,j4 ,,barbey ,d',,aurevilly ,,les ,,oeuvres ,,et ,,les ,,hommes 7,x,i,xe ,,si,,cle7 ,,philosophes ,,et ,,crivains ,,religieux ,,premi,,re ,s,,rie ,paris ,alphonse ,lemerre1 diteur #bc-cc1 ,passage ,choiseul1 #bc-cc ,m ,,dccccxii ,a ,,mon ,,fr,,re ,l',,abb ,l,,on ,,barbey ,d',,aurevilly ,tu as le grand honneur d'tre prtre et le grand avantage de ne pas crire4 ,tu agis sur les mes de plus haut que nous1 vulgaires crivains444 ,voil pourquoi je te ddie ce livre sur les philosophes et les philosophies de ce temps4 ,je te le ddie1 toi1 thologien1 que les choses qu'il contient regardent et qui as mieux que du gnie pour en connatre1 puisque tu as grce d'tat pour en juger4 ,puisse ton jugement m'tre favorable et donner mon livre un peu de ton autorit4 ,ton frre1 ,j4 ,b4 d',a4 ,e4 ,,grevin--,,imprimerie ,,de ,,lagny ,,pr,,face ,voici le premier volume d'un ouvrage qui doit en avoir beaucoup d'autres si la vie1 avec ses ironies et ses trahisons ordinaires1 permet l'auteur de raliser1 au moins en partie1 l'ide qu'il a en lui depuis longtemps4 ,cette ide serait de dresser1 dans un cadre qui prendrait chaque anne plus de profondeur et d'espace1 l'inventaire intellectuel du ,x,i,xe sicle4 ,ce serait1 en un mot1 de faire pour la littrature du ,x,i,xe sicle ce que ,la ,harpe1 plus ambitieux que puissant1 essaya de faire pour la littrature franaise tout entire et pour les deux littratures dont elle est issue4 ,malheureusement il fallait1 pour raliser l'ide de ,la ,harpe1 tre un gant de critique et d'rudition1 et cette plante-l ne pousse gures dans le pot fleurs de rhtorique d'un ,athne444 ,je ne veux pas dire du mal de ,la ,harpe4 ,on n'en a que trop dit444 ,le petit pdant de ,gilbert a grandi depuis que nous avons vu ses successeurs4 ,les mpris qu'on a tendus sur son nom ne l'ont pas effac4 ,salive humaine bientt sche6 ,mais enfin ,la ,harpe a manqu1 avec talent1 ce qu'il voulait faire1 et il fallait russir4 ,l'auteur des ,oeuvres et des ,hommes russira-t-il8444 ,il a dtripl l'ide de ,la ,harpe1 et ce qu'il en a pris1 il l'a excut dj et continuera de l'excuter sous une forme lui et qui ne rappellera nullement celle de ,la ,harpe4 ,la ,harpe fut un professeur1 qui1 pour la premire fois en ,france1 fit entrer l'loquence dans la critique4 ,c'est l son mrite le plus net4 ,l'auteur des ,oeuvres et des ,hommes n'a jamais eu subir1 comme les orateurs de mtier1 la tyrannie toujours abaissante d'un auditoire qu'ils croient mener et qui les domine1 mme les plus fiers6 ,quoique journaliste1 il n'a jamais crit que dans l'indpendance de sa pense4 ,et d'un autre ct1 prcisment parce qu'il est journaliste1 il ne se meurt d'amour ni d'estime pour le journalisme tel qu'il est constitu1 si on peut dire ce mot-l du journalisme1 cette fonction toute moderne1 qui aurait pu tre si grande et qui sera si petite devant la postrit6 ,mais il reconnat cependant que1 dans la somme des acquisitions littraires de ce temps1 le journalisme1 pernicieux ailleurs1 n'aura pas t entirement strile puisqu'il a introduit dans la littrature une forme de plus1--une forme svelte1 rapide1 retrousse1 presque militaire1 et que cette traneuse de robe longs plis1 dans les livres1 ne connaissait pas4 ,au lieu de deux ailes qu'elle avait1 il en a donc donn quatre la pense444 ,eh bien1 c'est sous cette forme concentre et particulire1 appele articles de journal par la vulgarit qui dshonore tout quand elle parle de quelque chose1 que les divers chapitres de ce livre ont t crits6 ,les changements qu'on y trouverait1 si la curiosit retournait ces feuilles qui s'en vont chaque jour1 sans tre des oracles1 o s'en allaient les feuilles sibyllines1 et les rattrapait dans le vent1 les changements seraient des accroissements plutt que des changements rels4 ,ce serait1 en effet1 de temps en temps1 un mot1 ou un jugement1 ou mme un chapitre intgral devant lequel la rdaction en chef1 cette hrone1 a eu froid dans le dos1 et qu'avec cette grce qui n'appartient qu' elle elle a lestement supprim6 ,ainsi1 un livre dans lequel la forme de l'crivain 7quelle qu'elle soit3 ce n'est pas la question67 est matresse chez elle1 quand elle ne l'est pas dans les journaux1 o1 comme partout1 la forme emporte le fond 7ou l'empte71 tel est ce premier volume des ,oeuvres et des ,hommes4 ,c'est de la critique qui peut se tromper1 mais qui1 du moins1 ne trompera pas4 ,c'est de la critique sans mitaines1 sans souliers feutrs1 sans cache-nez et sans les trente-six attirails de la prudence1--de cette prudence qui est si contente d'elle quand elle a pu parvenir1 en se tortillant1 se faire appeler la finesse4 ,l'auteur de ceci n'accepte pas l'immense platitude1 devenue lieu commun1 qui fait encore lgislation cette heure1 savoir qu'on doit aux vivants des gards et qu'on ne doit qu'aux morts la vrit4 ,il pense1 lui1 qu'on doit la vrit tous1--sur tout1--en tout lieu et tout moment1--et qu'on doit couper la main ceux qui1 l'ayant dans cette main1 la ferment4 ,il ne croit qu' la critique personnelle1 irrvrente et indiscrte1 qui ne s'arrte pas faire de l'esthtique1 frivole ou imbcille1 la porte de la conscience de l'crivain dont elle examine l'oeuvre1 mais qui y pntre1 et quelquefois le fouet la main1 pour voir ce qu'il y a dedans444 ,il ne pense pas qu'il y ait plus se vanter d'tre impersonnel que d'tre incolore1 deux qualits aussi vivantes l'une que l'autre1 et qu'en littrature il faut renvoyer aux ,albinos6 ,enfin1 il n'a1 certes6 pas intitul son livre les ,oeuvres et les ,hommes pour parler des oeuvres et laisser les hommes de ct4 ,et1 d'ailleurs1 il n'imagine pas que cela soit possible4 ,tout livre est l'homme qui l'a crit1 tte1 coeur1 foie et entrailles4 ,la ,critique doit donc traverser le livre pour arriver l'homme ou l'homme pour arriver au livre1 et clouer toujours l'un sur l'autre1 ou bien c'est444 qu'elle manquerait de clous6 ,quant aux principes sur lesquels elle s'appuie444 pour clouer444 cette ,critique1--qui n'est1 telle que nous la concevons1 ni la description1 ni l'analyse1 ni la nomenclature1 ni la sensation morbide ou bien portante1 innocente ou dprave1 ni la conscience de l'homme de got1 c'est--dire le plus souvent la conscience du sentiment des autres1 toutes choses qu'on nous a donnes successivement pour la ,critique1--elle les exposera certainement dans leur gnralit la plus prcise1 mais lorsque l'auteur des ,oeuvres et des ,hommes arrivera cette partie de son inventaire intellectuel intitule3 ,les ,juges jugs ou la critique de la ,critique444 ,seulement1 d'ici-l1 sans les formuler1 ces principes auront rayonn assez dru dans tout ce qu'il aura crit pour qu'on ne puisse pas s'y tromper4 ,le livre des ,oeuvres et des ,hommes sera1 en effet1 distribu en autant de catgories qu'il y a de fonctions spciales et de vocations dans l'esprit humain1 et chaque srie de fonctions aura autant de volumes que le ncessiteront le nombre des crivains et la valeur de leurs travaux4 ,on y observera l'ordre hirarchique des connaissances et des gnies1 et c'est pour cela qu'on commence aujourd'hui par ce qu'il y a de plus gnral dans la pense3 les ,philosophes et les crivains religieux4 ,aprs les ,philosophes1 viendront les ,historiens2 aprs les ,historiens1 les ,potes2 aprs les ,potes1 les ,romanciers2 aprs les ,romanciers1 les ,femmes 7les ,bas-,bleus du ,x,i,xe sicle72 aprs les ,femmes1 les ,voyageurs2 aprs les ,voyageurs1 les ,critiques2 et ainsi de suite1 de srie en srie1 jusqu' ce que le zodiaque de l'esprit humain ait t entirement parcouru4 ,enfin un mot encore1 et le dernier4 ,l'auteur des ,oeuvres et des ,hommes ne faisant pas une histoire littraire1 mais un rsum critique des travaux contemporains1 ne s'est point astreint l'ordre chronologique4 ,son livre1 qui embrassera tout le ,x,i,xe sicle1 ne s'ouvrira point cependant #ahjj pour s'avancer ainsi1 d'anne en anne1 jusqu' l'poque o nous voil parvenus4 ,il a cru mieux faire1 et attirer sur son oeuvre un intrt plus grand1 en commenant la publication qu'il prpare par l'examen des livres les plus actuels1 quitte se replier plus tard sur les plus anciens1 les ditions nouvelles offrant une occasion toute naturelle d'en parler4 ,toute lacune dans l'examen des oeuvres et des hommes qui se sont fait une place quelconque au soleil de la publicit1 ou qui l'ont usurpe1 ne sera donc jamais que provisoire4 ,un jour1 le compte diffr aura lieu4 ,on se croit bien oblig de dire cela ceux qui s'tonneraient de voir aujourd'hui1 dans ce premier volume consacr aux ,philosophes du ,x,i,xe sicle1 ,m4 ,cousin1 par exemple1 qui fut si longtemps le chef officiel de la philosophie franaise1 ne briller que par son absence et par quelques-uns de ses lves4 ,c'est que1 de fait1 ,cousin le philosophe n'existe plus maintenant2 son talent est tomb en quenouille4 ,sans tre un ,hercule1 il file aux pieds d'une ,omphale qui ne lui permettrait mme pas de s'y asseoir si elle tait vivante2 mais nous n'en aurons pas moins probablement l'occasion de nous replier sur ses anciens travaux propos de quelque dition de ses oeuvres1 et alors il aura le jugement auquel il a droit1 comme ,lamennais1 ,royer-,collard1 ,ballanche et tant d'autres1 qui-- quatre pas dans le pass--semblent dj s'enfoncer dans l'ombre d'un sicle4 ,j4 ,b4 d',a4 ,novembre #ahfj4 ,,saint ,,thomas ,d',,aquin#a ,i ,si l',acadmie des sciences morales et politiques n'avait pas pris sur elle de mettre au concours saint ,thomas d',aquin et sa doctrine1 quel livre ou quel journal1 avec la superficialit de nos moeurs littraires1 et os jamais parler d'un tel sujet8 ,aucun sans nul doute4 ,quoi6 saint ,thomas d',aquin6 un saint et un scolastique6 ,oh6 certes1 il ne fallait rien moins que la prpondrance de l',acadmie des sciences morales et politiques sur l'opinion pour faire de saint ,thomas d',aquin une actualit4 ,son livre immense--qui s'appelle la ,somme1 et qui assomme1--sifflotait un voltairien au sicle dernier1 serait majestueusement rest dans cette gloire ronge d'oubli o le nom de l'homme se voit encore1 mais o ses ides ne se voient plus4 #a ,la ,philosophie de saint ,thomas d',aquin1 par ,charles ,jourdain1 ouvrage couronn par l',acadmie2 ,la ,somme thologique de saint ,thomas d',aquin1 traduite en franais et annote par ,lachat1 avec le texte latin 7,pays1 #ai avril #ahei74 ,des ides de ce grand homme d'ides1 qui s'en occupe1 en effet1 depuis deux sicles8 ,qui en a pris souci depuis que ,descartes et ,bacon ont saisi le monde moderne et l'ont confisqu8 ,qui en parle8 ,qui voudrait en parler8 ,pour en parler1 il faudrait tre prtre et entre prtres4 ,mais entre laques1 instruits1 positifs1 de leur temps1 allons donc6 ,c'est matire de brviaire1 aurait dit ,rabelais4 ,on n'en dit mot ou l'on s'en moque4 ,tout au plus peut-tre1 parmi les moqueurs1 quelqu'un de poli et d'indulgent pour les stupidits du moyen ge se risquerait-il rappeler le mot du bon ,leibnitz 7qui voyait tout en beau d'ailleurs7 sur cette scolastique dont le fumier a des parcelles d'or4 ,ce serait l tout4 ,on n'est pas ,hercule4 ,on ne tracasserait pas ce fumier davantage et l'or s'y morfondrait1 en attendant les coqs qui trouvent des perles444 dans les fables1 si l',acadmie n'y avait bravement lch les siens4 ,grces soient donc rendues l',acadmie6 ,le silence gard1 deux sicles durant1 sur l'un des plus fiers livres qu'ait produits non le gnie d'un homme1 mais le gnie des hommes1 tait en vrit par trop honteux1 et c'est tre dlivr de la honte que d'tre autoris en parler aujourd'hui sans qu'on vous jette une soutane sur la tte pour mieux enterrer vos admirations arrires6 ,en plaant l'examen de la doctrine de saint ,thomas d',aquin parmi les examens de son programme1 l',acadmie a obi1 volontairement ou involontairement1 cet esprit historique qui est la force de cette poque sans invention et livre tous les rabchages de la vieillesse4 ,quand le gnie de l'invention s'teint1 le gnie de l'histoire s'veille1 et c'est ce gnie de l'histoire qui devra1 dans un temps donn1 ramener avec respect les yeux des philosophes officiels sur les ides et les systmes honors le plus longtemps de leur mpris4 ,quoi qu'il en puisse tre1 du reste1 rjouissons-nous de ce qui arrive4 ,rjouissons-nous de ce que1 grce l'initiative de l',acadmie1 nous puissions parler1 sans tre moine et d'autres qu' des moines1 d'un des plus grands esprits du temps pass1 qui eut le malheur moderne d'tre moine4 ,en d'autres termes1 disons qu'il est heureux que saint ,thomas d',aquin rentre par cette petite porte dans le monde qu'il a autrefois rempli de sa renomme1--et par cela seul qu'il s'est trouv ,paris1 en l'an de grce #aheh1 un monsieur ,jourdain couronner6 ,et ce n'est point une ironie4 ,n'allez pas croire que nous voulions rire de ce monsieur ,jourdain1 qui fait de la prose1 mais qui le sait444 ,n'allez pas vous imaginer que nous nous inscrivions en faux contre sa couronne4 ,non pas6 ,il la mrite1 et il l'a mrite si bien qu'on s'tonne1 quand on connat le train infortun de tous les mrites1 que l',acadmie la lui ait donne4 ,ce que nous voulions seulement poser aujourd'hui1 c'est l'incroyable singularit1 bien honorable pour notre sicle1 qui exige que le nom de saint ,thomas d',aquin soit couvert par celui de ,charles ,jourdain pour qu'on se permette d'en occuper l'opinion4 ,et nous ne dclamons pas4 ,nous n'exagrons pas4 ,ceci est un fait4 ,bien avant que ,charles ,jourdain et t mis au monde par l',acadmie des sciences morales et politiques1 il se faisait1 depuis #ahed1 une traduction de la ,somme#b de saint ,thomas1 texte latin en regard1 avec notes1 commentaires1 claircissements et toute l'armature ncessaires un pareil vaisseau en matire de livre4 ,et qui l'a annonce8 ,personne4 ,quel est le lettr de ce temps1 o les ,mmoires de mademoiselle ,cleste ,mogador trouvent des plumes galantes qui en crivent1 quel est le lettr qui1 par un mot1 ait seulement donn une ide juste de ce beau et utile travail de bndictin que ,lachat a entrepris et qui devrait honorer la littrature du pays o il s'est produit8444 ,qui1 except les clercs1 comme on disait au moyen ge1 sait quelque chose de cette dition princeps dont il a dj paru plus de dix volumes en quatre ans8 ,et qui saurait sans moi que ,cotin a prch8 disait ,boileau1 avec un orgueil qui n'en devait gures donner au pauvre ,cotin6 ,et qui saurait sans moi qu'aprs tout saint ,thomas d',aquin n'tait pas un cuistre8 peut se dire l',acadmie1 avec un orgueil moins cruel1 elle qui1 aujourd'hui1 la main tendue sur la tte de ,jourdain1 son laurat et l'interprte de sa pense1 nous assure solennellement que saint ,thomas d',aquin1 toute rflexion faite1 avait vraiment de la philosophie dans la tte1 quoiqu'il ft444 un thologien6 #b ,louis ,vivs4 ,,ii ,tel est1 en effet1 tout l'esprit et toute la porte du travail que ,jourdain vient de publier4 ,prouver que saint ,thomas d',aquin1 l',aristote du catholicisme 7mais du catholicisme3 voil bien ce qui gte un peu l',aristote671 fut un philosophe plus et mieux que ,kant et ,hegel1 par exemple1 les ,veaux non pas d'or1 mais d'ides1 de la philosophie contemporaine2 montrer qu'on peut trs bien dgager de son oeuvre thologique une philosophie complte1 avec tous ses compartiments1 et que le monde d'un instant qui l'a pris pour une tte norme1 ce grand ,boeuf de ,sicile dont les mugissements ont branl l'univers1 ne fut dupe ni de l'illusion ni de l'ignorance2 demander enfin pardon au ,x,i,xe sicle pour une telle gloire3 voil le programme de l',acadmie et le livre de son laurat4 ,cela n'est pas trs ambitieux1 n'est-ce pas8 et mme cela se contente d'tre modeste4 ,cela mutile saint ,thomas1 le gant d'ensemble1 qui concentra dans une colossale unit la science divine et la science humaine4 ,cela renverse le sens de la lorgnette et fait voir les choses par le petit ct1 non par le grand4 ,mais que voulez-vous8 ,tout est relatif4 ,c'est beaucoup encore4 ,qui se serait attendu cela il y a seulement quelques annes3 saint ,thomas d',aquin exalt dans une acadmie de philosophes1 ,charles de ,rmusat rapportant8 ,publi aujourd'hui sous la forme de deux gros volumes in-#hc1 le travail de ,jourdain s'ajuste aux proportions du cadre trac par l',acadmie4 #c ,hachette et ,cie4 ,l'auteur a l'esprit de sa consigne4 ,il n'est tmraire ni pour personne ni contre personne4 ,il a des prudences1 quoiqu'il ne soit pas un serpent4 ,comme ,covielle1 on lui souhaiterait d'en tre un1 et un lion aussi6 ,on lui souhaiterait encore--comme ,covielle--que son rosier ft plus fleuri4 ,mais enfin le tout de sa petite culture est fort propre4 ,philosophe qui se surveille et qui se lave beaucoup les mains ds qu'il a touch la thologie1 il n'efface pas1 du moins1 sur son front la trace de son baptme1 et quand il approche le plus de l',acadmie il se dit chrtien avec une honnte rougeur4 ,car il est chrtien4 ,il est bien un peu paen aussi1 et de famille paenne par-dessus le march1 ami de son temps2 mais il est pris d'une chrtienne qu'il veut faire accepter par les siens4 ,son livre est trs diplomatique4 ,c'est un plaidoyer insinuant1 adroit1 accordant quelque chose pour obtenir beaucoup1 qutant la tolrance philosophique avec des airs aimables1--on qute toujours dans un sac de velours1--indiquant des rapports tranges et bons entre la philosophie de saint ,thomas d',aquin et les philosophes modernes1 et poussant ce qu'on se prenne la main et qu'on s'embrasse4 ,le procd de ,jourdain est accommodatif4 ,il consiste reprendre d'une main tout doucettement ce qu'il a donn de l'autre avec un grand geste1 et ce qui suit va le faire comprendre4 ,agrg la ,facult des lettres1 sorti de l',universit pour entrer l',acadmie dont il a voulu le prix1 qu'il n'a pas manqu1 ayant par consquent des terreurs respectueuses fort naturelles pour le progrs1 et non moins naturellement des affections intellectuelles pour l'glise1 ,jourdain a t le juge de paix qui appelle les parties en conciliation dans son cabinet avec la plus grande politesse4 ,il y a mand les doctrines les plus opposes1 et1 en vertu de sa modration1 vertu moderne1 et de ce style modr qui est le style de la maison dans laquelle il juge1 il a tout arrang l'amiable entre la scolastique et la philosophie1 entre les tnbres du moyen ge et les lumires de cet ge-ci1 entre la foi et la raison444 ,les esprits absolus n'accepteront probablement pas les dcisions onctueuses1 gracieuses et officieuses de ,jourdain1 car les esprits absolus n'acceptent rien et veulent tout prendre2 mais l',acadmie les a acceptes4 ,qui pourrait s'en tonner n'aurait pas lu ,jourdain4 ,correct et grave1 mais surtout trs grave1 ayant mme l'avantage d'tre lourd parfois1 ce qui ajoute encore la gravit1 cette fortune des crivains actuels1 ,jourdain n'a ni une seule expression pittoresque ni une seule expression incisive1 ce qui serait une indcence en mtaphysique4 ,esprit de juste milieu1 qui se dmne--rendons-lui cette justice6--pour tre juste1 il reste milieu1 mais non juste1 peu prs en toutes choses1 et c'est par l qu'il a triomph4 ,avec son style naturellement sans couleur1 ce style blanc et doux que l'abstraction a blanchi encore1 il n'a fait aucun mal aux yeux des hommes conserves qui avaient le juger1 et ils ont tous apprci infiniment cette flanelle4 ,certainement1 pour manquer le prix il fallait s'y prendre de tout autre manire4 ,mais ,jourdain n'avait pas l'ambition de manquer le prix avec clat4 ,il aurait fallu une hauteur dans l'aperu et une dcision dans la pense qui n'taient pas dans les plans de ,jourdain1 eussent-elles t dans ses puissances4 ,jourdain1 ne nous y trompons pas6 est1 de naissance comme d'tat1 un philosophe4 ,c'est un philosophe qui chasse de race1 un philosophe de pre en fils1 dont le pre eut autrefois aussi son prix d'acadmie1 et qui a voulu continuer cette gloire paternelle4 ,certes6 ce n'est pas avec de telles proccupations que l'on peut dpasser1 par la fiert ou la soudainet de l'aperu1 par l'indpendance1 par un style vivant et anti officiel1 les conditions du programme de l',acadmie1 cet tablissement de haute bienfaisance littraire1 qui n'existe que pour mettre en lumire les talents qui1 tout seuls1 ne s'y mettraient pas4 ,,iii ,nous l'avons dit dj1 du reste1 le dfaut du programme de l',acadmie tait d'tre par trop exclusivement philosophique quand il s'agissait d'apprcier un homme qui1 comme saint ,thomas1 tait un grand thologien bien avant d'tre un grand philosophe4 ,la gloire de celui qui fut appel l',ange de l'cole1 son influence inoue sur un temps o la foi primait encore la raison1 sa proccupation perptuelle et absorbante des intrts de l'glise1 et jusqu' son genre de gnie1 qui ne fut vraiment original que par sa souveraine certitude et la toute-puissante clart de son orthodoxie1 furent une gloire1 une influence1 une proccupation et un gnie essentiellement thologiques4 ,si saint ,thomas d',aquin n'avait t qu'un philosophe1 il nous aurait dcalqu ,aristote avec une telle exactitude qu'on aurait dit qu'ils n'taient deux1 ces immenses ,mnechmes crbraux1 que parce qu'entre eux on aurait pu compter les sicles4 ,saint ,thomas d',aquin1 c'est la ,nature se faisant cho elle-mme travers les temps1 recommenant un homme comme une cration1 et remoulant un ,aristote sur l'exemplaire qu'elle avait gard du premier4 ,phnomne trange dont elle donne rarement le spectacle6 ,saint ,thomas d',aquin ne serait donc qu'un tome second d',aristote1 si le thologien1 l'homme de la science surnaturelle1 ne le frappait pas tout coup d'une diffrence sublime1--empreinte ternelle qui empchera dsormais les sicles de confondre cette tte rase de moine avec la tte aux cheveux courts de la mdaille du ,stagyrite4 ,ce qui marque la personnalit de saint ,thomas d',aquin avec une incroyable profondeur1 ce n'est pas l'invention4 ,saint ,thomas d',aquin n'a presque rien invent4 ,il semble1 lui qui avait fait voeu de pauvret dans la vie1 avoir fait voeu aussi de pauvret en invention4 ,mais ce qu'il possde1 c'est justement le bien des pauvres1 c'est la tradition de l'glise1 et1 par l'tude thologique dont il a report les habitudes sur les choses de la philosophie1 la prcision et le gnie de la formule1--tellement claire1 dit trs heureusement ,charles ,jourdain1 qu'elle peut se passer de dmonstration4 ,les qualits de cet esprit1 pour lequel on pouvait inventer1 mieux que pour personne1 le mot d'esprit fort1 sont l'normit de la puissance dans la nuance1 la force d'quilibre1 la statique1 la froideur du front4 ,croirait-on1 si ses oeuvres ne l'attestaient1 qu'il n'a jamais vers dans le mysticisme de ,malebranche au ,x,v,i,ie sicle1 lui1 l'homme du ,x,i,i,ie et le saint8 ,n'est-ce pas merveilleux de force et de pouvoir sur soi8 ,du haut des sommets de la mtaphysique1 saint ,thomas d',aquin peut regarder impunment dans tous les gouffres3 le vertige lui est inconnu2 il reste impassible4 ,aussi sa gloire1 sa gloire relle1 est bien moins de s'tre lev que de n'tre jamais tomb4 ,un moment peut-tre1 au commencement de son enseignement1 il inclina vers le ct qui est devenu la pente moderne et mme la chute4 ,il alla du connu l'inconnu1 de l'homme l'ange et ,dieu4 ,mais bientt il redressa ce faux pli de mthode1 il se ressouvint qu'il tait thologien1 et il commena son systme par la question thologique des attributs de ,dieu4 ,alors la thologie1 comme un aigle qui a enfin toute la pousse de ses ailes1 l'emporta vers le monde d'o il n'est jamais descendu4 ,pendant que la philosophie cherchait le retenir en bas1 il monta1 et telle fut l'indfectible scurit1 le matre aplomb de cet homme1--que les analogies1 ou1 pour mieux parler1 les identits de sa pense avec celle d',aristote1 entranaient vers les erreurs du pripattisme1--qu'il s'arrta toujours temps pour les viter4 ,eh bien1 voil le thologien dans l'oeuvre duquel l',acadmie des sciences morales et politiques1 qui bat1 en ce moment1 le ban et l'arrire-ban de la philosophie en dtresse1 a donn l'ordre d'aller chercher un philosophe1 et ,charles ,jourdain1 ce terre-neuve de l',acadmie1 l'a rapport6 ,il nous a donn une analyse trs exacte de la thodice1 de la mtaphysique et de la morale de l'illustre auteur de la ,somme4 ,il a tourn1 en homme qui comprend ces questions et ces langages1 dans ce rond d'ides qui ne s'est pas largi d',aristote saint ,thomas d',aquin et de saint ,thomas d',aquin ,kant lui-mme4 ,impossible de suivre1 dans un seul chapitre d'un livre comme celui-ci1 le dtail infini d'un travail expos grand'peine en deux volumes2 mais ce qui rsulte de ce travail1 c'est l'inutilit dmontre de la peine qu'on a prise au point de vue des acquts et des accroissements de la philosophie4 ,que gagnera-t-elle1 en effet1 dclarer l',ange de l'cole un philosophe8444 ,elle lui aura t ses ailes4 ,mme saint ,thomas1 dans le problme humain1 dans l'ordre des connaissances naturelles1 ne peut rien quand il s'agit d'ajouter une certitude celles que l'esprit de l'homme craint de ne pas avoir4 ,pour tre le docteur des docteurs1 la lumire et la loi des esprits1 l'autorit irrfragable1 il faut saint ,thomas d',aquin--le second ,aristote--l'glise1 la rvlation et l'histoire1 c'est--dire tout ce que ,jourdain aperoit trs bien dans tout le cours de son ouvrage1 mais dont il se dtourne pour ne pas contrarier l',acadmie et444 manquer son prix6 ,,jean ,,reynaud#d ,quand la ,critique a devant elle un pareil ouvrage1 elle n'est pas mdiocrement embarrasse2 mais son embarras ne vient point de ce que l'amour-propre de l'auteur pourrait supposer4 ,nous le dirons1 sans fatuit d'aucune espce1 le livre de ,terre et ,ciel#e de ,jean ,reynaud1 ce livre au titre colossal1 n'est pas1 nos yeux1 un colosse4 ,le systme qu'il dresse devant nous ne nous parat point inexpugnable4 ,quand on le lit et quand on l'examine1 on trouve qu'il n'y a pas l intellectuellement de quoi trembler4 ,le livre et le systme se composent1 en effet1 de deux affirmations sans preuves1 qu'on peut fort bien contredire sans insolence et rfuter sans beaucoup de peine4 ,la premire de ces affirmations1 c'est444 le croira-t-on8444 la pluralit des mondes et l'habitation des toiles1 que ,jean ,reynaud nous certifie1 avec une gravit de ,christophe ,colomb astronomique au dbott de son voyage1 et dont il nous donne somptueusement sa parole d'honneur4 ,la seconde444 le croira-t-on davantage8444 c'est l'ancienne redite d'une mtempsycose progressive laquelle la philosophie revient1--comme la vieillesse revient l'enfance4 ,dans tout cela1 il faut en convenir1 il n'y a rien de bien blouissant et de bien formidable1 rien qui force le plus modeste des esprits philosophiques se croire petit et baisser les yeux4 ,seulement1 voici o l'embarras commence4 ,si la ,critique prend au srieux ce gros livre de ,terre et ,ciel que d'aucuns regardent comme un monument1 si elle se croit oblige d'entrer dans les discussions qu'il provoque et d'accepter ces formes prmdites d'un langage scientifique assez semblable au latin de ,sganarelle1 mais moins gai1 la voil expose asphyxier d'ennui le lecteur comme elle a t elle-mme asphyxie4 ,et cependant1 d'un autre ct1 si on touche lgrement une chose si pesante1 d'honntes esprits s'imagineront sans doute que c'est difficult de la manier4 #d ,terre et ,ciel 7,pays1 #ac septembre #ahed74 #e ,furne et ,cie4 ,car1 tort o raison1--et tort selon nous1--le livre de ,jean ,reynaud passe en ce moment pour une oeuvre trs forte4 ,on se le dit et on le croit4 ,on n'y regarde pas4 ,je ne suis pas bien sr qu'on lise ce livre compact et sans lumire1 indigestion de deux ou trois ruditions spciales1 et qui roule1 dans un style pais1 de si misrables erreurs qu'elles ne sont plus que des lubies2 mais on le feuillette et on le vante1 et je le conois6 ,rationalistes1 panthistes1 clectiques1 voltairiens1 toutes les varits de philosophes qui se tiennent entre eux comme des crustacs1 sont intresss vanter un livre1 quel qu'il soit dont les ides ne vont rien moins qu' la destruction intgrale de nos dogmes et la ruine de l'glise romaine4 ,aussi nul d'entre eux n'y a-t-il manqu4 ,mme les voltairiens1 trop spirituels pour lire d'autres romans que ,candide et la ,princesse de ,babylone1 ont parl avec faveur de celui-ci dans le plus clbre de leurs journaux4 ,ils ne l'ont pas discut1 il est vrai2 ils ne lui ont tmoign prudemment que ce genre de respect qui ne touche pas aux choses qu'on respecte2 mais ils l'ont trait avec la haute considration de tous les mandarins entre eux4 ,quoique eux surtout1 les voltairiens1 n'aient de got pour aucune espce d',apocalypse1--pas plus pour celle de ,jean ,reynaud que pour celle de l'autre ,jean1--quoique rien ne ressemble moins au verre d'eau de leur style que le limon visqueux du style de ,jean ,reynaud1 ils n'ont pas moins apprci les trois grandes puissances sur la tte humaine qui se trouvent dans ce livre de ,terre et ,ciel et qui en protgent actuellement la fortune3 savoir l'appareil des mots scientifiques pour cacher le vide de la pense1 l'effronterie gratuite de l'hypothse et la majest de l'ennui4 ,certes6 dans un autre temps et pour un autre livre1 ils auraient souri de ces trois puissances qui correspondent des faiblesses4 ,ils auraient accompagn du petit fifre de leur ironie ordinaire cette lourde thorie astronomique et cosmologique1 qui n'est ni de la science ni de l'invention4 ,mais1 une poque o le rationalisme souffre tant des blessures qu'il se fait lui-mme et o l'enseignement de l'glise commence de reprendre dans les esprits minents l'empire qu'il avait perdu au ,x,v,i,i,ie sicle1 ils se sont dit probablement qu'il ne fallait mpriser le secours de personne4 ,ils ont accueilli ,jean ,reynaud comme si c'tait ,pythagore4 ,ils ont cout srieusement cet cho attard1 que ,pythagore1 s'il l'entendait1 n'adorerait plus6 ,et1 quittes se moquer plus tard d'un livre qui doit faire mal aux nerfs de leurs esprits positifs et lgers1 ils ont pouss au succs de ce livre en disant bien haut qu'il le mritait4 ,tel est tout le secret de cette facile renomme de deux jours1 faite si gnreusement un ouvrage qui ne saura pas la garder4 ,le livre de ,terre et ,ciel de ,jean ,reynaud est un coup port1 par une main philosophique de plus1 au christianisme et l'glise4 ,comment ceux qui hassent l'glise et le christianisme n'en seraient-ils pas reconnaissants8444 ,sans doute1 avec plus de talent1 le coup serait mieux assn2 mais enfin--il faut tre juste6--c'est un coup de plus4 ,jean ,reynaud a un mrite que les philosophes doivent singulirement apprcier1 et qui ne tient ni ses ides ni la force de son gnie4 ,de tous les ennemis de la religion de nos pres1 de tous ceux qui disent que le catholicisme est une doctrine dpasse par l'esprit humain et qui a fait son temps 7comme les conscrits7 dans l'histoire1 cet excellent ,jean ,reynaud est peut-tre le plus dangereux4 ,il est doux et il se dit chrtien4 ,c'est au nom d'un christianisme meilleur qu'il vient poser la ncessit de corriger ce chtif ,symbole de ,nice1 qui1 dcemment1 ne convient plus des chrtiens aussi distingus que nous4 ,jean ,reynaud1 quand il parle du christianisme1 affecte une impartialit duper beaucoup d'imbcilles4 ,il ne casse pas tout1 comme ,proudhon4 ,il n'a pas le talent roux et le coup de corne de boeuf de ce robuste btard d',hegel en dmence4 ,la forme de son exposition se recommande aux esprits modrs par je ne sais quelle fausse bonhomie1 et jusqu' son talent d'crivain1 trop empt pour tre mordant1--trop mollusque pour tre serpent1--rien n'avertit et tout rassure quand il se dit chrtien1 comme la plupart des hrtiques1 du reste1 qui n'ont jamais manqu de se dire chrtiens pour mieux atteindre le christianisme en plein coeur6 ,la seule originalit de ,jean ,reynaud est d'tre--au ,x,i,xe sicle--bien plus un hrtique qu'un philosophe4 ,aprs ,diderot1 qui voulait largir ,dieu1 il veut largir le christianisme4 ,nous savons bien--et lui aussi1 probablement1--ce qui resterait du christianisme aprs cet largissement la ,diderot6 mais1 pour les simples de coeur et d'esprit qui se laissent ptrir par la main de toutes les propagandes1 un tel langage a sa sduction4 ,les philosophes ont le verbe pre et haut4 ,ils ne barbouillent pas1 et quelquefois ils pouvantent4 ,spinoza1 ,voltaire1 ,hegel1 tous ces insectes humains1 enivrs de la goutte de gnie que ,dieu leur versa dans la tte et qu'ils ont rejete contre ,dieu1 jouent leur rlet de titans-myrmidons jusqu'au bout et visire leve4 ,mme quand ,voltaire se fait capucin1 il rit1 le sacrilge6 mais il ne trompe pas4 ,tandis que ,jean ,reynaud1 le thologien de contrebande qui part du pied gauche aujourd'hui pour demander--comme le pieux et pur ,saint-,bonnet--que la thologie se relve dans l'opinion et les tudes du ,x,i,xe sicle1 ne rit pas et ne nous fait pas rire1 mais il pourrait bien nous tromper6 ,nous tromper comme il se trompe lui-mme6--car il ne faut pas croire que cette tte1 aux notions confuses1 n'ait pas vis--vis d'elle-mme la bonne foi de ses confusions4 ,l'auteur de ,terre et ,ciel1 dont la prtention le plus en relief est la thologie1 qui s'en croit l'aptitude et qui n'en a pas mme le rudiment1 invoque navement dans son livre une thologie qui changerait en dogmes ses erreurs4 ,esprit physiologiquement religieux1 tourn de tendance primitive et de temprament vers les choses de la contemplation intellectuelle1 mtaphysicien et presque mystique1 l'auteur de ,terre et ,ciel n'tait point1 par le fait de ses facults1 destin aux doctrines de la philosophie moderne2 mais1 pour des raisons qu'il connat mieux que nous et qu'il retrouverait s'il faisait l'examen de conscience de sa pense1 il n'a pu cependant y chapper4 ,il est le fils du ,x,v,i,i,ie sicle4 ,avec sa foi dans le progrs indfini du genre humain1 c'est une bouture de ,condorcet4 ,mais--disons-le son loge6--le ,x,v,i,i,ie sicle1 dont il procde1 n'a pu lui donner ce mpris de brute pour les problmes surnaturels qui distingue ses plus beaux gnies4 ,dieu1 l'me1 son essence et ses destines1 les hirarchies spirituelles1 etc41 sont rests des questions pour ,jean ,reynaud1 et des questions que le panthisme contemporain ne rsoud pas4 ,en vertu de son genre d'intelligence1 la notion thologique n'a donc pas t abolie en lui1 mais seulement obscurcie et fausse4 ,et voil justement ce qui a produit1 sous la plume de ce philosophe singulier qui a le coup de marteau de la thologie1 un chaos galement monstrueux pour les thologiens et pour les philosophes6 ,voil pourquoi il a mutil1 au nom de la thologie1 le triple monde que la thologie enseigne1 et qu'il le rduit un seul dans son livre1 malgr son double titre de ,terre et ,ciel6 ,en effet1 pour qui sait l'embrasser et l'treindre1 ce livre1 au fond1 n'est autre chose qu'une mutilation et un renversement des ides chrtiennes4 ,c'est notre ,credo pris rebours et fond sur la pluralit des mondes ternels1 sans royaume des cieux et sans enfer4 ,telle1 en deux mots1 la conception thologique du livre de ,jean ,reynaud2 mais ce n'est pas tout au dtail4 ,l'auteur de ,terre et ,ciel a beau s'en dfendre1 il n'est rellement qu'un panthiste de notre temps1 sous les guenilles de tous les hrtiques de ce moyen ge contre lequel il se permet tant de mpris4 ,n'oublions pas que son livre n'est1 avant tout et aprs tout1 qu'un essai de cosmologie444 ,parti du cosmos pour aller au cosmos1 en passant sur le cosmos1 l'auteur s'agite1 mais strilement1 pour organiser plus qu'un cimetire444 ,le mot de ,ciel est de trop dans le titre de son ouvrage1 et la ,terre mme comme il la conoit n'est pas la notion chrtienne de la terre4 ,ce n'est plus le lieu de l'expiation et de l'preuve1 le champ de mort d'o une chrysalide de cent cinquante milliards d'mes doit un jour se dployer et s'envoler dans les cieux4 ,cette double notion de la terre et du ciel1 la seule que puissent admettre galement l'intelligence des penseurs et l'imagination des potes1 ,jean ,reynaud1 thologien agrandi par la philosophie1 l'a rpute mesquine1 enfantine et dborde par ce triomphant ,esprit humain1 qui a le droit d'exiger mieux4 ,seulement1 pour la remplacer1 cette notion infrieure et grossire1 l'minent inventeur n'a trouv rien de plus puissant que de ramasser1 dans la poussire des rves de l'humanit les plus rongs par les sicles et les plus transparents de folie1 le systme rumin par l',inde--cette vache de la philosophie--d'une mtempsycose progressive1 qui met l'homme aux galres perptuit de la mtamorphose et son immortalit en hachis6 ,au moins1 pour expliquer de cette faon le problme surnaturel de l'homme et de sa destine1 pour revenir1 en plein ,x,i,xe sicle1--aprs les travaux philosophiques de ,hegel et de ,schelling1-- ce risible systme de la mtempsycose1 digne tout au plus d'inspirer une chanson au marquis de ,boufflers ou ,branger1 qui l'a faite1 fallait-il se sentir une force d'induction et de dduction irrsistible2 fallait-il que la grandeur des facults philosophiques sauvt la misre du point de vue que l'on ne craignait pas de relever4 ,et c'est ici qu'aprs la question du point de vue1 gnral et dominateur1 qui emporte l'honneur d'un livre en philosophie1 devait se poser la question du talent et de ses ressources1 qui couvre l'amour-propre de l'auteur4 ,eh bien1 nous le disons en toute vrit et sans vouloir y faire de blessures1 l'amour-propre de ,jean ,reynaud ne sera pas couvert6 ,une fois le fond du livre cart1 les qualits qui resteront pour le dfendre n'imposeront point par leur clat aux vritables connaisseurs4 ,et nous ne parlons pas encore ici de la forme la plus extrieure de ce livre1 de sa conformation littraire4 ,nous restons mtaphysicien4 ,en mtaphysique1 il sera trs facilement constat1 par tous ceux qui ont l'habitude ou l'amour de ce genre de mditation1 que les tendances de ,reynaud sont plus vives et plus fortes que ses facults4 ,le trait de ,terre et ,ciel1 qui rsume toute sa vie intellectuelle1 car il a t effeuill dans des revues et des journaux depuis dix ans1 ce trait1 regard comme un systme toute solution par un petit nombre de gens solennels et mystrieux qu'on pourrait appeler les ,importants de la philosophie1 est1 qu'on nous passe le mot 7le seul qu'il y ait1 hlas6 pour exprimer notre pense76 un perptuel coq--l'ne sur les relations du temps l'ternit4 ,pour un mtaphysicien1 qui doit connatre les lments de la science qu'il cultive et n'avoir pas de distractions1 ,jean ,reynaud est entirement tranger la conception de l'ternit1 ou1 s'il la pose parfois1 il l'oublie4 ,c'est qu'au fond il n'a rien de net1 de ferme1 de premptoire et d'arrt dans l'esprit4 ,il patauge4 ,l'infinit1--dit quelque part ce panthiste malgr lui ou dessein 7lequel des deux871--l'infinit est un des attributs de l'univers4 ,mais l'infinit est le contraire de la mesure1 comme l'ternit est le contraire du nombre6 ,des coliers sauraient cela4 ,et voyez la singulire consquence3 si l'on met l'infini la place de l'tendue1 o pose-t-on l'axe du monde et que devient pour ,jean ,reynaud cette gravitation dont il est si sr et si fier8 ,dans le chapitre de l',homme1 o le rcit de la ,gense est culbut par l'hypothse1 l'ternelle hypothse du dveloppement progressif de la vie et de la cration graduelle1 ,jean ,reynaud mconnat l',absolu divin4 ,il semble ignorer que ,dieu soit un acte pur1 et ce que c'est mme qu'un acte pur6 ,il s'imagine que ,dieu1 comme l'homme1 a son chemin faire et qu'il a besoin d'exprience444 ,ce manque de prcision1 qui1 en mtaphysique1 se mue si vite en erreur ou s'tale si pompeusement en btise1 on le signalerait toutes pages dans le livre de ,terre et ,ciel si on ne craignait pas de fatiguer le lecteur par des citations trop abstraites4 ,ainsi donc1 en nous rsumant1 nous trouvons1 ct de la donne vicieuse et purile du livre de ,jean ,reynaud1 des qualits mtaphysiques d'un degr infrieur1 sans puret et sans force relle1 un langage trouble toujours et souvent contradictoire4 ,le trait de ,terre et ,ciel est une petite ,babel btie par un seul homme4 ,c'est la confusion des langues de plusieurs sciences1 qui se croisent et s'embrouillent sous la plume pesante de l'auteur4 ,sa pense ne domine pas tous ces divers langages et ne les fait pas tourner autour d'elle1 avec leurs clarts diffrentes1 dans la convergence de quelque puissante unit4 ,thologien de prtention malgr son caractre philosophique1 thologien quiquengrogne en philosophie1 il peut avoir beaucoup lu les thologiens catholiques1 mais il n'a point de connaissances accomplies1 lumineuses1 en thologie2 car1 s'il en avait1 aurait-il paul le systme du progrs indfini de ,condorcet avec la mtempsycose de ,pythagore8444 ,aurait-il pu jamais adopter comme vrai ce systme du dveloppement progressif de la vie et de ses perptuelles mtamorphoses1 qui parque l'homme sur son globe et applique la cration tout entire1 l'oeuvre du ,dieu tout-puissant1 lequel a cr spontanment l'homme complet1 innocent et libre1 ce procd de rapin qui1 par des changements imperceptibles et successifs1 se vante de faire une tte d',apollon avec le profil du crapaud8 ,le sophisme picurien1 le plus compromis des sophismes grecs1 qui donnait la ,divinit la forme de l'homme parce qu'on n'en connat pas de plus belle1 est le genre de preuves le plus familier de ,reynaud4 ,ne comprenant jamais l'action divine que comme il comprend l'action humaine1 l'auteur de ,terre et ,ciel se croit fond tirer une impertinente induction de nous ,dieu1 et cet abus de raisonnement1 qui revient dans son livre comme un tic de son intelligence1 produit pour consquence de ces normits qui coupent court toute discussion4 ,pour n'en citer qu'un seul exemple1 ,jean ,reynaud exige la pluralit des mondes ou il n'admet pas ,dieu1 parce que 7ajoute-t-il avec un srieux qui rend la chose plus comique encore71 sans la pluralit des mondes1 ,dieu est videmment ls dans son caractre de crateur4 ,on conoit1 n'est-il pas vrai8 qu'aprs des affirmations de cette nature un homme sens ne discute plus4 ,nous avons1 nous1 peine discut4 ,nous ne pouvions1 ni pour le public ni pour nous1 ni pour le livre mme dont il s'agit1 l'examiner dans le dtail trop spcial1 trop technique1 des nombreuses questions qu'il soulve2 mais le peu que nous avons dit suffira4 ,si ce singulier trait de philosophie religieuse1 qui essaie de renverser tous nos dogmes1 sans exception1 sous l'ide chimrique des transformations ternelles et successives de l'humanit et sous un panthisme plus fort que l'auteur et qui le mne et le malmne2 si ce trait brillait au moins par une exposition mthodique1 nous aurions pu donner le squelette de ce mastodonte de contradictions et d'erreurs4 ,mais ,jean ,reynaud n'a point de mthode4 ,son livre de ,terre et ,ciel est une conversation1 btons rompus1 entre un philosophe thologien de l'avenir1 ,c'est moi-mme1 messieurs1 sans nulle vanit6 et un pauvre thologien catholique 7et je vous demande si le catholicisme est bien reprsent671 lequel laisse passer fort respectueusement toutes les bourdes1 dirait ,michel ,montaigne de l'auteur de ,terre et ,ciel1 absolument comme on laisse passer1 en se rangeant un peu1 les boulets de canon auxquels il est dfendu de riposter4 ,vieux livre sous une peau nouvelle1 l'ouvrage de ,jean ,reynaud a emprunt jusqu' sa peau4 ,en effet1 c'est l'opposition et la caricature de ces ,soires de ,saint-,ptersbourg dans lesquelles l'auteur esquive aussi la difficult d'une exposition mthodique par cette forme trop aise du dialogue1 mais1 du moins1 en sait racheter l'infriorit par l'clat de la discussion1 le montant de la repartie1 la beaut de la thse et de l'antithse et une charmante varit de tons1 depuis la bonhomie accablante du thologien jusqu' la sveltesse militaire2 depuis l'aplomb du grand seigneur qui badine avec la science comme il badinerait avec le ruban de son crachat jusqu'au gnie de la plaisanterie comme l'avait ,voltaire4 ,malheureusement l'esprit de ,jean ,reynaud n'a pas1 lui1 toutes ces puissances4 ,il est monocorde1 et la corde sur laquelle il joue n'est pas d'or4 ,ses longues dissertations dialogues1 que ne brise jamais le moindre mot spirituel1 manquent profondment de vie1 d'animation1 de passion enthousiaste ou convaincue1 et elles nous versent dans les veines je ne sais quelle torpeur mortelle4 ,on dirait le procd ,gannal appliqu notre esprit tout vivant4 ,dsagrable sensation6 ,au milieu de cette logomachie thologique1 si incroyablement obstine et dans laquelle pourtant exclusion est faite des miracles1 de la virginit1 des sacrements1 de l'ide de famille1 il n'y a de clair1 pour qui sait voir1 que la haine de ,jsus-,christ sous le nom de moyen ge4 ,seulement cette haine entortille1 insidieuse1 nous fait payer par un ennui nous dformer la figure les embarras de la pense de l'auteur4 ,ah6 qu'on aimerait mieux un peu de passion franche1 et1 comme disait ,shelley1 l'athe1 que le serpent1 une bonne fois1 se dresst sur sa queue et sifflt tous ses sifflements4 ,au lieu de ces longueurs indcises1 de ces toiles d'araigne philosophiques1 de cette mosaque de filandreuses dissertations1 qui se lvent par plaques sous les pieds de l'esprit et qui en retardent la marche1 qu'on aimerait mieux quelques lignes de conclusion1 nettes et courageuses1 les articles 7enfin arrts7 du ,symbole de la philosophie1 de ce ,symbole qu'on nous jetterait la tte1 nous les arrirs1 comme les ,aptres eurent autrefois l'impudence sublime de jeter le leur1 en bloc1 la tte du genre humain6 ,mais rien de tout cela4 ,le livre de ,jean ,reynaud est et reste tout simplement une hypothse1 qu'on propose1 mais qu'on n'impose pas444 ,ils savent trs bien risquer le faux1 les philosophes1 mais ils ne sont jamais assez srs que le faux qu'ils risquent est le vrai pour avoir l'aplomb d'en faire un symbole4 ,ceci n'est rserv qu'aux prtres4 ,nous l'avons dit dj1 ce trait de ,terre et ,ciel1 qui n'a de grave que le ton1 agrandit vainement et cache mal1 sous le trompe-l'oeil des dtails scientifiques1 une thorie qui1 rduite ses plus simples termes1 n'est que ridicule et444 immorale2 car voil son ct srieux6 ,la mtempsycose1 ou la transformation successive de l'humanit1 emporte la morale humaine dans sa visible absurdit4 ,si cette transformation qui recommence toujours est en effet la loi du monde1 tous les crimes et mme l'assassinat ne sont plus que des drangements de molcules qui sauront toujours bien se reconstituer1 et l'affreux pote du suicide avait bien raison quand il chantait3 ,de son sort l'homme seul dispose6 ,il a toujours1 quand il lui plat1 ,dans la balle d'un pistolet1 ,la clef de sa mtamorphose6 ,telle est la conclusion que les hommes pratiques tireront de la doctrine du philosophe4 ,assurment1 on doit esprer que de si dgradantes consquences1 une fois seulement indiques1 diminueront un peu dans l'opinion l'importance que le parti philosophique antichrtien veut crer au livre de ,jean ,reynaud4 ,et qu'on nous permette d'ajouter encore un dernier mot4 ,quand on s'lve une certaine hauteur1 il n'y a plus que deux sortes de livres1--deux grandes catgories1 dans lesquelles tous les genres et tous les sujets peuvent rentrer3 les livres faits par l'observation et les livres faits par la rverie4 ,observation et rverie1 voil les tiges-mres de toutes les familles de l'esprit humain4 ,eh bien1 ni comme observateur ni comme rveur ,jean ,reynaud n'occupera une place leve dans la hirarchie des intelligences de son temps6 ,tout au plus donnera-t-il le bras ,pierre ,leroux1 l'auteur de l',humanit1 avec lequel il a plus d'une analogie1 et s'en iront-ils tous deux la fosse commune de l'oubli4 ,observateur nul1 puisque son systme n'est qu'une induction1 et rien de plus1 il choque profondment en nous la facult qui a soif de ralits et de vrit1 mais il n'intresse pas l'imagination davantage4 ,quand on a lu cet immense volume d'hypothses sur la pluralit des mondes ternels1 savez-vous quoi l'on retourne pour se dlasser d'une telle lecture8444 ,aux historiettes astronomiques de ,fontenelle et aux gasconnades de ,cyrano de ,bergerac4 ,,donoso ,,cort,s#f ,i ,intellectuellement1 c'est une frgate la mer que la publication de ces oeuvres#g de ,donoso ,corts4 ,chargs de vrit et1 pour ainsi parler1 pavoiss des couleurs d'un grand talent1 dont le caractre est l'clat1 ces trois volumes1 comme le vaisseau que montait l'aeul de ,corts pour aller la conqute d'un monde1 s'en vont la conqute des mes1 qui sont aussi des mondes1 et peut-tre plus difficiles conqurir444 ,quelle que soit leur destine1 c'est un service rendu l'glise que d'avoir pens les traduire et les publier dans cette langue franaise qui n'est pas seulement1 comme on l'a dit1 la langue de la diplomatie et de la philosophie1 mais qui est plus qu'une autre la langue de la propagation et de la foi4 #f ,oeuvres de ,donoso ,corts1 marquis de ,valdegamas1 prcdes d'une introduction par ,louis ,veuillot 7,pays1 #f juillet #ahei74 #g ,vaton4 ,donoso ,corts1 marquis de ,valdegamas1 est un des crivains catholiques les plus minents de ces dernires annes4 ,il a laiss1 presque ds son dbut1 des traces trop vives et trop profondes dans l'opinion contemporaine pour qu'on pt oublier de runir les crits dus cette plume brillante que la mort a si tt brise1 et qu'il et brise lui-mme s'il avait vcu davantage1 tant elle satisfaisait peu son me sainte6 ,d'un bien autre gnie que ,silvio ,pellico1 mais d'une humilit non moins touchante1 le marquis de ,valdegamas avait plus de confiance dans une dizaine de chapelet1 dite d'un coeur fervent1 que dans tous les talages de la pense4 ,et il avait raison6 ,mais ses amis qui le publient aujourd'hui n'ont pas tort pourtant de le publier4 ,ils savent que ,dieu1 pour traverser les coeurs1 met dans nos carquois toutes sortes de flches1 et que la flche du talent pntre encore aprs les plus perantes1--celles de la prire et de la charit6 ,du reste1 catholiques avant tout1 ils n'ont point publi les oeuvres compltes du marquis de ,valdegamas4 ,ils ont laiss la littrature de l'homme exclusivement littraire 7,donoso ,corts l'avait t un moment71 et ils n'ont pris dans ses travaux que ce que le catholicisme a anim de son inspiration toute-puissante4 ,ils se sont donc strictement renferms dans l'oeuvre catholique de ,donoso1 trouvant le reste de peu de signifiance1 mme pour sa gloire4 ,en cela1 ils ont sainement jug4 ,donoso ,corts1 cet crivain incontestablement suprieur par un talent qui touche au premier ordre1 cet orateur qui a pouss ces deux ou trois discours dont l'air que nous avons autour de la tte vibre encore1 l'illustre ,donoso ,corts1 disons-le brutalement1 ne serait rien sans le catholicisme1 et ce n'est pas1 certes6 pour l'abaisser que nous disons cela4 ,rest l'homme des penses du temps1 il ne se serait jamais beaucoup lev au-dessus de la fonction vulgaire d'un mdiocre littrateur4 ,pitre destine6 ,mais1 avec le catholicisme1 son gnie a commenc dans son me4 ,c'est le catholicisme qui lui a cr une pense4 ,il a reu la langue de feu444 ,il ne l'avait pas6 ,,ii ,et la preuve1 elle est ici1 dans ces oeuvres qui ne sont pas compltes1 mais choisies4 ,trop facile donner si nous examinions l'intgralit des crits de ,donoso ,corts1 cette preuve ne brille que mieux en ces oeuvres partielles1 runies par ces deux soeurs pieuses1 l'admiration et l'amiti4 ,les diteurs de ,donoso ont publi1 avec son ouvrage principal3 l',essai sur le catholicisme1 le libralisme et le socialisme1 qui a fix sa gloire et qui la gardera1 beaucoup de discours1 d'articles de journaux1 de lettres dates de diverses poques1 et il en est plusieurs de celles-l o1 comme tant de ses contemporains1 ,donoso ,corts1 trop fort d'esprit pour n'avoir pas le respect du catholicisme1 reculait encore devant la pratique1 cet effroi des lches1 sans laquelle il est impossible au penseur le plus fort de se justifier tout son respect4 ,eh bien1 quoique tous ces crits portent1 des degrs diffrents1 la marque de ce catholicisme qui finit par s'emparer compltement de ,donoso ,corts et le fit natre force de le fconder1 il saute aux yeux que les plus faibles catholiquement de ces crits sont1 au point de vue du talent seul1 d'une faiblesse plus que relative6444 ,on voit1 clair comme le jour1 travers ces crits1 ce qu'aurait t toute sa vie ,donoso ,corts sans ce catholicisme matrisant et transfigurateur qui fut le ciel pour son talent4 ,il serait1 sans nul doute1 rest1 en toutes choses1 l'homme de l'incroyable jugement sur ,talleyrand de ,la ,france en #ahdb1 et cet homme tait un rhteur4 ,il n'y a qu'un rhteur1 en effet1 et un rhteur de la pire espce1 qui puisse comparer ,napolon et ,talleyrand1 et mettre ,talleyrand au-dessus de ,napolon6 ,oui6 cette tache de la rhtorique se serait tendue sur toute la pense1 et la taie et bientt couvert l'oeil4 ,cet esprit1 n brillant1 n'aurait bientt plus rsist la tentation d'une seule antithse4 ,la solidit ne serait pas venue1 ni la force simple ni la sincrit4 ,le talent de nature aurait grandi1 plus ou moins mensonge ou caresse2 le talent de grce n'aurait point paru4 ,nous aurions eu dans tout son dveloppement le rhteur qui est au fond--tout au fond--du talent de ,donoso ,corts2 car il y est1 le rhteur1--plus ou moins dou1 plus ou moins puissant1 ce n'est pas la question6--mais il y est4 ,malgr la grce du catholicisme1 la ,critique l'y voit encore sous cette grce qui a tout dompt4 ,donoso ,corts est du pays des grands rhteurs1 ,snque1 ,lucain et ,gongora4 ,il l'est aussi1 mme quand il croit et veut le moins l'tre1 mme quand il insulte la beaut littraire3 ,j'ai eu--dit-il dans une lettre ,montalembert--le fanatisme de l'expression1 le fanatisme de la beaut dans les formes1 et ce fanatisme est pass444 ,je ddaigne plutt que je n'admire ce talent qui est plus une maladie de nerfs qu'un talent de l'esprit444 ce qui est assez insolent et assez faux1 par parenthse4 ,et au moment mme o il crit cela1 sans transition et comme pour se punir1 il ajoute ce mot de rhteur inconsquent1 de rhteur incorrigible1 qui tout coup reparat3 ,les formes d'une lettre ne sont ni littraires ni belles4 ,misrable axiome de rhtorique1 non moins faux6 ,et pourquoi ne seraient-elles pas belles8444 ,mais laissons l ces ddains factices qui n'ont pas le droit d'exister4 ,le catholicisme1 cette source sublime d'inspiration1 a donn ,donoso ,corts une assez belle forme pour qu'il ne puisse la ddaigner sans affectation ou sans injustice1 et il ne la lui a donne qu' la condition d'lever1 d'purer1 de grandir toutes les forces de sa pense2 car la pense et la forme ne se sparent pas4 ,elles sont congnres et consubstantielles4 ,l'homme ne se ddouble pas4 ,il y prirait4 ,les rhteurs seuls ont pu inventer cette platitude du vtement et du corps1 pour dire le style et la pense4 ,mais o cela s'est-il vu8 ,pour notre part1 nous ne croyons pas plus l'crivain sans pense qu'au penseur sans style444 ,kant lui-mme a du style1 quand1 par raret1 il a raison4 ,,iii ,donoso ,corts1 qui a toujours raison quand il est entirement catholique1 est donc un grand crivain dont la ,critique est appele1 aujourd'hui qu'on publie ses oeuvres1 dire les dfauts et leur tendue1 les qualits et leur limite4 ,son mrite le plus net1 nos yeux1 le plus grand honneur de sa pense1 c'est d'avoir ajout une preuve infinie2 c'est1 aprs tant de penseurs et d'apologistes qui1 depuis dix-huit cents ans1 ont dvoil tous les cts de la vrit chrtienne1 d'avoir montr1 son tour1 dans cette vrit1 des cts que le monde ne voyait pas2 c'est1 enfin1 d'avoir1 sur la chute1 sur le mal1 sur la guerre1 sur la socit domestique et politique1 t nouveau aprs le comte de ,maistre et le vicomte de ,bonald1 ces imposants derniers venus6 ,la vrit a des fonds de sac tonnants et inpuisables4 ,on croit que c'est la fin1 et voil que tout recommence1 sans se rpter6 ,ce que le comte de ,maistre et le vicomte de ,bonald firent contre les erreurs de leur temps1 le marquis de ,valdegamas l'a fait contre les erreurs du sien1 et il l'a fait avec des qualits tout la fois semblables aux leurs et diffrentes444 ,l'un 7le comte de ,maistre7 tait un grand esprit intuitif2 l'autre 7le vicomte de ,bonald7 un grand esprit d'enchanement4 ,donoso ,corts a bien parfois l'aperu de ,joseph de ,maistre1 mais cet aperu n'arrive pas chez lui1 comme chez de ,maistre1 pareil un trait de lumire qui part du fond de la pense1 au rayon visuel qui jaillit du centre de l'oeil4 ,c'est lui plutt1 ,donoso1 qui arrive l'aperu comme une lumire en dehors de sa pense1 et1 force d'aller vers elle1 de raisonnement en raisonnement4 ,on pourrait dire de ,donoso ,corts qu'il a de l'aperu par dveloppement1 tandis que pour de ,maistre l'aperu point d'abord et le dveloppement vient ensuite1 s'il en est besoin4 ,pour cette raison mme1 ,donoso ,corts a certainement autant de logique que de ,bonald4 ,il y a plus3 on peut affirmer que c'est la logique1 entre toutes les puissances de son esprit1 qui lui fait sa supriorit absolue4 ,il en a les formes rigides et souples1 l'enthymme1 l'numration1 le sorite4 ,c'est toujours enfin de la pure logique qu'il tire1 lorsqu'elle est belle1 toute la beaut de sa pense4 ,soit donc qu'il fasse acte d'crivain tte repose ou d'orateur s'exprimant dans un parlement1 ,donoso ,corts est partout et surtout un formidable logicien1 et tellement logicien qu'il ne craint pas d'tre scolastique par la forme1 car il a assez d'expression son service pour ne jamais paratre sec4 ,il a1 en effet1 les dons du gnie espagnol4 ,il en a la solennit1 qui est l'emphase contenue4 ,il en a la pompe1 l'harmonie1 le nombre1 la plnitude1 la sonorit4 ,c'est un large cours de penses que ses penses1 enchanes les unes aux autres comme les flots aux flots1 mais auxquelles il faut de la place4 ,il faut ,donoso ,corts de l'espace pour rouler son fleuve6 ,il n'a pas le monosyllabe1 la paillette qui fait du fleuve un ,pactole1 la pointe acre et tincelante1 ce clou d'or1 quand il n'est pas de diamant1 qu'avait ,joseph de ,maistre1 et qu'il fichait si bien1 de sa main spirituelle1 entre les blocs carrs et lisses de son style au ciment romain4 ,le style d'un homme1 lorsque cet homme n'est pas assez fort pour le faire avec sa seule manire de sentir1 a ses origines4 ,pascal1 par exemple1 c'est ,montaigne1 plus la manire de sentir de ,pascal1 et cette manire1 c'tait l'pouvante1 l'effarement1 le cabrement devant l'abme4 ,l'origine du style de ,donoso ,corts est saint ,augustin dans ses ,confessions4 ,saint ,augustin l'attire par sa tendresse1 la grande qualit de son esprit et de son me4 ,il l'attire aussi par son dfaut peut-tre1 car saint ,augustin1 sous les magnificences de son gnie1 comme ,donoso ,corts sous le sien1 cache son atome de rhteur4 ,,iv ,tel nous trouvons en ces trois volumes le talent du marquis de ,valdegamas4 ,plus oratoire que littraire1 ,donoso ,corts a1 mme lorsqu'il s'efforce d'tre didactique1 comme dans son ,essai sur le catholicisme1 le libralisme et le socialisme1 les aspirations1 les apostrophes1 le mouvement et le redoublement antithtique4 ,il a de l'orateur3 ,il doit avoir lu immensment les sermonnaires4 ,il a les grands mots oratoires qui une fois dits ne s'oublient plus3 ,ou un seul homme--dit-il un jour--suffirait pour sauver la socit3 cet homme n'existe pas2 ou1 s'il existe1 ,dieu dissout pour lui un peu de poison dans les airs6 ,un autre jour3 ,dieu a fait la chair pour la pourriture1 et le couteau pour la chair pourrie4 ,et encore3 ,o que l'homme porte ses pas1 il la rencontre 7la douleur71 statue muette et en larmes1 toujours devant lui6 ,rappelez-vous ce qu'il dit une fois de ,sainte-,hlne3 ,napolon1 le matre du monde1 devait mourir spar du monde par un foss dans lequel coulerait l',ocan4 ,il parle quelque part de je ne sais quelle doctrine indigne de la majest de l'absurde4 ,un peu plus1 il serait dclamateur2 mais il s'arrte temps et le got est sauv4 ,du reste1 rarement fin1 et ceci l'honore444 ,la finesse de l'esprit n'est souvent qu'une ressource de sa lchet4 ,donoso est le courage mme4 ,il a la foi de ce qu'il dit1 et il ne se baisserait pas d'une ligne pour ramasser tout un monde de popularit si ,dieu le mettait ses pieds4 ,c'est le contraire d'un autre clatant1 de ,chateaubriand1 sur lequel il l'emporte par la puret1 le calme et la beaut de l'me1 s'il ne l'emporte pas par la beaut de son gnie4 ,il se soucie peu de la gloire4 ,je ne veux pas que mon nom rsonne--dit-il dans une de ses lettres2--je ne veux pas que les chos le rptent et qu'il retentisse sur les montagnes4 ,il n'est pas en mon pouvoir d'empcher mes adversaires de le prononcer1 mais je suis rsolu empcher mes amis de le faire1 et c'est le but de cette lettre4 ,et lorsqu'il crit cela il est trs vrai4 ,il est consquent ce qu'on trouve partout1 mainte page de ses oeuvres3 ,l'idal de la vie1--dit-il1--c'est la vie monastique4 ,ceux qui prient pour le monde font plus que ceux qui combattent4 ,et1 en effet1 lui1 l'ambassadeur qui n'a jamais fait comme ,chateaubriand1 ce fat d'affaires1 ce porteur d'empire sur le bout du doigt1 ennuy la mort si on l'en croyait et lass de ce faucon qui pse si peu au poing du gnie1 il allait1 lorsque la tombe le prit1 quitter simplement ses costumes de palais1 qu'il n'appelle nulle part des guenilles1 et revtir une soutane4 ,dieu ne le permit point2 il lui gardait un autre autel desservir4 ,il l'appela et en fit son prtre444 pour l'ternit1 dans les cieux6 ,v ,nous avons dit que l'ouvrage principal de ,donoso ,corts1 le seul qui lui gardera dans la postrit cette gloire laquelle il ne tint point durant sa vie1 tait son ,essai sur le catholicisme1 le libralisme et le socialisme1 et c'est mme le seul ouvrage rgulirement compos qu'il ait laiss parmi ses oeuvres4 ,turbulences dans un temps turbulent1 cris loquents pousss sous la pression des circonstances1 les autres crits de ,donoso ,corts1 discours1 articles de journaux ou lettres1 ne sont pas des livres proprement parler et dont la ,critique puisse donner l'anatomie4 ,on les lira encore quelque temps1 puis ils tomberont des mains1 ne laissant dans les esprits d'autre impression que l'impression du bruit qu'ils firent1 et ce sera bientt effac4 ,les journalistes et les orateurs sont plus mortels que les autres hommes4 ,ils se rsolvent mieux et plus vite en poussire4 ,voix de la bouche1 voix de la plume1 qui se sont fies l'air1 cette petite bouffe de vent dans laquelle elles ont parl444 ,le vent ne les trahit pas1 et il les emporte6 ,quoiqu'il ait eu1 comme orateur1 ses deux trois moments sublimes1 ,donoso ,corts1 ni dans le journal ni la tribune1 n'a t un de ces voyants distance1 qu'on nous passe le mot6 un de ces prophtes de longueur qu'il faut forcment tre si1 comme orateur ou comme journaliste1 on a la prtention1 que je trouve un peu forte1 de ne pas mourir4 ,dans ses ,lettres sur la ,france en #ahea1 il parcourt1 jour par jour1 le cercle que toutes les intelligences de ce temps1 quand elles n'taient pas folles1 ont pu parcourir2 mais je ne vois rien l de prdominant et de suprieur4 ,les vnements lui donnent dans les yeux de leur impalpable cendre de chaque jour et font ciller ses mlancoliques paupires1 qui n'ont pas l'immobilit de celles de l'aigle4 ,lorsque ailleurs1 je crois1 sur cette immense et noire tenture de mort dans laquelle il voit l',europe enveloppe 7et qui l'est444 peut-tre71 il se mle de dcouper de petites prophties spciales1 il ne russit pas4 ,il manque son coup3 ,si la ,russie--dit-il--entre en ,allemagne1 il n'y a plus qu' accepter1 en y ajoutant le mot de ,napolon3 ,l',europe sera rpublicaine ou cosaque444 si elle n'est catholique1 et pourtant rien de tout cela n'est arriv4 ,la peur1 comme l'espoir1 voit plus grand que nature4 ,le vieux monde s'est rassis sur ses vieux fondements1 et 'a t tout4 videmment1 la gloire vraie de ,donoso ,corts n'est point dans des perspicacits de cet ordre4 ,elle est ailleurs1 et c'est dans son ,essai sur le catholicisme qu'il faut la chercher4 ,elle est aussi dans cette philosophie de l'histoire qu'on trouve1 ds #ahdi1 dans la lettre1 date de ,berlin1 ,montalembert1 et qui est d'ailleurs la vue gnratrice de toutes les vrits de l',essai1 lesquelles sont nombreuses4 ,cette vue exprime et dveloppe dj par ,donoso ,corts1 et qu'il dmontre1 savoir3 le triomphe naturel du mal sur le bien1 et le triomphe surnaturel de ,dieu sur le mal1 par le moyen d'une action directe personnelle et souveraine1 n'avait jamais t formule avec cette plnitude et cette vigueur4 ,c'est dans la radieuse clart de cette vue complte que ,donoso crivit l',essai1 qui est tout ensemble la plus profonde apologie du dogme catholique et une attaque contre les doctrines contemporaines dont le but est d'abattre ce dogme et de le ruiner4 ,pour ,donoso ,corts comme pour ,blanc-,saint-,bonnet 7une autre gloire catholique qui se fait prsentement devant ,dieu1 et qui1 un jour1 saisira l'attention des hommes71 la thologie est la seule science qui explique l'histoire1 qui la prpare et puisse la gouverner1 et il le prouva en en appliquant les notions tous les problmes soulevs dans son livre4 ,l il dposa tout son effort1 toute sa force1 et sa vie presque4 ,il mourut1 en effet1 quelque temps aprs qu'il eut fini ce livre1 qu'on mettra dsormais entre les ,soires de ,saint-,ptersbourg et les ,recherches philosophiques de l'auteur de la ,lgislation primitive2-- ct1 mais un peu au-dessous des ,soires2 ct des ,recherches1 mais aussi un peu au-dessus4 ,avec son seul livre de l',essai1 le marquis de ,valdegamas s'est plac entre le comte de ,maistre et le vicomte de ,bonald1 qu'on pourrait presque appeler les ,pres laques de l'glise romaine4 ,on s'en souvient1 ils avaient1 au ,x,v,i,i,ie sicle1 mis partout leurs trois dieux3 ,voltaire1 ,rousseau et ,franklin1 qu'ils appelaient le ,flambeau de l'humanit1 dans le style du temps1 srieux et comique1 dclamatoire et plat4 ,nous1 catholiques du ,x,i,xe sicle1 nous n'avions opposer aux trois colosses de la philosophie que deux hommes de hauteur1 qui en valaient bien trois1 il est vrai3 de ,maistre et de ,bonald2 mais il nous manquait le troisime4 ,a prsent1 nous l'avons1 et ce sera ,donoso ,corts4 ,dans cette rplique d'un sicle un autre par ses plus grands hommes1 le comte de ,maistre1--avec son esprit merveilleux1 si aristocratique1 si franais1 et ce don de plaisanterie charmante qui tait comme la fleur de son profond gnie1--le comte de ,maistre tient naturellement la place de ,voltaire1 et c'est bien le ,voltaire du catholicisme1 en effet4 ,bonald1 qui en est le ,montesquieu1 ,bonald1 loquent force de dialectique1 s'y oppose vivement ,rousseau1 et1 chose singulire et piquante6 ,donoso ,corts1 du pays du ,cid et de sainte ,thrse1 ,donoso ,corts1 qui a mis toutes les sciences de la terre aux pieds de la thologie1 y fait vis--vis et contraste au naturaliste ,franklin6 ,,vi ,les oeuvres choisies de ,donoso ,corts sont prcdes d'une introduction de ,louis ,veuillot1 qui1 comme il nous l'apprend1 fut l'ami du marquis de ,valdegamas4 ,cette introduction est de la placidit pleine de force qu'ont les chrtiens quand ils regardent deux choses tristes3--le monde et un tombeau4 ,elle n'a point de chtive petite mlancolie4 ,le monde ne sut point assez ce que valait ,donoso ,corts1 et ,veuillot l'a dit tranquillement1 sans rien surfaire4 ,au premier rang de ce monde par les titres et les relations1 ,donoso ,corts1 marquis de ,valdegamas1 n'y exera pas toute l'influence laquelle1 de talent et d'me1 il avait droit1 et la faute en fut justement au monde de ce temps1 hasseur de toute vigueur et de toute vrit complte4 ,il fallait un homme comme ,donoso ,corts l'poque de ,ximens1 et ,ximens mme pour ministre4 ,il ne l'eut point1 et1 comme tant d'autres1 il vint trop tard4 ,mais n'admirez-vous pas cette louange amre8 ,le plus grand honneur qu'on puisse faire aux hommes du ,x,i,xe sicle1 c'est de supposer qu'ils n'en sont pas6 ,,saisset#h ,i ,l',essai de philosophie religieuse d'mile ,saisset veut toute force tre modeste4 ,c'est une composition trs travaille en modestie4 ,on s'attendait peu ce ton1 agrable du reste1 et convenable surtout1 de la part de ,saisset1 un des diacres de ,cousin1 qui proclamait1 il y a peu d'annes1 que les philosophes taient dsormais les seuls prtres de l'avenir1 et cela avec le contentement fastueux d'un homme qui en tenait sous clef tout un petit sminaire4 ,saisset1 professeur1 et1 si je ne me trompe1 supplant de ,cousin1 lequel1 lui1 a donn sa dmission de philosophe entre les mains des dames et est entr dans les pages de madame de ,longueville1 ,saisset a baiss infiniment de note depuis le temps o il se croyait un prtre et1 qui sait8 peut-tre un vque des temps futurs4 ,sa religion de l'avenir lui parat1 en ce moment1 fort menace1 et son livre est un cri d'alarme2 mais un cri d'alarme discrtement pouss1 car tout est discret dans ,saisset3 le ton1 le talent1 et mme la peur4 #h ,essai de ,philosophie religieuse 7,pays1 #h novembre #ahei74 ,il a peur1 en effet4 ,et il y a de quoi4 ,la philosophie qu'il adore 7sic7 est cerne et va mourir un de ces jours1 non pas1 comme ,constantin ,palologue1 au centre d'un monceau d'ennemis circulairement immols autour d'elle1 car la philosophie de ,saisset n'a jamais tu personne3 elle n'est meurtrire que de vrit2 mais elle va mourir au milieu d'ennemis chaque jour plus nombreux1 plus prompts aux coups et plus puissants444 ,parmi eux1 bien entendu1 le catholicisme est l qui la presse1 et non pas seulement le catholicisme farouche1 haineux1 thocratique et rtrograde1 que hait modestement ,saisset1 mais le doux1 le rationnel1 le tolrant1 que les prtres des temps futurs souffrent auprs d'eux en attendant leur propre ordination