,les fils entr5t1 les uns dans la magi/rature de ,*ambry et devi5n5t snateurs du snat de ,savoie1 comme fit le comte de ,mai/re2 les autres entr5t dans l'glise1 et ils devi5n5t vques de quelque diocse plus ou mo9s loign1 de ,s>daigne1 de ,pimont1 de ,mauri5ne ou de ,t>antaise2 les autres entr5t dans l'arme1 et ils devi5n5t de valeureux (fici]s1 et quelquefois des lieut5ants-colonels ou des colonels dans la brigade de ,savoie1 compose de trois quatre mille braves paysans de leurs montagnes2 quelques-uns1 les plus opul5ts ou les plus ambitieux1 entr5t la c\r de ,tur91 devi5n5t cuy]s ou *ambellans1 et s'lv5t1 si la faveur ou le mrite les second5t1 jusqu'au rang de g\v]neur de prov9ce4 ,p>mi les filles1 un trs-petit nombre se m>i5t1 p>ce que la loi ne leur accorde qu'une p>celle du patrimo9e de la famille2 les unes entr5t dans des c\v5ts1 ces spulcres de la jeunesse et de la beaut qui t\ff5t s\v5t les gmissem5ts secrets de la nature2 les autres re/5t dans la maison1 y vieilliss5t avec une incl9ation ca*e dans leur coeur1 contract5t une physionomie de rsignation et de mlancolie d\ce qui fait mont] les l>mes aux yeux qu& on les reg>de1 puis s'acc\tum5t leur sort1 se font les provid5ces de la maison1 repr5n5t leur gaiet et devi5n5t tantes1 cette seconde mat]nit de la famille1 plus t\*ante encore que l'autre1 p>ce qu'elle e/ plus ds9tresse et plus adoptive4 ,ces tantes font le *>me de ces intrieurs2 ce sont les c>iatides gracieuses et vivantes de la maison3 elles ne la support5t pas1 mais elles la dcor5t4 ,v ,les moeurs de ces familles de g5til%ommes sont1 d'un ct1 simples et rurales comme les paysans au milieu desquels ils viv5t2 de l'autre1 *eval]esques et militaires comme la c\r et l'arme1 qu'ils frqu5t5t p5dant leur jeunesse4 ,le contact avec l',italie1 o ils ont leur g\v]nem5t1 leur donne l'lgance et l'urbanit des c\rs d'au del des ,alpes2 leur sj\r la campagne leur laisse la cordiale bonhomie des *amps2 le vois9age de la ,france1 la communaut de langue laiss5t infiltr] *ez eux nos livres1 nos j\rnaux1 nos doctr9es et nos controv]ses d'esprit4 ,cette sup]ficie de littrature franaise donne aux plus lettrs d'entre eux le gt et quelquefois l'mulation d'crire4 ,mais l'esprit de nation1 l'esprit de corps1 l'esprit d'glise et l'esprit d'ari/ocratie1 hrditaires et obligs dans leur ca/e1 leur df5d5t la lib]t de p5s] autrem5t qu'on ne p5se la c\r de ,tur91 dans le palais de l'vque ou dans le *teau du g\v]neur de ,savoie4 ,ceux qui veul5t crire ne peuv5t1 s\s pe9e de faillir leur ordre1 leur glise ou leur trne1 crire qu'une de ces deux *oses3 des bad9ages d'esprit ou des traditions du moy5 ge4 ,c'e/ ce qui explique peut-tre p\rquoi les deux criva9s les plus *>mants et les plus loqu5ts de ,savoie1 le comte de ,mai/re et ,xavi] de ,mai/re1 son frre1 ont crit1 l'un de si sublimes platonismes mls de contre-vrits1 l'autre de si lg]s et de si pa?tiques opuscules de pur s5tim5t et opuscules neutres comme le s5tim5t4 ,,vi ,le has>d me les a fait connatre familirem5t l'un et l'autre2 mais1 avant de p>l] de l'un et de l'autre1 on ne peut s'emp*] de rem>qu] que1 p> un phnomne littraire qui doit avoir sa raison ca*e dans les *oses1 c'e/ la mme petite valle de ,savoie qui a donn au dix-huitime et au dix-neuvime sicle les deux plus magnifiques criva9s de p>adoxes du monde mod]ne3 ,jean-,jacques ,r\sseau et le comte de ,mai/re2 l'un1 le p>adoxe de la nature et de la lib]t p\ss jusqu' l'abrutissem5t de l'esprit et la maldiction de la socit et de la civilisation2 l'autre1 le p>adoxe de l'autorit et de la foi sur p>ole1 p\ss jusqu' l'anantissem5t de la lib]t p]sonnelle1 jusqu' la glorification du b\rreau1 et jusqu' l'invocation du glaive du s\v]a9 et des f\dres de ,dieu contre la facult de p5s]4 ,un has>d m'a fait connatre familirem5t1 la fleur de mes j\rs1 les trois frres de ,xavi] de ,mai/re1 l'auteur du ,lpreux et du ,voyage aut\r de ma *ambre1 et1 plus t>d1 ,joseph de ,mai/re lui-mme4 ,en voyageant en ,savoie1 et en visitant un ami d'enfance qui tait le neveu des de ,mai/re1 alors ju/em5t e/ims1 mais encore ignors de la gloire1 je tombai p> accid5t dans le nid *amptre qui avait vu natre cette c\ve d'hommes extraord9aires4 ,c'tait une maisonnette t\te semblable celles que j'ai dcrites plus haut comme la demeure ord9aire des g5til%ommes peu opul5ts de la ,savoie4 ,on l'appelait ,bissy4 ,je l'ai clbre dans mes premi]s v]s p> une ptre familire insre s\s le titre de ,mditation potique1 et adresse au colonel de ,mai/re1 propritaire de cet ermitage4 ,la maison e/ situe sur le flanc sept5trional de la valle qui c\rt1 trav]s des prairies et des bocages1 de ,*ambry au lac du ,b\rget4 ,la haute muraille noire du ,mont-du-,*at t5d et gonfle ses fondem5ts jusque dans cette valle2 ses ruisseaux1 ses cascades1 ses longues ombres s'y v]s5t dans le torr5t l>ge et rocailleux de l',aisse4 ,t\t y e/ ret5tissant de leurs murmures et de leur fra*eur4 ,c'e/ sur un de ces r5flem5ts des rac9es du ,mont-du-,*at qu'e/ assise la maison de ,bissy4 ,un petit bois de *taigni]s sauvages t\j\rs jeunes1 p>ce qu'on les c\pe t\j\rs p\r le *auffage de la mtairie1 la dom9e et la protge du v5t du nord2 une petite c\r pave de caill\x de deux c\leurs r\ls p> l',aisse et arrose d'une fonta9e1 comme dans les c\rs de village en ,suisse ou dans le ,jura1 y c\le1 petits filets1 d'un tronc d'arbre creus et v]di de m\sse4 ,un corridor1 une cuis9e1 une salle mang]1 quelques *ambres basses p\r les provisions1 les l+]ies1 les dome/iques1 compos5t le rez-de-*ausse4 ,on monte p> un escali] de pi]res grises au premi] tage1 o l'on tr\ve un petit salon et c9q ou six *ambres de matres ou d'htes4 ,le sap91 lav et poli p> le sable f9 des s]vantes1 y rp&1 comme en ,suisse1 sa sa9e odeur de rs9e4 ,des f5tres du salon le reg>d desc5d d'abord sur un petit p>t]re ent\r d'un mur hauteur d'appui1 plant de lgumes dome/iques et d'arbres fruiti]s1 plus anim1 selon moi1 que des pel\ses monotones et des fleurs /riles2 de l le reg>d s't5d sur une prairie en p5te borde d'imm5ses noy]s1 ces olivi]s gigantesques du ,nord1 qui di/ill5t une huile mo9s limpide1 mais plus p>fume que celle de l',attique4 ,le torr5t de l',aisse1 avec ses caill\x r\ls1 c\pe la pla9e p> une ligne blan*tre que ses eaux1 s\v5t dbordes1 laiss5t sec p5dant l't4 ,au del se relve un plateau v]doyant et bois1 sur lequel blan*iss5t les t\relles du petit manoir de ,s]volex1 qui app>ti5t auj\rd'hui mes neveux1 et qui app>t5ait alors aux neveux des de ,mai/re4 ,puis la valle se f]me et s'accid5te p> les murailles pic et semblables des falaises de la montagne de ,nivolet4 ,,vii ,c'e/ l que vivait1 cette poque1 l'aimable et respectable famille4 ,elle se composait du comte de ,mai/re1 ambassadeur de ,s>daigne ,pt]sb\rg1 r5trant aprs une longue abs5ce dans sa patrie1 et prt publi] ses gr&s et tranges livres qui gonflai5t son portefeuille1 et qui sont dev5us la controv]se d'auj\rd'hui2 de sa femme et de ses filles1 retr\ves cette halte aprs une longue sp>ation4 ,elle se composait du colonel de ,mai/re1 propritaire du doma9e de ,bissy2 de sa femme1 t\j\rs s\riante1 et de quelques nices aussi enj\es et aussi av5antes que cette tante4 ,elle se composait enf9 de l'abb de ,mai/re1 autre frre qui devait bi5tt dev5ir vque d',ao/e2 et enf9 de ,xavi] de ,mai/re1 dont on regrettait l'abs5ce1 et qu'on att5dait aussi de ,pt]sb\rg1 o un heureux et ri*e m>iage avait fix son sort errant4 ,l'abb de ,mai/re tait la fois trs-pieux1 trs-enj\1 trs-semblable p> son orig9alit inatt5due un ,/]ne savoy>d ou un doy5 de ,sa9t-,patrick4 ,il tait au mo9s l'gal de ses deux frres p> l'esprit1 p> l'tranget1 p> la sve locale4 ,il crivait des s]mons1 p\r la ca?drale de ,*ambry ou de ,tur91 du /yle lgant1 succul5t et onctueux de nos gr&s prdicateurs4 ,il n\s en lisait1 son neveu et moi1 des passages le mat92 le soir il crivait1 sur un gros livre blanc qu'on appelait le livre du f\ rire1 les anecdotes les plus niaises et les plus b\ffonnes recueillies de la vie ou de la b\*e de t\s les sots d',italie ou de ,savoie p\r drid] innocemm5t les plus au/res soires4 ,il va sans dire que le cynisme et l'indc5ce tai5t soigneusem5t c>ts de ce recueil4 ,il y avait un abme de vices et un abme de v]tus entre ,rabelais et l'abb de ,mai/re2 la btise seule1 la btise pure1 la btise qui s'ignore1 qui s'enfle et qui j\it navem5t d'elle-mme1 tait enregi/re dans ces pages2 le rire qui en sortait tait franc1 mais po9t m*ant3 l'abb de ,mai/re mettait de la *>it mme dans le ridicule4 ,sa p]sonne rpondait son c>actre3 il tait d'un ge dj mr1 de taille moy5ne1 d'paisse corpul5ce1 figure f9e d'expression1 quoique un peu l\rde de j\es4 ,la prire et la mditation1 auxquelles il consacrait ses mat9es1 rp&ai5t une ombre de recueillem5t et de conc5tration d'esprit sur ses traits2 mais le srieux et l'enj\em5t tai5t fondus doses si gales dans sa nature que l'on voyait t\j\rs le rire clatant prt trahir la gravit sur ses lvres4 ,il ret5ait longtemps le mot gai avant de le laiss] *app]4 ,ce sont t\j\rs les visages graves qui dco*5t mieux le rire communicatif1 p>ce qu'il e/ plus inatt5du4 ,,viii ,quant au colonel de ,mai/re1 il n'crivait pas1 mais il j\issait de ses trois frres1 ses ans1 comme un pre aurait j\i de la supriorit de ses fils4 ,il avait pass sa jeunesse dans les camps2 il passait son ge mr dans sa d\ce retraite1 qui s]vait de halte et d'asile t\s les p>5ts1 et l il sav\rait l'am\r d'une c\s9e adore et adorable qu'il avait p\se t>d et qu'il possdait avec dlices1 comme les bonheurs longtemps susp5dus4 ,ce bonheur se lisait sur son visage pan\i s\s ses *eveux blancs comme un soleil d'automne sur la neige2 il tait gai1 cont5t1 repos sans prt5tion et nullem5t sans *>me1 t\j\rs prt f\rnir l'occasion de la rplique ses frres p\r les faire brill] en s'clipsant1 p>lant du comte comme d'un anci51 de l'abb comme d'un sa9t1 de ,xavi] comme du ,b5jam9 abs5t