,note au lecteur de ce fichier numrique3 ,seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges4 ,,cours ,,familier ,,de ,,litt,,rature ,,un ,,entretien ,,par ,,mois ,,par ,m4 ,a4 ,,de ,,lamartine ,,tome ,,septi,,me4 ,,paris ,,on ,s',,abonne ,,chez ,l',,auteur1 ,,rue ,,de ,,la ,,ville ,l',v,,que1 #dc4 #ahei ,l'auteur se rserve le droit de traduction et de reproduction l'tranger4 ,,cours ,,familier ,,de ,,litt,,rature ,,revue ,,mensuelle4 ,,vii ,paris4--,typographie3 ,firmin ,didot frres1 imprimeurs de l',institut et de la ,marine1 rue ,jacob1 #ef4 ,x,x,x,v,i,ie ,,entretien ,,la ,,litt,,rature ,,des ,,sens ,,la ,,peinture ,l,,opold ,,robert4 7#b;e ,,partie7 ,i ,nous avons dit1 en finissant le dernier ,entretien1 qu'il y avait un amour d'abord innocent1 puis imprudent1 puis mortel1 mais toujours inspirateur1 dans le gnie de ,lopold ,robert1 et que le secret de ses tableaux tait dans son me4 ,racontons ce qu'on sait de ce mystre2 cela nous aidera comprendre le prodigieux effet des peintures de ce jeune homme1 ds qu'elles parurent aux regards du public4 ,il en sortit comme une flamme1 parce qu'il avait dlay ses couleurs sur sa palette avec des larmes et avec du feu4 ,telle inspiration1 tel effet2 voil le secret de l'impression qu'on produit dans tous les arts1 soit avec la parole crite1 soit avec les notes1 soit avec le pinceau2 car l'art1 au fond1 ne vous y trompez pas1 ce n'est que la nature4 ,,ii ,en ce temps-l vivaient1 tantt ,florence1 tantt ,rome1 tantt en ,suisse1 au bord du lac de ,constance1 des familles exiles1 dont les prodigieuses vicissitudes d'lvation et de chute seront l'tonnement de l'histoire4 ,elles taient alors le spectacle de l',italie3 c'taient des branches de la famille des ,bonaparte4 ,plusieurs de ces branches1 dtaches du tronc par l'exil de ,napolon ,sainte-,hlne1 s'taient rfugies en ,italie1 terre des ruines et patrie de leurs anctres4 ,c'tait d'abord la mre de ,napolon1 ,hcube de cette race1 vivant l'ombre1 avec ses orgueils et ses mmoires d'aeule1 dans le palais du cardinal son frre4 ,c'tait ,lucien ,bonaparte1 dont le nom rpondait autant la ,rpublique qu' l',empire1 caractre deux aspects des hommes de deux dates1 la ,rpublique et l',empire4 ,il avait ddaign un trne offert au prix de la rpudiation d'une pouse de son choix2 il levait une belle et nombreuse famille de fils et de filles qui portent tous1 dans un coin de leur nature1 le sceau d'une trange puissance d'originalit et de volont4 ,parent de la femme de ,lucien par ma mre1 j'ai eu moi-mme l'occasion de connatre cette femme1 que son mari avait prfre un sceptre4 ,ceux de ses enfants que j'ai connus par elle avaient une empreinte de son nergie3 ,romains1 ,corses1 ,toscans1 natures granitiques4 ,,iii ,c'tait ensuite ,louis ,bonaparte1 roi volontairement descendu du trne de ,hollande1 homme n pour tre le contraste avec le chef de sa maison1 fait pour la vie prive1 ambitieux de repos1 de mrite littraire1 et non de puissance4 ,je l'ai connu mystrieusement ,florence1 pendant plusieurs annes1 sans que le public souponnt nos rapports1 que les convenances politiques de ma situation m'empchaient d'bruiter4 ,je n'allais jamais dans son palais2 il venait chez moi1 la nuit1 dans une voiture sans armoirie1 suivi d'un seul valet de chambre qui aidait ses pas infirmes monter l'escalier de ma villa1 hors des murs de ,florence4 ,nous passions de longues soires1 tte tte1 dans des entretiens purement littraires ou philosophiques qu'il avait la complaisance de rechercher4 ,je servais les ,bourbons2 il tait ,bonaparte3 il y avait cette incompatibilit entre nous2 mais il tait avant tout philosophe et pote2 il me lisait ses compositions2 j'oubliais qu'il tait roi d'une dynastie que je ne reconnaissais pas3 les lettres nivellent tout pendant qu'on en parle4 ,l'entretien termin1 bien avant dans la nuit1 je le reconduisais respectueusement jusqu' sa voiture2 il laissait aprs lui dans ma pense un parfum d'honntet que je crois respirer encore4 ,,iv ,c'tait la famille de ,joseph ,bonaparte1 ex-roi de ,naples et d',espagne1 rfugi en ,amrique avec d'opulents dbris de ses royauts4 ,c'tait la princesse ,borghse1 soeur de ,napolon4 ,je vivais familirement avec son beau-frre1 le prince ,aldobrandini1 et je voyais habituellement son mari1 le prince ,borghse1 le ,crassus de l',italie moderne4 ,il tait n pour jouir et pour faire jouir1 non pour gouverner2 homme fminin1 mari indulgent1 prince nul4 ,il habitait ses palais de ,toscane2 sa femme habitait son palais et ses villas impriales de ,rome4 ,je ne l'ai jamais connue1 mais je l'ai entrevue quelquefois dans ses promenades en voiture sous les pins parasols1 travers les statues1 moins belles qu'elle1 des jardins ,borghse4 ,c'tait dans les dernires annes de sa courte vie2 elle resplendissait encore des reflets de son soleil couchant1 comme une tte de ,vnus grecque effleure1 dans un muse1 par un dernier rayon du soir4 ,je ne sais par quel caprice1 dans une femme o tout tait caprice1 jusqu' la mort1 elle menait ordinairement avec elle un pauvre capucin1 assis ses cts dans sa voiture4 ,le contraste de ce capuchon de laine brune1 de cette tte de l'asctisme chrtien1 ct de ces cheveux sems de fleurs et de ce visage de beaut mourante aprs tant d'clat1 faisait monter le sourire aux lvres ou les larmes aux yeux4 ,charmante crature qui mourait enfant6 ,v ,c'tait la reine ,hortense1 femme de ,louis ,bonaparte1 qui venait de temps en temps ,rome ou en ,toscane voir ses fils1 et qui retournait vite sa solitude de ,suisse4 ,j'tais dj prmaturment connu littrairement alors2 elle tait illustre par son rang1 ses malheurs1 son got pour les lettres1 son talent pour la musique2 elle voulait me voir2 elle me fit tmoigner le dsir de me rencontrer1 comme par hasard1 dans une alle des ,cascines1 o j'avais l'habitude de me promener cheval2 elle m'assigna plusieurs fois la place et l'heure4 ,j'y manquai toujours2 j'avais contre elle les prventions vives d'un partisan de ,louis ,,xviii2 j'accusais cette reine d'avoir tremp dans le retour de l'le d',elbe1 en #ahae4 ,je me privai d'un grand plaisir pour ne pas faire une infidlit de simple politesse aux rois que je servais4 ,c'tait enfin le prince ,napolon1 fils an du roi de ,hollande et de la reine ,hortense1 frre du prince1 alors inconnu1 qui les versatilits du peuple1 les inexpriences de la libert1 les impatiences de la multitude et les pripties du sort prparaient de loin1 dans l'ombre1 un second empire4 ,ce prince1 fils d',hortense 7nous parlons de celui qui n'est plus71 tait un des hommes que les dons de la nature et les perfectionnements de l'ducation avaient faonns pour toutes les fortunes4 ,on venait1 par un mariage de famille1 de lui donner pour pouse sa cousine1 la princesse ,charlotte1 fille ane de ,joseph ,bonaparte3 cette famille1 impriale par le souvenir1 proscrite par le prsent1 ne pouvait gure s'unir qu'avec elle-mme4 ,je n'ai fait qu'entrevoir cette princesse ,charlotte1 cause innocente ou fatale de la mort de ,lopold ,robert4 ,j'en dirai peu4 ,quant son mari1 le prince ,napolon1 l'attrait empress qu'il tmoignait pour moi tablit entre nous des rapports gns par la politique1 mais bizarres1 qui ressemblaient ces inclinations furtives qu'on s'avoue du regard et qu'on se dissimule des lvres4 ,il avait l'extrieur d'un hros de roman1 mais tempr par la modestie1 ce voile du vrai mrite4 ,sa taille tait lgante2 sa tte1 dgage de ses paules minces1 semblait s'incliner de peur d'humilier la foule2 son oeil tait limpide1 sa bouche ferme2 sa physionomie intressait avant qu'on et appris son nom2 il y avait dans ses traits cette dignit qui survit aux clipses du sort4 ,il n'y avait pas de mre qui n'et dsir l'avoir pour poux de sa fille1 pas d'homme qui n'et voulu en faire son ami4 ,je n'ai connu que le duc d',orlans1 en ,france1 qui reprsentt si bien l'esprance d'une dynastie2 mais le duc d',orlans avait trop d'intention dans l'attitude3 on voyait qu'il posait involontairement pour un trne populaire4 ,le prince ,napolon ne posait pas1 il primait et il charmait4 ,s'il n'avait t ,bonaparte je l'aurais aim avec plus de libert4 ,,vi ,nous nous rencontrions souvent la cour3 les convenances politiques ne nous permettaient pas de nous voir ailleurs2 mme la cour1 et confondus par le mouvement du salon dans les mmes groupes1 nous ne pouvions pas1 sans veiller les ombrages de la diplomatie1 nous adresser directement la parole4 ,il avait donc t convenu entre nous1 par l'intermdiaire d'un ami commun1 que nos conversations seraient double entente2 que nous ne nous regarderions jamais face face en causant ensemble1 mais que nous aurions l'air de nous adresser un troisime interlocuteur dans la confidence des deux2 que chacun de nous paratrait adresser ce tiers complaisant ce que nous avions nous dire2 que nous nous entretiendrions obliquement1 par ricochet1 et que nos paroles1 insaisissables ainsi la foule1 ressembleraient ces projectiles qu'on dirige d'un ct pour frapper ailleurs4 ,nous observmes longtemps1 avec une gale adresse1 cette convention diplomatique de salon4 ,la conversation y perdait en abandon1 mais elle y gagnait en piquant2 la gne inspire1 et l'attrait d'esprit que nous prouvions l'un pour l'autre s'en accrut encore4 ,il n'esprait pas me ramener ses opinions de famille2 je n'avais rien flatter en lui que la proscription3 il y avait entre nous toute une dynastie4 ,,vii ,un jour cependant1 et sans avoir concert la rencontre1 nous nous trouvmes inopinment rapprochs par un de ces accidents de voyage qui ont l'air de prmditation et qui sont des hasards4 ,c'tait dans une chaude semaine du mois de juillet1 en ,italie4 ,nous allions chercher1 ma jeune femme et moi1 les sites pittoresques et la fracheur des eaux et des bois dans les hautes gorges du groupe des ,apennins1 ,vallombrose et aux ,camaldules1 deux clbres abbayes presque inaccessibles1 comme la ,grande-,chartreuse de ,grenoble4 ,aprs avoir pass l quelques-uns de ces jours qui ressemblent des haltes du temps o la vie cesse de fuir1 dans les vastes cellules1 dans les longs corridors frais1 au bord des bassins glacs et sous les sapins aux murmures lyriques de ,vallombrose1 nous redescendmes dans la profonde valle qui spare de la ,toscane habite cette oasis de paix1 et nous reprmes cheval la route d'une autre oasis encore plus enfonce dans le ciel au del des nuages3 les ,camaldules4 ,la saison tait caniculaire1 malgr les haleines du torrent presque dessch dont nous suivions les bords1 et qui montrait ses blocs rouls nu dans son lit1 comme ,job montrait ses os ,dieu dans sa nudit sur sa couche4 ,la rverbration du soleil contre les parois de marbre de la valle incendiait l'air respirable2 nous cherchmes1 vers le milieu du jour1 un abri sous un vaste caroubier1 espce d'oranger sauvage et gigantesque qui affecte la rgularit immobile de l'oranger taill par la main de l'homme1 qui porte des fves succulentes pour les chevaux du dsert1 et qui verse1 de son dme touffu et toujours vert1 une ombre impermable au soleil de midi4 ,nous nous oublimes trop longtemps1 sur la foi de nos guides1 dans cette sieste sous l'arbre4 ,quand nous remontmes sur nos vigoureux petits chevaux de ,corse1 pour gravir le plateau rocheux qui monte aux ,camaldules1 la nuit en descendait grandes ombres4 ,avant d'atteindre la cime du plateau1 et de tourner gauche dans la gorge sombre de pturages1 de torrents1 de grands bois qui servent d'avenues l'abbaye1 la nuit tait faite2 on ne voyait plus le chemin sous les pas de son cheval2 quelques rares lueurs1 travers les branches d'arbres1 indiquaient seules une ou deux chaumires parses1 chlets des pasteurs de l',apennin plaqus sur les flancs de la montagne1 notre gauche2 droite1 le murmure d'un torrent invisible et profondment encaiss montait comme une terreur dans la nuit4 ,,viii ,aprs avoir suivi longtemps ttons le sentier tnbreux qui mne l'abbaye1 nos guides arrtrent nos chevaux2 ils sonnrent aux grilles pour demander l'hospitalit habituelle aux plerins et aux voyageurs4 ,on leur rpondit rudement des fentres que l'heure tait indue1 qu'on n'ouvrait plus de nouveaux htes1 et que d'ailleurs le monastre tait plein de visiteurs arrivs avant nous4 ,les guides eurent beau rpliquer qu'ils conduisaient le ministre de ,france et sa famille1 que nous avions des lettres du tout-puissant ministre d'tat ,fossombroni1 qui nous recommandait au prieur1 les fentres se refermrent1 les lueurs des flambeaux s'teignirent dans le monastre1 et il nous fallut reprendre1 pour trouver un abri1 le sentier par lequel nous tions venus4 ,,ix ,pendant que nous vaguions ainsi1 la froide rose de la nuit1 de chlet en chlet1 sans qu'une porte voult s'ouvrir la voix des guides1 les frissons qui sortaient des sapins et des cascades nous saisissaient2 la faim et le sommeil1 aprs une journe de marche1 faisaient transir et grelotter les femmes2 une nuit sans foyer1 sans toit et sans nourriture1 sur une couche d'herbe humide de neige1 au sommet de l',apennin1 alarmait ma tendresse pour des sants chres et dlicates4 ,je commenais maudire ma curiosit1 quand un bruit de pas1 travers le feuillage1 sous les arbres sur notre droite1 appela notre attention4 ,c'tait un ptre d'un chlet voisin qui accourait1 envoy vers nous par deux trangers abrits1 comme nous cherchions nous abriter nous-mmes1 sous son toit de feuilles4 ,ces deux jeunes et aimables trangers1 nous dit le ptre1 taient le prince ,napolon et la princesse ,charlotte1 sa femme1 arrivs un peu avant nous au monastre1 et1 comme nous1 repousss du seuil par l'affluence des plerins aux ,camaldules4 ,ils venaient d'apprendre que le ministre de ,france et sa suite avaient t renvoys comme eux1 sans gards1 des portes du couvent1 et qu'ils cherchaient en vain un toit de berger pour y reposer leur tte4 ,bien que le chlet o ils nous avaient devancs ft troit1 ils nous en offraient avec empressement la moiti4 ,le prince avait charg son envoy d'ajouter de sa part que1 si nous avions quelque scrupule loger ainsi les reprsentants de deux dynasties opposes dans la mme chaumire1 nous serions libres de ne pas nous voir1 et qu'il se retirerait avec la princesse dans la partie spare du chlet o les montagnards gardent le foin des vaches pour l'hiver4 ,nous acceptmes1 avec les expressions d'une vive reconnaissance1 l'obligeante proposition2 seulement nous insistmes pour que rien ne ft drang l'tablissement nocturne dans le chlet intrieur1 et nous ne consentmes accepter que le logement du fenil4 ,nos htes ajoutrent1 cette exquise politesse1 l'envoi de la moiti de leur souper2 mais les frontires furent fidlement respectes de part et d'autre1 et1 malgr le dsir de nous voir plus intimement cette hauteur1 au-dessus des petites convenances diplomatiques1 nous ne franchmes1 ni l'un ni l'autre1 la palissade de branches de chtaignier qui sparait le fenil du chlet4 ,x ,nous passmes une nuit dlicieuse1 sous les couvertures de nos mules1 tendus sur le foin embaum par les fleurs du th de montagnes1 au bruissement des feuilles de sapin et des chtaigniers1 qui faisaient chanter1 sur des modes diffrents1 les brises de la nuit4 ,le torrent des ,camaldules grondait dans le fond de son ravin1 comme un mouvement convulsif de la terre qui fait mieux goter l'immobile srnit du ciel2 les aigles jetaient des cris sur leurs rochers au lever de la lune et de chaque grande toile qu'ils prenaient pour l'aurore4 ,une bande blanche et jaune l'horizon de la mer ,adriatique annona le jour4 ,le prince et la princesse1 qui voulaient poursuivre leur voyage plus loin que nous1 sortirent1 couverts de leur manteau1 du chlet1 au premier crpuscule du matin4 ,nous les salumes respectueusement du geste par la fentre sans vitres du fenil1 et nous nous sparmes pour ne plus nous revoir4 ,la princesse ,charlotte1 jeune1 mince1 grle1 flexible comme un roseau qui n'a pas encore ses noeuds1 tait plus semblable un enfant qu' une jeune femme4 ,on n'entrevoyait sa puissance d'attraction future qu' l'extrme finesse de sa physionomie et la profondeur prcoce de son regard2 la passion encore absente pouvait un jour se rpandre de l sur les traits pour tout animer4 ,c'tait un visage qui ne charmait pas au premier regard1 mais qui saisissait l'oeil et qui forait y revenir4 ,la beaut de son mari jetait encore une ombre de plus sur elle4 cette poque1 cette femme tait quelque chose de fragile qui pouvait se consolider ou se briser1 selon le sort4 ,telle tait cette princesse2 elle devait tuer un jour1 bien involontairement1 le jeune peintre qui aurait pu devenir le ,raphal de son sicle et qui ne fut que ,lopold4 ,j'ai pass souvent bien des heures1 au palais ,barberini de ,rome1 contempler cette nave et opulente figure de la belle ,fornarina1 dont l'attrait consuma ,raphal4 ,quelle diffrence entre ces deux visages6 ,mais l'amour se cache sous la laideur comme sous la beaut3 ce n'est pas le regard qui aime1 c'est le coeur4 ,,xi ,c'est dans cette famille des ,bonaparte1 rfugis pour la plupart ,rome1 et protgeant les arts afin de prolonger au moins ses rgnes phmres sur les peuples1 en rgnant sur les talents1 que ,lopold ,robert passait ses soires ,rome3 on lui avait command quelques tableaux4 ,son gnie1 encore nigmatique1 jouissait d'tre compris par anticipation sur sa gloire4 tre compris1 pour un artiste1 pote1 peintre1 musicien1 statuaire1 c'est tre oblig4 ,l'admiration1 voil le salaire des grandes mes6 ,lopold frquentait surtout le palais de la princesse ,charlotte2 cette jeune femme s'essayait sous sa direction dessiner1 peindre1 graver les oeuvres du matre2 l'intimit des occupations amena l'intimit des coeurs4 ,lopold ,robert1 timide d'abord1 encourag ensuite1 familier enfin1 devint l'habitu de ce salon4 ,le sauvage montagnard du ,jura oublia une distance qu'on s'tudiait effacer par tant d'gards4 ,il se plaisait l o il plaisait lui-mme2 il n'avait rien de sduisant1 ni dans les traits du visage1 ni dans les grces de l'entretien1 except son gnie1 mais il tait attachant par son dvouement modeste et exclusif ses amis4 ,silencieux1 rserv1 susceptible1 comme toutes les dlicates natures1 il intressait vivement par son silence mme4 ,on aime ouvrir ce qui est ferm2 le prince et la princesse lisaient seuls dans l'me de ,robert2 cette me tait un abme de mystres du beau qui ne sortaient qu'un un1 non de ses lvres1 mais de ses pinceaux4 ,c'tait une faveur que d'y lire avant le public3 voir clore les oeuvres de gnie1 c'est presque participer la jouissance de les enfanter4 ,lopold ,robert avait renonc tout1 mme la pauvre ,thrsina1 son premier amour#a1 sans se rendre compte lui-mme du vrai motif de son inconstance4 ,on lui parlait en vain de mariage avec quelque jeune fille de son pays1 dont la chaste affection aurait anim l'isolement de son atelier3 il cartait toutes ces perspectives de sa pense2 il cherchait 7comme on le voit dans ses lettres7 tous les sophismes de situation pour se justifier lui-mme sa vie solitaire4 ,note #a3 ,voir l',entretien prcdent4 ,,xii ,une si vive imagination ne pouvait cependant se sevrer si jeune d'amour4 ,il tait vident que son coeur tait assez rempli d'un rve pour ne pas sentir le vide de toute affection domestique4 ,la douce intimit dans laquelle il vivait avec le prince et la princesse suffisait son existence2 lui-mme paraissait ncessaire leur bonheur4 ,ces trois personnes de rangs si diffrents1 mais galement exiles dans la patrie des arts1 associaient leurs talents comme leurs coeurs4 ,le prince composait de grands paysages historiques avec les pages de la nature que la mer1 les montagnes1 les ruines droulaient sous ses yeux2 ,lopold ,robert y jetait des groupes humains et pittoresques qui les animaient de leurs scnes2 la princesse ,charlotte les gravait sous l'inspiration du jeune matre4 ,rien n'tait plus innocent que ces rapports du professeur l'lve2 mais cette innocence mme cachait un pige ,lopold ,robert3 ce pige1 c'tait la perfide habitude1 qui fait germer1 sans qu'on s'en aperoive1 les premires racines d'un sentiment innom dans les coeurs3 si le danger tait connu on le fuirait2 on s'y expose parce qu'on ne le voit pas4 ,l'histoire clbre d',hlose et d',abeilard1 mille autres histoires domestiques aussi fatales attestent le danger de ces rapprochements trop habituels entre une lve innocente et un matre imprvoyant2 le pril pour tous les deux nat prcisment de l'ignorance du pril4 ,quelques crivains1 selon nous trop austres1 ont paru reprocher amrement la princesse ,charlotte trop de complaisance laisser natre cet amour dans le coeur de son matre et de son ami2 rien ne justifie nos yeux ce reproche3 elle tait trop exclusivement attache au prince son mari1 un des hommes les plus sduisants de l',italie1 pour songer seulement la nature des sentiments qu'elle pouvait inspirer un pauvre artiste1 fils d'un chlet du ,jura et enfoui dans les ruines de ,rome4 ,d'ailleurs1 nous l'avons dit1 la physionomie ingrate et le caractre concentr du jeune artiste ne laissaient ni prvoir en lui1 ni clater hors de lui1 des sentiments contre lesquels la princesse aurait pu avoir se dfendre4 ,elle fit une victime sans prmditation2 pas une goutte de ce sang ne doit rejaillir sur sa mmoire4 ,ses lettres1 aprs la mort de ,robert1 ont la candeur de l'tonnement et de la douleur1 mais aucun remords ne s'y mle aux profonds regrets4 ,c'est une soeur qui pleure un frre2 ce n'est nullement une amante qui s'accuse de la mort d'une victime4 ,ce sentiment1 confus et non analys dans l'me de ,robert1 se rvle cependant1 dans ses grands ouvrages cette poque de sa vie intrieure1 par deux symptmes de l'art qui sont en mme temps deux symptmes de la passion4 ,ces deux symptmes sont la grande posie et la grande mlancolie de ses oeuvres4 ,c'est en effet ces jours heureux de sa jeunesse que se reportent la conception et la lente excution de son tableau qu'on peut appeler le portrait de l',italie3 les ,moissonneurs4 ,,xiii ,qu'est-ce que les ,moissonneurs8 ,en contemplant bien ce magnifique tableau1 et en entrant1 par tous les pores1 dans la pense du peintre1 c'est la posie du bonheur1 c'est l'idal de la paix des champs1 c'est l'infini dans la calme jouissance de la nature1 c'est l'idylle de l'humanit1 dans son premier den1 devant le ,crateur3 idylle transpose aujourd'hui sous le soleil1 dans ce monde de travail et de sueur1 mais pleine encore de toute la flicit que cette terre corrompue peut offrir l'homme4 ,telle est videmment1 selon nous1 la pense du tableau3 c'est un hymne1 c'est un voh1 c'est un cantique peint en formes et en couleurs sur la toile6 ,toute la toile chante1 nous le rptons4 ,de ,thocrite1 de ,virgile dans ses glogues1 de ,gesner1 ce compatriote de ,robert1 nous le demandons au spectateur1 qui est-ce qui a le mieux chant8 qui est-ce qui a t le plus pote de ces potes ou de ce peintre8 ,nous ne craignons pas de rpondre3 ,c'est le peintre1 c'est ,robert1 c'est le grand lyrique des ,moissonneurs4 ,,xiv ,asseyez-vous avec nous devant cette incomparable page1 et regardez la scne1 et puis retournez-vous et regardez en vous-mmes3 que sentez-vous8 ,je vais vous le dire4 l'ge de quinze vingt ans1 cette poque de l'existence o l'horizon de la vie est tout voil d'une brume chaude qui noie et qui colore les contours secs de toutes choses2 ce moment o la vie1 commence sans qu'on en aperoive le terme1 parat longue comme l'infini2 cette heure o cette vie n'a pas dit encore son dernier mot l'adolescent qu'elle caresse2 cette minute o l'amour1 qui n'est au fond que l'ternit de la vie1 dborde du coeur dans les sens et des sens dans le coeur1 comme un ocan de cette vie qui baigne tous les objets et qui les transfigure2 cette priode de votre jeunesse1 disons-nous1 avez-vous jamais voyag en ,italie1 en rvant1 veill1 la flicit d'den sous le ciel d't de la campagne de ,naples ou de ,rome8 ,vous souvenez-vous des impressions que vous a fait prouver l'heure de midi1 un jour de canicule1 l'ombre d'un caroubier ou d'un pan d'aqueduc romain entre les ,abruzzes8 ,si vous ne vous en souvenez pas1 je vais m'en souvenir pour vous3 coutez1 et reconnaissez vos impressions physiques et morales dans les miennes4 ,je suis ivre d',italie depuis que j'ai respir son atmosphre4 ,,xv ,la plaine est grise comme une cendre d'herbes brles par le soleil2 autour de vous une vapeur ambiante sort des pierres et rampe presque visible sur le sol2 de lgers nuages de poussire rose s'lvent et retombent et l sous les pieds de l'alouette qui secoue en partant la tige des pavots saupoudrs de terre2 le silence du sommeil1 l'heure de la sieste1 pse sur l'espace2 on entend seulement1 de loin en loin1 le frlement mtallique de l'pi contre l'pi1 quand la brise de mer effleure en passant les grands champs de bl2 les ombres crues de l'aqueduc se replient1 comme pour fuir la chaleur du milieu du jour1 sous les arcades4 ,les montagnes de ,tivoli1 de ,frascati1 d',albano1 du ,soracte1 s'lvent1 grandies par le mirage de la vapeur diurne1 et semblent danser derrire vous dans le firmament2 l'horizon de la mer ne se distingue de l'horizon du ciel que par un ruban d'azur fonc qui indique au pcheur le premier frisson du vent qui se lve2 une ou deux voiles commencent palpiter dans le lointain2 la lumire qui descend de la vote cleste1 qui rejaillit des montagnes1 qui flotte sur les vagues1 qui se rpercute du sol au mur de l'aqueduc et de l'aqueduc au sol1 vous immerge dans un blouissement tide1 o vous croyez voir1 sentir1 respirer le jour sans ombre et sans fin2 il vous semble nager en ,dieu1 la lumire des penses4 ,votre me se transfigure en rayons et se rpand1 comme cette pluie de feu1 dans toute l'tendue2 vous n'tes plus ici ou l2 vous tes partout1 vous contractez l'ubiquit de cette lumire3 elle est si transparente que vous croyez lire jusqu'au fond du firmament1 comme on voit dans une eau claire1 l'ombre d'un cap1 jusqu'aux grains de sable de la plage4 ,une silencieuse contemplation qui flotte sur tout1 qui ne s'attache rien1 s'empare de vous1 semblable un sommeil imparfait o l'on se sent rver1 mais o on sait qu'on rve4 ,,xvi ,cependant le soleil1 qui marche toujours1 a dpass les arcs de l'aqueduc et penche vers les montagnes2 un souffle fait voler et l le duvet des chardons qui floconnent vos pieds2 de temps en temps le gmissement d'un chariot rustique rsonne sur la route2 la cigale1 cette guitare de la terre chaude1 grince dans le sillon4 ,on voit se dessiner sur la ligne de la mer les profils de quelques vieilles glaneuses qui portent une gerbe sur leurs ttes1 ou de quelques belles jeunes filles balanant la cadence de leur pas1 sur leurs paules1 une urne trusque contenant l'eau pour les lieurs de bl mr2 leur ombre lapidaire les suit sur la route comme un pli de leur lourde robe4 ,les sons de la musette de ,calabre1 sur laquelle les pfifferari prludent dans le lointain aux danses du soir1 grondent en approchant de la plaine4 ,une indescriptible impression de bien-tre1 de paix1 d'existence1 de scurit1 de plnitude des sens et du coeur1 pntre l'me avec les rayons1 avec l'air1 avec le son1 avec l'horizon sans bornes de la campagne de ,rome2 on se sent noy dans la batitude du soleil d't2 la vie surabondante cume et murmure1 comme une cascade de ,terni1 dans la poitrine2 on craindrait de troubler par une parole1 par le bruit mme d'une respiration1 l'extase qui vous soulve d'ici-bas on ne sait o2 on se tait1 et ce silence est l'hymne inarticul de la saison o l'homme fructifie avec l'herbe des champs4 ,,xvii ,c'est l l'impression qui avait videmment saisi ,lopold ,robert1 homme des champs lui-mme1 dans ses haltes frquentes sous le chne ou sous le rocher de ,sonnino1 pendant ses excursions pittoresques avec la sauvage et tendre ,thrsina4 ,c'est cette flicit de l'humanit nave1 laborieuse1 opulente de peu1 qu'il avait rve1 qu'il avait vue1 et qu'il voulait reproduire en un groupe1 comme une image complte du bonheur terrestre1 comme l'hymne sans mots de la cration4 ,il pouvait prendre cette image de l'extase humaine sous mille aspects1 sous mille formes1 dans mille attitudes et dans mille scnes plus leves du drame de la vie3 les palais1 les temples1 les bosquets1 les bords des fontaines lui offraient ces images de la flicit ou de la volupt1 dans les champs de victoire1 dans les triomphes des guerriers ou des orateurs sauveurs de la patrie et idoles des peuples1 dans les actes de foi et de culte qui unissent les hommes ,dieu par la pit1 cette plnitude de l'me2 par les langueurs de l'amour heureux1 dans les jardins d',armide et d',alcine1 o le ,tasse et l',arioste enlacent leurs hros dans les bras de beauts ivres de regards4 ,tout cela lui parut ou trop abstrait1 ou trop conventionnel1 ou trop mystique1 ou trop sensuel3 il conoit1 plus prs de terre1 une flicit rurale et domestique plus accessible l'universalit de l'espce humaine1 flicit fonde non sur les chimres d'esprit ou de coeur1 mais sur les instincts inns de l'homme et sur les ralits pniblement douces de la vie4 ,la famille1 l'amour1 le travail1 l'enfance1 la jeunesse1 la maturit1 la sainte vieillesse1 la rcolte aprs la moisson1 la mort dans l'esprance1 aprs la vie dans la sueur4 ,en un mot1 sa flicit ce n'est pas l'den c'est la terre4 ,regardez6 voil le groupe4 ,,xviii ,c'est l't2 le ciel est pur2 on ne le voit qu' sa clart2 il revt tout de sa lumire1 dans laquelle il se noie et se confond lui-mme2 l'air1 on ne le voit pas non plus1 mais on le sent3 il est chaud1 mais dj tremp de ces premires moiteurs d'un beau soir qui se mlent1 sur le front1 avec la sueur de la journe de l'homme1 pour la rafrachir et pour l'embaumer2 on distingue l'heure1 non-seulement aux lourdes ombres qui s'allongent derrire les roues du char et derrire les paules des jeunes filles1 mais on la discerne plus visiblement encore aux deux ou trois lgers nuages qui flottent trs-loin dans le ciel et qui se teignent1 seulement par le haut1 des lueurs rpercutes du soleil4 ,quelques lignes indcises des ,abruzzes s'articulent peine dans l'horizon1 derrire le groupe anim4 ,une longue plaine basse1 vers laquelle le char va descendre1 s'incline vers la mer et se relve gauche par le cap ,circ4 ,on est sur un plateau intermdiaire entre l',abruzze et la grande mer4 l'extrmit du plateau1 qui commence incliner vers les marais ,pontins1 une mer d'pis prlude une mer de vagues3 pas un arbre l'horizon2 rien que la glbe nue et chaude sous le soleil1 la terre cultive et non ombrage1 la terre fconde1 la terre nourricire1 ,alma parens6 ,admirez la profonde rflexion du peintre1 qui pouvait tre tent par un beau chne aux bras tortueux ou par quelques fraches fleurs de lotus endormies sur le lit des eaux4 ,non1 rien pour l'agrment1 tout pour l'ide1 tout pour l'homme1 tout pour le travail4 ,quel rigorisme de conception6 et cependant quel charme6 ,qui songerait regretter l'arbre ou la source1 une fois qu'on a port ses regards sur le groupe humain8 ,or voici le groupe4 ,,xix ,un char robuste deux roues massives1 un char de moisson dans la campagne de ,rome1 vient1 vide de gerbes1 chercher aux champs les meules du jour4 ,le char se prsente au spectateur la pointe du timon en avant2 il est tran ou plutt il tait tran tout l'heure par une paire de buffles robustes1 attels au timon par une longue tringle de bois arrondi qui passe par-dessus le timon2 ce joug y est fix par le milieu au moyen d'une chane1 en anneaux luisants de fer1 qu'on voit briller et qu'on croit entendre cliqueter au branle du front des buffles4 ,des cordes de chanvre redoubles relient le joug aux cornes pates des deux animaux domestiques4 ,un large collier1 en lames de cuivre1 pend sous leur poitrail1 luxe du riche laboureur plutt qu'une ncessit de l'attelage4 ,les deux larges ttes des buffles1 dans lesquelles on distingue l'obissance affectionne dans l'indpendance naturelle1 tendent vers le marais leurs naseaux relevs2 on voit qu'ils aspirent de l l'air salin et marin de leurs mares habituelles1 dans le marais au del du champ qu'on moissonne2 leurs yeux sont doux et rsigns4 ,des poils d'un noir fauve se rebroussent sur leurs larges fronts2 leurs lourdes paupires clignottent pour carter les mouches par le mouvement de leurs cils2 une cume sanglante1 mle de poussire1 suinte autour de leurs bouches et de leurs naseaux4 ,on aime ces deux colosses apprivoiss qui souffrent l'ardeur du jour et qui semblent jouir de souffrir pour l'homme4 ,ils sentent leur dignit et font corps avec la famille humaine4 ,,xx ,un jeune homme1 d'une beaut apollonienne sous le costume d'un bouvier des ,abruzzes1 est debout entre les deux ttes de buffles3 c'est le fils de la maison2 il tient renverse la baguette arme de l'aiguillon1 comme on tiendrait un sceptre3 il pse en arrire1 de tout son poids1 sur le timon pour arrter le char sur sa pente2 un de ses coudes pose avec confiance sur le cou d'un des buffles2 son autre coude s'tend nonchalamment sur le joug4 ,son attitude rappelle1 sans les imiter1 les attitudes les plus naturelles et les plus articules des figures de ,phidias1 dans les bas-reliefs du ,parthnon4 ,le costume de ce jeune homme mme1 quoique conforme celui des paysans des montagnes de ,rome1 parat aussi antique et aussi sculptural que s'il tait copi sur une mdaille d',athnes ou d',argos4 ,il en est de mme de tous les costumes d'hommes1 de femmes1 d'enfants1 de pcheurs1 de bergers1 de laboureurs1 de mendiants1 dans les tableaux de ,lopold ,robert4 ,on voit que le costume1 cet cueil de tous les peintres modernes1 et l'homme sont sortis du mme jet de son imagination pittoresque2 ses figures naissent toutes vtues2 il a l'inspiration du haillon comme du soulier1 de la gutre1 du manteau4 ,mrite prodigieux qu'on n'a pas assez remarqu dans ses oeuvres1 le choix et l'ajustement de ses costumes sont tellement adapts aux figures qu'on ne s'aperoit pas si ces vestes1 ces chemises1 ces pourpoints1 ces chausses sont coups par un tailleur ou draps par un statuaire4 ,il n'a pas eu besoin de dnaturer le costume moderne pour peindre des hommes et des femmes d'hier en habits antiques2 son oeil groupe la toile1 le drap1 le cuir1 comme il groupe les personnages2 en restant vrai il transfigure tout en beau3 le vulgaire devient idal sous sa touche4 ,l'expression de ce bel adolescent qui gouverne les boeufs est fire1 pensive et mle2 son front est encadr dans des boucles paisses de cheveux noirs2 ses cheveux sont surmonts d'une calotte brune2 il penche l'oreille d'un ct pour couter la zampogna des pfifferari2 il regarde1 de l'autre ct1 un groupe de trois femmes de diffrents ges qui marchent prs des roues pour ramasser les pis tombs du char4 ,il nous a sembl reconnatre1 dans le visage d'une de ces jeunes femmes1 le portrait un peu idalis de la princesse ,charlotte4 ,,xxi ,un homme d'un ge plus mr1 quoique jeune encore1 est assis1 les jambes pendantes1 sur la croupe du second buffle3 c'est le gendre du pre de famille2 sa femme est derrire lui1 debout sur le plancher du chariot2 adosse aux ridelles1 elle tient entre ses mains un petit enfant de trois mois1 emmaillott comme une chrysalide4 ,la figure de cette sposa1 toute majestueuse et maternelle1 rappelle la chaste matrone impassible aux lgrets de la jeunesse2 elle a quelque chose de saint et de froid qui imite une ,madone de pierre dans sa niche sur le chemin4 ,elle coute cependant aussi la zampogna1 mais comme un souvenir de ses jeunes annes1 ou plutt elle la fait couter son enfant1 dont le sourire est toute sa joie4 ,au fond du char1 le vieillard matre du champ1 et pre1 beau-pre ou aeul de toute cette famille1 gouverne4 ,assis sur une botte de foin des buffles1 il tmoigne de son rang et de son autorit en posant avec une imprieuse douceur la main sur le bras d'un serviteur qui replie1 l'ordre de son matre1 les toiles tendues tout l'heure sur le char pour le garantir contre le soleil4 ,nous ne connaissons pas1 dans toute la sculpture antique1 ni dans toute la peinture moderne1 de groupe pastoral plus simple et plus classique la fois que ces buffles1 ce bouvier1 ce gendre1 cette jeune femme1 ce vieillard1 ce serviteur1 ces glaneuses1 dans leurs attitudes1 dans leurs perspectives1 dans leurs contrastes1 dans leurs expressions diffrentes et concordantes sur le char et autour du char de la moisson4 ,c'est un pome plus qu'un tableau4 ,le pome expose1 mais il faut qu'il chante4 ,il va chanter4 ,,xxii gauche du timon1 deux pfifferari1 joueurs de cornemuse des ,calabres1 dansent lourdement aux sons de leur musette devant les buffles1 comme pour clbrer la bienvenue du matre de la maison sur son champ2 leurs pas pesants et malhabiles touchent au grotesque sans dpasser le sourire2 l'ivresse de la rcolte respire dans leurs pieds2 leurs coudes pressent l'outre musicale pleine d'air modul2 l'brit est dans leurs paules1 dans leurs genoux4 ,l'un d'eux recourbe sur sa tte1 en la tenant par la pointe et par le manche1 la mince faucille avec laquelle il va faucher les pis mrs2 c'est le dlire du travail heureux1 le ,te ,deum de la vie domestique4 ,on sent que le peintre fut paysan comme nous1 dans le champ paternel de la ,chaux-de-,fonds3 nous ne sommes bien inspirs que par nos souvenirs4 ,moi aussi j'ai chant l'pisode des ,laboureurs dans mon pome domestique de ,jocelyn2 mais combien mon encre est ple cot de cette palette6 ,,xxiii ,un peu au-dessous des deux joueurs de musette dansants on aperoit les ttes de quelques moissonneuses courbes sur le sillon4 ,la premire et la plus rapproche du char se relve aux sons de la zampogna1 et tourne aux trois quarts son visage du ct du groupe4 ,ce visage est un des plus ravissants qui soient jamais sortis d'une toile4 ,la belle moissonneuse de ,lopold ,robert compte dix-neuf ans2 la dlicatesse et la force de cette saison de la vie se marient1 dans un harmonieux ensemble1 sur ses traits2 elle regarde avec un demi-sourire de distraction et de raillerie les grotesques gambades des danseurs maladroits de l',abruzze2 mais son oeil large1 ouvert et tendu par une arrire-pense1 lance au-dessus d'eux un regard charg de rverie vers le bel adolescent qui retient les buffles2 on voit qu'elle a l'esprance d'tre bientt la fiance de cet ,antinos rustique et de monter son tour sur le char comme fille du matre du champ4 ,il ne manquait ce drame rural que l'amour3 le voil6 ,il sort1 tout voil1 mais tout brlant1 du regard de la belle moissonneuse et de l'attitude langoureuse1 pensive et fire1 du toucheur de buffles4 videmment cette tte est un portrait encore4 ,est-ce la princesse8 ,est-ce ,thrsina8 ,qui sait si ce n'est pas l'une et l'autre1 fondues et transfigures en une seule rminiscence8 ,,xxiv ,c'est l tout le tableau2 c'est--dire ce sont l tous les personnages2 mais l'expression profonde1 varie1 nave1 et pourtant auguste1 de toutes ces figures2 mais les attitudes1 ces physionomies du corps2 mais les costumes1 ces draperies de la statue anime de l'homme et de la femme2 mais le geste1 cette langue du silence2 mais l'ombre1 cette contre-preuve de la ralit des personnages2 mais le jour1 cet lment de la couleur2 mais l'horizon1 cet infini de la toile2 mais l'air1 cet lment impalpable qu'on ne doit voir qu'en ne le voyant pas1 quelle plume pourrait donner l'impression d'un tel pinceau8 ,tout est inspiration dans la conception1 et tout est rflexion dans l'excution4 ,le groupe monte du sol au sommet du char en concentrant le regard et l'intrt sur toutes les figures en particulier1 puis en reportant cet intrt de chacune toutes et de toutes chacune1 en sorte que la beaut de l'une contraste et concourt avec la beaut de l'ensemble1 et qu'il en rsulte un rejaillissement gnral de splendeur et de flicit qui produit en un instant l'enthousiasme4 ,on ne peut trouver qu'un mot pour exprimer l'impression des ,moissonneurs3 ,raphal a fait la transfiguration d'un ,dieu1 les ,moissonneurs sont la transfiguration de la terre4 ,,xxv ,le succs fut soudain1 universel1 immense2 ,rome l'acclama tout entire dans l'atelier2 ,paris l'acclama avec la mme unanimit involontaire dans le ,louvre2 ce ne fut qu'un cri4 ,ce cri1 vidence du gnie1 fut bien1 comme l'ordinaire1 suivi de ce murmure sourd de l'tonnement et de l'envie1 qu'est la basse continue des acclamations humaines2 mais la critique fut submerge dans l'enthousiasme3 le graveur vendit en peu de mois pour plus d'un million d'estampes#b4 ,jamais aucun livre ne se rpandit un si grand nombre d'exemplaires dans la circulation de l',europe2 jamais pote ou crivain ne communiqua sa pense plus d'mes la fois dans le monde4 ,avions-nous tort1 en commenant1 de ranger la peinture dans la catgorie des littratures8 ,quelle imprimerie a multipli une ide plus que cette gravure de ,mercuri8 ,quel pote a soupir comme ce peintre8 ,note #b3 ,la photographie1 contre laquelle j'ai lanc1 dans le premier ,entretien sur ,lopold ,robert1 un anathme inspir par le charlatanisme qui la dshonore1 en multiplia les copies4 ,la photographie1 c'est le photographe4 ,depuis que nous avons admir les merveilleux portraits saisis un clat de soleil par ,adam ,salomon1 le statuaire du sentiment1 qui se dlasse peindre1 nous ne disons plus c'est un mtier2 c'est un art2 c'est mieux qu'un art1 c'est un phnomne solaire o l'artiste collabore avec le soleil6 ,,xxvi ,c'est surtout dans les yeux et dans le coeur de ses amis1 le prince et la princesse ,bonaparte1 qu'il savoura sa gloire4 ,la gloire est un isoloir qui spare l'artiste de son humble berceau1 qui l'lve dans la sphre des abstractions1 qui confond tous les rangs une hauteur o il n'y a plus de mesure humaine pour discerner les distances2 la gloire seule est au-dessus des distinctions sociales1 parce qu'elle est la distinction divine1 l'ennoblissement par la nature1 le sacre d'en haut4 ,lopold ,robert dut jouir1 avec plus de dlices encore que d'orgueil1 de ce rapprochement par la gloire avec ceux qu'il aimait d'en bas et qu'il pouvait ds lors aimer de plain-pied4 ,cependant il prouva le besoin1 la voix de ses amis et de ses protecteurs en ,france1 de venir ,paris tudier son succs afin de le dpasser encore4 ,l'histoire doit conserver les noms de ces rares patrons du gnie de ,robert3 ,m4 ,marcotte1 ,m4 ,paturle1 ,m4 de ,lcluse1 sans lesquels le gnie lui-mme ne serait qu'une clatante mendicit4 ,ces hommes de coeur et de got furent la ,providence de sa fortune et de sa renomme3 que son nom rayonne sur eux1 ce n'est que justice2 leur opulence et leur amiti ont rayonn longtemps sur son obscurit2 la postrit doit reconnaissance ceux qui furent les nourriciers de ses grands artistes4 ,,xxvii ,lopold s'achemina donc vers ,paris l'appel de ces amis1 mais dj triste2 la gloire a ses mlancolies comme la religion1 comme l'amour3 plus on monte1 plus l'on voit de profondeur sous ses pieds2 plus on possde1 plus on sent le nant de ce qu'on atteint4 ,d'ailleurs1 ce qu'il aimait au fond1 sans peut-tre se l'avouer1 il ne le possdait pas1 il ne pouvait se flatter de le possder jamais4 ,il s'achemina lentement1 trs-lentement1 vers ,paris2 la chane d'amiti qui le retenait en ,italie tait lourde2 il accompagna ,florence le prince et la princesse qui fuyaient ,rome4 ,la rvolution de #ahcj venait d'clater en ,france et de triompher en trois jours4 chaque secousse de la libert en ,france on sent trembler par sympathie le sol antique de l',italie indpendante1 hlas6 de coeur4 ,les tats romains s'agitaient3 les populations les plus vivaces habitent ces montagnes4 ,le prince ,napolon tait dans une pnible perplexit d'esprit3 d'un ct sa famille et lui devaient une gnreuse hospitalit au pape2 reconnatre l'asile qu'ils avaient reu par une participation aux insurrections contre leur hte1 c'tait une ingratitude2 d'un autre ct1 agrandir la rvolution franaise1 incomplte1 selon eux1 en ,france1 o elle venait de couronner un autre ,bourbon1 la fomenter1 la servir1 la transformer en rvolution gnrale en ,italie1 c'tait ouvrir des perspectives leur dynastie napolonienne ici ou l2 c'tait de plus acqurir des titres de popularit hroque dans cette ancienne patrie de leur famille1 redevenue la patrie de leur exil4 ,enfin ils taient jeunes1 et les rvolutions sont l'instinct de la jeunesse1 parce qu'elles pressent le pas du temps et parce qu'elles arrachent violemment l'avenir le mot du destin4 ,l'impatience1 dans l'me vraiment italienne du fils an de la reine ,hortense1 l'emporta sur la convenance de sa situation envers le pape2 il se laissa entraner la voix des patriotes romains1 ses amis2 il marcha en volontaire avec eux contre les troupes du pape4 ,le feu de l'insurrection s'amortit avant de s'tre propag jusqu' ,rome3 l',italie se lve1 mais ne se tient pas assez longtemps debout4 ,les fatigues d'une campagne d'hiver1 les agitations d'un esprit qui ne savait pas bien o tait le devoir1 les fivres contractes dans les campements nocturnes au milieu des rgions insalubres de la malaria1 emportrent en peu de jours le prince4 ,il mourut sans gloire1 quoique n pour la gloire3 il se pressa trop de la saisir l o il crut apercevoir son ombre2 le ,ciel lui devait peut-tre une meilleure occasion1 et une meilleure mort4 ,l'impatience est le dfaut1 mais aussi la vertu de la jeunesse4 ,il fut jeune2 la mort l'en punit3 c'tait une grande duret du destin4 ,,xxviii ,pendant que le prince mourait dans une bourgade des montagnes de ,rome insurges1 la princesse ,charlotte tait reste ,florence1 chez sa mre mourante4 ,lopold ,robert donnait aux deux femmes les soins de l'amiti4 ,lopold ,robert1 quoique rpublicain de patrie et plbien de naissance1 n'aimait pas les rvolutions4--,je ne les trouve bonnes1 crit-il cette poque son ami1 ,m4 ,marcotte1 que quand elles sont faites par la plus grande masse1 quand personne n'est sacrifi1 et quand elles satisfont tout le monde4 ,je suis bien aise d'tre ,florence1 o tous les habitants aiment trop leur tranquillit et leur prince pour remuer6 ,un pareil rvolutionnaire tait peu compter parmi les patriotes d',italie1 car toute rvolution est un dplacement1 et tout dplacement drange quelque chose ou quelqu'un dans le monde4 ,une rvolution voulue et faite par tout le monde n'est plus une rvolution2 c'est un progrs dans l'ordre4 ,mais le peintre raisonnait en politique comme ,platon3 c'est le dfaut des artistes4 ,,xxix ,la perte de son ami causa une profonde douleur ,robert2 cette douleur mme le rendit plus empress consoler le deuil de la princesse4 ,sa mre et elle ne voyaient que lui1 dans les premiers moments1 ,florence4 ,voici en quels termes il en crit son correspondant le plus intime de ,paris1 ,m4 ,marcotte4 ,florence1 #ahca4 ,je vois tous les jours ici les ,bonaparte4 ,je connaissais particulirement ce pauvre prince ,napolon2 sa femme et sa belle-mre1 qui sont naturellement trs-affliges1 m'engagent tant y aller que chaque jour j'y vais un moment4 ,je les connaissais de vieille date4 ,elles sont extrmement simples et accueillantes4 ,mais figurez-vous la situation de cette jeune veuve qui vient de faire une perte si cruelle6 ,la mre est infirme et ne peut vivre longtemps2 la fille est menace de se voir bientt seule au monde1 ce qui rend sa position si intressante4 ,vous me demandez pourquoi ce jeune prince ,napolon se trouvait avec les insurgs4 ,c'est une de ces destines qu'on peut dire malheureuses4 ,homme charmant1 runissant toutes les qualits1 estim de tous1 aimant l'tude et fort instruit4 ,quand la fatalit amena ici son jeune frre1 qui avait t renvoy de ,rome comme suspect1 ces deux jeunes gens1 ayant appris que leur mre 7la reine ,hortense7 partait de ,rome pour venir les rejoindre ,florence1 cause des troubles de la ,romagne1 voulurent aller au-devant d'elle2 ils furent reus ,perugia1 ,foligno1 ,spoleto1 ,terni1 avec de si vives dmonstrations de joie1 on leur fit tant d'instances pour se joindre aux insurgs et pour leur prter l'appui d'un grand nom1 qu'ils se laissrent entraner1 ,napolon par faiblesse4 ,quand je le vis ,terni1 je m'aperus combien il tait proccup de la position o il mettait sa famille2 il m'en parla beaucoup1 mais enfin le sort tait jet4 ,il a succomb l'agitation d'une vie trop rude pour lui1 accoutum au calme et au repos2 on ne sait pas bien encore par quelle mort2 on parle de fivre1 de duel1 de poison2 pour moi1 je crois sa mort naturelle4 ,sa veuve est dans les larmes2 je n'ose encore la revoir4 ,quelques jours aprs il s'excuse1 dans une lettre du #af mai #ahca1 d'avoir suspendu son voyage vers ,paris4 ,on devine ses expressions quel intrt tendre l'attache presque son insu ce sjour4 ,que vous dirai-je1 sinon que ,florence m'est chre par plus d'un motif1 et que je pensais bien peu y trouver des empchements si forts pour la quitter4 ,croyez cependant que ce n'est rien d'indigne d'un honnte homme qui me lie ici1 et1 sans vous donner pour le moment d'autres dtails1 conservez-moi toute votre estime6 ,le scrupule parle dans la rticence4 ,,xxx ,le secret est maintenant dvoil par la mort3 il aimait2 peut-tre se flattait-il d'tre aim un jour6 ,l'isolement et les malheurs de cette jeune et intressante princesse1 poursuivie par la politique et par le sort1 et jete par ses adversits mmes dans une intimit plus fraternelle avec ce seul ami de ses meilleurs jours1 avaient chang la douce amiti de ,rome en une irrmdiable passion4 ,cette flamme qui avait couv sept ans dans le coeur du jeune homme1 amortie par le devoir et par le respect1 venait d'clater sous la main mme de la mort4 ,ds qu'il s'en aperut il eut le courage de s'enfuir jusqu' ,paris4 ,il y resta peu et il n'y jouit de rien4 ,il attrista ses amis par sa mlancolie1 crite sur ses traits4 ,il repartit soudainement pour ,neuchtel2 il chercha quelques souvenirs de ses jours obscurs dans sa famille1 la ,chaux-de-,fonds4 ,il ne s'arrta de nouveau qu' ,florence4 ,j'y ai retrouv1 dit-il1 la princesse ,charlotte2 sa mre et elle ne sortent pas du tout4 ,leur socit m'est trs-agrable1 parce qu'elle est douce1 naturelle1 simple1 droite de coeur1 vraie et franche4 ,je voudrais travailler mon tableau des ,saisons1 mais il y a une pine dans ma vie qui me pique2 il faut que je m'loigne2 peut-tre distance la sentirai-je moins6 ,l'pine1 c'tait le regard de ,charlotte4 ,les lettres de ,robert cette poque sont pleines d'inspirations mystiques vers cette autre vie o l'on sera runi ce qui est digne d'tre aim dans ce bas monde4 ,il dessine son tombeau d'artiste1 symbole des sombres pressentiments qui travaillaient son me4 ,il s'enfuit de ,florence ,venise pour excuter ce tombeau4 ,qu'est-ce qui le dcida cette fois se dtacher d'un sjour et d'une socit intime qui le possdaient par tous les liens mystrieux de l'me8 ,on l'ignore2 peut-tre une jalousie maladive qu'il n'osait s'avouer lui-mme1 mais dont la suite des vnements a rvl quelques symptmes dans la vie de la princesse comme dans les lettres de ,robert4 ,,xxxi ,venise1 le secret de son amour lui chappe dans quelques-unes de ses lettres son ami d',argenteuil1 ,m4 ,marcotte4 ,quant des sentiments autres que ceux de l'estime et d'une vive amiti de la part de la princesse1 je crois qu'ils n'existent pas4 ,ne serait-ce pas d'ailleurs une grande folie moi de m'abandonner un attrait toujours combattu par la raison8 ,car1 enfin1 quelle illusion puis-je me faire1 cher ami8 ,cette liaison1 je vous le rpte1 ne peut que m'lever l'me et me donner le dsir de me maintenir dans le sentier de la vertu4 ,quel avantage n'y a-t-il pas dans ces attachements qui donnent de l'intrt la vie et qui retrempent l'nergie du coeur8444--,elle part pour l',angleterre1 crit-il en novembre de la mme anne1 elle laisse sa mre malade pour aller secourir son pre infirme1 qui l'on ne permet pas de passer la mer4 ,j'en prouve une peine mortelle1 et c'est le jour des ,morts que j'ai appris cette triste nouvelle4 ,sans tre superstitieux1 il y a des concidences qui frappent1 quoique la raison les carte2 il me semble que je suis encore plus seul depuis hier64444 ,tant que j'ai conserv l'espoir de la revoir1 je croyais mes sentiments pour elle trs-naturels2 prsent ils me possdent trop4 ,tenez1 voil cette page que je vais vous confier et qui vous fera connatre cette inclination que vous avez souponne et que je voulais me drober moi-mme4 ,nous n'avons pas la page1 mais1 dans plusieurs lettres conscutives1 il s'tudie en homme scrupuleux justifier la princesse1 non-seulement de toute faiblesse1 mais mme de toute sduction volontaire avec lui444 ,moi1 moi seul1 dit-il1 je suis la cause d'un malheur que j'aurais d renfermer en moi seul4 ,ne pensez pas qu'un autre que moi en soit coupable ou qu'elle ait le moindre reproche se faire envers moi ou envers le monde4 ,mon ami6 crit-il encore trois mois avant sa mort1 cet attachement ne me rend pas malheureux autant que vous le pouvez penser1 et1 vous le dirai-je8 toute remplie qu'en soit mon me1 je trouve cet tat moins pnible que le vide du coeur4 ,je ne puis penser ,florence sans motion2 la raison1 le devoir1 le caractre de mon attachement peut-tre ne permettent pas une tristesse violente de s'emparer de moi2 c'est seulement une mlancolie qui ne peut nuire mes travaux4 ,une inclination qui n'a pour objet que les sens tourmente et abaisse2 celle qui ne s'attache qu' la beaut de l'me1 la bont du coeur1 aux charmes de l'esprit1 ne peut qu'lever4 ,vertu1 candeur1 simplicit1 tout est en elle6 ,je ne romprai jamais des relations qui me sont si chres44444 ,j'aime mieux que le temps amortisse une inclination que vous croyez trop passionne et qu'il la transforme en amiti4 ,je dirai plus3 je n'aurais point fait mon tableau 7,les ,pcheurs7 si mon coeur n'et t nourri de cette tendresse4 ,elle m'a donn une nergie1 une inspiration1 un ressort que je n'aurais pas eus sans elle444 ,quant la religion1 si elle condamne les passions qui conduisent au vice1 dfend-elle les penchants qui en loignent8 ,,xxxii ,ce tableau des ,pcheurs1 c'tait sa vie et c'tait sa mort2 il y peignait ses pressentiments et son dernier soupir4 ,aussi ce tableau fut-il son chef-d'oeuvre4 ,jetons-y un long et dernier regard4 ,les ,moissonneurs avaient t l'apothose de la flicit humaine2 les ,pcheurs sont l'agonie de la terre1 le ,dies ir de l'art1 le prlude de mort du gnie frapp au coeur1 l'angoisse des cruelles sparations4 ,le ciel bas et brumeux de ,venise en automne1 le silence des grves interrompu seulement par le bruit des pierres de ses quais qui tombent une une dans l'eau morte de ses lagunes1 taient un site et un sjour admirablement choisis d'instinct pour la conception et pour l'excution d'une telle oeuvre4 ,l'oeuvre1 la voici4 ,la scne se groupe sur un quai de ,venise1 en face de la mer2 une grande barque ponte de pcheurs est l'ancre sur le bord du quai4 ,on passe du quai au navire par une planche qui sert de pont pour le chargement4 ,le mt se dresse dans le ciel2 la vergue1 lourde de voile demi droule1 se hisse sur le mt2 un matelot1 charg d'un paquet de filets1 passe sur la planche et jette son fardeau sur le pont4 ,au del du navire on voit se drouler une mer terne et indcise entre le calme et la tempte2 le ciel est gris2 un gros nuage noir gauche renferme des grains sinistres dans ses flancs2 de lgers flocons de nuages1 dtachs et effils en charpie sur la droite1 annoncent que le vent souffle dj imptueux dans les hautes rgions de l'atmosphre1 quoiqu'on ne le sente pas encore en bas4 ,quelques voiles lointaines rentrent au port en dansant sur les premires lames1 comme des mouettes fouettes par l'ouragan de la haute mer4 ,les prsages sont douteux2 la saison mme n'est pas propice1 l'heure ne l'est pas davantage2 on reconnat le soir aux grandes ombres qui tranent sur la terre et aux reflets ples d'un soleil couchant sur le sommet des difices4 ,une branche de vigne demi dfeuille1 et dont les dernires feuilles1 rougies par la gele1 pendent mortes le long d'un mur de clture1 pronostique l'hiver1 qui double les prils du flot4 ,les pcheurs sont runis sur l'extrme bord du quai1 un pied sur la terre1 prts mettre l'autre sur le pont du navire4 ,c'est l que se droule tout le drame muet du tableau4 ,,xxxiii ,la premire figure qui attire le regard1 au sommet du groupe1 est celle du pre de famille1 matre de la barque1 roi de l'quipage4 ,il est dj vtu de sa capote de laine de pcheur2 d'une main il s'appuie sur le trident et le harpon1 instruments de pche2 de l'autre il montre1 par un geste inquiet1 le nuage qui plombe dans le lointain sur la mer2 il sonde l'horizon d'un regard plein de pressentiments4 sa gauche est un vieillard1 compagnon rsign et insoucieux de la fortune du navire1 qui apporte sur son paule les diverses provisions de la navigation4 ,devant lui1 deux petits enfants1 dont il est l'aeul vont faire leur premire campagne sur les flots4 ,l'un des deux enfants1 vtu d'une capote capuchon qui retombe sur son visage mouill des larmes de sa mre1 s'appuie sur l'paule de son frre1 en cherchant la main de son camarade pour y enlacer ses doigts3 l'autre1 plus jeune encore1 mais d'un visage plus rflchi1 tourne et lve son joli visage vers la figure de son grand-pre2 il semble lire dans les yeux du chef de la famille les terreurs de la prochaine nuit4 ,ce groupe1 qui fait contraster la mort et l'enfance1 est digne1 par l'expression des figures et par la navet des poses1 de ,corrge1 ce pote des enfants4 ,,xxxiv ,en face de ce groupe1 et plus rapprochs du navire1 sont deux hommes de mer dans la vigueur de l'ge et de la rude profession4 ,l'un est accroupi sur un tas de voiles2 il regarde obliquement le bord qu'on va quitter1 sans savoir s'il le reverra jamais2 l'autre1 debout1 en beau costume dalmate1 s'appuie d'une main sur une borne du quai1 et tient de l'autre la boussole1 prte tre encastre dans l'habitacle2 on voit que c'est le pilote de la barque et vraisemblablement le gendre du pcheur4 ,il dtourne ses regards du quai et les plonge dans le lointain pour ne pas voir sa jeune pouse et son nouveau-n1 qui sont debout aussi sur une marche du quai1 assistant l'embarquement en silence4 ,entre le quai et le bord1 un bel adolescent1 au geste d',achille1 droule et jette hroquement sur la barque les lourds filets qui ruissellent en mailles et en cordages sur ses pieds4 ,ces trois figures sont d'une mle beaut qui rappelle aussi l'antique2 quelques critiques les trouvent trop belles2 ils accusent l'expression de leur physionomie et leur attitude de trop de majest pour des hommes de leur profession4 ,mais ces critiques de ,paris ne sont jamais alls en ,italie ou en ,grce2 ils auraient vu partout des physionomies et des poses hroques1 dans des groupes de pasteurs ou de matelots4 ,cette terre est majestueuse de naissance2 la nature humaine y porte la couronne1 une empreinte de dignit et de noblesse qu'aucune profession ne fait droger4 ,voyez ,homre3 est-ce que ,nausicaa n'est pas princesse en lavant ses robes la fontaine8 ,est-ce que le conducteur de boeufs1 de porcs ou de mules1 n'y tient pas le fouet ou l'aiguillon comme les rois y tiennent le sceptre8 ,les regards de tous ces hommes1 admirablement groups dans leurs attitudes diverses1 ont l'unit du mme sentiment3 l'attention sombre l'horizon menaant2 la proccupation muette du vent qui va sortir du nuage4 ,une transe courageuse1 mais prvoyante1 jette le mme frisson sur tous ces visages1 l'exception du jeune adolescent2 celui-l n'a sur la figure que la mle fiert de son mtier et la prsomption de son ignorance4 ,le danger1 pour lui1 n'existe pas4 ,on le regarde1 on l'admire2 il suffit4 ,,xxxv ,mais deux pas de l'adolescent sont sa mre et sa soeur2 le pathtique commence l avec la femme et l'enfant3 la mre1 vieillie par la maladie plus que par l'ge1 est languissamment assise sur une des marches du quai des ,esclavons1 adosse au mur d'une masure qui est sans doute la sienne2 son bton1 qui chappe sa main affaisse1 atteste qu'elle est infirme et qu'elle s'est trane avec effort jusque-l1 pour voir une dernire fois l'embarquement de son mari et de ses jeunes enfants2 elle les recommande ,dieu de ses lvres ples et balbutiantes4 ,son regard est attach sur le mari et sur les enfants4 ,l'adieu est dj dit2 ces chers parents ont le pied sur le pont de la barque2 la mer les ramnera-t-elle8 la retrouveront-ils quand ils reviendront8 ,problme touchant qui se pose sur tous les visages6 ,pour elle1 le problme semble dj rsolu2 elle n'a plus qu'un souffle de vie1 ce souffle est dans son coeur4 ,une larme monte aux yeux quand on la regarde4 ,,xxxvi ct d'elle1 mais debout1 est une toute jeune femme1 sa fille sans aucun doute2 elle tient sur son bras un petit enfant nouveau-n1 sur la tte duquel elle incline et elle presse son front1 comme si cette tendre pression s'adressait son mari qui s'embarque4 ,son mari est un de ces deux beaux et vigoureux marins1 tout pensifs1 qui se prparent au dpart2 elle ne les regarde dj plus1 car elle ne verrait plus travers ses larmes2 ses joues sont ples et fanes de sa douleur2 mais cette douleur est calme et belle comme l'habitude de la rsignation dans une profession qui vit de prils mortels4 ,son attitude et son pauvre costume de contadine de ,chioggia rappellent les madones de ,perugin ou de ,sasso-,ferato2 mais la divinit ici n'est que dans la tristesse3 c'est la figure du pressentiment2 on voit1 dans la mre malade1 le tombeau2 on voit1 dans la jeune femme et dans l'enfant1 la future indigence4 ,nul doute1 cependant1 qu'une rminiscence de la princesse ,charlotte ne se retrouve dans le charmant visage de la jeune mre4 ,la main ne peut pas s'abstraire du coeur2 quand le modle est sans cesse dans l'me1 il se reproduit notre insu dans le tableau4 ,,xxxvii ,lopold ,robert travaillait au tableau des ,pcheurs avec patience et assiduit1 comme au monument de sa vie1 tantt ardent l'oeuvre1 tantt dcourag et laissant tomber ses pinceaux4 ,enferm avec le seul compagnon de sa vie1 son frre ,aurle ,robert1 dans le grenier d'un palais de ,venise qui lui servait d'atelier1 il retouchait et modifiait infatigablement ses figures4 ,il finit par leur donner toutes cette impression de terreur tragique ou de douleur anticipe qui en