dfinitive4 ,il est assez simple et assez naturel que le catholicisme soit contre la philosophie1 qui veut lui succder4 ,mais voici plus tonnant et plus terrible4 ,la philosophie est attaque par la philosophie elle-mme4 ,ses parricides entrailles se retournent contre elle4 ,tu quoque1 fili6 ,elle est frappe par son fils ,brutus4 ,le fils ,brutus de la philosophie est le panthisme1 et ce fils ,brutus mrite bien son nom4 ,il est brute et brutal4 ,et1 de fait1 le panthisme1 vous dira mile ,saisset1 est en train de devenir tout l'heure la philosophie universelle de l',europe4 ,que l',europe le sache ou l'ignore1 qu'elle en soit consciente ou inconsciente1 elle est en lui1 il est en elle1 il est partout6 ,il est dans les penseurs1 il est dans les artistes1 il est mme dans les femmes1 qui croient la substance et plaisantent444 panthistiquement6 ,la ,france fut assez jeune1 dans le temps que ,cousin n'tait pas encore dans les pages de madame de ,longueville et commissionnait pour le compte de la philosophie franaise1 la ,france fut assez nave 7ce n'est pas l pourtant son habitude1 mais c'tait la ,france philosophique1 il est vrai17 pour accepter comme une merveille exotique les germes de l'hegelianisme rapports pieusement dans le chapeau ou sous le chapeau de ,cousin1 et cette fleur a donn ses fruits4 ,qui a got du ,proudhon1 du ,taine1 du ,renan1 du ,vacherot1 les connat1 ces fruits germaniques1 cultivs par des mains franaises sur un sol franais4 ,ce n'est pas bon1 mais c'est demand1 et la philosophie telle que l'enseigne ,saisset commence ne plus placer ses produits4 ,ils paraissent insuffisants1 fades et mme fadasses1 aux gots dvelopps et la fureur d'un temps dprav4 ,il y a des choses qui font trembler ,saisset4 ,l'accroissement de la personnalit qui s'en va monstrueux1 la rage universelle de jouir1 et tout de suite encore6 enfin l'activit de l'esprit aiguillonne1 exaspre par cette rage de jouir1 voil ce que ne saurait diminuer1 apaiser ou contenir la philosophie1 un peu vieillotte1 maintenant1 pour ce faire1 qu'on appelle proprement la philosophie franaise1 celle-l qui sortit de ,descartes1--lequel1 lui1 ne sut jamais sortir de lui-mme6--qui fit un jour sa grande fredaine de ,locke1 mais qui s'en est repentie quand elle fut sur l'ge1 plus morale en cela qu'une de ses amies1 la grand'mre de ,branger4 ,eh bien1 cette philosophie est-elle irrmdiablement finie8 ,doit-elle dfinitivement cder la place1 l'influence et l'empire1 au catholicisme1 qui nous ramnera au moyen ge ou au panthisme1 qui nous amnera un ge comme l'histoire n'en a pas encore vu8 ,car la question se dbat1 selon ,saisset1 entre ces deux alternatives3 ,il n'y a que deux espces de penseurs consquents1--dit-il textuellement la page ,,xxv de son introduction3--ceux qui nient la raison1 la science et le progrs et veulent le retour de la thocratie du moyen ge1 et ceux qui veulent une reconstitution radicale de la socit et de la vie humaine4 ,pour lesquels nous prononcerons-nous8444 ,aprs ces paroles et la question ainsi pose1 qui ne croirait que ,saisset a choisi8 ,qui ne croirait qu'il est un de ces radicaux courageux1 un de ces panthistes qui semblent les progressistes rels en philosophie1 puisqu'ils sont les derniers venus8 ,et cependant1 non6 il ne l'est pas4 ,loin de choisir1 il se drobe4 ,bien loin d'tre une dclaration de panthisme1 le livre est1 au contraire1 une discussion en forme contre le panthisme et une doctrine leve ct pour chapper aux conclusions envahissantes de ce flau qui s'tend toujours4 ,entre les thocrates du moyen ge et les terribles sculiers de l'avenir1 qui a donc pu retenir ,saisset et lui faire tracer une tangente par laquelle il se sauve des uns et des autres8 ,cela est curieux1 mais cela doit tre certainement la thocratie son usage1 cette thocratie philosophique qui n'est pas rtrograde1 celle-l1 et qu'il a rve pour lui et pour ses amis4 ,il ne veut pas manquer sa prtrise4 ,il ne lche pas sa part de troupeau1 et son livre1 intitul ,essai de ,philosophie religieuse#i1 n'a pas d'autre sens que celui-l1 sous ses formes d'une simplicit piperesse et d'une modestie qui prouve qu'on n'a plus la puissance1 car l'humiliation n'est pas l'humilit6 #i ,charpentier4 ,,ii ,mais1 si ,saisset a vu trs juste dans les circonstances contemporaines1 et si la question morale et intellectuelle du monde doit s'agiter entre les consquents du catholicisme et les consquents du panthisme1 a-t-il vu galement juste en croyant possible d'tablir1 ou1 pour parler aussi modestement que lui1 de pressentir une troisime solution introduire1 en catimini1 sous les regards de l'opinion1 avec des patelinages de plume qui montrent au moins de la souplesse dans son talent8 ,si la question philosophique du temps prsent est1 comme il l'a dit et comme je le crois1 la question de la personnalit divine2 si1 au terme o est arriv l'esprit humain1 il faut1 de rigueur1 tre pour l'homme-,dieu tel que la religion de ,jsus-,christ nous l'enseigne1 ou pour le ,dieu-homme tel que l'tablit ,hegel1 ,saisset1 qui veut bien du sentiment chrtien1 mais qui ne veut pas de la religion chrtienne1 et qui1 non plus1 ne veut pas du panthisme1 qu'il hait comme un voleur d'hritage parce qu'il le priverait de la succession sur laquelle il a compt1 ,saisset1 qui je ne demanderai pas plus qu'il ne peut me donner1 a-t-il fait1 du moins1 dans son ,essai de philosophie religieuse1 pour le compte de la personnalit divine1 quelque dcouverte qui fasse avancer cette question8 ,je viens de lire cette longue mditation cartsienne1 faite les yeux ferms et les mains jointes avec les airs de recueillement d'un philosophe en oraison1 dans l'in pace de la conscience1 dans le silence profond de la petite ,trappe psychologique que tout philosophe porte en soi pour y faire des retraites difiantes de temps en temps et s'y nettoyer l'entendement1 et1 je l'avoue1 je n'y ai rien trouv qui m'clairt d'un jour inconnu et fcond la personnalit divine que nous autres catholiques nous savons clairer du jour surnaturel de la foi4 ,et il y a plus6 je n'ai trouv1 dans cet ,essai de philosophie religieuse1 ni philosophie ni religion1 car le disme n'est pas plus une religion que le spiritualisme n'est une philosophie1 et le mot mme d'essai n'est pas plus vrai que le reste avec sa modestie1 car un essai suppose qu'on s'efforce dire une chose neuve1 et l'auteur en redit une vieille dont nous sommes blass1 tant nous la connaissons6 ,en effet1 ,saisset1 dans ce livre nouveau1 quoiqu'il soit imit de ,descartes1 est ternellement le ,saisset de la ,revue des ,deux ,mondes et des ,essais sur la religion et la philosophie au ,x,i,xe sicle4 ,les philosophes ont bien parfois des vellits de transformation1 mais ils ne russissent gures s'enlever de la glu d'ides dans laquelle ils ont t pris une fois1 et leur pense y reste prise4 ,l'englument clectique n'a point manqu ,saisset4 ,il ne s'en retirera jamais4 ,l'clectique qu'il fut dans sa jeunesse1 il l'est encore4 ,philosophiquement1 comme tous ses pareils1 les clectiques du commencement du sicle1 faits par ,cousin son image1 il a toujours eu un petit bagage d'ides fort lger4 ,comme les clectiques1 ces emprunteurs tout le monde1 il les doit1 ses ides1 ,descartes1 ,leibnitz ou ,reid1 et cela s'appelle la progression des tres1 le grand optimisme1 la libert humaine1 la ,providence et l'tude des faits de conscience2 et voil la valise faite de ,saisset et de ces messieurs6 ,eh bien1 aujourd'hui que cette philosophie court-vtue et en souliers plats1 et fort plats1--comme la ,perrette1 portant sur sa tte son pot au lait1 dans la fable1--aujourd'hui que cette philosophie a une peur blme pour ce pot au lait qui va tomber peut-tre1 ,saisset a-t-il au moins ajout quelque chose son poids pour en assurer l'quilibre8 ,y a-t-il mis le poids d'une ide de plus1 et n'est-ce pas sans cesse le mme ballonnage de spiritualiste et de providentiel1 qui ne leste rien1 n'assure rien et titube toujours8444 ,son livre est divis en deux parties3 la premire est l'histoire discursive et critique des philosophes antrieurs et contemporains et de leurs systmes3 ,descartes1 ,malebranche1 ,spinoza1 ,newton1 ,leibnitz1 ,kant1 ,fichte1 ,schelling et ,hegel1 et1 dans un temps o la philosophie n'est plus que l'histoire de la philosophie1 cette partie du livre1 dans laquelle il y a l'habitude des matires traites qui singe assez bien le talent1 se recommande par l'intrt d'une discussion mene grand train et avec aisance2 mais1 d'importance de sujet1 elle est bien infrieure cette seconde partie o l'esprit s'attend trouver1 contre toutes les erreurs et les extravagances signales par l'auteur dans toutes les philosophies1 un boulevard doctrinal solide1 et s'achoppe assez tristement contre ces infiniment petits philosophiques3 le disme de la psychologie et ses consquences inductives et probables1--ce disme dont ,bossuet disait1 avec la premptoire autorit de sa parole1 qu'il n'est qu'un athisme dguis6 ,avouez que c'est l une puissante manire de fortifier aux yeux des hommes la personnalit de ,dieu4 ,telle est pourtant la thorie d'mile ,saisset4 ,ce n'est pas mme une thorie4 ,ce sont des affirmations peu carres et peu appuyes1 mais rondes plutt et glissantes1 de ces inductions donnes cent fois par l'cole cartsienne tout entire1 cette cole du moi qui n'a jamais su jeter de pont d'elle ,dieu et dont l'auteur de l',essai d'une philosophie religieuse a rpt1 sans les varier1 les termes connus4 ,ce n'est ni plus ni moins qu'un petit catchisme cartsien l'usage des faibles qui ne veulent pas devenir forts1 car la force1 c'est une tmrit pour les prudents1 et la force serait1 sur cette question de ,dieu1 de s'lever plus haut qu'une philosophie qui la pose1 l'agite1 mais n'a jamais pu la rsoudre4 ,certes6 oui1 ,saisset a bien raison d'tre modeste4 ,quand il l'est1 on peut le prendre au mot4 ,sans originalit d'aucune sorte1 trivial mme dans le faux1 par exemple dans la question des religions1 qui ne sont1 d'aprs lui1 que des amusettes et des symboles1 l'oeuvre de ,saisset n'ose rien de dogmatique et de rellement dcisif sur la personnalit divine1 d'abord parce que le disme pur ne le permet pas1 et ensuite parce que1 sur cette question de ,dieu1 l',institut ne se soucie pas qu'on dpasse la ligne circonspecte d'une haute convenance sociale4 ,or1 ,saisset est un diste qui vit toujours1 de pense1 de dsir et d'me1 en la prsence de l',institut4 ,,iii ,mais1 si le livre de ,saisset est d'une si profonde nullit dans sa partie affirmative1 nous serons assez juste pour revenir et pour insister sur la valeur de la partie ngative ou critique de son ouvrage4 ,cette partie ngative1 d'ailleurs1 est toujours la meilleure chez tous les philosophes1 ce qui1 par parenthse1 est un cruel arrt1 implicitement port par les faits1 contre la philosophie elle-mme4 ,les philosophes ne sont vraiment forts que les uns contre les autres4 ,sans leurs erreurs mutuelles1 que seraient-ils8444 ,saisset1 qui n'a jamais t une de ces supriorits qui ont1 de gnie1 le droit de haute et basse justice sur les systmes couverts du porte-respect des grands noms1 ,saisset1 qui ne fut jamais rien de beaucoup plus qu'un joli sujet en philosophie1 n'en a pas moins exerc la magistrature du bon sens et de la raison1 en maint endroit de ses critiques1 contre des hommes de l'imposance d'un ,leibnitz1 d'un ,descartes1 d'un ,kant1 d'un ,spinoza4 ,je sais bien qu'en relevant l'erreur il reste courb devant celui qui l'a produite1 et je reconnais l le joli sujet dont je parlais tout l'heure1 respectueux pour ses matres et obstin au respect pour eux1 malgr leurs plus honteuses et leurs plus dangereuses folies4 ,un esprit plus vigoureux que celui de ,saisset ne vnrerait pas la force jusque dans l'abus qu'on fait d'elle1 un bon sens plus fier n'aurait pas de ces attitudes devant les gauchissements du gnie ou ses crimes1--car les fautes intellectuelles d'un homme investi de facults transcendantes peuvent aller jusque-l2 mais il faut se rappeler que ,saisset est professeur1 et je nomme ce respect dplac le mal de l'cole4 ,un professeur n'a pas la recherche libre de la philosophie4 ,il est professeur avant d'tre philosophe4 ,s'il tait plus philosophe1 il ne serait pas professeur444 ,de plus1 quand on vit en intimit d'tude avec les grands esprits philosophiques1 avec ces grands cerveaux1 tous fausseurs ou corrupteurs1 plus ou moins1 de la tte humaine1 si on leur arrache par la rflexion l'intgrit de sa pense1 on leur laisse de sa dignit par l'admiration qu'on ne leur arrache pas1 et c'est ce qui est arriv ,saisset quand il se spare des sophismes de ses matres et qu'il a le courage de les montrer4 ,ainsi pour ,spinoza1 par exemple1 dont il voit trs bien le vice radical et profond1 le vice irrmissible1 il reste sans conclure par le mpris mrit avec ce fakir hollandais et juif beaucoup trop vant1 n de la kabbale et du gnosticisme1 dans un coin1 et qui ne fut jamais que le gnie obscur de l'abstraction et de la gomtrie1 dvoy dans l'tude de l'homme4 ,l'enthousiasme du mandarin1 et je dirai plus1 de l'colier1 est ici plus fort que le bon sens primitif1 et met un dfaut de proportion des plus choquants entre la critique qu'on s'est permise et l'admiration qu'on garde encore444 ,eh bien1 cela est infrieur6 ,il est infrieur aussi1 aprs avoir conclu au particulier dans chacune de ces biographies intellectuelles1 de n'avoir pas su conclure au gnral et1 aprs avoir fait passer philosophes et systmes par le creuset de l'analyse1 de n'avoir pas jaug d'un dernier regard la puissance en soi de la philosophie4 ,otez1 en effet1 les vrits indmontrables et ncessaires la vie et la pense humaines qu'on savait avant les philosophes et auxquelles ils n'ont pas donn un degr de certitude de plus1--le nombre infini de leurs sophismes laborieux1--les forces d',hercule perdues par eux pour saisir le faux ou le vide1--le mal social de leurs doctrines1 qui n'ont pas mme besoin d'tre grandes pour produire les plus grands maux1--tez cela1 aprs l'avoir pes1 et dites-moi ce qui reste de tous ces philosophes et de toutes ces philosophies1 mme de ceux ou de celles qui paraissent le plus des colosses6 ,je m'en vais vous dire ce qui reste4 ,il reste de grands potes1 fort curieux d'abord et ensuite assez fatigants connatre1 des potes tranges1 les potes de l'abstraction bien plus que des dcouvreurs de vrits4 ,depuis ,aristote jusqu' ,kant1 qui l'a complt1 depuis ,hegel1 le descendant1 jusqu' ,spinoza1 l'aeul1 et qu'un autre pote1 mais qui valait mieux1 ,lessing1 a rhabilit force de posie1 vous n'avez1 prenez-y bien garde6 dans tous ces philosophes1 que des potes abstraits4 ,voyez6 ils sont presque tous gomtres1 parce que la gomtrie est suprmement la science de l'imagination1 et1 de l'aveu de ,saisset lui-mme1 c'est par l qu'ils prissent comme observateurs4 ,avec leurs tourbillons1 leur vide et leur plein1 leur dynamique1 leurs harmonies prtablies1 leurs idalismes impossibles1 ce sont de grands potes1 mais abstraits1--des faiseurs1 comme dit le mot pote1 des crateurs de puissantes ou d'impuissantes chimres444 ,car l'homme n'invente rellement que sur le terrain de l'imagination2 mais ,dieu lui donne et il reoit seulement sur celui de la vrit4 ,ce sont d'normes potes abstraits1 mais le moindre pote vivant1 avec la plus modeste des fleurs la bouche1 le moindre pote d'expression1 vaut mieux que tout cela1 et--je finirai par ce blasphme philosophique1--fait plus vritablement que tous ces abstracteurs de quintessence pour l'avancement moral du genre humain6 ,,saint-,,ren ,,taillandier#aj ,i ,aprs la philosophie1 la littrature4 ,aprs mile ,saisset et son livre de ,philosophie religieuse1 voici ,saint-,ren ,taillandier1 qui publie son tour un volume d'histoire et de philosophie1--religieuse aussi4 ,c'est comme un cho6 ,j'aurais pu trs bien--nous dit-il dans son introduction--appeler ce recueil la ,libert religieuse4 ,et c'est la vrit4 ,pourquoi donc pas8 ,mais1 mystrieux et profond1 il en reste l tout coup de sa confidence et ne nous apprend pas pourquoi il a prfr pour son livre cet autre titre1 qui aura paru probablement moins compromettant sa vaillance3 ,essai de philosophie religieuse444 ,histoire et philosophie religieuse#aa4 ,toujours la religion mle la philosophie6 ,n'y a-t-il l qu'un rapport de titres entre deux ouvrages diffrents8444 mile ,saisset et ,saint-,ren ,taillandier1 s'ils ne sont pas gens de mme doctrine1 sont gens de mme maison4 ,ils crivent tous les deux1 depuis longtemps1 la ,revue des ,deux ,mondes4 ,seulement ,saisset a le haut du pav sur ,taillandier4 mile ,saisset est ,saint-,ren ,taillandier ce que le philosophe est l'homme de lettres4 ,il a dans la tte des constructions quelconques que l'autre n'a pas4 #aj ,histoire et ,philosophie religieuse 7,pays1 #bc novembre #ahei74 #aa ,lvy4 ,l'autre est un esprit entirement444 plane4 ,except un vent obstin de libert qui y souffle perptuellement1 il n'y a pas grand'chose rencontrer dans cette cervelle tout en surface4 ,la libert6 la libert6 voil la seule ide qui habite dans l'esprit de ,saint-,ren ,taillandier1--un steppe4444 moins l'tendue6 ,dans les huit articles de revue dont il a compos son livre1 ,saint-,ren ,taillandier ne cesse pas de nous rpter1 sur un ton qu'on voudrait plus vari3 ,soyons religieux1 mais surtout soyons libres1 libres mme de n'tre pas religieux du tout1 si cela nous plait4 ,car1 avec la libert telle que la conoit ce libral immense1 la religion ne peut plus tre que la libert de n'avoir pas de religion4 ,de tous les dilettanti de libert1 nombreux en ce sicle1 ,taillandier est1 sans contredit1 un des plus ardents et des plus exigeants que nous ayons connus4 ,en voulez-vous la preuve8 ,vous aviez cru peut-tre avec nous que nous avions la libert religieuse en ,france4 ,eh bien1 non6 selon ,saint-,ren ,taillandier1 nous ne l'avons pas444 ,hein6 quel amateur6 ,nous n'en avons gures qu'un pitre fragment1 un peu prs insuffisant4 ,rien de plus4--,mais ce que nous en avons dj pourra servir nous en faire avoir encore2 et c'est l le but grandiose auquel le devoir ou l'honneur du ,x,i,xe sicle est de pousser de toutes ses forces runies4 ,chose plus difficile accepter6 c'est aussi--toujours selon ,taillandier--le devoir du christianisme lui-mme4 ,le christianisme doit tablir la libert contre sa propre personne1 et il n'est mme le christianisme vrai qu' ce prix4 ,ne riez pas1 et ne croyez pas que ,saint-,ren ,taillandier1 qui crit cela1 soit un ennemi du christianisme6 ,non pas6 ,c'est un ami plutt4 ,il diffre par un point de ,saisset4 ,il ne se contente pas de saluer avec un respect froid cette religion qui passe 7on l'espre bien71 et qu'on ne salue que parce qu'on croit qu'une fois passe elle ne reviendra plus et que la philosophie pourra s'installer sa place4 ,lui1 ,taillandier1 s'agenouille encore devant elle444 ,critique doux1 simple professeur de littrature en province1 il n'a pas l'ambition du sacerdoce philosophique4 ,il ne demande pas mieux que de rester chrtien et tranquille1--l'unique chrtien1 je crois1 de la ,revue des ,deux ,mondes4 ,mais1 pourtant1 c'est la condition que le christianisme se conduira bien1 c'est--dire ira se relchant chaque jour un peu plus dans une libert indfinie4 ,tel est le christianisme1 l'idal de christianisme de ,saint-,ren ,taillandier1 et la ,revue des ,deux ,mondes1 qui1 comme on sait1 est rdige par une socit de mnechmes1 c'est son originalit4 ,,ii ,il n'en a pas d'autre1 en effet4 ,il crit comme on crit dans cette maison-l1 avec la gravit pesante1 grise et uniforme qui n'y distingue personne4 ,il a ce gros style qu'on appellera dans cinquante ans style ,revue des ,deux ,mondes1 comme on dit le style rfugi1 ce style que chacun met sur sa pense cette revue et qui ressemble une casaque pendue dans l'antichambre pour le service de tous les dos4 ,saint-,ren ,taillandier est dj un des anciens de la maison et de la casaque4 ,pendant que les talents qui fondrent l'une et rejetrent l'autre1 et qui avaient trop de personnalit et de vie pour se laisser grossirement teindre1 s'en allaient successivement la file1 il resta1 et passa matre1 les matres partis4 ,il n'avait rien de ce qui avait brouill les fondateurs de la maison avec un homme qui traitait ses crivains comme un allumeur de quinquets attaqu d'ophtalmie traite ses becs de gaz1 dont il hait et diminue la clart4 ,taillandier tait1 lui1 un quinquet fort sage1 de lumire modre1 de chaleur sans inconvnient2 enfin il tait comme il fallait tre pour vivre ternellement dans le clair-obscur de l'endroit4 ,chose importante6 il russissait dans l'ennui4 ,en talent1 il tait le billon dont ,gustave ,planche tait la monnaie blanche4 ,c'tait du ,gustave ,planche tomb dans de l'allemand1 une vase terrible et de laquelle on n'a jamais pu le sortir6 ,s'il n'y avait pas d',allemands au monde1 on peut se demander ce que serait ,saint-,ren ,taillandier4 ,il est bien probable que nous serions privs de ce grand homme4 ,aujourd'hui1 les connaissances que son livre atteste sont1 comme toujours1 des importations d',allemagne1 sur lesquelles ne rayonne jamais l'aperu qui les nationaliserait4 ,la seule chose en propre qui appartienne donc ,taillandier1 c'est son christianisme libre1 lequel ne lui a pas cot grand'peine1 puisqu'il n'est1 dans une tte ouverte toutes les choses vagues1 que la notion confuse d'une libert sans limites4 ,ce christianisme sans gne est fort au-dessous d'un protestantisme quelconque1 car le protestantisme a des liens qui l'embrassent et qui le retiennent en des communions dtermines1 et comme le catholicisme1 mais avec moins de bonheur et de facilit que le catholicisme1 il a toujours essay de dfendre son unit1 sans cesse menace et fausse d'ailleurs par son principe mme4 ,non6 ,taillandier n'a pas l'honneur d'tre protestant1 ou1 s'il l'est1 car tout le monde qui dsobit peut l'tre1 c'est un protestant sans doctrine1 comme il est un philosophe sans philosophie1 comme il est un fantaisiste sans invention1 et l'introduction de son livre d'histoire et de philosophie religieuse nous met particulirement au courant de cette fantaisie sans puissance4 ,dans cette introduction1 en effet1 ,taillandier1 qui a la prtention de remuer ses petites ides gnrales tout comme un autre1 s'efforce de rsumer et de bloquer celles qu'il a disperses dans les articles de son livre1 et1 comme ici nous n'avons pas de romans allemands exposer ou des cancans d'rudition allemande faire1 nous montrons mieux ce que nous sommes par nous-mme dans cette introduction1 d'une clart tout la fois innocente et cruelle4 ,quand on a lu ce triste et tratre morceau1 impossible de se mprendre sur l'incurable faiblesse d'esprit d'un homme qui a os crire au front de son livre les mots d'histoire et de philosophie religieuse1 et qui1 prcisment dans ces deux grands ordres d'ides1 ne procde que par sophismes vulgaires1 et a dmontr qu'il n'y avait en lui que la pauvret de l'erreur4 ,saint-,ren ,taillandier a repris une millime fois la thse maintenant abandonne de tout ce qui a quelque ressource de discussion dans la pense1 cette distinction banale de l'avocasserie philosophique d'un christianisme du pass mis en contraste avec le christianisme de l'avenir4 ,le christianisme du pass est judaque1--dit-il insolemment pour les juifs1 nos anctres1 et pour nous2--il est judaque parce qu'il prtend maintenir1 sans hrsie1 sans atteinte la tradition1 l'intgrit de la croyance4 ,et pour lgitimer cette affirmation1 qui1 vous le voyez1 se dtruit seulement en s'exprimant1 et prouver qu'il est de l'essence de la vrit ternelle d'tre moins forte que le temps et de changer avec lui1 aprs avoir pos le principe faux du changement ncessaire il le complte en l'appuyant sur des affirmations historiques d'une gale fausset4 ,ainsi--dit-il--l'glise de saint ,louis n'tait pas l'glise de ,constantin1 et on pourrait le mettre au dfi de dire en quoi ces deux glises diffrent6 ,ainsi encore il assure ailleurs que le christianisme aurait pri au ,x,v,ie sicle sans la rforme protestante1 et il ne parle pas de cette grande rforme du concile de ,trente qui1 pendant que ,luther et les autres voulaient tout anantir1 sauve tout1 en sauvegardant le dogme1--le dogme ternel6 ,certes6 ,taillandier1 qui est un professeur et un lettr1 n'a pu rester en de si profondes ignorances ou tomber dans des oublis si lgers1 et je sais bien quel mot la ,critique pourrait lui infliger si elle ne savait aussi la triste facult de se faire illusion qu'ont les hommes1 et ceux-l mme dont la tte a le moins de fcondit4 ,du reste1 il n'y a pas1 dans cette introduction aux fragments d'histoire et de philosophie religieuse1 que l'erreur souche du point de vue principal4 ,sur la grosse erreur1 ,taillandier en a brod fort bien de petites1 comme on brode sur un fond de perles des perles plus fines4 ,il n'y a que les perles qui manquent ici4 ,taillandier n'a pas mme la perle de l'erreur4 ,il n'en a que la verroterie4 ,croira-t-on1 par exemple1 que dans sa fameuse introduction il ait confondu honteusement le monde religieux et le monde politique8 ,croirait-on qu'il compte deux sortes d'esprits dans le ,x,v,i,i,ie sicle8 ,et pourquoi pas trois8 pourquoi pas dix8444 ,a quel fond de choses relles vont ces vieilles rubriques1 uses comme pantoufles par les sophistes du temps1 et qui sont chez ,taillandier les procds ordinaires8444 ,spiritualiste de prtention1 spiritualiste que nous connaissons bien1 et dont toute la vise et tout l'espoir est de spiritualiser tellement le christianisme qu'il n'en reste absolument rien1 il pouvait s'pargner ces comdies de queue que les renards jouent aux dindons2 il pouvait s'pargner les filires par lesquelles il veut faire passer sa pense444 qui n'y passe pas et que nous voyons toujours6 ,parlons maintenant sans ironie4 ,l'amour du christianisme de ,taillandier est tout simplement la haine du catholicisme1 comme le respect de ,saisset en est l'envie4 ,le christianisme prtendu de ,taillandier1 c'est la tolrance de tout1 sans cela1 il ne le tolrerait pas4 ,ce christianisme repousse formellement1 aprs l'avoir cit1 ce mot sublime3 le ,christ aux bras troits1 de ,bossuet4 ,il veut que son ,christ1 lui1 ait les bras ouverts d'une courtisane6 ,je demande bien pardon de mettre de pareils mots l'un en face de l'autre1 mme par horreur des ides qu'ils expriment2 mais j'en renvoie le sacrilge la philanthropie contemporaine1 qui1 force d'amour pour l'auguste libert des hommes1 est parvenue faire de son ,dieu la prostitue du genre humain4 ,,iii ,telles sont les ides1 en propre1 de ,saint-,ren ,taillandier1 de cet homme qui1 par la mdiocrit de son talent1 mriterait bien la misricorde de la ,critique1 mais qui1 par le dogmatisme de ses affirmations errones1 mrite sa svrit4 ,telles sont la philosophie et l'histoire de cet optimiste faux chrtien qui croit1 dit-il1 la ,providence divine1 comme il croit la destine1 comme il croit ce ,x,i,xe sicle qui a rveill l'infini1 comme la science1 comme tout1 et qui a le mysticisme de toutes ces sornettes contemporaines1 lesquelles formeront un jour une logomachie faire pouffer de rire nos descendants6 ,hors ces ides gnrales1 dont nous avons essay de donner l'ide1 il y a dans le livre de ,taillandier son train-train de critique ordinaire1 et cette partie du livre n'a plus pour nous le mme intrt4 ,les opinions d'un homme ne sont-elles pas tout en cet homme8 ,qu'importent ses relations et ses gots6 ,les relations de ,saint-,ren ,taillandier1 c'est tout le personnel1 ancien et moderne1 de la ,revue des ,deux ,mondes1 pour laquelle son livre est une pouvantable rclame de quatre cents pages environ1 et ses gots1 c'est ,renan et ,edgar ,quinet1 auxquels il a consacr toute la partie du volume qu'il a pu arracher aux ,allemands4 ,il est vrai qu'il y a beaucoup d'allemand encore dans ,renan et ,quinet4 ,et voil pourquoi1 sans nul doute1 ces deux messieurs1 dont l'un tta ,herder et l'autre ,hegel1--le puissant ,hegel1 dit ,taillandier avec tremblement1--lui paraissent presque deux hommes de gnie4 ,l'opinion personnelle de ,taillandier nous tant assez indiffrente1 nous qui avons aussi notre opinion sur ces messieurs1 nous ne ferons pas de la critique sur de la critique1 et nous laisserons ,taillandier au charme de ses impressions4 ,ce qui est curieux1 ce n'est pas que deux rdacteurs de la ,revue des ,deux ,mondes paraissent deux fiers hommes un troisime rdacteur de la ,revue des ,deux ,mondes4 ,le curieux1 dans ces articles1 c'est justement ce qui se mle parfois d'une manire tout fait inattendue l'loge de l'un et de l'autre4 ,par exemple1 vous aviez cru1 n'est-ce pas8 qu',ernest ,renan1 quoique sorti du sminaire1 n'tait pas prcisment la gloire de ce respectable tablissement8 ,eh bien1 c'tait l une erreur6 ,c'est comme cette libert religieuse qui manque la ,france6 ,aux yeux de colombe de ,taillandier1 ce tendre ,fnelon de la religion libre de l'infini1 ,renan1--qui a le sentiment de l'infini et qui est un sonneur de cloches de cette religion de l'infini rveille1--,renan est profondment religieux1 et si ,saint-,ren ,taillandier ne s'ajustait pas trs bien1 par son genre de talent1 la consigne absolue de la ,revue des ,deux ,mondes3 soyez gris et lourd61 il aurait peut-tre t piquant et color pour la premire fois de sa vie en nous parlant des sentiments religieux de ,renan2 mais ,buloz1 qui ne badine pas1 a t obi6 ,de mme1 dans l'article sur ,edgar ,quinet4 ,quinet1 le rvolutionnaire1 n'est pas seulement religieux1 lui1 il est patricien et sacerdotal1 ce qui1 par parenthse1 n'est pas une injure1 comme vous pourriez le croire1 sous la plume du dvot libre au christianisme de l'infini6 ,ces inconsquences1 ces titubations1 n'inquitent pas beaucoup ,taillandier4 ,elles sont nombreuses dans son livre1 mais parmi toutes il y en a une sur ,machiavel que je me permettrai de citer444 ,il y a1 de par le monde allemand1 un certain ,gervinus qui a fait une justification de ,machiavel1 comme ,macaulay en a fait une autre en ,angleterre4 ,seulement ce ,gervinus n'a pas le brillant coup de batte de ,macaulay1 qui a t un peu1 ce jour-l1 l',arlequin de l'histoire4 ,gervinus est plus lourd naturellement1 plus compendieusement travaill1 plus creus et plus creux que l'historien anglais4 ,tout le temps que ,taillandier examine et dveloppe les ides de ,gervinus1 il n'ose pas s'inscrire en faux contre cet ,allemand1 qui lui impose comme tout ,allemand2 mais ailleurs1 quand il a besoin de fltrir1 je crois1 les vieux catholiques intolrants1 il oublie que ,machiavel est un grand coeur pur de citoyen1 finement ironique seulement quand il est atroce1 et il se permet une tournure hautaine3 ,quoi qu'en puissent penser les ,machiavel6 dit-il avec un mpris qui n'est pas pour ,machiavel tout seul1 mais qui cependant l'clabousse6 ,aimable lgret1 et bien justifie4 ,taillandier est un homme de lettres1 et1 malgr ses fragments de philosophie1 il n'est nullement un philosophe2 il a le droit du caprice qu'ont les hommes d'imagination et les jolies femmes4 ,or1 un homme de lettres est toujours cens avoir de l'imagination444 ,,iv ,mais finissons4 ,aussi bien est-ce assez comme cela sur ,saint-,ren ,taillandier et sur toute cette littrature de pices et de morceaux qu'il nous donne4 ,son livre n'ajoutera rien l'opinion qu'on a1 depuis qu'on la lit dans la ,revue des ,deux ,mondes1 de cette plume de peine de ,buloz4 ,il n'y a que la ,revue qui puisse rcompenser par un loge semblable celui qu'il fait de toute sa rdaction les services que lui rend ,taillandier4 ,il faut tre juste1 pourtant3 ,saint-,ren ,taillandier n'est pas le plus mauvais crivain du groupe littraire dont il fait partie1 de ce groupe obscur1 sans couleur1 sans sonorit1 de peu de nerf1 qui s'en va laissant sa critique sur les crits contemporains et qu'on pourrait appeler trs bien les colimaons de la littrature1 car ils portent aussi leur maison sur le dos et ils la tranent partout comme les crivains de la ,revue des ,deux ,mondes1 qui ne sont jamais nulle part que des crivains de la ,revue des ,deux ,mondes4 ,seulement1 ce qu'ils laissent sur les littratures est moins brillant que la trace des colimaons des jardins sur les feuilles vertes dplies4 ,et ,saint-,ren ,taillandier en est bien heureux6 ,sans cela on le congdierait4 ,,jules ,,simon#ab ,i ,dans le ,journal des ,dbats1 quand parurent la ,religion naturelle et le ,devoir#ac1 ,taine crivit une pompeuse rclame sur ces deux livres1 se vantant1 pour le compte de ,jules ,simon1 des deux cent mille lecteurs qu'en moyenne il devait avoir4 ,dans l'tat actuel du journalisme et de nos moeurs1 une rclame quelconque ne saurait tonner personne1 mais celle-ci avait du caractre1 et d'ailleurs1 qui sait8 peut-tre ne mentait-elle pas4 ,taine1 qui l'avait signe1 est l'auteur des ,philosophes franais1 dans lesquels il n'est pas dit un mot de ce grand philosophe franais1 ,jules ,simon1 dcouvert depuis1 et dont il annonce les mrites avec un accent triomphal4 ,en les annonant1 ,taine n'a pas eu l'illusion d'une mme philosophie4 ,il n'est pas philosophe la manire de ,simon4 ,ce n'est pas un panthiste que ,taine1 c'est mieux1--c'est--dire pis2 mais il a pour le panthisme les bonts qui conviennent un homme comme lui4 #ab ,la ,religion naturelle2 ,le ,devoir 7,pays1 #g fvrier #ahfj74 #ac ,hachette et ,cie4 ,or1 l'humble ,simon n'est1 lui1 qu'un simple diste2 mais1 tout simple diste qu'il soit1 il a1 prcisment dans le livre dont ,taine est le cornac sonore1 appliqu au panthisme ce dernier coup de pied qui fait mourir deux fois les lions mourants444 ,quelle raison secrte a donc dict la rclame de ,taine8444 ,est-ce le rachat d'un ancien silence1 jug impertinent par la maison dans laquelle ,taine et ,simon travaillent tous les deux8444 ,les philosophes auraient-ils leurs expiations ou leurs pardons d'injures1 comme ces misrables chrtiens qu'ils mprisent8444 ,ou ne serait-ce1 encore et toujours1 que la coalition ternellement prte se reformer de toutes les philosophies contre la religion chrtienne8444 ,quoi qu'il en soit1 du reste1 je ne repousse pas l'arithmtique de la rclame4 ,eh6 pourquoi ,jules ,simon n'aurait-il pas ses deux cent mille lecteurs tout comme un autre8444 ,henri ,martin les a bien6 ,pourquoi ,jules ,simon ne serait-il pas l',henri ,martin de la philosophie8 ,il a tout ce qu'il faut pour cela4 ,pas tout fait1 pourtant4 ,ce serait vraiment trop dire4 ,henri ,martin--on le verra mieux dans l'tude que nous lui consacrerons--a sur un fond terne un relief comique2 un seul1 il est vrai1 mais trs comique1 il faut l'avouer4 ,il a le regain d'imagination qui fut suffisant pour produire cette ineffable plaisanterie du druidisme1 gui d'un ridicule fabuleux que la ,critique doit couper1 avec une serpette d'or1 sur les chnes de son histoire4 ,comme le dirait ,hugo1 moins abracadabrant qu',henri ,martin1 ,jules ,simon n'a que le fond terne4 ,le relief lui manque1 et jamais chez lui l'imagination ne nous venge1 par un cart plus ou moins burlesque1 des longs dveloppements1 trs consciencieusement ennuyeux4 ,jules ,simon tait autrefois1 si je ne me trompe1 le supplant de ,cousin avant ,saisset4 ,c'tait un de ces supplants qui ne peuvent inquiter l'amour-propre de ceux qu'ils supplent1 et qui les rappellent1 mais par tout ce qu'ils ne sont pas4 ,seulement1 il aurait d venir aprs ,saisset1 pour l'ordre des nuances et des dgradations4 ,il l'aurait diminu et il aurait t lui-mme4 ,gens de mme cole1 de mme tude1 de mme doctrine chtive1--car une doctrine doit tre une affirmation sous peine de maigreur1--complices dans le travail d'un mme dictionnaire1 ces deux ,arcadiens--,arcades ambo--avaient bien des cts fraternels4 ,mais ,simon tait un ,saisset444 effac4 ,il pense peu prs les mmes choses que ,saisset1 mais il les dit plus mollement2 il les empte un petit4 ,il fait plus gras et plus pesant le beignet philosophique4 ,ce n'est pas lui qui aurait dit cette nettet1 par exemple3 ,les philosophes1 voil les seuls prtres de l'avenir6 ,il n'aurait pas os4 ,il aurait donc d venir aprs ,saisset4 ,cet escalier d'une philosophie descendante1 dont les premiers degrs sont par en haut ,royer-,collard et ,cousin1 et t plus rgulier si ,jules ,simon ft venu aprs ,saisset et qu'il et t1 de l'escalier1 la dernire marche4 ,qu'y a-t-il descendre aprs ,simon8 ,vous tes ras de sol4 ,esprits1 du reste1 tous les deux1 qui sont des exemples1 et qui nous font dire--et ce serait avec dsespoir si nous croyions cette grande vanit de la philosophie--qu'il n'y aura pas de gloire qui s'appelle1 en ,france1 au ,x,i,xe sicle1 la gloire philosophique4 ,jules ,simon1 ce blond jeune homme qui n'a pas bruni1 a1 comme ,saisset1 pass toute sa vie citer des textes et commenter des doctrines tombes en dsutude et dans le mpris de l'histoire1 si l'histoire n'tait pas une pdante quand elle est crite par des professeurs6 ,nous avons entendu les historiettes de ,simon lorsqu'il faisait son cours sur l'cole d',alexandrie4 ,jeunes et de bonne heure en posture1 cet ge o la tte est fconde1 ft-ce mme en folies1 ,jules ,simon et ,saisset ne furent que sages et ne crrent rien4 ,ils jourent1 plus ou moins correctement1 ces ,arcadiens1 de la serinette de l'cole4 ,mais ce fut tout4 ,ils n'eurent la crnerie d'aucune hypothse1 l'insolence d'aucune gnralisation1 qui les eussent peut-tre gars1 mais sur des hauteurs4 ,ils ne turent sous eux aucun systme1 et ils passrent leur temps et leur jeunesse faire1 sur la pense et les systmes des autres1 le petit travail critique que fait sur lui-mme le pauvre enfant de ,murillo dont je veux leur pargner le nom6 ,aujourd'hui1 arriv cet autre ge de la vie o l'on paquette son bagage pour la postrit1 ,jules ,simon1 dont il est plus particulirement question ici1 d'ancien anecdotier philosophique s'est fait moraliste pour son propre compte1 et presque thologien4 ,singulire morale1 il est vrai1 et thologie plus trange encore6 ,il a crit un livre du ,devoir sans sanction1 et un autre livre de la ,religion naturelle qui n'est qu'un catchisme l'usage de ceux qui n'ont pas la tte faite pour la philosophie et de ceux qui n'ont pas le coeur fait pour la religion4 ,,ii ,en effet1 ni philosophie positive ni religion positive1 et la manire de se passer de toutes les deux leve l'tat de thorie1 voil d'un mot tout le livre de ,jules ,simon qu'il appelle la ,religion naturelle1 et qui pourrait trs bien1 sans jeu de mots1 dispenser du ,devoir1 qui a d le suivre1 car1 quel que soit l'ordre de succession dans la publicit1 il est certain que le ,devoir est la consquence de la ,religion naturelle1 au moins dans la tte de l'auteur4 ,d'ailleurs1 dfaut d'une ide1 cette mre robuste d'une ide1 c'est le mme sentiment qui les a inspirs4 ,si je pouvais1--nous dit ,simon dans la prface de sa ,religion naturelle1 avec ce ton plus doux qui n'appartient qu' lui et qui fait de la voix de son confrre ,saisset un miaulement tigresque2--si je pouvais seulement ranimer une esprance444 pacifier un coeur souffrant1 je croirais que ces humbles pages n'ont pas t entirement perdues4 ,et dans la prface du ,devoir3 ,j'ai combattu ces impits--7l'impit d'avoir condamn cet hrtique d',abeilard et ,descartes67--pendant dix-sept ans d'enseignement444 ,je ddie cette ternelle cause mon humble livre444 ,toujours l'humilit6 ,jules ,simon est l'humble des humbles en philosophie3 ,le plus humble de ceux que son amour inspire6 car il y a en ce moment l'cole des humbles en philosophie1 et ce sont ceux-l qui1 comme ,simon1 au lieu de compliquer et de tortiller1 la manire allemande1 les arabesques dj si brouilles de la philosophie1 les simplifient1 au contraire1 jusqu' la ligne la plus mince et la plus diaphane1 afin que cela devienne si facile d'tre philosophe que naturellement tout le monde le soit6 ,et tout le monde le sera4 ,pourquoi donc pas8444 ,le seul dogme de la ,religion naturelle de ,simon est l'incomprhensibilit de ,dieu4 ,comme c'est commode pour la haute picerie que d'y renoncer6 ,jules ,simon1 qui a lu beaucoup et cit beaucoup ,pascal dans ses notes1 ne se rejette pas1 comme ,pascal1 de dsespoir1 devant cet abme du scepticisme qui gronde mais qui ne rpond pas1 au ,dieu positif de la ,rvlation et de l'glise4 ,il a la tte plus forte que ,pascal3 ,philosophiquement--dit-il--nous ne savons le comment de rien2 mais voil pourquoi--ajoute-t-il--il y a une religion naturelle4 ,moi1 je dirais plutt3 ,voil pourquoi il doit y avoir une religion positive1 une religion qui1 sur toutes les questions important l'homme et sa destine1 prend un parti net et lui impose une solution4 ,mais telle n'est pas l'opinion de ,jules ,simon4 ,si1 selon lui1 le ,dieu philosophique n'est pas comprhensible1 mme aux plus grands gnies philosophiques1 et si le ,dieu de la rvlation n'est pas digne d'occuper ces immenses esprits1 qui ne peuvent tablir le leur par le raisonnement1 eh bien1 tout n'est pas perdu6 ,il y a le ,dieu de la conscience naturelle que chacun porte avec soi et en soi1 comme le sauvage porte son manitou sa ceinture4 ,c'est ce ,dieu excessivement peu compliqu du disme libre qu'il faut revenir4 ,c'est ce ,dieu marionnette1 dont chacun tire le fil comme il veut ou ne le tire pas du tout1 que ,jules ,simon nous renvoie4 ,c'est le ,dieu des bonnes gens1--sans l'excuse de la chanson et du cabaret6 ,,iii ,certes6 je n'ai jamais1 pour mon compte1 estim beaucoup la philosophie1 mais je ne l'ai jamais mprise autant que le philosophe franais ,jules ,simon4 ,dans sa ,religion naturelle il l'a mise bien bas1 cette vieille mre qui avait son orgueil et voulait rgner comme ,agrippine4 ,il l'a ravale jusqu'au niveau des intelligences galitaires les plus gales entre elles2 il l'a enfin dmocratise4 ,et voil la cause d'un succs sonn sur le trombone de ,taine1 ce musicien polonais de dentiste que le succs a donn ,jules ,simon6 ,la notion de la religion naturelle1 anti-philosophique et anti-thologique1 comme l'entend le sens trs commun de ,jules ,simon1 doit trouver1 coup sr1 plus de deux cent mille lecteurs4 ,mais je ne mprise pas assez la philosophie1 et je respecte trop toute religion1 et en particulier la mienne1 pour vouloir seulement discuter cette notion de religion naturelle que ,simon oppose1 d'un ct toute religion positive1 et de l'autre toute philosophie4 ,il doit suffire la ,critique de la signaler4 ,si cette ide tait nouvelle1 peut-tre faudrait-il l'exposer dans ses menus dtails1 car toute nouveaut1 pour les esprits faibles1 est un charme2 mais elle est dcrpite1 et ,jules ,simon ne l'a pas rajeunie4 ,dieu trouv au fond du coeur1--quand on l'y trouve2 ,dieu inn1 toile inconnue du monde invisible1 aimable et brillante1--pas trop brillante1 cependant1 si elle est aimable2 ,dieu qui promet1 par la souffrance et le spectacle de l'injustice1 une immortalit444 probable1 et n'ayant pour tout culte qu'une prire qui ne demande rien1 par respect pour les lois gnrales du monde1 mais qui remercie1 on ne sait trop pourquoi6 telle est cette religion naturelle1 mle d'un stocisme incertain qui voudrait bien qu'on lui payt les appointements de sa vertu1 mais qui n'est pas sr de les toucher4 ,telle est cette religion que ,jules ,simon a rajuste et retape1 comme ,henri ,martin l',histoire de ,france1 pour l'ducation de la bourgeoisie du ,x,i,xe sicle4 videmment1 la notion d'une religion pareille n'est pas trop dure pour la foi1 ce ressort rouill et dtraqu qui ne va plus4 ,elle ne brise pas non plus1 sous une difficult paisse et accablante1 l'esprit qui aime la clart dans un petit espace4 ,enfin1 elle n'enchane pas de trop court cette follette chevrette de libert1 la petite bte la plus aime de cette vieille fille que nous appelons notre poque avec tant d'orgueil6 ,elle a donc1 il faut en convenir1 toutes les conditions d'une popularit immense1 car il est des temps pour niaiser1 a dit ,pascal1--,pascal qui ne se doutait gures1 quand il criait sa torture de sceptique1 des citateurs qui devaient lui venir1 et qui s'en serait all la ,trappe1 pour ne plus rien dire1 s'il avait pu les deviner6 ,mais ce n'est pas l'ide d'une religion naturelle1 invente pour envoyer se promener toutes les autres religions positives1 au nom d'une philosophie qui y va avec elles1 ce n'est pas cette ide que je blme le plus dans ce livre4 ,les notions sont ce qu'elles peuvent tre dans les ttes humaines4 ,la loi gomtrique nous dit que le contenu ne peut pas tre plus grand que le contenant4 ,le disme1 l'ide la plus faible qu'il y ait en philosophie religieuse1 est proportionnel au cerveau de ,jules ,simon4 ,mais ce que je blme plus que ce disme1 peut-tre involontaire1 c'est de l'avoir capitonn1 pour lui faire faire illusion1 avec des ides qu'on n'aurait jamais eues sans la religion positive qu'on repousse4 ,jules ,simon n'est pas1 comme on pourrait le croire1 un ignorant en christianisme2 et1 malgr la simplicit1 chre aux esprits vulgaires1 de sa religion naturelle1 dont il nous donne les preuves humaines1 psychologiques1 individuelles1 et par consquent peu obligatoires1 ce qu'il y a d'illusionnant et de dangereux dans cette religion1 porte de toutes les faiblesses1 c'est encore ce que le christianisme1 dont l'action nous pntre comme la lumire1 y a vers d'influence secrte et dmentie4 ,l est le mal1 un mal profond1 que celui qui le fait n'ignore pas4 ,on doit tout au christianisme1 mme les ides qui masquent le mieux la fausse thorie qu'on dresse contre lui1 et tout est bon l'ingratitude4 ,c'est pour mieux lui prendre ses plumes qu'on veut tuer le divin oiseau4 ,oui6 on gorge1 ou du moins on essaie d'gorger le christianisme1 selon cette grande loi de prcaution que le plus sr est toujours d'gorger celui que l'on pille1 et la doctrine assassine se revt de la morale de la doctrine assassine et nous soutient que c'est elle1 cette morale vole dont elle ne peut pas mme se servir4 ,car la punition des sophistes qui vivent sur les ides chrtiennes1 c'est de ne pouvoir longtemps en vivre4 ,ils sont trop faibles pour les manier4 ,il faut une sanction la morale chrtienne1 que seul le christianisme a trouve1 et qu'une doctrine humaine1 philosophique ou naturelle1 ne peut remplacer6 ,mais qu'importe1 du reste8 l'effet est produit1 et il s'agit peut-tre plus pour ,jules ,simon de tactique que de thorie4 ,sa tactique1 c'est la substitution d'un thophilanthropisme nominalement religieux aux religions qui furent jusqu'ici l'honneur et la force morale du monde1 et c'est cette substitution qu'il est bon de raliser sans coup frir et sans danger1 sans veiller les justes susceptibilits de ces religions1 puissantes encore1 et en leur tmoignant tous les respects4 ,platon mettait les potes la porte de sa rpublique avec des couronnes2 le ,platon de la maison ,hachette veut mettre toutes les religions la porte de tous les coeurs1 en se prosternant devant tous les sanctuaires4 ,depuis ,la ,rveillre-,lepeaux1 d'inepte et fade mmoire1 rien de pareil ne s'tait vu4 ,jules ,simon est un ,la ,rveillre-,lepeaux sans les fleurs4 ,il est1 dans l'ordre laque et philosophique1 dans un ordre tendu et profond1 ce que fut l'abb ,chtel dans l'ordre ecclsiastique et circonscrit4 ,non seulement il se fait prtre contre les prtres et trace lui-mme l'vangile de son thophilanthropisme1 mais il va le prcher4 ,il fait des tournes4 ,la ,belgique1 cette terre spongieuse de toute sottise d'incrdulit1 appelle souvent ce singulier missionnaire et boit avidement ses prdications albumineuses1 car l'loquence de ,jules ,simon ressemble son style1 c'est du vicaire savoyard2 mais baveux o l'autre est coulant4 ,dans ces tournes pour l'entretien de ce culte ais et rduit qu'il prche1 ,jules ,simon place des ,devoirs1 des ,liberts1 des ,religions naturelles1 comme les missionnaires protestants placent des ,bibles2 mais avec cette diffrence qu'il ne les donne pas444 ,vous voyez bien qu'il n'y a plus l ni philosophie1 ni religion1 ni mme littrature1 ni rien qui puisse appartenir un examen dsintress d'ides ou de langage4 ,la ,bibliographie peut enregistrer une curiosit de plus1 mais la ,critique littraire doit se taire et faire place une autre critique1--la ,critique des moeurs4 ,on a parl beaucoup de signes du temps en ces dernires annes4 ,eh bien1 en voil un1 et qui n'est pas un mtore6 ,c'est ,simon4 ,ah6 nous sommes bien loin maintenant de ,saisset4 ,quand nous nous retournons vers lui de ,jules ,simon1 nous le trouvons bien brave et bien franc1 et presque bien grand philosophe1 ce pauvre ,saisset1 qui du moins1 lui1 ne baise point les pieds du christianisme pour le tirer par l1 comme on tire soi un cadavre dont on veut nettoyer le sol6 ,je sais bien que le talent n'est pas dans ,jules ,simon et que l'ennui1 un immense ennui1 s'chappe de ses oeuvres2 mais raison de plus pour tout craindre4 ,l'ennui n'est pas une garantie1 et n'avoir pas de talent du tout en voulant qu'il n'y ait plus du tout de religion est un moyen d'agir sur la reconnaissance des hommes1 et c'est la seule chose d'esprit peut-tre dont on puisse1 dans son systme1 louer ,jules ,simon4 ,,vera#ad ,i ,ce sont les travaux de ,vera--un nom heureux pour un philosophe6--que nous tenons surtout faire connatre ici bien plus que les travaux de ,hegel1 qui sont connus#ae et mis1 par certaines gens1 dans la gloire4 ,lui1 ,hegel1 est bien plus que connu4 ,il est clbre4 ,il n'est plus1 il est vrai1 dans la priode ascendante d'une clbrit qui monta comme la mer1 mais qui commence de s'abaisser et de reculer comme elle1 et non pas1 comme elle1 pour revenir444 ,trente ans1--disait le plus positif des esprits de ce sicle positif1--trente ans1 voil ce que dure peu prs toute gloire philosophique allemande6 ,et il avait raison4 ,c'est moins long que la beaut d'une femme6 ,kant1 ,fichte1 ,jacobi1 ,schelling n'existent plus444 que dans ,tennemann4 ,mettons pour ,hegel1 qui est le plus fort de tous ces ,allemands1 mettons quelque chose comme quatre-vingts cent ans d'influence malsaine sur le monde1 quelque chose comme la beaut de ,ninon qui1 vieille1 fit des conqutes jusqu' l'pe dans le ventre1 car on se tua pour ses beaux vieux yeux chargs de tant d'iniquits4 ,oui6 mettons cela1 si vous l'exigez444 ,mais aprs1 et mme peut-tre avant1 ,hegel1 comme ,kant1 aura son ,henri ,heine4 ,il lui surgira un ,heine1 un ,yorick1 un bouffon quelconque1 qui lui jettera sa pellete de plaisanteries sur la tte1 et c'en sera pour jamais6 #ad ,introduction la ,philosophie de ,hegel2 ,la logique de ,hegel 7,pays1 #bj mars #ahfj74 #ae ,de rputation plus que de fait1 pourtant4 ,il y a une trs curieuse traduction1 par ,h4 ,sloman et ,j4 ,wallon1 de la ,logique subjective de ,hegel1 qui n'est pas la ,logique dont il est question ici4 ,nous en parlerons quelque jour4 ,c'est de la plaisanterie1 en effet1 que ressortent tous ces systmes de philosophie qui veulent expliquer ce monde de mystre et en supprimer le crpuscule4 ,c'est de la plaisanterie4 ,la plaisanterie1 qu'on croit lgre1 c'est si souvent du dsespoir6 ,ainsi que tous les derniers venus en philosophie1--et ni plus ni moins qu'eux1--le grand ,hegel a cru nous apporter le dernier mot des choses4 ,la grosseur d'un tel ridicule s'est augmente de toute la grandeur de son esprit1 et le ridicule n'en a t que plus gros4 ,cet esprit puissant1 mais dans un vide immense1 s'est tromp1 de la plus petite erreur et de la plus commune1 sur le compte de la destine humaine1 que ,schelling--un philosophe comme lui1 pourtant6--ne pouvait expliquer sans la chute4 ,perdu dans l'abstraction o ils se perdent tous1 il a ddaign de regarder cette tte de l'homme1 qui s'est dforme en tombant1 et dont les facults1 devenues inaptes saisir la vrit d'une prise souveraine1 ne font plus pour la prendre que de gauches mouvements4 ,il n'a vu ni le dehors ni le dedans de ce condamn politique de ,dieu1 en prison dans ses organes et en prison sur sa mappemonde1 ce double pnitentiaire parfaitement construit1 avec ses climats et ses langues1 qui1 lui seul1 dirait la faute1 quand l'histoire1 plus certaine que la philosophie1 ne nous la dirait pas4 ,et il a eu la prtention superbe1 froide1 mais nave1 de pntrer les essences1 de saisir l'absolu dans sa notion la plus prcise et la plus profonde1 de construire enfin ici-bas scientifiquement la vrit 7je parle sa langue1 non la mienne74 ,c'tait1 en d'autres termes1 la prtention de hausser un peu la vote du ciel pour nous faire plus de jour6 ,que voulez-vous8 ,si pdant1 si triste1 si ,allemand qu'on soit1 quand on fait le ,titan on est toujours burlesque4 ,l'atroce ennui qui s'chappe de sa logique1 et sa logique est tout son systme1 ne servira pas de bouclier ,hegel contre les ,heine de l'avenir qui l'attendent1 car1 comme ,kant1 tu par un ,allemand1 il ne mourra pas d'une plaisanterie franaise4 ,ce serait trop6 ,il est plus digne de l'esprit de la ,providence qu'il meure sous une plaisanterie de son pays4 ,et cependant1 malgr cet ennui inconnu en ,allemagne1 mais partout ailleurs insupportable1 d'une logique qui dchiquette l'abstraction plus que toutes les autres logiques qui aient jamais t publies par les anatomistes du raisonnement1 malgr l'effrayante spcialit de son langage et tout ce qui nous empche de peser sur le texte mme de ,hegel1 nous ne pourrons pas ne point l'atteindre puisque nous voulons vous parler des travaux d'un crivain qui en a fait le fond et le but de ses oeuvres4 ,vera est n de ,hegel ou pour ,hegel4 ,il respire et pense par ,hegel4 ,il a mal sa poitrine1 c'est--dire444 son cerveau4 ,je crains bien1 pour ma part1 qu'il ne lui ait donn sa pense--comme on donne quelquefois sa vie6--de manire ne pouvoir plus la reprendre1 et1 franchement1 je le regretterais4 ,c'est une intelligence trs noble et trs savante que celle de ,vera1 amoureuse de la clart jusque dans les tnbres de son matre1 et la produisant--ce qui n'est pas facile dans un pareil milieu-- force de l'aimer4 ,universitaire franais sous un nom espagnol 7descend-il de l'historien ,vera871 docteur et professeur de philosophie1 ,vera est tellement hegelien qu'il pourrait bien rester tel1 par une de ces destines qui tiennent l'ordre hirarchique des esprits1 dont les plus forts1 dans un ordre d'ides1 sont les plus fidles2 mais1 s'il reste hegelien1 nous lui devrons toujours ,hegel1--ce ,hegel auquel il devra1 lui1 sa philosophie4 ,non seulement il nous l'aura traduit1 mais il nous l'aura interprt4 ,cet homme fameux1 mais mal expliqu dans l'arcane de son texte1 dont jusqu'ici on ne nous a donn que des dchirures1 ce ,vieux de la ,montagne philosophique1 compromis par les ,cousins et les ,proudhons et toute la bande d'assassins littraires ou politiques1 ,vera nous l'aura dvoil4 ,il l'aura vulgaris1 sans jamais le compromettre1 et il aura pu quelquefois le suppler4 ,ce n'est pas l un mince service4 ,par lui1 le dieu pour les uns1 le monstre pour les autres1 sera mis debout1 les pieds sur la terre1 porte de main4 ,nous pourrons en juger l'organisation1 la musculature1 l'intgralit4 ,nous saurons enfin ce que c'est que le hegelianisme et ce qu'il doit tenir de place dans l'histoire de l'esprit humain4 ,l'erreur au moins sera mesure1 et1 ft-elle colossale1 toute erreur mesure diminue toujours4 ,,ii ,malheureusement1 cette mesure1 dont nous sommes impatients1 ne peut tre prise immdiatement4 ,nous ne pouvons que l'annoncer4 ,vera1 qui nous donnera un jour le ,hegel complet1 ne nous donne encore qu'une partie des oeuvres1 et la partie la plus difficile comprendre1 la plus aride1 et1 pour ainsi parler1 la moins traduisible3 cette affreuse ,logique#af dont ,hegel tire tout1 en forant tout4 ,c'est parce que ,vera est un philosophe qu'il a commenc sa publication par cette traduction de la ,logique4 ,mais1 s'il avait plus song l'ducation faire de l'intelligence du public1 qu'il doit1 avec ses convictions1 vouloir rendre hegelien1 qu' l'ducation toute faite des philosophes comme lui1 il et commenc par les autres oeuvres de ,hegel1 moins cruellement abstraites 7par exemple1 les ides sur la religion1 sur l'tat1 sur l'art1 etc471 et il serait remont de l vers les principes philosophiques d'o dpend toute la philosophie de son matre1 et il et plac ainsi le lecteur1 familiaris avec les ides et le langage hegelien1 la source mme du systme4 #af ,ladrange4 ,il est vrai que1 dans l'ordre de ses travaux1 ,vera a dbut par une ,introduction gnrale la philosophie de ,hegel#ag1 cette philosophie compose de trois parties3 la logique1 la nature et l'esprit1 termes diffrents--comme il dit--du syllogisme absolu de la connaissance des tres1 et que cette ,introduction1 dans laquelle ,vera a fait filtrer autant de clart qu'il en peut passer travers cette fort germanique d'abstractions1 de gnralits et de formules1 est beaucoup plus intelligible que ces deux volumes de ,logique crits par ,hegel lui-mme4 ,mais c'est aussi la partie de cette introduction qu'on voudrait la plus longue qui est justement la plus courte1 c'est--dire la partie de la nature et de l'esprit4 ,faute norme1 mortelle la propagation des ides qu'un critique plus hegelien que je ne le suis ne pardonnerait point ,vera1 moins habile qu'il n'est philosophe1 et qui1 en l'ennuyant par trop1 doit rater son public4 #ag ,a4 ,franck4 ,il n'y a1 en effet1 que des philosophes vocation dtermine1 ou1 pour mieux dire1 fringale furieuse1 qui puissent avaler cette pierre1 digne de ,saturne1 que ,vera leur offre ainsi en deux morceaux1 c'est--dire en deux volumes4 ,vera1 qui l'a pese1 a pourtant fait tout ce qu'il a pu pour en diminuer la densit et le poids4 ,il a traduit1 avec une expression franaise qui est l'allemand ce que l'opale est du grs1 cette ,logique1 qui n'est plus la logique des autres philosophies1 et laquelle ,hegel s'est vant de donner une existence substantielle4 ,et ce n'est pas tout6 ,non content de cette traduction sueur de sang1 ,vera1 dans des notes d'une transparence profonde1 et1 selon moi1 bien suprieures au texte de sa traduction1 s'est efforc nouveau de dgager cette chtive lueur1 si c'en est une1 qui a tant de peine sortir de la langue obscure et rtracte d',hegel4 ,eh bien1 ces hroques efforts ne seront compts que par ceux-l pour qui on n'avait pas besoin de les faire6 ,les philosophes aborderont seuls cette dure logique substance1 avec leurs fronts construits1 disait ,joubert1 pour craser des oeufs d'autruche4 ,les philosophes seuls auront le courage de s'enfoncer dans les tautologies et les logomachies de ce bouddhiste de la logique1 qui a cr la science absolue1 c'est--dire la science qui se connat par l'ide et dans l'ide1 cette ide qui enveloppe tout l'esprit1 qui absorbe l'tre et la pense1 l'exprience et la raison1 l'histoire et la science1 et qui est la raison des choses1 leur fin et leur principe2 cette ide qui unit l'me et le corps1 dont l'volution a trois moments 7ce qui est exquis73 tre en soi1 tre contre soi et tre pour soi 7sans doute le moment le plus agrable672 l'ide qui a pour rythme la thse1 l'antithse et la synthse 7on nous a dj bercs sur cette escarpolette72 enfin1 les ides unes dans l'ide6 ,arrtons-nous6 ,certes6 nous pourrions continuer longtemps des citations de cette espce2 mais quel lecteur franais continuerait de lire un chapitre de cet allemand-l8 ,seulement1 disons-le en passant1 cette thorie incroyable de l'ide1 qui dpasse par sa finesse de fils d'araigne les subtilits les plus tnues de la scholastique1 cette thorie qui1 selon les hegeliens1 est la seule doctrine qui ait le droit de s'appeler l'idalisme1 n'a qu'un malheur1 c'est d'arriver promptement aux mmes consquences par en haut que le matrialisme par en bas4 ,l'idalisme ou le matrialisme6 ,quand ils ne sont que cela1 l'un et l'autre1 ils n'ont pas le droit de se mpriser4 ,l'un va au nihilisme1 l'autre au nant4 ,sous des noms diffrents1 destine commune4 ,en philosophie1 les hommes eux-mmes1 si contraires qu'ils soient par la doctrine et par tout le reste1 ont l'identit de la chimre4 ,diderot1 qui tait presque un ,allemand du ,x,i,xe sicle parmi les ,franais du ,x,v,i,i,ie1 crivait1 avec le mme aplomb que ,hegel3 ,on ne sait pas plus ce que les animaux taient autrefois qu'on ne sait ce qu'ils deviendront444 ,l'homme est un clavecin1 dou de sensibilit et de mmoire4 ,que ce clavecin anim et sensible soit dou aussi de la facult de se nourrir et de se reproduire1 et il produira de petits clavecins4 ,il disait3 ,mme substance1 diffremment organise3 la serinette est de bois1 l'homme de chair4 ,et encore3 ,nos organes ne sont que des animaux distincts que la loi de continuit tient dans une identit gnrale4 ,et il concluait1 comme s'il l'avait vu3 ,quand on a vu la matire inerte passer l'tat sensible1 rien ne doit plus tonner6 ,il se trompait4 ,il y avait encore s'tonner des philosophes4 ,mais1 au fond1 dans toutes ces stupides et loquentes matrialits de ,diderot1 il n'y avait pas plus d'audace et de niaiserie que dans la thorie idaliste de ,hegel1 cette thorie qui croit aller du nant au devenir1 de l'tre la notion1 du sujet l'objet1 du fini l'infini1 de la connaissance la volont1 bref1 de l'ide la nature1 et qui n'y va pas6 ,,iii ,audace et niaiserie444 ,ce sont l des mots bien insolents pour le gnie4 ,diderot1 dit-on encore1 en avait la flamme1 et ,vera1 qui se connat en pense1 appelle ,hegel le plus prodigieux des penseurs qui aient jamais exist4 ,mais c'est que le gnie lui-mme est1 en philosophie1 dans des conditions trs particulires et trs imprieuses4 ,il ne s'y agit pas de talent1 mais de vrit4 ,s'il ne s'y agissait que de talent1 que d'invention quelconque1 que d'effort1 de ressource et de profondeur dans l'invention1 nous dirions1 tout aussi bien qu'un autre1 que ,hegel est un esprit formidablement puissant4 ,mais c'est prcisment son invention qui le perd en philosophie4 ,il part d'une prconception qui lui appartient trop1 sans justesse et sans ralit4 ,il a une notion fausse et folle de la force humaine4 ,il croit une science absolue que l'on peut construire l'aide d'une mthode absolue4 ,dification de la science et de l'homme1 tout simplement6 ,une fois cela lch1 rien n'tonne plus1 et on a tout ce grand systme1 le pome pique de l'absurdit4 ,ce pome1 illisible sans la grce d'tat philosophique1 n'est dangereux que par fragments4 ,aussi est-ce par fragments qu'on nous l'a donn jusqu'ici4 ,je l'ai dit plus haut1 mais il est bon d'insister6 les mandarins seuls de la philosophie se sont risqus et continueront de se risquer dans la logique de ,hegel2 mais ils ont rapport dj1 et continueront de rapporter de leur accointance avec les oeuvres du professeur de ,berlin1 une mthode historique et des vues sur l'histoire qui pourraient trs bien bouleverser le monde sous prtexte de l'expliquer4 ,la philosophie de ,hegel fait la modeste1 en tentant l'orgueil4 ,c'est le comble de l'art4 ,elle ne rompt pas avec le pass1 comme la philosophie de ,bacon et celle de ,descartes4 ,elle sort de ,kant et respecte son pre4 ,voil la modestie4 ,mais elle mprise ,reid et la philosophie du sens commun1--avec juste raison1 je le crois1 et mme j'en suis sr2--mais c'est pour poser la ncessit d'une science suprieure tout1 et voil qui tente singulirement l'orgueil des petits ,nabuchodonosors de la cuistrerie4 ,pour elle1 il y a mieux et plus profond que de condamner le pass3 c'est de l'absoudre2 c'est de prononcer1 de bien haut1 un bill d'indemnit suprme sur toutes les horreurs et les infamies de l'histoire2 c'est enfin d'admettre l'optimisme absolu d'une science absolue1 car1 une fois admise1 cette terrible notion d'absolu se rpercute en mille chos et fait craquer la cration tout entire4 ,leibnitz aussi1--encore un philosophe6--qui crut un jour pouvoir forcer la porte du pnitentiaire de ,dieu en mariant les langues1 dans lesquelles nous sommes dports1 pour en faire une communaut et une langue universelle2 ,leibnitz aussi laissa se prendre sa religion et son gnie cette btise impie d'un optimisme interdit ncessairement un monde en chute4 ,mais c'est ,hegel qui devait lever l'tat de principe le pressentiment de ,leibnitz4 ,il se dit religieux1 pourtant1--et ,vera1 qui jurerait pour lui s'il en tait besoin1 nous l'assure4 ,mais cette religion de ,hegel1 nous la connaissons4 ,c'est encore la science qui est cette religion1 comme elle est tout1 puisqu'elle est absolue3 ,c'est la lumire de la pense pure1--comme dit ,cousin3 ,cousin1 la rhtorique dans la philosophie1--ce n'est plus le demi-jour du symbole4 ,quand on absout l'humanit parce que1 dit-on1 on la comprend1 quand la meilleure justification des choses est444 qu'elles sont ou qu'elles furent1 il faut bien accepter la religion avec tout le reste1 car il y en a eu assez1 de religions1 sur la terre de ce globe1 et assez de sentiment religieux dans les coeurs qui battent encore sa surface ou qui dorment glacs dessous4 ,mais1 franchement1 nous autres chrtiens1 qui faisons notre philosophie avec nos rvlations et l'histoire1 pouvons-nous tenir grand compte ,hegel et sa doctrine de cette religion qu'il fait1 lui1 avec sa propre philosophie8444 ,pouvons-nous admettre autrement que comme une prcaution1--que1 certes6 ,diderot1 plus franc1 n'aurait pas eue1 et qui tient l'hypocrisie de ce sicle1 lequel a dplac ,tartuffe1--pouvons-nous admettre autrement que comme une prcaution ce respect pour le christianisme1 cette religion qui n'est pas la science1 et que ,hegel a voulu montrer en expliquant sa manire le dogme de la ,sainte ,trinit8444 ,certes6 pour ma part1 je ne connais rien de plus hideux que cette singerie2 mais aussi je ne connais rien de plus vain4 ,laissez donc la ,sainte ,trinit tranquille1 sophistes tracassiers et peureux1 puisque vous ne croyez pas la chute6 ,pourquoi invoquez-vous ce dogme plutt que nos autres dogmes8 ,pourquoi prenez-vous partie1 entre tous1 ce grand mystre d'une religion qui a fait une vertu pour l'homme orgueilleux de la rsignation au mystre et qui l'a condamn la foi obissante1 si ce n'est pour faire preuve de la possibilit de saisir tout mystre sous une forme scientifique et de l'exposer ce que vous appelez le jour8444 ,nous n'en sommes pas rduits1 heureusement1 fournir des arguments aux hegeliens6 ,,iv ,vera1 qui est certainement1 en ,france1 le plus distingu1 le plus savant et le plus net de tous1 ne s'est pas inscrit en faux une seule fois contre les ides et les tentatives de son matre4 ,dans son ,introduction1 trop courte1 et dans ses belles notes1 dont il a presque doubl les deux volumes de la ,logique1 il rapporte tout1 explique tout et consent tout1 avec une docilit et une fidlit gales4 ,je n'ai jamais vu d'esprit si fort et moins indpendant4 ,c'est l son originalit4 ,tout de mme qu'on est parfois mtaphysicien malgr soi1 en raison d'une conformation spciale de la tte1 et tout en sachant trs bien que la mtaphysique est l'agitation instinctive et rflchie de problmes qui n'ont pas toutes leurs solutions dans ce monde1 tout de mme il y a des esprits qui1 de conformation naturelle1 rflchissent les mtaphysiques qu'ils n'ont pas cres1 et1 pour nous servir d'une expression hegelienne1 qui repensent la pense des autres4 ,vera est un de ces purs miroirs intellectuels4 ,on souffre un peu de voir une intelligence d'une trempe si mle1 si solide et si claire1 porter perptuellement l'image d',hegel et la retenir1 comme la glace ne retient pas l'image mais comme le bronze retient l'effigie4 ,on souffre de voir un pareil homme suivre ,hegel les pieds dans la trace de ses pieds et presque servilement1 si on pouvait tre servile quand on suit ce qu' tort ou raison on a pris pour la vrit4 ,mais on se dit1 malgr la crainte que j'exprimais au commencement de ce chapitre1 qu'il n'y a pas plus de fatalit pour l'esprit que pour le coeur et que l'homme est son matre1 tout en se donnant et mme aprs s'tre donn un matre6 ,d'ailleurs1 puisqu'il a l'orgueilleuse faiblesse de croire la science absolue1 ce ,vera1 assez ferme de regard pourtant pour voir qu'elle ne peut jamais1 dans ce monde infrieur1 tre que relative1 contingente et borne1 autant pour lui ,hegel qu'un autre6 ,autant mme pour nous1 si nous y croyions6 ,il est vident que ,hegel est l'homme le plus minent de la philosophie dans la nation la plus forte en philosophie qu'il y ait prsentement dans le monde1 et si c'est l une mesure trs rassurante pour ceux qui tiennent la philosophie pour le peu qu'elle est1 c'est une chose troublante et trs entranante pour ceux-l qui l'aiment1 et qui l'exagrent parce qu'ils l'aiment4 ,seulement1 il y a deux manires d'aimer la philosophie3 comme sa matresse1--on lui passe tout2 comme sa fille1--on devient exigeant pour elle4 ,jusqu'ici1 comment ,vera l'a-t-il aime1 et comment1 plus tard1 l'aimera-t-il8444 ,,du ,,mysticisme ,,et ,,de ,,saint ,,martin#ah ,voici une surprise4 ,lorsque nous avons ouvert le livre que ,caro a publi sur ,saint ,martin#ai1 et qu' la premire page nous avons trouv1 ct du nom de l'auteur1 le titre1 toujours suspect1 jusqu' l'inventaire des doctrines de celui qui le porte1 de professeur de philosophie2 quand1 la seconde page1 nous avons lu une ddicace ,,mm4 ,jules ,simon et ,saisset1 traits respectueusement et affectueusement de matres et d'amis1 nous avons naturellement pens que le rationalisme contemporain allait1 sans tre un aigle1 avoir beau jeu du bec et des griffes contre le mysticisme pris partie1 pour l'excuter mieux et plus vite1 dans la personne de ,saint ,martin4 ,nous n'avons pas hsit croire que ce grand gar de ,saint ,martin1 qui a fait un livre intitul ,ecce homo1 ne ft pris son