et regrett de la tribu4 ,le colonel n'en tait pas lui-mme la mo9dre grce ni le mo9dre mrite1 c> il en tait p> excell5ce la bont4 ,ce ,b5jam9 de la tribu1 ce ,xavi] de ,mai/re1 l'auteur du ,lpreux de la cit d',ao/e1 je ne le connaissais pas alors2 je l'ai connu depuis4 ,le connatre1 c'tait l'aim]4 ,l'homme dlicat et s5sible qui a crit ce livre du ,lpreux passe p\r le second dans sa famille6 ,erreur et prjug que le temps rectifi]a4 ,cet homme n'e/ le second de p]sonne2 il e/ le premi] des nafs1 et la navet dans le sublime e/ le plus naturel des gnies1 c> c'e/ le gnie qui s'ignore1 l'innoc5ce baptismale du tal5t4 ,sans d\te son frre e/ un m]veilleux j\teur de plume2 n\s avons n\s-mme subi l'bl\issem5t de son /yle dans la premire jeunesse1 cet ge o l'on reoit sur p>ole les admirations et les cultes de famille1 et o l'audace du p>adoxe passe p\r l'intrpidit de la raison4 ,l'criva9 en lui e/ sans modle et s]a peut-tre sans imitateur2 mais le philosophe savoy>d ressemble trop un sophi/e grec de la dcad5ce4 ,ce qu'il y a de plus maje/ueux en lui c'e/ l'attitude et de plus miraculeux c'e/ l'criva94 ,mais tant qu'une l>me *aude dem&]a c\l] dlicieusem5t du coeur de l'homme s5sible1 mu des s\ffrances de ses semblables1 on relira le ,lpreux de ,xavi] de ,mai/re1 et l'on appell]a l'auteur son ami4 ,c'e/ lui alors qui s]a gr&1 c> il n'y a de gr& dans le tal5t que l'motion4 ,gloire aux l>mes6 ,,ix ,voil le *>mant cadre de famille dans lequel clatait alors la figure du comte ,joseph de ,mai/re4 ,il portait gravem5t1 mais lgrem5t1 son ge de soixante soixante-dix ans4 ,sa /ature1 sans tre leve1 p>aissait gr&iose p> la dignit un peu exagre avec laquelle il portait la tte en arrire4 ,un c]ta9 air de reprs5tation c>actrisait son attitude3 aprs avoir reprs5t devant les c\rs il reprs5tait encore dans sa famille4 ,sa taille tait =te sans embonpo9t4 ,ses pi$s posai5t t]re avec le poids et la f]met d'une /atue de bronze4 ,ses ge/es pittoresques rappelai5t l'homme semi-itali5 qui avait beauc\p caus avec les ,pimontais et les ,s>des4 ,son co/ume1 trs-soign ds le mat91 t5ait de l'homme de c\r3 cravate blan*e1 dcoration au c\1 gr&e croix p5dante sur la poitr9e1 plaque sur le coeur1 habit de crmonie1 *apeau t\j\rs la ma92 il ne v\lait pas tre surpris en d%abill p> le plus humble paysan en sabots de la montagne qui apportait sur sa mule les fagots de bois du ,mont-du-,*at la maison de ses frres4 ,ses *eveux1 d'un blanc de neige et d'une f9esse de soie1 tai5t accommods sur sa tte comme ceux de nos pres1 en deux ailes rebr\sses sur les tempes1 enduits de pommade et saup\drs de p\dre2 puis1 diviss sur le d]rire de la tte en une troisime natte1 ils allai5t se ress]r] dans une queue flottante sur l'habit4 ,la tte1 quoique naturellem5t =te1 p>aissait a9si plus grosse encore que nature2 son front l>ge et haut sortait plus ample de ce nuage de frisure et de p\dre4 ,de gr&s beaux yeux bleus ple9s de lumire1 encadrs dans des s\rcils encore noirs1 un nez c>r1 des j\es f]mes1 une b\*e l>ge et faonne plaisir p> la nature p\r l'loqu5ce1 un m5ton solide1 relev1 presque provoquant1 une expression h>die1 un demi-s\rire moiti de bi5veillance1 moiti de s>casme1 compltai5t cette figure4 ,l'ensemble tait d'un homme qui s5t sa valeur et qui1 sans l'impos] p> trop d'orgueil1 veut la faire s5tir aux autres p> quelque emphase dans l'attitude4 ,sa politesse1 quoique p>faite1 ret5ait di/ance plus qu'elle ne famili>isait avec lui4 ,il aimait se laiss] contempl] plus qu' se laiss] appro*]4 ,le dialogue n'allait pas son c>actre2 sa conv]sation tait un 9puisable monologue4 ,il causait avec abondance sans jamais s'puis] d'ides2 il j\issait d'tre bi5 c\t2 p5dant la rplique il s'endormait1 puis se rveillait tr5te fois p> heure1 repr5ant le fil de l'entreti5 comme si ses c\rts sommeils avai5t seulem5t repos ses yeux sans endormir sa p5se4 ,sa vie tait rgulire comme un cadran dont les *iffres roma9s divis5t en m9utes gales les heures4 ,il se levait avant le j\r4 ,il comm5ait p> la prire et p> la lecture des psaumes le c\rs n\veau du temps4 ,s\v5t il allait la messe l'heure o les s]vantes pieuses y vont avant que les matres soi5t levs2 il crivait ensuite jusqu'au dn]4 ,on dnait alors au milieu du j\r4 ,aprs le dn]1 seul ou en compagnie de l'un ou l'autre d'entre n\s1 il pr5ait en ma9 sa canne pommeau d'or cueillie p>mi les joncs dans quelque m>ais du ,caucase1 et il faisait de longues prom5ades sur les coll9es ou dans la valle de ses pres4 ,il s'arrtait *aque pas p\r faire une rem>que ou p\r cont] une anecdote de sa vie de ,s>daigne ou de ,russie4 ,il aimait passionnm5t les beaux v]s2 il en avait compos beauc\p dans ses loisirs1 il n\s en rcitait des /rophes dont les lambeaux sont re/s dans ma mmoire4 ,aprs ces longues prom5ades1 o l'esprit et les pas s'g>ai5t dlicieusem5t sa suite1 il r5trait la maison2 quelquefois il s'arrtait encore un mom5t l'glise du faub\rg ou du village2 puis la conv]sation repr5ait jusqu'au s\p]1 aussi div]se1 aussi enj\e et quelquefois aussi t9celante qu'en ple9 soleil4 ,x ,cette conv]sation1 ravive p> ses frres et p> ses neveux1 hommes d'un esprit au niveau de ce gnie de famille1 r\lait en gnral sur ses ouvrages4 ,ces ouvrages tai5t presque t\s encore en portefeuille4 ,il consultait t\t le monde1 et mme moi1 malgr le disp>ate de mon extrme jeunesse avec ses annes4 ,il me donnait r5dez-v\s le mat9 dans sa *ambre p\r me lire ses volumes et p\r c\t] les obs]vations trs-inexprim5tes que j'aurais lui faire sur son /yle4 ,il craignait beauc\p ,p>is1 cette ,a?nes de l',europe1 dang]euse1 disait-il1 p\r un ,scy! comme lui4 ,que dirai5t-ils de cela ,p>is8 me rptait-il *aque in/ant avec un s\rire moiti triomphant1 moiti dfiant1 qui atte/ait la fois sa confiance dans le succs et son apprh5sion du ridicule4 ,je lui rpondais avec une affectueuse lib]t3 il l'autorisait p> son indulg5ce4 ,que de phrases malsonnantes1 que d'expressions risques jusqu'au grotesque napolita91 que de con/ructions russes ou savoy>des ne lui ai-je pas fait effac] avec la docilit du gnie6 ,quelquefois il rsi/ait avec une ob/9ation impnit5te ratur] un mot ou une image4 ,non1 non1 disait-il en p]si/ant1 cela les amus]a ,p>is2 il faut sc&alis] un peu cette prud]ie de leur langue6 ,je cdais1 quoique regret1 ce petit dsir d'effet p> l'audace de la phrase4 ,ce que je lui conseillais alors d'effac]1 je l'effac]ais encore auj\rd'hui de ses pages3 t\tes les exc5tricits de /yle ne sont pas des bonheurs d'expression4 ,ses sauvag]ies de /yle tai5t des appts t5dus la curiosit4 ,il n'avait pas beso9 de ces artifices4 ,quelque temps aprs je fus *>g d'apport] moi-mme ,p>is un de ses pr9cipaux ouvrages en manuscrit p\r le faire imprim]4 ,le manuscrit tait adress ,m4 ,m>ta9ville1 rdacteur en *ef du ,drapeau blanc1 j\rnal en sympa?ie de doctr9e et d'exagration avec le comte de ,mai/re4 ,c'e/ a9si que je connus accid5tellem5t ,m>ta9ville1 homme provoquant et intrpide4 ,j'avais eu occasion de le voir un an avant dans un duel o il avait t hroque2 il ne me connaissait que de visage2 il ne savait pas mon nom1 quoique j'eusse pris p>ti p\r lui dans sa qu]elle4 ,il craignait en ce mom5t d'tre assass9 p> les nombreux ennemis que lui suscitai5t ses invectives mordantes contre les adv]saires des ,b\rbons4 ,il me fallut insi/] longtemps1 donn] le nom du comte de ,mai/re1 tre reconnu comme p> des s5t9elles trav]s des gui*ets pratiqus dans des c\loirs1 p\r p>v5ir avec mon dpt jusqu' lui4 ,une fois cette glace rompue1 je tr\vai dans ,m>ta9ville un brave et jovial combattant de l'pe et de la plume1 qui adorait dans le comte de ,mai/re un trang] de la mme religion politique que lui4 ,*ateaubri&1 ,bonald1 ,lam5nais 7intolrant au nom du ,ciel et absoluti/e au nom des hommes alors71 tai5t ,p>is1 cette poque1 avec ,m>ta9ville1 les correspondants et les patrons de ce gr& criva91 dont on veut faire auj\rd'hui1 ,tur9 et ,p>is1 un agitateur de l',italie1 prcurseur de ,m4 de ,cav\r1 et1 qui sait8 peut-tre un de/ructeur du p\voir temporel des papes4 pauvre imag9ation huma9e6 tu ne vas jamais si lo9 que la b\ffonn]ie des p>tis6 ,si les ombres ri5t dans l't]nit1 l'me beauc\p trop rieuse de celui qui fut ici-bas le comte de ,mai/re doit bi5 rire en voyant son nom s]vir d'autorit une rvolution4 ,mais ma9t5ant que n\s avons le portrait de cet homme dev5u l'entreti5 du monde1 voyons en peu de mots sa vie1 et mlons-y ses oeuvres2 c> l'homme1 la vie et l'oeuvre se ti5n5t indissolublem5t dans le philosophe1 dans le politique et dans l'criva94 ,n\s avons une excell5te abrviation de la vie du comte de ,mai/re crite p> son fils4 ,c'e/ le fils qui connat le mieux le pre2 la pit filiale e/ le gnie d'un biographe4 ,n\s ne jug]ions pas les oeuvres du pre sur les p>oles du fils1 mais1 quant aux circon/ances de la vie dome/ique1 il n'y a pas de plus srs et de plus honntes tmo9s que les enfants4 ,n\s faisons t\tefois nos rs]ves sur deux ou trois actes de la vie publique du comte de ,mai/re1 actes que n\s c>actris]ons t\t autrem5t que ne les c>actrise son fils4 ,si la pit filiale a son culte1 elle a aussi son fanatisme2 n\s n\s en df5drons3 c'e/ le droit de la po/rit4 ,,xi ,le comte ,joseph de ,mai/re tait n ,*ambry en #aged4 ,son pre1 prsid5t de ce qu'on appelait le snat de ,savoie1 eut dix enfants4 ,joseph de ,mai/re tait le premi]-n4 lev ,*ambry et ,tur91 sa naissance le prde/9ait la magi/rature prov9ciale dans son pays4 ,d'abord sub/itut1 puis snateur 7c'e/--dire juge7 ,*ambry1 il y p\sa mademoiselle de ,mor&1 fille d'une condition gale la si5ne4 ,trois enfants qui viv5t encore1 ports t\s les trois de hautes =tunes en ,france p> la r5omme pat]nelle dans l'ari/ocratie europenne1 fur5t le fruit de ce m>iage4 ,ces =tunes atte/5t la vigueur des op9ions ari/ocratiques et religieuses1 solidaires depuis ,*ambry jusqu' ,p>is et ,pt]sb\rg4 ,les op9ions ennobliss5t1 les or?odoxies devi5n5t