fait un drame pathtique1 intelligible au premier regard1 et indlbile dans le souvenir une fois qu'on l'a regard4 ,on voit dans ses lettres1 cette poque1 qu'il tremble galement de l'achever ou de le laisser imparfait4 ,c'est son adieu au monde ou c'est le chef-d'oeuvre qu'il veut faire acclamer par l'univers1 pour que l'excs de sa gloire lui mrite l'excs du bonheur dans la possession de ce qu'il aime4 ,il rvait videmment1 pendant ce travail ,venise1 ce que le ,tasse avait rv ,ferrare pendant qu'il composait le huitime chant de la ,jrusalem1 de lgitimer1 force de renomme1 ses prtentions la main d'une autre lonore4 ,son secret1 concentr dans son coeur1 s'y envenimait par le silence2 tantt il songeait revenir ,florence1 aprs avoir fini son tableau1 tantt fuir plus loin encore de l'idole qui le retenait et qui le repoussait tour tour4 ,une correspondance frquente1 et dont on ne connat pas les termes1 existait entre la princesse et lui4 ,son frre ,aurle1 cependant1 voyait quelquefois les lettres1 brles depuis2 si l'on en croit ce tmoin consciencieux et vridique1 ces lettres n'exprimaient que l'amiti la plus vive1 mais la plus irrprochable4 ,l'homme souvent traduit mal le coeur de la femme2 souvent aussi l'expression1 sous une plume de femme1 dpasse la pense1 quand elle crit celui par qui elle se sent aime2 il y a une politesse tendre du coeur qui flatte et qui prolonge l'illusion d'un ami4 ,on laisse trop croire1 de peur de trop dtromper4 ,si c'est une faute1 c'est la faute de la bont4 ,les lettres de la princesse que j'ai vues1 dit le frre de ,lopold1 taient empreintes d'un intrt constant1 qui pouvait provenir seulement de l'estime pour le talent et pour le caractre de ,lopold4 ,il aurait fallu des yeux plus clairvoyants que les miens pour y dcouvrir d'autres sentiments1 car il y rgnait une rserve d'expressions toute platonique444 ,peut-tre1 ajoute-t-il1 est-ce l ce qui a fait durer l'illusion4 ,si le gnie ne se croit pas gal au rang1 pourquoi s'approche-t-il de ce qui est au-dessus de lui 7par les convenances de ce monde78 ,ces expressions du frre et du confident du grand artiste ne laissent aucun doute sur la cause de sa mort2 on ignore seulement quelle en fut l'occasion immdiate et dterminante4 ,des rvlations subsquentes1 et que le double respect de deux tombes ne permet pas d'approfondir1 laissent seulement entrevoir dans ce mystre une vague probabilit4 ,la princesse n'avait donn qu'une tendre amiti au fidle artiste4 ,un jeune et hroque tranger1 d'un grand nom1 exil comme elle de sa patrie et errant en ,italie1 comme elle1 aprs l'ombre de la libert1 avait son amour4 ,cet amour se dnoua bientt aprs par une catastrophe dont elle fut la victime4 ,elle n'en avait pas fait la confidence encore son ami de ,venise4 ,on conoit tout ce qu'il devait en coter cette femme1 qui recevait de ,lopold plus qu'elle ne pouvait rendre1 de lui faire un pareil aveu2 cet aveu ne se fait jamais que par l'vnement un ami jeune et passionn1 qui regarde toujours comme drob son esprance ce qu'on a donn de tendresse un autre4 ,peut-tre y eut-il un jour1 une heure1 une lettre de la princesse ,lopold1 o cet aveu s'chappa1 par devoir ou par ncessit1 de sa plume4 ,peut-tre une rumeur publique1 venue de ,florence et mentionne par hasard dans une conversation devant lui1 un soir ,venise1 lui apporta-t-elle la fatale rvlation4 ,on n'a pas lu la dernire lettre1 on n'a pas su avec quel indiscret tranger ,lopold s'tait entretenu1 ce jour-l1 sur le quai de ,venise4 ,tout est rest mystre1 conjecture1 nigme1 dont un seul homme a le mot1 l'illustre tranger aim d'une femme morte1 et qui ne peut1 sans sacrilge1 trahir sa vie et sa mort6 ,lopold ,robert semble avoir pris soin lui-mme1 peu de moments avant sa fin1 de prvenir toute interprtation offensante l'honneur de la princesse4 ,je ne veux pas quitter ce sujet 7sa tristesse71 crit-il ,m4 ,marcotte1 sans vous faire une prire444 c'est de ne faire aucune supposition qui puisse tre dsavantageuse une personne dont les qualits et les mrites appellent non-seulement la considration1 mais l'attachement de tous ceux qui l'approchent4 ,d'ailleurs mes sentiments pour elle sont nobles et purs1 et1 quand ils auront plus de calme1 ils me feront trouver un bien dans ce qui m'a tant agit444 ,il cherchait ce bien et cet apaisement dans la religion et dans la prire2 la ,bible de sa mre tait sans cesse dans ses mains2 il y trouvait des souvenirs2 il n'y puisa pas assez la rsignation et la force2 il ne trouva pas non plus en lui-mme la mle et tendre impassibilit de ,michel-,ange1 qui1 voyant dans son cercueil1 couvert de fleurs1 passer le visage ador de ,vittoria ,colonna1 s'cria3 ,,que ,,ne ,l',,ai-,,je ,,du ,,moins ,,bais,e ,,au ,,front6444 ,mais ,michel-,ange tait un hros2 ,lopold ,robert n'tait qu'un homme2 et puis1 ne se console-t-on pas plus virilement de la mort que de l'indiffrence de celle dont on se flattait d'tre aim84444 ,,xxxviii ,quoiqu'il en soit1 le #bj mars #ahce1 aprs avoir entendu dans la soire de la veille le ,requiem de ,mozart1 chant1 sa prire1 par deux ,allemands musiciens de sa connaissance2 aprs avoir donn quelques coups de pinceau son tableau et aprs avoir lu en silence quelques versets de sa ,bible1 il tait mont son atelier1 o son frre1 en entrant1 le trouva sans vie au pied de son chevalet4 ,il s'tait frapp la gorge d'un seul coup qui avait tranch sa destine1 son amour1 sa gloire3 malade1 comme il l'avait dit une fois lui-mme1 ,,de ,,la ,,maladie ,,de ,,ceux ,,qui ,,ont ,,aspir ,,trop ,,haut6444 ,il dort dans la patrie de ,canova1 avec lequel il eut tant de ressemblance par le sentiment du beau1 ce vrai but de l'art4 ,son corps est indiqu au passant par une simple pierre o ses amis ont grav son nom4 ,il repose dans la petite le de ,saint-,christophe1 parmi les lagunes de ,venise4 ,la mer qu'il peignit de l1 dans ses ,pcheurs1 se droule terne et brumeuse autour de l'lot4 tait-ce une prvision de sa destine8 ,son tombeau tait dans son horizon1 sa tristesse tait dans les physionomies de ses figures2 le navire sur lequel cette famille va s'embarquer ressemble un catafalque1 au sommet duquel la vergue et le mt figurent une croix funbre sur la spulture des vagues6 ,que les voyageurs sympathiques la mlancolie de l'me et la maladie mortelle du gnie 7trop aspirer7 aillent penser et prier sur ce petit tertre de sable qui recouvre sa tombe4 ,son me n'tait pas responsable de sa main2 la nature ne l'avait pas dou ou il n'avait pas exerc en lui la force ncessaire ces grands hommes1 destins lutter avec ce qu'on nomme l'idal2 l'idal fait plus de victimes qu'on ne pense3 c'est la maladie des grandes imaginations qui ont un faible coeur4 ,o ,michel-,ange aurait survcu1 ,lopold ,robert succomba4 ,plaignons-le1 ne l'accusons pas4 ,sa mort ne fut pas une dlibration de sa raison1 mais un accs de dfaillance qui anantit sa raison4 ,il y a des organisations qui n'ont pas la trempe de leur volont2 la vie les tue par leur puissance mme de trop sentir4 ,nous ne l'excusons pas1 ,dieu ne plaise6 ,nous l'interprtons4 ,,xxxix ,tel fut ,lopold ,robert4 ,quand on mesure par la pense tout ce qu'il y a de sensibilit dans ses deux oeuvres capitales3 les ,moissonneurs et les ,pcheurs de l',adriatique2 quand on le voit passer1 comme par une gamme prodigieuse1 des impressions humaines de l'excs de vie1 de jeunesse1 d'amour1 de bonheur1 dans le char des ,moissonneurs1 l'excs de mlancolie et d'abattement dans la barque des ,pcheurs2 quand on parcourt la distance morale qu'il y a de la figure de la fiance couronne d'pis et de pavots1 dansant devant les boeufs du tableau de la ,madonna dell' ,arco1 la figure de la jeune pouse transie des frissons du dpart1 pressant son nourrisson dans ses bras1 ou la figure de la femme ge et mourante1 voyant partir pour la premire fois ses deux petits-fils et voyant partir1 pour la dernire fois aussi1 le mari vieilli de ses beaux jours1 qu'elle ne verra plus revenir1 on comprend tout ce qu'a d sentir1 dans la moelle de ses nerfs1 le peintre capable d'avoir exprim ainsi les deux ples extrmes de la sensibilit humaine3 l'excs de la flicit1 l'excs de la douleur4 ,une telle puissance de sentir tait1 pour ,robert1 une impuissance de vivre4 ,notre facult de souffrir est en raison de notre facult de sentir3 tel meurt d'un vnement dont tel autre sourit2 en lui la note avait bris le clavier4 ,,xl ,le succs des ,pcheurs de l',adriatique1 qui arrivait ,paris le jour ou l'me de ,robert s'envolait rejoindre ailleurs l'me de ,titien et de ,raphal1 ne fut pas un succs1 mais un triomphe4 ,la couronne d'enthousiasme1 comme celle du ,tasse1 ne dcora qu'un tombeau2 les gravures1 millions d'exemplaires1 cette dition des tableaux1 rpandit1 du palais la chaumire1 l'oeuvre posthume de ,lopold4 ,depuis ce jour on n'a pas cess de s'extasier sur ces deux pendants de la joie et de la tristesse1 les ,moissonneurs et les ,pcheurs4 ,la critique1 qui constate la gloire comme l'ombre constate le corps quand il y a du soleil en haut1 n'a pas cess non plus de protester contre notre enthousiasme nous ignorants2 mais l'ignorance aura le dernier mot1 car elle est l'instinct des sens et de l'me4 ,l'me et les sens ne se trompent pas1 tandis que la critique se trompe et que l'envie blasphme au lieu de juger4 ,lopold ,robert survivra1 parce qu'il est1 comme le tendre et pieux ,scheffer1 qui vient de mourir1 un novateur1 un initiateur1 un inventeur d'un nouveau genre de peinture3 la peinture d'expression1 la peinture spiritualiste1 la peinture qui vient de l'me1 qui s'adresse l'me1 qui meut l'me presque sans passer par les sens4 ,c'est un dfaut1 disent les savants2 cette peinture n'est qu'une sorte de gravure1 cette peinture fait penser et sentir1 mais elle ne fait pas assez voir2 elle n'accentue pas assez les objets2 elle ne colorie pas assez la nature2 elle ne sculpte pas assez les figures sur la toile1 par le jeu savant et puissant des jours et des ombres1 pour faire saillir en relief les objets de la surface plane du tableau2 elle n'tonne pas comme ,michel-,ange2 elle n'illumine pas comme ,raphal2 elle n'blouit pas comme ,titien2 elle n'clabousse pas comme ,rubens2 oui1 mais elle rappelle ,van ,dyck1 ce traducteur de l'me sur les traits presque incolores de la physionomie4 ,,xli ,tout cela est vrai6 ,nous ne voulons pas louer un genre par ses dfauts1 ni donner deux grands peintres quelques qualits de mtier qui peuvent leur manquer4 ,sans doute il y a eu et il y a1 aujourd'hui surtout1 en ,france1 o une gnration de grands peintres prpare un second sicle de ,lon ,x1 en de des ,alpes1 il y a des peintres qui peignent1 comme ,gricault1 ou dessinent1 comme ,michel-,ange1 avec le crayon fougueux et infaillible qui calque les formes du ,crateur1 qui sculpte la charpente des os et des muscles du corps humain2 il y en a qui ont ravi ,titien le coloris1 ,raphal la grce1 ,rubens l'blouissement et l'emptement profond1 dlays dans des rayons par leurs pinceaux ruisselants2 il y en a qui font nager1 comme ,huet1 leurs paysages1 svrement rflchis par un oeil pensif1 dans les lumires sereines de ,claude ,lorrain ou dans les ombres transparentes de ,poussin2 il y en a qui ptrissent1 comme ,delacroix1 en ptes splendides1 les teintes de l'arc-en-ciel sur leurs palettes2 il y en a qui1 comme ,gudin1 font onduler la lumire et tinceler l'cume sur les vagues remues par le souffle de leurs lvres2 il y en a1 comme ,meyssonnier1 qui donnent aux scnes et aux intrieurs de la vie domestique l'intrt1 la ralit1 le pittoresque et le classique de la peinture hroque2 il y en a qui1 comme mademoiselle ,rosa ,bonheur1 transportent avec une vigueur masculine1 sur la grande toile1 les pastorales de ,thocrite1 les chevaux de charrette ou les taureaux fumants dans le sillon retourn par le soc luisant2 il y en a qui1 comme les deux ,lehmann1 dont le plus jeune1 dans sa ,graziella coutant le livre qu'on lui lit la lueur du crpuscule1 sur la terrasse de l'le de ,procida1 au bord de la mer1 semblent avoir retrouv sur leur palette l'me mlodieuse de ,lopold ,robert4 ,mais y en a-t-il qui1 avec tout leur art1 quoique techniquement trs-suprieurs ,lopold ,robert1 fassent penser et parler la toile1 la langue1 l'me1 en termes aussi expressifs et aussi pathtiques que l'crivain des ,moissonneurs et des ,pcheurs8 ,y en a-t-il qui donnent en quelques traits de pinceau une motion si profonde et si durable au coeur8 ,en un mot1 y en a-t-il qui sentent plus et qui exprimeraient mieux8 ,or peindre n'est-ce pas exprimer8 ,que me font le dessin et la couleur si vous ne me faites pas penser et sentir8 ,un rayon de soleil sur la plaque du photographe dessine mieux encore que votre crayon1 et un arc-en-ciel a plus de couleurs que vos palettes4 ,mais prenez un enfant1 menez-le devant le tableau des ,moissonneurs1 demandez-lui ce que disent ces deux ttes de buffles attels au timon4--,ils disent1 rpondra l'enfant1 la fatigue du jour qui se repose et l'obissance des animaux heureuse d'obir au jeune bouvier qui caresse de sa main distraite leurs rudes poils entre leurs cornes sur leurs fronts4 ,c'est l'association volontaire de l'animal domestique et de l'homme1 l'amour entre deux4--,que disent ces deux joueurs de cornemuse1 par leurs gestes et par le mouvement gauche et avin de leurs pieds poudreux8 ,ils disent l'ivresse de la moisson qui commence1 et la joie de la terre qui fait bondir les pieds de l'homme la rception des dons de ,dieu4--,que dit le visage de cette jeune et belle moissonneuse1 regardant de loin les musiciens des ,abruzzes8 ,elle dit que les pas grotesques des danseurs la font sourire en dedans1 mais qu'elle pense au jour prochain de ses noces avec le fils du matre du champ qui gouverne les buffles1 jour o elle formera elle-mme1 avec ses compagnes1 aux sons de la mme zampogna1 des pas plus lgers et plus gracieux4--,et que dit le toucheur de buffles8 ,il dit qu'il est fier et content de son attelage1 qu'il a le consentement de son pre sa prochaine union avec la belle ,coupeuse des gerbes voisines1 et qu'il dfie avec assurance le destin de lui ravir sa jeunesse et son bonheur4--,et que dit la jeune mre1 debout sur le char1 son nouveau-n dans les bras8 ,elle dit qu'elle mprise dsormais ces musiques1 ces danses1 ces joies folles de la jeunesse1 qu'elle a recueilli toute sa pense dans la tendresse svre de son mari1 assis sur le buffle1 et tout son avenir dans ce nourrisson press sur son sein4--,et ce vieillard1 matre du champ1 accoud sur les sacs1 regardant avec une affectueuse indiffrence les musiciens1 les danseurs1 la moisson1 le soleil couchant1 que dit-il8 ,il dit que son soleil1 lui1 baisse aussi1 que sa famille est tablie et prospre1 que ses champs sont riches de gerbes1 que ses cheveux blancs1 qui s'chappent de son chapeau sur ses tempes amaigries et ples1 lui annoncent la fin des labours et des moissons ici-bas1 et que l'automne de la terre lui prdit sa propre automne4 ,,xlii ,passons l'autre tableau3 les ,pcheurs de l',adriatique1 et continuons d'interroger l'enfant sur la signification si diffrente de ces visages attrists1 par ce nuage1 sur ce dpart4--,que dit le matre de la barque8 ,il dit que le coup de vent est l-bas sous ce nuage lointain1 qu'il montre du geste l'quipage1 et qu'il faut s'attendre de rudes lames en pleine mer4--,que disent les deux ttes de ces deux petits enfants sous leur capuchon8 ,elles disent qu'elles affrontent pour la premire fois la mer1 qu'elles sont toutes tides encore des baisers de leur aeule malade1 qu'elles frissonnent au vent froid de la vague sale1 et qu'il faut bien couter et bien regarder le pre1 leur seule et tendre providence sur les flots pendant la manoeuvre4 --,et que disent ces deux mles1 mais sombres visages de pilote et de chef d'quipage1 adosss la barque et dtournant leurs regards du quai1 d'o les femmes regardent l'embarquement8 ,elles disent que la rsolution et le pril visible luttent dans leurs penses1 muettes sur leurs lvres1 et qu'il y a l'horizon un point noir d'o la mort peut tomber avec le vent4--,et que dit le visage du jeune fils qui dplie si majestueusement les filets1 sans rien regarder ni sur terre ni sur mer8 ,il dit l'orgueil de son premier embarquement pour une grande traverse et la prsomption de la jeunesse qui ne peut pas croire la mort4--,et que dit la jeune marie1 debout1 son nouveau-n dans le pli de son manteau sur ses bras8 ,elle dit que son coeur n'est dj plus dans sa poitrine1 mais qu'il est dj sur la barque1 demi mort1 au milieu de la bourrasque1 avec son mari qui la quitte pour la premire fois4--,et que dit la femme malade1 assise sur la marche du quai1 auprs du cep de vigne dfeuill par le vent de mer8 ,elle ne dit plus rien2 elle est dj morte1 morte d'angoisse autant que de maladie1 sans avoir revu ni son mari1 compagnon encore robuste de sa longue vie1 ni ces deux petits garons1 ces derniers-ns lancs la mer avant l'ge4--,et que dit l'ensemble de toutes ces figures et de toutes ces physionomies rpercutes les unes sur les autres8 ,il dit l'agonie sur la terre et le naufrage sur la mer1 l'angoisse de la mort partout1 l'ternelle sparation4 ,,xliii ,or combien n'a-t-il pas fallu de rflexion1 de sensibilit1 de cration mentale et manuelle1 au peintre de ces deux grandes scnes de la vie humaine1 pour avoir conu1 reproduit1 exprim tant de sentiments divers dans les physionomies de tant de personnages1 si heureusement ou si douloureusement impressionns8 ,combien n'a-t-il pas fallu de gnie expressif pour traduire tant d'me et tant de nuances d'me sur les traits de ces visages8 et1 ajoutons1 sur des traits toujours beaux2 car1 dans ,lopold ,robert comme dans la statuaire grecque1 l'expression n'enlve jamais rien au beau1 cette premire condition de l'idal dans l'art4 ,et comment distinguerez-vous1 dans des oeuvres si fortement empreintes de penses et si communicatives de sentiment1 comment distinguerez-vous1 disons-nous1 la peinture de la littrature1 le dessinateur du pote1 le peintre du philosophe1 le tableau du livre8 ,est-ce que l'un ne vous parle pas aussi clairement et aussi loquemment que l'autre8 ,est-ce que la toile ne vaut pas la page8 ,est-ce que le pinceau ne rivalise pas avec la plume8 ,est-ce qu'il y a plus de langage dans un mot crit que dans un trait peint8 ,est-ce que ,michel-,ange n'est pas aussi foudroyant que ,bossuet8 ,est-ce que ,raphal n'est pas aussi lyrique dans la ,transfiguration qu',isae8 ,est-ce que ,scheffer n'est pas aussi mystique que saint ,augustin8 ,est-ce que ,lopold ,robert n'est pas aussi pathtique que ,bernardin de ,saint-,pierre dans son naufrage de ,virginie8 ,est-ce qu'en sortant d'une galerie du ,louvre ou du ,vatican vous ne vous sentez pas l'me aussi remue qu'en fermant les plus beaux livres d'une bibliothque8 ,s'il en est ainsi1 pourquoi donc vous tonneriez-vous que j'aie fait entrer1 pour la premire fois1 la musique et la peinture1 et bientt la statuaire1 dans un cours de littrature8 ,et pourquoi n'aurais-je pas choisi1 pour cette innovation1 un des plus littraires des peintres de ce temps1 ,lopold ,robert8 ,car c'est vritablement pour moi celui dont le crayon se rapproche le plus de la plume1 le plus pensif et le plus senti1 avec ,scheffer1 de tous ceux qui ont crit leur me avec des formes et des couleurs sur une toile4 ,ce ne sera pas un peintre si vous voulez1 dirai-je ces critiques1 mais ce sera le plus lyrique1 le plus pathtique1 le plus dramatique1 le plus idal des crivains l'huile6 ,et si vous doutez de son talent1 regardez sa vie et regardez sa mort2 il a vcu de ses rves1 il a peint du sang de son coeur1 il est mort de son gnie4 ,blmons son acte2 plaignons sa dfaillance2 mais aimons son me4 ,tout est infini en ,dieu1 mme le pardon6 ,,lamartine4 ,x,x,x,v,i,i,ie ,,entretien ,,litt,,rature ,,dramatique ,,de ,l',,allemagne4 ,,le ,,drame ,,de ,,faust ,,par ,,goethe4 ,i ,pour bien comprendre une littrature il faut d'abord bien comprendre un peuple2 car la littrature d'un peuple1 ce n'est pas seulement son gnie1 c'est son caractre4 ,la race allemande est une branche de la famille orientale4 ,sa langue l'atteste non-seulement par son antique construction et par sa primitive fcondit1 mais elle l'atteste plus encore par ses tymologies1 qui la rattachent videmment la vieille langue sacre des ,indes1 le sanscrit4 ,creusez le mot1 vous trouvez l',inde sa racine4 ,l'histoire1 qui perd tant de choses sur la route des sicles1 a compltement perdu les traces de cette filiation de la race allemande avec les ,indes2 mais la langue est un tmoin qu'on ne peut rcuser4 ,le caractre allemand est un autre tmoin de cette parent loigne de l',allemagne avec les ,indes4 ,le peuple allemand est rveur et mystique comme l'enfant dpays du ,gange2 il s'enivre de sa propre imagination1 il aime le surnaturel1 il se dlecte dans les traditions populaires1 il ressasse ternellement les vieilles lgendes1 il a la pense pleine de hros qui n'ont jamais exist2 le monde visible occupe moins de place pour lui que le monde invisible2 il converse la moiti de sa vie avec des fantmes3 l',allemagne est la terre des hallucinations4 ,cette disposition somnolente et rveuse de l',allemagne la rend prompte l'ide1 lente l'action2 penser lui suffit1 peu lui importe de conclure1 encore moins d'agir2 aussi la lenteur un peu lourde de l',allemagne est-elle passe en proverbe4 ,il n'y a rien de si paresseux que le bien-tre2 le kef des ,orientaux1 cet tat des sens o l'me contemplative se dtache du corps pour planer dans l'espace imaginaire1 est l'tat naturel de l',allemagne4 ,pourquoi s'agiterait-elle8 ,elle n'est pas o elle est2 elle vit dans la rgion des chimres2 elle est bien4 ,cette paresse pensive du gnie de l',allemagne se retrouve jusque dans sa constitution politique4 ,cette constitution est illogique1 gnante1 nationalement impuissante2 l',allemagne la dplore1 mais elle ne la modifie pas4 ,dchire plus que constitue en empires1 en royauts1 en fodalits ecclsiastiques1 en principauts1 en municipalits ou en rpubliques souveraines1 cette terre manque essentiellement d'unit2 elle est constamment en dites ou en dlibrations avec elle-mme4 ,pendant qu'elle dlibre on la frappe la tte ou au coeur2 avant qu'elle ait runi ses contingents on est au centre de ses provinces1 ,mayence1 ,francfort1 ,vienne1 en ,saxe1 ,munich1 ,berlin4 ,quoique trs-belliqueuse de courage1 elle est1 de toutes les races1 la plus ouverte aux invasions2 on la frappe tous les membres sans que la tte le sente2 avant qu'elle ait port la main la blessure elle est conquise2 mais aussi elle ne meurt d'aucune de ces blessures1 parce que sa vie nationale est partout et que son patriotisme1 qui enfante des armes sur des champs de dfaites1 est immortel4 ,il est heureux peut-tre pour l',europe que le caractre de l',allemagne se refuse ainsi l'unit2 car1 si l',allemagne tait une1 l',europe serait peut-tre vassale de la ,germanie4 ,,ii ,la littrature allemande a toutes les qualits et tous les dfauts de ce caractre national des ,germains2 elle est lente et contemplative comme cette race2 elle a mis treize cents ans se dvelopper en littrature digne d'tre tudie1 et1 malgr ces treize cents ans de vieillesse1 elle a encore aujourd'hui les balbutiements1 la navet1 disons le mot1 la purilit d'une premire enfance4 ,ce n'est pas le gnie cependant qui manque aux ,allemands1 fortes ttes de la famille europenne1 c'est l'emploi de leur gnie2 ils jouent avec leur imagination comme des enfants avec leurs jouets4 ,au lieu de lui demander ces oeuvres srieuses que l',italie1 la ,france1 l',angleterre font produire leurs grands hommes de lettres1 les ,allemands rvent1 et nous pensons4 ,le ,rhin et le ,danube sont des ,lths qui semblent ne rouler que des songes4 ,,iii ,nous remonterons incessamment avec vous ce cours lent de la pense allemande par ses oeuvres1 depuis nos jours1 c'est--dire depuis ,klopstock1 ,schiller1 ,goethe1 ces potes culminants du dix-huitime sicle1 jusqu' l'anne #aaeb du douzime sicle1 o parut l',iliade des ,germains1 le pome barbare et sublime des ,nibelungen4 ,aujourd'hui1 selon notre habitude de ne caractriser les littrateurs que par leur chef-d'oeuvre1 nous allons vous introduire dans le thtre allemand par l'analyse du ,faust de ,goethe1 drame qui contient1 dans l'imagination d'un pote aussi philosophe que ,voltaire1 aussi mlodieux que ,racine1 aussi observateur que ,molire1 aussi mystique que ,dante1 tout le gnie de la littrature allemande et tout le caractre du peuple allemand4 ,l'auteur de ce drame de ,faust1 ,goethe1 presque notre contemporain1 est incontestablement nos yeux le plus grand gnie de la race allemande4 tudions un moment l'homme avant d'tudier l'oeuvre3 l'homme dans ,goethe n'est pas moins caractristique que l'oeuvre4 ,,iv ,un de ces hommes d'lite littraire1 mais trop modestes1 qui font pendant toute une vie d'tudes le travail pour ainsi dire souterrain de la pense de leur sicle1 hommes de silence qui ne demandent rien au bruit1 tout au mrite1 ,m4 ,blaze de ,bury1 crivain de l'cole asctique1 renferm comme dans les clotres studieux de la religion littraire1 a publi1 il y a douze ans1 une complte tude sur le gnie de ,goethe et une incomparable traduction du drame de ,faust2 nous nous en servirons1 comme on se sert1 dans les tnbres d'une langue inconnue1 d'une lumire emprunte qui fait rejaillir de tous les mots les couleurs mmes de cette langue1 ou comme on se sert1 dans un souterrain1 d'un cho qui rpercute le bruit de tous les pas de ceux qui vous devancent dans sa nuit4 ,en marchant sa lueur et sur sa trace nous retrouverons ,goethe tout entier4 ,v ,avant de dire quelques mots notre tour de la vie de ,goethe1 voyons d'abord en lui l'homme extrieur4 ,l'homme est dans ses oeuvres1 sans doute1 mais il est aussi dans ses traits3 la nature moule le visage sur l'me4 ,prenons la figure de ,goethe cette poque fugitive o la fleur de la jeunesse clate encore sur les traits1 mais o le fruit de la pense ou du sentiment commence se former et s'entrevoir sous cette jeunesse qui s'effeuille4 ,nous avons de ce grand homme d'excellents portraits tous les ges4 ,le voil vingt-six ans4 ,sa taille est leve2 sa stature est mince et souple2 ses membres1 un peu longs comme dans toutes les natures nobles1 sont rattachs au buste par des jointures presque sans saillie2 ses paules1 gracieusement abaisses1 se confondent avec les bras et laissent s'lancer entre elles un cou svelte qui porte lgrement sa tte sans paratre en sentir le poids2 cette tte1 veloute de cheveux trs-fins1 est d'un lgant ovale2 le front1 sige de la pense1 la laisse transpercer travers une peau fminine2 la vote du front descend par une ligne presque perpendiculaire sur les yeux2 un lger sillon1 signe de la puissance et de l'habitude de la rflexion1 s'y creuse peine entre les deux sourcils trs-relevs et trs-arqus1 semblables des sourcils de jeune fille grecque2 les yeux sont bleus1 le regard doux1 quoique un peu tendu par l'observation instinctive dans l'homme qui doit beaucoup peindre2 le nez droit1 un peu renfl aux narines comme celui de l',apollon antique3 il jette une ombre sur la lvre suprieure2 la bouche entire1 parfaitement modele1 a l'expression d'un homme qui sourit intrieurement des images toujours agrables2 le menton1 cet organe de la force morale1 a beaucoup de fermet1 sans roideur2 une fossette le divise en deux lobes pour en temprer la svrit4 ,toute la physionomie exprime la beaut apollonienne en elle-mme1 et hors d'elle-mme l'amour et la jouissance de la beaut4 ,l'intelligence heureuse s'y joue sans paratre s'y briser sur aucun point1 comme la lumire s'y joue sans se heurter aucun angle4 ,c'est le portrait vivant de la facilit dans la toute-puissance4 ,la terre est dj un ciel pour ces figures de prdestins de l'amour1 du bonheur et du gnie sans obstacles4 ,je ne vois gure que ,raphal1 dans les portraits de son adolescence1 qui puisse lutter avec cette svrit rayonnante d'un visage humain2 mais ,raphal devait mourir jeune1 et ,goethe devait mourir vieux1 aprs avoir pass sans se fltrir par tous les ges et en empruntant successivement au contraire tous les genres de beaut chacun des ges de la vie4 ,remontons maintenant son berceau1 et suivons-le de l1 de destine en destine et de chefs-d'oeuvre en chefs-d'oeuvre1 jusqu' l'apothose2 car la tombe pour lui n'a t qu'une apothose3 ce n'est pas un homme comme nous1 c'est un immortel4 ,,vi ,le #bh aot #agdi1 dit-il lui-mme dans son mmorial domestique1 je vins au monde ,francfort-sur-le-,mein1 pendant que l'horloge sonnait midi4 ,il tait n dans une ville libre2 heureusement n1 ni trop haut1 o l'on est facilement corrompu par l'orgueil de la naissance1 ni trop bas1 o l'on est facilement avili par la servilit d'une condition infrieure2 il tait n ce degr prcis de l'chelle sociale o l'on voit juste autant d'hommes au-dessus de soi qu'au-dessous1 et o l'on participe1 par gale portion1 de la dignit des classes aristocratiques et de l'activit des classes plbiennes2 heureux milieu qui est le vrai point d'optique de la vie humaine4 ,son pre tait le premier magistrat lu de la bourgeoisie de ,francfort2 la maison gothique et sombre qu'il habitait dans une rue dserte de ,francfort rappelait1 par sa vtust1 par ses escaliers tournants1 par ses vestibules ferms de grilles de fer sur la rue1 et par ses fentres sans symtrie1 chelonnes sur la faade1 la demeure forte du gentilhomme allemand1 interdite aux sditions du peuple comme aux assauts de la fodalit4 ,francfort tait la ,florence de l',allemagne1 moins les ,mdicis2 ville o le ngoce ne drogeait pas la noblesse1 et o les arts illustraient les mtiers4 ,l'enfance de ,goethe1 sur laquelle il s'appesantit trop dans ses ,mmoires1 l'exemple de ,jean-,jacques ,rousseau dans ses ,confessions1 ne mrite pas d'tre regarde avant l'ge o les sensations deviennent des ides4 ,on trouve les premires prdispositions de l'enfant la rverie1 maladie fconde des grandes imaginations1 dans la description de la chambre haute o son pre lui faisait tudier ses leons4 ,qui de nous ne se reconnat pas dans cette peinture de l'enfant captif au dernier chelon de quelque cage paternelle8 ,au second tage de notre maison1 dit-il1 il y avait une chambre dont les fentres taient couvertes de plantes1 afin de remplacer un vritable jardin que nous ne possdions pas4 ,la vue donnait sur les jardins de nos voisins et sur une plaine fertile1 qu'on dcouvrait par-dessus les murs de la ville4 ,c'est dans cette chambre qu'en t je venais apprendre mes leons1 contempler un orage1 admirer le coucher du soleil et soupirer aprs la campagne4 ,j'y voyais aussi nos voisins se promener dans leurs jardins1 arroser leurs fleurs1 regarder jouer leurs enfants1 et se livrer avec des amis toutes sortes d'amusements4 ,plus d'une fois le bruit d'une boule qu'on lanait et des quilles qu'elle faisait tomber arrivait sourdement jusqu' moi4 ,tout ceci veillait dans mon jeune coeur d'incertains dsirs et un besoin de solitude tellement en harmonie avec mes dispositions la gravit rveuse et aux vagues pressentiments que je ne tardai pas en tre visiblement influenc4 ,au reste1 notre maison1 si pleine de recoins obscurs1 tait trs-propre entretenir de semblables penchants4 ,pour comble de malheur on croyait alors que1 pour gurir les enfants de la crainte du surnaturel1 il fallait les accoutumer de bonne heure l'envisager sans effroi4 ,dans cette conviction on nous fora coucher seuls1 et lorsque1 ne pouvant plus matriser nos terreurs1 nous nous chappions du lit pour nous glisser dans la compagnie des valets et des servantes1 notre pre1 envelopp dans sa robe de chambre mise l'envers1 et1 par consquent1 suffisamment dguis pour nous1 nous barrait le passage et nous faisait retourner sur nos pas4 ,le rsultat de ce procd est facile comprendre4 ,le moyen de se dbarrasser de la peur quand on se trouve entre deux situations galement propres l'exciter6 ,ma mre1 dont l'affabilit et la bonne humeur ne se dmentaient jamais1 et qui aurait voulu voir tout le monde dans les mmes dispositions d'esprit1 eut recours un moyen plus aimable et qui lui russit merveille3 celui d'entre nous qui n'avait pas eu peur la nuit recevait1 le matin1 une ample distribution de friandises4 ,bientt nous vainqumes compltement nos terreurs1 parce que nous trouvmes notre intrt le faire4 ,mon pre avait suspendu1 dans la salle d'entre1 une collection de vues de ,rome1 grave par quelques habiles prdcesseurs de ,piranese1 qui avaient une entente merveilleuse de l'architecture et de la perspective4 ,grce ces gravures1 je contemplais chaque jour la place du ,peuple1 le ,colise1 la place et l'glise de ,saint-,pierre4 ,ces divers points de ,rome m'impressionnrent si vivement que1 malgr son laconisme habituel1 mon pre se plut souvent me les expliquer4 ,il avait1 au reste1 une grande prdilection pour tout ce qui tenait l',italie1 et il employait une partie de son temps composer et revoir la relation du voyage qu'il avait fait en ce pays1 et d'o il avait rapport une collection de marbres et de curiosits naturelles4 ,,vii ,c'est par ces fentres que la mlancolie entrait dans les sens et dans l'me du pote futur4 ,c'est ainsi qu'elle entrait plus tard dans la mienne1 par les fentres au couchant de ma chambre dans la maison de mon pre1 ouvrant sur des toits clabousss d'une morne lumire et attrists encore par le roucoulement de pigeons blancs qui bordaient les tuiles de la rue voisine4 ,la posie y entra aussi malgr le pre de ,goethe2 il rpugnait1 comme beaucoup de vieillards1 ces innovations du gnie2 elles drangent les vieilles admirations dans l'esprit compartiments des hommes qui ont fait leurs provisions d'ides pour leur vie1 et qui s'impatientent quand on les force d'y ajouter ou d'en retrancher quelque chose4 ,les dix premiers chants du pome pique de la ,messiade1 par ,klopstock1 venaient de paratre2 l',allemagne s'tonnait et frmissait d'enthousiasme cette posie srieuse comme une religion1 o le drame du ,calvaire se droule entre le ciel et l'enfer et o l'enfer lui-mme laisse entrer le rayon de la misricorde4 ,un vieil ami du pre de ,goethe apporta un jour ces pages la maison et voulut les lire2 le pre s'indigna au premier vers de cette posie qui prenait au srieux sa mission jusque-l futile en ,allemagne2 il rejeta avec fureur le livre sur le parquet et pria son ami de ne jamais lui prononcer le nom de ,klopstock4 ,l'ami contrist s'loigna2 mais la mre1 encore jeune1 de ,goethe l'arrta1 l'insu de son mari1 dans l'antichambre1 lui redemanda le volume et le lut en secret comme un objet d'dification de ses enfants4 ,les enfants furent ravis et retinrent les passages les plus pathtiques dans leur mmoire4 ,quelques jours aprs1 pendant que le pre de ,goethe se faisait raser dans le salon1 ,goethe et sa soeur se rcitaient l'un l'autre1 au coin du feu1 demi-voix1 les amours d',abbadonna et de ,satan4 ,tout coup la jeune fille1 oubliant dans son enthousiasme l'aversion de son pre pour ce livre1 jette pathtiquement ses bras au cou de son frre en dclamant haute voix1 et avec des larmes1 l'apostrophe de l'amante de ,satan4 ce geste1 ces accents1 ces larmes1 le barbier1 croyant un accs de dmence de la jeune fille1 laisse tomber son bassin rempli d'eau de savon dans la poitrine du pre2 le pre se lve1 indign d'tre poursuivi jusque dans la mmoire de ses enfants par la posie de son aversion1 il s'emporte contre sa famille et proscrit plus svrement le livre de sa maison4 ,,viii ,aprs les premires tudes faites sous l'oeil de son pre1 le talent potique se rvla dans le jeune adolescent par le premier amour1 ce rvlateur du beau dans tous les coeurs ns pour aimer4 ,des jeunes gens de son ge1 mais d'une condition trs-infrieure la sienne1 l'entranrent dans des compagnies suspectes des faubourgs de ,francfort4 ,c'est dans une de ces tavernes1 frquentes par ces jeunes corrupteurs de son adolescence1 qu'une jeune fille anglique1 puret morale dpayse dans la boue1 lui apparut pour la premire fois et lui fit sentir la beaut de la vertu en contraste avec les vices4 ,cette jeune fille se nommait ,gretchen1 abrviation familire du nom de ,marguerite2 elle fut videmment pour ,goethe le type de ces deux figures de ,marguerite et de ,mignon1 figures de femmes dgrades par la condition1 divinises par la nature1 qui devinrent les plus touchantes crations de son gnie4 ,les premires impressions sont les vraies muses de notre me4 ,cette jeune fille servait boire1 dans la maison de sa tante1 ses cousins1 jeunes dbauchs amis de ,goethe4 ,la premire fois qu'il la vit rayonner comme une toile du firmament au-dessus de cette lie1 ,goethe rougit de lui-mme et de ses amis4 ,il ne continua les frquenter que pour la revoir4 ,la scne de la premire entrevue de ,goethe avec ,gretchen est biblique par sa navet2 lisez-la de sa main3 ,quand le vin commena manquer sur la table1 un des jeunes gens appela la servante1 et je vis entrer une jeune fille d'une beaut blouissante1 et d'une modestie d'attitude et d'expression qui contrastait avec le lieu o nous tions4 ,elle nous salua avec une grce timide4 --,la servante est malade1 dit-elle2 elle vient de se coucher2 que lui voulez-vous8 --,nous n'avons plus de vin1 dit un des jeunes buveurs2 tu serais bien aimable si tu voulais aller nous en chercher4 ,la jeune fille prit quelques flacons vides et sortit2 je la suivis des yeux avec admiration4 ,un joli bonnet noir la mode allemande s'adaptait troitement sa petite tte1 qu'un col long et mince attachait gracieusement une nuque souple et des paules d'une forme statuaire4 ,tout en elle tait accompli1 et je jouissais tranquillement du charme de sa personne en la regardant s'en aller1 car1 lorsqu'elle tait devant moi1 mon imagination tait fascine par ses yeux si purs et si calmes et par sa bouche si dlicate4 ,je fis des reproches mes amis de ce qu'ils avaient fait sortir cette enfant si tard dans la soire4 ,ils se moqurent de moi1 en me disant qu'elle n'avait que la rue traverser pour aller chez le marchand de vin4 ,gretchen1 c'tait le nom de cette jeune fille1 revint en effet au bout de quelques minutes4 ,on la fit asseoir la table de ses cousins2 elle trempa ses lvres dans un verre de vin notre sant2 puis elle se retira en recommandant ses cousins de ne pas faire trop de bruit1 parce que sa tante1 leur mre1 allait se mettre au lit4 ,depuis cet instant l'image de ,gretchen me poursuivit partout2 n'osant aller chez elle1 je me rendis l'glise de sa paroisse2 j'eus le bonheur de la voir4 ,les cantiques du culte protestant ne me parurent pas trop longs cette fois1 car1 tandis que tout le monde chantait1 je m'enivrais du bonheur de regarder cette adorable jeune fille4 ,je sortis immdiatement derrire elle2 je n'eus cependant pas le courage de lui parler1 je me bornai la saluer2 elle me rpondit par un lger signe de tte4 ,,ix une seconde runion dans la mme maison1 les deux cousins de ,gretchen prirent ,goethe d'crire des vers amoureux au nom d'une jeune fille un jeune homme qu'ils voulaient tromper par cette feinte dclaration d'amour4 ,je cherchai leur complaire en crivant ces vers2 mais1 m'impatientant contre moi-mme1 je jetai la plume4 ,cela ne va pas6 m'criai-je4 --,tant mieux6 dit ,gretchen demi-voix2 vous ne devriez pas vous mler de cette tromperie4 ,et1 quittant son rouet1 elle vint s'asseoir prs de moi4 ,mes cousins1 me dit-elle1 ne sont au fond ni mchants ni vicieux1 mais l'amour du divertissement les entrane quelquefois des plaisanteries dangereuses4 ,je suis entirement dans leur dpendance1 et cependant j'ai refus de copier votre dclaration d'amour4 ,comment donc un jeune homme riche et indpendant comme vous l'tes peut-il se prter une mauvaise plaisanterie qui finira mal8 ,elle lut mes vers4 ,c'est bien joli1 dit-elle2 c'est dommage qu'on ne puisse pas en faire un usage srieux4 --,vous avez raison1 lui dis-je2 mais supposez un moment qu'un jeune homme qui vous adore mette cette dclaration de tendresse sous votre main en vous conjurant de la signer de votre nom2 que feriez-vous8 ,elle rougit1 sourit1 rflchit un moment1 prit la plume1 et crivit sans rien dire son nom au bas des vers4 ,je me levai tout hors de moi1 et j'allais la serrer dans mes bras2 mais elle me repoussa doucement4 --,point de familiarit lgre1 me dit-elle3 c'est trop vil2 mais de l'amour innocent1 si vous en tes capable4 ,maintenant partez avant que mes cousins reviennent du jardin4 ,je n'avais pas la force de me retirer2 elle prit1 pour m'y dcider1 une de mes mains entre les siennes4 ,mes larmes taient prs de couler1 je crus voir ses yeux se mouiller4 ,j'appuyai mon front un instant sur ses mains et je m'enfuis prcipitamment4 ,jamais encore je ne m'tais senti si troubl6444 ,x ,quelques jours aprs1 les deux cousins1 ses amis1 l'invitrent de nouveau se divertir avec eux leur table4 la fin du souper ils lui demandrent un conte pour leur abrger la veille2 il y consentit4 ,jusque-l1 dit-il1 ,gretchen n'avait pas cess de filer au rouet dans l'embrasure de la fentre4 ce moment elle se leva1 vint s'asseoir au bout de la table1 y appuya ses deux bras enlacs sur lesquels elle posa ses deux mains1 attitude qui lui seyait admirablement1 et qu'elle conservait quelquefois pendant plusieurs heures sans faire d'autre mouvement que quelques lgers signes de tte provoqus par ce qu'elle voyait1 entendait autour d'elle1 ou par ce qu'elle pensait en elle-mme4 ,,xi ,ces amours pures1 tantt contraries1 tantt servies par des circonstances d'un intrt touchant dans le rcit de ,goethe1 finirent1 comme toutes les fleurs folles de la vie1 par un coup de vent qui en disperse les illusions et les parsme sur le sol3 le jeune ,goethe1 rprimand par ses parents et compromis par ses mauvaises relations avec les cousins de ,gretchen1 fut envoy ,strasbourg pour y achever ses tudes de droit4 ,l il connut le philosophe allemand ,herder1 neuve1 vaste et forte pense dont ,m4 ,quinet1 nature allemande dans un talent franais1 a donn pour la premire fois la ,france la traduction1 le sens et le commentaire4 ,la frquentation de ,herder mrit de bonne heure le gnie aussi philosophique que potique de ,goethe4 ,un second pisode d'amour pastoral avec ,frdrica1 la fille d'un pasteur protestant de village1 sur les bords du ,rhin1 entremla des songes dors de la jeunesse les graves occupations de l'tudiant de ,francfort4 ,cet amour1 peint avec les couleurs du ,vicaire de ,wakefield1 ne fut qu'une distraction attachante pour ,goethe et causa la mort de la pauvre ,frdrique4 ,rappel dans sa famille par son pre1 ,goethe1 chez qui l'imagination dominait le sentiment1 s'attacha passionnment sa soeur1 me ardente et souffrante1 qui s'attacha elle-mme ce frre comme si elle et vcu en lui plus qu'en elle-mme4 ,il alla1 aprs quelques mois de sjour chez son pre1 se mler ,leipzig tout le mouvement des tudes1 des littratures et des factions scolastiques de la haute ,allemagne4 ,il y connut tout ce qui illustrait alors l',allemagne dans les lettres2 il commena lui-mme s'y faire connatre comme un jeune crivain et comme un futur pote d'un immense avenir4 ,c'tait le moment o la vieille littrature nave de la ,germanie se greffait1 sous l'influence du grand ,frdric1 sur la philosophie et la littrature de la ,france4 ,voltaire tait le missionnaire de cette posie et de cette philosophie chez les ,allemands4 ,le monde germanique et le monde franais luttaient dans les universits1 dans les livres et sur les thtres4 ,goethe1 avec cette impartialit clectique qui est la force du gnie original et qui prend son point d'appui en soi-mme1 mprisa ces vaines controverses et crivit sous la seule inspiration de sa nature4 ,cette nature tait allemande par le terroir1 grecque par la beaut1 franaise par l'indpendance des prjugs des lieux et des temps4 ,,xii ,son premier essai1 qui tient plus de ,j4-,j4 ,rousseau que de ,voltaire1 fut le livre de ,werther4 ,ce livre1 dont l'exagration sentimentale et maladive ressemble aujourd'hui un accs de folie du coeur1 a t cependant l'origine et le type de toute une littrature europenne qui a boulevers pendant plus d'un demi-sicle les imaginations jeunes et fortes de l',occident4 ,la ,corinne de ,mme de ,stal1 le ,ren de ,m4 de ,chateaubriant1 le ,lara de lord ,byron1 les mlancolies de nos propres posies franaises depuis ,andr ,chnier jusqu' nos potes d'aujourd'hui1 l'exception de ,branger et de ,m4 de ,musset1 potes de raction et d'ironie contre le srieux des mes1 toutes ces oeuvres sont de la famille de ,werther4 ,quant moi1 je ne m'en cache pas1 ,werther a t une maladie mentale de mon adolescence potique2 il a donn sa note aux ,mditations potiques et ,jocelin2 seulement la grande religiosit qui manquait ,goethe1 et qui surabonde en moi1 a fait monter mes chants de jeunesse au ciel au lieu de les faire rsonner comme une pellete de terre sur une bire dans le spulcre d'un suicide4 ,,xiii ,il y a toujours une ralit sous une fiction dans l'oeuvre1 quelle qu'elle soit1 d'un homme de gnie4 ,goethe raconte lui-mme l'origine de ce roman1 qui commence par une idylle et qui finit par un coup de feu4 ,goethe1 d'une beaut dj olympienne et d'une clbrit dj entrevue1 tait ,wetzlar4 ,le jeune ,jrusalem1 fils d'un prdicateur renomm de l',allemagne1 y vivait en mme temps et dans les mmes socits4 ,jrusalem tait pris d'une passion violente pour la femme future d'un de ses amis 7la ,charlotte du livre73 ,charlotte tait fiance un employ de la chancellerie impriale de ,wetzlar4 ,elle tait orpheline4 ,goethe1 introduit chez elle par ,jrusalem1 adorait dans ,charlotte l'image anglique et nave de la maternit dans les soins qu'elle avait de ses petits frres et de ses petites soeurs2 elle tait leur unique providence4 ,goethe1 ,charlotte et son fianc ne formaient qu'un coeur4 ,on ne savait lequel des trois occupait la meilleure place dans l'affection innocente et confiante des deux autres4 ,bientt cependant1 dit ,goethe1 je devins inquiet et rveur2 il me sembla que j'avais trouv tout ce qui manquait mon bonheur dans la fiance d'un autre4 ,charlotte aimait m'avoir pour compagnon de ses promenades2 le fianc se joignait nous toutes les fois que son emploi le lui permettait4 ,nous contractmes ainsi l'habitude de vivre constamment ensemble2 c'tait ensemble que nous parcourions les champs encore humides de rose1 que nous coutions l'hymne de l'alouette et le gai rappel de la caille4 ,quand la chaleur du jour nous accablait1 quand des orages d't clataient sur nos ttes1 nous nous rapprochions les uns des autres1 et1 sous influence de ce constant amour mutuel1 tous les petits chagrins de famille disparaissaient4 ,goethe1 oblig de s'loigner un moment1 trouva ,charlotte refroidie pour lui son retour2 il s'loigna pour plus longtemps1 et il apprit1 sur les bords du ,rhin1 le suicide du jeune ,jrusalem4 ,il en attribua1 peut-tre imaginairement1 la cause au mme sentiment qu'il avait ressenti pour ,charlotte et au dsespoir qu'avait prouv ,jrusalem en contemplant le bonheur paisible de cette jeune femme unie son fianc4 ,,xiv ,goethe alors conut ,werther1 et personnifia ses propres sentiments dans ce personnage fantastique4 ,il crivit en quatre semaines de solitude et de fivre cette maladie du coeur et cette catastrophe de la mort qui devinrent1 l'apparition de ce livre trange1 le manuel de l',allemagne et bientt aprs de l',europe tout entire4 ,nos temps n'ont pas d'exemple d'une commotion pareille imprime par quelques pages l'imagination du monde4 ,pourquoi8 ,on ne saurait le dire aujourd'hui1 si ce n'est parce qu'un miasme de cette maladie morale du suicide par malaise de vivre tait rpandu dans l'air du sicle1 et que ce miasme1 concentr dans quelques pages d'un homme de gnie1 acqurait tout coup une puissance irrsistible de corrompre l'imagination1 d'nerver l'me et de tuer des milliers de vies6 ,de nombreux suicides suivirent en effet ici la lecture de ce livre4 ,le sicle tait malade2 il sentait qu'il portait en lui sa propre mort prochaine par la foi mourante dans son me et par les rvolutions couves sous ses institutions2 il tendait devancer par des morts volontaires l'effet de ces germes morbifiques qu'il portait dans ses veines4 ,un livre succs n'est jamais qu'une de ces deux choses3 l'explosion dans une seule me d'une disposition presque universelle quoique encore latente du temps1 ou bien la prophtie d'une vrit venir qui n'claire encore qu'une tte suprieure l'humanit4 ,dans le premier cas le livre n'attend pas son succs une heure3 il est l'tincelle sur la poudre des imaginations2 dans le second cas il parat comme s'il n'avait pas paru1 et il attend son public pendant des annes ou pendant des sicles4 ,werther1 comme le ,gnie du ,christianisme1 n'attendit pas son succs une heure3 l'lectricit ne court pas plus vite d'un ple l'autre2 le monde entier des jeunes gens1 des amants1 des femmes1 des malades de coeur1 se jeta sur ce livre4 ,ce livre tait plein cependant de purilits qui touchaient au ridicule1 de navets qui touchaient la niaiserie1 de germanismes de moeurs qui touchaient la caricature2 c'est vrai1 mais le feu y tait4 ,quand le feu est dans un livre1 peu importe qu'il brle de la paille1 des haillons ou des immondices2 c'est toujours la flamme2 elle ne s'entache pas de ses impurs aliments2 elle brle1 elle brille1 elle blouit1 et le monde est fascin4 ,,xv ,il fut fascin par ,werther2 mais1 par un phnomne moral trs-connu chez les grands artistes comme ,goethe1 pendant que le livre incendiait le monde l'auteur resta froid4 ,son imagination seule s'tait chauffe en le composant2 son coeur tait rest tide et dans ce parfait quilibre qui permet l'crivain de juger son ouvrage4 ,c'est l la particulire puissance du gnie de ,goethe1 puissance qui le fit accuser d'insensibilit4 ,plus tard il se sparait en deux parts en crivant ses pomes et ses romans2 l'une de ces deux parts regardait penser et crire l'autre1 afin de pouvoir la diriger et la juger4 ,le suprme et impassible bon sens sigeait ainsi dans sa tte au-dessus de la fconde imagination1 comme dans l'oeuvre de la ,providence l'homme travaillait et le dieu regardait4 ,on a fait un reproche ,goethe de cette impassibilit artistique2 si le reproche s'adressait l'homme1 il pouvait tre fond2 s'il s'adressait l'artiste1 il tait absurde4 ,qu'est-ce qu'un artiste qui ne dominerait pas sa propre inspiration8 ,ce serait un fou4 ,qu'on ait regrett dans ,goethe1 homme1 l'absence de cette sensibilit qui fait aimer et souffrir1 nous le concevons2 mais qu'on ait reproch ,goethe1 artiste1 son impassibilit presque divine1 nous ne le concevons pas2 l'impassibilit n'est-elle pas le signe de la force8 ,vous lui voudriez une faiblesse1 il ne vous prsente qu'une toute-puissance4 ,vous ne le comprendrez jamais3 c'est un ,phidias qui ne sent pas dans sa chair les coups que son ciseau donne au bloc de marbre dont il fait un dieu6 ,,xvi ,presque en mme temps qu'il crivait ,werther pour les masses1 il crivait1 pour l'lite1 son premier drame1 ,goetz de ,berlichengen4 ,c'tait un drame national pour l',allemagne1 puis dans les sources historiques du monde chevaleresque et fodal4 ,ce drame imprim rallia ce jeune homme la srieuse admiration de toute la patrie allemande4 ,du fond de la sombre maison de son pre1 ,francfort1 le nom de ,goethe1 port la foule par ,werther1 port l'lite et aux universits par ,goetz de ,berlichengen1 grandit1 comme l'alos1 en un soleil4 ,les hautes socits de ,francfort recherchrent ce beau jeune homme1 obscur de prs dans leur bourgeoisie1 rayonnant au loin sur toute l',europe4 ,une jeune fille1 belle1 riche1 sduisante1 mais capricieuse1 nomme ,lilli1 lui donna le dsir d'un mariage d'amour et de raison runis en elle4 ,ainsi que cela a lieu en ,allemagne1 ces amours1 favoriss par les deux familles1 allrent jusqu'aux plus douces intimits et jusqu'aux plus saintes promesses2 quelques caprices d'humeur de ,lilli1 quelques impatiences de ,goethe rompirent tout4 ,il voyagea pour se consoler en ,italie et en ,sicile4 ,son voyage1 qu'il a imprim dans ses ,mmoires1 n'a qu'un seul intrt1 l'enthousiasme d'un homme du ,nord pour le soleil1 l'ivresse de la nature respire sur place dans les parfums de ,naples et de ,palerme4 ,l'homme sensuel y clate partout1 l'homme sensible nulle part4 peine quelques frissons d'amour la brise tide du midi1 l'aspect d'une blonde ,milanaise ,rome1 d'une brune ,espagnole ,naples1 rappellent-ils que le voyageur est jeune1 beau1 pote2 ces frissons ne vont pas jusqu' l'me3 c'est de la jeunesse1 ce n'est pas de la tendresse2 ce coeur d'artiste pose toujours devant lui-mme2 les passions ne sont que ses tudes4 ,aussi ne vieillit-il pas1 bien qu'il touche sa quarantime anne3 il est comme ces statues de marbre de la galerie du ,vatican1 qui prennent des sicles sans prendre une ride6 ,goethe est un homme de marbre aussi2 il meut son sicle1 il ne s'meut pas4 ,,xvii ,aprs ce voyage ,naples et en ,sicile1 voyage qu'il faut faire quand on veut chanter1 car tout y chante dans la nature1 mer1 ciel1 montagnes1 atmosphre et impressions1 ,goethe s'arrta quelques annes ,rome4 ,c'est l qu'il partagea son temps1 comme l'horloge partage les heures1 entre des socits douces1 des promenades philosophiques1 des tudes varies et universelles1 telles que la peinture1 la chimie1 la philosophie1 la posie1 la prose4 ,il se prte tout1 ne se donne rien2 il ressemble un de ces philosophes scythes de l'cole d',anacharsis1 qui prenait un portique d',athnes pour une habitation1 et qui suivait tantt les leons de ,platon1 tantt les ateliers de ,zeuxis ou de ,phidias4 ,il envoyait de l ses amis d',allemagne les drames1 les romans1 les pomes1 les lgies qui tombaient de sa plume1 selon la saison1 au vent des sept collines4 ,herman et ,dorothe1 pastiche admirable d',homre1 pome qui a la simplicit des scnes de ,nausicaa2 le ,comte d',egmont1 tragdie moderne2 enfin ,faust1 moiti drame1 moiti pome1 toujours rve1 mais rve du gnie1 selon nous le plus vaste1 le plus haut1 le plus universel de ses chefs-d'oeuvre4 ,il employa douze ans le composer2 il y rsuma1 comme dans un pome sculaire1 toute la passion1 toute la foi1 tout le scepticisme1 toute la beaut morale et toute la laideur infernale de l'humanit4 ,c'est le pome d'un ,manichen2 c'est le ciel et l'enfer dans un mme cadre2 c'est le drame du bon et du mauvais principe dont la nature porte malgr elle l'empreinte sur toutes ses surfaces4 ,c'est la mdaille l'endroit et l'envers de l'humanit1 l'une portant l'effigie du bien1 l'autre l'effigie du mal1 sans que le monde1 incertain1 puisse dire3 ,j'appartiens ce dieu3 ou1 ,je suis la victime de ce dmon4 ,l'esprit humain n'avait jamais os1 mme dans l'antiquit1 concevoir un pareil drame4 ,il faudrait convoquer la terre1 le ciel et l'enfer y assister4 ,,xviii ,ce drame de ,faust1 le voici4 ,mais d'abord htons-nous de vous dire que l'invention n'en appartient pas ,goethe1 pas plus que l'invention d',ahasverus1 l'homme immortel1 n'appartient aux innombrables potes qui ont chant ce songe universel de l'expiation par la vie2 pas plus que l'invention de don ,juan1 cette moquerie incarne de la vertu1 de l'amour dans la fidlit de don ,juan1 ce vampire de la femme1 n'appartient l',espagne ou la ,france4 ,faust est une vieille tradition populaire de la vieille ,allemagne1 tradition si populaire que le docteur ,faust1 ce type de l'homme vendu au diable1 joue un rle dans les marionnettes comme pouvantail des petits enfants4 ,de tout temps et en tout pays l'homme aspire plus haut que sa nature borne ici-bas1 immortelle ailleurs2 de tout temps1 disons-nous1 l'homme1 ambitieux d'infini1 s'est cass la tte contre les murs de sa prison terrestre2 il a voulu tre dieu1 au moins pour un temps1 au moins ici-bas1 et1 pour conqurir cette puissance surhumaine1 il l'a emprunte tantt ,dieu par la prire1 tantt au diable1 cette parodie malfaisante de la ,divinit4 ,ne pouvant faire un pacte avec le souverain ,bien1 il a tent d'en faire un avec le souverain ,mal1 et il a dit au dmon3 ,donne-moi la terre1 je te donnerai mon me4 ,de ce pacte imaginaire1 que les peuples enfants ont cru quelquefois ralis1 sont nes les lgendes innombrables qui ont pouvant le moyen ge et amus plus tard les ges suivants4 ,c'est un magnifique thme pour une imagination la fois passionne et mtaphysique4 ,oui1 ce sujet est le plus beau de tous pour une me forte2 nous comprenons qu'il ait tent ,goethe3 combien de fois ne nous a-t-il pas tent nous-mmes6 ,mais nous avons craint de paratre impie envers le ,crateur en prenant la cration en flagrant dlit de mchancet ou de ridicule3 le vase mme mal faonn1 mme bris1 doit respecter le potier4 ,goethe n'tait pas retenu par ce scrupule1 parce qu'il tait mille fois plus pote que nous et mille fois moins respectueux envers l'oeuvre divine1 dont les imperfections apparentes sont d'ineffables perfections4 ,,xix ,quoi qu'il en soit1 ,goethe eut ce bonheur de trouver son drame tout conu dans l'esprit des peuples et tout popularis dans l'oreille mme des enfants que la lanterne magique des potes de rue familiarisait ds le berceau avec le docteur ,faust et le diable4 ,il ne lui manquait que ce personnage ironique1 la pire forme du diable1 riant du bien et jouissant du mal1 ,mphistophls4 ,mais nous nous trompons1 ce personnage mme ne lui manquait plus1 car un pote anglais1 ,marlow1 l'avait dj invent dans un premier drame de ,faust sous le nom de ,mphistophlis4 ,goethe trouva ce caractre satanique tout fait2 il n'eut qu'une voyelle changer dans le nom de cet infernal personnage4 ,mphistophls1 c'est le diable de nos jours1 c'est le ,satan civilis1 c'est le dmon de bonne compagnie qu'on appelle ricanement quand il dnigre l'enthousiasme1 envie quand il salit la gloire1 libertinage quand il profane l'amour1 scepticisme quand il ridiculise la vertu1 force d'me quand il nie ,dieu en le respirant par tous les pores4 ,mphistophls1 c'est un personnage que les jeunes crivains et les potes de ces derniers temps en ,france ont beaucoup trop frquent1 et qui donne leur prose trop ricaneuse ou leurs vers lestes et ingambes des grces de mauvais aloi1 aussi loignes de la vritable grce que le dnigrement est loin de l'enthousiasme4 ,l',allemand ,heyne1 ce petit-fils de ,mphistophls1 croyant et sceptique1 religieux et impie1 pathtique et ironique1 est de cette famille4 ,mais il y a aussi du ,faust dans les imprcations de ,job sur son fumier quand il interpelle son ,crateur2 il y a du ,faust dans ,pascal quand il prend l'homme dans le creux de la main1 comme le fossoyeur d',hamlet quand il pse sa poussire et qu'il la jette son nant4 ,il y a du ,faust grande dose dans lord ,byron1 ce disciple de ,goethe1 quand il fait ricaner ,manfred devant un crne vide4 ,un disciple de ,heyne1 qui vient de mourir ,paris1 a t le spirituel et dplorable modle de cette jeunesse infatue de mauvais rire allemand4 ,mphistophls inspire bien toujours la perversit2 mais il n'inspire le gnie qu' ,goethe et ,byron1 et aux hommes de leur grande race4 ,l',olympio de ,victor ,hugo a les tristesses et les amertumes de ce dsespr du doute2 il n'a ni la bouffonnerie ni la grimace de ces jeunes saltimbanques de la philosophie et de la posie2 ceux-l dansent sur une corde tendue du ciel la terre comme les baladins sur leur ficelle tendue entre deux mts vnitiens4 ,hugo est un pote1 ceux-l sont des rimeurs4 ,musset1 qui leur est bien suprieur1 s'est trop inspir de ,heyne1 au lieu de s'inspirer de lui-mme2 il a donn dans ses boutades de scepticisme l'exemple et l'excuse ses imberbes mules4 ,la posie est descendue avec lui d'un degr du ciel3 paix sa cendre6 ,il faudra bien que la posie y remonte si elle ne veut pas salir sa robe dans la lie des ruisseaux o l'on s'efforce de l'entraner depuis quelque temps4 ,un cho de ,mphistophls1 ce corrupteur du bien et ce moqueur du beau1 se fait entendre de loin dans tous les livres de cette jeune cole4 ,heyne lui a donn l'accent allemand ,paris2 ,byron1 l'accent anglais2 ,musset et ses imitateurs soi-disant lgers1 l'accent franais4 ,prenons garde6 la pire des corruptions1 c'est celle qui rit d'elle-mme4 ,sese ipsum deserere turpissimum est6 ,que nous reste-t-il si nous perdons le respect au moins de notre misre8 ,mais revenons ,faust2 nous en sommes bien loin1 car nous n'en sommes qu' ses parodistes4 ,,xx ,faust est la tragdie du coeur humain dans le personnage de ,marguerite4 ,faust est la tragdie de l'esprit humain aux prises avec les deux principes du bien et du mal dans le personnage de ,faust6 ,enfin ,faust est la tragdie de ,dieu et de ,satan1 le bien et le mal1 dans le personnage de ,mphistophls4 ,marguerite1 c'est le bien ou l'amour6 ,faust1 c'est l'homme ou le doute1 l'indcision1 la fluctuation1 le crime1 la chute1 le repentir tardif4 ,mphistophls1 c'est la propagande perverse du mal par le gnie du mal pour corrompre et ruiner l'oeuvre de ,dieu1 l'homme et la femme4 ,y eut-il jamais un sujet de drame plus humain et plus surhumain la fois8 ,suivez avec attention l'analyse de ce pome pique en dialogue1 que nous allons feuilleter avec vous4 ,supposez-vous spectateur1 mais spectateur loisir1 spectateur solitaire2 non devant une scne bruyante1 mais devant votre livre et votre lampe1 ayant le temps et le silence ncessaires aux impressions rflchies1 et mesurez l'tendue et la profondeur de cette oeuvre incomparable du gnie moderne en ,allemagne4 ,,xxi ,il est nuit2 c'est le jour de la pense1 parce qu'elle s'y recueille et qu'elle y recueille le monde extrieur avec elle4 ,la scne reprsente une chambre haute dans un vieux chteau gothique des sicles de fodalit4 ,un beau jeune homme1 le front dj pli par la mditation et les yeux fatigus par la veille1 est renvers sur le dossier d'un fauteuil de bois4 ,il est entour de volumes sur les sciences occultes1 documents scientifiques ou cabalistiques4 ,on voit que1 las de la terre1 il a tent d'escalader le ciel par des chelons surnaturels qui se sont briss sous ses pieds4 ,ah6 philosophie1 science1 thologie2 ainsi j'ai tout sond avec une