tour pour l',ecce homo du mysticisme et outrageusement trait comme tel4 ,se marier1--disait le grand lord ,bacon1--c'est toujours donner des otages la fortune4 ,entre philosophes1 la ddicace d'un livre1 n'est-ce pas comme un mariage d'ides8 ,et quand cette ddicace est adresse ,saisset et ,jules ,simon1 n'est-ce pas l un otage au rationalisme qu'ils reprsentent et qu'ils servent1 au rationalisme qui est la mauvaise fortune de ce temps8 ,voil ce que nous disions quand1 heureusement1 la lecture de l'ouvrage de ,caro a rpondu toutes nos prvisions en les trompant4 ,ce livre1 qui1 de la personne trs peu connue jusqu'ici et maintenant plus tudie de ,saint ,martin et de ses ides1 s'lve jusqu' la hauteur d'une discussion et d'un jugement sur le mysticisme en gnral1 est une oeuvre qui veut tre impartiale et svre4 ,la ,critique ne saurait l'oublier4 ,c'est un de ces livres discrets et transparents qui ne disent pas tout ce qu'ils pourraient dire1 mais qui le laissent entrevoir2 c'est un de ces sphinx1 au front de marbre diaphane1 travers lequel perce le secret qu'on garde encore mais qui doit un jour en sortir4 ,rien1 en effet1 dans un ouvrage o la clart qu'on trouve rend trs difficile sur la clart qui n'y est pas1 ne nous atteste d'une manire prcise et fermement articule que l'auteur ait le bonheur d'tre catholique2 mais rien non plus n'affirme qu'il ne le soit pas4 ,au contraire4 ,toutes les fois qu'il y parle du catholicisme1 ce n'est pas seulement avec un respect qui est plus que de la convenance1 mais c'est avec une telle intelligence qu'on croirait presque la sagesse de la foi4 ,quoiqu'il juge le mysticisme au point de vue de la philosophie et de la mtaphysique humaines1 et qu' ce point de vue il le repousse et le condamne comme n'apportant sous le regard de la connaissance aucun systme vritablement digne de ce nom1 l'auteur est non moins net et non moins premptoire quand il le prend et quand il le juge au point de vue du catholicisme4 #ah ,caro3 ,du ,mysticisme au ,x,v,i,i,ie sicle2 ,essai sur la vie et les doctrines de ,saint ,martin1 le philosophe inconnu 7,pays1 #bc mai #ahec74 #ai ,hachette et ,cie4 ,nous l'affirmons1 avec une joie qu'un regret tempre3 un catholique qui se serait plus hautement avou dans un tel livre et qui y aurait mis bravement le crucifix sur son coeur aurait dit davantage2 mais1 sur la limite o ,caro s'arrte1 si un catholique avait pu s'y arrter il n'aurait peut-tre pas dit mieux4 ,et1 vritablement1 pour qui n'a pas abandonn l'observation et l'analyse1 le mysticisme--quelle que soit la forme qu'il revt--n'est jamais qu'une aberration du sentiment religieux en vertu de sa propre force1 si une autorit extrieure ne le rgle pas et ne contient pas1 d'une main souveraine1 la turbulence de ses lans4 ,or1 nous ne connaissons dans l'histoire du monde que le catholicisme qui ait jamais pu rgler et contenir cet extravasement de la facult religieuse1 parce que le catholicisme1 cette force organise de la vrit1 a1 par son glise1 l'autorit ternellement prsente et vigilante qui sauve l'homme de son propre excs et le ramne1 tout frmissant1 l'unit1 quand le malheureux s'en carte1 ft-ce mme par une tangente sublime6 ,partout ailleurs que sous le gouvernement de l'glise et en dehors de son orthodoxie le mysticisme1--et il en faut bien prvenir les mes ardentes et pures qu'une telle coupe vider tenterait1--le mysticisme n'a donc t et ne continuera d'tre qu'une immense erreur et une blouissante ivresse de cette facult de l'infini1 la gloire de l'homme et son danger1 et qui fait de lui--diraient les naturalistes--un animal religieux4 ,certes6 la longue chane du mysticisme a bien des anneaux2 mais1 depuis le fakir de l',inde1 livr aux volupts et aux martyres de l'extase1 jusqu' ces illumins des voies intrieures dont parle ,saint ,martin en parlant de lui-mme1 tous les mystiques ne sont gures1 en fin de compte1 que les victimes plus ou moins foudroyes du sentiment religieux1 trop fort pour l'homme quand il se confie sans rserve sa chtive et tratre personnalit4 ,quel est donc l'insens qui ne se dfierait jamais de son me8 ,est-ce que le roseau qui perce le mieux la main humaine n'est pas le roseau pensant de ,pascal8 ,de toutes les religions connues le catholicisme ayant le mieux trait la personnalit de l'homme selon ce qu'elle vaut1 en lui arrachant son orgueil1 a eu seul aussi la puissance de creuser un lit dans les mes pour ce torrent de l'infini qui submerge certaines natures et finirait par les engloutir4 ,lui seul1 dans cette balance si vite fausse de nos facults1 a fait quilibre au bassin qui penche1 sous le poids accablant de l'amour1 en jetant dans l'autre bassin la charge de l'obissance4 ,c'est ainsi qu'il a cr1 au milieu de toutes les contradictions de l'tre humain1 la plus divine des harmonies1 et qu'en nous donnant des saints comme ,franois de ,sales1 ,barthlemy des ,martyrs1 sainte ,thrse1 sainte ,brigitte1 sainte ,catherine de ,sienne1 ,franois-,xavier1 ,louis de ,gonzague1 ,stanislas ,kostka1 ,philippe de ,nri1 ,jean de ,dieu1 ,angle de ,brescia et tant d'autres1 il a ralis pendant un moment sur la terre une vraie transposition du ciel6 ,telle est l'oeuvre1 et je dirais presque le miracle du catholicisme4 ,telle est1 en vertu de son incorruptible puissance1 l'assainissement qu'il opre sur cette disposition la mysticit qui1 pour certaines mes1 est encore bien moins une facult qu'une maladie4 ,assurment1 ,caro sait tout cela aussi bien que nous1 et il en touche mme un mot en passant dans son chapitre du mysticisme en gnral4 ,mais la ,critique1 qui a ses convictions1 qui n'examine1 ne raisonne et ne conclut que du milieu d'elles1 a le droit de demander au philosophe pourquoi1 dans un livre o toutes les questions lies son sujet sont touches de manire les faire vibrer dans les esprits1 il a nglig d'appuyer plus longtemps et plus fort sa juste et pntrante analyse sur le ct fcond et sanctifi du mysticisme4 ,le mysticisme des religions fausses1 le mysticisme htrodoxe1 et qui n'est qu'une des faces1 et la plus flamboyante1 du monstre multiple de l'hrsie ou de l'erreur1 ,caro nous montre trs bien comment le catholicisme les traite et quel droit indfectible il a pour les condamner et pour les punir4 ,mais1 ,caro en convient1 il n'est pas au monde que ces sortes de mysticismes1 tous plus ou moins faux1 plus ou moins individuels4 ,il y a aussi le mysticisme dans la rgle1 dans l'orthodoxie1 dans l'unit de la foi et du dogme1 dans l'obissance de la discipline1 le grand mysticisme catholique enfin4 ,nous en avons nomm plus haut les plus glorieux reprsentants et les plus splendides interprtes4 ,celui-l n'est point une dviation de la facult religieuse1 il en est l'exaltation2 mais l'exaltation dirige1 l'enthousiasme ardent et profond et cependant gouvern1 cette espce d'enthousiasme qui a le regard clair au lieu de l'avoir bloui1 et qui1 multipliant pour la premire fois son intensit par sa dure1 ne dfaille jamais parce qu'il se retrempe dans l'inextinguible flamme de l',unit comme la source vive de la lumire4 ,un tel fait1 de quelque nom qu'on l'appelle1 de quelque explication qu'on l'taie1 mritait d'avoir une plus large place que celle qui lui est accorde dans un livre ayant pour but de descendre au fond de la question du mysticisme4 ,cependant1 est-ce prudence8 est-ce inattention8 ,caro passe rapidement auprs de ce fait1 qu'il mentionne1 mais qu'il ne creuse pas4 ,lui1 dont les yeux sont fins et srs1 n'a-t-il pas senti que s'il les avait fixs profondment sur ce qui n'est pas seulement une distinction nominale1 faite par la haute sagesse gouvernementale de l'glise1 il n'aurait pu s'empcher de voir1 se dtachant du fond commun des ides et des phnomnes imputs au mysticisme pris dans son acception la plus gnrale et la plus confuse1 un autre mysticisme1 ayant ses caractres trs dtermins1--l'clatante ralit1 enfin1 qui contient la vrit intgrale que la religion seule met sous les mains de nos esprits1 mais dont la philosophie les dtourne8444 ,alors le dernier mot du livre aurait t dit1 et ce mot n'et pas t une ngation4 ,car1 en pressant bien1 voil la fin et la conclusion d'un crit auquel nous voudrions moins de rserve4 ,l'auteur1 dont nous pressentons les opinions certains accents qui passent travers les surveillances de sa pense1 l'auteur nie ,saint ,martin et au mysticisme la vrit philosophique et religieuse1--ces deux vrits qui1 pour nous1 n'en font qu'une1 mais que les rationalistes croient trs habile de sparer4 ,et il a raison s'il ne s'agit ici que de ,saint ,martin1 le philosophe inconnu du ,x,v,i,i,ie sicle1 et du mysticisme hors l'orthodoxie1 du mysticisme de l'hrsie ou de l'erreur4 ,mais1 srieusement1 et pour qui n'ignore pas la pente des choses et o la logique pousse l'esprit encore plus qu'elle ne le mne1 pour qui nous a prouv que le mysticisme de ,saint ,martin1 comme tout mysticisme en dehors de la rgle pose par l'glise1 trane l'esprit jusqu'au panthisme1 pour un homme expriment en ces matires1 qui sait fort bien qu'il n'y a plus maintenant face face1 en philosophie1 que le catholicisme et le panthisme1 et que toute ide se ramne forcment l'un ou l'autre de ces grands systmes sans pouvoir jamais en sortir1 tait-ce bien la peine de s'interrompre et de s'arrter8 ,fallait-il rester devant un mur si transparent1 dont l'impntrabilit peut-tre effrayait moins que la transparence8 ,une vraie critique philosophique1 si elle avait voulu mriter l'honneur de son pithte1 devait-elle1 aprs avoir accumul les ngations1 s'enfoncer et disparatre dans le nant qu'elle avait fait1 et1 sous peine de trop ressembler tout ce qu'elle avait pulvris1 n'tait-elle pas tenue d'ajouter et d'affirmer quelque chose de plus8 ,que si elle n'affirmait pas1 ne retombait-elle point invitablement la monographie pure et simple1 aux petites analyses1 qui pincent les fibrilles des choses au lieu de les briser d'une seule et grande rupture dans leurs muscles les plus rsistants8 ,ne revenait-elle pas1 enfin1 tous ces procds microscopiques si chers et si familiers aux philosophies infcondes1 aux philosophies sur le retour8444 ,nonobstant de si tristes conditions acceptes1 le livre de ,caro1 tout incomplet qu'il soit par la conclusion1 est d'un intrt trs vif encore4 ,nous y avons trouv ce qui vivifie tous les livres philosophiques3 la verve de la discussion1 la proprit du langage1 et surtout la nouveaut inattendue et piquante du renseignement4 ,on y tait tenu avec ,saint ,martin plus qu'avec aucun autre4 ,saint ,martin n'a point le rare privilge des grands esprits nets1 des hommes dcouvertes dans l'ordre de la pense et rsultats positifs4 ,ceux-l1 on les trouve sans les chercher dans ce qu'ils ont fait et dans les influences qu'ils ont laisses aprs leur passage1 tandis que dj1 et la distance d'une moiti de sicle1 il nous faut chercher ,saint ,martin pour l'apercevoir4 ,de son vivant1 il aimait s'appeler le philosophe inconnu1 et il a bien manqu de sombrer sous ce nom-l dans la mmoire des hommes1 puni justement1 d'ailleurs1 par l'obscurit de tous ces petits mystres de secte dans lesquels il avait comme entortill sa pense4 ,sans le mot enthousiaste de madame de ,stal dans son ,allemagne1 un autre mot plus grave et mieux pes de ,j4 de ,maistre dans ses ,soires de ,saint-,ptersbourg1 l'image de ,joubert1 qui en fait un aigle avec des ailes de chauve-souris1 et quelques lignes impertinentes de ,chateaubriand dans ses ,mmoires d'outre-tombe1 qui donc1 dans le monde du ,x,i,xe sicle1 connatrait de vue ,saint ,martin1 sinon les curieux qui lisent tout et qui se font des bibliothques de folies8 ,le temps a march sur les hommes qui croyaient au grand mystique des voies intrieures et qui sympathisaient ses ides4 ,il a pri presque tout entier4 ,il n'a point laiss de trace et de ciment parmi eux1 comme ,swedenborg1 cet autre mystique1 qui passa aussi sa vie dans la contemplation et dans l'obscurit1 mais dont le systme1 plus hardi et plus exprim1 a jet un clat qui rappelle les aurores borales de son pays4 ,swedenborg a encore des milliers de disciples4 ,il est vrai qu'ils sont en ,amrique1--ce qui diminue le mrite d'en avoir1--dans le pays qui pare sa jeunesse avec les oripeaux tombs de la tte branlante de la vieille ,europe4 ,saint ,martin n'en a gures nulle part444 ,le mysticisme1 qui est de tout temps comme l'orgueil de l'homme1 sa personnalit et sa soif d'infini1 a chang de peau comme un serpent4 ,il n'en est plus o il en tait au ,x,v,i,i,ie sicle1 et ,caro1 nous dveloppant la doctrine de ,saint ,martin1 cette mystrieuse et nuageuse doctrine qui partit de ,boehm pour aboutir misrablement une madame de ,krudner1 nous produit bien moins l'effet d'un philosophe que d'un antiquaire1 qui nous dsenveloppe une momie et nous fait compter ses bandelettes4 ,du reste1 philosophe ou antiquaire1 ,caro s'est proccup1 surtout et avant tout1 d'tre historien4 ,la biographie intellectuelle de ,saint ,martin n'tait qu'une curiosit philosophique1 mais1 rattache l'histoire du ,x,v,i,i,ie sicle1 elle prenait presque aussitt de la consistance et de la valeur4 ,alors il ne s'agissait plus des excentricits de la pense d'un homme plus ou moins dou d'imagination ou de gnie1 il s'agissait du gnie mme ou de l'imagination de son poque1 dont un homme1 quels que soient sa force et son parti pris1 dpend toujours4 ,le grand prjug contemporain1 c'est de croire que le ,x,v,i,i,ie sicle fut uniquement le sicle de l'analyse1 de la philosophie d'exprience1 des sciences positives1 de la dmonstration1 de la clart1 quand la vrit est qu'il fut autant le sicle des synthses blouissantes ou tnbreuses1 des priori audacieux1 des sciences menteuses leur nom1 enfin de l'indmontrable en toutes choses4 ,prendre un sicle comme un homme1 par ses prtentions1 est un mauvais moyen de le connatre1 mme quand il s'agit d'apprcier le mal qu'il a fait444 ce qui parat toujours facile4 ,caro s'est bien gard d'une vue si superficielle et si confiante4 ,en dtaillant1 sous son analyse1 l'individualit de ,saint ,martin1 il a compris que cette plante trange avait pourtant sa racine dans le terrain de son sicle1 et1 pour qu'on ne pt s'y mprendre1 il nous a retourn le sicle en quelques traits justes et profonds et nous en a ainsi montr le fond et la superficie4 ,or1 c'tait une poque de mysticisme1 autant et plus que les sicles dont on s'tait le plus moqu4 ,voltaire ricanait l-bas1 auprs de sa goutte d'eau2 mais le monde roulait son train ternel sous le souffle de la croyance1 et de la croyance dvoye1 de la croyance insense1 superstitieuse et bte1 parce qu'elle tait individuelle1 parce qu'elle tait sortie du vrai dogme et de l'unit4 ,l'illuminisme s'tendait comme une longue nue sur l'horizon intellectuel du temps4 ,il avait le vague de la nue2 mais il en avait l'lectricit4 ,il tait partout4 ,on ne le nommait pas partout par son vrai nom2 mais partout1 du moins1 il se sentait1 et les esprits les plus matriels1 les plus attachs aux angles des choses positives1 portaient ses invisibles influences1 comme on porte une temprature4 ,en ,allemagne1 o l'on n'a pas plus peur des mots que des ides1 il s'tait hautement et firement organis4 ,berlin avait vu natre une secte qui s'appela plus tard la secte d',avignon et qui fut suivie de la grande socit des claireurs 7,aufklrer71 laquelle se rpandit dans l',allemagne entire et jusque sur les pics de la ,suisse4 ,caro--et nous prenons acte de ceci venant d'un philosophe--nous les donne pour les prcurseurs de ,hegel4 ,le chef influent de cette secte tait le fameux ,nicola1 le libraire prussien1 assez oubli prsent1 qui tenait l'opinion1 la critique et la littrature sous la triple fourche de la ,gazette littraire d',ina1 du ,journal de ,berlin et du ,musum allemand4 ,l'ascendant de ,nicola ,berlin1 ,weishaupt l'obtenait en ,bavire4 ,c'tait un ,proudhon en action qui devanait la thorie1 comme les potes devancent les potiques1 et qui voulait dtruire tous les gouvernements4 ,en ,suisse1 ,lavater couvrait de je ne sais quelles vertus1 plus dangereuses que des vices1 car elles font illusion1 un mysticisme qui touchait l'illuminisme allemand par une extrmit et par l'autre la thurgie4 ,gasner1 ,cagliostro1 ,mesmer1 ces puissants jongleurs1 se jouaient de l'imagination et des passions de l',europe incrdule444 folle d'un besoin de croire qu'elle avait voulu supprimer4 ,en ,angleterre1 il n'y avait pas1 il est vrai1 d'associations comme en ,allemagne1 mais une vogue immense entourait ,william ,law1 qui commentait ce vieux ,boehm1 si cher aux imaginations des races germaniques4 ,en ,sude1 ,swedenborg clatait et jouissait d'une autorit illimite4 ,en ,france enfin1 le pays des railleurs1 o les torrents de madame ,guyon ne s'taient pas couls sans laisser les fanges molles et chaudes du quitisme au fond de bien des mes1 les dispositions une mysticit sans guide et sans appui taient si grandes que l'odieux jansnisme mme1 cette froide chose1 arrivait aussi au mysticisme1 non par la tendresse1 mais par l'orgueil4 ,tel tait en ralit le ,x,v,i,i,ie sicle quand y apparut ,saint ,martin4 ,il ne fit aucun fracas tout d'abord1 pas plus que depuis4 ,c'tait une intelligence recueillie1 une espce de sensitive de la pense qui fleurissait pudiquement dans la solitude1 la mditation et le mystre1 et qui se rtractait avec trouble1 et presque honteusement1 sous le doigt si souvent familier1 maladroit ou brutal1 de la publicit4 ,s'il eut des lueurs1--comme dit madame de ,stal1--il eut plus de parfums encore1 et c'est qu'il est des fleurs dont le calice1 certains moments1 semble verser de la lumire4 ,fleur rveuse de mysticit1 il ressemblait une de ces fraxinelles1 une de ces capucines timidement phosphorescentes1 comme on en trouve parfois le soir sur les murs disjoints des vieilles chapelles4 ,pntr1 ds sa jeunesse1 des influences fatalement mystiques d'une socit qui1 comme le dit excellemment ,caro1 ne pouvait secouer le joug de ses croyances que pour tomber sous le joug de ses illusions1 il ne monta point sur l'horizon intellectuel de son temps comme un astre plein de puissance1 mais il s'y coula furtivement1 comme un rayon qui s'gare4 ,son nom mme1 il ne le donna point la secte qu'il allait crer4 ,il le trouva et il le prit4 ,les martinistes1 chose singulire6 existaient avant ,saint ,martin4 ,un juif portugais1 savant dans la cabale1 nomm ,martinez ,pasqualis1 avait fond1 en #agfh1 la secte des martinistes1 voue aux oeuvres violentes de la thurgie1 et c'est de cette cole que ,saint ,martin fut le fils2 mais bientt le fils dissident4 ,martinez mort1 il la modifia4 ,dou d'une me qui fut son gnie1 on aurait pu dire de lui le mot charmant du vieux ,mirabeau1 qu'il tait fait de la rognure des anges4 ,mais1 puisque des anges sont tombs1 une telle rognure ne garantit pas les hommes1 et ,saint ,martin1 si chrtiennement n1 se perdit4 ,certes6 si l'glise a des mlancolies comme celles des mres1 ce doit tre en voyant se dtacher d'elle des mes comme celle de ,saint ,martin4 ,dj tout plein de ,swedenborg1 qu'il n'acceptait pas dans toute son audace1 en relation avec le commentateur ,william ,law1 il lut ,boehm1 et tout fut dit4 ,sa vocation et sa chute furent dcides4 ,voil le plus grand vnement de sa vie1 dit-il1 et il a raison4 ,c'tait en #agha3 ,l'aurore naissante de ,boehm1 qui se leva dans l'ther de son me1 l'empcha de voir cette autre et terrible aurore qui allait s'tendre sur le monde des ralits et dans le ciel sanglant de l'histoire4 ,biographe avec scrupule1 ,caro nous montre ,saint ,martin abrit contre la rvolution franaise dans le dsert intrieur de sa spiritualit1 et1 quand la tempte est passe1 plus tard1 en #agie1 il suit avec un intrt ml d'loge le solitaire1 devenu homme public1 rpondant sur la question de l'enseignement1 agite alors officiellement par le pouvoir1 aux attaques cauteleuses de ,garat1 le rhtoricien de la sensation4 ,caro insiste beaucoup sur cette discussion1 dans laquelle ,saint ,martin dploya une aptitude philosophique vritablement suprieure4 ,mais nous1 qui ne sommes ni professeur ni philosophe1 ,dieu merci6 nous qui la suite des temps a trop appris que le spiritualisme du ,x,i,xe sicle a fait autant de mal que le matrialisme du ,x,v,i,i,ie1 nous nous intressons fort peu ce dbat entre ,garat et ,saint ,martin4 ,a notre sens1 le philosophe inconnu n'existe rellement que dans sa pense religieuse1 et c'est exclusivement l qu'il faut le surprendre et le chercher4 ,et1 nous le rptons1 ,caro l'y a saisi avec habilet4 ,il nous a donn1 en quelques pages presses et pleines1 toute la substance mdullaire des doctrines de ,saint ,martin4 ,en les lisant1 on est surtout frapp de cette ide que le ,x,v,i,i,ie sicle1 dans sa haine contre le catholicisme1 n'a pas seulement trouv1 pour la servir1 des raisonneurs et des impies1 comme l'affreuse socit qui soupait contre ,dieu chez d',holbach1 mais aussi des mes d'lite1 des coeurs tendres1 aux intentions pures1 de nobles esprits qui croyaient au ciel4 ,saint ,martin fut un de ces ennemis du catholicisme qui le frapprent d'une main chrtienne4 ,il avait au plus haut degr ce qui est le signe de l'hrsie depuis que l'hrsie est dans le monde1 c'est--dire la haine du sacerdoce et la fureur de sa propre interprtation4 ,qu'avaient de plus ,luther et ,calvin8 ,caro1 qu'il faut lire si l'on veut connatre cet hrsiarque au petit pied et qui se croyait et se disait n avec dispense1 et qui peut-tre1 hlas6 aurait t un saint s'il avait eu l'obissance2 ,caro tourne contre ,saint ,martin tous ces grands arguments de l'glise contre le protestantisme qui1 depuis ,bossuet1 sont notre muse d'artillerie4 ,c'est qu'effectivement ,saint ,martin n'est qu'un protestant modifi4 ,c'est un protestant par l'esprit1 avec un temprament catholique4 ,combinaison regrettable1 qui le rend plus dangereux et plus nuisible qu'un protestant6 ,en effet1 pour nous dgoter de l'erreur de son principe et de sa doctrine1 le protestant a la scheresse de sa raison et la superbe de son orgueil4 ,mais ,saint ,martin a l'imagination du pote1 l'amour du croyant1 et son orgueil est si doux 7car il y a toujours de l'orgueil dans un chef de secte7 qu'on le prendrait presque pour cette vertu qui est un charme et qu'on appelle l'humilit4 ,voil par quoi1 de son vivant1 il a entran les mes analogues la sienne1 qui sont1 aprs tout1 il faut bien le dire1 la meilleure partie de l'humanit4 ,portes toujours en haut1 comme lui1 par leur aspiration naturelle1 il a voulu crer pour elles un christianisme suprieur et indpendant4 ,il a oubli que1 pour l'homme1 l'abme le plus terrible n'est pas celui qu'il a sous les pieds1 mais celui qu'il a sur la tte1 et que l'me1 comme le corps1 meurt aussi bien de trop monter que de trop descendre4 ,tel a t le tort de ,saint ,martin et le reproche qu'on peut lui faire4 ,il a raffin sur ce qui n'admet pas de raffinement1 c'est--dire sur la vrit du catholicisme1 qui est la vrit absolue1 et il a t1 dans l'ordre des choses religieuses1 ce que furent les prcieuses dans l'ordre des choses littraires4 ,mais ce qui n'a que l'importance du ridicule en littrature1 en religion devient criminel4 ,voil pourquoi il faut tre implacable pour ces tentateurs d'une perfection impossible1 et quand ils ont1 comme ,saint ,martin les avait1 les sductions de la puret dans le talent et dans la vie1 il faut l'tre pour leur gnie1 et mme jusque pour leurs vertus4 ,l',,abb ,,mitraud#bj ,le livre#ba de l'abb ,thobald ,mitraud a t l'occasion d'un vritable phnomne4 ,ce livre d'un prtre qui pose la ncessit d'une thocratie a t salu par tous les ennemis de la thocratie et des prtres4 ,ils l'ont exalt presque l'gal d'une dcouverte4 ,n'est-ce pas singulier8444 ,tous ces hasseurs de la vieille glise romaine se sont pris de je ne sais quel got--ou plutt d'un got que je m'explique trs bien--pour un livre qui a la prtention d'tre un livre de science sociale en restant du christianisme4 ,tous les critiques de notre temps1 qui nous disent avec des variantes que ,joseph de ,maistre n'est qu'un sublime brise-raison et ,bonald un antiquaire d'ides1 ont vant l'abb ,mitraud et en ont fait un colosse1 portable encore1 il est vrai1 mais un de ces jours trop lourd1 mme pour le triomphe4 ,la chose est devenue si forte que ce ne sont plus les lauriers de ,miltiade qui doivent empcher de dormir ce nouveau ,thmistocle3 ce sont les siens4 ,un journal le comparait saint ,paul444 ,tant de gloire est bien compromettante4 ,pour un prtre1 c'est une gloire faire peur4 #bj ,de la ,nature des ,socits humaines 7,pays1 #aa janvier #ahee74 #ba ,librairie nouvelle4 ,car l'abb ,mitraud--quel que soit son talent1 qui est rel1 et sa charit1 qui doit tre ardente1--n'a pas converti ces messieurs4 ,il leur a plu4 ,il a mu leurs sympathies1 mais il ne les a pas changs4 ,des philosophes ne se convertissent pas par la vertu des brochures4 ,quand cela leur arrive1 il leur faut1 comme ,la ,harpe1 le coup de tonnerre dans le sang de la place ,louis ,,xv et le chemin de ,damas de la guillotine6 ,mais1 quant des livres1 ils en font trop pour que le ,prends et lis du figuier d',augustin se renouvelle4 ,c'est donc du haut de leurs ides et de leur orgueil que les ennemis de l'glise ont fait tomber l'loge sur le front panoui de l'abb ,mitraud et qu'ils ont tendu leur main de ,grecs 7,timeo ,danaos et dona ferentes67 son catholicisme romain4 ,certainement1 la montagne n'est pas venue lui4 ,faut-il donc conclure qu'il soit all la montagne8444 ,nous aurions bien voulu le nier4 ,malheureusement1 c'est impossible4 ,nous avons lu1 avec l'attention qu'il mrite1 le livre de l'abb ,mitraud sur la ,nature des ,socits humaines1 comme il dit1 et ce livre1 dont tout1 pour nous1 jusqu'au titre1 manque de rigueur et de vrit1 nous a jet dans des perplexits tranges4 ,a ce titre seul nous avions reconnu le problme du temps prsent1 la chimre du sicle1 comme disait saint ,bernard1--car les littratures font beaucoup de thories sociales lorsque les peuples ont relch ou bris tous les liens sociaux1 absolument comme on crit des potiques lorsque le temps des pomes piques est pass1--et il tait curieux de savoir comment le prtre avait remu son tour le problme vainement agit si longtemps par les philosophes4 ,tant de mains que l'on croyait puissantes s'taient blesses1 comme des mains d'enfant1 pousser ce cerceau dans le vide1 que nous nous demandions s'il fallait accuser la faiblesse maladroite des hommes ou la difficult radicale du problme4 ,eh bien1 aprs y avoir regard1 nous nous le demandons encore6 ,le prtre1 aujourd'hui1 n'a pas plus avanc la question que les philosophes4 ,seulement ce n'est pas l'infortune du rsultat qui les a rendus si doux pour lui1 car nul d'entre eux ne doute de la virtualit de ses ides4 ,ils ne sont pas si btes que d'tre sceptiques sur leur propre compte6 ,la philosophie a remplac la foi religieuse1 qui pour tant de gens est une duperie1 par l'infatuation de la vanit1 qui pour tout le monde est un profit4 ,mais si ce n'est pas le mme malheur et le mme sentiment d'impuissance qui unissent si tendrement1 pour le quart d'heure1 les crivains philosophiques de ce temps et l'abb ,mitraud1 il faut donc qu'il y ait dans le livre de ce dernier un fond de choses qui soit un terrain commun o ils se rencontrent et s'embrassent1 une petite le des ,faisans quelconque o le prtre et le philosophe passent leur trait des ,pyrnes4 ,voil ce que nous dsirions et ce que nous avons vainement cherch pourtant dans le livre qui nous occupe4 ,le croira-t-on8 dans ce trait qui s'intitule somptueusement ,de la ,nature des ,socits humaines1 le fond des choses1 s'il en est un1 n'est pas visible4 ,il n'est pas mis en lumire une seule fois4 ,ce livre qui nous promet un systme ne le donne point3 il nous l'annonce1 et1 aprs des rfutations tardives de doctrines puises1 rfutations qui ne peuvent pas passer dcemment pour des prolgomnes1 il nous renvoie au numro prochain1 c'est--dire un second volume qu'il nous faut attendre pour juger la valeur philosophique de ,mitraud4 ,certes6 pour notre compte1 nous attendrons trs volontiers4 ,mais l'abb ,mitraud aurait tout aussi bien pu s'attendre lui-mme2 car c'est souvent une force que de savoir s'attendre1--a dit madame de ,stal4 ,l'auteur des ,socits humaines a mieux aim envoyer devant lui ses premiers bagages4 ,littrairement1 il a eu tort4 ,il a eu tort aussi dans l'intrt de ses ides444 futures4 ,qu'il le sache bien6 si libre que soit un auteur dans l'application de sa mthode et dans l'exposition de ses thories attardes1 il est des formes littraires qui sont comme les devoirs de politesse de la pense4 ,nous en prvenons l'abb ,mitraud1 le public est un sultan blas et superbe4 ,il aura mal aux nerfs d'une lecture qui le mne et le courbature pendant quatre cent cinquante pages pour ne lui apprendre que ce qu'il sait et pour le laisser o elle l'a pris4 ,mais1 sans prvoir les malheurs de si loin1 jusqu'ici1 il faut bien le dire1 tout a russi ,mitraud4 ,cette absence de thorie1--nous ne disons pas absolument d'ides1--ce renvoi aux calendes grecques d'un second volume1 cette discrtion d'un homme qui sait gouverner sa philosophie intrieure1--car s'il y avait un prix ,montyon de la rticence il serait gagn par l'abb ,mitraud1--tout cela1 qui aurait perdu un autre homme devant la ,critique1 ne s'est pas retourn contre lui4 ,la ,critique a t pour l'heureux auteur une dame ,mcne1 au lieu d'tre une dame ,xantippe1 comme elle l'est1 hlas6 presque toujours4 ,assurment il devait y avoir un mot cach cette nigme4 ,nous croyons l'avoir devin4 ,en effet1 si1 philosophiquement1 le fond des choses manque au livre des ,socits humaines1 si la thorie n'y btit mme pas la premire arche du pont sur lequel elle doit passer1 il y a nanmoins1 dans cette oeuvre d'expectative1 des opinions qui font prendre patience aux plus presss et qui prviennent sur ce qui doit suivre4 ,il est sr qu'il n'est en retard qu'en faveur du mouvement4 ,il y a des affirmations parfois1 mais bien plus souvent des tendances qui sont comme une aurore d'ides1 un peu brumeuse encore1 il est vrai1 mais travers laquelle les philosophes1 qui ont la vue bonne1 voient trs clair4 ,si enveloppes et si drapes qu'elles soient1 si ingnieuses de rserves et d'explications qu'elles puissent tre1 il s'chappe des doctrines des hommes1 il suinte1 pour ainsi parler1 de leur pense et de leur expression1 de ces vapeurs intellectuelles qui pntrent et qui avertissent4 ,impossible de s'y tromper6 ,la sonnette du lpreux s'entendait avant qu'on ne vt le pauvre malade444 ,l'abb ,mitraud1 qui a1 selon nous1 dans la pense1 la contagion des maladies spirituelles contemporaines1 fait entendre nos coeurs et nos esprits une triste sonnette dans ce premier crit o sa personnalit philosophique1 c'est--dire sa thorie1 ne parat pas encore1 mais s'annonce4 ,ceux pour qui elle n'a pas le mme timbre que pour nous ont bien reconnu l'homme qui s'annonait ainsi1 et tel est le secret de leur accueil et de leurs loges4 ,ne l'oubliez pas6 il est si bien eux qu'ils l'ont laiss s'acharner tout son aise contre les doctrines plus ou moins mortes de ,cousin1 ,thiers et ,proudhon1 et qu'ils ne l'ont nullement troubl dans ce pitinement de cadavres par la trs excellente raison que les philosophes ont le droit de se battre entre eux1 comme ,sganarelle et sa femme1 sans que personne y trouve redire4 ,selon nous1 dfaut d'autres marques1 cela seul et prouv qu'ils le reconnaissaient pour un des leurs1 c'est--dire pour un philosophe1 malgr sa foi et son titre de prtre1--et ils avaient raison1 du reste1 car1 malgr tout cela1 il en est un6 ,oui6 il en est un444 ,c'est un philosophe4 ,sa fonction de prtre ne l'a point prserv4 ,il a bu cette coupe de la philosophie comme le sicle dernier l'a faite1 de cette philosophie qui est devenue l'abreuvoir de tous les esprits1 et mme des plus mdiocres1 et il s'y est enivr6 ,l'abb ,mitraud1 avec ses tendances gnrales et son manque provisoire de thorie carre et rsolue1 nous fait l'effet d'une espce d'abb de ,saint-,pierre1 mais renouvel1 rajeuni1 rajust par les formes et le langage de la discussion au ,x,i,xe sicle4 ,c'est un utopiste du mme genre1 rest utopiste malgr des expriences qui auraient corrig l'abb de ,saint-,pierre s'il avait vcu dans notre temps et si les prtres1 tombs de plus haut que les autres hommes dans l'ordre spirituel1 pouvaient se relever et n'taient pas presque toujours incorrigibles6 ,tte que j'oserai appeler anti historique1 cervelle rechercheuse d'abstractions1 l'abb ,mitraud n'a ni le sens de l'histoire ni le sens de la nature humaine4 ,toute profonde ralit lui chappe4 ,comme l'homme au projet de paix perptuelle1 et comme beaucoup d'autres rveurs d'une date moins ancienne et qu'il vante dans son livre1 il ne comprend rien ce grand fait de la guerre1 qui1 lui seul1 est toute une philosophie4 ,il ne le comprend ni dans l'ordre politique1 ni dans l'ordre moral1 ni dans l'ordre domestique4 ,il le mconnat4 ,d'un autre ct1 vainement l'glise lui a-t-elle appris cette charit chrtienne qui a suffi au monde depuis l'vangile1 il ne s'en est pas moins laiss mordre par la brebis enrage de la philanthropie moderne1 et1 comme l'cole tout entire du ,x,v,i,i,ie sicle1 qu'il essaie de combattre mais qui le tient sous elle comme un vaincu1 il se proccupe1 toute page de son livre philanthropique1 du droit de chaque homme vis--vis de la socit1 et il va chercher ce droit individuel dans des notions incompltes ou fausses pour l'exprimer dans de nuageuses dfinitions1 que le ,x,v,i,i,ie sicle n'aurait certes pas repousses6 ,le droit--nous dit-il assez grossirement quelque part--est la rsultante des droits de la nature4 ,est-ce que le ,x,v,i,i,ie sicle n'aurait pas sign cette phrase-l8 ,l'abb ,mitraud est un de ces esprits qui croient au dveloppement futur ou possible sur la terre d'une justice et d'une libert absolues1 et qui commencent par oublier les conditions de la nature de l'homme et les ides qu'il faut avoir de la libert et de la justice2 car la libert a ses trois limites1 de nombre1 de mesure et de poids1 qu'aucune thorie ne saurait briser1 et la justice a son glaive ct de sa balance1 le glaive qui1 par la rigueur du retranchement1 rtablit l'galit des proportions4 ,rvolutionnaire1 quoiqu'il dise pour s'en dfendre1 l'auteur de la ,nature des ,socits humaines a crit que les rvolutions sont les suprmes efforts du genre humain pour dcouvrir les vraies conditions de sa vie1 pour les dfinir exactement et s'y soumettre2 ce qui revient positivement dire que toutes les ivrogneries de la colre doivent servir clarifier la vue444 ,singulier collyre1 il faut en convenir6 ,enfin1 comme tous les utopistes de ce temps et de tous les temps qui ont renvers le grand aperu chrtien1 l'abb ,mitraud semble prendre la socit pour un tat dfinitif au lieu de la concevoir comme un tat de passage1 et alors la question devient pour lui ce qu'elle fut1 par exemple1 pour ,fourier1 ,saint-,simon et tant d'autres rformateurs1 c'est--dire qu'elle consiste trouver des institutions qui tablissent le ciel sur la terre1--ce qu'on cherchera probablement longtemps encore6--au lieu de faire monter la terre dans le ciel1 comme la religion nous l'enseigne1 et1 dans son affranchissement des mes1 sait l'excuter tous les jours4 ,telles sont les ides qui circulent1 l'tat plus ou moins confus1 dans le livre de ,mitraud1 et qui crent une parent d'erreur profonde entre son ouvrage et tant d'autres crits fades et dangereux4 ,le danger des livres est relatif4 ,il tient autant ceux qui les lisent qu' ceux qui les composent4 ,les peuples vigoureux et purs ont des livres svres comme de fermes lgislations4 ,mais1 quand ils s'nervent1 l'utopie de leurs penseurs s'nerve aussi et tombe au niveau de la moralit gnrale4 ,c'est ce qui est arriv l'abb ,mitraud4 ,la thologie1 qu'il a tudie et qui aurait d donner de la trempe son esprit1 n'a pu l'empcher d'tre et de rester un mtaphysicien d'un ordre infrieur1 qu'attire un problme qui chappe sa porte4 ,il est vident1 en effet1 qu'au-dessous de toute cette battologie philosophique l'auteur de la ,nature des ,socits humaines ne sait pas ce qu'on doit entendre par ce mot de socit dont il se sert1 et qu'il en confond la notion mtaphysique avec la notion historique des diffrents peuples qui se sont agits sur la terre et se sont efforcs de raliser cet idal de socit qui1 pour l'incrdule1 n'est qu'une ironie1 et pour le chrtien1 qu'une aspiration4 ,il a vu1 la vrit1 passer travers l'histoire des masses d'hommes1 sous la lance de leurs conducteurs4 ,mais cet tat des multitudes dans l'univers donne-t-il le droit d'affirmer1 un penseur rigoureux1 que l'idal social existe rellement sur la terre en dehors de cette socit--qu'on nous passe le mot6--crpusculaire cre par le christianisme1 entre les tnbres de l'ancien monde et la lumire du ,jour ,divin8 ,car voil la question qu'un esprit plus mthodique et plus creusant que l'abb ,mitraud aurait pose la premire page de son livre1 et qui1 rsolue1 aurait clair toutes les autres4 ,hors le christianisme y a-t-il un idal de socit1 en d'autres termes1 une socit digne de ce nom1 dans son sens absolu et mtaphysique1 et s'il n'y en a pas d'autre cette unique socit est-elle soumise1 ou ne l'est-elle pas1 la loi du progrs indfini comme les philosophes la comprennent8444 ,mitraud ne s'est pas expliqu sur ce point fondamental avec une nettet suffisante4 ,il tourne et patine autour de la question en effaant sa personne et sa pense1 mais en le lisant on ne voit pas clairement 7quoiqu'on ait peur de le deviner7 vers quelle opinion il se range1 en matire de perfectibilit ou d'imperfectibilit sociale4 ,cependant1 sur ce point-l1 il n'est pas loisible de balancer ou de se voiler4 ,certainement1 nous ne croyons pas que l'abb ,mitraud puisse mconnatre l'unit de la tradition sociale1 plus ou moins viole chez tous les peuples1 moins un1 qui ont prcd le christianisme1 et qu'il ne sache pas tirer la conclusion force1 invitable1 de ce fait immense qu'avant ,jsus-,christ toutes les socits1 except la socit juive1 taient en dehors de l'ordre moral4 ,seulement1 s'il la tire comme nous1 cette conclusion2 si1 pour lui comme pour nous1 la vrit sociale a t rvle ,mose pour tre complte par ,jsus-,christ1 nous demanderons ,mitraud s'il y a et s'il peut y avoir des interprtations ou des dveloppements ultrieurs cette vrit sociale et au christianisme tels que l'glise les enseigne et les a toujours enseigns4 ,nous lui demanderons1 enfin1 s'il y a un christianisme transcendant1 suprieur1 un christianisme de l'avenir qui ralisera en ce monde une socit parfaite1 ainsi que l'ont cru tous les hrtiques1 tous les illumins et tous les utopistes de la terre2 et s'il nous rpond qu'il n'y en a pas1 nous lui demanderons alors pourquoi son livre8 ,oui6 pourquoi ce livre1 o l'on cherche en vain ces ides fortes1 senses1 pratiques1 allant au coeur de la ralit1 les ides enfin d'un prtre catholique qui vient1 aprs les philosophes1 parler socit son tour8 ,pourquoi l'abb ,mitraud1 rest prtre 7nous en convenons7 dans la lettre de son livre1 ne l'est-il pas rest dans son esprit8 ,pourquoi les premiers mots qui vous frappent1 dans un crit ayant la prtention d'tre une solution chrtienne la grande question du temps prsent1 sont-ils une dfinition orde et paenne de la notion de droit3 ,le droit est la rsultante des besoins de la nature8 ,pour un homme qui1 comme l'abb ,mitraud1 doit avoir de la thologie et de la tradition dans la tte1 le droit a-t-il son expression ailleurs que dans les relations de la famille8 ,or1 l'auteur des ,socits humaines touche-t-il une seule fois cette question de la famille1 type et pierre angulaire de toute socit1 et l'aide de laquelle un penseur nergique aurait tout expliqu1--car ,bonald n'a pas tout dit1 et il a mme interverti les termes de sa trinit domestique8 ,mitraud1 qui parle de socit et d'analyse comme il parle de tout1 sans rigueur1 sans serrer la voile d'une expression qui l'emporte la drive de toute pense et le noie la fin dans une cume de mots brillants1 a-t-il analys les lments constitutifs de toute socit8 ,a-t-il vu quelles en taient les institutions essentielles1 ncessaires1 et au sein desquelles les familles doivent se grouper et se mouvoir8 ,s'il l'avait vu est-ce une thorie aprs laquelle il aurait couru 7et court encore78 ,au lieu d'une thorie n'aurait-il pas fait une histoire1 l'histoire de la constitution catholique qui n'est1 au fond1 que le jeu harmonieux des constellations de la famille dans le zodiaque de l'ordre1 et qu'il aurait oppose1 comme une suprme rponse1 tous ces essais de socit mcanique rvs par les philosophes du ,x,i,xe sicle en dehors du sociisme humain8 ,l'abb ,mitraud nous dit bien1 il est vrai1 que le catholicisme renferme toute vrit1 qu'il est l'affirmation universelle1 qu'il n'y a pas une loi qu'il ne contienne4 ,gnralits assez vulgaires1 qui ne signifient que quand on les explique ou quand on les fconde6 ,il fallait les dgager1 ces lois dont on parle1 et c'est ce que ,mitraud n'a pas fait4 ,le caractre de son ouvrage est un vague immense sur toutes choses2 sorte de harpe olienne philosophique1 qui donne des notes et ne joue pas d'airs4 ,c'est peut-tre l'explication de son succs parmi les esprits les plus diffrents d'opinion4 ,chacun voit ce qu'il veut dans les nuages4 ,l'abb ,mitraud a charm galement beaucoup d'esprits inexacts et innocents1 et beaucoup d'autres1 cruellement logiciens1 et qui ne bougent pas cette heure1 mais dont il connatra peut-tre plus tard la logique et la perversit4 ,et qu'il ne s'y trompe pas6 l'loge que font ces derniers de son livre n'a t combin que pour cela4 ,pousser un esprit de bonne foi et de bonne volont1 mais sans connaissance de la profondeur des partis et de leurs desseins1 sur la voie dangereuse o il s'est imprudemment avanc1 lui retourner un jour ses ides contre ses intentions1 compromettre un prtre1 compromettre ,dieu1 dans cette question du socialisme contre laquelle un gouvernement d'nergie ferait plus que tous les crivains runis1 voil ce que l'abb ,mitraud1 dans les illusions de sa charit1 ne voit pas au fond des loges donns son livre par tous ceux-l qui devraient le plus le repousser4 ,nous l'avons dit dj1 mais il faut le crier3 le livre de ,mitraud pose la ncessit d'une thocratie1 et les ennemis jurs de toute thocratie l'acclament4 ,et ce n'est pas tout6 ,le mme livre s'inscrit en faux contre la souverainet politique de l'homme et contre la souverainet philosophique de la raison1 et tous ceux qui veulent et posent dans leurs thories que les gouvernements personnels et hirarchiques doivent tre remplacs par des mcaniques sociales dont ils ont le devis tout fait dans leur poche1 et les rationalistes de toute nuance1 protestants1 hegeliens1 sceptiques1 l'acceptent comme la dernire et la plus heureuse interprtation de l'vangile des temps futurs4 videmment il y a une raison cette anomalie1 dont l'abb ,mitraud ne se doute pas4 videmment il y a pour les philosophes1 dans cette thocratie que l'abb ,mitraud appelle et qu'il justifie1 je ne sais quoi qui n'est pas la thocratie du moyen ge et du cardinal ,bellarmin1 mais quelque chose qu'ils flairent avec plaisir et qui odore1 comme la thocratie de ,gioberti1 par exemple1 de ,gioberti1 cet autre abb cher cette ogresse d'abbs3 la rvolution6 ,il y a1 enfin1 dans toute cette dilatation des entrailles catholiques de ,mitraud1 qu'il ne faudrait pas cependant dilater au point de le perdre1 ce christianisme de l'utopie que la philosophie aime embusquer partout dans l'intrt de son service1 et qui1 sur les dbris des institutions monarchiques1 ferait volontiers descendre--et toujours sous la forme d'une colombe6--un ,saint-,esprit par trop dsarm4 ,que l'abb ,thobald ,mitraud se tienne donc pour averti6--et s'il a rellement un systme1 un second volume dans la pense1 qu'il en surveille l'expression et qu'il ne le lance dans le monde qu'aprs y avoir regard4 ,la ,circ des partis lui verse le philtre de l'loge pour faire de lui un compagnon d',ulysse444 ce qui n'irait pas mal ce jurisconsulte des besoins de la ,nature4 ,qu'il prenne garde6 qu'il se dfie et qu'il soit plus fort que ,circ6 ,ce que nous disons ici est au-dessus de toute critique littraire4 ,mais1 quand il s'agit d'un livre sur la ,nature des ,socits humaines1 la ,critique1 sous peine de n'tre pas au niveau de sa tche1 a plus que des considrations de littrature faire valoir4 ,du reste1 littrairement1 nous ne serions pas moins svre pour le livre de ,mitraud que nous ne l'avons t pour ce qu'il croit sa philosophie2 car1 littrairement1 on ne trouve ni la dduction ni l'ordre d'un livre dans cet crit1 dcousu comme un pamphlet1 et qui n'a ni commencement1 ni milieu1 ni fin4 ,la ,critique1 cette dissection sur le vif1 comme disait ,rivarol1 nous a trop appris la physiologie littraire pour que nous ne voyions pas trs bien1 sous les lignes de la composition1 quel a d tre le procd de l'auteur4 ,or1 nous ne serions pas tonn que ,mitraud1 au lieu de faire un livre dans sa complexe et forte unit1 n'et utilis d'anciennes notes1 des fragments pars1 en les rapprochant4 ,cependant1 nous l'avons dit au commencement de ce chapitre1 l'abb ,mitraud a du talent1 et un talent dans lequel il entre du coeur4 ,il est crivain1 il est nerveux1 il est mu1 il est loquent4 ,mais cela ne suffit pas sans l'intuition premire1 sans le point de dpart bien arrt et dominateur4 ,la logique mme1 qui conduit l'esprit du point de dpart au point d'arrive1 ne suffirait pas davantage1 et ,mitraud1 nous le reconnaissons1 en a une trs dlie et trs forte contre les sophistes contemporains4 ,ce qui lui manque1 c'est donc le plus important3 c'est l'intuition1 l'observation1 le principe net et subjuguant qui empche de se mprendre sur la pense d'un livre et d'un homme et la lueur duquel les amis se reconnaissent1--et les ennemis aussi1 malgr la ruse de guerre de leurs perfides applaudissements6 ,,ernest ,,renan#bb ,i ,les tudes religieuses#bc d',ernest ,renan ont dj paru1 feuille par feuille1 ici ou l1 dans des revues et dans des journaux4 ,a proprement parler1 ce n'est pas un livre4 ,c'est une suite d'articles de critique sur des sujets consanguins1 runis1 pour tout procd de composition1 par le fil du brocheur1 et sous le couvert d'une prface2 car faire un livre n'est pas maintenant plus difficile que cela4 ,vous enfilez les uns au bout des autres les oeufs que vous avez pondus1 et c'est un collier444 pour le public6 et vous vous croyez un grand lama qui fait des bijoux avec les djections444 de sa pense4 parpill dans les journaux en vue desquels il a t crit1 le livre d',ernest ,renan tait l sa vraie place pour faire illusion4 ,quelques esprits pleins de fracheur1 mais ignorant parfaitement1 dans leur virginit franaise1 tout ce qui se brasse de paradoxes outre-,rhin1 avaient pouss leur petit cri d'admiration en humant le matin1 avec leur caf1 des ides qui leur semblaient nouvelles4 tonns et flatts de la sensation1 ils se disaient avec mystre3 ,quel est donc ce ,renan8444 ,voil un critique redoutable6 ,il semblait que dans les jungles du journalisme on entendt miauler--doucement encore1 il est vrai1--un tigre de la plus belle espce et dont la voix devait arriver aux plus terribles diapasons4 ,si ,renan tait rest dans la publicit des journaux1 cette publicit d'clairs suivis d'ombre1 nous n'aurions pas eu la mesure de ses ides dans leurs strictes proportions4 ,nous aurions pu le croire formidable4 ,mais avec un livre nous pouvons le juger4 ,aujourd'hui que le tigre est sorti de ses jungles1 nous nous apercevons qu'il a fait ses humanits en ,allemagne et qu'il n'est qu'un chat assez mouchet1 car il a du style par places1 mais cachant sous sa robe fourre et ses airs patelins la trs grande peur et la petite tratrise de tous les chats1--ces tigres manqus6 #bb tudes d'histoire religieuse2 ,origine du ,langage 7,pays1 #ba avril #aheg2 #h avril #aheh74 #bc ,lvy frres4 ,oui6 peur et tratrise1 voil les deux seules originalits des tudes religieuses de ,renan4 ,ordinairement1 en ,france1 on est plus brave4 ,s'il y a des poltrons d'ides1 ce ne sont pas du moins ceux qui les ont4 ,voyons6 ,renan1 au fond1 est un philosophe4 ,c'est un rationaliste2 c'est un hegelien plus ou moins2 c'est l'ennemi du surnaturel2 c'est le critique qui montre comment cela pousse dans l'humanit mais n'est jamais la vrit en soi1 indfectible1 absolue1 comme nous y croyons1 nous6 ,il pense1 lui aussi1 comme ,diderot#bd1 qu'il faut largir ,dieu pour faire tomber les murs des glises4 ,mais1 quand ,diderot attaquait l'glise1 il frappait bravement1 par devant1 grands coups1 avec l'abominable hrosme de son sacrilge4 ,quand ,voltaire blasphmait ,jsus-,christ1 il ne bgayait pas4 ,il criait sur les toits3 crasons l'infme6 ,quand l',allemagne elle-mme1 si longtemps nomme la douce et religieuse ,allemagne1 mais qui a dernirement recommenc le ,x,v,i,i,ie sicle en mettant de grands mots et des obscurits d'cole o le ,x,v,i,i,ie avait mis de petites phrases claires comme de l'eau 7car il ne faut pas profaner ce mot de lumire72 quand l',allemagne elle-mme attaque ,dieu1 elle n'y va pas de main morte4 ,elle ne lui demande pas respectueusement la permission de le jeter par la fentre2 elle l'y jette1 voil tout1 et elle ferme la porte pour l'empcher de remonter par l'escalier4 ,mais cette manire d'agir1 au moins nette1 au moins vaillante1 et qui semble au moins convaincue1 n'est pas celle que ,renan emploie aujourd'hui4 ,au contraire6 il la trouve imprudente2 il ne craint pas de la blmer4 ,il reproche ,feuerbach et la jeune cole hegelienne leur violence contre ,dieu4 ,il les accuse d'avoir le pdantisme de leur hardiesse et de ne pas mettre dans la ngation de la vrit chrtienne assez de placidit et d'amour4 ,o ,athniens d',allemagne1 vous n'tes que des enfants6 ,beaucoup d'esprits droits et honntes--dit-il--s'attribuent sans les mriter les honneurs de l'athisme4 ,mais ne les a pas qui veut et qui s'en vante6 ,feu ,machiavel nous a lgu son me4 ,il faut les mriter et ne s'en vanter pas4 ,feuerbach--nous dit encore ,renan avec un sourire placide et superbe--a crit en tte de la #b;e dition de son ,essence du ,christianisme3 ,par ce livre1 je me suis brouill avec ,dieu et le monde4 ,nous croyons que c'est un peu de sa faute1 et que1 s'il l'avait voulu1 ,dieu et le monde lui auraient pardonn4 ,voil la sagesse pour ,ernest ,renan4 ,faire pardonner ,dieu les insolences qu'on lui dbite3 ,je crois bien1 entre nous1 que vous n'existez pas6 n'est pas trs embarrassant quand on ne croit pas au ,dieu personnel et terrible4 ,mais les faire pardonner au monde1 c'est plus difficile et plus grave1 et telles sont la prtention et la politique du livre de ,renan4 ,arranger l'athisme dans un plat convenable1 avec tous les ingrdients de l'rudition1 et le faire trouver bon1 mme aux hommes religieux2 imposer la ngation de ,dieu au nom de ,dieu mme1 joli tour de duplicit philosophique4 ,nous allons voir comment ,renan l'a excut6 #bd ,rien de plus strile que la pense philosophique au ,x,i,xe sicle4 ,c'est par l que le monstre se distinguera3 l'infcondit6 ,la pense de ,diderot3 l'largissement de ,dieu jusqu' ce qu'il en crve1 est l'ide que nous retrouvons dans la plupart des crits de ce pauvre temps4 ,on est oblig d'avertir4 ,,ii ,mais1 nous l'avons dit1 il n'a rien invent pour cela4 ,l'excution est reste au-dessous de la prtention4 ,les ides sur lesquelles il s'appuie sont communes en ,allemagne1 o les ides cessent de dominer ds qu'elles sont populaires1 et en ,france dj elles se sont produites obscurment et sans succs4 ,renan1 qui parle1 dans ses tudes d'histoire religieuse1 de tous ceux qui s'avisrent les premiers de lever1 comme une catapulte1 le misrable ftu de leur critique contre les religions et leurs symboles1 et qui nomme des mdiocrits comme ,boulanger1 ,dupuis1 meric-,david1 ,petit-,radel1 ,renan a oubli de citer l'homme qui1 dans un livre intelligible et franais1 a pos l'ide gnrale qui domine la critique de dtail dont on est si fier aujourd'hui et dont on attend tant de ruines4 ,et voici pourquoi3 il l'imitait trop pour le nommer6 ,benjamin ,constant a crit un livre sur les religions1 et l'ide de ce livre1 trs simple et trs dangereuse dans un pays qui croit que la vrit ne peut jamais tre complique1 l'ide de ce livre est que les formes religieuses passent1 mais que le sentiment religieux est ternel4 ,eh bien1 c'est toute la thorie de ,renan6 ,l'auteur des tudes1 et dans sa prface et dans vingt-cinq endroits de son livre1 reprend l'ide de ,benjamin ,constant1 la retourne1 la commente1 l'explique et l'applique4 ,rien de plus4 ,la religion1--dit-il1--en mme temps qu'elle atteint par son sommet le ciel pur de l'idal1--par exemple ,benjamin ,constant1 qui filtrait son eau du ,rhin avant de la boire1 tait trop spirituel et trop ,franais1 lui1 pour nous parler de l'idal ailleurs que dans un roman6--la religion pose par sa base sur le sol mouvant des choses humaines et participe ce qu'elles ont d'instable et de dfectueux4 ,et plus bas3 ternellement sacres dans leur esprit1 les religions ne peuvent l'tre galement dans leurs formes444 ,selon ,renan1 l'humanit a le sentiment religieux1 ou le sentiment du surnaturel1 plus fort ici que l1 dans certaines races que dans certaines autres1 mais elle l'a incontestablement4 ,c'est un fait presque physiologique1 tant il est visible et impossible rejeter6 ,seulement1 les formes travers lesquelles ce fait s'exprime sont plus ou moins menteuses1 vieillies et tombes1 et elles tomberont toutes de plus en plus jusqu'au jour o l'humanit arrivera la culture de l'idal pour l'idal444 ,si elle y arrive6 car l'humanit aura toujours besoin de symbolisme4 ,la religion de ,renan n'est gures bonne que pour des mandarins et des savants1 et il en convient de bonne grce3 ,dites aux simples--dit-il de son ton protecteur--de vivre d'aspiration la vrit1 la beaut1 la bont morale1 ces mots n'auront pour eux aucun sens4 ,dites-leur d'aimer ,dieu1 de ne pas offenser ,dieu1 ils vous comprendront merveille4 ,dieu1 ,providence1 immortalit1 autant de bons vieux mots un peu lourds que la philosophie interprtera dans des sens de plus en plus raffins1 mais qu'elle ne remplacera pas avec avantage4 ,l'aveu est toujours bon enregistrer4 ,mais qu'importent les simples6 ,renan est l'aristocrate de la science4 ,c'est lui qui a os crire3 ,il ne faut pas sacrifier ,dieu nos instincts scientifiques4 ,aprs cela1 vous comprenez trs bien le charmant dtour que l'auteur des tudes a pris1 ou l'immense illusion dont il est la dupe4 ,quand on a dport ,dieu dans les culs de basse-fosse de l'intelligence1 on se lave les mains et on affirme que l'on n'a rien fait contre lui4 ,voil pourtant le systme de ,renan1 voil le dessous de ce trait du ,prince qui a la prtention d'tre si profond contre les religions en gnral et le christianisme en particulier4 ,a ne prendre la chose qu' son point de vue exclusivement philosophique1 une thse pareille1 dangereuse par cela seul qu'elle est comprhensible aux intelligences les plus basses1 n'est1 aprs tout1 qu'une pauvret4 ,benjamin ,constant1 qui n'avait pas dans ses livres le merveilleux esprit qu'il avait de plain-pied dans la vie1 l'avait en vain revtue de ces formes les plus sveltes et les plus clairement brillantes que l'on et vues depuis ,voltaire2 elle n'en tait pas moins tombe dans l'oubli avec le silence des choses lgres1 car il faut de la consistance pour1 mme en tombant1 retentir6 ,ernest ,renan1 rudit1 philologue1 chercheur1 d'une vaste lecture1 mais1 comme tous les hommes1 la crature d'une philosophie1 l'instrument de deux ou trois ides mtaphysiques1 que nous acceptons ou que nous subissons1 mais qui nous tyrannisent et ne nous lchent jamais quand elles nous ont pris1 ,renan n'a rien ajout cette vue premire1 cette pitre gnralit dont il n'a pas cach le nant sous les applications historiques qu'il en a faites4 ,ces applications--il faut bien le dire--n'ont point1 malgr les efforts de l'rudit1 plus de consistance1 de grandeur et de solidit que la vue premire qui les a dtermines4 ,le critique n'a pas relev le philosophe4 ,en ces tudes d'histoire religieuse1 la ngation dans le dtail n'est ni plus imposante ni plus forte que l'affirmation dans les points de dpart et les conclusions1 de sorte que le livre qui contient ces travaux1 construits avec tant de petites notions si laborieusement accumules1 et qui se maintient avec tant de peine1 entre toutes les opinions1 dans un quilibre favorable son influence1 croule1 pour peu qu'on le touche d'une main ferme1 de tous les cts la fois4 ,en effet1 prenez-le1 et jugez6 ,les grands morceaux du livre de ,renan sont au nombre de quatre3 les ,religions de l'antiquit2 l',histoire du peuple d',isral2 les ,historiens critiques de ,jsus2 ,mahomet et les ,origines de l',islamisme4 ,les autres ne sont pour ainsi dire que les satellites de ceux-l1 et c'est dans ceux-l que le critique a le mieux expos sa mthode en l'appliquant4 ,eh bien1 soyons de bonne foi6 cette mthode et les rsultats obtenus par elle dans ces quatre articles ont-ils rien qui doive nous faire trembler1 et ne pouvons-nous pas dire de cette mthode ce que nous avons dit de l'ide des tudes religieuses3 savoir que nous la connaissons et que nous avons travers dj tous ces atomes de poussire8 ,renan proclame1 avec l'orgueil d'un homme d'aujourd'hui1 que la ,critique est d'hier et qu'elle tient cette haute indiffrence 7pourquoi haute87 dans laquelle se trouve actuellement l'esprit humain4 ,tout en prenant ses prcautions contre eux1 il reconnat1 par l'admiration qu'il leur a voue1 que ,wolf et ,strauss sont ses matres1--,strauss1 le prestidigitateur de l'rudition1 l'escamoteur historique1 dont le livre apoplectique veut expliquer tous les faits de l'vangile par des mythes purs1 comme on avait1 avant lui1 essay de les lucider avec des explications naturelles4 ,quoique ,strauss soit maintenant dpass en ,allemagne1 c'est toujours sa critique qu'on invoque1 c'est toujours1 dans les mains de ,renan comme dans celles de ,wilkes1 de ,weiss et de ,bruno ,bauer1 cette critique essentiellement ennemie du surnaturel et cette mthode qui1 de nuance en nuance et d'effacement en effacement1 dpouille et ple le fait historique jusqu' ce qu'il n'en reste absolument rien4 ,or1 cette critique qu'on varie1 mais qu'on ne change pas1 a-t-elle rellement entam ce qu'elle a cru si aisment dtruire8 ,le bon sens public s'est-il pay de cette monnaie8 ,a-t-il de tout cela jailli une lumire1 quelque grande certitude1 devant lesquelles1 puisqu'il s'agit ici de la vie de ,jsus1 par exemple1 la ,bible et l'vangile ne causent plus d'tonnement8444 ,renan dit et rpte satit que la critique historique est toute dans les nuances1 qu'elle n'est pas ailleurs4 ,mais1 avec les procds de sa mthode1 les nuances finissent par devenir si fines qu'elles cessent d'exister et que bientt on ne les voit plus2 ses hypothses manquent bientt du corps mme d'une hypothse4 ,assertions hasardes1 systmes l'tat de dentelles4 ,on n'invoquerait pas les raisons qui1 selon lui1 simplifient et clairent l'histoire1 pour se dcider dans la plus vulgaire action de la vie6 ,on ne paierait pas le mmoire de sa blanchisseuse d'aprs cela6 ,mais le moyen de faire passer les choses les plus risiblement affirmatives ou les plus tristement vagues1 c'est le srieux avec lequel on les crit4 ,impossible1 dans un seul chapitre1 de suivre l'auteur des tudes dans les discussions auxquelles il se livre sur les quatre sujets que nous avons signals4 ,seulement1 qu'il suffise de savoir que1 tout en relevant de ,strauss1 il se permet de le critiquer1 et tombe au-dessous de lui dans sa malencontreuse critique4 ,les lgendes des pays demi ouverts la culture rationnelle--dit-il1 page #fc du volume1--ont t formes bien plus souvent par la perception indcise1 par le vague de la tradition1 par les ou-dire grossissants1 par l'loignement entre le fait et le rcit1 par le dsir de glorifier les hros1 que par cration pure comme cela a pu avoir lieu pour l'difice presque entier des mythologies indo-europennes4 ,et1 suspendu entre le je ne sais qui et le je ne sais quoi1 il ajoute alors cette incroyable phrase qu'il importe de recueillir3 ,tous les procds ont contribu dans des proportions indiscernables au tissu de ces broderies merveilleuses1 qui mettent en dfaut toutes les catgories scientifiques et l'affirmation desquelles a prsid la plus insaisissable fantaisie4 ,proportions indiscernables6 catgories scientifiques en dfaut6 insaisissables fantaisies6 ,ce n'est pas l seulement le scepticisme dans l'histoire1 c'est le plus bel aveu d'impuissance que la science inconsquente--car elle s'expose en le faisant--ait jamais fait6 ,,iii ,mais le scepticisme dans l'histoire des religions1 c'est dj un rsultat pour la philosophie1 et d'ailleurs ,renan a moins crit son livre pour rsoudre des difficults qu'au fond il regarde lui-mme comme insolubles que pour proclamer les droits de la ,critique indpendante et dsintresse1 de la ,critique en dehors de tout dogmatisme et de toute polmique1 comme il dit4 ,cette dfinition de la ,critique1 qui correspond la dfinition que ,taine1 dont nous parlerons plus loin1 a donne de la science1 et qui permettrait toutes les deux de faire leur travail de destruction dans la plus complte scurit et sans s'inquiter de savoir s'il y a une morale1 une socit1 des gouvernements1 un foyer domestique1 tout un ensemble de choses organises autour de soi respecter1 cette dfinition1 qu'il est si important de faire admettre tout le monde1 est la grande affaire et le coup d'tat actue des philosophes4 ,si la pleine libert de la ,critique tait consentie1 si la science avait le droit d'agir en vue seulement des rsultats scientifiques1 on n'aurait plus besoin de rien1 on aurait tout1 et les vpres siciliennes de la philosophie sonneraient1 pleines voles1 sur nos ttes6 ,voil pourquoi le monde hsite admettre cette notion de la ,critique en dehors du monde et se soucie mdiocrement qu'on le mette feu1 sous prtexte de science1 dans l'intrt de la plus vaine et de la plus inepte curiosit4 ,n'y aurait-il cela que l'nervation des forces sociales1 en avons-nous tant dj que nous puissions impunment les diminuer8444 ,le doux ,renan1 cet officier de paix de la ,critique1 qui blme ,bauer de ses colres comme il a blm ,feuerbach1 revient toutes les pages de son livre sur cette ide fixe de l'indpendance absolue de la ,critique1 de la sparation complte des hommes et des choses4 ,quand l'historien de ,jsus-,christ--dit-il--sera aussi libre dans ses apprciations que l'historien de ,mahomet et de ,bouddha1 il ne songera pas injurier ceux qui ne pensent pas comme lui4 ,raison pitoyable6 ,n'insulte-t-on pas tout ce qui contrarie et rsiste1 quand on est violent et orgueilleux1 et les savants ont-ils l'habitude de manquer de violence ou d'orgueil8 ,seulement1 il faut bien essayer de justifier n'importe comment ce qu'on voudrait faire accepter l'opinion4 ,les moyens employs cette fin par ,renan seraient d'un tacticien suprieur s'ils ne finissaient pas par trop veiller la gaiet4 ,que diable6 il faut s'arrter dans les nuances dont on parle tant6 ,la critique des origines d'une religion--dit ,ernest ,renan--n'est pas l'oeuvre du libre penseur1 mais des sectateurs les plus zls de cette religion4 ,c'est pour cela sans doute qu'il est sorti de ,saint-,sulpice4 ,manire de se retrouver prtre quand on a jet sa soutane aux buissons du chemin6 ,ailleurs1 il ajoute1 avec une componction d'me pntre3 ,la critique renferme l'acte du culte le plus pur4 ,c'est le mysticisme de la chose6 ,mais n'est-ce pas trop gai qu'un tel langage1 et le rire qui prend n'avertit-il pas8 ,on en avait besoin1 du reste4 ,except deux ou trois endroits o l'hypocrisie monte jusqu'au comique1 le livre de ,renan est d'une grande tristesse2 il est triste comme un impuissant4 ,malgr l'expression qui veut les rchauffer1 on sent comme un froid viprin s'exhalant de toutes ces pages mortes et dj ftides1 de toutes ces vsanies allemandes dont un ,franais avait mieux faire que de se faire le chiffonnier6 ,renan les met1 il est vrai1 l'abri sous cette tolrance chre aux philosophes1 sous ce paratonnerre o tombe le mpris4 ,sans conclusion ferme et qui satisfasse mme l'auteur1 ces tudes d'histoire religieuse ne sont gures qu'une collection glace de huit dix blasphmes qui forment un symbole d'insolences4 ,en vain le rcite-t-on fort bas1 ce symbole1 on l'entend4 ,on veut tre habile1 on veut tre discret1 et on n'est pas mme spirituel4 ,les grands courants de la btise contemporaine traversent majestueusement le livre de ,renan3 l'optimisme bat1 la foi dans l'humanit en masse qui fait bien tout ce qu'elle fait1 et aussi en l'homme individuel1 dont ,renan ne craint pas de dire qu'il cre la saintet de ce qu'il croit et la beaut de ce qu'il aime4 ,il est presque incomprhensible qu'avec du talent1 car ,renan n'en manque pas1 la pense d'un homme incline fatalement ou de choix vers les thses les plus niaises et maintenant les plus compromises4 ,anomalie singulire1 mais non rare1 et dont la ,critique littraire est encore chercher le mot4 crites avec puret et quelquefois avec une transparence colore1 ces tudes1 logiquement et scientifiquement sans valeur1 ont des dtails qui attireront1 qui ont attir dj les esprits de peu de pense et qui aiment l'expression partout o elle s'attache4 ,ils sont venus ce livre2 mais ils n'y reviendront pas4 ,quant au genre d'effet qu'il produit1 c'est directement le contraire de celui qu'il avait en vue4 ,renan voulait faire les affaires de l'athisme sans clat et sans embarras1 sans casser les vitres1 comme on dit1 et il s'est trahi par les prcautions mmes qu'il a prises pour se cacher4 ,il voulait 7soi-disant71 dans un but lev de connaissances1 dgager l'ide religieuse de ce qui la fait une religion positive telle heure de l'histoire1 opposer le sentiment ternel la forme passagre1 et en le lisant on n'a jamais plus senti que c'tait impossible2 que1 la forme enleve1 l'esprit suivait1 et qu'aprs tout1 malgr le progrs et part la vrit divine1 socialement1 la dernire des superstitions valait encore mieux que la premire des philosophies6 ,,iv ,le livre de l',origine du langage#be est postrieur aux tudes religieuses1 non dans la publicit1 mais dans l'attention publique4 ,on dit que quelques personnes l'avaient lu dj avant que ,renan1 qui le republie1 et attrap son petit bout de renomme4 ,il a toujours t heureux1 ce ,renan6 ,parmi les trois ou quatre enfants gts 7qui resteront marmots7 de ce sicle gt et que la ,fortune a pris par le menton pour les faire nager1 ,ernest ,renan est un de ceux qu'elle a conduits tout de cette manire4 ,sorti du sminaire comme un certain empereur de ,constantinople qui fuyait et qui se retournait pour cracher sur les murs de sa ville1 ,renan entra aisment1 et pour cette raison mme1 au ,journal des ,dbats1 et il y est encore1 je crois1 les jours de grande fte2 de l1 il cingla vers l',institut1 et le voil1 non pas sans travaux1 puisqu'il chiffonne dans l'rudition allemande1 et c'est une terrible besogne1 mais1 rapidement et sans luttes1 le voil regard comme un critique1 un rudit et un crivain formidable1 mme par ses ennemis4 ,avant de l'attaquer1 ils le saluent1 comme les ,franais saluaient les ,anglais ,fontenoy4 ,seulement1 les ,anglais nous rendirent le salut et allaient devenir des hros1 tandis que ,renan garde le salut sans le rendre1 et1 dans l'ordre intellectuel1 n'est1 je l'ai dit dj1 qu'un poltron d'ides1 qui1 comme le livre chez les grenouilles1 ne fera jamais peur qu' de plus poltrons que lui444 ,telle est1 en deux mots1 l'histoire de ,renan2 ce n'est pas encore un illustre1 mais c'est un gros ,monsieur1 et1 si on le laisse faire1 il sera illustre demain4 ,nous sommes ainsi en ,france4 ,ou nous marchandons tout un homme1 ou nous ne lui marchandons rien4 ,c'est le pays des engouements4 ,or1 que fait un homme qui s'engoue8 ,il tousse un peu et il est dlivr4 ,c'est cette petite toux salutaire que la ,critique voudrait provoquer aujourd'hui4 #be ,lvy frres4 ,et l'heure est bien choisie pour ce dbarras4 ,la surprise du premier moment1 cette grande duperie1 est passe1 et ,renan se prte lui-mme la circonstance4 ,il en est l'heure des secondes ditions4 ,il fait cette roue4 ,il revient sur ses premiers livres4 ,il nous rcapitule sa gloire2 il se rimprime2 il n'oublie rien de ce qu'on aurait oubli4 ,ses essais de jeunesse trouvent maintenant les diteurs qu'ils cherchrent1 et1 grce eux1 il nous tale les premiers costumes de sa pense avec la tendresse que ,m4 ,denis avait pour son habit jaune en bouracan4 ,le bouracan de ,m4 ,renan est remis sous la vitrine3 ,ah6 nous ne voulons pas perdre nos rogatons6 ,l'essai sur le langage est de #ahdh4 ,c'est un enfant de douze ans qui n'a pas grandi4 ,renan ne l'a ni modifi1 ni augment1 ni raffermi4 ,il s'est content d'y joindre une prface o il se flicite d'avoir pens comme ,,mm4 tel et tel d',allemagne1 et de ne diffrer que de quelques nuances de ces grands hommes qui ne sont encore que de grands ,allemands4 ,or1 les nuances impliquent tant de choses aux yeux de ces laborieux tisseurs de riens6 ,vains et tristes tissages4 ,on dirait1 les voir tous dans cette prface1 des alins1 force de science1 occups chercher la petite bte invisible1 la mouche narquoise de l'impalpable1 qui fuit leur main4 ,ils sont l tous1 ces happeurs de vide6 ,il y a l un ,m4 ,grimm1 qui croit aux langues monosyllabiques sans flexion1 mais agglutines1 et qui compte trois ges dans le dveloppement du langage aprs trente mille ans de chronologie4 ,il y a un ,m4 ,steinthal1 trop subtil mme pour ,m4 ,renan1 qui l'accuse de s'vanouir dans un formalisme profondment creux1--,m4 ,steinthal1 qui a travaill normment pour arriver dire que le langage nat dans l'me d'une manire aveugle4 ,il y a encore ,,mm4 ,bunsen et ,max ,muller1 qui ont invent une famille ,,touranienne l'aide de laquelle ils cherchent1 de l'aveu de ,renan1 tablir un lien de parent entre des langues entirement diverses4 ,enfin1 il y a ,renan1 qui se prlasse et s'introduit lui-mme dans ce majestueux conclave de rudes travailleurs en fils d'araigne4 ,on dirait que le prtre manqu vise au moins une petite papaut philologique1 et1 au fait1 pourquoi ne serait-il pas le premier parmi ces peseurs de diphthongues8 ,ils sont tous chimriques1 hypothtiques et faux1 et il a sur eux l'avantage d'crire mme assez brillamment en franais444 ,du reste1 cet essai n'entamera en aucune faon son amour-propre ou sa personne1 car dans ce mmoire d'acadmie1 long de #bdg pages1 ,renan tient tout entier tel que nous le connaissons1 tel que nous venons de le voir dans ses tudes religieuses4 ,nous craignons bien qu'il ne puisse jamais changer4 ,a consulter ce livre1 on voit que ds son dbut dans la science ,renan tait destin porter toute sa vie cette double livre de ,hegel et de ,strauss qu'il a endosse4 ,shakespeare1 avec son ironie charmante1 appelle quelque part les laquais messieurs les chevaliers de l'arc-en-ciel4 ,avait-il devin les laquais de la philosophie du mythe1 de la contradiction et du devenir1 ces nues colories et que le premier vent de bon sens1 s'il vient souffler1 emportera8 ,la mthode1 que ,renan n'a point invente et qu'il a commenc par appliquer la thorie du langage1 est cette mthode connue des tudes religieuses dont nous parlons pour la premire et dernire fois4 ,la ,critique n'a point crer d'importances en s'acharnant sur des thories mprisables4 ,appliquer tous les ordres de faits le mme procd superficiel et vicieux est une opration qu'on signale1 mais sur laquelle il n'y a point revenir4 ,dornavant1 quand nous parlerons d',ernest ,renan et de ses oeuvres1 c'est qu'il aura pris la peine de se transformer4 ,v ,en effet1 ,hegel aujourd'hui1 ,hegel lui-mme est en question1 compromis et la veille du dshonneur philosophique le plus complet1 malgr les transcendantes aptitudes de sa pense4 ,or1 s'il en est ainsi1 que voulez-vous qu'on dise des esprits de second ou de troisime degr qui vivent sur sa mthode comme le puceron dans sa feuille8 ,il y a cependant dire en faveur de ,renan que1 de tous ceux qui se sont servis de l'instrument logique forg par ,hegel1 il est celui qui a le plus entass de contradictions l'une sur l'autre et lev le plus haut la philosophie du rien sur des pyramides de peut-tres4 ,proudhon avait dj commenc cette terrible vulgarisation de la mthode hegelienne qui doit la ruiner1 mais ,proudhon est un brutal et mme un bestial1 quand il n'est pas un ironique qui se moque de lui-mme et de son lecteur1 et qui a raison pour tous les deux6 ,il y a dans cet homme de gausserie profonde la carrure d'un ngateur effroyable et d'un mystificateur prodigieux1 tandis que dans ,renan l'homme s'ajuste avec le systme1 l'esprit avec le caractre1 pour redoubler autour de soi l'indcision et la confusion4 ,mercure qui saute et s'parpille1 couleuvre qui glisse1 ombre qui s'efface dans le brouillard1 il se ddouble1 se renverse1 se drobe1 comme ce polype qui fuit sous l'eau quand il l'a trouble4 ,hegel mariait la thse et l'antithse dans une synthse faite de toutes deux4 ,du moins c'tait sa prtention hautaine4 ,mais ,renan se contente1 lui1 de marier les extrmes dans une quivoque4 ,il adopte ce qu'il rfute et rfute ce qu'il adopte4 ,sa logique est de l'escamotage4 ,seulement1 pour accomplir ses prestidigitations1 ce ,robert ,houdin de la philologie se contente d'abaisser la lampe4 ,son fiat lux1 c'est l'clipse systmatique de la clart4 ,et nous disons systmatique en pesant sur le mot1 car le manque de clart dans ,renan n'est point l'impuissance d'tre clair4 ,c'est la consquence d'une mthode insense1 mais c'est aussi et c'est surtout1 ne nous y trompons pas6 la diplomatie sans courage d'un incrdule prmdit4 ,avant d'tre un philosophe1 avant d'tre un linguiste1 ,renan tait un incrdule4 ,la foi de ses premires annes s'tait teinte sur les marches mmes de l'autel1 et1 quand il les eut descendues1 la question fut pour lui de les dmolir4 ,le moyen1 il allait le chercher2 il le trouverait peut-tre2 ce serait ceci ou ce serait cela4 ,mais la question tait cet autel6 ,c'tait la guerre ,dieu qu'il fallait faire1 arm de prudence1 car cette guerre a son danger dans une socit o il existe un peu d'ordre encore4 ,alors ,renan devint hegelien4 ,a l'ombre des formules logiques de ,hegel1 de ce prince de la formule444 et des tnbres1 il ne dit pas l'infme comme l'avait dit ,voltaire1 cette coquette ou plutt cette coquine d'impit2 mais ce qu'il dit impliquait toutes les ngations du ,x,v,i,i,ie sicle4 ,sans cesser d'tre un hegelien1 ,ernest ,renan devint philologue4 ,ce fut l son tat1 le dessus de porte de sa pense et de sa vie2 mais l'tude des langues1 par laquelle il voulait faire son chemin1 n'en fut pas moins sa manire spciale de prouver cette non-existence de ,dieu qui est la grande affaire de la philosophie du temps4 ,l',origine du langage est le premier essai de cette preuve qu'ait faite ,renan1 qui l'a continue avec acharnement dans ses tudes d'histoire religieuse1 dans son ,histoire compare des langues smitiques1 dans ses ,essais de critique et de morale2 et1 quoique dans ce premier livre1 plus peut-tre que dans les suivants1 ce jeune serpent de la sagesse ait eu les prcautions d'un vieux et les proccupations de sa spcialit1 cependant il est ais de voir que la chimre philologique1 le passage de la pense au langage ou du langage la pense1 les pluchettes des premires syllabes que l'homme-enfant ait jetes dans ses premiers cris1 ne sont1 en dfinitive1 que des prtextes ou des manires particulires d'arriver la question vraiment importante1 la question du fond et du tout1 qui est de biffer insolemment ,mose et de se passer dsormais parfaitement de ,dieu6 ,,vi ,on sait ce qu'affirme ,mose4 ,dans le rcit qu'il nous a laiss1 on voit ,adam et ve1 vis--vis de leur destine1 tomber dans la chute et se faire les ducateurs du genre humain1 qu'ils ont prcipit avec eux4 ,c'est l une assertion nette1 tranche et puissante4 ,le bon sens1 quand on l'articule1 ne gmit pas dconcert4 ,les expressions de ,mose sont pleines et prcieuses4 ,puisqu'il s'agit de son langage3 ,l'univers--dit-il avec son tour appropri et sublime--fut fait d'une seule lvre4 ,ce que dit historiquement le grand ,rvlateur1 la petite rvlation du sens le plus infime le rpte1 avec une force inoue1 dans la conscience du genre humain4 ,la socit a prexist l'homme1 ,dieu la socit1 et1 comme il leur prexistait1 il les a constitus par le langage1 cette condition sine qua non de tous nos dveloppements en tous genres1 sans laquelle l'esprit de l'homme avorterait4 ,ces simples et fortes notions1 que le ,x,v,i,i,ie sicle avait troubles1 furent reprises au commencement du ,x,i,xe et poses comme bases d'un systme auquel le gnie de ,bonald donna de sa propre solidit4 ,renan1 qui trouve galement loigns d'une explication scientifique le systme du caprice individuel et des onomatopes de la brute1 qui fut la toquade du ,x,v,i,i,ie sicle1 et le systme religieux que nous venons de signaler1 a donn le sien son tour1 et nous ne croyons pas que1 dans des esprits passablement faits1 il puisse remplacer le systme de l'cole thologique1 comme dit ,renan avec un ddain assez contenu1 mais il n'en a pas moins pour vise de le remplacer4 ,ce systme1 qui consiste affirmer sans preuves possibles1 du moins dans l'essai actuel de ,renan1 que le langage de l'homme s'est comme form d'un seul coup et est comme sorti instantanment du gnie de chaque race1 pose donc la diversit de la race la premire ligne de son affirmation4 ,voil qui est acquis4 ,le langage fut constitu ds le premier jour1 mais il faut savoir ce qu',ernest ,renan entend par le premier jour3 ,cette expression de premier jour--dit-il la page #ai de sa prface--n'est-elle qu'une mtaphore pour dsigner un tat plus ou moins long durant lequel s'accomplit le mystre de l'apparition de la conscience8 ,quant la langue primitive de cette priode mtaphore1 il est impossible de la retrouver4 ,seulement1 pour construire scientifiquement la thorie des premiers ges de l'humanit1 il faut tudier l'enfant et le sauvage4 ,c'est--dire le sens sur le contre-sens1 la lumire sur les tnbres1 et la monte sur la descente4 ,nous savons ce que l'enfant et le sauvage nous donnent1 quoique ,renan prtende que le sourd-muet se cre tout seul des moyens d'expression 7page #ig7 suprieurs ceux qu'on lui enseigne2 ce qui prouve que l'abb de l'pe tait un sot4 ,sans le verbe qui leur allume l'esprit et le coeur1 le sauvage et l'enfant croupiraient ternellement dans l'argile de leur organisme1 comme avant ,pygmalion et l',amour il n'y avait pas de ,galate6 ,mais1 autre hypothse de ,renan3 ,l'enfant humanitaire avait 7toujours dans l'poque mtaphore7 des forces que n'a plus l'homme individuel de notre temps4 ,il serait trop rigoureux--dit-il encore--d'exiger du linguiste la vrification de la loi d'onomatope dans chaque cas particulier4 ,il y a tant de relations imitatives qui nous chappent et qui frappaient vivement les premiers hommes6444 ,l'intelligence la plus claire et la plus pntrante--ajoute-t-il ailleurs--fut le partage de l'homme au commencement4 ,ce qui est vrai pour nous qui croyons la chute1 ce qui est faux pour lui qui n'y croit pas et qui invente aujourd'hui un progrs abcdaire o rien n'est acquis1 o plus on recule plus on avance1 et o il faut remonter l'origine de tout pour savoir seulement quelque chose6 ,et ce n'est l que la premire brume d'hypothses que l'auteur de l',origine du langage oppose la ralit svre de la mtaphysique de ,bonald1 en si magnifique conformit avec le rcit de ,mose4 ,mais le brouillard1 sans tre plus saisissable pour cela1 s'paissit1 et bientt on s'y perd1 notions et langue mme6 ,en effet1 on doute1 en lisant ,renan1 s'il dit rellement ce qu'il veut dire et s'il croit ce qu'il affecte de savoir4 ,le primitif de ,renan n'est point ,adam1 car le risible mythographe a depuis longtemps dcapit l'histoire avec son couteau papier6 ,il n'y a pas d'individus pour lui1 mais des collections4 ,il n'y a pas d',homre1 il n'y a pas de ,lycurgue4 ,caligula philologique faire mourir de rire1 qui voudrait que l'humanit n'et qu'une tte pour la lui couper1 si cette tte portait un nom propre6 ,donc il n'y a pas d',adam4 ,mais son primitif1 quel est-il8 homme ou enfant1 esprit humain1 race1 et quelle race1 ou autre chose8 ,quoi1 enfin8 ,il faudrait prciser et dfinir1 et c'est ce que ne fait jamais ,renan4 ,il scintille et passe1 farfadet verbeux1 sur le dos fluant d'un peut-tre ou d'un il semblerait comme on en trouve dans son livre4 ,quelle autorit que cet homme6 ,inconsquent d'ailleurs autant qu'hypothtique1 le fait qu'il rige en fondement de son systme c'est que le langage s'est form d'un coup1 et voil qu' la page #age de son essai il dit qu'aux poques primitives chacun parlait sa faon1--ce qui tait ,babel avant ,babel1 ,babel ds la cration du monde1 mais toutefois sans la confusion et la destine de ,babel4 ,renan finit par s'trangler dans les noeuds coulants et redoubls de ses hypothses4 ,ainsi1 il suppose pour un jour l'homme la puissance de ,dieu1 dplaant le miracle pour ne pas voir le miracle4 ,il fait de ce miracle une loi qui ne se reproduit plus qu' la charge pour nous de nous retrouver dans la mme position exceptionnelle4 ,paralogisme1 tautologie1 misrable saut de carpe ternel6 ,a ses yeux brouills1 qui dcomposent les choses en les regardant1 le mythe1 qui est le roman individuel1 l'emporte sur l'histoire1 qui est le mythe gnral4 ,prcisez1 si vous pouvez1 ces nuances6 ,seulement1 si nous devons mpriser l'histoire1 combien plus devons-nous mpriser les romans et les conjectures l'aide desquelles on veut remplacer scientifiquement des traditions avres qui accableraient1 s'il ne fallait pas savoir o prendre un homme pour l'accabler4 ,mais1 nous le rptons1 voil l'important1 le fin du fin de toutes ces finesses d'rudition bateleuse et dsosse4 blouir1 comme le renard de ,la ,fontaine1 tous les dindons oisifs de la libre pense qui le regardent tourner en rond1 prendre ses poussires l'apparence et faire monter cette vile fume sur le soleil de nos traditions1 tel est le ct srieux du personnage qu',ernest ,renan nous joue aujourd'hui4 ,cela n'est pas que vain et que risible1 comme le crible aux diphthongues1 cela est srieux4 ,dans l'tat actuel de la science et des grotesques respects qu'elle inspire la plupart des hommes1 qui croient qu'elle leur donnera la clef de ce monde que ,dieu a garde1 il n'tait ni si indiffrent ni si bouffon de confisquer ,mose au profit du sanscrit et de ramener la question de ,dieu1 si peu scientifique1 une simple question de dehors et de dedans1 qui l'est beaucoup plus6 ,,vii ,otez1 en effet1 l'athisme1--l'athisme masqu et la haine de la tradition chrtienne qui font le sens rel de ce livre et de tous les livres crits jusqu'ici par ,renan1--et vous n'avez plus rien dans ce rudiment de sa jeunesse4 ,positivement1 il n'y a rien1 pas mme du talent4 ,la rputation qu'on a faite un peu vite ,renan1 pour quelques pages agrablement tournes sur les matires o les crivains sont trs rares1 ne nous impose pas4 ,il nous est impossible1 quand il s'agit de sujets comme ceux qu'il traite1 de voir du talent l o manquent la nettet1 les preuves1 l'enchanement et la conclusion4 ,d'ailleurs1 le style n'est pas plus ici que le reste4 ,dans cette ,origine du langage1 il n'y a encore que le brouillon scientifique1 lequel a persist4 ,renan n'a pas su aborder par les cts grands et fconds une question o tout se rduit savoir si la pense1 l'acte pensant1 l'intellectus agens1 a sa mappemonde encyclopdique et son pidestal d'quilibre en dehors de la parole qui la corporise2 absolument la mme question que celle de l'me1 oblige au corps et la terre dans la conqute successive de sa propre possession4 ,il n'a rien compris cette mtaphysique d'une si grande force dans sa simplicit4 ,il rpugne au simple4 ,c'est un esprit qui rapetisse et crispe ce qu'il touche4 ,comme tous les savants qui n'ont point la hauteur de la vue adquate l'tat de leurs connaissances1 il aime les bagatelles difficiles4 ,pour faire suite cet ,essai sur le langage chimrique et confus qu'il rimprime aujourd'hui1 il est homme nous donner demain quelque autre essai sur ces intressants problmes3 ,qui nous a coup le filet8 ,quelle est l'origine du geste8 ,d'o procde l'articulation8 ,la gnration de l'inflexion est-elle spontane8444 et gagner par l1 si on pouvait en avoir deux1 un second fauteuil l',institut6 ,hors l',institut 7et encore peut-tre71 qui prendrait got ces casse-tte chinois de la science vaine et de l'analyse impossible8 ,du reste1 le danger du livre de ,renan est diminu par l'ennui qu'il inspire4 ,il est ennuyeux444 illisiblement ennuyeux4 ,mme ceux qui tiennent pour certain que le catholicisme doit prir1 et qui glorifient tous ceux qui l'attaquent1 ou par devant1 avec le glaive bravement tir des doctrines franches1 ou par derrire1 avec le stylet des rserves et des faux-fuyants1 ne feront pas ,renan une gloire bien grande4 ,ce fuyard de sminaire n'a pas le talent d'un ,lamennais pour toffer son apostasie4 ,dans le mal1 on a vu plus fort1 soit comme action1 soit comme intelligence2 nous avons eu ,verger et ,stendhal1 et il ne viendra qu'aprs eux4 ,,gorini#bf ,i ,ce n'est point un livre rellement compos que ces trois volumes#bg1 mais c'est un travail immense et trs tonnant de dtail4 ,l'auteur de ce travail1 l'abb ,sauveur ,gorini1 ne peut pas passer pour un crivain dans le sens littraire du mot1 quoiqu'il ait souvent ce qui fait le fond de l'crivain1--une manire de dire personnelle1--mais c'est un rudit1 et un rudit d'une nouvelle espce1 venu en pleine terre1 la campagne1 comme une fleur sauvage ou comme un pote444 ,jusqu'ici vous aviez cru1 n'est-ce pas8 que les rudits fleurissaient l'ombre des bibliothques1 sous ces couches de poussire savante qui sont la terre vgtale de ces sortes de fleurs4 ,vous aviez cru qu'il fallait la docte destination du bndictin pour qu'un prtre1 par exemple1 avec les saintes occupations de son ministre1 pt devenir1 par la science1 un ,mabillon ou un ,pitra4 #bf ,dfense de l'glise contre les erreurs historiques de ,,mm4 ,guizot1 ,augustin et ,amde ,thierry1 ,michelet1 ,ampre1 ,quinet1 ,fauriel et ,h4 ,martin 7,pays1 #bf juillet #ahei74 #bg ,girard et ,josserand 7,lyon74 ,eh bien1 c'tait l une erreur1 l'abb ,gorini va nous apprendre qu'on peut devenir1 force d'attention1 de volont1 que dis-je6 de vocation1 cette reine des miracles1 un rudit sans bibliothques1 sans livres1 ou avec peu de livres1 au fond du plus modeste presbytre1 dans une campagne perdue1 et tout en remplissant les devoirs du pasteur qui a charge d'mes et qui sait porter son fardeau6 ,jamais la vocation1 la force de la vocation1 n'a touch de plus prs au gnie4 ,ce n'est donc pas un simple savant que l'abb ,gorini1 c'est un savant exceptionnel1 et1 ma foi6 qu'il nous passe le mot6 c'est presque un phnomne4 ,mais rassurons-nous et rassurons-le3 c'est un phnomne sans aucun air de phnomne1 ,dieu merci6 un phnomne bon enfant1 sans charlatanisme1 sans tromperie1 sans trompe et sans trompette1 qui1 malgr la rputation qui lui vient de ,paris1 tout doucement1 goutte par goutte1 flot par flot1 comme l'eau vient l'coute-s'il-pleut de sa paroisse1 n'a pas cess de vivre l'cart1 au fond de sa province1 y continuant son petit train 7un train silencieux7 de savant1 d'annotateur et de critique4 ,l'abb ,gorini n'a pas fait tout d'abord le bruit clatant et mrit que l'on doit1 par exemple1 un de ces grands vaudevillistes qui seront toujours les premiers hommes en ,france1 et cela ne se pouvait pas4 ,qui pouvait l'exiger8444 ,mais enfin1 pour un provincial et un prtre livr la duperie des travaux svres1 il faut en convenir1 il n'a pas t trop malheureux6 ,il n'a pas trop attendu la barrire4 ,son nom a perc ,paris4 ,on l'y a prononc avec respect parmi ceux qui savent4 ,il est vrai que ce n'est pas chez beaucoup de gens6 ,il y a plus1 la modestie de l'ancien et pauvre cur de campagne est1 dit on1 menace d'une place l',institut1 et je ne crois pas qu'elle s'en inquite4 ,les honneurs et la gloire ne peuvent pas grand'chose1 j'imagine1 sur ce casanier de l'rudition1 qui1 depuis qu'il n'est plus cur1 s'est clotr dans la science1 et qui doit joindre l'insouciante bonhomie du savant l'indiffrence du saint pour les choses du sicle4 ,qu'un jour l',institut lui arrive 7et l'on dit que c'est par ,guizot qu'il doit lui arriver71 l',institut le trouvera comme ,montaigne voulait que la mort nous trouvt tous1 nonchalant d'elle et de notre jardin inachev4 ,or1 le jardin de l'abb ,gorini1 que je tiens ce qu'il achve1 est le jardin public--trop public--de l'histoire contemporaine1 un potager d'erreurs de toute sorte1 et dans lequel prcisment ce vigoureux sarcleur d'abb ,gorini a retourn plus d'une plate-bande pour le compte de ,guizot4 ,c'est donc un procd gnreux ,guizot que de placer l',institut le savant abb1 son critique2 car ,guizot1 le politique de la paix tout prix1 tout grand politique qu'il se contemple1 n'a pas pu penser oprer un dsarmement4 ,un homme1 un champion de la vrit historique comme l'abb ,gorini1 ne dsarme que quand il n'y a plus le moindre petit mauvais texte tuer4 ,nous n'en sommes pas l encore4 ,l'abb ,gorini n'est pas un de ces savants patience d'insecte qui pousse imperturbablement devant lui son petit trou dans sa poutre4 ,s'il l'tait1 on l'arrterait bien1 ce savant-l6 ,on lui jetterait1 cet insecte1 une prise de bon tabac d'acadmicien sur la tte1 et tout serait dit4 ,on aurait la paix4 ,l'abb ,gorini n'a pas non plus cet amour en cercle de serpent qui se mord la queue qu'on appelle l'amour de l'art pour l'art ou de la science pour la science4 ,sa science1 lui1 c'est l'glise4 ,s'il n'y avait pas d'glise1 peut-tre que pour lui il n'y aurait pas de science du tout4 ,quoiqu'il et quelque part1 sans doute1 dans un angle de son cerveau1 un pli o dormait cette vocation de savant que son amour pour l'glise n'a pas cre1 l'glise n'en n'a pas moins t l'tincelle la poudre qui a fait partir la vocation4 ,sans l'honneur de l'glise indignement mis en cause par les historiens de ce temps1 ce simple et doux abb ,gorini n'aurait pas song interrompre la plantureuse lecture de ce brviaire qui renferme assez d'rudition pour un prtre1 et cela afin de relever1 un un1 dans les livres du ,x,i,xe sicle1 tous les mensonges et sophismes qui s'y talent1 sous cette apparence d'impartialit qui est l'hypocrisie de l'histoire quand ce n'en est pas la trahison6 ,,ii ,et ce serait une intressante page de biographie crire et qui clairerait la ,critique4 ,l'abb ,gorini1 au doux nom italien1 est un prtre de ,bourg1 qui a pass la plus longue partie de sa jeunesse et de sa vie dans un des plus tristes pays et une des plus pauvres paroisses du dpartement de l',ain1 si pour les prtres1 qui vivent les yeux en haut et la pense sur l'invisible1 il y avait1 comme pour nous1 des pays tristes et de pauvres paroisses1 et si mme la plus pauvre de toutes n'tait pas la plus riche pour eux6 ,en supposant que l'abb ,gorini n'et pas t un prtre ayant l'esprit de son tat1 j'admettrais volontiers que ce milieu morne1 dsert1 insalubre1 dans lequel il fut oblig de vivre tout le temps qu'il fut l'humble cur de la ,tranchre1 l'aurait rejet dsesprment la science pour l'arracher aux accablements de la solitude2 mais de lui je ne le crois pas4 ,les prtres vraiment prtres n'ont ni nos manires de juger ni nos manires de sentir la vie4 ,ils ne se laissent pas conduire par l'influence de nos misrables sentimentalits1 et d'ailleurs peut-il y avoir une solitude pour qui fait descendre son ,dieu1 tous les matins1 dans sa poitrine8 ,que l'abb ,gorini1 ds cette poque1 lt assidment l'histoire de l'glise quand il tait revenu de sa chapelle ou de chez ses pauvres1 rien l qui ft plus que l'ordinaire occupation d'un prtre intelligent et sens2 mais pour qu'il devnt un historien lui-mme1 comme il l'est devenu1 dans cette solitude o les livres1 sans lesquels il n'y a pas d'histoire1 durent lui manquer1 et o il ne dut s'en procurer que de trs rares1 il fallait certainement plus que le sentiment vulgaire ou maladif de cette solitude4 ,il fallut deux choses1 et les deux choses les plus puissantes que je connaisse dans une me humaine3 la sensation d'une pouvante et le sentiment d'un devoir4 ,en effet1 c'tait quelque temps aprs #ahcj4 ,a cette poque de rnovation littraire1 l'histoire1 si longtemps hostile l'glise1 et devenue presque innocente force d'imbcillit sous les dernires plumes qui l'avaient crite1 l'histoire remonta dans l'opinion des hommes par le talent et par le srieux des recherches2 mais elle remonta aussi dans le danger dont l'abjection de beaucoup d'crivains semblait avoir dlivr l'glise4 ,l'glise retrouvait tout coup ses ennemis du ,x,v,i,i,ie sicle1 non plus insolents1 pigrammatiques et frivoles1 comme au temps de ,voltaire et de ,montesquieu1 mais respectueux1 dogmatiques et profonds1 et qui avaient invent pour draper leur haine deux superbes manteaux dont celui de ,tartufe n'aurait t qu'un pan3 l'clectisme et l'impartialit4 ,jamais l'glise ne courut plus de danger peut-tre qu'avec ces respectueux1 qui la saluaient pour mieux faire croire qu'elle tait morte2 et l'abb ,gorini le comprit4 ,ce dut tre quelque publication d'alors qui lui montra1 comme un clair1 latente au fond de son esprit1 sa vocation de critique historique4 ,car il le devint1 malgr sa position isole1 loign des villes1 de toute source intellectuelle1 de tout renseignement2 impuissant en tout6 ,il le devint1 et lui seul pourrait nous dire comment il s'y prit pour le devenir4 ,il avait deux trois amis des points assez distants dans le pays1 et qui possdaient quelques bouquins comme on en a la campagne4 ,il les leur emprunta et il en chercha encore4 ,il se fit un mendiant de livres6 un frre quteur1 un capucin d'rudition6 ,on le rencontrait par les chemins1 courb sous le poids des volumes qu'il rapportait dos1 comme les pauvres rapportent leur bois et leur pain4 ,ceux-l une fois lus1 il s'ingniait pour en dcouvrir d'autres plus loin dans la contre4 ,c'tait un ,robinson de lecture dans son le dserte1 finissant1 comme l'autre ,robinson1 par se nourrir et s'ameubler force d'industrie1 de ressources dans la pense et la volont4 ,il lisait1 d'ailleurs1 comme on lit quand on n'a que trs peu de livres1 avec une mmoire qui retient tout et une intelligence avive par le besoin et devenue intuitive1 qui devine ce qui manque et dgage l'inconnue de l'quation4 ,et c'est ainsi qu'en vingt annes1 et sans sortir de l'aride milieu qu'il sut fconder1 il put crire sa ,dfense de l'glise1 qu'il publia en #ahec et dont il nous donne une seconde dition4 ,qui fut bien tonn8 qui fut stupfi8 ,les historiens mmes qu'il avait si bien passs au crible6 ,cela leur parut prodigieux1 et vraiment cela l'tait4 ,c'tait plus tonnant que ,jasmin le coiffeur1 que ,reboul le boulanger1 que ,mangiamel l'arithmticien1 ce pauvre prtre de campagne parachev rudit en vingt ans1 on ne sait comment1 mais qui certainement s'tait donn plus que la peine de natre4 ,on ne revenait pas de cette succession de tours de force qu'il avait d faire pour devenir une perle de science1 positivement1 dans le dsert444 pour s'toffer savant comme la chvre se nourrit au piquet1 en tondant seulement le diamtre de sa corde6 ,l'abb ,gorini avait pris la lune avec ses dents1--la lune de l'rudition4 ,thierry lui crivit4 ,guizot en parla dans une de ses nouvelles prfaces4 ,ils avaient senti le vent des ailes d'un taon qui aurait pu devenir terrible et qui pouvait transpercer tous leurs textes de son aiguillon4 ,mais heureusement pour eux que le taon tait une merveilleuse abeille1 qui bouchait les trous qu'elle faisait avec du miel4 ,,iii ,en effet1 le critique tait prtre1 et jamais il ne l'oublia4 ,sa charit1 pour le moins1 galait sa science4 ,ce ne fut point une polmique passionne et personnelle qu'il commena avec les historiens du ,x,i,xe sicle1 qui s'taient tromps ou avaient tromp sur l'glise2 ce fut une chasse1 non aux hommes1 mais une chasse implacable seulement aux textes faux1 aux interprtations irrflchies ou444 trop rflchies1 aux altrations imperceptibles4 ,il chassa tout1 en fait d'erreurs1 la grosse et la petite bte1 et parfois mme il prfra la petite1 comme plus difficile tirer4 ,il fut incroyable d'adresse1 de sagacit et d'acharnement2 mais il respecta les personnes1--et pour nous1 qui n'avons pas ses vertus1 il les respecta trop4 ,ce lynx de texte1 qui dchiquetait si bien en dtail les livres de ce temps1 se fit myope1 plus que myope1 pour les dfauts et les dbililits de l'auteur4 ,il se fourra les deux poings de sa charit dans les yeux6 ,et cela fut quelquefois si fort qu'on put le croire un badaud en hommes1 cet esprit si fin et si avis en textes1 ou bien1 sous forme dissimule1 un moqueur4 ,les hommes qu'il a surfaits1 tout en vannant leurs oeuvres1 n'ont pas1 eux1 vu la moquerie1 mais ils ont pris l'admiration1 et cela les a consols de la critique4 ,les hommes sont si petits1 ils tiennent si peu la vrit et tant leur personne1 que1 pour peu que vous leur disiez qu'ils ont du talent1 ils vous pardonneront d'avoir dit qu'ils en ont mal us4 ,et pourtant1 si on comprenait1 c'est la chose mortelle6 ,pour cette raison apparemment l'auteur de la ,dfense de l'glise1 livre dshonorant au fond1--car l'honneur des historiens1 c'est l'exactitude6--n'a soulev aucun des ressentiments que la contradiction soulve d'ordinaire entre rudits4 ,ils avaient1 je l'ai dit1 senti les ailes du taon1 mais ce ne fut point comme dans ,la ,fontaine1 o ,le quadrupde cume et son oeil tincelle2 les lions de l'histoire attaqus n'cumrent ni ne rugirent4 tait-ce de peur d'irriter l'ennemi1 ces lions prudents1 ou le ton du livre en avait-il adouci les coups8 ,,iv ,il serait difficile d'en rendre compte1 du reste4 ,il serait difficile1 pour ne pas dire impossible1 l'analyse de prendre1 pour vous la montrer1 dans le fond de sa main1 toute cette poussire de textes broys par l'auteur de la ,dfense de l'glise sur toutes les questions les plus varies et les moins lies les unes aux autres4 ,sur les saints3 saint ,pierre1 saint ,irne1 saint ,vincent de ,leris1 saint ,boniface2 sur la bibliothque d',alexandrie1 sur la croyance religieuse des seigneurs gallo-romains aux ,i,ve et ,ve sicles1 sur l'glise celtique1 sur la hirarchie ecclsiastique1 sur les rapports de la papaut avec les glises particulires1 italienne septentrionale1 espagnole1 gallicane1 etc41 etc4 ,le grand dfaut1 le seul dfaut1 capital peut-tre1 de l'ouvrage de l'abb ,gorini1 qui l'empchera d'tre lu et got du public1 nous l'avons signal au commencement de ce chapitre3 c'est de n'tre pas un livre ayant son commencement1 son milieu1 sa fin1 son organisme et son art4 ,c'est plutt une suite de dissertations bonnes pour le ,journal des ,savants1 et encore ces dissertations ont une exposition et des formes par trop scolaires4 ,il est trop primitif1 en vrit1 de mettre en capitales1 au haut ou au bas d'une page1 pour la rfuter3 ,opinion de ,guizot1 opinion de ,thierry1 opinion de ,fauriel1 et quand on l'a discute1 cette opinion1 de recommencer avec une autre1 prsente identiquement de la mme manire4 ,on voudrait1 sans tre exigeant1 quelque chose de plus ingnieux dans la transition1--dans la transition tout le style1 disait le svre ,boileau1 qui condamnait ,la ,bruyre6 ,boileau avait trop de rigueur1 mais1 s'il condamnait ,la ,bruyre1 que dirait-il de l'abb ,gorini8 lequel a aussi son langage d'un alina un autre1 et un langage d'une correction pleine de clart o passent et l d'aimables sourires4 ,je ne sais pas ce qu'il dirait1 mais je dis1 moi1 que c'est dommage de n'avoir pas fait descendre avec un peu d'art dans la publicit1 la grande et commune publicit1 une rudition trop concentre entre rudits par la forme mme qu'elle a revtue1 une rudition qui ne ft alle rien moins1 sous une forme plus agrable ou plus habile1 qu' discrditer profondment1 et une fois pour toutes1 l'histoire contemporaine en tout ce qui touche l'glise4 ,l'ouvrage de l'abb ,gorini1 malgr son titre1 est moins un plaidoyer et un jugement aprs plaidoyer sur les choses de l'glise qu'un long mmoire consulter4 ,c'est un livre pour faire d'autres livres2 mais en ,france on n'avance une ide qu'avec des livres qui sont faits4 ,l'ide que l'abb ,gorini tait si apte tablir dans la majorit des ttes par un livre autrement tricot que le sien1 l'ide que l'histoire a t fausse tant de fois et sur tant de questions par les mains rvres de ceux qui l'ont manie avec le plus de puissance1 parerait au mal actuel de son enseignement4 ,et je dis actuel1 car plus tard1 il n'y a point en douter1 la critique de l'abb ,gorini portera ses fruits contre ceux qui l'ont suscite4 ,cette critique1 qui s'en prend aux textes et qui s'est faite aussi fine1 aussi dlie1 aussi imperceptible l'oeil nu ou inattentif que ce tas d'erreurs qui1 pour peu qu'on les voie1 nous aveuglent bien souvent comme la poussire1 cette critique aigu1 suraigu1 mille coups d'aiguille qui percent et dchiquettent force de percer1 l'histoire contemporaine n'en a souffl mot4 ,elle ne s'en est pas plus plainte que l'enfant qui avait le petit renard dans le ventre4 ,il ne disait rien2 mais enfin il l'avait6 ,et elle qui1 comme lui1 en a souffert sans mot dire1 plus tard1--dans l'avenir1 elle en souffrira bien davantage4 ,les travaux de l'abb ,gorini ne s'envoleront pas4 ,s'il n'a pas su les mettre dans un livre que tous pussent lire avec plaisir1 un autre les y mettra4 ,la ,critique reste sur les ruines qu'elle fait1 et c'est un bon endroit pour attendre4 ,personne n'aura donc plus amoindri ou ruin l'histoire de la premire moiti du ,x,i,xe sicle que l'abb ,gorini1 qui rappelle la fronde du berger victorieux1 car c'est un cur de bergers6 ,avec sa pointe d'pingle et son coup d'oeil microscopique1 nul n'aura mieux frapp l'histoire4 ,son honneur1 elle1 aura coul par tous ces petits trous d'aiguille qui n'taient rien1 ce qu'il semblait1 quand elle les recevait1 et on l'en verra puise4 ,seulement1 c'est ce moment-l1 ce moment expiateur1 d'une joie suprme1 que j'aurais voulu avancer6 ,,doublet ,,et ,,taine#bh ,i ,c'est une chose assez rare1 dans ce temps1 qu'un livre spcial de philosophie4 ,la philosophie manque d'interprtes4 ,elle est partout1 circulant dans beaucoup de livres1 comme certains poisons circulent dans le sang2 mais elle ne se formule nulle part dans des oeuvres transcendantes1 non pas seulement de fait mais mme de vise4 ,depuis la mort de ,jouffroy et la publication de l',essai--rest essai--de philosophie par ,lamennais1 on n'a plus vu que quelques livres de morale sans autorit et quelques maigres monographies4 ,d'oeuvres fortes1 aucune4 ,cousin1--qui a nomm l'clectisme1 mais qui ne l'a pas invent1 qui a donn une possession d'tat ce btard de l'optimisme de ,leibnitz1--,cousin ne dit plus rien1 perdu sous les affiquets des grandes dames du ,x,v,i,ie sicle4 ,il est plus que mort1 il est enseveli1 et d'antiques jupons doublent son cercueil4 ,en dehors du saint-simonisme et de la doctrine de ,fourier1 qui furent moins des philosophies que des essais d'institutions sociales1 nous vivons peu prs sur le fond d'ides qui s'est produit de #ahaa #ahbh4 ,nous rongeons toujours cette feuille d'oranger que voil suffisamment dchiquete4 ,nous n'avons pas su la remplacer4 ,la bonne volont de la ,critique d'tendre son examen aux livres de philosophie pure lui est peu prs inutile4 ,il n'y en a pas4 #bh ,histoire de l',intelligence2 ,les ,philosophes franais du ,x,i,xe sicle 7,pays1 #bg juillet #aheg74 ,en voici deux pourtant qui1 exceptionnellement1 nous tombent sous la main et que nous pouvons mettre ensemble4 ,l'un est l',histoire de l',intelligence1--de l'intelligence in se1 comme disent les ,allemands4 ,livre grave1 qui se fronce et se donne un mal terrible pour tre profond2 illisible d'ailleurs1 quand on ne connat pas le chinois de la philosophie moderne1 et qui1 pour cette raison1 mriterait d'tre traduit4 ,l'autre3 ,les ,philosophes franais du ,x,i,xe sicle non y compris l'auteur1 7bien entendu71 est encore1 sous une autre forme1 une histoire de l'intelligence1 mais de l'intelligence en acte1 puisqu'il s'agit des systmes et des plus beaux esprits philosophiques contemporains4 ,quant ce second livre1 il n'a pas le ton du premier4 ,il n'est pas grave4 ,bien au contraire6 ,il veut tre lger1 et il l'est trop4 ,l'auteur1 qui commence par imiter ,fontenelle1 finit1 ma foi6 par se croire ,voltaire4 ,c'est un ricaneur perptuel qui fait joujou des plus grosses questions1 s'imaginant les rouler avec la plus gracieuse facilit du bout de l'ongle long qu'il porte au petit doigt1 ,clitandre de la philosophie6 ,eh bien1 quelle que soit la diffrence de ton de ces deux ouvrages1 ils ont cela de commun qu'ils montrent trs bien1 chacun sa faon1 l'tat actuel de la philosophie et sur quel pauvre grabat d'ides la malheureuse se sent mourir6 ,l',histoire de l',intelligence#bi de ,doublet a t faite suivant une mthode1 et le livre des ,philosophes franais#cj nous donne pour conclusion la sienne1 sans avoir l'air d'y tenir plus qu' tout le reste1 dans ce singulier livre4 ,or1 ces mthodes connues dj1 reprises cent fois en sous-oeuvre depuis ,descartes1--le pre de tous les faiseurs de philosophie solitaires1--ces mthodes retournes1 changes de ct1 modifies1 ici ou l1 par des travaux d'insecte1 mais ternellement les mmes1 c'est--dire partant du moi pour aller au moi par le moi1 donneront-elles enfin la philosophie1 sous la main de ces deux derniers venus1 ,doublet et ,taine1 ce qui lui a manqu jusqu' cette heure3--la vie et la fcondit8 ,doublet et ,taine doivent tre deux jeunes gens4 ,on le sent en lisant leurs livres4 ,mais nous apportent-ils l'un et l'autre une si grande dcouverte que l'un soit juste titre d'une satisfaction si orgueilleusement modeste quand il se regarde1 et l'autre d'une si fringante impertinence quand il regarde ses prdcesseurs et ses matres8444 #bi ,hachette et ,cie4 #cj ,ibid4 ,nous commencerons par ,doublet4 ,nous ne le comparerons pas ,taine2 nous croyons qu'il vaut beaucoup mieux4 ,doublet1 quelque soit son ge d'ailleurs1 est un franc jeune homme en philosophie4 ,il y croit4 ,il peut donc un jour tre dtromp4 ,fatigu d'une treinte si vaine1 il peut un jour prendre dans ses bras autre chose que cette nue et produire une oeuvre vivante4 ,il a de la force1 de la volont1 de la rflexion1 et mme dans des proportions assez viriles2 tandis que ,taine1 esprit frivole1 ne croit absolument rien1 se moque de tout1 et ne changera pas4 ,taine n'est pas seulement un athe de la grande manire3 il l'est de la petite2 il l'est de toutes4 ,c'est l'athe pur4 ,il l'est envers ,dieu et envers les hommes1--n'admettant que lui-mme et sa propre plaisanterie4 ,or1 puisqu'il s'agit de cela1 et pour le dire en passant1 nous ne croyons pas beaucoup aux ravages de la plaisanterie de ,taine4 ,ses ,philosophes franais sont un clat de rire dans l'eau4 ,on n'est pas un serpent pour souffler dans une clef fore6 ,doublet1 lui1 qui ne souffle que de fatigue1 est au moins un esprit de bonne foi et d'acharnement dans la recherche4 ,mcontent 7on le conoit trs bien67 de ne rien comprendre aux philosophies contemporaines1 il est descendu en lui-mme pour y chercher l'affirmation qui ne s'y trouve pas4 ,mais l prcisment a t le mal4 ,il est descendu en lui-mme comme les philosophies contemporaines4 ,il s'est jet dans la psychologie1 le puits de l'abme pour les philosophes3 la cave de ,maine de ,biran1 comme dit ,taine1--et il y est rest4 ,,ii ,jamais on n'a t tent444 et trahi par un plus beau sujet3 l',histoire de l',intelligence4 ,quel titre ptillant d'ambition et d'orgueil6 ,ce que ,bichat a fait pour la vie1 et a mal fait1 il faut bien le dire1 malgr le respect qu'on a pour son gnie1 ,doublet a voulu le faire pour l'intelligence1 et le psychologue1 qui n'tait pas ,bichat1 a eu le mme sort que le grand physiologiste4 ,ni la physiologie1 ni la psychologie1 interroges isolment1 ne peuvent1 en effet1 rpondre ces deux grandes questions3 qu'est-ce que l'intelligence8 qu'est-ce que la vie8 ,sur ce terrain1 il n'y a jamais eu que deux hypothses3 l'hypothse--qui est le fait dominateur--de la tradition et de l'histoire1 ou l'hypothse scientifique et444 chimrique des philosophes4 ,pour le malheur de sa pense1 c'est celle-l que ,doublet a choisie4 ,laissant la ralit humaine1 la socit et l'histoire1 pour observer les premires volutions de son esprit individuel1 ,doublet s'est imagin que l'histoire de l'intelligence tait crite en nous1 dans quelque repli de notre tre1 et il s'est dvou rendre visible ce palimpseste et le dchiffrer4 ,il a donc remu toutes ces ombres et toutes ces poussires qu'on appelle les faits de conscience4 ,il a dcrit avec d'ineffables minuties les voyages de ,gulliver de sa pense1 et il a construit1 comme ,kant1 et mme contre ,kant1 une thorie4 ,cette thorie de la perception1--de l'apprhension de l'ide1--de sa subsumption dans les concepts1 cette thorie1 trs travaille1 trs allemande1 trs subtile1 mais dans le dtail de laquelle nous ne pouvons entrer sans donner une congestion crbrale au lecteur1 se rduirait1 si on la dpouillait de sa logomachie d'cole1 une de ces inutilits logiques qu'un enfant de la ,doctrine chrtienne mpriserait6 ,doublet lui-mme n'est pas si convaincu de la solidit de cette thorie qu'il ne sente le besoin de l'appuyer sur autre chose444 ,et vous douteriez-vous jamais sur quoi il l'appuie8 sur l'ide d'une vie antrieure1 c'est--dire que le voil du coup en pleine mtempsycose comme ,pythagore et ,jean ,reynaud le pythagoricien6 ,honteux d'tre oblig de rtrograder jusque-l1 car il a un bon sens qui se rvolte probablement contre les conclusions de sa philosophie1 l'historien de l',intelligence essaie de s'abriter sous l'opinion 7d'ailleurs rtracte7 de saint ,augustin1 dont le gnie1 comme on le sait1 lev dans les coles1 oscilla plus d'une fois aux souffles de son temps avant de devenir la ferme lumire qui a brill dans le monde catholique1 phare immobile travers les sicles6 ,mais quel que soit1 du reste1 le grand nom dont on abuse en s'en couvrant1 et n'importe qui elle appartienne1 l'ide d'une vie antrieure pour expliquer l'intelligence actuelle de l'homme peut tre un systme1 mais n'est pas1 certes6 une solution4 ,doubler la question n'est pas la rsoudre1 et la ,critique garde le droit de dire au philosophe3 ,vous reculez toujours1 mais quand sauterez-vous8 ,doublet ne sautera pas4 ,nous le prdisons4 ,telle est1 en quelques mots1 cette ,histoire de l',intelligence4 ,tel est le fond de ce livre1 dans lequel un esprit fait pour mieux que cela se remue puissamment dans le vide et finit par mourir1 faute d'air1 comme un robuste oiseau pris sous la machine pneumatique4 ,selon nous1 il n'y avait qu'un moyen d'arriver une solution dans cette question de l'intelligence2 mais ce moyen1 dont un philosophe ne se serait jamais avis1 aurait t de relever intrpidement le lieu commun en face de la philosophie4 ,en place de l'homme individuel1 qui n'arriverait jamais l'intelligence s'il tait seul1 il fallait saisir toute la personne sociale4 ,au lieu de rechercher microscopiquement dans la conscience ou dans la mmoire le fait primitif fondamental1 et qui constitue l'intelligence humaine1 il fallait en prendre le germe mystrieux et complexe et montrer que1 sans la couve du pre et de la mre1 il serait non avenu1 puisqu'il ne se dvelopperait pas6 ,il fallait prouver que la plus haute source de mmoire1 d'intelligence1 de bonne volont1 d'acquisition1 c'est la famille1 l'ducation et le langage4 ,la voix de l'homme est un fait ultra-mondain tranger au cosmos et particulier l'homme1 venant1 nous le voulons bien1 d'une vie antrieure1 mais la condition que cette vie antrieure sera ,dieu4 ,la parole renferme le mystre gnrateur de la pense444 ,in principio erat verbum4 ,c'est donc par une thorie de la parole1 et non par l'analyse de faits de conscience imperceptibles1 que ,doublet devait commencer son histoire4 ,il ne l'a pas fait et nous ne savons pourquoi4 ,le catholicisme l'aurait enlev la philosophie1 et1 comme ,hercule touffait ,ante en l'arrachant la terre1 la religion aurait touff le philosophe dans le ciel6 ,doublet n'en dit pas un mot4 ,il est curieux de voir l'historien de l'intelligence s'abstraire de l'histoire tout en critiquant l'abstraction1 et1 par suite1 ngliger le profond enseignement de la tradition1 qui fait partie de l'homme cependant4 ,oui6 cela est curieux1 car nous n'imaginons pas que1 pour un esprit comme celui de ,doublet1 s'abstraire de l'histoire ce soit la nier4 ,seul1 en effet1 cet enseignement de la tradition1 depuis qu'il existe des philosophies1 a su tout comprendre et tout expliquer4 coutez-le6 ,rien de plus simple et de plus beau4 den est dans les racines de notre tre4 ,l'enfance en est une lueur charmante encore4 ,puis tout s'clipse avec l'apparition de la libert4 ,l'homme tombe2 il perd ,dieu1 la lumire1 l'intelligence4 ,qui peut lui rendre ce ,dieu perdu8444 ,l'ducation1 la pdagogie1 c'est la ncessit d'apprendre l'homme son malheur2 c'est le redressement de l'homme par la peine4 ,malheur ce titan foudroy s'il n'a le fouet6 ,il faut le rompre sa condition et lui enseigner sa chute1 sinon la cration arme l'crasera1 puis le ciel arm2 car ,adam1 le pdagogue et le pre1 rpond pour ses enfants4 ,voil la magnifique donne que ,doublet n'a pas mme aperue dans son ternelle proccupation du moi4 ,timide dans sa conception de la vie comme tous les philosophes1 qu'il accuse justement de pusillanimit1 il s'imagine1--ide vulgaire6--comme tous les philosophes1 que nos puissances se surajoutent les unes aux autres1 quand c'est le contraire qui est vrai4 ,l'homme ne vit ici-bas qu'en s'croulant4 ,nos puissances tombent en poussire mesure que nous avanons dans la vie1 et la vie elle-mme n'est qu'un germe suprieur que nous dcomposons jusqu' la mort4 ,quant aux procds de ,doublet pour apprhender l'ide1 comme il dit1 par exemple l'ide de la ligne et de l'tendue1 ils consistent dans des gnralisations et des abstractions si multiplies1 si difficiles et si incertaines1 qu'avec un pareil systme de recherche ,mathusalem lui-mme serait mort sur la moiti du ba1 be1 bi1 bo1 bu1 et nous ne croyons pas qu'il l'et apprise4 ,philosophie d'cole buissonnire1 bonne pour les paresseux superbes6 ,peu de gens ont le temps de se pencher ainsi sur eux-mmes et d'observer les infiniment petits--les fils de la ,vierge intellectuels--sur lesquels ,doublet concentre apoplectiquement l'effort de son oeil et de son cerveau4 ,dans cette vie1 qui a un but sans doute1 un but important et peut-tre terrible1 puisque c'est le tout de notre destine1 on a moins le temps d'apprendre comment se font les choses que le temps de les faire4 ,qu'on nous laisse passer avec notre ignorance6 la besogne presse4 ,mais ce n'est point le compte des philosophes4 ,l'un veut deviner comme l'oeil voit1 et il se crve un oeil2 l'autre1 comment l'pi devient tel1 et il ne sme pas4 ,au moins le formica-leo prend des insectes ncessaires sa vie en creusant son trou dans le sable1 mais les psychologues1 comme ,doublet1 dans quoi creusent-ils1 et que prennent-ils1 que l'inanit8444 ,,iii ,certes6 quand on touche de pareils rsultats1 quand on lit ce livre laborieux dans le rien o l'abstraction met le monde en poudre1 on comprend que ,taine1 l'auteur des ,philosophes franais du ,x,i,xe sicle1 dise hardiment1 et pour cette fois avec vrit1 que la psychologie est dshonore4 ,elle l'est1 en effet1 et jamais4 ,aprs avoir1 par la main de ,descartes1--ce ,robinson du moi enferm dans son je comme dans une le dserte1 mais sans aucune espce de ,vendredi1--dtrn la scolastique1 qui valait mieux qu'elle1 la psychologie est tombe dans le mpris de la philosophie elle-mme1 et ,taine1 le lettr1 le docteur s lettres et l'lve de l'cole normale1 avec son livre des ,philosophes franais au ,x,i,xe sicle1 tous psychologues au premier chef3 ,laromiguire1 ,royer-,collard1 ,maine de ,biran1 ,cousin1 ,jouffroy1 est le tmoignage le plus frappant et le plus loquent de ce mpris4 ,le livre de ,taine est effectivement1 sous des formes qui veulent tre gaies et amusantes avant tout1 un soufflet bien et dment appliqu sur les deux joues de la philosophie contemporaine4 ,c'est un de ces soufflets semblables ceux que le bourreau donnait parfois sa victime immole6 ,seulement1 comme on ne tue pas avec la batte d',arlequin1 le joyeux bourreau n'a pas tu ici la philosophie1 qui continuera d'aller ses affaires comme ,m4 de ,pourceaugnac avec son soufflet4 ,jamais1 depuis qu'on crit des articles de petits journaux 7c'en est un de #cfb pages que ce livre71 on n'a trait avec un laisser-aller plus irrespectueux1 avec un dtail d'anecdotes plus malhonntes 7sont-elles vraies871 les hommes et les choses que les lettrs de ce pays-ci ont adors depuis quarante ans4 ,taine a parfaitement appris1 l'cole d'o il est sorti1 le dfaut de l'armure de ses matres1 la vacuit de leurs systmes1 le vice de leur enseignement et les grimaces de leurs prtentions4 ,il sait tout cela comme un de nous1 et nous ne lui reprochons ni de le savoir ni de le dire4 ,dans la splendeur anime du monde catholique1 o nous assistons la vie1 les philosophes nous semblent des ombres chinoises1 des marionnettes noires qui s'agitent sur une toile blanche tamise de lumire1 et cela nous cause je ne sais quel frmissement de plaisir de les voir se livrer aux affreux amusements de la discorde et se briser des meubles sur leur majestueux angle facial4 ,ils se font ainsi justice eux-mmes4 ,et d'ailleurs1 avant tout1 mme avant les convenances et les respects d'cole1 la vrit6 ,mais ce que nous ne pouvons nous empcher de blmer dans le livre de ,taine1 c'est le manque absolu de srieux et le scepticisme de ton1 qui invalide la critique que l'on fait2 c'est surtout une perversit de doctrines pire que celle des philosophies dont il se moque en les exposant4 ,taine est un homme du ,x,v,i,i,ie sicle4 ,il l'est par l'expression et par le fond des choses1 et1 comme il est tel dans le ,x,i,xe sicle1 il est trs au-dessous1 en ralit1 des hommes du ,x,v,i,i,ie sicle1 car l'erreur change d'poque ressemble un monstre dterr4 ,elle est plus laide qu'elle n'tait du temps de sa vie4 ,si on appliquait l'auteur des ,philosophes franais un des procds de son livre1 qui consiste changer un homme de place1-- faire natre ,cousin1 par exemple1 en #afdj et le mtamorphoser en abb1 en thologien et en successeur de ,bossuet1 espce de truc l'aide duquel il est facile de rencontrer des analogies d'imagination assez drlettes1--nous dirions1 nous1 que ,taine fut un ami de ,la ,mettrie et qu'il a soup chez d',holbach1 trs hardi quand les domestiques taient partis4 ,il a la prudence des serpents d'alors1 qui taient fort plats2 il ne dduit pas longtemps ses ides1 il les ombrage quand elles deviennent trop claires et les brise dans cette plaisanterie qui est une ressource2 mais on n'en voit pas moins passer la lueur4 ,ces petites prcautions ne tromperont personne4 ,taine distingue profondment la science1 cet objet d'ternelle recherche1 de la morale1 de la religion1 du gouvernement4 ,la science1 dit-il1 ne s'occupe que de rechercher les faits et de les dcrire analytiquement4 ,or1 comme il estime que la science doit faire1 dans un temps donn1 les destines du genre humain1 il se trouve que la religion et la morale1 qui ne sont pas la vrit scientifique et sur lesquelles les philosophes ont pris l'avance1 s'en iront un jour avec les vieilles lunes4 ,telle est la foi et l'esprance de ,taine4 ,s'il y avait quelque chose qui ressemblt du respect dans sa pense1 ce serait pour ,condillac et pour ,voltaire4 ,ses livres de chevet doivent tre la ,langue des calculs et ,candide4 ,candide pour lui1 son livre de couchette1--et la ,langue des calculs pour les badauds et quand quelqu'un monte l'escalier4 ,chose naturelle6 ,la philosophie qu'il galonne le moins de ses pigrammes est celle de ,laromiguire1 parce qu'elle se rapproche le plus de la philosophie du ,x,v,i,i,ie sicle4 ,son ,dieu1--le plus grand psychologue de ce temps1 dit-il1--c'est ,henri ,beyle 7,stendhal72 ,henri ,beyle1 un esprit puissant1 c'est incontestable1 mais d'un matrialisme presque crapuleux4 ,il faut bien le dire1 c'est le matrialisme aussi qu'exhale le livre de ,taine4 ,il n'y est pas formul1 mais il y est2 et sous les fleurs de la rhtorique et les roses pines de la plaisanterie1 sous les fadeurs et les fadaises de ce vieux pastel effac1 on sent l'infecte solfatare444 ,quant au talent1 un talent littraire qui anime tout cela1 il n'est pas norme4 ,il consiste dans le programme assez bien tudi de la philosophie l'cole normale et dans cette fausse lgance qui joue au dandy sur des sujets qui ne comportent pas le dandysme4 ,un jour1 ,cousin1 en verve de pdagogie1 s'criait1 avec la solennit thtrale et l'emphase de voix et de geste qui font de lui le plus grand comique involontaire qu'on ait vu3 ,surtout1 mon cher ,labitte1 n'oublions jamais que nous sommes des cuistres4 ,mais ,taine1 qui n'a pas l'esprit de son tat1 veut1 lui1 toute force1 le faire oublier4 ,c'est l',alfred de ,musset de la philosophie railleuse1--moins l'aristocratie naturelle du pote4 ,les cigarettes de ,taine se fumeraient beaucoup moins longtemps4 ,quand on l'a lu1 on est impatient d'une atmosphre plus saine et plus pure4 ,on est impatient de sortir de la science telle qu'il nous la montre dans ce profil perdu1 mais qui fait trembler1 et de rentrer dans la famille1 dans l'ordre1 dans l'histoire1 toutes choses ignores du bourgeois clibataire1 jongleur et parisien1 lequel cherche rechercher un objet de recherche d'un got recherch2 car voil toute la philosophie de ,taine4 ,misrables hypoges philosophiques6 ,l'esprit solitaire y a froid1 malgr le rire qu'on affecte d'y faire entendre4 ,dj1 propos d'un premier livre sur ,la ,fontaine1 nous avons conseill ,taine1 dans l'intrt de son esprit et de sa renomme1 de retourner cette traduction de ,shakespeare dont il nous a donn un jour de si beaux fragments4 ,aprs avoir lu les ,philosophes franais1 nous l'avertissons qu'il est plus pressant que jamais de retourner au vieux ,shakespeare4 ,mais nous coutera-t-il1 et faudra-t-il donc l'y conduire1 comme ces jeunes filles qui ne veulent pas chanter par obstination de modestie et que l'on conduit au piano8444 ,,pascal#ca ,i ,les ,penses de ,pascal et l'tude littraire d',ernest ,havet#cb ne sont point une publication nouvelle4 ,elles datent de #aheb4 ,a cette poque1 les travaux sur ,pascal de ,cousin1 ,sainte-,beuve1 ,nisard1 ,vinet1 etc41 etc41 avaient clat1 et1 sans prtendre les rsumer1 cette publication les treignit tous1 comme ides1 en un bloc consistant et trs ferme1 pour le compte d'une dition spciale1 faite avec soin sur les textes confronts1 et le rtablissement du sens de ,pascal1 si longtemps obscurci et mutil4 ,quoique pleine de choses connues dj1 l'tude d',ernest ,havet ne fut pas cependant uniquement la concentration nergique et habile de ce qui avait t dit prcdemment dans le courant de cette moiti de sicle4 ,havet se permit d'avoir aussi son opinion sur ,pascal4 ,il se permit d'avoir de la pntration souvent1--plus souvent de la solidit4 ,j'oserai mme dire que1 dans l'tat actuel de la pense du ,x,i,xe sicle sur ,pascal1 personne n'est encore all plus avant qu',havet dans ce clair-obscur tonnant--plus tonnant que celui de ,rembrandt--qui s'appelle l'me et le gnie de ,pascal4 ,en vivant longtemps dans l'tude de ce grand esprit1 ,havet a fait amiti1 je ne dirai pas avec ces tnbres1--comme disait ,augustin ,thierry de sa ccit1--mais avec cette profondeur agite1 et1 s'il n'a pas toujours dcouvert ce qu'il nous y montre1 il a parfois ajout ce qui dj y avait t dcouvert4 ,qu'elles appartinssent donc lui ou d'autres1 les opinions qui donnent la vie son tude sur ,pascal1 et qui n'ont t jusqu'ici dpasses par aucune vue nouvelle1 mritaient l'attention d'une critique qui a bien le droit de se demander si ce sont l les derniers mots qu'on puisse dire sur ,pascal1 et s'il y aura mme jamais un dernier mot dire sur cet homme qui fait l'effet d'un infini lui seul6 #ca ,les ,penses de ,pascal1 prcdes d'une tude littraire1 par ,ernest ,havet 7,pays1 #e juin #ahfj74 #cb ,dezobry et ,magdeleine4 ,pascal1 en effet1 a t plus retrouv1 plus restaur1 plus racont que jug de ce jugement dfinitif et suprme qui donne la raison suffisante d'un homme2 il a produit plus d'tonnement que d'admiration encore1 et presque plus de frayeur que d'tonnement4 ,les critiques classification et catgories1 les nomenclateurs qui croient aux familles d'esprits1 ont t compltement drouts par ce grand ,singulier1 sceptique et dvot1 gomtre et pote1 l'ordre et le dsordre1 qui se bat contre sa tte avec son coeur4 ,ils n'ont rien compris1 ou du moins ont compris peu de chose ce solitaire1 plus solitaire que tous les solitaires de ,port-,royal dont il faisait partie1 car jamais la rgle et la communaut de doctrine et de foi n'empchrent qu'il ne ft seul1 ternellement seul1 sur la montagne de son esprit4 ,hlas6 il y resta jusqu' son dernier jour1 tent comme le ,sauveur ,jsus1 aussi sur la montagne2 et son tentateur1 lui1 fut son propre gnie1 affam de ce que les sciences de la terre n'ont jamais donn3 la certitude6 ,on l'a si peu compris que les uns le traitrent comme un philosophe aberrant et lui firent la petite leon philosophique2 les autres comme un chrtien trbuchant dans le jansnisme et lui firent la petite leon religieuse1 quand il et mieux valu montrer les causes si particulires et presque organiques de ce jansnisme de ,pascal4 ,en somme1 tout cela fut assez pitoyable4 ,chacun1 avec son petit lumignon1 ne montrait1 en tournant alentour1 qu'un point isol du sphinx norme qui1 du fond de l'ombre o il tait aux trois quarts plong1 semblait dfier tous ces porteurs de bobche6 ,nulle lumire1 en effet1 ne s'tait coule autour de lui pour l'embrasser dans la beaut entire de sa forme trange1 et ne le simplifiait en nous l'clairant dans son irrductible unit et malgr ces incohrences de surface1 cet homme1 cet tre plutt que cet homme1 qui fut encore autre chose qu'un grand gomtre1 un grand sceptique1 un grand dvot6 ,mais quoi8444 ,c'est ce qu'il fallait dire1 et c'est l ce qu'on n'a point dit4 ,eh bien1 pour notre compte et dans la mesure de nos forces1 c'est ce que nous voulons essayer de dire aujourd'hui6 ,nous ne voulons imiter personne3 ni ,voltaire1 dont les ,remarques sur ,pascal ne sont qu'un verre d'eau claire dans lequel il y a de petites raisons qui ressemblent des animalcules2 ni ,cousin1 ce cartsien constitutionnel pour qui #ahbh dure toujours1 et qui1 propos de ,pascal1 bon ,dieu6 tablit le plus grotesque des rapports entre le scepticisme philosophique et l'opposition politique qui n'est pas constitutionnelle2 ni mme ,sainte-,beuve1 meilleur imiter cependant1 car du moins celui-l est humain sous sa littrature et recherche les influences de la vie dans les rvlations de la pense4 ,pour nous1 l n'est point la question4 ,pour nous1 il s'agira bien moins ici des oeuvres de ,pascal et de sa valeur comparative ou absolue que de son entit1 que de ce qui le fait ,pascal1--ce prodige ou ce monstre1 comme on voudra1 mais1 quel que soit le mot qu'on choisisse1 la crature d'exception jusqu' lui inconnue qui s'appelle ,pascal1 et mme ,blaise ,pascal6 ,blaise1 un nom de niais1 accol par le hasard1 le roi des insolents et des ironiques1 cet autre nom de ,pascal que la gloire devait faire un jour tellement resplendir6 ,,ii ,ainsi1 nous prions instamment qu'on ne l'oublie pas6 nous n'avons point prendre la hauteur intellectuelle de ,pascal4 ,nous voulons seulement indiquer quelle fut sa vraie ralit1--qu'on nous passe le mot6 quoiqu'il ait l'air d'un plonasme4 ,d'ailleurs1 quand on regarde la lettre mme de ses oeuvres1 ,pascal n'est pas si grand qu'on l'a cru pour une ,critique qui n'est pas gte par cette admiration traditionnelle que lui1 le plus fier de tous les gnies1 mprisait4 ,comme mathmaticien1 en effet1 il fut pour les mthodes anciennes contre les mthodes nouvelles1 dont il mconnut la porte1 ce qui lui mrita peut-tre que ,voltaire le mt1 comme gomtre1 trs au dessous de ,condorcet4 ,comme crivain1 oprant sur une langue qu'il n'inventa pas1 quoiqu'on l'ait dit1 car nous avons un si effroyable besoin de flatter que nous finissons par flatter la gloire1 il imita ,montaigne1 et l'imitateur ne fit pas oublier l'imit4 ,sans ,montaigne1 et sans un sentiment dont nous allons parler tout l'heure1 ,pascal n'aurait jamais t que l'crivain des ,provinciales1 ce chef-d'oeuvre qui ne serait pas si grand si les ,jsuites taient moins grands et moins has1 les ,provinciales1 o le comique de cet immense ,triste1 qui veut plaisanter1 consiste dans une ironie rpte dix-huit fois en dix-huit lettres1 et dans cet heureux emploi de la formule3 mon rvrend pre1 qui--puisqu'on parlait un jsuite--n'tait pas extrmement difficile trouver4 ,mais1 encore une fois1 ,pascal1 l'immortel phnomne1 n'est pas l4 ,avant de dire ce qu'est un homme1 il faut bien dire ce qu'il n'est pas4 ,le ,pascal profond n'est pas plus dans son initiative scientifique que dans l'originalit de sa langue littraire4 ,ce n'est point l qu'il faut chercher la caractristique1 l'lment gnrateur de son gnie4 ,ce qui distingue ,pascal1 ce n'est pas la force de sa raison1 car souvent il voit faux2 ce n'est pas non plus la puret de sa foi1 car souvent elle est trouble4 ,un pas de plus du ct o il marche1 c'est dans l'hrsie qu'il tomberait4 ,non6 ce qui le cre ,pascal1 ce qui lui fait1 par l'accent seul1 une langue lui travers celle de ,montaigne1 dont il a les tours et dont il s'assimile les qualits2 ce qui lui donne une originalit incomparable entre tous les esprits originaux de toutes les littratures1 et le fait aller si loin dans l'originalit que parfois il rase l'abme de la folie et donne le vertige1 c'est un sentiment1--un sentiment unique1 un sentiment assez gnralement mpris par le superficiel orgueil des hommes1--et ce sentiment1 c'est la peur6 ,mais tout ce qui est intense est magnifique dans ce monde sans nergie1 et1 d'ailleurs1 la peur1 ce n'est pas la lchet6 ,quel est le lche qui n'a jamais eu peur8444 disait ,ney1 le brave des braves4 ,la peur de ,pascal tait digne de son me et de son esprit4 ,elle pouvait exister sans honte1 car c'tait la peur du seul tre avec lequel on puisse bien n'tre pas brave3 c'tait la peur de ,dieu6 ,je n'ai point examiner si cette peur1 qui tait pour l'me immatrielle de ,pascal ce que serait une hypertrophie pour nos coeurs de chair1 tait lgitime ou exagre1 mauvaise ou salutaire2 si elle avait le droit philosophique ou religieux d'exister2 ou si elle n'tait pas plutt un manque d'quilibre et un garement dans des facults toutes puissantes4 ,je me contente de la constater1 car elle me suffit pour expliquer le ,pascal sans gal1 le ,pascal des ,penses4 ,cette sublimit qu'on rencontre en ces quelques pages inacheves1 et qui n'ont aucun modle quant l'inspiration qui les anime1 cette sublimit qui n'existait plus depuis les effarements de quelques prophtes1 je la trouve en ,pascal dans la peur de ,dieu et de sa justice1 la plus grande peur de la plus grande chose qui pt exister dans la plus grande me3 l'me de ,pascal1 que j'appelais plus haut3 elle seule tout un infini6 ,et il fallait qu'elle ft grande1 en effet1 cette me1 pour tre plus forte que l'esprit dont elle tait accompagne2 car1 cet esprit1 elle l'a vaincu1 elle l'a emport hors de la science et hors du monde1 comme un lion emporte un enfant6 ,l1 dans le dsert1 le saint dsert1 comme disaient ces anachortes1 la terrible lionne l'a foul aux pieds1 dchir1 dchiquet1 et elle a rpandu autour d'elle ses lambeaux saignants avec une fureur de mpris dont vous pouvez juger encore2 car ces lambeaux1 ce sont les ,penses de ,pascal6 ,dbris grandioses1 auxquels les articulations manquent2 mais quel prodigieux organisme ne font-ils pas supposer8 ,l'ivresse de la terreur1 d'une terreur sans bornes1 a pu seule donner l'me d'un homme la force de briser un esprit pareil2 car l'me et l'esprit sont adquats chez ,pascal4 ,c'est mme la raison1 par parenthse1 qui m'a toujours empch de croire qu'et-il vcu plus longtemps1 et n'et-il pas eu dans le coeur le nant de tout qui empche de rien achever1 ,pascal et pu lever la religion le monument que l'on regrette4 ,non que l'ordonnance d'un beau livre ne ft dans les puissances de ce grand esprit de dduction et de gomtrie1 mais la peur fait trembler la main et drange les combinaisons de l'artiste1 tandis que la terreur1 tout le temps qu'elle ne vous glace pas1 fait pousser le cri pathtique4 ,et le cri pathtique1 chez l'crivain1 c'est l'expression2 ce n'est plus l'art1 c'est le gnie6 ,,iii ,le gnie donc1 mais le gnie de l'expression et du sentiment1 voil la supriorit nette 7reina netta67 de ,pascal4 ,quelque pntrant qu'il soit1 il est plus pntr1 il est plus loquent encore4 ,dans ce livre qui saigne1 ce n'est pas la pense qui domine1 c'est le pathtique4 ,la pense qui circule dans ces ,penses est bientt dite1 et c'est toujours la mme pense3 ,rien de certain1 rien qui se dmontre1 la philosophie radicalement impuissante1 la raison sotte1 ,dieu donc est ,dieu1 c'est--dire ,jsus-,christ1--tel est le fond4 ,mais la forme1--et plus que la forme1 car1 au point de vue extrieur1 cette forme1 c'est ,montaigne3 ,montaigne1 c'est l'corce du style de ,pascal2 mais l'me inoue qui circule dans tout cela1 qui passe travers ce fond de si peu d'invention et cette forme de tant de mmoire1 voil le ,pascal en propre1 voil l'originalit qu'on n'avait pas vue et qu'on ne reverra peut-tre jamais6 ,quoiqu'il y ait l de bien grandes images qui frappent le front1 les yeux et l'esprit comme une main1 ce qui est plus beau que l'image encore1--l'image1 d'un physique si puissant6--c'est l'accent1 l'intime accent4 ,jamais il n'en fut de plus tragique1 de plus amer1 de plus angoiss1 de plus mprisant1 quand1 du pied de la croix1 cette grande me qui souffre la passion de la raison humaine se retourne vers le monde1 et aussi de plus humble quand1 du monde1 au contraire1 elle se retourne vers la croix6 ,telle est la beaut des ,penses4 ,ce n'est pas la partie des ,penses qui veut fonder1 qui essaie de construire1 qui raisonne enfin1 qui est la plus sublime en ,pascal3 c'est la partie qui tremble1 crie et doute1 a horreur de douter1 doute encore1 et s'pouvante de son doute vis--vis de la seule clart qu'il y ait pour elle1 l'pouvantable clart de ,dieu6 ,effrayant gnie que ,pascal6 a dit ,chateaubriand4 ,ah6 il et d dire effray6 car l'effroi qu'il ressent est encore plus terrible que celui qu'il cause4 ,c'est l'pouvante jusqu' la posie de l'pouvante4 ,oui6 sous les lignes brises de ce grand dessin gomtrique qu'on aperoit encore en ces ,penses1 comme le plan interrompu d'une ,pomp quelconque aprs le tremblement de terre qui l'a engloutie1 il y a une posie1 une posie qu'on ne connaissait pas avant ,pascal1 dans son sicle rgl et tir quatre pingles3 la posie du dsespoir1 de la foi par dsespoir1 de l'amour de ,dieu par dsespoir6 une posie faire plir celle de ce ,byron qui viendra un sicle plus tard et de ce ,shakespeare qui est venu un sicle plus tt4 ,pascal1 en effet1 c'est le ,hamlet du catholicisme1 un ,hamlet plus mle et plus sombre que le beau damoysel de ,shakespeare4 ,mais c'est tout la fois le pome et le pote6 ,c'est un ,hamlet mort trente ans passs1 qui n'eut pas d',ophlie1 qui cause aussi1 et dans quelle langue1 grand ,dieu6 avec la tte de mort que les solitaires mettent auprs de leur crucifix1 et qui1 s'il se rejette1 comme l'autre ,hamlet1 en arrire1 devant le trou de la tombe1 c'est qu'au fond il voit l'enfer1 que l'autre ,hamlet n'y voyait pas6 ,ainsi1 c'est un pote1 en dfinitive1 que ,pascal4 ,c'est le pote de la peur1 qui a crit ce grand mot caractristique de son me3 ,le silence des astres m'pouvante6 ,c'est un pote1 qui a dvor1 dans sa flamme1 le gomtre1 le philosophe et mme le sceptique qui tait en lui1 et de cette cendre il a fait jaillir sa posie4 ,posie nave s'il en fut1 celle-l1 car elle ne se sait pas posie1 et quand elle le saurait1 elle ne s'en soucierait pas4 ,chose prodigieuse6 dans une doctrine qui touche par un seul point celle de ,calvin1 mais qui y touche1 ,pascal a su tre un grand pote4 ,or1 le calvinisme teint tout1 except l'enfer4 ,c'est la seule orthodoxie qu'il ait garde4 ,eh bien1 l'enfer a t la source de la formidable posie de ,pascal6 ,c'est par le sentiment1 mme quand il est inexprim1 de cette posie terrible1 plus que par sa roulette1 plus que par un pamphlet toujours populaire1 plus que par tout ce qu'il a fait jamais1 qu'il est rest le dominateur des esprits et mme de ceux qui lui sont rebelles2 car on a rpondu1 bien ou mal1 toutes ses raisons1 et malgr l'accablante expression de son gnie l'intelligence humaine n'est pas vaincue1 mais ses sentiments emportent tout1 et ceux-l qu'il n'a pu convaincre de ce qu'il croit il les a emports par la beaut de ce qu'il crit1 et ils conviennent qu'ils sont emports6 ,qui sait1 du reste8 peut-tre n'y a-t-il pas d'autre manire de mettre les pieds sur ces deux rvolts tenaces3 le coeur de l'homme et son esprit6 ,,iv ,et c'est aussi par l qu'il vivra toujours1 le ,pascal des ,penses4 ,rien n'est plus immortel qu'un pote1 que la grandeur de sentiment qui fait les potes et les hros2 car les hros sont aussi des potes1 les potes de l'action6 ,les sciences vieillissent1 bonnes femmes qui radotent en nous parlant de leur ternelle jeunesse4 ,les philosophies se succdent4 ,je ne veux pas dire que ,descartes ne soit plus2 mais il est bien chang3 on en a fait un universitaire4 ,quel aplatissement6 ,s'il revenait au monde1 il se trouverait un peu verdi dans la mirette de ,cousin4 ,aprs ,kant1 d'ailleurs1 aprs ,schelling1 aprs ,hegel1 il faut convenir que1 mme sans ,cousin1 l'homme du cogito serait un peu terni4 ,mais ,pascal1 lui1 le ,pascal des ,penses1 n'a pas1 comme on dit1 pris un jour4 ,toute une arme de gomtres a pass pourtant sur le gomtre du ,x,v,i,ie sicle1 et plant plus loin que la place o il tait tomb l'tendard de la dcouverte4 ,le jansnisme s'en est all en fume avec les autres poussires d'un sicle croul1 et jusqu'en ce beau livre des ,penses il s'est trouv de vastes places qui maintenant font trou dans le reste1 comme dans un tableau caill4 ,la foi religieuse a pli4 ,la croyance au surnaturel1 qui tait le seul naturel pour ,pascal1 a diminu dans les esprits1 retourns vers l'en-bas des choses4 ,il y a donc tout un ,pascal de mort dans ,pascal4 ,mais il y en a un autre qui ne mourra pas1 c'est le pote des ,penses6 c'est le pote qui est par-dessous tous ces raisonnements1 