p>5ts entre les petites et les gr&es noblesses4 ,une des filles du mode/e g5tilhomme de ,*ambry se nomme la du*esse de ,montmor5cy en ,france4 ,m4 de ,mai/re ex]ait honorablem5t ses fonctions de magi/rature prov9ciale dans sa petite ville au mom5t o la ,rvolution franaise clata4 ,son fils prt5d qu'il tait libral2 peut-tre8 ,en #agic1 aprs l'invasion de la ,savoie p> ,m4 de ,montesqui\1 le comte de ,mai/re se retira ,tur9 avec ses frres1 qui s]vai5t dans l'arme s>de4 ,rev5u peu de j\rs aprs ,*ambry1 il y vit natre1 dans les angoisses de l'invasion franaise1 sa troisime fille1 ,con/ance de ,mai/re1 qu'il ne devait pas revoir avant v+t-c9q ans4 ,il laissa sa femme ,*ambry1 p\r y prs]v] leur petite =tune1 et il migra ,lausanne4 ,ses bi5s pat]nels1 trs-modiques1 fur5t sque/rs1 mais il portait avec lui une meilleure =tune2 ce fut ,lausanne qu'il crivit1 comme un pamphlet de gu]re contre la ,rvolution franaise1 l'ouvrage qui comm5a sa rputation p>mi les migrs de t\te date dont la ,suisse1 l',allemagne et l',anglet]re se remplissai5t alors4 ,c'tait une captivit de ,babylone p\r t\tes les ari/ocraties de l',europe1 un peuple dans un peuple1 qui avait ses doctr9es1 ses passions1 sa langue "p4 ,m4 de ,mai/re p>la ds les premi]s j\rs cette langue de l'migration avec une habilet magi/rale1 une vigueur et une orig9alit qui crr5t son nom4 ,ses ,considrations sur la ,france clatr5t de ,lausanne ,tur91 ,rome1 ,londres1 ,vi5ne1 ,cobl5tz1 ,pt]sb\rg1 comme un cri d',isae au peuple de ,dieu4 ,le /yle de ,bossuet tait retr\v au fond de la ,suisse4 ,le db seul annonce un philosophe dans le publici/e4 ,quelle ?orie de la mon>*ie6 ,n\s sommes t\s atta*s au trne de l'tre suprme p> une *ane s\ple qui n\s reti5t sans n\s ass]vir4 ,ce qu'il y a de plus admirable dans l'ordre univ]sel des *oses1 c'e/ l'action libre des tres libres s\s la ma9 div9e4 ,librem5t esclaves1 ils agiss5t t\t la fois volontairem5t et fatalem5t4 ,ils font rellem5t ce qu'ils veul5t1 mais sans drang] les plans gnraux4 ,*acun de ces tres occupe le c5tre d'une sphre d'activit dont le diamtre v>ie au gr de l't]nel ,gomtre qui sait t5dre1 re/re9dre ou dirig] sans contra9dre la nature4 ,dans les ouvrages de l'homme1 t\t e/ pauvre comme l'ouvri]2 les vues sont bornes1 les moy5s roides1 les ressorts inflexibles1 les rsultats monotones4 ,dans les ouvrages de ,dieu1 les ri*esses de l'inf9i se montr5t dc\v]t jusque dans le mo9dre lm5t4 ,sa puissance opre en se j\ant2 entre ses ma9s t\t e/ s\ple1 ri5 ne lui rsi/e2 p\r lui t\t e/ moy51 mme l'ob/acle1 et les irrgul>its produites p> l'opration des tres libres vi5n5t se rang] dans l'ordre gnral4 ,cela cont9ue a9si p5dant plusieurs pages1 pages plus semblables une ode d',orphe clbrant la ,div9it dans ses lois qu' un pamphlet de publici/e dpays contre la rvolution qui l'exile4 ,les pages de l',hi/oire univ]selle de ,bossuet n'ont pas plus de cette moelle de gr& s5s dans les *oses4 ,c'e/ un ,bossuet laque4 ,,xii l'in/ant le monde de l'migration et des c\rs fut att5tif et saisi2 t\t le monde lettr se dit3 c\tons6 ,voil un prophte de consolation qui n\s vi5t des montagnes4 ,il cont9ue1 il console ses coexils p> une magnifique ?orie de l'irrsi/ible puissance de la ,rvolution qui broie t\t devant elle1 ses amis comme ses ennemis4 ,il y voit un de ces flaux div9s auxquels il e/ presque impie de rsi/]1 tant ils sont div9s dans leur =ce4 ,c'e/ une pi]re qui r\le d'en haut2 sa loi e/ d'cras] ce qui l'arrte4 ,il disait plus vrai qu'il ne croyait dire4 ,la ,rvolution avait une mission qu'elle ignorait elle-mme2 mais cette mission n'tait pas tant de r5v]s] le pass que de c\rir v]s un av5ir n\veau de la p5se et des *oses4 ,c'tait une m>e qu9oxiale de l'ocan huma92 de ,mai/re n'y voyait qu'un accs de fureur et de crime4 ,fureur et crime y prvalur5t1 en effet1 trop inhuma9em5t de #agia #agid2 la ,rvolution en a t punie p> la /rilit4 ,la fureur et le crime ne sm5t pas1 ils ravag5t2 mais1 une fois le sang-froid rev5u l'esprit rvolutionnaire1 il repr5ait un gr& s5s huma9 que le philosophe du pass ne p\vait ni ne v\lait compr5dre4 ,la ,rvolution1 aj\te-t-il1 mne les hommes plus que les hommes ne la mn5t4 ,quelle admirable intuition6 et quelle preuve plus s5sible qu'elle e/ m5e elle-mme p> une =ce occulte v]s un b inap]u encore p> ses amis et p> ses ennemis6 ,les rvolutionnaires1 dit-il1 russiss5t en t\t contre n\s p>ce qu'ils sont les in/rum5ts d'une =ce qui en sait plus qu'eux4 ,quelle tait donc cette =ce omnisci5te8 p\vait-on rpondre au publici/e4 ,si ce n'tait pas la fatalit1 que v\s rpudiez avec raison comme un blasphme1 c'tait donc un desse9 suprieur l'intellig5ce huma9e2 une =ce suprieure l'intellig5ce huma9e1 qu'e/-ce autre *ose que ,dieu8 ,votre ,mirabeau1 aj\te-t-il1 n'e/ au fond que le roi des halles4 ,il a prt5du en m\rant qu'il allait refaire1 avec ses dbris1 la mon>*ie1 et1 qu& il a v\lu seulem5t s'emp>] du m9i/re1 il en a t c>t p> ses rivaux comme un enfant4 ,cela tait vrai de ,mirabeau vicieux1 factieux et populaire2 mais combi5 faux de ,mirabeau philosophe1 orateur et lgislateur1 qu& il avait dp\ill ses vices avec son habit de tribun6 ,il tait alors le prophte inspir de la vraie ,rvolution1 comme le comte de ,mai/re tait le prophte inspir de la contre-rvolution4 ,aussi1 ce qu'il y a admir] dans ce premi] ouvrage de ,joseph de ,mai/re1 ce ne sont pas les vrits1 ce sont les vues4 ,du haut de ses ro*]s il a le reg>d de l'aigle2 il voit plus lo9 que le vulgaire1 mais il ne voit pas t\j\rs vrai4 ,il comm5ce sa vie p> un magnifique sophisme1 comme ,jean-,jacques ,r\sseau1 son compatriote4 ,le sophisme de de ,mai/re devait ab\tir la s]vitude1 m5songe la dignit morale de l'homme1 comme le sophisme de lib]t de ,jean-,jacques ,r\sseau devait ab\tir l'an>*ie1 m5songe de la socit politique4 ,ce fut un malheur p\r ,joseph de ,mai/re d'avoir comm5c sa c\rse au milieu de l'migration et sur son t]ra92 il ne v\lut plus rev5ir sur ses pas4 ,il m\rut le plus honnte et le plus loqu5t des hommes de p>ti1 au lieu de vivre et de m\rir le plus honnte et le plus loqu5t des philosophes *rti5s4 ,la vrit pure ne lui plaisait pas assez2 il lui fallait le sel de l'exagration p\r l'assaisonn] au gt de sa ca/e4 ,inde labes6 ,,xiii ,le livre1 p>tir de l1 devi5t f\droyant contre les rvolutionnaires quels qu'ils soi5t1 savants1 lettrs1 modrs1 rgicides1 ju/em5t envelopps1 s'crie-t-il1 dans le nuage de la v5geance cle/e contre ceux qui att5t5t la s\v]a9et4 ,c'e/ un di?yrambe la ,nmsis rvolutionnaire1 la ha*e excuse de t\t p\rvu qu'elle frappe6 ,il y a eu1 dit-il1 des nations condamnes mort1 comme des individus c\pables1 et n\s savons p\rquoi4 ,t\t c\p il se t\rne inop9m5t contre les royali/es qui dem&5t la contre-rvolution1 la conqute de la ,france1 sa division1 son anantissem5t politique4 ,il fulm9e contre cette ide son t\r4 ,si la ,provid5ce efface1 c'e/ p\r crire1 dit-il4 ,il veut que la raction de la ,france contre la ,france vi5ne d'elle-mme1 de la ,france2 et en cela il se montre la hauteur des p5ses d'en haut4 ,il f9it p> une prophtie qui n'tait que de la logique en comptant sur la v]satilit des peuples et surt\t des ,gaulois1 en annonant la re/auration des ,b\rbons sur le trne4 ,seulem5t1 s'il tait prophte p\r l'vnem5t1 il n'tait pas prophte p\r le temps2 c> ce qu'il annonait p\r dema9 e/ arriv v+t-c9q ans de di/ance1 et1 avant de re/aur] les ,b\rbons1 la ,france a relev un trne militaire et absolu p\r un des gnraux qui l'aidr5t va9cre l',europe4 ,tel e/ le livre1 nul comme prophtie1 viol5t comme philosophie1 dsordonn comme politique 7relisez le *apitre sur la glorieuse fatalit et sur la v]tu div9e de la gu]re2 cela e/ p5s p> un esprit ext]m9ateur et crit avec du sang74 ,mais ce livre e/ un clair de f\dre p>ti des montagnes des ,alpes p\r illum9] d'un j\r n\veau et s9i/re t\t l'horizon contre-rvolutionnaire de l',europe encore dans la /upeur4 ,ni ,v]gniaud1 ni ,mirabeau lui-mme n'avai5t eu de p>eils clairs dans la p>ole ni de p>eilles vigueurs dans l'esprit4 ,m4 de ,mai/re reg>dait le premi] face face l'cr\lem5t du monde religieux et politique avec le sang-froid d'un esprit p>tial1 sans d\te1 mais surhuma94 ,le /yle1 n\veau aussi p> sa sculpture lapidaire1 tait la hauteur de l'esprit4 ,ce /yle bref1 n]veux1 lucide1 nu de phrases1 robu/e de membres1 ne se ress5tait en ri5 de la mollesse du dix-huitime sicle1 ni de la dclamation des d]ni]s livres franais2 il tait n et tremp au s\ffle des ,alpes2 il tait vi]ge1 il tait jeune1 il tait pre et sauvage2 il n'avait po9t de respect huma91 il s5tait la solitude1 il improvisait le fond et la =me du mme jet2 il tait1 p\r t\t dire en un mot1 une n\veaut4 ,la n\veaut1 c'e/ le symptme des gloires futures4 ,cet homme tait n\veau p>mi les enfants du sicle4 ,,xiv ,ce fut le s5tim5t de l',europe en le lisant4 ,un v5geur n\s e/ n6 s'crir5t l'anci5 rgime1 l'anci5ne politique1 l'anci5ne ari/ocratie1 l'anci5ne foi4 ,mais ce v5geur rajeunissait p> la jeunesse de son /yle la vieillesse des *oses4 ,ce livre1 rp&u comme un secret p>mi l'migration1 fit du g5tilhomme savoy>d le favori srieux de la contre-rvolution1 des camps et des c\rs4 ,on dit au roi de ,s>daigne3 ,comm5t ngligez-v\s ce prodige que ,dieu v\s envoie p\r v\s illu/r] et p\r v\s sauv]8 ,les gr&es puissances s]ai5t jal\ses de ce don du ,ciel4 ,htez-v\s d'en dcor] vos conseils4 ,on l'appela1 en #agig1 ,tur94 ,la faible mon>*ie s>de fut crase dans les gu]res de #agii entre la ,france et l',autri*e4 ,le roi de ,s>daigne se rfugia dans son le1 sur un dbris de trne4 ,le comte de ,mai/re1 qui n'avait ri5 espr] de l',autri*e que l'ab&on et de la ,france que la proscription1 suivit le roi en ,s>daigne4 ,on lui donna1 s\s le titre de rg5t de la *ancell]ie1 la direction trs-insignifiante des tribunaux de cette petite le4 ,bi5tt l'homme p>ut trop gr& p\r l'emploi4 ,cet criva9 qui embrassait le monde d'un reg>d ne p\vait