infatigable obstination1 dit-il avec amertume1 et maintenant1 pauvre insens1 me voil aussi avanc qu'en commenant1 et j'ai appris qu'il n'y a rien savoir6 ,aucun scrupule cependant ne m'a entrav2 je ne crains ni enfer ni diable2 je n'ai ni biens1 ni argent1 ni honneurs1 ni crdit dans le monde3 un chien ne voudrait pas de la vie ce prix-l6 ,c'est pourquoi1 la fin1 je me suis prcipit dans la magie4444 ,oh6 si1 par la force de l'esprit et de la parole1 certains arcanes m'taient enfin rvls6 ,si je pouvais dcouvrir ce que contient le monde dans ses entrailles6 7,il regarde le firmament47 ,oh6 que ne jettes-tu un dernier regard sur ma misre1 rayon argent de la lune1 toi qui m'as vu tant de fois aprs minuit veiller sur ce pupitre6 ,alors c'tait sur un monceau de livres et de papiers1 ma pauvre amie de l-haut1 que tu m'apparaissais4444 ,hlas6 si je pouvais au moins1 sur les cimes des montagnes1 errer dans ta douce lumire1 flotter au bord des grottes profondes avec les esprits incorporels1 m'tendre sur les prs avec ton crpuscule1 et1 libre de toutes les angoisses de la science1 me baigner1 plein de vie et de sant1 dans tes roses6 ,qu'ai-je pour horizon au lieu de cela8 un amas de livres rongs des vers1 couverts de poussire2 partout autour de moi des tlescopes1 des botes1 des instruments de physique ou de chimie vermoulus1 hritages de mes anctres6 ,et cela est un monde6 ,et l'on appelle cela un monde6 ,aprs une longue et vaine lamentation sur la vanit de la science pour le bonheur ou mme pour la lumire1 ,faust ouvre ngligemment un volume cabalistique2 il tombe par hasard sur le signe qui donne l'homme la toute-puissance sur la nature et la toute-flicit4 ,ciel6 s'crie-t-il1 comme tous mes sens viennent de tressaillir ce signe6 ,je sens tout coup la jeune et sainte sve de la vie bouillonner dans mes nerfs et dans mes veines4 ,suis-je devenu un dieu8 ,tout m'est rvl clair et facile4 ,ici un hymne magnifique1 semblable sans doute celui qui fit explosion des lvres de la premire crature intelligente1 quand le monde entra avec son premier regard dans sa prunelle6 ,nous ne le reproduisons pas1 cet hymne1 cause de son tendue2 mais que le lecteur se reprsente le chant de la joie cleste dans la prsence de ,dieu4 ,puis ,faust tourne le feuillet1 et tout se voile1 tout se trouble1 tout se transfigure4 ,le ciel se couvre2 la lune retire sa lumire2 la lampe s'teint1 elle fume2 des lueurs de feu rouge tremblent sur mes tempes4 ,c'est l',esprit corrompu de la terre qui s'approche et qui lui apparat4 ,,xxii ,l',esprit se dvoile dans la flamme de l'enfer4 ,un dialogue doublement infernal s'tablit entre ,faust et l',apparition4 ,faust brave courageusement l'horreur que l',esprit lui inspire2 il s'abandonne lui4 ,l',esprit lui parle un langage lyrique comme les toiles du firmament1 mystrieux comme les sept sceaux de l'abme4 ,au moment o ,faust va lui rpondre1 un de ses lves1 ,wagner1 apprenti prdicateur1 entre pour le consulter sur l'loquence4 ,l',esprit infernal s'vanouit1 et ,faust1 impatient1 se moque de l'histoire et de la rhtorique comme de mensonges convenus pour amuser les sots4 ,faust1 aprs le dpart de son disciple1 le maudit d'avoir fait ainsi vanouir l',apparition2 il se rpand en invectives dignes de ,job sur la vanit de la science2 il foule aux pieds tous les livres entasss dans la bibliothque de ses pres4--,trouverai-je en eux ce qui me manque8 dit-il2 irai-je feuilleter ces milliers de volumes pour lire que partout les hommes se sont agits de mme pour amliorer leur sort et qu'un homme heureux n'a jamais vcu8 ,et toi1 crne vide1 qui parais rire de mes aspirations1 ton ricanement veut-il me dire que l'esprit qui l'habitait s'est jadis fourvoy comme le mien8 ,tu cherchais la pure lumire1 n'est-ce pas8 et tu as err misrablement dans les tnbres avec la vaine soif de la vrit6444 ,mystrieuse mme en plein jour1 la nature ne se laisse pas dpouiller de ses voiles1 et1 ce qu'elle veut cacher ton esprit1 tous tes efforts ne l'arracheront pas de son sein4 ,il aperoit une fiole d'opium qui se trouve sur les tablettes de son laboratoire2 l'instant l'ivresse d'un bonheur imaginaire s'empare de ses sens1 et il chante des flicits inoues4 ,buvons courageusement1 se dit-il2 il est temps de franchir ce pas de la vie la mort1 dt-il nous conduire au nant6444 ,sors maintenant de ton antique tui1 coupe limpide1 coupe de cristal si longtemps oublie2 tu brillais jadis aux ftes des aeux1 et1 lorsque tu passais de main en main1 les fronts soucieux se dridaient2 c'tait le devoir du convive de clbrer en vers la beaut et de te vider d'un seul trait4 ,tu me rappelles maintes nuits de ma folle jeunesse2 cette fois je ne te passerai plus mon voisin1 et mon esprit ne s'exercera plus vanter l'artiste qui t'a faonne2 en toi repose une liqueur qui donne une rapide ivresse2 je l'ai prpare1 je l'ai choisie2 qu'elle soit pour moi le suprme breuvage6 ,je la consacre comme une libation solennelle l'aurore du jour4 ,il porte la coupe ses lvres4 ce moment un chant de voix clestes se fait entendre dans les airs2 c'est le matin du jour de ,pques4 ,le choeur invisible chante en vers et en musique triomphale3 ,christ est ressuscit6 ,paix sur la terre6 etc4 ,la main de ,faust s'abaisse2 la coupe lui chappe4 ,les cloches de la cathdrale rsonnent et se mlent l'anglique mlodie du jour de ,pques dans le ciel et sur la terre4 ,l'homme endurci s'amollit ses joies religieuses d'enfance4 ,cantiques clestes1 s'crie-t-il1 puissants et doux6 pourquoi me cherchez-vous dans la poussire8 ,rsonnez aux oreilles de ceux que vous pouvez consoler4 ,j'entends bien le message que vous m'apportez1 mais la foi me manque pour y croire6 ,le miracle n'existe que pour la foi4 ,je ne puis m'lever vers ces sphres d'o la bonne nouvelle retentit2 et cependant1 accoutum d'enfance cette voix1 elle me rappelle la vie4 ,autrefois un baiser du divin amour descendait sur moi dans ce recueillement solennel du dimanche2 le bruit des cloches remplissait mon me de pressentiments1 et ma prire tait une voluptueuse extase2 une ardeur sereine1 ineffable1 me poussait travers les bois et les champs1 et l1 seul1 je fondais en larmes1 et je sentais comme clore en moi tout un monde4 ,ce souvenir vivifie mon coeur rajeuni et me dtourne de la mort6 chantez6 sonnez1 chantez encore1 anges et cloches6 ,une larme a coul1 la terre m'a reconquis6 ,les chants et les cloches recommencent se faire entendre3 ,christ est ressuscit6444 ,etc41 etc41 etc4 ,,xxiii ,ici le lieu de la scne est chang2 la nuit s'est coule4 ,c'est l'heure o le peuple1 vieillards1 ouvriers1 femmes1 soldats1 jeunes filles1 sortent en foule de la porte de la ville pour se rpandre en repos1 en libert et en joie1 dans la campagne4 ,les entretiens entrecoups de tous ces groupes qui passent sont une parfaite imitation des moeurs du peuple2 c'est le choeur dans les tragdies antiques4 ,ces conversations tiennent au sujet1 comme on le verra plus tard1 par le tableau de la candeur des jeunes filles de la bourgeoisie qui tremblent d'tre sduites ou compromises aux yeux de la petite ville si elles se laissent approcher par la mauvaise compagnie4 ,on pressent les prils1 les malheurs et la honte de ,marguerite1 sans doute confondue dans ces groupes timides et charmants4 ,ce tableau repose les yeux par le contraste de la douce ignorance du peuple1 qui ne souffre que du travail1 avec les philosophes1 qui souffrent de la pense4 ,,xxiv ,faust parat son tour2 il se promne avec son disciple ,wagner2 son coeur se dilate l'aspect de cet essaim d'heureux peuple au premier sourire du printemps4 ,regarde1 dit-il ,wagner dans des vers semblables des odes d',horace ou d',hafiz2 voil le fleuve et le ruisseau dlivrs de leur couche de glace1 etc4 ,tourne maintenant1 du haut de ces sommets1 les regards vers la ville2 hors de la sombre porte1 toute une foule varie se penche2 chacun veut s'ensoleiller aujourd'hui4 ,ils ftent la rsurrection du ,seigneur1 et eux-mmes semblent des ressuscits du fond de leurs demeures1 de leurs chambres troites1 de leurs servitudes de ngoce ou de mtiers1 de leurs bouges infects1 de leurs rues fangeuses1 de la nuit livide1 de leurs cathdrales4 ,regarde un peu comme dans les jardins et les prs cette foule s'extravase1 comme la rivire balance mainte barque joyeuse6 ,j'entends dj la musique des mntriers dans les villages2 c'est le paradis du peuple4 ,,xxv ,des paysans chantent une ronde joviale et amoureuse4 ,ils proposent respectueusement ,faust de trinquer avec eux2 les services que ,faust a rendus ce peuple pendant une pidmie rcente le font acclamer1 de groupe en groupe1 par le peuple reconnaissant4 ,quelle joie ce doit tre pour toi1 grand homme6 lui dit son disciple1 de te voir ainsi honor par cette multitude6 ,bienheureux celui qui peut faire un si puissant et si salutaire emploi de ses facults6 ,le pre le montre son enfant2 on s'informe1 on s'attroupe1 on s'empresse2 la musique s'interrompt1 la danse s'arrte4 ,tu passes2 ils se rangent en haie1 les bonnets volent en l'air4 ,peu s'en faut qu'ils ne s'agenouillent comme devant l'image de la ,divinit6 ,faust dprcie loquemment ces hommages et se dnigre lui-mme4 ,regarde plutt dcliner le soleil couchant1 le jour expir6444 ,oh6 que n'ai-je des ailes pour m'enlever dans les airs et tendre incessamment vers lui8 ,je verrais dans un ternel crpuscule ce globe dont je n'entendrais pas le bruit mes pieds4 ,voici la posie de l'infini devenue mlancolie lyrique2 elle dicte ,faust des vers dignes d'tre rpts par l'cho des firmaments4 ,nous souffrons de ne pas les reproduire votre oreille2 mais ces entretiens seraient un volume si je n'abrgeais pas la partie extatique de ce prodigieux pome pour laisser au drame pathtique l'espace qui lui appartient4 ,plaignez-moi d'abrger et plaignez-vous vous-mmes de ne pas tout entendre4 ,,xxvi ,l'entretien de ,faust et de ,wagner est interrompu par un chien barbet1 en apparence gar1 qui circule autour d'eux et qui finit par les flatter en rampant leurs pieds4 ,wagner s'tonne2 ,faust souponne demi un esprit dguis sous la forme caressante de ce charmant animal4 ,il entre1 suivi de ,wagner et du chien1 par la porte sombre de la ville4 ,,xxvii ,la scne change de place2 on est de nouveau dans le cabinet d'tude de ,faust4 ,il y est seul avec le mystrieux animal1 le chien barbet4 ,faust ouvre l'vangile1 le chien s'agite et grogne4 ,au commencement tait le ,verbe4--,non1 non1 se dit-il lui-mme1 au commencement tait la force6 la force1 le dieu du monde6 ,le chien gmit et hurle ct de lui4 ,ici une imitation de la scne des sorcires de ,shakspeare dfigure un peu cette belle oeuvre4 ,le chien1 aux paroles enchantes de ,faust1 apparat tout coup sous forme humaine derrire le pole du jeune docteur4 ,ceci est videmment de la part de ,goethe un sacrifice la triviale popularit de la tradition purile de l',allemagne4 ,il faut laisser cette scne aux enfants et au peuple infatus de la sorcellerie du moyen ge1 et ne voir dans le barbet chang en homme1 et en homme cachant un esprit dmoniaque sous ses formes humaines1 que l'inspiration manichenne du mal conseillant le mal tout ce qui respire4 ,ceci admis1 le rle du mal1 cach sous la forme de ,mphistophls1 devient vrai comme le monde rel et pittoresque comme l'incarnation de toute perversit4 ,goethe1 quoique bien peu avanc dans la vie1 puisqu'il n'avait que quarante ans quand il composait ,faust1 se montre un observateur consomm de la malice humaine et de la sduction par la passion4 ,s'il avait peu senti par lui-mme1 il avait tout compris dans les autres4 ,jamais la force lyrique et la force impassible et analytique de l'observation ne furent plus trangement runies dans un mme homme4 ,poursuivons4 ,,xxviii ce moment ,mphistophls apparat sous le costume d'un tudiant allemand lgamment vtu1 l'pe au ct1 le manteau rejet avec grce sur l'paule1 le sourire du sceptique sur les lvres1 le ricanement ironique dans l'accent1 la physionomie indcise entre l'homme d'esprit moderne et le satyre antique2 ses gestes sont saccads et forcs comme ceux de l'homme qui dit une chose et qui en pense une autre4 ,on dirait que ,goethe a frquent1 dans les tavernes de ,francfort1 ces tres dpravs qui masquent demi le vice sous l'lgance et le crime sous l'hypocrisie4 ,faust1 en esprit fort qui a si souvent voqu les puissances occultes de la nature1 n'est nullement tonn2 il conserve son sang-froid2 il cause familirement avec l'hte infernal de sa solitude4 --,qui es-tu8--,je suis l',esprit qui nie tout et toujours2 je lutte contre tout ce qui est pour le vicier ou le dtruire1 et je ne puis russir3 tout renat et subsiste malgr moi4 ,ceci est dit en vers d'une mtaphysique aussi potique qu'elle est profonde1 mais c'est le sens4 ,on voit combien ,goethe1 tout esprit sceptique qu'il tait1 avait compris1 jeune1 que l'extrme scepticisme tait l'extrme forme1 la forme satanique de tout mal4 ,car le scepticisme complet mne au mpris de la cration1 de soi-mme et de ,dieu3 c'est le suicide par le blasphme1 c'est le dicide par le dsespoir4 ,dans la scne suivante1 ,mphistophls1 transfigur en jeune et brillant gentilhomme1 pervertit de plus en plus l'esprit malade de ,faust4 ,il lui fait apparatre1 tantt dans ses songes1 tantt dans ses veilles1 des esprits secondaires qui jouent avec la cration ou qui la raillent4 ,aprs l'avoir ainsi fascin1 il propose ,faust d'tre son serviteur ici-bas1 pourvu qu'il s'engage se donner lui dans l'autre monde4 ,le pacte1 dlibr en dialogue1 est conclu et sign4 --,je te mnerai loin1 se dit tout bas ,mphistophls1 car tu es une de ces mes qui ne s'arrtent jamais dans leur course effrne vers la science ou vers la puissance6 ,,xxix ,un disciple de ,faust frappe la porte4 ,mphistophls revt la robe et la figure du docteur2 il reoit l'tudiant2 il rpond ses questions sur la logique1 la mtaphysique1 la jurisprudence1 la mdecine1 en embrouillant tellement la tte du jeune homme de dfinitions scolastiques et absurdes que ,pascal lui-mme ne dmontrerait pas mieux le nant emphatique de l'esprit humain et la vanit sonore de ce que nous appelons savoir4 ,mon cher ami1 finit-il par dire l'colier stupfait1 la thorie est grise et l'arbre de la vie est vert2 cueillez ses fruits4 ,va maintenant1 ajoute-t-il part et voix basse2 crois dans ton orgueil que tu es semblable ,dieu1 qui sait le bien et le mal2 suis ce vieux dicton de ton cousin le serpent4 ,ta prtendue ressemblance avec ,dieu pourra bien t'inquiter quelque jour6 ,il rentre ensuite auprs de ,faust et l'emmne1 en brillant quipage1 travers le monde1 qui ne le reconnat plus4 ,la toile tombe4 ,,xxx ,encore un changement de scne2 on est transport dans une taverne de dbauchs ,leipzig4 ,les convives boivent1 chantent1 se racontent leurs amours4 ,mphistophls entre avec ,faust1 lie conversation avec ces buveurs2 il fait jaillir pour eux tous les vins qu'ils dsirent du bois de la table2 puis il allume une flamme qui leur brle les doigts1 et s'envole1 en se moquant d'eux1 hors de la tabagie4 ,voil1 mes amis1 ce que c'est qu'un miracle6 dit-il en riant4 ,les deux personnages1 l'un menant l'autre1 apparaissent ensuite dans un long sabbat de sorcires1 vaine imitation de ,shakspeare1 purilit potique grotesque de dtails1 qui n'est propre qu' amuser l'imagination d'enfants ou de la populace dans un conte de fe4 ,les esprits srieux se dtournent de ces dbauches d'imagination1 qui ne servent qu' dtruire la belle illusion du drame pathtique dans lequel nous allons enfin entrer4 ,,xxxi ,attention6 nous y voici4 ,on est dans une rue de la ville2 ,marguerite passe seule et les yeux baisss auprs de ,faust4 ,,faust4 ,ma belle demoiselle1 oserais-je vous offrir mon bras et ma protection pour vous conduire o vous allez8 ,,marguerite4 ,je ne suis ni demoiselle ni belle1 et je n'ai besoin de personne pour me conduire la maison4 ,,faust4 ,par le ciel6 cette enfant est la beaut accomplie6 ,je ne vis de ma vie rien de pareil4 ,si convenable1 si modeste1 et cependant si entranante4 ,le rose de ses lvres1 l'clat de ses joues6 non1 jamais je ne saurais l'oublier4 ,la manire dont elle baisse les yeux s'est incruste fond dans mon coeur4 ,et cette robe courte qui laisse entrevoir ses pieds fugitifs6 ,d'honneur1 c'est ravir les yeux et la pense4 7,survient ,mphistophls47 ,il faut que tu me procures cette charmante jeune fille4 ,m,,phistoph,l,s4 ,laquelle8 ,,faust4 ,celle qui vient de passer l'instant4 ,m,,phistoph,l,s4 ,celle-l8 ,bon6 ,elle vient de chez son prtre1 qui lui a donn bon droit l'absolution2 je m'tais gliss derrire le confessionnal4 ,mais c'est l'innocence mme que cette enfant3 je n'ai aucun pouvoir sur elle6 ,faust insiste avec l'autorit et la vhmence de la passion qui veut tre servie et non conseille3 ,quelque chose seulement d'elle1 un fichu de son cou1 une chose qui l'ait touche6--,eh bien6 dit ,mphistophls1 je ferai plus3 elle est maintenant sortie de sa demeure1 je vais t'introduire dans sa chambre2 l tu pourras tout seul te repatre dans l'atmosphre qu'elle habite en paix1 atmosphre d'esprance et d'illusion4 ,,xxxii ,la scne change2 c'est le soir du mme jour4 ,marguerite1 rentre1 est seule dans sa chambre1 tresse ses nattes de cheveux et les relve de ses mains enfantines autour de sa tte4 ,elle rve haute voix en se parant4 ,je voudrais bien savoir1 murmure-t-elle1 quel tait ce jeune seigneur d'aujourd'hui4 ,il est bien beau et il doit tre de noble race2 cela se lit sur son visage2 autrement il n'aurait pas t si familier4 7,elle sort de nouveau47 ,mphistophls et ,faust paraissent sur le pas de la porte2 c'est l une des plus charmantes scnes inventes par le gnie divin ou satanique de l'amour1 et dont on ne trouve de trace ni dans le drame antique ni dans le moderne4 ,shakspeare mme dans son chef-d'oeuvre1 ,romo et ,juliette1 n'a pas cette dlicieuse invention3 la respiration de l'atmosphre aime dans laquelle respire la personne qu'on aime6 la visite au vide anim qui a contenu l'idole de ses yeux4 coutez3 ,m,,phistoph,l,s1 ,faust intimid par ce sanctuaire4 ,entre tout doucement2 allons6 entre6 ,,faust1 aprs un moment de silence4 ,je t'en supplie1 laisse-moi tout seul4 ,m,,phistoph,l,s1 furetant dans toute la chambre4 ,toute jeune fille n'a pas cette lgante propret dans son pauvre asile4 ,,faust1 parcourant la chambre d'un regard avide et enthousiasm1 sent son libertinage se changer en respect de l'innocence dans son coeur4 ,oh6 salut1 doux demi-jour qui rgnes dans ce sanctuaire6 ,empare-toi de mon coeur1 douce peine du dsir d'amour qui vis altr de la rose de l'esprance6 ,comme tout respire ici la paix1 l'ordre et le contentement6 ,dans cette pauvret que de richesse6 ,dans ce rduit sombre1 que de flicit6 7,en s'approchant du fauteuil de famille37 toi qui1 dans leur joie ou dans leur douleur1 as reu les aeux sur tes bras ouverts6 combien de fois des groupes d'enfants1 les mains tendues1 ont d se suspendre autour de ce trne patriarcal6 ,ici mme1 peut-tre1 ma bien-aime1 reconnaissante envers son divin ,christ1 enfant aux joues fraches et saines1 est venue pieusement baiser la main amaigrie de l'aeul4 ,je sens1 jeune fille1 ton esprit d'ordre et d'conomie murmurer autour de moi2 cet esprit d'arrangement nature l ton sexe1 qui te souffle comment on tend proprement le tapis sur la table cire1 comment on saupoudre le parquet de sable6 douce main1 semblable la main d'une crature cleste1 tu fais de cet asile un paradis6 7,l'aspect de cette chambre lui inspire des penses dlicieuses1 mais toujours pures4 ,il ne se reconnat plus2 l'air saint qu'il respire le sanctifie son insu47 ,quelle atmosphre surnaturelle m'enveloppe8 ,je venais ici pour prcipiter par la violence le moment de la possession1 et je me perds en songes de respectueux amour4 ,sommes-nous donc le jouet de chaque impression de l'air8 ,et si tout coup elle venait entrer1 comme tu expierais vite l'audace d'avoir profan son asile6 comme il serait petit devant toi1 comme il rentrerait en terre sous tes pieds1 le grand homme6 ,m,,phistoph,l,s4 ,vite6 je l'aperois en bas qui monte6 ,,faust4 loignons-nous2 je ne reviendrai jamais6 ,mais1 avant qu'il s'loigne1 ,mphistophls1 habile prparer de loin la sduction1 prsente une cassette ,faust4 ,m,,phistoph,l,s4 ,voici une cassette passablement lourde2 je suis all la prendre quelque part2 glisse-la toujours dans cette armoire1 et je te jure que la tte lui tournera4 ,j'ai mis dedans bien des petites choses pour en gagner une autre4 ,tu sais1 un enfant est enfant1 un jeu est un jeu4 ,,faust1 retenu maintenant par un scrupule1 hsite4 ,je ne sais si je dois6444 ,pouss par ,mphistophls1 il finit par glisser la cassette dans l'armoire4--,ils s'vadent sans tre vus4 ,,xxxiii ,marguerite entre1 sa lampe la main4 ,elle est toute trouble2 elle chante pour se rassurer la ballade du roi de ,thul1 comme ,desdmona chante la romance du ,saule3 le chant est un compagnon de l'me peureuse4 ,j'touffe ici6 dit-elle4 ,elle ouvre machinalement l'armoire pour serrer ses habits de fte2 la cassette se rencontre sous sa main4 ,elle s'tonne1 elle se demande comment cette cassette a t dpose l1 elle l'ouvre en tremblant3 les bijoux la frappent et l'blouissent4 ,je voudrais voir comment ce collier sirait mon cou4 ,elle s'en pare et va se regarder au petit miroir4 --,si seulement les boucles d'oreilles taient moi8 ,je suis tout autre ainsi4 quoi te sert donc la beaut1 jeunesse8 ,personne ne fait attention nous2 tout va l'or1 tout dpend de l'or6 ,ah6 pauvres1 pauvres que nous sommes6444 ,,xxxiv ,la toile tombe sur l'blouissement et l'hsitation de la pauvre enfant4 ,la toile se relve sur ,faust et ,mphistophls qui causent ensemble4 --,pensez donc1 dit ,mphistophls avec humeur2 la parure que je m'tais procure pour ,gretchen1 un prtre l'a escamote4 ,la mre vient dcouvrir la chose2 aussitt un frisson la prend1 la pauvre femme4 ,elle a toujours son front plong dans son livre de prires2 elle flaire un un tous les meubles pour s'assurer si l'objet est saint ou profane2 elle sentit donc clairement que l'objet n'apportait pas grande bndiction dans sa maison4 ,mon enfant1 s'cria-t-elle1 bien mal acquis pse sur l'me et brle le sang4 ,consacrons ceci la ,mre de ,dieu1 et la manne du ciel descendra sur nous4 ,la petite ,marguerite fit un peu la moue4 ,il ne peut tre impie1 dit-elle1 celui qui a si galamment apport cette cassette ici4 ,la mre fait venir un prtre3 il leur promet toutes les joies du paradis et les laisse tout difies4--,et ,gretchen8 demande ,faust4--,elle est maintenant inquite1 agite1 ne sait ni ce qu'elle veut ni ce qu'elle doit1 rve nuit et jour aux bijoux1 et bien plus celui qui les a apports6--,faust supplie ,mphistophls de lui procurer un autre crin plus riche pour remplacer celui que la mre de ,gretchen a enlev sa bien-aime4 ,,xxxv ,le lieu change2 on est dans la maison d'une voisine pauvre1 laquelle ,marguerite vient raconter navement qu'elle a trouv une seconde cassette pleine de merveilles dans son armoire4 --,ne va pas le dire cette fois ta mre1 lui recommande la voisine2 elle la porterait encore en prsent l'glise4 ,la voisine ajuste la parure au front1 au cou1 aux doigts de ,marguerite4--,quel dommage1 dit la belle enfant1 de ne pouvoir ainsi me montrer ni dans la rue ni dans l'glise6--,viens me voir souvent1 lui dit la voisine2 l tu pourras t'en parer en cachette et te promener une petite heure devant le miroir4 ,la scne est dlicieuse d'enfantillage d'un ct1 de bavardage de l'autre4 ,mphistophls l'interrompt en paraissant4 ,il semble frapp de respect la vue de ,marguerite tincelante de bijoux2 il raconte la voisine que son mari absent est mort ,padoue1 laissant un trsor1 et comment il peut lui amener un tmoin de sa mort1 le soir1 dans son petit jardin derrire la maison1 pourvu que la charmante ,marguerite s'y trouve aussi la nuit tombante4 ,il obtient ainsi par astuce une entrevue de ,marguerite et de ,faust4 ,l'innocente jeune fille y consent par obligeance pour la voisine1 sans prvoir le pige4 ,faust1 prvenu par ,mphistophls du rendez-vous promis1 s'y rend avec son guide satanique4 ,la scne dans le jardin de la veuve est une dlicieuse pastorale de l'den1 dont ,mphistophls1 qui converse avec la veuve1 est le serpent sous l'herbe4 ,,xxxvi ,faust se plaint ,marguerite de sa triste condition de voyageur1 qui le condamne ne rien aimer de permanent2 il touche de piti le coeur naf de la belle enfant4 ,,marguerite4 ,oh6 moi64444 songez moi quelquefois un petit moment2 j'aurai assez de temps pour me souvenir de vous6 ,,faust4 ,vous tes donc beaucoup seule8 ,,marguerite4 ,hlas6 oui4 ,notre mnage est petit1 encore faut-il s'en occuper2 il faut faire le feu1 prparer les aliments1 balayer1 tricoter et coudre1 et courir ici et le soir et le matin4 ,cependant nous pourrions1 ma mre et moi1 nous donner moins de tracas2 mon pre a laiss en mourant un joli petit avoir1 une maisonnette et un jardin hors de la ville4 ,mon frre est soldat2 ma petite soeur est morte4 ,la pauvre enfant m'a caus bien des peines2 pourtant je ne regretterais pas de les reprendre pour elle3 la pauvre enfant m'tait si chre6 ,,faust4 ,un ange6 si elle te ressemblait4 ,,marguerite4 ,c'tait moi qui l'levais1 et elle m'aimait de tout son coeur4 ,elle tait ne aprs la mort de mon pre2 le chagrin avait tari le sein de ma mre2 vous comprenez qu'elle ne pouvait penser allaiter le pauvre petit vermisseau4 ,je l'levai toute seule avec du lait et de l'eau1 au point que c'tait mon enfant2 dans mes bras1 sur mes genoux1 elle me souriait1 jouait1 grandissait4 ,,faust4 ,n'as-tu pas senti alors le bonheur le plus pur8 ,,marguerite4 ,oh6 oui6 ,mais il y avait aussi bien des heures pnibles3 le berceau tait plac la nuit auprs de mon lit2 son moindre mouvement me rveillait2 il fallait lui donner boire1 la coucher ct de moi1 et1 si elle ne se taisait pas vite1 se lever du lit et marcher pieds nus travers la chambre en la berant2 ce qui n'empchait pas1 sitt le jour venu1 d'tre au lavoir1 au march1 et ainsi de suite1 comme je serai demain4 ,dame6 ,monsieur1 on n'a pas le coeur bien l'aise1 mais on en gote mieux son repas et son repos4 ,ce charmant babillage de jeune fille1 qui parat oiseux peut-tre ici au lecteur1 a un triple but cach dans l'esprit de l'auteur1 qui prpare ainsi son pathtique dans le drame4 ,d'abord il prouve l'innocente et nave confiance de la jeune fille2 puis il annonce au spectateur qu'elle a un frre chri au service1 frre dont la mort accidentelle sera bientt un crime de son amour pour ,faust2 puis enfin cette tendresse pour sa petite soeur1 qu'elle lve si maternellement au berceau1 prpare un contraste terrible avec le crime de dlire qui lui fera plus tard sacrifier la fivre le propre fruit de ses entrailles4 ,ce sont les trois coups de pinceau qui paraissent flotter au hasard sur la toile et qui sont trois merveilleuses combinaisons calcules du grand peintre de caractre et de situation6 ,pendant cet entretien des deux amants1 ,mphistophls s'entretient l'cart avec la voisine4 ,il lui fait astucieusement entendre demi mot que son coeur est tendre et libre1 et qu'il pourrait bien1 s'il l'osait1 se prsenter elle pour finir son dur veuvage4 ,la voisine va au-devant de ces galanteries de ,mphistophls1 et sa ruse diabolique a un complice tout styl dans la vanit de la voisine veuve1 intresse la sduction de ,marguerite pour mieux sduire elle-mme le coeur de ,mphistophls4 7,ils passent47 ,faust et la jeune fille passent leur tour devant le spectateur en se promenant dans le jardin4 ,,faust4 ,ainsi tu m'as reconnu1 petit ange1 ds que j'ai mis le pied dans le jardin8 ,,marguerite4 ,ne l'avez-vous pas vu8 ,je baissais les yeux4 ,,faust4 ,et tu me pardonnes la libert que j'ai prise de t'aborder et de te parler l'autre jour1 au moment o tu sortais de l'glise8 ,,marguerite4 ,je me sentais toute trouble2 jamais rien de pareil ne m'tait arriv1 et personne n'avait rien dire sur mon compte4 mon ,dieu6 me disais-je1 il faut qu'il ait trouv dans ton air quelque chose de bien hardi et de bien immodeste pour se croire en droit d'aborder ainsi sans inconvenance une jeune fille6 ,je l'avouerai1 cependant1 je ne sais quoi s'est remu l 7sur son coeur7 pour vous4 ,toujours est-il que j'tais mcontente de moi de n'tre pas assez indigne contre vous6 ,,faust1 voulant la serrer contre son coeur4 ,chre me6 ,,marguerite4 ,laissez un peu6 7,elle cueille une marguerite du jardin et elle l'effeuille en rvant47--,il m'aime6--,il ne m'aime pas6--,il m'aime6 7,elle jette un cri de joie47 ,,faust4 ,oui1 cleste enfant2 laisse la voix d'une fleur tre pour nous l'oracle de ,dieu6 ,il t'aime6 ,comprends-tu ce que ce mot veut dire3 il t'aime6 7,il lui prend les deux mains dans les siennes47 ,,marguerite4 ,je me sens toute tressaillir4 ,,faust1 avec un sincre et ardent enthousiasme4 ,oh6 ne tremble pas6 ,que ce regard1 que cette treinte te disent l'inexprimable par les paroles6 ,se livrer sans rserve l'un l'autre1 s'enivrer d'une flicit qui doit tre ternelle1 oui1 ternelle6 car la fin d'un tel bonheur serait le dsespoir6 ,oh6 non1 non6 point de fin6 point de fin6 ,marguerite serre sa main1 se dgage et s'chappe4 ,mphistophls et la veuve repassent en causant tout bas par l'alle du jardin rapproche du spectateur4 ,,marthe 7c'est le nom de la voisine74 ,voici la nuit4 ,m,,phistoph,l,s4 ,oui1 nous nous retirons4 ,,marthe4 ,je vous engagerais bien rester plus longtemps1 mais on est si mchant ici6 ,et notre jeune couple8 ,m,,phistoph,l,s4 ,enfuis l-bas dans l'alle1 les joyeux papillons6 ,,marthe4 ,il en parat bien pris4 ,m,,phistoph,l,s4 ,et elle aussi prise de lui2 c'est le cours du monde4 ,ils sortent du jardin4 ,pendant qu'ils s'loignent1 une scne de badinage amoureux1 nave et tendre1 se laisse entrevoir et entendre dans un petit pavillon du fond du jardin entre les deux amants heureux de leurs aveux1 affligs de leur sparation4 ,c'est de l',albane ct d'un ,rembrandt1 la lumire et l'ombre4 ,,xxxvii ,la scne suivante se passe quelque temps aprs sur les plus hautes cimes du ,tyrol4 ,faust1 non rassasi1 mais ennuy de son bonheur1 est all se reposer de sa flicit dans la solitude et dans la contemplation extatique de la nature4 ,mphistophls l'y a suivi1 comme le doute suit la foi1 pour l'empcher de s'enraciner dans l'me pieuse4 ,ici ,goethe s'tend dans ses penses aussi loin que l'espace et s'lve aussi haut que les toiles4 ,sa vraie nature intellectuelle1 son panthisme vritablement indien1 c'est--dire une divinisation vague de l'oeuvre au lieu de l'ouvrier2 une immersion les yeux ferms1 tout risque de l'me1 dans le sein de la nature matrielle et intellectuelle1 clatent dans les monologues de ,faust comme dans son dialogue avec le gnie du doute et du mal4 ,nous ne vous en donnerons ici que les principales jaculations4 ,elles sont les plus beaux clairs de paroles qui entr'ouvrent aux regards l'me mystrieuse du grand pote4 ,esprit sublime6 s'crie-t-il en s'adressant je ne sais quelle toute-puissance occulte1 qui est peut-tre la science1 peut-tre la foi1 peut-tre le gnie infernal auquel il s'est donn pour disciple1 esprit sublime6 tu m'as donn tout ce que je demandais4 ,ce n'est pas en vain que tu as tourn vers moi ton visage travers le feu6 ,tu m'as donn la puissante nature pour royaume1 la force de la sentir1 la volupt d'en jouir6 ,tu fais passer en revue devant moi la foule de tout ce qui a vie2 tu m'apprends reconnatre mes frres dans le buisson silencieux1 dans l'air1 dans les eaux2 et lorsque la tempte mugit et gronde dans la fort1 roulant les pins gigantesques1 secouant avec fracas leurs branches et dracinant leurs souches2 lorsque le bruit de leur chute fait retentir de coups sourds l'cho des montagnes1 alors tu me conduis dans l'asile paisible des grottes1 et les merveilles de ma propre conscience se rvlent par la rflexion moi2 et la lune pure et sereine monte mes yeux1 apaisant sous ses rayons toutes choses444 ,oh6 combien je sens cependant que rien de parfait n'est la part de l'homme6 ,tu m'as impos1 au milieu de ces dlices qui me confondent avec la ,divinit1 un compagnon dont je ne saurais dj plus me passer4 ,froid et superbe1 d'un souffle de sa parole il rduit tous tes dons nant6 ,il nourrit dans ma poitrine une ardeur insatiable qui me pousse sans cesse vers cette douce image 7,marguerite74 ,ainsi je vais1 comme un homme ivre1 des dsirs la jouissance1 et dans la jouissance je regrette le dsir6 ,mphistophls le raille sur cet enthousiasme vide4 ,tu appelles cela1 lui dit-il1 un plaisir surnaturel8 ,s'tendre sur les montagnes dans la nuit et la rose1 embrasser dans ses extases le ciel et la terre1 se gonfler jusqu' se croire un dieu1 creuser avec la perplexit du pressentiment la moelle de la terre1 sentir se rsumer dans sa poitrine l'oeuvre entire des six jours1 jouir je ne sais de quoi1 et conclure l'extase sublime 7en ricanant7 je n'ose dire comment6 --,fi sur toi6 s'crie avec dgot ,faust indign de voir profaner par cette ironie ,dieu1 la nature1 la pense1 l'amour4 ,m,,phistoph,l,s4 ,ta bien-aime1 en attendant1 est dans la sombre ville1 et tout lui pse1 tout la chagrine2 elle t'aime au del de sa puissance de sentir2 le temps lui parat lamentablement long2 elle s'accoude sa fentre1 regarde passer les nuages au-dessus des vieux murs gris de la ville4 ,que ne suis-je un petit oiseau8 ,ainsi chante-t-elle en elle tout le long du jour1 la moiti des nuits6 ,,faust4 ,serpent1 vil serpent6 ,m,,phistoph,l,s4 ,peu m'importe1 pourvu que je t'enlace4 ,,faust4 ,sors d'ici1 misrable1 et ne prononce pas le nom de l'anglique crature1 et ne viens pas prsenter ma passion sainte un profane dsir6 ,m,,phistoph,l,s4 ,qu'en rsulterait-il8 ,elle croit que tu t'es enfui6 ,,faust4 ,non1 je suis de coeur et d'esprit auprs d'elle2 je ne puis jamais l'oublier1 jamais la perdre4 ,oui1 j'envie le corps du ,seigneur quand ses lvres pieuses y touchent6 ,m,,phistoph,l,s4 ,bravo6 mon cher4 ,je vous ai souvent envis1 moi1 couple de jumeaux couch parmi les roses6 ,faust1 qui se sent domin et entran perdre ce qu'il aime1 s'invective lui-mme et pleure sur sa victime4 ,mphistophls rit et raille4 ,,xxxviii ,la scne se transforme3 on voit ,marguerite seule dans sa petite chambre1 filant au rouet2 elle chante une complainte dlicieuse et mlancolique sur son propre sort3 ,adieu mes jours de paix6 ,mon me est navre6 etc4 ,o il n'est pas1 ,l est ma tombe6 etc4 ,c'est lui qu' ma fentre ,je cherche l'horizon6 etc4 ,et son air noble6 ,et sa parole pntrante6 ,et sa main qui presse la mienne6 ciel6 ,et son baiser6 etc4 ,adieu mes jours de paix6 ,mon me est navre6 etc4 ,aprs cette apparition et cette complainte mlancolique qui fait lire dans le coeur muet de ,marguerite1 la scne est transporte de nouveau au jardin de ,marthe1 la voisine veuve1 entremetteuse des entrevues4 coutez ce dialogue que ,goethe a surpris mot mot entre les lvres de l'amant et l'oreille de l'amante4 ,qui ne l'a pas entendu une fois au moins dans sa vie8 ,l'me pieuse de la femme1 tre plus divin que nous dans ses aspirations1 parce qu'il est moins distrait et plus sensible1 s'y retrouve tout entire4 ,dans quel drame antique1 dans quel drame franais trouverez-vous une telle scne8 ,racine lui-mme1 qu'on appelle tendre1 a-t-il soupir ainsi dans ,esther8 ,il y a aussi loin de ces tragdies d'apparat cette tragdie de l'me qu'il y a loin de la dclamation thtrale au sang chaud qui crie en suintant de la blessure secrte du coeur4 ,,marguerite1 ,,faust1 seuls au jardin4 ,,marguerite4 ,promets-moi1 ,henri6 ,,faust4 ,tout ce qui est en ma puissance4 ,,marguerite4 ,eh bien6 dis-moi1 comment te comportes-tu avec la religion8 ,tu es un bon1 un excellent coeur2 mais je crois que tu n'en as pas beaucoup4 ,,faust4 ,laissons cela1 mon enfant6 ,tu sens ma tendresse envers toi2 pour ceux que j'aime je donnerais mon sang et ma vie2 je ne veux troubler personne dans ses sentiments et sa foi4 ,,marguerite4 ,ce n'est pas tout2 il faut y croire4 ,,faust4 ,faut-il8 ,,marguerite4 ,ah6 si je pouvais quelque chose sur toi6 ,tu ne respectes pas non plus les saints sacrements4 ,,faust4 ,je les respecte4 ,,marguerite4 ,mais sans les dsirer4 ,depuis longtemps tu n'es pas all la messe1 confesse4 ,crois-tu en ,dieu8 ,,faust4 ,ma douce amie1 qui oserait dire3 ,je crois en ,dieu8 ,interroge les prtres ou les sages1 et leur rponse ne te semblera qu'une raillerie l'adresse de celui qui leur aura fait cette question4 ,,marguerite4 ,ainsi tu n'y crois pas8 ,,faust4 ,tu me msentends1 gracieux visage6 ,qui oserait nommer ,dieu et faire cette profession3 ,je crois en lui8 ,quel tre sentant pourrait prendre sur lui de dire3 ,je ne crois pas en lui8 ,celui qui contient tout1 soutient tout1 ne contient-il et ne soutient-il pas toi1 moi1 lui-mme8 ,la vote du firmament ne s'arrondit-elle pas l-haut8 ,ici-bas1 la terre ferme ne s'tend-elle pas8 ,et les toiles ternelles ne se montrent-elles pas en nous regardant avec amour8 ,mon oeil ne se plonge-t-il pas dans ton oeil1 et alors tout n'afflue-t-il pas vers ton cerveau et vers ton coeur8 ,tout ne flotte-t-il pas dans un ternel mystre1 invisible1 visible1 autour de toi8 ,remplis-en ton coeur aussi grand qu'il est1 et1 quand tu nageras dans la plnitude de l'extase1 nomme ce sentiment comme tu le voudras3 nomme le bonheur6 foi6 amour6 ,dieu6 je n'ai point de nom pour cela6 ,le sentiment est tout2 le nom n'est que bruit et fume1 obscurcissant la cleste flamme4 ,,marguerite4 ,tout cela est bel et bon2 le prtre dit bien peu prs la mme chose1 mais avec des mots un peu diffrents4 ,,faust4 ,en tous lieux tous les coeurs que la clart des cieux illumine parlent ainsi chacun dans sa langue2 pourquoi ne le ferais-je pas1 moi1 dans la mienne8 ,,marguerite4 l'entendre ainsi1 la chose peut paratre raisonnable2 cependant j'y trouve encore du louche1 car tu n'as point de christianisme4 ,,faust4 ,chre enfant6 ,,marguerite4 ,dj depuis longtemps je souffre de te voir dans la compagnie4444 ,,faust4 ,que veux-tu dire8 ,,marguerite4 ,cet homme que tu as avec toi m'est1 au fond de l'me1 odieux4 ,rien dans ma vie ne m'a enfonc le trait plus avant que le repoussant visage de cet homme4 ,,faust4 ,chre mignonne1 ne le crains pas4 ,,marguerite4 ,son approche me tourne le sang4 ,je suis cependant bienveillante pour les autres hommes2 mais autant je brle du dsir de te regarder1 autant l'aspect de cet homme m'inspire une secrte horreur2 et c'est ce qui fait que je le tiens pour un coquin6 ,dieu me pardonne si je lui fais injure6 ,,faust4 ,il faut bien qu'il y ait aussi de ces oiseaux-l4 ,,marguerite4 ,je ne voudrais pas vivre avec son pareil4 ,s'il se montre la porte1 il a toujours l'air si ricaneur et presque fch4 ,on voit qu'il ne prend aucune part rien4 ,il porte crit sur son front qu'il ne peut aimer personne4 ,je suis si bien dans tes bras1 si libre1 si l'aise6 et sa prsence me serre le coeur4 ,,faust4 ,ange plein de pressentiments6 ,,marguerite4 ,cela me domine tel point que1 ds qu'il s'approche de nous1 je crois en vrit que je ne t'aime plus4 ,aussi1 lorsqu'il est l1 je ne saurais prier et j'ai le coeur rong intrieurement4 ,il en doit tre1 ,henri1 de mme pour toi4 ,,faust4 ,c'est de l'antipathie6 ,,marguerite4 ,il faut que je te quitte4 ,,faust4 ,ah6 ne pourrai-je jamais passer tranquillement une heure sur ton sein1 serrer mon coeur contre ton coeur et confondre mon me dans la tienne6 ,,marguerite4 ,encore si je dormais seule1 je laisserais bien volontiers pour toi les verrous ouverts ce soir2 mais ma mre a le sommeil lger1 et1 si elle nous surprenait1 j'en mourrais sur la place4 ,,faust4 ,chre ange1 sois sans inquitude4 ,tiens6 ce flacon3 trois gouttes de ce breuvage suffiront pour que la nature s'endorme doucement en un sommeil profond4 ,,marguerite4 ,que ne ferais-je point pour toi6 ,j'espre qu'il ne lui en peut rsulter aucun mal8 ,,faust4 ,autrement1 cher amour1 est-ce que je te le conseillerais8 ,,marguerite4 ,quand je te vois1 je ne sais quoi me force vouloir tout ce que tu veux1 et j'ai dj tant fait pour toi qu'il ne me reste plus rien faire4 7,entre ,mphistophls47 ,m,,phistoph,l,s4 ,la brebis est-elle partie8 ,,faust4 ,viens-tu encore d'espionner8 ,m,,phistoph,l,s4 ,non1 mais j'ai tout saisi fort scrupuleusement4 ,matre docteur1 on vous a fait la leon1 et j'espre que vous en profiterez4 ,les filles trouvent toutes leur compte ce qu'on soit pieux et simple1 la vieille mode4 ,s'il cde sur ce point1 pensent-elles1 nous en aurons bon march notre tour4 ,,faust4 ,monstre1 ne vois-tu pas combien cette me fidle et sincre1 toute remplie de sa foi1 qui suffit la rendre heureuse1 souffre saintement de se sentir force croire perdu l'homme qu'elle chrit entre tous8 ,m,,phistoph,l,s4 ,amoureux insens et sensible1 une petite fille te mne par le nez6 ,,faust4 ,grotesque bauche de boue et de feu6 ,m,,phistoph,l,s4 ,et la physionomie1 comme elle s'y entend ravir6 ,en ma prsence elle se sent toute je ne sais comment2 mon masque lui rvle un esprit cach2 elle sent1 n'en pas douter1 que je suis un gnie1 peut-tre bien aussi le diable4 ,eh6 eh6 cette nuit444 ,,faust4 ,que t'importe8 ,m,,phistoph,l,s4 ,c'est que j'en ai aussi ma part de joie4 ,,xxxix ,aprs cette scne1 o l'on pressent deux crimes involontaires dans une imprudence souffle aux deux amants par le gnie qui corrompt tout1 jusqu' l'amour1 beaucoup de mois se passent sans qu'on sache ce qui est advenu de ,marguerite et de ,faust4 ,une scne biblique d'une simplicit patriarcale ou helvtique rvle au spectateur le fatal secret de la sduction accomplie de ,marguerite3 la pauvre coupable porte dans son sein une accusation cache de sa faute4 ,voici la scne4 ,marguerite est alle1 sa cruche la main1 chercher l'eau du mnage la fontaine2 elle y rencontre une jeune fille du voisinage1 jaseuse et mdisante comme les commres dsoeuvres des petites villes4 ,on va voir comment un simple accident de conversation plonge le poignard jusqu'au sang dans le sein de la pauvre sduite4 ,le thtre reprsente un puits dans une rue dserte4 ,marguerite1 sa cruche pose sur la margelle du puits1 la tte basse et les deux mains croises avec langueur sur sa robe1 cause avec ,lieichen1 jeune fille la langue affile4 ,,lieichen1 ,marguerite4 ,n'as-tu rien entendu dire de la petite ,barbe8 ,,marguerite4 ,pas un mot2 je vois si peu de monde6 ,lieichen alors raconte ,marguerite la chute enfin bruite de la petite ,barbe1 abandonne par son sducteur1 qui s'est enfui sans l'pouser1 aprs avoir abus de sa tendresse4 ,marguerite l'coute les yeux baisss1 la rougeur sur les joues1 comme si la honte de ,barbe tait dj sur son propre front4 ,elle revient atterre la maison1 rentre dans sa chambre et arrose machinalement un pot de fleurs plac pieusement par elle devant une image de la sainte ,vierge dans une niche au-dessus de son lit4 ,oh6 daigne1 toi dont le coeur a saign1 ,incliner ton front vers ma douleur6 etc4 ,ce ,stabat ,mater dolorosa en vers nafs1 dont le contre-coup frappe chaque verset le coeur de la pauvre fille1 produit ici une dchirante impression dans la bouche de cette enfant qui sera bientt mre d'un fils repouss par le monde6 ,autrefois1 l'aube naissante1 ,en allant cueillir ces bouquets1 ,j'arrosais de mes pleurs de dit ,les pots de fleurs sur ma fentre6 ,et maintenant le premier rayon du soleil ,m'a surprise encore veille1 ,assise sur mon sant ,dans ma couche de tristesse6 ,,xl ,la scne est transporte dans la rue1 la nuit1 sous la fentre de ,marguerite4 ,un soldat1 demi ivre de douleur plus que de vin1 revient de l'arme2 il a appris en approchant de la ville la honte de sa soeur chrie1 qu'il clbrait partout comme la gloire et la beaut de la famille4 ,il a noy son humiliation et sa douleur dans quelques verres de vin2 il vient ttons chercher le seuil de son enfance et s'assurer si sa soeur n'a pas t calomnie par la malignit des voisins4 ,en s'approchant de la maison il chante en s'accompagnant d'une mandoline quelques couplets grivois sur les filles qui se laissent sduire4 ,faust et ,mphistophls se rencontrent au mme instant dans la rue1 rapportant un crin plein de bijoux des montagnes ,marguerite4 ,une querelle s'engage entre le soldat et le sducteur4 ,le soldat tombe frapp mort sur le seuil de la maison par l'pe de ,faust4 ,mphistophls et ,faust s'vadent2 le peuple s'attroupe4 ,marguerite descend cependant pour recevoir le dernier soupir de son frre ador2 il la reconnat avec horreur1 l'appelle des noms les plus infmes en prsence de toute la ville1 et meurt intrpide en la maudissant4 ,arrtons-nous l pour aujourd'hui1 l o le pathtique commence1 et rservons pour le prochain entretien les dveloppements d'un drame qui se joue dans l'me plus encore que sur la scne1 et dont on ne peut omettre un dtail1 parce que chaque dtail est un coup de sympathie mille fois plus acr qu'un coup de poignard4 ,il y a assez rflchir et admirer sur cette premire moiti de l'oeuvre du pote1 qui1 en crant ,faust et ,marguerite1 a cr non plus la tragdie des cours1 des dieux ou des rois1 mais la vritable tragdie du coeur humain6 ,,lamartine4 7,la suite au mois prochain47 ,x,x,x,i,xe ,,entretien4 ,,litt,,rature ,,dramatique ,,de ,l',,allemagne4 ,,le ,,drame ,,de ,,faust ,,par ,,goethe4 7#b;e ,,partie47 ,i ,nous avons interrompu le dernier entretien au moment o l'expiation de l'amour commence pour le coeur de l'infortune ,marguerite1 dj trois fois involontairement coupable1 mais reste toujours intressante comme une victime tombe au pige de l'esprit infernal de ,mphistophls3 une fois coupable de faiblesse contre l'amour surnaturel que lui inspirait ,faust2 une autre fois coupable d'avoir endormi sa mre du sommeil ternel en ne croyant lui donner qu'une goutte de pavot pour assoupir sa surveillance2 une troisime fois coupable accidentellement du meurtre de son frre chri par son amant1 par suite de la mauvaise renomme que sa liaison fatale avec un sducteur tranger avait porte jusqu'aux oreilles de ce brave soldat1 son frre4 ,entrons fond maintenant dans la pathtique horreur de ce drame1 et voyons comment le pote allemand1 qui a jou jusqu'ici avec la riante et nave imagination1 va torturer de la mme main les fibres les plus sanglantes du coeur6 ,thocrite devient ,sophocle au besoin2 mais nous nous trompons1 ni ,thocrite n'a de telles purets virginales au commencement1 ni ,sophocle n'a de telles mlancolies la fin4 ,goethe est ,goethe3 ne le rabaissons pas ici en le comparant4 ,l',allemagne lui doit de n'avoir rien envier la ,grce ou ,rome4 ,cet homme olympique montait de la terre au ciel et descendait du ciel la terre avec la souplesse et la prestance d'un demi-dieu4 ,d'une main il portait le monde antique1 de l'autre le monde chrtien4 ,assistons la dernire partie de son oeuvre1 et laissons son divin gnie le louer mieux que nous4 ,,ii ,quelque temps sans doute aprs le meurtre de son frre1 dont le dernier soupir a t une maldiction1 la pauvre ,marguerite1 dshonore1 mais toujours pieuse1 prouve le besoin de prier1 brebis gare et souille1 au milieu du troupeau du peuple4 ,la scne reprsente la cathdrale de la petite ville1 pendant une solennit l'glise4 ,belle1 humble1 incline vers le pav du temple1 loin derrire la foule de ses compagnes1 elle prie voix basse4 ,on voit derrire elle l'esprit mphitique et implacable de ,mphistophls1 qui1 jaloux de ce moment d'oubli et de paix1 souffle la dvote enfant ces infernales inspirations1 ces hontes homicides plus fortes que la nature4 ,pauvre ,marguerite1 lui murmure-t-il voix basse et en vers mordants comme une posie corrosive du coeur1 o est-il le temps o1 l'me encore parfume d'innocence1 tu osais t'approcher de l'autel8 lorsque1 dans ce missel aujourd'hui accusateur1 tu balbutiais1 toute petite1 d'une voix tremblante1 quelque sainte oraison8 ,les joies de l'enfance et les joies de ,dieu dans un mme coeur6 7,une voix tonnante1 quoique sourde comme un remords1 se fait entendre47 ,marguerite6 ,marguerite6 ,o donc la tte8 o donc le coeur8 ,viens-tu prier ici pour l'me de ta mre1 ,que ta faute a mise au cercueil8 ,et quel est ce sang sur le seuil de ta porte8 ,et l1 l1 plus bas que ton coeur1 ,ne sens-tu pas dj dans ton sein ,remuer quelque chose qui en s'agitant ,t'agite aussi toi-mme8 ,fatal pressentiment6 ,hlas6 hlas6 soupire la pauvre jeune fille1 que ne suis-je dlivre des horribles penses qui m'obsdent et qui de toutes parts s'lvent contre moi6 ,le choeur des chantres de la cathdrale1 accompagn du mugissement des orgues1 entonne le premier verset du choeur du spulcre3 ,dies ir1 dies illa1 ,solvet sectum in favilla6 ,l'infortune ,marguerite prend cet cho du jugement dernier pour l'arrt de son jugement personnel4 ,mphistophls1 agenouill derrire elle1 murmure lui-mme son oreille des menaces directes en vers de la mme mesure4 ,la colre du ,ciel fond sur moi2 ,les trompettes retentissent1 ,les spulcres se meuvent1 ,et ton coeur1 comme un mort dans son cercueil1 ,tressaille dans ton sein4 ,,marguerite1 pouvante4 ,oh6 que ne fuis-je d'ici8 ,cet orgue m'touffe et me dchire1 ,ce chant m'crase le coeur ,dans le creux secret de mon sein4 ,le choeur des orgues1 des chantres et des enfants de choeur1 chante le verset suivant1 qui annonce aux coupables que rien ne restera sans clater et sans vengeance au dernier jugement4 ,ciel6 ciel6 s'crie ,marguerite1 ,tout s'croule sur moi4 ,je suis dans un cercle de fer2 ,la vote de l'glise s'abme6 ,de l'air6 de l'air6 de l'air6 ,m,,phistoph,l,s1 voix basse4 ,cache-toi6--,le pch1 la honte1 la faute ne peuvent se couvrir d'un voile ternel6 ,,marguerite1 presque folle4 ,oh6 de l'air6 de l'air6 de la lumire6 ,malheur moi6 ,le choeur redouble1 par un troisime verset1 sa terreur2 ,mphistophls y ajoute par les menaces infernales qu'il murmure son oreille2 il pouvante sa victime jusqu'au dsespoir1 cette impnitente finale de ceux qui ne croient plus tre pardonns4 ,oh6 voisine1 voisine6 s'crie-t-elle1 un flacon respirer ou je tombe6 ,elle tombe en effet1 vanouie1 sur les dalles de l'glise4 ,la toile s'abaisse1 au moment de sa chute1 sur cette scne1 une des plus fantastiques et des plus contondantes que le gnie du drame ait jamais conues4 ,,iii ,l'acte qui suit est une purilit savante et potique intercale hors de propos par le pote comme un ballet infernal et vertigineux dans le drame humain4 ,mphistophls soulve un des coins du voile de la nature2 il met ,faust en communication avec les sorciers1 les monstres1 les feux follets1 les esprits secondaires qui peuplent1 invisibles1 tous les lments1 et il leur fait chanter des rondes bizarres et sataniques sur les vanits et sur les misres de l'humanit4 ,c'est une superbe dbauche d'imagination1 de philosophie et de posie2 mais c'est une dbauche4 ,elle interrompt le rcit1 elle glace le coeur1 et elle n'amuse pas l'esprit3 temps et talent perdus dans les espaces imaginaires4 ,revenons au drame humain4 ,,iv ,il se rouvre dans une vaste plaine sans horizon1 sous un ciel gris comme le soir d'automne d'un jour qui va bientt rentrer dans l'ternit mystrieuse4 ,mphistophls cause avec ,faust4 ,le visage dcompos de ,faust contraste avec le sourire mal dguis1 mais triomphant1 du gnie du mal4 ,,faust4 ,dans le dnment6 elle6 dans le dsespoir6 misrable sur la terre6 un moment insense et maintenant en prison6 ,l'infortune6 la douce crature6 en tre tombe l6 l6 7,se tournant vers ,mphistophls47 ,esprit de trahison1 esprit de nant6 tu me l'as cach444 ,en prison6444 en prison6 elle6 dans une irrparable honte6 abandonne au jugement humain qui juge et qui n'a point d'me6444 ,et pendant ce temps tu m'loignais1 tu me retenais par d'insipides distractions1 tu me drobais son angoisse croissante1 et tu la laissais prir sans secours6 ,m,,phistoph,l,s1 froidement4 ,est-elle donc la premire8 ,,faust4 ,chien6 excrable monstre6 que ne reprends-tu ta forme de ver de terre pour que je puisse t'craser du pied6 etc41 etc4 ,m,,phistoph,l,s4 ,qui donc l'a pousse dans l'abme1 moi ou toi8 7,faust l'accable de mpris et d'imprcations47 ,m,,phistoph,l,s1 en ricanant4 ,de quoi te plains-tu8 ,tu veux voler et tu n'es pas prmuni contre le vertige6 ,as-tu fini8 ,,faust4 ,sauve-la1 ou malheur toi6444 ,la plus affreuse imprcation sur toi pendant des milliers d'annes6 ,m,,phistoph,l,s4 ,sauve-la6444--,le puis-je8 ,encore une fois1 qui donc l'a pousse dans cette prison1 moi ou toi8 ,,faust4 ,conduis-moi o elle est2 il faut que je la dlivre4 ,m,,phistoph,l,s4 ,penses-y bien6 ,pense qu'un meurtre commis par ta main sur ce brave soldat1 son frre1 est encore l tout prsent l'esprit de la ville o son cadavre est tomb sous tes coups1 et1 au-dessus de la place o son sang a coul1 plane la vengeance publique qui attend son assassin6 ,,faust1 en l'injuriant avec plus de colre4 ,conduis-moi o elle est1 te dis-je2 il faut qu'elle soit libre6 ,m,,phistoph,l,s4 ,cela1 je le puis4 ,je peux assoupir les sens du gelier2 empare-toi de la clef de la prison pendant sa lthargie4 ,entrane-la de ta main seule dehors6 ,je veille1 les chevaux sont prts1 je vous enlve6 ,cela1 je le puis4 ,,faust4 ,promptement1 et partons6 ,m,,phistoph,l,s4 ,allons6 ,en avant6 en avant6 ,ils disparaissent et rencontrent en courant dans la nuit vers la ville une horde de sorciers qui s'agitent autour d'un gibet dress dans l'ombre4 ,passons sur ces sorcelleries dplaces dans le srieux d'un tel drame4 ,v ,ici la scne est dans le cachot de ,marguerite2 nous la mutilerions en l'abrgeant4 ,c'est une de ces scnes o l'imagination et le coeur de l'homme ont recr la nature dans tout son honneur et dans toute sa piti4--,lisez6 ,,faust1 avec un trousseau de clefs et une lampe1 devant une petite porte de fer4 ,je suis pntr d'une pouvante dsaccoutume ds longtemps1 pntr du sentiment de toutes les calamits humaines4 ,c'est ici qu'elle habite1 derrire cette muraille humide2 et son crime fut une douce illusion6 ,tu trembles d'aller elle6 tu crains de la revoir6 ,avance6 ton irrsolution hte sa mort4 7,ouvrant la porte47 ,elle ne se doute pas que son amant pie1 qu'il entend gronder les chanes1 la paille qui frmit4 ,,marguerite1 sur son grabat1 s'efforant de se cacher4 ,ah6 ah6 ils viennent6 ,affreuse mort6 ,,faust1 bas4 ,chut6 chut6 je viens te dlivrer6 ,,marguerite1 se tranant jusqu' lui4 ,si tu es un homme1 alors compatis ma misre4 ,,faust4 ,tes cris vont veiller les gardiens qui dorment6 7,il saisit les chanes pour les dtacher47 ,,marguerite1 genoux4 ,qui t'a donn1 bourreau1 cette puissance sur moi8 ,tu viens dj me chercher1 minuit6 ,aie piti1 et laisse-moi vivre4 ,demain1 au point du jour1 n'est-ce pas assez tt8 7,elle se lve47 ,je suis pourtant encore si jeune1 si jeune6 et dj mourir6 ,j'tais belle aussi1 et ce fut ma perte4 ,le bien-aim tait prs de moi2 maintenant il est loin2 ma couronne est arrache1 les fleurs disperses4 ,ne me saisis pas si violemment6 pargne-moi6 ,que t'ai-je fait8 ,ne me laisse pas implorer en vain3 je ne t'ai jamais vu de ma vie4 ,,faust4 ,comment rsister tant de douleur8 ,,marguerite4 ,je suis maintenant tout entire en ta puissance4 ,laisse seulement que j'allaite mon enfant4 ,je l'ai berc sur mon coeur toute cette nuit2 ils me l'ont pris pour me tourmenter1 et ils disent maintenant que je l'ai tu6 ,jamais plus je ne serai joyeuse4 ,ils chantent des chansons sur moi3 c'est mchant de leur part4 ,un vieux conte finit ainsi2 mais qui leur a dit d'y faire allusion8 ,,faust1 se jetant ses pieds4 ,un amant est tes genoux2 il vient ouvrir la porte ta captivit lamentable4 ,,marguerite1 faisant de mme4 ,oui1 oui1 genoux pour invoquer les saints6 ,vois sous ces marches1 sous le seuil1 l'enfer bout2 le malin1 avec des grincements terribles1 mne un train6 ,,faust1 voix haute4 ,gretchen6 ,gretchen6 ,,marguerite1 d'un air attentif4 ,c'tait la voix du bien-aim4 7,elle bondit4 ,les chanes tombent47 ,o est-il8 ,je l'ai entendu appeler4 ,je suis libre6 ,personne ne me retiendra6 ,je veux voler son cou1 me reposer sur son sein4 ,il a appel ,gretchen2 il se tenait sur le pas de la porte4 ,au milieu des hurlements horribles et du fracas de l'enfer1 au milieu des clats de rire des dmons1 j'ai reconnu sa voix si douce1 si aimante4 ,,faust4 ,c'est moi6 ,,marguerite4 ,c'est toi6 ,oh6 dis-le encore4 7,elle le saisit47 ,lui6 lui6 ,o sont toutes les tortures8 o sont les angoisses des cachots1 des fers8 ,c'est toi6 tu viens me sauver6 ,je suis sauve6 ,oui1 voil bien la rue o je te vis pour la premire fois1 et le jardin charmant o ,marthe et moi nous t'attendions4 ,,faust1 l'entranant4 ,suis-moi6 ,viens6 ,,marguerite4 ,oh6 reste6 ,j'aime tant rester o tu es6 7,elle le caresse47 ,,faust4 ,hte-toi6 ,si tu ne te htes pas1 nous le payerons cher4 ,,marguerite4 ,h quoi6 tu ne peux plus m'embrasser8 ,mon ami1 loign de moi si peu de temps1 et tu as dsappris m'embrasser6 ,d'o me viennent ces angoisses dans tes bras1 lorsque1 autrefois1 tes paroles1 tes regards me mettaient tout un ciel dans l'me et que tu m'embrassais m'touffer6 ,embrasse-moi1 autrement je t'embrasse4 7,elle se pend son cou47 ,oh6 ,dieu6 tes lvres sont froides2 elles sont muettes4 ,o ton amour est-il rest8 ,qui me l'a ravi8 7,elle se dtourne de lui47 ,,faust4 ,viens1 suis-moi1 douce amie1 prends courage6 ,je t'aime d'une ardeur infinie6 ,suis-moi seulement2 je ne demande que a4 ,,marguerite1 les yeux attachs sur lui4 ,est-ce donc bien toi8 en es-tu bien sr8 ,,faust4 ,oh6 oui2 mais viens6 ,,marguerite4 ,tu brises mes chanes1 tu me reprends dans ton sein6 ,d'o vient que tu n'as pas horreur de moi8 et sais-tu1 mon ami1 qui tu dlivres8 ,,faust4 ,viens1 viens6 dj la nuit se fait moins sombre4 ,,marguerite4 ,j'ai tu ma mre2 mon enfant1 je l'ai noy3 ne t'tait-il pas donn toi comme moi8 ,oui1 toi4 ,c'est toi6 je le crois peine4 ,donne ta main6 ,ce n'est pas un songe6 ,ta main chrie6 ,ah6 mais elle est humide2 essuie-la4 ,il me semble qu'il y a du sang aprs4 ,ah6 ,dieu6 qu'as-tu fait8 ,rengaine cette pe1 je t'en conjure4 ,,faust4 ,ce qui est fait est fait1 n'y pensons plus4 ,veux-tu donc que je meure8 ,,marguerite4 ,non2 il faut que tu vives1 toi6 ,je veux te nommer les tombes dont je te recommande le soin ds demain4 ,tu donneras la meilleure ma mre2 mon frre tout auprs d'elle2 moi un peu de ct1 seulement pas trop loin1 et le petit sur mon sein droit4 ,personne autre ne voudra reposer prs de moi4 ,me serrer ton ct1 c'tait un doux1 un charmant bonheur1 mais je ne le ressentirai plus2 il me semble que j'ai besoin de me faire violence pour aller toi1 que tu me repousses loin de toi4 ,cependant c'est toi1 et tu me regardes avec tant de douceur1 de tendresse6 ,,faust4 ,si tu sens que c'est moi1 viens donc6 ,,marguerite4 ,par l8 ,,faust4 la libert6 ,,marguerite4 ,dehors1 c'est le tombeau2 la mort guette4 ,allons6 viens d'ici dans le lit de repos ternel1 et pas un pas de plus4 ,tu pars maintenant1 ,henri8 ,si je pouvais t'accompagner6 ,,faust4 ,tu peux2 ah6 veuille seulement6 ,la porte est ouverte4 ,,marguerite4 ,je n'ose sortir4 ,pour moi il n'y a rien esprer4 ,que sert de fuir8 ,ils sont nos trousses4 ,c'est si misrable d'tre rduit mendier1 et encore avec une mauvaise conscience6 si misrable d'errer l'tranger6 ,et d'ailleurs je ne leur chapperai pas4 ,,faust4 ,je reste auprs de toi4 ,,marguerite4 ,vite6 vite6 sauve ton pauvre enfant6 ,va1 suis le chemin le long du ruisseau1 au del du petit pont1 dans le bois1 gauche1 l'endroit de la planche1 dans l'tang4 ,prends-le vite6 ,il cherche sortir de l'eau2 il se dbat encore4 ,sauve6 sauve6 ,,faust4 ,reviens toi6 ,un seul pas1 et tu es libre4 ,,marguerite4 ,si nous avions seulement pass la montagne6 ,l ma mre est assise sur une pierre4 ,le froid me saisit la nuque444 ,l ma mre est assise sur une pierre et branle la tte2 elle ne hoche plus1 elle ne cligne plus2 la tte lui est lourde2 elle a dormi si longtemps6 ,elle ne veille plus4 ,elle dormait souhait pour nos plaisirs4 ,c'taient d'heureux temps6 ,,faust4 ,puisque ni mes paroles ni mes instances ne peuvent rien1 il faut que je t'emporte d'ici6 ,,marguerite4 ,laisse-moi2 non1 pas de violence6 ,ne me saisis pas si brutalement6 ,autrefois n'ai-je pas tout fait pour toi par amour8 ,,faust4 ,le jour commence poindre6 ,ma mie1 ma bien-aime6 ,,marguerite4 ,le jour6 oui1 il fait jour6 ,le dernier jour pntre ici6 ,ce devait tre mon jour de noces6 ,ne dis personne que tu as t dj auprs de ,gretchen4 ,oh6 ma couronne1 c'en est fait6 ,nous nous reverrons1 mais pas la danse4 ,la foule se presse1 on ne l'entend pas4 ,la place1 les rues ne la peuvent contenir4 ,la cloche appelle1 la baguette est rompue6 ,comme ils me garrottent et me saisissent6 ,me voil dj enleve vers l'chafaud4 ,dj palpite sur le cou de chacun le tranchant du couteau qui palpite au-dessus du mien4 ,le monde est muet comme la tombe4 ,,faust4 ,oh6 pourquoi suis-je n8 ,m,,phistoph,l,s1 paraissant la porte4 ,alerte6 ou vous tes perdus6 ,dsespoir inutile1 irrsolution et bavardage6 ,mes chevaux frmissent6 ,l'aube blanchit l'horizon4 ,,marguerite4 ,qu'est-ce qui s'lve de terre8 ,lui6 lui6 ,chasse-le6 ,que veut-il dans le saint lieu8 ,il me veut6 ,,faust4 ,il faut que tu vives6 ,,marguerite4 ,justice de ,dieu1 je m'abandonne toi6 ,m,,phistoph,l,s1 ,faust4 ,viens6 viens6 ou je te plante l avec elle4 ,,marguerite4 ,je suis toi1 ,pre1 sauve-moi6 ,vous1 anges1 saintes armes1 dployez vos bataillons pour me protger6 ,henri1 tu me fais horreur6 ,m,,phistoph,l,s4 ,elle est juge6 ,,voix ,d',,en ,,haut4 ,elle est sauve6 ,m,,phistoph,l,s1 ,faust4 ,viens moi6 7,il disparat avec ,faust47 ,,voix ,,du ,,fond1 s'affaiblissant4 ,henri6 ,henri6 ,,vi ,une telle oeuvre tait plus qu'un homme2 c'tait tout la fois l'pope1 le drame1 la raison et le surnaturel de l'esprit et du coeur humain4 ,goethe ne la laissa transpirer que page page de son portefeuille potique4 ,les premires communications qu'il en fit aux grands esprits dont l',allemagne tait si riche alors arrachrent un cri d'admiration mme ses rivaux1 s'il pouvait en avoir4 ,je lis dans une des premires lettres de ,schiller1 qui devint plus tard l'ami de ,goethe1 ce mot qui exprime son impression l'aspect d'un seul