tous ces doutes1 toute cette syllogistique dsespre1 toute cette algbre de feu qui cherche l'inconnue et ne la trouve jamais1 et qui1 comme un phnix effray1 aveugl par les cendres du bcher o il s'est consum lui-mme1 se sauve tout coup dans le ciel6 ,du reste1 on l'a trait en pote1 allez6 ,le ,x,v,i,i,ie sicle1 qui avait bien ses raisons pour ne pas aimer la posie1 l'a assez insolemment tois du bas de sa prose1 de sa raison et de sa froideur6 ,un jsuite l'avait appel athe1 ce ,pascal qui tue l'intelligence sous ,dieu4 ,des philosophes l'appelrent visionnaire4 ,ils en firent un malade et ils inventrent mme une petite lgende d'abme qu'il voyait incessamment ouvert ses pieds1 et cette lgende1 qui rapetissait ,pascal1 a eu crdit longtemps1 et c'est un pote1 c'est ,sainte-,beuve1 qui1 impatient1 l'a mise la fin en pices l'autre jour6 ,poltron qui avait peur du diable6 ,voil comme on traduisait cette terreur sainte du ,dieu irrit et jaloux1 qui fconda ,pascal et en fit un pote incomprhensible aux pousseurs d'alexandrins de tragdie4 ,voltaire1 ,voltaire qui se croyait1 avec raison1 plus philosophe que pote1 eut les pitis les plus impertinentes pour ,pascal4 ,dans ces ,remarques1 dont j'ai parl1 et dans lesquelles il fait tour tour le joli coeur et le ,tartufe3 ,ne mettons point--dit-il d'un ton protecteur--de capuchon ,archimde444 tes-vous fou1 mon grand homme8 lui dit-il encore en se dboutonnant1 familier et maraud4 ,s'il l'tait1 c'tait de cette folie dont il faut avoir trois quarts avec un seul quart de raison pour tre un homme de gnie1 disait ,royer-,collard1 et cette folie-l1 avec ses trois quarts de raison1 ,voltaire ne l'avait pas6 ,devant la postrit1 et cette partie de la postrit qui aime les grands potes1 ,voltaire n'aura jamais l'honneur d'avoir t1 en toute sa vie1 une seule minute fou comme ,pascal6 ,,auguste ,,martin#cc ,i ,de ,pascal ,auguste ,martin1 quelle cascade6 ,auguste ,martin est l'auteur d'une ,histoire de la ,morale#cd1 et si ,pascal est le pote de l'pouvante1 ,martin est le philosophe de la scurit4 ,mon ,dieu1 oui6 l',histoire de la ,morale6 ,voil le sujet qu'aborde ,martin1--auteur de plusieurs ouvrages1 comme il dit sur la couverture de son livre4 ,les religions1 les gouvernements1 les ordres religieux1 les grands hommes et mme les grands sclrats1 ont eu leur histoire4 ,seule1 la morale1 cette chose part des religions et qu'on est pri instamment de ne pas confondre avec elles1 seule1 la morale n'avait pas la sienne4 ,ces tourdis d'hommes n'y avaient pas pens6 #cc ,histoire de la ,morale1 par ,louis-,auguste ,martin1 auteur de plusieurs ouvrages 7sic7 7,pays1 #aa octobre #ahei74 #cd ,bestel4 ,elle avait bien ses philosophes4 ,jules ,simon1 avec son ,devoir1 sa ,libert et sa ,conscience1 tait un des philosophes actuels et prsentement des plus compts de cette morale par elle-mme1 de cet indpendant quelque chose qui s'appelle la morale1 sans ,dieu et sans sanction6 ,mais d'historien1 aucun encore1 quand ,martin1 qui depuis quinze ans poursuit la morale chez tous les peuples de la terre1 comme ,villemain1 dont nous parlerons quand nous parlerons des critiques1 y poursuit la posie lyrique1 ,martin a pris possession de ce grand sujet dans un premier volume1 prcurseur de beaucoup d'autres444 ,louis-,auguste ,martin1 comme il s'appelle lui-mme4 ,ne dirait-on pas un vque8444 ,vous allez voir que ce n'en est pas un4 ,l',histoire de la ,morale commence par la morale de la ,chine4 ,le livre que nous annonons a mme pour sous-titre3 ,premire partie3--de la ,morale chez les ,chinois4 ,ce commencement nous plat4 ,c'est une bonne ouverture1 et nous en faisons sincrement notre compliment l'auteur4 ,en tant qu'on se proccupe de la morale par elle-mme1 il faut la prendre o elle brille le mieux1 o elle a son caractre le plus saillant et le plus incontestable1 l enfin o elle a le plus rgn sans s'appuyer sur cette robuste et grossire paule des religions dont elle n'a plus besoin pour aller toute seule prsent444 ,or1 qui ne le sait8 ,ce pays-l n'est-il pas1 n'a-t-il pas toujours t la ,chine8 ,la ,chine a bien vu par-ci par-l quelques vestiges de ces invitables religions1 branches casses et disperses du candlabre primitivement allum et qui brlent encore dans les diverses poussires o les porta une tempte qui ne les teignit pas4 ,la ,chine1 nonobstant1 est de tous les pays du globe celui-l o la philosophie et la science1 et par consquent la morale1 leur fille strile1 ont le plus pitin ces dbris de flambeaux renverss4 ,les bonzes de la ,chine1 les bonzes1 qui sont les calotins de l'endroit1 ont t effacs par messieurs les mandarins1 qui en sont les littrateurs et les philosophes4 ,martin a donc agi avec une vigueur de procd qui l'honore en retraant d'abord1 et avant toutes les autres nations1 la ,chine et l'influence qu'y exerce la morale pour montrer que la morale est quelque chose en soi1 car elle y est tout1 et aprs l'avoir montr ,louis-,auguste ,martin1 l'auteur de plusieurs ouvrages1 pourra se dispenser d'en faire un de plus6 ,,ii ,et il n'y a point ici de confusion4 ,la morale qu'adore ,martin et dont il entreprend l'histoire est bien la morale telle qu'on l'entend en ,chine1 cette morale athe qui charma1 quand il la dcouvrit1 tout le ,x,v,i,i,ie sicle1 qui se connaissait cette morale-l4 ,c'est cette morale1 enfin1 que certains esprits du ,x,i,xe sicle professent encore aujourd'hui1 en prenant la peine de la dtacher adroitement de toute philosophie comme elle tait dj dtache de toute religion4 ,or c'est prcisment ce dtachement1 cet isolement de tout systme de philosophie1 qui fait le danger de cette morale1 crite seulement dans nos coeurs1 et peu importe par quelle main6 ,l'homme n'est pip que par les ides les plus simples4 ,tout systme de philosophie a des complications qui n'entrent pas facilement dans d'esprit de l'homme1 ou des parties tellement ridicules 7voyez comme exemple seulement les monades du grand et sage ,leibnitz67 que1 dcemment1 il ne peut les admettre sans tre lui-mme un philosophe1 apte avaler tout en fait d'normits4 ,mais ce moralisme faux qui ne se rclame pas d'une thodice1--une thodice1 c'est de la thologie philosophique1--ce moralisme facile comprendre1 lav et bross de tout mysticisme1 brillant et transparent comme le vide1 qui prtend n'tre rien de plus que la constatation d'un pur fait de conscience1 et comment ne pas admettre un fait8 ce moralisme positif et bon garon est la plus dangereuse erreur qu'il y ait pour le commun des hommes1 parce qu'elle est de niveau avec eux et qu'elle entre1 sans avoir mme lever le pied1 dans la majorit des esprits4 ,eh bien1 c'est ce moralisme que professe aujourd'hui ,martin1 comme ,jules ,simon et tant d'autres6 ,et encore je crois que ,martin1 avec son air pos et doux 7je ne dirai pas son air de colombe1 mais de bon gros pigeon pattu et pas trop rengorg dans son jabot dormant71 est plus rsolu et tranche plus net que ,jules ,simon1 lequel me fait l'effet d'tre bien empt encore de disme et de traner aprs lui quelque chose de ce pot au noir de fume4 ,martin1 lui1 est parfaitement et tranquillement et sereinement athe1 comme un mandarin quarante boutons4 ,dans l'avant-propos de son livre il a dfini1 comme il le devait1 du reste1 cette morale dont il a rsolu d'crire l'histoire4 ,il nous a donn un petit systme qui marche sur les trois roulettes que voici3 les devoirs de l'homme envers lui-mme d'abord 7 tout seigneur tout honneur671 d'o la sagesse1--les devoirs de l'homme envers la socit1 d'o l'amour1--et les devoirs de la socit envers chacun de ses membres1 d'o le droit4 ,est-ce net8 ,est-ce peu compliqu8 ,est-ce roulant8444 ,une si jolie petite mcanique enfile l'esprit comme une petite voiture enfile une alle de jardin6 ,de ,dieu1 pas un mot4 ,des devoirs envers ,dieu1 pas l'ombre4 ,allons donc6 pour qui nous prenez-vous8444 ,le nom mme de ,dieu1 ce diable de vieux mot qui embarbouille l'esprit et nuit sa clart suprme1 ,louis-,auguste ,martin ne l'a pas mme crit par distraction une seule fois4 ,louis-,auguste ,martin n'est pas un distrait4 ,il est son affaire1 et son affaire1 c'est l'homme1 la sagesse de l'homme1 l'amour de l'homme1 le droit de l'homme6 ,j'ai vu souvent de l'individualisme4 ,je n'en ai jamais vu d'aussi naf et d'aussi gros dans sa navet4 ,en vertu de toutes les raisons qu'il vient d'exposer1 ,martin demande pour l'homme une plus grande libert1 moins de pnalit1 et1 comme tous ces messieurs les philanthropes humanitaires1 un petit paradis sur la terre4 ,nous connaissons cette ancienne guitare4 ,on nous la rcle depuis assez longtemps6 ,tel est le systme de ,louis-,auguste ,martin1 l'auteur de plusieurs ouvrages que je n'ai pas lus1 que je n'ai pas besoin de lire1 celui-ci me suffisant pour juger l'homme1 qui doit tre1 j'en suis sr1 de la plus profonde unit4 ,tel est le systme la lueur duquel l'historien va jeter ses regards sur la ,chine4 ,moraliste1 il est vrai1 dont la morale a cela de suprieur1 selon lui1--et d'infrieur1 selon nous1-- la morale chinoise1 qu'il n'aime point le bambou1 et que la ,chine a toujours jou de ce gracieux bton noeuds avec l'alacrit1 la vigueur et la prestesse d'un btonniste4 ,mme le suave ,confucius ou ,khoung-,tseu1 si cher ,pauthier1 dont ,martin emprunte la traduction1 se servait du bton avec avantage1 car1 un jour1 trouvant son meilleur ami d'enfance vieux et assis l'orientale sur ses talons au bord d'un chemin3 ,qui1 vieux1 ne sait pas mourir1 ne vaut rien1 dit l'aimable sage1 et il frappa en perfection le trop vivant bonhomme1 tant la ,chine1 jusque par la main de ses sages1 a l'habitude de badiner avec le bambou6 ,il y a dans ce badinage1 il est vrai1 aux yeux du trs srieux ,louis-,auguste ,martin1 quelque chose de trs offensant pour le droit humain1 et c'est l le grand reproche qu'il ait faire la ,chine2 mais1 enfin1 il n'en dit pas moins1 fier pour elle comme s'il tait lui-mme un ,chinois3 ,ce qui caractrise la civilisation en ,chine1 c'est la morale4 ,c'est ce qui la distingue des autres civilisations444 ,chez aucun autre peuple on ne trouve aussi compltement formules les ternelles lois du beau1 du vrai et du juste1 inscrites dans la conscience de l'homme4 ,on les retrouve chaque page de son histoire1 invoques par ses empereurs1 ses ministres1 ses philosophes et ses lettrs444 ,,iii ,et c'est la vrit4 ,martin nous analyse les livres sacrs1 les quatre livres de ,confucius1 le ,ta-,hio1 le ,tchong-young1 le ,lun-yu1 le ,yao-,king 7voil assez de cette musique1 n'est-ce pas871 et tout cela--c'est la vrit--est d'une majest laquelle1 dans l'histoire intellectuelle des nations1 il n'y a rien comparer4 ,et cependant1 malgr ces invocations et ces formules1 qu'a fait la morale de la ,chine1 cette morale transcendante rgnant en ,chine plus que l'empereur lui-mme1 ce grand moraliste en robe jaune qui1 sous les inscriptions et les tiquettes1 est souvent un monstre d'immoralit auprs duquel les ,csars de la dcadence romaine ne seraient que d'aimables jeunes gens en goguette8 ,est-ce que les ,chinois1 ces potiches1 pris en masse et de sicle en sicle1 ne cachent pas des hommes affreux8 ,est-ce que ces grotesques dont on rit1 qui sont les marionnettes des ,occidentaux1 ne sont pas au fond l'abjection1 la trahison1 l'abomination1 l'infamie du globe8 ,est-ce que dernirement encore l'immense caricature n'a pas tourn au tragique1 et avions-nous besoin de cela pour savoir ce qu'ils ont dans le ventre1 ces poussahs au cerveau fig et la poitrine vide de tout sentiment d'humanit et d'honneur8 ,auguste ,martin avoue lui-mme que ,confucius1 le plus sage des ,chinois1 ne put jamais parvenir raliser les rformes qu'il avait mdites1 tant dj les ,chinois de son temps taient pourris de vices1 morts sur pied1 irrmdiablement finis6 ,or1 depuis ,confucius1 la corruption1 qui va toujours son train1 n'a fait que ronger davantage ce cadavre de nation4 ,comment donc cette histoire politique et sociale de la ,chine1 qu'il a tudie1 n'a-t-elle pas fait trembler quelque peu l'intrpide ,martin sur l'efficacit et la solidit de cette morale qui doit1 dans un avenir heureux1 remplacer glorieusement ces drlesses de religions chez tous les peuples6 ,en effet1 il ne tremble pas4 ,c'est un hroque4 ,il croit la morale par elle-mme1 et il y croit si dru qu'il n'est pas du tout frapp comme il devrait l'tre de ce grand fait qui se retourne contre sa pauvre morale1 la soufflette et la convainc d'impuissance1--le contraste qui existe et n'a pas cess d'exister en ,chine entre la moralit enfle ou sentimentale des paroles et la sclratesse des actes4 ,incroyable1 ou plutt trs croyable proccupation6 ,la niaiserie mme de cette morale lui chappe2 car1 vous le savez1 le truism soleille en ,orient1 la btise a dans ces contres la beaut et la grandeur du climat1 et les ,chinois en particulier 7 un trs petit nombre prs de proverbes qui font exception au reste de leur littrature71 les ,chinois sont d'incommensurables ,la ,palisse4 ,seulement1 ces ,la ,palisse en fait de maximes1 ces tautologistes d'une imbcillit grandiose1 sont doubls des coquins les plus dlis et les plus retors qui aient jamais exist4 ,toute cette morale dont ils se chamarrent n'est donc pour eux que de l'ornementation pure1 pices d'estomac1 broderies de robe1 inscriptions de lambris1 peintures d'ventail1 dessus de portes1 arabesques2 mais elle n'a aucune influence relle sur leur caractre et leurs actes et elle ne peut pas en avoir1 car voici prcisment o un homme qui n'aurait pas t ,louis-,auguste ,martin aurait t amen conclure de toute cette histoire de la ,chine4--,c'est que la morale ne peut pas exister par elle-mme1 et qu'o elle est seule1 avec ses principes tirs de soi1 sans le ,dieu personnel et rmunrateur qui punit ou qui rcompense1 elle n'est plus qu'une sotte et intolrable drision6 ,,iv ,mais1 pour ,louis-,auguste ,martin1 la conclusion devait tre et a t toute diffrente et mme contraire4 ,la morale qui a le plus marqu une civilisation de son cachet1 comme la civilisation chinoise1 a-t-il dit1 ne l'a marque que par dehors1 comme l'habit ou la peau d'un homme2 mais elle n'a jamais pntr dans ses moeurs4 ,eh bien1 ,louis-,auguste ,martin n'en est nullement tonn6 ,il a rponse tout4 ,c'est que la morale des ,chinois n'est pas assez la morale par elle-mme6 ,et probablement ce n'est pas chez ce peuple cul-de-jatte qu'elle progressera assez pour le devenir4 ,oui6 ce qui l'empchait d'entrer1 cette morale1 dans les moeurs1 c'est d'abord le vilain bambou1 incompatible avec le droit humain4 ,puis c'tait aussi le droit de primogniture1 odieux partout1 en ,orient et en ,occident 7encore une vieille guitare connue76 ,enfin1 c'tait la solidarit du fils et du pre1 ce ciment social que ,martin s'amuse gratter avec son petit coutelet de moraliste et faire tomber d'entre les pierres d'un difice qui1 sans un reste de ce ciment1 depuis longtemps ne tiendrait plus4 ,ah6 ,louis-,auguste ,martin est un homme de rare consquence4 ,il ne se dment pas4 ,il est un444 en plusieurs ouvrages2 mais si1 par hasard1 il ne l'tait pas1 il l'est dans celui-ci4 ,une raison encore qu'il nous donne du peu d'influence de la morale chez les ,chinois1 ses civiliss et ses rgnicoles1 c'est ce qu'il appelle l'esclavage de la femme4 ,louis-,auguste ,martin1 comme tous les moralistes modernes1 qui ont remplac les chevaliers errants1--et qui parfois errent aussi1--veut l'mancipation de la femme1 mme en ,occident4 ,la femme1 crit-il1 doit jouer un rle gal celui de l'homme dans une civilisation bien faite3 ,mais ce jour semble ajourn l'poque o ne domineront plus l'audace1 la valeur guerrire1 incompatibles avec sa nature douce et rsigne444 ,seulement1 soyons tranquilles1 ce jour arrivera444 ,dites-le-vous bien1 messieurs les officiers de spahis6 ,en vain une femme1 une ,chinoise1 la seule ,chinoise bas-bleu ou babouche-bleue que l'on connaisse et qu'ait eue la ,chine1 la clbre ,pan-,hoe-,pan1 a eu une opinion contraire celle de ,louis-,auguste ,martin et toutes les femmes de lettres de notre ,occident ambitieux4 ,en vain a-t-elle rappel la femme au sentiment tout-puissant de sa faiblesse et a-t-elle dit1 avec un grand bon sens chinois tonnant et qui tonnerait mme en ,europe1 qu'il n'y avait pour la femme que la modestie qui rougit et l'ombre du mystre qui voile cette rougeur charmante1 ,louis-,auguste ,martin n'a pas l'humble opinion de madame ,pan-,hoe-,pan1 et il lui rsiste vertueusement1 au nom de la morale universelle1 comme un ,joseph444 intellectuel4 ,voil1 en somme1 le livre de ,martin4 ,on n'y trouve gures plus que ce que nous venons de voir1 comme ensemble et porte2 mais1 nous l'avons dit1 nous le tenons pour plus dangereux qu'un livre plus fort4 ,c'est de l'hameon en masse dans le vivier des sots1 qui ont une pente invincible croire la morale sans bambou ou sans punition d'un autre genre1 cette commode morale par elle-mme qui s'accote dans ses remords1 quand elle en a1 et fait bon mnage avec eux4 ,quant aux dtails chinois du livre1 ils sont pris ,duhalde1 au pre ,amyot1 ,brosset1 loyalement cits1 du reste1 et notre courageux et impartial voyageur1 le pre ,huc1 qui1 lui1 ne nous donna pas sur la ,chine des ides de troisime main444 ,il y a bien par-ci1 par-l1 deux ou trois manires assez inconvenantes de parler du christianisme et de son divin fondateur qui tonnent et dtonnent dans l'auteur1 athe discret qui surveille sa parole tout en laissant passer sa pense1 et qui1 quoique badaud d'opinion1 a quelquefois le sourire fin444 ,louis-,auguste ,martin se permet de parler de ,notre-,seigneur ,jsus-,christ comme il parlerait d'un moraliste chinois4 ,c'est par trop444 chinois1 cela1 et mrite le bambou de toute critique qui en a un6 ,a propos des prescriptions du ,divin ,matre1 ,martin1 cet arpenteur exact de l'me et de ses devoirs1 prononce que le christianisme a dpass la puissance de l'homme en lui ordonnant de faire le bien ses ennemis et de rpondre aux offenses par des bienfaits4 ,sa petite morale par elle-mme est dconcerte de cela1 et je le crois bien2 mais ce n'est pas l une raison pour avoir1 en exprimant un jugement faux1 une familiarit qui n'est pas seulement un manque de respect1 mais une faute de got4 ,et d'ailleurs il n'a donc lu aucune histoire1 pas mme celle de la ,chine1 ce moraliste chinois de ,martin1 pour dire que le christianisme dpasse la puissance de l'homme6 ,et le plus crasant dmenti ne lui est-il pas donn par l'histoire tout entire1 qui atteste que le christianisme a centupl cette puissance l o il a saisi la nature humaine1--en ,chine mme1 comme ailleurs et partout6 ,,buffon#ce ,i ,ce travail1 trs complet et trs intressant1 sur l'un des premiers hommes du ,x,v,i,i,ie sicle1 confine deux mondes et embrasse galement la science et la littrature4 ,et lorsque je dis l'un des premiers hommes du ,x,v,i,i,ie sicle1 ce n'est pas assez3 c'est le premier qu'il faudrait dire4 ,car1 dans l'ordre religieux1 suprieur tout1 ,joseph de ,maistre et ,bonald doivent tre compts comme tant du ,x,i,xe sicle1 et1 dans les sciences naturelles1 ,cuvier et ,geoffroy ,saint-,hilaire en sont aussi4 ,buffon1 moins spirituel que ,voltaire1 dont l'esprit me fait1 d'ailleurs1 toujours l'effet d'un bruit de grelots mis en vibration par les mouvements ptulants d'un singe1 moins mme que ,montesquieu1 qui a le sien finissant en pointe sans tre pour cela un oblisque 7car un oblisque1 c'est un colosse671 ,buffon1 qui pourrait bien1 si on y regarde1 n'avoir pas d'esprit du tout1 est pourtant fort au-dessus de ces deux hommes1 bien plus vants que lui et par la seule raison qu'ils ont plus troubl la moralit de leur sicle4 videmment il les domina par la facult la plus leve d'entre les facults humaines1 quel que soit l'objet auquel on l'applique1--par cette facult de l'ordre1 que ,voltaire n'eut jamais qu'avec ses domestiques et ses libraires1 et que ,montesquieu aurait pu avoir sans cet amour mesquin de l'pigramme qui l'a tant rapetiss4 #ce ,histoire des travaux et des ides de ,buffon2 ,des manuscrits de ,buffon1 par ,flourens 7,pays1 #ca janvier #ahfj74 ,buffon1 en effet1 est l'ordre mme1 l'ordre concert1 enchan1 lumineux6 ,c'est l le caractre le plus visible de son gnie4 ,investi de la double aptitude de la science et de l'art d'crire1 le plus savant de tous les arts1 ,buffon est au moins toujours l'ordre1 s'il n'est pas toujours la vrit4 ,grand talent descriptif1 qui sait encore mieux distribuer et encadrer ses tableaux que les peindre1 il a prcisment comme peintre le dfaut de sa qualit souveraine3 il pche par l'ardeur2 il est froid444 comme l'exactitude et comme la majest4 ,n en #agjg1 sous ,louis ,,xiv1 le roi rgl et clatant comme le soleil1 qu'il avait pris pour son symbole1 ,buffon devait garder sur tout lui-mme un imprissable reflet de ce grand rgne1 qui expira sur son berceau1 et montrer ce reste de grandeur par la rgle comme pour faire leon en sa personne la socit drgle au sein de laquelle il ne vcut pas4 ,le croirait-on1 de loin8444 ,buffon1 l'homme aux manchettes1 qu'il mettait pour lui seul1 est presque un solitaire dans son sicle4 ,un solitaire en grande toilette6 ,il hassait ,paris1 le dsordonn ,paris1 dont les soupers faillirent tuer jusqu'au gnie de ,montesquieu1--et il le fuyait4 ,quand il n'tait plus au ,jardin du ,roi1 il tait ,montbard1 dans ce pavillon arien qu'il avait fait btir au-dessus de toutes les terrasses et dans la lanterne vitre duquel il passa cinquante ans son bureau4 ,c'est l1 et de l1 qu'il porta dans les rsultats de ses travaux et dans sa manire de travailler1 dans son style1 qui tait l'homme1 et dans les moindres dtails de la vie1 cette hauteur tranquille et cette ternelle proccupation de l'ordre et de la rgle qui fit sa gloire et son bonheur2 car il fut heureux6 ,il ne le fut point la manire du chaste ,newton1 ce clibataire sublime1 qui n'aima que ,dieu et ses lois4 ,il avait1 lui1 quelque chose de trop tempr1 de trop harmonieux pour se mutiler ainsi le coeur1 pour tre un si cruel ascte de la science4 ,non6 il se maria tard1 dans sa beaut mrie1 et distribua ses jours entre la mditation et la nature1 entre l'amour sans trouble du mariage et les vigilances tendres et lucides de la paternit4 ,il avait mis tant d'ordre dans sa vie qu'il put1 sans inconvnient1 la partager6 ,voil l'homme1--le seul homme calme1 comme un ancien1 d'un temps ivre de vin de ,champagne et de pire encore2 voil le ,buffon que ,flourens a voulu nous peindre1 consacrant l'homme un talent trs vif de biographe et au savant une science qui a l'accroissement de presque un sicle de plus4 ,flourens est un de ces esprits issus de ,buffon dont on pourrait dire3 ,si ,buffon n'avait pas t1 existeraient-ils8 ,pour moi1 je le crois1 quant ,flourens4 ,il a une personnalit trs distincte et parfaitement lui2 nous la montrerons tout l'heure4 ,mais peut-tre1 lui1 ne le croit-il pas8 ,il adore ,buffon1 et depuis trente ans il lui a donn probablement bien plus de vie qu'il n'en a reu de ce grand homme4 ,flourens ne s'est pas seulement fait un artiste en gloire pour le compte de ,buffon3 il est le meilleur de sa gloire4 ,parmi tous les bonheurs et toutes les somptuosits de cette prodigieuse destine que ,dieu1 aprs sa mort1 continue cet heureux qui aurait pu jeter sa bague aux poissons du ,jardin des ,plantes1 le meilleur c'est cette gloire plus intelligente et plus pure incarne dans l'admiration d'un rare esprit qui sait1 lui1 pourquoi il admire1 et qui se dtache de ce fond d'loges traditionnels et de sots respects qui compose le gros de toute renomme4 ,en exprimant1 en filtrant cette dernire goutte de gloire exquise sur la mmoire de ,buffon1 ,flourens semble avoir oubli la sienne4 ,mais qu'il soit tranquille6 il ne l'aura pas moins par-dessus le march#cf4 #cf ,on verra plus loin les titres cette grande chose qu'a ,flourens par ses travaux personnels4 ,,ii ,ainsi1 double biographie3--la biographie intrieure et la biographie extrieure de ,buffon1 les faits de sa vie et ceux de son intelligence1 tels sont les deux volumes de ,flourens et qui se compltent et s'appellent4 ,publie dix ans d'intervalle de l',histoire des travaux et des ides de ,buffon#cg1 l',histoire des manuscrits#ch n'est qu'un dernier mot que ,flourens1 aprs tout ce qu'il avait dit dj1 pouvait ne pas dire sans faire prjudice l'homme de son culte1 mais qu'il a dit parce que l'amour infini a soif de lumire infinie4 ,buffon1 on le savait1 avait des collaborateurs1 et ce n'tait l ni une infirmit ni une pauvret de son gnie1 mais1 au contraire1 une puissance de plus4 ,ce furent l'abb ,bexon1 ,guneau de ,montbliard1 ,daubenton1 ses lieutenants en histoire naturelle auxquels il dcoupait le monde pour leur en donner chacun une province lui dcrire et lui rapporter4 ,eh bien1 ces collaborateurs ont un peu troubl les scrupules religieux de ,flourens6 ,il ne s'est pas assez rappel le sort de ces collaborateurs de ,mirabeau1 qu'on reprocha aussi son gnie444 qui les a parfaitement dvors4 ,l',histoire des manuscrits a t commise en vue d'apaiser cette pieuse et mme superstitieuse terreur4 ,flourens a voulu montrer1 par ces manuscrits dont il nous cite beaucoup de passages1 quel point l'esprit attentif de ,buffon s'imprimait encore1 en corrections1 sur les pages qu'il n'avait pas traces2 mais rellement1 pour nous1 peu importe6 #cg ,garnier frres4 #ch ,ibid4 ,outre qu'en bonne justice ces corrections sont insignifiantes1 elles ne le seraient pas qu'elles n'ajouraient rien au respect qu'on doit ,buffon1 qui1 aprs avoir pris la part du lion dans cette histoire naturelle dont il a eu la grande pense1 cra1 avec l'histoire1 des naturalistes pour l'crire ct de lui4 ,et ne sera-t-il pas1 d'ailleurs1 toujours plus beau d'inspirer les hommes comme la ,muse que de les corriger ou de leur dicter comme un professeur8 ,seulement1 dans ce volume sur les ,manuscrits1 que je regarde comme l'pi vid de l'autre beau volume si plein sur les ,ides et les travaux de ,buffon1 il y a cette biographie extrieure que ,flourens n'avait encore jusqu'ici qu'bauche et dont on peut se passer d'autant moins1 quand il s'agit de cet homme d'une si magnifique ordonnance1 que son talent explique sa vie comme sa vie explique son talent1 et que les triples pentes de l'esprit1 du caractre et de la destine se confondent et forment son identit4 ,et il l'a bien compris1 le fin biographe6 ,il s'est bien gard de remcher l'ide1 vieillotte de vulgarit1 de ce superficiel ,voltaire1 qui disait3 ,l'existence des hommes des lettres est dans leurs crits et non ailleurs1 et il nous a donn1 avec le dtail le plus pointilleux et la charmante petite monnaie des anecdotes1 dont on n'a jamais trop dpenser1 la biographie de cet imposant homme de science et de lettres dont la vie reflta sans cesse la pense1 mais qui est une vie sous sa pense1 comme il y a de l'eau sous le bleu du ciel que refltent les eaux6 ,flourens nous l'a crite ainsi qu'un homme d'action qui n'abstrait pas l'action humaine de l'existence du plus grand des contemplateurs4 ,flourens1 il est vrai1 n'est pas un savant de livres ou d'ides pures1 c'est un naturaliste1 un exprimentateur1 c'est--dire un esprit incessamment l'afft du caractre interne ou externe des choses1 et1 pour cette raison1 il ne pouvait gures oublier les caractres de l'homme dans le contemplateur du belvdre de ,montbard4 ,ds les premires pages de cette biographie1 o le savant que nous allons retrouver dans les ,travaux et ides de ,buffon se sent et pse si peu1 je vois1 avant toute vocation scientifique1 cette facult de l'ordre que j'ai signale et qui est la matresse facult et la facult matresse dans ,buffon4 ,trs jeune1 l'ge o les autres jeunes gens se dissipent1 l'ge des coups d'pe 7il en donna un71 il se fait rendre compte judiciairement par son pre de la gestion de sa fortune1 en proie aux plus affreuses dilapidations1 rachte la terre de ,buffon que ce bourreau d'argent avait vendue1 et le garde tendrement chez lui1 ce bourreau qui se remarie et dont il garde galement et lve les enfants4 ,c'est1 jeune1 absolument le mme homme qui1 vieux1 envoyant son fils l'impratrice de ,russie et lui constituant presque une maison1 lui dit1 au milieu de ses largesses et de ses tendresses3 ,et surtout payez vos gens toutes les semaines1 monsieur6 ,riche par le fait de son nergie1 il employa sa fortune former des relations ncessaires son ambition sans turbulence1 et il avait ds lors1 nous dit son biographe1 l'aplomb de la richesse et de la beaut1 ces deux choses qui font d'ordinaire perdre leur quilibre aux hommes4 ,il s'occupait de mathmatiques1 traduisait les ,fluxions de ,newton1 mais dj il se mettait en mesure avec l'avenir par des mmoires sur les vgtaux qui le firent passer1 l',acadmie1 de la classe de mcanique dans celle de botanique1 et dcidrent plus tard de sa nomination l'intendance du ,jardin du ,roi1 qu'il visait depuis longtemps avec la tranquillit de regard de la prvoyance4 ,une fois nomm cette fonction1 l'homme d'ordre de l'intimit apparut dans la vie publique4 ,buffon administra le ,jardin comme il avait administr sa fortune4 ,c'est alors qu'il cra des naturalistes qui durent l'aider dans le gouvernement de ce ,jardin1 ouvert aux produits des quatre rgnes de la nature1 et qui vinrent de tous les coins du globe s'y accumuler6 ,comme les hommes qui savent choisir ceux qui les remplacent1 il fut invisible et prsent au ,jardin du ,roi4 ,except quatre mois de l'anne1 il restait ,montbard1 perch comme un aigle dans cette aire de cristal qu'il s'y tait btie pour mieux y mditer dans la lumire1 et ce ne fut qu'au bout de dix ans qu'il en descendit1 rapportant1 imprgns1 tremps et saturs de cette lumire1 les trois premiers volumes de son ,histoire naturelle4 ,a dater de ce moment sa gloire commena1 sa vraie gloire4 ,jusque-l1 il n'avait t que clbre4 ,mais cette gloire caressante1 dont les baisers sonnent1 ne l'empcha pas de remonter les escaliers grills du pavillon plein de silence o l'attendait l'tude pensive1 l'tude aprs laquelle--disait-il--vient la gloire1 si elle peut et si elle veut1 et elle vient toujours6 ,je l'ai dit1 et ,flourens l'a prouv1 ce qui distingue ,buffon des hommes de son temps1 que la gloire rendit fous1 comme ,rousseau et ,voltaire1--de vrais parvenus1--c'est que sa belle tte calme sut rsister cette sirne4 ,il l'aima1 mais comme il aima tout3 avec une raison bien autrement belle que l'ivresse4 ,il l'aima comme il aima sa femme1 comme il aima son fils1 comme il aima sa province1 qu'il ne quitta jamais4 ,la province o l'on est n1 patrie concentre1 patrie dans la patrie1 peut-tre plus profonde et plus chre encore que l'autre patrie6 ,ah6 ce n'est pas lui qui aurait quitt sa ,bourgogne et ,montbard pour venir se faire couronner ,paris par des cabotines et pour donner des bndictions dclamatoires au marmot de ,franklin4 ,flourens cite un mot de cette madame de ,pompadour que ,voltaire le familier avait bien raison d'appeler ,pompadourette1 qui rime grisette1 et qui dit bien le ton de fille de cette femme-l3 ,vous tes un joli garon1 monsieur de ,buffon1 on ne vous voit jamais6 ,il tait un joli garon comme ,corneille3 ,a mon gr1 le ,corneille est joli quelquefois6 ,mais quelle plus honorable accusation de solitude6 ,en effet1 il ne venait ,paris que dans quelque occasion solennelle1 par exemple pour prononcer un jour1 l',acadmie franaise1 le seul discours de rception que la postrit n'ait pas oubli444 et il s'en retournait aprs reprendre l'immense travail auquel il avait consacr sa vie4 ,il l'interrompait1 cependant1 pour recevoir dignement ceux qui venaient visiter cette gloire1 qui n'tait pas sauvage1 mais qui sentait qu'elle ne grandirait que dans le labeur et l'isolement des hommes toujours plus6 ,sachant le prix du temps1 le prix de tout1 planant sur les proccupations de son me et les distractions de la vie1 ne permettant pas ces distractions d'emporter jamais sa pense hors de l'atmosphre o1 sans effort1 il la maintenait1 ,buffon1 comme ,rousseau1 ne jouait pas au hibou de ,minerve4 ,ses manires de poser taient plus aimables4 ,il avait beau tre un homme de gnie1 c'tait aussi un grand seigneur de sentiment1 toujours prt l'hospitalit1 vous tendant sa belle main du fond de ses manchettes1 qui se levait de son bureau pour vous faire accueil1 mis plutt comme un marchal de ,france que comme un homme de lettres1 disait ,hume tonn2 car il avait cette faiblesse d'aimer la parure qui fut la faiblesse de tant de grands hommes4 ,c'est ainsi que vcut ,buffon1 c'est ainsi qu'entre la socit et la nature1 mais plus loin de l'une que de l'autre1 il atteignit cette vieillesse qui devait tre longue et qui lui alla mieux que la jeunesse1 tant ce grand esprit d'ordre et de paix majestueuse paraissait plus grand1 dans le rassoiement de sa puissance1 par ces dernires annes voisines de la mort1 qu'au temps de la virilit6 ,de tous les sentiments qu'il permit son me1 je crois que le plus touchant et le plus profond fut pour son fils1 et c'est aussi la pense de son biographe4 ,le sentiment paternel1 si protgeant et si lev1 rentrait dans sa nature ordonnante et souveraine4 ,tous les autres devaient faire un peu grimacer son me1 comme les petits sujets faisaient grimacer son style4 ,il ne s'y adaptait pas4 ,quand il met sa grande robe sur les petits objets1 elle fait mille plis1 disait gracieusement1 pour la premire fois de sa vie1 en parlant de lui1 ce gotre de ,suisse1 madame ,necker4 ,,iii ,telle est en abrg cette biographie dont on ne peut donner l'ide en quelques mots2 telle est cette oeuvre d'agrable renseignement et de piquante justesse qui1 selon nous1 fait tout le prix de l'inutile volume des ,manuscrits4 ,il n'en est point de mme de l'autre volume de ,flourens3 ,des ides et des travaux de ,buffon4 ,ce n'est plus l seulement un ouvrage agrable ou piquant comme cette notice biographique dont nous venons de rendre compte1 mais c'est un livre dans lequel on constate une vritable supriorit4 ,l1 on trouve une critique de ,buffon pleine de verve1 de mouvement1 de sagacit et de science1--une critique faite par un amour qui a dchir son bandeau1 mais qui n'en est pas moins de l'amour encore4 ,c'est le cas pour ,flourens4 ,assurment nous ne croyons pas que jamais il sorte de cette critique de l'amour1 qui est la sienne quand il s'agit de ,buffon1 et qu'il puisse entrer dans cette impartialit froide qui est la vraie temprature de toute critique2 mais rendons-lui justice et convenons que pour lui1 l'enfant de ,buffon1 le cartsien comme ,buffon1 l'homme incessamment occup brosser comme un diamant la gloire de ,buffon pour qu'elle brille davantage1 il a cependant dans le regard une fermet qui tonne quand il le porte sur son matre4 ,il ose le regarder1 et trs souvent il le voit bien4 ,il le voit entre les thories et les systmes1 constatant nettement que ,buffon1 tir deux philosophies1 tenait de ,descartes le got des hypothses1 et de ,newton le respect et la recherche des faits4 ,au fond1 en effet1 ,buffon n'tait pas1 malgr des qualits de gnie1 un de ces intuitifs qui sont les premiers en tout gnie humain4 ,le fait de son esprit1 qui finit1 nous le reconnaissons1 par devenir tout-puissant par l'ordre 7toujours l'ordre671 la continuit1 l'enchanement1 la gnration des ides1 tait plus un ttonnement sublime que cette intuition qui n'hsite jamais et va droit la dcouverte4 ,buffon avait commenc sa vie pensante et savante par les mathmatiques1 qui sont une science de dduction1 et il apporta les habitudes mathmatiques partout o depuis s'engagea sa pense1 et c'est cause de cela1 selon nous1 bien plus qu' cause de ses accointances avec ,descartes1 qui avait t aussi un mathmaticien bien avant d'tre un philosophe1 c'est cause de cela que ,buffon admit si souvent l'hypothse comme une rgle de fausse position4 ,buffon1 nous dit ,flourens1 se trompa d'abord sur la mthode1 rien n'tant moins dans la nature de son esprit que les nomenclatures et les caractres gnraux4 ,seulement1 comme1 aprs l'avoir abaiss d'une main1 ,flourens relve ,buffon de l'autre1 en ajoutant qu'il se fit plus tard une mthode parce qu'il tait un esprit toujours en marche1 progressif et se compltant1 ,flourens n'attribue pas avec assez de rigueur1 notre sens1 quoiqu'il l'indique1 l'absence de vue perante de ,buffon1 en fait de mthode1 une conformation de tte qui n'avait rien de mtaphysique et des facults qui devaient entraner celui qui les avait comme l'imagination entrane4 ,c'est un peintre1 en effet1 avant tout1 que ,buffon1 et son grand mrite1 qui est norme et que nous ne voulons pas plus diminuer que ne le veut ,flourens1 est d'avoir fond la partie descriptive et historique des sciences naturelles4 ,mais la loi abstraite1 la mthode qui donne tout dans un seul procd1 disons-le hardiment1 ne pntrait pas en cette tte pompeusement prise de gnralits1 de diffrences et de coloris4 ,buffon est bien plus une imagination qui reoit des impressions et qui en fait jaillir des tableaux vivants1 qu'un observateur dans la force exacte de ce mot4 ,il n'tait pas anatomiste1 ce myope superbe4 ,nous avons dit qu'il ttonnait4 ,le bton avec lequel il ttonna et sur lequel il s'appuya1 en anatomie1 par exemple1 fut ,daubenton2 mais par ,daubenton 7qu'importe le moyen67 il crait l'anatomie compare--dit ,flourens--et il en comprenait l'importance4 ,c'tait l'habitude de son esprit1 et c'en tait aussi la force1 de comprendre1 de fconder1 d'largir les faits qu'il n'avait pas dcouverts4 ,moins exprimentateur habile que gnralisateur formidable1 il promenait sa vue sur les expriences qu'il n'avait pas faites2 il en tirait les consquences les plus loignes2 il en appuyait des conjectures4 ,et1--dit l'loquent ,flourens1 qui voudrait couvrir de sa tte tout entire1 comme on couvre de sa poitrine celui qu'on aime1 les erreurs de ,buffon1 ces erreurs qui sont souvent grandioses1--et j'aime mieux1 tout prendre1 une conjecture qui lve mon esprit1 qu'un fait exact qui le laisse terre444 ,j'appellerai toujours grande l'a pense qui me fait penser4 ,c'est l le gnie de ,buffon--ajoute-t-il encore--et le secret de son pouvoir1 c'est qu'il a une force qui se communique1 c'est qu'il ose et qu'il inspire son lecteur quelque chose de sa hardiesse4 ,et pourtant est-ce que les paroles de ,flourens ne sont pas singulires8 ,ensorcellement par la beaut1 par la grandeur1 par le charme enfin du gnie1 plus que par la vrit qu'on lui doit444 ,si1 vous autres savants1 vous vous laissez entraner ainsi hors du vrai limit1 imprieux1 immuable1 que voulez-vous que nous devenions1 nous1 devant les beauts littraires de cet homme1 qui fut certainement1 en dfinitive1 plus un grand artiste dans l'ordre scientifique qu'un savant6 ,,iv ,car voil ,buffon1--le vrai ,buffon1 pour nous6 ,buffon1 c'est le grand peintre du ,x,v,i,i,ie sicle1 qui n'a pas invent seulement la description scientifique1 comme parle ,flourens1 mais la description naturelle1--l'art de peindre avec des mots1--et qui1 dans l'ordre hirarchique de cet art nouveau1 prcda immdiatement ,chateaubriand1 lequel commena sa carrire d'crivain par tre aussi naturaliste4 ,en cette ,histoire des travaux et des ides de ,buffon1 ,flourens s'occupe1 avec une comptence dont nous ne sommes point juge1 du dtail de toutes les questions techniques que nous ne saturions aborder dans ce livre1 nous qui n'crivons ni pour une spcialit ni pour une acadmie4 ,les ides de ,buffon sur l'conomie animale1 sur la gnration et sur la dgnration des animaux1 etc41 etc41 etc41 toutes ces diverses vues sont passes au crible de la plus patiente analyse4 ,mais1 la conclusion que nous venons de citer l'atteste1 ce qui reste au fond du crible c'est le gnie de l'homme qui a remu toutes ces questions2 le rsultat qu'on atteint1 c'est la dmonstration de sa force2 mais1 franchement1 ce n'est gures rien de plus6 ,except l'unit du genre humain et la thorie de la terre1 les deux plus grandes solidits de ,buffon1 l'actif de vrit1 dans son bilan1 est assez petit4 ,seulement1 nous l'avons dit1 c'est bien moins l'hypothse qui est admirer dans ce majestueux manieur d'hypothses1 que l'ordre dans lequel il les dresse et fait avec elles de grands spectacles6 ,or1 c'est l ce qui nous importe1 nous4 ,nous nous soucions fort peu1 pour notre compte1 que la science1 dont la preuve dfinitive n'est jamais faite1 revienne maintenant1 comme on le dit1 aux poques de la nature1 aprs les avoir insultes4 ,quand elle y sera revenue1 peut-tre s'en retournera-t-elle encore1 aprs y avoir laiss son respect et y avoir repris son mpris4 ,toutes ces titubations1 ces chancellements1 ces alles et venues d'une science perdue et incertaine1 n'empcheront pas que ces poques de la nature ne soient un monument littraire au pied duquel elle peut1 s'il lui plat1 s'agiter4 ,quand les sciences naturelles1 qui sont d'hier1 auront grandi et seront dveloppes1 ,buffon en sera probablement l',hsiode1--un ,hsiode dont les hypothses seront les fables1 mais qui seront inviolables au temps sous la garde d'un langage assez beau pour tre immortel6 ,,saint-,,bonnet ,,et ,,le ,r4 ,p4 ,,daniel#ci ,i ,il est une question qui brlait hier1 et qui1 tide aujourd'hui1 pourrait1 d'un jour l'autre1 reprendre sa chaleur premire1 car elle n'a pas t rsolue4 ,c'est cette question des classiques grecs et latins1 en apparence toute littraire1 mais dont le sens profond n'a frapp personne quand on l'a agite puisqu'elle cache1--et tout le monde l'a senti1--sous son intitul modeste1 cet norme problme politique et social de l'ducation1 qui dj faisait sourciller le vaste et serein gnie de ,leibnitz bien avant que l',europe n'et vu le ,x,v,i,i,ie sicle et la rvolution franaise6 ,rendu1 par ce double vnement1 bien plus difficile rsoudre1 un tel problme1 malgr tout ce qu'il a inspir aux esprits les plus opposs1 n'tait pas cependant arriv ce point de dmonstration qu'il pt imposer sa solution1 comme une loi1 l'tat lui-mme1 aprs l'avoir impose l'opinion comme une vrit4 ,et il y avait plus4 ,sur cette question de l'enseignement1 si grave1 si pressante1 si peu faite pour attendre puisqu'elle implique l'avenir et le compromet1 c'tait surtout l'opinion qui tait reste indcise4 ,elle s'tait mue1 il est vrai2 mais elle ne s'tait pas prononce4 ,les hommes qui devraient la conduire et ceux qui pourraient l'garer s'taient passionns4 ,on avait bataill de part et d'autre2 mais d'aucun ct on n'avait vaincu4 ,d'aucun ct 7jusqu'ici du moins7 ne s'tait leve1 pour en finir1 une de ces intelligences suprieures qui ferment les dbats sur une question1 comme ,cromwell ferma la porte du parlement et en mit la clef dans sa poche2 et la ,critique attendait toujours le mot concluant et dfinitif qui devient1 au bout d'un certain temps1 la pense de tout le monde1--ce mot qui est le coup de canon de lumire aprs lequel il peut y avoir des ennemis encore1 mais aprs lequel il n'y a plus de combattants4 #ci ,de l',affaiblissement de la ,raison en ,europe2 ,des tudes classiques dans la socit chrtienne 7,pays1 #a;er septembre #ahfa74 ,eh bien1 ce que la ,critique attendait1 elle ne l'attend plus6 ,le mot dictatorial dont nous parlons a t dit1 et1 comme nous le prvoyions bien1 du reste1 il vient d'tre dit par une intelligence chrtienne4 ,saint-,bonnet ne serait pas chrtien que1 de nature et de physiologie intellectuelle1 il irait au fond des choses et creuserait les questions jusqu'au tuf4 ,il se tient si loin de la forge aux rputations1 il fait si peu antichambre dans les boutiques o nous brassons la renomme2 moiti aigle et moiti colombe1 c'est un esprit si haut et si chaste1 dans la solitude de sa province1 qu'on est oblig de rappeler qu' vingt-trois ans il achevait son ouvrage de l',unit spirituelle1 trois volumes tonnants d'aperus1 malgr leurs erreurs1 et qui donnaient du moins la puissance de jet et le plein cintre de cet esprit qui s'lanait1 et que plus tard il s'levait1 d'un adorable ,trait de la douleur1 jusqu' cette ,restauration franaise1 l'ouvrage le plus fort d'ides qu'on ait crit sur notre poque4 ,mtaphysicien comme ,malebranche1 avec la posie d'expression au service de la mtaphysique que ,malebranche1 malgr son chapitre des ,passions 7admiration d'cole671 n'avait pas1 ,saint-,bonnet est une de ces pompes intellectuelles qui vident toute question laquelle s'applique le formidable appareil de leur cerveau4 ,quel qu'et t le courant d'ides dans lequel il et fonctionn1 nous aurions eu toujours sur cette question de l'enseignement1 puisqu'il la traitait1 un livre remarquable avec lequel il et fallu rudement discuter2 mais ,saint-,bonnet est chrtien4 ,la discussion1 s'il y en a une1 ne nous regarde plus4 ,saint-,bonnet a ajout la vigueur de l'ide chrtienne aux forces vives de son esprit1 et c'est ainsi qu'il est arriv1 non la vrit par clairs1 mais au plein jour de la vrit4 ,et1 quel qu'ait t le renfort de l'ide chrtienne1 il y est arriv pourtant par sa voie propre d'tudes habituelles et de facults profondes1 intuitives et rflchies tour tour4 ,on n'a pas oubli sans doute que les prtentions en prsence1 sur cette question de l'enseignement1 c'taient1 d'une part1 l'innocuit morale des classiques et leur convenance littraire1 et1 de l'autre1 le danger auquel ils exposent de jeunes esprits qui prennent leurs premiers plis et reoivent les terribles premires impressions de la vie1--terribles1 car ce sont peut-tre les seules qui doivent leur rester6 ,comme les autres crivains qui ont discut l'influence de la littrature ancienne sur l'intelligence des gnrations modernes1 ,saint-,bonnet ne s'est pas content de poser une question d'histoire et d'tablir superficiellement un rapport de cause effet entre la moralit des auteurs paens1 dont les oeuvres sont livres trop tt de sympathiques admirations1 et la moralit des hommes ns dans le sein du christianisme et qu'a lavs1 mme intellectuellement1 le baptme4 ,saint-,bonnet a voulu davantage4 ,habitu la mditation philosophique1 ce reploiement de la pense qui s'aiguise en se pntrant1 il a entrepris de dgager cette loi de dduction qui1 chez les autres crivains1 n'avait encore t qu'indique1 et de la faire toucher par tant de cts et tant de reprises ses lecteurs qu'il ft impossible de la nier4 ,a notre sens1 il a russi4 ,il a travers rapidement les faits d'exprience que de part et d'autre on s'opposait1 puis1 enfonant la griffe de sa toute-puissante analyse dans les flancs mmes de la question psychologique1 il a substitu une question de nature humaine et d'invitabilit logique un rapprochement dcevant dont on pourrait galement dire3 ,cela est-il ou cela n'est-il pas8 ,consquent la manire des grands observateurs1 qui gnralisent quand ils concluent1 anatomiste de la pense comme ,bichat et ,cuvier l'taient des organes1 il a pris la tte humaine dans sa main et il a dit3 ,cette tte tant conforme comme elle est1 il est vident que telles ides ou tels sentiments qu'on y infiltre quand elle est vierge encore doivent produire tel effet funeste1--absolument comme le chimiste dit3 ,tel liquide vers dans un autre liquide doit produire tel prcipit coup sr4 ,et par l il a donn une argumentation puise le degr de solidit qui devait la rendre invincible4 ,certes6 ne voir en bloc qu'un tel rsultat1 ce serait dj une chose grande et belle que de l'avoir atteint1 et la ,critique1 qui sait la profondeur et la difficult des ides simples1 ne pourrait oublier de le signaler avec clat4 ,mais l ne se borne point le mrite du livre dont il est question4 ,il faut entrer dans les dtails de ce nouvel ouvrage de ,saint-,bonnet pour tre frapp comme il convient de toutes les qualits d'excution de sa pense4 ,alors seulement on comprendra le magnifique titre qui surprend d'abord3 ,de l',affaiblissement de la ,raison en ,europe#dj1 donn une brochure sur la question des classiques2 et ce titre1 si plein de choses1 sera compltement justifi4 #dj ,l4 ,herv4 ,en effet1 l'horizon de l'auteur de l',affaiblissement de la ,raison ne se circonscrit pas dans les limites1 si agrandies et si fouilles qu'elles soient1 d'une question de psychologie4 ,il est assez indiffrent pour le quart d'heure de savoir si c'est le mtaphysicien qui veille en lui l'esprit politique ou si c'est l'esprit politique1 effray des temptes qui dorment sous nos pieds fleur de sol1 qui a repouss le mtaphysicien sur lui-mme2 mais ce qui est visible jusqu' la splendeur1 c'est que le mtaphysicien et l'esprit politique1 dont l'union fait un homme presque aussi merveilleux qu'une chimre1 forment en ,saint-,bonnet une exceptionnelle harmonie4 ,aux yeux de ce double penseur1 l'anarchie1 fille de la rvolution franaise1 ne dans le sang affreusement fcond qu'avait essuy pourtant un grand homme1 l'anarchie1 vaincue une seconde fois dans l'tat1 se rfugie actuellement dans la pense1 dans la philosophie1 dans cette partie immatrielle et abstraite de l'homme d'o1 au premier jour1 elle redescendra dans les faits1 plus forte que jamais1 plus arme et plus menaante6 ,on croit teinte la rvolution1--dit ,saint-,bonnet1 au commencement de son livre1 dans des lignes qui1 pour tre un tocsin1 n'en sonnent pas moins aussi tristement qu'une agonie1--c'est croire teinte l'antique envie que la foi comprimait autrefois dans les mes444 envie amoncele1 en ce moment1 comme la mer1 par un vent qui1 depuis un sicle1 souffle sur elle4 ,laissons les ,pangloss du progrs se vautrer dans la niaiserie de leur optimisme4 ,le vieux serpent de l'erreur ne prit pas pour changer de peau4 ,au contraire1 en changer1 c'est pour lui une des conditions de la vie4 ,devenue panthiste sur les sommets de la pense et socialiste dans le terre--terre de la pratique et de la ralit1 cette rvolution intellectuelle1 qui fait l'intrim de la rvolution politique en attendant son retour1 est pour ,saint-,bonnet1 comme pour nous1 du reste1 comme pour tous ceux qui portent un regard assur sur l',europe actuelle1 l'application complte de toutes les doctrines du ,x,v,i,i,ie sicle l'homme et la socit4 ,seulement1 plus frapp que personne1 en vertu de son tour d'esprit1 de l'inutilit des charges fond excutes par les meilleures intelligences contre la rvolution dans les systmes qu'elle a engendrs par la tte de ses plus illustres penseurs1 et voyant1 sur ces systmes rompus1 dshonors1 dfaits1 la rvolution vivre encore et continuer de ravager la pense sociale1 ,saint-,bonnet s'est dit qu'il fallait l'attaquer plus profondment1 plus intimement que dans ces systmes1 forteresses de quelques jours6 ,il s'est dit qu'il fallait la poursuivre jusque dans son dernier retranchement1 jusque dans les facults de l'homme1 fausses et perdues par une ducation premire1 et qui n'en restent pas moins perdues quand l'homme ne croit plus la lettre de son enseignement4 ,or1 de toutes les facults de l'homme1 la plus gauchie1 la plus radicalement altre1 c'est prcisment celle-l que la philosophie croit avoir le plus dveloppe1 c'est la facult qui sert concevoir le vrai3--la raison6 ,pour le prouver1 ,saint-,bonnet nous en fait l'histoire4 ,il nous en raconte les dfaillances4 ,terrifiante et majestueuse peinture6 ,le propre des esprits vritablement suprieurs est d'lever jusqu' eux les questions qu'ils posent et de n'en descendre pas moins jusqu'au fond de ces questions souleves4 ,saint-,bonnet a prouv quelle race d'esprits il appartenait en donnant pour base une question de rforme dans l'ducation publique cette histoire de l'affaiblissement de la raison en ,europe1 qui serait la plus sre prophtie de notre prochaine dcadence si le livre o elle est annonce ne renfermait pas les meilleurs moyens de l'viter4 ,et c'est ici que l'originalit du livre commence2 c'est ici qu'on sent quel mtaphysicien on a affaire4 ,nous avons nomm la raison4 ,mais1 comme tous les grands esprits philosophiques1 qui savent que les mots reprsentent la pense1 qui poinonnent la langue et donnent le vocabulaire de leurs conceptions1 ,saint-,bonnet nous explique ce qu'il entend par cette facult1 d'ordinaire si vaguement dfinie4 ,indpendamment de sa justesse1 nous1 chez qui bat le coeur de l'artiste1 nous ne savons rien de plus beau que cette dfinition de la raison1 qui a les proportions d'une analyse4 ,selon ,saint-,bonnet1 la raison1 c'est la facult divine1 impersonnelle1 qui nous met en rapport avec l'infini4 ,une des confusions les plus frquentes et les plus dplorables d'une fausse philosophie1 c'est la confusion de la raison et de l'intelligence1 qu'il faut si svrement distinguer4 ,la raison1 c'est ce qui nous est rest du rayon divin aprs la grande rupture de la chute2 l'intelligence1 c'est la puissance de l'homme1 le rsultat1 soit du hasard1 soit du mystre de sa contingente organisation4 ,comme la sensation est en l'homme le reprsentant et la voix de la nature1 la raison est dans sa conscience le reprsentant et la voix de ,dieu4 ,la fonction psychologique de la raison--dit ,saint-,bonnet--est de placer continuellement la notion de l'tre1 la notion de la loi1 du ncessaire1 de l'unit1 du juste1 du bien en soi1 en un mot du divin1 sous les perceptions innombrables du phnomne du variable1 du relatif1 du fini que lui transmet sans cesse l'intelligence1 recueillant le produit des sens1 et d'empcher que nous ne restions de simples animaux4 ,la fonction de la raison1 en un mot1 est de rappeler constamment l'homme des perceptions contingentes et personnelles aux perceptions impersonnelles et immuables2 de la nature physique o le retient le corps la raison ternelle d'o lui descend la vrit4 ,une telle facult1 qui soude presque l'homme ,dieu1 s'il est permis de parler ainsi1 devait tre la premire que la philosophie du ,x,v,i,i,ie sicle1 la philosophie du moi et de la chose exclusivement humaine1 dt fausser4 ,et elle n'y manqua pas4 ,elle la brisa4 ,pour cela1 la philosophie pesa sur l'esprit de l'homme de deux manires3 par les sciences1 qui ne s'adressent qu' l'esprit et qui finissent par lui donner le vertige de sa force1 et par l'effet du paganisme sur l'me4 ,influence--il faut le reconnatre--que le ,x,v,i,i,ie sicle n'avait pas cre1 qui existait depuis la ,renaissance2 mais qui1 grossie chaque jour1 avait fait avalanche sur la pente escarpe de ce sicle1 o toutes les erreurs entasses avaient fini par se prcipiter4 ,tel est le chemin que l'auteur de l',affaiblissement de la ,raison parcourt1 aprs l'avoir creus1 pour arriver cette question de l'influence du paganisme sur de jeunes mes qui ne semble tre qu'une question de rhtorique aux esprits superficiels1 mais qui est1 pour les esprits profonds1 une question de philosophie1 de gouvernement1 d'avenir du monde4 ,les esprits superficiels1 nous savons ce qu'ils sont dans une poque o le systme des majorits est une mthode de vrit4 ,nous savons que1 pour peu qu'ils aient une misre de talent1 de palette1 et mme sans cela de renomme1 les voil les conducteurs et les chauffeurs de l'opinion sur tous les rails4 ,mais qu'importe66 nous renverrons ceux qui croient leurs paroles lgres au livre de ,saint-,bonnet4 ,a qui suivra comme nous ce grand mineur1 ce grand stratgiste1 qui creuse si bien le dessous des questions qu'il veut rsoudre1 il ne restera nulle incertitude pour les plus inquiets4 ,toute anxit sera dissipe6 ,la question qui a dernirement scandalis ,,mm4 les dandies littraires1 cette fine fleur d'humanistes gants blancs de cette poque de doctrinaires en toutes choses1 lesquels prtendent savoir le latin et ne vouloir l'tudier que dans les sources les plus pures1 cette question1 qui n'est pas seulement une question de pdagogue1 mais une question d'me1 sera plus que rsolue3 elle sera puise4 ,saint-,bonnet l'a retourne dans tous les sens4 ,il en a sond toutes les faces4 ,naturalisme d'abord1 scepticisme ensuite1 toutes les influences qui sortent pour l'enfant des premires impressions littraires1 des premires ivresses de son imagination ravie1 ,saint-,bonnet les a tudies1 les a poursuivies dans les mille canaux de l'me et de la vie1 comme un grand mdecin qui poursuivrait1 dans les rseaux des veines et au plus secret de nos organes1 le virus mystrieux de quelque horrible maladie4 ,oui6 cet observateur si fort sur la nature morale de l'homme1 sur tout ce qui la trouble et l'altre1 nous fait l'effet d'un grand mdecin4 ,l o les autres voient la sant ou une hygine sans inconvnient et sans pril1 le grand mdecin voit le mal1 l'empoisonnement et la mort4 ,du reste1 le remde propos par notre pathologiste intellectuel est bien simple4 ,il demande que les premires motions1 que les premires admirations de l'enfant soient chrtiennes4 ,il tient ce que l'enfant soit littrairement et mme philosophiquement chrtien1 dans sa mesure enfantine1 avant de pntrer dans la littrature et la civilisation paennes4 ,il dsire que les sciences morales et dogmatiques l'emportent dans l'ducation sur les sciences exprimentales et naturelles1 et il rdige ainsi son programme3 ,la littrature prise dans les saints ,pres avant de passer l'tude de l'antiquit2 la philosophie avant la rhtorique1 et surtout la science parfaite et solide des doctrines thologiques1 puises dans les auteurs approuvs par le saint-pre4 ,quelle plus grande simplicit6 ,et ces conclusions ne sont pas nouvelles4 ,elles ont t exprimes dj par beaucoup d'esprits dans la discussion dont nous parlions plus haut4 ,ce sont les conclusions pour ainsi dire catholiques de la question4 ,mais ce qui est neuf1 ce qui appartient en propre l'auteur de l',affaiblissement de la ,raison1 c'est la manire dont il aboutit ces conclusions et dont il les impose4 ,livre de circonstance pens par un esprit d'une originalit perante1 l',affaiblissement1 nous le rptons1 dit avec ascendant le mot dcisif qui doit influer sur les destines d'une question pose et en litige encore4 ,il ralliera les intelligences fortes4 ,il fera la lumire par en haut4 ,seulement1 comme tous les livres d'un talent trs lev ou trs profond1 il a besoin du temps pour son succs4 ,il ne peut pas l'avoir immdiatement1 et voici pourquoi3 il faut aux livres1 comme aux talents destins au succs rapide1 au succs l'heure mme1 un ct de mdiocrit1 soit dans la forme1 soit dans le fond1 lequel ne dconcerte pas trop la masse des esprits qui se mlent de les juger4 ,quand on n'a pas ce bienheureux ct de mdiocrit dans le talent qui nous vaut la sympathie vulgaire1 on a besoin du temps pour la renomme de son nom ou la vrit qu'on annonce4 ,or1 le livre de ,saint-,bonnet est aussi grandement et artistement crit qu'il est fermement pens4 ,l'auteur le sait1 du reste4 ,il sait que les gloires les plus pures et les plus solides1 espces de diamants douloureux1 se forment comme les plus lentes et les plus belles cristallisations4 ,quel que soit le retentissement ou le silence du nouvel crit qu'il publie1 il ne s'en tonnera pas2 il est trop mtaphysicien pour s'en tonner4 ,seulement1 applaudi ou dlaiss du public1 ce livre n'en formule pas moins1 sur la question de l'enseignement classique1 les grandes considrations qui doivent rester et auxquelles il faudra bien revenir4 ,et ce n'est pas tout4 ,en dehors de la question pratique de l'enseignement1 l'ouvrage de ,saint-,bonnet se distingue par une chose d'un mrite absolu et imprissable comme la mtaphysique elle-mme1 et cette chose1 ft-elle seule1 suffirait pour classer trs haut l'crit o elle parat pour la premire fois4 ,nous voulons parler de cette analyse de la raison1 avec les huit facults qui la composent1 et qui sera peut-tre pour la gloire philosophique de ,saint-,bonnet ce que fut pour ,kant le remaniement des catgories d',aristote4 ,en philosophie1 une bonne distinction a quelquefois l'importance d'une dcouverte2 mais ici il y a plus qu'une distinction1 il y a une systmatisation tout entire1 avec laquelle on rpondra dsormais au rationalisme sur cette question de la raison qu'il a si cruellement et si machiavliquement trouble en la sparant de la foi4 ,ajoutons qu'un autre bienfait de la thorie de ,saint-,bonnet sera de mettre fin la thse du traditionalisme exclusif4 ,,ii ,si nous avons uni sous un titre commun l',affaiblissement de la ,raison et les tudes classiques dans la socit chrtienne#da par le ,rvrend ,p4 ,daniel1 c'est qu' part l'identit du sujet nous ne connaissons pas d'ouvrage qui montre mieux la justesse des vues de ,saint-,bonnet que ce livre1 entrepris dans un but diffrent du sien4 ,assurment l'ducation classique1 l'ducation par les anciens1 a trouv un dfenseur bien savant1 bien ingnieux et bien chrtien pourtant 7on n'en saurait douter7 dans le ,rvrend ,p4 ,daniel1 le ,rollin de la ,compagnie de ,jsus1 qui nous donne un nouveau ,trait des tudes plein de renseignement et de lumire4 ,mais le ,p4 ,daniel lui-mme1 appuy sur un livre qu'on ne saurait trop louer au point de vue de l'information historique1 ne peut infirmer dans notre esprit la porte des raisons que ,saint-,bonnet a signales contre l'enseignement des anciens tel qu'il a t pratiqu si longtemps dans notre ducation moderne4 #da ,julien ,lanier4 ,le ,p4 ,daniel a les entrailles de son ordre pour un genre d'enseignement qui en a fait la gloire4 ,rien donc de plus naturel un homme comme lui que de dfendre cet enseignement et de vouloir le justifier4 ,il y parviendrait presque si l'on ne s'en rapportait qu'aux faits qu'il cite1 si l'on oubliait que ces faits1 recueillis et morts dans l'histoire1 sont spars de leur racine1 c'est--dire de l'poque laquelle ils se sont produits et de l'esprit qui l'animait4 ,membre de cette illustre ,compagnie de ,jsus pour laquelle on ne saurait avoir une trop profonde vnration1 le ,p4 ,daniel a oppos la tradition scolaire d'un temps o l',europe et la ,france taient chrtiennes comme1 hlas6 elle ne le sont plus1 aux esprits svres qui croient aujourd'hui la foi et la civilisation perdues si on ne refait pas l'homme dans son germe1 c'est--dire dans son existence intellectuelle4 ,le docte historien nous raconte1 avec un dtail qui honore sa science et son talent d'exposition1 ce que fut l'enseignement classique depuis le ,i,ve sicle jusqu' ,charlemagne et ,alcuin1 depuis ,raban ,maur jusqu' ,alexandre de ,villedieu1 et depuis le ,x,i,ie sicle jusqu' la ,renaissance4 ,or1 dans cette longue priode1 il le montre partout admis par l'autorit religieuse1 qui n'avait qu' dire un seul mot pour le supprimer4 ,il cite mme ce sujet les dcisions du concile de ,trente4 ,mais1 selon nous1 si les faits cits sont incontestables1 nous croyons que le savant jsuite en a tir de fausses conclusions2 et c'est surtout quand on a lu cette histoire des tudes classiques que ,saint-,bonnet parat seul avoir saisi la question l o elle est rellement1 c'est--dire dans l'tat effrayant de la pense europenne et dans la nature de l'esprit humain4 ,et1 nous le rptons en finissant1 il n'y a que l1 en effet1 qu'on puisse trouver la raison sans rplique qui domine tout le dbat rappel par nous aujourd'hui4 ,partout ailleurs tous les arguments sont entachs de faiblesse4 ,ils plient quand on les presse un peu4 ,mme le grand argument invoqu par le ,p4 ,daniel1 et le meilleur de toute sa thse3 ,que l'homme qui enseigne est plus que l'enseignement1 et que l o le matre est excellent les mauvaises doctrines deviennent innocentes1 cet argument n'est pas1 au fond1 beaucoup plus solide que les autres1 et l'histoire elle-mme ne s'est-elle pas charge de le rfuter8 ,certes6 s'il fut jamais des hommes dignes de porter dans leurs saintes mains le coeur et le cerveau de l'enfant1 ces dlicats et purs calices que la vrit doit remplir et qui restent fls ou ternis pour toujours ds qu'un peu de poison de l'erreur y coule1 ne sont-ce pas les ,jsuites1 les pres de la foi1 les pres aussi de la pense1 ces premiers ducateurs du monde8444 ,eh bien1 ,voltaire et le ,x,v,i,i,ie sicle sont pourtant sortis de chez eux6 ,nous ne dirons pas qu'ils en soient sortis comme l'enfant sort1 complet1 organis1 achev1 du sein de la mre4 ,cela ne serait pas vrai et nous n'avons pas besoin d'exagrer la vrit dans l'intrt de la vrit mme4 ,mais1 enfin1 l'ducation qui avait suffi jusque-l ne suffisait donc plus pour que ,voltaire devnt444 ce qu'il est devenu1 malgr ses matres1 et que le ,x,v,i,i,ie sicle ft possible8444 ,nous prions ceux qui sparent la question de l'ducation des besoins et des prils du ,x,i,xe sicle1 pour ne la considrer que dans la tradition de temps moins menacs et moins plaindre1 de vouloir bien songer cela4 ,,lacordaire#db ,i ,au moment o le ,rvrend ,p4 ,lacordaire vient d'entrer l',acadmie1 la ,critique littraire doit se trouver heureuse d'avoir un livre du nouvel acadmicien examiner4 ,c'est deux fois une nouveaut4 ,les livres ne sont pas trs nombreux dans la vie du ,p4 ,lacordaire4 ,pour ma part1 il m'est impossible d'admettre comme un livre1 dans le sens vritablement littraire du mot1 les ,confrences de ,notre-,dame1 improvises1 on nous l'a dit assez en insistant sur ce mrite1 et si remanies depuis1 main et tte reposes1 en vue de la publication4 ,reste la ,vie de saint ,dominique1 livre mdiocre1 d'une rudition incertaine1 et dont la clbrit du ,rvrend ,p4 ,lacordaire comme orateur fit seulement resplendir la mdiocrit4 ,ajoutez-y deux ou trois livres de ,mlanges1 fort lchs comme tous les mlanges1 c'est l peu prs tout1 et ce n'est pas bien gros4 ,vous le voyez1 il fallait du renfort peut-tre pour expliquer cette lection1 dsintresse de tout1 comme on le sait1 except de littrature1 et laquelle jusque-l personne n'avait pens1 pas mme le nouvel acadmicien6 #db ,sainte ,marie-,madeleine 7,pays1 #c juillet #ahfj74 ,en effet1 l'illustration1 trs mrite du reste1 du ,p4 ,lacordaire1 n'est pas d'aujourd'hui2 et l',acadmie1 qui1 comme toutes les douairires1 a toujours aim les trs petits jeunes gens et les fait tout de suite acadmiciens leurs premiers vers de comdie ou de tragdie1 aurait pu1 il y a vingt-cinq ans1 avoir un jeune homme de plus dans son crin de jeunes hommes1 et un jeune homme qui lui aurait apport une renomme clatante4 ,elle ddaigna d'y songer4 ,le talent qu'elle aurait reconnu en l'admettant dans son sein tait1 il est vrai1 un talent oratoire2 mais l',acadmie1 qui donne des prix d'loquence1 ne rpugne pas aux orateurs1 quoique le but de son institution ne soit pas le dveloppement de l'art oratoire1 mais bien de la littrature4 ,ne l'avait-on pas vue nommer des vques pour une seule oraison funbre1 et des avocats pour des plaidoiries malheureusement plus nombreuses8 ,il est vrai que les vques sont de hauts dignitaires ecclsiastiques1 qui honorent1 par l'lvation de leur rang1 la compagnie dont ils font partie1 et il est vrai aussi que le fondateur de l',acadmie a voulu honorer les lettres en les mlant ce qu'il y a1 socialement1 de plus lev4 ,quant aux avocats1 lorsqu'ils ont eu leur rgne dans un pays autrefois soldat1 et qui1 grce ,dieu6 l'est redevenu1 ils devaient l'avoir aussi l',acadmie4 ,mais l'orateur que voici1 le ,p4 ,lacordaire1 n'tait qu'un simple dominicain1 peu sympathique d'tat et d'opinion messieurs les philosophes clectiques ou voltairiens qui avaient la bont d'lire des vques ou des rois du temps1 des avocats6 ,d'un ct1 lui1 le ,p4 ,lacordaire1 qui avait fait voeu d'humilit et qui tenait trop son voeu pour se donner les soins mondains d'une candidature1 pensait encore moins l',acadmie que l',acadmie ne pensait ,sa ,rvrence1 quand tout coup l'lection1 provoque par ,,mm4 de ,falloux1 ,cousin et ,villemain1 a eu lieu4 ,les titres littraires du ,p4 ,lacordaire ont donc fait passer les philosophes sur le moine1 et mme le moine sur les philosophes1 car le ,p4 ,lacordaire n'a pas t nomm l',acadmie avec dispense de visite1 comme aurait pu l'tre ,branger4 ,parmi ces titres peu nombreux1 et encore plus nombreux qu'aperus1 il a gliss ce livre sur ,marie-,madeleine1 et s'il ne l'a pas publi pour les besoins de son lection1 puisqu'il tait nomm quand le livre a paru1 on peut cependant trs bien croire qu'il l'a publi pour la justifier ou pour en tmoigner qui de droit sa reconnaissance4 ,malgr son sujet et son titre 7une vie de sainte671 le livre de ,marie-,madeleine#dc devra toucher l',acadmie comme un hommage4 ,cette vie de sainte1 qui pouvait avoir le grand caractre ferme1 austre1 et surnaturellement difiant des hagiographies dignes de ce nom1 n'a point cet effroyable et ennuyeux inconvnient4 ,l'enseignement du prtre qu'on pouvait craindre y est remplac par la sentimentalit d'un philosophe1 chrtien encore1 mais d'un christianisme qui n'est point farouche1 d'un christianisme humanis2 et le moine1 le moine qui inquite toujours les yeux purs et dlicats de la philosophie1 s'y est enfin suffisamment dcrass dans les ides modernes pour qu'il n'en reste rien absolument sur l'acadmicien reluisant neuf6 #dc ,vve ,poussielgue-,rusand4 ,,ii ,mais ce que l',acadmie prendra bien gament1 je n'en doute pas1 je le prends1 moi1 avec tristesse4 ,surprise agrable pour elle1 le livre que voici sera1 sinon une dception pour qui connat fond le ,pre ,lacordaire1 au moins un malheur sur lequel on pouvait encore ne pas compter4 ,religieusement1 catholiquement1 au point de vue de la doctrine et de la direction imprimer aux esprits1 le livre du ,pre ,lacordaire est un malheur d'autant plus grand que les mes sur lesquelles il n'oprera pas1 les mes ennemies1 en verront trs bien la porte1 et s'empresseront de la signaler comme invitable1 puisqu'un prtre la donne son livre4 ,or1 cette porte1 ne vous y trompez pas6 c'est le sens du sicle mme4 ,c'est son inclinaison vers le terre--terre de toutes choses qui nous emporte en bas1 hors du monde des choses saintes et divines1 et que le devoir d'un prtre de la religion surnaturelle de ,jsus-,christ n'est pas1 je crois1 de prcipiter4 ,oui6 voil o va le livre du ,p4 ,lacordaire4 ,pendant que son auteur va l',acadmie1 le livre1 sous une forme respectueuse et croyante1 qui n'est qu'une force d'illusion de plus1 va au naturalisme du temps1 au rationalisme du temps1 l'humanisme du temps1 enfin ce prosasme du temps qui doit tuer les religions comme la posie1 car il tue les mes6 ,il y va par une voie chrtienne1 je le sais1 mais il n'y va pas moins que les livres qui y vont par une voie impie1 que les livres de ,renan1 de ,taine et de tous les philosophes du quart d'heure1 pour lesquels il n'y a plus dans le monde1 sous une face ou sous une autre1 que de l'humanit tudier1 rien de plus4 ,qu'il aille moins loin que les livres de ces messieurs-l1 ce n'est pas douteux6 ,qu'il s'arrte mi-chemin1 je le vois bien2 mais qu'importe6 ,il n'en est pas moins dans la pente1 sur laquelle tout penche1 d'un univers qui fut si droit et si magnifiquement assis4 ,il y est1 poussant dans cette pente les intelligences restes chrtiennes et faisant razzia d'elles1 que manqueraient les livres des philosophes s'ils taient seuls1 et les y poussant au profit du plus terrible entranement qui ait jamais menac le monde chrtien4 ,cela parat incroyable1 n'est-ce pas8 venant d'un prtre1 d'un religieux1 du ,p4 ,lacordaire1 un grand talent parfois si lumineux4 ,eh bien1 disons ce que c'est que le livre qu'il a intitul ,sainte ,marie-,madeleine2 disons-le bien vite1 ne ft-ce que pour tre cru6 ,,iii ,le livre de ,sainte ,marie-,madeleine n'est pas une histoire la manire des chroniqueurs et des lgendaires1 lesquels prennent simplement les faits et les rapportent1 en les sentant et en les exprimant chacun avec le genre d'me et d'loquence qu'il a4 ,c'est plus que cela et c'est moins aussi1 car c'est moins naf4 ,c'est l'histoire intime et interprte des sentiments humains de sainte ,madeleine pour ,n4-,s4 ,jsus-,christ et de ,n4-,s4 ,jsus-,christ pour elle4 ,ici1 avant d'aller plus loin1 la ,critique a besoin de s'excuser sur le langage que le livre du ,r4 ,p4 ,lacordaire la forcera parler4 ,la ,critique1 qui n'a point1 elle1 la main sacerdotale du ,pre ,lacordaire1 tremble quand il s'agit de toucher cette chose immense et divine1 l'me de ,n4-,s4 ,jsus-,christ1 tandis que le ,r4 ,p4 ,lacordaire ne fait aucune difficult de la soumettre1 cette me devant laquelle un ange se voilerait1 aux recherches de son analyse4 ,la puret de son intention1 certes6 personne n'en est plus sr que moi2 mais1 quand il s'agit d'une de ces audaces d'observation qui ressemble presque de l'irrvrence1 la puret d'intention sauve-t-elle tout1 et suffit-elle pour entrer dans ce secret1 gard par l'vangile1 de l'espce d'amiti qu'avait le ,sauveur pour la ,madeleine8 ,or1 c'est bien d'amiti qu'il s'agit1 et d'amiti humaine1 car le livre s'ouvre justement par la plus singulire thorie sur l'amiti1 l'amiti que l'auteur met1 de son autorit prive de moraliste1 au-dessus de tous les sentiments de l'homme2 ce qui1 par parenthse1 est faux4 ,le sentiment de l'amour religieux de ,dieu est un sentiment humain aussi1 et c'est l vritablement le plus beau2 c'est le premier4 ,un prtre d'ailleurs1 et nous sommes heureux d'avoir nous couvrir de l'autorit d'un prtre1 a rpondu dj cette thorie du ,r4 ,p4 ,lacordaire1 invente peut-tre aprs coup dans l'intrt de son histoire1--ou plutt de son roman d'amiti4 ,et j'ai dit le mot3 roman d'amiti2 car il est impossible de voir l une histoire1 et1 malgr le fil dli de ses analyses la ,sainte-,beuve1 le ,pre ,lacordaire n'est sr de rien4 ,l'histoire1 la vraie et la seule histoire des relations de ,notre-,seigneur et de sainte ,madeleine1 c'est l'vangile1 l'vangile si sobre d'interprtation1 si vivant de la seule vie du fait1 l'vangile dans lequel l'me divine et humaine de ,n4-,s4 ,jsus-,christ se montre galement dans tous ces actes que les moralistes appellent sensibles et sans qu'on puisse dire3 ,voici o l'homme finit et o le ,dieu commence6 tant l'homme et ,dieu sont sublimement consubstantiels4 ,en ne s'expliquant pas plus qu'il ne le fait sur les sentiments purement humains de ,notre-,seigneur1 l'vangile1 qui est la vrit1 et qui devrait tre la rgle de ceux qui croient qu'il est la vrit1 l'vangile aurait d arrter le ,r4 ,p4 ,lacordaire en ses curiosits psychiques et l'empcher d'aller perdre son regard en cette mystrieuse splendeur que l'vangile a pu seul rvler dans la mesure o il fallait qu'elle ft rvle6 ,ainsi1 curiosit indiscrte d'abord1 vaine ensuite1 car elle n'aboutit qu' des infiniment petits d'une apprciation444 impossible1 le livre du ,r4 ,p4 ,lacordaire n'est que le roman1 le roman pur1 introduit dans cette mle et simple chose qu'on appelle l'hagiographie1 par un esprit sans virilit6 ,c'est le roman moderne1 subtil1 maladif1 affect1 allemand1 le roman des affinits lectives transport de ,goethe dans l'vangile1 pour expliquer les sentiments que l'vangile avait assez expliqus1 en les voilant de son texte inviolable et sacr1 pour la gloire de sainte ,marie-,madeleine et l'dification de ceux qui croient en elle4 ,mais le ,pre ,lacordaire1 moderne lui-mme comme le roman1 a trouv que ce n'tait pas assez que les quelques mots rayonnants dans les placidits du divin rcit1 que les quelques faits qui donnent ,dieu et l'homme en bloc2 il a voulu1 qu'on me passe le mot6 y mettre plus d'homme1 et il l'a voulu pour mouvoir les mes o il y a plus de crature humaine que de chrtienne2 car ce livre--on le sent par tous ses pores--est crit surtout pour les femmes1 et pour les mes femmes1 quel que soit leur sexe4 ,prtre gar par un bon motif1 je le veux bien1 mais gar pourtant1 il a spcul sur le fond de la tendresse humaine pour faire aimer son ,dieu en montrant l'homme aux mes dj si pleines de l'homme qu'elles s'en vont faiblissant dans leur ancien amour de ,dieu6 ,eh bien1 en faisant cela1 il a risqu de faire un mal immense1 et1 dans l'ordre moral1 qui risque le mal l'a dj fait6 ,alors que l'homme est si avant dans la proccupation universelle1 ce n'est pas1 en effet1 le moment de lui montrer ce qu'il voit tant et de lui cacher le ,dieu qu'il ne voit plus et ne veut plus voir4 ,non6 c'est le ,dieu qu'il nous faut d'autant plus maintenant6 ,c'est le ,dieu dans sa transcendance1 dans son surnaturel1 son incomprhensibilit accablante2--car l'accablement vaut presque la lumire pour une me1 puisqu'elle entre en nous force de nous craser4 ,quand les dogmes finissent1 ainsi que le disent insolemment les philosophes1 on ne les sauve pas en les dcouronnant de leur mystre1 en demandant bien pardon pour eux l'orgueil humain1 et en priant les philosophes d'excuser qu'il y ait un ,dieu dans ,notre-,seigneur ,jsus-,christ1 parce qu'il y avait un homme si aimable6 ,or1 voil certainement ce que ne dit pas explicitement1 comme je le dis1 moi1 pour en montrer le danger1 le livre du ,r4 ,p4 ,lacordaire1 mais ce qu'il dit implicitement nanmoins4 ,tout ce petit roman de l'amiti de ,jsus-,christ et de ,marie-,madeleine nous offre beaucoup trop ,notre-,seigneur ,jsus-,christ sous cette forme humaine qui demande grce pour sa divinit1 et qui l'obtient de messieurs les philosophes 7de si bons princes67 et des gens bien levs1 des mes tendres1 de la bonne compagnie de tous les pays4 ,mais vous savez bien quel prix6 ,dans le livre du ,r4 ,p4 ,lacordaire1 ,jsus-,christ est toujours1 c'est la vrit1 un tre adorable2 mais il n'est pas assez ,n4-,s4 ,jsus-,christ1 il est trop un homme1 un particulier1 un ami de la famille ,lazare1 un convive avec qui1 ma foi6 il est trs agrable de souper4 ,si vous poussiez un peu l'minent dominicain1 il vous montrerait peut-tre1 aprs l'ami1 dans ,jsus-,christ1 le bon camarade1 qui sait8444 ,pour le faire plus homme1 il le ferait peut-tre plus aimable compagnon444 ,oui6 peut-tre en ferait-il quelque admirable compagnon du devoir du temps1 lui qui tait charpentier6444 ,je m'arrte1 moi1 tremblant d'en dire trop2 mais le ,pre ,lacordaire s'arrterait-il dans ce dtail de l'humanit de ,jsus-,christ1 dans ce naturalisme d'apprciation substitu la difficult des mystres dont il faut parler moins parce que l'homme ne veut plus comprendre que l'homme aujourd'hui8 ,,iv ,tel est le livre du ,r4 ,p4 ,lacordaire4 ,je ne veux rien exagrer4 ,ce livre1 dont je crains le succs1 n'exprime pas1 la rigueur1 un tout radicalement mauvais et qui doive tre rejet intgralement2 mais il a les corruptions du temps1 sa sentimentalit malade1 son individualisme1 son mysticisme faux1 son rationalisme involontaire4 ,mme aprs l'avoir lu je n'ai assurment aucun doute sur la foi et la pit de celui qui vient de l'crire2 mais je me dis que les milieux psent beaucoup sur les natures oratoires1 qui s'inspirent ou se dconcertent sous l'influence du visage des hommes1 et le ,r4 ,p4 ,lacordaire a t un grand orateur4 ,talent vibrant1 moins pur cependant que sonore1 nglig mais lgant1 frle et ple1 puis tout coup nerveux et brillant1 ayant l'audace d'un paradoxe et la mollesse d'une concession1 le ,p4 ,lacordaire1 comme la plupart des hommes1 qui sont beaucoup mieux faits qu'on ne pense1 a les opinions et les dfaillances d'un talent comme le sien1 presque mulibrile1 qui se tend ou se dtend comme des nerfs4 ,plongez-le par supposition dans le moyen ge et appuyez-le sur saint ,thomas1 le ,p4 ,lacordaire pourrait viser sans inconvnient la popularit de ce temps-l1 sainte ou innocente2 mais il est malheureusement du ,x,i,xe sicle1 o la popularit n'est ni l'une ni l'autre et o il est plus dangereux de la rechercher4 ,et1 il faut bien le dire1 il l'a recherche1 et elle est encore1 cette heure1 l'cueil contre lequel vient de se heurter1 dans sa maturit rflchie et qui devrait tre plus dtache des opinions du monde et de sa sotte estime1 le mme homme qui1 dans sa jeunesse1 y heurta1 hlas6 tant de talent1 tant de doctrine1 et probablement tant de vertus6 ,le prtre de l',oraison funbre d',o',connell2 le moine des clubs et de l',assemble nationale1 qui passa1 en sa robe blanche de dominicain1 des examens de civisme devant des tudiants en droit2 le journaliste de l're nouvelle que l'on croyait enfin dtourn du monde1 auquel1 disait-on1 il ne voulait plus mme parler de cette voix dont le souvenir devenait plus grand dans le silence1 est ressorti de son clotre une fois de plus pour devenir un candidat d',acadmie1 et vient de payer sa bienvenue dans la compagnie o il est entr entre deux philosophes avec ce livre de ,sainte ,marie-,madeleine1 sacrifice aux ides les plus malsaines d'une poque qui aime tant ses maladies6 ,j'ai parl plus haut de ,renan1 et pourquoi faut-il que le ,r4 ,p4 ,lacordaire me le rappelle8 ,renan1 si vous vous en souvenez1 s'est amus1 dans un de ses derniers crits1 teindre autour de la tte de nos saints le nimbe d'or que la foi y allume1 malice philosophique assez semblable au mauvais sentiment du gamin qui renverserait la lampe d'un sanctuaire6 ,le ,r4 ,p4 ,lacordaire ne l'teint pas1 il est vrai1 ce nimbe du surnaturel et du divin1 autour de la tte ple de ,notre-,seigneur ,jsus-,christ1 mais il le voile1 pour qu'on aperoive mieux combien cette tte est humainement belle et pour que ceux qui sourient du nimbe soient touchs au moins de la beaut du plus beau et du plus doux des enfants des hommes4 ,en cela1 je le rpte sans avoir peur de me tromper1 si le ,p4 ,lacordaire n'a pas fait oeuvre de philosophe complet encore il n'a pas fait oeuvre de prtre3 un prtre n'et pas tant attendri1 tant mondanis et tant vulgaris la langue svre du catholicisme en abaissant1 devant les exigences publiques1 son surnaturel et merveilleux idal2 un prtre ne demande pas pardon pour la divinit de son ,dieu66 ,mais le prtre qui s'est oubli a t veng par l'artiste qui n'a pas paru2 car1 au fond1 rien du talent d'autrefois du ,r4 ,p4 ,lacordaire n'a pass1 en brillant1 dans ce livre4 ,devenu le ,richardson trange de la ,madeleine dans cet inconcevable petit roman d'amiti entre elle et ,notre-,seigneur1 dou comme le chevalier ,grandisson de toutes les perfections humaines1 le prtre qui a consomm une telle chose l'a consomme dans un de ces styles qu'on ne pourra pas louer1 mme l',acadmie1 mme le jour de sa rception66 ,on le sait1 et sa vie et ses livres l'attestent1 le ,r4 ,p4 ,lacordaire1 comme tous les artistes1 et j'ai t tent d'crire les artificiers de la parole1 est beaucoup moins crivain qu'orateur4 crivain1 il est souvent faux et froid1 guind1 prtentieux1 rhtoricien1--oh6 rhtoricien empoisonn de rhtorique6--et1 par dessus tout1 incorrect4 ,orateur1 sa langue est plus saine4 ,elle se place assez heureusement sur ses lvres pour qu'elle y paraisse plus ferme1 plus pure1 plus aile que quand il crit4 ,d'ailleurs il y a l'motion et la voix1 transfigurant cette langue qui passe et dont il ne reste dans le souvenir qu'un cho4 ,voil ce qui protge son style d'orateur1 mme dans ses ambitions les plus infortunes4 ,mais sur ces pages qui restent l1 qu'on peut reprendre et qu'on peut relire pour les juger1 ce tratre style crit1 qui n'a ni la voix1 ni le geste1 ni l'motion de la chaire qu'on a sous les pieds1 ni les mille yeux attentifs du public qu'on a devant soi1 ce tratre style crit dnonce la mdiocrit1 ou le nant1 ou les dfauts de l'crivain4 ,on les voit tous4 ,or1 je viens de dire ce qu'taient ceux du ,r4 ,p4 ,lacordaire2 et1 vous l'avez vu1 ils sont nombreux4 ,eh bien1 nulle part1 ni dans sa ,vie de saint ,dominique ni dans ses ,mlanges1 les dfauts en question n'ont t d'une plus triste vidence que dans le livre de ,sainte ,marie-,madeleine1 et j'en veux donner un exemple par plusieurs citations1 plus convaincantes que toutes les critiques6 ,l'incorrection inoue du dernier livre du ,p4 ,lacordaire ne vient pas de l'ignorance de la langue ni de l'audace des nologismes ou des barbarismes1 qui ont quelquefois1 quand l'crivain a de la pense et reste intelligible1 la sauvage grandeur de toute barbarie4 ,elle ne vient pas non plus de la gaucherie du tour et de l'inhabitude d'crire4 ,non6 le mal est plus profond3 elle vient de l'absence de justesse dans un esprit brillant souvent1 mais jamais excessivement par la justesse4 ,elle vient de la dclamation foncire de l'auteur dans ce livre faux de ,sainte ,marie-,madeleine4 ,elle vient1 enfin1 de ce que j'oserai appeler dans l'crivain le besoin des amphigouris4 coutez et dites si j'ai tort6 ,voici des phrases du ,p4 ,lacordaire3 ,l'amiti--dit-il--n'a pas pour portique un contrat qui lie des intrts4 ,ce portique de papier1 fait par un contrat1 qu'en pensez-vous8 lever des vertus inconnues l'humble airain d'une tranquille mmoire 7page #agh71 cela ne vous est-il pas parfaitement inconnu1 comme moi8 ,a la page #aj3 ,des vaisseaux sont pousss sur la mer1 moins par les vents que par les trsors qu'ils portent6 ,voil des trsors qui peuvent remplacer la vapeur444 ,on fit mettre dans un reliquaire d'or le chef qui reprsentait par excellence le coeur de la sainte6 ,un chef qui reprsente un coeur6 ,c'est une nouvelle anatomie2 mais je ne la crois pas excellente6 ,voyageur aux souvenirs de ,bthanie 7voyageur aux souvenirs est aussi une nouvelle espce de voyageur671 je puis franchir le vestibule 7page #fb7444 ,mais je n'ai jamais su le vestibule de quoi6 ,il y a des choses qui peuvent se rpter par les mes qui les ont conues1 mais qui ne peuvent pas s'imiter4 ,si ceci veut dire quelque chose1 ce ne peut tre qu'une fausset2 mais c'est l suprmement ce que j'appelais plus haut le besoin des amphigouris1 incorrection particulire au livre du ,p4 ,lacordaire1 car de ces incorrections qui tiennent l'absence d'attention et la facilit dans le travail comme celle-ci1 par exemple1 dont je pourrais multiplier le nombre3 ,les premiers disciples disperss par la croix o ils taient ns 7p4 #afj71 de ces incorrections1 je n'en parle pas4 ,ce serait trop long et il faut s'arrter4 ,il faut finir4 ,seulement1 qu'on se rappelle bien dsormais que1 par le temps qui court1 les moines peuvent entrer l',acadmie pourvu qu'ils n'y soient pas trop moines1 et1 comme leur langue est particulirement le latin1 l',acadmie1 qui est parfaitement bonne et aimable1 n'exige pas qu'ils sachent le franais4 ,,montalembert#dd ,i ,le comte de ,montalembert a publi les deux premiers volumes d'un livre qu'on n'attendait pas1 la place d'un livre qu'on n'attendait plus4 ,les ,moines d',occident#de se sont dgags1 peu peu1 de la pense de leur auteur4 ,ils n'taient point sa pense premire4 ,la pense premire de ,montalembert1 c'tait ,saint ,bernard4 ,tout d'abord1 et ds sa jeunesse1 ,montalembert1 qui avait commenc1 avec tant de hasard1 sa rputation par ,sainte lisabeth de ,hongrie1 ce vitrail de chapelle sans couleur et sans navet1 s'tait promis d'crire plus tard la vie de saint ,bernard4 ,ce devait tre l'oeuvre et la couronne de son ge mr4 ,l'ge mr est venu1 mais n'a pas apport sa couronne4 ,le ,saint ,bernard de ,montalembert est rest dans les mmes limbes1 peut-tre prudentes1 o le ,grgoire ,,vii de ,villemain est rest4 ,oserai-je dire que je le conois et que je l'explique8 ,saint ,grgoire ,,vii et saint ,bernard sont deux grands et difficiles sujets1 qui demandent plus1 pour les traiter dignement1 que de l'art oratoire1 et ,villemain et ,montalembert sont particulirement ce qu'on appelle des orateurs4 ,ils le sont de talent1 de got1 et mme de prtention1 je crois4 #dd ,les moines d',occident 7,pays1 #ad aot #ahfj74 #de ,lecoffre et ,cie4 ,probablement ce furent les motions et les applaudissements sur place de la tribune qui empchrent1 pendant vingt annes1 ,montalembert de publier son ,saint ,bernard et de prtendre une gloire moins instantane et plus svre4 ,la misre de tout est que rien ne dure4 ,la misre de la gloire qui vient par la parole1 c'est que1 de toutes les gloires qui s'altrent et qui passent1 elle est celle-l qui passe et qui s'altre le plus4 ,montalembert l'a-t-il compris1 dans le veuvage de la tribune dont il est l',artmise et qu'on ne se rappelle gures maintenant que parce qu'il la pleure8 ,l'ennui des loisirs que lui a faits le gouvernement de l'action1 substitu aux vaines parades de la parole1 lui a-t-il fait comprendre qu'il faut revenir au livre si l'on veut vivre plus de deux jours dans la mmoire des hommes1 puisque enfin l'y voil revenu8 ,mais1 malheureusement1 le livre auquel il revient n'est pas ,saint ,bernard4 ,l'auteur a manqu la promesse de sa jeunesse et au rve de sa vie4 ,cela doit tre triste pour lui4 ,cela doit tre triste pour vous4 ,car ce qu'il publie ne vaut pas ce qu'il et publi s'il avait crit sur saint ,bernard4 ,et voici pourquoi4 ,par cela mme qu'un sujet a moins d'tendue1 tout homme intelligent qui y touche le creuse davantage4 ,il fait comme ,napolon la guerre3 il concentre ses forces sur un point donn4 ,cela est d'autant plus vrai que tout le monde1 mme intelligent1 n'est pas taill pour se permettre la grande histoire la ,tite-,live et la ,gibbon4 ,aux historiens d'haleine courte1 il reste la biographie4 ,montalembert1 qui nous donne aujourd'hui les ,moines d',occident1 nous et plus donn en nous donnant moins4 ,au lieu de tous les moines1 nous en aurions mieux aim un seul1 mais frapp comme il et pu l'tre4 ,montalembert a eu l'ambition plus grande1 ou peut-tre l'a-t-il eue plus petite444 ,qui sait8 ,aprs avoir tt ce fier sujet de saint ,bernard1 qui n'est pas un arolithe tomb dans l'histoire1 mais qui a des racines dans le pass qu'il faut dcouvrir1 et d'autres racines dans l'avenir qu'il faut suivre encore1 ,montalembert1 qui les habitudes oratoires ont t le degr d'attention ncessaire pour approfondir un sujet1 a laiss l le sien1 mais du moins a voulu utiliser les lectures qu'il avait faites pour le traiter4 ,les ,moines d',occident pourraient bien n'tre que les documents et les notes dont le ,saint ,bernard devait sortir4 ,au lieu de la statue1 nous avons444 quoi6 la glaise avec laquelle on la prpare6 ,de cette glaise seulement le sculpteur a moul1 d'un pouce plus modeste que hardi1 une foule de petites statuettes la file les unes des autres1 bonnes tout au plus pour la planchette d'un oratoire4 ,mais la statue1 la grande statue1--de marbre ou de bronze1--nous ne l'avons pas6 ,,ii ,et cette file de statuettes-pygmes va continuer4 ,les deux volumes de ,montalembert se terminent avant l'an #hjj4 ,or1 l'ouvrage1 pour remplir son titre1 doit aller jusqu' la rvolution franaise pour le moins1 car aprs la mort des moines d',occident il y a 7heureusement67 leur renaissance4 ,nous aurons donc--agrable avenir6--pendant dix volumes1 de cinq cents pages chacun1 une histoire faite avec des lgendes de vingt lignes1--et je ne me plains pas des lgendes1 je ne me plains que de leur brivet6--des lgendes qui ne sont pas dores1 celles-l1 car1 vous le verrez tout l'heure1 elles sont crites avec une main lourde et une encre opaque4 ,au lieu d'une histoire qui se tienne1 comme une fresque1 dans une unit brillante ou profonde1 nous aurons une histoire morcele en panneaux troits1 avec un semis de petits mdaillons grands comme le fond de la main et uniformment petits1 quoique dj il y ait1 parmi tous ces moines oublis de l'histoire1 parmi toute cette masse immense de violettes de saintet humble qui trouvent1 elles6 leur naturelle encadrure dans la simple vignette d'un missel1 deux trois figures comme celles de saint ,benot1 de saint ,grgoire1 de saint ,colomban1 lesquelles1 de grandeur1 rpugnent entrer dans le cercle tranglant d'un mdaillon1 et qui1 si on ose les y mettre1 le font clater6 ,et ce n'est pas tout le mal encore4 ,le mal n'est pas d'avoir crit une histoire des ,moines d',occident pour les besoins du microscope1 ce qui est la faute de ,montalembert4 ,il y en a un autre qui est la faute du sujet1 si faute on peut dire1 mais que ,montalembert n'a pas diminue4 ,cette faute1 c'est que tous ces mdaillons multiplis outre mesure1 tous ces profils fuyants de moines qui ne fuient pas assez1 manquent de varit1--et je prie qu'on soit attentif la raison que j'en vais donner4 ,ils manquent de varit parce que ces moines1 qui furent des saints1 se ressemblent de la ressemblance absolue de leur perfection4 ,grands1 tous6 devant ,dieu1 par la foi1 par l'abngation1 par l'oeuvre collective1 ils ont comme l'identit de la mme vertu1 de la mme sagesse1 de la mme saintet1 et on pourrait tous les prendre les uns pour les autres si ,dieu n'avait pas donn quelques-uns d'entre eux la diffrence qui compte devant l'histoire1 la diffrence ou d'un de ces caractres ou d'un de ces gnies qui1 en attendant l'galit du ciel1 font la gloire et l'originalit parmi nous4 ,oui6 tout de mme qu'en mer1 en plaine ou sur le sommet d'une montagne1 une implacable lumire blouit et finit par produire au regard une monotonie douloureuse1 de mme ici cette implacable perfection des saints nous fatigue contempler dans son invariabilit ternelle4 ,je l'ai dit1 c'est la faute du sujet1 mais rien chez celui qui nous le montre n'irise le rayon de cette perfection sans tache et sans nuance1 comme la lumire pure1 pour nous le faire supporter6 ,montalembert1 dans la conception et la construction de son livre1 s'est donc bris deux cueils4 ,il l'a dtaill et rapetiss1 croyant1 bien tort1 qu'en rapetissant et en dtaillant un sujet on le fait mieux voir et mieux tenir1 et il n'a pas su viter la monotonie1 la monotonie qui vient parfois de la beaut et de la profondeur des choses1 mais que cette misrable petite crature phmre qui s'appelle l'homme ne peut pas longtemps supporter4 ,tel est le double dfaut capital de l'histoire de ,montalembert4 ,il en a1 du reste1 senti la moiti4 ,il a senti le dfaut qui ne venait pas de lui3 la monotonie4 ,mais1 s'il convenait de celle-l1 c'tait une raison pour ne pas y ajouter la sienne4 ,dans une trs longue introduction1 qui finit humblement mais dont l'humilit se prolonge un peu trop et a l'air trop fanfare 7je m'arrte ce mot qu'on pourrait allonger71 ,montalembert a conscience de son oeuvre4 ,le pre est inquiet pour l'enfant4 ,il ne tremble pas pour son livre1 oh6 je ne le crois pas si pusillanime que cela6 ,mais il est visiblement embarrass de ce qu'il deviendra et surtout de ce qu'il vaut4 ,embarras qui me touche1 que j'pouse et que je partage1 mais non tout entier et la manire paternelle4 ,en effet1 je ne sais gures--pas plus que ,montalembert--ce que deviendra son histoire ici prsente1 mais je crois savoir ce qu'elle vaut1 et je veux mme essayer1 s'il veut bien me le permettre1 de le lui montrer4 ,,iii ,eh bien1 d'abord1 c'est une bonne intention et une noble pense6 ,c'est un livre chrtien1 entrepris pour exalter l'oeuvre ternellement glorieuse de l'glise1 un livre enfin dont la doctrine est pure et le sentiment trs droit4 ,mais1 le fond orthodoxe du livre mis de ct1 il reste1 aux yeux de la ,critique littraire444 tout le livre1 et le livre ne satisfait ni le critique ni mme le chrtien1 qui sait ce que peut tre la prdication d'un livre bien fait4 ,le livre de ,montalembert a un tort suprme4 ,il rpte ce qui a t dit mieux444 ,c'est l'apologie des ordres religieux1 qu'on ne pourra jamais trop faire1 quand on la fera bien2 mais cette apologie nouvelle est sans nouveaut4 ,elle est sans clat1 sans posie1 sans manire de tourner les choses ou de les retourner1 car on les a vues dans ce sens-l bien des fois1--malheureusement bien des fois6 ,aprs ,chateaubriand1 ce n'est pas le ,gnie du ,christianisme1 mais c'est le christianisme sans gnie4 ,assurment1 si nous faisons de ce livre1 tel quel1 le catchisme de l'ignorance1 il sera intressant encore4 ,les faits qu'il voque sont si beaux6 ,mais il s'agit de livre et non de catchisme1 de lettrs et non d'ignorants4 ,or1 pour peu qu'on ait rafrachi ou brl son front aux sublimes choses que le christianisme a fait jaillir de l'me humaine en y dbordant1 pour peu qu'on ait lu la ,vie des ,saints1 les ,pres du ,dsert1 la ,chronique des monastres1 devenue en ces derniers temps de l'histoire sans laquelle il n'y a plus d'histoire d'aucune espce dans l',europe dsoriente1 l'histoire des ,moines d',occident de ,montalembert ne paratra plus que ce qu'elle est1 c'est--dire plusieurs grands et puissants livres diminus en un seul4 ,ne voil-t-il pas un magnifique rsultat6 ,laissons pour le moment la composition mme du livre1 qui ne sait pas faire profondment et magistralement l'histoire d'une influence sans se perdre dans les feux de file des faits1 ou qui1 faisant l'histoire des faits1 s'y perd encore1 car il ne peut les donner tous et il n'y a pas de raisons pour qu'il choisisse plus les uns que les autres2 laissons cette maladroite succession de lgendes qui ne fait pas l'unit d'un livre1 car se suivre n'est pas s'enchaner1 et1 dans l'excution de l'histoire de ,montalembert1 demandons-nous ce qu'il y a de plus que des traductions assez fidles et des transcriptions trs honntes1 car les notes du bas des pages1 malgr leur place1 sont suprieures l'en-haut1 et l'auteur n'a pas craint la comparaison4 ,traductions et transcriptions6 rien de plus4 ,mais ces traductions fragmentes nous aurions prfr une traduction intgrale des livres dont ces fragments sont tirs1 et1 pour les transcriptions1 c'est de mme4 ,nous aimerions mieux lire chez eux qu'ici les auteurs que ,montalembert cite1 parce que1 chez eux1 ils sont complets1 et qu'ici ils ne le sont pas4 ,parfois1 cependant1 il est vrai1 ,montalembert ajoute quelque chose de son cru aux allusions qu'il fait des autres4 ,je n'ai point oubli1 par exemple1 l'ide heureuse qui ouvre aux moines la succession de ces deux grands trpasss historiques dont l'un est touchant et l'autre sublime1 les esclaves et les martyrs4 ,je n'ai pas oubli non plus beaucoup de pages judicieuses2 mais judicieuses dans tout ce que la signification de ce mot a de plus pdestre4 ,ne vous y trompez pas6 ,si la vue de l'auteur des ,moines d',occident s'lve ou si son style s'avise de briller1 c'est qu'un autre que lui regarde par son oeil et crit par sa main6 ,ainsi1 quand il dgage 7page #ed1 #b;e vol47 le rapport saisissant de la rgle de saint ,benot et de la fodalit qui va natre1 il est frappant2 mais il exprime1 de son aveu1 une ide du ,p4 ,pitra1 un moine de nos jours1 un ,mabillon moderne aussi savant que le ,mabillon ancien1 mais avec la posie en sus4 ,ainsi encore1 lorsqu'il rapporte quelque miracle et qu'il le raconte avec une expression imposante1 c'est que l'expression est de saint ,grgoire le ,grand1 dont les lettres1 en cette histoire des ,moines d',occident1 font tout plir6 ,ce n'est pas tout4 ,si un mot tincelant ou pntrant y caractrise avec clat ou profondeur une institution ou un homme1 c'est que ce mot est de ,bossuet1 de ,bossuet1 qui fait rentrer du coup dans l'ombre toute la page o il est cit6 ,si des erreurs y sont signales comme celles-l que ,michelet et ,alexis de ,saint-,priest soufflrent sur la mmoire de saint ,colomban1 de leurs bouches puriles accoutumes faire des bulles de savon1 c'est le doigt bni de cet adorable abb ,gorini1 dont nous sommes tous en deuil1 qui les indique et qui les crve6 ,s'il y a un de ces traits de peintre qui restent1 vivants et tenaces1 sur la toile de nos esprits1 comme1 par exemple1 celui de ces loups affams qui1 de leurs flancs amaigris1 faisaient ceinture aux monastres1 et1 de leurs hurlements1 repons aux psaumes chants par les moines1 aux offices de nuit1 allez6 il n'est pas de ,montalembert1 ce trait pittoresque6 mais d'un crivain farouchement nergique1 d'un peintre de pirates convertis1 d',orderic ,vital4 ,enfin1 si le rcit de l'auteur des ,moines d',occident roule1 comme une perle1 quelque lgende prise cette fontaine de larmes qui filtre l'image d'un ciel renvers entre toutes les ruines de l'histoire1 la lgende a t trouve dj par quelque pcheur aux lgendes et aux perles comme ,m4 de la ,villemarqu4 ,lgendes1 peintures1 rfutations1 miracles raconts de manire couper l'insolent sifflet des rieurs1 aperus1 domination petite ou grande de l'histoire1 de quelque ct que ce soit rien n'appartient en propre et en premier ,montalembert1 si ce n'est ce qui appartient toujours tout homme dans tout livre1--le style qu'il y met4 ,or1 le style de ,montalembert ne fut jamais trs littraire4 ,c'est un style d'orateur1 dou pour principale qualit de cette espce de force dans l'ide et l'expression vulgaires qui explique1 du reste1 tout l'ascendant de l'orateur4 ,,iv ,c'est un orateur1 en effet1 et un orateur dpays dans la littrature1 que ,montalembert4 ,polmiste1 antiquaire1 pair de ,france1 dput1 il n'a jamais t autre chose qu'un orateur1 toutes les poques de sa vie4 ,la forme sine qua non de son esprit1 c'est le discours4 ,j'ai parl plus haut de ,villemain1 qui n'est point certainement un barbare comme le ,cimbre qui n'osa tuer ,marius1 mais qui n'a pas os non plus tuer ,grgoire ,,vii2 mais ,villemain est1 dans l'ordre des orateurs1 un parleur trs arrang1 qui pile des phrases1 sceptique tout si ce n'est la rhtorique et l'orthographe1 tandis que ,montalembert est un homme convaincu toujours1 souvent passionn1 lourd habituellement1 mais brusque et vrai1 en somme1 quoique de temps en temps dclamateur4 ,une seule fois dans sa vie1 pourtant1 ,montalembert oublia qu'il tait orateur et se crut pote4 ,ce fut quand il crivit cette ,sainte lisabeth de ,hongrie1 sincre peu prs comme les posies de ,clotilde de ,surville sont franaises4 ,mais cette distraction ne dura pas1 et aujourd'hui1 jusque dans cette ,histoire des ,moines d',occident1 l'orateur qu'il n'a jamais cess d'tre se montre plus que jamais et il y va mme jusqu' la faiblesse des prosopopes3 ,et maintenant accourez1 barbares6 s'crie-t-il1 et ce qui accourt1 ce n'est pas le talent et le talent d'un historien coup sr4 ,mais qui s'en tonnerait ne connatrait pas l'essence oratoire4 ,tout orateur a du dclamateur en lui4 ,c'est vice de conformation et de nature4 ,mais alors qu'il ne dclame pas1 alors qu'il est le plus heureusement et le plus purement orateur1 il a1 de nature et de conformation aussi1 cette force d'expression et d'ide vulgaire dont je parlais tout l'heure1 et qui l'empchera toujours d'atteindre la hauteur de pense et la concentration de forme du grand crivain4 ,tout grand orateur1 ou plutt tout orateur quelconque1 verrait s'interrompre tout coup et s'abolir le rapport qu'il y a entre lui et son public s'il n'tait pas un peu vulgaire comme ces foules auxquelles il a affaire et avec lesquelles il doit s'entendre pour les entraner4 ,prenez-les tous1 si vous voulez1 et cherchez s'ils n'avaient pas tous cette force dans la vulgarit qui est leur fond mme6 ,les plus grands1 je le sais1 commencent par ,dmosthne 7mais ,dmosthne1 quoi de plus que le bon sens d'une place publique871 et finissent par ,o',connell1 un sublime bouffon de ,shakespeare qui a grimp sur les hustings6 ,quant ,bossuet1 n'en parlons pas6 ,ce n'est pas un homme1 c'est un miracle4 ,il s'est couch sur les prophtes morts comme ,samuel sur la femme qu'il rappela la vie1 et ces grands morts ressuscitrent dans son gnie4 ,bossuet1 qui composait ses sermons genoux comme saint ,charles ,borrome1 n'est pas un orateur humain4 ,c'est un inspir4 ,je demande donc une exception pour ,bossuet6 ,lui n'a jamais besoin d'tre vulgaire1 et1 quand il l'est par l'expression1 c'est pour relever d'autant sa pense sur le contraste4 ,mais ceux-l qui ne sont ni ,bossuet1 que ne peut tre personne1 ni ,dmosthnes1 ni ,o',connell1 ni mme ,mirabeau1 et qui descendent jusqu' ,m4 ,ledru-,rollin1 avec leur part de talent et d'influence1 ceux-l ont besoin de la verve ou de la force dans les ides communes4 ,or1 du temps que ,montalembert parlait au lieu d'crire1 il les avait4 ,on ne voyait pas briller sur sa lvre le rayon qui n'est pas sous sa plume1 mais il y avait parfois un mordant d'ironie qui brlait sans clair4 ,il avait le coup de gorge strident et le mouvement toujours prt des fortes mchoires oratoires4 ,seulement1 on n'improvise pas avec cela1 du soir pour le matin1 un talent rel de littrature ou d'histoire6 ,et voil pourquoi les ,moines d',occident ne sont pas une histoire1 mais une oraison1--oratio444 pro monachis1--et une oraison444 jaculatoire1 trs souvent1 car la foi--une foi dont je ne souris pas1 mais que je respecte au contraire1--y avive les lancements de l'orateur4 ,le seul talent que j'y reconnaisse1 c'est ce talent sonore et pais de l'orateur1 qui n'a ni les finesses1 ni les nuances1 ni les mille fortunes savantes de l'art d'crire4 ,sans le geste de la phrase1 qui d'ailleurs ne varie pas et qui remue toutes ces ides assez communes1 dbites partout1 sur la chute de l'empire romain1 sur les ,barbares1 sur les premires grandeurs morales du christianisme1 vous n'avez plus l1 sous le nom de ,montalembert1 que le style et les aperus du ,correspondant1 c'est--dire de la ,revue des ,deux ,mondes en soutane4 ,voil tout6 ,dans des notes1 combines sans doute pour resserrer des liens dj chers1 ,montalembert n'a pas manqu de nous prsenter tout le personnel du ,correspondant1 vivants et morts1 et sa scrupuleuse exactitude nommer tout le monde et n'oublier personne du cnacle dont il est l'oracle est telle qu'on finit par ne plus savoir si les ,moines d',occident1 cette suite de petites histoires transcrites et traduites d'histoires plus longues et mieux racontes1 sont1 tels que les voil1 une besogne faite par un seul homme ou par sa petite socit4 ,,philosophie ,,positive#df ,i ,est-ce elle qui s'lve1 cette doctrine1--si cela peut s'appeler une doctrine8--ou plutt est-ce le monde philosophique qui s'abaisse8 ,mais elle n'tait presque pas1 elle rasait la terre1 on la voyait peine1 et voici que depuis quelque temps la rampante bte s'est redresse1 qu'elle se nettoie comme elle peut de ses origines1 que l'aile lui pousse1 cette aile de papier sur laquelle les sottises vont si loin1 et qu'elle sera peut-tre une hydre1 un dragon mille ttes sans cervelle demain6 ,le positivisme1 voil dj le nom qu'on donne maintenant ce qui fut tout d'abord la religion et la philosophie positive6 ,quand l'ide enfonce la grammaire1 c'est qu'elle est dj forte dans les esprits4 ,le positivisme1 voil le nom barbare de cette chose qui fut une folie parfaitement caractrise dans le cerveau troubl qui la conut1 et dont aujourd'hui les uns veulent faire une religion encore1 et les autres1 plus malins1 simplement une philosophie4 ,cela suffirait bien6444 #df ,exposition de la religion et de la philosophie positive1 par ,clestin de ,blignires2 ,paroles de philosophie positive1 par ,littr 7,pays1 #bi mai #ahfj74 ,or1 c'est de ceux-ci1 les malins1 que je veux exclusivement parler aujourd'hui4 ,je ne veux m'occuper ni occuper mes lecteurs des insenss et des imbcilles qu',auguste ,comte1 mort rcemment1 a laisss aprs lui pour rpandre la religion qu'il a fonde1 et qui fonctionnent1 eux et leur culte1 pour le moment1 dans quelque grenier4 ,non6 je ne veux parler que des philosophes et non pas des prtres positivistes1 des philosophes1 qui prtendent tirer une grande doctrine des six volumes de fatras qu',auguste ,comte a lgus444 aux vers de la terre1 et qui font actuellement de si grands efforts pour cacher le ridicule fondamental de leur grand homme4 ,ce sont ceux-l1 en effet1 qui sont dangereux2 ce sont ceux-l qui pourraient faire croire1 si on les laissait faire1 au gnie d'un crivain qui n'en avait pas1 mme ml de la folie1 et par consquent pourraient donner ses ides un ascendant que l'ide de gnie donne toujours1 dans ce pays-ci1 aux opinions d'un homme4 ,les autres444 les autres iront naturellement tomber dans le grand sac marionnettes o sont tombs1 successivement engloutis1 tous les dieux du ,x,i,xe sicle et leurs divers clergs1 ,le ,mapah1 ,jean ,journet1 ,thoureil1 les phalanstriens avec leur queue1 les saint-simoniens et leur tunique1 et ils n'ont besoin de personne pour les pousser dans ce sac-l4 ,,ii ,cette sparation trs marque entre les ,talapoins du positivisme et ses philosophes1 sinon plus positifs au moins plus rassis et surtout plus habiles1 existait dj du temps du prophte et du dieu2 mais c'est depuis sa mort que cette sparation s'est nergiquement accuse1 et on le conoit4 ,tant que le dieu tait l1 il n'tait pas prudent de parler de sa sagesse1 car il pouvait se livrer des incartades crbrales nouvelles qui auraient tout dconcert4 ,une fois mort1 au contraire1 on ne le craignait plus2 on tait tranquille4 ,on connaissait exactement le bloc de folies qu'il fallait prudemment enterrer4 ,on tenait l'obus formidable qu'il fallait empcher1 par tous les moyens1 d'clater4 ,jusque-l1 on avait eu assez de chance1 ,auguste ,comte n'a jamais eu la clbrit retentissante de ,saint-,simon ou de ,fourier4 ,le hasard avait paissi autour de lui cette obscurit qui rend les hommes plus grands1 quand ils sont grands1 comme l'ombre fait les diamants plus beaux4 ,tout s'tait pass d'abord dans un coin de l'cole polytechnique1 d'o on l'avait chass pour cause de doctrine malsante et malsaine4 ,puis1 dans un cercle fort troit1 on avait1 pendant vingt ans1 entendu cette voix pre1 obstine1 pesante1 ne portant pas loin1 et qui avait cependant la prtention d'instruire la terre et de la changer4 ,mais1 hors de ce cercle1 rien ou peu de chose4 ,le monde1 auquel on avait servi tant de religions depuis un quart de sicle1 tait si repu de ce genre de folies qu'il ne fit nulle attention celle d',auguste ,comte1 laquelle ressortait nanmoins en haute bouffonnerie sur celles qu'on lui avait servies jusque-l4 ,la religion de ce mystique sans ,dieu tait l'humanisme1 c'est--dire la dification de l'humanit 7ide commune1 du reste1 tous ces fabricants de religions672 mais c'tait la dification de l'humanit par la femme1 et le culte de cette religion fut l'adoration de la femme1 qui1 dans un temps qu'on ne prcisait pas1 devait faire des enfants toute seule444 ,je me contenterai de ce lger dtail pour donner une ide de cet illumin tnbreux et tendresse pleurnicheuse1 malgr ses mathmatiques1 qui quelques vieilles femmes et quelques trs jeunes gens firent une rente1 mais dont le dvouement ne put le tirer du fond de son puits o il resta2--seul rapport qu'il et jamais1 le pauvre homme6 avec la vrit4 ,mais1 encore une fois1 aujourd'hui qu'il est mort1 et bien mort1 voil qu'on l'en tire1 et qu'aprs l'avoir bien lav1 pong et essuy de cette religion qui pourrait bien tout perdre1 on le donne pour un immense philosophe dont la philosophie doit tre la seule religion des temps futurs4 ,comme cela1 vous comprenez8 le tour est fait4 ,laissons le mystagogue2 prenons le philosophe4 ,et on l'a pris4 ,les brochures se sont multiplies4 ,on s'est gliss et tortill dans quelques grands journaux1 et hier encore un homme considrable1 ,littr1 y crivait ces ,paroles de philosophie positive#dg qu'il nous donne en brochure aujourd'hui1 et dans lesquelles il se vante d'tre le disciple de ,comte et le propagateur humble et dvou du positivisme1 dont au fond il se croit peut-tre le saint ,paul4 ,que le plus grand saint du catholicisme lui pardonne6 ,il n'en sera jamais que le ,considrant4 #dg ,delahays4 ,or1 prcisment1 ,littr est un de ces habiles dont nous parlions tout l'heure qui font la bonne distinction1 dans ,auguste ,comte1 du fondateur de religion et du philosophe4 ,homme d'esprit1 qui a le sentiment du ridicule1 ce sentiment prservateur1 ,littr craindrait de jurer qu'il croit l'difice religieux et social bti par ,comte pour abriter1 sous sa coupole1 les gnrations de l'avenir4 ,il est mdecin4 ,il se connat mieux en folies que ,clestin de ,blignires par exemple1 plus enthousiaste1 plus empaum1 et qui a os 7 imprudence67 intituler son livre ,exposition de la philosophie et de la religion positive#dh1 au lieu de l'appeler ,exposition de la philosophie positive tout simplement4 ,je sais qu'il y parle peu de cette religion et qu'il la fond avec la philosophie dans les dernires pages de son crit4 ,je sais que les grands ridicules y sont estomps4 ,mais cependant on les y aperoit encore sous l'estompe de prcaution qui les couvre4 #dh ,chamerot4 ,et1 en effet1 nous sommes pratiques1 et nous voulons tre populaires4 ,clestin de ,blignires est1 en ,france1 le vulgarisateur philosophique d',auguste ,comte comme miss ,martineau l'est en ,angleterre4 ,il ne doit donc strictement parler que de philosophie et n'avoir pas de distractions4 ,dans le titre de son travail je trouve le mot expressif d'exposition abrge et populaire4 ,vous le voyez6 nous n'en sommes plus l'rudition et la pense qui ddaignent de descendre de leurs sommets6 ,non6 nous voulons mettre l',acadmie des sciences dans la rue1 en attendant que nous la mettions dans l'glise1 et vive la science6 comme dit ,m4 ,jourdain4 ,,iii ,c'est toujours un vnement grave que l'apparition dans ce monde d'une philosophie nouvelle1 quelle qu'elle soit4 ,la moins forte et la moins fconde est encore prolifique et fait des petits4 ,si ces petits sont trs petits1 c'est toujours au moins un genre d'insectes incommodes1 une malpropret du cerveau4 ,mais ici les insectes qui menacent seraient trs gros s'ils venaient natre444 ,la philosophie de ,comte est assez fausse pour aller trs loin1 et elle n'a mme d'autre raison de s'arrter que sa prtention d'tre une religion par-dessus le march d'une philosophie4 ,dans l'tat actuel de ce pauvre esprit humain1 qui se croit un esprit trs fort1 ceci la compromet4 ,mais1 sans sa prtention tre une religion1 elle a bien1 je vous assure1 tout ce qu'il faut pour dompter la pense publique4 ,elle doit lui plaire par son apparente simplicit de point de vue et de dduction1 et la faire trembler par les connaissances terribles qu'elle exige444 ,or1 la pense publique1 en ,france surtout1 ressemble aux femmes1 qui doivent toujours un peu trembler pour bien nous aimer4 ,toute cette mathmatique1 voyez-vous1 toute cette astronomie1 toute cette physique1 toute cette chimie1 toute cette biologie1 toute cette science sociale1 pour arriver tre philosophe1 c'est--dire savoir deux mots de morale1 deux simples mots sur ses devoirs1 ah6 voil qui produit un rude effet sur l'ignorant et qui l'agenouille6 ,tandis qu'au contraire la facilit de comprendre le systme1 trs peu compliqu1 de ,comte1 comme vous allez le voir1 charme tous les superficiels1 tous les gens qui donnent une chiquenaude leur jabot et qui pirouettent4 ,or1 qui a pour soi messieurs les ignorants et messieurs les superficiels1 doit tre un homme firement accompagn6 ,et si vous y joignez cette autre varit florissante1 les jugeurs1 les solennels1 les hommes-tribunaux1 les ,perrins-,dandins1 presque aussi communs que les ,georges1 pris assez subtilement la petite trappe de l'impartialit1 vous avez l'opinion tout entire1 ou au moins ses forces les plus vives1 et c'est le cas prsent pour ,comte4 ,il a la rouerie d'tre impartial4 ,il se distingue des autres philosophes1 qui traitent le pass avec l'insolence du prsent1 et il le salue comme un mort1 il est vrai1 mais il le salue6 ,positivement1 dans la grossiret universelle1 il a la dcence du coup de chapeau4 ,il est donc redoutable1 ou du moins pourrait l'tre1 et voil pourquoi nous voulons vous parler de cet homme1 qui1 si on laissait faire ses amis1 deviendrait relativement puissant1 en raison de ses affectations et de ses impuissances4 ,voil pourquoi nous voulons vous exposer brivement1 mais intgralement pourtant1 cette philosophie pdantesque et bouffie1 qui cache un vide profond sous sa bouffissure et son talage scientifique4 ,l'exposer suffira1 car elle est justement de ces doctrines auxquelles la meilleure rponse qu'il y ait faire est celle qu'on leur fait444 seulement en les exposant4 ,,iv ,il est des rapprochements singuliers et gais444 mme en philosophie4 ,comte a pour homonyme un homme dont on a beaucoup parl autrefois4 ,comme ,comte le philosophe1 cet autre ,comte faisait aussi de la science sa manire1 car il tait physicien2 mais la physique qu'il faisait tait amusante4 ,disons le mot3 il escamotait4 ,eh bien1 voici qui a lieu d'tonner6 ,comte1 le philosophe1 le grave1 celui qui n'amuse pas1 mais qui croit clairer1 est aussi un escamoteur1 et son systme de philosophie n'est qu'une longue suite de tours d'escamotage4 ,c'est trs curieux4 ,ne vous rcriez pas6 ,comte1 le philosophe1 escamote littralement1 dans son systme de philosophie positive1--qui n'est que le vide positif1--d'abord ,dieu et tout l'ordre surnaturel2 ensuite la mtaphysique tout entire et le monde d'abstractions et d'explications qu'elle trane sa suite2 enfin1 les causes finales et les causes premires4 ,terribles muscades sur lesquelles il souffle et qui disparaissent1 comme les muscades de lige de l'autre ,comte2 mais avec ce dsavantage que lui1 l'escamoteur philosophique1 il ne sait pas les retrouver4 ,ce dplorable escamoteur en second1 qui ne sait rien faire revenir sous son gobelet de ce qu'il en te1 a1 pour toute baguette magique1 une affirmation sans preuve1 bte1 en effet1 comme un coup de baguette444 ,mais en philosophie1 ce qu'on carte n'est pas supprim4 ,on dit bien1 avec l'aplomb de l'escamoteur3 ,il n'y a plus1 en philosophie1 de transcendance2 il n'y a plus que de l'immanence4 ,la transcendance--c'est--dire1 pour tre clair1 la difficult dans les questions par leur hauteur mme1--n'en existe pas moins de toute son existence indestructible1 et l'esprit humain ne se tient pas pour dit qu'elle n'est plus parce qu',auguste ,comte a souffl4 ,on dit aussi1 toutes les pages de l',exposition de ,blignires3 ,l'homme ne peut savoir le pourquoi de rien2 le comment est seul sa porte4 ,ce n'est pas sur cette hautaine parole de ,comte1 rapporte et enregistre par ,blignires et apostille par ,littr 7,paroles de ,philosophie positive71 que les lois qui rgissent l'humanit seront changes et qu'elle se dshabituera d'aller choquer sa noble tte contre les problmes de sa destine1 insolubles1 dans ce monde-ci du moins1 mais que son ternel honneur est d'incessamment agiter6 ,ainsi1 vous le voyez1 la simplification dont je parlais est assez tt faite4 ,c'est une suppression3 voil tout6 ,c'est un escamotage au profit des sciences physiques1 les seules au fond qu'admette ,comte1 ce fondateur de religion nouvelle qui est athe et qui ne reconnat de ,dieu que l'humanit4 ,l'induction sublime qui donne ,dieu en mtaphysique1 l'induction baconienne1 la dduction de ,descartes1 qui veut aller de l'homme ,dieu1 tout ce haut systme de probabilits qui est toute la philosophie pour ceux dont l'inquitude d'esprit n'est pas apaise par la double clart de la rvlation et de l'histoire1 n'a pour ,comte aucune valeur scientifique4 ,la science1 pour tre de la science1 doit se borner constater des faits1 ce qui est encore un escamotage de la science1 mais le plus maladroit de tous1 celui-l1 car la science a toujours t tenue de faire plus1 mme dans ,comte1 et le voil inconsquent6 ,en effet1 ce ngateur des causes finales et premires1 par haine de l'indmontr1 n'en part pas moins de l'indmontr1 comme le plus modeste d'entre nous4 ,en supposant--dit-il--que tout ce qui est jusqu'ici tomb dans le monde y soit tomb en raison des lois de la pesanteur1 ce qui tombera demain tombera-t-il de mme8444 ,nulle rponse que le besoin qu'on a de faire admettre le principe de l'invariabilit des lois naturelles 7page #ha74 ,et il appelle cela nulle rponse6 ,et les conditions sine qua non de l'existence de l'esprit humain ne lui paraissent pas une raison assez premptoire1 cet escamoteur qui fait tout disparatre2 mais ici c'est le bon sens qui est escamot4 ,et cette inconsquence n'est pas la seule dans le systme de ,comte4 ,lui qui a crit1 selon ,blignires1 ou du moins qui a profess1 qu'une science n'tait jamais que l'tude propre d'une classe de phnomnes dont l'analogie a t saisie1 prtend cependant partout que l'observation est seule scientifique et dcompose l'art d'observer en trois modes irrductibles3 l'observation pure1--l'exprimentation1--et la comparaison4 ,ce qui est exclusif de toute analogie1 comme preuve1 et fait de la mthode soi-disant nouvelle de ,comte quelque chose d'aussi vieux et d'aussi born que la premire mthode venue d'observation pratique dans les sciences physiques4 ,rien de moins surprenant1 du reste1 ,comte1 le philosophe1 n'tant1 bien le prendre tout entier1 qu'un physicien6 ,malgr la gloire qu'on lui badigeonne en ce moment1 l'auteur de la ,philosophie positive n'est que la cent-quarantime incarnation de ce matrialisme qui1 depuis ,la ,mettrie et son homme-chou jusqu' ,littr1--qui n'a point l'audace de ce lgume1--s'est transform sans cesse et se transformera encore1 mais qui est identiquement le mme que dans les livres du ,x,v,i,i,ie1 o il fait grande piti4 ,c'est en raison de cette piti1 sans doute1 qu'on le rhabille et que ,comte s'est charg de ce soin et de cette dpense4 ,il a eu cette vertu pour ce vice4 ,il lui a fait cette charit4 ,il est vrai que le matrialisme la lui a rendue4 ,si ,comte a donn au matrialisme un habit neuf1 dont il avait grand besoin1 le pauvre diable 7et diable est le mot671 le matrialisme a donn ,auguste ,comte une doctrine2 car on peut demander ce que serait ,comte sans le matrialisme1 si ,cabanis1 ,broussais et le docteur ,gall n'avaient jamais exist6444 ,tels sont les prdcesseurs dans la science et les matres de ,comte3 ,cabanis1 ,broussais et le docteur ,gall1 le docteur ,gall surtout1 dont directement il procde et auquel il emprunte son systme de petites botes numrotes sur le crne pour mettre l dedans les facults de l'me1 qu'il y a vues1 probablement1 ce grand observateur qui n'invente rien et pas mme sa philosophie6 ,les facults de l'me et la morale1 qui est la consquence de ces facults1 sortent pour ,comte de ces ingnieuses petites botes numrotes1 ou plutt elles sont ces petites botes elles-mmes4 ,si elles ne sont pas ces petites botes elles-mmes1 qu'il nous les montre1 ces facults de l'me indpendantes1 ayant une existence elles1 quoique renfermes en ces petits engins6 ,mais1 allez6 en restant dans l'observation et dans le connaissable1--comme il dit1 en gallois1 sans doute1--on peut l'en dfier et conclure que les petites botes numrotes ont mystifi l'escamoteur4 ,v ,jusqu'ici nous n'avons rien trouv encore dans toute cette philosophie positive1 dont il ne reste rien1 positivement1 quand on veut la toucher et la prendre avec les mains de son esprit1 nous n'y avons rien trouv de particulier ,auguste ,comte1 et1 s'il a eu l'originalit d'une ngation1 c'est la plus triste des originalits de l'erreur6 ,il est vrai1 comme nous l'avons vu1 que cette ngation est assez vaste et laisse une large troue1 un hiatus terrible1 dans la proccupation de l'esprit humain4 ,ni thologie ni mtaphysique4 ,tout cela balay du cerveau de l'homme d'un seul coup4 ,hein6 quel coup de plumeau d',hercule6 ,seulement1 pour que le coup de balai ft rel1 il faudrait un autre manche que le gnie de ,comte1 qui1 vritablement1 n'est pas de longueur4 ,pour caler la ngation qu'il se permet1 et qui a besoin de solidit en raison mme de sa masse1 ,auguste ,comte a une de ces explications arbitraires et communes toutes les philosophies de l'histoire1 le seul genre de philosophie que l'on fasse maintenant3 ,l'intelligence humaine--dit-il--a pass par trois tats--7rien de plus1 rien de moins2 toujours l'escamoteur673--l'tat thologique1 qui est la fiction2 l'tat mtaphysique1 qui est l'abstraction2 et l'tat positif1 qui sera la dmonstration1 et auquel nous sommes arrivs grandes guides et avec ,auguste ,comte pour postillon1 bien entendu6 ,vous vous rappelez1 n'est-ce pas8 la division saint simonienne du genre humain1 en poques organique et critique8 ,auguste ,comte se la rappelle bien1 lui6 si vous ne vous la rappelez pas4 ,eh bien1 c'est sur cette division des trois tats qu'il aperoit successivement1 dans les annales du monde1 et qu'un autre historien ne verra pas et traitera de chimrique1 c'est sur cette division que ,comte appuie la ngation des deux premiers tats du genre humain qui ont exist1 mais qui sont finis3 la priode de la fiction1 c'est--dire de toutes les religions1 depuis le ftichisme jusqu' la religion positive1--exclusivement1--et la priode de la mtaphysique1 depuis ,aristote jusqu' ,hegel444 ,ma foi6 oui1 mme ,hegel6 qui du moins avait une philosophie tout entire derrire sa philosophie de l'histoire1 tandis qu',auguste ,comte n'a qu'une philosophie de l'histoire et rien derrire1 absolument rien1 en sa qualit de philosophe positif6 ,et1 vraiment1 je ne voudrais pas rire dans ce sujet2 je voudrais tre srieux4 ,mais le comique positiviste est plus fort que moi4 ,une nomenclature n'est pas1 n'a jamais t une philosophie1 et je ne reconnais d'autre mrite ,comte1 si mrite il a1 que celui d'une nomenclature4 ,otez ce penseur pillard et frelon celle qu'il a faite des sciences et dont j'ai parl plus haut3 mathmatiques1 astronomie1 physique1 chimie1 biologie1 science sociale et morale1 qu'il classe en sciences abstraites et concrtes1 et il n'a plus que les ides d'autrui1 qui ne se cachent pas4 ,en morale1 o il n'invente pas plus qu'en mtaphysique1 par exemple ,comte donne ce que nous1 chrtiens1 appelons de ce beau nom de charit1 tomb du dictionnaire des anges dans la langue des hommes1 le nom grotesque1 invent par lui1 d'altruisme4 ,eh bien1 en matire d'ides1 ,comte est un altruiste6 ,c'est un altruiste intellectuel4 ,quoi donc lui appartient dans son systme8 ,est-ce la division du pouvoir en pouvoir spirituel et pouvoir temporel1 qu'il dit d'ordre majeur1 la grande affaire et que le moyen ge a lgue au monde moderne8 ,est-ce la conclusion laquelle il aboutit3 la reconnaissance de cette distinction des pouvoirs et l'abolition de toute doctrine officielle8 ,est-ce l'ide que le gouvernement actuel doit abandonner le rtablissement de l'ordre intellectuel la libre concurrence des penseurs indpendants1 ce qui prouve1 par parenthse1 qu'il n'y a rien de plus prs d'un imbcille qu'un sectaire8444 ,est-ce mme sa dfinition du progrs1 qui a besoin d'une autre dfinition pour qu'on l'entende1 et qu'il appelle l'ordre continu8 ,est-ce l'ide1 qu'il dit tre la plus gnrale de la philosophie positive1 que toutes les connaissances humaines doivent tre domines par un petit nombre de sciences fondamentales et former un tout4448 ,est-ce son mpris de la psychologie et de l'conomie politique8444 ,est-ce son altruisme1 part le mot1 que personne ne lui dispute8 ,est-ce sa morale sans ,dieu1 sans sanction1 sans immortalit1 sans esprance1 et pour le plaisir d'tre agrable tout le monde8 ,est-ce sa religion de l'humanit8 ,mais tout cela est vieux1 dtrior et branlant comme un pont qui croule4 ,tout cela1 depuis des temps infinis1 jonche1 de la plus triste faon1 le champ de la spculation humaine4 ,et c'est avec tout cela1 pourtant1 que vous voulez clairer le monde jusqu'au fin fond de sa dernire illusion6 ,c'est avec cela que vous vous appelez ou qu'on vous appelle le seul philosophe des temps futurs1 le dmonstrateur1 le positiviste6 ,faites-vous appeler poseur plutt6 ,ce sera mrit et plus juste4 ,je ne sais rien de plus contestable1 de moins approfondi1 de moins approchant du rel1 que cette philosophie de l'histoire quoi se rduit1 en somme1 l'oeuvre de ,comte dans ,blignires1 et qui vient aprs les escamotages de toutes les questions vraiment philosophiques3 thodice1 mtaphysique1 vrits abstraites1 comme les ombres chinoises venaient aprs les tours de gobelet chez l'autre escamoteur4 ,oui6 malgr ma rsolution de rester grave en ce grave sujet de philosophie1 je n'ai pu rsister la mordante envie d'appeler les choses par leur nom1 et ce n'est point ma faute1 moi1 si ce nom n'est pas mlancolique6 ,auguste ,comte tait de son vivant un fort savant homme en mathmatiques1 mais en philosophie c'tait un indigent1 excusable peut-tre--car chacun veut vivre--quand il empruntait les ides qu'il n'avait pas4 ,c'tait encore une de ses manires d'escamoter1 cet infatigable escamoteur6 ,il se fit1 comme ,arlequin1 un habit de toutes pices1 et ces pices avaient malheureusement beaucoup servi4 ,mais il n'avait pas1 il faut bien le dire1 la grce d',arlequin4 ,un jour1 vous vous rappelez la comdie8 ,arlequin s'escamote lui-mme1 et il n'y a plus rien dans son habit bariol4 ,eh bien1 c'est le seul tour d'escamotage que ,comte ne fasse pas6 ,mais l'avenir s'en chargera1 et la renomme qu'on arrange pour lui aujourd'hui disparatra bientt1 dernire muscade sur laquelle il ait oubli de souffler4 ,,philosophie ,,politique#di ,i ,ce n'est pas la brivet du livre#ej de ,beauverger qui nous dplat et mme qui nous tonne4 ,s'il peut paratre trange quelques personnes1 et1 qui sait8 lgrement audacieux1 de faire un tableau historique de tous les progrs de la philosophie depuis qu'elle existe dans un petit volume1 assez propret1 de #bib pages1 ah6 certainement1 ce n'est pas nous6 ,nous savons trop pour nous en tonner quel ironique piquet de chvre ,dieu a attach l'esprit humain1 et ce qu'il lui donne de cette corde au bout de laquelle l'homme passe son temps rver l'infini6 ,pour montrer cela1 il ne suffit que de quelques pages4 ,il fut des artistes en ,italie qui ont su faire tenir un monde d'vnements et de figures sur le diamtre d'un noyau de cerise cisel de la pointe d'un canif4 ,nous croyons ce tour de force et de finesse beaucoup plus embarrassant que de concentrer en quelques pages les progrs de la philosophie1--politique ou autre4 ,la spirale de ,goethe est une plaisanterie4 ,ce n'est qu'un tire-bouchon1 et encore pour la longueur1 car un tire-bouchon dbouche quelque chose et nous voudrions bien savoir quel flacon de vrits essentielles la philosophie a jamais dbouch6 ,quand ,goethe ne pensait pas sa spirale1 il disait honntement3 ,si je voulais consigner par crit la somme de ce qui a quelque valeur dans les sciences dont je me suis occup toute ma vie1 ce manuscrit serait si mince que vous pourriez l'emporter sous une enveloppe de lettre4 ,toute l'histoire de la philosophie1 qui en tait1 peut donc tenir sur une carte jouer4 ,il ne s'agit que de l'y faire tenir4 #di ,tableau historique des progrs de la philosophie politique1 suivi d'une tude sur ,sieys1 par ,edmond de ,beauverger 7,pays1 #cj juin #aheh74 #ej ,leiber4 ,et ce n'est point difficile quand on a la tte nette et qu'on ne se laisse pas envahir et entamer par la niaiserie des phrases et des livres4 ,si1 dans toute littrature1 il y a de l'inutile et du superflu1 il y en a surtout en philosophie dans des proportions effroyables4 ,l les hommes ne sont gures que des chos1 des chos qui brouillent le son en le rptant4 ,voulez-vous en juger8 ,prenez seulement le dictionnaire de ,bayle1 l'histoire de la philosophie de ,brcker et le vocabulaire de ,tennemann1 et vous verrez quelle masse de rveurs inutiles1 de cracheurs dans les puits pour faire des ronds1 se trouvent mls1 pour l'encombrement de nos mmoires1 aux quelques noms et aux quelques ides1 trs rares1 trs clairsemes1--et pour les raisons providentielles les plus hautes1--qui ont rellement allong la corde de l'esprit humain et un peu tendu la circonfrence de ses efforts4 ,vous verrez qu'il n'y a pas pour l'homme de quoi prendre des airs si vainqueurs6 ,pnlope sans ,ulysse1 qui1 dans l'oisivet du coeur et de l'action1 fait et dfait ternellement sa tapisserie1 la philosophie n'a rien mis dans le monde qui n'y ft sans elle2 et1 si elle n'a rien t des vrits qu'elle n'a pas faites1 elle en a du moins beaucoup fauss1 et son mrite1 quand elle en eut1 fut de redresser ses voies fausses et d'admettre enfin ce qu'elle avait d'abord repouss4 ,voil pourquoi les historiens qui s'occupent d'elle peuvent tre la fois humbles et concis4 ,beauverger a t concis2 mais a-t-il t humble8444 ,la philosophie dont il s'occupe dans son livre n'est pas cette philosophie gnrale qui a seule le droit de porter ce nom absolu de philosophie et qui a pour prtention de donner la loi de tous les phnomnes4 ,c'est une philosophie spciale et applique1 et c'est une raison de plus pour l'historien d'tre trs modeste1 car de toutes les tentatives de la philosophie pour rsoudre l'universalit des problmes1 c'est la plus vaine et la plus cruellement traite par les faits4 ,l'histoire l'atteste toutes ses pages3 les faits ont toujours plus ou moins foul aux pieds toutes les philosophies politiques4 ,modeste1 sans doute1 en son propre nom1 ,beauverger croit trop la philosophie pour l'tre quand il parle d'elle4 ,il a le respect de cette science mixte--7comme il dit1 hlas67--qui rattache les crations et les devoirs de la politique aux oprations de la logique et des principes universels2 mais1 plus tard1 peut-tre aura-t-il le mpris de toute cette logomachie4 ,beauverger nous fait l'effet d'un esprit ouvert1--trop ouvert pour le moment1--mais sens1 et qui se refermera naturellement bien des ides qu'il accepte4 ,la vie intellectuelle ressemble la vie morale4 ,on ouvrait1 on tendait beaucoup sa main dans la jeunesse2 on la ferme et on la retire en vieillissant4 ,progrs amer6 ,personne ne croit--nous dit ,beauverger dans sa prface--que la politique spculative n'ait pas d'influence sur la destine des empires et qu'il n'y ait pas d'enseignement retirer de ses travaux4 ,personne ne le croit1 en effet4 ,seulement il s'agit de savoir quelle fut cette influence1 si elle tait ncessaire1 si elle a t bonne ou funeste1 et si tous ses travaux valaient plus ou moins1 de la part des esprits qui dominent ces sujets1 que les deux lignes de rsum qui pouvaient tre l'ouvrage de ,beauverger1 et qui1 malheureusement1 ne le sont pas4 ,son livre est comme le pressentiment d'un autre ouvrage1 qu'il fera ou ne fera pas plus tard1 mais qui serait1 coup sr1 s'il le faisait dans l'esprit des notes qu'il publie1 un de ces livres grossissants comme on en a tant publi et qui1 sous le nom d'histoire d'une philosophie quelconque1 tendent surfaire l'action de toute philosophie4 ,or1 ce n'est point d'ouvrages pareils que nous avons besoin cette heure4 ,ce qu'il nous faut plutt1 ce sont des livres qui prennent exactement la mesure de toute philosophie en la diminuant4 ,,ii ,en effet1 depuis ,aristote jusqu' saint ,thomas d',aquin et depuis saint ,thomas d',aquin jusqu' ,kant1 que nous prenons pour une date et non pour le grand homme qu'on dit1 cherchez par quels noms et quelles oeuvres l'auteur du ,tableau des progrs de la philosophie politique a combl le vide d'un si long espace1 mais l'a combl sans le remplir6 ,il ne s'agit pas ici1 bien entendu1 des talents du gymnaste intellectuel que l'on appelle un philosophe1 ni mme de la dorure de bec de la gloire1 qui rpte parfois et crie des noms1 comme les perroquets1 sans rien y comprendre2 mais il s'agit des hommes qui reprsentent1 pour les avoir rellement exprimes1 le petit nombre de vrits ncessaires la vie et l'honneur de l'esprit humain4 ,eh bien1 franchement1 que trouverez-vous1 sinon un tourbillon d'atomes1 une poussire d'intelligences que le vent de leur temps a souleves1 mais qu'il faut laisser maintenant tranquilles au fond de leurs cercueils6 ,dans l'antiquit1 ,beauverger nous cite ,platon1 ,xnophon1 ,polybe1 ,cicron1 saint ,augustin2--mais ,platon n'est qu'un pote1 et saint ,augustin est un prtre chrtien1 ce qui est tout le contraire d'un philosophe4 ,or ,xnophon1 ,polybe1 ,cicron psent assez peu en philosophie4 ,au moyen ge1 qu'est-ce que ,buridan1 ,gilles de ,rome1 ,henri de ,gand1 ,marsile de ,padoue8 ,qu'est-ce mme1 la ,renaissance1 que ce ,machiavel dont on ne peut dire encore tout l'heure si1 dans son ,trait du ,prince1 il a parl srieusement ou s'il a raill8 ,luther et ,calvin sont des fondateurs de religion1 des btisseurs d'glise contre ,rome4 ,ils comptent comme prtres et non comme philosophes4 ,mais qu'est-ce que ,languet et ,hotman8 ,qu'est-ce que ,althusius et ,boshorn8 ,qu'est-ce mme que ,grotius8 ,qu'est-ce que ,bynkershoek1 ce nom qui n'est plus coass que dans les coles8 ,voici ,bacon et ,descartes1 il est vrai1 voici ,spinoza4 ,mais le nant revient4 ,qu'est-ce que ,thomas ,smith et ,thomas ,morus1 et ,sidnay1 ,needham et ,milton1 ,milton comme philosophe8 ,qu'est-ce qu',harrington et son ,oceana8 ,qu'est-ce que ,howell et sa ,dendrologie8 ,qu'est-ce que ,hobbes1 l'enfant robuste de son systme8 ,qu'est-ce que ,ramsay8 ,nous arrivons au ,x,v,i,i,ie sicle1 dont la philosophie n'est plus qu'une ngation1 une critique de philosophie1 qui finit et se renouvelle dans ,turgot1 ,condorcet1 ,herder1 ,kant et1 ,beauverger nous dit3 ,sieys4 ,beauverger a pour ,sieys une admiration trs logique1 et que l'on comprend trs bien venant d'un homme qui croit que la philosophie politique est une des grandes inventions de l'esprit humain2 car ,sieys est l'expression la plus concentre1 la plus immobile et la plus dure de la philosophie politique4 ,certes6 quand on descend d'une pareille chane d'esprits et qu'on va d',aristote 444 ,sieys1 travers le christianisme1 qui1 de toutes les manires1 fut une rvlation1 on se demande ce qui aurait manqu l'humanit1 devenue chrtienne1 quand elle n'aurait pas eu1 pour tracasser ses annales1 tous ces gaillards-l8 ,elle serait alle son train tout de mme4 ,elle aurait1 au fond1 peu de chose prs1 la mme histoire1 et ce sillage de quelques erreurs de plus ou de moins n'aurait gures altr ou chang le miroir de cette mer immense4 ,et mme quand les grands noms1--et vous venez de voir si on peut les compter6--quand les noms dignes de leur bruit auraient manqu aussi comme les autres1 croit-on que c'et t un si grand tort de vrit fait la terre8 ,la terre n'a pas dj tant besoin de philosophie6 ,l'homme en fait comme il s'agite1 parce qu'il est une crature de passage1 d'inquitude et d'orgueil1 qui veut savoir pour ne pas se soumettre4 ,mais sa triple vie1 morale1 sociale1 intellectuelle1 ne dpend pas de si peu que cela6 ,ce qu'il lui faut de vrit pour vivre et de lumire pour l'clairer1 il les trouve dans la tradition et dans l'histoire4 ,qu'est-ce que toutes les philosophies du monde ont ajout aux traditions de la vrit primitive et celle qui les rsume toutes1-- la doctrine de ,jsus-,christ8 ,l'erreur1 l'adroite erreur de l'auteur des ,progrs de la philosophie politique1 est d'avoir confondu avec les philosophes les hommes qui ont dvelopp et appliqu leur faon les ides et les enseignements de l'glise2 mais ces hommes1 nous les rclamons6 ils n'appartiennent pas son systme4 ,qu'il prenne1 s'il veut1 ,fnelon1 l'auteur du ,tlmaque et le prcepteur du duc de ,bourgogne2 mais qu'il ne mette la main ni sur ,suarez1 ni sur ,bellarmin1 ni sur ,bossuet lui-mme1 car ,bossuet1 comme saint ,augustin1 n'a pas cess d'tre un vque1 et sa politique n'est point tire de l'ordre philosophique1 mais de l'criture ,sainte4 ,de pareils hommes ne peuvent s'atteler1 ni de gr ni de force1 au joug d'un systme qui regarde comme un progrs l'esprit politique du ,x,v,i,i,ie sicle1 et qui le glorifie dans ce quinze-vingts de sa propre pense1 laiss1 par le ddain de ,bonaparte1 accroupi dans les tnbres de sa constitution impossible1--l'abb ,sieys4 ,,iii ,mdiocre et triste rsultat6 ,la foi en ces choses que la philosophie travaille la main--les ,constitutions--a inclin ,beauverger une admiration compromettante1 parfaitement indigne d'un esprit qui a souvent de la critique et de justes apprciations4 ,c'est que ,beauverger--il faut bien le dire6--est un homme du ,x,v,i,i,ie sicle4 ,il l'est1 la vrit1 avec les rserves que font les honntes gens dans ce temps-ci1 mais il l'est1 nonobstant1 de sentiment1 d'ides1 de rveries4 ,l'abstraction lui voile1 toute minute1 la ralit4 ,s'il est genoux de fondation devant un si pauvre homme que ,sieys1 on ne peut plus dire sa position devant ,montesquieu1 