se rsign] l'troitesse d'horizon d'une petite c\r insulaire sur un cueil de la ,mdit]rane1 peupl d'habitants presque sauvages4 ,il fatiguait la c\r et les m9i/res des sec\sses de son imag9ation4 ,son gnie oratoire et inquiet froissait la r\t9e et la mdiocrit de la c\r de ,cagli>i4 ,on le voit clairem5t dans sa correspondance1 il importunait les ,s>des et les ,pimontais favoris de la c\r4 ,ne p\vant ni] son mrite1 on l'envoya pror] ailleurs4 ,lui-mme t\ffait dans cette b\rgade dcore du nom de capitale4 ,la ,s>daigne anantie et ru9e ne p\vait avoir une diplomatie srieuse en ,europe2 un peu d'intrigue et quelques supplications aux gr&es c\rs tai5t sa seule politique4 ,le roi1 videmm5t importun lui-mme des imag9ations trop gr&ioses du comte de ,mai/re1 le nomma son m9i/re plnipot5tiaire ,pt]sb\rg4 ,c'tait un honneur dans la =me1 au fond c'tait un exil4 ,son fils prs5te comme un sacrifice d\l\reux la mon>*ie l'acceptation du comte de ,mai/re de ce po/e2 on peut croire cep5dant que l'ambition trs-haute du comte de ,mai/re fut heureuse de cette mission une telle c\r4 ,il lui fallait les gr&es scnes1 les gr&s auditoires2 il avait beso9 d'espace comme t\t ce qui veut rayonn] de lo94 ,les appo9tem5ts 7v+t mille francs71 con=mes la pnurie de cette pauvre c\r de ,cagli>i1 tai5t insuffisants sans d\te1 mais ils tai5t cep5dant bi5 au-dessus du traitem5t d'un snateur de ,*ambry4 ,,xv ,le comte arriva ,pt]sb\rg ple9 de p5ses vagues p\r son roi1 p\r la ,russie1 p\r lui-mme4 ,sa tte f]m5tait de re/auration2 il v\lait relev] la maison de ,savoie p> les ,russes1 peut-tre mme p> les ,franais4 ,on va voir bi5tt dans sa correspondance qu'il savait au beso9 s'accommod] avec la ,rvolution p\rvu qu'elle rtablt et qu'elle agr&t le trne de son mon>que4 ,l'emp]eur ,alex&re et l'ari/ocratie russe l'accueillir5t1 non p\r son titre1 mais p\r son nom4 ,les ,considrations sur la ,france avai5t popul>is ce nom jusqu' la c\r de ,russie4 ,il dev9t en peu de temps le favori des salons de ,pt]sb\rg4 ,il y tait gracieux1 enj\1 s\ple1 loqu5t1 trange et srieux la fois4 ,son loqu5ce *anons rompus et brillantes fuses de gnie tait surt\t1 comme celle de madame de ,/al1 une loqu5ce confid5tielle de co9 du feu2 il n'avait pas assez de gravit et de solidit p\r une tribune1 il avait assez d'inspiration1 de grce et de dc\su p\r un tte--tte4 ,de plus1 son rle ,pt]sb\rg tait de plaire et de flatt]4 ,les ,savoy>ds naiss5t c\rtisans p> la situation subalt]ne de leur prov9ce ,tur94 ,le gr& ,savoy>d plaisait gnralem5t et flattait m]veille4 ,les m9i/res trang]s1 mme les m9i/res de ,france en ,russie1 ne voyai5t en lui qu'un reprs5tant du malheur et du dtrnem5t4 ,on ne craignait pas l'asc5dant de ,cagli>i sur le monde2 on admirait l'esprit de son reprs5tant4 ,son exi/5ce1 un peu amre s\s le rapport de la =tune1 tait trs-d\ce s\s le rapport de la socit4 ,de plus1 quoi qu'il en dise et l dans ses lettres sa c\r et dans ses lettres familires1 il tait lo9 d'tre ins5sible aux rangs1 aux titres1 aux dcorations1 aux faveurs de c\r4 ,le titre d'ambassadeur d'un roi la c\r de ,russie1 bi5 que ce roi ne ft plus qu'un naufrag du trne sur un lot d',italie1 c>essait agrablem5t son orgueil4 ,je l'ai assez vu p\r ne pas croire ce ds9tressem5t d'am\r-propre4 ,cet am\r-propre n'enlevait ri5 sa v]tu1 mais il transpirait s\v5t dans sa correspondance4 ,j'en eus un j\r une preuve biz>re qui ne s'effac]a jamais de mon s\v5ir4 ,les petites circon/ances sont quelquefois les meilleures rvlations du c>actre4 l'poque de mon m>iage1 qui fut clbr ,*ambry1 le comte ,joseph de ,mai/re fut *oisi p> mon pre abs5t p\r le reprs5t] au contrat et p\r me s]vir ce j\r-l de pre4 ,le contrat se signait dans une maison de plaisance nomme ,c>amagne1 quelque di/ance de la ville1 *ez la m>quise de la ,pi]re1 c5tre de la socit ari/ocratique de ,savoie4 ,le comte d',&ez5ne1 gnral pimontais1 g\v]neur de ,savoie1 s]vait de pre ma fiance4 ,une nombreuse runion de p>5ts et d'amis remplissait le salon4 ,on lut le contrat1 et on appela les tmo9s la signature4 ,le g\v]neur de la ,savoie fut appel le premi] p> sa qualit de pre de la fiance et p> son rang de reprs5tant du s\v]a9 dans la prov9ce4 ,il signa et *]*a pass] la plume la ma9 du comte de ,mai/re4 ,le comte1 que n\s v5ions de voir dans le salon1 t\t c\v]t de son habit de c\r et de ses dcorations diplomatiques1 avait disp>u4 ,on le *]*a en va9 dans le *teau et dans les j>d9s2 nul ne savait p> o il s'tait clips4 ,on fut oblig de laiss] en blanc la place de sa signature2 mais1 une fois le contrat sign1 il rep>ut1 sortant d'un massif de *>mille o il s'tait drob p5dant la crmonie4 ,n\s lui dem&mes confid5tiellem5t la raison de cette disp>ition1 qui avait contri/ un mom5t la scne4 ,c'e/1 dit-il1 qu'en qualit d'ambassadeur du roi et de m9i/re d'tat je ne v\lais pas inscrire mon nom au-dess\s du nom d'un g\v]neur de ,savoie4 ,dema9 j'irai sign] seul et la place qui convi5t ma dignit4 ,et il alla1 en effet1 le l5dema9 sign] le regi/re4 ,les uns admirr5t cette gr&eur de respect p\r soi-mme1 les autres cette politesse4 ,quant moi1 j'admirai cette =ce du naturel qui place l'tiquette plus haut que le coeur4 ,,xvi ,sa correspondance avec sa famille et ses amis1 dat] de son arrive ,pt]sb\rg1 ne laisse ri5 dans l'ombre de son me et de son esprit1 de sa vie publique et de sa vie dome/ique4 ,le comte de ,mai/re1 qui tait autant homme de conv]sation qu'homme de plume1 tait p> consqu5t un correspondant exquis1 c> les lettres ne sont au fond que la conv]sation crite4 ,ces deux volumes de correspondance1 tantt intime comme les s\pirs d'un exil v]s sa patrie1 sa femme1 ses enfants1 ses frres1 tantt politique1 sont une des meilleures p>ties de ses oeuvres4 ,elles ont t compltes rcemm5t p> la publication indiscrte de ses dp*es la c\r de ,s>daigne4 ,l'homme se trahit quelquefois dans ces trois volumes4 ,on a dit qu'il n'y avait po9t de gr& homme p\r son valet de *ambre2 on peut dire1 aprs avoir lu ces innombrables lettres1 qu'il n'y a po9t de secret p\r la po/rit4 ,le comte de ,mai/re s'y met nu t\t enti] son insu1 et1 bi5 que l'homme y soit t\j\rs brillant et *>mant dans sa nature1 il disp>at s\v5t s\s le diplomate de peu de scrupule4 ,l'adorateur inflexible de l'anci5 rgime n'y disp>at pas mo9s s\s l'adorateur de la victoire rvolutionnaire1 qu& la victoire rvolutionnaire donne une *ance la =tune de son p>ti4 ,il e/ t\j\rs honnte homme1 sans d\te1 mais il n'e/ ri5 mo9s que l'homme d'une seule pice qu'on a v\lu n\s faire de lui4 ,il sait trs-bi5 se ret\rn] qu& la r\e t\rne4 ,il sait trs-bi5 aussi donn] la =tune le nom maje/ueux et div9 de ,provid5ce4 ,qu& la ,provid5ce t\rne la page du livre du de/91 lui aussi il t\rne la page1 comme un traducteur obissant du texte sacr4 ,il cont9ue prophtis]1 sans se tr\bl] des contradictions qu'une si haute prt5tion de confid5t et de comm5tateur de la ,provid5ce fait enc\rir son don de prvision4 ,dang]eux mti] que celui d'augure6 ,malgr sa pit trs-s9cre1 il y a une c]ta9e impit se mettre au niveau de l',inf9i et p>l] sans cesse au nom de ,dieu4 ,il avait trop lu la ,bible2 le ton d'oracle avait vici en lui l'acc5t mode/e de ce gra9 de p\ssire p5sant qu'on appelle un homme de gnie4 ,n\s en tr\vons une preuve tonnante ds les premires pages de sa correspondance4 ,il vi5t de fulm9]1 a9si qu'on l'a vu1 contre la ,rvolution1 ses oeuvres1 ses hommes4 ,la lgitimit e/ son pr9cipe1 l'anci5 rgime e/ son dogme2 les ,b\rbons1 solidaires1 selon lui1 de la maison de ,savoie1 sont ses dieux t]re/res2 il a un culte p\r leurs malheurs1 il a une correspondance avec leur *ef ,l\is ,,xviii4 ,il croit et il espre en eux comme dans la ,provid5ce des trnes et des peuples2 il e/ l'ami de leurs reprs5tants ou de leurs favoris1 le comte d',av>ay et le comte de ,blacas4 ,une p5se contraire la re/auration du pr9cipe de la lgitimit s]ait une trahison de sa religion politique1 une apo/asie de son coeur4 ,t\t c\p ,bonap>te s'assi$ sur un trne de victoires2 les puissances europennes le reconnaiss5t1 l'usurpation se fait dyna/ie1 l'av5ir p>at s'aplanir et s't5dre sans limites devant la =tune d'un soldat heureux4 ,les royali/es sont con/]ns4 c\tez ,m4 de ,mai/re dans ses lettres ,madame de ,pont1 migre dsespre ,vi5ne4 ,t\t le monde sait qu'il y a des rvolutions heureuses et des usurpations auxquelles il plat la ,provid5ce d'appos] le sceau de la lgitimit p> une longue possession4 ,qui peut d\t] qu'en ,anglet]re ,guillaume d',orange ne fut un trs-c\pable usurpateur8 et qui peut d\t] cep5dant que ,georges ,,iii1 son successeur1 ne soit un trs-lgitime s\v]a98 7,quelle doctr9e que celle en v]tu de laquelle l'usurpation de la veille e/ la lgitimit du l5dema96 ,quelle morale que celle o le temps trans=me le crime en v]tu67 ,il cont9ue3 ,si la maison de ,b\rbon e/ dcidm5t proscrite1 il e/ bon que le g\v]nem5t se consolide en ,france4 ,j'aime bi5 mieux ,bonap>te roi que simple conqurant4 ,cela tue la ,rvolution franaise1 puisque le plus puissant s\v]a9 de l',europe 7,bonap>te7 aura autant d'intrt t\ff] cet esprit rvolutionnaire qu'il en avait beso9 p\r p>v5ir son b4 ,le titre lgitime1 mme seulem5t en app>5ce1 en impose un c]ta9 po9t celui qui le porte4 ,n'avez-v\s pas obs]v1 ,madame1 que dans la noblesse1 qui n'e/1 p> p>5?se1 qu'un prolongem5t de la s\v]a9et1 il y a des familles ues au pi$ de la lettre8 ,la mme *ose peut arriv] dans une famille royale4 ,il n'y a c]ta9em5t qu'un usurpateur de gnie qui ait la ma9 assez f]me et mme assez dure p\r rtablir444 ,laissez faire ,napolon444 ,ou la maison de ,b\rbon e/ ue et condamne p> un de ces jugem5ts de la ,provid5ce dont il e/ impossible de se r5dre raison1 et1 dans ce cas1 il e/ bon qu'une race n\velle comm5ce une succession lgitime1 etc4 ,on voit avec quelle s\plesse de logique le fidle de l'anci5 rgime se conv]tit aux volonts de la ,provid5ce et les ju/ifie mme contre son