fragment de cette oeuvre3 ,je dsire passionnment lire ce qui n'est pas encore publi de ,faust1 car je vous confesse que ce que j'en ai vu est pour moi le torse d',hercule4 ,schiller n'avait lu encore1 selon toute apparence1 que les grandes contemplations mtaphysiques de ,faust et de ,mphistophls dans les montagnes2 s'il avait lu les scnes pastorales1 naves1 dchirantes1 de la sduction de ,marguerite et de ses amours la fentre devant la lune1 ,schiller aurait ajout au torse d',hercule le torse de ,vnus4 ,la comparaison tait caractristique2 car1 aprs ,phidias1 aussi divin dans l'expression de la force que dans l'expression de la grce1 il n'y avait eu que ,goethe pour crer de la mme main1 du mme ciseau et du mme bloc1 ,faust et ,marguerite6 ,,vii ,goethe1 par la haute srnit de son caractre1 n'tait nullement press de jouir4 ,aprs avoir termin ,faust dans la paisible solitude de son sjour ,rome et en avoir envoy seulement quelques fragments ses amis d',allemagne1 il revint la pure pope1 son premier amour potique4 ,on peut remarquer1 dans ses ,mmoires et dans ses correspondances1 qu',homre tait ses yeux le premier et le dernier mot du gnie humain1 la ,bible de l'histoire et de l'imagination4 ,nous partageons entirement cette opinion de ,goethe sur ,homre2 il nous parat non pas plus grand1 mais aussi grand que nature1 c'est--dire un demi-dieu4 ,on voit dans ces panchements confidentiels de ,goethe qu'il tait ramen sans cesse vers les peintures de la vie domestique1 si simplement et cependant si potiquement dcrites et chantes dans l',odysse4 ,l'pisode de ,nausicaa l'obsde visiblement2 il y revient malgr lui dans beaucoup de ses notes de voyage2 il rve de reproduire cette idylle pique dans sa langue moderne et en appliquant aux moeurs bourgeoises de son pays allemand les chastes couleurs de la posie homrique4 ,c'tait un rve de gnie4 ,ce qui dpopularisait1 en effet1 la posie pique dans nos sicles nouveaux1 c'tait l'absence de ralit dans l'pope4 ,des dieux auxquels on a cess de croire1 des hros dont les exploits et les amours sont des fables1 des moeurs dont les descriptions nous semblent des inventions tranges du pote au lieu du portrait ressemblant de la civilisation que nous avons sous les yeux1 tout cela intresse peu le vulgaire des lecteurs2 le savant seul s'y plat1 mais la foule se dtourne et court aux lgendes et aux complaintes des chanteurs de rues2 de l un triste abaissement du niveau de l'imagination du peuple4 ,il est priv de posie parce que les potes lettrs lui chantent des choses au-dessus de sa porte et parce que ses potes populaires lui chantent des platitudes ou des cynismes4 ,cette lacune dans la posie populaire avait vivement frapp le grand esprit la fois mtaphysique et raliste de ,goethe1 comme elle nous frappa vivement nous-mme1 il y a quelques annes1 quand nous crivmes le pome domestique et familier de ,jocelyn4 ,nous emes1 sans nous tre entendus1 et la diffrence prs du talent1 la mme pense ne du mme temps3 faire descendre la posie des nuages1 et l'introduire comme un hte de tous les jours et de toutes les conditions au foyer domestique de famille1 chez le savant comme chez l'ignorant1 chez le riche comme chez le pauvre2 changer en pain quotidien de toutes les mes pensantes ou aimantes cette ambroisie potique jusque-l rserve aux dieux de ce monde4 ,,viii ,,herman ,,et ,,doroth,e4 ,goethe baucha ,rome la premire conception de ce pome bourgeois1 de cette idylle de la petite ville allemande1 dans le pome d',herman et ,dorothe1 un de ses plus dlicieux ouvrages4 ,il ne le termina que plus tard1 et il ajouta alors les principaux dtails pathtiques emprunts l'migration franaise des bords du ,rhin2 ces scnes de droute dont il avait t tmoin pendant la retraite des ,prussiens devant ,dumouriez1 en #agib1 avaient fait sur son esprit une forte impression de piti qu'il reproduisit dans son pome4 ,,ix ,rien n'est plus simple que le plan de ce pome pique4 ,comme tout ce qui est rellement beau1 le drame ne comporte aucun artifice de composition4 ,c'est la nature bien peinte1 le coeur humain bien compris1 la posie1 c'est--dire la beaut latente de la vie domestique bien chante4 ,cela n'a point pour but d'tonner1 mais de charmer et surtout d'difier l'me par la reproduction mue des plus doux et des meilleurs sentiments de famille4 ,qu'il y a loin de l ,werther6 ,il y a aussi loin que du bon sens au dlire1 que de la maladie mentale la sant du coeur et de l'esprit4 ,lisons ensemble quelques scnes de ce tableau aussi homrique par la forme qu'il est flamand ou allemand par le fond4 coutez6 ,x ,l'htelier du ,lion d'or1 dans une petite ville d',allemagne1 cause avec sa femme1 assis sur un banc de bois au seuil de son auberge4 ,la rue est dserte2 la ville entire s'est porte en masse hors des murs1 au-devant d'une colonne fugitive d'migrs des bords du ,rhin1 qui se sauvent avec leurs femmes1 leurs enfants1 leurs vieillards1 leurs malades1 leurs troupeaux1 leurs meubles1 devant l'arme envahissante des ,franais4 ,le fils unique de l'aubergiste1 ,herman lui-mme1 a attel ses beaux chevaux favoris au chariot de poste de son pre1 et il est all porter des vivres1 des couvertures1 des vtements1 ces infortuns surpris par l'irruption dans la nuit4 ,je ne donne pas volontiers mon vieux linge1 dit la femme de mnage au mari conome1 car on a mainte occasion de l'employer utilement1 et1 quand on en a besoin1 on n'en trouve pas prix d'argent2 mais aujourd'hui j'ai rassembl avec plaisir ce que j'avais de meilleur en fait de chemises et de couvertures1 car j'ai entendu dire qu'il y avait dans cette foule des enfants et des vieillards demi-nus4 ,et1 dis-moi1 veux-tu me pardonner8 j'ai aussi mis contribution ton armoire3 j'ai pris ta belle robe de chambre en fine cotonnade1 cette indienne fleurs si chaudement double de flanelle2 je l'ai donne2 mais tu sais qu'elle est vieille et tout fait hors de mode4 ,l'hte regrette sa vieille robe de chambre1 mais il pardonne en pensant au bien-tre des infirmes qui s'envelopperont de sa dpouille4 ,l'heure du soir allonge l'ombre des maisons sur la rue2 la foule rentre escortant la colonne fugitive4 ,regarde1 dit l'htesse1 voici dj les curieux qui rentrent aprs avoir vu les pauvres migrs4 ,probablement tout a travers la ville maintenant4 ,vois comme leurs souliers sont couverts de poussire1 comme ils ont le visage enflamm2 chacun a son mouchoir la main1 pour essuyer la sueur de son front4 ,je ne voudrais pas m'en aller ainsi1 par la chaleur d'un pareil jour1 courir aprs un si navrant spectacle2 c'est bien assez d'entendre le rcit qu'on nous en fera4 ,oui1 rpond l'aubergiste-cultivateur1 c'est l un temps de moisson comme nous en avons rarement2 nous avons dj rentr le foin bien sch dans le fenil1 et nous rentrerons de mme le bl dans la grange4 ,le ciel est clair1 on n'y distingue pas le plus lger nuage1 et depuis le matin il s'est lev un vent frais et agrable4 ,voil un temps frais qui durera4 ,le bl est mur2 demain on commencera faucher la riche moisson6 99 99 99 99 99 ,pendant que l'hte et l'htesse s'entretiennent ainsi1 on voit rentrer1 dans une lgante calche fabrique ,landau1 le riche marchand1 avec ses filles1 qui habite la maison nouvellement restaure neuf en face de l'htellerie1 de l'autre ct de la place4 ,voici1 dit de nouveau la bonne htesse1 voici le pasteur et notre voisin le pharmacien6 ,ils vont nous dire ce qu'ils ont vu l-bas4 99 99 99 99 99 ,le pasteur et le pharmacien entrent2 ils s'attablent autour d'un pot bire cumant dans l'arrire-salle de l'auberge4 ,ils causent1 chacun selon son caractre1 de l'vnement de la journe4 ,le pharmacien dcrit en termes pathtiques le douloureux convoi4 ,rien ne ressemble ce spectacle1 dit-il1 si ce n'est le jour funbre o l'incendie dvora notre pauvre petite ville1 il y a vingt ans4 ,le pasteur1 jeune et modeste ecclsiastique1 l'honneur de la ville1 recommande ses amis la confiance en ,dieu et la charit4 ,un bruit de fer des chevaux qui font retentir le pav sous la vote de l'auberge interrompt l'entretien et lui fait prendre un autre tour4 ,le second chant commence4 ,,xi ,c'est le chariot d',herman1 le fils de l'aubergiste1 qui revient vide de sa course au-devant des proscrits4 ,le jeune homme1 ordinairement si rserv et recueilli en lui-mme1 entre tout rayonnant d'une splendeur intrieure dans la salle4 ,le pasteur s'en aperoit4 ,on voit1 dit-il au jeune homme1 que vous revenez tout chang et tout satisfait2 jamais il n'y eut tant d'animation dans vos yeux2 on voit que vous avez rpandu vos dons parmi les affligs et que de bndictions sont descendues sur vous6 ,herman raconte sa mre l'pisode le plus touchant de son voyage4 ,en suivant1 dit-il1 la route qui mne au village o la colonne fugitive va passer la nuit1 j'aperus une lourde charrette trane par deux boeufs1 les plus gros et les plus vigoureux de ce pays des trangers4 ct de la voiture marchait d'un pas ferme et souple une jeune fille tenant la main une longue baguette arme de l'aiguillon et conduisant en le pressant l'attelage4 ,quand elle me vit1 elle s'approcha timidement1 mais avec confiance1 de moi1 et me dit3 ,nous n'avons pas t toujours dans cette humiliante situation o nous sommes aujourd'hui2 je ne suis pas encore habitue demander l'tranger cette aumne qu'il donne souvent regret et seulement pour se dlivrer de l'importunit du pauvre2 mais le besoin me force parler4 ,l1 sur la paille1 languit la femme d'un homme riche de notre village2 elle vient d'accoucher1 et j'ai eu bien de la peine la sauver avec les boeufs de cette charrette4 ,nous ne pourrons arriver que bien tard aprs les autres2 peine si cette pauvre femme garde un souffle de vie1 et son nouveau-n repose tout nu entre ses bras4 ,si vous tes de ces environs et si vous avez du linge qui vous soit inutile1 donnez-le cette malheureuse mre6 ,ainsi parla la belle jeune fille1 et sur la paille o elle tait tendue la pauvre femme1 toute faible et toute ple1 se lve et me regarde4 ,moi je rpondis la jeune fille3 ,il y a souvent un bon gnie qui nous conseille et qui nous fait deviner les plus pressants besoins de nos frres4 ,ma mre1 comme si elle avait pressenti vos besoins1 m'a donn1 pour ceux qui n'auraient pas de quoi se couvrir1 ce paquet de hardes et de linge4 ,et aussitt1 dnouant les cordes par lesquelles il tait li1 je remis la jeune fille la robe de chambre de mon pre1 les chemises et les draps4 ,elle me remercia avec des transports de joie et s'cria3 ,celui qui est heureux ne croit pas qu'il puisse y avoir encore des miracles1 mais c'est dans l'angoisse du malheur qu'on reconnat comment le doigt de ,dieu conduit les bons coeurs une bonne action4 ,puisse-t-il vous rendre vous-mme le bien qui nous arrive par vous6 ,la pauvre femme en couches prit en souriant ce linge que la jeune fille lui tendait1 et se rjouit surtout en sentant la douce flanelle tide qui doublait la robe de chambre4 ,htons-nous d'arriver au prochain village1 o nos compatriotes doivent faire halte pour la nuit2 l je coudrai le linge pour la layette de l'enfant1 et j'arrangerai avec soin tout ce qui sera ncessaire4 ,elle me remercia encore et toucha les boeufs2 le char s'loigna4 ,pour moi1 j'arrtai les chevaux et je restai4 ,un combat s'levait en moi2 je ne savais ce qu'il y avait de mieux faire1 de courir rapidement au village de la halte et de partager entre les migrs les provisions de bouche que j'avais apportes1 ou de les remettre toutes la belle et charitable jeune fille1 afin qu'elle les distribut elle-mme entre les ncessiteux4 ,mon coeur dcida3 je courus aprs elle1 je la rejoignis bientt et je lui dis3 ,ma mre n'a pas seulement mis dans mon chariot du linge pour ceux qui en manquent1 elle y a joint aussi diverses provisions qui sont l dans les coffres2 je veux remettre tout cela entre tes mains2 je suis plus sr que1 de cette manire1 ses intentions seront bien accomplies2 car tu partageras ces provisions avec discernement1 au lieu que moi je serais oblig de m'en rapporter au hasard4--,je les partagerai avec conscience1 rpondit-elle2 elles rjouiront celui qui est dans le besoin4 ,j'ouvris les coffres de la voiture1 j'en tirai les lourds jambons1 le pain1 les bouteilles de vin et de bire2 je lui donnai tout1 et j'aurais voulu lui donner encore plus1 mais les coffres taient vids4 ,elle dposa tout cela aux pieds de la malade2 puis elle s'loigna1 et je repris avec mes chevaux le chemin de la ville6 99 99 99 99 99 ,y a-t-il dans ,homre ou dans ,virgile une scne plus antique et plus navement raconte8 ,et cependant la scne est d'hier1 les moeurs sont du jour et du pays1 et le sentiment en est de tous les temps4 ,on respire nanmoins le christianisme jusque dans l'amour4 ,,xii ,le pre1 le pasteur1 le pharmacien1 la mre reprennent1 chacun dans son caractre1 l'entretien sur l'vnement du jour1 aprs le rcit d',herman4 ,la mre1 qui commence se douter du sentiment n de la piti et du malheur dans le coeur de son fils1 prvient les objections qu'elle pressent dans l'esprit du pre par les souvenirs de leur mnage1 contract sous les auspices de la ,providence seule1 au jour de la ruine1 le lendemain du grand incendie de la ville4 ,c'tait un dimanche1 dit-elle3 le feu consumait tout4 ,j'avais pass la nuit d'angoisse hors de la ville1 gardant les lits et les caisses2 enfin je m'endormis4 ,quand la fracheur du matin me rveilla1 je vis la fume et les charbons ardents et les murailles toutes noires et toutes nues de la ville4 ,j'avais le coeur lourd1 mais le soleil parut plus beau que jamais et le courage me revint4 ,je me levai la hte1 je voulais revoir la place o avait t notre maison1 et regarder si les poules que j'aimais tant avaient pu se sauver2 car j'avais encore le caractre simple et naf d'un enfant4 ,quand j'eus mont sur les dcombres de la maison et de la cour qui fumaient encore1 pendant que je contemplais cette demeure ainsi dvaste1 toi tu arrivais de l'autre ct2 tu cherchais la place occupe par l'table3 un cheval y tait rest2 les dbris jonchaient le sol1 mais le cheval avait disparu4 ,ainsi nous restions l'un en face de l'autre tristes et pensifs1 car le mur qui sparait notre cour de la vtre tait tomb4 ,tu me pris la main et tu me dis3 ,lise6 comment fais-tu pour venir ici8 ,va-t-en6 va-t-en6 sur ces dcombres encore enflamms tu brleras tes souliers4 ,tu me pris dans tes bras et tu m'emportas travers la cour4 ,le porche de la maison tait encore debout avec sa vote1 comme nous le voyons aujourd'hui3 c'tait tout ce qui restait6 ,tu m'assis par terre1 tu m'embrassas2 moi je me dfendais1 et tu me dis avec douceur3 ,regarde1 notre maison est renverse2 reste avec nous1 aide-moi la reconstruire2 j'aiderai ton pre rebtir la sienne4 ,mais je ne te comprenais pas jusqu' ce que tu eusses envoy ta mre parler mon pre1 jusqu' ce que notre mariage ft conclu4 ,je me souviens encore de ces poutres demi brles et de ce soleil levant pourtant si beau1 car ce jour-l m'a donn un mari1 et cette dsolation m'est venu un fils6 ,voil pourquoi1 mon ,herman1 j'aime te voir ainsi penser enfin au mariage avec une douce confiance dans ce jour de calamit2 j'aime te voir dcid prendre la jeune fille de ton choix dans le tumulte de la guerre et au milieu des ruines4 ,le pre loigne1 par des propos d'aubergiste conome1 l'ide de prendre une fille pauvre4--,heureux1 dit-il1 celui qui ses parents donnent une maison en bon tat et qui russit la meubler plus richement6 ,aussi j'espre1 ,herman1 que tu amneras bientt ici une fiance avec une belle dot4 7,il fait allusion une des filles du riche marchand1 roulant en calche et recrpissant neuf sa haute maison de l'autre ct de la place1 en face de l'auberge47 ,ce n'est pas en vain1 poursuit-il1 que la mre de famille prpare1 pendant de longues annes1 pour sa fille1 la toile d'un tissu solide et fin1 ce n'est pas en vain que les parrains lui conservent leur belle argenterie1 et que le pre enferme dans son armoire la belle pice d'or devenue rare2 car1 avec tous ces dons1 la fiance doit rjouir le jeune homme qu'elle aura prfr4 ,oui1 je sais comme une femme se dlecte dans la maison de son mari en retrouvant les meubles qu'elle y a apports1 et le lit et la table dont elle a fourni elle-mme les draps et les nappes4 ,enfin le pre s'explique plus clairement et mentionne son fils une des filles du riche marchand la maison verte en face de la sienne4 ,herman rpond avec embarras qu'il a song longtemps1 en effet1 la plus jeune de ces trois filles1 mais que1 sa timidit naturelle l'ayant fait railler dans cette maison sur son silence et sur la coupe trop rustique de ses habits1 il a laiss chapper1 par confusion1 son chapeau de sa main1 et il est sorti pour jamais de cette maison moqueuse4 ,le pre s'irrite ces paroles contre la gaucherie et l'obstination de son fils2 ,herman1 humili et contrist de ce reproche1 se lve1 pose doucement le doigt sur le loquet de la porte et sort4 ,la mre1 aprs une douce rprimande son mari1 sort son tour pour aller consoler son fils4 ,,xiii ,pendant que l'aubergiste1 le pharmacien et le pasteur continuent l'entretien table1 la mre cherche ,herman dans les cours et dans l'curie de ses chers chevaux favoris2 elle le dcouvre enfin au fond d'un jardin recul qui touche d'un ct aux basses-cours1 de l'autre aux murs ruins de la ville4 ,il tait assis1 le dos tourn la maison1 le visage dans ses mains1 sous un dbris de treille dont les grappes et les feuilles jaunies penchaient de la charpente vermoulue de la treille sur son front4 ,l'entretien de la mre et du fils est aussi familier et aussi pathtique que celui d',ulysse dans les cours de son palais d',ithaque4 ,herman1 dsespr1 veut s'engager comme soldat dans l'arme de l',allemagne2 sa mre l'en dtourne avec des paroles emmielles d'amour de femme et de tendresse de mre4 ,mon fils1 si tu dsires tant conduire dans ta demeure une fiance afin que la nuit soit aussi pour toi une douce moiti de la vie1 et que le jour tu trouves le travail plus agrable et plus rcompens1 tu ne peux pas le dsirer plus vivement que ton pre et que ta mre6--,mais je crois maintenant que tu as fait un choix6 ,c'est cette jeune fille fugitive1 n'est-ce pas1 que tu as choisie8 ,herman avoue son amour4--,laisse-moi faire1 lui dit sa mre attendrie2 les hommes se posent en face l'un de l'autre comme des rochers2 ton pre est prompt1 mais il est bon et tendre4 ,une fois le soir venu1 quand le feu de ses paroles avec ses amis est vapor1 il devient doux et maniable1 et il sent ses torts envers les autres4 ,allons ensemble lui parler2 nous mettrons dans nos intrts nos deux voisins qui sont table avec lui1 et le digne pasteur nous secondera4 ,elle dit1 et ils rentrent en silence la maison4 ,,xiv ,le pasteur faisait en ce moment un admirable discours dont toutes les allusions indirectes tendaient excuser auprs de l'aubergiste le caractre modeste1 timide et sdentaire du pauvre ,herman4 ,ce discours est aussi plein de sagesse que la moelle des ,proverbes de ,salomon2 c'est l'loge de la vie rustique oppose aux hasards de la vie agite et ambitieuse des habitants des villes4 ,le pre est dj prpar ainsi apprcier mieux le caractre pacifique et laborieux d',herman4 ,la mre1 qui entre tenant son fils par la main1 parle pour lui son mari avec une adresse inspire par la plus habile tendresse4 ,elle dclare le choix fait irrvocablement par ,herman4 ,le pre s'tonne et se tait2 le pasteur prend avec une douce loquence le parti de la mre et du fils4 ,ne mconnaissez pas la jeune fille qui1 la premire1 a touch l'me muette de votre fils4 ,heureux celui qui pouse sa premire bien-aime1 car alors les plus doux dsirs ne languissent pas au fond de son coeur6 ,un amour vrai transforme en un moment l'adolescent en homme4 ,herman n'a pas le caractre lger ou variable2 si vous repoussez sa demande1 j'ai peur que ses plus belles annes ne se consument dans la douleur4 ,le pharmacien disserte longuement1 en homme qui veut masquer sa sensibilit sous un certain pdantisme de diplomatie bourgeoise4 ,il propose d'aller pralablement lui-mme avec le pasteur prendre et peser les renseignements sur la jeune fille dans le village o les migrs camps avec leurs familles et leurs bagages ont fait halte pour la nuit4 ,ce parti1 qui concilie la prudence du pre avec la tendresse presse de la mre et l'amour impatient d',herman1 est accept d'un consentement commun4 ,les deux ngociateurs se proposent de partir dans le chariot de poste d',herman4 ,ici la posie allemande redevient homrique sous la plume de ,goethe4 ,toutes les fois qu'on se rapproche de la nature et de la vie du peuple1 on redevient antique4 ,lisez4 ,herman court a l'curie1 o les chevaux vigoureux repuisent leur force en mangeant l'avoine choisie et le foin des meilleures prairies4 ,il leur glisse entre les lvres le mors luisant1 il passe les courroies dans les boucles argentes1 il attache les longues et larges rnes et conduit ses limoniers dans la cour4 ,le serviteur empress1 prenant le chariot par le timon1 le fait avancer lourdement dans la cour4 ,herman et lui mesurent la longueur des rnes et attellent les chevaux qui tranent avec rapidit le char4 ,herman saisit son fouet1 s'asseoit sur le sige et conduit la voiture sous la vote de la grande porte2 les deux amis1 le pasteur et le pharmacien1 prennent place au fond du chariot4 ,il roule rapidement1 laissant derrire les roues le pav des rues1 les murs de la ville et les tours reblanchies neuf des remparts4 ,herman ne ralentit la course de ses chevaux qu'au moment o il aperoit tout prs devant lui le clocher du village et les premires maisons entoures de jardins4 ,descendez maintenant1 dit-il ses compagnons de route1 et allez vous informer si la jeune exile est vraiment digne de la main que je lui prsente4 ,si je n'avais que moi consulter1 je courrais au village1 et elle dciderait d'un mot de mon sort4 ,allez6 vous la distinguerez aisment entre toutes ses compagnes1 car il serait difficile de trouver une figure semblable la sienne4 ,mais je vais vous indiquer seulement comment sont ses vtements3 un corset rouge1 lac avec souplesse1 serre sa poitrine lgrement arrondie2 un jupon noir lui embote troitement la taille2 le rebord pliss de sa chemise entoure son doux visage et son gracieux menton4 ,sa figure ovale porte l'empreinte de la paix1 de son me et de la franchise de son caractre2 ses longs cheveux se reploient sur ses tempes en nattes paisses1 retenues au sommet de sa tte par de grosses pingles d'argent2 son corset est suspendue une robe bleue qui1 dans ses plis multiplis1 enserre son beau corps4 ,mais1 je vous en prie1 ne lui parlez pas1 elle2 ne laissez pas souponner vos intentions2 interrogez les anciens1 et voyez ce qu'ils raconteront d'elle4 ,voil ce que j'ai pens en route4 ,,xv ,les renseignements1 comme on le pense1 sont ceux de l'estime et de l'affection gnrales pour cette jeune fille1 la providence visible de ses compagnons de fuite4 ,le pasteur et le pharmacien retrouvent le jeune homme auprs de ses chevaux1 sur la place du village4 ,ils lui rapportent ces bonnes nouvelles2 mais ,herman1 maintenant1 commence trembler de voir sa main refuse par la jeune fille1 dont le coeur est peut-tre engag ailleurs4 ,je crains1 leur dit-il1 qu'elle n'ait dj frapp dans la main d'un heureux jeune homme de son pays1 et je me vois tout honteux devant elle de mes propositions rejetes4 ,les deux ngociateurs le rassurent en vain2 ils lui proposent de sonder le coeur de la jeune trangre4 ,herman a peine cout ces paroles4 ,sa rsolution est prise4--,arrive ce qui pourra1 dit-il1 je veux aller moi-mme apprendre mon sort de sa bouche4 ,j'ai en elle une confiance comme jamais homme n'en a eu pour aucune femme4 ,ses paroles seront sages1 raisonnables1 j'en suis sr4 ,duss-je la voir pour la dernire fois1 je veux du moins rencontrer encore le regard plein de franchise de cet oeil noir4 ,duss-je ne jamais la presser sur mon coeur1 je veux contempler encore cette poitrine et ces paules que je voudrais enlacer dans mes bras4 ,je veux voir cette bouche dont un baiser et un oui me rendront heureux tout jamais1 et dont un non peut me perdre aussi tout jamais4 ,mais laissez-moi aller seul1 et ne m'attendez pas4 ,retournez auprs de mon pre et de ma mre1 pour leur dire que leur fils ne s'tait pas tromp et que l'trangre est digne d'tre aime4 ,laissez-moi seul4 ,je m'en retournerai par le sentier qui passe auprs du poirier1 en bas de la colline4 ,oh6 si j'avais le bonheur de la ramener avec moi6 ,peut-tre aussi reprendrai-je seul ce sentier1 pour ne plus jamais le revoir avec joie4 ,en disant ces mots1 il remit les rnes entre les mains du pasteur1 qui1 matrisant les chevaux1 monta dans la voiture et prit la place du conducteur4 ,mais toi1 tu t'arrtes1 prudent pharmacien6 et tu dis au pasteur3 ,mon ami1 je vous confierais volontiers mon coeur1 mon me1 mon esprit2 mais mes jambes et mon corps ne semblent pas trop en sret si les rnes sont remises entre les mains d'un ecclsiastique4 --,asseyez-vous1 rpond le pasteur en souriant1 et confiez-moi sans crainte votre corps ainsi que votre me4 ,ma main est depuis longtemps exerce tenir des rnes1 et mon oeil prvoir les dtours du chemin4 ,quand j'accompagnais ,strasbourg le jeune baron1 nous tions habitus sortir en voiture1 et tous les jours le char conduit par moi passait sous la porte sonore1 et courait au loin dans la plaine1 sous les tilleuls1 travers les chemins poudreux et la foule anime des promeneurs4 demi rassur1 le pharmacien prit place dans la voiture1 et s'assit comme un homme prt s'lancer prudemment dehors4 ,les chevaux galopent1 impatients de regagner l'curie4 ,la poussire vole en tourbillons sous leurs pieds rapides4 ,le jeune homme regarde encore longtemps cette poussire1 puis il disparat et reste l comme priv de sentiment4 ,comme le voyageur qui1 le soir1 fixant encore ses regards sur les derniers rayons du soleil1 voit flotter son image dans un bosquet obscur1 puis auprs d'un rocher1 et1 de quelque ct qu'il se tourne ensuite1 croit toujours la voir courir devant lui et se reproduire en couleurs tincelantes1 ainsi la suave image de la jeune fille se montre aux yeux d',herman et parat suivre le sentier qui s'en va travers les champs de bl444 ,mais1 ce n'est pas une illusion1 c'est elle-mme6 ,elle porte une grande cruche et une plus petite anse1 et se dirige vers la fontaine4 ,leur entrevue et leur conversation la fontaine est biblique4 ,leur image penche sur l'eau limpide se rflchit sur le ciel bleu peint dans le bassin2 ils s'y voient en puisant l'eau1 ils s'y sourient1 et s'y inclinent amicalement l'un devant l'autre4--,laisse-moi boire1 lui dit ,herman en badinant4 ,elle lui tend sa cruche2 puis tous deux se reposent avec une confiance mutuelle1 appuys sur les cruches4 ,mais ils ne se parlent pas d'amour4--,je suis ici pour toi1 dit simplement ,herman4 ,ma mre dsirait depuis longtemps avoir dans sa maison une jeune fille qui lui devnt utile1 non-seulement par son travail1 mais aussi par son affection1 et qui remplat auprs d'elle la fille qu'elle a malheureusement perdue6 ,l'orpheline comprend ce qu'il semble hsiter lui dire2 elle accepte le titre de servante dans la maison de la mre d',herman4 ,herman cache son secret et sa joie dans son coeur4 ,il veut porter1 au retour de la fontaine1 une des cruches de ,dorothe2 elle refuse4 ,laissez-moi1 dit-elle2 celui qui dsormais doit me commander dans la maison de sa mre ne doit pas paratre me servir4 ,ne me plaignez pas2 toute femme apprend de bonne heure servir selon la vocation qui lui est assigne par sa condition4 ,voyez1 la jeune fille sert un frre1 elle sert ses parents2 toute sa vie se passe aller et venir1 porter maint fardeau1 prparer ceci ou cela pour les autres4 son retour elle soigne la pauvre femme accouche et distribue l'eau et le pain entre tous les autres petits enfants de la pauvre femme4 ,greuze n'a pas de plus touchant tableau de famille sous son pinceau4 ,le traducteur est pote ici comme le modle4 ,,xvi ,dorothe suit ,herman vers la ville4 ,ils s'en vont tous les deux pied aux rayons du soleil couchant2 ils causent de la pluie et du beau temps2 ils se plaisent voir les hautes tiges des bls que le vent incline1 et qui1 le long du sentier o ils passent1 s'lvent la hauteur de leurs fronts4 ,cependant ,dorothe interroge prudemment son nouvel ami sur le caractre de ses parents qu'elle va servir1 afin de leur complaire en toute chose4 ,et toi1 maintenant1 lui dit-elle aprs avoir reu toutes ses instructions1 dis-moi comment je dois en agir avec toi1 fils unique de mes matres1 qui seras mon matre aussi4 ,,xvii ,au moment o elle parlait ainsi1 ils arrivaient tous deux auprs du poirier4 ,la lune brillait dans toute sa splendeur2 le dernier rayon du soleil avait disparu1 et dans l'espace leur regard dcouvrait la fois une clart brillante comme celle du jour et les tnbres de la nuit4 ,herman avait entendu avec joie la dernire question que lui avait adresse la jeune fille4 ,ils s'assirent tous deux sous le poirier pour se reposer un instant1 et il allait lui ouvrir son coeur en lui prenant la main2 mais1 en sentant au doigt de la jeune fille l'anneau d'or1 signe fatal1 il craignit d'entendre un refus1 et ils restrent ainsi l'un prs de l'autre assis en silence4 ,puis ,dorothe dit3 ,que j'aime cette douce lumire de la lune6 ,c'est une clart presque aussi vive que celle du jour4 ,je vois distinctement les maisons1 les tours de la ville1 et j'aperois une fentre au-dessous du toit2 il me semble que je pourrais en compter les vitres4 --,cette maison que tu aperois1 dit le jeune homme1 est notre demeure2 c'est l que je te conduis1 et cette fentre est celle de ma chambre1 qui deviendra la tienne peut-tre1 car nous ferons des changements dans notre maison4 ,ces bls qui sont mrs pour la moisson de demain sont nous2 nous viendrons nous asseoir l'ombre de ce poirier et prendre ici notre repas4 ,mais1 viens1 descendons par le sentier de la vigne et du jardin2 car1 vois1 l'orage approche1 et le nuage enveloppera bientt la clart de la lune4 ,tous deux se lvent et descendent dans le champ couvert de blonds pis1 heureux de voir la lueur nocturne qui les claire encore2 ils avancent ensuite dans la vigne et cheminent dans l'obscurit4 ,herman conduit la jeune trangre le long des escaliers aux degrs rustiques et informes placs sous la treille qui les obscurcit2 elle s'avance pas tremblants en appuyant sa main sur l'paule d',herman4 ,la lune projetait travers les pampres quelques lueurs vacillantes2 mais1 bientt voile entirement de nuages1 elle laisse le jeune couple dans une complte obscurit4 ,herman soutient d'un bras robuste et avec prcaution la jeune fille penche sur lui2 mais1 comme elle ne connat ni le chemin ni ses sentiers difficiles1 elle fait un faux pas2 le pied lui manque et craque lgrement4 ,elle est prs de tomber2 mais elle glisse sur lui2 il tend la hte le bras et soutient sa bien-aime4 ,elle s'incline doucement sur son paule2 leurs poitrines1 leurs joues se touchent1 et lui reste l1 immobile comme le marbre1 enchan par son austre volont4 ,il n'ose l'treindre plus fortement1 mais il se raffermit pour lui servir d'appui4 ,charg de son doux fardeau1 il sent les battements du coeur de la jeune fille1 il respire le parfum de son haleine et supporte avec un mle sentiment cette femme qui fait l'honneur de son sexe4 ,cependant elle cache la douleur qu'elle prouve au pied et lui dit en riant3 ,s'il faut en croire les gens bien aviss1 quand notre pied craque non loin du seuil de la maison o l'on se dispose entrer1 c'est un signe de malheur4 ,j'aurais pourtant voulu recevoir un meilleur prsage4 ,mais arrtons-nous un moment1 afin que tes parents ne te reprochent pas de leur amener une fille boiteuse et d'tre un hte peu intelligent4 ,,xviii ,cependant le pre1 la mre1 le pharmacien et le pasteur1 aprs avoir donn et reu les renseignements les plus touchants sur la perfection de coeur de la belle trangre1 abrgeaient l'heure table dans les entretiens les plus mus et les plus difiants4 ,nous regrettons vivement de ne pouvoir les donner ici au lecteur3 c'est ,homre et la ,bible fondus dans la familire sagesse des vieux jours4 ,mais la porte s'ouvre3 ,les parents d',herman et leurs deux amis s'tonnent de la taille et de la beaut de la jeune trangre1 qui s'accorde si bien avec celle d',herman2 et1 quand ils se prsentent tous deux sur le seuil1 la porte semble trop petite pour eux6 ,des exclamations un peu lgres du pre sur la beaut sduisante de l'trangre amene par son fils blessent le pudique orgueil de la jeune fille2 ne sachant pas le sens que le pre donne ses paroles1 et croyant qu'on offense ainsi en elle la domesticit chaste laquelle elle se croit encore destine1 elle se tient immobile et triste2 une rougeur subite colore son cou et son visage2 elle reproche doucement au vieillard de n'avoir pas assez de piti envers celle qui franchit le seuil de la porte d'une maison trangre pour y servir4 ,le pasteur s'interpose1 sans s'expliquer encore compltement4 ,le malentendu gonfle le coeur et fait dborder les larmes de fiert des yeux de ,dorothe2 elle veut partir l'instant d'une maison o l'on ne la respecte pas assez4 ,elle avoue son penchant pour ,herman et sa joie secrte quand elle l'a vu revenir prs d'elle la fontaine4 ,j'avais conu peut-tre1 dit-elle1 l'ide de devenir un jour digne de son choix2 mais vous me faites sentir ma folie1 la diffrence irrmdiable de nos deux conditions1 et la distance qui existe entre le jeune homme riche et la jeune fille pauvre4 ,laissez-moi m'en aller avant d'avoir prouv plus douloureusement cette humiliation2 ni la nuit qui enveloppe la terre1 ni l'orage que j'entends gronder1 ni la pluie d'averse qui tombe1 ni le vent qui mugit dans les arbres1 rien ne m'arrtera ici4 ces mots elle s'avance rsolument vers la porte1 portant sous son bras le petit paquet avec lequel elle tait venue2 mais la mre la saisit des deux mains et lui dit avec tonnement3 ,que signifient cette rsolution et ces larmes sans cause8 ,non1 je ne veux pas te laisser partir2 tu es la fiance de mon fils4 ,le pre1 toujours un peu aigri par la dception de ses vues ambitieuses1 veut aller se coucher pour viter cette scne d'attendrissement1 de reproches et de larmes4 ,herman1 soutenu par sa mre et par les voisins1 s'avance vers ,dorothe et lui dit d'une voix tremblante d'motion et d'amour3 ,ne regrette pas ces larmes et cette douleur passagre1 car elles ont assur mon bonheur et le tien aussi4 ,non1 je ne suis pas all la fontaine du village voisin pour y chercher en toi une servante1 mais pour t'amener ici comme ma fiance2 mais1 hlas6 mon regard timide ne pouvait discerner le penchant de ton coeur2 quand tu me saluas dans le miroir de la source1 je n'aperus que de l'amiti dans tes yeux6 ,le pasteur explique tout la jeune fille et restitue le vritable sens aux propos mal compris du pre4 ,les amants s'embrassent4 ,dorothe tombe aux genoux de l'aubergiste et lui demande pardon de sa fiert4 ,les devoirs1 dit-elle1 que la servante s'engageait remplir1 c'est la fille qui les remplira dsormais avec amour6 ,tous se donnent le baiser de paix et pleurent en silence des larmes de joie4 ,le pasteur change les anneaux et bnit les amants4 ,le dlicieux pome finit par une allusion patriotique et hroque aux devoirs svres que l'orage du continent et l'invasion franaise imposent tous ceux qui peuvent porter les armes et sacrifier mme la plus tendre pouse la mort accepte pour dfendre son pays4 ,nous ne connaissons rien dans les langues modernes d'analogue ce charmant et svre morceau d'antiquit transport dans notre ge4 ,on croit1 en achevant de le lire1 sortir d'une tente des patriarches o l'on s'est entretenu avec ,jacob ou avec ,lia4 ,un parfum de pit et d'amour sort de tous les vers2 le coeur est doucement mu1 mais jouit de son motion comme d'une vertu4 ,c'est la posie difiante1 c'est la saintet de l'amour portes par un grand pote sa plus simple et sa plus pique expression4 ,oh6 si tous les peuples avaient de pareils pomes feuilleter les jours de loisir entre leurs mains au lieu des salets cyniques de leurs corrupteurs populaires1 combien la posie prendrait un rle nouveau et saint dans les moeurs6 et combien le gnie des ,goethes futurs deviendrait un puissant auxiliaire de la libert et de la vertu6 ,,xix ,si nous tions gouvernement1 nous ferions imprimer des millions d'exemplaires ,herman et ,dorothe1 et nous les rpandrions gratuitement dans les villes et dans les campagnes pour difier en les charmant les veilles des ateliers ou des tables4 ,aprs avoir appliqu si longtemps la littrature au vice1 il serait bien temps de l'appliquer la morale4 ,la morale pour le peuple n'est que dans le sentiment2 le plus populaire des vhicules pour le sentiment c'est un beau pome4 ,laprade1 ,legouv et ,autran1 parmi nous1 seraient dignes de prendre la plume de ,goethe et de donner leur patrie ces chefs-d'oeuvre de la chaumire que le peuple placerait1 ct d',herman et ,dorothe ou de ,paul et ,virginie1 au chevet du lit de ses fils et de ses filles4 ,pendant qu',heyne et autres sment de fleurs charmantes1 mais malsantes1 l'imagination de la jeunesse lettre1 ces potes smeraient des lis purs et des roses virginales dans le pot de fleurs de la mansarde1 sur la fentre de la jeune fille et du jeune homme de nos ateliers ou de nos villages4 ,je l'avais tent autrefois dans le pome des ,pcheurs1 moiti fini et perdu sans retour dans un voyage aux ,pyrnes4 ,je n'ai plus ni assez de libert d'esprit ni assez de fracheur de palette pour recommencer cette oeuvre d'pope professionnelle2 mais ,victor ,hugo1 ce ,goethe de la ,france1 pourrait1 dans les loisirs de l'exil et de la mer1 surpasser ,herman et ,dorothe de toute la hauteur de son gnie pique4 ,le lyrisme est fait pour les salons1 l'pope pour les chaumires2 la popularit durable et honnte est l3 le rcit est plus inpuisable que le chant1 parce que l'homme a plus de mmoire que d'enthousiasme4 ,,xx ,goethe quitta enfin l',italie aprs avoir ou achev ou bauch ces chefs-d'oeuvre4 ,il tait dans toute la jeunesse et dans toute l'avant-gloire de sa vie4 ,il rentra en ,allemagne comme un triomphateur futur1 capable lui seul de restaurer ou de fonder un empire littraire nouveau pour la ,germanie4 ,l',allemagne tait pleine d'hommes sa hauteur en philosophie1 en histoire1 en science1 en politique1 en roman1 en critique1 en posie2 il suffit de nommer les ,herder1 les ,kant1 les ,jacobi1 les ,schlegel1 les ,winkelman1 les ,klopstock1 les ,wieland1 les ,schiller1 pour assigner au dix-huitime sicle allemand la mme fcondit intellectuelle qu'au dix-huitime sicle franais4 ,le mouvement imprim l'esprit europen par ,voltaire1 ,j4-,j4 ,rousseau1 ,montesquieu et leurs disciples s'tait communiqu au del du ,rhin4 ,tout fermentait d'ides1 tout clatait de gnie1 tout rivalisait d'mulation4 ,jamais l',allemagne n'avait prsent dans toutes ses parties du nord ou du midi de pareils groupes d'hommes suprieurs4 ,le grand ,frdric avait secou la torche ,berlin1 elle illuminait partout4 ,la nature1 qui a ses saisons de fcondit morale comme la terre a ses saisons de sve et de fertilit matrielles1 semblait avoir enfant en peu d'annes une race de gants pour l',allemagne4 ,les princes eux-mmes1 plus entrans qu'alarms par ce mouvement vertigineux des esprits en bullition dans leurs contres1 participaient ces enivrements de gloire littraire4 ,ils se disputaient l'envi le patronage des hommes minents propres illustrer leur nom et leur rgne dans l'avenir4 ,il y avait vingt ,pricls dans ces vingt rpubliques athniennes dont l',allemagne de #aghj tait compose4 ,berlin1 ,dresde1 ,vienne1 ,hambourg1 ,koenigsberg1 ,ina1 ,goettingue1 ,leipsick1 tous les centres d'universits1 toutes les cours taient autant de foyers o se concentrait l'influence d'un de ces nombreux gnies qui rayonnaient de l sur le reste de la ,germanie4 ,l'ambition de chacun de ces rois1 de ces princes souverains1 de ces villes capitales1 tait de conqurir et de possder un de ces hommes suprieurs qui portaient avec eux la renomme d'un royaume ou d'une ville4 ,chacune de ces cits voulait tre une ,athnes4 ,berlin l'tait pour les sciences1 ,dresde l'tait pour les arts1 ,leipsick pour la critique1 ,koenigsberg pour la philosophie2 ,weymar dsirait l'tre pour la posie4 ,cette capitale vritablement arcadienne1 situe dans la verte ,thuringe1 entre ,ina1 ,berlin et ,dresde1 tait la rsidence d'une cour athnienne4 ,goethe1 trs-jeune encore l'poque o son nom avait clat tout coup par ,werther en ,europe1 avait eu la bonne fortune de rencontrer sur les bords du ,rhin le jeune prince hrditaire de ,weymar1 le duc ,charles-,auguste4 ,deux jeunes amis de ,goethe1 avec lesquels il voyageait alors1 les deux comtes de ,stolberg1 clbres eux-mmes depuis1 avaient prsent leur compagnon de voyage au jeune duc de ,weymar4 ,ce coup d'oeil dcida de la vie entire de ,goethe4 ,l'irrsistible attrait qui attacha pour jamais le prince et le pote ressembla un de ces coups foudroyants de sympathie dont ,goethe fit plus tard une thorie physiologique et morale dans son roman des ,affinits lectives4 ,ils oublirent les distances qui les sparaient1 ils se jurrent une amiti indissoluble1 ils se promirent de se rejoindre un jour ,weymar pour vivre tous deux de la mme vie aussitt que les circonstances leur laisseraient la libert de leurs sentiments l'un pour l'autre4 ,cet instinct1 qui faisait ainsi reconnatre au duc de ,weymar le plus grand homme de l',allemagne dans un jeune crivain peine entrevu par une premire bauche de gnie1 tmoigne d'une sorte de divination dans le prince4 ,par une trange et heureuse concidence1 la duchesse ,amlie de ,weymar1 jeune encore et qui voyageait avec son fils1 parut partager ds la premire rencontre l'attrait de ce prince pour le pote4 ,de cette rencontre naquit une triple amiti qui ne se refroidit plus jamais entre la princesse1 le prince et le pote4 ,la beaut morale du jeune favori transperait cette poque travers la beaut matrielle de ses traits4 ,c'tait ,adrien et ,antinos1 moins la divinisation suspecte du favori par l'empereur paen4 ,de ce jour ,goethe dvoua sa vie la princesse ,amlie et au duc ,charles-,auguste2 l'une parut tre sa ,lonore d',est la cour de ,ferrare1 l'autre rappela cette cour le ,tasse aim de la mre1 favori du fils4 ,mais le ,tasse tait insens de gnie et d'amour1 ,goethe faisait prdominer dans toute sa vie la raison sur la passion4 ,il savait conserver son heureuse toile en la voilant4 ,,xxi ,le prince1 la princesse ,amlie et le pote s'taient spars regret ,francfort1 en se promettant une ternelle runion ,weymar quand l'heure du rgne du jeune duc serait sonne4 ,ce sont ces annes d'attente que ,goethe tait all passer en ,italie4 ,il revint s'tablir son retour1 ,weymar4 ,il y retrouva sa mme place dans la confiance sans bornes du duc ,charles-,auguste et dans la prdilection de la duchesse ,amlie4 ,le prince lui avait prpar une charmante maison1 retraite silencieuse et potique propre l'entretien du philosophe avec ses ides et du pote avec ses rves4 ,un jardin l'entourait1 un ruisseau en bordait les pelouses2 un banc de bois sur le seuil ombrag d'arbustes permettait au solitaire de venir assister le soir aux adieux resplendissants du soleil et aux concerts des oiseaux1 dont il interprtait si bien les gazouillements dans ses vers4 ,mais le prince1 tout en prparant ainsi le bien-tre rural de son ami1 s'tait rserv d'employer plus utilement son rare gnie et sa sagacit politique au bonheur de ses peuples et l'clat littraire de sa cour4 ,c'est ainsi que la colonne corinthienne qui porte le fronton de l'difice en est en mme temps l'ornement4 ,il faut lire dans les lettres de ,goethe mademoiselle ,auguste de ,stolberg1 soeur de ses deux premiers amis1 les comtes de ,stolberg1 l'panchement de coeur du pote entr en jouissance de sa nouvelle vie4 ,sans passer1 comme tant d'autres hommes de renomme1 par les transes du travail et de l'infortune1 il avait conquis du premier coup la plnitude du bien-tre1 du loisir1 des honneurs1 de la libert et de l'influence sur son sicle4 ,il avait trouv tout cela la fois dans une haute amiti et peut-tre dans un respectueux amour4 ,c'tait le ,tasse allemand1 mais c'tait le ,tasse heureux4 ,il jouait avec l'amour1 dans sa correspondance avec ,bettida d',arnim1 jeune fille de dix-neuf ans1 laquelle il permettait de l'adorer sur son dclin2 il voulait mourir dans l'ivresse calme des illusions4 ,ne rien perdre de la vie1 c'tait sa sagesse4 ,le duc de ,weymar lui avait donn1 indpendamment du ministre de l'instruction publique dans ses tats1 la direction absolue des thtres et des nobles plaisirs de sa cour4 ,il lui avait donn de plus une place innome1 mais qui l'levait au-dessus de toute rivalit dans la confiance du prince et dans les affaires d'tat1 la place de favori avou et immuable dans son coeur4 ,il en avait fait un autre lui-mme1 un vizir familier1 incontest1 irresponsable1 qui rgnait ,weymar sans autre investiture que celle du gnie et de la faveur4 ,la cour et le peuple avaient accept sans discussion cette espce de partage de l'empire entre le souverain lgal et le souverain intellectuel du nord de l',allemagne4 ,,xxii ,on peut dire qu' dater de ce jour la vie de ,goethe ne fut pas une vie1 mais un rgne4 ,il eut la place que ,denys de ,sicile offrit ,platon1 que ,frdric donna ,voltaire1 mais sans la tyrannie de ,denys et sans l'inconstance de ,frdric4 ,l'histoire n'offre pas d'exemple d'un ascendant aussi continu et aussi paisible d'un grand pote sur un souverain et sur un peuple4 ,le duc ,charles-,auguste ne s'tait rserv que les fatigues et les difficults du pouvoir1 pour n'en laisser son ami que les loisirs1 les douceurs et les ornements4 ,la cour de ,weymar1 sous les auspices de ces deux amis1 dont l'un prtait sa gloire1 l'autre sa puissance une pense commune1 devint en peu d'annes le foyer de l'art1 du thtre1 de la renomme en ,allemagne4 ,tout se groupait autour du nom de ,goethe4 ,son caractre tait minemment propre rallier l',allemagne intellectuelle autour de lui4 ,la rvolution franaise secouait dj le monde de ses pressentiments2 ,goethe1 au fond plus philosophe et aussi incrdule aux thories populaires du christianisme que ,voltaire1 dominait du haut d'une indiffrence superbe les querelles religieuses et politiques du temps4 ,il pensait et parlait librement sur ces matires1 mais il ne proscrivait ni n'insultait personne pour sa foi ou pour son incrdulit4 ,il respectait tout ce qui tait sincre dans les croyances humaines2 il considrait la foi religieuse en artiste et non en aptre ou en martyr4 ,les cultes1 selon lui1 taient un droit de l'imagination1 qui divinisait son gr les superstitions de l'ignorance ou les symboles les plus transcendants de la raison et de la pit humaine4 ,chaque sicle1 chaque peuple1 chaque homme1 selon ,goethe1 avait une croyance la hauteur de son intelligence ou la mesure de son horizon4 ,la lumire dans laquelle plongeaient les ttes culminantes comme la sienne ne descendait pas jusqu'aux masses populaires1 capables de croire1 incapables de raisonner leur croyance4 ,quant lui1 il tait ce qu'on est convenu d'appeler trs-improprement panthiste1 c'est--dire ne sparant pas en deux la cration et la crature1 et adorant la nature entire comme la divinit des choses sans s'lever la divinit de l'esprit2 philosophes pour ainsi dire brutaux et fatalistes dans leur croyance1 qui reconnaissent bien en ,dieu la force latente de tous les phnomnes visibles ou invisibles1 mais qui n'y reconnaissent pas l'individualit et la suprme intelligence1 c'est--dire ce qui constitue l'tre1 refusant ainsi l'tre des tres ce qu'ils sont forcs d'accorder au dernier insecte de la nature4 ,le panthisme de ,goethe ne tombait point dans cette absurdit si injustement attribue aux doctrines primitives de l',inde1 source de toutes les thogonies antiques et modernes4 ,sa foi se serait plus justement appele polythisme que panthisme1 c'est--dire qu'il reconnaissait et qu'il adorait la ,divinit dans toutes ses oeuvres sans la confondre avec ses oeuvres3 sorte de paganisme sans idoltrie1 qui adorait la puissance divine dans la puissance matrielle des lments1 mais qui dans l'lment adorait l'impulsion divine et non l'lment lui-mme4 ,compltement incrdule telle ou telle rvlation historique par des miracles1 ,goethe admettait seulement cette rvlation naturelle et progressive par la raison humaine1 comme miroir de l'intelligence divine1 successivement frapp de plus de clart mesure qu'il se dgage davantage des ignorances et des superstitions qui le ternissent4 ,mais ,goethe semblait croire une premire grande rvlation primitive1 faite l'homme nouvellement cr par ,dieu ou apporte par des messagers demi-dieux1 qui avait enseign directement la crature raisonnable les premires notions de la ,divinit1 de la vertu1 des langues1 notions que la terre seule tait impuissante dans son silence donner4 ,selon ,goethe1 comme selon les philosophes indiens1 comme selon les philosophes chrtiens transcendants1 comme selon les philosophes grecs et romains eux-mmes 7voyez le mot de ,cicron antiquissimum purissimum671 le monde physique comme le monde moral avait commenc par un tat plus parfait1 plus pur et plus lumineux1 par un den dans lequel l'homme naissant avait entendu les confidences de ,dieu par des rvlateurs divins4 ,ces confidences et ces rvlations de la science suprme avaient longtemps clair et rgi le monde oriental2 puis elles s'taient gares1 troubles1 taries dans les sables1 et1 pour leur rendre leur puret1 il fallait1 par des rvlations purement humaines1 les passer de sicle en sicle au filtre de la science et de la raison4 ,voil les vritables croyances religieuses de ,goethe4 ,,xxiii ,quant sa politique1 elle participait de cet clectisme calme et de cette superbe indiffrence pour le fanatisme de tels ou tels partis monarchiques ou populaires1 aristocratiques ou dmocratiques4 ,sa vritable thorie1 c'tait son mpris des hommes et surtout des masses1 incapables1 selon lui1 de se donner ou de se conserver des institutions suprieures leur nature essentiellement versatile4 ,goethe1 en cela1 participait beaucoup du gnie de ,machiavel1 de ,bacon1 de ,voltaire1 de ,m4 de ,talleyrand1 hommes trs-suprieurs en intelligence1 trs-infrieurs en conscience1 mais professant tout haut ou tout bas1 l'gard des formes sociales1 la politique du mpris2 politique selon nous coupable1 parce qu'elle dsespre1 mais politique bien explicable par le spectacle des impuissances ternelles des sages amliorer la condition des insenss4 ,,lamartine4 7,la suite au mois prochain47 ,x,le ,,entretien4 ,,litt,,rature ,,villageoise4 ,,apparition ,d',,un ,,po,,me ,,pique ,,en ,,provence4 ,i ,je vais vous raconter aujourd'hui une bonne nouvelle6 ,un grand pote pique est n4 ,la nature occidentale n'en fait plus1 mais la nature mridionale en fait toujours3 il y a une vertu dans le soleil4 ,un vrai pote homrique en ce temps-ci2 un pote n1 comme les hommes de ,deucalion1 d'un caillou de la ,crau2 un pote primitif dans notre ge de dcadence2 un pote grec ,avignon2 un pote qui cre une langue d'un idiome comme ,ptrarque a cr l'italien2 un pote qui d'un patois vulgaire fait un langage classique d'images et d'harmonie ravissant l'imagination et l'oreille2 un pote qui joue sur la guimbarde de son village des symphonies de ,mozart et de ,beethoven2 un pote de vingt-cinq ans qui1 du premier jet1 laisse couler de sa veine1 flots purs et mlodieux1 une pope agreste o les scnes descriptives de l',odysse d',homre et les scnes innocemment passionnes du ,daphnis et ,chlo de ,longus1 mles aux saintets et aux tristesses du christianisme1 sont chantes avec la grce de ,longus et avec la majestueuse simplicit de l'aveugle de ,chio1 est-ce l un miracle8 ,eh bien6 ce miracle est dans ma main2 que dis-je8 il est dj dans ma mmoire1 il sera bientt sur les lvres de toute la ,provence4 ,j'ai reu le volume il y a deux jours1 et les pages en sont aussi froisses par mes doigts1 avides de fermer et de rouvrir le volume1 que les blonds cheveux d'un enfant sont froisss par la main d'une mre1 qui ne se lasse pas de passer et de repasser ses doigts dans les boucles pour en palper le soyeux duvet et pour les voir dors au rayon du soleil4 ,or voici comment j'eus1 par hasard1 connaissance de la bonne nouvelle4 ,,ii ,adolphe ,dumas1 non pas le ,dumas encyclopdique dont chaque pas fait retentir la terre de bruit sous son pied2 non pas le jeune ,dumas son fils1 silencieux et mditatif1 qui se recueille autant que son pre se rpand1 et qui ne sort1 aprs trois cent soixante-cinq jours1 de son repos1 qu'avec un chef-d'oeuvre de nouveaut1 d'invention et de got dans la main2 mais le ,dumas potique1 le ,dumas prophtique1 le ,dumas de la ,durance1 celui qui jette de temps en temps des cris d'aigle sur les rochers de ,provence1 comme ,isae en jetait aux flots du ,jourdain1 sur les rochers du ,carmel1 ,adolphe ,dumas enfin1 que je respecte cause de son ternelle inspiration1 et que j'aime cause de sa rigoureuse sincrit1 vint un soir du printemps dernier frapper la porte de ma retraite1 dans un coin de ,paris4 ,sa tte hbraque fumait plus qu' l'ordinaire de ce feu d'enthousiasme qui s'vapore perptuellement du foyer sacr de son front4 ,qu'avez-vous8 lui dis-je4--,ce que j'ai8 rpondit-il2 j'ai un secret1 un secret qui sera bientt un prodige4 ,un enfant de mon pays1 un jeune homme qui boit comme moi les eaux de la ,durance et du ,rhne1 est ici1 chez moi1 en ce moment4 ,depuis huit jours qu'il a pris gte sous mon humble toit1 il m'a enivr de posie natale1 mais tellement enivr que j'en trbuche en marchant1 comme un buveur1 et que j'ai senti le besoin de dcharger mon coeur avec vous4 ,ce jeune homme repart demain soir pour son champ d'oliviers1 ,maillane1 village des environs d',avignon4 ,avant de partir il dsire vous voir1 parce que la ,sane se jette dans le ,rhne1 et qu'il a reconnu1 en buvant dans le creux de sa main l'eau de nos grands fleuves1 quelques-unes des gouttes que vous avez laisses tomber de votre coupe dans votre ,sane4 ,bien1 lui dis-je2 amenez-le demain la fin du jour2 je lui souhaiterai bon voyage au pays de ,ptrarque1 de l'amour et de la gloire1 maintenant que les vers1 l'amour et la gloire sont devenus une pince de cendre trempe d'eau amre entre mes doigts4 ,merci1 dit-il2 et il me serra la main dans sa main nerveuse1 qui tremble1 qui treint et qui brise les doigts de ses amis comme une serre d'aigle concasse et broie les barreaux de sa cage4 ,,iii ,le lendemain1 au soleil couchant1 je vis entrer ,adolphe ,dumas1 suivi d'un beau et modeste jeune homme1 vtu avec une sobre lgance1 comme l'amant de ,laure1 quand il brossait sa tunique noire et qu'il peignait sa lisse chevelure dans les rues d',avignon4 ,c'tait ,frdric ,mistral1 le jeune pote villageois destin devenir1 comme ,burns1 le laboureur cossais1 l',homre de ,provence4 ,sa physionomie1 simple1 modeste et douce1 n'avait rien de cette tension orgueilleuse des traits ou de cette vaporation des yeux qui caractrise trop souvent ces hommes de vanit1 plus que de gnie1 qu'on appelle les potes populaires3 ce que la nature a donn1 on le possde sans prtention et sans jactance4 ,le jeune ,provenal tait l'aise dans son talent comme dans ses habits2 rien ne le gnait1 parce qu'il ne cherchait ni s'enfler1 ni s'lever plus haut que nature4 ,la parfaite convenance1 cet instinct de justesse dans toutes les conditions1 qui donne aux bergers1 comme aux rois1 la mme dignit et la mme grce d'attitude ou d'accent1 gouvernait toute sa personne4 ,il avait la biensance de la vrit2 il plaisait1 il intressait1 il mouvait2 on sentait dans sa mle beaut le fils d'une de ces belles ,arlsiennes1 statues vivantes de la ,grce1 qui palpitent dans notre ,midi4 ,mistral s'assit sans faon ma table d'acajou de ,paris1 selon les lois de l'hospitalit antique1 comme je me serais assis la table de noyer de sa mre1 dans son mas de ,maillane4 ,le dner fut sobre1 l'entretien coeur ouvert1 la soire courte et causeuse1 la fracheur du soir et au gazouillement des merles1 dans mon petit jardin grand comme le mouchoir de ,mireille4 ,le jeune homme nous rcita quelques vers1 dans ce doux et nerveux idiome provenal qui rappelle tantt l'accent latin1 tantt la grce attique1 tantt l'pret toscane4 ,mon habitude des patois latins parls uniquement par moi jusqu' l'ge de douze ans1 dans les montagnes de mon pays1 me rendait ce bel idiome intelligible4 ,c'taient quelques vers lyriques2 ils me plurent1 mais sans m'enivrer3 le gnie du jeune homme n'tait pas l2 le cadre tait trop troit pour son me2 il lui fallait1 comme ,jasmin1 cet autre chanteur sans langue1 son pope pour se rpandre4 ,il retournait dans son village pour y recueillir1 auprs de sa mre et ct de ses troupeaux1 ses dernires inspirations4 ,il me promit de m'envoyer un des premiers exemplaires de son pome2 il sortit4 ,,iv ,quand il fut dans la rue1 je demandai ,adolphe ,dumas quelques dtails sur ce jeune homme2 ,dumas pouvait d'autant mieux les donner qu'il est lui-mme un enfant d',eyragues 7,eyragues est un village deux pas de ,maillane1 patrie de ,frdric ,mistral74 ,mais ,dumas est un dserteur de la langue de ses pres1 qui a prfr l'idiome chtr et lch de la ,seine l'idiome sauvage et libre du ,rhne4 ,il en a des remords cuisants dans le coeur1 et il pleure quand il entend un cho provenal travers les oliviers de son hameau4 ,cet enfant1 me dit-il1 est n ,maillane1 village situ trois lieues d',avignon1 entre le lit de la ,durance1 ce torrent de ,provence1 et la chane de montagnes qu'on appelle les ,alpines2 la grande route romaine qui menait ,arles courait au pied des ,alpines et traversait ,maillane4 ,cette valle est d'un aspect la fois grec et romain2 c'est un cirque comme celui d',arles1 dont les monticules dgrads des ,alpines sont les gradins4 ,le ciel azur du ,midi est coup crment par ces rochers2 ce firmament a ces tristesses splendides qui sont le caractre de la ,sabine ou des ,abruzzes4 ,cet horizon trempe les hommes dans la lumire et dans la rverie4 ,l'inspiration plane comme les aigles au-dessus des rochers dans le ciel4 ,la maison paternelle de ce jeune homme1 maison de paysan riche1 entoure d'tables pleines1 de vignes1 de figuiers1 d'oliviers1 de champs de courges et de mas1 est adosse au village1 et regarde par ses fentres basses les grises montagnes des ,alpines1 o paissent ses chvres et ses moutons4 ,son pre1 comme tous les riches cultivateurs de campagne qui rvent follement pour leur fils une condition suprieure1 selon leur vanit1 la vie rurale1 fit tudier son fils ,aix et ,avignon pour en faire un avocat de village4 ,c'tait une ide fausse1 quoique paternelle2 heureusement la ,providence la trompa3 le jeune homme tudiait le grec1 le latin1 le grimoire de jurisprudence par obissance2 mais la veste de velours du paysan provenal et ses gutres de cuir tann lui paraissaient aussi nobles que la toge rpe du trafiquant de paroles1 et1 de plus1 le souvenir mordant de sa jeune mre1 qui l'adorait et qui pleurait son absence1 le rappelait sans cesse ses oliviers de ,maillane4 ,son pre mourut avant l'ge2 le jeune homme se hta de revenir la maison pour aider sa mre et son frre gouverner les tables1 faire les huiles et cultiver les champs4 ,il se hta aussi d'oublier les langues savantes et importunes dont on avait obsd sa mmoire et la chicane dont on avait sophistiqu son esprit4 ,comme un jeune olivier sauvage dont les enfants ont barbouill en passant le tronc d'ocre et de chaux1 ,mistral rejeta cette mauvaise corce2 il reprit sa teinte naturelle1 et il clata dans son tronc et dans ses branches de toute sa sve et de toute sa libert1 en pleine terre1 en plein soleil1 en pleine nature4 ,il se sentait pote sans savoir ce que c'tait que la posie2 il avait une langue harmonieuse sur les lvres sans savoir si c'tait un patois2 cette langue de sa mre tait1 son gr1 la plus dlicieuse1 car c'tait celle o il avait t bni1 berc1 aim1 caress par cette mre4 ,il avait le loisir du pote dans les longues soires de l'table1 aprs les boeufs rattachs la crche ou sous l'ombre des maigres buissons de chnes verts1 en gardant de l'oeil les taureaux et les chvres2 il tait de plus encourag chanter je ne sais quoi1 dans cette langue adore de ,provence1 par quelques amis plus lettrs que lui1 qui l'avaient connu et pressenti ,aix ou ,avignon pendant ses tudes1 et qui venaient quelquefois le visiter chez sa mre pendant la vendange des raisins ou des olives4 ,de ce nombre tait ,romanille1 d',avignon1 pote provenal d'un haut atticisme dans sa langue2 de ce nombre aussi tait ,adolphe ,dumas1 qui tait n dans les ruines d'un couvent de chartreux1 sous un rocher de la ,durance1 et qui en avait respir l'asctisme d'anachorte chrtien du temps de saint ,jrme4 ,la mre de ,mistral1 me racontait hier ,adolphe ,dumas1 nous servait table1 son fils et moi1 debout1 comme c'est la coutume des riches matrones de ,provence en prsence de leurs maris et de leurs fils4 ,je vois encore d'ici ses belles longues mains blanches1 sortant d'une manche de toile fine retrousse jusqu'aux coudes1 pour nous tendre les mets qu'elle avait elle-mme prpars ou pour remplacer les cruches de vin quand elles taient vides4 --,asseyez-vous donc avec nous1 ,madame ,mistral1 lui disais-je1 tout honteux d'tre servi par cette belle veuve arlsienne1 semblable une reine de la ,bible ou de l',odysse4 ,oh6 non1 ,monsieur1 rpondait-elle en rougissant1 ce n'est pas la coutume ,maillane2 nous savons que nous sommes les femmes de nos maris et les mres de nos fils1 mais aussi les servantes de la maison4 ,ne prenez pas garde6 ,et elle s'en allait modestement manger debout un morceau de pain et d'agneau sur le coin du dressoir1 o brillaient1 comme de l'acier fin1 ses grands plats d'tain1 polis chaque samedi par ses servantes4 ,cette mre vit encore2 elle n'a que quelques rares cheveux blancs comme une frange de fil de la ,vierge rapporte du verger sous sa coiffe2 