et on le conoit4 ,montesquieu n'est pas seulement l'homme d'une constitution comme ,sieys2 il l'est de toutes les constitutions possibles1 qu'il explique et dtaille dans son ,esprit des ,lois1 comme des mcanismes qu'on dmonte1 pour en faire mieux comprendre le jeu4 ,du reste1 dans sa conception politique1 l'auteur du ,tableau historique des progrs n'a pas dpass ,montesquieu4 ,il s'arrte la notion vague de libert qui suffisait tous les esprits soi-disant politiques du ,x,v,i,i,ie sicle1 et qu'il dfinit aujourd'hui1 la dernire page de son livre3 la libert par les institutions4 ,l'utopie--nous dit-il--tourne1 depuis deux mille ans1 dans le mme cercle sans rien produire1 comme si l'utopie n'tait pas essentiellement de la philosophie politique6 ,et il ajoute1 par une opposition qu'il est difficile de comprendre3 ,la philosophie politique ne vogue pas sans boussole sur cette mer des destines o ,dieu lui apparat comme ple et la vraie libert pour port4 ,mais l'utopie aussi a parl ce langage4 ,elle l'a parl quand elle a manqu de temprament ou de bravoure4 ,elle est reste aussi1 comme une sage petite fille1 les yeux baisss et les mains jointes sur sa ceinture1 dans cette ide prude ou hypocrite d'une vraie libert1 et elle a mis ,dieu par-dessus4 ,mais quel ,dieu8 ,voil le noeud de toute l'affaire4 ,le ,dieu de ,beauverger ne serait-il que le ,dieu du ,vicaire savoyard de ,jean-,jacques1 et1 parmi tant de liberts fausses1 quelle est donc sa vraie libert8444 ,,iv ,c'est l ce que son livre n'a pas dit4 ,fadeurs et fadaises6 ,disons1 nous1 quelque chose que les esprits impatients de nettet et de consistance puissent au moins saisir4 ,il n'y a que deux conomiques en prsence ici-bas1 celle de la tradition et celle des rveurs1 et1 ds leur priori1 elles s'opposent4 ,l'conomique de la tradition place la richesse dans le monde en germe et dans le ciel en fleur4 ,l'conomique des rveurs la met1 elle1 dans l'action illimite de l'homme et dans la disposition des trois rgnes de la nature4 ,de l leurs conceptions si diverses6 ,fataliste au premier chef1 et au second inconsquente1 l'conomique des rveurs a encore ceci de particulirement absurde qu'elle croit au bonheur absolu sur la terre et qu'elle pose l'obligation stricte pour les gouvernements de le raliser4 ,ainsi1 d'une part1 l'ide que l'homme fonction doit le bonheur l'homme individuel1 et1 d'autre part1 l'ide de ce bonheur que vous ne pouvez faire dfinir au plus modeste et qui n'en sera pas moins toujours un inventaire de ,dieu1 suprieur de tout l'aurea mediocritas d',horace1 voil la double source d'o sont sorties toutes les utopies1 toutes les rvolutions1 toutes les dmences1 et cela dans tous les temps1 mais plus particulirement dans les temps modernes1 o la personnalit humaine a pris de si monstrueuses dilatations4 ,or1 rien de plus radicalement faux que ces ides6 ,nul ne doit le bonheur personne4 ,quand l'homme dit3 ,je ferai ton bonheur1 il dit une fatuit4 ,le bonheur est la dette de chacun soi-mme1 et nul n'en dispose que soi seul4 ,l'ordre universel le renferme par le libre arbitre2 il est au fond de nos consciences1 dans l'exercice de nos vertus4 ,mais la fonction terrestre ne doit que l'ordre matriel1 l'ordre dans les rues2--mais elle nous le doit tout prix1 et si nous confondons notre dette1 nous1 avec la sienne1 tous les sophismes vont se redresser avec fureur4 ,il n'y a qu'un bon gouvernement qui soit possible dans la nature mme des choses1 qu'un seul1 quels que soient les climats1 les caractres1 les ides2 il ne nous doit pas le bonheur cependant4 ,c'est ce que les philosophies politiques1 en dehors des ides chrtiennes1 n'ont pas compris1 et ce que celle de ,beauverger1 s'il en avait une lui1--car il n'en a point1--ne comprendrait pas davantage4 ,toutes les philosophies politiques1 sans exception1 n'ont jamais compris que le bonheur ici-bas est restreint1 relatif1 chtif et born1 et qu'il ne dpend que de l'usage fait par chacun de nous de ses facults6 ,elles parlent toutes du bonheur des peuples4 ,elles s'abreuvent cet abreuvoir4 ,aveugle mconnaissance de la ralit humaine6 ,aucune de ces orgueilleuses philosophies n'a su prvoir que la postulation ternelle de l'impossible devait aboutir au dchanement de tous les tocsins1 et que l'envie1 cette htesse de nos coeurs1 aurait toujours le prtexte de la satisfaction des esprits sages pour justifier ses horribles animosits4 ,eh bien1 c'tait l une ide1 c'tait l un criterium dont on pouvait partir1 puisqu'on s'occupait d'une histoire de la philosophie politique6 ,si une telle pense1 par exemple1 s'tait empare de l'esprit de l'auteur du ,tableau historique des progrs1 et qu'il et examin sa lumire les doctrines et les hommes dont il fait la revue dans son livre1 ses apprciations auraient l'instant mme revtu un caractre d'originalit et de profondeur qu'elles n'ont pas4 ,ce titre mme de ,tableau des progrs de la philosophie politique aurait contract le mordant d'une ironie1 et n'en serait ainsi que mieux entr dans les esprits4 ,en effet1 avec ce point de vue des deux conomiques d'ici-bas1 qui simplifie tout1 en embrassant par leur ct le plus gnral tous les philosophes et toutes les philosophies1 la preuve et t suffisamment faite du peu de progrs que la philosophie est rellement en droit de compter4 ,en dehors du christianisme1 ces progrs sont nuls1 et dans le cercle du christianisme il ne peut pas y avoir progrs1 puisqu'il y a vrit4 ,le christianisme progressif est une expression des temps modernes1 injurieuse dans sa bienveillance1 et ne tendant rien moins qu' la ngation du christianisme1 qui est absolu puisqu'il est divin4 ,malheureusement1 c'est le christianisme1 purement et svrement entendu1 qui manque ,beauverger4 ,il n'est qu'un philosophe de demi-teinte1 de deuxime ou troisime degr1--nous le voulons bien1--mais il faut tre quelque chose de plus qu'un philosophe1 mme en taille-douce1 pour juger la philosophie1 et par la raison qu'il faut tre toujours suprieur ce que l'on juge pour le bien juger6 ,p4 ,,enfantin#ea ,i ,de quelles catacombes sortent-ils8 ,on n'y pensait plus4 ,on les croyait finis4 ,ce flot de vingt ans qui engloutirait tant de choses avait pass sur eux1 ne leur laissant qu'une pitaphe4 ,le sicle1 indulgent pour les folies de sa jeunesse1 n'avait plus pour eux qu'un sourire4 ,o folies6 carnaval6 descentes de toutes les courtilles6 ,les tuniques bleues de #ahcj semblaient suspendues au clou1 ternel et immobile4 ,saint-,simon le prophtique1 comme ,fourier l'hiroglyphique1 comme ,cabet1 l'innocent ,cabet1 l'icarique1 ces grands excentriques dans l'utopie1 n'taient plus que des curiosits intellectuelles1 mises au garde-meuble du ,x,i,xe sicle1 le plus grand marchand de bric--brac de tous les sicles6 #ea ,rponse au ,r4 ,p4 ,flix sur les quatrime1 cinquime et sixime confrences de ,notre-,dame 7,pays1 #g mai #aheh74 ,aprs les malheurs de ,mnilmontant1 les prtres de ,saint-,simon taient1 comme on le sait1 devenus laques1 et ils avaient mme grimp en quelques annes1 avec beaucoup d'agilit1 des positions qui ne manquaient ni d'lvation ni d'influence4 ,ils ne disaient mot de la doctrine1 du moins devant le public1 mais on remarquait qu'ils se tenaient comme des crustacs et s'appuyaient les uns les autres4 ,ils n'avaient pas pour rien communi la salle de la rue ,taitbout2 mais cela se comprend et cela touche presque444 ,ce qui unit peut-tre le mieux les hommes pour les jours de maturit et de sagesse1 ce sont les sottises faites en commun dans la jeunesse2 ce sont les btises de leur printemps6 ,mais on se trompait4 ,ils n'taient pas finis4 ,le manifeste1 car c'est un manifeste que le ,p4 ,enfantin vient de publier sous ce titre singulier1 mais modeste3 ,rponse au ,r4 ,p4 ,flix sur les quatrime1 cinquime et sixime ,confrences de ,notre-,dame#eb1 prouve1 par sa teneur1 ses termes exprs1 le ton qui l'anime1 que le saint-simonisme n'est pas mort ou que ce qui en survit n'est pas simplement une opinion individuelle4 ,il prouve1 ce manifeste ironique ou patelin 7et peut-tre tous les deux71 que le saint-simonisme a gard la prtention d'tre une glise1 une glise cache et qui se croit perscute sans doute1 car le mpris d'un temps qui a encore sa disposition les lucidits du ridicule et l'clat de rire peut paratre certaines gens sensibles une perscution4 #eb ,capelle4 ,le manifeste dit nous1 comme si ,enfantin parlait au nom de quelque chose de constitu1 de collectif et d'officiel1 avec quoi non seulement l'avenir1 mais le prsent ft oblig compter4 ,quoique le paletot soit boutonn par-dessus la tunique1 l'incognito laque du ,p4 ,enfantin ne veut pas tre gard444 ,il y a dans cette mise en scne de jolies finesses4 ,la signature de la brochure 7,p4 ,enfantin7 veut aussi bien dire ,pre ,enfantin que ,pierre ou ,paul ,enfantin4 ,un bout du prtre passe1 comme un bout de dcoration6 coutez ces solennelles paroles3 ,en parlant de nos travaux productifs1--dit ,enfantin 7page #dd de sa brochure71--je peux les comparer aux tentes que saint ,paul tissait et vendait pour vivre1 pour avoir la force de semer partout sa parole de vie444 ,alors1 pour lui1 comme aujourd'hui pour nous1 la foi ne donnait pas de quoi vivre4 ,ce fut longtemps aprs saint ,paul que l'on put dire3 ,le prtre vit de l'autel444 tes-vous bien certain que nous n'employons pas le produit de nos tentes d'une part protger notre foi qui n'est pas salarie1 comme le sont plusieurs et spcialement la vtre1 de l'autre gurir1 soutenir1 relever nos pauvres1 qui nous n'infligeons pas la discipline et qui nous ne conseillons pas de se l'infliger eux-mmes8444 ,c'est ainsi qu',enfantin1 l'ex-pape saint-simonien1 se pose nouveau1 non pas en saint ,pierre de cette foi1 mais en saint ,paul de l'glise future qui doit prochainement succder la vieille glise chrtienne1 et dclare aujourd'hui avoir--comme prtre6--non pas charge d'mes 7le mot serait trop chrtien71 mais charge de corps1 charge de chair souffrante4 ,oui6 en croire cette dclaration1 onctueusement superbe1 o le pre suprme1 qui n'est plus vtu de bleu1 mais de noir1 parle doux1 comme l'huissier de ,molire3 ,il est vtu de noir et parle d'un ton doux6 en croire cette dclaration1 l'glise saint-simonienne existerait4 ,et non seulement elle existerait1 mais elle ferait ses oeuvres de misricorde2 elle fonctionnerait1 elle officierait comme glise parmi nous qui ne la voyions plus et qui la tenions pour morte et dshonore sous des jugements de police correctionnelle1--genre de martyre1 celui-l1 qui n'aurait pas convaincu ,pascal6 ,enfantin nous l'affirme4 ,seulement1 c'est trop peu ou ce n'est pas assez que sa dclaration4 ,puisqu'il apporte ici une parole dont il ne se servait plus depuis longtemps1 nous lui demanderons o se tient cette glise dont il parle comme d'une force organise et agissante8 ,puisqu'il dit nous avec cette pompe1 nous lui demanderons quel est le nombre des adhrents la foi saint-simonienne qui soient prts la confesser8 ,puisqu'il fait le saint ,paul1 qu'il l'imite jusqu'au bout6 ,saint ,paul savait le nombre des chrtiens d'phse1 de ,corinthe1 de chez les ,galates444 ,si vraiment l'glise saint-simonienne est une ralit1 si effectivement ,enfantin reprsente la foi1 la volont1 le consentement de plusieurs en faisant la dclaration scandaleuse qu'il vient d'opposer tout coup l'enseignement d'un prtre catholique1 orthodoxe et respect1 nous dirons qu'il nous importe1 nous chrtiens1 de savoir le danger qui nous menace1 et si tout cela1 comme nous le pensons bien plutt1 n'est que rverie de visionnaire attard qui ne peut gurir de son mal de jeunesse4 ,il importe qu'on le sache aussi afin que justice soit faite encore une fois de cette folie qui repousse1 aprs vingt-trois ans1 comme un polype indestructible1 dans les ttes dont on le croyait arrach1 et qu'enfin on n'y revienne plus6 ,,ii ,en effet1 malgr les prcautions diplomatiques et sniles d',enfantin pour cacher et faire accepter la pudeur publique1 qu'elle outrage1 une doctrine qui se trouvait plus religieuse d'aller toute nue quand elle tait plus jeune1 il ne faut pas perdre de vue qu'il s'agit ici1 comme au temps o le saint-simonisme cherchait la femme1 de la rhabilitation de la chair4 ,rhabiliter la chair1--l'expression est maintenant consacre1--l'lever au niveau de l'me1 qui ne doit plus lui commander1 cette ide anarchique et grossire1 chre tant d'hrsies1 qui1 en l'infectant1 en ont pouvant le monde1 voil le premier et le dernier mot de ,saint-,simon et de son vangliste ,enfantin4 ,campe audacieusement la tte d'une thorie comme l'aurait lance ,saint-,simon tout seul1 ce gentilhomme impertinent et dprav qui se croyait sorti de la cuisse de ,charlemagne1 dont il descendait peut-tre par ,eginhard1 cette ide1 dans sa crudit1 et probablement rvolt jusqu'aux vices d'un temps aussi admirablement couard que le ntre1 sans le travail de haute confusion et d'immense hypocrisie que vient de lui faire subir ,m4 ,enfantin4 ,le croirez-vous8 dans cette rponse1 dont les confrences du ,p4 ,flix ne sont que le prtexte1 ,m4 ,enfantin assimile1 avec une perversion du sens intellectuel qui pourrait bien tre une perversit1 sa pense la pense chrtienne4 ,le ,verbe a t fait chair1 dit saint ,jean1 et il a habit parmi nous4 ,or1 c'est en tordant ce texte sous une interprtation qui ment nous ou elle-mme1 que le thologien du saint-simonisme essaie de nous faire accepter la divinit de la chair3 ,cette divinit n'est plus dans l'hostie1--dit-il1 en commenant par un blasphme1--symbole1 figure1 mysticit6 ,non6 elle est sur les champs de bataille1 couverts de frres blesss qui se sont gorgs entre eux444 ,elle est dans des bouges infects o l'homme meurt de douleur1 de honte et de misre444 ,elle est sur ces calvaires impies o l'homme condamne mort son frre444 ,elle est dans les ateliers o l'on travaille444 dans les lupanars o la fille du peuple vend sa chair 7bien portante7 jusqu' ce qu'on la jette pourrie l'hpital4 ,elle est en moi et dans l'homme du peuple1 qui est l',homme-,dieu du ,golgotha444 ,telle est l'numration par laquelle ,enfantin ouvre son livre2 et ces huit premiers paragraphes1 dont nous abrgeons le contenu tout en en signalant l'ide1 contiennent l'essence de sa brochure4 ,la chair de l'homme1 dont la substance est dvore par les maladies qui la mnent la mort1 et la chair du ,verbe1 prise par lui1 le ,verbe1 dans des entrailles immacules1 et dont la substance immortelle doit braver la mort et donner ici-bas un tmoignage de puissance et de toute-puissance par le fait clatant de la rsurrection1 ces deux contraires du tout au tout sont mls par ,enfantin dans les plateaux d'une seule balance1 et il en constate l'galit4 ,il en fait de mme de son esprit lui1 ,enfantin6 et de l'esprit de ,jsus-,christ1 et il croit videmment que nous admettrons de telles choses4 ,il semble avoir un oeil qui grossit l'infiniment presque rien et un oeil qui rduit presque rien l'infiniment grand4 ,son procd1 s'il est de bonne foi1 ce dont il est d'ailleurs permis de douter pour l'honneur de son intelligence1 consiste renverser la pyramide1 mais en largissant la pointe qui formait le haut et en en diminuant la base4 ,c'est donc1 tout en parlant avec componction des ides chrtiennes1 le renversement1 bout pour bout1 de ces ides1 et la ruine de la civilisation qu'elles ont faite4 ,on sait de reste ce qu'a t cette civilisation1 fonde sur le principe de la pnitence1 qui n'est autre chose que la sanction de la morale en ,dieu1 sans laquelle sanction il n'y aurait point de morale4 ,cette civilisation a donn des fruits dont nous vivons toujours1 quoique nous les ayons empoisonns4 ,eh bien1 prenez-en aujourd'hui toutes les forces vives1 et demandez-vous ce qu'elles deviennent avec ce panthisme charnel qu',enfantin proclame comme la religion du progrs6 ,est-ce le sien8 ,pauvres diables de dieux que les dieux d'aujourd'hui6 ,enfantin1 qui1 s'il n'a pas t ,dieu1 en a t bien prs1 condamne la guerre1 par amour et respect de la chair1 avec ces lchets d'humanitaire qui auraient fait reculer le droit humain de plus d'un sicle si elles avaient eu dernirement de l'action ,sbastopol6 ,il se jette genoux pour nous demander grce en faveur des assassins1 aimant mieux supprimer la morale que d'utiliser l'chafaud4 ,il sourit aux prostitues1 qu'il indulgencie1 embrasse et pardonne1 mais la condition qu'elles ne fltriront jamais leur prcieuse chair par le repentir3 ,entendez-vous1 mesdemoiselles8 ,il voit le capucin de l'glise romaine avec un dgot plein d'entrailles1 il est vrai1 car ,enfantin1 qui joue la grande tendresse du ,pre1 fourre des entrailles partout1 jusque dans ses dgots4 ,et comment pourrait-il supporter le capucin1 le hros des vertus humbles1 simples et fortes1 qui dominent le corps et le font magnifiquement obir8 ,la chair n'a pas ses joies dans le capucin4 ,enfin1 il finit par cet idiotisme de toutes les sectes du progrs1 quelque nom qu'elles portent3 l'affirmation de l'actualit ou de l'ventualit du royaume des cieux sur la terre4 ,vous le voyez1 le changement qui s'est opr1 doctrinalement parlant1 en ces vingt-trois annes1 n'a pas t immense4 ,l'esprit se modifie peu chez les saint-simoniens4 ,il n'y a que la chair qui change4 ,le bel ,enfantin de la galle ,taitbout ne se reconnatrait plus et ne pourrait maintenant fasciner personne2 mais1 quant la religion qu'il enseigne1 elle sort du silence1 qu'elle a gard si longtemps1 absolument la mme qu'elle y tait entre4 ,elle n'a rien gagn ce silence1--si ce n'est pourtant de l'avoir gard4 ,il ressemblait tant l'oubli6 ,,iii ,encore une fois1 pourquoi aujourd'hui le rompt-elle8 ,on dit que les amis d',enfantin1 sculariss1 comme lui1 depuis prs d'un quart de sicle1 n'ont pas applaudi la dmonstration inopine de leur ancien pontife1 et que1 ne pouvant plus le dposer1 ils se seraient contents1 s'ils l'avaient pu1 de l'interdire4 ,sans donner ce bruit plus de consistance qu'il n'en a1 toujours est-il qu'il est inconcevable qu' propos d'une des mille prdications de l'glise catholique ,enfantin ait eu le besoin de rpondre1 pour le compte du saint-simonisme attaqu6 ,seulement1 part l'inspiration de sacerdoce rtrospectif qui l'a saisi1 il n'a pas t autrement inspir4 ,enfantin n'a jamais eu de talent littraire4 ,autrefois1 celui qu'on lui reconnaissait tait dans sa figure1 qui ne lui avait pas cot un sou1 comme dit ,sterne1 et qui lui avait procur cette sublime fonction d'hirophante saint-simonien1 qui ouvrait irrsistiblement les bras en disant la femme libre et la chair qui se sentait3 ,venez nous6 ,la manire dont il le dit aujourd'hui aura probablement moins de succs4 ,personnalit profondment trouble1 et qui l'est sans doute pour le reste de sa vie par le souvenir de sa fonction grandiose1 ,enfantin publia1 il y a quelques annes1 une autre brochure 7son souffle ne va pas jusqu'au livre71 dans laquelle il se comparait1 si nous nous en souvenons bien1 ,nicolas1 empereur de ,russie1 et nous apprenait que lui1 ,enfantin1 la puissance morale1 tait n la mme anne que cette grande puissance matrielle4 ,il a donc prsent quelque chose comme soixante-deux ans4 ,a cet ge1 le talent littraire ne vient gures quand il n'est pas venu4 ,sa brochure est assez mdiocre4 ,les formes qu'elle revt avec affectation n'appartiennent ni ,enfantin ni au saint-simonisme2 elles appartiennent la littrature chrtienne1 sans laquelle1 mme comme exposition d'ides1 le saint-simonisme n'aurait jamais dit deux mots444 ,il serait tolrable peut-tre que ces gens-l 7s'ils le pouvaient7 fissent leur affaire sans prendre niaisement notre dogme1 nos formules1 notre style1 obligs imiter notre manire d'tre pour nous rpondre et nous parodier4 ,du moins ils seraient issus d'eux-mmes et non d'un plagiat hbt1 d'une contrefaon belge de l'vangile1 et d'un vol dont ils ne trouvent plus le profit et la proprit ds qu'il est une fois accompli4 ,,iv ,la ,critique qui examine les livres dans les journaux a t jusqu' ce jour infiniment discrte sur le compte d',enfantin et de l'trange publication qu'il vient de risquer4 ,est-ce ddain8 indiffrence8 embarras8444 ,mais elle ne s'est pas explique sur le compte d'un livre qui1 selon nous1 et pour des raisons plus hautes que le livre et ce qu'il contient1 mritait d'tre signal4 ,seul1 un journal religieux1 de conviction catholique1 mais dont la qualit n'est pas prcisment la hardiesse1 a donn sur la dmonstration d',enfantin un article d'un ton trs piquant1 trs rsolu et du dtail le plus renseign4 ,la plume qui a crit ce petit chef-d'oeuvre de polmique aiguise est une main de femme1 qui a sign ,marie ,recurt4 ,le hasard1 ce n'est pas sa coutume1 a t spirituel4 ,le seul adversaire qu'il ait suscit ,enfantin est une femme4 ,il en a longtemps cherch une1 sans la trouver4 ,en voici une autre1 qu'il trouve sans la chercher1 et qu'il ne se flicitera pas d'avoir rencontre4 ,madame ou mademoiselle ,marie ,recurt est une ,judith chrtienne1 dont la plume coupe comme le glaive4 ,chrtienne1 elle s'est leve pour objecter l'homme de la chair la chair corrompue1 et l'esprit de vie l'esprit de mort6 ,depuis que cette hroque1 qui a fait besogne d'homme quand les hommes se sont abstenus sur la question du saint-simonisme ressuscit1 depuis1 disons-nous1 que cette hroque a parl1 ,enfantin a-t-il intrieurement reconnu son matre8 ,toujours est-il qu'il n'a pas rpondu comme au pre ,flix444 et qu'il semble1 lui et ses amis1 recommencer un nouveau silence4 ,en sortira-t-il encore une fois8444 ,franchement1 nous eussions aim le voir entrer en lice contre cette femme qu'il s'est attir1 lui qui demande l'mancipation de la femme et la dresse dogmatiquement d'gale gal avec l'homme4 ,est-ce qu'il ne trouve pas que mademoiselle ,marie ,recurt soit assez mancipe et digne de se mesurer avec un pontife8444 ,nous eussions sonn volontiers la trompette de ce tournoi1--mais1 hlas6 les saint-simoniens aiment la paix et la veulent444 universelle6 ,,le ,p,,re ,,ventura#ec ,i ,le ,p4 ,ventura a publi les sermons qu'il a prononcs devant ,sa ,majest l',empereur1 la chapelle des ,tuileries1 en #aheg1 et l'illustre thatin1 dont la pense--comme l'on sait--est toujours une pense d'ensemble et d'unit profonde1 les a publis sous un titre collectif qui dit bien1 en un seul mot1 le sens particulier de ces discours4 #ec ,le ,pouvoir chrtien3 ,discours prononc la chapelle impriale des ,tuileries1 pendant le ,carme de #aheg7,pays1 #ac juillet #aheh74 ,ils ont1 en effet1 un sens particulier4 ,ils sont bien1 comme tous les sermons des prtres chrtiens1 depuis saint ,paul jusqu' saint ,ambroise et depuis saint ,ambroise jusqu' ,bourdaloue et ,bossuet1 la vrit de ,jsus-,christ dans toutes ses portes pour le coeur et pour l'esprit1 la vrit avec son caractre absolu et universel2 mais ils ont cependant quelque chose de diffrent aussi1 et qui n'est pas seulement une question de talent1 d'originalit et de forme4 ,en si haute matire1 il s'agit vraiment bien de cela6 ,l'enseignement du ,p4 ,ventura a1 pour la premire fois1 une direction qu'aucun prdicateur1 en s'adressant une de ces puissances qui ne gardent devant ,dieu que la majest du respect1 n'a donn au sien1 et mme parmi les plus imposants et les plus hardis4 ,jusqu'ici1 tous les sermonnaires qui prchaient aux souverains les devoirs que leur grandeur leur impose1 tout en se plaant le plus prs possible du coeur qui les coutait1 par un autre ct se maintenaient distance4 ,ils ne descendaient pas la marche qui spare la religion de la politique4 ,ils restaient sur le haut du degr4 ,le ,p4 ,ventura n'a pas craint de le descendre4 ,il savait qui il parlait4 ,il n'a pas craint de se placer aussi prs de l'esprit que du coeur1 aussi prs des choses contemporaines que de celles de l'ternit1 en parlant celui que nous pouvons appeler l',homme du ,temps4 ,il a mis sa main1 sa main libre de prtre1 sur les questions du moment1 et il a t tout la fois sarcerdotal et politique4 ,le livre qui a recueilli ses discours s'appelle maintenant le ,pouvoir chrtien#ed4 #ed ,gaume frres et ,j4 ,duprey4 ,du reste1 une telle nouveaut tait justifie4 ,les vnements qui se sont accomplis dans le monde moderne ont t si puissants et si terribles1 les esprits et les mes ont t remus de telles profondeurs1 que le prtre lui-mme1 le prtre1 qui vit dans un cart sublime et dans l'impassible lumire du sanctuaire1 en a ressenti le contre-coup4 ,ne croyez plus la chronologie6 ,entre #aheg et #ageg il y a certainement plus d'un sicle4 ,entre #aheg et #afeg il y en a certainement plus de deux4 ,il y a plus que du temps1 il y a de l'vnement1--il y a la rvolution franaise et les ,napolon1 deux fois sauveurs4 ,si ,bourdaloue et ,bossuet avaient vu de telles choses1 ils ne prcheraient point1 croyez-le bien6 comme ils prchaient devant un roi tranquille1 qui vivait et s'endormait dans la mort avec cette pense que sa race tait immortelle4 ,ils n'auraient pas maintenant exactement le genre de prdication qu'ils avaient lorsque les pouvoirs humains n'avaient pas reu les pouvantables atteintes qui les ont briss et dont1 hlas6 ils saignent toujours4 ,quelque chose de si incomparable tout s'est produit parmi nous que mme la situation du prtre1 de cet homme qui n'est qu'une voix1--vox clamantis6--en est modifie4 ,bourdaloue et ,bossuet1 ressuscits parmi nous1 seraient donc tenus de jeter sur le temps--sur le dtail des questions du temps--ce regard pntrant qui n'a jamais manqu au prtre1 si surnaturellement pratique4 ,ils n'enseigneraient plus seulement une royaut entre toutes3 l'individu royal1 pour ainsi dire2 mais ils referaient les notions dfaites1 et leurs sermons1 comme ceux du pre ,ventura1 s'appelleraient le pouvoir chrtien4 ,le pouvoir1 voil l',ucalgon qui brle2 le pouvoir chrtien1 c'est le pouvoir treint et sauv6 ,bourdaloue et ,bossuet1 au ,x,i,xe sicle1 auraient compris1 ces grands hommes1 quelle initiative est maintenant de rigueur pour ceux-l qui tiennent l'anneau de ,salomon dans leur main4 ,ils auraient compris1 enfin1 que si le chrtien manque de prcision dans ses initiatives1 ,proudhon est dans son droit et qu'il dborde comme un flot4 ,l'individualisme qui veut se sauver1 du moins jusqu' la mort1 intervient avec ses fantmes1 et1 rest muet s'il peut l'tre1 le chrtien prend sa charge une partie des malheurs du temps et il en rpond devant ,dieu6 ,,ii ,c'est sous l'empire de ces penses que nous avons ouvert le livre du ,r4 ,p4 ,ventura4 ,nous ne l'avons pas entendu4 ,les souvenirs de l'orateur1 plus ou moins brillant1 ne nous voilaient pas l'homme d'ide4 ,le ,p4 ,ventura est bien l'un et l'autre4 ,il a la double facult de la rflexion et de l'expression instantane4 ,le charbon d',isae s'allume sur ses lvres1 mais il n'en a pas moins le repli de la rflexion et les facults qui servent creuser un sujet4 ,si l'on ne craignait pas d'offenser une tte thologique de sa force1 on dirait que le ,p4 ,ventura est une intelligence philosophique4 ,il est1 avec le ,p4 ,gratry1 un des esprits les plus aptes la lutte dans la grande bataille philosophique qui n'est pas finie4 ,indpendamment de la lumire que tout prtre porte dans sa main1 par cela seul qu'il est prtre et qu'il allume son flambeau la source de toute splendeur1 le ,p4 ,ventura avait pour la ,critique l'intrt d'un esprit de l'ordre le plus lev1 qui jusque-l s'tait illustr dans de trs puissantes polmiques1 mais que l'vnement et le choix de l',empereur mettaient en demeure de se montrer fcond et net dans sa fcondit et de dire enfin le mot suprme1 que1 sur toutes les questions1 le christianisme1 s'il rencontre un homme de gnie1 n'a jamais manqu de prononcer6 ,,iii ,eh bien1 ce mot-l1 le ,p4 ,ventura l'a-t-il fait entendre8 ,on le cherche1 et un tel mot ne se cherche pas1 dans cet norme volume de cinq cent soixante pages o la lumire passe sur toutes1 mais ne se condense dans aucune de manire former ce noyau qu'il faudrait pour tout clairer6 ,certes6 il y a l des accents superbes1 un style tonnant1 remuant et remu1 et franais nous faire penser que nous avons l1 dans cet ,italien1 un loquent compatriote2 mais est-ce tout8 ,que l'illustre thatin nous le pardonne3 si la franchise est le devoir du prdicateur vis--vis des puissances1 elle est le devoir rigoureux de la part du chrtien vis--vis du prdicateur4 ,c'est l'instrument de l'observatoire catholique mettre au point du firmament4 ,dans ces cinq cent soixante pages1 y a-t-il autre chose que des gnralits vagues1 dans une excellente direction il est vrai1 mais n'aboutissant pas au conseil prcis que le lgislateur veut entendre puisque1 dans la magnanimit de son intelligence1 il vient s'asseoir l devant vous8 ,or1 le conseil a-t-il immerg dans le champ du tlescope8 ,le sol de l'observation n'a-t-il pas trembl sous les pas de l'observateur8 ,le ,p4 ,ventura1 qui veut enseigner le pouvoir politique au dtenteur providentiel de ce pouvoir1 qui l'a ramass sur la plage comme une pave en miettes dont il faut rapprocher et rorganiser les dbris1 le ,p4 ,ventura1 publiciste aprs coup aprs le sermon1 puisqu'il le fixe sous nos yeux dans un livre qu'il revoit1 corrige1 orne de notes1 et qui est enfin un trait1 ni plus ni moins que le livre du premier publiciste venu crivant dans la confiance de sa pense1 le ,p4 ,ventura ne serait-il pas un peu embarrass si on lui disait3 ,c'est bien6 mais prenez la plume encore et formulez vos conseils en lois4 ,voyons6 allez6 rdigez le dcret4 ,il faut lguer la paix au monde avec une dynastie4 crivez le testament politique qui va assurer cette survivance ncessaire au monde1 si le monde n'est pas condamn4 ,nous sommes attentifs1 mais vous1 soyez formel4 ,publiciste de ,celui qui a dit3 ,gardez mes commandements et vous vivrez1 sur quel article du ,dcalogue baserez-vous la longvit politique de l'tablissement imprial8 ,tout est l1 sans doute1 pour vous1 prtre4 ,ce n'est pas tout que de descendre du ,sina2 il faut y remonter4 ,le ,pater noster a-t-il des chos ici-bas8 clairez-nous444 ,est-ce trop demander8 ,n'tes-vous pas le canal de la ,constituante ternelle1 le truchement de ,dieu1 son porte-voix8 ,encore une fois1 si les sermons du ,p4 ,ventura n'taient que des sermons1 nous aurions dit3 ,ils ont la force persuasive1 ils ont l'accent pntrant1 ils ont l'onction1 ils ont444 ce qu'ils auraient6 ,ce ne serait l qu'un compte rgler sur les qualits et les richesses du talent de l'orateur2 mais dans la pense vidente1 catgorique et mme exprime dans ce titre que vous avez pris1 c'est bien autre chose4 ,c'est une rponse aux questions des novateurs du temps4 ,c'est une panace4 ,or1 qu'on nous pardonne l'expression vulgaire6 une panace ne consiste pas dire aux gens3 ,portez-vous bien1 et je paierai le mdecin4 ,or1 encore1 part la vrit morale et dogmatique du christianisme qui circule dans ces discours et qui appartient au premier cur de village autant et au mme titre qu'au ,r4 ,p4 ,ventura1 il n'y a vritablement pas l d'inspiration relle et efficace dont on puisse affirmer que ceci n'est pas le bien de tous1 la gnralit catholique dans son ampleur flottante et dtache1 mais la proprit exclusive et positive d'un esprit meilleur que les autres parce que le christianisme l'a plus profondment clair6444 ,,iv ,le ,carme1 comme l'on disait autrefois1 le ,carme du ,p4 ,ventura est compos de neuf discours3 ,rapports entre ,dieu et les pouvoirs humains2--,ncessit d'une rforme de l'enseignement public dans l'intrt de la religion2--,ncessit d'une rforme de l'enseignement public dans l'intrt de la littrature et de la politique2--,importance sociale du catholicisme2--,moeurs des ,grands2--,exemple des ,grands2--,l'glise et l'tat1 ou ,thocratie et ,csarisme2--,royaut de ,jsus-,christ et ,restauration de l',empire en ,france4 ,voil les neuf majestueux sujets que le ,p4 ,ventura a du moins eu le mrite d'aborder4 ,ce n'est pas dans un chapitre d'un livre comme le ntre--un index des travaux philosophiques et religieux de ce temps--qu'on peut analyser ou seulement jauger le flot de choses qui passent travers ces sujets1 tout la fois ternels et contemporains4 ,charri par la crise qui nous emporte1 le ,p4 ,ventura a au front l'cume des vagues et de la tempte1 et du sein de cette cume il crie loquemment3 ,seigneur6 ,seigneur6 ,mais l'vangile et la tradition ne lui fournissent pas ce qu'ils auraient fourni saint ,thomas d',aquin1 par exemple1 si saint ,thomas1 tomb de son sicle dans le ntre1 nous avait donn une loi sur la famille chrtienne dchire et l'ordre social branl4 ,le ,p4 ,ventura1 qui a une clef pour entrer partout et qui n'entre nulle part1 le ,p4 ,ventura1 le ,guizot de la chaire1 qui comprend1 comme ,guizot comprenait1 qu'il y a quelque chose faire1 ce refrain qui depuis trente ans court les rues mais qui ne dit pas rsolument quoi1 n'a que des aspirations1 des pressentiments et d'incohrentes lueurs4 ,dans l'impossibilit de le suivre en ces neuf stations qu'il traverse1 nous nous permettrons de signaler l'homme d'ide le sermon final de son ,carme1 parce qu'il rsume1 en somme1 toutes les questions agites dans les autres et qu'il pose celle-l qui nous couvre1 nous protge et doit nous dfendre dans les ventualits que l'avenir nous garde1 c'est--dire la restauration et l'affermissement de l',empire4 ,eh bien1 dans ce discours1 o les caractres d'une restauration providentielle sont exposs avec une autorit incontestable1 le publiciste sacr1 aprs avoir fait la part de ,dieu dans cet vnement1 arrive la part de l'homme1 ce quelque chose d'humain que nous autres faibles cratures nous sommes pourtant tenus d'ajouter dans l'histoire aux bonts et aux magnificences divines1 et le voil qui se demande alors1 comme dans ses autres discours il ne se l'tait jamais demand jusque-l1 ce qu'il faut voir et ce qu'il faut faire pour rsoudre cette question de la fragilit1 de l'accident1 qui est1 hlas6 au bout de toutes les choses humaines6 ,assurment1 ce moment du livre est imposant1 et nous attendions cette place1 dans ce discours final1 quelque chose de premptoire sur lequel le prdicateur nous aurait laisss4 ,retarde1 si l'initiative avait apparu elle n'en aurait t que plus frappante4 ,mais savez-vous ce qu'est pour le ,p4 ,ventura1 penseur hors de sa robe1 et qui dans sa robe devrait tre inspir1 l'initiative qui doit raffermir le pouvoir secou et bris par tant de rvolutions successives8444 ,on sourit presque en l'crivant6 ,c'est la dcentralisation comme l'entend ,danjou et le principe des substitutions perptuit4 ,en dehors de ces deux vues politiques trs connues1 trs discutes et encore trs discutables1 il ne voit plus rien1 cet homme de politique sacre1 et c'est pour nous rapporter de telles choses1 qui sont au pied de toutes les taupinires politiques de notre ge1 qu'il est mont au ,sina et qu'il en descend1 plus resplendissant de talent que de vrit6 ,nous ne croyons pas qu'effet de surprise plus dsagrable se soit jamais produit en lisant un homme sur lequel on avait compt4 ,quoi8 avoir pris le ton qu'il fallait prendre1 du reste2 avoir t prtre jusque-l1 touchant1 poignant1 d'une gravit1 d'une pntration444--mais dans cette gnralit que nous avons note1 cette gnralit de l'enseignement catholique que le premier venu peut avoir comme le dernier1--et puis tout coup1 lorsqu'il s'agit du conseil exprs1 de la vue prcise1 se montrer444--comment dirons-nous8 et il faut bien le dire444--si vulgaire et d'une initiative si morte6 ,c'est l une chose presque douloureuse1 et qui1 nos yeux et aux yeux de tous1 dcapite le titre ambitieux1 et qui pouvait tre juste1 du livre du ,p4 ,ventura3 ,le ,pouvoir chrtien4 ,l'adjectif peut rester1 mais le substantif ne mrite plus d'y tre4 ,c'est du christianisme loquent que fait l'illustre thatin1 mais du pouvoir444 non6 ,et cependant1 comme tout homme qui a l'toffe catholique sous la main et qui pourrait tailler l dedans1 le ,p4 ,ventura est pass bien prs de la vrit1 de la vrit illuminante4 ,pourquoi donc faut-il qu'il soit rest sur son oeil la pellicule de la cataracte8 ,la dcentralisation dont il parle est peut-tre1 en sachant l'entendre1 une vue qui a sa justesse1 mais elle n'a1 dans l'conomie des postulations du publiciste1 ni la grosseur ni la toute-puissante efficacit qu'il lui attribue4 ,nous n'en dirons pas assurment autant du pouvoir paternel1 qu'il veut faire plus fort par le principe des substitutions et la disposition testamentaire2 nous croyons que1 l1 le clbre prtre tait bien prs d'une solution4 ,mais il en tait d'autant plus loin qu'il en tait plus prs4 ,rappelons-nous le proverbe3 ,lorsqu'il y a dix pas faire1 neuf est la moiti du chemin4 ,pour le prtre1 en effet1 et pour tout homme qui croit1 avec juste raison1 que la politique sort des flancs de la morale et ne peut pas sortir d'ailleurs1 la question primaire1 la question fondamentale1 cette heure de l'histoire1 est la reconstitution de la famille chrtienne1 brise par l'individualisme du temps4 ,nous aussi nous pensons1 comme le ,p4 ,ventura1 que la famille doit prendre fonction dans l'tat4 ,nous pensons que si un pouvoir chrtien 7et1 certes6 le pouvoir devant lequel le ,p4 ,ventura parlait alors avait ce glorieux caractre7 traduisait le ,pater noster dans ses lois et le quatrime commandement1 il serait en mesure suffisante contre les rvolutions futures et pourrait marcher en bataille range contre elles4 ,nous pensons que si on opposait aux droits de l'homme de ,rousseau la dclaration des droits de la famille franaise reprsente par le ,pre1 ceci nous infuserait un sang nouveau dans les veines et que le pouvoir politique en bnficierait l'instant mme1 car le ,notre pre ne s'adresse pas qu' ,dieu4 ,il se rflchit jusque dans le sein des mineurs de la famille1 et c'est un rayon divin qui traverse le diamtre de l'espace et de l'infini6 ,v ,et dire comment et par quels moyens cette traduction tait possible1 le dire nettement1 voil la politique sacre comme en ferait ,bossuet cette heure et que nous attendions du ,p4 ,ventura4 ,quel sujet et quel auditoire6 ,l'imagination nous le fait entendre3 ,plantez1 sire1 les racines de vos enfants dans le coeur de tous les foyers domestiques4 ,enfoncez votre dynastie dans huit millions de dynasties4 ,rverbrez-les et qu'elles vous rverbrent6 ,a la statue dynastique il faut un pidestal de granit comme elle4 ,quel texte inou et quelle occasion splendide pour un orateur qui et t plus qu'orateur6 ,hlas6 le ,p4 ,ventura1 nous le rptons1 n'a t que cela4 ,ce n'est pas cependant le courage qui lui a manqu4 ,la religion est une ,thtis qui trempe les coeurs dans des eaux dont ils ressortent ,achilles et qui leur dit3 ,la peur seule est mortelle4 ,et1 d'ailleurs1 avait-il besoin de courage8 ,ne parlait-il pas devant l'homme qui sait que le pouvoir est la vertu des rois et qui en a fait la sienne8444 ,,vi ,un mot encore sur ces sermons1 qui1 s'ils ne sont pas davantage1 resteront de trs beaux discours prononcs devant ,sa ,majest l',empereur4 ,ils sont prcds d'une introduction de la plus majestueuse gravit1 due la plume de ,louis ,veuillot1 dont le talent1 on peut le dire1 a pris depuis quelque temps un surcrot d'aplomb et le caractre1 presque l'clat1 d'une popularit4 ,ce rayon1 qui lui est venu enfin travers les prjugs de la haine1 et qu'il n'a pas cherch1 ,dieu merci6 il le conservera1 s'il ne faut pas pour cela dvier de sa ligne droite1 et il le perdra sans souci pour ne pas en dvier4 ,,le ,,docteur ,,tessier#ee ,i ,les tudes de mdecine#ef dont le docteur ,tessier a publi la premire partie1 sont1 avant tout1 un livre de discussion ardente sous des formes svres1 une polmique corps corps et mortelle contre des hommes clbres et des doctrines malheureusement professes2 mais cette discussion est1 en bien des points1 si dtaille et si spciale1 le langage qui l'exprime est d'une proprit si technique et si profonde1 qu'au premier abord elle semblait1 par cela mme1 chapper notre examen4 ,c'est la rflexion seulement que nous avons compris qu'un livre de cette importance et de cette porte ne pouvait tre pass sous silence4 ,les tudes du docteur ,tessier n'intressent pas1 en effet1 que les hommes d'une science dtermine4 ,elles mritent d'tre signales l'attention de tout ce qui pense4 #ee tudes de mdecine gnrale1 #a;e partie3 ,de l'influence du matrialisme sur les doctrines mdicales de l'cole de ,paris2 ,de la fixit des essences et des espces morbides 7,pays1 #d fvrier #ahef74 #ef ,j4-,b4 ,baillire4 ,elles s'appuient sur ces grandes gnralits qui soutiennent tout dans le monde intellectuel et moral4 ,a travers les lignes droites ou les sinuosits de l'argumentation suprieure de ,tessier1 on voit que l'esprit de ce redoutable discuteur doit fomenter1 depuis longtemps dj1 une vaste thorie de son art1 et il est impossible de ne pas tenir compte de ce qu'on aperoit d'un systme qui1 sans doute1 se dgagera plus tard avec la double force de ses dveloppements et de son ensemble4 ,si nous pouvions1 par le peu que nous en dirons1 avancer le moment o ce systme1 parachev et complet1 sortira de l'esprit auquel il a donn tant de rsistance et de vigueur contre les tendances d'un enseignement vicieux et funeste1 nous croirions avoir fait assez4 ,les prtentions du temps actuel sont philosophiques4 ,c'est dans ces prtentions qu'il faut le saisir pour le redresser4 ,l'esprit philosophique a mis partout sa main insolente2 il faut partout la lui couper4 ,sous prtexte d'indpendance1 il a bris la chane des traditions dans toutes les directions de la pense4 ,en histoire1 il a fauss les faits l'aide d'interprtations mensongres1 et il a invent des philosophies de l'histoire4 ,tessier est un de ces fermes esprits qui ne donnent pas dans ces majestueuses niaiseries4 ,il est de ceux qui croient que1 sur tous les terrains1--en mdecine comme ailleurs1--l'histoire doit faire taire la philosophie et tient en rserve des rponses et des solutions toutes prtes quand la philosophie n'en a plus4 ,et qu'on n'infre pas de ces paroles que le docteur ,tessier est impropre ce qu'on appelle les choses de la philosophie et qu'il a pour elle ce ddain qui est l'hypocrisie de l'impuissance6 ,on se tromperait assurment4 ,tessier est1 au contraire1 une intelligence philosophique4 ,c'est un mtaphysicien d'un ordre lev4 ,le livre dont nous parlons en fait foi4 ,il aime et il invoque la mtaphysique4 ,il la trouve dans l'esprit humain et il ne veut point qu'on l'en arrache4 ,il en maintient la ncessit4 ,il en reconnat la grandeur1 quand la plupart des mdecins modernes1 mtaphysiciens pourtant1 mais malgr eux1 et aveugles1 l'insultent et la repoussent comme un pige1 plein de trahison1 que l'esprit humain se tend lui-mme4 ,seulement1 tout mtaphysicien qu'il puisse tre1 l'auteur des tudes de mdecine gnrale est encore plus traditionaliste que philosophe1 et il laisse sa vraie place la mtaphysique1 dans la hirarchie de nos facults et de nos connaissances1 en homme qui sait que sans l'histoire les plus grands gnies philosophiques n'auraient jamais eu sur les premiers principes que quelques sublimes soupons444 ,le docteur ,tessier1 qui croit la science mdicale1 qui la dfend contre les invasions sans cesse croissantes de la physique1 de la chimie et d'une physiologie usurpatrice1 donne pour chevet ses ides le rcit mosiaque1 dont tout doit partir pour tout expliquer1 et l'enseignement thologique et dogmatique de l'glise4 ,en plein ,x,i,xe sicle1 lui1 mdecin1 il se fait hardiment scolastique1 et1 comme le robuste et beau pasteur du tableau de ,lopold ,robert1 accoud si grandiosement contre son attelage1 l'auteur des tudes de mdecine gnrale1 appuy sur le front puissant du ,boeuf de ,sicile1 oppose firement saint ,thomas d',aquin ,cabanis4 ,il appartient donc ce groupe d'esprits qui pensent que la ,renaissance et l'exprimentalisme de ,bacon ont dtourn les sciences1 aussi bien que les lettres1 de la voie qu'elles devaient suivre au sein d'une civilisation chrtienne1 et qui sont dcids mourir ou ne jamais vivre dans la popularit de leur sicle pour les y faire rentrer si ,dieu lui-mme ne s'y oppose pas4 ,avec le genre d'occupations et de proccupations auxquelles le docteur ,tessier a dvou sa vie1 on peut s'tonner qu'il fasse partie de ces derniers ,romains1 qui priront probablement la peine et l'honneur de la vrit2 mais s'il y a l une raison pour tre surpris1 il y en a une autre pour applaudir et pour admirer6 ,,ii ,de tous les esprits1 en effet1 qu'a fausss et corrompus le sensualisme de la ,renaissance et l'exprimentalisme de ,bacon1 qui en a t la doctrine1 les mdecins ont t et sont encore1 par le mode sculaire de leur enseignement1 les plus profondment atteints4 ,c'est qu'on ne touche pas impunment sans prcaution la matire6 ,l',hercule intellectuel n'est pas comme l',hercule de la chair4 ,il meurt de son baiser la terre4 ,quand il l'treint trop fort1 il touffe dans toute cette poussire sa vigoureuse spiritualit4 ,aveugls par leur long tte--tte avec des organes et des phnomnes1 la plupart des mdecins ont1 depuis ,bacon et son observation raccourcie1 dgrad la science dont ils relvent1 et ils l'ont rduite n'tre plus qu'un empirisme superficiel et grossier4 ,le matrialisme paen1 qui1 en renaissant1 devait reparatre plus monstrueux que la premire fois puisqu'il renaissait dans une socit chrtienne1 est scientifiquement plus grand dans les crits de ,van ,helmont et de ,boerhaave qu'il ne l'tait1 par exemple1 sous la plume d',hippocrate et les traditions de l'cole de ,cos4 ,filtrant partout1 comme la boue du ,nil1 dans les inspirations des potes1 dans les chefs-d'oeuvre des artistes1 dans les moeurs des classes leves1 pour retomber de l dans les peuples comme1 de l'lgante cuvette d'une fontaine1 l'eau ruisselle dans les profondeurs d'un bassin1 le matrialisme1 qui cherchait son lit1 en a enfin trouv un1 qui semble ternel1 sur le marbre des amphithtres4 ,en supposant que l'intelligence humaine soit un jour nettoye de cette doctrine immonde1 les mdecins seront les derniers en essuyer leur pense4 ,a prdire cela1 croyez-le bien6 il n'y a ni exagration ni imprudence1 et la preuve en est dans le livre de ,tessier4 ,nous l'avons lu et nous en sommes rest accabl4 ,on y trouve1 exposes et rfutes1 les doctrines des professeurs les plus influents sur l'enseignement et sur l'opinion1 et ces doctrines sont matrialistes1--immuablement matrialistes1--comme si nous tions au lendemain de la ,renaissance ou la veille de la ,rvolution franaise6 ,il faut dire cela1 et le dire bien haut4 ,nous avons donc vcu en vain4 ,les cynismes du ,x,v,i,i,ie sicle1 en dbauche d'esprit comme de moeurs1 n'y ont rien chang4 ,les honntes gens ont eu horreur et dgot1 mais l'horreur n'a pas mont plus haut que le coeur4 ,la science probablement trempe la tte dans un ,styx1 comme le corps d',achille1 afin de faire ses enfants un sentiment moral invulnrable1 et 7le croiront-ils1 ceux-l qui ne sont pas mdecins87 le matrialisme a continu d'tre1 peu de chose prs1 cette heure1 ce qu'il tait quand ,la ,mettrie publiait cette histoire naturelle de l'me qui fit tant de bruit1 et cet homme-machine qui n'en fit pas moins6 ,en ce temps-l1 les habiles et les modrs du matrialisme dirent que ,la ,mettrie avait l'esprit un peu drang2 et1 pour se consoler1 il s'en alla1 ,triboulet de la philosophie1 bouffonner chez le roi de ,prusse4 ,mais ,cabanis allait natre1 ,cabanis1 qui1 sous une phrasologie encore plus lche que honteuse1 devait nous donner la pense comme une scrtion du cerveau4 ,pour ma part1 doctrinalement parlant1 je ne vois pas nettement qui vaut le mieux de ,cabanis ou de ,la ,mettrie4 ,quant la politique1 mise au service de la doctrine1 c'est diffrent6 ,cabanis1 qui a la froideur et les insinuations du serpent1 est coup sr trs suprieur ,la ,mettrie1 entran par une expression outrance et un temprament dsordonn4 ,blafard et doucetre crivain1 lgant1 mais la manire des incroyables de son temps1 appliquant aux matires philosophico-mdicales la rhtorique efface de son ami ,garat1 ,cabanis1 malgr une mdiocrit foncire1 a laiss un sillon profond1 que d'autres ont fcond1 et a exerc une influence dcisive sur l'enseignement en ,france tel qu'il est encore aujourd'hui4 ,comme le remarque ,tessier avec infiniment de justesse1 ,cabanis1 qui avait contre l'glise et les ides religieuses les haines perverses de son poque1 voulait1 dans la civilisation de l'avenir1 remplacer les prtres1 dont le rle tait fini 7pensait-il71 par les vingt mille mdecins qui allaient toucher1 en haut et en bas1 toutes les rclamations de la socit moderne et la gouverner en la retournant sur son lit de douleur4 ,le plan n'tait pas mal combin4 ,il valait mieux que la prtrise des philosophes de l'avenir invente1 depuis1 par ,cousin1 ,saisset et ,simon4 ,ce plan aurait1 s'il avait vcu1 ravi d'esprance ,condorcet4 ,sans le chrtien ,napolon1 qui se mit tout coup faire les affaires de ,dieu1 et quelques esprits du plus haut parage1 comme le vicomte de ,bonald1 qui1 par parenthse1 traita ,cabanis dans ses ,recherches philosophiques comme plus tard de ,maistre traita ,bacon1 le matrialisme passait presque l'tat d'institution politique4 ,nonobstant l'effort de ces grands hommes1--de ces grands spirituels1--il resta au fond de l'enseignement1 en s'aplatissant1 il est vrai1 en y rampant1 en s'y coulant comme un reptile1 mais il y resta4 ,un jour1 la philosophie gnrale eut assez de cette auge et releva le front4 ,les philosophes du ,x,i,xe sicle ragirent contre les philosophes du ,x,v,i,i,ie4 ,la ,romiguire abolissait ,condillac4 ,cousin1 toujours poli1 en sa qualit d'clectique1 effaait ,locke444 d'un coup de chapeau4 ,galvanis un instant1 le spiritualisme cartsien disparut bientt dans ce vaste trou de formica-leo1 cette logique de ,hegel1 qui tue la pense par le vide4 ,au milieu de tout ce mouvement1 le matrialisme mdical ne bougeait pas4 ,il laissait dire et faire et se transformer la philosophie4 ,comme le voyageur de la fable1 craignant que le vent ne ft pas pour lui il serra son manteau autour de sa personne1 et si bien qu' moins de le regarder de fort prs on ne pouvait le reconnatre4 ,c'tait son salut4 ,il ganta sa main et masqua son visage1 et l'on vit jusqu' ce lion de ,broussais1 dont ,pariset disait3 ,qurens quem devoret1 devenu tout coup d'une prudence antipathique son gnie1 mettre une sourdine sa voix rugissante1 et inventer1 pour mieux cacher le secret de la comdie1 ce mot d'ontologie qui signifiait toutes les chimres et toutes les sottises de la religion1 de la mtaphysique et de la spiritualit4 ,or1 si ,broussais s'humiliait ainsi1 ,broussais1 le plus superbe esprit qui se soit jamais pos sur des griffes entrecroises la guisa di leone1 comme dit le pote1 on se demande ce que durent faire les hommes qui vinrent aprs lui et dont l'audace n'tait pas1 comme la sienne1 mesure la grandeur de l'intelligence4 ,eh bien1 ce qu'ils firent1 le docteur ,tessier s'est donn la mission de nous l'apprendre en leur rpondant6 ,il a choisi les plus compts d'entre eux et il a cherch1 sous le masque fin d'une phrase teinte1 qui jette de la cendre par-dessus la flamme afin qu'on ne crie pas au feu61 la doctrine1 l'immuable doctrine1 qui a bien pu modifier des vues de dtail1 mais qui est la mme dans ses conclusions qu'aux jours o elle ne se cachait pas4 ,encore une fois1 nous ne pouvons entrer dans cette robuste et longue discussion1 qu'il faut prendre o elle est1 c'est--dire dans le livre de ,tessier4 ,les problmes sur lesquels roule tout l'enseignement mdical y sont examins avec les solutions qu'en donnent les professeurs actuels1 dont on cite les noms1 les discours et les livres4 ,mconnaissance de la nature spirituelle de l'homme1 qu'on dfinit un mammifre monodelphe bimane et rien de plus1 ngation de l'unit de la race humaine1 affirmation de l'activit de la matire1 confusion de la physiologie et de l'histoire naturelle au mpris des traditions mdicales depuis ,hippocrate jusqu' nos jours1 enfin l'opinion qui implique le matrialisme le plus complet3 ,que la vie ne doit pas tre considre comme un principe1 mais comme un rsultat1 une proprit dont jouit la matire1 sans qu'il soit ncessaire de supposer un autre agent dans le corps1 toutes ces solutions1 et beaucoup d'autres de la mme normit1 sont attaques et ruines de fond en comble par le rude joteur des tudes4 ,il suit1 avec une longueur de vue et une implacabilit de logique auxquelles rien n'chappe1 les consquences de ces doctrines dont la science est empoisonne1 et1 ,dieu merci6 il n'est pas au bout de son travail puisque nous n'avons que la premire partie d'un ouvrage qui devra montrer1 dans tous les rameaux de l'enseignement1 la filiation de ces erreurs4 ,le docteur ,tessier n'est pas uniquement proccup de spiritualiser l'instruction et de tenir compte de la magnifique duplicit humaine1 mme dans l'intrt de l'observation physiologique2 il va plus loin et plus haut444 ,le rationalisme dogmatique--dit-il--ne saurait coordonner les phnomnes physiologiques et comprendre les rapports de la physiologie et de la mdecine2 mais1 sur le terrain de la pathologie1 ce rationalisme devient la ngation de ,,toute vrit4 ,ainsi1 comme on le voit1 l'enseignement n'est pas seulement matrialiste2 il est1 de plus1 arbitraire et antimdical1 et l'habile crivain le prouve avec une rigueur dont1 certes6 il n'avait pas besoin aux yeux de ceux qui savent jusqu'o peut porter une ide4 ,en effet1 les doctrines matrialistes sont1 scientifiquement1 ce que sont politiquement les doctrines dmagogiques1 troublant galement la tradition1 et les unes violant aussi bien l'histoire dans le monde des ides que les autres dans le monde des faits6 ,,iii ,et1 ici1 nous touchons au plus beau ct d'un livre qui nous en promet un autre1 dgag de toute polmique1 et par cela plus grand444 ,esprit historique1 comme on doit l'tre avant d'tre mtaphysicien1 le docteur ,teissier ne fait point la guerre sans savoir comme il fera la paix4 ,on a eu de fort grands critiques pour la critique elle-mme1 et qui1 comme ,bayle1 appuyaient leurs ttes d'or sur l'argile d'un scepticisme toujours prs de s'crouler2 mais ,tessier est or de partout4 ,s'il veut dtruire le physiologisme moderne1 il sait aussi ce qu'il veut mettre la place1 et c'est prcisment ce qui y tait4 ,le plus bel effort des esprits vigoureux est de renouer les traditions1 en toutes choses1 quand elles ont t rompues2 c'est de se rattacher ce pass qui est toujours une vrit ensevelie4 ,les chefs de dynastie le savent bien1 qu'il n'y a rien de plus difficile et de plus grand6 ,tessier1 qui est peut-tre1 sa manire1 un chef de dynastie1--car1 ou nous nous trompons beaucoup1 ou il a toute une famille d'ides puissantes tablir1--,tessier est une de ces intelligences qui travaillent renouer la chane des enseignements scientifiques1 et jamais il ne nous a paru plus heureux dans son effort qu'en posant 7pourquoi n'est-ce que de profil87 la grande question de l'immutabilit des maladies4 ,le physiologisme1 qui rgne encore quoique son conqurant ne soit plus1 a invent un tat de sant qui ressemble fort ce qu'tait l'tat de nature chez les publicistes du sicle dernier4 ,en identifiant1 comme il l'a fait1 la maladie avec le symptme ou la lsion1 il a supprim la maladie1 et1 de cette faon1 il a boulevers tout ce qu'on savait et tout ce qui tait force de loi sur cette question fondamentale3 ,le mot nature vient du mot nasci1--dit ,tessier avec la simplicit de la lumire1--par consquent1 toutes les fois qu'une question de nature est pose1 elle implique l'instant mme une question d'origine4 ,donc la question des maladies pose la question de leur origine1 et par suite de l'origine du mal4 ,rduit ses seules forces et rpugnant regarder au fond de l'histoire1 le rationalisme devait considrer ces questions comme vaines et insolubles1 et il n'y a pas manqu2 en cela au-dessous de l'antiquit paenne1 qui ne connaissait pas ,bacon1 mais qui n'en savait pas moins observer et conclure4 ,hippocrate1 en effet1 ce vieillard divin1--car l'histoire1 pour honorer ce grand observateur1 n'a trouv rien de mieux que de l'appeler comme le vieil ,homre1--avait reconnu l'immutabilit des maladies quand il s'criait1 avec le pressentiment d'une rvlation3 ,il y a l quelque chose de ,dieu 7quid divinum76 ,et quand aussi ,dmocrite1 tenant de plus prs la vrit1 crivait ce mot singulier3 ,l'homme tout entier est une maladie1 comme s'il et devin ce dogme de la chute aprs lequel il n'y a plus rien l'horizon de l'histoire ni l'horizon de l'esprit humain6 ,c'est cette immutabilit des maladies1 nie et mprise comme tant de grandes traditions cette heure1 que ,tessier a os relever et soutenir4 ,il a choisi cette forte thse parce qu'il l'a rencontre sur la route de ses dductions1 mais surtout parce que1 triomphante1 elle entranerait la ruine du matrialisme1--sa ruine dfinitive1 sans que dans ses dbris il pt retrouver une pierre pour se faire un bastion4 ,l'immutabilit des maladies s'explique par les prdispositions morbides2 les prdispositions morbides par une hrdit qui1 elle-mme1 confine un tat antrieur dont l'homme n'est sorti qu'en se laissant criminellement tomber4 ,tout cela n'est pas nouveau4 ,mais rappelez-vous le mot de ,pascal1 vous qui avez au moins le respect des noms crasants1 et taisez-vous6 ,le noeud de notre condition--crivait le penseur terrible--prend ses retours et ses replis dans cet abme1 de sorte que l'homme est plus inconcevable sans ce mystre que ce mystre n'est inconcevable l'homme4 ,provoquer1 par des livres suprieurs comme l'est celui de ,tessier1 le retour aux ides spirituelles et chrtiennes dans l'enseignement de cette science immense1--la mdecine1--ce n'est donc pas de l'invention1 mais c'est mieux4 ,c'est la pyramide renverse sur la pointe et replace sur la base1 comme le disait ce grand crivain1 qui1 pour son compte1 a fait si bien un jour ce qu'il avait dit4 ,,flourens#eg ,i ,si ,flourens n'avait qu'une seule importance1--s'il n'tait qu'un savant d'un ordre suprieur enferm dans la carapace d'une grande spcialit1 impntrable tout ce qui ne serait pas savant1 sinon du mme niveau que lui1 au moins du mme courant d'tudes1--nous ne nous hasarderions point vous en parler444 ,nous laisserions aux livres purement scientifiques1 ou aux mmoires de l',acadmie dont il est le secrtaire perptuel1 vous entretenir de ses dcouvertes en anatomie et de ses travaux en physiologie et en histoire naturelle4 ,flourens1 heureusement pour lui1--encore plus heureusement pour nous1--n'est pas qu'un savant considrable et officiel4 ,c'est aussi un lettr1 un lettr autant qu'un de nous4 ,c'est un lettr qui reporte sur la science1 pour en adoucir l'austrit et sans rien diminuer de sa beaut profonde1 tout ce que le gnie littraire peut donner la pense d'un homme de clair1 d'lgant et de doux4 ,et ces trois mots caractrisent trs bien1 je vous assure1 le genre de talent de ,flourens1 de cet homme qui aurait pu1 ma foi6 tre pesant sans se compromettre1 tant il savait de choses1 et qui s'en est si bien gard6 #eg ,oeuvres compltes 7,pays1 #g avril #ahfj74 ,mon ,dieu1 oui6 il aurait pu tre pesant tout comme un autre4 ,il est savant4 ,il a donn la science toute sa vie1 et1 vous le verrez tout l'heure1 la science a trs bien agr ses hommages4 ,elle l'a rendu heureux2 elle ne l'a point trait comme un de ses patiti infconds qu'elle trane quelquefois aprs elle4 ,et cependant il n'a pas eu la fatuit de son bonheur1 car la fatuit des savants heureux1 c'est la lourdeur444 une lourdeur gourme1 pate1 infinie4 ,c'est leur turcartisme1 eux6 ,au contraire1 il a t lger2 mais lger comme un ignorant charmant1 qui n'a pas autre chose faire que d'avoir de la grce1 de temps autre1 et de se montrer spirituel4 ,flourens n'est point un rudit l'allemande1 quoiqu'il soit de l',acadmie de ,munich et de bien d'autres acadmies4 ,c'est un rudit des plus franais1 qui n'a pas perdu1 comme tant d'autres1 en cultivant la science1 sa qualit de ,franais4 ,originalit mi-partie1 dont chaque moiti vaut presque un tout4 ,savez-vous comment il procde8 il enlve la science1--cette puissante personne la ,rubens moins la couleur1--il l'enlve dans les bras trs fins de sa littrature et lui ouvre ainsi dans le monde un chemin que1 sans cette enlevante littrature1 la science peut-tre ne ferait pas4 ,il la vulgarise et la popularise4 ,il lui fait faire son tour444 d'esprits6 ,artiste dlicat1 il lui attache des ailes transparentes1 qui ne fondent point comme celles d',icare1 et qui l'emportent bien loin de tous les malheureux culs-de-plomb qui peuplent les ,acadmies4 ,voil ,flourens6 et voil pourquoi aussi les oeuvres d'un homme aussi savant que lui attirent notre attention1 malgr tout ce qu'on rencontre dans ces oeuvres de particulier1 de spcial1 de technique1 d'effrayant pour nous4 ,la fleur littraire1 qui n'est parfois qu'un brin de muguet1 insinue son parfum dans ces livres de nomenclatures et de descriptions anatomiques qui devraient tre si secs et parfois si nausabonds pour tout ce qui n'a pas l'ardente et froce curiosit du savoir1 et cette petite odeur1 qui surprend l1 mais qui plat partout1 invite les esprits les moins enclins la science prendre ces livres et les ouvrir4 ,le langage facile1 pur1 agrable1 qu'on parle ici ne rappelle en rien le langage rude1 incorrect et parfois opaque1 que la science1 soucieuse seulement de l'exactitude des faits1 est accoutume de parler4 ,non que la science ne puisse avoir son loquence1 une loquence elle1--brusque ou calme1 mais carre1 didactique1 imperturbable1 ne craignant d'appuyer sur rien quand elle croit1 en appuyant1 prciser davantage4 ,seulement1 ce n'est pas l la langue de ,flourens4 ,la sienne n'a rien de cette substance paisse et forte4 ,elle ne ressemble pas au bloc de cristal qui absorbe le jour qu'il renverra plus tard quand il sera taill et mis sous son arc de lumire4 ,elle est taille1 elle1 mais mince et lumineuse comme la vitre travers laquelle vous regardez les tagres d'un musum1 et1 il faut bien le dire1 depuis ,fontenelle1--ce lger dans la consistance comme ,flourens1--rien de pareil en fait de style scientifique ne s'est vu pour la transparence presque arienne de la phrase et cette prcision1 sre d'elle-mme1 qui n'a pas besoin d'appuyer4 ,en effet1 il y a1 ds les premires pages de ces ,oeuvres compltes#eh1 qui renferment non seulement les dcouvertes de la science mais les hommes qui les ont faites1 et la biographie aprs l'histoire1 il y a1 entre ,flourens et ,fontenelle1 un rapport qui saute aux yeux1 malgr et travers toutes les diffrences de philosophie1 de sentiment et de destine qui existent entre le secrtaire perptuel de l',acadmie des sciences du ,x,v,i,i,ie sicle et le secrtaire perptuel de l',acadmie des sciences d'aujourd'hui1 et ce rapport1 c'est l'incomparable diaphanit de leur exposition tous deux4 ,c'est la sveltesse d'un style que le got littraire a dgag et allg jusqu' la lgret d'un ,grammont ou d'un ,matta1 si de tels hommes avaient pu crire sur les sciences4 ,c'est cette chose dont on peut se passer aussi en ,france1 mais non sans en souffrir3 l'agrment6 l'agrment jusque dans les matires qui comportent le moins d'agrment6 l'agrment1 ce superflu si ncessaire l'esprit franais6 ,fontenelle et ,flourens1 et tous les deux autant l'un que l'autre1 ont introduit et cr le joli dans la science1 sans la dgrader4 #eh ,garnier frres4 ,pour la premire fois1 le ,corneille a t joli sans sottise4 ,on a pu dire avec eux et en les lisant3 ,une jolie science1 une jolie exprience1 une jolie dcouverte1 une jolie description de physiologie1--toutes choses qui autrefois faisaient trembler et qui1 autre part que chez eux1 rendent encore bien grave4 ,ils ont t attirants1 amusants1 attachants1 quelquefois brillants1 et on a pu se risquer un jour1 sur la foi de leurs livres1 aux sciences physiques ou naturelles sans avoir la vocation d'un hros1 d'un martyr1 d'un ,la ,prouse qui n'en reviendra pas et qui croit s'en aller bravement se faire manger par les sauvages6 ,certes6 ,il n'y aurait que cela dans ,flourens1 il n'y aurait que cette ressemblance1 que ce rapport avec ,fontenelle1 que ce serait assez pour exciter en nous la plus vive sympathie4 ,le progrs ne peut pas s'arrter1 c'est bien entendu1 et il pullule de rudes ouvriers la science1 des piocheurs et des dfricheurs du sublime le plus amricain2 mais quelqu'un qui ressemble ,fontenelle1 mais1 au plus pais de la science1 deux doigts d'esprit qui tiennent une plume lgre1 voil ce qu'on ne voit pas tous les jours6 ,,ii ,et il n'y a pas que ces deux doigts d'esprit dans ,flourens4 ,il n'y a pas que le gnie littraire de ,fontenelle retrouv au fond de sa fonction1 comme une chose oublie sa place dans l'intrt de son successeur4 ,il n'y a pas dans ,flourens1 quoi qu'il y soit aussi1 qu'un historiographe d'acadmie1 qu'un tabellion d'loges officiels dont l'original reste au greffe et dont l'expdition est donne la postrit1 qui aimera la lire pour la faon dont elle est libelle1 je vous en rponds6 ,il y a un autre homme1 qui n'est pas1 qui n'a jamais t dans ,fontenelle4 ,fontenelle1 lui1 quand1 de ses deux doigts que j'adore1 il a fini d'crire son loge d',acadmie ou son ,histoire de l',acadmie1 qui tait aussi un loge1 bien digne d'un ancien madrigaliste comme il l'avait t en l'honneur des dames 7car les acadmies sont des dames aussi1 quoique composes de plusieurs messieurs72 oui6 quand ,fontenelle a achev de tourner ce madrigal suprme1 et il le tourne bien1 ayant eu jusqu'au dernier moment la grce et la clart1--cette grce de la lumire1 ayant t1 ce vieux ,tithon1 aim jusque-l de l',aurore6--alors tout est dit4 ,il est puis1 il a rendu son dernier souffle1 l'aimable bonhomme6 ,il n'est plus que le ,cladon1 plus pass que ses aiguillettes1 d'anciennes bucoliques oublies1--un pasteur d',arcadie enterr en ,acadmie4 ,mais ,flourens1 aprs ses loges1 est toujours ,flourens1 c'est--dire ce qu'il a t toute sa vie3 un anatomiste1 un naturaliste1 un physiologiste1 un professeur4 ,ce n'est pas seulement qu'un secrtaire perptuel d'acadmie1 il est perptuel de talent en son propre nom1 ce qui vaut bien mieux6 ,il y a l1 dans cette publication de chez les frres ,garnier1 huit dix volumes qui ne sont que la fleur d'un panier trs plein et trs profond1 dans le fond duquel je ne plongerai pas mes mains indignes4 ,mais je me permettrai de toucher1 sans appuyer1 au velout de toute cette fleur4 ,je me permettrai de vous faire remarquer cette poudre tincelante1 tombe des ailes de cette rudition d'abeille1 qui a le vagabondage de l'abeille1 qui en a le miel1 mais qui n'en a pas l'aiguillon4 ,et1 d'abord1 voici trois quatre volumes de ,notices qui sont certainement la partie la moins considrable et la moins travaille de cet esprit facile qui rien ne semble coter1 tant il est veill et preste6 et dont plusieurs 7celles sur ,henri-,marie de ,blainville1 ,lopold de ,buch et les ,jussieu7 sont de petits chefs-d'oeuvre d'apprciation attique4 ,puis1 aprs ces ,notices1 voici une ,histoire de la circulation du sang1 travers laquelle le lecteur1 et mme la lectrice1 verront circuler le leur dans leurs veines4 ,c'est peut-tre dans cette histoire que ,flourens a le plus exhal sa petite odeur de muguet littraire quand1 de savant en savant1 il est arriv jusqu' ,guy ,patin1 cette excellente figure1 ce ,boileau-,despraux de la mdecine1 qui aurait donn trs bien la monnaie de sa pice l'autre ,boileau1 le railleur de la ,facult4 ,ici1 le naturaliste1 le physiologiste1 devient presque un critique comme l'un de nous4 ,c'est un clair de lune de ,sainte-,beuve2 mais c'est un clair de lune limpide6 ,aprs cette ,histoire de la circulation du sang1 vous avez ,l',instinct et l'intelligence des animaux1 une question qu'un fils de ,buffon comme ,flourens devait traiter dans un de ses ouvrages2 car vous savez si ,flourens est le fils de ,buffon et s'il mrite de porter le nom de ,buffonet que ,buffon donnait son fils6 ,puis encore un ,examen de la phrnologie1 trs court1 comme il convient1 le mpris ayant une expression brve quand il n'est pas silencieux1 et le mpris tant tout ce que mrite cette doctrine1 qui n'est plus qu'une amusette de salon depuis que ,broussais1 ce tribun mdical1 n'est plus l pour la dfendre de sa voix pre4 ,flourens1 qui ne pse sur rien1 a donn cela sa chiquenaude1 et la chiquenaude a suffi pour enfoncer les protubrances2 mais il n'en a pas moins fait justice ,gall quand il s'agit des services rendus par cet homme1 en dehors de son systme1 l'anatomie4 ,enfin1 voici le livre qui a fait tant de bruit1 et qui1 je le crois1 a t pour ,flourens la queue du chien d',alcibiade3 le ,livre sur la longvit6 ,l',alcibiade de la physiologie se devait de couper la queue de son chien1 et il l'a coupe en homme qui sait se servir du scalpel et de l'esprit franais4 ,mais j'ai gard pour le dernier le meilleur et le plus intressant des livres de ,flourens1 celui-l qu'il a intitul3 ,de la ,vie et de l',intelligence1 et sur lequel je crois ncessaire de m'arrter4 ,,iii ,quand nous avons rendu compte1 dans ce volume1 de l',histoire des manuscrits de ,buffon que ,flourens a publie1 nous avons dit que nous reviendrions sur les services rendus par l'minent commentateur du grand naturaliste la philosophie gnrale4 ,eh bien1 c'est ce livre3 ,de la ,vie et de l',intelligence1 qui fait le mieux mention de ces services6 ,philosophiquement1 ,flourens1 ce rayon intellectuel qui glisse plus sur la mtaphysique qu'il ne la pntre1 ,flourens est cartsien4 ,a toute page il vante la ,mthode de ,descartes1 et trop1 selon nous4 ,il admire l'axiome assez vulgaire de cette mthode3 qu'il ne