propre dogme4 ,il n'y a1 crit-il quelques lignes plus bas1 qu'une bonne politique comme une bonne physique3 c'e/ la politique exprim5tale6 ,quelle amni/ie t\tes les infidlits6 ,,xvii quelques j\rs de l on tr\ve dans une lettre son frre ces dlicieuses mlancolies du regret des temps passs3 ,moi qui mettais jadis des bottes p\r all] ,sonaz 7*teau prs de ,*ambry71 si je tr\vais du temps1 de l'arg5t et des compagnons1 je me s5s t\t prt faire une c\rse ,tobolsk1 voire au ,kamts*atka4 ,peu peu je me suis mis mpris] la t]re2 elle n'a que neuf mille lieues de t\r4--,fi donc6 c'e/ une orange4 ,quelquefois1 dans mes mom5ts de solitude1 que je multiplie autant qu'il e/ possible1 je jette ma tte sur le dossi] de mon fauteuil1 et l1 seul au milieu de mes quatre murs1 lo9 de t\t ce qui m'e/ *]1 en face d'un av5ir sombre et impntrable1 je me rappelle ces temps o1 dans une petite ville de ta connaissance 7,*ambry71 la tte appuye sur un autre dossi]1 et ne voyant aut\r de notre c]cle troit 7quelle imp]t95ce1 ju/e ciel67 que de petits hommes et de petites *oses1 je me disais3 ,suis-je donc condamn vivre et m\rir ici comme une hutre atta*e son ro*]8 ,alors je s\ffrais beauc\p2 j'avais la tte *>ge1 fatigue1 aplatie p> l'norme poids du ri54 ,mais aussi quelle comp5sation6 je n'avais qu' sortir de ma *ambre p\r v\s tr\v]1 mes bons amis4 ,ici t\t e/ gr&1 mais je suis seul2 et1 mesure que mes enfants se =m5t1 je s5s plus vivem5t la pe9e d'en tre sp>4 ,au re/e1 je ne sais pas trop p\rquoi ma plume1 presque mon insu1 s'amuse te griffonn] ces lignes mlancoliques1 c> il y a bi5 quelque *ose de mieux t'appr5dre4 ,je ne puis crire autant que je le v\drais1 mais jamais je ne v\s p]ds de vue4 ,v\s tes t\s dans mon coeur2 v\s ne p\vez en sortir que lorsqu'il cess]a de battre4 six c5ts lieues de di/ance1 les ides de famille1 les s\v5irs de l'enfance me raviss5t de tri/esse4 ,je vois ma mre qui se promne dans ma *ambre avec sa figure sa9te1 et en t'crivant ceci je pleure comme un enfant4 ,dlicieux6 ,,xviii ,ces s5sibilits de coeur contra/5t t\j\rs en lui avec les durets de l'esprit4 ,l'criva9 tait ac]be1 l'homme tait bon2 c'e/ le contraire de tant d'autres1 tels que ,jean-,jacques ,r\sseau1 hommes trs-humanitaires dans leurs crits1 trs-p]sonnels dans leur conduite4 ,m4 de ,mai/re n'aurait pas jet un *i5 de sa *i5ne cette voirie vivante o ,jean-,jacques ,r\sseau jetait ses enfants4 ,ses lettres suiv5t pas pas les vnem5ts et les comm5t5t sa manire4 ,aprs la bataille d',ina1 dit-il1 j'avais crit notre ami1 ,m4 de ,blacas3 ,ri5 ne peut rtablir la puissance de la ,prusse4 ,j'ai eu1 depuis que je raisonne1 une av]sion p>ticulire p\r le gr& ,frdric1 qu'un sicle frntique s'e/ ht de proclam] gr& homme1 mais qui n'tait au fond qu'un gr& ,prussi54 ,l'hi/oire not]a ce pr9ce comme un des plus gr&s ennemis du g5re huma9 qui ai5t jamais exi/4 ,sa mon>*ie tait un argum5t contre la ,provid5ce4 ,auj\rd'hui cet argum5t s'e/ t\rn en preuve palpable de la ju/ice t]nelle4 ,cet difice fameux1 con/ruit avec du sang et de la b\e1 de la fausse monnaie et des feuilles de bro*ures1 a cr\l en un cl9 d'oeil1 et c'en e/ fait p\r t\j\rs6 ,voyez le dang] des oracles6 un demi-sicle aprs cet ana?me la ,prusse balanait l'empire en ,allemagne et prosprait insolemm5t malgr les vices trs-rels de son orig9e1 et malgr1 qui sait8 peut-tre cause du ma*iavlisme de son fondateur et de ses cab9ets4 ,ceci s'adressait au comte d',av>ay1 favori de ,l\is ,,xviii1 alors rfugi ,milan s\s la protection de la ,russie4 ,t\rnez la page2 v\s lirez sur ,bonap>te les lignes suivantes p\r ju/ifi] la paix conclue p> la ,russie avec l'usurpateur du royaume de ,l\is ,,xviii4 ,je sais t\t ce qu'on peut dire contre ,bonap>te3 il e/ usurpateur1 il e/ meurtri]2 mais1 faites-y bi5 att5tion1 il e/ usurpateur mo9s que ,guillaume d',orange1 meurtri] mo9s qu'lisabe? d',anglet]re4 ,il faut savoir ce que dcid]a le temps1 que j'appelle le premi] m9i/re de la ,div9it au dp>tem5t des s\v]a9ets2 mais1 en att5dant1 ,monsieur le ,*evali]1 n\s ne sommes pas plus =ts que ,dieu4 ,il faut trait] avec celui qui il lui a plu de donn] la puissance4 ,allez plus lo91 v\s lirez des lettres ,l\is ,,xviii lui-mme1 roi bi5 digne p> son esprit d'un tel correspondant4 ,allez encore1 v\s arrivez bi5 inop9m5t une des plus tranges pripties de c>actre et d'imag9ation qui puiss5t confondre le don de prophtie dans un homme assez h>di p\r se l'arrog]4 ,n\s v\lons p>l] de la t5tative d'un rappro*em5t p]sonnel du comte de ,mai/re avec ,bonap>te4--,p\r quel b8 ,il e/ facile de le conjectur] qu& on a lu ses lettres familires et les lettres (ficielles plus rc5tes de/9es excus] sa dm>*e auprs de la c\r de ,s>daigne2 et enf9 p> quel int]mdiaire8 p> l'amiti du duc de ,rovigo 7,sav>y71 accus alors1 tort ou droit1 de l'excution sanglante du duc d',enghi54 ,le comte de ,mai/re1 qui v5ait1 deux lettres plus haut1 d'ana?matis] le meurtre du duc d',enghi51 se rappro*ant avec dfr5ce de ,sav>y qui v5ait d'assi/] l'excution de la victime6 ,et le m9i/re du roi de ,s>daigne se conc]tant1 l'insu de son matre1 avec le m9i/re de ,bonap>te p\r opr] un rappro*em5t intime et secret entre l'homme de ,v9c5nes et le roi de ,cagli>i6 ,la plume tombe des doigts4 ,laissons le comte de ,mai/re faire lui-mme cette tonnante confession4 ,ne v\s fiez pas aux pr9ces1 dit l'criture4 ,ne v\s fiez pas aux prophtes politiques1 dit cette correspondance4 ,lisez1 c>1 si v\s ne lisiez pas1 v\s ne croiriez pas4 ,,xix ,on a vu1 p> les lettres prcd5tes1 que l'envoy oisif du roi de ,s>daigne ,pt]sb\rg flottait entre la rsi/ance et l'acquiescem5t la =tune de ,napolon1 et qu'il comm5ait pr5dre au srieux cette =tune qu'il avait d'abord prise en moqu]ie ou en ha9e4 ,on a vu de plus que l'envoy du roi de ,s>daigne s'ennuyait de son oisivet4 ,qu'avait-il faire en effet ,pt]sb\rg qu' recevoir de lo9 les rumeurs des *amps de bataille1 des ngociations1 des congrs1 des entrevues d',erfurt ou de ,tilsitt entre les pr9ces1 et transmettre sa c\r les mille et mille commrages politiques des salons de ,pt]sb\rg1 commrages vagues1 s\v5t faux1 sur lesquels il *afaudait des dp*es1 des plans1 des comb9aisons plus propres amus] sa c\r de ,cagli>i qu' la s]vir8 ,l'envoy de ,s>daigne n'avait en ralit l qu'un seul rle3 c\t] aux portes et faire de l'esprit sur ce qu'il avait ent5du p> le tr\ de la s]rure4 ,le mti] n'allait pas une tte si =te et si active4 ,il rvait un rle plus con=me sa /ature2 il n'aspirait ri5 mo9s qu' r5dre son ombre de g\v]nem5t un trne rel sur le cont95t1 p] fas et nefas4 ,on va le voir4 ,il v\lait impos] son nom la reconnaissance de la maison de ,savoie p> un de ces s]vices (ficieux1 clatants1 qui font d'un sujet le re/aurateur de son pr9ce2 ou plutt il ne savait pas bi5 prcism5t encore ce qu'il v\lait cet g>d1 c> la rsurrection du ,pimont lui p>aissait radicalem5t impossible tant que ,napolon s]ait sur le trne1 et cep5dant c'tait dsormais ,napolon qu'il allait s'adress] p\r relev] la mon>*ie de ,s>daigne sur le cont95t4 ,il s'agissait donc dans sa p5se d'un de ces desse9s confus1 *imriques1 quivoques1 qui ont beso9 du succs p\r tre av\s4 ,or1 puisqu' ses propres yeux il tait impossible1 ,napolon vivant1 de r5dre ,tur91 le ,pimont et la ,savoie au roi de ,s>daigne1 c'tait donc un autre royaume qu'il fallait obt5ir de ,napolon en indemnit p\r cette c\r4 ,mais1 p\r que cette indemnit d'un royaume dta* p> ,napolon lui-mme de ses conqutes pt tre donn au roi de ,s>daigne1 il fallait deux *oses3 d'abord cons5tir tre l'oblig et p\r a9si dire le complice du conqurant di/ributeur d'empires4 ,que dev5ait l'honneur de la maison de ,savoie8 ,il fallait de plus accept]1 aprs l'avoir sollicit1 un de ces royaumes arra*s p> le conqurant une autre maison rgnante p\r en gratifi] la maison de ,savoie dev5ue usurpatrice son t\r4 ,que dev5ait la lgitimit8 ,on voit que t\t cela n'tait ni trs-digne1 ni trs-logique1 ni trs-moral4 ,les politiques n'ont pas de scrupules1 mais les prophtes1 qui p>l5t sans cesse au nom de la morale div9e1 sont t5us d'en avoir4 ,m4 de ,mai/re en manquait ici4 ,quoi qu'il en soit1 le comte de ,mai/re inv5ta dans sa fconde imag9ation1 une belle nuit1 un plan de re/auration1 ici ou l1 de la c\r de ,s>daigne4 ,ce plan1 il se g>da bi5 de l'av\] p]sonne1 de peur qu'on ne s\fflt sur sa *imre3 les av5tureux craign5t les conseils4 ,ce plan consi/ait sduire ,sav>y1 l'envoy de ,napolon en ,russie1 p> les empressem5ts de sa politesse et p> les agrm5ts de son esprit2 puis1 aprs avoir sduit l'envoy1 de sduire le matre1 de conv]tir ,napolon la contre-rvolution p> la puissance d'un entreti5 tte tte avec le va9queur du monde1 de l'bl\ir1 de le fasc9]1 de le magntis]1 de le dompt] =ce d'audace et d'loqu5ce1 de le conva9cre de la ncessit de rtablir la maison de ,savoie dans quelque gr& tablissem5t mon>*ique sur le cont95t2 puis1 aprs ce triomphe du gnie sur ,napolon1 de rev5ir la c\r de ,cagli>i en apportant son s\v]a9 un royaume ou un autre4 ,,xx ,on compr5d1 sans qu'il soit beso9 de le dire1 que l'envoy du roi de ,s>daigne en ,russie se g>da bi5 de consult] sa c\r sur une si trange halluc9ation de sa propre politique2 la c\r proscrite1 mais scrupuleuse1 de ,cagli>i aurait1 au premi] mot1 dsav\ et rappel son m9i/re4 ,comm5t1 en effet1 la maison proscrite de ,savoie aurait-elle avec dignit m5di un trne son proscripteur8 et comm5t cette maison royale1 reprs5tant dans son le la fidlit malheureuse la lgitimit des trnes1 aurait-elle pu se dm5tir en expulsant elle-mme une autre maison royale de ses possessions1 p> la ma9 de ,napolon1 p\r se d%onor] en acceptant ses dp\illes8 ,or1 n\s l'avons dit1 on ne p\vait pr5dre cette indemnit de la maison dp\ille de ,savoie que sur d'autres dp\illes4 ,et1 de plus1 comm5t le roi de ,s>daigne1 alli et protg de la ,russie1 de l',anglet]re1 de l',espagne1 de l',autri*e1 de la ,prusse1 p>5t enf9 de la maison de ,b\rbon1 aurait-il ju/ifi aux yeux de ces allis naturels ses relations secrtes avec ,napolon1 le j\r o cette ngociation ou cette intrigue vi5drait transpir] du cab9et de ,m4 de ,mai/re dans le monde8 ,c'tait l une de ces manoeuvres quivoques qui p]d5t plus que la =tune d'une c\r1 qui p]d5t son c>actre4 ,le comte de ,mai/re en eut le press5tim5t sans d\te1 c> il g>da un pr(ond sil5ce1 sil5ce trs-rprh5sible1 env]s sa c\r sur ces av5tures de diplomatie trs-compromettantes p\r ceux dont il tait c5s tre le diplomate4 ,qu& un homme reprs5te son s\v]a91 l'homme disp>at s\s le m9i/re4 ,il ne lui e/ pas p]mis de dire3 ,j'agis1 comme homme priv1 dans un s5s inv]se de mon rle et de mon devoir comme m9i/re de ma c\r4 ,si l'on veut agir comme homme priv et d'aprs ses propres inspirations au lieu d'agir selon ses in/ructions1 il faut comm5c] p> donn] sa dmission de son titre d'envoy de sa c\r4 ,alors on e/ libre1 on n'engage que soi2 mais en re/ant m9i/re1 et en agissant comme homme1 on engage sa c\r et on =fait sa mission4 ,voil les pr9cipes4 ,le comte de ,mai/re les faussait en prt5dant agir comme homme et re/] revtu de son c>actre d'envoy de son roi4 ,on conoit l'tonnem5t et la ju/e colre qui saisir5t les m9i/res et le roi ,cagli>i qu& les m9i/res et le roi apprir5t avec /upeur cette inc>tade de zle et cette folie de fidlit dans leur m9i/re ,pt]sb\rg4 ,de ce j\r data1 p\r ,m4 de ,mai/re1 rprim& et mal p>donn1 une dfiance et un loignem5t de sa c\r son g>d qui ne lui p]mir5t jamais de mont] jusqu'o son gnie p\vait prt5dre en ,pimont4 ,lisons de sa propre ma9 le rcit de cette incroyable *auff\re de zle4 ,,xxi ,au mom5t ou je m'occupais de ces ides1 crit-il plus t>d au m9i/re des affaires trangres ,cagli>i p\r s'excus]1 il arrive ici un favori de ,napolon 7,sav>y74 ,cet homme se pr5d de quelque intrt p\r moi4 ,il e/ prs5t dans une maison o je suis =t li1 ,m4 de ,laval1 ,franais rsidant ,pt]sb\rg et *ambellan de l'emp]eur ,alex&re4 ,je me dem&e s'il n'y aurait pas moy5 de tir] p>ti des circon/ances en faveur du roi4 ,les hommes extraord9aires 7,napolon7 ont t\s des mom5ts extraord9aires2 il ne s'agit que de savoir les saisir4 ,les raisons les plus =tes m'engag5t croire que1 si je p\vais abord] ,napolon1 j'aurais des moy5s d'ad\cir le lion et de le r5dre plus traitable l'g>d de la maison de ,savoie4 ,je laisse mrir cette ide1 et plus je l'exam9e1 plus elle me p>at plausible4 ,je comm5ce p> les moy5s de l'excut]1 et cet g>d il n'y a ni d\te ni difficult4 ,le *ambellan1 ,m4 de ,laval1 dont il e/ inutile que je p>le longuem5t1 tait1 comme je v\s le disais t\t l'heure1 fait exprs4 ,il s'agissait donc uniquem5t d'c>t] de cette entreprise t\s les inconvni5ts possibles1 et de pr5dre g>de avant t\t de ne pas *oqu] ,napolon4 ,p\r cela je comm5ce p> dress] un ,mmoire crit avec cette espce de coquett]ie qui e/ ncessaire t\tes les fois qu'on aborde l'autorit1 surt\t l'autorit n\velle et ombrageuse1 sans bassesse cep5dant1 et mme1 si je ne me trompe1 avec quelque dignit4 ,v\s en jug]ez v\s-mme1 puisque je v\s ai envoy la pice4 ,au surplus1 ,monsieur le ,*evali]1 j'avais peu de cra9tes sur ,bonap>te4 ,la premire qualit de l'homme n p\r m5] et ass]vir les hommes1 c'e/ de connatre les hommes4 ,sans cette qualit il ne s]ait pas ce qu'il e/4 ,je s]ais bi5 heureux si l'emp]eur me d*iffrait comme lui4 ,l'emp]eur ,alex&re a vu1 dans la t5tative que j'ai faite1 un lan de zle1 et1 comme la fidlit lui plat depuis qu'il rgne1 en refusant de m'c\t] il ne m'a fait cep5dant aucun mal4 ,le s\v]a9 lgitime intress dans l'affaire 7le roi de ,s>daigne7 peut se tromp] sur ce po9t2 mais l'usurpateur e/ infaillible4 ,t\t p>aissant sr de ce ct1 et m'tant assur d'ailleurs de l'approbation de la c\r de ,russie1 et mme de la protection que les circon/ances p]mettai5t1 il fallait p5s] l',anglet]re4 ,il confie son ide l'ambassadeur d',anglet]re en ,russie2 celui-ci1 videmm5t emb>rass de la confid5ce1 la lui dconseille aussi polim5t qu'il peut4 ,je comptais comm5c] la conv]sation avec ,bonap>te1 cont9ue-t-il1 peu prs de cette manire3 ,ce que j'ai v\s dem&]1 avant t\t1 c'e/ que v\s ne *]*iez po9t m'effray]1 c> v\s p\rriez me faire p]dre le fil de mes ides1 et =t inutilem5t1 puisque je suis entre vos ma9s4 ,v\s m'avez appel1 je suis v5u2 j'ai votre p>ole4 ,faites-moi fusill] dema91 si v\s v\lez1 mais c\tez-moi auj\rd'hui4 ,quant l'pilogue que j'avais galem5t projet1 je puis aussi v\s le faire connatre4 ,je comptais dire peu prs3 ,il me re/e1 ,sire1 une *ose v\s dcl>]3 c'e/ que jamais homme vivant ne saura un mot de ce que j'ai eu l'honneur de v\s dire1 pas mme le roi mon matre2 et je ne dis po9t ceci p\r v\s2 c> que v\s importe8 ,v\s avez un bon moy5 de me faire taire1 puisque v\s me t5ez4 ,je le dis cause de moi1 af9 que v\s ne me croyiez pas capable de publi] cette conv]sation4 ,pas du t\t1 ,sire6 ,reg>dez t\t ce que j'ai eu l'honneur de v\s dire comme des p5ses qui se sont leves d'elles-mmes dans votre coeur4 ,ma9t5ant1 je suis en rgle2 si v\s ne v\lez pas me croire1 v\s tes bi5 le matre de faire t\t ce qu'il v\s plaira de ma p]sonne2 elle e/ ici4 ,comm5t donc cette ide a-t-elle t si mal accueillie ,cagli>i8 ,je crois que v\s m'en dites la raison1 sans le savoir1 dans la premire ligne *iffre de votre lettre du #ae fvri]1 o v\s me dites que la mi5ne e/ un monum5t de la plus gr&e surprise4 ,voil le mot1 ,monsieur le ,*evali]2 le cab9et e/ surpris4 ,t\t e/ p]du4 ,en va9 le monde cr\le1 ,dieu n\s g>de d'une ide imprvue6 et c'e/ ce qui me p]suade encore davantage que je ne suis pas votre homme2 c> je puis bi5 v\s promettre de faire les affaires de ,s4 ,m4 aussi bi5 qu'un autre1 mais je ne puis v\s promettre de ne jamais v\s surpr5dre4 ,c'e/ un inconvni5t de c>actre auquel je ne vois pas trop de remde4 ,depuis six mortelles annes1 mon infatigable plume n'a cess d'crire *aque sema9e que ,s4 ,m41 comptant absolum5t sur la puissance a9si que sur la loyaut de son gr& ami l'emp]eur d',autri*e1 et ne v\lant pas faire un pas sans son approbation1 etc4 ,c'e/ cela qui ne surpr5d pas6 ,dieu veuille bnir les armes de ,m4 de ,front plus que les mi5nes6 ,qu& j'ai vu qu'elles se brisai5t dans mes ma9s1 j'ai fait un ef=t p\r voir si je p\rrais rompre la c>te4 ,bonap>te n'a pas v\lu m'ent5dre2 si v\s y songez bi51 v\s v]rez que c'e/ une preuve c]ta9e que j'avais bi5 p5s4 ,il a jug propos1 au re/e1 de g>d] un sil5ce absolu sur cette dm>*e2 c> je n'ai nulle preuve qu'il en ait crit son ambassadeur ici1 et je suis sr qu'il n'en a pas p>l au comte ,tol/o ,p>is4 ,je n'ai dem&1 aj\te-t-il1 qu'une simple conv]sation avec ,napolon comme simple p>ticuli]4 7,n\s avons montr que le simple p>ticuli] n'exi/ait pas dans le m9i/re1 mo9s qu'il n'et donn sa dmission47 ,il n'y avait que moi de compromis1 dit-il encore1 c> on tait matre de m'emprisonn] ou de m'trangl] ,p>is4 ,,xxii ,n\s v5ons de retr\v] dans les ,dp*es publies rcemm5t ,tur9 des traces plus explicites de cette affaire4 ,elle fut la gr&e faute de la vie publique du comte de ,mai/re4 c\tez son entreti5 secret avec ,sav>y1 et lisez quelques phrases du ,mmoire que le comte de ,mai/re adresse cet aide de camp de ,napolon p\r tre communiqu ,napolon lui-mme4 ,on ne croirait pas1 avant d'avoir lu1 que la confiance dans la t\te-puissance de son propre gnie et port si lo9 un homme de tant de s5s4 ,il faut croire en soi qu& on e/ une intellig5ce suprieure1 mais il ne faut pas y croire jusqu' la folie1 s\s pe9e de t5t] des *oses folles4 #b octobre #ahjg4 ,m>di je vis le gnral ,sav>y *ez ,m4 de ,laval4 ,aprs les premires rvr5ces1 je lui dis que j'tais extrmem5t mortifi de ne p\voir me r5dre *ez lui1 mais que la *ose n'tait pas possible1 vu l'tat de gu]re qui subsi/ait en quelque manire entre nos deux s\v]a9s4 ,en effet1 lui dis-je1 le vtre *asse les reprs5tants ou les ag5ts du roi1 et il refuse expressm5t de le reconnatre p\r s\v]a94 ,il me rpondit polim5t3--,c'e/ vrai4 ,il engagea d'abord la conv]sation sur les migrs1 sur la ju/ice et l'indisp5sable ncessit des confiscations1 etc42 c> il croyait que je v\lais p>l] p\r moi1 et la veille il avait dit ,m4 de ,laval qu'il ne voyait pas quelles esprances je p\vais avoir p\r mon matre1 mais qu'il en avait de trs-gr&es p\r moi4 ,il me semble1 lui dis-je1 ,gnral1 que n\s p]dons du temps1 c> il ne s'agit nullem5t de moi dans cette affaire4 ,supposez mme que je n'exi/e pas4 ,je n'ai ri5 dem&] au s\v]a9 qui a dtruit le mi54 ,il p>ut un peu surpris4 ,alors il tomba sur le ,pimont4--,p\rriez-v\s concevoir1 ,monsieur1 l'ide d'une re/itution8 etc4 ,ce fut encore une tirade t]rible4 ,je le laissai dire1 c> il ne faut jamais arrt] un ,franais qui fait sa po9te4 ,qu& il fut las1 je lui dis3--,gnral1 n\s sommes t\j\rs hors de la "q1 c> jamais je ne v\s ai dit que je v\lusse dem&] la re/itution du ,pimont4 --,mais que v\lez-v\s donc1 ,monsieur8 --,p>l] votre emp]eur4 --,mais je ne vois pas p\rquoi v\s ne me diriez pas moi-mme444 --,ah6 je v\s dem&e p>don1 il y a des *oses qui sont p]sonnelles4 --,mais1 ,monsieur le ,comte1 qu& v\s s]ez ,p>is1 il faudra bi5 que v\s voyiez ,m4 de ,*ampagny4 --,je ne le v]rai po9t1 ,monsieur le ,gnral1 du mo9s p\r lui dire ce que je veux dire4 --,cela n'e/ pas possible2 ,monsieur1 l',emp]eur ne v\s recevra pas4 --,il e/ bi5 le matre1 mais je ne p>tirai pas1 c> je ne p>tirai qu'avec la c]titude de lui p>l]4 ,il en rev9t t\j\rs sa premire "q3--,mais qu'e/-ce que v\s v\lez8 ,enf91 ,monsieur1 la c>te gographique e/ p\r t\t le monde2 v\s ne p\vez voir autre *ose que ce que j'y vois4 ,v\driez-v\s ,gnes8 la ,toscane8 ,piomb9o8 ,il c\rait t\te la c>te4 --,je v\s ai dit1 ,monsieur le ,gnral1 qu'il ne s'agit que de p>l] tte tte votre emp]eur1 oui ou non4 ,je v\s exprim]ais difficilem5t l'tonnem5t du gnral1 et vraim5t il y avait de quoi tre tonn4 ,cette conv]sation mmorable a dur1 avec une vhm5ce incroyable1 depuis sept heures du soir