elle n'aspire qu' trouver bientt une ,rbecca au puits pour son cher enfant4 ,voil toute l'histoire du jeune villageois de ,maillane2 cette histoire tait ncessaire pour comprendre son pome4 ,son pome1 c'est lui1 c'est son pays1 c'est la ,provence aride et rocheuse1 c'est le ,rhne jaune1 c'est la ,durance bleue1 c'est cette plaine basse1 moiti cailloux1 moiti fange1 qui surmonte peine de quelques pouces de glaise et de quelques arbres aquatiques les sept embouchures marcageuses par lesquelles le ,rhne1 frre du ,danube1 serpente1 troubl et silencieux1 vers la mer1 comme un reptile dont les cailles se sont recouvertes de boue en traversant un marais2 c'est son soleil d'une splendeur d'tain calcinant les herbes de la ,camargue2 ce sont ses grands troupeaux de chevaux sauvages et de boeufs maigres1 dont les ttes curieuses apparaissent au-dessus des roseaux du fleuve1 et dont les mugissements et les hennissements de chaleur interrompent seuls les mornes silences de l't4 ,c'est ce pays qui a fait le pome3 on peint mal ce qu'on imagine1 on ne chante bien que ce que l'on respire4 ,la ,provence a pass tout entire dans l'me de son pote2 ,mireille1 c'est la transfiguration de la nature et du coeur humain en posie dans toute cette partie de la basse ,provence comprise entre les ,alpines1 ,avignon1 ,arles1 ,salon et la mer de ,marseille4 ,cette lagune est dsormais imprissable3 un ,homre champtre a pass par l4 ,un pays est devenu un livre2 ouvrons le livre1 et suivez-moi4 ,v ,donc1 il y a six jours que la poste du soir m'apporta un gros et fort volume intitul ,mireo3 c'est le nom provenal de ,mireille4 ,ce livre tait le tribut de souvenir que le pote dcouvert par ,adolphe ,dumas m'avait promis l't dernier4 ,j'ouvris nonchalamment le volume1 je vis des vers4 ,j'ai l'me peu potique en ce moment2 je lutte dans une fivre continuelle avec une catastrophe domestique qui1 si elle s'achve1 entranera malheureusement bien d'autres que moi4 ,mon devoir consciencieux est de lutter mort contre les iniquits1 les humiliations1 les calomnies1 les avanies de toute nature dont la ,france me dshonore et me travestit en retour de quelques erreurs peut-tre1 mais d'un dvouement1 corps1 me et fortune1 qui ne lui a pas manqu dans ses jours de crise1 elle4 ,chaque soir je me couche en dsirant que ce jour honteux soit le dernier2 chaque matin je me rveille en me disant moi-mme3 ,reprends coeur1 bois ton amertume2 lutte encore1 car1 si tu faiblis un moment ou si tu quittes ta patrie en abandonnant tes cranciers des terres que nul n'ose acheter1 ta lchet perdra ceux que tu dois sauver2 tu es leur otage1 ne t'enfuis pas2 sois le ,rgulus de leur salut4 ,la ,france1 qui te raille et qui t'outrage aujourd'hui1 t'entendra peut-tre demain4 ,encore un jour6 ,voil mes jours4 ,,vi ,je rejetai donc le volume sur la chemine1 et je me dis3 ,je n'ai pas le coeur aux vers3 un autre temps6 ,cependant1 quand l'heure du sommeil ou de l'insomnie fut venue1 je pris1 par distraction1 le volume sur la tablette de la chemine1 et je l'emportai sous le bras dans ma chambre4 ,je le jetai sur mon lit1 j'allumai ma lampe1 et1 comme je n'arrive plus jamais quelques heures de sommeil que par la fatigue des yeux sur un livre1 je rouvris le livre et je lus4 ,cette nuit-l je ne dormis pas une minute4 ,je lus les douze chants d'une haleine1 comme un homme essouffl que ses jambes fatigues emportent malgr lui d'une pierre milliaire l'autre1 qui voudrait se reposer1 mais qui ne peut s'asseoir4 ,je pourrais retourner le vers clbre de ,dante dans l'pisode de ,franoise de ,rimini1 et dire1 comme ,francesca3 ce passage nous fermmes le livre et nous ne lmes pas plus avant6 ,moi j'en lus jusqu' l'aurore1 je relus encore le lendemain et les jours suivants6 ,et maintenant relisons1 si vous voulez1 une troisime fois ensemble2 je vais feuilleter page page ce divin pome pique du coeur de la ,chlo moderne avec vous2 vous jugerez si le charme qui m'a saisi cette lecture vient de mon imagination ou du gnie de ce jeune ,provenal4 coutez6 ,mais d'abord sachez que tout le rcit est crit1 peu prs comme les chants du ,tasse1 en stances rimes de sept vers ingaux dans leur rgularit4 ,ces stances sonnent mlodieusement l'oreille1 comme les grelots d'argent aux pieds des danseuses de l',orient4 ,les vers varient leurs hmistiches et leur repos pour laisser respirer le lecteur2 ils se relvent aux derniers vers de la stance pour remettre l'oreille en route et pour dire1 comme le coursier de ,job3 ,allons6 ,ces vers sont mles comme le latin1 femelles comme l'italien1 transparents pour le franais1 comme des mots de famille qui se reconnaissent travers quelque diffrence d'accent4 ,je pourrais vous les donner ici dans leur belle langue originale1 mais j'aime mieux vous les traduire en m'aidant de la nave traduction en pur franais classique faite par le pote lui-mme4 ,nul ne sait mieux ce qu'il a voulu dire2 notre franais nous serait un miroir terne de son oeuvre3 le sien lui est un miroir vivant4 nous deux1 nous rpondrons mieux aux ncessits des deux langues4 ,lisons donc3 c'est moi qui parle1 mais c'est lui qui chante4 ,ne vous tonnez pas de la simplicit antique et presque triviale du dbut3 il chante pour le village1 avec accompagnement de la flte au lieu de la lyre4 ,arrire la trompette de l'pope hroque6 ,c'est l'pope des villageois1 c'est la muse de la veille qu'il invoque4 ,je chante une fille de ,provence et les amours de jeune ge travers la ,crau1 vers le bord de la mer1 dans les grands champs de bl444 ,bien que son front ne resplendt que de sa fracheur1 bien qu'elle n'et ni diadme d'or1 ni mantelet de soie tiss ,damas1 je veux qu'elle soit leve en honneur comme une reine et clbre avec amour par notre pauvre langue ddaigne2 car ce n'est que pour vous que je chante1 ptres des collines de ,provence1 et pour vous autres1 habitants rustiques de nos mas4 7,les mas sont les fermes isoles des plaines d',arles et de la ,crau47 ,l'invocation au ,christ n parmi les pasteurs continue pendant trois strophes2 le pote1 dans une comparaison ingnieuse et simple1 demande ,dieu d'atteindre au sommet de l'olivier la branche haute o gazouillent le mieux les chantres de l'air1 la branche des oiseaux4 ,puis il dcrit ainsi le lieu de la scne1 description fidle comme si elle tait reflte dans les eaux du ,rhne qui coule sous la berge du pauvre vannier parmi les osiers4 ,au bord du ,rhne1 entre les grands peupliers et les saules touffus de la rive1 dans une pauvre cabane ronge par l'eau1 un vannier demeurait avec son fils unique2 ils s'en allaient aprs l'hiver1 de ferme en ferme1 raccommoder les corbeilles rompues et les paniers trous4 ,le pre et le fils1 s'en allant ainsi de compagnie au printemps offrir leur service de mas en mas1 voient venir un orage et s'entretiennent des granges les plus hospitalires o ils pourraient trouver sous les meules de paille un abri contre la pluie et la nuit4 ,pre1 dit ,vincent1 c'est le nom du fils1 apprenti de son pre1 combien fait-on de charrues au mas des ,micocoules1 que je vois l-bas blanchir entre les mriers8--,six1 rpond le pre4--,ah6 c'est donc l1 reprend l'adolescent1 un des plus forts domaines de la ,crau8 --,je le crois bien1 continue le vannier2 ne vois-tu pas leur verger d'oliviers1 entre lesquels serpentent des rubans de vignes tranantes et de ples amandiers8 ,il y a1 dit-on1 autant d'avenues d'oliviers dans le domaine qu'il y a de jours dans l'anne1 et chacune de ces avenues compte autant de pieds d'arbres qu'il y a d'avenues4 --,par ma foi6 dit le fils1 que d'oliveuses il faut avoir dans la saison pour cueillir tant d'olives6--,ne t'inquite pas1 rpond le vieux vannier2 quand viendra la ,toussaint1 les filles des beaux villages de ,provence qui se louent pour la vendange des oliviers1 tout en chantant sur les branches1 te rempliront jusqu' la gorge les sacs et les linceux d'olives roses et amygdalines6 ,et le vannier1 qu'on appelait matre ,ambroise1 continuait de discourir avec son enfant2 et le soleil1 qui sombrait derrire les collines1 teignait des plus belles couleurs les lgres nues2 et les laboureurs1 assis sur leurs boeufs accoupls par le joug et tenant leurs aiguillons la pointe en l'air1 revenaient lentement pour souper2 et la nuit sombrissait l-bas sur les marcages4 --,allons6 allons6 dit encore ,vincent1 dj j'entrevois dans l'aire le fate arrondi de la meule de paille4 ,nous voici l'abri2 c'est l que foisonnent les brebis4--,ah6 dit le pre1 pour l't elles ont le petit bois de pins1 pour l'hiver1 la plaine caillouteuse4 ,oh6 oh6 tout y est1 dans ce domaine6 --,et toutes ces grandes touffes d'arbres qui font ombre sur les tuiles1 et cette belle fontaine qui coule en un vivier1 et ces nombreuses ruches d'abeilles que chaque automne dpouille de leur miel et de leur cire1 et qui1 au renouveau du mois de mai1 suspendent cent essaims aux grands micocouliers6 --,et puis1 en toute la terre1 pre1 ce qui me parat encore le plus beau1 interrompit ,vincent1 c'est la fille du mas1 celle qui1 s'il vous en souvient1 mon pre1 nous fit1 l't dernier1 faire pour la maison deux corbeilles de cueilleur d'olives et remettre deux anses son petit panier4 ,,vii ,ils arrivent4 ,la jeune fille venait de donner les feuilles de mrier ses vers soie1 et1 sur le seuil de la grange1 elle allait1 la rose du soir1 tordre un cheveau de fil4 ,la fille ,mireille et les trangers se saluent dans les termes de cette simple et modeste familiarit1 politesse du coeur de ceux qui n'ont pas de temps perdre en vains discours4 ,ils demandent l'hospitalit1 non du toit1 mais des bords de la meule de paille1 pour passer la nuit4 ,et avec son fils1 chante le pote1 le vannier alla s'asseoir sur un rouleau de pierre qui sert aplanir le sillon aprs le labour2 et ils se mirent1 sans plus de paroles1 tresser eux deux une manne commence1 et tordre et entre-croiser vigoureusement les fils flexibles arrachs de leur faisceau dnou de forts osiers4 ,vincent touchait ses seize ans4 ,le pote trace rapidement en traits proverbiaux du pays le portrait du beau villageois ambulant et son caractre4 ,pendant que le pote dcrit1 le soir tombe2 les ouvriers rentrent des champs2 la belle ,mireille 7la fille du mas7 apporte1 pour faire souper au frais ses travailleurs1 sur la table de pierre1 la salade de lgumes1 et1 du large plat chavirant sous le poids1 chaque valet de la ferme tirait dj pleine cuillre de buis les fves2 et le vieillard et son fils continuaient tresser l'osier l'cart4 --,eh bien6 voyons1 leur dit un peu brusquement ,ramon1 le riche matre du domaine et l'heureux pre de ,mireille1 allons6 laissez l la corbeille4 ,ne voyez-vous pas natre les toiles8 ,mireille1 apporte les cuelles4 ,allons6 table6 car vous devez tre las4 --,eh bien6 allons6 dit le vannier2 et ils s'avancrent vers un bout de la table de pierre et se couprent du pain4 ,mireille1 leste et accorte1 assaisonna pour eux un plat de fverolles avec l'huile des oliviers1 et vint ensuite en courant l'avancer vers eux de sa belle main4 ,le portrait de ,mireille1 trac en courant par le pote1 en cinq ou six traits emprunts la nature rurale1 rappelle la ,sulamite1 dans le cantique amoureux de ,salomon4 ,son visage fleur de joues avait deux fossettes2 sa poitrine1 qui commenait se soulever1 tait une pche double et pas mre encore4 ,gaie1 foltre et un peu sauvage1 ah6 si dans un verre d'eau vous aviez vu cette gentillesse et cette grce refltes1 d'un trait vous l'auriez bue6 ,quelle expression neuve1 nave et passionne1 qu'aucune langue n'avait encore ou trouve ou ose6 ,aprs le repas1 les ouvriers et ,mireille prient le vieux vannier de leur chanter un des chants clbres dans la contre1 dont il charmait autrefois les veilles4--,ah6 rpond-il1 de mon temps j'tais un chanteur1 c'est vrai1 mais les miroirs aujourd'hui sont briss6 ,mireille insiste4--,belle enfant1 lui dit-il1 ma voix n'est plus qu'un pi gren1 mais pour vous complaire je chanterai4 ,aprs avoir vid son verre plein de vin1 le vannier chante4 ,,viii ,que chante-t-il8 ,un chant militaire1 une campagne navale du hros de la ,provence1 le bailli de ,suffren1 dans l',inde4 ,la chanson est un vritable pome hroque1 crit avec la poudre et le sang sur le pont d'un vaisseau dmt par le canon4 ,c'est la patrie et la gloire au point de vue du peuple marin des ctes provenales3 le pote n'embouche pas moins bien le clairon que la flte4 ,l'auditoire enthousiasm oublie d'abreuver les six paires de boeufs dans la rigole d'eau courante4 la fin tout le monde se retire en rptant la cantate du vannier1 autrefois matelot sur le vaisseau de ,suffren4 ,mireille et ,vincent1 le fils du chanteur1 restent seuls1 attards et jaseurs1 sur le seuil de la maison4 ,leur conversation est une glogue de ,provence1 et non de ,mantoue4 ,tout est original dans le pome1 parce que tout est n de la nature dans le pote4 ,ah6 1 ,vincent1 disait ,mireille1 quand tu as pris ta bourre d'osier sur tes paules pour aller et l raccommoder les corbeilles1 en dois-tu voir1 dans tes voyages1 des vieux chteaux1 des dserts sauvages1 des villages1 des ftes1 des plerinages6 ,nous1 nous ne sortons jamais de notre pigeonnier4 --,c'est bien vrai1 ,mademoiselle1 dit le jeune apprenti2 mais la soif s'tanche aussi bien par l'agacement d'une groseille aux dents que par l'eau de toute la cruche2 et si1 pour trouver de l'ouvrage1 il faut essuyer les injures du temps1 tout de mme le voyage a ses moments de plaisir1 et l'ombre sur la route fait oublier le chaud4 ,le rcit que ,vincent fait de ses voyages la jeune fille est incomparable en grce1 en vrit1 en nouveaut et cependant en posie4 ,quelques notes mal touffes d'amour qui s'ignore commencent tinter son insu dans la voix de l'enfant4 ,nous regrettons de tronquer ce long et dlicieux gazouillement de l'innocence et de l'amour2 mais il faudrait tout copier3 le pote a douze chants1 nous n'avons qu'une heure4 ,devant le mas des ,micocoules1 ainsi ,vincent dployait tous les replis de sa mmoire2 la rougeur montait ses joues1 et son oeil noir jetait de douces lueurs dans la nuit4 ,ce qu'il disait des lvres1 il le gesticulait avec ses bras1 et sa parole coulait abondante comme une onde soudaine sur un regain du mois de mai4 ,les grillons chantant dans les mottes de terre plus d'une fois se turent comme pour couter2 souvent les rossignols1 souvent l'oiseau de nuit1 dans le bois de pins1 firent silence4 ,attentive et mue jusqu'au fond de son me1 ,mireille1 assise sur un fagot de feuilles coupes1 n'aurait pas ferm les yeux jusqu' la premire aube du jour4 --,il me semble1 dit-elle en se retirant pas lents vers sa mre1 que1 pour l'enfant d'un vannier1 il parle merveilleusement bien6 mre6 c'est un plaisir d'aller dormir l'hiver1 mais prsent1 pour dormir1 la nuit est trop claire4 coutons-le1 coutons encore2 je passerais l'entendre ainsi mes veilles et ma vie4 ,et l finit le premier chant de ,mireille4 ,on sent que l'amour couve dans ces deux coeurs3 on va le voir clore au deuxime chant4 ,,ix ,que ne puis-je vous le transcrire tout entier6 ,les fils potiques sont si dlicats et si indissolublement ajusts dans la trame qu'en enlever un c'est faire cheveler la trame entire2 citons-en plutt quelques passages au hasard1 et par induction jugez de l'ensemble du chant4 ,,la ,,cueillette ,,des ,,olives4 ,chantez1 chantez1 magnanarelles 7filles qui cueillent les olives76 car la cueillette veut et inspire les chants4--,beaux sont les vers soie quand ils s'endorment de leur troisime somme2 les mriers sont pleins de jeunes filles que le beau temps rend alertes et gaies1 telles qu'un essaim de blondes abeilles qui drobent leur miel aux romarins des champs pierreux4 ,en dfeuillant vos rameaux1 chantez1 chantez1 magnanarelles6 ,mireille est la feuille un beau matin de mai2 cette matine-l1 pour pendeloques1 ses oreilles1 la foltre avait pendu deux cerises444 ,vincent1 cette matine-l1 passa par l de nouveau4 son bonnet carlate1 comme en ont les riverains des mers latines1 il avait gentiment une plume de coq2 et en foulant les sentiers il faisait fuir les couleuvres vagabondes1 et des sonores tas de pierre avec son bton il chassait les cailloux4 -- ,vincent6 lui cria ,mireille du milieu des vertes alles1 pourquoi passes-tu si vite8 ,vincent aussitt se retourna vers la plantation1 et sur un mrier1 perche comme une gaie coquillade1 il dcouvrit la fillette1 et vers elle vola joyeux4 ,eh bien6 ,mireille1 vient-elle bien1 la feuille8--,eh6 peu peu tout rameau se dpouille4--,voulez-vous que je vous aide8--,oui6 ,pendant qu'elle riait l haut en jetant de foltres cris de joie1 ,vincent1 frappant du pied le trfle1 grimpa sur l'arbre comme un loir4 ,mireille1 il n'a que vous1 le vieux matre ,ramon8 ,faites les branches basses2 j'atteindrai les cimes1 moi1 allez6 ,et1 de sa main lgre1 celle-ci1 trayant la rame3 ,cela garde d'ennui de travailler 7avec7 un peu de compagnie6 ,seule1 il vous vient un nonchaloir6 dit-elle4 ,moi de mme2 ce qui m'irrite1 rpondit le gars1 c'est justement cela4 ,quand nous sommes l-bas1 dans notre hutte1 o nous n'entendons que le bruissement du ,rhne imptueux qui mange les graviers1 oh6 parfois1 quelles heures d'ennui6 ,pas autant l't2 car1 d'habitude1 nous faisons nos courses l't1 avec mon pre1 de mtairie en mtairie4 ,mais quand le petit houx devient rouge 7de baies71 que les journes se font hivernales et longues les veilles1 autour de la braise demi teinte1 pendant qu'au loquet siffle ou miaule quelque lutin1 sans lumire et sans grandes paroles1 il faut attendre le sommeil1 moi tout seul avec lui6444 --,la jeune fille lui dit vivement3 ,mais la mre1 o demeure-t-elle donc8--,elle est morte6444 ,le garon se tut un petit moment1 puis reprit3 ,quand ,vincenette tait avec nous1 et que1 toute jeune1 elle gardait encore la cabane1 pour lors c'tait un plaisir6--,mais quoi8 ,vincent1 ,tu as une soeur8--,elle est servante du ct de ,beaucaire1 rpond-il4 ,elle n'est pas laide non plus1 poursuit-il1 ma soeur1 mais combien tes-vous plus belle encore6 ce mot ,mireille laissa chapper la branche moiti cueillie4 ,oh6 dit-elle ,vincent444 ,chantez1 chantez1 magnanarelles6 ,il est beau le feuillage des mriers2 beaux sont les vers soie quand ils s'endorment de leur troisime sommeil6 ,les mriers sont pleins de jeunes filles que le beau temps rend gaies et rieuses1 telles qu'un essaim de blondes abeilles qui drobent leur miel dans les champs pierreux4 ,x ,ici ,vincent1 dans des stances timides et indirectes1 compare la beaut de sa soeur celle de ,mireille1 et1 chaque compliment qui l'tonne et la flatte1 laissant de nouveau chapper la branche de l'olivier3 ,oh6 voyez-vous ce ,vincent6 dit en rougissant ,mireille4 ,et cependant le jour grandissait1 et le soleil que les jeunes filles avaient devanc faisait fumer les brumes du matin sur les roches nues des ,alpines4 ,oh6 nous n'avons rien fait6 ,quelle honte6 dit ,mireille en regardant les mriers encore touffus de feuilles4 ,cet enfant dit qu'il est mont pour m'aider1 et tout son travail ensuite est de me faire rire4 --,eh bien6 qui cueillera plus vite1 ,mademoiselle4 ,nous allons le voir4 ,et vite1 de deux mains passionnes1 ardentes l'ouvrage1 ils tordent les branches1 ils descendent les grands et petits rameaux4 ,plus de paroles1 plus de repos 7brebis qui ble perd sa dente d'herbe72 le mrier qui les porte est l'instant dpouill tout nu6 ,ils reprirent cependant bientt haleine4 7,dieu que la jeunesse est une belle chose67 ,en foulant ensemble la feuille dans le mme sac1 une fois il arriva que les jolis doigts effils de la jeune magnanarelle se rencontrrent par hasard emmls avec des doigts brlants1 les doigts de ,vincent4 ,elle et lui tressaillirent2 leurs joues se colorrent de la fleur vermeille d'amour1 et tous deux la fois1 d'un feu inconnu1 sentirent l'tincelle ardente s'chapper2 mais1 comme celle-ci avec effroi retirait sa main de la feuille1 lui par le trouble encore tout mu3 --,qu'avez-vous8 dit-il2 une gupe cache vous aurait-elle pique8--,je ne sais1 rpondit-elle voix basse et en baissant le front4 ,et sans plus en dire chacun se met cueillir de nouveau quelque brindille2 pourtant1 avec des yeux malins en dessous1 ils s'piaient qui rirait le premier4444444444 ,mais lisez tout entier le passage qui suit cette rencontre involontaire des deux mains dans les feuilles4 ,le voil3 ,,xi ,leur poitrine battait6444 ,la feuille tomba1 puis de nouveau1 comme pluie2 et puis1 venu l'instant o ils la mettaient au sac1 la main blanche et la main brune1 soit dessein ou par bonheur1 toujours venaient l'une vers l'autre1 mmement qu'au travail ils prenaient grande joie4 ,chantez1 chantez1 magnanarelles1 en dfeuillant vos rameaux6444 ,vois6 vois6 tout coup ,mireille crie1 ,vois6--,qu'est-ce8 ,le doigt sur la bouche1 vive comme une locustelle sur un cep1 vis--vis de la branche o elle juche1 elle indiquait du bras444 ,un nid444 que nous allons voir6 --,attends6444 ,et1 retenant son souffle haletant1 tel qu'un passereau le long des tuiles1 ,vincent1 de branche en branche1 a bondi vers le nid4 ,au fond d'un trou qui1 naturellement1 entre la dure corce1 s'tait form1 par l'ouverture les petits se voyaient1 dj pourvus de plumes et remuant4 ,mais ,vincent1 qui1 la branche tortue1 vient de nouer ses jambes vigoureuses1 suspendu d'une main1 dans le tronc caverneux fouille de l'autre main4 ,un peu plus leve1 ,mireille alors1 la flamme aux joues3 ,qu'est-ce8 demande-t-elle avec prudence4 ,des pimparrins6 ,de belles msanges bleues6 ,mireille clata de rire4 coute1 dit-elle1 ne l'as-tu jamais ou dire8 ,lorsqu'on trouve deux un nid au fate d'un mrier ou de tout arbre pareil1 l'anne ne passe pas qu'ensemble la sainte glise ne vous unisse444 ,proverbe1 dit mon pre1 est toujours vridique4 ,oui1 rplique ,vincent2 mais il faut ajouter que cet espoir ne peut se fondre si1 avant d'tre en cage1 s'chappent les petits4--,jsus1 mon ,dieu6 prends garde6 cria la jeune fille1 et1 sans retard1 serre-les avec soin1 car cela nous regarde6 ,ma foi6 rpond ainsi le jouvenceau1 ,le meilleur endroit pour les serrer serait peut-tre votre corsage444--,tiens6 oui1 donne6 c'est vrai6444 ,le garon aussitt plonge sa main dans la cavit de l'arbre2 et sa main1 qui retourne pleine1 en tire quatre du creux4 ,bon ,dieu6 dit ,mireille en tendant la main1 oh6 combien8444 --,la gentille niche6 ,tiens6 tiens6 pauvres petits1 un bon baiser6 ,et1 folle de plaisir1 de mille doux baisers elle les dvore et les caresse4 ,puis avec amour doucement les coule sous son corsage qui enfle4--,tiens6 tiens6 tends la main derechef1 cria ,vincent4 --,oh6 les jolis petits6 ,leurs ttes bleues ont de petits yeux fins comme des aiguilles6 ,et vite encore dans la blanche et lisse prison elle cache trois msanges2 et chaudement1 dans le sein de la jeune fille1 la petite couve1 qui se blottit1 croit qu'on l'a remise au fond de son nid4 --,mais tout de bon1 ,vincent1 y en a-t-il encore8--,oui6 sainte ,vierge6 ,vois6 tout l'heure je dirai que tu as la main fe6--,eh6 bonne fille que vous tes6 les msanges1 quand vient la ,saint-,georges1 elles font dix1 douze oeufs et mme quatorze1 maintes fois6444 ,mais tiens6 tiens6 tends la main1 les derniers clos6 ,et vous1 beau creux1 adieu6 ,,xii peine le jeune homme se dcroche1 peine celle-ci arrange les oiseaux bien dlicatement dans son fichu fleuri444 ,aie6 aie6 aie6 d'une voix chatouilleuse fait soudain la pauvrette4 ,et1 pudique1 sur la poitrine elle se presse les deux mains4 ,aie6 aie6 aie6 je vais mourir6 ,ho6 pleurait-elle1 ils m'gratignent6 ,aie6 m'gratignent et me piquent6 ,cours vite1 ,vincent1 vite6444 ,c'est que1 depuis un moment1 vous le dirai-je8 dans la cachette grand et vif tait l'moi4 ,depuis un moment1 dans la bande aile avaient1 les derniers clos1 mis le bouleversement4 ,et1 dans l'troit vallon1 la foltre multitude1 qui ne peut librement se caser1 se dmenant des griffes et des ailes1 faisait1 dans les ondulations1 culbutes sans pareilles3 faisait1 le long des talus1 mille belles roulades4 ,aie6 aie6 viens les recevoir6 vole6 lui soupirait-elle4 ,et1 comme le pampre que le vent fait frissonner1 comme une gnisse qui se sent pique par les frelons1 ainsi gmit1 bondit et se ploie l'adolescente des ,micocoules4444 ,lui pourtant a vol vers elle444 ,chantez en dfeuillant2 ,en dfeuillant vos rameaux1 chantez1 magnanarelles6 ,sur la branche o ,mireille pleure1 lui pourtant a vol4 ,vous le craignez donc bien le chatouillement8 lui dit-il de sa bouche amie4 ,eh6 comme moi1 dans les orties1 si1 nu pieds1 maintes fois il vous fallait vaguer6 ,comment feriez-vous8 ,et1 pour dposer les oisillons qu'elle a dans son corsage1 il lui offre en riant son bonnet de marin4 ,dj ,mireille1 sous l'toffe que la niche rendait bouffante1 envoie la main1 et dans la coiffe dj1 une une1 rapporte les msanges4 ,dj1 le front baiss1 pauvrette6 et dtourne un peu de ct1 dj le sourire se mlait ses larmes2 semblablement la rose qui1 le matin1 des liserons mouille les clochettes lourdes1 et roule en perles1 et s'vapore aux premires clarts444 ,et sous eux voil que la branche tout coup clate et se rompt6444 ,au cou du vannier la jeune fille effraye1 avec un cri perant1 se prcipite et enlace ses bras2 et du grand arbre qui se dchire1 en une rapide virevolte1 ils tombent1 serrs comme deux jumeaux sur la souple ivraie444 ,frais zphirs 7vent71 largue et 7vent7 grec1 qui des bois remuez le dais1 sur le jeune couple que votre murmure un petit moment mollisse et se taise6 ,folles brises1 respirez doucement6 ,donnez le temps que l'on rve1 le temps qu' tout le moins ils rvent le bonheur6 ,toi qui gazouilles dans ton lit1 va lentement1 va lentement1 petit ruisseau parmi tes galets sonores2 ne fais pas tant de bruit1 car leurs deux mes sont dans le mme rayon de feu1 parties comme une ruche qui essaime444 ,laissez-les se perdre dans les airs pleins d'toiles6 ,mais elle1 au bout d'un instant1 se dlivra du danger4 ,moins ples sont les fleurs du cognassier4 ,puis ils s'assirent sur le talus1 l'un prs de l'autre se mirent1 un petit moment se regardrent1 et voici comment parla le jeune homme aux paniers3 ,,xiii ,vous tes-vous point fait de mal1 ,mireille6444 honte de l'alle6 arbre du diable6 arbre funeste qu'on a plant un vendredi6 que le marasme s'empare de toi6 que l'artison te dvore1 et que ton matre te prenne en horreur6--,mais elle1 avec un tremblement qu'elle ne peut arrter3 ,je ne me suis pas1 dit-elle1 fait de mal1 nenni6 ,mais1 telle qu'un enfant dans ses langes qui parfois pleure et ne sait pourquoi1 j'ai quelque chose1 dit-elle1 qui me tourmente2 cela m'te le voir et l'our2 mon coeur en bout1 mon front en rve1 et le sang de mon corps ne peut rester calme4 ,peut-tre1 dit le vannier1 est-ce la peur que votre mre ne vous gronde pour avoir mis trop de temps la feuille8 ,comme moi1 quand je m'en venais l'heure indue1 dchir1 barbouill comme un ,maure1 pour tre all chercher des mres4--,oh6 non1 dit ,mireille2 autre peine me tient4 ,mireille1 enfin1 aprs un naf interrogatoire1 finit par avouer ,vincent qu'elle l'aime6 ,oh6 dit l'humble enfant du vannier1 ne vous jouez pas ainsi de moi1 ,mademoiselle6 ,vous la reine des ,micocoules6 moi le fils vagabond du vannier6 ,l'aveu n'est pas moins involontaire et pas moins franc sur les deux bouches4 ,eh bien6 je le dirai une fois aussi1 ,mireille1 je t'aime6 ,je t'aime tellement que si tu disais3 ,je veux une toile1 il n'est ni traverse de mers1 ni forts1 ni torrents en fureur1 ni bourreau1 ni feu1 ni fer qui m'arrtent4 ,au sommet des pics des montagnes1 l o la terre touche le ciel1 j'irais la cueillir1 et dimanche tu l'aurais pendue ton cou4 ,mais1 la plus belle de toutes6 plus j'y pense1 plus1 hlas6 je sens que je me fais illusion4 ,j'ai vu une fois un figuier dans mon chemin1 cramponn la roche nue1 contre la grotte de ,vaucluse1 si maigre1 hlas6 qu' peine aux lzards gris il donnait autant d'ombre qu'une touffe de jasmin4 ,jusqu' ses racines une seule fois par an vient clapoter l'onde d'une source voisine1 et l'arbuste avide se penche pour boire autant qu'il peut au flot abondant qui monte ses pieds pour le dsaltrer4 ,cela lui suffit toute une anne pour vivre4 ,cela s'applique moi1 ,mireille6 aussi juste que la pierre la bague6 ,car je suis le figuier1 ,mireille1 toi la fontaine6444 ,l'entretien s'attendrit entre les deux enfants2 au moment o il va s'exalter jusqu'au dlire1 on entend la voix grondeuse d'une vieille femme4 ,les vers soie1 midi1 n'auront donc point de feuilles manger8 dit-elle4 ,au sommet touffu d'un pin tout retentissant d'un joyeux tumulte d'oiseaux1 une vole de passereaux qui s'abat remplit quelquefois l'air d'un gai ramage l'heure o frachit le soir2 mais si tout coup d'un glaneur qui les guette la pierre lance tombe sur la cime de l'arbre1 de toute part1 effarouchs dans leurs bats1 la vole s'enfuit dans le bois4 ,ainsi1 troubl dans son bonheur1 le couple innocent s'enfuit dans la lande1 elle vers la maison1 son faisceau de feuilles sur la tte1 lui immobile1 la regardant de loin courir dans le bl4 ,et ainsi finit ce second chant1 une des plus suaves idylles laquelle on ne peut rien comparer que les gmissements les plus chastes du ,cantique des ,cantiques4 ,il y respire une puret d'images1 une verve de bonheur1 une jeunesse de coeur et de gnie qui ne peuvent avoir t crites que par un pote de vingt ans4 ,la terre y tourne sous les pas1 le coeur y bondit dans la poitrine comme dans une ronde de villageois sous les mriers de la ,crau ou sous les chtaigniers de ,sicile4 posie d'un vrai pote6 tu es le rajeunissement ternel des imaginations1 la ,jouvence du coeur4 ,,xiv ,le troisime chant s'ouvre par une description la fois biblique1 homrique et virgilienne d'une assemble de matrones arlsiennes dans une magnanerie1 occupes1 tout en jasant1 faire monter les vers soie rveills sur les brindilles de mriers pour y filer leurs berceaux transparents4 ,mireille va et vient dans la foule1 semblable la jeune me de la maison et de la saison4 ,elle rougit de quelques propos de jeunes filles1 ses compagnes1 qui parlent de leurs fiancs sans se douter qu'elle a choisi le sien2 elle va cacher sa rougeur subite la cave sous prtexte d'aller chercher la flasque de vin des ,micocoules4 ,les jeunes filles1 animes par la goutte de vin1 jasent comme des colombes roucoulent2 une1 entre autres1 en supposant par badinage qu'elle a pous un fils de roi de la contre1 fait1 en contemplant son pays du haut de sa tour1 une gographie splendide de la belle ,provence4 coutez3 ,je verrais1 disait-elle1 mon gai royaume de ,provence1 tel qu'un clos d'orangers1 devant moi s'panouir1 avec sa mer bleue mollement tendue sous ses collines et ses plaines1 et les grandes barques pavoises cinglant pleine voile au pied du chteau d',if4 ,et le mont ,ventoux que laboure la foudre1 le ,ventoux1 qui1 vnrable1 lve sur les montagnes blotties au-dessous de lui sa blanche tte jusqu'aux astres1 tel qu'un grand et vieux chef de pasteurs qui1 entre les htres et les pins sauvages1 accot de son bton1 contemple son troupeau4 ,et le ,rhne1 o tant de cits1 pour boire1 viennent la file1 en riant et chantant1 plonger leurs lvres tout le long2 le ,rhne1 si fier dans ses bords1 et qui1 ds qu'il arrive ,avignon1 consent pourtant s'inflchir pour venir saluer ,notre-,dame des ,doms4 ,et la ,durance1 cette chvre ardente la course1 farouche1 vorace1 qui ronge en passant et cades et argousiers2 la ,durance1 cette fille smillante qui vient du puits avec sa cruche1 et qui rpand son onde en jouant avec les gars qu'elle trouve par la route1 etc4 ,,xv ,l'une des compagnes de ,mireille dcouvre que la jeune fille des ,micocoules a caus en secret avec ,vincent1 l'enfant aux pieds nus2 on raille ,mireille4 ,une matrone prend sa dfense et raconte1 pour les faire taire1 aux mdisantes une lgende provenale qui fait rentrer la raillerie dans leurs bouches4 ,lisez cela4 ,il tait un vieux ptre1 dit-elle2 il avait pass toute sa vie seul et sauvage dans l'pre ,lubron1 gardant son troupeau4 ,enfin1 sentant son corps de fer ployer vers le cimetire1 il voulut1 comme c'tait son devoir1 se confesser l'ermite de ,saint-,eucher4 ,il avait tout oubli dans son isolement1 depuis ses premires ,pques jusqu' ses prires4 ,de sa cabane il monta donc l'ermitage1 et1 devant l'ermite1 il s'agenouilla1 courbant le front terre4 ,de quoi vous accusez-vous1 mon frre8 dit le chapelain4 ,hlas6 rpondit le vieillard1 voici ce dont je m'accuse3 ,une fois1 dans mon troupeau1 une bergeronnette1 qui est un oiseau ami des bergers1 voletait444 ,par malheur je tuai avec un caillou la pauvre hoche-queue6 ,s'il ne le fait dessein cet homme doit tre idiot1 pensa l'ermite444 ,et aussitt1 brisant la confession3 ,allez suspendre cette perche1 lui dit-il en tudiant son visage1 votre manteau2 car je vais maintenant1 mon frre1 vous donner la sainte absolution4 ,la perche que le prtre1 afin de l'prouver1 lui montrait1 tait un rayon de soleil qui tombait obliquement dans la chapelle4 ,de son manteau le bon vieux ptre se dcharge1 et1 crdule1 en l'air le jette444 ,et le manteau resta suspendu au rayon clatant4 --,homme de ,dieu6 s'cria l'ermite444 ,et aussitt de se prcipiter aux genoux du saint ptre1 en pleurant chaudes larmes4 ,moi6 se peut-il que je vous absolve8 ,ah6 que l'eau pleuve de mes yeux6 et sur moi que votre main s'tende1 car c'est vous qui tes un grand saint1 et moi le pcheur4 ,et cela vous fait voir1 jeune langue1 qu'il ne faut jamais se moquer de l'habit4 ,comme un grain de raisin 7je l'ai vu71 notre jeune matresse est devenue vermeille ds que le nom de ,vincent a t prononc4 ,voyons1 belle enfant1 l est quelque mystre4--,je veux1 dit ,mireille1 me cacher en un couvent de nonnes la fleur de mes ans plutt que de me laisser unir un poux4 ,on rit1 on se moque de son serment4 ,cela amne la belle ,nore chanter la ballade provenale de ,magali4 ,et telles1 comme1 quand une cigale grince dans un sillon son chant d't1 toutes les autres cigales en choeur reprennent son mme chant1 telles les jeunes filles en choeur rptaient toutes ensemble le refrain de la ballade de ,nore4 ,voici la ballade3 ,,xvi ,magali1 ma tant aime1 mets la tte la fentre2 coute un peu cette srnade de violon et de tambourin6 ,le ciel est l-haut1 plein d'toiles2 le vent tombe1 mais les toiles en te voyant pliront4 --,pas plus que du murmure des branches de ton aubade je me soucie4 ,mais je m'en vais dans la mer blonde me faire anguille de rocher4 ,magali1 si tu te fais le poisson de l'onde1 moi1 pcheur je me ferai2 je te pcherai4 --,oh6 mais si tu te fais pcheur1 quand tu jetteras tes filets je me ferai l'oiseau qui vole1 je m'envolerai dans les landes4 ,magali1 si tu te fais l'oiseau de l'air1 je me ferai1 moi1 le chasseur2 je te chasserai4 --,aux perdreaux1 aux becs-fins1 si tu viens tendre tes lacets1 je me ferai1 moi1 l'herbe fleurie1 et me cacherai dans les prs vastes4 ,magali1 si tu te fais la marguerite1 je me ferai1 moi1 l'eau limpide2 je t'arroserai4 --,si tu te fais l'onde limpide1 je me ferai1 moi1 le grand nuage1 et promptement m'en irai ainsi en ,amrique1 l-bas1 bien loin6 ,magali1 si tu t'en vas aux lointaines ,indes1 je me ferai1 moi1 le vent de mer2 je te porterai4 --,si tu te fais le vent marin1 je fuirai d'un autre ct2 je me ferai l'ardeur du grand soleil qui fond la glace4 ,magali1 si tu te fais l'ardeur du soleil1 je me ferai1 moi1 le vert lzard1 et te boirai4 --,si tu te fais la salamandre qui se cache sous le hallier1 je serai1 moi1 la lune pleine1 qui claire les sorciers la nuit4 -- ,magali1 si tu te fais lune sereine1 je me ferai1 moi1 belle brume2 je t'envelopperai4 --,mais si la belle brume m'enveloppe1 pour cela tu ne me tiendras pas2 moi1 belle rose virginale1 je m'panouirai dans le buisson4 ,magali1 si tu le fais la rose belle1 je me ferai1 moi1 le papillon2 je m'enivrerai de toi4 --,va1 poursuivant1 cours1 cours6 jamais1 jamais tu ne m'atteindras4 ,moi1 de l'corce d'un grand chne je me vtirai dans la fort sombre4 ,magali1 si tu te fais l'arbre des mornes1 je me ferai1 moi1 la touffe de lierre2 je t'embrasserai4 --,si tu veux me prendre bras le corps1 tu ne saisiras qu'un vieux chne444 je me ferai blanche nonnette du monastre du grand saint ,blaise4 ,magali1 si tu te fais nonnette blanche1 moi1 prtre1 je te confesserai et je t'entendrai4 ,l les femmes tressaillirent1 les cocons roux tombrent des mains1 et elles criaient ,nore3 ,oh6 dis ensuite ce que fit1 tant nonnain1 ,magali1 qui dj1 pauvrette1 s'est faite chne et fleur aussi1 lune1 soleil et nuage1 herbe1 oiseau et poisson4 ,de la chanson1 reprit ,nore1 je vais vous chanter ce qui reste4 ,nous en tions1 s'il m'en souvient1 l'endroit o elle dit que dans le clotre elle va se jeter1 et o l'ardent chasseur rpond qu'il y entrera comme confesseur4444 ,mais de nouveau voyez l'obstacle qu'elle oppose4 --,si du couvent tu passes les portes1 tu trouveras toutes les nonnes autour de moi errantes1 car en suaire tu me verras4 ,magali1 si tu te fais la pauvre morte1 adoncques je me ferai la terre2 l je t'aurai4 --,maintenant je commence enfin croire que tu ne me parles pas en riant4 ,voil mon annelet de verre pour souvenir1 beau jouvenceau4 ,magali1 tu me fais du bien6444 ,mais1 ds qu'elles t'ont vue1 ,magali1 vois les toiles1 comme elles ont pli6 ,,xvii ,nore se tait2 nul ne disait mot4 ,tellement bien ,nore chantait que les autres1 en mme temps1 d'un penchement de front l'accompagnaient1 sympathiques1 comme les touffes de souchet qui1 pendantes et dociles1 se laissent aller ensemble au courant d'une fontaine4 ,et vous1 lecteur1 que dites-vous de ce chant de ,nore8 ,y a-t-il dans les ballades de ,schiller ou de ,goethe une parabole d'amour comparable par sa candeur et sa gaiet tendre cette parabole villageoise du berger et du pote de ,maillane8 ,cette ballade finit le troisime chant2 elle vous laisse dans le coeur et dans l'oreille un cho de musette prolong travers les myrtes de la ,calabre4 ,et vous tes tout surpris1 avec le sourire sur les lvres1 de trouver une larme sur votre main4 ,chantons-nous ainsi dans nos villes8 ,,xviii ,les demandes de la main de ,mireille son pre par ses prtendants remplissent le quatrime chant4 ,c'est la situation de ,pnlope transporte du palais au village1 c'est ,ithaque au mas des ,micocoules4 ,mais1 si la situation est analogue1 les dtails sont tous originaux2 la nature forme des ressemblances1 jamais de copies4 ,quand vient la saison1 dit le pote1 o les violettes closent par touffes dans les vertes pelouses1 les couples amoureux ne manquent pas pour aller les cueillir l'ombre2 quand vient le temps o la mer agite apaise sa fire poitrine et respire lentement de toutes ses mamelles1 les prames et les barques ne manquent pas pour aller sur l'aile des rames s'parpiller sur la mer tranquille2 quand vient le temps o l'essaim des jeunes vierges fleurit parmi les femmes1 les poursuivants ne manquent ni dans la ,crau1 ni dans les manoirs des chtelains1 ni au mas des ,micocoules4 ,il en vint trois3 un gardien de cavales1 un pasteur de gnisses1 un berger de brebis1 tous les trois jeunes et beaux4 ,le cortge d'nes1 de boucs1 de bliers1 de chvres1 de chevrettes et de petits chevreaux1 descendant des montagnes du ,dauphin dans la ,crau aux sons des clochettes appendues au cou des bliers conducteurs et suivi du ptre envelopp de son lourd manteau1 est une de ces scnes calques sur les flancs des montagnes1 aux rayons d'un soleil d'automne4 ,le pasteur1 environn de ses chiens blancs et normes1 passe avec orgueil cette revue de ses richesses au dfil des monts dans la plaine4 ,alari1 ce riche possesseur des troupeaux ambulants1 aborde ,mireille sur le seuil du mas1 sous prtexte de lui demander le chemin1 mais1 en ralit1 pour sonder son coeur4 ,il lui fait prsent d'une coupe taille dans le buis1 cisele de ses mains pendant les longs loisirs solitaires du pturage4 ,le bouclier d',achille1 dans l',iliade1 n'est pas mieux dcrit que cette coupe avec ses bas-reliefs sculpts au couteau4 ,mireille admire1 raille1 refuse1 et s'enfuit4 ,,xix ,un gardien des cavales de la ,crau1 prsomptueux et superbe1 est refus de mme4 ,pourtant les mille cavales sauvages qu'il possde sont peintes par le pote avec des couleurs de ,salvator ,rosa4 ,elles flairent le vent et se souviennent1 aprs dix ans d'esclavage1 de l'exhalation sale et enivrante de la mer1 chappes sans doute de l'attelage de ,neptune1 leur premier anctre1 semblent encore teintes d'cume1 et1 quand la mer souffle et s'assombrit1 quand les vaisseaux rompent leurs cbles1 les talons de la ,camargue hennissent de joie2 ils font claquer1 comme une mche de fouet1 leur longue queue tranante2 ils creusent le sol avec leur sabot1 ils sentent pntrer dans leur chair le trident du dieu terrible qui fait bondir les flots4 ,le matre de ces escadrons de cavales demande ,mireille son pre4 ,raymond l'agre1 fait venir ,mireille2 mais ,mireille demande du temps1 pleure et se sauve4 ,pre1 dit le cavalier1 il suffit2 je retire ma demande1 car un gardien des cavales de la ,camargue connat la piqre du cousin6 ,il a devin que le coeur de l'enfant n'est plus elle4 ,triste et rsign1 il reprend au repas le sentier pierreux du dsert4 ,,xx ,un troisime1 froce gardeur de taureaux et de vaches1 arrive avec la confiance de sa richesse et la duret de son mtier4 ,combien de fois1 dit le pote1 n'avait-il pas1 dans les ferrades 7jour de l'anne o l'on marque les animaux sauvages dans la ,camargue71 combien de fois n'avait-il pas renvers terre ses taureaux par leurs cornes8 ,combien de fois1 rude sevreur des veaux1 ne les avait-il pas sevrs1 et sur le dos de la mre irrite rompu des brasses de gourdins1 jusqu' ce qu'elle fuie la grle des coups1 hurlante et retournant la tte vers son nourrisson entre les jeunes pins8 ,o avez-vous vu dans les popes pastorales1 depuis les tentes de ,jacob1 de pareilles images8 ,un magnifique combat de taureaux dans la plaine d',arles diversifie le pome4 ,le toucheur de boeufs triomphe1 mais1 jet en l'air par les cornes de l'animal1 il reste marqu d'une cicatrice au front4 ,les couronnes qu'il a reues des filles d',arles lui donnent la certitude d'honorer ,mireille en la demandant pour pouse4 ,mont sur la jument blanche1 il vient1 plein de confiance1 au mas des ,micocoules2 il rencontre ,mireille lavant1 comme ,nausicaa1 la fontaine4 ,dieu6 qu'elle tait belle1 trempant dans l'argent de l'coulement de la source ses pieds au gu6 ,le dialogue entre le fier toucheur de boeufs et la jeune laveuse est lui seul une idylle accomplie2 combien nous regrettons de ne pas le reproduire en entier6 ,enfin l'amoureux propose ,mireille de le suivre au pays de la ,camargue1 o l'on entend la mer travers les rameaux sonores des pins4 ,ils sont trop loin1 vos pins1 rpond-elle4--,prtres et filles1 rplique le bouvier1 ne peuvent savoir jamais la patrie o ils iront manger leur pain un jour4 ,il me suffit de le manger avec celui que j'aime4 ,je ne demande rien de plus pour me sevrer de mon nid4--,belle1 alors1 dit le bouvier1 donnez-moi votre amour6 ,je vous le donnerai1 jeune homme1 rplique ,mireille2 mais1 avant1 ces orties porteront des grappes de raisins vermeils1 votre bton trident de fer fleurira1 ces collines de rocher s'amolliront comme de la cire1 et l'on ira par mer au village des ,beaux sur la roche au milieu des terres6 ,,xxi ,humili et irrit de ce refus1 le bouvier remonte sur sa jument blanche et s'loigne en ruminant sa vengeance4 ,il rencontre malheureusement le pauvre fils du vannier1 ,vincent4 ,droit comme un roseau de la ,durance1 ,vincent cheminait seul vers le mas des ,micocoules2 son visage blouissait de bonheur1 de paix et d'amour1 en rvant aux douces paroles que ,mireille lui avait dites un matin parmi les mriers4 ,la brise molle de la mer lointaine s'engouffrait dans sa chemise enfle sur sa poitrine2 il marchait dans les galets pieds nus1 lger et gai comme un lzard4 ,il venait aussi de temps en temps aux ,micocoules1 faisait1 en imitant le chant d'un oiseau1 le signal de son arrive son amante4 ,le rcit de leurs douces entrevues et de leurs chastes entretiens travers le buisson1 au clair de la lune1 dpasse en navet et en fracheur tout ce que vous avez lu de ,daphnis et de ,chlo auprs de la fontaine4 ,longus est licencieux1 ,mistral est virginal dans son amour4 ,du paganisme au christianisme se mesure la distance entre les deux pomes4 ,,xxii ,le toucheur de boeufs souponne ,vincent d'tre la cause cache de l'affront de ,mireille2 il insulte grossirement le beau vannier4 ,le combat remplit le cinquime chant4 ,vincent est laiss inanim sur le sol4 ,la vengeance divine1 sous la forme d'une croyance populaire du pays1 s'attache au meurtrier3 il se noie dans le ,rhne en traversant le fleuve avec son cheval pour repasser dans la ,camargue4 ,les ballades allemandes n'ont rien de plus fantastique et de plus lugubre que ce passage du ,rhne pendant une nuit d'orage4 ,ce sont des stances de ,lenora4 ,ce pote du ,midi a1 quand il veut1 les cordes surnaturelles et frissonnantes du ,nord4 ,au sixime chant1 ,vincent inanim est rencontr par trois garons de ferme1 qui le portent au mas des ,micocoules4 ,oh6 quel spectacle6 ,abandonn dans le dsert des champs avec les toiles pour compagnes1 l le pauvre adolescent avait pass la nuit1 et l'aube humide et claire1 en frappant sur ses paupires1 lui avait rouvert les yeux et ranim la vie dans ses veines froides4 ,ici le pote1 pour peindre le dchirement de coeur de ,mireille l'aspect de son amoureux baign de sang1 invoque toute la pliade fraternelle des ,provenaux vivants1 ,romanille le premier1 ,aubanel1 ,anselme1 et toi1 ,ravan1 qui confonds ton humble chanson avec celle des grillons bruns qui examinent ton hoyau quand il fend la glbe2 et toi aussi1 ,adolphe ,dumas1 qui trempes ta noble lyre dans l'cume de notre ,durance dborde6 ,les chants d',herminie et de ,clorinde1 dans la ,jrusalem dlivre1 n'ont pas de scnes plus pathtiques que ce retour du pauvre vannier entre les bras de sa fiance en larmes4 ,par respect pour le pre de ,mireille et pour la rputation de la jeune fille1 ,vincent ne veut pas avouer la cause de sa blessure2 il l'attribue un coup de son outil lame acre1 qui1 en coupant un fagot d'osier1 est venue percer la poitrine4 ,mireille elle-mme ne souponne pas le pieux mensonge4 ,ici la scne amoureuse devient une scne des traditions superstitieuses du peuple de ,provence4 ,on porte l'infortun vannier la grotte des ,fes1 dans le vallon d'enfer1 pour qu'il soit guri par les sorcires4 ,les potes du pays s'extasient1 selon nous1 outre mesure sur ces lgendes superstitieuses de ,provence et sur les sorcelleries de la grotte des ,fes4 ,quant nous1 nous dchirerions ce chant tout entier sans rien regretter dans le pome4 ,les vers sont beaux et pittoresques1 mais toutes ces fantasmagories sont refroidissantes pour le sentiment1 fussent-elles dans ,shakspeare ou dans ,goethe3 les fantmes n'ont pas de coeur4 ,mistral gagnerait les supprimer4 ,il n'y a pas de sortilge qui vaille une touchante ralit4 ,,xxiii ,au septime chant ,vincent est guri3 il travaille tout pensif ct de son vieux pre1 sur la porte de leur cabane1 au bord du ,rhne4 ,il avouait son amour timide au vieillard1 qui refusait de croire tant d'audace3 ,pendant que le vent de mer1 courbeur puissant des peupliers1 hurlait sur leurs ttes au-dessus de la voix du jeune homme2 ,le ,rhne1 irrit par le vent1 faisait1 comme un troupeau de vaches1 courir ses vagues troubles la mer2 mais ici1 entre les cpes d'osier qui faisaient abri et ombrage1 une mare d'eau azure1 loin des ondes1 mollement venait s'alentir4 ,des bivres1 le long de la grve1 rongeaient de la saulaie l'corce amre2 l-bas1 travers le cristal du calme continuel1 vous apercevez les brunes loutres1 errantes dans les profondeurs bleues1 la pche des beaux poissons argents4 ,au long balancement du vent berceur1 le long de cette rive1 les pendulines avaient suspendu leurs nids1 et leurs petits nids blancs1 tissus comme une molle robe1 avec l'ouate qu'aux peupliers blancs l'oiseau1 lorsqu'ils sont en fleur1 drobe1 s'agitaient aux rameaux d'aune et aux roseaux4 ,rousse comme une tortillade1 une alerte jeune fille d'un large filet tendait les plis1 tremps d'eau1 sur un figuier4 ,les animaux de la rivire et les pendulines des oseraies n'avaient pas plus peur d'elle que des joncs tremblants4 ,c'tait ,vincenette1 soeur de ,vincent1 qui1 cette jeune fille1 revenait du pays d',arles la hutte de son pre4 ,pauvrette6 c'tait la fille de matre ,ambroise1 ,vincenette4 ,ses oreilles1 personne encore ne les lui avait perces2 elle avait des yeux bleus comme des prunes de buisson et le sein peine enfl2 pineuse fleur de cpre que le ,rhne amoureux aimait clabousser4 ,avec sa barbe blanche et rude qui lui tombait jusqu'aux hanches1 matre ,ambroise son fils rpondit3 cervel1 assurment tu dois l'tre1 car tu n'es plus matre de ta bouche6--,pour que l'ne se dlicote1 pre1 il faut que le pr soit rudement beau6 ,mais quoi bon tant de paroles8 ,vous savez comme elle est6 ,si elle tait ,arles1 les filles de son ge se cacheraient en pleurant1 car aprs elle on a bris le moule6444 ,que rpondrez-vous votre fils quand vous saurez qu'elle m'a dit3 ,je te veux6 --,richesse et pauvret1 insens1 te rpondront4 ,le pre1 suppli d'aller demander ,mireille sa famille1 combat cette pense comme un ridicule orgueil4 ,les cinq doigts de la main1 dit-il1 mon enfant1 ne sont pas tous gaux4 ,le matre t'a fait lzard gris2 tiens-toi ta place dans ta crevasse nue1 bois ton rayon de soleil et rends grce6 ,,xxiv ,rien n'y fait4 ,vincent insiste tellement que le pre part pour aller sonder le coeur du pre de ,mireille4 ,il arrive un beau soir de moisson au domaine des ,micocoules4 ,il y a ici un demi-chant descriptif de la moisson1 cette bndiction de l'homme des champs1 cette fructification de la terre par la charrue1 qu'il faudrait copier en lettres d'or comme un catchisme des chaumires4 ,nous renonons l'abrger2 chaque trait contribue au tableau2 c'est un tissu d'images dont on ne peut arracher un brin sans dgrader l'oeuvre4 ,et les six mules1 belles et luisantes1 suivaient1 sans dtourner ni s'arrter1 le sillon2 elles semblaient1 en tirant1 comprendre elles-mmes pourquoi il faut labourer la terre sans marcher trop lentement et sans courir1 vers le sol baissant le museau1 patientes1 attentives l'ouvrage1 et le cou tendu comme un arc6 ,ce demi-chant est rempli de stances semblables sur tous les phnomnes de la culture1 de la lune1 des saisons2 ce sont les ,gorgiques de la ,france mridionale1 mais les ,gorgiques animes par la joie de l'amour et de la rcolte1 les ,gorgiques passionnes au lieu des ,gorgiques purement descriptives du ,virgile de ,mantoue4 ,delille1 ,saint-,lambert1 ,roucher6 qu'tes-vous devant les stances de ce septime chant de ,mireille8 ,raymond refuse sa fille au vannier1 table1 dans une scne de caractre digne de la plus haute comdie2 scne o le pathtique se mle au comique1 dans un entretien qu'avouerait ,molire4 ,l'insolence de l'aristocratie descend du palais la chaumire1 comme une passion inhrente au coeur humain1 dont la forme change1 mais dont le fond est immuable4 ,nul homme ne veut descendre1 et tout homme veut monter3 c'est la nature2 les institutions n'y font rien2 l',amricain1 qui ne reconnat pas la noblesse du sang1 adore la vile noblesse de l'or et s'insurge contre l'galit de la couleur2 sa philosophie ne s'tend pas du blanc au noir4 ,le riche laboureur1 dans ,mireille1 ne descend pas jusqu'au pauvre raccommodeur de corbeilles2 le pre de ,vincent est rudement congdi4 ,mireille1 qui entend tout1 dit son pre3 ,vous me tuerez donc1 car c'est moi qui l'aime6--,eh bien6 vas-y1 rpond l'impitoyable pre sa fille2 vas-y1 avec ton mendiant1 courir les champs4 ,tu t'appartiens1 pars6 ,bohmienne errante2 sur trois cailloux1 avec la ,chienne 7nom d'une bohmienne de la contre71 va cuire ta gamelle sous la vote d'un pont6 ,souviens-toi de ma parole3 tu ne le verras plus1 ton vilain amoureux4 ,le vannier se revenge ces insultes en termes d'une dignit modeste1 mais virile2 il rappelle ses campagnes en mer et sa probit intacte4 ,le laboureur lui rpond qu'il a servi aussi sa patrie dans les camps1 et qu'il a conquis aprs sa richesse force de travail au soleil et la pluie2 car la terre est telle1 dit-il1 qu'un arbre d'avelines 7le noisetier73 qui ne la frappe pas grands coups elle ne donne rien6 ,dans ma richesse on compterait les gouttes de sueur qui ont coul de mes membres6 ,garde ton chien1 je garde mon cygne6 ces mots le vannier reprit son sac et son bton derrire la porte4 ,irus1 dans ,homre1 n'est pas un mendiant plus noble ni plus touchant qu',ambroise4 ,le coeur de ,mireille rugit dans son sein4 ,,xxv ,qui tiendra la forte lionne quand1 de retour son antre1 elle n'y retrouve plus son lionceau8 ,soudain1 hurlante1 lgre et efflanque1 elle court sur les montagnes d',afrique2 elle court pendant qu'un chasseur maure lui emporte son petit travers les broussailles pineuses4 ,qui vous tiendra1 filles amoureuses8 ,dans sa chambrette sombre1 o la lune qui brille allonge sur le plancher son rayon1 ,mireille est dans son lit1 couche1 qui pleure toute la nuite avec son front dans ses mains jointes4 ,notre ,dame d'amour1 dites-moi ce que je dois faire6 sort cruel1 qui m'accables d'ennuis6 pre dur1 qui me foules aux pieds1 si tu voyais de mon coeur le dchirement et le trouble1 tu aurais piti de ton enfant6 ,moi1 que tu nommes ta mignonne1 tu me courbes aujourd'hui sous le joug comme si j'tais un poulain qu'on peut dresser au labour6 ,ah6 que la mer ne dborde-t-elle1 et dans la ,crau que ne lche-t-elle ses vagues6 ,joyeuse je verrais s'engloutir ce bien au soleil1 seule cause de mes larmes6 ,ou pourquoi1 d'une pauvre femme1 pourquoi ne suis-je pas ne moi-mme1 dans quelque trou de serpent6444 ,alors1 alors1 peut-tre444 ,si un pauvre garon me plaisait1 si ,vincent demandait 7ma main71 vite1 vite on me marierait6444 mon beau ,vincent6 pourvu qu'avec toi je pusse vivre et t'embrasser comme fait le lierre1 dans les ornires j'irais boire4 ,le manger de ma faim serait tes doux baisers6 ,et pendant qu'ainsi dans sa couchette la belle enfant se dsole1 le sein brlant de fivre et frmissant d'amour1 des premiers temps de ses amours pendant qu'elle repasse les charmantes heures et les moments si clairs1 lui revient tout coup un conseil de ,vincent4 ,oui1 s'crie-t-elle1 un jour que tu vins au mas1 c'est bien toi qui me dis3 ,si jamais un chien enrag1 un lzard1 un loup ou un serpent norme1 ou toute autre bte errante1 vous fait sentir sa dent aigu1 si le malheur vous abat1 courez1 courez aux ,saintes2 vous aurez tt du soulagement4 ,aujourd'hui le malheur m'abat2 partons6 ,nous en reviendrons contente4 ,cela dit1 elle saute1 lgre1 de son petit drap blanc2 elle ouvre1 avec la clef luisante1 la garde-robe qui recouvre son trousseau1 meuble superbe de noyer1 tout fleuri sous le ciselet4 ,ses petits trsors de jeune fille taient l3 sa couronne1 de la premire fois qu'elle fit son bon jour 7sa communion72 un brin de lavande fltrie1 un petit cierge us1 presque en entier1 et bnit pour dissiper les foudres dans le sombre loignement4 ,elle1 avec un lacet blanc1 d'abord se noue autour des hanches un rouge cotillon1 qu'elle-mme a piqu d'une fine broderie carrele1 petit chef-d'oeuvre de couture2 sur celui-l1 d'un autre bien plus beau lestement elle s'attife encore4 ,puis dans une casaque noire elle presse lgrement sa petite taille1 qu'une pingle d'or suffit resserrer2 par tresses longues et brunes ses cheveux pendent et revtent comme d'un manteau ses deux paules blanches2 mais elle en saisit les boucles parses1 ,vite les rassemble et les retrousse pleine main1 les enveloppe d'une dentelle fine et transparente2 et1 une fois les belles touffes ainsi treintes1 trois fois gracieusement elle les ceint d'un ruban teinte bleue1 diadme arlsien de son front jeune et frais4 ,elle attacha son tablier2 sur le sein1 de son fichu de mousseline elle se croise petits plis le virginal tissu4 ,mais son chapeau de ,provenale1 son petit chapeau grandes ailes pour dfendre des mortelles chaleurs1 elle oublia1 par malheur1 de s'en couvrir la tte444 ,cela fini1 l'ardente fille prend la main sa chaussure2 par l'escalier de bois1 sans faire de bruit1 descend en cachette1 enlve la barre pesante de la porte1 se recommande aux bonnes ,saintes1 et part1 comme le vent1 dans la nuit qui transit le coeur4 ,c'tait l'heure o les constellations aux nautonniers font beau signe4 ,de l',aigle de saint ,jean1 qui vient de se jucher aux pieds de son vangliste1 sur les trois astres o il rside1 on voyait clignoter le regard4 ,le temps tait serein et calme et resplendissant d'toiles4 ,et dans les plaines toiles1 prcipitant ses roues ailes1 le grand ,char des mes1 dans les profondeurs clestes du ,paradis prenait la monte brillante1 avec sa charge bienheureuse2 et les montagnes sombres regardaient passer le ,char volant4 ,mireille allait devant elle1 comme jadis ,maguelonne1 celle qui chercha si longtemps1 plore1 dans les bois1 son ami ,pierre de ,provence1 qui1 emport par la fureur des flots1 l'avait laisse abandonne4 ,cependant1 aux limites du terroir cultiv1 et dans le parc o se rassemblent les brebis1 les ptres de son pre allaient traire dj1 et les uns1 avec la main1 tenant les brebis par le museau1 immobiles devant les abris-vent1 faisaient tter les agneaux bruns4 ,et sans cesse on entendait quelque brebis blant444 ,d'autres chassaient les mres qui n'ont plus d'agneau vers le trayeur4 ,dans l'obscurit1 assis sur une pierre1 et muet comme la nuit1 des mamelles gonfles celui-ci exprimait le bon lait chaud2 le lait1 jaillissant longs traits1 s'levait dans les bords cumeux de la seille1 vue d'oeil4 ,les chiens taient couchs1 tranquilles2 les beaux et grands chiens1 blancs comme des lis1 gisaient le long de l'enclos1 le museau allong dans les thyms4 ,silence tout l'entour1 et sommeil1 et repos dans la lande embaume2 le temps tait serein et calme et resplendissant d'toiles4 ,et1 comme un clair1 ras des claies ,mireille passe2 ptres et brebis1 comme lorsque leur courbe la tte un soudain tourbillon1 s'agglomrent4 ,mais la jeune fille3 ,avec moi aux ,saintes-,maries nul ne veut venir d'entre les bergers8 ,et devant eux elle fila comme un esprit4 ,les chiens du mas la reconnurent1 et du repos ne bougrent4 ,mais elle1 des chnes nains frlant les ttes1 est dj loin1 et sur les touffes des panicauts1 des camphres1 ce perdreau de fille vole1 vole6 ,ses pieds ne touchent pas le sol6 ,,xxvi ,tout le commencement de ce chant est de l',arioste dans ses plus beaux moments1 tout le reste est du ,tasse2 la fuite d',herminie dans la nuit n'est pas si furtive et si accentue de beaux dtails4 jeune homme de ,maillane1 tu seras l',arioste et le ,tasse quand tu voudras1 comme tu as t homrique et virgilien quand tu l'as voulu1 sans y penser6 ,,xxvii ,mais n'allons pas plus avant2 nous enlverions aux lecteurs futurs de ce pote des chaumires l'intrt qui s'attache tout dnoment4 ,laissons-leur la curiosit1 ce viatique des longues routes dans la lecture comme dans le drame4 ,ce dnoment est triste comme deux lis couchs dans la mme vase aprs un dbordement du ,rhne dans les jardins de la ,crau4 ,en ceci le pote nous semble manquer de cette habilet manuelle de composition qui a manqu ,virgile dans l'nide1 et qui n'a manqu jamais ni au ,tasse ni l',arioste4 ,mais1 si la composition pouvait tre plus riche de combinaisons dramatiques1 la posie ne pouvait pas tre plus neuve1 plus pathtique1 plus colore1 plus saisissante de dtails4 ,cela est crit dans le coeur avec des larmes1 comme dans l'oreille avec des sons1 comme dans les yeux avec des images4 chaque stance le souffle s'arrte dans la poitrine et l'esprit se repose par un point d'admiration6 l'cho de ces stances est un perptuel applaudissement de l'me et de l'imagination qui vous suit de la premire jusqu' la dernire stance1 comme1 en marchant dans la grotte sonore de ,vaucluse1 chaque pas est renvoy par un cho1 chaque goutte d'eau qui tombe est une mlodie4 ,ah6 nous avons lu1 depuis que nos cheveux blanchissent sur des pages1 bien des potes de toutes les langues et de tous les sicles4 ,bien des gnies littraires morts ou vivants ont voqu dans leurs oeuvres leur me ou leur imagination devant nos yeux pendant des nuits de pensive insomnie sur leurs livres2 nous avons ressenti1 en les lisant1 des volupts innarrables1 bien des ftes solitaires de l'imagination4 ,parmi ces grands esprits1 morts ou vivants1 il y en a dont le gnie est aussi lev que la vote du ciel1 aussi profond que l'abme du coeur humain1 aussi tendu que la pense humaine2 mais1 nous l'avouons hautement1 l'exception d',homre1 nous n'en avons lu aucun qui ait eu pour nous un charme plus inattendu1 plus naf1 plus man de la pure nature1 que le pote villageois de ,maillane4 ,nous ne sommes pas fanatique cependant de la soi-disant dmocratie dans l'art2 nous ne croyons la nature que quand elle est cultive par l'ducation2 nous n'avons jamais got avec un faux enthousiasme ces mdiocrits rimes sur lesquelles des artisans dpayss dans les lettres tentent trop souvent1 sans gnie ou sans outils1 de faire extasier leur sicle2 except ,jasmin1 un grand pique1 mais qui a trop bu l'eau de la ,garonne au lieu de l'eau du ,mls2 except ,reboul1 de ,nmes1 qui est n classique et qui semble avoir t baptis dans l'eau du ,jourdain1 le fleuve des prophtes1 au lieu du ,rhne1 le fleuve des trouvres1 nous n'avons vu1 en gnral1 que des avortements dans cette posie des ateliers4 ,que chantent-ils1 ceux qui ne voient la nature que dans la guinguette8 ,il pourrait en sortir des ,branger2 mais des ,homre et des ,thocrite1 non6 ,ces gnies ne poussent qu'en plein air1 ou en plein champ1 ou en pleine mer4 ,vnus tait fille de l'onde4 ,la grande posie est de mme race que la grande beaut3 elle sort de la mer4 ,,xxviii ,or pourquoi aucune des oeuvres acheves cependant de