faut admettre pour vrai que ce qu'on connat videmment pour tel4 ,comme si ce moyen de connatre videmment le vrai1 la ,mthode de ,descartes1 l'avait donn jamais personne6 ,il est vrai que ,flourens dit que ,descartes oublie sa mthode en physique4 ,en est-elle donc meilleure pour cela8 ,descartes a toujours fait des efforts enrags pour sortir du moi1 et il y est rest4 ,moins heureux que le renard de la fable1 il n'a pas trouv d'chine de bouc pour s'aider sortir du puits dans lequel il tait descendu et qui n'est pas le puits de la vrit4 ,flourens1 fils de ,buffon1 est le petit-fils de ,descartes4 ,il a grandi entre deux hypothses2 mais l'observation et l'exprimentation l'ont parfois arrach aux influences de sa naissance et de son ducation1 et de l'aperu il est mont jusqu' la dcouverte4 ,or1 il a fait deux dcouvertes1 surtout1 qui seront ses deux meilleurs titres d'honneur dans la tradition scientifique4 ,la premire est celle de la formation des os dmontre l'aide d'expriences trs ingnieuses et trs concluantes1 et la seconde1 c'est la localisation de l'intelligence dans le cerveau1 dont il prouva physiologiquement l'unit4 ,avec sa thorie exprimentale sur les os1 ,flourens jetait aux ,bichats de l'avenir1 pour le dvelopper1 le germe d'une nouvelle chirurgie1 et ce n'tait l qu'un profit de la physiologie2 mais la thorie posant l'axiome superbe3 la matire passe et les forces restent1 frappait le matrialisme1 d'un premier coup1 au ventre mme4 ,ventrem feri6 ,seulement1 au second1 la bte s'abattait1 et ce second coup mortel et qui en finissait fut la localisation de l'intelligence dans le cerveau6 ,rien de plus curieux que la dmonstration de ,flourens1 rapporte avec beaucoup de dtails dans le livre ,de la ,vie et de l',intelligence1 et avec cette clart qui est le don de son talent4 ,c'est l qu'il faudrait la chercher4 ,lui1 l'anatomiste cartsien1 il n'invoqua pas la pense1 la spiritualit1 la conscience1 cette ligne solitaire et impossible joindre de l'asymptote ternelle6 ,non6 il prit tout simplement et tout brutalement le cerveau1 le dcouvrit1 le dissqua1 et1 sous la pointe de ce scalpel qui est le seul instrument de vrit pour les matrialistes1 il montra que le cerveau tait le sige exclusif de l'intelligence2 que l'ablation d'un des tubercules dterminait la perte du sens de la vue1 mais que l'ablation d'un lobe laissait la sensation et dtruisait seulement la perception4 ,il tablit que l'un tait un fait sensorial1 l'autre un fait crbral1 et que la sensibilit n'tait et ne pouvait jamais tre l'intelligence1 pas plus que l'ide la sensation4 ,contrairement la thorie de ,locke et de ,condillac1 mre de toutes les autres thories sensualistes1 il prouva que penser est si peu sentir qu'on peut couper le cerveau par tranches--et il le coupa--sans produire aucune douleur1 la sensibilit n'existant que dans les nerfs et dans la moelle pinire1 et l'intelligence tant le cerveau o n'est pas la sensibilit4 ,et il alla plus loin encore6 ,il dmontra que sentir n'est pas mme percevoir et que le cerveau seul peroit4 ,enfin1 il analysa exprimentalement les facults1 les fonctions1 les forces1 et donna la preuve sans rplique ses adversaires 7car c'tait une preuve physiologique7 de l'unit de l'intelligence1 concluant que la physiologie rptait le tmoignage du sentiment1 et qu'elle le confirmait en le rptant4 ,telle est1 sauf les dveloppements1 qui sont trs lumineux et dont on ne peut donner ici la longue chane logique1 la grande dmonstration faite par ,flourens contre le matrialisme1 et qui1 selon nous1 doit finir et emporter le dbat4 ,c'est1 comme on le voit1 le dernier mot philosophique prononc dans un ordre d'ides qu'il forclt et contre lequel nulle objection ne peut dsormais se relever4 ,c'est la dernire raison1--ou1 bien mieux6--c'est le dernier fait sous lequel s'enterrera le matrialisme et cette philosophie de la sensation qui a longtemps rgn1 et qui se raccroche en ce moment au panthisme pour ne pas tout fait prir et pour retrouver plus tard le moyen de vivre4 ,par le panthisme1 en effet1 le matrialisme a toujours un pied et une main dans la philosophie contemporaine1 et ce n'est pas le spiritualisme1 rduit ses seules forces1 qui coupera jamais ce pied et cette main-l4 ,il l'a essay au commencement du sicle1 ce spiritualisme vain qui1 en dehors des ides chrtiennes1 a l'insolence et l'ingratitude de se croire quelque chose4 ,c'tait l'heure o la socit n'en pouvait plus1 changeait d'erreur et se tournait de l'autre ct sur sa paillasse de sophismes4 ,mais ,cousin1 qui discutait ,locke1 n'empcha pas ,broussais4 ,d'ailleurs1 il faut bien en convenir1 quelle que soit la doctrine dont il est question1 ce n'est jamais par des arguments tirs d'un ordre d'ides dtermin qu'on peut enfoncer et ruiner les arguments tirs d'un bon ordre d'ides contraires1 et1 tout de mme que le spiritualisme ne peut mourir que sous des raisons spiritualistes tout de mme le matrialisme ne peut prir et crouler que sous des raisons tires de lui-mme4 ,or1 l'honneur de ,flourens est d'tre venu nous les donner6 ,,iv ,encore une fois1 voil le vrai mrite de ,flourens4 ,voil la gloire srieuse de cet esprit1 lger seulement par l'expression1 qui a port dans la science un sourire inconnu et charmant4 ,un jour il a t terrible et il a soufflet le matrialisme avec un scalpel6 ,puis il a repris son sourire1 dans lequel aucun scepticisme ne se joue4 ,l'historien de ,magendie a l'originalit d'tre convaincu4 ,non seulement il est spiritualiste1 puisqu'il est cartsien1 et nous avouons que jamais ce spiritualisme-l ne nous a paru trs formidable et trs auguste2 mais il est chrtien1 et il a toujours mis sa science derrire le christianisme1 ce qui est sa place1 malgr les rbellions insolentes de quelques savants4 ,sur la cration1 il est pour ,mose1 et sur l'unit de la race dans le genre humain4 ,il croit aux causes finales2 mais1 comme il le dit avec un sens dli et profond1 il ne conclut pas le dessein suivi des causes finales1 mais les causes finales du dessein suivi4 ,il n'est gures possible de dire plus juste et de penser plus fin4 ,finesse et justesse1 ce sont1 en effet1 les qualits suprieures de ,flourens4 ,c'est de justesse dans l'expression et de finesse dans la pense qu'est faite sa lucidit1 car ,flourens n'est pas seulement un esprit lucide1 c'est mieux que cela3 c'est une lucidit4 ,nous n'avons pas entendu ,flourens comme professeur1 mais il doit porter dans son enseignement les qualits qui font de l'exercice du professorat quelque chose comme une cration continue1 car clairer les esprits1 c'est les crer une seconde fois4 ,c'est mme1 dirons-nous1--et c'est la seule critique que nous oserons contre ces livres amusants comme s'ils n'taient pas savants et savants comme s'ils n'taient pas amusants1--c'est mme l'habitude du professorat qui donne ces livres la tache de ces rptitions de faits ou d'ides qu'on prendrait pour des ngligences et qui sont plutt des scrupules de clart4 ,flourens1 qui ferait la classe avec beaucoup d'imposance des hommes comme lui1 la ferait tout aussi bien aux jeunes filles des ,oiseaux ou de l',abbaye-aux-,bois1 comme ,bossuet faisait le catchisme aux petites bonnes gens de la ville de ,meaux1 et1 comme on le sait1 ,bossuet n'en tait pas plus petit4 ,l'auteur de la ,vie et de l',intelligence n'est donc pas moins fort parce qu'il est gracieux1 il n'est pas moins docte parce qu'il est agrable et que tout le monde peut lire ses livres et les goter4 ,nous croyons la providence des noms comme y croyait ,sterne1 et ,flourens est l'homme de son nom4 ,il a mis la plus belle rose de son ,jardin des plantes au corsage un peu pais de la science1 et il en ferait bien d'autres6 ,tout ce qu'il touche1 il le fleurit4 ,,eug,,ne ,,pelletan#ei ,eugne ,pelletan est1 comme on sait1 un des crivains les plus dmocratiques de ce temps4 ,il y a plus1 il est peut-tre1 par le talent de l'expression1 par l'lvation de son sentiment1 par l'enthousiasme profond que lui inspire la cause de la dmocratie1 l'un des crivains qui font le plus d'honneur son parti4 ,pour toutes ces raisons runies1 si le livre de ,pelletan justifiait l'ambition navement montre de son titre 7et il n'y a rien dans cette navet fire qui nous dplaise1 qu'on le croie bien671 nous aurions le symbole du ,x,i,xe sicle et nous saurions prsent quoi mettre la place de ce vieux symbole de ,nice1 tu par l'analyse et par la science1 et qui ne peut plus satisfaire--disent les philosophes--les besoins de foi des peuples actuels4 #ei ,profession de foi du dix-neuvime sicle 7,pays1 #a;er janvier #ahec74 ,malheureusement pour ceux qui auraient t curieux d'un tel rsultat1 la profession de foi de ,pelletan restera la profession de foi--isole--de son auteur aux incomparables grandeurs et la vrit du ,x,i,xe sicle1 et nous ne disons pas assez6 toutes les grandeurs et la vrit de tous les sicles qui le suivront4 ,en effet1 qu'on ne s'y mprenne point6 ce n'est pas en ce que le ,x,i,xe sicle a de virtuel1 de progressif1 de relativement vrai que ,pelletan a la confiance qu'on pourrait avoir en la vrit mme de ,dieu1 mais c'est dans tous les sicles futurs1 grands1 selon lui1 impeccables et infaillibles1 leur date1 leur place dans la chronologie universelle2 en d'autres termes1 c'est dans le progrs1 le progrs indfini de l'humanit4 ,a ne voir que l'affirmation de ce fait1 qu'y a-t-il l de bien nouveau8 ,en ,france1 depuis ,condorcet1 cette foi au progrs est connue1 quoiqu'on ne la professe tout haut que sous les rserves du bon sens d'un peuple qui n'aime pas qu'on se moque de lui1 et en ,allemagne1 o l'on n'a rien craindre cet gard1 cette foi a t redouble par des systmes philosophiques qui sont du moins de formidables erreurs1 les efforts puissants de grands esprits faux4 ,ce qui est nouveau1 ce qui donne un mrite de hardiesse et d'initiative ,pelletan1 c'est d'crire un livre pour dmontrer la ncessit rationnelle de cette croyance4 ,seulement1 nulle part1 ni en ,allemagne ni en ,france1 les deux pays ides1--l',angleterre n'est qu'un pays intrts1--les hommes qui s'appellent humanitaires n'accepteront1 pour l'explication de leur dogme et le dernier mot de leur foi1 la profession de ,pelletan4 ,elle pourra lui servir1 lui1 car l'esprit gagne toujours se mettre bien en face de sa pense en l'exprimant4 ,mais1 comme propagande d'ides1 elle se perdra3 en ,france1 par son lyrisme et sa candeur mme2 en ,allemagne1 par son manque de science relle et de profondeur4 ,c'est que1 pour un livre pareil1 il ne sufft pas d'en avoir l'audace4 crire la profession de foi d'un sicle qui semblait ne plus en avoir2 proclamer la seule croyance reste debout sur toutes les autres1 la seule religion qui convienne des titans intellectuels de notre force2 proclamer la foi au progrs1 la foi scientifique au progrs1 impose tout ce qui pense de par l'autorit mme de l'histoire2--en trois mots1 reprendre en sous-oeuvre et refaire l'histoire des civilisations successives1 de l'homme et de la cration1 tait1 n'importe pour quel esprit1 une tentative dangereusement grandiose4 ,pelletan1 qui a l'esprit ardent des hommes faits pour la vrit1 a mesur la difficult avec son courage4 ,mais l'audace ne fait pas toujours la puissance1 et le malheur est que1 quand elle ne la fait pas1 l'audace est dconsidre4 ,qu'on nous permette de l'affirmer6 il n'y avait que deux manires de traiter l'immense et difficile sujet qui a tent ,pelletan4 ,et nous disons deux seules manires1 et non pas trois4 ,ou bien il fallait l'aborder comme nous l'aurions abord1 nous chrtiens1 pour qui nul mouvement de civilisation n'a dpass le christianisme2 comme nous qui avons une rvlation religieuse primitive1 crite1 inbranlable dans ses textes1 une histoire1 un enchanement de faits1 des sources nombreuses1 toute une exgse1 toute une critique1 et une autorit souveraine pour empcher tous ces dvergondages d'examen qui ont fini1 en ,allemagne1 par le suicide de la ,critique sur les cadavres444 qu'elle n'a pas faits4 ,ou bien il fallait traiter ce terrible sujet rsolument1 en homme qui a pris son point de vue de plus haut ou de plus avant que des textes2 comme un philosophe1 carr par la base1 qui dit firement l'histoire3 ,tu mens1 quand tu n'es pas trompe2 tu es trompe1 quand tu ne mens pas6 ,mais alors1 rsultat singulier1 dans le premier cas une telle histoire--impossible ,pelletan1 facile peut-tre ,bossuet1 ,cuvier1 tout grand cerveau gnralisateur qui admettrait une rvlation1--nierait1 en dtail et en bloc1 tout ce que ,pelletan admet comme vrai6 ,elle nierait le progrs4 ,elle nierait la perfectibilit indfinie et cette ascension chimrique de l'humanit on ne sait vers quoi444 car le mot n'a pas encore t dit4 ,du systme de ,pelletan il ne resterait pas un atome4 ,dans le second cas1 au contraire1 rien de pareil sans doute1 mais quel prix8 la stricte condition d'avoir tabli la foi au progrs sur une thorie assez forte pour dmentir l'histoire1 et c'est l prcisment ce que ,pelletan n'a pas fait4 ,il n'a t ni assez historien ni assez philosophe1 et il a voulu tre l'un et l'autre4 ,il n'a pas vu que ce double rle tait incompatible2 que sur cette question mystrieuse1 mais non impntrable1 de la destine de l'humanit1 l'histoire tuait la philosophie ou que la philosophie tuait l'histoire4 ,il n'a pas t assez historien2 quoi d'tonnant cela8 mais il n'a pas t non plus assez philosophe1 et ceci tonne davantage4 ,sur cette question1 que le panthisme moderne a pose et qu' plusieurs reprises il a essay de rsoudre1 ,pelletan1 dmocrate1 protestant1 hegelien plus ou moins1 le sachant ou sans le savoir1 a trahi la philosophie1 la seule puissance dont il relve1--car si ,pelletan n'est pas philosophe1 qu'est-il donc8 ,en quelle classe d'esprits le rangerons-nous8444 ,dans son livre il n'a pas procd une seule fois la manire de ses matres2 car il a des matres1 nous les connaissons4 ,eux sont1 avant tout1 des anatomistes de la pense4 ,tous leurs systmes sortent des abmes d'une psychologie qui leur semblait1 en tout sujet1 le point de dpart invitable1 mais qui les a perdus parce que qui descend dans l'homme sans la main de ,dieu ne remonte plus6 ,pelletan n'invoque point1 lui1 cette mthode svre4 ,il ne commence point par creuser dans les facults de l'homme pour mieux juger du but de l'humanit4 ,avec cette lgret enflamme d'un pote1 qui ne consume rien et qui n'claire pas1 il parle1 au dbut de son livre1 du sentiment et de la raison1 ces deux ailes de l'me2 mais il n'en dcrit pas les fonctions1 il n'en montre pas l'origine4 ,cependant1 la thorie de la connaissance doit forcment s'lever derrire toute philosophie4 ,il n'y a que nous1 les enfants d'une rvlation positive1 qui puissions nous passer de construire une thorie de la connaissance pour donner de l'autorit nos assertions4 ,nous1 nous commenons par ,dieu l'histoire de toutes choses1 et cette vue-l simplifie tout4 ,mais ce dont nous sommes dispenss1 nous1 les hommes du pass et les mystiques1 comme nous appellent nos ennemis1 ,pelletan y est tenu4 ,eh bien1 de cette obligation philosophique il ne se proccupe mme pas6 ,il affirme et va4 ,il raconte sa manire ce que la ,gense raconte mieux que lui4 ,mais1 arriv l'homme1 il brise la ,gense1 et l'erreur monstrueuse monte sur les dbris de l'hypothse4 ,la chute1 ce cataclysme de l'me1 qui a laiss sa trace dans la mmoire de tous les peuples1 comme le dluge1 ce cataclysme de la matire1 a laiss la sienne tous les points1 toutes les fissures de ce globe1 est nie d'un mot1 au mpris de toutes les traditions connues4 ,le premier homme1 cet ,adam qui avait la lumire d'une innocence sortie frachement1 comme un lis1 des mains du ,seigneur1 ,adam1 dans l'den1 pour ,pelletan1 est un peu plus que les btes1 mais ce n'est encore qu'une organisation imbcille dans les rudiments du progrs4 ,et ve8--ve eut besoin de sortir du ,paradis pour conqurir sa premire vertu4 ,nous citons444 mais sans colre4 ,ne savions-nous pas qu'il devait en tre ainsi1 qu'il ne pouvait pas en tre autrement pour le thoricien ou le mystagogue du progrs8 ,l'erreur a des manires d'attacher le collier de force aux plus gnreux esprits et de les traner aprs elle4 ,la chute admise1 le progrs ne serait plus6 ,les enfants verraient cela444 ,seulement1 pour rendre son soufflet l'histoire il fallait rester dans la philosophie1 nous donner1 d'aprs la nature de l'homme et l'tude de ses instincts et de ses facults1 la preuve philosophique de l'impossibilit radicale1 humaine1 de la chute4 ,or1 voil ce que ,pelletan a oubli4 ,de la question philosophique1 qu'il n'a pas touche comme on et t en droit de l'attendre d'un homme qui a conu l'ide de son livre1 il a gliss tout coup dans l'histoire sans texte contre une histoire qui en a un4 ,mais une histoire sans texte pourrait fort bien tre un roman4 ,et quand on est sorti de la ,gense le roman continue1 ou du moins une histoire que rien n'affermit ni ne prouve2 qui1 lorsqu'elle n'est pas entirement fausse1 quand les faits et les textes ne la dmentent pas1 n'a pour elle que des inductions et des analogies1 assez peut-tre pour donner le doute1 pas assez pour donner la foi4 ,ainsi--pour ne prendre qu'un dtail entre tous--o ,pelletan a-t-il vu1 ailleurs que dans les arrangements de sa pense ou sur l'chiquier idal dans lequel il encastre les vnements et ploie l'histoire du monde sa fantaisie1 que l'homme fut chasseur avant d'tre pasteur1 que ce fut le troupeau qui lui donna l'ide de la famille1 la chasse et les partages de la proie l'ide de la proprit8444 ,le jour o l'homme laissa les agneaux auprs de la brebis1 il garda auprs de lui ses enfants1 et la famille fut fonde4 ,c'est la phrase mme de ,pelletan4 ,en nous tenant en dehors des livres qui sont pour nous la vrit1 les premiers dveloppements humains des socits comme ,pelletan les raconte ne seraient encore que des probabilits de simple bon sens1 et1 malgr notre respect pour le bon sens1 il faut plus que cela pour expliquer l'homme4 ,des probabilits1 quand il s'agit de l'cheveau brouill des origines6 ,la philosophie en a beaucoup accumul1 mais sa honte4 ,elle y a rong son frein1 cass sa sangle1 bu son cume4 ,elle y a puis son effort4 ,nous avons d'elle toute une bibliothque bleue de systmes que l'histoire a balays de son pied tranquille1 comme une poussire qui ne devait pas monter jusqu' son front4 ,pelletan nous les rappelle4 ,mais1 franchement1 et pour parler comme lui1 est-ce avoir progress que de nous donner sur l'origine du langage le fonds d'ide de ,condillac8 sur la question du feu d'tre au-dessous de ,bory de ,saint-,vincent1 dans un dictionnaire des sciences naturelles8 ,et ainsi de toutes les questions1 car nous ne pouvons qu'indiquer4 ,certes6 c'est ici le cas ou jamais de citer le beau mot du philosophe ,jacobi1 qui savait1 comme ,pascal1 ce que vaut1 sur les questions premires1 la philosophie rduite elle seule3 ,la philosophie1 comme telle seulement1--disait-il1--est un jeu que l'esprit humain a imagin pour se dsennuyer2 mais1 en l'imaginant1 l'esprit n'a pas fait autre chose que d'organiser son ignorance4 ,et encore y a-t-il moyen de l'organiser plus ou moins solidement1 cette ignorance6444 ,voyez les grands esprits systme qui se mlrent de penser sur le dveloppement des socits humaines3 ,aristote1 ,platon1 ,hobbes1 ,fichte1 ,hegel et tant d'autres6 ,aucun d'eux ne s'est content des gnralits fleur d'ides1 et le plus souvent fleur d'images1 qui satisfont ,pelletan dans sa recherche d'une trs difficile vrit4 ,ils n'ont point fait si bon march une philosophie de l'histoire4 ,leur successeur1 qui avait profiter de leurs travaux1 ,pelletan1--lequel1 par parenthse1 est bien pittoresque et a le sang bien chaud pour tre un mtaphysicien1 un oeil retourn en dedans1 comme disait l'abb ,morellet avec une spirituelle exactitude1--pose des lois absolues qu'il tire de tout ce qu'il y a de moins absolu au monde3 l'analogie6 l'analogie6 cette fille trompeuse de l'imagination1 qui a si souvent donn le vertige aux plus fermes observateurs4 ,cette fascination de l'analogie le mne1 travers toute l'histoire1 dans l',inde1 en gypte1 en ,grce1 dans le monde romain1 dans la ,gaule1 partout enfin o le progrs comme il l'entend a glorifi l'humanit4 ,elle le mne1 mais1 comme toute fascination1 elle l'gare aussi quelquefois4 ,dans l'impossibilit de refaire un livre sur lequel ici on ne doit que planer du haut d'un examen bien rapide1 nous ne pouvons discuter1 dtail par dtail1 l'histoire compartiments de damier que ,pelletan a construite dans l'intrt de ses ides4 ,sans cela il nous serait facile de montrer1 les faits en main1 qu'il n'a pas plus creus dans l'esprit des diffrentes poques du monde qu'il n'a fouill1 au dbut1 dans les origines et les facults de l'homme1 et qu'en cela trop souvent son livre1 empreint de ce fatalisme gographique qui explique les fonctions des peuples par le milieu dans lequel ils se meuvent 7fatalisme ressuscit de tous les matrialistes de fait1 d'intention ou d'aveuglement71 a donn1 en preuve de ses dires1 l'apparence pour la ralit et la superficie pour le fond4 ,ainsi donc1 mme pour ceux qui pensent comme ,pelletan 7et que d'esprits pensent comme lui cette heure ou du moins inclinent penser comme lui671 son livre1 ,profession de foi du ,x,i,xe sicle#fj1 est refaire4 ,c'est un coup manqu dans l'ordre de la pense4 ,un symbole de foi s'arrte dans une forme nette1 au travers de laquelle on voit l'ide jusque dans ses racines4 ,une profession de foi--de foi scientifique1 de foi rationnelle1 la seule foi possible aux facults mries du ,x,i,xe sicle1--doit reposer sur un enchanement de ralits incontestables et n'avoir rien de vague1 rien d'incertain1 rien d'obscur4 ,pelletan cache plus d'une obscurit sous la couleur de son style1 oriental d'clat1 brillant comme les escarboucles du diadme de ,salomon1 dont il n'a malheureusement pas la sagesse4 ,pour prouver aux hommes1 mme les plus permables aux influences de la philosophie panthistique de notre poque1 que la solution du problme de l'humanit c'est son progrs incessant1 ternel1 sans point d'arrt et sans dfaillance1 il faut plus que la conviction loquemment enflamme du plus brillant des sectaires ou l'enthousiasme ivre d'un ,thriaki4 #fj ,pagnerre4 ,nous sommes dupes des mots qu'on rpte4 ,le progrs incessant et ternel de l'humanit6 ,on entend cela partout1 et on l'accepte1 comme on accepte tout1 condition de n'y pas trop regarder et de n'y pas trop comprendre4 ,et pourquoi ne l'accepterait-on pas8 ,cela parat si simple l'esprit et cela est si doux l'orgueil4 ,mais1 allez6 quand on veut lever ce mot la hauteur d'une dmonstration qui force la foi et en moule nergiquement l'expression dans un symbole1 il se trouve des difficults embarrassantes auxquelles tout d'abord on ne pensait pas444 ,et nous ne parlons pas pour nous1 qui n'avons ni dans le coeur ni dans l'esprit la mme foi que ,pelletan1 qui ne pensons pas comme lui que le progrs soit l'expansion illimite de toutes les forces passionnes de l'homme avec toutes leurs excitations et leurs ralisations dans l'tat1 dans l'art1 dans l'industrie1 dans les moeurs2 mais qui croyons1 au contraire1 que le progrs c'est la vertu par le sacrifice en vue de quelque chose qui n'est ni dans l'histoire ni dans la vie visible de l'humanit6 ,pour nous1 toute conversion aux ides de ,pelletan est impossible1 mais nous disons que sa thse est rude soutenir1 mme vis--vis de ses amis intellectuels4 ,logiquement1 il est vrai1 et de philosophie philosophie1 d'augure augure1 la chose serait bien moins ardue1 car la porte d'une pareille thse n'chappe pas4 ,l',allemagne1 qui a l'intrpidit des crimes abstraits1 l'a rvle depuis longtemps3 c'est le dtrnement de ,dieu par l'humanit1 c'est la rvolution dmocratique contre ,dieu4 ,qu'on ne s'y mprenne pas6 on n'a invent le progrs indfini que pour se passer de ,dieu au commencement1 au milieu et la fin de toutes choses4 ,voil la porte du systme4 ,seulement1 pour insinuer dans les esprits honntes et confiants qui vous lisent ces consquences voiles1 la main1 qui n'est pas trs forte1 tremble un peu444 ttonne dans les faits qu'elle mle et se blesse des inconsquences mortelles4 ,selon nous1 c'est l ce qui est arriv ,pelletan4 ,son talent ne l'a pas sauv4 ,il s'est pris lui-mme son prisme2 le flambeau qu'il portait l'a bloui4 ,a ct des clarts aveuglantes et des mirages de perspective1 il y a aussi dans son livre de ces inconsquences qui sont des blessures par lesquelles saigne et meurt un systme4 ,citons-en une seule1 en passant3 ,il 7l'homme7--dit-il--recruta d'abord ces races purement alimentaires1 expiatoires1 qui devaient rgnrer l'homme en donnant leur vie pour lui et le racheter1 par leur sang1 de sa pauvret444 ,nous ne discutons pas le fait1 nous citons la phrase4 ,franchement1 n'est-elle pas un peu compromettante8 ,quand on a ni la chute et qu'on sait quel degr les ides se tiennent et se commandent1 il ne faudrait sous aucun prtexte risquer ces mots d'expiation et de rachat1 qui feraient1 s'il vivait1 sourire le terrible ,joseph de ,maistre de son sourire le plus cruellement indulgent4 ,telle est1 pour nous1 cette ,profession de foi du ,x,i,xe sicle4 ,pelletan nous pardonnera la rigueur de notre critique4 ,c'est un noble esprit1--on le sent bien quand on le lit1--un de ces esprits qui ne veulent pas tre les crateurs1 mais les cratures de la ,vrit1 et c'est pourquoi nous avons dit avec franchise ce que son livre nous a inspir en le lisant4 ,quant au talent d'crivain dont ce livre clate1 il est presque aussi grand que les erreurs dont il est plein4 ,il est juste de le reconnatre4 ,mais qu'importera peut-tre l'auteur8 ,hlas6 nous savons trop ce que1 dans les proccupations presque religieuses du penseur1 devient ce gnie de la forme qui vous aime et que l'on n'aime plus6 ,ingratitude de l'intelligence1 prise de l'abstraction et de la dcouverte1 elle reste insouciante pour la forme qui la fera vivre et qui emporte l'ide vers l'avenir sur ses ailes6 ,peut-tre le style de ,pelletan est moins pour lui1 en ce moment1 que sa philosophie1 et pour nous1 au contraire1 le style1 dans son ouvrage1 est tout4 ,certes6 on peut regretter l'emploi de cette plume1 d'une coloration si ardente que l'on dirait un pinceau1 mais on n'en saurait contester l'clat4 ,il y a plus3 avec la scheresse des mes de nos jours froids et ternis1 nous disons qu'il est impossible ceux qui n'ont point aboli en eux la facult de l'enthousiasme de ne pas regretter de voir ,pelletan fourvoyer le sien dans de misrables thories1 comme on regretterait de voir la graine de l'encans tomber par terre au lieu d'aller s'embraser sur les trpieds des tabernacles4 ,pelletan est de cette race d'mes qui ont le sens mystique en elles1 et1 selon nous1 c'est l une supriorit4 ,assurment on peut abuser de cette supriorit-l comme de toutes les autres2 car c'est une observation qui n'a pas t assez faite1 que plus les facults sont rares et grandes1 plus l'usage en peut tourner vite l'abus1 apparemment par la raison qu'il est plus ais de tomber mesure qu'on s'lve4 ,mais1 quoi qu'il en puisse tre1 l'auteur de la ,profession de foi du ,x,i,xe sicle est un mystique2 c'est un mystique dans l'erreur1 comme il y a des mystiques dans la vrit4 ,dprav par la philosophie1 qui a remplac pour le ,x,i,xe sicle le matrialisme du ,x,v,i,i,ie1 c'est une espce de saint ,martin du panthisme4 ,il veut1 comme tous les illumins de la philosophie1 raliser une foi scientifique1 et il n'y a pas d'me mieux cre pour la foi intuitive que son me4 ,il y a en lui des tendresses de coeur1 des forces de sentiment qui ne savent plus que devenir dans ce systme1 sans ,dieu personnel1 de l'humanit progressive4 ,en vain transpose-t-il ,dieu et s'efforce-t-il d'en remplacer l'amour par l'amour de l'humanit2 en vain s'enferme-t-il dans cette prison des sicles dont il a beau reculer les murs1 il n'a jamais l'espace qui conviendrait l'nergie de son me immortelle4 ,et si par impossible il pouvait russir dans sa tentative de philosophie1 il soulverait encore1 pour respirer1 ce ciel qu'il croirait avoir abattu sur lui444 ,le ton des polmiques de journaux ne nous impose point4 ,nous sentons battre le coeur sous toutes ces cuirasses1 quand il bat fort comme celui de ,pelletan4 ,naturellement1 il dfinirait sa philosophie comme elle est dfinie dans le trait des choses divines3 ,j'entends par le vrai quelque chose qui est antrieur au savoir et hors du savoir4 ,mais volontairement1 artificiellement1 il s'acharne des dmonstrations extrieures qui ne partent que du pied des faits et qui y succombent4 ,destine singulire1 et moins rare qu'on ne pense1 que ce contre-sens suprme entre les ides et les facults6 ,c'est la seule explication qu'on puisse donner de ce triste phnomne3 un homme si bien dou produisant un systme qui rpond si peu aux ambitions de sa pense4 ,l'esprit1 qu'on a mconnu en soi1 s'est veng6 ,,saint ,,anselme ,,de ,,cantorb,,ry#fa ,si le talent seul faisait la destine des livres1 nous pourrions nous dispenser peut-tre de parler de ce dernier ouvrage de ,charles de ,rmusat4 ,le talent dont il brille n'est pas assez clatant pour porter bien loin les ides qu'il exprime4 ,mais en fait d'ides1 qui l'ignore8 c'est moins l'auteur et la force de son esprit qui crent le succs que les circonstances4 ,s'il est vrai1 comme le disait ,napolon1 que les hommes1 grands ou petits1 sont fils des circonstances1 le mot est encore plus vrai des ides444 ,flches lourdes ou lgres1 aigus ou mousses1 le vent qui les pousse1 l'air qu'elles traversent1 le point d'o elles sont ajustes1 font plus pour elles que la corde de l'arc qui les chassa ou la main qui les a lances4 ,chose singulire6 le but vient plus souvent vers elles qu'elles ne vont elles-mmes vers le but4 ,et voil la raison1 sans doute1 pourquoi il n'est pas d'homme ou de livre1 si infime qu'il soit par l'intelligence1 qui ne puisse tre dangereux4 ,l'imbcillit mme1 en matire d'ides1 n'est pas une innocence2 et l'esprit humain est conform de sorte que la btise peut1 dans un jour donn1 avoir le triste honneur d'tre un flau4 #fa ,saint ,anselme de ,cantorbry1 par ,charles de ,rmusat 7,pays1 #ac fvrier #ahec74 ,et si cela est d'une manire absolue1 si les circonstances ont sur le sort des livres une influence plus grande que le talent qu'ils attestent1 on peut assurer qu' l'heure prsente ,rmusat est plac dans la situation la plus favorable au rayonnement de tout ce qu'il publie1 que ce qu'il publie soit1 d'ailleurs1 vrai ou faux1 mdiocre ou suprieur4 ,son pass1 son ancienne lvation ministrielle1 ses relations de monde et d'cole1 son titre littraire d'acadmicien1 tout1 jusqu' sa position de vaincu politique1--car1 en ,france1 c'est parfois une assez belle position que celle-l1--facilite merveilleusement la diffusion actuelle de ses ides et de ses crits4 ,il est mme penser que sans cette circonstance de vaincu qui touche la chevalerie franaise1 la ,critique1 trop spirituelle pour ne pas vouloir tre populaire1 aurait pass bien vite par-dessus le ,saint ,anselme de ,cantorbry#fb de ,rmusat1 sujet philosophique et qui ne peut intresser qu'un trs petit nombre d'esprits4 ,seulement1 si elle a touch cet ouvrage avec une gravit et une considration qui l'honore1 elle a t bien paye de sa politesse1 car elle a trouv dans le livre de ,rmusat les ides qui lui sont le plus chres1 ce rationalisme contemporain qu'on voit partout maintenant1 de quelque ct qu'on se tourne1 et qu'il nous faut bien appeler par son nom puisque1 aujourd'hui1 nous avons parler de philosophie4 #fb ,didier et ,cie4 ,du reste1 ce qui diminuait bien un peu le mrite de la ,critique1 si bienveillante pour ,rmusat et pour son livre1 c'est qu'elle devinait l'avance ce qu'un tel livre devait contenir4 ,la forme scientifique des ides que l'auteur y expose pouvait bien ne pas l'attirer avec puissance1 mais ces ides1 elle les pressentait4 ,en effet1 ,rmusat a un pass philosophique comme il a un pass politique1 et on les connat tous les deux4 ,si1 dans un temps de scepticisme ou d'clectisme comme le ntre1 on n'ose pas dire qu'il y ait autre chose dans les ttes affaiblies que des tendances la place d'opinions1 on sait bien au moins quelles tendances a toujours appartenu la pense de ,charles de ,rmusat4 ,cet lgant nourrisson de madame de ,stal qui n'a point puis sa nourrice1 trop jeune du temps du ,globe pour s'asseoir sur le canap doctrinaire1 mais qui s'est tenu sur le tabouret d' ct1 est un de ces esprits non sans mrite1 coup sr1 mais qui manquent de l'espce d'nergie ncessaire pour donner un dmenti leur vie et renverser dans leur intelligence des convictions fausses1 mme quand elles y manquent de profondeur4 ,par la nature de ses facults1 il tait destin toujours aller devant soi dans le sens de ses premires pentes4 ,or1 c'est ce qui est arriv4 ,le ,saint ,anselme d'aujourd'hui est bien de la mme main qui crivit l',ablard1 et1 il y a quelques annes1 cet ,essai de philosophie en plusieurs volumes qui1 erreurs part1 accusait plus d'aperus et de verve crbrale que les livres publis depuis par l'auteur4 ,la maturit ne porte pas toujours bonheur tout le monde4 ,l'esprit de ,charles de ,rmusat a eu la maturit des femmes blondes1--il a pass4 ,a l'poque1 lointaine dj1 o ,rmusat crivait son ,essai de philosophie1 il y avait en lui ce ptillement d'ides qui ferait croire la force d'individualit d'une intelligence2 mais ce n'tait l qu'une illusion1 due probablement sa jeunesse4 ,en ralit1 ,rmusat tait bien plus ptri par les philosophies qu'il maniait qu'il ne les ptrissait lui-mme4 ,il recevait alors1 comme un homme plus grandement dou que lui1 ,cousin1 l'influence de ces systmes allemands1--barbares de la pense civilise et savante1--contre lesquels il n'y a plus maintenant que le catholicisme pour refuge1 comme il n'y avait non plus que le catholicisme du temps des barbares matriels6 ,l'unique diffrence tait peut-tre que ,cousin1 avec son ardente sensibilit et l'clat chaleureux de son esprit1 recevait l'impression de la pense allemande comme une cire bouillante et splendide reoit l'empreinte dans laquelle jouera la lumire1 tandis que ,rmusat la gardait comme une cire ple et tide1 sans cohsion et sans solidit4 ,n'importe6 l'un comme l'autre1 l'esprit qui vivait le plus comme celui qui vivait le moins1 ils devaient si bien retenir en eux la marque de cette philosophie que1 malgr le temps1 la rflexion et la peur inspire par des doctrines qui ont fini par donner ,arnold ,ruge l',allemagne et ,proudhon la ,france1 on la retrouve partout en eux cette heure1 aussi bien dans le plus puissant1 devenu le plus prudent et qui affecte1 pour dsorienter l'opinion et n'y pas rpondre1 de sculpter avec un amour comiquement idoltre le buste d'une femme sur un tombeau1 que dans le plus faible1 rest le plus hardi1--puisqu'il est rest philosophe1--s'efforant vainement1 dans son interprtation de la mtaphysique de saint ,anselme1 d'chapper aux consquences1 maintenant dvoiles1 de la philosophie qui les a galement asservis6 ,car tel est le but1 sinon atteint1 du moins vis1 du nouvel ouvrage de ,rmusat4 ,maintenir le fondement de la philosophie rationaliste1 de cette philosophie qui n'est pas autre chose que le protestantisme en mtaphysique1 mais chapper aux consquences panthistiques de cette philosophie1 devant lesquelles le monde1 plus chrtien encore qu'il ne pense1 se cabre encore avec effroi1 tel est le but que s'est propos ,rmusat dans sa monographie intellectuelle de saint ,anselme4 ,pourquoi s'est-il donn un pareil but8 ,a-t-il trembl1 dans sa conscience logique ou dans sa conscience morale1 en voyant les consquences terribles dgages enfin de ce qu'il crut la vrit si longtemps8 ,est-ce la chose en soi qui l'a rvolt1 ou l'effet actuel de cette chose sur le monde qui lui a paru compromettant8 ,nous n'avons point faire un travail d',hercule en sondant les reins ou le coeur des philosophes1 ces tables d',augias humaines4 ,mais toujours est-il que ce but impossible d'une charte taille entre un principe et sa conclusion1 ,rmusat se l'est donn4 ,trs au courant du mouvement d'ides qui s'est produit du ct du ,rhin1 et modifi par ces ides1 c'est par l',allemagne et sur les pas de l',allemagne qu'il est entr dans l'tude du moyen ge et de la scolastique4 ,mauvaise porte et mauvais guide pour y pntrer6 ,ce n'est pas l'instinct de la pense chrtienne qui l'a pouss de ce ct et qui l'a fait aller d',ablard1 de l'hrtique ,ablard1 jusqu' l'orthodoxe ,anselme4 ,l',allemagne1 curieuse comme si elle n'avait pas d'ides elle1 et personnelle au point de chercher ses ides partout1 l',allemagne depuis longtemps cherchait l'or que ,leibnitz avait dit briller dans le fumier du moyen ge4 ,elle l'avait trouv2 mais en mettant la main dessus1 comme ,galate touchant ,pygmalion1 elle avait dit3 ,c'est moi encore6 ,rmusat1 plus ou moins hegelien1 avait pu lire dans ,hegel3 ,anselme1 dans son clbre argument de l'existence de ,dieu1 montra1 le premier1 la pense dans son opposition l'tre et chercha en prouver l'identit4 ,aprs un pareil hommage rendu par le grand thoricien de l'identit de la pense et de l'tre1 qui semblait reconnatre dans le saint mtaphysicien une paternit loigne1 comment ne pas se proccuper de cet homme1 qui1 quoique saint1 avait t philosophe1 et qui1 par ,descartes1 touchait ,hegel8 ,rmusat a beau nous dire1 avec une intention qui ne trompe personne3 ,descartes ne serait pas aisment convenu que saint ,anselme fut un de ses matres1 tout ce qui s'occupe de philosophie n'en sait pas moins que l'argument de saint ,anselme sur l'existence de ,dieu 7et l'existence de ,dieu c'est toutes les questions de la philosophie dans une seule7 est le mme dans le ,monologium que dans les ,mditations4 ,par la nature de son esprit1 par la prtention de son systme1 par l'isolante force ou faiblesse de son principe3 ,je pense1 donc je suis1 ,descartes est l'orgueil de la personnalit solitaire4 ,avec la hache de son scepticisme il a coup tous les cbles qui attachent la pense humaine la tradition4 ,robinson intellectuel d'un dsert qu'il a fait autour de sa propre pense1 il a voulu crer tout dans le vide qu'il avait creus4 ,il est vident qu'un tel homme n'admet ni anctres ni prdcesseurs2 mais il n'est pas moins vident non plus que si la parent n'est pas reconnue par la volont elle subsiste dans la pense1 car si elle n'y tait pas1 croyez-le bien6 les philosophes modernes1 plus ou moins issus de ,descartes1 auraient laiss bien tranquille dans sa niche de saint le grand ,anselme de ,cantorbry1 et ne lui auraient pas fait cette gloire posthume qu'ils se sont mis lui faire1 moins pour lui encore que pour eux6 ,et1 en effet1 au simple point de vue de la tactique1 aprs toutes les injustices et toutes les ignorances du ,x,v,i,i,ie sicle1 n'tait-il pas habile et spirituel tout ensemble d'enrgimenter jusqu'aux saints sous la bannire de la philosophie8 ,mais nous irons plus loin4 ,si ce n'tait pas l une simple tactique1 s'il tait vrai1 s'il tait rel1 que la mtaphysique d'un saint1 et1 par exemple1 de saint ,anselme1 et des racines secrtes1 invitables1 ncessaires avec toute cette mtaphysique transcendante qui doit un jour remplacer1 par la clart de l'ide pure1 le demi-jour des religions1 une telle analogie1 une telle rencontre ne serait-elle pas encore meilleure montrer1 dmontrer1 proclamer de toutes les manires possibles1 comme une de ces preuves1 grosses de bien d'autres1 qu'on jette dans les esprits dducteurs et qui y doivent devenir fcondes8 ,quand un thologien protestant comme ,hasse1 quand un hegelien nettement accus comme ,franck1 quand un rationaliste comme ,bouchitt1 quand enfin ,rmusat1 prennent partie la mtaphysique de saint ,anselme1 la commentent tour tour et l'interprtent1 ils savent bien ce qu'ils font et ils font bien4 ,il faut tre assez impartial pour le reconnatre4 ,ni les efforts de ,moehler1 le thologien catholique qui s'est occup1 dans un autre but1 de la mtaphysique de l'illustre archevque1 ni les petites chicanes d'une revue estimable 7la ,revue de ,louvain71 qui prtendait et montrait plaisamment un jour que ,rmusat n'entendait pas mme le latin du texte qu'il traduisait1 ne nous feront perdre de vue la vrit dans cette question de la mtaphysique de saint ,anselme4 ,or1 la vrit1 la voici6 ,c'est que saint ,anselme1 par cela mme qu'il se dtournait de la thologie vers la mtaphysique1 posait au ,x,ie sicle1 dans l'innocence et la scurit de sa foi1 les problmes que la mtaphysique agite depuis qu'elle existe sans les rsoudre1 et que1 les posant ncessairement comme les mtaphysiciens les posent1 il tait justiciable des mtaphysiciens1 et qu'ils ont eu parfaitement le droit de dire comme ils l'ont dit dans quelle mesure ils admettaient sa pense et dans quelle mesure ils ne l'admettaient pas4 ,ainsi1 pour revenir ,hegel1 ,hegel a eu le droit d'crire cette arrogante rserve3 ,il ne manque l'argument de saint ,anselme que la conscience de l'unit de l'tre et de la pense dans l'infini1 et ,rmusat a eu le droit aussi1 la fin de son ouvrage1 de reprendre l'argument du ,prologium afin de le purifier de tout spinozisme et de lui donner cette valeur philosophique que nous avons indique1 et qui serait si grande si elle n'tait pas chimrique1 savoir3 le rationalisme du principe sans le panthisme de la dduction6 ,mais si ,rmusat a eu le droit d'agir ainsi dans son interprtation de la mtaphysique de saint ,anselme1 a-t-il russi8 ,et il y a plus3 pouvait-il mme russir8 ,ce n'est pas assurment en passant qu'on peut traiter comme il le faudrait de la vrit absolue ou relative de toute philosophie1 de cette science qui n'en est pas une1 car elle se cherche ternellement sans se trouver4 ,seulement1 pour tous ceux qui ont touch ces questions dvorantes1 on sera suffisamment fond affirmer que ce n'est pas la mtaphysique1 qu'elle s'appelle des plus beaux noms que le gnie ait eus dans l'histoire1 qui peut combler l'abme existant entre l'homme et ,dieu et tracer pour l'homme un chemin au-dessus de ce gouffre4 ,nous avons dit plus haut3 ,toute philosophie gt dans une seule question3 l'existence de ,dieu en face de l'existence du monde4 ,et il serait ais de montrer que quelque solution qu'on adopte sur cette question1--et toutes peuvent se ramener deux principales1--en d'autres termes1 soit que ,dieu et la matire soient congnres1 soit que ,dieu l'ait tire de lui-mme1 le panthisme invitable et menaant revient toujours4 ,eh bien1 si tel est le rsultat que donne la rflexion de l'homme livre elle-mme sur ce problme fondamental1 il n'y a plus qu' repousser loin de soi la mtaphysique comme chose vaine1 tout au moins1 quand elle n'est pas dangereuse1 et revenir l'enseignement1 l'autorit1 la rvlation surnaturelle1 tout ce que la philosophie appelle ddaigneusement le mysticisme2 car le mysticisme seul est assez fort pour rpondre quand le rationalisme reste muet6 ,en se limitant dans l'ordre des choses naturelles1 la science de ,dieu n'existe pas proprement parler2 car pour qu'une science soit1 il faut en connatre tous les termes1 et ,dieu1 c'est le terme infini4 ,mais la croyance en ,dieu scientifiquement doit tre1 parce que si cette croyance n'tait pas1 aucune explication ne serait possible1 et que rien de ce qui ne serait pas ,dieu ne s'entendrait4 ,quand saint ,anselme posait l'argument purement mtaphysique1 le thologien1 le moine inspir lchait donc la ralit pour courir aprs l'ombre4 ,il entrait dans le domaine des discussions humaines1 fatalement entrecoupes de tnbres et de lueurs flottantes1 et il y apportait son gnie4 ,s'il n'branla pas en lui les robustes certitudes de sa foi1 c'est que le saint prservait l'homme des doutes du mtaphysicien2 mais si le danger ne fut pas pour lui1 il est pour d'autres1 cette heure et dans un sicle o l'obissance en toutes choses cherche vainement des saint ,anselme1 qui foulent aux pieds leur propre pense lorsqu'il s'agit d'obir4 ,ainsi le saint1 l'homme de la foi et de l'obissance1 voil le grand ct de saint ,anselme1 qu'un historien qui n'et pas t philosophe aurait fortement clair4 ,si ,rmusat s'en tait tenu1 pour les besoins d'une cause qui est la sienne1 un commentaire sur les dissertations mtaphysiques du grand abb du ,bec1 nous n'aurions rien ajouter ce que nous avons dit de ce commentaire4 ,mais ,rmusat n'a pas seulement t philosophe dans son livre2 il a essay d'tre historien4 ,il n'a pas crit une biographie intellectuelle du penseur et replac1 aprs coup1 les ides de l'homme sous le jeu de ses facults1 bien tudies et par l'tude redevenues vivantes1 pour voir comment ces ides s'taient formes1 dveloppes et fixes dans l'action et sous la pression de ces facults4 ,il n'a pas fait pour saint ,anselme ce que ,maine de ,biran a fait pour ,leibnitz4 ,non4 ,il a aim mieux prendre l'homme tout entier1 dans le multiple ensemble de sa vie1 et sa place dans tous les vnements de son temps1 et il a crit un ouvrage qui n'a pas pour titre unique le nom d',anselme et qui est aussi le tableau de la vie monastique et politique au ,x,ie sicle4 ,en cela ,rmusat a eu raison4 ,on ne saurait blmer sa mthode4 ,il a cd un instinct juste4 ,si1 du temps de ,leibnitz1 en effet1 et aprs ,leibnitz surtout1 l'homme se spcialise chaque jour davantage et peut s'abstraire de tout ce qui n'est pas sa pense et le mouvement extrieur de sa pense1 il n'en tait point ainsi au moyen ge1 o la socit tenait bien plus d'espace que l'homme1--mre aux bras puissants dans lesquels l'homme se tassait1 et1 si grand qu'il ft1 paraissait petit6 ,mais si ,rmusat a eu raison d'crire l'histoire du temps de saint ,anselme pour mieux comprendre saint ,anselme1 peut-on avouer qu'il l'ait compris8 ,franchement1 quand on a lu attentivement son travail1 peut-on dire que le mtaphysicien1 avec les grles propositions de son analyse habituelle1 ait vu rellement ce mle ,x,ie sicle1 qui demanderait tant de vigueur de gnie et de largeur d'apprciation8 ,non6 certainement6 ,parler des hommes et des choses d'une poque avec cette politesse qui est l'uniforme des hommes d'tat et un uniforme qui ne cache pas une bravoure1 avec ce respect des faits accomplis qui est le caractre de l'cole dont ,rmusat est sorti1 n'est pas plus comprendre cette poque que toucher un objet avec l'extrmit des doigts n'est le saisir et le soulever6 ,saint ,anselme vivait dans un temps o le catholicisme n'tait plus seulement un ensemble de nobles et pieuses aspirations vers le bien et vers le ciel4 ,hildebrand1 ou ,grgoire ,,vii 7car il est si grand1 cet homme1 que la gloire le connat sous tous ses noms71 avait fait du catholicisme le plus organis des gouvernements4 ,du temps d',anselme galement1 les ,croisades avaient opr le rapprochement des tendances religieuses de l',europe et de son premier intrt terrestre4 ,grce cette thocratie que ,rmusat condamne dans son livre1 par la raison trs philosophique que l'opinion de l',europe moderne1 qui a la tte dforme par les philosophes1 lui est en ce moment hostile1 l'influence du monde chrtien avait pris le monde musulman et pntr l',asie et l',afrique4 ,c'taient l des faits prodigieux6 ,une individualit aussi leve que celle de saint ,anselme devait se rattacher ces faits1 et elle s'y rattachait1 non pas en vertu de son gnie qui l'antidatait de plusieurs sicles1 mais en vertu de ses vertus4 ,saint ,anselme tait li au grand et dcisif mouvement du progrs catholique par ce qui se nomme1 entre chrtiens1 la sainte vertu de l'obissance4 ,chass de son palais piscopal1 dans les troubles religieux et politiques de son pays1 saint ,anselme ne se consola pas seulement de ce revers3 il fut heureux de ne plus tre dsormais condamn commander aux autres4 ,pour s'exercer1 gymnastique sublime6 cette vertu si profondment sociale de l'obissance1 saint ,anselme1 respect par le pape1 saint ,anselme1 le primat d',angleterre1 prit un simple moine pour matre1 et1 le croirez-vous1 esprits de nos jours8 ce moine lui prescrivait le nombre de fois qu'il devait se retourner dans son lit4 ,rmusat a trop d'esprit pour insulter cette surhumaine humilit1 que ,voltaire aurait traite444 nous savons comment2 mais1 sous le srieux indulgent qu'il garde1 ,rmusat ne cache pas autre chose que la vue mesquine et errone d'un philosophe qui comprend tous les prjugs d'un sicle et d'un grand homme1 et qui ne les leur reproche pas4 ,tant de bont ne nous fera pas hsiter cependant4 ,au fond1 l'intelligence profonde de la double grandeur du temps et de l'homme lui chappe4 ,il n'a pas l'apprciation de cette obissance qui1 partir de ,grgoire ,,vii et des ,croisades1 fit triompher la foi dogmatique1 et1 on peut le dire1 organisa politiquement la religion4 ,l'action de la foi par l'obissance est humainement1 si on peut risquer l'expression1 la physique du catholicisme4 ,la vritable gloire de saint ,anselme est d'avoir donn tous les fidles de son temps1 du haut d'une position qui leur imposait et les entranait1 l'exemple du respect de l'obissance pouss jusqu'au fanatisme1 mais un fanatisme pour la premire fois dsintress4 ,or1 quand un homme personnifie en lui cette physique du catholicisme1 l'instrumentum regni par lequel il s'est constitu et a gouvern1 n'tudier dans cet homme que le travail de son esprit appliqu aux striles contemplations de la mtaphysique1 c'est prouver assurment qu'on est un mtaphysicien1 mais c'est aussi dcouvrir en soi la pente fatale ne voir que les petites choses1 quand il y a les grandes ct4 ,chtive organisation du regard6 ,la myopie vaudrait mieux1 car la myopie ne scinde rien1 et c'est ce qui est grand qui1 d'abord1 la frappe4 ,rmusat a-t-il jamais eu la facult des esprits nets et droits qui vont de prime saut aux ralits importantes8 ,nous ne savons4 ,mais s'il l'a eue jamais1 il l'a bien perdue dans les tudes microscopiques d'une philosophie qui analyse l'homme dans les moindres nuances de son ondoyante personnalit4 ,et il est permis1 on en conviendra1 de s'tonner qu'un homme qui fut ministre autrefois s'imagine probablement1 sinon de reprendre le gouvernement qu'il a perdu1 au moins l'influence dans les esprits1 qui est du gouvernement aussi1 en traitant de la rsurrection de systmes philosophiques au ,x,ie sicle4 ,systmes qui mourront et ressusciteront plus d'une fois encore si les hommes doivent s'occuper longtemps de ce que les philosophes appellent des vrits ternelles1 lesquelles n'ont d'ternel1 peut-tre1 que leur inutilit6 ,l',,internelle ,,consolacion#fc ,i ,voici un de ces ouvrages que la critique n'est pas oblige d'ajuster1 en se pressant1 au passage4 ,un pareil livre ne passe pas4 ,il existe depuis #adda peu prs1 et il est bien probable qu'il vivra autant que le sentiment du christianisme qui l'a inspir et que le sentiment de la langue charmante dans laquelle il a t traduit4 ,c'est le livre de l',internelle ,consolacion#fd1 sorti au ,x,ve sicle de l',imitation de ,jsus-,christ4 ,traduction1 imitation1 paraphrase de cet ouvrage clbre1 dans la langue nave et prime-sautire que le moyen ge a cre1 ceci1 tel qu'on nous l'exhume et tel que ,charles d',hricault et ,moland le publient1 nous parat suprieur1 non seulement toutes les traductions que l'on a faites1 depuis1 de l',imitation1 mais1 le croira-t-on1 et n'est-ce pas l une de ces choses qui vont paratre d'une singularit un peu forte beaucoup d'esprits8 suprieur au texte mme si vant de l'original4 #fc ,pays1 #aa mai #aheh4 #fd ,p4 ,jannet4 ,en effet1 l',imitation de ,jsus-,christ est regarde presque par tout le monde comme un incomparable chef-d'oeuvre4 ,ce livre de moine1 crit dans le clair et profond silence d'une cellule1 a rencontr la gloire1 cette fille de la foule et qui passe comme sa mre 7sic transit gloria mundi71 mais qui1 pour lui1 s'est arrte4 ,ce n'tait pas assez4 ,de la gloire la popularit1 il n'y a que quelques marches444 descendre4 ,de glorieux1 le livre est devenu populaire4 ,et ce n'tait pas assez encore3 il a pris les colossales proportions d'un lieu commun4 ,or1 le lieu commun1 cette chose respecte1 c'est la gloire devenue momie1 c'est son embaumement pour l'immortalit1 et qui y touche semble faire du paradoxe et du sacrilge4 ,nous l'oserons pourtant aujourd'hui1 puisque l'occasion s'en prsente4 ,nous oserons regarder dans cette gloire pour en chercher le mot1 s'il y en a un au succs d'un livre universellement accept par les gens pieux1 et mme par les impies4 ,les chrtiens1 qui veulent1 eux1 imiter ,jsus-,christ1 n'ont pas travaill seuls ce succs4 ,les philosophes1 qui n'ont pas prcisment la mme vise1 y ont travaill autant que les chrtiens4 taient-ils vaincus par le charme qui s'exhalait de ce livre d'une simplicit si pntrante8 ,quelques bonnes mes un peu badaudes l'ont cru peut-tre2 mais non6 ils n'taient pas vaincus4 ,,ii ,c'est ,fontenelle1 cette belle autorit religieuse et mme littraire1 qui a crit le mot fameux et qu'on cite toujours quand il est question de l',imitation3 ,l',imitation est le premier des livres humains1 puisque l'vangile n'est pas de main d'homme4 ,seulement1 rappelons-nous que quand il grava cette ingnieuse inscription lapidaire pour les rhtoriques des temps futurs il s'agissait de la traduction de monsieur son oncle1 le grand ,corneille1 et que1 sans cette circonstance de famille1 l',imitation lui aurait paru moins sublime4 ,de plus1 avec tout son esprit1 ,fontenelle disait deux btises dans son mot fameux1 si ce n'est trois1 ce pauvre ,tircis6 ,d'abord1 l'vangile n'est point crit des mains de ,jsus-,christ1 mais de la main de saint ,mathieu1 de saint ,luc1 de saint ,marc et de saint ,jean1 et1 d'ailleurs1 ,jsus-,christ tait aussi un homme4 ,inspirs1 oui6 martyrs plus tard1 c'est--dire tmoins1 les vanglistes ne sont que des hommes444 inspirs6 et par ce ct le mot de ,fontenelle est pourpr et faux comme l'est un madrigal4 ,il n'en tait pas un pourtant2--c'tait une prcaution4 ,on sait s'ils s'entendent en prcautions1 messieurs les philosophes6 ,fontenelle1 impie et lche comme toute la secte qu'il prcdait et dont il est un des anctres1 crivait alors ,mero et ngu1 ou ,rome et ,genve1 et le sournois se prparait1 avec son mot sur l',imitation1 un bouclier contre ,louis ,,xiv et la rgence4 ,saint-vremond1 qui ne valait pas mieux que ,fontenelle par la moralit rflchie ou par la moralit instinctive1 mais qui lui tait trs suprieur par le talent1 ,saint-vremond tait plus hardi2--mais il tait en ,angleterre1 cet asile contre la ,france toujours4 ,,iii ,mais1 faux par l'accessoire1 le mot est faux aussi en lui-mme4 ,l',imitation n'est point et ne saurait tre le premier des livres humains1 car il n'est pas humain de confondre la cit domestique et la cit monastique comme le faisait le vieux ,tircis1 qui ne comprenait pas plus l'une que l'autre1 et comme le feraient tous ceux qui ne verraient pas que l',imitation est une oeuvre exclusivement monacale4 ,pour qui la lit1 en effet1 avec le genre d'esprit et d'attention qui pntre les livres1 celui-ci1 ple1 exsangue1 d'un amour extnu1 avec son expression bien plus mtaphysique que vivante1 s'adresse formellement et essentiellement des moines1 tournant le dos au monde proprement dit1 voulant rendre le correct plus correct1 proposant--et il ne faut pas s'y tromper6 car la mprise serait grossire1--la vie parfaite et de conseil1 et non pas la vie de prcepte4 ,si l'on avait dit de l',imitation qu'elle tait le premier des livres de moines1 l'erreur et t moindre2 mais ce n'et pas t le vrai encore4 ,n'y et-il que la grande sainte ,thrse1--et il y en a d'autres1--il est des mystiques d'un ordre bien plus translucide1 bien plus embras1 bien plus enlevant que l'auteur de l',imitation1 quel qu'il ait t444 ,on dit mme1 chose trange et assez ignore6 que son mysticisme ne parut pas toujours sr ,rome4 ,un jour on l'y a signal comme inclinant vers l'erreur qui s'est appele ,jansnisme1 sur cette terrible question de la nature et de la grce4 ,mais le succs couvrit tout de son bruit1 et il n'est pas jusqu'au nom du chancelier ,gerson1 sur le compte duquel on mit ce livre d'asctisme doux1 qui ne dut lui tre une fire rclame1--comme nous disons maintenant1--aprs le deuxime concile de ,constance4 ,c'est lui encore aujourd'hui1 ,jean ,gerson1 dont ils ont fait un grand portrait1 trop flatt1 dans leur introduction1 que ,ch4 d',hricault et ,moland attribuent l'honneur de ce livre1 malgr les germanismes qui rvlent videmment une autre main4 ,du reste1 ce nom mme tait inutile4 ,rigoureusement parlant1 le ton seul du livre suffisait pour expliquer son succs1 car le monde est pour les livres ce qu'il est pour les hommes4 ,il ressemble l'ombre du pote persan3 fuyez-le1 il vous suit2 suivez-le1 il vous fuit4 ,et voil pourquoi surtout le monde s'est prcipit1 sans l'atteindre1 vers cette ombre vague de moine blanc masqu jusqu'aux yeux de son capuchon1 et qui fuit tout l-bas1 dans les entre-colonnements d'on ne sait plus quel monastre6 ,l'ombre blanche est reste pour jamais une ombre fuyante4 ,quelles que soient les raisons d'affirmer la personnalit de l'auteur de l',imitation1 elles ne sont pas telles cependant qu'on puisse les admettre en toute certitude1 et cet inconnu que quelques-uns appellent ,jean ,gerson1 d'autres ,a4 ,kempis1 d'autres encore ,jean ,gersen1 abb de ,verceil1 n'en est pas moins toujours un anonyme de l'histoire4 ,on ne l'a point assez remarqu1 le monde1 cet ennuy et ce capricieux1 aime la fureur les contrastes4 ,il aime les langages tranges et trangers1 et cette voix de moine en tait une1 par son calme mme4 ,le monde1 puisqu'il s'agit de son got pour une oeuvre qui ne fut jamais faite pour lui1 lit avec avidit l',imitation et ne veut pas lire l'vangile1 et les raisons de cela ne viennent pas de l',imitation4 ,l'vangile est littrairement barbare1 parabolique1 miraculeux1 ardemment imag1 et il ne se comprend bien qu' l'glise et dans la lumire de l'enseignement sacerdotal1 tandis que l',imitation1 nous l'avons dit1 est mtaphysique et dcolore comme le verre d'eau claire qu'on boit sans avoir soif et qui ne nourrit pas davantage4 ,d'un autre ct1 comme l',imitation place la vertu trs haut1 le monde y applaudit1 pour se dispenser d'y atteindre4 ,c'est si haut que c'est impossible1 et l'on se rassied dans la vie commode1 en jetant l'idal intangible le regard le plus tranquillement rsign444 la perte de cet idal4 ,telles sont1 en fait1 les raisons de cette popularit mondaine d'un livre qui a sa valeur sans aucun doute1 mais que l'opinion a exagre4 ,l'opinion a fait de l',imitation un livre essentiel1 et1 sans nier ses mrites raffins en pit pratique1 cela est-il juste1 cela est-il sage1 une poque comme la ntre1 o tant d'esprits inclinent1 hlas6 se crer une glise sans sacrements et un vangile sans surnaturel8444 ,une pareille disposition effraie assez les esprits qui tudient les pentes du sicle pour donner le courage de ragir contre un livre bien plus utile des asctes avancs dans la voie de la perfection chrtienne qu' des gens du monde1 vivant dans les ralits et les paisseurs de ce temps4 ,nous voudrions poser la question qui aurait autorit pour y rpondre1 mais nous ne la rsolvons pas4 ,seulement1 si nous n'entrons pas plus avant dans ce point de vue pratique qu'il est impossible de ne pas ouvrir quand il s'agit d'un livre chrtien1 il nous reste connatre le ct littraire de l',imitation comme oeuvre humaine1 et nous allons l'examiner4 ,,iv ,eh bien1 par ce ct-l comme par l'autre1 par la forme comme par le fond1 l',imitation n'est pas en rapport avec l'admiration traditionnelle qu'elle a inspire6 ,un homme de nos jours1 tout ensemble mtaphysicien et pote1 et dont l'habitude n'est pas de cder aux influences du monde qui l'entoure1 a dit de l',imitation qu'elle avait t laisse sur le seuil du moyen ge pour donner l'envie d'y pntrer4 ,s'il avait parl en ces termes de l',internelle ,consolacion1 dans sa langue artiste et populaire1 le mot aurait peut-tre t vrai2 mais1 appliqu au texte latin de l'original1 un tel mot n'est plus que potique4 ,non6 l',imitation ne traduit pas le moyen ge avec cette puissance qu'il est impossible d'y rsister4 ,cette vignette de l'me et de ,jsus-,christ1 qui ressemble la patiente enluminure des marges d'un missel1 n'gale pas1 sous son latin de clotre harmonieux et limpide1 les figures idales1 mais si profondment touchantes dans leur saintet macie et splendide1 de frre ,ange de ,fiesole 7un moine aussi71 le plus profond interprte du moyen ge1 ni mme les lignes expressives et nettes d',overbeck1 aussi loin pourtant que l'homme l'est de l'ange1 du monastique ,angelico4 ,dans l',imitation1 rien de pareil4 ,toute intention y est diminue4 ,l'vangile y est sous le prcepte1 mais comme le feu derrire un cran1 comme la vrit derrire un voile1 comme le ,sina derrire un pote sonore et pur4 ,on dirait du ,lamartine1 maintenu par la rgle1 avec des adjectifs de moins et une simplicit plus austre4 ,quant la profondeur1 qu'on a souvent prtendu y voir1 ce n'a jamais t qu'un mirage1 car ce qu'elle est le moins peut-tre1 cette conversation intrieure d'un coeur presque vierge dans un coin de chapelle1 c'est d'tre un livre fouill et profond4 ,pour les mes circoncises qui habitent la thbade des monastres1 ce qui est dit dans l',imitation de l'amour et des autres passions humaines peut sembler des dcouvertes terribles et le coeur humain montr jusque dans ses fondements2 mais qui a pass par les vieilles civilisations1 qui a lu les moralistes modernes1 n'est ni rvolt ni surpris de cette balbutie4 ,ceux qui ont reu les coups du monde et les morsures du monde1 trouvent ce livre sans forte connaissance du fin fond du coeur4 ,il ne descend pas dans cette vase saignante1 et c'est1 en somme1 un innocent enfantelet de livre1 mme dans sa conception du pch4 ,telles sont les qualits et les dfauts de l',imitation1 que nous retrouvons aujourd'hui1 avec des qualits qui s'ajoutent aux siennes1 dans cette langue aimable de l',internelle ,consolacion1 bien prfrable1 selon nous1 au latin dcharn et abstrait de l'original4 ,la langue du ,x,ve sicle1 plus toffe1 plus concrte1 plus vivante enfin1 a un mouvement1 une mollesse et des images que l'asctique auteur de l',imitation se serait peut-tre interdites comme un pch et qui tent sa pense sa rigidit et la frigidit monacales4 ,comme on voit tout ce que l'on veut dans les livres qu'on aime1 l'imagination de ceux qui sont pris de l',imitation y a mis aussi de la tendresse2 mais il n'y en a pas plus que dans tous les livres d'oraison1 et mme il y en a beaucoup moins4 ,on a pris le ton du genre pour une qualit individuelle du livre et de l'auteur4 ,eh bien1 dans la langue de l',internelle ,consolacion s'est coule cette tendresse absente et cette grce chaste dont le livre manquait primitivement6 ,la pense droite et byzantine du moine a trouv une draperie flottante qui lui va bien4 ,il n'en est que mieux genoux sur sa dalle d'y traner cette robe longs plis444 ,ici donc1 et pour la premire fois1 voici une traduction qui ajoute la valeur de l'original4 ,l'crivain de l',internelle ,consolacion1 qui a partag la destine de l'auteur de l',imitation 7l'anonyme convenant1 comme le silence de leur rgle1 ces hommes humbles qui ne vivaient1 comme disent les saintes chroniques1 que sur la montagne de l'ternit1 in monte ternitatis71 l'crivain ignor de l',internelle ,consolacion ne s'est point attach la glbe du mot mot de son auteur4 ,il n'en a pris que l'esprit mme et l'a vtu comme un pauvre qu'on veut rchauffer4 ,avec sa langue feuillue et abondante il s'est roul autour de la pense simple et nue de l'original1 et il a fait de cette pense sche ce que la guirlande de pampre et de vigne fait d'un thyrse qui1 primitivement1 n'tait qu'un bton4 ,v ,ainsi1 nous n'hsitons point le rpter1 de toutes les traductions qui ont t faites du livre de l',imitation1 et elles sont nombreuses1--depuis celle du chancelier de ,marillac1 rdite de nos jours1 et dans laquelle on a une navet bien infrieure celle de la traduction du ,x,ve sicle1 jusqu' celle que s'imposa ,lamennais 7il tait chrtien alors71 pour mortifier1 je crois1 son gnie1--la meilleure1 celle-l qui complte le mieux son auteur en le traduisant1 est celle que d',hricault et ,moland nous ressuscitent4 ,toutes les autres ne valent pas le texte1 parce qu'elles veulent seulement nous le donner4 ,malgr le succs qui s'est attach l'entreprise de ,lamennais1 comme s'il tait de la destine de l',imitation1 ce livre heureux1 de crer des succs ses traducteurs eux-mmes1 combien n'avons-nous pas souffert de voir le gnie clatant et sombre de l'auteur de l',indiffrence se dbattre dans un genre de travail si antipathique sa nature6 ,le parti qu'il a pris d'tre simple en traduisant cette simplicit l'a fait verser dans ce que nous appelons l'inconvnient de l',imitation1 c'est--dire la mtaphysique4 ,s'il en est ainsi de ,lamennais1 que pouvons-nous dire de ,beauze le grammairien1 et de ,le ,maistre de ,sacy le jansniste6 ,quant ,corneille1 ce n'est pas un traducteur1 quoiqu'il ait voulu l'tre3 c'est ,corneille4 ,il y a des choses cent fois dignes de l'auteur de ,polyeucte dans sa paraphrase1 mais c'est prcisment pour cela qu'il ne traduit pas ce livre d'ombre1 fait par une ombre qui n'a qu'une voix comme un souffle1--la voix de l'esprit1--et qui semble sortir d'un in pace4 ,le gnie de ,corneille dborde tout1 et l'agrafe de son vers ne le retient pas mme son auteur4 videmment cet homme-l n'est pas fait pour suivre4 ,l'crivain quelconque de l',internelle ,consolacion dborde aussi son texte1 mais il ne le transforme pas1 il ne le transfigure pas avec cette toute-puissance qui fait qu'il n'y a plus l que du ,corneille4 ,il l'orne1 il l'atourne1 il l'amollit1 il lui communique de certains charmes2 mais il ne le dvore pas1 comme ,corneille1 pour en jeter1 aprs1 les cendres aux vents4 ,,vi ,les diteurs actuels de l',internelle ,consolacion1 ,charles d',hricault et ,moland1 connus dj par des travaux d'une rudition qui ne se contente pas de rechercher1 mais qui pense1 ont fait prcder leur travail d'une ,introduction trs fermement crite1 dans laquelle ils ont agit toutes les questions littraires qui se rattachaient1 soit l',imitation elle-mme1 soit l',internelle ,consolacion qui en est sortie4 ,quoique touches en bien des points avec comptence et sagacit1 ces questions n'ont pas cependant t amenes par les spirituels diteurs au point de lumire qu'ils auraient souhait et qu'une critique plus minutieuse que la ntre pourrait exiger4 ,nous sommes1 nous1 trs coulants sur ces sortes de questions3 quel fut l'auteur de l',imitation8 quel fut l'auteur de l',internelle ,consolacion8 ces deux anonymes4 ,pourvu que nous ne tombions pas dans le systme ras de bien prs par les diteurs1 la page #ad de leur ,introduction1 dans cette immense bourde allemande1 qui a dcapit ,homre et qui rpugne la constitution mme de l'esprit humain1 que nous importe de savoir si l'auteur de l',imitation s'appelait ,a4 ,kempis ou de toute autre runion de syllabes6 ,c'est une question de bal masqu4 ,ce qu'il y a de certain1 c'est que ce fut un moine1 comme ,homre fut un pote1 un moine dont l'individualit n'eut probablement de nom que devant ,dieu1 et ce qu'il y a de certain encore c'est que ce ne fut point ,gerson1 malgr la croyance des diteurs1 mle pourtant d'un invincible doute4 ,gerson1 notre estime1 ne fut ni l'auteur de l',imitatio ,christi ni celui de l',internelle ,consolacion4 ,les germanismes du texte latin le prouvent suffisamment pour l',imitation1 et1 pour l',internelle ,consolacion1 le gnie de ,gerson lui-mme1 qui n'eut jamais le moelleux et le laisser-aller du livre dlicieux remis en lumire aujourd'hui4 ,il n'y a pas de mal1 d'ailleurs1 ce qu'un peu de mystre et de l'esprit du moyen ge restent sur ces points en litige4 ,le gnie du moyen ge est essentiellement silencieux4 ,ces hommes1 qui vivaient les yeux au ciel ou baisss sur la poussire de leurs sandales1 se souciaient bien de cette bavarderie qu'on appelle la gloire et des commrages que l'avenir devait faire1 un jour1 sur leur tombeau6 ,,fin ,,table ,d,,dicace ,v ,,pr,,face ,,viii ,saint ,thomas d',aquin #a ,jean ,reynaud #ab ,donoso ,corts #bi ,saisset #de ,saint-,ren ,taillandier #ei ,jules ,simon #gc ,vera #hf ,du mysticisme et de ,saint ,martin #ii ,l'abb ,mitraud #aag ,ernest ,renan #acc ,gorini #afa ,doublet et ,taine #age ,pascal #ahi ,auguste ,martin #bjc ,buffon #bag ,saint-,bonnet et le ,pre ,daniel #bcc ,le ,p4 ,lacordaire #bdi ,montalembert #bfe ,philosophie positive #bgi ,philosophie politique #big ,p4 ,enfantin #caa ,le ,p4 ,ventura #cbc ,le docteur ,tessier #ccg ,flourens #cea ,eugne ,pelletan #cfe ,saint ,anselme de ,cantorbry #cha ,l',internelle ,consolacion #cig 99 99 99 99 99 ,note du ,transcripteur ,les erreurs clairement introduites par le typographe ont ete corrigees ,l'orthographe d'origine a ete conservee et n'a pas ete harmonisee4 ,certaines parties de chapitres ont t renommes afin de respecter l'ordre chronologique et faciliter la lecture3 ,p #aeh partie ,v dans l'original1 renomme ,,vii1 ,p #afe partie ,i dans l'original1 renomme ,,ii1 ,p #ahi renomme ,i1 numrotation inexistante dans l'original1 ,p #aif partie ,i dans l'original1 renomme ,,iii1 ,p #bab partie ,,vi dans l'original1 renomme ,,iv1 ,p #bfe renomme ,i1 numrotation inexistante dans l'original1 ,p #big renomme ,i1 numrotation inexistante dans l'original1 ,p #cbc renomme ,i1 numrotation inexistante dans l'original1 ,p #ccd partie ,,vi dans l'original1 renomme ,v1 ,p #cce partie ,,vii dans l'original1 renomme ,,vi1 ,p #djh partie ,,iv dans l'original1 renomme ,,vi4