jusqu' deux heures du mat94 ,un seul ami prs5t m\rait de peur que l'un des deux int]locuteurs ne jett l'autre hors des gonds2 mais je m'tais promis moi-mme de ne pas gt] l'affaire1 et1 p\rvu que l'un des deux ait fait ce voeu1 c'e/ assez4 ,le gnral ,sav>y m'a dit en propres t]mes3 ,on ne l'inquit]a po9t dans sa ,s>daigne2 qu'il s'appelle mme roi s'il le juge propos2 ce s]a son fils de savoir ensuite ce qu'il e/4 ,voil une des g5tillesses que j'ai ent5dues4 ,je ne v\s dtaille po9t cette conv]sation2 il faudrait un volume1 et le livre s]ait trop tri/e4 ,ce que je puis v\s dire1 c'e/ que je me suis avanc dans la confiance du gnral1 c> en sortant il dit au *ambellan qui l'accompagnait3 ,je suis vif2 si p> has>d j'ai dit quelque *ose qui ait pu afflig] le comte de ,mai/re1 dites-lui que j'en suis f*4 ,le rsultat a t qu'il se *>g]ait d'un ,mmoire que je lui remis peu de j\rs aprs4 ,dans ce ,mmoire je dem&e de m'en all] ,p>is avec la c]titude d'tre admis p>l] l'emp]eur sans int]mdiaire2 je prote/e expressm5t que jamais je ne dirai aucun homme vivant 7sans exception quelconque7 ri5 de ce que j'ent5ds dire l'emp]eur des ,franais1 pas plus que ce qu'il p\rrait avoir la bont de me rpondre sur c]ta9s po9ts2 que cep5dant je ne faisais aucune difficult de faire monsieur le gnral ,sav>y1 qui le ,mmoire tait adress1 les trois dcl>ations suivantes3 #a ,je p>l]ai sans d\te de la maison de ,savoie1 c> je vais p\r cela2 #b je ne prononc]ai pas le mot de re/itution2 #c je ne f]ai aucune dem&e qui ne s]ait pas provoque4 ,si je suis rep\ss1 je suis ce que je suis1 c'e/--dire ri51 c> n\s sommes dans ce mom5t totalem5t bas4 ,si je suis appel1 j'ai pe9e croire que le voyage ne produira pas quelque *ose de bon1 plus ou mo9s4 ,sav>y montre1 dans cette entrevue1 la rudesse1 mais le bon s5s d'un soldat4 ,il ne flatte pas le rve1 mais il c\te l'homme4 ,il expdie mme son ,mmoire ,napolon4 ,mon ,mmoire e/ p>ti1 dit plus bas le comte4 ,le v5t de l'op9ion l'a emport1 accompagn1 favoris plus qu'il ne m'e/ p]mis de v\s le dire4 ,si j'ai vcu jusqu' prs5t d'une manire irrpro*able1 j'en ai recueilli le prix dans cette occasion4 ,malheureusem5t t\t s'e/ born la p]sonne1 l'exclusion de l'objet politique4 ,,xxiii ,ce ,mmoire1 que n\s avons s\s les yeux1 e/ en t\t une ab]ration de zle4 ,qu'on en juge p> quelques citations4 ,je n'ai po9t la prt5tion de dploy] ,p>is un c>actre public2 le roi mon matre ignore mme 7je l'assure sur mon honneur7 la rsolution que j'ai prise4 ,la grce que je dem&e e/ donc absolum5t sans consqu5ce4 ,arriv en ,france1 je n'ai plus de titre2 le droit publie cesse de me protg]1 et je ne suis plus qu'un simple p>ticuli] comme un autre s\s la ma9 du g\v]nem5t4 ,il semble donc que dans cette circon/ance la politique ne gne aucunem5t la bi5faisance4 ,sa ,maje/ ,impriale apprci]a d'ailleurs mieux que p]sonne le m\vem5t qui m'entrane4 ,au re/e1 quoique je connaisse les =mes et que je sois trs-rsolu m'y s\mettre1 quoique j'aie la plus gr&e ide des m9i/res franais et que la confiance qu'ils ont mrite les recomm&e suffisamm5t celle de t\t le monde1 nanmo9s je dois rpt] ici ,m4 le gnral ,sav>y ce que j'ai eu l'honneur de lui dire de vive voix3 c'e/ que mon ambition pr9cipale1 en me r5dant ,p>is1 s]ait1 aprs avoir rempli t\tes les =mes d'usage1 d'avoir l'honneur d'entret5ir en p>ticuli] ,sa ,maje/ l',emp]eur des ,franais4 ,p\r obt5ir cette faveur1 ri5 ne me cot]ait2 mais1 si je ne puis y compt]1 le c\rage m'ab&onne4 ,si l'on peut voir au premi] c\p d'oeil quelque *ose de trop h>di dans cette ambition1 la rflexion pr\v]a bi5tt que le s5tim5t qui m'anime ne peut s'appel] audace ni lgret1 et que l'homme qui pr5d une telle dt]m9ation y a suffisamm5t p5s4 ,je s5s d'ailleurs et je prote/e que c'e/ une grce1 et que je n'y ai pas le mo9dre droit2 mais1 p\r la r5dre mo9s difficile1 ou p\r r5dre au mo9s la dem&e mo9s dfavorable1 je ne fais aucune difficult de faire ,m4 le gnral ,sav>y les trois dcl>ations suivantes3 #a ,si l',emp]eur des ,franais avait l'extrme bont de m'ent5dre1 j'aurais sans d\te l'honneur de lui p>l] de la maison de ,savoie2 #b ,je ne prononc]ais pas le mot de re/itution2 #c ,je ne f]ais aucune dem&e qui ne s]ait pas provoque4 ,j'ose croire que ces trois dcl>ations exclu5t jusqu' l'app>5ce de l'inconsidration1 et1 qu& mme mon dsir s]ait rep\ss1 j'ose croire encore que ,sa ,maje/ l',emp]eur des ,franais n'y v]rait ri5 qui *oque les conv5ances1 ri5 qui ne s'accorde p>faitem5t avec la ju/e ide qu'il doit avoir de lui-mme4 ,,xxiv ,l'emp]eur ,napolon ne rpondit mme pas une dem&e d'audi5ce si extraord9aire et qui ne p\vait que l'emb>rass]4 ,il ne p\vait sacrifi] ses dp>tem5ts du ,pimont incorpors l'empire une conv]sation loqu5te avec un homme d'exc5tricit4 ,il ne p\vait improvis] un trne p\r ,m4 de ,mai/re sans dtrn] ou un autre s\v]a9 des vieilles races1 ou un n\veau s\v]a9 de sa propre maison4 ,le rve eut un tri/e rveil4 ,t\t fut connu4 ,la c\r de ,cagli>i1 de plus en plus surprise1 ne mnagea pas les t]mes dans sa rprim&e son m9i/re en ,russie4 ,n\s voyons le contre-c\p de ces mcont5tem5ts trs-graves de la c\r de ,cagli>i l'am]tume des rpliques du comte de ,mai/re dans une de ses lettres1 du #b ju91 au *evali] ,rossi1 qui lui avait transmis avec une rudesse mal mitige le mcont5tem5t du roi4 ,il y a une expression de votre lettre1 rpond ,m4 de ,mai/re au *evali] ,rossi1 qui m'inspire moi les rflexions les plus pr(ondes et les plus tri/es4 ,ce qui peut v\s arriv] de plus heureux p\r v\s1 m'crivez-v\s1 c'e/ que1 etc41 etc4 7,sans d\te qu'on oublie ,cagli>i une telle av5ture47 ,v\s m'oblig]iez beauc\p de me dire ce qui p\rrait m'arriv] de plus malheureux4 ,entrez dans cette tri/e analyse1 exam9ez de t\s les cts o il e/ possible de bless] et de punir un homme2 v\s v]rez que t\t e/ fait dj1 et qu'il n'y a plus moy5 de tu] un cadavre et de frapp] sur ri54444 ,v\s saisissez votre plume massive1 et v\s m'crivez comme un jeune homme qui dbut]ait dans le monde et qui *]*]ait une rputation1 je p\rrais mme aj\t]3 comme une espce de mauvais sujet4 ,v\s s\haitez p\r mon bi5 que je ne sois pas p>ti p\r ,p>is1 et v\s m'appr5ez mme que le roi veut bi5 ne pas donn] une int]prtation s9i/re ma dm>*e6--tait-ce donc p\r mon plaisir que je v\lais all] ,p>is8444 la suite de ces repro*es et de ces rcrim9ations1 le comte de ,mai/re accusait trs-inju/em5t sa c\r d'+ratitude et mme de p]scution env]s lui4 ,l'humeur ici manquait1 non de fi]t1 mais de ju/ice4 ,le peu de bi5s1 dans la ,savoie1 dont il avait cra9t un mom5t d'tre dp\ill en qualit d'migr lui avait t r5du2 le mode/e emploi de snateur au tribunal de ,*ambry1 emploi aussi peu rtribu que peu imposant1 n'tai5t pas de gr&s sacrifices comp>s au rang d'ambassadeur une des premires c\rs de l',europe1 aux titres1 aux dignits m95tes1 aux dcorations1 au traitem5t dont il tait honor p> le trsor si pauvre de ,s>daigne1 et enf9 aux faveurs trs-utiles dont il j\issait1 lui1 son frre et son fils1 p> l'amiti de l'emp]eur de ,russie4 ,les pla9tes dpassai5t videmm5t ici les griefs4 ,n\s avons vu un autre gr& criva9 politique1 combl de dons et d'honneurs p> les pr9ces de la maison de ,b\rbon1 remplir galem5t le monde de ses pla9tes mal fondes contre leur prt5due +ratitude4 ,il e/ plus ais d'tre exigeant env]s les autres que ju/e env]s soi-mme4 ,seulem5t ce gr& criva9 racontait ses griefs l'univ]s1 et ,m4 de ,mai/re ne publiait ses am]tumes que dans ses dp*es confid5tielles sa c\r4 ,il manife/e dj demi-mot1 dans ses dp*es un peu rcrim9atoires1 l'int5tion de *]*] une plus solide base de sa vie auprs de l'emp]eur ,alex&re4 ,il obti5t1 en att5dant1 du roi de ,s>daigne1 l'autorisation d'atta*] son fils au s]vice de ,russie4 ,cette autorisation lui e/ accorde2 le roi y aj\te une p5sion de quatre-mille francs p\r ce jeune homme4 ,des commrages politiques sur la c\r de ,russie rempliss5t en p>tie le re/e de ces dp*es4 ,le gnral ,caula9c\rt1 ambassadeur de ,france aprs ,sav>y1 le traitait dans ses lettres avec une ddaigneuse brutalit de /yle4 ,le sil5ce de ,napolon aux avances du gr& criva9 avait aigri l'encre du comte de ,mai/re4 ,quelques-uns de ces commrages sont peu dignes d'une plume srieuse4 ,les am\rs de l'emp]eur ,alex&re avec la belle pr9cesse ,m>ia-,antonia1 que n\s avons connue n\s-mmes sur le dcl9 encore rayonnant de sa beaut1 sont raconts avec une lgret qui tonne4 ,ce n'e/ po9t une ,montespan1 dit-il2 c'e/ une la ,vallire1 hormis qu'elle n'e/ pas boiteuse et que jamais elle ne se f]a c>mlite4 ,son rle d'ambassadeur c\rtisan fait fl*ir son rigorisme4 ,il va *ez la beaut en crdit et se vante de sa faveur auprs d'elle4 ,diman*e d]ni]1 #c septembre1 il y eut une fte sup]be *ez la favorite1 la campagne3 bal1 feu d'artifice magnifique sur la rivire et s\p] de deux c5ts c\v]ts4 ,n\s ne fmes pas peu surpris de n'y voir ni l'ambassadeur de ,france ni aucun ,franais4 ,t\s les app>tem5ts tai5t ouv]ts et illum9s4 ,dans le cab9et de la belle dame1 dcor avec la plus somptueuse lgance1 n\s vmes au-dessus du sopha1 dev9ez quoi8 le portrait du pr9ce ,s*w>z5b]g4 ,t\t le monde se t\*ait du c\de3 ,allez1 allez voir6 ,depuis plus d'une anne je n'allais plus dans cette maison1 et j'ai su qu'on m'en a l\ comme d'un trait de politique1 p>ce qu'on a cru que je m'tais retir p\r n'avoir pas l'air d'intrigu] et de m'atta*] cette ancre p\r me t5ir f]me4 ,c]tes1 on me faisait beauc\p d'honneur4 ,je n'ent5ds ri5 du t\t cette tactique2 je n'y allais plus p> indol5ce1 et aussi p>ce que quelque *ose m'avait dplu l4 ,mais cette fois j'ai t invit en p]sonne p> le matre de la maison2 je lui dis en riant3 ,mais1 ,monsieur1 il faudra que v\s ayez la bont de me prs5t] de n\veau madame comme un homme qui arrive2 ce qui f\rnit la matire un bad9age aimable lorsque j'entrai4 ,la belle ,m>ia-,antonia recevait son monde avec sa robe blan*e et ses *eveux noirs1 sans diamants1 sans p]les1 sans