nos potes europens actuels 7y compris1 bien entendu1 mes faibles essais71 pourquoi ces oeuvres du travail et de la mditation n'ont-elles pas pour moi autant de charme que cette oeuvre spontane d'un jeune laboureur de ,provence8 ,pourquoi chez nous 7et je comprends dans ce mot nous les plus grands potes mtaphysiques franais1 anglais ou allemands du sicle1 ,byron1 ,goethe1 ,klopstock1 ,schiller1 et leurs mules71 pourquoi1 dans les oeuvres de ces grands crivains consomms1 la sve est-elle moins limpide1 le style moins naf1 les images moins primitives1 les couleurs moins printanires1 les clarts moins sereines1 les impressions enfin qu'on reoit la lecture de leurs oeuvres mdites moins inattendues1 moins fraches1 moins originales1 moins personnelles1 que les impressions qui jaillissent des pages incultes de ces potes des veilles de la ,provence8 ,ah6 c'est que nous sommes l'art et qu'ils sont la nature2 c'est que nous sommes mtaphysiciens et qu'ils sont sensitifs2 c'est que notre posie est retourne en dedans et que la leur est dploye en dehors2 c'est que nous nous contemplons nous-mmes et qu'ils ne contemplent que ,dieu dans son oeuvre2 c'est que nous pensons entre des murs et qu'ils pensent dans la campagne2 c'est que nous procdons de la lampe et qu'ils procdent du soleil4 ,oui1 il faut finir cet ,entretien par le mot qui l'a commenc3 ,,il ,y ,a ,,une ,,vertu ,,dans ,,le ,,soleil6 ,sur chaque page de ce livre de lumire il y a une goutte de rose de l'aube qui se lve1 il y a une haleine du matin qui souffle1 il y a une jeunesse de l'anne qui respire1 il y a un rayon qui jaillit1 qui chauffe1 qui gaye jusque dans la tristesse de quelques parties du rcit4 ,ces potes du soleil ne pleurent mme pas comme nous2 leurs larmes brillent comme des ondes pleines de lumire1 pleines d'esprance1 parce qu'elles sont pleines de religion4 ,voyez ,reboul1 dans son ,enfant mort au berceau6 ,voyez ,jasmin dans son ,fils de maon tu l'ouvrage ou dans son ,aveugle6 ,voyez ,mistral dans sa mort des deux amants6 ,et1 pendant qu'aux lieux o ,mireille vivait ils se frapperont leurs fronts sur la terre de regrets et de remords1 elle et moi1 envelopps d'un serein azur sous les eaux tremblotantes2 oui1 moi et toi1 ma toute belle1 dans une treinte enivre1 jamais et sans fin nous confondrons1 dans un ternel embrassement1 nos deux pauvres mes6 ,et le cantique de la mort rsonnait l-bas dans la vieille glise1 etc41 etc4 ,,xxix ,voil la littrature villageoise trouve1 grce et gloire la ,provence6 ,voil des livres tels qu'il en faudrait au peuple de nos campagnes pour lire la veille aprs les sueurs du jour1 au bruit du rouet qui dvide la soie du ,midi ou du peigne dents de fer qui dmle le chanvre ou la laine du ,nord6 voil de ces livres qui bnissent et qui difient l'humble foyer o ils entrent6 voil de ces popes sur lesquelles les grossires imaginations du peuple inculte se faonnent1 se modlent1 se polissent1 et font passer avec des rcits enchanteurs1 de l'aeul l'enfant1 de la mre la fille1 du fianc l'amante1 toutes les bonts de l'me1 toutes les beauts de la pense1 toutes les saintets de tous les amours qui font un sanctuaire du foyer du pauvre6 ,ah6 qu'il y a loin d'un peuple nourri par de telles popes villageoises ce pauvre peuple suburbain de nos villes1 assis les coudes sur la table avine des guinguettes1 et rptant voix fausse ou un refrain grivois de ,branger 7digne d'un meilleur sort71 ou un couplet quivoque de ,musset 7digne de meilleure oeuvre71 ou un gros rire cynique d',heyne1 ce ,diogne de la lyre1 ricaneur et corrupteur de ce qui mrite le plus de respect ici-bas1 le travail et la misre6 ,quant nous1 si nous tions riche1 si nous tions ministre de l'instruction publique1 ou si nous tions seulement membre influent d'une de ces associations qui se donnent charitablement la mission de rpandre ce qu'on appelle les bons livres dans les mansardes et dans les chaumires1 nous ferions imprimer six millions d'exemplaires le petit pome pique dont nous venons de donner dans cet ,entretien une si brve et si imparfaite analyse1 et nous l'enverrions gratuitement1 par une nue de facteurs ruraux1 toutes les portes o il y a une mre de famille1 un fils1 un vieillard1 un enfant capable d'peler ce catchisme de sentiment1 de posie et de vertu1 que le paysan de ,maillane vient de donner la ,provence1 la ,france et bientt l',europe4 ,les ,hbreux recevaient la manne d'en haut1 cette manne nous vient d'en bas2 c'est le peuple qui doit sauver le peuple4 ,,xxx ,quant toi1 pote de ,maillane1 inconnu il y a quelques jours aux autres et peut-tre inconnu toi-mme1 rentre humble et oubli dans la maison de ta mre2 attelle tes quatre taureaux blancs ou tes six mules luisantes la charrue comme tu faisais hier2 bche avec ta houe le pied de tes oliviers2 rapporte pour tes vers soie1 leur rveil1 les brasses de feuilles de tes mriers2 lave tes moutons au printemps dans la ,durance ou dans la ,sorgue2 jette l la plume et ne la reprends que l'hiver1 de rares intervalles de loisir1 pendant que la ,mireille que le ,ciel te destine sans doute tendra la nappe blanche et coupera les tranches du pain blond sur la table o tu as choqu ton verre avec ,adolphe ,dumas1 ton voisin et ton prcurseur4 ,on ne fait pas deux chefs-d'oeuvre dans une vie2 tu en as fait un3 rends grce au ,ciel et ne reste pas parmi nous3 tu manquerais le chef-d'oeuvre de la vie1 le bonheur dans la simplicit4 ,,vivre ,,de ,,peu6 ,est-ce donc peu que le ncessaire1 la paix1 la posie et l'amour8 ,oui1 ton pome pique est un chef-d'oeuvre2 je dirai plus1 il n'est pas de l',occident1 il est de l',orient2 on dirait que1 pendant la nuit1 une le de l',archipel1 une flottante ,dlos s'est dtache de son groupe d'les grecques ou ioniennes1 et qu'elle est venue sans bruit s'annexer au continent de la ,provence embaume1 apportant avec elle un de ces chantres divins de la famille des ,mlsignes4 ,sois le bienvenu parmi les chantres de nos climats6 ,tu es d'un autre ciel et d'une autre langue1 mais tu as apport avec toi ton climat1 ta langue et ton ciel6 ,nous ne te demandons pas d'o tu viens ni qui tu es3 ,tu ,marcellus eris6 ,un t j'tais ,hyres1 cette langue de terre de ta ,provence que la mer et le soleil caressent de leurs flots et de leurs rayons1 comme un cap avanc de ,chio ou de ,rhodes2 l les palmiers et les alos d',idume se trompent de ciel et de terre3 ils se croient1 pour fleurir1 dans leur oasis natale4 ,le soir1 mon ami ,m4 ,messonnier1 pote1 crivain et philosophe retir sous sa treille et sous son figuier dans la petite maison de ,massillon1 un des prophtes de ,louis ,,xiv1 me fit faire le tour de la ville4 ,il me conduisit au soleil couchant dans un jardin bien expos au midi et la brise de mer2 les alos et les palmiers y germent et y fructifient en pleine terre4 ,je me crus transport dans une oasis de ,libye4 ,on sait que l'alos ne fleurit que tous les vingt-cinq ans et qu'il meurt aprs avoir rpandu dans un effort suprme son me embaume dans les airs2 il y en avait un dans ce petit jardin dont on attendait la floraison d'un moment l'autre4 ,or1 par une heureuse concidence1 ce rare phnomne vgtal semblait nous avoir attendus pour s'accomplir sous nos yeux4 ,au moment o le soleil touchait la mer1 la tige de l'arbre1 dont la sve est de l'encens1 sortit tout coup de ses noeuds gonfls de vie comme un glaive qu'une main robuste tire du fourreau pour le faire reluire au soleil1 et la fleur d'un quart de sicle clata au sommet de la tige dans un bruyant panouissement semblable l'explosion vgtale d'un obus qui sort du mortier4 ,les oiseaux couchs sur les arbustes voisins s'envolrent d'pouvante1 et le parfum1 cette me de la fleur1 embauma longtemps tout le golfe4 pote de ,maillane1 tu es l'alos de la ,provence6 ,tu as grandi de trois coudes en un jour1 tu as fleuri vingt-cinq ans2 ton me potique parfume ,avignon1 ,arles1 ,marseille1 ,toulon1 ,hyres et bientt la ,france2 mais1 plus heureux que l'arbre d',hyres1 le parfum de ton livre ne s'vaporera pas en mille ans4 ,j'espre que mes lecteurs me pardonneront cette digression4 ,nous allons revenir l',allemagne4 ,,lamartine4 ,x,l,ie ,,entretien4 ,,litt,,rature ,,dramatique ,,de ,l',,allemagne4 ,,troisi,,me ,,partie ,,de ,,goethe4 ,,schiller4 ,i ,revenons l',allemagne4 ,au commencement1 ,goethe avait respir1 comme toute l',allemagne1 avec quelque ivresse les ides dmocratiques de la ,france2 il se flattait que la raison1 triomphant du mme coup de la monarchie absolue1 de l'glise dominante et de la fodalit arrire1 allait crer un exemplaire d'institutions et de gouvernement qui servirait de modle au monde moderne4 ,le fanatisme d'esprance qui avait saisi ,klopstock1 le chantre pique de la ,messiade1 et que ce grand et saint pote exhalait dans des odes enflammes et tonnantes comme des bombes d'enthousiasme allemand1 ce fanatisme ne s'tait pas entirement communiqu ,goethe1 mais il en ressentait quelques reflets4 ,les premires scnes populaires et tragiques de la rvolution de ,paris et de ,versailles1 les hirarchies sociales qui s'croulaient1 les anarchies qui s'entre-dchiraient1 et enfin la guerre de #agib1 dans laquelle sa chre ,allemagne commenait sa carrire de gloire par de mornes droutes en ,champagne et dans les ,ardennes2 enfin1 l'affection passionne que ,goethe portait son prince et son ami1 le duc de ,weimar1 tout cela avait promptement refroidi le got1 plus littraire que politique1 du grand pote pour la ,rvolution4 ,le roi de ,prusse avait entran avec lui le duc de ,weimar et son arme dans la campagne d'invasion en ,france1 de #agib4 ,goethe1 quoique tranger l'art militaire1 avait suivi courageusement son cher duc jusque sur les champs de bataille4 ,aussi calme au feu que dans le silence de ses tudes ,weimar1 il avait assist de plus prs que les bataillons prussiens la canonnade de ,valmy4 ,bien suprieur ,horace1 qui jetait son bouclier pour mieux fuir la mort des hros1 et qui se vantait de sa lchet pour mieux flatter ,auguste1 le pote allemand bravait pendant deux mois la mort pour son prince1 et ne s'en vantait pas2 il tait hros comme il tait pote1 sans mrite et sans effort4 ,son me1 comme les choses hautes1 tait au niveau de tout4 ,le rcit de cette campagne contre ,dumouriez1 et des dsastres de cette retraite de #agib1 est crit dans les ,mmoires de ,goethe avec cette placide impartialit qui prouve une me suprieure ses propres impressions4 ,il rentra ,weimar avec son souverain1 et reprit1 comme aprs une distraction lgre1 le cours de ses travaux d'esprit et de ses fonctions politiques1 au bruit peine entendu de la monarchie qui croulait en ,france et des ttes qui tombaient par milliers sur les chafauds de la ,terreur4 ,son retour ,weimar fut une fte pour ses amis4 ,j'arrivai chez moi1 dit-il1 minuit2 la scne de famille qui m'attendait tait trs-propre rpandre une illumination joyeuse au milieu de quelque roman fantastique4 ,la maison que mon souverain m'avait destine dans la ville tait presque habitable3 cependant il m'avait rserv le plaisir de la faire achever et distribuer ma guise4 ,bientt j'eus le plaisir d'y recevoir1 en qualit de commensal1 ,henri ,mayer1 ce digne artiste dont j'avais fait la connaissance ,rome4 ,son secours me fut d'une grande utilit dans les tablissements que mes amis et moi 7le duc et la duchesse ,amlie7 nous nous proposions de crer ,weimar1 pour le progrs de la peinture et de la sculpture4 ,mes premiers regards cependant se tournrent vers le thtre444 ,ce thtre1 en effet1 grce au grand acteur et auteur ,ifland1 ,kotsbue1 ,cimarosa1 ,mozart1 tait devenu1 pour la tragdie1 la comdie et la musique1 l'cole du coeur1 des yeux et des oreilles de toute l',allemagne4 ,goethe s'effaait gnreusement lui-mme pour y faire jouer1 chanter et briller les chefs-d'oeuvre de tous ses rivaux4 ,peut-tre1 me dira-t-on1 crit-il quelque part1 que1 pour seconder plus efficacement les progrs du thtre de ,weimar1 j'aurais d y travailler moi-mme1 non en qualit de ministre1 mais en qualit d'auteur4 ,il me serait difficile d'expliquer les motifs qui m'en ont empch444 ,mes premiers essais dramatiques1 ajoute-t-il1 l'expliquent peut-tre4 ,ces essais1 embrassant l'histoire morale du monde1 se trouvaient tre trop larges pour la scne toujours troite d'un thtre1 et1 de plus1 mes dernires compositions en ce genre sondaient si profondment et si hardiment les plaies secrtes du coeur et de l'esprit humain que presque tout le monde se sentait bless par mon audace4 ,cette poque de sa vie fut celle de sa liaison avec le seul rival qu'on sut lui susciter en ,allemagne1 le pote dramatique ,schiller4 ,ces deux existences dsormais n'en font qu'une1 tellement qu'il est impossible d'crire l'histoire du gnie de l'un sans toucher au gnie de l'autre4 ,cette fraternit complte1 entre deux gloires dont l'une pouvait offusquer ou clipser l'autre1 est1 aprs l'amiti de ,virgile et d',horace1 un des plus beaux exemples de cette supriorit de caractres prfrable mille fois la supriorit de l'esprit4 ,disons donc un mot de ,schiller4 ,ces deux noms insparables sont eux seuls toute une littrature pour leur pays4 ,,ii ,la vie de ,schiller1 homme plus sympathique au coeur que ,goethe1 mais gnie1 selon moi1 trs-infrieur1 est devenu1 pour ainsi dire1 lgendaire en ,allemagne4 ,un crivain franais1 explorateur pittoresque des littratures du ,nord1 ,m4 ,marmier1 a rsum cette vie dans une prface de sa traduction de ce grand homme4 ,mais1 depuis la publication de cette notice1 les correspondances intimes de ,goethe et de ,schiller1 publies par notre ,revue germanique1 excellent cho d'un bord du ,rhin l'autre bord1 a jet une lumire bien plus domestique jusque dans le coeur de ,schiller4 ,on ne sait rien d'un homme tant qu'on n'a pas lu sa correspondance4 ,l'homme extrieur se peint dans ses oeuvres1 l'homme intrieur se peint dans ses lettres4 ,et pourquoi le portrait est-il plus fidle ainsi8 ,c'est que dans ses oeuvres l'crivain se peint tel qu'il dsire paratre et que dans sa correspondance il se peint tel qu'il est3 les oeuvres1 c'est la volont2 les lettres1 c'est la nature4 ,on n'est jamais plus ressemblant que quand on se peint son insu au lieu de faonner sa physionomie devant un miroir4 ,nous avons ces lettres sous nos yeux4 ,schiller tait n1 comme notre cher pote de ,nmes1 ,reboul1 dans la boutique d'un boulanger1 son oncle1 dans une jolie bourgade des bords arcadiens du ,necker1 en ,wurtemberg4 ,son pre servait dans l'arme du duc de ,wurtemberg en qualit de chirurgien subalterne1 barbier du rgiment4 ,c'tait un homme tendre1 pieux et un peu mystique1 qui s'occupait de l'me de ses malades autant que de leur corps4 ,le premier de ses remdes tait la prire2 il tournait leur pense vers le ,mdecin suprme1 et priait volontiers avec eux au pied de leur lit4 ,ses vertus le firent distinguer par le duc de ,wurtemberg1 un de ces petits princes qui connaissaient tous leurs sujets par leurs noms4 ,le duc crait alors ces charmants jardins pittoresques dont son palais de campagne1 prs de ,stuttgart1 tait envelopp4 ,il confia ce brave homme1 las de la guerre1 la surveillance de ces dlicieux jardins4 la naissance de son fils1 le pre de ,schiller leva l'enfant dans ses bras et l'offrit ,dieu comme le patriarche4 la mort de son pre1 le jeune pote s'cria devant sa mre plore3 ,que ne puis-je finir ma vie dans l'innocence et dans la pit o il a pass la sienne6 ,la mre du pote1 nave et rveuse comme les filles de l',allemagne1 tait pote elle-mme sans avoir cultiv jamais la posie comme un art4 ,elle adorait son mari1 et elle clbrait chaque anniversaire de leur mariage par des vers o l'on sentait la vibration prolonge de l'amour de la jeune fille dans le coeur de la femme4 ,le pote de ,stuttgart1 ,schwab1 que nous avons visit nous-mmes dans sa demeure philosophique1 auprs du toit paternel de ,schiller1 attribuait comme nous l'influence tendre et rveuse de cette mre le germe de la sensibilit potique dans le gnie de ,schiller4 ,les mres sont la prdestination des fils2 elle nourrissait son enfant des lectures de la ,bible et des chants de ,klopstock1 dans son pope du ,christ2 l'enfant suait de ses lvres la pit et la foi4 ,plus tard la philosophie de ,goethe devint son symbole2 mais il conserva jusqu' la mort sa pit1 parce que sa foi venait des hommes1 mais que sa pit venait de sa mre4 ,,iii ,la description vivante que ,schwab et ,m4 ,marmier font des collines o ,schiller reut sa premire ducation1 dans la demeure d'un pasteur nomm ,mozer1 explique de mme sa passion pour la nature4 ,l'me est le miroir de la cration2 la nature commence par s'y reflter1 puis elle s'y anime1 et le pote est cr dans l'enfant4 ,entr dans une espce d'universit militaire ,stuttgart1 ,schiller1 d'un extrieur alors grle1 ple1 maladif1 commena sa vie par la tristesse1 et conut une rvolte secrte contre la servitude disciplinaire laquelle les lves de cette cole taient assujettis4 ,charles6 crivait-il cette poque son premier ami1 le monde rel o je suis jet est tout autre que le monde que nous portions dans notre coeur4 ,la contrainte qu'il prouvait dans cette universit allait jusqu' lui faire un crime de la lecture de ,goethe1 de ,shakspeare et de ,klopstock4 ,on le fora tudier la mdecine1 pour l'exercer la pratiquer ensuite1 l'exemple de son pre1 dans quelque rgiment du prince de ,wurtemberg2 mais sa nature1 quoique souple1 chappait par l'imagination cette tyrannie de l'cole4 ,li d'inclination littraire avec quelques-uns de ses compagnons de captivit1 il composait dj1 l'envi de ses mules1 des bauches de posie et de drame4 ,c'est cette poque qu'il crivit son premier ouvrage pour la scne1 les ,brigands4 ,les ,brigands furent pour ,schiller ce que ,werther avait t pour ,goethe1 une dbauche d'imagination prise au srieux par la navet du peuple allemand4 ,il y avait dans cette oeuvre informe beaucoup de passion et peu de sens2 c'tait une page de ,j4-,j4 ,rousseau ou de ,proudhon contre l'ordre social1 un rve de libert absolue se faisant elle-mme sa propre lgislation par l'nergie du coeur et par la force du bras4 ,la passion pour la posie1 crivait-il plus tard en parlant de cette bauche1 est ardente et indomptable comme l'amour2 on comprimait ma pense3 elle fit explosion par la cration d'un monstre 7le chef de ses brigands7 qui n'a jamais exist dans le monde4 ,ma seule excuse1 c'est que j'ai voulu peindre les hommes deux ans avant de les connatre6 ,n'est-ce pas ce que ,rousseau et ,proudhon1 et tous les utopistes inexpriments de la plume1 pouvaient dire de la socit humaine8 ,ils la faonnaient dans leur imagination avant d'en connatre les lments4 ,malheur l'imagination1 qui se spare de la nature6 ,elle cre l'impossible1 et1 aprs avoir enfant la chimre1 elle s'abme grand bruit dans le nant4 ,schiller1 homme de bonne foi plus que d'orgueil1 reconnut bientt son erreur4 ,mais ce drame1 soulev1 comme ,werther1 par les applaudissements frntiques de la jeunesse1 clatait dj sur tous les thtres4 ,scandale pour les uns1 augure de gnie pour les autres1 bruit immense pour tous4 ,,iv ,ce succs ne fut1 en effet1 pour le jeune ,schiller que du bruit2 la fortune et la gloire ne le suivirent pas4 ,il entra vingt ans comme chirurgien militaire dans un rgiment4 ,il s'prit d'une veuve charmante et lgre1 laquelle il donna dans ses posies lyriques le nom de ,laure3 ,ptrarque allemand dont l'amour s'vaporait en mtaphysique4 ,bientt disgraci du prince pour avoir fait diversion ses fonctions subalternes de chirurgien par un drame et par des odes1 il s'vade de ,stuttgart et va chercher plus d'indulgence ,manheim4 ,on refuse d'y reprsenter sa tragdie1 un peu froide1 en effet1 de ,fiesque2 on le pourchasse au nom de son prince mcontent4 ,il se rfugie sous un nom suppos dans un chteau dsert appartenant la mre d'un de ses amis4 ,il y devient platoniquement amoureux de la soeur de cet ami1 fiance un autre4 ,la jeune fille ne se doute pas des sentiments du pote1 se marie1 et meurt dans la fleur de son printemps4 ,des lettres du directeur des thtres de ,manheim le rappellent dans cette ville avec un traitement de cinquante louis par an1 salaire exigu de ses travaux pour la scne4 ,ses drames de ,fiesque et de l',amour et l',intrigue n'y eurent aucun succs4 ,il se noya de tristesse et se consola par des amours indignes de lui4 ,on lui retira jusqu' son traitement de pote du thtre1 et on lui conseilla amicalement de reprendre son mtier de chirurgien militaire4 ,il chercha fortune dans le journalisme littraire2 ses critiques offensrent des acteurs favoris du public2 il fut menac2 il quitta ,manheim et se rfugia ,leipsick4 ,on voit par une de ses lettres un de ses amis1 qui habitait ,leipsick1 combien il lui fallait peu pour vivre et pour se croire heureux4 ,une chambre coucher qui fait en mme temps mon cabinet de travail1 une armoire1 un lit1 une table et quelques chaises1 pourvu que cela ne soit ni sous le toit ni au rez-de-chausse4 ,je ne voudrais pas non plus avoir sous les yeux l'aspect du cimetire2 j'aime les hommes1 le mouvement et le bruit d'une foule4 ,v ,mcontent bientt de cette rsidence la ville1 il alla habiter un petit village la lisire de la fort du ,rosenthal1 non loin de ,leipsick4 ,il y crivit sa tragdie de ,don ,carlos1 oeuvre estimable1 rflchie1 mais tide1 o la politique tient la place de l'motion4 ,schiller s'abmait en mme temps dans la philosophie nuageuse et apocalyptique de ,kant1 ce mathmaticien de la philosophie4 ,arrach bientt aprs cet asile studieux par la versatilit de son me et de sa fortune1 il alla ,dresde2 il s'y laissa prendre un amour plus vnal que sincre pour une jeune ,saxonne d'une grande beaut4 ,ses amis l'enlevrent au pige et le conduisirent ,weimar4 ,herder1 ,wieland l'accueillirent en frre plus jeune1 mais du mme sang4 ,il y pousa1 sans autre dot que sa gloire future1 ,charlotte de ,lengefeld1 jeune fille d'un rang distingu et d'une vertu accomplie4 ,il connut ,goethe chez sa belle-mre4 ,ces deux hommes diffraient trop l'un de l'autre pour se convenir au premier coup d'oeil3 ,schiller avait toutes les illusions de l'imagination1 ,goethe n'en avait que les forces4 ,j'ai vu hier ,goethe1 crivait ,schiller cette date2 la grande ide que j'avais de cet homme n'a pas t amoindrie par son aspect1 mais je doute qu'il puisse y avoir jamais une liaison bien intime entre lui et moi4 ,beaucoup des choses qui passionnent mon imagination et mon coeur sont dj puises pour lui2 sa nature n'est pas la mienne1 son monde n'est pas le mien4 ,cette diffrence des deux natures se rvlait au premier coup d'oeil entre ces deux hommes4 ,schiller1 le visage allong et mince1 le cou long1 les membres grles1 la physionomie maladive1 le regard timide et indcis1 le costume triqu et presque ridicule de l'tudiant en mdecine1 dpays dans une cour1 n'avait rien de l'homme de gnie que la souffrance4 ,goethe1 vritable ,apollon dans sa maturit forte et sereine1 rgnait par droit de nature encore plus que par droit d'anesse et de rang sur son jeune mule2 mais ,goethe tait sans jalousie comme la toute-puissance2 au lieu d'loigner ou d'clipser son rival de clbrit1 il songea gnreusement l'lever jusqu' lui et l'attacher par des liens de reconnaissance la cour de ,weimar4 ,il dcida le duc donner ,schiller l'emploi honorable et lucratif de professeur d'histoire l',universit d',ina1 capitale de l'instruction publique dans ses tats4 ,schiller1 quoique tranger au professorat et l'histoire1 ouvrit son cours en #aghi avec un succs qui prouvait son aptitude universelle4 ,goethe1 aussi fier de ce succs que ,schiller lui-mme1 ne manqua pas une occasion de faire valoir son nouvel ami la cour de ,weimar4 ,frapp des beauts frustes1 mais dramatiques1 de la pice des ,brigands1 et des beauts littraires de ,fiesque et de la tragdie de ,don ,carlos1 il songeait dj appeler ,schiller d',ina ,weimar1 pour y faire crire et reprsenter ses chefs-d'oeuvres sur la scne du palais4 ,le grand acteur ,ifland1 le ,garrick et le ,talma de l',allemagne1 avait t fix par ,goethe ,weimar4 ,les rles qu',ifland reprsentait devenaient classiques en sortant de ses lvres4 ,c'est cette poque1 et pendant les annes qui suivirent #aghi1 que ,goethe et ,schiller1 dsormais amis1 entretinrent cette correspondance intime qui les dvoile tous les deux4 ,la ,revue germanique1 rdige rcemment ,paris1 en a traduit et publi des fragments pleins d'intrt pour ceux qui1 comme nous1 cherchent l'homme sous le pote4 ,il y a dans ces fragments une bonhomie de grands hommes qui caractrise l',allemagne1 cette terre de la navet dans la grandeur4 coutez quelques mots de ce dialogue portes closes entre deux amis sur leurs ouvrages1 et mme sur leurs bauches les plus secrtes4 ,ils se conseillent au lieu de se critiquer2 la gloire de l'un et la gloire de l'autre ne semblent tre qu'une mme gloire4 ,on ne sait1 en vrit1 quel est le matre1 quel est le disciple4 ,,vi ,la liaison littraire avait commenc entre ces deux hommes par la publication en commun d'un recueil littraire intitul les ,heures4 ,goethe1 provoqu par ,schiller1 avait consenti ce rle de collaborateur1 qui semblait incompatible avec son rang1 mais qui pouvait tre utile la fortune de son ami4 ,mon esprit1 crit ,schiller ,goethe1 le #bc aot #agid1 est absorb dans la contemplation de l'ensemble de votre gnie4 ,votre regard observateur1 qui repose si calme et si limpide sur toutes choses1 ne vous gare jamais dans le vague des pures spculations imaginaires2 vous suivez droit la marche de la nature4 ,si vous tiez n ,grec ou seulement ,italien1 ayant sous les yeux1 ds le berceau1 une nature merveilleuse et un art idal1 vous auriez atteint le but ds le point de dpart1 et le grand style se serait form en vous sur le modle ternel2 mais vous tes n ,allemand avec une me grecque1 et il vous a fallu vous refaire ,grec force de contemplation et d'intuition4 --,je vous ai attendu longtemps1 rpond ,goethe2 j'ai march jusqu'ici seul dans ma voie1 non compris1 non encourag6 ,combien je me rjouis qu'aprs une rencontre d'intelligence entre vous et moi si tardive1 si peu prvue1 nous devions dsormais marcher deux6 ,tout ce qui est moi et en moi je vous en ferai part avec joie2 car1 sentant bien que mon entreprise 7d'arriver la vrit et l'art suprme7 est au-dessus de la force d'un seul et de notre dure ici-bas1 j'aimerais dposer bien des choses dans votre sein1 non-seulement pour les conserver ainsi au monde1 mais pour les vivifier4 ,n'est-ce pas ainsi que ,socrate pouvait parler au jeune ,platon pour se continuer et se grandir aprs lui dans son disciple8 --,n'esprez pas1 rplique ,schiller1 de rencontrer en moi une grande richesse d'ides2 c'est l ce que je trouverai en vous4 ,vous gouvernez un monde obissant vos intuitions1 moi je flotte timidement entre le mtier et le gnie4 ,mais1 hlas6 la maladie nerve mes forces physiques2 j'aurais difficilement le temps d'accomplir en moi une grande oeuvre intellectuelle4 ,,vii ,je vais avoir quinze jours de libert1 crit ,goethe son nouvel ami1 pendant un voyage de ma cour2 venez me voir pendant ce loisir1 nous causerons de nos ,heures2 nous ne verrons que quelques rares amis qui pensent comme nous4 ,vous vivrez entirement votre guise2 de nouveaux points de contact s'tabliront ainsi entre nous4 --,j'irai1 crit l'instant ,schiller4 ,les amis se rencontrent1 s'entretiennent et se sparent4 --,me voil revenu1 crit ,schiller1 mais mon esprit est toujours avec vous ,weimar4 ,goethe lui envoie ,ina les premiers volumes de son roman philosophique1 ,william ,meister1 oeuvre nigmatique que les initis seuls peuvent bien comprendre1 et que nous-mme nous avouons ne pas comprendre suffisamment pour en parler4 ,schiller en est ravi2 ,m4 ,guillaume de ,humboldt1 le frre an du savant clbre1 partage le plaisir de ,schiller4 ,nous avons connu ,rome1 en #ahaa1 ,guillaume de ,humboldt1 diplomate1 homme d'tat1 philosophe curieux du beau et du bon sous toutes les formes4 ,nous avons visit sa suite les antiquits romaines et le cratre du ,vsuve4 ,la srnit de son esprit1 la noble gravit de sa parole1 la profondeur de ses connaissances historiques et la chaleur tempre de son enthousiasme nous ont donn une ide du caractre de ,goethe1 son ami4 ,jamais son image ne s'est efface de notre souvenir3 ,principibus placuisse viris6 ,la correspondance de ,schiller et de ,goethe est pleine du nom de ,guillaume de ,humboldt4 ,on voit qu'il tait pour eux un de ces hommes qui1 semblables aux dieux cachs1 font peu d'oeuvres1 mais rendent beaucoup d'oracles4 ,guillaume de ,humboldt1 dit ,schiller ,goethe1 trouve1 comme moi1 que l'ge vous mrit sans vous affaiblir1 et que votre esprit est dans toute sa mle jeunesse et dans toute sa plnitude cratrice4--,puisque j'ai1 outre votre suffrage1 celui de ,guillaume de ,humboldt1 je continue avec confiance4 ,combien n'est-il pas plus utile et plus dlicieux de se mirer dans les autres qu'en soi-mme6 ,j'irai bientt vous voir ,ina4 ,,viii ,schiller travaillait alors son vaste drame historique de ,wallenstein1 sans cesse interrompu par la souffrance1 sans cesse repris par l'obstination de la volont4 ,c'est1 selon nous1 son vritable chef-d'oeuvre2 mais ce chef-d'oeuvre est en histoire ce que le ,faust de ,goethe est en philosophie potique1 trop vaste et trop dbordant pour la scne2 c'est une pope du moyen ge dialogue avec gnie par un pote moderne4 ,la patience allemande1 qui ne dispute pas le temps son plaisir1 pouvait seule s'accommoder de ces dveloppements dmesurs du drame rflchi4 ,schiller avait divis sa pice en trois pices1 ce qu'on appelle une trilogie en littrature4 ,l'esprit franais ne s'accommode pas de cette suspension d'une action qui s'arrte un soleil et reprend l'autre4 ,le plaisir1 en ,france1 court plus vite que le temps2 il n'attend personne1 pas mme le gnie4 ,schiller envoyait acte par acte son drame de ,wallenstein ,goethe2 ,goethe l'apprciait et le corrigeait avec le mme amour qui si cette oeuvre et t la sienne4 --,qu'il me parat trange1 crivait ,schiller son ami1 ministre et favori d'un souverain1 de vous voir lanc au plus haut et au plus pais de ce monde1 tandis que je suis assis entre mes pauvres fentres de papier huil1 n'ayant aussi que papiers devant moi1 et que cependant1 malgr cette diffrence dans nos destines1 nous puissions nous comprendre si parfaitement l'un l'autre6 ,schiller venait d'tre pre2 ,goethe1 le #bh octobre #agie1 le flicitait sur ce bonheur de famille3 ,dieu bnisse le nouvel hte4 ,je serai bientt prs de vous2 j'ai besoin de ces entretiens que vous seul vous pouvez me donner4 ,goethe lui-mme venait d'avoir un fils4 ,un de mes soucis1 crivait-il1 repose maintenant dans le berceau6 ,l'union de la jeune mre de ce fils avec le grand homme n'tait pas encore consacre par le mariage lgal2 elle le fut depuis4 ,les ides de ,goethe sur les femmes taient des ides tout fait orientales4 ,il considrait1 en patriarche de ,canaan ou en brahmine de l',inde1 la femme comme une crature infrieure en force et en dignit l'homme2 elle n'tait ses yeux que la plus charmante dcoration de la nature1 un appt la perptuation de l'espce humaine1 une source de plaisir sacr1 et surtout une esclave charge de rgner sur son matre par ses charmes suprieurs ses droits1 une servante antique de la tente arabe ou du gynce grec1 dont les fonctions consistaient gouverner dans un bel ordre intrieur les autres agents infrieurs de la domesticit4 ,ces ides taient conformes en lui ce culte pour le fait grossier de la nature qui a donn la force l'homme1 la faiblesse et l'attrait la femme4 ,le fatalisme s'accommode trs-bien de la servitude2 l'homme1 aux yeux de ,goethe1 tait roi par droit de nature2 ce roi pouvait aimer ses sujettes1 mais il n'tait pas tenu de les respecter4 ,la conduite de ,goethe l'gard des femmes1 surtout depuis son ge avanc1 avait t le commentaire de ces doctrines3 s'il aimait1 il ne s'enchanait pas par l'amour4 ,,ix ,cependant les annes de ,goethe1 qui s'accumulaient1 quoique saines et vertes1 commenaient lui faire sentir la ncessit de remettre le soin de sa maison et le dpt de son coeur une femme qui ft la fois l'ordre et le charme de sa maison4 ,comme le patriarche1 il tait assis au bord du puits pour examiner les ,sara qui venaient puiser l'eau la fontaine4 ,un hasard lui offrit ce qu'il cherchait vaguement encore4 ,il faut se souvenir1 pour bien comprendre ce mariage prcd d'un long noviciat domestique1 que ,goethe1 aux yeux de la ville de ,weimar1 n'tait pas seulement un pote1 un ministre1 un favori du souverain1 mais une sorte de dieu antique au-dessus des moeurs et des lois1 un tre d'exception qui avait ses moeurs et ses lois part du reste de l'humanit4 ,or le copiste et l'imprimeur du thtre de ,weimar1 nomm ,vulpius1 avait des rapports de service frquents et habituels avec ,goethe1 la fois ministre1 auteur et directeur de la scne4 ,un jour que ce ,vulpius avait porter ,goethe les preuves corriger d'une de ses pices1 un surcrot d'affaires l'empcha inopinment de remplir ce devoir lui-mme2 il chargea une de ses filles de porter sa place le manuscrit et l'preuve d'imprimerie l'auteur de ,faust et de lui rapporter les corrections4 ,la jeune fille1 peine entre dans son printemps1 avait la candeur et la fleur de beaut de ,marguerite dans le jardin de la voisine4 ,elle aborde en tremblant et en rougissant le majestueux vieillard2 ,goethe1 frapp de son innocence et de ses charmes1 prouva pour elle ce que ,faust avait prouv l'aspect de ,marguerite sur les marches de l'glise2 il voulut non sduire1 mais plaire4 ,sa mle beaut1 sa tendre dfrence1 le prestige de son nom1 plus grand que nature dans l'esprit de la jeune fille1 enlevrent le coeur et le consentement de la jeune messagre4 ,elle accepta avec ivresse le gouvernement de la maison du grand homme et le rle d'pouse quivoque auquel il conviendrait au pote d'lever sa belle gouvernante4 ,de ce jour elle rgna1 servante et reine1 dans l'intrieur de la maison de ,goethe4 ,nul ,weimar n'aurait os se scandaliser d'une hardiesse de la vie prive ou publique du roi de l'intelligence en ,allemagne2 il tait1 comme ,louis ,,xiv1 au-dessus de l'humanit3 il avait le droit divin du scandale4 ,l'union de ,goethe et de la belle jeune fille qu'il avait installe reine subalterne de sa maison fut heureuse4 ,ce fils en naquit2 la mort l'enleva dans son berceau4 ,on voit que ,goethe le pleura comme un homme vulgaire4 ,il faut1 dit-il son ami ,schiller1 laisser ses droits la nature et pleurer quand elle vous envoie des larmes2 autrement elles s'accumulent et vous noient le coeur1 d'autant plus abondantes que vous les avez plus ajournes2 ensuite il faut reprendre le travail1 ce consolateur infaillible qui gurit tout en dplaant tout4 ,un autre fils survint et vcut ge d'homme4 ,mais1 pendant que nous touchons la vie prive du grand homme1 disons ce qui l'honore aprs avoir dit ce qui l'inculpe4 ,il pousa lgalement plus tard la jeune et charmante compagne qu'il s'tait donne1 et il l'pousa dans des circonstances qui donnent un grand prix d'honntet et de dsintressement son amour4 ,c'tait le lendemain de la bataille d',ina2 les ,franais1 vainqueurs1 s'avanaient sur ,weimar4 ,le duc1 vaincu avec les ,prussiens1 ses allis1 avait abandonn son palais et fuyait vers ,berlin4 ,on s'attendait au massacre des habitants et l'incendie de la ville2 ,goethe envisagea d'un regard calme le pril4 ,je ne dois pas1 dit-il1 laisser aprs moi une femme tendre et fidle1 mre de mon fils1 sans nom et sans asile4 ,elle aura du moins un titre au bnfice et l'honneur de ma mmoire4 ,et il pousa mademoiselle ,vulpius la veille du jour qu'il croyait tre le jour suprme de sa patrie et de sa vie4 ,philosophe dans la rgion de la pense1 homme de bien dans la rgion des ralits1 il consacra son amour au moment peut-tre o il ne l'prouvait plus4 ,madame ,goethe mourut avant lui1 et il ne parut la regretter que comme un matre regrette une fidle servante1 colonne de sa maison4 ,il ne laissa jamais de prise sur lui aux douleurs violentes ou ternelles2 il voulait conserver tout prix le calme olympien de son intelligence4 ,vivre1 pour lui1 c'tait oublier4 ,madame ,goethe1 depuis longtemps souffrante1 expira en voiture1 pendant une des promenades que le pote-ministre faisait autour de ,weimar4 ,ils vont tre bien surpris la maison6 dit-il son cocher qui tendait le corps inanim de sa matresse sur le gazon du bord de la route4 ,ce mot du stocisme ou de l'indiffrence resta le proverbe du superbe gosme du grand homme en ,allemagne4 ,mais reprenons la correspondance des deux amis4 ,x ,on avait pris souvent en ,allemagne des posies de ,schiller pour des posies de ,goethe et des odes de ,goethe pour des odes de ,schiller4 ,goethe ne s'offensait pas1 comme on va le voir1 de cette promiscuit de gloire entre son ami et lui4 ,que l'on nous confonde dans nos talents1 crivait-il ,schiller1 ce m'est chose agrable2 cela montre que nous nous levons toujours davantage ensemble au-dessus de l'affectation de notre sicle1 c'est--dire au beau simple1 pour arriver ce qui est universellement bon4 ,il faut convenir aussi qu' nous deux nous tenons un large espace dans le monde de l'intelligence en nous donnant la main et en faisant la chane4 ,cependant cette poque1 #agie1 ils drogrent tous deux la noblesse et la dignit de leur gnie en publiant des livres d'pigrammes anonymes1 mais mordantes1 contre les crivains et les potes leurs contemporains et leurs compatriotes4 ,badinages grecs peu dignes d'eux2 ,aristophane et ,sophocle dans le mme homme4 ,cela n'agrandit pas1 cela jure et cela rapetisse3 jeux d'coliers qu'on s'afflige d'avoir leur reprocher4 ,les aigles plongent du haut du firmament sur la tte de leurs ennemis et ne les mordent pas au talon4 ,glissons sur ces misres4 ,,xi ,goethe et ,schiller continuent s'entretenir de la tragdie de ,wallenstein1 laquelle ,schiller travaille pendant trois ans4 ,je vous salue de mon jardin d',ina 7c'est le #a;er mai #agig71 crit ,schiller son ami et son matre2 je m'y suis install ce matin4 ,un doux paysage m'entoure2 le soleil se couche en souriant1 et les rossignols chantent4 ,tout m'enveloppe d'accueil et de joie autour de moi1 et ma premire soire sur mon propre domaine est du plus heureux prsage4 --,avant-hier1 rpond ,goethe1 j'ai fait visite ,wieland 7le ,voltaire rudit et gracieux de l',allemagne72 il habite une jolie et vaste maison dans la plus laide contre du monde4 ,triste chose que le monde1 continue-t-il ailleurs2 on y apprend bien des choses1 mais qui au fond ne nous apprennent rien2 mais quant ce qui nous importe davantage1 la seule chose mme qui nous importe vritablement1 l'inspiration intrieure1 le monde1 au lieu de nous la donner1 nous la prend4 --,je lis madame de ,stal1 rpond ,schiller2 elle oublie son sexe sans s'lever au-dessus de lui2 c'est une nature raisonneuse1 mais trs-peu potique 7c'est--dire cratrice74 ,dans les lettres suivantes1 la tragdie de ,schiller1 ,wallenstein1 est enfin termine4 ,ils concertent ensemble les moyens de la faire dignement reprsenter sur la scne de ,weimar4 ,goethe prside en l'absence de son ami aux rptitions4 ,il appelle ,schiller ,weimar1 le prsente au duc1 le loge au chteau1 le traite en frre4 ,ses anxits sur le sort du drame la reprsentation sont fivreuses d'amiti4 ,la pice russit et devient la gloire immortelle de ,schiller4 ,goethe la gote comme sa propre gloire4 ,ou ne sait lequel admirer le plus1 ou du matre sans ombrage ou du disciple sans rivalit4 ,une plus tendre treinte resserre le coeur des deux rivaux aprs ce succs monumental de ,wallenstein2 les lettres deviennent plus presses et plus confidentielles2 ils pensent1 ils sentent1 ils vivent deux4 ,schiller s'tablit ,weimar pour jouir plus habituellement de l'intimit de ,goethe4 ,les lettres s'abrgent sans se refroidir2 on n'a plus que des billets4 ,madame de ,stal1 fuyant la tyrannie de ,napolon1 qui l'avait relgue hors de ,france1 s'arrte quelques semaines ,weimar1 et cherche rpandre autour d'elle1 sur ,goethe et ,schiller1 l'blouissement de son esprit4 ,les deux amis1 en ,allemands un peu ombrageux1 parce qu'ils sont timides1 vitent1 autant que possible1 les rencontres prolonges avec la fille de ,m4 ,necker1 et se confient l'un l'autre leurs impressions sur cette ,sapho de tribune4 ,ils la jugent svrement4 ,,xii ,c'est pendant cette longue intimit des deux crivains1 intimit favorable leur fcondit littraire1 que ,schiller crivit ,wallenstein1 ,marie ,stuart1 ,jeanne d',arc1 ,guillaume ,tell1 drames dont fut constitu son thtre allemand4 ,c'est alors aussi qu'il crivit ces odes et ces ballades germaniques1 enthousiastes par la forme1 populaires par le fond1 qui rivalisrent avec les oeuvres lyriques de ,goethe4 ,dans tous ces genres il approcha ,goethe1 il ne l'atteignit et ne le dpassa jamais4 ,pour un observateur expriment du gnie humain1 il fut toujours le disciple1 jamais le matre4 ,il calqua son oeuvre sur l'oeuvre de ,goethe1 sans pouvoir calquer l'incommensurable gnie de son modle4 ,on sent dans sa vie l'imitation puissante et habile1 mais enfin l'imitation partout4 ,goethe crit ,goltz de ,berlichengen1 ,schiller crit ,wallenstein2 ,goethe chante les ballades nationales de la ,germanie1 ,schiller soupire les ballades du moyen ge et les lgendes de la tradition des chaumires2 ,goethe exhale avec ddain sa mauvaise humeur de gant dans des pigrammes contre la mdiocrit de ses rivaux1 ,schiller rime des sarcasmes contre les engouements ignares de son pays4 ,enfin ,goethe abjure1 dans son omnipotence1 toutes les crdulits du vulgaire1 et cherche sa divinit universelle dans la divinit individuelle de tout ce qui vit dans la nature2 son dieu1 c'est la vie2 la vie1 c'est son dieu4 ,schiller1 d'abord chrtien et pieux1 suit son matre1 et chante comme lui ses hymnes au ,dieu inconnu4 ,mais ,goethe accomplit toutes ces phases de sa posie et de sa philosophie indienne avec la majest d'un dieu de l',inde1 ,schiller avec la faiblesse et l'embarras d'un homme qui marche sur les pas d'un dieu4 ,aussi les traces de ,goethe dans l'histoire littraire de l',allemagne et du monde ne seront jamais effaces2 les traces de ,schiller1 quoique chres aux mes tendres1 s'effaceront l'apparition du premier grand pote qui natra en ,allemagne4 ,l'un fut le gnie1 l'autre ne fut que le talent2 je n'ai jamais pu les comparer4 ,cependant ,schiller gala et dpassa un jour son matre dans un pome lyrique presque sans gal dans la posie de toutes les langues modernes1 intitul la ,cloche4 ,ce dithyrambe1 rflchi et vocifr tout la fois sur l'instrument arien qui sonne la fois les prires1 les douleurs1 les glas funbres1 les naissances1 les effrois de l'homme1 est digne de rester dans la mmoire de la postrit4 ,schiller ne le composa pas comme l'ode se compose1 c'est--dire par une rapide et involontaire explosion de l'me1 qui n'clate qu'un instant et qui se rpercute jamais de l'me du pote dans l'oreille des sicles4 ,on voit1 par sa correspondance avec ,goethe1 qu'il le conut un jour d'inspiration1 mais qu'il l'excuta en trois ans d'tude et de retouches4 ,le lecteur va juger1 sur une traduction toujours attnuante de l'oeuvre originale1 combien ,schiller dpassa ,pindare et ,horace dans ce dithyrambe didactique du pote qui se souvenait d'avoir t chrtien4 ,nous empruntons cette traduction ,m4 ,marmier1 l'importateur des posies du ,nord dans notre langue1 pote lui-mme par l'imagination et le sentiment4 coutez6 ,,xiii ,,la ,,cloche4 ,le moule d'argile est encore plong et scell dans la terre2 aujourd'hui la cloche doit tre faite4 l'oeuvre1 compagnons6 courage6 ,la sueur doit ruisseler du front brlant2 l'oeuvre doit honorer le matre1 mais il faut que la bndiction vienne d'en haut4 ,il convient de mler des paroles srieuses l'oeuvre srieuse que nous prparons3 le travail que de sages paroles accompagnent s'excute gaiement4 ,considrons gravement ce que produira notre faible pouvoir2 car il faut mpriser l'homme sans intelligence qui ne rflchit pas aux entreprises qu'il veut accomplir4 ,c'est pour mditer dans son coeur sur le travail que sa main excute que la pense a t donne l'homme3 c'est l ce qui l'honore4 ,prenez du bois de sapin1 choisissez des branches sches1 afin que la flamme1 plus vive1 se prcipite dans le conduit4 ,quand le cuivre bouillonnera1 mlez-y promptement l'tain pour oprer un sr et habile alliage4 ,la cloche que nous formons l'aide du feu dans le sein de la terre attestera notre travail au sommet de la tour leve4 ,elle sonnera pendant de longues annes2 bien des hommes l'entendront retentir leurs oreilles1 pleurer avec les affligs et s'unir aux prires des fidles4 ,tout ce que le sort changeant jette parmi les enfants de la terre montera vers cette couronne de mtal et la fera vibrer au loin4 ,je vois jaillir des bulles blanches4 ,bien6 la masse est en fusion4 ,laissons-la se pntrer du sel de la cendre qui htera sa fluidit4 ,que le mlange soit pur d'cume1 afin que la voix du mtal poli retentisse pleine et sonore2 car la cloche salue avec l'accent solennel de la joie l'enfant bien-aim son entre dans la vie1 lorsqu'il arrive plong dans le sommeil4 ,les heures joyeuses et sombres de sa destine sont encore caches pour lui dans les voiles du temps2 l'amour de sa mre veille avec de tendres soins sur son matin dor2 mais les annes fuient rapides comme une flche4 ,l'enfant se spare firement de la jeune fille2 il se prcipite avec imptuosit dans le courant de la vie2 il parcourt le monde avec le bton de voyage et rentre tranger au foyer paternel1 et il voit devant lui la jeune fille charmante dans l'clat de sa fracheur1 avec son regard pudique4 ,un vague dsir1 un dsir sans nom1 saisit l'me du jeune homme2 il erre dans la solitude1 fuyant les runions tumultueuses de ses frres et pleurant l'cart4 ,il suit1 en rougissant1 les traces de celle qui lui est apparue1 heureux de son sourire1 cherchant1 pour la parer1 les plus belles fleurs du vallon4 ,oh6 tendre dsir6 heureux espoir6 jour dor du premier amour6 ,les yeux alors voient le ciel ouvert1 le coeur nage dans la flicit4 ,oh6 que ne fleurit-il tout jamais1 l'heureux temps du jeune amour6 ,comme les tubes brunissent dj6 ,j'y plonge cette baguette3 si nous la voyons se vitrifier1 il sera temps de couler le mtal4 ,maintenant1 compagnons1 alerte6 ,examinez le mlange1 et voyez si1 pour former un alliage parfait1 le mtal doux est uni au mtal fort4 ,car de l'alliance de la douceur avec la force1 de la svrit avec la tendresse1 rsulte la bonne harmonie4 ,c'est pourquoi ceux qui s'unissent tout jamais doivent s'assurer que le coeur rpond au coeur4 ,courte est l'illusion1 long est le repentir4 ,la couronne virginale se marie avec grce aux cheveux de la fiance quand les cloches argentines de l'glise invitent aux ftes nuptiales4 ,hlas6 la plus belle solennit de la vie marque le terme du printemps de la vie4 ,la douce illusion s'en va avec le voile et la ceinture2 la passion disparat2 puisse l'amour rester6 ,la fleur se fane1 puisse le fruit mrir6 ,il faut que l'homme entre dans la vie orageuse2 il faut qu'il agisse1 combatte1 plante1 cre1 et1 par l'adresse1 par l'effort1 par le hasard et la hardiesse1 subjugue la fortune4 ,alors les biens affluent autour de lui1 ses magasins se remplissent de dons prcieux2 ses domaines s'largissent1 sa maison s'agrandit1 et1 dans cette maison1 rgne la femme sage1 la mre des enfants4 ,elle gouverne avec prudence le cercle de la famille1 donne des leons aux jeunes filles1 rprimande les garons4 ,ses mains actives sont sans cesse l'oeuvre2 elle augmente par son esprit d'ordre le bien-tre du mnage2 elle remplit de trsors les armoires odorantes1 tourne le fil sur le fuseau1 amasse dans des buffets soigneusement nettoys la laine blouissante1 le lin blanc comme la neige2 elle joint l'lgant au solide et jamais ne se repose4 ,du haut de sa demeure1 d'o le regard s'tend au loin1 le pre contemple d'un oeil joyeux ses proprits florissantes4 ,il voit ses arbres qui grandissent1 ses granges bien remplies1 ses greniers qui plient sous le poids de leurs richesses1 et ses moissons pareilles des vagues ondoyantes2 et alors il s'crie avec orgueil3 ,la splendeur de ma maison1 ferme comme les fondements de la terre1 brave la puissance du malheur4 ,mais1 hlas6 avec les rigueurs du destin il n'est point de pacte ternel1 et le malheur arrive d'un pas rapide4 ,allons6 nous pouvons commencer couler le mtal travers l'ouverture2 il apparat bien dentel4 ,mais1 avant de le laisser sortir1 rptez comme une prire une pieuse sentence4 ,ouvrez les conduits1 et que ,dieu garde l'difice4 ,voil que les vagues1 rouges comme du feu1 courent en fumant dans l'enceinte du moule6 ,heureuse est la puissance du feu1 quand l'homme la dirige1 la domine4 ,ce qu'il fait1 ce qu'il cre1 il le doit cette force cleste4 ,mais terrible est cette mme force quand elle chappe ses chanes1 quand elle suit sa violente impulsion1 fille libre de la nature4 ,malheur6 lorsque1 affranchie de tout obstacle1 elle se rpand travers les rues populeuses et allume l'effroyable incendie2 car les lments sont hostiles l'oeuvre des hommes4 ,du sein des nuages descend la pluie qui est une bndiction1 et du sein des nuages descend la foudre4 ,entendez-vous1 au sommet de la tour1 gmir le tocsin8 ,le ciel est rouge comme du sang1 et cette lueur de pourpre n'est pas celle du jour4 ,quel tumulte travers les rues6 quelle vapeur dans les airs6 ,la colonne de feu roule en ptillant de distance en distance1 et grandit avec la rapidit du vent4 ,l'atmosphre est brlante comme dans la gueule d'un four2 les solives tremblent1 les poutres tombent1 les fentres clatent1 les enfants pleurent1 les mres courent gares1 et les animaux mugissent sous les dbris4 ,chacun se hte1 prend la fuite1 cherche un moyen de salut4 ,la nuit est brillante comme le jour2 le seau circule de main en main sur une longue ligne1 et les pompes lancent des gerbes d'eau2 l'aquilon arrive en mugissant et fouette la flamme ptillante2 le feu clate dans la moisson sche1 dans les parois du grenier1 atteint les combles et s'lance vers le ciel1 comme s'il voulait1 terrible et puissant1 entraner la terre dans son essor imptueux4 ,priv d'espoir1 l'homme cde la force des dieux1 et regarde1 frapp de stupeur1 son oeuvre s'abmer4 ,consum1 dvast1 le lieu qu'il occupait est le domaine des aquilons1 la terreur habite dans les ouvertures dsertes des fentres1 et les nuages du ciel planent sur les dcombres4 ,l'homme jette encore un regard sur le tombeau de sa fortune1 puis il prend le bton de voyage4 ,quels que soient les dsastres de l'incendie1 une douce consolation lui est reste2 il compte les ttes qui lui sont chres3 bonheur6 il ne lui en manque pas une4 ,la terre a reu le mtal1 le moule est heureusement rempli2 la cloche en sortira-t-elle assez parfaite pour rcompenser notre art et notre labeur8 ,si la fonte n'avait pas russi6 si le moule s'tait bris6 ,hlas6 pendant que nous esprons1 peut-tre le mal est-il dj fait6 ,nous confions l'oeuvre de nos mains aux entrailles du sol4 ,le laboureur leur confie ses semences1 esprant qu'elles germeront pour son bien1 selon les desseins du ,ciel4 ,nous ensevelissons dans le sein de la terre des semences encore plus prcieuses1 esprant qu'elles se lveront du cercueil pour une meilleure vie4 ,dans la tour de l'glise retentissent les sons de la cloche1 les sons lugubres qui accompagnent le chant du tombeau1 qui annoncent le passage du voyageur que l'on conduit son dernier asile4 ,hlas6 c'est une pouse chrie1 c'est une mre fidle que le dmon des tnbres arrache aux bras de son poux1 aux tendres enfants qu'elle mit au monde avec bonheur1 qu'elle nourrit sur son sein avec amour4 ,hlas6 les doux liens sont jamais briss1 car elle habite dsormais la terre des ombres1 celle qui fut la mre de famille4 ,c'en est fait de sa direction assidue1 de sa vigilante sollicitude1 et dsormais l'trangre rgnera sans amour son foyer dsert4 ,pendant que la cloche se refroidit1 reposons-nous de notre rude travail2 que chacun de nous s'gaye comme l'oiseau sous la feuille4 ,quand la lumire des toiles brille1 le jeune ouvrier1 libre de tout souci1 entend sonner l'heure de la joie2 mais le matre n'a pas de repos4 travers la fort sauvage le voyageur presse gaiement le pas pour arriver sa chre demeure4 ,les brebis blantes1 les boeufs au large front1 les gnisses au poil luisant se dirigent en mugissant vers leur table4 ,le chariot charg de bl s'avance en vacillant4 ,sur les gerbes brille la guirlande de diverses couleurs1 et les jeunes gens de la moisson courent la danse4 ,le silence rgne sur la place et dans les rues1 les habitants de la maison se rassemblent autour de la lumire1 et la porte de la ville roule sur ses gonds4 ,la terre est couverte d'un voile sombre2 mais la nuit1 qui tient veill le mchant1 n'effraye pas le paisible bourgeois2 car l'oeil de la justice est ouvert4 ,ordre saint1 enfant bni du ,ciel1 c'est toi qui formes de douces et libres unions2 c'est toi qui as jet les fondements des villes2 c'est toi qui as fait sortir le sauvage farouche de ses forts2 c'est toi qui1 pntrant dans la demeure des hommes1 leur donnes des moeurs paisibles et le bien le plus prcieux1 l'amour de la patrie4 ,mille mains actives travaillent et se soutiennent dans un commun accord1 et toutes les forces se dploient dans ce mouvement empress4 ,le matre et le compagnon poursuivent leur oeuvre sous la sainte protection de la libert4 ,chacun se rjouit de la place qu'il occupe et brave le ddain4 ,le travail est l'honneur du citoyen1 la prosprit est la rcompense du travail4 ,si le roi s'honore de sa dignit1 nous nous honorons de notre travail4 ,douce paix1 heureuse union6 restez1 restez dans cette ville6 ,qu'il ne vienne jamais le jour o des hordes cruelles traverseraient cette valle1 o le ciel1 que colore la riante pourpre du soir1 reflterait les lueurs terribles de l'incendie des villes et des villages6 prsent1 brisez le moule2 il a rempli sa destination4 ,que le regard et le coeur se rjouissent l'aspect de notre oeuvre heureusement acheve6 ,frappez6 frappez avec le marteau jusqu' ce que l'enveloppe clate2 pour que nous voyions notre cloche1 il faut que le moule soit bris en morceaux4 ,le matre sait d'une main prudente et en temps opportun rompre l'enveloppe2 mais malheur6 quand le bronze embras clate de lui-mme et se rpand en torrents de feu4 ,dans son aveugle fureur il s'lance avec le bruit de la foudre1 dchire la terre qui l'entoure1 et1 pareil aux gueules de l'enfer1 vomit la flamme dvorante4 ,l o rgnent les forces inintelligentes et brutales1 l l'oeuvre pure ne peut s'accomplir4 ,quand les peuples s'affranchissent d'eux-mmes1 le bien-tre ne peut subsister4 ,malheur6 lorsqu'au milieu des villes l'tincelle a longtemps couv2 lorsque la foule1 brisant ses chanes1 cherche pour elle-mme un secours terrible6 ,alors la rvolte1 suspendue aux cordes de la cloche1 la fait gmir dans l'air et change en instrument de violence un instrument de paix4 ,libert6 galit6 voil les mots qui retentissent4 ,le bourgeois paisible saisit ses armes2 la multitude inonde les rues et les places1 des bandes d'assassins errent de ct et d'autre4 ,les femmes deviennent des hynes et se font un jeu de la terreur4 ,de leurs dents de panthres elles dchirent le coeur palpitant d'un ennemi4 ,plus rien de sacr2 tous les liens d'une rserve pudique sont rompus4 ,le bon cde la place au mchant1 et les vices marchent en libert4 ,le rveil du lion est dangereux1 la dent du tigre est effrayante2 mais ce qu'il y a de plus effrayant c'est l'homme dans son dlire4 ,malheur ceux qui prtent cet aveugle ternel la torche1 la lumire du ciel6 ,elle ne l'claire pas1 mais elle peut1 entre ses mains1 incendier les villes1 ravager les campagnes4 ,dieu a bni mon travail4 ,voyez6 du milieu de l'enveloppe s'lve le mtal1 pur comme une toile d'or4 ,de son sommet jusqu' sa base il reluit comme le soleil1 et les armoiries bien dessines attestent l'exprience du mouleur4 ,venez6 venez1 mes compagnons6 formez le cercle6 baptisons la cloche1 donnons lui le nom de ,concorde4 ,qu'elle ne rassemble la communaut que pour des runions de paix et d'affection6 ,qu'elle soit1 par le matre qui l'a forme1 consacre cette oeuvre pacifique4 leve au-dessus de la vie terrestre1 elle planera sous la vote du ciel azur4 ,elle se balancera prs du tonnerre et prs des astres4 ,sa voix sera une voix suprme1 comme cette des plantes1 qui1 dans leur marche1 louent le ,crateur et rglent le cours de l'anne4 ,que sa bouche d'airain ne soit occupe qu'aux choses graves et ternelles6 ,que le temps la touche chaque heure dans son vol rapide6 ,que1 sans coeur et sans compassion1 elle prte sa voix au destin et annonce les vicissitudes de la vie6 ,qu'elle nous rpte que rien ne dure en ce monde1 que toute chose terrestre s'vanouit comme le son qu'elle fait entendre et qui bientt expire6 ,maintenant1 arrachez avec les cbles la cloche de la fosse2 qu'elle s'lve dans les airs1 dans l'empire du son6 ,tirez6 tirez6 ,elle s'meut1 elle s'branle2 elle annonce la joie cette ville4 ,que ses premiers accents soient des accents de paix4 ,,xiv ,le seul dfaut d'un pareil pome c'est d'tre la fois pens1 dcrit et chant4 ,le vritable enthousiasme ne pense pas1 ne dcrit pas2 il chante4 ,mais1 ce genre mixte une fois admis1 le pome de ,schiller est digne de tinter ternellement dans l'oreille des hommes4 ,nous n'avons rien de pareil en ,france4 ,ce fut une de ses dernires oeuvres2 il n'avait que quarante-sept ans1 et il se laissait dj atteindre par la mort4 ,c'tait une de ces organisations frles et maladives qui ne rsistent pas1 comme celle de ,goethe ou de ,voltaire1 organisations de chne robuste1 aux secousses de leur me et aux secousses de la vie4 ,il crivit sa profession de foi dsormais philosophique en ces termes3 ,heureux temps1 jours clestes o1 les yeux ferms1 je suivais avec abandon le cours de la vie6 ,je me nourrissais de mes songes1 et j'tais heureux2 j'ai appris penser1 et je suis tent de pleurer d'avoir vu le jour4 ,on m'a enlev la foi qui me donnait le calme2 on m'a enseign ddaigner ce que j'adorais4 ,quand je voyais le peuple se rendre en foule l'glise1 quand j'entendais les membres d'une nombreuse communion de croyants confondre leurs voix dans une mme prire3 ,oui1 me disais-je1 elle est divine cette loi que les meilleurs des hommes professent1 qui dompte l'esprit et console le coeur4 ,la froide raison a teint cet enthousiasme2 il n'y a rien de vritablement sacr que la vrit et ce que la raison reconnat comme vrit4 ,ma raison maintenant est le seul guide qui me reste pour me porter ,dieu1 la vertu1 l'ternit44444 ,toutes les perfections de la nature sont runies en ,dieu4 ,la nature est ,dieu divis l'infini 7profession de foi de son matre ,goethe74 ,l o je dcouvre un corps1 je pressens une intelligence2 l o je remarque un mouvement1 je devine une pense motrice4 ,ce que nous nommons amour est le dsir d'un bonheur hors de nous2 l'amour est la boussole aimante du monde intellectuel2 c'est l'amour qui nous attire ,dieu4 ,si chaque homme aimait tous les hommes1 il possderait le monde entier6 ,c'est dans ces penses qu'il expira peu de temps aprs1 en serrant la main de sa femme1 en bnissant son enfant1 et regardant1 comme ,j4-,j4 ,rousseau1 le soleil du soir jouer comme un crpuscule du jour ternel sur les rideaux de son lit4 ,,xv ,goethe1 ferme comme un bloc de marbre jusqu' ses derniers moments1 jouait encore comme un jeune homme avec les illusions et avec l'amour4 ,ses liaisons littraires avec ,bettina d',arnim ressemblent une de ces aurores borales de l'amour que les vieillards1 dont l'imagination survit l'ge1 aiment voir briller sur leur horizon quand le soleil de l'amour juvnile est dj couch depuis longtemps dans leur ciel4 ,les amours de l'homme d'tat clbre allemand1 ,m4 de ,gentz1 pour la jeune et clbre ,fanny ,elssler1 sont comme une rptition1 peu de distance1 des amours de ,goethe et de ,bettina3 seulement ,m4 de ,gentz aimait du coeur1 et ,goethe n'aima jamais que de l'imagination4 ,il se plaisait jouer le rle d'un ,anacron allemand couronn de roses1 et voulant mourir la coupe des illusions encore pleine la main4 ,un mot sur cet pisode trs-curieux de la vieillesse du grand homme4 ,nous n'avons pas connu nous-mmes ,bettina d',arnim1 mais nous avons connu sa fille1 et1 si l'on doit juger des charmes de physionomie1 d'me et d'esprit de la mre1 par la figure de la fille1 ,bettina fut bien digne d'tre l',hb de ce ,jupiter mourant4 ,son nom de fille tait ,bettina ,brentano2 sa famille tait italienne4 ,sa beaut portait l'empreinte du climat1 son esprit avait la flamme de son ciel4 ,goethe1 dans sa premire adolescence1 avait t pris de sa grand'mre1 ,sophie ,laroche1 femme illustre par ses talents littraires en ,allemagne4 ,cette jeune fille avait dans son imagination prcoce un foyer d'enthousiasme qui demandait un aliment rel ou imaginaire2 elle entendait souvent accuser la froideur et l'gosme de ,goethe dans sa famille2 elle se figura que ,goethe n'tait rest insensible que faute d'avoir rencontr dans sa longue vie une me la proportion de la sienne4 ,elle voulut le venger de l'injustice des hommes pour un homme plus grand que l'humanit4 ,elle ne connaissait de ,goethe que ses oeuvres2 elle s'en fit une image selon son coeur1 et de cette image elle se fit une idole3 l'adoration naquit dans son coeur de l'enthousiasme4 ,ces phnomnes de jeunes filles1 rpandant1 comme ,madeleine1 leur urne de parfum sur les cheveux blancs d'un homme illustre1 sont plus frquents qu'on ne pense4 ,qui de nous ignore combien de jeunes coeurs se prodiguaient en pense et jusqu'en amour l'auteur de ,ren et d',atala1 descendant dj l'autre ct de la vie8 ,la beaut est la tentation de l'homme1 la gloire est la sduction de la femme4 force de rver de ,goethe1 la jeune ,bettina finit par l'aimer4 ,il y a un ge o les songes ne s'vanouissent pas avec la nuit4 ,,xvi ,une ombre tragique jete tout coup sur la jeunesse de ,bettina accrut son amour en nourrissant sa mlancolie4 ,elle avait pour amie une femme pote1 ,caroline de ,gunderode1 chanoinesse d'un des chapitres d',allemagne4 ,caroline de ,gunderode1 ce ,werther fminin1 s'exalta jusqu' la folie1 et finit par se tuer par dgot d'une vie prosaque en contraste avec une me de feu4 ,bettina resta seule1 et se rfugia d'autant plus dans le sein de ce fantme ador qui portait pour elle le nom de ,goethe4 ,elle alla ,weimar pour l'adorer de plus prs2 elle enivra le pote1 elle ne le flchit pas4 ,goethe se souvint de son ge1 et se contenta du feu et de l'encens1 sans toucher au vase fragile d'o cet enivrement montait lui4 ,cette rserve augmenta et fit durer l'amour dans l'me de la jeune ,italienne4 ,goethe plus sensible lui aurait paru un homme2 il ne se montra qu'en divinit4 ,cet amour dura sept ans4 ,une correspondance assidue entre la jeune fille et le majestueux pote nourrit ces deux imaginations de rves brlants d'un ct1 tides de l'autre4 ,pendant ces dlicieuses annes1 ,bettina1 aprs sept ans de culte1 finit par se marier au comte d',arnim1 gentilhomme d'une illustre maison de la ,prusse et pote d'un nom dj distingu dans son pays4 ,les rapports pistolaires entre ,bettina d',arnim et ,goethe se dtendirent et s'interrompirent mme compltement de #ahad #ahcc2 mais1 peu de mois avant la mort de ,goethe1 ,bettina vint se rconcilier avec son idole nglige et recevoir ses derniers regards et son dernier soupir4 ,quelque temps avant sa propre mort1 ,bettina publia elle-mme cette correspondance amoureuse entre la jeune fille et le vieillard4 ,nous la possdons tout entire en deux volumes2 cette correspondance tincelle plus qu'elle ne touche2 c'est un feu blouissant1 mais c'est un feu d'artifice2 une lettre d',hlose ,ablard contient plus de chaleur de passion que ces deux volumes de lettres entre ,bettina et l'auteur de ,werther4 ,une palpitation du coeur a plus de passion que mille lans d'imagination4 ,malheur aux amours chimriques6 on les regarde1 on ne les ressent pas4 ,une des lettres de ,m4 de ,gentz ,fanny ,elssler attendrit plus que toute la correspondance de ,goethe avec ,bettina4 ,on sent que l'homme d'tat1 quoique snile1 souffre et adore2 sa snilit mme fait compatir sa passion4 ,quant ,goethe1 il joue2 il charme1 il n'meut pas4 ,voici deux ou trois de ces lettres devenues un monument de l',allemagne littraire1 un bas-relief du tombeau de ,goethe4 ,vous vous imaginez facilement1 crit ,bettina la mre de ,goethe1 dont elle avait fait sa confidente et son amie ,francfort pendant que son fils vivait et trnait ,weimar2 vous vous imaginez facilement ce que je pense l'heure solitaire o le crpuscule cde la nuit1 maintenant je l'ai vu6444 7,c'tait aprs son voyage pour voir son idole ,weimar47 ,maintenant je l'ai vu1 je connais son sourire et le son de sa voix calme et pourtant vibrant d'amour1 et ses exclamations qui rsonnent comme un chant6 ,je sais comme il approuve ou comme il blme ce qu'on dit dans le tumulte de la passion4 ,l'anne passe1 quand je me trouvai inopinment avec lui1 j'tais hors de moi2 je voulus parler1 mais la voix me manqua2 il posa la main sur ma bouche et il me dit3 ,,parle ,,des ,,yeux1 ,,je ,,comprends ,,tout6 ,et quand il s'aperut que mes yeux taient remplis de larmes1 il les ferma et il ajouta3 ,,du ,,calme6 ,,du ,,calme6 ,c',,est ,,ce ,,qui ,,vous ,,convient ,a ,,tous ,,deux4 ,oui1 chre mre1 ce fut comme si la paix descendait sur moi6 ,n'avais-je pas tout ce que j'avais uniquement dsir depuis plusieurs annes8 vous1 sa mre1 je vous remercierai ternellement d'avoir mis au monde celui que j'aime6444 ,il m'est impossible ici1 sur les bords du ,rhin1 continue-t-elle1 de ne pas vous crire sur mon amie1 la jeune ,caroline ,gunderode4 ,hier j'ai t visiter l'endroit o elle s'est tue2 les saules ont tellement grandi qu'ils couvrent la place4 ,c'est ici1 pensai-je1 qu'elle erra dsespre et qu'elle enfona le terrible fer dans sa poitrine4 ,ce projet l'avait occupe pendant bien des jours1 et moi1 qui lui tais si prs du coeur1 moi qui suis maintenant seule ici dans ce lieu fatal1 je parcours ce mme rivage1 ne pensant qu' mon bonheur6444 ,je lui fais des reproches d'avoir quitt cette belle terre4 ,elle s'est mal conduite mon gard2 elle s'est enfouie loin de moi1 au moment o j'allais la faire participer mon bonheur4 ,elle tait pleine de timidit1 cette belle chanoinesse2 elle s'effrayait d'avoir rciter tout haut le bndicit2 elle me disait souvent qu'elle avait peur parce que son tour approchait de le prononcer devant les chanoinesses assembles4 ,notre vie commune tait belle2 c'tait l'poque laquelle je commenais avoir la conscience de moi-mme4 ,ce fut elle qui vint me chercher ,offenbach2 elle me prit par la main et me pria de venir la trouver la ville4 ,plus tard nous nous voyions tous les jours2 elle m'apprit lire avec rflexion2 elle voulait aussi m'enseigner l'histoire1 mais elle s'aperut bientt que j'tais beaucoup trop occupe du prsent pour que le pass et le pouvoir de m'enchaner pendant longtemps4 ,que j'aimais aller la trouver6 ,je finis par ne plus pouvoir me passer d'elle pendant un seul jour4 ,je courais la voir tous les aprs-midi4 ,quand j'arrivais la porte du chapitre1 je regardais travers le trou de la serrure jusqu' ce qu'on m'et ouvert4 ,son petit appartement tait au rez-de-chausse1 donnant sur le jardin2 un peuplier blanc tait devant sa fentre2 je grimpais dessus en lui faisant la lecture2 chaque chapitre je montais sur une branche plus leve4 ,elle m'coutait1 appuye la fentre1 et me disait de temps en temps3 ,bettina1 ne tombe pas6 ,maintenant je vois combien j'tais heureuse alors1 car tout1 la moindre des choses mme1 s'est empreint en moi comme une jouissance4 ,ses traits taient doux et mous comme ceux d'une blonde2 pourtant elle avait des cheveux bruns1 mais des yeux bleus abrits par de longs cils4 ,elle ne riait pas haut2 c'tait plutt un doux roucoulement sourd1 dans lequel la joie et la srnit s'exprimaient parfaitement4 ,elle ne marchait pas1 elle glissait2 vous comprendrez ce que j'entends par ce mot4 ,sa robe semblait l'entourer de plis caressants2 cela venait de la douceur de ses mouvements4 ,sa taille tait leve et pour ainsi dire trop coulante pour l'appeler lance4 ,elle tait timidement gracieuse et trop dpourvue de volont pour avoir jamais cherch se faire remarquer en socit4 ,un jour qu'elle tait chez le prince primat avec toutes les chanoinesses1 portant le costume de son ordre1 une robe queue1 un col blanc avec la croix d'ordonnance1 quelqu'un fit la remarque qu'elle ressemblait une apparition au milieu des autres dames1 un esprit qui allait s'vanouir dans l'air4 ,elle me lisait ses posies1 et se rjouissait de mon approbation comme si j'avais t un grand public2 c'est qu'aussi je tmoignais un vif dsir de les entendre3 non pas que je comprisse ce que j'entendais2 c'tait plutt pour moi un lment inconnu1 et ses doux vers agissaient sur moi comme l'harmonie d'une langue trangre qui vous flatte sans qu'on puisse la traduire4 ,nous lisions ,werther1 et nous discutions beaucoup sur le suicide4 ,elle disait toujours3 ,beaucoup apprendre1 beaucoup comprendre par l'esprit1 et mourir jeune6 ,je ne veux pas voir la jeunesse m'abandonner4 ,puis enfin s'adressant1 aprs ce rcit funbre1 ,goethe qui se refusait nourrir sa passion d'un retour complet1 ,bettina s'crie3 toi qui lis ceci1 tu n'as pas de manteau assez doux pour envelopper mon me blesse6 ,tu ne me rcompenseras jamais1 tu ne m'attireras jamais sur ton coeur6 ,je le sais1 je serai seule avec moi-mme comme je me suis trouve seule aujourd'hui sur le rivage o mourut ,gunderode2 seule sous les tristes saules o la mort frissonne encore1 sur cette place o l'herbe ne crot plus2 c'est l qu'elle a meurtri son beau corps6 ,jsus6 ,marie666 ,toi1 mon seigneur vivant6 toi1 gnie flamboyant qui es au-dessus de moi1 j'ai pleur1 non pas sur celle que j'ai perdue1 non1 j'ai pleur sur moi avec moi-mme4 ,il faut que je devienne froide et dure comme l'acier2 je dois tre impitoyable pour ce coeur passionn qui n'a pas1 hlas6 le droit de rien demander4 ,mais tu es doux1 ,goethe6 tu me souris1 et ta main frache me caresse et tempre l'ardeur de mes joues2 cela doit me suffire6 ,,xvii ,bettina revient ici la pense de son amie ,gunderode4 ,lorsque je revins visiter sa tombe1 j'y trouvai de pauvres gens qui cherchaient leurs vaches2 je les suivis2 ils devinrent que je venais du tombeau de la dame2 ils me dirent que ,gunderode leur avait souvent parl et fait l'aumne1 et que chaque fois qu'ils passaient prs de l'endroit fatal ils rcitaient un ,pater4 ,moi aussi j'ai pri son me et pour son me2 je me suis fait purifier par la lumire de la lune1 et je lui ai dit tout haut que je la dsirais1 que je regrettais ces heures o nous changions ici-bas nos penses1 nos sentiments4 ,un jour elle vint joyeusement ma rencontre1 et elle me dit3 ,hier j'ai caus avec un mdecin1 et il m'a appris qu'il tait trs-facile de se tuer4 ,elle entr'ouvrit sa robe et me montra une place sur son beau sein2 ses yeux resplendissaient de joie4 ,je la regardai fixement2 pour la premire fois je me sentis mal l'aise2 je lui demandai3 ,eh bien6 que ferai-je quand tu seras morte8--,oh6 rpondit-elle1 alors je te serai devenue indiffrente2 nous ne serons plus aussi lies2 je me brouillerai d'abord avec toi6 ,je me dirigeai vers la fentre pour cacher mes larmes et contenir les battements de mon coeur irrit2 elle s'tait mise l'autre fentre et ne disait mot4 ,je la regardais de ct2 ses yeux taient levs vers le ciel1 mais le regard en tait bris comme si tout leur feu s'tait concentr l'intrieur4 ,aprs l'avoir considre pendant quelque temps1 je ne pus me contenir3 j'clatai en sanglots1 je me jetai son cou1 je la forai s'asseoir1 je m'assis sur ses genoux1 je rpandis bien des larmes1 je l'embrassai pour la premire fois1 j'ouvris sa robe et je baisai la place o elle avait appris atteindre le coeur4 ,je la suppliai en pleurant amrement d'avoir piti de moi2 je me jetai de nouveau son cou1 et je baisai ses mains froides et frissonnantes4 ,ses lvres tremblaient2 elle tait roide et ple comme la mort1 et ne pouvait lever la voix2 elle me dit tout bas3 ,bettina1 ne me brise pas le coeur6 ,afin de ne pas lui faire de mal1 je cherchai surmonter ma douleur4 ,je me mis sourire1 pleurer1 sangloter tout la fois2 mais sa frayeur augmenta2 elle se coucha sur le canap4 ,je m'efforai alors de lui prouver que j'avais pris tout cela pour une plaisanterie4 ,,xviii ,toute cette longue passion de la chanoinesse ,gunderode est dcrit par son amie ,bettina en pages de ,werther2 on sent que le gnie de ,goethe a dteint sur ces jeunes amies4 ,goethe parut sensible cet amour moiti naf1 moiti fantastique de la belle enthousiaste4 ,un sonnet de lui fait foi de cette motion contenue1 mais forte4 ,la date du vendredi-saint1 dit-il dans ce sonnet1 tait grave en lettres de feu dans le coeur de ,ptrarque2 dans mon coeur moi c'est la date d'avril mil huit cent sept qu'on trouvera en traces profondes de feu1 grave par le jour o je t'ai connue6 ,ce jour-l je commenai1 non1 je continuai aimer celle qu'enfant je portais dj dans mon coeur1 etc4 ,la passion idale de ,bettina prend chaque jour des teintes plus chaudes dans sa correspondance4 ,j'ai d partir aprs un dernier embrassement1 moi qui croyais rester ternellement suspendue ton cou4 ,la maison que tu habites avait disparu dj dans le lointain2 je me rappelais tout alors3 comment1 la nuit1 tu t'tais promen avec moi dans le jardin2 comment tu souriais quand je t'expliquais les formes fantastiques des nuages et mes beaux rves2 comment tu coutais avec moi le murmure des feuilles au vent de la nuit4 ,on croit vritablement entendre les confidences de ,daamanti au dieu son amant1 dans une scne des drames indiens2 l'imagination allemande est teinte des eaux du ,gange4 ,tu m'as aime1 je le sais2 quand tu me conduisais par la main1 je l'ai senti ton haleine1 au son de ta voix2 oui1 j'ai senti quelque chose1 comment dirai-je8 qui m'enveloppait1 qui respirait autour de moi1 que tu me recevais dans l'intimit de la pense4 ,qui m'enlvera ce souvenir8 ,j'ai prouv un grand calme4 ,qu'est-ce que cela veut dire3 s'endormir dans le ,seigneur8 ,je sais maintenant ce que c'est444 ,il a fait cette nuit un terrible ouragan2 je suis sortie pour voir le soleil qui rparait tout4 cher ami6 quelle joie de savourer la brume du matin1 de respirer le frais du vent qui s'apaise1 le parfum des plantes qui pntre la poitrine et monte la tte1 de sentir battre ses tempes et rougir ses joues1 et de secouer les gouttes de rose de ses cheveux6444 ,je me reposai sur le tronc d'un arbre demi renvers pendant la nuit4 ,sous ses branches touffues je dcouvris une multitude de nids d'oiseaux2 il y avait une famille de petites msanges tte noire et gorge blanche2 elles taient sept dans le mme nid2 puis des pinsons et des chardonnerets2 les pres et les mres volaient sur ma tte1 cherchant donner la becque leurs petits4 ,ah6 pourvu qu'ils parviennent les lever dans cette situation critique6 ,si un de ces petits oiseaux1 prcipits du nid par terre1 et suspendus au-dessus d'un ruisseau rapide1 allait y tomber1 il se noierait infailliblement l'instant mme6 ,pour comble de malheur1 tous les nids pendent de travers4 ,puis1 si tu avais vu la vie1 le mouvement de ces milliers d'abeilles et de mouches qui bourdonnaient autour de moi6 ,en vrit1 il n'y a pas de march si populeux et si anim2 tout le monde semblait fort bien s'y reconnatre2 chacun allait chercher sous les fleurs une petite auberge o se retirer1 puis on en ressortait2 on rencontrait le voisin2 on passait les uns ct des autres en bourdonnant1 comme si on et voulu se dire o se trouve la bonne bire4 ,mais voil longtemps que je bavarde sur ce tilleul1 et pourtant je n'ai pas encore fini4 ,le tronc tient encore la racine4 ,je considrai la partie de l'arbre qui est reste1 condamne maintenant traner l'autre moiti de sa vie par terre1 et je pensais qu'elle mourrait cet automne4 ,cher ,goethe6 je suis enferme dans mon amour pour toi comme dans une cabane solitaire2 ma vie se passe t'attendre6444 ,goethe rpond par des sonnets froids et compasss comme des politesses allemandes ces rves de jeune coeur4 ,le rve se poursuit aussi color et aussi tendre pendant deux volumes4 ,les billets de ,goethe en rponse ce torrent de passion idale sont de la neige sur des fleurs d'avril4 ,,xix ,c'est dans cette nave et amusante correspondance avec ,bettina et avec d'autres jeunes enthousiastes de son gnie que ,goethe laissait dcliner son heureuse vie4 ,la vie se retirait peu peu de lui comme le rayon du soir1 dans la galerie du ,vatican1 se retire d'abord des pieds1 puis du buste1 puis de la tte de l',apollon de marbre1 rougi par les roses des plus hautes clarts du soleil couchant4 ,impassible jusqu'au dernier moment comme un dieu de marbre1 il expira en contemplant avec ravissement le soleil1 et en demandant de la lumire1 plus de lumire encore6 ,weimar ne le pleura pas comme un mortel1 mais lui fit une apothose comme un immortel4 ,on lui a beaucoup reproch1 faute de le comprendre1 de n'avoir pas t assez homme par la sensibilit qui fait aimer davantage ,schiller4 ,il est beau d'tre un homme1 il est plus beau peut-tre d'tre plus qu'un homme4 ,la prtendue impassibilit de ,goethe n'est que sa supriorit2 certes1 on ne peut souponner l'auteur de ,werther1 de ,charlotte1 de ,mignon1 de ,marguerite1 de n'avoir pas eu dans l'me toutes les puissances1 et mme les plus dlicates1 de sentir1 d'aimer1 de souffrir2 celui qui fait pleurer ne fait que prter ses propres larmes ceux qui le lisent2 il en a donc lui-mme une source chaude1 amre et abondante dans son propre coeur4 ,mais la facult de sentir1 d'aimer1 de souffrir1 qui est la plus belle des facults du coeur1 n'est pas la plus forte des qualits de l'esprit3 la preuve en est que la plus simple des femmes sent1 aime et pleure2 mais le gnie seul pense et plane au-dessus de ses propres impressions pour les contempler et pour les juger avec la sublime impassibilit d'un dieu4 ,cette divine impassibilit du grand artiste1 qui se spare pour ainsi dire en deux tres1 l'tre sentant et l'tre impassible1 est suprieure la sensibilit vulgaire1 car elle l'lve au-dessus de la rgion des sensations jusqu' la rgion de la pure intellectualit4 ,c'est cette hauteur que l'homme cesse pour ainsi dire d'tre homme pour devenir artiste4 ,l'homme souffre encore en lui1 mais l'artiste ne souffre plus1 semblable au martyr qui jouit dans sa foi pendant qu'il gmit dans son corps4 ,le grand artiste se dissque intrpidement lui-mme pour peindre1 pour sculpter ou chanter les palpitations les plus douloureuses de ses fibres sans les sentir pendant qu'il les dnude tous les yeux4 ,c'est ce qui constitue prcisment le beau dans l'art1 c'est ce qui fait que le pathtique le plus tragique ne dgnre jamais en torture ou en grimace dans l'oeuvre des vritables artistes souverains4 ,c'est ce qui fait que1 dans les ouvrages en marbre ou en vers qui nous restent de l'antiquit1 la statue ou le personnage dramatique reste toujours beau1 mme sous les tortures de la douleur physique ou de la douleur morale4 ,c'est ce qui fait que le ,laocoon expire avec beaut sous les noeuds et sous les morsures du serpent2 que ,niob meurt belle sur les cadavres de ses enfants percs par les traits du dieu de l'arc2 que le ,christ de ,michel-,ange rayonne sur la croix d'une divinit morale pendant que les clous transpercent ses mains et ses pieds2 son sang ruisselle de ses blessures1 mais son me ne sent que la sainte beaut de son sacrifice4 ,conserver la beaut dans la douleur1 ne dgrader jamais l'homme intellectuel par le dchirement de ses sensations1 montrer toujours l'intelligence impassible survivant au coeur tortur1 voil le comble de l'art antique1 voil la loi du beau2 c'est cette loi du beau dans l'art que quelques grands artistes de notre poque ont voulu nier et renverser en cherchant l'expression dans la seule vrit imitative1 en peignant le laid avec autant de recherche que le beau1 et en inventant ce paradoxe artistique et littraire qu'ils ont appel l'art pour l'art6 ,notre thorie1 nous1 comme la thorie des anciens1 c'est l'art pour le beau2 c'tait la thorie d',homre1 la thorie de ,platon1 la thorie de ,virgile1 de ,cicron1 celle de ,milton1 de ,corneille1 de ,racine1 de ,voltaire1 du ,tasse1 de ,ptrarque1 de ,byron1 de ,chateaubriand1 d',hugo1 dans les premires splendeurs matinales de leurs beaux gnies4 ,la thorie du laid est la parodie de la nature2 la thorie de l'art pour l'art ravale l'art en ne lui donnant pour objet que lui-mme4 ,qu'est-ce que l'art si vous le sparez du bon et du beau8 ,c'est un jeu d'esprit au lieu de la plus sainte aspiration de l'me1 un matrialisme de mots au lieu du divin spiritualisme des penses4 ,telle tait aussi la pense de ,goethe3 c'tait l'idoltrie du beau4 lever l'homme au beau1 c'tait1 selon lui1 lever l'homme la vertu4 ,voil pourquoi il se tenait soigneusement lui-mme trs-haut1 loin de terre1 au-dessus de sa propre sensibilit1 comme sur un isoloir de toute chose humaine1 dans la rgion suprieure de la sublime indiffrence4 ,voil pourquoi il fut accus d'insensibilit et de personnalit dans sa vie4 ,mais voil pourquoi aussi il se soutint toujours1 pendant sa longue et heureuse vie1 dans cette philosophie de calme et de lucidit qui caractrise son gnie4 ,,xx ,s'il est permis de comparer la littrature et la politique1 ,goethe rappela ce point de vue un homme suprieur auquel les moralistes peuvent refuser leur estime1 mais auquel les historiens observateurs et philosophes ne pourraient contester l'admiration3 le prince de ,talleyrand4 ,le prince de ,talleyrand fut en ,france dans ces derniers temps le ,goethe de la politique2 ,goethe fut le prince de ,talleyrand de l',allemagne en littrature2 tous les deux trs-suprieurs au vulgaire1 trs-ddaigneux des vnements1 peu soucieux de ces doctrines soi-disant immuables que les partis appellent des principes et que l'histoire appelle des circonstances4 ,ils n'avaient foi l'un qu' la nature1 l'autre qu'aux faits4 ,tous les deux aussi1 voyant les ides et les hommes du haut de leurs ddains pour les engouements passagers1 pour les erreurs et pour les passions de la foule1 ils dominaient d'autant plus l'humanit qu'ils la mprisaient davantage4 ,le mpris est une mauvaise puissance1 mais c'est une puissance relle sur les hommes2 cela prouve qu'on ne partage pas leurs petitesses1 leurs enthousiasmes et leurs versatilits4 ,ce mpris est la base de l'indiffrence philosophique ou politique2 cette indiffrence laisse la sensibilit son calme1 l'esprit son sang-froid et sa clart4 ,ce mpris mme est une grandeur de l'intelligence4 ,ces hommes ne sont jamais dvous1 mais ils sont habiles4 ,si c'est dans l'ordre philosophique et littraire1 comme ,goethe ils conservent leur indpendance de pense et leur originalit de conception travers toutes les vagues passagres de la mdiocrit subalterne et toutes les aberrations du mauvais got2 si c'est dans l'ordre politique1 comme le prince ,talleyrand ils conservent et grandissent leur haute influence travers tous les vnements secondaires et tous les croulements du sicle2 ils se servent des vagues pour exhausser1 pour gouverner leur navire au lieu de s'y noyer avec l'quipage4 ,hommes dont le temps se moque quelquefois faute de les comprendre1 mais qui se moquent du temps2 ils vivent part des sottises et des vertus vulgaires2 solitaires de l'esprit1 l'avenir les remarque d'autant plus qu'ils lui apparaissent plus isols dans leur majestueux gosme4 ,tel fut ,goethe1 homme aussi peu compris en ,allemagne que ,m4 de ,talleyrand est encore peu compris en ,france3 grands par leur souverain mpris pour les axiomes de la politique populaire ou pour les mdiocrits de l'esprit humain4 ,cela ne veut pas dire que ces hommes fussent pervers1 cela veut dire qu'ils taient suprieurs4 ,hlas6 quand on a beaucoup vcu1 beaucoup pratiqu les ides1 les passions1 les rois1 les peuples1 le ddain superbe et tranquille n'est-il pas la dernire forme de la sagesse humaine8 ,remarquez que nous ne disons pas de la vertu4 ,,xxi ,la mort de ,schiller1 de ,goethe1 du grand ,frdric1 de ,klopstock1 de ,herder1 de ,wieland1 de ,kant et de leurs contemporains les plus rapprochs par l'ge1 tels que les ,stolberg1 les ,guillaume de ,humboldt1 les ,schlegel1 les ,jacob1 etc41 etc41 laissa l',allemagne littraire et philosophique vide1 froide et inanime comme une terre puise qui a perdu sa vigueur et qui a besoin de renouveler sa sve par le temps avant de produire de nouvelles moissons de grands hommes4 ,le gnie a ses saisons comme la nature2 aprs la rcolte1 la strilit4 ,ce phnomne d'une strilit relative aprs des poques de merveilleuse fcondit n'est pas seulement spcial l',allemagne aprs la clture du dix-huitime sicle1 il est remarquable dans toute l',europe4 ,voyez l',angleterre2 aprs que ,chatham1 le second ,pitt1 ,gibbon1 ,fox1 ,canning1 ,byron1 ,walter ,scott1 eurent disparu1 sa littrature1 l'exception du roman1 de l'histoire et de l'loquence1 languit2 sa tribune mme1 cette littrature de la libert1 s'affaisse4 ,l',angleterre a oubli sa grande parole1 l',italie a perdu sa grande posie1 l',espagne sa grande gaiet comique2 la ,france elle-mme se sent1 malgr les jactances de sa jeunesse littraire1 dans une sorte de dcadence orgueilleuse qui l'attriste elle-mme4 ,son printemps ne vaut pas les hivers que nous avons traverss et qui ont blanchi nos fronts4 ,nous avons vu les ,stal1 les de ,maistre1 les ,chateaubriand1 les ,villemain1 les ,cousin1 les ,bonald1 les ,lamennais1 les ,hugo1 les ,balzac1 et leurs gaux et leurs mules dans tous les genres4 ,les grands crivains1 les grands orateurs1 les grands philosophes1 les grands potes1 les grands critiques1 o sont-ils8 ,dans la tombe ou dans le silence4 ,les dieux s'en vont1 mais les moqueurs restent2 la littrature du sarcasme remplace la littrature du gnie4 ,c'est un mauvais signe quand l'esprit humain se moque de lui-mme2 la drision est le sacrilge de l'enthousiasme4 ,dieu frappe de strilit ceux qui rient de ses dons4 ,c'est un ,anglais1 lord ,byron1 qui a commenc cette dcadence morale par ,don ,juan2 c'est un ,allemand1 le pote satirique ,heyne1 mort rcemment ,paris1 qui a aggrav le sacrilge par une srie de facties en vers et en prose qui sont les libelles du gnie contre le gnie2 c'est le charmant fantaisiste de la posie en ,france1 ,a4 de ,musset1 qui a tantt raill1 tantt ador l'enthousiasme et l'amour1 tantt men la bacchanale ces deux chastes divinits des vrais adorateurs du vrai beau4 ,ces trois hommes ont eu des imitateurs trop tents par les succs faciles du ricanement spirituel2 ils rgnent aujourd'hui sur la jeunesse au coeur lger2 ils la mnent en chantant et en titubant1 comme des mntriers ivres ds le matin1 aux ftes d'un carnaval ternel de l'esprit4 ,je ne veux pas les nommer1 leurs oeuvres les nomment2 ils s'annonaient1 avec la jactance de l'orgueil1 comme les rgnrateurs de la littrature franaise2 le monde intellectuel semblait n'avoir pas exist avant eux2 ils ne se reconnaissaient ni antcdents1 ni modles1 ni anctres1 ni gaux dans le monde de l'esprit4 ,cette impertinence envers le gnie des sicles passs leur a port malheur1 la nature a rpondu leur dfi par l'impuissance2 qu'ont-ils produit et que produisent-ils1 depuis dix ans1 que des sarcasmes et des bulles de savon8 ,ils sont l'art divin de la pense ce que les parodistes de nos petits thtres sont aux chefs-d'oeuvre de la scne1 ce que les grotesques des ballets italiens sont aux statues de ,phidias ou aux grces chastes de la ,vnus antique4 ,nous tournons au grotesque2 c'est le symptme le plus certain de la dcadence de l'art4 ,il n'y a plus de jeunesse1 comment y aurait-il une maturit fconde8 ,il n'y a plus de printemps1 comment y aurait-il un t8 ,,xxii ,cette lacune actuelle de gnie en ,allemagne est-elle dfinitive8 ,cette grande poque des ,goethe1 des ,klopstock1 des ,schiller1 est-elle l'apoge de la grande littrature allemande8 ,nous sommes loin de le penser1 sans doute2 nous ne pensons pas non plus que la nature produise souvent1 et mme produise deux fois un homme suprieur en puissance de tte ,goethe4 ,on ne monte pas plus haut que certaines pages extatiques de ,faust3 plus haut1 l'air rarfi ne porte plus l'homme2 mais il y a de grandes raisons de penser que1 si la nature n'enfante pas souvent une individualit potique de la force de ,goethe1 la littrature allemande dans son ensemble retrouvera une priode de splendeur gale la priode qui porte le nom de ,goethe4 ,nos motifs pour penser ainsi son ceux-ci3 ,l',allemagne est encore en grande partie une terre vierge1 et1 par consquent1 susceptible d'une culture littraire qui produira des fruits inconnus4 ,le caractre minemment pensif de cette race germanique lui donne le temps de mrir ses ides2 elle est lente comme les sicles et patiente comme le temps2 jamais cette race pensive et mme rveuse n'a t assimile aux ides et aux langues de ces races grecques et latines comme l',italie1 l',espagne1 le ,portugal et nous1 qui drivons d',athnes ou de ,rome2 l',allemagne drive de l',inde et du ,gange2 elle parle une langue consomme1 savante1 circonlocutoire1 mais d'une construction et d'une richesse qui la rendent propre exprimer toutes les images et toutes les idalits de la posie ou de la mtaphysique4 ,la philosophie du monde futur couve l dans son berceau2 il en sortira quelque ,platon4 ,quant l'histoire1 l'loquence1 au drame1 qui demandent un langage clair comme le fait1 vident comme le regard1 rapide et foudroyant comme le coup du verbe humain sur l'me1 la ,france1 l',angleterre1 l',italie1 l',espagne1 le ,portugal paraissent plus aptes ces trois fonctions de la parole que l',allemagne4 ,mais la posie mditative1 la posie pique1 la posie lyrique1 la thologie mystique ont un instrument mieux faonn leurs usages dans l'allemand4 ,novalis1 ,goethe1 ,klopstock1 l'ont dj merveilleusement dmontr1 d'autres viendront qui le dmontreront mieux encore4 ,la primaut littraire fait lentement le tour du monde comme la primaut politique4 ,le gnie des lettres a ses vicissitudes comme l'pe4 ,cette primaut passe des ,indes en gypte1 de l'gypte en ,grce1 de la ,grce en ,arabie1 de ,bagdad en ,perse1 de la ,perse et de l',orient des califes dans la grande ,grce d',italie2 de la grande ,grce d',italie1 illumine par ,pythagore1 ,rome2 de ,rome ,florence et ,ferrare1 de ,florence et de ,ferrare en ,espagne1 en ,france1 en ,angleterre1 o elle fleurit aujourd'hui4 ,il ne manque cet avnement de la langue allemande qu'une chose1 l'unit nationale de ces quarante millions d'hommes qui parlent et qui crivent la langue de ,goethe et de ,kant4 ,l'absence de cette unit politique1 qui rend l',italie impropre jusqu' prsent conqurir et garder la possession d'elle-mme1 rend l',allemagne impropre conqurir une primaut littraire4 ,le gnie allemand est individuel et non national4 ,il n'y a pas une ,allemagne1 il y en a dix4 ,la gloire littraire1 ce stimulant du gnie1 y est dmembre comme le territoire2 chaque capitale y a son foyer1 ses talents1 mais il n'y existe pas un foyer commun4 ,on dclame beaucoup en ,france depuis quelques annes contre la centralisation4 ,je ne voudrais que deux exemples sous nos yeux pour combattre par les faits ce paradoxe en vogue de nos jours4 ,ces deux exemples sont l',italie en politique1 l',allemagne en littrature4 ,que manque-t-il l',italie pour devenir indpendante et pour rester libre8 ,une seule capitale souveraine au lieu des sept ou huit capitales secondaires qui se disputent le rang de centre italien4 ,que manque-t-il l',allemagne pour rgner son tour par les lettres sur l'esprit europen8 ,une seule capitale o viennent briller et rayonner les grands talents pars dont ses diverses capitales sont pleines4 ,malheur aux peuples plusieurs ttes6 ,il y a du feu1 il n'y a point de foyer4 ,cependant cette dcentralisation1 fatale jusqu'ici l',italie1 nuisible l',allemagne1 n'empche pas le gnie germanique d'influer puissamment depuis quelques annes sur la littrature nouvelle de l',europe dans ce que l'on appelle romantisme1 c'est--dire dans cette tendance heureusement novatrice du gnie franais1 italien1 britannique1 sortir de la servile imitation des anciens2 manciper nos langues en tutelle1 et les rendre enfin originales et libres comme la pense spontane du monde moderne2 dans le romantisme il y a une propension vidente germaniser la littrature moderne4 ,plus nous nous loignons des ,grecs et des ,latins1 plus nous nous rapprochons de l',allemagne1 fille de l',inde2 on dirait que le gnie littraire veut aussi faire le tour du monde comme le fil lectrique1 et revenir cet ,orient d'o tout est parti4 ,la science des langues orientales1 dans lesquelles les ,allemands ont t nos prcurseurs et nos matres1 dveloppe de plus en plus chez nous cet attrait vers l',orient2 que sera-ce quand nos communications qui s'ouvrent seulement avec la ,chine1 cette cole lettre de quatre cents millions d'hommes1 nous auront initis dans la philosophie et dans la littrature de ce mystrieux sanctuaire du dernier ,orient8 ,l'histoire est le grand rvlateur du monde pensant2 les rvlations d'ides vont sortir en foule des langues primitives que nous allons lire et couter dans ces rgions de la premire civilisation humaine4 ,ce sera la gloire de l',allemagne de nous y avoir introduits par sa langue toute pleine des tmoignages tymologiques de sa filiation orientale4 ,de cette reconnaissance de l',occident avec l',orient par l',allemagne1 un grand prodige s'oprera dans l'univers intellectuel3 l'identit des ides retrouve par l'identit des langues4 ,les fils dpayss reconnatront leurs anctres2 les philosophies1 dpouilles des vtements divers qui les dguisent1 s'embrasseront au grand jour de la science dans l'unit des langues1 tmoignage de l'unit des ides4 ,les fils de nos fils verront ces merveilles2 il n'y aura plus ni ,orient ni ,occident intellectuels2 il n'y aura qu'une littrature1 comme il n'y a qu'une humanit4 ,l'homme est sorti par l'ignorance d'un tat plus parfait qu'on a appel un den1 il y rentrera par la science4 ,l',allemagne aura t un de ses guides vers cette glorieuse rapatriation des esprits4 ,,lamartine4 ,x,l,i,ie ,,entretien4 ,,vie ,,et ,,oeuvres ,,du ,,comte ,,de ,,maistre4 ,i ,virgilium vidi tantum2 ce qui veut dire ici3 ,j'ai connu personnellement ce grand crivain qu'on nomme le comte de ,maistre2 je l'ai connu homme1 et je l'ai vu passer prophte4 ,c'est un grand avantage pour parler d'un crivain que d'avoir vcu dans sa familiarit1 car il y a toujours beaucoup de l'homme dans l'auteur4 ,vos portraits du comte de ,maistre sont des portraits d'imagination2 le mien est un portrait d'aprs nature4 ,je vous disais donc que je l'avais connu homme1 et que je l'avais vu avec le temps passer prophte4 ,c'est un trange phnomne que cette transformation1 avec l'aide du temps1 d'un homme de style1 d'un homme d'esprit ou d'un homme de gnie1 en prophte1 par les enfants de ceux qui l'ont connu simple mortel comme vous et moi4 ,voici comment ce phnomne s'opre4 ,un crivain remarquable1 original1 tmraire de vrit et de paradoxe1 surgit dans un coin du monde4 ,il faut que ce soit loin de ,paris1 cause du prestige de la distance1 du major e longinquo reverentia3 le lointain donne tout de la majest4 ,et puis1 si cet crivain surgissait ,paris1 l'envie le dnigrerait sa naissance et l'toufferait longtemps dans son berceau2 il aurait subir1 comme nous tous1 la comparaison avec d'autres hommes gaux ou suprieurs lui2 il serait mesur la toise de la jalouse mdiocrit2 on ne lui rendrait sa vritable taille qu' sa mort1 quand il faudrait mesurer son cercueil sa stature4 ,il faut donc que cet crivain prdestin devenir prophte naisse et vive dans l'loignement2 il faut de plus qu'il naisse et qu'il vive dans un temps de grande dissension de l'esprit humain1 poque o chaque parti a besoin de champions clatants pour embrasser1 fortifier1 diviniser sa cause4 ,ces deux conditions admises1 c'est--dire la distance et l'esprit de parti1 qu'arrive-t-il8 ,le grand homme inconnu crit ou prore dans son coin du monde2 pendant qu'il vit on fait peu d'attention lui2 on ne le regarde que comme une curiosit littraire2 ses volumes s'entassent sans beaucoup de bruit les uns sur les autres2 quelques esprits minents et cosmopolites s'aperoivent seuls qu'il y a quelque part on ne sait quelle voix qui rend des oracles dans la solitude4 ,ces oracles sont d'autant plus recueillis dans l'lite qu'ils se rpandent moins dans la foule4 ,l'auteur de ces oracles meurt sans avoir atteint la grande clbrit europenne2 un silence de quelques annes se fait sur sa tombe2 mais tout coup un des deux partis d'ides en lutte dans le monde intellectuel1 religieux1 politique1 prouve le besoin de confondre1 d'blouir1 de foudroyer le parti contraire par l'clat d'un gnie solidaire qui lui prte un style1 des armes1 des ides et de l'audace contre ses adversaires4 ,on exhume les livres du mort rcent de la poussire o ils dormaient1 on les rimprime1 on les exalte1 on fait un bruit immense autour de son nom4 ,le parti oppos crie au scandale1 lit ces livres1 y cherche et y trouve des excs d'esprit et des paradoxes qui vont jusqu'aux dfis du bon sens et jusqu' la justification du supplice comme argument de controverse4 ,le parti du grand inconnu s'irrite de cette contradiction2 il s'acharne l'admiration1 il adopte jusqu'aux excentricits de son auteur favori1 il prend la lettre jusqu' ses plaisanteries et ses sarcasmes pour en faire des articles de foi1 il divinise sa nouvelle cole1 il en fait un saint4 ,le parti adverse en fait un fou ou un sclrat4 ,le nom longtemps inconnu est lanc et relanc la tte des combattants2 cribl tour tour d'auroles ou d'invectives1 ce nom se rpand dans le combat2 les livres se popularisent dans la dispute2 l'un y cherche des ridicules1 l'autre des oracles2 tout le monde y dcouvre un prodigieux style et une forte vertu4 ,la gnration suivante croit que cet homme dont on parle avec tant de haine ou tant d'amour tait quelque gant d'un autre ge dpassant la taille humaine4 ,un grand respect la saisit1 un grand prestige la subjugue2 les phrases de l'crivain font texte1 ses opinions font loi1 ses rveries mmes font miracle pour ses fidles2 et voil l'homme prophte4 ,,ii ,c'est ainsi que le comte de ,maistre nous apparat aujourd'hui1 trente-sept ans de distance du temps o nous nous promenions ensemble sous les chtaigniers de la valle de ,chambry1 lui me rcitant ses vers sur le ,caucase et sur le ,phse1 deux excellentes rimes pour un vieux pote revenant de ,russie1 moi lui rcitant les premires stances des ,mditations1 sans penser qu'un jour il serait divinis et moi lapid pour de la prose ou pour des vers4 plaisante vicissitude des choses humaines qui s'amuse faire jouer aux hommes les rles les plus inattendus de tous et d'eux-mmes6 ,voil un jeune homme et un vieillard qui se donnent la main en jouant du bout du pied avec les cailloux polis du torrent dessch de l',aisse dans le bassin de ,chambry1 et qui causent nonchalamment aprs dner de choses et d'autres1 comme deux voyageurs en attendant le dpart sur le banc de l'htellerie2 et trente-sept ans de l le vieillard sera devenu prophte1 et le jeune homme1 aprs avoir t arbitre momentan presque du monde1 jugera le vieillard pour gagner sa vie1 en intressant ses lecteurs dans un entretien littraire6 tonnez-vous donc des volte-faces de la destine1 et respectez donc quelque chose aprs cela6 ,eh bien6 ds cette poque je respectais beaucoup l'loquent et le majestueux vieillard avec lequel je m'entretenais au bord du ruisseau ou table1 sans souponner cependant que je causais avec un demi-dieu4 ,je vous ferai son portrait physique comme s'il tait l sous ma plume1 mais laissez-moi vous transcrire avant le cadre de ce portrait1 aussi original et aussi pittoresque que la figure4 ,ce que je vous peins l1 je l'ai vu4 ,,iii ,on a fait un grand seigneur fodal du comte de ,maistre4 ,ce n'est pas cela2 c'tait un simple gentilhomme savoyard de peu de fortune et sans illustration jusqu' lui4 ,c'est une existence bien nave et bien pastorale que celle du gentilhomme campagnard des valles de ,savoie1 et surtout de la valle vritablement arcadienne de ,chambry4 ,qui peut1 aprs ,jean-,jacques ,rousseau et ,chateaubriand1 essayer de dcrire cette oasis de lumire1 d'ombre1 de prairies en pente1 de chtaigniers en groupes1 de chaumires parses1 de lacs encaisss et dormants dans le demi-jour1 sous l'abri majestueux des montagnes denteles de sapins et de neige8 ,mais on peut dcrire la vie du gentilhomme savoyard de ces valles quand on a eu1 comme moi1 le hasard et le bonheur de vivre avec eux et de leur vie dans sa jeunesse4 ,sur le penchant le plus inclin vers le torrent ou vers le lac qui forme le lit de ces valles2 sur quelque colline arrondie et grasse de gazon2 au sommet d'un petit promontoire avanc vers les eaux et qui y laisse pendre et tremper les branches de ses chtaigniers2 au bord d'une grve expose au soleil du levant ou du midi et o brille de loin une marge de sable fin lav d'cume2 dans le creux d'une anse1 au sommet d'un monticule bois1 semblable une le sur un ocan de roseaux1 on voit luire au soleil un petit nombre de maisons toits aigus et bleutres1 couverts d'ardoises1 sur lesquels des nues de pigeons blancs en repos schent leurs plumes et becquettent le grain vol dans la cour4 ,ces maisons1 en gnral carres et basses1 n'ont rien qui les distingue trop des maisons de la petite bourgeoisie1 qu'une ou deux tourelles qui flanquent les angles1 et qui ressemblent plus des colombiers qu' des bastions4 ,elles sont bordes d'un ct de quelques petites terrasses en tages qui dominent la plaine ou les eaux2 de larges figuiers y tendent leurs branches1 qui ont la contorsion et la couleur de grosses couleuvres endormies4 ,de l'autre ct1 une basse-cour entoure de mtairies et d'tables couvertes en chaume sert de portique la maison4 ,au-dessus et au-dessous1 un bois de chtaigniers1 des groupes de noyers1 une vigne presque inculte rampant sur le grs1 un champ de mas aux rgimes d'or1 un autre de froment1 de bl noir ou de raves1 enfin une prairie marcageuse tachete de la verdure suspecte des joncs1 forment tout le domaine1 et avec le domaine tout le patrimoine de la famille4 ,il faut y ajouter une maison noire de vtust et d'abandon1 meuble de meubles antiques1 dans quelque rue sombre et serpentante de ,chambry1 l'ombre des rampes aristocratiques qui montent au chteau du gouverneur de ,savoie4 ,,iv ,l vivent1 de leurs rcoltes en nature1 que leurs boeufs et leurs mules transportent pendant les derniers jours d'automne la ville1 un certain nombre de familles qu'on appelle1 les unes par authenticit1 les autres par courtoisie1 la noblesse de ,savoie4 ,leurs titres sont leur uniforme et leur pe consacre hrditairement au service militaire de la maison de ,savoie4 ,ces familles ont1 en gnral1 cinq ou six enfants par gnration4 ,les fils entrent1 les uns dans la magistrature de ,chambry et deviennent snateurs du snat de ,savoie1 comme fit le comte de ,maistre2 les autres entrent dans l'glise1 et ils deviennent vques de quelque diocse plus ou moins loign1 de ,sardaigne1 de ,pimont1 de ,maurienne ou de ,tarantaise2 les autres entrent dans l'arme1 et ils deviennent de valeureux officiers1 et quelquefois des lieutenants-colonels ou des colonels dans la brigade de ,savoie1 compose de trois quatre mille braves paysans de leurs montagnes2 quelques-uns1 les plus opulents ou les plus ambitieux1 entrent la cour de ,turin1 deviennent cuyers ou chambellans1 et s'lvent1 si la faveur ou le mrite les secondent1 jusqu'au rang de gouverneur de province4 ,parmi les filles1 un trs-petit nombre se marient1 parce que la loi ne leur accorde qu'une parcelle du patrimoine de la famille2 les unes entrent dans des couvents1 ces spulcres de la jeunesse et de la beaut qui touffent souvent les gmissements secrets de la nature2 les autres restent dans la maison1 y vieillissent avec une inclination cache dans leur coeur1 contractent une physionomie de rsignation et de mlancolie douce qui fait monter les larmes aux yeux quand on les regarde1 puis s'accoutument leur sort1 se font les providences de la maison1 reprennent leur gaiet et deviennent tantes1 cette seconde maternit de la famille1 plus touchante encore que l'autre1 parce qu'elle est plus dsintresse et plus adoptive4 ,ces tantes font le charme de ces intrieurs2 ce sont les cariatides gracieuses et vivantes de la maison3 elles ne la supportent pas1 mais elles la dcorent4 ,v ,les moeurs de ces familles de gentilshommes sont1 d'un ct1 simples et rurales comme les paysans au milieu desquels ils vivent2 de l'autre1 chevaleresques et militaires comme la cour et l'arme1 qu'ils frquentent pendant leur jeunesse4 ,le contact avec l',italie1 o ils ont leur gouvernement1 leur donne l'lgance et l'urbanit des cours d'au del des ,alpes2 leur sjour la campagne leur laisse la cordiale bonhomie des champs2 le voisinage de la ,france1 la communaut de langue laissent infiltrer chez eux nos livres1 nos journaux1 nos doctrines et nos controverses d'esprit4 ,cette superficie de littrature franaise donne aux plus lettrs d'entre eux le got et quelquefois l'mulation d'crire4 ,mais l'esprit de nation1 l'esprit de corps1 l'esprit d'glise et l'esprit d'aristocratie1 hrditaires et obligs dans leur caste1 leur dfendent la libert de penser autrement qu'on ne pense la cour de ,turin1 dans le palais de l'vque ou dans le chteau du gouverneur de ,savoie4 ,ceux qui veulent crire ne peuvent1 sous peine de faillir leur ordre1 leur glise ou leur trne1 crire qu'une de ces deux choses3 des badinages d'esprit ou des traditions du moyen ge4 ,c'est ce qui explique peut-tre pourquoi les deux crivains les plus charmants et les plus loquents de ,savoie1 le comte de ,maistre et ,xavier de ,maistre1 son frre1 ont crit1 l'un de si sublimes platonismes mls de contre-vrits1 l'autre de si lgers et de si pathtiques opuscules de pur sentiment et opuscules neutres comme le sentiment4 ,,vi ,le hasard me les a fait connatre familirement l'un et l'autre2 mais1 avant de parler de l'un et de l'autre1 on ne peut s'empcher de remarquer que1 par un phnomne littraire qui doit avoir sa raison cache dans les choses1 c'est la mme petite valle de ,savoie qui a donn au dix-huitime et au dix-neuvime sicle les deux plus magnifiques crivains de paradoxes du monde moderne3 ,jean-,jacques ,rousseau et le comte de ,maistre2 l'un1 le paradoxe de la nature et de la libert pouss jusqu' l'abrutissement de l'esprit et la maldiction de la socit et de la civilisation2 l'autre1 le paradoxe de l'autorit et de la foi sur parole1 pouss jusqu' l'anantissement de la libert personnelle1 jusqu' la glorification du bourreau1 et jusqu' l'invocation du glaive du souverain et des foudres de ,dieu contre la facult de penser4 ,un hasard m'a fait connatre familirement1 la fleur de mes jours1 les trois frres de ,xavier de ,maistre1 l'auteur du ,lpreux et du ,voyage autour de ma chambre1 et1 plus tard1 ,joseph de ,maistre lui-mme4 ,en voyageant en ,savoie1 et en visitant un ami d'enfance qui tait le neveu des de ,maistre1 alors justement estims1 mais encore ignors de la gloire1 je tombai par accident dans le nid champtre qui avait vu natre cette couve d'hommes extraordinaires4 ,c'tait une maisonnette toute semblable celles que j'ai dcrites plus haut comme la demeure ordinaire des gentilshommes peu opulents de la ,savoie4 ,on l'appelait ,bissy4 ,je l'ai clbre dans mes premiers vers par une ptre familire insre sous le titre de ,mditation potique1 et adresse au colonel de ,maistre1 propritaire de cet ermitage4 ,la maison est situe sur le flanc septentrional de la valle qui court1 travers des prairies et des bocages1 de ,chambry au lac du ,bourget4 ,la haute muraille noire du ,mont-du-,chat tend et gonfle ses fondements jusque dans cette valle2 ses ruisseaux1 ses cascades1 ses longues ombres s'y versent dans le torrent large et rocailleux de l',aisse4 ,tout y est retentissant de leurs murmures et de leur fracheur4 ,c'est sur un de ces renflements des racines du ,mont-du-,chat qu'est assise la maison de ,bissy4 ,un petit bois de chtaigniers sauvages toujours jeunes1 parce qu'on les coupe toujours pour le chauffage de la mtairie1 la domine et la protge du vent du nord2 une petite cour pave de cailloux de deux couleurs rouls par l',aisse et arrose d'une fontaine1 comme dans les cours de village en ,suisse ou dans le ,jura1 y coule1 petits filets1 d'un tronc d'arbre creus et verdi de mousse4 ,un corridor1 une cuisine1 une salle manger1 quelques chambres basses pour les provisions1 les lingeries1 les domestiques1 composent le rez-de-chausse4 ,on monte par un escalier de pierres grises au premier tage1 o l'on trouve un petit salon et cinq ou six chambres de matres ou d'htes4 ,le sapin1 lav et poli par le sable fin des servantes1 y rpand1 comme en ,suisse1 sa saine odeur de rsine4 ,des fentres du salon le regard descend d'abord sur un petit parterre entour d'un mur hauteur d'appui1 plant de lgumes domestiques et d'arbres fruitiers1 plus anim1 selon moi1 que des pelouses monotones et des fleurs striles2 de l le regard s'tend sur une prairie en pente borde d'immenses noyers1 ces oliviers gigantesques du ,nord1 qui distillent une huile moins limpide1 mais plus parfume que celle de l',attique4 ,le torrent de l',aisse1 avec ses cailloux rouls1 coupe la plaine par une ligne blanchtre que ses eaux1 souvent dbordes1 laissent sec pendant l't4 ,au del se relve un plateau verdoyant et bois1 sur lequel blanchissent les tourelles du petit manoir de ,servolex1 qui appartient aujourd'hui mes neveux1 et qui appartenait alors aux neveux des de ,maistre4 ,puis la valle se ferme et s'accidente par les murailles pic et semblables des falaises de la montagne de ,nivolet4 ,,vii ,c'est l que vivait1 cette poque1 l'aimable et respectable famille4 ,elle se composait du comte de ,maistre1 ambassadeur de ,sardaigne ,ptersbourg1 rentrant aprs une longue absence dans sa patrie1 et prt publier ses grands et tranges livres qui gonflaient son portefeuille1 et qui sont devenus la controverse d'aujourd'hui2 de sa femme et de ses filles1 retrouves cette halte aprs une longue sparation4 ,elle se composait du colonel de ,maistre1 propritaire du domaine de ,bissy2 de sa femme1 toujours souriante1 et de quelques nices aussi enjoues et aussi avenantes que cette tante4 ,elle se composait enfin de l'abb de ,maistre1 autre frre qui devait bientt devenir vque d',aoste2 et enfin de ,xavier de ,maistre1 dont on regrettait l'absence1 et qu'on attendait aussi de ,ptersbourg1 o un heureux et riche mariage avait fix son sort errant4 ,l'abb de ,maistre tait la fois trs-pieux1 trs-enjou1 trs-semblable par son originalit inattendue un ,sterne savoyard ou un doyen de ,saint-,patrick4 ,il tait au moins l'gal de ses deux frres par l'esprit1 par l'tranget1 par la sve locale4 ,il crivait des sermons1 pour la cathdrale de ,chambry ou de ,turin1 du style lgant1 succulent et onctueux de nos grands prdicateurs4 ,il nous en lisait1 son neveu et moi1 des passages le matin2 le soir il crivait1 sur un gros livre blanc qu'on appelait le livre du fou rire1 les anecdotes les plus niaises et les plus bouffonnes recueillies de la vie ou de la bouche de tous les sots d',italie ou de ,savoie pour drider innocemment les plus austres soires4 ,il va sans dire que le cynisme et l'indcence taient soigneusement carts de ce recueil4 ,il y avait un abme de vices et un abme de vertus entre ,rabelais et l'abb de ,maistre2 la btise seule1 la btise pure1 la btise qui s'ignore1 qui s'enfle et qui jouit navement d'elle-mme1 tait enregistre dans ces pages2 le rire qui en sortait tait franc1 mais point mchant3 l'abb de ,maistre mettait de la charit mme dans le ridicule4 ,sa personne rpondait son caractre3 il tait d'un ge dj mr1 de taille moyenne1 d'paisse corpulence1 figure fine d'expression1 quoique un peu lourde de joues4 ,la prire et la mditation1 auxquelles il consacrait ses matines1 rpandaient une ombre de recueillement et de concentration d'esprit sur ses traits2 mais le srieux et l'enjouement taient fondus doses si gales dans sa nature que l'on voyait toujours le rire clatant prt trahir la gravit sur ses lvres4 ,il retenait longtemps le mot gai avant de le laisser chapper4 ,ce sont toujours les visages graves qui dcochent mieux le rire communicatif1 parce qu'il est plus inattendu4 ,,viii ,quant au colonel de ,maistre1 il n'crivait pas1 mais il jouissait de ses trois frres1 ses ans1 comme un pre aurait joui de la supriorit de ses fils4 ,il avait pass sa jeunesse dans les camps2 il passait son ge mr dans sa douce retraite1 qui servait de halte et d'asile tous les parents1 et l il savourait l'amour d'une cousine adore et adorable qu'il avait pouse tard et qu'il possdait avec dlices1 comme les bonheurs longtemps suspendus4 ,ce bonheur se lisait sur son visage panoui sous ses cheveux blancs comme un soleil d'automne sur la neige2 il tait gai1 content1 repos sans prtention et nullement sans charme1 toujours prt fournir l'occasion de la rplique ses frres pour les faire briller en s'clipsant1 parlant du comte comme d'un ancien1 de l'abb comme d'un saint1 de ,xavier comme du ,benjamin absent et regrett de la tribu4 ,le colonel n'en tait pas lui-mme la moindre grce ni le moindre mrite1 car il en tait par excellence la bont4 ,ce ,benjamin de la tribu1 ce ,xavier de ,maistre1 l'auteur du ,lpreux de la cit d',aoste1 je ne le connaissais pas alors2 je l'ai connu depuis4 ,le connatre1 c'tait l'aimer4 ,l'homme dlicat et sensible qui a crit ce livre du ,lpreux passe pour le second dans sa famille6 ,erreur et prjug que le temps rectifiera4 ,cet homme n'est le second de personne2 il est le premier des nafs1 et la navet dans le sublime est le plus naturel des gnies1 car c'est le gnie qui s'ignore1 l'innocence baptismale du talent4 ,sans doute son frre est un merveilleux jouteur de plume2 nous avons nous-mme subi l'blouissement de son style dans la premire jeunesse1 cet ge o l'on reoit sur parole les admirations et les cultes de famille1 et o l'audace du paradoxe passe pour l'intrpidit de la raison4 ,l'crivain en lui est sans modle et sera peut-tre sans imitateur2 mais le philosophe savoyard ressemble trop un sophiste grec de la dcadence4 ,ce qu'il y a de plus majestueux en lui c'est l'attitude et de plus miraculeux c'est l'crivain4 ,mais tant qu'une larme chaude demandera couler dlicieusement du coeur de l'homme sensible1 mu des souffrances de ses semblables1 on relira le ,lpreux de ,xavier de ,maistre1 et l'on appellera l'auteur son ami4 ,c'est lui alors qui sera grand1 car il n'y a de grand dans le talent que l'motion4 ,gloire aux larmes6 ,,ix ,voil le charmant cadre de famille dans lequel clatait alors la figure du comte ,joseph de ,maistre4 ,il portait gravement1 mais lgrement1 son ge de soixante soixante-dix ans4 ,sa stature1 sans tre leve1 paraissait grandiose par la dignit un peu exagre avec laquelle il portait la tte en arrire4 ,un certain air de reprsentation caractrisait son attitude3 aprs avoir reprsent devant les cours il reprsentait encore dans sa famille4 ,sa taille tait forte sans embonpoint4 ,ses pieds posaient terre avec le poids et la fermet d'une statue de bronze4 ,ses gestes pittoresques rappelaient l'homme semi-italien qui avait beaucoup caus avec les ,pimontais et les ,sardes4 ,son costume1 trs-soign ds le matin1 tenait de l'homme de cour3 cravate blanche1 dcoration au cou1 grande croix pendante sur la poitrine1 plaque sur le coeur1 habit de crmonie1 chapeau toujours la main2 il ne voulait pas tre surpris en dshabill par le plus humble paysan en sabots de la montagne qui apportait sur sa mule les fagots de bois du ,mont-du-,chat la maison de ses frres4 ,ses cheveux1 d'un blanc de neige et d'une finesse de soie1 taient accommods sur sa tte comme ceux de nos pres1 en deux ailes rebrousses sur les tempes1 enduits de pommade et saupoudrs de poudre2 puis1 diviss sur le derrire de la tte en une troisime natte1 ils allaient se resserrer dans une queue flottante sur l'habit4 ,la tte1 quoique naturellement forte1 paraissait ainsi plus grosse encore que nature2 son front large et haut sortait plus ample de ce nuage de frisure et de poudre4 ,de grands beaux yeux bleus pleins de lumire1 encadrs dans des sourcils encore noirs1 un nez carr1 des joues fermes1 une bouche large et faonne plaisir par la nature pour l'loquence1 un menton solide1 relev1 presque provoquant1 une expression hardie1 un demi-sourire moiti de bienveillance1 moiti de sarcasme1 compltaient cette figure4 ,l'ensemble tait d'un homme qui sent sa valeur et qui1 sans l'imposer par trop d'orgueil1 veut la faire sentir aux autres par quelque emphase dans l'attitude4 ,sa politesse1 quoique parfaite1 retenait distance plus qu'elle ne familiarisait avec lui4 ,il aimait se laisser contempler plus qu' se laisser approcher4 ,le dialogue n'allait pas son caractre2 sa conversation tait un inpuisable monologue4 ,il causait avec abondance sans jamais s'puiser d'ides2 il jouissait d'tre bien cout2 pendant la rplique il s'endormait1 puis se rveillait trente fois par heure1 reprenant le fil de l'entretien comme si ses courts sommeils avaient seulement repos ses yeux sans endormir sa pense4 ,sa vie tait rgulire comme un cadran dont les chiffres romains divisent en minutes gales les heures4 ,il se levait avant le jour4 ,il commenait par la prire et par la lecture des psaumes le cours nouveau du temps4 ,souvent il allait la messe l'heure o les servantes pieuses y vont avant que les matres soient levs2 il crivait ensuite jusqu'au dner4 ,on dnait alors au milieu du jour4 ,aprs le dner1 seul ou en compagnie de l'un ou l'autre d'entre nous1 il prenait en main sa canne pommeau d'or cueillie parmi les joncs dans quelque marais du ,caucase1 et il faisait de longues promenades sur les collines ou dans la valle de ses pres4 ,il s'arrtait chaque pas pour faire une remarque ou pour conter une anecdote de sa vie de ,sardaigne ou de ,russie4 ,il aimait passionnment les beaux vers2 il en avait compos beaucoup dans ses loisirs1 il nous en rcitait des strophes dont les lambeaux sont rests dans ma mmoire4 ,aprs ces longues promenades1 o l'esprit et les pas s'garaient dlicieusement sa suite1 il rentrait la maison2 quelquefois il s'arrtait encore un moment l'glise du faubourg ou du village2 puis la conversation reprenait jusqu'au souper1 aussi diverse1 aussi enjoue et quelquefois aussi tincelante qu'en plein soleil4 ,x ,cette conversation1 ravive par ses frres et par ses neveux1 hommes d'un esprit au niveau de ce gnie de famille1 roulait en gnral sur ses ouvrages4 ,ces ouvrages taient presque tous encore en portefeuille4 ,il consultait tout le monde1 et mme moi1 malgr le disparate de mon extrme jeunesse avec ses annes4 ,il me donnait rendez-vous le matin dans sa chambre pour me lire ses volumes et pour couter les observations trs-inexprimentes que j'aurais lui faire sur son style4 ,il craignait beaucoup ,paris1 cette ,athnes de l',europe1 dangereuse1 disait-il1 pour un ,scythe comme lui4 ,que diraient-ils de cela ,paris8 me rptait-il chaque instant avec un sourire moiti triomphant1 moiti dfiant1 qui attestait la fois sa confiance dans le succs et son apprhension du ridicule4 ,je lui rpondais avec une affectueuse libert3 il l'autorisait par son indulgence4 ,que de phrases malsonnantes1 que d'expressions risques jusqu'au grotesque napolitain1 que de constructions russes ou savoyardes ne lui ai-je pas fait effacer avec la docilit du gnie6 ,quelquefois il rsistait avec une obstination impnitente raturer un mot ou une image4 ,non1 non1 disait-il en persistant1 cela les amusera ,paris2 il faut scandaliser un peu cette pruderie de leur langue6 ,je cdais1 quoique regret1 ce petit dsir d'effet par l'audace de la phrase4 ,ce que je lui conseillais alors d'effacer1 je l'effacerais encore aujourd'hui de ses pages3 toutes les excentricits de style ne sont pas des bonheurs d'expression4 ,ses sauvageries de style taient des appts tendus la curiosit4 ,il n'avait pas besoin de ces artifices4 ,quelque temps aprs je fus charg d'apporter moi-mme ,paris un de ses principaux ouvrages en manuscrit pour le faire imprimer4 ,le manuscrit tait adress ,m4 ,martainville1 rdacteur en chef du ,drapeau blanc1 journal en sympathie de doctrine et d'exagration avec le comte de ,maistre4 ,c'est ainsi que je connus accidentellement ,martainville1 homme provoquant et intrpide4 ,j'avais eu occasion de le voir un an avant dans un duel o il avait t hroque2 il ne me connaissait que de visage2 il ne savait pas mon nom1 quoique j'eusse pris parti pour lui dans sa querelle4 ,il craignait en ce moment d'tre assassin par les nombreux ennemis que lui suscitaient ses invectives mordantes contre les adversaires des ,bourbons4 ,il me fallut insister longtemps1 donner le nom du comte de ,maistre1 tre reconnu comme par des sentinelles travers des guichets pratiqus dans des couloirs1 pour parvenir avec mon dpt jusqu' lui4 ,une fois cette glace rompue1 je trouvai dans ,martainville un brave et jovial combattant de l'pe et de la plume1 qui adorait dans le comte de ,maistre un tranger de la mme religion politique que lui4 ,chateaubriand1 ,bonald1 ,lamennais 7intolrant au nom du ,ciel et absolutiste au nom des hommes alors71 taient ,paris1 cette poque1 avec ,martainville1 les correspondants et les patrons de ce grand crivain1 dont on veut faire aujourd'hui1 ,turin et ,paris1 un agitateur de l',italie1 prcurseur de ,m4 de ,cavour1 et1 qui sait8 peut-tre un destructeur du pouvoir temporel des papes4 pauvre imagination humaine6 tu ne vas jamais si loin que la bouffonnerie des partis6 ,si les ombres rient dans l'ternit1 l'me beaucoup trop rieuse de celui qui fut ici-bas le comte de ,maistre doit bien rire en voyant son nom servir d'autorit une rvolution4 ,mais maintenant que nous avons le portrait de cet homme devenu l'entretien du monde1 voyons en peu de mots sa vie1 et mlons-y ses oeuvres2 car l'homme1 la vie et l'oeuvre se tiennent indissolublement dans le philosophe1 dans le politique et dans l'crivain4 ,nous avons une excellente abrviation de la vie du comte de ,maistre crite par son fils4 ,c'est le fils qui connat le mieux le pre2 la pit filiale est le gnie d'un biographe4 ,nous ne jugerions pas les oeuvres du pre sur les paroles du fils1 mais1 quant aux circonstances de la vie domestique1 il n'y a pas de plus srs et de plus honntes tmoins que les enfants4 ,nous faisons toutefois nos rserves sur deux ou trois actes de la vie publique du comte de ,maistre1 actes que nous caractriserons tout autrement que ne les caractrise son fils4 ,si la pit filiale a son culte1 elle a aussi son fanatisme2 nous nous en dfendrons3 c'est le droit de la postrit4 ,,xi ,le comte ,joseph de ,maistre tait n ,chambry en #aged4 ,son pre1 prsident de ce qu'on appelait le snat de ,savoie1 eut dix enfants4 ,joseph de ,maistre tait le premier-n4 lev ,chambry et ,turin1 sa naissance le prdestinait la magistrature provinciale dans son pays4 ,d'abord substitut1 puis snateur 7c'est--dire juge7 ,chambry1 il y pousa mademoiselle de ,morand1 fille d'une condition gale la sienne4 ,trois enfants qui vivent encore1 ports tous les trois de hautes fortunes en ,france par la renomme paternelle dans l'aristocratie europenne1 furent le fruit de ce mariage4 ,ces fortunes attestent la vigueur des opinions aristocratiques et religieuses1 solidaires depuis ,chambry jusqu' ,paris et ,ptersbourg4 ,les opinions ennoblissent1 les orthodoxies deviennent parents entre les petites et les grandes noblesses4 ,une des filles du modeste gentilhomme de ,chambry se nomme la duchesse de ,montmorency en ,france4 ,m4 de ,maistre exerait honorablement ses fonctions de magistrature provinciale dans sa petite ville au moment o la ,rvolution franaise clata4 ,son fils prtend qu'il tait libral2 peut-tre8 ,en #agic1 aprs l'invasion de la ,savoie par ,m4 de ,montesquiou1 le comte de ,maistre se retira ,turin avec ses frres1 qui servaient dans l'arme sarde4 ,revenu peu de jours aprs ,chambry1 il y vit natre1 dans les angoisses de l'invasion franaise1 sa troisime fille1 ,constance de ,maistre1 qu'il ne devait pas revoir avant vingt-cinq ans4 ,il laissa sa femme ,chambry1 pour y prserver leur petite fortune1 et il migra ,lausanne4 ,ses biens paternels1 trs-modiques1 furent squestrs1 mais il portait avec lui une meilleure fortune2 ce fut ,lausanne qu'il crivit1 comme un pamphlet de guerre contre la ,rvolution franaise1 l'ouvrage qui commena sa rputation parmi les migrs de toute date dont la ,suisse1 l',allemagne et l',angleterre se remplissaient alors4 ,c'tait une captivit de ,babylone pour toutes les aristocraties de l',europe1 un peuple dans un peuple1 qui avait ses doctrines1 ses passions1 sa langue part4 ,m4 de ,maistre parla ds les premiers jours cette langue de l'migration avec une habilet magistrale1 une vigueur et une originalit qui crrent son nom4 ,ses ,considrations sur la ,france clatrent de ,lausanne ,turin1 ,rome1 ,londres1 ,vienne1 ,coblentz1 ,ptersbourg1 comme un cri d',isae au peuple de ,dieu4 ,le style de ,bossuet tait retrouv au fond de la ,suisse4 ,le dbut seul annonce un philosophe dans le publiciste4 ,quelle thorie de la monarchie6 ,nous sommes tous attachs au trne de l'tre suprme par une chane souple qui nous retient sans nous asservir4 ,ce qu'il y a de plus admirable dans l'ordre universel des choses1 c'est l'action libre des tres libres sous la main divine4 ,librement esclaves1 ils agissent tout la fois volontairement et fatalement4 ,ils font rellement ce qu'ils veulent1 mais sans dranger les plans gnraux4 ,chacun de ces tres occupe le centre d'une sphre d'activit dont le diamtre varie au gr de l'ternel ,gomtre qui sait tendre1 restreindre ou diriger sans contraindre la nature4 ,dans les ouvrages de l'homme1 tout est pauvre comme l'ouvrier2 les vues sont bornes1 les moyens roides1 les ressorts inflexibles1 les rsultats monotones4 ,dans les ouvrages de ,dieu1 les richesses de l'infini se montrent dcouvert jusque dans le moindre lment4 ,sa puissance opre en se jouant2 entre ses mains tout est souple1 rien ne lui rsiste2 pour lui tout est moyen1 mme l'obstacle1 et les irrgularits produites par l'opration des tres libres viennent se ranger dans l'ordre gnral4 ,cela continue ainsi pendant plusieurs pages1 pages plus semblables une ode d',orphe clbrant la ,divinit dans ses lois qu' un pamphlet de publiciste dpays contre la rvolution qui l'exile4 ,les pages de l',histoire universelle de ,bossuet n'ont pas plus de cette moelle de grand sens dans les choses4 ,c'est un ,bossuet laque4 ,,xii l'instant le monde de l'migration et des cours fut attentif et saisi2 tout le monde lettr se dit3 coutons6 ,voil un prophte de consolation qui nous vient des montagnes4 ,il continue1 il console ses coexils par une magnifique thorie de l'irrsistible puissance de la ,rvolution qui broie tout devant elle1 ses amis comme ses ennemis4 ,il y voit un de ces flaux divins auxquels il est presque impie de rsister1 tant ils sont divins dans leur force4 ,c'est une pierre qui roule d'en haut2 sa loi est d'craser ce qui l'arrte4 ,il disait plus vrai qu'il ne croyait dire4 ,la ,rvolution avait une mission qu'elle ignorait elle-mme2 mais cette mission n'tait pas tant de renverser le pass que de courir vers un avenir nouveau de la pense et des choses4 ,c'tait une mare quinoxiale de l'ocan humain2 de ,maistre n'y voyait qu'un accs de fureur et de crime4 ,fureur et crime y prvalurent1 en effet1 trop inhumainement de #agia #agid2 la ,rvolution en a t punie par la strilit4 ,la fureur et le crime ne sment pas1 ils ravagent2 mais1 une fois le sang-froid revenu l'esprit rvolutionnaire1 il reprenait un grand sens humain que le philosophe du pass ne pouvait ni ne voulait comprendre4 ,la ,rvolution1 ajoute-t-il1 mne les hommes plus que les hommes ne la mnent4 ,quelle admirable intuition6 et quelle preuve plus sensible qu'elle est mene elle-mme par une force occulte vers un but inaperu encore par ses amis et par ses ennemis6 ,les rvolutionnaires1 dit-il1 russissent en tout contre nous parce qu'ils sont les instruments d'une force qui en sait plus qu'eux4 ,quelle tait donc cette force omnisciente8 pouvait-on rpondre au publiciste4 ,si ce n'tait pas la fatalit1 que vous rpudiez avec raison comme un blasphme1 c'tait donc un dessein suprieur l'intelligence humaine2 une force suprieure l'intelligence humaine1 qu'est-ce autre chose que ,dieu8 ,votre ,mirabeau1 ajoute-t-il1 n'est au fond que le roi des halles4 ,il a prtendu en mourant qu'il allait refaire1 avec ses dbris1 la monarchie1 et1 quand il a voulu seulement s'emparer du ministre1 il en a t cart par ses rivaux comme un enfant4 ,cela tait vrai de ,mirabeau vicieux1 factieux et populaire2 mais combien faux de ,mirabeau philosophe1 orateur et lgislateur1 quand il avait dpouill ses vices avec son habit de tribun6 ,il tait alors le prophte inspir de la vraie ,rvolution1 comme le comte de ,maistre tait le prophte inspir de la contre-rvolution4 ,aussi1 ce qu'il y a admirer dans ce premier ouvrage de ,joseph de ,maistre1 ce ne sont pas les vrits1 ce sont les vues4 ,du haut de ses rochers il a le regard de l'aigle2 il voit plus loin que le vulgaire1 mais il ne voit pas toujours vrai4 ,il commence sa vie par un magnifique sophisme1 comme ,jean-,jacques ,rousseau1 son compatriote4 ,le sophisme de de ,maistre devait aboutir la servitude1 mensonge la dignit morale de l'homme1 comme le sophisme de libert de ,jean-,jacques ,rousseau devait aboutir l'anarchie1 mensonge de la socit politique4 ,ce fut un malheur pour ,joseph de ,maistre d'avoir commenc sa course au milieu de l'migration et sur son terrain2 il ne voulut plus revenir sur ses pas4 ,il mourut le plus honnte et le plus loquent des hommes de parti1 au lieu de vivre et de mourir le plus honnte et le plus loquent des philosophes chrtiens4 ,la vrit pure ne lui plaisait pas assez2 il lui fallait le sel de l'exagration pour l'assaisonner au got de sa caste4 ,inde labes6 ,,xiii ,le livre1 partir de l1 devient foudroyant contre les rvolutionnaires quels qu'ils soient1 savants1 lettrs1 modrs1 rgicides1 justement envelopps1 s'crie-t-il1 dans le nuage de la vengeance cleste contre ceux qui attentent la souverainet4 ,c'est un dithyrambe la ,nmsis rvolutionnaire1 la hache excuse de tout pourvu qu'elle frappe6 ,il y a eu1 dit-il1 des nations condamnes mort1 comme des individus coupables1 et nous savons pourquoi4 ,tout coup il se tourne inopinment contre les royalistes qui demandent la contre-rvolution1 la conqute de la ,france1 sa division1 son anantissement politique4 ,il fulmine contre cette ide son tour4 ,si la ,providence efface1 c'est pour crire1 dit-il4 ,il veut que la raction de la ,france contre la ,france vienne d'elle-mme1 de la ,france2 et en cela il se montre la hauteur des penses d'en haut4 ,il finit par une prophtie qui n'tait que de la logique en comptant sur la versatilit des peuples et surtout des ,gaulois1 en annonant la restauration des ,bourbons sur le trne4 ,seulement1 s'il tait prophte pour l'vnement1 il n'tait pas prophte pour le temps2 car ce qu'il annonait pour demain est arriv vingt-cinq ans de distance1 et1 avant de restaurer les ,bourbons1 la ,france a relev un trne militaire et absolu pour un des gnraux qui l'aidrent vaincre l',europe4 ,tel est le livre1 nul comme prophtie1 violent comme philosophie1 dsordonn comme politique 7relisez le chapitre sur la glorieuse fatalit et sur la vertu divine de la guerre2 cela est pens par un esprit exterminateur et crit avec du sang74 ,mais ce livre est un clair de foudre parti des montagnes des ,alpes pour illuminer d'un jour nouveau et sinistre tout l'horizon contre-rvolutionnaire de l',europe encore dans la stupeur4 ,ni ,vergniaud1 ni ,mirabeau lui-mme n'avaient eu de pareils clairs dans la parole ni de pareilles vigueurs dans l'esprit4 ,m4 de ,maistre regardait le premier face face l'croulement du monde religieux et politique avec le sang-froid d'un esprit partial1 sans doute1 mais surhumain4 ,le style1 nouveau aussi par sa sculpture lapidaire1 tait la hauteur de l'esprit4 ,ce style bref1 nerveux1 lucide1 nu de phrases1 robuste de membres1 ne se ressentait en rien de la mollesse du dix-huitime sicle1 ni de la dclamation des derniers livres franais2 il tait n et tremp au souffle des ,alpes2 il tait vierge1 il tait jeune1 il tait pre et sauvage2 il n'avait point de respect humain1 il sentait la solitude1 il improvisait le fond et la forme du mme jet2 il tait1 pour tout dire en un mot1 une nouveaut4 ,la nouveaut1 c'est le symptme des gloires futures4 ,cet homme tait nouveau parmi les enfants du sicle4 ,,xiv ,ce fut le sentiment de l',europe en le lisant4 ,un vengeur nous est n6 s'crirent l'ancien rgime1 l'ancienne politique1 l'ancienne aristocratie1 l'ancienne foi4 ,mais ce vengeur rajeunissait par la jeunesse de son style la vieillesse des choses4 ,ce livre1 rpandu comme un secret parmi l'migration1 fit du gentilhomme savoyard le favori srieux de la contre-rvolution1 des camps et des cours4 ,on dit au roi de ,sardaigne3 ,comment ngligez-vous ce prodige que ,dieu vous envoie pour vous illustrer et pour vous sauver8 ,les grandes puissances seraient jalouses de ce don du ,ciel4 ,htez-vous d'en dcorer vos conseils4 ,on l'appela1 en #agig1 ,turin4 ,la faible monarchie sarde fut crase dans les guerres de #agii entre la ,france et l',autriche4 ,le roi de ,sardaigne se rfugia dans son le1 sur un dbris de trne4 ,le comte de ,maistre1 qui n'avait rien esprer de l',autriche que l'abandon et de la ,france que la proscription1 suivit le roi en ,sardaigne4 ,on lui donna1 sous le titre de rgent de la chancellerie1 la direction trs-insignifiante des tribunaux de cette petite le4 ,bientt l'homme parut trop grand pour l'emploi4 ,cet crivain qui embrassait le monde d'un regard ne pouvait se rsigner l'troitesse d'horizon d'une petite cour insulaire sur un cueil de la ,mditerrane1 peupl d'habitants presque sauvages4 ,il fatiguait la cour et les ministres des secousses de son imagination4 ,son gnie oratoire et inquiet froissait la routine et la mdiocrit de la cour de ,cagliari4 ,on le voit clairement dans sa correspondance1 il importunait les ,sardes et les ,pimontais favoris de la cour4 ,ne pouvant nier son mrite1 on l'envoya prorer ailleurs4 ,lui-mme touffait dans cette bourgade dcore du nom de capitale4 ,la ,sardaigne anantie et ruine ne pouvait avoir une diplomatie srieuse en ,europe2 un peu d'intrigue et quelques supplications aux grandes cours taient sa seule politique4 ,le roi1 videmment importun lui-mme des imaginations trop grandioses du comte de ,maistre1 le nomma son ministre plnipotentiaire ,ptersbourg4 ,c'tait un honneur dans la forme1 au fond c'tait un exil4 ,son fils prsente comme un sacrifice douloureux la monarchie l'acceptation du comte de ,maistre de ce poste2 on peut croire cependant que l'ambition trs-haute du comte de ,maistre fut heureuse de cette mission une telle cour4 ,il lui fallait les grandes scnes1 les grands auditoires2 il avait besoin d'espace comme tout ce qui veut rayonner de loin4 ,les appointements 7vingt mille francs71 conformes la pnurie de cette pauvre cour de ,cagliari1 taient insuffisants sans doute1 mais ils taient cependant bien au-dessus du traitement d'un snateur de ,chambry4 ,,xv ,le comte arriva ,ptersbourg plein de penses vagues pour son roi1 pour la ,russie1 pour lui-mme4 ,sa tte fermentait de restauration2 il voulait relever la maison de ,savoie par les ,russes1 peut-tre mme par les ,franais4 ,on va voir bientt dans sa correspondance qu'il savait au besoin s'accommoder avec la ,rvolution pourvu qu'elle rtablt et qu'elle agrandt le trne de son monarque4 ,l'empereur ,alexandre et l'aristocratie russe l'accueillirent1 non pour son titre1 mais pour son nom4 ,les ,considrations sur la ,france avaient popularis ce nom jusqu' la cour de ,russie4 ,il devint en peu de temps le favori des salons de ,ptersbourg4 ,il y tait gracieux1 enjou1 souple1 loquent1 trange et srieux la fois4 ,son loquence chanons rompus et brillantes fuses de gnie tait surtout1 comme celle de madame de ,stal1 une loquence confidentielle de coin du feu2 il n'avait pas assez de gravit et de solidit pour une tribune1 il avait assez d'inspiration1 de grce et de dcousu pour un tte--tte4 ,de plus1 son rle ,ptersbourg tait de plaire et de flatter4 ,les ,savoyards naissent courtisans par la situation subalterne de leur province ,turin4 ,le grand ,savoyard plaisait gnralement et flattait merveille4 ,les ministres trangers1 mme les ministres de ,france en ,russie1 ne voyaient en lui qu'un reprsentant du malheur et du dtrnement4 ,on ne craignait pas l'ascendant de ,cagliari sur le monde2 on admirait l'esprit de son reprsentant4 ,son existence1 un peu amre sous le rapport de la fortune1 tait trs-douce sous le rapport de la socit4 ,de plus1 quoi qu'il en dise et l dans ses lettres sa cour et dans ses lettres familires1 il tait loin d'tre insensible aux rangs1 aux titres1 aux dcorations1 aux faveurs de cour4 ,le titre d'ambassadeur d'un roi la cour de ,russie1 bien que ce roi ne ft plus qu'un naufrag du trne sur un lot d',italie1 caressait agrablement son orgueil4 ,je l'ai assez vu pour ne pas croire ce dsintressement d'amour-propre4 ,cet amour-propre n'enlevait rien sa vertu1 mais il transpirait souvent dans sa correspondance4 ,j'en eus un jour une preuve bizarre qui ne s'effacera jamais de mon souvenir4 ,les petites circonstances sont quelquefois les meilleures rvlations du caractre4 l'poque de mon mariage1 qui fut clbr ,chambry1 le comte ,joseph de ,maistre fut choisi par mon pre absent pour le reprsenter au contrat et pour me servir ce jour-l de pre4 ,le contrat se signait dans une maison de plaisance nomme ,caramagne1 quelque distance de la ville1 chez la marquise de la ,pierre1 centre de la socit aristocratique de ,savoie4 ,le comte d',andezenne1 gnral pimontais1 gouverneur de ,savoie1 servait de pre ma fiance4 ,une nombreuse runion de parents et d'amis remplissait le salon4 ,on lut le contrat1 et on appela les tmoins la signature4 ,le gouverneur de la ,savoie fut appel le premier par sa qualit de pre de la fiance et par son rang de reprsentant du souverain dans la province4 ,il signa et chercha passer la plume la main du comte de ,maistre4 ,le comte1 que nous venions de voir dans le salon1 tout couvert de son habit de cour et de ses dcorations diplomatiques1 avait disparu4 ,on le chercha en vain dans le chteau et dans les jardins2 nul ne savait par o il s'tait clips4 ,on fut oblig de laisser en blanc la place de sa signature2 mais1 une fois le contrat sign1 il reparut1 sortant d'un massif de charmille o il s'tait drob pendant la crmonie4 ,nous lui demandmes confidentiellement la raison de cette disparition1 qui avait contrist un moment la scne4 ,c'est1 dit-il1 qu'en qualit d'ambassadeur du roi et de ministre d'tat je ne voulais pas inscrire mon nom au-dessous du nom d'un gouverneur de ,savoie4 ,demain j'irai signer seul et la place qui convient ma dignit4 ,et il alla1 en effet1 le lendemain signer le registre4 ,les uns admirrent cette grandeur de respect pour soi-mme1 les autres cette politesse4 ,quant moi1 j'admirai cette force du naturel qui place l'tiquette plus haut que le coeur4 ,,xvi ,sa correspondance avec sa famille et ses amis1 dater de son arrive ,ptersbourg1 ne laisse rien dans l'ombre de son me et de son esprit1 de sa vie publique et de sa vie domestique4 ,le comte de ,maistre1 qui tait autant homme de conversation qu'homme de plume1 tait par consquent un correspondant exquis1 car les lettres ne sont au fond que la conversation crite4 ,ces deux volumes de correspondance1 tantt intime comme les soupirs d'un exil vers sa patrie1 sa femme1 ses enfants1 ses frres1 tantt politique1 sont une des meilleures parties de ses oeuvres4 ,elles ont t compltes rcemment par la publication indiscrte de ses dpches la cour de ,sardaigne4 ,l'homme se trahit quelquefois dans ces trois volumes4 ,on a dit qu'il n'y avait point de grand homme pour son valet de chambre2 on peut dire1 aprs avoir lu ces innombrables lettres1 qu'il n'y a point de secret pour la postrit4 ,le comte de ,maistre s'y met nu tout entier son insu1 et1 bien que l'homme y soit toujours brillant et charmant dans sa nature1 il disparat souvent sous le diplomate de peu de scrupule4 ,l'adorateur inflexible de l'ancien rgime n'y disparat pas moins sous l'adorateur de la victoire rvolutionnaire1 quand la victoire rvolutionnaire donne une chance la fortune de son parti4 ,il est toujours honnte homme1 sans doute1 mais il n'est rien moins que l'homme d'une seule pice qu'on a voulu nous faire de lui4 ,il sait trs-bien se retourner quand la roue tourne4 ,il sait trs-bien aussi donner la fortune le nom majestueux et divin de ,providence4 ,quand la ,providence tourne la page du livre du destin1 lui aussi il tourne la page1 comme un traducteur obissant du texte sacr4 ,il continue prophtiser1 sans se troubler des contradictions qu'une si haute prtention de confident et de commentateur de la ,providence fait encourir son don de prvision4 ,dangereux mtier que celui d'augure6 ,malgr sa pit trs-sincre1 il y a une certaine impit se mettre au niveau de l',infini et parler sans cesse au nom de ,dieu4 ,il avait trop lu la ,bible2 le ton d'oracle avait vici en lui l'accent modeste de ce grain de poussire pensant qu'on appelle un homme de gnie4 ,nous en trouvons une preuve tonnante ds les premires pages de sa correspondance4 ,il vient de fulminer1 ainsi qu'on l'a vu1 contre la ,rvolution1 ses oeuvres1 ses hommes4 ,la lgitimit est son principe1 l'ancien rgime est son dogme2 les ,bourbons1 solidaires1 selon lui1 de la maison de ,savoie1 sont ses dieux terrestres2 il a un culte pour leurs malheurs1 il a une correspondance avec leur chef ,louis ,,xviii4 ,il croit et il espre en eux comme dans la ,providence des trnes et des peuples2 il est l'ami de leurs reprsentants ou de leurs favoris1 le comte d',avaray et le comte de ,blacas4 ,une pense contraire la restauration du principe de la lgitimit serait une trahison de sa religion politique1 une apostasie de son coeur4 ,tout coup ,bonaparte s'assied sur un trne de victoires2 les puissances europennes le reconnaissent1 l'usurpation se fait dynastie1 l'avenir parat s'aplanir et s'tendre sans limites devant la fortune d'un soldat heureux4 ,les royalistes sont consterns4 coutez ,m4 de ,maistre dans ses lettres ,madame de ,pont1 migre dsespre ,vienne4 ,tout le monde sait qu'il y a des rvolutions heureuses et des usurpations auxquelles il plat la ,providence d'apposer le sceau de la lgitimit par une longue possession4 ,qui peut douter qu'en ,angleterre ,guillaume d',orange ne fut un trs-coupable usurpateur8 et qui peut douter cependant que ,georges ,,iii1 son successeur1 ne soit un trs-lgitime souverain8 7,quelle doctrine que celle en vertu de laquelle l'usurpation de la veille est la lgitimit du lendemain6 ,quelle morale que celle o le temps transforme le crime en vertu67 ,il continue3 ,si la maison de ,bourbon est dcidment proscrite1 il est bon que le gouvernement se consolide en ,france4 ,j'aime bien mieux ,bonaparte roi que simple conqurant4 ,cela tue la ,rvolution franaise1 puisque le plus puissant souverain de l',europe 7,bonaparte7 aura autant d'intrt touffer cet esprit rvolutionnaire qu'il en avait besoin pour parvenir son but4 ,le titre lgitime1 mme seulement en apparence1 en impose un certain point celui qui le porte4 ,n'avez-vous pas observ1 ,madame1 que dans la noblesse1 qui n'est1 par parenthse1 qu'un prolongement de la souverainet1 il y a des familles uses au pied de la lettre8 ,la mme chose peut arriver dans une famille royale4 ,il n'y a certainement qu'un usurpateur de gnie qui ait la main assez ferme et mme assez dure pour rtablir444 ,laissez faire ,napolon444 ,ou la maison de ,bourbon est use et condamne par un de ces jugements de la ,providence dont il est impossible de se rendre raison1 et1 dans ce cas1 il est bon qu'une race nouvelle commence une succession lgitime1 etc4 ,on voit avec quelle souplesse de logique le fidle de l'ancien rgime se convertit aux volonts de la ,providence et les justifie mme contre son propre dogme4 ,il n'y a1 crit-il quelques lignes plus bas1 qu'une bonne politique comme une bonne physique3 c'est la politique exprimentale6 ,quelle amnistie toutes les infidlits6 ,,xvii quelques jours de l on trouve dans une lettre son frre ces dlicieuses mlancolies du regret des temps passs3 ,moi qui mettais jadis des bottes pour aller ,sonaz 7chteau prs de ,chambry71 si je trouvais du temps1 de l'argent et des compagnons1 je me sens tout prt faire une course ,tobolsk1 voire au ,kamtschatka4 ,peu peu je me suis mis mpriser la terre2 elle n'a que neuf mille lieues de tour4--,fi donc6 c'est une orange4 ,quelquefois1 dans mes moments de solitude1 que je multiplie autant qu'il est possible1 je jette ma tte sur le dossier de mon fauteuil1 et l1 seul au milieu de mes quatre murs1 loin de tout ce qui m'est cher1 en face d'un avenir sombre et impntrable1 je me rappelle ces temps o1 dans une petite ville de ta connaissance 7,chambry71 la tte appuye sur un autre dossier1 et ne voyant autour de notre cercle troit 7quelle impertinence1 juste ciel67 que de petits hommes et de petites choses1 je me disais3 ,suis-je donc condamn vivre et mourir ici comme une hutre attache son rocher8 ,alors je souffrais beaucoup2 j'avais la tte charge1 fatigue1 aplatie par l'norme poids du rien4 ,mais aussi quelle compensation6 je n'avais qu' sortir de ma chambre pour vous trouver1 mes bons amis4 ,ici tout est grand1 mais je suis seul2 et1 mesure que mes enfants se forment1 je sens plus vivement la peine d'en tre spar4 ,au reste1 je ne sais pas trop pourquoi ma plume1 presque mon insu1 s'amuse te griffonner ces lignes mlancoliques1 car il y a bien quelque chose de mieux t'apprendre4 ,je ne puis crire autant que je le voudrais1 mais jamais je ne vous perds de vue4 ,vous tes tous dans mon coeur2 vous ne pouvez en sortir que lorsqu'il cessera de battre4 six cents lieues de distance1 les ides de famille1 les souvenirs de l'enfance me ravissent de tristesse4 ,je vois ma mre qui se promne dans ma chambre avec sa figure sainte1 et en t'crivant ceci je pleure comme un enfant4 ,dlicieux6 ,,xviii ,ces sensibilits de coeur contrastent toujours en lui avec les durets de l'esprit4 ,l'crivain tait acerbe1 l'homme tait bon2 c'est le contraire de tant d'autres1 tels que ,jean-,jacques ,rousseau1 hommes trs-humanitaires dans leurs crits1 trs-personnels dans leur conduite4 ,m4 de ,maistre n'aurait pas jet un chien de sa chienne cette voirie vivante o ,jean-,jacques ,rousseau jetait ses enfants4 ,ses lettres suivent pas pas les vnements et les commentent sa manire4 ,aprs la bataille d',ina1 dit-il1 j'avais crit notre ami1 ,m4 de ,blacas3 ,rien ne peut rtablir la puissance de la ,prusse4 ,j'ai eu1 depuis que je raisonne1 une aversion particulire pour le grand ,frdric1 qu'un sicle frntique s'est ht de proclamer grand homme1 mais qui n'tait au fond qu'un grand ,prussien4 ,l'histoire notera ce prince comme un des plus grands ennemis du genre humain qui aient jamais exist4 ,sa monarchie tait un argument contre la ,providence4 ,aujourd'hui cet argument s'est tourn en preuve palpable de la justice ternelle4 ,cet difice fameux1 construit avec du sang et de la boue1 de la fausse monnaie et des feuilles de brochures1 a croul en un clin d'oeil1 et c'en est fait pour toujours6 ,voyez le danger des oracles6 un demi-sicle aprs cet anathme la ,prusse balanait l'empire en ,allemagne et prosprait insolemment malgr les vices trs-rels de son origine1 et malgr1 qui sait8 peut-tre cause du machiavlisme de son fondateur et de ses cabinets4 ,ceci s'adressait au comte d',avaray1 favori de ,louis ,,xviii1 alors rfugi ,milan sous la protection de la ,russie4 ,tournez la page2 vous lirez sur ,bonaparte les lignes suivantes pour justifier la paix conclue par la ,russie avec l'usurpateur du royaume de ,louis ,,xviii4 ,je sais tout ce qu'on peut dire contre ,bonaparte3 il est usurpateur1 il est meurtrier2 mais1 faites-y bien attention1 il est usurpateur moins que ,guillaume d',orange1 meurtrier moins qu'lisabeth d',angleterre4 ,il faut savoir ce que dcidera le temps1 que j'appelle le premier ministre de la ,divinit au dpartement des souverainets2 mais1 en attendant1 ,monsieur le ,chevalier1 nous ne sommes pas plus forts que ,dieu4 ,il faut traiter avec celui qui il lui a plu de donner la puissance4 ,allez plus loin1 vous lirez des lettres ,louis ,,xviii lui-mme1 roi bien digne par son esprit d'un tel correspondant4 ,allez encore1 vous arrivez bien inopinment une des plus tranges pripties de caractre et d'imagination qui puissent confondre le don de prophtie dans un homme assez hardi pour se l'arroger4 ,nous voulons parler de la tentative d'un rapprochement personnel du comte de ,maistre avec ,bonaparte4--,pour quel but8 ,il est facile de le conjecturer quand on a lu ses lettres familires et les lettres officielles plus rcentes destines excuser sa dmarche auprs de la cour de ,sardaigne2 et enfin par quel intermdiaire8 par l'amiti du duc de ,rovigo 7,savary71 accus alors1 tort ou droit1 de l'excution sanglante du duc d',enghien4 ,le comte de ,maistre1 qui venait1 deux lettres plus haut1 d'anathmatiser le meurtre du duc d',enghien1 se rapprochant avec dfrence de ,savary qui venait d'assister l'excution de la victime6 ,et le ministre du roi de ,sardaigne se concertant1 l'insu de son matre1 avec le ministre de ,bonaparte pour oprer un rapprochement intime et secret entre l'homme de ,vincennes et le roi de ,cagliari6 ,la plume tombe des doigts4 ,laissons le comte de ,maistre faire lui-mme cette tonnante confession4 ,ne vous fiez pas aux princes1 dit l'criture4 ,ne vous fiez pas aux prophtes politiques1 dit cette correspondance4 ,lisez1 car1 si vous ne lisiez pas1 vous ne croiriez pas4 ,,xix ,on a vu1 par les lettres prcdentes1 que l'envoy oisif du roi de ,sardaigne ,ptersbourg flottait entre la rsistance et l'acquiescement la fortune de ,napolon1 et qu'il commenait prendre au srieux cette fortune qu'il avait d'abord prise en moquerie ou en haine4 ,on a vu de plus que l'envoy du roi de ,sardaigne s'ennuyait de son oisivet4 ,qu'avait-il faire en effet ,ptersbourg qu' recevoir de loin les rumeurs des champs de bataille1 des ngociations1 des congrs1 des entrevues d',erfurt ou de ,tilsitt entre les princes1 et transmettre sa cour les mille et mille commrages politiques des salons de ,ptersbourg1 commrages vagues1 souvent faux1 sur lesquels il chafaudait des dpches1 des plans1 des combinaisons plus propres amuser sa cour de ,cagliari qu' la servir8 ,l'envoy de ,sardaigne n'avait en ralit l qu'un seul rle3 couter aux portes et faire de l'esprit sur ce qu'il avait entendu par le trou de la serrure4 ,le mtier n'allait pas une tte si forte et si active4 ,il rvait un rle plus conforme sa stature2 il n'aspirait rien moins qu' rendre son ombre de gouvernement un trne rel sur le continent1 per fas et nefas4 ,on va le voir4 ,il voulait imposer son nom la reconnaissance de la maison de ,savoie par un de ces services officieux1 clatants1 qui font d'un sujet le restaurateur de son prince2 ou plutt il ne savait pas bien prcisment encore ce qu'il voulait cet gard1 car la rsurrection du ,pimont lui paraissait radicalement impossible tant que ,napolon serait sur le trne1 et cependant c'tait dsormais ,napolon qu'il allait s'adresser pour relever la monarchie de ,sardaigne sur le continent4 ,il s'agissait donc dans sa pense d'un de ces desseins confus1 chimriques1 quivoques1 qui ont besoin du succs pour tre avous4 ,or1 puisqu' ses propres yeux il tait impossible1 ,napolon vivant1 de rendre ,turin1 le ,pimont et la ,savoie au roi de ,sardaigne1 c'tait donc un autre royaume qu'il fallait obtenir de ,napolon en indemnit pour cette cour4 ,mais1 pour que cette indemnit d'un royaume dtach par ,napolon lui-mme de ses conqutes pt tre donn au roi de ,sardaigne1 il fallait deux choses3 d'abord consentir tre l'oblig et pour ainsi dire le complice du conqurant distributeur d'empires4 ,que devenait l'honneur de la maison de ,savoie8 ,il fallait de plus accepter1 aprs l'avoir sollicit1 un de ces royaumes arrachs par le conqurant une autre maison rgnante pour en gratifier la maison de ,savoie devenue usurpatrice son tour4 ,que devenait la lgitimit8 ,on voit que tout cela n'tait ni trs-digne1 ni trs-logique1 ni trs-moral4 ,les politiques n'ont pas de scrupules1 mais les prophtes1 qui parlent sans cesse au nom de la morale divine1 sont tenus d'en avoir4 ,m4 de ,maistre en manquait ici4 ,quoi qu'il en soit1 le comte de ,maistre inventa dans sa fconde imagination1 une belle nuit1 un plan de restauration1 ici ou l1 de la cour de ,sardaigne4 ,ce plan1 il se garda bien de l'avouer personne1 de peur qu'on ne soufflt sur sa chimre3 les aventureux craignent les conseils4 ,ce plan consistait sduire ,savary1 l'envoy de ,napolon en ,russie1 par les empressements de sa politesse et par les agrments de son esprit2 puis1 aprs avoir sduit l'envoy1 de sduire le matre1 de convertir ,napolon la contre-rvolution par la puissance d'un entretien tte tte avec le vainqueur du monde1 de l'blouir1 de le fasciner1 de le magntiser1 de le dompter force d'audace et d'loquence1 de le convaincre de la ncessit de rtablir la maison de ,savoie dans quelque grand tablissement monarchique sur le continent2 puis1 aprs ce triomphe du gnie sur ,napolon1 de revenir la cour de ,cagliari en apportant son souverain un royaume ou un autre4 ,,xx ,on comprend1 sans qu'il soit besoin de le dire1 que l'envoy du roi de ,sardaigne en ,russie se garda bien de consulter sa cour sur une si trange hallucination de sa propre politique2 la cour proscrite1 mais scrupuleuse1 de ,cagliari aurait1 au premier mot1 dsavou et rappel son ministre4 ,comment1 en effet1 la maison proscrite de ,savoie aurait-elle avec dignit mendi un trne son proscripteur8 et comment cette maison royale1 reprsentant dans son le la fidlit malheureuse la lgitimit des trnes1 aurait-elle pu se dmentir en expulsant elle-mme une autre maison royale de ses possessions1 par la main de ,napolon1 pour se dshonorer en acceptant ses dpouilles8 ,or1 nous l'avons dit1 on ne pouvait prendre cette indemnit de la maison dpouille de ,savoie que sur d'autres dpouilles4 ,et1 de plus1 comment le roi de ,sardaigne1 alli et protg de la ,russie1 de l',angleterre1 de l',espagne1 de l',autriche1 de la ,prusse1 parent enfin de la maison de ,bourbon1 aurait-il justifi aux yeux de ces allis naturels ses relations secrtes avec ,napolon1 le jour o cette ngociation ou cette intrigue viendrait transpirer du cabinet de ,m4 de ,maistre dans le monde8 ,c'tait l une de ces manoeuvres quivoques qui perdent plus que la fortune d'une cour1 qui perdent son caractre4 ,le comte de ,maistre en eut le pressentiment sans doute1 car il garda un profond silence1 silence trs-rprhensible1 envers sa cour sur ces aventures de diplomatie trs-compromettantes pour ceux dont il tait cens tre le diplomate4 ,quand un homme reprsente son souverain1 l'homme disparat sous le ministre4 ,il ne lui est pas permis de dire3 ,j'agis1 comme homme priv1 dans un sens inverse de mon rle et de mon devoir comme ministre de ma cour4 ,si l'on veut agir comme homme priv et d'aprs ses propres inspirations au lieu d'agir selon ses instructions1 il faut commencer par donner sa dmission de son titre d'envoy de sa cour4 ,alors on est libre1 on n'engage que soi2 mais en restant ministre1 et en agissant comme homme1 on engage sa cour et on forfait sa mission4 ,voil les principes4 ,le comte de ,maistre les faussait en prtendant agir comme homme et rester revtu de son caractre d'envoy de son roi4 ,on conoit l'tonnement et la juste colre qui saisirent les ministres et le roi ,cagliari quand les ministres et le roi apprirent avec stupeur cette incartade de zle et cette folie de fidlit dans leur ministre ,ptersbourg4 ,de ce jour data1 pour ,m4 de ,maistre1 rprimand et mal pardonn1 une dfiance et un loignement de sa cour son gard qui ne lui permirent jamais de monter jusqu'o son gnie pouvait prtendre en ,pimont4 ,lisons de sa propre main le rcit de cette incroyable chauffoure de zle4 ,,xxi ,au moment ou je m'occupais de ces ides1 crit-il plus tard au ministre des affaires trangres ,cagliari pour s'excuser1 il arrive ici un favori de ,napolon 7,savary74 ,cet homme se prend de quelque intrt pour moi4 ,il est prsent dans une maison o je suis fort li1 ,m4 de ,laval1 ,franais rsidant ,ptersbourg et chambellan de l'empereur ,alexandre4 ,je me demande s'il n'y aurait pas moyen de tirer parti des circonstances en faveur du roi4 ,les hommes extraordinaires 7,napolon7 ont tous des moments extraordinaires2 il ne s'agit que de savoir les saisir4 ,les raisons les plus fortes m'engagent croire que1 si je pouvais aborder ,napolon1 j'aurais des moyens d'adoucir le lion et de le rendre plus traitable l'gard de la maison de ,savoie4 ,je laisse mrir cette ide1 et plus je l'examine1 plus elle me parat plausible4 ,je commence par les moyens de l'excuter1 et cet gard il n'y a ni doute ni difficult4 ,le chambellan1 ,m4 de ,laval1 dont il est inutile que je parle longuement1 tait1 comme je vous le disais tout l'heure1 fait exprs4 ,il s'agissait donc uniquement d'carter de cette entreprise tous les inconvnients possibles1 et de prendre garde avant tout de ne pas choquer ,napolon4 ,pour cela je commence par dresser un ,mmoire crit avec cette espce de coquetterie qui est ncessaire toutes les fois qu'on aborde l'autorit1 surtout l'autorit nouvelle et ombrageuse1 sans bassesse cependant1 et mme1 si je ne me trompe1 avec quelque dignit4 ,vous en jugerez vous-mme1 puisque je vous ai envoy la pice4 ,au surplus1 ,monsieur le ,chevalier1 j'avais peu de craintes sur ,bonaparte4 ,la premire qualit de l'homme n pour mener et asservir les hommes1 c'est de connatre les hommes4 ,sans cette qualit il ne serait pas ce qu'il est4 ,je serais bien heureux si l'empereur me dchiffrait comme lui4 ,l'empereur ,alexandre a vu1 dans la tentative que j'ai faite1 un lan de zle1 et1 comme la fidlit lui plat depuis qu'il rgne1 en refusant de m'couter il ne m'a fait cependant aucun mal4 ,le souverain lgitime intress dans l'affaire 7le roi de ,sardaigne7 peut se tromper sur ce point2 mais l'usurpateur est infaillible4 ,tout paraissant sr de ce ct1 et m'tant assur d'ailleurs de l'approbation de la cour de ,russie1 et mme de la protection que les circonstances permettaient1 il fallait penser l',angleterre4 ,il confie son ide l'ambassadeur d',angleterre en ,russie2 celui-ci1 videmment embarrass de la confidence1 la lui dconseille aussi poliment qu'il peut4 ,je comptais commencer la conversation avec ,bonaparte1 continue-t-il1 peu prs de cette manire3 ,ce que j'ai vous demander1 avant tout1 c'est que vous ne cherchiez point m'effrayer1 car vous pourriez me faire perdre le fil de mes ides1 et fort inutilement1 puisque je suis entre vos mains4 ,vous m'avez appel1 je suis venu2 j'ai votre parole4 ,faites-moi fusiller demain1 si vous voulez1 mais coutez-moi aujourd'hui4 ,quant l'pilogue que j'avais galement projet1 je puis aussi vous le faire connatre4 ,je comptais dire peu prs3 ,il me reste1 ,sire1 une chose vous dclarer3 c'est que jamais homme vivant ne saura un mot de ce que j'ai eu l'honneur de vous dire1 pas mme le roi mon matre2 et je ne dis point ceci pour vous2 car que vous importe8 ,vous avez un bon moyen de me faire taire1 puisque vous me tenez4 ,je le dis cause de moi1 afin que vous ne me croyiez pas capable de publier cette conversation4 ,pas du tout1 ,sire6 ,regardez tout ce que j'ai eu l'honneur de vous dire comme des penses qui se sont leves d'elles-mmes dans votre coeur4 ,maintenant1 je suis en rgle2 si vous ne voulez pas me croire1 vous tes bien le matre de faire tout ce qu'il vous plaira de ma personne2 elle est ici4 ,comment donc cette ide a-t-elle t si mal accueillie ,cagliari8 ,je crois que vous m'en dites la raison1 sans le savoir1 dans la premire ligne chiffre de votre lettre du #ae fvrier1 o vous me dites que la mienne est un monument de la plus grande surprise4 ,voil le mot1 ,monsieur le ,chevalier2 le cabinet est surpris4 ,tout est perdu4 ,en vain le monde croule1 ,dieu nous garde d'une ide imprvue6 et c'est ce qui me persuade encore davantage que je ne suis pas votre homme2 car je puis bien vous promettre de faire les affaires de ,s4 ,m4 aussi bien qu'un autre1 mais je ne puis vous promettre de ne jamais vous surprendre4 ,c'est un inconvnient de caractre auquel je ne vois pas trop de remde4 ,depuis six mortelles annes1 mon infatigable plume n'a cess d'crire chaque semaine que ,s4 ,m41 comptant absolument sur la puissance ainsi que sur la loyaut de son grand ami l'empereur d',autriche1 et ne voulant pas faire un pas sans son approbation1 etc4 ,c'est cela qui ne surprend pas6 ,dieu veuille bnir les armes de ,m4 de ,front plus que les miennes6 ,quand j'ai vu qu'elles se brisaient dans mes mains1 j'ai fait un effort pour voir si je pourrais rompre la carte4 ,bonaparte n'a pas voulu m'entendre2 si vous y songez bien1 vous verrez que c'est une preuve certaine que j'avais bien pens4 ,il a jug propos1 au reste1 de garder un silence absolu sur cette dmarche2 car je n'ai nulle preuve qu'il en ait crit son ambassadeur ici1 et je suis sr qu'il n'en a pas parl au comte ,tolsto ,paris4 ,je n'ai demand1 ajoute-t-il1 qu'une simple conversation avec ,napolon comme simple particulier4 7,nous avons montr que le simple particulier n'existait pas dans le ministre1 moins qu'il n'et donn sa dmission47 ,il n'y avait que moi de compromis1 dit-il encore1 car on tait matre de m'emprisonner ou de m'trangler ,paris4 ,,xxii ,nous venons de retrouver dans les ,dpches publies rcemment ,turin des traces plus explicites de cette affaire4 ,elle fut la grande faute de la vie publique du comte de ,maistre4 coutez son entretien secret avec ,savary1 et lisez quelques phrases du ,mmoire que le comte de ,maistre adresse cet aide de camp de ,napolon pour tre communiqu ,napolon lui-mme4 ,on ne croirait pas1 avant d'avoir lu1 que la confiance dans la toute-puissance de son propre gnie et port si loin un homme de tant de sens4 ,il faut croire en soi quand on est une intelligence suprieure1 mais il ne faut pas y croire jusqu' la folie1 sous peine de tenter des choses folles4 #b octobre #ahjg4 ,mardi je vis le gnral ,savary chez ,m4 de ,laval4 ,aprs les premires rvrences1 je lui dis que j'tais extrmement mortifi de ne pouvoir me rendre chez lui1 mais que la chose n'tait pas possible1 vu l'tat de guerre qui subsistait en quelque manire entre nos deux souverains4 ,en effet1 lui dis-je1 le vtre chasse les reprsentants ou les agents du roi1 et il refuse expressment de le reconnatre pour souverain4 ,il me rpondit poliment3--,c'est vrai4 ,il engagea d'abord la conversation sur les migrs1 sur la justice et l'indispensable ncessit des confiscations1 etc42 car il croyait que je voulais parler pour moi1 et la veille il avait dit ,m4 de ,laval qu'il ne voyait pas quelles esprances je pouvais avoir pour mon matre1 mais qu'il en avait de trs-grandes pour moi4 ,il me semble1 lui dis-je1 ,gnral1 que nous perdons du temps1 car il ne s'agit nullement de moi dans cette affaire4 ,supposez mme que je n'existe pas4 ,je n'ai rien demander au souverain qui a dtruit le mien4 ,il parut un peu surpris4 ,alors il tomba sur le ,pimont4--,pourriez-vous concevoir1 ,monsieur1 l'ide d'une restitution8 etc4 ,ce fut encore une tirade terrible4 ,je le laissai dire1 car il ne faut jamais arrter un ,franais qui fait sa pointe4 ,quand il fut las1 je lui dis3--,gnral1 nous sommes toujours hors de la question1 car jamais je ne vous ai dit que je voulusse demander la restitution du ,pimont4 --,mais que voulez-vous donc1 ,monsieur8 --,parler votre empereur4 --,mais je ne vois pas pourquoi vous ne me diriez pas moi-mme444 --,ah6 je vous demande pardon1 il y a des choses qui sont personnelles4 --,mais1 ,monsieur le ,comte1 quand vous serez ,paris1 il faudra bien que vous voyiez ,m4 de ,champagny4 --,je ne le verrai point1 ,monsieur le ,gnral1 du moins pour lui dire ce que je veux dire4 --,cela n'est pas possible2 ,monsieur1 l',empereur ne vous recevra pas4 --,il est bien le matre1 mais je ne partirai pas1 car je ne partirai qu'avec la certitude de lui parler4 ,il en revint toujours sa premire question3--,mais qu'est-ce que vous voulez8 ,enfin1 ,monsieur1 la carte gographique est pour tout le monde2 vous ne pouvez voir autre chose que ce que j'y vois4 ,voudriez-vous ,gnes8 la ,toscane8 ,piombino8 ,il courait toute la carte4 --,je vous ai dit1 ,monsieur le ,gnral1 qu'il ne s'agit que de parler tte tte votre empereur1 oui ou non4 ,je vous exprimerais difficilement l'tonnement du gnral1 et vraiment il y avait de quoi tre tonn4 ,cette conversation mmorable a dur1 avec une vhmence incroyable1 depuis sept heures du soir jusqu' deux heures du matin4 ,un seul ami prsent mourait de peur que l'un des deux interlocuteurs ne jett l'autre hors des gonds2 mais je m'tais promis moi-mme de ne pas gter l'affaire1 et1 pourvu que l'un des deux ait fait ce voeu1 c'est assez4 ,le gnral ,savary m'a dit en propres termes3 ,on ne l'inquitera point dans sa ,sardaigne2 qu'il s'appelle mme roi s'il le juge propos2 ce sera son fils de savoir ensuite ce qu'il est4 ,voil une des gentillesses que j'ai entendues4 ,je ne vous dtaille point cette conversation2 il faudrait un volume1 et le livre serait trop triste4 ,ce que je puis vous dire1 c'est que je me suis avanc dans la confiance du gnral1 car en sortant il dit au chambellan qui l'accompagnait3 ,je suis vif2 si par hasard j'ai dit quelque chose qui ait pu affliger le comte de ,maistre1 dites-lui que j'en suis fch4 ,le rsultat a t qu'il se chargerait d'un ,mmoire que je lui remis peu de jours aprs4 ,dans ce ,mmoire je demande de m'en aller ,paris avec la certitude d'tre admis parler l'empereur sans intermdiaire2 je proteste expressment que jamais je ne dirai aucun homme vivant 7sans exception quelconque7 rien de ce que j'entends dire l'empereur des ,franais1 pas plus que ce qu'il pourrait avoir la bont de me rpondre sur certains points2 que cependant je ne faisais aucune difficult de faire monsieur le gnral ,savary1 qui le ,mmoire tait adress1 les trois dclarations suivantes3 #a ,je parlerai sans doute de la maison de ,savoie1 car je vais pour cela2 #b je ne prononcerai pas le mot de restitution2 #c je ne ferai aucune demande qui ne serait pas provoque4 ,si je suis repouss1 je suis ce que je suis1 c'est--dire rien1 car nous sommes dans ce moment totalement bas4 ,si je suis appel1 j'ai peine croire que le voyage ne produira pas quelque chose de bon1 plus ou moins4 ,savary montre1 dans cette entrevue1 la rudesse1 mais le bon sens d'un soldat4 ,il ne flatte pas le rve1 mais il coute l'homme4 ,il expdie mme son ,mmoire ,napolon4 ,mon ,mmoire est parti1 dit plus bas le comte4 ,le vent de l'opinion l'a emport1 accompagn1 favoris plus qu'il ne m'est permis de vous le dire4 ,si j'ai vcu jusqu' prsent d'une manire irrprochable1 j'en ai recueilli le prix dans cette occasion4 ,malheureusement tout s'est born la personne1 l'exclusion de l'objet politique4 ,,xxiii ,ce ,mmoire1 que nous avons sous les yeux1 est en tout une aberration de zle4 ,qu'on en juge par quelques citations4 ,je n'ai point la prtention de dployer ,paris un caractre public2 le roi mon matre ignore mme 7je l'assure sur mon honneur7 la rsolution que j'ai prise4 ,la grce que je demande est donc absolument sans consquence4 ,arriv en ,france1 je n'ai plus de titre2 le droit publie cesse de me protger1 et je ne suis plus qu'un simple particulier comme un autre sous la main du gouvernement4 ,il semble donc que dans cette circonstance la politique ne gne aucunement la bienfaisance4 ,sa ,majest ,impriale apprciera d'ailleurs mieux que personne le mouvement qui m'entrane4 ,au reste1 quoique je connaisse les formes et que je sois trs-rsolu m'y soumettre1 quoique j'aie la plus grande ide des ministres franais et que la confiance qu'ils ont mrite les recommande suffisamment celle de tout le monde1 nanmoins je dois rpter ici ,m4 le gnral ,savary ce que j'ai eu l'honneur de lui dire de vive voix3 c'est que mon ambition principale1 en me rendant ,paris1 serait1 aprs avoir rempli toutes les formes d'usage1 d'avoir l'honneur d'entretenir en particulier ,sa ,majest l',empereur des ,franais4 ,pour obtenir cette faveur1 rien ne me coterait2 mais1 si je ne puis y compter1 le courage m'abandonne4 ,si l'on peut voir au premier coup d'oeil quelque chose de trop hardi dans cette ambition1 la rflexion prouvera bientt que le sentiment qui m'anime ne peut s'appeler audace ni lgret1 et que l'homme qui prend une telle dtermination y a suffisamment pens4 ,je sens d'ailleurs et je proteste que c'est une grce1 et que je n'y ai pas le moindre droit2 mais1 pour la rendre moins difficile1 ou pour rendre au moins la demande moins dfavorable1 je ne fais aucune difficult de faire ,m4 le gnral ,savary les trois dclarations suivantes3 #a ,si l',empereur des ,franais avait l'extrme bont de m'entendre1 j'aurais sans doute l'honneur de lui parler de la maison de ,savoie2 #b ,je ne prononcerais pas le mot de restitution2 #c ,je ne ferais aucune demande qui ne serait pas provoque4 ,j'ose croire que ces trois dclarations excluent jusqu' l'apparence de l'inconsidration1 et1 quand mme mon dsir serait repouss1 j'ose croire encore que ,sa ,majest l',empereur des ,franais n'y verrait rien qui choque les convenances1 rien qui ne s'accorde parfaitement avec la juste ide qu'il doit avoir de lui-mme4 ,,xxiv ,l'empereur ,napolon ne rpondit mme pas une demande d'audience si extraordinaire et qui ne pouvait que l'embarrasser4 ,il ne pouvait sacrifier ses dpartements du ,pimont incorpors l'empire une conversation loquente avec un homme d'excentricit4 ,il ne pouvait improviser un trne pour ,m4 de ,maistre sans dtrner ou un autre souverain des vieilles races1 ou un nouveau souverain de sa propre maison4 ,le rve eut un triste rveil4 ,tout fut connu4 ,la cour de ,cagliari1 de plus en plus surprise1 ne mnagea pas les termes dans sa rprimande son ministre en ,russie4 ,nous voyons le contre-coup de ces mcontentements trs-graves de la cour de ,cagliari l'amertume des rpliques du comte de ,maistre dans une de ses lettres1 du #b juin1 au chevalier ,rossi1 qui lui avait transmis avec une rudesse mal mitige le mcontentement du roi4 ,il y a une expression de votre lettre1 rpond ,m4 de ,maistre au chevalier ,rossi1 qui m'inspire moi les rflexions les plus profondes et les plus tristes4 ,ce qui peut vous arriver de plus heureux pour vous1 m'crivez-vous1 c'est que1 etc41 etc4 7,sans doute qu'on oublie ,cagliari une telle aventure47 ,vous m'obligeriez beaucoup de me dire ce qui pourrait m'arriver de plus malheureux4 ,entrez dans cette triste analyse1 examinez de tous les cts o il est possible de blesser et de punir un homme2 vous verrez que tout est fait dj1 et qu'il n'y a plus moyen de tuer un cadavre et de frapper sur rien4444 ,vous saisissez votre plume massive1 et vous m'crivez comme un jeune homme qui dbuterait dans le monde et qui chercherait une rputation1 je pourrais mme ajouter3 comme une espce de mauvais sujet4 ,vous souhaitez pour mon bien que je ne sois pas parti pour ,paris1 et vous m'apprenez mme que le roi veut bien ne pas donner une interprtation sinistre ma dmarche6--tait-ce donc pour mon plaisir que je voulais aller ,paris8444 la suite de ces reproches et de ces rcriminations1 le comte de ,maistre accusait trs-injustement sa cour d'ingratitude et mme de perscution envers lui4 ,l'humeur ici manquait1 non de fiert1 mais de justice4 ,le peu de biens1 dans la ,savoie1 dont il avait craint un moment d'tre dpouill en qualit d'migr lui avait t rendu2 le modeste emploi de snateur au tribunal de ,chambry1 emploi aussi peu rtribu que peu imposant1 n'taient pas de grands sacrifices compars au rang d'ambassadeur une des premires cours de l',europe1 aux titres1 aux dignits minentes1 aux dcorations1 au traitement dont il tait honor par le trsor si pauvre de ,sardaigne1 et enfin aux faveurs trs-utiles dont il jouissait1 lui1 son frre et son fils1 par l'amiti de l'empereur de ,russie4 ,les plaintes dpassaient videmment ici les griefs4 ,nous avons vu un autre grand crivain politique1 combl de dons et d'honneurs par les princes de la maison de ,bourbon1 remplir galement le monde de ses plaintes mal fondes contre leur prtendue ingratitude4 ,il est plus ais d'tre exigeant envers les autres que juste envers soi-mme4 ,seulement ce grand crivain racontait ses griefs l'univers1 et ,m4 de ,maistre ne publiait ses amertumes que dans ses dpches confidentielles sa cour4 ,il manifeste dj demi-mot1 dans ses dpches un peu rcriminatoires1 l'intention de chercher une plus solide base de sa vie auprs de l'empereur ,alexandre4 ,il obtient1 en attendant1 du roi de ,sardaigne1 l'autorisation d'attacher son fils au service de ,russie4 ,cette autorisation lui est accorde2 le roi y ajoute une pension de quatre-mille francs pour ce jeune homme4 ,des commrages politiques sur la cour de ,russie remplissent en partie le reste de ces dpches4 ,le gnral ,caulaincourt1 ambassadeur de ,france aprs ,savary1 le traitait dans ses lettres avec une ddaigneuse brutalit de style4 ,le silence de ,napolon aux avances du grand crivain avait aigri l'encre du comte de ,maistre4 ,quelques-uns de ces commrages sont peu dignes d'une plume srieuse4 ,les amours de l'empereur ,alexandre avec la belle princesse ,maria-,antonia1 que nous avons connue nous-mmes sur le dclin encore rayonnant de sa beaut1 sont raconts avec une lgret qui tonne4 ,ce n'est point une ,montespan1 dit-il2 c'est une la ,vallire1 hormis qu'elle n'est pas boiteuse et que jamais elle ne se fera carmlite4 ,son rle d'ambassadeur courtisan fait flchir son rigorisme4 ,il va chez la beaut en crdit et se vante de sa faveur auprs d'elle4 ,dimanche dernier1 #c septembre1 il y eut une fte superbe chez la favorite1 la campagne3 bal1 feu d'artifice magnifique sur la rivire et souper de deux cents couverts4 ,nous ne fmes pas peu surpris de n'y voir ni l'ambassadeur de ,france ni aucun ,franais4 ,tous les appartements taient ouverts et illumins4 ,dans le cabinet de la belle dame1 dcor avec la plus somptueuse lgance1 nous vmes au-dessus du sopha1 devinez quoi8 le portrait du prince ,schwarzenberg4 ,tout le monde se touchait du coude3 ,allez1 allez voir6 ,depuis plus d'une anne je n'allais plus dans cette maison1 et j'ai su qu'on m'en a lou comme d'un trait de politique1 parce qu'on a cru que je m'tais retir pour n'avoir pas l'air d'intriguer et de m'attacher cette ancre pour me tenir ferme4 ,certes1 on me faisait beaucoup d'honneur4 ,je n'entends rien du tout cette tactique2 je n'y allais plus par indolence1 et aussi parce que quelque chose m'avait dplu l4 ,mais cette fois j'ai t invit en personne par le matre de la maison2 je lui dis en riant3 ,mais1 ,monsieur1 il faudra que vous ayez la bont de me prsenter de nouveau madame comme un homme qui arrive2 ce qui fournit la matire un badinage aimable lorsque j'entrai4 ,la belle ,maria-,antonia recevait son monde avec sa robe blanche et ses cheveux noirs1 sans diamants1 sans perles1 sans fleurs2 elle sait fort bien qu'elle n'a pas besoin de tout cela4 ,le negligenze sue sono artifici4 ,le temps semble glisser sur cette femme comme l'eau sur la toile cire4 ,chaque jour on la trouve plus belle4 ,je comprends que la sagesse pourrait viter ce filet1 mais je ne comprends gure comment elle pourrait en sortir4 ,elle a d'ailleurs1 ce qu'il parat1 compltement devin le grand secret de sa position3 ,ne faites pas attention aux distractions4 ,moyennant cela je la crois invincible1 ou1 si vous aimez mieux1 inbranlable4 ,on s'tait imagin certaines choses1 mais tout s'en est all en fume4 ,quelques dpches confidentielles sa cour vont mme au del2 telles sont les lettres semi-plaisantes1 semi-srieuses1 dans lesquelles il demande1 pour pier les secrets diplomatiques des maris1 un secrtaire d'ambassade jeune1 beau1 sduisant1 propre s'insinuer dans le coeur des femmes4 ,nous savons bien que c'tait l une affectation d'habilet diplomatique tout prix1 une jactance de lgret qui ne portait point atteinte la svrit de ses vrais principes et la puret de ses moeurs2 mais un rigoriste ne doit pas mme badiner avec ces vices de cour1 de peur de perdre dans des badinages l'autorit morale avec laquelle il aura les fltrir comme crivain4 ,,xxv ,quant ses vues politiques sur les destines du ,pimont1 elles sont parfaitement caractrises dans une de ces dpches4 ,il comprend l'existence importante1 mais ncessairement secondaire1 de cet tat4 ,nous sommes grain de sable1 crit-il1 et notre intrt vident est de nous maintenir grain4 ,pourquoi agrandirais-je cette maison8 dira l',autriche4 ,est-ce pour lui livrer une partie de mes possessions en ,italie et pour exposer l'autre8 ,pourquoi l'agrandirais-je8 dira la ,france4 ,est-ce pour lui donner les moyens de btir quelques citadelles de plus sur les ,alpes1 et de donner l',autriche1 quand le roi de ,sardaigne jugera propos de s'allier avec elle1 un poids dcisif contre moi8--,donc tout le monde est intress nous tenir bas4 ,faites encore1 ajoute-t-il1 une autre rflexion4 ,supposez que notre souverain de ,pimont1 n'ayant qu'un titre de prince ou de duc1 se contente de rgner la manire des ,mdicis de ,florence1 par exemple3 vous ne trouverez pas en ,europe de pays suprieur au ntre2 mais si le pays est oblig de supporter une couronne royale et si on y bat le tambour1 la chose change de face1 et le voil tout de suite trop petit pour tre une plante et trop grand pour tre un satellite4 ,nouvelle cause de mdiocrit1 nous tions trop grands pour tre protgs et trop faibles pour agir seuls4 7,correspondance1 page #gc47 ,et voil l'homme que ses commentateurs de ,turin d'aujourd'hui veulent reprsenter comme un ennemi implacable de l',autriche et comme un zlateur de la conqute de l',italie par le ,pimont6 ,il dclamait voix basse contre l',autriche1 en effet1 dans ses lettres confidentielles la cour sarde2 mais que reprochait-il l',autriche8 ,de trop complaire la ,france en lui laissant convertir sans protestation la ,savoie1 gographiquement franaise1 et le ,pimont1 embouchure des ,alpes1 en dpartements franais4 ,quelle que ft sa partialit pour la maison de ,savoie1 le comte de ,maistre avait trop de sens pour imaginer que l',autriche permettrait jamais un roi de ,sardaigne1 avec sa brave mais petite arme savoyarde1 sarde et pimontaise1 de se substituer l'empire et de conqurir l',italie1 que l'empire lui-mme1 avec ses six cent mille hommes sous les armes1 n'avait jamais pu possder4 ,il avait trop de sens aussi pour s'imaginer que la ,france permettrait impunment cette maison de ,savoie de constituer contre elle1 sur les ,alpes et au pied des ,alpes1 nos portes1 une puissance quivoque de quinze ou vingt millions d'hommes1 qui1 en s'alliant1 comme elle l'a toujours fait1 avec l',autriche1 formerait une masse de soixante millions d'hommes pesant par leur runion sur notre frontire de l',est et du ,midi d'un poids qui nous craserait en se runissant4 ,une telle politique serait une tmrit envers la ,france2 car les cabinets de ,turin et de ,vienne auraient la clef des ,alpes dans leurs mains unies4 ,les traits de #ahad1 mme aprs le reflux victorieux de l',europe contre nous1 avaient tellement compris cette ncessit1 pour la ,france1 de ne pas agrandir dmesurment la maison ambitieuse de ,savoie1 que ces traits de #ahad nous avaient laiss en souverainet franaise les trois quarts de la ,savoie4 ,les traits de #ahae nous reprirent la ,savoie tout entire et agrandirent sans prvoyance et sans justice la maison de ,savoie1 en lui octroyant1 du droit de sa convoitise1 la rpublique de ,gnes4 ,les ,gnois1 violents dans leur nationalit1 murmurrent et se soulevrent en vain contre cette confiscation de leur indpendance4 ,la lgitimit trouva cette fois la confiscation trs-lgitime4 ,le comte de ,maistre n'aurait pas conseill cette usurpation de la rpublique de ,gnes son pays4 ,il tait si peu illusionn sur la convenance et sur la possibilit de la domination du ,pimont sur l',italie qu'il crit1 presque la mme date1 au ministre de son roi ,cagliari1 en parcourant les hypothses d'une restauration encore bien douteuse3 ,les considrations morales sont encore plus fortes4 ,je ne connais point de nation plus vritablement nation et qui ait plus d'unit nationale que la pimontaise2 mais cette unit tourne contre la nation1 ou1 pour mieux dire1 contre la maison rgnante1 en s'opposant tout amalgame politique4 ,ne perdez jamais de vue cet axiome3 ,aucune nation n'obit volontairement une autre4 ,prsentez la maison de ,savoie tous les peuples d',italie qui ont perdu leurs souverains2 tous lui prteront serment avec joie si elle s'tablit parmi eux2 mais1 si elle devait toujours siger ,turin1 tous diraient non4 ,soumettez les ,gnois et les ,lombards nos souverains2 ils vous diront tous qu'ils sont tous gouverns par les ,pimontais4 ,allez ensuite en ,france2 demandez un habitant de ,dunkerque ou de ,bayonne par qui il est gouvern2 il vous rpondra3 ,par le roi de ,france 7j'aime supposer qu'il est toujours sa place72 jamais il ne lui viendra en tte de vous dire qu'il est gouvern par les habitants de l'le-de-,france1 que tous les emplois sont pour ces messieurs1 qu'ils viennent faire les matres chez les autres1 qu'ils veulent tout mener leur manire1 et autres chansons des nations sujettes4 ,un ,franais ne comprend pas seulement cela2 l'habitant de ,dunkerque est ,franais1 celui de ,paris est ,franais2 le roi gouverne les ,franais par les ,franais3 ils n'en savent pas davantage4 ,la ,providence1 en accordant l'unit nationale vingt-cinq millions d'hommes1 avait fait de la ,france le plus beau des royaumes aprs celui du ciel1 comme l'a dit ,grotius2 mais si cette unit choit un petit rassemblement d'hommes1 plus elle est prononce1 plus elle s'oppose l'agrandissement du souverain de ce pays4 ,je pourrais donner beaucoup plus de dveloppement ces ides2 mais1 pour abrger1 j'arrterai seulement votre pense sur un phnomne remarquable3 c'est que nulle nation n'a le talent d'en gouverner une autre4 ,je ne connais aucun peuple que je mette au-dessus des ,pimontais pour ce qui s'appelle bon sens et jugement2 mais1 lorsqu'ils venaient en ,savoie pour y commander1 ce bon sens n'tait plus le mme4 ,,xxvi ,on a vu en #ahdh combien le comte de ,maistre avait eu le sentiment de ces antipathies intestines qui empchent tout amalgame durable entre les diverses nationalits italiennes1 sous un sceptre italien1 et plus peut-tre sous un sceptre italien que sous un protectorat tranger4 ,le jour o le roi de ,pimont ,charles-,albert laissa transpirer seulement l'ambition de changer la couronne de ,sardaigne contre la couronne d',italie1 ,milan bondit sous ses pieds contre ,turin1 et les peuples de la ,lombardie dsavourent leur prtendu librateur pimontais4 ,la confdration seule est le mode futur de l'indpendance italienne1 parce qu'elle laisse1 chacune des nationalits si diverses et si justement fires de la ,pninsule1 son nom1 sa capitale1 ses moeurs1 sa langue1 sa dignit1 son poids personnel dans l'ensemble4 ,la conqute et l'unification par le ,pimont n'est qu'un rve4 ,ce n'est pas le ,pimont qu'il faut grandir2 c'est l',italie qu'il faudra constituer libre et diverse comme l'a fait la nature4 ,l'ambition turbulente de la maison de ,savoie est un mauvais auxiliaire4 ,la convoitise d'une cour presse de s'annexer la ,lombardie n'est pas un casus belli lgitime pour la ,france4 ,quand une prtention nouvelle et envahissante de l',autriche viendra fournir la ,france ce casus belli lgitime1 seule excuse qui puisse justifier une guerre europenne1 ce n'est pas avec la maison de ,savoie qu'il faudra s'allier offensivement et dfensivement1 c'est avec la ,pninsule tout entire4 ,alors vous aurez dlivr la premire race d'hommes de la terre pour attester l'avenir la reconnaissance du monde envers l',italie1 alma parens1 et votre oeuvre subsistera1 parce que l',italie entire aura sa place dans cette nouvelle ligue des ,achens4 ,autrement vous n'aurez fait qu'agrandir sur votre frontire un ami suspect et un ennemi dangereux1 et rien ne subsistera de votre oeuvre sanglante et phmre2 car l',italie veut bien obir elle-mme1 mais elle ne consentira jamais obir ce qu'il y a de moins italien en elle3 une monarchie compose de braves montagnards1 de rudes insulaires et d'hroques ,cisalpins1 propres la dfendre1 inhabiles la dominer4 ,la baonnette n'est pas un sceptre2 une confdration libre doit seule tenir dans ses mains collectives le sceptre de l',italie4 ,nous pensons cet gard comme le comte de ,maistre4 ,,xxvii ,voil1 comme homme1 le vritable portrait du comte de ,maistre1 avant l'poque o il devint illustre par sa plume3 une famille anglique1 un poux irrprochable1 un pre tendre1 une pit de femme suce avec le lait d'une mre1 une vertu antique1 sauf quelques garements d'esprit1 une ambition honnte1 mais trop active et peu modeste1 une fidlit son roi bien rcompense1 mais une fidlit imprieuse forant la main son gouvernement1 enfin un publiciste trs-contestable et trs-variable1 qui1 pour conserver sa rputation d'infaillibilit1 corrigeait aprs coup ses oracles quand la fortune dmentait ses prvisions1 et qui savait tre toujours de l'avis des vnements1 ces oracles de ,dieu4 ,voyons maintenant en lui l'crivain et le philosophe4 ,,lamartine4 7,la suite au mois prochain47 ,,fin ,,du ,,septi,,me ,,volume4 ,paris4--,typographie de ,firmin ,didot frres1 fils et ,cie4