fleurs2 elle sait =t bi5 qu'elle n'a pas beso9 de t\t cela4 ,le neglig5ze sue sono artifici4 ,le temps semble gliss] sur cette femme comme l'eau sur la toile cire4 ,*aque j\r on la tr\ve plus belle4 ,je compr5ds que la sagesse p\rrait vit] ce filet1 mais je ne compr5ds gure comm5t elle p\rrait en sortir4 ,elle a d'ailleurs1 ce qu'il p>at1 compltem5t dev9 le gr& secret de sa position3 ,ne faites pas att5tion aux di/ractions4 ,moy5nant cela je la crois inv9cible1 ou1 si v\s aimez mieux1 9branlable4 ,on s'tait imag9 c]ta9es *oses1 mais t\t s'en e/ all en fume4 ,quelques dp*es confid5tielles sa c\r vont mme au del2 telles sont les lettres semi-plaisantes1 semi-srieuses1 dans lesquelles il dem&e1 p\r pi] les secrets diplomatiques des m>is1 un secrtaire d'ambassade jeune1 beau1 sduisant1 propre s'ins9u] dans le coeur des femmes4 ,n\s savons bi5 que c'tait l une affectation d'habilet diplomatique t\t prix1 une jactance de lgret qui ne portait po9t atte9te la svrit de ses vrais pr9cipes et la puret de ses moeurs2 mais un rigori/e ne doit pas mme bad9] avec ces vices de c\r1 de peur de p]dre dans des bad9ages l'autorit morale avec laquelle il aura les fltrir comme criva94 ,,xxv ,quant ses vues politiques sur les de/9es du ,pimont1 elles sont p>faitem5t c>actrises dans une de ces dp*es4 ,il compr5d l'exi/5ce importante1 mais ncessairem5t secondaire1 de cet tat4 ,n\s sommes gra9 de sable1 crit-il1 et notre intrt vid5t e/ de n\s ma9t5ir gra94 ,p\rquoi agr&irais-je cette maison8 dira l',autri*e4 ,e/-ce p\r lui livr] une p>tie de mes possessions en ,italie et p\r expos] l'autre8 ,p\rquoi l'agr&irais-je8 dira la ,france4 ,e/-ce p\r lui donn] les moy5s de btir quelques citadelles de plus sur les ,alpes1 et de donn] l',autri*e1 qu& le roi de ,s>daigne jug]a propos de s'alli] avec elle1 un poids dcisif contre moi8--,donc t\t le monde e/ intress n\s t5ir bas4 ,faites encore1 aj\te-t-il1 une autre rflexion4 ,supposez que notre s\v]a9 de ,pimont1 n'ayant qu'un titre de pr9ce ou de duc1 se cont5te de rgn] la manire des ,mdicis de ,flor5ce1 p> exemple3 v\s ne tr\v]ez pas en ,europe de pays suprieur au ntre2 mais si le pays e/ oblig de support] une c\ronne royale et si on y bat le tamb\r1 la *ose *ange de face1 et le voil t\t de suite trop petit p\r tre une plante et trop gr& p\r tre un satellite4 ,n\velle cause de mdiocrit1 n\s tions trop gr&s p\r tre protgs et trop faibles p\r agir seuls4 7,correspondance1 page #gc47 ,et voil l'homme que ses comm5tateurs de ,tur9 d'auj\rd'hui veul5t reprs5t] comme un ennemi implacable de l',autri*e et comme un zlateur de la conqute de l',italie p> le ,pimont6 ,il dclamait voix basse contre l',autri*e1 en effet1 dans ses lettres confid5tielles la c\r s>de2 mais que repro*ait-il l',autri*e8 ,de trop complaire la ,france en lui laissant conv]tir sans prote/ation la ,savoie1 gographiquem5t franaise1 et le ,pimont1 emb\*ure des ,alpes1 en dp>tem5ts franais4 ,quelle que ft sa p>tialit p\r la maison de ,savoie1 le comte de ,mai/re avait trop de s5s p\r imag9] que l',autri*e p]mettrait jamais un roi de ,s>daigne1 avec sa brave mais petite arme savoy>de1 s>de et pimontaise1 de se sub/itu] l'empire et de conqurir l',italie1 que l'empire lui-mme1 avec ses six c5t mille hommes s\s les armes1 n'avait jamais pu possd]4 ,il avait trop de s5s aussi p\r s'imag9] que la ,france p]mettrait impunm5t cette maison de ,savoie de con/itu] contre elle1 sur les ,alpes et au pi$ des ,alpes1 nos portes1 une puissance quivoque de qu9ze ou v+t millions d'hommes1 qui1 en s'alliant1 comme elle l'a t\j\rs fait1 avec l',autri*e1 =m]ait une masse de soixante millions d'hommes pesant p> leur runion sur notre frontire de l',e/ et du ,midi d'un poids qui n\s cras]ait en se runissant4 ,une telle politique s]ait une tmrit env]s la ,france2 c> les cab9ets de ,tur9 et de ,vi5ne aurai5t la clef des ,alpes dans leurs ma9s unies4 ,les traits de #ahad1 mme aprs le reflux victorieux de l',europe contre n\s1 avai5t tellem5t compris cette ncessit1 p\r la ,france1 de ne pas agr&ir dmesurm5t la maison ambitieuse de ,savoie1 que ces traits de #ahad n\s avai5t laiss en s\v]a9et franaise les trois qu>ts de la ,savoie4 ,les traits de #ahae n\s reprir5t la ,savoie t\t entire et agr&ir5t sans prvoyance et sans ju/ice la maison de ,savoie1 en lui octroyant1 du droit de sa convoitise1 la rpublique de ,gnes4 ,les ,gnois1 viol5ts dans leur nationalit1 murmurr5t et se s\levr5t en va9 contre cette confiscation de leur indp5dance4 ,la lgitimit tr\va cette fois la confiscation trs-lgitime4 ,le comte de ,mai/re n'aurait pas conseill cette usurpation de la rpublique de ,gnes son pays4 ,il tait si peu illusionn sur la conv5ance et sur la possibilit de la dom9ation du ,pimont sur l',italie qu'il crit1 presque la mme date1 au m9i/re de son roi ,cagli>i1 en p>c\rant les hypo?ses d'une re/auration encore bi5 d\teuse3 ,les considrations morales sont encore plus =tes4 ,je ne connais po9t de nation plus vritablem5t nation et qui ait plus d'unit nationale que la pimontaise2 mais cette unit t\rne contre la nation1 ou1 p\r mieux dire1 contre la maison rgnante1 en s'opposant t\t amalgame politique4 ,ne p]dez jamais de vue cet axiome3 ,aucune nation n'obx volontairem5t une autre4 ,prs5tez la maison de ,savoie t\s les peuples d',italie qui ont p]du leurs s\v]a9s2 t\s lui prt]ont s]m5t avec joie si elle s'tablit p>mi eux2 mais1 si elle devait t\j\rs sig] ,tur91 t\s dirai5t non4 ,s\mettez les ,gnois et les ,lomb>ds nos s\v]a9s2 ils v\s diront t\s qu'ils sont t\s g\v]ns p> les ,pimontais4 ,allez ensuite en ,france2 dem&ez un habitant de ,dunk]que ou de ,bayonne p> qui il e/ g\v]n2 il v\s rpondra3 ,p> le roi de ,france 7j'aime suppos] qu'il e/ t\j\rs sa place72 jamais il ne lui vi5dra en tte de v\s dire qu'il e/ g\v]n p> les habitants de l'le-de-,france1 que t\s les emplois sont p\r ces messieurs1 qu'ils vi5n5t faire les matres *ez les autres1 qu'ils veul5t t\t m5] leur manire1 et autres *ansons des nations sujettes4 ,un ,franais ne compr5d pas seulem5t cela2 l'habitant de ,dunk]que e/ ,franais1 celui de ,p>is e/ ,franais2 le roi g\v]ne les ,franais p> les ,franais3 ils n'en sav5t pas davantage4 ,la ,provid5ce1 en accordant l'unit nationale v+t-c9q millions d'hommes1 avait fait de la ,france le plus beau des royaumes aprs celui du ciel1 comme l'a dit ,grotius2 mais si cette unit *oit un petit rassemblem5t d'hommes1 plus elle e/ prononce1 plus elle s'oppose l'agr&issem5t du s\v]a9 de ce pays4 ,je p\rrais donn] beauc\p plus de dveloppem5t ces ides2 mais1 p\r abrg]1 j'arrt]ai seulem5t votre p5se sur un phnomne rem>quable3 c'e/ que nulle nation n'a le tal5t d'en g\v]n] une autre4 ,je ne connais aucun peuple que je mette au-dessus des ,pimontais p\r ce qui s'appelle bon s5s et jugem5t2 mais1 lorsqu'ils v5ai5t en ,savoie p\r y comm&]1 ce bon s5s n'tait plus le mme4 ,,xxvi ,on a vu en #ahdh combi5 le comte de ,mai/re avait eu le s5tim5t de ces antipa?ies inte/9es qui emp*5t t\t amalgame durable entre les div]ses nationalits itali5nes1 s\s un sceptre itali51 et plus peut-tre s\s un sceptre itali5 que s\s un protectorat trang]4 ,le j\r o le roi de ,pimont ,*>les-,alb]t laissa transpir] seulem5t l'ambition de *ang] la c\ronne de ,s>daigne contre la c\ronne d',italie1 ,milan bondit s\s ses pi$s contre ,tur91 et les peuples de la ,lomb>die dsav\r5t leur prt5du librateur pimontais4 ,la confdration seule e/ le mode futur de l'indp5dance itali5ne1 p>ce qu'elle laisse1 *acune des nationalits si div]ses et si ju/em5t fires de la ,pn9sule1 son nom1 sa capitale1 ses moeurs1 sa langue1 sa dignit1 son poids p]sonnel dans l'ensemble4 ,la conqute et l'unification p> le ,pimont n'e/ qu'un rve4 ,ce n'e/ pas le ,pimont qu'il faut gr&ir2 c'e/ l',italie qu'il faudra con/itu] libre et div]se comme l'a fait la nature4 ,l'ambition turbul5te de la maison de ,savoie e/ un mauvais auxiliaire4 ,la convoitise d'une c\r presse de s'annex] la ,lomb>die n'e/ pas un casus belli lgitime p\r la ,france4 ,qu& une prt5tion n\velle et envahissante de l',autri*e vi5dra f\rnir la ,france ce casus belli lgitime1 seule excuse qui puisse ju/ifi] une gu]re europenne1 ce n'e/ pas avec la maison de ,savoie qu'il faudra s'alli] (f5sivem5t et df5sivem5t1 c'e/ avec la ,pn9sule t\t entire4 ,alors v\s aurez dlivr la premire race d'hommes de la t]re p\r atte/] l'av5ir la reconnaissance du monde env]s l',italie1 alma p>5s1 et votre oeuvre subsi/]a1 p>ce que l',italie entire aura sa place dans cette n\velle ligue des ,a*ens4 ,autrem5t v\s n'aurez fait qu'agr&ir sur votre frontire un ami suspect et un ennemi dang]eux1 et ri5 ne subsi/]a de votre oeuvre sanglante et phmre2 c> l',italie veut bi5 obir elle-mme1 mais elle ne cons5tira jamais obir ce qu'il y a de mo9s itali5 en elle3 une mon>*ie compose de braves montagn>ds1 de rudes insulaires et d'hroques ,cisalp9s1 propres la df5dre1 inhabiles la dom9]4 ,la baonnette n'e/ pas un sceptre2 une confdration libre doit seule t5ir dans ses ma9s collectives le sceptre de l',italie4 ,n\s p5sons cet g>d comme le comte de ,mai/re4 ,,xxvii ,voil1 comme homme1 le vritable portrait du comte de ,mai/re1 avant l'poque o il dev9t illu/re p> sa plume3 une famille anglique1 un p\x irrpro*able1 un pre t5dre1 une pit de femme suce avec le lait d'une mre1 une v]tu antique1 sauf quelques g>em5ts d'esprit1 une ambition honnte1 mais trop active et peu mode/e1 une fidlit son roi bi5 rcomp5se1 mais une fidlit imprieuse =ant la ma9 son g\v]nem5t1 enf9 un publici/e trs-conte/able et trs-v>iable1 qui1 p\r cons]v] sa rputation d'infaillibilit1 corrigeait aprs c\p ses oracles qu& la =tune dm5tait ses prvisions1 et qui savait tre t\j\rs de l'avis des vnem5ts1 ces oracles de ,dieu4 ,voyons ma9t5ant en lui l'criva9 et le philosophe4 ,,lam>t9e4 7,la suite au mois pro*a947 ,,f9 ,,du ,,septi,,me ,,volume4 ,p>is4--,typographie de ,firm9 ,didot frres1 fils et ,cie4